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Full text of "Lettres de Madame de Sévigné : de sa famille et de ses amis"

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LES 

GRANDS ÉCRIVAINS 

DE LA FRANGE 

NOUVELLES ÉDITIONS 

mVUÛMM SOeS LA OIBtCTIOV 

DE M. AD. BBGNIER 

Mcnkn <• naMhal 



PAniS. IMPRIMERIE DE CH . I.AHl RE ET C* 



LETTRES 



DE 



MADAME DE SÉVIGNÉ 

DE SA FAMILLE ET DE SES AMIS 

RECUEILLIBS BT AHITOTBIU 

PAR H. HONMERQUÉ 

MBVMB vm L'iurriTUT 



NOUVKU.K KOITION 

RKTVK SUR I.ES AYTTOGRAPHBS, LES COPIES LBS PLUS AUTHSlITIQIlHt 
ET JJBA PLUS ARCIKinmS OfPHBMIOHS 

■T Au&Mmrn 
Ap lettics inédite*, d*uiie nouTelle notice, d'an lexiqae des mots 
et locations remarquables, de portraits, mes et fac-similé, etc. 



TOME QUATRIÈME 



PARIS 

MBKAIRIK DK L. HACHKTTK KT C- 

BOULEVARD ftAlST-OERMAlH 
1862 



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LETTRES 

DE 

MADAME DE SÉYIGNÉ, 

DE SA FAMILLE ET DE SES AMIS. 



4a2. ^- DE MADAME DE SÉVIGRÊ 
A MADAME DE ORIGHAlf. 

A PariSy vendredi a* aoât. 

Ib pense tonjours, ma fille, à rétonnement et à la dou- 
leur que vous aurez de la mort de M. de Turemie. Le 
cardinal de Bouillon est inconsolable : il apprit cette 
nouvelle par un gentilhomme de M. de Louvigny, qui 
voulut être le premier à lui faire son compliment; il ar« 
rêta son carrosse, comme il revenoit de Pontoise* àVer- 

LxTTBB 4»* — X* Le cardinal de Bouillon, neveu de Turenne 
(▼oyez tome II, p. 86, note 9), était depuis 1670 abbé commenda- 
tnîre de Fabbaye bénédictine de Saint-Martin de Pontoise. Nommé 
en 1670, il en avait pria possession le 14 juillet 1 671. Il aimait beau- 
coop son abbaye ; il y fit faire par le Nôtre un magnifique jardin, 
dont les «estes serrent aujourd'hui de promenade publique à Pon- 
toiae. Mécontent de la maison abbatiale, il se fit construire un châ- 
leaoy qui fat vendu par ses héritiers au prince de Conti. 
Mme. db Sbviohb. iv X 



iS75 



2 

sailles : le Girdinal ne comprit rien à ce discours. G>mme 
le gentilhomme s'aperçut de son ignorance, il s^enfuit; 
le Girdinal fit courre après, et sut cette terrible mort ; 
il s'évanouit ; on le ramena à Pontoise, où il a été deux 
jours sans manger, dans des pleurs et dans des cris con- 
tinuels. Mme de Guénégaud et Cavoie* Tout été voir, qui 

3. L^ami de Baoîne et de Seignelaj, Louis Oger, « très-petit gen- 
tilhomme tout au plus, » eonnu d'abord sous le nom de cheralier, 
puis marquis de Cavoie. Il avait été élevé auprès de Louis XIV, qui 
en le mariant malgré lui, ce semble, arec Mlle de Coëtiogon, fille et 
scBur de deux lieutenanu de Roi de Bretagne et ancienne fille d'hon- 
neur de la Reine (tomes II, p. io5, note 7 ; p. 817, note t ; et III, 
p. 193), lui donna la charge de grand maréchal des logis (en 1677 ; 
voyez la lettre de Bussy au président Brulart de la Borde, en date 
du 3o janvier, tome III de la Correspondance de Btusy^ p. ao5). Sur 
sa belle mine, son surnom de brave Cavoie^ ses duels, sa faveur, sa 
peine de ne pouvoir obtenir rordre,voyez Saint-Simon, tome I, p. 3 1 » 
et suivantes. « Lié, dit-il, toute sa vie avec le plus brillant de la 
cour, il s^étoit érigé chez lui une espèce de tribunal auquel il ne 
faUoit pas déplaire, compté et ménagé jusque des ministres, mais 
d'ailleurs bon homme, et un fort honnête homme, à qui on se pou- 
voit fier de tout, n Né en 1640, il mourut, sans enfants, quelques 
mois après Louis XIV, le 3 février 1716. Sa femme, qui était à peu 
près de son Age, lui survécut treize ans. — Saint-Simon au même en- 
droit, en deux de ses pages les plus gaies, a raconté Thiitoire de 
Mlle de Goêtlogon, de cette a laide, sage, naïve, aimée et très-bonne 
créature, » éprise de Cavoie « jusqu'à la folie, » dont cependant, 
ce qui est un prodige, dit-il, tout le monde eut pitié ; qui un jour ne 
pouvant obtenir la délivrance de Cavoie (enfermé à la Bastille pour 
un duel), a querella le Roi jusqu'aux injures-, 9 et comme a il rioit 
de tout son caur.... en fut si outrée, qu'elle lui présenta ses ongles, 
auxquels le Roi comprit qu'il étoit plus sage de ne se pas exposer. » 
Reparlant d'elle à la mort de son mari, il achève ainsi de la faire 
connaître (tome XIII, p. 333) : « Cavoie, sans cour, étoit un pois- 
son hors de l'eau ; aussi n'y put-il longtemps résister. Si les ro- 
mans ont rarement produit ce qu'on a vu de sa femme à son égard, 
ils auroient peine ï rendre le courage avec lequel cet amour pour 
son mari.... la soutint pour l'assister dans sa longue maladie et à sa 
mort, voulant, disoit-elle, qu'il fût heureux en l'autre vie ; ni la 
sépulture à laquelle elle se condamna à sa mort, et qu'elle garda 



— 3 — 

ne sont pas moins affligés que lai. Je viens de lui écrire — 
un billet qiii m*a. paru bon : je lui dis par avance votre 
affliction, et par son intérêt, et par Tadmiration que vous 
avieipour le Ikéros. N'oubliez pas de lui écrire : il me 
paioit qae vous écrivez très-bien sur toutes sortes de 
sujets : pour c^elui-ci, il n y a qu'à laisser aller sa plume. 
On paroît fort touché dans Paris, et dans plusieurs mai- 
sons, de cette grande mort. Nous attendons avec transis- 
sèment le courrier d'Allemagne. Montecuculi, qui s'en 
aUoit, sera bien revenu sur ses pas, et prétendra bien 
profiter de cette conjoncture. On dit que les soldats fai- 
soîent des cris q[ui s'entendoient de deux lieues; nulle 
considération ne les pouvoit retenir : ils crioient qu'on 
les menât au combat; qu'ils vouloient venger la mort de 
leur père, de leur général, de leur protecteur, de leur 
défenseur ; qu^avec lui ils ne craignoient rien, mais qu'ils 
-vengeroient bien sa mort; qu'on les laissât faire, qu'ils 
étoient furieux^ et qu'on les menât au combat. Ceci est 
d*un gentilhomme qui étoit à M. de Turenne, et qui est 
Tenu parler au Roi; il a toujours été baigné de larmes en 
mcontant ce que je vous dis, et la mort de son maître, 
à tous ses amis*. M. de Turenne reçut le coup au travers 
du <»Tps : vous pouvez penser s'il tomba^ et s'il mourut. 
Cependant le reste des esprits fit qu'il se traîna la lon- 
gueur d'un pas, et que même il serra la main par con- 

fidèlement jusqu'à la ûenne. Elle conserra son premier deuil toute sa 
▼ie.... ne «^occupa que de bonnes œuvres de toutes les sortes, presque 
tontes relatives au salut de son mari, et se consuma ainsi en peu d'an- 
nées^ Éan» avoir jamais foibli.... Une véhémence si égale et si sou- 
tenne, sans relâche ni amusement de quoi que ce soit, et toujours 
Mumagée de religion, est peut-être un exemple unique et bien res- 

pecCaMe. » 

3, a £t les détails de la mort de son maître, o (Édition de 1754.) 

^ tous ses amis manque. 

4« m. S*il tomba de cheral. » (lùidem,) 



- 4 - 

vulsion ; et puis on jeta un manteau sur son corps. Lie 

^ Bois-Guyot (c'est ce gentilhomme) ne le quitta point 
qu'on ne Teût porté sans bruit dans la plus proche 
maison. M. de Lorges étoit à une demi-lieue * de là ; 
jugez de son désespoir. C'est lui qui perd tout, et qui 
demeure chargé de l'armée et de tous les événements 
jusqu'à l'arrivée de Monsieur le Prince, qui a vingt- 
deux jours de marche. Pour moi, je pense mille fois le 
jour au chevalier de Grignan, et ne puis pas m'ima- 
giner qu'il puisse soutenir cette perte sans perdre la 
raison. Tous ceux que M. de Turenne aimoit sont fort à 
plaindre. 

Le Roi disoit hier en parlant des huit nouveaux maré- 
chaux de France : « Si Gadagne' avoit eu patience, il 
seroit du nombre ; mais il s'est retiré, il s'est impatienté : 
c'est bien fait. » On dit que le comte d'Estrées'' cherche à 
vendre sa charge ; il est du nombre des désespérés de n'a- 
voir point le bâton. Devinez ce que fait Coulanges : sans 
s'incommoder, il copie mot à mot toutes les nouvelles 
que je vous écris. Je vous ai mandé comme le grand maî- 
tre * est duc : il n'ose se plaindre ; il sera maréchal de 
France à la première voiture ; et la manière dont le Roi 
lui a parlé passe de bien loin l'honneur qu'il a reçu. Sa 
Majesté lui dit de dire à Pompone* son nom et ses qua» 
lités; il lui répondit : « Sire, je lui donnerai le brevet de 
mon grand-père^*; il n'aura qu'à le faire copier. » Il faut 



5. a A près d^tine demi-lieue. » (Édition de 1754.) 

6. Voyez tome I, p. 4i3, note 3, et p. 487, note 9. 

7. Il était lieutenant général depuis vingt ans et Tice-amiral de- 
puis cinq. Il ne fut maréchal qu'en 1681 (tome II, p. isi, note 4). 

8. Le comte du Lude, grand maître de rartillerie. Voyez la lettre 
précédente, tome III, p. SSg, note i3. 

9. « Lui dit de donner à Pompone. » {Édition de 1754.) 

10. L^aieul du grand maître était François de DaîUon, troisième 



lui faire un compliment; M. de Grîgnan en a beaucoup 

à faire, et peut-être des ennemis " ; car ils prétendent du ' 
monseigneur y et c^est une injustice qu'on ne peut leur 
faire comprendre. 

M. de Torenne a voit dit à M. le cardinal de Retz en 
Im disant adieu** (et d'Hacqueville ne Ta dit que depuis 
deux jours) : « Monsieur, je ne suis point un diseur; mais 
je vous prie de croire sérieusement que sans ces affaires- 
ci, où peut-être on a besoin de moi, je me retirerois 
comme vous ; et je vous donne ma parole que, si j'en 
reviens, je ne mouirai pas sur le coffre^', et je met* 
tnd, à votre exemple, quelque temps entre la vie et 
la mort. « Notre cardinal sera sensiblement touché de 
cette perte. H me semble, ma fille, que vous ne vous 
lassez point d'en entendre parler : nous sommes conve- 
nus qu'il y a des choses dont on ne peut trop savoir de 
delaik. 

J^embrasse M. de Grignan : je vous souhaiterois quel* 



comte dtt Lude, gouTemeur de Gaston d*Orléans. De quel brevet 
▼eut ici parler son petit-fils ? Nous ne voyons nulle part que le 
grand-père ait eu un titre viager de duc. 

XI. Parmi les nouveaux maréchaux. 

19. Perrin, dans Fédition de 1754, a ajouté une transition et re* 
manié toute la phrase : a Je reviens à M. de Turenne, qui, en disant 
adieu à M. le cardinal de Retz, lui dit : « Monsieur, etc. » Je tiens 
cela de d'Hacqueville, qui ne Ta dit que depuis deux jours. » 

i3. Au service du maître, à la cour, dans les antichambres (où les 
coffres servaient de sièges) : piquer le coffre était passé en proverbe. 
Tristan THermite (mort, en x655, domestique de Gaston) avait dit 
dans son épitaphe : 

Ébloui de Péclat de la splendeur mondaine, 

Je me flattois toujours d*une espérance vaine ; 

Faisant le chien couchant auprès d^un grand seigneur, 

Je me vis toujours pauvre, et tachai de paroître ; 

Je reçus dans la peine, attendant le bonheur. 

Et mourus sur un cofXre en attendant mon maître. 



1675 



— 6 — 

qu'un à tous deux avec qui vous pussiez parler de M. de 
Turenne. Les Villars vous adorent; Villars** est revenu ; 
mais Saint-Géran et sa tète^* sont demeurés r sa femme 
espéroit qu'on auroit quelque pitié de lui, et qu'on le ra- 
mèneroit. Je crois que la Garde vous mande le dessein 
qu'il a de vous aller voir : j'ai bien envie de lui dire adiea 
pour ce voyage ; le mien, comme vous savez, est un peu 
différé : il faut voir l'effet que fera dans notre pays la 
marche de six mille hommes et des deux Provençaux ^*. 
Il est bien dur à M. de Lavardin d'avoir acheté une 
eharge quatre cent mille francs, pour obéir à M. de Four- 
bin ; car encore M. de Chaulnes a l'ombre du oommande* 
ment^^. Mme de Lavardin et M. d'Harouys sont mes 
boussoles. Ne soyez point en peine de moi, ma très- 
ehère, ni de ma santé ; je me purgerai après le plein de 
la lune, et quand on aura des nouvelles d'Allemagne. 

Adieu, ma chère enfant, je vous embrasse tendrement, 
et je vous aime si passionnément, que jene pense pas qu'on 
puisse aller plus loin. Si quelqu'un souhaitoit mon amitié, 
il devroit être content que je l'aimasse seulement autant 
que j'aime votre portrait. 

14. Probablement le fils de rambasgadeur, le futur maréchal. 

1 5 . Voyez au tome III , p . 4o8, la note 3 de la lettre du 19 mai 1 674 . 

16. Le bailli de Forbin et le marquia de Vint. Voyez la lettre 
précédente, tome III, p. 54o,«— Dana son édition de I7$4i Penrin, 
qui dans cette lettre a tout particulièrement soigné les détails du style, 
a ainsi modifié la fin de cette phrase : a de six mille hommes com- 
mandés par deux Provençaux, h 

17. a Conserve l'ombre du commandement. » (Ét&tion de X7S4-) 



4^3. I>U COMTE DE BUSSY BABUTIlf 

A. MADAME DE SÊVIGUÉ. 

Trois semaines après que j'eus écrit cette lettre (n« 417, tome III, 
p. S 16) k Btine de Se vigne, je lui ëcrivif celle-ci. 

A Chaseu, ce 6* août 167 S. 

X*AUROis attendu patiemment ia réponse que vous me 
dexeZy avant que de vous écrire, Madame, si je n'étois 
trop rempli des merveilles que je vois pour me taire. 
M. de Turenne mort, et huit maréchaux pour le rem- 
placer : tout cela est surprenant. 

Pour le premier, je sais que vous en serez affligée, 
mais vous ne savez peut-être pas que je le suis pour le 
moins autant que vous, je ne dis pas seulement comme 
un bon François, je dis même en mon particulier. 

Le premier président de Lamoignon se mit dans la 
tète de me faire ami de M. de Turenne, et il le trouva si 
bien disposé à cela, qu*il me manda de le remercier des 
sentiments qu^il lui avoit témoigné pour moi. J'écrivis 
donc à ce grand homme une lettre pleine de reconnois- 
sance, d*estime et de louanges, enfin une lettre où sa 
gloire trouvoit son compte, cette gloire que vous savez 
qu^il aimoit tant, et j'en reçus une réponse qui, dans sa 
manière courte et sèche, étoit peut-être une des plus 
honnêtes lettres qu'il ait jamais écrites ^. Je perds donc 



ÏMiTmm 4s3. — - i« « Le premier président de Lamoignon, mon 
paient et mon ami, dit Bumj dans le rolume manuscrit de ses Md- 
moires que possède la Bibliothèque de Tlnstitut (notre lettre 4s3 ne 
i«y> trooTe pas), m'aroit témoigné à mon dernier voyage de PSris 
souhaiter extrêmement de me racconunoder avec le maréchal de Tu- 
reone, arec lequel il avoit de grandes liaisons; de manière qu'aussi- 
tôt que ce général fut de retour d'Allemagne, le premier président 
tnTsilla à cette réconciliation. » — Voyez dans la Correspondance de 
BmssYf tome III, F- 4-*^9 la lettre que lui écriTit Lamoignon, celle 



1675 



— 8 — 

* un ami puifisant qui m'auroit servi, ou pour le moins 
^ mon fils : j'en suis au désespoir. 

Revenons maintenant aux huit maréchaux. En 1668 
on en fit trois *, et ce nombre étonna tout le monde ; en 
voici huit aujourd'hui qu'on vient de faire : je ne doute 
pas que la surprise publique ne soit extrême. Pour peu 
qu'on augmente la première promotion qu'on en fera, 
ce seront véritablement des maréchaux à la douzaine. 
Ce grand nombre, et la condition que le premier com- 
mandera au second, et le second au troisième, et que 
ces Messieurs ne roulent plus ensemble comme ils fai- 
soient autrefois, rend cette dignité bien moins considé- 
rable qu'elle n'étoit. Si le Roi m'a fait tort en me privant 
des honneurs que méritoient mes services, il m'a en 
quelque façon consolé en .ne me donnant pas le bâton 
de maréchal de France, par le rabais où il l'a mis : je dis 
en quelque façon consolé, car tel qu'il est, je le voudrois 
avoir, quand ce ne seroit que parce qu'il est toujours 
office de la couronne, et qu'il est une marque des bonnes 
grâces du Prince, qui sont d'ordinaire accompagnées ou 
suivies de quelque chose de solide dont j'ai encore plus 
de besoin que d'honneurs. Cependant Dieu n'a pas voulu 
que cela fût, ou que cela fût encore ; je n'en murmure 
point, et au contraire je lui rends mille grâces du repos 
d'esprit qu'il m'a donné sur cela, et de ce qu'il m*a fait 
le courage encore plus grand que mes malheurs. 

qu'il adressa lui-même à Turenne, et p. i3, la réponse de celui-ci, 
datée du 10 mars 167$ (du a5 dans le manuscrit de Tlnstitut). 

a. Les maréchaux de Créquy, de Bellefonds et d'Humières. Voyez 
tome I, p. 5ia, 517 et suivante. 



— 9 — 

434- DE MADAME DE SÉVIGRÊ 

AU COMTE DE BUSSY BABUTIIT. 

^ Deux loun après que j'en» écrit cette lettre à Mme de Sériée, jVn 
KÇQS une d^elle, datée au même jour que la mienne, qui étoit la ré- 
pouie k celle que je lui arois écrite du i5« juillet (voyez tome UI, 
p. Si6). 

A Paris, ce 6* août 1675. 

Ib ne vous parle plus du départ de ma fille, quoique 
yy pense toujours, et que je ne puisse jamais bien m'ac- 
coutumer à vivre sans elle ; mais ce chagrin ne doit être 
que pour moi. 

Vous me demandez où je suis, comment je me porfi»^ 
et à quoi je m'amuse. Je suis à Paris, je me porte bren, 
et je m'amuse à des bagatelles. Mais ce style est un peu 
laconique, je veux retendre. Je serois en Bretagne, où 
j*ai mille affaires, sans les mouvements qui la rendent 
peu sûre. Il y va quatre mille hommes commandés par 
M. de Fourbin^ La question est de savoir l'effet de cette 
punition. Je l'attends, et si le repentir prend à ces mu- 
tins, et qu'ils rentrent dans leur devoir, je reprendrai le 
fil de mon voyage, et j'y passerai une partie de l'hiver. 

J'ai eu bien des vapeurs, et cette belle santé, que vous 
avez vue si triomphante, a reçu quelques attaques dont 
je me suis trouvée humiliée, comme si j'avois reçu un 
affront. 

Pour ma vie, vous la connoissez aussi. On la passe 
avec cinq ou six -amies' dont la société plaît, et à mille 
devoirs à quoi l'on est obligé, et ce n'est pas une petite 
affiiire; mais ce qui me (ache, c'est qu'en ne faisant rien 



Lirras 494.— i. a.... tans les désordres qui rendent cette pro- 
rince peu ailre. Il y rn. six mille hommes commandés par le cheva- 
lier de Fourbin. » {Manuscrit Je P Institut,) 

9. a Chez cinq ou six amies. » (Ibitiûm,) 



1675 



' — lO — 

g ^ les jours se passent, et notre pauvre vie est composée 
de ces jours, et Ton vieillit, et Ton meurt*. Je trouve 
cela bien mauvais. Je trouve la vie trop courte : à peine 
avons-nous passé la jeunesse, que nous nous trouvons 
dans la vieillesse. Je voudrois qu'on eut cent ans d*as« 
sure, et le reste dans Tincertitude. Ne le voulez p&s 
aussi ^? Mais comment pourrions-nous faire? Ma nièce 
sera de mon avis*, selon le bonheur ou le malheur qu'elle 
trouvera dans son mariage. Elle nous en dira des nou- 
velles, ou elle ne nous en dira pas. Quoi qu'il en soit, je 
sais bien qu'il n'y a point de douceur, de commodité, 
ni d'agrément* que je ne lui souhaite dans ce change- 
ment de condition. J'en parle quelquefois avec ma nièce 
la religieuse''; je la trouve très-agréable et d'une sorte 
d'esprit qui fait fort bien souvenir de vous. Selon moi, 
je ne puis la louer davantage. 

Au reste, vous êtes un très-bon almanach : vous avez 
prévu en homme du métier tout ce qui est arrivé du 
côté de l'Allemagne ; mais vous n'avez pas vu la mort de 
M. de Turenne, ni ce coup de canon tiré au hasard, qui 
le prend seul entre dix ou douze*. Pour moi, qui vois 
en tout la Providence, je vois ce canon chargé de toute 
éternité*,- je vois que tout y conduit M. de Turenne, et 
je n'y trouve rien de funeste pour lui, en supposant sa 
conscience en bon état. Que lui faut-il? Il meurt au mi- 
lieu de sa gloire. Sa réputation ne pouvoit plus aug- 

3 . a Et Ton rieillit, et Ton troure la mort. » {Manuscrit dé t Institut, ) 

4. Tel est le texte de nos deux manuscrits : ni Tun ni Tautre n*a 
90idez~90us, 

5. « Ma nièce de Bussy sera de notre aris. d (Manuscr. de t Institut.) 

6. ec Quoi qu*il en soit, il n*y a point de douceurs, de commodités 
ni d*agréments. 9 {Ibidem.) 

7. a Arec sa sœur de Sainte-Marie. » {Ibidem.) 

8. « Entre douze ou quinze. » (Ibidem.) 

9. Voyez tome III, p. 535. 



— II — 

menter : il jouisaoit «lême en ce moment dn plaisir de 
voir retirer les ennemis, et voyoit le firuit de sa conduite 
depuis trois mois. Quelquefois, à force de vivre, Tétoile 
pâlit. U est plus sûr de couper dans le vif, principalement 
pour les liéros, dont toutes les actions sont si observées. 
Si le comte d^Harcourt *^ fut mort après la prise des îles 
Sainte-Marguerite, ou le secours de Casai, et le maréchal 
du Plessis Praslin après la bataille de Rethel, n^auroient- 
ils pas été plus glorieux ** ? M. de Turenne n*a point senti 
la mort : <somptez-vous encore cela pour rien ? 

Vous savez la douleur générale pom* cette perte, et 
les liait marécliaux de France nouveaux. Le comte de 

Yo. Henri de LfOrraioe, comte d*Harcoait, frfre cadet du duc d'El- 

beofy était Tun des plus grands généraux de Louis XIII. En 1687 il 

reprit sur les Espagnols les iles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, 

et en avril 1640 il fit lerer le siège de Casai, et sVmpara de Turin. 

Après la mort du Roi, il s*attacha au parti du cardinal Blazarin, et 

il mecepta le commandement de Tescorte qui conduisit les princes à 

la. citadelle du HsTre. Le public ne le lui pardonna jamais, et toute 

la gjloire <{oe le Comte sMtait acquise ne put le sauver du ridicule. 

On fit des caricatures où il était représenté armé de toutes pièces 

comme on ancien paladin, conduisant Condé prisonnier ; le prince, 

dscnin fiûsant, fit ce couplet qu'il fredonnait dans son carrosse, assez 

lisnt pour être entendu du Comte : 

Cet homme gros et court, 

Si connu dans Thistoire, 

Ce grand comte d*Harcourt 

Tout couronné de gloire, 
Qni secourut Casai, et oui reprit Turin, 
Est maintenant recors ae Jules Mazarin. 

(Note de 18x8.) 

II. a Et le maréchal du Pletsis après, etc., n*auroient-ils pas été 
pfaf ^orieax qu*ils n^ont été à leur mort? M. de Turenne nV point 
if pf^- la sienne : ne comptss-TOus, etc. » {MoMiuerii de tliutiiia,) — - 
Le maréchal du. Plessii Praslin se porta en i65o an-devant de Tu- 
renne ooi marcbait sor Vincennes pour délivrer les princes, Tattei- 
fBÎt aupréB de Rethel, et le battit, quoique son armée fût moins nom- 
brflise. 



1695 



12 

Gramont, qui est en possession de dire toutes choses 

'^'* sans qu'on ose s'en ftcher", écrivit à Rochefort le 
lendemain ^' : 

Monseigneur, 
La faveur Ta pu faire autant que le mérite. 

Monseigneur, 
Je suis 

Votre très-humble serviteur. 
Le Comte de Gramont. 

Mon père est l'original de ce style : quand on fit ma- 
réchal de France Schomberg^*, celui qui fut surinten- 
dant des finances, il lui écrivit : 



Monseigneur, 
Qualité, barbe noire, familiarité. 



Chântal". 



Vous entendez bien qu'il vouloit lui dire qu'il avoit été 
fait maréchal de France, parce qu'il avoit de la qualité, 
la barbe noire comme Louis XIII", et qu'il avoit de la 
familiarité avec lui. Il étoitjoli, mon père*'! 



la. Ce membre de phrase : « qui est en possession, etc., » a été 
omis dans le manuscrit de Flnstitut. 

i3. a Le lendemain de sa promotion. » {Manuicrit de Pinsiiiut,) 
— Voyez tome III, p. SSg et suivante. 

i4. Henri de Schomberg, comte de Nanteuil, reçut le bâton de 
maréchal de France au mois de juin i6a5. Son fils obtint le même 
honneur en octobre lôSy. {Note de 1818.) 

i5. Voyez la Notice^ p. ii. 

16. Le billet de Chantai, et tout ce qui y est relatif, manque dans 
le manuscrit de Tlnstitut. 



— i3 — 

Vrabraii a été tué à ce dernier combat qui comble ^^ ^ 
liOTçes de gloire ^''. Il en faut voir la fin; nous sommes 
tonjoun transis de peur, jusques à ce que nou^ sachions 
si nos troupes ont repassé le Rhin. Alors, comme disent 
les soldats^*, nous serons pêle-mêle, la rivière entre- 
deux. 

La pauvre Madelonne est dans son château de Pro- 
vence. Quelle destinée! Providence! Providence! 

Adieu ^*, mon cher G)mte ; adieu, ma très-chère nièce. 
Je fais mille amitiés à M. et à Mme de Toulongeon : je 
Faime, cette petite comtesse. Je ne fus pas un quart 
dlieure à Monthelon'*, que nous étions comme si nous 
nous fussions connues toute notre vie : c*est qu'elle a de 
la facilité dans Tesprit, et que nous n'avions point de 
temps à perdre. Mon fils est demeuré dans Tarmée de 
Flandre; il n'ira point en Allemagne. J'ai pensé à vous 
mille fois depuis tout ceci; adieu. 



425. — DE MADAME DE SÊYIOHÊ 
A MADAME DE GBIGHAN. 

A Paris, mercredi 7* août. 
Quoi! je ne vous ai point parlé de saint Marceau en 

ij. Yojez la note 11 de la lettre suirante, p. 17. 
iB. 9 Jusque» à ce que nouâ sachions que nos troupes aient re- 
passé le Rhin. Alors, comme disent les goujats, etc. » {Màttuserii de 
Pl/utUui.) 

19. De tout le reste de la lettre, le manuscrit de Tlnstitut n*a que 
la dernière phrase : « Pai pensé à tous, etc. » 

so. Petit Wllage tout près d' Autun. t Le château, aujourd'hui trans- 
formé en papeterie, fut longtemps la résidence de sainte.... Chan- 
tai (son mari était seigneur de Monihelon), Saint François de Sales Vj 
Tint souTcnt viaiter. » (M. Joanne, Itinéraire de Paris à Ljron^ p. 176.) 



- i4- 

r— voua parkntde sainte Geneviève M Je ne sais pas où j'avois 
^ l'esprit. Saint Marceau vint prendre sainte Geneviève 
jusque chez elle; sans cela on ne Teût pas &it aller : 
c'étoient les orfèvres qui portoient la châsse du saint; 
il y avoit pour deux millions de pierreries : c'étoit la plus 
belle chose du monde. La sainte alloit après, portée par 
ses enfants', nu-pieds, avec une dévotion extrême. Au 
sortir de Notre-Dame, le bon saint alla reconduire la 
bonne sainte jusques à un certain endroit marqué, où ils 
se séparent toujours' ; mais savez- vous avec quelle vio- 
lence? Il faut dix hommes de plus pour les porter, à 
cause de Teffort qu'ils font pour se rejoindre ; et si par 
hasard ils s'étoient approchés, puissance humaine ni 
force humaine ne pourroit les séparer : demandez aux 
meilleurs bourgeois etau peuple; mais on les en empêche, 
et ils font seulement Tun à Tautre une douce inclination, 
et puis chacun s*en va chez soi. A quoi pouvois-je penser 
de ne vous point conter toutes ces merveilles ? 

Pour votre équipée du feu de saint Jean-Baptiste, je 
ne puis y penser sans que la sueur m'en monte au front. 
Quelle folie en l'état où vous étiez! quelle foule! quelle 
chambre ! quel échafaud ! Ma bonne, je vous prie de ne 
m'en plus parler. 

Le sermon* que vous me fîtes la veille de votre départ 

Lbttbb 495. — T . Voyes au tome III, la lettre du 19 juillet, 
p. 5 18. — Il y a Marceau dans les éditioiu de 1716 et de 1784 ; 
Mareely dans Tédition de 1754. 

9. Cest-»Hlire par les confrères de Sainte-GeneTièYe, 

3. « Où ils se séparèrent. » (Éditions de 1796.) — m Lorsqu^onfut 
arriré à Petit-Pont, dit la Gazette du a4 juillet, les châsses de sainte 
Geneyiève et de saint Marcel s'arrêtèrent.... On fit incliner ces deux 
châsses Tune rers Tautre, 9 et on se sépara. — La châsse du saint 
était gardée à la cathédrale. 

4. Ce paragraphe ne se trouTe que dans les éditions de 1796. 
Nous le laissons à la place quUl a dans celle de la Haye. Voyez plus 
loin p. 34, la note 35. 



ID — 

ne peat jamais sortir de ma mémoire; mais comme je ne 
puis ramener cet endroit sans commencer par vous voir 
entrer dans ma chambre, et qne je n'ai plus cette joie ni 
cette espérance prochaine, il m'en coûte toujours des 
larmes; et quand je médite sur toute cette soirée, le 
souvenir m'en est d'une amertume que je ne puis encore 
soutenir. Tout ce que nous fîmes les derniers jours, tous 
les lieux où nous fômes, toute la douleur dont j'étois pé- 
nétrée, avec une bonne contenance de peur d'attirer vos 
sermons, tout cela m'arrache encore le cœur. Je repasse 
tous les temps : nous étions comme à cette heure à Livry, 
et ainsi de toutes les saisons. L'amitié que j'ai pour vous 
porte bien des peines et des amertumes avec elle : une 
absence continuelle avec la tendresse que j'ai pour vous, 
ne composent pas une paix bien profonde à un cœur 
aussi dénué de philosophie que le mien; il faut passer 
sur ces endroits sans y séjourner. Vous me voyez, ma 
bonne, et je vois que vous vous moquez de moi. 

Je vous ai mandé que je ne pars pas encore. Vous 
croyez bien que je vous manderai l'adresse de mon 
nouvel ami de la poste ; il sera plus fidèle que Dubois, et 
nous aurons deux fois la semaine de nos nouvelles ; mais 
croyez bien que je n'oublierai pas Tarticie : mon intérêt 
y est encore plus que le vôtre* : c'est ma vie partout; 
mais aux Rochers, ce seroit mourir que de n'avoir pas 
cette consolation. Je porterai des livres et de l'ouvrage : 
ces amusements vont bien loin après les soins de notre 
commerce. Vos lettres sont' étranges sur les nouvelles 

5. Noos aTons sum pour cette phrate le texte de rëdition de la 
Haye (1716), ayec seiirrëgularitëi et sei rëpëtitioni. Les autres ëdi-* 
tiens ont, ce semble, plus ou moins de marcpies de retouche et de 
correction. 

6. Soni est la leçon de la Haye ; Perrin y a substitue seront» Si Të- 
ditiondelaHaye a bien reproduit Toriginal, il j a une forte ellipse, 



1675 



— i6 — 

— — de rarmée, jusqu'à ce que vous ayez su la mort de M. de 
^ Turenne. Tout est confondu'' : il n'y a plus ni Flandre, 
ni Allemag^ne, ni petit frère que Ton puisse espérer. Nous 
verrons dans quelques jours comme tout se rangera, et 
le train que prendra notre province et M. de Fourbin 
avec sa petite armée. 

Je vous conseille d'écrire à notre bon cardinal sur cette 
grande mort; il en sera touché. L'on disoit l'autre jour 
en bon lieu que l'on ne connoissoit point d'homme au- 
dessus des autres hommes, que lui et M. de Turenne : le 
voilà donc seul dans ce point d'élévation. Quand vous 
aurez passé cette première lettre, croyez-moi, ma bonne, 
ne vous contraignez point quand il vous viendra quelque 
folie au bout de votre plume ; il en est charmé : aussi bien 
la grandeur et le fonds de religion n'empêchent point 
encore ces petites chamarrures ; il laisse toujours aller 
les épigrammes au gros abbé^. Ce que vous me mandez 
de d'Hacqueville est plaisant. 

Voilà votre Mme de Schomberg maréchale; elle est 
fort louable de passer sa vie en Languedoc, pour être 
plus près de Catalogne " ; peut-être que sa santé contribue 
à ce séjour. Ce seroit un joli voyage à M. de Grignan et 
à la Garde, de l'aller voir aux eaux. Tout ceci fera sans 
doute changer de place à son mari. 

mais assez naturelle dans le stjle ëpistolaire : a Vos lettres sont 
étranges.... et le seront jusqu'à ce que vous ayez su.... o 

7. Le texte de Rouen (1796) est ici tout difïerent, maïs ne s'ac- 
corde point avec les lettres précédentes : a Toutes les lettres de l'ar- 
mée sont bien étranges ; mais aussi, ma bonne, quelle foudroyante 
nouvelle I Vous allez apprendre la mort (hélas ! aurai-je la force de 
TOUS récrire ?), la mort de M. de Turenne. Tout est confondu, etc. 

8. L'abbé de Pontcarré. 

9. M. de Schomberg étoit de la promotion des huit maréchaux 
de France créés le 3o juillet dernier ; il commandoit alors en Cata- 
logne. {Note de Perrin, I754.) 



— 17 — 

Le chevalier de Baous est bien content de moi : je suis "j^Ts 
sa résidente chez M. de Pompone. Guilleragues a fait 
des merveilles dans sa Gazette. Je trouve les dernières 
louanges un peu embarrassées^® : j'aimerois mieux un 
style naturel et moins recherché. 

Mon fils me mande que la désolation de son armée 
lui bit comprendre Tezcès de celle d^Allemagne ; qu'ils 
sont pourtant heureux qu'on leur laisse M. de Luxem^ 
bourg, en leur ôtant Monsieur le Prince. Il me prie 
d'' écrire à ce nouveau général; je pense qu'il vous en 
prie aussi. Faites-le, ma petite : vous écrivez si bien. Vous 
ne sauriez croire le plaisir et l'agrément qui en reviendra 
à votre frère. La pauvre Mme de Yaubrun est entière- 
ment désespérée de la mort de son mari ; elle fait grand'- 
pitié^^. M. d'Harouys pleuroit hier à chaudes larmes, 
et pour sa douleur particulière , et pour celle de cette 
pauvre femme. Les nouvelles d'Allemagne font toute 
notre attention. Je vis l'autre jour à la messe le comte 
de Fiesque^* et d'autres, qui assurément n'y ont point 
bonne grâce. Je trouvai heureuses celles qui n'avoient 
leurs enfants ni aux Minimes^*, ni en Allemagne ; c'est- 

lo. Il t*agîasoit d'un éloge de M. de Turenne, qui fut mis dans 

la G€uette de Framce^ à roccation de sa mort. (Note Je PerrmJ) — 

OiiilieragaeftavaitkdireGtiondekGa2eMtf.(Ao/«i»r£/ioj»i»i8i8.) 

<— Voyez cet éloge de Guilleragues, à la p. 58a de la Gaseiie^ nninéro 

dba 3^ août, et au tome IH de la Correspondance de Bussy^ p. yS. 

1 1 • Nicolas de Bantru, marquis de Vaubnin, l'un des deux lieute» 

nantt de Turexme. Sa femme était Bautru et sa nièce. Il fut tué au 

combat d^Altenheim, le x*' août, quatre jours après la mort de 

Turenne. Sa mort fut glorieuse : « Vaubrun lui-même, le pied cassé 

et la jambe sur Parçon, chargea à la tète des escadrons comme le 

plttsbiare homme du monde qu'il étoit, et y fut tué. » {Mémoiree de 

im Farty tome LXV, p. lai.) — Voyez la Gazette du 17 aodt* 

19. YojeA la lettre du a4 juillet précédent, tome III, p. 5a5. 

i3. Ce8l-4-dire à la messe des Blinimes de la Place-Royale, ou 



— i8 — 

à-dire moi'*, qui sais mon fils à son devbir, sans aucun 

péril présentement. 

L'autre jour Monsieur le Dauphin tiroit au blanc; 
comme votre fils, il tira fort loin du but : M. de Montau- 
sier se moqua de lui, et dit tout de suite au marquis de 
Créquy^', qui est fort adroit, de tirer; et à Monsieur le 
Dauphin : « Voyez comme celui-ci tire droit. » Le petit 
pendard tire^' un pied plus loin que Monsieur le Dau- 
phin. « Ah ! petit corrompu, s'écria M. de Montausier, 
il faudroit vous étrangler. » M. de Grignan se souvien- 
dra bien de ce petit courtisan; il nous a conté des choses 
pareilles. 

Vous devriez lire, c'est-à-dire avoir les Croisades^'' : 
vous y verriez un Aimar de Monteil, et un Castellane^', 

Mme de S^vigné alloit ordinairement. {Note de Perrin,) — Cette ëglûe 
a été abattue après le i8 fructidor. 

i4* C'est le texte de 1736 et de 1734* Dans IVdition de 1764 : 
a J'ai voulu dire moi. 

i5. François-Joseph, alors âgé de treize ans, colonel du régiment 
de la Fère en 1677, et du régiment d'Anjou en 1680, puis lieute* 
nant général ; il fut tué à Luzzara, le i5 août 170s. aC'étoit le seul 
fib du feu maréchal de Créquy et gendre du duc d'Aumont, sans en- 
fants. Sa probité ni sa bonté ne le firent regretter de personne, mais 
bien ses talents à la guerre, où il étoit parrenu à une grande capacité 
par son application et son travail *, sa valeur étoit également soÛde et 
brillante, son coup d'oeil juste et distinctif. Tout se présentoit à lui 
avec netteté, et quoique ardent et dur, il ne laissoit pas d'être sage. 
C^étoit un homme qui touchoit au bâton et qui Tauroit porté aussi 
dignement que son père. Il avoit été fort galant, et on Toyoit encore 
qu'il aroit dû l'être. Avec cela beaucoup d*esprit, plus d'ambition 
encore, et tous moyens bons pour la satisfaire, d (Saint-Simon, 
tome III, p. 43i, 43a.) 

x6. « Le petit cependant tira.... {Édition de la Haye^ 1796.)— 
Deux lignes plus bas, au lieu des mots : « Il faudroit vous étrangler, » 
on lit dans la même édition : « Vous en sarez trop. » 

17. 1j Histoire des Croisades du P. Maimbourg. Vojez la Notice^ 
p. 164, et la fin de la lettre du i4 septembre snirant. 

18. Blanche Adhémar de Monteil épousa Gaspard de Castellane 



— 19 — 

afin de choisir : ce sont des héros. On veat relire le Tasse — — 
quand on a lu ce livre-là. 

Tai vu enfin M. de Péruis^* : il me paroit passionné 
pour M. de Grignan et pour vous ; je le trouve honnête 
homme, il me semble doux et sincère, et point fanfaron. 
Nous avons cause une heure de toute la Provence, où je 
me trouvad encore fort savante. Il m'a donné lu lettre de 
M. de Grignan et la vôtre. EUes sont toutes propres à 
me {aire vivre parfaitement bien avec ce monsieur, 
puisque vous le comptez au nombre de vos amis. Il nom- 
ment <|ui vous voudrez, pourvu que Monsieur de Mar- 
sôlle lui laisse la liberté. Il me paroit bien intentionné 
aussi pour M. d'Escars. Il est ravi de votre portrait; je 
voudrois que le mien fat un peu moins rustaud : il ne 
me paroit point propre à être regardé agréablement, ni 
tendrement. La bonne d'Heudicourt est ravie d*une 
lettre c{ue vous lui avez écrite ; elle peut vous mander de 
fort bonnes choses et très-particulières : ce commerce 
vous divertira extrêmement*^. J'ai fait conter à Péruis 
comme il vous a trouvée, à quelle heure, en quel lieu : 
je vous ai bien reconnue dans votre lit comme une 
paresseuse ; il dit que vous êtes belle , et blanche , et 



en 1493. Leur fib, Gupard de Cutellane, fut héritier de Louis 
Adhémar de Monteil, comte de Grignan, ton oncle, lequel étant mort 
MBS postérité, le substitua aux nom et armes d*Adhémar; en sorte 
cpie les comtes de Grignan, qui ont porté depuis le nom d*Adhémar 
de Monteil, et qui sont éteints aujourd'hui, étoient de la maison de 
Castellane. (Jfoie de Perrin.) 

ig, Yojez tome III, p. 3ao, note 6. — Dans ce paragraphe, le pas- 
ià^ gui oommence à : « Il m*a donné la lettre, » et finità : c M. d*£s- 
cus, 9 iCeal que dans Tédition de la Haye (1716). 

so. Ce membre de phrase n*est que dans Tédition de 1754. — Au 
eamacneemesftt du paragraphe suivant, an lieu des mots : «t de ne 
pas TOUS écrire : quelle sottise! »on lit dansVédition delaHaye (1735) : 
« de ne pas vous écrire quelques sottises, s 



1675 



— 20 — 

grasse : je n'ai osé le questionner davantage. Il n'y a 
point de conversation au monde que je puisse préférer à 
celle d'un homme qui vient de Grignan, et qui me parie 
de toutes ces choses. Je ne pouvois le quitter. 

Je gronderai bien 0>rbinelli de ne vous pas écrire : 
quelle sottise ! que peut-il faire de mieux ? Hélas ! je 
viens d apprendre que le pauvre garçon a pensé mourir : 
41 a eu des maux de tête à perdre la raison, et la fièvre. II 
a écrit son nom au bas d'une lettre, et fait écrire qu'on 
me vienne dire qu'il n'est pas mort, mais qu'il a été à 
l'extrémité, et que j'ai pensé perdre la personnedu monde 
qui m'est la plus dévouée ; je voudrois qu'il ne fut pas si 
bien justifié auprès de vous'^ Écrivez-lui une petite ami- 
tié, ma mignonne, pour l'amour de moi ,* c'est un garçon 
que j'aime, et qui m'a persuadée de son amitié. 

J'ai été à Versailles : je ne sais si je ne vous l'ai point 
mandé. J'allai avec d'Hacqueville tête à tête. Nous partî- 
mes à trois heures ; nous arrivâmes droit chez M. de Lou- 
vois, que nous trouvâmes ; ce bonheur me parut comme 
de donner droit dans le treize d'un trou-madame*'. Je 
lui parlai pour mon fils ; il ne peut avoir ce régiment**, 
parce que celui qui l'avoit n'est point mort. Il me dit mille 
choses honnêtes et très-obligeantes; je lui dis l'ennui 
que nous avions dans notre guidonnage : enfin tout alla 
bien. Nous remontâmes en calèche, et nous étions à neuf 
heures*^ à Paris. J'ai retourné depuis à Versailles avec 

II. c Auprès de moi. ÉcrireK-lul, ma mignomie, cent amidét. » 
(Âdition de la Majre^ 1736.) 

11. « Cest, dit Richelet, une sorte de jeu de bois, composé de 
treixe portes et autant de ^eries, auquel on joue avec treize pe- 
tites boules. » 

i3. Le ré^ment de Ciiampagne : Toyas au tome III, la lettre du 
14 juillet précédent, p. 5s5 ; royes aussi, un peu plus bas, la note 48 
de cette lettre-ci. 

14* ^ A. huit heures. » (Édition de 1734.) 



— 21 — 

Mme de Vemeail, pour faire ce qui s'appelle sa cour. - 
Monsieur de O>ndom n*est point encore consolé de M. de 
Turenne. Le cai*dtnal de Bouillon n*est pas connoissable ; 
il jeta les yeux sur moi, et craignant de pleurer, il se 
détourna : j*en fis autant de mon côté, car je me sentis 
fort attendrie. Les dames de la Reine sont précisément 
celles qui font la compagnie de Mme de Montespan'*: 
on y joue tour à tour*', on y mange ; il y a des musiques*'' 
tous les soirs. Rien n'est caché, rien n*est secret; les 
promenades en triomphe : cet air déplairoit encore plus 
à une femme qui seroit un peu jalouse; mais tout le 
monde est content. Nous fumes à Clagny : que vous di- 
rai-je ? c'est le palais d'Armide ; le bâtiment s'élève à vue 
d'œil ; les jardins sont faits : vous connoissez la manière 
de le Nôtre ** ; il a laissé un petit bois sombre qui fait 
fort bien ; il y a un petit bois d'orangers dans de grandes 
caisses; on s'y promène; ce sont des allées où l'on est 
à l'ombre; et pour cacher les caisses, il y a des deux 
côtés des palissades à hauteur d'appui, toutes fleuries de 
tubéreuses, de roses, de jasmins, d'œiUets : c'est assuré-* 
ment la plus belle, la plus surprenante, la plus enchantée 
nouveauté qui se puisse imaginer : on aime fort ce bois **. 

sS. Dwis rëdition de 1784 : « tU Quamto^ » et en note : chiffre ; 
dans celle de 1754 : < de Madame de M. T. P. » Le nom ett im- 
primé en entier dans let éditions de 17)6. 

«6. « On j jone à tout, d {ÉMtion de la Haye^ 17*6.) 

«7. Cett le texte de Rouen (1726) et de 1734. L*édition de la 
Haye (17^6) porte : « U j a de la musique ; celle de 1754 : « Il y 
a des concerta. » 

«8. Dana l'édition de Rouen (1726) : « du Nottre ; » avec cette 
note : « Célèbre pour les jardins. C*est lui qui a fait les jardins de 
Vaux, aujourd'hui Villars, et les Tuileries et Versailles. » L'édition 
de la Haye remplace le nom, dans le texte de la lettre, par trois étoi*- 
les, et commence ainsi la note : a Un nommé le Nostre.... » Voyes 
tome m, p. g, note i3. 

«9. « U ne reste plus rien de ce chef-d'œuTre de le Ndtre et de 



1A7S 



— 22 — 

Hier au soir je vi» la Garde, qui me dit qu'un homme 

' revenu de Tarmée avoit dît au Roi tout naïvement des 
biens infinis du chevalier de Grignan et de son Fer- 
ment ••. n se porte très-bien jusqu'ici. Dieu le conserve! 
Je veux, ma bonne, vous faire voir un petit dessous de 
cartes qui vous surprendra : c'est que cette belle amitié 
de Mme de Montespan et de son amie qui voyage *^ est 

Jules Hardouin BfasMut. » Voyez Walckenaer, tome Y, p. igS et 
i%4. — a Le château était à un point que tniTerse aujourd'hui le 
boulerard de la Reine, à Venailles ; les jardina. ... s^étendaient jusqu'à 
rembarcadère actuel du chemin de fer de la rîve droite. Il y avait 
un étang qui a été desséché au dix-huitième siècle. » {Dictionnaire de 
biographie et J*hiâtoire de MM., Desobry et Bachelet.) 

3o. Dans la relation du combat d* Altenheîm , publiée par la Gazette 
du 17 août, le régiment du chevalier de Grignan est mentionné plu- 
sieurs fois avec éloge, et notamment pour avoir vers la fin de l'action, 
de concert avec deux autres régiments, enlevé sept pièces de canon, 
après avoir taillé en pièces deux escadrons et quelque infanterie. 
« Le chevalier de Grignan fit prendre et conduire à notre camp une 
de ces pièces ; et on j eût mené les autres, si les cavaliers n'eusaent 
coupé les traits pour emmener les chevaux, d 

3x. Mme de Maintenon, qui était alors aux eaux de Baréges. — 
« Le duc du Maine avait eu pendant sa dentition des convulsions 
qui lui avaient raccourci une jambe. Il fut décidé qu'on condui- 
rait le jeune prince à Anvers pour consulter un médecin renommé 
de cette ville. Françoise d'Aubigné prit le nom de marquise de Sur- 
gères, et partit incognito avec son élève. Elle arriva à Anvers au 
milieu d'avril 1674. De là elle écrivit à Mme de Montespan et au 
Roi, et revint s'installer à Versailles. Le jeune prince revint d'An- 
vers plus boiteux qu'il n*éuit avant de partir, ce qui nécessita deux 
voyages à Baréges, qui eurent le plus heureux succès. Dans cet 
deux voyages, Mme de Maintenon rendait compte de la santé du 
prince au Roi et à sa mère. C'est par cette correspondance que 
Louis XIV put apprécier tout l'esprit et le talent d'écrire de Mme de 
Maintenon. » (Walckenaer, tome V, p. 340, 341.) -^ Voyez en- 
core au même tome du même ouvrage, p. 4^8 et 446 ; et aux 
pages 4^3 et 4^4 une lettre de Peliisson, datée du 3 juin 1675, où 
il est parlé du passage du duc du Maine à Bordeaux, et d'une lettre 
de huit à dix pages que Mme de Maintenon écrivit alors au Roi. 
— Perrin, au lieu de Mme de Montespan^ et, quatre lignes plus 



— !l3 — 

une véritable aversion depuis près de deux ans : c*est une 

aigreur, c*est une antipathie, c'est du blano, c'est du noir ; * ^ ' ^ 
vous demandez d'où vient cela ? Cest que Tamie est d'un 
orgueil ** qui la rend révoltée contre les ordres de l'autre. 
Elle n'aime pas à obéir ; elle veut bien être au père, mais 
non pas à la mère; elle fait le voyage à cause de lui, et 
point du tout pour l'amour d'elle ; elle lui rend compte, 
et point à elle. On gronde l'ami d'avoir trop d'amitié 
pour cette glorieuse ; mais on ne croit pas que cela dure, 
à moins que l'aversion ne se change, ou que le bon suc- 
cès d'un voyage ne fît changer ces cœurs. Ce secret roule 
sous terre depuis plus de six mois ; il se répand un peu ; 
je crois que vous en serez surprise. Les amis de l'amie en 
sont assez affligés, et l'on croit qu'il y en a deux qui ont 
senti cet hiver le contre-coup de cette mésintelligence. 
N'admirez- vous point comme on raisonne quelquefois, et 
que l'on ne comprend pas les choses? C'est quand je 
dis qu'il y a un fil de manqué ; et l'on voit clair quand 
on voit le dessous des cartes** : c'est la plus jolie chose 
du monde. Il y a une grande femme qui pourroit bien 
vous en mander si elle vouloit, et vous dire à que point 
la perte du héros a été promptement oubliée dans cette 
maison *^ : c'a été une chose scandaleuse. Savez-vous 
bien qu'il nous faudroit ici quelque manière de chiffre? 

loîo, de VoMUre^ qa*oii lit dans les édidoiude 1716, donne Quenro-M, 
et Qmnto, 
3s. « D'une hauteur. » {Édition de Rouen^ I7>6-) 

33. a Cett dam cet oocafioni^e je dis qu'il y a un fil manque. 
On ne lait où Ton en est, et Ton ne Toit clair que quand on voua 
montre le detsoua des cartes, v {Ibidem,) 

34. La grande femme est Bfme d*Hendicourt, dont Hme de Sévi- 
gnéa parlé un peu plus haut. Le héros sit6t oublié dans cette maison 
(à la cour) est Turenne, haï de Loutoîs, et peu aimé du Roi. — Voyes, 
iur tout ce passage, laTant-demier alinéa de la lettre du si aoât 
•uitant, p. 77 et 78. 



— 24- 

Je ** m*en vaift faire réponse à votre lettre du dernier 

' ^ ' ^ juillet. Ma bonne, votre commerce est divin ; ce sont des 
conversations que nos lettres : je vons parle, et vous me 
répondez; j'admire votre soin et votre exactitude; mais, 
ma très-chère, ne vous en faites point une loi; car si cela 
vous fait la moindre incommodité et le moindre mal de 
tète, croyez que c'est me plaire que de vous soulager ; et 
sans vouloir exagérer, votre intérêt, votre plaisir, votre 
santé, le soulagement de quelque chose qui vous peine, 
est au premier rang de ce qui me tient le plus au cœur : 
il fiiut me croire, le dessous des cartes va encore plus loin. 
Je m'en vais commencer par ma santé, ma bonne. N'en 
soyez point en peine : je vois très-souvent M. de l'Orme •• 
chez Mme de Montmor *'', qu'il ressuscite; il a fort ap- 
prouvé ma saignée du pied, et m'a empêchée jusqu'ici de 
me purger, trouvant que je suis hors d'affaire, et que je 
n'aurai plus de ces vapeurs de l'année passée. C'étoient 
les adieux de ce qu'on croyoit parti : si peu de mal ^ étoit 
digne de mon bon tempérament. Il me iait prendre de sa 
poudre avant que je parte, mais ce sera plus par civilité 
pour lui que par besoin. Si vous lui aviez parlé, vous se- 
riez rassurée sur mon chapitre pour le reste de vos jours 

3S* Dans réditîon de Rouen (1716), ce qui suit, jusqu^à : « pour 
me soutenir la vie dans mes bois (p. a5), » forme une lettre à part, 
mise sous la date du 8 août 167$, et à laquelle se rattachent trois 
paragraphes placés plus haut (p. 16, 17 et i4) dans notre édition : 
a Je TOUS conseille d'écrire à notre bon cardinal, etc. Le cheralier 
de Buous, etc. Le sermon que tous me fîtes, etc. » 

36. Sur le vieux de tOrme^ Toyez la lettre du 3 férrier et la note 
du II mars 1676. 

37. Marie-Henriette de Buade de Frontenac, femme de Henri- 
Louis Habert deMontmor, de l'Académie française (mort doyen des 
maîtres des requêtes le ai janTier 167$). Elle mourut le s8 octo- 
bre 1676. Voyez tome II, p. i38, note 14, et tome III, p. 389, 
note 4. 

38. a Si peu de chose. » (Édition de 1734.) 



— 25 ^ 

eldes miens. Piez— vous donc à lui, ma t)Oime, et ôtez 
cette inquiétude des effets de votre tendresse : il vous en 
reste assez. Pour la proposition d'aller à Grignan, au 
lîea d'aller eu Bretagne, elle m'avoit déjà passé par la 
tète ; et cpiaud je veux rêver agréablement, c'est la pre- 
mière chose qui se présente à moi que ces jolis châteaux *' : 
en recalant uu peu celui-ci, il ne sera plus en Espa- 
gne; et le tour <jue vous me proposez est joli et si fai- 
sable, que je m^'en vais emporter cette idée en Bretagne, 
poor me soutenir la vie ^^ dans mes bois ; mais pour cette 
année, mon enfant, Fabbé crie de la proposition en Tair. 
J^ai des affaires autres que celle de Mme d'Acigné : j'ai 
le bon abbé, c{ue je n'aurai pas toujours; j'ai mon fils, 
qui seroit bien étonné de me trouver à Lambesc à son re- 
toar : je voudrois bien le marier ; mais soyez assurée, ma 
bonne, que le désir et l'espérance de vous revoir ne me 
<|iiittent jamais, et soutiennent ^^ toute ma santé et le 
reste de joie que j'ai encore dans l'esprit; il faut donc 
saler ^* toutes ces propositions. 

le ne sais ce que vous voulez dire, quand vous croyez 
que l'abbé se mécompte à votre profit. Ma bonne, comp- 
tez mieux si vous pouvez. Vous me serrez le cœur en me 
disant qù^à l'avenir vous prendrez des mesures plus justes 
pour me payer : que cela est rude, ma bonne ! Que trou- 
vez-vous de si extraordinaire, que m'en allant en Bre- 
tagne et n'ayant pas besoin d'argent, je remette à Tannée 

39. c Que ce joli château. » {Édition de la Haye^ X7>6*) — Celle 
cle Rouen supprime les mots : a en reculant un peu celui-^i, il ne 
«en plus, » et ratuche en Espagne à châteaux. 

40. « Pour me soutenir Tâme. » {Édition de la Haye, 1736.) 
41, c ATloquiète plus que jamais, et soutient, etc. » {Ibidem,) 

42« C'est-à-dire les ajourner, les mettre en réserre pour les exé- 
eaier plus tard. L'édition de la Haye ajoute à cette phrase : « pour 
les ivCron^er. 1» Cette même édition est la seule qui donne les deux 
pttn^impiiea suivants. 



167$ 



C67S 



— 26 — 

qui vient à prendre cet argent? Il est cruel que je ne 
puisse pas retarder un ridicule payement comme celui-là, 
quand je n'en ai pas besoin et que je promets de le pren- 
dre dans un autre temps. Si nous prenions des juges 
vous seriez bientôt condamnée, et s'il y avoit un peu 
plus de confiance dans votre amitié, vous comprendriez 
bien le déplaisir que vous me donnez. Gx)yez-nioi, ma 
bonne, vous devriez nous laisser faire : quand le bien Bon 
s*en mêle, vous n'avez rien à craindre; les nombres et 
les supputations feront droit, nous reverrons le bien- 
heureux paquet que nous desirons, et puis on aura re- 
gret aux gronderies; mais c'est un des plaisirs de réloi- 
gnement. 

Pour la pauvre cassolette, vous me paroissez en colère ; 
cela n'est pas juste. Songez, ma bonne, que celui qui 
vous la donne, l'a crue très«belle et très-précieuse, et en 
cette qualité il vous en fait un présent d'amitié ; c*est ce 
qui s'appelle un souvenir : il faut toujours regarder à 
l'intention et régler par là notre reconnoissance. Après 
tout ce seroit une très-belle chose à Grignan, car le des- 
sin en est admirable et à l'imitation d'une antique de 
Rome ; mais c'est que l'ouvrier n'est pas si habile que 
ceux de Paris, et vous comprenez bien que dans votre 
château on n'y regardera pas de si près. C'eût été une 
grande rudesse de le refuser. 

J'ai envoyé vos lettres : nous en voudrions avoir à tout 
moment du chevalier de Grignan, car jusqu'à ce qu'ils 
aient repassé le Rhin *', nous serons toujours en peine. 
Voilà la relation du combat de M. de Lorges*^, où il a fait 



43. a Jiuqu^à ce que notre armée ait repassé le Rhin. » {Édition 
de Bouen^ 1796.) 

44. Guy-Aldonce de Durfort, comte de Lorges, depuis duc et 
maréchal de France, étoit fils d'Elisabeth de la Tour de Bouillon, 



— 27 — 

voir qa^il étoit neveu de son onole. Dieu veuiUe que nos 
prospérités continuent! ce seroit l*ombre de M. de Tu* 
renne qui seroit encore dans cette armée **. 

Le comte du Lude est ici ; il est duc : on ne s'attache 
point à trouver mauvais *' son retour ; mais je vous avoue 
qu'il y a ici de petits Messieurs à la messe, à qui Ton 
voudrait bien donner d'une vessie de cochon parle nez*''. 
Si nous eussions pu troquer notre guidon contre le régi- 
ment, à la bonne heure ; mais Mont-Gaillard *' n'est point 
mort, et il lui faut de l'argent : c'est ce que me dit M. de 
Louvois, et que j'étois trop habile femme pour acheter 
un régiment, ne pouvant me défaire de la charge. Le 
bien Bon espère de restaurer vos affaires. 

Mme de Saint-Valleri sera marquée : j'ai si bien fait 
que son joli nez en sera gâté*'. On ne peut être plus 
admirable qu'ils sont. Mme de Monaco est toujours ma- 

scBur de M. de Tuienne. {Note de Perrin,) — Voyez tome III, p. 537, 
note 17. 

45. L'édition de Rouen (1796) ajoute : et qui la conduiroit. » 

46. C'est le texte de la Haye et des deux éditions de Perrin. Celle 
de Rouen a la leçon suivante : a On n'a pas seulement imaginé de 
trouver mauvais. » 

47. Comme fait Triboullet, nazardant Panurge avec la vessie de 
pore bien enflée qu'il a reçue de lui. Voyez Rabelais, livre III, 
chap. XLV. 

48. Charles-Maurice de Percin, colonel du régiment de Cham- 
pagne depuis 1673, frère puîné du marquis de Mont-Gaillard. ^- 
Voyez cindeisus, p. so, et la note a3. — ^obablementle bruit avait 
couru que Mont-Gaillard était mort. A la journée d'Altenheim, le 
régiment, comme nous l'apprend la Guzetie du 17 août, n'était pas 
commandé par lui, mais par le sieur de Bréval, qui fut tué dans le 
combat. Toutefois si le poste alors n'était pas encore vacant, il ne 
tarda pas à l'être (voyez plus loin, p. 140). Vers le milieu de sep- 
tembre 1675, le Roi donna le régiment de Champagne au sieur de 
Bois-David : voyez la Gazette, p. 688. — A la place du nom propre 
Momi'CaUlard^ on lit dans l'édition de la Haye (17*6) : mon gaiiiârd. 

49. Perrin a ici de plus ces mots : a Je suis comme vous : je 
fais grâce à l'esprit en faveur des sentiments. » — Voyez la lettre 



167S 



— a8 — 

^ - lade ; je ne vois plus où aboutira cette maladie : que vous 
m'êtes obligée! Mais vraiment, ma mignonne, je me 
dédis de Mme de Langeron : elle est plus affligée que 
jamais ; elle est comme une ombre autour de Madame la 
Duchesse ; mais elle ne parle plus ; ce n'est plus une femme 
qui entende ni qui réponde : 

Sortez, Ombres, sortez**! 

Elle pleure sans cesse ; elle s'est fait une écorchure aux 
yeux, qui la rend méconnoissable : je reprends ce que je 
vous en avois dit. 

Monsieur le Duc est ici pour un jour '^ ; il ira rejoindre 
Monsieur son père, qui va doucement avec quatre ou 
cinq mille hommes : il a pris ce temps pour voir le Roi 
et Madame la Duchesse. Mme de Langeron pensa hier 
mourir en le revoyant. Je suis comme vous, je ne com- 
prends point bien Tamour de profession. L*été, il n'y a 
qu'à l'Opéra où Mars et Vénus s'accordent si bien en- 
semble ". Voilà les premiers actes de l'opéra '^ : quand 

du 19 août fuirant, p. 46, et les autres passages indiqués à la note 10 
du a6 juillet précédent, tome III, p. 53o. 

5o. La Yn* scène du III* acte du Thésée de Quînault commence 
par ce vers : 

Sortes, Ombres, sortez de la nuit étemelle ; 

et la n* scène du IV* acte de VAleeste^ par celui-ci : 

Sortez, Ombres, faites-moi place. 

5i. « Le 7 août le duc d*£nghien, revenant de Flandre, vint 
saluer le Roi ( à Versailles) et recevoir ses ordres particuliers. » 
{Gazette du 10 août,) — Il repartit le g, pour aller se mettre à la 
tète de Tannée d* Allemagne, tandis que le prince de Condé conti- 
nuait sa marche pour s'y rendre de son côté. 

5a. L'édition de la Haye a ici un texte tout différent et passable* 
ment étrange : « L'été, il n'y a que l'Opéra ou Mars ; et jamais ils ne 
s'accordent bien ensenai>le. » 

53. Sans doute du Thésée de Quinault, mis en musique par LuUi, 



— 29 — 

vous en Toudrez davantage, demandez-les à M/ de 
Boissy^ : c*est le plus joli garçon du monde, qui pour 
récompense ne veut que Thonneur d*ètre nommé dans 
cette lettre. Ten reçois une de Corbinelli : il est guéri; 
il a été très-mal. Ils iront à Grignan : j*en suis bien aise; 
vous parlerez de moi, et vous aurez une bonne com- 
pagnie. 

Vous vous moquez de mes questions, quand je vous 
demande si vous avez été à pied à Pierrelatte. En voici 
encore une : N'aurez- vous point de cocher? Êtes- vous 
bien contente de n'avoir qu'un palefrenier? J'en mène 
trois : Lombard, Langevin et la Porte : c'est un meuble 
qui me paroît fort nécessaire *'. 

Adieu, ma très-chère et très-aimable bonne : vous 
m'aimez ; c'est assurément le dessous de vos cartes, aussi 
bien que des miennes ". 

Ne croyez point que j'offense ce que j'aime par négliger 
ma santé : j'en ai un véritable soin pour l'amour de vous, 
et c'étoit pour vous plaire que j'allois voir M. de l'Orme. 
J'y trouvai Mme de Frontenac et la DMne ''', et la Ber- 
tillac, qui y loge, et qui est comme une potée de souris. 
Cette maison n'est point ennuyeuse; mais ma lettre, 
qu'en dites- vous? J'aime à vous parler quasi tous les 



et qui, comme nous Paront dit, fut représenté pour la première fois 
en 1675. 

54. Louis-Urbain LeftTre de Giumartin, mort sous-dojen du 
conseil d*État, le a décembre 1730. Il portait, du Tirantdesonpere, 
le nom de la terre deBoissy en Brie. {Nou de F édition ^1818.) 

55. Ce paragraphe n'est que dans Tédition de la Haye (1718). 

56. Tel est le texte de la Haye et de la première édition de Perrin 
(1734). Dans sa seconde (1754), le chevalier a ainsi éclairci la 
phrase : « Gomme la véritable tendresse que j*ai pour vous est le 
deisous des miennes. » Voyez plus haut, p. a3. 

57. IIlled*Outielaise.(iVo/ei&Perr«ii, 1734.) — Voyezaatomtll 
les notes 5 et 6 de la p. 19a. 



167S 



t6jS 



— 3o — 

jours : puisque cela ne vous déplaît pas, et que cela me 
fait plaisir, quel mal y auroit-il? Adieu encore, ma très- 
chère belle, croyez-moi bien véritablement et unique- 
ment à vous. J^embrasse et je baise M. de Grignan, 
c'est à lui à qui j'envoie l'opéra. 



426. — DE MADAME DE SÉVIGliE 
A MADAME DE GRIGNAN. 

A Paris, vendredi 9* août. 

Comme je ne vous écrivis qu'un petit billet mercredi^, 
j'oubliai plusieurs choses à vous dire. M. Boucherat me 
manda lundi au soir que le Coadjuteur avoit fait mer- 
veilles à une conférence à Saint-Germain, pour les affaires 
du clergé*. Monsieur de Condom et Monsieur d'Agen me 
dirent la même chose à Versailles. Je me suis persuadé 
qu'il fera aussi bien à sa harangue au Roi : ainsi il faudra 
toujours le louer. 

Voilà donc, ma chère bonne, nos pauvres amis qui ont 
repassé le Rhin fort heureusement, fort à loisir, et après 
avoir battu les ennemis : c'est une gloire bien complète 
pour M. de Lorges. Nous avions tous bien envie que le 
Roi lui envoyât le bâton après une si belle action, et si 
utile, dont il a seul tout l'honneur. Il a eu un coup de 
canon dans le ventre de son cheval, et qui lui passa entre 
les jambes : il étoit à cheval sur un coup de canon ; la Pro- 
vidence avoit bien donné sa commission à celui-là, aussi 
bien qu'aux autres. Nous n'avons perdu que Vaubrun, et 

Lbttbb 436 (revue sur une ancienne copie). -*-i. Voyez p. x3-3o, 
la longue lettre écrite le mercredi 7 août. 

a. A une conférence tenue le lundi 5 août entre les commissaires 
de la religion (comme on les appelait) et les commissaires du conseil ; 
un de ceux-ci était Colbert* 



— 3i — 

peat-€tre Montlaur*, firère du prince d^Harcourty votre 
ccNisiii germain : on n^en parle guère plus que d*un 
chien. La perte des ennemis a été grande ; de leur aveu, 
ils ont quatre mille hommes de tués ; nous n'en avons 
perdn que sept ou huit cents. Le duc de Sault, le che- 
valier de Grignan et leur cavalerie se sont distingués ; 
et les Anglois surtout ont fait des choses romanes- 
ques; enfin voilà un grand bonheur. On dit que Mon- 
tecnculi, après avoir envoyé témoigner à M. de Lorges 
la douleur €juïï avoit de la perte d*un si grand capi- 
taine*, lui manda qu'il lui laisseroit repasser le Rhin, 
et qu'*il ne vouloit point exposer sa réputation à la rage 
d*une armée furieuse, et à la valeur des jeunes Fran- 
çois, à qui rien ne peut résister dans leur première impé- 
toosité. En effet, le combat n'a point été général, et les 
troupes qui nous ont attaqués ont été défaites. Plusieurs 
courtisans, que je n'ose nommer par prudence', se sont 

3. Cëiar de Lorraine, comte de Montlaur, frère putné du prince 
d^Harcourt. « Il est mort, dit la Gazette du a 4 août, au cinquième 
jQfiir de la bleffure qu^il reçut dW coup de canon qui lui cassa 
r^panle gauche, le ay du passé. » Voyez plus bas, p. 80, la lettre 
dm «9 août. — Sur sa mère, son frère, et sa sœur la duchesse de 
CaciaTad (morte Pannëe précédente), royez tomes II, p. 88, note la; 
I, p. 499, note 6 ; et U, p. 87, note 4. — Sur Yaubrun, Toyez ci- 
dcMos, p. 17, la note ix de la lettre 4a5. 

4» c Un chirurgien français qui arait tout tu, lança son cheTal à 

txaTcra la plaine et rint apprendre au chef des troupes impériales 

Teffet de ce coup de canon qui lui donnait la victoire sans combat. 

On raconte que Montecuculi se recueillit un peu et qu*il dit graTe- 

ment : « Il est mort aujourd'hui un homme qui faisait honneur à 

crhomme. » (M. Rousset, Histoire de Louvois^ tome II, p. i6x.) — 

Voîci ce que dît la Gazette (1^, 666) de la belle conduite des Anglais, 

dont il est parlé un peu plus haut : a Les Ânglois et les Irlandois 

lirait poixrtaiit deschoses extraordinaires, et chacun d'eux essaya, par 

tint belle ëmnlatioiif de se distinguer dans les bois et dans la plaine. » 

$, Entre autres, le prince de Marsillac. Voyez la lettre du i a août 

Mirânt, p. 45 et 46. 



[675 



— 32 — 

signalés pour parler au Roi de M. de Lorges, et des rai— 

^ sons sans conséquence qui dévoient le faire maréchal de 
France tout à Theure; mais elles ont été inutiles. II a 
seulement le commandementd*Alsace, et vingt-cinq mille 
francs de pension qu*avoit Vaubrun. Ah! ce n'étoit pas 
cela qu'il vouloit. M. le comte d'Auvergne* a la charge 
de colonel général de la cavalerie, et le gouvernement de 
Limousin. M. de Bouillon se promène aux Tuileries, ravi 
de pouvoir être ce qui lui plaira, sans que personne y 
trouve à redire. Vous croyez bien que Mme de Bouillon 
est de son avis. Le cardinal de Bouillon est très-aflSUgé. 

Notre bon cardinal^ a encore écrit au pape, disant 
qu'il ne peut s'empêcher d'espérer que, quand Sa Sain- 
teté aura vu les raisons qui sont dans sa lettre, elle se ren- 
dra à ses trés-humbles prières; mais nous croyons que le 
pape infaillible, qui ne fait riend'inutile, ne lira seulement 
pas ses lettres, ayant fait sa réponse par avance, comme 



6. Frédéric-Maurice de la Tour, neveu de Turenne, et père de ce 
prmce d^ÀuTergne qui déserta en 1709 et passa au service des Hol- 
landais. Il était frère pu£né du duc de Bouillon (grand chambellan 
de France), et aîné du cardinal. Il avait épousé en 1662 Henriette- 
Françoise de ZoUem, fille héritière du prince de Hohen-ZoUem et 
de la marquise de Berg-op-Zoom. U se remaria en 1699 avec une 
noble Hollandaise, Elisabeth de Wassenaer, et mourut à soixante- 
six ans le a 3 novembre 1707. Sur ce gros homme «qui ne ressem- 
bloit pas mal à un sanglier, et toujours amoureux, 9 voyez Saint- 
Simon, tomes YI, p. i3o ; V, p. 3 19 ; II, p. a6o. — Sur la charge 
de colonel général de la cavalerie, voyez Saint-Simon, tome V, 
p. 3x5, et VH'utoire dt houvoU de M. Rousset, tome I, p. 176. «c Le 
Roi, dit la Gazette^ sous la date du 9 août, donna la charge de co* 
lonel général de la cavalerie de France au comte d'Auvergne, frère 
du duc de BouiUon, qui a servi, la dernière campagne et celle-ci, 
de maréchal de camp, avec beaucoup de valeur et de distinction 
dans toutes les occasions. » 

7. Le cardinal de Retz : voyez tome III, p. 459, 465, et 536, 
note i3. 



— 33 — 

notre petit ami * que vous oonnoissez. Monsieur le Cu> 
dinal se lève à six heures ; il dit son bréviaire en hébreu : 
vous êacweL pourquoi; il va à la grand'messe. Il dîne so- 
brement; il lit le Nouveau Testament, ou il écrit jusqu'à 
vêpres ; il se promène, il soupe i sept, se couche à dix ; il 
dit de bonnes choses ; en un mot, il paroit content. 

Parions un peu de M. de Turenne : il y a longtemps 
que nous n'en avons parlé. N admirez-vous point que 
nous trouvons heureux d'avoir repassé le Rhhi, et que 
ce qui auroit été un dégoût s'il étoit au monde, nous 
paroit une prospérité parce que nous ne l'avons plus ? 
Voyez ce que fait la perte d'un seul homme. Écoutez, je 
vous prie, ma bonne, une chose qui me paroît belle : il 
me semble que je lis l'histoire romaine. Saint-Hilaire *, 
lieutenant général de l'artillerie, fit donc arrêter M. de 
Turenne, qui avoit toujours galopé, pour lui faire voir 
une batterie; c'étoit comme s'il eut dit: «Monsieur, ar« 
rêtez-vous un peu, car c'est ici que vous devez être tué. » 
Le coup de canon vint donc, et emporta le bras de Saint- 
Hilaire, qui montroit cette batterie, et tua M. de Tu- 
renne. Le fils de Saint-Hilaire se jette i son père, et se 
met à crier et à pleurer. « Taisez-vous, mon enfant, lui 
dit-il; voyez (en lui montrant M. de Turenne roide 
mort), voilà ce qu'il faut pleurer éternellement ^^, voilà ce 

8. VoyeK tome III, p. 5ii et la note la. 

9* Cétait un officier de fortune, fils d*an saretier deNërac. Mai- 
nte par ton père, il s'engagea dant un régiment d'artillerie, et il 
purmt par son mérite au grade de lieutenant général. (Voyez la JVo^ 
tiu kittoriqtiê sur la ville de Nérae, par Christophe FilUneuve-'Barge' 
**•*» /'■^A' ^ Lot'^t''Garonne^ ancien sous^prifet^jie Nérae, k%eïk^ 
1807, û^9 p* 7*) Le fils parrint au même grade que son père. — 
La Fare rapporte à peu près de même les paroles de Saint-Hilaire 
(tomeLXV, p. 119,110). 

- }^; Le manuscrit porte : et cni^lement; les deux leçons sont dans 
1 écriture finciles à confondre. 

Un DB Sinon, ir 3 



1675 



i«7S 



-34- 

qui est itréparable. » Et sans faire aucune attention sur 
lui, se met à crier et à pleurer cette grande perte. M. de 
la Rocbefoucauld pleure lui-même, en admirant la no- 
blesse de ce sentiment. 

Le gentilhomme de M. deTurenne, qui étoit retonmé 
et qui est revenu, dit qu*il a vu faire des actions héroï- 
ques au chevalier de Grignan : il a été jusqu'à cinq fois 
à la charge, et sa cavalerie a si bien repoussé les ennemis, 
que ce fut cette vigueur extraordinaire qui décida du com- 
bat. Le Bonfflers a fort bien fait aussi, et le duc de Sault ^^ 
et surtout M. de Loi^es, qui panit neveu du héros en 
cette occasion ; mais le gentilhomme avoit tellement le che- 
valier de Grignan dans la tête qu'il ne pouvoit s'en taire : 
n'admirez-vous point qu'il n'ait pas été blessé, à se mêler 
comme il a fait, et essuyer tant de fois le feu des enne- 
mis ? Le duc de Villeroi ne se peut consoler de M. de Tu- 
renne i il croit que la fortune ne peut plus lui ftiire de mal, 
après lui avoir fait celui de lui ôter M. de Turenne et le 
plaisir d'être aimé et estimé d'un tel homme^*. Il avoit 
rhabillé à ses dépens tout un régiment anglois ^', et l'on 



XI. Le 3o juillet, à huit heures du matin, les ennemis attaquèrent 
notre arrière-garde, a où le chevalier de BoufBers, dit la Gazette 
(p. 617), les soutint d'abord, et les poussa ensuite avec nos dra- 
gons et cent cinquante mousquetaires d'Hamilton, qu'il posta dans 
les lieux où la cavalerie ne pouvoit agir. » Le duc de Sault têt 
nommé, dans la relation de la Gazette^ parmi les maréchaux de camp 
qui « coururent à la tète de tout pour mieux connoître les desseins 
des ennemis. L^infanterie combattit très^vigoureusement sous ses 
ordres et sous ceux du chevalier du Plessîs. 

la. Voyez la lettre du la août suivant, p. 45. 

i3. C'^ait le régiment de Monmouth, dont les capitaines, après 
avoir reçu Targent du Roi, n*étaient pas revenus en France. M. de 
Turenne s^engagea personnellement pour la somme de quinze mille 
livres; il avait payé six mille livres à oompte« {Lettres mUitairu^ 
tome III, p. aa6.) 



— 35 — 

ii*m troinré dans son co&e que neuf cents francs **. Son " ^ , 
eoipft est porté 4 Tarenne*'; plusieurs de ses gens et 
même de ses amis l*ont suivi. Le duc de Bouillon est 
levemi; \e chevalier de Coislin^*, parce qu^il est malade ; 
nais le chevalier de Vendôme, à la veille du combat : 
mlà sur quoi on crie, et toute la beauté de Mme de 
Indies ne Vexcuse point ^^. 

Voio une nouvelle : vous savez que le chevalier de 
liamâne et le chevalier de Chàtillon^' ne sont pas amis : 

Eofin^ pour éviter les discours superflus, 

i4« Dans les ëdidons de 1795 et de la Haye (1716) : neuf mlU 
tiwreê, 

i5. C*éuit ce qu'on croyait alort, mais le Roi ordonna qu'il fût 
posté à Saint-Denit : voyez la lettre du 19 août suivant. — Turenne, 
rtfwmr on sait, est en limousin, près de BriTe-k-Gaillarde. Sur 
la YiocMUtë, et c les droits régaliens, si Toisins de la souTeraineté, » 
que le maréchal arait obtenus pour elle, voyez Saint-Simon, tomeV, 
p. 317. 

i6. Charles-César, chevalier de Malte non profës, a frère du duc et 

àm. cardinal de ce nom (tome II, p. 481, note 8), et frère de mère 

comme eux de la maréchale de Rochefort. » Voyez ce que Saint- 

Siflaon eonte (tome II, p. a54-i56) de ce cynique que regrettèrent les 

homaêCes gens de la cour, de ses sorties et de ses manières si diffé- 

■ ftf de k pofitesie outrée de son frère le duc. « C*étoit un tr^»* 

Iftooiiéle homme dç tous points, et hrave, pauvre, mais à qui son 

frère le cardinal n*avoit jamais laissé manquer de rien, et un homme 

Covt extraordinaire, fort atrabilaire et fort incommode. Il ne sortoit 

p i «qu e jamais de Versailles, sans jamais voir le Roi, et avec tant 

d^affectation, que je Tai tu.... se trouver par hasard sur le passage 

da Roi, gagner au pied d*un autre côté. Il avoit quitté le service, 

Bahraité par M. de Lonvois, ainsi que son frère, à cause de M. de 

Tncmie, k qui il s'étoit attaché et qui Faimoit (voyez la lettre du 

4 MpCemhre). Il ne Tavoît de sa vie pardonné au ministre ni au 

■iltoe, qui sonffiroit cette folie par considération pour ses frères. » 

H munit Je tg férrier 1699. 

'7* Voyez la lettre du 11 décembre 1678, tome III, p. Sog. 

iè. Vor^^ ^ lettre du 5 janvier 1674, tome III, p. 35o. — Le 

fcn oui Wf €Êt ^ré du Cid^ acte I«r, scène m ; mais dans Corneille 



— 36 — 

j^ . vouft savez le reste des vers, Varangeville *• est secrétaire 
des commandements de Monsieur, et fort attaché au che- 
valier de Cbàtillon. Le chevalier de Lorraine prétend qa^il 
a sujet de se plaindre de Varangeville ; il le prit avant^hier 
matin dans une rue, étant suivi de vingt de ses gens, et 
lui dit : a Si vous continuez de m'offenser, je vous ferai 
donner vingt coups de bâton, et, si vous me dites un mot, 
voilà des messieurs (en montrant ses gens) qui vous trai- 
teront comme vous le méritez. » Varangeville répond : 
« Je n'ai rien à vous dire. Monsieur, avec une si nom- 
breuse compagnie; » et se va plaindre à Monsieur : il 
en est écouté et l'autre blâmé. Ce prince*® avoit pré- 
tendu que quand il auroit parlé il feroit chasser Varan- 
geville, et peut-être le chevalier de Cbàtillon, qui est la 
clef de la cabale; et voyant que cela ne toumoit pas 
comme il Tavoit imaginé '^, il alla après Monsieur à Ver^ 
saiUes, et en présence du Roi lui demanda congé de 
quitter son service, en disant pourtant toutes les obliga- 
tions qu'il avoit à Monsieur, et qu'il ne serviroit jamais 
personne après lui ; et prit le Roi pour témoin de sa fidé- 
lité pour Monsieur; mais que voyant qu'il préféroit un 
petit secrétaire à lui, il ne pouvoitplus être témoin de sa 
disgrâce, et qu'il s'en alloit où sa destinée le conduiroit. 
Le Roi, qui rioit en lui-même des orages de cette petite 
cour, n'interposa point son autorité, et après quelques 
paroles qu'il ne vouloit point dire en maître, il quitta le 

il y a épargner au lieu dVpiV«r. Celui qui Tient après, et que tant 
doute Bime de SëTigné Teut surtout rappeler, est : 

Vous êtes aujourd'hui ce cpi'autrefoîs je fus. 

19. Très-probablement Rocques de Varangerilie, (pii Ait depuis 
ambassadeur à Venise, et dont la fille a été mariée au maréchal de 
ViUars. 

ao. Le cheTalier de Loiraine. 

SI. Dans le manuscrit : c comme il m Tavoit imaginé, a 



-37- 

prince et le fayorit Le dernier revint à Paris, où Q reçut - 
par Mme de Monaco une lettre très-tendre de Monsieur ; 
mais an lieu de ne pousser pas plus loin sa colère, et de 
prendre ce prétexte pour revenir, il est allé à Chilly '*, où 
il dit qu'il attendra quelques jours pour voir ce que Mon- 
sieur fera pour sa satisfaction, et qu'ensuite, s'il n'est 
content, il s'en ira à Vichy prendre des eaux, et puis où 
il plaira à sa mauvaise fortune. Voilà où en est présente- 
ment l'affaire ; on ne doute point que les présents ne fas- 
sent trouver, comme c'est l'ordinaire, que les absents 
ont tort. Cependant Mme de Monaco est fort intriguée ; 
et le maïqais d'Effiat et Volonne *' ont été si habiles qu'ils 
ont donné la démission de leurs charges à Monsieur, fai- 
sant voir avec beaucoup d'habileté qu'ils étoient les va- 
lets du chevalier de Lorraine, et que ne l'ayant plus, ils 
ont perdu leur maître. Je vous manderai la suite de cette 
belle histoire *^. Adieu, ma très-chère. 

Nous attendons cette ratification avec beaucoup d'im- 
patience ; nous n'osons quitter Paris d'un moment, car 
nous savons que M. de Mirepoix et sa belle dame sont 
fort tentés de faire une infamie *'; nous sommes très- 
attentifs à l'arrivée de ce paquet. Je vous suis si parfai- 
tement acquise, que je ne trouve mes pas bien em- 
ployés que quand ils ont quelque rapport à vous. 

Tembrasse M. de Grignan, et vous ma bonne; Monté- 
limar^^j ma très-chère. 

». Village du dëpartement de Seine-et-Oiie, à quatre lieues au 
Mid de Paris. 

a3. Voyez tome III, p. 289, note 5, et p. agS et tuirante, note 3. 

H> Voyez les lettres des a6 et a8 août suiTants, p. 90 et io3. 

s5. Voyez la lettre du i» juillet 1675, tome III, p. 5i3 et sui- 
vante, et plus bas, p. 66 et 77, celles des 19 et ai août. 

96. Allusion au billet qui suit, de Coulanges. 



1675 



— 38 — 

4^7* — .^^ HOSSIEim DK GOmLAKGBB 

' ' A MADAME DE GRIGHAH. 

[Ce 9* août».]. 

Quand je mets sur vos paquets Moniélimarj o^est k 
dire « je vous adore. » Ainsi donc je vous dis règlement 
deux fois la semaine : « Je vous idore. Madame; Ma- 
dame la comtesse de Grignan, en votre château de Gii- 
gnan, je vous adore; » et c^est une manière de rondeau. 
Recevez donc agréablement le chiffre que je vous ai oa« 
chè à vous jusqu'ici pour le rendre plus secret à M. de 
Grignan, à qui il me paroît qu'il est bon de le cacher 
éternellement. J'ai reçu votre bonne et aimable lettre, que 
je conserve comme la prunelle de Tœil. Vous aves donc 
vu les tableaux de Monsieur votre mari : qu'en ditefr-vons, 
et surtout des petits moutons qui font lever la poudre de 
dessous leurs pieds? Savez-vous bien ce qu'ils signi- 
fient, ces petits moutons? car vous devez faire profit de 
tout : ils vous apprennent qu'il faut être mouton comme 
eux : soyez donc toujours mon petit mouton *, et sojez-le 
encore de celui qui a acheté les petits moutons qui parent 
votre cabinet. Il n'y eut jamais une pareille acquisition ; 
c'est de l'or en barre que les tableaux ; vous les vendrez 

LiTTaB 417 (revue sur uoe ancienne copie). — x. Ce billet, 
publié dans Tëdition de 1736 {la Haye)^ y était resté oublié. Il a 
paru pour la première fois dans Pédition de 1818. — - Mme deSé- 
Tigné faisait souvent ses paquets chez Coulanges, qui mettait sans 
doute Tenreloppe et Tadresse ; quelquefois il ajoutait un petit mot 
comme celui-ci, écrit peut-être sur la table même où Mme de Sévi- 
gné achevait sa lettre du 9 août, et trouvé par lui assez joli pour 
être tout de suite montré à sa cousine. Au moins peut-on s^expliquer 
ainsi la dernière phrase de la lettre précédente. Dans le manuscrit ce 
billet n^est point daté \ dans Fédition de la Haye il n*a que la date 
de Tannée (167$). 

9. Les mots : a soyez donc toujours mon petit mouton, » man- 
quent dans le manuscrit. 



-39- 

tocyoïiTS an double quand il vous plaira. Ne vous ennuyez 
donc point d^en voir arriver de nouveaux à Grignan, et 
parex-en yos <x>iirs et vos avant-cours, quand vous en au- 
rez sii£&samment pour vos chambres et tous vos cabinets ' . 
B ne tiendra pas à moi que je n*aille voir toutes ces 
merveilles au mois de septembre; mais jamais la maladie 
de Mme du Gué ne me le permettra. Je partirai pour 
Ljon assurément à la fin de ce mois. Je fais tout ce que 
je puis pour persuader à Madame votre mère d'y venir 
avec moi. Souffi4rez-vous qu'elle aille en Bretagne, quand 
toute la Bret$igne est soulevée, qu'on y pille, qu'on y 
brûle tous les châteaux et qu'on y viole toutes les fem- 
mes? Adieu, ma belle Comtesse ; MorUélimar, ma belle 
Comtesse; je suis tout à vous : vous entendez donc bien 
présentemeut ce que veut dire Montélimar. 



1S75 



428. DU GOBITE DE BUSST BABUTIli 

A MADAME DE SÉYIGlfâ. 

\jt lendemain du jour que feus reçu cette lettre (n» 4a4, p. 9), j*y 
tm cette réponse. 

A Chaseuy ce 11* août 167$. 

Js reçus hier votre lettre du 6* de ce mois, Madame; 
die est de cinq feuillets, et je vous assure que je Tai 
trouvée trop courte*. Soit que votre style, comme vous 
dites, soit laconique, soit que vous vous étendiez davan- 
tage, il jr a y ce me semble, dans vos lettres des agréments 

3, Les ta M^^M^ étaient apparemment une de ces fantaisies rui- 
Msasês oui ser^aimnt par ptartier tfhez le comte de Grignan (lettre du 
5 juin s68o). . 

Imttmm 4^8. — '• ^ Qac je la troure trop courte, d (Manuseni de 

riMStititt.) 



-4o- 

qu'on ne voit point aitteurs; et il ne faut pas dire q^ 
c'est Tamitié que j'ai pour vous qui me les embelli 
puisque de fort honnêtes gens, qui ne vous conuoisse^ 
pas, les ont admirées. 

Mais c'est assez vous louer pour cette fois. Les élogei 
ne doivent pas être comme vos lettres : ils ne sauroieni 
être trop courts pour être bons. 

Vous passerez, dites- vous, l'hiver en Bretagne ; cela 
est obligeant pour Mme de Grignan : on voit bien qu'en 
son absence tous pays vous sont égaux. 

Je vous plains d'être sujette aux vapeurs : c'est un mal 
plus désagréable qu'il n'est dangereux ; cependant il se 
fait craindre. C'est le chagrin qui le fait naître*, et la 
crainte qui l'entretient et qui l'augmente. Il seroit bien 
moindre, si l'on ne croyoit pas qu'il fît mourir. Il ne le 
faut donc pas croire ; car effectivement il ne le fait pas. 

Je suis d'accord avec vous, que la vie est trop courte : 
cent ans d'assurés seroit un temps raisonnable. Vous me 
demandez comment nous pourrions faire pour y par- 
venir : après y avoir bien songé, voici tout ce que j'ai pu 
trouver, non pas pour avoir aucune sûreté, mais au moins 
pour allonger vraisemblablement la vie. Ne dormir guère, 
manger peu, et né pas craindre la mort; s'ennuyer quel- 
quefois, et quelquefois se divertir; car si l'on se divertis- 
soit toujours, la vie paroîtroit trop courte ; si l'on s'en- 
nuyoit aussi toujours, on mourroit bientôt de chagrin. 
Mlle de Bussy est de mon avis, et elle prétend user de ce 
régime ; quand son mari ne seroit pas tel qu'elle le sou- 
haiteroit, elle n'en veut pas mourir un jour plus tôt. Elle 
veut, dit-elle, en ce cas-là, essayer à le survivre*. 



1. « Cependant il fait craindre. Cest le chagrin qui le Aût Tenir. » 
{MûMiserit de Cinttitut.) 

3. a Essayer de le surrivre. » {Ibidem,) 



-4i - 

Pour les souhaits que vous lui feites, elle en a toute la ' 
reconnoissance qu'elle en doit avoir ; mais quand vous ne 
Vaimeriez pas, elle est comme moi sur votre chapitre, 
elle ne laisseroit pas de vous trouver la plus aimable 
femme de France. 

Bien n*est mieux dit, plus agréablement^, ni plus juste, 
que ce que vous dites de la Providence sur la mort de 
M. de Turenne : que vous voyez * ce canon chargé de 
toute éternité. Il est vrai que c'est un coup du ciel. Dieu, 
qui laisse agir ordinairement les causes secondes, veut 
quelquefois agir lui seul. Il Ta fait, ce me semble, en 
cette occasion* : c'est lui qui a pointé cette pièce. Ne vous 
souvenez-vous pas, Madame, de la physionomie funeste 
de ce grand homme? Da temps que je ne Taimois pas, je 
disois que c'étoit une physionomie patibulaire''; si j'y 
avois songé depuis ma réconciUation avec lui, j'aurois 
appréhendé ce coup de canon. 

Tout ce que vous me mandez sur son bonheur de 
n'avoir pas survécu à sa réputation, comme cela se pou- 
voit, de même que le comte d'Harcourt et le maréchal 



4. « Pins plaiflamment. » {Manuscrit de Flnstitut,) 

5. « Qae tous croyez. » {Ibidem.) 

6. a II Ta fait en cette occasion, d {Fèidem,) 

7. Cette expression est étrange, mais Bussy dit lui-même qu'elle 
lui était dictée par la passion. Au reste, d*autres contemporains 
peignent Turenne sous des traits à peu près semblables^ Langlade 
a joint aux Mémoires du duc de Bouillon quelques particularités 
de la TÎe et des mceurs de Turenne. « Il aroit, dit-il, les yeux 
grands et pleins de feu, mais couTcrts de gros sourcils joints en* 
semble. La forme de son visage étoit assez régulière ; cependant, 
arec un air riant, il avoit quelque chose de sombre, et ce mélange 
formoit une physionomie assez extraordinaire et très-dii&eile à 
dépeindre. » Voyez les Mémoires du due de Bouillon^ Paris, 1699, 
p. 904. Les portraiu grarés du maréchal de Turenne ont conserré 
cette expression sombre et presque malheureuse. {Note de Védition 
de 1818.) 



1675 



i675 



-42- 

du Plessift Praslin, et j'ajoute le connétable Wrangel *, 
tout cela, dis-je, est admirable; et il n*y a qu'une chose 
qui me déplaît, c'est que vous me mettez en état que je 
n'en saurois rien dire, si je n'en dis moins. Je m'en tiens 
donc à ce que vous avez dit en l'honneur de sa mémoire ; 
mais j'ajouterai seulement que cette mémoire n'est rien, 
et que le méjMris qu'on a pour celle du comte d'Harcourt 
et l'estime qu'on a pour celle de M. de Turenne, ne leur 
font à présent ni bien ni mal ; et je conclus qu'il ne sert 
de rien d'être un héros que pour la gloire qu'on en a pen- 
dant sa vie*. 

Vous avez raison, Madame, de compter pour un bon- 
heur à M. de Turenne de n'avoir pas senti la mort *®. 
Cependant il n'y a que deux sortes de gens à qui la mort 
imprévue soit la meilleure : les saints et les athées. Véri- 
tablement M. de Turenne n'étoit pas de ces derniers, 
mais aussi n'étoit-il pas un saint. Je doute fort que la 
gloire du monde, pour qui il avoit une si violente passion , 
soit un sentiment qui sauve les chrétiens ^^ 

levons écrivis amplement le 6* de ce mois sur les huit 
maréchaux '* : je n'ai rien à vous en dire davantage, 

8. Charleft-GusUTe Wnmgel, maréchal gënëral et «onnëtable de 
Suède, mort dans cette charge en 1676. Il brûla les Taisseaux de 
l'amiral de Danemark en 1644, défit près d^Augsbourg les Impé- 
riaux et les Bararois en 1648, et Tescadre hollandaise au passage du 
Sund eu i658; mais la fortune Tabandonna en 167$ : il éprouva 
des revers considérables dans la guerre que le roi de Suède avait 
déclarée à Télecteur de Brandebourg, et la Suède perdit la Po- 
méranie, qu'elle ne recouvra que par le traité de Nimègue. {Note 
de rédition de 1818.) 

9. La fin du paragraphe, depuis : a mais j'ajouterai, a manque 
dans le manuscrit de Tlnstitut. 

10. c Vous avez raison de croire M. de Turenne heureux pour 
n*avoir pas, etc. a {Manuscrit de rtiutitut,) 

11. a Un sentiment qui contribue au salut. » {Ibidem,) 
19. Voyez ci-dessus, p. 8. 



-43- 

sÎDoii qae ce qae le csomte de Gramont a dit » Rochefort 
se pouvoit encore fort bien dire à deux autres ^'. 

Nous sommes deçà le Rhin ; mais on me mande que les 
Allemands y sont aussi : tout cela honoré bien la mé- 
moire de M. de Turenne. S'il vivoit, nous serions plus 
proches du Neckar que du Rhin ^* . J'espère que Monsieur 
le Prînc» remettra pour le moins les affaires en même état 
qn^elles étoient^', mais c'est une chose à &ire; et puis 
Monsieur le Prince guérit avec du vin émétique, et M. de 
Turenne guérissoit avec un bon régime de vivre. 

lia destinée de la belle Madelonne est bizarre, et il 
y a sujet de s*écrier : Providence! Providence! mais 
souvenez-vous du temps que vous m'écriviez que c'étoit 
un mari divin pour la société^* : il ne l'est pas pour le 
commerce. 

La petite Toulongeon est fort aise du bien que vous 
dites d'elle. Vous en diriez encore plus si vous l'aviez vue 
plus longtemps. Elle est bonne pour ses amies ; eUe est 
merveilleuse pour son mari; elle seroit admirable pour 
un amant, si elle en vouloit. Ne croyez pas M. de Sévigné 
guère plus en sûreté avec M. de Luxembourg qu'avec 

i3. A la place de ce paragraphe, on lit dans le manuscrit de Pin- 
stitnt : a Rien ne fait plus d*honneur à la mémoire de M. de Tu- 
tenne qne de fiûre huit maréchaux de France quand on le perd. 
Je ]i*o«ihlicrois pas à dire oela, si je faisois son oraison funèbre. » 

14. Au lien de cet mots : « Tout cela honore, etc., » on lit dans 
le manuscrit de Tlnstitut : « Voilà encore qui entreroit dans le 
panégyrique de mon héros. S*il riroit, les armées seroient plus pro- 
ches du Nécre {Bussjr écrit ainsi le mot dans Us deux copies) que du 
Rhin. Je crois que Monsieur le Prince, etc. » Le Neckar, ou Necker, 
prend sa source dans la forêt Noire et se jette dans le Rhin près de 
Manheim. 

i5. a Au même état, au moins, qu*ellef étoient. {Manuscrit de 
Ptêstitut.) La lettre finit, dans ce manuscrit, à la fin de ce para- 

16. Voyez 1m lettre du 4 juin 1669, tome I, p. 544- 



xa75 



-44- 

— — Monsieur le Prince : ce nouveau maréchal est aussi desi- 
' reux de gloire que s'il étoît encore à parvenir^''. 



429. — DE MADAME DE SÊVIGBÉ 
A B^ADAME DE GRIGNAIT. 

A PariSy lundi la* août. 

Jb vous envoie la plus belle et la meilleure relation 
qu'on ait eue ici de la mort de M. deTurenne : elle est du 
jeune marquis deFeuquières à Mme de Vins, pour M. de 
Pompone. Ce ministre me dit qu'elle étoit meilleure et 
plus exacte que celle du Roi. Il est vrai que ce petit Feu- 
quières^ a un coin d'Amauld dans sa tête, qui le fait 
mieux écrire que les autres courtisans. 

Je viens de voir le cardinal de Bouillon : il est changé 
à n'être pas connoissable. Il m'a fort parlé de vous : il ne 
doute pas de vos sentiments. Il m'a conté mille choses 
de M. deTurenne, qui font mourir. Son àme* apparem- 
ment étoit en état de paroitre devant Dieu, car sa vie 
étoit parfaitement innocente. Il demandoit à son neveu, 
à la Pentecôte, s'il ne pourroit pas communier sans se 

1 7. Dans notre copie, une autre main a ajouté ce qui fuit, à la fin 
de la lettre : « J'ai écrit au Roi sur la mort de M. deTurenne. VoilÀ 
ma lettre. Vous Toyez que je me sers de toutes sortes de sujets pour 
entretenir commerce aTec notre mattre. » — Voyez cette lettre au Roi 
dans Tédition de 1697, ^ome I, p. i8a, et dans la Correspondance^ 
tome III, p. 458. 

LvrTBB 499. — I. Antoine de Pas, marquis éfi Feuquières, auteur 
des Mémoires sur la guerre^ mort à soixante-trois ans en 1711 (Tojez 
la lettre du a février 1680). D était petit-fils d'Anne Amauld de 
Corberille, cousine germaine d* Amauld d'Andilly (Toyez tome II, 
p. 35i , note 3). 

a. Cest le texte de 1734. Dans Tédition de 1764 : a son onde, s 



-45- 

eonfesser. Il lui dit que non, et que depuis' Pâques il 
ne pouvoit guère s^assurer de n*ayoir pas offensé Dieu *. 
Il lui conta son état; il étoit^à mille lieues d'un péché 
mortels II alla pourtant à confesse, pour la coutume; il 
disoit : « BAais faut-il dire à ce réoollet comme à Mon- 
sieur de Saint-Gervais * ? Est-ce tout de même ?» En vé- 
rité, une telle àme est bien digne du ciel; elle venoit 
trop droit de IKeu pour n'y pas retourner, s'étant si peu 
gâtée par la corruption du monde. Il aimoit tendrement 
le fils de M. d^Elbeuf * ; c'est un prodige de valeur à qua- 
torze ans. Il 1* envoya Tannée' passée saluer Monsieur de 
Lonaîne, qui lui dit : « Mon petit cousin, vous êtes trop 
heureux de voir et d'entendre tous les jours M. de Tu- 
lenne ; tous n^avez que lui de parent et de père : baisez 
les pas par oii il passe, et vous faites tuera ses pieds. » 
Le pauvre enfant se meurt de douleur : c'est une afflic- 
tion de raison et d*enfance, à quoi Ton craint qu'il ne 
résiste pas. M. le comte d'Auvergne Ta pris avec lui, car 
il n*a rien n attendre de son père. Cavoie est affligé par 
les formes. Lie duc de Yilleroi a écrit ici des lettres dans 
le tainsport de sa douleur, qui sont d'une telle force qu'il 
les faut cncher. Il met au premier rang de toute la for- 
tune, d^avoir été aimé de ce héros *, et déclare qu'il mé- 
prise toute autre sorte d'estime après celle-là : sauve qui 
peut. M. de Marsillac s'est signalé en parlant de M. de 
Lorges comme d'un sujet digne d'une autre récompense 

3. « Et que depuis Pfiques app«reiiiment il aroit offensé Diea. » 
(JÉi&îap» de 1734-) 

4. Cest-à-dire comme aa curé de Saint-Geirais. 

5. Henri de lorraine, depuis duc d^Elbeuf, né le 7 août 166 1, fils 
de Charles de Lrf>Rmiiie duc d'Elbeuf (tome I, p. 383, note 3) et 
de la seconde femme Elisabeth de la Tour de Bouillon, nièce de 
Tmenne. 

6. Dans^l^ëdition de 1754 : c U ne Toit rien dans sa fortune au- 
dessus d'aroir été aimé, etc. » 



1S7S 



-46- 

■ que celle de la dépouille de M. de Vaubnm. Jamais rien 
^ n'auroit été d'une si grande édification et d'un si l>oii 
exemple, que de Thonorer du bâton après un si grand 
succès. 

Mme de 0)ulanges me mande comme vous vous cou* 
solerez aisément si elle passe Thiver à Lyon, et comme 
elle est aise aussi que vous soyez dans votre château. Je 
lui mande en général les commissions que vous me don- 
nez, et qui partent de la même bonté, tantôt d'empêcher 
Tune de se consoler, tantôt de faire que Tautre soit mar- 
quée et malade "^ ; enfin la peine que j'ai à faire vos com- 
missions. Elle nous écrit des lettres admirables, et nous 
parle souvent de la jolie haine qui est entre vous deux. 

Le chevalier de Lorraine est allé à une abbaye qu'il a 
en Picardie*. Mme de Monaco le fut voir à Chilly; mais 
elle n'a pu l'empêcher de partir et d'aller plus loin. On 
ne trouve pas sa politique bonne, et l'on croit qu'il y sera 
attrapé. C'est un étrange style que de vouloir faire chas- 
ser un principal officier dont on est content : c'est à ce 
prix qu'il met son retour. Je crois qu'il auroit eu con- 
tentement il y a quelques années ; mais les temps sont 
différents : on ri est pets volage pour ne changer quime 
fois*. Il n'est pas vrai que le marquis d'Effiat et Volonne 

7. Nous ayons déjà m plusieurs fois la même plaisanterie. Mme de 
Grignan avait souhaité de Toir diminuer le nombre de celles qui 
pouvaient lui disputer sa dignité de beauté. Voyez la lettre du 7 août 
précédent, p. 97 et s8. 

8. A raJ>ba7e de Saint-Jean des Vignes deSoissons. L*église en a 
été détruite pendant la Rérolution , mais il existe encore deux belles 
tours d*une architecture gothique estimée. Le chevalier de Lorraine 
avait en outre les abbayes de Saint-Benoit-sur-Loire et de Tiron. 
{Note de V édition de 1818.)— Le nom de Mme de Monaco et huit 
lignes plus bas ceux d'Effiat et de Volonne sont imprimés en entier 
dans la seconde édition de Perrin ; dans la première il n*y a que les 
initiales, avec des astérisques. 

9. Voyez la lettre du 9 août, de Mme de Sévigné, p. 35-37- 



-47- 

aient renda leurs charges ; mais ils ont accompagné le ^ ^ 
chevalier jusques à Chilly) et ils auront de grands dégoûts 
pendant cette disgrâce. 

La Garde vous a mandé ce que M. de Louvois a dit à 
la bonne Langlée^^, et comme le Roi est content des 
merveilles que le chevalier de Grignan a faites. S'il y a 
quelque chose d'agréable dans la vie, c'est la gloire qu'il 
s'est acquise dans cette occasion ; il n'y a pas une relation 
ni pas un homme qui ne parle de lui avec éloge. Sans sa 
cuirasse il étoit mort : il a eu plusieurs coups dans cette 
bienheureuse cuirasse ; il n'en avoit jamais porté : Pro- 
vidence! Providence! 

On vint éveiller Monsieur de Reims à cinq heures du 
matin, pour lui dire que M. de Turenne avoit été tué. Il 
demanda si l'armée étoit défaite ; on lui dit que non : il 
gronda qu'on l'eût éveillé, appela son valet coquin, fit 
retirer son rideau, et se rendormit. Adieu, mon enfant : 
que voulez-vous que je vous dise? 

Je vous envoie cette relation à cinq heures du soir : 
je fais mon paquet toute seule ; M. de G)ulanges vien- 
drait ce soir qui la voudroit copier, et je hais cela comme 
la mort. J'ai fait toutes vos amitiés et dit toutes vos dou- 

10. Saint-Simon dit potitiTement (tome VI, p. 179) queLanglëe 
(▼oyes tome II, p. 45^1 note 5) mourut <x sans aroir jamais été 
marié. » Il fait mention d*un frère quUl avait, a singulier eccléiÎM^ 
tique, » et d*une soeur , Mme de Guiscard. La bonne Langlée ëtait 
sans doute sa mire . Est-ce d*elle qu*il est encore question dans la lettre 
du 19 janvier 1689? Voyez les Mémoires de MademoUelle, tomes IV, 
p. 46s (i68s); II, p. 988 (i653). Voici comment Saint-Simon 
(tome II, p. 385) parle des parents de Langlëe : « Le père sVtoit 
enrichi, et la mère encore plus. L*nn avoit acheté une charge de 
maréchal des logis de Tarmée pour se décorer, qu*il n^avoit jamais 
faite *, Pautre avoit été femme de chambre de la Reine mère, fort 
bien avec eUe, intrigante qui sVtoit fait de la considération et des 
amis, et qiîi avoit produit son fils de bonne heure parmi le grand 
monde. » 



-48- 

^g j ceurs à IV^ de Pompone et à Mme de Vins : en vérité, 
elles sont très-bien reçues. Je loi dis la joie que vous aviez 
de n'être plus mêlée dans les sottes querelles de Provence : 
il en rit) et de la raison de votre sagesse. Il souhaiteroit 
que les Bretons s'amusassent à se haïr, plutôt qu'à se 
révolter. J'ai vu Mme Rouillé *^ chez elle ; je la trouvai 
toujours aimable; je croyois être à Âix. Je voudrois fort 
sa fille ^*, mais elle a de plus grandes idées. Adieu, ma 
très-chère et très-aimée. Mme de Yemeuil et la maré- 
chale de Gistelnau viennent d'admirer votre portrait : 
on l'aime tendrement, et il n'est pas si beau que vous. 
C'est à M. de Grignan, que j'embrasse, à qui j'envoie la 
relation aussi bien qu'à vous. 



43o. — DE MADAME DE SlÊVIGN^ 
A MADAlfE DE GRIGlfAir. 

A Versailles, mardi i3* août, à minuit. 

Voici la nouvelle du jour. Le Roi vient de dire que le 
duc de ZelP ayant assiégé Trêves, et le maréchal de 
Qéquy s'étant acheminé pour y aller, ce duc avoit quitte 
le siège, brûlé son propre camp, passé la rivière sur 
trois ponts, chargé en flanc et battu le maréchal de Cré- 
quy, pris son canon et son bagage, l'infanterie défaite, 
et la cavalerie dans un désordre effiroyable. On ne savoit 
pas ce qu'étoit devenu le maréchal de &équy. On croit 

II. Femme de Tintendant de ProTence, Rouillé de Mêlai. Voyex 
tome III, p. 977, note 9, et la lettre au comte de Guitaut du 
18 mai 1680. 

19. Pour Charles de Séyigné. Voyez la Notice^ p. m. 

Lbttbb 43o. — I. Frère du duc de Hanovre (royez plus bas, 
p. 61, note 6). Dans Tëdition de 1734 : le duc de Lunebourg. 1 



-49- 

que les ennemis sont retournés à Trêves, qui est sans ^ - 
gouverneur; car M« de Yiguori*, allant visiter une bat* 
terie, fut renversé par son cheval dans le fossé, dont il 
mourut sur-le-champ. Le pauvre la Marck* et le ohe- 
valier de Cauvisson* ont été tués : on saura demain les 
autres. Voilà ce que Sa Majesté a dit; mais à Paris on 
dit et on croit savoir que c'est une vraie déroute. Toute 
rinfanterie a été défaite, et la cavalerie en fuite et en 
désordre'. 

Mercredi i4« août. 

J^ai couru tout le matin pour savoir des nouvelles de 
la. rTronsse et de Sanzei : on ne dit rien de ce dernier ; on 
dit cjue la Trousse est blessé, et puis d'autres disent qu'on 
ne sait où il est : ce qui paroit sur, c'est qu'il n'est pas 
mort, puisqu'on sait le nom de tant de gens au-<lessous 
de lui. La consternation est grande. Rien n'empêche cette 
armée victorieuse de joindre Montecuculi , qui a passé 
le Rhin à Strasbourg*, où malgré la neutralité, on a 

9. On a prétendu qne M. de Vignori, gouyerneur de TrèTes, aToit 
ordre de sortir avec la plus grande partie de sa garnison, et de se 
joindre au maréchal de Créquy pendant le combat ; mais que n'ayant 
pmm pria la précaution de communiquer son ordre à l'officier principal 
qui conmandoit sous lui dans Trêves, sa mort aroit dérangé toutes 
les meaures du maréchal de Créquy. {Ifote de Pernn,)^^Nou» avons 
■nxri pour la fin de cette phrase le texte de 1764; voici la leçon 
de 1734 : « car M. de Vignori qui Tétoit, allant voir une batterie, 
Mm eheval Ta laissé dans un fossé, où il a été tué. d 

3. Henri-Robert Échallard, comte de la Marck. Voyez tome III, 
p. 393, note 7, et p. 489, note 3. 

4. Louis de Louet de Cauvisson, chevalier de Malte en 1649 ; il 
était (rère du marcpis de Cauvisson, lieutenant de Roi au gouverne- 
ment de Languedoc. 

5. Sar cette déroute de Con»-Saarbruck (11 août), et Théroïque 
toadmte dans Trêves du maréchal de Créquy, qui fut trahi par la 
|inuioa et lait prisonnier (6 septembre), voyez VHUtoire deLauçoU 
de M. Rouaset, tome II, p. 174 et suivantes. 

5. Cette ville se gouvernoit alors en république, et n*est soumise à 
1(1,0 IKB Sinon, iv 4 



— 5o — 

g - reçu les troupes allemandes''. On ne croit pas que Mon- 
sieur le Prince puisse joindre • notre armée ; il ne se porte 
pas bien : quelle conjoncture pour lui et pour sa gloire! 
Duras est seul à cette armée ; il a mandé au Roi, en le 
• remerciant, que son frère de Lorges méritoit bien mieux 
riionneur d*être maréchal de France que lui. Les enne- 
mis sont fiers de la mort de M. de Turenne : en voilà les 
e£Fets; ils ont repris courage. On ne peut en écrire da- 
vantage ; mais la consternation est grande ici : je vous le 
dis pour la seconde fois. Mlle de Méri est en peine de 
son fi*ère, elle a raison : c'est un beau miracle, si la 
Trousse s'est sauvé de Tétat où Ton nous l'a représenté *. 
Nous ne savons point encore la liste des morts : le nombre 
en est grand, puisque l'on compte sur les doigts ceux 
qui se sont sauvés. L'état de la maréchale de Créquy est 
bien afBreux, et de la marquise de la Trousse, qui ne 
savent point du tout ce que sont devenus leurs maris. 

la France que depuis le 3o septembre x68i. {Note de Perrin.) — 
Monteouculi avait passe le Rhin le 7 août. 

7. a Passe le Rhin à Strasbourg, où Ton sVst déclaré pour lui. » 
{Édition de i^Z^,) 

8. Dans Tédition de 1754, ou Ht commtmder au lieu de joindre, 

9. « Restaient au centre, sous les ordres du marquis de la Trousse , 
les deux bataillons des gardes et le bataillon de la Couronne ; ils 
étaient comme nojés au milieu dès flots pressés et tumultueux de 
Tarmée Tictorieuse. Le premier bataillon des gardes disparut sous le 
choc d*une masse énorme de cavalerie ; ses débris se relerèrent, 
essayèrent de se rallier, reçurent un nouveau choc, et furent anéantis. 
Le second bataillon et celui de la Couronne tinrent feime ; chargés 
de tous côtés, mais faisant partout fiice à Pennemi, perdant la moitié 
de leur monde, mais serrant les rangs à mesure, ils parvinrent à 
gagner un bois, où ils se jetèrent. Le marquis de la Trousse, moins 
heureux, fut fait prisonnier. » {Histoire de Louvois^ par M. Rousset, 
tome II, p. 176 et suivante.) 



— 5i — 

43 1. DE MADAME DE SÊVIGH^ 

A MADAME DE GRIGITAIT. 

A Paris, du 16' août. 

Jb voudrois mettre tout ce que vous m*écrivez de M. de 
Turenne dans une oraison funèbre : vraiment votre lettre 
est d'une énei^^e et d'une beauté extraordinaire ; vous 
étiez dans ces bouffées d'éloquence que donne l'émotion 
de la douleur. Ne croyez point, ma bonne, que son sou- 
venir iut fini ici quand votre lettre est arrivée : ce fleuve 
qui entraîne tout, n'entraîne pas sitôt une telle mémoire ; 
elle est consacrée à l'immortalité, et même dans le cœur 
d'une infinité de gens dont les sentiments sont fixés sur 
ce sujet. J'étois l'autre jour chez M. delà Rochefoucauld. 
Monsieur le Premier* y vint : Mme de Lavardin, M. de 
Marsillac, Mme de la Fayette et moi*. La conversation 
dura deux heures sur les divines qualités de ce véritable 
héros ; tous les yeux étoient baignés de larmes, et vous ne 
sauriez croire comme la douleur de sa perte est profon- 
dément gravée dans les cœurs : vous n'avez rien par- 
dessus nous que le soulagement de soupirer tout haut et 
d'écrire son panégyrique. Nous remarquions une chose, 
c'est que ce n'est pas depuis sa mort* que Ton admire la 
grandeur de son cœur, l'étendue de ses lumières et T'élé- 
vation de son àme : tout le monde en étoit plein pendant 
sa vie ; et vous pouvez penser ce que fait sa perte par- 

Lbttmb 43 1 (reme sur une ancienne copie): — i. Henri de Be~ 
ringhen, premier écuyer du Roi. Voyez tome II, p. i85, note 3. 

a. Tel est le texte du manuscrit, et des impressions de I7a5, 17216 
et 1734. Perrin, dans sa seconde édition, a ainsi corrigé la phrase : 
c J^étois Tautre jour chez M. de la Rochefoucauld, avec Mme de La- 
vardin, Mme de la Fayette et M. de Marsillac. Monsieur le Premier 
7 vint; la conversation, etc. » 

3. On lit II M mort^ j^ourdepuU sa mort^ dans les éditions de ly^S 
et 1726. 



1675 



— 52 — 

' dessus ce qa'on étoit déjà; enfin, ma bonne, ne croyez 

point que cette mort soit ici comme les autres. Vous fai- 
siez trop d'honneur au comte de Guiche ; mais pour l*un 
des deux héros de ce siècle, vous pouvez en parler tant 
qu'il vous plaira, sans croire que vous ayez une dose de 
douleur plus que les autres. Pour son àme, c'est encore 
un miracle qui vient de l'estime parfaite qu'on avoit pour 
lui,* il n'est pas tombé dans la tète d'aucun dévot qu'elle 
ne fût pas en bon état : on ne sauroit comprendre que le 
mal et le péché pussent être dans son cœur. Sa conver- 
sion si sincère nous a paru comme un baptême*. QiacuQ 
conte l'innocence de ses mœurs, la pureté de ses inten- 
tions, son humilité, éloignée de toute sorte d'affecta- 
tion, la solide gloire dont il étoit plein, sans faste et sans 
ostentation, aimant la vertu pour elle-même, sans se 
soucier de l'approbation des hommes; une charité gé- 
néreuse et chrétienne. Vous ai-je pas conté comme il 
rhabilla ce régiment anglois* (il lui en coûta quatorze 
mille francs), et resta sans argent*? Les Anglois ont dit 
à M. de Lorges qu'ils acbèveroient de servir cette cam- 
pagne pour le venger ; mais qu'après cela ils se retire- 
roient, ne pouvant obéir à d'autres qu'à M. de Turenne. 
Il y avoit de jeunes soldats qui s'impatientoient un peu 
dans les marais, où ils étoient dans l'eau jusqu'aux ge- 
noux; et les vieux soldats leur disoient : « Quoi! vous 
vous plaignez, on voit bien que vous ne connoissez pas 
M. de Turenne : il est plus fâché que nous quand nous 
sommes mal; il ne songe, à l'heure qu'il est, qu'à nous 
tirer d'ici ; il veille quand nous dormons : c'est notre père ; 



4. Voyez la lettre à BuMy, du 97 août 167$, p. 91. 

5. Le mot angloU n'est que dans Tédition de X754« 

6. Voyez plus haut, lettre 4s6, p. 34, la note i3, extnûu d'une 
lettre officielle. 



- 53 — 

aa ▼<rft bien que vous êtes bien jeunes ; » et les rassu 

loient ainsi. HTout ce que je vous mande est vrai : je ne me ' ^ 
diarge point des fadaises dont on croit faire plaisir aux 
gens éloignés : c^est abuser d*eux, et je choisis bien plus 
ce que je vous écris que ce que je vous dirois si vous 
étiex ici. Je reviens à son àme : c'est donc une chose à 
remarquer, nul dévot ne s'est avisé de douter que Dieu 
ne Feût reçue à bras ouverts, comme une des plus belles 
et des meilleures qui soient jamais sorties de lui. Médi- 
tez sur cette confiance générale de son salut, et vous 
trouverez que c'est une espèce de miracle qui n'est que 
poor lui : enfin personne n'a osé douter de son repos 
étemel. Vous verrez dans les nouvelles les effets de cette 
perte. 

Le Roi a dit d'un certain homme'', dont vous aimiez 
assez l^absence cet hiver, qu'il n'avoit ni cœur, ni esprit : 
rien €|ue cela. MmedeRohan, avec une poignée de gens, 
a dissipé et fait fuir les mutins qui s'étoient attroupés 
«lans la duché de Rohan. Les troupes sont à Nantes, 
commandées par Fourbin ; car Vins est toujours subaU 
terne. L^ordre de Fourbin est d'obéir à M. de Chaulnes; 
mais comme M. de Chaulnes est dans son Fort-Louis, 
Fotiri>in avance et commande toujours. Vous entendez 
bien ce que c'est que ces sortes d'honneurs en idée, que 
Von laisse sans action à ceuxqui commandent. M. deLa- 
vardin avoit fort demandé le commandement; il a été à 
la tête d'un vieux régiment", et prétendoit que ces hon- 
neurs lui étoient dus; mais il n'a pas eu contentement. 

7« Le maniiscrit porte : « à an certain homme. » 
S, Du résinent de NaTarre, Tun des six vieux. {Note de Perrin,) 
On appelait ainsi familièrement les six plus anciens régiments de 
Ytrmie et petits rieux les six régiments suiranu. Ces douze-là âTaient 
le witilége de ne point changer de nom en changeant de colonel. 
VoffS VHutoire de Louvou de M. Rousset, tome I, p. 9S9-ss4« 



- 54- 

j^ 5 On dit que nos mutins demandent pardon ; je crois qu^on 
leur pardonnera moyennant quelques pendus. On a ôté 
M. Chamillart* qui étoit odieux à la province, et Ton a 
donné pour intendant de ces troupes M. de Marillac^^, 
qui est un fort honnête homme. Ce n'est plus ces désor- 
dres qui m'empêchent de partir, c'est autre chose que je 
ne veux pas quitter; je n'ai pas pu même aller à Livry, 
quelque envie que j'en aie ; il faut prendre le temps 
comme il vient : on est assez aise d'être au milieu des 
nouvelles dans ces terribles temps. 

Écoutez, je vous prie, encore un mot de M. de Tu- 
renne. Ilavoit fait connoissance avec un bei^erquisavoit 
très-bien les chemins et le pays ; il alloit seul avec lui, 
et faisoit poster ses troupes selon la connoissance que cet 
homme lui donnoit : il aimoit ce berger, et le trouvoit 
d'un sens admirable, et disoit que le général Beck^^ étoit 



9« Celui qui conclut à la mort dans Taffaire de Foucquet (voyez 
tome I, p. 453, note 11), et qui mourut intendant de Caen cette 
année-là même (1675). 

10. Probablement celui qui devint le beau-père du fils de Mme de 
la Fayette : voyez les lettres des x4 et a 5 septembre 1689. — Dans 
Tëdition de 179$, il y a MarsUlae; dans celle de la Haye (1726), 
Màrtillac, 

11. a De postillon, d'autres (rur^ra/ie, par exemple) disent de ber- 
ger, Beck, devenu soldat, avoit passe par tous les grades militaires, 
et enfin étoit parvenu à la dignité de maréchal de camp général et 
de gouverneur du duché de Luxembourg. Sa fortune égaloit celle 
des plus riches seigneur* ; son nom fignroit parmi les noms les plus 
illustres de TEurope. Il excelloit surtout dans la connoissance du 
théâtre de la guerre et dans la science des postes, o (Désormeaux, 
Histoire de Louis 11^ prince de Condé^ livre III.) C'était Beck qui com- 
mandait à Lens (1648); Tarchiduc Léopold n'avait que le nom et 
les honneurs de général. Après de vains prodiges de valeur, a il fut 
percé de coups, baigné de sang, conduit à Arras, » et mourut peu 
de temps après, inconsolable de sa défaite. Voyez Tode deSarasin 
Sur la èataille de Lens, — On lit dans les deux éditions de Perrin : le 
colonel Bec; dans le manuscrit : le génrraL ... (le nom propre est omis). 



L 



— 55 — 

tenu comme cela, et qu'il croyoit que ce berger f croit sa "JTTs 
fortune comme lui. Quand il eut fait passer ses troupes 
à loisir, il se trouva content, et dit à M. de Roye*" : 

is. Fils d*ane sœur et mari d^nne nièce de Turenne : Frédéric- 
Charles de la Rochefoucauld, comte de Roje et comte de Roucy (son 
fils aîné, et sans doute son père, mort en 1680, portèrent ce dernier 
titre; voyez la fin de la note). Il était, comme Tauteur des Maximes^ 
arrière-petit-fils de François III, comte de la Rochefoucauld, qui fut 
taé à la Saint-Barthélémy, mais il descendait delà deuxième femme 
de ce François III, Charlotte de Roje, comtesse de Roucy, sœur 
puînée de la première femme de Louis I*' prince de Condé. Il arait 
dès i638 perdu sa mère Julienne-Catherine de la Tour, dont en i656 
il épousa la nièce Isabelle de Durfort (soeur des ducs de Duras et de 
Lorges : royez tome II, p. 85, note 7, et tome III, p. 537, note ^7)' 
c Toute cette branche de la Rochefoucauld Roye étoit huguenote. 
Lors de la révocation de Tédit de Nantes, le comte de Roye.... 
et sa fenmne se retirèrent en Danemark, où, comme il étoit lieutenant 
général en France, il fut fait grand maréchal et commanda toutes les 
troupes. C*étoit en i683, et en 1686 il fut fait chevalier de TËlé- 
phant. Il étoit là très-grandement établi, et lui et la comtesse de Roye 
snr un grand pied de considération, s Une plaisanterie cruelle de 
la comtesse sur la reine de Danemark leur attira Tordre de quitter 
le pays. Le comte de Roye a ne put conjurer Torage. Il vint avec sa 
fiunille à Hambourg.... et à la révolution d^ Angleterre il y passa, 
c*est-À-dire quelques mois devant. Le roi Jacques, qui y étoit en- 
core, le fit comte de Lifford et pair d'Irlande, dont un fils qui Ta- 
voit suivi prit le nom.... Le comte de Roye étoit donc à Londres 
avec un fils et deux filles, et le comte de Feversham, frère de sa 
femme, chevalier de la Jarretière et capitaine des gardes du corps. A 
la révolution, ils ne se mêlèrent de rien; et il a passé dix-huit ans 
en Angleterre sans charge et sans service, et mourut aux eaux de Bath 
en 1690. Ses antres enfiints étoient demeurés en France ; on les avoit 
mis dans le service après leur avoir fait faire abjuration, et les au- 
tres dans des collèges ou dans des couvents. Le Roi leur donna 
des pensions, et M. de la Rochefoucauld avec MM. de Duras et de 
Lorges leur servirent de pères. » La comtesse de Roye, qui « étoit 
très-opiniâtre huguenote et avoit empêché la conversion de son 
mari, 9 mourut fort âgée en Angleterre au milieu de janvier I7i5. 
Voyez les Mémoires de Saint-Simon^ tomes I, p. 4 x 9-491, et XII, 
p. 19. — Dans le manuscrit, on lit : a M. de Roix; » dans l'édition 
de 1795 : a M. de Roncy ; » dans celles de 1796 : « M. de Roucy. a 



— 56 — 

j^ . « Tout de bon, il me semble que cela n'est pas trop mal ; 
je crois que M. de Montecaculi trouveroit assez bien ce 
que Ton vient de faire. » Il est vrai que c*étoit un chef- 
d'œuvre d'habileté. Mme de Villars a vu encore une re- 
lation depuis le jour du combat : on lui dit que dans le 
passage du Rhin le chevalier de Grignan fit encore des 
merveilles de valeur et de prudence : il est impossible de 
s'être plus distingué qu'il a fait. Dieu le conserve ! car le 
courage de M. deTurenne est passé à nos ennemis : ils 
ne trouvent plus rien d'impossible depuis la défaite du 
maréchal de Créquy. 

M. de la Feuillade a pris la poste, et s'en est venu droit 
à Versailles, où il surprit le Roi; il lui dît : o Sire, les 
uns font venir leurs femmes (c'est Rochefort), les au- 
tres les viennent voir : pour moi, je viens voir une heure 
Votre Majesté, et la remercier mille et mille fois ; je ne 
verrai que Votre Majesté, car ce n'est qu'à elle que je 
dois tout. » Il causa assez longtemps, et puis prit congé, 
et dit : « Sire, je m'en vais, je vous supplie de faire mes 
compliments à la Reine, à Monsieur le Dauphin, à ma 
femme et à mes enfants, » et s'en alla remonter à cheval, 
et en e£Fet n'a vu âme vivante. Cette petite équipée a fort 
plu au Roi ; il a raconté en riant comme il étoit chargé 
de compliments. Il n'y a qu'à être heureux, tout réus- 
sit. Je finis, au pied de la lettre entièrement à vous. 
J'embrasse le G>mte. 

Nous allons songer à votre tapis de pied". 



i3. Ces mots, dans le manuscrit, qui seul les donne, viennent après 
ceux-ci , qui terminent un alinéa de la p. 53 : « les efîeU de cette 
perte. » Mme de Sévigné les avait sans doute écrits , après avoir 
achevé sa lettre, à une place quelconque de son papier, demeurée 
blanche. — Trois lignes plus haut, après le mot compliments^ le che- 
valier de Perrin, dans son édition de 1754, a ajouté: « de M. delà 
Feuillade. » 



-57- 

Vendredi au goîr, i6* aoflt. . . 

1675 

Enfin M. de la Trousse est trouvé; admirez son bon- 
heur dans toute cette affaire. Après avoir fait des mer- 
veilles à la tête de ce bataillon, il est enveloppé de deux 
escadrons, et si bien enveloppé, qu'on ne sait ce que tout 
cela est devenu : tout d*un coup il se trouve qu'il est pri- 
soauîer ; de qui ? du marquis de Grana, qu'il a vu pen- 
dant six mois à G)logne^*, et qui Faime extrêmement^'. Il 
a aussi une jolie petite blessure, et pourra fort bien faire 
ses vendanges à la Trousse ; car il viendra très-assuré- 
ment sur sa parole ; et pour mieux dire, il sera reçu très- 
agréablement à la cour. Je n'ai jamais vu tant de soins 
et tant d'amitiés que tous ses amis lui en ont témoigné : 
je le plains d'avoir tant de remerciements à faire ; mais 
n"* est-il pas vrai que si on avoit fait exprès une destinée, 
on n'auroit pas imaginé autre chose que ce qui lui est 
arrivé ? 

Pour le bon Sanzei, nous n^en avons aucune nou- 
velle : cela n'est guère bon. Le maréchal de Créquy est 
à Trêves, à ce que l'on dit : ses gens l'ont vn passer, lui 
cjnatrième, dans un petit bateau : 

On parle d'eaux, de Tibre, et Ton se tait du reste '^ 

Sa femme est folle de douleur, et n'a pas reçu un mot 

de lui. Je crois qu'il est noyé ou tué par les paysans en 

ailant à Trêves ; enfin je trouve que tout va mal, hormis 

la TVonsse. Monsieur le Prince s'achemine vers l'Alle- 

t4. Où U était tans doute enrojë de TEmperenr ; il le fut auprès 
Jo prince d'Orange eo 1675. 

tS. Dan» rédîtion de 1754 : « et qui s*ëtoit lié d'amitië avec lui : 
rou9 pou-rez penaer comme il sera traité. Il a aussi, etc. » 
f6. Ver» de Corneille (Ciniui, acte IV, scène it), déjà cité plusieurs 

fois. 



1675 



— 58 — 

magne; Monsieur le Duc y est déjà^''. M. de la Feuillade 
est allé ramasser les débris de Tarmée du maréchal de 
Créquy, pour se joindre à Monsieur le Prince. Il ne faut 
point faire d*almanachs; mais si les ennemis ont pris 
Haguenau, comme on Ta dit, la carte nous apprend que 
cela n'est pas bon*'. Si vous trouvez que vous n'ayez 
pas assez de nouvelles présentement, vous êtes, en vé- 
rité, ma fille, bien difficile à contenter : je crois même 
que de longtemps vous ne manquerez de grands évé- 
nements. On nous dit ici que votre armée de Messine 
s'est embarquée tout doucement, et s'en revient en 
Provence**. 

Si le Coadjuteur avoit pris dans sa harangue le style 
ordinaire des louanges, il ne seroit pas aujourd'hui fort à 
propos. Il passe sur l'affaire présente avec une adresse et 
un esprit admirable ; il vous mandera le tour qu'il donne 
à ce petit inconvénient ; pourvu qu'il sache recoudre ce 



17. La Gazette (p. 658) annonce que le duc d^Enghien arriva à 
Farmëe le 17 août, et le prince de Condë le 19. 

18. Ce fut seulement le 18 août que Montecuculi se détermina au 
siège de Haguenau, a qu^il alla investir le lendemain, et quUl fit 
battre le 30 et le a i , dit la Gazette (p. 646), avec trente-deux pièces de 
canon; o mais dans la nuit du ai au aa, ayant appris que le prince 
de Condë venait Tattaquer avec toutes ses troupes, il se hâta de 
lever le siëge. 

19. a Nous avons eu avis de plusieurs endroits de Sicile que le 
duc de Vivonne, après avoir bien pourvu à la sûretë de Messine et de 
tous les forts, par de bonnes garnisons, ëtoit parti avec vingt galères, 
autant de vaisseaux de guerre et un grand nombre de navires de 
charge, ayant laisse le reste de la flotte dans le port.... On avoit ap- 
pris que le duc de Vivonne avoit résolu de faire une descente dans 
le royaume de Naples. ... On ajoute que les vaisseaux de charge fran- 
çois, ayant été écartés bien avant, s^étoient séparés de Tarmée pour 
aller en Provence, afin d*y prendre les munitions de guerre et de 
bouche qu on y a préparées. » {Gazette </ii a4 ao<Jf, sous la rubrique 
de Gènes, 7 août.) 



-59- 

moToeaa bien jaste dans sa pièce, ce sera le plus beaa ^ - 
et le plus galant'^. 

Qae dit le Comte de toutes nos nouvelles ? Cest à lui 
qiie j'^adresse la parole pour me réjouir des merveilles 
du chevalier. Saint-Hérem a perdu deux de ses neveux 
en huit jours; Taîné étoit à la tête du régiment Royal- 
cavalerie ; je Tavois voulu demander pour mon fils ; mais 
Mme de Montrevel*^ le demande avec la même fureur 
qu'elle demandoit un mari : le moyen de le lui refuser? 
Adieu, ma très-chère et très*aimable. 

On dit que la Marck n est point mort : je plains sa 
femme et peut-être sa maîtresse. 



43a. — DE MADAME DE SÊVIGNÊ 
A MADAME DE GBIONAir. 

A Paris, lundi 19* aoflt. 

Jb commence cette lettre, ma bonne, mais je ne la fini- 
rai pas sans vous dire beaucoup d'autres choses. Je ballotte 
présentement, et vous veux compter des choses si raison- 
nables que le Roi a dites, que c*est un plaisir de les en- 
tendre. Il a fort bien compris la perte de M. de Turenne ; 



30. Dans rédition de 1754, ce paragraphe commence et finit au- 
trement : « Le Coadjuteur aroît pris.... mais aujourd'hui cela seroit 
hors de propos.... et pourru que ce morceau soit recousu bien 
JDSte, ce sera le plus beau et le plus galant de son discours. » — 
Cest le 17 août que le Coadjuteur harangua le Roi au nom de ras- 
semblée du clergé ; il aTait communiqué son discours à Mme de 
Sérigné a^aot de le prononcer. Voyez la note 16 de la lettre sui- 
TBote, p. 65, 

SI. Vojes, tome in, p. 4^1 , note i , et plus loin la lettre du 4 sep- 
tembre 1675, p. ii3. 



tÔjS 



— 60 — 

et quand 3 rêve et rentre en lui-même, il la prend pour 
la cause de ce dernier malheur^. Un courtisan vouloit lui 
faire croire que ce n'étoit rien que ce qu'on aToit perdu ; 
il répondit qu'il haïssoit ces manières, et qu*en un mot 
c^étoit une défaite complète. On Toulut excuser le maré«- 
chal de Créquy; il convint que c'étoit un très-brave 
homme ; « mais ce qui est désagréable, dit-il, c'est que 
mes troupes ont été battues par des gens qui n'ont jamais 
joué qu'à la bassette. » Il est vrai que ce duc de Zell est 
jeune et joueur; mais voilà un joli coup d'essai. Un 
autre courtisan voulut dire : « Mais pourquoi le maréchal 
de Qréquy donnoit-il la bataille ?» Le Roi répondit, et se 
souvint d'un vieux conte du duc de Weimar* qu'il appli- 
qua très-bien. Ce Weimar étoit en France, et un* vieux 
Parabère^, cordon bleu, lui demanda, en parlant de la 
dernière bataille qu'il avoit perdue : « Monsieur, pour- 
quoi la donniez- vous ? — Monsieur, lui répondit ce duc 
de Weimar, c'est que je croyois la gagner; » et puis se 
tourna : « Qui est ce sot cordon bleu-là ? » Toute cette 
application est extrêmement plaisante. M. de Lorraine' 

Lnru 43> (rerue sur une ancienne copie). — i . Voyez ci-desMu, 
p. 4^, le commencement de la lettre da x3 août, et, plus bat, 
p. 1 1 1 , celle du 4 septembre suirant. 

1. Bernard de Saxe- Weimar, Tun des plus grands capitaines du 
commencement du dix-septième siècle, mort le 18 juillet i639,à Tâge 
de trente-neuf ans. Il Tint à Paris en i636 et en 1637. 

3. Tel est le texte du manuscrit et de la seconde édition de Pétrin 
(1754). Dans la première (1734), le cbcTalier avait ainsi allongé la 
phrase : « Ce Weimar, après la mort du grand Gustare, comman- 
doit les Suédois alliés de la France; un rieux Parabère, etc. » 

4. Henri deBaudean, comte de Parabère, gourerneur du Poitou; 
il mourut le 11 août i653. {Note de Pédition de 1818.) Voyes la 
lettre (de Bussjr) du i** septembre suivant. — Dans le manuscrit, 
il y a ParabeUe^ au lieu de Parabère, 

5. Charles IV, qui mourut cinq semaines après la victoire de son 
lieutenant à Cona-Saarbruck (le 17 septembre 1676). 



— 6i — 
n*ayoit pas yooIu obéir à ce jenne duc de Zell*, qui est - 

6. Ce duc arait cinquante etun an8,mai8pouTait bien paraître jeune 
à un TÎeux chef d^année conune Charles IV , qui, ne quelques mois 
vnnt Bernard de Weimar, son ancien adversaire, Tenait d^entrer dans 
sa soixante-douzième année. — Georges-Guillaume et Jean-Frédéric 
de Brunswick Lunebourg Zell étaient derenus en 1 665, à la mort de 
leur frère aîné Cbristian-Louis, le premier duc de Zell, le second duc 
d*HanoTre. Un troisième frère, Emest-Auguste, alors éréque d*Osna- 
farack (depuis i66a), recueillit en 1679 la succession d'Hanovre, s*as* 
sura en 169a celle du duché de Zell, et obtint de TËmpereur la di- 
gnité électorale : ce futur électeur d^Hanovre se trouva, ainsi que son 
jeune fils Georges-Louis (âgé alors de quinze ans, roi d^Àngleterre 
en 1714)1 AU combat de Conz-Saarbruck. »- Georges-* Guillaume 
duc de Zell avait épousé une Française, a Elle étoit fille d'Alexandre 
Desmiers, seigneur d*01breuse, gentilhomme de Poitou, protestant, 
qui.... passa en Allemagne et s'établit en Brandebourg, où sa fille, 
belle et sage, fut fille d'honneur de TÉlectrice, veuve de Christian* 
Lrionis duc de Zell.... Georges-Guillaume, frère du premier mari de 
cette électrice , duc de Zell par la mort de son frère atné, devint 
amoureux de cette fille d'honneur de l'Électrice, et l'épousa. Dans la 
Boite il obtint de l'Empereur de la faire princesse de l'Empire pour 
couvrir l'inégalité de ce mariage, et que leurs enfants.... pussent 
succéder. Il mourut en août 170S, à quatre-vingt-un ans, elle en fé- 
vrier 1793, ne laissant qu'une fille mariée (168 a) à son cousin ger- 
main Georges-Louis.... successeur de la reine Anne à la couronna 
d* Angleterre, dont le fils j règne aujourd'hui, et que son mari, ja- 
loux d'elle, longtemps avant d'être roi d'Angleterre, tint enfermée le 
reste de ses jours, après avoir fait jeter dans un four ardent le comte 
deKœnigsmarck. — Jean-Frédéric, frère cadet de Christian-Louis.... 
et de Georges-Guillaume, avoit usurpé le duché de Zell sur Georges* 
Guillaume, mari.... d'Ëléonore Desmiers.... Georges-Guillaume 
conquit et garda le duché de Zell, et Jean-Frédéric demeura duc 
d'Hanovre. U (ce due d'Hanovre) se fit catholique en x657 et mourut 
en 1679. Il avoit épousé en 1667 Bénédicte-Henriette-Philippine {filU 
de la Palatine : voyez tome //,/>. SgS, note 3).... Ainsi cette Éléonore 
Deimiers Olbreuse étoit belle-sœur de la duchesse d'Hanovre ou de 
Brunswick, que nous avons vu mourir à Paris, au Luxembourg, 
'ù. n'jr a pas longtemps, et belle-mère du second électeur d'Hanovre, 
premier roi d'Angleterre de sa maison, et grand'mère du roi d'An- 
gktare électeur d'Hanovre d'aujourd'hui. Malgré l'inégalité de son 
mariage qui se pardonne si peu en Allemagne, malgré les malheurs 
de sa Bile sa vertu et sa conduite la firent aimer et respecter de toute 



107^ 



- 62 — 

firère du duc de Hanovre''; et ce ducdeZell, quiavoitlà 
toutes ses troupes, avoit voulu les commander; tout a 
bien été pour eux. On ne sait encore rien du maréchal 
de Créquy depuis le petit bateau' ; poiu* moi, je le crois 
mort. 

On ne pense plus au chevalier de Lorraine ; il est à 
son abbaye : voici un méchant temps pour les médio- 
cres nouvelles. J'ai envoyé toutes vos lettres. Je parlerai à 
M. de Pompone pour le monseigneur^. En attendant, je 
crois que M. de Yivonne a son passe-port sans consé- 
quence ; et, comme il est sûr que vous ne devez pas le 
fôcher**, je lui écrirois un billet, et y ficherois un mon-- 
seigneur en faveur de son nom. Pour les autres, il faut 
chicaner comme Beuvron et Lavardin : ils font écrire 
leurs sœurs, leurs mères; ils ont cette conduite, je la 
sais, et ils évitent la décision. On croit que d'Ambres ^^ 



la maison deBmotwick et du roi d* Angleterre, son gendre, et consi- 
dérer dans toute TAllemagne. d (Saint-Simon, tome XIX, p. 809, 3io; 
seulement nous nous sommes conformé à Moréri pour les prénoms, 
fort brouillés dans le texte des Mémoires,) 

7. Dans le manuscrit : ce du duc d^Hanoupre, » 

8. Voyez la Jettre précédente, p. Sy, 

9. Il y eut une dispute en ce temps-là pour saroir si on deroit 
aux maréchaux de France le monseigneur en écrirant. {Note dePerrin,) 
Cette discussion se renouvela en Tannée x68i. Voyez la lettre de 
Bussy du 6 mai 168 1, la réponse de Mme de Sérigné, du 36 mai, et 
quelques-unes des lettres qui viennent après. — On peut voir dans 
les Œuvres de Balzac (édit. de x665, in-folio, tome II, p. 6o5, 606 
et 607), deux curieux passages sur Temploi du monseigneur en France. 

xo. Dans les éditions de 1784 et 1754 : <( que vous ne devez pas 
vouloir le fâcher. 9 Un peu plus loin Perrin a remplacé y ficherois 
par fjr glisserois ; et après f écrirois ^ il a mis, dans sa seconde édition 
seulement, à votre place, 

XI. Le marquis d* Ambres était lieutenant général au gouverne- 
ment de la haute Guienne, dont le maréchal d'Albret était gouvex^ 
neur. Voyez p. 94 et 9$, la fin de la lettre du 37 août suivant, et 
tome II, p. X04, note 4. 



— 63 — 

perdra cette contestation contre le maréchal d*Albret, et 
qae la régie sera générale. Cest le Roi qui doit dans peu 
de jours prononcer sur cette ajBTaire. 

