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23
LETTRES
D E
MENTOR*
UN JEUNE SEIGNEUR^
TRADUITES DE L'ANGLOIS
Par M. l'Abbé Prévôt.
^ yf LO ND R ES
Chez Paui:. Vaillaki^
M. DCC. LXIV,
INTRODUCTION.
E S Lettres ont eu le plu^
grand fuccès en Angleterre : c'cfi
ce qui m'a porté â les traduire
dans notre Langue. Elles m*é-
toient connues avant même que
de rêtre du public Anglois. L'Au-
teur, avec lequel j'étois lié de-
puis bien du tems , avoit foin de
me les envoyer à mefure qu'il les
compofoit. La plus nouvelle m'en
faifoit toujours défirer la fuite ,
& infenlîblement le Recueil s'eft
trouvé complet.
M. N. . • • . . Auteur de cet
Ouvrage , y fait profeflîon d'une
impartialité auffi rare que louable
dans un Ecrivain Anglois. Il o&
Ç. ÎNTRODUCnOW.
y rendre jiiftice a notre Natîoâw
îi cite une foule de nos Granda
hommes dans tous les genres > &
Içs cite âvte ^cgèi, îliemrËwc-
me dans certains détails qui pour^
r.oient faire croire que quelques^
unes de ces Lettres ont été écri-
tes de Paris. La vérité eft que
rAuteur y a féjourné quelque-
tems , & qu'il y à tout vu , tout
apprécié en Voyageur Pbîlofo-
phe.
Peut-être me faura-t'on gré de
rappeller ici quelques circonftan-
CQS relatives à TAuteur de ces
Lettres & à mes liai fons avec lui.
C'eft ce que je vais entreprendre :
d'autant plus que ce récit amè-
nera certaines difcuffions entière-
ment analogues a TOuvrage mê-
.me qu'il précède.
. En 1 7 ... je pàflài à Londres ,
Ville que depuis long-tems je dér
. ^NTRODÛCTîOJSt. ^
firoîs connoîcre autrement que pat
<ies relations , fouvent très-partia*
les. Mon but , comme dans tous
mGS aciiîres voyages , étoit de voit
non iies naoriùi^nens , Ils /ont afles
f^ai^s en Angleterre > mais des
'^cykmfés , & certainement on en
trouve dans cette contrée. Ce qui
fi'ctnpêche point que l'Etranger
•ne puîfle donnejr |a pi^éférehce à
xK>?r^ capitale. Les hommes n'y
font point plus rares qu'à Lon-
dres > & le local y eft plus agréa-
ble , le commerce pkis facile , les
amufemens y font plus variés , les
mœurs plus douces. La fubordi-
nation y maintient l'ordre , fans
tenir en riçn de l'efclavage 5 tan-
dis qu'à Londres ce que le Peu-
ple nomme i'ufage de la liberté,
dégénère prefque toujours en
licence.
Jç fis moi^mêrar l'épreuve dQ
a ij
iv jmRODUCnON.
cet abus, J'avois parlé de ma
Nation » dans un des CafFés de
Londres , plutôt en zélé Patriote
<ju*en homme prudent. Je fus vi*
yement contredit : ce qui , toute-
fois , ne ralentit point mon zèle,.
Il eft bon d obferver que ces for-
tes d'endroits raflTemblent en mê—
me*tems la meilleure & la plus*
xnauvaife compagnie. Quelques
Apglois de ce dernier ordre épiè-
rent rinftaqt de ma fortie pour
ameuter autour de moi une popu^-
lace éfrénée. Elle m*infulta& eût
f^it quelque chofe de plus , (i un
À^s Anglois que j'avois vu dans
le même CafFé , ne fût alors venu
à mon fecours. Il employa toute
fon éloquence pour calmer le
Peuple , & il y parvint , chofe
aflè^t difficile. Son premier foin
fut de me conduire dans faproprjR
iJiempure. J'héfifois , dansPappré*
INTRODUCTION. *
Aâi/ioQ feule de le compromet-
tre. Ne craignez rien , me dit-il »
[ai fait mes preuves de Pacrio-
tifine. Le peuple en eft lui mê-
we perfuadé , & c*eft ciette per-^
fuafion qui vient de le rendre fi
docile à mes difcours^ Alors il
Jn'appric qu'il travailloit à un de
ces papiers hebdomadaires j dont
la Ville de Londres eft comme
inondée toutes les feraaines* Le
ilen étoit des plus accrédités &
avoit pour LeâeurS) depuis le Mî«
jiiftre d'Etat & le Milord,jufqu'aU
Matelot & au Charbonnier : car
chez cette nation , Thomme dé la
lie du Peuple fe croit en droit de
juger le miniftère 3 & c'eft dans
ces fortes d'Ecrits qu'il puife tou-
tes fes connoiflances politiques^ .
Il n'en eft pas moips vrai que
les Auteurs de ces feuilles jouit-
fent , pour l'ordinaire, de beaur
a iij
viîj imkODucTion.
' A la connoiflànce des bous
Livres anglois je voulois joindre
celle des meilleurs auteurs vi vans
de cette Nation. M. N. ... ne me
fut pas moins utile dans le fécond
projet que dans le premier. Il
étoit lié avec les plus célèbres
Ecrivains de fon tems. Il réroicj
entre autres, beaucoup avtcTil-
luftre Pope , celui d'entre les
Poc:es anglois qui a fçu le
mieux réunir le goût au Génie,
^ n'eft pas , néanmoins , qu'il
n'y ait encore dans fes Ecrite
certains écarts déplacés qu*on
pourroit appeller vices de ter-
roir. Plus Philofophe que Boileau
qu'il a tant imité , il n'a pas corn
me lui Tart de ne rien dire de
trop , & de ne jamais perdre de
vue lanalogie^es idées. J'eus di-
vers entretiens avec cet homme
célebret jUentendoic parfaitement
INTRODUCTION. la
60tre Langue , & ne vouloit pas
^ne j'en emplayafle d*autre pour
lui parler. On préfume bien que
nos converfatiôns furent entière-
ment Littéraires. Pope rendoit
juftice à nos grands Ecrivains. Il
préferoit Corneille kShakefpéar^
cftimoit Racine & admiroit Mû^
liere. Il ajoutoit > cependant , que
fi les Anglois pouvoient nous dif*.
puter quelque chofe dans le geri-'
re dramatique , c'étoit dans celui
de la Comédie : mais que nos ri^-
cheflèis à cet égard étoient beau-
coup plus abondantes que les
leurs. Je lift parlai de Quinaut ;
& je m'apperçus qu'il ne le conr
t jugeoit d aprc
Boileau. Je lui fis obferver que
. Boileau avoit été quelquefois m»
jufte dans fes cenfqres ^ 8c n'avoi^
^ INTRODUCTION.
îMcme jamais cefle de Tctre à Yi
gard de ce charmant Lyrique, h
■N-.qi3i éioit préfent ^ éù qui avo
jugé de Quinaut comme F ope
me dit > d^ plus , qu ua Opei
dépouillé de fa Mufique ne foi
.tiendroic jamais la ledure,^ Poi
toute réponfe je lui lucquelqu
ieèncs d'j4tis & âArmide : alo
^ la critique fît place aux éloge
Tous deux convinrent que c
morceaux renfermoient de vrai
-beauiés y & qui n*avoient befo
d'aucun acceflbire pour paroît
ce qu'elles étoient. On lera ft
pris , fans doute , c|b'un homr
tel que Pope , ait eu befoin qu*<
-lui ouvrit les yeux fur le méri
.deQuinaut. Uétonnement cefle
-fi Ion confidére que le génie A
igloîs , naturellement porté au 1
ricux > a plus de profondeur q
de délicatefle > préfère Ténergie
INTRODUCTION. ^ xj
Jigrément , & croie en général ,
<f3C rélégance nuit à la force.
i)e-là le peu d'eftime qu'on fait
Chez cette Nation dès Ouvrage»
^ notre illuftre Racine. Je remar-»
3uai même que M. Popç ne ren-»
oit pas une entière juftice % l'Art
'Poctique de Défpreaux » ce chef
^'oeuvre de gcHit > de juftedè àç
d'expreffion. Peut-être en ufoit-il
Slînfi , parce que lui-même a imité
trop foiblement cet Ouvrage. Il
lui préferoit le Lutrin, parlarai-
ibn , peut-être > qu'il jugeoit fa
boucle de cheveux encore fupé-
rieure à ce dernier Poëme. Poujç
la Fontaine , il me parut jouir à •
Londres d'une réputation aflèz;
bien établie 5 quoique, farns dou«^
tt ) il foit neçdTàire d'être no
François pour fencic tom ce qu'il
vaut. Mais difons encore %m moc
de M. Fo^c. Ce Poçce fi Phiiofoç
xîj INTRODUCnOM.
t)he dans fes Ouvrages > l'étoît
beaucoup moins dans la cfonduitCr
En bute à la jaloufie de fes ri-
vaux , &.par conféquent aux
traits de la Satire> il y paru trop
fenfible , il y répondit fouvent
avec irop d'aigreur. C'eft à ces
îortes de querellés qucMi eft rede-
vable de la Dunciade , Satire des
plus vives , mais remplie de fel &.
d'efprit. Il y travailloit alors Se
nous en lut quelques lambeaux,
M, N*.. •., étoitd'un carac-
tère plus paifible. Jamais k paP
fion ne dérigeoit fa plume 5 cnofe
aflèz rare dans un Ecrivain pé^
riodifte. Il étoit fort aimé du cé-
lèbre Miniftre d'Etat//^. ^ . . > le
même que le Cardinal de F. . • . ^
croyoit gouverner , & qui de loi>
côté , peut-être , fe flattoit d'avoir
le même afcendantfur lui. Quoi-r
qu'il en foic^ , le caradère de ces
■\
\
INTRODUCTION, ^cii}
tîeax Miniftres eut beaucoup d'a-
nalogie. Tous deux aimèrent la
paix jufqu au point de Tacheter,
quand la guerre n'étoit pas inévi?-
table. Ils n'avoient oi ofteota-
tion , ni hauteur > mais , peut-
être , manquèrent -ils des vertus
qui avoifinent ces vices. Leur
miniftère n'eût point cet éclat qui
cbiouit la multitude. Ils maintin-
rent long-tems la paix entre deux
Nations qu'une haine abfurde ani-
me Tune contre l'autre depuis
tant de fiecles. Auffi le Peuple
Anglois murmuroit-il de cette
inadion. Ces murmures fournif-
foient à M^ N Toccafion de
fe rendre utile au Miniftre. Il dé-
veloppoit Se la fageflè de fa con-
duite > & la jufleflë de fes vues »
.& l'avantage qui en réfultoit en
faveur de l'Angleterre* Laiflbns ,
4iiiQit-it d^ns les Écrits » laifibm
.fecnf INTRODUCTION.
agir ks François en Maîtres dani
le continent de TEurope. Ils nous
cèdent TEmpire des Mers , &
cekii là nous mettra bien tôt à
même de leur di fpu ter l'autre.
J^entrai avec lui dans quelques
difcuffions fur cette matière i maiis
'il me parut la pofleder à fonds. Il
oppofa à mes difcours une fou-
"le de raifons folides , râifod»
-auxquelles je ne vois pas que lie
tems ait rien fait perdre de leur
force*
Quelques motifs particuliers
m*^ant rappelle dans ma Patrie ,
mon déparc de Londres ne mit.
pas fin à mes liaifons avec M,
N. ..... un commerce de Lettres
fuccéda à nos entretiens fréquens.
Plufieurs années s'écoulèrent de
la forte. Enfin, lui-même vint à .
' Paris. J'eflayai alors de prendre
sxu revanche de toutes les atceur;
l
INTROmCnON. s»
tîons qLi*il ra*avoit ci-devant pro^
%iees. Si notre Capitale offre
irhomme frivole de quoi fe fatis-
faire, elle n*eft pas non plus fan$
reflbuFce pour le Philofophe. Nos
Spedacles , nos Académies ^ nos
Bibliothèques publiques , les ri-
cJies monumens de nos Arts , Ta-
telier de nos Artiftes , le commer-
ce de nos Gens de Lettres y tels
ioDt les plaifirs qu'y rencontre à
chaque pas Phomme de goût 5 tels
furent ceux, que je procurai à
M. N Admirateur outré de
Shakefpéar j il préferoit notre
Ejchyle à nos autres tragiques î
. il préferoit VAtrée du mcme M#
de Crébillon à tous fes autres
Dramfô : ce qui ne Tempêchoit
point de rendre juftice à EkÛre
& à Rhadamijie. Il la rendit en-
core plus volontiers à TAuteur
même ijue je lui fis ecmnoître;|
Ifvj INTRODUCTION.
& qui parut reftimer. On yerri-
par ces Lettres , que le féjour de
Paris influa fur le goût de M.
N.**... Il y puifa Teftime des
régies fans lefquelles nulle Ou-
vrage dramatique ne peut-être
partait. Les beautés defentimens
î'afïeâerent comme les traits de
fublime. Il avoit toujours admiré
la Henriade , & il parvint à fcn-
tir le prix de Zdire. Pour ce qui
eft des Arts d'imitation tels que
la Peinture & la Sculpture , nous
eûmes dès-lors fur cette matière
quelques entretiens qui femblent
avoir fourni celle de fa dernière
Lettre,
Une rencontre imprévue trou-
bla un peu la Philolophie de M,
N. * • • •Je Ta vois accompagné à
une Repréfcntation de Miropei
L'attention avec laquelle on re*
gardoit une jeqne Angloife placée
dans
INTRODUCTION, xvij
dans une des premières I^oges ,
Aous porta à la fixer aufli. Elle
étoit dfcine figure charmante &
Je ne (us point furpris qu^elle arti-
i*âc les regards de nos François &
*ncme de nos Françoifes. Mais ce
cjui m^étonna beaucoup fut de
^oir M. N. changer de cou-
leur auffi*tôt qu*il eut jette les
yeux fur la jeune Etrangère. Son
agitation étoit extrême & je lui
en demandai la caufe. Ah mon
ami ! me dit-il , d'une voix alté-
rée , voici tme rencontre des plus
Romanefques. Alors il m'apprit
en peu de mots ce qu il m'a de-
puis détaillé fort au long. Cette
jeune perfonne étoit fille d'un des
plus riches Citoyens -de Londres»
M. N n'avoit pu la voie
fans en être épris. Il y av<ét en
lui dequoi l'intéreflèr elle-même >
& de plus y il étoit l'intime ami
b
«viij ÏNfRODUCTlON.
de fon pere. Maïs rextrêthe dîï^
proportion qui fe trouvoit entfte
la fort me de ce dermef , & iM
fienne , lui ôta raÇTurance des'ex—
{)liquer. Il ne fut entendu que de
a belle Angloifej parce qu'unte
jeune perfonne devine fouvent ce
ou*on nçlui dit pas. Malheureu—
fementun Gentilhomme Fran-
çois , que la curiofité , ou le défijc
de faire fortune coirduifirent m
Londres , eut accès dans cettie^
' Maifon , & devint le Rival de^
M. N,.. •.. Celui-ci sapperçuc
bien tôt que la galanterie Fran-'
çoife Temportoit fur fon amoiir
auprès de leur MaîtrefTe com-
mune. Il ne voulut pas en être
plus long-tems le témoin 5 ce qui
en partie le détermina à paflTer en
France» J'eus lieu. alors de me
confirmer dans une idée qui ne
|n*écoic pas nouvelle ; c'cft que Icf
/
INTRODUCTION.^ *«?
X^iilofophe Je plus décidé ndl
pas exempt de roibleilè daos cer-
taines circonftances* M. N. . , , ..
coDtiooit à regarder la jeutie Ai)-
gloife avec une forte d'acharnie-
ment. Son ame écoit troubjjée BC
pénétrée. Il m'avoua que fa fur-
y rife égaloit fa douleur , de voir
oue fon Rival fût fitôt parvenu ^
ies fins : car il foupçonnoit un m*-
-xiage plutôt gu'un enlèvement.
Cette neocontre lui déroba topt te
- plaifir du fpeâacle. Il n ecoit pas
encore fini, lorfque M. N...feleva
de ramphithéâtre où nous étions
placés, me pria de Tactendre quel-
ques inftans , & paflà dans la Loge
-de la jeune Angloife; L'Etonné-
xner^ qu'il lui caufa & fa propre
agitation,auroient pu figurer a vap-
ugeufëment fur la fcene. Il me re^
joignitau bout d'un quart d'heure,
& ue me parut guères plus xxmr
b ij ^
*« INTRODUCTION.
Saille qu avant de m^avoir quitte—^
m'apprit qtre la jeune Angloife^
«lui avoit déclaré que le François
étoic réellement fon mari > mai^
que fon trouble & fonembaras li
donnoient à cet égard quelque
foupçons. Ils s'étoient réciproque —
ment fait part du lieu de leur de» — ■
meure f & je vis mon Philofoph^^
frès-difpofé à éclaircir lavamure—
^ Je Taccon^agnai chez lui , ofe-
des Lettres arrivées d-e Londres
Tattendoient. Il en reconnut Té —
criture fu^r Tadreflè r & les ©uvric^
avec précipitationr Je remarquai""
fur fon vifage la même furprife
qui m'^avoit trappe lorfqu il avoic-
recounu la jeune Ahglaife aa
fpeâ:acle. Ah îmon ami y s'écria-
t'ii de nouveau après avoir lu ^
• mes foupçons n'étoient que trop
bien fondes ! Jugez-en parce que
m apprennent ces Lettres^ Je vis
ÎNIRODUCTION. xxj
•<ju*effedivement on lui arinonçoic
le rapt de MilT. G. . . . Ccft le nom
de la jeune Angloife^&qu*on le
prioit, fuppofé que ces Amans
iuflènt à Paris , d'engager T Am-
baflàdeur d'Angleterre à faire à
ce fujet quelques démarches au-
près du Miniftère de France. On
efpcroit dis- je , que par ce moyen
la Demoifelle pourroic-être au
moins renvoyée à fes Parens. Je
vis alors dequoi une ame nobkr
eft capable. M. N...... avoit
certainement aimé ^ & fans doute>
aiiiioit encore la jeune fugitive.
Tout autre à fa place auroit cher-
ché Toccafion de la punir , ou du^
moins de Tenlever à fon Rival.
M. N ne forma ni Tun ni
l'autre projet. Le mal étoit fans
remède, & il fe détermina à cher-
cher les moyens de Tadoucir au
lieu de l'accroître.
xxij INTRODUCTION.
Le jour fuivant il fe rendit i
la demeure que MiflT, G . . • lui
avoir indiquée. Mais il fe trouva
que l'adrefle étoit fauflè. Nulle
étrangère ne logeoit dans cette=
niaifon. Un pareil procédé aflflî— -
gea plus M* N que tout le
refte de Tavanture. Il vint mefaire:=^
part de fon nouveau déplaifîr , 8c
je n'épargnai rien pour en adou-
cir Tamertume. Je lui remontraL
qu'ayant eu des vues fur cette
jeune perfonne , vues qu'elle avoit
, pénétrées , il ne devoit pas fe
promettre qu'elle le cfaoifit pour
confident. Il me pria de ne point
^ le quitter dans -ces circonftan-
ces , & j'y foufcrivis ianspeine 5 je
l'accompagnai chez lui, n'ayant
pu l'obliger de refter plus long-
tems chez-moi. Un inftant après
notre arrivée on lui annonça une
yifice. g.ui l'auroit pu préroir }
ÎNTRODUCriON. xxiij
Cetoic Miff. G elle-mê-^
^e , accompagné de (on Ravif*
^ur. Je voulus m'éloigner : la
Jeune Angloife s'y oppofa & fut
Vivement fécondée de M* N
iïe vieqs , Monfieur , lui dit-elle »
«n Anglois , je viens réparer au-
'^ant qu'il eft en moi , l'injure que
je vous fis hier. Daignez Tattri-^
fcuer à la furprife où me jetta vo-
tre apparition fiibice. Il eft difficile
xlans de pareils momens , depren^*
lire un bon parti ^ & je pris le
xnoins digne de vous , le plus ipléfa-
Tantageux pour moi. Alors elle
lui fît Taveu de ce qu'il fçavoit
"déjà 5 c'eft-à dire que fa demeure
^toit toute autre qu'elle ne la lui
avoit indiquée. Elle lui avoua ^
de plus , que fon mariage n'avoic
^int été fait du confentemcnt de
la famille } . qu'elle même s'étoit
choifîe un époux , & avoit fai^
^xîp INTRODUCTION.
taire la voix du fang pour ic fui- —
vre: mais qu'elle ne pouvoit fe^
réfoudre , à regretter une démar-
che qui avoit fait fon bonheur.
M. N....,, inftruit d'avance
de tout ce qu elle croyok lui ap- -
prendre, n'en parue point éton-
né. Il la furprit bien davantage^^
en lui montrant les Lettres qu'iL
avoit reçues la veille. Hé bien,
Monfieur N, » lui dit-elle-
d'un ton agité , quelle garti pre--
nez- vous dans cette affai te? Vous^
aurai - je pour ennemi , ou pour
protecteur i Vous pouvez beau-
coup auprès de ma Famille. Mji
faute , fi c'en eft une , eft irréparar
ble , & je n'ai , d'ailleurs , aucune
envie de la réparerr..... Madame ^
interrompit aflfez vivement M.
N. . . . . . votre confiance ne fera
point trahie. J'efpere même vous
prouver qtte j'en étois digne*
Alor$
INTRODUCTION, xxu
*■ Alors TEpoux de MiC G^*.
E>rit la parok,& lefît d'une. 91a-
àjere <iui fatisfit jufqù'à fon an^
-"j'en rivai. Ilajoutta,qu*en arra^
:hant , pour ainfidire , fa femme
lu fein paternel , il n'avoit con^
ulté que fon amour & non un vil
ncerct i que fa naiflànce ^coiç
îrftinguée , fa fortune au-de(Iii5
lesbefoins ur^ens , quelques pers-
onnes de fa famille en très haute
àveur àla Cour )5c qu au furplus ^
La tendrefle de fa femme lui tenoip
ieu de tous les avantages imagi*-
lables. Le ton avec lequel il
lifoit ces chofes, en atteftoit, pour
linÇidire, la vérité- Il détermina
M. N.^ . . . ;. à écrire fur le champ
\ la famille de Milf. O...- «C à Ip
Fgired'une manière auflî favorable,
qjie Ci les jeunes Epoux euflenc
eux-mêmes didé fes exprcflioas. ;.
. , J^QUs pàfsâmes avec içux iinç
acxvj iNTRODUTaON.
Sarde de la journée î & j'eus lieu
2 conclure que le choix de Mifl*
G.:, pouvoir avoir des apprc^a*
teuft. Son Epoux n'a voit ni les
talensni les connoiflances die Mé
N Mais ce genre de mérite
n*eft pas toujours celui qui en pa-^
reil cas frappe le plus une jeun^
perfonne. D'ailleurs y le Gendl"<«—
îioftîAiedont il s'agit? avoit tou(7
ce qui cara6J:erifeenFradcel'hon>-^
mè aimable , & un homme d^
içette claflè déplaît rarement ai^
beau fexe cfeeiE nos voifîns.
- Refté fcul arec M, N..--.<r
lï me demanda ce que je penfoîs
•^de fa conduite. Je Fadmîre , lui
répondis, je 5 mais elle n'a rien
^qui' m'étonne : une grande ame
«trouva de la facisfâftion à feîrc des
^^ heureux , même aux dépens dç
fon propncbonheur. Ce(p eequç
jtr vovrs Hois pratiquer aujeqr^
i
IfmODUCTIOTî: '^xvij.
d*huu J*avoue t reprit-il , quW
tel facrifice eft pénibJe, On ne ferc
jamais un Rival qu'avec répu^
gnancc : mais n*import« , je fer-»
virai le mien jufqu'au bout , &
£ans autre but que de lui eue
«utile»
M. N • tint exaâement
^BL parole» Ses premières Lettres
s:i'ayant pas produit tout FeSTec
^ù'il s*en étoit promis, d'autres
dépêches plus fortes leur foccéde-^
ireot. Il slstoit , d'ailleurs, inftruit
d fond , & du caraâère & de
Vorigine de fon protégé. Toutes
ces découvertes avoient été fa-
vorables au Cavaiien FrançofSé
ÙobftacU qui najflbit deb diffê^
rence de Religion n'exiftoit mémo
déjà plusi MiiT. G.... s'étoit fait.
Catholique. Un Amant qui plaie:
eft un Miflîonnaire bkn perfua^
fL finfiaj M. N paryioc
èfxviii TNpdDtm'iom ^^
lui-même à perfuader Jes parenf^
de la jeune Angloife, Us fouf* _
crivirent à ce qu ils n'avoient pur-
empêcher , & en^uferenc même
{>ar la fuite ,- cpmrne û cettëah'
liance eût étèkur propre ouvra»!
ge. Les Epoux fç retirèrent à^::^
Ang.v où il? vivent encore aujour-
d'hui dans' Topulence , « & dfini—
J'qjiiou la plus étroiçe, : "^
i Pour M»^ N, .\ . . • il ne tarda'
pas à quitter notre Capitale. 11-
vôyagepit tk! compagnie l' avec^ *
Milôrd V.i,... Tousdeu}^formé-»v'
rent le projet de parcourir Tltâlie "
& fur^tout d'examiner avec foirf»
Romç , Florence & Venife, Ce
ne fut pas tout > ils me ^ropofé*
rent d'être, du voyage , Si moQt
penchant naturel, joint à queW
ques circonftances . particuliétr
Hs> me fie accepter la propo(;iil
lieOf ^^ -^^ t ''-'^ • '
*■•-••,
i
Kôus nous embarquâmes à
irfeiiïe ^ fur un Vaifleau qui
•-alloit direâertent àyeûifei Arri-
ves dans cette Vill^i nos deu^i
^nglois nie parurent étudier aved
Jfoin fa Gonftitutiôn* Leurs avi3
furent fou vent partagez fur ffe;5
avantages & f^s inconvéni^ns^ Mj
XsT. . « 4 • I. plaçoit dans cette det«
ïiîere clafle la trop grande puifr*
^ Tance des Nobles^ Miïord V.^^é
- Iburenojt ay cpçtrairè/quë ^etie
^pùiflancô ji telie qu d^e exiftoil^ à
.Yenife « faifoit la fureté :de cette
.République , & je crus ppuvpiîf
adopter fon opinion. En effet , fî
le Peuple avoir fur le Gouverne-
ment Vénitien la même infiuencô
dn'ii eut fur celui d'Asbe^esôc dd
ï*^\ *••.»♦<*.-*. . -
%ov^,r il efi réfulterpic biq<^t§C
J^s marnés abus ; & ce$ abus en^
^traîneraient à coup fur, la ruinfe
•.<i-J¥W :g.é^«biiqB^ [^
axx imRODVCTlON.
firoifins-puifians > & qui né fé fou
tient guères aujourd'hui que pat
Une conduite prudente & raifon^— '
née. Miiord V...... obferva raê
me dès-lors que TAngleterre ^m
quoique beaucoup plus puiflàntc^
que Venife , feroit expofécau)^^
•mêmes rifques > s*ii arri voie quc^
le Peuple atrgmentât ailèz foc^
crédit pour engager le Miniftere^
^ns qu^ques taufles démarches^.—
Bfilprd V....^ eft encore exif-^
tant. J*îgnore fi les dépenfes 8^
le réfultat de la dernière guerre ^
:cntrepfi(e moins par le Minif—
-tere que par le Peuple Angloîs ^
ont détruit otifortiné en ki cec
axiome,
/ Revenons ^ M^ NL*^.* J'ai
-défa dit qu'il ne Tôyàgeoit que
"pour obfcrvcr ^ & éès-ïôrs notre
tjbjet étoîtle même; Nous avions
^ àPaiB quelques di&uffions far
f
ÎNTRODVCTION. ititxj
Xa Mufique Françoife & Italiennes
^. N. écoit grand pàrtifan
-cîe cette dernière : j ofbis de mon
tcôté lui oppofer la nôtre 5 ce que
Je n'euflè , peut-être pas fait y fi
<iès4ors nous n'euâicHtis joui d une
Î)artie des chefs-d*œuvres de Til*
uftre Rameau. Notre Auteur mê-
me les avoit admirés en France^
«mais ) comme fon dévouement À
la mufique italienne étoicun pré«
-jugé national , il ne pouvait y
renoncer que difficilement. JV
vois déjà beaucoup entendu de
cette mufique à Londres : il m*ai^
fura que jela gouteroîs infinimem:
mieux a Uenife > & eniîn je me
laiflài conduire i TOpéra. It fane
avouer que Texecution nuific»-
le me parut y être portée à une
grande perfcâion. Les parties
acceflbires n*y étoient pâsnon plus
négligées, le dea^naai toutefois
'ccxxij INTRODUCnom \
à M. N...,,. fi ce Spedacir^
{tinbloit à fes yeux auflî compk
«jue nos Opéra , où tous les gei
Tes de Spedades fe trouvent
.quelque manière fondus en ur
feul ? Il m*avoua que ce concour^^
étôit , fans doute, moins entier
<lans les Opéra Italiens quedans^K
les nôtres > mais qu étant par lui— -^^^
ïnême un peu bizarre , ces omif- —
fions ne pou voient- être regardée^^
comme un défaut. A quoi je ré—
.pliquai que l'Opéra Italien , mat-
•gré toutes fes omiflîons , ne for-^
^eroit jamais; lui-même un fpeo»
tacléraifonnable. . ?
:/ Ce n'eft point là relation exa<5le
^'un voyage que je prétends pla-
cer ici 9 mais feulement quelques
ipaits. relatifs à l'Auteur des Leç-
.tfjes qui fuivept. Je ne m'arrête-
,î^i donc ni à décrire le local de
ai^enife > nia peÎAcIfe les'mœurfi
> ni
INTRODUCTION, xxxîîj
c}e fes habicans4 Je vais même
tranfporter fnbitement k fccne à
Jlome , où toutefois , nous n*arrî-
Trâmes qu*après le tems du Gar-
naval. ,
Jer ne rappellerai point ici lé^
fefléxions que fit naître en nous
la vue de Rome moderne. Elte
en offroit une ample madère a
4cs Voyageurs , dont le but étoîc
d'obferver & de comparer. Nos
deux Angbîs donnoient un libre
cours à leurs idées t ils ofoîeftt
xriême [ pour me fervîr d'une ex-
preffion de la Bruyère ] 'f enfer
tout haut. Je leur fis obfervèr
gae cette li|2ercé Anglicane avoic
les inconvënîens dans un pays
d'Inquifition/ Il faut cependant
av ouer l^ue ce Xribnnal eu moines
févere à Rome ^ que dans quel-
oues autres Etats de l'Europe » où
jlfe;trQqvç.ét2^li. .Une circonf^
^nce particulière contribuoit en^
xxxh iNTRODUCriôK
core à cette modération* Bèno^^
,XIf^. occupôic alors la Chaires
.Pontificale» Ce grand Pape , don^
les lumières & la conduite étoien^
refpeaées^ même des Proteftàns j0
avoit entr'autres vertus > le Géni^^
conciliateur 5 vertu qui manquoi^
â Léon X & qui auroît pu pré-
venir la ruine du Cacholicifme ^
dans prefque la moitié de TEu— •
jrope»
Milord V.... & M* N..... défî^
roîent également d'approcher duM
Souverain Pontife, il n'étoît rie»
moins quinnacceflible. D'ailleurs^
îl étoît facile au Milord dappla^
nir, à cet égard, toute difficulté. Il
,avoit dés Lettres de recomman*
dation pour rAmbaflàdeurde lar
Xxm/ devienne i celle de Rome^
41 en fie ufag^ , & cette Excel^
ience obtint facilement la pef-
-iniffîon de le préfenter. Nous
/ INTRODUCTION, xxxv
^ eûmes y qui plus eft , la liberté
<{c raccompagner M. N,... ^ mou
SsL Sainteté nt trou voit pas plus
étrange , qu'un homme de ma
.profeffion voyageât avec des
Proieftans , que jç ne le trouvai
TOoi-n^me qta'elle les admit à
fon audience. Il eft prefque inu-
tile d'avertir que cette Audience
n'eut iïcuL que dans le particulier.
Milord V..,. adrcffa au Pape un
compliment très-in^nieux ^très^
j^ateur > & , en même-tems i très^
mérité. Il parloit Italien ^ Lao--
gue qu'il poffédoit fupérieure-
ment. Le Souvexain Ponrife lui
répondit de la manîéfis la plus
affable & la plus fatisfai^ame* Il le
ioaa far longoûtpourlesVoyageSy
isà plutôt fur Udefkm qui k pois
«oità voyager, bi parla de l'Alix
^kterre «n Pontife qui ne fç
£omoit pas à coanoiore les ëcms
mxifj iNTRODVCtION. _
où fa puiflance écoit reconnuâ m
& finit par lui demander (i RoméiM
telle qu^il l'a voyoit , répondoit as
ridée qu'il s'en écoit faite avanc
de quitter Londres ? Milord V,^.—
lui répondit ^ que les différens
Chefs-d'œuvre dont Ron^étoic
décorée < ayoient bien de quoL.
fatisfaire l'amateur le plusdiffici^
le i mais que pour lui ce n'étôic;
foint4i ce qu il y admiroit lc£
plus. Il ajouta que tous fes Comi-^
pa^trîotes feroient > à.càqp fur i.
de fon fentimexiÉ. . . a -
Un figrte d'approbation que irt
M. N.é.é attira fur lui les rcgards^
<Ju Pape. Milord V.,^. le fit en?-
côre mieux connoître à fa Sàin^
c«eÉé i qui alott fe mit àrenoret*»
•*ir de Littérature^ M*J^..é» poffié^.
doit fup^rîeurenlent cette Partie^
^& prefque auffi-bien da Littéra»-
4Mre Italienne f. que rAnglcûi^
3H connoiflbit même à fond le»
Ouvrages à^ Benoît XIV. Lé
*o
Pontife en témoigna une furprif*
Wîêlée de fatisfadion. L'ampur
<iHm Auteur pour fe$. Ouvrages >
le fuît jufques fur le Trône , ôÇr
j^ws la Thiare. D'ailleurs ,iî ceç
imour eft une foibleflè , il eft du
moins fur qu'elle peut sVlî^r aux
plus hautes» vertus* -
r Je devin? moi-même enfuitâ
Yxà>]èt del'attehtiiEl© ê^iv^u Pere'}^
Jobligeant Milord m'annonça ;
comme un homme de Lettres dif^
tingué dans ma Patrie; J'avoue >
cependani que peu de mes Oii-t
vrages étoient connus, db fa Sain-»
teté , & j'en eus de la joie, Quaiîif
an irefte , je dus lui paroître aflè?
yferfé dans la Littérature moder-j»
nfe , foit Françoife , foit Etrarji»
gère* Le Pape i lui-'riîêhje > poffé*
(i&ip'JaiË;& jpien U nte* U l)^
sexxviîjINrRODUCTIÔK
parla beaucoup de* nos principau>^
Orateurs G'Moraliftcs. Ilrendoic:^
à Bùffuet , toute la juftice qu^ont
doit àfon génie j eftimoît JSoxxr— ^
daloudj & aimoh AdaJJillon. IL-
me parut entendre Adallebraih
€he j autant que la chofe efl^
poflîbiei me parla fort peu dec^
Ecrivains de la Société, 8:^ fan»
toucher au fond des chofes.^
donna de grands éloges augéni^
Â'4rnaud > de Nicole > & dcr
Fafchal
Nos deux Ânglois étoient hors^
d*eux- mêmes de voîrtant de'lu*^
miére , de modération & d equi*
té dans ttt> Pontife ,. que leury
Théologiens difent être VAnte^
Chrijl. Ma furprife n'étoit guères
moindre que la leur, quoique
nos préjogés ne Giflent pas Içs
mêmes. Enfin ^ nous nous re^
tirâmes comblés d'égards & dç
INTRODUCTION, xxxlot
!>ontés par Benoit XIV. & rem-
plis de véfiéradon pour fon œé-
'îte perfonnel.
Avouez , dis^je , â mes Côm-^
magnons de Voyage , qu'un tel
È^ontife eft digne de régir le mon-*
de Chrétien > & même les Eglifes
qui fe hni fouflraites à la hié-
rarchie Romaine ? Ils oq convin-
rent , & fe propoférent Tua &
Fautfe de lui rendre hautement
juftice lorfqtfils feroient de re*»
lour dans leur Patrie, J'ai fça
depuis que l'un Çc l'autre avoieac
tenu parole.
Le refte de notre féjour àt
Rome fut emptoyé à vifiter les
Monumens dont cette Ville eft
remplie. Rome neft plus que
Tomore de ce qu'elle tiit autre-
fois. CependaiK on y apperçoit
encore une empreinte de gran-
4^ur ^ui ivxkt» S^ qui ^ ydTe le
fer INTRODUCTION. '
dire , imprime une forte de reP-*
peâ:. Ce n'efl: plus la ^ome de^
Céfars , mais on fe rappelle qu'ils .
y (ont nés s pri n'oublie poinc::
qu'elle a prodiiii: des £miZej, ôC-
des Sçipions. C'eft ici , dilîons^ —
nous , qii'écoit placé ce Capitolé^
où Ton jugeoit les Rois Çc Je^
Peuples, i-à , fut la demeure d|é? .
cet Orateur qui fauva fa Patrie ^^
& dont Félo^quence a pour nou5^
tant de charmes , quoique le^
objets qu'il trgit-e nous foienpl
étrangers, & indifférens. En i?ij^.
mot , chaque pas que l^on fait danç
f etçe Villey offre ufijujet dé reflé-
xipn 5 & toBtès ces re|lé}çions ^éle*
yent Tame.
D'ailleurs > la nouvelle Rome
eft digne par elle-même de toqt^
l'attention des lEtrangers.. Les
Arts rpnt: enrichie de tant de
chefs-d'cpuvïe? , çchx; de l'aptî-
* qiiit4
I
^uité y fubfiftem encore en fi
grand nombre , qu*elle conferve
toujours àtcet égard ^ le titre c^
Heine des Cités i titre qu'elle:]»
^Iperdu quant à la puiflance^ Nouâ
yadmirârnescesMonumens prér
cieux qui attefténta quel degré
<le fuperiorité les Grecs avoicnt
porté la Sculpture. Ils fêrvirent
4 nous faire regretter encore da-
vantage ce- que les Barbares en
ont détruit. A Tégard des pro*
^dudions rnodernes des arts , c*eft>*
à-dire » depuis leur renaiflàpce f
elles font extrêmement nombreu-
(es à. Rome. |^es chefs-d'œuvre:
iàôs Miclieil-aTige^ des Haphaelf
<(es Titien , des Correge , & de tant
dl'^utres grands ArcHtesy brillent
de toutes parcs , foit dans les
Eglifes > fok dans les Galeries ^
foitdans les Cabhiets particuliers^
Uo\:^ emplovâpil^ un tèms conQrj
^ d ' ^
sôlij INTRODUCTION,
dérableà cet examen ,& nous txt
pouvons pas , toutefois , nous Ha t*
ter d'avoir vu tout ce (fui en étoî t
aligne.
^ UEglife de S. Pierre fit perdre
à flos deux Anglois une grahtfe
partie de Teftime qu^ils faifoicnt i,
de S. Paul de Londres. Maigre j
certaines irrégularités , la Cathé-
drale de Rome eft dans ce genre
le plus feeau monutflent dé 4*U-
liivers j j'en excepte peut-être , la
fainte Sophie de Cpnftantinopk,
De Rome nous nous rendwnes
à Florence , Ville très-agréable
pour lelocal & là manière dont
^lle èft conftruite. On préfumfe
bien qu'une Ville oà lés Arts re-
prirent autrefois u ne nouvelle ori-
gine, eft amplement pourvue de
leurs produAions. Rien de plus
digne de la curîofîté des Voya*
geurs , €pç ia Cajlerie dq Palais
k
os
cei
M
iNTRODlCnON. Ȕiij
t)ubû. Nous n'en perdîmes riem
'^ai^^comme TAtigloîs ramène
lom au raiibnDement > M.N-..
remonta à l'origine de toutes ces
<Hofes. A quoi penK^on ratciibiier
cette ol-igihe? ATélévation d^
Méâicis qui ) de fimp4ds psortictP^
tiers y dev€hU6 Soûverabsxfe ieiir
l^àtrte ^ fe virent aiaiî eti éitab:
<raccueiUir les itts cfaaiTés de ta
Grèce* Que cette Maiton (bic
Teft^e àiorsdans (en écat obfcuri^
ies ténèbres de llgooratice eou^
vrirofent ai^o^rd'iiui eôu«e ia te^
fe. Ceft aî^ ^te ids dfecs lel
piiiis «tiuftti^Uès dérî^^ent prefqù4
toujours 4*i4ne feule^aufe.
