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Full text of "Lettres philosophiques. Éd. critique avec une introd. et un commentaire par Gustave Lanson"

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PROFESSORJ.S.WILL 




SOCIÉTÉ DES TEXTES FRANÇAIS MODERNES 

VOLTAIRE 

LETTRES 

PHILOSOPHIQUES 

ÉDITION CRITIQUE 
AVEC UNE INTRODUCTION ET UN COMMENTAIRE 

PAR 

GUSTAVE LANSON 

TOME I. 




PARIS 

SOCIÉTÉ NOUVELLE DE LIBRAIRIE ET d'ÉDITIOM 
(anc'^ rue cujas) 

EDOUARD CORNÉLY ET C"«, ÉDITEURS 

lOI, RUE DE VAUGIRARD, lOI 
1909 



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LETTRES PHILOSOPHIQUES 



MAÇON, PKOrAT FRLKES, IMI'Rl.MJ^UKs . 



SOCIÉTÉ DES TEXTES FRANÇAIS MODERNES 



VOLTAIRE 



LETTRES 

PHILOSOPHIQUES 

ÉDITION CRITIQUE 
AVEC UNE INTRODUCTION ET UN COMMENTAIRE 



GUSTAVE LANSON 

TOME I. 




PARIS 

SOCIÉTÉ NOUVELLE DE LIBRAIRIE ET d'ÉDITION 
(anc'^ rue cujas) 

EDOUARD CORNÉLY ET C«, ÉDITEURS 

lOI, RUE DE VAUGIBARD, lOI 
1909 






If 



çb r a i? 

AUG13 1962 



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JOSSS/. 



A MONSIEUR EUGENE RITTER 

PROFESSEUR HON'ORAIRE 

d'histoire de la LANGUE FRANÇAISE 

ANCIEN DOYEN 

LA FACULTÉ DES LETTRES ET DES SCIENCES SOCIALES 

DE l'université DE GENÈVE 



qui, par ses travaux sur Voltaire et J.-J. Rousseau, a démontré la 
nécessité d'une révision critique des textes littéraires du xviii"' siècle 
et a donné des modèles excellents de méthode. 



INTRODUCTION 



Quiconque travaille sur Voltaire doit avouer une dette, une 
forte dette envers Beuchot et Bengesco. En me reconnaissant 
leur débiteur, je dois dire pourquoi j'ai entrepris après eux de 
réimprimer les Lettres philosophiques. 

Dans son admirable édition des Œuvres complètes de Voltaire 
qui n'a pas encore été surpassée', Beuchot a offert un certain 
nombre de variantes recueillies dans les diverses impressions des 
Lettres philosophiques. Mais il conserva le texte des éditeurs de 
Kehl qui est devenu la Vulgate de Voltaire. De plus son dépouil- 
lement n'a été ni méthodique ni complet, ni partout exact. Il 
n'a pas vu nettement l'existence de deux textes de 1734 qui ont 
engendré deux traditions distinctes. Il n'a pas vu l'importance 
de;s éditions de 1742 Genève, 175 1 Paris, 1770 Genève. Il n'a 
pas distingué 1742 Amsterdam de 1742 Genève, qui seul importe. 
Il a omis de recueillir des morceaux importants de 1742 et 
1751. 

Bengesco, dans sa petite édition % est bien revenu au texte de 
1734, à celui de Jore. Mais il n'a pas indiqué qu'il y en eût un 
autre de la même date, et il n'a pas enregistré le développement 
et les changements de ce texte. Dans sa Bibliographie^, il n'a éclairé 
presque aucun des points que je viens de signaler comme ayant 
échappé à Beuchot. 

1. Excepté, bien entendu, pour la Correspondance, qu'il faut prendre 
actuellement dans l'édition Moland. 

2. Œuvres choisies de Voltaire, t. X, 1892, in-i2(Nouv. Bibl. classique 
des éditions Jouaust). 

3. T. II et t. IV. 



VIII INTRODUCTION 

Il m'a paru utile de donner une édition critique des Lettres 
Philosophiques, une édition qui fût non seulement la première 
édition critique de cet ouvrage, mais la première aussi, à ce que 
je crois, d'un écrit de Voltaire, et qui inaugurât une série de 
travaux qu'il serait vraiment temps de commencer ". 



I 



Il n'y a pas de manuscrit des Lettres philosophiques si ce n'est 
pour la première rédaction de la lettre XIII (Voyez l'Appen- 
dice I à cette lettre). Des copies manuscrites de l'ouvrage avaient 
été données à diverses personnes, à Richelieu, à Bolingbroke, 
à lord Bathurst ^ Il y en avait eu un certain nombre en circu- 
lation, authentiques ou frauduleuses'. Je n'ai pu retrouver aucune 
de ces copies. 

La première question qui se pose, en l'absence de manuscrits, 
est le choix de l'édition dont il faut prendre le texte pour base. 

Sera-ce l'édition de KchlPElle est sans autorité. Il ne semble 
pas qu'elle ait été faite, pour les Lettres philosophiques, sur un 
manuscrit d'auteur, ni sur une édition corrigée et contenant un 
état définitif du texte. Je dirai plus loin comment on peut croire 
qu'elle a été faite, par des collations hâtives et insuffisantes. 
Elle présente, avec beaucoup de menues leçons fiiutives, des 
retouches de l'éditeur, dont l'une au moins fait un éclatant non- 
sens *. 

D'ailleurs l'édition de Kehl ne donne pas les Lettres philoso- 
phiques, mais des morceaux épars dans le Dictionnaire philoso- 
phique et dixns les Mélanges littéraires, qui ne font pas un tout. 
Ce n'est pas dans cet état de dissémination qu'il faut prendre l'ou- 
vrage de Voltaire, avec tous les petits arrangements que l'opé- 



1. Pendant que ce volume s'imprimait, M. André .Morize, ancien 
élève de l'Ecole Normale, agrégé des Lettres, a publié dans la Revue de 
Philologie frniiciiise {t. XXII, pp. 41 et i6i) un texte critique du Mondain. 

2. Ed. Moland, t. XXXIII, p. 326 ; 24 février 1755. 

j. « Il y a longtemps que ces lettres sont connues en manuscrit. •> 
(Mercure, juin 1753.) 

4. Lettre XVIII, ligne 98. 



INTRODUCTION IX 

ration a nécessités, et ampute de plusieurs lettres qui ne se 
retrouvent nulle part (XV, XVI et début de XVII). 

Les mêmes raisons valent pour écarter toutes les éditions des 
Œuvres complètes de Voltaire depuis l'éd.de 1738-59 (no 2120 de 
Bengesco) jusqu'à l'édition encadrée de 1775. Il y manque la 
lettre XXIII, et de plus dans les éditions de 1756 à 1775 les lettres 
XV et XVI; dans celle de 1752, le début delà lettre XVII. 

Mais cette dispersion, ces retranchements, n'ont-ils pas été voulus 
par l'auteur? S'il a foit de son plein gré des changements dans 
•son texte, il est certain que c'est malgré lui qu'il en a détruit l'or- 
donnance première. L'arrêt du Parlement de 1734 l'a contraint 
à faire disparaître le titre dangereux de Lettres philosophiques, et 
.1 noyer les fragments de l'œuvre condamnée dans la masse de 
ses écrits. 

Nous voici donc conduits aux éditions séparées. Prendra- 
t-on la dernière, celle de Desbordes 1739 ? Rien n'indique que 
Voltaire y ait eu part. C'est un médiocre dérivé de l'édition de 
Basle (Londres) 1754. 

Donc la seule méthode est de revenir au texte de 1734, 
«ncore que Voltaire n'en fût pas très content '. Mais ici nouvel 
embarras. Ce texte de 1734, où le prendre ? Car il y a cinq 
éditions de 1734% et on les sépare aisément en deux groupes 
irréductibles. 

A. Une édition : Lettres écrites sur les Anglois et autres sujets 
par M. D. F***. A Basle, in-80, 1734. C'est l'édition de 
Londres, l'édition de Thieriot. 

B. Qiiatre éditions, trois d'Amsterdam, une de Rouen, inti- 
tulées Lettres philosophiques par M. de V***. C'est l'édition de 
Jore et ses contrefaçons. 

Ces deux groupes présentent deux états différents du texte. 
Les différences sont nombreuses et caractéristiques 3. Dans la 
quatrième lettre, le groupe B doime un paragraphe qui n'est pas 



1. Lettre à. César de Missy (Moland, XXXVI, 84). Il se dit plus satis- 
fait du texte de 1758-59 (i" édition dispersée). 

2. Bengesco, t. II, p. 9-21. 

5. Voyez 1. I, lignes 9, 45, 47, 55, 85, 104, 154. 



X INTRODUCTION 

dans A '. De plus A imprime François, Angîois, tandis que B 
donne Fratiçais, Anglais. 

Les deux textes sont authentiques. Voltaire a donné un 
manuscrit à Thieriot, un autre à Jore. Il a envoyé des corrections 
à Thieriot et à Jore. Comment décider ? 

Le texte de Jore doit être préféré. En voici les raisons. 

10 Voltaire a corrigé les épreuves de Jore ; il n'a pas suivi l'im- 
pression de Londres, il s'est plaint de la négligence de Thieriot*. 

2° Nous ne pouvons dire exactement ce que Thieriot a mis 
du sien dans l'édition de Basle (Londres). 11 a certainement pris 
sur lui de faire certaines corrections. On ne saurait concevoir 
(let. I, lig. 9) que Voltaire, ayant écnifallay le chercher, cor- 
rige en je fus sur l'épreuve de Jore : on s'explique plus aisé- 
ment que Thieriot, Usant je fus dans le manuscrit, imprime 
fallay par un scrupule de puriste. 

La traduction anglaise, faite sur la copie envoyée à Thieriot, 
peut nous aider à découvrir quelques-unes de ces interventions 
amicales. Elle s'accorde naturellement d'ordinaire avec l'édition 
de Basle (Londres) contre Jore : mais parfois aussi elle s'accorde 
contre elle avec Jore. Et dans ce dernier cas, il faut bien supposer 
que Thieriot a corrigé, en l'éditant, la copie qu'il avait reçue. 

Dans la lettre VII (lig. 48-49), l'édition de Basle (Londres) 
porte : « Je crois... qu'il valoit mieux être Primat orthodoxe d'An- 
gleterre que curé arien. » Ni la traduction anglaise, ni Jore, ne 
donnent le mot orthodoxe : donc le mot manquait dans les deux 
manuscrits et a été suppléé par Thieriot. 

Jore (lettre XIII, lig. 42) : « Saint Bernard, selon Vaveu du 
Père Mabillon, enseigna... » Trad. anglaise : w... as Father 
'MahiWon confesses ». Thieriot, dans l'édition de Basle (Londres), 
imprime « selon Wwis », coquille plutôt que correction. Mais 
l'accord de l'anglais et de Jore décèle la leçon vraie de Voltaire. 

Jore (lettre XIV, lig. 156) : «... Roman... vraisemblable 
pour les ignorants. » Trad. angl. : «... fit to amuse the igno- 
rant. » Basle (Londres) : «... pour ]es philosophes du même temps. « 



1. P. 41-42. 

2. Lettre du 5 août 1735 (t. XXXIII, p. 371). 



INTRODUCTION XI 

Jore et la traduction anglaise s'accordent encore (1. XVIII, 
lig. 37), sur l'expression « l'âge d'or des beaux arts », où 
Thieriot n'imprime que « l'âge des beaux arts ». Simple coquille 
encore peut-être. 

Jore(l.XXII, lig. 114) : «C'est une débauchée, une adultère, 
une homicide. «Trad. angl. : « ... A prostitute, an Adulteress, 
a Murtherer. » Thieriot supprime deux fois le mot une. 

Jore et l'anglais s'accordent (1. XXIII, lig. 112) sur la leçon 
sévères, que Thieriot remplace par sincères. 

Jore et l'anglais (1. XXIV, lig. 67) s'accordent à nommer 
Perrin parmi les premiers académiciens : Thieriot corrige l'erreur 
de Voltaire '. 

Bévues ou retouches, dans tous ces cas l'édition de Basle 
(Londres) s'écarte des leçons authentiques. 

30 L'intérêt et l'importance des Lettres philosophiques viennent 
de leur rôle dans l'histoire des idées : elles furent une oeuvre de 
combat. Il faut donc les prendre dans le texte qui choqua le 
pouvoir, qui fut condamné, c'est-à-dire dans l'édition de Jore et 
ses contrefaçons. 

40 L'édition de Basle (Londres) n'a pas les Remarques sur 
Pascal. Or elles contribuèrent beaucoup à l'effet du livre, à sa 
condamnation. On ne saurait donc choisir un texte qui les 
exclut. D'ailleurs la volonté de Voltaire était de les faire 
entrer dans l'édition de Thieriot : celui-ci n'obéit pas, et par 
suite sa publication n'est pas conforme à la pensée de l'auteur *. 

Ce point acquis, quelle édition choisir dans le groupe B? 
Celle qui se présente le mieux, la plus correcte typographique- 
ment, la mieux ponctuée, la mieux distribuée par alinéas, est 
l'édition donnée « à Amsterdam, chez E. Lucas, au Livre d'or », 
in-80, 124 -f 56 pages. Sans valoir pour la netteté l'édition de 
Basle (Londres), elle est supérieure aux trois autres du groupe B. 

Mais cette considération est secondaire. Entre les quatre édi- 
tions du groupe B les différences sont minimes, et comme trois 
sont des contrefaçons d'un original authentique, ces différences 



1. Voyez encore lettre XVI, ligne 42. 

2. T. XXXIII, p. 359-360. 



XII INTRODUCTION' 

■>ont des bévues ou des corrections d'imprimeur. Une seule édi- 
tion a donc autorité, celle qui est l'original du groupe, c'est-à- 
dire l'édition rouennaise de Jore. Reste à la reconnaître. 

Beuchot et Bengesco l'ont reconnue dans l'édition publiée 
sous la rubrique « à Amsterdam, chez E. Lucas, au Livre 
d'or », 1734, in-i2, 387 pages '. On peut soutenir leurs preuves 
de quelques indices. 

L'hésitation n'est permise qu'entre l'édition in-12, en 
3<S7 pages où le mot Fin se lit avant les Remarques sur Pascal, 
et l'édition in-8° en 124 — S^ p-, où les Renuirques sont pagi- 
nées à part. Ce point acquis, l'édition en 387 p. donne avec 
l'édition de Basle (Londres) dans la lettre I, lig. 95 : « Il ne 
faut point 5'flZ'w/- de dire... » L'édition en 124 p. porte : « Il 
ne faut pas dire... » L'édition en 387 p. et l'édition de Basle 
(Londres) donnent dans la lettre IV, lig. 151 : « dou-^e mille 
pièces d'or », que l'éd. en 124 p. remplace par 1200. L'édition 
en 587 p. et l'édition de Basle (Londres) donnent (1. VIII, 
''g- 73)- " L'idole du pouvoir despotique », l'édition en 124 
p. porte : « l'idole despotique ». 

On peut se souvenir aussi que Voltaire fit faire des cartons 
au texte de Jore % et qu'il indiquait en particulier com.me en 
exigeant un certaine phrase de la lettre XII (lig. 35-36). Or 
précisément les pages 107-108 de l'édition en 387 pages qui 
contiennent cette phrase, sont cartonnées, ainsi que les pages 
251-232, 233-234, 247-248, 253-254 et 271-272. L'édition en 
124 -f 56 (57) pages, au contraire, n'a pas de cartons. C'en 
estasse?, pour montrer que l'édition en 587 pages est l'original, 
contenant les leçons primitives de l'auteur. 

Elle donne le texte qui fut revu sur épreuves par Voltaire : 
c'est celui-là que je réimprime. 

I. Bengesco.t. II,p. 16-17 ; Beuchot, d.ms Moland.t. XXII, pp. 7^-82. 
• 2. Lettre à Cidcville, 3 juillet 1733 ; t. X.X.XIIl, p. 256. 



INTRODUCTION XUl 



II 

Je nie suis proposa de donner les variantes des éditions ultc- 
rieures de façon qu'on pût suivre le développement et les 
modifications du texte. Je n'ai point fait un dépouillement 
complet de toutes les éditions : il eût noyé les changements 
intéressants dans une multitude de variantes insignifiantes, mais 
surtout les corrections authentiques dans une multitude d'alté- 
rations sans autorité. Un bon nombre, eu eff"et, des réim- 
pressions du texte se sont faites sans la participation de Vol- 
taire ; et les variantes qu'elles off'rent sont des négligences ou 
des retouches des éditeurs. Or il n'y a que les changements 
faits par Voltaire, voulus par lui, qui ont de l'intérêt. 

Voilà donc écartées toutes les contrefaçons de 1734. Je ne 
retiens que l'édition de Thieriot (Basle-Londres) avec celle de 
Jore (387 p.) : elles fournissent les origines des deux traditions 
du texte. 

De 1735 à 1739, aucune des éditions séparées que signale 
Bengesco ', ne porte trace d'une correction d'auteur. Les édi- 
tions de Londres et d'Amsterdam-Desbordes ^ reproduisent le 
texte de Thieriot ; celles de Rouen sont des copies de Jore. On 
pourrait les éliminer. Je retiens pourtant les deux éditions de 
Desbordes 1735 et 1739 comme ayant principalement assuré la 
transmission du texte qui servit de base à la vulgate. 

En 1738-39 l'édition des Œuvres de M. de Voltaire, Amsterdam , 
Et. Ledet et C's, 4 vol. in-S", inaugure le morcellement et la 
dissémination des Lettres anglaises. Que faut-il garder, pour 
notre travail, des 60 éditions d'Œuvres complètes enregistrées par 
Bengesco (t. IV, nos 2 120-2 179), 



1. T. II, p. ig. 

2. Celle aussi sans doute de Ledet signalée par Bengesco (II, 19, 
note 2) d'après le catalogue Paulin Paris, et celle de Francfort-sur-le 
Mein signalée par M. E. Kitter (Zcitschrift fur d. fr. Spr.u. Lit., t. XIV, 
p. 212). Le titre, les feuillets de table montrent que cette dernière 
appartient au groupe des dérivés de l'édition de Londres: mais elle con- 
tient vingt-six lettres ; on a donc repris au groupe B les Remarques 
sur Pascal. 



XIV INTRODUCTIOX 

D'abord je me suis arrêté à rédition de Kehl. Seules les édi- 
tions faites du vivant de l'auteur sont pour nous intéressantes : 
j'y ajoute celle de Kehl qui a établi la vulgate, et qu'on n'a 
pas le droit de considérer a priori comme sans autorité. 

Des 22 numéros (2120-2141) donnés par Bengesco jusqu'à 
l'édition de Kehl, je retranche le n" 2 121 (Amsterdam, Des- 
bordes, 1739) où le libraire a simplement inséré dans son 
tome III, la dernière des éditions séparées, donnée par lui- 
même la même année. J'élimine les nos 2128 (Amster- 
dam, 1748), 2130 (Londres, 1750-1752), 2138 (Lausanne, 
1770 et suiv.), 2139 (Genève, 1771-1777), dont Beuchot et 
Bengesco n'ont vu que des exemplaires incomplets et qui ne 
me fournissaient pas les Lettres philosophiques : éditions d'ail- 
leurs de contrebande et faites sans la participation de Voltaire. 

Restent 17 éditions. J'écarte les nos 2122, 2123, 2124, 2126, 
quatre éditions d'Amsterdam qui ne sont que des contrefaçons 
ou des réimpressions du no 2120 (Amsterdam, Ledet, 1738-59); 
les nos 2134 (Genève, Cramer, 1757) et 2135 (Paris, Lam'oert, 
1757) qui répètent le texte du no 2 1 3 3 (Genève, Cramer, 1756 ' ; 
enfin le no 2136 (Amsterdam, 1764), édition historiquement 
fort curieuse, selon Bengesco , mais sans intérêt philologique 
pour les Lettres anglaises ; car, après toutes les nouveautés des 
éditions de 1742, 1748, 1752, 1756, elle s'en tient au texte du 
no 2 1 20 (Ledet, 1738-39). 

Ce sont donc encore 7 éditions qui s'éliminent. Il en reste 
dix auxquelles s'ajoutent quatre éditions séparées (deux de 1734, 
une de 1735, une de 1739), une édition de Cramer 1770, que 
Bengesco ' ne distingue pas par un chiBVe spécial, n'y voyant 
à tort qu'une réimpression de 1756, et l'édition de Kelil. 

Voici le tableau des 16 éditions collationnées dont on trou- 
vera ici les variantes, avec l'indication des abréviations qui les 
désigneront. Pour la commodité du lecteur, j'ai préféré à des 
lettres, A, B, C, etc., les deux derniers chiffres de la date du 
volume : on saura ainsi toujours à quelle édition on a aflfaire. 

1. J'cc.irte aussi la réimpression de l'éd. de 1756 foite par Cramer eu 
1764, signalée, mais non chiffrée à part par Bengesco (t. IV, p. 60). 

2. T. IV, p. 60-61. 



INTRODUCTION XV 

N°' de Abréviations 

Bengesco adoptées 

dans cette 
édition 

1° 1558. Lettres philosophiciues par M. de V***, a 
Amsterdam, CHEZ E. Lucas, au Livre d'or 
(Rouen, Jore), 1734, in-12, 387 p ^4 

2° (1558). Lettres écrites de Londres sur les An- 

GLOIS et autres SUJETS PAR M. D. V***, A 

Basle (Londres), 1734, in-80, 228 p., avec 

une Table des -principales matières _?^* 

(3" i5s8). Lettres écrites de Londres sur les An- 

GLOIS ET AUTRES SUJETS SUIVANT LA COPIE 

IMPRIMÉE A Londres, Amsterdam, Des- 
bordes, 173s, in-8° SS 

40(1558) Même titre, Amsterdam, Desbordes, 1739, 
et in-80 (édition séparée figurant au t. III de 
212 1. l'édition des Œuvres de Voltaire en trois vo- 
lumes, Amsterdam, 1739) i9 

50 2120. Œuvres de M. de Voltaire, nouvelle édi- 
tion..., Amsterdam, Et. Ledet et €'<-% 
1738-39, 4 vol. in-80, t. IV, Mélanges de 
littérature et de philosophie (1739)' 39* 

60 2125. Œuvres mêlées de M. de Voltaire, nou- 
velle édition... Genève, Bousquet, 
1742, 5 vol. in-12, tome IV 42'^ 

70 2127. Œuvres diverses DE M . de Voltaire. Nou- 
velle édition... Londres (Trévoux), Jean 
Nourse, 1746, 6 v. in-12, t. IV, Mélanges 
de littérature et de philosophie 46 

80 2129. Œuvres de M. de Voltaire. Nouvelle édi- 
tion... Dresde,George Conrad Walther, 



1. Je choisis ici un exposant qui représente le tome contenant les 
Lettres anglaises, pour rappeler constamment que c'est ici la i" édition 
des Œuvres complètes qui contienne l'ouvrage, et la i" aussi où il soit 
défait et dispersé. 

2. 42^, avec un exposant, pour reserver le chiffre 42 à l'édition anté- 
rieure d'Amsterdam, que j'aurai besoin parfois de citer. Cf. plus loin, 

p. XVIII. 



XVI INTROUL'CTION 

1748, 8 vol. in-80, t. II, Mélanges Je litléra- 

titre et de philosophie iS 

90 21 51. Œuvres de M. de Voltaire. Nouvelle édi- 
tion, s. 1. (Paris, Lambert), 175 1, 11 vol. 
pet. in-80, t. XI, Mélanges de littérature et de 
philosophie )i 

iQo 2152. Œuvres de M. de Voltaire. Nouvelle édi- 
tion. ..Dresde,George Conrad Walther, 
1752, 7 vol. in-!2, t. II, Chapitres de litté- 
rature, d'histoire et de philosophie S- 

11° 2135. Collection complète des œuvres de M. de 
voltaire, première édition, s. 1. (Genève, 
Cramer), 1756, 17 vol. in-80, t. l\l, Mélanges 
de philosophie avec des figures (Remarques sur les 
Pensées de M. Pascal), et t. IV, Mélanges de litté- 
rature, d'histoire et de philosophie /^ 

120(2133). Réimpression ' de l'édition précédente, 1770, 

t. III et IV 70 

130 2137. Collection complète des œuvres de M. de 
Voltaire, Genève, Cramer, et Paris, 
Bastien, 1768 et années suivantes, 45 vol. 
in-40, t. XIII et XIV », I et 2 des Mélanges 
philosophiques, littéraires, historiques, etc., 
1771. (Aut. XIII, les Remarques sur les Pen- 
sées de Pascal; au t. XIV, les autres Lettres 
dans les Mélanges de littérature, d'histoire et 
de philosophie ji 

140 2140. Œuvres de M. deV***, Neufchatel, Paris, 
P.'^NCKOUCKE, 34 vol. in-80 et m- 12. Mélanges 
philosophiques, littéraires, historiques, t. V. 
Bengesco donne la date 1772-1773, d'après 
l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale. 



1. Réimpression nécess.iire à considérer, comme intermédiaire cntic 
j6 et 71. 

2. Cf. la note i de Bengesco, t. IV, p. 74. L'exemplaire de la Biblio- 
thèque de l'Arsenal que j'ai suivi, est distribué comme celui de la col- 
lection Bcucliot. 



INTRODUCTION XVII 

L'exemplaire de l' Arsenal (B. L. 20717, 

in-i 2) porte la date de 1 77 1 71» 

150 2141. LaHenriade, divers autres poèmes, et 

TOUTES LES PIÈCES RELATIVES A l'ÉPOPÉE, 

S. 1. (Genève, Cramer et Bardin), 1775, 
40 vol. in-80 Édition encadrée, t. XXXII 
(Remarques sur les pensées de Pascal), et 
XXXIII, vol. I des Mélanges de littérature, 

d'histoire et de philosophie 7 / 

16° 2142. Œuvres complètes de Voltaire, de l'impri- 
merie DE la SOCIÉTÉ littéraire TYPOGRA- 

PHIQ.UE, Kehl, 1784 et 1785-1789,70 vol. 
in-80 I ^ x 

Outre le dépouillement complet de ces 16 éditions, on 
trouvera dans notre appareil critique un certain nombre de 
leçons prises pour diverses raisons dans les éditions sui- 
vantes : 

1" (1558). Letters coNCERxiNG THE ExGLiSH Nation BY 
M. DE Voltaire, Loxdon. Prixted for 
C. Davis and A. Lyon, 1733, in-S". Cette 
traduction anglaise est un témoin précieux 
en divers endroits pour confirmer ou corri- 
ger Jore Ang. jj 

2°, 3°, 4° (1558). Les contrefaçons de Jore de 1754 en 
124 -f 56 p., 354 (324) p., et 190 p. ^ 

J'ai fait une collation complète de ^4^, et vu de près^^'^ 
et 5^= : je prendrai dans ces trois contrefaçons quelques 
leçons intéressantes qui ont pu influencer la tradition. 
50 (1558). Lettres écrites de Londres..., in-80, 1737. • .?/* 
6° et 70 (1558). Réimpressions de Jore (Lettres philoso- 

PHiauEs), Rouen, in-i2, 1737 et 17383. ^7^ et ^5 

1. Pour cette édition posthume I.1 date importe moins : la lettre A' 
rappellera plus aisément qu'il s'agit de l'édition de Kehl que ne ferait 
le nombre S4 ou 5/. 

2. _J4' serait Jore qui n'a été mis en vente qu'après ^4^ et ^4^ : comme 
je l'ai pris pour base du texte, je l'ai appelé simplement ^4. 

5. ^8 n'est pas signalé par Bengesco. 

Lett. thil. T. „ 



XVIII INTRODUCTION 

J'ai pris très peu de cliose à ces trois éditions, qui ne 
peuvent guère servir qu'à étudier la filiation des éditions. 
8° 2124. Œuvres de M. de Voltaire. Nouvelle édi- 
tion . . . Amsterdam (Chartres ou Rouen), 
1741-1742, s vol. iu-i2, t. IV 42 

Cette édition, dénuée par elle-même d'intérêt, est utile pour 
faire apparaître l'originalité de 42^, qui parait d'abord n'en être que 
la contrefaçon et presque le fac-similé. Elle y est reproduite page 
pour page, dans le même caractère. Les fautes d'impression de 
42 ont passé dans 42^. Mais 42^ a un Errata. De plus il fournit 
des leçons nouvelles et intéressantes, et même des changements 
considérables. Le principal, mais non le seul, est que les pages 
283-284 de 42 sont remplacées dans 42^ par huit pages numé- 
rotées 283-290 qui contiennent de nouvelles Remarques sur Pascal, 
après quoi le volume se termine, comme dans 42, par deux pages 
numérotées 285-286. Les pages 223-224 ont été recomposées 
et fournissent une fin nouvelle pour la lettre XVIIL 

J'aurais pu écarter l'édition de Trévoux 46. Elle a été, il est 
vrai, certainement autorisée par Voltaire, et la matière des Pré- 
faces a sans doute été fournie par lui '. Mais non moins évi- 
demment il n'a pas mis la main au texte. Aucune correction 
d'auteur n'apparaît dans le texte des morceaux qui appartiennent 
aux Lettres anglaises. En revanche beaucoup de fautes de cette 
impression très peu soignée ont passé dans toutes les éditions 
ultérieures : aucune édition n'a plus contribué que 46 à gâter 
dans le petit détail la vulgate. Les éditeurs qui viendront après 
moi pourront alléger leur appareil critique des variantes de 
cette provenance ; j'ai cru, faisant le premier la collation, de- 
voir en mettre les résultats significatifs sous les yeux du lecteur. 

J'ai relevé les corrections manuscrites de quelques exemplaires 
signalés par Bengesco. 

1° (a) j^ : exemplaire du président Hénault (Bibl. nat., 
Réserve C. V. Beuchot, 4). 



I. Cf., à la fin du t. II de notre édition, le supplément I, 3 et 4. 



INTRODUCTION XIX 

(b) ^9+ : exemplaire que Bengesco appelle de d'Argenson 
(Arsenal, B. L. 20706), à moins qu'il ne l'ait confondu avec le 
suivant. 

(c) j()* : exemplaire portant Vex libris v Ex catalogo biblio- 
thecïe parrochialis ecclesise Argensonicas » (Ars., B. L. 
20706^^).. i9+ {corr.). 

C'est de ce dernier que je tiens compte dans mon édition, 
en le désignant par ^()* (corr.). L'autre exemplaire 20706, ne 
contient pas toutes les corrections ; ainsi, à la fin de la lettre 
XIII (ligne 233, note crit.), l'addition du nom de Lanwthe Le 
Vayer n'est pas faite; dans la 1. IX, lig. 9, et n'est pas suppléé. 
D'autre part, il retranche et devant des morceaux de poésie à la fin 
de la lettre XXII (ligne 120), et il ajoute ef devant la réfraction 
dans le vuide dans l'addition du début de la lettre XXIV (ligne 42, 
note crit.). 

Quant à l'exemplaire d'Hénault, il ajoute la correction vil 
atome incertain (au lieu d'imparfait) dans les vers de Rochester 
(1. XXI, ligne 38) ; il biffe dans devant V indifférence (texte de la 
Rem. XVIII sur Pascal, ligne 468). 

En outre, ni l'exemplaire d'Hénault, ni le 20706 de l'Arsenal 
ne corrigent, comme fait _?9+ (corr.), François en Français. 

2° 48 : exemplaire qui porte des corrections de Voltaire, 
quelques-unes autographes (Bibl. nat., Réserve Z 4378, in-80). 
Un exemplaire analogue a dû être remis à Lambert pour l'édi- 
tion de 1751 . . 48 (corr.). 

Enfin, j'ai enregistré les corrections des cartons de l'édition 
de 1775 (Bengesco, t. IV, p. 101-103) 7/ cart. 

De toutes les collations qui aboutissent à l'édition que je 
donne, on peut tirer quelques conclusions que je vais brièvement 
indiquer. 

1° Voltaire a corrigé un certain nombre de passages du texte 
primitif de ses Lettres; il a remédié à quelques bévues des 
imprimeurs qui frappaient ses yeux. Il a fourni à des éditions 
nouvelles quelques morceaux inédits pour compléter ou rem- 
placer certaines parties du développement. Jamais, sauf dans 
)^, la revision n'a été complète ; jamais il n'a relu son 
œuvre ligne par ligne avec le dessein d'en arrêter définitivement 



XX INTRODUCTION 

\ete\ic. J(i»!ais surtout, iiit'nie dans j()*, il n'a revu, ou liu moins 
revu attentivement, les épreuves des nouvelles impressions, pour 
assurer dans le plus petit détail la correction et la pureté du texte . 
Ainsi même dans les léditions les plus certainement faites avec 
sonconcours, on ne peut considérer beaucoup de menues parti- 
cularités comme voulues par lui avec réflexion. 11 a laissé des 
fautes ; et l'imprimeur, le libraire ont fait pour lui des correc- 
tions. Seuls les changements où se manifeste une intention lit- 
téraire, philosophique, polémique, ou, si je puis dire, tactique, 
ont dans ces éditions un caractère incontestable d'authenticité. 
Il faut renoncer à décider si c'est Voltaire, qui en certains 
endroits remet pas à la place de poi)il, et autres détails de même 
sorte. 

2° Aucun éditeur, pas viêmeV éditeur de Kehl, n'a établi son texte 
avec méthode. Personne n'a fait une collation exacte des textes 
antérieurs, pas même de celui qu'il prétendait suivre. Souvent 
on prenait un exemplaire sans valeur qu'on collationnait sur l'édi- 
tion qu'on préférait : mais dans la rapidité négligente du travail, 
la plupart des menues fautes de l'exemplaire dont on se S2r\'ait 
pour se dispenser de faire une copie, passaient inaperçues et fai- 
saient que la nouvelle édition gâtait le texte qu'elle prétendait 
reproduire. Plus d'une fois les éditeurs, et Voltaire lui-même, 
ont remédié à des fautes par des corrections médiocres, alors 
que Jore et ses contrefaçons eussent fourni un texte excellent '. 
3° La tradition s'enchaîne en gros de )4»- à K. Jore (j4)> très 
probablement, n'a pas contribué à la vnlgate, sauf bien entendu 
pour les Remarques sur Pascal, que ^4^ ne donnait pas. 

40 Le développement du texte na pas été continu. Presque toutes 
les leçons nouvelles de j/, une bonne partie de celles de 42', 
quelques changements de 4S sont restés en dehors de la tradi- 
tion, malgré leur incontestable authenticité. Voltaire donnait lui- 
même l'exemple aux éditeurs : il aimait mieux refaire que 
recopier. Plus d'une correction manuscrite de 4S (corr.) n'a passé 
dans les éditions ultérieures que récrite dans une forme nouvelle. 

I. L. IV, ligne ^^ : prononcer, correction jilate ; Jore .nuiiit fourni 
ai'oir à la houcl.'e. Cf. aussi 1. IX, ligne 80. 



INTRODUCTION XXI 



lîl 



Pour éclairer cette question du développement du texte et de 
la formation de la vulgate, il ne sera pas inutile d'essayer de 
donner une idée de la filiation des éditions. On ne pourrait 
l'établir à la rigueur que par un dépouillement complet de toutes 
les impressions connues, éditions séparées ou fragments épars 
dans les œuvres complètes. Ce dépouillemeat n'entrait pas 
dans mon dessein. J'ai pourtant fait d'assez nombreux sondages, 
et recueilli sur cette question d'assez nombreuses indications 
que je vais résumer ; elles me semblent autoriser des conclu- 
sions provisoires assez précises. 

Éditions séparées (1754-1739). 

Deux groupes sont aisés à constituer (A), celui qui suit la tra- 
dition de ^4^, et (B) celui qui suit la tradition de ^4, Ils se dis- 
tinguent au premier coup d'œil. 

A B 

Titre : Lettres écrites de Lettres Philosophiques. 

Londres sur les Anglois et 

autres sujets. 
Lettre I : J'allay le chercher. Je/zwle chercher. 

DanslegroupeAse rangeront^/,^/, ^6(1736 Amsterdam),^/- 
(Londres 1737) et ^^9. Dans le groupe B, ^4, ^4^, ^4\ ^4', etj8. 

Si ^^% comme je l'ai montré, a été parfois corrigé par Thie- 
riot, ses leçons nous représentent d'autres- fois un état du 
manuscrit antérieur aux corrections faites par Voltaire sur les 
épreuves de Jore (lettre XIV, ligne 54 ; lettre XV, hgne 273). 

Dans les contrefaçons de S4> 34^ s'isole : S4^ ^^ 54^ "'s" 
dérivent pas, et suivent ^4 dans les leçons où ^4^ diverge. 

34, 34^ 34^ 34^ 

s'aviser de dire (1. I, ligne 95). dire 
12000 pièces (1. IV, ligne 151). 1200 pièces 
l'idole du pouvoir despotique l'idole despotique 

(1. VIII, ligne 73). 
des sens parfaits, c'est-à-dire Les mots soulignes sont omis, 
des instruments d'action par- 
faits (^Retn. sur Pascal, 1. 577). 



XXII INTRODUCTION 

La copie sur laquelle ^4'^ a été fait, a été tirée la première. En 
voici la preuve : 

34,34^,34'' 34""^^ 34^ 

Descartes était né avec une ...hriUattte et (orte. 

imagination vive et forte 

(XIV, 1. 54). 

L'accord de ^4^ avec ^4^ prouve que brillanle est la leçon 
primitive commune aux manuscrits de Thieriot et de Jore, et que 
par conséquent la copie qui a servi pour ^4^ a été tirée avant 
que Voltaire eût mis sur épreuves la correction vive '. ^^«^ et ^4^, 
qui portent la correction, ont été pris sur ^4 après _?^^ 

34a, ^4&, ^j^, j8 se lient par les graphies qiiaquers, Shakespéar, 
Me'ad, et par un accord sinon constant, du moins fréquent, dans 
les leçons. Ces quatre éditions forment comme un sous-groupe. 
Les leçons s'cclaircir (Rem. V sur Pascal, 1. 171), se donnent 
(Rem. XXXIV, 1. 729), subsistances (Rem. XXXV, 1. 755), etc., 
invitent à conclure que ^7» (Londres, du groupe A) a pris les 
Remarques sur Pascal dans le sous-groupe ]4^-)8, c'est-à-dire 
dans _j^* ou ^4", 38 s'excluant par sa date, et ^j", par la leçon 
Flamstead (]4\ ^4°, j-j' Famstead, Rem. XXXI sur P., 1. 705). 

Dans le groupe A, les deux éditions de Desbordes _?j et 56 
dérivent de ^4^ ; ^7» se rattache directement à ^4^, et non à _?j : 

34", 3T 3^, 36 

Monsieur (1. VI, lig. 33). Monseigneur. 

Il n'y que (1. VI, lig. 45). Il n'y a que. 

34^" 3S 3r 

d'effort en efforts | d'efforts en efforts | d'effort en ef- 

(1. VIII, lig. 41). fort 

S<) est sorti de ^j sans retourner à ^4^. 

34^ 35 et 39 

Le Ministère (1. V, lig. 40). Le Ministre 

Dans leurs Eglises(l. VI, lig. 8). Dans les Eglises '. 

900 ans (1. XVII, lig. 210). 209 ans. 

I. Pour éviter une répétition de mots : hiillante se retrouve 
quelques lignes plus bas. 

2. Ces fautes ne sont pas dans _J7^ : ce qui prouve encore son rapport 
direct à j^'. 



INTRODUCTION XXIII 

Les Remarques sur Pascal n'ont pas 'été empruntées directe- 
ment 2. S4, mais à ses dérivés. }() est mis en relation, comme _^7% 
avec le sous-groupe ?4^}S par les mêmes leçons des Remarques : 
mais ^5? se relie sans doute plus particulièrement à ^4'^, comme 
l'indique la leçon une marque (Rem. XXXVI, 1. 765) commune 
à J4à seul et _?y. 



Éditions des œuvres complètes (ïj^^Kebl). 

_J9+, qui inaugure un nouvel état du texte, maintient dans les 
parties non corrigées la tradition de ^4^ Les preuves en sura- 
bondent. Il me semble quejf?-* la recueille par l'intermédiaire de 
Sj. En effet 59 n'a pas la. {autc personnes morts (l. XI, ligne 142), 
qui est dans _?<^% _?/ et _?7^ ; en donnant, comme J4, personnes 
mortes, S9 ôte le fondement à la correction de ^5?+, homme 
morts. ^5? n'a pas et veux être, mais et veut être (1. XXIV, lig. 5) ; 
or ^5?* donne, avec 34^ et _?/ la leçon veux. Donc j^^ ne vient 
pas de J5?. 

Il ne vient pas davantage de }4'>- et sj^ qui n'ont pas les trois 
fautes signalées plus haut Ministre, les, 20p. Reste donc qu'il 
vienne de _?/. 

Mais ^j n'a pas les Remarques sur Pascal, j^ les a prises 
dans le groupe dérivé de 34 (j4^, S4^, 37^, 38). La faute suhsis- 
tames (R. XXXV) qui n'est pas dans 34, lie ^5?+ à ce groupe. 

Je n'oserais affirmer que pour les lettres I-XXIV, ^c^+ doive la 
moindre chose à 34 et ses dérivés. En effet }ç* corrige la phrase 
de la lettre IX estropiée dans toute la famille ^4^, sans revenir à 
l'excellent texte de ^4 et de son groupe. Cependant une mau- 
vaise ponctuation de Jore et de ses contrefaçons et reproductions 
se retrouve dans ^9+ (1. IV, lig. 108) : est-ce une coïncidence, 
ou une mauvaise correction de Voltaire qu'il aurait déjà faite chez 
Jore et qu'il répéterait sans recourir à Jore ? Une faute de la tra- 
dition de 34^ (\. XII, Hg. 64 : H///e pour inutile) a disparu de 
_j^+ : est-ce une correction, ou un retour à la leçon du groupe B 
0^, etc.)? 

42 dérive de _J9+ : il n'y a pas besoin d'insister. Mais 42 se 



XXIV INTRODUCTION 

rattache aussi à S9 par-dessus ^cj* ; car dans lai. IV (lig. 97) 42 
ne reçoit que la moitié d'une correction de ^ç*, et pour l'autre 
moitié de la phrase conserve la leçon des éd. S4-S9 '■ or ce 
reste doit être pris dans ^9, plutôt qu'ailleurs, puisque 42 con- 
serve des ponctuations précisément de ^9 dans les Rein. XXVII 
et XXVIII sur P. (lig. 614 et 626). De plus la faute une manque 
(/?. XXXVI sur P.) doit venir de la faute une marque de 39, 
que J94 corrigeait bien en un manque '. 

Il semble que l'éditeur de .^2 ait reporté sur un exemplaire de 
_,'p le texte de ^^5;*, et qu'il l'ait fait négligemment : d'où les 
débris des leçons de ^9 qui ont passé dans 42. 

42' reproduit 42 dont il a même les fautes d'impression '. 
Mais par ses nouveautés cette édition est importante. Cepen- 
dant elle est en dehors de la tradition, puisque quelques-uns des 
changements importants qu'elle présente n'y sont pas entrés. Elle 
a influencé les éditions suivantes sans pourtant qu'elles en soient 
des dérivés. 

Entre 39^ et /6, 46 se lie étroitement à 42, 4S à 46, et j'2 à 48. 
La faute Titrinitaires, au titre de la 1. VII, enchaîne 39*, 42, 42', 
46; de même la faute 209 (1. XVII, lig. 210). La faute les 
Églises (1. VI, lig. 8) enchaîne ^9*, 42, 42% 46, 48, )i. La 
faute le Ministre (1. V, lig. 40) enchaîne ^5?», 42, 42% 46, 48^ 
)2. La faute IJ29 (pour 1719, 1. XV, lig. 233) enchaîne _?<;+, 
42, 42\ 46, 48, j/, ;2. 