Je passe droit au cuisinier. Voilà une terrible chose 
que le vôtre s* en soit allé avec Tofficier. En vérité je ne 
me mêlerai point de vous en envoyer, à moins que ce fût 
une perle, si orientale, que Ton fut assuré de n'en avoir 
aucun reproche. Mais voici ce qui arrive. J*ai mon cuisi- 
nier qui est tellement au-dessus de mon mérite que fran- 
chement il me fait pitié. L'idée d'avoir été à moi le gâtera 
peut-être auprès de vous. Vous vous souvenez encore de 
celui qui vouloit se retirer, et qui craignoit le feu, qui 
nie vouloit servir; mais pour vous remettre, songez que 
celui-ci a appris son métier avec maître Claude, que vous 
approuvez. Il a été dans des bonnes maisons, et le pre* 
mier président de Grenoble^', à qui je Taiôté par maître 
Claude, n'est pas consolable de ne l'avoir plus. Je l'ai 
donné à M. de la Garde, pour deux cent cinquante livres 
de gages, sans profits. Vous le verrez à Grignan, vous le 
ferez travailler, vous verrez s'il vous est agréable, et vous 
ordonnerez. Il vous demeurera, si vous vous accommodez 
de lui, et s'il s'accommode de vous, car ce sont deux: 
sinon il reviendra avec la Garde, et comme il n'envisage 
que lui, vous n'êtes chargée de rien. Pour moi je pleure 
de le quitter; il nous fait des ragoûts d'aloyau et de con- 
combres que nous préférons à tout. Il a un goût droit 
qui me plaît. Voilà tout ce que je puis dire sur ce beau 
chapitre. 

Lundi au soir. 

J'ai causé une heure avec M. de Pompone et Mme de 
Vins ; nous avons un peu battu la Provence, après plu- 

19. Le premier président du parlement de Grenoble était en ce 
l^mpg^lji Deni^ le Goux de la Berchère. 



-64- 

g - sieurs autres choses qui font les conversations du temps ; 
il dit que si on lui laisse nommer le procureur du pays, 
M. de Saint- Andiol '^ le sera assurément. Il ne voit rien 
dans le galimatias de Monsieur de Marseille qui ne l'o- 
blige à décider M. de Péruis, qui de son côté ne demande 
pas mieux. Il a paru à M. de Pompone tout plein de rai- 
son et d'estime pour M. et Mme de Grignan. Après 
cela j'ai parlé du monseigneur, « Ah! mon Dieu, Ma- 
dame, m'a dit M. de Pompone, au nom de Dieu ! que 
M. de Grignan se garde bien du monsieur : il feroit mal 
sa cour; le Roi s'en est expliqué sur le sujet du marquis 
d'Ambres; il sera tondu. Ce maréchal de Gramont conte 
en son langage que le comte de Guiche'^ n'étoit pas 
un misérable, sans naissance, sans dignité, et que jamais 
il n'a marchandé le monseigneur à aucun maréchal de 
France : je vous prie que M. de Grignan suive sur cela 
mon conseil. » Voilà ses mêmes paroles que je vous 
écris tout chaudement : ne le marchandez donc pas a 
M. de Yivonne ; vous pouvez ne point écrire aux autres ; 
mais si vous écrivez, il n'y faut pas balancer. C'est depuis 
quatre jours que le Roi s'est expliqué là-dessus, et que 
les prônes du maréchal de Gramont ont soutenu l'affaire. 
Mme de Vins m'a priée de vous bien assurer de son ami- 
tié et de l'estime très-particulière et très-unique qu'elle 
a pour vous, car elle ne se charge pas d'admirer beau- 
coup de gens. Mmes de Villarset de Saint-Géran sont ar^ 
rivées peu après notre conversation. Cette dernière a parlé 
au Roi pour demander le gouvernement qu'avoit Yau- 
brun^', pour son mari. Elle trembloit si fort, qu'elle ne 

i3. Vojrez tome II, p. ii6, note i3 : cVst à la lettre du 9 (non 
du 6) décembre 1676 qu^iin renvoi devait être fait. 

14. Fila aîné du maréchal de Gramont. — Voyez p. 80, la lettre 
du a a août suivant. 

i5. Celui de Philippeviile: voyez la lettre du 11 leptemlire sui* 



— 65 — 

poQvoit prononcer; mais sur la fin il n'y avoît plus que ■ 
pour elle : je ne crois pas qu^elle obtienne rien. 

Monsieur le G)adjuteur a fait la plus belle harangue et la 
mieux prononcée qu^il est possible *' : ilpassa cet endroit, 
qui avoit été fait et rappliqué après coup, avec une grâce 
et une habileté nompareille ; c^est ce qui a le plus touché 
tous les courtisans. Cest une chose si nouvelle que de va- 
rier la phrase, qu'il a pris Toccasion que Voiture souhaitoit 
pour écrire moins ennuyeusement à Monsieur le Prince ^^, 
et s^en est aussi bien servi qu'il auroit fait. Le Roi a fort 
loué cette action, et dit à Monsieur le Dauphin : « G)m- 
bien voudriez- vous qu'il vous en eût coûté, et parler aussi 
bien que Monsieur le G)adjuteur ^' ?» M. de Montausier 

vaut. — La Gazette (p. 689) nous apprend que le gouTemement de 
Philipperille fat donné le mois mÛTant au tienr de Madaillan, qui 
était lieutenant de Roi de cette place. 

i6. La harangue ou Remontrance du coadjuteur d^Arles nous a 
été conserrée dans les Procès-verbaux de Vassemblée du clergé de 167$. 
Voici Tendroit relatif à la défaite de Conz-Saarbruek, dont reut 
parler ici Mme deSérigné^ « Que ponrriez-rous lui refuser (a Dieu) 
après toutes les prospérités dont il a comblé Votre Majesté ? Quel 
succès n*a-t-il pas donné à tos armes animées de Totre présence? Il 
semble que tos ennemis ne se sont multipliés que pour multiplier 
vos trophées. Toutes vos campagnes ont été marquées par la prise 
de quelque rille considérable ou de quelque province ; et tous nous 
aTez si fort accoutumés à ne Toir dans Thistoire de Totre règne que 
Tictoîre sur Tictoire, conquête sur conquête, que nous ayant fiiit 
oublier que les armes sont journalières, il nous parott aujourd'hui 
extraordinaire qu'elles nous puissent être contraires même une seule 
fois. » 

17. Voiture dit au duc d'Enghien dans la lettre qu*il lui écrit sur 
la prise de Dunkerque (édit. de 1679, p. 357) : a S'il tous plaisoit 
vous laisser battre quelquefois ou IcTer seulement le siège de dcTant 
quelque place, nous poumons (now autres beaux e#pri/«) nous sauTcr 
par la diversité, et nous trouverions quelque chose de beau à tous 
dire sur l'inconstance de la fortune et sur l'honneur qu'il y a à 
sooffirir courageusement ses disgrâces. » 

i8. a Le coadjuteur d'Arles a harangué le Roi, à la tête d'une dé- 

Bin DE SÉTIGirB. IT 5 



1675 



— 66 — 

prit la parole, et dit : « Sire, nous a en sommes pas là ; 
c'est assez que nous apprenons à bien répondre. » Les 
ministres et tout le monde ont trouvé un agrément et un 
air de noblesse dans son discours qui donna une véritable 
admiration. J'ai bien à remercier les Grignans de tout 
rhonneur qu'ils me font, et des compliments que j*ai 
reçus depuis peu, et du côté d'Allemagne, et de celui 
de Versailles : je voudrois bien que l'aîné eût quelque 
grâce de la cour pour m'en faire avoir de Provence**. 

M. de la Trousse a écrit à sa femme : il est prisonnier de 
son ami le marquis de Grana, et se porte très-bien, sans 
aucune blessure : jamais un homme n'a été si heureux ; 
cette affaire n'a été que pour sa gloire. Il mande qu'on le 
vient d'assurer que M. de Sanzei a été tué ; je le croirois 
bien, car outre qu'on n'a point de ses nouvelles, c'est que 
c'étoit un vrai homme à payer de sa personne, voyant 
que son régiment faisoit mal : nous en saurons de plus 
sûres nouvelles. 

Je ne vous parle plus de vos Bellièvres, ni duMirepoix. 
Si je vais en Bretagne, ce sera dans le temps des vacances, 
et des premières chicanes, où je serois inutile, car aus- 
sitôt qu'il sera temps d'agir, je n'y perdrai pas un seul 
moment. Nous allons plaider pour avoir la ratification, 
et pour faire juger la question entre M. de Mirepoix et 
Mme du Puy-du-Fou. N'ayez aucun soin de cette affaire ; 
c'est la mienne et plus que la mienne. Nous avons tou- 
jours un bon acte de la Puy-du-Fou, et une transaction 
qui rend le Mirepoix infâme : nous nous tirerons de leurs 

putation du clergé de France; et Sa Majesté témoigna publiquement 
qu^Elle Taroit écouté arec toute la satiifaction possible. » {Gazette 
du a4 oodt,) 

19. Cest le texte du manuscrit. Dans Pédition de 1734 : « pour 
m*en faire aroir aussi de ProTence ; 9 dans celle de 1754 : « pour me 
faire aroir aussi des compliments du côté de ProTence» » 



-6^- 

mains avec un peu de temps. La Puy-du-Fou ne fait pas ^ - 
oeqnVUe pourroit faire; si elle donnoit à M. deGrignan 
les dix mille écus, en cas que la ratification manque, elle 
le hàteroît bien d^aller'*, mais elle bobillonne et pleure 
et ne résout rien. Le Belliévre a enfin abandonné tout son 
b^n à ses créanciers : la démission en fut signée avant- 
hier. C*est un étonnement général; c'est une banque- 
route ; car ils n^'ont pas à cent mille écus près de quoi 
tout payer. Ils ne sentoient pas du tout qu'ils fussent rui- 
nés. La sceur est habile comme le firère. Ils vont déloger 
à la Saint-Remi'^. Quelle honte! Ils ne la sentent pas. 
BAirepoîx fait l^étonné et dit qu'il ne savoit rien. Il a 
mena, (I le savoit mieux qu'eux; mais c'est le prétexte. 

Ttous fidsons chercher un tapis de revente'*, car s'il le 

Caut acheter chez le marchand, il vous coûtera avec la 

frange d^or et d'argent plus de quatre cents francs. Les 

velours de Liyon sont moins chers ; songez-y pendant que 

vous êtes à Grignan : si je n'étois ici, la d'Escars vous 

pourroit toujours obéir. 

Je u^ai encore rien décidé pour mon départ; cela dé- 
pend d'une conférence chez M. de THommeau, où nous 
raisonnerons beaucoup. Le corps du héros n'est point 
porté à Turenne, comme on me l'avolt dit : on l'apporte 
à Saint-Denis, au pied de la sépulture des Bourbons; 
on destine une chapelle pour les tirer du trou où ils sont, 
et c'est M. de Turenne qui y entre le premier. Pour 
moi, je m'étois tant tourmentée de cette place, que ne 
pouvant comprendre qui peut avoir donné ce conseil, je 
crois que c'est moi. Il y a déjà quatre capitaines aux pieds 

jo. Ceft-«-dlre : elle hâteroit bien le Mîrepoix d^aller. 

3t. Le i" octobre. 

j3 « On dit un lit de revente, une tapisserie de reTente, etc. , pour 
dire m Ut nœ tapisserie qui a déjà senri. » {Dictionnaire de VAca* 
iimUde 1694-) 



i675 



— 68 — 

de leurs maîtres'*, et s'il n*y en avoit point, il me semble 
que celui-ci devroit être le premier. Partout où passe 
cette illustre bière, ce sont des pleurs et des cris, des 
presses, des processions, qui ont obligé à marcber et 
arriver de nuit : ce sera une douleur grande s'il passe 
par Paris. 

On me vient de dire de très-bon lieu que les courtisans, 
croyant faire leur cour en perfection, disoient au Roi 
qu'il entroit à tout moment à Thionville et à Metz des 
escadrons et même des bataillons tout entiers, et que 
Ton n'avoit quasi rien perdu. Le Roi, comme un galant 
homme, sentant la fadeur de ce discours, et voyant donc 
rentrer tant de troupes : « Mais, dit-il, en voilà plus que 
je n'en avois. » Le maréchal de Gramont, plus habile 
que les autres, se jette dans cette pensée : « Oui, Sire, 
c'est qu'ils ont fait des petits. » Voilà de ces bagatelles 
que je trouve plaisantes, et qui sont vraies. 

Voilà votre officier qui entre et qui me conte conune le 
cuisinier s'en revient aussi. Un postillon est arrivé, et l'on 
dit que les laquais suivront. Il conte bien des choses 
qui assurément empêcheront qu'aucun officier ne veuille 
jamais aller en Provence. Il a conté aussi des choses 
terribles de la nourrice, qui s'est évanouie, parce 
qu'on a dit qu'elle avoit du mal ; et dit qu'elle s'est dé- 
pouillée devant vous pour vous faire voir le contraire. La 
haine paroit vive contre le maître d'hôtel, qui fait mourir, 
à ce qu'il dit, de faim tous les gens pendant que lui et ses 
amis font très-bonne chère. Vous croyez bien que pour 

a3. Charles lllartel, père du roi Pépin ; Hugues le Gruid,père de 
Hugues Capet ; Bertrand DugueKlin, et Loub Sancerre, connétable 
sous Charles VI. Voyez le procès-verbal d*exhumation, imprimé à 
la suite du Génie du Christianisme, {Note Je Potion de i8i8.) — Sur 
Tenterrement de Turenne à Saint-Denis, Toyez plus loin, p. 99, io5 
et 106. 



-69- 

mm îe crois qa*fl y a des réponses à toutes ces plaintes, 
et qu'Us sont peut-être des fripons ; mais comme on ne 
sait point les réponses de Grignan, vous comprenez bien 
U réputation que cela donne à votre maison, et le déplai- 
sir qu*aura Tofficier de Monsieur le Cardinal de ce que 
son parent aura si mal réussi. Mandez-moi quelques-unes 
des raisons qu'on a eues de chasser ce garçon; quel- 
quefois dans vos châteaux les vérités y'* sont aussi étouf- 
fées qu'à la cour. 

Il est venu un courrier qui a vu M. le maréchal de 
Grequy k Trêves. Nous sommes fort en peine de M. de 
Sanzei ; nous n'avons point de ses nouvelles que de tra- 
verse : les uns disent qu'il est prisonnier; d'autres, qu'il 
a été tué ; d'autres, qu'il est à Trêves avec le maréchal de 
Créquy : tout cela ne vaut rien du tout. On tient Trêves 
aasi^ée. Le Roi dit à Monsieur le Premier qu'il étoit bien 
aise que son fils fut en sûreté. Il lui dit : « Sire, j'aimerois 
mieux qu'il fat prisonnier ou blessé ; cette grande sûreté 
neme contente pas. » Le Roi l'assura qu'il avoit fort bien 
fiût. On parle encore du voyage de Fontainebleau. Je n'ai 
pas encoire pardonné à ce beau lieu^' ; je n'y puis penser 
sans émotion et sans tristesse : il me faut vous y aller re- 
ceroir pour me remettre bien avec lui. 

Madame de Toscane est abîmée dans son Montmartre 
et dans ses Guisardes^. Elle a témoigné à toutes les 
dames qu'après les premières visites elle n'en souhaitoit 
phis, et a commencé ce discours par Mme de Rarai. On 



s4. Noos reprodaisont ce pléonasme d'après le manuscrit, d*où 
wms tirons ce morceau inédit. 

sS. Dans les deux éditions de Perrin : « à ce beau lieu où nous 
nous s^Mtfâmes. » — Quatre lignes plus haut, on lit dans Tédition 
ie ty54 : c Monneur le Premier lui dit, » au lieu de : a II lui dit, » 
qoî est dsns le numuscrit et dans l'édition de 1734. 
9(^, Vojcs tome III, p. 481, note 5, et p. 5o3,note 5. 



1675 



1675 



— 70 — 

trouve cette dureté grande : il est vrai qu'elle ressemble 
assez à la Diane d'Arles; mais je ne trouve pas qu'elle 
puisse espérer d'être égayée, à la vie qu'elle &it. 

M. le cardinal de Bouillon est venu ici tantôt : il est 
touché de votre lettre, et persuadé de vos sentiments; 
il a toujours les larmes aux yeux : je lui ai parlé de vos 
douleurs ; il m'a priée de lui montrer ce que vous m'en 
mandez ; je le ferai, et rien ne vous fera plus d'honneur. 
Je lui montrerai aussi une lettre du chevalier'^, qu'on 
ne peut pas lire sans pleurer. J'ai eu bien du monde au- 
jourd'hui ; je me porte très-bien de ma petite médecine ; 
toutes mes amies m'ont gardée : votre portrait a servi à 
la conversation; il devient chef-d'œuvre à vue d'œii; je 
crois que c'est parce que Mignard n'en veut plus faire. 

Adieu, ma très-chére et très-aimable en&nt; que ne 
vous dirois-je point de ma tendresse pour vous, si je 
voulois me lâcher la bride ? Croyez, ma fille, en un seul 
mot, que vous ne pouvez jamais être plus parfiiitement ai- 
mée , ni plus véritablement estimée , que vous l'êtes de moi; 
car il y a de tout dans l'amitié que j'ai pour vous : mille 
raisons confirment mes sentiments. Jen'avois pas dessein 
d'en tant dire, mais on ne peut pas toujours s'en empê- 
cher, en vérité. J'embrasse M. de Grignan de tout mon 
cœur. Ya-t-il pas toujours à la chasse? n'est-ce pas tou- 
jours la même vie que je connois ? Parlez-moi de nos 
petits enfants; Pauline est-elle heWeî Le pichonïx*e$tfii 
point encore tombé? La mienne'* se souvient-elle de 
moi ? Mon Dieu ! que je voudrois bien vous embrasser! 
Si vous trouvez mille fautes dans cette lettre, excusez-les ; 
car le moyen de la relire ? 

37. Du cheralier de Grignan. — s8. Marie-Blanche. 



— 71 — 

433. DE MADAME DE SÊTIGRÊ *^^7^ 

▲ UADAHB DB GRIGNAIT. 

A livry, mercredi ai* août. 

En vérité, ma bonne, vous devriez bien être ici avec 
moi ; j*y suis venne ce matin toute seule, fatiguée et lasse 
de Paris, jusqnVu point de n'y pouvoir durer. Notre abbé 
est demeuré pour quelques affaires; pour moi, qui n'en 
ai point jusqu'à samedi, me voUà. Je prendrai demain 
ma troisième petite médecine en paix et en repos ; je 
marcherai beaucoup : je m'imagine que j'en ai besoin. 
Je penserai extrêmement à vous, pour ne pas dire conti- 
nuellement : il n'y a ni lieu ni place qui ne me fasse sou- 
venir que nous y étions ensemble il y a un an. Quelle 
différence ! Il m'est doux de penser à vous ; mais l'absence 
jette une certaine amertume qui serre le cœur : ce sera 
pour ce soir la noirceur des pensées. Je me fais un plaisir 
de vous entretenir dans ce petit cabinet que vous connois- 
sez; rien ne m'interrompt. 

Tai laissé M. de Coulanges bien en peine de M. de 
Sanzei* . Pour M. de la Trousse, depuis mes ohers romans, 
je n*ai rien vu de si parfaitement heureux que lui. N'avez- 
vous point vu un prince qui se bat jusqu'à l'extrémité? 
on autre s'avance pour voir qui peut faire une si grande 
résistance : il voit TinégaUté du combat ; il en est honteux; 
il écarte ses gens ; il demande pardon à ce vaillant homme, 
qui lui rend son épée, à cause de son honnêteté, car sans 
lui il ne l'eut jamais rendue; ille fait son prisonnier; il le 
reeonnoit pour un de ses amis, du temps qu'ils étoient 

Lrtbi 433 (revue en très-grande partie sur une ancienne copie). 
-- X. M. de Coulanges étoit beau-frère de M. de Sanzei, et cousin 
gmnain de M. de la Trousse. {NotedePerrin,) — DansTédition de 
iaflaje, les derniers mots delà phrase (Af.ie Sanzei) bc sont changes 
en mens santé. 



î^fS 



— 73 — 

- tous deux à la cour d^Auguste; il traite aon prisonnier 
oomme son propre frère; il le loue de son extrême va- 
leur; mais il me semble que le prisonnier soupire; je ne 
sais s*il n*est point amoureux : je crois qu'on lui permet- 
tra de revenir sur sa parole ; je ne vois pas bien où la 
princesse Tattend, etvoUà toute Thistoire*. 

Quand je vous mande de certaines choses de Versailles, 
je les apprends ou de Monsieur le Premier, que je vois 
assez souvent, et chez lui, et chez moi, et chez Mmes de 
Lavardin ou de la Fayette, ou de Monsieur le grand 
mattre, ou du fils de M. de la Rochefoucauld : ces au- 
teurs-là ne sont pas méchants ; ils ne veulent jamais être 
cités pour les moindres bagatelles. Il y a des gens bavards 
dont je ne prends jamais les nouvelles. Voulez- vous sa- 
voir ce que les valets de chambre ont écrit*? Vous savez 
comme en un certain lieu onaime les lettres ridicules. L'un 
fait un inventaire de ce qu'il a perdu : son étui, sa tasse, 
son buffle, son caudebec^. « Cétoit, dit-il, un désordre 
du diable'; ma foi, si j'avois été général, cela ne seroit 
pas arrivé. » Un autre dit : « Nous avons été joliment té- 
méraires : nous n'étions que sept mille hommes, nous 
en avons attaqué vingt-six '; aussi faut voir comme nous 

a. Cett lazM doute une allusion à un épisode d*un des deniieif 
Tolumes de la CUopatre (X* partie, livre IV). Volusius, perfidement 
attaqué, non loin d^Alexandrie, et près de succomber sous le nom- 
bre, est tout à coup sauTë par CSoriolan, prince de Blauritanie, qu*il 
aTait connu à Rome. Si c*est là Tendroit, comme cela parait bieu 
Traisemblable, que Mme de Sévignë a en Tue, elle a un peu modifié 
les circonstances du récit pour le bien faire cadrer avec l'aTenture de 
son cousin de la Trousse. 

3. Cett après la malheureuse affaire de M. le maréchal deCréquy 
à Trêves. (Note du éditions de 1726.) 

4» « Sorte de chapeaux de laine qui se font à Caudebec en Nor- 
mandie. » {Note de Bmleau à sa VI* épiire,) 

5. Dans le manuscrit : « un désordre de diable. » 

6. Dans Tédition de Rouen (lyaô) et dans les denx éditions de 



-73- 

vrona été frottés. » Un antre dit : « Nous nous sommes 

sairrésle plus diligemment que nous ayons pu, et si nous 

n*«voiispas laissé d Voir grand*peur. » Vous voyez qu'il j 

a des garçons pâtissiers partout^, n faut avoir, ma bonne, 

un étrange loisir pour vous conter de telles sottises. 

Le mari de votre nouirice vint avant*hier crier misé«* 

ri«»rde au logis, que sa femme lui avoit mandé qu'on ne 

hu donnoitpas ses aliments, et qu'on Tavoit accusée d'à* 

voir du mal ; qu'elle s'étoit dépouillée toute nue devant 

vous pour vous faire voir le contraire. Pour le premier 

article, je lui dis que sa femme, c^étoit la plus difficile, la 

pins méchante, la plus colère du monde, et qu'il n'y avoit 

pAs moyen de la contenter ; que céans elle avoit pensé 

lÈiO^ÈB faire enrager, qu'à Grignan on donnoità la nourrice 

tout ce qu'il y avoit de meilleur sur la table. Pour l'autre 

article, je lui dis qu'il étoit fou, et que je ne croyois 

pas ce qu'il me disoit. Il s'emporta, et dit qu'après 

l^lionueur il n'y avoit plus rien, que si sa femme avoit 

du mal, elle étoit une p et qu'il me vouloit faire voir 

<|u*il n'en avoit point. Sur cela, il fit comme s'il eût 
voulu se déshabiller; je le fis sortir de ma chambre; il 
le fit en disant cent sottises et qu'il alloit se plaindre 
à Mme de Villars, et l'histoire finit ainsi. Donnez-moi 
quelque lumière sur cette belle aventure. 

Vous parlez si dignement du cardinal de Retz et de 
sa retraite, que pour cela seul, vous seriez digne de son 
amitié et de son estime. Je vois des gens qui disent qu'il 

Perrin : « ▼ingt-six mille. » Le mot milU Vest ni dans le manuserit 

m <I^ »M Védiûon de la Haye (1726). 

7. Noa» arouB BaM le texte de Tédition de la Haye {iy*6). Le 

mâixaBent porte : a Vous royez qu*il y a iles gem et des garçons 

plttifters partout. » H y a sans doute un mot sauté. A œtte phrase 

Védidon de Ronen a substitaé celle-ci : a Vous voyez qu*il y a de 

riaiéaaité dsa» ce» réciu. » 



167S 



i6^S 



-74- 

devroit venir à Saint-Denis, et ce sont ceux-là même 
qui trouveroient le plus à redire, s'il y venoit. On von- 
droit, à quelque prix que ce soit, ternir la beauté de son 
action; mais j*en défie la plus fine jalousie'. 

Il y a des endroits dans vos lettres qui sont divins ; j^en 
relis ici plusieurs. Je vous ferai voir quelque jour ce que 
vous dites de M. de Turenne. Le cardinal de Bouillon 
en aura le plaisir, ou le déplaisir, car il en pleurera. 
Depuis la mort du héros de la guerre*, celui du bré- 
viaire^* est allé à Gommerci ; il n y avoit plus de sûreté 
à Saint-Mihel. Le premier président de la cour des aides ^^ 
a une terre en Champagne; son fermier lui vint signifier 
Tautre jour de la rabaisser considérablement, ou de lui 
remettre le bail qui Ait fait il y a deux ans. On demande 
pourquoi, et que ce n'est pas la coutume; il répond que 
du temps de M. de Turenne, on pouvoit recueiUv et 
compter sur les terres de ce pays-là; mais que depuis sa 
mort tout le monde quittoit, croyant que les ennemis y 
vont entrer ^*. Voilà des choses naturelles qui sont un 
panégyrique^* ; ce que vous dites de M. de Loiges en est 
bien aussi. M. de la Garde n'est point encore parti; en- 

8. Au lieu de cette phrase, et de la fin de la précédente, depuU : 
« et ce sont ceux-là, » on lit simplement dans Tédition de la Ha je : 
a Mais on peut se fier à lui, il ne donnera pas de prise sur sa con- 
duite. » 

9. De la guerre n*est point dans le manuscrit. 

10. Dans la Pompe funèbre de F'oiture (rojez les Œuvres de Sara^ 
sin^ édit. de i66a, p. si55), on lit ces deux rers : 

Car il est des héros d^une douce manière , 
Il en est de justice, il en est de bréviaire. 

11. Nicolas le Camus. Voyez tome II, p. 189, note 16. 

la. Dans Tédition de 1754 : « ▼ont entrer en Champagne. 9 
i3. Tel est le texte du manuscrit. Dans Tédition delà Haye : « qui 
font son panégyrique ; » dans celle de Rouen et dans les deux de 
Perrin : « qui font son éloge aussi magnifiquement que les Pléchier 
et les Mascaron. d 



""7^ — 

eore il est allé se promeaer à Chantilly et à lianeourt ' 
«?ec les laRochefoucaulds. Il en étoit aise comme quand 
oa s qninxe ans. Je le revernu devant qu'il parte. 

Ite me parlez point de voua aller Toir ; vous me détour* 
nexde la pensée de tous mes tristes devoirs. Si je croyois 
mon oœur, j^enverrois paître toutes mes petites affaires, 
el m^en irois à Grignan avec lui ; je planterob là le 
tosn Bon^ puisqu'il est le bien micharU^ et pour quatre 
jours qu'on a à vivre, je vivrois à ma mode, et suivrois 
mon inclination : quelle folie de se contraindre pour des 
routines de devoirs et d'affaires! Eh, bon Dieu! qui 
est-ce qui nous en sait gré ? Je ne suis que trop dans 
toutes ces pensées; la règle n'est plus, à mon grand re- 
gret, que dans mes actions; car pour mes discours, ik 
<At pris l'essor, et je me tire au moins de la contrainte 
d''approuver tout ce que je fids. Vos affaires réglait ma vie 
présentement, c'est tout ce qui me console. Je m'en vais 
eonrir en Bretagne pendant les vacances, et je serai de 
retour au mois de novembre, pour m'abandonner à toute 
la chicane que me prépare l'infidélité de M. de Mirepoix. 

Dëpit mortel, juste courroux, 
Je m'abandomie à vous**. 

Je ne suis nullement contente de la Puy-du-Fou ; si 
elle aimoit M. de Grignan, elle auroit tout fini, et nous 
avons vu que ce qu'elle fit l'autre jour n'étoit que l'effet de 
la rage où elle étoit contre le Mirepoix, qui l'avoît pres- 
surée par vingt signatures. Quand elle a son naturel^*, 

i^. Le monologue de Médëe, qui termine le deuxième acte du 
Tkésée de Quinault, commence ainsi : 

Dépit mortel, transport jaloux, 
Je m'abandonne à tous. 

i5. Dmuis l'édition de la Haye (17S6) % « Quand elle est ni son 

naturel. 9 



I67S 



-76- 

' elle est incapable d'aucune bonne résolution. La ruine 
de cette maison fait grand bruit. Je lui dis hier : « Enfin , 
Madame, c*estpar le respect que nous ayons pour vous, 
que nous nous trouvons dans Tembarras des affaires de 
Monsieur votre firère : si nous avions fait, il y a trois ans, 
ce que nous venons de faire, M. de Mirepoix n'auroit pas 
le prétexte de cette déroute pour nous refuser notre rati- 
fication^*. » On ne sait seulement ce qu'elle répond; elle 
va regarder aux portes si on ne Técoute point, et quand 
elle voit qu'il n'y a personne, elle n'en dit pas davantage. 
C'est une misérable. On ne parle que des dissipations 
de cette maison, depuis les plus grandes jusques aux 
plus petites choses. Sottes gens, sotte besogne : il faut en 
revenir là. 

Ne craignez rien de notre guerre de Bretagne ; ce n'est 
plus rien du tout ; fiez-vous à ma poltronnerie : je crois 
que je m'en irai avec le grand d'Harouys. 

Je me porte très-bien ; le bon de l'Orme ^^ m'a dit que 
je gardasse sa poudre pour cet hiver, et que je prisse 
trois jours de cette tisane ; c'est un remède de canicule ; 
il me croit hors d'affaire. 

Mon fib est désespéré du guidonnage. Vous souvient-il 
de nos folies de don Quichotte ? Il se trouve présentement 
à neuf cents lieues de ce cap dont nous lui avons tant 

16. a Notre satisfaction. » {Édition de la ir(ajtf.)~-M.deGrignaii 
avait épousé en secondes noces Marie-Angélique du Puy-du-Fou, 
mais n*en ajant pas eu d'enfantt, il éuit obligé de restituer U dot 
qu'il avait reçue. 11 paraît qtt*une transaction était intervenue, et quele 
marquis de Bfirepoix, qui avait épousé Madeleine du Puy-du-Fou, 
beUe-sœur de M. de Grignan, avait promis de la ratifier, et cher- 
chait à éluder sa promesse. {Note de râiitiondejHiH.) — Vojez les 
lettres des 10 et i a juillet précédenU, du aS août suivant, et du 
8 mars 1676. 

17. Voyez la note de la lettre du 11 mars 1676, et compares les 
lettres du 7 août précédent et du 3 février 1676. 



— 77 — 
?«Ab. Tout ce qui vaque est demandé par des frères 
Uessés, et par des familles si désolées, qu'on est hon- 
lense d'aller barrer leur chemin inutilement. C'est à la 
frovidence à démêler la fortune de ce pauvre guidon; 
je le console tant que je puis. Je vous manderai l'adresse 
qa'il faudra mettre à vos lettres, si je pars. Hélas! lais- 
sez-moi ce soin, c'est ma pauvre vie. 

Vous m'enverrez quand vous pourrez cette courte- 
pointe de Daçias; nous en ferons les rideaux de votre 
lit. Si vous trouviez dans Avignon ou dans Lyon de quoi 
bdre des rideaux, un fond, un dossier, des soubasse- 
ments, des pentes et des bonnes grâces^*, nous vous 
fournirions trois pentes admirables, dont assurémmt 
vous n'entreprendrez pas l'assortiment en ce pays ; c'eM 
le pourpoint tailladé. Vous aurez deux autres lits à fort 
juste prix, ils sont tout réglés. Vous ne voulez rien de plus 
présentement; on vous cherche un tapis chez ces tapissiers 
da Roi, c'est justement de ceux-là qu'il nous faudroit. 

Les amies de la voyageuse^*, voyant que le dessous des 
cartes se voit^*, affectent fort d'en rire et de tourner cela 
en ridicule; ou bien conviennent qu'il y a eu quelque 

18. Voyez tome III, p. i49, note 8. — Le souiassemeni est la 
garniture dVtoffe qu'on met au bas d*un lit, «piand les rideaux ne 
Tont pas jusqu'à terre -, les pentes^ la garniture qu*on met en haut, les 
bandes qui pendent du ciel du lit sur les rideaux. — H est parle quel' 
qiiea lignes plus loin du tapissier du Roi. Est-ce le même qui figure 
dans une chanson de Coulanges, Sur un vieux lit de famille (ëdit. 
de 1698, tome I, p. 907), sous le nom du /opûW^r ^011, et dont il est 
dit qu'il 

A si bien fait par ses joumëes 
Qu'un lit tient toute une maison ? 

19. Mime de Maintenon. (JNote des Alitions de 1716.)— Voyez la 
lettre du 7 août précédent, p. a3 et 94. 

90. c Que le dessous des cartes se répand. » {Édition de la Haje^ 
fj^^,) — Dans les deux éditions de Perrin : a que le dessous des 
cartes se découTre. » 



-78- 

^ - chose, mais que tout est raccommodé. Je ne réponds li 
du présent ni de Tavenir, dans un tel pays; mais d\ 
passé, je vous en assure, et qu^il n*y avoit rien de s 
aigre dans le temps de la mortification des petits. Poui 
la souveraineté, elle est établie, comme depuis Phara- 
mond. Quanto joue en robe de chambre avec les dames*' 
du château, qui se trouvent trop heureuses d*être reçues, 
et qui souvent sont chassées par un clin d^œil qu^on fait à 
la femme de chambre. Je crois que vous recevrez plus de 
relations que vous n'en voudrez, par des inconnus <]ue 
j'ai priés de me faire ce plaisir et à vous aussi, pendant 
que je suis ici, c'est-à-dire pour vendredi, car je ne serai 
que samedi à midi à Paris. 

Adieu pour aujourd'hui : en voilà assez ; voilà corn- 
plies qui sonnent : vous eonnoissez mon manège. II fait 
très-beau, je me promènerai beaucoup, et Dieu sait si 
je penserai à vous et avec quelle extrême tendresse ! 

Jeudi au soir, aa* août**» 

Je n*y ai pas manqué, ma très-chère; mais admirez 
combien je suis peu destinée à la solitude : j'ai pris ce 

II. Le pluriel les damei du château est la leçon de la Haye (1726), 
de la Haye seulement. Nous Tavons adoptée, comme plus Traisem- 
blable que le texte généralement reçu jusqu^ici (voyez Walckenaer, 
tome V, p. 94^ ^t 447) \ mais nous ne pouvons nous empécber de 
garder quelques doutes : toutes les autres éditions (Rouen 1726, Per» 
rin 1734 et i754),d*accord en cela arec notre manuscrit, ont le sîn- 
gulier la dame du château^ qui se trouve^ etc. De plus, contre son 
usage, le manuscrit explique cette sorte de chiffre en plaçant à côté 
le mot ileiiM, comme un peu avant, à la même ligne, il traduit Quanto 
en le faisant suivre du nom propre Mms de Montespan, — Pour le 
chiffre Quanto^ les éditions de 1726 vont plus loin; elles le rempla- 
cent par ce nom : <c Mme de Montespan joue, etc. » 

11. Cette fin de lettre et la lettre suivante ne se trouvent que dam 
l'édition de la Haye (1716), et partiellement dans notre andenne 
copie. 



— 79 — 

^atm mes deux Terres de séné bien sagement ; je ne me ■ 
sois point coiffée en toupet^*; je suis demeurée jusqu^à 
midi spensierata}^ de crainte de troubler mes opérations. 
Conune je les finissois, Toilà un carrosse à six chevaux. 
J'avois un pigeon pour mon dîner. C*est M. et Mme de 
Villars, Mme de Saint-Géran et la petite ambassadrice, qui 
se sont fait un grand plaisir de me surprendre toute seule 
par le plus beau temps du monde, et montrer ces jardkis 
que TOUS connoissez à M. de Yillars. Vous entendez tout 
ce qui se dit. Conclusion : mon cuisinier se met à fincasser 
des poulets, des pigeons, et nous avons très-bien dîné. 
Nous nous sommes promenés jusqu'à six heures, et puis 
Vabbé est venu, qui a mis dans sa calèche M. de G>ulanges 
et Mlle Martel*' : ils ont apporté des perdreaux. Et voilà 
ma pauvre solitude où je me trouvob parfiutement bien. 
Le pauvre M. de Sanzei est toujours perdu ; on ne le 
trouve ni dans les morts, ni dans les blessés, ni dans 
les prisonniers. Guilleragues'* a demandé au Roi s'il ne 
savoit point de ses nouvelles; il a répondu très-bonne- 
ment qu^il en étoit en peine, et qu'il ne comprenoit point 
du tout où il pouvoit être. Jugez de l'état de cette 
pauvre femme. Je laisse à M. d'Hacqueville à vous man* 
der les nouvelles ; je ne sais que le siège de Trêves ; je 
crains un détachement pour mon fils ; envoyez-moi de 
votre courage pour l'aimer mieux eu Allemagne*'' qu'à 

»3. Cest le texte de la Haye. Dans le mantucrit, il y a stoiqtet^ 
pour ttmpei, 

94. Nonchalante, sans vouloir ni rien faire, ni tonger à rien. 

a5. Le manuscrit donne ici et au commencement de la lettre suL 
▼ante : c Mademoiaelle Martel ; » Tédition de la Haye, aux deux 
endroits : « Madame Martel. » 

16. Ce qui suit, jus<pi'à : a Vous me demandez si M. de la Roohe- 
foQcanld...« » manque dans notre manuscrit, et ne se trouve que dans 
les éditions de 1726 ; celle de la Haye a seule le paragraphe suivant. 

S7. Sërignë était en Flandre, dans Tarmée que, depuis le départ de 



— 8o — 

la messe aux Minimes'*. Vous dites là-dessus des choses 
admirables. 

Le jeu des Tambourineux'*, c*est à dire la réunioa des 
deux amies ; mais assurément cela n^est point fait pour le 
roi des Tambourineux ; c'est Brancas et sa fille. 

De toos deux, de grâce 1 

Youssavez le reste. Cest un chef-d'œuvre quece couplet, 
et un chef-d'œuvre d'en découvrir le secret. 

Le prince d'Harcourt a perdu son frère, et M. deGri- 
gnan, un cousin germain ** ; je ne sais si vous l'avez senti ; 



Gondë poiirl*AlBace,commandait lenouTeaumarëchaldeLuxembourg 
(yojez la lettre du 96 août faiTant, note a) ; et il ii*y courait paa de bien 
gnnds dangers. Cette armée « cpi , après les différents détachements 
qa^on aTait successiTement envoyés en Bretagne , sur la Moselle , en 
Alsace et en Lorraine» s^élerait encore à ^parante mille hommes, 
passa tout le mois d*août renfermée dans le camp deBrugelette, entre 
Mons et Ath. Le prince d'Orange, de son cdté, n*osait pas Pattaq[uer ; 
mais il fidsait de grandes démonstrations et de grands préparatifr , 
comme sll roulait assiéger quelque place d'importance.... Après la 
prise de Trêves, les troupes de Lunebourg d*un côté, le prince d^O- 
range de Fautre, ayant paru Touloir comme de concert se rapprocher 
de la Meuse, le maréchal de Luxembourg marcha du même côté, et 
▼int s'établir sur laMehaigne, à proximité du maréchal d'Estrades, 
qui avait conservé le commandement deMaestricht, de Limbourg et 
des autres places françaises du pays de Liège. Ce seul mouvement 
suffit pour rompre les desseins de l'ennemi pendant tout le reste de la 
campagne. » (M. Rousset, Hittoire de Louvois^ tome II, p. 190, 191.) 

a8. Voyez tome II, p. 448 ; tome III, p. 54 ; et compares la lettre 
du 7 août précédent, p. 17, note i3. 

ag. a On dit d'un homme qui pour ses intérêts ménage avec bas- 
sesse jusqu'aux personnes les plus méprisables» qu't'/ ménage le ptUet 
du folet du iamèourineur (ou tambourineux), » (Dictionnaire de VActh- 
demie de 1694.) L'emploi du mot tambourineux dans cette phrase 
énigmatique s'expliquerait-il par une allusion à cet ancien proverbe ? 
Pour comprendre tout ce passage, il faudrait connaître le couplet 
qui y est mentionné et en avoir la clef. 

3o. Le comte de Montlaur. Voyez plus haut, p.3o et 3i, note 3. 



— 8i — 

cette perle a para ici comme celle d'une aiguille dans une 
botte de foin. 

Tai appris encore que feu Saint-Luc *^ mettoit mon" 
mgneur à tous les maréchaux de France, parce que son 
père rétoit, et le comte de Guiche par cette raison'* : 
cela donne la toi aux autres, et ce n'est plus la mode d'y 
marchander quand on fait tant de leur écrire. Je vous 
conseille, après M. de Pompone, de n'y pas marchander 
à M. de Yivonne. 

La royauté est établie au delà de ce que vous pouvez 
voas imaginer : on ne se lève plus, et on ne regarde per- 
sonne. L'autre jour, une pauvre mère toute en pleurs, qui 
a perdu le plus joli garçon du monde, demandoit sa 
charge '* à Sa Majesté, Elle passa; ensuite, et toute à ge- 
noux, cette pauvre Mme de Froulai se traîna à ses pieds, 
lui demandant avec des cris et des sanglots qu'elle eut 
pitié d^elle ; Elle passa sans s'arrêter. 

Vous me demandez si M. de la Rochefoucauld a été 
ai&igé de M. de Turenne. Oui certes, et très-sensible- 
ment. Pour son fils, il ne s'est pas méhagé. Demandez à 
la Garde : il vous dira s'il y a un plus honnête homme à 
la cour et moins corrompu. Ils sont présentement àLian- 
coort et àChantilly ensemble. Il vous contera cent choses. 
Vous serez trop heureux de l'avoir, par mille raisons ; 
il vous portera aussi la cassolette. Monsieur le Cardi- 

3i. Fiançois d^Espinay, marquis de Saint-Luc, fils de Timolëon 
d^E^inay, maréchal de France, et petit-fils du brave Saint-Luc, Tun 
des amis de Henri IV. Il a été question de son fils, tome III, p. 353, 
note 38. Seulement, d'après Morëri, le marquis de Saint-Luc n'est 
BMirt qaW 1678. Ce paragraphe appartiendrait-il à une lettre postë- 
licore ? ou bien £tmt-il supposer que Morëri s'est trompé ? Cest ce 
que nous ne pouvons décider. 

33« Voyez Ja lettre du 19 août précédent, p. 64. 

^, La charge de grand maréchal des logis de la maison du Rui. 
Yojez la lettre du a6 août suivant, p. 87 et 88. 

JOfgE OK SiviCNÉ. lY G 



1675 



— 82 



naP* m ordonne de vous 1 envoyer, et me paroit piqnc 

de ce que je ne 1 ai pas encore fait. Je ne sais comme 
vous avez pu imaginer qu'il fût honnête de refuser nne 
telle chose : ou je radote et ne sais plus vivre, ou c*eût 
été la plus rude et la moins respectueuse action que vous 
eussiez jamais pu fiiire'*. 

Tai** envoyé au cardinal de Bouillon la lettre de 
M. de Grignan. Tattends à toute heure votre reine de 
Hongrie '^, dont je vous remercie mille fois. Mme de Villars 
en aura sa part; c^est une merveiUe que d'en avoir de 
cette bonté. L*abbé a supputé votre tapis à loisir : vous 
Taurez pour deux cents livres, pourvu que la frange soit 
fausse comme à celui de Mme de Yemeuil. La bonne 
Troche'* est hors de peine. On croyoit que le frère de 
Tabine ** se f&t battu comme un petit Mars, etqu'il eût tué 
son homme; mais cela est devenu faux. Adieu, ma très- 
chère bonne enfant, pour aujourd'hui. Les Villars vous 
adorent, et nous avons parlé de vous; elles sont bien 
éprises et bien entêtées de ce que vous valez. Adieu, ma 
très-aimable bonne ; j'embrasse mes chers petits-enfants. 



34* Le cardinal de Retz. 

35. Voyez les lettres du 24 juillet 167$ (tome III, p. SsS), et du 
9 septembre suivant. 

36. Nous donnons ce paragraphe diaprés notre manuscrit, en en 
combinant le texte avec celui de Pëdition de la Haye (1716). 

37. C'est-à-dire votre eau de la reine de Hongrie. ^- L*eau de la 
reine d'Hongrie, dit le Dictionnaire de Trëroux, a est une distilla- 
tion qui se fait au bain-marie, des fleurs de romarin, sur lesquelles 
on a yersë de Tesprit-de-Tin bien rectifié. On l'appelle ainsi à cause 
du merreilleux effet qu'en ressentit une reine de Hongrie à l'âge de 
soixante-douze ans. » 

38. Dans l'édition de la Haye, on lit Torelle^ au lieu de Troehe, 
3g, A la place de Tabine, que donne le manuscrit, il y a deux 

ast^sques dans l'édition de la Haye. Il faut sans doute dans ce nom 
changer le b en t. Dans ime chanson de Goulanges (tomel, p. 988), 
Mlle de la Troehe est appelée « la brillante Tatineé » 



— 83 — 

le sois en peine de la petite, quand je pense au poison 
qu^elle avafle^*. Je suis très-convaincue que la nourrice a 
tort, mais Pauline est bien innocente ; et ces sortes de 
créatures sont des oiseaux de passage, que Ton souffre 
à cause des pauvres enfants, qui se sentent toute leur 
vie d^une si terrible nourriture. 



1675 



434. DE MADAMB DE SÊVIGlfÊ ET d'eMMAHUSL 

DE GOULAirGES A MADAME DE GRIGNAH. 

Ce vendredi a3* aoAt. 

DE MADAME DE siviGNÊ. 

Voici notre journal fini. M. de 0)ulanges et Mlle Mar- 
tel s^en vont tantôt ,- je m'en irai demain matin J'en avois 
le dessein ; mais Mme de Puisieux a trouvé digne d'elle 
de convertir M. de Mirepoix sur la ratification *■ ; elle se 
pique de faire les choses impossibles, et m'écrit pour être 
demain après dîner chez elle avec un Grignan, ou l'abbé 
de Coulanges. Je n'y manquerai pas. Pour ce que nous 
avons fait aujourd'hui, il me paroît que M. de G>ulanges 
se dispose à vous le conter. Je lui laisse la plume, après 
vous avoir embrassée mille et mille fois très-tendrement. 

D^BMMANCBL DE COULANGES. 

Si j*avois du temps et de la santé (mais je n^ai ni l'un 
ni Tautre; il en fiiut remercier Dieu, et le bénir en queU 
que état qu'il lui plaît de nous mettre), si j'avois donc du 

40. Mme de S^gné paraît ajouter foi aux accusations portées 
eoQtre la nonnice. Vojez plus haut, p. 68 et 73. 

LnTBB 434 (revue sur une ancienne copie). — i. Voyez p. 76,1a 
note 16 de la lettre du ai août précédent. 



i«75 



- 84- 

temps et de la santé et du repos d*esprit (car je n'en ai 
aucun depuis la perte de ce pauvre M. de Sanzei, dont la 
destinée est très-enveloppée depuis le combat), si j*avois 
donc du temps, de la santé et du repos d'esprit, je vous 
prierols de me dire ou est la jeune chênaie de Mme de 
Qielles ^ et par où vous y voudriez aller. Madame votre 
mère, qui n'ignore jamais rien (car c'est une présomp- 
tion enragée), nous mène dans la vieille chênaie que vous 
connoissez, et là nous fait mettre pied à terre* par un 
temps assez équivoque; et comme l'homme n'est jamais 
content de ce qu'il possède, elle nous persuade que nous 
aurions le souverain bonheur, dés que nous serions par- 
venus de notre pied, à travers mille jolis sentiers, dans 
cette haute chênaie de Mme de Chelles. Nous obéis- 
sons avec une douceur de moutons ; ni plus ni moins ; nous 
enfilons un petit chemin, nous y marchons l'un après 
l'autre, et nous avançons tant à la fin que nous nous 
trouvons, devinez où? Dans la chênaie de Mme de 
Chelles ? Point du tout. Dans la plaine de Montfermeil^? 
Vous n'y êtes pas encore. Où donc ? Au milieu de quatre 
chemins, sans savoir lequel prendre pour parvenir à cette 
chênaie tant vantée. Les plus timides proposent d'y re- 
noncer et de revenir sur ses pas ; les autres de prendre 
un chemin à l'aventure, et tant est procédé, que nous 
opinons à prendre à gauche, parce, disons-nous, qu'en 
tout cas celui-là nous conduira plutôt qu'un autre vers 

a. C'est-à-dbre de Tabbeue de Chelles; la célèbre abbaye ëcait au 
sud de Livry, 

3. Ce qui suit a mettre pied à terre, » jusqu*à «parvenus de notre 
pied, » manque dans le manuscrit et ne se trouve que dans Tëdition 
de la Haye, dans laquelle ce morceau commence ainsi : et et là nous 
fait mettre pied à terre, à la bonne Martel et à Corbinelli. s il y a 
évidemment là ou une interpolation ou un mot mal écrit. La lettre 
suivante nous apprend que Corbinelli n'était pas alors à Iàttj, 

4. Entre Livrjr et Chelles. 



- 85 — 

^otre-Dame des Anges', et qu*au moins nous retrouve- 

Tons-nous. Ce raisonnement est approuvé : nous voilà ' ^ ** 
dans une petite route avec des branches mouillées qui 
nous donnent par le nez; nous voilà dans de grandes 
herbes aussi fort mouillées , et après avoir marché deux 
grosses heures , espérant nous retrouver vers Notre-Dame 
des Anges, devinez où nous avons retrouvé le jour? de- 
vînex ; mais encore devinez. Au-dessus précisément du 
village de livry, et c'est le clocher de Saint-Denis' qui a 
le premier brillé à nos yeux, et qui nous a fait connoître 
combien nous possédons la carte du pays. Madame votre 
mère , qui aime la haute forêt et la belle vue, s'est con- 
solée : elle a retrouvé tout ce beau pays qui la charme ; 
elle a reconnu Therbe verte qu'elle a si souvent foulée 
avec sa charmante fille. Mais tout cela ne nous a point 
<M>iisolés, la Martel et moi, qui avions bien faim, et qui 
nous sommes trouvés bien loin de la cuisine de Tabbaye. 
Enfin nous avons tant marché que nous avons retrouvé 
notre abbé et le père prieur, qui nous attendoient impa- 
tiemment vers la Yildottière ; et sommes revenus en si 
pitoyable état , que nous n'avons pas fait autre chose que 
de nous mettre tous au lit. 

Je m'en vais présentement à Paris , à la quête de ce 
pauvre M. de Sanzei. Adieu, ma belle Comtesse; Mon- 
télimar est toujours MorUélimar'' y ma belle Comtesse. 

5. Daiw la. forêt, à peu prêt à un quart de lieue de LiTiy. L*aii- 

cleooe chapelle a été détruite, mais à la place on en a construit une 

oonvelle qui aujourd'hui encore ettTiftitëe par de nombreux pèlerins. 

6. Sainlr-Denia est situé à Touest de Livry, à un peu plus de trois 

Ueaeê, ai l'on meaure la distance à vol d*oiseau. 

j, Voye» plus haut, p. 38 et 89, la lettre de Coulanges du 9 août 
pricédeat. 



1675 



— 86 — 

435. — DE MADAME DB SÉVI01I1& 
▲ MADAME DE GHIGNAlf. 

A Paris, lundi a6* août. 

Jb revins samedi matin de Liviy; j'allai Taprès-^luiée 
chez Mme de Lavardin , qui vous a écrit un billet en vous 
envoyant une relation. Cette marquise vous aime beau- 
coup, et vous lui répondrez sans doute, comme vous 
savez si bien faire ; elle s'en va de son côté, et d^Harouys 
et moi du nôtre : les vacances de la chicane font partir 
bien des gens. La cour est partie ce matin pour Fontai- 
nebleau : ce mot-là me fait encore trembler^ ; mais enfin 
on y va se divertir : Dieu veuille que Ton ne nous as- 
somme point pendant ce temps-là! Le siège de Trêves se 
pousse vivement : s'il y a quelque balle qui ait reçu Ja 
commission de tuer le maréchal de Créquy, elle n'aura 
pas de peine à le trouver , car on dit qu'il s'expose comme 
un désespéré. 

Mcmsieur le Prince est à l'armée d'Allemagne' ; il a dît 
à un homme qu'il a vu en passant ici près : a Je voudrois 
bien avoir causé seulement deux heures avec l'ombre de 
M. de Turenne, pour prendre la suite de ses desseins, 
et entrer dans les vues et les connoissances qu'il avoit 
de ce pays et des manières de peindre du Montecuculi. » 
Et quand cet homme-là lui dit : « Monseigneur, vous 
vous portez bien. Dieu vous conserve , pour l'amour de 
vous et de la France ! 1» il ne répondit qu'en haussant les 
épaules. 

Lbtteb 435 (revue en trèi-grande partie sur une ancienne copie). 
— X. Mme de Sëyigné 8*y était séparée de sa fille le 24 mai 167$. 

%, Rerenue en Alsace. Condé arait reçu le i" août Tordre de re- 
mettre à Luxembourg le commandement de Tannée de Flandre (qu'il 
exerçait depuis le départ du Roi le 17 juillet), et d*aller prendre 
celui de Tannée de Turenne. 



-87- 

Mon fils me mande que le pri&ce d^Orange fait mine 

de vouloir assiéger le Quesnoy , et que si cela est, ils sont ' ^ 
à la veille d*une action'. M. de Luxembourg a bien envie 
de faire parler de lui en bonne part; il est bien heu- 
reux, car il a bien entretenu Tombre de Monsieur le 
Prince^. Elnfin on tremble de tous côtés. J*ai demandé à 
M. de Liouvois le régiment de Sanzei à pur et à plein, en 
cas que le pauvre Sanzei fût mort, dont on n'a encore 
nulle nouvelle, avec la permission de vendre le guidon. 
lie vicomte de Marsilly est mon résident aujms de lui , 
et s^est chargé de m'apprendre la réponse; je voudrois 
qu'elle fût apportée par M. de Sanzei. Vous croyez bien 
que si Mme de Sanzei y pouvoit avoir la moindre pré* 
tention , je ne Taurois pas barrée , moi qui respecte Saint- 
Hérem pour le régiment Royal ; mais le Roi avoit donné 
ce petit régiment à Sanzei, et on le donnera à quelque 
autre. M. de G>ulanges est dans cette affaire. Pour le ré- 
giment de Picardie', il n'y faut pas penser, à moins que 
de vouloir être abîmé dans deux ans; mais c'est mal 
dit abiméy c'est déshonoré^ car comme il n'est plus per- 
mis de se ruiner et d'emprunter, comme autrefois, on 
demeure tout court, avec infamie. Ce second Cbenoise, 
neveu de Saint-Hérem', est ressuscité depuis deux 
jours; il étoit prisonnier des Allemands : c'est là o& 
nous devrions trouver M. de Sanzei. Pour le pauvre 
petit Froulai^, il a fallu remuer, remuer, retourner, et 



3. Voycï plus haut, p. 79, note 37. 

4. Voyes la note % ci-dessus. 

5. C'était celui du comte de la Marek. 

6. La mère du marquis de Saint-Hërem (voyez tome II, p. iio) 
était fille de Philippe de Gastille, seigneur de Chenoise, grand ma- 
léchal des logis de la maison du Roi. 

7. houâB^ fils sôné de Charles comte de Froulai(mort en i67i),à 
aai'd avait succédé dans la charge de grand maréchal des logis de 



1675 



— 88 — 

regarder quinze cents hommes morts en un endroit du 
combat, pour trouver ce pauvre garçon, qu*on a enfin 
reconnu, percé de dix ou douze coups. Sa pauvre mère 
demande sa charge de grand maréchal des logis , qu^elIe 
a achetée; elle crie et pleure, et ne parle qu'à genoux; 
on lui répond qu'on verra; et vingt-deux ou vingt«trois 
hommes demandent cette charge. Pour dire le vrai , on 
reconnoît tous les jours que jamais une défaite n'a été 
si remplie de désordre et de confusion, que celle du ma- 
réchal de Créquy. Je vis samedi sa femme chez M. de 
Pompone : elle n'est pas reconnoissable; les yeux ne lui 
sèchent pas. M. de Pompone et Mme de Vins me disent 
mille amitiés pour vous; je crois que le détour que vous 
devez prendre quand vous aurez affaire à ce ministre, 
c'est de lui écrire à lui-même , et d'adresser votre lettre 
à Mme de Vins, plus pour l'obliger que pour avoir be* 
soin d'elle. 

M. de Pompone me dit qu'ily avoit encore du désordre 
en Provence ; je n'en avois pas entendu parler; je lui de- 
mandai que c'étoit : il me dit que c'étoit un président 
de ûuîolis* qui ne finissoit point de faire le provençal. 
Je lui dis : a Mais M. de Grignan n'est pas mêlé dans ses 
affaires?— Non, me dit-il, mais on a ses amis, et l'on 
écrit pour ses amis. » Vous entendez bien que c'est la 
Provence. Il me parla d'une dépèche qu'on a adressée à 
M. 0)lbert, qui est de sa chargea lui; il me parut piqué 
de cette conduite, et me dit qu'il vouloit en savoir la vé- 
rité : moi , ne sachant rien , je me trouvai embarrassée. 
Je lui dis : « Je suis bien assurée que ce n'est pas M. de 
Grignan qui a fait cette faute. — Non assurément, me 

la maison du Roi. Cette charge fut donnée à CaToie. Voyei la fin 
de la lettre du 6 octobre suivant, p. 164, note 16. 

8. De la même famille que le président Cariolis, beau-père de 
Bli^herbe? 



-89- 

dit.il. — Vous voyez bien, lui dis-je, que cela vient bien 
droit de M. d'Oppède. Que dites^vous de cette conduite ? 
— Je la trouve fort ridicule, » me dit-il. Je me trouvai 
de Tespiit ce jour-là; car songez que je ne savois rien, 
et qu*aa hasard j*entre tout droit dans ce ton que j'au- 
roispris, si j*avois été instruite. Mandez-moi ce que c'est 
que cette sottise-là; je voudrois qu'elle fut vraie : rien 
ne vous seroit si bon. M. de la Garde partira dans huit 
jours ; ou retarde toujours. Il dîna hier avec moi ; nous 
causâmes fort. Je vous le souhaite à Grignan. Il craint 
pour la santé de Monsieur l'Archevêque , et me donna sa 
crainte. Il vous portera de l'eau, des souliers , et douze 
boîtes de dragées. 

Ne croyez pas, ma fille , que la mort de M. de Turenne 
ait passé ici aussi vite que les autres nouvelles ; on en 
parle et on le pleure ençpre tous les jours : 

Tout en fait souvenir, et rien ne lui ressemble. 

Ou peut dire ce vers pour lui. Heureux ceux, comme 
vous dites, qui n'ont pas fait la moindre attention sur 
cette perte ! Celle qui s'est faite depuis^ a bien renouvelé 
le» éloges du héros. Vous m'avez fait grand plaisir d'avoir 
firissonné de ce qu'a dit Saint-Hilaire** : il n'est pas mort, 
il vivra avec son bras gauche , il jouira de la beauté et de 
la fermeté de son àme. Je crois que vous avez été bien 
étonuée de voir une petite déroute de notre côté*^ ; vous 
u*en avez jamais vu depuis que vous êtes au monde. Le 
Goadjuteur en a seul profité, en donnant un air si nou- 
veau et si spirituel à sa harangue, que cet endroit en a 

9. G'eft le texte du maniueiit (où seulement depuis est omis) et d« 
U pivmière édition de Perrin. Dans la seconde on lit: « La déroute 
qui est arrhrée depuis. » 

to. Voyez U lettre du 9 aoât précédent, p. 33 et 34. 

II. Dams le manuscrit s « de votre eôlé, » pour a de notre c6lé. j» 



1675 



— 90 — 

^ fait tout le prix, au moins pour les courtisans, car toutes 
les bonnes têtes Font louée depuis le commencement jus* 
qu*à la fin. Il dîna samedi avec moi et le bel abbé : je 
suis ravie quand je vois quelque Grignan. 

Enfin, ma chère enfimt, cherchez bien dans toute la 
cour et dans toute la France, il n*y a que moi qui n^aie 
point la joie de voir une fille si parfaitement aimée , et 
peut-être que j*étois celle qui méritois le plus de passer 
ma vie avec elle. Ce sont des règles de la Providence, aux- 
quelles je ne puis me soumettre qu*avec des peines que 
je ne vous dis point et qui vous feroient pitié. Nous faisons 
donc bien de nous écrire, puisque c'est tout ce que nous 
avons. Je comprends Toccupation que vous donnent mes 
lettres , et combien elles vous détournent de vos civilités : 
vous perdez connoissance, dites-vous ; je sou£Ere deux 
fois la semaine que Ton m'en dise autant ; il ne faut point 
d'autre livre que ces abominables lettres que je vous écris : 
je vous défie de les lire tout de suite ; enfin vous en êtes 
contente, c'est assez. Voilà le gros abbé qui médit cent 
folies de mon voyage de Bretagne : nous trouvons que je 
n'ai pris ma résolution que depuis ce que j'ai appris du 
désordre des séditieux ; il dit que je ne veux pas perdre 
une si belle occasion , que je ne retrouverois peut-être 
jamais de ma vie. 

Le chevalier de Lorraine** est revenu auprès de Mon- 
sieur, comme si de rien n'étoit : il a trouvé quelque cha- 
ritable personne qui l'a remis dans le bon ou dans le 
mauvais chemin. Cette petite nouvelle n'a pas donné 
beaucoup d'attention : elle a paru une misère, qui n'a pas 
tenu sa place devant la mort de M. de Turenne et tout 

X9. On aya, dans les lettres du 9 et du i a août précédents, que le 
chevalier de Lorraine s^était brouillé arec Monsieur, et s'était retiré k 
son abbaje de Saint-Jean des Vignes : royez encore, sur son. retour, 
la lettre du aS août suirant, p. xo3 et 104. 



_ 91 — 

ce qui a suWi. Si vous avez cru que ces grandes nouvelles 

se soient laissé effacer par celle-là, vous vous êtes trom- ' ' 
^e.Mme d^ Armagnacestaccouchée d un fils ", etMme de 
Umvîgny d'un fils aussi; et Mme la princesse d*Harcourt 
dune fille, Madame la Duchesse d'une fille** ; mais il y a 
déjà huit jours. 

Voilà un paquet pour Corbinelli ; je le crois à Grignan : 
il y a une lettre de Mlle de Méri dans ce paquet. 

Notre cardinal est encore à Saiot-Mibel; je m'en vais 
lui écrire, il le trouve bon. L'abbé de Pontcarré est très- . 
di^e de vos lettres ; il les adore et les sait lire, et m'en 
fait part, et il les cache précieusement. Vous ne sauriez 
croire le tour surprenant et agréable que vous donnez, 
sans y penser, à toutes choses. 

Mademoiselle est arrivée pour se baigner; elle ne va 
point à Fontainebleau. Tembrasse de tout mon cœur 
M. de Grignan et mes petits-enfants ; mais vous, ma très- 
belle et très-aimable, je suis à vous par-dessus toutes 
choses : vous savez combien je suis loin de la radoterie, 
^pii fait passer vitement l'amour maternelle aux petits- 
enfants : la mienne est demeurée tout court au premier 
étage, et je n'aime ce petit peuple que pour l'amour de 
^ous. Adieu : si M. de Vardes est à Grignan, faites-lui 
mes compliments, et me contez votre vie. 

i3. Lonls-Alplionse-Ignace, dit le bailli de Lorraine, ne le 94 août 
1675 ; il derint chef d*escadre, et fut tué derant Blalaga le 99 août 

i<. Anne-Marie- Victoire, demoiselledeCondë, née le 1 1 août 1 67$, 
aorte le aS octobre 1700. Les autres enfanu dont il est question ici 
ne récurent paâ. (IVoie de f édition <& 1818.) 



1675 



_ 92 — 

436. DB HADAMB DE S^GRÊ AU COMTE 

DE BUSSY RABUnir. 

Trois lemaines après que feus écrit cette lettre (a* 498, p. 89), 
je reçus celle-ci de Mme de Sëvigné. 

A Parifty ce 27* août 1675. 

Je fais réponse à deux de vos lettres^, mon cousin. 
Dans la première^, vous me parlez si raisonnablement 
de la mort de M. de Turenne, qu'il faut avoir un cœur 
de héros pour savoir le regretter comme vous faites, 
n'ayant pas toujours été de vos amis. Dans la seconde, 
vous me louez trop de trouver que j'écris fort bien; 
il est vrai que vous êtes un si bon connoisseur, et que 
vous flattez si peu les gens, que j'ai peine à douter de ce 
que vous me dites ; cependant je ne sens point que je 
mérite une si digne approbation. 

Vous faites une très-bonne remarque sur la mort 
prompte et imprévue de M. de Turenne; mais il faut 
bien espérer pour lui; car enfin les dévots, qui sont tou- 
jours dévorés d'inquiétude pour le salut de tout le monde, 
ont mis, comme d'un commun accord, leur esprit en re- 
pos sur le salut de M. de Turenne : aucun d'eux n'a gémi' 
sur son état; ils ont cru sa conversion sincère, et l'ont 
prise pour un baptême ; et il a si bien caché toute sa vie 
sa vanité sous des airs humbles et modestes, qu'ils ne 



Lnrax 436. — i. Les lettres des 6 et 11 août précédenu, p. 7 
et 39. 

a. Les premiers mots de la lettre, juscpi'à dont la première inclusi- 
vement, manquent dans le manuscrit de Tlnstitut. A la quatrième 
ligne, on lit : « qu*il faut aToir le coeur et l'esprit bien faits pour le 
savoir louer et regretter comme tous faites, » et la phrase finit là. 
La suivante commence ainsi : a Vous me loues trop, moi ; cependant 
TOUS êtes un si bon connoisseur.... » et finit par « quoique je ne 
sente pas, etc. » 



-93- 

l ont pas découverte ; enfin ils n*ont pas douté que cette ^^ 5 
belle àme ne fut retournée tout droit au ciel, d'où elle 
étoityenue*. 

Mais ne faites-vous pas une remarque que j*ai faite, 
qui est que ce qui passe aujourd'hui pour une victoire, 
d'avoir repassé le Rhin sans avoir été taillés en pièces 
depnis la mort de M. de Turenne, eût été un grand mal- 
heur s'il fût arrivé pendant sa vie* ? 

Au reste, que dites-vous de la déroute du maréchal de 
Créquy ? Le Roi Ta nommée lui-même une défaite com- 
plète, n a répondu divinement aux courtisans qui lui en 
ont parlé. A ceux qui vouloient excuser ce maréchal, il a 
dit : « Il est vrai qu'il est fort brave ; je comprends son 
désespoir ; mais enfin mes troupes ont été battues par 
des gens qui n'avoient jamais fait autre chose que de 
jouer à la bassette. » A ceux qui le blâmoient et qui de- 
mandoient pourquoi il avoit donné la bataille, il leur a 
répondu comme fit autrefois le duc de Weimar, à qui le 
vieux Parabère* demandoit : « Monsieur, pourquoi don- 
niez-vous cette dernière bataille que vous perdîtes ? — 
Monsieur, répondit le duc de Weimar, c'est que je croyois 
la gagner. » Cette application est fort juste et fort plai- 
sante. A ceux qui le vouloient consoler, lui disant qu'il 



3. Comparez plus haut la première lettre dtt 16 août, p. 5ai, et la 
lettre de Buisy, du 11 août, p. 4s« 

4» Voyez la lettre à Mme de Grignan, du 9 août précédent, p. 3 1 . 

— Dana le manuscrit de l'Institut, la fin de la phrase est un peu 

différente : « auroit été un grand malheur, s'il avoit été en vie. s — 

L'antre copie autographe, dont nous suivons le texte, porte à la suite 

de ce paragraphe ces mots ajoutés après coup et écrits d'une autre 

main ^e celle de Bussy : « Ce que vous écrivez au Roi sur sa mort 

fût bien de l'honneur au maréchal et à vous aussi, mon pauvre cou- 

ib.» Cette lettre au Roi est à la p. i8a de l'édition de 1697, et dans 

la Correipondanee de Bussy^ au tome III, p. 4^8. 

5. Dans le manuscrit de l'Institut : a un vieux Parabère. » 



-94- 

' n*avoit qaasi point perdu de troupes, que tout revenoi^ 

Thionville et à Metz, qu'il y avoît tant de cavalerie, far 
d'infanterie, il leur répondit : « Mais en voilà plus qq 
je n'en avois ; c'est une plaisante manière de faire de 
recrues. » Lie maréchal de Gramont dit : a C'est que va 
troupes ont fait des petits. Sire*. » Les courtisans tro| 
courtisans deirroient bien se corriger de leurs basses flat* 
teries avec un tel maître' . Le maréchal de Créquy est dans 
Trêves : si quelque balle a la commission de le tuer, je 
crois qu'elle le trouvera aisément de la manière enragée 
dont on dit qu'il s'expose*. 

Monsieur le Prince est arrivé à l'armée d'Allemagne, 
n a dit à des gens qui l'ont vu* à Giâlons qu'il auroit 
bien souhaité de causer seulement deux heures avec l'om- 
bre de M. de Turenne, pour prendre ses lumières sur k 
connoissance qu'il avoit des affaires de ce pays-là. Si la 
goutte l'y vient trouver au mois d'octobre, comme elle 
fait tous les ans, ce sera un étrange malheur. 

Vous avez sans doute entendu louer le chevalier de 
Grignan sur le passage du Rhin : on ne peut pas avoir été 
distingué plus agréablement; et afin que je fusse aussi*^ 
contente du côté du maréchal de Créquy, la Trousse ja 
lait des merveilles". Si M. de Luxembourg fait quelque 
chose en Flandre, il faudra pour achever ma joie que 
mon fils se fasse louer, et revienne en bonne santé. 

Sur** la plainte que le maréchal d'Âlbret a faite auB^/ 

6. Cette phrase n^est pas dans le manuscrit de TlDStitut. 

7. Mme de Sëvignëraconte^en d^autres termesjes mêmes anecdotes 
à Bfme de Grignan, dans la lettre du 19 août précédent. 

8. Vojez le commencement de la lettre précédente, p. S6. 

g. Dans le manuacrit de Tlnstitut : « qui Tout été roir. » La phrase 
soiTante : a Si la goutte, etc.,» y est omise. 

10. c Que je fusse encore. » {Manuscrit de V Institut!) 

1 1 . Vojez V Histoire de louvois de M. Rousset, tome II, p. 176, 177- 
ta. Toute la partie relative au maréchal d'Âlbret et au marquis 



e?: 



-95- 

fvf^aele marquis d'Ambres", en hd écrivant, ne le traitoit 
--rps de monseigneur^ Sa Majesté a ordonné à ce mar* 
pillais de le faire, et sur cela il a écrit cette lettre au 
f^inaréchal : 

; Monseigneur, 

•>o Votre maître et le mien m*a (ait commander d'user 
avec vous du terme de monseigneur : j'obéis à Tordre 
que j'en viens de recevoir avec la même exactitude que 
j obéirai toujours à tout ce qui viendra de sa part, per^ 
suadé que vous savez à quel point je suis, Monseigneur, 
votre très-humble et très-obéissant serviteur, 

Ambrbs. 

Le maréchal d'Albret fit cette réponse au marquis 
d'Ambres : 

Monsieur, 

Le Roi, votre maître et le mien, étant le prince du 
monde le plus juste et le plus éclairé, vous a ordonné de 
me traiter de monseigneur^ parce que vous le devez : et 
comme je m'explique nettement et sans équivoque, je 
vous assurerai que je serai à l'avenir, selon que votre 
conduite m'y obligera , Monsieur, votre très-humble et 
très-affectionné serviteur, 

Lb KinicRAL d^Albrbt^*. 

d'Amlires est omise dans nos deux copies écrites de la main de Bussy. 
Nous la laissons à la place où eUe est dans Tëdition de 1818. Nous 
IWnsrerae sur deux manuscrits non autographes, dont Tun appar- 
tient à la Bibliothèque impériale et Tautre à M. le duc de Luynes. 
IW Tun et dans Tautre elle forme un morceau à part, que rien ne 
ntuche à U lettre du 27 août. 

i3. Voyez la lettre du 19 août précédent, p. 6a^ et la note 11. 

14. Dans les deux copies non autographes (voyez ci-dessus la 



ttjS 



-96- 

Je ne sais encore ce que je deviendrai : les affaires de 
la belle Madelonne m'arrêtent ici. Je ne sais ce qui me 
tient que je ne vous conte le procès dont il est question ^', 
tant je me sens en train de discourir; mais je m'arrête; 
car il se pourroit fort bien bire que vous ne seriez pas en 
humeur de m'écouter, etje vous veux plaire. Je veux que 
vous m'aimiez toujours comme je vous aime. 



437. DE BIADAME DE SiviGlIJS 

A MADAME DE GRIGITAN. 

A Paris, mercredi a8* aoflt. 

Si Ton pouvoit écrire tous les jours, je le trouverois 
fort bon ; et souvent je trouve le moyen de le faire, quoi- 
que mes lettres ne partent pas. Le plaisir d'écrire est 
uniquement pour vous ; car à tout le reste du monde, on 
voudroit avoir écrit, et c'est parce qu'on le doit. Vrai- 
ment, ma fille, je m'en vais bien vous parler encore de 
M. de Turenne. Mme d'Elbeuf ^, qui demeure pour quel- 
note xa), on lit, à la suite de ce billet, et sous le titre de Réponse^ le 
morceau que yoici : « Le marquis d'Ambres ne sait pas yvrrt. Étant 
bien plus jeune que le maréchal d* Albret et n*ayant jamais eu d*autre 
emploi que celui de mestre de camp au régiment de Champagne 
{dt x657 à 167 1), il étoit ridicule de n^écrire pas à ce maréchal mon" 
seigneur. La lettre du maréchal est meilleure que l'autre. Pour moi, 
j*aurois encore renchéri sur le Gascon; au lieu de dire : a le Boi, 
Totre mattre et le mien, 9 j*aurois dit : a mon maître et le vôtre. » 

i5. Voyez la note 16 de la lettre du 31. août précédent, p. 76. — 
Dans le manuscrit de llnstitut : a Peu de chose me retient que je ne 
TOUS conte, etc. » 

L^TTBB 437 (revue en grande partie sur une ancienne copie). — 
X. Elisabeth de la Tour, sœur du duc de Bouillon, du cardinal et 
du comte d* Auvergne, seconde fenune de Charles de Lorraine, duc 
d'£lbeuf, morte en octobre 1680. — Dans notre manuscrit, ou lit à 



— 97 — 

qaes jours chez le cardinal de Bouillon, me pria hier 
de dîner avec eux deux, pour parler de leur affliction. 
Mme de la Fayette y étoit. Nous fîmes bien précisément 
ce que nous avions résolu : les yeux ne nous séchèrent 
pas. EUe avoit un portrait divinement bien fait de ce 
héros, et tout son train étoit arrivé à onze heures* : tous 
ces pauvres gens étoient fondus en larmes, et déjà tous 
habÛiés de deuil. Il vint trois gentilshommes qui pensè- 
rent mourir de voir ce portrait : c*étoient des cris qui fai* 
soient fendre le cœur; ils ne pouvoient prononcer une 
parole; ses valets de chambre, ses laquais, ses pages, 
ses trompettes, tout étoit fondu en larmes et faisoit 
fondre les autres. Le premier qui put prononcer une pa- 
role répondit à nos tristes questions : nous nous fîmes 
raconter sa mort. Il vouloit se confesser le soir, et en se 
cachotant il avoit donné les ordres pour le soir, et devoit 
communier le lendemain, qui étoit le dimanche. II croyoit 
donner la bataille, et monta à cheval à deux heures le 
samedi, après avoir mangé. Il avoit bien des gens avec 
lui : il les laissa tous à trente pas de la hauteur où il vou- 
loit aller. Il dit au petit d'Elbeuf : « Mon neveu, demeu- 
rez là, vous ne faites que tourner autour de moi, vous 
me feriez reconnoître. » Il trouva M. d'Hamilton* près 
de Tendroit où il alloit, qui lui dit : « Monsieur, venez 
par ici; on tirera où vous allez; — Monsieur, lui 
dit-il, je m'y en vais : je ne veux point du tout être tué 
aujourd'hui; cela sera le mieux du monde. » Il toumoit 
son cheval, il aperçut Saint-Hilaire, qui lui dit le cha- 
peau à la main : a Jetez les yeux sur cette batterie que 

la ligne radTante comte au lieu de cardinal. Il n*y avait sans doute 
dans l'original que la première lettre du mot. 

a. « Mme d'Elbeuf avoit un portrait.... de ce héros, dont tout le 
tiain ëtoit arrive, etc. » {Édition de 1754.) 

3. Vojes la lettre du i<r juillet 1676. 

m SsviGinÉ. IV 7 



1675 



1675 



-98- 
j*ai fait mettre là. » Il retourne deux pas, et sans être 
arrêté il reçut le coup qui emporta le bras et la main 
qui tenoient le chapeau de Saint-Hilaire, et perça le 
corps après avoir fracassé le bras de ce héros. Ce gen- 
tilhomme le regardoit toujours ; il ne le voit point tom- 
ber ; le cheval l'emporta oh il avoit laissé le petit d*El-* 
benf ; il n*étoit point encore tombé, mais il étoit penché 
le nez sur Tarçon : dans ce moment, le cheval s'ar- 
rête, il tomba entre les bras de ses gens ; il ouvrit deux 
fois de grands yeux et la bouche et puis demeura tran- 
quille pour jamais : songez qu'il étoit mort et qu'il 
avoit une partie du cœur emportée. On crie, on pleure; 
M. d'Hamilton fait cesser ce bruit et ôter le petit d'El- 
beuf, qui étoit jeté sur ce corps, qui ne le vouloit pas 
quitter, et qui se pàmoit de crier. On jette un man- 
teau; on le porte dans une haie; on le garde à petit 
bruit; un carrosse vient; on l'emporte dans sa tente : 
ce fut là où M. de Lorges, M. de Roye, et beaucoup 
d'autres pensèrent mourir de douleur; mais il fallut se 
faire violence et songer aux grandes affaires qu'il avoit 
sur les bras. On lui a fait un service militaire dans le 
camp^, ob les larmes et les cris faisoient le véritable 
deuil : tous les officiers pourtant avoient des écharpes 
de crêpe; tous les tambours en étoient couverts, qui 
ne frappoient qu'un coup ; les piques traînantes et les 
mousquets renversés'; mais ces cris de toute une ar- 
mée ne se peuvent pas représenter, sans que l'on 
n'en soit ému. Ses deux véritables neveux* (car pour 

4. Ce aenrice fut cëlébrë le 11 août, au quartier général établi à 
Ichtertheîm. Voyea la Gtuette du »4 août. 

5. Les mott c et les mousquets reuTenét » ne sont pat dans le 
manuscrit. — Deux lignes plus bas, c*est d'après le manuscrit que 
nous donnons im après tans, 

6. Le comte de Lorges et le comte de Roye. 



— 99 — 

i'aiaé^ il faut le dégrader) étoient à cette pompe, dans ~T~T 

1 état que vous pouvez penser. M. de Roye tout blessé 

sj fit porter; car cette messe ne fut dite que quand 

4s eurent repassé le Rhin. Je pense que le pauyre che- 

^^alîer' étoit bien abîmé de douleur. Quand ce corps a 

^ttéson armée, c'a été encore une autre désolation; 

partout oà il a passé ç*a été des clameurs ; mais à Lan« 

grès ils se sont surpassés : ils allèrent tous au-devant de 

lui, tous habillés de deuil, au nombre de plus de deux 

cents, suivis du peuple ; tout le clergé en cérémonie ; 

ils firent dire un service solennel dans la viUe, et en un 

moment se cotisèrent tous pour cette dépense, qui monte 

à cinq mille francs, parce qu'ils reconduisirent le corps 

jusqu^à la première ville, et voulurent défrayer tout le 

train. Que dites-vous de ces marques naturelles d'une 

affection fondée sur un mérite extraordinaire ? Il arrive 

à Saint-Denis ce soir ou demain* ; tous ses gens Talloient 

reprendre à deux lieues d'ici; il sera dans une cha-* 

pelle en dépôt, en attendant qu'on prépare la chapelle^*. 



7. Le duc de Bouillon? 

8. lie cheTafier de Grignan. 

9* a Le 99 du passé, dit la Gazette du 7 septembre, le corps du 
vicomte de Turexme arrira en Tëglise de Saint-Denis, aTec la com- 
pagnie de ses gardes. » 

lo. Celle où il derait être enterré. — - Les lettres de Louis XIV, du 

a5 août 1675, ordonnent «pie le corps de Turenne soit reçu et mis en 

dép6t dan» la chapelle de Saint-EusUche, de Téglise de Saint-Denis. 

CeUea du a a norembre de la même année, contre-lignées Colbert 

comme les précédentes, portent ce qui suit : « Ajant résolu de faire 

bâtir dans Téglise de Saint-Denis une chapelle pour la sépulture des 

rois et des princes de la branche royale de Bourbon, nous roulons 

^Êt lorsqu'elle sera acheyée, le corps de notre dit cousin (/« çieomte 

à Tatemme) j soit transféré, pour 7 être mis en lieu honorable sui- 

nuit Vordre que noua en donnerons. » — Le corps resta en dépôt 

dbos la chapeUe de Saint-Eostache jusqu'au ai novembre qu'on le 

ieseendit daiM un caveau sous la même chapelle. 



1675 



— lOO — 

Il y aura un service, en attendant celui de Notre-Dame", 
qui sera solennel. 

Que dites-vous du divertissement que nous eûmes? 
Nous dînâmes comme vous pouvez penser ; et jusqu*i 
quatre heures nous ne fîmes que soupirer. Le cardinal 
de Bouillon parla de vous, et repondit que vous n*auriez 
point évite cette triste partie si vous aviez été ici. Je 
rassure fort de votre douleur; il vous fera réponse et 
à M. de Grignan, et me pria de vous dire mille amitiés^ 
et la bonne d^Elbeuf, qui perd tout, aussi bien que son 
fils. Voilà une belle chose de m'être embarquée à vous 
conter ce que vous savez déjà ; mais ces originaux m*ont 
frappée, et j'ai été bien aise de vous faire voir que voilà 
comme on oublie M. de Turenne en ce pays-ci**. 

M. de la Garde me dit Tautre jour que, dans Tenthou- 
siasme des merveilles que Ton disoit du chevalier, il 
exhorta ses frères** à faire un effort pour lui dans cette 
occasion, afin de soutenir sa fortune, au moins le reste 
de cette année, et qu'il les trouva tous deux fort disposés 
à faire des choses extraordinaires. Ce bon la Garde est à 
Fontainebleau, d'où il doit revenir dans trois jours pour 
partir enfin, car il en meurt d'envie, à ce qu'il dit; mais 
les courtisans ont bien de la glu autour d'eux. 

Vraiment l'état de Mme de Sanzei est déplorable; nous 
ne savons rien de son mari; il n'est ni vivant, ni mort, 

II. Voyez la lettre suivante, et celle du 9 septembre. 

la. Pour tout ce récit, le texte de la première édition de Perrin 
est presque en tout point semblable à celui de notre ancienne copie, 
que nous avons, selon notre coutume, très-fidèlement suivie. Dan» » 
seconde édition (1754), le chevalier s^est donné pour les tournures et 
pour les mots les plus grandes libertés. — Les deux paragraphes sui- 
vants ne sont pas dans le manuscrit ; le premier des deux manque 
aussi dans l'édition de 1784. 

t3. m. le coadjuteur d'Arles et M. Tabbé de Grignan. {!fote de 
Perrin,) 



— lOI — 

01 blessé, ni prisonnier : ses gens n^écrivent point. M. de 
b Trousse y après avoir mandé| le jour de Tiâaire, qu'on 
Tenoit de lui dire qu'il avoit été tué, n^en a plus écrit un 
mot ni à la pauvre Sanzei ni à Coulanges^*. Nous ne 
savons donc que mander à cette femme désolée : il est 
cruel de la laisser dans cet état. Pour moi, je suis très- 
persnadée que son mari est mort; la poussière mêlée 
avec son sang Taura défiguré; on ne Faura pas reconnu, 
on Taura dépouillé. Peut-être qu'il a été tué loin des 
autres par ceux qui l'ont pris, ou par des paysans, et 
sera demeuré au coin de quelque haie. Je trouve plus 
d*appareuGe à cette triste destinée, qu'à croire qu'il soit 
prisonnier et qu'on n'entende pas parler de lui. 

Pour mon voyage, l'abbé le croit si nécessaire que je 
ne puis m'y opposer. Je ne l'aurai pas toujours, ainsi je 
dois profiter de sa bonne volonté. C'est une course de 
deux mois, car le bon abbé ne se porte pas assez bien 
pour aimer à passer là l'hiver; il m'en parle d'un air sin- 
eèTe<, dont je fais vœu d'être toujours la dupe : tant pis 
pour ceux qui me trompent. Je comprends que l'ennui 
seroit grand pendant l'hiver : les longues soirées peuvent 
être (emparées aux longues marches pour être fasti- 
dieuses. Je ne m'ennuyois point cet hiver que je vous 
avois; vous pouviez fort bien vous ennuyer, vous qui 
êtes jeune; mais vous souvient-il de nos lectures? Il est 
vrai qu'en retranchant tout ce qui étoit autour de cette 
petite table, et le livre même, il ne seroit pas impossible 
de ne savoir que devenir : la Providence en ordonnera. 
Je retiens toujours ce que vous m'avez mandé : on se tire 
de Tennui comme des mauvais chemins ; on ne voitper- 

14. Mme de Sanzei étoît sœur de M. de Coulanges et Bf . de la 
TjtNHie étoit leur cousin germain. {Note de Perrin.) EUe éttit alors 
AiM M terre d*Aatry, près de Gien. Voyez tome II, p. ai 4, notes xo 
rt II et la lettre du 4 septembre 1675, p. xia et ii3. 



167 



— 102 — 

— sonne demeurer au milieu d'un mois, pour n'avoir pas 
' ^ le courage de Tacheyer; c'est comme de mourir : vous 
ne voyez personne qui ne sache se tirer de ce dernier 
rôle. Il y a des choses dans vos lettres qu'on ne peut 
ni qu'on ne veut oubUer. Avez-vous mon ami CorbineDi 
et M. de Yardes ? je le souhaite. Vous aurez bien rai- 
sonné, et si vous parlez sans cesse des affaires présentes 
et de M. de Turenne, et que vous ne puissiez com- 
prendre ce que tout ceci deviendra, en vérité vous êtes 
comme nous, et ce n'est point du tout que vous soyez en 
province. 

M. de Barillon soupa hier ici : on ne parla que de 
M. de Turenne ; il en est très-véritablement affligé. II 
nous contoit la solidité de ses vertus, combien il étoit 
vrai, combien il aimoitla vertu pour elle-même, combien 
par elle seule il se trouvoit récompensé, et puis finit par 
dire qu'on ne pouvoit pas l'aimer et être touché de son 
mérite, sans en être plus honnête homme. Sa société 
communiquoitune horreur pour la friponnerie et pour k 
duplicité, qui mettoit tous ses amis au-dessus des autres 
hommes : dans ce nombre il nomma fort le chevalier, 
qui étoit fort aimé et estimé de ce grand homme, et 
dont aussi il étoit adorateur. Bien des siècles n'en don- 
neront pas un pareil : je ne trouve pas qu'on soit 
tout à feit aveugle en celui-ci, au moins les gens que 
je vois : je crois que c'est se vanter d'être en bonne 
compagnie. 

Je viens de regarder mes dates : il est certain que je 
vous ai écrit le vendredi i6; je vous avois écrit le mer- 
credi 1 4, et le lundi la. Il faut que Pacoletou la bénédic- 
tion de Montélimar ait porté très-diaboliquement cette 
lettre; examinez ce pro(Ûge. 

Mais parlons un peu de M. de Turenne; c'est une 
honte de n'en pas dire un mot. Voici ce que me conta 



— io3 — 

hier ce petit cardinal. Vous connoîssez bien Pertais**, et 
son adoration et son attachement pour M. de Turenne. 
Dès qu^il a su sa mort, il a écrit au Roi, et lui mande : 
« Sire, yai perdu M. de Turenne; je sens que mon esprit 
n est point capable de soutenir ce malheur ; ainsi, n'étant 
plus en état de servir Votre Majesté, je vous rends ma 
démission du gouvernement de Gourtrai. » Le cardinal 
de Bonillon empêcha qu'on ne rendit cette lettre ; mais, 
craignant qu'il ne vînt lui-même, il dit au Roi l'effet du 
désespoir de Pertuis. Le Roi entra fort bien dans cette 
douleur, et dit au cardinal de Bouillon qu'il en estimoit 
davantage Pertuis, et qu'il ne songeât point à se retirer, 
qu^il étoit trop honnête homme pour ne faire pas toujours 
son devoir, en quelque état qu'il pût être. Voilà comme 
sont <^ux qui regrettent ce héros. Au reste, il avoit qua- 
rante mille livres de rente de partage ; et M. Boucherat a 
trouvé que, toutes ses dettes et ses legs payés, il ne lui 
restoit que dix mille livres de rente : c'est deux cent mille 
francs pour tous ses héritiers, pourvu que la chicane n'y 
mette pas le nez. Voilà comme il s'est enrichi en cin« 
(|uante années de service. 

Voici une autre histoire bien héroïque; écoutez-moi. 
M. le chevalier de Lorraine est donc revenu. Il entra 
chez Monsieur, et lui dit : a Monsieur, M. le marquis 
d^Efliat et le chevalier de Nantouillet m'ont mandé 
que vous vouliez que j'eusse l'honneur de revenir au- 
près de vous. » Monsieur répondit honnêtement, et en- 
suite lui dit qu'il falloit dire au moins à Varangeville 
qu'il étoit fâché de ce qui s'étoit passé ^'. Varangeville 
entre ; le chevalier de Lorraine lui dit : a Monsieur, 



i5. Gnj Pertuis, gouTerneur de k citadelle de Gourtrai, arait été 
capitaine dea gardef de Turenne. 
i5. Vojem la fin de la lettre du 9 août précédent, p« 35«37é 



1S75 



1675 



— io4 — 

Monsieur veut que je vous dise que je suis Elché de oti 
qui s'est passé. —-Ah! Monsieur, dit Varangeville, est-œ 
la une satisfaction? — Monsieur, dit le chevalier, c'est 
tout ce que je vous puis dire, et vous souhaiter du reste 
prospérité et santé. » Monsieur voulut rompre cette cod« 
versation, qui prenoit un air burlesque. Varangeville 
rentra par une autreporte, et dit à Monsieur: a Monsieur, 
je vous supplie au moins de demander pour moi, pour 
l'avenir , à M. le chevalier de Lorraine son estime et son 
amitié. » Monsieur le dit au^ chevalier, qui répondit : 
a Ah! Monsieur, c'est beaucoup pour un jour; » etThis* 
toire finit ainsi, et chacun a repris sa place comme si de 
rien n'étoit. Ne trouvez-vous pas toute cette conduite 
bien raisonnable, et la menace, et la colère, et le retour, 
et la satisfaction? Peut-on voir un plus beau fagotage? 
Si vous aviez envie que tout cela fîtït vrai, vous seriez trop 
heureuse, car c'est comme si vous l'aviez entendu. 

Adieu, ma très'-chère et très-aimable, je vous em- 
brasse mille fois avec une tendresse qui ne se peut re- 
présenter. 



438. DE MADAME DE SÉVIGNÊ 

A MADAME DE GEIGHAIT. 

A Paris, vendredi 3o* août. 

Jb prends la résolution de partir le 4 du mois prochain : 
je vais droit à Orléans; j'y trouverai M. d'Harouys, et 
nous nous y embarquerons dimanche, après la messe. Je 
vous écrirai encore mercredi avant mon départ ; je serai 
quelque temps à Nantes, et puis aux Rochers. Mon re- 
tour est assuré, si je suis en vie, pour le mois de no- 
vembre. J'ai un grand regret à notre commerce, qui va 



— io5 — 

être tout déréglé; mais la vie est pleine de choses qui r 

blessent le cœur. ' ^ 

Je reviens, ma bonne, du service de M. de Turenne à 
Saint-Denis ^ . Mme d'Elbeuf m'est venue prendre, et m'a 
paru me souhaiter; le petit cardinal^ m'en a priée d'un 
ton à ne pouvoir le refuser. C'étoit une chose bien triste : 
son corps étoit là au milieu de l'égUse; il est arrivé cette 
nuit avec une cérémonie si lugubre, que M. Boucherat, 
qui l'a reçu, et qui l'a veillé, en a pensé mourir de pleurer. 
Il n'y avoit que cette iamille désolée et tous les domes- 
tiques en deuil et en pleurs; on n'entendoit que des 
soupirs et des gémissements. Il n'y avoit d'amis que 
MM. Boucherat, de Harlay, de Barillon, et Monsieur 
de Meaux; Mmes Boucherat y étoient, et les nièces. 
Mmed'EUbeuf a pensé crever de douleur; sa vapeur s'y est 
mêlée, qui a fait un grand effet*. C'a été une chose triste 
de voir tous ses gardes debout, la pertuisane sur l'épaule, 
autour de ce corps qu'ils ont si mal gardé, et à la fin de 
la messe porter la bière jusqu'à une chapelle au-dessus du 



LnTHs43d. — I. a Le corps de Turenne fut apporté à Saint- 
Denjt le 29* d*moût 1675 {de Brie-Comte-Robert^ ou il avtùt été mis en 
dépôt ^ dans C église des minimes). Dom Claude Martin, pour lors grand 
prieur, accompagne de ses religieux, le reçut huit ou dix pas arant 
dans la nef, à la distinction des princes du sang, au-derant desquels 
on a coutume d^'allerjusqu^au parvis. Aprèsles harangues réciproques, 
le corps fut porté dans le chœur, sur une estrade couverte d*un dais 
aux armes du vicomte de Turenne. Le lendemain on lui fit un service 
lolennel auquel assistèrent le cardinal et le duc de Bouillon, ses ne- 
Teux, et plusieurs autres personnes de qualité, d {Histoire de C abbaye 
rojale de Saint-Denys en France^ par dom Félibien, p. 5l5.) 

1. Dans les éditions de Rouen (1726) et de- 1754: «le cardinal 
de BoniUon. » — A la ligne suivante, il 7 a d'un tour^ dans Tédi- 
tion de la Haye (1716) ; mais on lit d'un ton dans celles de 1795, de 
Rouen (1736), et dans les deux de Perrin. 

3. On lit ici de plus dans les éditions de Perrin : a On ne peut pas 
douter de la douleur de cette pauvre femme. » 



167$ 



— io6 — 

grand autel, où il est en dépôt^. Cette translation a été 
touchante, et tout étoit en pleurs, et plusieurs crioient 
sans pouvoir s*en empêcher. Enfin on a été dans cette 
chapelle; Mme d'Elbeuf a crié les hauts cris. Il y avoit 
entre autres un petit page qui devenoit fontaine'. Enfin 
nous sommes revenus dîner tristement chez le cardi- 
nal de Bouillon, qui a voulu nous avoir; il m*a priée 
par pitié de retourner ce soir, à six heures, le prendre 
pour le mener à Vincennes, et Mme d'Elbeuf : ils m'ont 
fort parlé de vous. Le Cardinal dit qu'il vous écrira au- 
jourd'hui ; mais je m'en vais fermer mon paquet avant que 
de les aller prendre, afin de n'être point en inquiétude 
de revenir de bonne heure : la lune nous conduira jus- 
qu'où il lui plaira. Peut-être que j'irai demain passer le 
soir à Livry, pour jouir de cette belle Diane, et dire 
adieu à l'aimable abbaye. L'abbé y est depuis trois jours ; 
il ne nous parle plus que de retraite; c'est la grande 
mode*. Que dites-vous du nom de Monsieur le Prince 
qui a fait lever le siège d'Haguenau, comme il les fit 
iîiir l'année passée à Oudenarde^ ? Voilà ce qu'il y a de 



4. a Outre Tautel des Saints-Martyrs.... qui remplit toute Tarcade 
du milieu du rond-point ou chevet de réglise,jus<pi*à la hauteur des 
galeries, il y a autour du même chevet, au delà des bas câtéa, neuf 
autels dans des chapelles fermées de grilles de fer, et deux autres 
chapelles plus grandes, savoir celle de Saint-Eustache où est le tom- 
beau du vicomte de Turenne et la chapelle neuve de Saint-Louis, qui 
sert aujourd'hui de sacristie. 9 {Histoire de Cabbaye royale de Smnt" 
Denyt en France^ par dom Fëlibien, p. 53 1.) 

5. A devenoit fontaine Péditeur de la Haye a substituë/y/euroiV beau- 
coup. — Mlle de Scudëry a dit dans la Clélie (suite de la II* partie, 
tome II, p. ia49^ ^cU^* àe 1660) : «Si vous en croyez aujourd'hui 
Artaxandre.... il vous dira qu*il fkat s*enterrer dans le tombeau de 
oeux qu*on aime, ou que du moins il faut se faire fontaine^ et pleurer 
éternellement. » 

6. Depuis la retraite du cardinal de Retz ? 

7. Dans Tédition de 1764 : a Comme il fit fuir les euiemis Tannée 



— 107 — 

mx, le ne sais nnUe nouvelle de Fontainebleau *; seule- TsTs 
mentcp^on y jouera quatre belles comédies de G>meille, 
q[oatre de Racine, et deux de Molière. Je ne puis pardon- 
ner à Cavoie* d*être à Fontainebleau plutôt qu^à Saint- 
Denis ce matin. 

Adieu, ma chère bonne, embrassez-moi, je vous en 
conjure, et ne me dites point que vous ne méritez pas 
mon extrême tendresse ; et pourquoi, ma bonne, ne la 
méritez-vous pas, s'il est vrai que vous m'aimiez ? Par 
quel autre endroit en seriez-vous indigne ? Embrassez- 
nioi encore, ma chère enfant, et soyez aise que je vous 
aime plus que moi-même, puisque vous m*aimez un peu. 

lies gens du pauvre Sanzei reviennent; et quoiqu'on 
n^ait pas retrouvé son corps, ils le croyoient mort. On 
dispose sa femme à cette triste nouvelle, sans pourtant 
oser encore lui faire prendre le deuil. La comtesse de 
Ficsqne fut ainsi trois mois du marquis de Piennes, son 
premier mari, qui est encore à revenir^*. 

paiiée, etc.» La Gazette^ dans un nomëro extraordinaire, p. 65 1- 
66a, donne une relation intitulée : a Lerëe du siège par Tannée de 
rEmperenr, sous le commandement du comte Monteeuculi, au teul 
èndiJe la mareke duprincë de Condé, » 

8. La cour était partie de Versailles pour Fontainebleau le a6 août ; 
elle en reWnt le 7 septembre, « après j aToir pris, dit la Gazette^ 
tous les dirertissements qu^offroit un lieu si délicieux, arec la belle 
laison. » 

9. Il aToit été fort aimé de M. de Turenne. {Note Je Perrin,) 
Yojez Ja fin de la lettre du ao septembre suiTant, p. 14^. 

jo. fl avait été tué au siège d'Ârras, en 1640. Voyez la note de 
M. Chémel au tome I, p. 11 3, des Mémotresde Mademoiselie, 



IG75 



— io8 — 

439. — BU GOMTE DE BUSST RABUTIIf 
A MADAME DE SÊVIGlli. 

Le même jour qiie je reçus cette lettre (n* 43^9 P« 9s)) j*y ^ 
cette rëponBe. 

A Chaseuy ce x*' septembre 1675. 

En me disant que vos lettres ne sont pas dignes de 
mon approbation, Madame, vous m^en écrivez une qui 
en mérite une plus grande', sans compter votre modes- 
tie; mais pour ne la pas offenser davantage, je vais trai- 
ter d*autres choses avec vous. 

L*affaire du maréchal de Gréquy est plus mauvaise 
pour lui que pour le Roi. Sa Majesté a de grandes res- 
sources : il n'y paroîtra pas dans quinze jours, quand 
même il perdroit Trêves ; mais pour la réputation de ce 
général, elle en pâtira longtemps, et il faudra qu'il fesse 
de belles choses avant que de faire oublier sa mauvaise 



Lutbb 439. — X. Dans le manuscrit de riaititiat : « qui mérite 
encore de plus grandes louanges ; » à la fin de Talinéa : matières^ au 
lieu de choses ; à la ligne suivante : « Taffaire du maréchal de Gréqny 
à Consarbrick. » Un peu plus loin, on lit : a ... . par laqaelle je rois 
quUl TÎt défiler Tinfanterie des ennemis sur un pont » (il y a-furès de 
trois lignes sautées) \ Palinéase termine par la phrase que yoici : « Cela 
ne me paroft pas répondre à ce qu*on attendoit de lui ; » tout le pa- 
ragraphe suivant : a Vous Toyez bien, Bladame, » est omis ; la phrase 
qui rient après est ainsi construite : a Je trouve admirable tout ce 
qu a répondu le Roi aux courtisans sur cette af&ire. 1» Vers la fin du 
petit paragraphe qui suit, on lit : « à qui feu Monsieur Totre père fit 
de si plaisantes réponses quand..., 1» L*autre paragraphe : « La pen- 
sée du maréchal, » est supprimé ; ainsi qu*un peu plus loin la phrase : 
a M. de Montecuculi se piécautionnera, etc. » Immédiatement avant 
le dernier alinéa, « à la fin de cette campagne » est remplacé par 
a avant la fin de la campagne ; » enfin la lettre se termine ainsi : 
a .... dont il est question; je vous donnerois ime favorable audience, 
et vous ne le sauriez conter à personne qui s*y intéresse plus que 
moi. » 



— 109 — 

conduite à Gonsarbrick*. On me vient d'envoyer de Metz ' 
une relation exacte de cette déroute, par laquelle je vois 
que la tète a tourné au maréchal de Créquy dès qu^il vit 
les ennemis ; il n^y a que cela à croire, ou qu'il a eu in- 
telligence avec eux. Il vit défiler leur infanterie sur un 
pont sans faire tirer son canon sur elle, et sans la faire 
charger à demi passée : quoiqu'il eût la moitié moins de 
troupes que les confédérés, il les laissa tous passer la 
Sarre tranquillement pour venir à lui, et fit comme s'il 
eût appréhendé qu'il lui en fut échappé un seul. 

Vous voyez bien. Madame, qu'il faut avoir perdu l'es- 
prit pour en user ainsi; cependant c'est ce général que 
Ton nomma d'abord pour remplacer M. de Turenne : 
que sont donc les autres qui ont moins de capacité que 
lui ? Il faut dire la vérité, une partie des maréchaux qu'on 
vient de faire est indigne de l'être. D'ordinaire le mérite 
attire cette dignité; ici l'on a commencé par où l'onde- 
voit finir : on a donné l'honneur, espérant que le mérite 
viendroit après ; et en attendant le mérite, bien souvent 
viennent les déroutes, comme vous voyez. 

Tout ce qu'a répondu le Roi aux courtisans sur l'af- 
faire de G>nsarbrick est admirable : les uns oht été mal 
récompensés de leur fausse générosité, les autres de 
leur blâme sans raison, et les autres de leur basse flatte- 
rie. Il faut parler juste devant un prince d'aussi bon en- 
tendement que le Roi, et particulièrement quand il vient 
de perdre une bataille. 

Je savois déjà la question du vieux Parabère, et la ré- 
ponse du duc de Weimar : c'est ce vieux sot à qui feu 



9. BxÈBêy n'aimaît pas le maréchal de Crëquj. Il Ta fort maltraité 
dans son récit de la bauille des Dunes (tome II, p. 60 et suirantes, 
de ses Mémoires), Voyez aussi sa lettre du 39 juillet x668, p. 5 18 de 
notre tome I. 



1675 



— IIO^— 

_ Monsieur votre père* en fit de si plaisantes à Poitiers 
1675 quand il alloit voir sa maîtresse. 

La pensée du maréchal de Gramont ne peut (aire rire 
que par le ton nasillard et gascon ; du reste c'est un bon 
mot de corps de garde. 

Le maréchal de ûréquy a fait comme M. Foucquet, 
qui ne savoit ce qu'il faisoit les premiers jours qu'on 
l'arrêta, mais qui, après s'être reconnu, fit des merveilles. 
Ce qu'a dit Monsieur le Prince de M. de Turenne en 
passant à Chàlons me paroit d'un fort honnête homme, 
et d'un homme qui sent bien son mérite. M. de Monte- 
cuculi se précautionnera encore davantage avec lui qu'il 
ne faisoit avec M. de Turenne*. 

U est vrai que le chevalier de Grignan a été heureux 
au combat d'Altenheim, et la Trousse à celui de Consar- 
brick : je m'en réjouis avec vous, et j'espère vous faire 
un même compliment pour Monsieur votre fils à la fin 
de cette campagne. 

Vous devriez me conter le procès dont il est ques« 
tion : je suis tellement affamé de vous entendre, que je 
vous donnerois une favorable audience quand vous ne 
me parleriez que d'interlocutoires et d'arrêts. 

3. Le baron de Chantai. 

4. Le prince de Condé força Montecuculi à repasser le Rhin ; ce 
fut son dernier exploit. «Cette année, remarque le président Hënault 
dans son BUtoire de France^ yit finir la carrière des trois plus grands 
généraux de TËurope. M. de Turenne fut tué ; Monsieur le Prince 
se retira, et Montecuculi en fit de même, d 



— III — 

44o* DE MADAME DE SiVIGHÉ Ts^ 

▲ MADAME DE GRIGHAJf. 

A Paris, mercredi 4* septembre. 

Mabamb de Puisieux ma mandé que je croyois partir 
aajourd^hm, et qu'elle me domioit avis que je ne partois 
que lundi ; je Fai crue sans raisonner : me voilà donc, 
ma trèft-cbère, jusques àlundi. La cour revient vendredi, 
rirai encore au service de M. de Turenne* , et je recevrai 
vos lettres règlement encore un peu de jours : c'est pré- 
cisément la chose que je regrette le plus quand elle me 
manque. Je reviens à vendredi dernier : après vous 
avoir écrit, je retournai prendre le cardinal de Bouillon, 
Bfme d'Elbeuf et Barillon ; notre promenade fut triste, 
mais charmante, au clair de la lune. Il me donna la 
lettre que je vous envoie, et me pria fort de l'envoyer 
le même jour ; je ne Tai pas fait. Le gros abbé m'a fait 
encore sa cour avec une de vos lettres ; il vous a mandé 
tout €:e qu'il y a de nouvelles. Le siège d'Haguenau levé*, 
c^est bien loin des malheurs que vous prévoyiez; mais 
ce Montecuculi n'a quitté cette ville que pour embarrasser 
Monsieur le Prince, qui se trouvant plus foible que lui, 
i*est un peu retiré vers Sélestat*. M. de Lorraine, en 

LnTBS 440. — I. Ce aenrice fut célébré le 9 dans Téglise Notre- 
Dame, le jour même du départ de Mme de Sévigné, qui tk'j anisu 
pu. Voyez la lettre du 9 septembre, p. ia5. 

a . M. de Matthieu^qui commandoit dans Haguenau,étoit lieutenant* 
eoloiiel du régiment de la Marine, et officier d*une grande distinction. 
U aToit dit plusieurs fois, ayant que la place fût assiégée : Tonique 
Ualthieu iera^ Haguenau au Roi sera. Il derint colonel du régiment 
de la Bfarine le 99 août 167$, c*est^-dire peu de jours après la lerée 
du siège. {Note de Perruiy 1754.) 

3. Le 98 août, le prince de Condé était Tenu camper à Benfeld, 
^ le 39 a Kestenbolz sous Scfalestadt ; puis Toyant que les Impériaux 
ne frétaient avancés que « pour gagner le passage de Benfeld et avoir 



1675 



112 

écrivant à sa fiUe^ sur la déroute*, ne nomme le maré- 
chal de Créquy que « le bon maréchal, le bon Créquy : » 
il y a un air malin dans cette lettre qui ressemble bien 
à l'esprit de Son Altesse^ mon père*. Il seroit à souhaiter 
que les équipages des morts, ou crus morts, ne revinssent 
point. Les gens de M. de Sanzei content cette déroute 
d'une terrible façon. Il y avoit deux mille hommes an 
fourrage ; ils n'étoient que cinq mille contre vingt-deux 
mille ; on ne croyoit point la rivière guéable, elle Tétoit 
en trois endroits : de sorte que l'armée des ennemis pas- 
soit, et prenoit nos troupes en flanc. La Trousse disoit 
son avis; mais la tète tourne à moins. Le maréchal com- 
battit comme un désespéré, et puis s'alla jeter dans 
Trêves, où il fait une défense d'Orondate. Il s'est sauve 
beaucoup de troupes ; la terreur et la confusion cmt été 
plus loin que la tuerie. 

On n'a point trouvé le corps de M. de Sanzei ; mais 
ses gens l'ont vu se jeter dans un escadron qui s'appelle 
Stms quartier; il cria, en s'y jetant, qu'on n'en fît point 
aussi ; il combattit longtemps ; ce qui resta de son régi- 
ment se rallia, et de lui point de nouvelles. Le peut-on 
imaginer autre part que sur le champ de bataille, où 
l'on n'a pu ni l'aller chercher d'abord, ni le reconnoître 
quand on y est allé au bout de douze jours ? La pauvre 
Mme de Sazizei arriva samedi à sept heures du matin, 
comme je montois en calèche pour m'en aller à Livry : 

ainai la facilite d'entrer dans la haute Alsace, il avait ordonné, dès 
le 3o, k toute Tinfanterie d'ëlerer des retranchements, qui furent 
aeherésl») septembre, depuis la montagne jusqu*à Schlestadt. Voyez 
la Oaaette des 7 et 14 septembre. 

4. Anne de Lorraine, comtesse de Lillebonne. {Note de Perrîn.) 

5. La déroute de Conz-Saarbruck. 

6. G^est ainsi, à ce qu'il paraît, que Mme de Lillebonne avait coa- 
tume de dire en parlant de son père le duc de Lorraine : vojex la 
lettre du «9 septembre suivant, p. i5i. 



— ii3 — 

je descendis, et ne la quittai pas de tout le jour. Elle - 5 
pensa troaver à la porte Téquipage de son mari, qui 
revint une heure après elle : on ne pouvoit voir, sans 
pleurer, tous ces pauvres gens et tout ce train maigre 
et triste. Elle s*en retournera dans quelques jours à 
Autiy ; elle est fort affligée, et pleure de bon cœur. On 
ne vouloit pas qu'elle prit le deuil; j*ai ri de cette vi- 
sion : M. de Sanzei reviendra le jour d'Enoch, d'Élie, 
de saint Jean-Baptiste^, du feu marquis de Piennes^ et 
du marquis d'Estrées*. Quelle folie de douter de sa 
mort! et au bout du compte, s'il revenoit, on ôteroit 
le bandeau ^^, et on deviendroit grosse : pourvu qu'on 
ne se marie pas, on est toujours en état de recevoir son 
mari. 

Au reste, Lannoi ^*, c'est*>à-dire Mme de Montrevel, 
est enragée. Après avoir été pendue un mois aux oreilles 
du Roi et de QuantOy et demandé ce régiment Royal avec 
(nreur, comme elle fait toutes choses, on l'a donné au 

7. Oa plutôt de saint Jean FëTangëUste, de «pii Jësus-Chriat a^ait 
dit : « Si je Teux qu^il demeure juaqn*à ce que je Tienne, <pie tous 
importe? » ce qui aTait lait courir parmi les frères le bruit qne ce 
diiciple ne mourrait point (Toyez V Évangile de saint Jean^ chap. xxz, 
venets ai et a3). De Û Topinion, qui fut longtemps populaire parmi 
les chrétiens, qu*il aTait été miraculeusement préserTë de la mort, et 
derait rerenir un jour aTec Enoch et Élie. — Pour Enoch, Tojez le 
▼enet 94 du chapitre t de la Genèse; et pour Élie, le Uttc IY des 
ibû, chap. XI, Terset xi. 

8. Premier mari de la comtesse de Fiesque. Voyez p. 107, la fin 
àt la lettre du 3o août précédent. 

9. Sans doute Louis, marquis d'Estrées, fils du second lit de 
François-Annibal I, maréchal d*Estrées ; il fut tué à la IcTée du ûége 
àt Valenciexmes, en x656. 

10. Cétait Tusage des TeuTes de ce temps-la de porter un handeau 
de crêpe sur le front. {Note de Perrin.) Voyez tome II, p. 118, 
note 6. 

1 1 . Ce paragraphe et le suiTant manquent dans la première édition 
àt Perrin (1734); ils ne se trouTent qne dans celle de 1754., 

IfiiB m SsTxiMii. iT 8 



1675 



- ii4 - 

marquk de Montrevel ^', onole de son mari, qui leur a 
déjà ôté la lieutenance générale ^*. On ne sait quelles 
mesures il a prises, ni de quelle manœuvre il s*est servi ; 
mais enfin, à Theure qu'il paroissoit le moins, on lui a 
donné ce joli régiment : il est vrai qu'il est brave jusqu a 
la folie. C'est celui qui fiausoit l'amoureux de Mme de Cou- 
langes, qui est beau et bien fait. J'oubliois qu'il plaide 
contre son neveu, et qu'il est son ennemi mortel; car 
toute cette famille est divisée. 

Le chevalier de Coislin ^^ est revenu après la mort de 
M. de Turenne, disant qu'il ne pouvoit plus servir après 
avoir perdu cet homme-là ; qu'il étoit nûdade; que pour 
le voir et pour être avec lui, il avoit fieiit cette dernière 
campagne ; mais que ne l'ayant plus, il s'en alloit à 
Bourbon. Le Roi, informé de tous ces discours, a com- 
mencé par donner son régiment, et a dit que, sans la 
considération de ses fr^^s, il l'auroit fait mettre à la 
Bastille. Je ne^ sais pourquoi je vous conte toutes ces 
bagatelles : celle de la Montrevel m'a paru plaisante. 
Pour cette fois'il n'y a pas de grands événements ; puisque 
vous en êtes lasse, on ne vous en mandera plus : mais s'il 
vous en souvient, vous en aviez voulu; vous fûtes servie 
fort prompteraent ; et puis tout d'un coup vous dites que 
c'est assez : nous nous taisons. 

Faucher, de l'hôtel d'Estrées, me vint voir hier; il 
s'en retourne à Rome par la Savoie. Nous causâmes fort : 

II. Maréchal de France en 1703. Voyee tome III, p. m, note 3, 
et p. 461 9 note a. 

i3. Penrin a ajouté entre parenthèses : c de Bresse. » 
14. Charles-César du Cambout de Coislin, chevalier de Malte, 
ayant quitté le serrice, se retira de la cour et du monde ponr se li- 
trer à tous les exercices de la plus haute piété. Voyez le Néerologe di 
Port'Rofol^ p. 80, Amsterdam, édition de 1713. {Note de PerrÎM.) 
Il mourut à cinquante-huit ans le x3 fénier 1699. Voyes ci-deMus, 
p. 35, la lettre du 9 août précédent, note i6« 



— ii5 — 

il me conta toate la querelle du pape et de Tambassa- - 
deor'*; il me fit voir le cardinalat du Marseille^* fort 
éloigné ; et enfin, après avoir bien discouru et de Por^ 
tugal, et de Savoie, et à'ogni cosa^'*^ il voulut voir 
votre portrait ^^ : il est romain, il s*y connoît; jevoudrois 
que vous et M. de Grignan eussiez pu voir Tadmiration 
naturelle dont il fiit surpris, quelles louanges il donna à 
la ressemblance, mais encore plus à la bonté de la pein- 
ture, à cette tête qui sort, à cette gorge qui respire, à 
cette taille qui s'avance : il fut une demi-heure comme 
un fou. Je lui parlai de celui de la Saint-Géran ; il Ta 
vu. Je lui dis que je le croyois mieux peint ; il me pensa 
battre; il m'appela ignorante, et femme, qui est eticore 
pis. Il appelle des traits de maître ces endroits qui me 
paroissoient grossiers : c'est ce qui fait le blanc, le lustre, 
la chair, et sortir la tète de la toile. Enfin, ma fille, vous 
auriez ri de sa manière d'admirer. Il en a fait tant de 
bruit, que M. de Louvigny vint hier me voir; mais en 
efiet c'étoit votre aimable portrait '* ; il en fut charmé. 
Je voudrois bien le porter avec moi. Àh ! que je disois 
vrai l'autre jour, quand je vous assurois que quelqu'un 
qui m'aimeroit devroit être content d'être aimé comme 
j'aime cette aimable copie ! 

Je crains que Monsieur le Prince ne soit maladie : je 
crois l'avoir ouï dire. Nous sommes bien loin de faire re- 
passer le Rhin à Montecuculi, c'est lui qui nous presse un 



167S 



i5. n 8*agisMdt des premières discusMoaii sur TafFaire des fn 
chues, — Le pape était Qëmeiit X, qui régna de 1670 à 1676 ; et 
Tambassadeur le duo d*£strées (voyes tome II, p« 5ii, note 3). 

16. L*évdqae de HarseiUe ne fîit cardinal qn^en 1690. 

17. De toute ck&se. 

18. Il arait été peint par Mignard. Voyez la lettre du 19 août pré« 
cèdent, p. 70, et Walckenaer, tome V, p. 454. 

19. Dans Tédition ile 1754 : « Mais en effet o*étoit votre portrait 
qu'il Yenoit voir. » 



^ — ii6 — 

peu vers Sélestat'^. Le maréchal de Créquy fait toujours 

*^ le démon dans Trêves* La maréchale 8*est si bien mis 
dans la tète que Sanzei y est avec son mari, que Mme de 
Sanzei n*ose pas encore prendre le deuil : au moins elle 
attendra jusqu*à la fin du siège. M. de Saint- Aoust '^y al- 
lant reconnoître un mouvement des ennemis avec trente 
maîtres, en rencontra deux cents ; il les prit pour être des 
nôtres, et s'avança trop. Ses gens Tabandonnèrent. On 
lui demanda s'il vouloit quartier ; il dit que non : cela 
est bien imprudent ; ils Font tué, et rendu sa soour et 
son vilain mari les plus riches gens de France ; le songe 
est bien singulier **. 

Je comprends fort bien tous les compliments qae vous 
avez reçus sur le sujet de vos beaux-frères '*, et les échos 
qui répondent un mois après comme ceux d'Olionles '* ; 
cela est fort incommode, en vérité. Un poltron et un sot, 
comme vous dites, vous donneroient bien moins d*af- 
faires. 

Mme de Gietquen n'est pas digne d'être affligée si 
longtemps ** : elle prit à Mme d'Elbeuf, il y a deux ans, 

so. L'édition de 1754 ajoute : a et qui nous fait abandooDer la 
baise Aliace. » 

SI. « Le comte de Saint-Aoust, brigadier de cavalerie, d'an trèt- 
grand laérite, » dit la Gaxette^ qui raconte cette mort danale numéro 
du 7 septembre. Elle rapporte <pi41 fut tué en allant, arec Tingt 
mousquetaires, reconnaître des fourrages, et que son corps fut porté 
à Atb pour y être enterré. — Les deux éditions de Perrin donnent if 
S€Unt~Thou, 

aa. Voyez la lettre suivante, p. lao* 

93. M. le cbevalier de Grignan et M. le coadjuteur d*Arles. {Note 
de Perrin») — Voyez, sur la belle conduite du premier à Altenheim, 
les lettres des 9 et la août précédents et du 17 noTembre sairant; 
sur le succès que Tenait d^aToir une harangue de Tautre au Roi, la 
lettre du 19 août précédent. — L'édition de 1734 porte : a sur tes 
héros de beaux-frères, » 

a4» Des Vaux d'Olioules, dans le Var, non loin de Toulon. 

a5. Mme de Coetquen aToit mal gardé un secret important que 



— 117 — 

un peut portrait de M. de Tureime, qu^elle avoit au bras. 
Mme d^Elbeuf le lai a redemandé plusieurs fois ; elle a 
dit qu'elle Tavoit perdu : il nous est venu une pensée, 
qu'A ne Test pas pour tout le monde. Ah ! grand héros ! 
faut^il que Ton vous sacrifie ? Ce n'est pas d'aujourd'hui 
que l'on offense les héros, quand ils ne sont pas dans 
leur tripot**. 

Mme de Vaubrun est à nos sœurs de Sainte-Marie ; elle 
est comme folle, et se moque du P. de Sainte-Marthe ^^ 
son confesseur. Elle a fait venir dans l'église le corps de 
son maii '* : on lui a fait un service plus magnifique que 
celui de M. de Turenne à Saint-Denis. Elle a son cœur 
sur une petite crédence, qu'elle voit, et qu'elle touche ; 
elle a deux bougies devant, elle y passe les journées en- 
tières du dîner au souper, nettement; et quand on vient 
Tavertir qu'il y a sept heures qu'elle est là, elle ne croit 
pas qu'il y ait une demi-heure : personne ne peut la gou- 
verner, et l'on craint tout de bon que son esprit ne se 
tourne**. Mme de Langeron est toujours inconsolable. 
S je puis continuer ces deux sortes d'afflictions, vous 
murez sujet d'être contente '*. On assuroit hier que l'Em- 
pereur avoit fait fiiire un service à M. de Turenne. Adieu, 

H. de Tnraine aroit eu la foiblette de lui confier. Voyez les Mémoirti 
de U Fore (tome LXV, p. 178). {Note de Perrin^ 1754.) — Voyet 
aussi tome II, p. 3i8, note 7. 

96. Voyez la même location, tome II, p. so. 

97. Général de rOratoire. (iV0/«d^Pcrrîii.)Abel-Louis de Sainte- 
Marthe, second fils de Gaucher, dit Scérole de Sainte-Marthe (Pun 
des deux firères jumeaux qui sont les premiers auteurs du GtdUa 
christiaMa\ lut élu général de la congrégation de POratoire le 3 oc- 
tobre 1673, se démit le 14 septembre 1696, et mourut â Saint-Paul 
tu Bois, près de Soissons, le jour de Pâques 1697. 

s8. Tué le i** août à Taffaire d'Altenheim. (Note de Perrin,) 
99. Bans rédition de 1764 : a et Ton craint que Tesprit ne lui 
tonnie. s Voyez la lettre du 7 août précédent, p. 17, note ii. 
3o. Vo/es la lettre du la août précédent, p. 46* 



1Û7S 



it^S 



— ii8 — 

ma très-chère et très-aimable enfant : on ne peut imagi 
ner plus de tendresse que j'en ai pour vous. 



44 !• ^^ MADAME DE SÊVIGRÊ 

A MADAME DE GRIGKAIT. 

A Paris, vendredi 6* septembre» 

Jb pars, ma chère bonne, avec la dernière tristesse 
de m*éloigner encore davantage de vous, et de voir pour 
quelques jours notre commerce dégingandé ^ Pour ache- 
ver Tagrément de mon voyage, Hélène ne vient pas avec 
moi : j*ai tant tardé, qu'elle est dans son neuf*. J'ai 
Marie, qui jette sa gourme, comme vous savez ; mais ne 
soyez point en peine de moi, je m'en vais un peu essayer 
de n'être pas si fort servie à ma mode, et d'être un peu 
dans la solitude ; j'aimerai à connoître la docilité de mon 
esprit, et je suivrai les exemples de courage et de raison 
que vous me donnez. Mme de G>ulanges ne fait-elle pas 
aussi des merveilles de s'ennuyer à Lyon? Ce seroit une 

Lbttbb 441. — I. Dan8 Tëdition de la Haye (1726) la lettre est 
datée du lundi 97, et dans celle de Rouen, ainsi que dans la premièiv 
de Pemn, du lundi a septembre. — Dans sa seconde édition, Perrin 
a ainsi arrangé la première phrase : a Je tous regrette, ma chère 
enfant, et cette rage de m^éloigner encore de tous, et de Toir pour 
quelques jours notre commerce dégingandé, me donne uncTéritahle 
tristesse.» Notre texte est celui de la Haye (x7a6)et de Perrin (1734). 
LMdition de Rouen a remplacé dégingandé par interrompu. 

a. Être dans le neuf^ dans ton neuf, c*est-4*dire dans le neurième 
mois de sa grossesse, est une locution du temps, que donne encore 
la dernière édition (i835) du Dictionnaire de V Académie, — Dans les 
impressions de la Haye (1796) et de Perrin (1734) il n*est ques- 
tion ni à^ Hélène, ni de Marie; ce commencement de phrase est ré- 
duit à ce peu de mots : a Je laisse un de mes principaux domestiques 
malade. » Dans Téditioa de Rouen (1716), on lit : a Je laisse une 
partie de mes domestiques malades; nais je Taîs^essayer.... s 



— iig — 

!>elle chose que je ne susse vivre qu'avec les gens qui me 
iont agréables : je me souviendrai de vos sermons ; je 
n'amuserai à payer mes dettes et à manger mes provi- 
sions ; je penserai beaucoup à vous, ma très-chère bonne ; 
je lirai, je marcherai, j^écrirai, je recevrai de vos lettres : 
hélas ! la vie ne se passe que trop; elle s*use partout. Je 
porte une infinité de remèdes bons ou mauvais ; je les 
aime tons, mais surtout il n*y en a pas un qui n'ait son 
patron, et qoi ne soit la médecine de mes voisins : j*es* 
père que cette boutique me sera fort inutile, car je me 
porte extrêmement bien. 

Je fiis avant-hier toute seule à lâvry, me promener 
délicieusement avec la lune ; j*y fus depuis six heures du 
soir jusqu*à minuit, il n'y avoit aucun serein ; j'étois faite 
comme un vrai ttrattigème *. Je me suis fort bien trouvée 
de cette petite équipée : je devois bien cet adieu à la belle 
Diane et à Taimable abbaye. Il n'a tenu qu'à moi d'aller 
à Chantilly en très-bonne compagnie ; mais je ne me suis 
pas trouvée assez libre pour faire un si délicieux voyage ; 
ce sera pour le printemps qui vient. 

Fai été tantôt chez Mignard, pour voir le portrait de 
Louvigny : il est parlant ; mais je n'ai pas vu Mignard : 
il peignoit Mme de Fontevrault, que j'ai regardée par le 
troa de la porte ; je ne l'ai pas trouvée jolie \ Fabbé Têtu 
êtoit auprès d'elle, dans un charmant badinage ,* les Vil- 
lars étoient à ce trou avec moi : nous étions plaisantes^. 



3. Comme un fantôme ; Toyez les lettres des 5 et 16 juillet précé- 
denu, tome m, p. 5o8 et 53i. — Ces mots : a Pëtob faite, etc., » 
ne le trouTent que dans Tédition de la Haye (1736). A la ligne sui- 
vante on lit dans la première édition de Perrin cette honnêteté^ au lieu 
de ut adieu, 

4. Cette dernière phrase, depuis : c Tai été tantôt, etc., » n^est que 
dsas Fédition de 1764, ainsi que la seconde du paragraphe suivant : 
* ÏOM moi, j'emporte, etc. » 



1675 



120 

Monsieur le Prince * est un peu étonné d'être sur la dé- 

^ fensive, et de se retrancher vers Sélestat * : la goutte et 
le mois d'octobre ne diminueront pas son chagrin. Pour 
jnoiy j'emporte l'inquiétude de mon fils : il me semble 
que je m'en vais avoir la tête dans un sac pendant dix 
ou douze jours ; et vous jugez bien que sans de bonnes 
raisons je ne quitterois pas Paris dans ce temps de nou- 
velles. Saint- Aoust avoit songé, la veille qu'il a été tué, 
qu'il avoit un démêlé avec M. le prince d'Orange, et qu'il 
lui avoit dit de si bonnes injures, que ce prince l'avoit 
fait maltraiter par ses gardes : il conta ce songe, et ce 
fut par ses gardes qu'il fut tué follement ; car il ne voulut 
jamais de quartier, quoiqu'il (ut seul contre deux cents : 
c'est une belle chance "^ ; tout le monde se moque de lui, 
quoique Voiture nous ait appris que c'est très-mal fait de 
se moquer des trépassés *. 

La pauvre Sanzei est tiraillée par de ridicules espé- 
rances que son mari n'est point mort, et veut attendre la 
fin du siège de Trêves pour prendre son deuil. 

Adieu, ma très-chère enfant, je ne vous puis dire com- 
bien je suis à vous, quoique je dise un peu plus que vous 
ce que je sens. 

5. Dans rëdition de Rouen (1716) : « Monsieur le Prince, qui a 
fait lever le liëge d*Haguenau, est un peu ëtonnë, etc. » 

6. Voyez p. m, la note 3 de la lettre prëcëdente. 

7. Chance e$t le texte de la Haye (1716) *, Tëdition de Rouen et les 
deux de Perrin y iubttituent/»0iu^. — L'alinëa suivant : «La pauvre 
Sanxei, etc., » n'est que dans Pëditionde 1754. Celle de Rouen ter- 
mine la lettre par ces mots : a Mes dëmonstrations n*ëgalent point 
mes sentiments. » 

8. Allusion à une lettre adressëe par Voiture à Mlle de Rambouillet 
(lettre cx«, p. 187 et suivantes, ëdit. de 1671). Il y feint qu'il est 
mort du chagrin de Tabsence, et dit entre autres choses : « Je vous 
supplie, au reste, Mademoiselle, de ne point rire en lisant ceci *, car 
sans mentir, c^est fort mal fait de se moquer des trëpassës. » 



— 121 — 

442. DB HADAME OE SÊYIOlli TaTT 

A MADAME DE GEIGNAir. 

A Paris, lundi 9* septembre. 

Adibu, ma très-chère, je m'en vais monter en car- 
rosse. Je quitte Paris pour quelque temps, avec la dou- 
leur de ne recevoir plus si règlement vos lettres, ni 
celles de mon fils, dont Tannée n*est point tant composée 
de pâtissiers, que je ne sois fort en peine de lui, non pas 
quand je pense au prince d*Orange, mais à M. de Luxem- 
bourg, qui est dans Tarmée de mon fils, et à qui les 
mains démangent furieusement. Hélas ! vous souvient-il 
de notre folie, que M. de Turenne étoit dans larmée de 
votre firère ? Enfin, voilà tous mes commerces dérangés, 
et je ne puis plus être bonne seulement a votre divertis- 
sement : tout le fagotage de bagatelles que je vous man- 
dois va être réduit à rien ; et si vous ne m*aimiez, vous 
feriez fort bien de ne pas ouvrir mes lettres. Je m'en 
vais donc, ma très-chère, avec le bon abbé et Marie, et 
deux hommes à cheval; j'ai six chevaux; je m'en vais 
par Qrléams et par Nantes ; je vous écrirai par les che- 
mins : c^est une de mes tendresses, comme dit Mon- 
ceaux ^ 

Je n'ai jamais vu un homme adorable comme d'Hac- 
queville ; je ne sais pas comme sont les autres, mais pour 
celui que nous connoissons, je croirois qu'il n'a point son 
pareil, sans la notoriété qui dit les d^Hacqueuilles *. Je 
lui ai recommandé une affaire du sénéchal de Rennes ' 
(ne le connoît-on point dans votre voisinage ?). Il avoit 
une afifaire épineuse, où il falloit de l'habileté : je priai 



lamm 44* • — !• Voyez la Noticêy p. i56 et 157. 

s. Voyez tome II, p. 385, note i. 

3. Comparez tome II, p. 33o, et la lettre du a4 juillet i689* 



1675 



— 124 — 

et envie de me plaire. Je suis sûre qu^on ne Fen tirera 
pas : on sait trop bien ce que c'est pour moi que cette 
charmante peinture, et si on le vient demander ici, on 
dira que je Tai emporté. M. de G)ulanges vous dira où 
il est. M. de Pompone le voulut voir hier : il lui par- 
loit, et croyoitque vous deviez répondre, et qu'il y avoit 
de la gloire à votre fait : votre absence a augmenté la 
ressemblance ; ce n'est pas ce qui m'a le moins coûté à 
quitter. 

Nous avons ri aux larmes de votre Mme de la Charce 
et de Philis, sa fille aînée ^*, âgée de trente-neuf ans : je la 
vois d'ici. Que voulez-vous dire, que vous ne narrez point 
bien? Il n'y a chose au monde si plaisamment contée, et 
personne n'écrit si agréablement^; mais il faut pleurer 
d'être dans un pays où l'on porte le deuil si burlesque- 
ment. Je vous remercie de la peine que vous avez prise 
de narrer cette folie : c'est un style que vous n'aimez 
pas, mais il m'a bien réjouie. M. de G)ttlanges vous 

is. « Philis de la Tour du Pin de la Charce ëuit l'amie de 
Mlle d^Alerac... cette belle-fille de Mme de Grignan, qu'elle aimait 
li peu. Voyez sur cette courageuse demoiselle (qui, dit ailleurs 
Walckenaer, tome IV, p. 354, combattit Taillamment le pistolet au 
poing sous les ordres de Catinat) le livre intitulé Histoire de Mlle de 
la Charce^ de la maison de la Tour du Pin en Dauphiné^ etc. Paris, 
173 1, p. II, 36; c*est une espèce de roman dont Tauteur est in- 
connu.... On lit dans la Gazette de France du a3 juin 1703, que 
Philis de la Tour du Pin de la Charce, nouvelle conrertie, mourut 
à Nyons en Dauphiné, âgée de cinquante-huit ans. Ainsi cette de» 
moiselle avait trente ans lorsqu'elle était le sujet des sarcasmes de 
Mme de Grignan. d (Walckenaer, tome V, p. 45o ; voyez aussi son 
tome IV, déjà cité plus haut, où il nous apprend (p. 3S4) que 
Mme desHoulières fit un séjour de trois années chez la marquise de 
la Charce, près de la ville de Nyons, et qu'elle a adressé à Bille de 
la Charce des vers qui se trouvent dans la première édition de ses 
poésies, 1668, p. 33. 

i3. Les mots : a et personne n'écrit si agréablement, » ne se trou- 
vent que dans la seconde édition de Perrin (1754)* 



— 125 — 

en parlera ; il lot cet endroit en perfection. Il me semble 
que 

Je n'ai plus rien à dire; 

Qu'on me mène aox Rochers, je ne veux plos ëcrire; 

Allons, l'abbé, c'est fait^«. 

Je Yais partir, belle G>mtesse " : 

Je vais partir, belle Hermione, 
Je vais exécuter ce que l'abbé m'ordonne. 
Malgré le péril qui m'attend *•• 

(Test pour dire une folie, car notre province est plus 
calme que la Saône. 

On fait présentement le service en grande pompe de 
M. de Turenne à Notre-Dame ^^ ; le cardinal de Bouillon 
et Mme d'Elbeuf vinrent hier me le proposer ; mais je me 

i4* Parodie de ces vers de Corneille dans Polfeuete (acte IV, 
IT): 

Qa*on me mène à la mort, je n'ai plus rien à dire ; 
Allons, gardes, c'est fiût. 

1 5 • « Je Tais partir, belle Comtesse, » est le texte de 1 784 ; en 1 754, 
Perrin y a substitué : « Adieu donc, ma très-chère Comtesse, b L'é- 
dition de 181 8 donnait, à la suite Tune de l'autre, ces deux ra- 
tîantes. 

16. Parodie de l'adieu de Cadmus. (Note de Perrin,) Voyez Catl- 
mus et Hermione^ tragédie de Quinault, acte II, scène rr. -— « Mme de 
Sévigné a pu assister à U représentation de cet opéra, dont la mu- 
nqoe était de Lulli. Il fut joué sur le théâtre du Bel-Air (royez 
tome m, p. 60, note is)en 1679, et le 17 avril 1673 sur le théâtre 
du Palais-Royal, après la mort de Molière, s (Walckenaer, tome Y, 
p. s57, note i.) — Les rers de Quinault ne diffèrent de la citation 
^ par un seul mot : Vabbé au lieu de Vtunour, 

17. Perrin, dans sa seconde édition, aainsi corrigé la construction 
de cette phrase : c On fait présentement à Notre-Dame le senrice de 
M. de Turenne en grande pompe. » — Un numéro extraordinaire 
delà Gazette ^ du i*' octobre 1675, contient (p. 717 et suivantes) une 
loDffiie description de ee service solennel, célébré à Notre-Dame par 
ordre du Roi. 



1675 



I67S 



— 126 — 

contente de cdui de Samt-Denis ^^ : je n*en ai jamais vu 
un si bon. N*admirez-vous point ce que lait la mort de ce 
héros, et la face des affaires depuis que nous ne ravons 
plus? Ah! ma chère enfant, qu'il y a longtemps que je 
suis de votre avis! rien n'est bon que d'avoir une belle et 
bonne àme : on la voit en toute chose comme au travers 
d'un cœur de cristal : on ne se cache point ; vous n'avez 
point vu de dupes là-dessns : on n'a jamais pris long- 
temps l'ombre pour le corps. Il iaut être, il faut être, si 
l'on veut paroître : le monde n'a point de longues injus- 
tices ; vous .devez être de cet avis pour vos propres inté- 
rets. Adieu, ma chère enfant, je vous embrasse de tout 
mon cœur. 



443. — BE MAOAMfi DE SÊVIGHÊ 
A MADAME DE GRIGNAN. 

A Orléans, mercredi 11* septembre. 

Enfin, ma bonne, me voilà prête à m'embarquer sur 
notre Loire : vous souvient-il du joli voyage que nous y 
fîmes ^ ? J'y penserai souvent : quoique votre Rhône soit 
terribilis *, je voudrois être aussi près de me confier à sa 
prud'homie. Il ne faut point que je prétende à vivre 
agréablement sans vous. Je vous écrirai de tous les lieux 
où je pourrai : j'attends demain de grand matin une lettre 
devons, que j'ai dit qu'on m'adressât ici. Vous dites que 
Tespérance est si jolie ; hélas ! il faut qu'elle le soit encore 
au delà de ce que vous dites, pour nourrir plus de la 

x8. Voyei la lettre du 3o août précédent, p. 35 et 36. 

LdriTBK 443. '— X. En x6S4, diaprés Walekenaer. Voyes la Noiice^ 
p. 89, et Walekenaer, tome V, p. a68. 

a. Dana l'édition de la Haye (1796) : « toit terrible et fatae penr ; i 
et à la fin de la phrase : a me confier à lui. a 



— 127 — 

moitié da monde, comme elle fait : je suis une des plus 

attachées à sa cour. '^^' 

remporte du chagrin de mon fils : on ne quitte qu^a- 
vec pdne les nouvelles de Tannée ; je lui mandois Tautre 
jour* <pi*il me sembloit que j allois mettre ma tête dans 
un sac, où je ne verrois ni n^entendrois rien de tout ce 
qui Ta se passer sur la terre. Il ne croit pas qu*il se fieisse 
de détachement que vers la mi*octobre. S'il nous répond 
du détachement, nous le connoissons assez pour répondre 
de rattachement : ainsi vous n'avez pas à souhaiter pour 
loi *. M. de la Trousse reviendra bientôt sur sa parole ; il 
n^aura point le gouvernement de PhilippeviUe ' : nous ne 
saorions deviner encore ce que la fortune lui garde ; sou- 
vent c'est un coup de mousquet : Dieu l'en préserve! Je 
vis, le matin que je partis, le grand maître * et la bonne 
Troche, qui me mena à la. messe, et attendre mon car* 
rosse chez Mme de la Fayette, où je trouvai le marquis 
de Saint-Maurice, qui vient d'Angleterre dire la mort de 
son duc ^ : c'est la cérémonie. 

Je m'en vais d'Orléans jouer de mon reste, et me mêler 
de vous dire encore des nouvelles : vous devinerez les au- 
teurs. Il est certain que l'ami et Quanio ' se sont vérita- 

3. Dans Fédidon de 1764 ; a Je loi aiandou, oomine à toui, 
Tantre joor. » Voyes plus haut, p. 1 90, lettre du 6 septembre. — Les 
noUf «Wme gemèioii manquent dans Tëdition de Rouen (i7a6). 

4. Ce morceau, depuis : a II ne croit pas, etc., » n'est que dans 
rédition de la Haye (179S). 

5. Vacant par la mort du marquis de Vaidinm. (Note de Perrinw) 
— Ce gouTemement fut donné, comme nous Farons dit plus haut, 
au ôeur de Madaillan, c officier d*un mérite singulier, qui étoit lien- 
tenant de Roi de cette place. » {Gaxeitê du%i septembre,) 

6. Le duc du Lude. 

7. Chariea-Ëmmanuel, due de SaToie, mort le 19 juin 167$. 
Vojes la lettre du 19 juin 1675, tome III, p. 484. 

S. Dana l'édition de 1795, qui ne contient qu^un fragment de cette 
lettre, on lit : le Moi^ au lieu de fwmis et Quamio est remplacé par 



167S 



— 128 — 

blement séparés ; mais la douleur de la demoiselle est fré- 
quente, et même jusques aux larmes, de voir à quel point 
Fami s'en passe bien : il ne pleuroitque sa libcâté, et ce 
lieu de sûreté contre la dame du château*; le reste, par 
quelque raison que ce puisse être, ne lui tenoit plus au 
cœur : il a retrouvé cette société qui lui plaît ^* ; il est gai 
et content de n*être plus dans le trouble, et Ton tremble 
que cela ne veuille dire une diminution, et Ton pleure ; 
et si le contraire étoit, on pleureroit et on trembleroit 
encore : ainsi le repos est chassé de cette place. Voilà sur 
quoi vous pouvez faire vos réflexions, comme sur une vé- 
rité : je crois que vous m'entendez. 

Pour TAngleteiTe, Kéroual^^ n'a été trompée sur 
rien ; elle avoit envie d'être maîtresse du Roi^*, elle Test: 
il couchequasi toutes les nuitsavec elle ^*, à la vue de toute 
la cour ; elle a un fils qui vient d'être reconnu, à qui on a 
donné deux duchés. EUe amasse des trésors, et se fiadt re- 
douter et respecter de qui elle peut ; mais elle n'avoit pas 
prévu de trouver en son chemin une jeune comédienne'*, 



trois points. Dans l^ëdition de la Haye il y a trois astérisques a la 
place de chacun de ces deux noms ; dans celle de Rouen, des points. 
9. La Reine. Voyez Walckenaer, tome V, p. a44* 
xo. a Le repos qui lui plaît. » {Édition de la Haye, i?*^*) 
II. Louise-Reuée de Penancofit de Kéroualle, créée en 1671 du- 
chesse de Portsmouth en Angleterre, et en 1684 duchesse d'Aubifny 
en France, pour elle et pour Charles de Lenox, duc de Richement, 
son fils. (Note de Perrin, 1754.) Elle ayait été menée en Angleterre 
par Madame Henriette en 1670. Voyez tome II, p. S46, et la Corra' 
pondanee de Bmty^ tome II, p. a54. Les lettres d'érection de la \tttp 
d*Aubigny en duché pairie, signées Zioaû, et sur le repli : « par le 
Roi, Colhert^ » sont du mois de janrier 1684. 
xs. De Charles II. 

i3. C'est le texte des éditions de 1715 et 1716. Perrin a remplace 
couche par faut, 

14. Ellesenommoit NellGwin. {Nottde Perrin^ 1 'ySi,)lj^i^ixoïA 
antérieures la nomment Nelgonine. -* Voyez sur elle une note des 



— 129 — 

dont le Roi est ensorcelé : elle n^a pas le pouvoir de Ten 
déucher un moment ; il partage ses soins, son temps et sa 
sinté entre elles deux. La comédienne est aussi fière que 
la duchesse de Portsmouth : elle la morgue, elle lui fait la 
grimace, elle Tattaque, et lui dérobe souvent le Roi ; elle 
se vante de ses préférences. Elle est jeune, folle, hardie, 
débauchée et plaisante ; elle chante, elle danse, et fait son 
métier de bonne foi. Elle a un fils du Roi, et veut qu'il 
soit reconnu. Voici son raisonnement : « Cette duchesse, 
dit-elle, bât la personne de qualité ; elle dit que tout est 
son parent en France ; dès qu'il meurt quelque grand, elle 
prend le deuil ^' : eh bien! puisqu'elle est de si grande 

qualité, pourquoi s'est-elle faite p ? Elle devroit mou- 

rir de honte : pour moi, c'est mon métier, je ne me pique 

pas d^autre chose. Le Roi m'entretient, je ne suis qu'à lui 

présentement. Il m'a fait un fils, je prétends qu'il doit 

le reconnoître, et je suis assurée qu'il le reconnoftra, car 

il m'aime autant que sa Portsmouth. » Cette créature 

tient le haut du pavé, et décontenance et embarrasse 

extraordinairement la duchesse. Voilà de ces originaux 

qui me font plaisir. J'ai trouvé que d'Orléans je ne pou- 

vois vous rien mander de meilleur : du moins sont-ce 

des vérités. 

