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Full text of "Lettres d'un theologien à un de ses amis a l'occasion du Probleme ecclesiastique adressé a Mr. l'Abbé Boileau"






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LETTRES 

D'U N 

THEOLOGIEN 

à un de fes 

AMIS 

à Voccajton duTROBLEME 

ECCLESIASTIQUE 

ADRESSE A 

Mr. L'ABBÉ BOILEAU. 

Seconde édition. 




,, A A N r E R S 

\ Chez HENRY van R H Y N ^ 

• M D C C. 




LETTRES 

d'Un Théologien a un defejamisa 
IWca/îon du prc blême Ecctefiajiim 
que adrej^é a Mr, l'AbbcBoileau. 

PREMIERE LETTRE. 



|U îa peine dans laquelle vous 
me marqués que le problème 
Ecclefiaftique vous a jette, 
n'eft pas bien grande;ou certai- 
nement , Monfîeur , vôtre pa- 
tience ell heroique. Pourquoy 
attendre fî long temps un éclair ci ffement fur 
vôtre trouble , fi vous m'avez cru capable de 
vous en tirer > Vous efperiés que quelque rê» 
ponfe au problème vous fortiroit de Tcmba- 
ras d'efprit ouvousétiés. Jevousavoiieque 
j'attendois auiîî qu'on découvrit au public 
la malice & Tignorance de ce feditieux li- 
belle, & que les différentes folutions , que 
l'on en a données jufques ici, ne me fatis- 
font pas. 

Je comprens bien que M. TArchevêquc 
de Paris a dû meprifer cet ouvrage de ténè- 
bres , & fe contenter de la réparation que 
luy en a faite le premier Parlement du 
Royaume , en condamnant ce problème à 
eftre brûlé publiquement par la main du bou- 
leau. Un auteur qui travaille à révolter les 
A oiiail- 



I 



% Lettre A'Hn Théologien 

oiiailles contre leur pafteur légitime , ne me- 
nte point d'autre reponfe. 

Si tous ceux qui lifent ces libelles , étoient 
Théologiens & capables d'en découvrir 
rimpofture , on auroit raifon d'en demeu* 
rer dans le fîmple mépris. Le filence pu- 
jiirojt peutétre mieux ces efprits fuperbes 
& inquiets , qui remplirent le monde de 
mauvais écrits , que des reponfes les plus 
convainquantes. Mais il y a des infirmes 
de bonne foy , qu'il faut guérir : vous le 
fentes par vôtre propre expérience ; quoi- 
que initait de la religion , & plus Théo- 
logien qu'un homme de vôtre profeflion 
ne l'eft ordinairement , vous n'ave?. pas 
laifTé d'être ebloiii par le problème ; & la con- 
^ance que vous devés avoir avec tant de 
raifon en vôtre illuftre Archevêque , en à 
cflé ébranlée : avoiieT, le de bonne foy f* 

N'attendes pourtant pas que je réponde 
à cet écrit ; il convient mieux à un homme 
fage de le méprifèr que d'y repondre. Mais 
comme vôtre trouble ne vient que de la 
mauvaife imprefîion que l'on vous à donnée 
contre le nouveau Teftament du P. Quê- 
nel ; je n'ai uniquement qu*à vous faire 
voir , qu*il n'y a rien dans les Reflexions 
morales , qui aproche 'de la dodrine des 
cinq fameufes propolitions fur la grâce , con- 
damnées par les Papes Innocent X. & Alex- 
andre VII. & que par confequent M. TAr- 
clicvêque de Paris n'a aprouvé qu'un livre 
tout orthodoxe. 

Tottt nutre Théologien que moy vous 

auroit 



Sur le problème Ecclejja^ique 5 

atiroit facilement eclaircy ; mais peutctrc 
aurics vous eu de la peine à trouver une 
perfonne aufli deiinterefTée fur la matiè- 
re, qui fait le fujet de vôtre confuitation. 
Je ne fuis^ comme vous favés , dVicun par- 
ti , & j e n'ai de liaifon avec les Théologiens , 
qui ont fur ces matières des fentimens dit- 
terens , que celle de la charité commune : 
j'honore la vertu par tout ou je la recon- 
nois , & je fuporte toutes les opinions que 
l'Egiife fouftre, attaché a fes feules deciii-* 
ons. C'eft ce que j'efpere que vous verres 
vous même dans la reponfe, ou félon Vjl 
éifpofition de mon cœur , il n'y aura au- 
cun air de parti. Souffres feulement que 
j'entre avec le public dans toute l'indigna- 
tion que mérite cet infâme problème , & ne 
vous en prcnés pas a moi , ii je ne le ménage 
pas : je ne ferai en cela que l'interprète des 
honeftes gens. Mais avant que j'entrepren- 
ne de jullifier l'aprobation donnée par M. 
rArchevéque de Paris aux Reflexions mo- 
rales , trouvez bon, Monfieur, quejevous 
dife, que les feuls préjugez qui fe tirent du 
libelle , qui vous à troublé , & de l'auto- 
rité fous laquelle paroiflènt les Reflexions, 
autorifées par le nom de M. l'Archevêque 
de Paris , étant encore Evêque de Chaalons, 
dévoient feuls vous mettre la confcience eii 
repos fur la ledure de ce livre. 

Un homme fans nom & fans aveu : ce 

n'eft pas affez dire, defavoiié & deteflé 

par tout le monde , ofe infulter aunAr- 

chevêc^ue, que fa pkté & fa capacité recon- 

A 2 nue* 



.^^^^ 4 lettre à" m Théologien 

niies pendant vingt ans d'Epifcopat , ont fait 
choifir par un Roy plein de religion , pour 
lui donner la conduite de la capitale de fon 
Royaume. Au quel des deux deviez vous, 
vôtre confiance ? 
^^- j^ ,J-^^* déclare ^ue ceux qui écoutent fex tA- 
i6» foins , V écoutent lui même ; il recommande 
Mar* d'' honorer la Chaire de Moife , fur laquelle îef 
3X1 II» fhariftens e'toient ajjîs^ ^ a caufe de cela il 
a» veut qne Von fajje tout ce qtCils difent , quoi- 

qu^il deffende défaire ce qu'ails font : Quand 
le fils de Dieu ordonne que l'on rende une 
obcifTance refpeâucufe aux places toutes 
vuides de fainteté ; que diroit il de cel- 
les il dignement remplies ? Si vous l'a- 
viez conlùlté , il vous auroit renvoyé a vô- 
tre Archevêque, non feulement pour eflre 
docile a fa voix ; mais auffi pour imiter les 
exemples des vertus qu'il vous, donne. D'ail- 
î Ican» ^^^^^ n'êtes vous pas averti de ne pas croire a toU' 
\V.u * ^^^ fortes d^efprit ^ d* éprouver s"* ils font de 
Dieu. Ne déviés vous donc pas reconnoitre 
d'abord dans le ftile arrogant de cet écrit , 
iiTetr. ^^ caradere de ces hommes animaux dépeints 
II* lo»/^'' ^^^ t^pofires^ aux quels l'-ohfcu rite des te- 
Iud»8» nebres e(l réferv^Sy tenans des difcours pleins 
d^ orgueil ^ de folie; ces murmurât eur s qui fô 
plaignent toujours , quifuivent leurs pajjions ^ 
qui parlent avec audace ^ blafphement ce qtCils 
n'entendent pas. La feule arogance d*un 
vil écrivain , qui ne garde aucune me- 
furc , ni d'honeteté ni de religion , en 
parlant d'une perfonne , que les loix 
diviaes & humaines veulent que Ton ref- 

pe\^e, 



Sur le problème Ecclefiafiqùe J 

pc6le , devoit toute (feule vous révolter* 
Nous vivons dans un fîecle ou Ton voit avec 
douleur les Théologiens s'élever les uns 
contre les autres , animez par leurs pré- 
ventions , plutôt que foûtenus par l'amouT 
de la vérité. Leurs libelles plus remplis 
d'injures que de bonnes raifons , inondent 
les Villes. La charité y eft oubliée, & le 
feul intérêt des corps ou Ton fe trouve y 
eft confulté. C'eii un fcandale qu'il eit plus 
aifé de déplorer que de reprimer. 

Mais de quel nom qualifierons nous la li- 
cence , que fe donne un miferable fophifte 
échaufé par fa bille, qui foulant aux pieds 
toutes les règles du refped , & de robeiflànce, 
s'élève contre la fainte & vénérable autori- 
té d'un illuftre Archevêque. Audacieux & j^j^ f, 
attaché a fon fens , il meprife la domina- 
tion , il hïafpbeme la Majejle, ^ tte craint 
point d'introduire de nouvelles SeBes. Ce 
foni: les derniers traits du portrait de ces 
hommes vains , que les Apôtres ont prédit 
devoir dans les derniers temps , attaquer 
i'Epifcopat , & dont nous voions de nos 
yeux le funefte accompliirement ; car c'eftdes 
dignités Ecclefiaftiques que le ^oiaç de S. 
Pierre & de S. Jude ont été communé- 
ment entendus & interprétés par les Pè- 
res. 

La loy a beau deffendre de maudire le grand ^^^ j 
Fontife de Dieu & le prince du peuple. S. xxu# 
Paul en refpeâant l'ombre de cette autorité, u^ 
dans les redes du facerdoce judaique qui a^* 
s'evanouiflbic , s'y foûmetta ^, pour in-xxni; 
A 2 flruife i6. 



6 I. Lettre d'uft Théologien 

llriiirc tous les fidcles du refpe6t dû au arac- 
terc Pontifical. Mais nulle ioy n'arrête l'au- 
teur du problème ; importuné par la puilïan,- 
ce Epiicopale , qui fait la fureté & la confo- 
lâtion des Enfans de l'Eglife, il ne travaille 
qu'a la rabaiiîcr , pour luy ôtcr , s'il luy etoit 
€onc 'P'^ffible, le pouvoir qu'elle a receu de J.Ch. 
I^ji-, * l'Eglife dans un Concile gênerai auraen- 
fab vain condamné ces accufations malignes & 
Inn. 3. informes, dont les auteurs n'ofent fe produi- 
SjtKcJf re, en les detetlant , comme une relfourcç 
I^a/res toujours préparée à la. rébellion contre les 
frovtdè puilFances légitimes ; comme un moien af- 
fiaiue- fui-c pour mettre en ufage la calomnie conv 
funtHt trc les perfonnes les plus irreprehenfibks 
^ccîtÇa. ^ iç.^ pj^5 eminentes par lair rang , & par 
^fo Pr^^ YtMx pieté. Rien ne reprime plus les faifeurs 
liiorum ^^ libelles, & les plus grands fieges de Fran- 
td' ^^ ^^ trouvent aujourd'huy expofés a leur 
.,.,,.4' infolente malignité, 

Thymc ^'^'^^ 1^ cas prcveu dans ce Canon , ou 

pour me fcrvir des termes du grand Magi^ 

fiscs- itrat, qui fait l'admiration de nôtre fiecle^ 

lumnts Fendant que M. rtydrchevèqtie de Paris donne 

torru.tt touf les jours à rEgïijl des gages pretieux de la 

Adtfiit- faintelé ^ de f uniformité' de J a do'ârme parcel^ 

itm.mfi i^ dcja vie^ un fit7?pJe particulier fans caraBe^ 

^''iL^^'^* 7'i/î//?jww//' , ^ ptutêtre fans capacité^ 

s'érige un tribunal fuperieur à celuy d^un grand 

, tyircbev!}quô , ^ au heu de recevoir fes deafions 

avec déférence , il veut Je rendre juge des juges me^ 

mtam ^^^' àelafoy. 

Uk fo. Lors- 

himfA\j& , fed mdVtgndt tt'tdm dceufdtîom J4fta4l>faclf^4^- 



non ta- 
cite 
mttta ' 
îHrne 
CQnctis- 



Snr le problème Ecclejtafliqne y 

Lorsque quelques Evéques fe font égarés 
en matière de dodrine , ce qui eft arrivé 
afTez rarenient , leurs confrères les ont ai- 
Sés a fe redreffer par des ayertifTemens cha- 
ritables ; & quand ils n'ont pas voulu dé- 
férer a leurs avis , ou eux mêmes , ou les 
Papes , ou TEglife dans les Conciles on% 
prononcé contre les erreurs foûteniies' 
avec opiniâtreté. Si quelques particu- 
liers ont écrit contre eux avant le juge- 
ment de la caufe , ils en ont efté char- 
gés par les Evéques , comme S. Grégoire 
n'étant encore que Nonce de Pelage fé- 
cond à Confiantinople , écrivit contre le 
Patriarche Eutychius , qui nioit la refurrec- 
tion des corps. S. Bernard a la prière des 
Evéques de France detiendit auffi la vérité 
Catoiique contre Gilbert Evéque de Poi- 
tiers. Mais ou verrons nous dans toute 
FHifloire de l'Eglife , hors dans un Lu- 
ther, ou quelqu' autre furieux de même na- 
ture , un exemple femblable à ccluy de 
fauteur du fcandaleux Problème > qu'il vou^ 
trouve luy même un homme qui luy relfein- 
ble , lors qu^il excite les fidèles du Dioçefe 
de Pans à la révolte contre leur Archevê- 
que , en luy infultant comme a un héréti- 
que , qui autorife par fon approbation les 
cinq fameufes propoiiiions condamnées par 
toute l'Eglife. Et cela pendant que la foy 
de cet Archevêque , fur qui le moindre 
foupçon n'eft jamais tombé , efl le foutien, 
& tait la joye de toute l'Eglife de France. 
A-t-on jamais oiii parler d'ua pareil atten- 
A 4. tat 



s !♦ Lettre (Cun Théologien 

îat ?• £rt-ce un Jurieu fi fc.ivant en injures 
contre les Evéques ; eft-ce un chrétien , eft' 
.^e un homme ? s'il ne veut pas nous dire 
fon nom , qu'il nous dife au moins dequellc 
lède \\ eft? 

Quand on voit traiter un tel Archevêque 
de Janfenifte^ , y at'il puifTance pour légiti- 
me qu'elle foit , qui ne doive craindre d'être 
décriée comme tiraimique ? & s'il arrive un 
jour qu'un Pape condamne quelqu'un des 
mauvais dogmes adoptés par un écrivain 
oui refTemble a l'auteur du Problème , le 
?ape lui même ne ferat'il pas auflitôt janfe- 
niite & hérétique? les exemples funelks da 
pafle , que vous me difpenferex , s'il vous 
plait , de raporter , doivent faire tout crain- 
dre pour l'avenir. Car après avoir travaillé 
a exciter la rébellion dans TEglile, ne doit 
on point aprehender , qu'on ne la prêche 
dans l'état, & qu'on ne follicite un jour les 
fujets de fe fouitraire a l'obeiffance de leur 
fouverain ? C'eft ce qu'ont vu les fages &. 
«claires Magiftrats du Parlement de Paris , 
6c c'ell ce qui a excité leur jufte feverité 
contre le feditieux Problème qu'ils on fait 
brûler. 

Le Saint Pontife Innocent xii. dont Dieu 
beniflè & prolonge les jours, dans fon Bref 
aux Eglifes des Païs-bas , avoit deffendu aux 
particuliers de fe traiter de Janfeniftes & de 
Moliniilcs. Le Roy qui procure avec tant 
d'ardeur la paix à l'Eglife , avoit fait la mê- 
me defFenfe dans fes déclarations , mais 
aujourd'huy au. mépris de ces loix toutes 

juftcs 



Stir le froblcme Ecdejiafiiqm ^ 

juftes & toutes faintcs. Ce n'eft point un 
particulier qu'on accufe de Janlenifme; 
C'efî un grand Archevêque de la capitale du 
Royaume ; qu^on dit mériter d'être mis cm 
nombre des hérétiques convaincus d'une do^ 
Brrine abominable ^ impie , comme un de* 
plus declare'f Janfenijles qui aient jamais 
ejlé , digne d^être placd a la tejle de cette 
JtBe. 

Je ne fçai pas Monfieur quelle imprefli- 
on , ces infolentes paroles ont fait fur vô- 
tre efprit , quand vous les avez iiies dxms 
le problème ; pour moi je. vous avoiie qu'- 
elles m'ont rempli d'indignation contre fon 
auteur. Je l'ai regardé comme un fou fii- rTîm^ 
rieux ; & la refolution qu'il demande , com- <^« 4» 
me une de ces queftions foies & funeftes , ^* 4» 
dont parle l'Apôtre , qui font les produdi^ ^ Tivoi^ 
ons d'un efprit d'orgueil ; qui ne font pro- 1*.*^* 
près qu'a exciter des difputes & x répan- ^^* 
dre l'envie & les mauvais foupçons. Il ^ ^oV 
n'en a pas falu davantage, pour meperfua- ^^ j^ 
der, qu'un homme aulîy emporté ne meri- * ' 
toit aucune créance ; & que la vérité ne 
pouvoit fortir d'un cœur auffi manifeile- 
ment corrompu. 

Vous en déviés d'abord juger par le feul 
extérieur , comme ces auguftes Magiftrats, 
a qui nos Rois ont conîîé une grande par- 
tie de leur autorité , dans le Parlement de 
Paris ; lefquels ne font pas moins attentifs a 
maintenir la paix de l'Eglife en foûtenant 
la dignité des Evéques , qu'a conferver la 
tranquilité dans les familles <3î entre ks par- 



^& î. Lettre d'un 'théologien 

ticuïici's par la juftice de leurs arrêts. Ce 
corps fi vénérable & fi éclairé, l'a mife cet- 
te queftion du Problème au rang des libel- 
les diffamatoires & feditieux , dont Tani- 
que but eft de divifer le troupeau d'avec le 
Pafteur. Il Ta mife au nombre de ces écrits 
plems d'une noire calomnie , & injurieux 
â k dignité Epifcopale , qu^une licence cri* 
minelle répand depuis quelque tems dans- 
le monde , au préjudice des plus fàges or- 
donnances de nos Rois. Il l'a conliderée, 
comme contenant un myilere d'iniquité, 
formé par les ennemis de PEgUfe. Il a ju- 
gé que portant avec elle fa conviélion & 
condamnation , il étoit de fa juilice de luy 
imprimer dés aprefent une note d'mfamie, 
qui rejallît un jour fur le front de fon au- 
teur. Le feu luy a paru la punition la 
mieux proportionnée a la témérité de cet 
écrit, pour abolir éc e&acer, s'il étoit poi^ 
fible , jufques au fouvenir de cet ouvrage 
de ténèbres. C'eft ainfi que tout liomme 
raifonnable jugera tousjours , fans qu'il foit 
befoin d'examen , de ces écrits fans aveu 
& fans autorité, qui portent un préjugé ma- 
pifefle de la malignité de leurs auteurs. 

Je n'examinerai point encore , fi Mr. 
l'Archevêque a mérité d'être appelle Jan- 
fenifte , pour avoir approuvé les Réflexi- 
ons morales. Je le ferai dans une autre let- 
tre , fi vous n'êtes pas perfuadé par les feuîs 
préjugés de cette folle queftion. Maispuil- 
que. tout le problème eO: fondé fur l'uni- 
fgrmîté.de dodrine, qu'on prétend de ren- 
' con-- 



Shy le problème Ecclejtajîiqtie |f ; 

«outrer entre les Reflexions morales & le 
livre de rExpofîtion de la foy ; vous avés 
au moins dû voir la fçavante ccnfure qu'en 
a fait ce Prélat. N'y a\és vous pas trouvé, 
qu'il ordonne exprellèment l'exécution de 
toutes les conftitutions Apoftoliques d'In- 
nocent X. & d'Alexandre VII. d'heureufe - 
mémoire , tant fur le fait que fur le droit? 
& qu'il condamne le livre de l'Expofîtion ; 
de la foy , comme contenant des propoii- 
tions téméraires , impies , hérétiques ; & 
comme renouvellant la do6lrme des cinq 
propolîtions. Que vous en femble Monfr. . 
eft: ce ainfi que prononceroit un homme 
plein , félon l'expreffion du Problème , de 
tout le venin du Janfenifme } 

Mr. l'Archevêque n'a t'il pas fait la plus 
nette déclaration , qu'il pût jamais faire con- 
tre le Janfenifme dans cette ordonnance, 
qui a été répandue dans toute l'Europe , 
recciie dans Rome avec éloge , & placée 
dans toutes les Bibliotcques } a qui donc 
des deux avés vous dû croire , ou a Mr. 
l'Archevêque , qui s'explique lui même en '. 
condamnant la do6lrine des cinq pro- 
pofitions comme hérétique , ou a l'auteur 
du Problème , qui l'accufe d'être Janfeni-- 
fle , après une condamnation fî autentique > 
je vous ai promis d'en venir a l'examen iî 
vous l'exigés de moi , mais en attendant, 
doit on prefumer qu'un Archevêque de Pa- 
ris a la viie de toute l'Eglife chrétienne,, 
fe rende en i66y. le protedeur des cinq: 
fameufes propolicions dans rapprobation . 
A é qu'ii^' 



t2 ïé Lettre d'un Théologien 

qu'il donne aux Reflexions porales ; & qu'il 
condamne en 1696. les mêmes cinq pro- 
politions comme hérétiques dans la cenfu- 
re du livre de rExpofition de lafoy? at'oa 
jamais oiii parler d'une femblable varia- 
tion dans un homme , qui n'a pas entière- 
ment perdu l'el^rit ? C'elî pourtant l'extra- 
vagance dont M. de Paris efl accufe dans 
le Problème. 

Un dernier préjugé plus fort que tous 
les autres , eft tiré de la manière dont M. 
l'Archevêque de Paris a adrefle en i6^s^ 
aux Curés de fon diocefedeChaalons, une 
nouvelle édition du N. T. avec les Refle- 
xions morales , & de ce qu'il a fait pour 
rendre cette édition plus parfaite. Vous 
lavés qu'a l'occafion des nouveaux conver- 
tis , accoutumés aux mauvaifes verfîons de 
rEcriture , on diftribiia par les libéralités du 
Roy une fort grande quantité de nouveaux 
Teitamens en nôtre langue ; & que l'on. 
crût que rien n'êtoit plus propre à les des- 
abufer de l'erreur ou ils étoient , que l'on 
deflendoit aux anciens catoliques la ledl-u^ 
re de l'Ecriture fainte, que de la leur mettre 
entre les mains. 

Mais comme c'a toujours eflé le defir 
des SS. Evêques , que les divines Ecritu- 
res ne fuflent données au peuple , confor- 
mément a ce qui a été ordonné fur cette 
matière par le Concile de Trente , qu'avec 
des précautions raifonnables , dont la pre- 
mière efl; qu'elles fuffent accompagnées de 
actes approuvées par les Evoques ; M-. de 

Chaa^ 



Sfir le problème Ecclejtafiique 1 3 

Chaalons crût avoir trouvé un trefor pour 
fon Diocefe dans ce N. T. accompagné âc 
Reflexions morales fur chaque verfet ,. 
pour en rendte la lecture plus utile , & la 
méditation plus aifée. Par ce moyen il em- 
péchoit les fidèles s'égarer dans une ledlu- 
re , ou fe trouve naturellement pour eux la 
vie éternelle. 

Il fut d'autant plus porté a fe fervir de 
ce livre , qu'il avoit déjà efté approuvé par 
fon Predecefïèur , Mr. Félix Vialaz d'heu- 
reufe mémoire dans une édition des feuls 
Evangiles avec des Reflexions forts courtes. 
l'Ouvrage étant depuis augmenté , il s'en 
étoit fait à Paris plufieurs éditions , avec 
des approbations autentiques des Doéleurs 
de la Faculté , & a la viie de feu M. P Ar- 
chevêque , qui en avoit reçu agréablement 
les prefens. Depuis prés de 20. ans les édi- 
tions de ce livre fe multiplioient , & les 
libraires y pouvoient a peine fournir. Tout 
le public y applaudiffoit , & les perfonnes 
de pieté y trouvoient une ondion , qu'ils 
ne rencontroient point dans les autres, li- 
vres. 

Les Curés du diocefe de Chaalons , qui 
y avoient un droit particulier , le deman- 
doient avec empreiîèment ; rien n'êtoit plus 
propre dans la circonftance prefente , pour 
la confolation & pour l'inftruélion tant 
des anciens que des nouveaux Catholiques, 

En effet rien ne paroit plus convenable , 

que des reflexions morales ftir l'Ecriture 

Imte. Leg remarques que Ton fait fur 

A 7 le 



■jr4 *♦ Lettre d'un Théologien 

le fens littéral , font ordinairement feichcs , 
touchent peu le cœur , & nouriilent l'ef- 
prit de difpute plutôt que celuy de com- 
pondion. Au lieu que dans ce nouveau 
Teftament , l'auteur déclare dabord dans 
fà préface , & par le titre même du livre , 
qu'il ne prefente au pieux kcleur que des 
Reflexions morales , ïuy donnant pour in- 
trodudeur a l'intelligence de l'Evangile , 
le defir même d'en profiter. Par ce moyen 
il ouvre le cœur de ceux qui le lifcnt , & 
accomplit en eux cette parole de S. Jean; 
VonUion -vous mfiruira Je toutes chofex i ^ 
celle cy de N. S. Si Von pratique la volonté 
de Dieu , on connoitrajï ma doBi-int ejl ds luy , ou 
fi jeparïe de mai tyiême. 

