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/ÛS7V
LETTRES
D'U N
THEOLOGIEN
à un de fes
AMIS
à Voccajton duTROBLEME
ECCLESIASTIQUE
ADRESSE A
Mr. L'ABBÉ BOILEAU.
Seconde édition.
,, A A N r E R S
\ Chez HENRY van R H Y N ^
• M D C C.
LETTRES
d'Un Théologien a un defejamisa
IWca/îon du prc blême Ecctefiajiim
que adrej^é a Mr, l'AbbcBoileau.
PREMIERE LETTRE.
|U îa peine dans laquelle vous
me marqués que le problème
Ecclefiaftique vous a jette,
n'eft pas bien grande;ou certai-
nement , Monfîeur , vôtre pa-
tience ell heroique. Pourquoy
attendre fî long temps un éclair ci ffement fur
vôtre trouble , fi vous m'avez cru capable de
vous en tirer > Vous efperiés que quelque rê»
ponfe au problème vous fortiroit de Tcmba-
ras d'efprit ouvousétiés. Jevousavoiieque
j'attendois auiîî qu'on découvrit au public
la malice & Tignorance de ce feditieux li-
belle, & que les différentes folutions , que
l'on en a données jufques ici, ne me fatis-
font pas.
Je comprens bien que M. TArchevêquc
de Paris a dû meprifer cet ouvrage de ténè-
bres , & fe contenter de la réparation que
luy en a faite le premier Parlement du
Royaume , en condamnant ce problème à
eftre brûlé publiquement par la main du bou-
leau. Un auteur qui travaille à révolter les
A oiiail-
I
% Lettre A'Hn Théologien
oiiailles contre leur pafteur légitime , ne me-
nte point d'autre reponfe.
Si tous ceux qui lifent ces libelles , étoient
Théologiens & capables d'en découvrir
rimpofture , on auroit raifon d'en demeu*
rer dans le fîmple mépris. Le filence pu-
jiirojt peutétre mieux ces efprits fuperbes
& inquiets , qui remplirent le monde de
mauvais écrits , que des reponfes les plus
convainquantes. Mais il y a des infirmes
de bonne foy , qu'il faut guérir : vous le
fentes par vôtre propre expérience ; quoi-
que initait de la religion , & plus Théo-
logien qu'un homme de vôtre profeflion
ne l'eft ordinairement , vous n'ave?. pas
laifTé d'être ebloiii par le problème ; & la con-
^ance que vous devés avoir avec tant de
raifon en vôtre illuftre Archevêque , en à
cflé ébranlée : avoiieT, le de bonne foy f*
N'attendes pourtant pas que je réponde
à cet écrit ; il convient mieux à un homme
fage de le méprifèr que d'y repondre. Mais
comme vôtre trouble ne vient que de la
mauvaife imprefîion que l'on vous à donnée
contre le nouveau Teftament du P. Quê-
nel ; je n'ai uniquement qu*à vous faire
voir , qu*il n'y a rien dans les Reflexions
morales , qui aproche 'de la dodrine des
cinq fameufes propolitions fur la grâce , con-
damnées par les Papes Innocent X. & Alex-
andre VII. & que par confequent M. TAr-
clicvêque de Paris n'a aprouvé qu'un livre
tout orthodoxe.
Tottt nutre Théologien que moy vous
auroit
Sur le problème Ecclejja^ique 5
atiroit facilement eclaircy ; mais peutctrc
aurics vous eu de la peine à trouver une
perfonne aufli deiinterefTée fur la matiè-
re, qui fait le fujet de vôtre confuitation.
Je ne fuis^ comme vous favés , dVicun par-
ti , & j e n'ai de liaifon avec les Théologiens ,
qui ont fur ces matières des fentimens dit-
terens , que celle de la charité commune :
j'honore la vertu par tout ou je la recon-
nois , & je fuporte toutes les opinions que
l'Egiife fouftre, attaché a fes feules deciii-*
ons. C'eft ce que j'efpere que vous verres
vous même dans la reponfe, ou félon Vjl
éifpofition de mon cœur , il n'y aura au-
cun air de parti. Souffres feulement que
j'entre avec le public dans toute l'indigna-
tion que mérite cet infâme problème , & ne
vous en prcnés pas a moi , ii je ne le ménage
pas : je ne ferai en cela que l'interprète des
honeftes gens. Mais avant que j'entrepren-
ne de jullifier l'aprobation donnée par M.
rArchevéque de Paris aux Reflexions mo-
rales , trouvez bon, Monfieur, quejevous
dife, que les feuls préjugez qui fe tirent du
libelle , qui vous à troublé , & de l'auto-
rité fous laquelle paroiflènt les Reflexions,
autorifées par le nom de M. l'Archevêque
de Paris , étant encore Evêque de Chaalons,
dévoient feuls vous mettre la confcience eii
repos fur la ledure de ce livre.
Un homme fans nom & fans aveu : ce
n'eft pas affez dire, defavoiié & deteflé
par tout le monde , ofe infulter aunAr-
chevêc^ue, que fa pkté & fa capacité recon-
A 2 nue*
.^^^^ 4 lettre à" m Théologien
niies pendant vingt ans d'Epifcopat , ont fait
choifir par un Roy plein de religion , pour
lui donner la conduite de la capitale de fon
Royaume. Au quel des deux deviez vous,
vôtre confiance ?
^^- j^ ,J-^^* déclare ^ue ceux qui écoutent fex tA-
i6» foins , V écoutent lui même ; il recommande
Mar* d'' honorer la Chaire de Moife , fur laquelle îef
3X1 II» fhariftens e'toient ajjîs^ ^ a caufe de cela il
a» veut qne Von fajje tout ce qtCils difent , quoi-
qu^il deffende défaire ce qu'ails font : Quand
le fils de Dieu ordonne que l'on rende une
obcifTance refpeâucufe aux places toutes
vuides de fainteté ; que diroit il de cel-
les il dignement remplies ? Si vous l'a-
viez conlùlté , il vous auroit renvoyé a vô-
tre Archevêque, non feulement pour eflre
docile a fa voix ; mais auffi pour imiter les
exemples des vertus qu'il vous, donne. D'ail-
î Ican» ^^^^^ n'êtes vous pas averti de ne pas croire a toU'
\V.u * ^^^ fortes d^efprit ^ d* éprouver s"* ils font de
Dieu. Ne déviés vous donc pas reconnoitre
d'abord dans le ftile arrogant de cet écrit ,
iiTetr. ^^ caradere de ces hommes animaux dépeints
II* lo»/^'' ^^^ t^pofires^ aux quels l'-ohfcu rite des te-
Iud»8» nebres e(l réferv^Sy tenans des difcours pleins
d^ orgueil ^ de folie; ces murmurât eur s qui fô
plaignent toujours , quifuivent leurs pajjions ^
qui parlent avec audace ^ blafphement ce qtCils
n'entendent pas. La feule arogance d*un
vil écrivain , qui ne garde aucune me-
furc , ni d'honeteté ni de religion , en
parlant d'une perfonne , que les loix
diviaes & humaines veulent que Ton ref-
pe\^e,
Sur le problème Ecclefiafiqùe J
pc6le , devoit toute (feule vous révolter*
Nous vivons dans un fîecle ou Ton voit avec
douleur les Théologiens s'élever les uns
contre les autres , animez par leurs pré-
ventions , plutôt que foûtenus par l'amouT
de la vérité. Leurs libelles plus remplis
d'injures que de bonnes raifons , inondent
les Villes. La charité y eft oubliée, & le
feul intérêt des corps ou Ton fe trouve y
eft confulté. C'eii un fcandale qu'il eit plus
aifé de déplorer que de reprimer.
Mais de quel nom qualifierons nous la li-
cence , que fe donne un miferable fophifte
échaufé par fa bille, qui foulant aux pieds
toutes les règles du refped , & de robeiflànce,
s'élève contre la fainte & vénérable autori-
té d'un illuftre Archevêque. Audacieux & j^j^ f,
attaché a fon fens , il meprife la domina-
tion , il hïafpbeme la Majejle, ^ tte craint
point d'introduire de nouvelles SeBes. Ce
foni: les derniers traits du portrait de ces
hommes vains , que les Apôtres ont prédit
devoir dans les derniers temps , attaquer
i'Epifcopat , & dont nous voions de nos
yeux le funefte accompliirement ; car c'eftdes
dignités Ecclefiaftiques que le ^oiaç de S.
Pierre & de S. Jude ont été communé-
ment entendus & interprétés par les Pè-
res.
La loy a beau deffendre de maudire le grand ^^^ j
Fontife de Dieu & le prince du peuple. S. xxu#
Paul en refpeâant l'ombre de cette autorité, u^
dans les redes du facerdoce judaique qui a^*
s'evanouiflbic , s'y foûmetta ^, pour in-xxni;
A 2 flruife i6.
6 I. Lettre d'uft Théologien
llriiirc tous les fidcles du refpe6t dû au arac-
terc Pontifical. Mais nulle ioy n'arrête l'au-
teur du problème ; importuné par la puilïan,-
ce Epiicopale , qui fait la fureté & la confo-
lâtion des Enfans de l'Eglife, il ne travaille
qu'a la rabaiiîcr , pour luy ôtcr , s'il luy etoit
€onc 'P'^ffible, le pouvoir qu'elle a receu de J.Ch.
I^ji-, * l'Eglife dans un Concile gênerai auraen-
fab vain condamné ces accufations malignes &
Inn. 3. informes, dont les auteurs n'ofent fe produi-
SjtKcJf re, en les detetlant , comme une relfourcç
I^a/res toujours préparée à la. rébellion contre les
frovtdè puilFances légitimes ; comme un moien af-
fiaiue- fui-c pour mettre en ufage la calomnie conv
funtHt trc les perfonnes les plus irreprehenfibks
^ccîtÇa. ^ iç.^ pj^5 eminentes par lair rang , & par
^fo Pr^^ YtMx pieté. Rien ne reprime plus les faifeurs
liiorum ^^ libelles, & les plus grands fieges de Fran-
td' ^^ ^^ trouvent aujourd'huy expofés a leur
.,.,,.4' infolente malignité,
Thymc ^'^'^^ 1^ cas prcveu dans ce Canon , ou
pour me fcrvir des termes du grand Magi^
fiscs- itrat, qui fait l'admiration de nôtre fiecle^
lumnts Fendant que M. rtydrchevèqtie de Paris donne
torru.tt touf les jours à rEgïijl des gages pretieux de la
Adtfiit- faintelé ^ de f uniformité' de J a do'ârme parcel^
itm.mfi i^ dcja vie^ un fit7?pJe particulier fans caraBe^
^''iL^^'^* 7'i/î//?jww//' , ^ ptutêtre fans capacité^
s'érige un tribunal fuperieur à celuy d^un grand
, tyircbev!}quô , ^ au heu de recevoir fes deafions
avec déférence , il veut Je rendre juge des juges me^
mtam ^^^' àelafoy.
Uk fo. Lors-
himfA\j& , fed mdVtgndt tt'tdm dceufdtîom J4fta4l>faclf^4^-
non ta-
cite
mttta '
îHrne
CQnctis-
Snr le problème Ecclejtafliqne y
Lorsque quelques Evéques fe font égarés
en matière de dodrine , ce qui eft arrivé
afTez rarenient , leurs confrères les ont ai-
Sés a fe redreffer par des ayertifTemens cha-
ritables ; & quand ils n'ont pas voulu dé-
férer a leurs avis , ou eux mêmes , ou les
Papes , ou TEglife dans les Conciles on%
prononcé contre les erreurs foûteniies'
avec opiniâtreté. Si quelques particu-
liers ont écrit contre eux avant le juge-
ment de la caufe , ils en ont efté char-
gés par les Evéques , comme S. Grégoire
n'étant encore que Nonce de Pelage fé-
cond à Confiantinople , écrivit contre le
Patriarche Eutychius , qui nioit la refurrec-
tion des corps. S. Bernard a la prière des
Evéques de France detiendit auffi la vérité
Catoiique contre Gilbert Evéque de Poi-
tiers. Mais ou verrons nous dans toute
FHifloire de l'Eglife , hors dans un Lu-
ther, ou quelqu' autre furieux de même na-
ture , un exemple femblable à ccluy de
fauteur du fcandaleux Problème > qu'il vou^
trouve luy même un homme qui luy relfein-
ble , lors qu^il excite les fidèles du Dioçefe
de Pans à la révolte contre leur Archevê-
que , en luy infultant comme a un héréti-
que , qui autorife par fon approbation les
cinq fameufes propoiiiions condamnées par
toute l'Eglife. Et cela pendant que la foy
de cet Archevêque , fur qui le moindre
foupçon n'eft jamais tombé , efl le foutien,
& tait la joye de toute l'Eglife de France.
A-t-on jamais oiii parler d'ua pareil atten-
A 4. tat
s !♦ Lettre (Cun Théologien
îat ?• £rt-ce un Jurieu fi fc.ivant en injures
contre les Evéques ; eft-ce un chrétien , eft'
.^e un homme ? s'il ne veut pas nous dire
fon nom , qu'il nous dife au moins dequellc
lède \\ eft?
Quand on voit traiter un tel Archevêque
de Janfenifte^ , y at'il puifTance pour légiti-
me qu'elle foit , qui ne doive craindre d'être
décriée comme tiraimique ? & s'il arrive un
jour qu'un Pape condamne quelqu'un des
mauvais dogmes adoptés par un écrivain
oui refTemble a l'auteur du Problème , le
?ape lui même ne ferat'il pas auflitôt janfe-
niite & hérétique? les exemples funelks da
pafle , que vous me difpenferex , s'il vous
plait , de raporter , doivent faire tout crain-
dre pour l'avenir. Car après avoir travaillé
a exciter la rébellion dans TEglile, ne doit
on point aprehender , qu'on ne la prêche
dans l'état, & qu'on ne follicite un jour les
fujets de fe fouitraire a l'obeiffance de leur
fouverain ? C'eft ce qu'ont vu les fages &.
«claires Magiftrats du Parlement de Paris ,
6c c'ell ce qui a excité leur jufte feverité
contre le feditieux Problème qu'ils on fait
brûler.
Le Saint Pontife Innocent xii. dont Dieu
beniflè & prolonge les jours, dans fon Bref
aux Eglifes des Païs-bas , avoit deffendu aux
particuliers de fe traiter de Janfeniftes & de
Moliniilcs. Le Roy qui procure avec tant
d'ardeur la paix à l'Eglife , avoit fait la mê-
me defFenfe dans fes déclarations , mais
aujourd'huy au. mépris de ces loix toutes
juftcs
Stir le froblcme Ecdejiafiiqm ^
juftes & toutes faintcs. Ce n'eft point un
particulier qu'on accufe de Janlenifme;
C'efî un grand Archevêque de la capitale du
Royaume ; qu^on dit mériter d'être mis cm
nombre des hérétiques convaincus d'une do^
Brrine abominable ^ impie , comme un de*
plus declare'f Janfenijles qui aient jamais
ejlé , digne d^être placd a la tejle de cette
JtBe.
Je ne fçai pas Monfieur quelle imprefli-
on , ces infolentes paroles ont fait fur vô-
tre efprit , quand vous les avez iiies dxms
le problème ; pour moi je. vous avoiie qu'-
elles m'ont rempli d'indignation contre fon
auteur. Je l'ai regardé comme un fou fii- rTîm^
rieux ; & la refolution qu'il demande , com- <^« 4»
me une de ces queftions foies & funeftes , ^* 4»
dont parle l'Apôtre , qui font les produdi^ ^ Tivoi^
ons d'un efprit d'orgueil ; qui ne font pro- 1*.*^*
près qu'a exciter des difputes & x répan- ^^*
dre l'envie & les mauvais foupçons. Il ^ ^oV
n'en a pas falu davantage, pour meperfua- ^^ j^
der, qu'un homme aulîy emporté ne meri- * '
toit aucune créance ; & que la vérité ne
pouvoit fortir d'un cœur auffi manifeile-
ment corrompu.
Vous en déviés d'abord juger par le feul
extérieur , comme ces auguftes Magiftrats,
a qui nos Rois ont conîîé une grande par-
tie de leur autorité , dans le Parlement de
Paris ; lefquels ne font pas moins attentifs a
maintenir la paix de l'Eglife en foûtenant
la dignité des Evéques , qu'a conferver la
tranquilité dans les familles <3î entre ks par-
^& î. Lettre d'un 'théologien
ticuïici's par la juftice de leurs arrêts. Ce
corps fi vénérable & fi éclairé, l'a mife cet-
te queftion du Problème au rang des libel-
les diffamatoires & feditieux , dont Tani-
que but eft de divifer le troupeau d'avec le
Pafteur. Il Ta mife au nombre de ces écrits
plems d'une noire calomnie , & injurieux
â k dignité Epifcopale , qu^une licence cri*
minelle répand depuis quelque tems dans-
le monde , au préjudice des plus fàges or-
donnances de nos Rois. Il l'a conliderée,
comme contenant un myilere d'iniquité,
formé par les ennemis de PEgUfe. Il a ju-
gé que portant avec elle fa conviélion &
condamnation , il étoit de fa juilice de luy
imprimer dés aprefent une note d'mfamie,
qui rejallît un jour fur le front de fon au-
teur. Le feu luy a paru la punition la
mieux proportionnée a la témérité de cet
écrit, pour abolir éc e&acer, s'il étoit poi^
fible , jufques au fouvenir de cet ouvrage
de ténèbres. C'eft ainfi que tout liomme
raifonnable jugera tousjours , fans qu'il foit
befoin d'examen , de ces écrits fans aveu
& fans autorité, qui portent un préjugé ma-
pifefle de la malignité de leurs auteurs.
Je n'examinerai point encore , fi Mr.
l'Archevêque a mérité d'être appelle Jan-
fenifte , pour avoir approuvé les Réflexi-
ons morales. Je le ferai dans une autre let-
tre , fi vous n'êtes pas perfuadé par les feuîs
préjugés de cette folle queftion. Maispuil-
que. tout le problème eO: fondé fur l'uni-
fgrmîté.de dodrine, qu'on prétend de ren-
' con--
Shy le problème Ecclejtajîiqtie |f ;
«outrer entre les Reflexions morales & le
livre de rExpofîtion de la foy ; vous avés
au moins dû voir la fçavante ccnfure qu'en
a fait ce Prélat. N'y a\és vous pas trouvé,
qu'il ordonne exprellèment l'exécution de
toutes les conftitutions Apoftoliques d'In-
nocent X. & d'Alexandre VII. d'heureufe -
mémoire , tant fur le fait que fur le droit?
& qu'il condamne le livre de l'Expofîtion ;
de la foy , comme contenant des propoii-
tions téméraires , impies , hérétiques ; &
comme renouvellant la do6lrme des cinq
propolîtions. Que vous en femble Monfr. .
eft: ce ainfi que prononceroit un homme
plein , félon l'expreffion du Problème , de
tout le venin du Janfenifme }
Mr. l'Archevêque n'a t'il pas fait la plus
nette déclaration , qu'il pût jamais faire con-
tre le Janfenifme dans cette ordonnance,
qui a été répandue dans toute l'Europe ,
recciie dans Rome avec éloge , & placée
dans toutes les Bibliotcques } a qui donc
des deux avés vous dû croire , ou a Mr.
l'Archevêque , qui s'explique lui même en '.
condamnant la do6lrine des cinq pro-
pofitions comme hérétique , ou a l'auteur
du Problème , qui l'accufe d'être Janfeni--
fle , après une condamnation fî autentique >
je vous ai promis d'en venir a l'examen iî
vous l'exigés de moi , mais en attendant,
doit on prefumer qu'un Archevêque de Pa-
ris a la viie de toute l'Eglife chrétienne,,
fe rende en i66y. le protedeur des cinq:
fameufes propolicions dans rapprobation .
A é qu'ii^'
t2 ïé Lettre d'un Théologien
qu'il donne aux Reflexions porales ; & qu'il
condamne en 1696. les mêmes cinq pro-
politions comme hérétiques dans la cenfu-
re du livre de rExpofition de lafoy? at'oa
jamais oiii parler d'une femblable varia-
tion dans un homme , qui n'a pas entière-
ment perdu l'el^rit ? C'elî pourtant l'extra-
vagance dont M. de Paris efl accufe dans
le Problème.
Un dernier préjugé plus fort que tous
les autres , eft tiré de la manière dont M.
l'Archevêque de Paris a adrefle en i6^s^
aux Curés de fon diocefedeChaalons, une
nouvelle édition du N. T. avec les Refle-
xions morales , & de ce qu'il a fait pour
rendre cette édition plus parfaite. Vous
lavés qu'a l'occafion des nouveaux conver-
tis , accoutumés aux mauvaifes verfîons de
rEcriture , on diftribiia par les libéralités du
Roy une fort grande quantité de nouveaux
Teitamens en nôtre langue ; & que l'on.
crût que rien n'êtoit plus propre à les des-
abufer de l'erreur ou ils étoient , que l'on
deflendoit aux anciens catoliques la ledl-u^
re de l'Ecriture fainte, que de la leur mettre
entre les mains.
Mais comme c'a toujours eflé le defir
des SS. Evêques , que les divines Ecritu-
res ne fuflent données au peuple , confor-
mément a ce qui a été ordonné fur cette
matière par le Concile de Trente , qu'avec
des précautions raifonnables , dont la pre-
mière efl; qu'elles fuffent accompagnées de
actes approuvées par les Evoques ; M-. de
Chaa^
Sfir le problème Ecclejtafiique 1 3
Chaalons crût avoir trouvé un trefor pour
fon Diocefe dans ce N. T. accompagné âc
Reflexions morales fur chaque verfet ,.
pour en rendte la lecture plus utile , & la
méditation plus aifée. Par ce moyen il em-
péchoit les fidèles s'égarer dans une ledlu-
re , ou fe trouve naturellement pour eux la
vie éternelle.