Mais c'est 42, et non ^jy, qui a servi à imprimer 46. Preuves : 
chef de la secte (\. IV, lig. 16); il aperçut (1. IV, lig. 22) ; dans 
omis et suppléé seulement à V Errai uni (Rem. XXII sur P., 
lig. 527); une manque (R. XXXVI, lig. 765). 

Cependant 46 a gardé vcu.x de 39* (1. XXIV, lig. 15), s' écar- 
tant ainsi de 42. D'autre part la faute utile des éd. S4'-^9 
(1. XII, lig. 64) reparaît dans 46, et le pluriel quelques idées (1. 
XXII, lig. 6) semble dénoter une liaison particulière avec ^9. 

42' a été sommairement consulté pour établir .^6. On y a recueilli 

1. Ajoutez que (1. XXIV, lig. 15) 42 renonce à la leçon veux de ;ç* 
pour reprendre la leçon veut, qui est aussi dans_J9. 

2. 42, 42" et jj semblent se lier à }4 par la leçon « &^ filles de joie » 
(1. VI, lig. 46). Mais il peut n'y avoir là qu'une coïncidence. 



INTRODUCTION XXV 

les additions aux Pensées de Pascal, mais on a négligé les addi- 
tions et changements de la fin de la 1. VIII et des lettres XVI et 
XVIII. 

46 devient à son tour le point de départ des éditions ulté- 
rieures. Une bonne partie de ses leçons, même les plus mau- 
vaises, s'est transmise à travers toutes les éditions, jusqu'à K, 
et y compris K. On en trouvera la preuve à chaque page 
dans notre appareil critique. Voici seulement quelques faits. 
C'est de V Erra la m de 1746 que part la leçon de la fin de la 
1. Xyi ; « La Postérité l'a bien vengé », qu'on trouve dans 
4S, p, f2. De 46 passe à 48 et J2 la leçon si vous Use^ 
(1. XXII, lig. 96) : à 48, ;2, 56, la faute tennination (1. XXIV, 
lig. 135) ; ^48, /-T, )2, )6, la faute irruption (1. XI, lig. 67); à 
tout le groupe 48-"/ j, des villains (1. V, lig. 99), est établi 
(1. XXIV, lig. 91); à ce même groupe 48-^^ et à A', qui, selon 
eux, est (1. III, lig. 4); des honneurs (1. VI, lig. 11); puisque, 
pour presque, et une omission de f/(l.IX, lig. 135 et 58), etc. 

La contre-épreuve se fait aisément : 42% à ÏErrata, corrigeait 
sept minutes en huit (1. XVI, lig. 37) ; 46 ayant négligé de faire 
cette correction, elle n'est passée ni dans 48, ni dans ji et ^2. 
De même tous les changements importants que 46 n'a pas repris 
dans 42^, n'ont pas passé dans la vulgate. 

De ce qui précède résulte que 48 sort de 46, mais 48 utilise 
V Errata de 42"" dans tel cas où 46 l'avait négligé : la leçon en 
Shakespear (1. XVIII, lig. 21) de ^4^-46, devient dans 48, con- 
formément à ÏErrata de 42"", dans Shakspeare. Mais cette dernière 
leçon est aussi dans ^4 et ses contrefaçons : on peut se deman- 
der si un exemplaire de ce groupe n'a pas été utilisé par 48 : 
une curieuse leçon de 48 combine le texte de 34^-46 et celui de 
Jore (I. XIV). 

S4--46 Angl. 3S, S4, S4\ 48-K 

34\ 34^, 3f, 38 
les philosophes les ignorants. les philosophes igno- 

du même temps. rants du même temps. 

// a été établi d'après 48 : la petite addition de 48 (Appen- 
dice I de la 1. XVII, t. II, p. 66) je dis sans l'échiirer, se retrouve 
dans/i. L'éditeur a dû avoir un exemplaire de ^5 corrigé par 



XXVI INTRODUCTION 

l'auteur, analogue, mais non entièrement identique à l'exem- 
plaire de la Bibliothèque Nationale que j'ai appelé 48 (corr.) 
(analogies : 1. XII, lig. 72 et 77 ; 1. XVIII, lig. 76 ; 1. XIX, 
début ; 1. XX, lig. 65 ; — dipreuces : 1. XIII, App. II). 

Mais ji a été fortement corrigé, et il semble bien qu'en 
outre des changements originaux, il y ait eu infiltration ou 
report de leçons des éditions antérieures. Peut-être a-t-on 
employé, en guise de manuscrit, pour y reporter les corrections, 
un exemplaire de 46 : ainsi s'expliquerait la communication de 
la faute ses fenêtres (1. VII, lig. 13), que 46 n'a donnée qu'à//. 

Dans les éditions antérieures à 46, jz reprend les leçons que 
voici : 

1. ^4, 59+ {coir.)^ : et rétabli devant de lu vie (l. IX, lig. 9). 

2. 34-42'^ -.point, au lieu de pas ; eu bien, au lieu de bien eu (1. 1, 
lig. 95 et 117). 

?• 34-39^ '• chef de secte, AU. lieu de chef de hi secte (1. IV, lig. 16). 

4. ^4, 42' : les filles de joie (1. VI, lig. 45). 

5. ^p, 42, 42^ : tètes pesantes, pour pensantes (R. XXIV sur P., 

lig- 579)- 

6. S4-39 '• pi'csenle, pour présentent (1. XIII, lig. 7) ; passage 
supprimé dans 39^-48, et qui reparaît dans /i (1. XV, lig. 124- 
126). 

7- 34> 39-^-42" ■ inutile (1. XII, lig. 64). 

8. 42', errata : suppression de et devant elles zivent (1. VI, lig. 72); 
42,42' : la graphie 5co//t'H (1. XIV, lig. 142). 

9. _?9 : lagraphie Vortley pour Wortley(\.YJ., passini). 

Je ne sais si ce dernier cas ne pourrait être une coïncidence 
fortuite. Mais si nous l'éliminons, on voit aisément que, tout 
peut s'expliquer si on suppose que 42^ et 34 (ou un de ses déri- 
vés immédiats) ont été utilisés '. 

Pour 42', les leçons 8 rendent Thypothèse probable, et la 
leçon 5 s'explique aussi par là. Les leçons 2, 4, 7 s'explique- 

1. Ou plutôt l'exemplaire d'Hénault (B. N. Z. Beudiot 4) ou un 
.lutre identique, qui ait pu fournir à ;r dans la 1. XIII, 1. 120, une 
autre leçon conforme à ^4 {et biffé devant des morceaux de poésie) ; cette 
correction manque à notre ^9*. 

2. Donc inutile d'admettre un rapport avec un exemplaire corrigé 
de ;^. 



INTRODUCTION XXVII 

ratent soit par 42', soit par ^4 : mais ^4 seul explique les leçons 
I, 3 été. 

Faut-il donc admettre un retour à _?4 ou à son groupe ? Il y en 
a des preuves. Voici des leçons de // qui dérivent nécessaire- 
ment de ^4 : 

rétablissement dset(\. VI, lig. 24); 
preshiteranisme (1. VIII, lig. 29) ; 

toutes les planètes (1. XV, lig. 67) ; 

la leçon qui fait contre sens sur les aphélies et périhélies 
(1. XV, lig. 69-70) ; 

l'orthographe Saint Evreiiiont (1. XXI, lig. 4) et l'ortho- 
graphe Malhranche (1. II, lig. 69). 

Enfin l'usage de //, d'écrire le mot Monsieur en toutes 
lettres, est conforme à la pratique de ^4. 

ji, comme 42", s'isole par un grand nombre de leçons et par 
quelques additions (R. XXIX sur P., lig. 656) qui n'ont pas été 
reçues dans la tradition du texte. Il est d'ailleurs très difficile 
de dire, pour mainte variante de détail, si elle est correction 
d'auteur, ou de libraire, ou d'imprimeur. 

J2 a pris 48 pour base et en reproduit fréquemment les fautes. 
Certainement on utilisait un exemplaire corrigé de 48 {Rein. 
XXII sur P., lig. 463 ; App. II de la 1. XIII). 

Mais souvent J2 modifie 48 d'une façon originale, et grave- 
ment : il y a eu intervention de l'auteur. D'autre part S2 est 
visiblement influencé par/ 1 : suppressions dans la 1. XV, lig. 133- 
169 et lig. 147-196 ; correction suivant des lois immuables (1. XV, 
lig. 274) ; addition à la fin de la 1. XVI (lig. 143, t. II, p. 48); 
conservation d'un contresens (1. XV, lig. 69-70). 

j6, qui marque une époque du texte, a pris pour base 48 ou 
J2, probablement J2. Cette édition garde les fautes : 

48, /2 : irruption pour éruption (l. XI, lig. 67); est pour i't'5/ 
(l.XXIV, lig. 91). 

/2 : il était pour // s'était (\. I, lig. 71). 

Mais /i a été utilisé ; de là, dans jé, les leçons : s'éclaircis- 
saient (1. IV, lig. 36).; citoyen (1. VII, lig. 73); le singulier mal 
employé (1. VIII, Hg. 99) ; suppression de la Rem. XLV sur 'P. 

Enfin la faute de /j croyent (1. XITI, lig. 126) a chassé l'ex- 



XXVIII INTRODUCTIOX 

cellente leçon de toutes les éditions précédentes ciioicut, et a 
donné lieu à la mauvaise correction croyaient. 

64 est un retour à jç^-42 qui n'a aucune des nouveautés de 
42\ 4S, ji, s 2 et s6. 

70 continue en la modifiant parfois la tradition inaugurée par 
S6. Une curieust hçonrepreinhe pour ruppreuilre (\. XIII, lig. 97) 
donnerait à penser que les changements de ;6 ont été reponés 
sur un exemplaire de /2, doù certaines infiltrations du texte de 
cette dernière édition. L'orthographe Daniiennnrk (1. XVIII, 
lig. 73) ne suffit pas pour affirmer une liaison de jo à ^94, 42' 
ou //. 

7/ dérive de yo ' dont il recueille les corrections au texte de 
j6. La graphie Christophle pour Christophe (1. XXIV, lig. 135) 
suffit-elle pour établir un rapport entre 7/ et la série 3 4"- 39 ? 

7/' dérive aussi de 70. Cependant dans la nouvelle rédaction 
do la lettre XIII (Appendice II, lig. 55 et 1 17), 71' retourne à deux 
leçons de y/ -.appelions, laiigit, cette dernière se trouvant ausbi 
dans /6. 

7/ a pris pour base -ji : la leçon sérieuses (1. XIV, lig. 35), 
les fautes gagner pour gager (R. V sur P., lig. 165), ij^8 pour 
1J2S (R. VJ sur P., lig. 211), lemontrent suffisamment. Mais 
7/ écrit avec jo Daunemarck (1. XVIII, lig. 73). D'autre 
part 7/ conserve parfois l'orthographe de 34 et de son 
groupe : Adisson (1. XVIII, lig. 135), Saint Evremont (}. XXI, 
lig. 4). Cette dernière graphie pourrait venir de //, où 7/ 
cavt. a été prendre une correction à la lettre XVII (lig. 14). 
Ces rapports avec jo, ^4 et j/ demeurent hvpothétiques. 

K ne me semble pas avoir utilisé pour l'ensemble une révi- 
sion de l'auteur % et n'introduit dans le texte aucun changement 
important. La seule addition considérable est celle de la traduc- 



1. D'où l'importance de rcm.Trquer que ce tome de l'édition de 1768 
est postérieur à la réimpression de $6 faite en 1770. Voilà pourquoi 
j'ai retenu la date du tome {ji), et non celle de l'édition. 

2. Les éditeurs de Kchl disent avoir imprimé une grande partie des 
œuvres « sur un exemplaire corrigé par M. de Voltaire en 1777 et en 
1778 ». Il y a lieu de croire que ces corrections n'ont pas pi)rtc sur les 
Lettres Phihsopbiques, d'ailleurs dispersées dans les Mélanges (cf. Ben- 
gesco, IV, 140). 



INTRODUCTION XXIX 

îion littérale du monologue d'Haiiilei qui doit avoir été prise de 
l'opuscule Dît théâtre anglais. L'introduction de ce morceau dans 
le texte de la XVIIIe lettre y fait un non-sens '. 

Les changements notables de A' sont des suppressions qui 
tiennent à ce que, fondant les Lettres anglaises dans le Diction- 
j i dire philosophique ti les Mélanges, les éditeurs ont effacé des mots 
et des phrases qui n'avaient de sens que dans les éditions séparées 
et pour la destination primitive de l'ouvrage, et des passages qui 
faisaient double emploi avec d'autres morceaux. Ces suppres- 
sions, d'ailleurs annoncées par eux ' et le désir d'effacer la 
•destination première, ont entraîné aussi quelques retouches. 

Suppressions. 

Lettres XV et XVI, première partie de la 1. XVII : sans 
doute pour le double emploi avec la Philosophie deNeuion, 

Citation de Bacon dans ce qui avait été la lettre XII et était 
devenu la sect. 2 de l'art. Bacon du Dict. phil. : double emploi 
avec la section I. 

Quelques lignes du début de la lettre XII, lig. 19-22, qui dessi- 
naient un plan d'ensemble pour les lettres XII-XXII, que A' 
disperse . 

Omission de vous deux fois (1. XXII, lig. 6 et 9). 

Une phrase retranchée au début de l'art. Pope du Dict. phil. 
(l.XXII, lig. 55). 

Retouches. 

Dans la 1. XII pour opérer le retranchement des citations 

(lig. 140). 

On sait comment (1. XII, lig. 44) à la place de Vous sçavt':( 
Monsieur, comment. 

Le fameux baron de Veru.lam... était : au lieu de // faut com- 
mencer par ce fameux... Il était (1. XII, lig. 23). 

1. Tout au plus peut-on admettre que les éditeurs de Kehl ont 
trouvé cette traduction littérale interfoliée dans un exemplaire en face 
de la traduction en vers. Mais si Voltaire avait jamais eu l'intention de 
la faire entrer dans son texte, il eût fait un raccord pour ne pas déranger 
la suite des idées. 

2. Préface, passage cité dans Bengcsco, IV, 139. 



XXX INTRODUCTION 

U Angleterre est, au lieu de C'est ici(l. V, lig. 5). 

En Angleterre, au lieu de ici (1. VII, lig. 3). 

K n'apporte donc rien qui paraisse ne pas venir du fait des édi- 
teurs. 

K a. été fait sur les éditions antérieures. On y trouve le texte 
de Sà-ys, qui était lui-même le remaniement de J9*-S2, et, 
comme nous avons vu, ]<^* recueillait la tradition de S4'-J9- A 
cette tradition pf et son groupe ne contribuaient à peu près pour 
rien, sinon pour la lettre XXV (Rem. sur P.) qu'on avait bien dû 
y prendre. C'est donc le texte de Thieriot, qui à travers tous 
les changements, enrichissements ou suppressions, s'est déposé- 
dans K ; et K a gardé nombre dos mauvaises leçons de toutes 
les éditions antérieures, et notamment de 46. 

Où K a-t-il pris la révision s6-y; ? Très probablement dans 
7/. Avec 7/, K donne : 

simple, au lieu de stupideQ. XIII, lig. 90). 

il oubliait, au lieu déniais il oubliait (1. I, lig. 91). 
Avec y j cart. : où sont les Poissons (1. XVII, lig. 144). 

Cependant, avec yi, /T réunit les lettres I et II en une seule, et 
donne : 

Marlboroiig pour Marlhorough (Rem. L sur P., lig. 952). 

Si ce ne sont pas là de pures coïncidences, comme il est pos- 
sible, peut-être un exemplaire de yi corrigé sur yj cart. a-t-il 
servi à imprimer /-T : cela expliquerait ces petites traces de con- 
formité, d'ailleurs insignifiantes. 

Je n'oserais affirmer que K soit retourné au groupe ^4 et 
dérivés. On trouve quelques légères rencontres ; ainsi : 

Sr-yS S4, K 

Notre illustre M. de Thou. Notre illustre de Thou (1. XII, 

lig. 167). 
des dates de dates (1. XVII, lig. 1 10). 

. des poètes de poètes (1. XXI, lig. 28). 

Mais les leçons caractéristiques, même les meilleures de J4, 
ne sont point rentrées dans A' (1. IV, lig. 149-158 ; 1. IX,, 
lig. 80, etc.). 

La lettre XXIII pose un problème particulier. Elle manquait 



INTRODUCTION XXXI 

dans JÇ^yS- Il 3 fallu aller la chercher dans les éditions sépa- 
rées. Mais on a vite constaté que K ne suit pour cette lettre aucune 
des éditions séparées. Voici comment il se comporte: 

1. Accord avec ^4 : iS leçons; avec tm dérivé de ^4 : i; 
variante dérivée du texte de ^4 : 1 \ Donc 18 leçons dérivées de ^4. 

2. Accord avec S4''-S9 '■ 9 leçons ; avec S9 '• ^- Donc 10 leçons 
dérivées de 34^-^9. 

3. Mélange des deux tradilicus issues de j4 et _?^' : 2 leçons. 

4. Variantes propres à K : 24. 

Ces constatations sont embarrassantes. Mais il faut remar- 
quer que, dans ce tableau, les variantes d'orthographe tiennent 
une place notable. Si nous les retranchons, nous obtenons la 
proportion suivante : 

1. 18 leçons dérivées de J4 - ; 

2. 3 leçons dérivées de S4'-S9 î 

3. I cas de mélange des deux traditions ; 

4. 18 variantes propres à A'. 

La plupart des rencontres de A' avec j^'-^' 9 contre ^4, s'ex- 
pliquent par l'extraordinaire orthographe de j4 ; en revenant à 
l'usage le plus correct, notamment pour les noms propres, A' 
rencontrait nécessairement ^^^-^9 sans avoir besoin d'y puiser. 
Mais il reste trois passages qui ne se laissent pas réduire : 

la découverte, pour V impossible découverte (lig. 15) ; de Vinfamie, 
pour l'infamie (lig. 67) ; {livre) dont le P. le Brun (A" : leB...} 
a emprunté le sien, phrase retranchée dans ^4 (lig. 97). 
Voici le cas de contamination des deux traditions, 1. 122 : 
^4 : la déclamation du Père Le Brun contre nos spectacles ; 
34"' 39 '• Vi'upertinent libelle du Père Le Brun contre... 
K: r impertinente déclamation contre... 

Il est donc impossible de se dérober à la conclusion que K a 
utilisé les deux traditions de ^4 et J4^. Mais s'il l'a fait pour la 

1. L. XXIII, lig. 53 :_J4 elle n empêche pas moins ; ^4'-^p .... pas an 
moins. K au lieu de prendre la leçon correcte de )4'-^9, corrige le non- 
sens de ^4 en supprimant le mot moins. 

2. J'ai éliminé un cas de conformité orthographique; mais j'ai trans" 
porté ici un des deux cas de mélange des deux traditions. En effet on 
lit (lig. 57) : ^4 Mademoiselle Ofds ; S4^-)p Mrs Oldfield. K Mademoiselle 
Oldfield. L'accord avec }4'-)9 est purement orthographique. Mais la leçon 
Mademoiselle pour Mrs demeure une manifestation de l'accord de j^et 
K contre )4^-)p. 



XXXII INTRODUCTÎON 

lettre XXIII, les traces d'une influence (directe ou indirecte) de 
J4 qu'on trouve dans les autres lettres prennent de l'importance. 

Ce qui reste singulier, c'est que ^^(ou un de ses dérivés) qui 
n'a presque rien fourni à K pour les autres lettres, lui sert ici évi- 
demment de base pour le texte '. Pourquoi lui donner ici cette 
valeur, et ici seulement ^ ? 

La question se complique, si Ton songe aux i8 leçons 
propres à if. Il y en a n que l'on peut considérer comme des 
négligences ou des corrections d'éditeur : ce sont d'insignifiantes 
retouches d'expression et de construction. En outre, les deux 
transpositions qui dérangent la suite de la lettre (cf. note critique 
de la ligne 70), n'ont vraiment pas l'air d'un remaniement d'au- 
teur. Les deux corrections des lignes 110 et 114 sont des atté- 
nuations d'éditeur prudent : Voltaire n'était pas homme, en sa 
vieillesse, à ressentir de ces timidités-là. La platitude croyance 
substituée à crèvie (lig. 92) peut n'être qu'une bévue d'imprimeur. 

On peut davantage hésiter à croire que le changement de qui 
s^est avise de promettre en qui a promis ait été fait par les éditeurs 
de Kehl ; c'est possible pourtant, l'acte du Parlement devant leur 
paraître raisonnable. 

Il reste une correction, une seule, qui a bien l'apparence 
d'une correction d'auteur, et qui est tout à fait dans l'esprit de 
Voltaire : c'est, à la fin de la lettre, le remplacement d'un etc. 
par les mots de Ouinault. 

A-t-on le droit, sur ce seul cas,, de conjecturer que les édi- 
teurs de Kehl nous donnent un texte de la lettre XXIII, préparé par 
Voltaire lui-même ? Ont-ils eu un manuscrit ', un exemplaire 
corrigé, où le mélange des traditions et les nouvelles leçons se 
trouvaient ? Ou bien le texte a-t-il été établi par eux, et ont-ils 
seulement recueilli dans les marges d'un exemplaire quelques 
corrections de Voltaire, comme les mots de Quiuault ? 



1. On pourrait même, à cause d'une leçon (celles, lig. 8) qui n'est p.is 
d.ins j./, indiquer, 5^''. ^4', jj^ou^S comme les sources probables du 
texte de l<i lettre XXIII dans A'. 

2. On notera que, lig. 79, K maintient le texte de ^4 qui fait con- 
tresens, alors que )4'-^g donnaient une leçon excellente et claire. 

5. Dans une copie manuscrite, crème a pu être lu créance, ce qui expli- 
querait la leçon croyance. 



INTRODUCTION 



54 



XXXIII 
54' 



I — ^^^ 



34-' 



<^ilï_38. 



55 






56 



O 



57^ 



g* 



+0 



~.3?. 



+1 



1 J//t3fiO/t iàimééait 



. inlsrmé:iiaires pfxrsibU^ 



r 






4-2 


■ ^'-^ 














^■--'^ 





46 



^, 48 

-H 



^ 



52 



56 



57 



/7Ô 



64/ 



- — Rektion cerUm 
» possiéle. 



FILIATION DES IMPRESSIONS 
DES LETTRES PHILOSOPHIQUES 

1. — Relation certaine pour les Remarques sur Pasciil. 

2. — Relation possible pour les lettres I-XXIV. 

3. — Relation certaine pour la lettre XXIII. 

Lett. phil. I. 



XXXIV INTRODUCTION 

Il est difficile de se prononcer : ce qui est sûr, c'est que non 
seulement dans la lettre XXIII, mais dans les 24 autres, les correc- 
tions de ce genre qu'on n'a pas le droit de regarder comme des 
retouches d'éditeur, sont infiniment rares. 

Il y a pourtant une leçon dans l'appendice I de la 1. XI 11 
qui a ausii un caractère marqué de singularité. K nous 
donne lig. 275 une leçon découvert qui, à ma connaissance, n'est 
dans aucune édition imprimée, et ne peut pas s'expliquer par 
une faute. Mais d'ailleurs K donne pour l'ensemble de la phrase 
le texte mutilé des éditions, et, à V Errata, chasse la bonne leçon 
dàouvert. Faut-il en conclure que K a suivi une copie incor- 
recte, ou qu'il a collatiouné (mal collationné) le texte des édi- 
tions sur le texte d'un manuscrit, et confondu les deux rédac- 
tions ? En tout cas, K a fini par se rallier entièrement au texte 
des éditions. Et si K a eu une copie manuscrite, comment 
dans le reste du morceau, suit-il à peu près constamment 
les leçons imprimées ? 

Le tableau ci-joint (p. xxxiii) donnera une idée des relations 
que je viens d'essayer de déterminer. 

Il n'entre pas dans mon dessein d'étudier les caractères dis- 
tinctifs des diverses éditions des Lettres philosophiques, du point 
de vue des variations de la pensée de Tauteur. Je ne dirai que 
deux mots. Bengesco ', interprétant mal des lettres de Vol- 
taire qui se rapportent à des remaniements antérieurs au texte 
deThieriot comme à celui dejore, et d'où précisément ces deux 
textes sont sortis, conclut d'une comparaison des éditions de Basle 
(Londres) et de Jore, que Voltaire n'a pas donné suite à ses 
résolutions de prudence, et qu'il a laissé subsister dans l'impression 
rouennaise toute la liberté de langage et de pensée qu'on trouve 
dans l'édition faite à l'étranger. Ce n'est pas tout à fait exact. 

Le texte de Jore s'écarte en efTet souvent de celui de Thie- 
riot, mais, chose curieuse, les changements ne te font pas cons- 
tamment dans le mêmesens. Il y en a qui atténuent, il yen a qui 
aggravent la hardiesse de la rédaction primitive K Voltaire est 

1. T. II, p. 15. 

2. Atténu.ntions : L. V, lig. 5; 1. VII, 1. 13 ; 1. XII, 1. 79; 1. XIII, 
I. 190; 1. XIX, 1. 97; 1. XXIII, 1. 24 et 122. Aggr.-iv.uions 1. I, 1. 55 ; 



INTRODUCTION XXXV 

journalier, impressionnable : il relit ses épreuves, un jour gril- 
lant d'envie de tout dire, le lendemain travaillé de l'inquiétude 
d'en dire trop, de sorte que tour à tour, selon la disposition où 
il est, selon les lettres qui lui sont parvenues le matin, il ne 
résiste pas à la tentation d'ajouter une pointe piquante, ou bien 
il croit nécessaire de mettre une sourdine à sa philosophie. 

Le texte de ^p*, au contraire, est nettement orienté vers la 
prudence, soit pour assurer à l'édition un libre cours en France, 
soit parce que l'influence de M™'^ du Châtelet s'exerce pour la 
tranquillité de Voltaire. 

A partir de 1748, les scrupules disparaissent. Voltaire accen- 
tue très librement son ironie philosophique. 

On remarquera aussi que, dans la suite et les directions des 
changements, à travers la série des éditions, s'inscrivent acces- 
soirement des frémissements et des curiosités dont Voltaire fut 
à divers moments agité. Les états successifs de la lettre XVII 
sont, à cet égard, fort curieux à étudier. 



IV 



De toutes les questions qui regardent la composition du 
livre, les principales sont celles de la date et des sources. Mon 
commentaire essaie de répondre à la seconde : il me faut ici dire 
un mot de l'autre : à quelle époque furent rédigées les Lettres} et 
par conséquent en quel pays ? en Angleterre, ou en France ? 

L'opinion courante les assigne à l'année 1727 ' : quelquefois 
même on dit 1726. Voici ce qu'on trouve dans l'ouvrage même. 

Une note de 1775 donne la lettre XI pour écrite en 1727. 

On lit dans la lettre XIV ces mots : « l'an passé 1727 ». La 
lettre XIV nous est donc donnée comme étant de 1728. 

Une note delà lettre XX la date de 1727. 

Une note de la Rem. FI sur Pascal, la date de 1727. 

Donc la date serait 1727-1728, selon l'auteur. 



1. IX, 1. 3 et 156. A la fin Je l.i 1. XX. une addition qui devait être 
une excuse, devient, par l'ironie, une aggravation. 
I. C'est ce que di.sait déjà le Mercure de juin 1733. 



XXXVI INTRODUCTION 

Les éditeurs de Kehl donnent des indications différentes : ils 
placent la lettre VII « vers 1750 », la lettre VIII « vers 1751 », 
les lettres XIV et XX " vers 1750 ». Mais ils prennent la date de 
1728 pour les Remarques sur Pascal. 

Les diverses préfaces, inspirées par Voltaire ', nous four- 
nissent encore d'autres données. La Préface de la traduction 
anglaise dit les Lettres composées «entre la fin de 1728 et environ 
1731 ». 

La Pré/ace de Thieriot nous dit « depuis 1728 jusqu'à 1750 ». 

La Préface du 4« volume de 1746 revient à l'indication « vers 
l'an 1727 ». 

Les deux Préfaces de Londres, anglaise et française, sont 
directement suggérées par Voltaire : c'est lui qui commande à 
Thieriot d'écrire que les lettres ont été composées « vers l'an 
1728 », et « pour la plupart en 1728 » ^ Mais Thieriot et le 
traducteur anglais ont écrit « de 1728 à 1730 ou 1731 », sans 
s'apercevoir de la contradiction qu'il y avait à les dire envoyées 
réellement de Londres à un ami, entre ces deux dates, alors que, 
dès le début de 1729 au plus tard. Voltaire était de retour en 
France. C'est peut-être pour cela que la Préface de 1 746 a repris 
la date de 1727. 

Le point de départ certain, mais pour la conception, non pour 
la composition de l'ouvrage, est fourni par V Avertissement de 
Vnssay upon the Epick Poetry î, qui ne parut qu'à la fin de 1727. 
On ne peut donc supposer que la première ébauche soit anté- 
rieure à 1728. 

Le texte de 1734 prête à quelques constatations utiles. Eu un 
endroit •» l'adverbe ici marque clairement que Voltaire est en 
France quand il écrit. En deux endroits, ici est donné par Thie- 
riot, mais Voltaire, s'apercevant de l'étourderie qui démolit 



1. Voyez le Supplément à la fin du t. II de la présente édition. 

2. Lettres du i" mai, et du 24 juillet 1753. (Moland, XXXIII, 357 
et 564.) L'édition de Jore parut sans avertissement. Sa vraie préface sérail 
la Lettre à un premier commis, datée du 20 juin 1755 et imprimée seule- 
ment en 1746 (Moland XXXIII, 352). 

j. Bengesco, t. I, p. 6. 
4. L. XVIII, lig. 149. 



INTRODUCTION XXXVII 

sa fiction, corrige dans l'édition de Jore, et met « en France '> ' . 
Donc, les lettres XVIII, XX, XXII ont été rédigées au plus 
tôt en 1729. 

L'étude des sources conduit aussi à quelques résultats. 

Si c'est Niceron qui est la source d'un passage de la fin de la 
1. II sur Malebranche et les Quakers, la lettre serait au plus 
tôt de 1729. 

La lettre VII semble avoir été écrite entre la mort de Newton 
et celle de Clarke, donc entre 1727 et 1729 : mais l'a-t-elle été 
réellement ? Voltaire y emploie les mémoires de Whiston qui 
ne parurent qu'en 1730 *. 

Puisque Towushend est appelé « ministre d'État » dans la 
lettre X, le morceau est antérieur au 8 mai 1730, date de sa 
retraite . 

Le paragraphe sur les Chinois (fin de la 1. XI) vient d'un 
volume des Lettres édifiantes qui parut en 1731. Mais ce para- 
graphe a tout l'air d'une addition rapportée à une rédaction 
déjà complète. Donc la 1. XI serait antérieure à 1731. 

La lettre XII est contemporaine de l'opuscule Sottise des deux 
Parts qui ne saurait être éloigné de la 1. XIII (2^ réd.), nov. 
1732. 

La lettre XIV peut être de 1728 à cause des mots Van passé 
1/2/. Ils pourraient être un artifice de rédaction ; mais la lettre 
représente certainement un état d'esprit antérieur à la conversion 
de Voltaire au Newtonianisme, et peut-être à la lecture de Pem- 
bcrton qui lui fournit le moyen de se faire une idée de New- 
ton. On peut d'ailleurs remarquer les leçons che^ vous (i^O, 
vous croyei 3 (^4 et ^4'), qui indiquent que l'écrivain n'est pas 
en France. Si c'était une fiction, Voltaire n'aurait pas dans le 
premier cas corrigé sur épreuve le texte de ^4 en che:(^ nous . 

La lettre XIX est postérieure au 3 déc. 1750, date où Cibber 
fut nommé poîte lauréat. 

Lord Hervey qui visita Voltaire à Paris en revenant d'Italie, 

1. L. XX, lig. 12 ; 1. XXII, 1. 4. — La leçon cette nation-ci (1. XX, 
lig. 10), commune à J4 et _j^-' confirme ma conjecture. 

2. Voyez les notes 6, 7 et 21 du Commentaire. 

3. Lig. 7 et 10. 



XXXVIII INTRODUCTION 

ùtait de retour en Angleterre en septembre 1729 : la lettre XX 
qui parle de cette visite n'a donc pas été écrite avant les der- 
niers mois de 1729. 

La lettre XXII annonce comme devant bientôt paraître une 
traduction de l'abbé du Resnel qui parut en 1730. D'autre part 
elle cite Gordon traducteur de Tacite : le i" tome de cette- 
traduction est de 1728. Ainsi la rédaction de la 1. XXII se place 
entre 1728 et 1730, plus prés de 1730. 

M"e Le Couvreur étant morte le 20 mars, et Mrs Oldfield le 

22 octobre 1730, la lettre XXIII est au plus tôt des deux der- 
niers mois de 1730, peut-être de mai-juin 173 1 (cf. le Commen- 
taire, n. 13): le passage relatif à Crébillon (cf. n. 11), invite 
à la croire postérieure au mois d'août 1731. 

Sans qu'on ait le droit de généraliser ces constatations et de Ic^ 
étendre à toutes les parties d'un ouvrage qui put rassembler de> 
morceaux écrits séparément en des temps différents, on drit 
faire cette remarque, que la plupart des indications de da;-.- 
qu'on trouve dans les Lettres les situent entre 1729 et 173 1, et 
qu'on n'y aperçoit guère de passages qui se datent nécessaire- 
ment du séjour en Angleterre (milieu de 1726-début de 1729'. 
Je n'aurais pas d'objection à y faire remonter la lettre XIV. Mai • 
seule l'esquisse qui ne fit pas partie des Lettres philosophique. 
et que l'on trouvera en Appendice à la fin du second volume, nu 
paraît dater nécessairement de 1728. Elle est postérieure ai. 

23 février 1728 (jour où Curll fut pilorié), et même au 14 nui 
(date de la IV« lettre de Woolston), antérieure au 4 mars 1729 
(jour où Woolston fut condamné), et même sans doute à la ih< 
d'octobre 1728 (apparition d'une V^ lettre sur les Miracles), sen- 
siblement voisine de l'agitation relative à la presse des mate- 
lots (avril-mai T728). Comme il est visible que cette esquisse se 
rapporte à un plan des Lettres au^rlajses qui n'a pas été exécuté, 
il suit que la rédaction publiée en 1735-34 est dans so:: 
ensemble postérieure au milieu de l'année 1728 et date 
peut-être au plus tôt de 1729. 

Que Voltaire ait préparé son ouvrage en Angleterre dés 
1.1 fin de 1727 et au début de 1728, qu'il ait pris des notes, 
ébauché dès lors et plus tard conservé un certain nombre de 



IXTRODUCTIOX XXXIX 

morceaux, c'est fort possible, et même probable. Mais on ne 
peut prendre à la lettre l'affirmation que « la plupart (des lettres) 
furent en effet écrites vers ce temps-là (1728) dans la maison de 
notre cher et vertueux Falkener ■ ». 

Dans les lettres du i^r mai et du 14 juillet 1733, il est visible 
que Voltaire ne fait pas appel à la mémoire de Thieriot, mais 
lui prescrit le langage qu'il doit tenir : « Ce sont des lettres fami- 
lières que je vous ai écrites et que vous faites imprimer. » La 
chose ressort encore plus clairement de la lettre du 24 juillet. 
« (Dites) que ces lettres vous ont été écrites, pour la plupart, en 
1728. Vous ne dire:( que la vérité. La plupart furent en effet 
écrites vers ce temps-là, etc^'... » Il ne dit pas : vous furent : Thie- 
riot n'a jamais reçu ces lettres. 

Le travail principal de la rédaction se placera donc, autant que 
j'en puis juger, entre 1729 et 173 1; sans doute fut-elle inter- 
rompue par d'autres travaux. Toujours est-il qu'à la fin de 
novembre 1731, Voltaire a l'intention de s'y remettre et de la 
terminer. C'est alors qu'on commence à entendre parler des 
Lettres anglaises dans la Correspondance. 

Pendant toute l'année 1732, il retouche et remanie. Le 9 juil- 
let 1732, il demande à Thieriot qui est en Angleterre, de lui 
faire parvenir un écrit sur la personne et les oeuvres de Clarkc 
dont il a besoin pour achever sa lettre VII 5. 

Les lettres I-IV étaient prêtes en novembre 1732, et l'étaient 
probablement déjà quand il s'occupait de la Vile. 

Les lettres XV-XVI n'ont été rédigées qu'en octobre-novembre 
1732, quand Voltaire eut été converti au Newtonianisme par 
Maupertuis, et après l'apparition du Discoujs de ce dernier sur 
les différentes figures des astres (imp. en 1732). 

La lettre XIII était, dans sa rédaction première, antérieure à 
nov. 1732. C'est alors que fut rédigé le texte qui parut en 1734. 
Le travail était achevé avant le 15 décembre. 

Les copies de l'ouvrage furent envoyées à Thieriot et à Jorc 
au début de 1733. Mais la lettre XXIV ne fut expédiée à Londres 

1. Moland, XXXIII, 564, 24 juillet 1755. 

2. Ibid., 557, 562 et ^64. 
?. Ihid., XXXIII, 276. 



XL INTRODUCTION' 

que le jer mai 1733 : la rédaction n'en était donc pas terminée 
quand le reste était parti. 

On trouvera plus loin ■ les raisons qui me font placer entre le 
milieu de 1732 et le milieu de 1733 la rédaction des Remarques 
sur Pascal qui fut imprimée par Jore. 

Annoncée dès le mois de juin par le Mercure, la traduction 
anglaise des Lettres parut à Londres en août 1733. Elle fut 
annoncée par The Gentleman s Maga:(ine et par The Présent State 
oj thc Rcpiihlick of Letiers . Le Daily Journal (Wednesday August 
15, 1733) et le Grubstreel Journal (Thursday August 16, 
173 3) disent tous les deux : This Day is pubh'shed, etc. C'est donc 
le 15 ou le 16 que l'ouvrage fut mis en vente : sans doute le 15. 

Pour l'édition française, on sait que c'est vers le milieu d'avril 
1734 qu'une contrefaçon de Jore commença de circuler '. 

Voici la liste des passages de la Correspondance relatifs à la 
publication des Lettres anglaises (Éd. Moland, t. XXIII) : 

Numéros Pages 

230 A M. de Forment. Paris, 21 nov. 1731. 237 

(Projet de finir les Lettres). 
240 A M. de Cideville, 3 février 1732. 264 

262 A M. Thieriot. Paris, 13 mai 1732. 265 

270 — Paris 9 juillet 1732. 276 

(Il réclame un ouvrage anglais dont il a besoin pour finir 
sa lettre VII ; il promet ses Lettres anglaises « sous peu 
de mois ».) 
282 A M. de Formont.Lc. . . septembre. 292 

(Il lui faut un mois pour achever ses Lettres, lorsqu'il 
pourra s'y remettre.) 
285-288 A M. de Maupertuis 3. 30 oct.-8 nov. 1732. 
(Conversion de Voltaire à Newton .) 298-302 

290 A M. de Cideville. 303 

(Projet de donner à Jore l'impression des Lettres an- 
glaises.) 

1. Au t. II, début du Comment.ure de la lettre XXV. 

2. Bengesco, II, 16. Desnoiresterrest, t. II, p. 50 et suiv. 

3. Ajouter les lettres publiées par M. F. Caussy dans la Revue Bleue 
du 24 avril 1908. 



INTRODUCTION XLI 

292 A M. de Forment. A Paris, ce samedi , . . 

nov. 1732. 507 

(Il parle des lettres sur Newton et sur Locke ; nécessité 
Je la prudence ; lecture des lettres sur les Quakers au car- 
dinal Fleury.) 

295 A M. de Cideville. 15 déc. 1732. 310 
(Long détail sur ses Lettres, qui sont achevées ; la lettre 

XIll est refaite.) 

296 A M. de Maupertuis(sans doute fin 1732). 312 
(Il lui demande de faire des observations sur ses Lettres 

relatives à Newton.) 

302 A M. de Formont. Décembre 1732. 317 

(Il retouche encore ses Lettres.) 

305 A M. de Maupertuis. Paris (fin 1732). 319 

(Sur des fautes de copiste dans les lettres sur Newton ; 
w]uestions sur la lumière, à propos du livre de Pemberton.) 

309 A M. de Cideville. Ce dimanche 4 janvier 

1733. ^ 321 

(L'abbé de Rothelin lui a fait espérer une permission tacite.) 

313 A M. Thieriot. Paris, 24 février 1733. 323 
(Il a travaillé deux mois sur Descartes et Newton ; la co- 
pie des Lettres a été adressée à Thieriot ; des corrections 
aussi depuis ; refus de l'abbé de Rothelin d'approuver la 

1. XIII ; réponse à diverses observations de Thieriot sur les 
lettres V, VU, XII.) 

314 A M. de Cideville, 25 février 1733. 283 
(Il corrige quelques calculs et quelques dates ; il hésite à 

s'adresser à Jore.) 

322 A M. de Cideville. 12 avril 1733. 332 
(Demande si Jore travaille aux Lettres. Convention flaite 

par Thieriot avec les libraires de Londres ' . ) 

323 A M. de Cideville. Avril. 334 
(Même sujet.) 

I. M. AscoH a trouvé dans les papiers de Desmaizeaux au British 
Muséum (Additions, 4287; f" 218) et a bien voulu m'autoriser à repro- 
duire ici une lettre d'un certain J. Peele à Desmaizeaux, datée seulement 
ainsi : " Tuesday atternoon 5 o'clok". Il le prie de communiquer ce 
qui suit à M. TiÛiot (évidemment Thieriot) : 



XLH INTRODUCTION 

327 A M. de Cidcville. Ce n)ardi 21 avril. 335 
(Même sujet.) 

328 A M. 'lliieriot. Paris, ler mai (1733). 337 
(Envoi de la dcrniùre Lettre, sur les Académies; avis 

sur la préface à faire.) 

328 AM.deCideville.Cejeudi au soir 21 mai(i755). 334 
(Il réclame les épreuves de Jore.) 

329 A M. de Cideville. Ce vendredi 29 mai (1733). 34; 
(Autre adresse pour les épreuves ; sur la mise en sûreté 

de l'édition.) 
539 A M. de Forment. Juin (1735). 347 

(Projet des Remarques sur Pascal .) 

340 A M. de Cideville. Ce mercredi 10 juin (1753). 349 

(Il va corriger la lettre sur Locke (les épreuves) ;il envoie 

à Jore des recommandations de secret et de précaution.) 
342 A M. de Cideville. Ce vendredi 19 juin (1733). 351 

(Avertissements pour Jore et précautions contre lui.) 

344 A M. de Cideville. Ce mercredi i^^ juillet 

(1733)- 35) 

(Il vient d'envover à Jore les Remarques sur Pascal ; pré- 
cautions contre jore.) 

345 A M. de Cideville. Ce vendredi 3 juillet. 356 
(Pourquoi il a attaqué Pascal. Corrections pour Jore; 

projet d'errata et de cartons. Inquiétudes sur la hardiesse 
du livre. Il n'est pas content de la Préface de Thieriot.) 
348 A M. de Cideville, 14 juillet (1733). 359 

(Il compte envo\er à Londres la XXVe lettre sur Pascal ; 
raisons qu'il a eues de l'ajouter ; il compte mettre les Jé- 
suites de son côté.) 

(f lam iiiform'd that neitlicr tlie forcign booksellers abroad, nor thc 
french booksellers hère, will give anytliing for the liberty ofprintinp 
-Mr Voltaire's I.etters, but will immediately upon thc publication ol' 
them liere, reprint them cheaper than can bc doue in London, and the- 
rcfore thc whole profit must arise from the sale of the english trans- 
lation, which 1 need not tell you can't amount to near what Mr Tilliot 
expccts for tlicni. The best advice that I can therefore give him will bc 
to print them by subscription, unless he abates greaily of his demand; 
for I ani absolutely certain that it is impossible for any bookseller to 
give near his price for them. » On ne peut guère douter qu'il ne s'agisse 
des Lettres pljilosophiqiits, et la lettre doit être du début de 1733. 