Tel a elle le motif ou plutôt la necelTi- 
té , qui a obLgé M. l'Archevêque de Pa- 
ris , alors Evêque de Chaaions , d'adref- 
fer a fes Curés les Reflexions morales. Mais 
quelles précautions y ajouta-t'il .^ C'eft 
ce que je vous prie Monfr. de remarquer : 
non content de voir ce livre receu favora- 
blement par le public depuis longtems , 
approuvé par plulieurs Doéleurs de la fa- 
culté de Paris , & publié a la viie de feu - 
Mr. rArchevêque , lî juftement attentif a; 
un livre de cette confequence , il revit lui 
même & -fit revon- par des Théologiens 
tant la . veriion du texte facré & les fom- 
maires , que les reflexions de l'auteur , que 
l'on remarqua eftre prefque toutes tirées mot 
stmotdesS.S.Peres. 

Et premièrement a l'égard cje la verfîon ^ ~ 

COI»- 



Sfir Uffohkme Ecele/taftiffue IÇ; 

comme on avok fait de puis longtems plù- 
fieurs obfervatioiis fur celle qui a été 
imprimée a Mons , Mr. de Paris trouva 
qu'une partie des endroits qui y avoiertt 
elié relevés ', avoient été changez par V'm^ 
teur dans redition de 1693. ^ il corpî»- 
gea ce qui itii parût de\^Oîr encore eftre re^ 
touché , tarit dans le texte que dans lesfom- 
maires ; de forte que toute la malignité de 
Tauteur du Problème n'a pu trouver rien 
a dire contre cette verfion de l'édition de 
1696. qui tût approuvée par Mr. l' Archevê- jca^, 
que. Donnés vous ^ s'il vous, pkit la peine Vi4f: 
de confronter cette édition de 1 696. àv^c Jean. 
■celle de Mons & vous verres la differen-x.2i» 
t:e qu'il y a entre l'une & f autre dans lesfom- 
endroits , qui pouroient avoir paru fu roaJ'c^ 
fpQds. Je vais vous en marquer ici les prin- *^"* 



I2< 



-eipaux ; & ne foies pas furpris de me voir y'* 
û inftmit de tout ce détail , car quel Bc- ç^^ * 
cleh'aiiique un peu zélé n'a pus eu la curio- ^aj^g 
fîté de s'informer de la conduite de Mr. Rom/ 
de Chaalons , & n'a pas pris intérêt a un y. <?, 
livre qui a fait tant de fruit ? i TheC 

Il faut Monfieur que je vous rapofté en 1 1. 1 tf. 
palfant ce qui m'eft arrivé plus d'une ibis îThefT» 
depuis deux ou trois ans , avec des gens ^i* 3» 
qui ne peuvent foufir le N. T. de Mons. Hebr» ^ 
Comment eft-il poffible , ine difoient-ils , que Y'*^^* 
M. l'Archevêque de Paris fafîè hrc m-^^^^* 
jourd'huy dans le N. T. du P. Quênel , la"»^®v 
verfion de Mons que fcs predeceffeurs ont 
deffendue.^ a-t-il fi peu de confideration pour 
ceux a qui il a fuccedé ? Le 4:epoiife , com- 
me 



t6 !• Lettre d'un Théologien 

me vous voies par les corredions dans les 
lieux , qui les pouvoient choquer , étoit 
promte , & il ne m*a pas été difficile de 
leur fermer la bouche. Mais favés vous 
qui étoient ceux qui me faifoient cette que- 
ftion ? des Théologiens , le croiriés vous l 
mais du nombre de ceux qui fe prévien- 
nent par intérêt de communauté , & qui 
m'ont avoiié de bonne foi, quand je les ai 
prefïèx , qu'ils n'avoient gueres lu leN..T. 
du P. Q. & qu'ils ne Tavoient jamais coa- 
fronté avecceluydeMons. 

Je vous afTure que je n'en ai pas trouvé 
pour un. Il y en a parmi ceux qui crient 
contre les Réflexions morales, qui ne fe font 
jamais domié la peine de les lire , que quand 
on leur en a fait honte. Dans le monde a prê- 
tent on prône plus que jamais les hommes 
& les livres par cabale , & on les décrie de 
même par intérêt de Corps. 

Il n'y en aura peut-eftre de longtems 
d'exemple plus fenfible , que celuy du livre 
dont nous parlons : il a paru plus de 15-.. 
ans avant que M. de Paris l'ait approuvé. 
Feu M. l'Archevêque fon predecelTeur l'a 
vu imprimer trois ou quatre fois fous fes 
yeux ; il l'a reçu; il l'a lu, ce Prélat fi dé- 
licat fur tout ce qui pouroit approcher du 
Janfenifme ; y a-t-il trouvé quelque chofe 
a redire ? rien ne luy étoit plus facile que 
de le faire fuprimer ; il en avoit toute l'au- 
torité , puifqu'il s'agifToit d'une verfion de 
l'écriture , qui ne doit jamais paroître en 
public fans la permilTion de l'Ordixiaire des 

lieux 



Sur le problème Ecclefiaflpqne ly 

îieux. Le P. Bouhours le fait bien, qui n'a 
jamais pu obtenir de ce Prélat la permiflîon 
d'imprimer fa verfîon du N. T. Ainfi de 
ces deux nouveaux Teftaments , feu M. de 
Paris en reprouvoit un expreiïèment , & ap* 
prouv oit l'autre , au moins tacitement , puis- 
qu'il en a laifTé débiter jplufieurs éditions, 
fans fe fervir du pouvoir, qu'il avoit de les 
arrêter. Si ce livre n'étoit pas alors Janfe- 
nifle , depuis quand l'eft il devenu? 

l'Auteur même du Problème (î rempli 
de fiel contre les Reflexions morales & con^ 
tre l'approbation de M. de Paris , pour- 
quoi a t'il laifl^ paflfèr plus de trois ans de 
fon Epifcopat fans y trouver ks herefies, 
qu'il nous y veut montrer aujourd'huy ; 
D'où viennent ces nouvelles lumières & 
ce nouveau zèle ? D'où vient que M, 
l'Archevêque , fans changer de doarine & 
de conduite , eft reconnu très orthodoxe pen- 
dant prés de vint années d'Epifcopat , <Sc 
qu'il ne devient Janfeniftc qu'après avoir 
folemnellement condamné le Janfenifmepar 
fon ordonnance de 1696. C'eft ici le vray 
problème que je vous expliquerai Monfr. 
quand il vous plaira. Mais en attendant , 
foiez très allure qu'il n'eft Janfenifte qu'- 
aux yeux d'une noire cabale , & qu'il ne 
fut jamais a ceux de la vérité, de Prélat plus 
Catolique. 

Je reviens aux précautions qu'il prit , étant 
encore a Chaalons , avant que d'approuv«- 
le N. T. avec les Reflexions. Je vous ai 
déjà marqué ce qu'il fit l'égard de la ver- 

lîoa, 



i8 I» Lettre cCftn Théologien 

fioïi du texte. 11 n'oublia pas auflTi d'exa- 
miner le relie du livre , mais il y fit peu 
de changemens ; i. parce qu'il trouva dans 
le fonds les Réflexions orthodoxes. 2. par- 
ceque celles , qui pouvoient paroitre fu- 
Ipedes a la plus outrée malignité , fur la 
matière des cinq propolitions , êtoient ex- 
pliquées & elaircies dans une très grande 
Quantité d'autres réflexions, dans lefquelies 
on établit fans aucune équivoque une do*: 
élrme toute oppofée , & je vous le feray voir 
quand il vous plaira. 3. enfinil refpeda dans 
ces reflexions le ftile , & très fouvent les 
propres paroles des S. S. P. P. qu'a peine 
pouvoit on corriger fans donner atteinte 
aux exprelTions des Saints. Je ne vous en 
dis pas a prefent d'avantage , parceque 
cela regarde l'examen particulier des pro- 
pofitions , que je n'entreprens pas dans cet- 
te lettre. 

l'Approbation de M. l'Arçhevcque eft 
du mois de Juin. 1695-. & au mois d'Août 
fiiivant , il fut nommé par fa Majefté a 
l'Archevêché de Paris , pour le bien gênerai 
de l'Eglife , & pour celuy de l'état. l'E- 
dition du N. T. qu'il avoit autorifée , parût 
en 1696. & fut prefque entièrement débitée 
dans le cours de cette année. 
, Tour a concouru depuis a rendre cet ou- 
vrage plus parfait & plus utile. Des per- 
fomics pleines de 2ele pour la pureté 
de la foy , & d'attention a ménager 
la delicatefTe des foibles , ont fait des re^ 
marques fur les endroits , auxquels il leur 

afefn- 



Sur It problème Ecdefia^ique 15 

a^femblé que l'on pouroit faire quelque chan- 
gement , pour en mieux proportionner l'in-r 
telligence a la portée du commun des lec-? 
teurs. Ils en donnèrent avis a M. l'Arche- 
vêque , qui chargea des Théologiens d'y 
travailler , avant la nouvelle édition que l'on 
preparoit. l'Auteur des Réflexions morale» 
eu tdt averti , & je dois dire a fa louange,; 
que jamais écrivain n'a été moins jalou* 
que iuy, de fes exprefilons à. defespenféesî 
qu'on ne paît aporter plus de facilité qu'il a 
fait pour concourir au delTein qu'on fe pro ^ 
pofoit , & qu'il eft im de ceux qui ont le 
plus contribué a l'exécuter^.' 1 i.- ,,, 

Je puis vous aillirer que parmi les Théo-. 
iogiens , qui ont travaillé a la revilipn de ce 
livre, il y en avoit dé peu favorablement 
prévenus pour l'ouvrage , & pour l'auteur. 
Preuve invincibile, que les erreurs ny font 
ni grolTieres , ni en grand nombre , ny ré- 
pandues avec afl^èçtation, comme rauteut 
du Problème l'avance^ Seroit-il poâible;,^ 
qu'siant hi frâpé de l'imprefFion d'erreur , 
qu'il dit s'y fa-ire fenrir en tant d'endroits, 
tous les autres y eullent été infenfibies; y » 
a-t'iî feul Ja fageffe; l^ Titittlligencedoit sliCpe^ ' .' 
rir avac Iuy 7 C'eft ainli que plus d'un an 
avant que le Problème i\\t né des noires: 
vapeurs de Penvie, la providence de Dieu 
(è fervit de la foUicitude Pallorale de M. 
l'Archevêque de Paris , pour .préparer a 
l'avenir une reponfe , qui couvrit de 
Gonfufion cet ignorant faifeur de que- 
ftions. 

" Sa 



20 1» Lettre cC Un, ncoîogien 

Sa malice le découvre d'elk même daftS 
la circonftancc des temps. C'eft a la veille 
que doit parôitre une nouvelle édition , re- 
vue & attendue avec les précautions , que 
je viens de vous marquer. Les premiers 
volumes de l'ouvrage étoient imprimés , il 
y avoit déjà longtemps , quand il mit au jour 
ce fruit conçu dans les ténèbres. Car foit 
^ue Tauteur du Problème fe foit propofé de 
prévenir le public , & de le foulever avec luy, 
foit qu'il ait appréhendé , que l'on ne ren- 
dit fa haine inutile , en changeant , quoique 
fans necelfité , ou eclaircilTant les paflages , 
fur lefquels il a formé fa queftion ,- il fe hâta 
de prévenir l'édition , qui Ta fuivi de fort 
prés , & qui étoit prefque finie quand il 
parut. 

Il ne faut pas oublier une circonftance de 
cette édition , que Dieu a auffi infpirée par 
avance , pour fervir a la deffence des Re- 
flexions morales. Il y a bientôt deux an^, 
qu'un Prêtre d'une vertu rare, & grand en- 
nemy de tout ce qui a Pair de nouveauté , 
foit pour le dogme , foit pour la morale , 
fit entendre a un Ecclefiaftique de fes amis, 
qu'on pouroit rendre un fervice a TEglife, 
en drelîam une table des matières principa- 
les contenues dans les Reflexions morales 
fur le N.T. Cet avis ne fût donné qu'en 
paifant, & prefque au hafard. La perfon- 
ne a qui il fût adrefle , aiant depuis fait 
Reflexion que l'on rencontre dans cet ou- 
vrage des obfervations très folides & en 
aire2 grand nombre, prefque fur tous les 

points 



Sfir le probieme EaîejtafiiqHe 2i 

points de la controverfe , il refolût s'y a- 
pliquer. Il remarqua que la méthode du 
livre eft d'autant plus propre a perfuader , 
que ces obfervations ibnt faites comme fans 
defïein , & qu'elles font d'ailleurs appuiées 
de i'autorité de l'Ecriture. C'eft ce qui le 
porta a ne pas négliger l'avis & a le pro- 
pofer a M. l'Archevêque, qui l'approuva 
d'abord , & luy ordonna d'y travailler. 

De la eft veniie la table que vous trou- 
vères imprimée dans la dernière édition de 
1699. ou en attendant qu'on puiiFe la ren- 
dre plus etendiie , en y comprenant tout ce 
qui regarde les herefîes qui ont cours , on 
s'eft arrêté a y marquer la dodtrine cato- 
lique , appuiée par plulîeurs endroits des 
Reflexions morales , contre les erreurs des 
cinq fameulès propolîtions fur la matière de 
la grâce . Par exemple a la lettre G. que 
l'on refifle a la grâce : a la lettre C. que 
les commandemens de Dieu ne font pas 
impofîîbles : a la lettre L. que la grâce 
n'impofe aucune necefîité a la liberté de 
l'homme : a la lettre J. que Jefus Ch. e£ 
mort pour tous ^<r. 

Je pouvois , Monfieur, voustenvoier a 
cette table : pour vous faire voir dans les 
Reflexions morales un fi grand nombre de 
palTages contradictoires aux cinq propofîtir 
ons condamnées par l'Eglife , que vous 
n'auriés pas befoin d'autre eclaircifTement , 
pour juftifier l'approbation que M. l'Arche- 
vêque leur a donnée. Deux hommes 
aufli fçavans que le font ce grand Prélat 

&rau- 



21 t» Lettre d'un Théologie» 

& Tauteur du livre, ne propofentpasdans 
le même ouvrage la doélrine Catoliquc^ êc 
k Janfenifrne ; qui ofera j amais le prefumer? 
& quiconque fans autre examen voudra lire 
les reflexions indiquées par la table , s'il eft de 
bonne foy , ne poura jamais fe perfuader, 
qu'un livre , ou les vérités font enfcignées 
^ nettement , puifïè efbre foupçonné d'une 
mauvaife Doélrine. 

Mais fi vous le defîrés de moi , jem'of- 
ftc de vous montrer , propofition par 
propofition , que tout ce que l'auteur du 
îcandaleux problème a relevé dans les Re- 
flexions morales, efl tout orthodoxe, &quc 
par confequent M. de Paris tient un même 
langage, quand il condamne le Janfenifme 
dans fon ordonnance de 1696. & quand il 
approuve la do£trine oppofée aux cinq 
Propofitions dans le livre des Reflexions mo- 
rales. Mais ma lettre n'eft déjà que trop 
longue, & avec le bon efprit v 9ue je vous 
connois , je crois pouvoir répondre, que 
vous elles pleinement eclairci par les feuls 
préjugés fur la queftion que vous m'avés 
faite; & que vous n'en exigerés pas d'av^an- 
tage de vôtre très humble &c. Septembre 
1699. 

J'allois fermer m.a lettre fans faire atten- 
tion a ce que vous m'avés écrit que vous ne 
communiquerés point ma reponfe fans ma 
permiflion : cela exige, Monfieur , une petite 
précaution. Je fuis bien aife d'être utile 
a d autres, auflibienqu àvous. Mais com- 
me d'ordinaire les perfonnes , qui ne font 



Sur le problème Ecdefial^tqpte 23 

d'aucun parti , font pillés des deux côtés, 
ii vous montrés cecy , cachés au moins mon 
nom , & faites en forte , quoique par une 
raifon fort différente, que je nefoispasplu.s 
connu que fauteur du Problème, a qui je ne 
veux reiièmbler qu'eace point. 




SE- 



24 I • Lettre d'nn Théologien 

SECONDE LETTRE 

Sur la première des cinq propo fit mis 
condamnées par Innocent X. & 
Alexandre Vil. 

VOus n'étés donc pas content , Mon- 
fieur, d'avoir efté par les préjugés 
entièrement perfuadé , que vous ne 
déviés ajouter aucune foy a l'auteur du 
Problème. Ce n'en eft pas afTés , fî vous 
n'êtes convaincu par le tond , que tout ce 
qu'il raporte des Reflexions morales eft or- 
thodoxe , & ne peut eftre taxé d'avoir rien 
de commun avec les f. propofitions con- 
damnées par l'Eglife. Honteux 'd'avoir 
efté furpris par ce fophifte , pour vous ven- 
ger pleinement , vous voulés , que je vous 
donne de quoi le convaincre d'impofture. 
Vous ferez fatisfait, & je tacheray de le 
faire de telle forte , que quoique cela m'en- 
gage a expliquer en théologien , le profond 
Myftcre de la grâce, je ne vous diray pour- 
tant rien que d'intelligible , en vous épar- 
gnant, autant qu'il me fera poflîble , les ter- 
mes de Tecole aux quels vous n'êtes pas ac- 
coutumé. 

Voici la méthode que je fuivray ; com- 
me il n'eft queftion que de vous faire voir, 
que la dodrine des Reflexions morales n'a- 
proche en rien des cinq fameufes propor- 
tions 



Sur îefYohîeme Ecclefiafliqae 2^ 

tions je garderai Tordre qu'on leur à donne 
dans les bulles des Papes qui les ont cenfurées. 
Sur chacune de ces propofitions je vous mar- 
querai d'abord la do61rine oppofce, nettement 
enfeignée dans les Réflexions fur le N. T, 
& enluite je vous feray voir , que celles qui 
ont été relevées par l'auteur du Problème, 
ne contiennent que ce que l'Eglife Catolique 
propofe fur cette matière à fes enfans , & ce 
qu'elle même a apris de fes Pères dans la 
tradition. 

PREMIERE PROPOSITION. 

Otielijues commandemens de Dieu font îm" 
foffibles ciuxjuftes , lors même quils ven^ 
lent ^ qu ils s"* efforcent jelon les for ces y 
qtiils ont dans Vètat oti ils fe trouvent i 
^ U grâce qui les doit rendre poffihles, 
leur manque* 

VOulés vous voir lîn langage tout op- o/w/>- 
pofé dans les Reflexions morales ? OcQ:y^o„^^ 
fur ces paroles de N. S. Donnés leur vous Uùeufc 
même à manger. Dieu ne commande pas des des Re^ 
ehofes impojjihks. Celles qui Je paroijfent n^étant fiexfomf 
impoJTihles^ qu'à la foihleffe humaine. Maisfon f^eralei 
commandement nous avertit de faire ce que nous (omre 
pouvons ,• ^ de demander ce que nous ne pouvons * ^'f /'«■|'- 
pa^-^ ^ il vient à notrefecours afin que nous le fi"^ , 
puijfions. descom^, 

G'eft la precife définition , & en propres ^^J;^* 
termes du Concile de Trente , contre ceux '^"/^ - 
B qui -^ 



26 ï» Lettre d'un Théologien 

qui difent que les Commandemens de Dieu 
nous font impolTibles ; & Tauteur ne fait 
que traduire ces mots du Décret. Deut im- 
fojjihîlia non jiihtt\ ftd juhtndomontt ^ î^facere 
quod pojfis , ^5" pQtèïù quod nonpojjïs, 

Sc{î»VN 11 efl: bon de vous avertir que cespremic- 
.c» lu res paroles du décret de Trente , Dieu us 
commande pM des chofts imfofjihks , mais 
en commandant il avertit de faire ce que Pot* 
peut , ^ de demander ce que l'on ne peut pas , 
Dena. font empruntées de S. Auguftin , ou la 
marge du Concile nous renvoie; & il ne faut 
pas oublier qu'en cet endroit du Concile 
il s'agit preciiement de l'homme juflifié; & 
c'ell à l'homme julhlié y homini jufiificato , 
à l'homme en état de grâce , fub gratia 
conjîituto , que les préceptes ne font pas 
impoiïïbles. C'cfl: donc auffi de lui qu'il ell 
detini , qu'il doit demander ce qu'il ne peut 
pas , petere qucd non pojjis. De forte qu'il 
cit de la foi félon les Pères de Trente ; & 
on le peut dire à pleine bouche , non feu- 
lement de l'hommô hors de l'état de grâce , 
mais encore de l'homme julle, qu'il y a des 
commandemens qu'il ne peut pas toujours 
accomplir. Tel peut éviter les occafions , 
qui ne pouroit s'en tirer , s'il s'y jettoit. 
Tel fe peut défier de fon impuiilance , qui 
ne pouroit pas la vaincre, à caufe de fa né- 
gligence. En un mot tel oublie de prier, 
qui ne peut pas faire encore tout ce qu'il 
faut pour obéir à Dieu ; & l'iiomme julte 
peut reconnoître a cet égard une véritable 
impuilEuce , qui ne peut eilre furmontée 

que 



Sftr le frohhme EccleftaflfqHe ly 

iouc par la prière , petere quoJ non poffif* Ce 
qu'ajoute le Concile , 'i^ adjuvatutpojpf , efl 
encore du même elprit de S. Auguftin, 
comme il ne feroit pas difficile de le mon- 
trer, fi on en doutoit. 

Mais au relie, cette addition du Concile 
fait voir pleinement en Dieu une volonté 
perpétuelle d'aider les juftes, foit pour faire 
ce qu'ils peuvent déjà, foit pour deman- 
-der la grâce de faire ce qu'ils ne peuvent 
pas encore. Ce qui explique parfaitement 
dans tous les juftes , ainfi que parle l'Ecole , 
la poffibilité médiate , ou immédiate , mais 
toujours pleinement fufîifante de garder les 
Commandemens ; puifque on peut toujours 
dans l'occafion , ou les pratiquer en eux^ 
mêmes , ou par une humble demande ob- 
tenu- la grâce de le faire. 

Que s'il ell: vrai que tout foit compris dans 
ces paroles; fi le Concile y démontre pleine- 
ment Ôc fans rien omettre , que Dieu ne com- 
mande rien* aux jultes, qui ne leur foit poffi^ 
ble, en s'efForçant, en priant, en recevant 
aduellement par la prière le fecours necelîài- 
re pour l'accomplir ; on ne pouvoir mieux 
exprimer cette vérité dans les Réflexions mo- 
rales , qu'en répétant , comme on fait ici , de 
mot à mot des paroles fi precifes , qui font 
la propofition contradi6toire à la première 
des cinq condamnées par l'Eglife. 

Mais s'il elt fi clair & fi alFuré dans ces 

Reflexions , que Dieu ne commanâe rien 

qui ne foit polTible , & que fa grâce ne 

manque pas pour l'exécuter , n'eft ce pas 

B 2 dire 



sB 2* Lettre d'un Théologien 

dire tout enfemble en termes formels , qu'un 
jufte manque à la grâce prefente &a6luelle- 
ment fecourante, toutes les fois qu'il tranf- 
grelle le commandement ; ce qui fuppofe 
une grâce intérieure , & exprellèment donnée 
pour le garder , laquelle on rend inutile ; 
d'où fuit une exclulion aufli complète qu'il 
foit poffible d'un autre erreur, que l'on veut 
imputer aux Reflexions morales , &. au Prélat 
qui les approm e ; qu'on ne refifte point à la 
grâce intérieure. 

l'Auteur du problème ennemi déclaré 
de ce livre , pour avoir occafion de le ca- 
lomnier , omet non feulemeni la Reflexion 
que je viens de raporter , fi nettement op- 
pofée au Janfenifme : Mais en voici encore 
Luc; de femblables qu'il n'a pas voulu voir. Dô 
XV 1 1 1 ♦ ^jinji- que le defë/poir ne nous fit tomber dant 
^7' la parejfe ^ dans Voiftveté , J. C. nous pro. 
met , que ce qui nous efl impolTihle par nôtre 
propre foihhffe , nous deviendra pojjihle pat 
la puiffance de Dieu. Si le détachement det 
richelfes eji impojfibie au Riche , ce n'ejl que 
par ce qu'il demeure dans Ja foibîejfe , ^ qu'il 
na point de recours à celui , qui par fon com- 
mandement l'avertit défaire ce qu'il peut , ^ 
de demander ce qu'il ne peut pas , CS" qui 
donne la grâce afin qu'on le puijfe. Je ne fai 
a on pouroit quand on voudroit mieux mar- 
quer que les commandemens i . font impof- 
fibles véritablement à la foiblefle de l'hom- 
ine 2* qu'ils font pofllbles par la grâce de 
J.. G, 3. que nôtre impuiiîance vient de nô- 
tre par elfe. 4. que nous devons demander 
^ la 



Sur le frohleme Ecclejiaflique 29 

ia grâce pour faire ce que nous ne pou- 
vons pas; 5". & que Dieu exauçant nos priè- 
res , nous donne la force d'exécuter fes 
Commandemens. En vérité il faut être de 
bien méchante humeur pour décrier un li- 
vre il Catolique , & pour vouloir infuiter 
à un ouvrage qui donne 11 peu de prife. 
J'adjouterai encore un endroit des Reflexi- ^y^-- 
ons , qui n'efl: pas moins précis. C'efi une ^ * 
eKceîknie prière y que la reconnoi[fance four 
les hienf que nous avons reçu , jointe à l'aveu 
Je notre jwpuijfance , four faire ce que Dieu 
demande de fhu. On omet encore ce qu'on 
répète après faint A ug. Commandes Seigneur , 
mais donne's ce que vous commandes ; par 
ou l'auteur des Reflexions non feulement 
montre après ce Saint ^ le remède de nos 
impuiiîances , mais encore dans le lieu mê- 
me , il le fait pratiquer par la prière. A ce 
prix il efl bien aifé d'empoifonner un livre 
plein d'onction , & de le faire Janfeniiie- 
Mais Dieu punira ces prévaricateurs qui 
en cachant malicieufement dans de tels 
ouvrages ce qui fe peut dire de plus deci- 
lif contre les erreurs , répandent des fouo- 
çons injLilks fur les pafteurs , & empêchent 
les Chrétiens de profiter des Reflexions les 
plus utiles. 