Je me porte très-bien, ma bonne : je me trouve fort 
bien** d'être une substance qui pense et qui lit ; sans cela 
notre bon abbé m'amuseroit peu : vous savez qu'il est 

Mémoires de Gramont, p. 394 et SgS de Pëdition Poiimt : ftiÛTAnt 
cette note, elle mourut en 1691. 

iS. Mme de Sirouel avoit pris un grand deuil pour le roi de 
Soède ; à cfueiqiie tempsde là le roi de Portugal Tint à mourir ; Ncl- 
imùne parut avec un carroue drapé, et diaoit : « La Kérouel et moi 
iTODi partage le monde : elle a les rois du Nord, et moi ceux du 
Midi. » (Note des éMtUnu de 1716.) ' 

16. Dans aa seconde édition, Perrin a substitué : « je me sais bon 
^ i à c je me troure fort bien. » 

Mn DB SànomL it 9 



1675 



— i3o — 

occupé des beaux yeux de sa ccisseUe^'* ; mais pendant qu'il 
la regarde et la visite de tous côtés, le cardinal Commen- 
don^' me tient une très-bonne compagnie. Le temps et 
le chemin sont admirables : ce sont de cesjours de cristal 
où Ton n*a ni froid ni chaud ; notre équipage nous me- 
neroit fort bien par terre : c'est pour nous divertir que 
nous allons sur Teau. Ne soyez point en peine de Marie, 
elle me fait tout comme Hélène. Je préviens votre inquié- 
tude : ma santé est parfaite ; je la gouverne dans la vue 
de vous plaire. Je vous aime, ma très-chère bonne : cette 
tendresse fait ma plus douce et ma plus charmante occu* 
pation. Je vous embrasse mille fois de tout mon eonir. 

Je ne me vante pas d'être amie de Monsieur le Pre- 
mier** ; mais je Tai vu assez souvent chez M. de la Roche* 
foucauld, chez Mme de Lavardin, chez lui, et deui fois 
chez moi : il me trouve avec ses amis, et vous savez ie$ 
sortes de réverbérations que cela iait'*. 



444* -~ OB MADAME DE SÉVIGUÉ 
A M. DE GOULANGES. 

A Orléans, mercredi ii* septembre. 

Nous voici arrivés sans aucune aventure ; je me suis re* 
posée cette nuit, comme je vous lavois dit, dans le lit àe 

17* Voyez tome III, p. i34. 

18. La rie du cardinal Commendon, par M. Fiëchier. {Soie di 
Perrin,) Elle a été écrite en latin par Gratiani, éréque d' Amélia. Vo- 
riginal {Je F'tta Commmdoms cardinaih Uhri If) fut impriné à Pans, 
par les soins de Flécbier, en 1669, ^ ^'^ traduction de Fléchier pa- 
rut en 1671. 

1 9 . Henri de Béringhen , premier écu jer de la petite écurie du Roi< 
ao* c £t TOUS sarez que ces sortes de réverbérations font beau- 
coup. » (Édition de la Haye^ I7>€>) 



- i3i — 

llioury ^. Noas avons trouvé ce matin deux grands vilains ' 
pendns k des arbres sur le grand chemin; nous n'avons 
pas compris pourquoi des pendus; car le bel air des 
gnnds chemins il me semble que ce sont des roués : nous 
avons été occupés à deviner cette nouveauté ; ils faisoient 
une fort vilaine mine, et j*ai juré que je vous le mande- 
rois. A peine sommes-nous descendus ici, que voilà vingt 
bateliers autonr de nous, chacun faisant valoir la qualité 
des personnes qu'il a menées, et la bonté de son bateau ; 
jamais les couteaux de Nogent* ni les chapelets de Char- 
tres n'ont (ait plus de bruit. Nous avons été longtemps 
à choisir : Tun nous paroissoit trop jeune, l'autre trop 
vieux; l'an avoit trop d'envie de nous avoir, cela nous 
paroissoit d'un gueux, dont le bateau étoit pourri ; l'autre 
étoit glorieux d'avoir mené M. de Chaulnes ; enfin la pré- 
destination a paru visible sur un grand garçon fort bien 
(ait, dont la moustache et le procédé nous ont décidés. 
Adieu donc, mon vrai cousin, nous allons voguer sur la 
belle Loire relie est un peu sujette à se déborder, mais 
elle en est plus douce. 



1675 



44s* ~ OB MADAME DE SÊVIG»É 
A MADAME DE 6EI6IIA». 

A Tours, samedi 1 4' septembre. 

J'ai reçu votre lettre, ma bonne, à Orléans, un mo-' 
ment devant que de monter en bateau : ce me fut une 

LanaB 444. — i. Thouiy est un bourg du dëfMurtement d*Enre- 
et-Loir, tor la route d'Orléans, k Tingt et une lieues de Paris. 

1. Nogent*]e-Roi, TÎUe du département de la Haute-Marne, fkbri» 
qvc de eouteaux. — Pour les chapelets de Chartres, royez la note 9 
àt la lettra soiTante, p. i36. 



1675 



— l32 — 

grande provision et une grande consolation pour ma 
navigation. Entre plusieurs choses agréables dans ce que 
vous m'écrivez, il y en a une qui m*a touchée : vous me 
dites que je prends bien des peines pour voos, mais 
qu'elles ne me coûtent guère, et que c'est le comble des 
obligations : c'est si bien savoir ce que je pense, que par 
cela seul, ma bonne, je serois trop payée. Je veux quel- 
que jour vous donner le plaisir de lire quelqu'une des 
lettres que vous m'écrivez. 

Je ne sais plus que vous dire de M. de Turenne, ni de 
Permis^ : je crains qu'il ne se console en mon absence. 
J'avois laissé Mme de Vaubrun prête à devenir folle, 
Mme de Langeron prête à mourir : j'avois assez bien 
réussi dans tout ce que vous m'aviez recommandé' ; mais 
je ne vous réponds plus de rien, ma chère bonne; je ne 
sais plus rien : j'ai la tète dans un sac. Je sais pourtant 
que Trêves est pris'; je ne crois pas qu'on y retrouve 
Sanzei; je plains encore plus sa femme. Quanta gli do- 
veua parère il dubbio buonoj se doi^ea soffrire tanio iel 
certo^! voilà qui doit décider. 

Il me semble que M. de la Trousse revient sur sa pa- 
role, et qu'il n'a pas perdu beaucoup de son équipage; 
je le plaindrois s'il n'avoit point retrouvé les hecutx yeux 
de sa cassette : cette folie nous est revenue en même 
temps, je venois de vous l'écrire. Je comprends aisément 
les douceurs que vous mande Mme de Vaudemont* : elle 

LiTTAB 445. — t. Voyez ci-detsut, p. io3, note 14. 
a. Voyez la lettre du a6 juillet et la lettre du 4 septembre, (^'otf 
de Perrin.) Voyez encore celle du la août, p. 46. 

3. Trêves capitula le 6 septembre. Voyez plus loin la lettre du 
ao septembre, p. 140, note i3. 

4 . Combien le doute lui devait sembler èon^ puii^uUl devait tant souf- 
frir de la certitude! 

5. Ânne-Élîsabeth de Lorraine, mariée en 1669 à Charie^-Henn 
de Lorraine, prince de Vaudemont. Voyez tome II, p. 166, note;. 



— i33 — 

est très*aimable ; j'honore ramitié que vous conservez 
Tune pour Vautre, malgré ce qui vous sépare : je vous 
loue de continuer fidèlement votre commerce. 

Tai couché à Yeret cette nuit*. M. d*Effiat^ savoit 
ma marche ; il me vint prendre sur le bord de Teau avec 
Tabbé : sa maison passe tout ce que vous avez jamais 
vu de beau, d*agréable, de magnifique; c*est pays plus 
charmant 

Qu'autre qai-soit sur la terre habitable : 

je ne finirois point. M. et Mme Dangeau y sont venus 
dîner avec moi, et s'en vont à Valençav'. M. d'Effiat 
nous vient de ramener ici : il n'y a qu'une lieue et demie 
de chemin semé de fleurs; il vient de nous quitter, en 
vous faisant mille sortes d'amitiés. Je n'ai point de quoi 
vous écrire, c'est le vilain papier de l'hôtesse qui me 
force de finir. Nous reprenons demain notre bateau, et 
nous allons à Saumur. 

Tai vu à Veret des lettres de Paris*. On croit que le 
prince d'Orange veut reprendre Liège'*; je crains que 

6. « Elle débarqua à deux lieuea de Tours, à Mont-Louii ; et de là, 
traTenant par terre Tespace de quatre kilomètres qui sépare la Loire 
et le Cher, elle alla coucher le 1 3 septembre à Veretz, dûis le château 
ori^airemeut bâti par Jean de la Barre, comte d*Etampes. » (Walc- 
kenaer, tome V, p. aSg.) Le duc d^AiguUlon, père du ministre, 
acheu cette terre, et le ministre y fut exilé. Le château a été abattu. 

7. L'abbé d^EfBat. Voyez tomes I, p. 440, note 5, et II, p. 401, 
note 5. — Il semble qu*il était alors exilé. Voyez les lettres du 
17 septembre, et des 9 et 19 octobre suivanu. 

8. Dangeau était gouremeur de Touraine. — Valençay est entre 
Blois et Châteauroux, au sud-est de Tours. 

9. Dans les éditions de 1716 : a J*ai reçu à Veret des lettres de 
Saumur. s 

10. La Gazette du 11 septembre annonce que dans la prévision 
d*ime attaque, le maréchal d*Estrades fit entrer un renfort d*hommes 
et de Tivres dans la citadelle de Liège ; dans le numéro du a8, ellt* 
dit que c le duc de Luxembourg est campé SVec toute son armée, à 



167S 



16^5 



— i34 — 

M. de Luxembourg ne veuille l'empêcher^ ou Ufi fasse 
un siège : cela me trouble pour mon pauvre Sévignë. 
On dit aussi que Monsieur le Prince ne veut pas at- 
tendre rhiver en Allemagne, et qu'on y enverra M. de 
Schomberg. Ma bonne^ ce n'est plus pour vous apprendre 
des nouvelles que je vous écris ; n*est pour en causer avec 
vous. Je me ressouvins l'autre jour, à Blois, d'un endroit 
si beau où nous nous promenions avec ce pauvre petit 
comte des Chapelles ^^, où il vouloit retourner ce sonnet^' : 

Je veux finir mes jours dans l'amour de ma mie. 

Mon Dieu ! ma chère bonne, que je suis (achce de vous 
quitter, et que je vous aime chèrement! Je vous em- 
brasse d'un cœur qui n'a point son pareil. Si j'offense 
M. de Grignan, j'en suis iachèe, et je le baise pour l'a- 
paiser. Si vous avez M. de Vardes et notre Corbinelli, je 
ne vous plains point avec cette bonne compagnie. L'his- 
toire des G-oisades est fort belle^'; mais le style du 
P. Maimbourg me déplaît fort : il a ramasse le déhcat 
des mauvaises ruelles ^^. 

Faites grdce à son style en faveur de l'histoive : 
je le veux bien. 

une heure et demie de Charleroî, pour être à portée de Liège, en cas 
que les ennemis y marchent, ce qu'on ne croit pat. » 

II. Voyez tome II, p. 819, note 7. 

I a. Le fameux sonnet de Voiture, qui commence par ce vers : 
II faut finir mes jours dans Pamour d'Uranie. 
— Nous arons suiri pour le ren cité le texte de la Haye (1716); 
au lieu de ma micy il y a dans l'édition de 1784 : Uranie^ comme 
chez Voiture; dans celles de Rouen et de 1754 : Marie, 

i3. V Histoire dei Croisadet du P. Maixnbourg parut en 1675. 
L'achevé d'imprimer est du 10 mars. 

14. « n sent l'auteur qui a ramassé, etc. s (AtUiiom de 17S4O 



— i35 — 

▲ MADAME DE GEIGHAll. 

Mardi^ 17* septembre. 

Voia une bizarre date : je suis 

Dans un petit bateau , 
Dans le courant de l'eau. 
Fort loin de mon château; 

je pense même que je puis achever. 

Ah, quelle folie^! 

caries eaux sont si basses, et je suis si souvent engravée, 
que je regrette mon équipage, qui ne s'arrête point et 
qui va son train. On s*ennuie sur Teau quand on y est 
seule; il faut un petit comte des Chapelles et une MUe de 
Sévigné. Mais enfin c'est une folie de s'embarquer, quand 
on est à Orléans, et peut-être même à Paris (c'est pour 
dire une gentillesse) ; mais il est vrai qu'on se croit obligé 



Itibb 446. — I. Dans le recueil des chansons de Goulanges, se 
trouve le couplet suiTant, intimlë : Pour Madame la eomiute deG^*^ 
(Grignan), qui pensa se noyer sur le Rhône ^ en allant en Provence. 
Sur r air Ah, quelle folie I couplet retourné : 

Ah, quelle folie 
D*exposer sa rie 
Au courant de Teau 
Dans un petit bateau 1 
L*on peut, quand on est misérable, 
Chercher un tfcueil favorable 
Pour jr (aire son tombeau ; 
Mais risquer sa vie 
Sous un ciel si beau 
Si près de son château , 
An, quelle folie ! 

(Recueil des chansons choisies de Monsieur *** (de Coulanges), a* édi- 
ûon, Puis, 169S, tome I, p. x66.) 



1675 



I67S 



— i36 — 

de prendre des bateliers à Orléans^ oomme à Chartres 
d'acheter des chapelets*. 

Je vous ai mandé comme j'avois vu Tabbé d'Effiat dans 
sa belle maison : je vous écrivis de Tours; je vins à Sau- 
mur, où nous vîmes Yineuil'; nous repleuràmes M. de 
Turenne ; il en a été vivement touché ; vous le plaindrez, 
quand vous saurez qu'il est dans une ville où personne 
n'avoit vu le héros. Yineuil est bien vieiUi, bien tous* 
sant, et bien crachant, et dévot, mais toujours de Tesprit : 
il vous fait mille et mille compliments. Il y a trente lieues 
de Saumur à Nantes; nous avons résolu de les faire eu 
deux jours, et d'arriver aujourd'hui à Nantes : dans ce 
dessein, nous allâmes hier deux heures de nuit; nous 
nous engravâmes, et nous demeurâmes à deux cents 
pas de notre hôtellerie sans pouvoir aborder. Nous re- 
vînmes au bruit d'un chien, et nous arrivâmes à minuit 
dans un tugurio^^ plus pauvre, plus misérable qu^on ne 
peut vous le représenter : il n'y avoit rien du tout que 
deux ou trois vieilles femmes qui filoient, et de la paille 
fraîche, sur quoi nous avons tous couché sans nous dés- 
habiller. J'aurois bien ri, sans l'abbé, que je meurs de 
honte d'exposer ainsi à la fatigue d'un voyage. Nous nous 
sommes rembarques avec la pointe du jour, et nous 
étions si parfaitement bien établis dans notre gravier, 
que nous avons été près d'une heure avant que de re- 
prendre le fil de notre discours. Nous voulons, contre 
vent et marée, arriver à Nantes; nous ramons tous. 
J'y trouverai de vos lettres, ma fille; mais j'ai si bonae 
opinion de votre amitié, que je suis persuadée que vous 
serez bien aise de savoir des nouvelles de mon voyage, et 

9. La cathédrale de Chartres était un pèlerinage célèbre; on y ré- 
rérait une ancienne itatue de la Vierge. 

3. Voyez plus bas, p. 170, note 6, et p. 188. 

4. Une cabane» 



-i37- 

comme on m*a dît que la poste va passer à Ingrande*, ^ - 
je Tais j laisser cette lettre en chemin fieûsant. Je me 
pOTte très-bien : il ne me faudroit qu'un peu de cau- 
serie. Je vous écrirai de Nantes, comme vous le pouvez 
croire. Je suis impatiente de savoir de vos nouvelles, 
et de Farmée de M. de Luxembourg : cela me tient 
fort au cœur; il y a neuf jours que j'ai ma tête dans 
ce sac. 

L'bistoire des Croisades est très»belle, surtout pour 
ceux qui ont lu le Tasse, et qui revoient leurs vieux amis 
en prose et en histoire; mais je suis servante du style du 
jésuite. La f^ie tTOrigène est divine*. Adieu, ma très- 
chère, très-aimable et très-parfaitement aimée; vous êtes 
ma chère enfant. J'embrasse le matou' , 



o 



447- ~ 1>£ MADAME DE SÊVIGICÉ 
A MADAME DE GRIGNAN. 

A Nantes, vendredi ao* septembre. 

J'ai justement reçu ici, ma très-chère, la lettre où vous 
me croyex une vagabonde sur le bord de TOcéan : peut- 
on rien voir de plus juste que vos supputations ? Je vous 
ai écrit sur la route, et même du bateau, autant que je Tai 
pu. J'arrivai ici à neuf heures du soir, au pied de ce 

5. Sur la rire droite de la Loire, entre Angers et Nantes. 

6. Uffltioire de Tertullien et d*Origène est TcBuvre de trois écri- 
vains de Poit-Royal : Tiliemont, le Tourneux et du Fossé. Elle fut 
publiée à Paris, en 1675, par ce dernier seul, sous le nom du sieur 
de U Moche. Voyez le Port-Rojal de M. Sainte-Beure, tome III, 
p. 519. 

7. On a TU, p. 1 10 de la Notice^ le comte de Grignan désigné 
ainsi dans un Tauderille. 



t675 



— tM — 

grand cbateau que vous eonnoisMz, au même endroit 
par ob se sauva notre cardinale On eateadît une petite 
barque; on demande : « Qui va là ? » l'a vois ma repense 
toute prête, et en même temps je vois sortir par la petite 
porte M. de Lavardin avec cinq ou six flambeaux de 
poing devant lui, accompagné de plusieurs nobles, qui 
vient me donner la main, et me reçoit parfaitement bien. 
Je suis assurée que du milieu de la rivière cette scène 
étoit admirable ; elle donna une grande idée de moi à 
mes bateliers. Je soupai fort bien; je n^avois ni dormi, 
ni mangé de vingt-quatre heures. J^ailai coucher chez 
M. d'Harouys. Ce ne sont que festins au château et ici. 
M. de Lavardin ne me quitte point : il est ravi de causer 
avec moi. Il m'a conté en détail toute Thistoire de cette 
province, et les conduites différentes de ceux qui ont le 
commandement : c'est une chose extraordinaire, et qui 
m*a fort amusée. En récompense, je lui ai donné du 
nôtre, et cet échange a fait de grandes conversations. Il 
a, en vérité, de très-bonnes et grandes qualités : il a une 
hauteur et une audace qui jusqu'ici lui ont fort bien 
réussi; et puis tout d'un coup une douceur et un respect 
pour le gouverneur qui le rehaussent encore. Il a mis 
monseigneur* à MM. de la Feuillade et Duras, et par 
familiarité il a mis mon très^-honoré seigneur : voilà une 
légère consolation; c'est pour vous dire qu'il en faut 
passer par là, ou ne point écrire. 

J'ai vu nos filles de Sainte-Marie', qui vous adorent 
encore et se souviennent de toutes les paroles que vous 

1^*1""^ 447- — 1. Le cardinal de Rets. Voyex la note i de It 
lettre du i«r octobre i654, tome I, p. 387. 

9. Voyea les lettres des 3i juillet et 19 août précédents, et la 
note 9 de cette dernière lettre. 

3. Leur maison était près du cours Saint-Pierre à Nantes. Voyes 
la Ao/fce, p. 89 et 90. 



- i39 — 

proiMMçàtes chex elles. NousallonBa laSflleraye* : M..de ' 
Lavudân m^y vient conduire; et dc| là aux Rocher», ob je 
serai mardi. Hélas ! ma fille, quelle misère ! pouvez-vous 
sonfiBrir mes lettres présentement? Je remercie M. de 
GiignaiK de les regretter. L*abbé se porte très-bien, et 
nMH encore au delà, s'il se peut. M. de Guitaut m'a mandé 
rheureuse couche de sa femme : j'y pensois, et j'en étois 
en peine ; il me donne beaucoup de soupçon de vous : je 
n*ose appuyer ma pensée sur cette sorte de malheur, je 
le mets au delà de tous, et j'en suis très-aflBigée*. M. de 
Coakutges me mande qu'enfin la pauvre Sanzei a pris le 
deuil : la Mousse étoit avec elle à Autry', et s'y en re* 
tourne encore; elle en a plus de besoin que jamais. 

Je suis toujours en peine de mon fils : il me semble 
que M. de Luxembourg a bien envie de perdre "^ sa petite 
bataille : c'est une cruelle chose que ce métier-là. Je me 
réjouis, ma fille, que vous ayez Monsieur l'Archevêque* ; 
je vois d'ici toutes vos conférences; je vois tout ce que 
Ton y propose et ce qu'on y résout. Je ne vous conseille 
pas d'entreprendre de m'ôter la sensibilité que j'ai pour 
tous vos intérêts : c'est me conseiller de mourir, en pa- 
roles couvertes ; car tant que je serai en ce monde, j'en 
serai plus touchée et plus occupée que de tout ce qui peut 
jamais m'arriver. G>mptez là-dessus, et plaignez-moi 
de vous être aussi inutile que je le suis ; car enfin que 

4. Terre qui appartenoit à M. d'Haronya, et qui appartient aujour- 
d'hui à M. de Bec-de-Iièrre. {Notes de Perrin et <U i^\%.) Voyez 
la lettre du a4 leptembre suivant, p. 14^, note i. 

$. « Sur cette sorte de malheur, dont je lerois très-affligée, s'il ëtoit 
certain. » (Édition de 1754.) 

6. Il a déjà été dit que cetta terre était dans les environs de Gien. 
Le comte de Sanzei la tenait de sa mère, Suzanne de Chenu. Voyez 
plus haut, p. TOI, note i3. 

7. Duis rédition de 1764 : a de risquer. » 
i. L'arehevéque d*Arles. 



6?S 



1675 



— i4o — 

peat-on faire pour voas ? Saluez très-respectueusement 
Monsieur rArohevêque pour moi ; je lui souhaite une 
bonne santé, pour le bonheur de sa famille et de ses 
amis. M. d'Harouys vous fait un million de compliments. 

Nous Usons ici les gazettes ; j^avois trouvé fort plaisant 
Tendroitque vous y avez remarqué. M. de Mont-Gaillard' 
iut tué, il y a cinq ou six jours, par un frère de Touque- 
dec^*; ils étoient mal ensemble. Mont-Gaillard se jeta sur 
lui comme un furieux, et lui donna des coups de cette 
canne dont il s'étoit déjà si bien servi avec son lieutenant. 
Pont«Gand tire son épée, et lui en donne au travers du 
corps, et le jette mort : cette scène s^est passée en basse 
Bretagne, où est M. de Chaulnes^^ Vous serez bien in- 
struite des nouvelles de Bretagne : ma pauvre enfant, 
vous me faites pitié de lire mes lettres, et je me fiiis pitié 
aussi de vous écrire de si grandes misères. 

J'étois en peine ce matin de mon fils ; mais j'ai vu dans 
toutes les nouvelles que M. de Luxembourg prend le 
chemin de garder la Flandre^*. Vous aurez trouvé la ca- 
pitulation de Trêves bien infôme : le maréchal est bien 
heureux de n'avoir été que lié et donné prisonnier aux 
ennemis*'. Cette armée des confédérés va joindre les 
Impériaux ; mais nous sommes assurés que Monsieur le 

9. Voyez plus haut, p. 17, note 48* 

10. SUvestre de Quengo, baron du Pont-Gand, frère puîné de 
René de Quengo, comte de Tonquedec. 

11. a En basse Bretagne, dans une petite rille où est M. de 
Chaulnes. » (Édition de 1754.) 

II. La Gazette du 9 1 septembre annonce que depuis quelque tempi 
le duc de Luxembourg suit constamment de près le prince d*Onnge 
et le duc de Villa-Hermosa. 

i3. Le maréchal de Crëquy, après aroir défendu Trêves pendant 
un mois arec toute la râleur possible, fut fait prisonnier de guerre 
par la trahison d'un capiuine de caralerie, nommé Boisjourdan, f^ 
souleva contre M. de Créquy toute la garnison, et sortit de k place 
pour aller dresser arec les asaiégeanU les articles delà capitulatioOi 



- i4i - 

Prince ne fte battra que quand il voudra : voilà Tavantaf^e 
des bons joueurs d'échecs. 

M. de Coulanges s'en va à Lyon : il me mande qu'il a 
laissé votre portrait en gage, faute d'argent, à un de ses 
marchands. Le joli portraiti j'aime fort la bonne pein- 
ture, mais je vous avoue que votre ressemblance ne nuit 
pas à me le faire aimer. 

Vous avez raison d'approuver le bruit qui court que 
je vais en Provence : en bonne justice, ne devroit-on 
pas suivre • les sentiments de son cœur, quand ils sont 
aussi vifs et aussi justes que les miens ? Ah ! quelle folie ! 
et en disant cela, me voici à Nantes. Je vous plaindrai 
quand vous serez au bout de vos cinq mois du séjour de 
Grignan. Aix et Lambesc me plaisent moins que la liberté 
de ce château. Vous avez fait toutes vos visites, vous voilà 
bien. Je n'ai point écrit à cette princesse ^^ sur la mort de 
son fils : que fatt-on à ces malheurs-là? Et Vardes, et 
mon ami G>rbinelli, que sont-ils devenus? Le fils de 
Félix" est évêque d'Apt ou de Gap. 

Songez, ma fille, que je reçois vos lettres le neuvième 

à rinsu du maréohal. Boisjourdan, roulant se saurer dans le pays 
ennemi, fut arrêté, et eut la tête tranchée à Metz {le a octobre 1675, 
après mwoir fait amende honorable à la tête des troupes^ la torcfie au 
poing et la corde au cou), {Note de Perrin, 1754.) -« On peut voir 
dans la Gazette du ii septembre, p. 689, les conditions de cette hon- 
teuse capitulation. 

1 4 . Mme de Sérigné parle probablement d'Anne d'Omano , femme 
du comte d*Harcourt , de la maison de Lorraine , mère du prince 
d*Harcourt et tante du comte de Grignan ; son second fils César, comte 
de Montlaur, arait été tué le 17 juillet précédent. 

i5. Henri Félix de Tassy, fils de Charles-François Félix, premier 
chimigien du Roi, était trésorier de la Sainte-Chapelle de Vincennes. 
Il n*ettt ni Tun ni Fautre de cesérèchés, mais bien celui de Digne, 
Tacsttt par la nomination de Jean deVintimille au siège de Toulon, 
en septembre 1675. Il fîit sacré éréque de Digne le 6 décembre 1676, 
et nifsa rannée suirante à TéTèché de Chalon-sur-Saône. 



1675 



1675 



— i4a — 

jour; je vous dis cela, fuor di proposHo^^ ^ pour vous Ater 
l'idée que je suis aux antipodes. La pauvre Vaubrun est 
toujours dans Tabime de la douleur : je suis bien de votre 
sentim^it, il y a de certaines douleurs dont on ne doit 
point se consoler, ni revoir le monde ^"^ : il faut tker les 
verrous sur soi, comme disoit notre bon cardinal. Le petit 
cardinal^' a bien son oncle dans le cœur. Je me suis fort 
moquée du service de Notre-Dame^*, après celui de Saint- 
Denis. Vous pouvez resserrer vos mouchoirs, je ne vous fe- 
rai plus pleurer. Je reviens encore sur Tàme de Cavoie** : 
la mienne n'en é toit pas contente à Paris ; il étoità la cour, 
et se portoit bien : nous dira-t-il qu*il craignoit de pleurer ? 
Le pauvre petit ! voilà un grand malheur. Je voudrois que 
vous eussiez vu Barillon et le bonhomme Boucherai'^ 

Adieu, ma très-chère, je vous embrasse tendrement : 
ne le (xoyez**vous pas, et ne voyez-vous point combien 
je vous aime? 

16. Hors de propos. 

17. Dans rëdidon de 1764 : a Et qui empêchent de revoir le 
monde, d 

18. Le cardinal de Bouillon. 

1 9. La Gose/le, dam la relation, déjà meintioxinée, de la cérémonie 
de Notre-Dame, dit en terminant la description de Tappareil fii- 
nèbre que a les choses woient été ainsi disposées par les soins d'un 
bel esprit de la compagnie des jésuites, 9 et qu'on en peut a Toir tout 
le détail dans Timprimé quHl en a donné au public, n •— Ce bel 
esprit est le P. Méncstrier. Son écrit, publié en 167$, est intitulé : 
Les vertus clirétiennes et les vertus mlitaires en deuil. Dessein de t ap- 
pareil funèbre dressé par ordre du Roi dans f église de Notre-Dame de 
Paris ^ le 9* septembre i6yS^ pour la cérémonie des obsèques de très^kmU 
et très-puissant prince Monseigneur Henry de la Tour d'Auvergne^ vi- 
comte de Turenne, in'4'^9 de a8 pages. 

ao. Voyez la lettre du 3o août précédent, p. 107. 

ai. L^édition de 1754 donne seule ce morceau, depuis : « Je re- 
Tiens encore, etc. » La phrase qui le précède et celle qui termine la 
lettre ne sont que dans Tédition de 1734. 



— i43 — 

^4AS* ^B MADAME DE SÉVIONE 

AU COMTE DE GUITAUT. 

A Nantes, ai« septembre'. 

Je ne puis assez vous remercier de m^avoir mandé 
rhenreux acconchement de Madame votre chère épouse. 
J*y avois pensé plus de mille fois, et j*y prenois un inté- 
rêt bien plus grand que celui qu'on prend d^ordinaire à 
ceux dont nous dépendons : cela fait voir la douceur de 
votre domination. 

Que Je suis aise que vous soyez content de M. Joubert* ! 
ne vous Tavois-je pas bien dit, que c^étoit un bon et 
habile homme ? Mais aussi, que Mme de Guitaut est une 
raisonnable femme d^étre accouchée comme on a accou- 
tumé, et de n*aller point chercher midi à quatorze heu- 
res, comme Mme de Grignan, pour faire un accouchement 
hors de toutes les règles' ! Voilà ces îles en honneur pour 
les femmes grosses de neuf mois ; si ma fille Test, je lui 
conseille d'y aller*. Je ne sais point de ses nouvelles sur 
ce sujet; mais, comme vous dites, ce n'est pas à dire 
que cela ne soit pas vrai : je vous assure que j'en serai 
très^aflUgée. Cette peine me viendra quand je n'ai plus 
celle de Mme de Guitaut, car c'étoit une de mes inquié- 
tudes, et Dieu ne permettra pas que j'aie le plaisir d'en 
avoir une de moins. Embrassez donc Vaccouchade* pour 



Lrtab 448 (revue sur Tautographe). — i. La lettre est ainsi datée 
de la main de Mme de Sëvigné. On Ta d'abord publiée sans date; 
paif , par nous ne savons quelle conjecture , on y a mis , dans les 
éditions qui ont précédé la nôtre, la date de juillet 1674. 

a. Celait sans doute Taccoucheur de Mme de Grignan. Voyez la 
lettre du 17 noTembre suivant. 

3. Voyez la lettre à Bussj du i5 juillet 1678, tome III, p. 9x3. 

4. Mme de Guitaut éuit accouchée aux îles Sainte-Marguerite. 

5. Cest-à-dire V accouchée, C est U forme provençale du participe. 



1675 



1675 



- i44- 

l'amour de moi, et m'aimez tous deux, car votre amitié 
est pour moi une chose admirable. Je vous renvoie vos 
mêmes paroles, je les ai trouvées très-propres pour ce 
que je pense. 

Il me semble que nous causerions bien présentement : 
l'histoire de cette province tiendroit un assez grand es- 
pace*, et vous divertiroit. Et notre bon cardinal, et M. de 
Turenne, et Monsieur le Prince, et le maréchal de Cré- 
quy, ne croyez-vous point que tous ces chapitres ne 
pussent nous conduire assez loin ? Nous dirions bien un 
petit mot aussi de la Provence et de la Fourbinerie^ : 
enfin il ne seroit question que d'être à portée de nous 
pouvoir entendre ; mais on ne commence guère de con- 
versation d'un bout de la terre à l'autre; nous sommes 
quasi aux deux extrémités. DieU nous rassemble, mon 
pauvre Monsieur! mais, hélas! notre petite Comtesse 
nous manquera cet hiver. Voilà un endroit de mon coeur 
qui vous feroit pitié. Le Baron' est encore une autre belle 
chose. Je meurs de peur que M. de Luxembourg ne fasse 
parler de lui : en vérité, la vie est triste quand on est 
aussi tendre aux mouches que je la suis. Je ne suis poidt 
encore consolée de la capucine; j'ai vu notre malheur 
dans cette affaire. Monsieur et Madame, je vous assure 
que je suis très- véritablement à vous. 

M. DB RiBtrrm Chàntal. 

Suscription : Pour Monsieur le comte de Guitaut. 

6. Dani Tautographe : <k une assez grand espace; » un peu plus 
bas, comme par compensation : « un autre belle chose. » 

7. Voyez la lettre d^avril ou mai 1674 (au comte de Guitaut), 
tome III, p. 407, note 8. 

8. Charles de S^rignë. 



— i45 — 

449* — ^B MADAME DE SËVIGUË 
A MADAME DE GEIGlfAlf. 

A la Silleraye^y mardi à4* septembre. 

Mb voici, ma fiUe, dans ce lieu où vous avez été un 
jour avec moi ; mais il n^est pas reconnoissable ; il n'y a 
pas pierre sur pierre de ce qui étoit en ce temps-là. 
M. d'Harouys manda de Paris, il y a quatre ans, à un 
architecte de Nantes, qu*il le prioit de lui bâtir une mai- 
son; il lui envoya le dessin, qui est très-beau et très- 
grand. Cest un grand corps de logis de trente toises de 
face, deux ailes, deux pavillons ; mais comme il n'y a pas 
été trois fois pendant tout cet ouvrage, tout cela est mal 
exécuté : notre abbé est au désespoir; M. d'Harouys 
ne hil qu'en rire ; il nous y amena hier au soir. M. de 
Lavardin est venu dîner avec nous, et m'arrête jusqu'à 
demain matin. Il est impossible de rien ajouter aux hon- 
nêtetés, aux confiances et aux extrêmes considérations 
de M. de Lavardin pour moi ; je vous assure que M. de 
Grignan ne pourroit pas m'en témoigner davantage, ni 
même plus d'amitié. Je n'ose plus vous dire du bien de 
Ini ; mais il a des qualités bien solides, et un désintéresse- 
ment qui lui donne des tons bien propres à commander*, 
ie TOUS endormirai quelque jour des affaires de cette 
province; elles sont dignes d'attention; et présentement 
il faut que vous soufiriez qu'elles fassent mes nouvelles. 

LnTBx 449 (revue ^^ partie sur une ancienne copie). — i . a Le châ- 
^a de laSilleraye {SêÛlerajre^ Sailleraye) est situé dans le canton de 
^^vqnefoii, àenriron sept kilomètres à Test de ce bourg {et à quatorze 
^ Nenia), Il est à deux kilomètres de Maures et du bord septen- 
trional de la Loire, sur le Tersant d'un coteau, au bas duquel coule 
^ nÛMeau a que dans le pays on appelle la Seille. Voyez Walcke- 
w«r, tome V, p. 45 1 et suirante. 

a. c Bien propres au commandement. » (Édition de 1754*) 
Ma I» Sinoxi. vt xo 



1675 



1675 



— i46 — 

Quand mes lettres arriveront au milieu de celles de Paris, 
elles auront assez de Tair d'une dame de province qui 
vous parle et vous confie les intrigues d'Avignon ou de 
que que autre ville. Enfin, ma chère eniant, la seule 
amitié que vous avez pour moi leur donnera du prix'. 
Nous avons appris les nouvelles de la cour, qui ne sont 
pas en grand nombre cet ordinaire : M. Félix* n'est point 
évêque de Gap, c'est de Digne. Mais que je vous trouve 
heureuse d'avoir Monsieur de Saint-Paul?, et lui ! Plût à 
Dieu que nous en eussions jutant dans cette province! 
Vous en auriez bien moins d'inquiétude. Je vous souhaite 
encore un petit M. Laurens*, qu'on dit qui sera placé a la 
première voiture^. J'avois dessein de faire un compliment 
à Moulinier'; mais c'est à Monsieur l'Archevêque et à 
Monsieur le Coadjuteur que je dois adresser la parole : ils 
sont camarades et confrères, j'en suis ravie. 

Nos pauvres bas Bretons, à ce qu'on nous vient d'ap- 
prendre, s'attroupent quarante, cinquante par les champs; 
et dès qu'ils voient les soldats, ils se jettent à genoux, et 
disent mea culpa : c'est le seul mot de françois qu'ils 
sachent; comme nos François qui disoient qu'en Alle- 
magne on ne disoit pas un mot de latin à la messe, que 

3. a Pera valoir mes lettres, o {Édition de 1754.) 

4* Voyez p. 1 4 1 , la note 1 5 de la lettre du ao septembre précédent, 

5. Lue d*Aqmii, évéque de Saint-Paul-Trois-Ôhâteaux, de 1674 
à x68o. Saint-Paul est très-proche de Grignan. 

6. Sans doute dom Jean de Saint-Laurens, feuillant, ^i prêcha 
devant le Roi Tarent de 167$. 

7. Nous avons déjà vu cette locution au tome IV, p. 4. 

8. L'archevêque d* Arles eut un valet de chambre de ce nom, dont 
le fils, né en 1675, entra à TOratoire et devint un prédicateur assez 
célèbre pour avoir son article dans Moréri. a II y a une telle <piantité 
d*évéques nouveaux {voyez les Gazettes des 14 et ai septembre) que 
je n'ai pas le courage de vous les dire, » écrit Ume de MontmoKucy 
à Bussy le 1 8 septembre : il y avait peut-être parmi eux un parent de 
Moulinier. 



— i47 — 

Kyrie eleison. On ne laisse pas de pendre ces pauvres 
bas Bretons; ils demandent à boire et du tabac', et de 
Caronpas unmot^^. 

M. de Coulanges me mande d'étranges bruits de Bel«- 
lièvre et de Mirepoix pour couper la gorge aux créan- 
ciers : ce seroit une bonne foret que ce benoît hôtel de 
Bellièvre^^, si cela étoit vrai. Je crois qu*ii vous mande 
comme à moi. 

J*ai passé, des sept jours que j*ai été à Nantes, trois 
après-dînées chez nos sœurs de Sainte-Marie : elles ont de 
Tesprit, et vous adorent, et \e petit ami^* dont elles étoient 
charmées : je le porte toujours avec moi ; car s'il alloit 
tonner, comme disoit Langlade à M. d'Andilly, voyez un 
peu, sans cela, ce que je deviendrois. 

M. deLavardinvous fait mille compliments, et M. d'Ha- 
rouys veut, je crois, vous écrire, tant je le trouve en- 
thousiasmé de vous : je Taime, comme vous savez, et je 
me divertis à l'observer. Je voudrois que vous vissiez cet 
esprit supérieur à toutes les choses qui font l'occupation 
des autres, cette humeur douce et bienfaisante, cette âme 
aussi grande que celle de M. de Turenne : elle me paroît 
un vrai modèle pour faire celle des rois, et j'admire com- 
bien nous estimons les vertus morales ; je suis assurée 
que s'il mouroit, on ne seroit non plus en peine de son 
saint que de celui de M. de Turenne". 

9. L^édîtîon de 1754 ajoute : et et qu^on les dépêche. » 

10. Mais ce dont ils derraient avoir on peu plus de souci, Tautre 
▼ie. Dieu qui les attend, ils Toublient, ils iCj donnent pas une pensée. 
Mme de Sérigné fait iqi une nouvelle allusion au mot qui termine 
le Carott de Lucien. Voyez tome II, p. 349, ^^^te 7, et la lettre du 
7 mars ifi85. 

11. Voyez les lettres de juillet et d'août précédents. 

13. C'est-â-dire le portrait de Mme de Grignan en miniature. ÇVoié 
itPerria^ 17^4-) 
i3. Voyez ci-dessus, p. 44 et 45. 



1675 



— i48 — 

^rr* Nous partons demain pour les Rochers, où je recevrai 
et trouverai de vos nouvelles, ma très-aimable et très- 
chère ; j'ai été deux jours en ce pays plus que je ne vou- 
lois : c'est ce qui fait que je n'y ai reçu que deux de 
vos lettres. Je me porte très-bien; et vous, mon en- 
fant, dormez- vous? votre bise est-elle traitable? Il iait 
un temps admirable présentement. Je vous embrasse 
avec une tendresse extrême : je crois que vous n'en 
doutez pas. 



45o. — DE MADAME DE SÊVIGIIÉ 
A MADAME DE GRIGIVAII. 

• Aux Rochers, dimanche 29* septembre. 

Je vous ai écrit, ma chère fille, de tous les lieux 011 je 
l'ai pu ; et comme je n'ai pas eu un soin si exact pour noti*e 
cher d'Hacque ville et pour mes autres amis. Us ont été 
dans des peines de moi dont je leur suis trop obligée. Ils 
ont fait l'honneur à la Loire de croire qu'elle m'avoit 
abîmée : hélas, la pauvre créature ! je serois la première 
à qui elle eût (ait ce mauvais tour; je n*ai eu d'incom- 
modité que parce qu'il n'y avoit pas assez d'eau dans celte 
rivière. D'Hacque ville me mande qu'il ne sait que vous 
dire de moi, et qu'il craint que son silence sur mon sujet 
ne vous inquiète. N'êtes- vous pas trop aimable, mon 
enfant, d'avoir bien voulu paroître assez tendre pour moi 
pour que l'on vous épargne sur les moindres choses ? 
Vous m'avez si bien persuadée la première, que je n'ai eu 
d'attention qu'à vous écrire très-soigneusement. Je partis 
donc de la Silleraye le lendemain que je vous eus écrit, 
qui fut le mercredi; M. de Lâvardin me mit en carrosse, 
et M. d'Harou^s m'accabla de provisions. Nous arrivâmes 
ici jeudi; je trouvai d'abord ]\}lle du Plessis plus af- 



— i49 — 

freuse, plus folle et plus impertinente que jamais : son 
goût pour moi me déshonore : 

Je jure sur ce fer* 

de 'nj contribuer d^aucune douceur, d'aucune amitié, 
d'aucune approbation ; je lui dis des rudesses abomi- 
nables; mais j'ai le malheur qu'elle tourne tout en raille- 
rie : vous devez en être persuadée après le soufflet^ dont 
l'histoire a pensé faire mourir de rire Pomenars. Elle est 
donc toujours autour de moi; mais elle fait la grosse 
besogne ; je ne m'en incommode point ; la voilà qui me 
coupe des serviettes. J'ai trouvé ces bois d'une beauté et 
d'une tristesse extraordinaires : tous les arbres que vous 
avez vus petits sont devenus grands et droits et beaux en 
perfection; ils sont élagués, et font une ombre agréable; 
ils ont quarante ou cinquante pieds de hauteur. Ily aun 
petit air d'amour maternel dans ce détail; songez que je 
les ai tous plantés, et que je les ai vus, comme disoit 
M. de Montbazon, pas plus grands que cela^. C'est ici 
une solitude faite exprès pour y bien rêver ; vous en feriez 
bien votre profit, et je n'en use pas mal : si les pensées 
n'y sont pas tout à fait noires, elles y sont tout au moins 
gris brun ; j'y pense à vous à tout moment : je vous re- 
grette, je vous souhaite : votre santé, vos affaires, votre 



l^nmi 45o. -^ x.Cett encore un souvenir du Thésée deQuinauIt 
(acte V, scène ir). Le héros tirant son ëpée, dont la vue va le faire 
reconnaître par son père Égëe, s^ëcrie : 

Je jure sur ce fer, qui m^a comblé de gloire, 
Que je tous servirai contre vos ennemis. 

1. Voyez tome II, p. 994 et 99$. 

3. M, de Montbazon Tavoît dit de ses propres enfants. (JVbfe de 

Perrût,) Voyez tome II, p. 336, et sur les naïvetés du duc de Mont- 

hÊXon Tallemant des Beaux, tome IV, p. 471 et suivantes. 



1675 



IDO — 

,675 éloignement, que pensez-vous que tout eela fasse entre 
chien et loup ? J*ai ces vers dans la tête : 

Sous quel astre cruel avez-vous mis au jour 
L'objet infortuné d'une si tendre amour ^? 

Il faut regarder la volonté de Dieu bien fixement, pour 
envisager sans désespoir tout ce que je vois, dont assu- 
rément je ne vous entretiens pas. 

Ne soyez point en peine de Tabsence d'Hélène : Marie 
me fait fort bien ; je ne m*impa dente point. Ma santé est 
comme il y a six ans : je ne sais d'où me revient cette 
fontaine de Jouvence; mon tempérament fait précisé- 
ment ce qui m'est nécessaire. Je lis et je m'amuse; j'ai 
des affaires que je fais devant l'abbé, comme s'il étoit 
derrière la tapisserie ; tout cela , avec cette jolie espérance, 
empêche, comme vous dites, que l'on ne fasse la dépense 
d'une corde pour se pendre. Je trouvai l'autre jour une 
lettre de vous, où vous m'appelez ma bonne maman; 
vous aviez dix ans*, vous étiez a Sainte-Marie, et vous 
me contiez la culbute de Mme Amelot, qui de la salle 
se trouva dans une cave. Il y a déjà du bon style à cette 
lettre. J'eil ai trouvé mille autres qu'on écrivoit autrefois a 
Mlle de Sévigné : toutes ces circonstances sont heureuses 
pour me faire souvenir de vous ; car sans cela où pour- 
rois-je prendre cette idée ? Je n'ai point reçu de vos let- 
tres le dernier ordinaire, j'en suis toute triste. Je ne sais 
non plus de nouvelles du Coadjuteur, de la Garde, dn 
Mirepoix, du Bellièvre, que si tout étoit fondu ; je m'en 
vais un peu les réveiller. 

4. Ce sont deux vers de Vlplùgènie en Atdide (acte V, scène'iii), 
qui arait été représentée et publiée en 1674. Mme de Sévignë cite df 
mémoire ; dans Racine, le second vers commence ainsi : 

Le malheureux objet, etc. 

5. Voyez la Notice^ p. 89. 



— i5i — 

N*admirez-vous pointle bonheur da Roi ?0n me mande 
qae San ji liesse mon père* est morte, qui étoit un bon 
ennemi, et que les Impériaux ont repassé le Rhin, pour 
aller défendre l'Empereur du Turc'', qui le presse en 
Hongrie : voilà ce qui s'appelle des étoiles heureuses ; 
cela nous fait craindre en Bretagne de rudes punitions. 
Je m'en vais voir la bonne Tarente * ; elle m'a déjà envoyé 
deux compliments, et me demande toujours de vos nou- 
velles : si elle le prend par là, elle me fera fort bien sa 
cour. Vous dites des merveilles sur Saint- Aoust* : a au 
moins on ne l'accusera pas de n'avoir conté son songe 
qu'après son malheur; » cela est plaisant. Je vous plains 
de ne pas lire toutes vos lettres : mais quoiqu'elles fassent 
toute ma chère et unique consolation, et que j'en con- 
noisse tout le prix, je me plains bien d'en tant recevoir. 

Le bon abbé est fort en colère contre M. de Grignan : 
il espéroit qu'il lui manderoit si le voyage de Jacob ^® a été 

6. Charles IV, duc de Lorraine, mourut le 1 7 septembre {à Birkén^ 
feld JTune fièvre maligne), Mme de Lillebonne sa fille, en parlant de 
bri, disait : Son Altesse^ mon père. {Note de Perrin,) Voyez la lettre 
du 4 septembre précédent, p. m. 

7. La Gazette rapporte, sous la rubrique de Vienne, 1 1 septembre, 
que Ton craint bien que TEmpereur ne soit obligé noU'-seulement à 
renroyer en Hongrie les troupes qu^il en a tirées, mais encore la 
plupart de celles qui sont occupées ailleurs, « Tayis étant renu que 
le Bassa d*Ofen doit envoyer k Vienne un chiaoux pour y faire de la 
part du Grand Seigneur de nourelles propositions désaTantageuses et 
peu raisonnables, d • 

8. La princesse de Tarente habitait Château-lMadame, dans le fau- 
bourg de Vitré. — Ce château, ainsi que son ancien parc planté de 
hêtres séculaires, appartiennent à la yille de Vitré ; c*est une prome- 
nade publique. Voyez les Tablettes de voyage de Mme Monmerquê^ 
Parii, le Doyen, i85i, in-ia, p. a6, et la Notice^ p. 197. 

9. Voyez plus haut les lettres des 4 et 6 septembre, p. 1 16 et lao. 

10. C'étaient de petites figures que Tabbé de Coulanges envoyait à 
If. de Grignan, pour orner un cabinet. — Ce fragment, publié dans 
l'édition de 1784, a été retranché de celle de 1764, ce qui rendait 



1O75 



1 67S 



— i5a — 

heureux, s'il est arrivé à bon port dans la terre pro- 
mise ; s*il y est bien placé, bien établi, lui et ses fenunes, 
ses enfants, ses moutons, ses chameaux : cela méritoit 
bien un petit mot. Il a dessein de le reprendre quand il 
ira à Grignan. 

0>mment se portent vos enfants? Adieu, ma très- 
aimable et très-chère ; je reçois fort souvent des lettres 
de mon fils; il est bien affligé de ne pouvoir sortir de 
ce malheureux guidonnage ; mais il faut qu'il comprenne 
qu'il y a des gens présents et pressants, qu'on a sur 
les bras, à qui on doit des récompenses, qu'on préférera 
toujours à un absent qu'on croit placé, et qui ne fait 
simplement que s'ennuyer dans une longue subaltemité 
dont on ne se soucie guère. Ah ! que c'est bien précisé- 
ment ce que nous disions : après une longue navigation, 
se trouver à neuf cents lieues d'un cap^ et le reste ! 



45 1. DU COMTE DE BUSSY BABUTIN 

A MADAME DE SÊVIGNÊ. 

Un moif aprèsque j*eiis écrit cette lettre (n* 439, p. 108), j^ëcnTÎi 
encore celle-ci à Mme de Sëyigné. 

A Chaseu, ce i*' octobre 1675. 

EifFiif, Madame, voilà le mariage de Mlle de Bussy 
arrêté, et le jour 'pris au 4* novembre prochain*. Je 
vous envoie la copie d'une procuration, je vous supplie 
de m'en envoyer une pareille*. De tous les gentils- 
inintelligible un passage de la lettre du 90 octobre 167$, dans le- 
quel il est question de ces figures. (Note de t édition de 18 18.) 

LsTTBE 45 1. — I. Le mariage eut lieu le 5 novembre. Voyez la 
lettre de Bussy du a6 décembre 1675. Sur Coligny, voyez tome UI, 
p. 443» note 5. 

a. On lit ici, au lieu de cette phrase, dans le manuscrit de Flnsti- 



— i53 — 

^mmeft qui n^ont point été à la guerre ni à la cour, il 
n'y en a pas un que j*aimasse mieux que celui-ci, et vous 
en demeurerez d^accord avec moi quand vous le connoî« 
trei. Ce que j^ en estime le plus, c'est un grand désir qu'il 
a de suivre mes conseils, qui peut-être seront plus heu- 
reux pour lui qu'ils n'ont été pour moi. Il veut prendre 
de l'emploi à la guerre, il a du bien pour y subsister ; il 
a de l'esprit, il est sage, et il me paroît vigoureux. Avec 
de TappUcation, il peut obtenir quelque chose, et du 
moins se mettre en passe d'avoir l'agrément d'une lieu- 
tenance de Roi en Auvergne, ou dans la comté de Bour* 
gogne, si elle nous demeure'. 

Depuis que vous êtes partie de Paris, il s'est passé un 
événement bien plus extraordinaire en la prise de Trêves, 
qae celui du. combat de G)nsarbrick : il y a longtemps 
qu*on perd des batailles dans le royaume ; mais on n'a 
jamais vu un maréchal de France, défendant une place, 
être forcé l'épée à la gorge, par les officiers de la garni- 
son, de signer une capitulation qu'ils avoient faite sans 
lui. Dans la première affaire, le maréchal de Créquy avoit 



tm : c Plût k Dieu tpie toua y pussiez être I Vous seriez contente de 
Coligny ; pour moi, je le suis fort. » Les deux phrases suirantes : a De 
tous les gentilshommes.... » et : a Ce que j*en estime le plus....» sont 
omises. — Les autres rariantes sont : à la io« ligne du premier para- 
graphe, a II Teut prendre de l'emploi si la guerre dure ; » à la is% 
« Arec de rapplicadoo, il peut fort bien parrenir à quelque chose, 
et du moinssemettre en état d^avoir. . .; s à la 1 5*, a dans le comté. . . .» 
au commencement de Talinéa suirant : « .... il est arrivé une 
chose.... que celle du combat.... ce n^est pas d*aujourd*hui qu^on a 
perdu.... » à la ligne 7, <c qulls avoient faite de leur tête. 1» Le reste 
du paragraphe est réduit à ce peu de mots : a II est bien malheu- 
reux. S*il eût été secondé, je crois que les ennemis eussent leré le 

3. La comté de Bourgogne, ou Franche-Comté, conquise par 
Louis XIV, ne fiit définitivement réunie à la couronne qu*en 1678, 
psr le traité de Nimègue. 



1675 



i075 



— i54 — 

perdu rhonneur; dans la seconde, il Talloit recouvrer s'il 
avoit été secondé ; mais il a été malheureux, et c^est un 
grand défaut à la guerre. Ne croyez«vous pas, Madame, 
qu'il voudroit n'être encore que le cheTalier de Créquy ? 
Pour moi je le souhaiterois, si j'étois en sa place ; car on 
pourroit croire qu'il mériteroit un jour d'être maréchal 
de France, et l'on voit aujourd'hui qu'il en est indigne. 

Dans le temps que nous craignions que les confédérés 
ne vinssent prendre Monsieur le Prince par derrière, ils 
se retirent chacun chez eux, et Montecuculi de même. 
Ne diriez-vous pas que la fortune veut faire réparation 
au Roi de la mort de M. de Turenne, et des malheurs de 
M. de Créquy? 



4^2. OB BIADAHB BB SÊVIGNÊ 

A MADAME DE GRIGNA5. 

Aux RocherSy mercredi a* octobre. 

Il y a deux jours que j'ai reçu votre lettre, ma bonne ; 
c'est le dixième jour; je pouvois la recevoir plus tôt : sî 
la poste fut arrivée le mardi à Paris, je l'aurois reçue dès 
vendredi, au lieu du lundi : voilà des attentions et 
des calculs qui me font souvenir du bon Chésières^; mais 
je crois que vous les souffrez, et que vous voyez où ils 
vont et d'où ils viennent. 

Votre lettre m'a touchée sensiblement : il me paroit 
que vous avez senti ce second éloignement, vous m'en 
parlez avec tendresse ; pour moi, j'en ai senti les dou- 
leurs, et je les sens encore tous les jours. lime sembloit 
que nous étions déjà assez loin; encore cent lieues d'aug- 

Lbttbs 45a (revue en partie sur une ancienne copie). — i. Il 
était mort le a d'avril précédent. Voyez la Notice^ p. i4S. 



— i55 — 

mentation in*ont blessé le cœur, et je ne puis m*arreler 
sur cette pensée sans avoir grand besoin de vos sermons : 
ce que vous me dites en deux mots sur le peu de profit 
que vons en tirez quelquefois est d une tendresse qui me 
toudie fort. 

Vous voulez donc aussi que je vous parle de mes bois ; 
la stérilité de mes lettres ne vous en dégoûte point. Vous 
saurez donc, ma bonne, que j*y fais honneur à la lune 
que j^aime, comme vous savez ' : la Plessis s*en va ; le bon 
abbé craint le serein ; moi, je ne Tai jamais senti; je de- 
meure avec Beaulieu et mes laquais jusqu'à huit heures. 
Vraiment, ces allées sont d'une beauté, d'une tranquil- 
lité, d'une paix, d'un silence à quoi je ne puis m'accoutu- 
mer. Si je pense à vous, si c'est avec une tendresse, si j'y 
suis sensible, c'est à vous de vous l'imaginer : il ne m'est 
pas possible de vous le bien représenter. Je me trouve 
fort à mon aise toute seule ; je crains qu'il ne me vienne 
des madames, c'est-à-dire de la contrainte. 

J'ai été voir la bonne Tarente; elle me reçut avec 
transport : le goût qu'elle a pour vous n'est point d'une 
Allemande; elle est touchée de votre personne, et de ce 
qu'elle croit de votre esprit; elle n'en manque pas en sa 
manière*; elle aime sa fille*, elle en est occupée, et me 

a. Dans l'ëdidon de la Haye : « que j'y fais Thonneur à la lune 

comine tous tarez. » Cette phra«e manque dans Tëdition de Rouen. 

3. Cett le texte du manuscrit; dans toutes les éditions : a à sa 



4. Charlotte-Émîlie-Henriette de la Trémouille s*était retirée à la 
eonr de Danemark, à cause de son attachement à la religion réfor^ 
mée. Elle épousa, le 39 mai 1680, Antoine d*Altenbourg, comte 
d^Oldenbonrg, dont elle resta reuTe quatre mois après. Sur ce ma. 
riage et tarie comte d'Oldenbourg, Toyez la lettre du 3 mai 1680. 
— Dus les é<litions de 1726, on lit la note suirante : « Depuis Blme la 
dochesse de Holstein. » — Nous arons dit au tome II, p. ssg, note 4, 
que la princesse de Tarente était tante de la reine de Danemark, 
\ de Cluîstiern V. 



1695 



i«;5 



— i56 — 

conta ce qu*elle souffi^e, dont elle me parle* comme étant 
la seule personne qui puisse comprendre sa peine. 

Voici donc, ma bonne, des nouvelles de la cour de 
Danemark ; je n*en sais point de celle de France ; mais 
pour celles de Copenhague, elles ne vous manqueront 
pas. Vous saurez que cette princesse de la Trémouille 
est donc favorite du Roi et de la Reine, qui est sa cou- 
sine germaine. Il y a un prince, frère du Roi*, fort joli, 
fort galant, que nous avons vu en France, qui est pas- 
sionné de la princesse, et la princesse pourroit peut- 
être sentir quelque disposition à ne le haïr pas ; mais il 
se trouve un favori qui est tout-puissant, qui s'appelle 
M. le comte de Kingtstogtimkllter, vous entendez bien. 

5. Cett le texte du manuscrit et de Tëdition deRomen (1796), ainsi 
que de la première de Pemn (1734) ; dans sa seconde, le cbetmlier a 
ainsi modifié la phrase : a elle me conta ce qu*elle souffre de son 
absence, et m*en parla, etc. » 

6. Ici le texte de Perrîn est conforme à celui de notre copie. On 
lit dans les éditions de 1796 : a un prince du sang du Roi. » — Deux 
lignes plus bas, il y a dans le manuscrit a paroît peut-être, 1» an lieu 
de « pourroit peut-être, d 

7. Nous ayons suivi le texte du manuscrit; dans les diverses édi- 
tions le nom est plus impossible encore : Kingtistoghmkttsel (Rouen), 
KinghstoghmklfeÛ (Perrin). L'impression de la HÏaye (1726) donne 
dans le texte : K***, et rejette dans une note cette plaisanterie de 
Mme deSëvigné. — Pierre Schuhmaker, plus tard comte deGriffen- 
feld, fils d*un marchand de vin de Copenhague, se distingua dans 
Tëtude du droit. Le roi Frédéric III lui confia la rédaction de la loi 
royale^ base du droit public danois. Arant de mourir, le Roi le 
chargea de remettre son tesument à Christiem Y, son successeur. Ce 
nouveau roi lui conféra le titre de comte, Tappela dans son conseil 
privé, le décora de Tordre de TÉléphant, et le revêtit de la dignité 
de grand chancelier. L'empereur Léopold le créa comte du Saint- 
Empire. Son amour pour Mlle de la Trémouille fit qu'il refusa U 
main de la princesse Louise-Charlotte, fille du duc de Holstein- 
Augustenbourg. En 1676, Griffenfeld, arrêté chez le Roi (voyez la 
lettre du i5 mai 1676), et convaincu d'intelligences coupables avec 
la France et de correspondance secrète avec Louis XIV, tîit con- 



— i57 — 

Ce comte est amoureux de la princesse^ mais la prin- 
cesse le hait ; ce n'est pas qu'il ne soit brave, bien fait, 
de Tesprit, de la politesse, mais il n*est pas gentil- 
homme, et cette seule pensée fait évanouir. Le Roi est 
son confident, et voudroit bien faire ce mariage ; la Reine 
soutient sa cousine, et voudroit bien le prince ; mais le 
Roi ne veut pas, et le favori fait sentir i son rival tout le 
poids de sa jalousie et de sa faveur. La princesse pleure, 
et écrit à sa mère des lettres de quarante pages ; elle a 
demandé son congé ; le Roi ni la Reine n'y veulent point 
consentir, chacun par différents intérêts. On éloigne le 
prince sous divers prétextes, mais il revient toujours. 
Présentement, ils sont tous deux à la guerre contre les 
Suédois*, se piquant de faire des actions romanesques 
pour plaire à la princesse. Le favori lui dit en partant : 



damne à être dégradé de noblesse et de nom, à avoir le poing droit 
coupé, ses armes brisées parle bourreau, la tête tranchée et le corps 
dirbë en quatre quartiers (royez la lettre de M. Terlon à M. de 
Feuqoières, en date du ii juin 1676, dans les Lettres de Feuquière*^ 
Paris, 1846, tome IV, p. 3i). Le Roi lui fit grâce sur Téchafaud, et 
coaunna la peine de mort en une prison perpétuelle (royez la lettre 
du 33 juillet 1676). a Détenu étroitement à Copenhague pendant 
quatre ans, dit Walckenaer (tome Y, p. a88), il fut ensuite transféré 
an château fort de Muncholm, près de Drontheim, en Norvège.... 
En 1698, sa captivité cessa ; mais il ne jouit pas longtemps de sa li- 
berté, puisque! mourut le 11 mai 1699, âgé de soixante-quatre ans. 
Il avait été marié a une Catherine Nansen de Copenhague, et en eut 
une fille, s Dans les Mémoires de M, de Falkenskiod (Paris, Treuttel 
et Wurtz, i8a6, in-8*, p. 276), o£ficier danois compromis dans 
Vaffaire /le Struensée en 1773, et qui fut aussi détenu dans la pe- 
tite île de Muncholm, il est dit que Griffenfeld demeura empri- 
louié sur ce rocher pendant dix-neuf ans et quHl y mourut de la 
pierre. 

8. U s*agit de la guerre que le Danemark entreprit contre la Suède 
eo 1675, Si^ec Tappui maritime de la Hollande, et qui se termina, 
0ice à la médiation de la France, par le traité de Saint-Germain en 
Lsye, le % lepteiiibre 1679. 



1675 



— i58 — 

— - « Madame, je vois de quelle manière vous me traitez, 
' ' mais je suis assuré que vous ne me sauriez reiuser votre 
estime. « Voilà le premier tome; je vous en manderai la 
suite, et je ne veux pas qu'il y ait présentement une per- 
sonne en France mieux instruite que vous des intrigues 
de Danemark. Quand je ne vous parlerai point de cette 
cour, je vous parlerai de Pilois*, car il n'y a rien entre- 
deux. Ce sont des secrets pourtant que tout ceci; surtout 
ne dites pas le nom du comte. 

Je suis fort aise que vous dormiez à Grignan, et que 
vous n'y soyez pas si dévorée. Pensez-vous que vous 
soyez seule en peine d'une santé ? Je songe fort à la vôtre. 
Vos fleurs et vos promenades me font plaisir. J^espère 
que j'aurai des bouquets de ce grand jardin que je con- 
nois. J'avois dessein de vous demander un peu de vos 
bons muscats : quelle honte de ne m'en pas ofirir! mais 
c'est qu'ils ne sont pas encore mûrs. 

Ma fille, au nom de Dieu, dites-moi de quel ton vous 
me parlez de ce que j'ai refusé votre portrait à la sœur 
de Quanto^^ ; je crois que vous trouvez que j'ai été trop 
rude : mandez-le-moi ; je suivis mon premier mouve- 
ment, et je crois que j'en suis brouillée avec le Coadju- 
teur. On me mande que vous l'aurez bientôt : quand je 
songe quelle compagnie de campagne il va trouver, j'ad- 
mire qu'il puisse tant regretter les dames qu'il voit tous 
les jours. 

La Trousse est à Paris, comme vous savez ; on parle de 



g. Jardinier des Rochers. {Note de Perrin,) — Une note de Tédi- 
tion de Rouen (17^6) fait de Piloisle oiattre à danser du roi de Da- 
nemark ; dans celle de la Haye (1796), a je tous parlerai de Pilois » 
est remplacé par : a je tous parlerai du pôle. » 

10. L^abbesse de Fontevraul t. — Sur ce refus du portrait, vojex la 
lettre du 9 septembre précédent, p. ia3 et suitante. 



— i59 — 

lui donner la charge de Froulai*^ ; ce seroit un pas pour 
notre pauvre guidon. 

Il est vrai, ma bonne, que cette année est terrible pour 
le maréchal de Créquy : je trouve, comme vous, qu'il 
n'est en sâreté ni en repos qu'avec les ennemis. Il a un 
peu dissipé les légions qu'on lui avoit confiées ; mais elles 
ne lui ont que trop obéi le jour de la bataille. 

On me mande de tous côtés que M. de Mirepoix^' 
est fort désabusé de la contrainte de tenir sa parole, 
et que nous n*aurons la ratification qu'à la pointe de 

epee. 
Je trouve, ma bonne, que vous oubliez fort la manière 
dç me remercier, qui étoit fort bonne ! c'étoit de vous 
réjouir avec moi des occasions que j'avois de vous servir ; 
cela étoit admirable. 

J*ai oublié de vous dire que cette bonne Tarente me 
revint voir deux j||pu*s après que j*eus été chez elle; ce 
fut une grande nouvelle dans le pays. Elle fut transportée 
de votre petit portrait : nos filles qui sont en Danemark 
nous font une grande causerie. Écrivez-moi une douceur 
pour elle, que je lui puisse montrer. C'est elle qui seroit 
mon médecin, si j'étois malade : elle est habile, et m'a 
promis d'une essence entièrement miraculeuse, qui l'a 
guérie de ses borribles vapeurs ; on en met trois gouttes 
dans tout ce que l'on veut, et l'on est guéri comme par 

miracle. Ce n'est pas que je ne sois présentement dans 

une parfaite santé, mais on est aise d'avoir ce remède 

dans sa cassette. 
Je vous prie de faire mes compliments à Monsieur TAr- 

chevêque, et d'embrasser M. de Grignan pour moi. Je 

II. Voyez p. 8i et 88, les lettres des 99 et 26 août précëdenU, 
^ p. 164, la note 16 de la lettre suivante. 
19. Voyez p. 76, la note 16 de la lettre du ai août précédent. 



1675 



x675 



— i6o — 

suis toute à vous, ma très-chère : voilà, dites-vous, une 
belle nouvelle! 



453. , — DE MADAMB DB SfcVIGlfÉ 
A MADAME DE GEIGNAIT. 

Aux Rochers, dimanche 6* octobre. 

Enfin j^avois raison de trouver qu*il me manquoit un 
ordinaire. Je reçois, malgré notre extrême éloignement, 
vos lettres du mercredi, par exemple, le vendredi : c*est 
le dixième jour. Vraiment, ma fille, vous me contez 
une histoire bien lamentable de vos pauvres lettres per- 
dues; est-ce Baro qui a fait la sottise? On est gaie, gail- 
larde, on croit avoir entretenu tous ses bons amis (pour 
Monsieur T Archevêque, je le plains encore davantage, 
car il n*écrit que pour des choses importantes), et il se 
trouve que toute la peine qu'on a prise, c'est pour être 
dans un bourbier, dans un précipice. Pour M. de Gri- 
gnan, le voilà rebuté d'écrire pour le reste de sa vie : 
quelle aventure pour un paresseux ! Vous verrez que dé- 
sormais il n'écrira plus, et ne voudra point hasarder de 
perdre sa peine. Si vous mandez ce malheur au G>adju- 
teur, il en fera bien son profit. Je comprends ce chagrin 
le plus aisément du monde ; mais j'entre bien aussi dans 
celui que vous allez avoir de quitter Grignan pour aller 
dans la contrainte des villes : la liberté est un bien inesti- 
mable ; vous le sentez mieux que personne, et je vous 
plains, ma très-chère, plus que je ne puis vous le dire. 
Hélas ! vous n'aurez point Yardes, ni G)rbineUi : c'eût 
été pourtant une bonne compagnie. Vous deviez bien me 
nommer les quatre dames qui vous venoient assassiner : 
pour moi, j'ai le temps de me fortifier contre ma mé- 
chante compagnie ; je la sens venir par un côté, et je 



— i6i — 

m*%ure par Tautre : je fis ce tour hier à une sénéchak ' 
de Vitré, et pub je grondai qu'on ne m'eût pas avertie : 
demandez-moi ce que je veux dire ; ce sont des firipon- 
neries q[u*oii est tentée de faire dans ce parc. Vous sou- 
vient^il d'un jour que nous évitâmes les Fouesnels^? Je 
me promène fort; ces allées sont admirables. Je travaille 
comme vous; mais, Dieu merci, je n'ai point une fri- 
ponne de Montgobert' qui me réduise aux traînées ; c'est 
DQe humiliation que je ne comprends pas que vous puis- 
siez souffirir ; je ne noircis point ma soie avec ma laine. 
Je me trouve fort bien d'aller mon grand chemin; il mç^ 
semble qpie je n'ai que dix ans, et qu'on me donne un 
petit bout de canevas pour me jouer. Il faudroit que vos 
chaises fussent bien laides pour n'être pas aussi belles 
que votre lit. J'aime fort tout ce que me mande Montgo- 
bert ; elle me plaît toujours, je la trouve salée, et tous 
ses tons me font plaisir : c'est un bonheur d'avoir une 
compagnie dans sa maison comme celle-là; j'en avois 
une autrefois dont je faisois bien mon profit : Monsieur 
d* Angers* me mandoit l'autre jour que c'étoit une sainte. 

J^ai trouvé la réponse du maréchal d'Albret très-plai- 
sante * : il y a plus d'esprit que dans son style ordinaire ; 
je la trouve d'une grande hauteur ; Yaffectionné sen/i-' 
teur est d'une dure digestion. Voilà le monseigneur bien 
étabU. 

Vous avez donc ri, ma fille, de tout ce que je vous 



Icmm 453 (reTue en partie sur une ancienne copie). — i. Voyez 
tome n, p. 959. 

%. Vo/ez tome II, p. 118, note ao. — On appelle iraùnée^ en 
tcmei de tapitterie, une aiguillée de laine ou de soie, tendue aur le 
cinefis et recourerte ensuite par un point ordinaire. 

3. Henri Âmauld, évéque d^Ângers. Voyez tome II, p. 403, 

4. Vojei p. 94 et 95, la fin de la lettre du 37 aoi^t précédent, 
yM« m Sénon. it ti 



1675 



— 102 — 

7 nftn^lois d^Qrl^ns* ; je le trouve plaisant aussi : c^étoitle 

^ reste de mon sac, qui me paroissoit assez bon. N'êtes- 
Tous point trop aimable d'aimer les nouvelles de mes 
bois et de ma santé ? Cest bien précisément pour l'amour 
de moi : je me relève un peu par les affaires du Dane- 
maïk. On menace Rennes de transférer le pariement à 
Dinan*; ce seroit la ruine entière de cette province. La 
punition qu'on veut (aire à cette ville ne se passera pas 
sans beaucoup de bruit. 

J'ai toujours oublié de vous remercier, ma très-chère, 
^e tous vos souhaits et de toutes les prières que vous avez 
fait faire pour mon voyage : c'est vous qui l'avez rendu 
heureux. Mon fils me mande que le sien finira bientôt 
selon toutes les apparences, et qu'il me viendra reprendre 
ici. N'avez-vous point encore M. de la Garde ? J'en suis au 
désespoir; vous ne l'aurez donc point du tout, car vous 
quittez Grignan. Et notre coadjuteur, où est-il ? Vous 
avez trouvé sa harangue comme je vous avois dit : cet 
endroit des armes journalières étoit la plus heureuse et 
la plus agréable chose du monde ^,* jamais rien aussi na 
été tant approuvé. On me mande que M. de Villarsseû 
va ambassadeur en Savoie* ; j'aurois cru qu'il y auroit 
eu à cela de Véuéque meunier^, sans que d'Hacqueville 
me parle de douze mille écus de pension : cette augmeu' 
tation est considérable. Mais que deviendra la Saint* 

5. Voyes la lettre du ii leptembre précédent, p. m6-i3o. 

6. Ce ii*est pas k Dinan, maii k Vannes, ^e le parlement fat 
transféré. Voyez les lettres des so octobre et i3 norembre suivaxiu. II 
ne fut rétabli à Ren&es que quatorze ans après, en septembre 16891 
lorsque le duc de Cbaulnes quitta la Bretagne pour se rendre à 
Rome comme ambassadeur. Voyez Walckenaer, tome V, p. 33o. 

y. Voyez la lettre du 19 août précédent, p. 65, note 16. 

8. Voyez p. i85, la lettre du 16 octobre* 

9. Il aToit été ambassadeur extraordinaire en Espagne en 1671. 
Note dm Pêrrin.) 



-- i63 — 

Gémn^*? ITest-elle pas assez sage pour vivre sur sa ré- 
putation ? Que deviendroient ses épargnes, si elle ne les 
dépensoit? 

Taireçu des lettres de Nantes : assurément si Lavardin 
et d'Harouys faisoient Tarticle de la Gazetie^^j vous y 
auriez vu mon arrivée et mon départ. Je vous rends 
bien, ma très-chère, Tattention que vous avez à la 
Bretagne : tout ce qui vous entoure à vingt lieues à la 
ronde m*est considérable. Il vint l'autre jour ici un Au- 
gustin ; c'est une manière de fraté^* ; il a été par toute 
la Provence ; il me nomma cinq ou six fois M. de Gri- 
gnan et Monsieur d'Arles; je le trouvois fort habile 
homme : je suis assurée qu'à Aix je ne l'aurois pas re- 
gardé. 

A propos, vous ai-je parlé d'une lunette admirable 
qui faisoit notre amusement dans le bateau ? C'est un 
chef-d'œuvre; elle est encore plus admirable que celle 
que l'abbé vous a laissée à Grignan. Cette lunette rap- 
proche fort bien les objets de trois lieues ; que ne les 
approohe-t-elle de deux cents ! Vous pouvez penser l'u- 
sage que nous en faisions sur ces bords de Loire ; mais 
voyez celui qpe j'en fais ici : c'est que par l'autre bout elle 
éloigne aussi, et je la tourne sur Mlle du Plessis, et je la 
trouve tout d'un coup à deux lieues de moi. Je fis l'autre 
jour cette sottise sur elle et sur mes voisins ; cela fut fort 
plaisant, mais personne ne m'entendit : s'il y avoit eu 

10. Mme de Saint-Oëran était parente et amie de Mme de Villars ; 
€Ûe aTÛt été élerée comme celle-ci chez la maréchale de Bellefonds. 
1« gros Saint-Gëran était counn des Villars. Voyez Walckenaer, 
tomeV,p. 354, 355. 

11. « Faisoient Tarticle de cette TÎlle dans la Gazette. x> {Édition 

*i754.) 

II. Fraté^ frater. En écriTant ainsi le mot, Mme de Sévîgné n^est 
point d*aecord avec rAcadémie qui dans la dernière édition de 
loa Dictionnaire, Teut qu^on prononce le R final» 



1675 



— i64 ~ 

quelqu^un que j'eusse pu regarder seulement| cette folie 

' ' m'auroit bien réjouie. Quand on se trouve bien oppressée 
de méchante compagnie, faire venir promptement sa lu- 
nette et la tourner du bon côté : demandez à Montgo- 
bert si elle n'auroit pas ri; voilà un beau sujet pour dire 
des sottises. Si vous avez 0>rbinelli, je vous recommande 
la lunette. Adieu, ma chère enfant ; Dieu merci, comme 
vous dites, nous ne sommes pas des montagnes, et j'es* 
père vous embrasser autrement que de deux cents lieues. 
Vous allez vous éloigner encore, j'ai envie d'aller à Brest. 
Je trouve bien rude que Madame la Grand'Duchesse" 
ait une dame d'honneur, et que ce ne soit pas la bonne 
Rarai^^; les Guisardes lui ont donné la Sainte-Mesme^*. 
On me mande que la bonne mine de la Trousse est 
augmentée de la moitié, et qu'il aura la charge de 
Froulai*^ 



454- — DE MADAME DE SfiVIGNË 
A MADAME DE GRIGHAH. 

Aux Rochers, mercredi 9* octobre. 

Jb reçus, lundi matin, votre lettre du dimanche : cela 
est d'une justesse admirable ; mais, hélas ! ma chère fille, 
voilà qui est fait, vous vous éloignez, et ce ne sera plus 
la même chose. J'entre fort dans le regret que vous avez 

i3. Voyez la note 5 de la lettre du i4 juin précèdent, tome IHt 
p. 481. 

14. Voyez la note 9 de la lettre du 3 novembre 1678, tome III, 
p. 958. 

i5. Voyez la note 14 de la lettre du 34 juillet précédent, tome lil, 
p. 5a6. 

16. Ce fut M. de Caroie qui obtint la charge de grand marécbil 
de* logis, Tacante par la mort de M. de Froulai, tué à Consarbrick. 
{JNotê de Perrin,) 



— i65 — 

de quitter Orîgnan ; cette vie vous convient bieù mieux 
que cette représentation que vous êtes obligée de faire 
dans les ailles, avec ce cérémonial perpétuel qu*il faut 
observer. J^ai écrit à d'Hacqueville, au reste, qu*il ne me 
vienne plus parler de ses accablements, c'est lui qui les 
aime; il vous écrit trois fois la semaine; vous vous con- 
tenteriez d*une, et le gros abbé^ le soulageroit d'une 
autre : Toilà comme il s'accommoderoit. Je lui ai proposé 
la même chose, et je ne lui écris qu'une fois en huit jours, 
pour lui donner Texemple : il n'entend point cette sorte 
de tendresse, et veut écrire comme le juge vouloit juger'. 
Ten sois dans une véritable peine ; car je suis persuadée 
que cet accablement nous le fera mourir. Si vous aviez 
vu sa table les vendredis, les mercredis, les samedis, 
vous <nt>irieK être au bureau de la grand 'poste. Pour moi, 
je ne me tue point à écrire ; je lis, je travaille, je me pro- 
mène, je ne &is rien : bella cosa far niente^j dit un de 
mes arbres; l'autre lui répond : amor odU inertes^ ; on 
ne sait auquel entendre; mais ce que je sens de vrai, 
c*estque je n'aime point à m'enivrer d'écriture. J'aime à 
vous écrire, je parle à vous, je cause avec vous : il me 
seroit impossible de m'en passer ; mais je ne multiplie 
point ce goût ; le reste va parce qu'il le faut. 

Je reçus hier une lettre de G)ligny, qui me demande 
mon consentement pour épouser ma nièce de Bussy : ab ! 
je le lui donné de tout mon cœur ; il s'appelle Langhac, 
et sa mère étoit Coligny'; notre cardinal élevoit jus- 

LnTAB 454. — t. L'abbë de Pontcarré. 

a, Alfauîon à Perrin Duidin des P/ai^irr/, qui furent reprëflentéi 
pour la première foû en norembre 1668 sur le théâtre de T hôtel de 
Bourgogne. 

3. Deriie dtfjâ citée plus haut, tome II, p. s3o. 

4. c L'amour hait les paresseux. » (Oride, Art tTaimer^ lirre II, 

T. 9S9.) 

5. Elle t^appelait Barbe de Coligny de Cressia et descendait di- 



167S 



— i66 — 

qu*aiiz nues cette maiscm de Langfaac. A j»t)po9 il bk 

' ^ ^ ^ des remèdes ; il faut qu'il se trouTe incommodé, puisqu'il 
s'y résout ; ne négligez point de lui écrire ; vous lui devez 
tout au moins ce soin, et cette marque de respect et de 
reconnoissance ; ne craignez point de le distraire ; il n'est 
pas encore au troisième ciel. On m'a dit en secret une 
chose qui me fait une peine extrême : c'est que le car- 
dinal d'Estrées fait tout ce qu'il peut au monde, par ses 
amis et par ses intrigues, pour faire changer le pape sur 
le sujet du chapeau du cardinal de Retz, et le faire don- 
ner à Monsieur de Marseille. Je vous avoue qu'un coup 
de poignard ne me seroit pas plus sensible que cette 
aventure : il est vrai aussi que notre cardinal ne fait que 
tracasser le pape pour l'obliger à considérer les raisons 
de sa lettre. Si l'on se sert de ce contre-temps pour lui 
faire changer d'avis*, n'en serions-nous pas au désespoir? 
A vous parler confidemment, c'est d'HacqueviUe qui m'a 
dit ce que je vous écris ; il me prie que cela ne passe 
point; peut-être qu'il vous en a dit autant : vous en 
userez selon votre discrétion. En attendant, je hais le 
cardinal d'Estrées de sa bonne volonté. 

M. de Chaulnes amène quatre mille hommes à Rennes 
pour punir cette ville; Témotion y est grande, et la 
haine incroyable dans toute la province contre le gouver* 
neur. Nous ne savons plus quand on tiendra nos états. 
J'ai prié M. de Luxembourg et M. de la Trousse de me 
renvoyer mon fils, s'ils ont dessein de né plus rien faire 
cette année. Je serai bien aise qu'il vienne ici pour voir 
un peu par lui-même ce que c'est que l'illusion de croire 



rectement du bisaïeul du célèbre amiral. Voyez tome III, p> Uh 
note 5. 

6. Cest le texte de 1784. Dans Tëdition de 1754 : a pourlefiiire 
changer d^aris. » 



tmk da bien, quand on n^aqae des terres. Les pantres ' 
OLiilés^ de la riirière de Loire ne savent point encore leurs 
etîmea; ils s^nnuient fort. Vassé' étoit à six lieues de 
Yeret; je ne pus le voir. 

le sois en peine du rhume de la petite ; je sens de 
W tendresse particulière pour elle, et je mets sur mon 
compte tontes les petites bontés que vous aurez pour elle ; 
je lui rends Tamitié qu'elle a eue pour moi dès qu'elle a 
eonmencé de connoitre : elle a une place dans mon cœur . 
Je suis toujours à mes Croisades*. Vous devez être 
fort touchée de Judas Machabée : c'étoit un grand héros. 
Quelle honte si yous n*achevez pas ce livre! que vous 
fimi-il donc? et Thistoire, et le style, tout est divin ^*. 



7. « M. le eomte d'Olonne, M. de Vineuil (iwyez la note S de la 
iéUrm smwamu)^ Tabbé d*Effiat et deux ou trob autres {dont F un était 
do ^au^^ furent exilét de la cour en 1674, pour avoir parle du Roi 
uTec trop de liberté. » {^ie de Saint-Épremond par des Maizeaux, édi- 
tion de 17S3, tome I, p. ia3.) Ils furent rappelés en janvier 1679, à 
Tesception de Vassé (royez une note de la lettre du 97 fénier 1679). 
-^ « Ce fut au retour de cet exil, dit Perrin dans une note (1754), 
que le Roi demandant à M. de Vineuil ce qu*il faisoit à Saumur, 
Ûen de son exil, M. de Vineuil dit au Roi qu*il alloit tous les matins 
a la halle, où se débitoient les nouvelles, et qu*un jour on j dispu- 
toit pour savoir qjaà étoit Faîne, du Roi ou de Monsieur* » 

8. Henri-Françob, marquis de Vassé, qui mourut en 1684. Il 
avait épousé Marie, sœur aînée de la duchesse de Créquy. U était 
cousin germain paternel de Mme de Grignan, et signa au contrat du 
17 janvier 1669. Voyez la Notice^ p. 33 et 33o, la lettre du la juin 
préeédent, tome III, p. 476, et Tallemant des Réaux, tome V, 
p. 46 et suivantes. 

9. Voyez la fin de la lettre du 14 septembre précédent, p. i34* 

10. Ce membre de phrase : « et l'histoire, etc., a est omis dans 
Fédition de 1734* — Mme de Grignan, comme nous rapprennent les 
lettres suivantes (voyez particulièrement celle du 6 novembre), lisait 
en ce tempe-lit, dans la traduction d*Amauld d*Andilly, publiée en 
1S66 la Guorre des Juifs contre les Romains^ de Josèphe. Les premiers 
ebapttrea sont consacrés à Thistoire des Machabées, racontée au reste 
Uenpluaen déuày^jaLÛntlMàet Antiquités judaïques dumème auteur. 



1675 



1675 



— i68 — 

Adieu, la plus aimable du monde et la plus aimée : 
comptez, comptez un peu les coeun où vous régnez, et 
n'oubliez pas le mien. Vous allez avoir Monsieur le Coad- 
juteur ; vous serez bien heureux tous deux. 

On joue des sommes immenses à Versailles. L*hoca est 
défendu à Paris^^, sur peine de la vie, et on le joue chez 
le Roi ; cinq mille pistoles en un matin, ce n'est rien. 
C'est un coupe-gorge ; chassez-le bien de chez vous. 

Je m'ennuie d'entendre toujours dire : « Les Impériaux 
ont repassé le Rhin. — Non, ils ne l'ont pas passé^*. » Je 
voudrois qu'ils prissent leur parti. Je prends celui d'em- 
brasser M. de Grignan; je le remerci^de me souhaiter 
dans son château. Je suis bien fâchée que vous n'y ayez 
point vu Yardes ni Corbinelli ; le rendez-vous est pour 
l'année prochaine. J'ai mandé à M. de Lavardin l'affaire 
de M. d'Ambres ; il y songeoit souvent : vous voilà un 
peu mortifiés, Messieurs les grands seigneurs ^' ! Vous 
jugez bien que ceux qui décident ont intérêt à soutenir 
les dignités : il faut suivre les siècles, celui-ci n'est pas 
pour vous. 

XI. Voyez tome II, p. 5 3 8, note sS, et la lettre du 7 julo pré- 
cèdent, tome III, p. 474. Pour la défense de jouer au hoca, Tojez 
le Traité de la Police de Delamarre (tome I, p. 4^ et 46i)« ^ I^ 
arrêts du parlement qui j sont mentionnés. 

13. Le a a septembre, « toute l'armée impériale arait éracué 
TAIsace et s*était retirée à Kandel, dans le Palatinat cis-rhénan, 
entre Weissenbourg et Landau....» Montecuculi y demeura a jus- 
qu'à la fin d'octobre , faisant Construire de grands ouTrages de dé- 
fense autour de Lauterbourg, et deux fortes tètes de pont sur les 
deux rives du Rbin. » {Histoire de Louvois^ par M. Rousset, tome II, 
p. 187 et 188.) 

i3. A cause du monseigneur, qu'ils disputoient en écrirant à 
MM. les maréchaux de France, ce qui fîit décidé en fareur de ces 
derniers. (Note de Perrin,) — Voyez les lettres des 19 et 17 août pré- 
cédents, p. 64 et 94, 95. 



-i69~ 

455. *- 0B MÂDAIfS DE SfeVIOllÉ AU COMTE 



DE BUSST BABUTnr. 

Qnioie joim* après (jue j*eiia écrit cette lettre (n» 45 1, «p. i5a), 
je Tcçiit oelle^i de Urne de Sérignë. 

Aux Rochen, ce 9* octobre 167$* 

VoiiJL donc le mariage de Mlle de Bussy tout assuré. 
SftTez-Yous bien que j'en suis fort aise, et qu'après avoir 
tant traîné, il nous fiîlloit une conclusion* ? J'ai reçu un 
ecmipliment très-honnête de M. de Coligny. Je vois bien 
que TOUS n'avez pas manqué de lui dire que je suis votre 
i^ée*, et que mon approbation est une chose qui tout 
an moins ne lui sauroit ikire de mal. 

A propos dé cela, je vous veux faire* un petit conte 
qui me fit rire l'autre jour. Un garçon étoit accusé en 
justice d'avoir fait un enfant à une fille ; il s'en défendoit 

Lanam 455. — i. Aa-detsus deê mou quinte Jours ^ qui sont biffes 
daas le aianaserit, on lit, écrit d'une autre main : sis semamêi.CtitÈë 
coRection était faite en vue de Timpression : la lettre deBus^ du 
i«r octobre est omise dans l'édition de 1697. 

a. Dans le manuscrit de Tlnstitnt, cette seconde pbrase est réduite 
à : « Ten suis fort aise. » 

3. Dans le manuscrit de l'Institut : a l'aînée de notre maison. » 
Voyes tome I, p. 356 et 357. 

4. Dans le manuscrit de l'Institut : « Je me trouTe d'humeur de 
vous £iire.... » Les autres rariantesde ce manuscrit sont : à la ligne 7 
du paragraphe suivant, a pour saToir s'ennuyer et se divertir; p 
ligne 10, « je mange peu, je marche beaucoup; » lignes 16 et 17, 
t c'est le chagrin qui le fait venir, et la crainte qui l'entretient et qui 
Tsugmente. Un souverain remède.... » cinq li|pies plus loin, a cette 
■uùton est admirable. » A la seccmde ligne du cinquième alinéa, 
t m'ont reçue en reine; s ligne 11, « c'est une vérité. » Dans 
rsTant-demier paragraphe de la lettre , ligne 5 , « et ses intérêts 
me réveillent bien autant ; 9 ligne 6, c dans sa charge de guidon ; b 
Ugat y, a €91 jolie à un garçon de dix-neuf ou vingt ans; b à la fin 
de l'alinéa : « «foe le Roi a en la bonté d'y attacher. » Dans le der> 
oier paragraphe, ligne 4« «^ H ^'cst mis dans la solitude. i> 



1675 



167$ 



— 170 — 

à ses juges, et leur disoit : « Messieurs, je pense bien 
que je n*y ai pas nui, mais ce n'est pas à moi renfimt. » 
Mon cousin, je vous demande panlon, je trouve eela 
naïf et plaisant. S'il vous vient un petit conte à la tat^ 
verse, ne vous en contraignez pas. 

Mais pour revenir à M. de Coligny, il est certain qae 
mon approbation ne lui peut pas nuire. Sa lettre me pa« 
roit de très-bon sens, et tout homme qui sait faire un 
compliment comme celui-là, aussi simple et aussi juste, 
doit avoir de la raison et de Tesprit. Je le soulmitepoar 
Tamour de ma nièce que j'aime fort. A tout hasard, les 
leçons que vous lui donnez pour s'ennuyer et pour ae 
divertir sont très-bonnes en ménage. Je suis les règles 
que vous me donnez pour vivre longtemps : je ne suis 
pas au lit plus de sept heures ; je mange peu* ; j'ajoute à 
vos préceptes de maroher beaucoup ; mais ce que je fiûa 
de mal, c'est que je ne puis m'empêcher de rêver triste- 
ment dans de grandes ailées sombres que j'ai. Cest un 
poison pour nous que la tristesse, et c'est k source des 
vapeurs. Vous avez raison de trouver que ce mal est dans 
l'imagination : vous l'avez parfaitement défini, c'est le 
chagrin qui le fait naître, et la crainte qui l'entretient. 
Un admirable remède pour moi seroit d'être avec vous : 
le chagrin me seroit inconnu, et vous m'apprendriez a 
ne pas craindre la mort. 

Il y a douze jours que je suis ici ; j'y suis venue par la 
rivière de Loiro : cette route est délicieuse. J'y ai vu en 
passant l'abbé d'Effiat à Yerot : cette maison est merveil- 
leuse. Je vis aussi Yineuil* à Saumur ; il est dévot : c'est 

S. Dans notre copie, peu est écrit au-dessus de la ligne, et d*ane 



6. Ardier, tiear de Yinenil, aqu^on appeloit à la cour M . lemar» 
qttb de Vineuil (ou ArdUr le Gentilhomme)^ secrétaire dn Roi, garçon 
qui a pourtant de Tesprit et qui est bien fait (royes tome IV de 



— 17» — 

un sentiment qui est bien naturel dans le malheur «I 
dans la vieillesse. Je les trouve moins patients que vous : 
c^est qu'ils ont moins de santé, de force d'esprit et de 
philosophie. 

J*ai été quelques jours à Nantes, où M. de Lavardin 
et M. d'Harouys m'ont régalée ea reine. Enfin je suis ar« 
rivée dans ce désert, où je trouve des promenades que 
j'ai faites, et dont le plant me donne un ombrage qui me 
&it souvenir que je ne suis pas jeune. Le bon abbé ne 
m'a point quittée. Nous pensons fort à ségler nos affid« 
res, et je profite de ses bontés. Il n'y a rien de si juste et 
de si bien réglé que nos comptes. Il ne manque qu'une 
petite circoostance à notre satisfaction : c'est de recevoir 
de l'argent. C'est ce qu'on ne voit point ici ; l'espèce 
manque, c'est la vérité. Êtes-vous aussi mal en Bom> 
gogne? 

Je ne crois pas passer ici l'hiver : mais si je retourne à 

Tallemant desRéanx, p. s3i), » était, dit Bnsfy {Bistotre amoweuie 
àt8 Gatâeê^ tome II, p. 3S7), frère du préttdent Ardier, d^ime anei 
bonne £uiitlle de Pam, agréable de visage, aftez bien fait detaper- 
aonno; il étoit taTant en bonnète bomme, il aroit Pesprit plaisant et 
satirique, quoicju^il craignît tout, et cela lui aToit attiré sourent de 
méchantes affaires, d C'était, dit M. Cousin (tome II, p. a6o, de /a 
Sodété froMfmM^), « une sorte de bel esprit maniéré, trancbant du 
gentilhonmiie.... C'est pourtant à ce Vineuil qu*on a quelque temps 
attribué certaines parties des Mémoires de la Rochefoucauld , celle 
entre autres où se trouve le portrait de Mme de LongueTille, un des 
efaefr-d*«BiiTre du grand éertTain. » — « Confident de Condé, dit à son 
tour Walckenaer (tome V, p. Sig), Vineuil avait été Tami de Turenne 
et écrirait la rie de ce béros (royes la lettre du %o norembre 1676). 
Son ardeur pour les plaisirs Tarait condamné à une rieillesse pré- 
coce, et il était derenu dérot ; mais il n*en était pas moins resté un 
bonme aimable et spirituel. Sa conrersation plaisait à Mme de Se- 
TÎgné. Arec lui, plus encore qu'avec la princesse de Tarente, elle 
aÎBUÛt à remonter rers son passé. » Vineuil était un des exilés de la 
Loire. Voyes p. 167, la note 7 de la lettre précédente, et le second 
alinéa de La lettre du 17 septembre, p. i36. 



1S75 



f6?5 



— 17a — 

Pàrb, ce sera pour les affaires de k belle Madelonne ; 
car il fiiut Tavoner, j*ai une belle passion pour elle. Je 
ne dis rien de mon fils ; cependant je Taime extrême- 
ment, et ses intérêts me font bien autant courir que ceux 
de ma fille. Il s*ennuie fort dans la charge de guidon ; 
cette place est jolie à dix-neuf et vingt ans ; mais quand 
on y a demeuré sept ans, c*est pour en mourir de cha- 
grin. Si vous connoissiez quelque Bourguignon qui nous 
voulât faire le plaisir de nous en tirer, je vous '' payerois 
votre courtage. Cette charge nous a coûté vingt-cinq 
mille écus ; elle vaut près de quatre mille livres de rente, 
à cause d'une pension de mille écus que nous y avons 
attachée. 

Adieu, Comte ; j*embrasse ma nièce ; mandez-moi un 
peu des nouvelles de votre noce. Langhac est un terrible 
nom pour la grandeur et pour Tancienneté. Je Tai entendu 
louer jusques aux nues par le cardinal de Retz : il est dans 
sa solitude. Que dites-vous de la beauté de cette retraite ? 
Le monde, par rage de ne pouvoir mordre sur un si beau 
dessein, dit qu'il en sortira. Eh bien, envieux, attendei 
donc qu'il en sorte, et en attendant taisez-vous; car de 
quelque côté qu'on puisse regarder cette action, elle est 
belle ; et si on savoit comme moi qu'elle vient purement 
du désir de fiure son salut, et de l'horreur de sa vie pas- 
sée, on ne cesseroit point de l'admirer. 

7. Les mots « ea tirer, je rouf » lont sautés dans la oopie auto- 
graphe dont nous suivons le texte; nous avons comblé la Uonne au 
moyen du manuscrit de Tlnstitut. 



-173- 

456. DB MADAIIB I» SkVlQJXt 

A MADAME DB G&IÔlffAir. 

Aux Rochers, dimanche i3* octobre. 

Vous avez grande raison que* les dates ne font rien 
pour rendre agréables les lettres de ceux que nous ai« 
nions. Eh, mon Dieu ! les affaires publiques nous doi«< 
▼ent-elles être si chères ? Votre santé, votre famille, vos 
moindres actions, vos sentiments, vos pitoffes de Lam- 
besc, c'est là ce qui me touche ; et je crois si bien que 
vous êtes de même, que je ne fais nulle difficulté de vous 
parler des Rochers, de Mlle du Plessis, de mes allées, de 
mes bois, de nos aflUres, du bien Bon^ et de Copenhague 
quand Toocasion s*en présente. Croyez donc que tout ce 
qui vient de vous m*est très-considérable, et que jusqua 
vos tnonées de tapisseries', je suis aise de tout savoir. 
8î vous voulez encore des aiguilles pour en faire, j'en ai 
d*admirables. J'en fis hier d'infinies ; elles étoient aussi 
ennuyeuses que ma compagnie : je ne travaille que quand 
elle entre; et quand je suis seule, je me promène, je lis^ 
ou j'écris. 

La Plessis ne m'incommode pas plus que Marie. Dieu 
me lait la grâce de ne point écouter ce qu'elle dit ; je suis 
à son égard comme vous êtes pour beaucoup d'autres : 
au reste, elle a les meilleurs sentiments du monde; j'ad** 
mire que cela puisse être gâté par l'impertinence de son 
esprit et la ridiculité de ses manières. Il faudroit entendre 
ce qu'elle fait de ma tolérance, et comme elle l'explique, 
et les chaînes qu'elle s'en fait pour s'attacher à moi, et 
comme je lui sers d'excuse pour ne plus voir ses amies 

LnTRS 456. — I. Dans les deux éditioiu de t^errin : « VoiuaTcs 
nison de dire que.... 9 
9. Voyez, la note a de la lettre 453, p. i6f . 



167$ 



167^ 



— 174 — 

de Vitré, et les adresses qu'elle a pour satisfiiire sa sotte 
gloire (car elle* est de tout pays), et la crainte qa^elle a 
que je ne sois jalouse d'une religieuse de Vitré : cela fe« 
roit une assez méchante farce de campagne. 

Je vous dois dire des nouvelles de cette province. M. de 
Chaulnes est à Rennes avec beaucoup de troupes. Il a 
mandé que si on en sortoit, ou qu*on fit le moindre 
brait, il ôteroit^ pour dix ans le pariement de cette 
ville' : cette crainte fait tout souffinr. Je ne sais point 
encore comme ces gens de gueire en usent à Tégard 
des pauvres bourgeois. Nous attendons à Vitré Mme de 
Oiaulnes, qui vient voir la princesse * ; nous sommes en 
sâreté sous ses auspices ; mais je vous .assure que quand 
il n y auroit que moi, M. de Chaulnes prendroit plaisir à 
me considérer'' : c'est la seule occasion où je pourrois 
répondre de lui. N'ayez donc aucune inquiétude ; je suis 
en sâreté comme dans cette Provence que vous dites qui 
est à moi. 

Je ne remercierai point d'Hacqueville de vous écrire 
trois fois la semaine : c'est se moquer de lui ; les louanges 
qu'il mérite là-dessus sont trop loin de ma pensée. Il 
m'écrit deux fois; j'en veux retrancher une par mon 
exemple, et c'est par pure amitié pour lui, ne voulant 
avoir qu'une médiocre part à l'assassinat que nous lui fai- 
sons tous : il succombera, et puis nous serons au déses- 
poir ; c'est une perte irréparable, et tous les autres d'Hac- 
quevilles ne nous consoleront point de celui-là. Il m'a 

3. Au lieu du pronom elle^ Perrin a rëpëtë : a la sotte gloire. » 

4. Dans Tédition de la Haye : « on ôteroit. » Lee moti « pour 
dix ani » ne sont donnés que par les éditions de Perrin. • 

5. Le parlement, comme nous TaTons dit, fut en effet transférée 
Vannes. Voyec les lettres des ao octobre et i3 novembre suirants. 

6. La princesse de Tarente. 

7. Dans Peirin : « à me marquer des égards. » 



-,75- 

fidt grand plaisir, cette deniière fois, de m'àter la colère - 
qae j^aTois contre le cardinal d'Estrées * ; il m'apprend 
que le nôtre * a été reiîisé en plein consistoire, sur sa 
propre lettre, et qu'après cette dernière cérémonie il n'y 
a plus lien à craindre ; de sorte que le voilà trois fois car- 
dinal malgré lui, du moins les deux dernières ; car pour 
laprendère, s'il m'en souvient, il n'en fut pas trop fâché. 
Écrivez-lui pour vous moquer de son chagrin. D'Hacque- 
ville est ravi, je l'en aime. Je reçois souvent des billets 
de cette chère Éminence ; je lui en écris aussi ; je tiens ce , 
léger commerce très-mystérieux et très-secret : il m'en 
est plus cher. Vous ne devez pas manquer de lui écrire 
aussi; vous seriez ingrate si vous ne conserviez pour lui 
bien de l'attachement. Il a été un peu malade ; il se porte 
bien : il me mande que nous serions contents de la sa- 
gesse qu*il a eue à faire des remèdes. 
N'avez-vous point peur de Ruyter^^? 

Ruyter est le dieu des combats : 
Guitaut** ne lui résiste pas*'; 

6, Voyez lalettre du 9 octobre précédent, à Mme deGrignan, p. 166. 

9. Le cardinal de Retz. 

10. Ruyter était parti des ports de Hollande le 18 août, et il croi* 
lait alors au nord de la Sicile arec les Espafaols, pour empêcher 
Duquesne de secourir Messine. 

11. Le comte de Guitaut avait succédé (en 1649) à son oncle le 
commandeur dans le gouTemement des fies Sainte -Marguerite et 
Sftint-Honorat. 

ta. Ce sont deux rers à chanter sur le même air que les rers qui 
commencent la i *• scène du Y* acte ^Alcette^ et y sont six fois répétés : 

Âlcide est Tainqueur du trépas, 
L^enfer ne lui résiste pas. 

Conlaiifet a fidt plusieurs chansons sur cet air ; nous e%renrons uneun 
peu phis loin, dans la lettre du 99 décembre suivant. Le premier rers, 

Ruyter est le Dieu des combats, 
es rappelle un du Cid (acte II, scène ti) : 

Fût-il la valeur même et le Dieu des combats. 



675 



1675 



— 176 — 

mais, en vérité, Tétoile du Roi lui résiste : jamais il n'en 
fut une si fixe. Elle dissipa Tannée passée cette grande 
flotte ; elle fait mourir M. de Lorraine ; elle reavoie Mon- 
tecuculi chez ses parents^*, et fera la paix par le mariage 
du prince Charles^*. Je disois l'autre jour cette dernière 
chose à Mme de Tarente ; elle me dit qu'il étoit marié à 
rimpératrice douairière^* : quoique cette noce n^ait pas 
éclaté, elle ne laisseroit pas que d'empêcher Tautre ; vous 

1 3. <x Chez tes parents d n'est pas dans les éditions de 1796 , nudâ 
seulement dans ceUes de Perrin. Cinq lignes plus bas, le cheTalier, 
en 1754, a substitué au pronom e//«, devant mourra^ le nom : « cette 
impératrice, 9 dont il tient la place; un peu plus loin, il a ajouté 
telle devant justesse, 

14. Cbarlet-Léopold-Nicolas-Sixte (Charles Y), neveu et héritier 
de Charles IV , duc de Lorraine , était né en i643. « Au moment de 
la mort de son oncle, le prince Charles était à Tannée impériale. 12 
la quitta pour venir aux environs de Trêves.... prendre le comman- 
dement des troupes lorraines, seul héritage que lui laissait Charles IV. 
A peine eut-il réglé les affaires domestiques de sa maison.... et reçu 
le serment de ses soldats, que Charles V s'empressa dVntrer en rap- 
ports avec les cabinets actuellement ligués contre Louis XIV. 9 
{Histoire de la réunion de la Lorraine à la France^ par M. le comte 
d'HaussonviUe, tome III, p. 987 et 988.) Après la retraite de Mon- 
tecuculi, Tempereur Léopold le nonuna généralissime des troupes 
impériales. — De quel mariage veut parler ici Mme de Sévigné? Le 
prince Charles aimait depuis longtemps Tarchiduchesse Eléonore, 
qu'il épousa plus tard (voyez la note i5); mais ce n*était pas, ce 
semble, par ce mariage-là que la paix pouvait se faire. — Dans Tédi- 
tion de Rouen (1726), on lit pour^ au lieu de par : « pour le mariage 
du prince Charles. 9 

i5. Éléonore de Gonzague Mantoue, troisième femme de l'em- 
pereur Ferdinand III. Veuve en 1657, ^^^^ °® mourut qu'en 1697; 
mais ce qui rend inadmissible la supposition d'un mariage secret 
qu'elle aurait contracté avec le prince Charles, c'est que ce dernier, 
après avoir été deux fois candidat au trône de Pologne, épouss 
en 1678 BfarierÉléonore, veuve du roi Michel Wimioweçki, et fille 
de l'emperenrFerdinandlIIetde l'impératrice douairière Eléonore 
de Gonzague, Charles V descendait aussi de la famille de Gonzague, 
par sa mère, la princesse Claude de Lorraine, fille de Henri II àt 
Lorraine et de Marguerite de Gonzague. 



— ^77 — 

venez qu'elle mourra, si cela fait un inconvénient. Votre ' 
raisonnement est d*une justesse sur les affaires d'État, ^ 
qu on voit bien que vous êtes devenue politique dans 
votre gouvernement. 

Tai écrit à la belle princesse de Yaudemont^'; elle est 
infortunée, et j'en suis triste, car elle est très-aimable. 
Je n'osoifl écrire à Mme de Lillebonne ; mais vous m'avez 
domié courage. 

Je crains cfue vous n'ayez pas le petit Coulanges ; sa 
femme m'écrit tristement de Lyon, et croit y passer l'hi^ 
ver : c'est une vraie trahison pour elle que de n'être pas 
à Paris ; elle me mande que vous avez eu un assez grand 
commerce. 

La Trousse est à Paris et à la cour, accablé d'agré- 
ments et de louanges ; il les reçoit d'une manière à les 
augmenter. On dit qu'il aura la charge de Froulai^'' ; si 
cela étoit, il y auroit un mouvement dans la compagnie*', 
et je prie notre d'Hacqueville d'y avoir quelque attention 
poor notre pauvre guidon, qui se meurt d'ennui dans le 
goidonnage. Je lui mande de venir ici, je voudrois le ma- 
rier à une petite fille qui est un peu juive de âon estoc, 
mais les millions nous paroissent de bonne maison^* ; cela 
est fort en l'air ; je ne crois plus rien après avoir manqué 
la petite d'Eaubonne'^. 

16. Au sujet de la mort du duc de Lonraine, Charles IV, son beau- 
père. Voyez tome II, p. 166, note 7. — Mme de Lillebonne, nommée 
deux lignes plus bas, était fille de Charles IV. 

17. Voyez p. 164, la note 16 de la lettre du 6 octobre précédent. 

18. La compagnie des gendarmes-Dauphin, où Charles de Sévi- 
gaé était guidon. 

19. Voyez la Notice^ p. 911. — Estoc se dit figurément pour ligne 
d*«xtraction. 

10. Antoinette Lefèvre d'Eaubonne, cousine de M. d*OrmesBon ; 
^e sTait épousé, au mois de juillet précédent, Urbain le Goux de 
la Berchère , marquis de Dinteville et de Santenai , comte de la 
Rochepot, maître des requêtes. Voyez la Notice^ p. 11 1. 
Mm OB S6tx6i£ vr it 



— 178 — 

Mme de Yillars me mande encore des merveflles du 

' ^ chevalier de Grignan : je crois que ce sont les premières 
qu'on a renouvelées ; mais enfin c^est un petit garçon qui 
a bien le meilleur bruit qu'on puisse jamais souhaiter. Je 
prie Dieu que les lueurs d'espérance pour une de vos 
filles'* puissent réussir; ce seroit une grande affaire. La 
paresse du Coadjuteur devroit bien cesser dans de pa- 
reilles occasions. 

Écoutez une belle action du procureur' général*^. Il 
avoit une terre, de la maison de Bellièvre, qu*on lui avoit 
fort bien donnée ; il Ta remise dans la masse des biens 
des créanciers, disant qu'il ne sauroit aimer ce présent, 
quand il songe qu'il fait tort à des créanciers qui ont 
donné leur argent de bonne foi : cela est héroïque. Jugez 
s'il est pour nous contre M. de Mirepoix'^ ; je ne connois 
point une plus belle ni une plus vilaine àme que celle de 
ces deux hommes. Le bien Bon est toujours le bien bon; 
ce sont des armes parlantes : les obligations que je lui ai 
sont innombrables; ce qui me les rend sensibles, c'est 
l'amitié qu'il a pour vous, et le lèle pour vos affaires, et 
comme il se prépare à confondre le Mirepoix. 

Je n'ose penser à vous voir : quand cette espérance 
entre trop avant dans mon cœur, et qu'elle est encore 
éloignée, elle me fait trop de mal. Je me souviens de ce 

ax. n était question alors d*un établissement pourFrançoîseJuUe 
de Grignan (Mlle d'Alerac) ; mais ce projet n'eut pas de suite. 
Baie d'Alerac ne se maria qu'en 1689, arec le marquis de Vibraye, 
lieutenant général des armées du Roi. Voyez la Notice^ p. a5o et 
suirantes. 

a». Achille de Harlajr, depuis premier président. (JVo/e de PerrU,) 
Il ayait recueilli la terre dont il est ici question dans la succession 
de sa mère, Jeanne-BIarie de Bellièvre, morte en 1657, 

93. Dans le procès relatif à la transaction faite par M. de Grignan 
avec les héritiers de Mlle du Puy-du-Fou, sa seconde femme. Voyes 
ci-dessus, p. 76, la note 16 de la lettre du ai août précédent. 



— '79 — 

que je soufBrîs à la maladie de ma pauvre tante, et comme 
Yoos me fîtes expédier cette douleur^*. Je ne suis pas 
encore à portée de recevoir cette joie. Vous m'assurez 
que vous vous portez bien ; Dieu le veuille, ma bonne ! cet 
article me tient extrêmement au cœur** : pour moi, je 
suis dans la parfaite santé. Vous aimeriez bien ma so- 
briété et Texercice que je fais, et sept heures au lit, 
comme une carmélite. Cette vie dure me plaît; elle res- 
semble au pays ; je n'engraisse point, et Tair est si hu- 
main^* et si épais, que ce teint qu'il y a si longtemps que 
Ton loue, n'en est point changé. Je vous souhaite quel- 
quefois une de mes soirées, en qualité de pommade de 
pieds de mouton. 

J^ai dix ouvriers qui me divertissent fort. Bahuel*^ et 
Pilois, tout est à sa place. Vous devez être persuadée de 
ma <M>nfiance par les pauvretés dont je remplis ma lettre. 
Depuis que je me suis plainte en vers de la pluie, il fait 
un temps charmant ; de sorte que je m'en loue en prose. 

Toute notre province est si fort occupée des punitions 
que l'on y fait, que Ton ne fait point de visites ; et sans 
voulob contrefaire la dédaigneuse, j'en suis extrêmement 
aise. Vous souvient-il quand nous trouvions qu'il n'y 
avoit rien de si bon en province qu'une méchante compa« 

^4. Mme de Sé^rigaé était partie pour Grignan aussitôt après la 
Bort de Mme de la Trousse. 

aS. Tel est le texte de rimpression de Rouen (17916) et des deux 
éditioiis de Perrin, Celle de la Haye (1736) doxme seule à cœur^ pour 
«ncœur* — Â la Ij^e suiYaute, lo/t/^ manque dans les deux éditions 
de Pemn; on y lit simplement : a je suis dans la parfaite. » 

a6. Bumain te trouve dans toutes les anciennes impressions, et 
nous ne croyons pas qu^il y faille substituer humide^ comme on Ta 
&tt dans une très-rëcente édition. 

37. Ilahuel ^tait concierge du château des Rochers. {Noté de té- 
dÙhnde j8x8 i 1a lettre du 5 janvier 1676; Toyez la note 14 delà 
bore 35i, tome m, p. 194.) 



1675 



— i8o — 

— — gnie, par la joie du départ ? Ccst un plaisir que je ii*auru 
point cette année. 

Ma bonne, quand je vous écrirois encore quatre heu- 
res, je ne pourrois pas vous dire à quel point je vous 
aime, et de quelle manière vous m'êtes chère. Je suis 
persuadée du soin de la Providence sur vous, pubqne 
vous payez tous vos arrérages, et que vous voyez une an- 
née de subsistance; Dieu prendra soin des autres. 0>nti- 
nuez votre attention sur votre dépense : cela ne remplit 
point les grandes brèches ; mais cela aide à la douceur 
présente, et c*est beaucoup. M. de Grignan est-il sage? 
Je Tembrasse dans cette espérance ; ma très-bonne, je 
suis entièrement à vous. 



457. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ 
A MADAME DE GRIGlfAJi. 

Aux Rochers, mercredi i6« octobre. 

Je ne suis point entêtée, ma bonne, de M. de Lavar- 
din ; je le vois tel qu*il est : ses plaisanteries ni ses ma- 
nières ne me charment point du tout; je les vois comme 
j'ai toujours fait; mais je suis assez juste pour rendre au 
vrai mérite ce qui lui appartient, quoique je le trouve 
pêle-mêle avec ses désagréments. Cest à ses solidement 
bonnes qualités que je me suis attachée, et par bonheur 
je vous en avois parlé à Paris, car sans cela vous croiriez 
que l'enthousiasme d'une bonne réception^ m'auroit eni- 
vrée ; enfin je souhaiterai toujours à ceux que j'aimerai 
plus de charmes ; mais je me contenterai qu'ils aient au- 

LnriB 457 (reTue en grande partie sur une ancienne copie). — 
I. Voyez la lettre du 30 septembre précédent, p. 187 et i38. 



— i8i — 

Uni de veitns. CTest le moins lâche et le menas couni- 

san que yaie jamais vu; vous aimeriez bien son style dans ' ' 
de certains endroits, vous qui parlez. Tant y a, ma bonne, 
¥OÎlà ma justification, dont vous ferez part au gros abbé, 
si par hasard il avoit jamais mal au gras des jambes * 
sur ce sujet. 

Je suis fort aise que vous ayez remarqué, comme moi, 
la diligence admirable de nos lettres, et le beau procédé 
de Riaux', et de ces autres messieurs si obligeants, qui 
viennent prendre nos lettres et les/ portent nuit et jour, 
en «x>urant de toutes leurs forces pour les faire aller plus 
promptement : je vous dis que nous sommes ingrats en- 
vers les postillons* , et même envers M. deLouvois' qui 
les établit partout avec tant de soin. Mais hélas! ma 
très^-chère, nous nous éloignons encore ; et toutes nos ad- 
mirations vont cesser. Quand je songe que dans votre 
dernière lettre vous me répondez encore à celle de la Sil- 
leraye, et qu^il y aura demain trois semaines que je suis 
aux Rochers , je comprends que nous étions déjà assez 
loin sans cette augmentation. 

Vous aurez à présent vu la Garde. J'en suis fort aise. 
Vous aurez eu toutes vos bardes, et cette musique dans 
un de vos souliers vous aura bien.... Fi! vous devriez 
danser toute seule avec ces souliers-là '. 

M. d'Hacqueville me dit qu'une fois la semaine, c'est 
assez écrire pour des affaires ; mais que ce n'est pas assez 
pour son amitié, et qu'il augmenteroit plutôt d'une lettre 



9. Exprettion familière à Tabbë de Pontcarrë, lorsqu'il ëtoit im- 
portuné de quelque discours. {Note Je Perrin.) 

3. Ce ne peut être qu'un courrier de U malle. {Jfoie de V édition 
ii i8ï8.) 

4. Comparex tome II, p. 277. 

5. Surintendant général des postes. 

5, Ce paragraphe n'est que dans l'édition de 179 5. 



1675 



— l82 — 

que, d'en retrancher une. Vons jugez bien que puisque le 
régime que je lui avois ordonné ne lui plak pas, je lâche 
la bride i toutes ses bontés, et lui laisse la liberté de sou 
écritoire : songez qu'il écrit de cette fiirie à tout ce qui 
est hors de Paris, et voit tous les jours tout ce qui y reste ; 
ce sont les d'Hacquevilles; adressez* vous à eux, ma bonne, 
eu toute confiance : leurs bons cobûts suffisent à tout. 
Enfin je me veux ôter de Tesprit de le ménager ; je veux 
en user''; aussi bien si ce n'est moi qui le tue, oe sera 
un autre : il n'aime que ceux dont il est accablé ; acca- 
blons-le donc sans discrétion. 

On me mande que le fils de M. de la Rochefoucauld a 
été rudement bourré par l'ami de Mme de Mqntespan, et 
que les raisonnements qu'il vouloit faire sur les vapeurs 
de cet ami furent rudement repoussés*. M. du Maine 
marche : voilà un grand bonheur pour Mme de Mainte- 
non. On parle aujourd'hui de la froideur de ces deux 
amies, et que c'est sur l'intérêt. Je vous en manderai 
davantage quand je serai à Paris. 

Vous n'avez jamais vu ces bois dans la beauté où ib 
sont présentement. Mme de Tarente y fut hier tout le 
jour; il faisoit un temps admirable. EUe me parla fort de 
vous : elle vous trouve bien plus jolie que le petit ami*. 

7. C*eft le texte de 1715 et de iy%S» Dans les deux édidons de 
Peirin : a Ten reux abiuer. » 

8. Voyez la fin de la lettre dn a3 octobre suirant, p. aox.— Le 
médecin d'Aquin(dont lenom estordinairementDaquindanalef écriti 
du temps, comme nousTayons plus haut imprimé nous-mème)noui 
apprend dans son journal, que rient de publier M. le Roi, arec ceux 
deVallot et de Fagon, que Louis Xiy,dans la première quinzaine 
d^octobre 167$, fut fort travaillé de vapeurs. On peut Toir, aux p. is8 
et suivantes de ce curieux ouvrage, les observations du docteur sur 
ces a vapeurs élevées de la rate et de Thumeur mélancolique, dont 
elles portent les livrées par le chagrin qu^elles impriment; a ainsi 
que ses réflexions sur la nature, la cause et les effets du mal. 

9. Le portrait en miniature de Mme de Grignan. {Note de Perrin) 



— i83 — 

Sft flUe est malade : elle en étoit triste; je la mis en car- 
rosse au bout de la grande allée, et comme elle me prioit 
fort de me retirer, elle me dit : a Madame, vous me pre- 
nez pour une Allemande. » le lui dis : « Oui, Madame, 
assurément, je vous prends pour une Allemande ^^ : j*au- 
rois plnt6t obéi à Madame votre belle^Ue^^ 9 Elle en- 
tendit cela comme une Françoise. Il est vrai que sa nais- 
sance doit, ce me semble, donner une dose de respect à 
ceux qui savent vivre. Elle a un style romanesque dans ce 
qu'elle conte, et je suis étonnée que cela déplaise à ceux 
même qui aiment les romans. Elle attend Mme de Chaul- 
nea. M. de Qiaulnes est à Rennes avec les Fourbin et 
les Vins, et quatre mille hommes : on croit qu'A j aura 
bien de Xbl penderie. M. de Chaulnes j a été reçu comme 
le Roi ; mais comme c^est la crainte qui a frit changer leur 
langage, M. de Chaulnes n'oublie point toutes les injures 
qa*on lui a dites, dont la plus douce et la plus familière 
étoit gros cochouj sans compter les pierres dans sa mai- 
son et <lans son jardin, et des menaces dont il paroissott 
que Dieu seul empêchoit Texécution : c'est cela qu'on va 
punir. M. d'Hacqueville, de sa propre main (car ce n'est 
point dans son billet de nouvelles, qu'on pourroit avoir 
copié**), me mande que M. de Chaulnes et les troupes 



10. Mme de Tarente était fille de Guillaume V, landgraTe de 
Heise-Cassel, tante de la reine de Danemark et de la duchesse d*Qr- 
léana. Vojex tome II, p. 119, note 4 (où Ton a imprimé par erreur, 
à la ligne s, Nassau pour Hanau), 

XT. Madeleine de Créquj; elle avait épousé le 3 arril précédent le 
fils de la princesse, et mourut le xi août X707. Elle était fille unique 
et seule héritière de Charles, dernier duc de Gréquy. Sur son mari, 
TO/d ht Notice^ p. X99. 

is. Cest le texte du manuscrit et des éditions de Perrin; dans 
eeUes de X7s5 et de X736, on lit : a car ce n*est point dans son billet 
de noorelles écrit par son Talet de chambre ; » il 7 a dans de moins 
dsDS l'édition cle la Haye. — c D*HacqueTille se plaisait à être 



1O75 



1675 



— i84 — 

sont amyés à Rennes le samedi i a* octobre : je le remer- 
cie de ce soin, et je lui apprends que M. de Pompone se 
fait peindre par Mignard; mais tout ceci entre nous; car 
savez-TOus bien qu^il est délicat et blond ? 

Je reçois des lettres de votre frère toutes pleines de la- 
mentations de Jérémie sur son guidonnage : il dit juste- 
ment tout ce que nous disions quand il Tacheta; c'est oe 
cap, dont il est encore à neuf cents lieues ; mais il y avoit 
des gens qui lui mettoient dans la tête que puisque je ve- 
nois de vous marier, il falloit aussi rétablir ; et par cette 
raison, qui devoit produire, au moins pour quelque temps, 
un effet contraire, il fallut céder à son empressement, et 
il s'en désespère : il y a des cœurs plaisamment bâtis en 
ce monde. Enfin, ma fille, soyons bien persuadées que 
c'est une vilaine chose que les charges subalternes. 

Vous me faites bien rire du Marseille dans le séraU, 
avec les circonstances et dépendances. Plût à Dieu! Mais 
comme vous dites, nos malédictions portent bonheur. Si 
nous nous plaisons dans cette pensée, nous le ferons car- 
dinal ; sans cela on dit qu'il ne le sera pas sitôt. 

Vous savez bien que le nôtre l'est à fer et i clou. Nous 
devons tous en être ravis à telle fin que de raison : c^est 
toujours une chose triste qu'une dégradation. Au nom de 
Dieu, ne négligez point de lui écrire : il aime mes billets, 
jugez des vôtres. Vous ne m'aviez point dit que votre 
premier président** a battu sa femme; j'aime les coups 

Thomme d'affaires et le noureUiste de tous ses amis et de toutes ses 
connaissances.... Les nouyelles qu'il transmettait étaient de deux 
sortes : celles qu'il avait recueillies personnellement et qui compo- 
saient les matières des lettres écrites en entier de sa main, et celles 
qu'il faisait extraire et transcrire de sa nombreuse correspondance ; 
celles-ci étaient sur des feuilles volantes, les mêmes pour toua les 
correspondants , et formant une sorte de supplément à ses lettres. » 
(Walckenaer, tome V, p. 34*.) 
i3. Marin. 



— r85 — 

de plat d'épée, cela est brave et nouveau. « On sait bien ^ ^ 
qn^fl les fiint battre, » disoit l'autre jour un paysan ; mais 
le plat d*épée me réjouit. Je m'en vais parier que la petite 
d^Oppède*^ n'est point morte : je connois ceux qui doi- 
vent mourir. 

n est vrai que le bonheur des François surpasse toute 
croyance en tous pays : j'ai ajouté ce remerciement à ma 
jMÎère du soir ; ce sont les ennemis qui font toutes nos af- 
faires : ils se reculent quand ils voient qu'ils nous pour^ 
roient embarrasser. Vous verrez ce que deviendra Ruyter 
sor votre Méditerranée. Le prince d'Orange songe à s*al- 
1er coucher**, et j'espère votre frère. levons réponds de 
cette province, et même de la paix : il me semble qu'elle 
est si nécessaire que, malgré la conduite de ceux qui ne 
la veulent pas, elle se fera toute seule. 

Je suivrai votre avis, ma chère enfant, je vais m'entre- 
tenir de l'espérance de vous revoir : je ne puis commencer 
trop tôt pour me récompenser des larmes que notre sépa- 
ration et même la crainte m'ont fait répandre si souvent. 

J^embrasse M. de Grignan, car je crois qu'il est revenu 
de la chasse. Mandez-moi bien de vos nouvelles, vous 
voyez que je vous accable des miennes. La Saint-Géran 
s'est mêlée de m'écrire sérieusement sur l'ambassade de 
Mme de Villars ; elle dit qu'elle ira à Turin** ; je le crois, 
puisqu'il n'y a qu'une régente*'' : je lui fais réponse dans 

14. Bfme de Sévigné Tent-elle parier ici de la jenne femme du 
marqnia d*Oppède ? Voyez tome III, p. 2174, note 10. 

i5. En ee moment le prince d'Orange évacuait la petite rille de 
Binehe,qaUl avait fniprise quelques mois aupararant, et reprenait 
avec la plus grande partie de ses troupes le chemin de la Hollande. 

16. Dans la seconde édition de Perrin (1754) : « de Hme de Vil- 
lars, qui, à ce qu'elle dit, ira à Turin. » 

17. Alarie-Jeanne-Baptifte duchesse de SaToie, fille aînée du duc 
de Nemours, aégente pendant la minorité de son jeune fib Victor» 
Aiiiédée-Français II. Elle mourut le i5 mars 1794, âgée de quatre- 



~ i86 — 

TâT ^^ ^^^^ ^^^^ l ^^ <^ ^'^ pc^& ^^ ^^'^ pdae^^. Ne tous 
onNelles pas remerciée de votre eau de la reiue d'Hon- 
grie^*? Elle est divine, je vous en remercie encore; je 
m*en enivre tous les jours : j'en ai dans ma pochç. C'est 
une folie comme du tabac : quand on y est acooutiiinée, 
on ne peut plus s'en passer. Je la trouve bonne contre 
la tristesse ; j'en mets le soir, plus pour me réjouir qa*à 
cause du serein, dont mes bois me garantissent. Vous 
êtes trop bonne de craindre que les loups, les cochons et 
les châtaignes ne m'y fassent une insulte. Adieu, mon 
enfknt, je vous aime de tout mon cœur; mais c'est au 
pied de la lettre, et sans en rien rabattre. 



458. — DU COMTE DE BUSST BABUTUI 
A MADAME DE SÊVIGEË. 

Le lendemain du jour que j*eus reçu cette lettre (n* 455, p. 169), 
jY fis cette réponse. 

A Gh|i8eu, ce 19* octobre 1675. 

Jb reçus hier votre lettre, Madame, qui me donna ^ la 
joie que vos lettres ont accoutumé de me donner. Enfin 

TingU ans. M. de Villars avait dëjà été envoyé en Espagne pendant 
la minorité du roi Charles II, qui monta sur le trône en i665, à Tâge 
de quatre ans, sous la tutelle de sa mère Anne d* Autriche» 

18. Voyez tome II, p. aSo. 

19. Voyes plus haut, p. Sa, note 87. 

Lams 458. — x. Les variantes du manoscrit de Plnstitut sont : 
an oonmencement de la lettre : a J*ai reçu votre lettre du 9* de ce 
mois, Madame, qui m*a donné...; ligne 5 : « de ce fou de cheva- 
lier de Rohan;» lignes 6 et 7, «bien tard » est omis; ligneS : «qui 
passoit par une galerie; » ligne 9 : celui répliqua-t-il ; b la dernière 
phrase de Talinéa : « Je pense bien, etc., » manque. A la a* ligne du 
paragraphe suivant, on lit : « J*aurois eu tr<^ de pear.... » A la fb 
de la première phrase de l'autre alinéa : « et que vons n*en goériniff 



— 107 — 

Yoilà yoire nJèee sor le point de paMer le pa» : die va *r*T 
tnmver ce qa^eUe cb^choit. ' 

A pixipos de chercher, ceci me fait souvenir du pauvre 

dievalier de Rohan, qui ayant renc<Hitré un sok* bien 

taid, à Fontainebleau, Mme d*Heudicourt seule qui pas« 

soit dans une galerie, lui demanda ce qu'elle cherchpit : 

« Bien, dit-elle. — *Ma foi, Madame, lui répondit-il, je 

ne Tondrois pas avoir perdu ce que vous cherchez. » 

Voilà mon petit conte. Madame. Vous m*avez permis 

d*en faire un aussi, je me sers de la liberté que vous m a- 

vei donnée. J*ai trouvé le vôtre plaisant au dernier point, 

et je m*en sais bon gré, car il &ut avoir de Tesprit pour 

trouTer cela aussi plaisant qu'il Test. « Je pense bien que 

je n*y ai pas nui, » est la plus plaisante manière du monde 

de laisser entendre qu'il avoit aussi couché avec la fille. 

Je n'ai en garde de dire au marquis de 0>ligny que 

vous fussiez mon aînée; j'avois trop peur qu'il ne voulût 

pas épouser la fille d'un cadet ; mais il a oui parler de 

vous à la comtesse de Dalet sa belle*>mère', et je lui ai 

paru entêté de votre mérite. 

Cda est étrange que vous connoissiez si bien la source 
de votre mal, et que vous ne vous en soulagiez pas. Son« 
gez souvent à la nécessité de mourir. Madame, et vous 
ne craindrez pas tant la mort que vous faites. Ce n'a été 
qu'en me familiarisant avec cette pensée que j'en ai di- 

pu; 9 i3 lignes plus loin : « Qnoique-je vom aime fort, ce n*6ft pat 
Totre fenl intérêt qui..., et je crob (moi qui aime fort la joie) que 
je ne aanroii avec qui rire finement, si tous ëties morte. » A la 
figne 7 du paragraphe soiTant : « de passer le reste de leur vie. » 
La phrase : c Je me porte si bien, etc,, » est omise. A la lo* ligne de 
Upage 109 : « d'aroir l'abbë que tous avez ; » à la 99* : « d*estimer 
b maison de Langeac {U nom est écrit ainsi^ Tojes tome III, p. 44'» 
oote 5), eDe est illustre. Mais à propos du Cardinal.... » La phrase: 
ff Ifsis je TOUS hjB une leçon.... s est omise tout entière. 
9. Voj«z In note 5 de la lettre du 7 aTril 167$, tome III, p. 443. 



— i88 — 

■ miâué rappréhension. Elle rend tristes les gens qui la 

rejettent et qui ne la prennent pas souvent. En moi elle 
(ait tout autre chose : elle me fait suivre le précepte de 
Salomon : bien tdvre et se réjouir^ ; et d^autant plus que 
cela fait vivre plus longtemps. Ainsi c'est à force d'aimer 
la vie que je ne crains pas la mort. Il est certain que si je 
vous voyois souvent, Madame, je vous ferois entendre 
raison là-dessus. Mais en attendant que cela se puisse, 
je veux souvent traiter par lettre cette matière avec vous. 
Et ne vous allez pas mettre dans la tête que c'est votre 
seul intérêt qui m'oblige à entreprendre votre cure , c'est 
le mien aussi ; et je crois, moi qui aime la joie, que je 
mourrois si vous étiez morte , ne sachant avec qui rire 
finement. 

Je comprends bien que votre voyage a été agréable; 
vous avez presque marqué chaque gîte par la vue d'un 
honnête exilé. Il ialloit encore que vous trouvassiez d'O* 
lonne^ i Orléans, et l'abbé de Belesbat* à Blois, et moi 
à Amboise. Vous avez trouvé la véritable raison pourquoi 
j*ai plus de patience que l'abbé d'Effiat et Vineuil. Le 
chagrin qu'ils ont de passer leur vie hors du monde les 
lait malades; et moi qui ai passé par la prison je suis 
trop heureux de n'être plus qu'exilé. Je me porte si bien 
que j'espère de vivre plus longtemps que mes plus jeunes 

3 . C'est une allusion à ce passage du li^re de YEcdésitute (chap. in, 
Torset 19) : Mt eogtum quod non esâet melius nui imtari et faeen UmU 

4. Voyez tome II, p. 77, note 19. — Le comte d'Olonnc avait 
d^abord été relégué à Orléans ; il eut ensuite permission de se retirer 
dans sa terre de Montmirel, près de Villera-Coterets. 

5. Paul Hurault de THospital, abbé deBelesbat(dans notre copie 
autographe le nom est écrit Bel Ébat\ descendait du chancelier de 
THospital. Il était frère de Mme de Choisy, la mère du célèbre abbé. 
Céuit un des exilés de la Loire (voyez ci-dessus, p. 167, note 7;. 
Il mourut le 7 mars 1691. 



— i»9 — 

ennemis^ et, en attendant leur mort, je jouis d^one santé 
qui n^a point la moindre altération. 

J*ai bonne opinion des gens qui vous régalent en reine, 
et sur ce pied-là j'estimerois la fortune plus que je nç 
fiûs, si eUe vous en avoit donné le rang plutôt qu'à 
Mlle d^Ârquien * . 

Je suis bien iaché que vos promenoirs vous fassent sou* 
venir que vous n*êtes plus jeune , mais je ne veux pas que 
Tons en ayez du chagrin. 

Vous êtes trop heureuse d avoir le bon abbé : il fieût 
tout ce qu'il peut pour votre service, qui est de régler 
vos comptes, car je ne pense pas que vous lui deman- 
diez qu'il fasse de la fauàse monnoie pour vous. L'ar- 
gent est aussi rare en Bourgogne qu'en Bretagne : je 
cherche partout à troquer du blé et du vin contre du 
brocart et du velours pour les habits de noces de ma 
fille. 

Vous aimez la belle Madelonne, Madame, et vous avez 
raison : c'est le goût le plus généralement iq>prouvé qu'on 
puisse avoir. 

L'inquiétude de M. de Sévigné n'est pas mal fondée de 
s'ennuyer dans sa charge : on ne sert que pour s'avancer, 
et un guidon ne s'avance pas, tant que ses officiers su- 
périeurs ne meurent ou ne quittent point. Je m'informe* 
rai s'il y a quelque jouvenceau dans le pays pour votre 
charge, et je vous quitterai à bon marché pour^ la peine 
de ma négociation. 

Je vous manderai des nouvelles de la noce. Le car- 
dinal de Retz a raison d'estimer Langhac : cela est bon, 
je le sais bien, et je ne serai pas surpris , comme le fut 

6« Voyez tome III, p. 324, ^ote 3. 

7. Buifjf avait d*abord écrit de^ puis il l'a effacé et y a substitué 
pour, au-dessus de la ligne. 



1675 



1675 



— igo — 

M. de Sévigné à Boi]ii>iUy, quand M. de Coligny me 
fera voir la grandeur de sa maison. 

Mais à propos du cardinal de Retz y j'ai trouTe le des- 
sein de sa retraite fort beau. Tai cru qu'il ne se repenti- 
roit jamais de l'avoir pris ; et que s'il en avoit quelque 
tentation , il étoit trop honnête homme pour y succom- 
ber. J'ai trouvé plaisant ce que vous dites au monde là- 
dessus, qu'il attende que le cardinal de Retz sorte de sa 
retraite pour parler, et qu'en attendant il se taise. Mais 
vous avez beau dire , le monde ne se taira pas, il n'aime 
pas à louer, et surtout les choses admirables. Quand il 
ne peut mordre*, comme vous voyez, sur le présent, il 
se retranche sur l'avenir. Faisons bien, et le laissons 
dire. Mais je vous fais une leçon, Madame, dont je ne 
profite pas moi-même ; car le Misanthrope* n*est pas pins 
déchaibé contre ce qui le choque, que je le suis contre 
les gens qui veulent à tort et à travers gâter les belles 
actions. 

Adieu , ma chère cousine. Au reste ne m'appelez plus 
comte , j'ai passé le temps de l'être. Je suis pour le moins 
aussi las de ce titre que M. de Turenne l'étoit de celai de 
maréchal**. Je le cède volontiers aux gens qu'il honore. 



459. — DE MABABOB DE SÉTIGHÊ 
A MADAME DE GBIGNAN. 

Aux Rochers, dimanche ao* octobre. 
Nous ne pouvons nous lasser d'admirer la diligence ^ 

8. Mordre est omis dans notre copie. 

9. La première représentation du dûstattkropt arait eu lieti le 
4 juin 1666. 

10. Voyez tome III, p. 49« note 6; 



. — igi — 

la fidélité de la poste : enfin je reçois le i8* la lettre 
An g*; c^est le neuvième jour, c'est tout ce qui se peut 
souhaiter. Mais, ma fille, il faut finir nos admirations; et 
oomme vous dites, vous vous éloignez encore, afin que 
nous soyons précisément aux Ueux que la Providence 
nous a marqués. Pour moi, je m'acquitte mal de ma ré- 
sidence ; mais pour vous, bon Dieu ! Monsieur d'Angers * 
n en fait pas davantage; et quand je pense à notre éloigne- 
ment, et combien je serois digne de jouir du plaisir d'être 
avec vous, et comme vous êtes pour moi, précisément 
dans le temps que nous sommes aux deux bouts de la 
terre, ne me demandez point de rêver gaiement à cet 
endroits-la de notre destinée ; le bon sens s'y oppose, et 
ma tendresse encore plus : il faut se jeter promptement 
dans la soumission que nous devons à la Providence. Je 
suis fort aise que vous ayez vu M. de la Garde : mon àme 
est fort honorée d'être à son gré ; il est bon juge ; je vous 
plains de le quitter sitôt. Je pense que vos conversations 
ont été bien infinies. Il mène donc Monsieur l'Arche- 
vêque* a la Garde'. C'est fort bien dit, c'est un fleuve 
qui rend fertiles et heureux tous les pays par où il passe : 
je trouve qu'il a fait des merveilles à Grignan. 

M. de Chaulnes est à Rennes avec quatre mille hom-« 
mes : il a transféré le parlement à Vannes ; c'est une dé- 
solation terrible. La ruine de Rennes emporte celle de la 
provfaice. Mme de Marbeuf ^ est à Vitré : elle m'a frit 
miUe amitiés de Mme de Qiaulnes , et des compliments 



liRTix 459* — X- Henri Arnauld, ëvéque d'Angers. Voyes 
tome n, p. 409, note 9. 

1. L'archerSque d'Arles. 

3. Le château de la Garde était situé sur une montagne à une 
hean de Pierrelate, et à trois lieues de Grignan. Il a été détroit 
pendant la Rërolution. 

4« Vojez la lettre du a3 octobre suivant, p. 197, note 5. 



1675 



t675 



— 19a — . 

de M. de Vins, qui veut me venir voir. Il 5*en faut beau- 
coup que je n'aie peur de ces troupes ; mais je prends 
part à la tristesse et à la désolation de toute la province. 
On ne croit pas que nous ayons d'états; et si on les tient, 
ce sera pour racheter encore les édits que nous ache- 
tâmes deux millions cinq cent mille livres, il y a deux 
ans, et qu'on nous a tous redonnés", et on y ajoutera 
peut-être encore de mettre à prix le retour du parlement 
à Rennes. M. de Montmoron" s'est sauvé ici, et chez un 
de ses amis, à trois lieues d'ici, pour ne point entendre 
les pleurs et les cris de Rennes, en voyant sortir son cher 
parlement. Me voilà bien Bretonne, comme vous voyez; 
mais vous comprenez bien que cela tient à l'air que Ton 
respire, et aussi à quelque chose de plus ; car, de l'un à 
l'autre, toute la province est affligée. 

Ne soyez nullement en peine de ma santé, ma chère 
belle, je me porte très-bien. Mme deTarente m'a donné 
d'une essence qui l'a guérie de vapeurs bien pires que 
les miennes : on en met deux gouttes dans le premier 
breuvage que l'on boit à table , quinze jours durant, et 
cela guérit entièrement; elle en conte des expériences qui 
ont assez de l'air de celles de la comédie du Médecin 
forcé'^ : mais je les crois toutes, et j'en prendrois prc- 

5. Voyei la lettre du i*' janyier 1674, et la Notice^ p. 186 et 187. 

6. Il ëtoit Sérignë, et doyen du parlemeiit de Bretagne. {Vote de 
Perrin.) — Voyez tome II, p. 4)3, note 3. 

7. Le Médecin maigre lui, — a Suirant le registre de la troupe de 
Molière, on joua le 14 septembre 1661 le Fagotier, le ao aTril i663 
le Fagoteux^ et enfin le 9 septembre 1664 le Médecin par force. U 
Fagotier et le Fagoteux désignent évidemment la même pièce, et U 
Médecin par force^ qui est probablement un autre titre donné sa H* 
goteux ou Fagotier^ indique le même sujet qui est traité dank le Mt- 
decin malgré lui. De cet ensemble d^analogies on peut tirer la oous^- 
^uence que le Fagotier^ le Fagoteux et le Médecii par force sont \ti 
trois titres d'une même farce que Molière avait composée dans f^ 
jeunesse, qu*il fit jouer de temps en temps sur sou théâtre du Palais- 



-193- 



sentement, sans que je ferois scrupule de me servir d'un T67T 
remède si admirable, quand je n*en ai nul besoin. Cette 
princesse ne songe qu'à sa santé : n'est-ce pas assez ? Vous 
croyez bien que je ne manquerai pas de prendre toutes. 
ses médecines ; mais en vérité ce ne sera pas quand je 
me porte bien. Je vous manderai dans quelque temps la 
suite des prospérités du bateau. 

Vous ferez la Plessis trop glorieuse, car je lui dirai 
ootnune vous Taimez. A la réserve de ce que je vous di- 
sais Tautre jour, je ne pense pas qu'il y ait une meilleure 
créature. Elle est tous les jours ici. J'ai dans ma poche 
de votre admirable reine d'Hongrie : j'en suis folle, c'est 
le soulagement de tous les chagrins; je voudrois en en- 
voyer à Rennes. Ces bois sont toujours beaux : le vert en 
est cent fois plus beau que celui de Livry. Je ne sais si 
c'est la qualité des arbres ou la fraîcheur des pluies ; mais 
il nj a pas de comparaison : tout est encore aujourd'hui 
du même vert du mois de mai. Les feuilles qui tombent 
sont feuille-morte ; mais celles qui tiennent encore sont 
vertes : vous n'avez jamais observé cette beauté. Pour 
Farbre bienheureux qui vous sauva la vie, je serois tentée 
d^y £ùre bâtir une chapelle ; il me paroit plus grand, plus 
fier et plus élevé que les autres ; il a raison, puisqu'il vous 
a sauvée. Du moins je lui dirai la stance de Médor dans 
rArioste', quand il souhaite tant de bonheur et tant de 

Royal, pour varier le répertoire, et dont ensuite il composa, sous 
le titre du Médecin malgré lui (représenté le 6 août 1666), une pièce 
pfais régulière, qu'on désigna souvent et <pi'on désigne encore quel- 
quefois par un de ses titres primitifs, celui du Fagotier, » (Notice 
d'Auger, dans le tome Y de son édition de Molière, p. 366.) 
8. Orlando furioeo^ chant XXIII, stance cix : 

.••• Benigno abbiate e sole t luna^ 
JS délie ninfe il coro cJie proveggia 
Che non eonduea a voi pastor mai greggia, 

f Que Je aoleil et la lune toui soient £sTorables, et puisse le chœur 

Mmm os Sévioai. ir x3 



t67S 



— 194 — 

paix à oet antre qui lui avoit fait tant de plaisir. Poiff 
nos sentences, elles ne sont point défigurées ; je les visite 
souvent; elles sont même augmentées, et deux arlH^ 
voisins disent quelquefois les deux contraires : 

La lontananza ogni gran piaga solda* ^ 
et 

Piaga éûamor non si sana mai^*. 

Il y en a cinq ou six dans cette contrariété. La bonne 
princesse étoit ravie : je le suis de la lettre que vous avez 
écrite au bon abbé, sur le voyage de Jacob dans la teire 
promise de votre cabinet ^^. 

Mme de Lavardin me mande, comme une manière 
de secret encore pour quelques jours, que d'Olonne 
marie son frère à MUe de Noirmoutier*^. Il lui donne 
toutes les terres du Poitou, une infinité de meubles et de 
pierreries ; il en fait ses enfants : ib sont tous à la Ferté- 

dei nymphe» empêcher qu'un pasteur ne mine jamais près de tous 
son troupeau. » 

9. a L^absence guérit toute grande blessure. » — Cest un ven 
du Pastor fido de Guarini (acte III, scène ni). Plus haut, au com- 
mencement de la lettre du xo novembre 1678 (tome III, p. s66), 
Mme de SéTignë a ottë, en changeant la construction, le Tcrs <jai 
suit celui-là dans le poème italien : 

Quel che nel cor si porta^ in van si fugge* 

to. a Blessure d*amour ne se guérit jamais, a 
II. Voyez la lettre du 99 septembre précédent, p« i5i etiSs* 
II. DansTédition de 1784 : a un frère qu*on appeloit chevalier, d 
— François de la Trémouille, marquis de Royan, comte d*01onne 
après le décès de son frère aîné (mort sans postérité en x686 : voyez 
tome n, p. 77, note 19), épousa, le 3i décembre 167$, Yolsnde- 
Julie de la Trémouille, fille puînée de Louis et sœur d'Antoine- 
François, ducs de Noirmoutier (voyet tome I, p. 498, note » i 
tome II, p. 17, note 1). Mme de Royan, car ce fut le nom quelle 
prit(Toyezla lettre du 1 3 novembre suivant et celledu 5 janrier 1676)1 
mourut trois ans après son mari, en 1693* 



- 195 - 

Miloii^') oà cette jolie affidFè se doit termiaer. Je n'eusse 
jamais era que d'Oloime eût été propre à se soucier de 
Mm nom et^de sa famille. Adieu, ma très-belle et très- 
aimable en&nt, je vous aime assurément de tout mon 
cœur. 