INTRODUCTION XLIIl 

549 A M. Thieriot. Paris 14 juillet (1755). ?6o 

(Il presse Thieriot d'attendre la lettre sur Pascal ; critique 
de sa Préface.') 
551 A Thieriot. Paris, 24 juillet, (1733). 363 

(Avis de retarder les Lettres anglaises ; projet de corriger 
l'édition française d'après l'accueil fait par le public anglais à la 
traduction anglaise; recommandations pour la préface.) 

352 A M. de Forcalquier. 1733. 365 
(Il lui communique un exemplaire des Lettres.) 

353 A M. de Cideville. Ce dimanche 26 juillet. 365 
(Appréhensions ; comparaison de son sort avec celui de 

Montesquieu, de Saint-Evremond, et de La Fontaine.) 

354 AM. deFormont. Ce 26 juillet. 367 
(Il est décidé à retenir ses Lettres ; projet de cartons ; dé- 
fense de la lettre sur Locke et des Remarques sur PascaL) 

355 A M. Thieriot. Ce 28 juillet. 368 
(Avis pressant de reculer l'édition française.) 

356 A M. de Cideville. Ce mardi au soir, 28 juillet 

(1733)- 369 

(Sur Jore et l'édition de Rouen; inquiétudes.) 

358 A M. Thieriot. Ce 5 août. 371 
(Il se justifie d'avoir dit que Thieriot lui avait volé son 

manuscrit ; il se plaint que la révision de l'édition de Londres 
ait été négligée.) 

359 A M. de Formont (fin août 1733). 373 
(Sur Clarke, Malehranche et Locke ; sur la traduction 

anglaise qui paraît à Londres). 
361 A l'abbé de Sade. A Paris, le 29 août. 375 

(Succès de la traduction anglaise.) 

378 A Jacob Vernet. Paris, 14 septembre. 378 

(Sur ses Lettres et sur le tutoiement des Quakers.) 

363 A M. de Cideville. Ce 15 septembre. 389 
(Jore suspect à la police ; inquiétudes et plaintes.) 

364 A M. le Marquis de Caumont. 15 septembre 

1733. (Sur ses Lettres.) 381 

375 A M. l'abbé de Sade. A Paris, le 13 novembre 

(1753)- 392 



XLIV INTRODUCTION 

386 A M. de Maupcrtuis (? date incertaine). 405 

(Persécutions qu'il essuie déjà pour ses Lettres.) 
398 A M. de Cideville, A Monjcu par Autun, 

le 24 avril (1734). 414 

(Les Lettres anglaises se débitent à Paris. Alarmes de 
Voltaire.) 

Je n'ai pas à faire ici l'histoire du scandale et du succès de la 
publication des Lettres philosophiques . Beuchot et Moland dans 
leurs éditions, Desnoiresterres, dans son tome II, Voltaire à Cirey, 
Bengesco, dans sa Bibliographie, en fournissent les éléments. J'ai 
présenté quelques documents importants et inédits sur la con- 
damnation du livre dans un article de la Revue de Paris du 
i«r mai 1904; et M. F. Caussy vient d'apporter quelques lettres 
nouvelles qui s'y rapportent '. 

J'aurais donné dans cette édition des extraits nombreux des 
comptes rendus et des critiques de l'ouvrage de Voltaire, si je 
ne me proposais de rassembler en un volume toutes les pièces 
de l'histoire des Lettres philosophiques à dater du jour de leur 
apparition, et tous les jugements et discussions qu'elles ont pro- 
voqués. Je me bornerai à donner ici une liste des principaux 
articles et libelles dont elles furent l'occasion. 

1. The Grubstreet Journal, u° 191, Thursday August 23, 1733, 
(Article signé Bavius, avec une prétendue lettre d'un quaker 
Eira.) 

2. The Présent State of the Repuhlick of Letlers, 1735, t. I, 
art. XXII. 

3. L'abbé Prévost, Le Pour et Contre, 1735, t. I, no 11, 

4. Bibliothèque Britannique, oct.-déc. 1755, t. II, f' p., art. 
II et VI. 

5. Lq Journal littéraire, 1734, t. XXIII, p. 350. 

6. On:^ihne et clou:^ièuie discours contre les impies du lents et les 
Jondenwns de V impiété wO(/tfr«« (par l'abbé Molinier), 1734 (appro- 
bation du 24 juillet) : Xle dise, p. 26 ; XII* d., p. 128-204. 

7. Boullier, Rèjlexions sur quelques principes de la philosophie de 
M. Locke, à l'occasion des Lettres philosophiques de M. de Voltaire, 

I. Revue Bleue, 4 et 11 juillet 1908. 



INTRODUCTION XLV 

lettre datée du i8 déc. 1754, qui parut dans la Bibliothèque fran- 
çaise, I73S> t. XX, 2e p., p. 189. 

8. Histoire d'un voyage littéraire fait en lyjj en France, ev 
Angleterre et en Hollande Qpar ]ordân). La Haye, 1735, in-12. 
p. 186-187. 

9. Réponse ou critique des Lettres philosophiques de M. de V., 
parle R. P. D. P. B. (Lecoq de Villeray), Basle, 1755, in-12. 

10. Lettres servant de Réponse aux Lettres philosophiques (par 
Tabbé Molinier), Paris, 1735, in-12. 

11. Mémoires de Trévoux, janvier-février 1735, p. 95 et 316. 

12. Bibliothèque française, 1735, t. XXII, !■■« p., p. 38. 
Lettre de M. de B. (peut-être Bonneval, selon Barbier) sur la 
critique de l'abbé Molinier. 

13. BouUier, Défense des Pensées de Pascal contre la critique 
de Foliaire, avec Trois Lettres relatives à la philosophie de ce 
poète (la ire est celle qui est indiquée plus haut, no 7), à la suite 
des Lettres sur les vrais principes de la religion, où Von examine le 
livre de la Religion essentielle à l'homme (de Ml'e Huber),i74i, 
et à la suite de V Apologie de la Métaphisique (contre d'Alem- 
bert), 1753. 

14. Josiah Martin, Lettre d'un quaker à Fr. de Voltaire écrite à 
l'occasion de ses Lettres sur les Anglais. Tr. de l'anglais, Londres, 
1745, in-80. (L'original anglais parut en 1741. La lettre est datée 
du 25 septembre 1733.) 



La bibliothèque et les papiers de Voltaire ' ayant été envoyés 
après sa mort à l'impératrice Catherine II, qui les acquit de 
Mme Denis, j'ai dû me préoccuper de savoir ce que j'y pou- 
vais trouver de secours pour ce travail. Les temps n'étaient pas 
favorables à une telle recherche. Cependant M. le Directeur de 
la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg a eu l'obligeance 
de répondre à mes questions et de me faire savoir : 



I. Cf. Arclnves des missions scientifiques, 1847, i'' série, t. I, p. 39- 
54 (Léouzon Le Duc) ; et 1867,2° série, t. IV, p. 98-102 (le comte H. de 
La Perrière). 



XLVI INTRODUCTION 

10 Qu'il n'y avait pas, dans les papiers, de manuscrits se rap- 
portant aux Lettres sur les Anglais ; 

2° Qiie parmi les livres de Voltaire, il n'y avait pas d'éditions 
des Lettres sur les Aiii^Jais (c'est-à-dire d'éditions séparées). 

Ce n'est pas à dire qu'on ne puisse trouver à Saint-Pétersbourg 
des choses utiles pour l'étude que j'ai entreprise. Il y aurait lieu 
de rechercher si les éditions des Œuvres conipltles ne fourni- 
raient pas de corrections manuscrites, et si la bibliothèque de 
Voltaire, soit par quelques particularités de sa composition, soit 
par des annotations inscrites dans quelque ouvrage, ne contribue- 
rait pas à l'éclaircissement des sources des Lettres . On pourrait, 
en particulier, examiner les éditions de Pascal que possédait Vol- 
taire, et qui peut-être contiennent des remarques de sa main. Je 
m'excuse de ne pouvoir apporter ici que le regret de n'avoir pas 
fait ce travail, et le souhait qu'il soit fait un jour par un autre. 

J'ai dû également me passer d'un secours dont j'ignore d'ail- 
leurs l'importance . Un manuscrit d'environ 40 pages, plus exacte- 
ment un carnet contenant des notes prises par Voltaire pendant 
son séjour en Angleterre, et qui faisait partie de la collection 
Ashburnam, a été vendu à Londres en 1901. Malgré tous mes 
efforts et ceux de quelques personnes obhgeantes auxquelles 
j'adresse ici mes remerciements, je n'ai pu obtenir du proprié- 
taire actuel la communication du document, ni même une réponse 
à ma requête. Il est possible que je n'aie pas perdu grand'chose à 
cette rigueur : mais le contraire est possible aussi ; une note de 
l'apparence la plus insignifiante peut fournir des précisions, des 
directions précieuses dans une recherche de sources . Je ne me 
console pas de mon échec, et je souhaite que quelque autre 
soit un jour plus heureux que moi. 

M. Churton Collins a vu ce carnet, dans la collection Ashbur- 
nam, et il affirme qu'il contenait des notes se rapportant à la 
préparation des Lettres philosophiques. Par sa description on se 
rend compte que le manuscrit en question doit être un carnet 
analogue et antérieur à ceux Je la iiibliothèque impériale de 
Saint-Pétersbourg dont le Sottisier ' a été tiré. Voici le passage 
de Mr. Churton Collins ' : 

1. Cf. éd. Moland, t. XXXII. appendice. 

2. liûtii}ol)iolie, a Hiitorical stiidv, ami Voltaire in Englanâ, London, 



INTRODUCTION XLVII 

« Among the Ashburnani Mss ' there is a curious relie of 
Voltaire's résidence in Englaud.lt is the Common-place book in 
which he entered from time to tinie such things as struck hini, 
eitlier in his reading or in what he heard in conversation. The 
niemoranda, which are interspersed with extracts from Itahan 
and Latin Poets, are in English and French, and they range from 
traditionary witticisms of Rochester, often grossly indécent, 
and from equally indecorous anecdotes and verses, picked up no 
doubt in taverns and coffee-houses, to notes evidently intended 
for the dedication to Brutus, the Life of Charles XII, and the 
Lettres Philosophiques, and to fragments of original poems and 
translations. They unfortunately throw no light on his per- 
soual life, beyond communicating the net werv important fact 
that he kept a footman. » 



\T 



Il me reste à fournir quelques indications sur cette édition. 

Je donne, comme je l'ai dit % le texte de Jore, 1734, avec le 
recueil complet des variantes de 16 éditions et, quand c'est 
utile, les leçons de plusieurs autres. 

Je donne une édition critique et non une reproduction en 
quelque sorte photographique de Jore. 

J'ai corrigé, sans avertir le lecteur, les fautes d'impression 
telles que village pour village, premiement pour premièrement, 



1886, in-S", p. 257. M. Churton Colliiis vient de reprendre et d'.iug- 
mentcr son étude dans un volume intitulé : Voltaire, Montesquieu ami 
Rousseau in Engtand, in-8°, 1908. Je regrette de n'avoir pu consulter 
qu'à Londres sa première publication et d'avoir eu la deuxième à Paris 
quand mon travail était déjà imprimé en grande partie. D'ailleurs la 
substance de ses recherches était passée dans Ballantyne que j'ai eu 
toujours entre les mains. 

1. Barrois, 653. For permission to inspect thèse most curious notes, 1 
.un inJebted to the courtesy and kindnessof lord Ashburnam. (Note de 
Ch. C.) — Le ms. a été vendu en 1901 pour la somme de 61 L. 
(1525 fr.) à un collectionneur anglais. 

2. Cf. p. X et p. xv-xix. 



XLVIII INTRODUCTION 

tirranie, pour tiranie, gourvenient pour gouve nient, etc., sur 
lesquelles aucune contestation ne pouvait s'élever. 

J'ai corrigé d'autres fautes qui me paraissaient évidentes, 
mais qui n'étaient pas simplement des mots estropiés ; dans ces 
cas, parce qu'un sens, même absurde, subsistait, j'ai toujours 
averti le lecteur, par une note, de la véritable leçon de Jore, et 
j'ai signalé typographiquement la correction apportée au texte '. 

Je me suis interdit toute correction partout où il pouvait \ 
avoir un doute sur la réalité de la faute, et aussi partout où elle 
pouvait être mise au compte d'une bévue de l'auteur, si grossière 
qu'elle fût. 

Pour l'orthographe, j'ai reproduit en principe l'orthographe 
de Jore. A vrai dire. Voltaire ne m'invitait pas à la respecter. 
Il écrivait le 12 déc. 1743 à César de Missv : « Vous vous moquez 
de me consulter sur la ponctuation et l'orthographe ; vous êtes 
le maître absolu de ces petits peuples-là comme des plus grands 
seigneurs de mon royaume '. » 

Je n'ai point voulu profiter de la liberté accordée par Voltaire 
à ses éditeurs. Il m'a paru intéressant, à l'heure présente, de 
montrer sous quelle forme se présenta au public un de ces 
chefs-d'œuvre dont certains lettrés s'imaginent la beauté insé- 
parable des graphies actuellement en usage. Il ne pouvait être 
non plus question de réduire, par une fantaisie érudite, l'ortho- 
graphe désordonnée de Jore à je ne sais quel type arbitraire et 
irréel de régularité qu'on eût appelé orthographe du xviiie siècle. 

J'ai donc gardé en principe l'orthographe de Jore. J'ai seule- 
ment fait quelques corrections discrètes dans certains cas où Jore 
paraissait infidèle à son propre usage. J'ai mis quelques accents 
aigus là où il me semblait qu'il l'admettait J. Pour les variantes et 
additions, je conserve à chacune d'elles les particularités ortho- 
graphiques du texte où elle se rencontre pour la première fois. 

1. J'ai considéré la faute gens censés pour gens sensés (1. XI, 1. 80) 
comme appartenant à la première catégorie. 

2. XXXVI, 182. 

}. En revanche j'ai imprimé existence, ellipse^ etc. et non existence, 
ellipse, etc. ; nager et non nager. Jore n'accentue pas toujours, mais 
seulement le plus souvent, Ve suivi de .r ou de //. On trouve chez lui 
degré et degré : j'ai préféré la première forme. J'ai écrit partout sistéme, 
alors que Jore donnait une fois sistcsme. 



INTRODUCTION XLIX 

On remarquera que, dès 1734, l'édition de Jore imprime 
Français, Anglais. Elle devance l'impression de Zaïre (1736) ', 
où Voltaire avertit le public qu'il risque cette nouveauté rai- 
sonnable. Je ne crois pas qu'il soit intervenu d'autre façon dans 
l'orthographe de l'édition de 1754 ni d'aucune autre ^ 

Je n'ai point relevé les variantes purement orthographiques. 
J'ai considéré comme telles certaines abréviations : M., Mr, ou 
Monsieur. Certaines éditions n'ont pas un usage constant, et 
usent, tantôt de l'abréviation, tantôt du mot complet. Je n'ai pas 
enregistré non plus les variantes d'écriture des nombres, qui 
tantôt sont donnés en chitîres, et tantôt en toutes lettres, comme 
Charles II, ou Charles second, Guillaume III ou Guillaume 
troisième; 500 ou cinq cens, etc. Les éditions collationnées 
(comme ^/), qui, dans les noms de souverains, n'emploient pas 
les chiffres romains II, III, etc., les traduisent toujours par 
l'adjectif ordinal second, troisième, etc., jamais (sauf en trois 
endroits ') par le cardinal deux, trois, etc. 

Je n'ai pas noté davantage les variantes d'écriture du mot cent 
qui est tantôt invariable et tantôt prend Vs du pluriel : deux cents 
ou deux cent, etc. Il est à remarquer que les éditions sont assez 
d'accord pour suivre une règle uniforme ; j6, yo, y s qui 
écrivent neuf cent neuf, écriront aussi trois cent ans, tandis que 
là où l'on trouve trois cens ans, on trouvera en général, neuf 
cens neuf : ainsi dans 42,42^, //, yi-^, K. 

J'ai signalé les manques d'accord des participes, qui semblent 
bien se faire par principe. 

J'ai relevé les variantes d'orthographe des noms propres *. 
J'ai conservé avec une attention particulière les formes données 
au.K noms propres étrangers : elles ont parfois, dans leur incor- 
rection et leur étrangeté, un intérêt historique. 

Pour la ponctuation, j'ai rectifié celle de Jore là où elle 

1. Cf. éd. Moknd, t. II, p. 554. 

2. Les cd. de 1739^, 1748, 1752, 1756, 1775, suivent Jore pour les 
graphies Anglais, Français. 

3. J4', }) : Louis huit (1. IX, lig. 60); _J4" : Louis quatorze et Louis 
quinze (I. XXIII, lig. no); J2 : Henri trois (1. XXV, lig. 826, note). 

4. Non pas pourtant Des Cartes pour Descartes. 

Lett.phil. I.' IV 



L INTRODUCTION 

tl-tait trop incorrecte (par rapport à son usage habituel, non 
au nôtre), ou tout à fait absurde, ou tout à fait obscure. J'ai 
mis avec discrétion quelques alinéas qui s'imposaient. J'ai mis 
quelques majuscules et quelques guillemets où il en fallait. 

J'ai relevé les variantes de ponctuation dans les cas, et dans 
les cas seuls, ou elles intéressaient le sens. 

Dans le Commentaire, j'ai réduit l'orthographe des nom- 
breuses citations à l'usage présent. Il eût été à peu près impos- 
sible d'obtenir une reproduction exacte de tant de graphies 
discordantes ; les vérifications nécessaires pour la correction 
des épreuves n'auraient pu se faire, parce que les passages 
cités proviennent d'un très grand nombre d'ouvrages différents 
qui, pour la plupart, n'étaient plus sous ma main. J'ai donc pensé 
qu'il valait mieux ofl'rir une bonne orthographe moderne 
qu'une orthographe ancienne estropiée ou suspecte. 

VII 

Un mot d'avertissement sur le Commentaire ne sera pas non 
plus inutile. 

Je n'ai pas voulu faire un commentaire explicatif qui résolût 
toutes les difficultés ou fît valoir tous les aspects du texte. 

Je n'ai pas voulu faire un commentaire historique, qui établit 
le rapport de la description de Voltaire à la réalité des institu- 
tions et de la vie anglaise, et marquât en quels endroits, dans 
quelle mesure elle est vraie ou fausse '. 

Mon but a été d'aider à comprendre comment Voltaire a fait 
son livre, comment et sur quels matériaux son esprit a travaillé. 
J'ai voulu présenter un commentaire de sources, rien de plus. 

L'idéal eût été d'arriver à découvrir pour chaque phrase le 
fait, le texte ou le propos qui avait mis en branle l'intelligence 

I. Je n'ai pas davantage voulu comparer Voltaire à ses devanciers les 
auteurs de relations de voyages en Angleterre. J'en indique quelques-uns 
dans le Commentaire de la première lettre (n. 2) à propos des Qua- 
kers ; d'autres seront signalés dans le commentaire des lettres sui- 
vantes. Voyez sur ces relations Jusserand, Shakespeare en France sous 
l'ancien Régime (p. 98-126 et 154-161), et Charlanne, L'influence fran- 
çaise en Angleterre au XVII' siècle. La vie sociale. Etude sur les relations 
sociales delà France et Je l'Angleterre, 1906, in-S". 



INTRODUCTION LI 

OU l'imagination de Voltaire : on se fût ainsi rendu compte du 
travail intérieur qui les a utilisés, fécondés, déformés, trans- 
formés. Je n'ai pas besoin de dire que je n'ai pas atteint cet 
idéal. Je m'en suis approché pour quelques lettres, où je puis 
offrir des résultats presque complets. J'en suis demeuré plus loin 
pour les autres parties. 

Lorsque les sources directes et précises où je pouvais remon- 
ter n'expliquaient pas tout, j'ai essayé du moins de retrouver les 
états de l'opinion ou de la pensée anglaise d'où certaines affir- 
mations de Voltaire dérivaient : si elles étaient vraies ou fausses, 
ce n'était pas nîon affaire, il me suffisait qu'elles fussent le pro- 
duit d'une suggestion anglaise. 

Une bonne partie du contenu des Lettres vient, sans qu'on 
en puisse douter, de ce que Voltaire a vu ou entendu en Angle- 
terre '. Ces sources sont à peu près inaccessibles aujourd'hui, ou 
du moins ne peuvent être le plus souvent que conjecturées : on 
ne saurait le faire avec trop de prudence et de précaution. Le 
carnet de notes de Voltaire, ici, m'eût sans doute bien servi. A 
son défaut, j'ai essayé de retrouver dans les écrits de circon- 
stance, les brochures, et surtout les journaux, l'image des faits et 
des mouvements d'idées qui, par d'insaisissables intermédiaires, 
ont agi sur Voltaire de 1726 à 1729. Les journaux anglais sont 
précieux : ils font voir, ou du moins entrevoir, ce que Voltaire 
put avoir sous les yeux, ce qui put lui venir aux oreilles pen 
dant qu'il vivait en Angleterre. J'ai fait le dépouillement des 
journaux publiés à Londres qui sont au Biitish Miisenin, pour 
la période mai 1726-février 1729. 

Les sources orales se dérobent . On peut pourtant recherclu r 

I. On ne peut guère rejeter et l'on n'a p.is actuellement les moyens 
de préciser la conjecture de Texte (Revue d'histoire littéraire, 1894, t. I, 
p. 201), que Voltaire « dut beaucoup » à la fréquentation des réfugiés 
français qui se réunissaient au Raitibou' Coffre Hoiise dans .Marylebone. 
I.e baconien Daudé et le newtonien Moivre, Desmaizeaux, ami de 
Collins et des déistes, La Chapelle, Coste, César de Missy, etc. purent 
lai révéler beaucoup de l'Angleterre, tout au moins lui indiquer des 
voies. (Cf. Sayons, Le XVLll° siècle à l'étranger, t. I, p. 15.) Il serait 
désirable que les papiers de Desmaizeaux (au British Muséum et à la 
Bibliothèque de Copenhague) fussent exactement dépouillés. M. Ascoli 
s'y emploie au British Muséum et prépare une étude sur la vie et l'action 
de ces réfugiés français. 



LU INTRODUCTION 

dans les écrits des hommes qui ont le plus vécu et conversé 
avec Voltaire des traces de ce qu'ils ont pu lui dire dans leurs 
conversations. Je l'ai fait notamment pour Bolingbroke. 

J'ai souligné par des italiques les expressions des sources qui 
ont le rapport le plus étroit avec le texte de Voltaire . Je laisse 
au lecteur, pour ne pas grossir ce volume, le soin de distinguer 
s'il est en présence d'une source certaine ou probable, directe 
ou indirecte, d'une source de la pensée ou d'une source de la 
forme, ou enfin d'une révélation d'un milieu d'où est partie 
la suggestion qui a excité Voltaire '.En un mot je me suis 
proposé, sans rien dire d'inutile, d'éclairer les démarches de 
l'esprit de Voltaire, et de fournir les moyens de comprendrv; 
mieux qu'on ne faisait comment il était impressionné et com- 
ment il réagissait. 

J'ai transcrit tous les textes qu'on ne rencontre pas commu- 
nément, me contentant de donner des références aux ouvrages 
que tout le monde peut aisément trouver '. 

VIII 

Plusieurs de mes élèves m'ont prêté leur concours pour ce 
travail. M"e M. M. a fait une copie exacte de l'édition de 
Jore 1734 (Arsenal, T 8359, in- 12). M. Charvet, élève de 
l'École Normale supérieure, a fait la collation de l'édition 
de Basle (Londres) 1734, que, vu l'importance de ce texte, 
j'ai faite aussi de mon côté. M. Lesouef, étudiant à la 
Faculté des lettres, a fait la collation de l'édition de Londres 
I 737. Miss Rautz Rees, étudiante à la Faculté des lettres, a 



1. J'.ippelle l'attention ici sur deux ouvr.iges que je cite, l'His- 
toire des Quakers du P. Catrou et les t'oyages de Cés.-ir de Saussure. Je 
les cite comme témoins et non comme sources. L'ouvr.ige de C.itrou 

.parut trop tard pour être utilisé par Voltaire; je l'emploie surtout 
comme résumant Croese que Voltaire a connu, lorsque Croese est trop 
long pour être cité in extenso. Pour Saussure, j'ai montré que sa ré- 
daction, postérieure à la publication des Lettres philosophiques, les a 
plus d'une fois utilisées, et ainsi les corrobore {Reiue d'Hist. litt., 1906, 
p. 695.) 

2. J'ai dégagé les principaux résultats de mon commentaire dans un 
.irticlede la Rci'ue de Paris {\" août 1908). 



INTRODUCTION LUI 

recueilli au British Muséum, dans les Transactions de la Royal 
Society et dans diverses brochures, une bonne partie des sources 
anglaises de la lettre XI ; elle m'a fourni aussi quelques extraits 
de Rymer pour la lettre XVIII. M. Ascoli, élève de l'École 
Normale supérieure, a pris à la Bibliothèque de l'Arsenal la 
copie de la rédaction primitive de la lettre XIII ; et il a éta- 
bli si bien le commentaire de cette lettre que j'ai eu peu de 
chose à y ajouter. 

MM. Morize et Langlais, élèves de l'École Normale supérieure, 
m'ont fourni quelques notes utiles. M. Dufor, ancien élève de 
l'École Normale supérieure, professeur au lycée de Nîmes, a con- 
sulté pour moi, à la Bibliothèque de cette ville, les notes manu- 
scrites de Séguier sur le voyage qu'il fit en Angleterre en 1736. 

J'ai obligation aussi pour l'éclaircissement de certaines allu- 
sions ou citations à mon regretté collègue M. Beljame, à 
M. Durand, professeur à l'Université de Paris, à M. Picavet, 
maître de conférences à l'Université de Paris, à M. Abel Lefranc, 
professeur au Collège de France. M. le Bibliothécaire de la 
ville d'Arras a bien voulu me renseigner sur le contenu de 
certains manuscrits qu'il conserve, où l'on trouve des notes et 
anecdotes relatives à Voltaire. 

M. Baldensperger, professeur à l'Université de Lyon, 
M. Robertson, professeur à Harrow, m'ont fourni avec une 
inlassable complaisance des indications et des renseignements 
utiles. M. Lawrence, professeur à University Collège, m'a très 
obligeamment procuré l'assistance de M. Norman Penney, 
bibliothécaire de la « Société des Amis », qui m'a donné des 
éclaircissements précieux sur le quaker André Pitt et ses 
relations avec Voltaire. M. Eug. Ritter, ancien professeur et 
doyen de la Faculté des lettres de l'Université de Genève, m'a 
communiqué quelques observations sur le fragment de Lettre 
anglaise qu'on trouvera en appendice à la fin du second volume. 
M. Huchon, maître de conférences à l'Université de Paris, et 
M.Brandin, professeur à University Collège, ont pris quelques 
notes pour moi au British Muséum. M. Brandin m'a rendu 
tous les bons offices qui pouvaient faciliter mes recherches : 



LIV INTRODUCTION 

ce n'est pas à lui ni à M. Robertson qu'il a tenu que j'eusbc 
communication du carnet de notes de Voltaire. 

J'adresse donc ici à tous, amis, collègues et élèves, l'expres- 
sion de ma vive gratitude. Je remercie aussi MM. les Biblio- 
thécaires de la Bibliothèque Nationale, de l'Arsenal, et de la 
Mazarine dont j'ai éprouvé la constante obligeance, en parti- 
culier MM. Mortreuil, Marchai et Teste, de la Bibliothèque 
Nationale, et mon ami Paul Bonnefon, de l'Arsenal. Je dois une 
reconnaissance toute spéciale à M. Marcel, directeur de la Biblio- 
thèque Nationale : les facilités qu'il m'a données pour consulter 
les éditions de Voltaire m'ont permis de faire des collations 
nombreuses dans un temps relativement court. 

Je remercie aussi l'administration du British Muséum grâce à 
laquelle j'ai pu, au mois d'août 1907, compléter mon travail et 
voir beaucoup d'ouvrages anglais, principalement des journaux, 
que je ne trouvais pas à Paris. 

Enfin il faut que le lecteur sache qu'il doit à M. MarioRoqucs 
tout ce qu'il y a de bon dans l'exécution typographique et l'or- 
donnance de ces deux volumes. M. Roques, de plus, m'a fait au 
cours de l'impression plus d'une remarque utile sur le fond des 
choses. J'ai largement profité de son expérience d'éditeur et 
de son attention critique toujours eu éveil. Je lui ai les plus 
grandes obligations. 



AVERTISSEMENT 



Pour la manière dont sont notées les éditions coUationnées, 
voyez V Introduction, pages xv-xix. 

L'appareil critique ne tient compte en général que des seize 
éditions dont la liste est donnée aux pages xv-xvii de Vlntro- 
liiiction. Ainsi sg^-K veut dire que la variante signalée se trouve 
dans les onze éditions coUationnées qu'indique cette liste, depuis 
led. de 1738-39 jusqu'à l'édition de Kehl, Si parfois je crois 
utile de signaler une leçon d'une édition non portée sur cette 
liste, je la mentionne expressément par une des abréviations indi- 
quées dans V Introduction (p. xvii-xix). Les dérivés de Jore, ses 
contrefaçons, j/, ^4^, S4^, ses réimpressions, ^yb, ^S, n'entrent 
pas en compte, à moins d'être expressément indiquées : 
j^^-^9 signifie qu'une leçon se trouve dans _?^% ^J, ^9. 

Bien que ^4 ait été mis en circulation après j/, cependant 
comme c'est le texte de base, je le fais toujours passer avant 
^4" ; ainsi ^4-^ç signifie qu'une leçon est dans ^4, ^4% SS> 39 '■, 
tandis que ^^"-^9 assigne la leçon à ^^% ^';, _?9, en excluant ^4. 

En règle générale, l'édition notée avec exposant se classe 
après l'édition notée sans exposant ; l'indication 34'-)<), 'i'^- 
ciut_?5;S tandis que l'indication j/-i9+, comprend ^'c?. 



Signes typographiques dans le texte. 

{ ] : mots ou lettres suppléés par la présenteédition. 

( ) : mots ou lettres qui doivent être retranchés du texte 
de Jore. 

Italiques : mots ou portions de mots substitués par la présente 
édition à des mots ou portions de mots du texte de Jore. La 



LVI AVERTISSEMENT 

leçon fautive de l'original est alors donnée dans une note critique 
avec la raison de la correction. Je n'ai corrigé sans avertir, comme 
je l'ai dit plus haut', que quelques fautes grossières et évidentes 
de typographie. 

Lorsque les italiques ne sont accompagnées d'aucune note cri- 
tique, elles servent à détacher des mots en langue ancienne 
ou étrangère, ou à souligner des expressions sur lesquelles 
l'édition /;;/»r<'/'5 appelait l'attention du lecteur. 



Signes typographiques dans V appareil critique. 

[ ] : les crochets enferment les mots du texte non modifiés 
dans la variante citée. 

( ) : la parenthèse introduit une variante partielle dans une 
variante plus étendue. Ainsi ^^*-K... (42^...)..., signifierait 
que dans la leçon commune à toutes les éditions de jç* à K, 42^ 
introduit une leçon partielle qui lui est propre. 

Italiques : elles indiquent les remarques du présent éditeur. 

Signes typographiques dans le commentaire. 

Italiques : outre leur emploi ordinaire pour signaler les titres 
des ouvrages cités, et, çà et là, pour détacher un mot latin dans 
un passage en langue française, ou eu général un mot d'une 
langue qui n'est pas celle du texte cité, les italiques sont desti- 
nées à souligner, dans les citations des sources, les parties qui 
ont un rapport plus direct et plus frappant au sens ou à l'expres- 
sion de Voltaire. 

I. P. XLVII-XLVIII. 



LETTRES 

PHILOSOPHIQUES 



Par m. de V. 



A AMSTERDAM, 
Chez E. Lucas, au Livre D'or 

MDCCXXXIV. 



I. Même titre dans ^4'', ^4^, ^4°, jj"", contrefaçons ou réimpressions de ^4 — 
Le titre est dans Fédition de Londres Q-/'^) : Lettres écrites de Londres sur les 
Auglois et autres sujets, par M. D. V. Basic, 1734. ^s> i7% S9 ^'«'i''"' )4' '" 
nommant l'auteur « Par M. de Voltaire ». — Le milieu de la page de titre de 
l'édition de ly^ 4 est occupé par une vignette qui n'est pas reproduite ici. 



TABLE 

Des lettres contenues en 
ce Volume. 



Première lettre sur les Quakers, i 

5 IL Lettre sur les Quakers, 14 

III, Lettre sur les Quakers, 20 

IV, Lettre sur les Quakers, 30 

V, Lettre sur la Religion Anglicane, 44 

VI, Lettre sur les Presbytériens, 52 
10 VU. Lettre sur les Sociniens, ou Ariens, ou Anii- 

Trinitaires, 58 

VIII. Lettre sur le Parlement, 64. 

IX. Letti'e sur le Gouvernement d'Angleterre, 74 

X. Lettre sur le Commerce, 87 
15 XI, Lettre sur rinsertion de la petite vérole, 92 

XII, Lettre sur le Chevalier Bacon, iio 

XIII. Lettre sur Mr. Loke, 120 

XIV. Lettre sur Descaries & Newton^ 139 

XV, Lettre sur le sistême de Vatraction, 154 

Lig, 4, _J4% ss<J7'> )9 Lettre I. Sur.,. Lettre IL Sur.., etc. — Je ne 

donne que les variantes des tables des éd. séparées. Après 17 J^, Vouvrage 
étant fondu dans le reste de T œuvre, et parfois éparpillé, n'a plus de table 
spéciale. Les numéros de page sont ceux de la table deij}4 et correspondent 
aux cMffres placés entre crochets dans la marge de notre texte. 

19, _;4", JS' i7% i^sur l'Attraction, 



d TABLE Dl-S LETTRES 

2<) XVI. Lettre sur FolyUque (le Mr. Nciutoii, i8i 

XVII. Lettre sur l' Infini et sur lu Croiwlo^^ie, 193 

XVIII. Lettre sur lu Tragédie, 211 

XIX. Lettre sur la Comédie, 224 

XX . Lettre sur les Seigneurs qui cultivent les Lettres, 237 
25 XXI. Lettre sur le Comte de Rochester & Mr. IVal- 

ler, 243 

XXII. Lettre sur Mr. Pope & quelques autres Poètes 
fameux, 255 

XXIII. Lettre sur la considérulion qu'on doit aux 

30 Gens de Lettres, 265 

XXIV. Lettre sur les Académies, 275 

XXV. Lettre sur les Pensées de Pascal, 289 

Fin de la Table. 



21. ^4^, _?/, j7', jçf sur rinfîny de la Géométrie et sur h Chronolo- 
gie de M. Newton. — 27. ^4', jj, ^j', ^9 Sur M. Pope {rien de plus). 

31. _J4% ^j. 57', jj>''Sur la Société Royale et [sur les Ac.J. — 32. ^./, 
jîj> i7"> i9 Lettre ((/««s ^4' cl }y', pas de numéro d'onlic ; dans les deux 
autres Lettre XXV) Sur l'incendie de la ville d'Altena — ^4", jy^ font 
des Remarques sur Pascal la 2^' /., et de la lettre sur Aliéna la 26', tandis 
que _J7^ et ^9 mettent celle-ci aiuint l'autre. Dans }j' même, Li table 
alphabétique des principales matières et la table des lettres prennent place 
entre la lettre sur Aliéna et les Remarques sur Pascal qui sont ajoutées 
sans pagination. Ces particularités de disj'osition dénotent les origines diffé- 
rentes des textes : ^4°, ^7'' complètent le texte de Jore (;./, j./'' et ^4^) par 
la lettre sur Aliéna, et ^7% ^9 ajoutent les Remarques sur Pascal au 
texte de Thieriot (j^^*, ^j), qui ne les avait pas. 



PREMIÈRE LETTRE [i] 



Sur les Quakers ' . 

J'ay cru que la doctrine et l'histoire d'un Peuple si 
extraordinaire, méritoient la curiosité d'un homme rai- 
5 sonnable ^. Pour m'en instruire j'allai trouver un des 
plus célèbres Quakers d'Angleterre, qui après avoir été 
trente ans dans le Commerce', avoit sçu mettre des 
bornes à sa fortune & à ses désirs, & s'étoit retiré dans 
une campagne auprès de Londres. Je fus le cher- 
10 cher 4 dans sa retraite ; c'était une maison petite, mais bien 
bâtie, pleine de propreté 5 sans orne | ment. Le Qua- [2] 
ker étoit un vieillard frais qui n'avoit jamais eu de mala- 
die, parce qu'il n'avoit jamais connu les passions ni l'in- 
tempérance ^ : je n'ai point vu en ma vie d'air plus 

Ligne 2. ^ç^-jj De la religion des Quakers. K, Did. phil., art. Qua- 
kers Qa section I est composée de cette lettre et de la suivante). ^4^, ^4', 
^7 écrivent partout Quaquers. — A' met en note : « Cet article et la plu- 
part de ceux qui traitent de la philosophie ou de la littérature anglaise 
parurent vers l'année 1727, lorsque l'auteur revint d'Angleterre. On sait 
combien ces ouvrages firent alors de bruit sous le titre de Lettres phi- 
losophiques. » Et kVErrata (t. LXX, p. 502) : « Elles avaient été en effet 
adressées à M. Thiriot en anglais, pendant le séjour de M. de Voltaire 
en Angleterre. » — 4. J94-A' [aussi extraordinaire] que les Quakers, 
— 9. S4^-K J'allay Cette leçon ne serait-elle pas une correction de 
Thieriot, puisque Voltaire qui a revu les épreuves de Jore a laissé Je fus ? Cf. 
le commentaire, n. 4. 

II. Texte de toutes les éditions séparées {^4-^9). }9^-K [bâtie] et ornée 
de sa seule propreté — 12. {Note de V.) }9^-K II s'appelloit André Pii7, 
et tout cela est exactement vrai, à quelques circonstances près. André Pit 
écrivit depuis à l'Auteur pour se plaindre de ce qu'on avoit ajouté un 
peu à la vérité, et l'assura que Dieu étoit offensé de ce qu'on avoit plai- 
santé les (42, ^s"" ses) Quakers. 

Lett.phil. I. I 



2 PREMIERE LETTRE 

15 noble ni plus engageant que le sien. Il ctoit vêtu comme 
tous ceux de sa Religion, d'un habit sans plis dans les 
côtés, & sans boutons sur les poches ni sur les manches, 
& portoit un grand chapeau à bords rabatus comme nos 
Ecclésiastiques^ ; il me reçut avec son chapeau sur la 

20 tête, & s'avança vers moi sans faire la moindre inclina- 
tion de corps 9 ; mais il y avoit plus de politesse dans 
l'air ouvert & humain de son visage, qu'il n'y en a dans 
l'usage de tirer une jambe derrière l'autre '°, & de porter 
à la main ce qui est fait pour couvrir la tête". « Ami, | [3] 

25 me dit-il, je voi que tu es un étranger, si je puis t'être 
de quelque utilité, tu n'as qu'à parler. — Monsieur, lui 
dis-je, en me courbant le corps et en glissant un pied vers 
lui, selon notre coutume, je me flatte que ma juste curio- 
sité ne vous déplaira pas, & que vous voudrez bien me 

30 faire l'honneur de m'instruire de votre Religion. — Les 
gens de ton pais, me répondit-il, font trop de compli- 
mens & de révérences ; mais je n'en ai encore vu aucun 
qui ait eu la même curiosité que toi. Entre, & dînons 
d'abord ensemble. » Je fis encore quelques mauvais coni- 

35 plimens, parce qu'on ne se défait pas de ses habitudes 
tout d'un coup, & après un repas sain et frugal qui com- 
mença & qui finit par une prière à Dieu, | je me mis à [4] 
interroger mon homme. Je débutai par la question que 
de bons Catholiques ont fait plus d'une fois aux Hugue- 

40 nots. « Mon cher Monsieur, lui dis-je, êtes-vous 
baptisé ? — Non, me répondit le Quaker, & mes Con- 
frères ne le sont point. — Comment morbleu, repris-je, 
vous n'êtes donc pas Chrétiens'- ? — Mon fils, repartit- 
il d'un ton doux, ne jure point, nous sommes Chré- 

25. ^ç^-K [que tu es] étranger 

39. fait {cl non faite) tst le tfxli- de toutes les éd. coUationitèes. — f J plu- 
sieurs fois — 40. ^4'-K omettent lui 
4?. ).f-K Mon ami. 



SUR LES aUAKERS 3 

45 tiens, & tâchons d'être bons Chrétiens; mais nous ne 
pensons pas que le Christianisme consiste à jetter 
de l'eau froide sur la têti , avec un peu de sel. — Eh 
ventrebleu, repris-je, outré de cette impiété, vous 
avez donc oublié que Jesus-Christ fut baptisé par 

50 Jean ? — Ami, point de juremens, encore un coup, dit 
le bénin Quaker. Le Christ re|çut le Baptême de Jean, [5] 
mais il ne baptisa jamais personne ; nous ne sommes pas 
les disciples de Jean, mais du Christ. — Hélas ! dis-je, 
comme vous seriez brûlé en pais d'Inquisition, pauvre 

55 homme Eh pour l'amour de Dieu que je vous 

baptise, & que je vous fasse Chrétien. — S'ilne falloit que 
cela pour condescendre à ta foiblesse, nous le ferions 
volontiers, repartit-il gravement, nous ne condamnons 
personne pour user de la cérémonie du Baptême'3, 

60 mais nous croïons que ceux qui professent une Religion 
toute sainte & toute spirituelle''^ doivent s'abstenir 
autant qu'ils le peuvent des cérémonies Judaïques. — 
En voici bien d'un autre, m'écriai-je, des cérémonies 
Judaïques'5 ? — Oui, mon fils, continua-t-il, & si 

65 Judaïques | que plusieurs Juifs encore aujourd'hui usent [6] 
quelquefois du Baptême de Jean ; consulte l'Antiquité, 
elle t'aprendra que Jean ne fît que renduveller cette pra- 
tique, laquelle étoit en usage long-tems avant lui parmi 
les Hébreux'^, comme le pèlerinage de la Mecque l'étoit 

45. }ç^-K omettent le memhe de phrase : et tachons .... chrétiens. C'est 
probablement dans _55;4 une faute typographique explicable par la répétition du 
met chrétiens, et non une correction d'auteur. — 47. ^4"-^^ jetter de l'eau 
sur la tête d'un enfant. Eh bon Dieu !... ^ç-^-K jetter de l'eau sur la 
tète d'un enfant avec un peu de sel. Eh bon Dieu... 