Som'ene's vous , Monfieur , de ce que je 
viens de vous dire fur les omiflions mali- 
cieufes , que l'on fait des endroits les plus 
clairs contre la première des cinq propo*- 
fitions : parccquc cela fervira dans la 
fuite à vous faire voir que les Reflexions ra- 
B 3 por- 



3© 1^. "Lettre cChu Theologk» 

portées dans le Problème , comme y étant 
conformes , font entièrement exemtes de 
tome erreur. Voici les trois Réflexions , 
que l'on dit enfeigner la même chofe que la 
premier des cinq proportions. 

La grâce du J. C. principe efficace de tout 
bien , ejî aecejfaire pour iouto aHion , grande ou 
p/ftite , facile ou difficile : pour la commançer , 
la continuer ^ l'achever ,• fans elle non fuie- 
ment on ne fait rien , mais on ne peut rien 
faire. 
Jean* Qy^ tie peut obéir a la voix, qui nous appelle a 

Vi»44» j^ (7^ fl ij^j même ne nous tire à lui » en 
nous faifant vouloir ce que nous ne voulions 
pas. 
JîGor» La grâce de J.C. efl une grâce fouveraine fans 
IZ, 3. laquelle on ne peut jamais confefferJ.C. ^ avec 
laquelle on ne le renonce jamais. 

Reconnoiffés vous , Monlieur , dans ces 
trois Réflexions la première des cinq propo- 
rtions ? ou y eft il dit , que les Commande- 
mens de Dieu font impoffibles aux juftes. 
Ou font ces jufles qui veulent , qui s'effor- 
cent pour obéira Dieu.' Je pourois donc dire 
d'abord a l'égard de cette première propo- 
fition , qu'il n'y a rien dans les Réflexions 
fur le nouveau Teftament qui y foit confor- 
me; & qu'au contraire, comme voiisvcnés 
de le voir , la doctrine oppofée y efl nette- 
ment & plus d'une foisenfeignée. 

Mais comme je ne cherche pas à fuir les dif- 
ficultés, quelques mauvaifcs qu'elles foient , . 
je m'arréteray aux concluftons bien ou mal 
tirées par le problème fur ces trois Reflexions , 

ou 



Sf$r le frohletne Ecckjta^iqtse 31 

ou tout aboutit à dire deux chofes. La pre- 
mière que le P. Q. ne reconnoît d'autre grâ- 
ce de J. C. que la grâce efficace. C'eiî ce 
que J'examinerai fur la féconde & quatrième 
des cinq fameafes propolitions ; & je vous 
promet par avance de vous montrer ii ma- 
nifeftement le contraire dans une infinité 
d'endroits du livre des Reflexions morales, 
que vous ferés étonné de la hardieile avec 
laquelle l'auteur du Problème avance cette 
impollure. 

La féconde chofe ed , que fans la grâce 
efficace on ne peut rien. Et c'eft ce que 
j'ai a vous eclairçir dans cette lettre, ou je 
vous parlerai aulîi de la chute de Pierre. 
Voions donc en quel fens on dit dans les 
Reflexions , quefms la grâce on ne peiiî rien, 
Ayés un peu de patience , parceque cela 
m'engage à vous expofer avec etendiie la 
doârine des S. S. P- P. & des Théologiens 
fur h pouvoir , que la grâce donne aux ju- 
(les , ce qui étant une fois bien expliqué , lè- 
vera toute la difficulté de l'exprelTion de 
l'auteur des Reflexions. 

Vous n'avés pas encore eu le loilîr d'ou- 
blier le célèbre Canon du Conc. de Trente 
tiré de S. Auguflin, que je viens de citer, 
ou FEglife nous aprend que Dieu par fon 
commandement avertit les juftes de faire 
ce qu'ils peuvent, & de demander ce qu'ils 
ne peuvent pas. Les juftes ont donc Je pou- 
voir de faire avec la grâce certaines cho- 
fes , & avec la grâce il y en a certaines 
qu'ils ne peuvent pas ^ s'ils ne s'eftbrçent, 
B 4, ' s'ils 



Il 2. Lettre d'un Théologien 

s'ils ne fiiyent les occafions , s'ils prefLiment 
d'eux mêmes , s'ils ne prient ,• Huis quoi il 
ell vrai de dire qu'il y a des commande- 
mens , qu'ils ne peuvent accomplir ; non 
que la grâce leur manque pour les pratiquer , 
mais parceque eux] mêmes par parefTe , ils 
manquent à la grâce. 

Et il a falû de temps en temps en avertir le 
Chrétien , afin qu'il apprit à recourir à la 
prière , par laquelle feule il peut obtenir le 
pouvoir , & dire avec David , tirez moi de 
mit welhmrsufes necejfitéf , qui me rendent 
captif de mes palTions , & de la loi du pè- 
che. Par la il fait reconnoitre y comme 
dit S. Auguftin y & fa puilfance & fon im- 
puiilànce , \Jnds fosjit , ^ unde non posftt , 
& fait attribuer ce qu'il ne peut pas , à la lan- 
gueur invétérée de nôtre nature , éc ce qu'il 
peut , uniquement à la grâce médicinale de 

J.c. 

C'eft le fruit de cette do6lrine de S. Au- 
guflin & du Concile de Trente. C'eû pour- 
quoi , on ne peut trop la recommander , & 
aux juftes & aux pécheurs mêmes , afin qu'ils 
fe connoifîent tels qu'ils font : Et qu'a- 
prés avoir, cefemble, vainement tenté le 
poffible & rimpolTible pour fe convertir , 
ils reconnoiilent enfin qu'ils ne peuvent 
rien , & qu'il ne leur refte aucun recours 
qu'à Dieu , ni aucune efperance qu'en fa 
grâce , qui eil le commencement de leur gue- 
rifon. 

11 ne faut donc pas s'étonner d'entendre 
dire à l'auteur de Reflexions morales qu'il 



Sur le problème Ecde/iaflique ^1* 

y a même des chofes commandées ^«W n& 
peut fa^ en certains momens. On écoute 
avec tremblement , mais avec édification ce 
que J. C. a dit à S. Pierre, quoique tranf- 
porté de zèle, l^om ne pouves pxi- à prcfcnt Iç^^i 
mefuivre ou je vau : m au vous h fa es dans la j ,, 26» 
fuite. Il croioit s'eftre diftingué par Ion 
ardeur d'avec les autres Apôtres à qui J. 
G. venoit de dire , ce que fai dit aux ib. 33» 
jufs y qîi'ils ne pouvaient venir ou je vaU ^ je 
vom Je dis prefentetnent. Mais il aprit par la 
chute , qu'il ne faut pas difputer contre fon 
maitre , ni prefumer qu'on peut tout , fous 
prétexte qu'on fent qu'on le veut. Il eft 
donc vrai , comme on fait que S. x^uguflia 
le répète cent & cent fois , il efl: vrai que 
quoi qu'il crût de lui même, Une pouvoit 
confeffrr le nom de J. C. aulTi courageulement"- 
qu'ii s'imaginoit le pouvoir. Il pouvoit 
en attendant plus de force, s'éloigner de^ 
occaiions , ou il n'eltoit pas apelé , & n'al-- 
îer pas chés le Pontife, ou il devoit trou- 
ver une tentation , qui farpaflbit fa grâce 
prefente. Il ne faut point taire ces vérités 
aux fidèles afin qu'ils tachent d'éviter les 
occafions dangereufes, jufqucs à ce que la 
force d'en haut leur foit donnée , comme Luc; 
J. C. le commanda exprefTcment- à fes A- ^4» i^v 
pôtres. 

Au relie quand Tauteur voudroit fe rediii- Doflrf-'- 
re au fentiment de la fçavante Ecole de ne de S^ 
S. Thomas , ou l'on admet un pouvoir Augu- 
complet en ce genre , & qui ne Tetl: pas tel- ^in , 8t^ 
lement par raport â Taâc, qu'il ne taile <îe TEr 
B s en^ 



j4^ 2% Lettre d*fiyt Théologien 

, . encore demander un autre fecours , fa do- 
S Tho ^^^''^^'^^ ieroit tellement irrepreheofible , que 
nus fur J^ vais vous l'appuier par celle de S. Au- 
le pou- guiHn , qui reconnoît un pouvoir coniiftant 
voir ; & d^iiS le vouloir mêwd^ qu'il ne faut pas laiiTer 
qu 'il y a ignorer aux Chrétiens, 
un pou- Il faut donc, Monfieur, vous découvrir 
voir qui un autre fecret de la grâce , & un autre, 
n'cft effet de la volonté. C'elt ce que la grâce peut 
cjuele ^c\x\q. (iomxQi un certain pouvoir ^ qui manque 
voihoir p.|j. coiifequent à tous ceux qui ne veulent 
même» p,^^ ^^ foûmettre à Dieu , conformément à 
Jj^"* cette parole de S. Jean, Lts juifs ne pou- 
iJ" r^* voidnt pas croire ^ & cette interprétation de 
- ' j*.j S. Auguftin , Pourquoi ne le pouvoient ils 
Jo.în, ' P^s > la reponfe eif promte , c'tjl ce qu'ih 
Jean! «^ vouîoienî pa.s. h quoi revient cette autre 
V» 44. parole de N. S. Comment pouvez vous croire 
vous qui receves la gloire les uns des autres ^ 
es" ne cherchés point la gloire qui vient de Dieu. 
Ou il ne faut point entendre une autre im- 
puilîànce, que celle qui efl attachée au feu! 
manquement de la volonté. Ainfî dans les 
grandes paiîions d'amour , ou de haine , un 
homme foUicité, ou de ne voir plus l'ob- 
jet qu'il aime trop , ou de voir un ennemii 
qui luy deplait , vous répond cent & cent 
fois qu'il ne le peut; par ou vous n'enten- 
des pas dans fon libre arbitre une 'véritable 
impuifTance ; , mais un manquement de cou- 
rage , qui fait dire qu'on ne peut pas , ce^ 
qu'on ne veut pas entreprendre avec tout 
r.effort, qu'il y faudroit empjoicr pour vain- 
cre fou inclination. . 

Tout 



Sur le problème Eccîejtafliqpfe; 55" 

Tout le monde fait a ce propos ce pafTage 
des confeffions de S. Aiiguftm. On ne va 
j>a^ a Dieu avec der pas , maix avec des defjrs , 
£5* y aller c^tjl h vouloir ; tjiais c\jl h vouloir 
fortement y î3 non pas agiter deçà ^ delà une 
volonté languiffante. Ainfi fî Ton ne fe porte 
à une pratique auffi laborieufe, que ceîle 
de la vertu , avec une volonté courageufe 
& forte, on tombe dans cette efpece d'im- 
puiilànce , qui loin d 'excufer, n'eft qu'une 
conviélion de lâcheté. 

C'eft auffi félon ce principe , que S. Au- 
guftin détermine dans le livre de la corre- 
dion 6c de la grâce, que la volonté desjufies Gap,ii*« 
e(l tellement enfiamée far la gtace , qtCth peu- 
vent accomplir le commiandement & perfeve- 
rer dans la jullice, parce qtCih le veulent ainft\ 
C'ell-a-dire parce qu'ils veulent avec force, 
ut ideo pojjint quia fie volunt. Et un peu a- 
prés. Si Dieu n"* opérait pas en eux leur vou- 
loir', leur volonté Juccomberoit par leur foihlef- l'^id. 
fe : enforts qu'ails nepouroieni perfcverer : Fer- 
feverare non pojfent , parce quUls arriveroit que 
défaillants par la foibhjfe de leur volonté y ou 
ils ne voudraient' point perfeverer y ou ils ne le 
voudraient pas au Jfi fortement y qu'il le faut' 
pour le pouvoir. 

Il parle de l'homme jufte, & qui n"*a be- 
foin que de perfeverer dans la juîlice. On 
voit qu'il n'y connoit point d'autre impuif- 
fance , que celle qui vient fimplement d^' ne 
pas vouloir , ou de ne vouloir allés tortement. De bec ■ - 
C'eft à dire, comme ce Père l'explique 0,^^^/* 
ailleurs ,. en deploiant comme on lec.îi..2.;. 
B'6 pou- 



^6 2. Lettre êHun Théologien 

pouroit hs grandes forces , & pour mieur 
parler touUs les forces de la volonté ^ exertif 
tnagnU ^ totis vinhusvohmtalis. 

Telle eft donc l*impullîancc de S. Augu- 
ftin ,. qui ne fournit aucune excufe au pé- 
cheur; à caufe, comme on vient de voir,qu'e]- 
1 e fupofe non un défaut de pouvoir , mais un 
défaut de courage & de volonté, par ou il veut 
que nous aprenions qu'il ne faut pas nous 
lier a nôtre bonne volonté , quand elle eft 
Dfe cor, foible , parce , dit-il , que parmi tant de 
^ Z^^* difjiculte's ^ de tentations , inier tôt tentât io-- 
*^' /?^/, (i Ton ne veut fortement , on ne le peut 
p.u ; & on n'eil pas pour cela plus excufable, 
parce qu'on le pouroit û on levouloit: &iî 
au lieu de rechercher de vaines excufes , on 
faifoit les derniers efforts , en demandant en 
même temps la grâce, qui fait employer ac- 
tuellement toutes les forces de la volonté fc- 
couriie.. 

Cette doélrine n'cft pas particulière à S> 
Auguftin, ni à Técole de S. Thomas. Je 
pourois vous faire voir , que tous les autres 
JPeres ont parlé comme ces deux grands Do- 
uleurs. Mais je me contenteraydevousra- 
porter le fécond Canon du Concile de Va- 
lence ou il eft défini que les viéchans ne perif- 
fmt point , parce qtiils n^cnîpû devenir bons ; 
triais parce qu'ils ne font pas voulu être. "Nec 
iiialos ideo perjre quia honi ejje non potuerunt^ 
fcd quia boni effe noluerunt. Ce que l'Eglife 
^^^^ de Lyons à auffi enfeigné au neuvième fiécle 
ékfiZt prefque dans les. mêmes termes, Quecen''e/i 
ni^^paf'^'^f^t qu& la homims n'aient pH changer de mal 



m 



Sur le problème Ecclefia^iqHe 5-7 

en bien , ^ devenir juflcs ^ faints de fr^echanx r^^f^g^ 
^ corrnmpus qu^ilx (fiaient , maii c'ejl qtCiîf rntnes 
n'ont f.%s voulu changer en mieux. Le voilage «14 
donc ce pouvoir qui elï faiis doute une grâce /»/» 5»- 
He Dieu ; mais qui en attend une plus puif »««i 
fante, laquelle donne le vouloir même, ^(^mmu^ 
de tellement vouloir, en y emploiant toutes ^''»'^ ^ 
les forces de la volonté, excrti^toti^virihmyj^^l^^ 
voluntatii ^ que l'on ï^t^c le bien qui nous ell^ f^^' 
commandé. Cela fe j uilitie encore par deux ^^\J^' 
expreires définitions de l'Eglife, dont l'une *^^^^, 
regarde les péchés véniels, & l'autre le don ^^ '■^^J 
de la perfeverance finale. *gj -^ 

meltus ruHtar'fHolueranf^ Rccïejia Lfigdtm.de trth* £pijl^ 

Pour la première il eft défini , que les plus Doad-' 
juftes ne pailent point cette vie fans quel ne de S» 
que péché véniel : & le Concile de Trente Ausuft'. 
exprime cette vérité en firapant d'Anatêmc/urla ^ 
ceux qui difent qnefanx un previîege particu- po/Ebfi." 
lier on peut éviter tout pèche même véniel. ^^}^<^^^' 
Mais fi nous allons à la fource de la que- ^^^^* ^^^ 
ftion , il fe trouvera félon la do£lrine de S.Au-P^^^. ^j^ 
guttin , qu'abfolument on le peut; fi t)ienj^jj^^^^* 
que l'on ne manque à le faire , qu'à caufe ^^ * 
qu'on ne veut pas. 

Et premièrement il détermine qu'il faut 
accorder aux Pelagiens , que Dieu comman- 
de d^ accomplir ft parfaitement la jujlice^ queDç pec». 
nous ne commettions aucun pèche'. Neque mçr^z^ 
negandura ejl Deum hoc juùere ^ ita nosinfa^i6^ 
cienda jujlttia effe debere perfcBos ut nullum 
habeamtu omnino peccatum. Remarqués bien 
-j^YOUsprie, Moiilieur, ce principe, d'oui! 

B 7 cout^ , 



38 2. Lettre à* un Théologien 

IbiJ. Gonclud en fécond lieu c^uô Dieu ne com- 
C»6*- manàd rien â'' impojfihh -, ^ ne pouvant pa^ lui 
ejlre impoffihle de nous donner îe fecours pour 
accomplir ce qu'il commande ; /'/ s'enfuit que 
r homme aide de Dieu peut eflre fans péché , s^il 
veut: qui eft, comme on fait , l'expreffion 
ordinaire de ce Père pour exprimer dans 
rhomme le pouvoir com.plet. 

Ainfi le jufte eft fupofé fecouru d'en haut 
pour avoir et pouvoir complet^ autrement on 
tomberoit dans Tinconvenient de fupofer 
dans le jufte une impuiffance d'obeïr a 
Dieu, ce que S. Auguftin avoit condamne. 
De la fuit cette manifefle demonftration 
... . que ce Père inculque fouvent , comme tout 
* ^ ' * a fait importante, Que les Pekgiens ont^ rai- 
fon de dire que Dieu ne commandera pas ce qui 
\h\.\ih» froit impofjible a la volonté' humaine ^ qu*ainfi 
i.c.59^ ayant commandé de ne point pécher ^ nous 
&Z*C*6« ne pécherions point , fi nous voulions. Mais 
que pour cela il faudrait emploier toutes les for- 
ces de la volonté ; ^ que celuy qui a dit 
par fon Brophete , que nul homme ne ferait fans 
péché , a prévit qu^ aucuns hommss ne Pemploie- 
roit. 

II ne me convient pas de m'etcndre a pre- 
fent d'avantage fur cette matière ; 6c il me 
fuffit de vous avoir fliit voir, que c'eft par 
le feul deffaat de leur volonté , & non point 
manque de Jecours abfohiment necejfaire pour 
pouvoir éviter les péchés, qu'il arrive que les ^ 
plus juftes pèchent quelquefois. Dieu voit, 
dit b. Augurtin, cet événement dans fa pre- 
fcience, comme il voit les autres, que la 

vo- 



Sur le problème EccleJtalîicjHe. $9 

volonté pouroit éviter 11 elle vouloit 5 &c*eft 
fur cela qu'il a prédit que nul jufte neferoit 
exenit du péché véniel, quoi que s'il le vou- 
loit , il le pouroit eilre. 

Les julfes n'ont pas ce pouvoir fans grâce; 
& Dieu -ne lailfe pas de la donner , encore 
qu'il voie par fa prefcience, que tous les 
hommes la rendront inutile ; faute d'em- 
ploier, comme ils le pouroient^, toutes les 
forces de leur volonté. 

-S. Auguflin fuppofe ici & fouvent ail- i\y[^; 
leurs, que Dieu ne manque pas de moiens i.z. 
pour faire qu'on emploiât toutes les forces c* 17. 
de la volonté ; & fans ici examiner ces içCpiriu 
moiens, il nous fuffit qu'il foit bien confiant &]itu 
que Dieu veut donner des grâces pour pou- c» 3.34» 
voir éviter tous les péchés , quoi que pour des 
raifons qui lui font conlies , il ne donne pas 
celles, fans lesquelles il fait que les autres 
demeureront fans effet. 

J'aurois ailleurs à tirer de grandes confe- 
quences de cette doctrine ; mais à prefent il ■. 
me fuftit que vous voies, que ce qui ne man^ 
que que par le détfaut de la volonté , ne laif- 
fepas, comme on vient de voir, d'êtreattri- 
bué par le Concile de Trente à une efpece ^ , 
d'impuifîance. IsJeminmi poJf<; in tôt a vit a ^^"* '^« 
peccata ctiam venialta vitare. A caufe de^''^' 
celle laquelle, comme on vient d'aprendre 
de S. Auguflin, efl attachée a la volonté 
lors qu'elle ne déploie pas toutes fes for- Sur le 
ces. don de ' 

La même chofe eft prouvée par une autre pcrfe-- 
decilion de l'Eglife fur le don de laperfeve- vcran- 

rance ce. 



4o 2* Lettre cCunThçologitH 

rance. Il y a deux decifions fur cette matiè- 
re dans le Concile de Trente ; la première, 
Scfl.v f . î«^ ^^^ ^^ f^ft de une certitude alfoliie , s'il 
c, 13» aura ce Don de perfeverance finale. La fé- 
conde , q^it'on ejl anatheme fi on ofe dire que le 
jfidele jujlifié peut perfeverer fans un fecouYs 
fpccial dans la juflice receile ; 'ou qiiavtc (^e 
fecours tl ne le peut pas. Ce grand don qu' on 
n'eft jamais alfeuré d'avoir, eiUans doute le 
Don fpeciai de perfeverance , qu'on recon- 
noit pour le feul don grand & fpecial , & 
qui ne convient qu'aux élus. Or fans ce don, 
il eil dit , qu'on ne peut pas perfeverer ; on 
h: peut pourtant d'ailleurs d'un véritable pou* 
voir , ^5* chacun fait qti'il Paura. Car on ïaît 
qu'il n'elij amais foullrait aux juftes , qui auf^ 
fi ne ceiTent jamais de le demander. Cen'eft 
' que du Don de l'aduelle perfeverance , qu'on, 
ne peut être aifuré. Ce don fait perfeverer 
actuellement ceux qui le pouvoient déjà.- 
Mais en même tcms il leur donne cet autre 
pouvoir, que nous avons attaché à une forte 
volonté^ fans laquelle, comme on vient de 
voir par S. Augultin , on ne peut point , en m\ 
certain fens , avoir la perfeverance aélucUe, 
ny furmonter les obilacles , qui s'oppofent à 
cet etîet ; parce qu'on ne veut jamais affés 
fortement. 

C'eft la dodrine expTeiTe de ce Père , qui 

après avoir fuppofé dans le livre de la cor- 

reârion & de la grâce , que fi dans l'état du 

péché & de tentation , ou nous a mis la cnû- 

De cor. te d'Adam, Dîeu laiffiit aux hommes leur 

& g^ratr volonté , fî ipfîs nlinquerçtur vohmta^ fua ; 



Sur le problème Ecclefiafiqm 41 

en forte qu^il puijfcnt demeurer , s'ils voulaient 
dans le jecourSy fans lequel ils ne fouroient 
point perfevsrer. \Jt in auxiîio fine quoperfe- 
ver are non poffent , manerent ft vellent , Et 
que Dieu n'opérât point qu'ails voulajjent , Nea 
Deus in eis operaretur ut vellent : En ce cas , 
^ dans cette fuppofîtion , pourfuit ce grand 
honnrie , parmi tant de tentations la volonté 
fuccomheroit par [a foibîejfe , infrmitatefuâ 
vdluntits ipfa fitccuwberet. Et c'ejl pourquoi ils 
ne pouroient point perfeverer , Et ideo perfe^ 
verare non pojfent : Farce gue , dit- il , qu^en 
défaillant par infirmité ^ ils ne voudraient pas 
ajfés fortement pour le pouvoir. Quia déficient 
t€s infirmitate nec vellent ^ autnonitaveUentin» 
firmitate voluntatis , ut poffent^ 

Remarqués , Monlieur , s'ils vous^^ plait , 
que S. Auguftin fait d'abord la fuppolitioii 
d\in plein Ô* entier pouvoir pour perieverer , 
qui leroit donné en cet état ; & ce pou- 
voir eft fi veritable,qu'il l'explique dans lesnié- 
mss teriTjes que celui qui fut donné àAdam. 
Manerent ft vellent^ Ils perfijler oient s\ls 
vouloient (dans la juilice reciie). On voit 
que félon la fuppalition , il ne tiendrait qu'a eux 
de perfeverer , & néanmoins il adjoute y 
qu'ils ne pouroient pas perfeverer : quoi 
donc, /// ne pouroient pas ce qu'ails pouroient ? 
cela femble contradicl;ou-e. Mais le de- 
noiiemeut eft dans le palîage. Ils pouroient 
perfeverer, fuifque la grâce en donnerait le plein 
pouvoir y & ils ne le pouroient pas , de ce 
pouvoir qui efl attaché à la force du vou- 
loir même ;. ainlî qu'il a été ei'pliqué, 

0^^ 



^2 2. Lettre â^ttn Théologie»' 

On peut donc tout par la grâce qui donne le 
iimple pouvoir , fans donner la volonté 
aclaelle ; & en même tems on ne le peut 
pas ,• parceque pour pouvoir en un cer- 
tain fens une choie lî difficile , il faut le 
vouloir afles fortement pour vaincre tous 
les obitacles, qu'une volonté foible, &qm 
ne déploie pas toutes Tes forces , nefurmon- 
teroit jamais. 