1675 



460. DE MADAME DE SÉYIGSÉ AU COMTE 

DE BUS8T EABUTUf ET A MADEMOISELLE DE BUSST^ 

Huit jours après qjae j'eus écrit cette lettre (ja? 458, p. 186), et 
qii*eUe ne pouToit tout au plus qu*arriyer aux Rochers, j'en reçus 
eelle-ci de Mme de Sëyigné, qui étoit la réponse à celle que je lui 
«Toîs écrite du i«' octobre (n* 45 1, p. x5a). 

Aux Rochers, ce ao* octobre 1675. 

Voila, mon cher cousin, la procuration que vous me 
faites rhonneur de me demander pour le mariage de ma 
nièce. On ne peut pas l'approuver plus que je lais ; je 
vous le mandai il y a huit ou dix jours. Tai reçu même 
une lettre de notre amant, qui, par un excès de politesse, 
me demande mon approbation. Sa lettre est droite, sim- 
ple, disant ce qu^il veut dire d*un tour noble, et qui n'est 
point abîmé dans la convulsion des compliments, comme 
dit la comédie'. Enfin, sur l'étiquette du sac, on peut 
fort bien juger que c'est un homme de bon sens et de bon 
esprit. Je joins à cela le goût qu'il a pour vous, qu'on ne 
peut avoir qu'à proportion qu'on a de mérite, et cette 

i3. Les comtes d'Olonne étaient sénéchaux de Poitou, et les ducs 
de Noiimoutier, seigneurs de la Ferté-Milon. 

Lcms 460. — I, Cette lettre n^est point dans le manuscrit de 
rinstitnt. 

1. On lit âKOÊ ies Fdekêiuc de Molière (1661), acte I, scène i : 

Et tandis que tous deux étoient précipités 

Dans les convulsions de leurs cirilités, 

Je me tiiis doucement esquivé sans rien dire. 



-196- 

grande naissance dont le cardinal de Rets m*a entre- 
tenue : je conclus qne ma nièce est fort henreose d^avoir 
si bien rencontré. 



M*entendez-vous bien, ma chère nièce, je m*en vais 
commencer à vous mettre Tun auprès de Tautre ; car je 
lui veux faire plaisir. Je ne prétends pas aussi vous dés- 
obliger, vous aimant comme je vous aime. 



Mandez-moi, mon cousin, des nouvelles de cette belle 
fête. 

Cette province est dans une grande désolation. M. de 
Chaulnes a ôté le parlement de Rennes pour punir la 
ville ; ces Messieurs sont allés à Vannes, qui est une petite 
ville où ils seront fort pressés. Les mutins de Rennes se 
sont sauvés il y a longtemps : ainsi les bons pâtiront poar 
les méchants ; mais je trouve tout fort bon, pourvu qae 
les quatre mille hommes de guerre qui sont à Rennes, 
sous MM. de Fourbin et de Vins, ne m*empêchent point 
de me promener dans mes bois, qui sont d'une hauteur 
et d'une beauté merveilleuses. 

Adieu, 0>mte, puisque nous nous aimons encore, nous 
nous aimerons toute notre vie. 



46 1. — DE MÀDABiE D£ &ÊVIGRÉ 
A MABAMS DB GBIGITAH. 

Aux Rochers, mercredi a3* octobre. 

J\i reçu votre lettre justement comme j'allois à Vitré. 
Ce que vous me mandiez de la princesse étoit sî naturel, 



— '97 — 

si â ftofOêy ai précisémeiit ce que je aouhaitois, que je 
TCflu.en remerciai mille, fois intérieurement. Je lus i 
Mme de Tarente tout ce qui la regardoit : elle en fut 
ravie. Sa fiUe est malade; elle en reçoit pourtant des 
lettres, mais d'un style qui n'est point fait : ce sont des 
chères mamans et des tendresses d enfant, quoiqu'elle ait 
vingt ans. Tous ses amants sont à la guerre^. Madame 
écrit en allemand de grandes lettres à Mme de Tarente* : 
je mêles fais expliquer. Elle lui parle avec beaucoup de 
familiarité et de tendresse, et la souhaite fort. Il me 
paroit que Mme de Monaco' auroit sujet de craindre la 
princesse, si celle-ci étoit catholique; car sa place seroit 
bien son fait. Madame lui dk qii'elle ne peut être con- 
tente qu'en la voyant établie auprès d'elle. Mme de 
Monaco voulut un jour donner sur la bonne Tarente; 
Madame, malgré cette belle passion, la fit taire brus* 
quement. 

Mme de Chaulnes vient i Vitré voir la princesse, et 
c^est là que j'irai rendre mes devoirs à la gouvernante et i 
la petite personne^; ce me sera nue grande commodité. 

J'ai eu ici Mme de |Marbeuf ' pendant vingt-quatre 
heures : c'est une femme qui m'aime, et qui en vérité a 
de bonnes qualités, et un cœur noble et sincère. Elle a 
vu tous les désordres de cette province de fort près ; elle 
me les joua au naturel : ce sont des choses à pâmer de 
nre, et que vous ne croiriez pas si je vous les écrivois ; 
mais quelque jour, pour vous endormir, cela sera mer- 

Ittei 461, — I . Vojei la lettre du s octobre précédent, p. iSj. 

s. Madame, comme nous Tarons dit, était nièce de la princesse 
^eTaicnte. 

3. Snrintendante de la maison de Bladame. 

4- La sttnr de Mlle de Murinats. Voyez tome II, p. 3oo, note 19. 

^* Looise-GabrieUe de Loaet, femme de Claude de Marbeuf, 
P^éddentà mortier au parlement deRennes. Voyez la Notiety p. 196. 



1675 



— 19» — 

Teilleux. Cette marquise de Maxbeof s'en vaà Digne pour 

^ ^ ^ ^ un rhumatisme * ; elle vous ira voir ; je vous prierai -en ce 
temps-là de laTecevoir comme une de mes amies. 

D'Hacquevillememandeque, pendant votre assemblée, 
il ne vous laissera point manquer de nouvelles : je le re* 
mercie fort de ses soins. Il m'apprend que notre parle- 
ment est transféré, et qu'il a des troupes à Rennes, 
mais de sa propre main^. 

Notre cardinal non-seulement est recardinaliséy-msiis 
vous savez bien qu'en même temps il a eu ordre du pape 
de sortir de Saint-Mihel ; de sorte qu'il est à Commerci. 
Je crois qu'il y sera fort en retraite, et qu'il n'aura plus de 
: ménagerie* : le voilà revenu à ce que nous souhaitiom 
tous. Sa Sainteté a parfaitement bien fait, ce me semble : 
la lettre du consistoire est un panégyrique : je serois fâ- 
chée de mourir sans avoir encore une fois embrassé cette 
chère Éminence. Vous devez lui écrire et ne le point 
abandonner sous prétexte qu'il est dans la troisième ré- 
gion : on n'y est jamais assez pour aimer les apparences 
d'oubli de ceux qui nous doivent aimer. Vous avez donc 
été bien étonnée de cette pièce d'argent* ; elle est comme 

6. Il y a auprès de Digne des eaux thermales qui avaient déjà de 
la réputation chez lei ancieni. 

7. C'est pour la seconde fois que Mme de Sévigné plaisante sur 
la manie d^Hacqueville, qui lui envoyait de Paris des nouvelles de 
Bretagne. Voyez ci-dessus, p. i83, la lettre du 16 octobre précé- 
dent, et la note 11 de cette lettre. 

8. Le cardinal de Retz avait fait établir à Ville-Issey une méns- 
gerie qui renfermait des bétes fauves et notamment des cerfs. Il pa- 
raît en outre, d'après des documents puisés dans les archives de 
Commerci, qu'il entretenait ^ grands frais une bassensour et des 
viviers. Voyez V Histoire de la ville et des seigneurs de Commerej, par 
M. Dumont, tome II, p. 163, et la Notice biographique de Retz^ par 
M. Champollion-Figeac, tome I des Mémoires de Retz^ p. xix. 

9. C'étoit cette cassolette dont M. le cardinal de Retz faisait pré- 
sent à Mme de Grignan. {Note de Perrin,) 



— 199 — 

je TOUS Tal dépeinte : je la place dessus ou dessous la 
table de votre beau cabinet. 

Vous avez peur, ma fiUe, que les loups ne me mangent ; 
e^est depuis que nous savons qu*ils n'aiment pas lescotrets. 
n est vrai qu'ils ferotent un assez bon repas de ma per- 
sonne, mais j*ai tellement mon infanterie autour de moi, 
que je ne les crains point. Beaulieu^^ vous prie de croire 
que dans ses assiduités auprès de moi, entouré des petits 
laquais de ma mere^ il a dessein de vous faire sa cour. 
Sa femme n'est point encore accouchée : ces créatures-là 
ne comptent point juste. Vous me priez, ma très-chère, 
de vous laisser dans la Capucine^, pendant que je me 
promènerai; je ne le veux point : je ferois ma promenade 
trop courte; vous viendrez toujours avec moi, malgré 
voua, quand vous devriez sentir un peu de serein : il n'est 
point dangereux ici, c'est de la pommade. Je ne saurois 
m*appliquer à démêler les droits de fautre^^; je suis 
persuadée qu'ils sont grands; mais quand on aime 
d*une certaine façon, et que tout le cœur est rempli, je 
pense qu'il est difficile de séparer si juste : enfin sur cela 
chacun fait à sa mode et comme il peut. Je ne trouve pas 
({U*on soit si fort maîtresse de régler les sentiments de ce 
pays-là ; on est bien heureux quand ils ont l'apparence 
raisonnable. Je crois que de toute façon vous m'em- 
pêeherez d'être ridicule; je tache aussi de me gouverner 
assez sagement pour n'incommoder personne : voilà tout 
ce que je sais. 

Mme de Tarente a une étoile merveilleuse pour les 
entêtements : c'est un grand mal quand à son âge cela 
sort de la famille. Je vous conterai mille plaisantes choses, 

10. Un valet de chambre de Mme de SëTÎgné. (Note de Perrin,) 

11. Maisonnette dn parc des Rochera. 

19. Il eal question des droits de ramour et de Tamitië, et par 
FûMtrej c*eft Tamour «pii est désigné. {Note de Perrin.) 



1675 



16^5 



— aoo — 

' qui vous feront Toir rextravagance etlatgrandej 
de roruiétan^* ; cela vous divertira et vous fera pi 
Cest un mal terrible que cette disposition i se prei 
par les yeux. La princesse m*a donné le plus beau 
chien du monde : c'est un épagneul; c'est toute 
beauté, tout Tagrément, toutes les petites façons, hof^ 
mis qu'il ne m'aime point; il n'importe, je me moqaenai 
de ceux qui se sont moqués de la pauvre Marphise ;ce]m\ 
est joli à voir briller et chasser devant soi dans une allée. , 

Monsieur l'Archevêque^^ nous mande le grand ordre 
qu'il a mis dans vos aflTaires : Dieu en soit béni, et prenne 
soin de l'avenir ! Il nous parle du mariage de Mlle de 
Grignan, je le trouve admirable : il faudroit tachor de 
suivre fidèlement cette affaire, et ne se point détourner 
de ce dessein. Mettez-y d'Hacqueville en l'absence du 
G>adjuteur : c'est un homme admirable pour surmonter 
les lenteurs et les difficultés par son application et sa 
patience. Vous avez besoin d'une tète comme la sienne 
pour conduire cette barque chez M. de Montausier^' ; 
c'est un coup de partie, et voilà les occasions où. d'Hac* 
queville n'a point son pareil. 

Je croyois avoir été trop rude de refuser ce portrait 
à Mme de Fontevrault^* : il me sembloit que, puisque 
tout le monde s'offriroit en corps et en âme, j'avois été 
peu du monde et de la cour, de ne pas faire comme les 
autres ; mais vous ne me blâmez point, et je suis pleine- 
ment contente. Ne vous ai-je point parlé d'une rudesse 
qu'avoit faite l'ami de Quanto au fils de M. de la Roche- 

i3. Voyex tome II, p. i58, note 3. 

14. L'archeTèque d* Arles. 

i5. Mlle de Grignan était nièce de Mme de Montauiier. Vojei la 
Notice^ p. aSi et suivantei. 

16. Vojex les lettres du 9 septembre et du s octobn piéoédenu, 
p. ia3 et i58. 



— aoi — 

ioneaiikl*' 7 la voici d*im boa auteur. On pailoit de va- _ ■ 
peurs : le fils dit qu'elles venoient d*un certain charbon, 
que Ton aent en voyant aecommoder les fontaines. L'ami 
dû toot haut à Quanto : « Mon Dieu ! que les gens qui se 
Teulent mêler de raisonner sont haïssables ! pour moi, je 
ne trouve rien de si sot. » Comme ce st^le n'est point 
naturel, tout le monde en fut surpris, et l'on ne savoit où 
se laetire ; mais cela fut réparé par mille bontés, et il 
neaot fut plus question. Voyez combien les vapeurs sont 
bizarres. 
' Adieu, ma très-chère, je ne veux plus vous parler de 
' mon amitié ; mais parlez-moi de la vAtre et de tout ce 
q[ai vous regarde. Mme d'Escars^' est en Poitou avec sa 

fiUe : qu'elle est heureuse ! 

n y a un homme en ce pays'* qui écrit beaucoup de 

lettres, et qui, de peur de prendre l'une pour l'autre, a 

soûl de mettre le dessus avant que d'écrire le dedans : 

cela m'a fait rire. 



462. DB MADAICS DE SÈVIOITÉ 

▲ MADAME DE OBIOllAll. 

Aux Rochers, dimanche 27* octobre. 

Je n*ai point reçu de vos lettres, ma très-chère et très- 
belle : e*est une grande tristesse pour moi. Il ne me tombe 
jamais dans Tesprit que ce soit votre faute : je connois 
votre soin; mais je comprends que votre débarquement 
de Grignan a causé ce désordre. Mme de Chaulnes et la 
petite personne sont venues voir la princesse de Tarente à 



17. Voyez U lettre du 16 octobre précédent, p. 183. 

18. Vojez tome II, p. 81, note 6. 

19. L'abbé de Coulanges. {Note de PéditUm «^ 1818.) 



1075 



— aoa — 

Vitré. D*aboid cette duchesse m'envoie un compliment 
fort honnête, disant qu'elle me viendroit voir. J y fîis 
diner le lendemain ; elle me reçut avec joie, et m^entretint 
deux heures avec affectation et empressement, pour me 
conter toute leur conduite depuis six mois, et tout ce 
qu'elle a souffert, et les horribles périls où elle s'est 
trouvée. Elle sait que je trafique en plusieurs endroits, et 
que je pouvois avoir été instruite par des gens qui m'au- 
roient dit le contraire : je la remerciai fort de sa confiance, 
et de l'honneur qu'elle me faisoit de me vouloir instruire. 
En un mot, cette province a grand tort; mais elle est 
rudement punie, et au point de ne s'en remettre jamais. 
Il y a cinq mille hommes à Rennes*, dont plus de la 
moitié y passera l'hiver : ce sera assez pour y faire des 
petits, comme dit le maréchal de Gramont^. MM. de 
Fourbin et de Vins s'ennuient fort de leur emploi ; ce 
dernier m'a accablée de compliments ; je crois qu'il vien- 
dra ici. Ils s'en retourneront dans quinze jours; mais 
toute l'infanterie demeurera. On a pris à l'aventure vingt- 
cinq ou trente hommes que l'on va pendre. On a ôté le 
parlement : c'est le dernier coup; car Rennes sans cela 
ne vaut pas Vitré. Mme de Tarente nous a sauvés des 
contributions. Je ne veux point dire ce que M. deQiaubes 
m'a mandé, quand je serois seule dans le pays, et comme 
il ménage Sévigné', qui est aux portes de Rennes*. Tous 
ces malheurs retardent toutes les affaires, et achèvent de 

LmnE 46s (revue en très-grande partie sur une ancienne copie). 
— I . Dans le manuscrit : a II y a cinq mille hommes de Rennes, s 
a. Voyei la lettre du 17 août précédent, p. 94. 

3. Cest-à'dire la terre de Sérigné. 

4. Tel est le texte de notre manuscrit (seulement le copiste a écrit 
menge^ pour ménage, et Savîgné pour Sévigtu), Y aurait-il quelques 
mou sautés ? Cette lettre manque dans les éditions antérieures à Per- 
rin. Dans sa première (1734) le cfaeralier a omis cette phrase ; dans 
sa seconde (1754), il en a ainsi arrangé la fin : « .... m*a mandé; 



— 2o3 — 

tout rallier. Je fus coucher à ma Tour; dès huit heures du ' 
matin, ces deux bonnes princesse et duchesse étoient à 
mon lever. La pauvre petite personne est toute conster- 
née : elle a toujours Tidée de la mort et des périls ; elle 
ne s^étoit jamais trouvée à telle fête. Monsieur de Saint- 
Malo' étoit à Vitré : c^est Taumônier de Mme de Gbaulnes . 
Nous parlâmes fort de vous. La petite regrette bien la 
tranquillité et la paresse de Sully : elle mène une vie bien 
opposée. Je fus ravie de revenir ici : je fais une allée nou- 
velle qui m^occupe • ; je paye mes ouvriers en blé, et ne 
trouve rien de solide que de s*amuser, et de se détourner 
de la triste méditation de nos misères. 

On me mande qu'on parle fort de la paix. Je le sou- 
haite fort. Il me semble qu'elle sera bonne à tout le 
monde. On souhaitoit ainsi la guerre. C*est que nous 
nous tournons d'un côté sur l'autre. 

Monsieur le Cardinal commence à me faire souvenir du 
yflainMirepoix : je lui mande qu'il ne s'inquiète point, et 
qu^encore que je sois obligée de donner le reste de cette 
année à mes affaires, je lui rendrai bon compte de 
Mme de Mirepoix; que quand je l'aurai commencée, je 
la mènerai si vivement qu'elle n'aura pas le temps de se 
reconnoître. 

Ces soirées dont vous êtes en peine, ma fille, hélas ! je 
les passe sans ennui; j'ai quasi toujours à écrire, ou bien 
je lis, et insensiblement je trouve minuit : l'abbé me 
quitte à dix, et les heures^ que je suis seule ne me font 
point mourir, non plus que les autres. Pour le jour, je 
suis eu affaires avec le bien Bon, ou je suis avec mes chers 

miii quand je terob leule dans le pays, je ne seroû pasmoiniiûre 
dci ménagemenU qn*il a pour SéTignë, qui, etc. 9 

5. Sebastien de GuémadeucVoyez tome Ilyp. 3 1 7 , la fin de lanote 3 • 

6. Les motâ « je fais une allée, etc. , d ne sont pas dans le manuicrit. 

7. Dana lea éditions de Perrin : a les deux henret. » 



1675 



— do4 — 

"T^ oiivrierâ, ou je trAvaiUe à mon trèa-oommode ouvmge*. 
Enfin, mon enfant, la vie paA5e si vite, qne je ne mus* 
' conune on peut si profiondément se désespérer des affaires 
de ce monde. On a le temps ici de fiure des réflexions ; 
c*est ma fante si mes bois ne m'en inspirent Tenvie. Je 
me porte toujours très-bien; tous mes gens vous obéis- 
sent admirablement; ils ont des soins de moi ridicules; 
ils me viennent trouver le soir, armés de toutes pièces^ 
et c*est contre un écureuil qu'ils veulent tirer Tépée. 

J'ai reçu une très-aimable lettre du Coadjuteur : il se 
plaint extrêmement de vos railleries; il me prie de le 
venger, et que^* si je l'abandonne, Dieu ne l'abandonnera 
pas. Il m'envoie sa harangue, qui ne perd rien pour être 
imprimée : elle est belle en perfection. Il m'envoie aussi 
la lettre que vous lui écrivez sur ce sujet : elle est piquante 
et salée ^' partout; vous lui donnez des traits dont il est 
fort digne, car vous savez que personne n'entend si bien 
raillerie que lui ; il est tombé en bonne main. Je l'aime 
trop de m'avoir envoyé cette lettre : elle m'est encore 
meilleure aujourd'hui, parce que je n'en ai point d'autre. 
J'avois bien envie de vous mander ce que vous lui dites 
sur vos évêques^' : vous avez vu que je le pensois. Il me 
mande qu'il perdra le tiers de son abbaye. 

Goûtons l'unique bien des conirs infortunés**. 

8. Notre manuscrit a le f^émiiiiii : « ma trèt-eommode oimage. » 

9. Il y a ici de plus dans les deux éditions de Perrin : « et par 
conséquent nous approchons sitôt de notre fin, que je ne sais, etc. v 

10. Perrin a ajouté un mot dans sa seconde édition : « m*assurant 
que si je Tabandonne.... » 

11. Il y a une épithète de plus dans Tédition de 17)4 : a elle est 
admirable ; elle est piquante et salée, etc. s 

is. Voyez la lettre du 94 septembre précédent, p. 146. 
i3. On lit dans le Thésée de Quinault : 

Goûtons Tunique bien des cœurs infortunés : 
Ne soyons pas seuls misérables. 
Ces deux yers pont quatre fois répétés par Médée dans la txi« scène 



— do5 — 

n fitat toujours en revenir à cette chanson. Mandez-moi ,55 
ce que tous savez de ce prélat^ afin que je loi fasse ré» 
pense quand il sera en Provence^. 

Tattends de vos nouvelles avec impatience. Je sens le 
diagrin que tous avez eu de quitter votre château, et 
votre liberté, et votre tranquillité : le cérémonial est un 
àrange livre pour vous. Adieu, ma très-chère et trop ai- 
mable; je suis entièrement à vous, et vous embrasse de 
tout mon cceur avec une tendresse infinie. Si M. de Gri- 
gnan a le loisir de s^approcher, je Tembrasserai aussi, et 
loi demanderai des nouvelles de sa santé. Je suis au dés- 
espoir de n*étre point en lieu de vous pouvoir rendre 
service à tous deux : c'est là ma véritable tristesse. Votre 
Pirovence est d'une sagesse et d'une tranquillité qui fiut 
voir que toutes les règles de la physionomie sont fausses. 



463« — DB MAOAIIB 0B SiVIGlIÉ 
▲ liADAMB DB GBIGNAN. 

Aux Rochers, mercredi 3o* octobre. 

Mon Dieu, ma fille, que votre lettre d'Aix est plai- 
sante ! Au moins relisez vos lettres avant que de les en- 
voyer ; laissez-vous surprendre à leur agrément, et conso- 
lez^voos par ce plaisir de la peine que vous avez d'en tant 
écrire. Vous avez donc baisé toute la Provence : il n'y 
aaroit pas de satisfaction à baiser toute la Bretagne, à 
moins que Ton n'aimât à sentir le vin. Vous avez bien 

de Pacte III ; Is pnmière fois les rerbet sont à la seconde penonne : 
fonUcs. .. , me »aje% pas, ... 

14. Après oea mou, on lit dans notre mannscrit, où la suite de la 
lettre aianqve, deux lifnet qui ont été biffées, etcjae Toici : a Je ne 
Muirois croire que Mlle de Méri se résolre bien, loin de tous, s 



— io6 — 

^^ g caressé, ménagé, distingué la bonne baroime : vous sa- 
vez comme elle m*a toujours paru, et combien je voua 
conseille de vous servir en sa faveur de votre bonne 
lunette. Vous ne me dites rien de RoquesanteS ni du 
bon cardinal'; j'aime tant celui de G>mmerci', que j*eii 
aime toutes les calottes rouges dignement portées ; car je 
me tiens et tiendrai offensée des autres : vous dites sur 
cela tout ce qu'il faut. Je comprends vos pitoffes admi- 
rablement; il me semble que j'y suis encore. 

On nous dépeint ici Monsieur de Marseille ^ Tépée à la 
main, aux côtés du roi de Pologne, ayant eu deux chevaux 
tués sous lui, et donnant la chasse aux Tartares, comme 
Tarchevêque Turpin la donnoit aux Sarrasins. Dans cet 
état, je pense qu'il méprise bien la petite assemblée de 
Lambesc*. Je comprends le chagrin que vous avez eu de 
quitter Grignan et la bonne compagnie que vous y aviez ; 
la résolution de vous y retrouver tous après rassemblée 
est bien naturelle. 

Voulez-vous savoir des nouvelles de Rennes ? Il y a 
toujours cinq mille hommes, car il en est venu encore de 
Nantes. On a fait une taxe de cent mille écus sur le 
bourgeois; et si on ne les trouve dans vingt-quatre 
heures, elle sera doublée et exigible par les soldats. On 
a chassé et banni toute une grande rue, et défendu de les 
recueillir sur peine de la vie, de sorte qu'on voyoit tous 
ces misérables, vieillards, femmes accouchées, enfants, 
errer en pleurs au sortir de cette ville, sans savoir oii 

LiTTBE 463. — X. Voyez tome II, p. S44, note 3. 

s. Le cardinal Giimaldi, archerêque d*Aix. (Note de Perrin) 

3. Le cardinal de Retz, ^ s'ëtoit retiré à Commerot. (NoU du 

même,) 
4« n étoit aloTi ambattadeur en Pologne. {Jfoiethtmime») 
6. L^aiiemblée des communautés, ^*il aTiit présidée lesannéei 

précédentes^ 



aller, sans avoir de nourritare, ni de quoi fte coucher. On ^^ ^ 
roua avant*hier on violon qui avoit commencé la danse 
et k plUerie du papier timbré; il a été écartelé après sa 
mort, et ses quatre quartiers exposés aux quatre coins de 
la ville comme ceux de Josseran* à Aix. Il dit en mou- 
rant que c*étoient les fermiers du papier timbré qui lui 
avoient donné vingt-cinq écus pour commencer la sédi- 
tion, et jamais on n*en a pu tirer autre chose. On a pris 
soixante bourgeois; on commence demain à pendre''. 
Cette province est un bel exemple pour les autres, et 
surtout de respecter les gouverneurs et les gouvernantes, 
de ne leur point dire d^injures, et de ne point jeter des 
pierres dans leur jardin. 

Je vous ai mandé comme Mme de Tarente nous a tous 
sauvés*. Elle étoit hier dans ces bois par un temps en- 
chante ; il n^est question ni de chambre ni de collation ; 
elle entre par la barrière •, et s'en retourne de même : elle 
me montra des lettres de Danemark. Ce favori^* se fait 
porter les paquets de la princesse jusques à Tarmée, 
faisant semblant qu'on s'est trompé ^^, et pour avoir un 
prétexte, en les lui renvoyant, de Tassurer de sa passion. 
Je reviens à notre Bretagne : tous les villages contribuent 
pour nourrir les troupes^ et Ton sauve son pain en sau* 
vant ses denrées ; autrefois on les vendoit, et Ton avoit 
de Faigent ; mais ce n'est plus la mode, on a changé tout 

S. Ce misérable aroit aftsaumë son maître, qui ëtoit un gentîi- 
IkommedeProrence, de la maison de Voûterez, {Note de PerrinJ) 

7. Dans Pëdition de 1784 : « On commence demain les punitions. 9 

8. Vojes ci-dessus, p. soi. 

9. Au bout du parc, sur le chemin de Vitrée {N'oie de PéJUion 
àt 1818.) 

10. Le comte de GrifTenfeld. Voyez p. i56, la note 7 de la lettre 
du a octobre précédent. 

11. Dans rédition de 1754 : a.... jusques à Tannée, conune par 
méprise. » 



— ùoè — 

jg 5 cela. M. de Molac^* eêt retourné à Nantes ; M. de Le^wr- 
din vient à Raines. Tout le monde plaint bien M. d*Ha* 
rouys^' ; on ne comprend pas comme il pourra (aire, ni 
ce qu^on demandera aux états, s'il y en a. Enfin vous 
pouvez compter qu'il n y a plus de Bretagne; et c*est 
dommage. Mon fils est fort alarmé de ce que le chevalier 
de Lauzun a permission de se défaire^* : nous avons é<:rit 
à M. de la Trousse, qui parlera à M. de Louvois, pour 
que le guidon puisse monter sans qu'il lui en coûte rien ; 
nous verrons comme cela se tournera : d'Hacqueville 
vous en pourra instruire plus tôt que moi. Ce qui me con- 
sole un peu,' c'est qu'il y a bien loin depuis avoir per^ 
mission de vendre sa chaige, jusqu'à avoir trouvé un 
marchand. Le temps n'est plus comme il y a six ans, 
que je donnai vingt-cinq mille écus à M. de Louvois un 
mois plus tôt que je ne lui avob promis ; on ne pouiroit 
pas présentement trouver dix mille firancs dans cette pro- 
vince. On fait l'honneur à MM. de Fourbin et de Vins 
de dire qu'ils s'y ennuient beaucoup, et qu'ils ont une 
grande impatience de s'en aller. Ne vous ai-je pas mandé 



X9« Vojn tome II, p. 197, note 6. 

i3. Tréforier général des états de Bretagne. {Noté de Pernm.) 
14. Vojex la lettre des i*' et 4 décembre tuiranta. — « M. de 
Lauzun perdit auiti {en 1707) le cheyalier {François) de Lauzun, 
«on frère, à qui il donnoit de quoi Ti^re, et presque toujours 
mal ensemble. Cétoit un homme de beaucoup d'esprit et de leetare, 
arec de la râleur ; aussi méchant et aussi extraordinaire que son frèie, 
mais qui n*en aroit pas le bon ; obscur, farouche, débauché, et qui 
aroit acberé de se perdre à la cour par son rojage arec le prince de 
Gottti en Hongrie. Cétoit un homme qu'on ne rencontroit jamais 
nulle part, pas même ches son frère, qui en fut fort consolé. » {Mê- 
moires de Saint-^imon^ tome VI, p. 146.) Le cheralier de Lauzun 
mourut à Tàge de soixante ans, sans aroir été marié. — Tout ce 
morceau, depuis : « Mon fils est fort alarmé, » jusqu'à : « trou- 
rer dix mille frmncs dans cette prorince, » n'est que dans l'édition 
de 1754. 



— ao9 — 

le joU maijage de Mlle de Noirmoutier avec le frère de ^^ ^ 
d'Oloniie ? Je trouve très-beau ce qu'a fait Monceaux 
pour M. de Turenne ; je n'aime guère le mot de parmi 
dans un si petit ouvrage*'. Je vous embrasse, ma très"* 
chère et très-aimable, et suis tout entière à vous. 



464. ' — DE MADAME DE SÊVIGIfË 
A MADAME DE GRIGNAN. 

Aux RocherSy dimanche 3* novembre. 
Je suis fort occupée de toutes vos affaires de Provence ; 
et fti vous prenez intérêt à celles de Danemark, j'en prends 
bien davantage à celles de Lambesc^ J'attends l'effet de 

i5 . Cela paraf t bien t^appliquer à Pëpitaphe suirante de Turenne : 

Turenne a ton tombeau parnd ceux de nos rois : 
Il obtint cet bonneur par ses fameux exploits. 
Louis Toulut ainsi couronner sa vaillance, 
Afin d*apprendre aux siècles à Tenir 
Qu'il ne mit point de différence 
Entre porter le sceptre et le bien soutenir. 

Mais cette épitapbe n*est pas de Monceaux : Tabbë Raguenet, dans 
son Histoire de Turenne^ composée par Tordre et sous les yeux du car- 
dinal de Bouillon ; de la Place, dans son Recueil cTépitaphes (Bruxelles, 
178a); et dirers éditeurs de Choix de poésies s*accordent à Pattribuer 
au poète Urbain Chevreau, né à Loudun en i6x3, mort dans la 
même ville en 1701. Perrin seul donne cette lettre : n^aurait-il pas 
lu Monceau pour Cheureau ? Après cela, rien ne nous prouve absolu- 
ment que Tépitaphe que nous venons de citer soit celle dont parle 
ici Mme de Sévigné. La préposition ^arm/ pouvait bien, vu le sujet, 
se trouver aussi dans quelque autre. 

LiTTBB 464. — I. On lit dans la Gazette du 16 novembre, sous 
U rubrique de Lamhesc en Provence^ le 27 octobre 1675, Tarticle 
iuivant : a Le comte de Grignan, lieutenant général pour le Roi en 
celle province, où il commande depuis longtemps, ayant convoqué, 
par Tordre de Sa Majesté, l'assemblée générale des éUU, il en fit 
Tonverture le ai de ce mois ; et il représenta avec tout le succès 
Mmb i>b Sbviovb. IV 14 . 



— 2IO — 

YêTs ^®^^® défense qu'on devoit faire au parlement d'envoyer 
I à la maison de ville ; j'attends la nomination du procu- 

reur du pays, et le succès du voyage du consul, qui veut 
être noble par ordre du Roi. J'ai fort ri de ce premier 
président*, et des effets de sa jalousie : on lui faisoitune 
grande injustice de croire qu'un homme élevé à Paris ne 
sût pas vivre, et ne donnât pas plutôt une bonne couple 
de soufflets que des coups de plat d'épée : je suis bien 
étonnée qu'il soit jaloux de ce petit garçon qui sentoit le 
tabac ; il n'y a personne qui ne soit dangereux pour quel- 
qu'un : il me semble que le vin des Bretons figure avec 
le tabac des Provençaux. 

J'admire toujours qu'on puisse prononcer une haran- 
gue sans manquer et sans se troubler, quand tout le monde 
a les yeux sur vous et qu'il se fait un grand silence. Ceci 
est pour vous, Monsieur le 0)mte' : je me réjouis que 
vous possédiez cette hardiesse, qui est si fort au-dessus 
de mes forces; mais, ma fille, c'est du bien perdu que de 
parler si agréablement, puisqu'il n'y a personne. Je suis 
piquée, comme vous, que l'Intendant et les évêques ne 
soient point à l'ouverture de cette assemblée : je ne 
trouve rien de plus indigne, ni de moins respectueux 
pour le Roi, et pour celui qui a l'honneur de le représen- 
ter^. Si l'on attend que Monsieur de Marseille soit re- 

posûble r intérêt particulier et général qui engage les députés de te 
disposer à fournir au Roi un secours considérable, dans une cod- 
joncture où Sa Majesté soutient les efforts de tant d*ennemis conjurés 
et protège si puissamment les peuples opprimés de Sicile. j> 
a. Vojez la lettre du i6 octobre précédent, p. i84 et i85. 

3. Voyez ci-dessus, la note i. 

4. Il avait été décidé que le lieutenant général qui représentait 
le Roi aurait le pas sur les évêques dans les états des provinces ; et 
depuis cette décision, les évêques s^abstenaient souvent d*y assis- 
ter. {Note de r édition de 18x8.) Voyez la lettre du 19 janvier 16741 
tome III, p. 38i et 389. 



— 211 — 

Tenu de ses ambassades, on attendra longtemps ; car ap- ' 

paremment il n*en fera pas pour nne. Je me suis plainte 
i d'Hacqueville ; c'est tout ce que je puis faire d'ici, et 
pais voilà qui est fait pour cette année : n'en direz-vous 
rien à Mme de Vins? Elle m'a écrit une lettre fort vive et 
fort jolie : elle se plaint de mon silence, elle est jalouse 
de ce que j'écris à d'autres' ; elle veut désabuser M. de 
Pompone de ma tendresse ; il n'y a plus que pour elle : 
je n'ai jamais vu un fagot d'épines si révolté. Je lui fais 
réponse, et m& réjouis qu'elle se soit mise à être tendre 
et à parler de la jalousie, autrement qu'en interligne. Je 
ne croyois pas qu'elle écrivit si bien ; elle me parle de 
vous, et m'attaque fort joliment. 

J'eus ici, le jour de la Toussaint, M. Boucherat et 
M. de Harlay*, son gendre, à dîner. Ib s'en vont à nos 
états, que l'on ouvre quand tout le monde y est ; ils me 
dirent leur barangue : elle est fort belle. La présence de 
M. Boucherat sera salutaire à la province et à M. d'Ha- 
rouys. M. et Mme de Chauines ne sont plus à Rennes. 
Les rigueurs s'adoucissent; à force d'avoir pendu, on 
ne pendra plus. Il ne reste que deux mille hommes à 
Rennes; je crois que Fourbin et Vins s'en vont par 
Nantes; Molac y est retourné. C'est M. de Pompone 
({oi a protégé le malheureux dont je vous ai parlé. Si 
vous m'envoyez le roman de votre premier président, 
je vous enverrai, en récompense, l'histoire lamentable, 
avec la chanson, du violon qui fiit roué à Rennes''. 
M. Boucherat but à votre santé ; c'est un homme aimable 
cl d'un très-bon sens : il a passé par Veret; il a vu à 

5* Voyez la lettre du 17 norembre tuirant, p. a35. 

6. Sur Boacherat, voyez tome II, p. 3o8, note 5 ; et sur Nicolas 
de Harhiy, p. 433, fin de la note s. Ils étaient tous deux commis- 
•ÛKs du Roi aux états de Bretagne. 

7* Voyez la lettre précédente, p. 107. 



— 212 — 

Bloîs Mme de Maintenon*, et M. du Maine qui marche : 

^ cette joie est grande. Mme de Montespan fut au-devant 
de ce joli prince, avec la bonne abbessé de Fontevrault 
et Mme de Thianges : je crois qu'un si heureux voyage 
réchauffera les cœurs des deux amies*. 

Vous me faites un grand plaisir, ma très-chère, de 
prendre soin de ma petite : je suis persuadée du bon air 
que vous avez à fedre toutes les choses qui sont pour la- 
mour de moi. Je ne sais pourquoi vous dites que Tab- 
sence dérange toutes les amitiés : je trouve qu'elle ne fait 
point d'autre mal que de faire souffrir ; j'ignore entière- 
ment les délices de Tinconstance, et je crois pouvoir vous 
répondre, et porter la parole pour tous les cœurs où vous 
régnez uniquement, qu'il n'y en a pas un qui ne soit 
comme vous l'avez laissé. N'est-ce pas être bien géné- 
reuse de me mêler de répondre pour d'autres coBurs que 
le mien ? Celui-là, du moins, vous est-il bien assuré. Je ne 
vous trouve plus si entêtée de votre fils : je crois que c'est 
votre faute ; car il avoit trop d'esprit pour n'être pas tou- 
jours fort joli. Vous ne comprenez point encore trop bien 
l'amour maternel : tant mieux, ma fille; il est violent; 
mais à moins que d'avoir des raisons comme moi, ce qui 
ne se rencontre pas souvent, on peut à merveille se dis- 
penser de cet excès. Quand je serai à Paris, nous parle- 
rons de nous revoir : c'est un désir et une espérance qui 
me soutiennent la vie. 

Adieu, ma très-chère; je serois ravie, aussi bien que 
vous, que nous pussions nous allier peut-être aux Mâcha- 
bées'^; mais cela ne va pas bien; je souhaite que votre 
lecture aille mieux : ce seroit une honte dont vous ne 



8. Elle ramenait le duc du Maine des eaux de Baréget. 

9. Voyez la lettre du 7 août précédent, p. aa et suivante. 

10. Voyez la lettre du i3 octobre précédent, p. 177, 



- ai3 - 

ponrriez vous laver, que de ne pas finir Josèphe : hélas ! 
si TOUS saviez ce que j^achève, et ce que je souffre du 
style du jésuite'^, vous vous trouveriez bien heureuse 
(1 avoir à finir un si beau livre. 



"675 



465. DE MADAME DE SfcVlQViÈ A MADAME 

ET A MOnSIBUB DE GRIGNAN. 

Aux Rochers, mercredi 6« novembre. 

A MADAME DE GRIGNAN. 

Quelle lettre, ma très-bonne ! quels remerciements ne 
vous dois-je point d'avoir employé votre main, vos yeux, 
votre tête, votre temps à me composer un aussi aimable 
livre ! Je l'ai lu et relu, et le relirai encore avec bien du 
plaisir et bien de l'attention : il n'y a nulle lecture où je 
paisse prendre plus d'intérêt ; vous contentez ma curio- 
sité sur tout ce quejesouhaitoîs, et j'admire votre soin à 
me faire des réponses si ponctuelles : cela fait une con- 
versation toute réglée et très-délicieuse ; mais, ma bonne, 
en vérité, ne vous tuez pas : cette crainte me fait renoncer 
auplaisir d'avoir souvent de pareils divertissements. Vous 
ne sauriez douter qu'il n'y ait bien de la générosité dans 
le soin que je prends de vous ménager sur l'écriture. 

Je comprends avec plaisir la considération de M. de 
Grignan dans la Provence, après ce que j'ai vu. C'est un 
agrément que vous ne sentez plus : vous êtes trop accou- 
tumés d'être honorés et aimés dans une province où l'on 
commande. 

Si vous voyiez l'horreur, la détestation, la haine qu'on 

II. Le P. Maimbourg. Voyez ci-desfus, p. i34 et iSj. 



1675 



— 2l4 — 

a ailleurs pour le gouverneur, vous sentiriez la douoeoi 
d*être adorée partout ^ Quels affironts! quelles injures! 
quelles menaces ! quels reproches, avec de bonnes pierres 
qui volent autour d*eux ! Je ne crois pas que M. de Gri- 
gnan voulût cette place à de telles conditions : son étoile 
est bien contraire à celle-là'. 

Vous me parlez, ma bonne, de cette héroïque signa- 
ture que vous avez faite pour lui * : vous ne doutez pas 
des bons sentiments de notre cardinal (je ne parle pas 
des miens) ; vous voyez cependant ce qu'il vous conseil- 
loit*. Il y a de certaines choses, ma bonne, que Ton ne 
conseille point: on expose le fait; les amis font leurs 
devoirs de ne point commettre les intérêts de ceux qu'ils 
aiment; mais quand on a Tâme aussi parfaitement belle 
et bonne que vous Tavez, Ton ne consulte que soi, et 
l'on fait précisément comme vous avez fait. N'avez-vous 
pas vu combien vous avez été admirée ? N*êtes-vous pas 
plus aise de ne devoir qu'à vous une si belle résolution? 
Vous ne pouviez mal faire : si vous n'eussiez point signe, 
vous faisiez comme tout le monde auroit fait ; et en si- 
gnant, vous faisiez au delà de tout le monde. Enfin, ma 
bonne, jouissez de la beauté de votre action, et ne nous 
méprisez pas, car nous avons fait notre devoir; et dans 
une pareille occasion, nous ferions peut-être comme 
vous, et vous comme nous : tout cela s'est fort bien passé. 
Je suis ravie que M. de Grignan récompense cette marque 
d'amitié par une plus grande attention à ses affaires : la 

LvTTBB 465. — I. Cest le texte des deux éditions de 1716. Per- 
rin, qui ne donne ce passage que dans sa seconde, Ta ainsi allongé : 
« TOUS sentiriez bien plus que vous ne faites la douceur d*ètre aimée 
et honorée partout. » 

9. Ce membre de phrase manque dans les deux éditions de lyi^' 

3. Mme de Grignan Tenait de s*engager pour son mari. 

4. Le cardinal de Retz conseilloit de ne pas signer. [Nou de 
Perri»,) 



2l5 

dont vous le louez est la vraie marque de recon- 
Dobsance que vous souhaitez de lui. 

A MONSIEUR DB GRIGNAN. 

MoNsiBDR le Comte, je suis ravie qu'eUe soit contente 
de vous : trouvez bon que je vous en remercie par Tex- 
trême intérêt que j'y prends*, et que je vous conjure de 
continuer : vous ne sauriez y manquer sans ingratitude, 
et sans fidre tort au sang des Adhémars. J'en vois un 
dans les Croisades*, qui ctoit un grandissime seigneur il 
j a six cents ans ; il étoit aimé comme vous ; il n'auroit 
jamais voulu donner un moment de chagrin à une femme 
comme la vôtre. Sa mort mit en deuil une armée de trois 
cent miUe hommes, et fit pleurer tous les princes chré- 
tiens. Je vois aussi un Castellane''; mais celui-là n'étoit 
pas si ancien : il est moderne, il n'y a que cinq cent vingt 
ans qu'il fiaisoit une grande figure. Je vous conjure donc, 
par ces deux grands-pères, qui sont mes amis particuliers, 
de vous abandonner à la conduite de Mme de Grignan 

S. « Qae je tous en remercie par Textréme intérêt que j*j prends» 
B*ett que dans les éditions de Perrin. 

6* Le célèbre éréque du Puj, Aymar on Âdhémar, qui prit 
ttDe pert si brillante à la première croisade, et mourut de la peste, à 
Antioehe, le i*' août 1098. Voyez V Histoire des Croisades du P. Maim- 
^^, qui le nomme a un prélat d'une prudence consommée, d'un 
«ottwge héroïque. » 

7. Le P. Maimbourg, sons la date de 1098, parle de a Pierre, 
^eomte de CUtftdlane, 9 comme dW des capitaines qui eomman- 
<)aîent les troupes du comte de Toulouse dans le combat soutenu 
F» les Croiséa contre Gorbagatb. U traduit par de Castellane^ le de 
Castiilone ou Casteliione des historiens latins des Croisades, que Ton 
s'accorde à rendre par de CastilUm : Toyez Aug. Leprévost, Orderic 
^itel^ tome III, p. 5 16, note 9. — La plaisanterie de Mme de Sévi- 
gn^ snr les dates n'est point d'accord arec le texte de Maimbourg. 
Adhémar figure dans ce combat arec Castellane. 



1675 



t675 



— ai6 — 

pour le détail de vos affaires* ; et en le faisant, voyes a 
que vous faites pour vous. 

A MADAMB DB GRIGNAIT. 

Enfin, ma bonne, sans le vouloir et sans y penser, 
j'écris une grande lettre à M. de Grignan. Votre confi- 
dence avec rintendant sur ces deux maisons qui font tant 
de bruit chez M. L****, est une très-plaisante chose. 
J*aime à attaquer de certains chapitres comme ceux-là, 
avec de certaines gens dont il semble qu'on n*ose appro- 
cher; il n'y a qu'à prendre courage, ce sont les feux du 
Tasse" ; mais au moins M. de P*** saura quelque jour ce 
que c'est que cette grande maison de V***. Il me paroît 
que de mentir sur une chose de fait et connue**, comme 
celle-là, c'est donner hardiment de la fausse monnoîe 
comme Pomenars**. D'ici à demain je ne pourrois pas 
vous dire à quel point votre épisode de Messine m'a di- 
vertie. C'est un original que cette pièce, le prince, le 
ministre" : mais.... qu'est donc devenue cette valeur 

8. <K Pour le détail de tos afFairei » manque dans les éditions de 
Perrin. Au lieu de a Mme de Grignan, » celle de 17S4 donne «voire 
femme. » 

9. Les mou : « chez M. L^**, » et quatre lignes plas loin : 
Cl mais au moins, » jusqu*à : « maison de Y***, » manquent danê les 
éditions de 17^6; les initiales £**•, />*** et F*** ne se trourent que 
dans celle de 1754. 

10. Allusion aux flammes fantastiques que Tancrède traverse 
pour pénétrer dans la forêt enchantée. Yojea la JérusaUm Mtprée^ 
chant XIII, stances xxxni-xxxni. 

11. <c Et connue » n^est que dans les éditions de 1716. 
la. Voyez tome II, p. agS, note 9, et p. 955. 

i3. Il est assez difficile de dire de quel prince et de quel ministre 
Mme de Sévigné entend parler ici. On a pensé que ce passage pou- 
rail s'appliquer à Vironne, qui fut envoyé à Messine en qaahté de 
rice-roi, et ce que dit Mme de Sévigné de cette figure du Somn»«" 
et de la Mollesse s*accorde assez bien arec le portrait que les cou- 



— 217 — 

dont on se vantoit dans la jeunesse? Il me paroft^* pré-* 
sentement comme le comte de Ctdagna dans la Seeehia^*; 
et pour la figure, n*est-S point justement comme Ton 
dépeint le Sommeil dans TArioste, ou comme Despréaux 
représente la Mollesse dans son Lutrin^*? Mais, ma 
bcmne, on ne peut point vivre longtemps en cet état; 
j'en garderai plus soigneusement le portrait que vous 
m*en faites : il est de Mignard. 

Je suis votre exemple pour Mme du Janet^' ; je veux 
bien ne me souvenir que de sa bonté, âe rattachement 
qu'elle a pour vous, et des bonnes larmes que nous 
avons répandues ensemble. Je vous prie donc de Tem- 
brasser pour moi, et de me mander si mon souvenir lui 
fait quelque léger plaisir. J'en aurois beaucoup que le 
mariage de notre fille réussît. Si vous n'avez plus per- 
sonne auprès de M. de Montausier, faites-y entrer d'Hac- 



temporains ont tracé de lui ; maû Vironne ëtait brave, son courage 
ne fat jamais conteiti* ; il avait fait tes preuves au passage du Rhin 
et ailleurs. Bussjr lai-méme, qui ne Taimait pas beaucoup, dit de 
lui {Correspondance^ tome VI, p. i68) ; o Je le regardois comme un 
homme d*esprit et de courage, qui avoit un fort vilain cœur, o Rien 
non plus n'autorise à croire qu*il s^agisse du prince de Ligne, vice- 
roi de la Sicile pour la couronne d'Espagne, et du capitaine général 
ou strmdieo^ don Luis de Hojo. Le prince de Ligne s*était démis de 
itt fonctions d^s le mois de février 1678, et rexpres^on^rAfen/^m^n/, 
dont se sert Mme de Sévigné, ne conviendrait guère à propos d'une 
histoire déjà si ancienne. 
14. Dans Téditton de 1754 : « Le prince me paroft. » 
iS. Le comte di Culagnaent le type du poltron glorieux. Voyez 
la Seeehia rapita du Tassoni, particulièrement chant III, stances xii 
et xm, et chant VI, stances x et suivantes. 

16. Voyez TArioste, Orinndo furioso^ chant XIV, sunces xc et 
nivantes, et Boileau, le Lutrin^ chant II, à la fin. La première édi- 
tion des quatre premiers chanU du Lutrin fut publiée en 1674*, \\ 
avait paru Tannée précédente quelques (ragmenU du I*' chant. 

17. Voyez la note i de la lettre dn 14 décembre 1673, tome III, 



1675 



— 2l8 — 

jg 5 quevillc; il vaut autant bien tué comme mai tué : tout 
d*un coup, après avoir voulu le ménager, je retombe sur 
lui, et lui fais plus de mal que tous les autres; faites 
comme moi : c'est un ami inépuisable. Puisque vous ne 
me plaignez pas quand je suis tout entourée de troupes, 
et que vous croyez que la confiance que j*ai n'est pas 
fondée sur ma sûreté, vous aurez pitié de moi en appre- 
nant que nous avons à Rennes deux mille cinq cents hom* 
mes de moins : cela est bien cruel, après en avoir eu 
cinq miUe. Vraiment, il y a des endroits dans vos lettres 
qui ressemblent à des éclairs. 

Le bon cardinal, comme vous savez, est à Commerei, 
depuis son bref; je crois qu'il y sera dans la même re- 
traite; mais il me semble que vêpres sont bien loin de 
son château. Je croirois assez qu'il aimoit autant prendre 
médecine à Saint-Mihel que de ne la prendre pas ; il 
n'étoit pas si docile à Paris. Pour vous, ma petite, vous 
n'çtes point changée à l'égard de ifèpres^^ ; vous les trou- 
vez plus noires que jamais. Vous souvient-il des foUes de 
mon fils? 

Vous êtes toujours bien méchante quand vous parlez 
de Mme de la Fayette"; je lui ferai quelques légères 
amitiés de votre part. Elle m'écrit souvent de sa propre 
main ; mais à la vérité ce sont des billets ; car elle a un 
mal de côté que vous lui avez vu autrefois, qui est très- 
dangereux*^. Il est au point qu'elle ne sort point du tout 
de sa chambre, et n'a pas été un seul jour àSaint-Maur*' : 

i8. Dam Timpression de 1784 : o dei répret. » Let éditions de 
Perrin donnent seules ce passage, à partir de : « Puisque tous ne 
me plaignez pas, » jusqu'à : « s'il aroit pu tous aller Toir, il y au- 
roit été. • 

19. Voyez la Notice^ p. 1S6. 

90. Voyez la lettre du 3 juin 1693, à Mme de Guitaut. 

ai. Voyez tome III, p. ^09, note 1. 



— 219 — 
voy« s'il iaut être ianguissante. M. de la Rochefoucauld -^^ 
a la goutte ; si malgré le lait, la goutte prend cette liberté ' ' 
tous les ans, ce sera une grande misère. Mme de Cou- 
langes vient à Paris ; elle a gardé assez longtemps sa très- 
extravagante mère. M. de G)ulanges vous est trop obligé 
de vos reproches; s'il avoit pu vous aller voir, il y auroit 
été. Il a vu la belle Rochebonne dans le plus triste châ- 
teau de France"; elle me fait pitié : n'ira-t-elle point à 
Lyon ? Mme de Vemeuil y étoit à la Toussaint ; il y avoit 
chez elle Mme de Coulanges, le cardinal de Bonzi et 
Briole '• : n'étoit-ce pas Paris ? Ce Briole doit à sa bonne 
mine le plus grand parti du pays : voilà comme on est 
heureux; et nous autres, tout nous échappe. 

Je suis ravie que vous aimiez Josèphe, et Hérode, et 
Anstobule ; continuez, je vous prie ; voyez le siège de 
Jérusalem et de Jotapat. Prenez courage : tout est beau, 
tout est grand; cette lecture est magnifique et digne de 
vous; ne la quittez point sans rime ni sans raison. Pour 
moi, je suis dans THistoire de France; les croisades m'y 
ont jetée ; elles ne sont pas comparables à la dernière des 
feuiUes de Josèphe. Ah ! que l'on pleure bien Aristobule 
et Mariamne'*! Ma chère bonne, hélas! pourquoi me 

^a. Le château de Thézé, a quatre lieues de Lyon. Coulanges a 
P«at dans ce couplet (tome I, p. 1 16) la rie triste et monotone qu'y 
menait Mme de Rochebonne (Thérèse) : 

Je songe à tous moments à l'aimable Thérèse : 
Elle est sur son rocher, plus haut qu*une falaise, 
Bans la belle saison comme dans la mauraise. 

(Note de VédUion de z8l8.) 

— Ia helU Koehehomu est la leçon de I7a6. Dans l'édition de 1754 
^n Ut : « la pauTre Rochebonne; » dans celle de 1784 : c Mme de 
noch^ionne, » sans ëpithète. » 

>3. Voyez tome II, p. $17, note 6, et tome in, p. «07, note i3. 

^4* La mort d'Âristobule et de Mariamne est racontée dans VUis^ 



|(S75 



— 220 

dites-vous qu'en achevant ce livre que vous m'envoyeL**^ 
je dirai que 

Les grands parleurs sont par moi détestés*' ? 

n y a des histoires, des épisodes, et mille agréments 
dans votre livre; et moi, j*écris depuis deux heures sans 
avoir rien dit ; enfin c^est une rage de vouloir vous parier 
à toute force, comme le Docteur'^. Je finis pourtant, et 
je vous embrasse avec une extrême tendresse. Je me porte 
parfaitement bien; les soirées sont un peu longues, et il 
pleut; voilà tout ce que je sais. 

Monsieur de Tulle*' a surpassé tout ce qu'on espéroit 
de lui dans TOraison funèbre de M. de Turenne : c'est 
une action pour l'immortalité **. 

toire de la guerre des Juifs contre les Romains^ au lÎTre I, chap. xrii ; 
letiége de Jërusalem, aux livres Y et YI ; et le siège de Jotapat, au 
livre III, chap. xn-xxin. 

i5. Dans Perrin : cr quVn acherant votre lettre «(1734); «la lec- 
ture de votre lettre > (1754). Trois lignes plus bas, Téditionde 1754 
porte : a dans ce (pie voua appelez votre Uvre. o Yoyex le commen- 
cement de la lettre. 

a6. Dans le Dépit amoureux de Molière (acte II, scène vm), le pé- 
dant Métaphraste s'écrie : 

Oh I que les grands parleurs sont par moi détestés I 

37 . Le Docteur de la comédie italienne. — II se pourrait aussi qu' i I 
y eût ici une allusion à la seconde entrée du Camapai^ mascarade 
mise en musique par Lulli et représentée par l'Académie royale de 
{nusique en 1675. Un maître d'école italien, nommé Barbaoola, y 
chante une longue tirade qui commence par : 

Son dottor per occasion f 
et finit par : 

j4lti ! die perdo la parola ! 

a8. Mascaron, évèque de Tulle. Yoyea la lettre suivante, p. 394. 
99. C'est le texte de toutes les éditions, hormis celle de la Haye 
(1716), qui donne : a c'est une action pour l'immortaliser. » 



221 

466. DE MADAME DE SËVIGlfÊ 

A MADAME DE GRIGNAIT. 

Aux Rochers^ dimanche lo* novembre. 

Jb sois fâchée, ma bonne, je n'ai point reçu de vos 
lettres cet ordinaire ; et je sens par ce petit chagrin quelle 
consolation c'est que d'avoir des nouvelles d'une per- 
sonne que l'on aime beaucoup : cela rapproche ; on est 
occupée des pensées que cela jette dans l'esprit; et quoi- 
qu'elles soient quelquefois mêlées de tristesse, on l'aime ^ 
bien mieux que l'ignorance. Nous avons un petit été 
Saint-Martin*, froid et gaillard, que j'aime mieux que 
la pluie; je suis toujours dehors faite comme un loup- 
garou. Le dessus de mon humeur dépend fort du temps : 
de sorte que pour savoir comme je suis, vous n'avez 
t[u'à consulter les astres ; mais votre Provence vous dira 
toujours des merveilles; le beau temps ne vous est de 
rien; vous y êtes trop accoutumée; pour nous, nous 
voyons si peu le soleil, qu'il nous fait une joie particu- 
lière. Il y a de belles moralités à dire là-dessus ; mais 
c'est assez parler de la pluie et du beau temps. 

M. de Vins a été un mois à Rennes, disant tous les 
jours qu'il venoit ici, qu'il étoit de mes amis, et proche 
parent des Grignans. M. et Mme de Chaulnes, la Mar- 
beuf, Tonquedec, O>ëtlogon*, lui parloient de moi, de 
mes belles allées ; il prenoit leur ton ; mais c'est ce qui 
s'appelle brave jusqu'au dégainer; car il est passé à trois 



L«rnui 466 (reTue en grande partie sur une ancienne copie). — 
I. Dans les deux éditions de Perrin : a on les aime. » 
1. Perrin a ajouté ^ .* a un petit été de Saint-Martin. » 
3. Voyez sur le marquis de Vins tomes II, p. 98, note 5 ; III, 
p. 498, note i; sur Tonquedec, tome II, p. a64i note a, et 
p. 33j ; sur Coëtlogon, tome II, p. 817, note i. 



16-5 



1675 



— 223 — 

lieues d*ici, à la Guerche*, sans oser approcher de moi : 
j'eusse parié d*avance qu'il n'y fut pas venu. Ma fille, il 
y a des gens qui vont et d'autres qui ne vont pas. Four- 
bin et lui ont touché lé cœur des deux dames de Rennes ; 
elles sont sœurs : ce sont les marquises de G*** et de C*** ; 
ce sont de constantes amours : 

Nos champs n'ont point de fleurs plus passagères; 

mais on ne veut pas perdre la saison cT aimer*. 

Mme de Lavardin m'envoie ses relations de Paris ; c'est 
une plaisante chose ; mais ses commerces sont agréables : 
c'est la marquise d'Uxelles, l'abbé de la Victoire, et Lon- 
gueil* et quelques autres. Ce dernier lui mande en pro- 
pres termes que M. de Mirepoix est le plus infâme et le 
plus méchant homme du monde ; que non-seulement il 
nie d'avoir rien touché, pour se mettre avec eux dans le 
rang des créanciers ; mais qu'il en suppose sous des noms 
empruntés, et leur redemande encore pour vingt mille 
francs de pierreries qu'il dit avoir laissées à Grignon"' 
dans un petit cabinet* qui ne vaut pas neuf francs, et oh 
ils n'ont jamais trouvé qu'une vilaine paire de souliers de 
sa vilaine femme. Cependant les exploits leur tombent 
sur la tête, et ils croient que par les friponneries de ce juif 
ils perdront beaucoup, et lui en son particulier tient ses 

4» La Guerche est un chef-lieu de canton de rarrondissement de 
Vitrf. 

5. On lit dans la dernière scène de VAlceste de Quinault : 

Le sort de la beauté nous doit alarmer I 
Nos champs n'ont point de fleur plus passagère ; 
Cest la saison d*aimer. 

6. Sur Tabbë de la Victoire, royez tome II, p. 84, note 4 ; »ur 
Longueil, tome III, p. aoa, note 7. 

7. Bellièvre était marquis de Grignon. Voyez tome III, p. Si3, 
note 9. 

8. Petit meuble à tiroirs, bufTet à plusieurs^ompartiments. 



— aa3 — 

deux mille éens fort hasardés; je ne crois pas que vous ;: 

vouliez, voos qui lisez Josèphe, reconnoître cet homme ' ^ 
pour être de la tribu de Lévi. Je me fais un plaisir de con- 
fondre ce vilain ; j*ai la parole d*un des plus honnêtes 
hommes du monde ; sans le nommer, c'est le nommer* : 
c'est celui qui donne aux créanciers de M. de Bellièvre ce 
qui lui est dû. Il y a bien loin de lui à Mirepoix. 

On mande encore à cette bonne Yardin ^® que M. de 
Roquelaure avoit eu une grosse querelle le soir chez la 
Grancey avec Mme de Lyonne^^. Elle lui redemandoit 
une tabatière d'or; il lui dit que Biran^* lui payeroit en 
bonne monnoie à son retour. Elle lui répondit que si elle 
vonloit un payeur, elle voudroit qu'il eût le nez mieux fait. 
De parole en parole elle remonta jusqu'à l'affaire qu'il 
eut avec feu Saint-Mégrin '* (M. de Grignan s'en souvien- 
dra bien); il la pensa décoiffer. On se mit entre-deux, et 
rhistoire finit ainsi. 

Bien ne (ut plus agréable que la surprise qu'on fit au 
Roi : il n'attendoit M. du Maine que le lendemain; il le 
vit entrer dans sa chambre, et mené seulement par la 
main de Mme de Maintenon ; ce (ut un transport de joie. 
M. de Louvois alla voir en arrivant cette gouvernante; 

9. Achille de Harlay. Voyez la lettre du i3 octobre précédent, 
p. 178. 

10. A Mme de LaTardin. 

11. Sur Roquelaure, voyez tome III, p. 109, note 5 ; sur la Gran* 
cey, tome III, p. 10, note 19 ; sur Mme de Lyonne, tome II, p. 3o5, 
note 6. 

II. Voyez la lettre du 4 décembre suirant, p. a6o, note 10. 

i3. Premier mari de la duchesse de Chaulnes et neveu de Roque- 
laure. Voyez tome II, p. a4a, note 14. — c Roquelaure ayant été 
pris arec Saint«-Mégrin à la bataille d*Honnecourt, ce neveu, qui 
étoit pourtant ausai vieux que lui, en je ne sais quelle rencontre 
loi donna un beau soufflet, au sortir de prison. Le maréchal 
de Gnunont les accommoda. » (Tallemant des Réaux, tome V, 
p. 353.) 



— 3^4 — 

elle soupa chez Mme de Richelieu, les uns lui baisant 

^ la main, les autres la robe; et elle se moquant d'eux 
tous, si elle n'est bien changée ; mais on dit qu'elle Test. 
Mme de Coulanges revient, je n'en ai jamais douté. 

On ne parle que de cette admirable Oraison funèbre 

de Monsieur de Tulle ; il n'y a qu'un cri d'admiration 

sur cette action; son texte étoit: Domine y prohuti me 

' et cognoîfisti me, et cela fut traité divinement : j'ai bien 

envie de la voir imprimée^^. 

Voilà, ma bonne, ce qui s'appelle causer ; car vous 
comprenez toujours que je ne prétends pas vous ap- 
prendre des nouvelles de mille lieues de loin. Il y a des 
commerces qui sont assurément fort agréables. Je vous 
conseille de mandera M. de Coulanges qu'il vous mande, 
en mon absence, de certaines bagatelles qu'on aime sou- 
vent mieux que les nouvelles générales ^* . On dit qu'il n'est 
pas vrai que M. de Bailleul ^' vende sa charge ; je pense 

i4» Cette oraison funèbre fut prononcée le 3o octobre dans IVglise 
du grand couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques, où repo- 
sait le cœur de Turenne. Ce fut Bossuet qui officia, c L*éTéque de 
Tulle, dit la Gazette du s novembre, fit Téloge de ce prince, avec 
toute réloquence et tout l*apptaudissement possible. L*assemblée 
étoit la plus nombreuse qu^on ait vue depuis longtemps, et composée 
de toutes les personnes de qualité de la cour, s — Le texte de Mas- 
caron est, comme celui que cite ici Mme de Se vigne, emprunté aa 
psaume cxxxviii ; mais ce n^est pas le verset z : Domine^ probasti 
me, etc., a Seigneur, vous m'avez éprouvé et vous m'avez connu ;i 
c'est le a3« : Proba me, Deus, et tcito cor meum^ a Éprouvez-moi, 
grand Dieu (comme traduit Mascaron), et sondez le fond de mon 
cœur. » — La première édition de VOraUon funèbre Je Turenne est un 
in-4* de 54 pages, publié en 1676. 

i5. Dans les éditions de Perrin : c qu'on aime quelquefois biefi 
autant que les gazettes, j 

16. Louis de Bailleul, marquis de Cbâteau-Gontier, fut président 
au parlement de Paris de i65a à i683, et mourut le 11 juillet 1701* 
Saint-Simon (tome III, p. 188) dit à propos de lui : c Deux hommes 
de singulière vertu moururent en même temps : le Bailleul, rtUK 



— 325 — 

qae sur cela tous direz comme de la bouche de Cham*- 
piàtreux*^, qui étoit auprès de son œil : « N'est-elle pas 
aussi bien là qn^ailleurs ? » Est-il vrai que Tarmée de 
Catalogne s*en va punir Bordeaux comme on a puni 
Rennes ** ? Je ne crois point à Ruyter : vous avez beau me 
dire qu*il est sur votre Méditerranée, c'est une vision" : 
ne disoit-on pas la même chose Tannée passée sur notre 
mer ? Vous savez bien que cela étoit faux. Mon fils croit 



depuis longtemps à Saint-Victor dans nne grande pieté ; étant Tan- 
cien des présidents à mortier, il aroit cédé sa charge à son fils, qu^il 
aToit longuement exercée avec grande probité. Il étoit fils du surin- 
tendant des finances, et frère de la mère du marquis d'Uxelles et de 
celle de Saint-Germain Beaupré. C'étoit un homme rien moins que 
président à mortier; car il étoit doux, modeste et tout à fait à sa 
place. lyailleun, obligeant et gracieux autant que la justice le lui 
pottToit permettre. Aussi étoit-il aimé et estimé, au point que personne 
nUyant plus besoin de lui, et n^j ayant chez lui ni jeu ni table, il 
^toît extrêmement visité à Saint-Victor, et de quantité de gens con- 
sidérables, quoiqu'une sortît guère de cette retraite. Il fut aussi fort 
regretté. Je Tallois roir assez sourent, parce qu'il aroit toujours été 
fort des amis de mon père. » 

17. Jean-Édouard Mole de Champlâtreux, président à mortier. Il 
mourut subitement le 6 août i68a. On lit dans les notes sur les mem- 
bres du parlement, demandées par Foucquet : a Mole deChamplas» 
treox est inique, fin, de peu de sûreté, de peu d*amis dans sa com- 
ps^ie, conserrant peu ceux du dehors. A épousé une Gamierdont 
il est Tenu d'assez grands biens. Est appliqué à ses divertissements 
particuliers. Est ami de M. leBailleul et beau-frère de M. de Bran- 
cas, s (Manuscrit de Saint» Victor^ n« 1096.) 

18. Lorsque Farmée de Catalogne, commandée par Schomberg, 
ent terminé la campagne, une partie des troupes qui la composaient 
fat envoyée contre les insurgés de Bordeaux; la ville fut occupée le 
17 novembre. Sur cette occupation de Bordeaux, sur les désordres 
<pie les soldats y commirent, et sur lesplaintes du maréchal d*Albret, 
gouverneur de Guienne, voyez Y Histoire de Louvois par M. Rousset, 
tome II, p. 197 et suivantes. 

19. Ruyter était encore à Cadix ; il ne se rapprocha de la Sicile 
<ia'à la fin de décembre. — Il y a illusion^ au lieu de mton, dans 
l'édition de 1734. 

Hhb db SmviGin. iv i5 

\ 



1675 



TaTT V^^ ^' ^^ Louvois lui continuera ses aimables dîstmc- 
tions en lui faisant donner de Fargent pour monter à ren- 
seigne *•; c'est bien pis que les neuf cents lieues** : mais 
que faire ? C'est cela qui rend son voyage incertaîn**. 



467. DE MADAME DE SÈVIGHÈ 

A MADAME DE 6RI6NAK. 

Aux Rochers, mercredi i3* novembre. 

Les voilà toutes deux, ma très-chère; il me paroit 
que je les aurois reçues règlement comme à l'ordmaire, 
sans que Rippert m'a retardée d'un jour par son voyage 
de Versailles. Quelque goût que vous ayez pour mes let- 
tres, elles ne peuvent jamais vous être ce que les TÔtrcs 
me sont ; et puisque Dieu veut^qu'elles soient présente- 
ment ma seule consolation, je suis heureuse d'y être très- 
sensible ; mais en vérité, ma fille, il est douloureux d'en 
recevoir si longtemps, et cependant la vie se passe sans 
jouir d'une présence si chère : je ne puis m'aceoutumer 
à cette dureté ; toutes mes pensées et toutes mes rêveries 
en sont noircies ; il me faudroit un courage que je n'ai 
pas pour m'aceoutumer à cette extraordinaire destinée ^ 

ao. Dans rëdition de 1754 : a en lui faisant acheter Tenseigne 
pour j monter. » 

ai. Voyez tome II, p. i35* 

aa. Dans rédition de 1 818, la lettre se termine parla phrase soi- 
xante, que nous ne trouvons dans aucune des éditions antérieures et 
dont nous ne savons pas la source : « Adieu, ma très-aimahie, je tous 
embrasse arec une tendresse qui est, ce me semble, au point de la 
perfection : plût à Dieu toub le pouvoir témoigner comme je le sens ! » 

Lbttiue 467 (revue en très-grande partie sur une ancienne co- 
pie). — z. Dans l'édition de 1754 : « pour m^accommoder d'une si 
extraordinaire destinée. » 



— 227 "^ 

Tfti regret à tous mes jours qui s*en vont, et qui m'en- 
tnunent sans que j'aie le temps d*être avec vous ; je re- 
grette ma vie, et je sens pourtant que je la quitterois avec 
moins de peine, puisque tout est si mal rangé pour me 
b rendre agréable. Dans ces pensées, ma très-chère, on 
pleure quelquefois sans vous le dire, et je mériterai vos 
sermons malgré moi, plus souvent que je ne le voudrai ; 
car ce n*est jamais volontairement que je me trouve ' dans 
ces tristes méditations : elles se trouvent tout naturel- 
lement dans mon cœur, et je n*ai pas Tesprit de m*en 
tirer. Ma chère fille, je suis au désespoir de n'avoir pas 
été maîtresse aujourd'hui d'un sentiment si vif; je n^ai 
pas accoutumé de m'y abandonner : parlons d'autre 
diose. 

Cest un de mes tristes amusements de penser à la dif- 
férence de l'année passée et de celle-ci : quelle compa- 
gnie les soirs! quelle joie de vous voir, et de vous ren- 
contrer, et de vous parler à toute heure! que'de retours 
agréables pour moi ! Bien ne m'échappe de ces heureux 
jours, que les jours mêmes qui sont échappés. Je n'ai pas 
le déplaisir de n'avoir pas senti cet heureux état : c'est un 
reproche que je ne me ferai jamais; mais par la même 
raison, je sens bien le contraire. 

Vous ne me parlez point de Monseigneur* et si vous 
avez été assez bien traités, pour ne donner au Roi que le 
don ordinaire ; on augmente le nôtre * ; je pensai battre le 

a. c Qae je me jette. » (Édition de 1754.) 

3t Le oomte de Grignan. 

4. En 1675, TaMemblée de Prorence, ourerte le i3 octobre et 
cloie le so novemlnre, rota la somme de cinq cent mille lirres, 
qm lui étaâl demandée pour le don gratuit. Voyez Walckenaer, 
tome V, p. 33o. — « Uassisedes états de Bretagne s'ourrit cette an- 
B^ le 9 noTembre (U 8, d'après la Gazette du 16), dans la salle des 
Jacobins de Dinan ; elle fut close le la décembre {ailleurs il est dit 
^ i5). Les trois millions demandés au nom du Roi et les gratificsi- 



1S75 



— 228 — 

- bonhomme Boucherat, quand j'en entendis parler; Je ne 
' crois pas que l*on paisse donner la moitié. Les états sW 
vriront demain ', c'est à Dinan. Tout ce pauvre pariemeat 
est malade à Vannes ; Rennes est une ville déserte. Les 
punitions et les taxes ont été. cruelles ; il y auroit des bis* 
toires tragiques à vous conter d'ici à demain*. 

La Marbeuf ne reviendra plus ici ; elle démêle ses af- 
faires pour s'aller établir à Paris . J'avois pensé que Mlle de 
Méri feroit très^bien de louer une maison avec elle. Cest 
une femme très-raisonnable, qui veut mettre sept ou huit 
cents francs à une maison ; elles pourront ensemble eo 
avoir une de onze à douze cents livres ; elle a un bon car- 
rosse; elle ne seroit nullement incommode, et on n'aa- 
roit de société avec elle qu'autant que l'on voudroit. Elle 
seroit ravie de me plaire et d'être dans un lieu où eUe me 
pourroit voir, car c'est une passion, qui pourtant ne la 
rend point incommode. Il faudroit que d'ici à Pâques 
Mlle de Méri demandât une chambre à l'abbé d'EfiBat : 
j'ai jeté tout cela dans la tête de la Troche. 

tions au duc de Chaulnes, au marquis de Lavardin et à Tëréque de 
Saint'idaào (jfrétident iie t Eglise), eic,^ furent accordés sans difficulté 
( a par une seule délibération et sur un consentement unanime^ • dit U 
Gazette), Cependant, malgré la temor qui pesait sur les états, ils 
osèrent envoyer des commissaires au Roi, pour s* opposer à ce qu'oo 
mît en Bretagne des troupes en quartier d'hirer : ils représentèrent 
que cV-tait une mesure illégale et contraire aux droits et aux fran- 
chises de la province. ]>(Walckenaer,tomeV,p. iSo.)^'Ia Gazette 
du i6 attribue la nomination des députés à de tout autres modfs. 
Voyez la lettre du 17 norembre suivant, p. a38, note 14. 

5. La lettre est-elle mal datée, oubien admettrons-nous, d*une part, 
que Mme de Sévigné n*ait pas su d^avance quel jour devaients^ouTiir 
les états; et de Tautre, qu'elle ignorât encore le i3 qu'ils s'étaient 
ouverts cinq ou six jours avant cette date ? Voyes la note précédente. 

6. « Le parlement de Rennes, dit la GiuettedvL^S octobre, a été 
transféré à Vannes. Tous les mouvemenU ont cessé par la punition 
de quelques séditieux du menu peuple ; et Tobéissanoe a été rétablie 
dans toute la province. » 



— 229 — 

Je trouve, ma très-chàre, ^e je vous réponds assez ' 
souvent par avance, comme TVivelin ^, et sur ma santé, 
et sur M. de Vins : vous n'attendez point trois semaines. 
La réflexion est admirable, qu'avec toutes nos admira- 
ticms de nos lettres que nous recevons du trois a Tonzième 
(c'est neuf jours), il nous faut pourtant trois semaines 
avant que de dire : a Je me porte bien, à votre service. » 

Vous êtes étonnée que j'aie un petit chien ; voici l'a- 
venture. J'appelois, par contenance, une chienne cou- 
rante d'une madame qui demeure au bout de ce parc. 
Mme de Târente me dit : « Quoi ! vous savez appeler un 
chien ? » Jeveux vous en envoyer un le plus joli du monde, 
le la remerciai, et lui dis la résolution que j'avois prise 
de ne me plus engager dans ces sortes d'attachements'. 
Cela se passe, on n'y pense plus. Deux jours après je 
vois entrer tm valet de chambre avec une petite maison 
de chien, toute pleine de rubans, et sortir de cette jolie 
maison un petit chien tout parfumé, d'une beauté ex- 
traordinaire, des oreilles, des soies, une haleine douce, 
petit comme Sylphide, blondin comme un blondin ; ja- 
mais je ne (îis plus étonnée, et plus embarrassée. Je vou- 
lois le renvoyer, on ne voulut jamais le reporter : c'étoit 
une femme de chambre qui en avoit soin, qui en a pensé 
mourir de douleur. C'est Marie* qui l'aime; il couche 
dans sa maison, dans la chambre de Beaulieu ; il ne mange 
qae du pain. Je ne m'y attache point, mais il commence 
à m'aimer; je crains de succomber. Voilà l'histoire, que 
je vous prie de ne point mander à Marphise ^® à Paris ,- car 



7. Voyez tome III, p. 5zi, et ci-deuus, p. 33 et 33. 
9. c Dene me plut engager daos cette sottise. » {Éditions de l'j'^^ 
«* de 1754.) 

9. Une des femmes de Mme de Sëvignë. [Note de Perrtn,) 

10. Petite chienne que Mme deSévigné avoit laissée à Paris. (Note 
du même.) 



1675 



t675 



— a3o — 

je crains Jes reproches : au reste, une propreté extraordi- 
naire ; il s'appelle Fidèle ; c*est un nom que les amants de 
la princesse n'ont jamais mérité de porter ; ils ont été 
pourtant d'un assez bel air ; je vous conterai quelque jour 
ses aventures. Il est vrai que son style est tout plein d'é- 
vanouissements, et je ne crois pas qu'elle ait eu assez de 
loisir pour aimer sa fille, au point d'oser se comparer à 
moi. Il faudroit plus d'un cœur pour aimer tant de choses 
à la fois ; pour moi, je m'aperçois tous les jours que les 
gros poissons mangent les petits : si vous êtes mon pé- 
servatif, comme vous le dites, je vous suis tit>p obligée, 
et je ne puis trop aimer l'amitié que j'ai pour vous : je ne 
sais de quoi elle m'a gardée ; mais quand ce sercMt de fea 
et d'eau, elle ne me seroit pas plus chère. Il y a des 
temps où j'admire qu'on veuille seulement laisser entre- 
voir qu'on a été capable d'approcher à neuf cents lieues 
d'un cap^^. La bonne princesse en fait toute sa gloire, en 
dépit de son miroir, qui lui dit tous les jours qu'avec un 
tel visage il en faut perdre jusqu'au souvenir. Elle m'aime 
beaucoup : à Paris on en médiroit ; mais ici c'est une fa- 
veur qui me fait honorer de mes paysans. Ses chevaux 
sont malades ; elle ne peut venir ici, et je ne raccoutume 
pas à lui rendre mes devoirs que tous les huit ou dix 
jours : je lui dis en moi-même, comme M. de Bouillon 
à sa femme : « Si je voulois en carrosse aller faire des 
visites, et n'être pas aux Rochers, je serois à Paris. » 

L'été Saint-Martin continue, et mes promenades sont 
fort longues : comme je ne sais point l'usage d'une grande 
chaise, je repose ma corporea salma^^ tout du long àt 

1 1 . Ces mots sont ainsi explic[uës par la leçon de notre manuscrit : 
« Capable d*aîmer et d*étre aimée. » — Voyez tome II, p. i3S. 

n. Mon fardeau corporel, — C*est la fin d'un vers du Pastor pdo 
de Guarini (acte III, scène vi) : 

A'^ pub già 4ostener corporea salma. 



— a3i — 

ces allées. J^ paMe des jours toute seule avec un laquais, 

et je n'en reviens point que la nuit ne soit bien déclarée, ' ' ' 
et que le feu et les flambeaux ne^ rendent ma chambre 
d^un bon air. Je crains Tentre chien et loup quand on 
ne cause pofait, et je me trouve mieux dans ces bois que 
dans une chambre toute seule : c'est ce qui s'appelle se 
mettre dans Teau de peur de la pluie ; et je m'accommode 
mieux de ma solitude que de l'ennui d'une chaise . Ne crai- 
gnex point le serein, ma fille : il n'y en a point dans les 
vieilles allées, ce sont des galeries ; ne craignez que la 
ploie extrême, car en ce cas il faut revenir, et je ne puis 
rien fiûre qui ne me fasse mal aux yeux. C'est pour con- 
server ma vue que je vais à ce que vous appelez le serein ; 
ne soyez en aucune peine de ma santé, je suis dans la 
trè»*parfiiite. 

Je vous remercie du goât que vous avez pour Josèphe : 
n^est-il pas vrai que c'est la plus belle histoire du monde ? 
Je vous envoie par Rippert une troisième partie des 
Essais de morale^ que je trouve admirable : vous direz 
que c'est la seconde, mais ils font la seconde de VÉduca^ 
tion eCun prince^ et voici la troisième^*. Il y a un traité 
de la Connoissance de soi-même^ dont vous serez fort 
cMjntente; il y en a un «fe l'Usage que Von peut faire 
des mamms sermons^^^ qui vous eût été bon le jour de la 

i3. L*aTcrtisaement de la troUtème partie des JSsiaU de morale de 
Nicole, qfOii parut en 167$, commence ainsi : c Cb a donné à ce vo- 
lume ici le titre de troisième volume des Essais de morale^ parce que 
le dessein qu^onaroit eu de réunir dansun même corps d'ouvrage et 
tous un même titre les traités (au nombre de huit) qui avoient paru 
sons celui de CÉdacaiion d*un prince^ et d'en composer ainsi un second 
vohune d^Esêou^ étant exécuté, celui-ci, qui sans cela n'auroitétéqne 
le second, est maintenant le troisième, s 

14. La troisième partie des Mssais se compose aussi de huit trai- 
téi. Celui de la Connoiuance de soi-même est le premier \ celui de la 
Meaiêre de profiter des mouvais sermons^ le dernier. 



232 — 

ie^5 Toussaint. Vous faites bien, ma fiUe, de ne vouloir point 
oublier Titalien : c'est une honte ; je fais toujours comme 
vous, j*en lis un peu. 

Ce que vous dites de M. de Chaulnes est admirable. 
On roua hier tout vif à Rennes un homme qui confessa 
avoir eu le dessein de le tuer. Cest le dixième qui a eu 
ce dessein : pour celui-ci, il méritoit bien la mort. Les 
médecins de ce pays-ci ne sont pas si complaisants que 
ceux de Provence, qui accordent par respect à M. de 
Grignan qu*il a la fièvre ; ceux-ci compteroient pour rien 
une fièvre pourpreuse^' au gouverneur, et- nulle consi- 
dération ne pourroit leur faire avouer que son mal fût 
dangereux. On vouloit, en exilant le parlement, les faire 
consentir que pour se racheter on bâtit une citadelle a 
Rennes; mais cette noble compagnie voulut obéir fière- 
ment, et partit plus vite qu'on ne vouloit ; car tout se 
seroit tourné en négociation ; mais on aime mieux les 
maux que les remèdes. Roquesante viendra bien chargé 
d'indulgences ; ce que vous lui proposez pour les rendre 
utiles est bien plaisant : le P, Brocard en entendra en- 
core parler. 

Notre cardinal est à Commerci comme à Tordinaire; 
le pape ne lui laisse pas la liberté de suivre son goût^'. 

Vos conseils suivent bien le leur quand ils vous don- 
nent cin£[ mille francs^''. Cette somme est devenue bien 
incontestée; c'est dommage qu'elle ne soit plus grande, 



i5. Dans rëdition de 1754 : « fièTre pourprée. » 

16. Voyez tome III, p. 459, note i. 

17. « Toujours arguant de la teneur de Tëdit de 1639, PaMemblëe 
refusait d*imposer à la proTince une nouvelle surcharge pour Featre- 
tènement des troupes du gouYemeur ; mab elle accordait la gratifi- 
cation de cinq mille livres au comte de Grignan, en coDaidératîon 
d de tant de bons offices qu^il a rendus et qu'il rend encore à la 
ft province. » (Walckenaer, tome V, p. 33oet 33i,) 



— 233 — 

et qa'elle n'arrive plus souvent. Pour moi je ne voudrois ^^ 5 
pts jurer qu'elle ne vous fût eontinuée par manière de 
gratification sans conséquence. L'Intendante est-elle avec 
tous ? Vous me direz oui ou non dans trois semaines 
qu'elle n'y sera plus. Vous serez bien effiayée d'être 
longtemps à Aix. S vous allez à Entrecasteaux^*, je me 
rej^ésente ce château fort affîreux. 

Hélas ! ma fille, vous avez eu trop bonne opinion de 
moi à la Toussaint ; ce fut ce jour-là que M. Boucherat et 
son gendre ^' vinrent dîner ici, de sorte que je ne fis point 
mes dévotions. La princesse étoit à l'oraison funèbre de 
Scaramouche, fiiisant honte aux catholiques^® : cette vi- 
sion est fort plaisante. Je souhaite fort que Monsieur l'Ar- 
chevêque fasse le mariage qui vous est si bon. Je crois 
que mon fils s'en va dans les quartiers de fourrages, qui 
ramèneront bientôt après ceux d'hiver '^ 

Ah! ne craignez point que je découvre le secret de 
notre ami'^ : l'ingratitude seroit pour moi comme pour 
vous ; mais il est vrai que voilà les endroits où l'on a peine 
à résistera la tentation/Mais que pense-t-il quand il écrit 
ces sortes de choses de sa propre main ?CNi nous croit-Il? 
Et cette barbe du Roi n'est*ce pas encore une nouvelle 

i8. Canton de Cotîgnac, arrondissement de Bngnole (Var)« 

19. Nicolas de Harlay . Voyez ci-dessus la lettre du 3 norembre 
précédent, p. 211. 

M. La princesse de Tarente était protestante. Voyez la lettre du 
jour de Noël suiTant. — Nous ignorons ce que signifie c Toraison 
funèbre de Scaramouehe. » ^ 

II. A la suite de ces mots on lit dans le manuscrit ceux-ci, (jui 
sont fort peu clairs : « bientôt seroit pour moi après. » Pour moi est 
biffé. Ne faut-il pas lire : « .... qui le ramèneront bientôt : bientôt 
seroit pour moi après les quartiers d'biver? i> Peut-être dans Torî- 
ginalles mots ^îeAfdrMroif^ifrmoîsetrouTaient-ilsen interligne, ce 
qui expliquerait le désordre de la phrase dans notre copie. 

99. D'HaequeTÎlle. Voyez la note 19 de la lettre du 16 octobre 
précédent, p. i83. 



— a34 — 



Y^^ admirable? En vérité si l*ami n'étoit pas mei 
commerce, tout lunivers seroit à plaindre ; 



meilleur que le 
mais il &ut 
se trouver encore trop heureux. 

Je veux que M. de Goulanges vous mande en mon ab- 
sence de certaines choses qu*on aime à savoir. Vous me 
proposez pour régime une nourriture bien précieuse; je 
ne vous réponds pas tout à fait de vous dséir; mais, en 
vérité, je ne mange pas beaucoup, je ne regarde pas les 
châtaignes, je ne suis point du tout engraissée ; mes pro- 
menades de toutes façons m*empêchent de profiter de 
mon oisiveté. Mlle de Tïoirmoutier s'appellera Mme de 
Royan**; vous dites vrai, celui d'Olonne'^ est trop 
di£Ëcile à purifier. 

Adieu, ma chère enfant ; vous êtes donc persuadée que 
j'aime ma fille plus que les autres mères : vous aveK rai- 
son, vous êtes la chère occupation de mon cœur, et je 
vous promets de n'en avoir jamais d'autre, quand même 
je trouverois en mon chemin une fontaine de Jouvence. 
Pour vous, ma fille, quand je songe comme vous avez 
aimé le chocolat^', je ne sais si je ne dois point trembler : 
pûis-je espérer d'être plus aimable, et plus parfaite, et 
plus toutes sortes de choses ? Il vous faisoit battre le 
cœur : peut^on se vanter de quelque fortune pareille ? 
vous devriez me cacher ces sortes d'inconstances. Adieu, 
ma très-chère Comtesse ; mandez-moi si vous dormez, si 
vous n'êtes point brésillée'*, si vous mangez, si vous 



s3. Voyez, p. 194, la note i s delà lettre du ao octobre précédent. 

s4. Dans les éditions de Perrin : « le nom d^Olonne. » 

ï5. Qu*eUe n^aimait plus. Voyez tome II, p. 164 et 398. 

s6. BrésUlée^ devenue rouge. Cest Texplication que M. Littié 
donne du mot en citant cette phrase dans son Dictionnaire ç un des 
sens de brésUUr est teindre avec le bois rouge appelé hréiU^ Nous 
derons toutefois ajouter que ce mot signifie aussi a rompre par petits 
morceaux, » et « réduire en poudre à force de sécheresse, » et quVn 



— a35 — 

aTez le teint beau, ai voua n'avez poim mal à voa bellea 
dents : mon Dieu, que je Toudroia bien voua voir et voua 
embrasser ! 



1675 



468. — DE MADAME DE SiVIGKÊ 
▲ UADÀMR DE GBICfrHAir. 

Aux Rochera^ dimanche 17* novembre. 

Js mets sur votre conscience, ma chère fille, tout le 
bien que voua ditea de moi. Voua avez fait un portrait de 
moi à rintendant, qui me flatte beaucoup; maia je voua 
avoue que j*aimerois mieux avoir votre eatime et votre 
approbation aincère que celle de tout le reate du monde, 
dont on m*a tant voulu flatter autrefoia. Je trouve qu*on 
ne aouhaite Teatime que de ceux que noua aimons et que 
noua estimons : c*eat une grande peine que de croire 
n être pas dans ce degré ; et par la même raiaon, jugez 
de mea aendmenta aur ce que voua me ditea. 

Je voua ai mandé comme Mme de Yina m*a écrit joli- 
ment aur la jalouaie qu*elle a de Mme de Yillara ^ : jamais 
voua nVvez vu un ai joli fagot d'épinea. Je lui ai fait ré« 
ponae, et je lui écrirai dana quelque tempa ; car elle eat 
û tendre que je craindroia qu'elle ne prit trop à cœur une 
seconde apparence d'oubli. Pour son mari, voua lui faites 
grâce de croire que ce soient les ordres de Pologne* qui 
laient empêché de venir ici : ce aont dea ordrea qu'il re- 
comparant ce passage à quelques endroits des lettres suirantes on 
pourrait être tenté de prendre ici brésilUr dans cette seconde accep- 
tion : voyez particulièrement la lettre du 4 décembre, p. 961. 

Lrrraa 468 (revue en partie sur une ancienne copie). — i. Voyez 
Is lettre du 3 novembre précédent, p. an. 

1. Sans doute les ordres de Monsieur de Itfarseille, qui, eomme 
boa» Vavons vu, était alors ambassadeur extraordinaire en Pologne. 



i«7S 



— a36 — 

çoit toujours de sa timidité, quand il est question de 
chercher une bonne compagnie. Il a été un jour entier a 
Laval, et a passé à trois lieues d'ici ; il y a bien de la va- 
nité à ce discours, mais je dis vrai. Voyez par combien 
de raisons il devoit me venir voir : Provence, Pompone, 
Grignan'. 

Je* suis étonnée de Taccident de ma pauvre commère 
Bandol*. Je m*en prends au soleil de Provence, et je 
porte mes inquiétudes plus loin. Au nom de Dieu, prenez 
garde de n'être point tête à tête avec D***. Évitez tant 
que vous pourrez de le voir malade : c'est une chose 
terrible. 

Je fus hier chez la princesse ; j'y trouvai un gentil- 
homme de ce pays, très-bien fait, qui perdit un bras le 
jour que M. de Lorges repassa le Rhin*; je l'interrogeai 
extrêmement sur tout ce qui se passa à cette armée, et 
de la douleur et du désordre qu'y apporta la mort de 
M. de Turenne : ce détail d'un homme qui y étoit est tou- 
jours fort curieux. Il est capitaine dans un régiment. Il 
vint à parler, sans me connoître, du régiment de Grignan 
et de son colonel : vraiment je ne crois pas que rien soit 
plus charmant que les sincères et naturelles louanges qu'il 
donna au chevalier; les larmes m'en vinrent aux yeux. 
Pendant tout le combat, il^ fit des actions de valeur et 

3. Le marquis de Vins étoit Provençal ; il étoit beau-frère de 
M, de Pompone^ et proche parent de M, de Grignan, (Note de 
Perrin,) 

4. l lettre coBunence ici dans Tédition delà Haye (17^6)1 qui 
seule contient ce paragraphe : a Je suis étonnée, etc. » Elle J est 
datée : « de Vitré, le a3de....» sans indication demoisnid^année. 

5. Est-ce la femme du président de Bandol ? Voyez tome II, p. 9^» 
note 4« 

6. A rafiaire d*Altenheim. {Note de Perrin,) 

'T. Au lieu du pronom i7, on lit dans la seconde édition de Penîo: 
« le chevalier ; o un peu plus loin : a cet officier, 9 pour a cet 



— 237 — 
de jagement qui sont dignes de toutes sortes d'admira- 



tion : cet homme ne s*en pouvoit taire, ni moi me lasser ' ' 
de récouter. C*est quelque chose d'extraordinaire que le 
mérite de ce garçon-là : il est aimé de tout le monde. 
Voilà de quoi son humeur négative et sa qualité de petit 
glorieux m'ont fait douter : mais point, c'est un autre I 

homme. « C'est le cœur de l'armée, » dit ce pauvre 
estropié. Il a des douleurs incroyables ; devinez où : 
c est au bout des' doigts de la main dont il a perdu le i 

bras. Je voulus lui dire d'où cela venoit, mais je ne ' 

pas jamais le faire comprendre " ; ma bonne, je vous 
prie de me l'expliquer, vous me ferez un plaisir nom- 
pareil. 

11 m'est venu voir un président*, avec qui j'ai une af- | 

faire, que je vais essayer de finir pour avancer autant | 

que je le puis mon retour. Ce président avoit avec lui un j 

fils de sa femme, qui a vingt ans, et que je trouvai, sans 
eiception, de la plus agréable et la plus jolie figure que 
j'aie jamais vue. Je lui disois que je Tavois vu il y a cinq 
on six ans, et que j'admirois, comme M. de Montbazon ^^, 
qu on pût croître en si peu de temps. Sur cela, il sort | 

une voix terrible de ce joli visage, qui nous plante au j 

nez d un air ridicule, que mauvaise herbe croit toujours. 
Ma bonne, voilà qui fut fait, je lui trouvai des cornes ; 
s'il m*eût donné un coup de massue sur la tête, il ne 

homnie ; » puis, dans les deux éditions : a ce beau-frère, o pour 
« ce gar^n-là. » 

8. Ccst ainsi que la phrase est construite dans toutes les éditions 
(cette partie de la lettre n*est point dans le manuscrit). Nous peu- 
tons qu'il fiiut lire : a Je touIus lui faire dire d*où cela renoit, mais 
j« ne pus jamais le comprendre. » Le verbe faire a été déplacé ; peut- 
^^ était-il écrit en interligne. 

9* M. de}Mesneuf. Voyez tome III, p. 4ii, note 6; et plus bas, 
^ lettres des %o et 17 novembre et du i5 décembre suivants. 

10. Voyez la lettre du 39 septembre précédent, p. 149. 



— 238 — 

' m^auroit pas plas affligée : je jurai de ne me plas fier Au 
physionomies : 

Non, non, je le promets, 
Non, je ne m'y fierai jamais ^^ 

Voici des nouvelles de notre province; j*ea ai reço des 
lettres, un iagot: des Boucberat, Lavardin, d^Harouys; 
ils me rendent compte de tout. M. de Harlay demanda 
trois millions, chose qui ne s'est jamais donnée que quand 
le Roi vint à Nantes^*; pour moi, j'aurois cru que c*eut 
été pour rire. Ils promirent d*abord, comme des insensés, 
de les donner, et en même temps M. de Chaulnes proposa 
de faire une députa tion au Roi ^', pour Tassurer de la fidé- 
lité de la province, et de Fobligation qu'elle lui a d'avoir 
bien voulu envoyer ses troupes pour les remettre en paix, 
et que la noblesse n'a eu nulle part aux désordres qui sont 
arrivés. En même temps, Monsieur de Saint-Malo se botte 
pour le clergé ; Tonquedec voulut aller pour la noblesse ; 
mais M. de Rohan, président, a voulu aller lui-*même, 
et un autre pour le tiers ^*. Ils passèrent tous trois à Vitré 

II. Ici encore Mme 4e Sérignë se'rappelle, et cite, en y changeant 
un mot, un refrain pluaienra fois répété dans le Tkésée de Quinault 
(acte III, scène r) : 



Non, non, je le promets^ 
Non, je ne Tatmerai jamais. 



19. Au mob de septembre i66i, quand Foucquet y fut arrêté. 
i3. Dans le manuscrit : « une députarion du Roi. d 
14. c Cet autre, «pie Mme de Séngné ne daigne pas nommer, était 
M. de laGascherie Gharette, maire de Nantes. « (Walckenaer,toDM V, 
p. i83, note i.) — a Hier, dit la Gazette du 16 (sous la date de 
Dinan, 1 1 novembre), les sieurs de Boucberat et de Harlay Bonncnil, 
premier et deuxième commissaires (le dernier portant la parole et 
ayant fait entendre les rolontés de Sa Majesté par un discours très- 
éloquent), firent la demande du don gratuit de trois millions de 
Uttcs. L^assemblée ne l'accorda pas seulement dans le même teaaps, 



avant-hier. Il est sans exemple qu*un président de la no- ' 
blesse ait jamais fait une pareille course. Il n'y a qu*on 
exemple dans les chroniques d*un général portugais qui 
voulut porter la nouvelle lui-même de la bataille qu'il 
avoit gagnée contre les Castillans, et laissa sa pauvre 
armée à la gueule au loup^*. On ne voit point T^et de 
cette députation; pour moi, je crois que tout est réglé 
et joué, et qu'ils nous rapporteront quelque grâce : je 
vous le manderai; mais jusques ici nous n'en voyons pas 
davantage. 

Le frater de M. Faure est toujours dans une grande 
agitation : c'est une sotte et misérable histoire. Je l'ai 
jetée entre les bras de la bonté de d'Hacqueville, et je 
crois que ce frater viendra après avoir su ce qu'il doit 
espérer. 

M. de Montmoron a été ici deux ou trois jours pour 
des affaires. Il a bien de l'esprit ; il m'a dit de ses vers ; il 
sait et goûte toutes les bonnes choses. Nous relûmes la 
mort de Clorinde^* : ma bonne, ne dites point, je la sais 
par cœur, relisez-la, et voyez comme tout ce combat et 
ce baptême est conduit ; finissez à 

.••• Ahi vista! ahi conoscenza"! 



par une seule délibération, et sur un consentement unanime ; mais 
pour marquer davantage la douleur de la province pour lesmoure- 
ments passés, elle ordonna une députation, composée de Térêque de 
Saint-filalo, président du clergé, du duo de Rohan, président de la 
noblesse, et du sénéchal de N«ntes, au nom du tiers état, pour venir 
supplier expressément Sa Majesté de vouloir oublier et pardonner 
de nouveau ce que le crime de quelques séditieux pouvoit avoir 
causé de mauvaise impression pour toute la province. » 

i5. Tel est le texte du manuscrit et de Perrin; dans Tédition de 
la Haye (17*6) : c à la gueule du loup. 9 

16. Au douzième chant de la Jérusalem délivrée, 
17* Çuél speetaelef quelle reconnausance ! Cest la fin de la 
stance lxvii. 



1675 



24o — 

Ne vous embarrassez point dans les plaintes qoi voas 

' consoleroient, et je vous réponds que vous en serez con- 
tente. Mme de Guitant doit bien Têtre de Joubert, d*ètre 
accouchée si heureusement^* : le pauvre homme eut bien 
de la peine ; ce sont de ces travaux-là qu*il lui faut. Je 
crois que la sagesse et la droite raison n*étoient pas ap- 
pelées au conseil de ce voyage ; Tévénement Ta rendu 
heureux; mais ce sont des coups de miracle qui ne me 
rendroient pas plus traitable dans une pareille occasion. 
Quand je songe comme je vous ai vue à Aix, ma chère 
enfant, n'espérez pas que je pusse avoir aucun repos. 
Mme de Béthune^' fait bien le contraire de sa sœur, si 
elle va accoucher en Pologne : c'est une agréable place 
que celle qu'elle va tenir. 

Celle que vous tenez vous paroit ennuyeuse par la di« 
sette de non^^y et votre cœur en est affadi ; vous souhai* 
tez un Montausier, et moi je souhaite que celui que vous 
questionnez à présent ne vous dise point non* Ce mariage 
me paroît une merveiUeuse chose ; encore ce oici-là, et 
puis plus. Nous attendrons en repos le semeur de néga- 
tives. Les regards du Bonzi'^ en sont fort éloignés; ils 
paroissent donc à Mme de Coulanges comme à nous. Les 
négatives se jettent sur les payements d'argent ; nous lui 



1 8. Mme de Guitaut était accouchée aux îles de Sainte-Marguerite, 
dont son mari était gouverneur. Joubert, Taccoucheur de Mme de 
Grignan, avait été appelé auprès de Mme de Guiuut, Yoyetla lettre 
à M. de Guitaut, du ai septembre précédent, p. i43. 

19. Sœur de la femme ^de Sobieski. Voyez tome III, p. 3>4t 
note 3. 

ao. Ce mot a le signe du pluriel ( « de noms » ) dans la première 
édition de Perrin. 

21. Le cardinal de Bonzi, dit Saint-Simon (tome I, p. 404)1 ^ 
« longtemps roi de Languedoc par Tautorité de sa place, son crédit 
à la cour, et Tamour de la province, o II présida trente ans les étstt 
généraux du Languedoc. Voyez tome II, p. $17, note 6. 



— 24l — 

reMemblona en ce pays; nous ne voyons que des gens 
qui disent non quand nous leur demandons notre pauvre 
bien. Adieu, ma très-chère enfant; je pense à vous et la 
nuit et le jour : vous me faites comprendre ce que sont 
les vrais dévots. 

n y a on chevalier de Sévigné à Toulon , qui est votre 
parent et mon filleul**; le chevalier de Buous ditqu^ilest 
fort brave. S*il va saluer M. de Gngnan, je le prie de lui 
iaiie quelque honnêteté particulière, à cause du nom. Il 
Toadroit bien avoir un vaisseau : vous qui gouvemex 
M. de Seignelay**, vous pourriez bien aisément faire son 
affaire**. 



1675 



469. — DE UADAME DB SÊVIOICÊ 
▲ MADAME DB GRIÛirAir. 

Aux Rochers, mercredi ao« novembre. ] 

Jb VL9X point reçu de vos lettres, ma fille : c'est une ' 

grande tristesse. Du But^ me mande que cela vient du 
mauvais temps, et que le courrier de Provence n'arrive 
plus assez tôt pour que votre paquet soit mis avec celui 
de Bretagne. Je ne crois point cela, et je m'imagine que 

ai. Ils étaient deux frères officiers dans la marine royale. Mme de 
Sériée recommande encore celui-ci à M. de Grignan dans la lettre 
du S août 1676 {et dans celte du 3 septembre 1677). On Toit, par un 
état des Taisaeattx da Roi en 1690, qne Tun d^eux commandait U 
Palmier^ de trente-six canons, et Tautre ie Diamant^ de soixante 
canons. Voyez les Mémoires de Dangeau^ tome I, p. 343. {JSote 
àe tédition de 1818.) 

s3. Fils afné de Colbert. II remplaça son père au ministère de la 
marine en 1676. 

»4« Dana Tédition de 1754 : « obtenir pour lui ce q[u*il sou- 
balte.» 

Iatib 469. «- 1, Nous aTons déji ru ce nom dans la lettre du 
16 octobre 1673, tome lU, p. 945. 

Mmb m Sinoii. it 16 



' votre rhume est augmenté, que vous avez la fièvre, et 
' que vous n'avez pas voulu me faire écrire par un autre : 
voilà, ma chère Comtesse, de quelle couleur sont les pen- 
sées que Ton a ici; j'espère qu'elles s'éclairciront ven- 
dredi, et que je ne serai pas tombée des nues comme me 
voilà : je ne sais que diiie, tant je suis décontenancée. 

Nous attendons le retour de M. de Rohan et de Mon- 
sieur de Saint-Malo. Quoiqu'ils ne soient allés simple- 
ment que pour dire au Roi notre bonne volonté, car je 
crois que ce sera tout , je suis persuadée qu'ils rapporte- 
ront quelque grâce. On leur a déjà préparé aux états deux 
mille pistoles à chacun : nos folies de libéralités sont 
parvenues au comble de toutes, les petites-maisons du 
monde. Je crois qu'il vaut mieux que cela soit à cet excès, 
et entièrement ridicule, que d'être à portée de pouvoir 
l'exécuter : de tout ceci, je ne plains que M. d'Harouys*, 
dont la perte est comme assurée dans un temps oii l'on 
demande l'argent qu'on empêche de recevoir : son inté- 
rêt me tient fort au coeur. 

Mme de Vins m'écrit encore une fort jolie lettre : j'ai- 
lois lui écrire ; elle m'a encore agacée ; elle se joue toujours 
sur cette tendresse que nous lui avons apprise : je vous 
montrerois ma réponse, si je n'avois, hélas! qu'à passer 
d'une chambre à l'autre ; mais le moyen de la faire voya- 
ger si loin ? Je crois que mon fils viendra bientôt : il m'ai- 
dera fort à passer le reste du temps que je dois être ici. 
J'ai chargé d'Hacqueville d'une consultation poiH* l'affaire 
que j'ai avec ce président* ; c'est une de mes raisons pour 
être aux Rochers, et j'ai cru qu'il feroit avec une grande 
affection une chose qui avançoit mon retour : voilà de 

». Trésorier général des Éuu de Bretagne. (iVo/« de Perrin.) 
.3. Le président deMesneuf. Voyes la lettre suivante, p. sSi^ etU 
lettredeFabbédeCoulaDgesdu i5 août 1674, tome III, p. 4itet4i9t 



— a43 — 

mes oonfiaDceSy j*y serai quelque jour attrapée. Le bien • ■ 
Bon vous mande que Rousseau est à Paris , et que vous 
pouvez lui écrire pour vos affaires : quand nous y serons, 
nous ne penserons tous qu'à vous servir. Vous ne sauriez 
trop ménager d*Hacqueville : vous tenez une grande 
place dans le commerce que j^ai avec lui. 

Le bon cardinal m*a écrit, et me mande que la Saint- 
Martin est sonnée : je lui réponds que je le sais, et qu'il 
ne se chaîne point de cette inquiétude dans son désert 
(les inquiétudes sont mauvaises dans les déserts), et que je 
loi rendrai bon compte du M*^^. Il ne me paroît pas que 
cette Êminence nous ait encore oubliées. 

Je m'amuse à faire abattre de grands arbres ; le tracas 
que cela fait représente au naturel ces tapisseries où Ton 
peint les ouvrages de l'hiver : des arbres qu'on abat, des 
gens qui scient, d'autres qui font des bûches, d'autres 
qui chargent une charrette, et moi au milieu, voilà le ta- 
bleau. Je m'en vais faire planter : 

Car que faire aux Rochers, à moins que Ton ne plante*? 

Voilà un petit billet du comte de Saint-Maurice*, qui 

4- < On a dëjà vu quelle espèce de discussion M. de Grîgnan 
arait k soutenir contl^ le marquis de Mirepoix (roye^ la lettre du 
II août précédent, p. yS et 76 de ce rolome). On ne lit dans Tédi- 
tion de 1754 (^ '««^ fui donne cette lettre) que Tinitiale de ce nom 
{^Uuu t édition <£?. 1818 on a imprimé Mirepoix en toutes lettres) \ la 
similitude dea initiales a fait penser à d'autres éditeurs qu'il s'agis- 
sait ici de PéTéque de Marseille. Ils se sont trompés. Le cardinal de 
Retz, qui était aussi occupé que Mme de SéTÎgné des aiEùres de 
Mme de Grignan, lui rappelle que les Taoances du parlement étant 
terminées, il faut penser à suivre Taifaire de M. de Mirepoix. {Note 
detéditionde 1818.) 

5. Nous avons déjà tu plus haut (tome III^ p. «58, note i) une 
sutre parodie du second vers de la fable du Lièvre et des Grenouilles: 
Car que £dre en un gtte, à moins que Von ne songe ? 

6* Voyei ci-dessttB la lettre du 11 septembre précédent, p. 197» 



-344 — 

VOUS af^readra des nouvelles de la Mazarine. On m*as« 

' ' sure dans ce moment qu'elle est à six lieues de Paris : 
ô la folle! 6 la folle^ ! Le Roi a donné encore à Mme de 
Fontevrault, outre les six mille écus, un diamant de trob 
mille louis : j'en suis fort aise. Je ne saurois écrire au- 
jourd'hui au Coadjuteur; comment fera-t-il, ponctuel 
comme il est, pour souffiîr le retardement de cette ré- 
ponse? Ne le grondez point de m'avoir envoyé votre 
lettre : elle étoit admirable, il n y a rien que j*aime tant. 
Et M. de la Garde, l'avez- vous ? c'est un homme que j'es- 
time et qui vaut beaucoup. J'ai en vérité besoin de savoir 
tout ce qui se passe où vous êtes. Adieu, ma chère enfant : 
je causerai davantage une autre fois. 



*470. — DU COMTE DE GRIGNAH 
▲U COMTE DE GUITADT. 

Le aa* novembre, à Lambeac*. 

Lb sieur de Tripoli, qui vous rendra cette lettre, est 
celui qui remplit la place de ce pauvre du Breuil. Vous 
voulez bien, Monsieur, que je vous le présente et que je 

7, Allusion aux mots prononcés par Sganarelle dans la ti« scène 
du III« acte de PAmour médecin^ de Molière (i665). 

Lbttrb 470 (revue sur Tautographe). — i . Cette lettre nous parait 
être plutôt de Thiver de 167$, que de celui de 1674, où on TaTait 
placée précédemment. £n 167$, rassemblée des communautés fut 
tenue en octobre et norembre ; M. et Mme de Guitaut étaient à ceUe 
époque aux îles Sainte-Marguerite \ M. et Mme de Grignan étaient 
également en Provence : circonstances qui toutes s*accordent arec le 
contenu de notre lettre. En 16741 au contraire, rassemblée siégea 
en noTembre et décembre ; Mme de Grignan était à Paris \ M. et 
Mme de Guitaut à Epoisse (royes tome III, p. 42$) ^ lettre du 
16 norembre 1674). 



— 245 — 

VOUS supplie de le regarder comme un homme que j^aime ^ . 
fort. J^ose espérer que cette raison ne le brouillera pas 
avec vous. Je crois que vous aurez vu M. de Janson*, qui 
apparemment vous a conté tout ce qui s'est passé ici et à 
Aix. Je suis fâché que Ton n*ait pu convenir des choses 
qui pourroient rétablir Tunion dans la ville d'Aix. Je puis 
vous assurer que celle que je prétends être entre Mes- 
sieurs de Marseille, de Janson et moi, n^est point altérée. 
Lorsque vous souhaiterez une narration de moi, vous me 
le ferez savoir : je vous Tenverrai ample et sincère. Nous 
partons dans deux jours pour retourner à Aix ; l'assem- 
blée finit demain. Ne vous verrons-nous point cet hiver? 
Je le souhaite fort et suis absolument à vous. 

Grignaic. 

Je sois très-obéissant serviteur de Madame de Guitaut ' . 



471. — DE MADAMB DE SÊVIGKÊ 
▲ MADAME DE GRIGNAIC. 

Aux Rochers, dimanche 24* novembre. 

Si on pouvoit avoir un peu de patience, on épargne- 
roit bien du chagrin. Le temps en ôte autant qu'il en 
donne; vous savez que nous le trouvons un vrai brouil- 
lon, mettant, remettant, rangeant, dérangeant, impri- 
mant, effaçant, approchant, éloignant, et rendant toutes 
choses bonnes et mauvaises , et quasi toujours mécon- 

9. Le marqoif de Janfon était gouTcmenr d*Antibes, 
3. Cet mots Tiennent à la suite de la signature, à droite. Tout au 
bas de la page, à gauche, le comte de Grignan a écrit de sa main : 
f M' de Guitaud (par un <Q. » — La suscription manque ; le rerso 
et le feuillet suiTant sont blancs. 



1675 



— a46 — 

noissables. Il n y a que notre amitié que le temps respecte 
et respectera toujours. Mais où suis-je, ma fille ? voici un 
étrange égarement; car je veux dire simplement que la 
poste me retient vos lettres un ordinaire^ parce qu^elle 
arrive trop tard à Paris , et qu*elle me les rend au double 
le courrier d'après : c'est donc pour cela que je me suis 
extravaguée, comme vous voyez. Qu'importe ? En vérité, 
il faut un peu, entre bons amis, laisser trotter les plumes 
comme elles veulent : la mienne a toujours la bride sur 
le cou. 

On eût été bien étonné chez M. de Pompone que cet 
hôtel de ville ^ , qui vous paroît une caverne de larrons^ 
vous eût servie à votre gré. Je crois qu'il vaut mieux , 
pour entretenir la paix , que cela soit ainsi. La question 
est de savoir si vous ne vous divertissez point mieux 
d'une guerre où vous avez toujours tout l'avantage. Je 
sais du moins comme vous êtes pour la paix générale ; je 
n'écrirai rien à Paris de cette humeur guerrière ; car 
M. de Pompone, qui est amico di pace e di riposo^y 
vous gronderoit. D'Hacqueville me mande qu'on ne peut 
pas être mieux que nous sommes dans cette maison : si 
vous en êtes contente , écrivez à M. de Pompone et à 
Mme de Vins ; quand on a eu dessein de faire plaisir à 
quelqu'un, on est aise de savoir qu'on y a réussi. 

Le petit Marsan* a fait , en son espèce , la même faute 
que Lauzun, c'est-à-dire de différer, et de donner de l'air 
à une trop bonne affaire. Cette maréchale d'Aumont* lui 

Lettbb 471. — X. Perrb, dans son ëdition de I754t 1a ieule qui 
donne cette lettre et la suivante, a ajouté entre parenthèses: c d^Âix.» 

9. a Â.mi de la paix et du repos. » — Di riposo e di pace est le 
oommencement d'un rers du Ptutor fido (acte II, scène ▼). 

3. Voyez tome III, p. SqB, note 17. 

4. Catherine Scarron de Vaures, reuTe, depuis 1669, du mare* 
chai Antoine d' Aumont, connu sous le nom de marquis deVillequier, 



— a47 — 

donnoit cinq cent mille écus ; mais M. le Tellier ne le veut TeTs 
pas, et le Roi la défendu. On me mande pourtant que la 
maréchale a parlé à Sa Majesté, et qu*elle n'a point paru 
folle , et que M. de Marsan a dit au Roi : a Sire , comme 
j*ai vu que mes services ne méritoient aucune récom- 
pense auprès de vous, j'avois taché de me mettre en état 
de vous les rendre à Tavenir, sans vous importuner de 
ma misérable fortune. » 

La Reine perdit Tautre jour la messe et vingt mille 
écus avant midi. Le Roi lui dit : « Madame, supputons 
un peu combien c'est par an. » Et M. de Montausier lui 
dit le lendemain : a Eh bien, Madame, perdrez- vous 
encore aujourd'hui la messe pour Thoca*? » Elle se mit 

de qpl elle eut deux fils et deux filles. Son fils atnë, Louis-Marie- 
Vîctor, due d*Aamont, arait épouse en premières noces Madeleine- 
Fare le Tellier, fille du chancelier, qui était morte en 1668. Il restait 
de ce mariage deux filles, qui derinrent par la suite la marquise de 
Bermghen et la marquise de Créquy, et un fils, le marquis de Ville- 
qnîer. C'est dansPint^t de ses petits-en&nts que le Tellier s*opposait 
au mariage de leur aïeule paternelle. La ma^chale d'Âumont ayait 
soixante-cinq ans lorsqu^lle roulut épouser le comte de Marsan, 
Saint-Simon (tome VI, p. 43o] dit que ce que Marsan a tira de la 
maréchale d*Aumont est incroyable. Elle roulut Tépouser, et lui 
donner tout son bien en le dénaturant. Son fils la fit mettre dans un 
couTcnt, par ordre du Roi, et bien garder. De rage, elle enterra 
beaucoup d^argent quVlle aroit en lieu où elle dit qu^on ne le trou- 
ytroii pas, et en efîet, quelques recherches que le duc d'Aumont ait 
pu &ire, il ne Ta jamais pu trouYer. » La maréchale d*Aumout 
mourut en noTcmbre 1694, à Tâge de quatre-Tingt-quatre ans; elle 
était, quoique d*une branche différente, de la même famille que le 
poète Scarron. Quant au comte de Marsan, il épousa sept ans après 
la fille unique du maréchal d*AJbret, reuve de son cousin germain 
Charles-Amanieu d'Albret. Cest ce Charles-Amanieu d'Albret (et 
non pas le maréchal, comme il a été dit par erreur au tome I, p. 536, 
note 3) qui mourut le dernier de sa maison (voyez la lettre du 
9 août 1678). 

S. Vhoca, G*est ainsi que nous arons donné ce mot jusqu^à pré- 
•Mut, d*après notre manuscrit et les éditions de 1726. On lit ici dans 



~ a48 — 

1675 ^^ colère. Ce sont des gens qui reTiennentde VersailleSi 
et qui recueillent toutes ces ravauderies pour me les man«| 
der. Je ne sais rien du tout du présent allégorique dei 
Quanto à M. de Marsillac. | 

J'ai trouvé votre parodie très*plaisante et très-juste; 
je la chante admirablement, mais personne ne m'écoute : 
il y a quelque chose de fou à chanter toute seule dans 
un bois. Je suis persuadée du vœu deTÉvêque* dans la 
bataille : e fece s^oio^ e fu liberato''; mais voici la suite : 
passaio il pericolo^ schernito il santo*. Je crois qu'il est 
fort occupé de la teinture de son chapeau. Dieu merci, 
il n'aura pas le nôtre*; il est bien cloué sur une rneil* 
leure tète que la sienne. Je ne sais pas trop bien ce que 
nous en pouvons faire; mais je suis ravie qu'il nous soit 
demeuré. M. de Cossé hait le pape, et moi je l'aime. 

Vous me parlez bien plaisamment de nos misères; 
nous ne sommes plus si roués : un en huit jours, seule- 
ment pour entretenir la justice. Il est vrai que la pende- 
rie me paroît maintenant un rafraîchissement : j'ai une 
tout autre idée de la justice depuis que je suis en ce pays; 
vos galériens me paroissent une société d'honnêtes gens, 
qui se sont retirés du monde pour mener une vie douce. 
Nous vous en avons bien envoyé par centaines ; ceux qui 
sont demeurés sont plus malheureux que ceux-là. Je 
vous parlois des états, dans la crainte qu'on ne les sup- 
primât pour nous punir : mais nous les avons encore , 

le texte de Perrin, le seul que nous ayons pour cette lettre : c le 
hoca. » — Voyez tome II, p. 5a8, note a3, et ci-dessus, tome IV, 
p. 168, note II. 

6. Vérêqut de Marseille. Voyez la lettre du 3o octobre précédent. 

7. Et U fit un 9au^ et il fut sauvé, 

8. Le péril passé^ on te moque du saint, 

9. Cest-à-diie celui de M. le cardinal de Retz. Voyez («-^«) 
la lettre du 9 octobre (à Mme de Grignan^ p, 166), {Note de PerrîM.) 



— 249 — 

et youis voyez même que nous donnons trois millions, ,^5 
comme si nous ne donnions rien du tout; nous nous 
mettons au-dessus de la petite circonstance de ne les 
pouToir payer : nous la traitons de bagatelle. Vous 
me demandez si tout de bon nous sommes ruinés ; oui 
et non : si nous voulions ne point partir d*ici, nous 
y vivons pour rien, parce que rien ne se vend; mais il 
est vrai que pour de Targent, il n*y en a plus dans cette 
province. 

472. — DE MADAME DE SÊVIGEÉ 
A MADAME DE GEIGNAir. 

Aux Rochers, mercredi 37* novembre. 

Il faut s*y accoutumer, ma fille : je reçois vos deux 

paquets à la fois; la saison a dérangé un de nos jours 

de poste, et c'est le plus grand mal qu'elle me puisse 

faire ; je me moque du froid, de la neige, de la gelée et 

de ses autres désagréments. M. de G>ulanges est à Paris; 

j eu ai reçu une grande lettre très-gaillarde : il veut 

aussi vous écrire ; ses plumes me paroissent bien taillées, 

il ne demande qu'à les exercer. Nous nous disons les 

uns aux autres : où est mon fils ? il y a longtemps qu'il 

est parti de l'armée : il n'est point à Paris ; où pour- 

Toit-ilêtre? Pour moi, je n'en suis point en peine, et 

je suis assurée qu'il chante vêpres auprès de sa jolie 

^besse' : vous savez que c'est toujours son chemin de 

passer chez elle. Je vous envoie ce troisième petit tome 

des Essais de morale^ dont je vous ai parlé* : lisez-le, 

I^tma 479. — I. Voyez les lettres du i*' et du 4 décembre sui- 
nnu, p. 954 et aSS. 
a. Yojes ci-desfiu, p. a3i, notes i3 et 14, 



— 25o — 

ma fille, sans préjudice de Josèphe, qae je souhaite que 
vous acheviez, et mandez-moi si vous ne trouvez pas ce 
petit livre digne du premier, que vous avez aj^ronvé. 
Mlle de Méri est revenue de la Trousse ; je m^en réjouis 
pour vous : elle est fort embarrassée pour une maison : 
ceci est un peu vous parler des vaisseaux et des galères; 
mais vous savez que je cause. 

N'ayez pas peur que je mande à Paris ce que vous 
m^avez écrit touchant vos affaires de Provence. G>mme 
je suis assurée que la moindre plaisanterie fàcheroit 
M. de Pompone, je me garderois bien d'en écrire un seul 
mot, ni nlême à d'Hacqueville, qui a les mêmes senti- 
ments. Cest samedi, jour de saint André, que l'on fera 
votre consul : je me souviens de cette fête, et j'admire 
que vous ayez réussi à y faire ce que vous voulez, pêle- 
mêle avec ceux qui m'en paroissent les patrons. Cest 
que vous êtes fort aimés : nous sommes étonnés de voir 
qu'en quelque lieu du monde on puisse aimer un gou- 
verneur. Nos députés, qui étoient courus si extrava- 
gamment porter la nouvelle du don, ont eu la satisfac- 
tion que notre présent a été reçu sans chagrin'; et 
contre l'espérance de toute la province, ils reviennent 
sans rapporter aucune grâce. Je suis accablée des lettres 
des états : chacun se presse de m' instruire; ce commerce 
de traverse me fatigue un peu. On tâche d'y réformer 
les libéralités et les pensions, et l'on reprend de vieux 
règlements qui couperoient tout par la moitié; mais je 

3. La Gazette du a3 norembre annonce que les dëputës des éuti 
de Bretagne eurent audience du Roi, le a i , à Saint-Germain en La/c, 
et que TëTèque de Saint-Malo a ayant par un discourt fort éloquent 
demandé pardon à Sa Majesté de tous les désordres qui s*étoîentpsM^ 
tlans œtte proTince, Elle reçut ces marques de la soumission et de U 
fidélité de ces éUU,aTec toute la bonté qu'ils s*étoient promis de M 
clémence. » — Voyea ci-dessus, p. a38, note i4« 



— a5i -^ 

parie qa*fl ii*en sera rien, et que comme cela tombe- ' 
sur nos amis les gouverneurs, lieutenants généraux, ' 
commissaires du Roi, premiers présidents et autres, 
on n'aura ni la hardiesse, ni la générosité de rien re« 
trancher. 

Mme de Quintin* est à Dinan : son style est enflé 
comme sa personne ; ceux qui sont destinés à faire des 
harangues puisent là toutes leurs grandes périodes : c'est 
une chose bien dangereuse qu'une provinciale de qua- 
lité, et qui a pris, à ce qu'elle croit, l'air de la cour. 
Il 7 a ici une petite Mme de N***, qui n'y entend pas 
tant de finesse : elle est belle et jeune ; elle est de la 
maison de M^^, et n'a point été changée en nourrice. 
Voilà ce qui s'appelle bien précbément des nouvelles de 
Bretagne. 

Nous travaillons à finir une sotte affaire avec un pré* 
sident*, pour recevoir le reste du payement d'une terre : 
c'est ce qui nous arrête présentement. 

4. Suzanne de Montgommery, qui arait épougë Henri Goyon de 
U Moaisaie, comte de Quintin et nereu de Turenne. Le père du 
eomte de Quintin araitétë gouremenr de Rennes. Voyez tome II, 
p. 189 et foiTante. — « Elle aroit été fort jolie, parfaitement bien laite^ 
fckrt da monde, yenre de bonne heure sans enfants, riche de ses re* 
prises et de trente mille livres de rente que M. le maréchal de Lorgea 
loi fidsoitsa rie durant pour partie de Tacquisition de Quintin qu*il 
SToit fiûte de son mari. » Voyez encore sur son esprit, sur la cour 
^l'elle s'était faite « où on étoit en respect comme à la réritable », 
Mr ses soupirants, sur son mariage a assez ridicule, d en 1698, aree 
Mortagne, « qui depuis vingt ans en étoit amoureux, » Saint->Simon, 
tome U, p. 86 et suiTantes ; il nous apprend, tome X, p. 69, qu'elle 
moaiatfort décrépite en 171s, et que sa maison et sa considération 
étaient usées depuis longtemps. 

5. Mme de Sérigné exerçant les droits cédés de sa fille et se portant 
fort de son fils, mineur émancipé, avait vendu, par contrat passé de- 
^tGabillon, notaire à Paris, le 18 avril 1671 , moyennant quarante 
>ûUe UvKs, la terre seigneuriale de la Baudière, située dans la paroisse 
Saint-Didier, diocèse de Rennes, à Jean Dubois Geslain, rioomte de 



1075 



— 25a — 

' Le mariage da jenne prince n*est pas tout à fait rompu ; 

, mais on dit que tous les trésors dont on a parlé seront 
réduits à cent mille écus : ah ! pour cent mille écus, je 
ne voudrois pas coucher avec cette sorcière*. Je suis per- 
suadée, ma fille, que vous passerez le mois de décembre 
à Grignan ; vous coupez toujours tout ce que vous pou- 
vez sur le séjour d'Aix. Vous vous moquez de la Da- 
rance ; pour moi, je ne reviens point de rétonnement 
de sa furie et de sa violence. Je n*oublierai jamais les 
chartreux de Bompas^, bon repas; car vous souvient-il 
quelle bonne chère nous y fîmes? Ah, mon en&nt! 
j'étois avec vous ; ce souvenir m*est tendre ; je vous épar- 
gne toutes mes pensées et tous mes sentiments sur ce 
sujet : vous avez une humeur et un courage qui ne s*ac- 
commodent point de tout ce qui me nourrit. Je m^amnse 
les soirs à lire V Histoire de la prison et de la liberté de 
Monsieur le Prince^ : on y parle sans cesse de notre 
cardinal. Il me semble que je n*ai que dix-huit ans : je 
me souviens de tout; cela divertit fort. Je suis plus char- 

Metneuf, président à mortier au parlement de Bretagne ; mais comme 
onn^aTait pas justifié, en passant Tacte, du droit de haute justice, k 
président aTait conserré une somme de cinq à six mille francs sursoo 
prix jusqu'à laremise qui lui serait faite du titre qui établissait ce droit. 
— -a£n décembrei 834, nousarons pris connaissance (est-il ditdansiuie 
note manuscrite de M. Monmerqué) de la minute du contrat de veate 
signé par Marie de Rabutin Chantai^ dans Tétude de M. Huillier, no- 
taire, successeur médiat de Gabillon. a — Voyez la lettre de Tabbé 
de Coulanges, du i5 août 1674, tome III, p. 41 1 et suivante, note6« 

6. Voyez p. a46, la note 4 de la lettre précédente. 

7. Maison de chartreux, située dans le Comtat, au bord de U 
Dorance, et précisément au passage de cette ririère pour entrer en 
ProTence. (Note de Perrm,) 

8. Histoire de la prison et de la liberté de Monsieur le Prinee, psr 
GlaudeJoly, Paris, i65i, A. Courbé, 997 pages.— Claude Joly,aq<û 
•*est fût connaître par divers ouvrages pleins de savoir et de mérite^» 
était Toncle de Guy Joly, Tauteur des Mémoires. Voyez MÊdame et 
Limguenlle^ par M. Cousin, tome I, p. 174. 



— 253 — 

mée de la grosseur des caractères que de la bonté du -r-; 
style : c*est la seule chose que je consulte pour mes livres 
da soir. Adieu, ma très-chère enfant; vous êtes ma vé- 
ritable tendresse, et tout ce qui me plait le plus au 
monde : il ne me faut qu*un doigt pour compter ce qui 
est sur ce ton-la. 



473. DB MADAME DE SÊVIGAÊ 

A MADAME DE GRIGHAlf. 

Aux RocherS| dimanche i*' décembre. 

YouJL qui est réglé, ma très-chère : je reçois deux de 
Tos lettres à la fois, et il y a un ordinaire où je n*en ai 
point de vous : il faut savoir aussi la mine que je lui fais, 
et comme je le traite en comparaison de Tautre. Je suis 
comme vous, ma fille : je donnerois de Targent pour 
aYoir la parfaite tranquillité du Coadjuteur sur les ré* 
poases, et pouvoir les garder dans ma poche deux mois, 
trois mois, sans m'en inquiéter; mais nous sommes si 
sottes, que nous avons ces réponses sur le cœur; il y en 
a beaucoup que je fais pour les avoir faites ; enfin c*est 
on don de Dieu que cette noble indifférence. Mme de 
Langeron* di»oit sur les visites, et je l'applique à tout : 
< Ce que je fais me fatigue, et ce que je ne fais pas m'in- 
quiète. » Je trouve cela très-bien dit, et je le sens. Je fais 
donc à peu près ce que je dois, et jamais que des ré- 
ponses : j'en suis encore là. Je vous donne avec plaisir 
le dessus de tous les paniers, c'est-à-dire, la fleur de 
mou esprit, de ma tète, de mes yeux, de ma plume, de 
mon écritoire ; et puis le reste va comme il peut. Je me 
divertis autant à causer avec vous, que je laboure avec 

Lima 473. — I. Voyez tome III, p. 409, note 8. 



t67S 



— a54 — 

les aatrefl. Surtout je suis assommée des grandes non* 
velles de TEurope. Tenez, en voilà de traverse que m'en- 
voie Mme de Lavardin*. 

Je voudrois que le G)adjateur eût montré cette lettre 
que j'ai de vous* à Mme de Fontevrault ; vous n'en savet 
pas le prix : vous écrivez comme un ange ; je lis vos 
lettres avec admiration ; cela marche, vous arrivez. Vous 
souvient-il, ma fille, de ce menuet que vous dansiez si 
bien, ob vous arriviez si heureusement, et de ces autres 
créatures qui n'arrivoient que le lendemain ? Nous ap- 
pelions ce que vous faisiez et feu Madame, gagner pays. 
Vos lettres sont tout de même. 

Pour votre pauvre petit fraier^ je ne sais où il s'est 
fourré; il y a trois semaines qu'il ne m'a écrit : il ne 
m'avoit point parlé de cette promenade sur la Meuse; 
tout le monde le croit ici : il est vrai que sa fortune est 
triste. Je ne vois point comme toute cette chaîne se 
pourra emmancher, à moins que Lauzun^ ne prenne le 
guidon en payement, et quelque supplément que nous 
tacherons de trouver; car d'acheter l'enseigne à pur et 
i plein, et que le guidon nous demeure sur les bras, ce 
n^est pas une chose possible. Vous raisonnez fort juste 

s. Cette phrase ne te trouve que dans Tëdition de 1^34 ; P^'*^ 
Ta omise dans celle de 1754. A-t-il aopprimé, danf les deux, le 
morceau que ces mots semblent promettre, ou bien Mme de Sérigoc 
avait-elle envoyé à sa fille la lettre même de Mme de Larardin ?^ 

3. Le Coadjuteur FaTait communiquée à Mme de Sévîgné, 9saA 
qu'on Ta vu à la fin de la lettre du ao novembre précédent, p. s44* 
-—L'édition de 1754 a ici un tout autre texte : a Je comprends que 
le Coadjuteur ait montré à Mme de Fontevrault cette lettre qa*il * 
reçue de vous ; tous n'en saves, etc. » 

4. Voyez la lettre du 3o octobre précédent, p. ao8. —H parait que 
d*alx)rd on avait appelé proprement guidon^ le drapeau ou étendaray 
Tofficier qui le portait, et la compagnie même, dsins la gendarmene 
ou grosse caTalerie ; cornette^ dans la cavalerie légère ; et enseï^ 
dans rinfanterie ; mais ces termes, surtout le dernier, étaient iois 



— a55- 

sur toot oda, noàs sommes dans vos sentiments, et nous ' 
noQs consolons de monter sous les pieds dedeux hommes *, 
pourvu que le guidon nous serve de premier échelon. 

J'achèverai ici Tannée très-paisiblement. Il y a des 
temps ofa les lieux sont assez indifférents. On n^est point 
trop fichée d'être tristement plantée ici. Mme de la 
Fayette vous rend vos honnêtetés. Sa santé n^est pas 
très-bonne; mais celle de Monsieur de Limoges* est en« 
core pire : il a remis au Roi tous ses bénéfices ; je crois 
que son fils, c'est-à-dire Tabbé de la Fayette, en aura 
une abbaye^. 

Voilà la pauvre Gascogne bien mal menée, aussi bien 
que nous*. On nous envoie encore six mille hommes pour 
rhiver : si les provinces ne fiedsoient rien de mal à pro- 
pos, on seroit assez embarrassé de toutes ces troupes. 

Je ne crois point que la paix soit si proche : vous sou- 
vientpil de tous les raisonnements qu'on faisoit sur la 
guerre, et comme il devoit y avoir bien des gens tués? 
C'est une prophétie qu'on peut toujours faire sûrement, 

^Wir garde un seiif aussi exact et aussi restreint ; ainsi le titre 
d'tfM€f^iMs*employ ait aussi pour les gardes du corps et les mousque- 



i6i$ 



5. Le marquis de la Trousse et le marquis de la Fare : Pua ëtoit 
ei|»tame-lieutenant,etl*autre8ous-Uetttenantdesgendarmes*Danphin. 
(NoUdePerrin.) 

6» Fruçois de la Fayette, abbë de Dalon, ërèque de Limoges 
de i6»S à 1676, et premier aumônier de la reine Anne d* Autriche. 
U était onde de Tamie de Louis XIII et du mari de Mme do la 
Fayette. 

7. Louis, fils aîné de Mme delà Fayette, eut en effet Fabbaye de 
Mon, que TéTèque de Limoges, son grand-onde, résigna en sa la<» 
^eor. Vojei la lettre du i5 décembre suirant, p. aSa. 

8. Voyei ci-dessus, p. aaS, note 18.^- «Le parlement de Bour-i 
deanz a été transféré à Condom par une déclaration du Roi, et 
les privilèges des bourgeois de Bourdeaux ont été révoqués, s {G^^é 
^tte du 7 décembre,) — Dans la phrase suivante, au lieu des mots i 
« pour rhiver^» on UtdansPédition de 1764 : a pour passer rhiver. • 



I67S 



— a56 — 

aussi bien qae celle que vos lettres ne m^ennuieront cer- 
tainement point*, quelque longues qu'elles soient : ah! 
vous pouvez Tespérer sans chimère; c'est ma délicieuse 
lecture. 

Rippert vous porte un troisième petit tome des Essais 
de morale y qui me paroit digne de vous. Je n'ai jamais 
vu une force et une énergie comme il y en a dans le style 
de ces gens-là. Nous savons tous les mots dont ils se 
servent ; mais jamais, ce me semble, nous ne les avons 
vus si bien placés ni si bien enchâssés. Le matin, je lis 
V Histoire de France^^; raprès-dinée, un petit livre dans 
les bois, comme ces Essais^ la Fie de saint Thomas de 
Cantorbérjr^^y que je trouve admirable, ou les Icono* 
chutes ^* ; et le soir, tout ce qu'il y a de plus grosse im- 
pression : je n'ai point d'autre règle. Ne lisez-vous pas 
toujours Josèphe? Prenez courage, mon enfant, et finis- 
sez miraculeusement cette histoire. Si vous prenez les 
Croisades, vous y verrez deux de vos grands-pères^*, et 



g. « Aussi bien qae celle que tous faUies, que tos lettres ne m*en« 
nnieroient point, quelque longues qu*eUes soient. 9 {^Édition Je 1734*) 

10. Il arait paru de i65o à 167$ des HUtoiret de France des sieuit 
du Verdier, de Cerisiers, de Michel de Marolles (i663), etc. Mëxenj 
avait publie les trois rolumes in-folio de la sienne en 1643) >^4^ 
et i65i. 

11. Za Fie de saint Thomas archecéque de Cantorhérjr et tuartfr^ 
tirée des quatre auteurs contemporains qui Pont écrite^ et des historien 
J^ Angleterre qui en ont parlé ^ des lettres du saint y du pape Alexandre lU 
et de plusieurs grands personnages du mime tempSy et des Annales éa 
cardinal Baronius. A Paris, chez Pierre le Petit, 1674, in-4.— Ltd^ 
dicaoe est signée Beaulieu^ pseudonyme sons lequel se cache Cambouit 
de Pontchateau. L'acherë dUmprimerest du so ayril 1 674- Snr Texen- 
plaire de la Bibliothèque impériale, on a changé à la main soen 3o. 

is. It Histoire des Iconoclastes ^ par le P. Maimbourg. L'achevé 
d*imprimer est du 10 décembre 167$. 

i3. Voyez ci-dessus les notes 6 et 7 de U page ai 5. — Ce q»" 
▼ient après : a et pas un de la grande maison de V***, a ne selitqœ 



— !i57 — 

pas on de la grande maison de V*** ; mais je suis assu- 
rée qu'à certains endroits vous jetterez le livre par la 
place, et maudirez le jésuite** ; et cependant Thistoire 
est admirable. 

La bonne Troche fait très-bien son devoir ; mais je 
n ai guère d'obligation de ce que Ton fait pour vous. La 
princesse et moi, nous ravaudions l'autre jour dans des 
paperasses de feu Mme de la Trémouille^' : il y a mille 
vers; nous trouvâmes des infinités de portraits, entre 
autres celui que Mme de la Fayette fit de moi sous le nom 
d'un inconnu^* : il vaut mieux que moi; mais ceux qui 
m'eussent aimée, il y a seize ans, Tauroient pu trouver 
ressemblant. Que puis*je répondre, ma très-cbère, aux 
aimables tendresses que vous me dites, sinon que je suis 
tout entière à vous, et que votre amitié est la chose du 
monde qui me touche le plus ? 

^ Téditlon de 1754 -, de même qu'à la ligne luiTante les mots : 
c par la place. » 

14. Le P. Maimbourg. 

iS. Marie de la Tour, sœur du grand Turenne, était la seconde 
iUe de Henri de la Tour, duc de Bouillon, prince de Sedan, vicomte 
de Turenne, maréchal de France, et d'ÉlÎBabeth de Nassau, sa se- 
conde femme. Elle épousa, le 19 janvier 1619, son cousin germain, 
ledac de laTrémouille, de qui elle eut cinq enfants, parmi lesquels le 
prince deTarente ; elle mourut le 94 ^^i i665. M. Cousin (^Madame de 
MU^ p. 74) l'appelle « Paimable duchesse de la Trémouille, célèbre 
par ses goûu élégants, et qui a laissé le plus charmant recueil des 
devises de toutes les grandes dames de son temps. 9 On trouve le 
portrait de la duchesse de la Trémouille dans le Recueil de portraits 
publié à la suite des Mémoires de Mademoiselle (i735). Ce portrait a 
^é Ëdt par elle-même, a Pour qui sait lire, dit M. Paulin Paris au 
tome 1, p. i85, de Tallemant des Réaux, il en résulte qu'elle était 
Uide, intéressée, et avant tout ambitieuse, comme il convenait à une 
Bouillon. B Sur ses intrigues politiques, voyez Walckenaer, tome Y, 
p. 3it et suivantes. 

16. Voyez la Notice^ p. 3ax et suivantes. 

Mm OB SinojiB. ir 17 



1675 



tff73 



— 258 — 

474* — DB BIADAME DE SÉVIGlfÊ ET DB CHABLKS 
DE SÉVIGlfÊ A MADAME DE GBIGNAlf . 

Aux Rochers, mercredi 4* décembre. 

DE MADAME DE siviGVi. 

Voici le jour que j'écris sur la pointe d^une aiguille ; 
car je ne reçois plus vos lettres, ma fille, que deux à la 
fois* le vendredi. Comme je venois de me promener avant- 
bier, je trouvai au bout du mail frater, qui se mit à deux 
genoux aussitôt qu'il m'aperçut, se sentant si coupable 
d'avoir été trois semaines sous terre, à chanter matines, 
qu'il ne croyoit pas me pouvoir aborder d'une autre 
façon. J'avois bien résolu de le gronder, et je ne sus ja- 
mais où trouver de la colère ; je fus fort aise de le voir; 
vous savez comme il est divertissant. Il m'embrassa mille 
fois, et me donna les plus méchantes raisons du monde, 
que je pris pour bonnes. Nous causons fort, nous lisons, 
nous nous promenons, et nous achèverons ainsi l'année, 
c'est-à-dire, le reste. Nous avons résolu d'o£Enr notre 
chien de guidon, et de souffrir encore quelque supplé- 
ment, selon que le Roi l'ordonnera. Si le chevalier de 
Lauzun veut vendre sa charge entière, nous le laisse- 
rons trouver des marchands de son côté, comme nous 
en chercherons du nôtre, et nous verrons alors à nous 
accommoder. 

Nous sommes toujours dans la tristesse des troupes 
qui nous arrivent de tous côtés avec M. de Pommereuil'. 

Lettbb 474 (revue en partie sur une ancienne copie). — - 1. Dans 
Tëdition de 1734, la phrase est autrement coupëe : € car jenereçob 
plas vos lettres.... que deux à la fois. Vendredi, comme je ve- 
nois, etc. » Un peu plus loin, a^^ant-tUer manque. 

a. Auguste-Robert de Pommereuil ou Pomereu, chevalier, sei- 
gneur de la Bretècke, Saint-Nom et Valmartin, baron de Rjceis; 



— 259 — 

Ce coup est rade pour les grands officiers ; ils sont mor- 
tifiés à leur tour, c'est-à-dire le gouverneur, qui ne 
8 attendoit pas à une si mauvaise réponse sur le présent 
de trois millions. Monsieur de Saint-Malo est revenu* : 
il a été mal reçu aux états. On Taccuse fort d'avoir fait 
une méchante manœuvre à Saint-Germain, et qu'il de- 
voit du moins demeurer, après avoir mandé ce mal- 
heur en Bretagne, pour tâcher de ménager quelque ac- 
commodement. Pour M. de Rohan, il est enragé, et 
n'est point encore revenu; peut-être qu'il ne revien- 
dra pas*. 

M. de Coulanges me mande qu'il a vu le chevalier de 
Grignan, qui regrette fort mon absence' : je suis plus 
touchée que je ne l'ai encore été de n'être pas à Paris, 
pour le voir et causer avec lui. Mais savez- vous bien, ma 
chère, que son régiment est dans le nombre des troupes 
qu'on nous envoie ? Ce seroit une plaisante chose s'il ve- 
noit ici ; je le recevrois avec une grande joie. 

fai fort envie d'apprendre ce qui sera arrivé de votre 

miftre des requêtes, président au grand conseil et en la chambre de 
JQidce, préTÔt des marchands de la rille de Paris, conseiller d^État et 
an conseil rojal. II fut envoyé en 1689 intendant en Bretagne, où il 
n*7 en avait jamais eu. « Pomereu étoit un aigle quibrilloit d*esprit 
et de capacité, c{iii aroit eu de grandes et importantes commissions, 
et qui avoit recueilli partout une grande réputation, mais il étoit 
bntaïque, qui aroit même quelques temps courts dans l'année où sa 
tête n*étoit pas bien libre et où on ne le voyoit point. D^ailleurs 
c*étoit un homme ferme, transcendant, qui avoit et qui méritoit des 
unis. Il rétoit fort de mon père et il étoit demeuré le mien.... Cest 
le premier intendant qu^on ait hasardé d*enyoyer en Bretagne et qui 
trouTa moyen d'y apprivoiser la province. » (Saint-Simon, tome II, 
p. 999 et suivante, et tome IV, p. si.) H mourut en 170a. — Voyez 
les lettres dn 11 et du 18 décembre suivants, p. S70 et a84* 

3. Voyez les lettres des 17 et 17 novembre précédents, p. s38, 
note 14, et p. aSo, note 3. 

4. Cette phrase manque dans Pédition de 1784. 

5. c Qui t*acoommode maldemon absence. » {Éiùtlon de ty^^é 



1675 



— 26o — 



procureur du pays. Je crains que M. de Pompone, qui 

' s'étoit mêlé de cette affaire croyant vous obliger, ne soit 
un peu (aché de voir le tour qu'elle a pris. Cela se pré- 
sente en gros comme une chose que vous ne voulez plus 
après ravoir souhaitée. Les circonstances qui vous ont 
obligée à prendre un autre parti ne sauteront pas aux 
yeux, du moins je le crains, et je souhaite me tromper. 
Il me semble que vous devez être bien instruite des nou- 
velles, à cette heure que le chevalier est à Paris. 