Il fut d'autant plus porté a fe fervir de
ce livre , qu'il avoit déjà efté approuvé par
fon Predecefïèur , Mr. Félix Vialaz d'heu-
reufe mémoire dans une édition des feuls
Evangiles avec des Reflexions forts courtes.
l'Ouvrage étant depuis augmenté , il s'en
étoit fait à Paris plufieurs éditions , avec
des approbations autentiques des Doéleurs
de la Faculté , & a la viie de feu M. P Ar-
chevêque , qui en avoit reçu agréablement
les prefens. Depuis prés de 20. ans les édi-
tions de ce livre fe multiplioient , & les
libraires y pouvoient a peine fournir. Tout
le public y applaudiffoit , & les perfonnes
de pieté y trouvoient une ondion , qu'ils
ne rencontroient point dans les autres, li-
vres.
Les Curés du diocefe de Chaalons , qui
y avoient un droit particulier , le deman-
doient avec empreiîèment ; rien n'êtoit plus
propre dans la circonftance prefente , pour
la confolation & pour l'inftruélion tant
des anciens que des nouveaux Catholiques,
En effet rien ne paroit plus convenable ,
que des reflexions morales ftir l'Ecriture
Imte. Leg remarques que Ton fait fur
A 7 le
■jr4 *♦ Lettre d'un Théologien
le fens littéral , font ordinairement feichcs ,
touchent peu le cœur , & nouriilent l'ef-
prit de difpute plutôt que celuy de com-
pondion. Au lieu que dans ce nouveau
Teftament , l'auteur déclare dabord dans
fà préface , & par le titre même du livre ,
qu'il ne prefente au pieux kcleur que des
Reflexions morales , ïuy donnant pour in-
trodudeur a l'intelligence de l'Evangile ,
le defir même d'en profiter. Par ce moyen
il ouvre le cœur de ceux qui le lifcnt , &
accomplit en eux cette parole de S. Jean;
VonUion -vous mfiruira Je toutes chofex i ^
celle cy de N. S. Si Von pratique la volonté
de Dieu , on connoitrajï ma doBi-int ejl ds luy , ou
fi jeparïe de mai tyiême.
Tel a elle le motif ou plutôt la necelTi-
té , qui a obLgé M. l'Archevêque de Pa-
ris , alors Evêque de Chaaions , d'adref-
fer a fes Curés les Reflexions morales. Mais
quelles précautions y ajouta-t'il .^ C'eft
ce que je vous prie Monfr. de remarquer :
non content de voir ce livre receu favora-
blement par le public depuis longtems ,
approuvé par plulieurs Doéleurs de la fa-
culté de Paris , & publié a la viie de feu -
Mr. rArchevêque , lî juftement attentif a;
un livre de cette confequence , il revit lui
même & -fit revon- par des Théologiens
tant la . veriion du texte facré & les fom-
maires , que les reflexions de l'auteur , que
l'on remarqua eftre prefque toutes tirées mot
stmotdesS.S.Peres.
Et premièrement a l'égard cje la verfîon ^ ~
COI»-
Sfir Uffohkme Ecele/taftiffue IÇ;
comme on avok fait de puis longtems plù-
fieurs obfervatioiis fur celle qui a été
imprimée a Mons , Mr. de Paris trouva
qu'une partie des endroits qui y avoiertt
elié relevés ', avoient été changez par V'm^
teur dans redition de 1693. ^ il corpî»-
gea ce qui itii parût de\^Oîr encore eftre re^
touché , tarit dans le texte que dans lesfom-
maires ; de forte que toute la malignité de
Tauteur du Problème n'a pu trouver rien
a dire contre cette verfion de l'édition de
1696. qui tût approuvée par Mr. l' Archevê- jca^,
que. Donnés vous ^ s'il vous, pkit la peine Vi4f:
de confronter cette édition de 1 696. àv^c Jean.
■celle de Mons & vous verres la differen-x.2i»
t:e qu'il y a entre l'une & f autre dans lesfom-
endroits , qui pouroient avoir paru fu roaJ'c^
fpQds. Je vais vous en marquer ici les prin- *^"*
I2<
-eipaux ; & ne foies pas furpris de me voir y'*
û inftmit de tout ce détail , car quel Bc- ç^^ *
cleh'aiiique un peu zélé n'a pus eu la curio- ^aj^g
fîté de s'informer de la conduite de Mr. Rom/
de Chaalons , & n'a pas pris intérêt a un y. <?,
livre qui a fait tant de fruit ? i TheC
Il faut Monfieur que je vous rapofté en 1 1. 1 tf.
palfant ce qui m'eft arrivé plus d'une ibis îThefT»
depuis deux ou trois ans , avec des gens ^i* 3»
qui ne peuvent foufir le N. T. de Mons. Hebr» ^
Comment eft-il poffible , ine difoient-ils , que Y'*^^*
M. l'Archevêque de Paris fafîè hrc m-^^^^*
jourd'huy dans le N. T. du P. Quênel , la"»^®v
verfion de Mons que fcs predeceffeurs ont
deffendue.^ a-t-il fi peu de confideration pour
ceux a qui il a fuccedé ? Le 4:epoiife , com-
me
t6 !• Lettre d'un Théologien
me vous voies par les corredions dans les
lieux , qui les pouvoient choquer , étoit
promte , & il ne m*a pas été difficile de
leur fermer la bouche. Mais favés vous
qui étoient ceux qui me faifoient cette que-
ftion ? des Théologiens , le croiriés vous l
mais du nombre de ceux qui fe prévien-
nent par intérêt de communauté , & qui
m'ont avoiié de bonne foi, quand je les ai
prefïèx , qu'ils n'avoient gueres lu leN..T.
du P. Q. & qu'ils ne Tavoient jamais coa-
fronté avecceluydeMons.
Je vous afTure que je n'en ai pas trouvé
pour un. Il y en a parmi ceux qui crient
contre les Réflexions morales, qui ne fe font
jamais domié la peine de les lire , que quand
on leur en a fait honte. Dans le monde a prê-
tent on prône plus que jamais les hommes
& les livres par cabale , & on les décrie de
même par intérêt de Corps.
Il n'y en aura peut-eftre de longtems
d'exemple plus fenfible , que celuy du livre
dont nous parlons : il a paru plus de 15-..
ans avant que M. de Paris l'ait approuvé.
Feu M. l'Archevêque fon predecelTeur l'a
vu imprimer trois ou quatre fois fous fes
yeux ; il l'a reçu; il l'a lu, ce Prélat fi dé-
licat fur tout ce qui pouroit approcher du
Janfenifme ; y a-t-il trouvé quelque chofe
a redire ? rien ne luy étoit plus facile que
de le faire fuprimer ; il en avoit toute l'au-
torité , puifqu'il s'agifToit d'une verfion de
l'écriture , qui ne doit jamais paroître en
public fans la permilTion de l'Ordixiaire des
lieux
Sur le problème Ecclefiaflpqne ly
îieux. Le P. Bouhours le fait bien, qui n'a
jamais pu obtenir de ce Prélat la permiflîon
d'imprimer fa verfîon du N. T. Ainfi de
ces deux nouveaux Teftaments , feu M. de
Paris en reprouvoit un expreiïèment , & ap*
prouv oit l'autre , au moins tacitement , puis-
qu'il en a laifTé débiter jplufieurs éditions,
fans fe fervir du pouvoir, qu'il avoit de les
arrêter. Si ce livre n'étoit pas alors Janfe-
nifle , depuis quand l'eft il devenu?
l'Auteur même du Problème (î rempli
de fiel contre les Reflexions morales & con^
tre l'approbation de M. de Paris , pour-
quoi a t'il laifl^ paflfèr plus de trois ans de
fon Epifcopat fans y trouver ks herefies,
qu'il nous y veut montrer aujourd'huy ;
D'où viennent ces nouvelles lumières &
ce nouveau zèle ? D'où vient que M,
l'Archevêque , fans changer de doarine &
de conduite , eft reconnu très orthodoxe pen-
dant prés de vint années d'Epifcopat , <Sc
qu'il ne devient Janfeniftc qu'après avoir
folemnellement condamné le Janfenifmepar
fon ordonnance de 1696. C'eft ici le vray
problème que je vous expliquerai Monfr.
quand il vous plaira. Mais en attendant ,
foiez très allure qu'il n'eft Janfenifte qu'-
aux yeux d'une noire cabale , & qu'il ne
fut jamais a ceux de la vérité, de Prélat plus
Catolique.
Je reviens aux précautions qu'il prit , étant
encore a Chaalons , avant que d'approuv«-
le N. T. avec les Reflexions. Je vous ai
déjà marqué ce qu'il fit l'égard de la ver-
lîoa,
i8 I» Lettre cCftn Théologien
fioïi du texte. 11 n'oublia pas auflTi d'exa-
miner le relie du livre , mais il y fit peu
de changemens ; i. parce qu'il trouva dans
le fonds les Réflexions orthodoxes. 2. par-
ceque celles , qui pouvoient paroitre fu-
Ipedes a la plus outrée malignité , fur la
matière des cinq propolitions , êtoient ex-
pliquées & elaircies dans une très grande
Quantité d'autres réflexions, dans lefquelies
on établit fans aucune équivoque une do*:
élrme toute oppofée , & je vous le feray voir
quand il vous plaira. 3. enfinil refpeda dans
ces reflexions le ftile , & très fouvent les
propres paroles des S. S. P. P. qu'a peine
pouvoit on corriger fans donner atteinte
aux exprelTions des Saints. Je ne vous en
dis pas a prefent d'avantage , parceque
cela regarde l'examen particulier des pro-
pofitions , que je n'entreprens pas dans cet-
te lettre.
l'Approbation de M. l'Arçhevcque eft
du mois de Juin. 1695-. & au mois d'Août
fiiivant , il fut nommé par fa Majefté a
l'Archevêché de Paris , pour le bien gênerai
de l'Eglife , & pour celuy de l'état. l'E-
dition du N. T. qu'il avoit autorifée , parût
en 1696. & fut prefque entièrement débitée
dans le cours de cette année.
, Tour a concouru depuis a rendre cet ou-
vrage plus parfait & plus utile. Des per-
fomics pleines de 2ele pour la pureté
de la foy , & d'attention a ménager
la delicatefTe des foibles , ont fait des re^
marques fur les endroits , auxquels il leur
afefn-
Sur It problème Ecdefia^ique 15
a^femblé que l'on pouroit faire quelque chan-
gement , pour en mieux proportionner l'in-r
telligence a la portée du commun des lec-?
teurs. Ils en donnèrent avis a M. l'Arche-
vêque , qui chargea des Théologiens d'y
travailler , avant la nouvelle édition que l'on
preparoit. l'Auteur des Réflexions morale»
eu tdt averti , & je dois dire a fa louange,;
que jamais écrivain n'a été moins jalou*
que iuy, de fes exprefilons à. defespenféesî
qu'on ne paît aporter plus de facilité qu'il a
fait pour concourir au delTein qu'on fe pro ^
pofoit , & qu'il eft im de ceux qui ont le
plus contribué a l'exécuter^.' 1 i.- ,,,
Je puis vous aillirer que parmi les Théo-.
iogiens , qui ont travaillé a la revilipn de ce
livre, il y en avoit dé peu favorablement
prévenus pour l'ouvrage , & pour l'auteur.
Preuve invincibile, que les erreurs ny font
ni grolTieres , ni en grand nombre , ny ré-
pandues avec afl^èçtation, comme rauteut
du Problème l'avance^ Seroit-il poâible;,^
qu'siant hi frâpé de l'imprefFion d'erreur ,
qu'il dit s'y fa-ire fenrir en tant d'endroits,
tous les autres y eullent été infenfibies; y »
a-t'iî feul Ja fageffe; l^ Titittlligencedoit sliCpe^ ' .'
rir avac Iuy 7 C'eft ainli que plus d'un an
avant que le Problème i\\t né des noires:
vapeurs de Penvie, la providence de Dieu
(è fervit de la foUicitude Pallorale de M.
l'Archevêque de Paris , pour .préparer a
l'avenir une reponfe , qui couvrit de
Gonfufion cet ignorant faifeur de que-
ftions.
" Sa
20 1» Lettre cC Un, ncoîogien
Sa malice le découvre d'elk même daftS
la circonftancc des temps. C'eft a la veille
que doit parôitre une nouvelle édition , re-
vue & attendue avec les précautions , que
je viens de vous marquer. Les premiers
volumes de l'ouvrage étoient imprimés , il
y avoit déjà longtemps , quand il mit au jour
ce fruit conçu dans les ténèbres. Car foit
^ue Tauteur du Problème fe foit propofé de
prévenir le public , & de le foulever avec luy,
foit qu'il ait appréhendé , que l'on ne ren-
dit fa haine inutile , en changeant , quoique
fans necelfité , ou eclaircilTant les paflages ,
fur lefquels il a formé fa queftion ,- il fe hâta
de prévenir l'édition , qui Ta fuivi de fort
prés , & qui étoit prefque finie quand il
parut.
Il ne faut pas oublier une circonftance de
cette édition , que Dieu a auffi infpirée par
avance , pour fervir a la deffence des Re-
flexions morales. Il y a bientôt deux an^,
qu'un Prêtre d'une vertu rare, & grand en-
nemy de tout ce qui a Pair de nouveauté ,
foit pour le dogme , foit pour la morale ,
fit entendre a un Ecclefiaftique de fes amis,
qu'on pouroit rendre un fervice a TEglife,
en drelîam une table des matières principa-
les contenues dans les Reflexions morales
fur le N.T. Cet avis ne fût donné qu'en
paifant, & prefque au hafard. La perfon-
ne a qui il fût adrefle , aiant depuis fait
Reflexion que l'on rencontre dans cet ou-
vrage des obfervations très folides & en
aire2 grand nombre, prefque fur tous les
points
Sfir le probieme EaîejtafiiqHe 2i
points de la controverfe , il refolût s'y a-
pliquer. Il remarqua que la méthode du
livre eft d'autant plus propre a perfuader ,
que ces obfervations ibnt faites comme fans
defïein , & qu'elles font d'ailleurs appuiées
de i'autorité de l'Ecriture. C'eft ce qui le
porta a ne pas négliger l'avis & a le pro-
pofer a M. l'Archevêque, qui l'approuva
d'abord , & luy ordonna d'y travailler.
De la eft veniie la table que vous trou-
vères imprimée dans la dernière édition de
1699. ou en attendant qu'on puiiFe la ren-
dre plus etendiie , en y comprenant tout ce
qui regarde les herefîes qui ont cours , on
s'eft arrêté a y marquer la dodtrine cato-
lique , appuiée par plulîeurs endroits des
Reflexions morales , contre les erreurs des
cinq fameulès propolîtions fur la matière de
la grâce . Par exemple a la lettre G. que
l'on refifle a la grâce : a la lettre C. que
les commandemens de Dieu ne font pas
impofîîbles : a la lettre L. que la grâce
n'impofe aucune necefîité a la liberté de
l'homme : a la lettre J. que Jefus Ch. e£
mort pour tous ^<r.
Je pouvois , Monfieur, voustenvoier a
cette table : pour vous faire voir dans les
Reflexions morales un fi grand nombre de
palTages contradictoires aux cinq propofîtir
ons condamnées par l'Eglife , que vous
n'auriés pas befoin d'autre eclaircifTement ,
pour juftifier l'approbation que M. l'Arche-
vêque leur a donnée. Deux hommes
aufli fçavans que le font ce grand Prélat
&rau-
21 t» Lettre d'un Théologie»
& Tauteur du livre, ne propofentpasdans
le même ouvrage la doélrine Catoliquc^ êc
k Janfenifrne ; qui ofera j amais le prefumer?
& quiconque fans autre examen voudra lire
les reflexions indiquées par la table , s'il eft de
bonne foy , ne poura jamais fe perfuader,
qu'un livre , ou les vérités font enfcignées
^ nettement , puifïè efbre foupçonné d'une
mauvaife Doélrine.
Mais fi vous le defîrés de moi , jem'of-
ftc de vous montrer , propofition par
propofition , que tout ce que l'auteur du
îcandaleux problème a relevé dans les Re-
flexions morales, efl tout orthodoxe, &quc
par confequent M. de Paris tient un même
langage, quand il condamne le Janfenifme
dans fon ordonnance de 1696. & quand il
approuve la do£trine oppofée aux cinq
Propofitions dans le livre des Reflexions mo-
rales. Mais ma lettre n'eft déjà que trop
longue, & avec le bon efprit v 9ue je vous
connois , je crois pouvoir répondre, que
vous elles pleinement eclairci par les feuls
préjugés fur la queftion que vous m'avés
faite; & que vous n'en exigerés pas d'av^an-
tage de vôtre très humble &c. Septembre
1699.
J'allois fermer m.a lettre fans faire atten-
tion a ce que vous m'avés écrit que vous ne
communiquerés point ma reponfe fans ma
permiflion : cela exige, Monfieur , une petite
précaution. Je fuis bien aife d'être utile
a d autres, auflibienqu àvous. Mais com-
me d'ordinaire les perfonnes , qui ne font
Sur le problème Ecdefial^tqpte 23
d'aucun parti , font pillés des deux côtés,
ii vous montrés cecy , cachés au moins mon
nom , & faites en forte , quoique par une
raifon fort différente, que je nefoispasplu.s
connu que fauteur du Problème, a qui je ne
veux reiièmbler qu'eace point.
SE-
24 I • Lettre d'nn Théologien
SECONDE LETTRE
Sur la première des cinq propo fit mis
condamnées par Innocent X. &
Alexandre Vil.
VOus n'étés donc pas content , Mon-
fieur, d'avoir efté par les préjugés
entièrement perfuadé , que vous ne
déviés ajouter aucune foy a l'auteur du
Problème. Ce n'en eft pas afTés , fî vous
n'êtes convaincu par le tond , que tout ce
qu'il raporte des Reflexions morales eft or-
thodoxe , & ne peut eftre taxé d'avoir rien
de commun avec les f. propofitions con-
damnées par l'Eglife. Honteux 'd'avoir
efté furpris par ce fophifte , pour vous ven-
ger pleinement , vous voulés , que je vous
donne de quoi le convaincre d'impofture.
Vous ferez fatisfait, & je tacheray de le
faire de telle forte , que quoique cela m'en-
gage a expliquer en théologien , le profond
Myftcre de la grâce, je ne vous diray pour-
tant rien que d'intelligible , en vous épar-
gnant, autant qu'il me fera poflîble , les ter-
mes de Tecole aux quels vous n'êtes pas ac-
coutumé.
Voici la méthode que je fuivray ; com-
me il n'eft queftion que de vous faire voir,
que la dodrine des Reflexions morales n'a-
proche en rien des cinq fameufes propor-
tions
Sur îefYohîeme Ecclefiafliqae 2^
tions je garderai Tordre qu'on leur à donne
dans les bulles des Papes qui les ont cenfurées.
Sur chacune de ces propofitions je vous mar-
querai d'abord la do61rine oppofce, nettement
enfeignée dans les Réflexions fur le N. T,
& enluite je vous feray voir , que celles qui
ont été relevées par l'auteur du Problème,
ne contiennent que ce que l'Eglife Catolique
propofe fur cette matière à fes enfans , & ce
qu'elle même a apris de fes Pères dans la
tradition.
PREMIERE PROPOSITION.
Otielijues commandemens de Dieu font îm"
foffibles ciuxjuftes , lors même quils ven^
lent ^ qu ils s"* efforcent jelon les for ces y
qtiils ont dans Vètat oti ils fe trouvent i
^ U grâce qui les doit rendre poffihles,
leur manque*
VOulés vous voir lîn langage tout op- o/w/>-
pofé dans les Reflexions morales ? OcQ:y^o„^^
fur ces paroles de N. S. Donnés leur vous Uùeufc
même à manger. Dieu ne commande pas des des Re^
ehofes impojjihks. Celles qui Je paroijfent n^étant fiexfomf
impoJTihles^ qu'à la foihleffe humaine. Maisfon f^eralei
commandement nous avertit de faire ce que nous (omre
pouvons ,• ^ de demander ce que nous ne pouvons * ^'f /'«■|'-
pa^-^ ^ il vient à notrefecours afin que nous le fi"^ ,
puijfions. descom^,
G'eft la precife définition , & en propres ^^J;^*
termes du Concile de Trente , contre ceux '^"/^ -
B qui -^
26 ï» Lettre d'un Théologien
qui difent que les Commandemens de Dieu
nous font impolTibles ; & Tauteur ne fait
que traduire ces mots du Décret. Deut im-
fojjihîlia non jiihtt\ ftd juhtndomontt ^ î^facere
quod pojfis , ^5" pQtèïù quod nonpojjïs,
Sc{î»VN 11 efl: bon de vous avertir que cespremic-
.c» lu res paroles du décret de Trente , Dieu us
commande pM des chofts imfofjihks , mais
en commandant il avertit de faire ce que Pot*
peut , ^ de demander ce que l'on ne peut pas ,
Dena. font empruntées de S. Auguftin , ou la
marge du Concile nous renvoie; & il ne faut
pas oublier qu'en cet endroit du Concile
il s'agit preciiement de l'homme juflifié; &
c'ell à l'homme julhlié y homini jufiificato ,
à l'homme en état de grâce , fub gratia
conjîituto , que les préceptes ne font pas
impoiïïbles. C'cfl: donc auffi de lui qu'il ell
detini , qu'il doit demander ce qu'il ne peut
pas , petere qucd non pojjis. De forte qu'il
cit de la foi félon les Pères de Trente ; &
on le peut dire à pleine bouche , non feu-
lement de l'hommô hors de l'état de grâce ,
mais encore de l'homme julle, qu'il y a des
commandemens qu'il ne peut pas toujours
accomplir. Tel peut éviter les occafions ,
qui ne pouroit s'en tirer , s'il s'y jettoit.