Mais ce que Saint Auguftin enfeigne ici 
par une fimpieprefupofition conditionnelle, 
en difant , fi en cet état Dteu âonnoit uns 
telle grâce \ il le fuppofe abfolument dans 
le même livre par ces paroles qui précèdent. 
jj Car il décide abfolument, qu'on peut dire 

&2ra *^^orniT^^ une vérité confiante à l'homme ju- 
ç^jf^ * fte dans l'état ou nous fommes. p'ow per- 
Jeverie't fi vouf voulie's , dans le bien que vous 
avés oui ^ reçu , lors que vous avez cru : In 
eo quoâ audiera^ î3 tenue ra^ perfcverares ft 
vêliez ; Mms qu'on ne peut dire en aucune for- 
te , nîïïlo modo autem dict poffet , vom croi- 
riés fî vous vouliés les chofes dont vous n'a- 
ve's jamais entendu parler , id quod non 
audieras , crederes ft veïles : ou Ton voit plus 
clair que le jour , & par les termes de ce 
palfage , & par le flyle univerfel de S . Au- 
guilin , que le Spouvoir complet eft expliqué 
par ces mots , /// perfeveroient , //// vou- 
loient. De forte que fi Ion dit en un autre 
lens qu'on ne le peut , ce ne peut eftre qu'au 
fens , qu'en effet on ne le veut point. 

En un mot, on ne peut nier que S. Au- 
guftin ne déclare ici de la manière du mon- 
de. 



î 



nul de 

peut 

venir 



Sur le problème Ecclejtaftique 45 

de la plus évidente , ce qu'on peut , Ç5* C6 
u'on ne peut pus. Ce qu'on ne peut , c'eft 
e croire ce dont on n'a jamais entendu, 
parler. Ce qu'on peut , c'elt de conferver 
ce qu'on a une fois reçu : on a la grâce four 
pouvoir Je dernier , mais non pas pour l'au- 
tre. 

Cent paiTages juftifieront cette vérité , fi ^"^ ^w 
dans une lettre il convenoit de pofer autre J^*?^^* 
choie que les principes. Ceft par ces prin- ^^* ^* 
eipes qu'on doit entendre ces paroles de 
nôtre Seigneur nul ne peut venir a moi fi mon 
Fere^ qui m'a envoie ne le tire. Tirer félon âmoi fi 
S. Auguftin , & les autres defenfeurs de la ^lon 
grâce, fe doit entendre de cet attrait vido- père ne 
rieux , de cette douceur qui gaigne les cœurs , le tire, 
en un mot , de la grâce qui donne l'eiFet , 
en faifant par des manières merveiUeufes que_ T--„' 
les hommes , qui ne vouloient pa^ , deviennent ^. * 
voulans , ut -uol entes ex nolenîihus Jîant. Et 
c'eft aufll ce qui eft montré par J. C. même , . 
dans toute la fuite de fon difcours, depuis '.^^°* 
ces paroles tout ce que mon Père me donne "' ' '^* 
vient a moy , jufques a la fin du chapitre, Jean. 
comme ceux qui le liront verront d'abord. «.37.- 
Mais il me fuffit de remarquer , que ce di- 
vin Maître fe déclare très expreilement , 
lors qu'il rend luy même ces paroles , nul 6.44. 
ne peut venir ft mon Père ne Va tiré par cel- 6* 6G, 
les ci , nul ne peut venir , s'il ne lui ejî don- lib.uad 
né par mon Père. Qu'eft ce qui luy efl: don- Bonif. 
né par fon Père, dit S. Auguftin, ii non de 5» 
venir a J. C. c'eft a dire de" croire. Celuila 
donc efi tire a qui il ejl donne' de croire en J. C. 



4^ 2. Lettre d'un Théologien 

qui emporte la croiance même , & la fait 
en nous. Mais qu'eft il dit de cette grâce, 
qui donne l'effet , fi non qu'on ne peut pas 
venir fans elle ? Verfonne dit J. C. ne peut 
venir , il ne dit pas perfonne ne vient, 
tuais perfonne ne peut venir , OU il faut en- 
tendre en même tems que le pouvoir, dont 
J-C. parle, ellle vouloir même, par lequel, 
comme ajoute S. Auguftin dans le même 
lieu , nous avons le pouvoir d^étre enfans de 
Dieu , entant que nous le voulons fi puilfam- 
ment , qu'en effet nous le pouvons avec effi^ 
cace. Apres cet ufage du mot pouvoir fi au- 
torifé par le langage des S. S. & par celui 
de J C. même , on n'a pas dû reprendre 
la Reflexion morale qui porte ces mots 
On ne peut obéir à îa voix qui nous appelle 
à J' ^' fi lui même ne nous tire à luy en nous 
faifant vouloir , ce que nous ne voulims px^. 
On voit que l'auteur ne fait qu'exprimer 
les paroles deja citées de Saint Auguftin , 
que Dieu de non voulans nous fait voulans. 
Bien plus , il ne fait que repeter ce qui eft 
dit dans l'Evangile avec une Réflexion , non 
feulement conforme à S. Auguftin , mais 
encore , comme on a vu, compoice de fes 
paroles. 

Ainfi en differens fens , & félon des lo- 
cutions très ufitées dans l'Eglifc , & même 
dans l'Ecriture , on peut , ^ on ne peut pas. 
On peut , puifque on a la grâce , qui donne 
un véritable pouvoir ; on ne peut pas , com- 
me J. G. le dit lui même , puis qu'on doit 
encore attendre une autre grâce qui tirzy 

qui 



Sfir le frohleme Eccîejtafiiquè 47 

qui donne de croire adluellement enfin , qui 
inrpir<î Je vouloir, ou S. Auguftin a mis une 
forte de pouvoir , fans lequel bien certaine- 
ment on n'obtient point le falut , par ce qu'on 
ne la veut pas affez fortement. 

Il faut vouloir s'aveugler pourne pas voir 
clairement cette do6lrine dans ces paroles 
de S. Auguftin. Le libre arbitre peut eflre De gra. 
Jetil, s^il ne vient pat à J. C mais il ne peut ch» v. 
fat rCetre aidc\ lors qiCil y vient : non autem ni fi €♦ 1 4* 
adjutum effe fi venit potcjl » ^ mêtne tellement 
aide , que non feulement il fâche ce qu'il faut 
faire » mais encore qu^il fajfe ce qu'ail fait : ut 
non folum quid faciendum fit fciat , fed quoâ 
fcierit , etiam faciat : Ainii ce Père établit 
qu'il ne peut pas arriver qiion vienne aUu^ 
tïkment à J. C. fans lefecours qui fait qu'on 
y vient. 

C'eft aulTi ce qui revient manifeftemcnt 
aux explications de l'Ecole de S. Thomas , 
ou Ton reconnoit après faint Auguftin un 
fecours pour donner aux juftes un pouvoir 
entier ^ parfait , ou foit enfermé l'exer- 
cice de l'ade ; fecours qui ne laiftîè pas d' 
être appelé necejfaire à fa manière y encore qu'il 
prefuppofe un pouvoir complet en qualité de 
pouvoir. 

Perfonne n'entreprit jamais de cenfurer 
cette doftrine ; on ne le peut fans témé- 
rité , non plus que de dilTunuler la parole 
expreftlè de J. C. ISIul ne peut venir fi Dieu 
ne le tire. Et cependant on voudroit que 
l^s Reflexions morales eufïènt fuprimé cette 
parole , de peur d'oftenfer la fauife delica- 

teffe 



t^6 I» Lettre cCun Théologien 

tcik. de ceux , qui appellent Janfenifme la 
dodrine de S. Auguftin &: de S. Thomas, 
quoi qu'on en voye le fondement fi manifefte 
dans rEvangile. 
Ce que C'efl: une pareille ignorance & une pa- 
c'eft reille témérité ou malice , qui fait repren- 
qu'etre dre tous les endroits des Reflexions , ou Ton 
laiiléa^ dit que ceux qui tombent , & S. Pierre & 
foi me> igg autres ont tté latfféx a euxmêmes ^ à leur 
^^j.^ propre foibhjjh y à caufe de leur prefowption; 
' }^"^ lans fonger que ces exprelTions font cent 
autrw ^^^^ ^^^^ feulement dans faint Auguftin ; 
iuOes ^^^^ encore dans Origene , dans S. Chri- 
Lj foflomc , dans S, Balile , dans S. Léon, 
tom- ^^"s S. Jean de Damas , dans S. Bernard , 
bent <ians tous les Pères grecs & latitis , à Toc- 
dans le caiion de la chute des juftes en gênerai, 
péchés & en particulier de celle de David & de S. 

Pierre. 
Auo-. Comme je ne fais pas un traité deTheo- 
Ep»57» logie , mais une lettre , trouvés bon, s'il 
al 89» vous plaît, Moniieur , que je ne la charge 
15. de pas de tous ces paffages , qui vous coute- 
verb» roient trop de port ; & que je ne faffe que 
^om, vous les indiquer : vous les trouvères lous 
denau j-^arqués dans la biblioteque des Jacobins 
2 ^e-'S ^ ^^ ^^^ ^^^^^^ Honnoré- Car il y en a quel- 
j* "^ ' ques unes ou on paiTe par dellus ces en- 
& arau ^^^i'^s , que l'on voudroit bien ne point 
9.S^Tm. voir. 

123» & Q^.« 

42. de divers» c. ? » Orig. in mit. ^ ç . hom.9. in E2ech.Chri- 
foft, Hom*85. in Math, 7 i» in Joan.BafîI.Tom» i.Hom» 
22.dcî umiKLeo. Serm» S deLpipha, Joan» Damas» lib. 2» 
de fide c» 29* JierQ* ferm* «f 4» in canu 



Snr le prohleme Eccle/iafliqne 47 

Que fî Ton trouve à toutes les pages, 
que CCS deux grands Saints ont été laillés 
dans leur chute à eux mêmes , à leur pre- 
ibmption , à leur foiblelTe , & à leur peu 
de courage , qui eft l'expreflion de S. Ba- 
ille ; (i l'on y trouve que Dieu ait détour- 
né fa face de dellùs eux pour les laillèr de- 
ftitués d'un certain fecours , fans lequel il 
iàvoit bien qu'ils tomberoient ; fi deftitué 
de ce fecours, & jullement delaillé de J.C. 
Pierre , comme dit St. Auguftin , a été trou- 
vé un homme , un vrai homme , foible & Serm» 
menteur , qui promettoit ce qu'il ne tint 147» 
pas , & parût n'avoir plus rien que d'humain ; ol» 24* 
n'elt ce pas une manifefte calomnie de tai- dedir. 
re un procès a l'ameui des Reflexions, pour 
avoir parlé comme t^nt (it S. S. & n'elt ce 
pas faire coupables tous les Pères , de le 
reprendre, pour n'avoir fait qui repeter leurs 
propres paroles. 

Il ne faut qu'ouvrir le Commentaire de S. Math» 
Thomas , iiir ce qui regarde les belles pro- i6» 
meffes & l'anieuié chute de S.Pierre, dans Marc» 
S. Mathieu, dans S. Marc , dans S. Luc, 14 
pour y avoir toute une chaine des S. S. P. P. Luc.224 
qui parlent de S. Pierre, comme d'un hom- 
me dejhîue du ficours ^ de la protetlion divi" 
tjd , & par la laiflë à luy même. Saprefomp» 
îion fut vaine , dit Raban : Sans la frouBion 
divine iî a voulu voler fans ailes ^ ditS. Hiero- 
me. Il s'enfia par un excez d'amour y ^ il fi 
promet Pimpi/Jible , dit un aatre Père* // efi 
délai ff^ de Duu quoi que fervent ^ ^ il ejl vain- 
cu par l'eimemy. ^p rené s de la ce grand dog- 

me 



^8 i» Lettre d'un Théologien 

tne que le bon propos nefertderienfansJefecouvf 
divin. Parole qui étoit prife de S. Chryfo- 
ftome , & pareillement rapportée par Saint 
Hom. 'Thomas. Pierre , dit ce Père, a été fort àe- 
85» in niié de fecours ^ parce qu^il a été fort arrogant \ 
Math» & encore , la volonté nefuffit pas fans lefccours 
7Uia ^iifin ■ ^ enfin, tnaJgréJa ferveur ^ ilefitombéy 
joan, ^^yç^ ^n'ii f^-»^ g^f aucun fecours. 

La faute de ceux qui ont abufé de ces paf- 
fagcs , n'eft pas d'avoir raporté les propres 
termes des Pères , & ceux en particulier de 
S. Chryfoftome , mais de n'en avoir pas ra- 
porté le tout. Car on auroit vu , que bien 
éloigné que S- Pierre ait été privé de tout fe- 
eours à la rigueur , même de celuy de la 
prière , au contraire Origene fuivi par S. 
Chryfoflome a fupofé, que ii au lieu de dire 
abfolument je ne ferai point fcandahfé , je ne 
vous renieray jamais &c. S. Pierre avoit 
demandé , comme il le pouvoit & le devoit , 
Titù.* Dieu auroit détourné le coup. S. Chryfo- 
3 f ♦ jj^ (tome a dit de même , & encore plus clai- 
Matb» rement ; au lieu qu'il devoit prier , '<5 dire 
hom* 9. ^ ^^ ^ ^ij^y nous pour n''ejire point feparés de 
^" , " vous : il s'attribue tout avec arrogance. Et ail- 
leurs , il dit abfolument je ne vous ren ierai pas : au 
HomiU lie^ ^jg j^j-e ;e ne le ferai pas , ftjefuisfoûtenu 
M * h^ f^^ x/oVrf jÉ?f(?î/r/. Il par oit donc que ce Père , 
loin de regarder S. Pierre, comme deftitué 
7%, in de fecours pour prier , n'attribue la faute de 
Joan» cet Apoilre , qu'à la prefomption qui l'a em- 
pêché de s'en fervir. De forte que fi dans la 
fuite il ne craint point d'alTeurer , que le 
fecours lui a manqué, il faut entendre , qu'il 

ne 



Stir le Prohîeme Eccleftallt^ue. 49 
ueluy a étéfouftrait, qu*a caufe qu'occu- 
pé de fa prefomption , il n'a pas fongc a le 
demander ; & qu'ainfi , pour n'avoir pas 
fait ce qu'il pouvoit , qui ctoit de demander 
le fccours divin , il a été laiffé dans fon im- 
puifTance, conformément a cette do6lrine 
du Concile ; // faut faire ce que l''on ^eut , 
^ demander ce qu^on ne peut pas. 

ATexempledeS. Chryfoftome & de tous Matth; 
les autres Saints, l'auteur des Reflexions 2.6. v. ^ 
morales donne en cent endroits, pour eau- 3?« H* 
fe de la chute de S. Pierre aulTi bien que T'»7i» 
des autres juftes , la prefomption qai Ta ^J" 
aveuglé, qui Ta empêché de prier, de de- ^^^' . 
mander les forces qu'il navoit pai , qui Ta ^ *'* 
porté a s*cxpofer fans neceflité a Toccafion , , f /qJ- 
en allant dans la maifon du Pontife, ou rien ^^, 5^^*J 
ne Vappcllok ^ par curioJi(e\ par prefomption l^c S, 
fans craindre fafoiblelfe, & ainiî de relt^. ij, j,^. 
Si confequemmcnt il a dit qu'il a été iaife c\t. 
a h'.i même , CiT* quUln'a eu d'autre guide que va es la 
fa prefomption^ ny d'autres forces que celles de t .b'e 
ici nature , c'ell la peine de fon orgueil : Tir le 
on l'a laiffé , mais parce qu'il a prefurné : '^^^ 
on V 3. iaifjé a lui même ^ mais parce qutl s* cfl 1' -rrc 
cherché lui mcme^ou comme parle Saint AuiU- '■^^^' 
fiin ^ il s*efi trouvé lui même ^uiprefumoit de '^■'"^» 
lui même : invenitfe , qui prccfumpfit defe. ^^'^-^ 
Ceft une règle terrible, mais jufte&irrepro- \^^' '^ 
chable de la vérité éternelle, qui ozera la ° ^' ^'^* 
reprendre? Qui n'avoiiera au contraire que '^i^* 
c*e(l avec juilice que ce quavoit predù le 
médecin eft arrivé'^l^ que ce qu^ avoit prefumé 
Je malade , ns s\fi pu faire : faâum eficjuod 
C ^rkt* 



^6 1. Lettre d*MnT"hecloïïi€n 

pr.idixeratMedicus^fieri non potnit quodpra- 
Jzimpjit agrotus. 

Niais il ne faut pas ici s'arrêter au fcul 
exemple de S. Pierre. Il ell vrai en gê- 
nerai de tous ceux qui tombent, qu'ils forit 
lailiés a ceux mêmes. Ils quittent dit Saint 
«îecor. h\x%vS}(m^ ^ ils pmt quittés. Ilsdelaiflènt 
^ gra. Dieu, qui les delailL a leur tour. Mais a 
c, 13. qui font ils delaiilés fi non a eux mêmes? 
C'cfl: de quoi le même Père ne nous per- 
met pas de douter, lorsqu'il ajoute, C^r 
ils ont été laides a leur libre arbitre .^[ans avoif 
reçu le don deferfeverance^par unjujle.^ maii 
fecr et jugement de Dieu. DimiJJï enin junt 
libéra arhitrio , non accepto perjeverantiji 
dono , juàicio Dei juftofed occulta» 

On voit donc que ceux , qui rejettent' les 
exprCiTions, 011 il eft porté que toutes les lois 
qu'on tombe, oneit laifléafoimême, at- 
taquent S. Aug. & ofent reprendre celui , 
que pcrlonne n'a jamais repris en cette ma- 
tière , que les ennemis de i'Eglife, mais 
iau contraire , que toute l'Eglile a reçu & 
approuvé a^^rés le faint Siège. 

ils manquent encore d'un autre _côté, 
fraite d'avoir entendu qu'être livré a foi- 
iViême, n'eft pas toujours eftre deftitué de 
toute afTiilance , & que lors qu'on dit de 
ceux qui tombent dans le péché, & de S. 
Pierre en particulier , qu'il n'a eu de forces 
que celles de la nature., il faut entendre, qu'il 
, n'a eu de tbrces , dont il fe foit voulu 1er- 
, vu-, que celles là ; aiant même meprifé cel- 
les de ia grâce , qui l'eut portée a prier , s'fl 

l'eut 



Sur le Problème Ecclefja(^î<jue. f i 
Veut écoutée. S. Auguftin remarque dans 
tous ceux qui tombent , 6c dans Adam mê- 
me une liberté fans grâce , fans Dieu^ com- 
me il parle , fans fecours divin. Dieu dix il, Serm. 
a voulu montrer au premier homme ce que * <5. ol. 
'c*efl que le libre arbitre Çans Dieu, b que le n- de 
'libre arbitre eft mauvais [ans Dieu. Nous "^^^^ 
avons exprimé ce qu'il peut fans Dieu. C'eft ^^^* 
"nôtre malheur d'avoir exprimé , ce que peut 
fans Dieu le libre arbitre. Ou il efl clair qu'il 
ne veut pas dire que le premier homme fût 
abandonné de Dieu & de fa grâce , quand 
il tomba, puifque Dieu étoitavec lui, & 
lui continuoit fon fecours , par lequel il 
•eut pu ne pas tomber s'il eut voulu. Mais 
:il veut dire qu'il étoit fans Dieu , parce 
qu'il ne fe fervit pas du fecours , dont Dieu 
i'affiftoit. 

-«• Ainii dans le même Père on efî fansfc- 
rcoftrs , Jine adjutorio , quand en aiant^ on ne 
fait pas d'où il nous vient ; Habens non habetj^ 
qui nefçit unde habeat. Eflre latffé a fn libre 
■Arbitre .^ efire fans fecours ., eftrefans Di^u^ 
comme vous voies que S. Augultin le re- 
•pete tant de fois , ne font ce pas des ex- 
."preffions encore plus fortes que celles d'ê^ 
tre laijféafoi même^ de n* avoir d"* autre guide 
~i^^ fa prefomption , ny d'autres forces que 
xceUes de la nature ? Et i[i on veut condamner 
les dt;i-nieres dans Fauteur des Reflexions, 
il faut auffi condamner les premières dans 
S. Augudin. 

Cell dans un fens a peu prés femblabîe, 

qu'on trouve duns S. Profper , qu'il faut 

C % tou- 



5^ 1. Lettre (T un Theolcgicn. 
Fcfp^ad f-^^AJûurs entendre dans les bons une volonté 
c ip. '/f^' vient de la grâce , Voluntas de gratta ; O* 
li^il. cL% ^'^^^'^'f /t'J mauvais une volonté [ans grâce : A 
i./f^ caiifc en gênerai, que tous les deierteurs de 
lagracc agllFent fans elle , & ne fe gouver- 
nent point par fon inllinâ: , mais unique- 
inent par leur orgueil ; de forte qu'en 
l'aiant , ils font comme ne l'aiant pas , par- 
ce qu'ils dédaignent de s'en fervir, & la 
laificnt comme n'eftant point. 
Marh. Ainfi en quelque manière que l'on veuille 
16* 15. que S. Pierre, & les autres juftesquitom- 
2>.7r» hent, foientdeshommesy^»j-^r^(r(?,csr /^/j/^j 
7 t. a eux mêmes , ce n'efl jamais a Texclufion 
Jean» (de toute grâce médiate , ou immédiate; 
37. îo puilque S. Pierre, félon tous les Pères, 
I ^ 2^ç . ç^ç. j^^f^c auteur a luivis, pouvoir toujours, 
7.6. &.C, ç^ ^^ méfiant de lui même, éviter l'occa- 
fion ; ou en tout cas , par une humble & 
perfeverante prière demander les forces, 
qu'il n'avoit pas , pour pouvoir confeifer J. 
C dans la rencontre , ouille renonça. 

iN'efl ce pas ce que je vous ai fait voir 

dans la do6irinc confiante &unirbime des 

Reflexions morales fur cette matière. Nous 

BcH. y éprenons par tout que le ju^te peut obfer- 

Luc.5>. '^^r hs Commandcmens de Dieu ^ puifijueji 

1 5 . quelquefois il ne le f eut pas , comme le Con- 

Luc. cile de Trente le décide , il peut du moins , 

i%,^7* en laifant ce qu'il peut, demander ce qu'il 

ne peut pas , & que par ce moyen il ell aidé 

pour le pouvoir. 

Après des explications fî autorifées dans 
l'Egliic , il ne me fera pas difficile de juili- 

fier 



Sur le "Problème 'EccIcfîafHque. 5 5 
fier les deux autres Réflexions morales que 
l'on attaque dans le problème. 

La première. Ln grâce deJ.C. principe ef-- jo^g^ 
fie ace de tout bien^ eft necejfaire pour toute ac- i ^ . ^^ 
tio'4 grande ou petite^ facile ^ ou difficile^ pour 
la commencer^ la continuer^ oui* achever', fans 
elle non feulenient on ne fait rien-t mais on ne 
^ut rien faire. 

La féconde. La grâce de]. C. eft une grâce i Cor. 
fouver aine fans laquelle on nepeut jamai5 con- i x. 3» 
feffer J.C.iSf avec laquelle on ne le renonce 
jamais. 

Pour démêler tout d'un coup l'équivo- 
que , fur lequel roule Taccufation d'herefie, 
alléguée ridiculement dans le Problème 
contre ces deux Reflexions ; il n'y a qu'a 
ne pas confondre deux idées , que l'Ecri- 
ture , les Conciles & les Pères ont attachées 
aces vciOVb.^ grâce d4i].C. & qui ne font igno- 
rées par aucun Théologien. 

Selon la première, ils lignifient tout fe- 
cours furnaturel , qui nous a été mérité & 
qui nous eft donné par J. C. fort ou foiblc , 
efiicace ou inefficace : &c'eften parlant en 
ce fens de la grâce de ] . C. en gênerai , que 
Ton dit qu'elle eft abfolument neceffairc 
pour pouvoir faire le bien \ quoique quel- 
ques unes de ces grâces en particulier ne le 
faflènt pas toujours accomplir. 