M. de Coulanges a essuyé un violent dégoût' : M. le 
Tellier a ouvert sa bourse à Bagnols*', pour lui faire 
acheter une charge de maître des requêtes, et en même 
temps lui donne une commission qu'il a refusée à M. de 
Coulanges, qui vaut, sans bouger de Paris, plus de deux 
mille livres de rente*. Voilà une mortification sensible, et 
sur quoi, si Mme de Coulanges ne fait rien changer par 
une conversation qu'elle doit avoir eue avec ce ministre, 
Coulanges est très-résolu de vendre sa charge*. Il m'en 
écrit outré de douleur. 

Vous savez très-bien les espérances de la paix : les ga- 
zettes ne vous manquentpas, nonplusque les lamentations 
de cette province. Monsieur le Cardinal me mande qu'il a 
vu le comte de Sault, Renti et Biran ^*. Il a si peur d'être 

6. a M. de Coulanges yient de receroir un Tiolent dégoût. » 
{Édition de 1754.) 

7. Beau-frère de Coulanges. Mme le Tellier était tante des deux 
acBurs, Mme de Coulanges et Mme de Bagnols. 

8. « Qui vaut beaucoup sans bouger de Paris. » {Édition de ty^») 

9. De maître des requêtes, dont il arait été pourm au mob de 
septembre 167a. Voyez les Mémoires de M, de Coulanges (édit. Mon- 
merqué, i8ao), p. 53 et 54. 

10. Sur le comte de Sault, Toyez tome III, p. 40, note is. — 
Biran est-il le fils deRoquelaure, dont il a été déjà question (tome IIl, 
p. 109), qui fut maréchal en 1734 et mourut en 1738, à Tâgede 
quatre-Tingt-deux ans? — Le marquis de Renti, de la maisoD de 
Croy, était fils du baron Gaston-Jean-Baptiste deRentietd'Élissbetb 



— 26r — 

l'ennite de la foire, qa*il est allé passer Tavent i Saint- 
Mihel. Parlez-moi devons, ma très-chère enfant; com- 
ment vous portez-vous ? Votre teint n*est-il point en pou- 
dre^^ ? Êtes-vons belle, quand vous voulez ? Enfin je pense 
mille fois à vous, et vous ne me sauriez trop parler de 
Totre très-chère et très-aimable personne^*. Je laisse la 
pfaime à cet honnête garçon, et je vous embrasse de tout 
mon cGBur. 

DB CHARLES DB SiviGNi. 

QuK Teut-on dire de cet honnête garçon ? On ne me 
trouve pas bon à jeter aux chiens, parce que je suis quinze 
jours à faire cent cinquante lieues de pays ; et quand je 
me serois arrêté un peu en chemin, seroit-ce un grand 
malheur ? Cependant on gronde contre moi , on jure , 
parce qu*on ne me voit point, et qu'on ne jouit point des 
charmes de ma présence : voilà ce que c'est que d'être 
trop charmant ; ah, mon père ! pourquoi me faisiez-vous 
si beau ? J'ai reçu votre lettre ; et l'amitié tendre et solide 
que vous m'avez toujours témoignée me fait croire sans 

de Balsac, de la maison d^Entragues. Il était frère de la maréchale 
de Choiaeol. c Le marquis de Renti le siÛTit de près (le maréchal de 
Joueuse) dans une grande piété, et depuis quelque temps dans une 
grande retraite. Il étoit fils de ce marquis de Renti qui a Técu et 
est mort en réputation de sainteté, et il étoit frère de la maréchale 
de Choiseul, qui ne le survécut que de quelques mois. Cétoit un 
très-hraTe, honnête et galant homme, d*un esprit médiocre et assez 
difficile, quoique très-bon homme ; mais impétueux, médiocre à la 
guerre pour la capacité, mais honorable et tout à fait désintéressé. Il 
étoit lieutenant général, et lieutenant général de Franche-Comté, où 
on ne le laissa guère commander, assez mal à propos ; mais le titre 
en est devenu un d'exclusion. Il n'étoit pas riche, et a laissé un fils 
très-braTe et honnête homme aussi, mais que Textrême incommodité 
de sa me a retiré fort t6t du serrice et presque du monde, d (Saint- 
Simon, tome VIII, p. 355.) 

II. Voyez ci-dessus, p. a34, note a6. 

la. c De ce qui tous regarde. » [Édition de 1754.) 



1675 



1675 



— a62 — 

beaucoup de peine que vous vous intéresses autant cpe 
vous dites à Tétat de mes afiaires : ma mère vous dit pré- 
cisément l'état où elles sont^. Vous croyez bien que je 
n'achèterai pas la charge de M. de Lauzun, et que je ne 
me ruinerai pas de fond en comble, pour en avoir deux 
très-vilaines^*. Voilà où j'en suis, pour n'avoir pas voulu 
opiniâtrement suivre votre conseil ; mais en vérité c'est 
une faute qui devroit être expiée par sept ans de purga- 
toire, dont il y en a eu six de passés sous M. de la Trousse, 
et qui ne méritoit pas un enfer perpétuel'*, comme celui 
que j'envisage, si Dieu n'y met la main. Enfin, pour cette 
fois, je suivrai l'avis des bonnes tètes qui nous gouver- 
nent. J'ai entendu parler de tous vos triomphes de Pro- 
vence ; je ne saurois vous dire tout l'intérêt que j'y prends. 
Je vous embrasse très-tendrement, ma chère petite sœur. 
Voyez comme vous en avez toujours usé avec moi ; voyez 
tout ce que vous avez voulu faire pour moi, contre tos 
propres intérêts; souvenez-vous combien on vous a dit 
que vous étiez aimable'*, et vous pourrez comprendre 
à peu près comme je suis pour vous. 

DB MADÂMB DB SiviGNÂ. 

Ma chère fille, Bourdelot m'a envoyé des vers qu'il a 
faits à la louange de Monsieur le Prince et de Monsieur 
le Duc'^; il vous les envoie aussi. Il m'écrit qu'il n'est 

i3. « Votti dit précisément de quoi il est question. » {ÉéKt'um 
de 1754.) 

14. a Deux très-subalternes. 9 (Ibidem,) 

i5. Perpétuel est omis dans l'édition de 1754. 

z6. « Aimable et estimable. » {Édition de 1754.) 

17. Ces vers n*ont pas été conservés ; Mme de SéTÎgné en psrie à 
sa fille de manière à nous les faire peu regretter. Bourdelot atsit 
passé quelque temps à Stockholm, auprès de Christine ; il avait 
acquis tant d'empire sur son esprit, qu'il écartait de sa cour tous les 
savants qui excitaient sa jalousie. On peut voir dans les commentaires 



— 263 — 

point da tout poëte ; je suis bien tentée de lui répondre : 
t Et pourquoi donc faites- vous des vers ? qui vous y 
oblige ?» Il m^appelle la mère des Amours ; mais il a beau 
dire, je trouve ses vers méchants : je ne sais si c'est que 
les louanges me font mal au cœur, comme elles auront 
fait à Monsieur le Prince. Mme de Villars vous embrasse 
et vous aime : que dites-vous de ce chemin ? Je me fie à 
vous pour dire une amitié pour moi au triste voyageur, 
Tembrasse la pauvre petite Dague^^. Le bon abbé vous 
est acquis ; et moi, ma chère petite, ne vous suis-je pas 
acquise? 

475. DE MADAME DE SÊVIGNÉ ET DE CHAULES 

DE SÊYIGlfÊ A MADAME DE GEIGNAII. 

Aux Rochers y dimanche 8* décembre. 

DB MÂDAMB BB SiviGlcé. 

Jb suis bien fâchée aujourd'hui, ma pauvre bonne : 
f attendois deux de vos paquets par ce dernier ordinaire, 
et je n'en ai point reçu du tout. Quand les postes tarde- 
roient, comme je le crois bien présentement, j*en devrois 
toujours avoir reçu un ; car je ne compte jamais que vous 
m ayez oubliée. Cette confiance est juste, et je suis assu- 

latinf d*Hiiet, ^réque d^Ayranches, tout ce que fit le docteur pour 
empêcher Bochart d*ètre admis auprès de la Reine. Quand Bourdelot 
eut quitté la Suède, Christine demanda et obtint pour lui Tabbaye 
àt Massai ; le pape Urbain VIII arait accorde à ce médecin le privi- 
lège singnlier de pouroir posséder des bénéfices en exerçant la mé- 
decine^ pourvu qu'il la fît gratuitement. On assure qu*il observa très- 
leligieusemcnt cette condition. (Noté de P édition de 1818.) — Yojez 
tome II, p. 5i6, note 3, et la lettredu sa décembre suivant, p. 991.— 
Bourdelot avait été attaché à la personne du grand Condé et Tavait 
uoompagné, en i638, au siège de Fontarabie. 
1 8. Mlle de Montgobert . Voyez la lettre du aS février 1 676, p. 366 



1675 



1675 



— a64 — 

rée qu^elle tous plaît; mais comme les pensées noires 
voltigent assez dans ces bois ici, j'ai voulu être en peine 
de vous ; mais le bon abbé m'assure* que vous m'auriez 
fait écrire; je ne veux point demeurer sur cette, crainte : 
elle est trop insupportable; je veux me prendre a la 
poste de tout, quoique je ne comprenne rien à Texcés 
de ce dérèglement, et espérer demain de vos nouvelles : 
je les souhaite avec Timpatience que vous pouvez vous 
imaginer. 

D'Hacqueville est enrhumé avec la fièvre ; j'en suis en 
peine ; car je n'aime la fièvre à rien : on dit qu'elle con- 
sume*, mais c'est la vie. Quoiqu'on dise les tTHacque- 
pilles y il n'y en a en vérité qu'un au monde comme le 
nôtre. N'a-t-ii point déjà commencé de vous parler d'un 
voyage incertain que le Roi doit faire en Champagne ou 
en Picardie? Depuis que ses gens, pour notre malheur, 
ont commencé à mettre au jour * une nouvelle de cet agré- 
ment, c'est pour trois mois ; il faut voir aussi ce que je 
fais de cette feuille volante qui s'appelle les noui^lles^. 
Pour sa lettre, elle est tellement pleine de mon fils, et de 
ma fille, et de notre pauvre Bretagne, qu'il faudroit être 
dénaturée pour ne se pas crever les yeux à la déchififrer '. 
M. de Lavardin est mon résident aux états ; il m'instruit 

Lbttbb 475 (rerue en partie sur une ancienne copie). — i. Td 
est le texte de Tëdition de la Haye (17^6). Celle de Rouen porte : 
« mais le bon abbé m*assurant.... je ne veux point, etc. » Dans celle 
de 17541 la seule de Perrin qui donne cette lettre, on lit : c mais le 
bon abbé et mon fils m^assurent.... je ne veux point, etc. » 

a. Dans l'édition de Rouen : a qu'elle consomme. » 

3. Cest le texte de l'impression de la Haye (1716); dans celle 
de Rouen, de la même année, il y a simplement : a mettre une nou- 
velle; » dans l'édition de Perrin (1754) : « Depuis que pour notre 
malbeur une nouvelle de cet agrément est répandue, etc. » 

4. Voyez les lettres des 1 6 et a3 octobre précédents, p. i83 et 198. 

5. L'écriture de M. d'Hacqueville étoit de la plut grande diffi- 
culté. [Note de Perrin.) 



— 265 — 

de toat; et comme nous fichons* quelquefois de ritalien - - 
dans nos lettres, je lui avois mandé, pour lui expliquer 
mon repos et ma paresse ici : 

jyogni oltraggio e scorno 
Ija mia famigUa e la mia gregge iUesa 
Sempre qui fu^ ne strepUo di Marte 
Turbo aneor questa remota parte'' * 

A peine ma lettre a-t-elle été partie, qu'il est allé à 
Vitré huit cents cavaliers, dont la princesse est bien mal 
contente. Il est vrai qu'ils passent ; mais ils vivent, ma foi, 
comme dans un pays de conquête, nonobstant notre bon 
mariage avec Charles VIII et Louis XII'. Les députés 
sont revenus de Paris. Monsieur de Saint-Malo, qui est 
Guémadeuc, votre parent, et sur le tout une linotte ml^ 
trée*y comme disoit Mme de Choisy, a paru aux états, 



6. Dam Tëdition de 17S4 : ^ i^oui mêlons. » 

7. Vo jez au chant VII de la JéruMoUm délivrée ranÎTëe d'Erminie 
chez les pasteun du Jourdain. A la question d'Erminie Tun d*eux 
répond (stance rm) : a Ma famille et mon troupeau ont toujours 
été ici à Tabri de tout outrage et de tout afiront, et le fracas des 
urnes n*a pas encore troublé ce séjour écarté. » ^* Nous avons re- 
produit le texte des deux impressions de 1716. H 7 a dans le Tasse, 
dont le texte n'offre ici de variantes dans aucune édition, quelques 
différences tsmt de mots que de construction : 

D^ogni oitraggio e teorno 
La mia famigiia la mia greggia illeê» 
Sempre qui fur^ ne strepito ai marte 
Ancor turbh questa remota parte, 

Duis les éditions de 1726, cette citation est imprimée comme de 
la prose. 

8. Lors de la réunion de la Bretagne à la France par le mariage 
d'Anne de Bretagne avec Loub XII, tous les privUéges de la pro- 
vince furent confirmés par lettres données à Nantes au mois d'août 
de l'an i53a. 

9. Dans le manuscrit : c une ligncttê, » — Le cardinal de Rets ap- 



1675 



— 266 — 

transporté et plein des bontés du Roi, et surtout des hon- 
nêtetés particulières qu'il a eues pour lui, sans faire nulle 
attention à la ruine de la province, qu'il a apportée agréa- 
blement avec lui^^. Ce style est d'un bon goût à des gens 
pleins de leur côté du mauvais état de leurs affaires. U 
dit que Sa Majesté est contente de la Bretagne et de son 
présent, qu'il^^ a oublié le passé, et que c'est par con«- 
fiance qu'il envoie ici huit mille hommes, comme on en- 
voie un équipage chez soi quand on n'en a que £EÛre. 
Pour M. de Rohan, il a des manières toutes différentes, 
et qui ont plus de l'air d'un bon compatriote. Voilà nos 
chiennes de nouvelles ; j'ai envie de savoir des vôtres, et 
ce qui sera arrivé de votre procureur du pays. Vous ne 
devez pas douter que les Jansons n'aient écrit de grandes 
plaintes à M. de Pompone. Je crois que vous n'aurez pas 
oublié d'écrire aussi, et à Mme de Vins, qui s'étoit mêlée 
d'écrire pour Saint^AndioP*. C'est d'Hacqueville qui doit 

pelait de même rërèque de Beaurais (Auguste Potier de Blancmetnil) 
ime bêu mitrée. Voyez ses Ménunres^ tome I, p. 9t. 

10. Quelque temps ayant son Toyage à Paris, Tévèque de Sainte 
Halo écrirait à Colbert(à la date du a8 août 167$) : a Vous êtes, 
Monueur, si bien averti par M. le duc deChaulnes du bon état qu'a 
déjà produit Tarrirée des troupes du Roi en basse Bretagne, qu'il 
seroit inutile de tous en faire ici tout le détail ;mais je me sens obligé 
de TOUS dire qu'après les furies de ce peuple barbare et les mauvaises 
intentions qui tous ont paru en bien d'autres esprits et cantons de 
cette proTince, si les châtiments ne sont sévères et les exemples im 
peu forts, tandis qu'on a la force en la main, il est à craindre qu'après 
le retour des troupes, l'humeur séditieuse ne reprenne bien des gens, 
quand il sera question de faire exécuter les édits et faire faire la levée 
des francs fie& et autres taxes sur les officiers, a (Correspomdtaue 
aJminUiraiitre sous Louis XIV^ tome I, p. 55o.) 

11. // (c'est le texte du manuscrit et de Perrin), comme si le sujet 
n'était pas Sa Majesté^ mais U Bot. Les éditions de 1736 portent : 
« elle a oublié, » et à la ligne suivante : a on envoie. » 

la. Beau-frère du comte de Grignan. Vojez tome II, p. 116, 
note x3, et la lettre du 9 décembre 1676. 



— 307 — 

TOUS servir et vous instruire de ce côté-là. Je vous suis 
mutile à tout in questa remotaparte^* : c'est un de mes 
plus grands chagrins. Si jamais je puis me revoir à por« 
tee de vous être bonne à quelque chose, vous verrez 
comme je récompenserai le temps perdu. 

Adieu, ma trés-chère et très-aimée bonne, je vous 
souhaite une très-parfaite santé ^* : c'est le vrai moyen 
de conserver la mienne, que vous aimez tant; elle est 
très-bonne. Je vous embrasse très-tendrement, et vous 
diiois combien mon fils est aimable et divertissant ; mais 
le voilà, il ne faut pas le gâter. 

DE CHÂRLBS DB siviGlfJ. 

Ib n*anrois rien à vous dire, ma petite sœur, après 
toot ce que je vous ai mandé il y a trois jours, si nous 
n'avions passé Taprès-dînée avec Mlle du Plessis, qui est 
toujours charmante et divine. L'illustre fille dont j'ai à 
vous entretenir a quelque chose de si étrangement beau 
et de si furieusement agréable, qu'elle peut aller de pair 
avec l'aimable Tisiphone. Une lèpre qui lui couvre la 
bouche est jointe à cette prunelle qui fait souhaiter ^' un 
parasol au milieu des brouillards, et tout son désespoir 
c'est que cela l'empêche de baiser ma mère à tous les 
quarts d'heure du jour; elle a eu une manière de peste 
sous le bras qui l'a retenue longtemps chez elle : je me 

i3. « Dans ce pays recule. » — Voyez les derniers mots des Ttrt 

italiens cités un peu plus haut (p. a65) : 

Ne strepito di marte 
jâncor turbh questa remota parte» 

14. Dana l'édition de Rouen (1726) : a Je tous souhaite trè»- 
psrbite santé. » 

i5. Tel est le texte des éditions de 1716. Notre manuscrit a trou- 
^r^ au lieu de souhaiter. Ce passage man^e dans Perrin. 



1675 



1695 



~ a68 — 

sois laissé dire que les Rochers n'en valoient pas moins. 
Présentement nous sommes dans Tespérance qu'elle aura 
la fièvre quarte : elle nous en faisoit ses plaintes aujoor- 
d'hui, qu'elle recommençoit à tout moment pour attirer 
notre compassion. Elle nous a voulu montrer la force de 
son esprit, en se montrant toute résolue à passer son 
hiver et n'avoir que deux jours de santé et un de maladie. 
Pour nous, nous nous sommes jugés en même temps at- 
taqués de la fièvre double tierce, et nous sommes assez 
fâchés de prévoir que nous aurons, par ce moyen, deux 
jours de maladie contre un de santé. Du reste, les Ro« 
chers sont assez agréables. Ma mère continue à signaler 
ses bontés pour cette maison, en y faisant des merveilles. 
Le bien Bon a aligné des plants toute cette après-dînée : 
la chapelle est faite ^* ; on y dira la messe dans huit jours. 
Dieu nous conserve, ma pauvre sœur, une si bonne mère 
et un si bon oncle! Je ne vous dis rien de ma charge : 
tout ira bien à force de mal aller. Je vous embrasse mille 
fois, et M. de Grignan aussi, que j'aime et honore par- 
faitement. Ma mère vient de s'écrier : « Ah mon Dieu ! je 
n'ai rien dit à ce nuUou ; » je ne sais de qui elle parle, mais 
elle m'a dit après : « Mon fils, faites mes compliments a 
M. de Grignan. » 



476. — DE BfADAME DE SÉVIGRË 
A MADAME DE GRIOHAN. 

Aux Rochers, mercredi 1 1* décembre. 

Il n'y a qu'à avoir un peu de patience, ma très-chère : 
on trouve ce que l'on désire. J'ai reçu deux de vos pa- 

16. Cette chapelle, de fonne octogone et mirntontée d'une petite 
coupole, a été parfaitement conierrée. (Note de r édition </e 1818.) 



_ 269 — 

qnets qneje derois avoir déjà reçus; mais enfin les voilà, 
et vous ne vous trompez pas, si vous croyez «pi'ils font 
présentement ma plus sensible joie. Je vous remercie de 
comprendre un peu, malgré votre philosophie, toutes 
les pensées que je puis avoir sur les distances infinies qui 
noas séparent : vous les sentez donc, et vous êtes firap« 
pée comme moi de cette disposition de la Providence ; 
mais vous l'envisagez avec plus de courage que moi ; car 
cette dureté m*est toujours nouvelle. Je me souviens sans 
cesse du passé, dont le présent et l'avenir ne me conso- 
lent point : voilà un champ bien ample pour exercer un 
cœur aussi tendre et aussi peu fortifié que le mien. J'ai 
fait mille fois réflexion à ces bonnes dames qui ont 
fait leur devoir de leur goût. La Troche a si bien repé- 
tri et refagoté sa fortune, qu'elle s'est établie dans cette 
bonne ville, 7 faisant le siège de son empire, et le lieu 
de toutes ses affaires : elle a établi son fils à la cour^ 
contre vent et marée, et se fait un attachement d'être 
auprès de lui. Pour la Marbeuf, elle avoit un peu com- 
mencé du temps de son mari, et elle ne se contraint 
plus présentement : elle va louer une maison pour cent 
ans, et baise très-humblement les mains à la pauvre Bre- 
tagne*. Et vous, ma chère fille, qui êtes née et élevée 
dans ce pays-là*, vous que j'ai toujours aimé et souhaité 



Iatu 476. — I. François de la Troche (royes tome III, p. idd) 
était entré dans les gardes du corps. U figure dans VÉtat de la 
Fnmee de 1676 comme un des deux enseignes du maréchal de Ro- 
chefort (quatrième capiuine des gardes), de serrice au trimestre d*oc- 
tobre. Il fut plus tard lieutenant des cheTau-légers du Dauphin. — 
Deux lignes plus haut, l'édition de 1754 porte : « dans cette bonne 
▼ilie de Paris. » 

a. Voyes la Notice^ p. 196. 

3. L*éditionde 1754 donne c dans ce pays. » Cepays4à^ qui est 
la leçon de 1734, s*entend naturellement de Paris et lère une desdif- 



|675 



— 270 — 

d*aYoir près de moi, voyez quel orage vous jette au bout 
du monde. Quand on veut achever sa lettre, il faut pas- 
ser vite sur cet endroit, et reprendre des forces, dans 
Tespérance de quelque changement. Nous avons des vi- 
sions, d'Hacqueville et moi, qui sont très-bonnes ; ce 
n'est pas ici le temps de vous les écrire. 

Venons aux malheurs de cette province : tout y est 
plein de gens de guerre. Il j en aura à Vitré, malgré la 
princesse : Monsieur l'appelle sa bonne, sa chère tante; 
je ne trouve pas qu'elle en soit mieux traitée. Il en passe 
beaucoup par la Guerche*, qui est au marquis de Ville- 
roi, et il s'en écarte qui vont chez les paysans, les vo- 
lent et les dépouillent. C'est une étrange douleur en Bre- 
tagne que d'éprouver cette sorte d'affliction, à quoi ils 
ne sont pas accoutumés. Notre gouverneur a une amnis- 
tie générale : il la donne d'une main ; et de l'autre, huit 
mille hommes, qu'il commande comme vous : ils ont 
leurs ordres. M. de Pommereuil^ vient: nous l'attendons 
tous les jours; il a l'inspection de cette petite armée, et 
pourra bientôt se vanter d'y joindre un assez beau gou- 
vernement : c'est le plus honnête homme et le plus bel 
esprit de la robe ; il est fort de mes amis ; mais je doute 
qu'il soit aussi bon à l'user que votre intendant*, que 
vous avez.si bien apprivoisé ; je crains qu'on ne le change. 
Je ne puis vous mander aujourd'hui des nouvelles de Lan- 
guedoc, comme vous en souhaitez; contentez-vous de 
celles de Guienne : je trouve qu'ils sont bien protégés, 
et qu'on s'adoucit fort pour eux ; nous ne sommes pas 
si heureux : nos protections, si nous en avions, nous 

fieultét dontil est parlé dans la note delà p. 37 de ItiNotiee. — Vojes 
tome m, p. a65 et 3a5. 

4 . Dans le département d'IUe-et-Vilaine, à six lieuea au sud de Vitré. 

5. Voye* ci-dessus, p. a$8, note a, et plus loin, p. 184. 

6. Rouillé de Mêlai. 



^ 



— 171 — 



feroient plus de mal que de bien, par la haine de deux 
hommes. Je crois que nous ne laisserons pas de trouver, 
ou du moins de promettre toujours les trois millions, 
sans que notre ami^ soit abîmé; car il s*est coulé une 
affection pour lui dans les états, qui fait qu^on ne songe 
(ja a Tempêcher de périr. Il me semble qu'en voilà assez 
pour ce chapitre. 

Je suis aise que vous ne soyez point retournée à Gri- 
gnan : c'est de la fatigue et de la dépense ; cette sagesse 
et cette règle, dont le bien Bon vous rend mille grâces, 
ont empêché ce mouvement. Mandez-moi si les petits 
enfants ne viennent pas vous trouver. Nous avons ici un 
temps admirable ; nous faisons des allées nouvelles d'une 
grande beauté. Mon fils nous amuse, et nous est très- 
ix)n : il prend Fesprit des lieux où il est, et ne trans- 
porte rien de la guerre ni de la cour dans cette solitude, 
que ce qu'il en faut pour la conversation ; et quand il ne 
plent point, nous sommes bien moins à plaindre qu'on 
ne pense de loin ; le temps que nous avons destiné ici pas- 
sera comme un autre. Ma lettre n'a pas été jusqu'à M. de 
liouvois ; tout se passe entre Lauzun et nous : s'il veut 
prendre le guidon, nous offrons un léger supplément; 
s'il veut vendre sa charge entière, contre toute sorte de 
raison, qu'il cherche un marchand de son côté, comme 
nons du nôtre : voilà tout. 

J'ai écrit au chevalier, pour m'affliger avec lui de ce 
qu'il ne m'a pas trouvée à Paris : nous ferions de belles 
lamentations sur notre société de l'année passée, et nous 
repleurerions fort bien M. de Turenne. Je ne sais queUe 
idée vous avez de la princesse ' ; elle n'est rien moins 



7. D^Haronyt. Voyex Walckenaer, tome V, p. 186 et aiiirantes. 

8. La lyrincesse de Tarente. Rlle arait perdu son mari le 14 aep^ 
tembre 167». 



— 2'JH — 

qa^Artimise; elle a le cœur comme de cire, et 8*en vante, 

' disant assez plaisamment qu'elle a le cœur ridicule : cela 
tombe sur le général, mais le monde en a fait des appli« 
cations particulières; j'espère que je mettrai des bornes 
à cette ridiculité par tous les discours que je fais, comme 
une innocente, de Thorreur qu'il faut avoir pour les 
femmes qui poussent cette tendresse un peu trop loin, et 
du mépris que cela leur attire : je dis des merveilles, et 
Ton m'écoute, et l'on m'approuve tout autant que l'on 
peut. Je crois y être obligée en conscience*, et je veux 
avoir l'honneur de la redresser. 

Ce que vous dites sur Fidèle^' est fort plaisant et fort 
joli : c'est la vraie conduite d'une coquette, que celle que 
j'ai eue. Il est vrai que j'en ai la honte, et que je m'en jus- 
tifie, comme vous avez vu ; car il est certain que j'aspirois 
au chef-d'œuvre de n'avoir aimé qu'un chien, malgré les 
Maximes àe M. de la Rochefoucauld ^^ et je suis embar- 
rassée de Marphise ; je ne comprends pas ce qu'on en fait; 
quelle raison lui donnerai-je ? Cela jette insensiblement 
dans les menteries ; tout au moins, je lui conterai bien 
toutes les circonstances de mon nouvel engagement: 
enfin, c'est un embarras où j'avois résolu de ne me ja- 
mais trouver ; c'est un grand exemple de la misère hu- 
maine ; ce malheur m'est arrivé par le voisinage de Vitré. 
Je suis lasse à mourir de la fadeur des nouvelles : nous 
avons bien besoin de quelque événement, comme vous 



9. « Je me crou obligée en conscience à lui parler wt ce ton-là. > 
(Édition de 1754.) 

10. Cest le petit chien dont il est parlé ci-derant (p. 1x9), lettre 
du i3 norembre. [Note de Perrin,) 

11. « On peut trourer des femmes qui n^ont jamais eu de galanterie ; 
mais il est rare d*en trourer qui n*en aient jamais eu qu*uae. 9 (La 
Rochefoucauld, maxime Lxxni; dans Tédition de i665, c^cst la 
maxime Lxxxni, et on y lit deux fois fait au lieu de eu.) 



— ^73 — 

dites, aux dépens de qui il appartiendra; puisque ce ne ■ 
peut plus être la mort de M. de Turenne , vogue la ga- 
lère! Vous me dites des choses admirables : je les lis, je 
les admire , je les crois , et tout de suite vous me mandez 
qu'il n'y a rien de plus &ux ; je reconnois bien le style et 
le bavardage des provinces. Vous jugez superficiellement 
de celui qui gouverne celle-ci, quand vous croyez que 
vous feriez de même; non, vous ne feriez point comme 
il a fait, le service du Roi même ne le voudroit pas. Ah , 
que vous aviez bon esprit Thiver passé! ce n'est point 
ici le temps de penser aux députations ; faisons la paix, et 
puis nous penserons à tout. 

Pour la religion des Juifs , je le disois en lisant leur 
histoire : Si Dieu nifwwt fait la grâce (ty être née^^y je 
m'y trouverois mieux qu'en nulle autre, hormis la bonne ; 
je la trouve magnifique : vous devez l'aimer encore plus 
par cette année de repos ^' et de robe de chambre, où 
vous seriez un exemple de piété : jamais sabbat n'auroit 
été mieux observé dans votre grand fauteuil. 

Rippert a reçu les Essais de morale; il y a plusieurs 
traités^*, et surtout un qui me plaît plus que les autres : 
vous le devinerez. Je suis ravie de votre bonne santé et 
de votre beauté; car je vous aime toute. Cette pommade 
vient de votre petite femme, à qui vous l'avez deman- 
dée : vous vous en êtes toujours bien trouvée^'; mais 

II. C'est k propos d'un mot de M. de R*^, ^i avoit dit : « Si 
Dieu m'eût fait la grâce d'être né Turc, je mourrois Turc. » {I^ote 
àe Penin^ 1754.) 

i3. Allusion à cette loi de Moïse : a La septième ann^, ce sera le 
*>^t de la terre et du repos du Seigneur. Vous ne sèmerez point 
▼otre champ, et tous ne taiUerez point Totre rigne. 9 {Lépiiique^ 
chap. xxT, T. 4.) 

M. Voyez ci-dessus, p. a3i, notes i3 et 14 ; et plus bas, p. «77. 

i5. a Vous TOUS en êtes toujours bien trourëe en Prorenoe. » 
{Édition de 1754.) 

Mm 1» Sàfnmi. rr 18 



I67S 



— 274 — 

dans un autre pays , la pommade est trop engraissante. 
Je vous souhaite souvent à Talr de ces bois , qui nourrit 
le teint comme à Livry, hormis qu'il n'y a point de se- 
rein , et que Tair est admirable : nous y parlons souvent 
de vous ; mais, ma fille, nous ne vous y voyons pas, ni 
vous nous; c'est ce qui est assurément bien cruel : je ne 
m'accoutumerai jamais à cet horrible éloignement. Le 
bien Bon vous loue fort de votre habileté et du soin que 
vous avez de payer vos arrérages : c'est tout, c'est la loi 
et les prophètes. Puisque M. de Grignan est si sage, je 
l'embrasse malgré sa barbe; elle est bien quelquefois 
comme la cour de Monsieur , et celle de votre petit 
frère ^* s'en veut mêler aussi. Je plains la pauvre Montgo- 
bert; mandez-m'en toujours des nouvelles, et de votre 
jeu. Il me semble que je vous vois , avec vos petits doigts, 
tirer des primes ; tous ces temps sont derrière nous : il 
faut en revenir à dire que le bien et le mal font le même 
chemin; mais ils nous laissent de différents souvenirs. 
Vous avez fait un dîner de grand appareil : où étois-jc ? 
car je connois tout; toutes les grandeurs étoient bien 
rassemblées^'^. Vous dites des merveilles sur le ma- 
riage du petit prince et de la maréchale** : il est vrai que 
la disproportion étoit grande : mais que savez-vous s'il en 
est échappé? En vérité, vous n'avez pas besoin de mes 
lettres pour écrire ; vous discourez fort bien sans avoir un 
thème. Vous me ravissez de me parler de la vivacité de la 
Pantoufle^* : vos réflexions sont admirables sur le passe, 

16. « Et la baribe de rotre petit frère. 9 {Édition tie 1754.) 

17. « Je Toii d*ici toutes les grandeiin bien rassemblées. » {iNdem») 

18. Voyez ci-dessos, p. 946, la note 4 de la lettre da a4 noYem- 
bre précédent. 

19. Il 7 a apparence que o*est la marquise de Soliers. {Aotg de 
Védition de 1818.) Voyea tome III, p^ 347, ^ 1^^*^ ^^ ^9 norem- 
bre 1673. 



— 375 — 

et sur cet éeueil qu'elle trouve sur la fin de sa vie; cela 

doit faire trembler : assurément la tête de leurs chevaux ' ^^ 
se heurtera, en arrivant à Paris chacun de son côté. Il en 
but revenfar à Solon : « Nulle louange avant la mort*', v 
Cela est bien contraignant pour moi, qui aime à louer ce 
qui est louable : le moyen d'attendre ? j'irai toujours mon 
train, quitte à changer quand on changera. Adieu, ma 
trés-chère et très-aimaUe : vous ne sauriez être plus par? 
Cutement aimée que vous Têtes de moi. 



477. DE MADAME DE 8ËVIGH6 ET DE CHABIB8 

DE 8ÊVIGIIÊ A MADAME DE GRIGIIAIT. 

Aux Rodiers, dimanche i5* décembre. 

DB MADAME DB S^VIGN^. 

Ah! ma bonne, que je viens bien de me promener 
dans \ humeur de ma fille! il n'est point question en ce 
pays de celle de ma mère^. Je viens de ces bois; vrai- 
ment ces allées sont d'une beauté à quoi je ne m'accou- 
tume point* . Il y en a six que vous ne connoissez point du 
tout, mais celles que vous connoissez sont fort embellies 
par la beauté du plant. Le mail est encore plus beau que 
tout le reste , et c'est V humeur nie ma fille. Il fait présen- 
tement doux et sec; j'y suis demeurée au delà de l'entre 



90. Voyez dans le I** livre d*Hërodoie, chap. xxx et foiTatits, 
Fcntretien de Solon et de Crétus. 

Imttem 477. — I. Voycï la Notice^ p. ^87 et a3«, et la lettt* 
dn II juillet 1680. 

9. « Je Tiens de ce bois; vraiment ces allées sont d*une beauté où 
je ne m^aceoutome point. » {ÉiiUion dé la Haye.) -^ L'impression 
de 1754 porte agrément^ au lieu de beauté i 



— 2^6 — 

chien et loup, mais c^est parce qu^aujourd^hai il ne passe 
^ point de troupes ; car quand il en vient à Vitré , on m*o« 
blige , contre mon gré, à me retirer une heure plus tôt. 
Cest là , ma très-«hère, où j^ai bien le loisir de vous ai- 
mer ; je comprends très-bien que vous ne Tavez pas tou- 
jours ; il en faut jouir quand on peut ; vous êtes au milieu 
de mille choses qui empêchent fort qu^on ne puisse trouva* 
sa tendresse à point nommé ; mais il est vrai, ma bonne, 
que trois jours après vous réparez bien cette suspension'; 
il me paroit que vous vous acquittez bien de votre pro- 
messe de m'aimer une autre fois; vous en aviez tout le 
temps et je vous assure que vous m*aimez beaucoup. 

Je suis ravie que vous ayez Roquesante; c'est, sans 
offenser tout le reste, le plus honnête homme de Pro- 
vence, et dont Tesprit et le cœur sont les plus dignes de 
votre amitié : vous m'avez fort obligée de lui faire mes 
compliments, sans attendre trois semaines; il y a des 
choses sur quoi on peut répondre aisément. Ne manquez 
pas aussi de &ire encore une très-respectueuse révérence 
pour moi à votre très-digne cardinal^ : Dieu le conserve 
encore cent ans! je crois qu'il a bien été de ceux qui ont 
recloué le chapeau ' sur la tête du nôtre. 

Vous m'étonnez en me disant que mes lettres sont 
bonnes ; je suis ravie qu'elles vous plaisent ; vous savez 
comme je suis là-dessus : je ne vous dis rien des vôtres, 
de peur de faire mal au gras des jambes du gros abbé* ; 



3. L'édition de 1754 porte distraction^ au lieu de suspensioM^ qui 
est la leçon de rimpression de la Haye. 

4. Jérôme Grimaldi, archerécpe d*Aix. {Ifcte de Perrim,) Voyez 
tome II, p. i65, note 5. 

5. L'édition de la Haye porte : « qui ont bien lelerë le cha- 
peau. X» Deux lignes plus bas, elle a vaine^ au lieu de ravie, 

6. Nous aTons déjà tu plus haut, p. 181, cette façon de parler de 
Tabbé de Pontcarré. 



— 277 — 

mais sans cela je saurois bien qu*en dire : je Tons en mon* ' 
treraiy et vous en jugerez. Vous croyez bien aisément que 
je ne soubaite rien avec tant de passion que de raccom- 
moder Fontainebleau avec moi : je ne saurois encore 
soutenir la pensée du mal qu*il m'a fait' , et vous êtes 
bien juste, quand vous croyez que mon amitié n*est ja- 
mais moins forte que ce jour-là , quoiqu'elle ne fasse pas 
tant de bruit. 

Vous avez donc eu cet abbé de la Vergne *, et les Es^ 
sais de morale; ceux que je vous envoie arrivent à peu 
près aussi diligemment que nos réponses. Le traité «fe 
tenter Dieu me paroît le plus utile , et celui de la res" 
semUance de Famour-propre et de la charité^ le plus 
lumineux, pour parler leur langage* ; mandez-m'en votre 
avis et toujours beaucoup de vos nouvelles. Je vous 
troave bien à votre aise dans votre chaise; il ne seroit 
question que de voir entrer quelqu'un qai ne iut point 
à Aix. Hélas ! vous souvient-il de tout ce qui entroit l'hi* 
ver passé? Vous avez touché bien droit à ce qui fait 
mon indifférence pour mon retour : elle est telle que 
sans les affaires que nous avons à Paris, je ne verrois 
aucun jour que je voulusse prendre plutôt qu'un autre 
pour quitter cet aimable désert; mais plusieurs raisons 



7. Mme de Sévigné h'j ëtait séparée de sa fille le 94 mai 1675. 
Vojez tome III, p. 455, note 4 ; Toyez aussi la lettre du iB mai 1676» 

8. Pierre de la Vergue de Tressan, d'une ancienne et noble fa- 
mille du Languedoc, naquit en 16 18. Il abjura, à Tâge de ringtans, 
la religion réformée, entra dans les ordres, et s*attacba à Férèque 
d*Meth, Nicolas Parillon. Il se consacra aux missions, et conrertit 
un grand nombre de protestants dans le Languedoc, les Cérennes, 
la ProTence et le Dauphiné. La dernière de ses missions fut celle 
que lui confia le cardinal de Grimaldi dans la Tille et le diocèse 
d'Aix. Il se noya en passant le Gardon en litière, le 5 ami 1684* 
Voyez les lettres du 36 août 1676 et du 17 norembre 1688. 

9. Voyez tome II, p. 375, et note 9. 



1675 



— 278 — 

■ * nous font résoudre de prendre nos mesures, en sorte que 
nous arrivions à Paris au commencement du carême : 
c'est le vrai temps pour plaider, et je suis à peu près 
comme la comtesse de Pimbêche^®. J'espère que tout ira 
bien* Puisque vous voulez savoir la suite de Taffaire que 
j'ai avec Mesneuf'^, c'est qu'il est au désespoir que nous 
lui ayons donné une haute justice, parce qu'il n'a plus de 
prétexte pour ne pas acheverde me payer ; il avoit compté 
sur une remise de cinq ou six mille firancs, qui s'évanouit 
par ce papier; mais c'est à l'abbé à qui j'ai encore cette 
obligation, car Vaillant^' l'avoit dans ses mains et n'en 
connoissoit pas la vertu : c'est qu'il est écrit que je dois 
avoir toutes sortes d'obligations au bien Bon. J'attends 
la fin de cette petite affaire : c'est un plaisir de voir les 
convulsions de la mauvaise foi, qui ne sait plus ob se 
prendre, et qui est abandonnée de tous ses prétextes. 

Je ne comprends rien à mon Berbisy ; il me mande 
positivement qu'il vous a envoyé des moyeux^' : je m'en 
vais lui écrire, car j'aime bien les voir gober à M. de Gri- 
gnan. Je l'embrasse pendant que le voilà; quand ce 
seroit le troisième jour de sa barbe épineuse et cruelle, 

10. Allution au passage suirant des PUddeurt (acte I, scène ni) : 

CHICAKKâV. 

Et quel âge arez-Tous? Vous arez bon fisage. 

LA GoamssB {(ie Pimbêche)» 
Hë, quelque soixante ans. 

CHICAITBAI]. 

Comment I c'est le bel âge 
Pour plaider. 
— Les mots suiTants : « Tout ira bien, » font penser à la scène ti du 
II* acte de la même pièce, où ils se trouvent trois fois dans neuf 
Ten: « Cela va bien.... Tout va bien.... Tout ira bien. » 
XI. Voyez tome III, p. 41X, et ci-dessus, p. aSi, note $• 
19. Régisseur des Rocbers. 

i3. Voyez la lettre du a a décembre au président de Berbisey, 
p. 1^5. 



— a79 — 

cm ne peut pas é^exposerde meilleure ^ee. Tavois bien ' 
résolu de traiter le chevalier de la même sorte, mais je 
crains bien que nous n'ayons que son régiment. J'avois 
dessein de vous dire que si je le retenois ici, je le man- 
gerois de caresses; mais vous me le dites, je n*ai qu'à 
vous avouer que vous avez raison, et que j'aimerois fort 
aie voir ici : pourvu qu'il ne plût point à verse, je suis 
assurée qu'il ne s'y ennuieroitpas. 

Parlez-moi, ma chère [petite , de votre jeu, de votre 
santé ; je n'ai point été longtemps en peine de voti« 
rhume : ce ne fut pas l'ordinaire d'après que la poste me 
manqua. J'ai reçu depids huit jours quatre paquets, deux 
à la fois; il ne s'en perd aucun : pou;* le dérangement, 
il faut s'y rendre ^^. Ne mandez point à Paris que je 
nuirai pas sitôt : ce n'est pas que je craigne que quel- 
qa'*un se pende; mais c'est que je ne veux pas donner 
cette joie à Mirepoix^'. 

Adieu, ma chère enfant; vous ne sauriez vous trom* 
per, quand vous croyez que je vous aime de tout mon 
cœor. Voilà le petit frater qui va vous dire ce que je fais 
les jours maigres, et comme on a dit aujourd'hui la 
IMremière messe dans notre chapelle ; car quoiqu'il y ait 
<piatre ans qu'elle soit bâtie, elle étoit dénuée de tout 
ce qui pouvoit la mettre en état de s'en servir. 

Le bien Bon vous aime, et vous conjure d'être toujours 
habile, comptante, calculante et supputante, car c'est 
tout : et qu'importe d'avoir de l'argent, pourvu qu'on 
sache seulement combien il est dû ? Vos fermiers font 
bien mieux leur devoir que les nôtres ; vous payez vos 

14. C*est le texte des impressioDS de 1796. Dans Tédition de 1764, 
k leule de Perrin qui donne cette phrate, il y a résoudre^ au lieu 
de rendre. 

i5, A la place de ce nom propre, ^e donnent les éditions de 
j;a6y on lit dans les deux de Perrin : « à qui tous sarex, v 



1675 



t675 



— a8o — 

arrérages mieux qu^ancune personne de la cour : c^est ce 
qui fait un grand honneur et un grand crédit. Je m^en- 
nuie de n'entendre point parler du mariage de votre 
belle-fille. M. d'Ormesson marie son fils^* à une^crune 
veuve, afin qu'il n'y en ait pas deux ensemble; je vous 
manderai quand il Ssiudra lui écrire. Nos états sont finis ; 
il nous manque neuf cent mille francs de fonds : cela me 
trouble, à cause de M. d'Harouys. Ona retranché toutes 
les pensions et gratifications à la moitié. M. de Rohan 
n'osoit, dans la tristesse où est cette province, donner le 
moindre plaisir; mais Monsieur de Saint-Malo, linotte 
mitrée"y âgé de soixante ans, a commencé.... vous 
croyez que c'est les prières de quarante heures ; c^est le 
bal à toutes les dames, et un grand souper : c'a été un 
scandale public. M. de Rohan, honteux, a continué, et 
c'est ainsi que nous chantons en mourant, semblables au 
cygne ; car mon fils le dit. Où il l'a lu ? c'est sur la fin de 
Quinte-Curce. 

DB CHARLBS DB SÉVIGNé. 

Ma tante de Biais ^' m'a appris cette érudition; mais 
elle ne m'a pas appris ce que je fis hier, dont je vais 
vous rendre compte. Vous savez, ou du moins vous vous 
doutez que je ne passe pas ma vie aux Rochers, et ainsi 
que toutes les histoires du pays me sont extrêmement 

i6. André le FèTre d*OrmeMOD, conieiller au grand conteil en 
1671, maître des requêtes en 1676, commissaire de la chambre 
ardente en 1679, et intendant de Lyon en 1683, épousa, le i5 février 
1676, Éléonore le Maître, veuve de François Leroy, conseiller au 
parlement, morte en 168 1. Il mourut à Lyon en 1684. — Sur son 
père, Olivier le Fèvre d^Ormesson, voyez tome I, p. 448, note 6. 

17. Voyez la lettre du 8 décembre précédent, p. 965. 

x8. Voyez tome I, p. 38i, note 3, et le commencement de la 
lettre du 9 juin 1680. 



— 28l — 

fiuniHèreft'*. Il vint donc une grande assemblée de rec- 167 & 
tears^ pour assister à la cérémonie de notre chapelle. 
M. du Plessb'* étoit parmi. Je crus qu'il étoit à propos 
déparier des gens du métier, et je commençai par de-* 
mander des nouvelles de M. de Villebnme '*. On me dit 
(pi'O étoit réfugié en basse Bretagne, et qu*il avoit perdu 
son bénéfice. Là-dessus me voilà à prendre la parole, et 
i dire** qiie je m'étois bien douté qu'il ne le garderoit 
guère, et qu'il se trouveroit bientôt quelque drôle éveillé 
qui le lui ôteroit, et puis je me mets sur la friperie de 
Yillebrune; j'assure que des capucins m'en ont parlé 
d'une étrange manière ; que sa vie rendoit croyable tout 
ce qu'on m'en avoit dit, et qu'un compère qui avoIt 
jeté le froc aux orties ne devoit pas être de trop bonnes 
mœurs. Ce beau discours faisoit deux fort bons effets : 
le premier, c'est que l'abbé du Plessis est ce drôle éveillé 
qui par une ingratitude horrible a fait perdre le bénéfice 
à Yillebrune ; et le second, c'est que le recteur de BréaP*, 
qui faisoit la cérémonie, a été capucin lui-même : ainsi 
mes paroles étoient une épée tranchante à deux côtés, 
selon les paroles de l'Apocalypse'*, dont je ne croyois 
pas que la lecture dût jamais produire cet effet en moi. 
Autre érudition : vendredi dernier étoit le premier jour 

19. Cett le texte de 1716. Dans les ëditioni de Peirin : a ne me 
sont pai extrêmement familières, x» ^ 

30. c Recteur signifie en Bretagne et dans quelques autres pro- 
vinces un curé qui gouTerae une paroisse. Dans ces endroits où le 
curé d*une paroisse s^appelle recteur^ on donne le nom de curé à 
celui qn on appelle ailleurs vicaire, )> {Dictionnmrt de Trévoux,) 

SI. Uabbë du Plessîs était-il de la famille du Plessis d*Argentrë? 

ss. CeVillebrune, après avoir été capucin, se fit médecin. Mme de 
SéTÎgné Taimait beaucoup en cette dernière qualité. Il faut Toir sur 
ion bénéfice la lettre du 3 juillet 1676. {Note de Védîtion de 1818.) 

a3. a Et à dire » manque dans les éditions de I7i6« 

^4. Paroisse située à une lieue des Rochers. 

sS. Chapitre i*', verset i6« 



— 282 — 

^ -- maigre que j*avoi8 passé ici, et je demandai jeudi aa soir 
à ma mère : a Madame, comn^ent fiûtes-vous les vendre- 
dis ? — Mon fils, je prends une beurrée, et je chante. • 
Ce qu'il y a de bon ou de mauvais^ c*est que cela est au 
pied de la lettre. 

Ma mère vous conseille d'écrire un mot a Mme de la 
Fayette, sur Tabbaye'* que le Roi lui a donnée depuis 
peu. Elle Ven alla remercier mercredi dernier : Sa Majesté 
reçut son compliment avec beaucoup d'honnêteté ; elle 
lui embrassa les genoux avec la même tendresse, qui lui 
fit verser des larmes pour le péril que Monsieur le Due 
devoit courir dans cinq ou six mois'''. Elle vit Mme de 
Montespan; M. du Maine lui parla, et tant de prospéri- 
tés ont valu à ma mère une lettre de deux pages '* : voici 
qui est un peu Ra^faillac, 

Adieu, ma petite sœur, aimez-moi toujours un peu, et 
obtenez-moi la même grâce de M. de Grignan : dites-lui 
que je Thonore, que je Faime, et que ne pouvant Timiter 
par les qualités aimables, je tache au moins à faire en 
sorte que ma barbe ressemble à la sienne, autant qu'il 
est en mon pouvoir ; trop heureux si je pouvois lui don- 
ner la couleur du corbeau, qui le fait paroitre à vos yeux 
et aux miens un parfait Adonis. 

La divine Plessis est toujours malade ; c'est aujour^ 
d'hui le jour de notre accès : plaignez-nous, car il doit 
être long; peut-être qu'il commencera dès dix heures. 
Nous avons eu tous ces derniers jours, en sa place, une 



96. Voyez la lettre du i*^ décembre précédent, p. s55, note 6. 

37. Il y ay'ouri, au lieu de ifioii, dans Tédition de la Haye (1726). 

a8. Il ne fallait rien moins que toutes ces prospérités pour déter- 
miner Mme de la Fayette à écrire une lettre aussi longue. Elle 
écrivait à Mme de Sérigné, le 3o juin 1678 : « Je tous aimerai au- 
tant, en ne tous écnTant qu^une page en un mois, que tous, en m'en 
écriTant dix en huit jours. » {Note de r édition de x8i8.) 



— a83 — 

petite penonne fort jolie'*) dont le» yeux ne nous ffdsoient 
point souvenir de ceux de la DWine. Nous avons remis, 
par son moyen, le reversis sur pied, et au lieu de biguer^^^ 
Doas disons bigler. J'espère que le plaisir de dire aujour» 
d'hui cette sottise devant la Plessis, nous consolera de sa 
présence : elle vous salue avec sa roupie ordinaire. Après 
la cérémonie, pour vous montrer la vieillesse et la capa* 
cité de la petite personne qui est avec nous, c'est qu elle 
nous vient d'assui^er que le lendemain de la veille de 
Pâques étoit un mardi ; et puis elle s'est reprise, et a dit : 
« Cest un lundi; » mais comme elle a vu que cela ne 
réassissoitpas, elle s'est écriée : a Ah 2 mon Dieu! que je 
sois sotte ! c'est un vendredi. » Voilà où nous en sommes. 
Si vous aviez la bonté de nous mander quel jour vous 
croyez que c^est, vous nous tireriez d'une grande peine. 
Si vous trouvez quelque embarras dans ces dates, 
c'est que ma mère vous écrivit hier au soir au sortir du 
mail; et moi, je vous écris ce matin en y allant tu^r des 
écareuils*^. 



169J 



478. — DE ICADAHB BE SÊVIGKÊ 
A MADAME DE GBJGKAir. 

Aux Rochers, mercredi i8* décembre, 

Jb viens d'écrire à M. de Pompone et à Mme de Vins, 
parce que M. d'Hacqueville me l'a conseillé. Je crois avoir 
pris le ton qu'il faut : j'envoie mes lettres ouvertes à ce 
dernier, qui est effrayé d'être seul contre tant de gens 

39. Voyez tome II, p. 3oo, la fin de la note 19. 

3o. Échanger, en termes de jeu. 

3i. Si noua avions Toriginal des deux lettres, de la mère et du fils, 
nous trouTerions sans doute en tète de Tune la date du samedi; de 
Tsatre, celle du dimanche. 



1675 



— !i84 — 

qui viennent fondre sur nous; il craint que vous n^ajez 
négligé d'envoyer les défenses de vos amis ; il voit cette 
affaire au conseil, où M. Colbert a sa voix aussi bien que 
M. de Pompone ; il a voulu être soutenu de mes pauvres 
lettres, dont il fera ce qu'il voudra. Je regrette de n'être 
pas en lieu de pouvoir agir moi-même, non pas que je 
crosse mieux faire que d'Hacqueville : c'est qn^on est 
deux, etque j'aurois au moins le plaisir de faire quelques 
pas pour vous ; mais la Providence n'a pas rangé ce bon 
office au nombre de ceux que j'ai dessein de vous rendre. 
Il est vrai que d'Hacqueville ne laisse rien à désirer : je 
n'ai jamais vu des tons et des manières fermes et puis- 
santes pour soutenir ses amis comme celles qu'il a ; c'est 
un trésor de bonté, d'amitié et de capacité, à quoi il 
faut ajouter une application et une exactitude, dont nnl 
autre que lui n'est capable. J'attends donc la fin de cette 
affaire avec l'espérance que me donne la confiance que 
j'ai en lui; cependant je ne laisserai pas d'ouvrir ses let- 
tres désormais avec beaucoup d'émotion, parce que je 
m'intéresse à la conclusion de cette affaire, qui me pa- 
roit d'importance pour la Provence et pour vous. On 
ne vous conseille point de faire aucune repré saille du 
côté de la noblesse : ceux que vous pourriez attaquer en 
ont moins qu'ils ne pensent, mais ils en ont plus qu'ils ne 
nous en faut : nous verrons. Je suis à une belle distance 
pour mettre mon nez dans tout cela. J'écrivis, il y a trois 
jours, à l'illustre Sapko*- et à Corbinelli : ce n'est point 
par cet endroit que nous périrons: je crains un ministre. 
J'ai passé un jour à Vitré avec M. de Pommereuil, qui 
me dit, quasi devant la princesse, qu'il avoit séjourné 
pour l'amour de moi. Il a fait un grand bruit, dès Mali- 

XirmB 478. — I. Mlle de Scudëiy. {NotedePenin.) — Elle atiit 
de nombreuses relationt en Frorence. Voyez tome II , p. a 1 3, note 4* 



— 285 — 

Gome' et dès Laval, de notre ocmnoissanoe, etderamitié - ' 
qu'il a pour moi ; je n'en avois rien dit, car je hais ce ' ' 
style de dire toujours que tout est de nos amis : c'est un 
air de gueule enfarinée, qui n'appartient qu'à qui vous 
savez; j'ai donc gardé mon petit silence, jusqu'à ce qu'il 
ait dit des merveilles, et alors j 'ai dit qu'oui, et nous voilà 
dans des conversations infinies ; et pendant que la prin- 
cesse priolt Dieu avec son petit troupeau, nous fîmes une 
anatomie de la Bretagne. Il est reçu comme un Dieu, 
et c'est avec raison; il apporte l'ordre et la justice 
pour régler dix mille hommes, qui sans lui nous égor- 
geroient tons. Sa commission n'est que jusqu'au prin- 
temps; il ne l'a prise que pour faire sa cour, et non pas 
pour faire sa fortune, qui va plus loin. Il ne songe qu'à 
Elire plaisir ; il vivra fort bien avec M. de Chaulnes, mais 
il fera valoir au maître les choses qu'il lui cédera pour 
vivre doucement ; car il trouve que pourvu qu'on ne cède 
pomt comme un sot, on fait sa cour de ne point faire 
d'incidents, parce qu'ils interrompent le service et l'uni- 
que but que l'on doit avoir, qui est d'aller au bien. U me 
parla de vous, et j'en fus touchée comme on l'est de 
parler de soi-même. 

Vous avez trouvé fort plaisamment d'où vient ratta- 
chement qu'on a pour les confesseurs : c'est justement 
la raison qu'on a pour parler dix ans de suite avec un 
amant ; car avec ces premiers on est comme Mlle d'Au- 
male' : -on aime mieux dire du mal de soi que de n'en point 
parler. On me mande que cette précieuse fera, à son re- 
tour, une grande figure. Je suis étonnée de ce qu'on 
m'apprend de Mme de Maintenon; on dit qu'elle n'est 



s. Voyes tome II, p. %%4^ note 3. 

3. MUe d*À.uniale, belle-tœur du maréchal de Sohomberg. {Ncié 
de PédUion ife i8i8.) Ne tcrait-ee point k maréchale elle-même? 



— 286 — 

■ '■ plus 81 fort radmiration de tout le monde, et que le jno- 
verbe a fait son effet en elle; mon amie de Lyon^ m^en 
paroit moins coiffée ,- la dame d*honneur même*, n*a pins 
les mêmes empressements, et cela fait faire des réflexions 
morales et chrétiennes à ma petite amie * : ne parlez point 
de ceci. Je yous conseille de faire tenir un petit compli- 
ment, par d^Hacqueville, à Mme de la Fayette, sur cette 
abbaye. 

Adieu, ma très-chère enfant : il me semble que je ne 
vous aime point aujourd'hui; je vous aimerai une autre 
fois; voilà ce qui vous doit consoler. Parlez-moi des 
Essais de morale : n'est-ce pas un aimable livre ? 



479- — DB MADAME BB 8ÊVIOVÉ 
AU COMTE DE BUSST BABUHN. 

Quatre jours après ^e j^eui écrit cette lettre Quelle du i6 dé- 
cembre *, voyez plus loin, q. 3oo), je reçus celle-ci de Mme de Se- 
▼ignë. 

Aux Rochers, ce ao* décembre 1675. 

Jb ne saurois comprendre pourquoi je ne vous écris pas ; 
car assurément c'est à moi à féliciter la nouvelle mariée 
de son nouveau mariage', à faire mes compliments au 
nouvel époux et au nouveau beau*père. Enfin tout est 
nouveau, mon cousin, hormis mon amitié pour vous, qui 
est fort ancienne, et qui me fait très-souvent penser i 

4. Mme de Goulanges. 

5. Mme de Ricbelieu. 

6. Sans doute encore Bfme de Goulanges. 

Lnraa 479- — i. La lettre du a6 décembre est placée aTant celle 
du ao dans la copie autographe dont noui suiTons le texte, 

a. Le mariage de MUe de Bussy arec U marquis de Goligny avait 
eu lieu le 5 novembre précédent. 



TOUS et i tout ce qui vous touche. J'avoîs dans la tête que ' ' 
voas m'aviez promis de me mander des nouvelles de votre 
noce, et je pense que c'est cela que j'attendois ; mais c'eût 
été un excès d'honnêteté, car selon toutes les règles, c'est 
à moi à recommencer. J'ai été fort aise* que vous ayez 
approuvé mon petit conte : j'ai aussi trouvé admirable 
celui deMmed'Heudicourt. Pour moi, je ne trouve point 
qu'il les faille entièrement bannir, quand ils sont courts 
et tout pleins de sel comme ceux que vous faites ; car 
assurément personne ne peut atteindre à vos tons et à 
votre manière de conter : nous l'avons souvent dit, la 
belle Madelonne et moi. Mais parlons d'autre chose. 

Vous ne voulez plus qu'on vous appelle comte; et 
pourquoi, mon cher cousin ? Ce n'est point mon avis. Je 
n*ai encore vu personne qui se soit trouvé déshonoré de 
ce titre. Les comtes de Saint-Aignan, de Sault, du Lude, 
de Grignan, de Fiesque, de Brancas, et mille autres, 
l'ont porté sans chagrin. Il n'a point été profané comme 
celui de marquis. Quand un homme veut usurper un titre, 
ce n'est point celui de comte, c'est celui de marquis, qui 
est tellement gâté qu'en vérité je pardonne à ceux qui 
l'ont abandonné. Mais pour comte, quand on l'est comme 
vous, je ne comprends point du tout qu'on le veuille 
supprimer. Le nom de Bussy est assez commun, celui de 
comte le distingue, et le rend le vôtre où l'on est accou- 

3. Ce commencement de U lettre est remplacé, dans le manuscrit 
de rinstitat, par Tallnéa soirant : a J*arriTai hier (la lettre est datée 
dn 97«, corrigé en s3*, octobre) ici, et on me rient d*apporter votre 
lettre, du 19* de ce mois. Je partis de Bretagne trois jours après 
que je tous ens écrit. Je ne sais encore aucunes nouvelles, sinon que 
le Roi a été saigné, et qu*il a un pea de fièTre : Dieu lui renvoie sa 
•antél Je suis fort aise, etc. » Voyez, au sujet de la date, et de ce 
début, qui ne peut appartenir à notre lettre du %o décembre, Walc-^ 
kenaer, tome V, p. 456. — Louis XIV avait été saigné le 10 octobre^ 
comme on le Toit dans le Journal de la santé du Boi^ p; 1961 



167$ 



— s88 — 

tumé; on ne oomf»endra point, ni d'où vous vient ce 
chagrin, ni cette vanité, car personne n'a commencé à 
désavouer ce titre ^. Voilà le sentiment de votre petite ser* 
vante, et je suis assurée que bien des gens seront de mon 
avis. Mandez-moi si vous y résistez, ou si vous vous y ren- 
dez, et en attendant je vous embrasse, mon cher Comte. 
Vous savez les misères de cette province : il y a dix ou 
douze mille hommes de guerre qui vivent comme s'ils 
é toient encore au delà du Min. Nous sommes tous ruinés ; 
mais qu'importe nous ? 

Goûtons Tunique bien des cœurs infortunés, 

nous ne sommes pas' seuls misérables' : on dit qu'on est 
encore pis en Guienne. 

Je serai à Paris au commencement du carême. Mon fils 
est ici depuis huit ou dix jours. Il est assez aise de se re- 
poser de ses courses continuelles. Vous ai-je dit que parmi 
les louanges que le cardinal de Retz donnoit à la maison 
de Langhac, il disoit qu'elle étoit sans médisance et sans 
chimère^? 

48o. -— DE MADAME DE SÉVIONÊ 
A MADAME DE GRIGNAll. 

A Vitré, samedi pour dimanche 22* décembre. 
Jb suis venue ici, ma fille, pour voir Mme de Qiaulnes, 
et la petite personne S et M. de Rohan, qui s'en vont à 

4. Cette fin de phrase est abrégée dans le manascrit de l^Institnt; 
on y lit limplement : « On ne comprendra point d'où vient ce cha' 
grin. a Lea deux paragraphea suiranta manquent dana ce manufcrit. 

5. Voyez ci-deafua, p. ao4, note i3; et au aujet de la Guiense, 
p. aaS, note 18. 

6. Buaay a ajouté aprèa coup cette dernière phrase ior notre eopie 
autographe. 

LnrsB 48o, — i. Voyei tome 11, p. 3oo, note 19. 



- 289- 



Paris. Mme de Chaulnes m*a écrit pour me prier de lui ' 
Tenir dire adieu ici : elle devoit venir dés hier, et Texcuse 
qu'elle prit, c^est qu*elle craignoit d'être volée par tes 
troupes qui sont par les chemins, et aussi que M. de Ro<- 
han Ta voit priée d'attendre à aujourd'hui : et cependant 
chair et poisson se perdent; car dès jeudi on l'attendoit. 
Je trouve cela un peu familier, après avoir mandé elle- 
même positivement qu'elle viendroit. Mme la princesse 
de Tarente ne trouve pas ce procédé d*un trop bon goût; 
elle a raison ; mais il faut excuser des gens qui ont perdu 
la tramontane : c'est dommage que vous ne sentiez la 
centième partie de ce qu'ils ont souffert ici depuis un 
mois. Il est arrivé dix mille hommes dans la province, 
dont ils ont été aussi peu avertis, et sur lesquels ils 
ont autant de pouvoir que vous; ils ne sont en état de 
faire ni bien ni mal à personne. M. de Pommereuil est à 
Rennes avec eux tous : il est regardé comme un dieu, non 
pas que tous les logements ne soient réglés dès Paris ; 
mais il pynit et empêche le désordre : c'est beaucoup. 
Mme de Rohan et Mme de Coetquen ont été fort soula- 
gées. Mme la princesse de Tarente espère que Monsieur 
et Madame la feront soulager aussi : c'est une grande 
justice, puisqu'elle n*a au monde que cette terre, et qu'il 
est fâcheux, en sa présence, de voir ruiner ses habitants. 
Nous nous sauverons, si elle se sauve. Voilà, ma très- 
chère, un grand article de la Bretagne; il en faut passer 
par la : vous connoissez comme cela frappe la tête dans 
les provinces. 

Je n'ai pas attendu, ma très-aimable fille, votre lettre 
pour écrire à M. de Pompone et à Mme de Vins; j'en 
avois demandé conseil à d'Hacqueville ; je l'ai fait tout de 
mon mieux ; il me paroît beaucoup espérer de ce côté-là. 
Ne vous retenez point quand votre plume veut parler 
de la Provence : ce sont mes affaires ; mais ne la retenez 
Umb db SànoBi, iv 19 



1675 



167$ 



ftor rien, car elle est admirable quand elle a la bride 
sur le cou ; elle est comme TArioste : on aime ce qui finit 
et ce qui commence ; le sujet que vous prenez console de 
celui que vous quittez, et tout est agréable. Celui du froc 
aux orties, que Ton jette tout doucement pour plaire a Sa 
Sainteté, et le reste, est une chose à mourir de rire; mais 
ne le dites point à M. de Grignan qui est sage : pour 
moi, j*en demande pardon à Dieu, mais je ne crois pas 
qu*it y ait rien au monde de plus plaisant ni de mieux 
écrit; vous êtes plus gaie dans vos lettres que vous ne 
Têtes ailleurs. Vous avez soif d*être seule : eh mon Dieu, 
ma chère, venez dans nos bois ; c'est une solitude parfaite, 
et un si beau temps encore, que j'y passe tous les jours 
jusques à la nuit, et je pense à vous mille et dix mille 
fois avec une si grande tendresse, que ce seroit lui faire 
tort que de croire que je la puisse écrire. Mon fils me 
met en furie par le sot livre qu'il vient lire autour de moi ; 
c*est Pharamond^ : il me détourne de mes livres sérieux, 
et sous prétexte que je me fais mal aux yeux, il me faut 
écouter des sornettes que je veux oublier. Vous savez 
comme faisoit Mme du Plessis à Fresnes, c'est justement 
de même : il va et vient ; il songe fort à m'amuser et à me 
divertir. Il vouloit vous écrire aujourd'hui ; mais je doute 
qu'il le puisse faire : nous ne sommes pas chez nous, et 
pendant que je suis ici, il joue à l'hombre dans la cham- 
bre de la princesse, qui me parle de vous avec une estime 
et une inclination admirable pour toute votre personne. 
Sij'étois en lieu, ma fille, de vous donner des conseils^ 
je vous donnerois celui de ne pas penser présentement 
d'aller à Grignan : à quel propos ce voyage ? C'est une 

a. Roman de la Calprenède. {Note de Perrm.) — Ce roman parât 
en 1646 \ mais la Calprenède n*en aTait encore donné que lept vo- 
lumes lortquUl mourut en x663. Pharamond a été acheré en ciaq 
tolmnet par Vanmorière. 



— ^9^ — 

fatigue, c'est une Daranoe, c'est une bise. A quoi bon ce "T*T 
tracas? Vous êtes toute rangée à Aix : passez^y votre 
hi?er. Pour moi, qui suis à la campagne, je ne pense point 
aux villes : mais si j'étois dans une ville, tont établie, la 
pensée de la campagne me feroit horreur. Je parle un 
peu de loin, sans savoir vos raisons. Celles de Ml de 
Maillanes*, pour aimer la Trousse, peuvent être bonnes ; 
ces Messieurs nous honorent quelquefois de leurs mé- 
chantes humeurs, et se font adorer des étrangers. Mais 
savez-vous que j'ai ouï dire beaucoup de bien de Mail- 
lanes, et que Monsieur le Prince en parla au Roi fort 
agréablement comme d'un très-brave garçon? Je fus 
ravie quand on me conta cela a Paris. 

Voyons, je vous prie, jusques où peut aller la paresse 
du Goadjuteur ; mon Dieu, qu'il est heureux, et que j'en- 
Tierois quelquefois son épouvantable tranquillité sur tous 
les devoirs de la vie ! On se ruine, quand on veut s'en 
acquitter. Voilà toutes les nouvelles que je sais de lui. 

Je vous ai mandé comme Bourdelot m'a honorée, aussi 
bien que vous, de son froid éloge : je vous en ai assez dit 
pour vous faire entendre que je le trouve comme vous 
lavez trouvé. MonDieu, que je lui fis une bonne réponse! 
Cela est sot à dire, mais j'avois une bonne plume, et bien 
éveillée ce jour-là : quelle rage ! peut-on avoir de l'esprit, 
et se méconnoître à ce point-là ? Vous avez une musique, 
ma chère ; je crois que je la trouverois admirable : j'ho- 
nore tout ce qui est opéra ; et quoicpe je fasse l'entendue, 
je ne suis pas si habile que M. de Grignan, et je crois 
que j'y pleurerois comme à la comédie. Mme de Beau- 
mont^ a-t-elle toujours bien de l'esprit ? et Roquesante ? 
Jeûnent-ils toujours tous deux au pain et à l'eau ? Pour- 

3. Voyez tome II, p. io5, note 6, et tome III, p. 971, note 3t 

4. Voyea tome III, p. 3i65. 



— 292 — 

. quoi tant de pénitences, puisqu'il a aj^rté tant d*iiidul 
gences plénières ? Encore faut-il les appuyer sur quelqw 
chose. 

Disons deux mots de Danemark. La princesse* est ai 
siège de Wismar * avec le Roi et la Reine ; les deux amant« 
y font des choses romanesques. Le favori a traité un ma- 
riage pour le prince, et a laissé le soin à la renommée 
d'apprendre cette nouvelle à la jolie princesse ; il fut même 
deux jours sans lavoir : cela n'est pas le procédé d'un sot; 
pour moi, je crois qu'il se trouvera à la fin qu'il est le fils 
de quelque roi des Visigots^. 

Vous me faites peur de votre vieille veuve qui se marie 
à un jeune homme : c'est un grand bonheur de n'être 
point sujette à se coiffer de ces oisons-là ; il vaut mieax 
les envoyer paître que de les y mener. Vous êtes étonnée 
que tout ce qui vous entoure ne comprenne point que 
vous souhaitez quelquefois d'être séparée de leur bonne 
compagnie ; et moi, je ne puis m'accoutumer à une chose, 
c'est de voir avec quelle barbarie ils souhaitent tous que 
je passe le reste de ma vie aux Rochers, mais à bride 
abattue, sans jamais faire aucun retour que l'on peut trou- 
ver quelque société plus délicieuse que celle de Mlle du 
Plessis. Cela m'impatiente qu'en toute une province il n y 
ait personne qui se doute que l'on connoisse quelqu'un à 
Paris ; j'avois dessein de m'en plaindre à vous. 

5. Charlotte-Émilie-Henriette de la Trémouille. Yojrei ci-detfui) 
p. x55, note 4. 

6. Wismar, rille du MecUenbourg, appartenait à la Suède de- 
puis 1648. Le roi de Suède étant entré en guerre contre rélecteurde 
Brandebourg en fareur de la France, les Hollandais, les Espagnob 
et les Danois s*ëtaient aussitôt déclarés contre lui, et au commence- 
ment de norembre le roi de Danemark arait mis le siège dervA 
Wismar, qui se rendit à lui le aa décembre. Vojez plus haut, p. i^/- 

7. On a TU plus haut (p. i56, note 7) qu'il était le fils d'un noT' 
ohand de rin de Copenhague. 



— 39^ — 

Nous avons si bien aliéné, et vendu, et tracassé, que je 
crois que nous donnerons nos trois millions : nous serons 
ii sots que nous prendrons la Rochelle *. C'est un vieux 
conte que vous appliquerez. Nous avons fait les mêmes 
libéralités qu^à l'ordinaire ; on a même sauvé M. d'Ha- 
ronysdes abîmes que Ton craignoit pour lui. On a frondé 
si rudement contre Monsieur de Saint-Malo, que son 
neTeu* s'est trouvé obligé de se battre contre un gen- 
tilhomme de basse Bretagne. 

Adieu, ma très-chère enfant : la confiance que vous 
avez que j'aime passionnément vos grandes lettres, m'o- 
blige sensiblement, et me fait voir que vous êtes juste. 
Je vous remercie de me les souhaiter, comme la plus 
aimable chose que je puisse recevoir, et vous devez aussi 
me plaindre quand je suis privée de cette consolation par 
les retardements de la poste. 

Dimanche. 

Je quittai hier cette lettre pour Mme de Chaulnes, pour 
M. de Rohan et pour la petite personne : ils soupèrent ici, 
et sont partis ce matin pour Laval, et tout droit à Paris. 
Il me semble que M. de Rohan est assez aise d'être avec 
la petite. Mme de Chaulnes m'a fort conté les affaires des 
états : je l'ai fait convenir que Monsieur de Saint-Malo 
avoit été ridicule avec son bal ; elle me paroît la mort au 
c«ur de toutes ces troupes, et M. de Chaulnes, qui est 
demeuré à Rennes, très-embarrassé de M. de Pomme- 

8. ÂUuiion à une chanson du règne de Louis XIII, sur le deuxième 
û^ge de la Rochelle. Le cardinal de Richelieu fit décider le siège de 
la Rochelle contre Ta vis des courtisans, qui craignaient que le succès 
<le cette entreprise ne rendit le Cardinal trop puissant. « Vous verrez, 
^it Bassompierre, que nous serons assez fous pour prendre la Ro- 
^l^elle. a {Aiucdotes francoiies^ p. $77.) Voyez les Mémoires de Bussjr, 
tonte U,p, an. 

9< Gnémadeuc. (Noie de Perrin,) 



r675 



— ^94 — 

"ê^T ^^' ^^^^ ^^^® compagnie m'a fort parlé de vous. 
Quand je serai aux Rochers, je vous écrirai plus long- 
temps : en vérité, ma fille, c'est toute ma consolation que 
de vous parler. 



^481 • — I>B MADAME DE SÉVIGHÊ 
AU PBËSIDEirT DE BBRBISEY*. 

Aux Rochers, aa* décembre*. 

Je vous écris aujourd'hui, mon très-cher Président, 
pour tout ce qu'il y a de la Maisons à Bourbilly. Le bon- 
homme que vous connoissez me prie de vous recomman- 
der son cadet ; moi je vous sollicite pour mon amodia- 
teur. Ainsi vous n'avez qu'à compter que dès que vous 
verrez un homme qui vous dira : « Monseigneur, je 
m'appelle la Maison, je viens de Bourbilly, » vous n'avez 
qu'à le regarder comme un de vos sujets, dont vous êtes 
le protecteur. M. le président Frémyot en usoit ainsi. 
Vous avez sa charge ; je ne vous honore pas moins que 

Lbttbs 481 (reyue tur Tautographe). — i. Jean de Berbisej (c'est 
ainsi que le nom est constamment écrit sur les registres du parlement) 
était président à mortier au parlement de Bourgogne, comme PaTait 
été ayant lui le président Claude Frémyot ; mais il n^STait pai la 
charge de ce dernier, mort depuis plus de cinquante ans. Sainte 
Chantai, grand*mère de Mme de Sévigné, était fille d*un Frémjot et 
d*une Berbisey. 

a. L*original ne porte point d'indication d*année; mais la lettre 
est éyidemment de 1675. On voit par dlrerses lettres au comte de 
Guitaut, des mois de jaurier, mars et arril i683, que le bail de la 
Maison, fermier de Bourbilly (royez tome II, p. 539), expira cette 
année (i683) et ne fut point renourelé ; or de 1674 à 1684 Mme de 
Sévigné ne se trouva qu*une fois aux Rochers en décembre, et ce fîa 
en 1675. Nous apprenons par la lettre précédente et par la suivante 
qu'elle était allée le samedi ai à Vitré, et que dès le dimanche ss 
elle était retournée chez elle. 



je rhonorois : tirez vos oonséquenceft. Mais voioi ce qae 
je vous demande : c'est d'agir paternellement à leur 
égard ; c*est-à<-dire de les protéger quand ils ont raison, 
mais quand ib ont tort de les gronder, et de tacher par 
charité de les accommoder; car je vous dirai, mon cher 
Monsieur, qu'à Tégard de mon amodiateur, je trouve 
très-mauvais qu'il s'amuse à phiider. C'est sa ruine et la 
mienne. Il consommera la son argent et le mien, et me 
donnera cette belle excuse pour ne me point payer. 
Voila nettement ce que je ne veux point, et ce que je 
vous conjure de considérer, afin de le mettre d'accord, 
et lui ôter tout moyen de se ruiner en chicane. 

\dieu, mon cher Monsieur, conservez-moi l'honneur 
de votre amitié. Songez à vos moyeux* pour Provence; 
songez que c'est ce qui paye le Saint-Laurent, s'il se 
pouYoit payer : il sera divin cette année. 

Là m. db SiviGici. 

Suseription : A Monsieur, Monsieur le président de 
Berbisy, 

A Dijon. 



48:1. — DE BIADABfB DE 8ÊVIGHÊ 
A MAnAMS DE GaiGNAU. 

Aux Rochers, le jour de Noèl. 

Voia le jour où je vous écrirai, ma fille, tout ce qu'il 
plaira k ma plume : elle veut commencer par la joie que 

3. Prunet dont on fidsait d^exeellentet confitures. Le président de 
Berbiiey enroyait de cet confitures à Mme de Grignan, qui en retour 
lui donnait du TÎn de Saint-Laurent. Voyea plus loin, p. 343, la lettre 
de Mme de Grignan du 19 janvier 1676, et tome II, p. S37, note 9. 



1675 



— 296 — 

j'eus de revenir ici de Vitré dimanche en paix et en reporf 
après deux jours de discours, de révérences, de patieno 
à écouter des choses qui sont préparées pour Paris. J*eu 
pourtant le plaisir d'en contester quelques-unes, comixii 
le bal de Monsieur de Saint-Malo aux états. Mme de Tm 
rente rioit fort de me voir échauffée, et pleine de toutel 
mes raisons pour Timprouver; mais enfin j'aime mieijui 
être dans ces bois, faite comme les quatre chats (hélas ij 
vous en souvient-il ?), que d'être à Vitré avec l'air d'uaal 
madame. La bonne princesse alla à son prêche^; je les en« 
tendois tx^us qui chantaient des oreilles* j car je n'ai jamais 
entendu des tons comme ceux-là: je sentis un plaisir 
sensible d'aller à la messe ; il y avoit longtemps que je 
n'avois senti de la joie d'être catholique. Je dinai avec le 
ministre*; mon fils disputa comme un démon. J'allai a 
vêpres pour le contrecarrer ; enfin je compris la sainte 
opiniâtreté du martyre. Mon fils est allé à Rennes voir le 
gouverneur, et nous avons fait cette nuit nos dévotions 
dans notre belle chapelle. J'ai encore cette petite fille qui 
est fort jolie* ; sa maison est au bout de ce parc ; sa mère 
est fille de la bonne femme Marcille, vous ne vous en sou- 
venez pas ; sa mère est à Rennes ; je l'ai retenue : elle joue 

LirniB 48a (revue en très-grande partie sur une ancienne copie). 
-— I . Après la destruction du temple protestant de Vitré, qui eut lieu 
en 1671, en rertu d^un arrêt du conseil, Tëglise Notre-Dame fut par- 
tagée entre les catholiques et les réformés; les premiers se réunissaient 
dans le chœur et les protestants dans la nef. On voit encore une im-* 
mense cloison qui partage en deux Tédifice, et une chaire en pieire 
sculptée, extérieure et destinée aux prédications des ministres, de 
laquelle ils s*adressaient à leurs sectateurs réunis dans le cimetière. 

a. Il est dit dans une note de Perrin que chanter des oreilles est une 
expression de Panurge. Nous ne Favons pas trouvée dans Rabelais. 
.3. Pierre Beslj. M. du Bois le nomme dans ses Reclurches mou- 
velles^ Paris, Techener, x838, in-8', p. 79. 

4. Charles de Se vigne en parle à sa soeur à la fin de la lettre du 
i5 décembre précédent. Voyez ci-dessus, p. a83« 



— ^97 — 

aatrictrac, aureversis: ette est assez beUe, et toate naïve, ^^ ^ 
c'est Jeannette ; elle m'incommode à peu près comme 
Fidèle. La Plessis a la fièvre quartaine : qnand elle vient, 
et qu'elle trouve cette petite, c'est une très-plaisante 
chose que de voir sa rage et sa jalousie, et la presse qu'il 
y a à tenir ma canne ou mon manchon. Mais en voilà 
bien assez, voici un grand article de rien du tout. Ma 
chère enfant, parlons un peu de notre d'Hacqueville. Il 
est couru à Saint-Germain dès qu'il a su que Péruis' 
étoit arrivé. Il avoit envoyé mes lettres ; il n'y a point en 
vérité un autre ami de cette trempe ; mais le petit avocat 
qui porte toutes les défenses de vos amis n'est point arrivé . 
Cela l'inquiète fort, car que répondre contre des faits? 
Mais à l'heure que je parle peut-être que tout est arrivé. 
Les Fourbins ont une affaire de bien plus grande im- 
portance que celle-là, qui est celle du petit Janson*, qui a 



5. Voyez tome III, p. 3ao, note 6 de U lettre du 18 décembre 1673. 

6. Françoû-ToiUMint de Forbtn, fils aîné de Laurent, marquis 
de Janson (Toyestome II, p. 7a, note 17), et nereu de Tëvéque de 
Bfarseille. Il ëuit né en i655. — Il prit la fuite après ce duel, et se 
mit au serrice de TEmpercur. Il se trouva à la lerëe du siëge de 
Vienne et à la prise de Bude. La guerre ayant été déclarée entre la 
France et TEmpire, il revint dans sa patrie, et se déguisa sous le 
faux nom de comte de Rotemherg, Le Roi, touché de cette marque de 
fidélité, ferma les yeux sur sa rentrée en France, et lui donna un 
grade dans un régiment étranger. Étant resté au nombre des morts a 
U bauille de la Marsaille, livrée le 4 octobre 1698, il fut porté par 
set soldats chez les jésuites de Pignerol, qui prirent soin de ses 
blessures, et commencèrent, par leurs exhortations, à lui inspirer la 
Résolution qu*il prit dans la suite de se consacrer à Dieu. Il se rendit 
• la Trappe et y fit profession sous le nom de frère Arsène, le 7 d^ 
<iea>bre i7c»3. En l'année 1704, il fut du nombre des religieux 
que Fabbé de la Trappe envoya en Toscane sur la demande du 
gnnd-dno, pour rétablir Tancienne observance deCîteaux dansTab- 
^yc de Buon^olatzo, Le cardinal de Janson alla Ty voir, et fut 
touché jusqu'aux larmes des discours de son neveu. Le frère Arsène 
mourut dans cette abbaye le ai juin 1710. (Note de Pédition de 1818.) 



— agS — 

~rT tué en dael le neveu de M. de la Fenillade, Chassuigri- 
mont''. Cette affaire est au parlement^ et le Roi a dit, 
que si on avoit fait justice de la mort de Oiàteauvilain*, 
qu*on croit avoir été tué en duel, il n*y en auroit pas eu 
beaucoup d'autres. Voilà donc un garçon comme les 
autres hors de France, dans les pays étrangers, et ils 
sont tous fort intrigués. 

Que dites* vous de la pauvre Mme de Puisienx? ce 
rhume devient une fluxion sur la poitrine ; c'est ainsi qu'el- 
les se sont introduites familièrement dans les maisons. 
Cette bonne Puisieux nous auroit rendu mille services 
contre le Mirepoix, et la voilà morte*. Lancy, notre pa- 
rent^*, est mort aussi en trois jours : c'étoit une ame faite 
exprès ; j'en suis affligée : priez d'Hacqueville de faire vos 
compliments chez les Rarai : voilà tout ce qu'il vous en 
coûtera. M. le cardinal de Retz me confie qu'il est à Saint- 
Mihel pour passer les fêtes, mais que je n'en dise rien, de 
peur du scandale. Il m'a été impossible de ne lui pas dire 
l'endroit de Rome de votre dernière lettre ; c'est une har- 
monie que l'arrangement de tous les mots qui le com- 
posent : je sais assurée qu'il le trouvera fort bon, et qu'il 
reconnoitra bien le style et les discours de sa chère nièce. 
Mme de Coulanges a eu une grande conversation avec son 
gros cousin", dont elle espère beaucoup pour M. de Cou- 
langes. La grande femme'* ne vous écrit-elle point? 

7. Jeaii-Charletd'AiibiiMon deCfaaiaingrimont, chevalier de Malte, 
tué en 1675. n était cousin germain du maréchal de la Feuillade. 

8. Louift-Marie-Charlea de l'Uospital, comte deChÂteauTilain, filt 
de Françoia-Marie de THospital, duc de Vitry. Élevé comme enfant 
d* honneur de Louia Dauphin, il figura au combat de Senef, et fut 
tué dana la nuit du 10 novembre 1674, âgé de vingt et un ana. 

9. Elle se rétablit. Voyez la lettre du %g décembre suivant. 

10. Voyez tome III, p. a58, note a. 

11. Louvois. 

II. Cette grande femme était Mme d'Heudicourt, {Noie de 1818.) 



— 399 — 

Mme de Vins vient de m'écrire encore une lettre fort jolie, 
et, comme vous dites, bien plus flatteuse qu*elle ; elle me 
dit que, pour ne point souhaiter mon amitié, il n*y a point 
d*autre invention ^ue de ne m'avoir jamais vue, et toute 
k lettre sur ce ton-là : n*est*ce pas un fagot de plumes au 
lieu d*un fagot d'épines? M. d'HacqueviUe croit qu'elle 
fera fort bien pour nous, quoiqu'elle ait été un peu fâchée 
que ce qu'on avoit souhaité se soit tourné d'une autre 
façon. Connoissez*vous le Boulay^' ? Oui; il a rencontré 
par hasard Mme de Couroelles; la voir et l'adorer n'est 
qu'une même chose : la fantaisie leur a pris d'aller à Ge« 
néve ; ils y sont ; d'où il a écrit une lettre à Manicamp^* la 
plus plaisante du monde. Mme Mazarin court les champs 
de son côté ; on la croit en Angleterre : il n'y a, comme 
vous savez, ni foi, ni loi, ni prêtre ; mais je crois qu'elle 
ne voudroit pas, comme dit la chanson'*, qu'on en eût 
chassé le Roi. 

Pour Jabac, nous en sommes désolés : quelle sotte dé« 
couverte, et que les vieux péchés sont désagréables'*! Le 
bon abbé priera Rousseau de tacher de faire patienter 

i3. François Brûlait duBouIay, capitaine au régiment d*Orléans. 
Son père, chambellan de Gaston et capitaine du Luxembourg, ^tait 
cousin isiu de germain du chancelier Sillery ; a il était de plus frère 
cadet du célèbre gastronome Broussin, inventeur de la sauce Ro« 
beit. D (M. P. Paris, tome II de Tallemant des Réaux, p. agS.) Sur 
la liaison de du Bonlay arec Mme de Courcelles, royei tome II, 
p. 5i3, note 5, et le chapitre n du tome IV de Walckenaer. 

14. Voyez tome III, p. 3a, note 5. 

i5. Chanson de Blot. {Note de Perrin,) — Sur Blot, voyez tome II, 
P- '99» note II. 

16. Il s*agissoit d'une ancienne dette pour marchandises livrées à 
MmedeGrignan. {Note de Perrin^ 1754.) — « L'inventaire des archives 
de la maison de Grignan démontre que le chevalier Perrin, s'il a été 
bien informé, entend, dans sa note, parler de la première femme du 
comte de Grignan. Il s'agissait d'une réclamation du sieur Jabach 
pour une somme de quatre mille livres qui lui était due comme com* 



1675 



— 3oo — 

«— — jusqu'à notre retour. N'est-Kse point abuser du loisir d une 
' ^ dame de votre qualité, que de vous conter de tels fiigots ? 
car il y a fagots et fagots : ceux qui répondent aux vôtres 
sont à leur place ; mais ceux qui n*ont ni rime ni raison, 
ma bonne, n'est-ce point une véritable folie? Je vais 
donc vous souhaiter les bonnes fètes^'^ , et vous assurer, ma 
très-chére, que je vous aime d'une parfaite et véritable 
tendresse, et que, selon toutes les apparences, elle me 
conduira in articulo mortis. Vous ai-je dit que Mme de 
Fontevrault étoit allée chez Mme deCoulanges voir votre 
portrait ? Il en vaut bien la peine. 



*483. — DU COMTE DE BUSSY RABUTIN 
A MADAME DE S£VI6RË\ 

Deux moii après que j*eai reçu cette lettre {eelU du %o octobre^ 
Tojez p. 195), j'écrivis celle-ci a Mme de Séngnë. 

A Bussy, ce a6* décembre 1675. 

Jb ne vous ai pu écrire plus tôt, ma belle cousine. Les 
suites de la noce, qui sont d'ordinaire embarrassantes, 
m'en ont empêché. Vous m'avez témoigné souhaiter de 
savoir comment se seroit passée la chose. Le voici. 

plément d'une obligation faite à son profit par M. le comte de Gri- 
gnan et feu son épouse. Cette af&ire ne fîit terminée que le 3i mars 
1677, au moyen d'une constitution de deux cent cinquante livres de 
rentes, [par M. le comte et Mme la comtesse de Grignan, au profit de 
Mlle de Grignan, fille de Mme de Grignan-Rambouillet, Après cette 
constitution, le sieur Jabach donna quittance : » Toyesle Catalogue du 
archives de la maison de Grignan^ p. 33. (Walckenaer, tome Y, p. 4^i.) 

17. L'usage de souhaiter les bonnes fêtes à Noël et à Pâques s'ob^ 
serre encore dans certaines proTinces, et surtout en Provence. (Note 
de Perrin,) 

LnTmi 483. ^- i. Cette lettre n'est point dans le manuscrit de 
l'Institut. Nous ayons déjà dit qu'elle précédait celle du ao décembre 
dans notre autre copie autographe. 



— 3oi — 

Ce fbt à Chaseu, le 5* novembre dernier, ob j'ai un des ■■ 
beaux salons de France. L'assemblée n'étoit pas ' ' 
grande. Avec les Toulongeons, mes filles de Saint-Julien 
et de Chaseu', il n'y avoit d'extraordinaire que mes amis 
Jeannin et le comte d'Ëpinac*. Je leur fis trois jours du- 
rant bonne chère. J'avois les officiers* de Jeannin avec les 
miens. Tout le monde fîit assez gai, mais la fille de notre 
Uis-digne mère* étoit transportée de joie, et cela n'étoit 
troublé que parla peur du nouement d'aiguillette. Il faut 
dire la vérité. Le lendemain de la noce qu'elle apprit 
comment les choses s'étoient passées, il n'y eut plus de 
bornes à sa joie. La pucelle ne fut pas bonnement si em- 
portée que sa grand'mère; cependant, voyez un peu la 
dissimulation, elle est grosse. A qui se fiera-t-on après 
cela? Car enfin elle avoit l'air fort modeste, et même un 
peu froid, et le plus effronté n'eût pas osé jusqu'à ce soir 
lui baiser le bout du doigt. Au reste, elle me paroit con- 
tente. Dieu veuille que cela dure ! Tous les commence- 
ments sont beaux. Les maris sont encore amants au bout 
de six semaines. Cela ne va que du plus au moins; mais 
enfin les plus honnêtes, au bout d'un an seulement, sont 
des maîtres. Ma fille m'en dira des nouvelles un jour, 

a. Charlotte et Louise-Françoise-Lëonore, qui furent toutes deux 
rellgieuiesbénédictinetà Saint-Julien-fur-Deune, prèsd'Autun. Char- 
lotte Tétait déjà ; Louise le devint en 1678. Bussy dit dans une lettre 
dn s4 avril de cette année (1678) : « Monsieur d*Autun donna Thabît 
à ma fille de Chaseu il y a huit jours. » Voyes dans notre tome I, 
p. 341 et 343, la Généalogie^ branche des Rahuiin Buuj, 

3. c Probablement Louis de Pernes, en faveur de qui la seigneurie 
de Moneuy, au bailliage d*Autun, fut érigée en comté (i656) sous 
le nom d'Épinac. Il étoit frère de Mme de Toulongeon, belle-sosur 
de Bussy, et capitaine de cavalerie au régiment Royal. 9 (Correspot^- 
dance de Busty^ tome III, p. 6s.) 

4* Voyes tome III, p. 494} note 14. 

5. Mme de Toulongeon, fille de sainte Chantai, et grand'mère de 
U mariée. 



— 3oa — 

' comme je crois que la belle Madelomie vous en a dites *. 

*^'* Vous la pourriez voir à Paris cet été, car elle préteiud y 
aller faire ses couches. Pour M. de G>ligiiy, il se dispose 
à faire campagne. Je le trouve sur ce chajMtre plein de 
bonnes intentions. 

J*oubliois de vous dire que votre nièce ne s'est pas 
voulu fier à son mari de la iaçon de son enfant : elle le 
veut faire à Tirnage et semblance de sa cousine de (ki- 
gnan; et pour cette effet, dès qu'elle a les yeox ouverts 
jusqu'à ce qu'elle se couche, elle a son portrait devant 
elle. Si elle a l'imagination bien forte, elle fera le plus 
joli enfant de France. 

Adieu, ma chère cousine, j'espère avoir le plaisir de 
vous voir cet été a Paris, publiquement ou en cachette. 
J'ai une belle passion aussi bien que vous''. 



484* —DE MADAME DE SÉVIGlffB 
A MADAME DE GRIGKAIT^ 

Aux RocherSy dimanche 29* décembre. 

Lbs voilà mes bonnes petites lettres ; ne me plaignez 
point d'en lire deux à la fois : vous savez ma folie ; quand 



6. Ce participe est écrit ainsi dans la copie de Bussy. 

7. A la suite de la lettre on lit cette phrase, écrite d*une autre main 
qne celle de Bussj : « Comme je me sois mis en possession d*ëcrire 
au Roi toutes les campagnes, roilà ma lettre sur le bruit qui court 
que Sa Majesté ira en Flandre en personne. » — Cette lettre au Roi 
ae troure dans Tédition de 1697, au tome I, p. ly^aoa, et dans la 
Correspondance^ au tome III, p. 458 et suÎTantes. 

LmïrRB 484 (rerue en grande partie sur une ancienne copie). — 
I. Le premier, le second et le quatrième paragraphe de cette lettre 
ne sont que dans les éditions de 1736. Celle de la Haye donne seule 
laphrasequi forme le troisième : « Je tous trouve bien hardie, etc. » 



— 3o3 — 

je reçois tme de vos lettres, je trouve que j'en voudrois 
bien encore une, et la voilà. C'est une double joie, c'est 
une provision, tant que je ne suis pas en peine de vous ; 
rien ne me peut mieux consoler de ce jour de poste à qui 
je fais la mine ; la pensée ne me vient jamais que vous ne 
m'ajez pas écrit. Montgobert ne me diroit-elle pas tou- 
jours de vos nouvelles ? Mandez-moi comme elle se porte, 
je Fembrasse et Taime toujours. Je reviens à la poste : 
c'est rhiver qui cause ce dérèglement. En vérité, vos 
lettres méritent bien d'être attendues et reçues comme 
je les reçois. En voilà de Mme de Vins, de M. de Pom- 
pone, et de G>rbinelli ; j'ai bien rivé le clou à Corbinelli, 
et à sa muse, en voulant mettre au même rang ce que je 
lui demande et ce qu'elle me demanderoit. 

Vous verrez que Mme de Vins a toujours sur le cœur 
ce qu'elle vous a mandé. Puisqu'elle vous donne une si 
belle occasion de vous justifier, faites-le, ma belle, et 
dites vos bonnes petites raisons, afin que l'on les entende, 
et que personne n'ait plus rien sur son cœur. M. de Pom- 
pone me gronde encore de ce que j'avois mis dans la 
lettre de Mme de Vins qu'il aimoit Monsieur de Marseille 
plus que moi. Enfin ce côté-là me paroit tout plein d'a- 
mitié, et M. d'Hacqueville me mande que nous avons 
tous les sujets du monde d'en être contents. Toutes vos 
raisons sont arrivées; tout a été fait dans l'ordre; il ne 
craint que M. Colbert. Pour moi, je crois qu'on renverra 
cette affaire à Monsieur l'Intendant, et c'est cela que vous 
voulez : je pense qu'il vaudroit mieux qu'on ordonnât 
que les choses demeurassent comme elles sont. 

Maisy hëlasl dans le monde où Ton fait ce qu'on peut, 
Et ceci^ comme noua, ma bonne, vous regarde, ^ 
Fait-on, je ne dis pas la moitié, Dieu m'en garde I 
Mais foit-on seulement le quart de ce qu'on veut? 



— 3o4 — 

Je vous trouve bien hardie d^aftsembler vos lettres pro- 

' ' vençales; et qu'en voulez- vous faire, bon Dieu? 

On nous fait espérer le départ de Figuriborum\; je ne 
dis pas la paix, car vous ne voulez pas croire qu*un traité 
puisse être signé par lui '. Que vous êtes plaisante de vous 
souvenir de ce temps si différent de celui-ci ! Eussions- 
nous jamais cru que Figuriborum eût fait une figure? 
Jamais homme n'a été saboulé ^ comme lui. Il &ut avouer 
que vous êtes la première personne du monde. Il y a un 
petit homme* qui s'est vanté de s'être soustrait à votre 
saboulage ; vous aviez assez d'envie de lui marcher sur le 
haut de la tête ; mais n'avez-vous point peur d'être ex- 
communiée ? 

Le petit frater est encore à Rennes : il aura trouvé là 
quelque amusette ; il seroit tout prêt à faire et à nier 
encore un adieu à la Ceuùnus*. Il n'aime plus cette belle, 

9 . C'est Charles-Golbert, marquis de Croîssy , que Bfme de SëTigné 
désigne par ce sobriquet . Voyea tome II, p. 396, note la. 

3. Voici ce que rapporte la Gazette dans son dernier numéro 
de 1675, sous la rubrique de Paris, le a8 décembre : a Le sieur Col-* 
bert et le comte d^Araux, ambassadeurs extraordinaires et plénipo- 
tentiaires du Roi pour le traité de paix à Nimègue, partiront d*ici ce 
jour-là (le 16) pour se rendre incessamment en ladite riUe de Nimèguei 
en conséquence des ordres pressants qu*ils ont reçus de Sa Majesté. 
Le duc de Vitry, dont la santé se rétablit tous les joars, sera en eut 
de partir en très-peu de temps, a 

4. L*édition de la Haye donne MAoïe; celle de Rouen ruLeuUsé, Le 
mot tabouUtge^ qui se trouve trois lignes plus loin (et que Timpression 
de Rouen remplace par plaisanterie)^ indique, ce nous semble, que 
le Trai texte est sahoulé. Voyez la Comtette it£sc«whagnas^ scène ni : 
« Otezp-moi mes coiffes. Doucement donc, maladroite ; comme roui 
me saboulea la tète arec tos mains pesantes I » 

5 . hepetit homme ne serait-il pas Antoine Godeau, éréque de Grasse 
et de Vence, appelé le luUn de Julie? Il étoit très-petit et très-laid: 
Toyea Tallemant, tome III, p. a3i. Mme de Grignan n'arait ploi 
rien à craindre des plaisanteries qu'elle se permettait sur lui : Godeau 
était mort en 167a. 

6. Allusion aux adieux de Cadmus à Hermione dans Topera de 



^ 3o5 ~ 

et toutes les fois que la nuit étend ses sombres voiles, il ^^ . 
se souvient de Tobjet aimé et de sa communauté^. 

Je vous remercie, ma bonne, de conserver quelque sou- 
venir delpaierno nido^. Hélas ! notre château en Espagne 
seroit de vous y voir : quelle joie ! et pourquoi seroit-îl 
impossible de vous revoir encore dans ces belles allées ? 
M. de Grignan n'y trouveroit personne qui eût la malice 
de rétrécir sa camisole : songez que j*y fais rétrécir mon 
coips de jupe. Vous dites que c'est qu'il est vieux ; cela 
pouiToit bien être ; mais enfin je n'engraisse pas; l'envie 
ne mourra jamais. Que dites-vous du mariage de la 
Mothe' ? La beauté, la jeunesse, la conduite font-elles 
quelque chose pour bien établir les demoiselles ? Ah, 
Providence ! il faut en revenir là. Mme de Puisieux est 

Cadmiu (acte II, scène ir). Une parodie de cet adUux renaît d*étre 
faite en 1673, à roccasion de Dangeau qui quittait Ninon pour aller 
en Angleterre acquitter une dette d*honneur. Voyez Tallemant de» 
Rëanx, tome VI, p. sa et suirantes. 

7. Voyez le commencement de la lettre du 37 norembre prëcë- 
denl, p. J49. 

8. Du nid paternel. Le Tasse (chant I, stance xxn, de la Jérusalem 
dâifréè) a dit dans un sens analogue : nido nativo, 

9. Anne-Lucie, fille d'Antoine de la Mothe, marquis d*Houdan- 
conrt, frère aîné du maréchal ; elle épousa, au mob de janrier sui- 
▼ut, René-François, marquis de la Vieurille, cheralier d'honneur 
de la Reine, gouyemeur du Poitou. Elle mourut en février 1689. — 
fiime de Scudérj écrit à Bussy à propos de ce mariage : a Les 
larmes de Mlle de la Mothe en se mettant au lit firent rire tout le 
monde. La roilà pourtant mieux établie que toutes celles qui ont le 
plus de soin de leur conduite. » Et Bussy lui répond : a Les larmes 
de la la Mothe le jour de ses noces sont efTectircment fort ridicules; 
car c'est une rieille fille qui épouse un jeune garçon, riche et arec 
des établissements et des honneurs, que vraisemblablement elle ne 
dcToit pas épouser; et d'ailleurs il y a grande apparence que ses 
Ivmes ne renoietft pas de la peine qu'ont la plupart des filles qui 
n'ont pas été nourries à la cour, de se trouver la première fois à la 
discrétion d'un homme. » {Correspondance de Bussy ^ tome III, p. 127 

. et suivantes.) 

Mm M Sivioai. iv lo 



167$ 



— 3o6 — 

ressuscitée ; mais n'est-ce point deux fois mourir, bien 
près Tune de Tautre ? car elle a quatre-vingts ans. Mme de 
Coulanges m'apprend la bonne compagnie de notre quar- 
tier ; mais cela ne me presse point d'y retourner plus tôt 
que ce que j'ai résolu : je ne m'y sens attirée que par des 
affaires ; car pour des plaisirs, je n'en espère point, et 
l'hiver n'est point ici ce que l'on pense : il ne me fait 
nulle horreur. Nous suivons vos avis pour mon fils : nous 
consentons à quelques fausses mines ; et si l'on nous re- 
fuse, chacun vendra de son côté^^ ; en attendant, il me 
fait ici fort bonne compagnie, et il trouve que j'en suis 
une aussi ; il n'y a nul air de maternité à notre affaire ; la 
princesse en est étonnée, elle qui n'a qu'un benêt de fils, 
qui n'a point d'àme dans le corps^^ Elle est bien affligée 
des troupes qui sont arrivées à Vitré : elle espéroît,* avec 
raison, d'être exemptée ; mais voilà un bon régiment 
dans sa ville : c'eût été une chose plaisante si c'eût été 
le régiment de Grignan; elle passera l'hiver ici ; il esta 
la Trinité, c'est-à-dire à Bodégat**. J'ai écrit au cheva- 
lier, non pas pour rien déranger, car tout est réglé, 
mais afin que l'on traite doucement et honnêtement mon 
fermier, mon procureur fiscal et mon sénéchal ; cela ne 

10. Voyez la lettre du i*' décembre précédent, p. s 54. 

1 1 . Charles-Belgique-Hollande, seigneur de la Trémouille, duc de 
Thouars, j>rince de Tarente et de Talmont, premier gentilhomme 
de la chambre, né en i655 à la Haye ; il épousa en 1675 Madeleine 
de G*équy, fille unique du dernier duc, et mourut en 1709. Son fils 
épousa une petite -fille de Mme de la Fayette. Le prince de Tarente 
arait eu pour parrains le roi de Suède, qui lui donna le nom de 
Charles, les états généraux des Prorinces-Unies et les états particu- 
liers de la province de Hollande, qui lui donnèrent ceux de Belgique- 
Hollande. — Sur la manière sévère dont il est jugé par Mme de Se- 
Tigné, voyez la Notice^ p. 199. 

la. Terre du marquis de Se vigne en basse Bretagne, près du bourg 
de la Trinité, à peu de distance deQuimper. Elle fut abandonnée à 
Mme de Sévigné pour la remplir de ses reprises* ^ 



— 3o7 — 

leur Goâtera rien, et me fera un grand honneur : cette 
terre m'est destinée, à cause de votre partage. 

Si je vois ici le Castellane^', je le recevrai fort bien : 
son nom et le lieu où il a passé Tété me le rendront fort 
considérable. L'affaire de mon président^^ va bien; il se 
dispose a me donner de Targent, c'est-à-dire à M. d'Ha- 
rouys ^* : voilà une des affaires que j'avois ici. CeUe qu'en- 
treprend l'abbé de la Yergne*' est digne de lui ; vous me 
le représentez un fort honnête homme. 

Ne voulez-vous point lire les Essais de morale^ et 
m*en dire votre avis ? Pour moi j'en suis charmée ; mais 
je le suis fort aussi de l'oraison funèbre de M. de Tu- 
renne ^^ : il y a des endroits qui doivent avoir fait pleurer 
tous les assistants; je ne doute pas qu'on ne vous l'ait 
envoyée : mandez-moi si vous ne la trouvez pas très-belle. 
Ne voulez-vous point achever Josèphe? Nous lisons beau- 
coup, et du sérieux, et des folies, et de la fable, et de 
Thistoire. Nous faisons tant d'affaires, que nous n'avons 
pas le temps de nous tourner. On nous plaint à Paris, on 
croit que nous sommes au coin du feu à mourir d'ennui 
et à ne pas voir le jour : hélas ! ma bonne, je me pro- 
mène, je m'amuse; ces bois n'ont rien d'afireux; ce 
n'est pas d'être ici qu'il me faut plaindre. Je ne me charge 
point de vos compliments pour Mme de la Fayette : 
priez-en M. d'Hacqueville ; la machine ronde n'a été que 
deux ou trois jours sans tourner : il a été à Saint-6er« 



i3. Un parent de M. de Grignan. {Note de Pétrin,) 
14. Du prëflident de Mesneuf. Voyez ci-dessus, p. «78. 
i5. Il était créancier de Mme de Séyjgné. Voyez la lettre du i 
<inis de Sérigné à sa sœur, du 27 septembre 1696. 

16. Probablement ses missions. Voyez ci-dessus, p. 277, la note 8 
de la lettre du i5 décembre précédent. 

17. Par Mascaron. Voyez ci-dessus, p. 334^ note 14, et la lettre 
«litante^ p. 3ia et 3i3» 



167S 



^ 3o8 — 

— • main pour vous ; il est occupé de nos affaires : c^est un 
' ^ ami adorable. Il fera valoir vos raisons à M. de Pom- 
pone, et après cela, s'ils ne sont contents, vous leur per- 
mettez de se coucher auprès : c'est fort bien dit. M. de 
Goulanges espère beaucoup d'une conversation qu'a eue 
sa femme avec M. de Louvois. S'ils avoient l'intendance 
de Lyon, conjointement avec le beau-père, ce seroit un 
grand bonheur; et voilà le monde : ils ne travaillent que 
pour s'établir à cent lieues de Paris. Je ne puis com- 
prendre la nouvelle passion du Charmant ^* : je ne me 
représente point qu'on parle de deux choses avec cette 
matérielle Chimène^*. Mme de Marans disoit bien. On 
dit que son mari lui défend toute autre société que celle 
de Mme d'Ârmagnac : je suis comme vous, mon enfant, 
je crois toujours voir la vieille Médée'^ avec sa baguette 
faire fuir, quand elle voudra, tous ces vains &ntomes 
matériels*'. On disoit que M. de la Trousse en vouloit à 
la maison çison-^çisu *' ; mais je ne le crois point délogé, 
et je chanterois fort bien le contre-pied de la chanson de 
l'année passée*' : 

La Trousse est vainqueur de Brancas; 
Têtu ne lui résiste pas.... 
De lui seul Coulange est contente; 
Que chacun chante. 

i8. Villeroi. Voyez tome III, p. 170, note 5. 

19. Il y a ici dans le manuacrit une faute étrange : maternelle de- 
menee^ pour matérielle Chimène. 

ao. Ceci s'applique probablement à la comtesse de Soiasons. Vojet 
Walckenaer, tome IV, p. lai. 

ai. Voyez le Thésée de Quinault, fin delà scène m du IV* acte. 

la. a La maison d*en face. » C'est, dit le Dictionnaire de Tré- 
TOUX, qui écrit vuum^vuu^ un « terme bas et populaire. » 

a3. Le comte de Brancas aimait Mme de Coulanges; Tabbé Têtu 
était aussi du nombre de ses adorateurs, mais le marquis deUTronsie 
était le riyal préféré. Brancas, toujours singulier, arait une façon 



— 3o9 — 

Mais c'est entre vous et moi, la belle ; car je sais fort 
bien comme il faut dire ailleurs : vous êtes fidèle et dis- 
crète. Vous me paroissez avoir bien envie d'aller à Gri-* 
gnan : c'est un grand tracas ; mais vous recevrez mes 
conseils quand vous en serez revenue. Mes baisemains à 
ces deux hommes qui sont chez eux il y a plus d*un mois, 
m ont fait rire. Cette barbe de M. de Grignan, qui Tem- 
péchoit de me baiser d*un gros quart d'heure, est appa- 
renunent achevée de raser. La longueur de nos réponses 
fait frayeur; elle fait bien comprendre l'horrible distance 
qu'il y a entre nous : ah ! ma bonne, que je la sens, et 
qu'elle fait bien toute la tristesse de ma vie ! Sans cela, ne 
serois-je point trop heureuse avec un joli garçon comme 
celui que j'ai? Il vous dira lui-même s'il ne soufire pas 
d'être éloigné de vous. 

Adieu, ma très-chère et très-aimable bonne. Pariez- 
moi de votre santé et de votre beauté, tout cela me plaît. 
Je me porte comme vous pouvez le désirer. J'attendois 
votre frère ; il n'est point arrivé. C'est une fragile créa- 
ture : encore s'il se marioit pendant son voyage ; mais je 
sois assurée qu'on le retient pour rien du tout: s'il se 
divertit, il est bien. Adieu, ma très-chère et très-aimable 

<i*aimer qai n*appartenait qu*à loi : c'était un mélange de déTotion 
et de galanterie, dont Mme de Sérigné plaisante arec la fille dans 
la lettre du sa septembre 1680. Coulanges arait fait le couplet sui- 
vant en 1674 {sur l'air «TAlcide est rainqueur du trépas, vojrez ci-' 
^«•«if. 175, noie la) : 

Têtu est rainqueur de Brancas, 

La Trousse ny résiste pas ; 

De lui seul Coulange est contente, 

Son mari chante : 
Têtu est vainqueur de Bracas, 
La Trousse n*/ résiste pas. 

Vojea les Chamsmu de Coulanges, p. 71, édition de 1698. {Jlfote 
d€ rédieiom de 1818.) 



1675 



— 3io — 

et très parfaitement aimée, M. de Grignan veut-il m< 
baiser ? 



i5^<S 4^^* ^B MA0AME DE SÊVIGRÊ ET DE CHARLES 

DE SÉVIGirÊ A MADAME DE GRIGNAN. 

Aux Rochers, le premier jour de l'an 1676* 

DE MIOÀMB DE SÉVIGNÉ. 

Nous voilà donc à Tannée qui vient, comme disoit 
M. de Montbazon^ ; car il n y a point de naïveté qu*on 
ne lui fasse dire. Ma très-chère, je vous la souhaite heu- 
reuse ; et si vous croyez que Tassurance de la continua- 
tion de mon amitié entre dans la composition de ce bon- 
heur, vous pouvez y compter sûrement. 

Voilà une lettre de d'Hacqueville, qui vous apprendra 
Tagréable succès de nos affaires de Provence; il surpasse 
de beaucoup mes espérances : vous aurez vu où je me 
bomois, par les lettres que je reçus il y a peu de jours 
et que je vous envoyai. Voilà donc cette grande épine 
hors du pied; voilà cette caverne de larrons détruite; 
voilà Tombre de M. d'Oppède conjurée ; voilà le crédit 
de la cabale évanoui, voilà Tinsolence terrassée : enfin 
j*en dirois d'ici à demain. Mais, au nom de Dieu, soyez 
modestes dans votre victoire : voyez ce que dit le bon 
d'Hacqueville ; la politique et la générosité vous y obli- 
gent. Vous savez ce qu'il vous en coûta pour le syndic 
d'avoir eu la langue trop longue. Vous verrez aussi 
comme je trahis son secret pour vous, ma bonne, par le 
plaisir de vous faire voir le dessous des cartes qu'il a 

Lbttbb 485 (rerue en très-grande partie sur une ancienne copî^)' 
— I. Voye* Tallemant des Réaux, tome IV, p. 471 et suivante. 



— 3ii — 

dessein de vous cacher; mais je ne veux point laisser 
équivoques dans votre cœur les sentiments que vous de- 
vez avoir pour Tami et la belle-sœur'; car il me paroît 
qu'ils ont encore fait au delà de ce qu'on m'en écrit, et, 
pour toute recompense, ils exigent de vous de ne leur 
faire aucun remerciement. Servez-les donc à leur mode, 
et jouissez en secret de leur solide et véritable amitié. 
Gardez-vous bien de lâcher le moindre mot qui puisse 
faire connoître au bon d'Hacqueville que je vous ai en- 
voyé sa lettre; vous le connoissez, la rigueur de son 
exactitude ne comprendroit point cette licence poétique: 
ainsi, ma bonne, je me livre à vous, et vous conjure de 
ne me point brouiller avec un si bon et si admirable ami, 
et à qui nous avons de si grandes obligations. Enfin, ma 
très-chère, je me mets entre vos mains, et connoissant 
votre fidélité, je dormirai en repos de ce côté-là ; mais 
répondez-moi aussi de M. de Grignan ; car ce ne seroit 
*pas une consolation pour moi que de voir courir mon 
secret par cet endroit. 

En voici encore un autre : c'est le jour des secrets, 
comme la journée des souhaits'. Votre petit frater est 
revenu de Rennes ; il m'a rapporté une sotte chanson 
qui m'a fait rire : elle vous fera voir en vers une partie 
de ce que je vous disois l'autre jour en prose. Nous 
avons dans la tête un fort joli mariage, mais il n'est pas 
cuit : la belle n'a que quinze ans, et l'on veut qu'elle en 



3. M. de Pompone et Mme de Vins. {Note de Perrin,) 
3. Il 7 a ici dans notre copie un mot indéchiflrable qui ressemble 
fort à teaehers ou scaehets ; c'est évidemment souhaits quUl faut lire 
(arec et pour ait) : la lettre est du jour de Tan. Ce membre de 
phrase est omis dans la seconde édition de Perrin (1754) *, mais dans 
•a première (1734), il arait imprimé, à Texemple des éditeurs de 
17^6 : « comme la journée des dupes ; » et tous ceux qui sont Tenus 
après lui ont reproduit cette insignifiante leçon. 



1676 



1676 



— 3ia — 

ait davantage pour penser à la marier. Que dites-vous de 
rhabile personne dont nous vous parlions la dernière 
fois, qui ne peut du tout deviner quel jour c'est que le 
lendemain de la veille de Pâques ? C'est un joli petit bou- 
chon^ qui nous réjouit fort; 

Cela n'aura vingt ans que dans six ans d'ici*. 

Je voudrois que vous l'eussiez vue les matins manger une 
beurrée longue comme d'ici à Pâques, et l'après-dînée 
croquer deux pommes vertes avec du pain bis. Sa naïveté 
et sa jolie petite figure nous délassent de la guinderie et 
de l'esprit /îcAii de Mlle du Plessis. 

Mais parlons d'affaires : ne vous a*-t-on pas envoyé 
l'oraison funèbre de M. de Turenne ? M. de Coulanges et 
le petit cardinal m'ont déjà ruinée en ports de lettres ; 
mais j'aime bien cette dépense. Il me semble n'avoir ja- 
mais rien vu de si beau que cette pièce d'éloquence. On 
dit que l'abbé Flécbier veut la surpasser, mais je l'en dé- 
fie ; il pourra nous dépeindre un béros, mais ce ne sera 
pas M. de Turenne ; et voilà ce que Monsieur de Tulle a 
fait à mon gré divinement. La peinture de son cœur est un 
chef-d'œuvre *, et cette droiture, cette naïveté, cette vé- 

$' 4« Molière a employé ce mot dans un sent analogue {École Je* 
àiarU^ acte II, scène xir) : 

Hai, hai, mon petit nez, pauvre petit bouchon. 

5. Vers d*un sonnet de Benserade écrit pour le Roi, représentant 
en i656 un esprit follet^ dans la xn« entrée du ballet royal de Psyché: 

Cela n^aura vingt ans que dans deux ans d*ici. 

(Œuvres de Bensserade^ Paris, 1697, tome II, p. 161.) — Au lieu de 
six asu^ il y a deux ans dans notre manuscrit, comme dans le ren de 
Benserade. Un peu plus haut, les éditions de 1796 ont prêt^ au lieu 
de cuii ; et pas quinze ans^ pour que quinze ans, 

6. Cette peinture est le sujet de la seconde partie de V Oraison f^ 
nkhre de Mascaron« 



— 3i3 — 

rite dont il est pétri, cette solide modestie : enfin tout''. 
Je vous avoue que j'en suis charmée ; et si les critiques 
ne Testiment plus depuis qu'elle est imprimée, 

Je rends grâces aux Dieux de n'être point Romain '• 

Ne me direz-vous rien des Essais de morale, et du 
traité de tenter Dieu, et de la ressemblance de Vamour^ 
propre aifec la charité? C'est une belle conversation que 
celle que Ton fait de deux cents lieues loin. Nous faisons 
de cela cependant tout ce qu'on en peut faire. Je vous 
envoie un billet de la jolie abbesse : voyez si elle se joue 
joliment ; il n'en faut pas davantage pour voir l'agrément 
de son esprit. Adieu, ma très-aimable et trés-chère, je 
vous recommande tous mes secrets ; je vous embrasse 
très-tendrement, et suis à vous plus qu'à moi-même. 

Je laisse la plume à l'honnête garçon qui est à mon 
coté droit : il dit que vous aviez trempé votre plume dans 
du feu en lui écrivant ; il est vrai qu'il n'y a rien de si 
plaisant. 

DE CHARLES DE SÉVlGNi. 

Que dis-je, du feu ? c'est dans du fiel et du vinaigre 
que vous l'avez trempée, cette impertinente plume, qui 
jne dit tant de sottises, sauf correction. Et où avez-vous 
donc pris, Madame la G>mtesse, que je ne fusse pas ca- 
le de choisir une amie ? Est-ce parce que je m'étois 



i67i 



7. Tel est le texte du manuicrit et des deux éditions de Perrin, 
Dans les impreMions de 1796 la fin de la phrase est toute différente : 
« .... Cette Térité dont il étoit l>étri; enfin ce caractère, comme il 
dit, également éloigné de la souplesse, de 1* orgueil, et du fiute delà 
modestie. » Les derniers mots de cette Tariante sont tirés de Masca* 
ron : « Aussi éloigné.... du faste de la modestie que de celui de 
rorgueil. a 

8. Vers de Corneille dans Horace, acte II, scène in. Mme deSé- 
▼igné VtL cité plusieurs fois. 



1676 



— 3i4 — 

adonné pendant trois ans à une personne qui n*a pu 
s'accommoder de ce que je ne parlois pas en public, et 
que je ne donnois pas la bénédiction au peuple * ? Vous 
avez eu du moins grande raison d'assurer que ma bles- 
sure étoit guérie, et que j'étois dégagé de ses fers. Je 
suis trop bon catholique pour vouloir rien disputer à 
rÉglise. Cest depuis longtemps qu'il est réglé que le 
clergé a le pas sur la noblesse. Il m'est tombé depuis 
peu entre les mains une lettre de cette grande lumière de 
rÉglise : il écrivoit à la personne aimée, et la prioit 
de répondre à sa tendresse par quelque maitjue de la 
sienne. Voici ce qu'il lui disoit : « Ne me refusez point, 
je vous prie, cette grâce, et songez que vous me rendrez 
un office singulier. » Cela n'étoit-il pas bien touchant ? 
J'écrivois encore mieux à Mme de Choisy. Je suis rede- 
venu esclave d'une autre beauté brune dans mon voyage 
de Rennes. C'est Mme de***, celle qui prioit Dieu si joli- 
ment aux Capucins : vous souvenez-vous comme vous la 
contrefaisiez ? Elle est devenue bel esprit, et dit les élé- 
gies de la comtesse^de la Suze^^ en langage breton. 

La Dwine^^ est à nos côtés depuis neuf heures du ma- 
tin ; elle nous a déjà conté les plus jolis détails du monde 



9. VoTes la lettre du 37 norembre 1675, p. a49) ^ <^U« du 
8 ayril 1676, p. 899 ; voyez aussi Walckenaer, tome V, p. 36i. 

10. « Mme de la Suze, Henriette de Colignj, le dernier reste du 
sang du grand amiral, qui ne sut régler ni sa vie ni son talent, mais 
qui avait reçu le don de la poésie. » (M. Cousin, la Société française^ 
tome II, p. a43.) Née en 1618, elle était morte le 10 mars 1673. £lle 
avait été mariée d'abord à un Écossais, Thomas Hamilton, puis au 
comle de la Suze, de Tillustre maison des comtes de Champagne. 
La première édition de ses poésies réunies à part est de 1666. Sans 
parler des recueils où Ton^en avait publié antérieurement, il avait 
paru, deux ans auparavant, sous le titre de Pièces galantes^ des mor- 
ceaux de prose et de vers d'elle et de Pellisson. 

11. Mlle du Plessis. 



— 3i5 — 

de son mal, et nous a dit qu'elle étoit montée^* à cheval, 
pour venir voir ma mère, dès qu'elle a été quitte d'un 
lavement qu'elle avoit été obligée de prendre, à cause 
d'une brûlaUon insupportable qu'elle avoit à l'endroit 
par où étoit sorti un flux de ventre qui la tourmentoit 
depuis hier midi. Bon jour et bon an, ma belle petite 
sœur; ne vous moquez plus de moi, ni de mon goût, qui 
est très-bon. J'en juge par l'amitié très-véritable que j'ai 
pour M. de Grignan, que j'honore de tout mon cœur. 



1676 



486. — BU COMTE DB BUSST RABUTIlf 
A MADAME DE SËVIG]|Ê^ 

Hait jours après que j*euft écrit cette lettre (n» 483, p. 3oo), j'ëcnTÎs 
racore celle-ci à Mme de Sérignë. 

A Bussy, ce 3* janvier 1676. 

Il me semble que j'avois tort de ne pas écrire à la 
belle Madelonne, Madame ; vous verrez dans la lettre que 
je lui écris et que je vous envoie, ce qui m'en avoit empê- 
ché, et ce qui enfin m'y a fait résoudre. Si elle étoit à 
Paris, notre commerce seroit plus réglé, et vous seriez 
plus contente. J'ai toujours assez compris la peine que 
vous avez eue à vous séparer de cet* agréable enfant, ma 
chère cousine, mais je la comprends bien mieux depuis 
que j'ai marié ma fille ; je ne vous dis pas depuis que je 
lai quittée, car nous sommes encore ensemble, et je ne 

19. ÈtQÎt montée est le texte de la Haye ; dans Téditionde Rouen 
on lit : a elle aroit monté, m Perrin a omis toute Taposlille de Charles 
de Sérignë. 

Lrthi 486, — X. Cette lettre et la suivante manquent dans le 
mannserit de rinititut. 

s. U y a cet au masculin dans notre copie autographe. 



i«7* 



— 3i6 — 

prévois pas même que nous nous séparions ; mais la peur 
que j'en eus d*abord me donna du chagrin, qui me fit 
songer à vous et vous plaindre plus que je ne faisois. Je 
savois donc, il y avoit longtemps, qu'il étoit bien rude 
de se séparer de ce qu'on aimoit fort ; mais je ne savois 
pas encore combien il étoit cruel de se séparer de ce qu^on 
aimoit fort et de ce qu'on devoit fort aimer. Je viens de 
l'apprendre par l'appréhension seulement, et cela me 
fait croire que ce seroit pour moi une peine mortelle, si 
c'étoit une séparation effective. J'ai des raisons encore 
d'attachement que vous n'avez pas : ma fille a été toute 
ma consolation dans ma disgrâce, et elle me tient au- 
jourd'hui lieu de fortune. J'aime bien mes autres en- 
fants, comme vous aimez fort M. de Sévigné, mais 
assurément nos deux filles sont hors du pair. 

Adieu, ma chère cousine : voici une lettre bien pater- 
nelle ; une autre fois vous en aurez une de mot qui sera 
plus badine et plus tendre pour vous. 



487. — DU COMTE DE BUSST EABUTIN 
A MADAME DE GBIGHAN. 

Le même jour que j*écriTit cette lettre, j*ëorim celle-ci à Mme de 
Grignan. 

A Bussy, ce 3* janvier 1676. 

Jb vous avois promis de vous écrire en Provence, 
et je me l'étois promis à moi-même, quand vous partîtes 
de Paris; mais depuis, faisant réflexion à la longueur du 
temps que ma lettre mettroit à aller jusqu'à vous, je 
changeai de dessein; car enfin il faut qu'elle aille de 
Bourgogne à Paris, de Paris en Bretagne, qu'elle revienne 
de Bretagne à Paris, et qu'elle aille de là en Provence. 



-3i7- 

Cependant je viens de me raviser, et j*ai cru qu'en ne 
vous mandant point de nouvelles, qui assurément ne le 
seraient plus quand vous les recevriez, je pourrois vous 
écrire toute autre chose. Ce n'est pas que je n'aie un 
événement à vous mander : c'est le mariage de ma fille 
de Bussy avec le marquis de Coligny d'Auvergne; et 
quoiqu'elle soit peut-être accouchée quand vous recevrez 
ma lettre, et que cela vous puisse faire faire des juge- 
ments téméraires, mille raisons m'obligent de vous le 
mander, et je vous prierai seulement, pour la justifica- 
tion de la marquise, d'examiner les dates, de ne tirer 
aucune conséquence de ce que vous aurez appris le ma- 
riage et les couches presque en même temps, et de ne pas 
confondre tant de rares merveilles. Mais à propos de 
couches, vous vous souvenez bien de la lettre que vous 
m avez promise, dès que vous auriez appris que je serois 
grand-père*. Je m'attends à un opéra*. 

Adieu, Madame : je vous assure que je vous aime bien; 
faites-moi réponse ; je languirai un peu en l'attendant, 
car je ne la pourrai guère recevoir avant l'année qui 
vient; mais, comme vous savez, de toutes les bonnes 
choses il vaut mieux tard que jamais. 

Lrtu 487. — I. Voyez la fin de la lettre du 10 mai 1675» 
tome III, p. 44g. 

s. A un chef-d'cBUTre. G^eat ainsi quW lit dana le menu dn dîner 
de Damia, acte IV, scène i, du Bourgeois gentilhomme : « Et pour son 
opéra, d*une soupe à bouillon perlé. 9 Vojez Icè Nouvelles remarques 
du P. Bouhonrs, où il est dit (deuxième édition, 1676, p. 174) : 
< Opéra se prend anssi pour une chose excellente et pour un chef- 
d*«nTTe. ».... C'est une «allusion aux grandes comédies italiennes, 
<iue les comédiens apprennent par cœur, et qu*on nomme opéra 
pour les distinguer des farces et des autres petites comédies, que les 
comédiens concertent ensemble sans rien apprendre par cour et sans 
Hen écrire. 1» 



1676 



— 3i8 — 

-r-r 488. — de madame de sÉviGiirÊ et de ghables 
1676 ^ 

DE SÊYIGUË a madame de GRIGlfAlf. 

Aux Rochers, dimanche 5* janvier. 

DE BfÂDÂMB DB SÂVIGN^. 

Lbs voilà toutes deux, ma bonne ; elles sont en vérité 
les très-bien venues. Je n*en reçois jamais trois à la fois; 
j'en serois fâchée, parce que je serois douze jours à les 
attendre : c'est bien assez de huit ; mais peut-on être sur- 
chargée de cette lecture, ma bonne ? ce n'est pas une chose 
possible, c'est de celle-là qu'on ne se lasseroit jamais ; et 
vous-même, qui vous piquez d'inconstance sur ce cha- 
pitre, je vous défierois bien de n'y être pas attentive, et de 
n'aller pas jusqu'à la fin. C'est un plaisir dont vous êtes pri- 
vée, et que j'achète bien cher ; je ne conseille pas à M. de 
Grignan de me l'envier. Il est vrai que les nouvelles que 
nous recevons de Paris sont charmantes ; je suis comme 
vous, jamais je n'y réponds un seul mot ; mais pour cela 
je ne suis pas muette : l'article de mon fils et de ma fille 
sufiit pour rendre notre commerce assez grand; vous 
l'aurez vu par la dernière lettre que je vous ai envoyée. 

D'Hacqueville me recommande encore le secret que je 
vous ai confié, et que je vous recommande à proportion^ 
Il me dit que jamais la Provence n'a tant fait parler d'elle : 
il a raison ; je trouve cette assemblée de noblesse un coup 
de partie. Vous ne pouvez pas douter que je ne prenne un 
grand intérêt à ce qui se passe autour de vous : quelles 

Lettre, 488. — i. Tel est le texte de 17S4. Il y a tout autre 
chose dans IVdition de 1734 (ce passage manque dans celles de 
1726) : « Vous Taurez tu par la dernière lettre que je tous ai en- 
Toyée : la plupart commencent par accuser ia réception de la nùenney 
ou dire qu*elle n'est point encore arrÎTée. M» de Pompone dit que 
jamais la ProTence^ etc. » 



— 3i9 — 

sortes de nouvelles me pourroient être plus chères ? ^^T 
Tout ce que je crains, c'est qu^on ne trouve que la 
sagesse de la Provence fait plus de bruit que la sé- 
dition des autres provinces. Je vous remercie de vos 
nouvelles de Languedoc : en quatre lignes vous m'avez 
instruite de tout. Mais que vous avez bien fait de m'ex- 
pliquer pourquoi vous êtes à Lambesc ! car je ne man- 
quois point de dire : « Pourquoi est-elle là ?» Je loue le 
torticolis qui vous a empêchée d'avoir la fatigue de man- 
ger avec ces gens-là ; vous avez fort bien laissé paître pos 
hêtes* sans vous. Je n'oublierai jamais l'étonnement que 
j'eus quand j'y étois à la messe de minuit, et que j'enten- 
dis un homme chanter un de nos airs profanes au milieu 
de la messe : cette nouveauté me surprit beaucoup. 

Vous aurez lu les Essais de morale : en êtes-vous con- 
tente ? L'endroit de Josèphe que vous me dites est un des 
plus beaux qu'on puisse jamais lire : il faut que vous 
avouiez qu'il y a une grandeur et une dignité dans cette 
histoire, qui ne se trouve en nulle autre. Si vous ne me 
parliez de vous et de vos occupations, je ne vous donne- 
rois rien du nôtre, et ce seroit une belle chose que notre 
commerce. Quand on s'aime, et qu'on prend intérêt les 
uns aux autres, je pense qu'il n'y a rien de plus agréable 
que de parler de soi : il faut retrancher sur les autres 
pour faire cette dépense entre amis. Vous aurez vu, par 
ce que vous a mandé mon fils de notre voisine*, qu'elle 
n'est pas de cette opinion : elle nous instruit agréable- 
ment de tous les détails dont nous n'avons aucune cu- 
riosité. Pour nos soldats, on gagneroit beaucoup qu'ils 

3. Une chanson du temps, ftur Tair de laquelle Coulanges a mis 
plusieurs des siennes, commence par ces mots : 

Laissez paître tos bétes. 

3. Itflle du Plessis. (Note de Perrin,) 



7^7^ fissent comme vos cordeliers : ils s^amusent à voler, et 
mirent lautre jour un petit enfant à la broche ; mais 
d'autres désordres point de nouvelles. M. de Chaulnes 
m*a écrit qu'il vouloit me venir voir : je Tai supplié très- 
bonnement de n'en rien faire, et que je renonce à l'hon- 
neur qu'il me vouloit faire, par l'embarras qu'il me don- 
neroit; que ce n'est pas ici comme à Paris, où mon cha- 
pon suffisoit à tant de bonne compagnie^. 

Vous avez donc vu ma lettre de consolation à B^** : 
peut-on lui en écrire une autre ? Vraiment vous me le 
dépeignez si fort au naturel, que je crois encore l'enten- 
dre, c'est-à-dire si l'on peut ; car pour moi, je trouve 
qu'il y a un grand brouillard sur toutes ses expressions. 
Vous me dites bien sérieusement, en parlant de ma 
lettre : Monsieur votre père : j*ai cru que nous n'étions 
point du tout parentes * ; que vous étoit-il à votre avis ? Si 
vous ne répondez à cette question, je la demanderai à la 
petite personne qui est avec nous "^ : je ne sais si elle y répon- 
dra comme au lendemain de la veille de Pâques. Au reste, 
Mlle du Plessis s'en meurt ; toute morte de jalousie, elle 
s'enquiert de tous nos gens comme je la traite ; il n*y en 
a pas un qui ne se divertisse à lui donner des coups de poi- 
gnard : l'un lui dit que je l'aime autant que vous ; l'autre, 
que je la fais coucher avec moi, ce qui ' seroit assurément 
la plus grande marque de ma tendresse ; l'autre, que je la 
mène à Paris, que je la baise, que j'en suis folle, que mon 

4. A tant de bonne compagnie ne se trouve que dans les éditions 
de Perrin. Dans celles de 1726, la phrase finit par suffisoit, 

5. Brancas? Voyez tome III, p. 879, la lettre du 19 janrier X674, 
fin de la note 11 ; royez aussi la lettre du 99 décembre 167$, 
tome IV, p. 3o8, note a3. 

6. On Mt parents^ au lieu de parentes^ dans les éditions de 1736. 

7. Dans rédition de 1754 : « je m^adresserai à la fillette qui est 
areo nous. » 

8* Dans Tédition de Rouen (1796), il 7 a ^im, pour ea ^aû« 



321 

oncle Tabbé lai donne dix mille livres; que si elle avoit 
seulement vingt mille écus, je la ferois épouser à mon fils. 
Enfin, ma bonne, ce sont de telles folies, et si bien répan- 
dues dans mon domestique, que nous sommes contraints 
d*en rire très-souvent, à cause des contes perpétuels qu'ils 
nons font. La pauvre fille s'en meurt. Ce qui nous a paru 
très«plaisant, c'est que vous la connoissiez encore si 
bien, et qu'il soit vrai, comme vous le dites, qu'elle n'ait 
pins de fièvre quarte dès que j'arrive et par conséquent 
qu'elle la joue ; mais je suis assurée que nous la lui re- 
donnerons véritable tout au moins. Cette famille est bien 
destinée à nous réjouir : ne vous ai-je pas conté comme 
feu son père nous a fait pâmer de rire six semaines de 
suite? Mon fils commence à comprendre que ce voisinage 
est la plus grande beauté des Rochers. 

Je trouve plaisant le rendez-vous de votre voyageur, 
ce n'est pas le triste voyageur, mais de cet autre voya- 
geur avec Montvergne ; c'est quasi à la tête des chevaux 
se rencontrer, que d'arriver au cap de Bonne-Espérance, 
à un jour l'un de l'autre. Je prendrois le rendez-vous 
qne vous me proposez pour le détroit^ si je n'espérois 
de vous en donner un autre moins capable de vous 
enrhumer; car il faut songer que vous avez un torticolis. 
Vous ne pouvez pas douter de la joie que j'aurois d'en- 
tretenir cet homme des Indes, quand vous vous souvien- 
drez combien je vous ai importunée d'Herrera*, que 

9- ËcriTaln etpagnol, auteur d^une Histoire générale des Indes^ en 
^tre Tolumes in-folio (Madrid, x6oi-i6i5), et de divers autres 
oavrsges hiitoriqnes. (Note de Perrin,) — Le commencement de son 
Histoire générale des Indes ou plus exactement des Gestes des Castil^ 
^ dans les fies et terres fermes de la mer Océane^ de Van 1491 à 
^oa i554,aTait été traduit en français par Nicolas de la Coste (Pa- 
ît) 1660-1671, 3 Toi. in-4). Herrera avait aussi composé, pour 
ierrir d'introduction à cette histoire, une Description des Indes oeeidenm 
taUs^ dont la verûon française fut publiée sous ce titre : Description 

DB SÉYXaifi. TV ai 



1676 



1676 



— 322i — 

j*ai lu avec un plaisir extraordinaire. Si vous aviez autant 
de loisir et de constance que moi, ce livre seroit digne 
de vous. 

Mais reparlons un peu de cette assemblée de noblesse : 
expliquez-moi ces six syndics de robe et ees douze de la 
noblesse; je pensois qu*il n'y en eût qu'un, et le ma^ 
quis de Buous ne Test-il pas toujours ? répondez-moi là- 
dessus : ces partis sont plaisants, cent d'un côté et buit de 
l'autre. Cet homme dont vous avez si bien fondé la haine 
qu'il avoit pour M. de Grignan, vous embarrassera plus 
que tout le reste, par la protection de Mme de Vins^*; 
le d'Hacqueville me le mande, et me recommande si fort 
de ne vous rien dire de l'autre affaire, que je serois per^ 
due pour jamais s'il croyoit que je l'eusse trahi : il faut 
que le grand Pompone craigne les Provençaux. Le bon 
d'Hacqueville va et vient sans cesse à Saint-Germain 
pour nos affaires ; sans cela nous ne lui pardonnerions 
pas le style général et ennuyeux dont il nous favorise. 
J'avoue que cet endroit dont vous me parlez est un peu 
répété; mais vous le pardonnerez à ma curiosité, qui a 
commencé, et ma plume a fait le reste ; car je vous assure 
que les plumes ont grand'part à l'infinité de verbiage 
dont nous remplissons nos lettres. Je vous souhaite, su 
commencement de cette année, que les miennes vous 
plaisent autant que les vôtres me sont agréables. 

Si la Gazette de Hollande avoit dit Mademoiselle delà 
Trémouille au lieu de Madame^ elle auroit dit vrai ; car 
Mlle de Noirmoutier, de la maison de la Trémouille, a 

du Indes oeddentaUs^ qu^on appelle aujounChm nouveau monde, eic^ 
trantlatëe d^espagnol en français. (Amsterdam et Paris, 1 6s a, in- 
foUo.) 

io« Mme de Vins, qui étoit belle-sœur de M, de Pompone, ëtoit 
d^ailleuTB en grande considération auprès de ce ministre. {NaU de 
Perrin^ 1754*) 



— 323 — 

épousé, GommeroQS savez, cet autre laTrémouilie ; car ils * 
sont de même maison; elle s'appellera Mme de Royan : 
je vous ai mandé tout cela^^ La bonne princesse et son 
bon cœur m'aiment toujours; elle a été un peu malade; 
elle se fait suer dans une vraie machine, pour tous ses 
maux. Le feu comte du Lude^* disoit qu'il n'avoit jamais 
eu de mal, mais qu'il s'étoit toujours bien trouvé de suer : 
sérieusement, c'est un des remèdes de Duchesne*' pour 
toutes les douleurs du corps; et si j'avois un torticolis, 
et que je prisse, comme je fais toujours, le remède de ma 
voisine, vous seriez tout étonnée d'entendre dire que je 
suis sous l'archet**. La princesse dit toujours de vous des 
merveilles, et vous connoît et vous estime : pour moi, 
je crois que , par métempsycose, vous vous êtes trouvée 
autrefois en Allemagne. Votre âme auroit-elle été dans 



II. Vojez ci-dessus, p. 194, la lettre du ao octobre 1675 et 
la note la de cette lettre. — La Gazette et Amsterdam du a6 no- 
vembre 1675 contient, sous la rubrique de Paris, 19 novembre, 
Tuticle soirant : « Aime de la Trimomlie épouse le frère du comte 
d'OUonne, et celui-ci assure tout son bien à son frère, en faveur de 
ce mariage. » 

la. Timoléon de DaiUon, comte du Lude, père du grand maître 
de rartiUerie. 

i3. Dochesne, médecin des enfieuits de France en 1694, ami de 
Fagon. Yojez les lettres du 8 norembre et du 39 décembre 1679. 
« Ducbesne, fort bon médecin, charitable et bomme de bien et 
d^honneur, qoi avoit succédé auprès des fils de France à Fagon, 
lorMpie celui-ci devint premier médecin du Roi, mourut à Versailles 
(en 1707), à quatre^ringt-onze ans, sans avoir été marié ni aroir 
unassé grand bien. Ten fais la remanpie, parce qu*il conserra ju»- 
«pi'au bout une santé parfaite et sa tète entière, soupant tous les soirs 
STcc une salade et ne burant que du rin de Champagne. Il conseilioit 
ce régime. U n^étoit ni gourmand ni ivrogne, mais aussi il n^avoit 
pss la forfanterie de la plupart des médecins. » (Saint-Simon, 
tome V, p. 36i.) 

14. « Archet se dit des châssis courbés en arc sons lesqueb on fidt 
mer des malades. » {Dictionnaire de t Académie de l'JlH,) 



i67« 



t676 



— 3M — 

le corps d*aa Allemand? Vous étiez sans doute le ici de 
Suède, un de ses amants; car 

La plupart des amants 
Sont des AUemands". 

Adieu, ma très-chère et très-bonne, notre ménage 
embrasse le vôtre. Voilà le frater. 

DB CHARLES DB s£vIGn£. 

Vous ne comprendrez jamais, ma petite sœur, combien 
ce que vous avez dit de laPlessis est plaisant, que quand 
vous saurez qu'il y a un mois^* qu'elle joue la fièvre 
quarte, pour faire justement tomber qu'elle la quitte le 
jour que ma mère va dîner au Plessis^^. La joie de savoir 
ma mère au Plessis la transporte au point qu'elle jure 
ses grands dieux qu'elle se porte bien, et qu'elle est au 
désespoir de n'être point habillée. « Mais, Mademoiselle, 
lui disoit-on, ne sentez- vous pas quelque commencement 
de frisson? — Allons, allons, reprenoit l'enjouée^* Tisi- 
phone, divertissons-nous, jouons au volant, ne parlons 
pas de ma fièvre ; c'est une méchante, une intéressée. — 
Une intéressée? lui dit ma mère toute surprise. — Oui, 
Madame, une intéressée qui veut toujours être avec moi. 
— Je la croyois généreuse, » lui dit tout doucement ma 
mère. Cela n'empêcha point que la joie de voir la bonne 
compagnie chez elle ne chassât la fièvre qu'elle n^avoit 
pas eue; mais nous espérons que l'excès de la jalousie la 
lui donnera tout de bon. Nous appréhendons qu'elle n'em- 

t5. Chanson de Sarasin, déjà citée au tome II, p. 197, note S. 

16. Les éditions de 1726 portent un «i,au lieu d*ttfi mou» 

17. Le château du Plessis d'Argentré est à une petite distance des 
Rochers. Les deux parcs se touchent. 

i8. On lit dans les éditions de 1796: V'mouie^ au lieu de Venjowt, 
Pour le nom de TUiphone^ Tojez ci-dessus, p. 967.' 



— 325 — 

poisonne la petite personne qui est ici, que Ton appelle ' 
partout la petite favorite de Mme de Sévigné et de Madame 
la princesse. EUedisoit hier à RahueP* : « J'ai eu une con« 
solation en me mettant à table, que Madame a repoussé 
la petite pour me faire mettre auprès d'elle. » Rahuel lui 
répondit avec son air breton : « Oh, Mademoiselle, je ne 
m'en étonne pas, c'est pour faire honneur à votre âge, 
outre que la petite est à cette heure delà maison : Madame 
la regarde comme si elle étoit la cadette de Mme de Gri- 
gnan. » Voilà ce qu'elle eut pour sa consolation. 

Vous avez raison de dire du mal de toutes ces troupes 
de Bretagne : elles ne font que tuer et voler, et ne res« 
semblent point du tout à vos moines. Quoique je sois 
assez content de Madame ma mère et de Monsieur mon 
oncle, et que j'aie quelque sujet de l'être, je ne laisserai 
pas, suivant vos avis, de les mettre hors de la maisoinà la 
fin de ce mois. Je les escorterai pourtant jusqu'à Paris, à 
cause des voleurs, et afin de faire les choses honnêtement. 