53. _j4'-^9... [du Christ] La bonne foy de mon Quaker me foisoit com- 
passion, et je voulois à toute force qu'il se fît baptiser. [S'il...] C'est sur ce 
texte que la trad. angl. est faite. jg-^-K [du Christ]. Ah 1 comme 
vous seriez brûlé par la sainte Inquisition, m'écriai-je ! Au nom de Dieu, 
cher homme, que je vous baptise ! [S'il] 

63. ^-/^-./2\ ji, jo, ■jr'-K d'une autre — 64. ^4'-K mon ami 



4 PREMIERE LI-TTRE 

70 parmi les Ismaélites. Jésus voulut bien recevoir le 
Baptême de Jean, de même qu'il s'étoit soumis à la Cir- 
concision'", mais, & la Circoncision, & le lavement d'eau 
doivent être tous deux abolis par le Baptême du Christ, 
ce Baptême de l'esprit, cette ablation de l'âme qui sauve les 

7) hommes'8 ; aussi le précurseur Jean d'isoii, jevous baptise à la 
véntéavcc âe l'eau, maisunaulrcviendra après moiplns puissant 
que moi, & dont je ne suis pas digne de \ porte)- les sandales, [7] 
celui-là vous baptisera avec le feu & le Saint-Esprit^^ ; 
aussi le Grand Apôtre des Gentils Paul écrit aux Corin- 

So thiens, le Christ ne m'a pas envoie pour baptiser, mais pour 
prêcher VÈuangile^° ; aussi ce même Paul ne baptisa 
jamais avec de l'eau que deux personnes, encore fut-ce 
malgré lui ; il circoncit son Disciple Thimotée 2', les 
autres Apôtres circoncisoient aussi tous ceux qui vou- 

85 loient. Es-tu circoncis, ajouta-t-il ?» — Je lui répondis que 
je n'avois pas cet honneur. — « Eh bien, dit-il, l'Ami, 
tu es Chrétien sans être circoncis, & moi sans être 
baptisé. » 

Voilà comme mon saint homme abusoit assez spé- 

•90 cieusement de trois ou quatre passages de la Sainte Ecri- 
ture, qui sembloient | favoriser sa secte ; mais il oublioit [8] 
de la meilleure foi du monde une centaine de Passages 
qui l'écrasoient. Je me gardai bien de lui rien contester, 
il n'y a rien à gagner avec un Enthousiaste, il ne faut 

95 point s'aviser de dire à un homme les défauts de sa Mai- 
tresse, ni à un Plaideur le foible de sa Cause, ni des 
raisons à un Illuminé ; ainsi je passai à d'autres questions. 
. — « A l'égard de la Communion, lui dis-je, comment en 



71. S2-K il éxo'ix faute d'imhression et non concciion. 
8s. i4'-t\ [vouloient] l'être, solécisme. — 86. ^S-K .inii (sans V). 
91. ■] s -I\ omettent mais. — 95. 46-K [il ne faut] pas {sauf ji qui 
cjiiservc point). — ^f' point dire 



SUR LES QUAKERS 5 

usez-vous ? — Nous n'en usons poinl^^, dit-il. — Quoi ! 

I oo point de Communion ? — Non, point d'autre que celle des 
coeurs^'. y> Alors il me cita encore les Ecritures. Il 
me fit un fort beau sermon contre la Communion, 
& me parla d'un ton d'inspiré pour me prouver 
que tous les Sacrements étoient | tous d'invention [9] 

105 humaine24, et que le mot de Sacrement ne se trouvoit 
pas une seule fois dans l'Evangile^». — « Pardonne, dit- 
il, à mon ignorance, je ne t'ai pas aportc la centième 
partie des preuves de ma Religion, mais tu peux les voir 
dans l'exposition de notre Foi par Robert Barclay : 

iio c'est un des meilleurs livres qui soit jamais sorti de la 
main des hommes. Nos ennemis conviennent qu'il est 
très-dangereux^ô, cela prouve combien il est raisonnable. » 
Je lui promis de lire ce livre, & mon Quaker me crut 
déjà converti. 

1 1 5 Ensuite il me rendit raison en peu de mots de quelques 
singularités qui exposent cette secte au mépris des 
autres^:. « Avoue, dit-il, que tu as eu bien de la peine à 
t'empécher de rire, | quand j'ai répondu à toutes tes civi- [10] 
lités avec mon chapeau sur ma tête & en te tutoïant ; 

120 cependant tu me parois trop instruit pour ignorer que du 
tems du Christ aucune Nation ne tomboit dans le ridi- 

l ' cule de substituer le plurie^ au singulières. Qn disoit à 

/ César Auguste, je t'aime, je te prie, je te remercie, il ne 

soufÎToit pas même qu'on rappela[t] Monsieur, Domi- 

125 nus^9. Ce ne fut que très-long-tems après lui que les 

104. }4'-K omet fait tons devant [les sacrements]. Ce mot fait d'aiUeurs 
dans J4 double emploi avec tous qui suit étoient. — iio. Toutes les éd. 
donnent soit aii singulier. C'est l'usage constant de Voltaire. Cf. ht. XI, 

11"]. ^é-A'bien eu (saujji qui conserve la hçcn J riniitne'). — 119. 
_?4^-A' [sur] la [tête] 

121. }6, 70, 7J de [Christ] — 122. yo-K le pluriel — 125. )9*K 
suppriment très. 



6 PREMIERE LETTRE 

hommes s'avisèrent de se faire apeller vous au lieu de 
tu, comme s'ils étoient doubles^*», & d'usurper les titres 
impertinens de Grandeur, d'Eminence, de Sainteté", 
que des vers de terre donnent à d'autres vers de terre, en 

1 50 les assurant qu'ils sont avec un profond respect & une 

fausseté infâme, leurs très-humbles | & très-obéïssans [11] 
serviteurs'^. C'est pour être plus sur nos gardes contre 
cet indigne commerce de mensonges & de flateries" que 
nous tutoïons également les Rois & les Savetiers34, que 

155 nous ne saluons personne, n'aïant pour les hommes que 
de la charité, & du respect que pour les Loix. 

Nous portons aussi un habit un peu différent des 
autres hommes, afin que ce soit pour nous un avertisse- 
ment continuel de ne leur pas ressembler. Les autres 

1)0 portent les marques de leurs dignités, & nous celles de 
l'humilité chrétienne ; nous fuïons les assemblées de 
plaisir, les spectacles, le jeu; car nous serions bien à 
plaindre de remplir de ces bagatelles des cœurs en qui 
Dieu doit habiter3î; nous ne faisons ja|mais de ser- [12] 

14) mens, pas même en justice'^, nous pensons que le nom 
du Très-Haut ne doit point être prostitué dans les débats 
misérables des hommes37. Lorsqu'il faut que nous com- 
paroissions devant les Magistrats pour les affaires des 
autres (car nous n'avons jamais de procès) nous affir- 

1 50 mons la vérité par un oui ou par un non, & les Juges nous 
en croient sur notre simple parole'^, tandis que tant de 
Chrétiens se parjurent sur l'Evangile'?. Nous n'allons 
jamais à la guerrc^o, ce n'est pas que nous craignions la 
mort, au contraire nous bénissons le moment qui nous 



128. }p*-K ajoutent de Divinité même. — ijo. 46-K [et] avec [uuc...] 

154. ^4"-/^' charboniers 

146. 46, 48, J2-K [ne doit] pas 

T51. ^t^-K [tant] d'autres — 153. ;9 craignons 



SUR LES Q.UAKERS 7 

1)5 unit à l'Estre des Estres ; mais c'est que nous ne sommes 
ni loups, ni tigres, ni dogues, mais hommes, mais Chré- 
tiens^i. Notre Dieu qui nous a ordonné d'aimer | nos [15] 
ennemis et de souffrir sans murmure^^, ne veut pas sans 
doute que nous passions la mer pour aller égorger nos 

160 frères, parce que des meurtriers vêtus de rouge avec un 
bonnet haut de deux pieds, enrôlent des Citoïens en fai- 
santdu bruit avec deux petits bâtons sur une peau d'âne 
bien tendue43, & lorsqu'après des batailles gagnées tout 
Londres brille d'illuminations, que le Ciel est enflamé 

165 de fusées, que l'air retentit du bruit des actions de 
grâces, des cloches, des orgues, des canons, nous gémis- 
sons en silence sur ces meurtres qui causent la publique 
allegresse^'^. » 



COMMENTAIRE 

I . La note des éditeurs de Kehl contient deux erreurs : Voltaire 
revint d'Angleterre en 1729, et les Lettres philosophiques ont 
paru en 1734. — Voltaire ici garde le nom anglais, quaker, 
comme ont fait Bayle (Œuvres, 1, 45), et La Mottraye 
(Voyages) ; de même le traducteur de Chamberlayne en 1698, 
de Neuville, écrit quakers on Ti-eiiihlcnrs. D'autres francisent le 
mot conformément à la prononciation : coakres et coakresses, 
quacres (Misson), quakre (Aubert de Versé, ïe Protestant paci- 
fique, 1684 ; et Lesage, p. 31) kouakres (Phil. Naudé). 
Catrou annonce en 1705 dans le titre de son Histoire des ana- 
baptistes, qu'il parlera des sectes issues de ce mouvement et en 
particulier dk^s Kouakres : mais en 1732 il préfère employer la 
traduction Tremhhurs. L'Académie en 1762 admettra la forme 

160. 4S-K [rouge], coëffés d' [un bonnet 



8 PREMIERE LETTRE 

anglaise et la forme francisée « Quaker ou quakre. On prononce 
Kouakre » . Voltaire dira en vers : 

Le quakre au grand chapeau, le simple anabaptiste {Loi iial., IV), 

et, en 1763, il publiera une Lettre d'un quakre à Jean George 
Le Franc de Ponipignan, etc. Mais en 1764 il reprendra l'autre 
forme dans la seconde lettre rf« quaker. En 1772 {Questions sur 
V Encyclopédie, 9= vol.), il intitulera un article : Quaker ou Qouacre, 
etc. 

2. Cette curiosité s'est éveillée chez des Français dés le milieu 
du xvii<; siècle, comme le montrent deux extraits du recueil 
Conrart, qui m'ont été communiqués par M. Morize. Le 
second se date de 1659. 

I. Rec. Conrart (Arsenal, ms. 5423), t. XIV, Pii^î. 
Les Religions d'Angleterre. 

10°. — « Les Tremblcurs ou Quakers sont divers et en 
plus de 100 parties : il ne s'en trouvera jamais deux d'une 
même opinion. Ils tremblent quand ils prêchent, et quand 
l'esprit les a quittés, ils ne disent plus un mot. Ils se croient 
impeccables. Ils s'imaginent avoir le vrai respect de Dieu, 
et toutes les tentations du diable, ils les prennent pour des 
inspirations. Les femmes et les filles prêchent aussi bien que 
les hommes. Ils croient qu'ils ne faut point être baptisé. Ils 
ne prennent point la Cène, mais qqfs. ils hurlent comme des 
bêtes. >■> 

II. Rec. Conrart, t. IV, f" 510. 

Relation véritable et désintéressée de V Estât de la Religion 
en Angleterre en 16 jp. 

« ...Les Quakers ou Tremhlrurs ont les derniers, qui n'ont 
fait corps que depuis 3 ou 4 ans, mais dont on parle aujour- 
d'hui plus que de tous les autres ; on leur a donné le nom de 



SUR LES aUAKERS 9 

Trembleiirs parce que, dans leurs premières assemblées, ils 
tremblaient ou frémissaient comme des enthousiastes, disant qu il 
fallait fain sou salut avec crainte et tremhlemeut . Ceux ci sont 
tous gens de peu, et possédés d'une espèce de mélancolie noire, 
dont le faible est de se croire si fort illuminés et remplis du 
Saint-Esprit qu'ils ne peuvent errer ; leurs sermons ne sont 
qu'une espèce de galimatias ou tissu des passages des Écritures, 
avec peu de jugement. Ils reconnaissent en général que les livres 
sacréssont divinement inspirés, mais ils s'assurent bien plus sur 
Y esprit et sur la lumière, qui sont les deux points sur lesquels ils 
font rouler tous leurs discours ; d'où vient aussi qu'ils trouvent 
à dire aux ministres qu'ils sont préparés et payés pour prêcher, 
tandis qu'entre eux, le premier venu monte sur un siège et, sans 
étude, dispense graluitenwnt ce qu'il a reçu gratuitement. Au surplus 
les Trembleurs affectent une plus grande probité et simplicité 
de mœurs et d'habits que tous les autres sectaires, et ce qu'ils 
ont de plus particulier dans l'extérieur, outre leur triste conte- 
nance, c'est qu'ils soupirent et gémissent souvent, soit par le sen- 
timent de leur propre faiblesse, soit par la réflexion qu'ils font 
sur les péchés des autres hommes. Ils ne comptent ni les mois 
de Tannée ni les jours de la semaine que par le premier ou 
second jour du jour ' du second mois, et ainsi des autres, 
laissant les noms de Janvier, Février, Mars, lundi, mardi, mer- 
credi, etc. aux payens et à ceux qui ont .adoré Jupiter, Mars 
ou Mercure. Ils tutoient indifféremment tout le monde, sans 
distinction d'âge, de rang, de qualité, et ne veulent pas même 
se découvrir devant les magistrats de la terre, les réputant 
tous pour profanes, et la coutume de saluer pour supersti- 
tieuse ; enfin à quelque égard, on peut dire que ce sont comme 
les capucins ou les chartreux des protestants, autant à plaindre 
qu'à blâmer. Le seul homme de condition qui ait paru parmi eux 
est le De de Pembrock, qui s'en est depuis retiré. Mais l'un 
de leurs principaux chefs est ce fameux Jacques Nailor qui fut 
fouetté, stigmatisé et renfermé pour avoir souffert que ses 

I. Il faut sans doute lire : [second jour] du premier ou [second 
mois]. 



10 PREMIERE LETTRE 

sectateurs lui rendissent des honneurs semblables à ceux que 
N. S. recevait de ses disciples, criant après lui à l'entrée de 
Bristol et de qqs. autres villes : « Hosanna ! » et lui attri- 
buant de faux miracles avec des circonstances qui ont donné 
lieu à une relation particulière assez curieuse. Ce châtiment 
exemplaire n'a pas empêché qu'ils n'aient pullulé, jusqu'au nombre 
d'environ lo.ooo, et qu'ils n'aient eu le zèle ou l'emportement 
d'envoyer des apôtres jusqu'en Turquie et en Amérique. Et 
cette année (1659), le Parlement de la Rèp. d'Anglet. pour 
complaire à tous les sectaires qui crient « Liberté ! » l'ont 
rendue à ce même Nailor par un acte aussi authentique que 
l'avait été celui de la condamnation . » 

Mais ces renseignement demeurèrent inédits. Voici, au 
contraire, des imprimés où des Français pouvaient apprendre 
quelque chose des quakers. 

a. Chamberlayue, Élal présent deV Angleterre, traduit de l'anglois 
par M. D. N. (de Neuville), 1698, 2 vol. in-12. — L'ouvrage de 
Chamberlayn date de 1669. Il se réimprima souvent avec des 
additions et des changements considérables : une édition parut 
en 1727, pendant le séjour de Voltaire à Londres. — La re trad. 
française de V État présent parut en 1672. La traduction de Neu- 
ville fut réimprimée à La Haye en 1728, en 5 vol. in-8, revue et 
augmentée par Scheurléer. 

b. Aubert de Versé, Le Protestant pacifique, Amsterdam, 1684, 
in-12. 

c. Histoire abrégée de la naissance et des progrès du kouakeristne 
avec celle de ces dogmes (par Phil. Naudé, 1692). C'est plus un 
pamphlet contre les quakers et Bayle qu'une histoire. Une 2e éd. 
se fit en 1699, une 5e en 1720 sous le titre : La religion des 
kouakres en Angleterre. 

d. Mémoires et observations faites par un voyageur en Angleterre, 
sur ce qu'il y atrouvéde plus remarquable, tant àT égard de la Religion, 
que de la Politique, des mœurs, des curiosités naturelles, et quantité 
de Faits historiques. Avec une Description particulière de ce qu'il y a 
de plus curieux dans Londres. Le tout enrichi de figures (Par Henry 
Misson). La Haye, 1698, in-12. L'article Quakers est aux pages 
359-362. 



SUR LES aUAKERS II 

e. Le Sage, Remarques sur V Angleterre, Amsterdam, 1715, 
in-i2. p. 27-42. 

/. Moreri, Le Grand dictionnaire historique, notamment les 
éditions de 17 18 et 1725. 

g. La Mottraye, Voyages en Europe, Asie ei Afrique, La Haye, 
1727, 2 voL in-fol. 

/;. Guy Miège, État présent de la Grande Bretagne, traduit de 
l'anglois. 3 vol. in-12, 1728. 

i. Le Mercure de France, sept. 1727, p. 2106. 

/. Le P. Catrou, Histoire des Tretnhleurs, in-12, 1733 (appro- 
bation du 25 août 1732). 

Les Français qui lisaient l'italien purent aussi s'informer sur 
les quakers dans Gregorio Leti, Teatro Britannica, 2 vol. in-40, 
1684; 5 vol. in-12, 1684 (Cf. part. 2, 1.2, éd. in-12, t. Il, p. 5$). 

5. (' D'ordinario, son tutti ricchi, 6 almenocommodi, perché non 
mancano d'attacarsi con assiduità e con industria a qualche 
professione, mercatura, o mestiere. »(G. Leti, II, 55.) « Tous les 
quakers sont dans le commerce ou ont quelque métier. » (César 
de Saussure, 338.) — Sur les raisons du succès des quakers dans 
leur commerce, cf. Sewel, The history of the Rise, Increases 
and Progress of the Christian People called Quakers, (3e éd., 
Burlington, 1726, in-fol.), p. 89. 

4.' Voltaire, en 1764, dans le Commentaire sur Corneille {Pompée, 
a.I, se. 3, V.37), condamne la locution il fut implorer 
(Vernier, Volt, grammairien, p. 98). Mais dés 1736, il s'en 
moquait dans une Lettre sur la Didon de Le Franc de Pompignan 
(Éd. Moland, t. XXII, p. 232). « Le style est un peu de Gas- 
cogne. 

Je fus (dit larbe) dans nos déserts 
Ensevelir la honte et le poids de nos fers. 

L'auteur qui fut de Montauban à Paris donner cet ouvrage, 
fut assez mal conseillé. » — Il est probable que c'est une 
réminiscence de Pascal qui a attiré cette locution sous la plume 
de Voltaire : « Je fus trouver M. N. » (Prov., I.) 

5. « Ceux d'entre eux qui sont à leur aise tiennent leurs mai- 
sons assez propres. » (Lesage, p. 32.) 



12 PREMIÈRE LETTRE 

6. Rob. Barclay, Theohgiae vt-re chrisliauae Apohgia, 1675. 
insiste sur les conseils de tempérance et d'usage modéré de 
toutes choses : « ut ii qui abundent sibimet invigilent, ut mode- 
rate utantur bonis et superflua omnia rescindant. » (Éd. de 
1676, in-40, p. 335.) 

7. André Pitt mourut le 16 avril 1736, « at Hampstead, of a 
Goût Fit in his stomach ». Le Geiilleinan's Magasine qui annonce 
cette mort (t. VI, p. 232), cite le début de la version anglaise 
de la ire lettre j^- Voltaire (jusqu'au mot intempérance) trois ans 
avant la note de Voltaire qui donnait le nom de Pitt, et ajoute : 
« And some of our Newshapers add : He inherited niany virtues 
and wanted every vice ». Sur André Pitt, cf. Foliaire in Ham- 
pstead, par le professeur J. W. Haies, dans tbe Hampstead Annual 
for iço), p. 71-89. M. Haies dit que « Voltaire himself is our 
best authority about him. » André Pitt, fils de Mathieu Pitt de 
Weymouth, fut marchand de toile (iinendraper). Il prit part a 
certaines tournées de prédication de Thomas Story et de l'Écos- 
sais May Drumniond. Il s'occupa avec Storv de la question de 
la simple affirmation substituée au serment. L'importance du per- 
sonnage de Pitt, dit M. Haies, est attestée par un écrit quj 
n'est pas d'un quaker: Birds of a Fé-aZ/jr;-... a Dialogue between 
Mr. Cant, a quaker, etc. (vers 1728). On trouve dans les jour- 
naux anglais de 1727 les traces d'une curieuse polémique entre 
Andrew Pitt et un candidat au Parlem.ent, John Barnard {cL 
the Daily Journal, 9, 11, 15, 16, 24, 28, 29 août 1727, 28 sept, 
et 7 oct. ; the London Journal, 2 sept, et 7 oct. 1727; the Crafts- 
man Extraordinary , 9 oct. 1727). S'il faut en croire une anec- 
dote qu'on trouvera en appendice au commentaire de cette 
lettre, le premier informateur de Voltaire sur la doctrine des 
quakers aurait été un certain Edward Higginson, éléve-adjoint 
d'un maître d'école de Wandsworth. Pitt resta en bons termes 
et en correspondance avec Voltaire après 1728: en 1732, il lui 
envoya VAlciphron de Berkeley et en rei^ut une curieuse réponse 
(Ballantyne, p. 112). 

8. Barclay, 354 : « Quod non liceat Christianis, in amictu aut 
vestibus, rébus superfîuis uti quae nullum usum habent nisi 
ornamenti et vanitatis causa. » Et 346 : « Secundo, quacdo 



SUR LES aUAKERS I3 

homines non contenti sunt bonum et necessarium creationis 
usum facere, sed superaddunt quae sunt mère superflua : talis 
est usus superfluus taeniolarum, redimiculorum, fimbriarum, 
iimborum, et ejusmodi multa alla, ut faciei depictio, caesariei 
plicatura, quae sunt lapsae, libidiuosae et corruptae naturae 
fructus. )) — Chamberlayne, Etat présent, 1698(1, 309) : « Ils 
afifecîent une grande siaiplicité dans leurs habits et dans leurs 
manières . . . C'est un crime parmi eux de porter des rubans et des 
dentelles. » — r/;eraf/c;-(Addison's Works, in-80, 1854, II, 257): 
il est question d'un muséedecire, que l'auteur prétend avoirvu en 
Allemagne, où étaient représentées les religions d'Angleterre : 
« The next figure was a m ui that sat under a most profound com- 
posure of mind... His garment had neither sleeve nor skirt, nor so 
muchas asuperfluous button. What he calledliis cravat, was a little 
pièce of white linen quilled with great exactness and hanging 
below the chin about two inches. . . He wore an hat whose 
brims were exactly paralîel to the horizon . » Cf. la gravure 
de Misson, p. 361. 

9. Barclay, 534 : « Quod non liceat christiauis geniculari vel 
prosternere se ad homines, eisque corpus deflectere aut caput ape- 
rire. » — Garder le chapeau sur la tête est une des principales 
caractéristiques du quaker. « It happened about this time that 
some of the people called Quakers... being had before the 
magistrales, it was deminded by one of them, hcnu they might 
hiowa quaker ? To which Simon Broadstreet, oneof the magis- 
trales, answered : thon art ouc,forcoi}iiiig in ivith thy hat on. » 
(Sewel, 225.) 

10. (( Neither might he (Fox) bow nor scrape with his leg to 
any one. » (Sesvel, 22.) 

11. « Innocens autem nostra praxis (dum erecti stemus operti 
galeris, non moventes nec déponentes eos magis quam calcea- 
menta, quando alicui occurrimus aut salutamus, cum ///;' capitis 
non minus quam hxc pedum operivientuni sint), minus in nobis 
rusticitatis a.ul barbariei est, quam in iis proinde nos verberare. » 
(Barclay, 345.) Cf. Saint-Evremond, Œuv. div., 1706, IV, 160. 

12. (f Ils n'ont aucuns sacremens, et par conséquent ils ne 
sont que demi chrétiens.» (Chamberlayne, 1698, I, 309.) 



14 PREMIERE LETTRE 

15. « Yct they are not for judging oihcrs who so use them 
(les sacrements) conscientiously and devoutly. » (Sewel, 777) — 
(Les quakers enseignent) « que ce n'a été que par condescendance 
pour la faiblesse des Juifs que les apôtres ont pratiqué le baptême 
d'eau ». {Bibl. raisonnée, Janv.-Mars 1732, t. VIII, p. 150), 
dans le compte rendu du Preu'rvatif contre le quakerisme de 
Patrice Smith, vicaire de Great Paxton en Huntingtonshire. 
Mais l'expression condescendance à la faiblesse vient plutôt de la 
douzième thèse de Barclay, source commune de Smith et de 
Voltaire: voyez plus bas, note 21. 

14. «... Breviter observando quomodoper omnia sequamur 
spiritiiale Christi Evangelium. » (Barclay, 27).) 

15. <( In hoc sicut in plerisque Judaiiiint adversarii. » (Barclay, 
275). « Cum Paulus...lnboraret eos a Judaicis ceremoniis et obser- 
vationibus ahducere. «(Barclay, 277) ; cf. Sewel, 777 :« and bap- 
tism was as well a judaical cereniony as circumcision. » 

16. « Baptismusenimaquaeeratinter Judxosritus, sicutPaulus 
Riccius refert, imo ante Joannisadvenlum. » (Barclay, 283.) 

17. « Primo quidam objiciunt Christum,qui spiritum supra 
mensuTamh3ihehax,aquabapti:(aluniesse. resp. : ilidem et circumci- 
sns est. Non indesequetur continuandam cssecircumcisionem. » 
(Barclay, 278.) — « It is acommon objection that Christ him- 
self was baptized with water, anJ that we are required to follow 
his footsteps : but let it be considered that he was circumcised 
also. » (Sewel, 778.) 

1 8. « Christi baptismi incrementum est Johannis baptismi dimi- 
nutio vel abolitio. » (Barclay, 273.) « Quod unus hic baptismus 
qui et Christi baptismus est, non sit lotio vel ablulio aquae, sed 
baptisma spiritus. » (Barclay, 266.) 

19. Matthieu, m, 1 1 : cité par Barclay, thèse i2,prop. 3, p. 267. 

20. 1 Co;-., 1, 17: « quod Christus non miseriteumbaptizatum, 
sed evangelizatum. » (Barclay, 276.) Cf. Sewel, 778. — Ce 
texte fut révélé à Voltaire par Edw. Higginson et fit sur lui une 
grande impression. Voir l'appendice au commentaire de cette 
lettre. 

21. « Idcoque Deo gratias agit (Paulus)quod tam paucos bap- 
tiiaverat, significans illud quod fecerat, non fecissc virtute mis- 



SUR LES QUAKERS 1$ 

sionis apostolicaa, sed potius eoruiu iinbecillilali imluli^endo (cf. 
n. 13), sicut et alio tempore CfVn/wc/JfZ'a^ r»«o//:'«/w. » (Barclay, 
276). — Le nombre précis deux paraît venir de Sewcl : « And I 
thankGodtliat / hapti:{ednoni' of yoii but Crispas aiid Gains (778). » 
A moins que Voltaire, en vérifiant la citation /Cor., i, 17, n'ait 
lu les lignes précédentes (14-15), qui contiennent précisément 
le passage que Sewel traduit. — Le P. Catrou, dans son His- 
toiredestrembleurs, I733,quin'est qu'unabrégéde Croese, Historia 
quakeriana, a tiré de Barclay un exposé de la doctrine des 
quakers sur le baptême, tout à fait analogue à celui de Voltaire, 
et appuyé aussi sur les deux passages de saint Matthieu et de saint 
Paul (Catrou, 184). 

22. Barclay, thèse 13 : « De communicatione et participatione 
corporis et sanguinis Christi. » Il se sert constamment du mot 
uti. 

23. « Hxc estveraet spiritualis Domini cœna, eu jus participes 
fiunt homines, Christi voceni audiendo, et ei cordium januas 
aperiendo... » (Barclay, thèse 13, 3, 292). 

24. Sur ce que les quakers n'ont pas de sacrements, Chamber- 
layne, 1698, I, 309 (Cf. n. 12); La Mottraye, I, 163 (cf. plus 
bas, let. II, n. 5) — Josiah Martin a contesté l'opinion attri- 
buée ici aux quakers sur les sacrements ; ils les regardent, dit-il, 
comme d'institution divine, mais pour un temps (Lettre d'un 
quaker k Fr. de V.,\.r. fr., Londres, 1748). Mais Voltaire a lu 
dans Barclay que les sacrements ont été institués « secundum 
hiimanam sapientiam et nondivinum mandatum » (265). 

23. «... Cum terminus s it in Scriptura nullibi inveniendus, 
sed a militautibus ethuicorum juramentis deductus. » (Barclay, 
265). 

26. Le livre de Barclay a été l'objet de plusieurs réfutations : 
Bayle, dans ses Nouv. de la Rép. des Lettres, avril 1684 (Œuvres, 
1,43), rend compte dsVAntibarclaius deL. A. Reiser, et ditàce 
propos : « Il (Reiser) avait déjà été précédé dans ce combat par 
un autre luthérien, et même, à ce qu'on m'a dit, par un Calvi- 
niste. » 

27. Voltaire dans toute cette fin suit Barclay. Il a parcouru la 
dédicace dcV Apologia (voyez fin de la let. III), puis il a sauté par 



l6 PREMIÈRE LETTRE 

dessus les thèses 1-9, discussions de haute théologie et de spiri- 
tualité métaphysique. A partir de la thèse 10, consacrée à l'or- 
ganisation ecclésiastique, il a dû regarder de plus près, et tout 
au moins feuilleter. Il s'est arrêté à la thèse 12, sur le baptême, 
il a donné un coup d'œil à la 13e, sur la communion ; et il a lu 
avec curiosité la 15c et dernière : De saJulatioiiibus, recreatio- 
nibus idqiiegenus aliis, parce qu'il s'y agissait de morale pra- 
tique. Cette 15e thèse contient six propositions : 1° sur les 
titres et compliments ; 2° sur les révérences, saluts, et l'usage 
de garder le chapeau ; 3° sur les vêtements ; 4° sur les jeux ; 
50 sur les serments ; 6" sur la guerre. Voltaire a seulement 
interverti l'ordre des deux premières propositions, pour ne faire 
qu'un court rappel de la seconde, ayant marqué au début de la 
lettre la pratique des quakers surcet article. Pour la même raison, 
il ne dira qu'un mot du vêtement. Mais d'ailleurs il gardera 
l'ordre de Barclav. 

28. « Idem testatur etiam Johannes Maresius (Desmarets de 
S. Sorliu) de Gallica Academia in pra^fatione sui Clovis : Nemo 
miretur vocem lu in hoc opère applicari viris et feminis princi- 
pibus. Eadem quippe ipsum Deum compellamus ; eademque 
olim compellarunt Alexandros, Cxsares, Reginas et Impéra- 
trices. Dictio vos, quando una duntaxat persoua compellatur, 
non est introducta nisi per Joedani assoitationem posterioniin sectt- 
lonmi . » (Barclay, 342). Cf. la n. 30. 

29. « Il (Auguste) ne voulait point qu'on le nommât Sei- 
gneur : domimunque se posthac appellari, ne a liberis quidem aut 
nepotibus, vel serio, vel joco passus est. » (Fénelon, Lf//;v à 
r Acacl ., ch. 6, citant Suétone). 

30. « Vana enim opinioneinflati, quasi non sufficeret iis tiumerus 
singularis, volunt ut alii eos alloquantur mphirali. » (Barclay, 
341). « Visum fuit unam personam in phirali numéro alloqui. » 
(342). 

31. « Expresse affirmanuis minime licere Christianis vel dare vel 
recipere illos honoris titulos, quales sunt Sanctitas vestra, 
Mcijestas vestra, Excellentia vestra, Eniinentia vestra, etc. » 
(Barclay, 336). — Quant à l'addition de 1759, de Divinité' 
iriême, Barclay un peu plus loin cite un passage d'une lettre de 



SUR LES aUAKERS ly 

Symmaquo qui écrit à Théodose et Valentiniea : « Vestra 
jEternitas, vestruin Nuineii. » (342). Si Voltaire n'a pas repris 
Barclay en main entre 1734 et 1739, il a pu tirer l'expression de 
divinité de Bayle (lettre à Rou, Œuv. div., éd. 1737, IV, 647), 
ou de Fontenelle (Hist. des oracles, II, iv, éd. Maigron, pp. 176- 
177) qui fait là-dessus des réflexions piquantes. 

32. «.. . Dicunt et scribunt ad invicem qualibet occasione pro 
more obsequentissimus ttius servus,hum[l\'imus tuus serv'us, etc.. 
ita ut mentiri, imo et inter eos qui volunt Christiani dici, îesti- 
matumsit urbanitas. » (Barclay, 340). 

33. (L'usage des titres d'honneur) « fréquenter imponit Chris- 
tianis necessitateni mendacii » (Barclay, 337). « Neque aiiulato- 
riis istis sermonibus (uti) vulgo " compléments" dictis. » (335). 

34. « Un deleurs principes est que les hommes sont tous égaux ; 
aussi ils ne portent pas plus de respect à un seigneur, un Roi 
même, qu'à un savetier... Ils tutovent tout le monde sans 
égard à personne, ni au Roi même, quand ils lui parlent. » 
(Chamberlayne, 1698, I, 309). Mais il faut se souvenir peut- 
être ici de Montaigne (II, 12; éd. in-i2 Motheau et Jouaust, 
t. 3, p. 235) : « Les âmes des empereurs et des savetiers sont 
jettées à mesme moule. » — « A propos des quakers, vous me 
demandez mon avis dans votre lettre sur le vous et sur le toi. Je 
vous dirai aussi hardiment ce que je pense sur cette bagatelle 
que jeserai[s] timide devant vous sur une question importante. 
Je crois que dans le discours ordinaire, le vous est nécessaire, 
parce qu'il est d'usage, et qu'il faut parler aux hommes le lan- 
gage étabh par eux ; mais dans ces mouvements d'éloquence où 
l'on doit s'élever au-dessus du langage vulgaire, comme quand 
on parle à Dieu et qu'on fait parler les passions, je crois que le 
tîi a d'autant plus de force qu'il s'éloigne du vous. Carie tu est le 
langage de la vérité, et levons lelangage du compliment. » (Vol- 
taire à Jacob Vernet, 14 sept. 1733, éd. Moland, t. XXXIII, 
p. 79). Cf. Bayle, ŒMf. div., éd. 1737,1V, 646. 

35. La 4e prop. de la 15e thèse de Barclay est : « Quod 
non liceat ludis et comœdiis uti sub notione recreationum quae 
cum gravitate, silentio et sobrietate minime concordant : 

Lett. phil. I. 2 



l8 PREMIÈRE LETTRE 

deridere enim, ludeie, jocari, garrire, etc., non sunt libertas 
Christiana vel innocens laetitia. » La phrase car.... kibilerrésuttiQ 
bien l'esprit des pages 548-352 de Barclay. 

j6. Proposition 5= de Bardav (334) « Quod non lictt omnitio 
jiirare sub Evangelio, non solum non vanc vel in conimuni 
locutione..., sed etiain nec in judicio coram magistratu. » Cette 
proposition est démontrée p. 352 etsuiv. 

57. « Possunt hanc indignilalem nomini Christi adferre... ? » 
(Barclay, 361). 

38. « Ilsrèpondent ord iui.u' reinenl ouy, non et tie prennent jamais 
aucun serment, quoique imposé par le magistrat. Ils ont même 
obtenu depuis un an un acte de Parlement qui les en dispense, 
il est vrai qu'en pareil cas leur oui, non est équivalent. » 
(Chamberlayne, 1698, I, 309). Cf. La Mottraye, I, 163. L'acte 
du Parlement fut passé en 1696 (Sewel, 740), renouvelé en 
171 5 et étendu à l'Ecosse et à rAmérique (Sewel, 801). Cf. 
3LUSsi The politicaî State of Great Britain, t. IX, p. 379, 3 mai 
171S, et p. 391. 

39. The Gentleman'' s Maga:^ine(l.\l\, août 1753, p. 412), extrait 
du Free Briton du 9 août (no 194), qui contient une attaque contre 
Fog, autre journaliste : « Don't you remember, my dear, a nice 
distinction you formerly made between the oath of Churchmen 
and the affirmation of Q.uakers ? Did you not call it the oath 
of a Christian opposed to the word ofa Quaker ? » 

40. Prop. 6 : « Quod Christianis minime licet malo resistere 
nec hélium gerere aut in ullo casu pugnare. y> (Barclay, 314). 

41. « Adeo ut mirum sit homincs ad imaginem Dei conditos 
potuisseintantura degenerareut potiusreferant]imaginem et natu- 
ram leonum rugientium, tigridnm laniantium, luporum devoran- 
tium et ursorum scevientium quam creaturarum rationalium 
intellectu praeditorum. » (Barclay, 362). 

42. « Ego autem dico vobis non resistere malo... Diligite ini- 
micos vestros. » (Matthieu, v, 39-44, dans Barclay, 362-363). 

43. (Les tambours, tympana, font partie des fournitures mili- 
taires (supellectilcm bellicam) pour lesquelles les quakers ne 
doivent pas employer leur argent (Barclay, 368). 

44. << Sed quinamex nobis duobus fideliter observant hoc tes- 



SUR LES Q.UAKERS I9 

timonium adversus arma, an illi (les autres protestants) quando 
statutis temporibus, ad tnandatum magistratus officinas reserandi 
et pro prosperilate armoruni ejusdem orandi, veî Deo gratias 
amenai pro hac vel illa reportata Victoria, suas officinas obserant 
et in suas congregationes conveniunt, quo pacto, in omnibus, 
iis qui pugnas et certamina approbant, similes se faciunt, an 
vero nos qnihxc eadem conscientiae causa pi'xstare non possumus... ?» 
(Barclay, 368). 



APPENDICE AU COMMENTAIRE 

Le Prof. Haies, dans son article intitulé Voltaire in Hampsteaâ 
(the Hauipstead Annnal, 1905, p. 82), a signalé et cité une 
curieuse anecdote relative aux relations de Voltaire et des qua- 
kers. Sur son indication, j'ai recherché le morceau dans le jour- 
nal où il a d'abord paru, the Yorkshireinan, a religions and 
literary Journal, hy a Frieiid (Luke Howard, F. R. S.), Ponte- 
fract, 1833, t. I, no XI, seventh Day, I5t'> twelfth Mo. 1832, p. 
167-169. Art. II. Original anecdote of Voltaire and a quaker. 

« I hâve received from an old friend and. schoolfellow th e 
foUowing anecdote for publication. The Reader, who may 
hâve informed himself therefore, respecting the character to 
which it relates, will be ready probably, with niy friend, to pro- 
nounce it characteristic and curions. It is a fact familiar to mem- 
bers of our society, that Voltaire, afier some interviews with us 
in this country, thought proper to write indisparagement of the 
quaker System, and that he was replied to by our friend Josiah 
Martin, in a publication which is still extant. (éd.) 

« Edicard Higgitison's Acconnt of a conversation ivith Voltaire K 

I. On trouvera la traduction de ce morceau dans mon article inti- 
tulé : Voltaire et les Lettres philosophiques, Revue de Paris, 1908. 



20 PREMIERE LETTRE 

— Some tinie in the year 1724 ' Francis de Voltaire boarded a 
whilc with a scarlet dycr nigh the [Friends'] ' Scliool at Half- 
farthing ', in the parish of Wandsworih, kept then bv John 
Huweidt+, with whom I had served about haif my time. Vol- 
taire desired to be improved in the English longue : and in dis- 
course [with the master] chanced to fall on thesubject of water- 
baptism [which was treated between them], till, for want of 
understandingcacliother, they were soset, they could proceedno 
further: when Voltaire inquired whetherhe had never an usher 
[who] understood Latin. There was one; but as he was not of 
our profession, my master thought him not suitable, therefore 
sent for me into the parlour, and Voltaire rehearsed the Con- 
férence, desiring, if he missed, my master would put him 
right — but he had not. Then he bégan with me : and as 
they had been engaged for some time, there was the Icss for 
me to advance. 1 then mcntioned Paul's assertion in the 
lyth ver. I ch. I Cor. [For Christ sent me not to baptise, but 
to prcach the gospel] which sccnied so strange, that in a vio- 
lent passion he said, I lied — which I put up patiently, till he, 
becoming cooler, desired to know whv I would impose upon 
a stranger. I said I had not imposed at ail, but justly repeated 
the Apostle's words as they stood in our Bible. He replied, our 
Bible was falsely translated, and done by heretics. I desired 
to know whether he would be set down by Beza or Castalio. 
He styled them also heretics : I answered, I did présume he did 
not conceive that PauFs own handwriting was estant: he 
replied he did not. I then quericd whathe iro/zW be set down bv: 
would he by theCreekPTothis he assented,and thereon I fetched 
mv Greek Testament, of Mattaire's édition in twelves, and refer- 
rcd him thereto : at the sight of which he was as much surprised 



1. Date fausse: fin de 1726 au plus tôt, ou 1727. 

2. Les mots entre crochets sont des additions de l'éditeur du Yorksbi- 
reman. 

j. An All-farthing Lane runs from South street, Wandsworth, to the 
S. W. Corner of the Comnion (Note du Prof. Haies, op. cit.. p. 85). 

4. Le vrai nom est Kuweidt, à ce que m'écrit M. Norman Penney, 
qui l'a trouve dans les registres de Wandswortli (cf. la fin de l'appendice). 



SUR LES QUAKERS 21 

as he was before cnraged, desiringto know what our English 
clergy would object to this [text]. I said their gênerai reply was, 
that Paul meant " not principally, or chiefly": Voltaire observed, 
they might in the same way élude ail thc rest of the book . 

« Some short time after, Voltaire being at the Earl Temple's 
seat inFuIham, with Pope, and others such, in their conversation 
fell on the subject of water-baptism. — Voltaire assuming the 
part of the quaker — and at length [he] came to mention that 
assertion of Paul. They questioned there being anv such asser- 
tion in ail his writings : on which was a large wager [laid] as 
near as I remember of dg 500 ; and Voltaire not retaining where 
it was, liad one of the Earl's horses, and came over the ferry 
from Fulham to Putney, and rode to Half-farthing ; and aligh- 
tiug in the yard, desired our man to lead his horse about, being 
warm . Corning to my master, he asked for his little usher as 
he called me. When I came, he desired me to give him in 
writing the place where Paul said, he was not sent to baptise. 
— Which I presently did. Then courteously taking his leave, 
he mounted and rode back — [and, of course, won his wager !] 

« During his stay at the scarlet dyer in Wandsworth, I had 
to wait on him several times, and hear himread, in the Specta- 
tors chieflv. At other times he would translate the Epistle of 
Robert Barclay ; commending the same [Barclay îurote it in the 
Latin] so far as to acknowledge it to be the finest or purest 
Church Latin he knew. In his translatiug his Epistle to king 
Charles U, instead of using the wovd thon or thee [for tu ou te m 
the text], heic'0»W writevoH — which made it, to my ear, sound 
harsh. 

« He seemed so taken with me, as to offer to buy out the 
remainder of my time. I told him, I expected my master 
would be very exorbitant in hisdemand. He said, Let his 
demand be what it might, he would give it ou condition I would 
yield to be his companion, keeping the same company, and [I] 
should alwa}-s in every respect fare as he fared, wearing my 
clothes like his and of equal value : telling me then plainly, hé 
was a Deist ; adding, so were most of the noblemen in France 
and in England ; deriding the account given bv the four 



22 PREMIERE LETTRE 

Evangelists concerning the birth of Christ, and his miracles, 
etc. so far, that I desired him to desist; for I could not beat 
to hear my Saviour so revilcJ and spokcn against. Whcrcupon 
he seemed under a désappointement, and left me with some 
reluctance. » 

Toute la curiosité, la vivacité d'impressions de Voltaire se 
peignent dans le récit d'Edw. Higginson, et même ses procédés 
de contrôle. Il n'en est que plus regrettable que ce récit ne 
soit pas daté, et que l'éditeur de 1832 ne nous explique pas plus 
précisément comment il a été recueilli, s'il a été écrit ou dicté 
par Edw. Higginson, ou simplement conté par lui et repro- 
duit par un auditeur d'après le souvenir qu'il en avait gardé. 
L'erreur de date de la première ligne prouve qu'Edward Higginson 
écrit ou parle longtemps après l'événement, dans sa vieil- 
lesse. L'authenticité de l'anecdote, d'ailleurs, ne paraît pas dou- 
teuse, tant ce maître d'école d'un village anglais a vivement 
saisi la physionomie de Voltaire. Il lui eût fallu, pour inven- 
ter si Justement, une connaissance familière de l'écrivain fran- 
çais qui n'est pas vraisemblable. J'aurais voulu avoir quelques 
renseignements sur Edw. Higginson : il est profondément 
inconnu, même à la Société des Amis. Tout ce que l'obligeant 
bibliothécaire, M. Norman Penney, a pu découvrir pour répondre 
à ma demande, c'est que le nom d'Edward Higginson figure 
dans les Minute Books of ÏVandsworth Monthly Meetings, et qu'il 
partit pour Upwell dans l'île d'Ely (Cambridgeshire), après 
avoir terminé son apprentissage de maître d'école en 1728. 
L'assemblée du 29 mai ordonna une enquête en vue d'établir 
le certificat avec lequel il devait partir. 



SECONDE LETTRE [14] 

Sur les Quakers. 