J'élevai alérs tiM qftféftidn ^
M^N.,.^ a depuis ^^âtèe d^
«oe des Lettres di^ 0e liàctteil | je
demandofs <î les Sdelkc^ > la
Leuités , ^ les Atc* {MHivôkfiC
r^dkHMJK iMkl^^lc {tèifeftîoat
•«!z> :iim(ODifcrioi^.
jlêr dans uoe République, Milof^*
y..... & M, M... fe déclarére» h:
pjCHir Faffîrmaii ve. je ne fus poin -^
de leur fentiment. Ils' me citèrent :^
çbur me convaincre , Texempl^^
a Athènes , qu'on peut regardep:::^
jçômme la nierç des beaux Arts-^
tsais cet exempte pirouvoit enm^m^
:faveur. Athènes , leur dis- je y n^
produifit de grands Poètes , ôC
:a'excellens Artiftes > que lorfqu'i^
^e trouva wft homme aflfer puiC-
lanc pour agir en Souverain & le*
encourager. Le Siècle de Periclès^
fut celui de Sophock ^ d'Euripide
icd'Arijlophane. Celui d'Alé^
xdndre vit éclprfe Apeile > Phi-
-^ks- & Içnrs Emples 3 Celui d'/fz^
^ùfie^ Firgile èc Horace ^ celui de
j^éanX^ï^ Tqffey MieliekAnge&c
;fiitphael i X^lui de Louis XIV ^
^meilley Racine ^ Molière , Quh^
INTRODUCTION, scb
-A regard des Orateurs > ) avoue ,
ajoutai-je > que c'eft toute autre
chofe. Ils peuvent fe former au
fein d'une République. L'Elo-
quence y conduifant aux grande»
places , & à Tavaiuage de gpuver-
-ner Teforit du Peuple , elle n'a
pas belbin d'un plus piriflant vé-
hicule. Ce fut ainfi que fe formè-
rent FérkUs , DémofiHéne yCéfaf
-la^Çiceron. Pour ce qui eft desr
Ares qui ne donnent point accàs-
auprès de la roultkude > qui ne
peuvent fubjuguer que le petit
nonîbre des Connoifleurs , ils ox>c
befoia qu'une main abfolue leur
préfente les, honneurs & ^e& re»
çofflapenfes qu'ils attendroient e»
vain du corps de ta Nation,. Tout
.travail à fon objet > & fi cet objet
iiVft afluré , ÏGS efforts font tou-
jours médiocres > toujours iiafruc^
-liiçux,
itlvj INTRODUCTION.
Il me parut que ce Difcoiif-
avoït fait impreffion fur Milor^c
V.,... 5 â Pégard de M. N..,. i -
n'étoît pas entiéremenc pcrfuadé'
Cepenaant \ï n'y oppofa que iort
peu de raifôns, & qui n'écojeari
rien moins que décifives* Il zx&-
pris cette matière plus au long
dans la Lettre où il examine Ci
la liberté nuit ou fert au progrès
des arts & du goût. Mais re^6-
nom i notre féjour en TofcanCé
La Guerre qui dèfoloic toiitt
TAiiemagne (kaot prête k s'ëceii-
4Jre kifqu'^n Italie , rAnglei^fC
le <nfpofaiit même à y prendre
parc ^ Miiord V....« fentic qu'il
létoit t^ms de retourner à Londre$«
Le Port le plus Toifin étdt celui
4è Li Vourne. Cependant nous prf-
itie^ k parti d'aller ktfqu'à Gènei.
Ceete Ville quia été luniommés
U fuperbe >doic uniquemeAc ceit
ÏNTROÙUCmôlSr. xbîj
!:c diftinélioa à la riçheffb de fes
^aiais de marbre , qui eft la pierre
fu pays, il fut un tems où Gênes
ouvoii-être fumommé la puif-
mtc. Ses poflTëffion^ étoiem très- -
tendues , fes arnîécs redoatées »
on cotninerce floriffant. De touls
es avantages il ne ï\^i refte guè-
es que k liberté , qu'elle ne pou-
oit , pcut>ètre , conferver qu'en
erdant uae partk de fa poiliince*
Lomé fut bientêc aflèrvie lorfque
? cercle de fes poift fiions s*éloi*
na trop du centre. Les Gouver*
curs qu'elle envoyoit dans les
ays .conquis ne tardeifent pas. à
en regarder comme ks Souvc*
lins i d'autant plus dangereux
u'aiix force» natoreltes dé ces
rorinces il joignoient celles^ue
tome étoît obligée de letif coû-
er & qui ai<fercnt pkifieursd*en^
f^xxxi è]^9:Sii}ttés elle^même^ U*
'xbnj INTRODUCTION.
État' Monarchique [ on fupijoG
une bonne adminiftration } eft iœ
,finimedt plus propre à étendre ô
à. confer ver .ies Conquêtes , que
la. République la.mieux^prgarni-
|ée. Au furpiu^ ^ Gênes (dont. Is
{)ui(rance eft aujourd-kui fort ref^
errée , n*a rien à craindre de fe^
propres Citoyens , & la politique
dgs Princes fes voifins la garanti/
de toute in v^fionétrangére. Bmtt
ètvG nlêiTie fefolc4l à fouhaiteir
pour elle , que le petit: Royaume
dç Corfe fût dîftraitde fondomai--
n^. , Les fréquemes révojtes dà
çc;|te 1^6 fatiguent, à tous égards^»^
€«;cte^ République, plutôt JVIar-^
.çh^nde que GuerrierecOn parloiç
alors du fameux Tfiéodpre y ce.
fantôme de Souverain > dont To^
jrigine eft encprc un problême ^
la conduite une énigme^ je puis ^
fiw»i^,diç,jMf N,jH^^ «^voïis^ citer ^u^
INTRODUCTION. xM
^t entièrement relatif à cet
homme fingulier , fi pourtant il eft
Vrai que le perfonnage qui s'offrit
â moi , fous Ion nom , fût bien ixàm
même. Le crédit que j'ai toujours
confervé auprès du Miniftre An-
^Lols a fouvent conduit auprès de
moi des Supplians de plus d'une
cfpece. Un inconnu d'alTez bonne
mine me rendit un jour une vifite
inattendue, & me parla myftérieu-
fement d\m autre inconnu qui
avoit 9 difoit*ii , à me communia
quer des affaires de la plus grande
importance. Je ne répondis d'a-
bord que par des queftions , aux-
quelles celui à qui je les faifois ne
répondit qu en oiaifant. 11 irfen
dit cependant affei: pour me
faire juger qu'il s'agiflbit d'ao-
puyer certaines demandes auprès
,du Miniftre. Je parus difpoie à
ijdre ce qu'il defiroit > & alor^
e
^^- INTROTTVCnON.
mon inconnu s'expliqua plusncc^
Wnient. Il m'apprit , dis-je , qua
^infortuné i héodore étoi t à Lonr
idrcs, & que , réfolu de tenter une
liou velle entreprifc fur la Corfe ,
ilchepchoit à s'appuyer du fecours
de l'Angleterre. Je ne prévis pas
dès-lors q* e fa demande pilt lui
être accordée , mais j'éprouvai
une envie extrême de voir cet
homme qu\ avoir fait Tent retien
ide toute rturope. En conféqueDf
ce je nie difpofai à accompa*
gner fon Agent. Ce dernier ajouta
ijuc j'étois Te maître ou de le fui-
jvre , ou d'attendre Théodore chez
moi. Nous voyageons , f ourfui-
.vit-îl., mpogmtOj&c prefqueavec
aufl) peu d^apparcil c\u Hercule U
'Fhilo^Ute. Le ton libre & franc
me donna envie de mieu^ con»
-noître celui qui me parlpit ainfi.
J'appris, qu'il étoit né François >
ijue fcrvanc en qualité d'O^ciejr
INTROpUCriON. y
t05 les troupes de cette Nâtjoa
]i éïoient pafleei en Corfe , unip
fcuffion qu'il eue ayec fcs Supé-
îurs Tobligeade fe jetter dans \ts
m ennemi > qu'il jouit bicmoc
toute la confiance de Tliéodone
de les Chefs > qu'ayant fait de
ar ilîieu< pour fe bien défen?-
e , il avoir cependant fallu ce-
r à la force 5 qu'enfin tout te
rti étant diflipé , lui feul s etoit
caché à la fortune du R.oi fugi-
', & contînueroic à le fervir Ci
i Anglois Youloiem le mettrcà
►rcée. de le faire. Je lui demaà-
i fi ce Prince quel qu il fût ,
oit les talens propres à former
le telle entreprife. Il aura , du-
oins , me répondic-il > celui de
lailîèr bien conduire : en faut-
davantage > Nous continuâmes
core quelques inftans cet en-
itien , & le François le foutiat
e ij
Hf ÎNTRODUCnON.
toujours fur le même ton* Apr3j
quoi nous fortîmes pour noti»
rendre à une hôtellerie ob, le pre*
tendu Roi des Corfes écoic logé^
La peinture que fon Envoyé
m'avoit fait de fa pofition étoit
des plus fidèles. Jamais incognito
ne rue mieux caraftérifé. ' Toute
la fuite de ce Prétendant confrf-
toit dans l'Officier François &
deux Domèftiques. Je m^arrêtâi
cependant peu à ces acceflbires i
& je m'occupai fur-tout du prin-
- cipal perfonnagc. Il avoir plutôt
la mine bafle que diftinguée , plu-
tôt la phyfionomie d'un Béat que
celle d'un Guerrier^ Il me reçut
avec diftiniflion & fans attendre
aucun cérémonial. Vous voyez ,
me dit-il , un vrai modèle d'infor-
tune y mais le Ciel ne veut fans
doute que m'éprouver 5 j*efpere
.qu'il daignera couronner ma conf-
cance. 11 entra enfuite , dans de
INlROpUCnOK [Hf
phs longs détails , & finie par
Redire que fon bue écoic de faire
demander une audience particu-
lière au Miniftre Anglois , pour
lui expofer fa fituation , & cacher
den obtenir des fecours qui le
milïentà portée de faire valoir de
nouveau [es droits fur la Corfe*
Je ne lui diflîmulai pas, pour-
suivit M. N...,,r que cette de-
mande pourroit fouflrir de grai>-^
des.difEculcés,r En même temsj,
je promis de ne rien épargner
pour lui obtenir l'audience qail
defiroit» Je lui tins parole y & dèj
Je jour fuivant il eut une entrev^
avec le Miniftre. Pour donner
plus de poids à fes difcours ^ il
eflaya de fe faire connoître fan$
équivoque r ce qui ne lui écoiç
pas facile y vu les circonflanccs
oii il le trouvoit* Cçpendajie il
çncra dons cercai^ decaS^ , i|4
' ' cuj' ' ^
iiv ÏNTRODUCriON.
joints à une Lettré que le GouveJi'*
neur deMinorque lui avoic adre :C-
fée, iorfqu'il étoit encore dans TifT ^
de Corfe , fembioic en attefter qu* il
étoit le véritable TJiéodore. Le JVt i*
niftre ne parut même plus en doix-
ter. Ge qui n'empêchoit pas qii^
les raifons qui s oppofoient à £^
demande ne fliflènt toujours les
mêmes > raifons qui , à tout prent-
dre , pou voient être combattues.
Elles le furent vivement par TOf^
ficîer François , qui avoit eu la
permiffion ae fe trouver à cette
audience. Je vis même Tinftant
oùleMiniftre alloit être ébranlé:
mais il revint à fon caradere
timide & circonfpe6ï:. Tout ce
que les deux Supplians parent
obtenir fut une fomme d'argent
aflèz modique , avec promeiTe de
leur en envoyer d'autres auffi-toc
gue ks Çorfes mécontens wn
INTRODUCTION. îf
ft)icnt repris les armes. Ce fiTt
ainfi que fe termina cette négc^
"iation qui pouvoir avoir des fui»
es aflèz importantes , & qui n'en
îut aucunes. Les Corfes n'oiït
>oint remué , & Ton n*a point
>uï parler depuis de ces deux
>er/bnnages.
Nous conclûmes de ce récit,
ju*il étoit poffible que Tun de
:cs deux Aventuriers fût le vrai
Théodore 5 fa miférable fituation
étant beaucoup mieux connue
que fon origine. Au refte , Texem-
f)le de Gênes vint à l'appui de
'opinion que j'avois foutcnue à
Florence. Le Commerce eft beau-
coup plus en vigueur chez les
Génois que les Arts & les Lettres.
Je joignis à ces exemples celui
de la République de Hollande.
Beaucoup d'Hommes célèbres
jdans les Lettres, s'y font réfugiés >
%• INTRODUCTION.
jnais peu fe font formés & ékv^e^
dans fon fein,
^. Ce fut pour la? Hollande m3^
me que nous nous embarquâmes^
XJn vaifleau qui oartoit pocmr
Amfterdam nous détermina .^
profiter de cette occafion : mais
une tempête que nous eiTayâmes 9
prefqueau fortir du Ûétroit , noum^
mit dans le plus extrême dangei::^'
Le mauvais état de notre vaiflèa^t:*
Dous contraignit même de relâ.—
cher à Cadix, On fait que le Porc
de cette yille d'Efpagne eft cx^
jrêmement fréquentée L âftluen-î-
ce desEtunirersy furpalTe ^ pour
.ainfi dire y celle des Naturels dtf
pays. Nous fumes tentés d alleir
viluer quelque autre ville d'Ef^
pagne , telle ,. p3.f exemple ,. que
Séville ,: qui elt peu éloignée de
Çadixr mais cette idée uous:pafi[k
prompteœentr^ Nous étions inf^
uuifs d'^vaiicJ qiKi riu;éxiciu; dii •
INTRODUCTION, h^
P^ys offre peu d'agrément aiix
-Etrangers. Les Efpagnols , Nation
d^ailleurs très-eftimable , vivent
ciblés , vifitent rarement leurs
Voifins , & paroiflent ambitionner
encore moins de les attirer cher-
^ux. On préfume bien que nos
l?oIitiques Anglois n échappèrent
pas une occafîon fi naturelle d*ar-
guynenter. Ils attribuoient à trois
caufes le déclin de cette Monàr-'
chie. c^. L'expulfîondesMaureSt
a ^. Le défaut d*induftrie,& la pa-
reflè naturelle àts Efpagnols. 3 ••
Llnquifition, & l'excès du pou-
voir Monacal. Peut-être^ nos An*
glois avoient-ils raifon pour- lors:
mais depuis quelques années lés
Rois d'Èfpagneont pris les me-
fures les plus propres a détruire
ou mitiger Teffet àts deux derniè-
res caules, & par conféquent répa-
rer , au tant qu*il eft poffible , celui
de la première»
inij INTRODUCTtOK
Nous nous rembarquâmes poaf
la Hollande, & notre voy.%ge ac
fut traverfépar aucun nouvel ac-
cident. Ce nit-là le terme de nos
courfes en focieté. Milord V..*..
& M. N. . . . ne tardèrent point à
s'embarquer pour Londres > ^f
après avoir fait quelque féjour à
Amfterdam & à la Haye , je partie
moi-même pour Paris.
Depuis ce tems M. N ^ n^z
point cefle d'entretenir avec mai
un commerce de Littérature &
d'amitié. Parmi tous les Ouvrages
.fortis de fa plume > & dont il m'a
fait part ,. ces Lettres m'ont parti*
culierement fi-appé.^ On y retrouf
ve le Génie Anglois natureHe-
ment porté à la difcuflîon & à
creufer ks matières qu'il traite.
Nous ne nous forames pas toujours
trouvés "d'accord fur le fonds des
chofes. J'en excepte les trois Let-
tres où l'Auteur démontre l'utilité
INTRODUCnON. lî»
«fia nécdTité d étudier l'Hiftoire.
Quant à celles où il examine fi le '
^iniftere du Cardinal de Riclie^
l^tu & le règne* de Louis XIF.
ont autant influé x^u on le croit
*Ur les progrès des Lettres & des
ALrts en France , c*eft en vain que
*iotre Auteur femble être pour la
^légative 5 peu de François vou-
<^ront adopter cette opinion. Ileft
Certain que le germe des Talens»
«xiftoit avant HickelieuSc Louis!
JKIV. Il exifte dans tous les tems jV
mais c'eft la proteftion qui \è
fait éclorre^ 1
Je fuis encore plus éloigné
d'adopter une autre opinion que""'
VAuteur avance dans queîque^V
Unes de ces Lettres. Il y parole '
rrès - perfuadé que fi nous l'em*
portons fur les ânglois pour I9
Goût,nous leur fonimes intérieurs
quant au Génie. Bojfuet , Cor^
imilU r MolUn, la Fomaiw , Créi
u imRODucnot^.
hïLlon , Voltaire , Alontefquieux 5> ;
4ecruifent mieux cette precention
que ne pourraient faire les plus
amples raifonnemens. Une ré*
Sonfe de cette nature laifle pea
e reflburces à une réplique.
Il n'en eil pas moins vrai que
les principes renfermés dans ces
Lettres font en général folides >
-profonds, lumineux, Supérieures
Inent développés , & dignes de
toute lattcntion des Leâeurs*^
Tavoue que TAuteur fembie avoir
^particulièrement écrit pour les An*
(glois , & même pour les Anglois
'qualifiés : mais (on Ouvrage ren-
ferme des traits > des maximes ^ des
/ilétails , dont tout homme ftu^
-dieux peut faire fon profit ^ de
.'quelque rang » & de quelque
Jwation qu'il puiflè être^
Fin dç rintrodu£lion.
Lettr,|
L B T THE -
P . E
M EN T O R, j!
A ■ .
^N JEUNE SEiGNEURi
LETTRE PREMllREii
Sur V Etude en général.
y O T R É hàiflançe , Monneur /'
Votre rang , votre fortune , & toutei!
Its diftiridions .que .IVenîr voui^
prdipet, feront défîrer votre com«;
pagnîè à. quantité de perfôhriéjf;^
leur feront briguer Thonneur de*
pâroître avec vous dans lès lieux ^
fublïcs; & dette ^de vos parties '^'^
Fart. L A
à. toutes lesfêtea & les occalîonlÉ
! de piaifir & d amufement. Je ixx^
' fens prefie d'une autre ambition : pei>
itiisttez , Monfieur , que je faffe ufag^
de cetter correfpondapce / dans la-
quelle vous fouhaitez que j'entre avea
Vous , pour devenir le compagnoi*
de vfis Jieuret prisses » & dd-vos plu*
férieux momens,
Je^^ne doute, pas que vous n'eUf
ayiez beaucoup de cette nature :
quoique, vous touchiez ï cette fax**
foa^ de la vie , dont iL n'y a que U
PédantifeijB, où l'humeyr chagrine,
qui veuille, exclure, la gaieté & laf*
plaîCr ; vous n ignorez pas que de
l^mploimëme de ce tems., vont dé-*?
pendre , pour l'avenir , votre carao».
tere, &^la figur;e que y ous^ ferez dans,
lé monde. UnJaboureurqui demeu^^
reroit oiGf, lorfquilfautfemer, au-
Cpit aufld bonne grâce d'attendre ^09^
ibûodante ipoifTon , que celui , qui;
Pafle le printems de fa vie dans una
^Ue diûîpation ^ oh dans les déré^
glemens du vice , d'efpérer de rhon%
^eur & de la réputation » ou de pré^i^
^^dre au caraâère d'homme (âge. Se,
«e grand homme,
^ JR^gardez autour de vous, Mon4
]^^ur , obfervez bien, ceux qui ùk
Ont fait une haute réputation* d9
kgeflè &. d'habileté» & demandez
-omment ils ont employé leur jeu^
Qiefle : feuilletez lesamiales de THif^
toire ; remarquez les noms qui fefont
ttanûnisàla ppfterilt^ < ayeç le fceai|
de rhonne^c &.des applaudlilemeoi;
publics: Jifez la lifte des Patriotes,,
&c des Héros; étudiez attentivemenç
leurs vies ;.& vous trouveras que leui;
conduite, dans le çaurs de leur jeu4
Be0^ , lorfquils £^ d^fpofbîent àjpat
^oîtr«. fur.. le, • théâtre M^ monde;, f
'>
Jette les; fondemens du rôle qu'ils y
ènt fait ; c'eft-à-dire » de toute la
É;loire qu'ils ont acquife , lorfqu il»
font venus à remplir leurs difieren-?
tes fontStions dans la vie.
^ C «ft , Monfieur , le devoir de touir
les jeunes gens . de cultiver leut
tfprit , & de fe rendre propres a*
monde i mais cette obligation tbm-^
Be fpécialement fur les jeunes genf
li'uHe naiflance diftinguée , patc«
^u'on attend beaucoup de leur ca-
raétère. Se quib ont quantité de fe-
cours & d'avantages , dont les rangs
Inférieurs- font privés. La néceffitf
force les autres , de fé former pat
«n travail affidu , aux dtfférenteîs pro-
feflions dans lefquelles ils fe propo-
fent âç faire leur fortune ; & toutes
tes forces de leur efprit fe rappor^*^
tant à cette occupation ^ il ne ledxf
lefte ^uufa^ partie deleUï tem^ /&g
-ÇUelquefois très-petite , à ménage^
four Tétude de ce qui peut les coit-
^uire à la connoiflancç des hammef
& des u(àges du monde ; & les fairp
atteindre aux grâces d'une politefle
^ifee. Mais ceux <jue la fortune a
.placés dans une fîtuation telle que la
^otre, ont tout le teins qu'ils peu-
/^ent défirerpour acquérir toutes for-
^^s de perfeftions.
, D'un autre côté , Monlïcur, le»
.Voiçs du favoir , aufquelles votre
^iflance vous appelle, n'ont rien.,
>îi de rude , »i d'infipide , où de
. défagréable ; au contraire , elles font
douces , gaies /amufantes. Lire les
Ouvrages de ces immortels Auteurs;
qui ont exprimé les plus pobles fea-
timens , dans le plus élégant langage;
étudier l'Hiftoire du genre humain ^
& s'inftruire de ce qui s'cft paflé dans
joutes les régions & tous les âges dtt
A ni
^ E 1 T T R E ë
«nonde; obferver graduellement T*^
'tigine , les progrès & le déclin dêa
arts & des fciences ; réfléchir fur le j
caufes de cette vicifiitude; appro-
fondir la conftitution de chaque
pais, en confidérer les altérations 8i
leur fource > quelle plus riante perf
pedive ? Le Jurifcohfulte eft afiù-
'jetti , pendant une longue fuite
d'années à la pefante leâure àe$
Ordonnances & des Codes ; leMé*
decin à fixer dails fa mémoire Ici
'noms & les propriétés des remèdes;
à fuivre le méchanifme des diflPé*
lentes parties du corps humain , &Ci
ï)ans chaque profeffion , combien
-id'épineufes & d'infipides recherches,
avant que de pouvoir parvenir -à
tqudque dîftinAion. Mais pour arri-
ver au point de lumière , qui rend
Thomme de naiflance , utile dans lâ
Ipiondej heureux ea iiû-»êtne| capài
* K M t w t ft !(: ^
l>}e^efervirfes amis & de faire ieim
'-«fejices , iHètte à la fois le fouden 6c
^^omement de fa nation ; ces péili-;
i^les foiifô font peu néceSaires : le
%^ms qu*ïl donne à fe perfediotm^i;
<"i*«fprit & le caraârèf e , mahque raife*
'""^aewt délai procurer îj>iHsd^ phàGk;
'^'^àns Ja ToHtttdfe & 4e^t¥avail irifttte ,
^-^iife I^ôHafliè ôifrf^h'en peut ^fpëfèr
^e fes foltes parties dfe ëiffif àtiéh. ^
J allois ajouter, Monfieur, que C le
chemin , qui peut conduire un jeune
iomme de votre ordre à rhonneur ,
cft fi doux & fi facile , rien n eft plut
inexcufable fl^ue la^olie de ceux qui
l'abandonnent volontairement, pour
fe jetter dans les téoébreufes voies
deTignorand^s quijco^duifent àTop-
probre. Mais je ife puis réfléchir fut
vos excellentes difpofitions , fans ap-;
préhender d'être allé déjà trop loin t
& peut-être ai-je befoin d'apologit
Aiiii
^HR rfj E T r ii Ë 9 "
r pour ce que je viens d'écrî
: voiis jugez néanmoins que m<
v.tres puiffent quelquefois vous
r OÙ, ce qui feroit encore plus i
i pour moi , vous être de <;
.^utilité , je me croirois très-hc
^ & je fâliirai chaque occaûôn (
communiquer mes idées , .lo
, les me paroîtront propres^
inftruire, où vous amuferi
LE T T R È IL
Sur r étude de VKiftoîre.
|N s'attend à quelque connoifr'
ice de THiftoire , dans un homme!
i prétend s^^tablir un caradère
jcrîeur au vulgaire. Ceux qutf
LI naifTance a bornés aux viles &L
lorieufes profeflîons de la vie, &
i ne trouvent dans leur condition
rurêlle , aucune facilité pour s'inf^
lire , Ibnt afliirément difpenfiâ(
tendre leurs connoiflànces , au-
[à de cette étroite fphere i mais
IX qui plus favorifésdelaforturteV
font pas appefkntis par le travail
rporel ,. & ne manquent ni de
fir , ni de force , pour ouvrir le
md livre du favoir , méritent peu,
nom d'hommes » H bornant tout9
u: attention aux petits inçideas qu^
ft? rt r T T k K *
naMènt autour d'eux , leur curiofi A
ne iesjexctte jamais à ^s'informer de
ce qui s'eft fait dans les tems & les
païs difFérens du leur* L'Age de
*i'homme eft fi court dans fa plos
longue durée , il s'en pafTe une â
'grande partie dans les Vains amiife-
tnens de l'enfance j urie fi grande
•partie eft abforbée par les violentes
paffions de la jeunefle ; une fi grands
^emportée par le fommeil & les au*
très néceflîtés de la Vie; ceft-à-dire^
labfolument perdue , que le refte,
"^uand on en fuppoferoit tous les inf-
^ans donnés à l'étude, ne peut com*
yofer qu'un point fort mince. Les lu**
'miéres qui ne viennent que de l'ex^
^érience perfonnelle, font par confé-
Ijuent très-foibles & très- bornées ^j
^ delà fuit manifeftement l'utilité
jàe i'Hiftoire, qui nous faifant re*
tQontej par une chaîne d'événeme&if
/
*E Me» t o ir: &p<
i cet Er€ , où U vérité fe per4
. ^ans la Fabk , allonge en ^uelqvâsi
^rte le cours de la vie humaine;^
& nous fait jouir des obfervationS
mirées de l'expérience , pendant ua»
ttombreufes fuites de fiécles. (à) Mon
^efFein n'eft pas d'infinuer que la piaf
enraie fagéflb ne ibit pas le fruit àtt
^'expérience ; mais je veux dire quela
•acneilleure méthode pour rendre no^
réflexions juftes &{pour nous fairtf
v^irer d utiles conclufîôns de ce qui
tuons arrive à nous-mêmes , où deop
-ijui tombe fous nos propres obfei?^
vàtions , eft d'apprendre ce qui eft
arrivée à d'autres, & la conduite
qu'ils ont tenue dans les circonftaq^
ces où nous fommes*
. («) Nec enim fuatn tantùm xtatein benè tifeÂ^
tais omne «vum fao adjicium* Qutdquid anno*
lam ante illos aéèum eft , illis acquifitum eft
nullo nobis fxculo inteidiélum eft i in omni^
«dxnittîmat $ & fi magnitudine aoimi e|re<n
hvLmzax imbecilLo dacisanguftias Ubet , miuC<n
fet ^aod fpa^tiemai tciogotis eft. $»»#««
^* t » t î R I s^
* Nous devons, Moftfieur, fur-tolà.
<à ftotre entrée dans le monde , nouf
^ttouver fouvent dans des Ccuationf
toutes nouvelles pour nous , ou toi^
À fait diflPérentes de ce que nom
^vons éprouvé. Ceux qui ont le
malheur d'ignofer comment les au-
tres fe font conduits dans lesmcmel
circonftances , doivent - être parta^^
*-gés d'un jugement , & d*une péné^
vtratîon fort extraordinaires, pour né
^"pss tomber dans plus d'une erreur ;
?&, louvent d'une nature . qui peut
savoir de fatales influences fur leur
future conduite.
; D'un nombre infini d'exemples;
<|)af lefquels on peut prouver que
4^Hiftoire eft capable de fuppléet
AU défarut d'expérience , je ne m ar-
.jrctequau célébre-trait de LuculIuSi
qui, nayaat aucune connoilTance de
^'art militaire, lorfqu'il avoit quitt|
Xonié, parvint dans lecours de^fott^
voyage , foit par fes Iè<5hires, foiti
foi les queftiotis qu il fàifoit ausT
Guerriers expérimentés , (^ ) à s'inf*
truire avec tant de fuccès /qu'en afri"*:
^t en Âlie , fes exploit^ ûievit?
confeflTer à Mithridate , qu il le rer
connoîiToit pour le plus grand Gé*
^ral , dont il eut lu Je nom danp^
^îîiftôire ( b ). Cet exemple eft triii:
^al, je l'avoue ; mais il eft pris d'ua;
Auteur , qui ne peut-ê^re cité trop:;
Souvent ; & je fuis très-fur que veu».
itlixez; avec beaucoup de plâifir^;
lè^pâ&ge entier , au fécond. Jt»ivTf^j
des Queftions Académiques de.jÇif;
çpron. 'S'il &Uoit des 9^tmfàçfi CQP**
derne^ , pour coùfirmerî une yéiikéh
dont vous êtçs déjà convaincu , jo^
*(*) Partira çeiirunflando i periti». partimUv
Ih) Hune à -fc ii\ajôrcm ^ucem.cog;ûtuÀig
t|0us ferois^ obiêrver avec qoeOlf
tfiniiratioa coûte TEurope a vu ;
dans la dernière guerre , la conduk&i
d'un grand Roi , qui ne mérite pat^
oioins là qualité de grand Général ri
on (ait qu il s'eft : prépai é aux illuif*/
très aâions, par des études infati^*^
gables , fpécialçment par ceUe d9i^
l'Hifioire ; & quil a feit voir ;-
WÊrec la dignité convenable à foa-
fiOgufte nom , que s'il fait faire de§'
«ôions qui tiendront à jamais utr*
rang diftingué dans les annales dtt*
teonde, il n'excelle pas moins à re*'
Mréfenter celles d'autrui. d'un: ftiled^
inâître, : ^
- Commencer fan râle daos la viep
Ikns s être informé comment: ceinte
qui nous ont précédés ,onr. marché
^r le même Théâtre ; ce feroit la
|neme abfurdité que de vôïager dânf
lise Kégiaaétrwg^eJâns -ftYpifi
ûndté connôiiTancè du langage Ôt
i manières de h Nation qu'on vi««
i; & ce feroit s'expofer aux mé«!
s erreurs de conduite & de jugeH
mu Combich leis progrès doivent-i
être plus prompts , & les obferva-l
M fur chaque Pais plus certaine*
plus faciles , pour celui qui en
t le langage ; la géographie , Je»
ges ScThiftoire, que pour ceux
i tés ignorent. Si la difFérenctf
it être extrême , elle n cft pasr
>indre entre celui qui rifque da^
re un perfonnage dans le mondé ;:
s fàvoir ce qui s'y eft fait avant
; 8c celui qui joint à la connoiCf
ïcé des fciences 6c des arts , cellar
4*Hiftoire, c'cft- à-dire, desplu<
[narquables aftîons des Hommes ;
L caraâère particulier des Aâeurs;
fs refforts qui les ont fait âgir^ ^
des conséquences de ces aârron^^^
!^»; 1 1 T ^ n't # -
Imt pour les aâeurs méjoie^ ; t
ppur leur patrie ^ où pour TUnive
CjUtier.
£n établiflant ^u'on a droit i
demander quelque connoîflànce <
THiftoire;, dans les rang fupériei]
€jix profeifions roécliaaiques'» je :
pjétend pas quelle doive être égs
dans chacun de ceux qui font audeil
de cet ordre. Les uns peuvent lire
^ui s'eft paflTé dans les anciens ten
^ns autre vue que de fe délaflèr agr<
blement lefprit , après une pénit
application aux objets particulier s
l^état qu'ils ont embraiTé s d'auti
IjBuvent n y chercher qu'un hon^nç
^inufement . ou l'avantage de fe rc
are plus aimables datijs la focieté f
leurs lumié' es , & plus propres
commerce des gens d*efprit & de
^oir ; mais vous ferez, convainc
lilQnfifiur^que riJiftoiRe eft proj)i
me
fpt l'étude d' lin homme de qualité
vous faites réflexion qu'elle a pria*
paiement pour objet le récit det
andes aâions , ou des avions def;
ands Hommes-
Les principaux objets de THlftoti
font tous lesévénemens q^i intec-
ïènt particulièrement la partie
îérieure du genre humain ; & dan»
i[uels cette qualité l'oblige d'en-
r , pour les faire naître où les prê^
lir : la formation & la chute deg
lïaumes & des Etats ; l'établifle.-
nt de la liberté & des Loix , oii
progrès de l'efclavage ou les ufur*
lions du defpotifme ; l'accroiffe-i
int des fciences & des arts, ou laÇ
idant de l'ignorance & de la bar-»
rie ; le foin d'arrêter les excès du
ce & du vice , ou de fortifier lô
ûtdela tempérance&dôla vcïta;
[ eftordinairemeatU fond des réc^l^
' Fm. i: B
ITB E s "tr à i 9
fiiftoriqûes; & tout;es les perfonnif'
idiftinguées parleur naiflance ou leur
(brtuné , y font d'autant plus inter*
f efifées , que leur conxluite eft nccef*
fairement d'une putffante influence,
pour accélérer la glaire & le boa-»
heur , ou pour arrêter la décadence
& lamlfêre de leur Patrie. Unhofli-
^e de diftindion ne peut demeiiret
fpedateur oifif des affaires & des ré-
volutions humaines ; il faut , de ma-
nière ou d'autre, qu'il faffe du mal ou
du bien. Jamais il ne fe peut met-
tre aflez à l'écart pour ne prendre
pzTt à rien ; & s'il pouvoir parvenir
à fermer abfolument les yeux fur lef
affaires publiques , il feroît noni'
feulement le rôle d un lâche , mai$
celui d'un criminel & d'un perfi^de ;
'parce que fa fituation l'oblige de
«contribuer à Tordre de la focieté ^
|ç que renoncer à ce graad istçrêti
Ce feroit abaindonneir le ;poflte t»
bù la Providence Ta .placé pour |i(
oreiller. i
S'ileft dooc confiant,, Monfîeui»;
]ue les lelations hîftorîques regSÊ^
lent principalement cette efpéce de
aits > aufqueis les perfonnes diftiil-*'
[nées ont pris , dans tous I^s tem^ ,
t doivent prendre plus d'intérêt,
|ue le commun des hommes ; tm
eune homme de qualité , lorfqu'il
itudie I*Hiftoire , qu'il remonte à la
burce d^ grands évéï^emens , poiic
jn d&souvrir fes reflbrts Scies câu-
es , loffiy^'il'ofeferre les catadères
kes tegiflaedeïirs &'îdes lî^éros , &
fuir compare leurs ôdio*» avec
etif s principes & teurs méthodes ,
*iêft aufll proprement Occupé du de-
roir tfefa prdfeffion., qtj'un Horl6«
çêur , <^i -éulfdie 'te ^échanifnle
i'tmte maàtre , &- qidKen obftrve 4]^$
rtefforts & le^ mouvemens ; bu qu a
Anatomifte , qui fait la diffcâia
d'un corps animal , & qui le jRiivan
^dans toutes fes parties , cherche 1
^maniérj^ dont elles produifeat les ei
jfets pour lefquels elles font naturel
lement ibcmée$. La connoi0knce de
différentes parties du corps humain
Beft pas plus Tobjet de l'Anatomifti
que la coanoifl&nce du corps polit
que eu: celui d*un kommedequalité
& fl ce principe admet desreftriâior
& des bornes dans les Etats Monai
• chiques , il n'en peut admettre diar
toutes les formes de Gouvernemer
où l'autorité ueft pas concentré
dans un feul chef; mais où chaqu
membre de la République a quelqu
influence y proportionnée au ran
& qu'il y tient^ Dans, un tel état , <
le notie » Monfieur, en èft un ^ le
ieupes s^ns de votre Qi:4ïe i io^l^ô^il
'four devenir Sénateurs , Confeiller^
&fGardien$ des Privilèges du corps^,
comme: des dignités & des préroga^
tlvei du Souverain, Auflt leur dô*
Voir eft-il fpécialement d'étudié
^■fîîièoire, qui peut leur apprendre
feule , comment quelques-uns de
*^Urs Souverains fe font efforcés de
iipper Les fonderaens de la liberté^
P^r quelles méthodes ils ont entre-*
Çï'is de réduire leurs fujets à lefcla-
"^^ge, & quels moyens, les fujets onz
employés pour réfifter à d'injuftes
totreprifès » pour allurer les droits
.de leur nation , & pour les fixer fut
4ies fondemens durables^
De quelle autf e fource que THit
toirc pourriez- vous tirer le fond de
lumières , qui doit vaus. rendre ca.-^
pable d'inftruite & de perfuader ^
.dan^ Laffemblée de notre. Sénat jR
jî^ MM maxime commune^ qu(^
Bra ti Ê T T R tf !f
naît Poète , 6* quon devient Orateur
& réellement , quoique la pârfaid
l^loquence demande un génie nata^
Tel > fupérieur au commun des hom*
mes , il n eft pas moins vrai > qu'a:-
*vec un juge" lient droit, & les qualL
'tés ordinaires de 1 efprit &' de l'ima
^ination , on peut devenir un Ora.
teur fupportable] ; furtout,fi Toi
'S'eft formé dans la jeunefle, au gran<
"art de bien parler : & quelle itieii
leur voie , que de fe remplir.de
grands événemens & des principaux
'caradères que THiftoire nous pré
fente ? Je ne connois pas de mé
thode plus fure & plus prompte
"pour former un Orateur ; c eft tou
à la fois , un vrai magafin d'exprel
tîons & de connoifTances , toujouii
•prêt pour l'dfâge , & propres à tod
tes fortes d'occafions. Le trait d\
^m&wccndûf, &> compoïïo ,^'moi
B s M Ë w f tf «; !ï|
iepromere pojpm ; fenible convenir,
<ian$ le plus jufte fens , au jeune hom«
me de qualité, qui fait de THiftoire
6 plus chère étude ; outre la variété
des expre (lions, que celle des fujets
fait continuellement trouver dan$
^n Hiftorien ; on peut s aflurer qu a-!
vec lefprit plein d'idées, qui nof
cherchent qu'à fe mettre au jour , il
fera moins difficile qu'on ne fe 1*1*
toagine , de s'exprimer avec autant
de propriété que d'abondance. Ho»
tace , que je vous demande la perw
miflîon de citer , plus d'une fois, ne
dit-il pas du Poëte , verba pmvifam
tem hanc Invita fequentur'i On peut
Caire afTurément la même promefTe ^
rOrateur.
Mais rHîftoîre ne fournît pas fed^
lement les meilleurs matériaux zvat
difcours publics ; elle offre auffilesf,
|flQ« n<9\flç$ . ic peut-être 1«$ plu}
^ Z^É T fît « i.
fÛKS modèles. La rapidité deDèmot
thçne , & la facile abondance dé
Ciceron , ne remportent pas fur
quelques-uns des difcours qui fc li-
fent dans Tite-Live » dans Salufte ,
& dans quelques autres Hiftoriens#
D'ailleurs ces belles Harangues ont
l'avantage de fe préfenter dans des
circonftances , où THiftorien a déjà
^u nous intérefler aux événemens qui
les ont fait prononcer; c'eft-à-dire »
lorfque notre imagination» échauffée
par la ledure , en reçoit une împre(-
iïon plus profonde , le fouvenir erî
eft d'autant plus facile à conferver ^
& ne manque pas de fe préfenter danJ
l'occafion. Ainfi la narration hifto-
rique nous inftruifant des faits ^èch
Jjarangue étant une forte de com-
xnentaire fur l'événement & les cir-
conftances , ce font deux vraie»,
ibUKÇS dç lumière, qui s'en pretem
^ * ■ fnutueilemenf i"
toutuelleniént , & qui nous rendent
capables de pbrrer un jugement plus
ïufte du fujetqui nous attache.
"^ Ce n^eft paîdâns leisr aticiens HiP
forièns^^ feiilemënt^ ; qu'il' fe trouve
â'éxcéilens xiiïcourj '; THlffoire mo-
derne en prefente aulfi d*agréables &
d'inftrudifs 5 maïs celle de notre
Patrie , fur tout , dms les tems éloi-
gnés, comme dans lé notre, en offre
un grand nombre, dont la Grèce &
>.; Rome auroient pu Te faire honneur»
lie tous les fujets , la liberté , Moh-^
fieur, eft le plus capable d'élévet
refprit: elle^ fouvent échauffé le
fein de nos Sénateurs : & ce qu'ils
ont dit, pour fa défenfe n a pas man-
qué d'allumer la même flâme dans
celui des autres , jufqua leur infpi-
rer les. mefures les plus infaillibles
pour l'honneur & l'avantage de leuj
Nation.
Pan. I. C
.. Âinfi y, combien de motifs > l
fieur » doivent porter un ho:
bien né . à Tétude de l'Hifio
y^ compté pitqu'à celui de T;
(èment »; quoiqu'il, ne fqit pa
poids des autres \ maïs en.eft-i
plus glorieux & ds. plus puiO
que le bien public »& TapplauC
fBiem deJa Patrie ?
» I . m
LÉ tt R E I I.L
Sur le même Si^t^
iLà Es Honiriies' ôtft tant dé refleni^
élance entr'eu^ dans fous les âgés St
«ans toutes les coritreei du monde ;
que lUiftoiré dé cfeaque Natiort
^ous offre, Monfîeûi' , des occafioni
^quentés d^ comparer ce <}ue lei
J^trangeîis nous appreiient d'eux-i»
thèmes , & de leurs païs » avec cà
^ui s'eft paffé dans lé votre , & de
Vous en former dés principes pour le
Hîglement dé votre conduite : cepen-
dant, plus là fîtuation, le climat &
le gouvernement du païs , dont vous
lifezTHiftoire, approchent de ceux
du votfc ; plus le champ devient
fertile en fujets dé comparaifons, pliii
Vos obfervatîons feront kitéreflan-
tei , & plus eîtcs' auront par conCKf
Cij
guent ,dagrément-& xl'utilité.