Adieu, ma petite sœur, comment vous trouvez- vous de 
la fête de Noël ? Vous avez laissé paître i^os bétes*^ : c'est 
bien fait. Les monts et les vaux sont iréquents en Pro- 
vence ; je vous y souhaite seulement de jolis pastoureaux 
pour vous y tenir compagnie. Je salue M. de Grignan : il 
ne me dit pas un mot ; je ne m'en vengerai qu'en me por- 
tant bien, et en revenant de toutes mes campagnes. 

DB MADAME DB SÉVIGNÉ. 

Voilà, Dieu merci, bien des folies. Si la poste savoit 
de quoi nos paquets sont remplis, ils les kisseroient à 
moitié chemin. Je vous conterai mercredi un songe. 

19. Vojes tome III, p. 194, note 14. 

so. Voyez ci-deasus, p. 3 19, et la note a. 



1C76 



|67«* 



— 326 — 

489. — DE MADAME DE SÊVIGRÊ 
A MADAME DE GBIGNAIC. 

Aux Rochers, mercredi 8* janvier. 

Voici le jour de vous conter mon 5onge. Vous saurez 
que vers les huit heures du matin, après avoir songé à 
vous la nuit, sans ordre et sans mesure, il me sembla bien 
plus fortement qu'à l'ordinaire que nous étions ensemble, 
et que vous étiez si douce, si aimable et si caressante pour 
moi, que j'en étois toute transportée de tendresse ; et sur 
cela je m'éveille, mais si triste et si oppressée d'avoir 
perdu cette chère idée, que me voilà à soupirer et à 
pleurer d'une manière si immodérée, que je fus con- 
trainte d'appeler Marie, et avec de l'eau froide et de l'eau 
de la reine d'Hongrie, je m'ôtai le reste de mon som- 
meil, et je débarrassai ma tête et mon cœur de l'horrible 
oppression que j'avois. Cela me dura un quart d'heure, 
et tout ce que je vous en puis dire, c'est que jamais je ne 
m'étois trouvée dans un tel état. Vous remarquerez que 
voici le jour où ma plume est la maîtresse*. 

Vous avez passé quinze jours bien tristement à Lam- 
besc : on en plaindroit une autre que vous, ma bonne; 
mais vous avez un tel goût pour la solitude , qu'il faut 
compter ce temps comme le carnaval. Que dites-vous de 
la Saint-Géran , qui vient de partir avec son gros mari, 
pour aller passer le sien à la Palisse' ? c'est un voyage 
d'un mois, qui surprend tout le monde dans cette saison. 
Elle reviendra bien assurément pour les sermons ; mais 
voyez quelle fatigue pour ne pas quitter ce cher époux. 

Lettre 489 (revue en grande partie sur une ancienne copie). — 
I. Voyez la lettre précédente, p. Bas. 

. 1. La Palisse est un château gothique que Ton troure après Mou- 
lins, sur la route de Ljon à Paris. (Noie de r édition de 1818.) — 
Voyes V Itinéraire de Paru à Ljon^ de M. Joanne, p. iio. 



— 3^7 — 

Le grand B^thune disoit, quand il eut le coup de canon * : 
« Le gros Saint-Gépan est bon homme, honnête homme; 
mais il a besoin d'être tué pour être estimé solidement. » 
Sa femme n'est pas de cet avis, ni moi non plus; mais 
cette folie s'est trouvée au bout de ma plume. 

La princesse vint hier ici, encore toute foible d'avoir 
sué. Elle est aiSigée de la ruine que les gens de guerre 
loi causent, et du peu de soin que Monsieur et Madame 
ont eu de la faire soulager. Elle croit que la Monaco con- 
tribue à cet oubli, afin de lui soustraire les aliments, et 
qu elle ne vienne point à Paris, où la proximité de la 
princesse lui ôte toujours un peu le plaisir d'être cousue 
avec Madame : leur haine est réciproque. A propos de 
réciproque, un gentilhomme de la princesse contoit assez 
plaisamment qu'étant aux états, au bal de Monsieur de 
Saint-Malo, il entendit un bas Breton qui parloit à une 
demoiselle de sa passion; la belle répondoit; enfin tant 
fut procédé, qu'il entendit que la nymphe impatientée 
lui dit: « Monsieur, vous pouvez m'aimer tant qu'il vous 
plaira; mais je ne puis du tout vous réciproquer. » Je 
trouve que fort souvent on peut faire cette réponse, qui 
coupe court, et qui est en vérité toute la meilleure raison 
qu'on puisse donner. 

Mon fils est allé à Vitré voir les dames ; il m'a priée 
de vous faire mille amitiés. Je crois que le bon d'Hacque- 
ville réglera le supplément, et puisque Lauzun prendra 
notre guidon, le voilà monté d'un cran ; il n'est plus qu'à 
neuf cents lieues du cap*. Il a fait ici un temps enragé de- 
puis trois jours : les arbres pleuvoient dans le parc, et les 
ardoises dans le jardin. Toutes nos pensées de mariage 

3. Devant Bdançon, en mars 1674. {Note de Perrin,) — Vojex , 
Wuie du M mai 1674, tome III, p. 408, note 3. 
4* Voyez tome II, p. 1 35. 



i67<l 



— 328 — 

ont été, je crois, emportées par le grand vent : un père 
nous a dit que sa fille n'a voit que quinze ans, qu'Û ne 
vouloit la marier qu'à vingt; un autre, qu'il vouloit de la 
robe : au moins nous n'avons pas à nous reprocher que 
rien n'échappe à nos soins. 

Adieu, ma chère enfant. Mon Dieu, en quel état ce 
songe m'avoit mise ! Croyez, ma bonne, qu'il n'est pas 
possible d'aimer quelqu'un comme je vous aime. Ne 
pensez pas que je puisse ni que je prétende vous dire a 
quel point vous m'êtes chère. Adieu encore une fois, ma 
chère enfant : ne voulez-vous pas bien que je vous em- 
brasse ? Une petite amitié à M. de Grignan et à Montgo- 
bert, dont vous ne me dites plus rien : comment se porte- 
t«*eUe ? Le bien Bon vous est tout acquis. 



490. — DU COMTE DE BUSSY RABUTIH 

▲ MADAME DE SÊVIGNÉ. 

Deux jours après que j*eus reçu cette lettre (110479, p. a86), j'y 
fis cette réponse. 

A Bussy, ce 9* janvier 1676*. 

Jb reçus avant-hier votre lettre du ao* décembre, ma 
belle cousine, qui est une réponse à une lettre que je 

Lutrb 490. — I. Dans le manuscrit de PInstitut, la date est le 
3o« octobre 167$ (royez ci-dessus, p. 987, note 3), et le début delà 
lettre est tout différent de notre texte. Bussy suppose que Mme de 
Sévignéestà Paris. Ou bien il a réuni des bilIeU écrits en des tempi 
différents ; ou bien, et cela est plus probable, il a composé ce com- 
mencement après coup, au moment même où il faisait sa copie : c Je 
suis fort aise que vous soye^ à Paris, Madame : nous y ^gnerons 
tous deux. L'incommodité du Roi me donne du cbagrin : un peu de 
fièvre nVst rien pour un particulier, mais elle est de conséquence 
pour un grand prince. Il ne faut pas trouver étrange que je l'aime 
après les traitements que j'ai reçus. Il ne m'a pas connu, cl quand 



— 329 — 

▼oas écrma le 19* octobre^. Voua en devez avoir reçu de- ' 
pois ce temps-là deux autres de moi, sans compter celle 
que je viens de vous écrire avec une pour Mme de Gri* 
gnan*. Vous voyez par là que je me trouve bien de votre 
commerce ; et il faut dire la vérité, c*est à mon gré le 
plus agréable qui soit au monde : vous savez que je m'y 
oonnois et que je suis sincère. 

Les nouveaux mariés et le nouveau beau-père vous 
rendent mille grâces de la part que vous prenez à leur 
satisfaction, et ils vous en souhaitent une pareille dans 
rétablissement de Monsieur votre fils. 

Quand je vous ai mandé ma lassitude sur le titre de 
comte, j*ai cru que vous entendriez d'abord la raison que 
j'avois d*en avoir ; mais puisqu'il vous la faut expliquer^ 
ma chère cousine, je vous dirai que la promotion aux 
grands honneurs de la guerre qu'on a faite, m'ayant donné 
meilleure opinion de moi que je n'avois, et que m'étant 
fait à moi-même la justice qu'on m'avoit refusée, j'ai été 
honteux de la qualité de comte ^. En effet, me trouvant, 
sans vanité, égal en naissance, en capacité, en services, en 
courage et en esprit aux plus habiles de ces maréchaux, 
et fort au-dessus des autres, je me suis fait maréchal in 
pelto^ et j'ai mieux aimé n'avoir aucun titre, que d'en 

il me eonnoitn, comme je Tespère, penonne n'eit pins capable da 
m*ettimer que lui. Quand je tous ai mandé ma lassitude, etc. a 
9. Voyez ci-dessus, p. 986, et p. 186. 

3. Ces dernières sont les lettres 486 et 487, p. 3i5 et 3 16. 

4. Dans le manuscrit de Tlnstitut, destiné sans doute, conune nous 
l'sTons dit, à être mis sous les yeux du Roi, cette phrase se termine 
UDsi :«.... que la promotion aux grands honneurs de la guerre 
que le Roi a faite m*ayant donné meilleure opinion de moi que je 
n*«Tots, et que m'étant persuadé que sans ma mauraise conduite Sa 
Majesté m*auroit lait la grâce de me mettre dans le rang que mes 
long! et considérables serrices dans de grandes charges me deroient 
t^ tenir, j'ai été honteux de U qualité de comte* a 



1676 



1676 



— 33o — 

avoir un qui ne (ût plus digne de moi. De me tlire main- 
tenant qtie je serai confondu dans le grand nombre de 
gens qui portent le nom de Bussy, je vous répondrai que 
je serai assez honorablement différencié par celui de 
Rabutin, qui accompagnera toujours l'autre* . 

Je crois, ma chère cousine, que vous approuverez mes 
raisons ; car vous n*êtes pas personne à croire qu'il y a 
de la foiblesse à changer d'opinion, quand vous en voyez 
une meilleure*. 

Mais, puisque nous sommes sur ce chapitre, il faut 
que je Tépuise, et que je vous fasse tout d'un coup com- 
prendre de quelle manière je veux que vous me conce- 
viez, afin que vous me fassiez ainsi concevoir à ceux à 
qui vous parlerez de moi. Je vous envoie pour cela une 
relation de ce qui se passa entre Duras et moi, et les ré- 
flexions que j'ai faites sur cet événement. Je les aurois 
envoyées à tous mes amis de la cour, si l'intérêt de G>li- 
gny ne m'en eût empêché ; mais il est assez des amis de 
Duras, et il va servir cette campagne auprès de lui, et 
tout le bien dont il jouit aujourd'hui est dans son gouver- 
nement'. 

5. On lit ici déplus dans le manuscrit de Tlnstitut le para^pb^ 
que Toici : « Et pour répondre maintenant à ce que voua me dites de 
tous ces Messieurs qui ne se sont point trourës déshonores déporter 
le titre de comte, je tous dirai que les comtes de Saint-Âignan et du 
Lude étoient bien las de Tétre, quand le Roi leur fit la grâce de lei 
faire ducs ; que le comte de Sault étoit encore jeune quand il fot duc 
par la mort de son père ; que les comtes de Fiesque et de BrancaSt 
s'ennujant de Tètre, comme je ne doutois pas qu^ils ne Teussent fait) 
ne pouToient s'en prendre qu'à eux-mêmes, parce qu'ils n'aroient 
rien fait pour être plus ; et que M. de Grignan n^aroit pas encore 
assez rendu de services pour s*impatienter d*étre comte, a 

6. Ici finit la lettre dans le manuscrit de Tlnstitut. Deux ligne* 
plus haut, au lieu de ces mou : « qu*il y a de la foiblefse, » <>» 
lit : « quUl j ait de la foiblesse. » 

7* De Franche-Comté. Voyez tome II, p. 85, note 7. 



— 33i — 

Je vous plains fort pour les maux que la gu^ire fiMt i 

vos sujetA; mais je ne plains guère les Bretons en gêné- >^7 
rai, qui sont assez fous pour s*attii*er mal à propos Tin- 
àignation d'un aussi bon maître que le nôtre. Je vou« 
drois bien pouvoir aller à Paris comme vous, ou que vous 

eussiez affaire à Bourbilly pour deux ou trois mois. 
Adieu, ma belle cousine : si vous trouvez du plaisir à 

m^appeler comte, ne vous en contraignez pas ; je veux 

biea être votre comte*, de tous les sens dont vous le pou- 

vez entendre. 



491. BB BtADAME DE SEVIGIXÉ ET DE CHARLES 

I>£ SÊVIGKÉ A MADAME DE GRIGlfAir. 

Aux Rochers, dimanche 12* janvier. 

BB MADAME DB SÉVIGNÉ. 

Vous pouvez remplir vos lettres de tout ce qu'il vous 
plaira, et croire que je les lis toujours avec un grand 
plaisir et une grande approbation : on ne peut pas mieux 
écrire, et Tamitié que j'ai pour vous ne contribue en rien 
à ce jugement. 

Je ne dis plus mon chapelet : à mesure que je suis 
avancée dans Tenvie d'être dévote, j'ai retranché cette 
dévotion, ou pour mieux dire cette distraction. 

Vous me ravissez d'aimer les Essais de morale : n'a- 
vois-je pas bien dit que c'étoit votre fait? Dès que j'eus 
commencé à les lire, je ne songeai plus qu'à vous les en- 
voyer ; car vous savez que je suis communicative, et que 
je n'aime point à jouir d'un plaisir toute seule. Cette règle 
seroit bonne à introduire parmi les amants, au lieu d'être 

^* Il y a eont€ (comme on ëcrirait alors pour compte)^ dans la 
copie de Bumj. 



I 

j 



.6- 



— 332 — 

ime ils sont quelquefois (au moins on le disoît 

nps), qu*il leur prit une fantaisie de ne vouloir 

seuls à jouir de Tamitié de leur maîtresse, 

* plus grand soin fût d*en faire part à leur 

i ; cette mode n*est point encore introduite : 

les dames ne s^éloignent pas de cette bonté 

c nais voyez où je m'égare. Revenons aux Es^ 

s ; les aviez pas, et vous êtes fort aise d*avoir 

et id on Tauroit fait pour vous, il ne seroit 

pt de vous plaire. Quel langage ! quelle force 

daus i arrangement des mots ! on croit n'avoir lu de Iran- 

çois que ce livre, et cette ressemblance de la charité à 

Tamour-propre, et de la modestie héroïque de Monsieur le 

Prince et de M. de Turenne, comparés avec Thumilitc du 

christianisme^.... Mais je coupe court sur ce livre, car je 

le louerois depuis un bout jusqu'à Tautre et ce ne seroit 

plus une lettre, mais une dissertation. En un mot, je suis 

fort aise qu'il vous plaise ; j'en estime mon goût. Pour 

JoMtphey vous n'aimez pas sa vie ; c'est assez que vous ayez 

. approuvé ses actions et son histoire : n'avez-vous point 

trouvé qu'il jouoit d*UQ grand bonheur dans cette cave, oii 



Lnrms 491 (revue en grande partie sur une ancienne copie). — 
I. a Ceux qui ont ont parler de la guerre aux deux premier» eapi- 
uines de ce siècle, ont toujours été raris de Thonnèteté et delà mo- 
destie de leurs discours.... Qu*on lise le récit qui courut à Paris 
après la bauille de Senef, on 7 trouvera cette grande action diminuée 
de moitié. Il semble que Monsieur le Prince en ait été simple spec- 
tateur. Il étoit partout et il ne parof t presque nulle part ; et jamais 
rien ne fut plus obscurci que ce qu*il a contribué au succès de ce 
combat. Je m*iraagine que si saint Louis envoyoit autrefois des re- 
lations de ce qu^il fit en Egypte, elles étoient faites comme celle-là : 
tant la sainteté et Thonnéteté ont de rapport dans leurs actions exté- 
rieures, et tendent également à empêcher qu*il n*y paroisse rien de 
tain, etc. » Voyez tome III des E$9aU^ second traité, A Im CharUi tt 
de tjmôur^propref thmpt tj 



— 333 — 

ik tiroient à qui se poignarderoit le dernier' ? Il s'en f 
bien que vous ne soyez si heureuse au jeu : perdre te 
jours et tous les jours, le mari et la femme, tout ce qu' 
peut perdre, c*est un caprice de la fortune qui m'offen^^ 
et qui m'impatiente. 

Nous avons ri aux larmes de cette fille qui chanta tout 
haut à réglise cette chanson gaillarde qu'elle se confes- 
soit avoir chantée ailleurs : rien aamonden^est plus nou- 
veau ni plus plaisant ; je trouve qu'elle ne pouvoit faire 
autrement : le confesseur la vouloit entendre, puisqu'il ne 
se contentoit pas de l'aveu qu'elle lui en avoit fait. Je vois 
le bonhomme pâmé de rire le premier de cette aventure. 
Nous vous mandons souvent des folies; mais nous ne 
pouvons payer celle-là. Je vous parle toujours de notre 
Bretagne : c'est pour vous donner la confiance de me par- 
ler de Provence ; c'est un pays auquel je m'intéresse plus 
qu a nul autre : le voyage que j'y ai fait m'empêche de 
pouvoir m'ennuyer de tout ce que vous me dites, parce 
que je connois tout et comprends tout le mieux du monde. 
h n'ai pas oublié la beauté de vos hivers ; nous en avons 
un admirable : je me promène tous les jours, et je fais 
quasi un nouveau parc autour de ces grandes places du 
bout du mail ; j'y fais planter quatre rangs d'allées, ce sera 
une très-belle chose : tout cet endroit est uni et défriché. 

Je partirai, malgré tous ces charmes, dans le mois de 
février; les affaires de l'abbé le pressent encore plus que 



s* Dans la traduction d'Arnauld d* Aadilly se trouve, avec d'autres 
dpulculei, la P^ie de Jfosèphe écrite par Im-méme. — Après la prise de 
^otapat, Josèphe se réfugie dans une carême, où il rencontre qua- 
tnte des siens, qui prennent la résolution de se tuer plutôt que de 
•e- rendre au vainqueur. 11 leur persuade de jeter le sort pour être 
tués par leurs compagnons, et non pas par eux-mêmes. Etant demeuré 
Moi en vie avec un autre, il se rend aux Romains. Vojez V Histoire 
^ la guerre det Juifs contre les Romains^ lirre III, chap. xxiv-xxti. 



— 334 — 

— — les vôtres ; <5'est ce qui m'a empêchée de penser à offrir 
* ^ notre maison à Mlle de Méri : elle s'en plaint à bien du 
monde; je ne comprends point le sujet qu'elle en a. Le 
bien Bon est transporté de vos lettres ; je lui montre sou- 
vent les choses qui lui conviennent : il vous remercie de 
tout ce que vous dites des Essais de morale; il en a été 
ravi. Nous avons toujours la petite personne, qui fait tou- 
jours ici un très-bon effet : c'est un petit esprit vif et tout 
battant neuf, que nous prenons plaisir d'éclairer. Elle 
est dans une parfaite ignorance ; nous nous faisons un jeu 
de la défricher généralement sur tout : quatre mots de 
ce grand univers, des empires, des pays, des rois, des 
religions, des guerres, des astres, de la carte; ce chaos 
est plaisant à débrouiller grossièrement dans une petite 
tête, qui n'a jamais vu ni ville, ni rivière, et qui ne 
croyoit pas que toute la terre allât plus loin que ce parc : 
elle nous réjouit. Je lui ai dit aujourd'hui la prise de 
Wismar* ; elle sait fort bien que nous en sommes fâchés, 
parce que le roi de Suède est notre allié. Enfin vous voyez 
Textravagance de nos amusements. Mais il me semble 
qu'il y a vingt ou vingt*cinq ans que vous n'étiez point 
si innocente que de ne pas savoir quel jour c'étoit que le 
lendemain de la veille de la Pentecôte ; il est vrai que je 
peux ne pas m'en souvenir, car vous avez des antiquités 
dans la tête, vous et votre frère, dont, Dieu merci, je n'ai 
aucune connoissance. La princesse est ravie que sa fille 
ait pris Wismar : c'est une vraie Danoise. Elle me mande 
aussi que Monsieur et Madame lui envoient l'exemption 
entière des gens de guerre, de sorte que nous voilà tous 
sauvés. Oh! la bonne princesse! 



3. Nous arons dit plus haut (p. 999, note 5) que k ville de Wûntr 
appartenait au roi de Suède et qu*elle «e rendit au roi de Danemark 
le 99 décembre 167$, après un mots et demi de siège. 



— 335 — 

Mme de la Fayette est fort reconnoissante de votre 

lettre; elle vous trouve très-honnête et très-obligeante; '^^^ 
mais ne vous paroit-ii pas plaisant que son beau-firère^ 
n'est point du tout mort, et qu'on ne sait point les vé- 
rités de Toulon à Âix ? 

Sur les questions que vous fiâtes au fraier^ je décide 
hardiment que celui qui est en colère, et qui le dit, est 
préférable au tradiior qui cache son venin sous de belles 
et douces apparences. Il y a une s tance dans TArioste 
qui peint la fraude : ce seroit bien mon affaire, mais je 
n ai pas le temps de la chercher*. 

Le bon d'Hacqueville me parle encore du voyage de la 
Saint-Géran ; et pour me faire voir que ce voyage sera 
court : « C'est, dit-il, qu'elle ne pourra recevoir qu'une 
de mes lettres à la Palisse. » Voilà comme il traite une 
connoissance de huit jours : il n'en est pas moins bon 
pour les autres ; mais cela est admirable. 

J'oubliois devons dire que j'avois pensé, comme vous, 
aux diverses manières de peindre le cœur humain, les 



4. Serâit>ce Jacques, ehevalier de Malte, le dernier dea firèret 
de Mm mari? 

5. A9€a piaeeiwl pîso^ ahiio onesto^ 

Un ttmil volger iPoccfû^ un andar grave^ 
Un parlar si benigno e si modesto^ 
Che parea Gabriel cht Mcêsse : KrsL. 
Era brut ta e déforme in tutto il resta ; 
Ma nascondea queste fattezze prave 
Con iungo abito e largo; e sotto quelle 
Attouicato ayea sempre il coltello, 

(Orlando furioso^ canto XIV, st. lxxxvii.) 

« Elle avait im risage agréable, nn habit dëcent, dea roulements 
d*jeux toat pleins d^humilité, une démarche grare, un parler si 
doux et si modeste, qu'on Taurait prise pour Gabriel disant : Ave, 
Elle était hideuse et repoussante dans tout le reste, mais elle cachait 
ses difformités dans les plis d*une longue et large robe, sous la- 
({aelle elle portait toujours un couteau empoisonné. » 



— 336 — 

• • uns en blanc, et les autres en noir à noircir. Le mien 

^ est pour vous de la couleur que vous savez. 

DE CHARLES DE s£vIGn£. 

Je ne suis point en bonne humeur : je viens d'avoir 
une conversation sérieuse avec le bien Ban sur les mal« 
heurs du temps, et vous savez comme ce chapitre met 
le poignard dans le cœur. Je n*ai pas laissé de sourire 
de rhistoire de Finnocence de la fille de Lambesc : jugez 
ce que j'aurois fait si j'avois été dans mon naturel. Elle 
avoit autant d'envie d'avoir l'absolution que le bon père la 
chanson, et apparemment ils se contentèrent tous deux. 

Pour les Essais de morale^ je vous demande très- 
humblement pardon, si je vous dis que le traité de la 
Connaissance de soi'-méme me paroit difficile à compren- 
dre, sophistiqué', galimatias en quelques endroits, et 
surtout ennuyeux presque partout. J'honore de mon ap- 
probation les Manières dont on peut tenter Dieu; mais 
vous qui aimez les bons styles, et qui vous y connoissez 
si bien, du moins si on peut juger par le vôtre, pouvez- 
vous mettre en comparaison celui du Port-Royal d*au- 
jourd'hui avec celui de M. Pascal? C'est celui-là précisé- 
ment qui dégoûte de tous les autres ; et M. Nicole met 
une quantité de belles paroles* dans le sien, qui fatigue 
et qui fait mal au cœur à la fin ; c'est comme qui mange- 
roit trop de blanc-manger : voilà ma décision. Pour vous 
adoucir l'esprit, je vous dirai que Montaigne^ est raccom- 
mode avec moi sur beaucoup de chapitres : j'en trouve 
d'admirables et d'inimitables, et d'autres puérils et même 
extravagants; je ne me dédis point sur ceux-là. Je vous 

6. n y a sophUtiqué dans rëdition de 1754, la première ou cette 
lettre ait été imprimée \ le manuscrit donne tophiitiqw. 



— 337 — 

prie, quand vou5 aurez fini Josèphe^ de vouloir bien es- 
sayer un ancien traité des Morales'' de Plutarque, dont 
le titre est : Comme on peut discerner Vami JCavec le 
fiaUeur, Je Tai relu cette année, et j'en ai été plus 
touché que la première fois. 

Mandez-moi si la question que vous faites des gens 
qui évaporent leur bile en discours impétueux , ou de ceux 
qui h gardent sous de beaux semblants , regarde Mme de 
la Fayette : nous n'en savons rien, parce que nous ne sa- 
Tons peut-être pas tout ce que vous savez. Elle nous fait 
une critique de Toraison funèbre de Monsieur de Tulle 
contre laquelle je me révolte , parce que je trouve cette 
oraison très-belle. Elle en fait de même des Essais de 
morale: je me révolte un peu moins sur cet article. Elle 
dit beaucoup de mal des vers du nouvel opéra*, et j'y 
consens volontiers sans les voir. Adieu , ma belle petite 
sœur. 



492. DE BIADAME DE SÊVIGUÉ ET DE CHARLES 

DE sévighê a madame Dé GBIGICAIC. 

Aux RocherSy vendredi 17* janvier. 

0B MADAME DB SÉVIGNÉ. 

A force de me parler d'un torticolis , vous me l'avez 
donné. Je ne puis remuer le côté droit : ce sont,, ma chère 
enfant, de ces petits maux que personne ne plaint, quoi- 

7. Dm Œttvrêi morales : c*e8t sous ce titre qu^elles ont été tram-' 
^éu par Amyot. 

8* L*opéra d*^//«, dont les paroles sont de Quinaultet la mnsiqne 
deLulli, aTait été représenté à Saint-Germain devant le Roi le 10 jan- 
^ 1676. La première édition est un in-4^ de soixante-dix pages 
(Paris, C. Ballard, 1676). 

Hmb DB Sinon, it ta 



1676 



— 338 — 

qu'on ne jasae que criailler. Mon fils s*en pâme de rire : 
je lui donnerai sur le nez tout aussitôt que je le pourrai. 
En attendant, ma chère enfant, je vous embrasse avec le 
bras gauche de tout mon cœur. Le fraJter vous va conter 
des lanternes. Votre eau de la reine d'Hongrie m*aara 
guérie avant que cette lettre soit à Paris. Adieu, ma chère 
enfant. 

DB CHARLES DE siviGlfi. 

Je ne ris point, comme ma mère vous le mande ; mais, 
comme son mal n'est rien qui puisse causer la moindre 
inquiétude, on la plaint de ses douleurs, onTamuse dans 
son lit, et du reste on fait tout du mieux que Ton peut 
pour son soulagement. Je crois que vous voulez bien vous 
reposer sur moi et sur le bon abbé de tout ce qui regarde 
une santé qui nous est si précieuse : soyez en repos de 
ce côté-là, ma petite sœur, car nous serons assurément 
guéris , quand vous commencerez d'être en peine. 

Voici rhistoûre de notre province. On vous a mandé 
comme M. de G>etquen étoit avec M. de Qiaulnes : il 
étoit avec lui ouvertement aux épées et aux couteaux, et 
avoit présenté au Roi des mémoires contre sa conduite 
depuis qu'il est gouverneur de cette province. M. de 
G>etquen revient de la cour pour s'en aller à son gou- 
vernement ^ par ordre du Roi : il vient à Rennes, va 
voir M. de Pommereuil , et passe depuis huit heures du 
matin qu'il arrive à Rennes jusqu'à neuf heures du soir, 
sans aller chez M. de Chaulnes ; il n'avoit pas même 
dessein d'y aller, comme il le dit à M. de Coetlogon, et 
se faisoit un honneur de braver M. de Chaulnes dans 
sa ville capitale. A neuf heures du soir, comme il étoit 
à son hôtellerie , et n'avoit plus qu'à se coucher , il en- 

LiTTBB 4gs. — I. De Saint-Malo» 



— 339 — 

tend arriver un carrosse, et voit monter dans sa cham- _ 

bre un homme avec un bâton d'exempt : c'étoit le capi- 
taine des gardes de M. de Chaulnes , qui le pria , de la 
part de son maître , de venir jusqu'à révêché : c'est où 
demeure M. de Chaulnes. M. de Coetquen descend, et 
voit vingt-qnatre gardes autour du carrosse, qui le mè- 
nent sans bruit et en fort bon ordre à révêché. Il entre 
dans Tantichambre de M. de Chaulnes, et y demeure un 
demi-quart d'heure avec des gens qui avoient ordre de 
1 y arrêter. M. de Chaulnes vient après , et lui dit qu'il 
Tavoit envoyé quérir pour lui dire de songer à faire payer 
les francs fiefs* dans son gouvernement; et après lui avoir 
dit qu'il savoit ce qu'il avoit dit au Roi, mais qu'il le falloit 
prouver , il lui tourna le dos , et s'en retourna dans son 
cabinet. Le Coetquen demeura fort déconcerté, et s'en 
retourna enragé se coucher en son hôtellerie *. / ^^ 

s. Oo appelle franc fUf on a fief possédé par un roturier, arec 
concession et dispense du Roi, contre la règle commune, qui ne 
pennet pas aux roturiers de tenir des. fiefs. On appelle droit de 
frma fiefs^ taxe des francs fiefs^ le droit domanial qui se lère de 
temps en temps sur les roturiers qui possèdent des terres nobles. » 
(Dictumnaire de t Académie de 1694.) 

3. Nous avons suivi le texte de Tédition de 17S4, la première 
qui ait donné cette lettre. LUmpression de 1754 offre de notables 
différences, surtout dans les dernières phrases : « M. de Chaulnes 
paroît enfin, et lui dit : a Monsieur, je tous ai envoyé quérir pour 
« TOUS ordonner de faire payer les francs fiefs dans votre gouverne- 
«t ment. Je sais, ajouta-t-il, ce que vous avez dit au Roi, mais il le 
< falloit prouver. » Et tout de suite il lui tourna le dos et rentra dans 
son cabinet. Le Coetquen demeura fort déconcerté, et tout enragé 
'^a na son hôtellerie. » 



— 34o — 

— - 4q3. DE MADAME DE SÊVIGKË ET DE CHARLES 

DE SÊVIGN]£ A MADAME DE GEIGEAK. 

Aux Rçchen^' dimanche 19* janvier. 

DE MADAME DE siviGVi. 

Jb me porte mieux, ma très-chère; ce torticolis étoit 
un très-bon petit rhumatisme : c*est un mal très-douloa- 
reux, sans repos, sans sommeil; mais il ne fait peur à 
personne. Je suis au huitième ; un peu d^émotion et les 
sueurs me tireront d'affaire : j'ai été saignée une fois du 
pied, et Tabstinence et la patience achèveront bientôt; 
je suis parfaitement bien servie par Larmechin^ , qui ne 
me quitte ni nuit ni jour. Enfin, ma fille, j'eus hier un 
extrême plaisir à lire vos lettres : c'est une conversation 
qui me ravit. Ne me venez point dire que vos bons suc- 
cès de Provence vous sont fort indifférents ; je ne sais 
ce qui peut plaire au monde, si ce n'est une si parfaite 
petite victoire , et dont les effets doivent être si agréables 
dans la suite et si honorables pour vous. J'ai ces agréables 
nouvelles un peu plus tôt que vous ; et celle de l'assemblée 
de la noblesse qui a été aussi confirmée , a comblé la 
mesure. Je vous envoie la lettre de M. de Pompone : il 
me semble qu'elle est toute pleine de bonne amitié. 
D'Hacqueville me mande que notre cardinal a une fluxion 
sur la poitrine : j'en suis excessivement en peine, et bien 
plus que de moi. Je vous écrirois fort volontiers vingt* 
sept ou vingt-huit pages ; mais il ne m'est pas possible : 
mon fils vous achèvera le reste. Adieu, ma très-chère ; je 
vous embrasse, et c'est aujourd'hui du bras droit. 

LnTEB 493. — I. Valet de chambre de Charles de Sëvignë. {NoU 
de Védition de 1818.) 



— 34i — 

DB CHARLBS DB fliviGNi. 

Vous voyez, dans ce que vous écrit ma mère, Tétat 
véritable de sa santé ; mais quoique sa maladie ne fasse 
nulle firayeur , et que les sueurs commencent à diminuer 
ses douleurs , elles sont toujours si cruelles , que Tétat où 
nous la voyons fend le cœur à tous ceux qui Taiment : je 
crois que vous me faites bien la grâce de penser que je 
suis de ce nombre , et que je fais tout ce qui est en mon 
petit pouvoir pour la soulager. Je voudrois bien de tout 
mon cœur pouvoir être bon à quelque chose; mais par 
malheur je ne suis bon à rien, et si j*ai quelque mérite, 
cVst celui d*avoir Larmechin, qui fait des merveilles jour 
et nuit. Vos lettres sont très-bonnes, et même néces- 
saires pour la santé et pour le divertissement de notre 
chère malade : c'est dommage qu'elles ne viennent que 
de huit en huit jours. 

Nous n'ajoutons pas foi à votre philosophie sur vos 
victoires de Provence : vous pouvez voir, par l'affaire de 
M. de Coetquen , que la Provence n'est pas la seule pro- 
vince où il y ait des cabales. Ne trouverez-vous point 
plaisant que M. d'Hacqueville nous mande de Paris le 
détail de cette affaire , comme si nous n'étions pas à sept 
lieues de Rennes , et que nous n'eussions pas quelque- 
fois des nouvelles de ce pays barbare ? 

Vous saurez assurément les querelles qui sont arrivées 
aux noces de la Mothe*, comme à celles de Thétis : la 
Discorde aux crins de couleuvre se mêla parmi les du- 
chesses et les princesses , qui sont les déesses de la terre : 
enfin tout est assoupi, et il n'en arrivera point de nou- 

*• Voyez ci-dessus, p. 3o5, la lettre du ag décembre précédent. — 
OnToîtpar une chanson deCoulanges, restée manuscrite, que M. de 
U Fcoillade donna à Saint-Oermain, à Toccasion de ce mariage, un 
tf^bean bal auquel le Roi assisu. \lfote de Cation de x8i8.) 



(676 



j 



1676 



— 342 — 

velle guerre. Celle que noug avons contre les Holiandois, 
les Espagnols et les Allemands suffira. 

Nous avons lu les vers de Topera. Jamais vous n*avez 
entendu parler d'un goût si corrompu que le nôtre, de- 
puis que nous sommes en Bretagne : nous trouvons To- 
raison funèbre de Monsieur de Tulle fort belle, et nous 
trouvons Topera de cette année * incomparablement au- 
dessus de tous les autres. Pour vous dire la vérité, comme 
nous ne Tavons que depuis hier, nous n'avons encore lu 
que le prologue et le premier acte, que nous honorons de 
notre approbation. Ne croyez pas, s'il vous plaît, que 
nous en fassions autant de la Suite de Pfiaramond^ : nous 
anatbématisons tout ce qui n'est pas de la Calprenède. 
Adieu, ma chère sœur : nous divertissons ma mère au- 
tant que nous pouvons ; c'est presque la seule chose dont 
elle ait présentement besoin ; car pour le reste , il faut 
qu'il ait son cours , et nous comptons sur trois semaines ; 
sa fièvre a diminué justement le sept : vous voyez bien 
que c*est une marque convaincante qu'il n'y a nul dan- 
ger. Ne nous écrivez point de lettres qui nous puissent 
faire de la peine : elles viendroient hors de saison, et le 
chagrin de vous savoir en peine ne sera pas nécessaire à 
Madame votre mère convalescente. Mille compliments a 
M. de Grignan et à sa barbe , Tun portant l'autre. 



^494- I>B MADAME DE GRIGNAH 

AU PRÉSIDENT DE BERB1SEY\ 

A Aix, le 19» janvier. 
Jb suis très->aise, Monsieur, que le retardement des 

3. Mys. Voye*p. 337, ^^^ ^- — 4- Voyet ci-dessut, p. S90, note >. 
Lbttrb 494 (revue sur Tautographe). — i, Voy« la lettre du 
a a décembre pi'écédent, p. 294. 



— 343 — 

moyeux * me donne lieu de vous faire conuoître le souve- 
nir que je conserve de vous. II n'est pas diiScile de per- 
suader cette vérité à une personne de votre mérite ; mais 
s'il étoit besoin d'un fidèle témoin, le vin de Saint-Lau- 
reut m'en serviroit. Je fis partir celui que je vous envoie 
il y a cinq ou six jours, espérant être la première à exé- 
cuter le traité qui se fit solennellement Tannée passée, et 
qui se continuera avec beaucoup d'exactitude. Je sou- 
haiterois pourtant, Monsieur, de le renouveler bientôt 
ou à Dijon ou à Paris, puisqu'il n'y a pas d'apparence 
que vos affaires vous amènent jamais en Provence : ce 
seroit une grande joie pour moi que de vous en faire les 
honneurs et de vous assurer que je suis très-véritable- 
ment votre très-obéissante servante, 

La Comtesse de Grignàn. 

Suscription : Â Monsieur, Monsieur le Président de 
Berbisy, 

A Dijon. 

495. DB CHABT.RS DE SÉVIGKÉ 

A MADAME DB GRIGIIAIT. 

Aux Rochers, mardi ai* janvier. 

CoMMBifCsz, s'il vous plaît, ma petite sœur, à croire 
fermement tout ce que nous vous dirons aujourd'hui, 
le bon abbé et moi, et ne vous effarouchez point si par 
hasard vous ne voyez point de l'écriture de ma mère. 
L'enflure est encore si grande sur les mains, que je ne 
crois pas que nous lui permettions de les mettre à l'air. 
Il y a encore une autre raison : c'est que depuis hier, qui 
étoit le neuf, la sueur s'est tellement mise sur les parties 

3. Voyez ci-dessut la note 3 de U p. 995. 



I 



x67^ 



-344- 

qui sont enflées, qu*il ne faut pas se jouer à la (tare ren- 
trer. C'est la santé qui revient , et il n'y a que ce moyen 
de guérir ses mains, ses pieds et ses jarrets. Il n*y a plus 
de fièvre ; encore un peu de douleur, et beaucoup d'en-* 
flure : voilà le véritable état de notre maman mignonne. 
Ne croyez point qu'on n'ait pas eu soin d'elle, et qu'elle 
ait été abandonnée ; il y a à Vitré un très-bon médecin : 
elle a été saignée du pied en perfection; enfin elle est 
aussi bien qu'à Paris ; et ce qu'il y a de bon est qu'elle le 
trouve elle-même, et qu'elle est fort en repos de ce côté- 
là ; enfin il n'y auroit plus qu'à rire, si on pouvoit trouva' 
l'invention de la faire demeurer dans son lit sur les fesses 
d'un autre ; mais comme, par malheur, c'est toujours sur 
les siennes, elle en soufire présentement ses plus grandes 
incommodités. La maladie a été rude et douloureuse pour 
la première qu'elle ait eue en sa vie ; mais comme c'est 
presque une nécessité d'être malade cette année, il vaut' 
incomparablement mieux qu'elle ait eu ce rhumatisme, 
quelque cruel et douloureux qu'il ait été, qu'un de ces 
rhumes sur la poitrine qui ont tant couru, surtout dans 
un pays où la saignée du bras auroit presque été impos- 
sible. Enfin, nous trouvons tous les jours de la consola- 
tion à notre misère, et nous sentons quasi plus vivement 
le plaisir de voir ma mère les deux bras empaquetés dans 
vingt serviettes, et ne se pouvant soutenir sur ses jarrets, 
que nous ne sentions celui de la voir se promener et 
chanter du matin au soir dans nos allées. La petite per- 
sonne qui est ici, quand elle voyoit les douleurs de ma 
mère augmenter vers le soir, n'y entendoit point d'autre 
finesse que de pleurer : voilà où elle en est ; elle est tou- 
)ours l'objet de la jalousie de la Plessis , qui se fait un 



LnTBB 49$. — I. a Cependant, si cVit en quelque sorte une 
nécessité d'être malade cette année, il Taut, etc. » {ÉMiUm de 1754.) 



— 345 — 

mérite auprès de ma mère de la haïr comme le diable. — 
Voici ce qui s*est passé aujourd'hui : ma mère s*assou- 
pbsoit doucement dans son lit, et la petite fille, le bon 
abbé et moi nous étions auprès du feu ; la Plessis est 
entrée, on lui a fait signe d'aller doucement, et elle a 
obéi très-ponctuellement. G>mme elle étoit au milieu 
de la chambre, ma mère a toussé et a demandé vite son 
mouchoir pour cracher; la petite fille et moi, nous nous 
sommes levés pour y aller; mais la Plessis nous a pré- 
venus, elle a couru au lit, et au lieu de porter le mou- 
choir à la bouche de ma mère, elle lui a pincé le nez 
d'une force qui a fait crier les hauts cris à la pauvre 
malade ; elle' n'a pu s'empêcher de renasquer* un peu 
contre le zèle indiscret qui avoit causé ce transport ; et 
puis on s'est mis à rire. Si vous aviez vu cette petite 
comédie, vous n'auriez pu vous en empêcher. 

Adieu, ma petite sœur : n'ayez ni peine ni frayeur de 
ce qui se passe ici ; avant que cette lettre^ soit à vous, ma 
mère se promènera un peu dans le jardin; s'il arrive 
quelque chose d'extraordinaire entre ci et demain, on 
vous le mandera avant que de fermer le paquet. Ce qui 
nous ravit, c^est qu'à l'heure qu'il est, il ne sauroit rien 
arriver que de bon. J'embrasse de tout mon cœur M. de 
Grignan. 

a. Au lieu de ce pronom, on lit ma mèr* dam Tëdition de 1754* 
3. c Renoêquer^ faire certain bruit en retirant impétueusement son 

Weine par le nez, lorsqu*on est en colère. » (J)ictionnmr€ de tAcu^ 

demie Je 1694.) 
4* « Nous espérons qu'arant que cette lettre, etc. » {tditUm de 1 754.) 



67O 



167^ 



— 346 — 

496* DE MADAME DE SÈYIGKÉ ET DE GHABLES 

DE SiVIGIfË A MADAME DE GRIGNAlf. 

Aux Rochers y lundi 17* janvier*. 

DB MADAMB DB SÉVIGNÉ. 

J*Ai encore les mains enflées, ma chère enfant, mais 
que cela vous persuade la fin de tout le rhumatisme, 
qui a toujours diminué depuis cette crise dont nous vous 
parlâmes le neuf de mon maP. 

DB CHARLES DB siviGNÉ SOUS LA DICTÉB DB SA MÀRB. 

Il est donc vrai que depuis cette sueur, ensuite de 
plusieurs autres petites, je me trouve sans fièvre et sans 
douleur, à la réserve de celle que donne la lassitude du 
rhumatisme. Vous savez ce que c'est pour moi que d'être 
seize jours sur les reins, sans pouvoir changer de situa- 
tion. Je me suis rangée dans ma petite alcôve*, où j'ai 
été très-chaudement, et parfaitement bien servie. Je vou- 
drois bien que mon fils ne fut pas mon secrétaire en cet 
endroit, pour vous dire ce qu'il a fait dans cette occasion. 
Ce mal a été fort commun en ce pays, et ceux qui ont 
évité la fluxion sur la poitrine y sont tombés ; mais pour 
vous dire le vrai, je ne croyois pas être sujette à cette 
loi commune : jamais une femme n'a été plus humiliée, 
ni plus traitée contre son tempérament. Si j'avois fait un 

Lettre 496. — i. Dans Tëdition de 1784, la lettre est dsXée du 
19 février, et Ton n*y a pas fait de distinction entre ce que Mme de 
Sëvigné écrit de sa main et ce que son fils écrit sous sa dictée. 
9. Les mots le neuf de mon mal ne sont que dans Tédition de fj^i' 
3. Cette alcÔYe, accompagnée de deux petits cabinets, a été con- 
servée dans la chambre à coucher de Mme de Se vigne aux Rochers; 
on y voit encore son lit de satin jaune, brodé aux Indes, e& ^^^ 
de couleur, or et argent, (dlote de Pédition de 1818.) 



-347 -• 

K>n usage de tout ce que j'ai souffert, je n*aurois pas tout ^ 
perdu, li faudroit peut-être m'envier ; mais je suis impa- 
tiente, ma fille, et je ne comprends pas commeujt ou peut 
vivre sans pieds, sans jambes, sans jarrets et sans mains. 
Il faut que vous pardonniez aujourd'hui cette lettre à 
Toccupa tien naturelle d'une personne malade; c'est à n'y 
plus retourner, et dans peu de jours nous serons en état 
de vous écrire tout comme les autres. Il me semble avoir 
entendu dire, pendant que j'avois la fièvre, que votre 
cardinal Grimaldi^ étoit mort : j'en serois en vérité bien 
tachée. Adieu, ma chère enfant : avec tout cela mon mal 
a a été que douloureux, et tous ceux qui prennent intérêt 
à moi n'ont pu trouver un moment sujet d'avoir peur ; 
ma fièvre même étoit nécessaire pour consumer l'humeur 
du rhumatisme, et présentement que je n'en ai plus, il 
Q y a qu'à attendre patiemment le retour de mes forces, 
et que l'enflure se dissipe. J'embrasse M. de Grignan. La 
princesse a fait des merveilles pendant ma maladie. 

I>E rHABÏ.BS DB siviGIfÉ. 

Je n'ai plus rien à vous dire après cela, ma petite sœur, 
si ce n'est que nous venons d'avoir une dispute le bon 
abbé et moi : il dit que l'écriture de ma mère, telle 
qu elle est, étoit nécessaire pour vous rassurer; moi je 
soutiens qu'elle est beaucoup plus propre à vous épou- 
vanter, et que vous nous auriez bien fait l'honneur de 
vous en rapporter à nous sur la santé de ma mère, et que 
notre style vous auroit ôté vos inquiétudes. Voilà ma 
pensée; car je ne crois pas que vous me soupçonniez 
d une assez grande force d'esprit pour écrire des plaî- 
sauteries dans le temps que je serois frappé de quelque 

4- Cette nourelle était fausse ; il ne mourut <ju*en i685. Voye* 
ïomell, p. 16(5, notes. 



1676 



— 348 — 

chose de terrible : mandez-nous votre avis, pour termi- 
ner notre dispute. Je salue M. de Grignan, et baise la 
Dague* au front. 



497. — DE CHARÎiKS DE 8ÉVIGRÊ, SOUS LA DICTÉE 
DE MADAME DE SÉVIGIIÊ| A MADAME DE GEIGHAlf. 

Aux Rochers, mercredi 29* janvier» 

Cb qui vous paroîtra plaisant, ma fille, c*est que je suis 
guérie, que je n'ai plus ni fièvre ni douleurs, et que 
pourtant je ne vous écrirai poiat; mais c'est par la rai- 
son même que je suis guérie, que je ne puis écrire. Mes 
douleurs se sont changées en enflure, de sorte que cette 
pauvre main droite ne me peut plus servir à griffonner 
comme ces jours passés : c'est encore un peu d'incom* 
modité qui ne durera pas longtemps. Je ne suis présen- 
tement qu'à me consoler des maux que le lit m'a donnés 
pendant quinze jours. Je commence à me promener par 
ma chambre; je reprends mes forces : cet état n'est point 
à plaindre, et je voue prie de ne vous en point faire une 
peine, dans le temps que nous nous en faisons un plaisir 
sensible. J'ai lu vos deux lettres : elles sont divines ; vous 
me faites des représentations admirables : si jamais je 
puis avoir la main libre, j'y ferai réponse ; en attendant, 
croyez que vous ne perdez rien avec moi, ni de l'agré- 
ment de votre commerce, ni de l'amitié que vous me té- 
moignez. Une des plus grandes joies que j'aie eues du 
retour de ma santé, c'est l'inquiétude que cela vous 
ôtera. Vous n'en devez plus avoir, puisque nous vous 
avons mandé toutes choses dans l'exacte vérité, et que 
nous goûtons présentement les délices de la convales- 

5. Mlle de Montgobert. Voyez la kttre du s3 février suiTant. 



- 349 - 

ceace. Je vous embrasse, ma chère enfant, de tout mon ^^ - 
cœur: le bien Bon en fait autant. 



Et pour moi, ma petite sœur, vous croyez bien que je 
ne m*y épargne pas. Je n*ai rien à vous dire aujourd'hui 
de moi-même, si ce n est l'extrême joie que j'ai de 
nous voir hors d'intrigue. 



498. DE MADAME DE SE VIGNE ET DE GHABLE8 

DE SÉVIGNÊ A MADAME DE GRiGVAlf. 

Aux Rochers, vendredi 3 1* janvier. 

DB MADAMB DB siviGNÉ. 

Nb soyez en nulle peine de moi : je suis hors d'affaire, 
à la réserve que j'ai les bras, les mains, les jarrets, les 
pieds gros et enflés, et je ne m'en aide point; c'est une 
incommodité incroyable, mais qui finira bientôt. J'ai été 
mille fois mieux ici qu'à Paris : je suis servie et traitée 
comme la Reine ^ 

DB CHARLBS PB siviGVi. 

Oh! la belle écriture! ne trouvez- vous pas que ma 
mère eût tout aussi bien fait de ne vous pas écrire ? nous 
l'en voulions empêcher, mais elle Ta voulu : je souhaite 
que cela vous serve de consolation ; souhaitez-nous en 
récompense un peu de patience pour supporter l'enflure 
et la foiblesse qui restent. Ma mère croyoit que du mo« 

LnTBB 498. — X. Ce premier paragraphe est la seule partie de 
^«tte lettre que Perrin ait donnée dans sa première édition. Il Ta 
placé à la fin de la lettre du 8 mars. 



— 35a — 

- ^ berté à nos amis de nous servir à leur mode. U me paitA 
qu'ils ont observé beaucoup de régime et' de ménage- 
ment du côté de Provence : il faut sur cela suivre leurs 
pensées et ce qui leur convient', d'autant plus agréable- 
ment; qu'ils ont bien voulu me laisser voir d'ici le des- 
sous des cartes, qui est enchanté pour vous. Ils me vien* 
nent d'écrire tous deux sur ma maladie ; voyez s'il y a 
rien de si obligeant : voilà les lettres. Ainsi, ma fille, 
gardez-moi donc bien tous mes petits secrets, et gar- 
dons-nous bien de nous plaindre des gens dont nous 
devons nous louer. 

Je comprends le bruit et l'embarras que vous avez dans 
votre rond^. Mandez-moi si le bonhomme de Saunes' 
joue toujours au piquet, et s'il croit être en vie. Voici le 
temps qu'il faut se divertir malgré qu'on en ait ; si vous 
en étiez aussi aise que votre fille l'est de danser, je ne 
vous plaindrois pas : jamais je n'ai vu une petite-fille si 
dansante naturellement. Au reste, je suis entièrement 
de votre avis sur les Essais de morale; je gronde votre 
frère : le voilà qui va vous parler. 

VE CHARLES Dl sAviGIfi. 

* Et moi je vous dis que le premier tome des Essais (U 
morale vous paroitroit tout comme à moi, si la Marans 
et l'abbé Têtu ne vous avoient accoutumée aux choses 
fines et distillées. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les gali* 

%, De régime et manque dans Tëdition de I734* 
^ 3. « StÛTre leurs rues et leurs pensées, s {Édition de 1754.) 

4, C'est un cabinet appelé le rond^ parce qa*il est pratiqué dam 
une ancienne tour du palais des comtes de Prorence, où étoit le 
logement de M. de Grignan à Aix. (Note de Perrin^ i754*) — ^ 
palais a été abattu au conunencement de la Rérolution. (Note di 
rédition de 1818.) 

5. Conseiller au parlement d' Aix. Voyez klettre du 8 mars suinnt. 



— 353 — 

matms vous puoissent dairs et aisés : de tout ce qui a 

parié de l'homme et de Tintérieur de l'homme, je n'ai ' ^ 
rien vu de moins agréable ; ce ne sont point là ces por- 
traits oh tout le monde se reoonnoit. Pascal, la Logique 
de Port-Royal^, et Plutavque, et Montaigne, parlent bien 
autrement : oeloi*ci parle parce qn'il veut parler, et sou-* 
vent il n a pa5 grand'chose à dire. Je vous soutiens que 
ces deux premiers actes de Topera sont jolis, et au-des« 
SOS de la portée ordinaire de Quinault : j'en ai fait tom- 
ber d'accord ma mère; mais elle veut vous en parler 
elle-même. Dites-nous ce que vous y trouvez de si mau- 
vais, et nous vous y répondrons ^, au moins sur ces pre- 
miers actes; car pour l'assemblée des Fleuves*, je vous 
Tabandonne. 

Ma très-belle et très-aimable petite sœur, ma mère 
vous embrasae avec sa main ridée ; et pour moi je vous 
embrasserois aussi, si j'osois étant brouillé avec vous 
comme je le suis. 



5oo. — DE GHABLES DK SÊVIGUÉ , S0D8 LA DICTÉE 
BS MADAME DE SiviGNÊy PUIS EN SON PHOPBB 
VOU, A MADABIE DE GRIONAIT. 

Aux Rochers, lundi 3* février. 

m MADIMB DE SÉVlCNli, DICTANT A SON FILS. 

Dbvinbz ce que c'est, ma fille, que la chose du monde 
qui vient le plus vite et qui s'en va le plus lentement, 

6. Elle parut en i66a ; l'acheré d'imprimer est du 6 juillet. 

7. « Dite»-noiit ce que tous j trouverez de si mauvais, et nout 
▼ou répondront. » {ÉdUion de 1734.) 

3. Dana le IV* acte à^Jiy^ le lieu de la scène est le palais du 
fleuve Sangar, et les personnages de la scène v de cet acte sont une 
Mhb ob SÉnonL nr a3 



— 854 — 

qai TOin>fi«t ftp^rodier le pins près'^de fai wnralesceiice 
et 'qui' tons en retire le plus. loin; qvr tous fiiit tou- 
cher l état (hi monde \m jÂas agmble et tpd -vous em- 
peehe le plus d'en jouir, qui vous!donne les plus belles 
espérances du monde et qui en étoigne le plus Teffet : 
ne eaunez-votts le deviner? jeteK-rous votre langœ aux 
oiùeBtf? C'est un rhumatisme. Il y a vingt^tvois jours que 
j2«il0Qis malade; depuis le quatorie, je suis sans fièvre 
etrsans douleurs, et dans ^set'état bienheureux, eroyant 
êlre en état de maioher, qui est tout ce que je souhidte, 
je me trouve enflée de tous côtés, les pieds, les jambes, 
les mains, les bras; et oette enflure, qvi s^appdle ma 
guérison, et qui .Lest effectivement, ùii tout le sujet de 
mon impatience, et feroit celui de mon mérite, si j'étois 
bonne. Cependant je crois que voilà qui est &it, et 
que dans deux jours je pourrai marcher. Larmeohin me 
le fait espérer : o che spero^ \ Je reçois de partout des 
lettres de réjouissance sur ma bonne santé, etc^est avec 
raison. Je me suis purgée une fois de la poudre de M. de 
rOrme*, qui m'a fait des merveiUes ; je m'en vais encore 
en reprendre; c'est.le vérita3)te ^remèie pour toutes ces 
sortes de maux : après cela on me: promet une santé 
étemelle ; Dieu le veuille ! Le premier pas que je ferai sera 
d'aller à Paris : je vous prie donc, ma chère enfant, de 
calmer vosdnquiétudes ; vous voyez que nous vous avons 
toujours écrit sincèrement. Avant que de fermer ce pa- 
quet, je demanderai à ma grosse main si elle veut bien 
que je vous écrive deux mots : je né trouVé pas qu'elle le 
veuille ; peut-être qu'elle le voudra dans deux heures. 

troupe de dieux de fleures, de ruisseaux et de difinltéa de fontaines, 
qui dansent et chantent ensemble. 

Lbttbx 5oo. — I. Oh que je Pespire/ 

1. Voyez la lettre du ii mars suivant, p. 379, note i« 



- 355 - 

Adieu, ma très-belle et très-aimable : je vous eokijure 
tous de respecter, avec tremblement, ce qui s'appelle un 
ifaumatisme; il me semble que présentement je n'ai rien 
de plus important à vous recommander. Voici le fraier 
qm peste contre vous depuis huit jours, de vous être 
opposée, à Paris, au remède de M. de TQrme. 

I>E CHARLES DB s£viGn£. 

Si ma mère s'étoit abandonnée au régime de ce bon- 
homme, et qu'elle eût pris tous les mois de sa poudre, 
comme il le vouloit, elle ne seroit point tombée dans 
cette maladie, qui ne vient que d'ime réplétion épou- 
vantable d'humeurs ; mais c'étoit vouloir assassiner ma 
mère, que de lui conseiller d'en essayer une prise. Ce- 
pendant ce remède si terrible, qui fait trembler en le 
nommant, qui est composé avec de l'antimoine, qui est 
one espèce d'émétique, purge beaucoup plus doucement 
qn'un verre d'eau de fontaine, ne donne pas la moindre 
tranchée, pas la moindre douleur, et ne fait autre effet* 
que de rendre la tête nette et légère, et capable de faire 
des vers, si on vouloit s'y appliquer. Il ne falloît pour- 
tant pas en prendre : « Vous moquez-vous, mon frère, 
de vouloir fkire prendre de l'antimoine à ma mère ? Il ne 
&ut seulement que du régime, et prendre un petit bouil- 
lon de séné tous les mois : » voilà ce que vous disiez. 
Adieu, ma petite sœur; je suis en colère quand je songe 
que nous aurions pu éviter cette maladie avec ce remède, 
qui nous rend si vite la santé, quoi que l'impatience de 
ma mère lui fasse dire. Ma mère s'écrie* : « O mes en- 
fants, que vous êtes fous de croire qu'une maladie se 

3. a Et ne bât autre chose. 9 {Édition de 1754.) 

4. « Quelque chose que l'impatience de ma mère lui fasse dire* 
Elle s'écrie, etc. » {Ibidem.) 



1676 



1676 



— 356 — 

puisse déranger ! ne fkut-il pas que la Providenoe de Dieu 
ait son cours ? et pouvons-nous &ire autre chose que de 
lui obéir? » Voilà qui est fort chrétien; mais prenons 
toujours à bon compte de la poudre de M. de TOrme. 



5oi. — DE ghàbles de sévignê, sous la dictée de 

MADAME DE SÊVIGNléy A MADAME DE GEIGNAlf , ET 
DE GHABLES DE SÉVIGNÊ A MOIfSIEUB DE GRIGlfAll. 

Aux Rochers, dimanche 9* février. 

▲ MADAME DB GRIGNAN. 

Voila justement, ma chère fille, ce que nous avions 
prévu. Je vois vos inquiétudes et vos tristes réflexions 
dans le temps que je suis guérie. J'ai été frappée rudement 
de Tefiet que vous feroit cette nouvelle, vous connoissant 
comme je vous connois pour moi; mais enfin vous aurez 
vu la suite de cette maladie, qui n'a rien eu de dangereux. 
Nous n'avions point dessein de vous faire de finesse dans 
le commencement; nous vous parlions de torticolis, et 
nous croyions en être quittes pour cela ; mais le lende- 
main cela se déclara pour un rhumatisme, c'est-à-dire 
pour la chose du monde la plus douloureuse et la plus 
ennuyeuse; et présentement, quoique je sois guérie, que 
je marche dans ma chambre, et que j'aie été à la messe, 
je suis toute pleine de cataplasmes : véritablement cette 
impossibilité d'écrire est quelque chose d'étrange, et qui 
a fait en vous tous les mauvais effets que j'en avois ap- 
préhendés. Croiriez- vous bien que notre eau de la reine 
d'Hongrie m'a été contraire pendant tout mon mal ? Je 
vois avec combien d'impatience vous avez attendu nos se- 
condes lettres, et je suis trop obligée à M. de Roquesante 
d'avoir bien voulu pai^tager votre ennui en les attendant : 



— 357 — 

il y a des héros d^amidé, dont je fais grand cas. Je remer- 
cie les pichons d'avoir remercié Dieu de si bon cœnr, et 
je promets à M. de Grignan deux lignes de ma main aussi- 
tôt qu^on m'aura ôté mes cataplasmes. Je vous prie bien 
sérieusement de remercier toutes les dames et toutes les 
personnes qui se sont intéressées à ma santé : quoique ce 
soit au dessein de vous plaire que je doive ces empresse- 
ments, ils ne laissent pas de m'être fort agréables, et je 
vous conjure de leur en témoigner mareconnoissance. Je 
crains que votre frère ne me quitte; voilà un de mes 
chagrins : on ne lui parle que de revues, que de brigades, 
que de guerre. Voici une maladie qui a dérangé nos bons 
petits desseins. Je fais venir en tous cas Hélène, pour ne 
pas tomber des nues ; et le temps nous rassemblera. Je 
Yous conjure d'avoir soin de vous et de votre santé : vous 
ne sauriez me donner de marque de votre amitié qui me 
soit plus sensible. Adieu, ma très-aimable enfant, je vous 
embrasse de toute la tendresse de mon cœur. Voici le 
fraier qui écrit à M. de Grignan ^ 

▲ MONSIEUR DB GRIGNAN. 

QuoiQUB ma sœur ait pris toutes sortes de soins pour 
cacher Tétat où elle est, vous ne devez pas douter, mon 
très-cher frère, que je n'eusse pris toutes les précautions 
imaginables pour la ménager, en cas que la maladie de 
ma mère nous eût fait la moindre frayeur ; mais heureu- 
sement, nous n'avons eu que le chagrin de lui voir souf- 
frir des douleurs insupportables, sans qu'il y ait jamais 
eu aucune apparence de danger : vous aurez bien pu vous 
en apercevoir par nos lettres, qui vous auront tout à fait 

liKnu Soi. — i. t Vous savez que c'est la marque la plus sen- 
*^e que TOUS pubsiez me dooser de votre amitié. Adieu, ma très- 
aimable. Voici le frater qui veut parler à M. de Grignan. » {Édition 
^ «754.) 



1676 



— 358 — 

ni88tiré« Soyez persuadé, mon très-cher frère, que je ne 

' ' pouvois manquer de fSure mon devoir en cette occasion : 
ma sœur a une place dans mon cœur qui ne me permet 
pas de l'oublier. Présentement que nous sommes dans la 
joie de voir revenir à vue d'cnl la santé de ma mère, 
je me console de la maladie, parce qu'elle lui a^r«Miba 
à se conserver, comme une personne mortelle, et parce 
qu'elle est cause que j'ai reçu de vous la lettre du monde 
la plus obligeante et la plus pleine d'amitié. Croyez, 
Monsieur, que vous ne sauriez en avoir pour personne 
qui vous honore plus que moi, et qui ait pour vous plus 
d'estime et de tendresse. 

▲ madâmb db grignan. 

Jb reviens à vous, ma petite sœur, pour vous mander 
les détails que vous demandiez dès le premier ordinaire. 
Il eût fallu faire comme le valet de chambre de feu mon 
oncle de Châlon', qui disoit : « Monsieur a la fièvre quarte 
depuis hier matin. » Nous vous avons mandé tout ce qu'A 
y avoit à vous mander. Remerciez-nous seulement, et ne 
vous avisez pas de nous gronder en la moindre chose : 
vous auriez tort. Nous avons l'abbé de Chavigny pour 
évêque de Rennes*; vous trouverez que nous en devons 
être bien aises, pour peu que vous oubUiez le mépris et 

9. (Jacques) de Neuchète, érèqae de Châlon-sor-SaAne. {Note Je 
Perrin.) — Voyez tome I, la lettre 80 et let tiÛTantet. 

3. François le Bouthillier, frère de la maréchale de Clérembaat, 
fut en effet nommé le 1 février 1676 à révèché deJRennea et en ob- 
tint les bulles-, mais il donna sa démission au mois de juillet de la 
même année. Il fut nommé à révèché de Troyes le 17 octobre 1678, 
et se démit en 1697 en faveur de son neveu. En 171 5, il fut appelé an 
conseil de régence, et mourut le i5 septembre 173 1, dans sa quatre- 
vingt-dixième année, a II étoit (quatrième) fils de Chavigny, cet hon- 
nête secrétaire d'État dont j'ai parlé, et petit-fib de Bouthillier, 
surintendant des finances. Il eut des bénéfices de bonne heure, fut 



-359- 

ravenion qu'il a pour Montaigne. Je vous embrasse mille 
fois, ma petite sœur. Je vous prie de faire encore des 
amitiés pour moi à M. de Grignan. J'ai enfin vu une 
lettre de lui à un autre que vous ; je la conserverai aussi 
comme un trophée de bonté et de gloire : c'en estasses 
pour peindre mon ressentiment. 



5o!SI. DE LA PETrrE PEKSOHIIE^, SOUS LA DICTÉE 

DE MADAME DE SÊVIGNÊ, A MADAME DE GBIGHAR. 

Aux Rochers, mercredi la* février. 

Ma fille, il n'est plus question de moi, je me porte 
bien, c'est-à-dire autant que l'on se porte bien de la 
queue d'un rhumatisme; car ces enflures s'en vont si 
lentement, que l'on perdroit fort bien patience, si l'on 
ne sortoit d'un état qui fait trouver celui-là fort heureux. 
Est-il vrai que le chevalier de Grignan se soit trouvé de- 

âQmAiiier duRoi, derint, jeune, éré^e de Trojes. Il avoit dn mtoît 
et possédoit de plus les affaires temporelles du clergé mieux qu'au- 
cun de ce corps, en sorte qu'il ëtoit de presque toutes les assem- 
Uées du clergé et qu'il brilloit dans toutes. Il aroit de plus bien de 
Tesprit, et plus que tout Tesprit du monde, le badinage des femmes, 
le ton de la bonne compagnie, et passa sa rie dans la meilleure et la 
plus distinguée de la cour et delà ville, recherché de tout le monde, 
et surtout dans le gros jeu et à travers toutes les dames C'étoit leur 
ÀTori; eUes ne Tappeloient que le Troyen, et chien d'érèque et 
chien de Troyen, quand il leur gagnoit leur argent. Il s'alloit de 
temps en temps ennuyer à Troyes, où, pour la bienséance et &ute 
de mieux, il ne laissoit pas de faire ses fonctions ; mais il n'y de- 
meuroit guère, et une fois de retour, il ne se pouvoit arracher. » 
(Saint-Simon, tome I, p . 489 et stdrantes.) Sur sa belle et courageuse 
Ktraite, sur la seconde moitié de sa vie consacrée à la pénitence, 
▼oyez le même endroit de Saint-Simon ; voyez aussi tome XIII 
des Mfémalrei^ p. i6s et suivante, 410 ^t suivantes. 

Lcms 5o9. — X. Voyez la lettre des x5 et a5 décembre et du 
is janvier préeédenu, p. a83, ^96 et 334. 



107^ 



— 36o — 

puis dans le même embarras ? Je ne comprends point ee 
qn^un peiU glorieux peut feiire d'un mal qui commence 
d'abord à vous soumettre, pieds et poings liés, à son 
empire. On dit aussi que le cardinal de Bouillon n'est pas 
exempt de cette petite humiliation. Oh, le bon mal! et 
que c'est bien fait de le voir un peu jeté parmi les cour- 
tisans ! Mon fils est allé à Vitré pour une affaire : c'est 
pourquoi je donne sa charge de secrétaire à une petite 
personne dont je vous ai souvent parlé, et qui vous prie 
de trouver bon qu'elle vous baise respectueusement les 
mains. Hélène sera ici dans quatre jours : j'ai compris 
que je ne pourrois m'en passer, voyant bien que mon fils 
me va ôter Larmechin. Il y a tant d'incommodité dans 
la santé qui suit la guérison d'un rhumatisme, qu*on ne 
sauroit se passer d'être bien servie.* 

Voilà une lettre que la bonne princesse vient de m*en- 
voyer pour vous : savez-vous bien que je suis touchée de 
l'extrême politesse et de la tendre amitié qu'il y a dans 
ce procédé ? Je ne suis pas en peine de la façon dont vous 
y ferez réponse. 



5o3. DE CHARLES DE SÊVIGNÊ^ SOUS LA OIGTil 

DE MADAME DE SÉVIONÉ, A MADAME DE GEIGHAH. 

Aux Rochers, dimanche i6* février. 

Puisque vous jugez la question, qu'il vaut mieux ne 
point voir de l'écriture de la personne qu'on aime, que 
d'en voir de mauvaise, je crois que je ne proposerai rien 
cette fois-ci à ma main enflée ; mais je vous conjure, ma 
fille, d'être entièrement hors d'inquiétude. Mon fils me 
fit promener hier par le plus beau temps du monde : je 
m'en trouvai fortifiée, et si mes enflures veulent bien me 



— 36i — 

quitter après cinq iemaines de martyre, je me retroa* 
vend dans une parfaite santé. Comme j'aime à être dor- 
lotée, je ne suis pas fâchée que vous me plaigniez un peu, 
et que vous soyez persuadée qu*un rhumatisme, comme 
celui que j*ai eu, est le plus cruel de tous les maux que Ton 
puisse avoir. Le prater m*a été d'une consolation que je 
ne vous puis exprimer; il se connoit assez joliment en 
fièvre et en santé; j'avois de la confiance en tout ce qu'il 
me disoit : il avoit pitié de toutes mes douleurs, et le 
hasard a voulu qu'il ne m'ait trompée en rien de ce qu'il 
m'a promis, pas même à la promenade d'hier, dont je 
me suis mieux portée que je n'espérois. Larmechin, de 
son côté, m'a toujours veillée depuis cinq semaines, et 
je ne comprends point du tout ce que j'eusse fait sans 
ces deux personnes. Si vous voulez savoir quelque chose 
de plus d'un rhumatisme, demandez-le au pauvre Mari* 
gnanes ^, qui me fait grand'pitié, puisqu'il est dans l'état 
d'ob je ne fÎEiis que de sortir. Ne croyez point que la coif- 
fure en toupet*, et les autres ornements que vous me re- 
prochez, aient été en vogue : j'ai été malade, de bonne 
foi, pour la première fois de ma vie. 

Et pour mon coup d'essai, j'ai fait un coup de maître*. 

Tout le soin que l'on a eu de ma santé en Provence marque 
bien celui qu'on a de vous plaire : je vous prie de ne pas 
laisser d'en faire mes remerciements partout où vous le 
jugerez à propos. Je ne cherche plus que des forces pour 
nous mettre sur le chemin de Paris, où mon fils s'en va 



LnTBB 5o3. — I. Voyez tome ni, p» 83, note i. 

a. Voyez ci-deftus, p. 79. 

3. Gonieille, U Cid^ acte II, icène 11 : 

Met pareilfl à deux fou ne se font point connottre, 

Et pour leurs coups d'essai veoleat des coups de maftre« 



1676 



— 36a — 

le premiery & mon regret. Je sois fort toachée de la dé- 
votion d* Arles ; mais je ne puis croire que celle du Coad- 
juteur le porte jamais à de telles extrémités : nous vous 
prions de nous mander la suite de ce zèle si extraordi- 
naire. Je suis bien aise que vous ayez vu le dessous des 
eartes du procédé de M. de Pompone et de Mme de Vins, 
et que vous soyez entrée dans leur politique, sans ea 
avoir rien fait retourner à Paris : ce sont des amis sur 
lesquels nous pouvons compter. 

AdieUy ma très-chère en&nt : il me semble que c'est 
tout ce que j*ai à vous dire ; si je n'étois pas en inquié» 
tude* de vous et de votre santé, je serois dans un état 
digne d'envie ; mais la misère humaine ne comporte pas 
tant de bonheur. J'embrasse M. de Grignan de tout me» 
eoBur, et vous, ma fille, avec une tendresse infinie. 



5o4« — DE UL FfiTITE PEKSOlflfE , SOUS LA DIGTiB 
DE VADAME DE SÊVI6NÊ, A MADAME DK GBIGHAIT. 

Aux Rochers, ce mercredi des Gendres, 19* février. 

Jb souhaite, ma chère fille, que vous ayez passé votre 
carnaval mieux que moi ^ ; rien ne doit vous en avoir 
empêchée : ma santé ne doit plus il y a longtemps vous 
donner d'inquiétude; pour moi elle me donne de l'en- 
nui. La fin infinie d'un rhumatisme est une chose in- 
croyable : on ressent des douleurs qui font ressouvenir 
du commencement; l'on meurt de peur; une main se 
renfle traîtreusement, un torticolis vous trouble : enfin, 
mon enfant, c'est une affaire que de se remettre en par- 
faite santé; et comme je l'entreprends, j'en suis fort 

4. <c Si je nMtoit en peine. » {ÉJiiion de 1754.) 
LiRna 504. — I. « Plus gaiement que moi. » {liidem,) 



— 363 — 

oocopée : il ne fitut pas craindre que je retombe malade 
par ma faute ; je crains tout; Ton se moque de moi. Voilà 
doncy comme vous voyez, ce qui compose une femme 
d assez mauvaise compagnie. Outre cela, le bon abbé ne 
se porte pas bien ; il a mal à un genou, et un peu d*émo* 
tien tous les soirs; cela me trouble. Mme de Marbeuf* 
m'est venue voir de Rennes, mais je Tai renvoyée passer 
le carnaval chez la bonne princesse : elles reviendront tan- 
tôt me voir ; mon fils y a passé un jour ou deux ; il s'en va 
dans cinq ou six : c'est une perte pour moi ; mais il n'y a 
pas moyen qu'il puisse différer davantage ; nous ne pen- 
serons plus qu'à le suivre. Mais, ma fille, qui peut me 
guérir des inquiétudes où je suis pour vous? Elles sont 
extrêmes, et je demande à Dieu tous les jours d'en être 
soulagée par une nouvelle, telle et aussi heureuse que je 
la puisse souhaiter'. Je ne sais quand mes lettres rede- 
viendront supportables ; mais présentement elles sont si 
tristes et si pleines de moi, que je m'ennuie de les en- 
tendre relire ; vous avez trop bon goût pour n'être pas 
de même : c'est pourquoi je m'en vais finir; aussi bien la 
petite fille se moque de moi. J'attends vos lettres, comme 
la seule joie de mon esprit : je suis ravie d'entrer dans 
tout ce que vous me dites, et de sortir un peu de tout ce 
que je dis. Hélène est arrivée depuis deux jours, dont je 
suis ravie : elle me console deLarmechinquis' en va. L'on 
me mande mille choses de Paris, sur quoi l'on pourroit 
discourir, si l'on n'avoit point les mains enflées. 

a. Voyez ci-dessus, p. 197, note 5. 

3. Le texte de 1754 est ici très-différent de celui de 1734, que 
nous ayons suiri : a Mon fiU a passé deux jours arec elles ; il s*en va 
dans cinq ou six : c'est une perte pour moi ; mais iln*y a pas mojen 
^ il dilE^re davantage ; nous ne penserons plus qu*à le suivre : cela 
consoleroit, si quelque chose pouToit me guérir des inquiétudes où 
je suis pour tous. Je ne sais, ma fille, quand mes lettres, etc. » 



1676 



1676 



— 364 — 

Adieu, ma très-chère et très-aimable : vous savez 
combien je suis à vous ; conservez-moi tendrement votre 
chère et précieuse amitié. J^embrasse M. de Grignan et 
les pichons. Comment se porte Marignanes? Il me semble 
que nous sommes bien proches du côté du rhumatisme. 
Je vous envoie une douzaine de souvenirs à distribuer 
comme il vous plaira ; mais il y en a un pour Roque- 
sante, qui ne doit jamais être confondu. 



5o5. — - DB MADAME DE SftVIGlIÉ 
A MADAME ET A MOHSIEUR DE GBIGlfAN. 

Aux Rochers, dimanche a3* février. 

Vous êtes accouchée i huit mois, ma très-chère : quel 
bonheur que vous vous portiez bien! mais quel dom- 
mage d*avoir perdu encore un pauvre petit garçon! 
Vous qui êtes si sage, et qui grondez les autres, vous 
avez eu la fantaisie de vous laver les pieds; quand on a 
poussé si loin un si bel ouvrage, comment peut-on le 
hasarder, et sa vie en même temps? car il me semble 
que votre travail prenoit un mauvais train; enfin, ma 
fille, par la grâce de Dieu, vous en êtes sortie heureu- 
sement; vous avez été bien secourue. Vous pouvez pen- 
ser avec quelle impatience j*attends de secondes nou* 
velles de votre santé, et si je suis bien occupée, et bien 
remplie des circonstances de cet accouchement. Je vous 
rends grâces de vos trois lignes, et à vous, mon cher 
Comte, des soins que vous prenez de m'instruire. Vous 
savez ce que c*est pour moi que la santé de votre chère 
femme ; mais vous Tavez laissée trop écrire : c*est une 
mort que cet excès ; et pour ce lavage des pieds, on dit 
qu'il a causé Taccouchement. C'est dommage de la perte 



— 365 — 

de cet enfant : je la sens, et j*ai besoin de vos réflexions ■ 

chrétiennes pour m'en consoler; car quoi qu'on vous ' ' 
dise, vous ne le sauverez pas à huit mois^. J'aurois eu 
peur que l'inquiétude de ma maladie n y eût contribué, 
sans que j'ai trouvé qu'il y a eu quinze jours d'intervalle. 
Enfin Dieu soit loué et remercié mille et mille fois, puis- 
que ma chère Comtesse se porte bien ! Ma vie tient à 
cette santé : je vous la recommande, mon très*cher, et 
j'accepte de tout mon cœur le rendez-vous de Gngnan. 



5o6. DE GHABLES DE SÊVIGHÉ 

A BtADAME DE ORIGNAIT. 

Aux Rochers, dimanche a3* février. 

Vous n'avez qu'à nous venir donner à cette heure des 
règles et des avis pour notre santé ,* on vous répondra 
comme dans l'Évangile^ : MédecAj guéris^toi toi-même. 
J'ai présentement de grands avantages sur vous ; tel que 
je sais, j'ai tant fait que nos gens sont présentement dans 
la plaine*. Ma mère se porte à merveilles; elle prit hier, 
pour la dernière fois, de la poudre de M. de l'Orme, qui 
lui a fait des merveilles. Elle se promène dès qu'il fidt 
beau; je lui donne des conseils dont elle se trouve bien; 
je tC accouche point à huit mois : après cela, je crois qu'elle 
se reposera sur moi de tout ce qui la regarde , et qu'elle 
méprisera beaucoup votre petite capacité, qui s'avise de 

Lirns 5o5. «— i. Voyez la lettre du 3 juiUet 1677. 

Lams 5o6. — i. Voyes VÉvmtgile de laint Luc, chap. rr, ver- 
•et a3. 

a. Otna sa seconde édition, Perrin, pour ëriter la répétition, a 
remplacé préseniemeni par enfin, et cité le rers même de la Fontaine : 

J'ai tant lait que nos gens sont enfin dans la plaine. 

(U Coche et la Mouche^ Une VII, fable ix.) 



le?^ 



— 366 — 

se laver les jambes deux heures durant, étant grosse de 
buit mois : Ton vous pardonne pourtant, puisque voas 
vous en portez bien, et que les lettres que nous avons 
reçues de vous, de M. de Grignan et de la petite Dague^ 
nous ôtent toute sorte d^inquiétude. Quelque douce 
pourtant que fôt la manière de nous apprendre cette 
nouvelle, ma mère en fîit émue à un point qui nous fit 
beaucoup de frayeur. Nous jouions au reversis, quand les 
lettres arrivèrent; Timpatience de ma mère ne lui permit 
pas d^attendre que le coup (ut fini pour ouvrir votre pa- 
quet; elle le fit ouvrir à M. du Plessis*, qui étoit specta- 
teur. Il commença par la lettre de la Dague pour moi ; et 
à ce mot A^ciccouchemerU qui étoit sur le dessus, quoique 
le dedans fût fort gaillard, elle ne put s'empêcher d'avoir 
une émotion extraordinaire : c'est un des restes que sa 
maladie lui a laissés ; le sujet en étoit bien juste ; mais le 
caractère enjoué de la Dctgue nous rassura tous en un 
moment, hormis ma mère qui eut besoin de voir de votre 
écriture. Je supplie Monsieur de Grignan de recevoir ici 
les compliments que je lui fais sur votre santé*, et les 
VOBUX très-sincères que je fais pour la vie de son fils. Il 
n^en doit pas douter, pour peu qu'il me fasse l'honneur 
de juger un peu de moi par lui-même ; et cela est encore 
bien éloigné des larmes dont il m'honora quand on lui 
dît de mes nouvelles il y adix-huit mois *. Pour la Dague, 
je ne lui dis rien, j'attends à me venger de toutes ses in* 
jures que je me sois caché à Grignan, dans cet escalier oii 
le vent fait de si bons effets. Je vous embrasse mille fois, 

3. Le pète de Mlle du Plessis d'Argentré. 

4. a De receYoir ici mes complimentstur rotre bonne santé. » (^ 
tlon de 1754.) 

5. A roccaslon du combat de Senef, où Cbarles de Sëngné cou- 
mt les plus grands dangers. Voyez la lettre du i5 août et celle du 
s5 septembre 1674, p. 410, 4" et 416 du tome III. 



— 367 — 

ma dière petite sœur : il n^y a pôibt de danger aajour- 
dliiii, ear il y a longtemps que je n*ai mis de poudre à 
ma pemujne. 

507^ D£ MADAME DE SÊVIGcNË, ET DE LA PETITE 

FBBSOHEE SOUS LA DICTÉE DE MADAME DE SÊVIGlIÉy 
A MADAME DE OniGHAlf. 

Aux Rochers, mercredi a6* février. 

DB MADAME DB SiVIGlrf. 

J'attends avec impatience, ma chère fille, mes lettres 
de vendredi ; il me faut encore cette confirmation de votre 
chère et précieuse santé. Je vous embrasse tendrement, 
et vais vous dire le reste par mon petit secrétaire. 

DE LA PBTITB PBRSONNB| SOUS LA DICtAb 
DB MADAMB DB SÉVIGNÉ. 

Jb ne voas parle plus de ma santé ; elle est très«bonne, 
à la réserve de mes mains que j'ai toujours enflées : si 
ron écrivoit avec les jambes \ vous recevriez bientôt mes 
grandes lettres ; en attendant, ma chère fille, je quitte les 
pensées de ma maladie, pourm'occuperde celles qui me 
sont venues de Provence ; elles en sont assez capables ; 
et, pourvu que votre bonne santé continue, j'aurai assez 
de sujet de remercier Dieu. Nous avons ici un temps admi- 
TÛAe ; cela me fortifie, et avance mon voyage de Paris. 

L'on me mande que Monsieur le Prince s'est excusé 
de servir cette campagne' : je trouve qu'il fait fort bien. . 

Lbithx 507. •» I. « Arec les pieds. 9 {Édition de lyS^,) 
1. Le Roi ayant nommé Condé général de Tarmée d* Alsace, le 
Prince le pria de loi associer son fils le duc d*Enghien. Le Roi ré- 
pondit firoidement quUl y penseroit. Plus tard le maréchal de Ro- 



167e 



^ 368 — 

■ '" M. de Lorges est enfin maréehal de France' : n'admirez- 
voua point combien il en auroit peu coûté de lui avancer 
cet honneur de six ou sept mois ? Toutes mes lettres ne 
sont pleines que du retour de M. et de Mme de Schom- 
bei^* : pour moi, je crois qu'il ira en Allemagne. Tout le 
monde veut aussi que je sois en état de monter en car- 
rosse, depuis que j'ai appris votre heureux accouche- 
ment : il est vrai que «'est une grande avance que d'avoir 
l'esprit en repos : j'espère l'avoir encore davantage, 
quand j'aurai mes secondes lettres. 

Adieu, ma très-chère et très-parfieûtement aimée. Mon 
fils s'en va à Paris pour tâcher de conclure une affaire 
miraculeuse, que M. de la Garde a commencée avec le 
jeune Viriville', pour vendre le guidon. J'aime la Garde 
de tout mon cœur, je vous prie d'en faire autant, et de 
lui écrire pour le récompenser de l'obligation que je lui 
ai. J'ai encore ici la bonne Marbeuf, qui m'est d'une 
consolation incroyable. Adieu, mon enfant. 

chefort ayant laiMé bloquer Philisbourg, le Roi pressa encore une 
fois Condé de marcher en Alsace, et affecta de se taire sur le dac 
d'Enghien. Le Prince répondit modestement que dans Fétat ou était 
réduite sa santé, le fardeau surpassait ses forces. Il cita le connétaUe 
Wrangel, dont les infirmités avaient été si funestes à son roi et à 
lui-même. Le Roi ne répliqua point, et Luxembourg se rendit bientôt 
à Tannée d'Alsace, dont il avait été nonmié générâd. Voyea Desor- 
meaux, Histoire de Louis 11^ prince de Condé^ livre IX. 

3. Sa nomination est du ai fénier. La Gazette Tannonce en cet 
termes, à la date de ce jour, sous la rubrique de Saint-Gennaio en 
Laye : « Le Roi, en considération des services très-importants qnele 
comte de Lorges a rendus en plusieurs occasions, avec une capacité, 
un courage et un succès extraordinaire, Ta honoré du bâton de ma- 
réchal de France. » 

4. Le maréchal de Schomberg avait commandé Tannée du Roof- 
sillon pendant la campagne précédente. 

6. Nous avons déjà vu ce nom au tome III, avec une orthographe 
on peu différente {VirpUle) : voyez la p. a35, et la note 3. 



-369- 

5o8. — DE MAOAMB BB SftVIGNÉ, BT DE LÀ PETITE ^ ' 

^ 1670 

PEBSOinfE SOUS LA DICTÉE DE MADAME DE 8ÈVIGNÊ, 
A MADAME DE GRIGNAK. 

Aux Rochers, dimanche 1*' mars. 

Écoutez, ma fille, comme je suis heureuse. J*attendois 
vendredi de vos lettres, qui ne m'ont jamais manqué ce 
jour-là ; j 'a vois langui huit jours : j'ouvre mes paquets, 
je n'en trouve point ; je pensai m'évanouir, n'ayant pas 
assez de force encore pour soutenir de telles attaques. 
Hélas ! que fôt devenue ma pauvre convalescence avec 
une telle inquiétude à supporter ? et le moyen d'attendre 
et d'avancer les moments jusqu*à lundi ? Enfin admirez 
combien d^Hacqueville est destiné à me faire plaisir, 
puisque, même en faisant une chose qui devoit être inu- 
tile, parce que je devois avoir deux de vos lettres, il se 
rencontre qu'il me donne la vie, et très-assurément me 
conserve la santé, en m'envoyant la lettre qu'il venoit 
de recevoir de Davonneau^, du 19* février, où il écrit de 
votre part, et je vois par là votre très-bonne santé (c'étoit 
le dixième de votre couche), et en même temps celle de 
votre petit*. Quel soulagement, ma fille, d'un moment 

I^TTKB 5o8. ^ I . Ce doit être la même personne dont le nom 
ttt écrit Dtuumnëau au tome II, p. 499* ^ nom, que nous rerront 
^01 plntieun des lettres luÎTantet, se retrouve aussi dans une lettre 
<ie Mme de Grignan, qui est datée du ao mai 1678, et dont Tauto- 
gnphe nous a été conservé. On j lit bien distinctement Dauonneau 
(avec pour i^). 

s. « Enfin admircx combien d^Haequerille est destiné à me faire 
plaisir, puisque même en faisant une chose qui devoit être inutile à 
csuie de deux de vos lettres que je devois avoir, il se rencontre qu'elle 
me donne la vie.... en m*en voyant la lettre du 19 février, qu*il venoit 
de recevoir de Davonneau, et qui est écrite de votre part, ce qui me 
£ût voir qae le dixième de votre couche vous éties, et votre petit 
«ossi, en trè*-bonne santé. (Édition de 1754.) 

Mm hb Sivioin. iv »4 



1676 



— 370 — 

à l'antre ! et quel mouvement de passer de Texcès du 
trouble et de la douleur à une juste et raisonnable tran- 
quillité ! J'attends lundi mes paquets égarés et retardés 
précisément le jour que je les souhaitois ; et cette date 
du 19* me redonne tous les soins de ma santé, qui eût 
été abandonnée*. Ma main n'en peut plus, mais je me 
porte très-bien, et je vous embrasse, et mon cher Comte. 



Je repose donc ma main, ma très-chère, et £u5 agir 
celle de mon petit secrétaire. Je veux encore revenir à 
d'Hacqueville, etje veux approuver Texcès de ses soins, 
puisque cette fois ils m'ont été si salutaires. J'avoue que 
si j'avois reçu mes deux lettres, comme je le devois, j'au- 
rois ri de sa lettre, comme quand il me mande les nou- 
velles de Rennes^ ; mais je n'en veux plus rire, depuis le 
plaisir qu'il m'a fait. Mon fils est parti, et nous sommes 
assez seules, la petite fille et moi; nous lisons, nous écri- 
vons, nous prions Dieu ; l'on me porte dans ce parc, en 
chaise, où il fiiit divinement beau : cela me fortifie ; j'y 
ai fait faire des beautés nouvelles, dont je jouirai peu 
cette année, car j'ai le nez tourné vers Pwcis. Mon fils 
y est déjà, dans l'espérance de conclure la bonne affaire 
de M. de la Garde '. La bonne princesse me vient voir 
souvent, et prend intérêt à votre santé. La Marbeuf s'en 
est retournée : elle m'étoit fort bonne pour me rassurer 
contre des traîtresses de douleurs qui reviennent quel- 
quefois, et dont il faut se moquer, parce que c'est la 
manière de peindre du rhumatisme : c'est un aimable 



3. « Qui alloît être abandonna. » {Édition de 1754.) 
4- « Comme quand il me mande aux Rochers les nouvellet de 
Rennes. » {Ibidem,) 

5. La Tente du guidon : royez la fin de la lettre précédente. 



-37.- 

pal. Adieu, ma très-chère et très-aimable. Je remercie 
M. Davonneau de sa lettre du 19* février. 



509. — DE MADAME DE SËYIGNÉ 
AU COMTE DE BUSST BABUTIlf^ 

Deux mois après que j*eus écrit cette lettre (n« 490, p. SaS), je reçus 
celle-ci de Urne de Sërignë. 

Aux RocherSy ce premier de mars 1676. 

Qu'aurez-vous cru de moi, mon cher cousin, d'avoir 
reçu une si bonne lettre de vous il y a plus de six se- 
maines, et de n'y avoir pas fait réponse? En voici la rai* 
son : c'est qu'il y en a aujourd'hui sept que ma grande 
santé, que vous connoissez, fut attaquée d'un cruel rhu- 
matisme dont je ne suis pas encore dehors, puisque j'ai 
les mains enflées, et que je ne saurois écrire. J'ai eu vingt 
et un jours la fièvre continue. Je me fis lire votre lettre, 
dont le raisonnement me parut fort juste; mais il s'est 
tellement confondu avec les rêveries continuelles de ma 
fièvre, qu'il me sèroit impossible d'y faire réponse. Ce 
qae je sais, c'est que j'ai envoyé votre lettre à ma fille, et 
que j'ai pensé plusieurs fois à vous depuis que je suis ma- 
lade. Ce n'est pas peu dans un temps où j'étois si occupée 
de moi-même. C'est un étrange noviciat pour une créa- 
ture comme moi, qui a voit passé sa vie dans une parfaite 
santé. Cette maladie a retardé mon retour à Paris, où 
j u^ pourtant tout aussitôt que j'aurai repris mes forces. 
On m'a mandé de Paris que Monsieur le Prince avoit 
déclaré au Roi que sa santé ne luipermettoit pas de servir 

^^Ttaa 509. — I. Cette lettre manqae dans le aMmuscrit de Tin- 
>titQt. 



— 37a — 

' cette campagne*. M. de Lorges a été fait maréchal de 

France : voilà sur quoi nous pourrions fort bien causer, 
si l'on causoit avec la main d*un autre. Mais il suffit pour 
aujourd'hui, mon cher cousin, que je vous aie conté mes 
douleurs. J'embrasse de tout moncœurMmedeColigny: 
je la prie de ne pas accoucher à huit mois, comme ma 
fille. Elle s'en porte bien; mais on y perd un fils*, et 
c'est dommage. Adieu, mon très-cher^. 



5 10. DE LA PETITE PERSONNE, SOUS LA DICTÉE 

DE MADAME DE SÊVIGHÊ, A MADAME ET A MON- 
SIEUR DE GRIGRAIf. 

Aux Rochers, mercredi 4* mars. 

▲ MADAME DE GRIGNAN. 

ENFIN, ma chère enfant, je les ai reçues, ces deux let- 
tres que je souhaitois tant. Je vous ai conté comme, par 
un grand hasard, cette lettre de Davonneau, que d'Hac* 
queville m'envoya, me mit en repos. Je suis ravie de votre 
santé ; mais ne vous remettez point sitôt à vous assom- 
mer d'écrire. Je remercie M. de Grignan et Montgobert 
de vous en avoir empêchée : aussi bien j'en suis indigne, 
puisque je n'ai point encore de mains; je vous demande 
seulement une réponse pour la princesse, et deux lignes 
pour moi. Je suis chagrine de cette longueur, et de re- 
tourner à Paris comme estropiée. J'en ai piqué d'hon- 

9. Vojez ci-dcMus, p. 367, note ». 

3. Voyez la lettre du- 3 juillet 1677. 

4. On lit à la suite de cette lettre ces mots, écrits d*une autre main 
que celle de Bussy : a Si faut-il {pourtant faut-il) que je tous parle 
de Totre manifeste au Roi : il est digne de tous, de Totre siècle et de 
la postérité, » 



— 373 — 

neur mon médecin d'ici, et je prie mon fils, qui est à YÂTT 
Paris, de demander à quelque médecin s'il n'y a rien qui 
puisse avancer cette guérison après deux mois de souf- 
france. Mande^moi comme se porte Marignanes, et s'il a 
les mêmes incommodités que moi. Je suis ravie de la santé 
du petit garçon, mais je n'ose m'y attacher, parce que 
je n'ose espérer que vous vous soyez trompée : vous êtes 
plus infaiUible que le pape. Je fonde donc toute mon es- 
pérance sur les contes à dormir debout que l'on vous 
fait a Aix : je les trouve extrêmement plaisants, et la 
rareté des enfants de neuf mois m'a fait rire. 

▲ MONSIEUR DB GRIGNAN. 

Jb viens à vous, Monsieur le Comte : vous dites que ma 
fille ne devroit faire autre chose que d'accoucher^, tant 
elle s'en acquitte bien. Eh, Seigneur Dieu ! fait-elle autre 
chose'? Mais je vous avertis que si, par tendresse et par 
pitié, vous ne donnez quelque repos à cette jolie ma- 
chine, vous la détruirez infailliblement, et ce sera dom- 
niage. Voilà la pensée que je vous veux donner, mon 
cher Comte, qui, comme vous voyez, n'est pas du di- 
manche gras. 

▲ MADAME DE GRIGNAN. 

Jb reviens à vous, ma très-belle. Je crois que vous êtes 
bien aise de voir le Coadjuteur et la Garde : ce dernier 
ne va-t-il point à la cour ? Nous allons voir ce qui arri- 
vera de l'affaire qu'il a proposée : elle est si bonne, que 
nous ne croyons pas possible qu'elle puisse réussir. On 
me mande de Paris que le chevalier est bien enragé de 

Ittrb 5io. — I. « Ne sauroit accoucher trop louvent. » (Édition 

* .754.) 

1. « Que fidt-«Ue aatre chose ? > {Ibidem.) 



i»7< 



— 374 — 

n'être point brigadier : il a raison ; après ce qu'il fit i an- 
née passée *, il méritoit bien de monter d'un cran. Adieu, 
ma très-chère enfant, le bon abbé vous embrasse, et le 
petit secrétaire vous baise la main gauche ; ma main va 
toujours en empir€Uîdo, mais vous vous portez bieD, et 
moi aussi. 



5ll. -p*<- DB MADANK D« SâVIGUi, ST W &ià HSHTE 
PCRSOmiB SOUS tA DlGTiOB DB MADAMB IKB 8ÊYIC0B, 
▲ MADAMB BB GRIGNAlf. 

Aux Rochers, dimanche 8* mars. 

Ah ! vous le pouvez bien croire, que si ma main vou- 
loit écrire, ce seroit pour vous assurément; mais j'ai 
beau lui proposer, je ne trouve pas qu^elle veuille. Cette 
longueur me désole. Je n'écris pas une ligne à Paris, si 
ce n'est !*autre jour à d'Hacqueville, pour le remercier 
de cette lettre de Davonneau, dont j'étoîs transportée; 
c'étoit à cause de vous* ; car pour tout le reste, je n'y 
pense pas. Je vous garde mon griffonnage ; quoique vous 
ayez décidé la question, je crois que vous l'aimez mieux 
que rien : tout le reste m'excusera donc'; 

Car je n'ai qu'un filet de voix, 
SI ne chante que pour Sylvie^. 

3. A PafEiire d'Altenheim. {^oie de Perrin.)^ Voyes la lettre 
du II août précédent, p. 47, et celle du 17 novembre, p. i36 et aSj. 

Lbttrk 5ii. — I. Ce paiiage, depuli : « maii j*ai beau lui pro- 
poser, etc., » masque dans Tédition de 1734. 

». « Je crois ^p»e tovs raîmcK mieux que de n'en point toir du tout. 
Il faudra donc bien que les autres m'excusent. » {Édition de 1754.) 

3. L'ode de Saraiin à Monseigneur le due d^Enguien se termine psr 
cette strophe : 

A chanter ces fameux exploits 
J^emplojrois volontiers ma vie \ 



— 375 — 

Voilà donc mon petit secrétaire, aimaUe et joli, qui 

vient au secours de ma main tremblotante. Je vous aime 
trop, mon enfant, de m*oflfrir ^ de yenir passer l*été avec 
moi : je crois fermement que vous le feriez comme vous 
le dites ; et swns les petites incommodités que j'ai, car 
un rhumatisme est une chose sur quoi je veux faire un 
livre, je me résoudrais fort agréablement à voir partir 
le bon abbé dans quinze jours, et à passer Tété dans 
ce beau désert avec une si divine compagnie ; mais Taf- 
faire de M. de Mirepoix me décide ; car franchement je 
crois que j'y sei^ai bonne. Je m'en irai donc clopin-clo- 
pant, à petites journées, jusqu'à Paris. Je disois pendant 
mon grand mal que si vous eussiez été libre, vous étiez 
une vraie femme, sachant Tétat où j'étois, à vous trouver 
un beau matin au chevet de mon Ut. Voyez, ma chère, 
quelle opinion j*ai de votre amitié, et si ma confiance 
n'est pomt comme vous la pouvez désirer. Je vous avoue, 
mon enfant, que je suis ravie de votre bonne santé : elle 
me donne du courage pour perfectionner la mienne ; sans 
cela j'aurois tout abandonné : il y a trop d'affaires de se 
tirer d'un rhumatisme ; mais j'entrevois tant de choses 
qui peuvent me donner la joie de vous voir et de vous 
servir dans vos affaires, que je ne balance point à mettre 
tout mon soin au rétablissement parfait de ma santé. Je 
prends goût à la vie du petit garçon ; je voudrois bien 
qu*il ne mourut pas. Vous me faites une peinture de 
Vardes qui est divine ; vous ne devez point souhaiter 
Bandol * pour la faire, votre pinceau vaut celui de Mi- 

Iklais ie ii*ay qu'Tn filet de voix, 
£t ne chante que pour Syluie. 

(Lei Œuvres de Monsieur Sartum^ édit. de i663, Poésies^ p. i8.) 

4. « Ma fille, tous êtes tropaimable de m*offinr. » (ÉtUtiande 17S4-) 

5. Voyez tomell, p. 98, note 4, et p. i3i. Daiurëditioo de 1754 : 
« Vous ne deres souhaiter personne pour la Cuire. » 



- 376- 

— " gnaid. J'anrois cm, an récit du décontenancement de 
Yardes, qu'il étoit rouillé pour quelqu'un ; mais je vois 
bien, puisqu'il n'y avoit que vous, que l'honneur de cet 
embarras n'est dû qu'à onze années de province*. Je 
trouve que le cardinal de Bonzi ne doit pas se plaindre, 
quand on ne dit que cela de ses yeux^. Je suis fâchée que 
le bonhomme Saunes * se soit fait enterrer ; c'étoit un 
plaisir que de le voir jouer au piquet, aussi sec qu'il Test 
présentement : 

Combatteva tuHavia^ ed era morto*. 

J'ai bien envie que vous fassiez réponse à la bonne 
princesse : il me semble que vous n'avez pas assez senti 
l'honnêteté de sa lettre. Mandez-*moi, ma très-chère, en 
quel état vous êtes relevée, si vous avez le teint beau : 
j'aime à savoir des nouvelles de votre personne. Pour 
moi, je vous dirai que mon visage, depuis quinze jours, 
est quasi tout revenu ,* je suis d'une taille qui vous sur- 
prendroit ; je prends l'air, et me promène sur les pieds 
de derrière^ comme une autre ; je mange avec appétit 
(mais j'ai retranché le souper entièrement pour jamais ^°): 
de sorte, ma fille, qu'à la réserve de mes mains, et de 
quelque douleur par-ci, par-là, qui va et vient, et me 
fait souvenir agréablement du cher rhumatisme, je ne 
suis plus digne d'aucune de vos inquiétudes. N'en ayez 

6. M. de Vardet étoit exilé de la cour depuis plusieurs années, 
dans son gouremement d'Aigues-Mortes en Languedoc. {Note de 
Perrin^ 17540 

7. Ce passage, depuis : « J^aurois cm, etc., » manque dans Tédi- 
tîon de 1734. 

8. Conseiller au parlement d'Aix. {Note Je Perrin^ 1734.) — Voyei 
la lettre du s fémer précédent, p. 35 1. 

9. // eombattaU toujours^ et il était mort, 

10. « Mais j*ai retranché le souper pour toujours. » {Èditio», 
^ Î754.) 



— 377 — 

donc fluBy je vous en conjure, et croyez qu'en quelque 
état que je sois et que j'aie été, votre souvenir et votre 
amitié font toute mon occupation. Je viens de recevoir 
une lettre du Gu^linal : il m'assure qu'il se porte mieux; 
c'est une santé qui m'est bien chère. J'ai reçu aussi mille 
civilités de tous les Grignans. Le chevalier avoit sujet 
d'espérer, après la bonne conversation qu'il avoit eue 
avec son maître. 

Adieu, ma très-chère enfant : ne craignez point que je 
retombe ; je suis passée de l'excès de l'insolence , pour 
la santé, à l'excès de la timidité. Ce pauvre Lauzun ne 
vous fait-il pas grand'pitié de n'avoir plus à faire son 
trou ^^ ? Ne croyez- vous pas bien qu'il se cassera la tète 
contre la muraille ? Je suis toujours contente des Essais 
de morale^ et quand vous avez cru que le sentiment de 
certaines gens*' me feroit changer, vous m'avez fait tort. 
La Manière de ienier Dieu nous presse un peu de faire 
pour notre salut ce que nous faisons souvent par amour- 
propre^*. Corbinelli dit que nos amis sont jésuites en cet 
endroit'*. Je trouve le Coadjuteur et vous admirables sur 
ce sujet : si vous faisiez vos dévotions tous les jours, vous 

II. ff II 7 aroit trois ans depuis qu'il trarailloit à faire un trou et 
qu^il aroit fait une corde arec du linge la mieux faite du monde par 
où ilétoit descendu la nuit à un endroit où c^ëtoit un miracle qu'il 
ne le fût pas cassé le cou. U commençoit à faire un peu de jour. Il 
▼it une porte ourerte ; il entra ; c'étoit un bûcher où une serrante 
▼enoit quérir du bois.... Saint-Mars rint; on le remena en prison. » 
(Mémoires de MademoueUe^ tome IV , p. 879 et suirante ; royez aussi 
p. 401 et suiTante.) 

I s. De son fils. Voyez les lettres du 1 1 janrier et du a fëTrier pré- 
<*lenu, p. 336 et 353. 

i3. Vojez dans le tome III des Et»aU de Nicole, le traité intitulé : 
Dt* diverses Manières dont on tente Dieu^ et particulièrement le cha- 
pitre T de ce traité. 

U- C'est le texte de l'édition de 17S4; dans celle de 1734 il y a 
molinistes^ au lieu de jésuites. 



1676 



i67« 



— 378 — 

seriei des saints ; mais vous ne voulez pas ; et voilà cette 
volonté dont saint Augustin parle si bien dans ses Cofi- 
fessions^^. J'admire où Tenvie de causer m*a conduite. 
Ma très-chère, embrassez-moi, car je ne puis vous em- 
brasser**. 



5 12. BU COMTE DE BUSST BÂBimir 

A MADAME DE SÉVIGNÉ*. 

AuMÎtôt que j*eas reçu oettc lettre (n* S09, p. 87 1), j^ëcriTu celle-ci 
à Mme de Sengné. 

A Bussy, ce 9* mars 1671. 

Cela est bien vrai, qu'il ne faut pas condamner les 
gens sur les apparences : depuis trois mois je vous ai écrit 
trois lettres', Madame > et ne recevant aucune réponse, 
j'étois tout prêt à me plaindre de vous, quand j'ai appris 
que vous aviez failli à mourir. Sur cela j'ai \Àea changé 
de ton, et au lieu des reproches que je vous préparois, je 
n'ai eu que de la tendresse, et de la joie de vous savoir 
hors d'intrigue. 

i5. Voyes dans le» Camfeuwnê de luiit Aagustin, entre autre* pat- 
lages où il est parlé delà Tolonté, les chapitrée ix et x du lirre VIII. 

16. Cette dernière phrase n^est que dans FéditioB de 1734. Elle 
y est sairie du premier paragraphe de notre lettre 49S. Voyesp. 349, 
note I. 

Lbitbb Sis. — 1. Cette lettre ne se troure pas dans le manusftrit 
de rinstitttt. 

s. Voyez les lettres du 36 décembre et des 3 et 9 janTies préoé- 
dénia, p. 3oo, 3i5 et 3»8. 



— a^d — 

5l3. «— 1» MADAMB DB flftVI0]rft 
A MADAMB DE GUOlfAK. 

Aux Rochers, mercredi ii* mari. 

Jb fais des lavages à mes mains, de Tordonnanee dn 
▼ieux de TOrme^ qui au moins me donnent de Tespé* 
rance : e*est tout, et je ne plains Lauzun que de n*avoir 
plus le plaisir de ereuser sa pierre. Enfin, ma trésH^hère 
enfant, je puis dire que je me porte bien. Tai dans Tes- 
pritde sauvermesjambes, etc*estma vie, oarje suis tout 
le jour dans ces bois où il fiiit Tété* ; mais à einq heures, 
la poule mouillée se retire, dont elle pleureroit fort bien : 
c*est une humiliation où je ne puis m'aceoutumer. Je crois 
toujours partir la semaine qui vient; mais savez-vous 
bien que si je n*avois le courage d'aller, le bon abbé par- 
tiroit fort bien sans moi ? Mon fils ne me mande encore 
rien de ses affaires ; il n'a été occupé jusqu*ioi qu'à parler 
au bonhomme de TOrme de ma santé : cela n'est-il pas 
d'un bon petit compère ? J'attends vendredi de vos lettres, 

LomiB 5i3. — I. Charles de TOrme, ûU de Jean de POrme^ 
premier médecin de Marie de Mëdicis, ne à Moulins en i584, prit 
tes degrés à Montpellier, et mourut à Paris le «4 juillet 1678, Il fui 
chargé plusieurs fois de négociations importantes. « Les eaux de 
Bouiîx>n, qu^il a mises en réputation, Vy ont mis aussi lui-même. 
On dit cpi^il prétendoit que ceux de Bourbon lui érigeassent une 
statue sur leurs puits; il se fit faire intendant des eaux, et puis rendit 
cette charge. On Taceuse d'aroir pris pension des hahitanUpoury 
faire aller bien du monde. 9 (Tallemant desRëaux, tome IV, p. a3$ 
et suirante.) — L^abbé Michel de Saint-Martin a écrit un livre inti- 
tulé : Moytns facUéi et éprouvé» dont M. dt COrmê^ premier mtédeàn et 
onlinaire de troU de mai woUy iest 4#m pour wwo près dé cemi «M, 
Caen, i683. On peut roir aussi un article curieux et déuillé de Tabbé 
Joly dans ses Remarques sur le Dictionnaire de Bajle, Voyez encore 
■nr de TOnne et sur sa poudre une lettre de Mme de Mottorille, citée 
par M. P. Paris au tome IX de son édition de Tallemant été Réaux, 

p. 457. 
». Ûédition de 1764 porte : a dans cet bois où je trouve Tété. » 



1678 



1676 



— 38o — 

ma fille, et la réponse à la princesse. Cest un extrême 
plaisir pour moi que de savoir de vos nouvelles ; mais il 
me semble que je n*en sais jamais assez : vous coupez 
court sur votre chapitre, et ce n'est point ainsi qu^il faut 
faire avec ceux que Ton aime beaucoup. Mandez-moi si 
la petite est à Sainte-Marie* : encore que mon amour 
maternel soit demeuré au premier degré, je ne laisse pas 
d'avoir de Tattention pour les pichons. On m'écrit cent 
fagots de nouvelles de Paris, une prophétie de Nostra- 
damus qui est étrange, et un combat d'oiseaux en l'air, 
dont après un long combat il en demeure vingt-deux mille 
sur la place : voilà bien des alouettes prises. Nous avons 
l'esprit dans ce pays de n'en rien croire. 

Adieu, ma très-chère fille : croyez que de tous ces 
cœurs où vous régnez, il n'y en a aucun où votre empire 
soit si bien établi que dans le mien ; je n'en excepte per- 
sonne. J'embrasse leG>mte après l'avoir offensé. 



5l4- DE MADAME DE SÊVIGNÊ, ET DE LA PETITE 

PBRSOnilE SOUS LA DICTÉE DE MADAME DE SÊVIGNÊ, 
A BfADAME DE GRIGNAN. 

Aux Rochers, dimanche i5* mars. 

Jb suis au désespoir de toute l'inquiétude que je vous 
donne. On souffire bien des douleurs inutiles dans Téloi- 
gnement, et jamais notre joie ni notre tristesse ne sont à 
leur place. Ne craignez point, ma fille, que j'abuse de mes 

3. Blanche d*Adhéiiiar, fille aînée de Mme de Grignan, née 
le i5 norembre 1670, n'arait alors que cinq ans et quatre mois. £lle 
fîit élerée dans le courent des filles de la Visiution d*Aix, où elle 
prit rhabit. 



— 38i — 

mains : je n^écrls qu*à vous, et même je ne puis aller bien 
loin. Voilà mon petit secrétaire. 



Je me sers de ce lavage de M. de TOrme ; mais cette 
guérison va si lentement, que j*espère beaucoup plus au 
beau temps, dont nous sommes charmés, qu'a toutes les 
herbes du bonhomme. Du reste je me porte si bien, que 
je suis résolue à partir samedi a i . Nous avons mille affai- 
res à Paris; celle duMirepoix n'attend plus que nous. Je 
ne veux point retourner sur tout ce que j'ai souffert pen- 
dant mon grand mal : il me semble qu'il est impossible 
de sentir de plus vives douleurs. Je tachois d'avoir delà 
patience, et je voulois mettre à profit une si bonne péni- 
tence; mais malgré moi je criois souvent de toute ma 
force. N'en parlons plus, mon enfant, je me porte très- 
bien, et ma timidité présente doit vous répondre de ma 
sagesse à venir. Vous ririez bien de me voir une poule 
mouillée comme je suis, regardant à ma montre, et trou- 
vant que quatre heures et demie est une heure indue. 
Je suis plus étonnée qu'une autre de la santé du petit 
enfant; car je me fie fort à vos supputations, et je trouve 
vos réponses fort plaisantes ; mais enfin ce sera donc un 
miracle si nous conservons cet enfant. Tout ce que vous 
dites de M. de Vardes est admirable ; je comprends bien 
qu'il craigne vos épigrammes; c'est trop d'avoir contre 
lui vous et sa conscience. Je crois que l'affaire du fraier 
se finira comme nous le pouvons souhaiter. Il montera à 
l'enseigne pour onze mille francs : il ne sauroit mieux 
faire, et il trouvera toujours M. de Yiriville^ tout prêt à 
monter à cette place, quand il en sera las. 

Ittib 5i4. — I. Voyez tome III, p. i35, note 3, et ci-desfot, 
p. 368^ la letti« du a6 fémet précédent. 



1676 



tfi'JÔ 



— 38a — 

J'ai senti le ehagrin du cheTalier, et par toutes les rai- 
sons que vous me mandez, je caioyois qu'on le dût con- 
tenter. M. le duc de Sault*, après une longue conversa- 
tion avec le Roi, a quitté le service, et Suivra le Roi 
comme volontaire : vous voyez qu*il y a plusieurs mé- 
contents. Je voudrois bien, ma fille^ que vous n*eussiei 
pas laissé refiroidir la réponse de la bonne, princesse; 
vous m'eussiez fait un grand pbdsnr d'entrer un peu vite 
dans toute la reconnoissance que je lui dois : je sais 
bien que vous êtes en couche ; je fais valoir cette raison, 
qui est bonne. Je suis ravie que vous vous portiez bien, 
et que vous soyez grasse, c'est-à^lire belle. Je pris hier 
de la poudre du bonhomme : c'est un remède admi- 
rable ; il a raison de le nommer le bon pain, car il iait 
précisément tout ce que Ton peut souhaiter, et n'échauffe 
point du tout; m'y voilà accoutumée ; je crois que cette 
dernière prise achèvera de me guérir. 

Je vous embrasse, ma très'-chère, et le Comte et les 
pichons; Dieu vous conserve tous dans la parfaite. Enfin 
il y a neuf semaines que je n'ai point de mains. On ne 
saigne point en ce pays, aux rhumatismes. Dieu donne 
le froid selon la robe : de tous les maux que je pouvois 
avoir, j'ai eu précisément le moins périlleux, mais le 
plus douloureux, et le plus propre à corriger mon inso- 
lence, et à me faire une poule mouillée^; car les dou- 
leurs me feroient courir cent lieues pour les éviter. Et 
vous, ma chère enfant, qui en avez tant souffert, et avec 
tant de courage, votre àme est bien plus ferme que la 
mienne : je désire qu'elle soit longtemps unie avec votre 
beau corps, et je vous aime avec une tendresse que vous 



9. Voyez tome III, p. 40, note la. 

3. A cet mots : cr me faire une poule mouillée, » Perrin, dântia 
seconde édition, a sobstitoé oetn-ci : e me hite tout appréhender. • 



— 383 — 



ne sauriez comprendre : je suis ravie de celle qa*il me 
semble qoe tous avez pour moi. 



1676 



DI 



5. DE MADAME DE GRIGNAN AU COMTE 



DE BUSST HABUTIN^ 



A Grignan, ce i5* mars 1676. 

On est bien moins de temps à recevoir des réponses de 
Québec, que vous ne serez à recevoir celle-ci; mais je 
serai entièrement justifiée auprès de vous, si vous voulez 
bien ajouter à tout le chemin qu'elle va faire, Tincident 
d'un accouchement qui s'est placé mal à propos entre 
votre lettre et celle-ci. En lisant la supputation que vous 
me faisiez sur les couches de Madame votre fille', il me 
prit une si violente envie d'accoucher, que toute la suppu- 
tation que je faisois de n'être qu'à huit mois, ne fut pas 
capable de m'en empêcher. Si j'avois su que vos lettres 
eussent eu la même vertu que les reliques de sainte Mar- 
guerite*, je vous aurois prié de différer d'un mois la joie 

Lnru 5i5. — i. Cette lettre ne fut enrayée à Bumj que près 
<l*iui mok plot tard par Mùie de Sérigaé, aprèi son retour à Paris. 
Vojex plus loin, p. 404, le billet du 10 avril. 

1. Voyez la lettre de BuMjr à Mme de Grignan, du 3 janvier 
précédent, p. 3i6. 

3. Le poCte Vida de Crémone, dans un hymne latin en Thon- 
0617 de sainte Marguerite, nomme cette vierge la Lueine des ehré- 
tiens, et dit que les mères l'invoquent quand leur terme approche. 
On gardait des reliques de sainte Marguerite dans Téglise de Tah- 
bsje de Saint-Germain des Prés. Dans Thistoire de cette ahhaye par 
dom Jacques Brouillart (p. 157), on lit ce qui suit : a Le 16* oc- 
tobre 1661, le père prieur de Saint-Germain eut ordre du Roi 'de 
porter à Fontainebleau les reliques de sainte Marguerite, pour satis- 
faire la dévotion de la Reine qui les demandoit et ^toit proche de 
•on terme. Le père prieur obéit aussitôt ; mais avant son départ il 
ordonna par un mandement des prières publiques pour Sa Majesté, 



— 384 — 

- ^ que j'ai eue d'eu recevoir; mais après avoir lait Texpé- 
rience du bonheur que j*ai eu d'être heureusement déli- 
vrée d'un fils, qui vit contre toutes les régies de la mé- 
decine, vous pouvez m'écrire en tout temps, et je croirai 
toujours vos lettres la bénédiction d'une maison. Avec 
cette certitude, vous jugez bien que je suis tranquille sur 
l'état où est Mme la marquise de G>Iigny. Je vous sup- 
plie, mon cher cousin, de lui faire tous mes compli- 
ments, et de recevoir les miens très-sérieux, et mille re- 
merciements de votre souvenir. Je crois que vous aurez 
été fâchée de la cruelle maladie dont ma mère a été tour- 
mentée deux mois durant. Autrefois vous étiez foible 
quand elle se faisoit saigner* : n'aurez-vous point crié 
de ses douleurs ? M. de Grignan vous assure de ses très- 
humbles services. 



5l6. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ, ET DE LA PETITE 
PERSOSNE SOUS LA DICTÉE DE MADAME DB SÊVIG2VÊ, 
A MADAME DE GRIGI^AN. 

Aux Rochers, mercredi i8* mars. 

Ma chère enfant, je ne veux pas forcer ma main; c'est 
pourquoi voici le petit secrétaire. 



Je vous apprendrai donc que, ne sachant plus que faire 
pour mes mains. Dieu m'a envoyé M. de VillebruneS 

arec rexposition du saint sacrement, dans toutes les églises du fau- 
bourg, ce qui dura jusques au i*' de novembre, que la Reine mit 
au monde un Dauphin, qui fut ondoyé aussitôt. » 

4. Voyez tome I, p. 5oo. — La fin de la lettre, depuis : « Je vous 
supplie, mon cher cousin, » manque dans le manuscrit de Tlnstitut. 

Letthb 5i5. — I. Voyez la lettre du 3 juillet suirant. 



— 385 — 

qui est très-boa médecin : il m*a conseillé de les faire 
saer, et tout i rheure je Tai fait à la iîunée de beau- 
coup d*herbes fines ; je suis assurée que ce remède est 
le meilleur, et que cette transpiration est la plus salu* 
taire. Je ne pars que mardi, à cause de Téquinoxe que 
Villebrune m*a dit qu'il falloit laisser passer ici, et m*a 
donné cent exemples : enfin je n'ai que Villebrune dans 
la tête. Je crois que la bonne princesse s'en va voir Ma- 
dame sur la mort de Monsieur de Valois*. L'affaire de 
mon fils n'est point encore finie. 

Le mariage de M. de Lorges me paroît admirable*; 
j'aime le bon goût du beau-père. Mais que dites-vous de 
Mme de la Baume, qui oblige le Roi d'envoyer un 
exempt prendre Mlle de la Tivolière d'entre les mains 
de père et mère, pour la mettre à Lyon chez une de ses 
belles-sœurs ? On ne doute point qu'en s'y prenant de 
cette manière, elle n'en fasse le mariage avec son fils^. 
J'avoue que voilà une mère à qui toutes les autres doi- 
vent céder. Cela est un peu ridicule de vous dire les 
nouvelles de Lyon, mais je voulois vous parler de cette 
affaire. Je n'ai point eu l'oraison funèbre de M. Fié- 
chier : est-il possible qu'il puisse contester contre Mon- 
sieur de Tulle ? Je dirois là-dessus^un vers du Tasse*, si 
je m'en souvenois. 

a. Âlexandre-Louis d^Orléans, duc de Valois, ÛU du deuxième 
nuriage de Monsieur, mort dans la nuit du 1 5 au 1 6 mars 1676, 
^é de près de trois ans. 

3. Voyez la note a de la lettre du 8 avril suivant, p. 895. 

4. Le comte, depuis maréchal, fils de Mme de la Baume de Tal- 
^, épousa en effet, au mois de décembre 1677, Mile de la Tiro- 
lière (Marie-X^atherine de Grolée de Viriville la Tivolière). 

5. Celui-ci peut-être, qui termine la stance xir du III* chant 

Uom di gran posta ^ 
Ma non già ttd clC a lei résister possa ; 
« homme de grande puissance, mais non tel pourtant qu'il lui puisse 
résister. » 

Mm DB Sivioiis. ir ' i5 



[676 



16^6 



— 386 — 

Adieu, ma très-chère : le beau temps continue; si je 
n*étois poule mouillée, je regretterois les Rochers; nuis 
puisque je crains le serein, et qu'il faudrait passer toutes 
les belles soirées dans ma chambre, les longs jours me 
feroient mourir d*ennui , et je m*en vais, n faut une 
grande santé pour soutenir la solitude et la campagne ; 
quand je Tavois, je ne craignois rien, mais présentement 
je crains les vapeurs de la rate. 

Je vous embrasse, ma très-chère, et le Comte. Je suis 
si lasse de cette chienne d'écriture que, sans que vous 
croiriez mes mains plus malades, je ne vous écrirois plus 
que je ne Aisse guérie *. Cette longueur est toute propre à 
mortifier une créature, qui, comme vous savez, ne con- 
noit quasi pas cette belle vertu de patience; mais il faut 
bien se soumettre quand Dieu le veut. C'est bien em- 
ployé, j'étois insolente : je reconnois de bonne foi que je 
ne suis pas la plus forte. Excusez, ma fille, si je parle 
toujours de moi et de ma maladie. Je vous promets qu'à 
Paris je serai de meilleure compagnie : c'est encore une 
de mes raisons d'y aller, pour désemplir un peu ma tête 
de moi et de mes maux passés ; les Rochers sont tout 
propres à les conserver dans la mémoire^ quoiqu'il y 
fasse très-beau ; mais je veux espérer de vous voir quel- 
que jour dans ce nido paterne'', 

6. Ceci proure que la lettre D*ett pas tout entière de la main da 
petit secrétaire; mais Mme de Séngné ne nous dit pas à quel endroit 
elle a pris la plume. 

7. a Dans ce nid paternel. » Voyez, p. «69, la note S de la lettre 
du II décembre précédent; p. 3o5, note 8; et la Notice^ p. 87. 



— 387 — 

5l7. — BB Là nriTB PEBSOIIIIE 80U8 LA DICnÂE 
BB MADAME DE SÊVIGHÊ , PUIS EN 805 PBOPRE 
irOMy A MADAME DE GRIGIlAlf. 

Aux Rochers, ce dimanche aa* mars. 

DB MADÂMB BB SiviGIfÉ, DICTANT A LA PBTITB PBRSONNB. 

Jb me porte très-bien; mais pour mes mains, il n'y a 
ni rime, ni raison. Je me sers donc de ma petite personne 
pour la dernière fois : c'est la plus aimable enfant du 
monde ; je ne sais ce que j'aurois fait sans elle : elle me 
lit très-bien ce que je veux ; elle écrit comme vous voyez ; 
eUe m'aime ; elle est complaisante; elle sait me parler de 
Mme de Grignan ; enfin, je vous prie de l'aimer sur ma 
parole. 

DB LA PBTITB PBRSONNB. 

Jb serois trop heureuse, Madame, et je crois que vous 
enviez bien le bonheur que j'ai d'être auprès de Madame 
votre mère. Elle a voulu que j'aie écrit tout le bien de 
moi que vous voyez; j'en suis honteuse ; mais je suis bien 
affligée de son départ ^ 

DB MADAMB DB siviGNÉ, CONTINUANT DB DICTER. 

La petite fille a voulu discourir, et je reviens à vous, 
ma chère enfant, pour vous dire que, hormis mes mains 
dont je n^espère la guérison que quand il fera chaud, 
vous ne devez pas perdre encore l'idée que vous avez 
de moi : mon visage n'est point changé; mon esprit et 
mon humeur ne le sont guère ; je suis maigre , et j'en 
sois bien aise; je marche et je prends l'air avec plabir; 

LsmB Siy. — i. Dans la seconde édition de Perrin (z754), ce 
paragraphe commence ainsi : a Je serois trop heureuse, M adame, si 



1676 



■ et si Ton me Teille eneore, o*est parce que je ne pois me 
' tourner toute seule*; mais je ne laisse pas de dormir. 
Je vous avoue bien que c*est une incommodité , et je la 
sens un peu ; mais enfin, ma fille, il faut souffirir ce qu*il 
plaît à Dieu, et trouver encore que je suis bien heureuse 
d*en être sortie, car vous savez quelle bête c^est qu*nn 
rhumatisme. Pour ce que vous me demandez*, je vous 
dirai le vers de Médée : 

Cest ainsi qu'en partant je vous fais mes adieux^. 

Je suis persuadée qu'ils sont faits; et Ton dit que je 
m'en vais reprendre le fil de ma belle santé : je le sou- 
haite pour Tamour de vous, ma très-chère, puisque vous 
Taimez tant ; je ne serai pas trop fâchée aussi de vous 
plaire en cette occasion. LÀ bonne princesse m'est venue 
voir aujourd'hui : elle m'a demandé si j'avois eu de vos 
nouvelles ; j'aurois bien voulu lui présenter une réponse 
de votre part; l'oisiveté de la campa^e rend attentive k 
ces sortes de choses ; j'ai rougi de ma pensée; elle en a 
rougi aussi : je voudrois qu'à cause de l'amitié que vous 
avez pour moi, vous eussiez payé plus tôt cette dette, i 
Elle s'en va mercredi, à cause de la mort de Monsieur de , 
Valois ; et moi, ma fille, je pars mardi pour coucher à 
Laval. Je ne vous écrirai point mercredi, n'en soyez point 
en peine. Je vous écrirai de Malicome ', où je me repose- 
rai deux jours. Je commence déjà à regretter mon petit 
secrétaire. Vous voilà assez bien instruite de ma santé: 

cela étoit: je crois, etc. » Il se termine de la manière soÎTante: 
« J'en suis assez honteuse, et très-a(Higée en m^me temps de ton 
départ. » 

a. « Parce que je ne puis me tourner dans mon lit toute seule. » 
(Édition de 1754.) 

3. « Quant à la question que tous me faites. 9 (/Aû^m.) 

4. Acte V, scène ti du Thésée de Quinault. 
*' S. Voyes tome II, p. ai4, note 3. 



-389- 

je TOUS conjure de n^en être plus en peine, el de songer 1676 
4 la TÔtre. Vous qui prêchez si bien les autres, deviez- 
vous faire mal à vos petits yeux à force d'écrire? La 
maladie de Montgobert en est cause : je lui souhaite une 
bonne santé, et je sens le chagrin que vous devez avoir 
de rétat où elle est. Je suis ravie que le petit enfant se 
porte bien : Yillebrune dit qu'il vivra fort bien à huit 
mois, c*est-à-dire huit lunes passées. 

Vous croyez que nous avons ici un mauvais temps : 
nous avons le temps (de Provence ; mais ce qui m'étonne, 
c'est que vous ayez le temps de Bretagne. Je jugeois que 
vous l'aviez cent fois plus beau, comme vous croyiez 
que nous l'avions cent fois plus vilain! J'ai bien profité 
de cette belle saison, dans la pensée que nous aurons 
l'hiver dans le mois d'avril et de mai, de sorte que c'est 
l'hiver que je m'en vais passer à Paris. Au reste, si vous 
m'aviez vue faire la malade et la délicate dans ma robe 
de chambre, dans ma grande chaise*, avec des oreillers, 
et coiffée de nuit, de bonne foi vous ne reconnoîtriez 
pas cette personne qui se coiffoit en toupet, qui mettoit 
son buse entre sa chair et sa chemise, et qui ne s'asseyoit 
que sur la pointe des sièges pliants : voilà sur quoi je suis 
changée. J'oubliois de vous dire que notre oncle de Sévi- 
gné est mort'. Mme de la Fayette commence présente- 
ment à hériter de sa mère *. M. du Plessis Guénégaud est 
mort aussi' : vous savez ce qu'il faut faire à sa femme. 

6. « Dans mon grand fanteuil. » {Édition de 1734.) 

7. Renaud de Sérigné, mort à Port-Royal, le 16 mars 1676. 
{Note de Perrin.) — Voyca, tome III, p. 889, note 6, la Notice^ p. 170, 
et les Mémoires eP Henri de Campion^ p. 87, Ii8 et 187, édit. Janet. 

8. Elle afait épousé en secondes noces, en i65o, Renaud de Sé- 
^né, qu*elle lainareuf cinq ou six ans après : voyez Walckenaer, 
tome I, p. aa5. Voyez aussi la Notice^ p. i35 et 170. 

9- Il éuit mort à Paris le 16 mars précédent, à Page de soixante- 
•ept ans. Voyez tome I, p. 489, note 3. 



J 



1676 



— 390 — 

GnrbineUi dit que je n'ai point d'esprit quand je dicte, 
et sur cela il ne m'écrit plus. Je crois qu'il a raison : je 
trouve mon style lâche ; mais soyez plus généreuse, ma 
fille, et continuez à me consoler de vos aimables lettres'*. 
Je vous prie de compter les lunes pendant votre gros- 
sesse : si vous êtes accouchée un jour seulement sur la 
neuvième, le petit vivra ; sinon n'attendez point un pro- 
dige. Je pars mardi ; les chemins sont comme en été, mais 
nous avons une bise qui tue mes mains : il me faut du 
chaud, les sueurs ne font rien. Je me porte très-bien du 
reste, et c'est une chose plaisante de voir une femme 
avec un très-bon visage, que l'on fait manger comme on 
enfant : on s'accoutume aux incommodités. 

Adieu, ma très«chère : continuez de m'aimer; je ne 
vous dis point de quelle manière vous possédez mon 
cœur, et par combien de liens je suis attachée à vous. 
J'ai senti notre séparation pendant mon mal ; je pensois 
souvent que ce m'eut été une grande consolation de vous 
avoir. J'ai donné ordre pour trouver de vos lettres à Ma- 
licome. J'embrasse le G)mte, c'est-à-dire je le prie de 
m^embrasser. Je suis toute à vous, et le bon abbé aussi, 
qui compte et calcule depuis le matin jusqu'au soir, sans 
rien amasser, tant cette province a été dégraissée. 



5 18. DE MADAME DE SÉVIGHÊ 

A MADAME DE GRIGNAlf. 

A Laval, mardi 24* mars. 

Et pourquoi, ma chère fille, ne vous écrirois-je pas 
aujourd'hui, puisque je le puis? Je 'suis partie ce matin 

To. Dans rëdition de 1784 : « par vos aimaUefl lettres. » 



— Sgi — 

des Rochers par un chaud et un temps charmant : le 
printemps est ouvert dans nos bois. La petite fille a été 
enlevée dès le grand matiU) pour éviter les grands éclats 
de sa douleur : ce sont des cris d'enfant qui sont si na- 
turels qu^ils font pitié ; peut-être que présentement elle 
danse, mais depuis deux jours elle fondoit : elle n a pas 
appris de moi à se gouverner. Il n'appartient qu'à vous, 
ma très-chère^ d'avoir de la tendresse et du courage. Je 
me suis fort bien portée et comportée par les chemins. 
La contrainte offense un peu mes genoux ; mais en mar- 
chant cela se passe. Mes mains sont toujours malades; il 
me semble que le chaud les va guérir : ce sera une grande 
Joie pour moi; il y a bien des choses dont j'ai une grande 
envie de reprendre l'usage. J'admire comme l'on s'ac- 
coutume aux maux et aux incommodités. Qui m'auroit 
fait voir tout d'une vue tout ce que j'ai souffert, je n'au- 
rois jamais cru y résister, et jour à jour me voilà. Le 
bien Bon se porte bien. Je vous écrirai de Malicome ; j'y 
trouverai vos lettres. Je vous prie, comptez les lunes de 
votre grossesse : c'est une ressource pour espérer la vie 
du petit garçon. J'embrasse le G>mte; et vous, ma chère 
enfant, que ne vous dirois-je point, si je vous disois tout 
ce que je pense et tout ce que je sens de tendresse pour 
vous! 



519. DE MADAME DE SE VIGNE 

A MADAME DE GBIGIÎAK. 

A Malicome, samedi a8« mars. 

C'est une grande joie pour moi que de rencontrer, en 
chemin faisant, deux de vos lettres, qui me font toujours 
voir de plus en plus votre amitié et vos soins pour ma 
santé. Votre consultation en est une marque, et me pa- 



1676 



— 39a ~ 

roit une chose naturelle quand on aime la yie de quel- 

qu un. En récompense, je vous avertis que, sans mi- 
racle, le petit d*Adhémar vivra fort bien cent ans. Vous 
me marquez le 1 5* juin : nous avons suppilté les lunes 
jusqu*au 9* février^ ; il est de deux jours dans la neu- 
vième, c'est assez. Au reste, le changement d*air et la j 
continuation du beau temps m*ont fait un bien admi- I 
rable. Si je pouvois être ici huit jours, Mme de Lavardin | 
et ses soins achèveroient de me guérir; mais j*ai mille 
affaires*, et pour vous, et pour mon fils. Admirez ce 
contre-coup : le mariage de Tallard empêche Yîriville 
d'acheter le guidon ; voilà nos mesures rompues : ne 
trouvez-vous point cela plaisant, c'est-à-dire cruel? 
Mme de la Baume frappe de loin*. 

Si je vais à Bourbon, et que vous y veniez, ce sera ma 
véritable santé ; et pour cet hiver, Tespérance de vous 
avoir me donne la vie. Mme de Lavardin trouve Vjél* 
tesêe de la Tarente sans conséquence et sans difficulté 
pour cette fois^, et ne trouve point de comparaison entre 
Mme de Yaudemont, votre amie, très-loin de toute sou- 
veraineté, et la princesse Emilie de Hesse qui en sort 
tout droit' ; car depuis son veuvage on ne le lui conteste 
plus. Enfin je ne crois point vous avoir commise, après 
les exemples que j'ai vus. Votre chanson est trop plai- 

LnTRB 519. — I. Perrln a changé 9 en zi danc sa seconde édi- 
l'on (1754). 

s. <K J*ai mille afïaires à Paris, d (Édition de 1754.) 

3. G*ëtait la seconde fois que Mme de la Baume causait du cha- 
grin à Mme de Sërignë. Sur ses torts an sujet du portrait inséré dans 
l'Histoire amoureuse, royez les lettres de 1668, et particulièrement 
celle du a6 juillet (tome I, p. 608 et suirantes). 

4. Mme de Grignan n*aTait pas répondu à Mme de Tarente, parce 
qu'elle hésiuit a lui donner le titre d'Altesse. 

5. Mme de Tarente, comme on se le rappelle, était fille de Guil- 
laume y, landgraTC de Hesae*Cassel. Vojes tome II, p. 119, note 4 



-393- 

santé; je condamne votre plume d*aUer à Rome; car 
pour ce qu^eUe a fait, je le sauve du feu. Je vais achever 
avec une autre main que la mienne*. 

En arrivant ici, Mme de Lavardin me parla de Torai* 
son iunèbre du Fléchier : nous la fîmes lire, et je de- 
mande mille et mille pardons à Monsieur de Tulle, mais 
il me paroît que celle-ci est au-dessus^ : je la trouve plus 
également belle partout; je Técoutai avec étonnement, 
ne croyant pas qu*il fïit possible de trouver encore de 
nouvelles manières de dire les mêmes choses : en un mot, 
j'en fus charmée. 

Nous avons été bien aises d'apprendre par vous les 
nouvelles de Messine* ; vous nous avez paru original*, à 
cause du voisinage. Quelle rage aux Messinois d*avoir 
tant d'aversion pour les pauvres François, qui sont si ai- 
mables et si jolis'* ! Mandez-moi toujours toutes vos his- 
toires tragiques, et ne nous mettons point dans la tête de 
crabdre le contre-temps de nos raisonnements : c*est un 
mal que Téloignement cause, et à quoi il faut se résoudre 
tout simplement; car si nous voulions nous contraindre 
la-dessus, nous ne nous écririons plus rien. Si vous ne 
recevez point de mes lettres le prochain ordinaire, n'en 
soyez point en peine : je doute que je puisse vous écrire 
qu'à Paris, où je compte arriver vendredi ; bonjour^ bonne 

6. Cette phrase manque dan* l*ëdition de 1784. 

7. a Au-dessus de la sienne. » {Édition de 1754.) 

8. Lesnourellesde Sicile, et en particulier de Messine, abondent 
dani la Gazette à la fin de mars et au commenéement d^avril. Il est 
I^trlë d'sTanUges remportés sur mer par les Français, de conspira- 
tions, de dirersprojeud'atuque formés par les Espagnols, etc. 

9. C*est-4-dire source première, ou du moins sachant les choses 
d'original. 

10. Sur les fiiutes de Vironne, sur les excès des Français en Sicile 
et mr la haine croissante des Siciliens, royes VHistoir» de Lauvois par 
M. Roussel, tome II, chap. n. 



i«9C 



— 394- 

■ auure. Voici un étrange carême pour moi^. Mme de Lt- 
vardin vous écrit un billet, dont je ferai tenir la réponse 
plus naturellement que celle de Bussy. Le diemin que 
vous prenez tous deux pour vous écrire est fort plaisant''. 
Vous savez bien que M. de Goetquen est arrivé à Paris en 
même temps que M. de Chaulnes ,* leur haine, et les mé- 
moires qu'a donnés 0>etquen, feroient une belle scène, 
si le Roi les vouloit entendre tous deux. On me mande 
aussi que M. de Rohan a quitté le service, pour n avoir 
pas été fait brigadier : vous verrez que la mode des vo- 
lontaires reviendra. Adieu, ma chère Comtesse, en voiiâ 
assez pour aujourd'hui. 



520. — DB MADAME DE SÊVIGNÊ ET DE GORBIHEUI 
A MADAME DE GRIGNAIf. 

A Paris, mercredi 8« avril. 

DE MADAME DE séviGN^. 

Jb suis mortifiée et triste de ne pouvoir vous écrire tout 
ce que je voudrois ; je commence à souffrir cet ennui avec 
impatience. Je me porte du reste très-bien; le change- 
ment d*air me fait des miracles ; mais mes mains ne veu- 
lent point encore prendre part à cette guérison. J'ai vu 
tous nos amis et amies ; je garde ma chambre, et suivrai 
vos conseils, je mettrai désormais ma santé et mes pro- 
menades devant toutes choses. Le chevalier cause fort 
bien avec moi jusqu'à onze heures; c'est un aimable 
garçon. J'ai obtenu de sa modestie de me parler de sa 

II. En 1676, la semaine sainte commençait le lendemain du jov 
où Bfme de Sërignë écrivait cette lettre à sa fille. 

I a. Yoyes la lettre de Bussy à Mme de Grignan, du 3 janTÎerpré- 
cëdent, p. 3 16, et la réponse de Mme de Grignan, dui5 mars, p. 3B3. 



-395 — 

campagne, et nous avons repleuré M. de Torenne. Le 
maréchal de Lorges n^est-il point trop heureux? Les 
dignitésy les grands biens* et une très-jolie femme'. On 
i*a élevée comme devant être un jour une grande daâie. 
La fortune est jolie; mais je ne puis lui pardonner les 
rudesses qu*elle a pour nous tous. 



J'arrive, Madame, et je veux soulager cette main trem- 

Lbttrb 5ao (revue en partie sur une ancienne copie). — i. Dans 
Tëdition de 1784 : a les grands noms. » 

1. Geneviève de Frémont, fille de Nicolas de Frémont, aeigneur 
d'Àimeuil, garde du trésor royal, et de Geneviève Damon. Le ma- 
réchal de Lorges a n*avoit rien, » dit Saint-Simon. Nommé « pour 
être un des maréchaux de France qui dévoient commander Tarmëe 
«oos le Roi en personne.... il fidloit un équipage, et de quoi soutenir 
une dépense convenable et pressée. Cette nécessité le fit résoudre à 
un mariage étrangement inégal, mais dans lequel il trouvoit les res- 
Morcesdontilnese pouvoit passer pour le présent, et pour fonder 
une maison. Il y rencontra une épouse qui n'eut des yeux que pour 
lui malgré la difîérence d*àge, qui sentit toujours avec un extrême 
i^ect Phonneur que lui faisoit la naissance et la vertu de son 
époux, et qui y répondit par la sienne, sans soupçon et sans tache, 
et par le plus tendre attachement.... Il trouva de plus dans ce nia- 
nte une femme adroite pour la cour et pour ses manèges, qui sup- 
pl^ à la roideur de sa rectitude, et qui, avec une politesse qui mon- 
troit qu'elle n*oublioit point ce qu'elle étoit née {Bussjr rappdle la 
fi^« ^m laquais^ voyez la lettre du 90 février 1687), joignoit une 
dignité qui présentoit le souvenir de ce qu'elle étoit devenue, et un 
ut de tenir une maison magnifique, les grâces d'y attirer sans cesse 
Il meilleure et la plus nombreuse compagnie, et avec cela le savoir- 
^ire de n'y souffrir ni mélange, ni de ces commodités qui dés- 
bonorent les meilleures maisons, sans toutefois cesser de rendre la 
uenjie aimable, par le respect et la plus étroite bienséance qu'elle y 
•ut toujours maintenir et mêler avec la liberté. » (Saint-Simon, 
Jome I, p. ,^p^. lomç jy, p. 41 et suivante.) — La maréchale de 
*^rges survécut à son mari, mort en 170a. 

3. Ce qui suit est attribué dans notre ancienne copie à l'abbé de 
la Mousse. 



1676 



-396 — 

^^ ^ blotante; elle reprendra la plume quand il lui plain: 
elle veut vous dire une folie de M. d*Armagnac. H étoit 
question de la dispute des princes et des ducs pour la 
scène. (Ceci* est très-mal oràiographié, car il faut mettre 
cène^ et non pas scène de théâtre, ni saine de santé, ni 
Seine rivière, ni senne pour pêcher : cela soit dit par pa- 
renthèse.) Voici comme le Roi Ta réglée : immédiatement 
après les princes du sang, M. de Yermandois* a passé, 
et puis toutes les dames, M. de Vendôme et quelques 
ducs; les autres ducs et les princes du sang ayant eu 
permission de s'en dispenser. Là-dessus, M. d'Annagnac 
ayant voulu reparler au Roi de cette disposition, Sa Ma- 
jesté lui fit comprendre qu'elle le vouloit ainsi*. A quoi 
M. d'Armagnac repartit : « Le charbonnier, Sire, est 
maître dans sa maison. » On a trouvé cette repartie fort 
plaisante : nous la trouvons aussi, et vous la trouvez de 
même. 

DE MADAME DE SÉVIGlft. 

Je n'aime point à avoir des secrétaires qui aient plas 
d'esprit que moi : ils font les entendus, je n'ose leur faire 
écrire toutes mes sottises; la petite fille m'étoit bien 
meilleure. J*ai toujours dessein d'aller à Bourbon : j'ad- 
mire le plabir qu'on prend à m'en détourner, sans savoir 
pourquoi, malgré l'avis de tous les médecins. 

Je causois hier avec d'Hacqueville sur ce que vous me 
dites que vous viendrez' m'y voir : je ne vous dis point 
si je le désire, ni combien je regrette ma vie ; je me plains 

4. Le copiste qui a écrit notre manuscrit a soin de nous préreiiir 
que ce qui est entre parenthèses est de Mme de Sërignë. 

5. Louis de Bourbon, comte de Vennandois, fils de Mme de la 
VaUière. Yoyex tome III, p. 365, note ix. 

6. Dans le manuscrit : « Sa Majesté lui fit comprendre qa*il le 
vouloit ainsi. » 

7. Dans rédition de 1784 : « que tous riendries. a 



— 397 — 
dottlonreasement de la passer sans tous. Il semble qu^on 
en ait une autre, où i*on réserve de se voir et de jouir de 
sa tendresse; et cependant, c^est notre tout que notre 
présent, et nous le dissipons ; et Ton trouve la mort : je 
suis touchée de cette pensée. Yotts jugez bien que je ne 
désire donc que d*être avec vous. Cependant noas trou« 
vàmes qu'il fidloit vous mander que vous prissiez un peu 
vos mesures chez vous. Si la dépense de ce voyage empe* 
choit celui de cet hiver, je ne le voudrois pas, et j'aime* 
rois mieux vous voir plus longtemps ; car je n'espère point 
d'aller à Grignan, quelque envie que j'en aie ; le bon abbé 
ne veut point y aller, il a mille affaires ici, et craint le 
climat. Je n'ai point trouvé dans mon traité de l'ingra- 
titude* que je le puisse quitter dans l'âge où il est; et ne 
pouvant douter que cette séparation ne lui arrachât le 
cœur et l'âme, s'il mouroit dans cette absence, mes re- 
mords ne me donneroient aucun repos : ce seroit donc 
pour trois semaines que nous nous ôterions le moyen de 
nous voir plus longtemps. Démêlez cela dans votre es- 
prit, suivant vos desseins et vos affaires ; et songez qu'en 
quelque temps que ce soit, vous devez à mon amitié, 
et à l'état où j'ai été, la sensible consolation de vous 
voir. Si vous vouliez revenir ici avec moi de Bourbon, 
cela seroit admirable : nous passerions notre automne 
ici ou à Livry ; et cet hiver M. de Grignan viendroit 
vous voir et vous reprendre. Voilà qui seroit le plus 
aisé, le plus naturel et le plus agréable pour moi ; car 
enfin vous devez me donner un peu de votre temps pour 
la consolation de ma vie. Rangez tout cela dans votre 
tête, ma chère enfant; car il n'y a point de temps à 
perdre : je partirai dans le mois qui vient pour Bourbon 
ou pour Vichy. 