Telle fut à peu près la conversation que j'eus avec cet 
homme singulier ; mais je fus bien plus surpris quand 
5 le Dimanche suivant il me mena à l'Église des Quakers. 
Ils ont plusieurs Chapelles à Londres : celle où j'allai 
est près de ce fameux pilier qu'on apelle le Monument'. 
On étoit déjà assemblé lorsque j'entrai avec mon con- 
ducteur^. Il y avoit environ quatre cens hommes dans 

10 l'Église, & trois cens femmes: les femmes se cachoient 
le visage avec leur évantail, les | hommes étoient cou- [15] 
verts de leurs larges chapeaux ; tous estoient assis, tous 
dans un profond silence. Je passai au milieu d'eux sans 
qu'un seul leva[t] les yeux sur moi. Ce silence dura un 

1 5 quart d'heure. Enfin un d'eux se leva, ôta son chapeau, 
& après quelques grimaces et quelques soupirs, débita 
moitié avec la bouche, moitié avec le nez, un galimathias 
tiré de l'Evangile, à ce qu'il croïoit, où ni lui, ni per- 
sonne n'entendoit rien 3. Q.uand ce faiseur de contorsions 

20 eut fini son beau monologue, & que l'Assemblée se fut 
séparée toute édifiée & toute stupide, je demandai à mon 



Ligne 2. ^^^-jo, yj De la religion des quakers. Datis ji et dans K la 
deuxième lettre est réunie à la première, sous le même titre (avec uite ligne de 
points dans -ji entre les deux morceaux). 71-^ Suite de la religion des 
quakers. — 4. j4'-K omettent plus — 7. ^4'-K que l'on 

II. j9-»-A' omettent les mots avec leur évantail — 16. ]9^-K suppriment 
quelques grimaces et — 18. J4'-K tiré, à ce qu'il croyoit, de l'Evangile 



24 SECONDE LETTRE 

homme pourquoi les plus sages d'entr'eux souffroient de 
pareilles sottises ? — « Nous sommes obliges de les 
tolérer, me dit-il, parce que nous ne pouvons | pas [lé] 

25 sçavoir si un homme qui se lève pour parler sera ins- 
piré par l'esprit ■* ou par la folie ; dans le doute nous 
écoutons tout patiemment, nous permettons même aux 
femmes de parler. Deux ou trois de nos dévotes se 
trouvent souvent inspirées à la fois, & c'est alors qu'il se 

30 fait un beau bruit dans la maison du Seigneur. — Vous 
n'avez donc point de Prêtres, lui dis-je ? — Non >, mon 
ami, dit le Quaker, & nous nous en trouvons bien. A 
Dieu ne plaise que nous osions ordonner à quelqu'un de 
recevoir le Saint-Esprit le Dimanche à l'exclusion des 

35 autres fidles^. Grâce au Ciel nous sommes les seuls sur 
la terre qui n'aïons point de Prêtres. Voudrois-tu nous 
ôter une distinction si heureuse ? pourquoi abandon- 
nerons-nous I notre Enfant à des nourrices mercenaires, [17] j 
quand nous avons du lait à lui donner ? Ces mercenaires 

40 domineroient bien-tôt dans la maison, & oprimeroient la 
mère & l'enfant. Dieu a dit, vous avei reçu gratis, donnei 
gratis'. Irons-nous après cette parole marchander l'Evan- 
gile, vendre l'Esprit Saint, & faire d'une assemblée 
de Chrétiens une boutique de marchands *^ ?Nous ne donnons 

45 point d'argent à des hommes vêtus de noir 9 pour assister 
nos pauvres, pour enterrer nos morts, pour prêcher les 
fidles'o; ces saints emplois nous sont trop chers pour 
nous en décharger sur d'autres. 

52. ;/^-A' [bien.] Alors, ouvrant un livre de s.i secte, il lut avec 
.emphase ces paroles : [A Dieu] Prohahlcweiit, l'omission de cette phic.se 
dans J4 n est pas une correction d'auteur, mais une faute de copie. L'édition 
de Thieriol (^^") doit fournir ici le vrai texte. Il faut, après cette plyrase, 
ouvrir les guillemets devant : A Dieu, etc., et les fermer après fidèles; 
cependant des éd. de V., et de bonnes (comme jr), ne les ferment qu'après 
sur d'autres, <) contre sens. — j^. }.f-K de tous les autres — 58. Toutes 
les éd. depuis ^4 et }.f jusqu'à K^hiadonnerons. Faut-il corriger avec Moland 
et Bengcsco : abandonnerions ? 



SUR LES QUAKERS 25 

— Mais comment pouvez-vous discerner, insistai-je, si 

50 c'est l'Esprit de Dieu qui vous anime dans vos discours? 
— Quiconque, | dit-il, priera Dieu de l'éclairer, & qui [iS] 
annoncera des vérités Evangéliques qu'il sentira, que celui- 
là soit sûr que Dieu l'inspire. » Alors il m'accabla de cita- 
tions de l'Ecriture qui démontroient, selon lui, qu'il n'y a 

55 point de Christianisme sans une révélation immédiate", 
et il ajouta ces paroles remarquables : « Quand tu fais mou- 
» voir un de tes membres, est-ce ta propre force qui le 
» remue ? Non sans doute, car ce membre a souvent des 
» mouvemens involontaires. C'est donc celui qui a créé 

60 » ton corps qui meut ce corps de terre ; & les idées que 
» reçoit ton ame, est-ce toi qui les forme ? encore moins, 
» car elles viennent malgré toi. C'est donc le Créateur 
» de ton ame qui te donne tes | idées; mais comme il a [19] 
» laissé à ton cœur la liberté, il donne à ton esprit les 

63 » idées que ton cœur mérite; tu vis dans Dieu, tu agis, 
» tu penses dans Dieu'-, tu n'as donc qu'à ouvrir les 
» yeux à cette lumière qui éclaire tousleshommes'5, alors 
a tu verras la vérité & la feras voir ». — Eh ! voilà le Père 
Malbranche tout pur, m'écriai-je. — Je connois ton Mal- 

70 branche, dit-il, il étoit un peu Quaker'+, mais il ne l'étoit 
pas assez. » Ce sont là les choses les plus importantes que 
j'ai aprises touchant la Doctrine des Quakers ; dans la 
première Lettre vous aurez leur Histoire, que vous trou- 
verez encore plus singulière que leur Doctrine. 

51. ^^■■'-Jp [de r] éclaircir 

61. forme {et non formes), leçon de ^4ct ^4', ^y, _J9, 42, 42-^, 46, /z, 
70, Ji, 7J, K, n'est peut-être pas une faute d'impression (Cf. Haase, Synt. 
du XVII' s., 62 A). ,'94, 4S, j2, )6, 71" formes — 65. Tes est le texte 
de toutes les éd., de ]4et ^4'' à K. Ces {dans Moland) est sans autorité. — 
66. ji [tu agis] et [tu penses] — 69. ^4^-46, 48, ;2, ;<j, 71^ Male- 
branche jo, ji, y),K Mallebranche (yi Malbranche) 

72. ji j'aie 



26 SECONDE LETTRE 



COMMENTAIRE 



1 . « Ce qu'on appelle le Moninneiit à Londres est une très haute 
colonne (loo pieds du rez-de-chaussée à la sommité) que le roi 
Charles II fit ériger dans l'endroit où commença le grand embra- 
sement qui réduisit la plus grande partie de la ville en cendres, 
l'an 1666. Les inscriptions qui sont sur cette colonne con- 
tiennent l'histoire de cet incendie. » (Misson, 303). Pilier, pour 
colonne, traduit l'anglais Pillar. — W. Besant, London in the 
XVIIb^ Century, 1902 (p. 627), indique 12 chapelles de quakers, 
d'après the list of Chape h and Meeting houses of the sei'eral dénomi- 
nations ivithin the City and suburbs licensed in the year JJ]S: White- 
hart Yard Meeting, Gracechurch (street), est sans nul doute la 
chapelle désignée par Voltaire ; elle est marquée encore au plan 
de Ba2deker (Communication de M. Huchon). Cette chapelle 
est située dans le voisinage de la maison de Henry Goldney, 
où mourut George Fox en 1690 (Prof. Haies, Volt, in Hatnp- 
stead, p. 87 n,). 

2. On n'a pas de raison de douter que Voltaire ait assisté à des 
assemblées de quakers. Il est donc impossible de ne pas faire une 
grande part aux impressions directes dans le récit qu'il en fait. 
Les morceaux que je vais citer doivent être considérés moins 
comme sources que comme contrôles. 

Sewel (780, fVay oftuorship) : « It is usual among them, when 
they met together in their religious assemblies, to stand some 
time in a devout silence and retiredness of mind, inwardly 
praying with pure breathings to God, which they generally call, 
ivaiting upon the Lord ; and if, under this spiritual exercise, 
any one feels himself stirred up of God to speak ^something by 
way of doctrine or exhortation, he doth so, and sometimes 
more than one, but orderly, one after another... Yet let none 
think this liberty of speaking to be so unlimited that every bod\' 
that can say something may freely do so in the congrégation ; 
for he that will speak there, must also by ail means be of a 



SUR LES QUAKERS TJ 

good and honest and holy life, and sound in doctrine... They 
believe that women whom the Lord hath gifted for Gospel 
rainistry may exercise their gifts amongthem to édification : for 
who will présume to say to hini : What dost thou ? — to hini 
namely who by his apostle hath said : Oiieiicb iiot the spirit. » 

Croese, Historia quakeriaiiu (p. 299-302) est ainsi résumé par 
le P. Catrou (p. 139) : « L'économie des assemblées et l'ordre 
de la Liturgie furent encore réglées pendant ce temps de paix. Il 
fut dit qu'aux jours destinés par le ministère, tous s'assemble- 
raient au lieu qui serait assigné. Les frères, sans se distraire à 
chanter des Psaumes, ou des Cantiques, doivent demeurer dans 
l'inaction et dans le recueillement pour écouter la voix de 
l'Esprit saint. Lorsqu'il se serait fait sentir par l'agitation du 
corps, on devrait communiquer au public ce qu'il aurait inspiré. 
C'est seulement pour entendre la Prophétie qu'on pouvait se 
distraire de l'attention due à la présence du Seigneur. Si le Saint- 
Esprit tardait à se manifester à quelqu'un de l'assemblée, on 
devait l'attirer par des vœux ardents, le presser et le solliciter 
par des prières réitérées. Tout cela se devait faire dans un 
silence qui ne devait être interrompu que par des sanglots et 
des soupirs. Lorsqu'il arrivera que le Seigneur ne se rendra pas 
aux instances les plus vives de l'assemblée, et qu'il ne mettra les 
paroles de vérité à la bouche d'aucun prophète, on devra sortir 
les larmes aux yeux avec une consternation qu'on regardera 
comme le présage d'un grand malheur. D'autres fois, lorsque 
l'Esprit de Dieu se répandra avec tant d'abondance qu'après un 
tremblement universel qui se communiquera de rang en rang, 
chacun prophétisera à la fois, avec un bruit confus qui ne lais- 
sera rien discerner, on remplira le ciel de cris et de chants 
d'allégresse. — On remarqua cependant que l'effusion du Saint- 
Esprit était plus fréquente sur les personnes habiles du Minis- 
tère, et sur les femmes les plus accoutumées à parler avec 
énergie et avec politesse tout à la fois. Ce fut un défaut de 
vraisemblance dans les principes de la secte, que le concile ne 
jugea pas à propos de corriger. Souvent même on imposa depuis 
silence aux plus grossiers, dont les discours paraissaient ennuyeux 
et vides de sens . » 



28 SECONDE LETTRE 

« Le lieu où ils s'assemblent pour prier est d'une pauvreté et 
d'une négligence scandaleuse. Là ils sont tous assis pùle-mêle 
sans distinction de sexe ni de rang; les hommes étant tous tête 
couverte, même dans les plus grandes chaleurs... Ils... se 
tiennent fort longtemps dans un grand silence, soupirant de 
temps en temps et attendant le mouvement de l'esprit. Enfin 
l'on voit se lever un homme ou une femme qui, après plusieurs 
soupirs, commence à prononcer fort bas et fort lentement des 
mots qui n'ont ni suite ni liaison, » etc. (Lesage, p. 32.) 

Cf. Barclav, thèse 10, p. 210 : de MuIierumprxdicatioHe.Cham- 
berlavne, 1698, 1, 309; Leti, II, 55 ;Misson, 361 ; La Mottrave, I, 

163." 

3. V Sic, ut magnum, quin impossibile esset intelligere quid 
eo veilent. «(Croese, 1 17). « lo ne ho inteso predicare una piu di 
mezza di hora, ma non so quel che diceva. » (Leti, II, 5 5).« Il y 
en a une dans un village proche de Londres qui a un lieu com- 
mun contre les Fontanges, c'est tout ce qu'elle sait. Pour la 
faire prêcher, il n'y a qu'à mener là des dames. Aussitôt qu'elle 
aperçoit un ruban, la voilà saisie de son esprit et de sa fureur, 
elle monte sur quelque cuve renversée avec son chapeau pointu 
et sa mine pleureuse. Elle soupire, elle gémit, elle souffle, elle 
murmure, et puis elle débonde en gahmatias. » (Misson, 362). 

4. « Le premier ou la première que V Esprit meut, pour me 
servir de leurs termes, monte sur un banc ou sur quelque degré 
voisin. » (La Mottrave, I, 163). Pour l'emploi du terme ÏEsprit, 
voyez Barclay, thèse 2^, trad. Bridel, p. 27-36. — Voltaire exa- 
gère ici le respect des quakers pour l'inspiration. 11 ne pouvait 
guère ignorer un fait qui fit du bruit à Londres en 1727-28. 
« Forseveral Sundayspast, great Disorders hâve arisen inWhite 
Hart Court, Gracechurch Street, particularly last Sunday after- 
noon, occàslontid by Iheir alteiiipts to silence Mr. William Gibson, 
a Mercer in that Neighbourhood, who, for niany Years has been 
a speaker amongst them, but hath lately fallen into their Dis- 
pleasure. » (The Daily Journal, n» 1977, Tuesday May 16, 
1727). « Last Monday, Mr. Gibson, an eminent Mercer in Grace- 
church Street, brought up from his Cradle a quaker, and for a 
long timea Preacher amongst them, being the son of Will. Gib- 



SUR LES QUAKERS 29 

son, who was also oneof the ancient Holders Forthamong those 
People and one of the earliest Beginners o( that Sect, luas taken 
inlo custody by the application of his Brethren Preachers and 
former Auditors, for making disturbances in their publick Mee- 
tings by contradicting some new Novekies (as he apprehends) 
introducing among them ; by which it appears that peaceable 
People will make use of the Arms of Flesh, when it stands with 
their Interest... » (Parker's Penny Post, n° 321, Wensday May 
24, 1727). Le scandale se prolongea (Par^ÊA-'i Penny Post, Fri- 
day May 26, 1727 ; The Daily Journal, Monday June 12, 1727 ; 
Friday Sept, i, 1727; Thursday October 12, 1727; The Daily 
Post, Friday August 11, i727;Tuesday October 17, 1727; 
Friday February 2, 1728). \V. Gibson s'obstina à prêcher à la cha- 
pelle de Gracechurch Street ; il prêcha aussi du haut d'une voi- 
ture à Southwark ; il finit par louer Plaisterer's House dans 
Addle Street pour y prêcher en liberté. Ses frères étaient exas- 
pérés : l'un d'eux fut poursuivi en justice « for assaulting the 
said William Gibson » (D.J., sept, i, 1727). Il se publia plusieurs 
brochures sur cette affaire ; elle sont annoncées dans les jour- 
naux de 1728. 

5 . « Les Trembleurs semblent être ceux qui ont le plus spiritua- 
lisé la religion chrétienne, puisqu'ils n'admettent ni Prêtres, ni 
autels,, ni sacrements...» (La Mottraye, I, 163). «Ils rejettent 
absolument toute sorte de Ministère et d'ordres, et se moquent 
des prédications préméditées. » (Chamberlayne, 1698, I, 309). 

6. Le « livre de sa secte » (texte de ^^■') est Barclay (thèse 11, De 
cidtii). « Et ideo condemnamus eos qui particularem hominem 
vel homines ad praedicandum in liumana voluntate evehunt, 
ita lit cœteri onines excludantur, imo vel a credendo quod debeant 
attendere 5/)/;77;»' Dei ad eos in talibus movendos. » (p. 223). 

7. « Christus... dicens: Gratis accepistis, gratis date, Matth., 10, 
S. » (Barclay, thèse 10, De niinistris et pastorilnis ecclesiae, 211, 
cf. 172). 

8. « Sic qui futurus estMinister, oportethanc artem cum scrip- 
turis cauponandi ediscat... quà arte scilicet discit, quomodo ab 
une vel altero Scripturae versu, stériles suas notiones et incertas 
conjecturas addendo, et quod ex libris... plagiarie furatur, die 



30 SECONDE LETTRE 

qiioqiie septimo sermoncm possit facere perhoram... >> (Barclav, 
th. 10, par. 22, p. 2o). — Sewel dit du sentiment de George 
Fox sur les cloches : « For it seemed to him like a tnarkel hell, 
to gather the people, that the priest ni'ght set forth his -ware 
to sale (p. 24). — A journal... 0/ the life... of George Fox 
(1694), éd. de 1836, I, 117 : « The trade thcy make of selling 
the Scripture. « — Cf. le P. Catrou, p. 48. 

9. Barclay dit des pasteurs protestants : " Et est quod ab aliis 
distinguatur colore vestiuni, et jiigro solummodo vestiri... » 
(208). 

10. « Now as to Church governnient, both for looking to the 
orderly conversation of the mcmbcrs, and /or taking carc of the 
/'oor andof indigent widows and orphans, and also for making 
inquiry into marriages solemnized aniong them, they hâve par- 
ticular meetings. » (Sewel, 782). Cf. le P. Catrou, 136-137. 

1 1 . Barclay, thèse 2, par. 16 : « Interna, immeliata, objectiva spi- 
ritus revehUio, illud est ad quodomncs Christianitatis professores 
ultimo recurruDt. » (33). Cf. le P. Catrou, p. 44,46, 114-115. 

12. « Omnis vero Christianus habet spiritum Dei habitantem in 
se. » (Barclay, 22). « Deum... in quo et vivimus et movemur.» 
(351). Mais on peut voir par les thèses 5 et 6, par. 13 et 15, 
comment le sens de Barclay diffère du sens de Malebranche 
(p. 86 et suiv. de l'éd. latine, 144 et suiv. de la trad. Bridd, 
1797). « Muha duakcri ab exordio soi generis loquebantur et 
scribebant de Deo, de Christo, ut essent in hominibus homines- 
que subsistèrent in iis. »(Croese, 117). « Our soûls live and pros- 
perbyandin him. » (Sewel, 725). — Cf. dans Croese(278-28i. 
446-476), et dans Catrou (124 et 258), la doctrine de Keith sur 
les deux Christs, l'un corporel, l'autre spirituel, celui-ci résidant 
en tous les hommes. Voyez aussi Morcri, éd. de 1718, art. 
Qtiaher. 

13. « Omnibus et singulis hominibus inditum a Deo lumen. » 
"(Croese, 278). « Ils prétendent qu'on ne les saurait entendre 
ni expliquer exactement [les Écritures) sans le secours d'une 
lumière surnaturelle infuse dans le cœur de tous les hommes, 
que cette lumière est Jésus-Christ, au moins selon le sentiment 
de la plupart ; qu'elle conduit sûrement à une vie éternellement 



SUR LES Q.UAKERS 3I 

heureuse ceux qui la reconnaissent pour ce qu'elle est et qui 
la prennent pour guide et pour règle de leurs actions. Ils disent 
que chacun peut trouver en soi-même une certaine portion de 
l'Esprit divin qui lui dicte ce qu'il doit dire et faire. » (La 
Mottraye, I, 163). 

14. Nicéron (t. II, 1729, art. Malehranche , p. 126-127) écrit : 
«... L'auteur du livre de V Incertitude des Sciences ne parle pas 
si avantageusement de ce livre du P. Malebranche. Il nous a 
donné, dit-il, dans la Recherche de la vérité une métaphysique 
aussi subtile et aussi abstraite que s'il l'avait destinée pour des 
compréhenseurs. Un de nos Savants[d' Angleterre] ayant embrassé 
ses opinions, les a expliquées dans un style orné de toutes les 
beautés de l'élocution, et dans les termes les plus clairs. Les 
Trembleurs s'en sont tellement prévalus qu'il a été obligé de 
faire une apologie, afin qu'on ne le soupçonnât pas d'être passé 
dans leur parti. Mais en se défendant, il ne laisse pas d'avouer que 
si les Trembletirs entendaient leur doctrine, s'ils savaient l'expliquer et la 
réduire en système, ils ne seraient pas fort éloignés de ses sentiments. » 
L'auteur du Traité de V Incertitude des sciences (traduit par Berger, 
Paris, 17 14, in-12) est Thomas Baker. L'ouvrage anglais est 
intitulé: Reflections upon karning luherein is sheiun the insuffi- 
ciencythei eof,inits several particulars : in order to évince the usufuhiess 
and necessity of révélation, 4e éd., Londres, 1708. Le passage cité 
par Nicéron est aux pp. 147-149 de Berger. — Le savant 
anglais dont parle Baker est J. Norris, auteur d'un livre intitulé 
Conduct of Human Life, 1690 : le passage relatif aux quakers est 
p. 183. 



TROISIÈME LETTRE [20] 

Sur les Quakers '. 

\'ous avez déjà vu que les Quakers dattcnt depuis 
Jesus-Christ, qui fut, selon eux, le premier Quaker 2. La 
5 Religion, disent-ils, fut corrompue presque après sa 
mort 5, & resta dans cette corruption environ 1600 
années, mais il y avoit toujours quelques Quakers cachés 
dans le monde, qui prenoient soin de conserver le feu 
sacré éteint par tout ailleurs ^, jusqu'à ce qu'enùn cette 

10 lumière s'étendit en Angleterre 5 en l'an 1642^'. 

Ce fut dans le tems que trois | ou quatre Sectes déchi- [21] 
roicnt la grande Bretagne par des guerres civiles entre- 
prises au nom de Dieu /, qu'un nommé Georges Fox du 
Comté de Licester, fils d'un ouvrier en soie ^, s'avisa 

I) de prêcher en vrai Apôtre à ce qu'il prétendoit, c'est à 
dire sans sçavoir ni lire ni. écrire 9 ; c'étoit un jeune 
homme de vingt-cinq ans'°, de mœurs irréprochables & 
saintement fou". Il étoit vêtu de cuir depuis les pieds 
jusqu'à la tête'^, il alloit de village en village'? criant 

20 contre la guerre & contre le Clcrgé'+. S'il n'avoit prêché 
que contre les gens de guerre, il n'avoit rien à craindre, 
mais il attaquoit les gens 'd'Eglise : il fut bien-tôt mis en 
prison. On le mena à Darby devant le Juge de Paix'>. 

Ligne 2. ^9*-7J Histoire des quakers. K fait de cette lettre et de la sui- 
vante la section II de l'art. Quakers. — 4. 46-K [qui], selon eux, est... 
14. )4'-K Leicester — 18. ^4"-S9 fol. 
25. )4-K donnent la forme Darby, sauf yi' qui a Derby 



SUR LES QUAKERS 33 

Fox se présenta au juge avec son bon j net de cuir sur la [22] 

25 tête"'. Un sergent lui donna un grand souflet'", en lui 
disant: « Gueux, ne sçais-tu pas qu'il faut paroître nue 
tête devant Monsieur le juge ? » Fox tendit l'autre joue, & 
pria le sergent de vouloir bien lui donner un autre souflet 
pour l'amour de Dieu'S. Le Juge de Darby voulut lui 

50 faire prêter serment avant de l'interroger. « Mon ami, 
sçache, dit-il au Juge, que je ne prens jamais le nom de 
Dieu en vaincs. » Le Juge voïant que cet homme le 
tutoïoit, l'envoïa aux Petites-Maisons-° de Darby pour y 
être fouetté^'. Georges Fox alla en louant Dieu à l'Hôpital 

3 ) des foux, où l'on ne manqua pas d'exécuter à la rigueur 
la Sentence du Juge. Ceux qui lui infligèrent la péni- 
tence du fouet furent bien surpris, quand il les pria de | 
lui apliquer encore quelques coups de verges pour le bien [23] 
de son ame. Ces Messieurs ne se firent pas prier, Fox 

40 eut sa double dose, dont il les remercia très-cordialement. 
Il se mit à les prêcher; d'abord on rit, ensuite onl'écouta, 
& comme l'Enthousiasme est une maladie qui se gagne, 
plusieurs furent persuadés, & ceux qui l'avoient fouetté 
devinrent ses premiers Disciples^^. 

45 Délivré de sa prison, il courut les champs avec une 
douzaine de Prosélites, prêchant toujours contre le Clergé, 
& fouetté de tems en tems^s. Un jour étant mis au Pilori, 
il harangua tout le peuple avec tant de force qu'il con- 
vertit une cinquantaine d'auditeurs, & mit le reste telle- 

50 ment dans ses intérêts qu'on le tira en tumul|te du trou [24] 
où il étoit; on alla chercher le Curé Anglican, dont le 

26. _J4^-A'tète nue 

52. ^6-K en colère d'être tutoyé, et voulant qu'on jurât — 34. j6-K 
omettent Georges.— 35. j4'-_?9 fols — 36. ^6-K [d'exécuter] la sen- 
tence à la rigueur. 

41. ^^i,46-K Puis [il] 42, 42^ puis [se mit] sans il. — 45. y2-K [de] 
la [prison] 

Ldt. phil. I, 3 



34 TROISIEME LETPRE 

crédit avoit fait condamner Fox à ce suplicc, & on le 
piloria à sa place^*. 

Il osa bien convertir quelques soldats de Cromwcl qui 

5 5 quittèrent le métier des armes, & refusèrent de prêter 
le serment->. Cromwel ne vouloit pas d'une Secte où l'on 
ne se battoit point, de môme que Sixte-Quint auguroit 
mal d'une Secte, liove non si chiavava. Il se servit de son 
pouvoir pour persécuter ces nouveaux venus-^, on en 

60 remplissoit les prisons ; mais les persécutions ne servent 
presque jamais qu'à faire des Prosélites^" : ils sortoient des 
prisons affermis dans leur créance & suivis de leurs Geôliers 
qu'ils avoientconvertis^^. Mais voici ce qui contribua le | 
plus à étendre la Secte. Fox se croïoit inspiré. II crut [25] 

65 par conséquent devoir parler d'une manière différente 
des autres hommes, il se mit à trembler, à faire des con- 
torsions & des grimaces, à retenir son haleine, à la 
pousser avec violence^? ; la Prêtresse de Delphes n'eut 
pas mieux fait. En peu de tems il acquit une grande 

70 habitude d'inspiration, & bien-tôt après il ne fut plus 
guère en son pouvoir de parler autrement. Ce fut le pre- 
mier don qu'il communiqua à ses Disciples. Ils firent de 
bonne foi toutes les grimaces de leur Maître, ils trem- 
bloientde toutes leurs forces au moment de l'inspiration. 

7) De là ils (en) eurent le nom de Quakers qui signifie trem- 
bleurs5o. Le petit peuple s'amusoit à les contrefaire''. On 
trembloit, on | parloit du nez, on avoit des convulsions, [26] 
& on croïoit avoir le Saint-Esprit. Il leur falloit quelques 
miracles, ils en firent. 

55. j6-A' renoncèrent au métier de tuer — 56. S4'~S9 où on — 58. )T 
[mal], à ce que disoient ses ennemis adoucissement qui peut cire de l'éditeur. 

61. }4'-K de leurs prisons (jr de leur prison) — 67. ji et [à la pous- 
ser] — 70. /r, 7/, A' ne fut guère {smis plus) 

71. J4 donne ce [premier] qui ne peut être qu'une faute typographique. 
Je corrige en \c, qui est donné par ).I^-K. — 75. Le pléonasme en est dans 
toutes les éditions de J4 et ^4"" à jj. A' De là ils curent 



SUR LES QIJAKERS 3 5 

80 Le Patriarche Fox dit publiquement à un Juge de Paix, 
en présence d'une grande assemblée : « Ami, prens garde 
à toi, Dieu te punira bien-tôt de persécuter les Saints'^. » 
Ce Juge étoit un yvrogne qui buvoit tous les jours trop 
de mauvaise bière & d'eau-de-vie' 5 ; il mourut d'apo- 

85 plexie deux jours après, précisément comme il venoit de 
signer un ordre pour envoïer quelques Quakers en pri- 
son3+. Cette mort soudaine ne fut point attribuée à 
Tintempérance du Juge, tout le monde la regarda comme 
un effet des prédictions du saint homme. 

90 Cette mort fit plus de Quakers que mille sermons & 

autant | de convulsions n'en auroientpû faire. Cromwel [27] 
voïant que leur nombre augmentoit tous les jours voulut 
les attirer à son parti : il leur fit offrir de l'argent, mais 
ils furent incorruptibles, & il dit un jour que cette 

93 Religion étoit la seule contre laquelle il n'avoit pu pré- 
valoir avec des guinées35. 

Ils furent quelquefois persécutés sous Charles II, non 
pour leur Religion, mais pour ne vouloir pas païer les 
dixmes au Clergé, pour tutoïer les Magistrats, & refuser 
100 de prêter les sermens prescrits par la Lois^. 

Enfin Robert Barclay, Ecossois,presentaauRoi, en 1675, 
son Apologie des Quakers, ouvrage aussi bon qu'il pou- 
voit l'être. L'Épitre Dédicatoire à Charles II contient, 
non de basses flatteries, mais des véri|tés hardies, & [28] 
105 des conseils justes. 

» Tu as goûté, dit-il à Charles à la fin de cette Épitre, 
)) de la douceur, & de l'amertume, de la prospérité, &; 
» des plus grands malheurs, tu as été chassé des païs 

83. 3 4'- A' s'enivroit tous les jours [de mauvaise] 

97. } 4'-42' Charles second Je n'indiquerai plus cette catégorie de variantes 
purement typographiques ; cf. Introd., VI. 
104. )4'-48, S^-71, 7), K des [basses] 



36 TROISIÈME LETTRE 

» OÙ tu régnes, tu as senti le poids de l'opression, & tu 
iio » dois sçavoir combien l'opresseur est détestable devant 
» Dieu & devant les hommes ; que si, après tant 
» d'épreuves & de bénédictions, ton cœur s'endurcissoit 
» & oublioit le Dieu qui s'est souvenu de toi dans tes dis- 
» grâces, ton crime en seroit plus grand, & ta condam- 
II) » nation plus terrible. Au lieu donc d'écouter les flat- 
» leurs de ta Cour, écoute la voix de ta conscience qui 
» ne te flattera jamais. Je suis ton fidèle ami & sujet 

» BaRCLAY'T. 

Ce qui est plus étonnant, c'est que cette lettre écrite [29! 
120 à un Roi par un particulier obscur, eut son cft'et, & la 
persécution cessajS, 



COMMENTAIRE 



1. La principale source de cette lettre est Sewel, avec des 
emprunts à Croese surtout au début. Sewcl, avec son index et ses 
manchettes, est bien plus maniable que Croese dont le texte est 
confus et compact et les sommaires insuffisants. — On avait 
publié en 1694 A Journal, or historical Account of ihe Life... of 
George Fox (2= éd., 1709; 6^ éd., Leeds, 1836, 2 v. in-80). 
Voltaire ne me paraît pas s'être servi de ce document dont toute 
la substance a passé dans Sewel. Peut-être avait-il feuilleté A 
brie/ Account of the rise and progress of the People called Quakers 
(1694) de W. Penn {Works, I, 858). — Il faut tenir 
compte aussi de ce que Voltaire s'est souvenu à divers endroits 
de l'Evangile et des Actes des Apôtres, pour souligner ironique- 

.ment des conformités de la vie de Fox avec les textes sacrés. 

2. Croese, pp. 10-12, principalement ceci : « Se ipsi vocant 
Christianos Evangelicos Apostolicos Catholicos, et suam doctri- 

120. i<^-A' [et] que la 



I 



SUR LES QUAKERS 37 

nam, religionem, vitaeque rationem praedicant, tanquam quos 
ipsemet Dominus Jésus Christus suis Apostolis, Apostoli per 
Evangelium cunctis mortalibus annuntiaverunt » (p. 12). 

3. a... Jamtum ab ipsis temporibus Apostolorum incepisse 
operari apostasiam, seu detectionem a doctrina et disciplina 
apostolica... » (Croese, 13). «... Even in the Apostle days » 
(Penn, I, 861). 

4. « Tametsi... unus aut aher extitit, qui... » (Croese, 13). 
« Thus the false Church sprang up... Now it was that the true 
Church fled into the wilderness, that is... hiddeii, and as it were 
out of sight of men, though not ont of the u'orld. » (Penn, I, 862.) 

5. Pour la métaphore de la lumière : « But, alas! even in the 
Apostle Days, those bright stars of the first Magnitude of the 
Gospel Light, some clouds foretelling an Eclipse of this primitive 
Glorv began toappear. » (Penn, I, 861.) « Post longam et tene- 
brosani Apostasiae noctem » (Croese, 14). — Penn félicite 
l'Angleterre d'avoir été la nation où Dieu a choisi de se mani- 
fester (Brief Ace, c\\. 2, début et fin ; notamment p. 872-87.3). 
"Principio horum Quakerorum matrix et altrix est Anglia » 
(Croese, 16). 

6. Croese donne la date de 1649 : « Referunt autem hi ipsi 
homines suamoriginem adannum hujus seculi nonum etquadra- 
gesimum » (p. 16). Cete date convient avec l'âge de 25 ans que 
Voltaire donne un peu plus loin à Fox, né en 1624. Cependant 
1642 n'est pas une faute typographique, mais résulte d'une inad- 
vertance de Voltaire ; cette date est fournie par Sewel : « In 
England, about this tiiiie appeared the beginnings of a civil war 
in u'hich the religion had some share » (Sewel, 9). Et, en face de 
ce passage, la marge porte en manchette la date de 1642 . Sewel, 
d'ailleurs, comme Croese, fixe aux 25 ans de Fox (1649) ^^ 
naissance de sou Eglise. Voltaire a confondu les deux moments. 
Cette erreur a été relevée par Le Coq de Villeray dans sa 
Réponse aux L. P/;//. (p. 20). 

7. « When it (the people) came to an insurrection, thev gene- 
rally believed it was for religion's sake» (Sewel, 8). Il nomme 
ensuite trois sectes. Indépendants, Épiscopaux et Presbytériens 
(13). « Varias et innumeras sectas » (Croese, 17). 



38 TROISIÈME LETTRE 

8. Sewel, 7 ; Croese, 17. 

9. Fox, à l'école, « tantum proficicbat ut quaelibet exarata 
typis, satis, calamo parum légère, at vero eadem repraesentare 
ac scribere vix aut demum utcumque calleret. Et hxc unica illa 
scientia quam tota vita est assecutus » (Croese, 19). « Mean- 
while he learned to read pretty well and to write so much as 
would serve him afterwards to signify his meaning to others. » 
(Sewel, 8.) Le traducteur anglais des Lettres, aux mots 2/ ans, 
ajoute cette note : « Fox could read at that.age. » 

10. Croese, 16 et 37. Cf. Catrou, 17. 

1 1 . Résumé voltairien de Croese(i8-20, « insignem probitateni 
atque modestiam inter homines, et ingentem pietateni erga 
Deum »), ou de Sewel (8), ou de Penn (819). 

12. « Vestitus totus coriaceus » (Croese, 35). « It is indeed 
true what a certain author, Viz. Gérard Croes, relates of him, 
that he was cloathed with leather. » (Sewel, 9.) 

13. « Varias adibat urbes » (Croese, 28). Cf. Croese, 22-57, 
et Sewel, 10-24, sur les premiers voyages de Fox . 

14. D'après Croese et Sewel, Fox prêche surtout contre 
l'Église établie et a des altercations avec les Clergvmea. Il 
admoneste aussi les juges, cabaretiers, maîtres d'école, marchands, 
bateleurs ; « he aiso testified against wakes, mavgames, plays, and 
shews... » (Sewel, 24). D'où vient que Voltaire introduit les 
gens de guerre? En 1651, Fox refuse de se laisser noinmer 
Capitaine, et préfère se laisser enfermer au donjon de Derby. 
Croese (49) le montre haranguant des recruteurs et des soldats . 
Mais ce sont là des faits insignifiants dans la vie de Fox. 

15. Sewel (28)et Croese (45) racontent la première prison de 
Fox à Derby en 1650. Mais le détail diffère. L'anecdote vol- 
tairienneest composée de traits épars dans Sewel : elle est sym- 
bolique plus qu'historique, et obtenue par le procédé de nos 
romanciers réalistes. 

16. Fox est arrêté à Pattrington : « Then he was carried about 
nine miles to a Justice. . . G. Fox being brought in before him, 
and not putting off his bat and sayiiig thou to him, the Justice 
asked the man that rode thither before « wether he was 
not mazed or fond ? » But the man said : « No, it is his 



SUR LES QUAKERS 39 

principle so to behave himself. » Fox prêche le juge de paix 
et est rekkhé (Sewel, 56-57). 

17. Pendant que Fox est en prison à Derby, ses parents et amis 
veulent donner pour lui caution de 150 1., qu'il ne prêchera 
plus en cette ville contre le clergé. Fox refuse l'engagement. 
« Then Justice Bennet rose iip in a rage, and as G. Fox was kneel- 
ing down to pray to the Lord to forgive him, Bennet ran 
upon him, and struck him ivith botb his haiids, crying : « Away 
with him, gaoler, take him away, gaoler. » (Sewel, 38.) 

18. Pour cette demande et celle (ligne 38) d'une double 
dose de fouet, Sewel (70) conte que Fox, à demi assommé par le 
peuple, ^•. stood up, and stretching out his arms, said with a 
loud voice : strike agaiii, Jicie are my arms, my head and my 
cheeks ». Et Barbara Blaugdon, fouettée à Exeter « sang aloud 
and was made to rejoice that she tuas counted worthy to suffer, 
for the iiame of the Lord » (Sewel, 107). — Il y a ici en 
outre une application de VEvaugile : « Si quelqu' un te frappe sur 
une joue, présente-lui l'autre » (Luc, vi, 29 ; cf. ibid, 22-23). 

19. Cf. let. I, n. 35. 

20. <i They committed him and another man to the hoiise of 
correction in Darby for six months, as blasphemers » (Sewel, 
28). — C'est en Hollande qu'on voit parfois les quakers à la 
maisondes fous (Catrou, 182). « So they took Ames prisoner and 
carried him to Rotterdam, where he was locked up in Bedlam, 
as a madman » (Sewel, 233). 

21. <( Justice Sawrey... bidding to constables to tuhip him » 
(Sewel, 70). — Josiah Martin reproche à Voltaire comme une 
erreur d'avoir fait fouetter Fox . 

22. Sewel, p. 35, sur la conversion du « gaoler » de Derby; 
et p. 333 sous la date de 1662, ce sommaire en manchette : 
« The cruel gaoler of Darby prison being couvinced, sends a 
pénitent letter (en 1650) to G. Fox. » — «... At Pickering, 
where four chief constables are convinced » (Sewel, 53-54). — 
Mais ceci rappelle aussi le geôlier des Actes des Apôtres (xvi, 

27-34). 

23. Sur les pérégrinations et les tribulations de Fox, Croese, 
53 : « Igitur alibi quidem prohibitus accessu..., alibi... repul- 



40 TROISIEME LETTRE 

sus..., et sicubi esset ingressus in templum... non verbis 
tantum sed etiam verberibus, idque interdum crudeliter, repres- 
sus. » — Penn dit en général des prédicateurs quakers : « being 
often stockt, stoned, beaten, whipt and imprisoned » (88i). — 
Sewel, 26 : « And they brought horsewliips, threatening to 
u'hip h'im. » Cf. la note 21. — La douzaine de prosélvtcs rap- 
pelle les douze apôtres. 

24. Je n'ai pas trouve que Fox ait été pilorié. Le quaker 
Nayler(Sewel, 161-165 ; Croese, 162) fut mis au pilori à Londres, 
près de Westminster, « in suggestu theatrali, exserto per 
foramen capite » . Une partie du peuple eut compassion de 
lui, et il se fit des pétitions pour l'en tirer. A Newberry, 
W. Brcnd ayant été emprisonné et maltraité, « this so exaspe- 
rated the people » que les magistrats durent faire afficher que le 
geôlier serait traduit devant un tribunal (Sewel, pp. 225-225). 
A Launceston, où Fox est emprisonné en 1656 et traité inhu- 
mainement, « the next year the wicked gaoler received a recom- 
pense of his deeds, for he was turned out of his place, and for 
some wicked act vv-as cast iuto gaol himself )> (Sewel, 153-1 54) . 
De tout cela a pu se composer l'anecdote voltairienne, avec 
substitution d'un prêtre au geôlier pour la joie du lecteur. — 
Pilorier a peut-être été suggéré par l'anglais, mais le mot était 
bien français (cf. Regnard, le Bal, se. 15). 

25. « Oliver Cromwell, in t!ie beginning of the year 1654 
... required both of the soldiers and others the oatJ) of fidelity . 
But since among the first they were man}', who, though con- 
vincedof the truth of the doctrine of the quakers so called, yet 
had not convenient opportunity to Icave the military service, 
it now presented itself : for u'hen the oath was tendered to 
them, they declared that in obédience to Christ's command, 
they could iiotswèar, whereupon they were disbanded. » (Sewel, 92.) 

26. Cromwel interdit leurs assemblées, et défendit de les 
molester. Mais il fut mal obéi (Sewel, 76). 

27. (' On which occasion Hugh Peters, one of the Pro- 
tector's Chaplains told him, (( they could not do George Fox a 
greater service for the spreading of his principles in Cornwall 
than 10 imprison him there. >- (Sewel, 155.) « Intérim quakeri 



SUR LES aUAKERS 4I 

omnia hiec a suo primordio omni tcmpore tanta patientia et 
firmitudine animorum tolerabant perferebantque, ut non modo 
multos suorum hostium fatigarent, sed etiam plurimos homines 
excitarent ac pellicerent ad suam communionem, ita secum 
reputantes neque velle neque posse homines tam intoleran- 
dam raolestiam subira ac sustinere, nisi de illarum rerum pro 
quibus haec patiebantur veritate plane cum suo animo certi 
forent. » (Croese, 128-150; résumé parCatrou, 100.) 

28. Cf. n. 22. 

29. !.<'... Uti in locis publicis, in média frequentia hominum 
génère aliquo clamatorio verum iugrato stridore aliquem ser- 
munculum inclioarent... verba quaedam incondita exprimè- 
rent. . . Et hsec ipsi quidem qui hxc patrabant se facere dicebant 
instinctii splritus Dei, et juxta exempla Prophetarum et Christi 
et Apostolorum. » (Croese, 125.) 

30. Josiah Martin conteste l'origine donnée par Voltaire au 
nom de Quakers. Sewel(26) la rapporte à l'habitude de Fox de 
répéter dans ses prédications : « Tremble at the word of the 
Lord. V, Croese de même (46), mais il ajoute : « Cui cum acce- 
deret quod hi homines non unam ob causam inter sua solemnia 
sacra more tremebundo agerent, alii hoc magis illam nomenclatu- 
ram in hosce homines transtulerunt. » Cf. Catrou, 22-23. — 
Morer,i,Chamberlayne(i698), /i7i?t?//V/o«£/(?5iu'i/c7^r^5(i720,p.4o), 
La Mottraye (I, 163) expriment la même opinion que Voltaire. 
« Ils sont appelés treinhleiirs, parce que lorsqu''iIs attendent l'in- 
spiration, ils ont coutume de trembler. » (Chamberlayne, 1698, 
1,309.) Barclay lui-même autorisait cette exphcation : « Et sic 
tremor et corporis motus et aliquando omnibus superveniet, etprout 
veritatis vis praevalet, a geniitihus et siispiriis in dulcem harmo- 
niam et laudis melodiam transibit, et bine nomen quakeroriiin, 
a est Treniulorum, nohis ironice inipositum est. » (Barclay, 231.) 