* Avant que d'approfondir lUi^
toire^ dune* Nation patticuliéipe , U
iconvient^ de prendre une idée géné-
rale. 4e celle du genre humain. Cett€
çpnnoiflance ouvre Tefprit , écarte
les préjugés, & fait reçonnoître au3<
jeunes gens la faufleté des idée^ qu'ils
fontporté3 à fe former, de la fupé-
^iorité de leur tems , ,& de cett^
partie d.u monde , ^où la nature leî
a placés,
\ Quand on ^ vu dans llïiftoire ,
les puilTantes expéditions des grands
Emjpires.qui fleuriflbient dan^ Tan?
tiquité la plus éloignée, onieft éton*
né de la grandeur & de la vertu des
anciens , & prefque tenté -de 41e re-
garder qu'avec mépris la petiteflc
Vies tems modernes. Rien ^l'eft plus
capable d'aggrandir nos idées ^ quq
le, fpedacle de 1^ magnificence de
icien inonde. Plus on approché
tems où les hommes furent pia^
fur la terre , pour être fes pte^
rs Habitans , plus on eft frappé
vives peintures de cette augûKe
)licité , qui fait le caraâère des
niers âges du monde,
le premier , le plus refpéâable
e plus facré des Livres, nous
ne les plu^ nobles repréfenta*
s delà fimplicité naturelle des
niers Pères de la race humaine i
\\n nous apprend , & toutes lei
es Hiftoires le confirment .qûô
lommes &les Empires ont com-
ice dans rOrient ; là fleurirent
Héros & ces Demi-Dieux , dont
anciens Écrivains racontent tant
lerveilles , & dont on doit foib
?r de connoître les exploits , nô
:e que pour fe mettre en état de
Us anciens :PQëte8,»,^vpç gô&ci
C iij
É^e X * T T * « f
ic jàt àHketoet les xdkes ixïg/bmB^M
dtfi'âncien AiX. Oo y préfiendxok jc5b
v»ii^ . &QS une juQ:e coso^îflàiioe A^
c«9 iges &buleux; .mais (hécoïquer »
c eft la fource d'où let ^ekitpes iB( /^
kfi &^tuaiires ont «iré 1^ fAm betaos M
8c le plus gcao/d nombce des fujav In
qui ooc exercé' leurs talens , &qui tv
Ofnt iietvi comme de fondeineot à cei fig:
exquifes Peintures & ces parfaites nT
ftatues , qui font romemefit du monf te
4e Se l'admiration des connoiflean^ ]e
Un l^omme de naiflMpe » à quii'oB' tt
gine de toutes ces beautés fetok de
étii^igére » fexoit une £igiu:e peu glof Ir
f ieufe » & nt^uroit pas df oit de yaor 1
tCdT beaucoup Ion >éducacion« I
Ajoiitezqu'iiyaicéfiUement quelcpift 1
ehofe d'agDéable W&: >d^ tretlevé « 4lajis /
les relations des teuis febuteux ^ ies /
travaux d'Hercule, Thefê^ > i^Ton , la [
IttftiçA d« Miaosic 4e IUi»daœam;«»
ls« M f HT on; Jfi
k \eè diverfes foxiâions d'un grand
lombre d-aotres , plaifent à l'eiprît
)c dédommagent abondamment de
[oelque^heures paillées às*enprocurer
tne connoifranceTuffifante ; car cette
fpége d'application » qui en fait don^
(er'beaacoup à des recherches crî«
iques fur leurs généalogies , & fur
5s parties contcfftées de leurîriftorre,
reft peut-être qu une vraie pêne de
^ms , & convient bien moins aux
sunés gens de qualités , qu'aux An-
tquaires de aux<jrammairiens de pn>
^on.
Les grands ïtnpires de l'Orient ,
ni font ceux des Egyptiens , . des
iiflyriens , des B^fbylomens & deft
erfes,$tittirent d'eux mêmes une eu*
eufe attention, amtrfënt& fiirpren*
ent , par cette multitutle de grand
cp laits qui firent la gloire de leurs
xA$ ec de feuas Prince^; d'ouvrages
jC iiij
^at L E T T R^E^S
célèbres exécutés par leurs, ordres^ ,i
& de merveilleux monuixiens élevée
fous leurs aufpices ^. dont une partU
fubfîfte encore , pour faire aujour^
d'hui notre étonnement , & fervir ié
preuve , qu'il n'y avoit rien de grand
que les Anciens ne fuflent capable;
d entreprendre & d'achever.
Mais quelque agrément, Monfîeur
quelque utilité même , que THiftoiri
des Empires d'Orient p^iffe vou:
offrir, & quoiqu'il ne vous foit pa
permis de 1^ négliger ^ il nç vou
l'ert pas non plus d'y donner s^yitan
de foin qu'à celle des autres États
dont vous avez à tirer beaucoup plu
d'inftruftion. En laifiànt derrien
vous ces grandes Monarchies Orien
taies , pour fuivre ver? l'Occident
les Sciences & les Arts dans leu
cours , vous arrivereznaturellemen
<o Grèce, région de peu détendue
D E Ms K T Ô'R. .5J
.fi Vous la comparez avec Ces vaftei
^^pires ; mais où le favoir & tous
^s avantages de la vie civile firent
^es progrès incomparablement plus
/ rapides , fous Theureufe influence de
I ^ liberté.
l'Hiftoire de la Grèce a det droî^;
I Particuliers à votre plus fèrieufe
î ^^trention. Ceft aux jeunes gens de
I ^c^tre naiffance, qu'on peut adrefler
; Pï'oprement ce confeil de la ?q'étir,
i SL^e d'Horace ;
4 yos,exemplanaGraca.
n;v i^oSiurna verfate manu ^ verjate dïurna.
; j Les Grecs étoient un peuple libre;
j' & vous trouvez dans cette petite
Nation des modèles de gouverner
jnens , qui panchent vers tojiis les
genres. connus, la Monarchie , TArif-
tocratie , & la Démocratie* Vous
obferverez ce qui fembioit propre, à
les conferyer dan$ tai^te leur pureç<^
<lu capable de les renverfer , & tfat'
tirer tôt ontdXà la ruine da paÏA
^ous avez plutf d-mie occafion de
•compater leurs al^ires , & leurs ré-
volutions , avec oe qm s'eft paflë,
ou ce qui peut fe pafTer dans tK>tr^
tle 5 car s'il n*y ^voit aucun de'ce$
^ouvernemens qui fât 'tout à kk
femblàblê au notre , il fe trouve
fiéanmoins tant de reflemWances &
Je rapports mutuels entre tous les
^ Etats où la liberté prévaut , que
THiftoire d'un pais libre eft toujours
•ntérefTante pour les habitans d'un
autre , & fur tout pour ceux qui font
appelles par leur condition à pren-
dre quelque part au gouvernement*
14 «ft vrai auflî que Tefprit de li-
berté , qui régnoit parmi les Grecs,
leur infpiroit» non-feulement plus de
vivacité & d'élégance, mais plus de
j^ce de^ j;éBie ^ qu'oa n'en woir
pxùsis vu daos aucune autre Nattocu
JLeurs Hommes d*£tat &lèu9S (Suo:-
x^'êrs agifTaient avec pruifence & vi-
gueur , leurs Philofof>he8 faifonr
noient fubtilement 5 ieufs Poètes
Ctoient échauffés^^ar <fe$in4>iratiQn9
VraiiDent Poëtîquesj iwjss AtéA^»
ex^cutoient ^vec ie liosbJe méiite
du génie , & de 1 élégance , & Jeu»
ïliftoriei^ncontoiett avec une par-
faite nobleflè les jexpLQÎts 9ix i&s imz
tus de leurs Compaftffldsissi*
Ainfi l'Hiftoire ^ Grèce cA uà*
(burce dtftinguée d agrémeot & d'iii^:
truâion , non-r&ulement par ia lin^-
gul^rité des événemefis ^ui lacom^
pofenc ; mais auiS par la manière
dont ils font ^^coMés. £q Ufant les
metUeups HiftoÂee^ G^c^ , Tart
derEcrivaifl nous fait imaginer qvit
nous conûoiflons ics petfoanes dont
ii Apttt ti»u:e les casaâèix^ 9. A |s
^6 1/ r T T R É s
pouvoir de rimagination nous faK
fent franchir une longue fuite de
fiécles , nous nous croïons membres'
de quelque Etat Grec , nous entrons
ardemment .dans toutes Tes affaires ,
le fort d'une bataille nous inquiète ,
& nous nous intéreflbns pour l'effet
que les harangues des grands Ora-
teurs auront fur une aflemblée di*
Peuple. Etre familiers avec THif-
toire de ces Etats libres , obfervet
la conduite de leurs affaires , & pat
iquélles influences leurs afTemblée^
populaires étoient gouvernées; ceft
fevoir , c'eft même exercer Tadminif*
tration en théorie, avant que de se»
mêler réellement ^ & cette feule ré-
flexion, prouve aflèz que 1 étude des
Hiftoires Grecques & Romaines,
dont on peut dire qu elles fe tien-
nent par la main , doit faire la prin-
cipale partie de TécUication des j&vhl
^ens, qui fe deftineot au fervice
^ublic»
elle du Peuple Romain^ foit que
le foit confidérée dans la foi*
A-
e de Ton origine,, ou dans rim-
fe domination à laquelle on la
parvenir ; foit qu'on ne jette les
: que fur laconftitution intérieu-
e fon gouvernement » ou fur la
ànce des États qu elle foumet.,
r la manière dont elle parvint,
feulement à It^s civil ifer; mais à
ncorpor,er avec eUe, pour for-
le plus^afte des Empirer , offre
cvéneMTOS d'une grandeur , à
elle il ne faut rien chercher de
iparable dans les annales du genr
lumain. I^ulle autre Hiftoire
: plus fertile en merveilles, &
préfente de plus gr.ands exem*-
de valeur , d'amour pour la
cie , d'intégrité de moeurs , dfl[
l
ç« L rr t f r
prudence, de fermeté , deto<|ùéfi^
mâle & d'art confommé à liiénagtt
îeù cfprks . comme à remuer Ie$ ^
Cf^tSy d'un Peuple libre.
Le^ Rôitiafins , cômnte les* Grecîi
dnt produit dés^ Ecrivam» , qui ont
noblement tranfmis à la poftéritéla
&ge conduite & les grandr exploits ^
de leurs célèbres Gompatriotcsi
Trois de leurs lïîftoriens, judiciea*
fement étudiés, c'eft-à-dire, avecfe jj
Téritableefprit d obfervation , pour- j
rôieitt fournir feuls un excellent fyf- i
téme de connoifTance&tt^olitiques ,
& donner dans les divenes pofîtionl
de leur Patrie , des exemples pref^
iju'univerfels de ce qui peut arrivct
rfiaiïs tous les autres Etats. Tite*
ïiive-, Salufté & Tacite , exceilens
chacun dairs leur manière , quoi"*
^'avec beaucoup de différence eni»
tfeûjf, feflt des ÈcBvainîT qui ort
Il « M « 1» T b ri; 5f(|v
St Cadnmrat&oir , èc les délice» de
t0us les Juges intieUigens ', depuis
Içartems juiqaau notre» & qui joui»
nmt de cettd hotineut auffi longtem^
9W le Géme & les Lettres feront'
cultivés parmi lesf Hommes.
Il femble douteux, aufquds dei-
des Hiâoriens Grecs ou Romains ;
te premier rang: appartient , &c lai
g[tie(tion: ti'efb pas importante. Quin-
tUien^ un des plus habiles , & des
plus fages cïitiques , juge que les
Romîains , fer Compatriotes, ne fonr
pas inférieurs aux Grecs (a:) , &
qu'on ne doit pâis feira difficulté
dToppofer Salufte à Thucydide , &'
!rite*Li<^ à^ Hérodote.
Si mon jugement eft de quelque»
poids, nul Hiftorien , Monfieur, n eft;
plus digne de votre étude que Tite»
Live ; la grandeur de fon fujet j la
'( j ) HiftôiU non cêflciit Qtieclu
î^ty t E T T a ï S ^
longueur de tems qu'il comprend'
dans fa narration ; la richeffe (a), h
beauté , la pureté de fon ftile ; Fart,
dans lequd âl excelle , de mouvoit-
\H afFeâion du coeur &des paffions ;
cette admirable éloquence ,' avec lar
tjueile il fait expofer la fuhftance deS
Harangues qui fe-prononçoient, ou
qu'il fuppofc prononcées dans les!.
plus remarquables circonftances de
chaque narration ; tant d'avantages &
éeperfedions réunis lé fontçecon-
noître de toutes les perfonnés de
goût ,'pour éloquent 5 fuivànt Tex-
preKïîon du célébr^ Juge q,ue j ai
nommé, au-delà de f:ôUt€ exprejfion
dans fes iifcours {.b ) ; 8c touis s ac-
cordent à le recommander , comme
un des plus utiles objets de 1 appli«
cation des jeunes gQX\s, «
iX <» J - l'ivii laftca ttbcrtas, ^tUntil. ; [ -
( t ) In conciQnibtts fupià ^uàm narrfiri potcft
wqucniianii •- ^ .
1-
La compendieufe brièveté de Sa-
lufte , ces fententieufes obfervatîèn»
& ces maximes de morales , iqk'il
entremêle dans fes récits i&iqûifem-
blent animer particulièrement Eitt6
ttudion , font donner faiis doute ;
une haute eflime aux précieux rêftèS
qui nous font venus de lui , fié: regret»
tei:. que la plus grande partie de fes'
ouvrages ait péri dans le: naufrage
des tems. Chaque ligne qui nous en
tôIle entière offre un fujet de réflé*
xion ; & plus on le lit, plus oneft
perfiiadé que fes ouvragés c',*malhefui
ïçufement réduits prefquà i rienij'J
contenoient un grand fond d*agré<&
mens & d*inftruélion. ;
Tacite un deç plus profond géî(
nies q.ui ayent jamais exîfté , femhlflc
peint dans Qçs deux VerldfëShakfife
pe^r, q^iconfij^nnent Je .;ca«àHitô
<ie Caifius^, / ^ i >rîc>it
' Parul. a
"ifft L I v T è e fî
,fUU dgrtst obfirves^a^à ht Lubx
i Qfiité Thraugh the deeds af mcaïf*^ I
iotê f ififlT dans, tout» leg pcintiifeft
qu'il iàît def afiE&ices humaines ; il (^
fiêk^ £cHiveDt au. contraire , à Jsracer
àsà ombf^s noires & épaifles. SeflH
Niable au. Duc de la Rocheiaucault»,
eçinna pour ètm un de Tes grand»
'Admicateu|:s , quelque»^ uns^ l'aceui^
fent d'être trop févére dans fes ccn»
liures » &: d attribuer trop volonrieti
leraâion^ à de mauvais, motifs. Maif
If extrême corruption de fbn: tems»
9L de ceuit dont \t nous a IsASè les
annales & rhiffoire- , eft une excuft
^ur ee ibiipçoa , peut-être tirop
jEàâné, qui I1& faii: prefqtie cotijours
nal juger des intenticms humaines»
P'ailleurs fes admirables ôbfèrVâit
tîoQS ^ fes fages jna:(i,m68 » & ceti|
feergiecondfè> avec laquelle fl tracé
les caradèrc» & les mœurs, Tont
placé dans un rang diftinpié ail
Temple de rimmortalîté i & le feront
toujours regarder comme un Ecri^^
vain des plus habiles 6c desplus io!^,
truftife.
Je' m'arrête i res trois notas l
comme à la fleur des Hiftoriens Ro^
ftiains , & parce que depuis leur tcm»
9s ont fait ladmiratioh &f étude dé
prefque tous les grands Hommes qui
fe font^fignalés dans les hautes fonc-
ûans de" la vie civile. Si Vous obfer^
^2 les- caraôères de ceux qui ont
Élit la plus brillante figuré dans no*
âflèmbîces nationales , vous verréi
que la plupart et oient fort verfeà
dans les Belles Lettres , qu'ils s e-
toient famîliarifés partîculiérettieht
avec ces trois HiftoridiS, & qu'ilè
#at -emprunté dletix qi^tii^ d'eicfeàir
. I>
^4 .*T ^ .^ IR ÏÏ ^^^^ f '■>
pies & de maximes, dont ils ont (ait
de très juftes applications, aux affair
i;es publique^. v^. j
.. Ceil rpbferyatioiï d-mi A^te^c
goUj(4 ) K qu'U.^neA pas^pardônnar
ble au fexe mime „ que Tufage a dif-.
penfé des études pénibles , d'ignoret
rBiûcdre Grecg[ae & Romaineu Je?
j^'approfon^r^i pas .fi la plus gwaisf
pattie d^ ,nos Dames: rignorent ea-
tiérement , &cfi, cette igpç|rance. ne
leur paroit pas un fujet de reproche >
mais qu'un jeune homme de quelque
naiflance , à qui la.premiere édjuça?-.
tion doit avoir ouyert le, chemia
pour confulter les Auteurs, origi^
naux,. négligeât d'acquérir cette coa-.
lioiflance i ce feroit un fort honteux
oubli de ce qu'il fe doit » & le plus
ïpauvais augure pour (a fortune & fa
réputation j & c'eft dans lès fourcea
. i^) M* Hune, Ejfmm$fêH3t& folidquis^ .-,
t) « .M fi N T a n. 4J
XnêmQS que je l'exhorte à puifer; car
£ les traduâions & les compilations
«n Langues. modernes peuvent don-*
iier une niédiocrç connoiflàrtce des
^jBPaires.Grecques & Romaines } ceux
qui font capables de puifer aux four«
ces d'où les plus favans Modernes
ont tiré tout leur favoir, reçonnoî*
tront quelle différence il:y a réelle^
ment entre les eaux pures de ces
fources , Scelles qui fe font altérées
dans les longs détours de divers ca-
naux , par des mélanges qui les ont
épaiffies, où tout à fait corrompus.
On peut nommer cependant^quel-
ques Modernes , dont les Ouvrages «
peuvent faciliter cette étude , lort-
quen les lifant on prend foin de le$
comparer avec les originaux. L'HiC-
toire Romaine de M. Hook, dans
ce qu'il a publié jufqu aujourd'hui >
JFoic honneur à notre Langue >& 19
^^ L f T T R « è
Ae défavouerai pas qu'entre les ]
^aia^» qui ont traité le tn^me fi
la France rfen ait dextrêmei
ieftimable»» Le PrcfitlentdeMo
quieu » vm des beaux génies de t
Nation , a marqué d*un ton de
tre > les caufes de cette grande
laquelle on vit parvenir lïji
Romain » & ce&es qui prôduiiit t
ia décadence & fa chute, (a y
Je demandé ici la Eberté c
ferver > qu'en lîfant rHiftoire
Etat , rien ne mérite plus da
tion que les différentes circoti
ces qui ïont rendu grand, tich
libre ; & que %s dégrés par bfi
il a perdu fe grandeur , fcs ricï
«cfaliberté» Ce .qui s eft paffé
( # ) Hoc illiud «ft pfzcipai in ««rgi
ièrimi ftliibreac fragifermn > omïiis tota^
bU documenu in illuûfi fofiu monuti
limieti ; indè tiHi tuasque Reifublics,
^iMre, copias 5 indè mittxa ilk<i^ > 6
to f M B M T O R, '4^
e Nation y peut & renouvelée
QS une autre & fi ce fut par leur
^ge> p2ur leur tempérance ypairunt
yeot amour pour leur Patrie » pour
juftice & la tiberté que les Ko*^
ins parvinrent à la grandeur 4e
pipise ; s'ils ne furent pas plutôt
rompus par ieiuxeâcla mollefle.,
' la préférence dix plaifîr ,& de
térét partkulier ,. au goût de la
erté & du bien pufe{ic > quils fe
snt livrés comme en proie kVsax^
bn d'un génie entreprenant , 6t
enfin iljrde\/:inrCTt fa conquête de
Peuples belHqueux & fobres ,,
ils ifiépri£bient fous L e vil nom
Barbares : leur catafîrophe peuc
fil de âambeau » pour éclairer
X qui font menacés de fe brifer
le^ même écueii ;^ eile doit por«^
les Citoyens . dont levcaraâère
de quelque' poids dans unei]^
^^ Ir E T T R f $' '
tion , à fuivre attentivement , dana
tous leurs dégrés , ks altérations de
gouverneaient & de mcfurs. Que
THiftoire nous expofe ,<en réfléchif-
fant fur leur caufe, & fur leurs effets^
pour découvrir les moïens de garan-
tir la Nation , d'une fituation , qui
t^ndroit à fa ruine infaillible.
Le renvèrfement de ce puiffant
Empire, que la valeur &la prudence
Romaines avoient emploies tant de
fiécles à former , ayant été Tôuvrage
<ie ces effains de Barbares , fortis
des vaftes contrées du Nord , toiite^
r^urope fe vit bientôt infedéè par
la barbarie ; c*eft-à-dire , par lex
mceurs rudes & groffieres de ces Peu*'
p^es , qui, pour emprunter.lcs.ter-i
mi^$ d'un grand Ecrivain ;tC^)/^^ fouê
:» les noms de Goths, de Vandale^ri
» deHuns, de Bulgares, de Francs v
.C4 ) lit chevalier Tcaplc, ; .- j
?3dQ
î* de Saxons , & quantité d'autres ;
?^ fondirent comme autant dé tempê-
>^ tes , fur les Provinces de l'Empire
* B^bmaîn , mirent en pièces toute hL
^ fabrique du Gouvernement , eii
^ firent fuccéder plufieurs autres j
* changèrent les Habitans, le langa-
^ ge , les loix , les coutumes , les
'^ noms des lieux , ceux des hom*
^> mes ; la face même de la nature ;
^* & formèrent à la fois de nour
^> velles Nations , & de nouveaux
>5 domaines, «i
Le fpeâacle des Gouvernemens
qui furent établis fur les ruines de
l'Empire Romain , & THiftoire des
Peuples qui les compofoient, n'oât
rien d'agréable ; fans compter què le
peu de lumière qu'ils peuvent jêtïcr
fur nos connoiilances infîpide , en-»
nuieux tel qu'il eft, doit- être th^N
ché dans les pelantes & rïdicUlt^
^a JCË f f it 9 M
chroniques de quelques fu4>€rftItkulB
.MoÎDes. Ainfi , Monfieur, lès Hit
toires <5rôcques & Rômâmês , com.
me je vous Tai déjà fait ôbferver ,
iiîérit^nt doublement Votfe atten-
tion , par lagrtodeùr du fuj^t, &
4>ar rélégance avec laquelle il eft
traité : c eft peut-être Une double
.excufe , pour accorder moins de
tems à l'étude de ces Héros , &
. pour fe foncier peu de cohnoîttè
à fond les affaires , & les ufag€9
d'une race d'hommes fi groffi^re U
fi fauvage»-^
Cependant je rie cônfeîllerois à
rperfonrie de négliger tout'i fait Us
événemens de ces tcnàs obfcurs, 8(
delaifler une lacune de cette éten-»
due dans la coAnoiflànce dés^évok»
.tioi\Si humaines. -15 ailleurs il faut
.çohve.nir , aVec l'exaft & judicieux
conteur d$ UHtilùire chronobgiqqç
î& France ; ?^ que tout I^oitinje qui
J^ (eca curieux de remonter à la
i> fource de nos loix & de nos uià***
:^> ges ,& qui voudra fe Tpriner une
^» idée générd^e jde jnptre Jïiftoire,^
f» aixnera à repafler fi^ ces tems
«13 éloignés , comme oo aime à voir
•> d'anciennes tapiiferies 5 qui nous
•> rappellent. les modes^&Jes coutui
ft> 9ies^de nos f ères* «c
Cette obfervajtîan,.que M. Je
-préfident Henaut fait fur IfHiftoire
de fon Païs, ne convient pas moins
à celle du notre. C'eft par une Jufle
connoiflànce des Gouvernemeps qui
-S établirent, & dles ^(àge$ qui régnè-
rent dans ces tems , qu'on peut acqué-
rir celle des diverfçs conftitutionsi^
. iqui fubfîllent aâuellement en Euro-
pe ; comme celle des Coutumes 8c
des Loix , par lefquelles nous fom«
-mes à pxé&at gouvernés. Elles ikr^
1^ .^Ctrrtî^ <:
■ inontént jiifqu'à ces tems ; la mber
m'en eft pas difficile à fuivre ; *
-quelque changement ou quelque al-
c tération , que le choix , la variété
«des incidens > celle du climat , ouïe
: génie de quelque nouveau Légifla-
• teur , y ayent apporté dans la fui»
: des fîécles , & dans les ^ifFcrent^ft
Nations , elles tirent inconteftablç-
ment leur origine de celles qui pri*
; yaliirent dans ces tems barbares»
i N'en exceptons pas ce noble fyftê-
me de liberté Britannique , qui a
:été tant de fiécles à Te perfedion-
ner ; ce beau fyftcme a été trouyc
• dans les bois , dit le Préfîdent de
Montefquieu , au Chapitre de PEf
^ptit les Loix , dans lequel il trace
l'image de la Conftitution Angloife;
: agréable allufion à quelques-unes de
fe3 plus belles infiîtudons , évideôi-
^çnt defcendues/j^es anciens .Goîi
b E M È N T o !f ; ^%
iKlains, qui ne vivoient pas dans des
iViJles policées, mais repatidus dans
«ne Région fans culture ,& couverte
de Forêts.
J'ajoute que THiftoire des artifi-
tees , employés dans ces fiécles téné-
breux , par les Papes , & les autre»>
Eccléfiaftiques , pour fe procurer,.
^ pour maintenir une autorité fu-
prême fur tout le monde Chrétien ,
l>«ut oflFrir une fombre & défagréa-
ble peinture des affairés humaines y
9iais tien eft pas moins utile poui;
Jtous préfeirer de toutes fortes de
liiperftitions ; erreurs tyranniques ,
qui font capables d'éteindre tous les
principes de générofité dans le cœur
des hommes , & dont l'effet fur l'eC;^
prit , eft de le reflèrrer & de larré-^,
ter , fi prodigieufement , qu'il ne
lefte aucun monument de ces lié-*
^les , dont. OA W. puifle conclure en^
P iij
f^ Ér » T r fT * *
général , que VÊurope était. tiMk
fliiffi ftûpidé , âuffi batbkre , qu© feï
{^ties les plus âoigàées & le>
moins policées , le font eocore a«ir
jt)urd'hûî#
Il ne paroîtra pas forprenaot >
que ceux qui feifoient fervir le maft
que dé la Religion aux vues les pltuf
prophahes , préférafTeiit les ténébr*
à la lumière , & s'éforçaifent d'en-'
t]i*etenir les nuages d'ignorance te
d'erreurs , où l'efpnt diêfs homnte^
étoit plon'géé lU âe doiftdient pâf
^u'au moment qtf ils feîôîent diffipés^,
leurs rufes 6é ftiffeiit détôUtenôS i
& que lé monde né fôcouât lé joâf
tyrannîque, C'eft ce qu'on vit âf li^'
^er. Lé concours dé plufieuts cit**
Êonftànces, fpécialemént l'inventioA
de l'art d'imprimer ,qui fut décoïH
Vert au milieu du quinzième fîeele #
^yont rendtt la duciè des ténébiff
. feç9iÇbte; bientôt le çéaie de TE^^
«>{;aécl^a , les Sciences ^ lef Ai^^
f9ing4^ce^4at i[ ^eurirj les pré^
ciçiHç r^ftgs 4e r^ntiquité furent étut
di^Si V^^P^ît des Ancien^ Çutad^?^
]iée« , & ra4nxiration lui fît ti'a^trc^
d^ imit^teurp : lafugerftitxon pe pqj
^ir^ f^çe à 4ps Adverfaire^ fi puif^
^D3 i les fa^uleufi^ Légendes tom-^
^^ent 4ans 1 e mépris ; la vraie doç^
%i:ine 4,u Çi^ fortit 4es tégébres i
1^ hpn\ïïifiS q\JVr§nt les yçuîç % ig{
4ivin^ çlart;és , çppçirjei\t à diftjffî
fuer ce qui y^npit 4 une fe^çc^ |uin
m^m^ ^Vi di^iPS > Ô? dan^ un^ Çrap49
pactif de Tgiuropg , Ift faine %^i^
giofi repm he^reuf^fn^t tpu§ i^
^oits.
, Depuis cette gçafide çcyp^fition ;
êc plus d un fi^ple aupac^^ant , pefir
4^nt qu'ell.e feinblpit fe préparer ;
l'Jtîiftpire 4e TEtfrQppeft pâtfi^nUér
% iiij
i
Sf (5 L ï T t !i f a(
rement Intéreflknte « autaist par \^
eonnoiflknces ^ qui n'ont pas cêfl&
de croître depuis ce tems , que pas^
le changement général des gouver-
ïiemens & de la police de TEurope»
qu'on peut hardiment rapporter à
cette époque. L'autorité des Sou-
verains & les droits du Peuple fu-
rent éclaircis , & s'établirent fut
des fondemens mieux réglés , l'or-
gueil des Tyrans inférieurs fut
foumis à l'autorité des Rois , & kl
Peuples , foutenus & protégés par
leurs Souverains ; s'animèrent d'un
èfprit, qui leur fit dédaigner d'être
opprimés , & foulés aux pies par
ceux qui les traitoient en efclaves,
En un mot la face de l'Europe fut
changée ; & par degré on vit pren-
dre à Tes gouvernemens, cette forme
qui s eft foutenue depuis : les progrès
|ie fiuent pas les jnemes } dans leî
1b n Mentor: yj
^s , ils furent plus grands & plus
^<^pides ; dans les autres plus foibles
Se plus lents ; dans quelques-uns;
le pouvoir dont les Grands furent
t>jivés , tomba principalement dans
l^s mains du Roi , comme en Fran-
"Ce ; dans d'autres , comme en Angle-;
^rre , le corps du Peuple en acquit
Une partie confîdérable.
Expliquer par quelles voies cei
gil^ands changemens furent produits ;
&c comment les Rois & les Peuples
trouvèrent le même intérêt à bornes
le pouvoir de ceux , qui vivant ca
Maîtres abfolus dans leurs propres
domainer, ne reconnoiflbient guéres
d'autre loi que la force , & n'obéi!^,
foient au Prince , dont ils étoient
vaflàux , que par les motifs d'intérêt
ou de crainte ; expliquer auifî corn*
ment la fîtuation naturelle d'un Pais,;
l^vorifant le conunerce ^ l'eMicbil&à
^"t X E T T R Ë S
jMirt c^ Peuple , fit acquérir auS
Communes un degré dfautorué , q\û
n'entfok pas dans les vues de ceiut
^i venoient d'abbaiilèr celle des
Barons ; & comment dans un autre
Fài» , la difpofition Militaire de
r^tat & fa fituation par ra]>port aw
Fuiflances voifines, retarda le$ pro^
grès du Commerce , & contint la
Peuple dans une foible0e , qui ne lui
permit pas d'entrer en partage d^
lautorité ; ce fer oit , Moniteur , m'é<
carter beaucoup des bornes d^uoe
Lettre , & répéter ce qui fe trouve
déjà dans un grand nombre de bone
Ouvrages.
Montefquieu » à qui Ton peut
donner juftement le noble titre de
Légiflateur de TUmv^rs ^ obferv^
dans fon Efprit des Loix , & dévea^
loppe, avec fon habileté ordinaire;
les ç«uf^ in grsnjl^ sévolutloos^
b Ê M B K T o «; yiff
levées dans les Gouvernemens , St
Is les fituations de chaque Peuplo
j^ monde. U y a peu de Livres ;
ioniieur , qui foient au(E dignes de
btït étude, &qui renferme un fond
jk connoiflànce plus^ convenable à la
mxM Noblellè de notre Nation t
lÂuteur de THiftoire Chronologie
fue dé France , conclut feï remaiH
)ues, p» quelques pages fort inftruc^
^ives , dans le(quelles il explique haH
liilement les moyens qui ont donné
lA forme préfente à la Monarchie
Kratiçoife ; & quoiqu'il iê borne à la
police de fa Patrie ; il conduit \em
autres Nations à des réflexions uti«
tes pour elles-mêmes. Peu d'Ouvra*
gts font écrits avec plus de jugeai
ment , avec une clarté plus concife;
& renferment en fi peu d e%ace tant
fdUdées utiles.
^ jif'£bftoir« de notre propre NaiÎQH
W E r ï t Ë ? s
tient affurément un rang diftingu^T
fiir tout celles de fes parties , où no-
tfe Gouvernement a reçu de grandes
altérations» où la forme civile &reli-
jgiéufe , a pris une différente forme»
€Ù ces Privilèges , qui nous font ^
dhters,.ont été acquis, & où lafu-
perftîtion & la tyrannie , fous le )
}oug deTquelles le genre humain gé^
miffoit depuis fi longtems, fireoc,
place à rheureux régne de la réfor-
imation eccléfiaftique&de la liberté*
£n étudiant à quoi nous devons nos
avantages , nous pouvons apprendre
comment ils peuvent -être mainte-
nus , & peut-être accrus & confir-
Hiés ; car. efl:*il quelque fyftéme
liumain, qu'on puifle nommer par-
tit ?
; Si Ion cherche à fe convaincre du
prix ineftimable de la liberté civile
^ seligieufe, & de la glorteufe yi?
•ïuéhce fur les affaires humaines;
îl fuffit de comparer ce que l'Eu?*
tope fift aujourd'hui » avec ce qu el-
le étoit il y a deux fiécles. SaiK
centrer dans des réflexions ofiFenfan?-
•tes , fur les différends de Religion;
il ne refiera nul douté que les pro*
grès de tous les genres ne foient
dûs à la ruine des anciennes fuperfti-
tions ; fi Ton confidére qu'ils n'ont
^tc pluséclatans dans aucuns Païs,
que dans ceux où la Religion s'eft
purifiée , par des changemens qui
portent le nom de réformation che^
les Proteftans , & celui de rétabliffe-
ment de la difcipline chez les Catho-
liques ; mais dont Theureux effet ,
dans les deux Partis , efl évidem-
ment d'avoir détruit les caufe^ de
J'ignorance & de la pufill^nimité ,
en afFoibliffant; l'excefTive auîoritc
' 4es £ccléfiaflique3>
Où a dit , 33 ikns Defcarte^ , Nt^
'titan nauroit peut - être poas été^
-«3 & Monfi^ur de Voltaire a cm
k»i pioavoir ajouter , que Defcartei
ii^n'aurolt peut-être pas été,-faai
c^^ Luther & Calvin ^y. (a) J adopte^
taî cette addition , indépendam^
:9nent de ropinion qu'on peutfe for-
^ner de ces deux Chefs de Seâes, il
:M. de Voltaire a feulement voûta
.dire que Jes difputes , dont ils ont
.ouvert la fource» n'ont pas peu ièrvi
( « ) L'Auteur d'un Livre Françon , dont le
.titre en Mes P en feu ^ (k. q.ui contient quantité
de bonnes chofes , fait une rëflexlon que ;'ap«
prouve moins : „ M. de Voltaire a dit & ledit
> qu'il étoit trifte que d'aufli médiocres efprits
.«, que Luther &;Calvin euiTenc fait (ant:flcFio-
„ (clytes , tandis que Locke & Newton en ont
^ y, iait.il peu ; .mais il. ne prend pas .garde que
»» Locke ^Newton n'ont eu des Se£t«itcurs que
», dans les Fais où Luther^ Calvin ont cfé
ff fuivis, & qu'ils font inconnus par tout où U
9, Doélrine de ces^ efprits médiocres a été proT*
n crit } « Rien.n'eft fi faux que^ cette idée,
' du moins â l'égard de Newton j & je peux en
: icndrc témoignage , moi ^, qui ai vu. la Plnlç-
fophie de ce grand Homme , non-feulement h6«
norée , mais fuivie >prefque gé^é^lçficiiC JM
i^nnce, U dans toute l'^talicr
I finrorifér ie libre ufage du mifosi-
'memeitt ; il eft en effet de la dernière
évidence , que cette liberté de rat*-
Tonner , qui eft le droit du (avoir , &
îque l'-aveugle crédulité profcrit, »a
produit & doit prodaire de$ effets
merveilleux . pour raggrandiflèmeftt
de Fefprit & de Tintelligence deé
hotxïitïes»
Aufll^ depuis cette inémorabld
^époque, le$ connoiflances humaines
n'ont fait que $'étendre, par une chaî-
ne continueller de progrès & d'ac*
croiilèmens fenfibles. La nature phy-
' fique $c morale > fut d'abord étudiée
d'une manière plus mâle & plus rai-
fonnée ; & de tems en tems , par la
force de quelques génies fupérieors
qui fe trouvoient libres de fuivre,^
de publier la vérité , on vît éclater
de grandes lumières. Les faufles mé«
«fhodes^ dé raifonner , enfantées pts
les Scholaftiques des fiécles tenï*
breux , commencèrent à tombes
dans le mépris ; car ce ne fut pas toùc
d'un coup , qu'on fecoua le joug
des chimères de l'école ; elles difparr
turent fucceffivement , tantôt lune ^
tantôt l'autre , jufqu'à ce qu'un pro-
fond génie de cette île , Bacon ap-
prit aux Hommes comment ils dé-
voient étudier la nature. ( a) Les
Defcartes, les Galilées, les Gaffen-
dis, &c. entrèrent dans une route
ouverte , & l'élargirent encore , pat
le perfedionnement de leurs métho-
des , par la hardieffe de leur marche,
& par les divers fuccès de leurs dé-
. couvertes. Ne^t'ton, qui leur fuccéda
bien-tôt, trouvant la voie fi bien
. préparée , y fit des progrès plus heu-
reux encore, par un admirable u&ge
[« 1 J'aimcrois mieux que M. de Voltaire
c&t dit U redit . que peut-êtcc fans Bacolv >
^pcfcaxtes ii*autoit pas été.
\
Be leurs lumières & des fiennes ; Ù
développa le fyftême de la nature ,
il en expliqua les Loix avec une pé-
nétration infiniment fupérieure à tout
ce gui lavoit précédé (a)-, & la
^nodeftie ne le guidant pas moins
^ue le jugement & le génie, il éta*-
Wit fon fyftême fur des principes
d'expérience , à 1 épreuve de tous les
tems , & qui ne feront pas place ;
comme les imaginations 'd'autres
Philoiophes , à des fong^s de nou-"
velle mode. En même tems , les
Méchaniques furent cultivées , &
rendues utiles aux difFérens befoins
4e la vie : le travail des hommes en
( « ) Tout le monde ne fait pas les deux Vcm
fttiTans.
' Héturi ênd itt Law wen in tt dar^ ni^ht t ^
Gêd Said , Itt Newfm ht and âll waU li^ht^
C'eft - à - dire en François :
Xa T^aturê & fis Loix itoient dans une^rfonde nnin
toîtu dit , que Ntwion exifie i & tom diviib [t$mtn»k
Part.L E
9$ E E T T K E «
f tant devenu plus aifé » ils appris
fent à faire un meilUeur ufage de^
matériaux que la terre leur fournie
idans une fi grande abondance , pour
les néceffités naturelles ,& pour le
plaifîr^ La navigation fut perfeâion-
Dée> & le Commerce entre les diffé-
fentes Nations du monde , rendu
plus fur & plus aifé. La Société
l'étant polie par dégrés, les manié-
j?es s'ét^nt adoucies & civilifées, on
vit difparoître entièrement la rudefle
des fîecles précédens ; & celui de
Louis XIK, ou de la révolution , ou
Idu ChevalitT Newton , ou tel autre
Bom par lequel on voudra le diftin*
guer , fut fi rafiné , qu'il doit-être mis
au rang de ce petit nombre d'heu-
reux fiécles , aufquels le nom d'âges
d'or ,<:onvient mieux , qu'à celui qui
J a toujours porté.
JCeft > Monfieur , dws cet âge d^
t)£ Mb "^r oAi ^^
iutxuéces que vous êtes oé ; cat aqui
pouvons nous flatter qfîil ne&ifOB
fiai ; les Sciences ic\e» Arx^taeio»
fas encMe f céts » *j*oie r«(pérër ,- à
prendre leMt vol vùn jimKéffeOilB
moins (avorifées jufqu à ^i£(entip^
les Mufes. Gardons-nous néanmoins
de les négliger ; au premier dédain ;
au moindre défîr différent de faveur;
ces Divinités volages , paiferoienc
chez des Adorateurs moins indi-
gnes, accompagnées de tout ce qu'il
y a d'ingénieux, d'<eftimable , & ne
laiilèroient derrier/e- elles ,que l'igno^
xance & la barbarie. Alors » notre
île redeviendrait ce> iqu elle étoic
autrefois , une région groffiére &
farouche , & cefleroit d'être un des
plus heureux féjours de la liberté ,
& du favoir ; cette feule idéeeft aflèz
çhocquante , pour infpirer à chacun
Fi)
f^ X E T T R e ^
(de nous» la réfalution d'emploidf
^ovs nos efforts à prévenir, ouie^
tarder un changement fi terrible ; &
J^lévation de la naHTance , ou du
jcang » envaogmente l'obligation & le
•f^uvoiit
U E M E îï t o n; ?î|j
SBBBsa-a-saaaa-aasaBHsa^
LETTRE I V^
Sur ta Biographie.
iE plaîfîr que vous prenez , Mon*
ur y. à lire la vie des Hommes
iftres» eft heureux & naturel} il
leux grands avantages ; detre ex*
mement agréable s & finguliéfe-;
(nt utile à rinftruéèion. Nous
înons un intérêt fènlîble aux per-
mes qui font une figure diftinguee
ns THiftoIre » & dont lesaâions
us paroiilent dignes d'être tran^
Tes à la pofterité 3 nous fommet
t:urellement curieux de favoir les
is remarquables circonftances de
ir vie } d'apprendre quelle con-
ite ils ont tenue dans la vie privée
dans les affaires publiques ; c eft«;
lire , dans le double rôle d'hom*
18 & de citoyens. Ceft'unçcuiio«
^O Lettres
fité queles régies de la comj
ne permettent pas de fatisf
THiftorien qui écrit Thiftoîi
raie d'une Nation : fon (ujc
che aux faits généraux > il
y faire entrer Thiftoire des ^
liers d'un Etat , qu autant qi
eu part aux affaires , & ce
aux évéo^i^ns , dont il i
*écit.