Tel fe peut défier de fon impuiilance , qui
ne pouroit pas la vaincre, à caufe de fa né-
gligence. En un mot tel oublie de prier,
qui ne peut pas faire encore tout ce qu'il
faut pour obéir à Dieu ; & l'iiomme julte
peut reconnoître a cet égard une véritable
impuilEuce , qui ne peut eilre furmontée
que
Sftr le frohhme EccleftaflfqHe ly
iouc par la prière , petere quoJ non poffif* Ce
qu'ajoute le Concile , 'i^ adjuvatutpojpf , efl
encore du même elprit de S. Auguftin,
comme il ne feroit pas difficile de le mon-
trer, fi on en doutoit.
Mais au relie, cette addition du Concile
fait voir pleinement en Dieu une volonté
perpétuelle d'aider les juftes, foit pour faire
ce qu'ils peuvent déjà, foit pour deman-
-der la grâce de faire ce qu'ils ne peuvent
pas encore. Ce qui explique parfaitement
dans tous les juftes , ainfi que parle l'Ecole ,
la poffibilité médiate , ou immédiate , mais
toujours pleinement fufîifante de garder les
Commandemens ; puifque on peut toujours
dans l'occafion , ou les pratiquer en eux^
mêmes , ou par une humble demande ob-
tenu- la grâce de le faire.
Que s'il ell: vrai que tout foit compris dans
ces paroles; fi le Concile y démontre pleine-
ment Ôc fans rien omettre , que Dieu ne com-
mande rien* aux jultes, qui ne leur foit poffi^
ble, en s'efForçant, en priant, en recevant
aduellement par la prière le fecours necelîài-
re pour l'accomplir ; on ne pouvoir mieux
exprimer cette vérité dans les Réflexions mo-
rales , qu'en répétant , comme on fait ici , de
mot à mot des paroles fi precifes , qui font
la propofition contradi6toire à la première
des cinq condamnées par l'Eglife.
Mais s'il elt fi clair & fi alFuré dans ces
Reflexions , que Dieu ne commanâe rien
qui ne foit polTible , & que fa grâce ne
manque pas pour l'exécuter , n'eft ce pas
B 2 dire
sB 2* Lettre d'un Théologien
dire tout enfemble en termes formels , qu'un
jufte manque à la grâce prefente &a6luelle-
ment fecourante, toutes les fois qu'il tranf-
grelle le commandement ; ce qui fuppofe
une grâce intérieure , & exprellèment donnée
pour le garder , laquelle on rend inutile ;
d'où fuit une exclulion aufli complète qu'il
foit poffible d'un autre erreur, que l'on veut
imputer aux Reflexions morales , &. au Prélat
qui les approm e ; qu'on ne refifte point à la
grâce intérieure.
l'Auteur du problème ennemi déclaré
de ce livre , pour avoir occafion de le ca-
lomnier , omet non feulemeni la Reflexion
que je viens de raporter , fi nettement op-
pofée au Janfenifme : Mais en voici encore
Luc; de femblables qu'il n'a pas voulu voir. Dô
XV 1 1 1 ♦ ^jinji- que le defë/poir ne nous fit tomber dant
^7' la parejfe ^ dans Voiftveté , J. C. nous pro.
met , que ce qui nous efl impolTihle par nôtre
propre foihhffe , nous deviendra pojjihle pat
la puiffance de Dieu. Si le détachement det
richelfes eji impojfibie au Riche , ce n'ejl que
par ce qu'il demeure dans Ja foibîejfe , ^ qu'il
na point de recours à celui , qui par fon com-
mandement l'avertit défaire ce qu'il peut , ^
de demander ce qu'il ne peut pas , CS" qui
donne la grâce afin qu'on le puijfe. Je ne fai
a on pouroit quand on voudroit mieux mar-
quer que les commandemens i . font impof-
fibles véritablement à la foiblefle de l'hom-
ine 2* qu'ils font pofllbles par la grâce de
J.. G, 3. que nôtre impuiiîance vient de nô-
tre par elfe. 4. que nous devons demander
^ la
Sur le frohleme Ecclejiaflique 29
ia grâce pour faire ce que nous ne pou-
vons pas; 5". & que Dieu exauçant nos priè-
res , nous donne la force d'exécuter fes
Commandemens. En vérité il faut être de
bien méchante humeur pour décrier un li-
vre il Catolique , & pour vouloir infuiter
à un ouvrage qui donne 11 peu de prife.
J'adjouterai encore un endroit des Reflexi- ^y^--
ons , qui n'efl: pas moins précis. C'efi une ^ *
eKceîknie prière y que la reconnoi[fance four
les hienf que nous avons reçu , jointe à l'aveu
Je notre jwpuijfance , four faire ce que Dieu
demande de fhu. On omet encore ce qu'on
répète après faint A ug. Commandes Seigneur ,
mais donne's ce que vous commandes ; par
ou l'auteur des Reflexions non feulement
montre après ce Saint ^ le remède de nos
impuiiîances , mais encore dans le lieu mê-
me , il le fait pratiquer par la prière. A ce
prix il efl bien aifé d'empoifonner un livre
plein d'onction , & de le faire Janfeniiie-
Mais Dieu punira ces prévaricateurs qui
en cachant malicieufement dans de tels
ouvrages ce qui fe peut dire de plus deci-
lif contre les erreurs , répandent des fouo-
çons injLilks fur les pafteurs , & empêchent
les Chrétiens de profiter des Reflexions les
plus utiles.
Som'ene's vous , Monfieur , de ce que je
viens de vous dire fur les omiflions mali-
cieufes , que l'on fait des endroits les plus
clairs contre la première des cinq propo*-
fitions : parccquc cela fervira dans la
fuite à vous faire voir que les Reflexions ra-
B 3 por-
3© 1^. "Lettre cChu Theologk»
portées dans le Problème , comme y étant
conformes , font entièrement exemtes de
tome erreur. Voici les trois Réflexions ,
que l'on dit enfeigner la même chofe que la
premier des cinq proportions.
La grâce du J. C. principe efficace de tout
bien , ejî aecejfaire pour iouto aHion , grande ou
p/ftite , facile ou difficile : pour la commançer ,
la continuer ^ l'achever ,• fans elle non fuie-
ment on ne fait rien , mais on ne peut rien
faire.
Jean* Qy^ tie peut obéir a la voix, qui nous appelle a
Vi»44» j^ (7^ fl ij^j même ne nous tire à lui » en
nous faifant vouloir ce que nous ne voulions
pas.
JîGor» La grâce de J.C. efl une grâce fouveraine fans
IZ, 3. laquelle on ne peut jamais confefferJ.C. ^ avec
laquelle on ne le renonce jamais.
Reconnoiffés vous , Monlieur , dans ces
trois Réflexions la première des cinq propo-
rtions ? ou y eft il dit , que les Commande-
mens de Dieu font impoffibles aux juftes.
Ou font ces jufles qui veulent , qui s'effor-
cent pour obéira Dieu.' Je pourois donc dire
d'abord a l'égard de cette première propo-
fition , qu'il n'y a rien dans les Réflexions
fur le nouveau Teftament qui y foit confor-
me; & qu'au contraire, comme voiisvcnés
de le voir , la doctrine oppofée y efl nette-
ment & plus d'une foisenfeignée.
Mais comme je ne cherche pas à fuir les dif-
ficultés, quelques mauvaifcs qu'elles foient , .
je m'arréteray aux concluftons bien ou mal
tirées par le problème fur ces trois Reflexions ,
ou
Sf$r le frohletne Ecckjta^iqtse 31
ou tout aboutit à dire deux chofes. La pre-
mière que le P. Q. ne reconnoît d'autre grâ-
ce de J. C. que la grâce efficace. C'eiî ce
que J'examinerai fur la féconde & quatrième
des cinq fameafes propolitions ; & je vous
promet par avance de vous montrer ii ma-
nifeftement le contraire dans une infinité
d'endroits du livre des Reflexions morales,
que vous ferés étonné de la hardieile avec
laquelle l'auteur du Problème avance cette
impollure.
La féconde chofe ed , que fans la grâce
efficace on ne peut rien. Et c'eft ce que
j'ai a vous eclairçir dans cette lettre, ou je
vous parlerai aulîi de la chute de Pierre.
Voions donc en quel fens on dit dans les
Reflexions , quefms la grâce on ne peiiî rien,
Ayés un peu de patience , parceque cela
m'engage à vous expofer avec etendiie la
doârine des S. S. P- P. & des Théologiens
fur h pouvoir , que la grâce donne aux ju-
(les , ce qui étant une fois bien expliqué , lè-
vera toute la difficulté de l'exprelTion de
l'auteur des Reflexions.
Vous n'avés pas encore eu le loilîr d'ou-
blier le célèbre Canon du Conc. de Trente
tiré de S. Auguflin, que je viens de citer,
ou FEglife nous aprend que Dieu par fon
commandement avertit les juftes de faire
ce qu'ils peuvent, & de demander ce qu'ils
ne peuvent pas. Les juftes ont donc Je pou-
voir de faire avec la grâce certaines cho-
fes , & avec la grâce il y en a certaines
qu'ils ne peuvent pas ^ s'ils ne s'eftbrçent,
B 4, ' s'ils
Il 2. Lettre d'un Théologien
s'ils ne fiiyent les occafions , s'ils prefLiment
d'eux mêmes , s'ils ne prient ,• Huis quoi il
ell vrai de dire qu'il y a des commande-
mens , qu'ils ne peuvent accomplir ; non
que la grâce leur manque pour les pratiquer ,
mais parceque eux] mêmes par parefTe , ils
manquent à la grâce.
Et il a falû de temps en temps en avertir le
Chrétien , afin qu'il apprit à recourir à la
prière , par laquelle feule il peut obtenir le
pouvoir , & dire avec David , tirez moi de
mit welhmrsufes necejfitéf , qui me rendent
captif de mes palTions , & de la loi du pè-
che. Par la il fait reconnoitre y comme
dit S. Auguftin y & fa puilfance & fon im-
puiilànce , \Jnds fosjit , ^ unde non posftt ,
& fait attribuer ce qu'il ne peut pas , à la lan-
gueur invétérée de nôtre nature , éc ce qu'il
peut , uniquement à la grâce médicinale de
J.c.
C'eft le fruit de cette do6lrine de S. Au-
guflin & du Concile de Trente. C'eû pour-
quoi , on ne peut trop la recommander , &
aux juftes & aux pécheurs mêmes , afin qu'ils
fe connoifîent tels qu'ils font : Et qu'a-
prés avoir, cefemble, vainement tenté le
poffible & rimpolTible pour fe convertir ,
ils reconnoiilent enfin qu'ils ne peuvent
rien , & qu'il ne leur refte aucun recours
qu'à Dieu , ni aucune efperance qu'en fa
grâce , qui eil le commencement de leur gue-
rifon.
11 ne faut donc pas s'étonner d'entendre
dire à l'auteur de Reflexions morales qu'il
Sur le problème Ecde/iaflique ^1*
y a même des chofes commandées ^«W n&
peut fa^ en certains momens. On écoute
avec tremblement , mais avec édification ce
que J. C. a dit à S. Pierre, quoique tranf-
porté de zèle, l^om ne pouves pxi- à prcfcnt Iç^^i
mefuivre ou je vau : m au vous h fa es dans la j ,, 26»
fuite. Il croioit s'eftre diftingué par Ion
ardeur d'avec les autres Apôtres à qui J.
G. venoit de dire , ce que fai dit aux ib. 33»
jufs y qîi'ils ne pouvaient venir ou je vaU ^ je
vom Je dis prefentetnent. Mais il aprit par la
chute , qu'il ne faut pas difputer contre fon
maitre , ni prefumer qu'on peut tout , fous
prétexte qu'on fent qu'on le veut. Il eft
donc vrai , comme on fait que S. x^uguflia
le répète cent & cent fois , il efl: vrai que
quoi qu'il crût de lui même, Une pouvoit
confeffrr le nom de J. C. aulTi courageulement"-
qu'ii s'imaginoit le pouvoir. Il pouvoit
en attendant plus de force, s'éloigner de^
occaiions , ou il n'eltoit pas apelé , & n'al--
îer pas chés le Pontife, ou il devoit trou-
ver une tentation , qui farpaflbit fa grâce
prefente. Il ne faut point taire ces vérités
aux fidèles afin qu'ils tachent d'éviter les
occafions dangereufes, jufqucs à ce que la
force d'en haut leur foit donnée , comme Luc;
J. C. le commanda exprefTcment- à fes A- ^4» i^v
pôtres.
Au relie quand Tauteur voudroit fe rediii- Doflrf-'-
re au fentiment de la fçavante Ecole de ne de S^
S. Thomas , ou l'on admet un pouvoir Augu-
complet en ce genre , & qui ne Tetl: pas tel- ^in , 8t^
lement par raport â Taâc, qu'il ne taile <îe TEr
B s en^
j4^ 2% Lettre d*fiyt Théologien
, . encore demander un autre fecours , fa do-
S Tho ^^^''^^'^^ ieroit tellement irrepreheofible , que
nus fur J^ vais vous l'appuier par celle de S. Au-
le pou- guiHn , qui reconnoît un pouvoir coniiftant
voir ; & d^iiS le vouloir mêwd^ qu'il ne faut pas laiiTer
qu 'il y a ignorer aux Chrétiens,
un pou- Il faut donc, Monfieur, vous découvrir
voir qui un autre fecret de la grâce , & un autre,
n'cft effet de la volonté. C'elt ce que la grâce peut
donne l'effet , fi non qu'on ne peut pas
venir fans elle ? Verfonne dit J. C. ne peut
venir , il ne dit pas perfonne ne vient,
tuais perfonne ne peut venir , OU il faut en-
tendre en même tems que le pouvoir, dont
J-C. parle, ellle vouloir même, par lequel,
comme ajoute S. Auguftin dans le même
lieu , nous avons le pouvoir d^étre enfans de
Dieu , entant que nous le voulons fi puilfam-
ment , qu'en effet nous le pouvons avec effi^
cace. Apres cet ufage du mot pouvoir fi au-
torifé par le langage des S. S. & par celui
de J C. même , on n'a pas dû reprendre
la Reflexion morale qui porte ces mots
On ne peut obéir à îa voix qui nous appelle
à J' ^' fi lui même ne nous tire à luy en nous
faifant vouloir , ce que nous ne voulims px^.
On voit que l'auteur ne fait qu'exprimer
les paroles deja citées de Saint Auguftin ,
que Dieu de non voulans nous fait voulans.
Bien plus , il ne fait que repeter ce qui eft
dit dans l'Evangile avec une Réflexion , non
feulement conforme à S. Auguftin , mais
encore , comme on a vu, compoice de fes
paroles.
Ainfi en differens fens , & félon des lo-
cutions très ufitées dans l'Eglifc , & même
dans l'Ecriture , on peut , ^ on ne peut pas.
On peut , puifque on a la grâce , qui donne
un véritable pouvoir ; on ne peut pas , com-
me J. G. le dit lui même , puis qu'on doit
encore attendre une autre grâce qui tirzy
qui
Sfir le frohleme Eccîejtafiiquè 47
qui donne de croire adluellement enfin , qui
inrpir<î Je vouloir, ou S. Auguftin a mis une
forte de pouvoir , fans lequel bien certaine-
ment on n'obtient point le falut , par ce qu'on
ne la veut pas affez fortement.
Il faut vouloir s'aveugler pourne pas voir
clairement cette do6lrine dans ces paroles
de S. Auguftin. Le libre arbitre peut eflre De gra.
Jetil, s^il ne vient pat à J. C mais il ne peut ch» v.
fat rCetre aidc\ lors qiCil y vient : non autem ni fi €♦ 1 4*
adjutum effe fi venit potcjl » ^ mêtne tellement
aide , que non feulement il fâche ce qu'il faut
faire » mais encore qu^il fajfe ce qu'ail fait : ut
non folum quid faciendum fit fciat , fed quoâ
fcierit , etiam faciat : Ainii ce Père établit
qu'il ne peut pas arriver qiion vienne aUu^
tïkment à J. C. fans lefecours qui fait qu'on
y vient.
C'eft aulTi ce qui revient manifeftemcnt
aux explications de l'Ecole de S. Thomas ,
ou Ton reconnoit après faint Auguftin un
fecours pour donner aux juftes un pouvoir
entier ^ parfait , ou foit enfermé l'exer-
cice de l'ade ; fecours qui ne laiftîè pas d'
être appelé necejfaire à fa manière y encore qu'il
prefuppofe un pouvoir complet en qualité de
pouvoir.
Perfonne n'entreprit jamais de cenfurer
cette doftrine ; on ne le peut fans témé-
rité , non plus que de dilTunuler la parole
expreftlè de J. C. ISIul ne peut venir fi Dieu
ne le tire. Et cependant on voudroit que
l^s Reflexions morales eufïènt fuprimé cette
parole , de peur d'oftenfer la fauife delica-
teffe
t^6 I» Lettre cCun Théologien
tcik. de ceux , qui appellent Janfenifme la
dodrine de S. Auguftin &: de S. Thomas,
quoi qu'on en voye le fondement fi manifefte
dans rEvangile.
Ce que C'efl: une pareille ignorance & une pa-
c'eft reille témérité ou malice , qui fait repren-
qu'etre dre tous les endroits des Reflexions , ou Ton
laiiléa^ dit que ceux qui tombent , & S. Pierre &
foi me> igg autres ont tté latfféx a euxmêmes ^ à leur
^^j.^ propre foibhjjh y à caufe de leur prefowption;
' }^"^ lans fonger que ces exprelTions font cent
autrw ^^^^ ^^^^ feulement dans faint Auguftin ;
iuOes ^^^^ encore dans Origene , dans S. Chri-
Lj foflomc , dans S, Balile , dans S. Léon,
tom- ^^"s S. Jean de Damas , dans S. Bernard ,
bent <ians tous les Pères grecs & latitis , à Toc-
dans le caiion de la chute des juftes en gênerai,
péchés & en particulier de celle de David & de S.
Pierre.
Auo-. Comme je ne fais pas un traité deTheo-
Ep»57» logie , mais une lettre , trouvés bon, s'il
al 89» vous plaît, Moniieur , que je ne la charge
15. de pas de tous ces paffages , qui vous coute-
verb» roient trop de port ; & que je ne faffe que
^om, vous les indiquer : vous les trouvères lous
denau j-^arqués dans la biblioteque des Jacobins
2 ^e-'S ^ ^^ ^^^ ^^^^^^ Honnoré- Car il y en a quel-
j* "^ ' ques unes ou on paiTe par dellus ces en-
& arau ^^^i'^s , que l'on voudroit bien ne point
9.S^Tm. voir.
123» & Q^.«
42. de divers» c. ? » Orig. in mit. ^ ç . hom.9. in E2ech.Chri-
foft, Hom*85. in Math, 7 i» in Joan.BafîI.Tom» i.Hom»
22.dcî umiKLeo. Serm» S deLpipha, Joan» Damas» lib. 2»
de fide c» 29* JierQ* ferm* «f 4» in canu
Snr le prohleme Eccle/iafliqne 47
Que fî Ton trouve à toutes les pages,
que CCS deux grands Saints ont été laillés
dans leur chute à eux mêmes , à leur pre-
ibmption , à leur foiblelTe , & à leur peu
de courage , qui eft l'expreflion de S. Ba-
ille ; (i l'on y trouve que Dieu ait détour-
né fa face de dellùs eux pour les laillèr de-
ftitués d'un certain fecours , fans lequel il
iàvoit bien qu'ils tomberoient ; fi deftitué
de ce fecours, & jullement delaillé de J.C.
Pierre , comme dit St. Auguftin , a été trou-
vé un homme , un vrai homme , foible & Serm»
menteur , qui promettoit ce qu'il ne tint 147»
pas , & parût n'avoir plus rien que d'humain ; ol» 24*
n'elt ce pas une manifefte calomnie de tai- dedir.
re un procès a l'ameui des Reflexions, pour
avoir parlé comme t^nt (it S. S. & n'elt ce
pas faire coupables tous les Pères , de le
reprendre, pour n'avoir fait qui repeter leurs
propres paroles.
Il ne faut qu'ouvrir le Commentaire de S. Math»
Thomas , iiir ce qui regarde les belles pro- i6»
meffes & l'anieuié chute de S.Pierre, dans Marc»
S. Mathieu, dans S. Marc , dans S. Luc, 14
pour y avoir toute une chaine des S. S. P. P. Luc.224
qui parlent de S. Pierre, comme d'un hom-
me dejhîue du ficours ^ de la protetlion divi"
tjd , & par la laiflë à luy même. Saprefomp»
îion fut vaine , dit Raban : Sans la frouBion
divine iî a voulu voler fans ailes ^ ditS. Hiero-
me. Il s'enfia par un excez d'amour y ^ il fi
promet Pimpi/Jible , dit un aatre Père* // efi
délai ff^ de Duu quoi que fervent ^ ^ il ejl vain-
cu par l'eimemy. ^p rené s de la ce grand dog-
me
^8 i» Lettre d'un Théologien
tne que le bon propos nefertderienfansJefecouvf
divin. Parole qui étoit prife de S. Chryfo-
ftome , & pareillement rapportée par Saint
Hom. 'Thomas. Pierre , dit ce Père, a été fort àe-
85» in niié de fecours ^ parce qu^il a été fort arrogant \
Math» & encore , la volonté nefuffit pas fans lefccours
7Uia ^iifin ■ ^ enfin, tnaJgréJa ferveur ^ ilefitombéy
joan, ^^yç^ ^n'ii f^-»^ g^f aucun fecours.