3 1 . Croese, 355-356, que Catrou résume ainsi : « Tous les bouf- 
fons se faisaient un plaisir de les contrefaire. On ne joua plus de 
farces dans les Carrefours, et l'on ne mit plus de comédies sur les 
théâtres, que des Trembleurs n'y fissent personnage, » avec leur 
jargon et leur enthousiasme. Par exemple, voici dans le Daily 
Courant du 13 août 1720 une annonce théâtrale : « Not acted 



42 TROISIÈME LETTRE 

thèse two years — by His Majesty's Company of Comedians — 
at the Théâtre Royal in Drury Lane — on Tuesday next being 
the i6«iiof August will be reviv'd a Coraedy called The f air 
Quaker of Deal, or the Humours of the Navy. With the original 
Sailor's song perform'd by Mr. Birkhead, and the Drunker 
Danceby himand others.» Voltaire put voir jouer à Drury Lane, 
le 5 janvier 1727 « a New grotesque Entertainment call'd the 
Miser or wagner and abericock, the part of the Miser in the 
character o( a Quaker by Mr. Cibber juu. » (Daily Post, no 2275) ; 
il put voir en 1728 « at Lee's and Harper's Theatrical Booth, in 
Bartholomew Fair », the Quaker' s Opéra, qui fut ensuite imprimé 
(Daily four naî, August 29,1728). 

3 2 . L'anecdote est symbolique, faite de traits épars dans Sewel. 
— Fox écrit au juge de paix Sawrey : « Thou wast the first 
beginner of ail the persécution in the North... But God had 
shortened thy days and limited ^hem. » Et Sewel (75) ajoute : 
« It is remarkable that this Justice Sawrey who was the first 
persccutor in those parts, afterwards was drowned, and so died 
not a natural death. » Barbara Blaugdon, quakeresse, dit au 
juge Pepes « that the day of his death did draw nigh, wherein 
he must give an account of his actions, and that therefore he 
ought ta take heed » (Sewel, 1 30). 

35. Lorsque Fox est arrêté à Pattrington et qu'on le mène à 
9 milles de là au juge de paix, « now the men that guarded Fox 
said : » It would be well if the Justice was not druuk when they 
came to him », because he used to he drunk early ». (Sewel, 56.) 

34. Le juge Pepes ayant condamné pour meurtre une pauvre 
fille innocente, et fait mettre en liberté la quakeresse Barbara 
Blaugdon, « he beiug corne home, went to hed and died that night. 
The noise of which sudden death being spread, it made people 
say « that Barbara had been a true prophetess unto him » 

(Sewel, 1 30). Le Mayor Seal fait fouetter Ambr. Rigg, « and 
not long after the Mayor died of a bloodyflux >■ (Sewel, 157). 
Cf. dans Croese le propos des quakers sur le châtiment du 
juge Bennet (47). 

35. Cromwell ayant voulu le faire dîner avec ses officiers, 
« George bid them tell the Protector, <* he would not eat a bit 



SUR LES QUAKERS 43 

ofhis bread, nor drink a cup of his drink ». When Cromwell 
heard this, he said : « Now I see, there's a people risen up and 
come up, that I cannot win either with gifts, honours, offices 
or places, but ail other jrt'c/^ and people, I can. » (Sewel, 115). 
Cf. Croese, 75. 

36. « I don't find that in Cromwell's time an}- laws were 
made to constrain people to fréquent the worship of the pub- 
lick or national church. But notwithstanding the quakers so call- 
ed were imprisoned for refusing to swear, or for nor paying 
tithes to maintahi the priests ; and they were whipped like vaga- 
bonds for preaching in niarkets or in other pubHck places ; or they 
were fined/or iiottakino- offtheir bats before magistrates ; for this 
was called contempt of the magistracy... And thus always a 
cloak and cover was found to persécute them. » (Sewel, 96.) — 
« So the king (Charles II) promised that ive slioiihi not anytuays 
suffer for our opinion of religion » (Sewel, 295); mais ils sont 
poursuivis pour refus de serment et de payer les dîmes (299 ; 
cf. encore 370-372 et 395-394 : dans ce dernier passage, Se- 
wel compte 4.200 quakers en prison en 1662, et 500 à Londres). 
— Croese, pp. 155-157, 198-199, etc. — Josiah Martin objecte à 
Voltaire que le refus des dimes, du serment et du chapeau sont 
des points de religion pour les quakers. 

37.- « Et prosperitatem et adversitatetn giistasti ; nosti qnid sit e 
patria èjici, quid sit opprinii et sub juge esse, non minus quam 
regnare ; et cum oppressus fueris, ignorare non potes quam odi- 
osus sit oppressor et Deo et hominibus . Si post ovines istas exhorta- 
tiones et admonitiones, toto corde te ad Deum non convertas, et 
illius obliviscaris qni vientinit tiii in afflictionibus, sed temet ad 
luxum et vanitatem sequendam dederis, certe viagna erit condeni- 
nalio tua ; contra quod periculum et tentationes eorum qui in 
malo te fovent, vel ad illud te fovent, praestantissimum et 
praevalentissimum remedium erit, ut ad lucem illam Christi 
conscientiae tuae illucentem temet applices, qiuic tibi niillo modo 
adulabitur... Sic exoptat, sic exorat ille qui fidelis tibi 

amicus et subditus est 

ROBERTUS BaRCLAIUS. » 



44 TROISIEME LETTRE 

Selon Edward Higginson, Voltaire avait d'abord traduit le tu 
latin par vous, et le jeune quaker s'était amusé de cette méprise. 
C'est donc lui qui décida Voltaire à corriger sa traduction 
(Cf. Appendice au commentaire de la let. I). 

38. Nié par Josiah Martin. Et Sewel (604, sous la date 
1675) : « King Charles, it seems, was not to be the man that 
should take off this yoke of oppression. » Cependant Sewel a 
enregistré une promesse de tolérance de Charles II (cf. n. 36). 



aUATRIÉME LETTRE [50] 

Sur les Quakers ^. 



Environ ce tems ^ parut l'illustre Guillaume Pen qui 
établit la puissance des Quakers en Amérique, & qui les 
5 auroit rendus respectables en Europe, si les hommes 
pouvoient respecter la vertu sous des aparences ridicules : 
il étoit fils unique du Chevalier Pen, \'ice-Amiral d'An- 
gleterre & favori du Duc d'Yorc ', depuis Jacques II. 
Guillaume Pen, à l'âge de quinze ans, rencontra un 
10 Quaker à Oxford où il faisoit ses études + ; ce Quaker le 
persua|da, & le jeune homme qui étoit vif, naturellement [31] 
éloquent, & qui avoit de la noblesse dans sa phisionomie 
& dans ses manières, gagna bien-tôt quelques-uns de 
ses camarades. Il établit insensiblement une Société de 
15 jeunes Quakers qui s'assembloient chez lui; de sorte 
qu'il se trouva chef de Secte à l'âge de seize ans. 

De retour chez le Vice-Amiral son per-e au sortir du 

Collège 5, au lieu de se mettre à genoux devant lui, & 

de lui demander sa bénédiction, selon l'usage des 

20 Anglais ^, il l'aborda le chapeau sur la tête & lui dit : 

« Je suis fort aise, l'ami, de te voir en bonne santé. » Le 



Ligne 2. S9*~S^ Histoire des duakers. 70-7^ Suite de l'histoire des 
Quakers. K lie cette lettre à la précédente sans nouveau titre. — 5. _J4^-_J9+, 
)6, 70, 71, 71^ rendu 

12. S4'-S9 ['Is Ij'ascendance ^ç-*-K [de I]"ascendant — 15. jr tous [chez 
lui] — 16. 42-K [chef de] la [secte] (/i seul conserve la leçon primitive. 
Angl. _j_j at the head of a sect; la leçon de 42, qui fait contresens, doit 
être une faute typographique.) 



46 aUATRiÉME LETTRE 

Vice-Amiral crut que son fils étoit devenu fol, il s'aper- 
çut bien-tôt qu'il étoit Quaker. Il mit en usage tous les 
moïens 7 que j la prudence humaine peut cmploïer pour [32] 

25 l'engager à vivre comme un autre ^ ; le jeune homme 
ne répondit à son pcrc qu'en l'exhortant à se faire Qua- 
ker lui-même. 

Enfin le père se relâcha à ne lui demander autre chose, 
sinon qu'il alla[t] voir le Roi et le Duc d'Yorc le chapeau 

30 sous le bras 9, & qu'il ne les tutoïat point. Guillaume 
répondit'° que sa conscience ne le lui permettoitpas", &:le 
père indigné & au désespoir, le chassa de sa maison'^. Le 
jeune Pen remercia Dieu de ce qu'il soufFroit déjà pour sa 
cause'5, il alla prêcher dans la Cité, il y fit beaucoup de 

3) Prosélites. 

Les Prêches des Ministres éclaircissoient tous les jours, 
& comme Pen étoit jeune, beau & bien (bien) fait, les 
femmes de ] la Cour &de la Ville accouroient dévotement [35] 
pour rentendre'4. Le Patriarche Georges Fox vint du fond 
40 de l'Angleterre le voir à Londres sur sa réputation' > ; 
tous deux résolurent de faire des missions dans les pais 
étrangers. Ils s'embarquèrent pour la Hollande'^, après 
avoir laissé des ouvriers en assez bon nombre pour 
avoir soin de la vigne de Londres. Leurs travaux eurent 

4) un heureux succès à Amsterdam'7 ; mais ce qui leur fit 
le plus d'honneur, & ce qui mit le plus leur humilité en 
danger, fut la réception que leur fit la Princesse Palatine 
Elizabet, tante de Georges premier Roi d'Angleterre, 
femme illustre par son esprit & par son sçavoir, & à qui 

50 Descartes avoit dédié son Roman de Philosophie. 

22. }c)^-K fou — 42-K [il] aperçut (sans s") — 50. 42, 42" lui [répondit] 
JJ Guillaume dit [que] 

31. J9'-A' et qu'il valoit mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ; [le 
pcre] — 36. J7, ^6-K s'éclaircissaient — 57. ]4'-K [comme] il [étoit] — 
38. SI y accourroient 

46. ^4'-7i'' [fit] plus 



SUR LES aUAKERS 47 

Elle étoit alors retirée à la Haye'* où elle vit ces atnis; [54l 
car c'est ainsi qu'on apelloit alors les Quakers en Hol- 
lande'? ; elle eut plusieurs conférences avec eux ; ils prê- 
chèrent souvent chez elle-°, & s'ils ne firent pas d'elle 

53 une parfaite Quakresse, ils avouèrent au moins qu'elle 
n'étoit pas loin du roïaume des Cieux-'. 

Les amis semèrent aussi en Allemagne, mais ils re- 
cueillirent peu". On ne goûta pas la mode de tutoïer 
dans un pais où il faut toujours avoir à la bouche les 

60 ternies d'Altesse & d'Excellence-5. Pen repassa bien-tôt 
en Angleterre sur la nouvelle de la maladie de son père, 
il vint recueillir ses derniers soupirs^+. Le Vice-Amiral se 
réconcilia avec lui & l'embrassa avec tendresse quoiqu'il 
fut d'une difîé|rente Religion; Guillaume l'exhorta en [35] 

65 vain à ne point recevoir le Sacrement, & à mourir Qua- 
ker, & le vieux bon homme recommanda inutilement à 
Guillaume d'avoir des boutons sur ses manches & des 
gances à son chapeau^>. 

Guillaume hérita de grands biens, parmi lesquels il se 

70 trouvoit des dettes de la Couronne-<^, pour des avances 
faites par le Vice-Amiral dans des expéditions maritimes. 
Rien n'étoit moins assuré alors que l'argent dû par le 
Roi ; Pen fut obligé d'aller tutoïer Charles II & ses 
Ministres plus d'une fois pour son paiement. Le Gouver- 

75 nement lui donna en léSo au lieu d'argent la propriété 
& la souveraineté d'une Province d'Amérique au Sud de 
Marilan : voilà un Quaker | devenu souverain. Il partit [36] 
pour ses nouveaux Etats avec deux vaisseaux chargés de 
Quakers qui le suivirent. On appela dès-lors le pais 

Sr. ^4'-K les [amis] (ces est nécessaire) — 57. )4'-K y [recueillirent] 
— )9- 34'-59 omettent avoir à la bouche. S9*-K [il faut] prononcer 
[toujours] 

64. i^'-K Mais [Guillaume] 

71. 42, 42" [dans] les 



48 QUATRIÈME LETTRE 

80 Pcnùlvania du nom de Pcn ; il y fonda la \'illc de 
Philadelphie qui est aujourd'hui très-florissante^". Il com- 
mença par faire une ligu;; avec les Amériquains ses voi- 
sins^^. C'est le seul traité entre ces Peuples & les Chré- 
tiens qui n'ait point été juré, & qui n'ait point été 

85 rompu. Le nouveau Souverain fut aussi le Législateur de 
la Pensilvanie, il donna des loix tres-sages, dont aucune 
n'a été changée depuis lui, La première est de ne mal- 
traiter personne au sujet de la Religion, & de regarder 
comme frères tous ceux qui croient un Dieu^?. 

90 A peine eùt-il établi son gou|vernement, que plusieurs [37] 
Marchands de l'Amérique vinrent peupler cette Colonie. 
Les naturels du pays, au lieu de fuir dans les forêts, s'ac- 
coutumèrent insensiblement avec les pacifiques Qua- 
kers5J : autant ils détestoient les autres Chrétiens con- 

95 quérants & destructeurs de l'Amérique, autant ils 
aimoient ces nouveaux venus. En peu de tems un grand 
nombre de ces prétendus Sauvages charmés de la dou- 
ceur de ces voisins, vinrent en foule demander à Guil- 
laume Pen de les recevoir au nombre de ses \'assaux. 
100 C'étoit un spectacle bien nouveau qu'un Souverain que 
tout le monde tutoïoit & à qui on parloit le chapeau sur 
la tête, un gouvernement sans Prêtres, un Peuple sans 
armes3', des Citoïenstous égaux à la Magisltrature prés, [38] 
& des voisins sans jalousie. 
105 Guillaume Pen pouvoit se vanter d'avoir aporté sur 
la terre l'âge d'or dont on parle tant, & qui n'a vraisem- 
blablement existé qu'en Pensilvanie. Il revint en Angle- 
terre pour les affaires de son nouveau Pais, après la mort 



80. yo-K Pensilvanie — 89. 42, 42" en [Dieu] 

94. 70-A'[.iutant] qu'[ils...] — 97. }4''-}7 charmé _J9 ■», 46-K [tems] ces 
prétendus sauvages charmés de ces nouveaux [voisins] 42-42' 
[tems] ces prétendus sauvages charmés de la douceur de ces voisins. 

107. 42, 42' véritablement [existé] 



SUR LES Q.UAK1-RS 49 

de Charles II. Le Roi Jacques»- qui avoit aimé son père, 

no eut la même affection pour le fils33, & ne le considéra 
plus comme un Sectaire obscur, mais comme un très- 
grand homme. La politique du Roi s'accordoit en cela 
avec son goût; il avoit envie de flatter les Quakers, en 
abolissant les Loix faites contre les Non-conformistes, 

115 afin de pouvoir introduire la Religion Catholique à la 

faveur de cette liberté54. Toutes les j Sectes d'Angleterre [59J 
virent le piège, & ne s'y 1 'ssérent pas prendre^?. Elles 
sont toujours réunies contre le Catholicisme leur ennemi 
commun; mais Pen ne crut pas devoir renoncer à ses 

120 principes'^ poiu' favoriser des Protestans qui le haïssoient, 
contre un Roi qui l'aimoit. Il avoit établi la liberté de 
conscience en Amérique, il n'avoit pas envie de vouloir 
paroître la détruire en Europe 37 ; il demeura donc iidéle 
à Jacques W^, au point qu'il fut généralement accusé 

125 d'être Jésuite39 : cette calomnie l'affligea sensiblement, il 
fut obUgé de s'en justifier par des écrits publics+o. Cepen- 
dant le malheureux Jacques II qui comme presque tous 
les Stuards, étoit un composé de grandeur & de foiblesse, 
& qui comme eux, en | fit trop & trop peu, perdit son [40] 

1 30 Roïaume sans qu'on pût dire comment la chose arriva. 

Toutes les Sectes Anglaises reçurent de Guillaume III 
& de son Parlement, cette même liberté qu'elles n'avoient 
pas voulu tenir des mains de Jacqucs^'. Ce fut alors que 



109. Angl. j^, ^4''-}9 ponctuent : [... pais]. Apres I.i mort de Charles 
second, [le roi Jacques]... C'est la ponctuation conforme à la vérité des faits, 
et celle de Jore quia passé dans ]ç\-K peut être une faute typographique. 
L'examen de la source du texte le ferait croire (cf. n. _J2) . Mais Voltaire a 
pu ne pas se souvenir de sa source, et laisser échapper l'inexactitude. C'est 
pourquoi je n'introduis pas de correction dans le texte. 

114. 46-K sup: riment faites. 

123. /r dans r[Europe] — • 130. )^\-K sans qu'il y eût une épée de 
tirée et [sans qu'on pi\t] 

i^i. ^4^-48 e; J2 Troisième cf. Introd., II. 

Lett. phil. I. 4 



JO Q.UATRIEME LETTRE 

les Quakers commencèrent à jouir par la force des Loix, 

135 de tous les privilèges dont ils sont en possession aujour- 
d'hui^z. Pen, après avoir vu enfin sa Secte établie sans 
contradiction dans le pais de sa naissance, retourna en 
Pensilvanie'»J. Les siens & les Amériquains le reçurent 
avec des larmes de joie comme un perc qui rcvenoit voir 

1.(0 ses enfants ^. Toutes ses Loix avoient été religieusement 

observées pendant son absence,] ce qui n'étoit arrivé à (4O 
aucun Législateur avant lui. Il resta quelques années à 
Philadelphie, il en partit enfin malgré lui pour aller sol- 
liciter à Londres des avantages nouveaux en faveur du 

145 commerce des Pensilvains^î : il vécut depuis à Londres 
jusqu'à une extrême vieillesse, considéré comme le chef 
d'un Peuple & d'une Religion. Il n'est mort qu'en 
171846. 

On conserva à ses descendans la propriété & le gou- 

150 vernement de la Pensilvanie, & ils vendirent au Roi le 
gouvernement pour douze mille pièces^?. Les aflfaires 
du Roi ne lui permirent d'en païer que mille. Un Lec- 
teur Français croira peut-être que le ministère païa le 
reste en promesses et s'empara toujours dugouver|nement: [42] 

155 point du tout, ta Couronne n'aïant pu satisfaire dans le 
tems marqué au paiement de la somme entière, le Con- 
trat fut déclaré nul, & la famille de Pen rentra dans ses 
droits. 
Je ne puis deviner quel sera le sort de la Religion des 

144. A' de nouveaux avantages... — i^^. )4'-K [Pensilvains]: il ne les 
revit plus; il mourut à Londres en 1718. 

151. ^4'' 1200. — 1)8. Ce paragraphe manque dans }4'-K; à sa place, 
$6-K, après les mois eu iyiS,ajoutenl : Ce fut sous le règne de Charles II 
qu'ils obtinrent le noble privilège de ne jamais jurer, et d être crus en 
Justice sur leur parole. Le Chancelier homme d'esprit leur parla ainsi : 
('Mes amis, 7u/"'ec ordonna un jour que toutes les bêtes de somme 
vinssent se faire ferrer. Les ânes représentèrent que leur loi ne le per- 
mettait pas. — Eh bien, dit Jupiter, on ne vous ferrera point ; mais au 
premier faux pas que vous ferez, vous aurez cent coups d'étrivicrcs**. » 



SUR LES QUAKERS 5I 

160 Quakers en Amérique ; mais je vois qu'elle dépérit tous 
les jours à Londres. Par tout pais la Religion domi- 
nante, quand elle ne persécute point, engloutit à la 
longue toutes les autres-9. Les Quakers ne peuvent 
être membres du Parlement, ni posséder aucun Office, 

163 parce qu'il faudroit prêter serment & qu'ils ne veulent 
point jurer. Ils sont réduits à la nécessité de gagner de 
l'argent par le Commerce ; leurs enfans enrichis par 
l'industrie de leurs pères, veulent | jouir, avoir des hon- [43J 
neurs, des boutons & des manchettes, ils sont honteux 

170 d'être apellés Quakers, & se font Protestans pour être 
à la modeJo. 



COMMENTAIRE 

1. Source principale et presque unique : A colleclion of thc 
Works oj IV. Penti, LonJon, 1726, 2 v. in-fo]., the Author's Life, 
au début du t. J. — Sewel et Croese ne peuvent être que des 
sources très secondaires : leurs récits sont sur certains points en 
contradiction avec cette Vie très documentée. Ainsi Sewel (539) 
et Croese (286, suivi par Catrou, 129) convertissent Penn en 
Irlande à 22 ans, et non à Oxford à 15 ans. 

2. AngL ^^ : » About this time » et en note : 1666. 
Mais cette date résulte de la supposition que Penn (né en 1644) 
se convertit à 22 ans. 

3. « His father became a peculiar favourite of the then dukc 
of York » (The Author's Life, p. i). 

4. « About the i^^^ year of his âge he was entered a student al 
Christ's Church Collège in Oxford...; for he, with certain other 
5/«<feH/5of thatUniversity, withdrawing from the National way 
of worship, heldprivatc meetings for the exercise of Religion, where 

161. ji [Par] tous [pays] 



52 QUATRIEMH LETERi: 

they both (Thomas Loe son convertisseur et lui) preached and 
prayed among themselves. This gave offence to the Heads 
of the Collège, and hc, heiug but sixlecn years old, was fined for 
Nonconformity. » (Life, i.) — AngJ. jj, faute de connaître 
cette source, corrige le texte de Voltaire selon la tradition cou- 
rante recueillie par Croese et Sewcl : « W. P., at twcnty 
years of âge, happening to meet with a Quaker (eu note Thomas 
Loe) in Cork, whom he had known at Oxford... » ; et plus bas, 
au lieu de : «à l'âge de seize ans », « a little above twenty ». 

5. « Froni ihe)icc (du collège) he relurned home » (Life, 2). — 
AiigL ^; corrige : « After Icaving Cork... » 

6. « Les enfants bien élevés vont en se levant et en se couchant 
souhaiter le bonjour ou le bonsoir à leurs pères et mères, et 
leur demander leurs bénédictions ; pour cet effet, ils se mettent 
à genoux devant eux. » (César de Saussure, 300. Cf. Introd., FIL) 
— AngL s 3 ne traduit pas les mots « selon l'usage des Anglais ». 

7. «... Which (c. à. d. Lj profession Je sa nouvelle religion') his 
Father... endeavoured holh hy ivoids and blows to deter him 
Irom; but finding those metliods ineffectuai... >^{Life, 2). 

8. <( His father pressing his conformity to the customs and 
fashions of the times » (Life, 4). 

9. Le vice-amiral consentit à laisser son fils suivre sa croyance, 
« proviâeâ he ivoidd be uncover'd tu the présence of the King, and 
Ihe Duke, and himself » (Life, 4). 

10. <( He hunibly signified that he could not comply with his 
désire therein » (Life, 4). 

11. « He noless afflicled to think that a compliance with his 
Karthly Father's pleasurewas inconsistent with an obédience to 
his Heavenly one. » (Life, 4.) 

12. « He (le père) was aï. length so incensed that he turn'd him 
ont of doors » (Life, 2). « His fiuher... turn^d Inni ont of 
doors the second time » (Life, 4). La source raconte deux dis- 
putes de W. Penn avec son père, et le f;iit mettre deux fois à la 
porte (pp. 2-4) ; Voltaire synthétise en une scène. 

13. « Thus exposeJ to the charity of his Friends, having no 
other subsistence (except what his mother privatelysent tohim), 
he endured Ihe cross luith a Christian patience and Magnanimity. » 
(Life, 4.) 



SUR LES Q.IJAKERS 53 

14. Sur les premières prédications de W. Penn, Life, p. 4. 
Cf. Croese, 288-9, 327-9. Voltaire brode sur le succès de Penn. 

1 5 . Dans the Author's Life, Fox s'en va en Hollande avec Penn 
et Barclay ; mais on n'y trouve pas le détail que donne Vol- 
taire. Sewel (630) montre Fox venant du fond de l'Angleterre 
à Londres, et de là passant en Hollande avec Penn, mais il ne 
dit pas que Fox soit venu à Londres précisément pour con- 
naître Penn. 

16. Ilv a deux voyages en Hollande, en 1671 {Life, 43) et 
1677 (Life, 50-116) : c'est au second, très détaillé ettrès docu- 
menté dans la Vie, que Voltaire s'attache. Il saute de la p. 4 de 
la Fie à la p. 50, sacrifiant tout le détail de l'apostolat de Penn 
en Irlande et en Angleterre et de ses démêlés avec la justice. 

17. Life, 52-54: grand meeting des Amis à Amsterdam, le 
2 juin 1677. 

18. C'est à Herwerden que Penn vit la princesse (Life, 59- 
63 et 98). 

19. Voltaire vient de lire (p. 53) des documents concernant the 
gênerai meeting o/Friends at Amsterdam, et dans toute la relation 
écrite par Penn de son voyage en Hollande, que la Vie donne in 
extenso, il trouve le mot Friends : d'où il conclut que le terme est 
propre aux quakers hollandais. 

20. Penn fait cinq visites à la princesse du 10 au 12 juin 
1677, et en outre ses amis et lui prêchent plusieurs fois les gens 
de la maison (Life, 59-65). Nouvelles visites au retour d'Alle- 
magne les 22 et 23 juillet (Life, 98). 

21. C'est bien la nuance qui ressort du récit de Penn et des 
lettres qu'il échange avec la Princesse. « They (Elizabeth et la 
comtesse de Hornes) are persons seeking after the best things » 
(Life, 59). Penn lui écrit : « O be you of that little Flock 
unto whom Jésus said : Fcar not, it is your Father's good plea- 
sure to give you the Kingdom. » (Life, 73.) Cf. les propos de 
la page 98 et la lettre de la p. iio. — Comparez Croese (534 
et suiv.) résumé par Catrou (208). 

22. « Sed ab his nihil scriptionc dignum actum " (Croese, 
530). Mais Voltaire a pu tirer cette impression du récit diffus de 
Penn. 



54 QUATRIEME LETTRE 

23. Allusion à la rencontre que firent Penn et ses amis d'un 
comte de Falkenstein qui sortait de son château. « And sceing 
us in the habit of strangers, [he] sent one of his attendants, to 
demand vvlioand froni whence we were ? And whither \ve went ? 
CaUing us afterwards to him, and asking us the same ques- 
tions, we answered « that we were Englishmen corne from 
Rolland, going no farther in thèse parts, than this own town 

of Mulheim ». But >iot shoiduc; him or paying him that zuorldly 
homage and respect which was e.xpected from us, some of his gen- 
tlemen asked us, « If we knew whom we were before ? And 
if we did not use to déport ourselves after another manner before 
Noblemen, and in the présence of Princes?» We answered, « We 
were not conscious to ourselves of any disrespect or unseemly 
behaviour ». One of them sharply rcplied : « Why dont't vou 
pull off vour hats then ? Is it respect to stand covered in the 
présence of the sovereign of the Country ? » We told them, « It 
was our practice in the présence of our Prince, who is a great 
King », and that « We uncovered not our heads to any but in 
our duty to Almighty God ». Upon which the Gni(/called us 
« Quakers », saving unto us : « We hâve no need of Quakers 
hère ; get you out of m\' dominions ; \ou shall not go to m}- 
town. » {Life, 78.) 

24. Le vice-amiral mourut en 1670 avant les voyages de son 
fils en Hollande. Voltaire n'a pas remarqué au bas d'une page 
{Life, 35) la mention de sa mort. En arrivant à l'affaire de la 
Pensylvanie, il voit que Penn n'a plus son père. Il en place donc 
la mort de façon à introduire cette affaire. Sewel l'y a peut-être 
aidé, en mentionnant cette mort à propos de la Pensylvanie, 
mais comme bien antérieure {long before) sans préciser (631). 

25. Voltaire n'a pas lu dans les Œuvres de W. Penn (I, 432), 
le passage du Traité No cross no croivn où l'auteur rapporte les 
dernières paroles de son père : il en eût sans doute tiré quelque 
chose. Il induit la réconciliation d'un passage de la Vie {p. 136, 
cf. plus bas, n. 33), et sans doute surtout du récit de Sewel qui 
lui fournit l'idée de son trait : « He also gave his son several 
admonitions how to hehave himself in this world » (651). 

26. « King Charles the second (in considération of the ser- 



SUR LES QUAKERS 55 

vices of sir William Penn and suiulry dchis due to hini from the 
Crown at the time of his decease), by Lettcrs-Patent beanng 
date the 4'^ of Mardi 1680-81 granted to Will. Pcnn and his 
heirs ihat Province lying on the west side of the River 
Delaware in N. America, formerly belonging to the Dutch, and 
then called the New-Netherlands : the name was now changed 
bythe King inhonour of Will. Penn, whom and his heirs he 
made absohite Troprietors aud Governoiirs of it... Many single 
persoiis and some faniilies out of England and Wales went 
over,... and began to build the city of Philadelphia in a como- 
dious situation on the aforesaid navigable river Delaware... » 
(Li/e, 121). 

27. j'ignore d'où vient ce détail des deux vaisseaux. Ici Vol- 
taire s'écarte de la Vie, peut-être pour suivre Sewel : « Will. 
Penn now went with much Company to America and having 
seen the land given him, he foiiiided then the chief city Philadel- 
phia and some other towns » (651). Peut-être suit-il ici une 
source inconnue. — Voltaire a simplifié en faisant partir tout de 
suite Penn pour l'Amérique : il n'y alla qu'en 1682, après avoir 
envoyé sa Constitution {Life, 123). 

28. « And to secure the new Planters from the native Indians, 
... the Governour gave orders to treat them with ail candour 
and humanity, and appoiuted Commissioners to confer with 
them about land, and to confirm a leagtie' of pcace... » {Life, 
121). 

29. « He also drew up the foundamental Constitution of Pen- 
sylvania, in twenty four articles ... ; tlie firsl of luhich articles 
shewing that his principle was to give as well as take liberty of 
conscience in matters of religion, we shall trauscribe... » {Life, 
122). «... Of which laws one was : that ail persoiis living in this 
Province, who confess and acknozvledge the oneAIlniighty and Eter- 
nal Godto be the Creator, Upholder, and Ruler ofthe world,... 
shall in no wise he molested or prejudiced /or Iheir religions per- 
suasion or practice in matters of faith and worship. » {Life, 122.) 
— Cf. Croese, 439-440, suivi par Catrou, 248 : « (Les protes- 
tants) trouvèrent à dire qu'on étendît la liberté chrétienne jus- 
qu'à permettre 'de s'en tenir à la seule adoration d'un dieu 



56 Q.UATRIÉME LETTRE 

créateur. C'était autoriser le déisme, disaient-ils. » Voltaire l'en- 
tend bien ainsi. 

30. « H'is fricndly and pacifich manner of treating theindians, 
begat in them an extraordinary Lxn-e and Regard to him and to 
his people, so thaï they hâve viaiutained a perfect aiiiily (cf. p. 48, 
ligne 84) with the Euglish of Pensylvania ever since. » (Li/e> 
122.) — Peut-être aussi Croese, 438-40, ainsi résumé par 
Catrou : « En effet les sauvages furent charmés de trouver en 
Amérique des hommes/a/5/7'/^i dont ils n'avaient point à redou- 
ter la tyrannie. Toutes les autres nations les avaient épouvantés 
et souvent ruinés par des expéditions militaires » (255). — 
Voltaire put voir dans les journaux anglais de 1728 qui ren- 
dirent compte du nouveau traité passé avec les Indiens par le 
gouverneur de la Pensylvanie, combien le souvenir de Penn leur 
était encor cher. Son nom est invoqué avec respect par tous les 
négociateurs des deux nations. {The Daily Journal, du no 2386 
au 11° 2406, Aug. 31 — Sept. 18,1728). 

51. Ce ne fut qu'eu 1747 et 1755 que l'assemblée de la Pensyl- 
vanie permit aux habitants appartenant à d'autres confessions de 
former une milice par enrôlements volontaires. — Croese, 
441-442; Catrou, 252 : « On mit une égalité parfaite de 
rangs et de grades. On abolit la distinction de noblesse et de 
roture, et tous eurent un droit égal d'aspirer aux charges et 
au gouvernement. » 

32. La leçon de S4^ se justifie par la Vie de Penn : « He 
returned to England where he arrived safe the I2«'i of the 6''» 
month 1684. On the 6''' of the I2''> montli follo\ving, King 
Charles the second died, aud was succeeded by his brother, etc...)- 
{Life, 124). 

33. « My Father's humble request to \\\m {Jacques IF) upon 
his death bed, to protect me from the inconveniencics and 
troubles my persuasion might expose mcto... »{Life, 136). 
Penn « for whom... the Duke had always shewn a personal 
respect and esteem... » (LZ/i", 125). Cf. Croese 368-370; d'après 
lequel Catrou, 168 : « Il avait aime son père... et i\ se sentait de 
raffedion pour le fils... » 

34. « The King haviug thus granted liberty of conscience /c> 



SUR LES aUAKERS 57 

people oj ail persiiasioiis, did whatevcr ho could to introduce po- 
pery into Euglaad... » (Sewel, 687). 

35. « Tbis was a very strange fight to protestants in England, 
and it caused no small fermentation in the minds of people. . . 
And such a gênerai liberty of conscience maliing an alhiring 
sheiv, several dissenters, as Baptists and otliers, served the King 
witli tlieir pens on tliis account... » (Sewel, 687-683). Cf. 
Croese, 367, 373 ; Catrou, 165. — « Toutes ces misérables sectes 
ne sauraient s'accorder qu'au seul regard du pape qu'elles 
rejettent et maudissent d'une commune voix. » (Voyage de 
M. Payen, 1663, p. 7, cité par Bastide, JoIdi Locke, p. 207.) 

36. «... The asserting an impartial liberty of conscience..., 
thèse are corner-stones and principles to me... For Religion itself 
is an empty name without them. » (Lettre de Penn à W. 
Popple, Life, 137.) 

37. « I hâve bowels for Mankind, and dare not deny others 
what I crave for viyscif, I mean liberty for the exercise of my 
religion. » (Lettre de Penn à Tillotson, Lief, 128.) 

38. « And W. Penn who had always been a defender of 
liberty of conscience, was also not unactive in this afïair. » (Se- 
wel, 688 . ) Cf. le discours de Penn à Jacques II en lui présentant 
le remerciement des quakers pour l'établissement de la liberté 
de conscience (Lz/t;, 129-130). 

39. "... He took lodgings in 1585 near Kensington. And now 
his acquaintance and frequency at Court s'ubjected him to the 
undeserved censure of such as least knew him, as being a Papist 
or fesiiit... » (Life, 125). 

40. « Whereupon, to undeceive the world and clear himselt, 
hepuhlished the folhwing paper, called Fiction found out, etc.. » 
(Life, 125). Voyez aussi les lettres à Tillotson et à Popple (Life, 
128-139). — Cf. Croese, 372-373 ; Catrou, 170 et 178. 

41. « Itaque ergo et quakeris talis vacatio et licentia data 
est » (Croese, 376), mais « demptis iterum papistis » (375) : 
donc ce n'est pas la même liberté que sous Jacques II. — Il 
s'agit de l'acte de tolérance, du bénéfice duquel étaient 
exclus les Papistes et les Antitrinitaires. 



5 8 Q.UATRIÉME LETTRE 

42. « Privilégia ac jura qiiaherorum, quae quidem ut a Rege ac 
Parlamento iis donata, ita actis de Religionum libcrtate inscrta 
fuere. » (Croese. 376.) 

43. Juin i6c)S(Life, 145). 

44. « Upon their coming thither, they were received wilh 
the universaJ joy of the inhabitants » {Life, 145). «... His 
paternal administration... Their palenuil regard to us and our 
posterity » (Life, 147). 

45. « The next Momh (oct. 1701) he took shipping for 
England » (Life, 147), mais pour empêcher le vote d'un bill 
qui portait atteinte à ses droits de gouverneur et étendait les 
prérogatives de la Couronne. 

46. Angl. j) fait ici une rectification : « But hc never saw 
it again, he dying in Ruskomb in Berkshire, anno 17 18. » 
Voltaire, peut-être averti par cette correction, a modifié son 
texte dans J4 (édition de Jore), tandis que Thieriot le con- 
servait dans ^.^a (éd. de Londres, Busie). — Voltaire, en feuille- 
tant la vie de Penn, n'avait pas pris garde à une phrase où le 
changement de demeure du vieillard, qui pour sa santé quitta 
Londres, était indiqué (Life, 148). 

47. Cette anecdote ne figurant ni dans la traduction anglaise, 
ni dans l'éd. française de Londres (i.^"), on peut conclure que 
Voltaire l'a apprise entre l'envoi de sa copie à Thieriot et l'im- 
pression de Jore, et qu'il ne la tire pas des sources qui lui ont 
servi pour cette quatrième lettre. En effet ni Croese, bien entendu, 
(impr. en 1696), ni Sewel qui va jusqu'en 1715, ni la vie de Penn 
ne la connaissent. Je n'en ai pas trouvé la source : peut-être fut-elle 
orale, et déformait-elle un incident des dernières années de Penn, 
dont sa Fie d'ailleurs ne disait rien. En 1711-1712, des embar- 
ras d'argent forcèrent Penn de négocier avec la Couronne pour 
la vente de son droit de propriété. Une attaque d'apoplexie 
qu'il eut arrêta l'affaire (£)/(•/. 0/ A'rt/. Biogr.). En 1711,11 offre 
de céder le gouvernement de la province pour 20.000 1. Le 
ministère lui offre 12.000 1. payables en 4 ans. On lui verse 
i.oool.; et il tombe malade (British Cychp., avec références à 
Dixon, Life ofP., 415 et Janney, Lifeof P., 549; voyez aussi 
VEitcyclop. Britaunicd). La négociation ne passa pas inaperçue. 



SUR LES QUAKERS 59 

« On apprend par les nouvelles publiques, écrivait Leclerc, 
que Guillaume Penn a vendu cette année 1712 la propriété de 
ce pays-là (la Petisylvauié) à la Couronne de la Grande-Bre- 
tagne. » (BiU. choisie, 1712, t. 25, i^e part., p. 1 3 1 .) La charte 
primitive ne fut annulée qu'en 1778 et les droits de la famille 
Penn rachetés pour 130.000 livres. 

48. Je ne sais d'où Voltaire tire cette anecdote, qui n'apparaît 
qu'en 1756. Elle est inexacte. La concession de l'affirmation au 
lieu du serment fut faite aux quakers sous Guillaume III en 1696, 
renouvelée en 1701, sous le même règne, confirmée à perpé- 
tuité et étendue à l'Ecosse et à l'Amérique en 171 5, au début du 
règne de Georges I". De plus Voltaire en 1770 {Qiiest. sur 
l'Encyclop., art. Affirmation par scnnent) nomme le chancelier 
Cowper. Or Cowper fut chancelier sous la reine Anne de 1707 à 
1710, et sous Georges h^ de 17 14 à 1718. L'anecdote se rap- 
porterait donc au dernier renouvellement du privilège de ne pas 
jurer. Mais ne faudrait-il pas lire Cooper (et non Cowper) ? Ce 
serait le premier lord Shaftesbury, chancelier en 1661 sous 
Charles II. W. D. Christie {A îife of Anthony Ashley Cooper fir s t 
earl of Shaftesbury, 1871, 2 vol. in-80) cite un Mémoire de 
Shaftesbury à Charles II, vers 1669, pour l'engager à une large 
tolérance envers les non-conformistes (t. II, app. I). En 1675 
Shaftesbury, qui, depuis 1669, avait soutenu l'intolérance, se 
retourne contre le Danby Test comme renforçant trop le privilège 
de l'anglicanisme (II, 203-206, et app. VI). En 1679 Shaftes- 
bury, membre du Conseil privé, s'oppose encore à un projet de 
loi qui imposait un nouveau serment aux non-conformistes (II, 
328). Cf. encore G. Burnet, History of iiiy own Unie, Oxford, 
1902, t. I, p. 553 et t. II, p. 82. Shaftesbury avait de l'esprit et 
du mordant. Pour conclure, ou bien il s'agit de la dispense de 
jurer, et l'anecdote doit se placer sous Georges I^r, en se rappor- 
tant à Cowper, ou elle se place sous Charles II, et l'apologue 
appartient à Shaftesbury, mais alors il s'agit d'un test. 

49. Affirmation contestée par The présent state of the Repuhlick 
of Letters, 1733, art. 32, qui accuse Voltaire d'ignorance des 
choses anglaises et maintient que la liberté de conscience a mul- 
tiplié les sectes^ « but also made the sectaries rich, numerous 
and powerful ». C'est le journaliste anglais qui se trompe. 



6o QUATRIÈME LETTRE 

« Jamais les dissidents ne furent moins en évidence, et jamais 
ils ne perdirent plus d'adhérents. La constatation en est faite vers 
1726 par un de leurs pasteurs les plus distingués le Rev. £. 
Calamy. » (W. Thomas, Le poêle Eiliuiiid Young, p. 100.) 
« Dr Priestley who knew Lancashire well reckoned that in the 
reign of the first two Georges, the dissenters had diminished in 
that country by one third of their original number. » (Sociai 
Enghud... by varions writers, edited by H. D. Traill, London, 
1896, t. V, p. 255.) « AbouT 1729, complaints began to be 
heard that the Non ConformistChurches weredeclining in num- 
bcrs and spiritual efficiency. » {Ibid., 256. Voyez aussi Ch. 
Abbey and J. H. Overton, The English Chiirch in the j(5«t Cent., 
1878, t. I, p. 1 1.) Il y eut une polémique sur cette question en 
1730-1731. Un anonvme, dans ^« iiiqiiiry inio the causes 0/ the 
Decay of the Dissenting interesl, mit en doute le bien-fondé des 
inquiétudes : Phil. Doddridge répliqua par Free thoughts, or the 
best vicans of reviviiig tJie Di<senling iiiterest, 1730 (cf. le Cata- 
logue du British Muséum, aux mots Dissenting interesl). Le 
réveil vint par Wesley, après 1740. (Cf. Revue de Paris, 1906, 
Élie Halévy, Im naissance du mcthodisnie en Angleterre.) 

50. La Mottraye prétend qu'il v avait du relâchement parmi 
les quakers : « J'en ai fréquenté quelques-uns qui m'ont paru 
observer assez exactement les devoirs de la société civile, qui 
ôtent le chapeau, rendent vous à ceux qui le leur donnent, sans 
y montrer la moindre répugnance » (I, 163). Mais l'affirmation 
de Voltaire va bien plus loin. Ch. Abbev et J. H. Overton, Tl}e 
English Church in the /5''i Century, 1878, t. I, p. 557, cons- 
tatent le déclin duquakerisme après Guillaume IIL — Autres juge- 
ments de Voltaire sur les quakers : Essai sur les mœurs, Intro- 
duction, XVII, et ch. 153. — Dict. phil., art. Affirmation par ser- 
ment, Baptême, Église, Hommes, Quakers, Tolérance. — Traité de 
la tolérance, ch. 4. — Histoire de rétablissement du christianisme, 
chap. 22. — Histoire de fennyou V athée et le sage, ch. i.. 3,7. — 
Sermon dejosias Rossette. Cf. enfir.les deux Lettres dUinqiiakreàJean 
George Le Franc de Pompignan. Il n'y aura qu'un seul fait nou- 
veau dans tout cela : l'allusion à la milice pensylvanienne formée 
de non-quakers (ZTiJii/, Introd., xvii, éd. Moland, t. xi, p. 51). 



CINQUIÈME LETTRE [44I 

Sur la Religion Anglicane^. 