La jufteile de cette régie
lentir par ^'analogie qu'on
prouver > avec ce qui s'obfei
la compofitxon des autres Oi
^n Peinture » TArtifte s at
Quelque a^on particulière
choifit pouriujetde fon.tii};
2)e doit y joindjce aucune <
tance , qui œ ferve à ifçle.^
tion)pri«icÎpaIe , par uQe auj
tion de force îU de vie.; un
SP^ .r^^MEéTeote le choix il'M
15 K MêWto^i:
H^a^fnet aucune autre çirconftance
de £i vie « que celle où les deux
BédTes de la Vertu 8c du Plaifir fe
Çréfentent au Jiétos » Tune pour
Vexhorter à fuivre la route mâle da
^tempérance & du travail ; l'autre
pour Teiigager dans les féduifans CbiH
tîers de l'indolence & du vice : toute
autre partie de Thiftoirè d'Hercule
eft étrangère au fujet , & ne peut en-»,
trer dans cet Ouvrage fansbleflerru*
nité du deflein , fans détourner l'at-»
tention de fon véritable obfet; en un
mot , làns rendre cette peinture irré»
guliére & choquante.
Dans une Tragédie , dont le fu)«t
feroit la mort de Caton d'Utique i
la régularité du Théâtre excluroit
toute autre aâion de cegrandHom^
xne, que celles dont fa mort fut
accompagnée, & qui peuvent fervis
à fortifier r^t de cetiviaement«
^i t Et t n Ë s
La régie n'eft pas moins poik
THiftoire 5 rien ne peut entrer avec
propriété dans celle d'une Nation
particulière , s'il ne tend à faire
prendre une j[ufte idée du génie , de
Tes moeurs , & de fés ufages » des^
loix de fa conftitution , de fes ex-
ploits militaires , & de fa police i
dans les tems dé paix , ou de tout
ce qui paroit appartenir à la cou*
noiffance des affaires du Gouverne-
Bient , & au caraâére d'une Na-
tion. Les ai5lions d'an particulier;
quelques nobles , quelques admira-
bles qu'on les fuppofe , ne demandent
d'être bbfervées , & trouver place ,
qu'autant qu'elles ont eu d'inflaetice
iiir les affaires générales du Païsv
Mais il eft auffi confiant , que les
aftions de ceux qui ont part aux
affaires publiques , ne font pas les
feules qui méritent dctre célébrées ,
-- Ift Si, M « 9,f ». ti >qjf
iK qae les circoDfiançes de leur vie
.privée,, peuvent*etre non> feulement
Jes plus intéreflàntes , mais fouvene
les plus, propres à nous inftruîré. On
.jugeaifëment combien, il y à de Fruits
« tirer dei'Hiftoire d'un grand Hom«
ine , dans un détail de fa vie » qui
: nous en repréfehte toutes les cîrcoof»
tances remarquables ; qui aOus fait
Confidérer ùl conduite doméftiqué »
comme fes occupations extérieure^»
fes manières &fes fentimens dans tin
. cercle d'Amis , comme fa comenati*
ce Jk fes opérations dans une ailem-
î)Iée publique; qui nous le fait voir
à Ja tête de fa famille , comme 'à
celle d'une Armée ; qui le fuit to
fénat à fon cabinet; en un mot»qii
nous expofe le caraâère réel » & te
Wai portrait de l'Homme . cààitàû
ICclui du grand Citoyeiu
- Tart.L S -^
^£ té ÎSolnïiéur du Stotïdè lîe éêpeM
''pas moins de la conduite dues HoA
mes dans les fônâions de la vie pri-
vée^ que dans lés affairés ipubiiqaes;
^cî'aîireufs , cête qtfi ont foùvcitit Fôé-
caîidn dète renàfè utités'&iïe faire fe
bien dans Tun de ces deux rôles , te
rpnt guéres moms dans l'autre. 11^
difficile qu aVeb le pouvoir de fervîr
' èniinemment Ton Prince & fa Patrie,
].par les qualïtes qui fbntlTEïomde
,4!Ètat & le Patriote, on h!^t pas une
fpbére très <- étendue dans laquèlie
. on puifle exercer les vertus privées,
'être un objet d'amour 6u de hmrii,
^tf contribuer ou nuire à laprofpérî-
•jté , au bonheut d'un grand nombre
.tf hommes. Ainfirefpéced'Hifioire,
^qui jcpnfifte p^pprei^eât à repréfen-
ter le» qualité?, aiiç^jles & bienfai-
Éu)tes{4es Hommes U|uil:re&, & qui
^at d'engageantes peintures de leurs
jkrertus eixcite uh Ledèiir à les îmi-;
ter , dciit aVôîr aflurémenï: unie heu-
reufe influence fur les aïEalres hiïr
inahiôs » & produire les plus utiles
tïfets. Je plains ceux gui rtp iê fon.c
fa'iâais fenti le c<£ur énilaininc dV
In6ur pour la vertu , !& d^admiratioa
pour lés grandes & généreufes acr
tions, en lîfànt fHiftoire d un grand
ïîoninTe ,^qui joint la bonté au
ihërite fupérleurV compofée par un
ïiabilè Ëcriyain ; ils doivent -être
Ihfentîbl'es à toute vertueufe émo-
€io«i '
La fiiographie ne demande pat
;peù de talons : elle veut un efprît
vif, capable d'être fenfiblemerit
•frappé par certaines circKjnftancw;
^ui caraâérifent leur fujet , & die
ïavoir fcparer ces propriétés? de :ca-
taâèie , de ce qu'il a de commun
Jjf tÉfftt . '
avec mflle autres (a). Un Autcdl
tel que je le défire , doit avoir en
partage ce dîfcernement , qui fait
pénétrer ]es aâions des Hommes ;
^ qui ne fe laifle pa3 impofer par da
taufles apparences ; il ne doit -être
inî paflîonné pour font Héros jufqu*à
"Tenthouiîafmè , ni trop froid pour
fon honneur ; il doit avoir cette inj»
partialité » fi rare dans les jBiograr
phes , & fur-tout dans ceux qui dofir
nent les vies de leurs Contempo-
rains , ou des Perfonnages voifinsdf
leur tems. S'il eft queftion au cQn**
(«) Un Ouvrage Anglo!s , eue l'Atueur t
nodeftçmenX tmiculé CM^l^ue des Antgurs royoMX
;.d^Anilfftrre , jette , en peu de pages , plus d«
four fur quelques-uns de fes caraflères » par
.lin choix Judicieux de circondances , qu'il n^e^
t^fulte de p^ufieurs. volumes qui l'ont prëcedf^.
L'Auteur dts Danjii , a dit liarditnent ,* avçc.
«ne obfcurit^ qui ije Ui0è pé^tT^rre ,i J['ai|n«-
*„ rois mieux avoir fait l*Hiftpire de. ... quî n'a
iw V«» PJ"« J^c dix pAgcs , qoe. là belle pl'aim^
„ rable , l'immortelle Hiftoire de..«., «lui ;^ <£^
i
O É Ment on: fjT
traîi'e d'un fujet plus éloigné 5 com-*-
bien de travail & d'exaditudé, pour
Kre les Ecrivains du même tems, flc
pour dcGOuvrir toutes les fources d#
lumières & de vérité ?
Quand le lis une vie d'Homme
iUuftre bien écrite , & que mes réfle-
xions retournent fur la peine quilen
t coûté à r Auteur , pour fe faire
Jour dans lés épaiifes; broflailles"
d'dùrOuvragte' élégant femble éclo^
re ; je crois devoir beaucoup de re*
çonnoiflance au laborieux Hiftorien;
qui m a procuré par fes fueurstanÇ
^'inftraaibh&^plâîfir <n)i • '
Je fuis tronipé fi It plupart de?
Léfteurs tae tonviennent pas , qu'ils
ont rarement fenti plus de fatisfac*
tion , ou du moins qu'ils n'ont jâ-;
mais été moins ennuyés de iMt^
. ( 4 ) Adrtt puteherrimâittic tintkrUédjHttm tràL
lefâure^ quen lifa« une. vîi^ poffir^
culiéi^e ;j(pécialemeDt ii cetoit ç#U<i
de quelque pei;! otmag^^ d^t.U ctri
filÔ^e^ q^ielque rapport ay^ lisuf
propre tour d e%m & de fec^imen);!
& jai^elquefcMS penfé qu une ex-
cellente méthode ^ pour dccou^ril
le génie particulier d'un Homoie:»
éçoit, dobferver. ç^Ues , foo£ Je«
vies qui Ivd piaifent, le plu^, dont ilf
9xa^ mieux s'qnttetœic » Se qui fbn(
&4?- liai les plus pro&ndes. inapie&
fions». Ceux qui cémaigpent phif^dad^
af^iraÛQp. pour la rapide^ &; fai^gi^i^A
valeur de Cbarlesr XII ^ f^ fom I4
]KtMlen€p;& la. mpd&a(ion cofifpDd-
miée s» der M^JKKomgli ^ ou qui^ » daoi
le cboîx de leurs leâores > prennent
plus de pl^fir aux Hiftpkes qui reC»
ff^kf^ k celle. (Eb Héro^ de Suédçr»
iêront reconnue » dans Toccafion »
|lus promptes à fpimêi; uoe auft^pj;)^
i
moiiM &tîgi^^ ^ç^ I^(iiiit la viq d'uti.
iage & Yiï^îéth Çjiapççiiçr , o^ ;
<ëua |ieu)ç^ i%W^ f^éUt , que çell«
4'ttn ç^ilibr^ MUiÇ*iï« I font vrai*
fesifel^bkineot £aks pgr la nature ;^
pobrf|[0Kef:^e naeU^ure grâce ^
RdUe:Bcçîç6ft|liq«^ oftci^^ç, quuE|
Bâton :d9 QéhéyaU4j<»R§ft«tqaç ccu*,
•q^preamm f^^^ de gopf aux ÎJ[na-;
gea d'une vk p^Sb 4i«^ h ^^t^fî^Vi i,
loin du tumulte des CoufsiSf^^
a&ires . qu'à celtes 4* mQHveraçi^i
& des kattriguei du mondè.^ (etç^^^m
veroieat mal placé» sïh abandotq^'>
noient entièrement un genre ^'octt)
cupations fimples . pour, (è jett»ti
às0\s les foins de TadmiQifiiâii&Q
publique. . . r|
C'eft donc un moijrpnprçfqueiur;!
H iiij
nature nous a rendus propres , quelle
carrière elle nous mvite à fuivre , &
f/ôur quelle autre elle 'nous- a refufê
<fes difpofitions ; d'où l'oa doit coii'»
clurre , qu un des^ meilkurs offices^
tqu on puiffe rendre aux jeunes gens^
îfvant qu ils ayent choifi leur état;
eft de mettre entre leurs mains de$
îV^ies & des Mémoires particuliers de
'étfFérens cara6tères» qui les aideront
àdiftinguer ce qui convient lè mitax^
9 leur génie naturel v car ceux qui
{^nnent un caraâère que la nature^
tiè leur a pas donné » feront difficile^
ment un rôle diftingué dans le mon^
de, feront rarement utiles àlafo-
cieté, & plus rarement encore heu*
ceux in eux-mêmes;
«Mais entre tous les récits qui re<^
préfentent les aôions des Grands-
Hommes , lesnplus inftrudifs & les
JBlu3 a|^éab4es, font ceux ^ aoua
» £ M £ K T O R; Ï^
Ibnt venus des Aâeurs mêmes. Il eft,
Vrai que la partialité naturelle d9
ïamour propre peut tenter quelque^
fois TEtrivain de revêtir de fpécieUn
fes couleurs les parties de fa coii-r
duite dont il a quelque blâme à
craindre » où moins de gloire à prér
iendre : mais la force qui régne ordi«
nairement dans ces Ouvrages , cettô
chaleur que le fouvenix de ce qu'on
a fait, infpire toujours en l'écrivant;
& fur -tout l'intime connoiflkncQ
qu'on a du fujet , compenfent les
autres défavantages , frappent le
JLeâeur avec plus de force , & Tinté-:
xeflent bien plus pour un Héros, qui
$'ofFrê à lui fous la double qualité
d* Auteur & d'Ecrivain , que ne 1«
{peuvent Jamais les relations moinsB
litljmées <i'ttn fîmple compilateur.
Votre mémoire , Monfieur , vou^
fi» rapp$Uçi;a d«s exjunples tg^
f 4 X E T T ^È n ^
çieny 3^ modernes. Quel autre, qof
Jules Céfar eût écrit. Tes aétions,
svec çeue éloquence & ce hn, qp\
df font a4niirer dsu^ fesCoiniaçn*
tai(i?§s ? Om <|^î nouf aufoit %it fuit
ireX^ftopi^op & fe«,4ix njiillç Greq
dans leuç pénible &glorieiire retr^i
te » av€K^ jutant d'intérêt , avec up^
çucipfit^^^une inquiétude au£ vives,
f u il l'a fai; Iijiinméipe dans fan AU'^
h(Lfe \ aa l'habileté de l'Ecrivain
fépond à celle du Généra^l.
Entre Içs Modérais, cpmkiieii n'a^
tpni- nous pas de Mémoifes , cà
d'Hiftoiîes des (5r%od$- Hommes ,:
écrits du tqp k plus inftïuâif jf
fe plus animé . par l^ Héros i»^?
8îes? NomqipwHe Le$M|m<^ws df»
SyJly , où ç«ut le mofid« c<mviçpkf
qu'on prend i^è id?« pl*« jufts i«
if^jçelleat^ bQnfé, de rhftfeîiêté
I
5iro]ûîae$ de fpn Maître , que dans^
icupe autre des nombreufes rela-:
^ns. d^ km: temsu I;ç Cardinal dçr
.et*, cçgéçie, extraordinaire , jette,
^t fo», 3<£èive.-&iougaeufe difppfi-j
QB daps. toutes forte$ dafFaires &
iotrigues > a ixacé dans iè$ MémoK
s u« car^ftère des plus forts 8ç de#^
us fînguliers , dont on ait rexem-V
e. Ei^ nousi expoÊQt de boijne foi*'
^ bonnes & fes inapyaifes qualités i^
I nous décottvraiOLt Tes fbibles, avec
us de hardiefie &; de liberté qu«
u( aufce ne raurcût p4 faire > il ^
n4u i^ fautes utiles au monde : il
fait connoître les dangers & le»-,
irnicieux effets d'une ambition
wiiatre & démefurée , qui fait tout
^ttre en confufîoo ; mais ^ui no.
rt pas calmer loxage après r^tvo^
îvéî ({ni fait brouiller^ comme les
:ançoi]s s'e^^primeiit ^ue)^uefQ|||
t^' • L i 1 1 R 1 1
Jbrfqu'ils parient de ces caraôètcj;
niais non dénouer {a) ? D*aiitrel
Nations ont comme eu3^' un grandi
lîQmbte de Mémoires , dont la lec«
tUré efi irès-amufante , & qui font
liénétrer dans le caradère de plu-
iîeurs graftds Hommes , d une ma-
nière qui diffère peu dU commerce
perfonnel.
Ne puis- je pas ajouter , comme
îine preuve de l'intérêt qui régne
dans cette forte d'écrits , que le»
Auteurs des meilleurs Romans ;
liront pas imaginé de plus puifTantes
xhéthodes pour 'plaire & pour atta-
*cher , que de mettre leur narration
^ans la bouche même du Héros.
^ Le nom de Roman , amené pat
Xhpn (iijet , me donne Foccafîon
jfobferver que cette efpèce de Bio«
^(«) C'eft aneCitadon Brancolfe . qal fe trouve
9t u^fi'K^m n
..^tapliiie artificielle a Tes avantages ;
Jorfqu^lle efl; exécutée d'une maip
^e Maître. L'Auteur affifié des chaî-
jnes îde la vérité hiftorique ,^ çft
Jibre de choiiîr lé^ événeoiens quil
croit les plus propres à &ire goûtes
ies prificipes de Morale , ou toute
autre inftruâion. Le Peintre qui
jrepréïèn;e avec une exaâe refTem*
Jblance des fcenes réellement exif*
lantes , ppfléde un ^rt qui méritç
iles éloges ; mais , aflurément , celui
Aont le pinceau créateur , comme
rexprlihe avec Ton énergie pxdinaire
4'honuae de U plus créatrice imar
gination {a) ^ e^^celle ^ rçpréfenter
des fc^ne^ d*m^ beauté raviiTaotè
doQt il prend le modèle en li^i-m^«
- (4) . . « j .. In a fin«. F repey KoUine ,
pqth £lanpe ffom hoaven. E^th ; fzom ^anl|
*• -to'Hetvén § -J ■ ^. . . »
And , as imaeination bodies fotth
T^p. forcns^ .of t^j^ng» unknpwa . *
tte , àVec Fatc xi'^en ajofter fe Wfi^
Veilleux aux vrais {principes de h
'tisttxitc , doit-être zpiphtadi tout à lH
^ ïbis pour yexfécution & pour le gé»
kiie. De tnêmé un Auteur quinott
idanuant HHiftoite d'un ïïéros feint,'
ïa rempïie tie grandes & inftruç»-
^ves âvantures , -tious ïkrt oiibïïcï
"jpar' leur vrat-feiriblante , ^Ué nota
lîfobs un Romàrt» intèitSt nos p^
îîons , & remue fortement toutes lé
îâffeâions dû cteir immaki , doit
|)ôffédtrun gÔTÎe &;des talerts a%ttfe
^\ffte1iaute effiitife (iz). AuflîVoyoris
licftfs que ks botisHôinâtis foift 'phA
ïare^ que les bonnes* lîiftdkés ; &
tétte obrfervatioft ne permettra "pak
Jqu on me (bupçonne de vouloir ici
xecomnaander la Jeâuie d'unerinfir
Inité de plàttès ou d''6{>fcénès/ç6raS!
(a): IIU pif MmfumffiMém Mihifèfft nieUtn}^ \ '
l^e j*èè>« , Kuum oui yeSks hialhiief iàgS-; ' ' ^ " ' *'
^
fTolitlohs , qui fe publient fouis lé
nom. de Komans & de Nouvellesi
Xe vice & rextrâvagance , dont il|
font remplis ^ ne peuvieht plaira
iqu aux débauchés , aux parelTeux i
aux ignorans , & les mettent au«.
deffbus du mépris même du Leâeaj!
vertueux & fenfé. Mais datis I^
iLangues étrangères , comme dans fa
nôtre , il en eft quelquë^uîi^ d'ùrià
autre trempe, où non-fèulëment oÂ
peut apprendre par quels reflbrts le
coeur humain fe laiflè conduire ;
fnaijB où Vontrouve de bonnes Icr
çotis des lifages du monde , & d'ex-
cellentes peinturés des moeurs, qui
nous faifant rire de la folie d autrui;
fervent à nous garantir nous*mêmeat
du ridicule. ^
Ndiis avons une vie tfHomnia
iUuftre , qui .n eft ^pas moderne à la
vérité, mais que je ne puis me refô^^
(er la (àtîsfaâion de nommer, ^Bt»4
parceque la divine élégance de (od
|tile à fait dire au plus grand desj
écrivains , <}ue les Mufes ont parle
par la bouche de T Auteur (a), que
pour confirmer ce que j'ai dit V
rhonneur des bons Romans , en
JTaifant obferver que la plupart des
^Critiques regardent lUîftoire de la
,vie deCyrus, comme un Ouvrage
d'imagination. Ils conviennent tous
du moins , que fi les principaux faits
peuvent être vrais , l'Auteur les a
Revêtus de toutes les circonftances
xapables de les embellir» pour faire
ile fon Prince un parfait modèle de
religion , de fageflè & d'béroifme,
IJe ne connois paà de Livre qui mé-
"iîte d'être plus vivement reçom-
jpandé que la C^ropedié aux jeunes
V^.( « ) J^itofhêmit vont liitfif quâfi itemâs firum
gen|
'fe^ M EN T o i: i^.
S^ de diftinâion. Le Monde a peu
d'Ouvrages de cette beauté , & n'a
pas d'Hiftoire dontrinfluence puîfle
être de la même force, pour remplir
ie coeur de nobles & généreux (ènti-
mens , ou qui préfente à Tefprit de
plus excèllens modèles d'une fage & '
^ertueufe conduite. Rien ne prouve
mieux de quel agrément & de quelle
itilité peut-êtrç l'Ouvrage d'un vrai
3énie , qui ne fe renfermant pas
lans les faits réels , donne l'eflbr
i fon imagination , pour en inven-
:ër de propres à faire pafTer d'utiles
nftruâions , fous une forme agréa;»
Entre les moyens de parvenir à la
ronnoifTance particulière du caraâère
àcs grands Hommes»oR a toujours r&t'
gardé la lecture de leurs Lettres fami
itères comme un des plus fûrs , p^ur
dé^couvrif leurs principes , & les mo-
Pan. h H
rifc r€èli dô^ leuis aftion^i I^e* cccu»
)t'ouvte dan^ uneLettte qul^oo; écrie
àion Ami ; ife€xpU(|uc ea lifceité ce$
opinions 2^ ces fentimeAST ,. que b
prudence ne permet pastoiqourscb
l^e£« pjâ«étjrer ,au^ Eiibiic »> ou;(|ue;
des' motifs:,, moins- HonQxkb^peutv
étre^. lui font ft}igneufement déguifcr»
Le plus^ grand des avantages 8i^\t
plus dou3£ dbs^ plaifirs d'une honnête
amitié,, celui dbnt uneamein^étei,
affligée», tireie ptus^ agféable foula*
gement,. eft devoir quelqu'îm ddO$
fe fein ducfuel on^puifle comme veiî»
fer Tes fecuets ,;& dont h âdeïkélaic
parfaitement à' l'ëpïeuve (a )•. Cc^
plaifiir a tant dp charmes^,, que^ danî
Fabfence de lîos Amis nous^ noi^,
i^fi^rçons d'en Jbuk encox^ >. en^leuff
jf « "I T'rd^aram ^wwr, comme' Sonecque Ptjg^
flime admiiableiiient ym^ui tmoficntum omnt étft
1^. ii«#f «» f9i{^çm\fin mwmHmm ywmnmn^
B I M f H T 6 «: 9tfï
^simoniquant pat écrit ces pen«l
fées , ce& {èntimeûs » ces ceftéxions ;
^ue nou$ n'avons ]%lus le bonheur j
de pouvoir leur àéçomm .dftos wi»-
conversation perfonAéUfi* Xes J^et-*^
très qui s'écrivent entre àmx AmîSi^;
dolvent-étre di^ même tour , doiveoi;
refpirer le jnêmc efprit , que le la»*
gage de leurs entrevues 4 & cettA
tw^nûniflion de leurs ccbui!S feinU^
nous introduire dans lear coafideor
ce , nous rendre auflî familiers axçQ
eux qu'ils le font enfemble* ...:
Quand on lit Içs Lettres :de:£i«
ceron-& celleside fes Amis , on fe
croit intimement lié avec ces grandie
Berfonnages^ on^ntre4âs^^l^ui^^^"
niere de penfer » on conçoit quels
auroient été leurs fentimens dââiL:
certaines circonftancet ; & s'il M^ftl
poffibde de «prendce une '}ufkéMéoi
àà leursipœiçipes&^ieuis in^yi^
\
5^ .'E e. T T K t f
ffe. comluite c^eÛL afEirément pà
icçttei v.oici<. M. Melmath l'a. pcoavé,»
dads^ fes; ingémeufes remarques fur
'c^te bellâi pâme àes^ œuvres de:
iCiceton y il a fait conupître Habile»
laént combien^ on: peut jetter da
|èur fur un eaïaâès^e.» paît une exaâe
comt^araifon, decfes^Lettres r.on four
Isaitepoip, i la. vérité,, qu'elle- fît aur
tant d^ftonneur aux: fameux Bk^maihw
^qu^Ueren^' fait i Fingéhuité de Télé-
\gaiit:: Tcaduj^eur ^&. q:u:un. homme:
4a m&ite 6l de? la bonté réelle it
Ciceron- .,. déùt pas tecni fés« plus
^andes. qualités: pa£ LinconiîAiance
4e £^ conduite..
Ceux qui peuvent lire les Lettreir
làxv Gardîœl d- Qflkt.^ fens y prendre?
autant de refpeâ & d'afiFeâion^ pouff
le meilleur des Hommes , que- d^ef»
timefic d'admiration potirrHomme
(
naturel & de leur pénétration ; c eft«
à-dire , également de leur coeur 6ù
ide leur efprit.
J'ai fait obferver qu en s'attachant
ji rHiftbire des grands Hommes pat
la leâure de leurs Mémoires , de
leurs Lettres , où des Relations de
leurs vies , compofées par d'habiles
Biographes » on acquiert une forte
de familiarité avec eux , & Ton peut
£e flatter hardiment de s'être ouverc
un accès dans la meilleure des Com«
pagnies. Qui n'en reconnoitra pas
&ciiement Timportànce ? Non-feu«
lement la difpofition du cœur des
hommes fe reflent du caraâère de
ceux avec lefquels ils vivent dans
une étroite liaiibn; mais pour les
opérations mêmes de Tefprit & du
jugement , Jeur tête fe forme fut
celle de leurs amis Ëunîliers; c*eft«^
k^9à S^'Qn4«yî«atgi|fQâ|^>oi^
capable de quelque chof0 , fulvaQl^
1$ foiblefie pu U capacité des Pei^
fonnes avec lesquelles on paflè la plM
^ande partie de fon temsu
Quels avantagea ne tîw-Van pa*
de cçriaines Compagnie* ? S^ qu U y
z peu de (rulta au çoptmires à re«
cueillir d un grand nombre d'autres?
Combien de viiîce où tout fe paiTe
en vaines oérénaonie^ , en injGpide
tebil fur d« frivoles fi^^ts? Parure,
équipage , chafle » feu. ConAiem de
Gens dans le monde/ qu on ne quitte
jamais (ans iiumeur où fans dégoût ?
Conibien de Sociétés daogereu&s ?
<!ombien d'aflbmblées ^gênantes ?
Combien d'infùpportables rencon^)
très ? Mais , dans^l'illudre vérité de
la Biographie ilous admet, il n'y .a
jamais de mal à craindre , 4cfouvent
il y a d'extrêifies avantages à recueik
5 t MK^tfrici. îllir
\vL'mx &utes ■ du Héros , ou dd.
Comtemporauif , ^ui oous ap4.
otient » taotôtà nous gardei: de«
mes erreurs» taùt^ à ne pas nou«
fer tromper par de fatt0ès appa*<
ces , qui péufventie retrouver les
mes dans le cerclé de connoîflanr
où nous vivoB5* D'ailleurs ce
K pas la contagion du mauvais
mple , qu'on doit craindre dans ,
ifioire âes grands Hommes » pui^
on ne Fécrit ordinairement que
ir f^re adimrer kurs vertus» .
trt tous les Héros de Plutarque;
d'en eûi pas un , dont Texemple
iife nous conduire au choix d'un
avais parti , dont k converlÎH .
n foit ^ngereoié^rainitié fiitalcy
Familiarité ruineitfe » eu donnant
cafion à d exceflîves dépçnlêlb
font toujours prêts à nous rece»
r, 9f dTuM mmn9 ^uiaous lail^
fS t ETTiirâ
fl(utant deftime pour leurs Verdun ^
^e d'affeâion pour leurs perfon-
nés. Plus nous en aurons reçu d'iaf*
tiuâion , plus nous nous apperce-
vrons feniiblement que nous pou^
vous en attendre encore» Hemeux.
donc celui, qui fait ccxntraâer dés
amitiés fi nobles, &choifîr les direc-
teurs de fa conduite dans un ordre
d'Hommes , qui peuvent lui fervir
de confeil , lui dire la vérité fan$
rudèflè, le louer fans flatterie , en un
mot , le former par leur exemple ?
Vous me permettrez , Monfieur ;
de terminer cette Lettre par quelque
ligne d'un Ecrivain, dont les no^
blés fentimens & la vive expreffion
ne manquent jamais d'enflammer le
coeur d'une vraie paffion pour la
vefrtu, & qui dans fe$ défauts
mêmes , (a) comme on Ta jufte-
DE MentorZ ^t;
iiem obfervé , eft plein d agrémens,.
» Hôrum , dit Sénéque . ea traitant
»> à peu près le même fujet ,nemo non
^9 vacabity nemo norrverâmtem ad fe^
y>htatioum^ amanthremquefid deniîttih
^> -— non cçnyeniri &• interdiu ah «m-
^> mbus mortalibus fojfunt,. •— Horuni
» nemo annos tuos çonteret j Jùos tibi
w contribuet ; nullius^x hisfermo peri^
^ culofus erit, nuUius anûcitia capka--
9y. lis, nidlius fumptuofa obfervatio^'^
»3 /ère; tx his quidqaid voUs j ptr ïllos
i> nonjlabiî yiomhm quantum pluri^
9y mum ceperis, kaurlas. Qua illumfe*
»3 licitas ^ quim pulchra SeneSus ma^
07 wer, qui Je in horum client elam con"
9> tuUt ! Habebitcum quibus de mînimîi
99 maximifque rébus jdelibtret^ quosdc
^^fequotîdie çonfulat, à quibus audiat
M verumjine contumelia, laudeturjîne
» adulatione, ad quorum fe Jîmilitudir
i> nem effingat p>4
Paft.l ï
$i9 t E f f t Ë t
I ■ I li mssSSSSSSSS
LETTRE V. '
Sur le Go(k,
*
vJUand on obferve, MonCeur, U
rôle que notre Natipn a fait pour
lefavoir, & la politeflè dans lestems
dont elle a Iç plus d'honneur à pré-
tendre , il paroît évidemment que
ion caraftère diftînftif èfl la profon-
deur du jugement, la folidité de
lefprit, 5c la force de rexpreflîon,
plus que le rafînement ou la délica*
tçflb du goût^
Les Bacon, les Newton^les Locke,
put un droit ioconteftable au premier
jrang , dans 1 empire de la profonde
Philofophie, Milton & Shakefpéar^
ont penfé , ont pénétré dans tous les
détours du coeur humain , ont. tracé
les caraâères des hommes, & décrit
(Qus 1^ objets de la nature , ^avec wxi
'B^gîequinc'céjde ea nea ^yx plus
[tands Mjutre^ dç l'Antiquité , ^ qui
2$ élève w-d^iiw cfe leufs^Riyaux
dodernes ; mais pour la^oi:rê<àjbopâft
I &neSk éx goût , on ne peuidéfa-*:
ouer que Milton &. Shakefpéar &a
7iept fort inâîrieurs aux grands Foë-i
&s François du niâme genre. Un d W
reux reflécMlIant fur le d^&ut de dé^
ence & ds régularité» qu'on peut tropt
jiftement reprocher au Théâtre An«»
lois»reconnoîi les grands traits de gé-»
le , qui k trouvent da^is nos Tragé*
ii^j^^confedèquë û noa&paa.'venion^
fi,Q^9 eorriga: 4e ces irrégularités i
ous emporieriops bienrtôt la palnoiâ.
i). Hn'y ausroiteffefUyememquiui
veug;le préjugé, qui put nous fer^
Ouer les yeux iur ce défaut dexaâir
.(#) £n Angleterre, la Tra|éciie cft v^iitiihlf-
léot une a£^ion s & £ les Auteurs de ce Païs joi«
ntûTient à Ta^ivit^ qui. kmm^ ifi»l* Fiéçes^ pn
11^ natprel , av^« de la décçn.cc & de la régula-
iia^, iU>l!cjipottex4>kiuticM4cftȕlai<Stt<afit U4:
ran^ois. Votmn , EiTai fuc le Pocmfe E^i^uc
I ij
4.50 li « T T R *^ !5
t4idç & de pureté de goût , qut
régne xnanifefteméàt dans les meilr
leures & les plus^ fortes comportions
lie nos Ecrivaifis.
- La caufe de cette différence entre
deux Nations» fi voifines, femble
Hiériter quelques obfervations ; &
peut-être aurai^je Foccafîon dans mes
rèmacques , d'obferver comment un
Apglois peut contribuer au progrès
de 1 élégance ^ du goût dans fa Fa?,
trie..
^ Vous êtes , Monfieur , fort au?
deffus des baflès préventions de ceux
d'entre nous, qui ne peuvçnt entendra
dire que lès François excellent en
quelque cbofe. Je viens de citer un
de leurs plus célèbres Auteurs,- qui
»ous accorde la préférence fur quel*»
ques points j pourquoi ne leur renr
jdrions - nous pas la même juftice fut
^^wx^ ? lia vérité4^^^^^f 9 ^ %^f^
bE MenÏoi6 lôi^
ment de toutes nos opinions ; 6C
rien fl*eft toiit-à-la fois *p4us abfurdô
& plus méprifâble y que de rerufer â
d'autres que nous, le mériie qui leui
appartient réellement.
Comme le goût de la Capitale i6
toujours une extrême influence fuï
celui de tout un Païs ^ c eft commu-*'
nément dans quelques circofiftances
ou quelques difpofitions particulier
res à la Capitale y qu'il faut cberçheif
la vraie foutce du càraârèrè d'iiné
Nation fur ce poittr^^ Les Ouvrages
d efprit , les produdions de Fart , &
tout ce qui fert à déterminer l^
nature du génie Se celle du goût ;
fortenc généralement de la princi-»'
pale Ville dun Etat ; rénrulatioa
qui naît des motifs degloitè ou dun«
térêt , les occafions & les facilités ,
ft néceSkirei pour faire éclore on
pour encourager les taïens» ne peu^
ïôl If * T T ft * f
yent étfé lès mêmes d9ns leé VtHèl
'4à Ptbvince ^ de-li vient qtte lès
Capitales de cbfi<|ue Tàh éerienkent
totùme dés centres >. où tendent
natureUement ceux qi^ leur ioclU
«atiba pôlrte à rechercher raifiitif
4es grands Homities , & &it afpiier
à la méiBé grandeur ^^ par Texercicfr
4e leùts qualités ôatureUes» où par
ta culture ds leur efpnt & le déve»
loppement de leurs idées (a). Ainfi >
la comparàifon de deux Capitaks^i.
c eft-à-dijre celle dans certaines, cir*
cOnftances favorables ou nuifibki
aux progrès , peut conduire à. former
tinc conféâurë très^ probable ^ fuf
lés càufes de cette difiërénce degoâti;
fui ptévaùt entre deux Nâ'tidnsi ^
Paris & Londi^s ^ Gapîtàlea dft
• Xi) AUûs tthèraiiumfluiior'km eupii^tdt , kltùs ipêf*
|5f??'*> 9*^fl^f" '«**' àmidtia yWtoJUrgm inâufiria i^
Aeûx floriflants Royaumes »Datttrel»-
Jement rivaUx » les deojc j^ua gran*
^es Villq3 de rEurope » & ies prin^
cipaiix fîéges des Sciences & des
iAjrts ^ non moins &meufes dans ces
derniers fîécles» qa Athènes & Rome
l'écoient dans les anciens teàis » fonc
l^ouvernées par des Loix èc des u&«
ges , & diftingixées par des circon^
tances , bien plas différentes que
telles dés R^pubii<|ues Âtbénienes &
J^omaines.
De toutes ks grandes Villes du
Mondé > Londres eft fans contredit
là plus commerçante : Paris na
guereS d'autres commerce que celui
4e fes élégantes Modes » & de Tes
kij^reufés Manufaâures. Patis eft
fe fiég^ d'une; grande Se fàmealb
Unlveriit^ , & d'un grand nombre
d'Académies , formé pour l'avanct-
'^inent dôs L ettres & ties Aru -, Loor
104 ^ L Ë T T Â È S^
^Tcs eft iàns Académies & /âds t3ni^
verfîté. Paris a quantité, de: Bibiio?
céques publiques, &de riches Cabi<»
«ets qui renferment des colleâlons
de Peintures , de Statues , Sec &
iqui font ouverts àTétude, ou à la
curiolité de toius ceux qui s'y pré
fentent ; il y a peu de Btbliotéques
|)ubliques à Londres , peu de Cabi^
nets ouverts , & peu de difpofition à
les ouvrir. Londres eft la Capitale
tf un Gouvernement libr^ ; Paris ,
celle d'un Gouverne<6ent abfolu : je
n ai prétendu nommer qu'une petite
partie des circonftances qui diftin-
guent Londres de Paris, Quelques
réflexions fur chacune nous met-
tront peut-être en état d'expliquer la
diflPérence dé goût^qui fe fait fea-
fîblement remarquer entre ces deux
Villes, * • .
V Le Comnerce , qui produit d aiï-
T) E Mentor; tpf
leurs tant dàvailtâgês , Se qui répand
Tabondance & le bonheur dans tou-
tes les Parties d'une Nation , efi
moins favorable ^ & conduit moins à
di ver fes fortes de perfeâions, telles
que réiégance du goût & des ma-
nières y qu à des biens plus folides;
peut-être , & plus généralement fen-
tii% En faifant tourner la principale
attention^ des. Hommes aux recher-
ches d'intérêt , en leur faifant rap^
porter à cet objet tous leurs foinsf
& leurs travaux » il leur laiffe moins
'de tems pour l'étude des Arts ,
moins de liberté d'efprit pour admi-
rer les produftions du génie & du
goût ; & ne confidéraht ici que ce
giû peut influer fur le goût, ce n'eft
pas même une cîrconfîance favorable
pour la capitale Anglôife , d'être le
plus grand port de mer du monde
connu; il femble au contraire que li^
ÏOÎ t t t t: Ai i
commuhicâtion fré^uônte de fesHà^
titans, avec leô gens de mer , peut*
Itre contagieufè pour euX ^ & le*
înfefter d*un peu de tudefle,» partàgiî
()lus oïdinaife des Mann s que la
politefle & l'élégance i peut-être né
faut-il pas chercher d'autre explicâ*
tîon, pourlesfcenes baffes & vulgai*
res , qui ne font que trop fréquente*
dans nos Auteurs Dramatiques ; c eft
complaifance pour le goût domi-
nant de leurs Spedateurs : & proba^
blement ces plaifadteries bizarres ,
^ui diftinguent lès compoCtion^s
théâtrales , d'un Pais maritime , vôi-
lîn du notre > viennent de la même
caufe.
Il n'y a point d'avantage qui n'ait
quelque inconvénient à fa fuite, Léi
iParifiens, qui Vivent loin de la mer,
dans une Ville où le commerce ffe
'boxne à quelques élégantes ManufkCtif
»f Mentor; lO'jr
Itûref , &dohtropulence neft fbute^
âue ^ue par la paffion de vivre dans»
là Capitale ^ qui p^rbic conuiuine »
kNoblefle Fratiçoife, ont droit de
vanter la poiltefTe Se le goût rafiné
de leur Capitale y les Bourgeois de
Londres peuvent fe glorifier d'uit
bien plus réel ,. & qui £êrt bien mieuJi?
i leur bonheur ; de jouir d'une ri-
theffedc d une indépendance > répan*-^
dues dans tous les ordres , par lè^
tc^mmetce Se k liberté ; d!étie à
couvert chacun dans fa fîtuation, de
la tyrannie des .Grands ;. & de voiir
la plus gtande partie d'entr'èux eit
poSè(&oïi des faveurs du Ciel y qui iL
dans d autres lieux , font le partagé
du petit nombre». Mais û le comi^
merte n'eft confîderé que par l'in*^
fluehce qu'il peut avoir fur le goût ^
ioflveiions qu'il neft d'aucun aVanta?-
|e^ & qi^ ce tCe& f^as une cixcoû^
ÏOS ti E T t IC E 5
tmce heureufe pouiî le goût ii
jLondres > que la plus grande panie
à\x commerce de la Natipa fpit entre
fes mains de fes Habkans^ Celui des
François s'exejfce daris leurs Villes
. 4e Province ; les? Habitans de Paris ,
du moins ceux à qui l'on accorde la
fineffe xhi goût , font compofés de
JJobleffe y ou d'un grand nombre de
Particuliers ai fés, qui vivant de leurs
fortunes , fan» prendre beaucoup de
pare aux suaire» ^ ont le tems da
rafinar leur goût » par la culture des
Sciences & de» ArtSf
Tout le. monde conviendra qud
dans chaque Païs les Univerfitcs font
ja fource & le principal fiége du
iâvoir» Dans ces. Siècles mémo »
où les études qui sy faifoient peu-
yent-être traitées de ridicules , tou-
ces folles & toutes capables d'égaïer
4uçlles étoient , FEurope n'en avoit
Dï M E N'TOR. Tory
^û alors de meilleures , .& ceuxqijiî
dbiinoient des leçons dans lesUniv
verfîtés , étoieat plus éclakés , ou
moios ignorans que leurs Conci-
toyens. QiAoIque la grande érudition,
fait quelquefois accompagnée dans
ceuxxjùi la pbffédent , dune forte*
de roideur à laquelle on a donné le
nom dePédantatie , &qui fait trou-
ver leurs manières tizarr^s , ilnea
eft pas moins confiant qu'étant accou-
tumés à rétude de grands Modèles^
ils doivent avoir le goût plus cer-
reâ , & reconnoître plus facilemeht
lés défauts d*un Ouvrage^ où FAur
teur s'écarte deis bonnes régies ,
qu on ne peut le fuppofer de ceux
que leurs occupations n ont pas coii*
duits à former ou corriger leur goût '
par ces mêmes régies , établies £ur *
J'i^xemple des plus grands génies jde
jpQUS l,es ^ges > priocipaleinent dçs| -
L^nciens. O^ peut même fappofdl
que la coavo^fatioQ des Savahs doit
être avamageufe pour îès autries;
que dans les Yilliss où les Gen$ do
Lettres font en grand nombre* il &
faitpar eux que communication pro<*
portiomiee d^ ikvoir à tous les o^
4reSj & qu'on doit plus fouvent
compter fur la rçocontrè d'un iiom?
ffle de gouî.