La faute de ceux qui ont abufé de ces paf-
fagcs , n'eft pas d'avoir raporté les propres
termes des Pères , & ceux en particulier de
S. Chryfoftome , mais de n'en avoir pas ra-
porté le tout. Car on auroit vu , que bien
éloigné que S- Pierre ait été privé de tout fe-
eours à la rigueur , même de celuy de la
prière , au contraire Origene fuivi par S.
Chryfoflome a fupofé, que ii au lieu de dire
abfolument je ne ferai point fcandahfé , je ne
vous renieray jamais &c. S. Pierre avoit
demandé , comme il le pouvoit & le devoit ,
Titù.* Dieu auroit détourné le coup. S. Chryfo-
3 f ♦ jj^ (tome a dit de même , & encore plus clai-
Matb» rement ; au lieu qu'il devoit prier , '<5 dire
hom* 9. ^ ^^ ^ ^ij^y nous pour n''ejire point feparés de
^" , " vous : il s'attribue tout avec arrogance. Et ail-
leurs , il dit abfolument je ne vous ren ierai pas : au
HomiU lie^ ^jg j^j-e ;e ne le ferai pas , ftjefuisfoûtenu
M * h^ f^^ x/oVrf jÉ?f(?î/r/. Il par oit donc que ce Père ,
loin de regarder S. Pierre, comme deftitué
7%, in de fecours pour prier , n'attribue la faute de
Joan» cet Apoilre , qu'à la prefomption qui l'a em-
pêché de s'en fervir. De forte que fi dans la
fuite il ne craint point d'alTeurer , que le
fecours lui a manqué, il faut entendre , qu'il
ne
Stir le Prohîeme Eccleftallt^ue. 49
ueluy a étéfouftrait, qu*a caufe qu'occu-
pé de fa prefomption , il n'a pas fongc a le
demander ; & qu'ainfi , pour n'avoir pas
fait ce qu'il pouvoit , qui ctoit de demander
le fccours divin , il a été laiffé dans fon im-
puifTance, conformément a cette do6lrine
du Concile ; // faut faire ce que l''on ^eut ,
^ demander ce qu^on ne peut pas.
ATexempledeS. Chryfoftome & de tous Matth;
les autres Saints, l'auteur des Reflexions 2.6. v. ^
morales donne en cent endroits, pour eau- 3?« H*
fe de la chute de S. Pierre aulTi bien que T'»7i»
des autres juftes , la prefomption qai Ta ^J"
aveuglé, qui Ta empêché de prier, de de- ^^^' .
mander les forces qu'il navoit pai , qui Ta ^ *'*
porté a s*cxpofer fans neceflité a Toccafion , , f /qJ-
en allant dans la maifon du Pontife, ou rien ^^, 5^^*J
ne Vappcllok ^ par curioJi(e\ par prefomption l^c S,
fans craindre fafoiblelfe, & ainiî de relt^. ij, j,^.
Si confequemmcnt il a dit qu'il a été iaife c\t.
a h'.i même , CiT* quUln'a eu d'autre guide que va es la
fa prefomption^ ny d'autres forces que celles de t .b'e
ici nature , c'ell la peine de fon orgueil : Tir le
on l'a laiffé , mais parce qu'il a prefurné : '^^^
on V 3. iaifjé a lui même ^ mais parce qutl s* cfl 1' -rrc
cherché lui mcme^ou comme parle Saint AuiU- '■^^^'
fiin ^ il s*efi trouvé lui même ^uiprefumoit de '^■'"^»
lui même : invenitfe , qui prccfumpfit defe. ^^'^-^
Ceft une règle terrible, mais jufte&irrepro- \^^' '^
chable de la vérité éternelle, qui ozera la ° ^' ^'^*
reprendre? Qui n'avoiiera au contraire que '^i^*
c*e(l avec juilice que ce quavoit predù le
médecin eft arrivé'^l^ que ce qu^ avoit prefumé
Je malade , ns s\fi pu faire : faâum eficjuod
C ^rkt*
^6 1. Lettre d*MnT"hecloïïi€n
pr.idixeratMedicus^fieri non potnit quodpra-
Jzimpjit agrotus.
Niais il ne faut pas ici s'arrêter au fcul
exemple de S. Pierre. Il ell vrai en gê-
nerai de tous ceux qui tombent, qu'ils forit
lailiés a ceux mêmes. Ils quittent dit Saint
«îecor. h\x%vS}(m^ ^ ils pmt quittés. Ilsdelaiflènt
^ gra. Dieu, qui les delailL a leur tour. Mais a
c, 13. qui font ils delaiilés fi non a eux mêmes?
C'cfl: de quoi le même Père ne nous per-
met pas de douter, lorsqu'il ajoute, C^r
ils ont été laides a leur libre arbitre .^[ans avoif
reçu le don deferfeverance^par unjujle.^ maii
fecr et jugement de Dieu. DimiJJï enin junt
libéra arhitrio , non accepto perjeverantiji
dono , juàicio Dei juftofed occulta»
On voit donc que ceux , qui rejettent' les
exprCiTions, 011 il eft porté que toutes les lois
qu'on tombe, oneit laifléafoimême, at-
taquent S. Aug. & ofent reprendre celui ,
que pcrlonne n'a jamais repris en cette ma-
tière , que les ennemis de i'Eglife, mais
iau contraire , que toute l'Eglile a reçu &
approuvé a^^rés le faint Siège.
ils manquent encore d'un autre _côté,
fraite d'avoir entendu qu'être livré a foi-
iViême, n'eft pas toujours eftre deftitué de
toute afTiilance , & que lors qu'on dit de
ceux qui tombent dans le péché, & de S.
Pierre en particulier , qu'il n'a eu de forces
que celles de la nature., il faut entendre, qu'il
, n'a eu de tbrces , dont il fe foit voulu 1er-
, vu-, que celles là ; aiant même meprifé cel-
les de ia grâce , qui l'eut portée a prier , s'fl
l'eut
Sur le Problème Ecclefja(^î<jue. f i
Veut écoutée. S. Auguftin remarque dans
tous ceux qui tombent , 6c dans Adam mê-
me une liberté fans grâce , fans Dieu^ com-
me il parle , fans fecours divin. Dieu dix il, Serm.
a voulu montrer au premier homme ce que * <5. ol.
'c*efl que le libre arbitre Çans Dieu, b que le n- de
'libre arbitre eft mauvais [ans Dieu. Nous "^^^^
avons exprimé ce qu'il peut fans Dieu. C'eft ^^^*
"nôtre malheur d'avoir exprimé , ce que peut
fans Dieu le libre arbitre. Ou il efl clair qu'il
ne veut pas dire que le premier homme fût
abandonné de Dieu & de fa grâce , quand
il tomba, puifque Dieu étoitavec lui, &
lui continuoit fon fecours , par lequel il
•eut pu ne pas tomber s'il eut voulu. Mais
:il veut dire qu'il étoit fans Dieu , parce
qu'il ne fe fervit pas du fecours , dont Dieu
i'affiftoit.
-«• Ainii dans le même Père on efî fansfc-
rcoftrs , Jine adjutorio , quand en aiant^ on ne
fait pas d'où il nous vient ; Habens non habetj^
qui nefçit unde habeat. Eflre latffé a fn libre
■Arbitre .^ efire fans fecours ., eftrefans Di^u^
comme vous voies que S. Augultin le re-
•pete tant de fois , ne font ce pas des ex-
."preffions encore plus fortes que celles d'ê^
tre laijféafoi même^ de n* avoir d"* autre guide
~i^^ fa prefomption , ny d'autres forces que
xceUes de la nature ? Et i[i on veut condamner
les dt;i-nieres dans Fauteur des Reflexions,
il faut auffi condamner les premières dans
S. Augudin.
Cell dans un fens a peu prés femblabîe,
qu'on trouve duns S. Profper , qu'il faut
C % tou-
5^ 1. Lettre (T un Theolcgicn.
Fcfp^ad f-^^AJûurs entendre dans les bons une volonté
c ip. '/f^' vient de la grâce , Voluntas de gratta ; O*
li^il. cL% ^'^^^'^'f /t'J mauvais une volonté [ans grâce : A
i./f^ caiifc en gênerai, que tous les deierteurs de
lagracc agllFent fans elle , & ne fe gouver-
nent point par fon inllinâ: , mais unique-
inent par leur orgueil ; de forte qu'en
l'aiant , ils font comme ne l'aiant pas , par-
ce qu'ils dédaignent de s'en fervir, & la
laificnt comme n'eftant point.
Marh. Ainfi en quelque manière que l'on veuille
16* 15. que S. Pierre, & les autres juftesquitom-
2>.7r» hent, foientdeshommesy^»j-^r^(r(?,csr /^/j/^j
7 t. a eux mêmes , ce n'efl jamais a Texclufion
Jean» (de toute grâce médiate , ou immédiate;
37. îo puilque S. Pierre, félon tous les Pères,
I ^ 2^ç . ç^ç. j^^f^c auteur a luivis, pouvoir toujours,
7.6. &.C, ç^ ^^ méfiant de lui même, éviter l'occa-
fion ; ou en tout cas , par une humble &
perfeverante prière demander les forces,
qu'il n'avoit pas , pour pouvoir confeifer J.
C dans la rencontre , ouille renonça.
iN'efl ce pas ce que je vous ai fait voir
dans la do6irinc confiante &unirbime des
Reflexions morales fur cette matière. Nous
BcH. y éprenons par tout que le ju^te peut obfer-
Luc.5>. '^^r hs Commandcmens de Dieu ^ puifijueji
1 5 . quelquefois il ne le f eut pas , comme le Con-
Luc. cile de Trente le décide , il peut du moins ,
i%,^7* en laifant ce qu'il peut, demander ce qu'il
ne peut pas , & que par ce moyen il ell aidé
pour le pouvoir.
Après des explications fî autorifées dans
l'Egliic , il ne me fera pas difficile de juili-
fier
Sur le "Problème 'EccIcfîafHque. 5 5
fier les deux autres Réflexions morales que
l'on attaque dans le problème.
La première. Ln grâce deJ.C. principe ef-- jo^g^
fie ace de tout bien^ eft necejfaire pour toute ac- i ^ . ^^
tio'4 grande ou petite^ facile ^ ou difficile^ pour
la commencer^ la continuer^ oui* achever', fans
elle non feulenient on ne fait rien-t mais on ne
^ut rien faire.
La féconde. La grâce de]. C. eft une grâce i Cor.
fouver aine fans laquelle on nepeut jamai5 con- i x. 3»
feffer J.C.iSf avec laquelle on ne le renonce
jamais.
Pour démêler tout d'un coup l'équivo-
que , fur lequel roule Taccufation d'herefie,
alléguée ridiculement dans le Problème
contre ces deux Reflexions ; il n'y a qu'a
ne pas confondre deux idées , que l'Ecri-
ture , les Conciles & les Pères ont attachées
aces vciOVb.^ grâce d4i].C. & qui ne font igno-
rées par aucun Théologien.
Selon la première, ils lignifient tout fe-
cours furnaturel , qui nous a été mérité &
qui nous eft donné par J. C. fort ou foiblc ,
efiicace ou inefficace : &c'eften parlant en
ce fens de la grâce de ] . C. en gênerai , que
Ton dit qu'elle eft abfolument neceffairc
pour pouvoir faire le bien \ quoique quel-
ques unes de ces grâces en particulier ne le
faflènt pas toujours accomplir.
La féconde idée de ces mots grâce de J .C .
exprime la puilfance & l'excellence de ces
fecours , au deftlis de ceu:: que les Anges
& Adam dans l'ctat d'Innocence ont reçues
de Dieu ; .fècours qui donnant le vouloir
c i &
54 2- Lettre d* un The olog'ieti
& le faire , félon rexprelTion de S. Psul ,
portent toujours avec eux l'effet qui enfuit
infailliblement.
Je vous prie , Monfîeur , d'obferver en
fécond lieu la différence qu'il y a erdre la
grâce efficace ^ la grâce principe efficace ;
deux manières déparier, que l'on ne peut
confondre fans ignorance ou fans malice.
Car tous les Théologiens conviennent d'en-
tendre par la grâce efficace j celle qui pro-
duit toujours immancablement l'eiftcpour
lequel elle efi: donnée de Dieu ; mitis par
le terme de prmcfpe efficace y ik n'enten-
dent autre chofe , (înon ce qui peut pro^;
duire , ou qui produit orduiakemeiit feii^;
eiîèt; ou enfin qui le produiroit , s'il ne.
trouvoit dans le fujet , fur lequel il agit^ui-ie
reMance, qu'il ne peut quelques fois fur-
monter. C'eit en ce fcns que nous difons y
qu'un remède eft efficace , que les Sacre-
n^ns font efficaces , ou principes efficaces
de la grâce; quoi que ce remède ne gue-
rilfc pas toujours,, & que les Sacremens ne
produifent pas la grâce dans les hommes,,
qui y apportent des obliacles; parcequcles
Sacremens ne lèvent pas ces obliacles-; au
lieu que la grâce efficace n^eil rejetîée , com-
me parle S. Aug. & après ru4 toute i'E-
glire,;?.'zr aucun cœur dur '^ parce qu'elle,
eft donnée pour en ôrer toute la dureté.
C'ed donc par une ignorance affectée &
malicieufe, que l'auteur du Problème prend
ces mots de la première de ces deux Re-
flexions , La grâce dej, C. prt&ape efficace,
de
Sy.r le Vrohleme Eccleftafikjue. 5 ^
de tout bien^ pour la grâce efficace de J. C
& qu'il ajoute que l'm va voir quel* auteur^
nen recônoit aucune que Inefficace. Car fur,
les principes inconteftables , que je viens de
vous pofer , il y a une trcs grande dilît>
r,ence cntte la grâce de J. C. principe effi-
cace de tout bien, &lagracede J.G. Aiiiiî.
il y a deux proportions dans cette premiè-
re reflexion, l'une qui eft la principale,'
eft, La ^r ace de J.C . eft necejfaire pour toute
adion , graîide ou petite , facile ou difficile ,
pour la commencer.^ la continuer ^ l'achever:
fans elle non feulement o'ninefait rien : mais
on ne peut rien faire \ Prcpolîtion qui étant
entendue de la grâce en gênerai, fuivant
la première idée que je vous ai expliqué ^
cfl tellement de foy , que les contradictoi-
res font manifeftement hcretiques.Par exem-
ple que fans la grâce de J. C. on peut iai-
re quelque bonne a6t;ion , grande ou petite ,
facile ou difficile ; que fans elle on la puifTe,
commancer, continuer, ou achever; que
fans la grâce de J. C. on fafle, ou qu'on puif-
fe faire quelque chofe de bien.
La féconde propoiition qui n'eft qu*in-
cidente dans cette reflexion , eft (['^e la
^ace de ]. C. efi principe efficace de tout bien:
^utre propoiition , qui cft encore de foy ,,
puis qa'ouBe peutjamais dire félon la foy,
qu'il y ait un autre prmcipe efficace du bien ,
que la grâce de J. C. & qu'on ne peut nier
fans herefie, que la grâce de J. C. ne foit
le principe efficace de tout le bien que font
ksjulles.
C4 Efl
5^ 2. Lettre (Tun Théologien
En prenant donc la Reflexion ou feparéc
dans ces deux propofitions , ou même , (î
vous voulés, toute entière, en donnant au
terme de primipe efficace la fignification
qu'il a dans nos Sacremens, defquels on dit,
qu'ils font les principes efficaces de la grâce
dans ceux qui les reçoivent, quoiqu'ils ne
, produifent pas toujours leur effet; ou en-
fin en expliquant le mot de grâce de J. C.
dans le lens gênerai du terme de grâce ,
entant qu'il renferme tous les fccours, forts
ou foibles, efficaces ou inefficaces, qui nous
ont été mérités par J. C.vous ne trouvères
rien dans la Reflexion que de très ortho-
doxe & que de très oppofé a la faufic induc-
tion que l'on en veut tirer,
r Cof . De niéme pour venir a l'autre reflexion ,
it, 15. ouronditqueronnepeutpasconfelîèrJ.C.
de cette eminente manière de le confeiîèr
devant les puiffances , & malgré les terreurs
du monde , qui fait ceux que l'on a:ppellc
Confeffcurs, il faut entendre avec le Conci-
le , comme je viens de vous l'exprimer,
qu'on ne le peut pas tousjours en foi, puis
qu'il fuffit que l'on puifTe en priant, & en
demandant le fecours par lequel on le peut;
a quoi fi l'on manque, on eftiaiffé jugement
dans une impuiilancc, qu'on avoit pu vain-
cre , fi on eut voulu , avec la grâce qu'on
avoit , ainfi qu'il eft arrivé a S. Pierre.
Car je vous prie de remarquer que la
reflexion ne dit pas , que fans la grâce fou-
veraine on r.e peut rien , mais feulement
«u.'on ne peut pas coiifeflèr j.C. ellen exclut
autre
Sur k ProhlerHe Eccleftaflque. 'ff
autre chofe fi non de pouvoir aéluellement
confefler j. C. Elle laille au jufte le pou--
voir d'éviter l'occafion , de prier, de fe;
méfier de foi rncme , & en gênerai tous les
autres fecours, hors celuidonton abefoiiv
pour confeller en etïèt.
Que fi vous fupofés , que l'on parle dans-
cette reflexion, comme le veut le Problème,
de la grâce efiîcace , fa propofition ert telle-
ment irreprenenfible, que la contraui6èoire-
eft maniteftement infoûtcnable , favoir que
fans la grâce efficace on peut confclfer J. C.
au fens qu'il dit à S. Pierre, vous ne pouvez
pas me fuivre à prefont; & qa avec elle on le
puiffe renoncer.
Il faut donc , que tout le venin du Janfe-
nifme, que l'on veut trouver dans cette ré-
flexion, confiûe en ce que L'auteur axicjuc la-
grâce de J. C ejî unegracejotivcraine^fa'^s la-
quelle on ne peut conjejj^r f.Cèc que toute
ion herefiefoit d'avoir dit en gênerai que la
grâce de J. C- eji unegr.^ce (ouveraine ; C^'eft
a dire eôicace , fans laijue.'le ok ne peut confej-
fer f. C. lauiànt a entend: e, qu'il n'y en a.
point d'autre que la grâce foaveraine, qui.
nous tait coui effet JefusC^iriiL
Mais I. je vous ferai voir fur la 2. & 4.
propofiàon, par une infinité ■-feadr^)itsre-;
pandus dans tout '.eiivre , qu'on.y enfcigns
une vraiC ^r^ce de J. C. une grâce intérieu-
re , a laquelle ou lefilk.
2. Qj.il ne fait que tout le monde en par-
lant de lagracj,. ne dcngne pour l'ordi-
iiaiie la ^race cmcaje , q àe par la ^race de
C5 J.G..
58 t. Lettre à^un Théologien
y C. en donnant le nom abfola de grâce
de J. C. a la plus excellente de fes grâces?