C'est ici ^ le païs des Sectes. Un Anglais comme 
homme libre, va au Ciel par le chemin qui lui plaît'. 
5 Cependant quoi-que chacun puisse ici servir Dieu à sa 
mode, leur véritable Religion, celle où l'on fait fortune, 
est la Secte des Episcopaux, apellée l'Eglise Anglicane, 
ou l'Eglise par excellence. On ne peut avoir d'emploi ni 
en Angleterre, ni en Irlande, sans être du nombre des 

10 fidèles Anglicans -t ; cet|te raison qui est une excellente [45 J 
preuve, a converti tant de Non-conformistes, qu'aujour- 
d'hui il n'y a pas la vingtième partie de laNation qui soit 
hors du giron de l'Eglise dominante. 

Le Clergé Anglican a retenu beaucoup des cérémonies? 

I ) Catholiques, & sur tout celle de recevoir les dixmes ^ 
avec une attention très-scrupuleuse. Ils ont aussi la pieuse 
ambition 7 d'être les Maîtres. 

De plus, ils fomentent autant qu'ils peuvent dans leurs 
Ouailles un saint zèle contre les Non-conformistes 8. 

20 Ce zèle ètoit assez vif sous le gouvernement des Toris 
dans les dernières années de la Reine Anne ; mais il ne 
s'étendoit pas plus loin qu'à casser quelquefois les vitres 9 

Ligne 2.j^^-j^ De [la rel.] A' Anglicans. De [la rel.] {Dict. PhiL). K 
L'Angleterre est [le pays] — 3. }4'-K [Sectes] Multae sunt mansiones in 
domo patris mei. (Jean, XVI, 2.) — 4. 46-K \ comme] un [homme] (/i seul 
conserve le texte primitif .) — 46-A'qu'il lui plaît. 

14. K de [cérémonies] — 17. }9*-K [Maîtres] ; car quel Vicaire 
de village ne voudroit pas être Pape ? 



^2 CINQ.UIÉME LETTRE 

des Chapelles Héjrétiques, car la rage des Sectes a fini [46] 
en Angleterre avec les guerres civiles, & ce n'étoit plus 

2) sous la Reine Anne que les bruits sourds d'une mer encore 
agitée long-tems après la tempête ; quand les Wigs & les 
Toris déchirèrent leur païs commc'° autrefois les Guelphes 
& les Gibelins, il fallut bien que la Religion entrât dans 
les partis. Les Toris étoicnt pour l'Hpiscopat, les Wigs 

30 le vouloicnt abolir", mais ils se sont contentés de l'abais- 
ser quand ils ont été les Maîtres. 

Du tems que le Comte Harley d'Oxford, & Milord 
Bolingbroock, faisoient boire la santé des Toris'^, l'Eglise 
Anglicane les regardoit comme les défenseurs de ses saints 

35 Privilèges. L'assemblée du bas Clergé, qui est une espèce 
de Chambre | des Communes'3composéc d'Ecclésiastiques, [47] 
avoit alors quelque crédit, elle jouissoit au moins de la 
liberté de s'assembler, de raisonner de controverse, & de 
faire brûler de tems en tems quelques livres impies'^, 

40 c'est-à-dire écrits contr'elle'S. Le ministère qui est Wig 
aujourd'hui, ne permet pas seulement à ces Messieurs de 
tenir leur assemblée'^, ils (se) sont réduits dans l'obscu- 
rité de leur Paroisse au triste emploi de prier Dieu pour 
le Gouvernement qu'ils ne seroiént pas fâchés de troubler. 

45 Quant aux Evoques qui sont vingt-six en tout, ils ont 
séance dans la Chambre-Haute'? en dépit des Wigs, 
parce que le vieil abus de les regarder comme Barons 
subsiste encore ; mais ils n'ont pas plus de pouvoir dans 
la I Chambre'^ que les Ducs & Pairs'9 dans le Parlement [48J 

28. 48 (corr.), fi-K [Gibelins] désolèrent l'Italie ; 

52. ji de Harlay d'Oxford K Harlay — ^J-?/. 7J. ^ Mylord — 
33. ]4^-4S, j2-;d, 7J Bolingbrole, ^i Bolinbroke, 70-72° Bolingbrooke 
— 40. ^j, S9~4''^' S^ J-s Ministre 

42. i4*-K il sont réduits {sans se) seule leçon salisfaisaute, que j'' adopte. 
Angl. j) thcy arc at this tiine rcduced. — 45. j4'-42' vingt et six }ç^ 
{corr.) elbijfe. — 47. )^-K la coutume ou l'abus — 48. ]4'-K omettent 
cette phrase : Mais ils... de Paris. 



SUR LA RELIGION ANGLICANE 63 

50 de Paris. Il y a une clause dans le serment que l'on prête 
à l'Etat, laquelle exerce bien la patience Chrétienne de 
ces Messieurs. 

On y promet d'être de l'Eglise, comme elle est établie 
par la Loi^°. Il n'y a guère d'Evêque, de Doïen, d'Archi- 

55 prêtre^', qui ne pense être de droit divin^^ ; c'est donc 
un grand sujet de mortification pour eux d'être obligés 
d'avouer qu'ils tiennent tout d'une misérable Loi faite par 
des profanes laïques. Un Religieux (le Père Courayer) a 
écrit depuis peu un livre pour prouver la validité & la 

60 succession des Ordinations Anglicanes^?. Cet ouvrage a 
été proscrit en France24 ; mais croïez-vous qu'il ait plû au 
ministère d'Angleterre ? | point du tout. Ces maudits Wigs r^^j 
se soucient très-peu que la succession Episcopale ait été 
interrompue chez eux ou non, & que l'Evêque Parker ait 

65 été consacré dans un cabaret (comme on le veut) ou dans 
une Eglise-5 ; ils aiment mieux même que les Evêques 
tirent leur autorité du Parlement plutôt que des Apôtres^s. 
Le Lord B. dit que cette idée de droit divin ne serviroit 
qu'à faire des tirans en camail & en rochet^v, mais que 

70 la Loi fait des Citoïens. 

A l'égard des mœurs le Clergé Anglican est plus réglé 
que celui de France, & en voici la cause : tous les Ecclé- 
siastiques sont élevés dans l'Université d'Oxford, ou dans 
celle de Cambridge, loin de la corruption de la Capitale ; 

7) ils ne sont appelles aux dignités de l'Eglise | que très- t-qT 
tardas, & dans un âge où les hommes n'ont d'autres 
passions que l'avarice, lorsque leur ambition manque 
d'alimens. Les emplois sont ici la récompense des longs 



50. /r une chose 

54. /4'-i^ (l'Eveques, de Doyens, d'Archiprétres qui ne pensent l'être 
— 58. )4^-K [Un] savant [Religieux] Les parenthèses, ici et l. 6), sont de 
l'id. originale. 

62. }4^-K Les [maudits] — 67. }ç*-K suppriment plutôt. 



64 CINaUlÉME LETrRH 

services dans l'Eglise aussi bien que dans l'Armée ; on 

80 n'y voit point de jeunes gens Evoques ou Colonels au 
sortir du Collège. De plus les Prêtres sont presque tous 
mariés, la mauvaise grâce contractée dans l'Université, & 
le peu de commerce qu'on a ici avec les femmes^?, font 
que d'ordinaire un Evoque est forcé de se contenter de 

85 la sienne. Les Prêtres vont quelquefois au cabaret, parce 
que l'usage le leur permet, & s'ils s'cnyvrent, c'est sérieu- 
sement et sans scandale î°. 

Cet estre indéfinissable qui n'est ni Eclesiastique ni 
Sécu|lier, en un mot, ce que l'on apelle un Abbé?', est [51] 

90 une espèce inconnue en Angleterre ; les Eclésiastiques 
sont tous ici réservés & presque tous pédans. Quand ils 
aprennent qu'en France de jeunes gens connus par leurs 
débauches, et élevés à la Prélature par des intrigues de 
femmes, font publiquement l'amour, s'égaient à composer 

95 des chansons tendres, donnent tous les jours des soupers 
délicats & longs, & de-là vont implorer les lumières du 
S. Esprit, & se nomment hardiment les successeurs des 
Apôtres ; ils remercient Dieu d'être Protestans. Mais ce 
sont de vilains hérétiques, à brûler à tous les diables, 
100 comme dit Maître François Rabelais32 ^ ^'q^i pourquoi je 
ne me mêle de leurs affaires. 



COMMENTAIRE 

I . Les sources livresques, ici, ne marquent souvent que 
les courants de sentiments et d'idées où Voltaire a puisé. J'ai 



80. S4'-K [on n'y voit] pas 46-K p.is des [jeunes gens] (sauf j/, 
ji, 71" qui conservent pas de) 

92. 46-K des jeunes gens — 99. 46-/) des vilains (51, 7/', A' de 
vilains) 

loi. ? '-K [mêle] point 



SUR LA RELIGION ANGLICANE 6$ 

essayé de les préciser davantage à l'aide des journaux. Mais il 
faut dans toutes les lettres V-X réserver une grande place aux 
impressions directes de Voltaire, aux conversations et sources 
orales. 

2. « Great Britain is particularly fruitful in religions, that 
shoot up and flourish in this climate more than in any other. » 
(The Tatler, n» 257.) 

3. « Ils (les whigs) disent que dans une nation libre comme 
est r Anglaise, chacun doit avoir la liberté de rendre à Dieu le 
culte que lui dicte sa Conscience, par le même droit que chacun 
jouit de sa maison, de son champ et de son pré. » (De Cize, 
cy devant officier au service d'Angleterre, Histoire du ivhiggistne 
et du toristne, La Haye, 1718, in- 12.) — « They (les gens de 
Clèves) quietly permit one another to choose their way to 
Heaveii. » (Locke, Lettre à Bayle du 12 déc. 1665, cité par 
Bastide, John Locke, p. 30.) — Cf. l'abbé Prévost, Mc'in. d'un 
H. de qualité, 1. XII, début, éd. 1803, t. III, p. 146. 

4. Bill contre la conformité occasionnelle, pour exclure plus 
rigoureusement les non-conformistes de tous les emplois, 171 1 : 
le comte d'Oxford le laissa passer (Rapiu Thoyras, XII, 379 ; 
De Cize, 341). 

5 . «... L'Église Catholique dont ils retinrent les Évéques et la 
plupart des cérémonies » (Le P. D'Orléans, Histoire des Révo- 
lutions d'Angleterre, éd. de 1724, t. 3, p. 225). Il n'est pas 
sûr que Voltaire ait utilisé cet ouvrage, malgré l'analogie des 
expressions. 

6. Sur les diverses dîmes payées au clergé anglican, cf. 
Chamberlayne, 1,274-275. 

7. L'auteur àes Réflexions sur l'humeur de la nation anglaise en 
matière de religion et de politique (traduit de l'Anglais, Londres, 
171 3, in-i 2) s'élève contre les tracasseries et amendes infligées 
aux dissidents. « Le principe de tant de violences, c'est le désir 
de régler les autres et de commander » (p. 22). 

8 . Cette accusation est dans Rapin Thoyras, Diss. sur les whigs 
et snrlestorys (t. VIII de VHist. d'Angh, p. 642). 

9. « La populace n'avait garde de ne pas suivre un parti o^ 
Lett. phil. I. 5 



Gd CINaUlÉME LETTRE 

elle voyait les ecclésiastiques. (Après le succès des tories aux 
élections de 1710), elle caaa les vitres de tous ceux qui n'avaient 
pas illuminé leurs fenêtres. » (RapinThoyras, 2^ éd., XII, 312.) 
— En 1712, à l'occasion d'une fête en mémoire de Guil- 
laume III, " on s'injuria, on se battit, on cassa les vitres du 
traiteur » (Ibid., XII, 456). En 1715, sous George I'', le 
jour anniversaire du couronnement de Jacques II et de la reine 
Anne, les maisons des tories furent illuminées ; « on cassa les 
w/zw de celles qui ne l'étaient pas ». La même année, au jour 
de naissance du duc d'Ormond, « on brisa les vitres de celles qui 
n'étaient pas illuminées » (Ibid., XIII, p. 42). En général ce 
sont des vitres de particuliers et de cabarets qui sont cassées. Les 
temples non -conformistes sont plutôt saccagés et abattus : Rapin 
Thoyras, XIII, 42 ; An Epistle to IV. S. esq. (Shippen) containing 
some Polit i cal Remaries QIC, by a Meiiiber of Parlianieiit, London, 
1728, in-80 (p. 20 : licensed Meetinghouses pulled down or 
burnt). — ^iigl- 33 renforce ici le texte : « the breaking the 
Windows of some Meeting-houses and the dcmolishing o( afeu! 
of them. » 

10. La comparaison est dans Gregorio Leti (IV, 158) et dans 
son abréviateur Vanel (t. I, p. 53). Voltaire l'a plutôt prise d'Ad- 
dison (The Spectator, n» 12) ou reçue de Bolingbroke qui l'em- 
ploiera plus tard (A Diss. upon parties, Works, II, 85); mais 
avait-il besoin ici d'une suggestion? 

11. Rapin Thoyras nie ces mauvais desseins des whigs 
(Diss. sur les wh. et les t., t. VIII, p. 652-654). Mais il 
accorde qu'on les leur prête. « Ce ne sont pas les étrangers 
seuls qui ont sur ce sujet des idées confuses... Les Anglais 
même n'en sont pas exempts. Rien n'est plus ordinaire que 
...d'entendre un tory accuser tous les whigs sans distinction (et 
non les whigs presbytériens seulement) de vouloir abolir... la 
Hiérarchie. « (Ibid., 648.) Voltaire dut lire cette accusation dans 
les journaux, la recueillir chez Bolingbroke, Peterborough ou 
Swift. Il est de sa méthode de se renseigner chez les ennemis 
des whigs sur leur véritable esprit. Et puis, il ne croit pas 
leur faire un mauvais compliment en accueillant ce bruit . — 
D'ailleurs V Histoire de Rapin Thoyras admet que les Parlements 



SUR LA RELIGION ANGLICANE 67 

wlùgs sont disposés à u humilier les ecclésiastiques » (XII, 75 ; 
1706). 

12. Boire la santé est peut-être suggéré par les banquets d'anni- 
versaires qui donnèrent occasion de casser tant de vitres. Cf. 
n. 9. 

13. Ce rapprochement est partout : dans Rapin Thoyras, 
t. XII,"p. 74 ; dans Moreri, art. Angleterre (État ecclésiastique). 

14. « This représentation (de la Chambre de Convocation en 
171 1) was very long and contaiued a grcat deal concerning the 
Atheism and Irreligion of the times, which they ascribed 
chiefly to the late growth of Heresy and Schism, and by the 
printing of wicked and Atheistical books... » (Memoirs of Queen 
Ann, 1729, Supplément, p. 107). — Cf. Rapin Thoyras, XII, 326- 
327 (censure d'un livre de Whiston en février 171 1). 

15. « On sait assez par expérience que ces Examinateurs (des 
livres nouveaux) appellent impiétés et blasphèmes tout ce qui ne 
favorise pas leur parti. » (Lesage, Remarques sur V Angleterre, 
p. 13.) Aucune probabilité d'emprunt direct. 

16. Les journaux de 1726- 1729 signalent bien quelques 
réunions de la Convocation, mais le compte rendu qu'ils en 
font est complètement insignifiant; et ils en annoncent surtout 
la prorogation : c'est ce fait qui a dû frapper Voltaire. 

17. Misson, art. Eveq.ues, Noblesse ; Chamberlayne, t. I, 
pp. 248 et 2)8. — « Dans les Parlements, ih ont séance à la 
Chambre Haute, en qualité de barons aussi bien que comme 
évêques » (Chamberlayne, I, 258). La. Bibl. Britannique (pct.-àéc. 
1733) et {^Journal littéraire (x. XXII), dans leurs comptes rendus 
des Lettres philosophiques critiquèrent le mot d'abus : c'est peut- 
être ce qui décida Voltaire à l'atténuer plus tard (cf . notes cri- 
tiques, 1. 47). 

18. ht Gentleman s Magasine àt 1735, p. 545, rappelle le mot 
de Locke sur les évêques, « that they were the dead weight of 
the House ». 

19. «Je ne me rétracte point sur nos seigneurs les Évêques ; 
s'ils ont leur voix au Parlement, aussi ont nos pairs. Il y a bien 
delà différence entre avoir sa voix et avoir du crédit. Je croirai, 
de plus, toute ma vie, que saint Pierre et saint Jacques n'ont 



68 CINQUIÈME LETTRE 

jamais été comtes et barons. » (Voltaire à Thieriot, 24 février 
1733; XXXIII, 327.) Thieriot a tenu bon, et a retranché la 
phrase de son édition ; cf. notes critiques, 1. 48. 

20, Voyez les serments de suprématie et d'allégeance dans 
Rapin Thoyras, VI, 135, et VII, 43; H. Gee, Tlu Eli{jbethait 
Clergy and the settleinent of religion, Oxford, 1898, in-80, pp. 15 et 
22 ; Prothero, Select Statules and other Constitutional Documents, 
Oxford, 1894, p, 7 et 259. La formule comme elle est établie par 
la loi que je ne trouve pas dans ces serments se trouve dans les 
Canons de 1604 (hy laiu established, Prothero, 445), et dans 
la formule de serment votée sous Charles II en 1675 (« I. A. B. 
do swear that I will not endeavour to alter the Protestant 
religion no%v by law established in the Church of England », dans 
A Letter froni a person of quality qui fait partie du recueil A 
Collection ofseveral pièces of Mr. John Locke, p. 124). Voltaire 
a peut-être simplement pris sou information dans Chamberlayne, 
qui dit que tout prêtre, avant d'être pourvu d'un bénéfice, doit 
souscrire la déclaration suivante : « I. A. B. Do déclare that no 
foreign Prince, Person, Prelate, State or Potentate hath or ought 
to hâve any Jurisdiction, Power, Superiority, Prééminence or 
Authority Ecclesiastical or Spiritual, within thisRealm, and that I 
will conform to the Liturgy of the Church of England as it is now 
hy Law established » (Éd. 1727, p. 143). Cependant l'expression 
de Voltaire me paraît faire allusion plutôt à la loi votée pendant 
la 10* année du règne de la reine Anne, « for preserving the Pro- 
testant religion bybetter securing the Churchof England iU by laiv 
established » (Cobbett, Pari. Hist., VI, Appendix CCXXXVII). 
Le IVeckly Misccllanv, Jan. 13, n» 5 (cité par The G.'s Mag., Jan. 
^733) P- ^7)> parlant des droits « of civil Power in Matters of 
religion as by laiu established », renvoie à cette loi (Stat. 10 Annse, 
cap. 2.) Cf. encore Rapin-Thoyras, XII, 380 (ou 430, selon les 
tirages de la 2eéd.) 

21. Archiprêlre n'est pas un degré distinct de la Hiérarchie 
anglicane. C'était ainsi, dit Chamberlayne (I, 247) que l'on appelait 
autrefois le doyen rural. Mais puisque Voltaire nomme les doyens, 
il est probable qu'il a écrit par inadvertance d;r/;;/;r«'7;ï' pour arc/;/- 
diacre qui est le nom d'une dignité importante. La traduction 
anglaise dit simplement» bishops, deans, or other dignitaries. » 



SUR LA RELIGION A\GLICA\E 6^ 

22. Cf, Leslie Stephen, English Thougbl in the iS^^ Century, 
1881, t. 2, notamment pp. 152-166; Sichel, BolinghroHe and 
Jhs tintes, I, 257-258; Bastide, John Locke, 1906, pp. 349-358. 

23. Dissertation sur la validité des ordinations Anglicanes et 
sur la succession des Evesques de l'Eglise Anglicane, 2 parties, 
Bruxelles, 1723, in-12. Le scandale en France fut énorme, et le 
bruit se prolongea jusqu'à l'époque de la rédaction des Lettres 
Anglaises (Journal des Savants, i'j2^, mars et septembre; 1725, 
pp. 158,546,640; 1726, pp. 114, 436, 473 ; 1727, p. 67 ; 1728, 
pp. 697, 707 ; 1730, pp. 513, 582. — Mémoires dcTrévoux: 1722, 
p. 708 ; 1724, p. 1349 ; 1727, p. 797. — Bibliothèque raisonnée, 
1728, t. I, p. 88; 1729, t. 3, p. 87 ; 1730, t. 5, p. 282 ; 1731, 
t. 7, p. 3 5 5 . — The Présent State of the Repuhlich of Letters, t. 1 et 
2 passini, et notamment I, 135 et 173. — The London Journal, 
n° 465, Saturdav June 29, 1728). 

24. La Dissertation et la Défense du P. Couraver furent 
supprimées par un arrêt du Conseil du 7 septembre 1727 
(Rocquain, p. 493-494). C'est alors que Courayer partit pour 
l'Angleterre : il arriva à Greenwich au début de février 1728, 
et Voltaire put être témoin de l'accueil qui lui fut fait. (Tiie Daily 
Journal, n0 22o6, Wednesday February 7, 1728). 

25. Le P. Courayer, en tête de S2i Dissertation, reproduit un 
mémoire (attribué à l'abbé Renaudot) qui avait paru d'abord dans 
un livre de l'abbé Gould, La véritable croyance de V Eglise Catho- 
lique, nouv. éd. 1720. Renaudot disait (e, iiii) : « Celle 
(l'ordination) de Parker fut contestée d'abord par les Catholiques 
qui en prouvèrent la nullité par de puissantes raisons, et 
quelques-uns comme témoins oculaires soutinrent qu'elle avait 
été faite furtivement dans un Cabaret. » Courayer lui-même 
n'employé que le mot auberge. Mais le mot « cabaret » se trouve 
souvent dans les journaux qui rendent compte de la contro- 
verse (/. des Sav., 1725, p. 560; 1727, p. 70; Tréivux, ij 22, 
p. 708; 1724, p. 1350; 1727, p. 800; La Chapelle, Biblio- 
thèque Anglaise, 1726, t. 3., p. 328 et suiv., etc). — Il ne 
s'agit pas, comme le dit l'éd. Moland, de Samuel Parker, 
évêque d'Oxford au xviie siècle, mais de Mathieu Parker 

(1504-1575), archevêque de Cantorbéry, ordonné le 6 déc. 1559. 



70 CINQ.UIÉME LETTRE 

26. « Ils (les whigs) ne croyent pas l'Épiscopat d'institution 

divine Ils mettent l'État au-dessus de l'Église, et ils croyent 

qu'il est à propos de la tenir dans la dépendance. » (De Cize, 
Hist. du lub. et du tor., p. 13.) — Cf. Leslie Stephen, Englis^ 
Thûiight in the iS^'^ Century, surtout t. II, p. 156 et suiv., 
Bastide, John Locke, p. 349 et suiv. — Voltaire a recueilli les 
échos des grandes controverses politico-théologiques qui s'en- 
gagèrent en Angleterre au début du xviiie siècle sur les rap- 
ports de l'Église et de l'État (Locke, Tindal, Hoadly et la con- 
troverse de Bangor, etc.). Tindal appelait l'Église une « création 
parfaite du pouvoir civil » (Bastide, 351). Et Warburton qui 
cherche une conciliation, arrivera à écrire dans sa Divine Léga- 
tion of Moses : « The true end for which religion is established 
(est établie au sens anglais = est religion d'État), is not to provide 
for the true faith, but for civil utility In a word an esta- 
blished religion witli a test lavv, is the universal voice of 
nature. » (Bastide, 357, n. 3 ; L. Stephen, II, 166.) 

27. C'étaient bien là les idées de Bolingbroke, tout tory qu'il 
était. « A bishop, in short, as Bolingbroke more frankly 
spoke, is nothing but a Liynian with a crosier in his hand » 
(L. Stephen, II, 160, avec réfcrenceà Bolingbroke's U'^orks, II, 188). 
On peut lire encore le quatrième Essai, adressé à Pope, sur l'au- 
torité en matière de religion (/ForA'i, t. IV). « The establishment 

a religions of order subject to the civil magistrate and 
subservient to the civil power, not that of a religious 
societv pretending to be the allies and aiming to be the masters 
of the civil », voilà sa doctrine. Voltaire, plus tard, résumera bien 
ce point de vue anglais dans les Diiilogues d'A. B. C, en faisant 
dire par A : a Une bonne religion honnête, mort de ma vie! bien 
établie par acte du Parlement, bien dépendante du souverain, 
voilà ce qu'il nous faut, et tolérons toutes les autres. » 

28. On pouvait être évéque à 30 ans (Misson, art. Clergé, 
p. 59). Mais c'était la théologie, non la naissance qui menait 
aux dignités : or « pour pouvoir être reçu docteur en théologiel 
il faut avoir fait pour le moins 18 ans de séjour à l'Université... I 
y a peu de docteurs en théologie qui aient moins de quarante ans » 
(Lcsage, pp. 29 et 50). Cf. Misson. art. Cambridge, p. 38. Sur 



SUR LA RELIGION ANGLICANE 7I 

l'avarice du clergé, Beeverell qui la signale (Délices de V An- 
gleterre, 1727,1. V, p. 1034) se fâche contre «un certain François 
qui a publié un Voyage d'Angleterre » et qui « a eu la hardiesse 
d'écrire que les évèques anglais arrivant fort tard à cette haute 
dignité, et n'ayant pas le temps de travailler à enrichir leurs 
familles, prenaient le parti d'engager tout d'un coup leur 
temporel en le donnant à ferme pour trente ans à moitié rente, 
en telle sorte que les successeurs n'ont que la moitié des revenus 
jusqu'à ce que les trente ans soient écoulés ». 

29. « Les femmes... sont... peu gâtées parles douceurs des 
hommes, qui ne leur donnent que la moindre partie de leur 
temps. » (Murait, 1. III, p. 43 ; cf. ihid., p. 38.) 

30. « On en trouve dans les cafés la pipe à la main, et sou- 
vent dans les cabarets. » (Murait, 1. I, p. 8.) « La curiosità 
havendomi mosso a visitar qualche Caffeo e Cabaretto, non 
sono stato mai senza trovar vi qualche Robba Pastorale... // 
maggior loro scandalo pero consiste ad andar fumando tabacco, 
bevendo, mangiando, et informandosi di novelle con questo e 
queir altro... «(G. Leti, t. I, p. 420). Et il conclut que de tous 
les clergés d'Europe, protestants et catholiques « non ve n'è 
alcuno che sia meno scaitdaloso dell' Inglese... ». — Pour 
l'ivrognerie du clergé, cf. Swift cité par Bastide, John Locke, 
p. 331. 

3 I . Sur les abbés français, cf. La Bruyère, De quelques usages ; 
Bayle, Œuvres diverses, t. II, p. 39: « Qu'y a-t-il de plus galant 
et de plus coquet que cette multitude d'abbés dont la ville de 
Paris abonde, qui vont aussi à découvert à l'attaque d'une 
femme que sauraient faire les jeunes Marquis ? » 

32. Libre réminiscence de Rabelais: « Il est par la vertus 
Dieu, hœreticque ; je diz ha^reticque formé, hîereticque clavelé, 
hxreticquebruslable, comme une belle petite horologe. Son anie 
s'en va à trente mille charretées de Diables » (III, 22). Cf. aussi 
1,20, IV, 53, etc. — Voltaire, à cette date, n'aimait guère 
Rabelais (cf. lettre XXII, et Correspondance, t. XL, 192 et 
350). Il s'en souviendra pourtant encore dans la lettre XIII. 



SIXIÈME LETTRE [52] 

Sur les Prcsbiteriens. 



La Religion Anglicane ne s'étend qu'en Angleterre 
& en Irlande. Le Presbiteranisme est la Religion domi- 
5 nante en Ecosse. Ce Presbiteranisme n'est autre chose 
que le Calvinisme pur, tel qu'il avoit été établi en 
France & qu'il subsiste à Genève. Comme les Prêtres de 
cette Secte ne reçoivent de leurs Eo^lises aue des S'ages 
très-médiocres, & que par conséquent ils ne peuvent 

10 vivre dans le même luxe que les Evêques, ils ont pris le 
par|ti naturel de crier' contre des honneurs où ils ne [53] 
peuvent atteindre. Figurez-vous l'orgueilleux Diogéne 
qui fouloit aux pieds l'orgueil de Platon : les Prcsbite- 
riens d'Ecosse ne ressemblent pas mal à ce fier & gueux 

15 raisonneur. Ils traitèrent le Roi Charles II avec bien 
moins d'égards que Diogéne n'avoit traité Alexandre. 
Car lorsqu'ils prirent les armes pour lui contre Cromwel 
qui les avoit trompés, ils firent essuyer à ce pauvre Roi 
quatre sermons par jour, ils lui dcfendoient de jouer, ils 

20 le mettoient en pénitence, si bien que Charles se lassa 

Ligne 2. ^<^*-yi [Des] Presbytériens. A' Presbytériens (Dict. phil.) 
— l- K [ne] régne... — 4 et 5. j2-K Presbytéri.inisnie — 8. ^4* dans 
[leurs Kglises] }i-46, jj dans les Eglises {46, aux Fautes à corriger, 
porte : dans les Eglises, lis. de leurs Eglises) 4S omet dans devant les 
Eglises 

II. 46-K les [honneurs] — 15. )4''-K [traitèrent] Charles second (ou 
II) — 16. 42-^2 égard 



SUR LES PRESBITERIKKS 73 

bien-tôt d'être Roi de ces pédans, & s'échapa de leurs 
mains comme un Ecolier se sauve du Collège.* 

Devant un jeune et vif Bachelier [français] criaillant le 
matin dans les | Écoles de Théologie', & le soir chantant L54j 

2) avec les Dames, un Théologien Anglican est un Caton ; 
mais ce Caton paroit un galant devant un Presbiterien 
d'Ecosse. Ce dernier affecte une démarche grave, un air 
fâché +, porte un vaste chapeau, un long manteau pardessus 
un habit court 5, prêche du nez & donne le nom de lapros- 

30 tituée de Babilone '^ à toutes les Eglises, où quelques 
Ecclésiastiques sont assez heureux pour avoir cinquante 
milles livres de rente, & où le Peuple est assez bon pour 
le souff"rir, & pour les appeller Monseigneur, votre 
Grandeur, votre Eminencev. 

35 Ces Messieurs qui ont aussi quelques Eglises en 
Angleterre, ont mis les airs graves & sévères à la mode en 
ce Pays. C'est à eux qu'on doit la sanctifica|tion du [)3] 
Dimanche dans les trois Royaumes s ; il est défendu ce 
jour-là de travailler & de se divertir, ce qui est le double 

40 de la sévérité des Eglises Catholiques ; point d'Opéra, 
point de Comédies, point de Concerts à Londres le 
Dimanche 9 ; les cartes même y sont si expressément 
défendues, qu'il n'y a que les personnes de qualité & ce 
qu'on apelle les honnêtes gens qui jouent ce jour-là. Le 

45 reste de la Nation va au Sermon, au Cabaret et chez les 
Filles de joie. 

23. Je reçois de ^4'^-K le mot français omis par ^4 et indispensable au sens. 

24. ^4^-48, ^2-K omettent et. — 28. }4'-K omettent porte. — 29. 46-^' 
de prostituée sans la (71'' prostituées) 

31. S4'~4^ [heureux]d' [avoir] Dans ^94 (corr.) d'avoir est barré et 
remplace par pour avoir, dans 46, aux Fautes à corriger; d'.ivoir, lis. pour 
avoir — 33. ^4', ^7-' Monsieur, [Votre Grandeur...] — 34. )4''-4S, ^2-K 
et [Votre Éminence] — 36. 42, 42" leurs [airs] 

41. 46-K Comédie, leçon meilleure. — 70-A' concert — 45. j^^'-jcj-», 
46, 48, S2-K des [filles] (42, 42^ ji gardent les) 



74 SIXIÈME LETTRE 

Quoique la Secte Episcopale & la Presbiterienne soient 
les deux dominantes dans la Grande Bretagne, toutes les 
autres y sont bien venues et vivent (toutes) assez bien 
50 ensemble, pendant que la plupart de leurs prédicants se 
détestent rc'ci|proquement avec presque autant de cordia- [56] 
lité qu'un Janséniste damne un Jésuite. 

Entrez dans la Bourse de Londres'", cette Place plus 
respectable que bien des Cours, vous y voïez rassemblés 

55 les députés de toutes les Nations pour l'utilité des 
hommes " ; là le Juif, le Mahométan & le Chrétien 
traitent l'un avec l'autre comme s'ils étoient de la même 
Religion, & ne donnent le nom d'infidèles qu'à ceux 
qui font banqueroute ; là le Presbiterien se fie à l'Ana- 

60 batiste, & l'Anglican reçoit la promesse du Quaker. Au 
sortir de ces pacifiques & libres assemblées, les uns vont 
à la Sinagogue, les autres vont boire, celui-ci va se faire 
baptiser dans une grande cuve au nom du Père par le Fils 
au Saint | Esprit : celui-là fait couper le prépuce de son [57] 

65 fils & fait marmoter sur l'Enfant des paroles hébraïques 
qu'il n'entend point : ces autres vont dans leur Eglise 
attendre l'inspiration de Dieu leur chapeau sur la tête, 
& tous sont contens. 

S'il n'y avoit en Angleterre qu'une Religion, le despo- 

70 tisme"^ seroit à craindre, s'il y en avoit deux, elles se cou- 
peroient la gorge ; mais il y en a trente, & elles vivent en 
paix heureuses'5. 

_ 49. Le mot toutes fait ici pléonasme, il ne se retrouve pas dans }4'-K ; 
j'indique le retranchement nécessaire. 

54. J^'-A' [Cours] dans laquelle s'.issemblent 

66. )4'K les [autres] faute typographique sans doute. — 69. )ç* (corr.) 
et en Hollande, — le estdonné par }4-y^ \K son [despotisme] — 70. _J4'-A' 
[s'il] n'[ y en avoit] que [deux]. 

71. S i-K suppriment et devant elles vivent. Cette suppression était indiquée 
dans l'Errata de 42' : et elles vivent, otei et. 



SUR LES PRESBITERIEXS 75 



COMMENTAIRE 



1 . « Ils s'écrient contre la grande autorité des évêques et contre 
leur grand revenu. » (Chamberlayne, 1698, I, 306.) En 173 1- 
1733, le Gentleman' s Maga:^iiie cite plusieurs articles de journaux 
où l'on s'efforce de justifier la richesse du clergé anglican : elle 
était visiblement fort attaquée. Par ex. Fog's IVeekly Journal, 
May 8, n" 31, dans G.'s Mag., 1731, p. 197. 

2. Rapin Thoyras, t. IX, p. 27. Mais les détails que donne 
Voltaire ne viennent pas de là. « Il assistait à quantité de prières 
et de sermons que l'on taisait quelquefois d'une grande longueur. 
Je me souviens qu'un jour de jeûne on fit six actions consécu- 
tives Si l'on s'avisait quelquefois [de] se divertir à la Cour, 

d'y danser par exemple ou de jouer aux cartes, les réprimandes 
étaient sévères. » (^Mémoires pour servir à VHist. de la Grande 
Bretagne, trad. de l'anglais de Gilbert Burnet, 1725, t. I, p. 104.) 
« Il fallut, pour ne pas les effaroucher, que le prince s'assît 
quelquefois au milieu de leurs assemblées sur une espèce de 
bas siège qu'ils appelaient la Chaise de Pénitence. » (D'Orléans, 
Révol. d'Angl., éd. 1724, t. IV, p. 29.) Charles « s' écbdppa sous 

prétexte d'aller à la chasse » (Ibid., p. 37). <( Thcy kept htm 

nnder Correction and in short treated him more like a schoolboy 
than their Prince. » (Higgons, A short Vieiv of the EngUsh his- 
tory, p. 289.) 

3. Sur ces mœurs, cf. les Mémoires de l'abbé Morellet, ch. 11 
(t. 1, pp. 6 et 19). 

4. « Ils sont tous entiers, austères et bourrus, mais graves au 
suprême degré. » (Chamberlayne, éd. 1698, I, 310.) 

5. Seuls les Anglicans avaient le droit de porter la soutane 
(Greg. Leti, ouv. cité, p. 488 ; Ashion, Social Life, p. 340). 

6. « But when the same People (the dissenters) come to 
grasp the Power into their hands, Episcopacy is the Scarlet 
Whore of Babylon, and must be destroyed... » (Mist's Weekly 
Journal, no 128, Saturday September 30, 1727). C'était donc un 



7 6 SIXIÈME LETTRE 

cliché Presbytérien. Il servait aussi aux quakers (IF. Peuti's Works, 
I, 862), et en général aux sectes rigides. 

7. Cf. la première lettre, n. 31. 

8. « Les Anglais de toute secte, mais particulièrement les 
Presbytériens, font profession d'être grands observateurs du 
jour du Sabbath. » (Misson, art. Dimanche, p. 95.) i- Ils (les 
dissentcrs) sont pour la plupart grands prédestinatiens et 
exacts observateurs du dimanche. » (Chamberlayne, éd. 1698, 
t. I, p. 506.) 

9. « On ne voit ce jour là ni jeux ni spectacles ni courses ; 
on n'entend ni chansons ni musique mondaine ; on ne fait 
aucune sorte de travail et de négoce, et on ne peut payer que le 
boire et le manger. » (La Mottraye, Voyages..., I, 160.) 

10. Misson, p. 54 ; Beeverell, t. IV, p. 900. Cf aussi Ashton, 
Social Life, p. 102. 

11. « Le Change Royal ou la Bourse est un autre fort beau 
morceau d'architecture où des marchands de presque toutes les 
parties du monde semblent s'être donné rendez-vous sans se 
connaître. » (La Mottraye, I, 155.) « J'avoue que la Bourse dans 
son fort me paraît être un Grand Conseil où tontes les nations 
un peu distinguées ont leurs représentants. » (Addison, Le 
Spectateur, tr. fr., 1722, t. I, p. 365.) Addison cnumère Fran- 
çais, Danois, Suédois, Juifs, Arméniens, Japonais, sujets du 
Grand Mogol ; Voltaire substitue aux nationalités les religions. 

12. Le Journal Littéraire (t. XXII, p. 552) avait compris /«' 
despotisme ;ovfl/ et contestait la justesse de cette idée. Cependant 
Voltaire a laissé subsister l'article le qui fait l'équivoque. Cf. la 
note critique, 1. 69. 

13. Bayle, Couimentaire philosophique sur cette parole de J.-C : 
Contrains-les d'entrer ((Ehitm div., t. II, p. 415), ch. vi : « Si 
la multiplicité des religions nuit à un état, c'est uniquement 
parce que l'une ne veut pas tolérer l'autre, mais l'engloutit par 
la voie des persécutions. Hinc prima mali lahes, c'est là l'origine 
du mal. Si chacun avait la tolérance que je soutiens, il y aurait 
la même concorde dans un état divisé en dix religions que dans 
une ville où les diverses espèces d'artisans s'eniresupportent 
mutuellement » Ch. vu : « C'est ici que nos adversaires s'ima- 



SUR LES PRESBITERIEXS 77 

ginent nous tenir par la gorge : Il s'ensuit de vos raisons, disent- 
ils, qu'il faudrait souffrir dans la République, non seulement les 
Sociniens, mais aussi les Juifs et les Turcs. Or cette conséquence 
est absurde. Donc la doctrine d'où elle naît l'est aussi. — Je 
réponds que j'accorde la conséquence, mais je nie qu'elle soit 
absurde. » — Montesquieu, Lettres Persanes, 85, s'était aussi 
prononcé pour la tolérance de la pluralité des religions dans un 
État. — Les deux paragraphes qui terminent cette lettre sont la 
conclusion générale de l'esquisse des religions d'Angleterre. On 
pourrait estimer qu'elle serait mieux placée à la fin de la lettre 
VII. Mais Voltaire ne considère pas la doctrine des nouveaux 
ariens comme une religion ; ils ne forment pas une Eglise, 
c'est une opinion philosophique, rationnelle, qui circule 
à travers diverses sectes. Et puis la sixième lettre serait bien 
courte sans ce morceau. 



SEPTIÈME LETTRE [58] 

Sur les Sociiiiefis ', ou Ariens, on Anti-Trinitaires. 



Il y a ici une petite Secte composée d'Eclésiastiques & 
de quelques Séculiers très-sçavans qui ne prennent ni 
5 le nom d'Ariens ni celui de Sociniens, mais qui ne sont 
point du tout de l'avis de Saint Atanase sur le chapitre 
de la Trinité -, Se qui vous disent nettement que le Père 
est plus grand que le Fils. 

Vous souvenez-vous d'un certain Evcque Ortodoxe, 

10 qui I pour convaincre un Empereur de la consubstantia- [39] 
tion3, s'avisa de prendre le fils de l'Empereur sous le 
menton & de lui tirer le nez en présence de sa sacrée 
Majesté ; l'Empereur alloit se fâcher contre TEvêque, 
quand le bon homme lui dit ces belles & convaincantes 

15 paroles: « Seigneur, si votre Majesté est en colère de ce 
que l'on manque de respect à son Fils, comment pensez- 
vous que Dieu le Père traitera ceux qui refusent à Jesus- 
Christles titres qui lui sont dùs4?»Les gens dont je vous 
parle disent que le saint Evêque étoit fort mal avisé, que 

20 son argument n'étoit rien moins que concluant, & que 

Ligne 2. i9^-75 Des [sociniens...] A' Sociniens,... et en note : 
Fragment d'une lettre écrite deLondres, vers 1730. (Dict. phil.) — 5. A" 
[il y a] en Angleterre 

II. j2-7v consubstantialité — 13. j4"-7i [alloit] faire jeter [rEvêqueJ 
par les fenêtres (42, 42"" la fenêtre 46, ji ses fenêtres) — 15. ^4'-K [est] 
si fichée [que] 



SUR LES SOCINIENS OU ARIENS 79 

l'Empereur devoit lui répondre : « Aprenez qu'il y a 
deux façons de me manquer de respect, la première de 
ne ren|dre pas assezd'honneurà mon Fils, & la seconde ["^o] 
de lui en rendre autant qu'à moi. » 

23 Quoiqu'il en soit, le parti d'Arius commence à revivre 
en Angleterre aussi bien qu'en Hollande & en Pologneî. 
Le grand Monsieur Newton faisoit à cette opinion l'hon- 
neur de la favoriser^, ce Philosophe pensoit que les Uni- 
taires raisonnoient plus géométriquement que nous. 

30 Mais le plus ferme patron de la doctrine Arienne est 
l'illustre Docteur Clarck. Cet homme est d'une vertu 
rigide & d'un caractère doux, plus amateur de ses opi- 
nions que passionné pour faire des Prosélites, unique- 
ment occupé de calculs & de démonstrations, une vraie 

55 machine à raisonnemens/. 

C'est lui qui est l'Auteur d'un | livre assez peu entendu, [61] 
mais estimé sur l'existence de Dieu ^, & d'un autre plus 
intelligible, mais assez méprisé sur la vérité de la Reli- 
gion chrétienne 9. 

40 11 ne s'est point engagé dans de belles disputes scho- 
lastiques, que notre ami... apelle de vénérables bille- 
vesées'o ; il s'est contenté de faire imprimer un livre qui 
contient tous les témoignages des premiers siècles pour 
& contre les Unitaires, & a laissé au Lecteur le soin de 
I45 compter les voix et de juger i". Ce livre du Docteur lui 
a attiré beaucoup de partisans, mais l'a empêché d'être 
Archevêque de Cantorbér}- ; je crois que le Docteur s'est 

22. ^'94 (ai?t.) [il y a] dans cette affiiire {addition qui n'a été repro- 
duite nulle part) — 27. )4'--js [Le grand] M. [Newton] Daw ^9+ {corr.) 
M. (7 été bijffc. K Le grand Newton 

$i.}4'-K Clarke — 34. _J94-A'' aveugle et sourd pour tout le reste, |^une 
vraie] — 55. 42' raisonnement — i7-)4'-SJ et estimé Dans jp4 (corr.) 
et est biffé et remplacé par mais. — 40. 46, 4S, )2 des [belles] 

41- ; -/. 37^ notre ami (Rabelais) [apelle] — 47. }^^-K [Cantorbéry]. 
Car, lorsque la reine Anne voulut lui donner ce Poste, un Docteur 



80 SEPTIÈME LETTRE 

trompe dans son calcul, & qu'il valoit mieux être Primat 
d'Angleterre que Curé Arien. 