Ceft une queâion aSèz délicate;
de f^Vair lequel eâ du plus graàd
avantage pour le progrès desfciea-
ces , que 1^ ynivcdïtés , les Collè-
ges , ^ les autres établiflefoens qui
regardeat 1 educatio» 4e la jeu&eflfe ,
foient places dacs les grandes YiWes,
ou dans de^ Villages étoigoés. hm
anciens exemples fembl^t favorifèr
rufag^ de les placer dans h Capitale,
& d élever fi^-tout les jeunes gens
df diûipj^ion4a«^ Qn liâi^ qui puîiTt
bfitir à leur vue, les fcenes aux<}uel9
ils doivent pj^endre part ua jour»
lorfqu'ils feront parvenus à jouei;
(eur différens rôles dans la vie.9>Epa«
f> minondas , la dernière année de la
>> fienne , difoit , entendoit, voyoit^
h faifoit 1^ mêmes chofes, que dam
19 rage où il avolt commencé d'étra
» inftruit, 3> Cette obfervatîon, qui
eft d'un excellem Juge (a) » & relp^
v^e d ailleurs par le nom d'uo dej
plus grands caraâères de l'antiquité;
4oit paroîcre d'un grand poids ÇQ
&veur de Tanclenne éducation.
Mais quand la queftien que j ai
proppfèe denieureroit indécife , je
9'en ferois pas moins perfuadé que
l'Univerfité de Paris a beaucoup
contribué au progrès du goût dans
cette Capitale de France, & beau-
(4) Le PréGdent de Monterquîea , en examn
feant la diflRércnce^ de l'ancienne fie de lar-^-^
ne é4ttc^tion.
ffi 1/ * T T R Ë s
coup fervi à rcpàndre parnil fes ha-
bîtans une forte d'exaâitude criti-
que, comme d'autre part les mem-
bres defônUniverfité', vivant dans
une fi grande Ville , & dans là focieté
de ceux qui mènent une vie yhî
aftlve , ont continuellement Toccà-
fion de perfeâionner leur politeflTe,
& la connoifTance qu'ils ont deJ
Beaux' Arts , dont le véritable em-
pire eft la Capitale d'un Royaume.
L^Unîverfité de Paris eft un vafte
corps , qui jouit des plus grands
privilèges. Elle eftcopipoféedeneuf
oudixCplléges (a), qui participent
à tous les droits de TUniverfité , &
je crois , d'environ trente autres donc
les droits & les privilèges ont moinJ
d'étendue. Peut-on fuppofer ^ue des
• («') Le Traduftcur ne réforme rien à cette
«xpoûcion , ppui faixe cpnnoîtrc ce^que les Ecrafi-
j|eis pc nient de nos établiiTemena.
fondations
DE Me K T OK; ÏïJv
fondations de cette importance y
confacrées à l'avancement des Scien-
ces & des Arts , foient fans force
pour en répandre le goût > dans une
Ville dont les Habitans font mêlés §
& communiquent fans cefTe avec une
multitude de Savans? Figurons-nous
que nos diflFérew Collèges d'Oxfôrd
& de Cambridge ayent été fondés
dans Londres : peut-on croire qu ilsf
n'euflènt pas eu la plus puiflante in-
fluence , pour y répandre le favoic
& le goût y & que la feule coi^verf^
tien de tant deSavans » dont ils font
compofés n'eût pas produit d'excel-
Jens, effets ?
Paris joint à fon Univerfîté, pla-
ceurs efpéces de Sociétâs , ou d'A-
cadémies y dont l'objet unique eft:
de perfeéèionner le goût. Lr'Acadè-
/nie Françoife > pour le progrès de
TEloquence & 1^ Poëfie iTAcadéjaufl;
Royilè des Iiifcriptibiis &^èsj lEfeflé^k
lettres, établie en ï66^y pour en»
éourâger: là culture destBelksiLct<i^
6rés , pour FexipUcàtiôïï des ancien*
Monamenr, pbur crànfraettre i lâ>^
pfoftferité les- ëvétienàéhs; rcîfaai(|ua*
fclès de ta Monarchie ,par*dea:Méi'
âaîllès: , : dès: Tnfcriptibns,, &c» ^ L'A-^
éadémie Royale de Peinture èc à^'
Sculptutev, fous: là. GCHîduibe d^uiij
Bireftenr ndihriié par le Roi ; diiA:
Ëliancellî'er , > de ^^atre Reâieùri: ,.
itôiît^ i^uii pt^fidfeàxlia'quc quarftefv
fe de'dotoè PifefèÛfetirsr, cKacuii ëxè^-
^àrtt plétldant ^ iiîôis l: fëb^ tbtir ^
dirigeant les études: des lêuriès^Elô-
yeà ^léui: pirbpbfant desifaoèEles, Sç
€Oiïig)éatit leurs déïfeifts;
Si depuis le ffiènre-tèms' ît s-êt'ôîfc^
ibimi iLohdrfes une AcadëhiiéMaè
iè gèiirè , la Caiiitaîed'Âhgtetfefrèiyr
^omme élu ôA celui dé la liberté ;
es Peinture^ que ndusf atons pris foilt
i'expôfet à TeSemple éesFjTatiçoii»^
faut xléja totopfrendré ce que Viftgt
lïiilées de culture & dé progrès nous
pirometteiitr Quelques * uii^ de fi^s
Déflfeiils , dé noi Patfiiges , & même
ie no$ Tableaux hiftor îques ^ ont
découvert du génie & de rexécution 5
les ^rix pTropafés à nos Artiftes doW
vent exciter l-éinulation , qui jufqu à
prérént tft ce qui manque au* An*
glois \, Iprowt briller data toui les
Arts, tfne heureùfe expérience fem
bientôt vpir que le gémé ne leur eft
pas étratTgér, que îa liberté eft faVo^
fâbfe ati gt)ût , & qtie fi flous n'âvott»
pas excefié dans les beaux Arts , com*
ttïe dans les Sciences profondes ,. la
tefttèifr de ttos pwg^rès eft renne ou
de qtteïqo^e ci tcortftâïitfe accidentelle,
oii de quelque obtïadCe 'feGite- à hvQU
iïz6 Xr fi T T a Ês
Que ne devons -nous pas attenclte
fous lé régne d'un jeune Monarque,
diftingué lui - même par fon goût
:pour les beaux Arts , qui eft monté
fur le Trône dans un tems où k
génie de Tes Sujets prend le même
tour y & n*a befoin que de fa^protec^
tion Royale, pour convaincre l'Uni-
vers que dans un Païs libre , tous les
lArts peuvent-être portes à leurper-
feâion. Mais. nous ne faifons quaC-
,pirer encore à cet heureux fort , &
je n'en continuerai pas moins d'ex-
pliquer pourquoi nos voifins y font
plutôt arrivés*
, Avec les trois célèbres Académies
que j'ai nommées > ils ont auili celle
d'Architedure ^ où l'inftruiftion eu
gratuite 8^ foutenue par des prix qui
ie diftribuent annuellement , pouac
«xciter l'émulation des Etudians.
Que dixai-îe de, l'établiiTemeû^
Dg Ment OH'; ii-j^
d'une nouvelle Société Françoife ,
pour Fencouragement général det
Arts , des Manufaâures & du Com-
merce ? Ceft avec la plus grande
fatisfaâion , que nous en obfervon^
déjà les effets , nonrfeulement dans ua
.grandnombrede bons Ouvrages, oâ
rAgjciculture eft réduite e» Science ,
& qui vont en hâter les progrès ;
mais dans une infinité d'heureufes
découvertes, de nouvelles métho-
des , qui ne regardent pas moins la^
partie de 1 élégance > & de Torne»
ment, ceff-à-dire les Arts libéraux .^
que celle desr Méchaniques^ & des
jiéceflîtés de la yîe..
Une différence des plus remarqua-
bles, entie la Capitale de France,
^ la nôtre , c'eft que lia première eft
abondanmient pourvue de grandes
JBibliothéques publiques , dont lac-
çh eft toujours Ubie , & qui fbm;
[lr$ E ET T T R e y.
accompagnées d'une nombreufè cofr
iedion de Peintures, de Sculptures,
4e Gravures,& de toutes fortes de eu*
jriofîtés de Nature où d'Arts, tréfors
toujours ouvetts, & qui donnent aux
jéuiies François Foccafioa de Gon*
noître leur génie ;. tandis que dansiez
autres Pâïs , où la plus grande partie
tdes Habitant font privés de ces noblelî
Spedacîes , ceux que la iiatuJré a par*
fagé dé quelques taîehs, n'ont jattiaîi
le pouvoir de les découvrir » hi h
moindre occafiôà d'en être avertis »
idu moins par lé fêntltnent» Voui
iôniprénéz aiféftièfat , Monlîeur , que
dans notre graiidfe Vîite dé Lôndreîi
â doit fe tifouvêtt quantité de jeilnef
^èhs ,. qui vdyaiit ufae coiîet5Hon de
fcealûè Ouvrages ,. fëfttîr oient que lé
baituïé ie§ à rendus propres aux ôiê^
le&É Arts ,, &'peût-êtrfe*détiendroiéift
î«^-mêk& dé fimeoJtÂttîftes î clai^
» E We ITT tru. rrjf>
h n'ayant pas^cette heureufe occav
n , ipaflent leut vie dans robfcu*-
é,. (ans être tentés, de mettre aui
ir desi talens , dbnt ils fotlt réelle-
mt partagés, & qui feroient » avec
preti de culture , Uotnement du;
3nde & rhonneut dt leur Patrie^
eft Vrâl t[ue les Giitônftànces de*-
înnent plus fav^iables , & que cd*
i manqué à hbtte Capitale , pour
re auflî polle^ qu elle eft grande 8c
aie y s y raffetnbteta vral^femblar
emeht par dégrés.. Notre MufxiùA'
mporte déjà fiir tout te qu'on voit:
même genre à^àris; ilèft dignà
la gtandeur & de Topulencfe dé;
>nd]res ; rî. né peftr niahî^uer de:
ccfoîtrè & de s'émbëllir , par lèàv
»uveauk dons de$ ik^ai^s & idefe
riéux i, ki tdart en^ êtt étendu , fit
i Mgleiiïâife tlfei-i-fâgès ;: Vtiommiàp
t2d Lettres:
y peut qbferver les produâlons éa
là nature : mais > outre qu'il efl eih*
core Tunique établiflement de ce
genre > n cftii pas à craindre qu un
excès d égard pour Tordre & la pro-
preté , n'en rende Taccès trop difficile
au Public , & ne nous prive par
conféquent du principal avantage
qu'on a dû s'y propofer ?
Les Anglois > qui ont fait le
voyage de Paris , peuvent retrouver
dans leur mémoire toutes ces belles
coUeâions de Peintures , qui font
ouvertes à la vue du Public. Com-
bien n ont-ils pas trouvé de jeunes
gens à la falle du Louvre ^ attacha
à Texamen des meilleurs Ouvrages
de la Nation» que chaquQ Peintre
préfente annuellement , comme au
théâtre du mérite & de la renom-
piée ? Combien n*en ont-ils pas vu a
^Palais du Luxembourg^ admirant îa
fameufê»
uneufeGalJerle ,j8ç cette nobje col*
îâion de chefs d œuvres , qui â
oit dans les autr^ âppartemensll
«a çolleftion de M, le Duc d'Or-*
fan^ , au Palais Royal , une dès plui[
onibreufes & des pluç riches , qu©
î connoifre\en-deçà de^ Alpe»-;
eft pas dérobée dé mauvaife graco
jx yeux du Public , o]i fermée pout
5UX tju^ a achètent pas , comme |
rendre;^, le plaifîr d un tel Speéèaclè
prix d'argent. A certaines heures'^
>us ceux <jûe le goût de TArt j^
Dnduit, oftt liai liberté d^examînec
s plus célèbres Ouvrages des diffé-
întes Ecoles ; Çc pour ceux quî
5Ûlent fç fprnier une idée de tout
5 que ringénîeux Art de la Grj^V
are peut offrir çn reintures , en
tatues, eo Edifices , en Jardins , &ci
1 y montre une fi nombreufe coI«-
âion de PejQTein^ fk de Plans » <]u'^
PàrtJ, li - f
|iô refte rien à dëfîfer | la plus avidi
jcurioiîté. Outre ce$ CoUeâions pui
" bÙque? > quantité d^Hôtelç & de M4<
fons particulière^ çontieançnt que^i
gue çhofe de temarquab|e ^ dont
4'acc^^ n'eft interdit | perfqnne,
Vou? fêntez , Monfieqr , de quej
avantage cette liberté çontinuell^i
th pour la Nation ^ & coiub^n ellq
fert non - feulement }l donner auK
vrâîs génie; roccafioq de découyxi?
leurs talens; mai^ à cultiver le goût
de ceipc qui n ont pas recule; mêmef
^iréfens du Ciel, £n accoûtumane
leurs yeux à voir d excellent Ouvrai
f è« , il; deviennent juge$ , à q^el-?
|[U^ degré ; ils font bleffé; de ce quj
ix'eft pat conft>rme k la belle nature;
comme Thabicude d^entendre une
bonne Mufîque , donf^e à ceux mér
fne; qui n'ont pas le goût diftingué
teille » pour laquelle tout ce qui
manque de jufteflè & d'harmonie eft
choquant*
Ajoutes que dans les mémçs fieut
0à ne manque pas de rencontrée
d'autres curieux , qui fiippi^s au(&
des beautés ou des défauts , font
portés par la force naturelle de leur
ientiment , à faire de jufles obfervor
fions , & fervent ainfi à former 1^
jugement & le goût d'autrui , pea«>
dant qu'ils tirent le même avantage
des jreflexions de ceux qui les envip;
ronnent.
Rien ne caufe plus d'étonnemenc
aux Etrangers qui viennent à Lon»
dres , que la rareté des CoUeâions pu-^
bliques p dans une fi grande Ville , &
la di^culté , la dépenfe , dans le&
iquelles ii faut s'engager , pour h
procurer la vue de ce qui mérite
MBttte cui:iofité «be^ les GiandSt
Quelle immenfe quantité à*s^gent\
nos Seigneurs n'ont-il3 pas employcl
à faire acheter des Tableaux & des
Statues , qui font demeurés enfevelis
4an$ leurs niaifons» & devenus inuti-
les au progrès du goût ? S'ils avoient
;iété plus expofés à la vue du Public,
peut-être auroient-ih changé le goât
de notre Nation » ou feryi du moins
à la garantir d'Itre ii fouvent tromr;
pée dans ces marchés»
. A la vérité , un Seigoeur du plul
Jiautrang, vient d'ouvrir la voie par
^n généreux exemple , en accordant
rentrée d'un fi^on de fon hôtel, qui
.jpontiQ^qt une colleâion de modèles
4e Statues antiques , ^h permiffion
de copier ces précieux reftes de Tan*
i^ien Art ; fi cette noble idée^ avoit
4es imitateurs , le3 Amateurs dei
jbeaux Arts devroient no.n-feulç«
,mm leur adoiiiation à yiilM&Bi
.Dtic (a); mais leur plus ardentes re^
cdnnoiflânce , pour avoir appris à (a
Kation à' traiter généretifement les
Arts & les Artiftes.
Ce tour d efprit une foi$ bien ré-
. pandu , on verroit bien-tôt l'empire
du goût & de lëlégance établi dant
la grande Bretagne , comme celui du
favoir folide & de la profonde Phi-
lofophie, Envainnousobjedera-t'on
le climat. Angers & Londres font au
même dégrés de latitude feptentrio-
nale, que celle d'Anvers. Où Rubens
&Vandyke font-ils nés P Quand noua
adftrderions que le climat d'Angle«
terre eft moins favorable que celui
de quelques auires Pais , Londres
tfa-t'il pas un autre avantage , qui
compenfe aflez ceux qui lui man«
<|uent ? Celui d'être la Capitale d'un
'X ' ) ^ ^ Dttc 4e ILichemoBd.
l'Ut
ff2$ t f T TU Ë §
<jouvernèment libre ? Mais les re^
flexions, qui me naifTent a refpriti
fur rinâuence que la liberté à natu^
Tellement fur le goût, nf ouvrent uo
trop vafte champ pour faire lacQOr
slufion d'une lettre^
9t
ht VitHroti
BOb
L ETt R E Vt j
JDe Vinfiuence que la ùbetti
a fut te Goûti
V O tj S me paroiffet, MûAfiém? ^
tonvaincu par ma derniefi^ lettrf »
^ue les circonftances par lefquj^lei^
j|e voui ai fait obferirer que Paris çft
difliagué deLdtidretii coniîdérées 4^
moÂçs du c6té 4ont ^U(S^ pwven^
4ofl^er fur les$ Belles-Lettres , & 1^
Grout, fofit &vorabIes à cette Cdf^'^^Ul
de France^ Ma prpmçfle eft à'ejtafii
ininçr aujourd'hui » qu e^e ^nfluetiçf
00 peut croire q^e le^ 4ê^reo6 déf
gtéê de Ubert^4pat )9i}}(|bn| lef
ileux Na|ipq« ;i »y(?Bf «m^ («« «^
deuxpointSé ;
J'igaoM d'oà vknt Topinloii liISft
ésX L tf T il ? é
«toiKfâittî^qf»r1e« plus gfttûdsnetforfll;
. de génip fe font dans les Etats libres j
Icfon Infpîrcs par foh adîve iiffluen'
ce^ mais^ que la juftefle & le rafinc-i
ment du goût fe trouvent plus gêné»
ralement dans les Nations où ie Gou^
wrrrèihent eft abfolu. •
' La- lirémiere de ces deux propt)fi*
tîonseffti'une vérité que je reconr
iiois ; l'HiftoirQ de chaque Siècle ^
les Monumens des Réglions libres i
tout confirmé que la liberté ne mar-
che pas fans avoir à faf fuite tout ce
qu'il y a de grand, de pathétique &
d'ingénieux. La fecoade idée me pa-
iteît fauffe, & je crois qu'on peut en
prouver auffi la fauffétépàt FHiUoi-
le^, autant qiié par* {$ jpJ-op're hature \
lès* iftcbes mdnùitîens*-f6nt témoins
que dans le cortège de laîibérté, on
^S^eut au0'(oj|pptei: l'élégance umi^
%elle , la févére jufteflTe de goût, U
frérité fimple & fans affectation.
•' Pope même, qui n'eft pas moins
teftimablepar fon jugement, que par
fon génie Poëtique, femWe déclaré,-
quoique ians deflein , pour Topinioa
qu'un Gouvernement abfolu eft
plus favorable au progrès du goût
que les Gouvememens libres , dans
ces Vers de XEJJai fur la Critique ^
qui repréfentet|t •ïa marche dss
.beaux Arts, lorfquiis furent bannit
dltalie. #
But fooh by impioué armsfrom Latium
chas'd , "*
J^eir ancient hounis the banïsKi
Mufis fufs^i ;
Thence Arts o'er ail the northernwôrlâ
adifance ,
'fiut Critie - leamingJlourifsJd mofi ia|L
l|(a t É 1 1 RÉ*
The rules a nation ^ bom to fervt ]:'
ob(^s ;
\4nA ÈoiltaufiïLl in righf cflîorâci
- fways. (a)
L'autorité d'ud auflà gtand noiS
^e celui deFôpe i mérite beaucoup
^égards ; mais elle ne m'eii impof^
]>oinc jufqu à mé faire ctoire aveu^
glément que dans les Belles Lettre!
& lel Arts i dont il parle ici i ceux
qui fora nis^ dit*B , pourfirvir^ obéifr
fint mieux aux régies ^ qu^ ceux qui
font nés plus littllK.
L opinion que la 6ne0€; du Gou(
(k l'élégance font plus cultivées &
(«) Mais fiientftc l'Italie ea feu d« toutes pâits
ItU paiTex daus le Nord la Science Se les Arts.
l|oins cfclafé qtt'aimi dit pouvoir M^naichiquC %
jLe Ffanç ois reoipofca le prix de là Critique)
Sons le joug de la régie II eft en liberté.
Iloileau , Critique amer . lùais plein de Yéritéi
Toujours dans lès levons d'accord atec Horace,
le loidît 1« teintti; U i'iMoiii du fuaÊêU-
îoiit de plus grands progrès dans un
Gouvetn€îment abfolu». que dansuni * «
Gouvernement libte , femble « titéf
ia naiiTance d'uQe obfervation par<^
tiale fur l'état du goût dans la Afow «
;iparchie Françoifè de ces dernieni
items , St fur cequ on vit arriver dan$
IRome , lorfqu Oftave Augufie fe fuC
jjrendu maître de (a liberté » & d#
(celle du Monde. Mais quelque fi^
/^re que le fiécle d^Augufte & celu^
4é Louis XIV. méritent fde ùâx^
éternellement dans les Annales dv^
Inonde , je fuis perfuadé qu'on peut
établir comme une mixime certwi#
qu'il -n'y a point devais ou le Goût«
comme le Génie , ne foit en pxof
portion avec la liberté; à moins quo ^
rinfluence de cette Loi générale no
(bit combattue par des circonflaj^» >
ces & des accidens inférieurs . comn \
me 00 peut obfêsvef ^ue touce L^
♦ 3^ L f T T A Ë « •
générale Téft fur plufieurs points î
(dans Tordre- , foit Phyfique , o*
Moral*
Pour fe refufer à^ laWérité de ce
principe , il faut avoir oublié da
i^uëlsPalis font venus les modèles dei
plus élégantes compofitiotis en tou«|
genres ; dans quels tetns y com-^
inença la culture du vrai goût , ^aad
îl y fut porté à fa plus haute per-
fedion, & quand ayant coninjencé à'
^décliner il céda infenfiblement au4
nflFedations du faux goût.
• Qu'on me nomme un tems où leè
Sujets d'une Monarchie abfolue , la
plus polie , fi Ton veut, qu on puiflè
vanter , ayent fait voir autant d'élé-
gance , de finefle & decorreâion de
gbût , que les Citoyens des Etatg
lèpres dé Grèce* Connoît-on quel'-
jçjue Ecrivain, né fujet d'un Monar-
que dbfolu . qui^ak obéi plus étrQ.i;f
icment à ces régies , diftées par le
bon fens & par la Nature, que ceu^i
qui étoient nés libres dans ces difFé««
rens Etits î On n en connoît point j(
on n*en fauroit nommer un s & je nal
défie pas moins qu'on m'en npmmoi
tin feul , né depui{$ <^ue les Empe^
reurs Romains eurent établi leuf
^pouvoir fur les ruines de la liberté; '
^ùi puiffc difputer le prix de Télé-J
gance & de la jufteflè , à ceux qui
étoient né$& quiavoient reçurédu^
cation dans un meilleur tems.
Le fîécle d'Augufte ayant devancé
de (\ longtems celui de Louis XIV;
f entreprens de répondre d'abord è
^argument qu'pn peut tirer contre
mon principe » de la beauté & de Té^
légance inconteftable des Ouvragç*
du fiécle d'Âugufte ; & je ne deman^
de| de faveur pour mon fentiment^
ciif autant que j-'aurai prpuvé quenouf
1)4 L e t T R î f .
ibmmesxedevabl^ de$ nobles corn*
f ofition^ de ce Siéde » non à Tin*
duenc^du pouvoir fuprême, maisi
^elle de la Ubertié « oui maiheureu*
fement pour le Monde , & pour le
vrai goût , fut renverse par Auguft^
6f qui avoit rendu Rome lefiégedu
.Ciénie & de Tiélégance » avant quel)
jTortune Teût élevé à TEinpire , c eft*
Vdire » avant qu'il eût réuni dans lui
l^ul cette variété de pouvoit? , àl^
Vifés entre le$ différent ordres du
Peuple Romain*
Je ne prjétens pa^ que feule » &
fout d'un coup , la liberté foit capa*
i>lede rajf^ner le géniç Çc le goût deg
Hommeji; uniji grand effet demande
)e concours de piufieur^ autres cir*'
confiances; mats la çaufe animante
eft la liberté ; £^,de fa privation to«
taie » on ye|:roit fuivre bientôt Tcx*
j^iâtioB df t(mte étipcçUe 4ç j^ém
bB M f K T OR, 15 jr •
dégoût/ Uûe Nation peqt-êtrQ
>re,âf n'eki être pas moin; rude »
1 moins impolie , dans fon goût d^
ms fes maniéreji ; mai; un Peuplf
Efclayes , doit ^ ou manquer abfo^
ment de goût , ou n'avoir ^ un
>Ut faux 3( dépravé^ Le; Romainp
inferverent longrtefns une rudeini
» carac^jère^ qui leur faifoit mépri^
r le rafinement & 1 élégance^ Leur|(
emiers eflai; 4e compo/îtion , com-t
e ceux de tout autre Peuple , doue
domination & Fautorité comment
nt fi s'étendre dans le Monde , |^
efure que fes Loix fe forment, §f,
le fon Gouvernement fe forti^e,
reut groffiers & barbares , 8ç leurp
emieres produâions dans les A^s ^ >
atement éloignées des bonnes ré^
es. Mais lorfque leur conftitutioii
t pleinement éublie» lorfque Té-
|ifepç(i y fut ç» towc^r , \9x[%mt
I
la fiere Carthage & le Monde entier
Héchirent devant l'Aigle Romaine,
•Iprfque les Gouverneurs des Etats
conquis, apportsérent à Rome d'imr
tnenfes tréCors , & que les FamiU^y
iéle#es à l'opûlenee , devinrent ca^
{)ables , non^feuiement :de cultiver ;
Snais d'animer par la récompenfe toui;
ce qu'elles cohnoîflbient d'élégant &
«l'exquis ; enfin quand les Mufos car *
ifent abandonné la Grèce, qui ceflfa
d'être le fiége de la liberté; alors lei
Romains, fous la direâion des Sar
vans qui leur vinrent decette Région,
commencèrent à rechercher les élér
>gances du goût , à chérir les AftSè
m polir &rafiner l'ancienne rudefled^
'leur ftile & de leurs manières.
Gn ôbjederoit en vain contrp
rheureufe iniuence de la liberté ;
ique les Romains , & fes autres Peu-
ples Ubces , furent long-temsimpqr
m
te « M £ K T b k: ï5>
5, Combien de caufes ignorées oii
onnues , peuvent retarder les pro-
rès de 1 élégance & des Arts ? les*
Ipartiates n'étoient pa^ moins libf e*^
ue les Athéniens ; mais comme' le
our defprit particulier du Légifk^
3ur avoir décrédité parmi tes pre^
liers toute efpéce de rafinement i
c que che2 les autres tout ce qui
►aroiffoît ingénieux & poli , étoît atu*
ontraire dans la plus haute ertimej'
38 caradères de ces deux Peuple»
our le favoir &lapoliteffe font tout
fait différens. Là rufticitç des an-'
iens Romains ne prouve rien contre'
aoi. Mais fi Ton obferve combjpn
^intervalle fut court entre la ruine
lé leur goût & la perte de leur liber-'
é > & C Ton fait réflexion que le
Defpotifme de leurs Empereurs arrc-
ii foudainement le couVs du progrès .
paj^iks oJbftacle^ pe^iâ^urelsi on iex4
Part, i M
«3?^ ^ * ï ^ » « t
pleinement convaincu que le poiH
voir arbitraire n'eft pas moins Five&a
aux Arts libéraux . que la Ubené leus
^ft favorable.
Je n'avance rien qui ne fe confir*
ipe par les plus graves autorités. On
.trouve dans rOrateur Romain , ua
pailàge di|;ne de remarque ; on parle
4e Marc Caton « il confelTe > après
avoir relevé par de grands éloges
fes tateos pour l'éloquence» que fon
0ile étoit un peu furanné , & qu il
employo^t quelques termes barbares;
car , a)oute-t'iI , » tel ^toit lufage
ft» de ce tems ce (a). Enfuite, reconr
noUTant qu'il manquoitdej^oUte&i
ij en donne pour raifon : w que p9l
'9> rapport à fon propre tems , catoo
1^9 étoit fi vieux, (b) qu'il ne reftcûc
( a ) Antiéftiior tjf tJMS ferma , & ^éMm ktr*
ti^M*» verbd i itÀ Him ttm UqHtvumw . <lç Cl^
t'a Oxatot.
I
DE MlKTpi|« 'ijy
h aucun Ouvrage, plus ancien que luî^
i» qui méritât d'être lû>3. Caton néanr
tnoins ,. comme on nous lapprenj
^ans le même Diaioguç , n'étpit mojqf
qua quatre T vingt -trois ^ns/avanif
que Ciceron fut Çpnful (a).
Il paroît donc évident ^ par le tét
xnoignage des meilleurs Juges > le9
plus éloquens des Hoiiaains même p
que le ftile&le goût duPays demeu;*^
irerent fort long«tems rudes ^ & peu
polis* Ââifs & Guerriers , vivant faqs
celle au milieu des armes ^ où livrés
4U foin de fixer leurs Loix , ,& de
former leur Gouvernement « le tems
Jfiut manquoit poi^r s'appliquer aux
|:echerches de Télégançe de du ^oût
n^fimm timùmtm râtiêntm vt^uà , m npifim ff^^
IM» êxtit âiinum qnidtm Lei^iotu , ipod fit muA
( a J %' mttim tfi mmt IXXXIIh anti Mf
1^40 1L È r r ht*
{a). Ce ne fut qu après l'étatlîflettieSl.
lie leur République, lorfqu'ils eurent
fiibjugué les Ennemis dont leur Ville
étoit environnée , & qu'ayant humi-
lié' lèiir pW^^fïersr Rivaux , ï\s fe
virent dëlitrés de toutei fortes d'aï-
iarmes*, que d'ans là tranquillité du
irepds , ils commencèrent à tourneJ
leiir attention-' vers les objets du
jgoût, & qu'ils firent leur étude;
iioh-feuîément dé penfer juftef mail
iè parler & décrire élégamment.
Auparavant, &* tandis qu'ils ne
penférent qu'à former leur Confti-
tution-, ou qu à réduire fucçôflîve-
kient chaque Etat d'Italie, fous le
Joug de Rome ; on doit fuj()poferque
leur éloquence étoit convenable à h
jrudeffe de leur langage , capable d e«
gaouvoir md Peuple brave, maisgrof:
{a} Hft mm in €9nfiituétthm RemfuhtSium , m
f en Nôui favon^ que tel étôîc pré-
cifément leuï anciéir état , & qufr
pluGeurs de leurs Citoyens, acqui*
^ rent beaucoup d^autorité par leurs
harangues ; mais elles n auroient pat
charmé leurs oreilles dans un fîécl«
plus poli : c'étoit un genre fimple dd.
rhétorique, tel que celui de L. GaC»
Cus , qui fç fit confidérer , non pat
fon éloquence ( ^ ) , mais par fef
Harangues néanmoins. C'étoit !•
caraÔère de l'Orateur, & ce qu'il
difoit réellement , non fa manière d«
le dire , qui faifoient impreflion fut
Tame honnête & martiale des Ro^
hiains , dans ces tems de parfaite in^
tégrîtc. ...
Mais ii eft certain qu'ik s'attaché-
tent fort tard aux élégances du ftifé
& de la compofition , nous voyonft
àuffi que dès qu'ils tournèrent la forcer
* ( a*) MutéHiii fùtm | tUauttiftê i pi ëtmé» ^
X4^ I>£ t * ^ É É.
4e leut g^nie de ce cd^ré-^là ^ cet efpiH
«Itiei*, nourri pajt la liberté» rendu
]nâle & hardi par fon indé{^endance t
^ par l'importante part quil avoit
prife aux grandes afiàices de l'Etat^'
fe trouva capable'de faire d auffi ra«
pide progrès dans l'éloquence & dans
les Beaux Arts > qu'il en avoit fait
auparavant dans la conquête du Moth
lie* Le Maître de TEloquence Rot
inainè t dans le même Dialoâ;ue » oà
lious apprenohà de lui qu avant k
tems de Caton , l'ancienne Rome
ip avoit pas eu d'Ecrivain qui méritai
d^être lu , nous dit , que la langue
latine étoit parvenue it fa pleine ma*
turité, & rÉloquence Romaiqe àft
perfeâion ^ dans la perfo^ine de L
Çrafllis p qui s*étûit (kit connoitrQ
pouir un homme ^e la plus profonde
l^i^il^té & pour un Orateur accomij
t)e Mektok; 141
tous les bons Juges » qu'il atoit pto*
iioncée à l'âge de 34 ans, TaiiAéd;
4e lanaiflance de Cicçron {à).
Âinfi près d'un Siècle avant TexiA
tance de Ciceron » pendant que la
liberté régnoit à Rome • les progrès
de l'éloquence ne ceiTerent pas, ju&
^u à fa perfeâion , qui fut coi)foin«
mée dans la perfonne de ce grand
Homme ; & la même hache tyran*
nique , qui fépara fa tête du corps,
donna] le coup &tal à la liberté & à
l'Éloquence Romaine 3 ou , dans
^'autres termes , employét à l'hoo*
nenr de Caton , par Séneque: » des
^ biens » qu'il étoit impoffible dq
^ féparer » périrent Se furent 'éteintea
I a ?| Moe Cws0 ium édité OrsHê tjt, fusm ttfém
fi légtfi ttrf fno , fuéumw & trtgemtd tkm hélu^
mimûs , t9tiiem^ mmû mUei êtm* fréJUhéU, Siif «wi'm
ConfulMUt mm Ltgcm fiutfu , fulkm tutti frmmg g
^U9d idtirco aofui , ut , jUctndi Lâtimg friwut p*»
WmitM in ^im étéUê extitiffet , ^•fftt nouH • ^ ai
iiutlly^mnir j*m éd fmmmnm fmtt$ êgk firànfltm^
fSM«
rft44 £ K ¥ T R ff »
i> ettfemble(4). » Depuis ce moment
l'Art Oratoire tomba de fa perfec-
tion , & devint des dégrés fenfîbles;
faux» oppofé à la nature , & tout*
à-fait étranger au chafte modèle dt
la vraie & naïve éloquence des jour!
de la liberté»
Que l'Eloquence Romaine ait eu h
plus puiflante influence pour le pro*
grés du bon goût , fur^tout autre
point ; c'eft ce qui ne peut-être mis
euqueftion. L'étude de ce grand Art
a toujours paffé , dans l'efprit de!
meilleurs Juges , pour liée naturelle^
ment avec tout ce quôn connoît^ie
gracieux & d'élégant , ou de propre
à perfeâionner 6c embellir les facul»
tés de l'efprit humain. Dans tous les
Paîs où rÉIoquence eft une qualité
néceflaire, pour ceux qui s'attendenr
•
I
©s Mektor; 'X4y
I faîte quelque figure dans l'Etat»
où du moins à fe difiinguer entr«
leuTS Concitoyens , ' on peut raifon-
nablement fuppofer qu^à mefure
qu^elk fait des progrès , le goût géné^
rai de la Nation doit-étre purgé , Sc
fon génie préparé à irftroduiredex-
cellens Ouvrages en toi^ genres;
quand l'attention du ^Peuple fera
tournée à Tétude dcjS Beaux Arts.
Mais outre refficaeité naturelle
de cette perfeâion d'éloquence où
le^ Romains étoient parvenus dans
leurs jours de liberté, on peut nom*
mer dlautres circonftances , qui con-
tribuèrent à perfeâionnier le goût de
Rome , & par conféqiient à former
ces imm,orteIs Ecrivains, qui ârénc
rhoimeur du dernier âge de la Repu-
blique,»
I^a Coaquite de la Grèce offrit
aux Romains des fcênes*fort diffé*
Part. I. N
^4-5 ïi E T T R E s
lience$ de toutes celles qu ilîs âvoîent^
vues, dan^ cette multitude de régions,
déjà fubjuguées par leur valeur. En
leur ouvxant la communication . &
les familiarifaot avec la plus ingé-
nieufe & la plus élégante Nation qui
;ait jamais e%i&é , elle doit ayoic
beaucoup fervi à former leur génie,
Se fan3 doute à leur infpirer toutes
les fineflès di^ go^t. Les Romain;^
les plus éclairés ne faifoient pas diifi-
culte de le reconnoître eux-mêmes,
fit nous en trouvons diverfes preuves
datts preCque tou^ leurs Ouvrages^
Cèftdess Grecs, dit le grand Hifto^
rien deRome^ que nous font venus
quantité d'Arts , qui fervent à perfeci»
jtionner le corps & lefprit (a).
Avant la première guerre de Ma-
cédoine , les Romains ^voient péii de
lé'} léitUtu ériç ûi ênimêtum ^cùrborumque fulttm
j> Ê Mentor; 147
comfliunîcation avec les Grecs. ïl eâ
vrai qu'environ vingt ans auparavant
leurs Ambafladeurs avoient paru
j)our la première fois dans les prin-
cipales Villes de laGr^ce, &s'étoiem:
ligués contre Philippe , en qualité
d'Auxiliaires des^Etoliens, dans une
guerre qui dura pW de dix ans , &
qui précéda immédiatement celle dt
Macédoine. Mais , depuis la fin de
cette dernière guerre , c'eft-à-dire.,
environ quatre-vingt-dix ans avant
la-naiflance de Ciceron , & quatre
après la féconde guerre Punique , le
<:ommerce des Romains devint plus
fréquent avec les Grecs; ils voyagè-
rent dans leurs Pays , ils étendirent
les Sciences & les Arts , fous des
-Maîtres Grecs. Les fuites de la mem«
Guerre «donnèrent occafion à plu-
lieurs AmbaiFades de la Macédoine,
& d'^ttes Etats de U Grèce à Romej
fj4f 1 1 1 r ÎLE g
&la conduite du Général Romain»
après ayoiy terrafle Philippe, fembicr
^voir été la plus propre, qu onpuifle
Imagiifer , à concilier les Grecs , à
leur faire pren4fe une (avqrable ofU
i)ion ^e^ Rçmains , & fouhaitec
4 entretenir avec eu^i; une correfpont
^ance d'amitié^ Il infifta , au Sé^
pat, pour obtenir que la liberté
fut rendue | lçur$ Villes , & fes inf-
tances prévalurent enfin. Aux Jeux
Iftl)mi^s, 4^ns une fort npmbreufe
aflemblée , oi^ toute la Grèce , in-r
quiète 4? (q^ fqrt , atten4Qit; ce quQ
{lome $n avoit décidé, le Général;
en foii propre nom , au nom du Sé-^
Dat , & du Peuple Romain, ordonna
que le bonheur d'être libres, avec la
permiflSon de vivre fuivant leurs
propres Joix . & leurs inftitutions ,
f^t annonj:é à toutes les Villes^ de la
Qïççç ^i^i «vgiQOt été foumifes à 1^
'*
i
domination des Rois de Macédoi^
ne (tf )4 Vous lireE , Monfîeui* ; ce
pafTage avec le plus gratidplaifîr,^ àu
trente-troiCéme Livre db Tité-LiVd ,
dans les charmantes expreflîonS dé
rHiftorien< Vous verrez avec (Juels
tranfports de joie lés GrecS entendi-
rent proclamer les chers noms dé li<^
berté & d'indépendance, avec ({iiels
tendres embrafTemens ils faillirent
d étouffer le général ; quels élogeg
ils prodiguèrent à la générofîté deS
Romains , & vous concevrez facile*
xnent combien cette occafîon fut héu«
reufe, pour Tétabliffement d'un com*"
jnerce & d une amitié mutuels.
Les Habitans d'Italie > qui firent
le Voyage de Grèce pour cette e*pé*
dition , durent acquérit quelqud
connoiflknce de la Langue & des u(à«
[41 LibtMf , immnmt , fms leffbu* j ej^ I»**!
iyi* I# E T T R t S
ges Grecs , fans parler d'un grand
jOiombre de Captifs Romains , pris
pendant la guerre avec Hannibal , &
vendus pour Tetclavage » qui devb*
Bant libres , après avoir été retenus
dans différentes parties de la Grèce ;
& retournant à Rome avec Flami*
jBiiuSs ne purent manquer de répan^
ixe parmi leur» Concitoyens , & k
ijangue Grecque ,^ & le goût des
élégances de la Grèce , inconnues
pifqualors en Italie. D'ailleurs le
triomphe du Conful fut orné d'une
mtiltitùde de C^tifs & d otages du
haut rang (a), qui, pendant leur ré*
fidence à Rome» infpirerent aux Ro-
mains le goût delapoliteffe de leur
Patrie.
^ Feu de tems après , lorfque le
[«1 Auiè cunum mnlti THohiltt captivi objtde/qut ^
jbiMT ques Demaritit Régis Phllifft flius fuit , df
^rmaiis , Nahadis. Tyntniù ^ fUuf ^ LMtdmwim
Titc-Liv» Lib, ij*
ï) E MENf6«; ift
*ialïiettf eux Perfée fut défait par Paifl
£mile> lesRomainseurent des occ^'^
fions plus Notables encore , de ti*^
^ ïer de nouveaux fruits du commercj&'
de la Grèce.' Emile dans le cortège
de fon triomphe , fut accompagné
de quantité d'ingémcux Grecs* Ce-'
toit, vraifembkblement cette troiï-
^e des Citoyens diftingues {a) , qui^
fur raccufatiun de quelques vilâf
délateurs & traîtres à leur Patrie ».
étoient appelles à Rome (t) pour y;
]:uftifier leur conduite ? Paufanias ^
dans fa relation é'Achaïe ,- ÉritmoiK
ter leur nombre à plus de mille ; &-'
l'on y comptoit te faméui ïîiftoriert
Polybe, avec Lycortas, fon père ;:
Préteur des AchéenS , dignes Tun àd
[«] Omnibus htlU & te^d dùtihMs , mgeniiqut é^
fiuiÀorum eminemijfimut fui fmu'L
Ib] Scipit ^ tam elegims Uluralium fludiorum, «mm'
mifqut doSrind #* mnOor & admirator fuite , ut P^ljl'',
tium , Panéuîumqut , prâceUeittes ingenii v'rot, dûad^
militié^wt fifumMutrii» VcUiFaterc Lib« li-
N iiij;
ir jTî t E f T R E s
Fautre > & de Tamitié du vertueux
Philopoemen. Doutera -ton que de
tels hommes n ayent contribué beau-
coup à répandre parmi les Romains â
la pàdion pour les Lettres Grecques,
puifque c'eft aux inilru£tions de Po-
lybe 5 que les Romains doivent un
des plus grands Hommes que leur
tRépublique ait jamais produit.