8. Voyez tome II, p. i59, note 5. 



167e 



1676 



-398- 

Vous voulez que je vous parie de ma aanté : elle ea t très- 
bonne, hormis mes mains et mes genoux, où je sens 
quelques douleurs. Je dors bien, je mauge bien, mais 
avec retenue; on ne me veille plus; j*appelle, on me 
donne ce que je demande, on me tourne, et je m*endors. 
Je commence à manger de la main gauche : c'étoit une 
chose ridicule de me voir imboccar da i sergenti* ; et 
pour écrire, vous voyez où j*en suis maintenant**. Voiià 
ce qui me met au désespoir, car c'est une peine incroyable 
pour moi de ne pouvoir causer avec vous : c'est m'ôter 
une satisfaction que rien ne peut réparer. On me dit mille 
biens de Yichy, et je crois que je Taimerai mieux que 
Bourbon par deux raisons : Tune, que Mme de Montes- 
pan va à Bourbon, et l'autre, que Yichy est plus près de 
vous** ; que si vous y veniez, vous auriez moins de peine, 
et que si Tabbé changeoit d'avis, nous serions plus près 
de Grignan. Enfin, ma très-chère, je reçois dans mon 
cœur la douce espérance de vous voir ; c'est à vous à dis- 
poser de la manière, et surtout que ce ne soit pas pour 
quinze jours, c ar ce seroit trop de peine et trop de regret 
pour si peu de temps. Vous vous moquez de Villebmne; 
il ne m'a pourtant rien conseillé que l'on ne me conseiUe 
ici. Je m'en vais faire suer mes mains ; et pour l'équi* 
noxe, si vous saviez l'émotion qui arrive quand ce grand 

9. a Mettre les morceaux à la bouche par les sergents (les serri- 
teurs). j> 

10. Mme deSëTignë commençoit à reprendre son écriture ordinaire, 
mais d'une main encore mal assurée. (UTote de Pétrin^ 17^4.) — I^^ 
Tédition de 1734, on lit simplement: « c^étoit une chose ridicule de 
me Toir tous écrire, a 

XI. Ceci paraît être à moitié sérieux, à moitié plaisant. Bourbon 
est en effet plus près de la Provence que Vicby, mais la difTërence 
n*est pas bien grande. Les deux Tilles sont aujourd'hui, comme Too 
sait, dans le même département : Bourbon, à un peu moins de quatre 
lieues à l*ouest de Moulins ; Vichy, à quinze lieues au sud. 



— 399 — 

mouvement se fait, vous reviendrieK de vos eirears^. Le 
fraier s'en ira bientôt à sa brigade, et de là à matines^*. 
Il y a six jours que je suis dans ma chambre i faire Ten- 
tendue, à me reposer. Je reçois tous mes amis; il m*est 
venu voir des Soubise, des Sully, à cause de vous. 

Je vous remercie de me parler des pichons. Ou le petit 
a«t-il pris cette timidité ? j*ai peur que vous ne m'en 
accusiez ; il me semble que vous m'en faites la mine. Je 
crois que cette humeur lui passera, et que vous ne serex 
point obligée de le mettre dans un froc^^. 

On ne parle point du tout d'envoyer M. de Vendôme 
en Provence. Votre résidence mériteroit bien qu'on vous 
consolât d'une dignité : toutes vos raisons sont admi- 
râbles; mais ce n'est pas moi qui ne veux pas aller à 
Grignan. 

Le chevalier de Mirabeau^' a conté ici de quelle ma- 
nière vous avez été touchée de mon mal, et comme en 
six heures de chagrin votre visage devint méconnois- 
sable. Vous pouvez penser, ma très-chère, combien je 
suis touchée de ces marques naturelles et incontestables 
de votre tendresse ; mais en vérité j'ai eu peur pour votre 
santé, et je crains qu'une si grande émotion n'ait con* 
tribué à votre accouchement : je vous connois, vos in- 
quiétudes m'en donnent beaucoup. 

la. Voyez la lettre du x8 mars précédent, p. 385. 

i3. C*est pour dire que M. de Sérignë s*arrètoit rolontiert, en 
allant et en revenant, chez une abbesse de aa connoiManee. {Note de 
Perrin,) Voyez la lettre du ay noYembre 1675, p. 949* — L« der- 
nier mot de la phrase était derenu un nom de Wlle dans la première 
^ition de Perrin ; on lit dans TimpreMion de 1784 : « Le f rater est 
allé à sa brigade, et de là à Maiines, » 

14* Ce paragraphe manque dans Tëdition de 1754* 

i5. Probablement Thomas Riqueti, qui mourut commandeur de 
Blatte. Son père arait épousé Anne de Pontevèze de Buous. Thomas 
Hiqueti était Fun des frères putnés du bisaïeul de Mirabeau. 



i676> 



ê^j6 



— 4<M — 

]*ai vu id k daoheMe de Sâolt : elle est trèft-bîen fiûte 
et d'une taille parfaite ; elle est d'une gaillardise qui fidt 
voir qu'elle a passé sa jeunesse à l'église avec sa mère : ce 
sont des jeux de mains et des gaietés incroyables; elle 
s'en va en Dauphiné** ; elle me parle fort de vous. Son 
mari est triste, mais on croit que c'est d'avoir quitté le 
service : on dit, et il le voit peutp-etre, qu'il ne devoit 
point faire son capital d'être un an plus tôt ou plus tanl 
lieutenant général. Je ne fais qu'effleurer tous ces cha- 
pitres et j'étrangle toutes mes pensées, à cause de ma 
pauvre main. La princesse^'' arrive ici dans deux jours; 
elle y recevra votre lettre que j'avois envoyée à Vitré. Ne 
pensez plus à cette bagatelle; elle n'est plus en lieu dy 
faire des méditations comme aux Rochers ; je comprends 
vos raisons. Madame l'a mandée avec tendresse, comme 
sa bonne tante. 

Vous n'avez jamais vu une telle folie, j'en ai ri aux 
larmes. M. de Vendôme dit au Roi, il y a huit jours : 
« Sire, j'espère qu'après la campagne Votre Majesté 
me permettra d'aller dans le gouvernement qu'elle m'a 
fait rhonneur de me donner. — Monsieur, lui dit le 
Roi, quand vous saurez bien gouverner vos affaires, je 
vous donnerai le soin des miennes. » Et cela finit tout 
court, et cela est vrai. Adieu, ma très-chère enfant; je 
reprends dix fois la plume ; ne craignez point que je me 
fasse mal à la main. 

i6. là État de la France de 1676 (tome II, p. 946) noui •pprend 
que le duc de Lesdiguières était gouverneur du Oauphinë, et que le 
comte de Sault, son fils, avait la survivance. 

17. Dans Tëdition de 1734: a La princesse de Tarente. » 



— 4oi — 

521. DE MADAME DE Sl£ VIGNE ET DE CHARLES 

DE SÉVIGlfÊ A MADAME DE GRIGNAN. 

A Paris, vendredi lo* avril. 

DB MADAMB DB siviGlfi. 

Plus j'y pense, ma bonne, et plus je trouve que je ne 
yeax point vous voir pour quinze jours. Si vous venez 
à Vichy ou à Bourbon, il faut que ce soit pour venir ici 
avec moi : nous y passerons le reste de Tété et Tautomne ; 
vous me gouvernerez, vous me consolerez ; et M. de Gri- 
gnan vous viendra voir cet hiver, et fera de vous à son 
tour tout ce qu'il trouvera à propos. Voilà comme Ton 
fait une visite à une mère que Ton aime, voilà le temps 
que Ton lui donne, voilà comme on la console d'avoir 
été bien malade, et d'avoir encore mille incommodités, 
et d'avoir perdu la jolie chimère de croire être immor- 
telle^; présentement elle commence à se douter de quel- 
que chose, et se trouve humiliée jusqu'au point d'ima- 
giner qu'elle pourroit bien passer un jour dans la barque 
comme les autres, et que Caron ne fait point de grâce. 
Enfin, au lieu de ce voyage de Bretagne que vous aviez 
tant d'envie de faire, je vous propose et vous demande 
celui-ci. 

Mon fils s'en va : j'en suis tqste, et je sens cette sépara- 
tion. On ne voit à Paris que des équipages qui partent : 
les cris sur la nécessité sont encore plus grands qu'à l'or- 
dinaire ; mais il n'en demeurera aucun, non plus que les 
années passées. Le chevalier est parti sans vouloir me 
dire adieu ; il m'a épargné un serrement de cœur, car je 

Lbttrs 5a I. — I. C'ëtoit la première maladie de Mme de Sé- 
▼igné. {I^ote de Perrin,) Voyez la Ictlre à Bussy du i«' mars précé- 
dent, p. 371. — Cependant déjà en 1676 la santé de Mme de Sévigné 
s'était un peu altérée : voyez la lettre du 6 août 1676, p. 9. 
Mmx ds SiTioni. iv . 96 



1696 



402 

Taime sincèrement. Vous voyez que mon écriture prend 
sa forme ordinaire : toute la g^érison de ma main se ren- 
ferme dans récriture ; elle sait bien que je la quitterai 
volontiers du reste d*ici à quelque temps. Je ne puis rien 
porter : une cuiller me paroit la machine du monde, et 
je suis encore assujettie à toutes les dépendances les plus 
fâcheuses et les plus humiliantes* : mais je ne me plains 
de rien, puisque je vous écris. 

La duchesse de Sault me vient voir comme une de 
mes anciennes amies : je lui plais. Elle vint la seconde 
fois avec Mme de Brissac : quel contraste ! Il faudrait 
des volumes pour vous conter les propos de cette der- 
nière; Mme de Sault vous plairoit et vous plaira. 

Je garde ma chambre très-fidèlement, et j'ai remis mes 
Pâques à dimanche, afin d'avoir dix jours entiers à me 
reposer. Mme de Coulanges apporte au coin de mon feu 
les restes de sa petite maladie : je lui portai hier mon mal 
de genou et mes pantoufles. On y envoya ceux qui me 
cherchoient : ce Ait des Schomberg, des Senneterre, des 
OBuvres*, et Mlle de Méri, que je n'avois point encore 
vue. Elle est, à ce qu'on dit, très-bien logée; j'ai fort 
envie de la voir dans son château. Ma main veut se repo- 
ser, je lui dois bien cette complaisance pour celle qu'elle 
a pour moi. 

9. Dans les deux éditions de Perrin : a et les plus humiliantes 
que vous puissiez vous imaginer. » 

3. Le fils aîné du duc d'Estrées porta sans doute jusqu*à la mort 
de son père (1687) ^^ titre de marquis de Cœuvres. Il était frère de 
Tahbé d'£strées, qui succéda à son oncle le cardinal d*£su«es 
comme évéque de Laon (i 681), et il avait épousé Madeleine de 
Lyonne, dont il a été question au tome II, p. 3o5 et 33i. 



— 4o3 — 

DB CHARLES DE SiviGNÉ. 

!■ vais partir de cette ville , 
Je m'en vais mercredi tout droit à Charleville, 
Maigre le chagrin qui m'attend^. 

Je n'ai pas jugé à propos d'achever ce couplet', parce 
que voilà toute mon histoire dite en trois vers. Vous ne 
sauriez croire la joie que j*ai de voir ma mère en Tétat 
où elle est. Je vous ordonne toujours d'aller la voir à 
Bourbon; vous pourrez fort bien revenir ici avec elle, en 
attendant que M. de Grignan vous rapporte votre lusti-e, 
et vous fasse reparoitre comme la gala del puebloy la 
flordel abril*. Si vous suivez mon avis, vous serez bien 
plus heureuse que moi : vous verrez ma mère, sans avoir 
le chagrin de la quitter dans deux ou trois jours, lequel 
chagrin est d'ordinaire accompagné de plusieurs autres 
qui sont aisés à deviner. Enfin, me revoilà encore gui- 
don, guidon étemel, guidon à barbe grise : ce qui me 
console, c'est que toutes les choses de ce monde prennent 
fin, et qu'il n'y a pas d'apparence que celle-là seule soit 
exceptée de la loi générale. Adieu, ma belle petite sœur, 
souhaitez-moi un heureux voyage : je crains bien que 
l'âme intéressée de M. de Grignan ne vous en empêche ; 
cependant, je compte comme si tous deux vous aviez 
quelque envie de me revoir. 

DE MADAME DE séviGNÉ. 

ÂDisUy^a chère bonne : j'embrasse ce Comte et le 



4. Oeat une noarelle parodie des Adieux Je Cadmus, Voyez plus 
haut, p. 195, note 16. 

5. Dans les éditions de 1796 : a d'acherer la parodie de ce cou- 
plet. » 

6. Mots espagnols, qui signifient : Vornement de la cité^ la fleur 
, davril ou du printemps^ 



1696 



conjure d*entrer dans mes intérêts et dans les sentiments 
' ' de ma tendresse. 



522. — DE MADAME DE SÊVIGNÊ AU GOMTE 
DE BUSSY EAfiUTIir. 

Un mois après aroir écrit ce billet (n« S i6, p. 378), je reçoi celui-ci 
de Mme de Sëvignë. 

A ChaseUy ce 10* avril 1676. 

Enfin me voilà de retour à la bonne ville, mon pauvre 
cousin. Je vous écris avec une main encore enflée de mon 
rhumatisme, et comme c'est avec beaucoup de peine, je 
finirai promptement. Tembrasse mille fois ma nièce, et 
je la remercie de son amitié et de ses soins. 

Voilà une lettre de ma fille, qui m*est venue en Bre- 
tagne' : que dites-vous de tout le chemin qu'elle a fait'? 

Lbiteb 5 19. — X. Cest la lettre donnée pins haut, p. 383, en 
date da i5 mars. ^ 

9. Ce billet est tout autre dans le manuscrit de Tlnstitut : 

« J*ai failli à mourir depuis trois semaines, mon pauTre cousin. 
Il m*en reste un grand rhumatisme, et je tous écris avec une main 
fort enflée, et comme c*est avec beaucoup de peine, je finirai promp- 
tement. J'embrasse mille fois ma nièce de Coligny et tous. 

« Voilà une lettre de ma fille *, elle est allée en Bretagne aTant qot 
de reTenîr k moi. n 

La différence du commencement tient à ce que Busay a omis dans 
le manuscrit de Tlnstitut le billet du i*' mars, où Mme de Séngné 
lui apprend qu^elle Tient d*étre malade. 



— 4o5 — 

523. — DU COMTE DE BUSST RABUTOr 
A MADAME DE SËVIGUÊ. 

Deux jours après que j*eus reça ces lettres (n* 5i5 et Sas, p. 383 
^ 404), je fis cette réponse à Mme de Sérignë. 

A Paris, ce i5* avril 1676. 

Is vous allois écrire quand j'ai reçu votre billet du 10* 
de ce mois, ma chère cousine, et je vous allois deman- 
der de vos nouvelles, sur lesquelles la maréchale de Clé- 
rambaut m^avoit donné de Tinquiétude par une lettre 
qu'elle avoit écrite à Jeannin^. Elle lui mandoit que vous 
ne vous aidiez pas de vos mains : cependant en voici déjà 
nne qui recommence ses fonctions, dont je me réjouis, 
parce que je crois qu'après la belle comtesse, j'y ai plus 
d'intérêt que personne '. Je vous souhaite une parfaite 
santé de corps et d'esprit jusqu'à cent ans, ma chère cou- 
sine, mais au moins je vous souhaite la tête et les mains 
comme Dieu vous les a faites. J'en ai presque autant de 
besoin que vous, j'entends de votre tête et de vos mains. 

Votre nièce se porte fort bien ; elle a la mine d'ac- 
coucher heureusement. Nous parlons souvent de vous 
comme les meilleurs amis que vous ayez au monde, et 
comme les gens qui vous estiment le plus. Je suis fort 
aise que la belle Madelonne se porte bien de son accou- 
chement à huit mois, et que son enfant vive. Comme elle 
s'est tirée du pair d'avec les autres femmes par son 
mérite, elle s'en veut tirer par toutes ses actions. 

Lnrai 593. — i. Voyez tome III, p. 181, note i3, et p. xSi, 
note I. 

a. Dans le mannscrit de l'Institut : « parce que je crois j avoir 
ratant d'intérêt que personne ; » trois lignes plus bas, les motsy^en- 
tauU^ etc., etla phrase suivante : a Votreniëce, etc., » sont omis ; puis 
on lit : c Nous parlons souYent de tous, votre nièce et moi,comme,eto.> 



1676 



— 4o6 — 

— TT SaA. BE MADAME DE SÊVIGHÈ ET DE CORBIHELLT 

1676 ^ 

A MADAME DE GHIGHAN. 

A Paris^ mercredi i5* avri. 

DE MADAME DE séviGN^. 

Je suis triste, ma mignonne, le pauvre petit compère 
vient de partir. Il a tellement les petites vertus qui font 
l'agrément de la société, que quand je ne le regretterois que 
comme mon voisin, j'en serois fâchée. Il m'a priée mille 
fois de vous embrasser et de vous dire qu'il a oublié de 
vous parler de l'histoire de votre Protée, tantôt galérien, 
" et tantôt capucin; elle Ta fort réjoui. Voilà Beaulieu qui 
vient de le voir monter gaiement en carrosse avec Broglie ' 
et deux autres; il n'a point voulu le quitter qu'il ne tali 
vu pendu^^ comme Mme de*** pour son mari. On croit 
qu*on va assiéger Cambrai* : c'est un si étrange morceau, 
qu'on espère que nous y avons de l'intelligence. Si nous 
perdons Philisbourg*, il sera difficile que rien puisse 



Lbttbb 5a4 (rerue en partie sur une ancienne copie). — x. Noos 
ignorons sUl est question ici de Victor-Maurice, comte de Brogiie, 
marquis de BrezoUes, qui fut maréchal de France, et mourut en 1717, 
âgé d^enriron quatre-ringts ans, ou de son frère aîné, dont park 
Saint-Simon (tome IV, p. m et ii3; tome Vil, p. 36 et 87; 
tome XVII, p. xa4 et suirantes). 

9. Allusion au Médecin malgré lui ^ acte III, scène xx. « Retire-toi 
de là, tu me fends le cœur, dit Sganarelle. — Non, répond Martine, 
je Teux demeurer pour t'encourager à la mort, et je ne te quitterai 
point que je ne t'aie tu pendu. » 

3. Cambrai ne fut assiégé que Taimée suirante. 

4. Philisbourg, où commandait du Faj, éuit inresti depuis U fin 
de mars, c La TiÛe se rendit après six mois de blocus et soixante-dix 
jours de tranchée ourerte (17 septembre). Ce fut.... un graTe échec: 
Philisbourg était la porte du Rhin et le plus beau trophée du traita 
de WestphaUe. a (Histoire des Français de M. Lavallée, tome IH, 
p. 173.) 



I 



— 4o7 — 

réparer cette brèche : uederemo*. Cependant on raî- - ^ 
sonne et Ton fait des almanachs que je finis par dire : 
c L'étoile du Roi sur tout. » Enfin le maréchal de Belle- 
fonds a coupé le fil qui Tattachoit encore ici : Sanguin a 
sa charge* pour cinq cent cinquante mille livres, un bre- 
vet de retenue de trois cent cinquante mille. Voilà un 
grand établissement, et un cordon bleu assuré''. M. de 
Pompone m^est venu voir très-cordialement ; toutes vos 
amies ont fait des merveilles. Je ne sors point, il fait un 
vent qui empêche la guérison de mes mains ; elles écrivent 
pourtant mieux, comme vous voyez. Je me tourne la nuit 
sur le côté gauche; je mange de la main gauche. Voilà 
bien du gauche. Mon visage n*est quasi pas changé ; vous 
trouveriez fort aisément que vous avez vu ce chien de 
ifisage^là quelque part : c'est que je n'ai point été sai- 
gnée, ma fille, et que je n'ai qu'à me guérir de mon mal, 
et non pas des remèdes. 
J'irai à Vichy; on me dégoûte de Bourbon, à cause de 

5. Nous verrons, 

6. De premier maître d*h6tel du Roi. (Noie JePerrin,) — Avant 
d*tcheter la charge da maréchal de Bellefonds, Claude Sanguin, aei- 
gueur de LiTry, dont la famille possédait déjà la seigneurie de Liny 
en i5io, et dont la terre fut érigée en marquisat en faveur de son 
fils, était depuis longtemps maître d*hôtel ordinaire (royes la Ga~ 
tette du i8 avril et du aS jmllet 1676). Il était frère de Tévèque de 
Senlis, qm devint abbé de Liviy après Tabbé de Coulanges, et 
neveu du poCte Saint-Pavin, mort en avril 1670, à soixante-dix ans. 
Cltade Sangnin mourut en 1680. Sur sa mort, et sur le marquis de 
idvry son ffls, voyez la lettre du 8 septembre x68o; sur sa femme, 
^ Mme de Grignan appelle ia vieille carcasse^ voyez les lettres du 
SI décembre 1677 et du 94 janvier 1689. — Le maréchal de Belle- 
fonds avait eu dès 1671 le désir de vendre sa charge : voyez tome II, 
p. 117, 456, 464 et 465. 

7. Sanguin ne fut point chevalier des ordres; mais son petit-filt 
Louis, marquis de Livry, lieutenant général des armées du Roi, mort 
le 3 juillet 1741, à quarante-trois ans, fut compris dans la promo- 
tion de 1794, 



— 4o8 — 

- - Tair. La maréchale d'Estrées veut que j*aille a Vichy : 
c^est un pays délicieux. Je vous ai mandé sur cela tout ce 
que j*ai pensé : ou venir ici avec moi, ou rien ; car quinze 
jours ne feroient que troubler mes eaux, par la vue de la 
séparation ; ce seroit une peine et une dépense ridicule. 
Vous savez comme mon cœur est pour vous, et si j'aime 
à vous voir; c*est à vous à prendre vos mesures. On tou- 
chera votre pension après le départ des guerriers*. Je 
voudrois que vous eussiez déjà conclu le marché de votre 
terre, pubque cela vous est bon. M. de Pompone me 
dit qu'il venoit d'en faire un marquisat; je l'ai prié de 
vous faire ducs ; il m'assura de sa diligence à dresser les 
lettres, et même de la joie qu'il en auroit : voilà déjà une 
assez grande avance. . 

Je suis ravie de la santé des pichons : le petit petite 
c'est-à-dire le gros gros, est un homme admirable*; je 
l'aime trop d'avoir voulu vivre contre vent et marée. Je 
ne puis oublier la petUe^^; je crois que vous réglerez 
de la mettre à Sainte-Marie, selon les résolutions que 
vous prendrez pour cet été : c'est cela qui décide. Vous 
me paroissez bien pleinement satisfaite des dévotions de 
la semaine sainte et du jubilé : vous avez été en retraite 
dans votre château. Pour moi, ma chère, je n'ai rien 
senti que par mes pensées, car nul objet n'a firappé mes 
sens, et j'ai mangé de la viande jusqu'au vendredi saint : 
j'avois seulement la consolation d'être fort loin de toute 
occasion de pécher. J'ai dit à la Mousse votre souvenir; 
il vous conseille de faire vos choux gras vous-même de 
cet homme à qui vous trouvez de l'esprit. Adieu, ma 
chère enfant. 

8. Peirln a supprimé cette phrase dans sa seconde ëditioQ. 

9. Dans Tëdition de 1754 : « un enfant admirable, d 

10. Marie-Blanche, qui arait alors près de cinq ans et demi. Voyes 
les lettres des 6 et 17 mai suiranu, p. 43a et 45i. 



- 4o9 — 

DB CORBnrBLLI. 

rARRiVB toujours tout à propos pour soulager cette 
pauvre main. Elle vouloit encore vous dire qu'elle a vu 
la bonne princesse de Tarente, qui est si dissipée et si 
étourdie de Paris, que je n'ai pas osé seulement lui parler 
de votre réponse. Nous regrettâmes ensemble la tran« 
quilUté de nos Rochers. Je me lasse d'être secrétaire, je 
veux vous entretenir un moment. 

Madame votre mère vous parle des projets de Cambrai 
fort succinctement : voici ce que les politiques disent. Il 
est de (ait que toutes nos troupes sont, les unes à Ten- 
tour de Cambrai, les autres sous Ypres, les autres vers 
Bruxelles, où Ton a détaché Nancré^^ pour Tincom- 
moder; et tout cela pour donner des jalousies **, et tenir 
les confédérés dans l'incertitude, et seulement afin de 
les empêcher de faire un gros d'armée d'une partie de 
leurs garnisons, et amuser le tapis. Ce que l'on trouve ici 
de plus beau, c'est d'envoyer un secrétaire d'État*' as- 
sembler les troupes, et porter les ordres partout. M. de 
Créquy est à Cambrai, M. d'Humières est à Ypres, et 
pour tout le reste le secret est uniquement dans la tête 
du Roi. Le jour de son départ a été caché jusqu'au 
lundi, sortir du conseil*^. M. de Lunebourg" s'est dé- 

it. Cest la leçon du manuscrit. On Ut f^audrai dans les deux 
Citions de Perrin. — Claude- Antoine de Dreux, comte de Nancré, 
lieutenant général des armées du Roi, était gouTerneur d' Ath : Toyei 
la Gaxette^ p. a48. 

II. Cest le mot même dont se sert la Gazette (p. agS): a On tra- 
▼aille dans toutes nos places, est-il dit dans une lettre de Bruxelles, 
s les mettre en état de défense, les mourements des François les 
tenant toutes en jalousie. » 

i3. M. de LouTois. {Note de Perrin,) 

i4> Le Roi partit de Saint-Germain en Laye le i6 arril, à midi. 
Voyei la lettre suivante, p. 41a, et la Gazette du 18 avril. 

iS. Le duc de Zell. Voyez sur lui, sur le duc d'HanoTre et sur 



1676 



— : 4lO — 

■ claré contre nous, et donne aux Impériaux cinq ou six 

mille hommes. Messieurs ses frères tiennent à peu, 
c'est-à-dire le duc d'Hanovre et Osnabruck. Nous avions 
demandé Tinfante de Bavière'* pour Monsieur le Dau- 
phin; mais sa mère étant morte ^'', le roi d'Espagne** la 
demande aussi, et Ton croit qu'il l'aura, parce que le bon- 
homme Bavière** veut épouser la veuve de Pologne**, 
sœur de l'Empereur**. Si Monsieur de Marseille** avoit 
paré ce coup-là**, il auroitbien fait. 

Le Roi a voulu que le parlement députât le nommé 
Palluau*^, conseiller de la grand'chambre, pour se porter 

TëTéque d^Osnabnick, la note 6 delà lettre du 19 août 167$, p. 61. 
^- Le manuscrit donne Neubourg au lieu de Lunebourg, et c*est 
probablement la rraie leçon ; car Toici ce qu*annonce la Gazette 
du 18 aTril : a Le bruit court que le duc de Neubourg t^est hM 
engager par de fortes sollicitations et par de grandes offres dans la 
ligue de TEmpereur et des allies, et que Sa Majesté Impériale, le roi 
d'Espagne et les états généraux lui fourniront aussi des subsides, 
pour Tentretien des troupes. » Ce sont les lignes suirantes de la lettre, 
où il est parlé de « Messieurs ses frères, le duc d'HanoTre et Osna- 
bruck, » qui auront déterminé Perrin à changer Neubourg en Lune- 
bourg ', mais Corbinelli a bien pu faire ici une confusion de noms et 
de parenté. 

16. Marie-Anne- Victoire de Bavière, qui fut mariée en 1680 à 
Louis, dauphin de France, {^ote de Perrin,) — Voyez la lettre do 
97 décembre 1679. 

17. Henriette- Adélaïde de Saroie, morte le 18 mars 1676. {Note 
de Perrin,) 

18. Charles II. 

19. Ferdinand-Marie-Françoîs-Ignace-Wolfgang, né le si 00- 
tobre i636, électeur de Bavière depuis i65i, mort le 97 mai 1679. 

ao. Eléonore-Marie d* Autriche, Teuve de Michel Viesnoyiski.(iVble 
de Perrin,) Elle épousa en secondes noces, le 6 février 1678, Charles V 
de Lorraine. 

ai. L*empereur Léopold. — aa. Il était encore en Pologne. 

93. Dans le manuscrit : « avoit porté ce coup-là. d 

94. On lit Paleau dans le manuscrit ; mais le nom est bien Pel- 
luau : cVst sous cette forme qu^il est apposé sur un arrêt conservé 
dans les minutes du parlement, aux Archives de TEmpire. 



-4ii - 

à Rocroi, où il doit interroger la Brinvilliers'*, parce ' 
qu*on ne veut pas attendre à le faire qu'elle soit ici, où 
toute la robe est alliée à cette pauvre scélérate. On juge 
ici un homme de Savoie, accusé d'avoir conspiré contre 
le duc de Savoie" : il a accusé le marquis de Livoume*^, 
qui sollicite ici pour sa justification. Voilà tout ce que 
je vous puis dire sans politiquer, pour aujourd'hui, Ma- 
dame, et seulement pour prendre occasion de vous pro- 
tester que je suis votre serviteur. 

»S. Marie-Margaerite d*Aubray, fille d^Ântoine Drenx d*Aiibrajr, 
comte d'Offiremont, conseiller d*Etat, maître des requêtes, lieutenant 
cinl au Châtelet de Paris, et parente du chancelier Bfarillac, le tra- 
ducteur de V Imitation. Elle épousa en i65i (Toyez Loret, lirre II, 
p. 9o5) Antoine Gobelin, marquis de BrinTilUers, fils d^un prési- 
dent des comptes, et descendant du fondateur de la manufacture des 
Gobelins, mais derenu homme d*épée, qui a courait, dit M. Miche- 
let, le monde et les plaisirs, négligeait trop sa jolie petite femme, 
qu'il arait cependant épousée par amour. » La marquise se lia avee 
un ami de son mari, un officier de caralerie, Gandin de Sainte- 
Croix, que d'Aubray fit enfermer à la Bastille. Au sortir de sa pri- 
•on, où il aTait connu le fameux Exili, Sainte-Croix, de complicité 
stec la marquise, empoisonna successirement d'Aubray père (1666), 
•es deux fils (1670) et sa fille. A la mort de Sainte-Croix (1679), la 
▼euTe d'Antoine d'Aubray poursuirit sa belle-sœur, qui prit la fiiite 
et fut condamnée à mort par contumace, au commencement de 1678. 
Réfugiée dans un courent de Liège, elle fut attirée au dehors par 
l*excmpt Oesgrais, qui Tarréta et la ramena en France. Son mari 
▼irait encore (Toyez la fin de la lettre du i*' mai suiTant). Condam- 
née à mort le 16 juiUet 1676, elle fut exécutée le 17. Voyez VHUtoire 
^ France de M. Michelet, tome XIII, chap. xyi. 

a6. Victoi^Amédée II. 

>y. Charle»- Emmanuel-Philibert de Simiane, marquis de Ii« 
▼ourne, fils du marquis de Pianezze, chambellan du duc de Saroie. 



167Ô 



tÔ76 



— 4i3 — 

5a5. — DiZ MADAHB DB SftVIOHÉ ET DE GOEBIHELU 
A MADAME DE GBIGEAIT. 

A Paris, vendredi 17* avril. 

DB MâDâMB DB SiviGNi. 

Il me semble que je n'écris pas trop mal, Dieu merci : 
du moins je vous réponds des premières lignes ; car vous 
saurez, ma chère fille, que mes mains, c'est-à-dire ma 
main droite ne veut entendre encore à nulle autre pro- 
position qu'à celle de vous écrire : je l'en aime mieux. On 
lui présente une cuiller, point de nouvelle ; elle tremblote 
et renverse tout; on lui demande encore d'autres cer- 
taines choses, elle refuse tout à plat, et croit que je lui 
suis encore trop obligée. Il est vrai que je ne lui demande 
plus rien; j'ai une patience admirable, et j'attends mon 
entière liberté du chaud et de Vichy; car comme on m'a 
assuré qu'on y prend la douche, qu'on s'y baigne, et que 
les eaux y sont meilleures qu'à Bourbon, la beauté da 
pays et la pureté de l'air m'ont décidée, et je partirai tout 
le plus tôt que je pourrai. Je vous ai tant dit que je ne 
veux point de vous pour quinze jours, et que je ne puis 
aller à Grignan, que c'est à vous à régler tout le reste. 
Vous connoissez mon cœur, mais je ne dois pas le croire 
entièrement sur ce qu'il désire : vous connoissez mieux 
que moi les possibilités et les impossibilités présentes. 

Le Roi partit hier; on ne sait point précisément le 
siège qu'on va faire. J'ai vu M. de Pompone, qui me prie 
de vous faire bien des amitiés. Je fus chez Mlle de Méri, 
qui est très-bien et très-agréablement logée et meublée : 
on ne peut sortir de sa jolie chambre. Les Yillars sont 
tristes de l'entière retraite du maréchale Je ne suis sortie 



Lbttsb 5i5. — I. Du maréchal de Bellefonds, oereu de Mme de 

VUlan. 



— 4i3 — 

encore que trois fois : n'est-ce pas comme vous voulez que 
je me gouverne ? Mon activité est entièrement changée : 
demaudez à Corbinelli, car le voilà qui entre. 

DE CORBINBLLI. 

Il est vrai, Madame, que la voilà comme nous la vou« 
lions ; mais si bien changée, qu'elle ressemble plutôt à 
Tindolence qu'à l'activité, si ce n'est pourtant quand il 
est question de vous et de ce qui vous regarde. L'un des 
meilleurs remèdes qu'on puisse lui donner est ce calme 
rafraichissant, et elle conçoit déjà quelque goût pour la 
paresse. Pour moi, qui en fais ma souveraine passion, je 
m'en réjouis comme d'une chose qui sera bonne à tous 
ceux qui l'aiment. Elle m'interrompt pour me dicter trois 
on quatre bons mots de Mme Comuel^ qui firent faire à 



3. ÀDoe Bigot, née en novembre i6o5, fille unique de Jacquet 
Bigot, seigneur des Gaschières, intendant du duc de Guise, et de 
Claude Galmet. Elle épousa, le 4 février 1627, Guillaume Comuel, 
trésorier de Textraordinaire des guerres, qui avait une fille d*un 
premier mariage, c Guillaume Comuel, dit M. Livet, était reuf de 
Marguerite Combefort, reuve de le Gendre; celle-ci de son premier 
mariage avait eu une fille, Marie le Gendre, dite Marion (qui allait 
souvent à Freines avec Mme de la Fajrette)^ et donna à son second 
mari une autre fille, Marguerite ou Margot Comuel, bien connue 
dans le monde précieux «oui le nom de la reine Marguerite, et qui 
épousa, après léSi, M. de la Ferronnajs, gouverneur du château de 
Vincennes. » Mme Comuel, dont nous avons un portrait dans le 
Cfrus^ sons le nom de Zénocrite, eut successivement pour amants 
Charles Brulart, sieur de Genlis, et le marquis de Sourdis. Elle eut 
huit enfants, cinq filles et trois garçons ; une de ses filles, Geneviève, 
époQsa en i685 le marquis de Guerchi; son dernier fils, Charles- 
Léon de Villepion, se fit dVpée, et devint mestre de camp en 1690. 
Hestée veuve en octobre 1657, Mme Comuel mourut en février 1694, 
âgée de près de quatre-vingt-neuf ans. Voyez la Société française^ 
par M. Cousin, tome II, p. %^S et suivantes; les Préciettx et Pré- 
cieuses^ par M. Livet, chap. m ; et sur la famille Cornuel et les 
bons mots de Mme Comuel, Thistoriette de Tallemant des Réaux, et 



1676 



1676 



_4i4- 

M. de Pompone ces éclats de rire que vous connoissez. 
Mme Cornuel voyoit Mme de Lyonne' avec de gros dia- 
mants aux oreilles, et devant elle elle dit : a II me semble 
que ces gros diamants sont du lard dans la souricière. • 

Elle parloit l'autre jour des jeunes gens, et disoit qu'il 
lui sembloit qu'elle étoit avec des morts, parce qu'ils 
sentent mauvais et ne parlent point. 

Troisième bon mot. On parloit de la comtesse de 
Fiesque; elle disoit que ce qui conservoit sa beauté, c'est 
qu'elle étoit salée dans la folie. Il y en a tant d'autres, 
qu'on ne finiroit point, et qui sont dits avec tant de né- 
gligence et de chagrin, qu'ils en avoient plus de grâce et 
d'agrément. 

Vous savez peut-être bien que Mme de Montespan 
partit hier à six heures du matin pour aller ou à Clagny 
ou à Maintenon, car c'est un mystère ; mais ce n'en est 
pas un qu'elle reviendra samedi à Saint-Germain, pour 
en partir vers la fin du mois pour Nevers, en attendant 
les eaux. On parle fort du siège de Condé^, qui sera ex- 
pédié bientôt, pour envoyer les troupes en Allemagne, 
repousser l'audace des Impériaux qui s'attachent à Phi- 
lisbourg. Les grandes affaires de l'Europe sont là. Il 
s'agit de soutenir toute la gloire du traité de Munster 
pour nous, ou de la renverser pour l'Empereur. Ce n'est 
pas que la beauté de la princesse de Bavière ne soit un 
point capital de nos démêlés : tous les princes à marier 
la prétendent, et nous verrons un jour quantité de rô- 
le commentaire de M. Paulin Paris, tome V, p. i39 et suirantes. 
On n*a de Mme Cornuel qu'une seule lettre adressée à la comtesse de 
Maure, portrait piquant du marquis de Sourdis (royez Tallemant 
des Réaux, tome V, p. iSg). 

3. Voyez tome II, p. 3o5, note 6. 

4. Le siège de Condé était résolu dès la fin de Tannée précédente; 
la place fut investie le 17 avril par le maréchal de Gréquy, et prise 
dans la nuit du aS au a6. 



— 4i5 — 

mans dont elle sera le sujet. Voilà M. de la Mousse qui - 
conte que MM. les abbés de Grignan et de Yalbelle' 
ont défendu à tous les prélats de France d'avoir aucun 
commerce avec le nonce du pape, attendu que nous 
nous plaignons de cette cour. Il ajoute que M. d*Hu* 
mières a passé le canal de Bruges, et qu'il a fait un très- 
grand dégât partout. 

DB MADAME DB SÉVIGN^. 

YovLk un grand repos à ma main : c'est dommage que 
je n'aie plus rien à vous mander. Ne trouvez-vous pas 
Mme Cornuel admirable? Adieu, ma très-chère enfant : 
je vous aime de la plus parfaite et de la plus tendre ami- 
tié qui puisse s'imaginer; vous en êtes bien digne, et 
c'est me vanter que de dire le goût que j'ai pour vous. 



169Ô 



526. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ 
▲ MADAME DB GniGKAIY. 

A Paris, mercredi a a* avril. 

Vous voilà hors du jubilé et des stations : vous avez dit 
tout ce qui se peut de mieux sur ce sujet. Ce n'est point 
de la dévotion que vous êtes lasse, c'est de n'en point 
avoir. Eh mon Dieu, c'est justement de cela qu'on est 
au désespoir. Je crois que je sens ce malheur plus que 
personne : il semble que toutes choses m'y devroient 
porter; mais nos efforts et nos réflexions avancent bien 



5. "Voyez la lettre du i«' mai suivant, p. 417. — L^abbé de Gri- 
gnan et Tabbé de Valbelle étaient agents généraux du clergé. Voyez 
tome III, p. 499, note 7. 



— 4i6 — 

— — peu cet ouvrage. Je croyoîs M. de la Vergue* un jansé^ 
niste; mais par la louange que vous lui donnez d*ap^ 
prouver les Essais de morale^ je vois bien qu'il n^est pas 
de nos frères. N*aimez-vous point le traité de la Ressem^ 
hlance de Vamour-propre et de la charité ' ? C'est nioii{ 
favori. Il est vrai que la grâce est bien triomphante en' 
ces deux filles de la Desœillets' : il faut qu'elles aient ét^ 
bien appelées. Je serai fort aise de voir M. de Monaco; 
mais je voudrois qu'il vînt bien vite, afin qu'il n'y eûtj 
guère qu'il vous eût vue. Mme de Vins n'est point grosse ; 
mais elle est si changée, que je lui conseiUerois de dire 
qu'elle l'est. C'est la plus jolie femme du monde : elle a 
des soins de moi admirables. Pour ma santé, elle est tou- 
jours très-bonne ; je suis à mille lieues de l'hydropisie, il 
n'en a jamais été question ; mais je n'espère la guérison 
de mes mains, de mes épaules et de mes genoux qu'à Vi- 
chy,, tant mes pauvres nerfs ont été rudement affligés du 
rhumatisme : aussi je ne songe qu'à partir. L'abbé Bayard 
et Saint-Hérem m'y attendent : je vous ai dit que la 
beauté du pays et des promenades, et la bonté de l'air 
l'avoient emporté sur Bourbon. J'ai vu les meilleurs igno- 
rants d'ici, qui me conseillent de petits remèdes si difié- 
rents pour mes mains, que pour les mettre d'accord je 
n'en fais aucun ; et je me trouve encore trop heureuse 
que sur Vichy ou Bourbon ils soient d'un même avis. Je 

Lbttrb 5a6. — I. Voyez ci-dessus, p. 977, la note 8 de la lettre 
du i5 décembre précédent. 

a. C'est le second traité du troisième rolume des Essais de Xî- 
cole. Il est intitulé simplement : de la Chanté et de V Amour-propre. 

3. Célèbre comédienne. (Note de Perrin,) Elle jouait arec on 
grand art le rôle d'Hermione dans Andromaque, Sa mauTaise santé 
Tayant forcée de renoncer au théâtre, ce fut la Champmeslé qui lui 
succéda. Le public se partagea entre ces deux actrices. Louis XIV 
disait que pour ne rien laisser à désirer il faudrait faire jouer les 
deux premiers actes à' Andromaque par la Desœillets, et les trois au res 



— 4i7 — 

[ crois qa^aprèft ce voyage vous pomrez reprendre l*idëe 

! de santé et de gaieté que vous avez conservée de moi. 

Pour Tembonpoint, je ne crois pas que je sois jamais 

comme j*ai été : je suis d*une taille si merveilleuse, que 

: je ne conçois point qu'elle puisse changer; et pour mon 

[ visage, cela est ridicule d*être encore comme il est. Votre 

! petit frère est toujours parti, et j'ensuis toujours fâchée . 

I vous avez trouvé justement ce qui fait qu'il est encore 

guidon, à son grand regret. M. de Viriville s'est plaint à 

f Sa Majesté, et je crois qu'il a obtenu que sa fille change- 

roit de couvent^. Il me vint chercher justement un jour 

que je fis une équipée; j'allai dîner à liviy avec Gorbi- 

nelli, il faisoit divin, je me promenai délicieusement jus- 

, qu'à cinq heures, et puis la poule mouillée s'en revint 

toute pleine de force et de santé. 

Si Mlle de Méri veut venir avec moi à Vichy, ce me sera 
une fort bonne compagnie. J'ai refusé Mme de Longue- 
val', pour conserver ma liberté : elle ira avec Mme de 
Brissac, à qui elle me préféroit, et nous nous y retrou- 
verons. Nous avons la mine de nous rallier traîtreuse- 
ment, pour nous moquer de la duchesse *. QuanUHfa de- 
voit aller à Bouibon, mais elle n'ira pas ; et cela persuade 
le retour de son ami solide^ encore plus tôt qu'on ne l'a 
cru\ Son amie l'a menée dans son château passer deux 
ou trois jours; nous verrons quels lieux elle voudra ho- 
norer de sa présence. Mme de Coulanges est toujours 

par sa rirale. Mlle Detoilleta mourut le aS octobre 1670, âgée de 
quarante-neuf ans; on voit par la lettre de Mme de Sërignë qu'elle 
laissa deux filles qui se firent religieuses. (Nott tU P édition ife 1818.) 
Voyes tome II, p. 469. 

4. Voyea la lettre du 18 mars précédent, p. 385, et note 4. 

5. Perrin, dana son édition de 1754, la seule où toit cette lettre, 
ajoute entre parenthèses : le chanoUtt, Voyes tome III, p. 39, note 6. 

6. La duchesse de Brissac. 

7. Le Roi resta à Tarmée jusqu'au 4 juillet. 
■ Sinosi. iT 17 



1676 



— - ' trèa-aimablc, et d*autant plus qu'elle a moins d'empres- 
sement que jamais pour toutes les tendresses de ce pays- 
la, dont elle connoît le prix. L*abbé Têtu est toujours 
fort touché de son commeroe, et redonne avec fdaisir 
toutes ses épigrammes. Le cousin* est toujours très^ 
sujet; mais il me paroît pour le moins une cAte rompue, 
depuis Fassiduité qu'il a eue pendant trois mois chez la 
vieille maîtresse du CharnuuU^, Cela fit regarder notre 
amie, au retour du cousin, comme une amante délaissée ; 
mais quoique rien ne fût vrai, le personnage fut dés- 
agréable. Mmes d'Heudicourt, de Lndres et de Gramcmt 
me vinrent voir hier. Vos amies vous ont fait leur cour 
par les soins qu'elles ont eus de moi. M. de la Trousse 
ne s'en va que dans quinze jours à l'armée du maréchal 
de Rochefort^*; tout le reste est déjà loin. Le pauvre 
guidon croyoit fermement être amoureux de Mme de 
Pont^\ quand il est parti. Coriiiinelli est toujours un 
loup gris, comme vous savez, apparoissant, disparois- 
sant, et ne pesant pas un grain : notre amitié est très- 
bonne. Je ferai vos reproches à la Mousse : il est chez 
lui, il ne se communique guère; il est diflScile à trouver, 
encore plus à conserver. II est souvent mal content, il a 
eu une gronderie avec mon fils, dont il meurt de hontes- 
car il avoit eu la cruauté pour lui-même de ne pas mettre 
un seul brin de raison de son côté. Mme de Sanzei est 
triste comme Andromaque; Saint- Aubin et son Iris'* 
dans leur faubourg et dans le ciel; d'HacqueviUe agité 



8. Le marquis de la TrouMe. {Note tU Perrim.) 

9. Le marquis de Villeroi : royez tome II, p. 471, note i3. *- 
Pour la yieille maîtresse, Toyea tome III, p. 170, note S. 

10. Le maréchal de Rochefort commandait l'armée de la Meuse. 

11. Voyez la lettre du 16 septemlM« 1684. 

19. Saint- Aubin, oncle de Mme de Sérigné, et sa femme, retira 
avec lui au faubourg Sain^Jac^es. Voyes la Notice^ p. t45. 



— 4i9 — 

dans le tourivHlon des affiiires humaines, et toujours - 
rempli de toutes les vertus ; Mme de la Fayette, avec sa 
petite fièvre, et toujours bomie compagnie chez elle; 
M. de la Rochefoucauld, tout ainsi que vous Tavez vu. 
Monsieur le Prince s'en va à Chantilly : ce n'est pas 
Famiée des grands capitaines; c*est par cette raison que 
M. de Monteeuculi n'a pas voulu se mettre en cam- 
pagne^'. La bonne Troche dit qu'elle s'en va en Anjou; 
elle est toujours la bonté même, et allante et venante; 
on dit qu'elle est la femelle de d'Hacqueville. Monsieur 
de Marseille sera bien étonné de trouver son abbé de la 
Vergne entêté de vous. Vous êtes trop heureuse d'avoû* 
en Guitaut; vous vous êtes bons partout; l'on peut juger 
ce que vous vous êtes à Aix : c'est un homme aimable et 
d une bonne compagnie; faites-lui bien des amitiés pour 
moi. Je remercie M. de Giîgnan d'aimer mes lettres. Je 
doute que son goût scit bon. Ne soyez point en peine 
de la longueur de celle-^i, je l'ai reprise à plusieurs fois. 



167e 



527. DE MADAME DE SÊVIGUÉ 

A MADAME DE GniGlfAlT. 

A Paris, vendredi 24* avril. 

Je suis toujours assez incommodée de mes mains. Le 
vieux de l'Orme ne veut pas que je parte avant la fin 
de mai; mais tout le monde s'en va, et la maison que j'ai 

i3. Nous «Tons dit que Monteeuculi s'était retiré dès Tannée 
précédente. U duait c c[u*un homme qui avoit eu Thonneur de 
eombattie contre Mahomet Coprogli, contre Monsieur le Prince, et 
contre M. de Turenne, ne deroit pas compromettre sa gloire contre 
des gens qui ne faisoient que oonmienoer à commander des armées. » 
(Abrégé ehromologiquê de P Histoire de France du président Hénault, 
année 167S.) 



1696 



— 4^0 — 

rotenue m'écha^[>e* : il veut Bouibon, mds e^est par 
cabale*; ainsi je soiyrai les expériences qui sont poor 
Vichy. Si vos affaires et vos desseins vous eussent pormis 
de venir m'y trouver, et de revenir ici avec moi passer 
Tété et Fautomne, en attendant cet hiver M. de Grignan, 
vous m'auriez fait un trés^sensible plaisir : mais je veux 
croire que vous ne le pouvez pas, puisque vous n'avez 
pas écouté cette proposition. Si Mlle de Méri étoit assez 
préparée pour prendre des eaux, je Taurois menée avec 
beaucoup de joie; elle pourra vous le mander; mais 
M Brayer ' la veut rafratchir auparavant. Mme de Saint- 
Géran est toute brûlée aussi du départ de son mari, et 
de sa véritable dévotion; vous trouveriez que Mme de 
Villars les rend bien maigres : écrivez-moi des amitiés 
pour Tune et pour Tautre ; elles vous aiment fort, et ont 
des soins de moi incrojrables. Le mari s'en va en Sa- 
voie*, et la femme bientôt après. Sa maison est louée. H 
n'y a point de nouvelles de Condé, qu'une perte de huit 
ou dix soldats*, et le chapeau du maréchal d'Humières 
percé d'un coup de mousquet : Dieu veuille qu'il n'y ait 
rien de plus funeste ! J'ai vu un jeune M. du Périer, qui 
m*a conté comme vous apprîtes, en jouant, la nouvelle 
de mon rhumatisme, et comme vous en (âtes touchée 
jusques aux larmes. Je ne puis retenir les miennes, quand 
je vois des marques si naturelles de votre tendresse; mon 
cœur en est ému, et je ne puis vous représenter ce que 

ÎMmm 597. — 1. Mme de Sé^ignë eat rannëe toinuite Thôtel 
Girnavalet. 

9. Voyez p. 379, la note i de la lettre du 1 1 mars précédent. 

3. Médecin. Yojez tome II, p. 386. 

4. Le marquis de Villan fut nommé dans ce temps-là ambassadeur 
eitimordinaire en SaToie. {Note tU Pétrin,) 

5. Il n*jr eut « pendant tout le siège que seixe officiers atteinti, 
dont quatremorteilemen t , et quatre-TÎngts soldats enTiron. » (Histoin \ 
de Lûuvois, par M. Rousset, tome II, p. 918.) 1 



— 4^1 — 

je sens. Vous mites toute la ville dans la nécessité de 
souhaiter ma santé, par la tristesse que la Y6tre répan- 
doit partout. Peut-on jamais trop aimer une créature* 
comme vous, dont on est aimée ? Je crois aussi, ma chère 
fille, pour vous dire le vrai, que je ne suis pas ingrate ; 
du moins je vous avoue que je ne connois nul degré de 
tendresse au delà de celle que j*ai pour vous. Adieu, 
ma très-chère et très-aimable ; vos lettres me sont très- 
agréables, en attendant que vous veuilliez bien me don- 
ner quelque chose de plus : je Tespère, et le grand 
d*Hacqueville n'en doute pas. 



i«7« 



*528. DU GHEVAUËE DE GRIGHAlf^ 

AU GARDIIfAL DE RETZ. 

Monseigneur, 

Je suis obligé par trop de raisons à m'intéresser à ce 
qui vous arrive pour n'avoir pas pris la part que je de* 
vois à la perte que vous avez faite de Monsieur votre 
frère* : les obligations que toute la famille vous a, et 
moi en mon particulier, Monseigneur, ne me permettent 

6. Perrin, dans la seconde édition (1754), «remplace une créature 
par we fUU. 

Lbttbx 598 (reme fur i*antogniphe). — i. Nous arons donné 
place dan» la Correspondance à cette petite lettre du chevalier de 
Grigoan, de qui il en reste bien peu. Il nous a paru qu*on ne Ter- 
rait pas tans intérêt ces lignes adressées par un des honunes dont le 
nom rerient le plus souvent dans nos lettres, à un des plus anciens 
et plus chers amu de Mme de Se vigne. — Sur le chevalier de Gri- 
gnan, royez tome II, p. 53, note 8. 

a. Pierre de Gondi, duc de Retz, frère atné du cardinal, mourut 
le ao avril 1676; on Ut cette date au bas de son portrait gravé par 
Dnflos. C'est par erreur que Moréri donne la 27 au lieu du ao. 



g pas d'être indiffiérent à ce qui vous touche. Je n'oublie- 
rai jamais les bontés que vous avez eues pour moi, et la 
plus grande envie que j'aurois, seroit de pouv(^ mar- 
quer à Votre Émînence la reoonnoissanoe que j'en ai et 
le respect avec lequel je suis. 
Monseigneur, 

de Votre Éminence, 

le très-humble et très*obéissant serviteur, 

Le chevalier de Grignân . 
Du camp devant Gondë, le 27 d'avril. 
Suscription : A S. É. Monseigneur le cardinal de Rets. 



529. — DE MADAME DE SÊVIGNË ET 0*EMMAIIUEL 

DE GOULAHGES A MADAME ET A MOHSIBUn DE 

GRIGNAN. 

A Paris, mercredi ag* avril. 

DE MADAME DB SÉVIGIfÉ. 

Il faut commencer par vous dire que Condé fut pris 
d'assaut la nuit du samedi au dimanche. D'abord cette 
nouvelle fait battre le cœur ; on croit avoir acheté cette 
victoire; point du tout, ma belle, elle ne nous coûte 
que quelques soldats, et pas un homme qui ait un nom. 
Voilà ce qui s'appelle un bonheur complet. Larrei^, fils de 

Lbttrb 539. — I. Un marquis de Lairei, fiU unique du maréchal 
Fabert, arait ^té tué au siège de Candie en 1669, et il n*aTait point 
laissé d*enfants. D'un autre côté, le titre de marquis de Larrei a été 
porté aussi par un fils de Lenet (royes tome I, p. 348, note 1), ac- 
quéreur sans doute de cette terre située en Bourgogne : il sera parlé 
de celui-ci dans les lettres des 5 juin et 3i août 1689, 1% juillet et 
9 août 1691 ; et c*est lui probablement qui a été blessé au siège de 
Condé. Mme de Sérigné a bien pu ne pas savoir au juste, à la date 



— 4a3 — 

M. Lenet, le même qui (ut tué eu Candie, ou son frère, ' 
est blessé considérablement. Vous voyez comme on se 
passe des vieux héros. 

Mme de Brinvilliers n'est pas si aise que moi : elle est 
en prison; elle se défend assez bien; elle demanda hier à 
joaer au piquet, parce qu'elle s'ennuyoit. On a trouvé sa 
confession : elle nous apprend qu'à sept ans elle avoit 
cessé d'être fille; qu'elle avoit continué sur le même 
ton ; qu'elle avoit empoisonné son père, ses frères, et un 
de ses enfants, et elle-même; mais ce n'est que pour 
essayer d'un contre-poison : Médée n'en avoit pas tant 
fait. Elle a reconnu que cette confession étoit de son 
écriture : c'est une grande sottise; mais qu'elle avoit la 
fièvre chaude quand elle l'avoit écrite ; que c'étoit une 
frénésie, une extravagance, qui ne pouvoit pas être lue 
sérieusement. 

La Reine a été deux fois aux Gurmélites avec Mme de 
Montespan, où cette dernière se mit à la tête' de faire 
une loterie : elle fit apporter tout ce qui peut convenir 
à des religieuses; cela fit un grand jeu dans la commu- 
nauté. Elle causa fort avec sœur Louise de la Miséri- 
corde'; elle lui demanda si tout de bon elle étoit aussi 
aise qu'cm le disoit. « Non, dit-elle, je ne suis point aise, 
mais je suis contente. » EUe^ lui parla fort du frère de 
Monsieur, et si elle ne lui vouloit rien mander, et ce 

de notre lettre Sag, qui était le Larreî blessé ; il est Traisemblable 
qu'elle le croyait de la famille de Fabert; mais elle n'a pu dire dans 
la même phrase qu'il éuit et fils de Lenet et fils de Fabert. Il est 
donc probable qu'il j a ici quelque altération : les mots fils de Lenet 
se sont peut-être glissés de la marge, où quelqu'un les aura écrits 
eouamt une explication ou une rectification, dans le texte même de 
la lettre. 

a. L'édition de 1795 porte seule : a dans la tète. 

3. Mme de la Vallière. (^ofe de Perrin,) 

4. Dana l'édition de 1764, on lit Quanio^ au lien du pronom eiie. 



1676 



— 4a4 — 

■ qu^elIe diroît pour elle* L'antre, d'un ton et dW air 

^ tout aimable, et peut-être piquée de ce style : « Tout ce 
que vous voudrez, Madame, tout ce que vous voudrez. » 
Mettez dans cela toute la grâce, tout Tesprit et toute la 
modestie que vous pourrez imaginer. Apres cela Quanto 
voulut manger; elle donna une pièce de quatre pistoles 
pour acheter ce qu'il falloit pour une sauce qu'elle fit 
elle-même, et qu'elle mangea avec un appétit admi- 
rable : je vous dis le fait sans aucune paraphrase. Quand 
je pense à une certaine lettre que vous m'écrivîtes Tété 
passé sur M. de Yivonne, je prends pour une satire tout 
ce que je vous envoie. Voyez un peu où peut aller la 
folie d'un homme qui se croiroit digne de ces hypert>o- 
liques louanges'. 



Je vous assure. Monsieur le G>mte, que j'aimerois 
mille fois mieux la grâce dont vous me parlez que celle 
de Sa Majesté. Je crois que vous êtes de mon avis, et que 
vous comprenez aussi l'envie que j'ai de voir Madame 
votre femme. Sans être le maître Jchez vous comme le 
charbonnier*, je trouve que, par un style tout opposé, 
vous l'êtes plus que tous les autres charbonniers du 
monde. Rien ne se préfère à vous, en quelque état que 
l'on puisse être ; mais soyez généreux, et quand on aura 
fait encore quelque temps la bonne femme, amenez-la 
vous-même par la main faire la bonne fille. C'est ainsi 
qu'on s'acquitte de tous ses devoirs, et le seul moyen' 



5. De tout ce paBsage, depuis : a Après cela Quarto Toulnft i 
ger, ]» les éditions de 1725 et de 1736 ne donnent que ce peu de 
mots : a Je tous dis le fait sans aucune paraphrase. » 

6. Voyez la lettre du 8 aTxil précédent, p. 896. 

7. C'est la leçon de toutes les éditions, hormis celle de 1754, oà 
on lit : a et c'est le seul moyen. » 



— 4a5 — 

de me redonner la vie, et de me persuader que vous ' 
m'aimez autant que je vous aime. 

Mon Dieu, que vous êtes plaisants, vous autres, de 
parler encore de Cambrai! nous aurons pris une autre 
ville avant que vous sachiez la prise de G>ndé. Que dites* 
vous de notre bonheur, qui fait venir notre ami le Turc 
en Hongrie*? Voilà Gorbinelli trop aise, nous allons 
bien pantoufler. 



Je reviens à vous , ma bonne , et vous embrasse de 
tout mon cœur. J'admire la dévotion du Goadjuteur : 
qu'il en envoie un peu au bel abbé. Je sens la sépara- 
tion de ma petite ; est-elle fâchée d'être en religion ? 

Je ne sais si l'envie viendra à Yardes de revendre en- 
core sa charge*, à l'imitation du maréchal'*. Je plains 
ce pauvre garçon, vous interprétez mal tous ses senti- 
ments : il a beau parler sincèrement, vous n'en croyez 
pas un mot; vous êtes méchante. Il vient de m'écrire 
une lettre pleine de tendresse ; je crois tout au pied de 
la lettre, c^est que je suis bonne. Mme de Louvigny est 
venue me voir aujourd'hui, elle vous fait mille amitiés. 
Tembrasse les pauvres pichons^ et ma bonne petite ; 
hélas! je ne la verrai de longtemps. 

Voila M. de G)ulanges qui vous dira de quelle ma- 
nière Mme de Brinvilliers s'est voulu tuer. 

8. Les Turcs n'entrèrent point en Hongrie ; mais l^annëe suivante 
ils soutinrent rinsnrrection des Hongrois. 

9. De capitaine des Cent-Soisses de la garde ordinaire du Roi. 
(19ot9 de Perrin,) 

fo. De Bellefonds. Voyex ci-destos, p. 407, note 6. 



1676 



1676 



— 426 — 

ABHMAIflIBL DB GOULA.1f6]!S. 

Elle s'étoit fiché un bâton, devinez où : ce n*est point 
dans rœil, ce n^est point dans la bouche, ce n'e^t point 
dans Toreille, ce n^est point dans le nez, ce n'est point à 
la turque : devinez où c'est; tant y a qu'elle étoit morte, 
si on n'étoit couru au secours. Je suis très-aise, Madame, 
que vous ayez agréé les œuvres que je vous ai envoyées. 
J'ai impatience d'apprendre le retour de M. de Bandol, 
pour savoir comme il aura reçu le poëme de Tobie^^; 
il aura été apparemment assez habile homme pour vous 
en faire part, sans blesser cette belle &me que vous ve« 
nez de laver dans les eaux salutaires du jubilé. Madame 
votre mère s'en va à Vichy, et je ne l'y suivrai point, 
parce que ma santé est un peu meilleure depuis quelque 
temps. Je ne crois pas même que j'aille à Lyon : ainsi. 
Madame la Comtesse , revenez à Paris , et apportez-y 
votre beau visage, si vous voulez que je vous baise**. 
Je salue M. de Grîgnan, et l'avertis qu'aujourd'hui M. de 
Lussan** a gagné son procès, afin qu'il me remercie, s'il 
le trouve à propos" . 



II. On lit : ^ poème de ThalU dans Tédition de la Haye (t7a6); 
dant toutes les autres : U poëme de Toèie. -— U avait paru à Orléans 
en 1674 une Paraphrase sur le livre de Tobieen vers froncis ^ par dom 
Catien de Morillon, bénédictin. S*agirait-il ici de quelque parodie 
de ce poëme, qui aurait été publiée en 1676 ? 

la. C'est le texte de toutes les éditions qui ont précédé celle de 
1754, où on lit : « que je le baise. » 

i3. Peut-être Jean d*Audibert, comte deLussan, premier gentil- 
homme du prince de Condé, qui fut nommé cheralier de TOrdre 
en 1688. 

14. Nous aTons donné cette phrase telle qu'elle est dans les im- 
pressions de 1735 et de 1726. La leçon suivante de Perrin en ex- 
plique le sens : « Je salue M. de Grignan, et TaTertis que j'ai fait 
gagner aujourd'hui un grand procès à M. de Lustan, afin qu'il m'en 
remercie, s'il le troure à propos. » 



— 4^7 — 

ViuiiffBif T ce seroit une chose désagréable que Pomier 
fut convaincu d*avoir part à cette machine. Ma chère 
enfant, je suis toute ^ vous^*. 



i«9ft 



53o. DE MADAME DE SÊVIGUÉ 

A MADAME DE GEIGNAII. 

A Paris, vendredi i*' mai. 

Jb commence, ma fille, par remercier mille fois M. de 
Grignan de la jolie robe de chambre qu*il m^a donnée : 
je n'en ai jamais vu une plus agréable. Je m'en vais la 
fiiire ajuster pour me parer cet hiver, et tenir mon coin 
dans votre chambre. Je pense souvent, aussi bien que 
vous, à nos soirées de Tannée passée; nous en pourrons 
re&ire encore, mais la meilleure pièce de notre sac y 
manquera. Ce monsieur qui m'a apporté cette robe de 
chambre a pensé tomber d'étonnement de la beauté et de 
la ressemblance de votre portrait. Il est certain qu'il est 
encore embelli; sa toile s'est imbibée, il est dans sa per- 
fection : si vous en doutez, ma chère enfant, venez-y 
voir. Il conrt ici un bruit , dont tout le monde m'envoie 
demander des nouvelles. On dit que M. de Grignan a 
ordre d'aller pousser par les épaules le vice-légat hors 
d'Avignon : je ne le croirai point que vous ne me le 
mandiez. Les Grignans auroient l'honneur d'être les pre- 
miers excommuniés , si cette guerre commençoit ; car 
Tabbé de Grignan, de ce côté-ci, a ordre de Sa Majesté 
de défendre aux prélats d'aller voir Monsieur le Nonce. 
Ce petit monsieur dit que vous êtes très-bqlle ; il croit 

i5. Ce dernier paragraphe n^est qae dans Tëditionde 17^5 et dans 
celle de la Haye (1726). 



— 428 — 

que M. de Grignan demeurera plus longtemps à Aix que 

vous ne pensez ; pour moi, je ne me presse point de par- 
tir, car je sais que le mois de juin est meilleur que celui 
de mai pourboire des eaux : je partirai le dix ou le onze 
de ce mois. Mme de Montespan est partie pour Bourbon. 
Mme deThianges est allée jusqu'à Nevers avec elle, où 
M. et Mme de Nevers la doivent recevoir. Mon fils me 
mande qu*ils vont assiéger Bouchain' avec une partie de 
Tannée, pendant que le Roi*, avec un plus grand nom- 
bre, se tiendra prêt à recevoir et à battre M. le prince 
d^Orange. Il y a cinq ou six jours que le chevalier d*Hu- 
mières* est hors de la Bastille; son frère a obtenu cette 
grâce. On ne parle ici que des discours, et des &its et 
gestes de la Brinvilliers. A-t-on jamais vu craindre d'ou- 
blier dans sa confession d'avoir tué son père ? Les pecca- 
dilles qu'elle craint d'oublier sont admirables. Elle aimoit 
ce Sainte-Croix, elle vouloit l'épouser, et empoisonnoit 
fort souvent son mari à cette intention. Sainte-Croix, 
qui ne vouloit point d'une femme aussi méchante que 
lui, donnoit du contre-poison à ce pauvre mari; de sorte 
qu'ayant été ballotté cinq ou six fois de cette sorte, 

LiTTRB 53o (reroe en partie turune ancienne copie). — i. Bou- 
chain fut en effet investi le a mai par Monsieur, frère du Roi, 
ayant sous set ordres le maréchal de Crdquy. 

a. « Le même jour (a mai), sur TaWs que reçut Sa flftajestë que 
les ennemis faisoient de grands magasins à Ypres, Elle ordonna au 
maréchal d^Humières de marcher avec six escadrons et les deux 
compagnies des mousquetaires, et des^approcher de Tarmée ennemie 
pour observer les desseins du prince d*Orange.... Le f jour de 
mai, Sa Slajesté alla reconnoître toutes les avenues de son camp, et 
oiiserva elle-même les endroits les plus commodes et les plus avan- 
tageux pour mettre son armée en bataille. » {G^tzetie du g inai 1676.) 

3. Balthazar de Gavant, chevalier de Malte, commandeur de 
Villiers-aU'Liége, abbé de Saint>Maixant et de Preuilly, frère du 
maréchal d*Humières. Il mourut en septembre 1684, àBâville, chet 
Lamoignon. Voyez la lettre du 37 septembre 1684* 



~ 4^9 — 

tantôt empoisonné y tantôt désempoisonné , il est de- 
meoré en yie, et s*offire présentement de venir solliciter 
pour sa chère moitié : on ne finiroit point toutes ces 
folies. J*aUai hier à Vincennes avec les Yillars. Son Ex- 
cellence part demain pour la Savoie*, et m*a priée de 
Yoos baiser la main gauche de sa part. Ces dames* vous 
aiment fort; nommez-les en m*écrivant, pour les payer 
de leur tendresse. Adieu , ma très-chère et très-aimable, 
je nfe vous en dirai pas davantage pour aujourd'hui. 



53 1. — DB MADAME DB SÊVIGSË 
A MADAMB DB GBIGNAN. 

À Paris, lundi 4* mai^, 

Cbst donc vous , ma fille , qui me refusez de venir pas- 
ser ici avec moi Tété et l'automne ; ce n'est point M. de 
Grignan. Il viendroit vous voir et vous reprendre cet 
hiver; mais vous trouvez dans cette proposition des im- 
possibilités que je ne vois pas si bien que vous, et il faut 
céder à vos raisons. Si je le pouvois, j'irois à Grignan ; ce 
seroit pour moi une joie fort sensible, et je crois que ce 
sera pour une autre année ; mais pour celle-ci je ne le 
puis, et le bon abbé , qui vient avec moi par pure ami- 
tié , est obligé de revenir promptement pour plusieurs 
affaires, dont les miennes font une partie. C'étoit donc 
une chose toute naturelle que la proposition que je vous 
faisois; car pour vous voir quinze jours, ce me seroit un 
plaisir trop mêlé de tristesse. Dites-moi donc un peu 

4. Dana Tëdition de 1784 : « part demain pour Savoie. » 

5. Mmet de Villars et de Saint-Géran. {FTote de Perrin.) 
Lnrms 53 1. — i. La date est le 8 mai dans rëdîtion de 1784, 

oà manque notre n* 534, daté du 8. 



— 43o — 

^ aincèrement vos raisons €t vos vues pour cet hiver; car 
je ne puis croire que vous ayez dessein de le passer sans 
me donner la consolation et la joie de vous embrasser. 
Je vous manderai le jour que je partirai, et vous don- 
nerai une adresse pour m'écrire. 

Vous me félicitez, dites-vous, de ce que je trouverai 
à Vichy Mme de Brissac, et vous me demandez ce que 
j*en ferai. Je Tai choisie pour apprendre dans sa société 
la droiture et la sincérité. Si j'avois eu Fautre jour mon 
fils, je vous aurois mandé la superficielle conversatioD 
qu'elle attira dans cette chambre. Mon Dieu, ma bonne, 
vous croyez avoir pris médecine, vous êtes bien heureuse ; 
je voudrois bien croire que j*ai été saignée : ils disent qu*ii 
faut cette préparation avant que de prendre des eaux*. 

Vous voyez que j'écris assez bien : je crois que mes 
mains seront bientôt guéries ; mais je me sens si pleine 
de sérosités par les continuelles petites sueurs dont je 
suis importunée, que je comprends qu'une bonne fois il 
faut sécher cette éponge : la crainte d'avoir encore une 
fois en ma vie un rhumatisme me feroit faire plus de 
chemin que d'ici à Vichy. 

Vous me demandez ce que je fais. Je prends rairfort 
souvent. M. de la Trousse nous donna hier une firicassée 
à Vincennes ; Mme de 0>ulanges, G>rbinelli et moi, voilà 
ce qui composoit la compagnie. Un autre jour, je vais 
au 0>urs* avec les Villars, un autre jour au faubourg; 
et puis je me repose. J'ai été chez Mignard ; il a peint 

a. Dans let ëditiont de ijaS et de 1726, qui n*oiit paf la lettre 
du 4 mai, ce passage, depuis : a Vous me félicitez, etc., » fait par- 
tie de la lettre du 99 arril, où il précède le quatrième paragraphe, 
adressé à M. de Grignan (p. 424). 

3. Il s*agit bien Traisemblablement ici du cours de la porte Saint- 
Antoine, plutôt que du Cours-la-Reine, dont il est parlé au tome I, 
p. 409, note 3. Dans la lettre à Ménage à laquelle se rappoite cette 



— 43i — 

M. deTareane sur sa Pie^ : c'est k plus belle chose du 
monde. Le cardinal de BouiUou étoit venu me voir pour 
me prier, toutes choses cessantes, d'aller voir le lende- 
main ce chef-d'cBuvre; car Mignard a pris la parfaite 
ressemblance plus dans son imagination que dans les 
crayons qu'on lui a donnés* 

J*ai encore entretenu deux heures M. du Perrier; je 
ne finis point sur la Provence ; je lui fais conter mille 
choses de vous qui me font plaisir, et de votre jeu, et de 
votre opéra où vous rêviez si bien; enfin, je vous re- 
connois, ma très-chère, mais je suis bien fâchée que 
M. de Grignan et vous perdiez toujours tout ce que vous 
jouez. Je me suis fait reconter toutes les pétoffes des pro- 
cureurs du pays, et comme vous avez redonné la paix 
a la Provence , et du premier président, et de la Tour 
d^Aigues * et de mille autres choses. Enfin, j*ai rafraîchi 
ma mémoire de tout ce que vingt-deux jours de fièvre 
m*avoient un peu effacé ; car vous savez que j'étois su- 
jette à de si grandes rêveries, qu'elles me confondoient 
souvent les vérités. 

note du tome I, il pourrait bien se faire, coinme Ta dit M. Ed. Four* 
nier dantun article récent, que le mot Cours dût également s*entendre 
da court Saint-Antoine, dont Mme de SéWgné était voisine comme 
habitante du Manda. 

4. Le eheral de bataille de M. de Turenne, et celui qu*il mon- 
toit le jour qu*il iut tué. (Note do Perrin.) — Langlade raconte dans 
les Mémoires du due de Bouillon^ p. 957, ?"® ^^ soldaU de Turenne, 
▼ojrant que les officiers généraux qui commandaient Tannée, déli« 
b^ent longtemps sur le poste que Ton derait prendre, s'écrièrent 
tout d*une voix : t Les voilà bien empêchés, ils n*ont qu*à lâcher 
la PUy et là où ce pauvre eheral s'arrêtera, c'est là qu'il faudra 
camper, s 

5. C'était nn magnifique château situé à peu de distance d'Aix. Il 
a été lasé pendant U Révolution. {Note de Sédition de 1818.) — U J 
a un lieu de ce nom dans l'arrondissement d'Apt, canton de Pertuis. 



1676 



1676 



— 43a — 

533. — DB MADAltt DB StnaVÈ 
A MADAMB DB GRIGBAH. 

A Paris, mercredi 6* oui. 

J'ai le cœur serré de ma petite-^Ue^ : elle sera aa dés- 
espoir de vous avoir quittée, etd^être, comme vous dites, 
en prison. Tadmire comme j^eus le courage de vous 7 
mettre*; la pensée de vous voir souvent et de vous en 
retirer me fit résoudre à cette barbarie, qui étoit trou- 
vée alors une bonne conduite, et une chose nécessaire à 
votre éducation. Enfin il faut suivre les règles de la Pro- 
vidence, qui nous destine comme il lui plaît. 

Mme du Gué la religieuse* s'en va à Chelles; elle y 
porte une grosse pension pour avoir toutes sortes de com- 
modités : elle changera souvent de condition , à moins 
qu*un jeune garçon, qui est leur médecin*, et que je vis 
hier à livry, ne l'oblige à s'y tenir. Ma chère, c'est un 
homme de vingt-huit ans, dont le visage est le plus beau 
et le plus charmant que j'aie jamais vu : il a les yeux 
comme Mme de Mazarin et les dents parfaites ; le reste 
du visage comme on imagine /{ma/£&>'; de grandes bou- 
cles noires qui lui font la plus agréable tête que vous 
ayez jamais vue*. Il est Italien, et parle italien, comme 

Lbttab 53i (revue en partie sur une ancienne copie). — i. Elle 
Tenoit d^étre mise aux dames de Sainte-Marie d*Aix. (Note de Perrin,) 
a. Voyez la Notice^ p. 89 et suirante. 

3. Parente du père de Mme de Coulanges. 

4. Cest la leçon de 1784 ; dansla seconde édition de Perrin (1754), 
on lit : « qui est le médecin de Fabbaye. » ~ Ce jeune garçon est 
Amonio, nereu du maître de chambre du pape Innocent XI. Voyez 
les lettres du a8 mai, des a6 et aS août, des a, 8, 16 et 3o septembre, 
du 14 octobre 1676 et du i4 juillet 1677. 

5. Benaud, Voyez le portrait que fait de lui le Tasse dans la 
stance ltiii du I*' chant de la Jérusalem délivrée, 

6. a La plus agréable tête du monde. ]> {Édition de 1754*) 



— 433 — 

vous pouvez penser; il a été à Rome jusqu'à vingt-deux ■■ ' ■■ 
ans : enfin, après quelques voyages, M. de Nevers et * ' 
M. de Brissac Tont amené en France, et M. de Brissac 
la mis pour le reposer dans le beau milieu de Tabbaye 
de Chelles, dont Mme de Brissac^, sa sœur, est abbesse. 
Il a un jardin de simples dans le couvent; mais il ne me 
paroît rien moins que Lamporechio^. Je crois que plu- 
sieurs bonnes sœurs le trouvent à leur gré, et lui disent* 
leurs maux ; mais je jurerois qu'il n'en guérira pas une 
que selon les règles d'Hippocrate. Mme de Coulanges en 
vient, qui le trouve comme je Tai trouvé : en un mot, 
tous ces jolis musiciens de chez Toulongeon^* ne sont 
que des grimauds auprès de lui. Vous ne sauriez croire 
combien cette petite aventure nous a réjouies. 

Je veux vous parler du petit marquis ^^ Je vous prie 
que sa timidité ne vous donne aucun chagrin. Songez que 
le charmant marquis" a tremblé jusqu'à dix ou douze 
ans, et que la Troche avoit si grand'peur*' de toutes 
choses, que sa mère ne vouloit plus le voir : ce sont deux 



7. Marie-Gujonne de CoMë, qui mourut le i3 juillet 1707. 

8. Vojez le comte de Motet de Lamporeehio^ par la Fontaine. {Note 
et Perrin,) — Cest le dernier de la deuxième partie, publiée eu 1666. 

9. Dans rëdition de 1754 : « le trouveront.... et lui diront.... 9 

10. Frère aîné du comte de Gramont, et homme de très-bonne 
compagnie. {Note de Perrin.) — Henri de Gramont, comte de Tou- 
longeon, firère puiné du maréchal et frère afné du comte Philibert, 
à qui il laiiM set biens en mourant (septembre 1679). Il était de- 
puis 1668 sénéchal et gouTemeur du comté et pays de Bigorre. 
Vojex la Correspondance de Bussf^ tome IV, p. 468. 

11. DeGrignan. 

la. Ceiaoteharmant nUndiquerait-il pas le marquis de ViUeroi? 
{Note de Pédition d« 1818.) — Perrin dit que c*est le marquis de la 
Châtre qui est désigné ici. Seulement veut-il dire l'amant de Ninon, 
ou son petit-fils qui remporta le prix au carrousel de 1686? 

i3. Dans Pédition de 1784 : a aroit si peur. » — Sur la Troche, 
▼ojrcx ci-dessus, p. 269, note i, et tome III, p. laa, note a. 
DB SÉnom. iT %$ 



i«9« 



-434- 

' assez braves gens pour vous rassurer. Ce sont des en- 
fances; et en croissant, au lieu de oraindre les loups- 
garous, ils craignent le blâme, ils craignent de n'être 
pas estimés autant que les autres ; et c'est assez pour les 
rendre braves ,et pour les faire tuer mille fois : ne vous 
impatientez donc point ^^. Pour sa taille, c'est une autre 
affaire; on vous conseille de lui donner des chausses 
pour voii* plus clair à ses jambes; il faut savoir si ce 
côté plus petit ne prend point de nourritiure; il faut qu'il 
agisse et qu'il se dénoue ; il faut lui mettre un petit 
corps un peu dur qui lui tienne la taille : on me doit en- 
voyer des instructions que je vous enverrai^'. Ce seroit 
une belle chose qu'il y eût un Grignan qui n'eût pas la 
taille belle : vous souvient-il comme il étoit joli dans ce 
maillot? Je ne suis pas moins en peine que vous de ce 
changement. 

J'avois rêvé en vous disant que Mme de Thianges 
étoit allée conduire sa sœur : il n'y a eu que la maréchale 
de Rochefort et la marquise de la Yalhère^* qui ont été 
jusqu'à Essonne. Elle est toute seule, et même elle ne 
trouvera personne à Nevers. Si elle avoit voulu mener 
tout ce qu'il y a de dames à la cour, elle auroit pu 
choisir. Mais parlons de ramie" ; elle est encore plus 



14. « Ne TOUS impatientez donc pat à cet égard. » (J&£lioBifc 17540 
i5. « On me doit encore envoyer des instruction* là-desfus. > 
{lèuùfm.) 

16. Gabrielle Glëe de la Cotardaye, dame du palais de la Reine; 
elle était femme de Jean-François de la fiaume le Blanc, manjuis de 
la Vallière, frère de Mme de la Vallière, gouTemeur et grand séné- 
chal de la province de Bourbonnais, capitaine commandant lesche- 
vau-légers du Dauphin, maréchal de camp, qui mourut le i3 oc- 
tobre 1676. — Sur Mme de Rochefort, voyez tome II, p. $7, note i. 

17. Mme de Main tenon. — Dans la première édition de Penin 
(1734), on lit Quanto va (Mme de Montespan), ce qui n*a point de 
sens après ce qui précède. 



- 435 — 

tnomphimte que celk-oi : tout est comme soumis à son 
empire ; toutes les femmes de chambre de sa voisine 
sont à elle ; Tune lui tient le pot à pâte à genoux devant 
elle, Tautre lui apporte ses gants, l'autre Tendort ; elle 
ne salue personne, et je crois que dans son cœur elle rit 
bien de cette servitude. On ne peut rien juger présente- 
ment de ce qui se passe entre son amie et elle. 

On est ici fort occupé de la Brinvilliers. Caumartin^* 
a dit une grande folie sur ce bâton dont elle avoit voulu 
se tuer sans le pouvoir : « Cest, dit-il, comme Mithri- 
date. » Vous savez de quelle sorte il s'étoit accoutumé 
au poison; il n*est pas besoin de vous conduire plus loin 
dans cette application. Celle que vous faites de ma main 
à qui je dis : 

Allons, allons, la plainte est vaine, 

m*a fidt rire ; car il est vrai que le dialogue est complet ; 
elle me dit : 

Ahl quelle rigueur inhumaine !*- 
Allons, achevez mes écrits, 
Je me venge de tous mes cris. — 
Quoi, vous serei inexorable? 

Et je coupe court, en lui disant : 

Cruelle, vous m'avez appris 
A devenir impitoyable^*. 



i8. Vo/ez tome I, p. 5so, note 4. 

19. Cest une parodie da dialogue entre Alcette et Ljcomède qni 
eommence la scène n du II* acte de VAlceste de Quinault, pièce re- 
présentée pour la première foia, comme nous TaTont dit, le a jan- 
▼ier 1674. Mme de SëTignë n*a changé que les vert 3 et 4, qui sont 
ainsi dans Popéra : 

Allons, je suis tourd à tos cris, 
Je me yenge de tos mépris. 



1676 



— 436 — 



Ma fille, que vous êtes plaisante, et que vous me réjoui- 

' riez bien si je ponvois aller cet été a Grignan! mais il 
ny faut pas penser, le bien Méchant*^ est accablé dV- 
fiures : je garde ce plaisir pour une autre année, et pour 
celle-ci'^ j'espérerai que vous me viendrez voir. 

J*ai été hier à Topera'* avec Mme de Coulanges et 
Mme d'Heudicourt, M. de G>ulanges, Tabbé de Grignan 
et Corbinelli : il y a des choses admirables ; les décora- 
tions passent tout ce que vous avez vu; les habits sont 
magnifiques et galants ; il y a des endroits d'une extrême 
beauté ; il y a un sommeil et des songes dont l'invention 
surprend '' ; la symphonie est toute de basses et de tons 
si assoupissants, qu'on admire Baptiste '^ sur nouveaux 
firais; mais VAty-s est ce petit drôle qui faisoit la Furie 
et la Nourrice; de sorte que nous voyons toujours ces 
ridicules personnages au travers à^Atfs, Il y a cinq ou 
six petits hommes tout nouveaux, qui dansent comme 
Faure, de sorte que cela seul m'y feroit aller ; et cepen- 
dant on aime encore mieux Alceste : vous en jugerez, 
car vous y viendrez pour l'amour de moi, quoique vous 
ne soyez pas curieuse. Il est vrai que c'est une belle 
chose de n'avoir point vu Trianon : après cela vous peut- 
on proposer le pont du Gard ? 

Vous trouveriez l'homme dont vous me parlez, de la 



10. Cest-à-dire le bien Bon^ qui ëtoit Tabbé de Couknget. {Jiate 
de PerrinJ) 

11. Les mots et pour eelle^ ne sont pat dant Tëdition de 1734. 
fts. A Topera à^Atys. Vojez ci-deuuf, p. 337, ^^^® ^• 

93. C'est la scène vr du III* acte. <k Le théâtre représente on 
antre entouré de parots et de ruisseaux, où le Dieu du sommeil te 
vient rendre, accompagné de songes agréables et funestes. » Les per- 
sonnages sont : Aiys dormant, le Sommeil^ Marphée^ PhûMor^Pk»» 
/a#«, les Songes ogréMeê^ les Songes funestes, 

14. Lulli. 



-437- 

même manière que vous Tavez toujours vu chez la belle ; 
mais il me paroit 

Que le combat finit faute de combattants *^ 

Les reproches étoient fondés sur la gloire plutôt que sur 
la jalousie : cependant cela enté*' sur une sécheresse 
déjà assez établie, confirme Tindolence inséparable des 
longs attachements. Je trouve même quelquefois des ré- 
ponses brusques et dures, et je crois voir que Ton sent 
la différence des génies ; mais tout cela n'empêche point 
une grande liaison, et même beaucoup d*amitié qui du- 
rera vingt ans comme elle est*''. La dame est, en vérité, 
fort jolie; elle a des soins de moi que j*admire et dont 
je ne suis point ingrate. La dame du PoUron^Jaquet 
Test encore moins, à ce que vous me faites comprendîre : 
il est vrai que les femmes valent leur pesant d'or. La 
Comtesse** maintenoit Tautre jour à Mme Cornuel que 
Combourg n'étoit point fou ; elle lui répondit : « Bonne 
comtesse, vous êtes comme les gens qui ont mangé de 
Tail. » Cela n*est-il pas plaisant ? M. de Pompone m'a 
mandé qu'il me prioit d'écrire** tous les bons mots 

a5. Et le combat cessa faute de combattants. 

{Le CiJ, acte IV, scène ni.) 

16. On lit hanté, au lieu d'enté^ dans le manuscrit. — Dans ton 
édition de 1754, Perrin a tourne tout autrement cette phrase : a Ce- 
pendant lorsqu'on y joint une sécheresse qui étoit déjà sèche, cela 
confirme, etc. » 

17. Ce passage paraît deroir s^entendre de M. et Mme de Cou- 
langes, et de la jalousie, toute de conTenance, du mari. On a pensé 
qa*il pourait être question de Tintimité de la Trousse arec Mme de 
Coulanges; mais rien dans ce qui est dit ici ne permet de Taffirmer. 
— L'édition de 1754 donne : a qui pourra durer encore, etc. » La 
phrase : « Je trouve même.... » et les deux suivantes manquent 
dans le manuscrit. 

a8. De Fiesque. 

39. « Qa*il me prioit de ne pas oublier d'écrire. » {Édition de 17S4.) 



i67« 



i69« 



— 438 — 

de Mme Girnuel; il me fait faire mille anutiés par 
mon fils. 

Nous partons lundi ; je ne veux point passer par Fon- 
tainebleau, à cause de la douleur que j y sentis en vous 
reconduisant jusque-là**. Il faut que j*y retourne au- 
devant de vous. Adressez vos lettres pour moi et pour 
mon fils à du But; je crois que je les recevrai encore 
mieux par là que par des traverses. Je crois que notre 
commerce sera un peu interrompu ; j*en suis fâchée : vos 
lettres me sont d'un grand amusement; vous écrivez 
comme Faure danse. Il y a des applications sur des airs 
de Topera, mais vous ne les savez point. Que je vous 
plains, ma très-belle, d'avoir pris une vilaine médecine 
plus noire que jamais ! ma petite poudre d'antimoine est 
la plus jolie chose du monde : c'est le bon pain, comme 
dit le vieux de la Montagne*^ . Je lui désobéis un peu, car 
il m'envoie à Bourbon ; mais l'expérience de mille gens, 
et le bon air, et point tant de monde, tout cela m'envoie 
à Ylchy. La bonne d'Escars vient avec moi, j'en suis fort 
aise. Mes mains ne se ferment point; j'ai mal aux ge- 
noux, aux épaules, et je me sens encore si pleine de sé- 
rosités, que je crois qu'il faut sécher ces marécages, et 
que dans le temps où je suis il faut extrêmement se pur- 
ger, et c'est ce qu'on ne peut faire qu'en prenant des 
eaux chaudes. Je prendrai aussi une légère douche à 
tous les endroits encore affligés du rhumatisme : après 
cela il me semble que je me porterai fort bien. 

Le voyage d'Aigues-Mortes'* est fort joli; vous êtes 

. 3o. Voyez tome III, p. 455, note 4. 

3i. C'est le texte derédition de 1784, où cet moUsont expliqués 
en note par a de TOrme. » L*impression de 1754 a de tOrméàMBê 
le texte. 

3a. Sans doute chez Vardes, qui depuis sa disgrâce était relégué 
dans son gouremement. 



-439- 

une vraie paresseuse de n'avoir pas voulu être de cette " ^ 
partie. J*ai bonne opinion de vos conversations avec 
Tabbé de la Vergue, puisque vous n'y mêlez point 
Monsieur de Marseille. La dévotion de Mme de Brissac 
étoit une fort belle pièce ; je vous manderai de ses nou- 
velles de Vichy; c'est le chanoine** qui gouverne pré- 
sentement sa conscience ; je crois qu'il m'en parlera à 
cœur ouvert. Je suis fort aise de la parure qu'on a donnée 
à notre Diane d'Arles*^ : tout ce qui fâche G>rbinelli, c'est 
qu'il craint qu'elle n'en soit pas plus gaie . J*ai été saignée 
ce matin, comme je vous l'ai déjà dit au bas de la consul- 
tation : en vérité, c'est une grande affaire, Maurel^ en 
étoit tout épouvanté : me voilà présentement préparée à 
partir. Adieu, ma chère enfant; je ne m'en dédis point, 
vous êtes digne de toute l'extrême tendresse que j'ai 
pour vous. 

33. Mme de Longneral. Voyez tome III, p. 39, note 6. 

34. A U Gnnde-Ducheate? Voyez ci-destas, p. 69 et 70. — La 
Diane d*Arles est U belle statue qui fut découyerte, brisëe en trois 
parties, dane le thëfitre d* Arles, en i65i, et qui est aujourd'hui au 
arasée du LouTre et connue sous le nom de la Vénus d* Arles. Elle 
fat donnée à Louis XIV, en i683, par les éuu de ProTence. Le 
3o août 1684, le duc de Saint-Aignan écrit à Bussy : c Le Roi a dé- 
cidé en finTeiir de Vénus pour la statue d* Arles qui aroit partagé tous 
les saTanU, les uns la croyant une Diane, les autres une Vénus. » 
L'académie d* Arles s*était rangée à Topinion des premiers. 

35. Probablement le même qui est nommé dans la lettre du 
Il janvier 1680. 



16)6 



— 44o-- 

533. — BU COMTE BB BU8ST HABUTIV 
A MADAME DE SÊVIGHÉS 

Trois semaines après que j*eas écrit cette lettre {d9 5i3, p. 4o5) à 
Mme de SéTÎ^ë, je lui écriris encore celle-ci*. 

A Ghaaeu, ce 6* mai 1676. 

Puisque vous ne vous réjouissez pas, Madame, de la 
petite grâce que le Roi vient de me faire, il faut que 
vous ne la sachiez pas ; car bien que ce soit peu de chose 
en comparaison des maux qu'il m'a faits, c'est une fa- 
veur qui me distingue des autres exilés; il n'en a fait de 
pareilles qu'à moi. Puisque je ne saurois être heureux, 
encore est-ce quelque chose d'être le moins misérable. 
Je vous verrai donc cet été à Paris, ma chère cousine, 
mais le masque levé, et pourvu que je vous trouve en 
bonne santé, vous me trouverez aussi content que de 
plus heureux que moi, et aussi gai, non pas qu'un 
homme de vingt-cinq ans, mais qu'un honnête homme 
qui en a plus d'une fois autant le peut être. Nous par- 
lerons de la belle Madelonne, et nous lui écrirons en- 
semble; adieu. 

534* DE MADAME DE SÉVIGNË 

A MADAME DE GRIGlIAIf. 

A Paris, vendredi 8« mai. 

Jb pars lundi, ma chère enfant. Le chevalier de Buous 
vous porte un éventail que je trouve fort joli : ce ne sont 

LnTRB 533. — I. Cette lettre manque dans le manuscrit de Tln- 
stitttt. 

1. On lit dans notre manuscrit, à la suite de cette introduction, 
ces mots écrits d*une autre main que celle de Bussy : « sur la per^ 
mission que le Roi me donna d*aller à Paris trois mois. » La per- 
mission n*ëtait que de deux mois. Voyez F Appendice du tome III 



~44i - 

plus de petits Amours, il n'en est plus question ; ce sont 
de petits ramoneurs les plus jolis du monde ^. Mme de 
Vins a gagné un grand morceau de son procès, malgré 
M. d*Amboile', qui s'étoit signalé contre elle. La bonne 
Tarente est au désespoir contre M. d'Ormesson, qui gou- 
verne les affaires de M. de la Trémouille, et qui ne veut 
pas qu on lui fasse de certains suppléments au préjudice 
des anciens créanciers. Elle pleuroit fort bien tantôt, et 
me contoit aussi les incivilités de Mme de Monaco pour 
elle. Madame aime assez cette tante ; elle baragouine de 
Tallemand avec elle : cela importune la Monaco. Mon 
Dieu! est-il vrai que la Simiane' s'est séparée de son 
mari, sous prétexte de ses galanteries? Quelle folie! Je 
lui aurois conseillé de faire quitte à quitte avec lui. On 
dit qu elle vient ici, et qu'elle veut aller en Bretagne : 

de U Correspondance de Bussj^ p. 460, et une note de Busty, même 
tome, p. 147. 

L«TTE« 534. — I. Cc« ërentails (représentant l'un \eê petits Amours 
et Tantre les petits Ramoneurs) existent encore ; ils sont conserrés 
arec soin par une famille de Prorence qui était unie par les liens de 
Tamitié STec Mme de Simiane. M. de Robineau, propriétaire de 
Bellombre, aTait rendu cette maison à rie à la petite-fille de Mme de 
SéTigné. Il j trouva ces érentails quand il rentra dans sa propriété. 
(Noie de r édition de 18 18.) — L*un et Tautre ont été grarés et joints 
aux Lettres inédites publiées en 18^7. Voyez tome III, p. 14, note 3o. 

s. André Lefèrre d^Ormesson d'Amboile, maître des requêtes, 
fila d^Olirier d^Ormesson qui rapporta le procès de Foucquet. Il de- 
vint intendant de Lyon, et y mourut, arant sou père, en 1684. H 
fut père d*un magistrat fort estimé, Henri-François de Panle, baron 
de la Queue. 

3. Voyez tome II, p. aSg, note 10. — Dans Pédition de 1764 : 
a i^est séparée, o et deux lignes plus bas : a de faire quitte avec lui. » 
*~ Les impressions de 1726, dont nous avons suivi le texte, ne don- 
nent de ce billet que deux petits passages, qui, dans ces éditions, sont 
joints à la lettre du 19 juin 167$ : c*est la phrase du commencement 
relative aux évenuils, et cet endroit où il est parlé de Mme de Si- 
oaiane, depuis Mon Dieu^ jusqu^à quitte avec lui. Le reste du billet a 
para pour la première fois dans Tédition de I754. 



1676 



i«7« 



-443 — 

tout cela est'il vrai? Je vous embrasse, ma chère en- 
fant; je ne vous écrirai pas davantage aujoord'faai, ce 
n^est pas le jour de la grande dépêche : la poste est haïs- 
sable; les lettres sont à Paris, et on ne veut les distri- 
buer que demain : ainsi on fait réponse à deux à la fois. 
J*oubliois de vous dire, tant je me porte bien, qu'après 
avoir été saignée, j*ai pris de la poudre du bonhomme*^ 
dont je suis très-contente; de sorte que me voilà toute 
prête à partir. 

535. DE MADAME DE SËViaiCÉ 

A MADAME DE GRIGHAH. 

À Paris, dimanche au soir, lo* mai. 

Je pars demain à la pointe du jour, et je donne ce soir 
à souper à Mme de Coulanges, son mari, Mme de la 
Troche, M. de la Trousse, Mlle de Montgeron* et G)r- 
binelli, afin de me dire adieu * en mangeant une tourte 
de pigeons. La d'Escars vient avec moi ; et comme le 
bien Bon a vu qu*il pouvoit mettre ma santé entre ses 
mains, il a pris le parti d'épargner la fatigue de ce 
voyage, et de m'attendre ici, où il a mille affaires, et 
où il m'attendra avec impatience ; car je vous assure que 
cette séparation, quoique petite, lui coûte beaucoup, et je 
crains pour sa santé : les serrements de cœur ne sont pas 
bons quand on est vieux. Je ferai mon devoir pour le 
retour, puisque c'est la seule occasion dans ma vie où je 
puisse lui témoigner mon amitié, en lui sacrifiant la pen- 

4. De rOrme. 

Letths 535. — I. Voyez la lettre du a6 août siiiyant. 

1. C'eit la leçon de 1734. L'édition de 1754 donne : « qui vien- 
dront me dire adieu, a et à la ligne suivante : « la bonne d^Escan, a 
au lieu de : a la d*Efcan. » 



- 443- 

sée seulement' d'aller jusques à Grignan. Voilà les en-» 
droits où Vqn fait céder ses plus tendres sentiments à la 
reconnoissance. 

Il vous reviendra cinq ou six cents pistoles de la suc- 
cession de notre oncle de Sévigné*, que je voudrois que 
vous eussiez tout prêt pour cet hiver. Je ne comprends 
que trop les embarras que vous pouvez trouver par les 
dépenses que vous êtes obligés de faire ; et je ne pousse 
rien sur le voyage de Paris, persuadée que vous m*aimez 
assez, et que vous souhaitez assez de me voir pour y faire 
au monde tout ce que vous pourrez. Vous connoissez 
d*ailleurs tous mes sentiments sur votre sujet, et com- 
bien la vie me paroit triste sans voir une personne que 
j'aime si tendrement. Ce sera une chose fâcheuse si 
M. de Grignan est obligé de passer Tété à Âix, et une 
grande dépense : de la manière dont on m*a parlé, Tar- 
ticlc de votre jeu n'est pas médiocre sur votre dépense* 
(j admire la fortune) ; et c'est le jeu qui soutient M. de 
la Trousse. 

Vous avez donc été saignée; la petite main tremblante 
de votre chirurgien me fait trembler. Monsieur le Prince 
disoit une fois à un nouveau chirurgien : « Ne trem- 
bles-tu point de me saigner? — Pardi, Monseigneur, 
c'est à vous de trembler. » Il disoit vrai. Vous voila donc 
revenue du café : Mlle de Méri Ta aussi chassé de chez 
elle honteusement : après de telles disgrâces, peut-on 
compter sur la fortune ? Je suis persuadée ' que ce qui 
échauffe est plus sujet à ces sortes de revers que ce qui 

3. Cest-à-dîre : la pensée même. La leçon de 1754 éclaircit k 
phnse : a en lai sacrifiant jusqu^à la pensée d'aller à Grignan. ^ 

4* Voyez ci-dessus la lettre du 91 mars précédent, p. 889. 

5. C*ett le texte de 1784. Pétrin a ainsi corrigé la phrase dans sa 
•eeonde édition : « et une grande dépense, ne fût-ce qu'à cause du 
jeu, qui fait un article de la vôtre assez considérable. » 



1676^ 



i6^6 



-444- 

rafraîchit : il en faut toujours revenir là ; et afin que vous 
le sachiez, toutes mes sérosités viennent si droit de la 
chaleur de mes entrailles, qu'après les avoir consumées 
à Vichy, on va me rafraîchir plus que jamais par des 
eaux, par des fruits, et par tous mes lavages que voas 
connoissez. Prenez ce régime plutôt que de vous brûler, 
et conservez votre santé d'une manière que ce ne soit 
point par là que vous puissiez être empêchée de me ve- 
nir voir. Je vous demande cette conduite pour rameur 
de votre vie, et pour que rien ne traverse la satisfaction 
de la mienne. 

Je vais me coucher, ma fille ; voilà ma petite compa- 
gnie qui vient de partir. Mmes de Pompone, de Vins, 
de Yillars et Saint-Géran ont été ici : j'ai tout embrassé 
pour vous. Mme de Yillars a fort ri de ce que vous lui 
mandez : fat un mot à lui dire; cela ne se peut payer. 
Je pars demain à cinq heures ; je vous écrirai de tous les 
lieux où je passerai. Je vous embrasse de tout mon cœur: 
je suis fâchée que Ton ait profané cette façon de parler; 
sans cela, elle seroit digne d'expliquer de quelle façon je 
vous aime. 



536. DE MADAME DE SÊVIGHÊ 

A MADAME DE GRIGIÎAII. 

À Montargis, mardi la* mai. 
Jb vous écrivis hier en partant, ma très-chère enfant, 
et vous recevrez celle-ci par la même poste ^ ; de sorte 

Lnrmi 536. — i. C*eat la leçon de 1734. On lit dans la seconde 
édition de Perrin (1754) : « Je tous ëciÎTis aTant-hier au soir, ma 
chère enfant, et tous recevrez deux de mes lettres par la mèmt 
poste; » mais Mme de Sëvignë peut bien aroir dit hier en parUnt 
d*une lettre qu^elle a écrite quelques heures seulement avant sondé- 
part et qu^elle n'a peut-être fermée que le lundi matin. 



-445- 

que si vous dues, après avoir lu la première, j*en vou- 
drois bien une autre, la voici qui se présentera, et Nous 
dira que je suis à Montargis avec la bonne d'Escars, en 
très-bonne santé, hormis ces mains et ces genoux. Voici 
une route, ma fille, où vous passez : j'ai évité Fontaine- 
bleau ; je ne veux le revoir que pour aller au-devant de 
TOUS. J*ai couché à Courance*, où je me serois bien pro- 
menée, si je n'étois point encore une sotte poule mouil- 
lée ; c'est mouillée au pied de la lettre, car je sue tout 
le jour. Tai encore des peaux de lièvre, parce que le irais 
du matin, qui donne la vie à tout le monde, me paroît 
un hiver glacé ; de sorte que j'aime mieux avoir trop 
chaud dix heures durant, que d'avoir froid une demi- 
heure. Que dites-»vous de ces agréables restes de rhuma- 
tisme? Ne croyez-vous pas que j'aie besoin des eaux 
chaudes ? sauf à me rafraîchir à mon retour, car mes 
entrailles ne sont pas à la glace. Enfin me voilà en che- 
min, et même dans votre chemin. Nous parlons souvent 
de vous, la d'Escars et moi, et j'y pense sans cesse. Il 
faudroit être spensierata^ ^ dit-on, pour bien prendre les 
eaux : il est difficile que je sois dans cet état bienheureux, 
étant si loin du bon abbé ; il me semble toujours qu'il va 
tomber malade. Savez- vous comme je l'ai laissé ? Avec un 
seul laquais. Il a voulu me donner ses deux chevaux pour 
m'en faire six, avec son cocher et Beaulieu : il n'y a que 
l'ingratitude qui puisse me tirer d'affaire. Adieu, ma 
très-chère : hélas ! à quoi me sert de m'approcher de 
vous ? Je vous plains de ne m'avoir plus à Paris pour vous 
mander des nouvelles de la BrinviUiers. 

a. A ^atre lieues de Melun et douze lieuea de MoDiargîf. Coo- 
nuice est une commune du canton de Millj, arrondisaement d*£- 
tampet (Seine-et-Oise). 

3. Suns penser^ motuhaUnte. 



1676 



-446- 

"^^ 537. — DB MADAMB DK StVIGSi 

A MADAMB DB GBIGHAH. 

A Never8, Tendredi i5* mai. 

Voici une route où l*on est tentée de vous écrire, 
quand on ne le voudroit pas : jugez ce que c'est quand 
d'ailleurs on y est aussi bien disposée que je le suis. Le 
temps est admirable, cette grosse chaleur est dissipée 
sans orage ; je n'ai plus de ces crises dont je vous avois 
parlé. Je trouve le pays très-beau et ma rivière de Loire 
m'a paru quasi aussi belle qu'à Orléans : c'est un plaisir 
de trouver en chemin d'anciennes amies. J'ai amené mon 
grand carrosse, de sorte que nous ne sommes nullement 
pressées, et nous jouissons avec plaisir des belles vues 
dont nous s^^mmes surprises à tout moment. Tout mon 
déplaisir, c'est que l'hiver les chemins sont une autre 
affaire*, et vous aurez autant de fatigues que nous en 
avons peu. Nous suivons les pas de Mme de Montes- 
pan; nous nous faisons conter partout ce qu'elle dit, 
ce qu'elle fait, ce qu'elle mange, ce qu'elle dort. Elle 
est dans une calèche à six chevaux, avec la petite de 
Thianges ' ; elle a un carrosse derrière, attelé de la même 
sorte, avec six filles ; elle a deux fourgons, six mulets, 
et dix ou douze cavaliers à cheval, sans ses officiers : 
son train est de quarante-cinq personnes. Elle trouve sa 
chambre et son lit tout prêts ; en arrivant elle se couche, 
et mange très-bien. Elle fut ici au château*, où M. de 
Nevers étoit venu donner ses ordres et ne demeura point 

LnTRB 537 (reTue en très-grande partie sur une ancienne copie). 
'— I. Perrin a remplace une autre affaire par bUn différents, "-^^Xhai 
Fédition de 1734, Iii lettre est datée du samedi 16 mai. 

a. Voyex tome II, p. 146, note 9. 

3. Sur ce château, bâti au quinzième siècle et aujourd'hui palaii 
de justice, royei V Itinéraire de Parie à Ijùn^ par M. Joanne, p. io3. 



— 447 — 

pour la recevoir. On lui vient demander des charités pour 
les églises * ; elle jeue beaucoup de louis d or partout foft 
charitablement et de fort bonne grâce. Elle a tous les 
jours du monde un courrier de Tarmée : elle est présen* 
tement à Bourbon. La Tarente, qui doit y être dans deux 
jours, me mandera le reste, et je vous l'écrirai. Vous 
ai-je mandé que ce favori du roi de Danemark*, amou« 
reux romanesquement de la princesse, est prisonnier, 
et qu'on lui fait son procès? Il avoit un petit dessein 
seulement : c'étoit de se faire roi, et de détrôner son 
maître et son bienfaiteur. Vous voyez que cet homme 
n avoit pas de médiocres pensées : M. de Pompone m'en 
parloit l'autre jour comme d'un Cromwell. 

Le bel abbé vous aura mandé comme le chevalier a ob- 
tenu de Sa Majesté, sans nulle peine, les lods et ventes 
d'Entreca^teaux * pour M. de Grignan. Nous avons été 

4. LVdîtlon de 1754 ajoute : c et pour les pauvres, b sans doute à 
cause de eharités qui précède. Ces mots ne sont ni dans le manuscrit 
ni dans Fëdition de 1734* 

5. Voyez ci-dessus, p. i56, note 7. — La Gazette du 11 arril an- 
nonce en ces termes Tarrestation de GrifTenfeld, sous la rubrique de 
Copenhague, le 94 tb^9J% 1676 : a Le ai de ce mois (de mars\ Sa 
Majesté danoise fit airéterle comte de GrifTenfeld, grand chancelier 
de ce royaume, comme il montoit à obérai pour se rendre au châ- 
teau; et on le mena en la bibliothèque de Sa Majesté danoise, d^où, 
deux heures après, il fut conduit sur une chaloupe en la citadelle. » 
Dans son numéro du 18 avril, la Gazette ajoute, en date du 3i mars : 
t Le bruit court qu*il est accusé d^aroir été la cause de quelques 
mauvais succès dans la Norvège ; mais il 7 a quelque apparence que 
•es grands biens peuvent être le principal et le plus véritable motif 
de sa détention. » 

6. Entrecasteaux, près de Brignole (Var). Voyez la lettre des 11 
et la août suivants. — Le terme de jurisprudence féodale lods et 
ventée est ainsi défini dans le Dictionnaire uniperiei Je Furetière ( 1690) : 
« C'est un droit en argent que doit un héritage roturier au seigneur 
dont il relève immédiatement, quand on en fait la vente, en consi- 
dération de la permission qu'il est présumé donner an vassal pour 
aliéner son héritage. » 



1676 



1676 



— 448- 

étonnés qu*il ait consenti ^ d^envoyer votre belle gorge, 
par la poste, à Tabbé de Grignan ; nous dîmes Tautre 
jour beaucoup de sottises sur ce ton de Monceaux et de 
Rocbecourbières*. A moins que je ne meure bientôt, je 
sens que je ne passerai point ma vie sans revoir votre 
château, avec toutes ses circonstances et dépendances; 
je conserve cette espérance, et voudrois bien en avoir 
une plus prochaine de vous avoir cet hiver avec moi. 
Pour vous dire le vrai, mes désirs là-dessus ne sont pas 
médiocres ; je souhaite que vous en jugiez par les vôtres, 
et que nulle impossibilité ne vous vienne traverser. 

J*ai extrêmement le petit marquis dans la tête ; on 
m'a parlé de cautères sur le dos, mais je n*ai daigné 
vous mander cet admirable remède. Je crois qu^il faut en 
demeurer au corps de fer et aux petits régimes de M. de 
Pompone*. 

Adieu, ma très-chère, jusqu'à demain; je suis assurée 
que je vous écrirai à Moulins ; j'espère même d'y recevoir 
de vos lettres, qu'on me renverra de Paris : j*en serai 
fort aise. Je suis dans une entière ignorance de toutes 
nouvelles ; celles de la guerre me tiennent fort au cœur; 
cela n'est pas bon pour prendre des eaux; mais que faire 
quand on a quelqu'un à l'armée ? Il faudroit donc ne les 
prendre qu'au mois de janvier. Je lis dans le carrosse une 

7. « Que ce dernier ait coosenti. » (ÉMtion Je 1754.) 

8. Dans TimpreMion de 1734* < beaucoup de sottises sur ce ton, 
dignes de Monceaux et de Rochecourbières. » Perrîn, dans sa le- 
conde édition (1754), a supprimé tout ce passage, depuis : c Le bel 
abbé.... a -^ La grotte de Rocbecourbières est située près du châ- 
teau de Grignan ; on allait 7 faire des parties de plaisir. M. le bs- 
ron Salamon Ta acquise en 1837 et en a fait don à la ville de Gri- 
gnan, dont il avait été maire. Voyez V Histoire ée Mme de Séngni^ 
M. Aubenas, p. 586 et suivantes. 

9. Ce passage, depuis : a J*ai extrêmement, etc., » nVstquedsas 
le manuscrit, qui ne donne pas la suite de la lettre. 



-449- 

petite histoire des yizirs ^*, et des intrigues des sukanes *r~~r 
et da sérail, qui se laisse lire assez agréablement ; c*est 
une mode que ce livre. Bonsoir, ma très-aimable; la 
bonne d^Escars vous adore; je baise le Grignan, et fais 
mille amitiés à M. de la Garde : contez-lui ^* par quel gui- 
gnon la vente de notre guidon est allée à vau-Peau ; vous 
êtes bien heureux de vous avoir tous deux. 



538. D£ MADAMB DE SÈVIGNÊ 

A MADAMB DB GBIGHAN. 

A Moalios, à la Visitation, dans la chambre où ma 
grand'mère' est morte; entourée des deux pe- 
tites de Valençajr'y ce dimanche après vêpres, 
17* de mai. 

J^AERivAi hier au soir ici, ma chère enfant, en six 
jours, très-agréablement. Mme Foucquet, son beau-frère 
et son fils' vinrent au-devant de moi; ils m*ont logée 
chez eux. J'ai dîné ici, et je pars demain pour Vichy. J'ai 
trouvé le mausolée admirable * ; le bon abbé auroit été 

10. Butoire de» grands pizirs Mahomet Coprogii pacha et Aehmêt C^- 
pngiipaeha. Paris, 1676, în-19 (l'acheré d*imprinierest du 14 man). 
Cet ourrage est de Chassepol ; il a été réimprimé en 1679, en 3 roi. 
in-i 9. Méhémet et Achmet Koproli ou Kiuperii furent Tun et Tautre 
grands Tizirs du sultan Mahomet IV. Méhémet, mort en i663, eut 
pour successeur son fils Achmet, oui mourut en 1B76. 

11. « Contez à ce dernier. » {Edition de 1754.) 

LiTmB 538. — I. Jeanne-Françoise Frémiot, baronne de Chantai, 
fondatrice de Tordre de la Visitation, morte le i3 décembre 1641, 
qui Tient d*ètre déclarée bienheureuse par un bref de Benoit XIV, 
du i3 norembre jySt,(Note de Perrin^ 1754.) 

1. Vojrc* tome II, p. 68, et les notes 7 et 8. 

3. Mme Foucquet amit trois fils, qui deraient aToîr de seise i 
▼ingt ans. — Pour son beau-frère, royec un peu plus loin la note 8. 

4 . Le superbe tombeau que Marie-Félice des Ursins fit élever dans 
Mua i» Sbvigkb. it 99 



— 45o — 

. bien ravi de le voir. Les petites filles que voilà sont belles 
et aimables; vous les avez vues : elles se souviennent 
que vous faisiez de grands soupirs dans cette église ; je 
pense que j y avois quelque part, du moins sais-je bien 
que j'en faisois de bien douloureux de mon côté. On dit 
que Mme de Guénégaud vous disoit* : a Soupirez, sou- 
pirez, Madame, j'ai accoutumé Moulins aux soupirs qu'on 
apporte de Paris. » Je vous admire d'avoir pensé à ma- 
rier votre frère ; vous avez pris la chose par un très-bon 
côté, et j'estime le négociateur. Je suivrai ce chemin 
quand je serai retournée à Paris : écrivez-en à d'Hac- 
queville. On juge très-justement du bien de mon fils par 
celui de ma fille; ce seroit une chose digne de vous de 
faire ce mariage : j'y travaillerai de mon côté. Vous 
croyez donc n'avoir pas été assez affligée de ma ma- 
ladie; eh bon Dieu! qu'auriez-vous pu fiiire?yous avez 
été plus en peine que je n'ai été en péril. Comme la 
fièvre que j'ai eue vingt-deux jours étoit causée par la 
douleur, elle ne faisoit peur à personne. Pour mes rêve- 
ries, elles venoient de ce que je ne prenois que quatre 
bouillons par jour, et qu'il y a des gens qui rêvent tou- 
jours pendant la fièvre. Votre frère m'en a fait des farces 
à mourir de rire : il a retenu toutes mes extravagances, 
et vous en réjouira. Ayez donc l'esprit en repos, ma 
l)elle ; vous n'avez été que trop inquiète et trop affligée 
de mon mal. 



réglite de la Viiitation de Moulins pour son mari (i^enr», iUte de 
Mcmtmortncy)^ dëcapilé à Toulouse le 3o octobre i63a, par arrêt du 
INurlemeotde Toulouse. (Note de Pétrin.) — Ce tombeau, dessiné et 
en partie exécuté par François Angnier, arait été commencé en 1648 
et achevé en i653. 

5. a Du moins sais-je bien qu^en ce temps j*en faisois de bien dou- 
loureux de mon côté. Est-il vrai que Mme de Guénégaud vous di- 
soit, etc. » {Édition de 1754.) 



— 45 1 — 

Il but que M. de la Garde ait de bonnes raisons pour — — 
se porter à rextrémité de s*atteler avec quelqu'un * : je le * ' 
croyois libre, et sautant, et courant dans un pré ; mais 
enfin il faut venir au timon, et se mettre sous le joug 
comme les autres. 

J*ai le coeur serré de ma chère petite; la pauvre en- 
fant, la voilà donc placée''! Elle a bien dissimulé sa 
petite douleur : je la plains, si vous Taimez, et si elle 
vous aime autant que nous nous aimions; mais vous 
avez un courage qui vous sert toujours dans les occa- 
sions : Dieu m'eût bien favorisée de m'en donner un 
pareil. 

Mme de Montespan est à Bourbon, où M. de la Val- 
lière avoit donné ordre qu'on la vint haranguer de toutes 
les villes de son gouvernement : elle ne Ta point voulu. 
Elle a fait douze lits à l'hôpital; eUe a donné beaucoup 
d'argent; elle a enrichi les Oipucins. Elle souffre les 
visites avec civilité; M. Foucquet* et sa nièce, qui bu- 
voient à Bourbon, Tout été voir; elle causa une heure 
avec lui sur les chapitres les plus délicats. Mme Fouc- 
quet s'y rendit le lendemain ; Mme de Montespan la reçut 
très-honnêtement; elle l'écouta avec douceur et avec 
une apparence de compassion admirable. Dieu fit dire a 
Mme Foucquet tout ce qui se peut au monde imaginer de 
mieux, et sur l'instante prière de s'enfermer avec son 



6. Snrlaraptore et ce mariage projeté, royesle commencement 
de la lettre du 98 octobre suirant. 

7. Vojes la lettre du 6 mai précédent, p. 439. 

8. Probablement Gilles Foucquet, premier écuyer de la grande 
écurie. U épouaa Anne d*Aumont, fille du marquis d*Aumont, et mou- 
mt en 1694. Voyes tome I, p. 478, note 10. — Sa nièce était Marie- 
Madeleine Foucquet, deuuème fille du surintendant, qui épousa 
Emmanuel de Crussol, marquis de Moutsalez, cousin de la duchesse 
d*Antin, et mourut en 1790. 



,1676 



— 45a — 

mari*, et sur TespéninGe qu'elle avoit que la Providence 
donneroit à Mme de Montespan, dans les occasions, 
quelque souvenir et quelque pitié de ses malheurs. Enfin, 
sans rien demander de positif, elle eut un art à faire voir 
les horreurs de son état, et la coofianoe qu'elle avoit en 
sa bonté, qui ne peut venir que de Dieu ** : ses paroles 
m'ont paru toutes choisies pour toucher un cœur, sans 
bassesse et sans importunité : je vous assure que le 
récit vous en auroit touchée. Le fils de M. de Montes- 
pan^^ est chez Mme Foucquet à la campagne, d'où elle 
est venue pour me voir. Il a dix ans; il est beau et spiri- 
tuel : son père l'a laissé chez ces dames en venant à Paris. 
La bonne d'Escars se porte très-bien, et prend un soin 
extrême de ma santé. Contez-moi les sorcelleries de 
Mme de Rus. Adieu, très-aimable et très-chère, je vous 
embrasse mille fois, et vous aime comme il ikudroit 
aimer son salut. 



9. Trois ans apAi , il lut permif à Mme Fonoquet et à set en&nti 
de Toir le iurintendant. (Lettre de Lourois k Samt*Mart, da 10 mi 
1679, Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres par 
Delort. Firmin Didot, 1819. Détention de Foucquet, Lauxun et Pd- 
liston, tome I, p. agS.) 

10. « Elle lui fit Toir les horreurs de son état, et k confianoe 
qu'elle a>oit en sa bonté, et mit à tout cela un art qui ne peut Tenir 
que de Dieu. » (Édition de 1754.) 

11. Le fils légitime de Mme de Montespan, Louis-Antoine de Fkr- 
daillan de Gondrin, duc d'Antin, pair de France, gouTemeur de 
rOrléanais, lieutenant général, gouremeur d'Amboise, surintendant 
des bâtiments. Il épousa en 1686 Julie-Françoise de Crussol, fiUe 
ainée du duc d'Uzès,et mourut en 1736. C'est ce courtisan raffiae 
dont Saint-Simon parle en tant d'endroits. 



r ,. 



— 453 — 

539* DK MADAME DE Siyi&MÉ 

A MADAME DE GBIGHAN. 

A Vichy ^, mardi 19* mai. 

Jb commence aujourd'hui à vous écrire ; ma lettre par- 
tira quand elle pourra; je veux causer avec vous. J'arri- 
vai ici hier au soir. Mme de Brissac avec le chanoine*, 
Mme de Saint-Hérem et deux ou trois autres me vinrent 
recevoir au bord de la jolie rivière d'Allier : je crois que 
si on y regardoit bien, ony trouveroit encore des bergers 
de CAstrée^. M. de Saint-Hérem, M. de la Fayette, 
Tabbé Dorât*, Plancy ' et d'autres encore, suivoient dans 
un second carrosse, ou à cheval. Je fus reçue avec une 
grande joie. Mme de Brissac me mena souper chez elle ; 
je crois avoir déjà vu que le chanoine en a jusque-là de 
la duchesse : vous voyez bien où je mets la main. Je me 
suis reposée aujourd'hui, et demain je commencerai à 
boire. M. de Saint-Hérem m'est venu prendre ce matin 

LBTTm> 539 (revue en trè*-grande partie sur une ancienne copie). 
— I. On montre à Vichy, comme ayant servi d* habitation à Mme de 
SéTignë, un pavillon situé à Tune des extrémités du vieux Vichy, 
non loin de la source des Célestins. On Voit des fenêtres le cours de 
TAllier et plus loin de petites montagnes. 

«. Mme de Longuevîd, chanoinesse. 

3. Du fameux roman pastoral d*Honoré d*Urfé, qui commença à 
paraître en 1610, et dont les personnages sont, comme Ton sait, les 
bci^ers du Lignon. 

4. Serait-ce Jean-Jacques Dorât, docteur de Sorbonne, abbé de 
Saint-Germain et curé de Bfassy, qui mourut en 1677? 

5. Henri de Guénégaud, marquis de Plancy, troisième fib de 
Mme du Plessis Guénégaud, alors le seul survivant avec Emmanuel 
de Guénégaud, chevalier de Malte, qui devint maréchal de camp, 
fîit dangereusement blessé à Hochstedt et mourut en 1706. Quant à 
Henri, né en 1647, il mourut en 179a, « après avoir servi, et fort 
ennuyé le monde, » dit Saint-Simon (tome XIX, p. 324)« ^^ épousa 
en 1707 Anne-Marie-Françoise, comtesse de Mérode, morte en 1793 
dans sa quarante-troisième année. 



1676 



i«7< 



-454 - 

pour la messe, et pour diner chez lui. Mme de Brissac y 
est venue, on a joué : pour moi, je ne saurois me fatiguer 
à battre des cartes. Nous nous sommes promenés ce soir 
dans les plus beaux endroits du monde; et à sept heures, 
la poule mouillée vient manger son poulet, et causer un 
peu avec sa chère enfant : on vous en aime mieux quand 
on en voit d autres. J*ai bien pensé à cette dévotion que 
Ton avoit ébauchée avec M. de la Vergue*; j*ai cru voir 
tantôt des restes de cette fabuleuse conversion ; ce que 
vous m*en dites Tautre jour est à imprimer. Je suis fort 
aise de n'avoir point ici mon bien Bon; il eût fait ici un 
mauvais personnage : quand on ne boit point, on s'en- 
nuie; c'est une billebaude^ qui n'est point agréable, et 
moins pour lui que pour un autre. 

On a mandé ici que Bouchain étoit pris aussi heureu* 
sèment que G)ndé '; et qu'encore que le prince d'Orange 
eût fait mine d'en vouloir découdre, on est fort persuadé 
qu'il n'en fera rien*: cela donne quelque repos. Notre 

6. Voyez la fin de la lettre du 6 mai précédent, p. 439. 

7. C*e8t-à-dire une confiision,un détordre. Notre manotcru donne 
habitude^ au lieu de bilUbaude, Le copiste a sans doute mal lu ce mot, 
qu'il ne connaissait peut-être pas. 

8. Bouchain, investi le a mai, avait capitulé le xi, après cinq 
jours de tranchée. — a Le gouTemeur {d* Bouehain) pressé de tous 
cdtés, n^espérant plus de secours du prince d^Orange, craignant les 
suites d'un assaut, connoissant la vigueur des troupes, et n'attendant 
aucune défense d'une garnison effrayée et affoiblie, demanda à capi- 
tuler. Son Altesse Royale {Monsieur^ frère du iloi) envoya le comte de 
Ciermont-Tonnerre donner cette nouvelle au Roi, et le lendemain 1 1, 
le gouverneur avec la garnison furent conduits à Saint-Omer avec 
armes, bagage, et une pièce de canon que Monsieur lui accorda pour 
le disculper. » {Gatette^ numéro extraordinaire du ai mai.) 

9. a Le prince d'Orange marcha à la délivrance de cette place avec 
quarante mille hommes, et l'on s'attendait à une bataiUe où l'avanUge 
paraissait assuré aux Français *, mais Louis, qui craignait d'exposer sa 
gloire à un revers, se contenta de prendre la ville et s'en retourna 
à Versailles, laissant le commandement à Schombexg. j» {Histoire 



— 455 — 

campagne commence si heureusement que je ne crois pas 
que nou5 ayons besoin de la bénédiction, c'est-ù-dire de 
la diversion de notre saint-père le Turc**. 

La bonne Saint-Géran m*a envoyé un compliment de 
la Palisse. J'ai prié qu'on ne me parlât plus du peu de 
chemin qu'il y a d'ici à Lyon : cela me fait de la peine ; 
et comme je ne veux point mettre ma vertu à l'épreuve 
la plus dangereuse où elle puisse être, je ne veux point 
recevoir cette pensée, quoi que mon cœur, malgré cette 
résolution, me fasse sentir. J'attends ici de vos lettres 
avec bien de l'impatience ,' et pour vous écrire, ma chère 
enfant, c^est mon unique plaisir, étant loin de vous *^ ; et 
si les médecins, dont je me moque extrêmement, me dé- 
fendoient devons écrire, je leur défendrois de manger et 
de respirer, pour voir comme ils se trouveroient de ce 
régime. Mandez-moi des nouvelles de ma petite, et si elle 
s'accoutume à son couvent; mandez-moi bien des vôtres 
et de celles de M. de la Garde, et s'il ne viendra point 
cet hiver à Paris. Je ne puis vous dissimuler que je serois 
sensiblement affligée, si, par ces malheurs et ces impos- 
sibilités qui peuvent arriver, j'étois privée de vous voir. 
Le mot de peste, que vous nommez dans votre lettre, 
me fait frémir : je la craindrois fort en Provence. Je prie 
Dieu, ma chère enfant, qu'il détourne ce fléau d'un lieu 
où il vous a mise. Quelle douleur, que nous passions 

«2m FramçoUy de M. LaTallée, tome III, p. 273.) — Sur le camp 
d*Heaftebise, où la bataille fot en effet sur le point de e^enga* 
ger, et aur le conseil de guerre que a M. de Loutoîs fit tenir 
au Roi, le cul sur la sdle, » Toyez VHutoire de M. Rousset, 
tome II, p. aïo et suivantes, et Saint-Simon, tome IV, p. 43 et 
iuÎTante. 

10. Voyes la note 9 de la lettre du ag ami précédent, p. 4a5. 
— Cette phrase est tirée du manuaorit. Penin Tarait omise dans ses 
deux éditions. 

11. « Quand je tuis loin de tous, a (Édition de 1754*) 



(696 



la?^ 



— 456 — 

notre vie si loin Tune de Tautre, quand notre amitié 
noua approche^' si tendrement! 

Mercredi ao* mai. 

J*ai donc pris des eaux ce matin, ma très-chère ; ah, 
qu^elles sont méchantes ! J'ai été prendre le chanoine^ qui 
ne loge point avec Mme de Brissac. On va à six heures 
i la fontaine : tout le monde s*y trouve, on boit, et Ton 
fait une fort vilaine mine; car imaginez-vous qu'elles 
sont bouillantes, et d'un goût de salpêtre fort désa- 
gréable. On tourne, on va, on vient, on se promène, on 
entend la messe, on rend les eaux, on parle confidem- 
ment de la manière qu'on les rend : il n'est question que 
de cela jusqu'à midi. Enfin, on dîne ; après dîner, on va 
chez quelqu'un : c'étoit aujourd'hui chez moi. Mme de 
Brissac a joué à l'hombre avec Saint-Hérem et Plancy; 
le chanoine et moi nous lisons l'Arioste ; elle a l'italien 
dans la tête, elle me trouve bonne. Il est venu des de- 
moiselles du pays avec une flûte, qui ont dansé la bour- 
rée dans la perfection. C'est ici où les bohémiennes 
poussent*' leurs agréments ; elles font des dégognadeSy 
où les curés trouvent un peu à redire**; mais enfin, à 

19. Au lieu de nous approche, il y a nous en approche dans Fédi- 
tion de 1754. 

i3. Le manuscrit donne puisent, an lieu de poussent^ 
14. Voici un passage deFléchier très-curienx à rapprocher de la 
lettre de Mme de Sévigné : a On ne laissa pas de danser encore quel- 
ques bourrées et quelques goignades. Ce sont deux danses qui sont 
d^une même cadence, et qui ne sont difFérentes qu'en figures. La 
bourrée d* Auvergne est une danse gaie, figurée, agréable, où les dé- 
parts, les rencontres et les mouvements font un très-bel effet et di- 
vertissent fort les spectateurs. Mais la goignade, sur le fond de gaieté 
de la bourrée, ajoute une broderie d^impudence, et Ton peut dire 
que c*est la danse du monde la plus dissolue. Elle se soutient par des 
pas qui ]>aroissent fort déréglc's et qui ne laissent pas d*étre mesurés 



-457- 

cinq heures, on se va promener dans des pays délicieux ; 
à sept heures, on soupe légèrement, on se couche à 
dix. Vous en savez présentement autant que moi. Je me 
suis assez bien trouvée de mes eaux; j'en ai bu douze 
verres : eUes m*ont un peu purgée, c*est tout ce qu*on 
désire. Je prendrai la douche dans quelques jours. Je 
vous écrirai tous les soirs ; ce m'est une consolation, et 
ma lettre partira quand il plaira à un petit messager 
qui apporte les lettres, et qui veut partir un quart d'heure 
après: la mienne sera toujours prête. L'abbé Bayard** 
vient d'arriver de sa jolie maison, pour me voir : c'est le 
druide Adamas*' de cette contrée. 

Jeudi ai.* mai. 

Notre petit messager crotté vient d'arriver ; il ne m'a 
point apporté de vos lettres ; j'en ai eu de M. de Cou- 
langes, du bon d'Hacqueville, et de la princesse^'', qui est 
à Bourbon. On lui a permis de faire sa cour^' seulement 
un petit quart d'heure : elle avancera bien là ses affaires ; 
elle m'y souhaite, et moi je me trouve bien ici. Mes eaux 
m'ont fait encore aujourd'hui beaucoup de bien; il n'y a 

et jiutes, et par des figures qui sont très-hardies et qui font une agi- 
tation unireneUe de tout le corps. Vous Toyez partir la dame et le 
cavalier avec un mouyement de tête qui accompagne celui des pieds 
et qui est suiri de celui des épaules et de tontes les autres parties du 
corps.... Je ne doute point que ce ne soit une imitation des Bac- 
chantes dont on parle tant dans les livres des anciens. M. rëvèque 
d*Aleth excommunie dans son diocèse ceux qui dansent de cette 
&çon. L'usage en est pourtant si commun en Auvergne, etc. » {Mé- 
moires de FUefùer sur les Grands'-Jours J^ Auvergne en x665. Paris, 
Hachette, i86a, p. 157 et a58, in-ia.) — Voyez la lettre du 96 mai 
iuivant, p. 465. 

i5. Voyez tome III, p. 194, note i. 

t6. Personnage àeCJstrée, Voyez tome III, p. 141, note 7. 

17. De Tarente. 

18. A Mme de Montespan. 



— 458 — 

* que la douche que je crains. Mme de Brissac avoit au* 

^ jourd*hui la colique ; elle étoit au lit, belle et coiffée à 
coiffer tout le monde ; je voudiois que vous eussiez vu 
ce qu'elle faisoit de ses douleurs, et Tusage qu'elle fidsoit 
de ses yeux, et des cris, et des bras, et des mains qui trai- 
noient sur sa couverture, et les situations, et la compas- 
sion qu'elle vouloil qu'on eût : chamarrée de tendresse et 
d'admiration, j'admirai cette pièce et je la troi]|vatsi belle, 
que mon attention a dû paroitre un saisissement dont je 
crois qu'on me saura bon gré ; et songez que c' étoit pour 
l'abbé Bayard, Saint-Hérem, Montjeu^* et Plancy, que la 
scène étoit ouverte. En vérité, vous êtes une vraie pi'- 
taude*^ : quand je songe avec quelle simplicité vous êtes 
malade, le repos que vous donnez à votre joli visage, et 
enfin quelle différence, cela me paroit plaisant. Au reste, 
je mange mon potage de la main gauche, c'est une nou- 
veauté. On me mande toutes les prospérités de Bouchain, 
et que le Roi revient incessamment : il ne sera pas seul 
par les chemins. Vous me parliez l'autre jour de M. G)ur- 
tin** : il est parti pour l'Angleterre. Il me paroît qu'il 

19. Gaspard Jeannin de Gastille , marquis de Montjea (royes 
tome III, p. i5i, note i), conseiller au parlement de Metz. Il 
épousa en 1678 Louise-Diane DauT^ , fille du comte des Marets, 
le grand fauconnier* de ce mariage naquit une fille unique qui épousa 
en 1705 le prince d*Harcourt (duc de Guise en 1718), et fut mère 
des duchesses deBouillon et de Richelieu. Jeannin de Gastille mourut 
le 3 mars 1688, et sa femme en 17 17. 

ao. « Piiaud^ pitaude^ terme injurieux, qu'on dit aux gens rustres, 
grossiers et incivils, qui ont des manières de pajsans. Autrefois il se 
disoit des soldats, qui étoient en effet des paysans qu*on leToit pour 
mener à la guerre, et qu*on appeloit auMi piiaux, » {Dleiiotuuùre Je 
Furetière,) 

9 1 . Antoine de Gourtin, conseiller au parlement de Normandie et 
conseiller d*État, né à Riom en i6ai, éuit fik d* Antoine Gourtin, 
greffier en chef au bureau des finances de la généralité d* Auvergne, 
et plus tard conseiller d'Éut. Il paisa en Suède en 1646, avec l'am- 
bassadeur Ghanu. Dans Tété de 1646, il accompagna la duchesse de 



-459- 

n'est demeuré d*aatre emploi à son camarade'* que *"7~T 
d adorer la beUe que vous savez, sans envieux et sans 
rivaux. Je vous embrasse assurément de tout mon cœur 

LongaeTille à Munster ; puis il retourna en Suède et «^attacha à la 
reine Christine, qui le fit noble suédois. Après Tabdication de Chris- 
tine, il fut ambassadeur du roi Charles-Gustave, son successeur. Enfin 
Louis XIV le nomma son résident général vers les princes et États du 
Nord. Ami de Louvois, il fut envoyé au congrès de Cologne avec 
Banillon et le duc de Chaulnes, et en ce moment (1676) il allait en 
Angleterre pour gagner le Parlement (voyez V Histoire de M. Rousset, 
tome II , p. 378 et suivantes). Il avait épousé Marie-Salomé de Bau- 
vers, dont il n*eut point d*enfants, et mourut en 1703. On a de lui 
des traités de la Cinlité^ du Point d honneur^ de la Paresse^ de la Jalou» 
iitf,et une traduction du traité de la Guerre et de la Paix de Grotius* 
a Cétoit, dit Saint-Simon, un très-petit homme , qui paroissoit avoir 
en le visage agréable et qui a voit été fort galant. Il avoit beaucoup 
d^esprit, de grâces et de tour, mais rien de guindé, extrêmement 
i*air et les manières du grand monde , avec lequel il avoit passé sa 
vie dans les meilleures compagnies, sans aucune fatuité ni sortir ja^ 
mais de son état. Poli, sage, ouvert quoique en effet réservé, mo- 
deste et respectueux , surtout les mains fort nettes et fort homme 
d*honnenr. Il brilla de bonne heure au conseil et devînt intendant 
de Picardie. M. de Chaulnes, qui y avoit toutes ses terres, et qui étoit 
fort de ses amis, les lui recommanda beaucoup ; et Courtin se fit un 
grand plaisir de les soulager. L'année suivante, faisant sa tournée, il 
vit que , pour faire plaisir au duc de Chaulnes , il avoit surchargé 
d'autres paroisses. La peine qu'il en eut lui fit examiner le tort qu'il 
leur avoit fait, et il trouva qu'il alloit à quarante mille livres. Il n'en 
fit point à deux fois, il les paya et les répartit de son argent , puis 
demanda à être rappelé.... Il signa les traités de Heilbronn, deBreda, 
et plusieurs autres, et fut longtemps et utilement ambassadeur en An- 
gleterre, où, par Mme de Portsmouth, il faisoit faire au roi Charles II 
tout ce qu'il vouloit.... Courtin avoit gagné à ses ambassades la li- 
berté de paroître devant le Roi, et partout, sans manteau, avec une 
canne et son rabat.... Jamais il ne paroissoit au souper du Roi, une 
ou deux fois la semaine, que le Roi ne l'attaquât aussitôt de eonver- 
«ition qui d'ordinaire duroit le reste du souper. » Voyez Saint- 
Simon, tomes I, p. 393 et suivante^ II, p. S98; IV, p. «17 et sui- 
vantes. 

33. S'agit-il de Colbert, marquis de Croissy, ou de Banillon, qui 
avait été à Cologne avec Courtin et le duc de Chaulnes? 



— 46o — 

et souhaite fort de vos nouveUes. Bonsoir, Comte, ne 
me l'amènerez-voos point cet hiver? voulez-vous que je 
meure sans la voir? 



540. DE MADAME DE 8ÊVIGSÊ | 

I 
A MADAME DE GRIGRAB. 

A Vichy, dimanche a4* mai. 

Jb suis ravie, en vérité, quand je reçois de vos lettres, 
ma chère enfant. Je ne puis me résoudre à jouir toute 
seule du plaisir de les lire ; mais ne craignez rien, je ne 
fais rien de ridicule là-dessus, mais j*en fais voir' une 
petite ligne à Bayard, une autre au chanoine (ah! que 
ce seroit bien votre fait que ce chanoine!)^ et en vérité 
on est charmé de votre manière d*écrire. Je ne fais voir 
que ce qui convient, et vous croyez bien que je me rends 
maîtresse de la lettre, pour qu'on ne lise pas sur mon 
épaule ce que je ne veux pas qui soit vu. 

Je vous ai écrit plusieurs fois, et sur les chemins, et 
ici. Vous aurez vu tout ce que je fais, tout ce que je dis, 
tout ce que je pense, et même la conformité de nos pen- 
sées sur le mariage de M. de la Garde. J*admire comme 
notre esprit est véritablement la dupe de notre cœur*, et 
les raisons que nous trouvons pour appuyer nos chan- 
gements. Celui de Monsieur le Coadjuteur me paroit ad- 
mirable ; mais la manière dont vous le dites Test encore 



Lbttbe 540. — I. Dans rëdition de 1764 : a Elles sont si ai* 
mables que je ne puis me résoudre.... maïs ne craignez rien, je ne 
ftiit rien de ridicule ; j*en fais Toir, etc. » 

1. « L'esprit est toujours la dupe du cœur, » a dit la Rochefou- 
cauld dans ses Maximes (n* cxn de Pëdition de i665 et en des sui- 
vantes). 



— 4«« — 

plos; quand voos lai demandez des nouvelles du lundi, 
Yous paroissez bien persuadée de sa fragilité. Je suis fort 
aise qu^il ait conservé sa gaieté et son visage de jubila- 
tion. J*ai toujours envie de rire, quand vous me parlez du 
bonhomme du Parc ' : je ne trouve rien de si plaisant 
que de le voir seul persuadé qu*il fait des miracles : je 
suis bien de votre avis, que le plus grand de tous seroit 
de vous le persuader. Je suis fort aise que ma petite soit 
gaie et contente ; c'étoit la tristesse de son petit coeur qui 
me (aisoit de la peine. Il est vrai que le voyage d'ici i 
Grignan n'est rien : j'en détourne ma pensée avec soin, 
parce qu'eUe me fait mal; mais vous ne me ferez pas 
croire, ma belle, que celui de Grignan à Lyon soit peu 
considérable : il est tout des plus rudes, et je serois très- * 
(achée que vous le fissiez pour retourner sur vos pas ; 
je ne change point d'avis là-dessus. Si vous étiez de ces 
personnes qu*on enlève et qu'on dérange, et qui se lais« 
sent entraîner, j'aurois espéré de vous emmener avec 
moi malgré vous ; mais vous êtes une personne dont on 
ne peut espérer ces sortes de complaisances^. Je con- 
nois vos tons et vos résolutions ; et cela étant ainsi, j'aime 
bien mieux que vous gardiez toute votre amitié et tout 
votre argent, pour venir cet hiver me donner la joie et 
la consolation de vous embrasser. Je vous promets seu- 
lement une chose, c'est que si je tombois malade ici, ce 
que je ne crois point du tout assurément, je vous prierois 
d'y venir en diligence ; mais, ma chère, je me porte fort 
bien ; je bois tous les matins ; je suis un peu comme 
Nouveau*, qui demandoit : a Ai-je bien du plaisir? » Je 

3. C*ett lant doute le soliuire dont Mme de Së^ignë a parlé au 
tome II, p. 391 et 391. 

4« « HaU TOiu étet d*im caractère dont on ne peut te promettre 
de pareilles complaisances. » (Édition de 1754 •) 

5. Jérôme de Nouveau, seigneur de Fromont (a deux lieues de 



i«7« 



1676 



— 46a — 

demande aussi : « Rends^je bien * mes eaux ? la qualité, 
la quantité, tout va-t-il bien? » On m'assure qne oe sont 
des merreilles, et je le crois, et même je le sens ; car, à 
la réserve de mes mains et de mes genoux, qui ne sont 
point guéris, parce que je n*ai pas encore pris ni le baia 
ni la douche, je me porte tout aussi bien que j*ai jamais 
fuit. 

La beauté des promenades est au-dessus de ce que 
je puis TOUS en dire : cela seul me redonneroit la santé. 
On est tout le jour ensemble. Mme de Brissac et le cha^ 
noine dînent ici fort familièrement : comme on ne mange 
que des viandes fort simples, on ne fait nulle façon de 
donner i manger. Vous aurez vu, par ce que je yoos 
mandai avant-hier, combien je suis prête à aimer quel- 
qu'un plus que vous. Après la pièce admirable de la co- 
lique, on nous a donné d'une convalescence pleine de 
langueur, qui est en vérité fort bien accommodée aa 
théâtre : il fandroit des volumes pour dire tout ce que 
je découvre dans ce chef-d'œuvre des cieux. Je passe lé- 
gèrement sur mille choses, pour ne point trop écrire. 

Vous me parlez plaisamment de ce saint qui vous est 
tombé à Aix, et qu'on épouille à tout moment; c'est 
grand dommage que vous n'ayez votre reliquaire^ ; ces 
poux que vous appelez êtes reliques piifanies m'ont cho- 
quée ; car comme on m'a toujours appelée ainsi à Sainte- 



Coibeil) , conseiller du Roi , torintendant det postes, mort en 166$. 
c Ce NouTeau, dit Tallemant det Réaux (tome VI, p. 19), au com- 
mencement qu'il eut équipage de chame, courant un cerf, demanda à 
ion Teneur : a Dites-moi, ai-je bien du plaisir ii cette heure? » Ce 
mot est cité aussi par la Bruyère, chapitre iff ia Fille j ren le milieu. 

6. La leçon de 1734 est reiukU-Je lien, — Trois lignes plus bas, 
on lit dans Tédition de 1754 : c à mes mains et à mes genoux près. » 

7. « Il fiàudroit avoir à point nommé son reliquaire. » {SJîtitm 
A 1754.) 



— 463 — 

Marie', je me suis vue en même temps comme votre ^ ^ 
M. Ribon. 

On m'accable ici de présents. H y a trois hommes 
qui ne sont occupés que de me rendre swvice : Bayard, 
Saint-Hérem et la Fayette. Écrivez-moi quelqpies mots 
de ces hommes ,* car je vons fais souvent payer pour moi. 
Je crois ce que vous croyez snr ce que vous a mandé 
Mme de la Fayette ; elle ne se porte pas bien. Je reçois 
mille présents de tous côtés; c'est la mode du pa3rs, où 
d'ailleurs la vie ne coûte lien du tout : enfin, trois sous 
deux poulets, et tout à proportion. Faites mes compli- 
ments à M. de la Garde. Adieu, mon ange : aimez-moi 
bien toujours ; je vous assure que vous n'aimez pas une 
ingrate. 



54 k DE MADAME DE SÉVIGlflf 

AU COMTE DE BUSST RABUTHI^ 

Trois temaines après avoir écrit cette lettre (n* 533, p. 4^g), je 
reçus celle-ci de Mme de Sërignë. 

A Vichy, ce a5^ mai 1676. 

QuAifn j appris votre permission d'aller à Paris, j'en 
sentis toute la joie imaginable, et je courus avec Corbi- 
nelli pour m'en réjouir avec Madame votre femme. Nous 
trouvâmes qu'elle étoit délogée ; je crus que vous vien* 
driez i l'instant, et que je vous verrois un matin entrer 
dans ma chambre : cependant vous ne vîntes pas, et moi 

8. Mme deSërignë ëtoit appelée une relique vivante à Sainte-Marie, 
à cause de Mme de Chantai, sa gnuid*mèâre, qui étoit dès lors re- 
gardée comme une sainte par les filles de la Visitation, qu'elle aroit 
fondées. {IVote de Perrin.) 