Et alors on prend le mot de grâce de J. C.
ftiivant la 2. idée que toute la Théologie
admet, entant qu'elle contient les fecours
fpeciaux & puilTants , qui nous font don-
nés par J. C. Dans tout ce que S. Aug. a
écrit fur cette matière, a-t-il jamais nom-
mé la grâce efficace autrement que la grâ-
ce de J. C. Que (i toutes les fois que Ton
trouve dans ce S. Doéteur, qu'on ne relî-
llc jamais a la grâce de J. C. ce qui fe lit
par tout dans fes ouvrages , on vouloit
l'accufer d''avoir enfeigné qu'on ne refiftc
jamais a la grâce ; & de n'avoir admis d'au-,
tre grâce que Tcfficace , ne trouveroit on
pas le Janfenifme dans toutes les pages de
S. Auguftin & dans TEvangile même \%
legle de nôtre foy , quand J. C. dit des Juifs,
qu'ils ne pouvoient croire ; & a S.Pierre,
q2^Hl ne pouvait alors le fuivre ; fi l'on en
vouloit inférer que les juifs & S. Pierre
ctoient alors fans aucune grâce & lans
aucun pouvoir , en prenant a la rigueur les
mots -pot erant ^ & potes , n'en conclueroit
on pas une exclufion de tout pouvoir Se.
de toute grâce? au lieu que , comme je vous
ai fait voir, on y nie feulement le i-ouvoir
de croire alors , & de fuivre dans ce mo-
ment J. C. qui fût après donné a S. Pierre;
comme fans doute il fût depuis donné da
croire en J. C. aplufieurs des Juifs, de qui
il avoit dit auparavant qu'ils ne pouvoient
CiQire. Dans quel livre ne trouveroit on
point
Snr le Plrohleme Eccleftaflicfue 5 9
point une infinité d*hcre(îs s par ces fortes
de chicannes , en dilTunulanc les vérités op-
pofées aux erreurs , & en tirant de faufles
çojifequences de ce qu'il y a de plus fain f*
PourôterjLifqaes al'ombre des difficul- Surfc
tés fur la polfibilité des commandemens pfinci»
dans tous les jaltes , il faut encore ajouter , P^ ^^
qu'elle elt fondée immuablement fur ce ^°\ ^^^
principe de la foi ^ que Dieu ne delaijjè que 9\^^£^
ceux ^ qui le delaijjent les premiers ^ par une ^'^
defertion abfolument libre. Deus namque ^^
fudgratiajufti^catos nmnquam deferit^ niji ,^,{g
ah eis prius deferatnr. Le Concile n'a pas jelaif-
voulu définir que Dieu n'abandonne per- f-nt 1^5
fonne a lui même & a fa propre foibleflè; pre-
mais qu'il n'abandonne perfonne , fi on Ae micrj,.
l'abandonne le premier. Ce font les pro-
pres paroles de S. Augutlin cnpiufieurs en- Conc»
droits : C'ell auifi ce qui luy fait dire ce ^nJ.
que j'ai deja raporté de tous ceux qui per- ^'^^- ^'
dent la grâce , ils delaijfent fremicrcmcnî c* 1 1 *
l^ puis ils [ont delaijjes, Deferunt çjf de-
feruntur. Adam a e.é jugé félon cette rc- , ^^^^*
gle. // a delaiffé ^ il a été delaijjé , De- ^ ^'''^
feruit & defertns eft. ^* ^^^
Ce qui arrive dans la fuitre de ce dclaif-
fement , lors que les pecnés font la jufte
punition les uns des autres, 6c que par un
enchaînement de crime , le pécheur fe
trouve plongé dans un abyme incoriceva-
ble: C'eft ce que S. Aui^uilmexpli-i^ue ainfi,
Defertm a Deo cedit eis at.fue consentit \
vmcitur ^ capitur^ trahitur ^pojjidetur. Le^^^^^^
Pécheur delaijjè de Dieu cedç a [es mau- „ ' J'^*
C 6 • van
€o Z. Lettre d'un Théologien
Tais dejirs , il y consent , il eft vaincu yilefl
pris ^ il efi entrainé ^ il eft pofide\ <s^ entière-
ment foru le Joug. Ces defordres arrivent a
ceux qui ont efté deiaiflés de Dieu , cela eft
très vray , & il ne faut pas trouver mau-
vais , qu'on reprefente aux Chrétiens cet
ctat ; inais il faut toujours fe fouvenir de la
. diftin6}:ion deS. Auguftin. C'eft que lors
que l'on eft ainfî livré a fcs convoitifcs , il
y en a quelqu'une que l'on ne veut pas vain-
cre, a laquelle on n'eft pas livré par lejuge-
jrentdeDieu , mais pour laquelle on a ///
jugg digne d'être livré aux autres. Il n'im-
porte que dans cet endroit de S. Auguftin ,
il y ait deux leçons différentes ; puifque
toiues deux aboutiftent a la même fin , de
diftinguer le crime , auquel on s'eft livré
foy même , de celuy auquel on eft livré par
punition : par exemple , dit S. Angufhn ,
c'^eft i^ orgueil iSf l'ingratitude des f âge p qui et
mérité que Dieu les livrât aux dejordres
enor777es.,qyLC S. Paul raconte. Combien plus
faut ilobierver cette règle a l'égard des-ju-
ftes , qui ne font jamais delailiés & liviés
aux dîmes, que par une dereétion , qu'ils-
n'ont a imputer qu'a une faute, a laquelle
S. Aug. ne veut pas qu'ils foient livrés en
punition , mais qu'ils s'y livrent eux mêmes,
par leur liberté.
C'cft pourquoi fur ce fondement que
Dieu efî fidèle dansfespromejjes-^ les juiieS-
font afïùrés , qu*il ne per mettra jamais qu'ail
joient tentés- par dejjpts leurs forces. Ils ont
donc toujours le pouvoir de garder les corn*
Sur te Problème Ecclefia/fiquè. €i
mandemens a la manière que Ta défini le
Concile de Trente , & il eft aufli détermi-
né dans le Concile d*Orange que félon la Codc,'
foy Catoliquc , Secnndumfidem CatholicamykKiws,
après la grâce du Bdteme , tus les hatifes, c» 15^
avec le fecours de J. C. qui les aide C^ coopère
avec eux , peuvent <Sf doivent accomplir les
Commandemens de Dieu ^ s* ils veulent fide^
lement travailler. Onnnes BaptiT^ati pojjint
tS debeant , fi fideliter laborare volucrtnt ,
adimplere. Ils le peuvent donc, & il ne
tient qu'a eux avec la grâce qu'ils ont ; la
grâce ne leur manque pas ; il ne leur man •
que que la volonté, dont fèloarexprelTioii
de S. Auguftin , ils ne veulenrpas emploier
toutes les forces.
Souvenés vous doncMonfieur, que les
jufle s peuvent toujours , quand même ils ne
veulent pas , ou ce qui elt la même chofe,.
félon le langage de l'Ecriture & de S. A^i-
gullin , quand on dit qu^tls ne peuvent pas.
Et ce pouvoir, qu'ont les juftcsde garder
les Commandemens de Dieu , vous Tàvés
vu établi , comme une vérité Catolique ,
& très nettement & plus d'une fois dans
les -.veflexions morales. Que pouvés vous
penfer après cela de l'ignorance, ou de l'in-
juiHce de Tauteur du Problème , d'accu-
fer iV.r. VÀrchevcquc dci aiis d'avoir ap-
prouvé un liviC rem, li de tout le venin du
Janfenifme, quand il eufeigne les ventés
oppoiées a cedogmepci vicieux, & quand
vous voie:. , quM parle comme 1*E\ an-
gile , comme, le Coixciie de. i^cate , &
com-
6t 2. Lettre d^un Theolo^îiH
comme S. Aug. En voila peutêtretrop pour
unç lettre, mais plus elle eft longue, plus
vous devés coniioitre que je n'épargne
pas ma peine pour vous moquer que je
fuis &c.
28 SEpTEMBiii: 1699.
TROÏ-
<^3
TROISIEME LETTRE.
Sur h z. ^' & 4*' propa/ition des
cinq condamnées par Innocenta.
^ Alexandre VII.
[I vous avés été perfaadé, Mon»
fieur^de laCatolicité de l'auteur
des Réflexions morales fur la
première des cinq propolîtions,
vous allés être étonné de le voir
parler fur la 2. & la 4. comme un des hom-
mes du monde le plus déclaré contre le Jan-
fenifme. J'ai de quoi vous laiîér en vous ra-
portant les endroits , ou il dit , que Ton
refîfte a la grâce intérieure , en la privant
de l'effet pour lequel elle nous étoit don-
née. Voici les propoiîtions dont il elt que-
ftion.
2. Propofition. Dam Tetat de la Nature
corrompue 0» ne rejifie j amaà a la grâce in-
térieure.
4. Propofition. Les Demipelagiens étaient
hérétiques en cequils voulaient que la grâce
fut telle , que la volonté humaine ^ût lui re-
Jifier , ou lui obéir.
l'Auteur des Réflexions morales a con- Supref- ,
damné avec toute l'Eglife ces deux propo-iion
ûtions, en enfeignanttrcsclairement, que ra^'i^^t-
le libre arbitre réfute a la grâce de J. C. & ^ufc clés
OU ne lauroit excufcr le faileur deproble- ^"^^0»^*
d^ ^. Lettre (V un Théologien
Ton en- me d'une malicieufe fupreflîon , d'avoir
/i:ignc diflimulé une doélrine fi ortodoxe en une
Ja rcfî- infinité d'endroits de ce livre ; en voici quel-
ftance a ques uns.
la gra- On rejette fouvent les grâces que Dieu nom
ce. prefente^^ futfcju* on ferme roreillt a la mife-
ricorde , ist que cette mifericorde ejî mePri'
Rom» r/^^
^ ^ * î* On repoujfe la main de Dieu qui veut mus
rat. 8. guérir ^ &un peu après, on repoujfe la main
2. p. de J. C. ^ encore , heureux qui comme S,
A<^.2.2.. P<^ul ne recette pas cette lumière^ ne repuuffe
7. pas cette main , n'ejî pas fourd a cette voix»
Voilà donc une volonté de nous guérir,
une opération de Dieu en nous , une voix
qui nous parle au cœur , comme aS. Paul,
indignement repouflee , rejettée , rendue
inutile.
Luc. 1 9. j^Q pi^j gra?ul malheur n^ejî pas d'etrepe-
\j^ ^^ cheur ^ mats de rejetterla mainfalutarre de
jj^^ rf//«7 fa/ nous veut guérir par la pénitence.
Jeaiî^^' Q^ela^'cuglement; mais quelle malice de
19. "^' vouloir pas fentir dans ces paroles une
iThcir. liberté , qui rend inutiles les preflcmens fa-
,^ ^ lutaires d'une main qui nous favorite , jus-
que a vouloir nous guérir. Ce n'eft pas une
grâce extérieure , ou qui reluiic ièulement
dans l'intelligence; la voici qui cherche k
Luc. 14, cœur. Au lieu de s"^ ouvrir a la lumière ^
aux grâces ^ que le Seigneur lut aporte en
levijitant , le cçeur s* ouvre a la malice. L'-
auteur ajoute. J.C. nous parle entant de ma-
mères par fa vie , par ft s bien faits , parfes
infpiratiQus.fferom mus four ds a taf^tde voix.
Sur le Problème Ecclefiafti^ue o ^
On voit a la fois toutes les grâces extérieu-
res & intérieures , unies pour gaigner un
cœur , & cependant nul effet , & ce cœur
demeurer fourd. En un autre endroit , queJ^^^* .
je refonde Seigneur au défit cjue vous avés '7' l/*
que je demeure en vous ; en defirant ^ en
faifant que vous veniez , que vous demeuriés^
que vous croijpez en moy ^ ^^^ j^ ^y rnetîe
foint d*ohftacles par mes defirs dérègles.
Voilà ce que veut la grâce , voilà ce qu'il
faudroit faire de nôtre coté pour lui donner
fon efîèt ; & voila ce qu'empêchent nos
mauvais defirs. Il ne s'agit pas d'une re-
fîftance improprement dite, ou la grâce
foit feulement combatiie ; elle eft malhçu-
reufement vaincue , deftituée de l'effet quel- Lnc»'^
le -î/oa/o/^, par la feule defeftion très volon- 19. 14^
taire, &tres libre de la volonté dépravée :
ou comme l'auteur dit ailleurs , elle eft
oifive par nôtre faute & par nôtre négli-
gence , en forte que le pécheur n'a rien a
dire au jufte jugement de Dieu , & qu'il
ne lui refte , comme difoit le prophète , que
la confufion a fa race , c'eft a dire , fa pro-
pre faute avouée , & inexcufable.
Il n'eft rien de plus inculqué dans tout
cet ouvrage que le malheur de rendre fte-
riles & infru6l:ueufes,tant les graces^de cha-
que çtat , que celles qui font communes a ^ q^^
tous les chrétiens. N'en demeurons pas aux ^^ jj^
bons defirs , ils condamneront ceux qui les
rendent lîeriles par leurparejje.
Combien y a fil d"* années , que Dieu at- Luc.
tend de nous le fruit de ces grâces , ^ que^ 1 3 /•
nous
6^ 5 . Lettre d^un Théologien
mus m h payons que de ^romejfesfans effef^
^ de résolutions fteriles.
WarC. Il eft marqué cent & cent fois , que Ta-
4. xj. vcuglemcnt & rendurciffement fui vent le
mépris de la grâce , qu'il en eft la peine ,
ce qui prefupofc le crime d'une reliltancc
parfaitement libre.
Luc, Le bon ufnge des lumUres ^ des grâces en
II* 31. attire d'autres'^ le mauv^ais ufage conduit À
Luc. r aveuglement î^ à V endure ijfement du cœur.
13. 54. Les grâces r/ialreceues ^ f abus des bien'
£p. fa-its de Dieu endurcirent le cœur. Quelles
Jud. 5 . ténèbres quand la lurjoiere étemelle ne luit.
>^poc. plus dans- U cœur ; prenons garde que »os.
7. !*• infidélités ne mus y conduisent inje»fib.le^
ment.
Il avertit d'être fidèle a la grâce & de
coopérer aux faintes infpirations , de peur
d'en élire privé , & que la grâce ne foit
transférée a d'autres. On duit fuivre fans
délai le mouvement de la grâce , de peur qu''il
ne pajjè , ^ qu'une oMlre ne mm enlevé
au Voccafion ^c. Craignons que nôtre grâce
ne foit transférée a d'autres en punition de
notre infidélité. Trejfaillons de joie de ce que '
le Royaume de Dieu efi établi dans les pais'
les plus éloignés : mais faifons en forte poj- nô-
tre fidélité^ que ce ne foiP pas notre grâce qui
leur foit transférée.
Je fuis las de vous copier des paflfaçes ;
vous trouverez a toutes les pages la mcine
doctrine eufeignée: <5c il n'y eut jamuL-ide
calomnie plus criante , que ceiie du Pro-
blème fur cette matière. Sivoui n'êtes
> pas
Luc.
II. 16
Rom.
10. 19.
Luc.
13, 2i),
Sur te 'Prohterife 'Eceh(t^iifue d"^-
pas auflî las que iiioy , çonfultés k table fiir
la lettre G. l'on y a indique lespriiiapaux.
endroits, ou Ton établit dans les Keêexlo^^Sv
morales , fue i^n rejifie a la p'ac4 Ài->
J. C.
Mais avés vous pu lire vous mtnue ce que
je viens d'en raponer , fans y remarquer ea
combien de manières on y dit , quil y £&
des grâces , qui ri emportent pas le confente^
ment ^ qui ne fe font pas obéir : 1 1 n'cft pas
befoin de raifonnement pour s'en convain-
cre. Il n'y a qu'a confulter rimpreliion
qu'ils font fur l'cfprit» , . '. . > : >
Donnez vous après cela la peiïrc, quand
ceneferoit que par curlolké , de consultes
le Livre derExpofitionde Ia£by^& jevou*
aflure qufi vous ne trouvères pas que Ton
y ait etably nettement comme icy , que ta-
grâce de J. C. n'emporte pas le contente-
ment de noftre libie arbitre , & qa*eliene
£e fait pas toujours obéir , en entendant ,
comme fait l'auteur du Problème , par la
grâce de J. C. tous les iccours qu'il nous
a méritez & qui nous fout donnés pa* lui.
Pendant que je fuis fur les fapprelfions
de l'auteur du Problème , >em'en vais vous
marquer celles qu'il a faites des paflages,.
ou le P. Q. enfeigne que la grâce ne necefTi-
te pas la volonté, contre la troiûemedes
propolitions condamnées : afin de ne point
interrompre ce que j'ai a vous dire de la
dodrine de l'Eglife fur la grâce efficace
de J. G. voici quelle eft cette j.piopofi-
tion.
Pouf
68 1 . Lettre él^un Théologien
Pour mériter ^ démériter dans Vetat de
la nature corrompue , il n'efl pas reefuis en
l'homme une liberté c^ui l* exempte de la ne-
teffité ^mais ilfuflit une liberté qui le dégage
de la contrainte.
Omiffî- Voions comme parle l'auteur des Refïc-
on des xions morales. Comme on ne cefTe dans
endroits ce livre d'inflruire le peuple fur la rebelli-
oul'oû on , que l'on fait a la grâce , onluienfei-
cnfag- gne avec le même foin , que les grâces ,
nrque qui ont leur effet , parce qu'elles flechilfent
Ja grâce les cœurs avec cette toutepuiflante facilité,
^^œ^' ^^"^ préchée par S. Auguftin , y exercent ce
ccffitc (jivin pouvoir , fans forcer , Çans neceffiter la
P"'* , volonté de l'homme. C'eft le terme précis
voJODtt ^^^^ j.Q^^g rêcole fe fert , pour expliquer
la plénitude de la liberté , qu'on appelle
Luc. ^,^* indifférence; ainfî non content de dire
a^. 8. ' cent fois <iue Dieu difpofe les cœurs les plw re-
2 j . belles^ fans faire tort, fans donner d"* atteinte a
leur liberté , l'Auteur ajoute ces mots ef-
Luc.14, fentiels, que Dieu tirant a luy nos cœurs
a3. rebelles .^ nom fait une violence, qui ne force
X Cor. ey }2e neceffite point nos volontés , ^ qu^il
*• *3» rend les élus fidèles a fa loy par une charité
invincible qui domine dans les cœurs fans
les neceffiter.
iCor. Mais encore que les dons duS.Efprit ai^
.'4' l"^' dent la volonté fans la neceffiter , ne font
ce pas la en termes formels des propofitions
contradiétoires a la troifieme decellesqui
ont été condamnées ? s'il vous en faut cn-
Philip. core, écoutés cellecy , que nous voulons cj'
11. ii'faifonstres librement lorsque Dieu opère en
nout
Sur le Problème Eccleftafli^ue ^^
leoui le vouloir ^ le faire ; que la grâce ne
mus affufettit a Dieu que par un amour H»
hre. Or en bonne Théologie , il n'y a point
de vraie liberté que dans l'exemption de la
neccffité, aufli bien que de la contrainte,
& par confcquent , voilà dans l'auteur des
Rciiexions morales une parfaite conferva-
tion de la liberté fous TimprelTion de la
grâce la plus efficace.
l'Auteur du problème fcandalcux omet
toutes ces propofitions , parce qu'il ne fon-
^e qu'a rendre odieux fous titre de Janfenif-
me , un livre qui ert rempli de maximes
fi oppofées a ce dogme , & un Archevêque
qui ne l'auroit jamais approuvé, s'il n'y
eut vu éclater par tout cette oppofition.
Ces endroits fuprimés devroient feuls fufîi-
re pour la pleine juftification des Reflexions
morales: tout homme qui parle ainfi,ellfans
doute fort éloigné d'eftre Janfenifte. Mais
je ne m'en veux pas tenir la. Il faut en-
core vous montrer, que tout ce qui eft at-
taqué dans le ProbIeme,eft entièrement fain
& Catolique, étant conforme à la dodrine
de S. Augultin , & de S. Thomas.
Il n'y a point d endroits ou la maligni-
té de cet auteur fe déclare d'avantage,
qu'en ceux ou il entreprend de prouver , que
la gi ace neceliitante eft marquée dans tous
les paffages des Reflexions moi aies , ou il eft
porié , que rien ne peut rejijîer a la toute puif- Math."
faacede Dieu^ quand il veut fauver les De- 2.0. 34.'
cheurs , m empêcher ou retarder P effet. Car ^3- ^9*
ces Gxprcfllons font fi fréquentes dans les ^"c. 9.
Pères ,
çQ ^ . Lettre d*ftn Théologien
43. &c. î'^pos , >qu€ c'eft les livjer tous au Janfcnif-
-me, qued^imputer cespropofîtionsacctte
Doftri '^^^^^^^^^ ï^ "^^ faut que lire cette prière
ne de S.'^^^^^^^^^^^ ^^^^ ^^ liturgie 4e S.Bafile,
Augu 'î'^pportee <i ans r excellente Inftrudion Pa-
ftin & Morale de Mr. l'Archevêque de Paris du
de S. ^- aouft. 1^99. Seignettr faites bons les me-
Tho- 'chims ; confervés les bons dans lafieté\ car
mas fur i/ow^ pouvés tout ^ ^ rim ne vous contredit'.
U ^rtictnftws fauves quand -pI vem flart , Çfj' il ny a,
Q&cicc.-perfonne quir^fifie a votre 'volonté. '-'
P-, Gette4>rîere eft^mabregé de celle deMàr-
4ochee au livre d'Erther. Sei^eurRoytotit-
^ ' * Jwiffant^ tout efifius votre empire ■> ^ perfon-
'ne ne feut refifter a votre volonté , Ji vom
refohéi de fatruer Ifrael. Il s'agifToit de Ic
■fàuvcr en chaiigeant la volonté parfaite-
îîîent libre d*Afmerils , prévenu contre eux
<i*une haine qui paroiîfoit implacable : mais
encore qu'il Me queftion d'un effet entière-
ment libre de la volonté , Mardochée
liehefitepas adiré, ^^ nul ne peut refijier
n la volonté de Dieu. Ce qu'il exprime en
difant, que nul ne rejrfle a la Majefîé de Dieu,
Onditindiferemment qu'on ne refifte pas»
T& qu'on n'y petit pas rcfiiter : Parceque
ia volonté de Dieu s expliquequelquetbis
é'^viyç, manière fi -abroître Ôcfi fouveraine ,
mcme par raport a la liberté naturelle a
rhommc, que l'rdée de la reiiftance ne com-
patit pas a\xc Texpreffion de cette puis-
lance.
Ainfî parceque J. C. exprime dans les
termes les pius abfolus , qu'il priera- pour
S. Pier-
Sur le Problème Eccleftaflique >^ï
S. Pierre afin que fa foy ne défaille pm^ tac.
S. Auguftin ne craint pas de dire dans le n 51."
livre de la corredion & de la grâce , an' a de corr,
caMje que la 'uolonte' eft préparée par le ôeig-^^i3i,Z\
nenr , la prière de ]. C. pottr cet Apôtre ne
paUT/oît pas eftre inutile : fedqmapraparatur
VOiUntds a Domtno , ideo pro illo non potefi
■ejfe inanis oratio. De même parce qu'il
•plait a Dieu de s'expliquer d'une manière
abfoliie , de ce qu'il peut fur nos volon-
tés -, le même faint Auguftm dit fans hcr
ïîter'dans le même livre , que les volontés
humaines ne peuvent pas rejîjier a la volonté IhiâAi»
de celui , qui fait tout ce qui luy plait dans h
Ciel l^ dans la terre.