Les Romains vainqueurs , après fa
^défaite de Perfée , ne durent paj re-
tourner dans leur Patrie , fans une
liaute admiration pour la Grèce ^ &
ians avoir éprouvé beaucoup de
changement dans leur goût » par lès
viles des élégantes produâions de
cette contrée. Emile , accompagné
de Scipion , fon fils , qui n avoît
alorï que dix-fept ans, s etoit. pro-
curé , après fa vidoire , le loifir de
parcourir la Grèce , pour vifiterles
beau:^ monumens de lancieii Art >
Sont elle étoie remplie; Dans cette
promenade i comme nous lappire-
-nons de Plutarque, il foiilagea les
Peuples du fardeau des impt)fition9 j
il réforma leur gouvernement, il les
combla de bienfaits ; ce qui leur fit
trouver autant de fatisfadion a le
voir , qu'il prit de plaifir lui-même à
contempler les beautés de leur Païs.
Tice-Live & Plutarque parlent du
tranfport où le jetta partîculiérement
la vue des chef- d'oeuvres de lews
Artiftes. Le fecond raconte quea
voyant à Olympte la Statue de Ju-
piter , fon admiration s'exprima par
ces célèbres mots ; « ce Jupiter de
w Phidias , eft le vrai Jupiter d*Ho-
»> mère. <c Tite-Live repréfente for*
tement Timpreffion qu'il en reflentit :
»> îl crut voir , dit-il , Jupiter pré-
99 fent , & fon ame en fut émue (à). »
[«1 Jùvtm vtlut pdfrumt hmtmf imms mm
1^4 t, É t r K^È f
Ces deux récits peuvent nouisr £àit0
juger avec quelle extrême fenfîbîlité
ce Générial Romaicv obferva ces ex^
quifes beautés des Arts imitatifs » &
quel (tait iï en dut recueillir , lui &
fon cof tégev pour l'iaccroiflement de
feurs lumières & dé leur goût; caïf
eiÊ peut s'imagiiier qu'Emile n'étoit
pas feul, & que plufieurs de ceux qui
facco^apagnoient ^frappés du même
fyedacte , portèrent à Rome & réi-
l^andlrent parmi leurs Concitoyens
tiire haute opinion du noble & de
Félégant génie des Grecs. A la vé^
rite Tite-Live ajoute qu Emile fit ce
voyage avec une fuite peu nom-
Jbreufe (à)\ ; mais^ on peut naturelle-^
ment fuppofer qu'elle confiftoit dans
les Officiers de fon armée , les plus*
,diftingyés parl'jsfprit &le favoir, 8^
|c% plus capables de faire d'utiles rer
gE M.ÈKT o k; XfÇ
marques > pour rinftruâion de leuç
Patrie. . '
Environ dix ans après le triomphe
4*Emile , les Athéniens envoyèrent à
Rome , avec le titre d' Ambafladeurs^
Carneades, & quelques autres de
Jeurs plus grands Philofophes. Aleu^
arrivée , toute la fleur de la jeuneflç
Romaine s'emprefla de les vifiter , les^^
entendit avec un plaifîr inexprima*
ble , & fat chacmée en particulier de
1 éloquence de Carneades (a) t d'ù^
Ton peut conclure quQy dès ce tems ,,
les Romains les plus polis entent
doient aflez communément lavLan-
gue Grecque. On ne concevroit pas
autrement qu'ils euffent pu témoi*
ner tant d'admiration pour les diff
cours, ou les oraifpns de Carnea*
des , quin employoit que faLanguei,
Mais depuis cette mémorable Amrr
JL«] Pliuarq^ue , vie de Catonr
^fê Z É r r t é
baflâde * il pamît que le génie Rtf^
main tourna tellement à Tétade de
la Langue Grecque » de Téloquerfce
& de la Philofophie » que ces trois
dbjetîl ëtoieiit regardés cortraiéf des
panies efferitielles d une libérale édu-
cation , & que tous les honnêtes gens
de Kome , prefque fans exception »
favoient écrire & parler la Langue
Grecque, Ce goût fit de^ progrès fi
rapides , que le fâge Catôn mênie ,
Eprès avoir allarmé le Sénat pour' loi
dangereux effets de l'éloquence At
Camades & des études grecques, ne
put réfifter au cfiarme. & dans (i
vieilleflè entreprit d'étudier cette
Langue (a). Auflî devint - elle plus
commune que Jamais à Rome , & de-
puis ce temst il paroît qu'elle fut
comme familière dans tous les ordres
de laRé publique.
Pendant la guerre Mithridatique i
(•] Qucftions Accadém. de Cic^r. Li?. a.
6 f M Ê M T «; lyt
l>n vît paroître à Rome Hii grand
nombre des priiicipaupc Citoyens
4' Athènes , chaffés du pa'jp de leur
nai^ancepax la teirreur des armées. li^
commerce de tant ^e perfonnje$ do
ce mérite , o^rjit aux Romains do
i^ouvelles facilités Dour la culture djn
goût, Ciceron s'iattacha fortement i
perfeâionner le fien fqus de tel$
jy[aîtce$(a) ; & comm^^ il avoue luU
ip^me l'extrême obligation qu'il eut
à leu^rs lumières , op peut raifonna?
blement conclure que les meilleur?
Ecrivains de fon fiéclc tirèrent beau^
coup d'utilité de la converfation
des Grecs > de la leâure de leur?
C#) Eoâêm tempûre , tum Priment AsudemU Phitê
eum At^tnienpHm opiimmtitfHt , Mithnintico btUo ,
àùwo profugiffet , Rernsmaue venipt , totum mf vi
ira^idi. . . . Commentaf(fkr ^tclumitans [ fu tnim nuup
bquttntur ] /dpi eum M. Pifone &eum B. P»mfei§ ,
ëut tum Alifiuo ni^otiiii i id^ut fàcitlMim mmtun$
ttiarn Léuin* t ftdùrsee fipiut , vel quod Grsem êrdth
flura orjtâti^iHta fupptdité$»t tonJu^fHdiftemJimitfter f^élMf
dieendi fftrehat , vêt ^uod ^ GrMcis Jummis VoBori»
km , nifi Gréct dicertm , uttpt* ttrili fojjtm , ptqnê
ïj^ Lettres
Auteurs , & de la vue des excellente^
jiroduftîons de leur Art*
Si les Habltans de Rome » dans le
idernier Siècle de leur République ,
4E^ent d'étroites liaifons , avec les
beaux Efprits de la Grèce, ils du-
arent auffi , dans le œême-tems , à
cette heureufe communication , les
iduvrages des excellens Hommes qui
sy étoient jdiftiagués pendant le plus
heureux régne^de fa liberté , & ces
inimitables produâions de TArt
grec , qui pafla A Rome , devinrent
autant de modèles pour letude deiSî
Romains.
: Avant le fameux fiége de Syracu?
fe, qui fe fit pendant la féconde
guerre Punique ; » Rome n avo^t
9> jamais vu, ni connu, aucune efpè»-
w ce de curiofités fuperflues ; & dans
»> une Ville fi fameufe * il ne fe trovi-
»» voit pas une rareté , unfeul ouvra-
DÉ M EN TOR# / 1/9
^> ge de rAirt^ qui marquât quelque
«3 élégance & quelque pôHtelTe de
:» génie* Mais après la pxife de Syra^
9y cufe , Marcellus , portant à Rome
9^ les belles Statueis & lès Peititures
>) qui étoient Innombrables dans cet»
53 te Ville, apprit le premier aux
» Romains combien les Arts de la
3> Grèce méritoient d'admiration 8c
?9 d eftime , ôc leur infpira du goût
»3 pour ces exquifes produâions dont
?5 ils n*ay oient jamais eu d'idées (a), 09
' Quand Flaminius eut triomphé de
Philippe , il fit tranfporter à Rome
quantité d'ilégans ouvrages de cui«-
vre & de marbre , avec un grand
nombre de vafeslJjJN^^^^I^^^^^c
gïavés; la plupart avoient été pris
au Roi > ic quelque^-un^ aux Villes
dçs Etats que le Vainqueur avoir
iraverfés ; mais , probablement , tout
X*] 7&»tarqae » Vie de livceUus.
"tic t f T r K É «
éroit l'ouvrage des Artiftes Grecs (aji
Tout le monde fait quelle inïmenfe
quantité de Peintures faifoit Torne-
ixient du fameux triomphe de Paul
Emile ; 7 y o chariots furent em-
ployé^ pQur le feul tranfport. A
p^ine le jour entier fuffit aux Ro-
main? , pour coufidérer cftte brilv
lapte fccne. Dans le même-tems , uû
nombre immenfes de Vafe$ , auflî
précieux par leur fp^me ^ leur gran-
deur , que par îa beauté de leur gra-
vure, furent apportés à Rome , & la
première Bibliothèque qu oij eût vue
dans jcette Ville , fut forpiée de Li-
vres qu Emile permit ^ fpn Fil^ de
prendre à Perfé^^). Combien de
Ro;nains pç profitèrent -il^ pa.s dç
C«l St'gns êrtê f^ marmired trdtiftutit , plun PW-
Hp^ âdemfta , qudm <pid gx tivittuibut têperât..*.
Vitfd mults omnû gintris . csltud pigrdque , ^usdâm
êJt^m^ ttrtis, TïtCTLiyp f Lis, g ^,
1^7 rlaurquc, Vie d'&ni}$. ;
cetHî
t> * M È N f (3 «; t6t
texte facilité de lire ^ L'idtime amitié
de Scipidn avec Polybe > co/nmé cet
Hiftoriert ndus Tapprend lui-même*;
prit naiflance de la cqnimtinicatiott
établie entf'eut par Temprutît dé
quelques - unsi de ces Livret que
Scipioii eut la politefle dé lui pré<<
ter , & fur lefquels il prit beaucoup
de plaifîr à converfer avec un û
favant Hommeé
Environ trente anû aprîs , Ior(qud
le Cortful Mummîusprit Corinthe;
on fait de quel douveaii nonibrtf'
tfexceHens Ouvrage^ Grecf Roittd
fut ornée V par les dépouilles de cett0
élégante Vii|e, & Ton n oubliera fa«^
mais le fameux trait du Gonful , qur^
faifant porter en Italie Icîs TaMeau*
& les Statues des plus grands MaîW
très , dit à ceux qa-il cbargeoit de
cette commiflion , que s'il s'en per-
dait quefqùes-unsr, it les obiigi^oiC'
%62i L. K T T K 1 s
d en fournir d'autres pour les rem*r
placer (a) • On foupçonne ici quH
reftoit encore quelques traces de
lancienne rufticité parmi les Ro-r
mains, (ans quoi Tonne pourroit;
jamais fuppofer que la groffiereté ,
Kgnorance ♦ & le défaut de goût
puilènr aller fi loin dans un hommer
de ce rang.
Ces raretés dlncidensétoient arrî*
^(es avant la. naifTance de CiceroOr
Je n'obferverai qu'une addition con-r
fidérable qui fe fit , eaviron trente^
ans après, autréfor littéraire d*Italie>
|>ar la Bibliothèque d'Apellicon p
que Sylla fit apporter d'Athènes »
elle contenoit une belle CoUeâioa
de livres > entre lefquels on coxnp»:
toit particulièrement les pièces orir
( i» ) ISimmmt um wuMs fuit ^ $u cétfftéi Cjarimhir
Mam maximoTHm Arttficum ftrfeStts manibut labtdtk »
Jh'itêdi i» Im/mk» pmrtémd* y Ucaret , juhtrft »rddUU
tçnJMstntibu» fi #«i fndidifffnt mvm €9$ rtdditm9H
giîtaXes d Arlflfotie & Théophraffe (a) ;
éeux Génies lès plus capables de'
iâter les progrès du vrai goût , les^
plus fins Critiques & deux des meil-
lieurs Ecrivains que la- Grèce eût-
produits ( ^ K*
Cette- efquifle dit coxiïmerce que-
Hea Romains eutent avec le s Grecs ^
depuis la première guerre de Macc^
doine, julqu'^u tems de Ciceron , ne*
permet pas de douter que tant die'
*favorablescirconrtaticès, nayent e<--
trêmemenr fervi à rëtabliflèment dtt^
bon goût dans Rome*-
Horace obferve, & femblcrobfet-'
'Wr avec regret, que k génie de fes^
Concitoyens fe tourna fort tardât
f étude des ouvrages^ Grecs :• mai^
[<»] Platarqiîe, vie de SylU.
^ ib} Pèrif4t€tin amem efUm hén îpft , ^n^' ^npjna^
^riuorUm putéi efi âdjument» ét^t onmmenta di-
jtTuU ûk fe feti f viiicertnt'9fprftrt^ 4c m^n fili^rn me-''
"Hors , fei étUmmuUo flur» Ari/lûtetemTheefhra/twn*
i^ke tU tii$ rebut , quam emnes dectftdi Mt^ftroi fififr*:^
tijff r «fimitrwm, Pc Qim^ XÂb. i.
îi^4 L K T T A £ li
peut-être commencerent-as dans h
tems le plus, iàvorable à lears pfO«*
grès , le plus propre à les rendre ca-
pables d'exceller ^ & de dlfputet
rhooiueur de la per feâioa à leucs
charmans modèles. Si les Romains
cufleot commencé plutôt leur lan-
gage , encore informe ». n'eut pu les
^ire parvenir à l'excellence ; & leux
caradère ^ I^eur génie trop rades»,
trop peii px>lis ,, auroiest été moins
idifpofés à goûter l'élégante beauté des
compafitions de la Grèce, & moins
propres à la culture des Arts* L'ex-
périence n*apprend-t'elle pas que la
voie laplusjufte; pour atteindre, à
}a perfeâion d'un Âst ou d'une
Science „ a'eft pas de commencesc
trop-t6t à s'y. appli(][aer. L'Efprit »
incapable de faire de grands progrès
%dans une faiibn prématurée, neR
cnda&fYe ^«e k dégoût du tsa^i
b i: M £ H T 6 «; t^
iqai lui donne de leloignement , ou
maips de difpofition , à recommeiv*
cet la même entreprife , dans un tem$
plus convenable. Ce qui païoît yrai
à regard des PàrticuiierSy peut l'être
aufB pour le corps d'une Société po*
litique*
3xL»e prenaier obfet de Tindi^lrie
;*> des hommes , cft de fe procurer le$
91 néceffités de la vie y de pourvoir à
93 leur fiibfiftanceypai; rAgrîcuIcurej
» ileurs vétemen5,par les Manufac^
» tures d'étofifes ;> à leur fureté , pat
9^ des murs ; à la confervation de
93 leurs biens ;. à la paifible jaiii&
s> (ancedes fruits de leur travail ^ pat
» desLoix. Après avoir fait quelque
a» progrès dans tous ces points , il
3> lorfque le bon fen& nature! à fait
» trouver des moyens de faciliter le
2» travail „ par lequel on çft parvenue
1^ à multipUer Ces biens aa-deià: defisf
» befoins ; rHomme> alors* difpenfê
^» du tca\aa corporel , fent naître ea
te lui'^même l'amour de la diftinâion*
n- &le déiir d'exceller ;< il commence^
» à s'occuper d'améliorations , & de^
» ce qui peut lui faire joindife le
9b commode au nécefTaire ; enfin les^
^ idées humaines s'aggrandiflent pat^
:» dégrés , le génie & le goût fe rafi*-
» rient ,, l'élégance "& le plaifîr font?
»'fentir leurs^ charmes-; les produc-
5» tions des talens fupérieurs fonr
«recherchées- ;. l'Eloquence & la-
» Poëfie plaifenr >. les Peintures &
» les Statues,, forment un délicieu*
é» fpeâàcle. >> '
{a) Je n*ài pu , Monfieur ,, m'en^ .
- ' (< 4) K«vi^i4 , Âtaue agri tulturâs ^mdnU , UgUf
Arma , v%és , . ^ffif^t & ester a de lenen harum^t
PrsmU , delicUs qnoqHâ virs funetltus omnes ^
^ Garmina^ piaurâif & VeiaU figna pâlir e ^
i Ufits & imjfi^ts fimnl exffingmié^ mentit ,
. Tsulatim docmt mentis peditentim progrediemti^
^ Sxe unum quidqùid paitltuitn protrahif Àtas ^
» Sh medinm , nutoque in luminis erùit oras s
Name^ue aliud ex dio clarefcere terde Vtdimus^
Jstibm UfummHm dinn vtntrê (êçHmm^*
Kii cict . Lib. 14^
Çfclier de joindre ici cette Traduc-
tion fibre y de quekiueà Vers , d'u»
Pôëte , du génie le plus brillant & le:
plus original ; dont l'Ouvrage ,. quoi--
que fait pour expoiêr un fyftêmé'
abfurde ,. eft une preuve immortelle^
du haut degré de perfeftîon auqueE
la Poëfie fut portée chez les Romains^
paf un Perfonnage , mort avanr
quOdave fût né, & que Jules Céfar
eut été créé Didateur perpétuel.
- Jl faut être peu verfé' dans THif-
toire des Auteurs Romains* , pour
ignorer que leurs plus belles produc^
fions ,. font de ceux qui étoienr héft*
dans les jours libres de Rome. Je ne
veux nommer qu'un petit nombre^
des plus éminens ; ceux qui , par
Faccord de tous les fuiFrages , onr
jtôujours paffé pour les plus parfaits
êc les plus - admirables: dans^ leui^
genre..
iS9 Lettre' *
J'ai défa parlé avec honneur dé
Sénéque , l& plus grand de$ Poëtes
antiques. Pour fuivte Tordra des
tems , f aurois dû nommer d'abord
Térence » dans les Ouvrages duquel
la belle fimpliclté de la nature » fe
fait admirer avec la plus élégante cor-
reâion* Pendant que les compofî*
fions de9i autres Auteurs Comiques,
tombent dans l'oubli avec les modes
te les ridicules des tems , pous le^
quels ils écrivoient ; celles de Té^
xenee feront admirées aufli long?
jtemsque les Hommes feront Hom-
flies » où que le$ grands traits du
caraâère humain ne ceflèront pas
d'être les mémes^ Il mourut cent*
dix ans ^ avant la Bataille de Phar-r
ikle.
Salufle llîifforien , & Te Pbëte
Catulle , dont les talens font fi. bien
connus »8c fi peu cçoteilés ^ qu'il
iuffif
1D1 MENa^att: tSjt
fdSit de lèsr^nommer^^ étaient néii
prefque dans le mcme-tems , trente»;
huit ans avant la même Bataille , 8t^
morts avant que la Vidoife d'Ac-*
riùm eût établi l'Empire d*Augufteï>
Horace , avoit dix-huit ans , au
tems de la journée de Phaffale. Û
fut envoyé à Rome par fon Père ;
4ans fa première jeunefle > &jre,çutla
même éducation que le^ jeunes gçni»
4u premier ordre (a) m L'idée qu'il
en donne, dans le$ Vers qui fuivjent
ceux que je cite » fait naturellemene
fuppQfer ^u'ii vivoit fur un pied
4^gàVR&avec la plus noble jeuneffé
ée Rome, & ce fut4ans celte facieté;
fans doute, que fon cœur ,$'échûûfrank
du goût de la liberté ,puifa ces pria*
cipes, qui le firent paroître auchamjj
. J[4] fn^mm tft anfus R$mûm pcrtarê dpetndmm ,
Ants , quM jUctM ^uivii tquei MfUé StnÂtû9j^ '
Simet ^r#^if«rM,.&C4 ,
Part, L 8
ie Philippes» entre les Farcifàfls dd
Brutus , & les Amis de la liberté,
^ Virgile , âge deaviron cinq ans
pius qu Horace» fat probablement
élevé dans les mêmes principes »
^udiqu'étant d^un. naturel doux &
paifible, il ne parolflè pas qu'il eût
pris les armes contre Oâave.
^ Tite^Live , ilfapt lavouer , com-
^c)(k f& 'bd)e Hift;o ire, pendant; le
îégne d'iÀii^ufte , 8c furvécut mêmç.
de quatre: ptm i »cet lËmpeteur : mais
comme il mourut d^ns un âge avan*
hé (a) , la. République peut s'attri-
buer rboiisteur d'avoir produit &
(brmé ce grand Hiftbrien y puifqu'il
dfivoit^etré âgé de vingx-Jiutt ans ,
iorfque la viâQire d'Aâium mit un
l|çrme à la riQl^jftaoçe qu OcâaMe avoit
éprouvée , & Tinveftit pleinement du
pouvoir fuprcme, Malheureufçmenç
X«X Soixante- douze aqSk
t)E Mê ï^f o r; tft
y^tte partie de fon Hifîoire , ^ui
çontenoit les nobles efforts de la 1^'
berté , dans les derniers tems de U
République » eft perdue : mais oa
peut juger de Tefprit quelle refpt-
roit » par le témoignage que liu
rend un autre grand Ecrivain. Cet
élégant & candide Hiftorien , quoi-'
qu'honoré de leftime & de Tamitié
qu'Augufte avoitla prudence de faire
éclater pour les fublimes génies qui
floriflbient de fon tem^, fut toujours
fidèle à la caufe de la liberté. Loîa'
de donner à Brutus & Caflîus les
odieux noms de Brigands & de Par^-
ricides , comme la flatterie le fit faire
cnfuite , il les . traitoit d'Hommes
Dluftres , & louoit Pompée avec fî
peu de méoagemens > qu'Augulle le
nommoit Pompéien (a.)
.( 4 "1 Tttus-Livius , eUqutfuU & fidei fréiltmià
imfrm'u , CneiumP9mfeimm*tiutns laudibut extulii^
%74 ï> « î T H I ^
paraît dans les Ouvrages mênié ée
Propérce > qu'il perdit àufli fa fortUr
ne, pour la caufe de la liberté [a].
Quoi qu'Ovide n'eut j^msiis por-
té les armes contre Augufte , &
qu'il fit de« vœux pour lui , comme
il nous, l'apprend lui-même , dans
un tems où peu de Romains étoicflt
fi bien difpofés en. fa faveur {^] , il
fie laifla point d'encourir la diigraCjS
•ffurrmt , moriendum efTe , pribunt tfuiddm trittnm
9X deimmt itt&oi utrim/hue OrUnis àd aréià Di^
JulU extruSam idiltut Marttis maBétês Sucton ift
Aug. Ccft probablement à ce trait qà* trhf efoe
teémc fait allulion , dans la dernière Elégie é(
* ion premier Livré
SiPeruvfia tibi Vatrid funt mt* ftpulara
Irai M duris funera tempo nb us ,
^ Cnm Rçmàna f»os igif difc^rdU cives i
Sit mihi ftrdciffut pnl vis Etrufie dflfor,
Th profeSa mn pctpeffà es membra jîpofi4tijuf.g
7» nutlâ miftri ((ntegfsojfafolo.
£«'] Nam tua'jiHm mul.i verfitrent rura jMVett^
MjiuUt excèiltas pertica triflis opes,
Liv. 4. Eleg. lit,
J^] Née contTMria dicor
Arma , née hofliltt ejfe feetttus opes,
Optâvi peteres eeUfiia fidem tarde ,
Férfyêi ftM inrbé pârva preeamis idem,
*' OTid. Tria; tib. f.
Si M fi «f or; ^71
"He rEmpereur, &, fans pèiiVoif bbt
Tèirir de fe défendre au Sénat , 6ii déf
Vant quelque autre Juge [a] ^ il fe Vît
banni dans une Régîoh défagféà-
ble & fort éloignée. Son offenfèèft
demeurée jufqu aujourd'hui fouS: îfe
Voile du fecriet ; iiiais il y a bèâtf-
Voup *d*appkrèiîce (j[uè c étoît iiiôîift
Ufi crihiô^, tjù^uriè fâtit'e ïégérè. Sh
ipunitionliit rigourèufe , âuiant qu'ar-
bitraire ; & malgré la douceur vaht^
HÎaùs Aii^fte , Ovide lui dut îpcu
^e recoilnôiflancè. '^
Aux célèbres noiïii dé'Térehfcë;
tle Lucrèce y Ae fealufte , de Càtulte,
tie Virgile, d'Hotace, dé Tîté*Livë,
\î'Ovide , de Properce & deTibùtte^;
'Cnoiis Joignons ceux dfeGîiëît>îfîc
de Jules défar rtême , là fifte adihl-
irée des Génies ^ de ce qu'cfii nomitA
£«3 Ktt mea ifcrel». damnafti faSa , Swdtm «
JNw mm , fiUat jtidice , liijit ^g* «#»*
Ibid*
t. iiii
l7^ . L É T T R « $-
le Siècle d'Augufte , paroîtra com-^
pl^ti^é Plufieurs autres noms , &
quelques fragmens d'autres Ouvra-
ges , font venus à la vérité jufqua
nous 'y mais ceux que je viens de
rapporter font les principaux; & c'eft
À leur ex*tréme célébrité , que le teins
auquel ils ont vécu doit ce luftre,
qui ùât & qui fera toujours fadif*
tinâion ^ns les Annales du genre
humain.
, .Peut-être trouvera-t'on bizarre ;
que Jules Céfar foit ici rangé a^
nombre des grands Ecrivains , qui
furent formés par la liberté , & qui
font donnés pour autant d'exemples
;de; fqn heureufe influence fur lelé*
:gance du goût , pendant que ce ftit
.lui*;même qui renverfa la tonâita-
.tion libre de fa Patrie. Céfar , il eft
vrai , pouffé par l'ambition & l'ejc-
jteffif amouj du pouvoir , s'éleva par
la force des armes , à la Diéferui»
perpétuelle , &, foula aux pieds la
Conftitution Romaine; ihaisJ la li-.
berté n'en forma pas moins fon goût.
Ce fut , &la liberté , & raflemblage
de tpus les talens néceflaites poilc
rendre unParticulier célèbre & puif-
fant dans un £tat libre , 2^ l'occ^fion
que Céfar eut dans fa jeunefle d'çn-;
trer fans cefle en difpute avec quan-
tité* d'illuftres & libres .antagonif-
,tes , & raœbïtion. d'exceller conti-
nuellement ,qai formèrent fon géni«;'
fon goût, & toutes ces grandes qua-
lités par lefquelles 5 malheureufement
pour la liberté même, il devint ca-
pable de l'emporter fiir toutes fortdï
d'oppofitipns y '& de maîtrifer If»
République. - : r
Les Romains ne^ furent pas plutôt
fournis aux volontés arbitraires d'uA
jEmperçur, que le .génb <Bc Mso^
^7l? L Ë r f n n s
.de Rome furent comme intercepta.
.La proteâion accordée par Auguflc
aux brillants Efprits , qur g'ctoîeflt
formés dans un teiiis libre , ne fit que
fufpendre & retarder de quelques an-
nées les pernicieux effets que fou
pouvoir eut fur le bon goôt*
Vous voyez , Monfieuf , par cttiû
•courte peinture , que rimmortalitc
de rage d'Augufte vient de ceux
nqùi étaient nés avant cette époque,
^dc que la moitié des gi'ahdé Eed-
cVains que fâi noftimés» ét<M^t màtb
*avant que le noth d'Augufle éât <
du bruit dans le monde ; car je peuk
-compter entr'éux Ciceron & Céfar ,
ie dernier defqbièk ne ravoît vu que
l^ns fa grande' jéuneilè » & Taùtrè
foufFrit une mort cruelle , lorfqub
iOâave tt'étoit encore qu'un ambi-
tieux jeune homme , aflTocié avec
tf aU)f« ifidur là ruiae4e la libéit<f;
ï>Ë Mentor, ifp
fnais ce ne fut guéres que feize ans
après la mort de Ciceron , qu'il
s'arroga le titre d*Auguftô & Tauto*:
rite fuprême. Cependant je ïie fais
pourquoi l'ufage , tellement mal
fondé , fait mettre dans le catalogue
des Ecrivains du Siècle d'Augufte i
tous les beaux Génies du dernier âgé
de la République.
Si nous voulons refléchir fur le
court cfpace qui fe fait fi fenfible*
ment remarquer depuis lesprêmîert
raïons de l'élégance & du goût parmi
les Romains , jufqu à la deftruftion
de leur liberté , & confidérer non-
feulement que leur génie & leur goût
étoient à leur plus haute perfeâion ^
lorfqu ils ceiTérent d'être libres , mais
quenfuite ils n'ont jamiais eu d'é«
gaux , entre ceux qui font nés dan*
•les tems de fervitude, nous nous croi-î
tons cQnY|Uiçùs^ue la décadencçd^
. I80 L È T T ^ E ^
génie vient de la perte delà liberté;
JBc forcés de reconnoître rintimecon*
f>exion qui fubfîfte entre la liberté &
le bon goût. Le pouvoir d'Augafte
ëtoit fi loin de produire le génie, oa
<le corriger le goût i que certaine*'
ment il arrêta leurs progrès. Peut*
(tre les Ecrivains de Ton tems , qui
Et oient nés fous la République , au*
soient été plus parfaits , s'ils n*euf-
ttn% pas furvécu à la ruine de la liber^
lé. Je ne conçois pas , à la vérité ;
que la Lyre pût être touchée avec un
ftrt plus exquis , qu'elle 1 etoit pat
Horace : mais fi Virgile eût écrit ,
avant que Rome eût un Empereuc
pour Maître^ fon Poëmeferoit peut-
être animé d'un feu plus noble 5 &
fa propre majefté auroit pu s'unit
Tjivec la chaleur originale d'Homère.
Horace obferva que le génie Ro^
0â^ ^ vif ^ fublime j if toit natuieUe^
D8 M«Kt<5ie ^î!|[
ment propre à la Tragédie: maîs^,
fiir i idée qu'il nous donne des Au^j
teurs de fon tems , dans ce genre j
U paroît qu'ils étoient très élargnéft
de la perfeâion , & que s'ils avoienc
quelques beautés , elles étoient ter^
nies par une abondâtnce de défauts^
Leurs traduâions du Grec^ comme
U, 1 afliire dans le même lieu , a*é*i
toient pas ^ême correâés ( a) «
A quoi faut - il donc attribuer ;
qu'entre les Auteurs du brillant âge
de Rome j il ne fe trouve pas un Tra*
gique, qu'on puiiïe mettre en com«
paraifon avec les Grec^ , £(chile ;
Sophocle , ou Eury plde ? Il n'en refte
pas même iin^ 4e cet heureik pe^
(il) • » ^udrereeafU
£^id Sof^fodtf , ^ 7ht fit* , & JEfMut udU
ftrrent , ^
JTmMwV ^KOff M# ftm , f Jix**f vtrtere fojftt |
£t plaeutt phi , nafujr» Julflimis & ager :
Nam ffirat Tragitum fiui^ 9 & ffUctteraudeti
fktt X I T t » B s ^
xxoàe ; car ceux qu'il avoit n'ont pat
(Scé préfervés des ruines du tems:
,mzi$ ridée que nous en ont donné
les meilleurs Juges, d'entre les Ro«
mains mêmes , nous rend très cer«
tains .qu'ils étoient infiniment au*
deiTous des Grecs. Ce vuide abfolui
ou cette remarquable difette de Tra-
. giques , entre les Ecrivains de l'âge
célèbre , ne peut s'expliquer que* par
l'ajtération qui fe fit alors dans la *
conftitution de Rome : les Romains
virent expirer leur liberté , dans le
tems même où , fuivant le cours
çaturel de leurs progrès . ils auroient
çxcellé dans la Tragédie , s'ils enflent
contiftué d'être libre?. « JJne Tra-
»> gédie parfaite, pour emprunter les
t? terimes d'un de nos meilleurs ef-
aj prits (â) , eft la plus noble pro»
i> duôion de la nature humaine»^
{é)^^ïifon, Nq. |9».<i4i Speftateofc
unaîf on n a commencé par ce <]ufi|r
; a de pUis noble & de plus parfait i
c ne peut-être l'ouvrage que 4^
eux qui cornioifTent déjà toutes les
i^irfeâtipns 4e TArt. Sophocle? ;
Jujypides , ayoient été précédés par
tlomere ; & fi les Romains n euffent
)as cefle <l'étre libres , Virgile eût
Eté fuivi par des Tragiques , dignes
ie l'élévation d efprit des Romains ,;
Bc leur Lapgue auroit ^eu dans ce.
genre dçs Ecrivains bien différens de .
Sénéque (a) , qui.ne.compofa fes-
Tragédies que dans un tems de
plein efcljiyage , lorfque le génie
de Rome et oit éteint , & Ion goût
à demi cçrronjipu.
Après cette époque , on cherche»
roit vainenient , parmi les Romains»,
des Ecrivains comparables à ceux de
1 âge CiceroQicn, Le célèbre Vqïs da
Martial (tf), peut avoir de Tagré*
lÀent dans une Epigramme ; mais il
ne répond pas à la vérité du fait,
Ceft la liberté, l'élévation d'ame,
& le vrai (avoir , qui doivent former
le génie & le goût'. Dira-t^on quç
rexcellence de la Poëfie de Virgile ,
foit due à la flaterie de Mécène ? où
que la raifon , pour laquelle on ne
vit pas après lui de Poëte du même
ordre , fut le défaut 4 un tçl Protec*
téur^ Ce noble génie qui régnoît
parmi des Citoyens libres , dédai-
* gna d'habiter un Païs fervîle , &
^infpirer les Sujets d'un Empereur '
defpbtîque, -La proteâion que Mé-
cène accorda fou5^ fon Miniftçre aux
grands Ecrivain? du iuême-tems , a
rendu effeâivement fon nom immor*
tel , .& J a fait prendre alTez généra-
lement pour homme de goût ; maïs
î>Ë Ment !(• iB^j
rien n eft plus mal fondé : au con-;
traire en qualité de premier Mi*
niftre , d'une Puiflance arbitraire , il
dontia dans Rome le premier exem*
pie de la fatale influence du defpo«
tifme fur le goût, par &s propres ^
cotnpoCtions. Si la liberté B^omainé
eût continué de fubfifter , peut-être
feroit-il devenu lui-même un modèle
d'éloquence ; mais un excès de pfoG
perité& de luxe corrompit fon goût»
& n énerva pas moins fon génie (a).
[«1 Ingeniopêt vir illt fuit , magnum tximflum^
Komans elajuêutié daturus , ni/t illum enirvajfei ftU-m
Mât , imh câflr^et, Sencc Epift. *f ^; Outre ce
palTage , Sénéque obferve en plufieurs.cndroits Iç
mauvais go&c de Mécène. Voici quelques Veà
qu'il cite de lui :
J^ihilem fadto mânm
Debilem fedê, coxi i
Tukhir ndflrue gibberum ,
Lubricês quatt denAs ;
Viré dum fHfertft , btne tft t
Hénc miln , vtl accitti
Si fedtém erute fufiin*^
Cette Poèfie eft miféiable , & prouve que foq
admiration prétendue pour Virgile éioît pure af-
leftation. L'Auteur de ccà Vêts ne pouvoit admU
fer fincere ment , Vufque ades^ne mon miferum êjt,
- AuHi Sénéque, dit-il, qu'à peine s'imaginctoit-.(M|
Part..!. ft
!ïS6 Lettres
Ainfi le premier.Miniftre d'Augufle;
malgré toute la faveur de l'Empe-
reur fon maître , malgré toiîte lam-
bitîon qui le faifoit afpirer à la qua*
ïité d'homme de g'^ie , & malgré les
♦ . -
mt Mécène edt jamais entendu réciter ce Vers I
Virgile. Shakefpéar , qui ne fait jamais parler
oenonne » hors de fôn vrai cara^ère , a mis après
les mêmes /ènfimens dans la bouche d'un lâche,
qui penfoit à racheter Ùl vie par le iàcrificc de
ta vertu de fa Sœur.
Jhg Wêâritf and mofl toathtd IVêtàUf Ufe
Whhh Age , pennurj , »nd impriftnmiiu ,
, Cm Uj un Mâtitrg , is 4 JParadift »
To tVhat we fttw tm death,
: Sénéque dans fa* onzième Lettre , après flvoîf
donné un eiemple du ftyle obfcar , confas &
licentieui de Mécène , s'étend fur les caufcs de
*eite corruption , qu'il tire de fon caraftèrc &
dès cifconilatices de fa fortune : „ Hoe ifU umbaiâ
I, tomfofîtionh , ho» ver h» tranverfa , hoc fmfu$ , tfU^fÀ
1, qHidem frfre , Jed entrvati dum exeunt , cuivii «c*
y^ràfijhm faciuht , motum illi nimii felicirate câfutl
9, tfuod vitium konunis tjfe interdum , inttrdum tempo*
^„ ris filet. «• Voyez auffi fa Lettre 9% , vers la fin.
L'Auteur du Dialogue furies caufes de l'affoiblif*
fementde l'éloquence Romaine, attribué ï Tacite,
obferve auflt les frifures de Mécène. Que tousfei
faux orneraens, fon r inférieurs à la parure fiffl»
pie de la véritable éloquence ! On verroitplus to«
loQtiers an Orateur vêtu de l'habit le plus grofliçi;
4uc de ceux du luxe & de la mollcffc. „ MâTm
^HereuUC, Gracchi impetum , aut L,CraJfi mâtUJi
„ rit4tem , quant CaUmiflros Mecanatis aut tinnitm
„ Gailienis i adeo mAlim Oratorem vél hirti toga miat*.
u ,
© È Me N R OR. 187
qualités réelles dont là nature ravoit
favorifé , devint un fort niauvaîs
Ecrivain , & fit voir combien là
faveur d'Augufte , prodiguée mê-
me à Vé^cès y fut peu capable d^iiï«
fluer fur les progrès du génie , &
fur le maintien ou la correâion dû
goût.
Augufte, à la vérité, reconnut ÎSé
prit "piaifir a toiirhei: en ridicule led
affedations Se Ife ftyle efféminé dé
fon Favori (a) ; mais il n'en tomba*
pas moins » lui-même , dans les dé*^
fauts qu'il lui repço'choit (b). Des
tettres écrites de fa propre main ,
cfomme nous rappreéoni de Suétone »
la'] "ExitptMhat mnnunquam im^rimii Mfcânéttm
fiuiik , €U)m Mytohtwàheii , ut ait , toncinnos ufi^UeqHé»
^ue perfrquuur , & imitanio ytr Ueuin irridtt , Su9«
t0n. Vit. Awp
[^] CuÉ% htrtatur ftrendâ effefréfefùia ^ ^aUaekm*
mCiJtnt y comeniifimùs hce Catène ,i$*ad exfriméniam
pHmata rti ^Aocitatem^ vclbchis qiKttn afpat à{| con*
co^uastui. PcniV ajfi^ut , proftulto }>a''èo|um . éc fv
^//o pa'ciac^u'ni ^& froarUo vacérofiifn , ë^.r^dt
p hâbtu ff9 mit f & betifâic fr$ t^intre. |bia«
• jHÏ8 t B T T R^E'S
font connoître les ridicules e^cprçf
fions qu'il employoit , & ia folle
paffion pour le néologifme. Dire
d'une çhofe , p0ur exprimer la vitef-
k qu on avolt apporté à la faire ;
gu'e/Ze avoit pris, moins de tems qu'on
fftn met é faire cuire des afperges ;
c'étoit apurement le contrepied du
fublime. Exhorter quelqu'un à fouF-
frir patieniment un malheur , en
diiànt, c^eji un Coton , qu'il faut fuf*
jforter ^ ne fauroit paflèr que pour une
mifèrable pointe. Telles étoient
' jnéanmoins les expreflîons ^favorites
d'Augufte. Ne trouver-vous pas,
Monfieur , quelque chofe de bien
remarquable dans la dernière ? II
falloir que le refpeâable nom de
Caton lui fut extrêmement odieux,
ti la mémoire de fes vertus très défa-
f réable. Les glorieux efforts de ce
Jjrave Citoyen , pour la défehfe de
\
DE Me NT ou; i^^
la liberté & de la vertu lui rappel*
loient apparemment la baiTeflè avec
laquelle il avoit trahi l'une & rautre»
Rien neft plus •infupportable aux
gens tels quAugufte,. que les caracn
tères 'tels que celui de Caton ; ic
delà cette étrange phrafe , qui dé-
couvre , Comme il arrive fouvent ;
les recrets& réels fentimens de foi»
Auteur.
L'Efprit d efclayagci eut cette mal-
heureufe influence , iur ceux mêmes
qui le répandirent parmi les Ro«
mains. Doutera-t'on quune intime
femiliarité avec eux , loin de fervîr
au progrès du goût , ne fût capable
de le corrompre ? Qu'elle abfurdité
d'attribuer le mérite des grands Ecrir
vains de ces tems ^ à la proteâion
d'un tel Empereur , & d un td] Mi-
niftre Ils furent tous deux l'ufage
qu'ils dévoient faijte ; des Génies qùV-
fpé Lettres-
florifToient alors ; mais, formés dani
d'autres tems » & i^zlt le commerce
d autres hommes ils trouvèrent Tare
ée faire fervir les talens à leurs plaî-
firs : en effet , lî le vrai goût dii
noble & du grand étoit à foh plus
haut poiat dans Rome , lorfqu Au*
gùfte parvînt à TEmpirè»^ il com-
itîehça dû même moment à décliner.