La féconde idée de ces mots grâce de J .C . 
exprime la puilfance & l'excellence de ces 
fecours , au deftlis de ceu:: que les Anges 
& Adam dans l'ctat d'Innocence ont reçues 
de Dieu ; .fècours qui donnant le vouloir 
c i & 



54 2- Lettre d* un The olog'ieti 

& le faire , félon rexprelTion de S. Psul , 

portent toujours avec eux l'effet qui enfuit 

infailliblement. 

Je vous prie , Monfîeur , d'obferver en 
fécond lieu la différence qu'il y a erdre la 
grâce efficace ^ la grâce principe efficace ; 
deux manières déparier, que l'on ne peut 
confondre fans ignorance ou fans malice. 
Car tous les Théologiens conviennent d'en- 
tendre par la grâce efficace j celle qui pro- 
duit toujours immancablement l'eiftcpour 
lequel elle efi: donnée de Dieu ; mitis par 
le terme de prmcfpe efficace y ik n'enten- 
dent autre chofe , (înon ce qui peut pro^; 
duire , ou qui produit orduiakemeiit feii^; 
eiîèt; ou enfin qui le produiroit , s'il ne. 
trouvoit dans le fujet , fur lequel il agit^ui-ie 
reMance, qu'il ne peut quelques fois fur- 
monter. C'eit en ce fcns que nous difons y 
qu'un remède eft efficace , que les Sacre- 
n^ns font efficaces , ou principes efficaces 
de la grâce; quoi que ce remède ne gue- 
rilfc pas toujours,, & que les Sacremens ne 
produifent pas la grâce dans les hommes,, 
qui y apportent des obliacles; parcequcles 
Sacremens ne lèvent pas ces obliacles-; au 
lieu que la grâce efficace n^eil rejetîée , com- 
me parle S. Aug. & après ru4 toute i'E- 
glire,;?.'zr aucun cœur dur '^ parce qu'elle, 
eft donnée pour en ôrer toute la dureté. 
C'ed donc par une ignorance affectée & 
malicieufe, que l'auteur du Problème prend 
ces mots de la première de ces deux Re- 
flexions , La grâce dej, C. prt&ape efficace, 

de 



Sy.r le Vrohleme Eccleftafikjue. 5 ^ 
de tout bien^ pour la grâce efficace de J. C 
& qu'il ajoute que l'm va voir quel* auteur^ 
nen recônoit aucune que Inefficace. Car fur, 
les principes inconteftables , que je viens de 
vous pofer , il y a une trcs grande dilît> 
r,ence cntte la grâce de J. C. principe effi- 
cace de tout bien, &lagracede J.G. Aiiiiî. 
il y a deux proportions dans cette premiè- 
re reflexion, l'une qui eft la principale,' 
eft, La ^r ace de J.C . eft necejfaire pour toute 
adion , graîide ou petite , facile ou difficile , 
pour la commencer.^ la continuer ^ l'achever: 
fans elle non feulement o'ninefait rien : mais 
on ne peut rien faire \ Prcpolîtion qui étant 
entendue de la grâce en gênerai, fuivant 
la première idée que je vous ai expliqué ^ 
cfl tellement de foy , que les contradictoi- 
res font manifeftement hcretiques.Par exem- 
ple que fans la grâce de J. C. on peut iai- 
re quelque bonne a6t;ion , grande ou petite , 
facile ou difficile ; que fans elle on la puifTe, 
commancer, continuer, ou achever; que 
fans la grâce de J. C. on fafle, ou qu'on puif- 
fe faire quelque chofe de bien. 

La féconde propoiition qui n'eft qu*in- 
cidente dans cette reflexion , eft (['^e la 
^ace de ]. C. efi principe efficace de tout bien: 
^utre propoiition , qui cft encore de foy ,, 
puis qa'ouBe peutjamais dire félon la foy, 
qu'il y ait un autre prmcipe efficace du bien , 
que la grâce de J. C. & qu'on ne peut nier 
fans herefie, que la grâce de J. C. ne foit 
le principe efficace de tout le bien que font 
ksjulles. 

C4 Efl 



5^ 2. Lettre (Tun Théologien 

En prenant donc la Reflexion ou feparéc 
dans ces deux propofitions , ou même , (î 
vous voulés, toute entière, en donnant au 
terme de primipe efficace la fignification 
qu'il a dans nos Sacremens, defquels on dit, 
qu'ils font les principes efficaces de la grâce 
dans ceux qui les reçoivent, quoiqu'ils ne 
, produifent pas toujours leur effet; ou en- 
fin en expliquant le mot de grâce de J. C. 
dans le lens gênerai du terme de grâce , 
entant qu'il renferme tous les fccours, forts 
ou foibles, efficaces ou inefficaces, qui nous 
ont été mérités par J. C.vous ne trouvères 
rien dans la Reflexion que de très ortho- 
doxe & que de très oppofé a la faufic induc- 
tion que l'on en veut tirer, 
r Cof . De niéme pour venir a l'autre reflexion , 
it, 15. ouronditqueronnepeutpasconfelîèrJ.C. 
de cette eminente manière de le confeiîèr 
devant les puiffances , & malgré les terreurs 
du monde , qui fait ceux que l'on a:ppellc 
Confeffcurs, il faut entendre avec le Conci- 
le , comme je viens de vous l'exprimer, 
qu'on ne le peut pas tousjours en foi, puis 
qu'il fuffit que l'on puifTe en priant, & en 
demandant le fecours par lequel on le peut; 
a quoi fi l'on manque, on eftiaiffé jugement 
dans une impuiilancc, qu'on avoit pu vain- 
cre , fi on eut voulu , avec la grâce qu'on 
avoit , ainfi qu'il eft arrivé a S. Pierre. 

Car je vous prie de remarquer que la 
reflexion ne dit pas , que fans la grâce fou- 
veraine on r.e peut rien , mais feulement 
«u.'on ne peut pas coiifeflèr j.C. ellen exclut 

autre 



Sur k ProhlerHe Eccleftaflque. 'ff 
autre chofe fi non de pouvoir aéluellement 
confefler j. C. Elle laille au jufte le pou-- 
voir d'éviter l'occafion , de prier, de fe; 
méfier de foi rncme , & en gênerai tous les 
autres fecours, hors celuidonton abefoiiv 
pour confeller en etïèt. 

Que fi vous fupofés , que l'on parle dans- 
cette reflexion, comme le veut le Problème, 
de la grâce efiîcace , fa propofition ert telle- 
ment irreprenenfible, que la contraui6èoire- 
eft maniteftement infoûtcnable , favoir que 
fans la grâce efficace on peut confclfer J. C. 
au fens qu'il dit à S. Pierre, vous ne pouvez 
pas me fuivre à prefont; & qa avec elle on le 
puiffe renoncer. 

Il faut donc , que tout le venin du Janfe- 
nifme, que l'on veut trouver dans cette ré- 
flexion, confiûe en ce que L'auteur axicjuc la- 
grâce de J. C ejî unegracejotivcraine^fa'^s la- 
quelle on ne peut conjejj^r f.Cèc que toute 
ion herefiefoit d'avoir dit en gênerai que la 
grâce de J. C- eji unegr.^ce (ouveraine ; C^'eft 
a dire eôicace , fans laijue.'le ok ne peut confej- 
fer f. C. lauiànt a entend: e, qu'il n'y en a. 
point d'autre que la grâce foaveraine, qui. 
nous tait coui effet JefusC^iriiL 

Mais I. je vous ferai voir fur la 2. & 4. 
propofiàon, par une infinité ■-feadr^)itsre-; 
pandus dans tout '.eiivre , qu'on.y enfcigns 
une vraiC ^r^ce de J. C. une grâce intérieu- 
re , a laquelle ou lefilk. 

2. Qj.il ne fait que tout le monde en par- 
lant de lagracj,. ne dcngne pour l'ordi- 
iiaiie la ^race cmcaje , q àe par la ^race de 
C5 J.G.. 



58 t. Lettre à^un Théologien 
y C. en donnant le nom abfola de grâce 
de J. C. a la plus excellente de fes grâces? 
Et alors on prend le mot de grâce de J. C. 
ftiivant la 2. idée que toute la Théologie 
admet, entant qu'elle contient les fecours 
fpeciaux & puilTants , qui nous font don- 
nés par J. C. Dans tout ce que S. Aug. a 
écrit fur cette matière, a-t-il jamais nom- 
mé la grâce efficace autrement que la grâ- 
ce de J. C. Que (i toutes les fois que Ton 
trouve dans ce S. Doéteur, qu'on ne relî- 
llc jamais a la grâce de J. C. ce qui fe lit 
par tout dans fes ouvrages , on vouloit 
l'accufer d''avoir enfeigné qu'on ne refiftc 
jamais a la grâce ; & de n'avoir admis d'au-, 
tre grâce que Tcfficace , ne trouveroit on 
pas le Janfenifme dans toutes les pages de 
S. Auguftin & dans TEvangile même \% 
legle de nôtre foy , quand J. C. dit des Juifs, 
qu'ils ne pouvoient croire ; & a S.Pierre, 
q2^Hl ne pouvait alors le fuivre ; fi l'on en 
vouloit inférer que les juifs & S. Pierre 
ctoient alors fans aucune grâce & lans 
aucun pouvoir , en prenant a la rigueur les 
mots -pot erant ^ & potes , n'en conclueroit 
on pas une exclufion de tout pouvoir Se. 
de toute grâce? au lieu que , comme je vous 
ai fait voir, on y nie feulement le i-ouvoir 
de croire alors , & de fuivre dans ce mo- 
ment J. C. qui fût après donné a S. Pierre; 
comme fans doute il fût depuis donné da 
croire en J. C. aplufieurs des Juifs, de qui 
il avoit dit auparavant qu'ils ne pouvoient 
CiQire. Dans quel livre ne trouveroit on 

point 



Snr le Plrohleme Eccleftaflicfue 5 9 
point une infinité d*hcre(îs s par ces fortes 
de chicannes , en dilTunulanc les vérités op- 
pofées aux erreurs , & en tirant de faufles 
çojifequences de ce qu'il y a de plus fain f* 

PourôterjLifqaes al'ombre des difficul- Surfc 
tés fur la polfibilité des commandemens pfinci» 
dans tous les jaltes , il faut encore ajouter , P^ ^^ 
qu'elle elt fondée immuablement fur ce ^°\ ^^^ 
principe de la foi ^ que Dieu ne delaijjè que 9\^^£^ 
ceux ^ qui le delaijjent les premiers ^ par une ^'^ 
defertion abfolument libre. Deus namque ^^ 
fudgratiajufti^catos nmnquam deferit^ niji ,^,{g 
ah eis prius deferatnr. Le Concile n'a pas jelaif- 
voulu définir que Dieu n'abandonne per- f-nt 1^5 
fonne a lui même & a fa propre foibleflè; pre- 
mais qu'il n'abandonne perfonne , fi on Ae micrj,. 
l'abandonne le premier. Ce font les pro- 
pres paroles de S. Augutlin cnpiufieurs en- Conc» 
droits : C'ell auifi ce qui luy fait dire ce ^nJ. 
que j'ai deja raporté de tous ceux qui per- ^'^^- ^' 
dent la grâce , ils delaijfent fremicrcmcnî c* 1 1 * 
l^ puis ils [ont delaijjes, Deferunt çjf de- 
feruntur. Adam a e.é jugé félon cette rc- , ^^^^* 
gle. // a delaiffé ^ il a été delaijjé , De- ^ ^'''^ 
feruit & defertns eft. ^* ^^^ 

Ce qui arrive dans la fuitre de ce dclaif- 
fement , lors que les pecnés font la jufte 
punition les uns des autres, 6c que par un 
enchaînement de crime , le pécheur fe 
trouve plongé dans un abyme incoriceva- 
ble: C'eft ce que S. Aui^uilmexpli-i^ue ainfi, 
Defertm a Deo cedit eis at.fue consentit \ 
vmcitur ^ capitur^ trahitur ^pojjidetur. Le^^^^^^ 
Pécheur delaijjè de Dieu cedç a [es mau- „ ' J'^* 
C 6 • van 



€o Z. Lettre d'un Théologien 
Tais dejirs , il y consent , il eft vaincu yilefl 
pris ^ il efi entrainé ^ il eft pofide\ <s^ entière- 
ment foru le Joug. Ces defordres arrivent a 
ceux qui ont efté deiaiflés de Dieu , cela eft 
très vray , & il ne faut pas trouver mau- 
vais , qu'on reprefente aux Chrétiens cet 
ctat ; inais il faut toujours fe fouvenir de la 
. diftin6}:ion deS. Auguftin. C'eft que lors 
que l'on eft ainfî livré a fcs convoitifcs , il 
y en a quelqu'une que l'on ne veut pas vain- 
cre, a laquelle on n'eft pas livré par lejuge- 
jrentdeDieu , mais pour laquelle on a /// 
jugg digne d'être livré aux autres. Il n'im- 
porte que dans cet endroit de S. Auguftin , 
il y ait deux leçons différentes ; puifque 
toiues deux aboutiftent a la même fin , de 
diftinguer le crime , auquel on s'eft livré 
foy même , de celuy auquel on eft livré par 
punition : par exemple , dit S. Angufhn , 
c'^eft i^ orgueil iSf l'ingratitude des f âge p qui et 
mérité que Dieu les livrât aux dejordres 
enor777es.,qyLC S. Paul raconte. Combien plus 
faut ilobierver cette règle a l'égard des-ju- 
ftes , qui ne font jamais delailiés & liviés 
aux dîmes, que par une dereétion , qu'ils- 
n'ont a imputer qu'a une faute, a laquelle 
S. Aug. ne veut pas qu'ils foient livrés en 
punition , mais qu'ils s'y livrent eux mêmes, 
par leur liberté. 

C'cft pourquoi fur ce fondement que 
Dieu efî fidèle dansfespromejjes-^ les juiieS- 
font afïùrés , qu*il ne per mettra jamais qu'ail 
joient tentés- par dejjpts leurs forces. Ils ont 
donc toujours le pouvoir de garder les corn* 



Sur te Problème Ecclefia/fiquè. €i 
mandemens a la manière que Ta défini le 
Concile de Trente , & il eft aufli détermi- 
né dans le Concile d*Orange que félon la Codc,' 
foy Catoliquc , Secnndumfidem CatholicamykKiws, 
après la grâce du Bdteme , tus les hatifes, c» 15^ 
avec le fecours de J. C. qui les aide C^ coopère 
avec eux , peuvent <Sf doivent accomplir les 
Commandemens de Dieu ^ s* ils veulent fide^ 
lement travailler. Onnnes BaptiT^ati pojjint 
tS debeant , fi fideliter laborare volucrtnt , 
adimplere. Ils le peuvent donc, & il ne 
tient qu'a eux avec la grâce qu'ils ont ; la 
grâce ne leur manque pas ; il ne leur man • 
que que la volonté, dont fèloarexprelTioii 
de S. Auguftin , ils ne veulenrpas emploier 
toutes les forces. 

Souvenés vous doncMonfieur, que les 
jufle s peuvent toujours , quand même ils ne 
veulent pas , ou ce qui elt la même chofe,. 
félon le langage de l'Ecriture & de S. A^i- 
gullin , quand on dit qu^tls ne peuvent pas. 
Et ce pouvoir, qu'ont les juftcsde garder 
les Commandemens de Dieu , vous Tàvés 
vu établi , comme une vérité Catolique , 
& très nettement & plus d'une fois dans 
les -.veflexions morales. Que pouvés vous 
penfer après cela de l'ignorance, ou de l'in- 
juiHce de Tauteur du Problème , d'accu- 
fer iV.r. VÀrchevcquc dci aiis d'avoir ap- 
prouvé un liviC rem, li de tout le venin du 
Janfenifme, quand il eufeigne les ventés 
oppoiées a cedogmepci vicieux, & quand 
vous voie:. , quM parle comme 1*E\ an- 
gile , comme, le Coixciie de. i^cate , & 

com- 



6t 2. Lettre d^un Theolo^îiH 
comme S. Aug. En voila peutêtretrop pour 
unç lettre, mais plus elle eft longue, plus 
vous devés coniioitre que je n'épargne 
pas ma peine pour vous moquer que je 
fuis &c. 



28 SEpTEMBiii: 1699. 




TROÏ- 




<^3 
TROISIEME LETTRE. 

Sur h z. ^' & 4*' propa/ition des 
cinq condamnées par Innocenta. 
^ Alexandre VII. 

[I vous avés été perfaadé, Mon» 
fieur^de laCatolicité de l'auteur 
des Réflexions morales fur la 
première des cinq propolîtions, 
vous allés être étonné de le voir 
parler fur la 2. & la 4. comme un des hom- 
mes du monde le plus déclaré contre le Jan- 
fenifme. J'ai de quoi vous laiîér en vous ra- 
portant les endroits , ou il dit , que Ton 
refîfte a la grâce intérieure , en la privant 
de l'effet pour lequel elle nous étoit don- 
née. Voici les propoiîtions dont il elt que- 
ftion. 

2. Propofition. Dam Tetat de la Nature 
corrompue 0» ne rejifie j amaà a la grâce in- 
térieure. 

4. Propofition. Les Demipelagiens étaient 
hérétiques en cequils voulaient que la grâce 
fut telle , que la volonté humaine ^ût lui re- 
Jifier , ou lui obéir. 

l'Auteur des Réflexions morales a con- Supref- , 
damné avec toute l'Eglife ces deux propo-iion 
ûtions, en enfeignanttrcsclairement, que ra^'i^^t- 
le libre arbitre réfute a la grâce de J. C. & ^ufc clés 
OU ne lauroit excufcr le faileur deproble- ^"^^0»^* 



d^ ^. Lettre (V un Théologien 
Ton en- me d'une malicieufe fupreflîon , d'avoir 
/i:ignc diflimulé une doélrine fi ortodoxe en une 
Ja rcfî- infinité d'endroits de ce livre ; en voici quel- 
ftance a ques uns. 

la gra- On rejette fouvent les grâces que Dieu nom 
ce. prefente^^ futfcju* on ferme roreillt a la mife- 

ricorde , ist que cette mifericorde ejî mePri' 
Rom» r/^^ 

^ ^ * î* On repoujfe la main de Dieu qui veut mus 
rat. 8. guérir ^ &un peu après, on repoujfe la main 
2. p. de J. C. ^ encore , heureux qui comme S, 
A<^.2.2.. P<^ul ne recette pas cette lumière^ ne repuuffe 
7. pas cette main , n'ejî pas fourd a cette voix» 

Voilà donc une volonté de nous guérir, 
une opération de Dieu en nous , une voix 
qui nous parle au cœur , comme aS. Paul, 
indignement repouflee , rejettée , rendue 
inutile. 
Luc. 1 9. j^Q pi^j gra?ul malheur n^ejî pas d'etrepe- 
\j^ ^^ cheur ^ mats de rejetterla mainfalutarre de 
jj^^ rf//«7 fa/ nous veut guérir par la pénitence. 
Jeaiî^^' Q^ela^'cuglement; mais quelle malice de 
19. "^' vouloir pas fentir dans ces paroles une 
iThcir. liberté , qui rend inutiles les preflcmens fa- 
,^ ^ lutaires d'une main qui nous favorite , jus- 
que a vouloir nous guérir. Ce n'eft pas une 
grâce extérieure , ou qui reluiic ièulement 
dans l'intelligence; la voici qui cherche k 
Luc. 14, cœur. Au lieu de s"^ ouvrir a la lumière ^ 
aux grâces ^ que le Seigneur lut aporte en 
levijitant , le cçeur s* ouvre a la malice. L'- 
auteur ajoute. J.C. nous parle entant de ma- 
mères par fa vie , par ft s bien faits , parfes 
infpiratiQus.fferom mus four ds a taf^tde voix. 



Sur le Problème Ecclefiafti^ue o ^ 
On voit a la fois toutes les grâces extérieu- 
res & intérieures , unies pour gaigner un 
cœur , & cependant nul effet , & ce cœur 
demeurer fourd. En un autre endroit , queJ^^^* . 
je refonde Seigneur au défit cjue vous avés '7' l/* 
que je demeure en vous ; en defirant ^ en 
faifant que vous veniez , que vous demeuriés^ 
que vous croijpez en moy ^ ^^^ j^ ^y rnetîe 
foint d*ohftacles par mes defirs dérègles. 
Voilà ce que veut la grâce , voilà ce qu'il 
faudroit faire de nôtre coté pour lui donner 
fon efîèt ; & voila ce qu'empêchent nos 
mauvais defirs. Il ne s'agit pas d'une re- 
fîftance improprement dite, ou la grâce 
foit feulement combatiie ; elle eft malhçu- 
reufement vaincue , deftituée de l'effet quel- Lnc»'^ 
le -î/oa/o/^, par la feule defeftion très volon- 19. 14^ 
taire, &tres libre de la volonté dépravée : 
ou comme l'auteur dit ailleurs , elle eft 
oifive par nôtre faute & par nôtre négli- 
gence , en forte que le pécheur n'a rien a 
dire au jufte jugement de Dieu , & qu'il 
ne lui refte , comme difoit le prophète , que 
la confufion a fa race , c'eft a dire , fa pro- 
pre faute avouée , & inexcufable. 

Il n'eft rien de plus inculqué dans tout 
cet ouvrage que le malheur de rendre fte- 
riles & infru6l:ueufes,tant les graces^de cha- 
que çtat , que celles qui font communes a ^ q^^ 
tous les chrétiens. N'en demeurons pas aux ^^ jj^ 
bons defirs , ils condamneront ceux qui les 
rendent lîeriles par leurparejje. 

Combien y a fil d"* années , que Dieu at- Luc. 
tend de nous le fruit de ces grâces , ^ que^ 1 3 /• 

nous 



6^ 5 . Lettre d^un Théologien 
mus m h payons que de ^romejfesfans effef^ 
^ de résolutions fteriles. 
WarC. Il eft marqué cent & cent fois , que Ta- 
4. xj. vcuglemcnt & rendurciffement fui vent le 
mépris de la grâce , qu'il en eft la peine , 
ce qui prefupofc le crime d'une reliltancc 
parfaitement libre. 
Luc, Le bon ufnge des lumUres ^ des grâces en 

II* 31. attire d'autres'^ le mauv^ais ufage conduit À 
Luc. r aveuglement î^ à V endure ijfement du cœur. 
13. 54. Les grâces r/ialreceues ^ f abus des bien' 
£p. fa-its de Dieu endurcirent le cœur. Quelles 
Jud. 5 . ténèbres quand la lurjoiere étemelle ne luit. 
>^poc. plus dans- U cœur ; prenons garde que »os. 
7. !*• infidélités ne mus y conduisent inje»fib.le^ 
ment. 

Il avertit d'être fidèle a la grâce & de 
coopérer aux faintes infpirations , de peur 
d'en élire privé , & que la grâce ne foit 
transférée a d'autres. On duit fuivre fans 
délai le mouvement de la grâce , de peur qu''il 
ne pajjè , ^ qu'une oMlre ne mm enlevé 
au Voccafion ^c. Craignons que nôtre grâce 
ne foit transférée a d'autres en punition de 
notre infidélité. Trejfaillons de joie de ce que ' 
le Royaume de Dieu efi établi dans les pais' 
les plus éloignés : mais faifons en forte poj- nô- 
tre fidélité^ que ce ne foiP pas notre grâce qui 
leur foit transférée. 

Je fuis las de vous copier des paflfaçes ; 
vous trouverez a toutes les pages la mcine 
doctrine eufeignée: <5c il n'y eut jamuL-ide 
calomnie plus criante , que ceiie du Pro- 
blème fur cette matière. Sivoui n'êtes 
> pas 



Luc. 


II. 16 


Rom. 


10. 19. 


Luc. 


13, 2i), 



Sur te 'Prohterife 'Eceh(t^iifue d"^- 
pas auflî las que iiioy , çonfultés k table fiir 
la lettre G. l'on y a indique lespriiiapaux. 
endroits, ou Ton établit dans les Keêexlo^^Sv 
morales , fue i^n rejifie a la p'ac4 Ài-> 
J. C. 

Mais avés vous pu lire vous mtnue ce que 
je viens d'en raponer , fans y remarquer ea 
combien de manières on y dit , quil y £& 
des grâces , qui ri emportent pas le confente^ 
ment ^ qui ne fe font pas obéir : 1 1 n'cft pas 
befoin de raifonnement pour s'en convain- 
cre. Il n'y a qu'a confulter rimpreliion 
qu'ils font fur l'cfprit» , . '. . > : > 

Donnez vous après cela la peiïrc, quand 
ceneferoit que par curlolké , de consultes 
le Livre derExpofitionde Ia£by^& jevou* 
aflure qufi vous ne trouvères pas que Ton 
y ait etably nettement comme icy , que ta- 
grâce de J. C. n'emporte pas le contente- 
ment de noftre libie arbitre , & qa*eliene 
£e fait pas toujours obéir , en entendant , 
comme fait l'auteur du Problème , par la 
grâce de J. C. tous les iccours qu'il nous 
a méritez & qui nous fout donnés pa* lui. 