Et s'il en faut venir a des faits particu-
liers, parce que Dieu avoit déclaré de cette
manière fouveraine & peremptoire , qu'il
vouloit donner le Royaume a Saul , & en-
fuite rôter a fa maifon pour le transférer
a David , le même faint Augultiii dans
le même lieu marque expreffement qu'Abi-
fay , qui fe rendit a David en confeqaence
de ce décret , ne pouvoitpas s^oppofer a la vo- ^(jj j^ \ \
lotit é de Dieu. Numquid illepoffet adver^ '' ''
fari Dei voluntati., & il marque aulfi, qu'en-
core que ceux qui executoient les décrets
du ciel en fe foûmettant a Saiil , ne le fif-
fent que par leur treslibre volonté , (^
qu'ils'eujjènt en leur pouvoir de s"" y fou mettre ^^^*
i^ de ne s'y pas foûmettre , ce pouvoir ne s^ef-
tendait point jusques a pouvoir rejijier a
Dieu ; Nec fie erat in potejiate /fraëlitartei»
fubderefemeraoratoviro , fivenm fubdere ,
ut
yt ^. Lettre d* un Théologie»
at etiam Deo volèrent refiftere. Voilà di-
iljné^ement dans les hommes le pouvoir
de faire & de ne pas faire , ou confille la
véritable & rigoureufe notion du libre ar-
bitre ; & en même tems un aveu cju'on ne
peut pas refifter a Dieu , quand fa volonté
fe déclare.
Perfonne n'eft étonné de ces façons de
parler , ni ne les trouve fufpedes que les
. ennemis de la vérité , parcequ'on fait,
difons nous , qu'elles n'ont point d'autre
Tens que celui ci : il ne peur pas arttver
enfembk, que Dieu veuille fléchir le cœur
de rhommC) & que les moiens lui manquent
pour venir a bout de ce deffein : on lait que
pour l'accomplir , il répand dans les cœurs,
de corr. comme parle S. Auguftin , une dcUBable
^é^^^' perpétuité^ & unefor^e inÇurmontable. De-
ledabilem perpetuitatem ^ infuparabileT»
fortitudinem. On fait que cette force in-
lurmontable eft l'équivalent d'une force ,
qui ne peut cftre vaincue, a laquelle par
coiifequent , en un certain fcns tout com-
mun en Théologie , on ne peut pas rejijier^
& que c'cft prccifement cette force , que
l'Eglife efpeie , lors qu'elle demande a
Dieu une inviolable affeéiionpourfon amoury
Inviolabilem charitatK affeélum , en forte e^ue
ces defirs , qui nous [ont inspire' s par fa bonté^
ne puiffent être changea par aucune tentati-
on^ nulla pojfint tentatione mutari.
Si ce langage ell: fufped , on n'ozcra plus
parler des immancables & infaillibles moi-
ens , par lefqueis J. C. aflure raccompli/fe-
I
Sur le Prohîcr/ie F.ccle(taiticjtie J.2,
meiit de cette grande parole* , tout ce qne Jean.
mo'a Père me donne vient à moi ^Sc il faudra 6. }/•
du moins corrigera modérer celle cy. Ce
que mon F ère m'a donné ejî plus grand que
tout ^ ^ perfonne ne le peut ravir des rûaim
de mon F ère , & y admettre une excepti-
pn pour les Elus , s'ils fe peuvent finale-
ment ravir eux mêmes à celui qui les veut
avoir , & dont les puilTantes mains les tien-
nent fi bien.
C'efi pourtant dans de femblablcs paro-
les , dont l'Evangile efl: plein, queconllilo
\2ifurcmincnte vertu ^ que l'Apôtre recon- ^P^- f»
noit dans ceux qui crient : vertu qui nous ^^ -*^»
reflufcite au dedans & au dehors , <& fé-
lon l'cfprit & à la fin félon le corps par Phi.''p.
îine opération^ qui s' ajfujetit. toutes ch'jjh; 3- if»
qui par confequent s'aliùjetit le libre arbitre,
comme le flijet de tous les mérites , mais
qui ne feroit point au rang, des chofes que
Dieu a faites , s'il ne demeuroit comme
les autres affujetià l'opération de fa puif-
fance.
l'Ecole fnême fuccomberoit parmi des
fcrupulesfi abfurdes & fi dangereux ; &
quand tous les Do6leurs & autres Tiieo-
logiens comme S. Thomas difent , qu'un
predeftiné comme tel ne peut perire fina-
lement, il les faudroit corriger. Qiu n'a
vûxettcquefiiondans lafommedeS.'l bo-
rnas. Si la volonté' de Dieu s''acc9r/i^lit toîi- ^ q j ^^
jours , & la rêponfe qu'il y fait , que ce ^ ^.
^quil veut jir/iplement s'accomplit toujours^ ibil ad*
O' que pour cela félon la dodrine de S. i.arg.
D Au-8.i»ci. !♦
74 r- ^^^y^ à* un Théologien
Auguftin , il faut prier Dieu qu'il le veuille,
farce qu'ail fefait neceffairemefit^ saille veut:
Jiogandus Deus utvelit^qm a necejfc eftfieriy
fi voluerit. Ce font les propres paroles de S.
Auguftin raportées par S. Thomas : a quoi
Ton peut ajouter celles du même Père dans
îe même endroit , Que Dieu fauve qui il lui
fiait y a caufe que Je Toutpuijfant ne f eut rien
'Vouloir inutilement : Quia Omaipotens velle
inamîer >2072 potuerit , quoàcumque njoluerit^
Pour ne lailïèr aucun doute , le même S.
Thomas explique quelle eft cette necef-
fité , & il conclud qu'elle n'cft que con-
ditionelle , non abjolutafed condition aï i s ; A
caufe ,dit il , que cette conditionnelle cft véri-
table , Ji Dieu veut cela , il eft necejjaire
qHUlfoit : Ji Deus hoc vult , necefie cft hoc
(fte,
C 'eft donc une vérité femblablca ccllccy,
•fi Dieu a prcvû telle chofe , elle ne peut pas
ne point arriver ; & l'auteur des Reflexions
Jean, qui aiîure qu'une telle proportion »*/»2/»ô -
il. 38. y> aucune n^ceffite a la volonté , en diroit
autant de ccllccy ; Si Dieu veut , il ne
peut point ne pas arriver. Parceque après
tout , comme je vous l'ai fait voir , elle
n'a point d'autre fens que celui ci ; ces deux
chofes font incompatibles , & que Dieu
veuille un tel cîfet quel qu'il foit, même
dans le libre arbitre ; & qu£ ,cêt eftèt cepen*
dant n'arrive pas.
Et la raifon radicale par ou il arrive fe-
ï* p* ^^'^ ^- Thomas , que cette necelTité ne nuit
4» 19* P^^"^ ^^ ^^^^^ arbitrc^, c'ett que refficacc
tou-
Sur le Problème Eccleftapicjue 75
toutepuiflaiitc de la volonté de Dieu, qui ^"^^.'^^
opère que ce qu'il veut , fera , opère auffi ^^ ^^ •
qu'il fera avec la modification qu'il y veut ^ j[
mettre. C*eft adiré que ce qu'il veut du
libre arbitre, arrive contigement , <Sc peut ab*
folument ne point arriver , pàiceque telle
eft la nature de cette faculté , que quoique
conditionnellement , & fupofé que Dieu le
vciiille , cela ne fe puiffe pas autrement.
Cette doélrine eft coniie & commune
dans l'école , & elle efl: neceffaire pour ex-
pliquer les locutions folemnelles de l'Ecri-
ture & des Pères : s'il faut les éviter pour
éviter le Janfenifme , le Janfenifme e(t par
tout , & cette abfurde précaution de tuir
les locutions de l'Ecriture , des Pères &
même des Scolaftiques , pour n'être point
dans Terreur des cinq propolitions , feroit
à la fin plusdejanfenilles, qu'un fagedil»-
cours n'en pouroit convaincre.
Concluons donc , qu'on impute à tort à
Tauteur des Reflexions morales d*admettre
une grâce neceflitante •, contre laquelle au
contraire on à vu qu'il s'eft déclaré en ter-
mes fi clairs ; & par confequent , qu'il n'y
a point de fi viliblc calomnie que celle,
ou l'on impute à M. l'Archevêque de Pa-
ris d'avoir approuvé un livre , ou l'on cn-
feignenon feulement une grâce neceflitan-
te , mais encore, en quelque façon que ce
ibir, une grâce qui ne foit jamais deftitué
de l'effet que Dieu en vouloit.
C'cft ce qu'un homme raifonnable ne
^cm jamais imputer a cet liiuttre Arche-
y 6- ' 'î^,* Lettre d'un Théologien "
vêqiie , n'y à l'auteur des Reflexions mora-
les ^ après le nombre infini d'endroits , que
jevousayraporiés, ou il eft diteii tant de
manières, que l'on rend^inutile la grâce par
des rci](t-inces volontaires.
Que !a ^ ^^ ^^^ ^^'^ ^^^ pourtant fans préjudice
Godii- ^ 1^ ^<\\wç: do6î:rine fur la grâce efficace',
ne de S. que M. T Archevêque de Paris a enfeignée
i\ug.{iir dans fa fivanteInftra6lionPu(îorale dti 2a
la giacc août 1696. dans laquelle en reconnoiflant
eue l'on des grâces aux quelles on peut reiîfter , il
iioiumc ^îablit d'une fî forte manière cette viàiorieu-
f fiScsce j> âekclation , cette opération efficace &
Usïixz' trAite puiilante , qui fiechit les cœurs les
vîpule pi^^ obllinés , l^ les fait vouh.yis de non
'^'^"^" voiilcias ^ volcntes de non volent ibus ^covnvsxç.
'^7^'"/^ parlent perpétuellement S. Auguitin& les
a^a i K~ autres Defenfeurs de la grâce chrétienne.
. C'en le grand miÇtere de la grâce ^ d'un
côté d'ctrc il prefente à tous ceux qui tom-
{>ent , qu'ils ne tom.bcnt que par leur faute ,
fans qu il leur manc^ue rien four pouvoir fer-
feverer : Se defautre d'agir tellement dans
ceux , quiperfeverent a6luellement , qu'ils
ipicnt- iiechis & perfuadées par une attrait
invincible. C'efl encore un couple grand
my ftcre de la grâce , qu'en même tems que
les juftes qui perfeverent doivent leur per-
fevcrance à une grâce , qui leur eft donnée
par une honte particulière , ceux qui tom-
bent ne puiflentfe plaindre, que le pleine
parfait pouvoir deptrfeverer leur foit fou-
lirait. ^11 n'importe que la liaifon de deux
vcriiés fi fbndameiitules foit impénétrable à
la
St^r le Problème EcclelialliqHe 7^
la ra'.fon humaine , qui doit entrer dans une
raitbn plus haute, & croire que Dieu voit '
dans la fagelîe infinie les moicns de con-
cilier ce qui nousparoit inalliable&incom-
f)atible. Aprenons donc à captiver nôtre
intelligence , pour confefTer ces deux grâ-
ces , dont l'une laiflc la volonté fans excu-
fe devant Dieu, & l'autre ne luy permet
pas de gloriîier en elle même.
• C'eft cette dernière grâce qui agir prin*
cipalement dans les Elus. Ceft elle qui
leur eft fpecialement detlinée avant tous les
tems , pur une preterencc oc une predilec-^
tien , dont il n'y a nulle caufe qui nous foit
connue , que la feule & abibliie volonté dé
Dieu, qui tait tout ce qui luy plaie dans le
ciel &dans la terre.
Je n'ai pas befoin de vous prouver d*.>
vantage cette grâce que M. rArchevcque
de Paris a fi puifÏÏimment &{i claircmenL
expliquée par Ton Inllruction du 20 Août
1696. fi quelqu'un ofe encore s'y oppofcr^
après que faint AuguÙin avecl'approbatiort
cxpreflè du S. Siège & de toute l'Elife^Ca-»
tolique l'a ^\ maniielkment reconlie , com-
me apartena?it a la foi \ M. Archevêque oebo-
Ta rerùté non par des difputes, comme- no pcr
parle le même Père , mais par les pr;eres--r-v. i^j
des Saints & par les vœux communs tant de 13»
l'Orient que de rOcciGent^& m£miepar l'o-
raifonDominicale; non dij'putatîonibm r-cfel-
lendii^ ^fedSandiorur/i orr.tior'tbus revocu'/idui.
On impute à 4'auteardesReflcxionsdenc l^i^-
reconuoure de grâce de]. C que cciiequi a
D l fou
7 s ^. Lettre a' un Théologien
Ohjcc. f on eifet , fous prétexte qu'il dit par tout»que
tion ouc c*eft lafon propre car aélere , d'où il fuit,que
l'on fait quelque grâce qu'on ait, ou manque de celle
a l 'au de J . C. quand on ne coopère pas.
\t\M fur Mais cette objedion vient d'une igno-
.a grâce rancegrolTiere deladodrine deS. Auguftin
«Jcj.c. & (Je i^ diftindion des deux états. Le pre-
mier eft celuy du vieil Adam , qui donne un
fimpîe pouvoir de perfevcrer dans le bien , &
n'en donne pas Tadion ny reflet ; le fécond
cft celui du fécond Adam, c'cfl: adiré de J. C.
dontlagrace acela de particulier audefllis
de l'autre, qu'elle fait effedivemcnt agir.
On ne veut pas dire par la que U grâce qui
donne le Jimple pHvoir nefoit point donnée
par J.C. a Dieu ne plaifc. Car il n'y anulle
grâce, ni petite nigrande,que]le qu'elle foit,
qui ne foit le fruit de Gi mort.
C'cft pour quoi ces grâces qu'on rejette
dans les endroits que je vous ai cités des Re*
flexions morales , font appel lées conftam-
ment des opérations de la main de]. C. qui
nous veut guérir par la pénitence. Une telle
opération peut elle ne pas venir de J. C. mê-
me y & n'être pas dans les cœurs le fruit de
fonfang? mais viiiblement ce qu'on veut
dire , c'eft qu'il ne luy arrive pas de pouvoir
eftre rendue inutile , & en effet de l'être
fouvcnt , à caufe precifcment , qu'elle elt la
grâce- de J. C. ou la grâce du fécond état,pu-
ifque cela convient auflla la grâce du pre-
mier. Ainli par tout ou l'on dit,que la graco
de J. C. donne l'effet , on ne veut di.e autre
chofc, fmoiique c'ell foa caradere parti-
eu-
Sur le P'^ohleme Eccleftafllcjue. 79
culicr , fa propriété fpecifique , fa différence
cflènticlie d'avec la grâce d'Adam: ce qui efl
fi clairement de S. Auguftin , qu'on ne pou-
voir le reprendre fans s'attaquer à lai même.
Ainfi par exemple , quand l'auteur du fe-
ditieux Problème reproche a celui des Refle-
xions morales d'avoir dit , Que la grâce par ^^^*
laquelle J.C. opère fur le cœur eji une grâce de *+• * ^*
guerifon , de délivrance^ d"" illumination , qui ,
fait pajfer par une force adynirable de la mala- '
die a la fante\ de lafervitude a l'a liberté^ ^* '
^ que c'efl la la vraie idJe de la grâce ; c'eft
à dire de la grâce propre à la nouvelle allian-
ce : il commet deux infignes infidélités , l'u-
ne de difîlmuler que celui , qu'a quelque
prix que ce foit , il vouloit faire Janfenifte ,
a reconnu, comme je vous l'ai fait voir , une
opération de lagracedeJ.C. que nous ren-
dons int«ile, quoi qu'elle nous veiiillc
guérir ; & l'autre qui n'eft ni moins gran-
de , ni moins manifeftc , de ne vouloir point
avouer , que iî dans les Reflexions on ne
donne pas toujours a la grâce , qu'on rend
inutile , le caradtere de la grâce de J . C.
c'eft du propre , c'eft du fpecifique , c'eft
du particulier cara6lere , qu'on le doit en-
tendre ; c'eft en un mot de celui qui fait par
tout conftamment dans faint Auguftin la
différence des deux états.
Aurcftcje ne croirois pas neceflaire d'-
entrer dans tout ce détail , fi la calomnie
ne m'y forçoit ; mais il ne faut pas laifTcr
croire, qu'on foit capable d'abandonner le
langage de S. Auguftin fous prétexte que
D4^ fes
^o 5. Lettre d''un Théologien
fcs ennemis vous appelleront Janfemfte,
ie S. Pontife Innocent XII. a reprimé ce
faux zc!e ;êc il doiteftre permis aux Théo-
logiens , & à plus forte raifon aux Evéques,
ce parler librement le langage du S. Doc-
teur -de la grâce , fans craindre les infultes
des calomniateurs, qui peuvent bien fe ca-
cher quelqu.etems à lajullicedes'homme^,
m.ais qui n'éviteront pas la punicioii que
Dieu en fera un jour.
Pour VOLTS montrer en un mot, que T-
on a colomniê injuftement les Réflexions
inorales dans les endroits , que le Problè-
me raporte fur la première , la féconde 5c
la quatrième propofition des cinqcondam-
j:ées, il n'y a qu'à apliquer les principes;
que je viens depofer.
V'oudi'oit on que le P. Q. après avoir en-
feigné li fortement , fi nettement & en tant
de manières, comme vous venés de voir;
cette vérité de foi , que toute grâce de J. G:
n'emporte pas le confentement de nolhe
cœur, ^ qu'après avoir remarqué que là
grâce n'eft ny égale ny uniforme , ny im-
ïiiancable dans ceux qui la reçoivent, vou^
droit ondisje, qu'il en demeurât la, fins
parler de la puillance , qu'elle a de fetaue
obéir quand elle veut?
Exigerat' on d'unTheologien de ne point
dil'inguer la grâce du premier homme , que
fon libre arbitre determinoit , d'avec celle
de l'homme pécheur , dont le propre ca-
tattere eft de foûmettre la volonté , lors
qu'il plaità Dieu de nous faire de non vou-
lans,
Sw^lé Prohleme Ecdefïaifiquç. ^f
îan^ / immancabieraciit vouluiir:. NeH;^
ra t'ii point pcimis, après avoir parlé delà:
totalité des efîèts & dc^ fecours, que la grâce
^onne,.foibies, puiiïans & inégaux, ielaiî
la volonté de celai qui les applique , d'éta-*
l?lir les i^races fpecialcs & toute puilluiites;.
que Dieu dldribue par mifericorde à qui
il lui plait , & qu'il rcfiife par jullice àceax.
qui s'en font rendus indignes ? •
Enfin des gens venus de^uiis trois jours ,
imporcroiit ils à tous les Théologiens lanc-
çelîîté de parler tin langage inconnu à leurs
Pères ? & pour être reconnu Catolique, fau-
dra t'il , en abandonnant la doctrine deîv
$•• S. s'acOi.niïîoder à une nouveauté pro-
fane ?
G'eft une imagination ridicule , qui ne
peut jamais tomocr que dans la pcnfée
d'un ennemi de la grâce duSaaveur, d'un»
homme qui n'en connoit point d'aune, que?
celle qui feroit alfujetie à la volonté ,qui
ignore la profonde plaie , qus le péché a
faite dans nos coeurs , & qui penie de la*
grâce fous le nouvel Adam, cjuiniC il iui-
voit tait fous le premier.- . , . r
Toute fherelic de l'auteur des Ùefîexipns^»
morales coniîlie donc à avoir parlé dans,
les iSpaiTages , que l'on cite fur ces trois»
propofitions , de la grâce cfiicace , après;
avoir tant de fois étacli celle qui eft fru-,
fI^ée,defoneff£Ct : d'avoir ditt^iie lagrace-
jointe à la toutcpuiifance da:DiCu , i:ait fai-
rp, ce qu'il commande ;. qu'elle d^jitri. £•
L'ardeur delà capiiité , & qu'ellefait p .^iTel^•
D 5 ' ' " pas-
^2. 3 • ^^^^^ ^*«« T%eoî'o^ien
par une force admirable, de 'la maladie a
5a fanté , de la. fervitude à la liberté : que
rien nerefiltcà la volante de J. C. quand il
veut délier le pécheur. En vérité fi c'eft la
dire Janfenifte , je ne comiois point de bon
Théologien qui ne lefoit ^ & je tiendrois.
routeur des Reflexions morales hérétique ,
il en parlant de cette grâce vidorieufe, il
avoit écrit les proportions contradiéloircs.
a celles, que Ton veut ridiculement taxer
d'hcrefie.
Mais pour quoi le P. Quênel ne nommet
■î point expreffemcnt la grâce fuffifame ^
Ne Tat-il, pas reconiie equivalcmment dans
le fcns de S. Àuguftin & de S. Thomas , lors
qu'il confefTe un pouvoir de confervcr la.
juiliçe y donné fans exception à tous Us
juftes , comme je vous l'ai déjà fan voir
dans ma féconde lettre , & comme vous le
verres encore plus précifement fur la 5.
propofition , par les grâces données à tous,
les hommes & particulièrement aux fidèles,
en vertu de la mort de J. C.
Cet auteur at'il grand, tort dans un ou-
vrage de Morale & tait pour Tedification
de tous les fidèles, de s'eftre plutôt fervi
des. expreiîions confacrées des Pères, à^s
Conciles & des Papes , que des termes de
î'école^que le peuple n'entend pas alTés ,
^ qui ont tous leurs difficultés? fera t'on
la. dépendre d'une expreffion, quoique bon-
n^& bien introduite par l'ccole , quand tout
le monde,convient , qu*e.lle n'eft point dans
les Percs , ni dans las Concilo , ni dans k$.
CQn>
Sur le Problème Eccleftafliqiie 8^
Gonftitutions anciennes & modernes des
fouvcrains Pontifes; ny enfin dans aucune
décret ccclefialtique.