Ce ne fut pas , à la vérité » tout
d'un coup qu'il fut éteîht ; la focieté
humaine & le génie des hommes fe
perfedionnent , ou s'altèrent par
dégrés : mais de même que les pro*
grès des Romains , lorfqu ils eurent
commencé à fe polir, furent d'une
e^rême rapidité dans le goôt , & que
vi-ai-femblabkmeht ils en auroient
fait de plus grands encore , du ntoins
dâîis Quelques parties , C le pouvoir
at>folu des Enpipereurs n'eût étouffé
ldu£ génie $ de néîote lor^u'ils t\tf
tt Me s T OR. iffi
'tent ceflTé d'être libres, iJs décliné-^
rent fi rapidemmenc , qUe le fatal
eïFet du renverfement de leuf confti*
tution fur le goût , devint auilî-t^*
fenfible, L'efprit d'adulation , infépa-
rable de la fervitude , prit la place
de cette élévation d'ame, qui n'a-
bandonne jamais la liberté. Il fe'
trouve néanmoihs , fous les Ernpe*
reurs , quelques Ecrivains d'ua mé-
rite extraordinaire : mais ils font en
petit nombre , & n'ont pas vécu fî
loin de l'âge .Ciceronien i qu'on né
puifTe naturellement fuppofer, que*
le noble efprit de ce tems, s'étoit'
communiqué jufqu à eux dans leurs
études privées ; & d'ailleurs on ne
concevroit pas que le génie de la
liberté fe fût éteint généralement &
tc^ut à la fois dans Tame de tous le|
Romains*
Pm un Diailogûé, attribué p*C*
!9pi Lettres
les uns à ïacite, & par d'autr^ S
Quintilieh » un des Interlocuteurs
obferve ,• qu'il eft étonnant que Céfar
& Ciceron foient plutôt comptés
entre les anciens Orateurs, que par-
mi ceux de fon tems , puifqu une
même perfgnne pouvoit avoir enten-
du Ciceron , & quelques-uns des
Ââeurs defon Bialogue. La perfon-
ne qu'il cite en exemple > avoit à la
vérité , vécu très-long-tems : mais il
eft certain que les Harangues des Ora-
teurs qui forment le Dialogue , du
moins celles qu'ils avpient pronon-
cées dans leur jeuneiTe » pouvoient
fivoir.eu , pour Auditeur , quelqu'un
qu'il l'eût été de celles de Ciceron ,
& par conféquent. qu'ils poiivoient
s'être formés^à l'éloquence, fous ceux
qui vi voient dansl 'âge CiceronienLa],
Ainfi .
• Aînfil âge de Tacite eft Cprocho
île celui de Cîceron, quil peut être
compté pour le même ; & c eft aufli
dans ce tems que fleurirent les der-j
niers des grands Ecrivains de Rome J
car Tacite eut pour contemporaine
Quintilien , les Plines & JuvenaU
Après eux , toute la faveur des Em-
pereurs , quoiqu'honnêtes gens &
grands Philofophes , ne put foutenit
mideo i nam ut de Ciçtrone ijtfo io^fwtr , Hirtio nemp0
!&• Panfa Conftdibut , ut tiro likertus ejus firHU , VII^
idus Decemb, oecifus e/l , quo anno divus Auguflus itt
iofum Fanfa & Hirrii fe& Sz Fedium Conjulei fuffl*
éùt. Statue VI, & L» annos , quibus mex.divus Augufiu
tut KempidtlitAm rexit $ mijtce Tiberii XXllU d*
^ope qfiâdriennium Çnii , me bis quntemos denpt CUnd^
^ Nerorâs armos , atque ipfum GalbA & Oihonis , é^
Vttellii unum anvum , ae VI. hm felicis hujus prifuim^
fatùs ftcuionem qui Vefpaftanus Rempublicatnfovet j C,"
4^ XJC Anni ab interitu Cieeropù in. hune fUem çotligun^
tur , uniut hominit stAs. Nam ipfe ego in Britannii vidi
ftnem ^ qui fe fateretur ^ pu^ns interfuiffe qui Céplltf
Tftn inferentem arma Britanrsfjt , areerg littettbut & ptU
Itre aggreffi futtt. Itafi eum, qui armatm C. Cafari reflin
Ùtj vel captdvitas , vel Vêlumas , valfaSum aliquod ii^
ttrhem pertraxiffet , idem Cafarem ipfum & Cieerûneii
audire potuit & noflrit quoque affionibut interejfe. Dia*
laZ' de caufs corrùft. É,Uqutnt, Ce Dialogue eft ^ It
fSi des oeuvres de Tacite, fie cofi^manément fQoa
(bjinoin. ^
. Part, h B,
%làncl^ . efpm » on produite def
jgcrivâio^ pQii}p^ablejs à ceux d^
jg9«u$ 4ç la Uberti»
. Il i^inble /{.ue le^derpotifins ^ /^
iç^^wa^ goux i4 foieat tenu^ parla.
«aiOf, iufcju'à^ q9 qu'ils, aient paru
!(^(u$ deux fouf leui$ yéritables traits^
Qb yit fubfifter quelqucjs apparences
dç liberté peadaot le régne d'Aur
gufte , ^ quelques reftes de liberté
IBOurante , fous Tibère mçme (fl)^
Les bo0S: Eixipereurs , qui yiprene
^rès les montres fucce(Ièuis de
Tibère , ranimèrent refprit languit
l^t de B.onie^ Çf nous voyonf
fous leur régne quelques Ecrivains
yils , fl^ai^ d'un goût fort inferfeur \
eelui du fiécle de la libertép Ai|
{retour du defpotifme > Le goût $c Iq
^uiç firçnt leur retrait^ , & bien-tôf
te t M E K' t « rV 1 J)ji
-éti ne vit plus parmi les Romain*
ï^mbie même de ce qu'ils avoienr
été : Wlévation de 1 efprit de liberté^
flit changée en flatterie baffe & fervî-
le ^ les nobles idées eo mauvaifer
{jointes , la {implicite nerveufe du
ftyle en fleurs molles , & la févere^
correâioa de goût en paffion pour
tout ce qu'il y adafFeébé , de faux 8c
lîè vicieux.
Vous voyez , Monfieur , que je
oe me fuis pas déchté fans raifoa^
contre c^ux qui croient le Gouver-'
nement abfoiu , plus favorable au>
progrès du goût qu'un Gouverne-
ment libre , fondés fur l'opinion
qu on a communément de la pro-.
teôion qu Augufte açcordoit aux
Mufes. J'ai fait voir dans une légère
expofitioa., que ce fut le dernier âge
de la République , qui forma les
ffguàs Eccivain$ de l'âge d' Augufte j
qup le pouvoir abfplu coupa le courjf
du progrès ; que probablement iï Iç^
Romains eufl^nt cpntinué d'être lir
bres , ils fe feroient élevés dans quel»
ques genres , du moins à de plus
l^aut? degré? de perfei^ioji ; en up.
jqaot , que l'autorité arbitrai;re & U
mauvais goût marchèrent à pas égal,
jiifqy'à ce que I^ ^efpotifme fûf
pleinement établi & le goût entiérç-i
uient dépravé. Je réfçrve , ,pour un«
^jiitrie J^ettre, ma réponfe aux oJ)jeçf
tions qu Qp peut tirer contre mog
principes , d\i fiécle dp Loi^fs XlVi,
k f M M N T d *. ïp%
tesssssssssss , l u
L E TT R E vit
« '
De l'influence de la Liberté fur k
Goût , 6- àuflécle de Louis XIF^ ^
V^'EsT une règle générale de-
quké, que le Jugement qu'on porté,
& l'opinion qu'on fe forme des Na-
tions , des hommes » & des difFérena
âges du monde, doit être fondée fur
des principes raifonnables ; mais vous
conviendrez , Monfieur , qu'on doit
s'attacher fpéciaiement à fe former
une idée jufte , des fiécles qui paflent
pour les plus accomplis , & defquels
on emprunte fouvent des exemples
& des maximes , fur tout ce qui peut
être utile ou nuifible au genre hu-
main. J'avois entrepris , dans ma det-
aiere Lettre , de montrer combien
Ruj
fl^ X# « T T R E S
Topimon commune, concernant ïïî*»
"fluence du pouvoir d'Augufte fur le
génie & le goût , eft réellement înr
}ufte,& quelle eft l'erreur de ceux;
!^ui s'en laiflànt impofer par lés déli-
cates flatteries que des Ecrmkis,
formés , il eft vraî , fous le régneife
"la liberté , mais qui maUteureufemefit
condamnéis à lulfurvivre, ont pro-
idiguées tantôt à ce Prince, tantôt à
foD Favori , fe font une fauflè idée du
gftiie de Tun & de l'autre , & de IHtt-
fiuence de leur pouvoir fur le vrai
goût^ Aujourd'hui , je vous offre
quelques obfervations fîir le fiécte
de Louis XIV. telles que je me les
4ais permifes en lifant les plus cêle»
très Ecrivains , & les Hiftoriens de
cet âge.
' Je pars d'une* propofîtîoft géné^
Itile ,. que je crois avoir bien établie;
"t^clt^uà pfoportioa ^'ua pays eft
et Mt a t a Ki <t^
lîbre, te bùti gofât doit y flleûm» è
liïoins qùë rhatreofe kfiuenoe de t»
iîbetté ne foit cGhtre4>â[lailoëe pmt
^s circoBftances peu favorables ; éc
i^ue h |:»roteâîoii d'un feul iiomnae^p
l^ut^ué'^uillàsoef 4ux)hluî Coppàk^
ne fautoit cféer le gefnre ou le goâcL
' -^ui doilrétit etr« fonnés par le$ cir*
tonftarices parâculiere^ de la Natkoi
et du iem^ o4 ces deux perfeâîoiil
iéclatents Dani la perfuafîbn def câb«
te vt^ité , je ctois qoe^fan^ recoufiîsf
a l'influence du pouvoir fuprâ&cie dv
liouîs XÎ Vé on peut expliquer pa^
de fort bonnes raîfons la figure que
les Ecrivains François de fon fiéde
font , 8c feront à jamais dans les AfP»
iiales du Motideé Si f e ne fui^ pat
aflèi heureux , pour développer toiB^
ites les circonâaâce^ qui firent flar*
Venir les béaulc génies Fiatn^ÎÉ df
Cél teiûs» «a poïfit d'41iégasice M àà
Mots L É r T K Ë f
#orreâioùn qur diftinguent leurs on^
♦rages , fans l'attribuer principale^
ment à la faveur > Cgnalée doqt leur
Monarque honoroit les Sciences &
les Arts , vous devez , Monfieur , ea
accufer mon défaut d'habileté, & non
ja foiblefle de ma caufe*
- On a fouvent obfervé qu'il y avoil
«ne grande reffemblance entre lei
Cours d'Augufte & de Louis XIV*
-êc qu'un grand nombre de circonftan*
ces quifemblent les mêmes , ontcon»!»
tîribué à rimmortatité des deux ré*
gnesv Je ne parle paS' de l'encens le
plus trivial , qui leur fut donné à plei^
lies mains > ni de cette flacteufe attriV
bution de vertus & de grandes qua-
lités', à laquelle, peut*être,i!s aavoient
«ucun droit l'un & lautrer
- Maisjl ^ confiant qu'ik furent
tous deux très- fortunés. La- plus no^
- j>le & la plus brillante fortune à 1^
b s Mes tax; iSi
Quelle un Souverain puifle parvenu;
éft de monter fur le Trône dans un
tems où fes fujets^ont acquis ufl€
téputation diftinguée par leur mérite,
par leclatante figure qu'ils fotit dadi
ie Monde » & par des progrès fort
.avancés dans tout ce qui tend, foit à
rembelliflement de la vie » foit à ren-
dra la fociété plus raifonnable & plu#
polie. Tels étoient , & les Romaint
& les François , lorfqu Augufte &
I^ouis prirent pofleflîon du pouvoir
fupréme. Rome^ avoir produit fou
Lucrèce , fon Salufte , fon Ciceron t
Paris, fon Corneille, fon Molière,
fon Pafcal ï je nomme ces trois.Fran-
çois, parce qu il eft univcrfcUemefnt
reconnu qu'ils ont porté la Profe &
la Poëfie Françoife à un degré à$
perfeftion , qui n'a peut-être pas eu
d égal , mais que perfonne du moinn
jÊLSL pafle depuis s & parce ^ue le plu|'
ïXKxiêrne des trois , Pafcal , né qmùii
an$ avant Louis , ayant fiublié fcs
fameufes Provinciales dans la feizie-
ihe année de ce Prince ^ on ne fauroit
fuppofer qu'il sàt eu quelque iuftiieii-
•te fur te goût , déjà fi tien établi , ti
f)orté à cette perfeâioiï dans fes£tatÉf
On peut demander, & même avec
Quelque apparieticé de raifon , à quai
<:étte obfervation revient y & com-
<inént elle fett à ptôifver que le pou^
il^otr a!>folu (ak ennemi d» bon
goût y putfqu il eft égal que ces Ecri-
vains foient nés fou^ Lduis XIV* ou
.fous les Rois Tes prédécefièurss. Mais f
Mpnfieur , c'^eft ce qui n'eft pas égal.
J'efpere montrer que le temsoù te
^out François fe purifia par degrés^
4k parvint à cette perfeftioii , fijif
lui tems où la liberté g^âa du
^errein , ou , quoique les Rois de
¥tVK0 (okM devenus plus pai£'
* B M E « T R. aOj
iâns , les droits du Peuple fare«
étendus , lefprit public animé» &
le deiir du favolr ^ avec la liberté du
raifonnement & des recherches » do<»
minant dans toute la Nation^
De laccroiflement du pouvoir
'àm Souverain » il ne s'enfuit pat
^ue lefclavage de fcs fujets augmen*-
.te en proportion, ce La Nation la
» plus libre eft celle qui contient Ib
^ plus grand nombre de perfonnes li«
«> bres»,comEneradit,danslesméiBd8
ttrmes^un de nos plus habiles Parle*
jnentaires , à Toccafion d'un bU
pour la fuppreffion d'im odieux
Tribunal» qui privoit quelques par-
ties de cette ifle des avantages de
la liberté. Les Rois de France avoient
lait de longs efforts pour renverfer I0
fyftême qui mettoit au pouvoir d'un
petit nombre de Grands du Royau»
joe» de ttaitec teux Souveraia avec
91^ tfTfAfl
mépris , de jetter l'Etat dans la Côti^
fufion lorfquils y étoient exckâ
fiar leur orgueil, & de faire le mat
heur de la plus grande partie du Peu«
pie, Heureufement pour le corps de
ïa Nation , les moyens que ces Monar-
ques fe crurent obligés d'employer
pour établir leur autorité < furent tels
Fur quelques points , quils fervirenf
à l'avancement dp la liberté. .
Dans tous les Etats » l'adminidra*
tion de la Juftice eft de la plus hav^
te importance^ Ceux qui ont cntr#
les mains l'autorité qui décide de ca
qui concerne la vie & les biens dur
Peuple , jouifleiit du plus grand
des pouvoirs ; & fi , n'étant pas bridés
dans leurs Jugemens par un fyftême
de loix,ils n'ont que leur propre
volonté pour règle , ils deviendront
infailliblement arbitraires & defpa«
^^\xes^ Te\^ ctoient les Qiandji df
è» Ms icf dif; Mbj^^
ÏVance^ pendant le régne du Gour
vernement féodal Oie& & Capitai-i
r^G.s en guerre , Us- étaient Juges fuprê-
JTies dans les tenis de paix ; Sç tout
étant ainfi dans leur dépendance , ils .
ctoient les maîtres abfolus des Peu-^
pies , qui ne poi^oient recourir qu à
eux pour la confervation ou le re*
cojuvrement de leur bien , & qui fe
voyaient réellement leurs éfclaves;
«c Ce n'étoit plus des fujets , que de$
»3 Peuples qui pouvoient être armés
9? contre te Roi par Uvlts Seigneurs,'
9;> &qui, pourconferver le]urbien,ne
y> connoifToient d'autre Tribunal qu0
•? celui de ce même Seigneur (^)î5;c*efî;
en peu de lignes , une fidelle pein-
ture du Cyftême féodal. Etablir de$
Juges pour prendre connoiflance deS
idécifions de ces Tribunaux , poui;
||çp>ijieme xace^
»aï ïi tf 1 1 R f s
rtmédièr aux maux du Peuple 8t jii*
gÊÊ fuivant la loi, ce fut délivrer tout
k la fois les fuje» cfôppreffion, éten-
dre rautorité du Souverain , & don-
ner ttaiffiince au régne des loix ; en
ttn mot; ce fut répandre la libertiff
èderm le corps de la Nation, &, fuivant
fexpreifioTi de M. de Voltaire , don-
ner à cinq cer%s mille familles un
jtifte fujet de fe réjouir de ce qui pou-
yoit ca faire murmurer citiquante{iz)«
Ouvre* lUiftoire de France ,'
Monfieur,& vous ferez convamcil
que telle fut la méthode employée
par fes Rots. Je m'arrête en générât
à cette feule révolution du Gouver-
nement François , parce que s'y trou-
ve une preuve éclatante que la liber-
Dé eflr amie du génie & du goût* Le
{m) C'eft l lui (L«uÎ8 XI.) que Ic^cuple
doit M ptemiec abaidement des Grands. EDviioa
<hiqaante f^miUes* en «nt muTiiiuré>& plus dA
cinq «cnt nillfi pnt dk s'en fcliciccf. Jiifi; j^tn^ '
61 M:i&Nroitr Xof^
KOCi]|:oà laNatk>n Françaii^ a fait.
d^. progrès fen(ibl<e« vers le favoic.
jk la polkelfe^ e{l auflî le tem^ oi^;
commençant à fortir de la plus baflo
fervxtude,eUe a fait de très-grand*.
fias ver» la liberté. Séf Parkmens
(UreQt alors établies < cdd-à-dire;:
qu'oQ vit paroître d^ Juge;i> qui paCi
4egrés acquérant de nouveaux droit$
^u refpe^ public > devinrent capablet>
d'éloigaer loppreffion , de tenir Im
Ibealance » la juftice, 6c de garder le
4épôt de^ loix. Les nobles effort^)
que le;s Parlemens de France, fur*
tout celui de Paria, ont faitjs depuid^
}eur inftitutioQ pour la d^fen^
(e des loix fondamentales de leur
Patrie , leur ont mérité , §f fait obte-t
oir rapplaudiflèméht de toute r£u«
frope («). Auflî ne^ peut-on douter que
(«) La Cour même y a mêlé le iîen , comme If
Iflfmoigne l'Ecrivain François: •* Le Parlement d«
r-étàbliflemçnt de ces nombreiifelJ
CourSj& j'autorité dont elles font re*
vctues^naient été ce qui pouvoit arri?
ver de plus favorable à la liberté dç
Erance,
Mais ce ïi'eft pas feulement U
^révolution qui k fit alors dans Tad*»
miniftration de la Juûicejqui fervit
à rendre la Nation plus libre ; celle
de la partie militaire du Gouverne-
ment eut le même effet , & tendit éga-»
lement au progrès du goût. Pendant
toute la durée du fyftéme féodal ,
les Grands concentrés dans leur or-
gueil , renfermés dans les murs de
leur-s Châteaux , défendus par leurs
vaflaux & leurs efclaves , ne connoit
fent pas d autre amufement que lexer-p
cice de? .armes , leurs tournois , 2c
;, une fermeté & une prudence, qm lui ont valu .
,, des remcrciemcns du Prince, Tafifcaion dctoas
.,le$ bons François, & l'cftiiiiiÇ de loupe l*Ear
leur*
te E M Ê î^ T o k. 205
leurt fauvages combats , ignoroient
entièrement tout ce qui porte le nom
d'élégance & de politefle. Lorfqu'ils
avoient tenu la campagne, foît dans
leurs guerres contre des Rivaux v6i-
Cns , foit à la tête de leurs vaflkux
dans l'Armée générale de la Nation ,
ils retournoient à leurs ruftique$
foyers , & ne paroiflbient jamais à U
Cour , non plus qu'entre leurs égaux*
Enivrés fans cefle par les flatteries
de leurs inférieurs , & par l'orgueit
de voir leurs ordres reçus avec une
aveugle foumiiEon > on conçoit faci-
lement combien ce genre dévie étoit
capable de les confirmer dans leurt
folies , d'avilir refprk des: Peuples*»
& d'arrêter dans les uns & dans les
jautres les progrès du favoir ou du
goût. La deftrudi^xn de ce. fyftèm*
délivra le corps d,u Peuple d'un (eD-
yile & contmuel aiTujettifrement st ^
ParuL Ji -
81© t ET T T n É S
maîtres^ r les Grands moin» employft
dans leurs textes, furent attirée natu*
wUement à la Cour (^ ) , & bien-tôt
ieur goût changea ^ des amufemeof
|)Ius doux prirent la place de leurs
tudes exercices; leurs^progrèsfecom*
anuniquerent dansr les cantons de
leur dépendance y la leâure s'^
mit en honneur, & , par une révolur
flon- aflez prompte ,. la ibciété de»
^int plus^ raifonnable & plus polte«.
Vainementcette métamorphoiè avoit
êi€ tentée , pendant la durée du fy&
terne féodal ,. fyfliême le moins ami
^es Beaux- Arts & des libertés natio^^
liâtes , qui marchent toujours comme
de pair. Vainement la Littérature (ut
protégée par les Rois , & Charles VI
A France raflembla-t il utie BlbUo»
thequc dé neuf cens; Volumes ,hoafi^
lire canfîdérable avant la naîilance
dfe TArt dlmprîmer î le géaieàè ïûsk
Royaume étok contre lui » âc f uîilfl^
ies efiets de cette faveur qu'il accoi»
doit au favotr (a). La libéralité de*
Rois mêmes eft fans force poar l'exai^
tation du génie & du gpÛt , dans uè
Peuple dont les âmes font irabaiffîe»
parla fervitude«£ndétruifanc kfj^ffaâfr
me féodal, c'efli-à-dke , en a&an^
chiflant le génie de ta Nation d'uif
joug qui rarilifloit , les B»ois 69
France firent beaucoup plus pour I#
progrès du favoir 8c du goût» qu«
. ftauroîent pu faire toutek proteâioii
& toutes les récompen&s avant lir
irenverfement de ce barbu^e fyMmii
Ff ançoU L dont te régne eftlagra»ir
4e époque de ta resaii&nce desXeff
(t^jtcKcÀ de France , Charles y: qui raflem*
Ira environ 900 Volumes, dent ans avant qitiP
fa BibUodieqae da Vatican fât fondée paf Nt«'^
eol«s V. encoBittgea eà vain les talens : le tetiiilui^
H'Àoit^ar Bziépané' pour porter de ce* ùmM
ftti L Ë T T A I S
très en France, n eut pas plus^ d'ôftN
me pour les Sciences & les Arts , &
ne les favorifa pas plus que Char-
les V. dont on-rfoubliera jamais e^t-
te mémorable réponfe à quelques
Seigneurs de fa Cour qui murmu-
rôîent de Vhonneur quil p5rtoif
«ux Gens de Lettres ,^ appelles Clercs
^éans ces tems t « les Clercs , ou la
tk fapknce , Toû ne peut trop hono-
*^rer5& tant que fapience fera ko-
r>norée en- ce Royaume , il eonti-
»itmera en profpéritë, mais quand dé^
»» boutée y fera , il décherra »• Mais
le génie de leurs tems netoit pas le
même :V^m vivok ayaot, & l'autre
<après Louis XL qui tout méchant ;
tout cruel Prince qu'il étoit ,. fut
jetter les fondemens du progrès des
Sciences & des Arts, en affraiKhiflani
fes Peuples de cette fêrvile dépen-
^çQ 4w» Ji^a^U^ ils ^^floieaf
DE Mehto*. llf
fyendant lexifténce du fyftcme féor
dah
Un autre événement mémorable i
arrivé près d un fiécle avant le régne
de Louis XIV. doit avoir été de la
plus grande influence pour animei:
les efprits r je parle de la réforma-
tion y changement qui produifft 1%
^oût des rechercBes & refprit de li*
rbérté r f ai déjà fart obferver una
partie de fes effets; & j'ajouterai
feulement ici ,. que de toutes les par*
ties de l'Europe, oà- la réformatio»
ne fut pas immédiatement établie i
la France fut celle où Ton vit da-
bord mi plus grand nombjPè de Pro-
teftans. Des perfonnage». de la plut^
haute diftinéticm dans les affaires &
îdans les armes , plufTeurs Princes da
Sanç, une grande partie de' la No-
blefferdes Provinces prefquënderet
Iprinent pacti pouçlcs aouvqltes opl*
»Y4 L E T T K r f
«ions» Les efforts qu'ils firent fdt^
tems pour leur défénfe >> & qui fit
farent pas toiqours fans* iucۏsf , leurf
ëifputes avec les Catholiques , tion^
lêulemeat par la voie^s armes , mais
par celle du raifonnement r ne pu^
fent manquer de fervir beaucoup
i raccroiilèment des^ lumières ,, efi
«agrandi^nt 1 efprit des hommes;
en leur reiidam le jugement: plus
txaâSc rimaginatioiï plus vive,: eH
leur faiiànt mûr au mém^dégfé la
chaleur & la jufie(Iè,.deux quaHtt^
{|tti s'acquérent oïdinakement par
f exercice , & par k fréquente nécef^
fké de défendre une opinioti fevo^
ske ou dattaquer d odieux princi»
pes^ par la force des motiâ^ par
f importance de Tuitérét ^ enfin paM
fbccafîah d'employer toutes les &^
cultes de rame, & toute lia vigueur
4dK|CQif & inam pxogrc 4$eofe^4
icdle de la Patrie & de ce que nous^
avons de plus cher au M(Hide«^
Cette obfervatioo me conduit d et-
le- même à toucher légèrement un aur
tre point > dont on ne fauroit dou*
ter que llnEuence n ait eu la plu9
grande force , pour former les iiécles
d'Augufte & de Louis XIV^ (a)i
fentens les diflenfions civiles & les
guerres tnteftines auxquelles ils fuc^^
céderent^Quel nombre & quelle va«^
liété de talens ne furent pas déployés
dans Rome » lorfque les Gâtons, les
Cicerons , les .Pompées , le^ Céfart
le les Antoines^à la tête de leurs di£^
fisrens partis, s efforçoient avec toute
(4) Cei deux Princes fortoienr des goenes cl«-
tUes de ce tems* où les Peuples , touioors «r-
mes y nourris fans celle au- milieu des périls , en^-
têtés desb'plus hardisdriïcins, ne soient rien oà iJiM
ae puifltnt atteindic i de ce cenrs où les év^nemenf^
keureu* & malheureux , mille Ibis répétés» ^cen-«
dent les idées , fortifient l'âme à force d'épreuves »
augmentent fon rellbrt . & lui donnent ce defîct
de gloire qui* ne manque Jamais de pxodttiw i^
ê^i€ £ £ t r * Ê Ê
leur habileté de fautenir teur pr(^
|)re intérêt / ou d affbiblir celui dd
leurs adverfaires 1 Quels nobles cam-
bats en France , quand les Henris IV*
les Sully s,les Mornais,lesCandés , les
Turermes , les de Retz , les de laRo^
chefoucaults , les Richelieus & lear
Mazarins firent briller leurs épées , ou
tonner leur éloquence pour lefoutien
de leurs caufes , & des principes dç
leurs fyftêmes oppofes 1
C'eft ainfi,Monfieur, que Je mer
fois flatté de pouvoir prouver quVi>
France», fous les régnes de plu-
fieiirs de fes Rois , prédécefleurs de
Louis XI V. les droits du corps po*
pulaire fe font agrandis ^lefprit s'eft
fortifié par la liberté des réflexiont
& des recherches , les fentimens fer
font échauffés , & le goût eft deve-
nu mâle & hardi par de continuel-
les difputes fyx riadépendaûce Se la
liberté
b I MX HT OlSui 'itTTÎ
liberté , tant civile qu eccléfîaftique ? ,
en un mot , que c eft à lafcendant de
refprit de liberté, qu'il &ut attrir
huer I4 formation 4e ces beaux go^
nies , qui floriObient lorfqu'il monta
fijr le Trône ,& pendant les demie-:
Tçs années dy régne dç fon père*
Remarquez, Monfieur, le tems oà
jç you^ fais remonter; car il eft in>
portant pour l'opinion que j établie, ^
de fe fouvenir que fous radpiniftra*»
tipn du CAt4ina.l4e Richelieu le génÎQ
& le goût avoiept atteint à leur pluv
hAUteperfeâion;preuve inconteftabl^
q.ue lefprit de liberté & les conjon^*
xç$ du tems fçpntribifent iofiniment
pl\;^s à former le? gr^nd? jEcriviÛM
^ les grande Ârtifte; , que fa p€at$c^
ifon même 4'w/ç Co|ir fie 4*un Mi^
niftre, pyifqu^ }^ plu^ 4tiKl)gu^ du;
ipâmç lem^ (çtojiyetent , Ç.Qmmf^
Î9P (m 9 moin^ 4'efiçourag9mçM(
nRW I/Tb t t n ê s /
qfiiç <f obftacte , du côté de là Cour 85'*
db miniftereXe grand Corneillç n'eut
atrçone part aux faveuT$ do Riche-r
lîèu ; on fait , a« contraire , qu^I y
t^uva étt roppofitîon , St qu'un ex-
cîs de cbmplaifauce pcj^tce Miniftre
iSt tomber la cenfure de rAçademÎ0
fur le Cid, Mais d'autres tirconftan*
ces eurent ploç de force pour élever
et rare génie' , que les difgraceç de
|â 'fortune n'en eurent pour rabaîffer;
t^è dans un fiëcie adtif Sç fort éclai-
ré , avec des talens 4'un grand éclat,
Se l'avantage d'être admiré par def
hommes à qui l'a nàtUre h'avoit pa?
été môinff favorable a^ fàutril ^'éton-^
îtfer de' rexcetlerrce â taquelïe il atcei»
gnrt?S'étonne^a-*t-ûri de Telévation de
fès fentimens,fi Fon coiifidere la fenCi
|5ilitéde fes Speâîateurs ? Quel aiguiK
îon pourCotneiHe,qùe de voir couUs;
jittç gétffte\i(fë"î^rmè4ès f^i^^
Dfe "Me NT ou; 21$
|;rancIGondé,à la prononcîatîon d'uii
bobJe & généreux fentiment (d) f ;
Une petite ariecdote , Monfîeur ;
qui regarde la manière dont le Ma^
réchal de Turenne fut traité à Chan*
tilly dan$ une vifite dedeuxjour$;
vous fera juger combien les amufti
ïnens des Seigneurie François de ce
tems étoient differens de ceux du
nâtre; vous en conclurez qu*aloré
le goût devoit êtr^lbien vif en Fran*
ce pour le favoir Ôc les ouvrages d'efii
pVit , Se qu'il n'eft pas furprén^t dé
trouver dexcellens Ecrivains dans urt
fiécle & dans une Natioû, oii leg
manières étoiçnt fi polies, & lef
^laifirs jS raifonnables & fi înftrujftîfs,
M. le Duc, fils du grand Condé;
irouiant feirfi au M4réchal de Twçot
(4) Lr grand Corneille , faifân» pleiirer !•
P^nd Condi d'admiration , eu, une époque hiç^
lemarquable danji l'biftoiic de VUi^t WvMJAi
X ij
aa0 t f t T tt E *
fie tto accueil auquel Une loanquSf
xiea de ce qui pouvoit plaire à ai
(kmeux Général • confulta Boileaa
fur le choix des leâures« Ce fatyrifle
fut engagé lui - n)çme à lire croii
cbanis de fon lutrin j rudis il y avoit
^autres heures à remplir. JBoileau
propolà de lirjanaais dans
sm Gouvernement defpotique ; &
^ue fi le Peuple a eu pas^auffî libre
«1 France que dans la Grande-Bretai-
gne>îl i'efi beâu$(»Hf^ g.hf ; que les^
ï>E Mentok* î^j
lïations enchaînéçs^ de VAfie\ & que
plufieurs même de cellest d'Europe^
Enfin Fargumenf peut être reprif
en peu de mots $ le leiUs où le i^oûf
François s'accrut par degïék , fut
un teins où les droits du corps du
Peuple gagnoient-dtt terrein > le gé^
nie & le g;oût furent portés à leur
plus haute perfeâion par des Ecri^
irains nés dans le tems où la^Franc«r
étoit à fon plus haut degré de libe^
ti y depuis radminiftration de Richei^
chelieu, le Gouvernement étant dê«
irenu plus arbitraire , le goût n a paf
Élit de nouveaux progrès , & peut«
être ne s'eft^il pas fourenu au mémie
point de perfeâion. Mais quand (Kl
canviendroit quU n'a pas dégénéré^
f argument, en faveur de l'heureuiô
mffuence de la liberté, n^en feroit
p^s^ beaucoup "^ftoitrfi, paifiji^affaté-
»5$ Xc ft T T it É s
Ves, oun^ le faot pas aSèt pourèffi
incapables , comme les Sujets dei
Rois defpot^uet» d*écre animés par
4e favorables circonftances & des
motifs d*un autre ordre. H feroit
peu raifonnable & trop fanatique ds
prétendre que la liberté fuffit feule
pour former le goût d*une Katioa»
Qu qu avec plus defecours-, avec plai
d efforts & d'application» un t^euplf
moins libre ne puifle Tiemporter fui
un autre qui )ouit d'une plus grandi
Uberté , mais qui n a pas les mésiei
#ccafîoû8 de fe peffeédooner » ou
dont l'attention ne s'eft pas touroeft
fi lofig*teixis vers les objets du go&i»
JLa liberté na-trelle pas &s degrés i
comme toutes les chofes bui&aînssi
La nature diftribue-t-eUe également
fei faveurs? Souvent le travail & f a«
vantage des bccaiîons font faire «
avec ides talens médiocres, plus qu ça
ir>t: Me )^t oité ftff
Be féroit avec de» qualités fupérieii*
tes » n Ton manquoit de ces deux fe*
cours , ou C Ton n en faifoit pas ua
bon ufage* Cependant il éft un de-
gré de ftupidité ^ comme de de({>oti&
me , qui rend inutUes toutes les tea^
tatives & tous; les efforts pouravan*
cer , ou du moins , pour arriver à
lexcellence dont il eïi queftion.
J'ai touché dans une de ces Lettres^
quelques circonftances favorables au
(oût des François , prifes du génie
particulier & de la (ituation de leuK
Capitale ; mais ils jouilTent-^ en gé-*
lierai^ de quantité d'autres avantaH
ges,dont on ne fauroie défavouet
l*heureuie influence*
* Leur langage eft devenu le langa^
ge univerfel de l'Europe ^ leurs pro*
duâions font lues, traduites > ap*^
prouvées ou critiquées de touteîi
parts* Les meilleurs ouvrages de$ awf
149 ti É ir T' « t f
très Nations paient a&ffi dans UvS
Langue , & leurs éloges , ou leur blâ-
me i eft un putfTant aiguillon pouf
les Etrangers» Les meilleur» efprits
de chaque Nation voyagent en Fraor
ce, cherchent à fe lier avec les plai
célèbres Auteurs du pays , & fe font
lionneur de les confulter» Quoique
Ja prefiè ne /ouiflè pas d'une liberté
ouvçrteà Paris » on fait éluder les
loix qui la génem , & les fupérieurs
mêmes ferment quelquefois les yeux
forrinfraâion,pouiravamagedesLet»
tres& du Commerce^ Si y obâracleeft
inTincible>onarecoursaux preiTesdel
Kations voifines, & les Libraire!
HoUandois ne font jamais fbufds
AUX invocatiofis d'un François, h<Mnr
me d'efprit. En un mot « tout s'iis*
jirime en France , ou s'y vend fous
line enfeigne étrangère. Il n'y a point
1^ pay> mieux fourni de Livre» , . id
de
Cêit tine^êfl>^ récàniiué ;'q|Lie Im^
VôrftiôR^de Tïmprimerîc , eii'faciH"»
^ciablejs (^t'odii^kH^ de laGrécé- & de
'ieibkiëmefiqicié au progr^ du goût
& de la liberté de penfer ; & l'on
rpeut dire aorec autant de faifan, que
; lësPrançois., parlavaiîtage qu'ils oat
?ile.ltre daD& leur Langue Jeis meil-
zieuts ôuvEagjBS de chàqocrrPEys^ jàî-
gnentaûx iêcours qu'ils trouvent dans
leurpjroprfi Nation, plu^d'occafîons
• qae toute autrie. d'^randit leàr
-cfprit en étendant kiirs idâesi djefe
. défaire de leuFS préjugés , & de fép«r-
feâionner continuellement par 4e
. nouvelles lumières. Combien de
François ont été comme le^ éleviei
^jde Bacon » de Locke, & denos pUur
Part. 1. X
^ {.gmids génies , ou de cpux des autféi
pays libres? L'univerfalité de leùç
X^ànguç les rend cçiliime citoyens du
/JMondô çntier » el]e leqr donqç le
s,.f ouvoic dQ ' pre^drçf refprit , d eai'f
f brafTer le$ C^nçimens, &i d'adopter ic$
r principes qui leur plaifeqt «dans tou^
: tes les région? où l'i^rprit eft en hofr»
neuf. '. ,
r Nous lui. connoifTons encore un
-. autre cflfet ; elle ouvre un accès facile
aux François dans toutes les parties
- de l'Eurbpe , & leur procure,du moins
. à ceux qui ont quelque réputation
de mérite , un agréable accueil chez
les Etrangers de toutes fortes de
i rangs. On eft empreffé de lier coa-
- iioi0ance avec le? Boaux^Efprits d'u-
ne Nation , qui fe diftingue depuis
Il long-tems par lelégance & la po-
^ IttefTe , & dont toutes les Cours de
'^ rÇurope emploient le langage dai4
ty\ "M É N T O *• '5*4 J1
^eurs négociations & leurs traités
avec les autres Etats. Cet avantage
<|uil8 n'ignorent pas» les rend d^au«
tant plus libres dans- leur patrie ^^
qu'ils font fûrs d'une retraite , lors-
qu'ils s'abandonnent à leur génie, }u&
rf|u à s écarter deç maximes de leur
(Gouvernement, ou lorfqu'iis seti*
nuient du féjour de France. On fait
que le Préfident de Montefquieii,
menacé par la bigoterie & l'envie,
. de perdre un honneur auquel Ton mé«»
tîte lui donnoit droit, nç fit pas di&
: ficulté de dire au Miniftre, que 6*U
. ettuyoït cette injufiicé , il étoit réfe?
/lu de quitter le pays de & naiifaBcci^,
ii d^accepter l'honorable afyle qui lui
étoit o£Fert par lesEtrangers(â)«Ce fiit
. vraifèmblablement ce qui le garan-»
fit d'jètre esrclû^ dç PAcadémieFran-»
.i^oife , & ce ^ut lui donna J^ cQur^.
.j;e ^'écrire plus librement eQcofld
^ans fon Efpùt des Loix , "qu'il ne
Javpit pas fait 4an$ Tes Lettres Pei-
^ fanes dont on ^avoit pris quelque fu*
4et d'offeafe.; : • j - ;
- Au fond , quelqu'un peut-ilîgno^
3r€^ qu'un àiTez grand nonlhre des
.plu$ Beaux Efprits de France (ont
:îmorts loin de leur Patrie , carefles, ho-
«nori^f deceûx dont ils avotent. choîfi
, k prôteâion ? Comb ien -n'en pour-
*.ljois-je p9& nonotmer » x£&pnis ^St Evre*
-mont jùfquà Maupertuis ? Et , i
irufage étoit dé citer les vivans en
-càâsntple^uhlîeràtstje un célèbre So-
«U(aire.,!quje lé féal goût de lalibevflf»
ictm^ Âouâ r(a!pprenâ4Kie charmadD*
:îlè :EpitrQ.,»écrite au bordidu Lac (le
^€«eve.(i2) , fL)Bxé daûsùn des eau*
•^ ^M*l : r ; ^'^^ ^'i ^f ^^^^ heureux .
QUTi«>ite des humains la Déeffc etcrncUe ,
Que tOiit Mortel cmbraflc , o(t dcfirc.oa xappcllé.
Qui vit dans «us les çff^j ^lA-AW ^ «BMapi
F*".*j5f ^-îa*" ^'* ^^Muicftioiu bas idoté.
La lib^ltéX *
t) t M E lîlP O K. ^4^
tbnsles.plus libres & lés pl^s agréa*
blés de rUnlvers.? La féconde dece^
deux qualités ne convient peut étre^
pas moins à Montmorency ; mais onr
ne lui donneroît pas fi volontiers lat
première»
La; différence efl: extrême ; entra;
Tctat préfent de rEurope, & cequ'el-^
le étoit lorfque les Empereurs Ro-
snains devinrent Maîtres de l'Uni-
vers. Leur .empire ctoit ûffiverfel (
leurs fujets ne pouvoient jetter^es
yeux: fur aucun Etat voi(î« ,- a{[et lî^
bre pour' les tnetivQ h couvert' deî
loppreffion , ou dans lequel uneap-»
parence du moins de liberté put leur
xendre. Tefpérance de. ^y iét^btirj
lioux âéctiiil9it:fous le joug" dô Ro«r
mt/dc.àé^ fest^cans;, Il n*eii eft f â^
4e même aujourd'hui^» chaque pa}(S
de TEurope^ où le pouyoirarbitraw
re a pris l'afcendant*, eft environne
Xiij
^4^. L E T T !t R . s .
de pays libres» donc la vue ptoduit:
quelques bons effets ; elle contient
ks ambitieux dans. certaines bornes,
& leur fait craindre de poufler leurs
prétentions trop loin ; elle anime les
efprits du Peuple , en lui faifant ef*;
pérer le fort de fes voifins {n} ; elle
répand des principes de liberté dans!
toute l'Europe , & cette communi-
cation d'étincelles entretient le feu^
yital dans chaque partie.