Pendant que je fuis fur les fapprelfions 
de l'auteur du Problème , >em'en vais vous 
marquer celles qu'il a faites des paflages,. 
ou le P. Q. enfeigne que la grâce ne necefTi- 
te pas la volonté, contre la troiûemedes 
propolitions condamnées : afin de ne point 
interrompre ce que j'ai a vous dire de la 
dodrine de l'Eglife fur la grâce efficace 
de J. G. voici quelle eft cette j.piopofi- 
tion. 

Pouf 



68 1 . Lettre él^un Théologien 

Pour mériter ^ démériter dans Vetat de 

la nature corrompue , il n'efl pas reefuis en 

l'homme une liberté c^ui l* exempte de la ne- 

teffité ^mais ilfuflit une liberté qui le dégage 

de la contrainte. 

Omiffî- Voions comme parle l'auteur des Refïc- 

on des xions morales. Comme on ne cefTe dans 

endroits ce livre d'inflruire le peuple fur la rebelli- 

oul'oû on , que l'on fait a la grâce , onluienfei- 

cnfag- gne avec le même foin , que les grâces , 

nrque qui ont leur effet , parce qu'elles flechilfent 

Ja grâce les cœurs avec cette toutepuiflante facilité, 

^^œ^' ^^"^ préchée par S. Auguftin , y exercent ce 

ccffitc (jivin pouvoir , fans forcer , Çans neceffiter la 

P"'* , volonté de l'homme. C'eft le terme précis 

voJODtt ^^^^ j.Q^^g rêcole fe fert , pour expliquer 

la plénitude de la liberté , qu'on appelle 

Luc. ^,^* indifférence; ainfî non content de dire 

a^. 8. ' cent fois <iue Dieu difpofe les cœurs les plw re- 

2 j . belles^ fans faire tort, fans donner d"* atteinte a 

leur liberté , l'Auteur ajoute ces mots ef- 

Luc.14, fentiels, que Dieu tirant a luy nos cœurs 

a3. rebelles .^ nom fait une violence, qui ne force 

X Cor. ey }2e neceffite point nos volontés , ^ qu^il 

*• *3» rend les élus fidèles a fa loy par une charité 

invincible qui domine dans les cœurs fans 

les neceffiter. 

iCor. Mais encore que les dons duS.Efprit ai^ 

.'4' l"^' dent la volonté fans la neceffiter , ne font 

ce pas la en termes formels des propofitions 

contradiétoires a la troifieme decellesqui 

ont été condamnées ? s'il vous en faut cn- 

Philip. core, écoutés cellecy , que nous voulons cj' 

11. ii'faifonstres librement lorsque Dieu opère en 

nout 



Sur le Problème Eccleftafli^ue ^^ 
leoui le vouloir ^ le faire ; que la grâce ne 
mus affufettit a Dieu que par un amour H» 
hre. Or en bonne Théologie , il n'y a point 
de vraie liberté que dans l'exemption de la 
neccffité, aufli bien que de la contrainte, 
& par confcquent , voilà dans l'auteur des 
Rciiexions morales une parfaite conferva- 
tion de la liberté fous TimprelTion de la 
grâce la plus efficace. 

l'Auteur du problème fcandalcux omet 
toutes ces propofitions , parce qu'il ne fon- 
^e qu'a rendre odieux fous titre de Janfenif- 
me , un livre qui ert rempli de maximes 
fi oppofées a ce dogme , & un Archevêque 
qui ne l'auroit jamais approuvé, s'il n'y 
eut vu éclater par tout cette oppofition. 
Ces endroits fuprimés devroient feuls fufîi- 
re pour la pleine juftification des Reflexions 
morales: tout homme qui parle ainfi,ellfans 
doute fort éloigné d'eftre Janfenifte. Mais 
je ne m'en veux pas tenir la. Il faut en- 
core vous montrer, que tout ce qui eft at- 
taqué dans le ProbIeme,eft entièrement fain 
& Catolique, étant conforme à la dodrine 
de S. Augultin , & de S. Thomas. 

Il n'y a point d endroits ou la maligni- 
té de cet auteur fe déclare d'avantage, 
qu'en ceux ou il entreprend de prouver , que 
la gi ace neceliitante eft marquée dans tous 
les paffages des Reflexions moi aies , ou il eft 
porié , que rien ne peut rejijîer a la toute puif- Math." 
faacede Dieu^ quand il veut fauver les De- 2.0. 34.' 
cheurs , m empêcher ou retarder P effet. Car ^3- ^9* 
ces Gxprcfllons font fi fréquentes dans les ^"c. 9. 

Pères , 



çQ ^ . Lettre d*ftn Théologien 
43. &c. î'^pos , >qu€ c'eft les livjer tous au Janfcnif- 
-me, qued^imputer cespropofîtionsacctte 
Doftri '^^^^^^^^^ ï^ "^^ faut que lire cette prière 
ne de S.'^^^^^^^^^^^ ^^^^ ^^ liturgie 4e S.Bafile, 
Augu 'î'^pportee <i ans r excellente Inftrudion Pa- 
ftin & Morale de Mr. l'Archevêque de Paris du 
de S. ^- aouft. 1^99. Seignettr faites bons les me- 
Tho- 'chims ; confervés les bons dans lafieté\ car 
mas fur i/ow^ pouvés tout ^ ^ rim ne vous contredit'. 
U ^rtictnftws fauves quand -pI vem flart , Çfj' il ny a, 
Q&cicc.-perfonne quir^fifie a votre 'volonté. '-' 

P-, Gette4>rîere eft^mabregé de celle deMàr- 

4ochee au livre d'Erther. Sei^eurRoytotit- 
^ ' * Jwiffant^ tout efifius votre empire ■> ^ perfon- 
'ne ne feut refifter a votre volonté , Ji vom 
refohéi de fatruer Ifrael. Il s'agifToit de Ic 
■fàuvcr en chaiigeant la volonté parfaite- 
îîîent libre d*Afmerils , prévenu contre eux 
<i*une haine qui paroiîfoit implacable : mais 
encore qu'il Me queftion d'un effet entière- 
ment libre de la volonté , Mardochée 
liehefitepas adiré, ^^ nul ne peut refijier 
n la volonté de Dieu. Ce qu'il exprime en 
difant, que nul ne rejrfle a la Majefîé de Dieu, 
Onditindiferemment qu'on ne refifte pas» 
T& qu'on n'y petit pas rcfiiter : Parceque 
ia volonté de Dieu s expliquequelquetbis 
é'^viyç, manière fi -abroître Ôcfi fouveraine , 
mcme par raport a la liberté naturelle a 
rhommc, que l'rdée de la reiiftance ne com- 
patit pas a\xc Texpreffion de cette puis- 
lance. 

Ainfî parceque J. C. exprime dans les 
termes les pius abfolus , qu'il priera- pour 

S. Pier- 



Sur le Problème Eccleftaflique >^ï 
S. Pierre afin que fa foy ne défaille pm^ tac. 
S. Auguftin ne craint pas de dire dans le n 51." 
livre de la corredion & de la grâce , an' a de corr, 
caMje que la 'uolonte' eft préparée par le ôeig-^^i3i,Z\ 
nenr , la prière de ]. C. pottr cet Apôtre ne 
paUT/oît pas eftre inutile : fedqmapraparatur 
VOiUntds a Domtno , ideo pro illo non potefi 
■ejfe inanis oratio. De même parce qu'il 
•plait a Dieu de s'expliquer d'une manière 
abfoliie , de ce qu'il peut fur nos volon- 
tés -, le même faint Auguftm dit fans hcr 
ïîter'dans le même livre , que les volontés 
humaines ne peuvent pas rejîjier a la volonté IhiâAi» 
de celui , qui fait tout ce qui luy plait dans h 
Ciel l^ dans la terre. 

Et s'il en faut venir a des faits particu- 
liers, parce que Dieu avoit déclaré de cette 
manière fouveraine & peremptoire , qu'il 
vouloit donner le Royaume a Saul , & en- 
fuite rôter a fa maifon pour le transférer 
a David , le même faint Augultiii dans 
le même lieu marque expreffement qu'Abi- 
fay , qui fe rendit a David en confeqaence 
de ce décret , ne pouvoitpas s^oppofer a la vo- ^(jj j^ \ \ 
lotit é de Dieu. Numquid illepoffet adver^ '' '' 
fari Dei voluntati., & il marque aulfi, qu'en- 
core que ceux qui executoient les décrets 
du ciel en fe foûmettant a Saiil , ne le fif- 
fent que par leur treslibre volonté , (^ 
qu'ils'eujjènt en leur pouvoir de s"" y fou mettre ^^^* 
i^ de ne s'y pas foûmettre , ce pouvoir ne s^ef- 
tendait point jusques a pouvoir rejijier a 
Dieu ; Nec fie erat in potejiate /fraëlitartei» 
fubderefemeraoratoviro , fivenm fubdere , 

ut 



yt ^. Lettre d* un Théologie» 
at etiam Deo volèrent refiftere. Voilà di- 
iljné^ement dans les hommes le pouvoir 
de faire & de ne pas faire , ou confille la 
véritable & rigoureufe notion du libre ar- 
bitre ; & en même tems un aveu cju'on ne 
peut pas refifter a Dieu , quand fa volonté 
fe déclare. 

Perfonne n'eft étonné de ces façons de 
parler , ni ne les trouve fufpedes que les 
. ennemis de la vérité , parcequ'on fait, 
difons nous , qu'elles n'ont point d'autre 
Tens que celui ci : il ne peur pas arttver 
enfembk, que Dieu veuille fléchir le cœur 
de rhommC) & que les moiens lui manquent 
pour venir a bout de ce deffein : on lait que 
pour l'accomplir , il répand dans les cœurs, 
de corr. comme parle S. Auguftin , une dcUBable 
^é^^^' perpétuité^ & unefor^e inÇurmontable. De- 
ledabilem perpetuitatem ^ infuparabileT» 
fortitudinem. On fait que cette force in- 
lurmontable eft l'équivalent d'une force , 
qui ne peut cftre vaincue, a laquelle par 
coiifequent , en un certain fcns tout com- 
mun en Théologie , on ne peut pas rejijier^ 
& que c'cft prccifement cette force , que 
l'Eglife efpeie , lors qu'elle demande a 
Dieu une inviolable affeéiionpourfon amoury 
Inviolabilem charitatK affeélum , en forte e^ue 
ces defirs , qui nous [ont inspire' s par fa bonté^ 
ne puiffent être changea par aucune tentati- 
on^ nulla pojfint tentatione mutari. 

Si ce langage ell: fufped , on n'ozcra plus 
parler des immancables & infaillibles moi- 
ens , par lefqueis J. C. aflure raccompli/fe- 



I 



Sur le Prohîcr/ie F.ccle(taiticjtie J.2, 
meiit de cette grande parole* , tout ce qne Jean. 
mo'a Père me donne vient à moi ^Sc il faudra 6. }/• 
du moins corrigera modérer celle cy. Ce 
que mon F ère m'a donné ejî plus grand que 
tout ^ ^ perfonne ne le peut ravir des rûaim 
de mon F ère , & y admettre une excepti- 
pn pour les Elus , s'ils fe peuvent finale- 
ment ravir eux mêmes à celui qui les veut 
avoir , & dont les puilTantes mains les tien- 
nent fi bien. 

C'efi pourtant dans de femblablcs paro- 
les , dont l'Evangile efl: plein, queconllilo 
\2ifurcmincnte vertu ^ que l'Apôtre recon- ^P^- f» 
noit dans ceux qui crient : vertu qui nous ^^ -*^» 
reflufcite au dedans & au dehors , <& fé- 
lon l'cfprit & à la fin félon le corps par Phi.''p. 
îine opération^ qui s' ajfujetit. toutes ch'jjh; 3- if» 
qui par confequent s'aliùjetit le libre arbitre, 
comme le flijet de tous les mérites , mais 
qui ne feroit point au rang, des chofes que 
Dieu a faites , s'il ne demeuroit comme 
les autres affujetià l'opération de fa puif- 
fance. 

l'Ecole fnême fuccomberoit parmi des 
fcrupulesfi abfurdes & fi dangereux ; & 
quand tous les Do6leurs & autres Tiieo- 
logiens comme S. Thomas difent , qu'un 
predeftiné comme tel ne peut perire fina- 
lement, il les faudroit corriger. Qiu n'a 
vûxettcquefiiondans lafommedeS.'l bo- 
rnas. Si la volonté' de Dieu s''acc9r/i^lit toîi- ^ q j ^^ 
jours , & la rêponfe qu'il y fait , que ce ^ ^. 
^quil veut jir/iplement s'accomplit toujours^ ibil ad* 
O' que pour cela félon la dodrine de S. i.arg. 
D Au-8.i»ci. !♦ 



74 r- ^^^y^ à* un Théologien 
Auguftin , il faut prier Dieu qu'il le veuille, 
farce qu'ail fefait neceffairemefit^ saille veut: 
Jiogandus Deus utvelit^qm a necejfc eftfieriy 
fi voluerit. Ce font les propres paroles de S. 
Auguftin raportées par S. Thomas : a quoi 
Ton peut ajouter celles du même Père dans 
îe même endroit , Que Dieu fauve qui il lui 
fiait y a caufe que Je Toutpuijfant ne f eut rien 
'Vouloir inutilement : Quia Omaipotens velle 
inamîer >2072 potuerit , quoàcumque njoluerit^ 
Pour ne lailïèr aucun doute , le même S. 
Thomas explique quelle eft cette necef- 
fité , & il conclud qu'elle n'cft que con- 
ditionelle , non abjolutafed condition aï i s ; A 
caufe ,dit il , que cette conditionnelle cft véri- 
table , Ji Dieu veut cela , il eft necejjaire 
qHUlfoit : Ji Deus hoc vult , necefie cft hoc 
(fte, 

C 'eft donc une vérité femblablca ccllccy, 
•fi Dieu a prcvû telle chofe , elle ne peut pas 
ne point arriver ; & l'auteur des Reflexions 
Jean, qui aiîure qu'une telle proportion »*/»2/»ô - 
il. 38. y> aucune n^ceffite a la volonté , en diroit 
autant de ccllccy ; Si Dieu veut , il ne 
peut point ne pas arriver. Parceque après 
tout , comme je vous l'ai fait voir , elle 
n'a point d'autre fens que celui ci ; ces deux 
chofes font incompatibles , & que Dieu 
veuille un tel cîfet quel qu'il foit, même 
dans le libre arbitre ; & qu£ ,cêt eftèt cepen* 
dant n'arrive pas. 

Et la raifon radicale par ou il arrive fe- 
ï* p* ^^'^ ^- Thomas , que cette necelTité ne nuit 
4» 19* P^^"^ ^^ ^^^^^ arbitrc^, c'ett que refficacc 

tou- 



Sur le Problème Eccleftapicjue 75 
toutepuiflaiitc de la volonté de Dieu, qui ^"^^.'^^ 
opère que ce qu'il veut , fera , opère auffi ^^ ^^ • 
qu'il fera avec la modification qu'il y veut ^ j[ 
mettre. C*eft adiré que ce qu'il veut du 
libre arbitre, arrive contigement , <Sc peut ab* 
folument ne point arriver , pàiceque telle 
eft la nature de cette faculté , que quoique 
conditionnellement , & fupofé que Dieu le 
vciiille , cela ne fe puiffe pas autrement. 

Cette doélrine eft coniie & commune 
dans l'école , & elle efl: neceffaire pour ex- 
pliquer les locutions folemnelles de l'Ecri- 
ture & des Pères : s'il faut les éviter pour 
éviter le Janfenifme , le Janfenifme e(t par 
tout , & cette abfurde précaution de tuir 
les locutions de l'Ecriture , des Pères & 
même des Scolaftiques , pour n'être point 
dans Terreur des cinq propolitions , feroit 
à la fin plusdejanfenilles, qu'un fagedil»- 
cours n'en pouroit convaincre. 

Concluons donc , qu'on impute à tort à 
Tauteur des Reflexions morales d*admettre 
une grâce neceflitante •, contre laquelle au 
contraire on à vu qu'il s'eft déclaré en ter- 
mes fi clairs ; & par confequent , qu'il n'y 
a point de fi viliblc calomnie que celle, 
ou l'on impute à M. l'Archevêque de Pa- 
ris d'avoir approuvé un livre , ou l'on cn- 
feignenon feulement une grâce neceflitan- 
te , mais encore, en quelque façon que ce 
ibir, une grâce qui ne foit jamais deftitué 
de l'effet que Dieu en vouloit. 

C'cft ce qu'un homme raifonnable ne 
^cm jamais imputer a cet liiuttre Arche- 



y 6- ' 'î^,* Lettre d'un Théologien " 
vêqiie , n'y à l'auteur des Reflexions mora- 
les ^ après le nombre infini d'endroits , que 
jevousayraporiés, ou il eft diteii tant de 
manières, que l'on rend^inutile la grâce par 
des rci](t-inces volontaires. 
Que !a ^ ^^ ^^^ ^^'^ ^^^ pourtant fans préjudice 
Godii- ^ 1^ ^<\\wç: do6î:rine fur la grâce efficace', 
ne de S. que M. T Archevêque de Paris a enfeignée 
i\ug.{iir dans fa fivanteInftra6lionPu(îorale dti 2a 
la giacc août 1696. dans laquelle en reconnoiflant 
eue l'on des grâces aux quelles on peut reiîfter , il 
iioiumc ^îablit d'une fî forte manière cette viàiorieu- 
f fiScsce j> âekclation , cette opération efficace & 
Usïixz' trAite puiilante , qui fiechit les cœurs les 
vîpule pi^^ obllinés , l^ les fait vouh.yis de non 
'^'^"^" voiilcias ^ volcntes de non volent ibus ^covnvsxç. 
'^7^'"/^ parlent perpétuellement S. Auguitin& les 
a^a i K~ autres Defenfeurs de la grâce chrétienne. 

. C'en le grand miÇtere de la grâce ^ d'un 
côté d'ctrc il prefente à tous ceux qui tom- 
{>ent , qu'ils ne tom.bcnt que par leur faute , 
fans qu il leur manc^ue rien four pouvoir fer- 
feverer : Se defautre d'agir tellement dans 
ceux , quiperfeverent a6luellement , qu'ils 
ipicnt- iiechis & perfuadées par une attrait 
invincible. C'efl encore un couple grand 
my ftcre de la grâce , qu'en même tems que 
les juftes qui perfeverent doivent leur per- 
fevcrance à une grâce , qui leur eft donnée 
par une honte particulière , ceux qui tom- 
bent ne puiflentfe plaindre, que le pleine 
parfait pouvoir deptrfeverer leur foit fou- 
lirait. ^11 n'importe que la liaifon de deux 
vcriiés fi fbndameiitules foit impénétrable à 

la 



St^r le Problème EcclelialliqHe 7^ 
la ra'.fon humaine , qui doit entrer dans une 
raitbn plus haute, & croire que Dieu voit ' 

dans la fagelîe infinie les moicns de con- 
cilier ce qui nousparoit inalliable&incom- 
f)atible. Aprenons donc à captiver nôtre 
intelligence , pour confefTer ces deux grâ- 
ces , dont l'une laiflc la volonté fans excu- 
fe devant Dieu, & l'autre ne luy permet 
pas de gloriîier en elle même. 
• C'eft cette dernière grâce qui agir prin* 
cipalement dans les Elus. Ceft elle qui 
leur eft fpecialement detlinée avant tous les 
tems , pur une preterencc oc une predilec-^ 
tien , dont il n'y a nulle caufe qui nous foit 
connue , que la feule & abibliie volonté dé 
Dieu, qui tait tout ce qui luy plaie dans le 
ciel &dans la terre. 

Je n'ai pas befoin de vous prouver d*.> 
vantage cette grâce que M. rArchevcque 
de Paris a fi puifÏÏimment &{i claircmenL 
expliquée par Ton Inllruction du 20 Août 
1696. fi quelqu'un ofe encore s'y oppofcr^ 
après que faint AuguÙin avecl'approbatiort 
cxpreflè du S. Siège & de toute l'Elife^Ca-» 
tolique l'a ^\ maniielkment reconlie , com- 
me apartena?it a la foi \ M. Archevêque oebo- 
Ta rerùté non par des difputes, comme- no pcr 
parle le même Père , mais par les pr;eres--r-v. i^j 
des Saints & par les vœux communs tant de 13» 
l'Orient que de rOcciGent^& m£miepar l'o- 
raifonDominicale; non dij'putatîonibm r-cfel- 
lendii^ ^fedSandiorur/i orr.tior'tbus revocu'/idui. 

On impute à 4'auteardesReflcxionsdenc l^i^- 
reconuoure de grâce de]. C que cciiequi a 
D l fou 



7 s ^. Lettre a' un Théologien 

Ohjcc. f on eifet , fous prétexte qu'il dit par tout»que 
tion ouc c*eft lafon propre car aélere , d'où il fuit,que 
l'on fait quelque grâce qu'on ait, ou manque de celle 
a l 'au de J . C. quand on ne coopère pas. 
\t\M fur Mais cette objedion vient d'une igno- 
.a grâce rancegrolTiere deladodrine deS. Auguftin 
«Jcj.c. & (Je i^ diftindion des deux états. Le pre- 
mier eft celuy du vieil Adam , qui donne un 
fimpîe pouvoir de perfevcrer dans le bien , & 
n'en donne pas Tadion ny reflet ; le fécond 
cft celui du fécond Adam, c'cfl: adiré de J. C. 
dontlagrace acela de particulier audefllis 
de l'autre, qu'elle fait effedivemcnt agir. 
On ne veut pas dire par la que U grâce qui 
donne le Jimple pHvoir nefoit point donnée 
par J.C. a Dieu ne plaifc. Car il n'y anulle 
grâce, ni petite nigrande,que]le qu'elle foit, 
qui ne foit le fruit de Gi mort. 

C'cft pour quoi ces grâces qu'on rejette 
dans les endroits que je vous ai cités des Re* 
flexions morales , font appel lées conftam- 
ment des opérations de la main de]. C. qui 
nous veut guérir par la pénitence. Une telle 
opération peut elle ne pas venir de J. C. mê- 
me y & n'être pas dans les cœurs le fruit de 
fonfang? mais viiiblement ce qu'on veut 
dire , c'eft qu'il ne luy arrive pas de pouvoir 
eftre rendue inutile , & en effet de l'être 
fouvcnt , à caufe precifcment , qu'elle elt la 
grâce- de J. C. ou la grâce du fécond état,pu- 
ifque cela convient auflla la grâce du pre- 
mier. Ainli par tout ou l'on dit,que la graco 
de J. C. donne l'effet , on ne veut di.e autre 
chofc, fmoiique c'ell foa caradere parti- 

eu- 



Sur le P'^ohleme Eccleftafllcjue. 79 
culicr , fa propriété fpecifique , fa différence 
cflènticlie d'avec la grâce d'Adam: ce qui efl 
fi clairement de S. Auguftin , qu'on ne pou- 
voir le reprendre fans s'attaquer à lai même. 

Ainfi par exemple , quand l'auteur du fe- 
ditieux Problème reproche a celui des Refle- 
xions morales d'avoir dit , Que la grâce par ^^^* 
laquelle J.C. opère fur le cœur eji une grâce de *+• * ^* 
guerifon , de délivrance^ d"" illumination , qui , 

fait pajfer par une force adynirable de la mala- ' 

die a la fante\ de lafervitude a l'a liberté^ ^* ' 
^ que c'efl la la vraie idJe de la grâce ; c'eft 
à dire de la grâce propre à la nouvelle allian- 
ce : il commet deux infignes infidélités , l'u- 
ne de difîlmuler que celui , qu'a quelque 
prix que ce foit , il vouloit faire Janfenifte , 
a reconnu, comme je vous l'ai fait voir , une 
opération de lagracedeJ.C. que nous ren- 
dons int«ile, quoi qu'elle nous veiiillc 
guérir ; & l'autre qui n'eft ni moins gran- 
de , ni moins manifeftc , de ne vouloir point 
avouer , que iî dans les Reflexions on ne 
donne pas toujours a la grâce , qu'on rend 
inutile , le caradtere de la grâce de J . C. 
c'eft du propre , c'eft du fpecifique , c'eft 
du particulier cara6lere , qu'on le doit en- 
tendre ; c'eft en un mot de celui qui fait par 
tout conftamment dans faint Auguftin la 
différence des deux états. 

Aurcftcje ne croirois pas neceflaire d'- 
entrer dans tout ce détail , fi la calomnie 
ne m'y forçoit ; mais il ne faut pas laifTcr 
croire, qu'on foit capable d'abandonner le 
langage de S. Auguftin fous prétexte que 
D4^ fes 



^o 5. Lettre d''un Théologien 
fcs ennemis vous appelleront Janfemfte, 
ie S. Pontife Innocent XII. a reprimé ce 
faux zc!e ;êc il doiteftre permis aux Théo- 
logiens , & à plus forte raifon aux Evéques, 
ce parler librement le langage du S. Doc- 
teur -de la grâce , fans craindre les infultes 
des calomniateurs, qui peuvent bien fe ca- 
cher quelqu.etems à lajullicedes'homme^, 
m.ais qui n'éviteront pas la punicioii que 
Dieu en fera un jour. 