£nfin ne trouvés vous pas Monfieur, que
ce foit démontrer bien clairement qu'un
homme ell neretique , que de dire. Que tout
eft égal entre l'Expo/ition ^ le P. Quefnel
au regard de la l- propojition de Janfemm \
& cela fans en donner aucune preuve, fans
citer de lui aucune propofitiori , qui mar-
que que la grâce neceffite la volonté ?
En attendant qu'on en aporte quelqu'une,
fbuvenés vous, s'il vous plait, de celles que
je vous ai marquées , Que Dieu tira-nt a luy
nos cœurs rebelles , nous fait une violence qui Luc,
»e necejjite pas nos volontés ; que les dons du- 1^* 151
faintEfprit aident nos volontés fans les necef-
Jiter; qu'il rend les élus fidèle i a fa loi par i Cor.
une charité invincible , qui domine dans leurs 14, 5 li
cœursfan^ les neceUîter. Parler ainiî, c'eft
être fort J anfenifte de la façon de l'auteur r Cor.
du Problème-; Mais en dépit de lui, e'dl 10.13»
eftrcfort Catolique au jugement del'Egli-
lè.. Je fuis de tout mon cœur &c,
ce 1$ Oélobr^ 1699.
1> 6 Q:'U A^
€'4 4* Lettre d'un Theologicu
QUATRIEME LETTRE
Sur la 5 propofition.
E rrai plus Monfieur, qu'à vousjufti-
fier les Réflexions morales fur la der-
nière des cinq propofîtions ; & com-
me je vous ai fait voir dans ce livre un
grand nombre de propofîtions contradi6i:oi-
res aux 4. premières , je n'aurai pas plus
de peine à vous en indiquer d'entièrement
oppofécs à la cinquième ; elle e(t conceiie
eu ces termes
^ PROPOSITION.
Cefl mie erreur demipelagiene de dire^u^
y. C, efi mort , ou quil ait verÇé [on
frng pour tous les hommes.
Voulés vous voir au contraire dans îesRe-
ficxions une volonté générale en J.C. de
^. fauver& de racheter tous les h ommesjccou-
î 7in% ^-£2 parler l'auteur. La vérité s' eft incarnée
-'3' 4, pour tous ^ nous devons donc prier pour tous Ji
^' f* nmii entrons dans Vej'prit de la vérité. Ainfila
Y^^'^Ia^ volonté de Dieu s'étend aufîi loin que nô--
fous k" ^^^ prière qui n'excepte pcrfonne. Ailleurs
J.C.
Sur le Prohteme'Eccîefîàftique 8f
J. C.eft mort f^our le falut de tous les hom^ mot de
mes^ tous les hommes étaient en J. C. fur la ^ & ^^
croix , O* y font morts avec luy , a quoi J* ^»
fî non au péché & à la mort éternelle , qui -^^^''^;
léut étoit deùè ? ce qui luy fait ajouter dans '^ ' ^ ^*
un autre endroit. La mort s"* étant ajjujeti •^°"'*
injuftementj. C. innocent ^pcrd le pouvoir , ,. ■ .
qu'acné av oit fur tous les hommes coupables ; « , V-
ils Vefïoient tous ; Ailleurs. 'Tous font morts
également^ ^ J. C. efl mort auffi pour tous.
Qui at-il de plus jufe que de confacrer fa.
vie a celui , qui nous l'a rachetée a tous par
fa mort\]. C, a tenu nôtre place fur la croix.
Et encore. T'ouie la terre va devenir le tem-
ple de Dieu par le Sacrifice de' la Charité^ Marc*
iStpar le Sacrifice eucharijîique , qui renou- i 5« 3 8».
vellera en tous lieux cehty qui vient de
s^ accomplir fur le Calvaire^ <st amïoncera par
tout que ]. C. eftmort pour le falut de tout
le mmde. Y a t-il rien de plus éloigné de,
la cinquième propoiition condamnée par
InnocentX '^ &n'eflce pas dire le contrai-
ïe & l'inculquer avec toute fa force en plus
de douze endioits?
Ce fondement fupofé, onytrouve aufîî
une volonté fpeciale pour tous les fidèles
conformément à cette parole^ // efï redemp- ^ Tira*.
teur detous ^ mais princij^alement des fidèles. 4» IP'
Cette volonté regarde ceuxla même , qui
perdent la juftice ; mais qui poavoient la
çonferver, s'ils ne rendoient pcs inutile Ja
grâce , qui les veut guérir , encore qu'en
etfct , & par leur malice, elle ne les gue-
riirepas» Cette grâce eft repandiie par tout
dans
8(^ 4. Lettre à^un Théologien
dans les Réflexions morales. Enfin on y
trouve auffi la volonté tresfpcciale pour les
Elus , qui feule renferme en foy tout Teffei
de la rédemption,
^fprit. Ce s trois explications de la volonté de
& ii.c, fauver ks hommes fe trouvent en divers
Î2,. En. endroits de S. Aug. & de fon difciple S.-
cbir. Profper , dont je vous marque quelques uns
^J^gg'^* à la marge , queie pourois raporter au
nif. 4.8. l°"S ailleurs que dans une lettre : quant
Rcfpt'ad ^ prefent il me fuffit de remarier ici que
capr d'habiles Théologiens & S. Auguftin lui
Gail.ob niême , ne les ont pas regardées comme
8. 5>. oppofécs l'une a l'autre , mais au contrai-
Kcfp. ad re comme faifant unies enfcmblc , unfeut
ebjcA. & même corps de la bonne doébrinc ,
fine. dans laquelle un vray Théologien les doit
ob, 4. reconnoitre chacune félon fon degré; quoi*
qu*elles nefoient pas toutes également de^
cidées par TEglife Catoliquc.
Vousvcnés de voir que le livre des Re-
Rora. flexions n'en exclut aucune. Je vous repe-
8.^2,] te encoie que S. Auguftin & S. Profper
z Cor. les ont toutes reconnues après S. Paul. Cet
5,1c. Apôtre a Ibavent marqué la volonté gene-
X Tim. rale,&perlbnnc n'en Ignore les palTdges. II
a. 6. a exprimé celle qui cû particulière aux lide*
Hcb, les , lorfqu'il leur dit, & les a obligés de dire
a 5>. avec lui, & à fon exemple , y> vis dans la-
% Pctt. ^Qy^ dufiis de Dieu , c^ui m* a aime^s^efi dou-^
^ ÎJ. »épour rmy. Enfin ils doivent s unir à. la
I iim. volonté tresfpcciale, qui regarde les Elus
^ ^ par i*cfperance d'être cumpris^ dans ce bien-
^ ' - heureux nombre
Suy h Prohleme Eccleftajfiefue 87
Rcmafqué5qu*il n'êtoit pas queftion dans
îes Reflexions morales de difputer icolafti-
quemcnt, mais de rendre tous ks fidèles
attentif^ a ces 3. degrés de la volonté de
Dieu , qui nous ont été déclarés par fa pa-
role ; fur quoi on ne doit pas exiger plus
que ce qui a été révélé de Dieu, félon le
degré de la révélation. Ainli il faut recon-
noîtrc la volonté de fauvcr tous les fidèles
juftifiés, comme exprcllement définie par
TEglife en divers Conciles , notamment
dans celuy de Trente ; & encore très ex- .
prefTvîmcnt par la conrtitution d'Innocent
X. du dernier may 1 63 • : & il ne faut ^ oint
faire un point de foy également décidé, de
la volonté générale etendiie a tous , puifque i parte
même il a été permis a Vatquez d'enfcigner difp.p î.
que les entans decedés fans le batême ne cap. 6^
font pas compris dans cette parole Dien Se. 9^*
veut que tous Us hommes fotentfauvù , ^ ^ap, 3*
qu'ils viennent à la connoiffance de la vérité.
Les Reflexions morales penchent vifible-
ment , comme vous avés vu , à l'explication
qui ne donne aucunes bornes à la volonté,
de Dieu & de J. C. prifes daus une entière
univerfalité ; ce qui aufli puroit plus digne
de la bOiité de Dieu, plus conforme aux
expreflTions de l'Ecriture, & des Pères, &
plus propre à la pieté & à la confolation des
fidèles. Sur le
Quoique l'auteur du Problème n'ait pas don de
relevé un endroitdes Refkxiona morales , h foy
ou fondit Q^^e là foy nel: pas mf>ms diffi- s'jîelV
ctle que la. pratique dci.b<jnnei oeuvres. La do- oé
^r^^ a tous.
85 4 • Lettre d'un Thedo^ienr
Joan,^, grâce nece^aire ^our l'un (Sf pour ï*a»itre"efl
66. donnée aux uns O* refusée aux autres \ Par*
ceque quelques perfoimés y ont trouvé de
la difficulté , je ne veux pas le laifier, paf-
fer fans vous reclaircir ,& fans vous p-opo-
fer ce que vous devés tenir fur ceue que-
ftion , Si le don de lafoy eft donné a tous?
I. Qu'y a t il de nouveau dans cette Réfle-
xion . ou qu'y a t'il , qui ne l'oit conitanc &
enfeigné par tout le monde ? 2. il u'y a rien
la qui approche des 5.tanieufcs proportions^
ni qui exclue même la voloràé générale de
fauver les hommes , ni celle de les ame-
ner à la connoiffance de la venté. En 5..
lieu , la propoiition eft tellement adoucie ,
qu'en quelque tiaçon qu'on la prenne , il
n'y relie pas d'apparence de difhcuké.
Premiefementdonc, il n'y arien qui ne
foit conllant : on n a qu'à ouvrir S. Paul,
& prêter l'oreille à ces paroles,Cû?>îw?e»^ tm-
ront ils s* ils necontent ; (st comment écou-
teront ils ^fi on ne lesprefche ? D'où il con-
clut ; la foy eftpar Vouye , (Î5 Voiiye ejîpar la
predicatim de laparole de y.C. Ainfi la gra-
dée necefiaire à crone eft attachée à la pré-
dication de l'Evangile :& cela étant, que
dirons nous de ces peuples qui relégués de-,
puis tant dcfiecles dans unautremonde ii.
feparéde celui, ou l'Evangile eft annoncé ,
habitent dans les ténèbres &' dans la région.
de l'ombre de la mort ? ont ils la grâce ne-
ceilaire à croire , & ne font ils pas dans-
£c€or, le cas ou S. Auguftin aiïuroit f ^'f/;^ ne peut
& gra,ii ^y,'g çn aucune forte , nullomodo , ils cioir-
roient
Sur le Problème 'Eccleftalït^ke. 89
roient s'ils vouloient , Ce quih n'ont jamais
oui , idquod non auâieras , crederesji veïles.
Que 11 cVrt un fait conftant & publicj,
qu'il y a eu & qu'il y a des peuples en cet
état, peut on nier, qu' il ne foit utile aux
Chrétiens , de leur infpirer de l'attention . ^^^^^jj
au malheur de la naifTancé de ces peuples,' J*^!, ^^
afin qu'ils reffentent mieux les richcfles in-?
ellimables de la grâce , qui les a mis darrs
un état plus heureux. ^ ;
Je dis en fécond lieu , qu'il n'y a rfch
la qui approche des cinq fameufes propo-
fitions, ou il eft à la vérité décidé, que nul
juften'eft jamais privé, ni ne le peut être
de la grâce abfolument neceffaire a faire.
Mais tout le monde eft d'accord quelafa-
' gcfîe de l'Eglife n'a pas trouvé à propos
de rien définir en faveur des infidèles, flir h.
grâce neceffaire à croire, il eit donc cei^-
• tain , qu'en les privant de cette grâce , oh
n'encourt point la condamnation d'Inno-
cent X. & que cette thefe n'appartient en
aucune forte à la queftion , qu'il a jugée
avec le confentcment de l'Eglife , en faveur
desjuttes.
J'adjouterai néanmoins, que cette con-
clulîon n'empêcheroit pas , q'cnôtantaux
infidèles qui n'ontjamaisoiii parler de l'E-
vangile , U çnrace immédiatement necejjaire
à croire , on ne leur accordât néanmoins
celle, qui mettroit dans leurs cœurs des pré-
parations plus éloignées, dont s'ils ufoient
comme ils doivent , Dieu leur trouveroit
diuis Içstrefors 4efafciencc&dcfabonré,
des
po 4. Lettre d^un Théologien
desmoiens capables de les amenei de prûf
che en proche , à la connoillànce de la véri-
té. Ce font ces moiens qui ont été fi bien ex-
pliqués dans le Livre de la Vocation des
gentils , ou font comprifes les merveilles vi-
ables de la création , capables d'amener les
Kom, \ : hommes aux invilibles perfedions de Dieu,
ao, il. jufques à les rendre inexcujables fclonS.Pauî,
sUls ne les connoiffent ^ ^ ne les adorent ; &
non feulement on y trouve cette bonté gé-
nérale , mais encore par une fccrete difpen-
•" fation de fa grâce , de plus occultes & de plus
particulières inlinuations de la vérité , que
Dieu répand dans toutes les nations par les
moiens, dont il s'eftrefervé la connoifîànce.
Il ne faut donc pas fongei à les pénétrer ,
ni jamais rechercher les caufes , pourquoi il
met plutôt ou plus jard, & plus ou moins
en évidence ,les témoignages divers & diffe-
rcns de la vérité , parmi les infidèles. C* eft
ce qu'on trouve expliqué dans ce do£le Li-
vre de la Vocation des gentils ; & ce qu'on
croiroit, s*il en cftoit queftion , pouvoir
Rcfp.ad montrer non feulement dans les témoigna-
cap» ges des Pères , mais encore diftindement
Gall. dans S. Auguftin & dans le véritable Profper
Obj. $• dont ce livre a fi long tems porté le nom.
Ainfi bien loin de combattre aucune des
cinq propofitions, les Reflexions morales ne
font pas même contraires a lav olonté géné-
rale de fauver tous les hommes ^ ^ de Us
amener de loin ou de prés , par des moiens
differens^/<3co»/^y/?^;î^^ de la vérité. Nous
en avons vûles paiiàges, qui ne font pas éloi-
gnés
Sur le Problème Ecclefiafitcfue 9 1
gnés de ces confolantes paroles du livre de
î a Sagefle,^/^^ Dieu n'a ^ as fait la mort^ ne Sap.
fe rejouitpasdelapertedesvivans: mais quil ' 3* '4*
afaitguerij^ables les nations de la terre , qu^il ''• ' *•
a foin de tous ^toujours prêt a pardonner a tous-) * ^ • *®*
a caufe de fa bonté oc de fa puilïance , &
qu'il a même ménagé avec attention ^tant a at-
tentione , les peuples qui etoient dûs a la mort^
pour avoir perfecuté fes Enfans,^^^^ /<?/ mor-
ti ^ a fin de donner lieu a la pénitence^ leur ac-
cordant le lieu ^ l^occajion de fe corriger de
leur malice.
Ce qu'il faut ici uniquement éviter , c'eft
de donner pour défini ce qui ne Teft pas , ou
d'ôrer aux enfans de Dieu la connoiffance
diftinde de leur préférence toute gratuite , à
regard du Don de la foy,dc peur de les con-
fondre par la avec le refte des nations , que
Dieu par un jufte jugenient a laifié aller dans A ft*
leur s If oies y comme il cft écrit dans les Ac- ^^^*^%*
tes.
C'eft pour quoi S. Auguftin n*a point he-
fîté a mettre les trois propofitions fuivantes
à la tête des 12. articles de la foi Catolique,
qu'il expofe dan fon Epître a V^ital. I V.iVow Ep.iiyr
f avons que la grâce , par laquelle nous fem-
mes tous Chrétiens^*^?/'*/ donnée a tous les
hommes.
V . Nousfavons que ceux a qui elle efî don-
née , elle leur efi donnée par une mifericorde
gratuite.
VI. Nousfavons que ceux^a qui elle nejîpas
donnée > c^efi par un jufie jugement de Dieu
quelle ne l^efîpas^ Vérités que ia foy propofc
à tous
5>2' ' ^4 Lettre d'un Théologien
à tous, les fideîes pour les obliger à recon-
iioître avec action de grâce la prediledioa
dout Dieu les honore.
En 2. lieu, dans laplusfeverè critique /&
quelque opinion qu'on veuille embralïèr , il
Ji'y a rien à repreudre dans ces propoiîtions
des Réflexions morales. Cehy qui l^a re-
^eue , la grâce necefîaire à croire, doit crain-
dre^parce quUl la pe ht perdre ^X'à.Kitt de Peffort
qu'il pouvoir faire pour la conferver &
.pour la faire valoir. îLt celus qui m Papas
reeeû'e^doit efperer^puis qu'il la peut recevoir,
iS/ïms fi on la doit eiperer , on ne doit pas fe
croire deftitué de tout fccQurs ; puisqu'eC-
.perer en eft un iî grand. Ainfi l'Auteur aver-
tit en cet endroit ceux qui fentent , qu'ils ne
.peuvent encore vaincre la maladie d'increr
dulité, quels qu'ils foient, ou dansl'Egli-
fe ou hors de l'Egliie , qu'ils fe gardent bien
de defefperer d'eux méme,oa d'abandonner
la fainte Parole ; mais qu'ils fe confient en
>J; S. qu'ils pouront un jour, cequ'ilsne
peuvent peutêtre pas félon leur difpofition
prefente.
Voilà comme on ne contredit les Reflexi-
ons morales , que par un efprit de contenti-
on ; (Se j 'ofe vous due, que pour peu que ron
apporte à cecte leclure l'efprit a'équité , &
que l'on s'attache à coniideier toute ia.fuite
du difcours, au heu du trouble que quelques
lins voudroient infpirer , on n'y trouvera
.qu'editicadon , & bon coufeil.
Au reire je ne croi pas avoir rien à dire de
nouveau /àr la grâce neceffat^e aux œuvres
Chrc-
Sur le Problème Ecclefiafticfue. ^f
Chrétie'/ines &falutaires^ qui n'eft pas donnée
à tous ; puis qu'il eft certain , & que tout lé
monde en cil d'accord j qu'on ne Ta point
fans la foy , que tout le monde n'a pas. En-;
fin pour ce qui regarde Icsjuftes, la vérité
m'oblige à conteffer , qu'un fecours dans^^
l-'occalion , ou médiat , ou immédiat
pour accomplir lesprcceptes,felon l'expref-
lè définition du Concile de Trente , ne leur
manque jamais.
Pourjuliifier pleinement les 4. réflexions
que l'Auteur du Problème raporte fur cette
5.propofiLion, comme y étant conformes,
je n'ai qu'à vous prier de les lire , & de faire
attention aux confequences forcées , qu'il
en tire, pour leur faire dire ce qu'elles ne di-
lent en façon du monde : & cela après avoir
dit. 20. fois le contraire de cette 5. propolî-
tion. S'il y avoit quelqu'un qui pût le plain-
dre de la doctrine du P. Qucnel fur cette
matière, ce feroient les vrais Janfenilles ,
en luy entendant dire tant de fois , que J. C.
çft mort pour tous les hommes , & qu'il
veut fauver tout le monde , pendant qu'ils
ont dé la peine à trouver dans ce livre une
feule fois le fens rcftraint,que S. Thomas a
quelques'fois emploie après S. Aaguftin.
dans fes livres contre les Pelagiens &lesdc-
mi-Pelagicns. En un mot , que l'Auteur du
Problème trouve dans le livre de l'Expofî-
tion de la Foy , que ].Q.tiï mort pour tous
les hommes, commeje vous l'ay montre .
dans les Reflexions morales , & la caufe fera
finie.
"... ' Mais
54 4' J^€ttre(Vun Théologien
Mais vous ncvoulés pas me tenir quitte,
que je ne vous dife , pourquoy M. l' Arche-
vêque de Paris n'eft devenu Janfenifte, qu'a-
prés avoir fi foilemnellemcnt condamné le
Janfenifmc dans fon ordonnance contre le
livre de l'Expofition de la foy ? Et pourquoi
tout le monde l'ayant trouvé jufques la d'u-
ne do^lrine très îainte , il a été en un mo-
ment changé en Chef d'une Seéie impie ^ a-
hominable > Une telle converfion eiï fans
doute afles rare pour être examinée ; &je
me trompe fort fi je ne vous en découvre la
véritable caufc.
Vous avés peuteftrefude M. TArchcvéq.
lui même, que le P. Amelote avoit conduit
£es études de Théologie , fur les pnncipes
de S. Augufi-iii & de S. Thomas : & certai-
nement iln'avoitpasapris le Janfcnifmedu
P. Amelote. Prés deio.annésd'Epifcopat
lui ont donnéfle tems de faire connoîtrc fcs
fcntimens fur les dogmes de la Religion.
Le Diocele de Chaalons luy en a tourni
affés d'occalions ; cependant on n'a point
dit qu'il en foit forti Janfenift.
JJe choix du Roy , qui Ta placé fur le
premier Siège de fon Royaume, en feroit
une preuve toute feule fuffifante,quand mê-
me il n'auroit pas été foutenu par le témoi-
gnage des Théologiens généralement de
tous les OTdrcs. Les perfonnes même , qui
ne i 'épargnent pas aujourd*huy, ont Joiié
pcbiiquemeiit fa pieté , & la pureté dt fa
toy. Les monuraeas en font gravés fitr
ie papier : on a publié & im^-umé , qu'il
éioit
Sur te Problème Ecclejlaflique, 9^
étoit demeuré dans ce juftc milieu fi diffi-
cile à garder dans des tems , ou les efprits
fontéchaufés parde vivesdifputes; la mo-
dération de fa conduite a reçu des éloges. îl
étoit cet homme ami de la paix & de la vé-
rité, qui évite tout parti extrême , foitdans
le dogme foitdans la morale.