LiTTBB 541.-^ I. Cette lettre manque dans le manuscrit de Pln- 
•titut. 



1^7^ 



-464 — 

je parus pour venir ici tacher de recoavrer cette beDe 
«anté dont la perte m'afflige et vous aussi. J'y ai reça 
votre lettre. Vous faites bien de me faire des compli- 
ments sur votre retour ;- car je crois que je serai pins aise 
de vous revoir, que vous ne sauriez être de me retroa- 
ver. Dans cette espérance, je vais avaler mes veires d'eaa 
deux i deux, afin d'être bientôt a Paris, oh je vous 
embrasse par avance. Je supplie ma nièce de Goligny de 
croire que je Taime et que je Testime. On n'ose écrire ici, 
cela fiiit mourir; c'est pourquoi je finis, afin de vods 
conserver une cousine qui vous aime fort. 



542. DB MADAMB DE SÊVIGUË 

A MADAMB DB GBIGHAR. 

A llchy, mardi a6« mai. 

Jb dois encore recevoir quelques-unes de vos lettres 
de Paris : elles seront toutes les bienvenues, ma très- 
chère; elles sont trop aimables. Vous avez une idée de 
ma santé qui n'est pas juste : ne savez-vous pas que j'ai 
conservé mes belles jambes ? ainsi je marche fort bien. 
J'ai mal aux mains, aux genoux, aux épaules : on m'as- 
sure que la douche me guérira; j'ai très-bon visage, je 
dors et je mange bien, et je veux me persuader que tout 
cela n'est rien; j'ai même si peu d'humeurs, que je ne 
prendrai des eaux que quinze jours, crainte de me trt^ 
échauffer. Je commencerai demain la douche, et vous 
manderai sans cesse de mes nouvelles : le commerce de 
Lyon va bien*. Ne me grondez point de vous écrire: 



LKimB 54a (revue en grande partie Bur une ancieane copie). — 
I. Les lettres entre Vichy et la Provence passaient par Lyon. 



— 465 — 

e'eat mon unique plaisir, et je prends mon temps d*une 
manière qui ne me peut nuire. Ne me retranchez rien de 
tout ce qui vous regarde; vous me dites des choses si 
tendres , si bonnes , si vraies , que je ne puis y répondre 
que par ce que je sens ; croyez-^n au delà de tout ce que 
je vous en ai jamais dit. Je ne me repens point de ne vous 
avoir point laissée venir ici : mon cœur en sonffire ; mais 
quand je pense à cette peine, pour huit ou dix jours de 
séjour, je trouve que je vous aime mieux cet hiver. Je 
suis si attachée à vous, et vous me tenez par tant d'en- 
droits, que je sens plus qpie les autres la peine de la sépa« 
ration : ainsi, ma très-chère, je me suis gouvernée selon 
mes foiblesses , et n'ai pas écouté Tenvie et la joie que 
j'aurois eue de vous avoir. Je ne crois pas être dans dix 
jours ici. La duchesse' s'en va plus t6t, et le joli cha- 
noine : elle s'en va chez Bayard, parce que j'y dois aller; 
il s'en passeroit fort bien ; il y aura une petite troupe 
d'infelici amarai*. 

Ma fille, vous perdez trop : c'est cela que vous devriez 
regretter. Il faudroit voir comme on tire sur tout, sans 
distinction et sans choix. Je vis l'autre jour, de mes pro- 
pres yeux, flamber un pauvre célestin* : jugez comme 
cela me paroit à moi, qui suis accoutumée à vous. Il y a 
ici des femmes fort jolies : elles dansèrent hier des bour- 
rées du pays, qui sont en vérité les plus jolies du monde : 
il y a beaucoup de mouvement, et l'on se dégogne extrê- 
mement* ; mais si on avoit à Versailles de ces sortes de 
danseuses en mascarades, on en seroit ravi par la nou- 
veauté; car cela passe encore les Bohémiennes. Il y avoit 
un grand garçon déguisé en femme, qui me divertit fort ; 

a. De Bmsae. — 3. D'oumm/i malkêuremx, 

4. Voycx la lettre du xi juin miiTant, p. ^96. 

5. Voyei, p. 4S6, ia note 1 4 de la lettre da 19 mai précédent. — 
Dana FétUtion de 17S4 : a et les dégognades n'y lont pas épargnées. » 

DB SÉTioai. rr So 



16)5 



— 466 — 

'-^— car sa jupe éu»t toojoun en l*anr, et Ton voyoit dessous 
de fort belles jambes. 

Il faut que je vous dise un mot de Paris, sur lequel je 
vous conjure de ne me point dire le contraire ; c'est, ma 
fille, que je veux, pour ma joie et ma commodité, que 
vous repreniez tout bonnement votre chambre et votre 
alcôve , qui ne sont à personne : je couche par choix 
dans ma petite chambre ; ainsi voilà qui est tout réglé, 
tout établi : c'est mon plaisir, c'est ma joie, c'est ma 
commodité; toute autre chose me choque et me déplaît. 
Je me suis fiait valoir ici des nouvelles du combat na- 
val*. Gomme nous pleurâmes le chevalier Tambonneau' 
quand il fut tué l'autre fois, je m'en tiens quitte. Adieu, 
ma fille, reposez-vous bien dans votre château : c'est là 
où j'aimerois à être cet été ; mais ne m'en parlez point; 
je n'ai jamais cru avoir de la vertu que dans cette oc* 
casion. 



543. — DE MADAME DE SÊVIGRÉ 
A MADAME DE GRIGlfAH. 

A Vichy, jeudi 28* mai. 

Jb les reçois ' : l'une me vient du côté de Paris , et 
l'autre de Lyon. Vous êtes privée d'un grand plaisir, de 



6. LiTrë le 99 ami 1676. Ruyter y eut let deux jambes frmcasfto 
d*un boulet de canon, et mourut quelques joun après. 

7. Le cheTalier Tambonneau, capitaine, figure dans la Gazette do 
16 juin, parmi les officiers tués dans le combat naval. Etait-ce un 
frère de Tambonneau Tambassadeur en Suisse (mort en 17 r 9) ? Voyet 
tome II, p. 536, et la note 5, imprimée avant que nous eussions prii 
note de ce passage-ci* 

LnTBB 543. — t. Dans les éditions de Perrin : « Je reçois deux 
de Tos lettres. » 



-«67 — 

ne faire jamais de pareilles lectures : je ne sais ob voas 
prenez tout ce que vous dites; mais cela est d'un agré- 
ment et d'une justesse a quoi on ne s'accoutume pas. 
Vous ayez raison de croire que j'écris sans effort, et que 
mes mains se portent mieux : elles ne se ferment point 
encore, et les dedans de la main sont fort enflés, et les 
doigts aussi. Cela me fait trembloter, et me fait de la 
plus méchante grâce du monde dans le bon air des bras 
et des mains : mais je tiens très-bien une plume, et c'est 
ce qui me fait prendre patience*. J'ai commencé aujour- 
d'hui la douche : c'est une assez bonne répétition du pur- 
gatoire. On est toute nue dans un petit lieu sous terre, 
oh l'on trouve un tuyau de cette eau chaude, qu'une 
femme vous fait aller où vous voulez. Cet état où l'on 
conserve à peine une feuille de figuier pour tout habille- 
ment, c'est une chose assez humiliante. J'avois voulu mes 
deux femmes de chambre, pour voir encore quelqu'un 
de connoissance. Deiriére le rideau se met quelqu'un 
qui vous soutient le courage pendant une demi-heure ; 
c'étoit pour moi un médecin de Ga'nat*, que Mme de 
NoaiUes^ a mené à toutes ses eaux, qu'elle aime fort, qui 
est un fort honnête garçon, point charlatan ni préoc* 
cnpé de rien, qu'elle m'a envoyé par pure et bonne 
amitié. Je le retiens, m'en dut-il coûter mon bonnet; 
car ceux d'ici me sont insupportables : cet homme m'a« 
muse. Il ne ressemble point à un vilain médecin , il ne 
i^semble point aussi à celui de CheUes' ; il a de l'esprit, 



». « Cela me fait treînbler, et me donne la phu manTaiie fprâee 
du monde dans Tair des bras et des mabu : nne oireomtanee ^poi 
OM console nn peu, c*ett que je tient ma plume tant peine. » {Éditiûm 

* 1754.) 
3. Ganat, petite ville près de Vichy. 
4* Voyez tome III, p. 127, note i5. 
5. Voyex la lettre du 6 mai précédent, p. 43i, note 4* 



1696 



de l*hoiiiiêteté ; il connoft le monde ; enfin j*«[i suis oon- 

^ tente. Il me parloit donc pendant qne j'étois an supplice. 
Représentez-vous un jet d'ean contre quelqu*une de vos 
pauvres parties, toute la plus bouillante qne vous puissiez 
vous imaginer. On met d'abord Talarme partout, pour 
mettre en mouvement tous les esprits; et puis on s'at- 
tache aux jointures qui ont été affligées ; mais quand on 
vient à la nuque du cou , c'est une sorte de feu et de 
surprise qui ne se peut comprendre; cependant c'est ii 
le nœud de l'affaire. Il tant tout souffirir, et l'on souflBre 
tout, et l'on n'est point brûlée, et on se met ensuite daos 
un lit chaud, où l'on sue abondamment, et voilà qui 
guérit. Voici encore où mon médecin est bon; car aa 
Ueu de m'abandonner à deux heures d'un ennui qui ne 
se peut séparer de la sueur, je le fids lire , et cela me 
divertit. Enfin je ferai cette vie pendant sept ou huit 
jours, pendant lesquels je croyois boire, mais on ne veut 
pas, ce seroit trop de choses ^ de sorte que c'est une pe- 
tite allonge à mon vo3rage. Les dérèglements sont tous 
réglés, et c'est pour finir cet adieu*, et faire une der^ 
nière lessive, que l'on m'a principalement envoyée, et 
je trouve qu'il y a de la raison : c'est comme si je re- 
nouvelois un bail de vie et de santé; et si je puis vous 
revoir, ma chère, et vous embrasser encore d'un ccBur 
comblé de tendresse et de joie, vous pourrez peut-être 
m'appeler encore votre bellissima madre^ et je ne re- 
noncerai pas à la qualité de mère^becuUé^ dont M. de 
G>ulanges m'a honorée. Enfin, ma chère enfant, il dé- 
pendra de vous de me ressusciter de cette manière. Je 
ne vous dis point que votre absence ait causé mon mal : 
au contraire, il paroît que je n'ai pas assez pleuré, puis- 

6. Mme de Sérigné arait en cinquante ans le 5 février pré- 
e4dent. 



-469- 

qa*il me reste tant d'eaa; mais il est vrai que de passer 
ma vie sans voas voir y jette une tristesse et une amer- 
tume à quoi je ne puis m^accoutumer. 

J^ai senti douloureusement le a4 de ce mois ^ ; je Tai 
marqué, ma très-chère, par un souvenir trop tendre ; 
ces jours-là ne s'oublient pas facilement ; mais il y auroit 
bien de la cruauté à prendre ce prétexte pour ne vou- 
loir plus me voir et me refuser la satisfiiction d*être avec 
vous, pour m*épargner le déplaisir d'un adieu. Je vous 
conjure, ma très-aimable, de raisonner d'une autre ma- 
nière, et de trouver bon que d'Hacque ville et moi nous 
ménagions si bien le temps de votre congé, que vous 
puissiez être à Grignan assez longtemps, et en avoir en- 
core pour revenir. Je ne vois point bien ma place dans 
l'avenir, à moins que vous ne veuilliez bien me redon- 
ner* dans l'été qui vient ce que vous m'avez refusé dans 
celui-ci. Il est vrai que de vous voir quinze jours m'a 
paru une peine, et pour vous, et pour moi ; et j'ai trouvé 
plus raisonnable de vous laisser garder toutes vos forces 
pour cet hiver, puisqu'il est certain que la dépense de 
Provence étant supprimée, vous n'en faites pas plus à Pa- 
ris; mais si, au lieu de tant philosopher, vous m'eussiez, 
franchement et de bonne grâce, donné le temps que je 
vous demandois, c'eût été une marque de votre amitié 
très-bien placée ; mais je n'insiste sur rien, car vous sa- 
vez vos affaires, et je comprends qu'elles peuvent avoir 
besoin de votre présence. Voilà comme j'ai raisonné', 



7. Le %4 da mob de mai de Tannée 167$ fut le jour où Ifme de 
SéVi^pié se lépara de sa fille à Fonuinebleau. 

8. c Quelle obligatisn ne tous aurai-je point, si roua songea à 
me redonner, etc. » {ÉMtian de 1754.) 

9. Ce passage, depuis : c mais si, au lieu de tant philosopher, » 
jasqu*à : a Voilà comme j*ai raisonné, » manque dans la seconde 
édition de Periin (1754), où la suite est ainsi modifiée : « mais je 



1S9S 



Iil7« 



— 470 — 

mais sans quitter en aucune manière du monde Tespé* 
rance de vous voir ; car je vous avoue que je la sens né- 
cessaire à la conservation de ma santé et de ma vie. 

Parlez-moi du pichon : est<-il encore timide ? N*avez- 
vous point compris ce que je vous ai mandé li^essus**? 
Le mien n'étoit point à Bouchain ; il a été spectateur des 
deux armées rangées si longtemps en bataille^*. Voilà la 
seconde fois qu'il n'y manque rien que la petite cir- 
constance de se battre : mais, comme deux procédés" 
valent un combat, je crois que deux fois à la portée da 
mousquet valent une bataille. Quoi qu*il en soit, Tespé- 
rance de revoir ce pauvre baron gai et gaillard m*a bien 
épargné de la tristesse. C'est un grand bonheur que le 
prince d'Orange n'ait point été touché du plaisir et de 
^'honneur d'être vaincu par un héros comme le nôtre. 
On vous a mandé comme nos guerriers, amis et enne- 
mis, se sontvus galamment nelV unOy neW edtro campo^*, 
et se sont (ait des présents. On me mande que le maré- 
chal de Rochefort est fort bien mort à Nancy, sans être 
tué que de la fièvre double tierce^*. 



ii*ai quitté en nulle manière. » -* Les deux premièret phrases de 
Talinëa suiyant ont été omises dans Tédition de 1734, dans laquelle 
le paragraphe commence ainsi : « Mon fils n^étoit point à Bouchain. • 

10. Voyez la lettre du 6 mai précédent, p. 433 et 434- 

11. Voyez la note 9 de la lettre du 19 mai précédent, p. 4^4- 
— Dans VOrJre de bataille de Parmée du Roî^ du 11 mai^ que contient 
un numéro extraordinaire de la Gazette^ du ai^ les gendarmes-Dau- 
phin font partie de la seconde ligne de Tarméc et sont placés a pea 
de distance des tentes du Roi. 

la. Voyez tome I, p. 529, note a. 

i3. Dans Cun et Vautre camp. -^Voyezlai Jéruiolem délivrée^ fin de 
la strophe ucxxm da chant VII. 

14. Il mourut le ^3 mai, après une maladie de douze jours. U 
était gouTemeur de Lorraine et capitaine des gardes du corps. Le 
Roi ordonna au maréchal de Duras de se mettre à la tête des troupe* 
que Rochefort dcTait commander ; et il remplaça ce dernier daassoa 



— 471 — 

N^est^ pas vrai que les petits ramoneurs sont jolis**? 

On étoit I»en las des Amours. Si vous avez encore 
Mmes de Buous^*, je vous prie de leur faire mes com- 
pliments, et surtout à la mère : les mères se doivent 
cette préférence. Mme de Brissac s^en va bientôt; elle 
me fit l^antre jour de grandes plaintes de votre froideur 
pour elle, et que vous aviez négligé son cœur et son 
inclination qui la portoit à vous. Nous demeurons ici 
pour achever nos remèdes, la bonne d'Escars et moi. 
Dites*lui toujours quelque chose : vous ne sauriez com- 
prendre les soins qu'elle a de moi. Je ne vous ai point dit 
combien vous êtes célébrée ici, et par le bon Saint- 
Hcrem, et par Bayard, et par les Brissac et Longueval. 
D'Hacqueville me mande toujours des nouvelles de la 
santé de Mlle de Méri; elle feroit peur si elle avoit la 
fièvre, mais j*espère que ce ne sera rien, et je souhaite 
qu'elle s'en tire, comme elle a fait tant d'autres fois. On 
me fait prendre tous les jours de l'eau de poulet ; il n'y a 
rien de plus simple ni rien de plus rafraîchissant : je vou- 
drois que vous en prissiez pour vous empêcher de brûler 
à Griçnan. Mandez-moi comme vous dormez et comme 
vous vous portez. Vous me dites de plaisantes choses sur 
le beau médecin de Chelles. Le conte des deux grands 
coups d'épée pour affoiblir un homme est fort bien ap« 
pliqué. J'ai rêvé que quand je vous ai parlé de M. de 
Buous, j'avois confondu la date de Salon et de Grignan. 
Mandez-moi d'où vient que le marché de votre terre s'est 
rompu. Adieu. Votre terrasse est-elle raccommodée? 

gouTememeot par le maréchal de Crëquy ; dans sa charge de capi« 
taine des gardes, par le maréchal de Lorges. 

i5. Il s^agiiaoit d*un papier d^érentail que Mme deSérignéaToit 
enroyé à Mme deGrignan parle chevalier de Bdous. (Note de Per- 
rin,) — Voyez la lettre du 8 mai précédent, p. 440. 

16. Voyez tome II, p. 867, note 11. 



1676 



— 4?» — 

N'y a-t^il point de balostres i vos balcons ? Je sois tou* 
jours en peine de la santé de notre cardinal; il s'est 
épuisé à lire : eh, mon Dieu ! n'avoit-il pas tout lu ? Je 
suis ravie, ma chère enfant, quand vous parles avec 
confiance de Tamitié que j*ai pour vous; je vous assure 
que vous ne sauriez trop croire ni trop vous persuader 
combien vous faites toute la joie, tout le plaisir et toute 
la tristesse de ma vie, ni enfin tout ce que vous m*êtes. 
Bonjour, Monsieur le comte de Grignan, avec votre 
président de Montélimar. Mme de Montespan sait bien 
que son fils est chez les pauvres femmes*^. La belle 
gorge! Cest un blanc sein que vous avez envoyé k 
Paris". 



544* — I>B MADAMB DE SÈVMUfÈ 
A MADAME DE GEIGNAII. 

À Vichy, lundi au soir i*' juin. 

Allez vous promener. Madame la Comtesse, de me 
voiir proposer de ne vous point écrire : apprenez que 
c'est ma joie, et le plus grand plaisir que j'aie ici. Voilà un 
plaisant régime que vous me proposez ; laissez-moi con- 
duire cette envie en toute liberté, puisque je suis si con- 
trainte sur les autres choses que je voudrois faire pour 
vous ; et ne vous avisez pas de rien retrancher de vos 
lettres : je prends mon temps ; et l'intérêt que vous pre- 
nez à ma santé m'empêche bien de vouloir y faire la 
moindre altération. La réflexion que vous laites sur les 
sacrifices que l'on fait à la raison sont fort justes et fort 



17. Voyez la lettre du 17 mai préc^eat, p. 459, et note 11. 

18. Nous aront vu plus haut, p. 448, que le comte de Grignaa 
aTaiteiiTojë le portrait de la femme à ton frère, le bel abbé. 



-473- 

à propoft dans Veut oii nous aommes : il est bien vrai - 
que le seul amour de Dieu peut nous rendre contents 
en ce noionde et en Tautre ; il y a longtemps que Ton le 
dit ; mais vous y avez donné un tour qui m*a (hippée. 

C'est un beau sujet de méditation que la mort du ma- 
réchal de Rochefort : un ambitieux dont l'ambition est 
satisfiidtey mourir à quarante ans! c'est une chose digne 
de réflexion^. Il a prié en mourant la comtesse de Gui- 
che* de venir reprendre sa femme à Nancy, et lui laisse 
le soin de la consoler. Je trouve qu'elle perd par tant 
de côtés, que je ne crois pas que ce soit une chose 
aisée. 

Voilà une lettre de Mme de la Fayette qui vous diver- 
tira. Mme de Brissac venoit ici pour une certaine coli- 
que ; elle ne s'en est pas trouvée bien : elle est partie 
aujourd'hui de chez Bayard, après y avoir brillé, et 
dansé, et fricassé chair et poisson. Le chanoine m'a 
écrit; il me semble que j'avois échauffé sa froideur par 
la mienne ; car je la connois, et le moyen de lui plaire^ 
c'est de ne lui rien demander. C'est le plus bel assorti- 
ment de feu etd'eau que j'aie jamais vu, Mme de Bris- 
sac et elle. Je voudrois avoir vu cette duchesse faire 
main basse dans la place des Prêcheurs' sans aucune 
considération de qualité ni d'âge : cela passe tout ce que 
je croyois*. Vous êtes une plaisante idole; sachez qu'elle 
trouveroit fort bien à vivre où vous mourriez de faim. 

Mais parlons de la charmante douche; je vous en ai 
fait la description; j'en suis à la quatrième ; j'irai jusqu'à 

Lrtbb 544* — I* « C'est quelque choie de bien déplorable. » 
{idUion de 1754.) 

9. La comtette de Guiche et U maréchale de Rochefort étaient 
couinet, comme pelites-filles, par leort mères, du chancelier Seguier. 

3. Place publique à Aix. {Note de Pétrin,) 

4* « Tout ce que Ton peut oroîre. a (Édition de 1754.) 



1676 



— 474 — 

' huit. Mes sueurs sont si extrêmes, que je perce jusqu*à 

' ' mes matelas; je pense que c*est tonte Teau que j^ai bae 
depuis que je suis au monde. Quand on entre dans ce lit, 
il est vrai qu*on n'en peut plus : la tête et tout le corps 
sont en mouvement, tous les esprits en campagne, des 
battements partout. Je suis une heure sans ouvrir la 
bouche, pendant laquelle la sueur commence, et conti- 
nue pendant deux heures ; et de peur de m^impatienter, 
je fais lire mon médecin, qui me plaît; il voua pkiroit 
aussi. Je lui mets dans la tête d'apprendre la phîloso* 
phie de votre père Descartes ; je ramasse des mots que 
je vous ai ouï dire. Il sait vivre; il n'est point charlatan; 
îl traite la médecine en galant homme; enfin il m'a- 
muse. Je vais être seule, et j'en suis fort aise : pourvu 
qu'on ne m'ôte pas le pays charmant, la rivière d'Allier, 
mille petits bois, des ruisseaux, des prairies, des mou- 
tons, des chèvres, des paysannes qui dansent la bourrée 
dans les champs, je consens de dire* adieu à tout le reste ; 
le pays seul me guériroit. Les sueurs, qui affoiblissent 
tout le monde, me donnent de la force, et me font voir 
que ma foiblesse venoit des superfluités que j'avois en- 
core dans le corps. Mes genoux se portent bien mieux; 
mes mains ne veulent pas encore, mais elles le voudront 
avec le temps. Je boirai encore huit jours, du jour de la 
Fête-Dieu*, et puis je penserai avec douleur a m'éloîgner 
de vous. Il est vrai que ce m'eût été une joie bien sen- 
sible de vous avoir ici uniquement à moi; mais vous y 
avez mis une clause de retourner chacun chez soi, qui 
m'a fait transir : n'en parlons plus, ma chère fille, voilà 
qui est fait. Songez à faire vos efforts pour me venir 



5. Je consens de dire est la leçon des deux éditions de Perrin, les 
seules qui donnent cette lettre. 

6. Elle tombait, en 1676, au 4 j«i°- 



-475- 

voir cet hiver: en vérité, je crois que vous devez en 7i7^ 
avoir quelque envie, et que M. de Grignan doit souhai- 
ter que vous me donniez cette satisfacûon. J*ai à vous 
dire que vous faites tort à ces eaux de les croire noires : 
pour noires, non; pour chaudes, oui. Les Provençaux 
s*acoommoderoient mal de cette boisson; mais qu'on 
mette une herbe ou une fleur dans cette ean bouillante, 
elle en sort aussi firaîche que si on la cueilloit; et au 
lieu de griller et de rendre la peau rude, cette eau la 
rend douce et unie : raisonnez là-dessus. 

Adieu, ma chère enfant; s*il iaut, pour profiter des 
eaux, ne guère aimer sa fille, j*y renonce. Vous me man- 
dez des choses trop aimables, et vous Têtes trop aussi 
quand vous voulez. N'est-il pas vrai, Monsieur le Comte, 
que vous êtes heureux de Tavoir? et quel présent vous 
ai-je fait ! Je suis extrêmement aise que vous ayez M. de 
la Garde : assurez-le de moi*". 



545. DB MADABfB DE 8ÉVIGIIË 

A MADAME DE GRIGITAIC. 

A Vichy, jeudi 4* juin. 

J'ai achevé aujourd'hui ma douche et ma suerie; je 
crois qu'en huit jours il est sorti de mon corps plus de 
vingt pintes d'eau. Je suis persuadée que rien ne me peut 
faire plus de bien ; je me crois à couvert des rhumatismes 
pour le reste de ma vie. La douche et la sueur sont assu- 
rément des états pénibles ; mais il y a une certaine demi- 



7. La fin de la lettre depuis : a Voua me maDdes, etc., » ne te 
trourepas dans la second^ édition de Perrin. A la ligne précédente, 
le cfaeralier a remplaeé mm chire ânfmU par ma trop aimabU, 



— 476- 

■■ heure où Ton se trouve i sec et firafchement, et où l*oii 
' boit de Feau de poulet fraîche ; je ne mets point ce temps 
au rang des plaisirs médiocres : c*est un endroit déli- 
cieux. Mon médecin m*empêchoit de mourir d*ennui : il 
me divertissoit à me parler de vous, il en est digne. Il 
s'en est allé aujourd'hui; il reviendra, car il aime la 
bonne compagnie ; et depuis Mme de Noailles, il ne s^étoit 
pas trouvé à telle fête. Je m'en vais prendre demain une 
légère médecine, et puis boire huit jours, et puis c'est fait. 
Mes genoux sont comme guéris ; mes mains ne veulent 
pas encore se fermer; mais pour cette lessive que Ton 
vouloit faire de moi une bonne fois, elle sera dans la per^ 
fection. Nous avons ici une Mme de la Barok* qui bre- 
douille d'une apoplexie : elle fait pitié; mais quand on 
la voit laide, point jeune, habillée de bel air, avec de 
petits bonnets à double carillon, et qu'on songe de plus 
qu'après vingt-deux ans de veuvage, elle s'est amoura- 
chée de M. de la Barois qui en aimoit une autre, à la vue 
du public, à qui elle a donné tout son bien, et qui n'a ja- 
mais couché qu'un quart d'heure avec elle, pour fixer les 
donations, et qui l'a chassée de chez lui outrageusement 
(voici une grande période) ; mais quand on songe à tout 
cela, on a extrêmement envie de lui cracher au nez. 

On dit que Mme de Péquigny' vient aussi : c'est la 
Sibylle Cumée. Elle cherche à se guérir de soixante et 
seize ans, dont elle est fort incommodée : ceci devient 



Lbtthb 545 (revue en grande partie tnr une ancienne copie). «— 
I. On lit de la BaroU dans le manuscrit ; de la Baroir^ dans les deux 
éditions de Perrin. 

s. Claire-Charlotte d*Âilly, mère de Charles d'Alhert, due de 
Chaulnes. {Notede Perrin.) — D*après Morëri(qui l'appelle Charlotte- 
Eugénie) elle était née le s6 avril 1 606, et mourut le 1 7 septembre 1 681 • 
— Voyez tome II, p. s4s, note 14 ; Toyea aussi la lettre du 11 juin 
suivant, p. 485 et 486; et celle du a5 août 1680. 



— 477 — 

les Petites-Maisons. Je mis hier moi-même mie rose dans ' 
la fontaine bouillante ; elle y Ait longtemps saucée et res* 
saucée ; je Ten tirai comme dessus sa tige : j'en mis une 
autre dans une poèlonnée d*eau chaude, elle y fut en 
bouillie en un moment. Cette expérience, dont j'avois 
ouï parler, me fit plaisir. Il est certain que les eaux ici 
sont miraculeuses. 

Je veux vous envoyer par un petit prêtre qui s*en va 
à Aix un petit livre que tout le monde a lu, et qui m*a 
divertie; c'est V Histoire des Hzirs*; vous y verrez les 
guerres de Hongrie et de Omdie, et vous y verrez en la 
personne du grand vizir* que vous avez tant entendu 
louer, et qui règne encore présentement, un homme si 
parfait, que je ne vois aucun chrétien qui le surpasse. 
Dieu bénisse chrétienté * ! Vous y verrez aussi des détails 
de la valeur du roi de Pologne*, qu'on ne sait point, 
et qui sont dignes d'admiration. J'attends de vos lettres 
avec impatience, et je cause en attendant. Ne craignez 
jamais que j'en puisse être incommodée : il n'y a aucun 
danger d'écrire le soir. 



Voilà votre lettre du 3 1* de mai, ma très-chère et très* 
parfaitement aimable. Il y a des endroits qui me font rire 
aux larmes : celui où vous ne pouvez pas trouver un mot 
pour Mme de la Fayette est admirable. Je trouve que vous 
avez tant de raison, que je ne comprends pas par quelle 



3. Voyez plui haut, p. 449, note 10. 

4* Achmet Coprogli paoha, qui moiinit, comme nous PaTons dit, 
en 1676, au commencement de décembre. 

5. Il y a chrétienté tant article, non pas seulement dans le manu- 
■crit, mais encore dans les deux éditions de Perrin, les premières où 
eette lettre ait été imprimée. 

6. Jean Sobieski. 



S676 



i«7« 



— 478 — 

fimtaitte je yous demandois cette inutilité. Je crois qae 
G*étoit dan» le transport de la reconnoissance de ce bon 
vin qui sent le f&t : vous étiez toujours sur vos pieds, pour 
lui dire supposé^ et un autre mot encore que je ne re- 
trouve plus. Pour notre pichon^ je suis transportée de 
joie que sa taille puisse être un jour à la Grignan. Vous 
me le représentez fort joli, fort aimable; cette timidité 
voua faisoit peur mal à propos. Vous vous divertissez de 
son éducation, et c*est un bonheur pour toute sa vie : 
vous prenez le chemin d*en faire un fort honnête homme. 
Vous voyez comme vous avez bien iaitde lui donner des 
diausses : ils sont filles, tant qu'ils ont une robe. 

Vous ne comprenez point mes mains, ma chère fille : 
j'en fais présentement une partie de ce que je veux; 
mais je ne les puis fermer qu'autant qu'il faut pour tenir 
une plume ; le dedans ne fait aucun semblant de vouloir 
se désenfler. Que dites-vous des restes agréables d'un 
rhumatisme? Monsieur le Cardinal^ me mandoit l'autre 
jour que les médecins avoient nommé son mal de tète un 
rhumatisme de membranes : quel diantre de nom ! A ce 
mot de rhumatisme, je pensai pleurer. 

Je vous trouve fort bien pour cet été dans votre châ- 
teau. M. de la Garde doit être compte pour beaucoup; 
je pense que vous en faites bien votre profit. J'ai (kit 
sagement de vous empêcher la fatigue du voyage', et à 
moi la douleur de vous voir, pour vous dire adieu presque 
en même temps. Pour moi, je vivrois tristement si je 
n'espérois une autre année d'aller à Grignan ; c'est une 
de mes envies, de me retrouver dans ce château avec tous 
les Grignans du monde : il n'y en a jamais trop. J'ai un 



7. DeReu. 

8. « Je crois aroir sagement fait de tous épargner la fotigue dn 
▼o/age de Vichy. » (J^<ieVioA de 1754.) 



— 479 — 

ftouvenir tendre du séjour que j'y ai fait, et ce souvenir 
promet un second voyage, dès que je le pourrai. J'ai ri, 
en vérité, ma chère fille, mais c'est malgré moi, de 
la nouvelle du combat naval' que notre bon d'Hacque- 
ville vous a mandée : il faut avouer que cela est plaisant, 
et le soin qu'il prenoit aussi de m'apprendre des nou- 
velles de Rennes'^; mais vous cherchez qui en rira avec 
vous, car vous savez bien le vœu que j'ai fait, depuis qu'il 
m'envoya une certaine lettre de Davonneau, qui me re- 
donna la vie^^ 

Que dites-vous du maréchal de Lorges que voilà capi- 
taine des gardes ? ces deux frères deviennent jumeaux^' et 
Mlle de Frémont" est, en vérité, bien mariée, et M. de 
Lorges aussi. Je m'en réjouis pour le chevaUer^* : je crois 
que plus son ami s'avancera, et plus il sera en état de le 
servir. 

Mme de G>ulanges me mande qu'on lui a mandé 
que Mme de Brissac est guérie, et qu'elle ne rend point 
les eaux de Vichy" : voilà bien notre petite apie. Vous 
la trouverez bien au-dessus des servitudes où vous l'avez 
vue autrefois : elle n'aime plus qu'autant qu'on l'aime, 

9. Du combat rendu le as arril dans lea eaux de la Sicile, entre 
l'armëe navale de France, commandée par du Quetne, et les flottes 
réunies d'Elspagne et de Hollande, commandées par Ruyter. Mme de 
Grignan était bien plus à portée que d^HacquevilIe d*en avoir de 
promptes et sûres nouvelles. — La Gazette donne la relation de ce 
combat dans un numéro extraordinaire du 16 juin. 

10. Dans sa seconde édition (1754), Perrin ajoute pour la clarté : 
« quand jVtoîs aux Rochers. » 

11. Voyez la lettre du i*' mars précédent, p. 369, note i. 

la. Le maréchal de Duras et le maréchal de Lorges étoient tous 
deux capitaines des gardes du corps en même temps. (Note de Perrin.) 

i3. Geneviève de Frémont, maréchale de Lorges. (Note du mime,) 
— Voyes p. 39S, la note a de la lettre du 8 avril précédent. 

14. Le chevalier de Grignan. 

i5. Voyes la fin de la lettre suivante, p. 485. 



1676 



f57<( 



~ 480 — 

et cette mesure est bonne, surtout avec les dfOnes de la 
cour. Vous avez fait transir le bon abbé de lui parier de 
ne pas reprendre à Paris votre petit appartement : béks! 
ma fille, je ne Taime et ne le conserve que dans cette 
vue; au nom de Dieu, ne me parlez point d'être hors de 
chez moi. J*adore le bon abbé de tout ce qu'il me mande 
là-dessus, et de Tenvie qu'il a de me voir recevoir une si 
chère et si aimable compagnie; si sa lettre n'étoit pleine 
de mille petites affaires de Bourgogne et de Bretagne, je 
vous Tenverrois. Quoi! Bippert renonce la réponse de 
Gourville. Sachez qu'il m'a écrit bien honnêtement pour 
prier Gourville, comme intendant des affaires du prince 
de G>nti, de lui donner. le chaperon de Bagnols pour 
l'année 1678. Voilà ce que Gourville m'a répondu, et 
puis il se trouve que ce n'est plus lui. Je ne m'en soucie 
en vérité guère, puisqu'il le prend par là, je ne dis pas de 
Rippert, au moins de son chaperon. 

Le monsieur des courriers de Lyon s'appelle Séjour- 
nant, à ce que m'a dit la Bagnols, il s'appelle encore 
Rougeoux, et fait fort bien tenir nos lettres. 

Ma chère enfant, je vous embrasse mille fois avec une 
tendresse qui doit vous plaire, puisque vous m'aimez. 
Faites bien des amitiés à M. de la Garde et à M. de Gri- 
gnan, et mes compliments de noces au premier. Baisez 
les fichons pour moi ; j'aime la gaillardise de Pauline : 
et le petit petit^* veut-il vivre absolument, contre l'avis 
d'Hippocrate et de Galien ? il me semble que ce doit être 
un homme tout extraordinaire. 'L'inhumanité que vous 
donnez à vos enfants est la plus commode chose du 
monde : voilà, Dieu merci, la petite qui ne songe plus ni 



16. L*enfant dont Mme de Grignan ëtoit aocoaohée dans le hui- 
tième moii. {Note de Perrin,) — V07C» la lettre du a3 février préoé- 
dent, p. 365. 



— 48i — 

à père, ni i mère"; ah! ma beUe, elle n*a pas pris cette 
heureuse qualité chez vous ; vous m*aimez trop, et je vous 
trouve trop occupée de moi et de ma santé : vous n*en avex 
que trop souffert. 

546. DE MADAME DE SËVIGHÈ 

A MADAME DE GEIGNAK. 

A Vichy, lundi 8« juin. 

HiLAS ! n^ien doutez pas, ma fille, que je ne sois touchée 
très-sensiblement de préférer quelque chose à vous qui 
m'êtes si chère et que j'aime si parfaitement : toute ma 
consolation, c'est que vous ne sauriez douter de mes sen- 
timents, et que vous verrez un beau sujet de faire votre 
réflexion de l'autre jour sur la préférence du devoir sur 
l'inclination : en voici un bel exemple ; et je vous conjure, 
et M. de Grignan, de vouloir bien me consoler de cette 
violence* qui coûte si cher à mon cœur. Voilà donc ce qui 
s'appelle la vertu et la reconnoissance : je ne m'étonne 
pas si l'on trouve si peu de presse dans l'exercice de ces 
belles vertus . Je n'ose , en vérité , appuyer sur ces pensées ; 
* elles troublent entièrement la tranquillité qu'on ordonne 
en ce pays. Je vous conjure donc une bonne fois de vous 
tenir pour toute rangée chez moi, comme vous y étiez, 
et de croire encore que voilà précisément la chose que 
je souhaite le plus fortement. Vous êtes en peine de ma 
douche, ma très-chère; je l'ai prise huit matins, comme 
je vous l'ai mandé ; elle m'a fait suer abondamment ; 
c'est tout ce qu'on en souhaite, et bien loin de m'en 

17. Voyez le commencement de la lettre du 6 mai précédent, 
p. 4^1. 

LnTBx S46 (revue presque entièrement tur une ancienne copie). 
— I. Cett le texte du manuscrit ; dans les deux éditions de Perrin, 
on lit : a me consoler cet hiver de cette violence, etc. » 

UmB DB SXTIGIIB. IT 3i 



1676 



— 48a — 

trouver plus foible, je m*en trouve plus forte. Il est vrai 
que vous m'auriez été d'une grande consolation; mais 
je doute que j*eusse voulu vous souffrir dans cette fumée : 
pour ma sueur, elle vous auroit un peu fait pitié; mais 
enfin, je suis le prodige de Vichy, pour avoir soutenu 
la douche courageusement. Mes jarrets en sont guéris ; 
si je fermois les mains, il n'y paroîtroit plus. Pour les 
eaux, j'en prendrai jusqu'à samedi : c'est mon seizième 
jour; elles me purgent et me font beaucoup de bien. 

Tout mon déplaisir, c'est que vous ne voyez point 
danser les bourrées de ce pays ; c'est la plus surprenante 
chose du monde : des paysans, des paysannes, une oreille 
plus juste que vous, une légèreté, une disposition*, enfin 
j'en suis folle. Je donne tous les soirs un violon avec un 
tambour de basque qui me coûte quatre sous ' ; et dans ces 
prés et ces jolis bocages, c'est une joie d'y voir danser 
les restes des bergers et des bergères de Lignon *. Il m'est 
impossible, toute sage que vous êtes, de ne vous pas sou- 
haiter à ces sortes de folies. 

Nous avons la Sibylle Cumée* toute parée, toute habil- 
lée en jeune personne ; elle croit guérir, elle me fait pi- 
tié. Je crois que ce seroit une chose possible, si c'étoit 
ici la fontaine de Jouvence. Ce que vous dites sur la li- 
berté que prend la mort d'interrompre la fortune est 
incomparable : c'est ce qui devroit consoler de n'être pas 
au nombre de ses favoris ; nous en trouverons la mort 
moins a m ère. 



a. Disposition^ qualité de qui est dispos, agile. 

3. Perrin a remplacé : « qui me coûte quatre sous, » par : <e à trhr 
petits frais. » 

4. Petite rivière, mais fameuse par le roman de rÂstrée.[liù*e dt 
Perrin,) — Voyez plus haut, p. 453, note a. 

5. Mme de Pëqiiigny. {Note du mif/it*-.) — Voyez la lettre précé- 
dente, p. 476. 



— 483 — 

Vous me demandez si je suis dévote ; ma bonne, hé- - ■ 
las! non, dont je suis très-fachée; mais il me semble que 
je me détache un peu de ce qui s'appelle le monde. La 
vieillesse et un peu de maladie donnent le temps de faire 
de grandes réflexions; mais ce que j'épargne sur le pu- 
blic , il me semble que je vous le redonne : ainsi je n'a- 
vance guère dans le pays du détachement; et vous savez 
que le droit du jeu seroit de commencer par effacer un 
peu Sichée* : vous savez la fable. 

Mme dé Montespan partit jeudi de Moulins dans un 
bateau peint et doré, et meublé de damas rouge par de- 
dans, que lui avoit fait préparer Monsieur Tlntendant, 
avec mille chiffires, mille banderoles de France et de 
Navarre : jamais il n'y* eut rien de plus galant; cette dé- 
pense va à plus de mille écus; mais il en fut payé bien 
comptant par la lettre que la belle écrivit au Roi dans le 
même temps, qui n'étoit pleine, i ce qu'elle lui dit, que 
de cette magnificence. Elle ne voulut point se montrer 
aux femmes; mais les hommes la virent à l'ombre de 

!. Morant, l'intendant. Elle s*est embarquée sur TAlIier, 
pour trouver la Loire à Nevers, qui la doit mener à 
Tours, et puis à Fonte vrault'', où elle attendra le retour 
du Roi, qui est différé par le plaisir qu'il prend au métier 
de la guerre. Je ne sais si on aime cette préférence. Je me 
consolerai facilement de la mort de Ruyter ', par la faci- 
lité qu'il me paroît qu'elle donne à votre voyage. N'est-il 
pas vrai, vous me priez de vous aimer tous deux ? que 
fais-je autre chose? Hélas! soyez-en bien persuadés, et 

6. \ojez dans Virgile le commencement du quatrième liTre de 
YÉnâde. 

7. Fontevrault n*ett qu*à une lieue de la Loire. (Npie de Perrm.) 

8. Il était mort le 99 ayril, sur son bord, dans la baie de Syra- 
cuse, des blessures quUl arait reçues dans le combat naval du 19. Son 
corps fut porté à Amsterdam. 



i<7< 



-484- 

VOUS, que je vous parie toujours sincèrement, et que dans 
les arrangements de ma pauvre petite maison, rien ne me 
peut incommoder que le refus que vous m*en feriez. 

Vous êtes bien digne d'être instruite des manières de 
la duchesse * ; cela passe encore tout ce que je vous en ai 
dit. Bayard m'est venu rendre compte du séjour qu'elle 
a fait chez lui ; enfin elle le mit au point qu'il crut qu'Q 
ne pouvoit se dispenser honnêtement de ce qui s'appelle 
la tourmenter dans son lit, et voyez la belle opinion 
qu'on a de sa vertu : il fut persuadé de tout ce qu'on dit 
des marécages par la défense qu'elle fit^*. 

Vous avez vu comme je suis instruite de Guenani'^ 
dans le temps que vous m'en parlez. Je viens de prendre 
et de rendre mes eaux à moitié : il est mardi, à dix heures 
du matin. G)mme je suis bien assurée que, pour vous 
plaire, il faut que je quitte la plume, je le fais, ma très- 
chère, vous embrassant de toute ma tendresse. 



547. DE MADAMB DB SÊVIGHÊ 

A MADAME DE GEIGHAH. 

A Vichy, jeudi an soir, 1 1* juin. 

Vous seriez la bienvenue, ma fille, de me venir dire 
qu'à cinq heures du soir je ne dois pas vous écrire : c'est 
ma seule joie, c'est ce qui m'empêche de dormir. Si j'a- 
vois envie de faire un doux sommeil, je n'aurois qu'à 

9. De Bristac. 

10. A cet alinéa Perrin a aubttituë ce qui sait : a Vous ai-je mandé 
ee que dit notre petite Coulanges de la guërison de la duoheaae, qui 
contiate à ne point rendre les eaux de Vichy ? Cela eat plaisant. • — 
Cest la répétition de ce qui a été dit dans la lettre du 4 juin, 

P* 479- 

11. Voyez tome II, p. 140, note 4. 



— 485 — 

prendre des cartes, rien ne m*endort plus sûrement. Si ^ 
je veux être éveillée, comme on Tordonne, je n'ai qu*à 
penser à vous, à vous écrire, à causer avec vous des nou- 
velles de Vichy : voilà le moyen de m*ôter toute sorte 
d'assoupissement. J'ai trouvé ce matin à la fontaine un 
bon capucin : Il m'a humblement saluée ; j'ai fait la ré- 
vérence aussi de mon côté, car j'honore la livrée qu'il 
porte. Il a commencé par me parler de la Provence, de 
vous, et de M. Roquesante, de m'avoir vue à Aix, de 
la douleur que vous aviez eue de ma maladie. Je voudrois 
que vous eussiez vu ce que m'est devenu ce bon père dès 
le moment qu'il m'a paru si bien instruit : je crois que 
vous ne l'avez jamais vu, ni remarqué ; mais c'est assez de 
vous avoir nommée. Ce médecin que je tiens ici pour cau- 
ser avec moi ne se pouvoit lasser de voir comme naturel- 
lement je m'étois attachée à ce père. Je l'ai assuré que s'il 
alloit en Provence, et qu'il vous fît dire qu'il a toujours 
été avec moi à Vichy, il seroit pour le moins aussi bien 
reçu. Il m'a paru qu'il mouroit d'envie de partir pour 
vous aller dire des nouvelles de ma santé : hors mes 
mains, elle est parfaite ' ; et je suis assurée que vous au- 
riez quelque joie de me voir et de m'embrasser en l'état 
où je suis, après avoir su celui où j'ai été. Nous ver- 
rons si vous continuerez toujours à vous passer de ceux 
que vous aimez, ou si vous voudrez bien leur donner la 
joie de vous voir : c'est là que d'HacqueviUe et moi vous 
attendons. 

La bonne Péquigny est survenue à la fontaine : c'est 
une machine étrange ; elle veut faire tout comme moi, 
afin de se porter comme moi. Les médecins d'ici lui 



LBma 547(reTne presque entièrement tur une ancienne copie). 
— I . Le manoBcrit porte : a elle est dam la parfiûte ; » ne faut-il pai 
lire : « je tnia dans la parfidte? • 



1676 



— 486 — 

disent qu^oui, et le mien se moquoit d^eux. Elle a poar» 
tant de Fesprit très-bien avec ses folies et ses foiklesses; 
elle a dit cinq ou six choses très-plaisautes. C'est la seule 
personne que j'aie vue, qui exerce . sans contrainte la 
vertu de la libéralité : elle a deux mille cinq cents louis 
dont elle ne veut pas en remporter un; elle donne, elle 
jette; elle habille, elle nourrit les pauvres; si on lui de- 
mande une pistole, elle en donne deux; je n'a vois fait 
qu'imaginer ce que je vois en elle. Il est vrai qu'elle a 
vingt-cinq mille écus de rente, et qu'à Paris elle n'en dé- 
pense pas dix. Voilà ce qui fonde sa magnificence ; et je 
trouve qu'elle doit être louée d'avoir la volonté avec le pou- 
voir ; car ces deux choses sont quasi toujours séparées. 

La bonne d'Escars m'a fait souvenir de ce que j'avois 
dit à la duchesse de l'embrasement du célestin* ; elle en 
rit beaucoup ; et comme vous vous attendez toujours à 
quelque sincérité de moi dans ces occasions, la voici. Je 
lui dis : a Vraiment, Madame, vous avez tiré de bien près 
ce bon père ; vous aviez peur de le manquer. » Elle fit 
semblant de ne me pas entendre, et je lui dis comme 
j'avois vu brûler le bon célestin : elle }e savoit bien, et 
Ae se corrigera pas pour cela du plaisir de faire des 
meurtres. 

Vendredi à midi. 

Je viens de la fontaine, c'est-à-dire, à neuf heures, et 
j'ai rendu mes eaux : ainsi, ma très-aimable belle, ne 
soyez point fâchée que je fasse une légère réponse à votre 
lettre; au nom de Dieu, fiez-vous à moi, et riez, riez sur 
ma parole ; je ris aussi quand je puis. Je suis troublée un 
peu de l'envie d'aller à Grignan, où je n'irai pas. Vous 

9. CVftt la leçon du manuscrit. On lit dans les éditions de Perrio : 
« de ce que j*aYois dit à la duchesse {de BrUsac) le jour de l'c^oibra- 
fement du célestin. » — Voyez la lettre du a6 mai précédent, p. 4^> 



-487 — 

me faites un pian de cet été et de cet automne qui me 
plaît et qui me convient. Je serois aux noces de M. de la 
Garde, j'y tiendrois ma place, j aiderois à vous venger 
de liviy ; je chanterois : 

Le plus sage 
S'entête et s'engage 
Sans savoir comment. 

Enfin, Grignan et tous les habitants me tiennent au cœur. 
Je vous assure que je fais un acte généreux et très-géné- 
reux, ma chère enfant, de m*éloigner de vous. 

Que je vous aime de vous souvenir si à propos de nos 
Essais de morale l Je les estime et les admire. Il est vrai 
que le inoi^ de M. de la Garde va se multiplier : tant 
mieux, tout en est bon. Je le trouve toujours à mon gré, 
comme à Paris. Je n*ai point eu de curiosité de question- 
ner sur le sujet de sa femme ^. Vous souvient-il de ce 
que je contois un jour à 0)rbinelli, qu'un certain homme 
épousoit une femme ? « Voilà, me dit-ii, un beau détail. » 
Je m'en suis contentée en cette occasion, persuadée que, 
si j'avois connu son nom, vous me l'auriez nommé. Vos 
dames de Montélimar sont assez bonnes à moufler* avec 
leur carton doré. Hélas ! cette pauvre cassolette qui vient 

3. Cest une allasion au livre de Nicole. Le chapitre in du traité 
àe la Connaissance de soi-metne a pour titre : a Idée confuse du moi^ 
prineipal objet de Tamour des hommes, et source de leurs plaisirs 
et de leurs ennuis. » 

4. Le mariage dont il s*agissoit ne se fit point, quoique t^^s- 
arancé. — M. de la Garde ëtoit fils de Louis Escalin des Aymars, 
hwon de la Garde, et de Jeanne Adhëmar de Monteil, tante de ]$t. dé 
Orignan. {Note de P«m/i.) — Voyez la Notice^ p. 3a8, et les lettres 
des 3o juillet et a8 décembre 1689. 

5. (c Moufle signifie [entre autres choses) gros visage, gras et re- 
bondi. — Mou fier, 'prendre le nez et les joues ensemble à quelqu'un, 
^ lorte qu*on lui fasse boursoufler les 'joues, (exemples:) On Ta 



167^ 



— 488 — 

de Rome» que vous honoriez tant que vous n*en vouUa 

' ' point, elle fut bien étonnée de se trouver à si bas prix. 
Il me semble qu'elle est assez bien placée là sur cette 
table. Mandez-moi des nouvelles de votre divin chapelet 
de calambouc*. Je reviens à ma santé : elle est très-admi- 
rable ; les eaux et la douche m'ont extrêmement pui^^ée; 
et au lieu de m'affoiblir, je me suis fortifiée. Je marche 
tout comme un autre ^; je crains de rengraisser, voila 
mon inquiétude ; car j'aime à être comme je suis. Mes 
mains ne se ferment pas, voilà tout ; le chaud fera mon 
affaire. On veut m'envoyer au Mont-d'Or, je ne veux pas. 
Je mange présentement de tout, c'est-à-dire, je le puis, 
quand je ne prendrai plus les eaux. Personne ne s'est 
si bien trouvée de Vichy que moi, car bien des gens pour- 
roient dire : 

Ce bain si chaud, tant de fois éprouvé. 
M'a laissé comme il m'a trouvé. 

Pour moi, je mentirois ; car il s'en faut si peu que je 
ne fasse de mes mains comme les autres, qu'en vérité ce 
n'est plus la peine de se plaindre. Passez donc votre été 
gaiement, ma bonne ; je voudrois bien vous envoyer pour 
la noce deux filles et deux garçons qui sont ici, avec le 
tambour de basque, pour vous faire voir cette bourrée. 
Enfin les Bohémiens sont fades en comparaison. Je suis 
sensible à la parfaite bonne grâce : vous souvient-il quand 
vous me faisiez rougir les yeux à force de bien danser ? 
Je vous assure que cette bourrée dansée, sautée, coulée 

moufle, c^ettun Yrai risage à être moufle.» (fiUtionnmre de tAoÊtié- 
mU de 1694.) 

6. Voyet tome II, p. 493, note i5. Le mot, comme le dit cette 
note, a diverset formes ; au tome II, il est écrit eaUmbour. 

7. Un autre est la leçon du manuscrit. Voyes au tome I du Cor- 
neille de M. Blarty-LaTeaux, la note a de la p. aa8. 



-489 — 

naturellement, et dans une justesse surprenante, tous ^ 
divertiroit assurément*. Je m^en vais penser à ma lettre 
pour M. de la Garde. 

Adieu , ma très-chère et trop aimable, je vous em- 
brasse tendrement. Je pars demain d'ici ; je m'en vais me 
purger et me reposer un peu chez Bayard, et puis à 
Moulins , et puis m'éloigner toujours de ce que j'aime 
passionnément, jusqu'à ce que vous lassiez les pas néces- 
saires pour redonner la joie et la santé à mon cœur et i 
mon corps, qui prennent beaucoup de part , comme vous 
savez, à ce qui touche l'un ou l'autre. 

Parlez-moi de vos balcons, de votre terrasse, du meu- 
ble de ma chambre, et enfin toujours de vous : ce vous 
m'est plus cher que mon mo/, et cela revient toujours à 
la même chose. 



548. DE MADAMB DE SÈYIGIffe 

A MADAME DE GRIGNAU. 

A Langlar, chez M. Tabbé Bajard, lundi 1 5* juin. 

Jb vins ici samedi, comme je vous Tavois mandé. Je 
me purgeai hier pour m'acquitter du cérémonial de Vichy, 
comme vous vous acquittiez l'autre jour des compliments 
de Provence à vos dames de carton. Je me porte fort 
bien : le chaud achèvera mes mains ; je jouis avec plaisiret 
modération de la bride qu'on m'a mise sur le cou ; je me 
promène un peu tard ; je reprends mon heure de coucher ; 

8. Tel ett le texte du manatcrit : la phrue commence pery« poiu 
•uure et finit par tusmrémênt, Nonii ne nous pennettoni d*efiacer au- 
cune de cet preuYet d^abandon et de négligente aiiance qui se ren- 
contrent ça et là, et qui, it elle* témoignent d^unehfite parfois excet- 
•ive, relèvent en même tempa le charme et tout le prix de cet lettres, 
en excluant toute idée de recherche et d*apprèt. 



ity6 



— 490 — 

mon sommeil se raccommode avee le matm; je ne sois 
plus une so^te poule mouillée ; je conduis pourtant très- 
sagement ma barque ; et si je m*égarois, il n*y auroit qu^i 
me crier : rhumatisme ! c'est un mot qui me feroit bien 
vite rentrer dans mon devoir. Plût à Dieu, ma chère en- 
fant, que par effet de magie blanche ou noire, vous pus- 
siez être ici ! Vous aimeriez premièrement les solides ver- 
tus du maître de la maison ; la liberté qu*on y trouve pins 
grande qu'à Fresnes^, et vous admireriez le courage et 
l'adresse qu'il a eue de rendre, une affireuse montagne, la 
plus belle , la plus délicieuse et la plus extraordinaire 
chose du monde. Je suis sûre que vous seriez frappée de 
cette nouveauté. Si cette montagne étoit à Versailles, je 
suis sûre qu'elle auroit ses parieurs contre les violences 
dont Fart y opprime la pauvre nature dans l'effet court 
et violent de toutes les fontaines. Les hautbois et les mu- 
settes font danser la bourrée d'Auvergne aux Faunes d'un 
bois odoriférant, qui fait souvenir de vos parfums de Pro- 
vence ; enfin, ma fille, on y parle de vous, on y boit à 
votre santé : ce repos m'a été agréable et nécessaire. 

Je serai mercredi à Moulins, oii j'aurai une de vos let- 
tres, sans préjudice de celle que j'attends après dîner. Il 
y a dans ce voisinage des gens plus raisonnables et d'un 
meilleur air que je n'en ai vu en nulle autre province; 
aussi ont-ils vu le monde et ne l'ont pas oublié. L'abbé 
Bayard me paroît heureux , et parce qu'il l'est, et qu'il 
croit l'être. Pour moi, ma chère Comtesse, je ne le puis 
être sans vous ; mon âme est toujours agitée de crainte, 
d'espérance, et surtout de voir les jours écouler ma vie 
sans vous et loin de vous : je ne puis m'accoutnmer à k 



Lettre $48 (revae en grande partie sur une ancienne copie). — 
I . Chez MmedaPlettit Guënégaud . Voyez tome I, p. 498, la lettre 
du i*r août 1667. 



— 49» — 

tristesse de cette pensée ; je voifl le temps qui coule et qui 
vole, et je ne sais ob vous reprendre. Je veux sortir de 
cette tristesse par un souvenir qui me revient d*un homme 
qui me parloit en Bretagne de lavarice d'un certain 
prêtre : il me disoit fort naturellement : « Enfin, Ma- 
dame, c^est un homme qui mange de la merluche toute sa 
vie, pour manger du saumon après sa mort. » Je trouvai 
cela plaisant, et j*en fais l'application à toute heure . Les de- 
voirs, les considérations nous font manger de la merluche 
toute notre vie, pour manger du saumon après notre mort. 



Je viens, ma fille, de recevoir votre lettre du lo* : je 
vous en remercie toujours par Textrême plaisir que vos 
lettres me donnent. Je n'ai plus les mains enflées, mqfs 
je ne les ferme pas; et comme j'ai toujours espéré que le 
chaud les remettroit, j'avois fondé mon voyage de Vichy 
sur cette lessive dont je vous ai parlé, et sur les sueurs de 
la douche, pour m'ôter à jamais la crainte du rhumatisme : 
voilà ce que je voulois, et ce que j'ai trouvé. Je me sens 
bien honorée du goût qu'a M. de Grignan pour mes let- 
tres : je ne les crois jamais bonnes ; mais puisque vous les 
approuvez, je ne leur eu demande pas davantage. Je vous 
remercie de l'espérance que vous me donnez de vous voir 
cet hiver; je n'ai jamais eu plus d'envie de vous embras- 
ser. J*aime l'abbé de vous avoir écrit si paternellement : 
lui qui souffre avec peine d'être six semaines sans me 
voir, ne doit^il pas entrer dans la douleur que j'ai de 
passer ma vie sans vous, et dans l'extrême désir que j'ai 
de vous avoir ? 

On dit que Mme de Rochefort est inconsolable. Mme de 
Vaubrun* est toujours dans son premier désespoir. Je vous 

*. Voyez ci-dcMut, p. 17, note 11, et p. 117. 



tS76 



i«7« 



— 492 — 

écrirai de Moulins. Je ne fais pas réponse à la moitié de 
votre aimable lettre ; je n'en ai pas le temps ; mais en vé- 
rité je vous aime bien parfaitement. 



549. DB MADAME DE SÉVIGHÊ 

A MADAME DE GBIGHAK. 

A Moulins*, jeudi 18* juin. 

Puisque vous m'envoyez vous écrire plus loin, ma trés- 
chère, etqu'une réponse de quatre jours vous incommode, 
hélas! je vais donc m'éloigner, mais ce ne peut être saii5 
douleur*, ni sans faire toutes les réflexions que noas 
ayons déjà faites sur les lois que l'on s'impose, et sur le 
martyre que Ton se fait souffrir, en préférant si souvent 
son devoir à son inclination : en voici un bel exemple. 
Pour m'ôter cette tristesse , j'avoue , ma bonne , qoe 
j'emporte l'espérance de vous voir cet hiver. ^ 

Ruyter est mort; je laisse aux Hollandois le soin de le 
regretter : vous m'en paroissez plus libre de quitter votre 
Provence. Les voyages sur la côte sont (acheux; celui 
que M. de Grignan doit faire encore' n'est pas commode. 
Nous tacherons de vous laisser respirer à Grignan jusqu'au 
mois d'octobre : c'est pour ne pas interrompre ce som- 
meil que je n'ai point voulu que vous vinssiez à Vichy, 
et d'autres raisons encore que je vous ai mandées. Je 
crois donc que vous voudrez bien me donner cette preuve 

LnTBB 549 (reTue en partie nir une ancienne copie). — 1> ^ 
mot a été singulièrement défiguré dans Tédition de la Haye : au lieu 
de : A Moulins^ on a imprimé : A mon JJprjr, 

9. Dans les éditions de 1716 : « mais ce n^est.peut-^tre pasito* 
douleur. 9 

3. Pour la surreillance des o6tes de Provenoe? 



-493 — 

d^une amitié que je crois vive et sincère, et qui seroit uu 
peu trop rude, si vous ne m'en donniez cette marque. 

Je partis hier de Langlar. La bonne princesse^ m*a- 

voit envoyé un laquais, pour me dire qu'elle seroit ici 

maidii6'. Bayard, avec sa parfaite vertu, ne voulut jamais 

comprendre cette nécessité de partir ; il retint le laquais, et 

m'assura si bien qu'elle m'attendroit jusqu'au mercredi, 

qui étoit hier, et que même il viendroit avec moi, que je . 

cédai à son raisonnement. Nous arrivâmes donc hier ici ; 

la princesse étoit partie dès la pointe du jour, et m'avoit 

écrit toutes les lamentations de Jérémie ; elle s'en retourne 

à Vitré, dont elle est inconsolable; elle eût été, dit-elle, 

consolée, si elle m'avoit parlé : je fus très-fachée de ce 

contre-temps ; je voulus battre Bayard ; et vous savez tout 

ce que l'on dit. 

Nous avons couché chez Mme Foucquet, où une fort 
jolie femme de ses amies nous vint faire les honneurs. 
Ces pauvres femmes sont à Pomé, une petite maison 
qu'elles ont achetée, où nous allons les voir après dîner, 
le vais dîner à Sainte-Marie, avec le tombeau de M. de 
Montmorency, et les petites de Yalençay *. Je vous écrirai 
de Pomé de grandes particularités, qui vous surprendront, 
de Mme de Montespan : ce qui vous paroîtra bon, c'est 
que ce seront des vérités, et toutes des plus mystérieuses. 
Bayard est de ce voyage : c'est un d'Hacqueville pour la 
probité, les arbitrages et les bons conseils, mais fort mi- 
tigé sur la joie, la confiance et les plaisirs. Il vous révère, 
et il vous supplie de le lui permettre, en faveur de l'a- 
mitié qu'il a pour moi. 

4* Dans les ëditionft de 1726 : «La bonne princesse de Tarente. » 
—On y lit immédiatement avant : Langiure^ au lieu de Langlar. 

5. Voyez tome II, p. 68, note 8, et plus haut, p. 449) ^ lettre 
du 17 mai. — Deux lignes plus loin, les éditions de Perrin donnent 
QttOA/o, au lieu de Mme de Manietpan^ 



i67« 



167^ 



-494- 

Si vous recevez une réponse du maréchal de Lorges, je 
vous prie de m*en faire part, pour savoir si on est bien 
aise quand on est content* : en attendant, je vous dirai 
que celui-ci'' a trouvé par sa modération ce que Tautre 
ne trouvehi peut-être jamais avec toutes les grâces de la 
fortune. Il est aise, parce qu*il est content, et il est con* 
tent, parce qu'il a Tesprit bien fait. Vous me disiez Taa- 
tre jour des choses trop plaisantes sur le maréchal de 
Rochefort, qui a voit obtenu lout ce qu*il avoit souhaité et 
qui malheureusement avoit oublié de souhaiter de ne pas 
mourir sitôt. C'étoit une tirade qui valoit trop : on ne fini* 
roit point; je les sens toutes, et je ne dis plus rien. 

Vous me demandiez Tautre jour s'il étoit vrai que la 
duchesse de Sault' fût un page; non, ce n'est point un 
page ; mais il est vrai qu'elle est si aise de n'être plus à 
Machecoul* à mourir d'ennui avec sa mère, et qu'elle se 
trouve si bien d'être la duchesse de Sault, qu'elle a peine 
à contenir sa joie ; et c'est précisément ce que dbent les 
Italiens, /lo/i puh capire^^. Elle est fort aise d'être con- 
tente, et cela répand une joie un peu excessive sur toutes 
ses actions, et qui n'est plus à la mode de la cour, où 
chacun a ses tribulations, et oii l'on ne rit plus depuis 
plusieurs années. Pour sa personne, elle vous plairoilsans 
beauté, parce qu'elle est d'une taille parfaite et d'une trcs- 
bonne grâce à tout ce qu'elle fait. Je suis toujours en peine 
de notre cardinal ; il me cache ses maux par l'intérêt qu » 

6. Allusion à la réponse de Mme de U Vallière à Mme de Moo- 
tespan. Voyci la lettre du 29 arril précédent, p. /^^^.(lloteéêti»' 
tion de 1818.) 

7. Sans doute Tabbé Bayard. 

8. Voyez la lettre du 8 arril précédent, p. 400. 

9. Beau château du duché de Retz, à huit lieues de Nantes, w^ 
les bords du lac de Grand-Lieu. Le château de Macbecoul est situ 

' dans la ville de ce nom. 

10. (Elle) ne peut se contenir. 



-495- 

5ait qù/e j*7 prends; mais la oontXMiation de ce mal de ' 
tête me déplaît. Je me porte trèft-lrien ; j'attends du chaud 
la liberté de mes mains ; elles me servent quasi comme si 
de rien n'étoit; j'j suis accoutumée, et je trouve que ce 
n'est point une chose nécessaire que de fermer les mains : 
à quoi sert cela ? C*est une vision, quand il n*y a personne 
à qui Ton veuille serrer la main. Ce m'est un reste de 
souvenir de ce mal que j'honore tant, et dont le nom 
seul me fait trembler. Enfin, mon ange, ne soyez plus en 
peine de moi; ce qui me reste pour ma consolation dé- 
pend de vous. Je vous écrirai encore d'ici une lettre que 
je vous annonce, et que vous aimerez ; je vous embrasse 
avec la dernière tendresse. Bonjour, Monsieur de Gri-^ 
gnan, et les pichons. 



1696 



55o. DE MADAME DE SÉVIGKÉ 

A MADAME DE GHIGlIAff. 

A Pomë, samedi 20* juin. 

Vous me parlez encore de la rigueur que j'ai eue de ne 
vous avoir pas voulue à Vichy : croyez, ma fille, que j'en 
ai plus souffert que vous ; mais Dieu ne l'a pas voulu : la 
Providence n'avoit pas rangé les choses pour me donner 
cette parfaite joie. J'ai eu peur de la peine que vous don- 
neroit ce voyage, qui est long et dangereux; et par le 
chaud c'étoit une affaire. J'a vois peur que ce mouvement 
n'en empêchât un autre; j'avois peur de vous quitter, 
j'avois peur de vous suivre; enfin, ma fille, je craignois 
tout de ma tendresse et de ma foiblesse, et je ne pouvois 
qu'en votre absence préférer mon oncle l'abbé à vous. 
Je n'ai été que trop occupée de notre voisinage : il m'a 



1676 



— 496 — 

fait^ pour le moins autant de mal qn^à tous, et qndqae- 
fois jusqu'aux larmes. Ne vous moquez point de moi, je 
vous en conjure, et contez à Montgobert mes tristes mi- 
sons, afin qu'elle les comprenne, qu'elle me plaigne, et 
qu'elle ne me gronde plus. Voilà ce que je voulois encore 
vous dire pour faire honneur à la vérité : faites-en, ma 
chère fille, à l'amitié que vous avez pour moi, en me ve- 
nant voir : l'envie que j'en ai passe tout ce que je pais 
vous en dire; mais parlons d'autre chose. 

Je suis ici de jeudi, comme je vous l'ai mandé ; je m'en 
vais demain à Moulins, d'où je ferai partir èette lettre, 
et en partirai moi-même pour Nevers et Paris. Tonte la 
sainteté du monde est ici ; cette maison est agréable; la 
chapelle est ornée. Mes pauvres mains, si elles me faisoient 
quelque jour retourner à Vichy, je vous assure que je ne 
me ferois pas des cruautés comme cette fois. Corbinelli me 
trouve un peu enrôlée dans la sacrée paresse * ; mais je ne 
sais si ma santé ne me rendra point ma rustauderie : je 
vous le manderai, afin que vous ne m'aimiez pas plus qne 
je ne le mérite. 

Je vous loue extrêmement de l'envie que vous avei 
d'établir le pauvre baron'. Quand je serai à Paris, nous 
tâcherons de seconder vos bons commencements. Ne 
sommes-nous pas trop heureux* que la campagne jus* 
qu'ici soit si gracieuse? Je crains bien un détachement 
pour l'Allemagne. Vous n'êtes pas présentement dans 
l'ignorance de la mort de Ruyter, ni de la prison du 



Lrthb 55o. — I. Dans rëdition de 1784 : a cette pem^ «"• 
fait. » 

1. Voyez rapoatille de Corbinelli, à la suite de la lettre du 17*^ 
précédent, p. 4i3. 

3. Charles de SéTÎgné. 

4. Dans rëdition de 1754, on lit : heureuses^ pour heureus^ et à U 
ligne suirante : douce^ au lieu de gfàêtuê. 



pauvre Pfiiinrtief^. Tiimireiiaî «sâcs lAl poiar vmis ni' 
struire de toutes eeé tnigiqnes hiftoires. Je soubMlei-niR 
filk) <{ue*Tdtn»petiterri'nèTe*puiMe tous fournir de Teau 
^nr TOUS iNligiierfndcheiiteiit, earîl y a d*étninge« ma- 
nières de se baignera Vichy. 

A .Moulios» .difl^nche au soir A I * j«ûu 

Quel bonheur, ma très^hère, de recevoir votre lettre 
dtt 17*, en arrivant de Pomé, ob j*ai laissé les deux sain- 
tes ^ !Tài amené MUe Foucquet, qui me fait les honneurs 
de chez' sa mère; elle s'en retournera demain matin, 
quand je partirai pour aller coucher à Nevers. Je crois 
que, quelqae joie que Ton puisse avoir en recevant vos 

5. Pierre-Loiiitcle Reîcb, téignènr de Penantier (terre ntiiée au 
bord jde l!Aude, piès deCarcaMonae), reterenr {général da elctfé 
(1669) jct.tréiorijer de k bourse des états de Ijsngaedoc : cette dfir- 
nière charge ëtait^dans sa famille depuis i65o; il Texerça environ 
soixaute ans, s*en démit en janvier 171 1, et mourut au mois d^août 
delà mette année. « Penautier, dit Saint-^imon (tome IX, p. 418), 

- mourat fort vieux ^a Languedoc. De petit caissier, il étoit devenu 
tiésorier du clergé, et trésorier des états de Languedoc, et prodi- 
gieusement riche. C^étoit un grand homme, très-bien fait, fort galant 
et fott magnifique, respectueux et très-obligeant \ il avoit beaucoup 
dVsprit et il étoit fort mêlé dans le Monde; il le.fut aussi dans l'a^ 
faire de.UBfsmviUiers et des poisons, qui a fait tant de bruit, et mis 
ta prison avec grand danger de sa vie. Il est incroyable combien de 
gens, et des plus considérables, se remuèrent pour lui, le cardinal 
Bouii à Iftt^te,- fort en faveur aJors, qui le tirèrent d^affaire. D con- 
•erra longtemps depuis ses eiuplois et set «nus; et quoique sa répi»- 
tation eût fort souffert. de son affaire, il demeura dans le monde 
comme s'il n'en avoit point eu. » — Voyez le chapitre xvi du 
tome XIU de VSlstoire de France de M, Michelet. 

6. Le cotettt de ûrignan domine une plaine airoaée par les petites 
rivières de Berre et de Lez. Voyez Walckenaer, tome IV, p. 48. 

7* La jnèreet la femme de Foucquet : la première, Afariede Ifan- 
peou, veuve de François Fouoquet, vicomte de Vaux, mouvut 
M i$8i, à qiiatre-^ingtronxejmsvla seconde,. Marie-flfadeleine de 
CastiUe, OMiirut en 1716, à qnatra^vingl^^tniis «m. 

s SévAsi. rr 3a 



idf'tt 



upvûsae AHWipéut cUm, 

VoiHp»§»iBi9FJ/^Mê*éa moi 4m Smmi fid^mttraU. Il 

ture de ridiculité dans cette «plfiAfewiiWr: Jblrc^teie&tirQp 
grave pour cette bigairure, mais nous en faisons un très- 
bon uMige. ^om nie fMMgMz-GtîgBlÉn d^une beauté sor- 
e^ffnanf^;, e^ Jl;»ie]i4 a^rje îprtçwftdje d^ qflçJf.dcGri- 
ipaaii, ayçcsa dpii^ce^, û^it t/Qi;gi*ui:f^ pf}éçiff^nifat4oat.fe 
qnil veut? Nf jos ayo^euJi^^^erjf^èioe :ifs peables, 
lV^jpein^nre3,4es€bfjnf^ii>^eis demasbre n'^u^relles'pisété 
leifT train? Je fie doute ppint qnfi tout, cçla.i^ soit jparfai- 
i^py^ bien ; ce jQ,*j^oit;,pa3 là motce. diBEicultç; jpo,ais où 
a-t-ii tant d'argent , ma fille ? c'est la magie noire. 

Jte^voH^oonyuse de ne me pas manquer, cet Uyer;jeiie 
^piitt »fokrdMiUeaoite»d'inmiBMdite qmr.cM^de ne vous 
avoir {las. Toilà ptt mon counige nfdbandontferôit. Mt 
chère enfant^ ne laissez^pas finir ma vie sans ^e donner 
K joie dC'WM enbvassw tcndremaMt. Powr m^mmsA, 
««Ho» ne me foM^int ée^mal'; ^lft»^€K>flt înfernMlbtes en- 
core; mais je mange I et je nï'èn sers assez pour n'être 
'^uasi plus incommodée : je ji'al,plus.l^ir maWe, je ^^ 
i%9tim AaU i êêii nm : nfonaoïc le venkakpaacraiBe. 
' ¥oti8 'ne gagnèK qne des vîetdtreè sorvtolSre nrer r je 
suis assurée ijue dlBacqiji'eyitle vous renverra votre rela- 
tion! ; car je ue-crw pa^^qu'il puisse so«ffirir ^ail soit ai 
f^fùkok «MM ilm ak appfis^qnekque ehote. On ne peut rm 
de^lirs phissmt que ce que vous «fite^surie maréchal de 
Vivonne, et la prévitio» qui lui à Fait avoir cette liignité . 
Yoîlà CoriNaeUi bien mvi de cdsibeufiatta i 



1. Sk f^M'tiia, «tww ik^^4mm kiiésK édiûoù» 40 tafia, le» 
lamUt qûrneus aiem^OMervé^eetle leter». 

^ La wàÊméébél de YMomu^mcMoi es Skifo, my^alTmiâti 
Du^ttctue soui^Mi Mt d iu^ ^arate «Hporté le s^oia wMivûstoîie ^ 



et dff, 4V^Ç vW*fJ?«^Ç* qw'il ^9(8SPi^ 4^» .votre, ajfpw'-' 
tew^^t^.vouaji^vicp'^pup Wle.p^9,é^^^ wafiUe, il 

rab^ié mtjriirdi» guiji^,^ gi»il|p,guç,|p,p^us,tfud gu'il 
piBut..Aicy»tv,biei[i^ ép]:is.de, YQtrç, méritje; c*Qat j^ ^i;(le 
gxsif^ iïpi^éguf^uCie^ iI,yQus,^ai,af l^sjp(iafa9 mii}^ fois. 
Mxa#\3 J^QUCguçt i9*o]pj(,pI;v*r|^^.fîe Jkwsj^wits Wûipli- 
ments. Àdieiji^}^]}^ ft i^^k^j^ysm gittVe,pQur, eii- 
tretef^. Aft compagf^is. Je, yaa3 éf^^ 4^9 cjteixiias. Je 
YQttf aiipie;, ej^ véritp, 4^ I9ut.ee ^Uf;,fff|Oia fujaur f»t ,ca- 
pable d^aiiDjer, 



1676 



'55 1. — DB MADAME DE SÈVIGNÊ 
A MADAME DIB GAipilAN. 



Jb m^ennuie, ina^très^cHère, d^êtrë si lougiemps sans 
vous écrire. Te vous ai écrit deux fois^de Moûfins ; mais 
il y a déjà bien loin d*ici à 'Moulins, 'Je' commence à 
dater mes lettres de la distance gue vous voulez. Nous 
partîmes donclùndide ceite'bonne viUé : jiou^ avons eu 
des clîaleurs excessives. Je sais bien assurée gue vous 
n'avez point d^eau dans votre petite rivière , puisque 

cî^ve iiir:|eft<9aaRlMst««mgttole «t lMAÉiidaitêHi«MI0ts4 là rade 
de Païenne; douze Taisieaux de guerre et tix galères furent brûlés ; 
de sorte qa^il ne resta plus de forces ennemies dans la Méditerranée. 
I« G^zem^ en'donùai^ dans son numéro àù. iio juin la première 
nouTéUe de la rictolre, ttit que a cette àctioÀ' eslia plus grande, la 
l^os glorieuse' et la plm importante «joi èe soit j^assée sur mer depuis 
1^ batdlle de Lapante. »' Vojrëz V^toire de Loti^ls par Af. Housset, 
tome îl, J». 4a|jj ... 



— Soo ^ 

■ ■ ■ notre belle Lotre est emtèremeirt fc'séfc eti jihisieiin 

' endroits. le ne comprends^ pas edmme «aront fiut 

' Mme de 'Môntespan et Mme de Tarente ; elles auront 

' glisse sur le sablé. ICdus partons & quatre heures du mt- 
tin; nous nous reposons longtemps à la' dinée;'nottS dor- 
mons sur la paille et sur lés coussins du carrosse, pour 
^▼iter les inèoinmoditës dé fêté. Je suis d*ane paresse 
digne dt la Vôtre par le chkud ; je ivous tiendrais com- 
pagnie à causer sUrun lit,' tant que terre nou^ pourroit 

" porter. J*al dans la tête la beauté de vos appartements; 

~ vous aviez été longtémjps i me les dépeindre. 

Je crois <j[ue si nous y étions, vous m*expHqueriex^ ces 
ridicules qui viennenît des défauts de T&me : je les devine 
à peu près. Je suis toujours d'accord de mettre au premier 
rang du bon ou du mauvais tout ce qui vient de ce c6té-la : 
le reste meparoît supportable, et quelquefois excusable; 
les sentiments du cœur me paroissent seuls dignes de 
considération'; c*est eu leur faveur que Ton pardonne 
tout : . c*tst^ un fonds qui oou9 console, et qui nous paye 
de tout; et ce n'est donc que par la crainte que ce fonds 
he soit altéré, qu'on est blessé de la plupart des choses. 
Nous parlerions encore de vos beaux tableaux, et de 
la ..mort extraordinaire de Raphaël d'Urbin* j je ne l'eusse 
pas imaginée, non plus que le chaud de la Saint-Jean : il 
j a plus de dix ans que j'a vois remarqué qu'on se chanf- 
foit fort bien aux feux qu'on y fait; c'est sur cela que 
j'avois compté, et que je me suis mécomptée. Les me- 
defiiasap|ieUent l'opiniâtreté d^ mes mail», un.ieste de 

Lettee 55 1 (renie en grande partie «wr une ancienne copie)»-* 
I • A Je crois que sur ce Ut tous m'expliqueriez. » {Édition de l'jW 

s. Ce peintre ti renommé mourut (rn iSao) à Fâge de trcDte-iep^ 
ans, d'un excès que lui fit faire son goût déréglé pour les femme»» 
(Notede Perrin.) Un jour qu'il avait été saisi d'une fièTrenolante, dont 

il cacha la cause, ses médecins ordonnèrent une saignée qui le ^'' 



rhumati5ii(ie. un peu difficile a persiiadier;; maû yoicî uo ■ ^ 
chaud (jQii dpîl (oo^yaiiiqrç de tout. Je $^b ^llei?t^nt en ^ 
train de su^, q^^. j^ sue toujours, et la bon^ç d*]Escars 
n'ose mp proj^afir d*ôter des habits,; parce quWle dit 
que j'aime à suef . Il est vrai qu'U me reste cfi^core la fiiu- 
taisiede croire «jue j'ai froid quaiy! je n'ai pus extrême- 
ment chaud : cela s'en ira avec . la poule n^ouillée, qui 
prend tous les jours congre de moi. Nous pensions être 
vendredi à Vaux*, et passer une soirée divine; mw je 
crains que nous n'y soyons que saniedi. Je vous éçriiiJ 
encore,, car c'est ma seule joie, . • i 

Mme de la Fayette me mande que Guenani est refichée^ 
à Mau})uisson ' ^ et qu'elle est aimable^ sans être belle* Elle 
est vive, douce, complaisante, glorieuse çt folle : ne la, 
reconnoissez-vous pas, vous qui êtes une de ses plus an- 
ciennes connoissances ? Si vous eussiez cm qu^élle eût été 
en tiers, vous auriez augmenté votre pitié. Je ne, sais pour- 
quoi vous dites que cette histoire est répandu,e, je ne le 
trouve point ; je ne vois personne qui m'en parle : cela 
deviendra faux, comme mïïle autres choses. Le goût que 
Sa Majesté prend pour le métier* pourrpit bien faire cet 
effet. Et qu'est-il que le temps ne dissoudé P comme disoit 
Scarroh. La pauvre bonne amitié est bien plus durable; 
il est vrai que ce mot de passion étemelle faisoit peur à 
une certaine beauté du temps passé ; son pauvre amant lui 
protestoit, croyant dbre des merveilles, qu^ii Taimeroit 
toute sa vie : elle Tassura que c''étoit pour cela seul qu'elle 
ne l'acceptoit pas, et que rien ne lui faisoit tant d'horreur 

3. Yoyea k Itttte êm x** juillet taivaati p. 5o5. 

4. n y a <#/ refriehée dans le manuscrit, eêt rttoumée cUnâ la ■»» 
^^nèm éîlitioii de Ferriiiy et simplaneat têt dan§ la premièrei 

5. AMnye de Tordre de Ctteaux, près de Pontoise. 

6. Dans Les deux ëdîtioas de Perrin : c Le ^ût ^e Sa Majesté 
pKnd au métier de la guerre. 



— Soi* — 



— T-T que hi'fèMëë d'htë Àimèe\6iïfflmfi''^%iiih méhfe per- 
' sbmeJ Vous vdTë^ cJomttè Fék àvf ji ibiA dîfftffenfsi 

B y aVoM'ilfa j>âirent dé f âbbe'Uayàrai quî'eloiV avec 
noiks à^Latïglàr; s*il y êflt' été du ténip^^e m âiicliésse\ 
il éfft Ae fort digne q'i!i''eilë eût tireidfessti^ : elle ii*avoît 
rieà trouvé *dt ki bôVi rfainis' tôilt ïoH vdyigè.'TI ne àîi et 
né fiiit rlètï â^giticïi'ej'il est jëûni et j6lî, et Jànse la 
bourrée!; îf'ffiit dfes ch'ànsoiJs avec une' (keillt^ s^irpre- 
ndinte.'ll Vïitt liiie lafdè féihine tlôus voir, qu'bii^soup- 
çôtinè d'être cbqtxéiiii i vôîcl ce qull dfl tôué <fe"*uftc à 
Boyard, et qui me revint pat* ltii;*(iài* l!è''peirt hotnnié e^ 
joH^ et Scraignoltd^oflfeniér Àies'iihâstês oretttcîi l'Je crains 
encore pïiis cèlîé^ dé M.'tfé Grîgfnaù; ttiaii* ott Périra 
Blriar^ tout èe qui àé présente. 'CTéàt êiir Taif. 1'.'. ' 

f M . * j l'i . • M.) .'. • n ■ !. .; .. 

. .1 OQfiii|iges*.p'eAt.p?f& ma^dbile.f , , ,. . .. 
Ç^and U »'agit dç prendi^ un C|^^ 
Si ce n'cjst celui du pupille, 
' "(rfeètcfeluidèsotigouvêmear:' ' ' ' 

J(p YQU^ prie 4^ \ie pas le jnii^^e;* jU;aiuerde. nao^ écri- 
tu?:e : H, ep, a.fi^ii p^usiewa .aji^u:^ plein^^* de yiyacûé; 
mais je crajins qii^.voufl^n|^n s^cjuçz jias Tair.. Voili bien 
abuser ^ y9(us^.jq(ui cbère lUl^j^ji^ &Ut W^ JÇ *^Vf ^^^^ 
persu$Mdé^, et de\v^Qt]ro ^p^tié^ ejtidç.yptjre Ipisir. Je ne 
sais ^uçunç nouveiifle. Ce que ypus ajirez.dif.smr la prévi- 
sion i\n Hoi à Veg9f)^.du.,^ère,jd^ Quapto^^.est yjx sujet 
de» pié^itaûou adiniraHe^. Je.. médite a«s^i fort, souvent 
sifx.U j^i^ ef reqpc,^)L;ançe (Je,youîj,yoir. à Paris. 

7. De Brissac. 

8. Ce nom est dant h dNMUMrir^ <1i»ëdfti«l8 ^Ai'PeiviaWea daki- 
D— t que la p m inî èw litre. 

9. G*cilirletteate*>dtt iMDiMntiçle^lMÎn'tAèiqfftl^^ 
de chansons, <* » • 

^•viLeaianfohal^ TiTonne. VoftK laéttire pvéoédBMtc^ f». 4^. 



'Sus ' 



>f • ,A!ienièin,:i«iHknliséi*ji 

Je dfefié volfre "Provence d*elré plus embrasée que ce 
pays : nous snroixs cteplus la désolation Je ^epom^ espé- 
rer de Bise.' Ma cliêré fifle, nous marchons quasi toute la 
nuit, et nous^ 3i)pns lé joi^ç, jMes chevaux tjpmoîçnèrent 
hier qu'ils seroieht bien aises de se reposer à Montargis : 
nous y fftmes le re^te du jour. îfous y étions arrivées à 
huit hetocs*; c*ëst un plaisir de voir Jever Taurore, et de 
dire dévotement les sonnets qui la fepréiien tentai Nous 
passâmes le soir voir Mme de JRennès*, qui ^st gouver- 
nante de la ville et de son mari, qu'ion appelle pourtant 
Monsieur Ife gouverneur : elle me vînt prendre a mon 

(Éaition de 1754.) 

9. Ee MMmet'd^ la èelte màtinetuede SfalleTilIè^ ëtâlt i1oiv't^rèt< 

Aiiif|«rdi|p. if|9%tQmtlII, f.(Hi)»0eaviM>i«dtp94taii«Wf9«U!iâé 
le même sujet. Npus arons tu et cité au tome II, d. s83^ et note 4/ 
la fin àvL sonnet He Voiture. 

3; ' Le'nMH ék Mfete ék Plennès /sppdWt' HiniH Camier, ocAnté 
^CbapcUM ; il éÊmtiéeuf^'mêàKmte de la inàkmÊieté'OàéêÊÊL 
« Urne de Fiennet.... s^appeloit autrefoia Mlle de Fruges^qui aroit 
été nourrie fort petite à la cour, où étant derenue yieille fille, elle 
épousa par amour le fils de la. nMivric» d« la'rela» d'Atogleteme, 
wwMBé éepC l w pdl ai^ sor.lwvéfMtatimi qa'WmfmkMnefovmtvide 
fdna'gmndte» nMot- «orporaUaa q«# de ipbteallas^ dta^Harall» 
•«ait défà ooBBMMuice; Après acn» mmAfge, «Uê wro^àm paa 
pv^dra le n»m d« ton iB«ri, et prît odai de Fianaaa, quvétaiÊ «eius 
^ Mi audson: Eli» avok'touXovrs aiaié» l'înttrig«e, semèlaot dvtoM 
^ M fourrant partout. Monsieur (/>*^*v dt-. âoùét JDf ) ati>îc grande 
^^J«MM fm die, et r«timMiotrfoffC t)D«»iet joon; • {Êtimm^erde 
^onglas^ tome LI, p. $7, année i658.) — Voyea «woreles M i fauî no 
^ J fiid i imi s iu W ij CMde' M, p. 9é»*all6) et lalfarrMpnfuAwce <it Jd- 
^"*« ife Bavière^ tome II, p. a#r et ao». ^ . > » 



i4^6 



hdteUerie, «t.êeiwvii9iit.fe^t4%t««i|pa^*ett#^<>as ho- 
noroit de ses approbatiops..:. vous, coqiio^sez son air et 
son ton décisif. Elle est divinement bien logée. Cet éta- 
blissement 6St Sort joli feHey^ fégne trois ou quatre 
mois , et puis se va traîner aux pied|S de toutes les 
grandeurs, comme vous savez. Elle me dit qu'elle atten- 
doit Mlle de Fiennes^, et qu'on lui mandoit.que la Brin- 
villiers mettoit bien du monde enjeu et nommoit le che- 
valier de B***, Mmes de Cl*** et de G**** pour avoir 
empoisonné Madame, pas davantage. Je crois que cela 
est très-faux; mais il est fâcheux d'avoir à. se justifier 
de pareille chose. Cette diablesse accuse vivement Pe- 
nautier, qui est en prison par avance : cette affaire oc- 
cupe tout Paris, au préjudice des affaires de la guerre. 
Quand je serai arrivée, ma très-chère, vous croyez bien 
que je ne vous laisserai rien ignorer d'une chose si ex- 
traordinaire. Nous allons ce soir coucher à la capitaine- 
rie* de Fontainebleau; car je hais le Lion «Tor, depuis que 
je vous ai quittée : j'espère me raccommoder avec li|i en 
vous y allant reprendre. J'ai rêvé, sur iK>tre retour; je 
vous proposerai mon avis, que je semois nrvie q«ie tous 
voulussiez suivre : nous avons du temps, nous en parle- 
rons. Ce chaud terrible me fuit bien aise de vous avoir 
laissée^ en paix dans mon cabinelà Grignan; vous aériez 



4. Voyet toné II, p. 96, aote 8. 

5. Lt prenûèrede MS initiales désigne probableMisat le okevalicr 
de Beuvron (toyet toatell, p. Sos, note. 10), et la dernière Bfmede 
Gonrdon (ToyeK tome III, p. ifti» note i»). Tontefoie AQOsdciFvni 
dira que dant Tédition de 1784 \H iaitinlet ne «ont. pat toutes les 
Même* ; on y Ut : « le cfaeTsUer de B*^, Mmes de G**% U C^ et 
G***. B Notre texte est celui de 1754. 

6. Cest le uomdWe partie du. ohifeau dettinéeà Thabitation dn 
«apitaine des ehasses. 

7. « Je suit bien aise, à cause deeette «halenr excefiîve, de fm 
aToir laissée, etc. » {Éditimi Je tjS^) 



--.5»Sr-r^ 



q«^(pie ttouv^Ue; oMiUrdwf yÂMeietilude»j«,T(H^ récriai 
d'ici, afin de n'avoir plus qu'àjme>aoi|ç)|f9f m Ifffivwtf . 



I 



A HAOàMB DB GBIGHAH;; . 

A Paris, mercredi !•' juillet. 

J'àir^ai ici dlmanchei ma très-chère belle; j'avois ^ 
couché à Vaux S dans le dessein de me rafraîchir auprès, 
dé ces belles foptaines^ et de manger deui^ ()eufs frais ^ 
Voici ce .que je trouvai : le comte de Vaux*, <j[ui avoit su, 
mon arrivée, et i^i me donna un trèsrbon souper; et 
toutes les fon,taines muette^) et sans. une goutte «d'eau, 
parce qu'on les raccommodoi^ : ce petit mécompte me 
fit rire. Ce comte de Vaux a du mérite, et le chevalier* 
m'a dit qu'il ne connoisaoit pas un plus véritablement 
brave homme. Les louanges 4u petit Glorieux ne sont 
{MIS ipauyaisQs; il. ne les jette pas à la tète. Nous par- 
lâmes fort, M. de Vaux et moi| de l'état de sa fonune , 
présente^, et de ce qu'elle ayoit été. Jç lui dis, pour le. 

8. GouTemeur de Fontainebleau et .capitaine des chastes. Voyez 
tome II, p. tto, noté 3. 

'L«t«âa SSB. — • u Lm terre dé Vaiui-leHVteoiiMe, qui d'ubonl 
amit é$é confisquent, fi^t rendue pac le Roi aux «réuicjier^ de F0114* 
qnet, qui à leur tour TaiMuidonnèrent à Mme Foncquet, séparée de 
bîeoa d'areq son mari, , 

. y. Lou.lfr'Nijcolafi^ teomt^ de. Vamy^yicomte .dieMelun, £Jia^uié de 
Eouçqnet. Il époma {eaniMe Gu/on^ et pi^onrutcn %7<i$» 
3. De Grignan, .^ 



i«^6 



^ 5d6 — 

hmiitmÉ qtfll'àMMt, il^pcmiMit tes fÊktmf «w^le Miripté 
de M>ii']iiéritè^ et'<{u^Aca]iV'piii«mFMt>ft'liii{ eHbs tmf^tfidîiit 
bien |A«s steaiblë^^et {lAiis É||t<abll!»: je ii«^ sÉis^èS^iM 
rhetatkpte M partit* hcftthe^. i. • . . . . . , . n. 

nBMfiâ' Mu»^ta^tteieft^{ei; je* trouvai à riMi* {tortr 
Mmes de Villars, de Saint-Géran, d'Heudicourty qui me 
demandèrent quand j*âmverois ; elles ne venoient que 
pour cela *. Un moment après, M. de la Rochefoucaidd, 
Mme de la* Sèftfiète^|nuf fiàbnfl, ifes "^ulffnges, San- 
zei, d'Hacqueville.- ¥ê(Rî qu{<eét<fah, laous suions tous à 
grosses |[putte3 ; j|amais les thermomètres ne se sont trou- 
vés à ^elle fête* : il y a presse dans la rivière ; Mme, de 
Coûlan||[es AH quVn ne sy 1>aighe^ plus' que plar 1l>illets. 
Pour mol',' c[ni'suis en tkim de suer, je 'ne finis, pas, et je 
change fbrît lf>ien trois' fois 'de chemisé éh un jbur. Le 
bten Èoh ïut ravi de me revoir, et ne' s^efiàîkt quelle 
chère me faire, il me témoigna uûe extrême envfè (jue 
j*eùssè bientôt une joie pareille a la Mennî^.' T& rebu Bien 
dés visites ces deux jours. iTai celâîré Ifes êàui'sàlbtaîres 
de Vichy; et' si jamais Té vieux derOnnepréxiJ'congë dé 
la compagnie, là maréchale d*Estrées et mÀi,"bo)ik en- 
treprenons de confoncTre Èouribîon. t .», .. i 

Mme de la Fayette esi à CHantllly'/ J^ai donne â Cor- 
bînètlf votre lettré. Il mie Ta fue, elle est adm&ablé'depuis^ 
le commencement jusqu*a'la fin : vous av^z, en* Vérité, 
trop ,d'esprit quand vous voulez. Corhinelli est hors de 
lui, de trouver une tête de femme faîte cbmfne ^ votre. 
Aji «este, je cepcenda lea 'iiottesn nowelles- que Mi»# .de 
Fienne» m'avoit dites à Mbntai^fîs.'On n^ point du mvi 

4. Dans Tëdition de 1754 : « ilt ne yenoient que pcmrfe stfroir. » 

5. tt Ne se «ont trbuirèr à tm td exei^eiér. t (Èiititfà'di t^S^.) — 
Cette même édition pdftéâ^larlignîe tnirnite: « qti'bki nt ffj haigne 
plus que par billeu, à cause de Textrème confiisiotf. »' * ' 



pàtlé di- Mteë^y^^Cr^/aé G^, ni cW Wiek!îèr»d«îr* V 
riéb n^éfet ^IttS 'finit'. 'PeriaiàlAèr à^^ëiéitênf^timn dàn» le 
caèliot ac3!aTiaiHac^tly'moiiWff; ce l'a 6Vi;'Bm nffiStt 
eseàésttgriihhiWkàfc^ëi piMccDèors^: M*. Cdlbért 
et Monsîeti^ idt fMi^\é*Èaiitîèlhïetït; )mîi'^ Ik BiUf- 
viflibrs rëmBâffhtsse dkVantaj^, Hëtf iié'|)ôyiMfl le seèda- 
rtf; Mme/ d*Hwnfî!toii' est indonsol^bie, et'Mihiélé ku 
delà de toute ruine: elle fait ](niié! Hfiste Uë Rodiélbrt' 
est changée à n*être pas connoissable, avec une bonne 
fièvre double-tierce : cela ne vous plaît-il pas assez ? 

' Le tkott dvt Soi se recule toujours*. Vêtis âvci vules 
viers ^'a fâitk TUbUS fêtd* : l*fexaçératT6n' iii'y parott èxii- ' 
gérée : là V%)ôii^ eW prose 'de M. de Pdiiijioné v6îis Alaf-' 
roît fort, h a écrit aiussî (c'est' 1raï*ét*êtd) uÀé leoi^ â 
]Vt. dé VîVoiiniB'Bïen'iJlusjbHê qii'e' Vôïnire et IWItab**; les 
louàngVîs n'en sinfr^ïnt'fedcs: *Mli^e dé'.^Waiiffês'**' fit' 
faire hier un' feu d^ joie db Vaut sa j/ôttè^ et d^fomei^ trois' 
muids dé vin/çû ftteûrdlè cette Victoire ••'.Ûes' "boîtes' 
qui crevèrent' ^uèrfettt tf^bis ôuquah^ bers^nesi M. "de 

. . . J • r • * 1 I ; I ) ( I '. ' I . " : l \ 

7« Harlay. d^ Cl^apipTalpn. archevéqjie de Paris. 

8. Le comte d*HamîTton, marécfiar de camp,' Tenait d*£tretu^ au 
combat dn dëfilë de SaTeme. Voyez V Histoire de Louvoit par M. Rou»- 
•et, tome 11^ p. »58. ^ 

9. ' Le Itoi, coniine' nou^ TaYoîii di^, ne quitta tzxMke que I« 4 juil- 
let et arriva le 8 à Stfûit-Glsrmarn en Layel •" > ' ' > 

10. Le 4 juin ï^Ji'S, l^oileau araît a'dreksë i Vironne, Wioiren- 
trée JiÊns ïè pkareJe Étessinè^ uHe lettre dé fëllèitatibii. qui en renfer- 
mait deux autrea • fl 'attribuait fune^à 'Bilzac/ Tamre à' Voiture. 
ViTonne TaTait prié a de lui écrire quelque chose qui pûl le conso- 
ler dés mauvaises hi^ngu^ qu*11'^toit obligé d'èbtendre! » Après 
les victoires de i^y^^ Boilêau 'écrivit dé nouveau, mais cette foîé en 
son nom seûlemeàt^ a au v^queur deRùyter, a^ dèstlructeul' dé l« 
ifotte espaignolè. » ' ' 

11. Soeur de Vivonne. 

la. La victoire dePalertte, rempoltéë le s Jfffti'pa^Vfvotiiie. 



i67<( 



1676 



vmBi,u^^',ftl9fli4(M,.pJlu^ cam^m, ^plu^ plaifinnt que ja- 
iniij^;,U Aç,tix>uve,8i cUsUQgifé^* dc^ «utres exilés^ içt sent 
si.hii^ii/^t^ dî^^liw^ qn'U ne 4o9iii^it pas aa Cdi^ 
umjç .po^r mie aiutre, Jl, Jtoarie, je çroîa» lu ^jemûremoiii^* 
ail frêne df Atoe deÇ^uyi^san.^*. . Voipi T^im&ée d établît 
aemem pQ^r .^es £Uef . J[>i trouvé ku q^e celjui. de MU de 
la 6111^ $|i«^Q|t,gi:vd>nii^ . . 



Je iTÇoU» ma ^rès-cbèrej, vptre let^ du i4* jujn :iQ 
me faut celle, du ae% ..car je sab nioa opapipte; j'espère 
qu'^e me revleudi^a. Yous me combler de joie eu me 
parlait ^sans mcerùtude de votre yQy^.e d^ Paris ; ce 
sera le. dernier, et vçpitable remède qui repdra ma, santé 
pwfiute. Pour,ma{[, .ma fille, voici ma pensée : je la pro- 
pose à M. de Grignan et i^ vqus.. Je ue youdrois point 
que vous allassiez repiasser la Durance^ ni remonter à 
Lamh^ftc : ce^ vous jette trop loin dans Tbiver ; et pour 
vous épargner cette peine, je trouverois très-bien que 
vous partissiez de Grignan quand votre époux ^^ partira 
pour rassemblée; que vous prissiez 4es litières, que 
vous vinssiez vous embarquer à Roanne^ et très-sûre- 



x3. Le Roi lui a^t pennis de patter deux mois à Paris. Voyei 
la lettre de Bu8iy du 6 mai précédent, p. 440. 

l4» L'édition de vp^4 donne différencié^ au lieu de UstingHé, 

xS. Marie-Thérète de Rabutin^ dame de Remircmont, <{ui épousa 
depuit Louis de Madaillan de TËsparre, marquis de Montataire. 
Voyez la Génémlogie^ tome I, p. 343. 

x6. Sur Mme de Cauvisaon, Toyez tome III, p. Sya, note 9. Son 
frère était Louit, d'abord seî^eur d'Ybouvilliers» puis, après la 
mort de ses deux frères aînés, marqub de Mariyaux, qui n'épousa 
pas la fille de Bussjr, mais Bfadeleine de Malortie, et mourut sans 
cn£tDts en. X 691. 

17, .a Vptre mari» |» {Édiihm de 1754.) 



Tnerit'voùi' trouVeifîtél mon 'èahposJsè'ft'Briaté, ^tjùf Vous . v 
amèUBroit îci.'Ce âieroit un téiii{Ér irdtttii^blè |»dtk^ être * ^ 
ensemble, irotisr' y àtténdrilrz Mi ilë Grtgnaà qtii ' vous 
amènerôît Vôtre équipage, et qtie votis^aûri^ Ite phï^itile 
reéévcAK Nôûis anrtbns cettd ^Ite avànee,' qûi^infè ^owoie- 
roit ume gratiS'e jtiiè, et'qui voms éjpargnérdit d^extrem^s 
fadgneà^ ét'à moi toute Fmqtiiétiide que f en resis^en^. 

R^pondlez^nidi, nia cfès-nshèire, sur cette préposition, 
qui me paroît si raisonnable'*, et parlons Cependant de 
Wl€!>rtné**t je n'aJ jamais éti^ plus sui;prisé qne de le 

' Toîr à Grignan**. Je suis assurée i que Tôuà Tavea Kièn 
qtiestioiiné' sm^ ma maladie^ il apu voti£(la dire d'un 
bout à Tantre.. 11 m'envoie d'une pondre admirable ; 
vous <Jii'a-t"9yit la compositîoB?je'n'ea prendrai potùr- 
tant qu^au mois de septembre. Il se léue'fort'dè 'Vbs 
honnêtetés; je crois qn'^î avôit ' un bon'passe^poift en 
pariant de moi. Ta^dmire comriie ie'fias&rd vous à en- 
voyé^ bét' homme pour figurer avec mon capucin dé Vi- 
chy***. Pou!* 'moi, je lui trouve Bien de Pesprît; et un 
talekit i^dmlràMe^poor là méâëèlne Tc'est ;ponr sy peiféc* 

' riônner encore qu^ est allé à Montpellier: Il a eu de 
grandes conversations avec M'.' de'Yarâës' stir Tor po- 
table^', n est fort estimé dans notre Bretagne; il y a 

de 1754.) ' . * 

19. Le mééétiïk qui avait soigné Hfiae de Séiîgtië Uni RcTchen 
rhiirer précédent. Voyez la lettre suÎTante, p. 5iaet5i3. 

iro. .« Qw d^ J rppiëii dw qtffl étoft èr OWgnan. 9 (Milan de iySi.) 

91. Voyez ci-deitufl la lettre da lï jnln, p. 49S. 

99. Voici en qneU termes Pm è tiJ te dans ton Dictionnaire wùwer» 
sel (1690) parle de Tor. potable : a Les chymiMes appellent or po^ 
' tahte^ une 'tnédechie faîte dn borpsmème de Tor, et réduite sans au- 
cun corrosif tA tine gomme du substance semblable ^n toiA et île 
coolenr de skng. Cette gottnne déti«mpée avea de l*esbrif du Vin 
acquiert une couleur de rubis et s'appelle te\ntà'ré é^oV, Une once de 



qpoiâ^ wiçtaçp e^Uèfl^m&ff, qujt^e.Je^ i^^ffpac^jp^^ à me 
faire .^^îgoei;, q^j^fl^,^^^gfsa^J^l)^ 
)i)aii^)uapu9ie pQttixi^,^to»a;fer.aitp]^ ^^^ffiix-wi^'^ip ^^ 
«eiifix^ii^ue digp^,M.soa ,^116^9091; ^»i^jpi?é*eitf^inenl 

,q[^e jeisrois.f^'iLvçivrtpliw,^^ à^s\^ c^^V^â i»t isoi|ia»pQMi- 
inipi^'"». n Je,X8^eWfdp l^wrjderf-îwyï'^ifi^yp^v/inon 

mia^.sur je^ç^. ,. . ,. n • . • . r . . n r- j 

U n'y a fpi'^fir^ ,de,r^ei^t^i;çe .deia^&aode.; je. vous 
a^sttre.g^*^4ûrfl9^t;.,çw/.ai!0<^^ jf]e^ian ai" 

•énufsnty fifffpja^ yf^aâ^savez. iQJfla^r it jWVPft de donnir, 
^ pauYi^ Sioii^ei^jfl® ./Suintes ',^ s^st^ef^^torp»» cette nuit 
au Seigneur d^i» 13o«^e^ «i^eip^«> Xl>l>^ éj(éi,^rÎJDgHûnq 
joi^ malade, f$f4g^torefze|(o^Sy. et fcûfr. iqaûq,U atoit s^s 
fièvre, e^,^e^oJai^<^Qltî||r€^nlept>^fl(.xlAfi^^ Jp./c^msa 

cette teinture, mêlée arec seize onces d^autre liqueur, t^appelle pro- 
prement or potahU^ à cause qu^elle a une couleur d'orTifet brillant, 
el|*an dit .q^ie» ç'e^ ^Oi^^^l^jbà^ spuTeygb ^^\^ ^ ^r^jm mila dies. 
Faber, médecin du roi d'Angleterre, en a fait un traité. » 
%}4 Al|usi9pÀ/^flwiirff^t£«qii4e VpUèl:e^.(a/ç^.U^,|fDtoc n) : 

Nom» 9Cfçm tu si}iJB^iamme«i^Ja ^îi4fdqi.^t..fm»s'4oiM0 ^*Â1 7 • 
beaucoup d'ini|Nirf^,0fi elle., , . , , 

Ma,nUfe eat unf»ni;e I^ 

a^. toi^s ^ Ba|MQi^i^^r«|. S^ fM^urel dju jnjWiréÇihl^l d^s BaMOjn- 
pierre <^ 4^ J^i^k^barlo^^ de,BiÛMç4'^atr4^(;^es,,jaf|te duducde 
^ y^eiui. Il ^ut Plumier |uuiiâ!i^ier^,duP)3*C>rl4tV^ et érèipie de 
. Samtet^ï^ 1648 au i«r jùilLs^ iBjé. , ,,,.,, 



— 511 — 

une heui^^.ax^.raJ^|>é.^Tê^u j[ce/»^ sortes de mieux sont — — 
quasi toujours traîtresl^ et tout dVn coup il est retombé 
dans Tagonie, et enlan nous lavons perdu. G>mme il 
étoit e Jt l i8i etoèn»ymaMei, il.est extrêmement regretté. 
Q^ j^a$Hr|B quf, P^«^)Qurg, eat ^^^iég^f*. La Galette 
de J^llamifi dit qi^i^, ont, perdu ^ur la, mer ce que nous 
aypn^ jpçfyjl^^urj,la, terre, et que» J^uytp* étoit leur Tu- 
4rq[U[^"*,J5'ij3 a.yoi€^tj4e,^oi s*ea consoler comme nous, 
j^4ie h^^ p]ajp|[|fQJii^jpas; ufai^ je si^s sûre qu*ils n^auront 
jamaif A]eêgT\^^,d^ ^aij^,,buit aipiraux'^' pour conserver 
Measki!er,]Pour,nioi^'jeaiiu^ rayie î^e leur mjîsère : cela rend 
la McfUte^ranée tcfi^pUl^ comme fin laç» et vous en savez 
. lesicoDSQgojçnices. Jiç reçois ujgie lettre de mon fils, qui est 
détaché avec plusieurs autres troupes pour ciller en AUe- 
jni)gne'',; j'e]|;i si^is trcjs-ffaçhée, et quoiqu'il veuille m*en 
€oasplflfr.par,r|a3furaxiçe de venir m'embrasser ici en pas- 
sant,, je,,ni9 ^uroia i^pprouy^ cette double campagne. 
J^eU| m^ t^ès-^imfibje çt très-chère, \e bien Bon vous 
emj^jçaf^e, ^et yous assui^'e de lajjoie fjfi'il aura de vous 

sS. PhUi«bottrgos^tàih1e9'te^lnIli«,*É|ftiès4roiiiii^ 
i»6. Voyvi, Pi 46éy lamals6.de iUiletKroda»M$,«Mi ptéoédent. 
•— Voieî ce^f^edU^ Q^zette d^Ams^fiji^ du 9 juin t a Cétoit un 
jrand homme asfurteent. et ^ui, après Dieu, ne deToit «a fortune 
qn*à lui^eul.!! ^ett trôuVë en|»hit de ti^nt^ ^actailles où coubàU 
«ur iiM#; et ta «kt toJkjoovi sorti Jgi«ràeiia«t vittovion^et db'ton 
tempe il n*y a point eu d*honune au monde sur cet élément qui ait 
été ai goind capitaine que lui; ei^ un mot» il étoit sur mer ce que 
M. de Turenne étoit par torre^ s 

«7. Plaisanterie fondée, sur Ja promotipn des huit marénbaux de 
France qui forent créés peu de jours après. la m<i|pt de M. de Tu- 
renne. {Noie Je Peirio.) 

«S. On,fOToyait j^ ce moment mèm/q sçpt bataillon* et ruigt esea- 
di)QinaaujBvéohal,de Créqujr^ qui commandait Tannée 4e 1a -Meuse 
depuis la mort du maréchal de Rochefort. 



l'Ô^ft 



— '5*a — 

"55^4- — !>£ MADAME D« sHvtCJVÉ 
A MADAME DE GIUGIIAII. 

Vous me dites que c'est à moi à réglef ' Votre marche ; 
je vous Tài réglée, et je ctoh qu'A y a de h raison 
dans ce que j^ài'Fait'. M. de Grig&tan même ne doit 
pas s'y opposer, puisque la séparation sera courte, et que 
c^'est bien épargner de la peine, et me donner un temps 
I d'avance, qui sera, ce me semble, purement pour moi. 
ni fait part de ma pensée à d"Hacqueville, ^r Ta fort 
approuvée, et qui vous en éèrira. Songeï-y, ma fiHe, et 
faites de Tamltié que vous ave2 pour moi le chef de 
votre conseil. 

On dit que la princesse d^Italié* n*est phis si bien 
auprès de sa maîtresse^. Vous savez comme eelle-ci est 
sur la galanterie : elle s*est imaginé, voyez quelle in- 
justice! que cette favorite n*avoit pas là même aversion 
qu'elle pour cette bonté de cœur. Cela fait dei^ dëratnge- 
ments étranges : je m'instruirai mieux sur ce chapitre ; 
. J0 Ae saia qu!en L'air ce que je vo«s dis'. . 
' Il me semble que j'ai passé trop lé^reiient sur Ville- 
'bruné^ ; il est très-estimé dans noti'e'pnmnce; il prêche 
bien» il est savant; il étoit aimé du prince de Tarente, et 
avoit.servi à sa eonvenion.et à celle de, don fiU7. Le 

tiBTTRt 5S4 (revue en partie kur une anciennecopie).— ' i. « Que 
c*ett à moi de régler. » [Édition de t7S4;) ' ' 

a. Dans ce que j^ai proposé. 1» {Ibidem,) 
" ' 3. Mine de Monaco. — 4. Màâûmé. 

5. Ce paragraphe manque dans l*ëditîon de 17^4* 

'6. Ce VniebruneëtoîtsorridcsCàpucînt. Vo/ci là lettré du î5 dé- 
cembre 1675 (plus ttàut^ p. a!^f). [ffùte de Perrin,) VoftttntortUi 
lettre précédente, p. $09. ' * 

7. Le prince de Tarenta abjura le calrinisme en 1670, deux ans 
aTant la mort ; son fils avait alors quinie ans. Le père du prince de 



— 5i3 

prioae lai avoit donné à Laval un bénéfice de quatre 
mille livres de rente; quelqu'un parla' d*un dévolu, à 
cause de ce que vous savez; Fabbé du Plessis* le pré- 
vint à Rome, et Tobtint, et contre le sentiment de toute 
sa famille il le fit signifier^*, croyant, disoit-il, faire un 
partage de firère avec Villebrune. Cependant il n*en a 
point profité, car M, de la Trémouille a prétendu que 
le bénéfice dépendant de lui, il falloit avoir son consen- 
tement : de sorte qu'il n'est rien arrivé, sinon que Ville- 
brune n*a plus rien, que Tabbé du Plessis n'a pas eu un 
bon procédé, et que M. de la Trémouille n'a pas osé 
redonner le bénéfice à Villebrune, qui a toujours été en 
basse Bretagne depuis ce temps, fort estimé et vivant 
bien. Si le hasard vous l'a voit mis dans votre chapitre^', 
je vous trouverois assez heureuse de pouvoir parler 
avec lui de tontes choses, et d'avoir un très-bon mé- 
decin; car c'est cette science qui l'a (ait aller à Mont- 
pellier pour apprendre des secrets qu'il ne croit réservés 
qu'au soleil de Languedoc. Voilà ce que la vérité m'a 
obligée de vous dire. Je veux en écrire à Vardes^', car 
ce pauvre homme me fait pitié. Voyez un peu comme 
je me suis embarquée dans cette longue narration. 
L'afiâire de la Brinvilliers va toujours son train. Elle 



Tarente arait également abjuré en 1698, entre les mains de Ri<;he- 
lieu. Quant à la princesse de Tarente et à sa fille, elles restèrent 
protestantes. 

8. c Quelque prétendant parla, etc. » (Édition de 1754*) 

9. Serait-ce un parent de Mlle du Plessis d*Argentré ? 

10. « Le prévint à Rome, et obtint le bénéfice : ce fut contre le 
sentiment de toute sa famille quUl fit cette démarche. 9 (Édition 
de 1754.) 

11. Il y a un chapitre à Grignan, fondé par les ancêtres de M. de 
Grignan. (Aote de Perrm,) 

II. « JeTeux écrire à Vardespour le lui recommander. 9 (Édition 

OB SéTicni. IV 33 



1676 



ttî-6 



~ 5i4 — 

emfioiftoiinok die oertaîoe» tourtes de pigeonneawz, dont 
pluaûrars Monroîcnt qu*eUe a evoît poiai dosseio dm 
tuer*'. Le «Wvelier du guet evek été de ws joUs repM, 
et s'en meniil dtfm& denx ou troi» aae. Elle demandoît 
Tautre jour s'il étoitniort; on bâ dit qiae non; elle dû 
en se lonmant : « Il a la vie bien dore. » M. de la Bo* 
cliefoiioauld jure que eela est vrai. 

11 vient de sortir d'ici une konae oompagnie, car vous 
savez que je ganle aKNi logis huit jours après mon celonr 
de Vicky, oomme si j'étoisinen malade. Cette compagnie 
ctoit la maréehale d'Estrées, le ohanome^^y Bussy, Rou- 
ville ^, Gniiinelli et moi. Tout a prospéré; vous n'avez 
jamais rien vn de si vif. Comme nous étions le plus ea 
train, nous avons vu apparoitre Monsieur le Premier^* 
avec son grand deuil : nous sommes tous tombés morui. 
Pour moiy c'étoit de bonté que j'étoia morte; car vous 
saurez que je n ai rien dit a ce Caton sur la mort de sa 
femme^^, et j avoîsdesseinde l'aller voir avec la marquise 
d'UxelLes; et au lien d'attendre ce devoir, il vient savoir 
comme je me poite de mon voyage. Je vous conjure de ne 
rien faire qui puisse empêcher le vôtre. La mai^clialede 
Castelnau et sa fille^" ont des soins extrêmes de moi. Je 
ne sais ricii de Philisbourg depuis ce que je vous en ai 



i3. Tel «tt le toxt« du nanuaerit et de riapraMton de 1734. 
Dans sa seconde édition (1754), Perrin, dans rintérèt de la clarté, 
a remplacf^ les mots : a qu*elle n'aroit point dessein de tuer, » par 
le dëyeloppement que roici : «t Cen^ëtoit paa^^elfeeût des raisoos 
pour s*en défiûre ; c*ëtoicat de simples expérienees pour •'«■ntrer de 
Teffet de ses poisons, o 

i4* Mme de Longueval. 

i5. Voyez tome II, p. 4i5, note 4* — 16. Beringlicn. 

17. Anne du Blé, tante du (/a/mp) maréchal d*Uxellet, morte le 
8 juin 1676. (Note de Perrin,) — La marquise d'UxeUes, mère de ce 
maréchal, était Teuve du firî're de la morte. 

18. Voyez tome III, p. 76, note i3. 



— 5.i6 — 

.MoMib B*csipoiht encore pawé; il saya pcniit«i 
ABenagae,. n'est dkuttil/aitnée d«>iiMifêehal deCMqwy^' : 
ceflte 9COO|idt owMpagttp-nie t^< p hrf ^:'^ Mtiieile-No«illttft 
me dûoit hier que, muB ainoir pn se tvomper, eUe^etok 
aocenafaên^d'en fils àhuit mois^ qui » ttèskJMfln véea;'il 
t.fteÎBS.' ana'^ Je* mon» toaHe à ifous, asa tt«ft*«ehère, et 
Mtte anîtié fait m TÎe. 



i6t« 



555.. DB MADAJIE JDE SÊVIONÊ 

▲ MADAHB DE GBIGSAIf» 

A Paris, lundi ^ juilliet. 

Je via hier au soir le cardinal de Bonillon,. Cattanstia 
et Barrillon ; ils parlèrent fort de vous; iU comin/tncaiit, 
disent-ils, à se rassembler en qpalité de commensaux; 
mais hélaa! le plus cher' nous manquera. 

M. de Louvois est parti pour voir, ma chère bonne, 
ce que les ennemis veulent dire*. Ou dit qu'ik eaveu* 
lent à Maesincht' : Monaienr le Prince ne le croît pas. 
Il a eu enfin de grandes conférences avec le Roi ; on disoit 
qu'on Tenverroit ; mais il en est entre s'offrir et être prié : 
on attend les courriers de M. de Lauvoîa^. Il est yni que 

19. La Gazette du 4 juillet énumère le» trempes que le marquis de 
Benek doit, |>ar ordre du Boi, mener au maréehal de Créquj. 

90. er Cela me parott une seconde campagne qui me déplait. » 
{ÉJithnda 1754.) 

91. Co fil», était Jean-François, Hiarqurs de Noaines et de Mont- 
olar, qui mourut en 1696, à Tâge de treme^ix ans. 

Lnras 555. — i. Le cardinal de Rets. (Jfbre d^ Perrb^) 

X. Ceet le texte de 173$ et 17^. Perrina remplacé £re par /àtre. 

3« Moeatricht fut en effet investi le 7 juillet. 

4. Voyeu cî-4essuS| p. 3($7, note 9. — Ifonr avons sumpour ce 
possagelo texte de TéditioB de Rouen (179(1); roici quel est- cekn de 
la Ha je : elHaîs entre s^offrir et être prié, il f aMilfêrence, etc^ » Ces 



— 5i6 — 

■ plusieurs YÎctimes ont été sacrifiées aux mânes des deux 
^ héros de mer et de terre '. Je crains bien que la Flandre 
ne soit pas paisible comme vous le pensez. Le pauvre ba* 
ion avec son détachement est à Oiarleville, attendant les 
oidres : c'est le duc de Villeroi qui est le général de 
cette petite armée ; ils sont dans le repos et les délices de 
Gipoue : c*est le plus beau pays du monde. Pour TAUe* 
magne, M. de Luxembourg croit n'avoir autre chose à 
faire que d'être spectateur de la prise de Philisbouig. 
Dieu nous fasse la grâce de ne pas voir celle de Maes- 
tricht! Ce que dit Monsieur le Prince, c'est que* nous 
prendrons une autre place, et ce sera pièce pour pièce. Il 
y avoit un fou, le temps passé, qui disoit, dans un pareil 
cas : « Changez vos villes de gré à gré, vous épargnerez 
vos hommes. » Il y a bien de la sagesse à ce discours. 
Vous demandez si le Prince ne trouve pas bien plaisant 
les victoires qu'on lui présente : oui, je le trouve bien 
plaisant^. Je suis persuadée que les HoUandois savent 

mots sont omis dans Timpresslon de 1725 . — Perrin a très-hardiment 
modifié la phrase ; on lit dans sa première édition ( 1784) : « On disoit 
qu*il seroit enroyé, mais il n*a pas présumé qu*il dût s*onrir, et Ton 
ne veut pas le lui dire ; ainsi Ton attend, sans plus parler de rien, 
les courriers de M. de Lourois. » La seconde édition (1754) porte : 
« Oa disoit qu*il seroit employé; mais il n*a pas présumé.... et Ton 
ne Teut pas lui en parler ; ainsi Ton attend les courriers de M. de 
LottTois, sans quUl soit question d'autre chose. » 

5. Allusion aux sanglantes batailles d'Altenheim (8 juin 167S), 
d*AgousU (la avril 1676) et de Païenne (a juin 1676). 

6. Dans les deux éditions de Perrin : <i Ce qu'on fera, à ce que 
dit Monsieur le Prince, c'est que, etc. » — Deux lignes plus haut, 
au lieu des mots : « que d'être spectateur, » on lit dans l'impression 
de la Haye : « qu'à être spectateur. » 

7. Cette phrase n'est que dans l'édition de 1725 et dans celle de 
la Haye (1726) ; nous la donnons sans y rien changer, mais elle est 
inintelligible et certainement altérée. Ne faut-il pas lire : « Vous 
demandex si je ne trouve pas le Prince bien plaisant de refuser (oa 
quelque autre verbe <f lus sens analogue) les victoires qu^on lui pré- 



-5i7- 

regretter leur héros : ils ne sauront point en refaire 
d*autre. 

L*afBiction de Mme de Rochefort augmente plutôt 
que de diminuer. Celle de Mme d*Hamilton fait pitié à 
tout le monde : elle demeure avec six enfents sans aucun 
bien. Ma nièce de Bussy, c'est-à-dire de G)ligny, est 
veuve : son mari est mort à Tarmée de M. de Schomberg, 
d'une horrible fièvre*. La maréchale* veut que je Vy 
mène après dîner : cette affligée ne Test point du tout**; 
elle dit qu'elle ne le connoissoit point, et qu'elle avoit * 
toujours souhaité d'être veuve. Il lui laisse tout son bien : 
de sorte que cette femme aura quinze ou seize mille livres 
de rente. Elle aimeroit bien à vivre règlement, et à dîner 
à midi comme les autres; mais l'attachement que son 
père a pour elle la fera toujours déjeuner à quatre heures 
du soir, à son grand regret. Elle est grosse de neuf mois. 

sente, etc.? » — Dans la phrase suiTante, quiett à la fob dans les deux 
impressions que nous Tenons de nommer et dans celle de Rouen, 
mais qui manque, ainsi que la précédente, dans les deux de Perrin, 
Tédition de la Haye a leurs héros et d'autres, au pluriel. 

8. Bussjr reçut la nouTcUe de la mort du marquis de Coligny par 
ce billet du marquis de Bussy, son fils aîné, qui se lit dans le ma> 
nuscrit de l'Institut : 

A Condé, le 7» juillet 1676. 

« On ne tous a pas mandé. Monsieur, la maladie de M. de Coli- 
gny, de peur d'alarmer ma sœur, et Ton ne croyoit pas qu'elle fût 
dangereuse. Cependant il Tient de mourir par la gangrène qui lui 
^▼oit paru au pied, et qui a couru par tout le corps : cela marque 
une étrange corruption de sang. Nous Talions faire enterrer dans le 
chœur de U grande église, aTec une tombe sur laquelle son nom sera 
écrit. » 

9. Perrin ajoute entre parenthèses : Je Sehomherg. 

10. C'est le texte de l'édition de 1784 (celles de i7»5 et de 17*6 
ne donnent pas le membre de phrase relatif à la maréchale) ; dans sa 
*«eonde (1754), Perrin a ainsi éclairci cet endroit : « La maréchale 
▼eut que je la mèneaprèt^diner chez cette afiligée, qui ne Test point 
du tout, a 



1676 



VÔ^A 



— 5i« — 

Voyez si voim voulez aorire «un petit .mot 'On r(w0«r du 
rabuUnage : cela se mettra sur mon compte. 

Veus avez raison .de vous fier à CotbineUi pcNir m^ai- 
iBei;,«t pour. avoir «mi dejaa santé : il s'aofuitte parfoi* 
temeot de 1 «a et 4e 'Fautoe, et voua adore aurle to«t. Il 
est vi^i ifi^^ traite de petits svyels fort aiaéa, dans les 
poésie» ipieje vowsai envoyées; mais il pvétend que les 
anciens ont fait ainsi, parGe>que la cadenoe des vera dottne 
phis d'attention, et que c'est ide la, prose. rimée, qu'Ho» 
Tû£e a Jiûse en citédit^' .: voilà de «granda aDM>t&. Il .a fait 
une épitre icontre les Joueurs^' exoesaifa : «elle lait re- 
venir le cœur. Il a.unegi»ade joie de votre jnetour : vous 
lui manquez à tout ; il .est on wrilé iort amusaBly car 
Uuyours il a quelqine choâe dana Ja tête. 

Villebrune m avoit dit que sa pcnidre iressuaokoît les 
morts ; il faut «vouer quUl y a ^quelque chose du petit 
garçon qui Joue à la fossette^*. On peut juger de loi 

Ti. Ceêt ïe sermoni propiora d^Hoitice (satire tt, lirrel, vers 41). 
(ifûté de Perrin.) — Telle^eâtk leçon de 1784 (la fin î et que ^ett de 
la prose y etc., manqne dsnt les impressions antérieures). Pour que 
IVxpfestîon soit plut juste et puisse sVipptiqueraux -vers d*Horace, 
Perrin a ainsi modifié la phrase dans sa seconde ëAtton : « et que 
cela revient à la prose mesurée, qu^Horace, etc. s A la ligne précé- 
dente, Tédition de 1784 donne : la rime, au lieu de : la cademee des 
v0rs i mais ici la le^on de 1764 <^ oonfinnée par les impressions de 
1715 «t de r7«6. 

»13. Les éditioas anIérieuNsà cefies'de Perrin tmijotteurt^ au lieu 
àé 'iou0kr$, 

lî. 'c il n^ a pas 'trois semaÎBres enoore qu'un jemie enfant de 
douae ans tomlia du haut du dlotiher ea'Kas, et se Msa sur 'le pâté 
la tète, les bras et les jambes. On n'y eut pas plus tôt amené notre 
homme, qu'il le frotta par tout ic oocps d*un .eevtaûà>OQ|pnetft cpi'il 
sait faire ; et Tenfant aussitôtse levasur ses pieds, et ootamt jouer k 
la fossette. » (Le Médecin mmlgrd lui^ aote I, aeène v.) — Lee ^dîMuis 
de j ^aS et de 1 7 26, ne comprenant jans^doute pas^rallnaîon, • 
ainsi dénaturé ce pass^^e : cil est '«raiqtt'on en a mdes effele 1 
reilleux. » 



— fi*9 — 

comme on veut : c-est un honukie à £ioeltes enoeire pluê ' 
que les aMtre&. 

556. AE SAAàliE BB 8feVfGlf6 

A UAMAUm DE CBMEHAll. 

A Paris, mercredi 8' juillet. 

Vous «vex nôion, ma bonne, de dire qne le seiitîaient 
èe tendreMe qni vous (ait raendiede ^mir umt à rheore 
ioi, ai je le tous et si j'ai keaoki de vooa, me fiât oneia 
voir votre eoBvr que toutes les paoroles bien rasigéea : je 
vous r«veiie, ma bonne, et je ne voua pnia dire a quel 
eaeès le mien en eat touché ; maia comme voua loi domiet 
pour conseil la raison de d'Haequeville, et que voua aves 
fiiîti regard de ce omurdont il est question comme pour 
les régentes, qui ne peuvent rien fiiire sans un conseil, 
vous m'avcE donné un maître en me donnimt un compa» 
gnoa {vous savez le provefbe), et persuadée que voua 
sanrez parfailement comme je auis pocr vous, et ce que 
c'eat pour moi que de vous voir % et que de ne pas man- 
ger toute ma vie de la merluche*, je vous dirai que nous 
regardoDS la fatigue de venb par les chaleurs et par la 
diligence comme une chose terrible, et qui pourroit vous 
faire malade. Et pourquoi cette précipitation pour une 
santé qui est beoueoup meilleure qu'eue n*a encore été ? 
Je marche, je mange, et il n y a que mes mains qui me 

LvrraB 556. — i . Cest le texte des imprettlont de 1726 et de 1734. 
Dana Mm ëdkÎDQ de 1754, Penki a une leçon toute diflléivate : 
« TOUS savez le proverbe. Hë bien I ma fille, roici ce que le grand 
d'Huoqueville me dit hier de voua mander : iln*ignore peint ce que 
e-eit pour BK>i de vons voir, etc. » — Le proverbe est : « Qui a aom- 
pagnon a maître. » 

9. Voyez la lettre du i5 juin précédent, p. 491. 



1676 



1676 



— Sao — 

donnent une médiocre incommodité, et je suis en état 
d'attendre le mois de septembre, qui sera à peu près ie 
temps que M. de Grignan se préparera pour l'assemblée, 
et où nous trouvons que toutes les raisons de tendresse, 
de commodité, de bienséance doivent vous engager à me 
venir voir. Nous vous Tavons mandé, et cette lettre a 
croisé peut-être à Lyon celle où elle sert de réponse. 

Si vous fussiez venue à Vicby, et de là ici, c'étoit une 
chose toute naturelle, et qui eût été bien aisée a com- 
prendre ; mais vos desseins ne s'étant pas tournés ainsi, 
et tout le monde ne vous attendant plus qu'au mois de 
septembre, cette raison que vous me donnez pour gou- 
vernante vous conseille de laisser revenir' de Teau dans 
la rivière, et de suivre tous les avis que nous vous avons 
donnés par avance. Nous vous prions seulement, ma 
bonne, de ne nous pas manquer en ce temps-là. Ma santé 
est meilleure que vous ne pensez, mais elle ne Test pas 
assez pour n'avoir pas besoin de ce dernier remède, et je 
ne puis pas en douter, voyant les sentiments que vous me 
dites si naturellement dans votre lettre. De cette sorte 
vous donnez de la joie à tout le monde; vous êtes l'àme 
de Grignan, et vous ne quitterez votre château et vos 
pichons que quand vous seriez prête de* les quitter pour 
Lambesc, et en ce temps vous viendrez ici me redonner 
la vie et la plus sensible joie que je puisse avoir en ce 
monde. Je crois, ma chère enfant, que vous approuverez 
la sagesse de notre d'Hacqueville, et que vous compren- 
drez très-bien les sentiments de mon cœur, et la joie que 
j'ai de me voir assurée de votre retour, et d'éprouver 
cette marque de votre amitié. Je suis assurée comme vous 

3. Au lieu de ces moti : « de laisser rerenir, » les éditions de 
I7»6 donnent : c de Uitter d'ici à TaTenir. » Mme deSën^ë avtit 
sans doute écrit : « de lainer d'ici là Tenir. » 

4. Dam Tédition de 1734 : prit^ à. 



521 

que M. de Grignan approuvera toutes nos résolutions, et ' 
me saura bon gré même de mépriser du plaisir de tous 
voir tout à Tbeure, dans la pensée de ne lui pas ôterle 
plaisir de vous avoir cet été à Grignan; et après, ce sera 
à lui à courre, et il courra, et nous le verrons avec plai- 
sir. Je vous demande seulement, et à lui aussi, de vous 
laisser jouir d'une santé qui sera le fondement de la véri* 
table joie de votre voyage ; car je compte que sans elle 
on ne peut avoir aucun plaisir. 

Je crains que votre lettre du ao* juin ne soit égarée ou 
perdue : vous savez, ma très-cbère, que tout ce qui vient 
de vous ne sauroit m'être indifférent, et que ne vous ayant 
point, il me faut du moins la consolation de vos lettres*. 



Je reçois votre lettre du premier juiUet. Vous me pa- 
roissez toujours en peine de ma santé : votre amitié vous 
donne des inquiétudes que je ne mérite plus. Il est vrai 
que je ne puis fermer les mains; mais je les remue, et 
m'en sers à toutes choses. Je ne saurois couper ni peler 
des fruits, ni ouvrir des œufs ; mais je mange, j'écris, je 
me coiffe, jem'babille; on ne s'aperçoit de rien, et je ne 
mérite aucune louange de soufirir patiemment cette lé- 
gère incommodité. Si l'été ne me guérit pas, on me fera 
mettre les mains dans une gorge de bœuf; mais comme 
ce ne sera que cet automne, je vous assure que je vous 
attendrai pour ce vilain remède : peut-être n'en sera-t-il 
pas besoin. Je marche fort bien, et mieux que jamais, car 
je ne suis plus une grosse creçie ; j'ai le dos d'uneplateur 

S . Cette phrase n*est que dans la seconde édition de Perrin (1754). 
n serait bien possible qu'elle eût été faite par lui pour tenir la place 
de la dernière phrase du premier paragraphe : « Nous tous Pavons 
mandé, etc., 9 phrase qu*il a supprimée plus haut dans cette seconde 
édition. 



1676 



— oaa — 



■ qui»e nivk; jeaevoB.an^dÔMapoîrid'ieiiprMuaff, #t 
' * ^ voiM se itte VMsJM |MAooiiinie je «û. J «t quelque Lé^é rvi 
douleur eacoro «MX genoHOL; maifteaL venté e*eit ai peiA <i«i 
obofte que je ne m*en plaias pomt du loul* 

Trouyesr-vottA , ma bonne , -que je ne voua parle poiot 
de moi? £n voilà par-deaaua lea ycMK : vous n'avcK ps^ 
besoin dequeaiîoimerCoBhiDelli. Il est aouvent avec moi, 
et la Mousse ; «i Ions deux parlent souvent de votre père 
Descartes. Ils ont entrepna de me rendoe capable d^eo- 
leodre oe qu'ils disent : j'en aérai ravie, afin de n'être 
point oomme une sotte bête, quand ils voua tiendront 
îoi. Je leur dis que je veux apprendre cette science 
comme Tbombre, non pas pour jouer, mais pour voir 
jouer. Corbinelli est ravi de ces deux volontés , qu^on 
trouve si bien en soi, sans qu'il soit besoin de les aller 
cbercher si loin*. En vérité, nous avons tous bien envie 
de vous avoir, et ce nous est ime espérance bien douce 
que de voir approcher ce temps. Je vous trouve bien 
seule, ma très-clière : cette pensée me fait de la peine : 
ce n'est pas que vous soyez sur cela comme une autre : 
mais je regrette ce temps où je pourrois être avec vous. 
. Pour moi je prétends aller k livry ; Mme de Conlanges 
dit qu'elle y viendra; mais la cour ne lui permettra pas 
cette retraite. 

Le Roi arrive ce soir à Saint-Germain^, et par hasaid 

€• Cette double Tolonté «ans doute dont parle Descarteft( voyez par 
exemple le traité det Passions de Pdme^ V* partie, article xlti) , par 
laquelle « Tâme se sent poussée presque en même temps à désirer et à 
ne pas detîrer une même chose : » d*où c on a prît occasion d*ima- 
giner en elles deux puissances qui se combattent. » C'est là une de ces 
choses qui, coauneil le dit ailleurs, c se oonaoîssent sans preore, 
par la seule expérience que nous en aTuna, » (Voyez lês Primàpet 
de la plùlMophu^ 1^ partie, n« 39.) I 

7. La Géuêite du il annoar^e en «es tenaas TaniTée du Aoi,ioiis 
la rubrique de Saint-Germain : a Le Roi laissant ses conquêtes en 



— r>a3 — 

Mjne de Moateapan « j Uromve bumI ie jnâme jour; j^au* 
rois voulu doMMAT «un AUtoeair à>oe jwtouri puisque c'est 
une |Mii« aiial^ Miae de la JRayeCte.ftrma avant-ihîerde 
Chanùlly en lilieBe : «'est wm lielle aUure ; maissoncùte 
ne peut.sottffiîr le eanoase. M. de laRochdbiieaiild nous 
remet sur pied oe «voyage de Lianeonrt et de Chantilly, 
doat on .parle depuis dix ans : ai oa ¥eut m*enlever, je 
les laisserai faire. Madame est transportée du retour de 
Monsieur. «Elle •embrasse tous les jours Mme de Monaco, 
pour faire voir qu'elles sont mieux que jamais : je vois 
irouble à cette cour. J'ai fait prier Monsieur ie premier 
président* par M. d'Qrmesson de «me donner une au- 
dience ; il n'en peut donner qu'après le procès de laBrin*- 
viUiers : qui croiroit que .notre 'affaire dàt se rencontrer 
avec celle-dà.?>Celleide Penautiar ne va qu'avec oelle de la 
dame. Et pourquoi empoisonner le pauvre Matliavel* ? Il 
avoît une douxaine d'enfanta. Il me eemUe même que 
sa maladie violente et poim subite ;neressemUoit pas au 

Aûretd, et ii*e4pérant pluaqucLi'a eimemUfiMent qoelqae ealMprÎM, 
partit de ton camp de Keverain le 4 de ce moia, et arriva ici mer- 
^nredi dernier, 8*, à trots heures après midi. La Reine et Monseigneur 
le Dauphin allèrent à sa rencontre, à trois lieues, et Leurs Majestés 
retournèrent ici ensemble. Les sujeU du Aoi, de toatea les conditions, 
qui ne Toîentjamaîi sans frayeur partir Sa IdajeiCépoiir ooaunander 
•esarméeeoB peMoaae, témoignent per lears aeckuanttons la joie 
eeasiUe que iiur dowie aon heoreax retour^apeès des laltgaet Ion- 
.fues et jiériUeiisct. • 

8. GuilUnune de Lamoîgnon, peemier président du paiéemeiit de 
Paris, depuie i6fi8. Jl asourat le lo déoembre 1^77. 

9. Motluvel était ti^soner de* étals de Boorgogae ; maie oe n'était 
passeuleaseot pour avoir caapoieonaë Matkiivl que Penaatser était 
pouiHÛvi; il Tétait à la requête d'uae dame Voeser, ^««re du sieur 
\H€Êmff»l ^) Saint-Lanreat , trésorier ^néml du clergé, qui souteasit 
qaeSainte CwuK «rait empoisonaé ton nmii, à L'instigatiosi de P»- 
aauticr, pour que ec dernier «uocédAt à soa emploi. Voyea les Carnfi 
céUkréê de ftieher, toase 1, p. 417. {NoU de FéJiiimM 18118.) ^ 
Voyez tome lU, p. iSu 



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— 524 — 

poison : on ne parie ici d^autre chose. Il s*est trouvé un 
muid de vin empoisonné, quia fait mourir six personnes. 
Je vois souvent Mme de Vins : elle me paroît toute pleine 
d'amitié pour vous. Je trouve que M. de la Garde et 
vous, ne devriez point vous quitter : quelle folie de garder 
chacun votre château, comme du temps des guerres de 
Provence ! Je suis fort aise d'être estimée de lui. La mar- 
quise d'Uxelles^* est en iuriedeson mariage ; elle est trop 
plaisante, elle ne s'en peut taire. Quand vous ne savez 
que me mander, contez-moi fospétoffes d'Aix. M. Marin 
attend son fils*^ cet hiver. Je comprends le plaisir que 
vous donne la beauté et l'ajustement du château de 
Grignan : c'est une nécessité, dès que vous avez pris le 
parti d'y demeurer autant que vous faites. Le pauvre 
baron ne viendra pas ici : le Roi l'a défendu. Nous avons 
approuvé les dernières paroles de Ruyter^*, et admiré la 
tranquillité où demeure votre mer. Adieu, très*belle, 
très-aimable , je jouis délicieusement de l'espérance de 
vous voir et de vous embrasser. Mmed'Oppède est venue 
me dire adieu avec beaucoup de civilité, et toujours me 
disant fort modestement qu'en Provence vous ne trou- 

10. Voyex la Notice^ p. i56. 

1 1 . Premier prëtident du parlement d*Aix. (Note de Penim,) 

1 3. Dans la Fie de Rujrter par Girard Brandt sont rapportée! un 
grand nombre de paroles ou patriotiques ou religieuses prononcées 
par le grand amiral, dans les derniers moments de sa rie; celle^i 
entre autres : « Je suis ici au poste où Dieu m*a appelé , et s'il lui 
plaît de m*en retirer en me retirant du monde , je suis prêt et tout 
disposé. » Durant le combat même, après qu'il avait été mortelle- 
ment blessé, on Tarait entendu dire plusieurs fois : « Seigneur, con- 
senre Tannée de mon État ; épargne par ta grâce nos officiers, nos 
matelots et nos soldats , qui supportent tant de fiitigues pour un si 
petit gain. Inspire-leur la force et le courage, afin que sous ta béné- 
diction nous puissions remporter la Tictoire. Seigneur, donne une 
faTorable issue à ton peuple pendant ma foiblesae, comme tu as eo 
la bonté de Taceorder ci-nieTant durant ma Tignenr.... a 



— SaS — 

verez peut-être pas beaucoup mieux qu'elle, et qu'elle se 
trouveroit heureuse d'être dans votre goût, dans votre 
commerce, et de pouvoir contribuer à votre divertisse* 
ment. Je voudrois que cela pût être pour l'amour d'elle 
et de vous, et il me semble que cela doit être. 



l«7« 



557. D£ MADAME DE SÂVIGHÊ 

A MADAME DE GRIGHAH. 

A Paris, vendredi 10* juillet. 

Madame de Villars me disoit hier, entrant dans la joie 
que j'ai de vous attendre , qu'il lui sembloit que la lettre 
que j'ai de vous , où vous me rendez maîtresse de votre 
marche, étoit justement comme une bonne lettre de 
change, bien acceptée , payable à vue , que je touche- 
rois quand il me plairoit. Je trouvai le duc de Sault 
chez elle, qui pâmoit de rire de la nouvelle qui cou- 
roit , et qui court encore , que le Roi s'en retourne sur 
ses pas , à cause du siège de Maestricht , ou de quelque 
autre place : ce seroit un beau mouvement pour les 
pauvres courtisans' qui reviennent sans un sou : c'est 
dimanche que Sa Majesté le déclarera*. Le bon ami de 
Quanio avoit résolu de n'arriver que lorsqu'elle arrive- 
roit de son côté ; de sorte que si cela ne s'étoit trouvé 
juste le même jour, il auroit couché à trente lieues d'ici : 
mais, Dieu merci, tout alla à souhait. La famille de l'ami 
alla au-devant de lui' : on donna du temps aux bien- 

LnraB 557. — i. a Ce seroit un beau mouTement et bien com- 
mode pour les pauvret courtisans. 9 {Édition de 1754.) 

a. Le Roi ne retourna pas à Tarmëe; mais Lourois, qui était re- 
venu en même temps que lut, repartit immédiatement. 

3. Voyez la note 7 de la lettre précédente, p. Saa et 5a3. 



1670 



9ëuM«9 , maift beMicoup pin» à la pum ^tsuofiemmUié, 
qui oetopa tont le mir. Hier cm ail» ensaiBble à Ver* 
stnllas, acoompagnés <le qiMkpiea dames 7 on (ut bien aise 
de le visiter avant cpia h cour y vienne. Ce acta dnna peu 
de jours, pourvu qu*il- n*y ait point de honrvari»^; 

On a confronté Penautier à la Brinvilliers ; cette entre- 
vue fut fort triste : ils s*étoient vus autrefois plus agréa- 
blement. Elle a tant promis que si elle mouroit elle en 
feroit bien mourir d'autres , qu*on ne doute point qu'elle 
n'en dise assez pour entratner cefui-ci , ou du moins 
pour lui Cure donner la question , qui est une chose ter- 
rible. Cet homme a un nombre infini d'amis d'impor- 
tance, qu'il a obligés dans les deux emplois qn^il avoit*. 
Us n*oubItent rien pour le servir ; on ne doute pas que 
l'argent ne se jette partout; mais s'il est convaincu , rien 
ne le peut sauver. 

Je laisse là ma lettre ; je m'en vais faire un tour êr 
ville , pour voir si je n'apprendrai rien qui vous puisse 
divertir. Mes mains sont toujours au même état : si j*en 
étois fort incommodée , je oommencerois à faire tous les 
petits remèdes qu^on me propose ; mais je me sens an si 
grand fbndii de patience pour supporter cette incommo- 
dité , que je vous attendrai pour me guérir de Tenniii 
qu'ils me donneront*. 



Je reviens de la ville, ma trés-chère : j'ai été che» 



4. Hotirfari^ qui