Pour VOLTS montrer en un mot, que T- 
on a colomniê injuftement les Réflexions 
inorales dans les endroits , que le Problè- 
me raporte fur la première , la féconde 5c 
la quatrième propofition des cinqcondam- 
j:ées, il n'y a qu'à apliquer les principes; 
que je viens depofer. 

V'oudi'oit on que le P. Q. après avoir en- 
feigné li fortement , fi nettement & en tant 
de manières, comme vous venés de voir; 
cette vérité de foi , que toute grâce de J. G: 
n'emporte pas le confentement de nolhe 
cœur, ^ qu'après avoir remarqué que là 
grâce n'eft ny égale ny uniforme , ny im- 
ïiiancable dans ceux qui la reçoivent, vou^ 
droit ondisje, qu'il en demeurât la, fins 
parler de la puillance , qu'elle a de fetaue 
obéir quand elle veut? 

Exigerat' on d'unTheologien de ne point 
dil'inguer la grâce du premier homme , que 
fon libre arbitre determinoit , d'avec celle 
de l'homme pécheur , dont le propre ca- 
tattere eft de foûmettre la volonté , lors 
qu'il plaità Dieu de nous faire de non vou- 

lans, 



Sw^lé Prohleme Ecdefïaifiquç. ^f 
îan^ / immancabieraciit vouluiir:. NeH;^ 
ra t'ii point pcimis, après avoir parlé delà: 
totalité des efîèts & dc^ fecours, que la grâce 
^onne,.foibies, puiiïans & inégaux, ielaiî 
la volonté de celai qui les applique , d'éta-* 
l?lir les i^races fpecialcs & toute puilluiites;. 
que Dieu dldribue par mifericorde à qui 
il lui plait , & qu'il rcfiife par jullice àceax. 
qui s'en font rendus indignes ? • 

Enfin des gens venus de^uiis trois jours , 
imporcroiit ils à tous les Théologiens lanc- 
çelîîté de parler tin langage inconnu à leurs 
Pères ? & pour être reconnu Catolique, fau- 
dra t'il , en abandonnant la doctrine deîv 
$•• S. s'acOi.niïîoder à une nouveauté pro- 
fane ? 

G'eft une imagination ridicule , qui ne 
peut jamais tomocr que dans la pcnfée 
d'un ennemi de la grâce duSaaveur, d'un» 
homme qui n'en connoit point d'aune, que? 
celle qui feroit alfujetie à la volonté ,qui 
ignore la profonde plaie , qus le péché a 
faite dans nos coeurs , & qui penie de la* 
grâce fous le nouvel Adam, cjuiniC il iui- 
voit tait fous le premier.- . , . r 

Toute fherelic de l'auteur des Ùefîexipns^» 
morales coniîlie donc à avoir parlé dans, 
les iSpaiTages , que l'on cite fur ces trois» 
propofitions , de la grâce cfiicace , après; 
avoir tant de fois étacli celle qui eft fru-, 
fI^ée,defoneff£Ct : d'avoir ditt^iie lagrace- 
jointe à la toutcpuiifance da:DiCu , i:ait fai- 
rp, ce qu'il commande ;. qu'elle d^jitri. £• 
L'ardeur delà capiiité , & qu'ellefait p .^iTel^• 
D 5 ' ' " pas- 



^2. 3 • ^^^^^ ^*«« T%eoî'o^ien 
par une force admirable, de 'la maladie a 
5a fanté , de la. fervitude à la liberté : que 
rien nerefiltcà la volante de J. C. quand il 
veut délier le pécheur. En vérité fi c'eft la 
dire Janfenifte , je ne comiois point de bon 
Théologien qui ne lefoit ^ & je tiendrois. 
routeur des Reflexions morales hérétique , 
il en parlant de cette grâce vidorieufe, il 
avoit écrit les proportions contradiéloircs. 
a celles, que Ton veut ridiculement taxer 
d'hcrefie. 

Mais pour quoi le P. Quênel ne nommet 
■î point expreffemcnt la grâce fuffifame ^ 
Ne Tat-il, pas reconiie equivalcmment dans 
le fcns de S. Àuguftin & de S. Thomas , lors 
qu'il confefTe un pouvoir de confervcr la. 
juiliçe y donné fans exception à tous Us 
juftes , comme je vous l'ai déjà fan voir 
dans ma féconde lettre , & comme vous le 
verres encore plus précifement fur la 5. 
propofition , par les grâces données à tous, 
les hommes & particulièrement aux fidèles, 
en vertu de la mort de J. C. 

Cet auteur at'il grand, tort dans un ou- 
vrage de Morale & tait pour Tedification 
de tous les fidèles, de s'eftre plutôt fervi 
des. expreiîions confacrées des Pères, à^s 
Conciles & des Papes , que des termes de 
î'école^que le peuple n'entend pas alTés , 
^ qui ont tous leurs difficultés? fera t'on 
la. dépendre d'une expreffion, quoique bon- 
n^& bien introduite par l'ccole , quand tout 
le monde,convient , qu*e.lle n'eft point dans 
les Percs , ni dans las Concilo , ni dans k$. 

CQn> 



Sur le Problème Eccleftafliqiie 8^ 
Gonftitutions anciennes & modernes des 
fouvcrains Pontifes; ny enfin dans aucune 
décret ccclefialtique. 

£nfin ne trouvés vous pas Monfieur, que 
ce foit démontrer bien clairement qu'un 
homme ell neretique , que de dire. Que tout 
eft égal entre l'Expo/ition ^ le P. Quefnel 
au regard de la l- propojition de Janfemm \ 
& cela fans en donner aucune preuve, fans 
citer de lui aucune propofitiori , qui mar- 
que que la grâce neceffite la volonté ? 

En attendant qu'on en aporte quelqu'une, 
fbuvenés vous, s'il vous plait, de celles que 
je vous ai marquées , Que Dieu tira-nt a luy 
nos cœurs rebelles , nous fait une violence qui Luc, 
»e necejjite pas nos volontés ; que les dons du- 1^* 151 
faintEfprit aident nos volontés fans les necef- 
Jiter; qu'il rend les élus fidèle i a fa loi par i Cor. 
une charité invincible , qui domine dans leurs 14, 5 li 
cœursfan^ les neceUîter. Parler ainiî, c'eft 
être fort J anfenifte de la façon de l'auteur r Cor. 
du Problème-; Mais en dépit de lui, e'dl 10.13» 
eftrcfort Catolique au jugement del'Egli- 
lè.. Je fuis de tout mon cœur &c, 

ce 1$ Oélobr^ 1699. 



1> 6 Q:'U A^ 




€'4 4* Lettre d'un Theologicu 

QUATRIEME LETTRE 

Sur la 5 propofition. 



E rrai plus Monfieur, qu'à vousjufti- 
fier les Réflexions morales fur la der- 
nière des cinq propofîtions ; & com- 
me je vous ai fait voir dans ce livre un 
grand nombre de propofîtions contradi6i:oi- 
res aux 4. premières , je n'aurai pas plus 
de peine à vous en indiquer d'entièrement 
oppofécs à la cinquième ; elle e(t conceiie 
eu ces termes 



^ PROPOSITION. 

Cefl mie erreur demipelagiene de dire^u^ 
y. C, efi mort , ou quil ait verÇé [on 
frng pour tous les hommes. 

Voulés vous voir au contraire dans îesRe- 
ficxions une volonté générale en J.C. de 
^. fauver& de racheter tous les h ommesjccou- 
î 7in% ^-£2 parler l'auteur. La vérité s' eft incarnée 
-'3' 4, pour tous ^ nous devons donc prier pour tous Ji 
^' f* nmii entrons dans Vej'prit de la vérité. Ainfila 
Y^^'^Ia^ volonté de Dieu s'étend aufîi loin que nô-- 
fous k" ^^^ prière qui n'excepte pcrfonne. Ailleurs 

J.C. 



Sur le Prohteme'Eccîefîàftique 8f 
J. C.eft mort f^our le falut de tous les hom^ mot de 
mes^ tous les hommes étaient en J. C. fur la ^ & ^^ 
croix , O* y font morts avec luy , a quoi J* ^» 
fî non au péché & à la mort éternelle , qui -^^^''^; 
léut étoit deùè ? ce qui luy fait ajouter dans '^ ' ^ ^* 
un autre endroit. La mort s"* étant ajjujeti •^°"'* 
injuftementj. C. innocent ^pcrd le pouvoir , ,. ■ . 
qu'acné av oit fur tous les hommes coupables ; « , V- 
ils Vefïoient tous ; Ailleurs. 'Tous font morts 
également^ ^ J. C. efl mort auffi pour tous. 
Qui at-il de plus jufe que de confacrer fa. 
vie a celui , qui nous l'a rachetée a tous par 
fa mort\]. C, a tenu nôtre place fur la croix. 
Et encore. T'ouie la terre va devenir le tem- 
ple de Dieu par le Sacrifice de' la Charité^ Marc* 
iStpar le Sacrifice eucharijîique , qui renou- i 5« 3 8». 
vellera en tous lieux cehty qui vient de 
s^ accomplir fur le Calvaire^ <st amïoncera par 
tout que ]. C. eftmort pour le falut de tout 
le mmde. Y a t-il rien de plus éloigné de, 
la cinquième propoiition condamnée par 
InnocentX '^ &n'eflce pas dire le contrai- 
ïe & l'inculquer avec toute fa force en plus 
de douze endioits? 

Ce fondement fupofé, onytrouve aufîî 
une volonté fpeciale pour tous les fidèles 
conformément à cette parole^ // efï redemp- ^ Tira*. 
teur detous ^ mais princij^alement des fidèles. 4» IP' 
Cette volonté regarde ceuxla même , qui 
perdent la juftice ; mais qui poavoient la 
çonferver, s'ils ne rendoient pcs inutile Ja 
grâce , qui les veut guérir , encore qu'en 
etfct , & par leur malice, elle ne les gue- 
riirepas» Cette grâce eft repandiie par tout 

dans 



8(^ 4. Lettre à^un Théologien 
dans les Réflexions morales. Enfin on y 
trouve auffi la volonté tresfpcciale pour les 
Elus , qui feule renferme en foy tout Teffei 
de la rédemption, 
^fprit. Ce s trois explications de la volonté de 
& ii.c, fauver ks hommes fe trouvent en divers 
Î2,. En. endroits de S. Aug. & de fon difciple S.- 
cbir. Profper , dont je vous marque quelques uns 
^J^gg'^* à la marge , queie pourois raporter au 
nif. 4.8. l°"S ailleurs que dans une lettre : quant 
Rcfpt'ad ^ prefent il me fuffit de remarier ici que 
capr d'habiles Théologiens & S. Auguftin lui 
Gail.ob niême , ne les ont pas regardées comme 
8. 5>. oppofécs l'une a l'autre , mais au contrai- 
Kcfp. ad re comme faifant unies enfcmblc , unfeut 
ebjcA. & même corps de la bonne doébrinc , 
fine. dans laquelle un vray Théologien les doit 
ob, 4. reconnoitre chacune félon fon degré; quoi* 
qu*elles nefoient pas toutes également de^ 
cidées par TEglife Catoliquc. 

Vousvcnés de voir que le livre des Re- 
Rora. flexions n'en exclut aucune. Je vous repe- 
8.^2,] te encoie que S. Auguftin & S. Profper 
z Cor. les ont toutes reconnues après S. Paul. Cet 
5,1c. Apôtre a Ibavent marqué la volonté gene- 
X Tim. rale,&perlbnnc n'en Ignore les palTdges. II 
a. 6. a exprimé celle qui cû particulière aux lide* 
Hcb, les , lorfqu'il leur dit, & les a obligés de dire 
a 5>. avec lui, & à fon exemple , y> vis dans la- 
% Pctt. ^Qy^ dufiis de Dieu , c^ui m* a aime^s^efi dou-^ 
^ ÎJ. »épour rmy. Enfin ils doivent s unir à. la 
I iim. volonté tresfpcciale, qui regarde les Elus 
^ ^ par i*cfperance d'être cumpris^ dans ce bien- 
^ ' - heureux nombre 



Suy h Prohleme Eccleftajfiefue 87 
Rcmafqué5qu*il n'êtoit pas queftion dans 
îes Reflexions morales de difputer icolafti- 
quemcnt, mais de rendre tous ks fidèles 
attentif^ a ces 3. degrés de la volonté de 
Dieu , qui nous ont été déclarés par fa pa- 
role ; fur quoi on ne doit pas exiger plus 
que ce qui a été révélé de Dieu, félon le 
degré de la révélation. Ainli il faut recon- 
noîtrc la volonté de fauvcr tous les fidèles 
juftifiés, comme exprcllement définie par 
TEglife en divers Conciles , notamment 
dans celuy de Trente ; & encore très ex- . 
prefTvîmcnt par la conrtitution d'Innocent 
X. du dernier may 1 63 • : & il ne faut ^ oint 
faire un point de foy également décidé, de 
la volonté générale etendiie a tous , puifque i parte 
même il a été permis a Vatquez d'enfcigner difp.p î. 
que les entans decedés fans le batême ne cap. 6^ 
font pas compris dans cette parole Dien Se. 9^* 
veut que tous Us hommes fotentfauvù , ^ ^ap, 3* 
qu'ils viennent à la connoiffance de la vérité. 
Les Reflexions morales penchent vifible- 
ment , comme vous avés vu , à l'explication 
qui ne donne aucunes bornes à la volonté, 
de Dieu & de J. C. prifes daus une entière 
univerfalité ; ce qui aufli puroit plus digne 
de la bOiité de Dieu, plus conforme aux 
expreflTions de l'Ecriture, & des Pères, & 
plus propre à la pieté & à la confolation des 
fidèles. Sur le 

Quoique l'auteur du Problème n'ait pas don de 
relevé un endroitdes Refkxiona morales , h foy 
ou fondit Q^^e là foy nel: pas mf>ms diffi- s'jîelV 
ctle que la. pratique dci.b<jnnei oeuvres. La do- oé 

^r^^ a tous. 



85 4 • Lettre d'un Thedo^ienr 
Joan,^, grâce nece^aire ^our l'un (Sf pour ï*a»itre"efl 
66. donnée aux uns O* refusée aux autres \ Par* 
ceque quelques perfoimés y ont trouvé de 
la difficulté , je ne veux pas le laifier, paf- 
fer fans vous reclaircir ,& fans vous p-opo- 
fer ce que vous devés tenir fur ceue que- 
ftion , Si le don de lafoy eft donné a tous? 
I. Qu'y a t il de nouveau dans cette Réfle- 
xion . ou qu'y a t'il , qui ne l'oit conitanc & 
enfeigné par tout le monde ? 2. il u'y a rien 
la qui approche des 5.tanieufcs proportions^ 
ni qui exclue même la voloràé générale de 
fauver les hommes , ni celle de les ame- 
ner à la connoiffance de la venté. En 5.. 
lieu , la propoiition eft tellement adoucie , 
qu'en quelque tiaçon qu'on la prenne , il 
n'y relie pas d'apparence de difhcuké. 

Premiefementdonc, il n'y arien qui ne 
foit conllant : on n a qu'à ouvrir S. Paul, 
& prêter l'oreille à ces paroles,Cû?>îw?e»^ tm- 
ront ils s* ils necontent ; (st comment écou- 
teront ils ^fi on ne lesprefche ? D'où il con- 
clut ; la foy eftpar Vouye , (Î5 Voiiye ejîpar la 
predicatim de laparole de y.C. Ainfi la gra- 
dée necefiaire à crone eft attachée à la pré- 
dication de l'Evangile :& cela étant, que 
dirons nous de ces peuples qui relégués de-, 
puis tant dcfiecles dans unautremonde ii. 
feparéde celui, ou l'Evangile eft annoncé , 
habitent dans les ténèbres &' dans la région. 
de l'ombre de la mort ? ont ils la grâce ne- 
ceilaire à croire , & ne font ils pas dans- 
£c€or, le cas ou S. Auguftin aiïuroit f ^'f/;^ ne peut 
& gra,ii ^y,'g çn aucune forte , nullomodo , ils cioir- 

roient 



Sur le Problème 'Eccleftalït^ke. 89 
roient s'ils vouloient , Ce quih n'ont jamais 
oui , idquod non auâieras , crederesji veïles. 

Que 11 cVrt un fait conftant & publicj, 
qu'il y a eu & qu'il y a des peuples en cet 
état, peut on nier, qu' il ne foit utile aux 
Chrétiens , de leur infpirer de l'attention . ^^^^^jj 
au malheur de la naifTancé de ces peuples,' J*^!, ^^ 
afin qu'ils reffentent mieux les richcfles in-? 
ellimables de la grâce , qui les a mis darrs 
un état plus heureux. ^ ; 

Je dis en fécond lieu , qu'il n'y a rfch 
la qui approche des cinq fameufes propo- 
fitions, ou il eft à la vérité décidé, que nul 
juften'eft jamais privé, ni ne le peut être 
de la grâce abfolument neceffaire a faire. 
Mais tout le monde eft d'accord quelafa- 
' gcfîe de l'Eglife n'a pas trouvé à propos 
de rien définir en faveur des infidèles, flir h. 
grâce neceffaire à croire, il eit donc cei^- 
• tain , qu'en les privant de cette grâce , oh 
n'encourt point la condamnation d'Inno- 
cent X. & que cette thefe n'appartient en 
aucune forte à la queftion , qu'il a jugée 
avec le confentcment de l'Eglife , en faveur 
desjuttes. 

J'adjouterai néanmoins, que cette con- 
clulîon n'empêcheroit pas , q'cnôtantaux 
infidèles qui n'ontjamaisoiii parler de l'E- 
vangile , U çnrace immédiatement necejjaire 
à croire , on ne leur accordât néanmoins 
celle, qui mettroit dans leurs cœurs des pré- 
parations plus éloignées, dont s'ils ufoient 
comme ils doivent , Dieu leur trouveroit 
diuis Içstrefors 4efafciencc&dcfabonré, 

des 



po 4. Lettre d^un Théologien 
desmoiens capables de les amenei de prûf 
che en proche , à la connoillànce de la véri- 
té. Ce font ces moiens qui ont été fi bien ex- 
pliqués dans le Livre de la Vocation des 
gentils , ou font comprifes les merveilles vi- 
ables de la création , capables d'amener les 
Kom, \ : hommes aux invilibles perfedions de Dieu, 
ao, il. jufques à les rendre inexcujables fclonS.Pauî, 
sUls ne les connoiffent ^ ^ ne les adorent ; & 
non feulement on y trouve cette bonté gé- 
nérale , mais encore par une fccrete difpen- 
•" fation de fa grâce , de plus occultes & de plus 

particulières inlinuations de la vérité , que 
Dieu répand dans toutes les nations par les 
moiens, dont il s'eftrefervé la connoifîànce. 
Il ne faut donc pas fongei à les pénétrer , 
ni jamais rechercher les caufes , pourquoi il 
met plutôt ou plus jard, & plus ou moins 
en évidence ,les témoignages divers & diffe- 
rcns de la vérité , parmi les infidèles. C* eft 
ce qu'on trouve expliqué dans ce do£le Li- 
vre de la Vocation des gentils ; & ce qu'on 
croiroit, s*il en cftoit queftion , pouvoir 
Rcfp.ad montrer non feulement dans les témoigna- 
cap» ges des Pères , mais encore diftindement 
Gall. dans S. Auguftin & dans le véritable Profper 
Obj. $• dont ce livre a fi long tems porté le nom. 

Ainfi bien loin de combattre aucune des 
cinq propofitions, les Reflexions morales ne 
font pas même contraires a lav olonté géné- 
rale de fauver tous les hommes ^ ^ de Us 
amener de loin ou de prés , par des moiens 
differens^/<3co»/^y/?^;î^^ de la vérité. Nous 
en avons vûles paiiàges, qui ne font pas éloi- 
gnés 



Sur le Problème Ecclefiafitcfue 9 1 
gnés de ces confolantes paroles du livre de 
î a Sagefle,^/^^ Dieu n'a ^ as fait la mort^ ne Sap. 
fe rejouitpasdelapertedesvivans: mais quil ' 3* '4* 
afaitguerij^ables les nations de la terre , qu^il ''• ' *• 
a foin de tous ^toujours prêt a pardonner a tous-) * ^ • *®* 
a caufe de fa bonté oc de fa puilïance , & 
qu'il a même ménagé avec attention ^tant a at- 
tentione , les peuples qui etoient dûs a la mort^ 
pour avoir perfecuté fes Enfans,^^^^ /<?/ mor- 
ti ^ a fin de donner lieu a la pénitence^ leur ac- 
cordant le lieu ^ l^occajion de fe corriger de 
leur malice. 

Ce qu'il faut ici uniquement éviter , c'eft 
de donner pour défini ce qui ne Teft pas , ou 
d'ôrer aux enfans de Dieu la connoiffance 
diftinde de leur préférence toute gratuite , à 
regard du Don de la foy,dc peur de les con- 
fondre par la avec le refte des nations , que 
Dieu par un jufte jugenient a laifié aller dans A ft* 
leur s If oies y comme il cft écrit dans les Ac- ^^^*^%* 
tes. 

C'eft pour quoi S. Auguftin n*a point he- 
fîté a mettre les trois propofitions fuivantes 
à la tête des 12. articles de la foi Catolique, 
qu'il expofe dan fon Epître a V^ital. I V.iVow Ep.iiyr 
f avons que la grâce , par laquelle nous fem- 
mes tous Chrétiens^*^?/'*/ donnée a tous les 
hommes. 

V . Nousfavons que ceux a qui elle efî don- 
née , elle leur efi donnée par une mifericorde 
gratuite. 

VI. Nousfavons que ceux^a qui elle nejîpas 
donnée > c^efi par un jufie jugement de Dieu 
quelle ne l^efîpas^ Vérités que ia foy propofc 

à tous 



5>2' ' ^4 Lettre d'un Théologien 
à tous, les fideîes pour les obliger à recon- 
iioître avec action de grâce la prediledioa 
dout Dieu les honore. 

En 2. lieu, dans laplusfeverè critique /& 
quelque opinion qu'on veuille embralïèr , il 
Ji'y a rien à repreudre dans ces propoiîtions 
des Réflexions morales. Cehy qui l^a re- 
^eue , la grâce necefîaire à croire, doit crain- 
dre^parce quUl la pe ht perdre ^X'à.Kitt de Peffort 
qu'il pouvoir faire pour la conferver & 
.pour la faire valoir. îLt celus qui m Papas 
reeeû'e^doit efperer^puis qu'il la peut recevoir, 
iS/ïms fi on la doit eiperer , on ne doit pas fe 
croire deftitué de tout fccQurs ; puisqu'eC- 
.perer en eft un iî grand. Ainfi l'Auteur aver- 
tit en cet endroit ceux qui fentent , qu'ils ne 
.peuvent encore vaincre la maladie d'increr 
dulité, quels qu'ils foient, ou dansl'Egli- 
fe ou hors de l'Egliie , qu'ils fe gardent bien 
de defefperer d'eux méme,oa d'abandonner 
la fainte Parole ; mais qu'ils fe confient en 
>J; S. qu'ils pouront un jour, cequ'ilsne 
peuvent peutêtre pas félon leur difpofition 
prefente. 

Voilà comme on ne contredit les Reflexi- 
ons morales , que par un efprit de contenti- 
on ; (Se j 'ofe vous due, que pour peu que ron 
apporte à cecte leclure l'efprit a'équité , & 
que l'on s'attache à coniideier toute ia.fuite 
du difcours, au heu du trouble que quelques 
lins voudroient infpirer , on n'y trouvera 
.qu'editicadon , & bon coufeil. 

Au reire je ne croi pas avoir rien à dire de 
nouveau /àr la grâce neceffat^e aux œuvres 

Chrc- 



Sur le Problème Ecclefiafticfue. ^f 
Chrétie'/ines &falutaires^ qui n'eft pas donnée 
à tous ; puis qu'il eft certain , & que tout lé 
monde en cil d'accord j qu'on ne Ta point 
fans la foy , que tout le monde n'a pas. En-; 
fin pour ce qui regarde Icsjuftes, la vérité 
m'oblige à conteffer , qu'un fecours dans^^ 
l-'occalion , ou médiat , ou immédiat 
pour accomplir lesprcceptes,felon l'expref- 
lè définition du Concile de Trente , ne leur 
manque jamais. 

Pourjuliifier pleinement les 4. réflexions 
que l'Auteur du Problème raporte fur cette 
5.propofiLion, comme y étant conformes, 
je n'ai qu'à vous prier de les lire , & de faire 
attention aux confequences forcées , qu'il 
en tire, pour leur faire dire ce qu'elles ne di- 
lent en façon du monde : & cela après avoir 
dit. 20. fois le contraire de cette 5. propolî- 
tion. S'il y avoit quelqu'un qui pût le plain- 
dre de la doctrine du P. Qucnel fur cette 
matière, ce feroient les vrais Janfenilles , 
en luy entendant dire tant de fois , que J. C. 
çft mort pour tous les hommes , & qu'il 
veut fauver tout le monde , pendant qu'ils 
ont dé la peine à trouver dans ce livre une 
feule fois le fens rcftraint,que S. Thomas a 
quelques'fois emploie après S. Aaguftin. 
dans fes livres contre les Pelagiens &lesdc- 
mi-Pelagicns. En un mot , que l'Auteur du 
Problème trouve dans le livre de l'Expofî- 
tion de la Foy , que ].Q.tiï mort pour tous 
les hommes, commeje vous l'ay montre . 
dans les Reflexions morales , & la caufe fera 
finie. 