L'approbation qu'il avoit donnée aux
Reflexions morales , en fortant du Diocefe
de Chaalons , ne Tavoit pas rendu plus Jan-
fcnille , que le refte de fa conduite : on
a en effet laiiTé encore paffer une année jus-
ques au mois d'août 1696. fans luy vouloir
ôter le titre de Prélat Catolique.
Maisfon ordonnance contre le livre de
rExs ofition de la foi , qui parût en ce tems,
commença a faire dire enfecret a certaines
gens, qu'il étoit Janfenifte. Voici le mo-
ment précis de la converfion que nous cher-
chons ; prenés y garde Moniieur. Un
homme plus hardi que les autres crie de-
puis lur les toits , ce qu'on ne difoit qu'a
l'oreille ; & dénonce a toute la terre en
1698 que l'MrffÛioK pafloraîede M. V Ar^
chevêque du ZO Aoaft 1696 eftla profejjîon
de foy de tous les prétendus Janfeniftes , ^
que M. V Archevêque doit e(ire mis a la tefte
de cette feéHe. Vous rccomioifles bien le
ftyle du Problème,
Erwendons donc parler lui même ce
Chef du îanfcnifmc. Car pendant que ce
dogme ell profcrit par toute l'Eglife & defa-
volié jur taus hs Théologiens , ce fera une
chofe iiii«s caricufe , d'en voir faire une pro-
fciOon
5><^ 4. Lettre d'' un Théologien
feflion publique à un Archevêque de Paris.
Voici les propres paroles de ion Ordon-
nance-; il eft bon de ne s'y pas tromper.
En adhérant aux conjïituttons à'' Innocent
X. eîr d"* Alexandre VIL nous condamnons le li-
vre intitulé Expofition de la foy touchant U
grâce (s la predejhnation , comme contenant
des- prepofitions refpe Vivement faujfes , l^c.
frappe' es d'anather/ie ^ hérétiques , enfin corn-
merenouvellant ladoélrine des $.propojitions
de Janfenius.
. Quel Janfenifte Monfieur , en avés vous
jamais trouvé qui parle ainfi ? Pour moi je
vous avoiie que je connois pluficurs de ceux
àqui on donne ce nom , qui n'ont point été
perfuadés que l'Ordon-^ance de Mr. de Paris
fût la profeffio'n, de foi des prétendus Janfeniftes^
que Janfe/iiv.^: luy même nen demanda pas
d'autre. Quelque éloquent que foit le Pro-
blème , il ne les a pas jufques ici convain-
cus.
Cependant puifque M. l'Archevêque de
Paris n'ell Jaufeniite que par cette Ordon-
liance,voipns s'il n'y arien dans la fuitte,qui
luy ait pâ faire mériter ce nom ; en telle ma-
tière il ne faut rien négliger. Il y va de la foi
d'un grand Archevêque accufé d'hereiic par
un auteur grave. Examinons bien fon Or-
donnance.
Isie fèroit ce point pour y avoir enfeigné
que nom ne pouvons rien pour lefalut^fans lit
grâce deJ.C. pour avoir, en parlant de Dieu^
dit avec S*. Balîle & toute l'Eglife d'Orient,
faites bons les méckans , confervés les hons_
dans
StiT le Vrobleme Ecclefiafiiqtœ. p7
dans la ficté ; Car voui pouves tout j cf
rien ne vous contredit : vous fauves quand
vous voulcs ; ^ // n'y a perfonne qui rejîfte
à vôtre volonté. En effet nous trouvons
dans le Problème des paroles feniblables
raportées des Reflexions morales , comme
contenant tout le venin du Janfenifme,
Mais heureufement pour M.F Archevêque,
ce font des expreffions de l'Ecriture em-
ploiées par TEglife. Il ne fauroit donc
cftre Janfenifte qu'avec elle. Ce n'efl: pas
tout ; continuons la ledure de rordoniian-
ce. On demande à Dieu au S. Autel , non feu-
lement que les infidèles fuirent croire , mais
encore qu*ils reviennent effeJlivement de leurs
erreurs. Ce n'eji pas donc le feul pouvoir ^
mais encore l* effet .f que l'on demande. Dieu
affH , /■/ a ordonné .^ il a, préparé devant tous
les tems ces bienfaits de fa grâce ; // a aufji
connu ceux , à qui il les préparait par fm
éternelle mifericorde ^ ^ par un amour tout
gratuit. Enfcigner avec S. Auguftin la
grâce efficace & la predeftination gratui-
te , fans y faire entrer le mérite de nos œu-
vres ; s'attachera la dodrine de S. Au-
guflin ; ne vouloir pas fouffi-ir qu'on difo
qu'il ait excédé ; dire au contraire avec les
S. S. Papes Hormisdas & Celeftin , qu'il
71 a jamais été atteint du moindre foupç^m def-
avantageux , ^ que c^eft de lui , que l'on
doit apprendre .^principalement fur la grâce çjf
fur le libre arbitre .^le s Cent imens de l'Eglife
Romaine , c'eft a dire ceux de l'Eglife Ca-
Colique ; fans doute en fmt-il d'avantage ,
E pour
^"8 -4 Lettre d'^tm Théologien
pour eftre Janfenifle , auprès dejceux que
la doébine de S. Augutîin incommode ,
■parce qu'elle ruine entièrement leur nou-
velle Théologie?
C'cft le fort de Saint Auguftin , d'avoir
toujours eu pour ennemis desSophilks,
■plus inftruits dans Tart des paroles , que
dans la divine Théologie des Saintes Ecri-
tures ; des hommes , qui n'aiant pour prin-
cipes que leurs imaginations , ont meprifc
les dogmes confacrées par une longue &
vénérable tradition ; des politiques plus at-
tachés à contenter les hommes par des rai-
fons apparentes , qu'à les foûmettre au joug
iaîutaire de la foy.
Dés le vivant de ce faint Do6teur , un
Julien Taccuta d'eftre Manichéen, de dé-
truire le libre arbitre, pour élever la puif-
fance de la grâce , & d'introduire (bus le
nom depredeitination la fatale neceflité des
Stoïciens. Les defcendans de Pelage vou-
îoient que Dieu ne predeftina ks hommes,
qu'après avoir prevû leur foy & leurs
bonnes œuvres à venir , & traitoient la
doclrinc fur la predeftination de defefpe-
rante : ainfi ce n'eft pas d'aujourd'huy , que
l'ciïicace de la grâce toutepuilTante & le
choix gratuit des Elus font hérétiques dans
la bouche des ennemis de TEglife. Si vous
voulez, Monlieur, voir l'origine de ces ac-
cufations, lifés les deux lettres d€ Profper
<&d'Hilaire à S. Auguilin. Vous y trouvè-
res dans les objedions des Demipelagiens
contre S. AuguÛin tout ce qu'on reproche
enco-
m
S:ir le Pr'ohleme Eccle^uifllque f)p .
encore aujourd'huy en certain pais a ce"
S. DoclcLir. Mais achevons rhiftoire de
fes ennemis.
Au commencement de nôtre fîecle , une'
troupe de mauvais Théologiens, ecrivans
contre Luther & Cal vin,abandonnerent non
feulement ladcârine de S. Auguftin , mais .
ils ozerent écr;re , que fes opinions & cel-
les de S.Thomas , qui les avoit fuivies,.'
favorifoient les fentimens des hérétiques ,
qui nioient le libre arbitre. Voila donc le-
S. Dodeurde la grâce, S. Thomas avec
]uy& tous leurs dilciples, Calviniftcs ? à'
aufli bon titre &pour lam.ême raifon, qu- .
Julien avoit fait S. Augudin Manichéen 5c"
Stoïcien.
iVlais ces calomnies font trop ufées , &
à melure qu'il s'cleve des erreurs dans .
TEglife far la matière de la grâce , il faut '
qu'elles foient imputées par des calomnia-
teurs ignorans, à ceux qui défendent ]x\
do61:rinedc S. Auguilm. Perfonnc aujour- '.
d'huy n'en fera profelTion , qu'il ne foit
Janfenifte. Les Conciles & les Papes ont
en vain canoniféjufques aux paroles de S.
Augufiin, dont ils ont forme les dogmes
de la foy far la matière de la grâce : les
Demipelagicns trouvent des difcîples dans>
tous lesfiecies, &ils en auront jufques à.
la fin du monde , parmi les hommes qui
préféreront des nouveautés profanes, quand
elles flatent la raifon, à la vénérable an-
tiquité de l'Egiife , qui ne s'acommode pas
à leurs courtes lumières.
E z C'eft:
loo 4. Lettre d* un Théologien
C'efl donc afTés pour faire M. TArchc-
véque Janfenifte , qu'il ait fuivi dans fon
ordonnance les fentimens de S. Auguftin ,
c'efl: à dire qu'il ait parlé comme rÉglife.
Il fuffit qu*il ait eu la hardicfle d'y exhor-
ter à r amour de Dieu , de dire que le corn-
mencement de cet amour ouvre les cœurs à
la converjion'y que par lapratique de l'amour
de Dieu toute la faujje morale s* evamùit , <ff
tfu^il ïiy en a foint de plus pernicieufe , que
celle p.ar ou on tache de décharger de Pabliga-
tion d^ aimer Dieu.
Quand M. l'Archevêque de Paris auroit
parié de la grâce comme Molina , voici
un vouvel attentat , qui tout feul le feroit
hérétique. Ceux qui veulent former des
Chrétiens & des faints , fans leur faire con-
noître ni pratiquer la charité i ceux qui , au
lieu des règles de l'Ecriture Sainte & des
Pères, ne donnent que des décidons fon-
dées fur des fubtilités metaphifiques , ne
fouffriront pas cet attentat d'un Archevê-
que. C'eftaflés d'avoir nommé une fois
Il faulTe morale & recommandé l'amour de
Dieu, comme la fource, d*ou toutes nos
lumières doivent eflre prifes , pour devenir
Janfenifle.
Un Prélat fera régulier en tout , attaché
à fon devoir , charitable , modéré , la for-
me de fon troupeau , s'il attaque ou s'il
nomme même une fois en paffint la
faufle morale, il elc frement Janfenifte,
& acquiert aujourd'huy par la daua le mon-
de UKe réputation capable de gâter les me il'
Uurei
Sur le Problème ^cclefiajiique loi
îeurei chofes. Combien de grands Prélats
voions nous depuis \)çxigatés de cette forte,
& dont la réputation eft entièrement pcr-
diie, fî on en veut croire certains gens , pour
avoir ofé parler de la faufle morale ? Com-
bien de prédicateurs & de bons prelbes
fans réputation , félon leurs idées , pour
l'avoir attaquée & pour avoir voulu inftruirc
les Chrétiens des faintes règles de l'amour
de Dieu ; qui doute que tous ces gens la ne
foient Janfeniftes >
Mais croiriés vous Monfîeur , qu'il y eut
encore un plus grand crime , que ceux que
je viens de vous découvrir dans l'ordon-
nance de M. de Paris , plus grand que de
parler de la grâce & de la predeftination
comme S. Aug. plus grand que d'exhorter
à l'amour de Dieu & de nommer la fauffe
morale. Auffi ce que je m'en vais vous
faire voir dans l'ordonnance de Mr. TAr-
chevêque de Paris , eft la plus grande de fe$
herefies. C'eft d'avoir pris nôtre S. Perc
le Pape pour modèle , & d'avoir recom-
mandé après fa Sainteté qu'on nefeferveplm
de cette ace uf aï ion n^ague O* odieufe dujanfs-
nifme , pour décrier perfonne , a moins qu'il
ne [oit convaincu d'' avoir enseigné de vive
voix ou par écrit quelqu'une des propojitions
condamnées. Etrange & nouveau crime dans
unEvêque de s'oppofcr à la calon:iie, Se
de demander des preuves , quand il s'agit
d'une accufation d'herefie contre des Ec-
clefiaftiques , qui fervent utilement l'Eghfe.
Ce grand crime de M. TArchcvêque eft
E 3 de
I02 4. Lettre d' un Theologkn
de m vouloir pas fo^iffrir que des gens fam
autorité aujjî bien qy.e fans charité , s^iï^ge-
re?2t de juger de la foy de leurs frères , ^ de
donner atteinte à leur réfutation fur de lé-
gers fonpçons : de faire tous fes efforts pour
arrêter l'inquiétude des efpriti remuans , qui
pouroient troubler le repos de l'Eghfe , en al-
térant fa paix par la divijion de fes mini-
Jires. Voila, Monfieur, le péché à la mort,
qui ne fe pardonne j oint. Voila le pur
Janfenifme; ne Talions pas chercher plus
loin. C'eft d'ôter au faifeur de Problème,
&. à tous ceux qui luy reflcmblent , leur
unique rellource ; en leur deîfendant de di-
re , que tout homme qui n'cfl: pas de leur
fentiment , eft Janfeniiîe ; & par une accu-
fation fans preuve» de luy fermer la porte
aux bénéfices & à tout emploi Eccleliafti-
que. Aflurement cet attentat de M. l'Ar-'
chevéque de Paris eil horrible , & quoiqu'il
n'ait fait que copier dans cette defenfe le
brefduS. Fape Innocent XII. aux Eglifes
des Paysbas , il eft hérétique Se convaincu
d'une doârine abominable ^ impie , le plus
déclaré ]a72fenifle qui ait jamais été. Ce font,
comme vous favés, les conclulions que Pou
tire dans lefcandakux Problème, de l'or-"
donnance de iVd. l'Archevêque. Ne fuivent
elles pas bien naturellement de ce que je
vous en ay raporté ?
Voila enfin, Moniieur,la caufe vifible,
qui fait M. de Paris Janfenifte ; l'appro-
bation des Reflexions morales n'en e(t.
que le prétexte. La feule & véritable caufe
cil
Sur le Prohlen7e Eccleftaflique I05
Tcft une haine injufte , de ce qu'en condam-
nant tous ceux qui s'oppoferoient , foit en
lecret foit en public , aux conftitutions A-
pofloliques d'Innocent X. & d'Alexandre
VII. il a crû également necelTaire de re-
primer par cette ordonnance les ennemis
■cachés de la dodrine de Saint Auguftin
(lir la grâce , tant de fois confacrée par
l'Eglife Romaine , & adoptée par tant
d'adtes folemnelsdes Souverains Pontifes,
depuis S. Innocent L Jufques à Innocent
Xil. qui gouverne aujourd'huy li fainte-
ment l'Egliië. Ç'eft l'approbation & la
confirmation autentique de la do6lrinede
ce Père , li folidement etabhe dans l'ordon-
nance du 20 Aoufl: 1699. ^ui ^ foalevé
Tauteur du fcandaieux Problème. Il n'afait
que prêiier fa piume aux ennemis de S. Au-
gultm ; '& l'attaque des Réflexions morales
lur l'Evangile, n'en eil que le prétexte. Je
m'alîùre que vous le voies à prelent aulïï
clairement que moy.
Vous n'avés pour cela qu'à vousfouve-
nir, que ces Réflexions ont été imprimées
à Pans aux yeux de feu M.. l'Archevêque,
15 ou 16 ans avant que M. de Paris les
approuvai-. Qu'elles ont été lues , veuës , re-
ceués par tous les habiles gens de France,
fans que peifonne , pendant tout ce tems la,
lésait accufées de Janlènifme; quiauroit
empêché de le faire alors ^
liiais ce n'cil, dires vous, qu'un argument
négatif? Je vous en ai donné d'alîirmatifs.
Vous avés vu lùr chaqueuiiedescijiq pro-
È 4 poli-
104 4* Lettre d'un Théologien
pofitions une très grande quantité de ces ré-
flexions , qui enfeignoient fort nettement le
contraire. Je vous ai montré que toutes
celles qui eftoient extraites dans le Problè-
me comme Janfeniftesj étoient entièrement
ortodoxes, & prefque toutes compofées des
paroles des S. S. P. P. Auffi ni à Chaalons ,
ni à Paris jufques au 2o. aouft. 1696. on
ne s'eft point avifé de dire que l'approba-
teur de ces Reflexions fût Janfenilk.
Si M. l'Archevêque de Paris n'avoit pas
fait alors fon ordonnance contre le livre
de l" Expojitton de la foy ^ onnel'auroitpas
calomnié.
Ce n'eft donc que cette ordonnance, dans
laquelle il condamne le Janfenisme , qui Ta
fait Janfenifte. Pourquoi auffi s'eft il avifé,
après ravoir condamné , d*y établir la doc-
trine de S. Auguftin fur lagrace , fur la pre-
deftination & fur la neccmté de l'amour de
Dieu ? pourquoi y parler de la fauffe morale
& s'oppofer aux calomnies de ceux qui n'ont
pour toute fcicnce & pour tout mérite , que
d'accufer dejanfenifme,ceux qui ne veulent
pas leur laifler gouverner l'Eglife à leur mo-
de? la féconde partie de l'ordonnance deM.
4*Archevêqucfaktout fon crime, toutes fes
herefies&tout fon Janfenifme. Empêchés
l'ous donc de loiier cette favante ordonnan-
cée, qui a été admirée dans toute l'Europe: li-
fés,Monfieur,aprés cela tant qu'il vous plai-
ra les Reflexions morales fur l'Evangile.
Ce n'eft pas à elles a qui Ton en veut. Je
fuis &c*
4. Novembre. 1699.
Approbatio Rcverendî admodum
Patris , 6c Eximii in facrâ Théo-
gia Do<ax)ris 6c Magillri , R. Pa-
tris Francifci Janlîens Elinga,Pro-
vincialis Provincix Germanix in*
ferioris Ordinis Fratrum Pra:dica-
t or 11 m 5 ôc Mifîionum ejusdem Or-
dinis in Confederati Belgii Pro*»
vinciis Pr^feéti Apoflolici.
LEgi hafce quatuor Epiftohs, quarum
titulusj Lettres d'un "théologien à un der
fes amis , à Ncafion du P-rohleme Ecclejiafti-
que addrejfé à Monjieur l'Abbé Boileau^ iis-
que examinatis ac ponderatis , licuit mirari
audacem temeritatem Authoris Problema-
tiS) Illuftrifsimum ac Reverendifsimum Do-
minum Archiepifcopum Parifienfern infr-
inulantis hserefis & JanfeniTmi quoad quin-
que famofas propofiriones damnâtes , ob
approbatas ab eodcm Domino Archiepif-
copo Refîexiones qiiafdam morales fuper no-
vum Teftamencum , dudum Pariiiis Gailicè
imprelTum» Enimveiô Re fiexiones ifiae mo«
raies ad invicem collatœ , & prout una ex-
plicatur pcr alias , tantumu âlp^^'^ "^ aliquam,
iftarum quinque Propolîtionum conrineant?
imo vel oieanc , quod ex oppofîro ( proue
referuntur in iifdem Epiftohs • cjûm etrali*
ter iif dem opponantur? fiprque plane^con-
fbrrt^erdôdtnna? & phrafi praeclarifsimorum
Ecclefise DoCtorum SS, ÂP!guflini ^ rho-
m<e ,, eoruiîiicmquc omniuin Difcipulorum,
Hinc
Bine merito Problema ifiud tanquam meii-
dax 5 & prsefato llluftniîimoac Revcrendis-
fimo Domino Archiepifcopo coiitumelio.
fum âc injuiiofumî fupremi Parlamenti Regii
I3ecreco in publicam combuftionem datum
ac condemnatum fuit : qno contigit fidem
illius Pioblcmatis non folum in fumum abi-
viiïe , fed ipfam quoque approbationem II-
luftiillîmi ac ReverendiTsimi Domini Ar-
chiepifcopi , ac iftas Refiexiones morales eo
réagis doétiinîB fanis vifas efîe , & tan-
quam. auium quod per ignem probatur. Ita
ceiifebam Brugis Flandrorum in Conventu
f i atrLjmFiu^dicatorum;Die z6 Martii 1700.
Franciscus Janssens Elinga,
S. iheol. Doâor , Provincialis
Provincicc Germanice wfcrioris^
Ûrdinis F. F. Prcedicatorum , ^
MiJJianu?n ejusdem Ordims m
Coftfcederati Belgii Provwciis
APPROBATION.
J'ay lu ces Quatre Lettres d'un
'Théologien a un de fes amis,
ôc n'ayant rien trouvé qu'uf
ne doftrine folide ^ Se une expli-
cation tres-claire du miftere delà
Grâce de Jefus Chrift , confor-
me aux fentimens desSS. Augu-
ûin.&c Thomas, avec une parfait-
te juftification de Monfeigneur
l'Archevêque de Paris contre le
Problème calomnieux y je juge
qu'elles feront utilement publi-
ées. Donné à Anvers le 1 8 . Mars
1700.
^4. Eyben Chànoiru The§L
de U CAthedrale à^ Anvsrsy
Cenfenr des Livres,
Judicium Domini Theodori
de Cock Sacras Theolo-
gix Dodoris.
LIbellus, cuitituluSj Lettres
d'un Théologien à un defes a^
mis a toccafion du Problème Ecck^
/îajlique adrejfé à Monfieur l'Ab^
bé Boileau > rc verenter , docte,
& orthodoxe Illuftriffimum ac
Reverendiflîmum Oominum Ar-
chiepifcopum Parifienfem ab
impaftâ calumnià Janfenifmitu-i
etur. Ita judico Lugduni Bâta*
vorum Die 19. Martii 1700,
THEoi>oRTrs de Cock,.
Sacra Theologia Do&or , Vro^
totiotarius Afojlolicus , itP
HolUndiâ MiJJionarius .
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