Cette remarque fuffiroit feulé,pou£.
expliquer rinégalité d'influente du
l^puvoir abfolu des Rois de France
& des Empereurs Romains, pour la.
dégradation du génie & pour la
< irruption du goût, en lesfuppofant:
xnenie également defpotiques ; ce
^tt on eft fort éloigné d accoxder.Tous
(«) Il eà ntile qu*il y aie uo Peuple libie, quand
ce ne (croie que pour apprendcc aux ftttClps qa'iU
(Clivent l'eue. Jdti ^ufitu
© e: m ë h t ô h.* ^\Y'
ks Etats de l'Europe font fi délicate* *
ment balancés , ont tant df intérêts ^
qui les i;ôpprochent , & des commu'- •
nications li néceflàires , qu'ils ont •
e;itr*eux une forte de coniinercél
d'opinions, de principes & de fen*î
timens moraux , comme de produe*^
ttons naturelles & de Manufaâuredé^
Dans le calcul des degrés de liberté» -
& d efprit & de goût , qu on peut fup- '
pofer dans une Nation , il feut!^^
mettre en compte non feulement les -
avantages qui viennent de fa côrifti*'^
tution» mais auilî ceux qu'elle tire -
de fa communication avec d'autres
Peuples ,& cette protedion quelle^
peut efpérer au dehors dans les tems ^
d oppreffion domeftique» A confidé^ î
Ter toutes ces circonftances , il faut ♦-
convenir que la fituation des Fran«. j
çois eft . extrêmement favorable; . i
Cette réponfe m% patoîx .fuffire ^
X iv
avui ojbf^io«« qu'on^ peut tirer côn*
ti^ mon.^ineipe:,^ 4e Tjexeihplle des
François, modernes* Au refte , Tin-
flueoce naturelle à<^ la liberté, pour le
procès de toUJesJes: fecultcs defef-
prit hudviip: » |)eùt être prouévée d?ail-
leufÉl, p^ des: naifoonemens plus abf-
trgit^; iilai;9 iU (tincltou^burs engins
agréables queicetixqaiconiiiftent^ dans
une : fi mple {dé'diidta» de faits' hiftori-
q^e$) ISn lirânt.rHiAoire généraleda-
Mpndé-i vous pourrez trouver,Mo»-
fieUr, d^ri$ybs:pî:opTeyobfBrvatioos,
deqjuoi réfuter vaus-mcme toute autre
difficultcqui vous paroîtroit combat-
tCB.jencore ropinrorf que jîai tàfçké
d'établir l ibrfdée fur rexpérfetiëed'e
toutes tes NatiopSj iâns^étt-è^^épter
rîtalîd 'même j: lés réfïexioiis^ë^bus
dcvreiî à . votre f^ropré^ géàîèyvoftî
prometiieht, fâfifi crnnparaifôrkpltrsSdè
Vi ..V.
t) ff M EN T O R. 5451
lÊÊÊÊmiÊmÊmÊÊÊmmÉÊÊÊÊÊÊÊÊmÊÊmmÊiÊÊimmÊÊmÊmÊÊa^ÊÊÊÊÊm
: ■ ■ ■ ■ — ^ — ' ?»
L E T T R E V I I L
Pourquoi la Poéjîe eft plus foriffante
, en Angleterre qjLçe la Peinture Çy la ,
. Sculpture»
UI'Il eft yral, Monfieur, comme'
je me fuis efforcé de le prouver,
que lalibei té (oït favorabl*;*aux pro*
grès dii genre & du ;^bût: , & ïî T An-
gleterre eft rheuretife ifte où depuis
long- teins fon règne eft biert éta-
• bli ( ) , on peut s'étonner c^ue no« voi»
lîns , moins libres que nous , l'aient
eiriporté furnous danè quelques gen-^
rés, & que dans Ifes autres ils nous|
aient égalés; Attribueroni-îious cet-'
te différence au génie national p-nW
(À) WhcTC , long forcthold , thc P'co^lç loignc ^
\^hera cach %. vaful's 'humble hcart difdaiins.
3l$p L e t t r £ r
aiTurément.Il eft certain que notre ifte
a produit des Pdilofophes d'un mé'-
rite fupérièur , que leurs grands efforts
ont élevés au fommet du Temple
de la fagefle , d'cù ils pouvaient voit
]e6 autres habitans du Globe tetreflre
marcher à tâtons dans les ténèbres «
6*éJoignant beaucoup des vrais feu*
tiers de la fcience réelle & de la vé-
rité {a). Le nom tefpeâable de
Ke^ton n'en laiflè aucun doute..
Mais il prouve beaucoup plus : il
rend tout-à*fait inconteftable que
cette jfle a produit 4^8 génies fubli-
tùcî y capables, avec de juftes en**
couragemens, d'atteindre à tout ce,
qui n^eft pas au deffiis des bornes,
humaines. Il y a fans doute une con«
oexion naturelle entre toutes les fa«
<*. • ' *
Sa) • • • • Sapimtum TempU fe^^nn
neert unde ^UW édi^t , p40îm^i4É viderê
JSrfort f f t • •
-^» . iiucfeett
cuites de l*ame humaine. Un tems » '.
une Nation^ qui produit de grands
hommes dans un genre » le peut dan^
un autre » fî Ton génie s'y tournoi^
Quelle qualité d'efprit pouvoit mati*
quer à celui qui s'eft trouvé capable
de pénétrer dans les loix de la Natu-»
rç , & de découvrir le merveilleux
plan de TUnivers avec autant de clar-
té que le Chevalier Newton î La feu-
le profondeur du jugement ne fuSî*-
foit pas; il faJloit la plus forte ima*
ginatiôn , pour mettre un Pbilofophe
en état de concevoir 5 cjDmment cet-
te même force , qui fait tomber une
pierre , fait graviter les Planettes Tune
vers l'autre , & comment les diverfes •
lo'x de la Nature règlent les appa»'
xences & les mouve^ens de ces corps, >
que le Créateur préfente à nos yeux
dans rimmenCté de Tefpace. Si New-
ton a marqué moins 4>nteUigenc|[
Vj^ t K T t R k $'
èc moins de goût pour des beaùtéi
& des harmonies d'un ordre inférieur,
ceft que (à grande ame étoit occu-
pée d'une beauté plus noble , d'une
harmonie plus divine , celle de l'U-
nivers & des fpheres.Lorfqauri hom-
me v auilî diftingué que lui dans la
fcience qui rimmortalire»condefcend
à. traiter des Arts inférieurs , il mon-
tre du moins qu'il auroit été capa-
ble de les porter plus près de leur
perfection q*ue les autres honames»
s'il en eût fait fon unique étuxle. Nous
en avons unepireuve récente dans le
Traité de VRarmordt {a) du Doâeuc
Smith , Ouvrage où , de l'aveu des
meilleurs Juges» les vriais principes
de la Mufique font mieux expliqués
qu'ils ne l'ont. jamais été dans notre
9Ungue. '
- Mais ce n'eft pas feulement dans
{«)* ^ ^nîcb'^ Hannoiiicili.^
ftaE î M Ë N T 'O fc ^a[^
ileIsScteiices pbilofophiquQs^ue FÂa^*
vgleterrea produit de grands modelef*
:Les Arts marnes , qui dépendent plus
-particulièrement du pouvoir de Ti-
^magination^Sc du goût , offireiit ici
ides exemples » iqui (bat: connoître
•à quelle excellence les Angloîs peu-
-vent atteindre , Jorfquils en fontleut
objet. Croit-on que les immortels
- cuivrages de Michel- Ange., en . Ar-;
cchitcâure , en Peinturé , en Sculp-
rture , demandent' plus df fubUmité
•d'iniagination , que le poëme du Pù-
. jradis perdu ? Connpit - on quelque^
. pièce de payfage, où les objets na-^
, turels foient ifeptéfen|és,avec plus de
force. & de vérité;, que dansJe poëme
; des fdifons (a) ? -Otlyr^ge admirable
dans ce genre , où prefqu à chaque
page les idées du Poète, expriméet
fur la toile , formeroient,rans aucune
^) Fax'M. Thamfo*,
^f4 '^ ^ ''^ ^ ft B^
addition , un tableau comparabh
.peut-être à ceux des plus famçin
Peintre^» L'Angleterre n a-t-elle pks
des Ecrivîiw d« ia pluç grande dif-
Jjlinâion dap9 le genre comique ? ft
Jui rcfufera-t-on Thonneur d'avoir
*aôuellement,dans cegenre^ un Feiih*
tre dont les talenç fonç fnimita^
;.bles(û)?
•^ Comment eft-îl donc virai , qu'a-
-Vecun génie capable d exceller dan$
^^ tous les genres , les Anglois n aient
'fait de grands pas que dans quelques
parties des Beaux-Arts , & que l'An-
-gleterre» qui a produit tant de boihs
-Pt^ëtçs, hait pas dé Peintres ni de
' Sculpteurs qui puiiïent le difputer ^
- Pouflin , à le Brun , à Girardon i Èo
' citant ces grands noms > mon defllèin
* fi^eft pas de faire entetidre qu^Us
»w ...,-■. . ■ • ;.
f 4i II n*eft pas berotn d« nommeff M H%f^Ê
D ,$ M fi îT T O R. if'jK
iffoient les premiers chefs de leut
iAn : je ccynnois Ie$ Raphaëls , leÈ
-Kubens» les Michel- Anges ; ipais je
les donne en exemple , parce qu ils
îfbnt la gloire d'une Nation , en r{vrf-
Jité de tout tetns avec la nôtre , fliç
iiir laquelle nous l'emporterions péutw
itré, fî le génie Angtoi^ étoit animé
par de juftes encouragement , ou çyiU
tivé par de meilleures méthode*;
C'aft ce qije je vais m'efForcer de met»
tre dans un grand jour , après en avoîf
un peu jette fur la queftion, pour-
quoi l'Angleterre a produit tant de
bons Poètes , & n'a pas de Peintres ^
ni de Sculpteurs à vanten
Pour répondre à la première par^
tie de c^^tte queftion , il n'eft befoin
;que d'en faire une autre : pourquoi
les Mufes ont-elles eu des Adorât
teurs dans toutes les régions du Moil-
de ? Chejs les Natbos barbares , eU4i
i: .
pn ont d^ g^ofCiers ; iki^a93' le^ fkp
i:ivilifés » elles •put .reçu Vhfomma^
d'un génie â^ d'un goût pliis confoc*
pies à leur éljégance Se leur .dignité*
pn|i)'igiH«te,/pa$fqiie cprefque tiaM
<putesti0Nitmi»;, Ics^remierSiEcfL
3?ains 4Mit été. ;P'CHef^ <j ; & j'en apporte
:çette. r^ifon : qu'^uA (èntin^nt » bien
jrendu dans, un vers harmonieux » ne
fera peut-êtf e jamais, fi hçureufement
j^xprimé par foii Auç^ut iBême^toiic
^utre. to^urj yp feulimot ohangé.d^
^^cé , fiait évanouir Tharmonie , 8c
4e charme du fon n'eft plus fenti;
de-là , ceux que leur génie rendoit
capables (ie faire; quelque récit en
jffjus4ligms » Ou de chanferun ilijet
^vec la nQbleile & l'agréaient de k
iPoéfie , voyant radmiràtion qu'il*
jexcitoient, & craignant que ces haf-
,fnonieufes compofitions.ne s'échap-
^aSe^tdè lett];.niâcnôire., luûrent le
parti
parti de les écrire, pour s'^flVrer ic^
pouvoir de plaire encpi:e>. comme ils^
étoient sûrs d'avoir plu, L'émuIètioxL
& le defir naturel d^exçeller eafirep t
afpirer d'autres à la mçnxe^çjqire^
'A mefure que la politeflT^ fit despro*^
grès , & que rélégançe& la correâioi^
du langage augmentèrent , les iPo^tef^
fe perfedionnant par degrés ^ mirent
plus de fineile & de goût dans leuriL-
vers. C'eft une très-agréablé obfer-
vation que celle de fùivre les diyers^
progrès des Nations & des Hommes î,
de tracer par exemple Iqs eflForts fi^.
la marche du Parnaflfe Angloi&, de-
puis les chanfops.des^nciens Prui-.
4es, jufquà la fiiblinUî Poéfie de^
Milton , & jufqu aux vers élégans Sc
fenfibles de Pope, * ^
Lorfque les Sciences & les' Artr
CijbLrent abandonné l'Orient. & daî«
go/QïQiM niktex les cU0M|tÀ Qûcidi»'^
iyt L E t TA S s
taux» leur lumière ne tarda point à
fe répandre fur l'Angleterre, Noiii
fivons courus long-tems la même cat-
nere avec nos voi(ins;& ces der«<
Hiers tems ont produit parmi nous
des génies d'un mérité fi/fupérieur/
qu'au jugement de nos Rivaux mé**
ihes > ils iious ont acquis fur plufieurs
points une viâoire immortelle. La
Fhilofophle» dans le plus éclairé de
tous les Çecles , nous doit de gran-
des & d'utiles découvertes (a). L'a»
Varitage d'une Langue forte , abon-
dante-^ hardie , que nos longs efforts
ont affez heureufement purifiée , nous
a" produit des Poètes d'un génie plus
approchant de la noble élévation
(«) C*eft de Ton fcio (la Société rofale^ tfM
font forties de nos fours les découvertes fur la Ia«
miere , fkr le principe de la eiavitacion , far l'a*
berration dc9 étoiles fixes, fur Ta Géontctrie uani-
€«ndante,t& cent antres infenttons»<|uipourioient9
i cet ègard.faiie appeller ce iîccle le fiecle des An-
fUii.atiiB Mca^Bc cdvi 4c Louis JUV* H* 4* y^^
x> R Me n to r. ^yp/^
ides Anciens , que ceux, peut-être, -
d'aucune autre Nation moderne j '
je dis pluls deTiélévatioA des Anciens ; f
cat nous ne faurions défavouer que
^''autres n'aient atteint plus parfaî-
teitiefît à leur correâiion. Nous de-
vons au génie de notre ifle , aux inf- '
pirations de la liberté , Thonneur ^
d'exceller fur le premier point ; &c
c èft notre négligence , autant qu'une '
plus confiante application de nbs
vôiflns aux bonnes règles de là cri- ^
tique, qui leur donne la fupériorité '
pour le fécond. ^
On a fouvent obfervé, avec quel- '
que apparence de profondeur, que *
les Académies '& d'autres Sociétés ,
établies pour le progrès des Science» '
dt des Arts , pour la critique des l
Ouvrages d^cfprît , & pour la diftri-^ -
bution des récompenfes & des hôn*
neufs flu ils paroitfcnt mériter , font *
i(S(5 , L.E,-^, t; ji e 1 ,
plus nuiCbles. qu'utiles (a). Cetw
obfervation peut femhler moins
ingénieufiî ^ parce quelle contre-
dit ce qui paroit d'apord évident^
mai^ avec un peu {l'attention , ^Mpa-
fieur , vous la trouverez injufte &
trop raffinée. En France^, obferve
auffi notre Dodeui Bro^rn , « les
» ievérités de l'Académie ont abfo-
»laçnent. éteint le génie tragique »•
Ces autorités perdent néann>oins leuc
poids , quand on confîdere que lei
tradu6lio4)S mêmes de, Zaïre, & de
quelques autres Tragédies Françoifes
de?ceSk derniers tems, font au -nombre
dçs pièces favorites, du Théâtre An-
glois, & qu'elles ont pour le moins
aijt^t de chaleur 8^ d*éléyation , que
pluti.eurs de nos propres .Tragédies
niodernes. Mais ^guand. qix conviea*
{^y. tes AcadéiT%iip^.v-iniHTtti^èfonr ^^tc^arele
*gënic» maii» blcir plus prOj resà le l'cifcixet , ojU
ÏQààé des i*iijÉ , iitci M«s ffn^jm^, " .
i> È M E N T Q *f 2&i^
, 1. l
Jdroit <iue le vrai génie tragique a
touc-à-fait abandonné les François >
il, me feoîble qu qn ppurroit en ap-
porter une meilleure raifon , qui fe«
roit de fuppofer , que.^ ce gran^géaie
n aurait pu fe foutenir dans un pays
où la liberté a reçu tant d atteintes»
Ç'eft^fluiénientce qui feroit arrivé^
fi; de favorables cirçonftances n'a-
y9ientartçté le cours du mîal ; & riea
njB'peut m'eiîipçcher de mettre en ce,
nombre les efforts de l'Académie
Fi;ançoife. Son inftitution , jointe à
diverfes mi fans .que )'ai touchées
da,ns une aujrçi Lettre,, a fortifié la.
Nation çpntre l'influenc.e du pouvoir^
arbitraire fur le génie & le goût.
, S'il eft naturel que l'exemple ci une^
ve plias à jépjxpdre -ie^goôj^^des arpu-,
fç^eps fjriypjes &. du luxe,,, que c^\^
des plaifirs mâles & des oçcuj^a^ions
af?i L È t t fe Ê s
raifonftables , peut-on concevoir un
antidote plus fâge contre ce poifon
rèlaxatif,que letabliftement d*uâe
fOcîété d'hommes , diftingués pat
leurs qualités perfonnelles , dont
l'honneur coûfifte entr*eux, non-fea-
lement à cultiver leur efprit , mais ï
corriger févérenfient les irrégularités
de Timaginatioft & du goût? Et fi
fout ce qu'il y âde grand , par le
rang ou la âaifTânce . fait gloire d'y
Itre admis, cette émulation ne doit-
elle pas produire deux effets certains:
l'un d*exciter tous les gens d'ef-
prit à s'efforcer (^ ) , par la culture
de leurs talens , d'y mériter une pla-"
ce i l'autre, de rendre Tilluftre Socié-
té fi refpeôable , que fes décifions
tient Tautorité des loiX,& quefoti'
goût , formé par l'étude du vfaî & du
beau, & par la communication de
© E M ê î* T O K» i(?î -
fentimens avec les plusBeaux-Efprits,
vivans ou itiotts, foit capable de ré*
fifter à celui d'une Cour molle, diflS-
pée , qui ne fait ce que c eft que petv ^
fen
Si dans quelque pays, particulière- •
ment en France , il Veft fait pelï de
progrès dans les-BeauX * Arts depuis
la formation des Sociétés établies
en leur faveur , le mal doit venir de
quelques circonftances moins amies
du génie & du goût que ces Acadé*
mies ne peuvent être taifonnablemeniC
fuppofées ;ou peut être lun & l'autre
eft-il déjà parvenu à toute la per*
feâion , dont ]e cataâere & le lan*
gage de la Nation font capables.
Mais , (ans nous aider de cette fup-^»
pofition , il eft tout*à-fait probable
que fi les Académies navoient pas
fervi en France à foutenir le génie & >
le goût , b déudeace 4$ Tua jg Uk
\tSjf^ li B T 1E RES
icoiruptlon de lautre auroient ité
plus réelles & plus apparentes. Ces
Sociétés,avec le concours de quelques
autres circonftances » font toujours
d'un extrême avantage» Qu étoit-ce
que cette affemblée grecque, qui;pen-
dant laFêtedeMinerve,diftribuoKdès
réconspenfes & répandott des hon*
neurs , entre les Ppëtes » les Hiftoriens
& tes Artiftei ? c'étoit une Société
deSavans, car elle étoit compofée
d'un nombre choifi , qui , s'étant at-
tachés à cultiver leurs talens , étoient
capables déjuger des Ouvrages d'au-
trui, & d'apprendre au commun des
hommes à n'accorder leur admiration
qu'à bon titre. Les honneurs qu'ils
.décernèrent au premier des Hifto*
riens grecs {à^ , n'enflamraerçot^ilf
pj^Thucy did?., alors dans l'eniaiice ,
&: ne lui firèni; •• ils' pas emptoyet
toute
]peute la force de Ton génie , pour fo
jendre égal ou fupérieur au Père dô
THiftoire ? Suppofera-t-on que leuç
jétablilfement produifit un mauvais
ciFet , ou qu'il ne fut pas une des prin^
jcipales caufes de cette naïve élcgan-p}
ce & de cette correâion de goût, qui
rendent jufqua préfent la beauté de$
.Ouvrages grecs inimitable.
, Il eft vrai que îi ces Sociétés n*é--
,toîent formées qu'après un déclinr
iênfible du génie , elles feroient d'u-,
ne foible utilité. Drefler un chçvài
lorfqu'ilaperdufon feu & fa vigueur,
.par un mauvais emploi dé fes forces,
^c'eft y penfer tard ; mais s'il eft prif
dans f4 fleur, on ne dira pas que Thaï-
bileté d un maître ne puiOe donner
de la grâce à fes mouveménç, & cor-
riger la furie ou Tirrégularité de fes
cJForts naturels , fans lui faire riea
perdre de fon ardeur & de fa nobiefl^
ParuL Z
Ts9 V ka r ut t
Le foîn & 1 étude n éteignent pas U
féu du génie , mais le font brûler
d'une flamme plus égale & plus lu-
inineufe. Je veux dire, que rien ne
^eut être mieux imaginé , pour réprî-
Iner les faillies défordonnées des jeu-
nes gens , & pour réduire leurs com-
pofîtions à de gracieufe^ formes»
qu'une Académie , revêtue d'une vé-
ritable dignité , & noblement établie
pour veiller à la culture des Arts li-
béraux. Qu'on fiiçpofe à Londres
une Société de cette nature , lorfque
Shakefpear écrivoit pour le Théâtre,
les oeuvres de ce grand homme n'au-
toient pas offert , comme nous Ta*
Vouons nous-mêmes , le plus fingu-
lier mélange de beautés & de fautes,
dont il y ait jamais eu d'exemple (a).
(4) The Works of that great man , die M. Tê0i ,
alTord the moil numérous as well as moft confpi*
^Cttous infiances both of beautics and faïUts of aU
loiCS. i^rgjOiê des [Êuvrês di Sbukffftûf»
•fl àuroit trouvé la fource'dé fWtei
les beautés dans fon incomparable
génie ; &,tenu comme en refpea par
<ie bons Juges qui n'auroient pat
manqué de le foutenir (a) contre le
goût qui régnoit alors dans fa Na*-
tion, il auroît appris à fc garantie
des groffiéretés qui le défigurenté •
Reconnoiflbns donc ici une de»
taifons » qui nous mettent au deiloui
de nos voifins pour la correction du
goût , nous qui l'emportons fur eux
:par la force du génie (i). Ils ont éta-
(a) M. Pope , ibidem,
{b) t'Auceur Gcmble fuppofèr ce point r^IIew
•incnt accordé : mais comme il cft parririili^icmeiic
queftton de fbice tragique , on peut convenir que
çIufieûTS Anglois en ont beaucoup , fans leur ea
reconnoitre plus qu*àc brneille & àCrebillon. D'ail.
■ leurs cewc foret Angloife fé trouve plus ordînaire-
inent dans des tirades fimples , ou des moiceaux
rdécactiés , tels que des monologues . que dans let
pacties liées du fujet ou dans le dialogue. On o(e
avancer que Shakefpear , Orway , Lee , Addiflon,
&c. n'oni pas une (cène comparable dan& fa tota%
lice , pour la force , aux belles fcenes des grands
, TraeicTues François^ La totalité des Pièces loufiri^
Toit encore moins de comparai(bn pour la force
pti(è:dirns,re lens.ç'eû'fà-diie, celle de Tmckli
tkon U de l'ocdte.
rw ••
itiy<* i; f T T * f ?
Ixli dkftS leur Capitale des Sociétâ
^Çui préfident en quelque forte à lap-
•pTobatloA publique, & qui la diri-
çent;pendant^que nous avons recon-
fi(u pour fuprcme Arbitre, le caprice
4à' peuple de Londres. Dans ce qui
regarde lé Théâtre, le jugement du
Parterre a toujours décidé du fuccès;
56: le Parterre a toujours -été conduit
tp^T , un petit nombre de témérat-
.drfcS', qui, fans autre droit peut-être
nque celui delà préfomption , ou dun
peu plus de vivacité , fe font faits les
guides du jugement de la ville. Nof
^taibliffemens littéraires , éloignés par
îa diftance des lieux, n y pouvoient
TprexKke beaucoup de part. On y
pouvoir recevoir de bonnes leçons,
& s*inftruire des vraies règles par Te'-
tude des anciens Originaux : mais
-lorfque les pièces étoient offertes à la.
^Capitale , on s apperçevoit que lei
» E M E K T Q R. iSxl
méthodes régulières y plâifoiènc
moins, qu'un défordre plus cojifort
me au goût d'une grande ville , •oit
nulle Société littéraire n etoit établie'
pour le combattre. Si Londres avoit^
comme la Capitale de France, unie:
Académie aflez refpeâée pour infe
pirér à nos Grands du premier ordres
lambition d'en devenir merpbres '^
elle produiroit infailliblement ua
heureux effets non-feulement elle Ceci
Viroit au progrès du goût , m^i^ deti
venant comme un aiguillon pour.^
génie» elle aninieroit quantité dé pei>i
fonnes heureufêment nées, à cuitiveo
leurs talens qu'ils négligent aujour-*
d'hui. Quel furcroît d'honneur & d ;or«
nesient pour la Capitale de la GràD«»
de-Bretagne ! Quelle gloire pour le
Fondateur, & pour ceuxr à quileut
crédit ou leur rang donnerait Tocc^
jCod He^&.vorîc»^^ mjç fi belle iuftU
7.iij
iiïf a Lettres
tution ! Tôt ou tard la coiTeâioit
ëti goiu deviendroit le caraâere de
BDS Ecrivains , comme la liberté &
la force l'ont été jufqua préfenc;
te la Mufe Angloife pourroit deve-
nir auffi fupérieure à celle de France
iur le premier de ces deux points»
qu'on ne peut lui refufer de l'être
fiir le fécond.
. Concluons que c'eft au génie na*
cional , à celui de la liberté , à It
iiardiefle & l'abondance de notreLan-
gue, que nous devons la force & ré«
Sévâtion de la Poéfie Angloife ; 2e
que c'eft au défaut d'une Académie
dans Londres,qu'il faut attribuer cei
extravagans écarts , ces difformités ^
qui ne ^fê font que trop remarquer
dans quelques-uns de nos plus fameux
Poètes. Mais à quoi ■ Monfieur , pou-
vons-nous attribuer le malheur dont
yptt^QQUS plaignons nou$-mêmes> d9
b E M E N T O n; 2(Sf
ii*avoir aucun Statuaire , aucun Peiq*
tre , dont les produdions foient con*
nues hors de nos limites ; pendant
que ritalie , les Pays-Bas & la Fran*
ce ont produit dans ces deux genres;
des Maîtres dont les Ouvrages font
devenus précieux à tout TUnivers ^
& qui s'achètent à très - grand prix?
Il en faut trouver la caufe , 6u dam
quelques cîrçonftances particulières, ,
ou dans le génie de la Nation. Je veux
liailàrder mes conjeâures : des prof-
babilités font tout ce qu'on peut at-
tendre dans un tel fujet ; quoiqu'il
foit certain que dans une Nation auffi
remarquable que les Anglois par les
avantages du génie , le défaut doit,
venir de quelques caufes morales» £ç
non d'une impuiffance naturelle.
Dans quel tems l'Angleterre a-t-
elle commencé à fe diflinguer par te
]bon goût de la Ppéûe ?.Neft-ce p<j?
Sfe'S4 L E t t R E 5
au teins de laréformation, événemcnl
que iîiille taifons lui font croire
très - heureux pour elle , mais qui
retarda naturelletaent les progrès de
la Peinture & de la Sculpture , en
fupprimant les plus grands motifs
qui peuvent conduire à la perfedion
de ces Arts. En Italie , le rétabliffe-
inent de la politeïïe & des Beaux-
Arts 6t naître des Poëtes & de|
Peintres:
A Haphaély Paînted , ani a Viiafung (a)t
En Angleterre , Spencer & Shakeft
pear , deux Poètes fort au deflusde
Vida,ne furent accompagnés d'aucuti
-Peintre de réputation , & beaucoup
moins d'un génie capable d'entrer en
lice avec Raphaël , le plus grand
Peintre du Mondé moderne. Depuis
(«) Vers de M. Pope . liemcufcincnt imit^ pat
fcluideli^iic YoluUc.
DE M E H T O K. 2^5
là renaiflànce des Lettres & des Arts >
la Grande-Bretagne a continue,pour
la Peinture » de demeurer infiniment
au defTous de l'Italie & des autres
pays catholiques s tandis que les
Poëtes ont reffenti Tinfpiration d'un
feu plus noble , & faiC peut-être l'eC»,
prit des Anciens avec plus de perfec*
tion, que ceux d'aucun Peuple d<|
iios tems modernes.
De toutes les paffions de lamf
humame, il n'y en a point de pluf
violente par fk nature , Se déplus ena^
portée dans.fes effets , que Ten^hoy;*
fiafme de Religion ; d'où l'on j^eut
conclure quelle doit être » fur l'cfprit
du Peuple , l'influence de la confé-
cration des Statues & des Feinturet
•pour objets du culte , & combien I4
"peine & la dépenfe font peu ména;«
^gées, dans les pays catholiques ,,
pour fe procurée des Ouvxagçs 4po|^
9i66 L E T T H Ë S
Tin pofànte beauté puiile tout à I9
fois ieivir à rornement des lieux
ikints , & nourrir la dévotion des
Fidèles. Ceft ce que rexpérience ne
confirme pas moins que la théorie
du raifonnement ; & par -là fe trou*
Vent également expliqués , la force
d'imagination ii commune aux PeiiH
très catholiques , & les encourage^
mens qu'ils trouvent dans leur Reli*
^lon. Les premiers & les demieif
Ouvrages de la plupart des grandi
l^îtres ont été des Pièces religieu*
Ces , compôfées pour des Eccléfiaftii
jgiies ou des Eglifes.
Cimabué 3 le père & le reftau^
rateur de la Peinture moderne, étoic
^accoutumé, dès le premier âge» àfe
îdérober du Collège & des exercices
ordinaires de lenfance, pour donner
<fon tems à confîdérer les Ouvrages
^esFcmties^^eksFlQreatins àvoiaa
DE MEHTOk. a<f7
mmenés de Grèce , & qui travailloietït
à la Chapelle des Gondis , dans l'E-
glife de Santa Maria Novdla (^z). Ce
fut là que fon imagination commen-
çapt à s'enflammer , il fe forma de
grandes idées d'un Art qu'il fut por-
ter, dans la fuite , finon à ce haut
degré de perfedion auquel il s'eft éle-^
yé depuis , beaucoup au deffus du
fliçins de celui qu'on connoiflbit
Hilc^s. Un tableau de la Mère de Diea i
qiyl fit pour la même Eglîfe • cauGi
taat d'admiration à Florence» que
toute h ville fe rendit à la maifojn dii
Peintre , pour le recevoir , & le con*
duilît avec la plus grande pompe;
au bruit des acclamations & des ind»
trumens , \ l'Eglm pour laquelle U
étoit deftioé {b)^ Quelle devoit êtr«
la force de cet exemple^ pour exoi^'
{«). FeliVteii^y vîc dci rciii(rc%
a68 Lettres
ter les talens à la culture d'un Art
qui promettoit tant d'honneurs }
On ne voit d^ns l'Hiftoire de la
Peinture moderne , que des récom-
penfes accordées aux Peintres , & des
tableaux contpofés pour les Eglifes &
les Monafteres. Raphaël fut fï confidé-
té de Jules II. & de Léon X. qu il con^
çut Tefpoir de parvenir à la pourpré
Romaine. Ses plus grands & Tes plut
beaux Ouvrages furent faits pour
(des Eglifes, & les fujets pris dç
l'Hiftoire Sainte» Sa Transfiguration^
le dernier & le plus parfait de fes ta^
bleaux , fait voir à qsel point fon ima-
gination s'étoit élevée par 1 étude &
la méditation des fubfimes vérités de
r£cnture;il a fu donner à la fi*
gure du Sauveur une fplendeor fi divi-
se» quelle eft regardée comme 1*
merveille du Pinceau » & que,dans let
ferxoei d'uo boo SuivaiOl « Raph^ë^
bÉ rM« îTt oit; 'iS^
fîfemble avoir fait un effort furnatir*
-^/rel , pour montrer la puiffance de
9> fon Art dans les chofes même qui
^> peuvent s'exprimer (a) ». Mais rien
«n'efl: moins néceifaire que de s'étendre
.€ur la force du<:ulte,! pour animer les
^Statuaires & les Peintres à la perfeo-
.tion de leur Art. Cette obfervatiofr
eft d'une évidence à laquelle on ne
peut rien oppofer* Ajoutons unique^»
itient que les charmantes Peintures
'& les Statues, qui font rornement
•des Eglifes catholiques , & que les
Fidèles de cette Communion regar««
dent avec autant d'attention que de
piété , leur donnent fouvent l'occafion
d attacher les yeux fur des chef-d'éed-
vf es , qui doivent les remplir d'ad-
miration , avantage e^ftréme pour
■faire éclorre ou découvrir les talens,
A:^ dont les pays proteftans font pr^
^7^ L«TTltfS
-vés. 0- ailleurs un tableau , que /la
piété fait regarder d'un «il de rèt
jped,fait fur lame une bien plus forte
impreflîon,& laffede beaucoup plus
ienfiblement , que fi lacuriofité feule»
fOii même le goût^faifoit chercher à le
'Voir. On raconte detranges effets
ide la vue des images eccléfiaftiques,
«Màlbranche, dans le plus grave des
Livres , parle d'une femme qui mit
au monde un enfant, d'une parfaite
•reflcmblance avec la figure d'un vieux
Saint , qu elle avoit dévotement ho-
nore pendant fa groflefle. Cet événe*
'ïhent que je fuppofe réel: ^ eft une
/preuve frappante de l'extrênie fenfi-
•bilité des Catholiques pour leurs fta-
►tues & leurs peintures d'Eglife i & s'il
y a quelque vérité dans l'opinion que
.tous les fentim^ns d'une mère fe com-
-muniquent au fœtus ^' elle prouve
•um que l'impreifion d'une peintuiQ
b B M f M T o it; fpyn-
fur rîmaginaticn de la meré doit afr
feder à quelque degré celle de l'en-
fant , & graver dans fon cerveau una
forte de goût naturel pour ces Ou-
vrages de l'Art. Ainfî, che2 les Catho-
liques, on peut faire remonter lel
circonftances favorables à la Peinture
& la Sculpture , jufqu'aux traces pri-
mitives , & les plus élpignéeSjquipeu*
vent agir fur famé humaine.
. Je fuis perfuadé aulfi que la fîtua*'
tion de l'Angleterre eft encore une
raifon , qui s'eft oppofée aux progrèf
de ces deux Arts dans notre ifle. Le«
Anglois , féparés du refte du Monde
pat une mer orageufe , ont été moins
vifités desEtrangers que lés autres par#
ties derEurope,& par conféquent ont
^lnanqué d'un des plus puiflans motifs
pour favorifer les Arts d'ornementjla
^vanité d'étaler de beaux Ouvrages ï%
irue: des curieux. Les autres Arts g
eontigus éntr euiE , Se fans cefle ou^
verts aux y eiix desEtrangers,foit qu'ils
y réfident, ou qu'ils ne faflentqueles
traveifer pour pafler plus loin , trou-
vent dans le iefix naturel de fe dif*
tiiiguer, un motif pour cultiver des
'Arts qu'on a toujours regardés com-
me l'ornement d'une Nation , l'Ar-
chiteâure» la Peinture &laSculptu«
re. À quelle autre caufe attribueroiti^
on la fiipcriorité, que les Capitales
de quelques petits Etats ont en^orne-
xnens publics fur notre opulente &
vafte cité de Londres ? Dans ces
<ierniers tems , à la vérité , le nom-
rbre des Etrangers, qui font leur fé-
. jour , ou que leurs ajffaires appellent
en Angleterre , eft immenfe : mais,
à préfeht même , la feule curiofitc
rxiQvts ameue aiïuréoient bien moins
f^'iEtrangers, &; de perfoftncs de nom
^5vi voyagent pour .s'in&îuire^ qw*oB
n'en
DE M£N T aV *^
li*€n voit dans les autres Nation^'
confidérables de l'Europe , fur-tout
dans quelques-unes, telles que la
France & l'Italie.
Mais quand Témulation ne nou^
auroit pas manqué» je crois peuyoy;
apporter une autre raifon de notre
lenteur ; & je fuis trompé , MonCeur,
fi vous ne la jugez pas une des plus
fortes ; la Noblefie de notre ifle , &
tout ce que nous avons de gens dis-
tingués, ont fait moins de réfidence à
Londres , que ceux du même ordre
chez les autres Nations , n'en ont
fait dans leurs différentes Capitales,
Je n'examinerai point iî l'Etat en a
tiré quelque avantage, ni fi ce goO*,
qui prévaut depuis quelques années»
d'habiter la ville & les lieux voilîns ,
produit de mauvais effets; mais quel«
que jugement qu'on puiffe en portejt
/ux d'autres points , on doit conve&i|
«74 I- * t T K g s
qu'il tend de lui-même à polir I^
mœurs du Peuple, à mettre 1 élégan-
ce en honneur , & tur-tout à faire
naître des occafions, des facilités , Se
des encouragemens pour la culture
^es Arts. La raifon s'accorde avec
l'expérience en faveur de cette ob-
(èrvation. Dans tous les pays,un peu
renommés par leur politeffe , la Ca-
pitale a toujours été le principal fé-
jour de ceux qui fe font fait quelque
téputation par les belles qualités de
leur efprit , & par lelégance de leur
goûtî Peut - il en être autrement ?
L'homme eft une créature fociable ;
un penchant vif & naturel lui
fait rechercher ceux qui lui ref-
femblent par le caradere & par le
goût. Ce n eft pas dans un village.
OU dans les compagnies de Province^
tqu'un efprit de quelque élévation,
^ui fe connoît d^s talens & qui les »
ï> 'E M 1 K T o*. ^^75
«ultivés , peut trouver roccafîon db
fatisfaire ce defir commun à tous le&
Jiomme», de fe lier avec d autres hom*
mes , dont les lumières & les fentÎH
mens s'accordent avec les feiirs» Dô»
là vient l'inclinatioQ qui ks* jiorèr
à vivre dans les grandes villes 5 où
la fociétc plus nombreufe & pluf
étendue leur donne lefpoir de faire
plus aiféiïient des amis, .d'un tour
d'efprit conforme à leur goût. Je nb
m'arrête pas d'ailleurs à faire.fentîi;»
combien le commerce & lentretieci
d'un nombre d'amis ingénieux & (èttf
fés corrigent d'erreurs > & combi«i
41s fervent à perfedionner les talenj#
:Qaon le demande à tous ceui: qui
font capables de perfeâion , &.fu#»
tout à ceux que la nature a
partagés d'un goût lin pour Ici
•BeaMXrArts. La fcience abftraite, lU
^a pxôfonder érudition peuvçnt eqg|
^'jS L E T T R C 9
fioriiTante» dans le. réduit obfcutd'un
•Collège : mais il n'en eft pas de même
des Arts imitatifs , fpécialement de
4a Peinture & delà Sculpture. Céft
^ntre les ruines des grande* vilte
^e l'Antiquité» que fe trôiTv^ent les
précieux Teftes de l'ancien Art. Dai»
tucun pays , l'habileté ne fera famais
de grands progrès en ce genre fi
vanté , quQU y ait conçu l'idée d'em-
vbeliir la Capitale ; & jamais on ne
,pèut efpérex d'en- faire une belto
vHle, fi les Grands & les Cirayens
riches n'y paflent du mcjins quelque
partie de l'année (a}. Un Seigneur^
tUn hom'me oputent, qui vit conti«
,0uellenfient dans fes tetres', y peut
^employer de grandes foniïmes^ à dé»
(«)Oti rc m Aiquef a facilement que le but U
tontes ces oklcrvaiions eft d*e*citcr les Angloisà
'i'cmbeliiflêment dcLonçtrcs. Il eft Cfès *• heureux
pour l'AMelcterre,qiic la voix d'un fimpic CitoyeR
*ir proiaiic qtielqo^ fois d^xcellctis c'ftets j piaf
LeurcuK encore qn'çUç ^U («uiom^ la Ubcxtë <k
DE Mentor. ^77;
torerfon Château ; mais , après bcaii*
coup d efforts^pourle rendre aulïî ma*
jeftueux qu élégant , jamais il n'aura
le mémeefFet pour répan^dre le bon
goût , qu'un édifice élevé dans uim
grande ville à moins de frais. Darts
les villes, tout eft dritiqué, rien n eft
exempt de blâme ou déloge; legranî
nombre des :Artiftes,leur difcerne-
ment & leur émulation , la npiultit|icte
des fpeftateurs » chaque cirçonflançe
(èmble infpirer ceux qui (prit charges
^è l'exécution d'un Ouvtage deftiné
à la vue du Public , & contribue à
HeuT faire mettre |:oute la eèrreaioa
^^ofliîble dans leuT deffein & dansleut
travail ^( pour éviter la cenfure & me*
titer l'approbation ''des bons Jugéf*
^'un autre côté4 expofition des beaux
Ouvrages aux yeux de quantité, de
fpeâateuri, fert beaucoup à répandro
4e jufles idées dû granct Si du b*eau«
FIN.
l l
T A B L Ê
D E.S I,*E TT B. E S.
X^EtTRE PREMIERE. SuT VÉ»
tude en général,
h E T. II. Sur l'Etude de PHifioire^
•Le T. III. Sur le même fujet.
Xe^tII V. Sur l'a Biograplde.-
Xbt.V. Sur le Goût.
J-et. VI. De. Vir^uenee que la lit
berté a fur lé Goât,
X E T. y 1 1. Dt.l'influtinçe delà Liberté
■ fur le Goât t (y du Jiede de Lctutê
■ X.IF.
Xet. VIII.'F<w«-3Kw la Poéfie eji
jlus fioriffante en Angleterre que ïa^
PeintureÇy la Sculpture,
^|n de la Table des Létcscs,^
V^ZWvX^
'rfv-V