"... ' Mais 



54 4' J^€ttre(Vun Théologien 

Mais vous ncvoulés pas me tenir quitte, 
que je ne vous dife , pourquoy M. l' Arche- 
vêque de Paris n'eft devenu Janfenifte, qu'a- 
prés avoir fi foilemnellemcnt condamné le 
Janfenifmc dans fon ordonnance contre le 
livre de l'Expofition de la foy ? Et pourquoi 
tout le monde l'ayant trouvé jufques la d'u- 
ne do^lrine très îainte , il a été en un mo- 
ment changé en Chef d'une Seéie impie ^ a- 
hominable > Une telle converfion eiï fans 
doute afles rare pour être examinée ; &je 
me trompe fort fi je ne vous en découvre la 
véritable caufc. 

Vous avés peuteftrefude M. TArchcvéq. 
lui même, que le P. Amelote avoit conduit 
£es études de Théologie , fur les pnncipes 
de S. Augufi-iii & de S. Thomas : & certai- 
nement iln'avoitpasapris le Janfcnifmedu 
P. Amelote. Prés deio.annésd'Epifcopat 
lui ont donnéfle tems de faire connoîtrc fcs 
fcntimens fur les dogmes de la Religion. 
Le Diocele de Chaalons luy en a tourni 
affés d'occalions ; cependant on n'a point 
dit qu'il en foit forti Janfenift. 

JJe choix du Roy , qui Ta placé fur le 
premier Siège de fon Royaume, en feroit 
une preuve toute feule fuffifante,quand mê- 
me il n'auroit pas été foutenu par le témoi- 
gnage des Théologiens généralement de 
tous les OTdrcs. Les perfonnes même , qui 
ne i 'épargnent pas aujourd*huy, ont Joiié 
pcbiiquemeiit fa pieté , & la pureté dt fa 
toy. Les monuraeas en font gravés fitr 
ie papier : on a publié & im^-umé , qu'il 

éioit 



Sur te Problème Ecclejlaflique, 9^ 
étoit demeuré dans ce juftc milieu fi diffi- 
cile à garder dans des tems , ou les efprits 
fontéchaufés parde vivesdifputes; la mo- 
dération de fa conduite a reçu des éloges. îl 
étoit cet homme ami de la paix & de la vé- 
rité, qui évite tout parti extrême , foitdans 
le dogme foitdans la morale. 

L'approbation qu'il avoit donnée aux 
Reflexions morales , en fortant du Diocefe 
de Chaalons , ne Tavoit pas rendu plus Jan- 
fcnille , que le refte de fa conduite : on 
a en effet laiiTé encore paffer une année jus- 
ques au mois d'août 1696. fans luy vouloir 
ôter le titre de Prélat Catolique. 

Maisfon ordonnance contre le livre de 
rExs ofition de la foi , qui parût en ce tems, 
commença a faire dire enfecret a certaines 
gens, qu'il étoit Janfenifte. Voici le mo- 
ment précis de la converfion que nous cher- 
chons ; prenés y garde Moniieur. Un 
homme plus hardi que les autres crie de- 
puis lur les toits , ce qu'on ne difoit qu'a 
l'oreille ; & dénonce a toute la terre en 
1698 que l'MrffÛioK pafloraîede M. V Ar^ 
chevêque du ZO Aoaft 1696 eftla profejjîon 
de foy de tous les prétendus Janfeniftes , ^ 
que M. V Archevêque doit e(ire mis a la tefte 
de cette feéHe. Vous rccomioifles bien le 
ftyle du Problème, 

Erwendons donc parler lui même ce 
Chef du îanfcnifmc. Car pendant que ce 
dogme ell profcrit par toute l'Eglife & defa- 
volié jur taus hs Théologiens , ce fera une 
chofe iiii«s caricufe , d'en voir faire une pro- 

fciOon 



5><^ 4. Lettre d'' un Théologien 
feflion publique à un Archevêque de Paris. 
Voici les propres paroles de ion Ordon- 
nance-; il eft bon de ne s'y pas tromper. 

En adhérant aux conjïituttons à'' Innocent 
X. eîr d"* Alexandre VIL nous condamnons le li- 
vre intitulé Expofition de la foy touchant U 
grâce (s la predejhnation , comme contenant 
des- prepofitions refpe Vivement faujfes , l^c. 
frappe' es d'anather/ie ^ hérétiques , enfin corn- 
merenouvellant ladoélrine des $.propojitions 
de Janfenius. 

. Quel Janfenifte Monfieur , en avés vous 
jamais trouvé qui parle ainfi ? Pour moi je 
vous avoiie que je connois pluficurs de ceux 
àqui on donne ce nom , qui n'ont point été 
perfuadés que l'Ordon-^ance de Mr. de Paris 
fût la profeffio'n, de foi des prétendus Janfeniftes^ 
que Janfe/iiv.^: luy même nen demanda pas 
d'autre. Quelque éloquent que foit le Pro- 
blème , il ne les a pas jufques ici convain- 
cus. 

Cependant puifque M. l'Archevêque de 
Paris n'ell Jaufeniite que par cette Ordon- 
liance,voipns s'il n'y arien dans la fuitte,qui 
luy ait pâ faire mériter ce nom ; en telle ma- 
tière il ne faut rien négliger. Il y va de la foi 
d'un grand Archevêque accufé d'hereiic par 
un auteur grave. Examinons bien fon Or- 
donnance. 

Isie fèroit ce point pour y avoir enfeigné 
que nom ne pouvons rien pour lefalut^fans lit 
grâce deJ.C. pour avoir, en parlant de Dieu^ 
dit avec S*. Balîle & toute l'Eglife d'Orient, 
faites bons les méckans , confervés les hons_ 

dans 



StiT le Vrobleme Ecclefiafiiqtœ. p7 
dans la ficté ; Car voui pouves tout j cf 
rien ne vous contredit : vous fauves quand 
vous voulcs ; ^ // n'y a perfonne qui rejîfte 
à vôtre volonté. En effet nous trouvons 
dans le Problème des paroles feniblables 
raportées des Reflexions morales , comme 
contenant tout le venin du Janfenifme, 
Mais heureufement pour M.F Archevêque, 
ce font des expreffions de l'Ecriture em- 
ploiées par TEglife. Il ne fauroit donc 
cftre Janfenifte qu'avec elle. Ce n'efl: pas 
tout ; continuons la ledure de rordoniian- 
ce. On demande à Dieu au S. Autel , non feu- 
lement que les infidèles fuirent croire , mais 
encore qu*ils reviennent effeJlivement de leurs 
erreurs. Ce n'eji pas donc le feul pouvoir ^ 
mais encore l* effet .f que l'on demande. Dieu 
affH , /■/ a ordonné .^ il a, préparé devant tous 
les tems ces bienfaits de fa grâce ; // a aufji 
connu ceux , à qui il les préparait par fm 
éternelle mifericorde ^ ^ par un amour tout 
gratuit. Enfcigner avec S. Auguftin la 
grâce efficace & la predeftination gratui- 
te , fans y faire entrer le mérite de nos œu- 
vres ; s'attachera la dodrine de S. Au- 
guflin ; ne vouloir pas fouffi-ir qu'on difo 
qu'il ait excédé ; dire au contraire avec les 
S. S. Papes Hormisdas & Celeftin , qu'il 
71 a jamais été atteint du moindre foupç^m def- 
avantageux , ^ que c^eft de lui , que l'on 
doit apprendre .^principalement fur la grâce çjf 
fur le libre arbitre .^le s Cent imens de l'Eglife 
Romaine , c'eft a dire ceux de l'Eglife Ca- 
Colique ; fans doute en fmt-il d'avantage , 
E pour 



^"8 -4 Lettre d'^tm Théologien 
pour eftre Janfenifle , auprès dejceux que 
la doébine de S. Augutîin incommode , 
■parce qu'elle ruine entièrement leur nou- 
velle Théologie? 

C'cft le fort de Saint Auguftin , d'avoir 
toujours eu pour ennemis desSophilks, 
■plus inftruits dans Tart des paroles , que 
dans la divine Théologie des Saintes Ecri- 
tures ; des hommes , qui n'aiant pour prin- 
cipes que leurs imaginations , ont meprifc 
les dogmes confacrées par une longue & 
vénérable tradition ; des politiques plus at- 
tachés à contenter les hommes par des rai- 
fons apparentes , qu'à les foûmettre au joug 
iaîutaire de la foy. 

Dés le vivant de ce faint Do6teur , un 
Julien Taccuta d'eftre Manichéen, de dé- 
truire le libre arbitre, pour élever la puif- 
fance de la grâce , & d'introduire (bus le 
nom depredeitination la fatale neceflité des 
Stoïciens. Les defcendans de Pelage vou- 
îoient que Dieu ne predeftina ks hommes, 
qu'après avoir prevû leur foy & leurs 
bonnes œuvres à venir , & traitoient la 
doclrinc fur la predeftination de defefpe- 
rante : ainfi ce n'eft pas d'aujourd'huy , que 
l'ciïicace de la grâce toutepuilTante & le 
choix gratuit des Elus font hérétiques dans 
la bouche des ennemis de TEglife. Si vous 
voulez, Monlieur, voir l'origine de ces ac- 
cufations, lifés les deux lettres d€ Profper 
<&d'Hilaire à S. Auguilin. Vous y trouvè- 
res dans les objedions des Demipelagiens 
contre S. AuguÛin tout ce qu'on reproche 

enco- 



m 



S:ir le Pr'ohleme Eccle^uifllque f)p . 
encore aujourd'huy en certain pais a ce" 
S. DoclcLir. Mais achevons rhiftoire de 
fes ennemis. 

Au commencement de nôtre fîecle , une' 
troupe de mauvais Théologiens, ecrivans 
contre Luther & Cal vin,abandonnerent non 
feulement ladcârine de S. Auguftin , mais . 
ils ozerent écr;re , que fes opinions & cel- 
les de S.Thomas , qui les avoit fuivies,.' 
favorifoient les fentimens des hérétiques , 
qui nioient le libre arbitre. Voila donc le- 
S. Dodeurde la grâce, S. Thomas avec 
]uy& tous leurs dilciples, Calviniftcs ? à' 
aufli bon titre &pour lam.ême raifon, qu- . 
Julien avoit fait S. Augudin Manichéen 5c" 
Stoïcien. 

iVlais ces calomnies font trop ufées , & 
à melure qu'il s'cleve des erreurs dans . 
TEglife far la matière de la grâce , il faut ' 
qu'elles foient imputées par des calomnia- 
teurs ignorans, à ceux qui défendent ]x\ 
do61:rinedc S. Auguilm. Perfonnc aujour- '. 
d'huy n'en fera profelTion , qu'il ne foit 
Janfenifte. Les Conciles & les Papes ont 
en vain canoniféjufques aux paroles de S. 
Augufiin, dont ils ont forme les dogmes 
de la foy far la matière de la grâce : les 
Demipelagicns trouvent des difcîples dans> 
tous lesfiecies, &ils en auront jufques à. 
la fin du monde , parmi les hommes qui 
préféreront des nouveautés profanes, quand 
elles flatent la raifon, à la vénérable an- 
tiquité de l'Egiife , qui ne s'acommode pas 
à leurs courtes lumières. 

E z C'eft: 



loo 4. Lettre d* un Théologien 

C'efl donc afTés pour faire M. TArchc- 
véque Janfenifte , qu'il ait fuivi dans fon 
ordonnance les fentimens de S. Auguftin , 
c'efl: à dire qu'il ait parlé comme rÉglife. 
Il fuffit qu*il ait eu la hardicfle d'y exhor- 
ter à r amour de Dieu , de dire que le corn- 
mencement de cet amour ouvre les cœurs à 
la converjion'y que par lapratique de l'amour 
de Dieu toute la faujje morale s* evamùit , <ff 
tfu^il ïiy en a foint de plus pernicieufe , que 
celle p.ar ou on tache de décharger de Pabliga- 
tion d^ aimer Dieu. 

Quand M. l'Archevêque de Paris auroit 
parié de la grâce comme Molina , voici 
un vouvel attentat , qui tout feul le feroit 
hérétique. Ceux qui veulent former des 
Chrétiens & des faints , fans leur faire con- 
noître ni pratiquer la charité i ceux qui , au 
lieu des règles de l'Ecriture Sainte & des 
Pères, ne donnent que des décidons fon- 
dées fur des fubtilités metaphifiques , ne 
fouffriront pas cet attentat d'un Archevê- 
que. C'eftaflés d'avoir nommé une fois 
Il faulTe morale & recommandé l'amour de 
Dieu, comme la fource, d*ou toutes nos 
lumières doivent eflre prifes , pour devenir 
Janfenifle. 

Un Prélat fera régulier en tout , attaché 
à fon devoir , charitable , modéré , la for- 
me de fon troupeau , s'il attaque ou s'il 
nomme même une fois en paffint la 
faufle morale, il elc frement Janfenifte, 
& acquiert aujourd'huy par la daua le mon- 
de UKe réputation capable de gâter les me il' 

Uurei 



Sur le Problème ^cclefiajiique loi 
îeurei chofes. Combien de grands Prélats 
voions nous depuis \)çxigatés de cette forte, 
& dont la réputation eft entièrement pcr- 
diie, fî on en veut croire certains gens , pour 
avoir ofé parler de la faufle morale ? Com- 
bien de prédicateurs & de bons prelbes 
fans réputation , félon leurs idées , pour 
l'avoir attaquée & pour avoir voulu inftruirc 
les Chrétiens des faintes règles de l'amour 
de Dieu ; qui doute que tous ces gens la ne 
foient Janfeniftes > 

Mais croiriés vous Monfîeur , qu'il y eut 
encore un plus grand crime , que ceux que 
je viens de vous découvrir dans l'ordon- 
nance de M. de Paris , plus grand que de 
parler de la grâce & de la predeftination 
comme S. Aug. plus grand que d'exhorter 
à l'amour de Dieu & de nommer la fauffe 
morale. Auffi ce que je m'en vais vous 
faire voir dans l'ordonnance de Mr. TAr- 
chevêque de Paris , eft la plus grande de fe$ 
herefies. C'eft d'avoir pris nôtre S. Perc 
le Pape pour modèle , & d'avoir recom- 
mandé après fa Sainteté qu'on nefeferveplm 
de cette ace uf aï ion n^ague O* odieufe dujanfs- 
nifme , pour décrier perfonne , a moins qu'il 
ne [oit convaincu d'' avoir enseigné de vive 
voix ou par écrit quelqu'une des propojitions 
condamnées. Etrange & nouveau crime dans 
unEvêque de s'oppofcr à la calon:iie, Se 
de demander des preuves , quand il s'agit 
d'une accufation d'herefie contre des Ec- 
clefiaftiques , qui fervent utilement l'Eghfe. 

Ce grand crime de M. TArchcvêque eft 
E 3 de 



I02 4. Lettre d' un Theologkn 
de m vouloir pas fo^iffrir que des gens fam 
autorité aujjî bien qy.e fans charité , s^iï^ge- 
re?2t de juger de la foy de leurs frères , ^ de 
donner atteinte à leur réfutation fur de lé- 
gers fonpçons : de faire tous fes efforts pour 
arrêter l'inquiétude des efpriti remuans , qui 
pouroient troubler le repos de l'Eghfe , en al- 
térant fa paix par la divijion de fes mini- 
Jires. Voila, Monfieur, le péché à la mort, 
qui ne fe pardonne j oint. Voila le pur 
Janfenifme; ne Talions pas chercher plus 
loin. C'eft d'ôter au faifeur de Problème, 
&. à tous ceux qui luy reflcmblent , leur 
unique rellource ; en leur deîfendant de di- 
re , que tout homme qui n'cfl: pas de leur 
fentiment , eft Janfeniiîe ; & par une accu- 
fation fans preuve» de luy fermer la porte 
aux bénéfices & à tout emploi Eccleliafti- 
que. Aflurement cet attentat de M. l'Ar-' 
chevéque de Paris eil horrible , & quoiqu'il 
n'ait fait que copier dans cette defenfe le 
brefduS. Fape Innocent XII. aux Eglifes 
des Paysbas , il eft hérétique Se convaincu 
d'une doârine abominable ^ impie , le plus 
déclaré ]a72fenifle qui ait jamais été. Ce font, 
comme vous favés, les conclulions que Pou 
tire dans lefcandakux Problème, de l'or-" 
donnance de iVd. l'Archevêque. Ne fuivent 
elles pas bien naturellement de ce que je 
vous en ay raporté ? 

Voila enfin, Moniieur,la caufe vifible, 
qui fait M. de Paris Janfenifte ; l'appro- 
bation des Reflexions morales n'en e(t. 
que le prétexte. La feule & véritable caufe 

cil 



Sur le Prohlen7e Eccleftaflique I05 
Tcft une haine injufte , de ce qu'en condam- 
nant tous ceux qui s'oppoferoient , foit en 
lecret foit en public , aux conftitutions A- 
pofloliques d'Innocent X. & d'Alexandre 
VII. il a crû également necelTaire de re- 
primer par cette ordonnance les ennemis 
■cachés de la dodrine de Saint Auguftin 
(lir la grâce , tant de fois confacrée par 
l'Eglife Romaine , & adoptée par tant 
d'adtes folemnelsdes Souverains Pontifes, 
depuis S. Innocent L Jufques à Innocent 
Xil. qui gouverne aujourd'huy li fainte- 
ment l'Egliië. Ç'eft l'approbation & la 
confirmation autentique de la do6lrinede 
ce Père , li folidement etabhe dans l'ordon- 
nance du 20 Aoufl: 1699. ^ui ^ foalevé 
Tauteur du fcandaieux Problème. Il n'afait 
que prêiier fa piume aux ennemis de S. Au- 
gultm ; '& l'attaque des Réflexions morales 
lur l'Evangile, n'en eil que le prétexte. Je 
m'alîùre que vous le voies à prelent aulïï 
clairement que moy. 

Vous n'avés pour cela qu'à vousfouve- 
nir, que ces Réflexions ont été imprimées 
à Pans aux yeux de feu M.. l'Archevêque, 
15 ou 16 ans avant que M. de Paris les 
approuvai-. Qu'elles ont été lues , veuës , re- 
ceués par tous les habiles gens de France, 
fans que peifonne , pendant tout ce tems la, 
lésait accufées de Janlènifme; quiauroit 
empêché de le faire alors ^ 

liiais ce n'cil, dires vous, qu'un argument 

négatif? Je vous en ai donné d'alîirmatifs. 

Vous avés vu lùr chaqueuiiedescijiq pro- 

È 4 poli- 



104 4* Lettre d'un Théologien 
pofitions une très grande quantité de ces ré- 
flexions , qui enfeignoient fort nettement le 
contraire. Je vous ai montré que toutes 
celles qui eftoient extraites dans le Problè- 
me comme Janfeniftesj étoient entièrement 
ortodoxes, & prefque toutes compofées des 
paroles des S. S. P. P. Auffi ni à Chaalons , 
ni à Paris jufques au 2o. aouft. 1696. on 
ne s'eft point avifé de dire que l'approba- 
teur de ces Reflexions fût Janfenilk. 

Si M. l'Archevêque de Paris n'avoit pas 
fait alors fon ordonnance contre le livre 
de l" Expojitton de la foy ^ onnel'auroitpas 
calomnié. 

Ce n'eft donc que cette ordonnance, dans 
laquelle il condamne le Janfenisme , qui Ta 
fait Janfenifte. Pourquoi auffi s'eft il avifé, 
après ravoir condamné , d*y établir la doc- 
trine de S. Auguftin fur lagrace , fur la pre- 
deftination & fur la neccmté de l'amour de 
Dieu ? pourquoi y parler de la fauffe morale 
& s'oppofer aux calomnies de ceux qui n'ont 
pour toute fcicnce & pour tout mérite , que 
d'accufer dejanfenifme,ceux qui ne veulent 
pas leur laifler gouverner l'Eglife à leur mo- 
de? la féconde partie de l'ordonnance deM. 
4*Archevêqucfaktout fon crime, toutes fes 
herefies&tout fon Janfenifme. Empêchés 
l'ous donc de loiier cette favante ordonnan- 
cée, qui a été admirée dans toute l'Europe: li- 
fés,Monfieur,aprés cela tant qu'il vous plai- 
ra les Reflexions morales fur l'Evangile. 
Ce n'eft pas à elles a qui Ton en veut. Je 
fuis &c* 

4. Novembre. 1699. 



Approbatio Rcverendî admodum 
Patris , 6c Eximii in facrâ Théo- 
gia Do<ax)ris 6c Magillri , R. Pa- 
tris Francifci Janlîens Elinga,Pro- 
vincialis Provincix Germanix in* 
ferioris Ordinis Fratrum Pra:dica- 
t or 11 m 5 ôc Mifîionum ejusdem Or- 
dinis in Confederati Belgii Pro*» 
vinciis Pr^feéti Apoflolici. 

LEgi hafce quatuor Epiftohs, quarum 
titulusj Lettres d'un "théologien à un der 
fes amis , à Ncafion du P-rohleme Ecclejiafti- 
que addrejfé à Monjieur l'Abbé Boileau^ iis- 
que examinatis ac ponderatis , licuit mirari 
audacem temeritatem Authoris Problema- 
tiS) Illuftrifsimum ac Reverendifsimum Do- 
minum Archiepifcopum Parifienfern infr- 
inulantis hserefis & JanfeniTmi quoad quin- 
que famofas propofiriones damnâtes , ob 
approbatas ab eodcm Domino Archiepif- 
copo Refîexiones qiiafdam morales fuper no- 
vum Teftamencum , dudum Pariiiis Gailicè 
imprelTum» Enimveiô Re fiexiones ifiae mo« 
raies ad invicem collatœ , & prout una ex- 
plicatur pcr alias , tantumu âlp^^'^ "^ aliquam, 
iftarum quinque Propolîtionum conrineant? 
imo vel oieanc , quod ex oppofîro ( proue 
referuntur in iifdem Epiftohs • cjûm etrali* 
ter iif dem opponantur? fiprque plane^con- 
fbrrt^erdôdtnna? & phrafi praeclarifsimorum 
Ecclefise DoCtorum SS, ÂP!guflini ^ rho- 
m<e ,, eoruiîiicmquc omniuin Difcipulorum, 

Hinc 



Bine merito Problema ifiud tanquam meii- 
dax 5 & prsefato llluftniîimoac Revcrendis- 
fimo Domino Archiepifcopo coiitumelio. 
fum âc injuiiofumî fupremi Parlamenti Regii 
I3ecreco in publicam combuftionem datum 
ac condemnatum fuit : qno contigit fidem 
illius Pioblcmatis non folum in fumum abi- 
viiïe , fed ipfam quoque approbationem II- 
luftiillîmi ac ReverendiTsimi Domini Ar- 
chiepifcopi , ac iftas Refiexiones morales eo 
réagis doétiinîB fanis vifas efîe , & tan- 
quam. auium quod per ignem probatur. Ita 
ceiifebam Brugis Flandrorum in Conventu 
f i atrLjmFiu^dicatorum;Die z6 Martii 1700. 



Franciscus Janssens Elinga, 

S. iheol. Doâor , Provincialis 
Provincicc Germanice wfcrioris^ 
Ûrdinis F. F. Prcedicatorum , ^ 
MiJJianu?n ejusdem Ordims m 
Coftfcederati Belgii Provwciis 



APPROBATION. 

J'ay lu ces Quatre Lettres d'un 
'Théologien a un de fes amis, 
ôc n'ayant rien trouvé qu'uf 
ne doftrine folide ^ Se une expli- 
cation tres-claire du miftere delà 
Grâce de Jefus Chrift , confor- 
me aux fentimens desSS. Augu- 
ûin.&c Thomas, avec une parfait- 
te juftification de Monfeigneur 
l'Archevêque de Paris contre le 
Problème calomnieux y je juge 
qu'elles feront utilement publi- 
ées. Donné à Anvers le 1 8 . Mars 
1700. 



^4. Eyben Chànoiru The§L 
de U CAthedrale à^ Anvsrsy 
Cenfenr des Livres, 



Judicium Domini Theodori 

de Cock Sacras Theolo- 

gix Dodoris. 

LIbellus, cuitituluSj Lettres 
d'un Théologien à un defes a^ 
mis a toccafion du Problème Ecck^ 
/îajlique adrejfé à Monfieur l'Ab^ 
bé Boileau > rc verenter , docte, 
& orthodoxe Illuftriffimum ac 
Reverendiflîmum Oominum Ar- 
chiepifcopum Parifienfem ab 
impaftâ calumnià Janfenifmitu-i 
etur. Ita judico Lugduni Bâta* 
vorum Die 19. Martii 1700, 



THEoi>oRTrs de Cock,. 
Sacra Theologia Do&or , Vro^ 
totiotarius Afojlolicus , itP 
HolUndiâ MiJJionarius . 



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