50 Vous voïez quelles révolu|tions arrivent dans les opi- [62] 
nions comme dans les Empires. Le Parti d'Arius, après trois 
cens ans de triomphe'? & douze siècles d'oubli, renait 
enfin de sa cendre ; mais il prend très-mal son tems de 
reparoître dans un âge où le monde est rassasié de disputes 

5 5 & de Sectes' ^ ; celle-ci est encore trop petite pour obtenir 
la liberté des Assemblées publiques, elle l'obtiendra sans 
doute, si elle devient plus nombreuse ; mais on est si 
tiède à présent sur tout cela, qu'il n'y a plus guère de 
fortune à faire pour une Religion nouvelle ou renou- 

60 vellée'> : n'est-ce pas une chose plaisante, que Luther, 
Calvin, Zuingle, tous Ecrivains qu'on ne peut lire, 
aient fondé des Sectes qui partagent l'Europe, que l'igno- 
rant I Mahomet'^ ait donné une Religion à l'Asie & à ["5^"] 
vl'Afrique, & que Messieurs Newton, Clarck, Locke'", le 

65 Clerc'^, &c., les plus grands Philosophes & les meilleures 
plumes de leur tems, aient pu à peine venir à bout 
d'établir un petit troupeau'9 qui même diminue tous les 
jours. 

Voilà ce que c'est que de Venir au monde à propos'"^. 

70 Si le Cardinal de Retz reparoissoit aujourd'hui, il n'ameu- 
teroit pas dix femmes dans Paris. 



nommé Gibson, qui .ivoit sans doute ses raisons, dit à la Reine ; 
« Madame, Mr. Clarke est le plus savant & le plus Jionnéte homme du 
Royaume, il ne lui manque qu'une chose. — Et quoi? dit la Reine. 
— C'est d'être Chrétien, » dit le Docteur bénévole. [Je crois que] 
Clarke [s'est] — 48. ;4*-7\ | Primat] orthodoxe Aiigl. ;j primate of ail 
England ce qui confirme la leçon de }^. 

54. S4'-K ^out [le monde] 

65. _J4 a ici une leçon évidemment fautive : [Leclerc], & [les plus grands] 
Je la corrige d'après )4'-K. — 67. j6-K suppriment les mots qui même... 
tous les jours. — 70. ^5? paroissoit 



SUR LES SOCINIENS OU ARIENS 51 

Si Cromwel rcnaissoit, lui qui a fait couper la tête à 
son Roi & s'est fait Souverain, seroit un simple Mar- 
chand de Londres^'. 



COMMENTAIRE 

1. Voltaire n'a pas parlé des déistes anglais. C'était probable- 
ment trop dangereux. Il s'est contenté de marquer la pénétra- 
tion du rationalisme dans la théologie en consacrant une lettre 
aux antitrinitaires. Cf. Ch. Abbey and J. H. Overton, The English 
Chiuch in the iS^^ Ceutury, 1878, 1. 1, ch. 4, the Deists ; ch. 8, 
the Trinitarian Controversy ; Dan. Waterland, The case of the 
An'an snhscription coiisidered, Cambridge, 1721-1722, deux par- 
ties (p. 187, sur les Ariens anglais); le Journal littéraire, 1730, 
t. XVI, le partie, p. 249; 1755, t. XXII, i* partie, p. 207; 
The Genlleman's Magaiiiie, 1734, pp. 551, 559, 636-637, etc.; 
Meinoirs of the Life and writings ofMr . WilUatn Whiston, ivrittcn 
hyhiniself, 2e éd., 1753, 3 vol. in-8 (voir la table, aux mots atha- 

NASÎAN CREED). 

2. Dès 1682, Gregorio Leti signalait ce mouvement : 
« Conosco alcuni che sono accusati d'esser sociniani... e vorreb- 
bono che il credo d'Atanasio non fosse più in uso... », mais il 
niait qu'ils fussent vraiment ariens ou sociniens, et les déclarait 
« persone di buen senso, d'ottimo temperamento e di spirito 
svegliato, et per lo più dati allô studio délia Filosofia morale 
de'buoni Filosofi ed a quello délia Fisica de'moderni. » — Leti, 
comme Voltaire, confond socinianisme et arianisme : les antitri- 
nitaires anglais voulaient être distingués des sociniens (cf. le 
texte de Whiston, à la fin de la note 6). 

3. L'Académie (1694-17 18) ne donne que consnhstantialitè. 
Consubstantiation qui est dans V Encyclopédie (1754) et dans le 
Dict. del'Acad. (1878) s'applique à la doctrine luthérienne de 

73. 46-K il [seroit] ;i, j6-K [un simple] citoyen. 

Lett.phil.l. 6 



82 SEPTIÈME LETTRE 

l'Eucliaristie, uon pas à la relation du Père et du Fils dans la 
Trinité. 

4. Le récit est dans Théodoret (V, 16) qui nomme l'évêque 
saint Amphiloque, et dans Sozomène (VII, 6) qui ne le nomme 
pas. Voltaire est plus près de Sozomène que de Théodoret dans 
tout son récit (t(j) oa^TÛÀu) ax;vojv...i/.ÇiX£aOai tôv -Oc^ÇjTrjV uSoti- 
Ttxôjç I/AXeuiiv). Quel est l'intermédiaire entre Sozomène et 
Voltaire ? Ce n'est pas Bayle. Ce n'est peut-être pas Maimbourg 
{Histoire de Varianisiiie, 1683, in-40, t. I, p. 61 1-612). Est-ce Tille- 
mont (Mnnoires pour servir à Vhist. ecclés., t. VI, 2* éd., 1704, 
p. 620 : les Ariens, 3 139)? Est-ce Flcury {Histoire ecclésiastique, 
t. IV, p. 478 de l'éd. de 1740)? L'accent voltairien dérobe ici 
la source ; mais il est probable qu'elle est anglaise. George Bull 
{Opéra, 1703, p. 235 ; TbeWorks... Translated... by Fr. Holland, 
1725, t. II, p. 56), dans sa Defeusio fidei Nicxiix, sec. IV, cli. 2, 
§ 12, raconte l'anecdote d'après Sozomène. (A certain old Man, 
the Bishop of an obscure city... began to stroke him with his 
hand..., etc.) Je n'ai pas pu, ou pas su, la retrouver dans Clarke 
ou Whiston.La réflexion de Voltaire, d'apparence si personnelle, 
est bien dans l'esprit des ariens anglais, comme le prouve le passage 
suivant de J. Jackson {A collection of Qiieries, U'herein the viost 
material objections... alledged against Dr. Clarke' s Scripture-Doc- 
trine oj the Trinity. . are... ansivered..., 1716, p. 123): « It is 
no detraction from the honour of the Prince of Wales, to déclare 
He is not the King of Great Britaiu... It may well beconie 
serious aud sincère Christians to consider, whether it is not 
possible that... they may dishonour the Father..., attributing 
even to the beloved son that which is incommunicable and 
peculiar to the Father. » Voltaire a pu ignorer Bull et Jackson, et 
tenir l'anecdote avec le commentaire de la conversation de Clarke 
ou d'autres ariens. 

5. Voltaire confond le mouvement antitrinitaire avec le 
socinianisme qui depuis longtemps s'était répandu en Pologne 

et en Hollande : c'est pourquoi il associe ces deux pays à l'An- 
gleterre. 

6. « M. de Voltaire dans ses Lettres s'est avisé aussi de mettre 
M. Newton au rang des antitrinitaires, on ne sait pas sur quel 



SUR LES SOCINIEXS OU ARI1£\S 83 

fondeinent, car cet illustre savant n'a rien publié en faveur de 
l'arianisme. » (Chauffepié, art. Newton, II, 63.) Mais Chauf- 
fepié lui-même constate que Newton a été accusé d'arianisme 
par Gray. Brewster (II, 337, 342) montre que Newton était 
peu favorable à Athanase, et qu'on peut le soupçonner d'avoir 
été peu orthodoxe sur la Trinité. Il ne publia rien sur ce sujet 
de son vivant ; mais il laissa des manuscrits, dont l'un, Historical 
account of tivo notable Corruptions of the Scripture, avait été écrit 
en 1691, et rerais par Locke à Leclerc en 1 691 : il ne fut imprimé 
qu'en 1754, et l'on v voit que Newton rejetait l'authenticité du 
fameux verset des Trois témoins célestes. Voltaire put recueillir 
de divers côtés en Angleterre des soupçons sur l'orthodoxie de 
Newton. Il lut aussi JVhiston's Historical Memoirs of the Life of 
Dr. Samuel Clarke (2e éd., London, 1730). Etait-ce cet ouvrage 
qu'il réclamait à Thieriot en 1732 (t. XXXIII, p. 277) ? Whiston 
se demande (p. 8) si c'est Newton qui donna à Clarke ses idées 
sur la Trinité, ou si Clarke y vint de lui-même : « Whether 
Mr. Newton had given Mr. Clarke yet any intimations of that 
Nature, for he knew it long before this Time, or whether it arose 
from some Enquiries of his own, I do not directly know, though 
I incline to the latter. » Il dit encore un peu plus loin (p. 9 : « I 
met with the account of a private Tutor to a Nobleman in King's 
Collège whose name I hâve forgot, that was at first inclinable 
to Socinianism, but upon a Conférence with Mr. Newton, 
returned to what has been of late càlled Arianism. » Cf. sur 
l'accord de Newton et de Clarke, Sovie brief critical Remarks on 
Dr. Clarke's last Papers, by JohnEdwards, D. D., 1714 (p. 36). 
7. La Bibliothèque française, (t. XX, part. 2, art. i), et Chauf- 
fepié, art. Clarke (t. II, p. 92) ont vivement relevé l'irrévé- 
rence de ces expressions et du jugement qui suit sur les livres 
de Clarke. Voltaire avait connu Clarke en Angleterre et cau- 
sé avec lui (cf. Métaphysique de Newton, t. XXII, p. 403 ; Courte 
réponse aux longs discours d'un docteur allemand, t. XXIII, 
p. 194). Clarke s'était fait attaquer de deux côtés, par les ortho- 
doxes comme socinien et déiste déguisé, et par les déistes 
comme gardant trop de la phraséologie orthodoxe et des élé- 
ments historiques de la croyance : c'est ce qui explique le ton 



84 SEPTIEME LETTRE 

de Voltaire, sympathique à la liberté hérétique, et hostile à ce 
qui reste de dogmatisme théologique et d'enthousiasme mys- 
tique chez Clarke comme chez les quakers. Thieriot ayant 
contesté ce passage. Voltaire lui répondit : « Vous me dites que 
le Dr. Clarke n'a pas été soupçonné de vouloir faire une nouvelle 
secte. Il en a été convaincu, et la secte subsiste quoique le trou- 
peau soit petit. Le Docteur Clarke ne chantait jamais le credo 
d'Athanase.»(24 février 1733, t. XXXIII, p. 327.) Cette dernière 
phrase prouve que Voltaire s'est servi des Mémoires de Whiston 
sur le docteur Clarke, où on lit : « Voici seulement ce que je 
soutiens de lui avoir ouï dire : qu'il n'avait jamais lu le sym- 
bole d'Athanase dans sa paroisse soit à Norwich, soit dans le 
voisinage, si ce n'est une seule fois.... » (cité par Chauffepié, 
art. Cl.\rke), « et cela seulement par méprise «, ajoute le 
texte de Whiston (p. 9). 

8. A discourse coiiceniing the beitig and attrihutes oj God. Le 
sujet avait d'abord été exposé par Clarke dans les Boyle Lectures 
en 1704- 1705 ; de là étaient sortis deux volumes imprimés en 
1705-1706, et réimprimés ensuite sous le titre que j'ai donné, 
Whiston cite (p. 8) l'opinion d'un théologien anglais, qui disait 
que « it was the best book on those subjects that had been 
written in any Language ». 

9. TJje Verity and Certitude of natural and reveahd Religion, 

1705- 

10. Voltaire n'aurait aucune raison de taire ici le nom de 
Rabelais (cf. notes critiques, p. 79, 1. 41). Il tait le nom d'un 
vivant. Est-ce Bolingbroke ? mais Bolingbroke n'était pas Vanii 
de Thieriot Notre ami semble désigner un ami commun de 
Thieriot et de Voltaire : serait-ce Voltaire lui-même qui se 
cacherait sous ce masque? 

11. The scripture Doctrine of the Trinity, in three Parts, by 
Samuel Clarke, London, 1712, in-80 : la première partie contient 
les textes; la deuxième en dégage le sens et le formule en 
propositions accompagnées de références aux textes ; la troisième 
donne les passages de la liturgie d'Angleterre qui sont relatifs 
i\ la Trinité. — Le Dr Bennct répondit à Clarke : A Discourse of 
tl.'e Trinity, 17 18, in-80. 



SUR LES SOCINIENS OU ARIENS 85 

12. L'anecdote introduite en 1759 (cf. noies critiques,]. 4j) est 
très suspecte. Cependant Voltaire y croyait puisqu'il l'impliquait 
sans la conter dans sa rédaction de 1734 : ce n'est donc pas le 
désir de débiter une anecdote piquante qui à cette date lui faisait 
écrire que les idées de Clarke sur la Trinité lui avaient fait man- 
quer l'archevêché de Cantorbéry. Je n'ai trouvé le fait nulle part. 
Le Dict. of Naf. Biogr. le donne, mais sans autre référence que 
Voltaire. Il y a de grandes difficultés dans le récit de l'éd. de 
1739. L'archevêque Tenison succéda à Tillotson en décembre 
1694-janvier 1695, donc sous Guillaume III : son seul con- 
current fut Stillingfleet. Il mourut le 14 décembre 1715, et 
fut remplacé par le Dr. Wake. Donc le siège de Cantor- 
béry ne fut pas vacant sous la reine Anne. Est-ce de cette 
nomination de 171 5, que Voltaire veut parler? Gibson avait 
peut-être intérêt à écarter les concurrents du Dr Wake, qui, 
en passant à Cantorbéry, laissa vacant l'évêché de Lincoln 
où Gibson fut en effet promu. Mais je ne trouve trace d'au- 
cune manoeuvre de Gibson contre Clarke à aucun moment. Il 
fut à coup sûr très animé contre les déistes et libres penseurs, et 
très en crédit auprès de Robert Walpole qui le consultait sur les 
affaires ecclésiastiques : « Gibson's influence was sufficient to pre- 
vent the consécration of Bundle to the see of Gloucester, as he was 
believed to hold deistical opinions. » (JDict. of Nat. hiogr., art. 
Gibson.) Le fait est de 1734, donc postérieur à la première 
rédaction des Lettres anglaises, mais antérieur au récit qui met 
Gibson en cause. Est-ce ce fait qui fut raconté à Voltaire et 
devint l'origine du développement de 1739? En tout cas il 
était bien informé en choisissant Gibson comme le type de l'or- 
thodoxie intolérante. Il semble, d'autre part, que Clarke ait 
refusé d'être évêque : en 1727 la reine Caroline (et non la 
reine Anne) désirait son élévation, et Walpole essaya, à sa prière, 
de décider Clarke; il ne voulut pas(Coxe, Metnoirs of the life... 
of Robert Walpole, t. I, p. 275-276). Enfin voici une anecdote qui, 
par le tour, est identique à celle que conte Voltaire : « La reine 
Anne lui destinait (à Swift) un évêché en Angleterre et c'était 
là l'objet de son ambition ; mais le docteur Sharp, archevêque 
d'York, le dépeignit à cette princesse comme un homme qui 



86 SEPTIÈME LETTRE 

n était pas chrclien, et une certaine dame appuya cette accusa- 
tion, de sorte que la reine donna l'évéché à un autre. » (Chauffe- 
pié, 175 1, art. Swift.) Faut-il penser que l'anecdote sur Clarke 
est le résultat d'une série de confusions qui se firent dans la 
mémoire de Voltaire, ou bien qu'ici encore nous sommes en pré- 
sence d'un arrangement artistique, dont la vérité est symbolique, 
et non historique ? 

13. Bayle, art. Arius, note F, dit « que l'arianisme subsista 
avec éclat plus de 300 ans ». Dans ses Œuvres (II, 840), il le 
fait naître en 320; ce qui, si on compte 300 ans d'éclat, justifie 
les douie siècles de Voltaire, mais on:ye serait plus exact. 

14. La dispute sur l'opinion des antitrinitaires fut très vio- 
lente, et l'était encore au temps où Voltaire écrivait (cf. n. i). 
Mais elle ne sortit guère du milieu ecclésiastique des Universi- 
tés. C'est sans doute ce que Voltaire veut dire. Bayle donnait 
une autre raison, plus générale : « Les mystères spéculatifs de 
la religion n'incommodent pas les peuples... On serait donc 
presque visionnaire si l'on se persuadait que le bourgeois et le 
paysan, l'homme de guerre, le gentilhomme seraient délivrés 
d'un pesant joug, pourvu qu'on les dispensât de croire la Trinité 
et l'union hypostatique. » (Art. Socin, note H.) 

15. Montesquieu avait constaté la même indifférence en 1730: 
« Point de religion en Angleterre : quatre ou cinq de la Chambre 
des Communes vont à la messe ou au sermon de la Chambre, 
excepté dans les grandes occasions où l'on arrive de bonne 
heure. Si quelqu'un parle de religion, tout le monde se met à 
rire. Un homme ayant dit de mon temps : Je crois cela countie 
article de foi, tout le monde se mit à rire. » (Éd. Laboulaye, 
VII, 195.) Un futur archevêque de Cantorbéry, Secker, écrivait 
en 1738 : « Christianity is now railed at and ridiculed with very 
little reserve, and the teachers ofit without any at ail. » (Cité 
par Bastide, /o/;« Locke, p. 333.) « La cour, la ville et la cam- 
pagne, tout est rempli d'incrédules... A présent, les femmes, 
le peuple même se mêle d'imiter les philosophes : c'est un fait. » 
(Bibliothèque française, 1735, t. XXII, ne part., p. 61.) Voyez 
aussi la Lettre de Saint-Hyacinthe à un ami touchant le progrès du 
déisme en Angleterre dans les Mémoires concernant la théologie et 



SUR LES SOCINIENS OU ARIENS 87 

Ja morale, Amsterdam, 1732, in-12. — C'est le moment où, 
avant le mouvement wesleyen, les sectes dissidentes sont le plus 
affaiblies, et l'esprit religieux au plus bas dans l'église établie. 
Cf. lettre IV, n. 49. 

16. Mahomet « ne savait ni lire ni écrire » (Vertot, Diss. sur 
Tiiuteur de VAlcoran lue à l'Acad. des Inscr., Mercure, Aéc. 1724, 
p. 2577). C'est l'opinion commune que Voltaire a suivie long- 
temps. Il s'est rétracté dans VEssai sur les Mœurs, ch. vi. 

17. Locke, Le Christia}iisme raisonnable, 1695. John Edwards 
attaqua le livre dans un ouvrage intitulé Sonie thoughts concer- 
ning the several causes and origines of Atheism, 1695, et dans Soci- 
nianisni unmasked, 16^6. Bayle aussi l'interprétait dans le même 
sens (Lettre à Coste, 27 déc. 1703 ; Œuv. div., IV, 838). 

18. Leclerc avait manifesté des sentiments unitaires et soci- 
niens dans ses Liberil de Sancto Amore Epistolae theoJogicae, 
Irenopoli, 1679 (postérieur réellement à 1680). Sa Version 
du Nouveau Testament, 1703, le fit accuser d'être socinien 
par Phil. Méiiard, Essai sur le socinianisme. Il protesta vague- 
ment d'être « du sentiment commun de tous les chrétiens sur la 
matière de la sainte Trinité » (cf. Bibliothèque choisie, t. XVIII, 
p. 401). Bayle l'estimait socinien {Œuv. div., III, 990; IV, 
12 et 623), Dubos également (Corr. inêd. de Bayle, p. p. Gigas, 
p. 31Î). 

19. Voyez lan. 7. La critique de Thieriot se rapportait sans 
doute à ce terme de troupeau. Clarke et les antitrinitaires fai- 
saient secte en ce sens qu'ils professaient une opinion contraire 
à l'orthodoxie de l'Église établie ; mais ils ne se séparaient pas de 
cette Eglise, ils ne fondaient point un culte dissident. 

20. Ce déterminisme historique se retrouve à la même époque 
chez Montesquieu qui écrit vers 1723-1725 son opuscule de la 

Politique (impr. dans les Mélanges inédits, 1892) : il y développe 
l'idée que le succès ou l'échec, dans les affaires, ne dépendent 
pas du mérite des hommes, mais de la force des circonstances. 

21. D'après les lignes 27-31, cette lettre aurait été composée 
après la mort de Newton (20 mars 1727) et avant la mort de 
Clarke (17 mai 1729) : mais ou ce n'est qu'une fiction d'auteur, 
ou la lettre a _été retouchée après 1730, puisque Voltaire s'est 
servi des Mémoires de Whiston sur Clarke (cf. notes 6 et 7). 



HUITIÈME LETTRE [64] 

Sur le Parlement. 



Les Membres du Parlement d'Angleterre aiment à se 
comparer aux anciens Romains autant qu'ils le peuvent'. 
5 II n'y a pas long-tems que M. Shipping^ dans la 
Chambre des Communes commença son discours par 
ces mots : la Majesté du Peuple Anglais 3 serait blessée Sec. 
La singularité de l'expression causa un grand éclat de 
rire ; mais sans se déconcerter il répéta les mêmes 

10 paroles d'un air ferme, & on ne rit plus. J'avoue que je 
ne vois rien de commun entre la majesté du peuple rfe^l 
Anglais, & celle du peuple Romain, encore moins entre 
leurs gouvernemens ; il y a un Sénat à Londres dont 
quelques Membres sont soupçonnés, quoi qu'à tort 

15 sans doute, de vendre leurs voix dans l'occasion -♦, comme 
on faisoit à Rome. Voilà toute la ressemblance, d'ailleurs 
les deux Nations me paroissent entièrement diiTérentes, 
soit en bien, soit en mal. On n'a jamais connu chez 
les Romains la folie horrible des inierres de Rcliç^ion >, 

20 cette abomination étoit réservée à des Dévots prêcheurs 
d'humilité & de patience ^. Marins & Sylla, Pompée & 
César, Antoine & Auguste ne se battoient point pour 
décider si le Flameii devoit porter sa chemise par-dessus 



Ligne 2. }'/'■/) Du [Parlement]. A' (Dict. phil.) [P.irlemeiu] d'An- 
gleterre. El fil note : Cet .irticle a été écrit vers 1751. — 5. AngU }j 
Shippen )9^-y^ Scliipping — 7. ^4'-K omettent etc. 

^5- i4'')9 '«^u"" [voix] 



SUR LE PARLEMENT 89 

sa robe, ou sa | robe par-dessus sa chemise, & si les ^(,(,'] 

2) poulets sacrez dévoient manger & boire, ou bien manger 
seulement pour qu'on prit les Augures. Les Anglais se 
sont fait pendre réciproquement à leurs Assises, & se 
sont détruits en bataille rangée pour des querelles de 
pareille espèce ; la Secte des Episcopaux , & le Presbite- 

30 ranisme ont tourné pour un tems ces têtes sérieuses. Je 
m'imagine que pareille sottise ne leur arrivera plus, ils 
me paroissent devenir sages à leurs dépens, & je ne leur 
vois nulle envie de s'égorger dorénavant pour des Sillo- 
gismes. 

3 ) Voici une difterence plus essentielle entre Rome &. 
l'Angleterre, qui met tout l'avantage du côté de la der- 
nière, c'est que le fruit des guerres civiles | à Rome a [gj] 
été l'esclavage, & celui des troubles d'Angleterre la 
liberté 7, La Nation Anglaise est la seule de la terre, qui 

40 soit parvenue à régler le pouvoir des Rois en leur résis- 
tant s, & qui d'efforts en efforts ait enfin établi ce Gou- 
vernement sage, où le Prince tout puissant pour faire du 
bien, a les mains liées pour faire le mal?, où les Seigneurs 
sont Grands sans insolence & sans Vassaux, & où le 

45 peuple partage le gouvernement sans confusion. 

La Chambre des Pairs & celle des Communes sont les 
Arbitres de la Nation'o, le Roi est le Sur-Arbitre. Cette 
balance" manquoit aux Romains'-, les Grands et le 

24. S4'-}p [ou] k [robe] — 27. ^^^-A' [pendre] autrefois [réc] — 
29. ^4^-^g, ^i pareilles espèces — S4^'^ presbj'terianisme {)i pres- 
bitérauisme) — 30. jg^-K [ces tètes] mélancoliques 

34. ^9+-A' [sillogismes]. Toutefois qui peut répondre des hommes ? — 
jy.j2-K de [Rome] 

43. A' du [mal] — 45. _J94-j2 (note) Il faut ici bien soigneusement 
peser les termes. Le mot de Roi ne signifie point par-tout la même 
chose. Eu France, eu Espagne, il signifie un homme qui par les droits 
du sang est le Juge souverain et sans apel (jr omet et) de toute la 
Nation. En Angleterre, en Suède, en Pologne, il signifie le premier 
Magistrat 'J. 



90 HUITIEME LETTRE 

Peuple étoient toujours en division à Rome, sans qu'il y 

50 eût un pouvoir miitoïen, qui put les accorder. Le Sénat [68] 
de Rome, qui avoit l'injuste & punissable orgueil de 
ne vouloir rien partager avec les Plébéiens, ne con- 
noissoit d'autre secret pour les éloigner du gouvernement 
que de les occuper toujours dans les guerres étrangères' K 

5 5 Ils regardoient le Peuple comme une bête féroce qu'il 
falloit lâcher sur leurs voisins de peur qu'elle ne dévorât 
ses Maîtres ; ainsi le plus grand défaut du gouvernement 
des Romains en fit des Conquérans, c'est parce qu'ils 
étoient malheureux chez eux, qu'ils devinrent les maîtres 

éo du monde, jusqu'à ce qu'enfin leurs divisions les rendirent 
esclaves. 

Le gouvernement d'Angleterre n'est point fait pour 
un si grand éclat, ni pour une ! fin si funeste, son [69J 
but n'est point la brillante folie de faire des conquêtes, 

65 mais d'empêcher que ses voisins n'en fassent; ce 
peuple n'est pas seulement jaloux de sa liberté, il 
l'est encore de celle des autres'5. Les Anglais étoient 
acharnés contre Louis XIV, uniquement parce qu'ils lui 
croïoient de l'ambition'*^. Ils lui ont fait la soierre de 

70 gaieté de cœur, assurément sans aucun intérêt'". 

Il en a coûté sans doute pour établir la liberté en 
Angleterre ; c'est dans des mers de sang qu'on a noïé 
l'Idole du pouvoir despotique ; mais les Anglais ne 
croient point avoir acheté trop cher de bonnes loix'S. Les 

7) autres Nations n'ont pas eu moins de troubles, n'ont pas 
versé moins de sang qu'eux ; | mais ce sang qu'elles r-ol 
ont répandu pour la cause de leur liberté n'a fait que 
cimenter leur servitude. 

55. jo-K II regardait 

70. }9^-K suppriment la pbraie Ils lui ... intérêt. 

74. ^9*-A' leurs[loixl. —75. }<^^-Komf lient /«i«o/i n'ont pas... troubles 



SUR LE PARLEMENT 9I 

Ce qui devient une révolution en Angleterre, n'est 

80 qu'une sédition dans les autres Païs; une ville prend les 
armes pour défendre ses privilèges soit en Espagne'?, 
soit en Barbarie, soit en Turquie^°, aussitôt des soldats 
mercenaires la subjuguent, des boureaux la punissent, 
& le reste de la Nation baise ses chaînes. Les Français 

85 pensent que le gouvernement de cette Isle est plus 
orageux que la mer qui l'environne^', & cela est vrai ; 
mais c'est quand le Roi commence la tempête, c'est 
quand ii veut se rendre le maître du vaisseau dont il 
n'est que le premier Pilote". Les guerres civiles de Fran- 

90 ce I ont été plus longues, plus cruelles, plus fécondes [71] 
en crimes que celles d'Angleterre; mais de toutes ces guer- 
res civiles aucune n'a eu une liberté sage pour objet-3. 

Dans les tems détestables de Charles IX & d'Henri III, 
il s'agissoit seulement de sçavoir si on seroit l'esclave des 

95 Guises. Pour la dernière guerre de Paris, elle ne mérite que 
des sifflets ; il me semble que je vois des Ecoliers qui se 
mutinent contre le Préfet d'un Collège, & qui finissent par 
être fouettés ; le Cardinal de Retz avec beaucoup d'esprit 
et de courage mal emploies, rebelle sans aucun sujet, fac- 
100 tieux sans dessein, chef de Parti sans armée, cabaloit pour 
cabaler, & sembloit faire la guerre civile pour son plaisir. 
Le Parjlement ne sçavoit ce qu'il vouloit ni ce qu'il ne [^2] 
vouloit pas ; il levoit des troupes par Arrêt, il les cassoit, 
il menaçoit, il demandoit pardon, il mettoit à prix la 
105 tête du Cardinal Mazarin, & ensuite venoit le compli- 
menter en cérémonie. Nos guerres civiles sous Charles VI 
âvoient été cruelles, celles de la Ligue furent abomi- 
nables, celle de la Fronde fut ridicule. 

81. ^Ç*-K suppriment soit en Espagne. 

95. }4'-K le tems détestable — ^4'-K de [Henri III] — 99. ji, §6-K 
mal employé 

102. ^ç-i-K [Parlement] de Paris — 104. 46-ji [il menaçoit,] demandoit 
(sans il) j2-K et [demandait] 



92 HUITIEME LETTRE 

Ce qu'on reproche le plus en France aux Anglais, c'est 
1 10 le suplice de Charles Premier, qui fut traité par ses vain- 
queurs^^ comme il les eût traités s'il eût été heureux. 

Après tout regardez d'un côté Charles Premier vaincu 
en bataille rangée, prisonnier, jugé, condamné dans 
West|minster, &. de l'autre l'Empereur Henri VII [yj] 
II) empoisonné par son Chapelain en communiant, Henri III 
assassiné par un Moine ministre de la rage de tout un 
Parti, trente assassinats médités contre Henri IV, 
plusieurs exécutés, Se le dernier privant enfin la France 
de ce grand Roi. Pesez ces attentats et jugez. 



COMMENTAIRE 



I. Toute la littérature politique de l'Angleterre est pleine de 
raisonnements et d'exemples tirés des Romains. Vovez The sensé 
of the pcople couceruing the présent state of affairs. IVith reinarks 

iio. J94 [ fut] et avec raison [traité] Et en note, avec npftel aux viols 
« Charles Premier » : Monarque digne d'un meilleur sort. Voltaire a 
protesté contre ces biTiies (cf. Bengesco, t. IV p. 8, et Motnud t. XXXVI, 
p. 118) et lésa réparées dans ^94 corr., en rétablissant à la plume les mots et 
avec raison après en France, et en faisant rentrer la note Monarque... 
son dans le texte. 40 et .{2 reproduisent les fautes de j^^. Elles sont rectifiées 
Cl partir de 42' ; cependant 46 qui réintègre, connue les autres éd., la note 
Monarque... sort dans le texte, conserve encore la leçon fut et avec raison 
(Cf. tel. IX, note à la ligne 9;) — ^p» [le plus] et avec raison [aux 
Anglais] ; 4S-K [en France aux Anglais) et avec raison 

III. 42^ probahlcment (traites s'il] avoit vaincu. — 114. ji Vestmins- 
ter — j./'-7\ [Westminster] et décapité — 117. ^^■'-A'owf//c/// ministre... 
Parti. Ces mots ne sont pas traduits dans Angl. }). — iig. 42' ajoute après 
jugez ce passage : La France a sa S. Barthélémy, la Sicile ses Vêpres, la 
Hollande le massacre des Dewit, les Espagnols leurs barbaries Amé- 
ricaines. La fureur des Anglais est d'une autre espèce : ils égorgent avec 
le poignard de la loi : on a vu les femmes de Henri VIII, la Reine 
Marie Stuard, le roi Charles I envoyez sur Téchalfaut par des furieux 
tranquilles, revêtus du manteau de la Justice; les crimes, comme les 
vertus, tiennent du terroir qui influe sur la nature humaine. {Addilion 
non recueillie jusqu'à ce jour.) 



SUR LE PARLEMENT 93 

t(/>OH50H/c/a5M^^^ o/our own nnd the Roman historv, in a lelter 
io a Meiiiher of Parliament, London, 1726, in-S"; Gi/o'j Letters, 
1722, t. I, 3<1 coll., p. 87; t. II, 8»h coll., p. 52; Bolingbroke, 
Diss.tipon parties, IVorks, t. II, p. 179. Les journaux reviennent 
constamment aux Romains (par ex. The Weekly Journal or îhe 
British Gaieteer, Saturday June 11, 1726, n" 39). 

2. Le traducteur anglais a donné le nom exact de ce tory 
jacobite qui fut un des plus vigoureux adversaires de Walpole. 
« Mr. Shippen was calm, intrepid, shrewd and sarcastic >> (Parî. 
Hist . ofEngland, i8ii,t. VIII, p. 588 n.). Voyez Coxe, Menioirs 
ofihe life of sir Robert Walpole, 1798, t. I, pp. 670-673, et les 
Extraits de Daugeau faits par Voltaire, t. XXVIII, p. 278. 

3 . Je n'ai pas trouvé trace de ces mots de Shippen dans les 
discours que donne la Parlianientary History, t. VI, VII, VIII : 
mais ces textes sont fort peu sûrs ; cf. Mantoux, Notes sur les c. 
r. des séances du Pari, aiigl., ch. i et 2, 1906. D'autre part, 
ni les journaux ni aucune des brochures du temps que j'ai vues 
n'y font allusion . 

4. Cf. Swift, An Account ofthe Court and Empire ofjapan, 1728 : 
satire de la méthode de corruption pratiquée par Walpole ; Boling 
hroke, Diss . npon parties, Works, t. II, p. 29-30, et 239 sqq. 
Shippen, le 3 juillet 1727, lance une attaque au Parlement contre 
le gouvernement qui achète des votes et les députés qui se 
vendent (Pari. Hist., VIII, 603). La dénonciation violente de 
la méthode de corruption fait la base de la polémique du journal de 
Bolingbroke The Craflsinan contre le gouvernement de Walpole 
(cf. entre autres les n°^ 21, 31, 32, 43, 66, 76, 109, 123, 299, 
etc.). « Corruption, disait un adversaire, is a never failing Topick 
with the Craftsman... » (The Gentleman's MagUÂ^ine, 173 1, p. 346, 
extrait du London Journal, August 28, n° 623). Voyez aussi Fog's 

Weekly Journal, n° 13, Saturday December 21, 1728. Voltaire 
continua de lire le Craftsman après son retour d'Angleterre: 
il le recevait encore en 1732 (lettre du 13 mai, XXXIII, 264). 

5. « Cependant je ne me souviens point d'avoir lu qu'il y ait 
jamais eu de guerre de religion parmi les païens, si ce n'est 
contre des gens qui pillaient le trésor de Delphes. Mais de guerre 
faite à dessein de contraindre un peuple à quitter sa religion pour 



94 HUITIÈME LETTRE 

en prendre une autre, je n'en vois point de mention chez les 
auteurs. » (Bayle, P/-<y. du Cotnm.phil., Œtiv. div., t. II, p. 364.) 
L'idée avait été reprise par un journaliste anglais : « Ditferences 
in Religious Sentiments never once occasioned any Mischief in 
old Rome or Athens, or scarce anywhere else in Times anté- 
cédent to Christianity. ») (r/^t; Londou Journal, n° 439, Saturday 
Dec. 30, 1727.) 

6. « Car que de simples particuliers prennent les armes pour 
établir des articles de leur foi, c'est une chose, dites-vous, aussi 
opposée à l'Esprit de l'Evangile, que conforme à l'esprit de 
l'Alcoran. » (Bayle, Rép. aux q. d'un Prov. Œuv. div., t. III, 
p. 617.) 

7. « Ce sont ici les historiens d'Angleterre où l'on voit la 
liberté sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sédi- 
tion... » (Montesquieu, L. Persanes, 136). 

8. « Whenever the fundamentals of a free gouvernement 
are attacked, or anv otherschemes, ruinousto the gênerai interest 
of a nation, are pursued, the best service that can be done to such 
a nation, and even to the prince, is to commence an early and 

vigorous opposition tothem... A provoked people sought 

their remedy in résistance. A civil war followed (sous Charles 
Je) » (Bolingbroke, Remarques sur VHisioire d'Angleterre, publ. 
dans le Craftsman en 1730-1751, Works, t. I, 491 et 493). « L'hu- 
meur impatiente des Anglais ne laisse guère à leur roi le temps 
d'appesantir son autorité. La soumission et l'obéissance sont 
les vertus dont ils se piquent le moins. » (Montesquieu, 
L. Persanes, 104.) Cf. James Tyrrell, Bibliotheca poUiica or an 
Enquiry into the antient Constitution of the English Gotmiment.., 
infourteen Dialogues, 1718, Dial. 3, p. 103 : « Whether resis. 
tance to the suprême power by a whole nation or People 
in casesof the last extremity can be justified by the lawful nature 
or rule of the Gospel », et les dial. 9-13. 

9. « Ces lois /jV/j/ réciproquement le souverain et le sujet sans 
rien ôter à l'honneur du premier. Elles n'ont rien d'amer ni de 
dur pour un bon roi, et ne paraissent faites que pour ôter le 
pouvoir de faire du mal à celui qui n'est pas tel. » (La Mottraye, 

Voyages, I, 156.) Lenglet-Dufresnoy écrit, mais après et peut- 



SUR LE PARLEMENT 95 

être d'après Voltaire : « Les Rois en Angleterre sont les premiers 
membres de l'Etat ou de la République : s'ils sont bons, ils ont tout 
le pouvoir qu'ils peuvent souhaiter pour le bien, et rarement pour le 
mal. » {Méthode pour étudier Vhistoire, Supplément, ae Part., 1739, 
p. 191). Il est possible que Voltaire parles mots : le Prince a les 
mains liées pour faire le mal, croie traduire la formule anglaise : 
our Kinf^s eau do no lurong (Bolingbroke, Diss. upon Parties, dédi- 
cace. Cf. Sichel, Bol. and his finies, I, 25 5, et Bastide, /o/;« Locke, 
124). « The law itself aflfirms the King can do no wrong. » 
{English liherties, p. 4.) « It is a maxim in our Laws that the 
King can do no ^^Tong. » (Misfs Weekly Journal, n° 132, Satur- 
day Oct. 28, 1727.) Mais la maxime ne se rapporte pas à la 
limitation du pouvoir royal ; elle définit l'irresponsabilité du roi 
(cf. pourtant, dans la note 10, la citation des English liherties). 
Enfin il semble bien que Voltaire a, sciemment ou non, pris 
ses expressions dans le Télémaque de Fénelon, où le vieillard 
Cretois définit ainsi l'autorité du roi : « Il peut tout sur le 
peuple, mais les lois peuvent tout sur lui. // a une puissance 
absolue pour faire le bien, et les mains liées pour faire le mal. » (Liv. 
V.) Cette formule où Fénelon ne met rien de bien précis, 
signifie pour Voltaire la Constitution Anglaise. 

10. « C'est un gouvernement mixte Les prérogatives du sou- 
verain, des grands et du peuple y sont tellement tempérées les 
unes par les autres qu'elles se soutiennent mutuellement. » 
(Rapin Thoyras, Diss. sur lesivh. et les t.,x. VIII, p. 626.) « Le 
gouvernement d'Angleterre est aristocratico-démocralico-monar- 
chique. » (Misson, p. 232.) « The Constitution of our English 
government (the best in the world) is . . . . a most excellently 
mixt or qualified Monarchy where the King is vested with large 
Prérogatives to support Majest)^, and restrained only from the 
power of doing himself and People harm. » {English liber ties 
compiled by Henry Care, 1682, and continued.... b}' W. N. of 
Middle Temple, esq., 4^ éd., 1719, in-8°, p. i.) 

11. Terme du vocabulaire politique des Anglais : « On the 
Ballance of Power », titre d'un art. du Free Briton, May 18, 
n° 131, cité par The Gentleman' s Maga:(ine, 1732, p. 748. « That 
ballance which has been so much talked of.. . » (Bolingbroke, 



96 HUITIÈME LETTRE 

Remarks..., IVorks, I, 340 ; ibid, 282) : ces Remarques avaient paru, 
je l'ai dit, dès 1730. D'ailleurs les écrits de Bolingbroke, quelle 
que soit leur date, peuvent nous donner une idée des impres- 
sions qu'il dut suggérera Voltaire sur la politique de son pays. 

12. Addison (SpechUor, n» 287) préférait la Constitution 
anglaise à la romaine, où les Consuls « were rather tlie cliicf 
body of the nobiliiy or the first ministers of state, than a dis- 
tinct brandi of the sovereignty. » 

13. Sur les différents sens du nom de Roi, cf. Alg. Sidney, 
Discourses coiicenùug Goverumeiit, 1698, p. 404, sec. XXXII. 

14. « Contre ces dissensions domestiques, le sénat ne trouvait 
point de meilleur remède que défaire naître continuellement des 
occasions de guerres étrangères. » (Bossuet, Disc, sur VHist. 
univ., III, 7.) 

15. Nombreux étaient les textes oii des Anglais de tous partis 
exaltaient leur pays comme le champion de la liberté euro- 
péenne. « Elle (l'Angleterre) combattait non seulement pour sa 
propre sûreté, mais encore pour celle de tout le monde, résolue 
de n'accepter jamais de paix, quelque avantageuse qu'elle pût 
être, jusqu'à ce que cette sûreté générale fût établie. » {Réflexions sur 
Thumenr de la nation anglaise en matière de religion et de politique, 
tr.de l'angl., 171 3, p. 42.) « Your unwearied endeavours were 
rather to make mankind free like yourselves than in the least to 
enslave them. — Everv battle 3'ou won was onlv taking off the 
yokefrom the neck of poor wretches which they were unable to 
bear and to establish their publick tranquillity. » {A Journey 
through England, 1723, t. I, p. xiii : dédicace «tothe young 
Nobility and Gentry ».) Addison, t. I, p. 28, traduction d'une 
lettre de l'abbé Ant. M. Salvini à lord Halifax : 

'Tis liberty tliat crowns Britannia's isle... 

'Tis Briuiin's care to watch o'er Europe's fate, 

And held in balance each contending state, 

To threaten bold, presumptuous Kings with war, 

And answer hcr afflicted neighhour's prayer. 

Voltaire a donc accepté ici un point de vue anglais. 

16. Ce sont encore des sentiments anglais que Voltaire exprime 



SUR LE PARLEMENT 97 

ici : aussi a-t-il été repris par Lecoq de Villeray (Réponse aux 
L. Ph., p. 39). Lorsque Guillaume III, en 1702, voulant la guerre 
contre la France, accusa Louis XIV d'ambition et d'infidélité, 
« les peuples d'Angleterre entrèrent dans ces sentiments, qui 
leur étaient devenus presque naturels, et pressèrent leur souve- 
rain de reprendre les armes pour les sauver de la tyrannie, de 
l'esclavage, et du papisme» (Rapin Thoyras, XI, 457-458). 
L'opinion anglaise était demeurée la même quand Voltaire vint 
en Angleterre. « AU his aims (de Guillaume III) were pointed to 

the gênerai goodof Mankind He was the great Champion of 

the Liberty.... He fought for Freedom, and he gave it wherever 
he came.» Çfhe Weekly Journal, n° 59, Saturday June 11, 
1726.) Guillaume III, écrivait The London Journal, ne voulait 
l'abaissement de la France que « as France was an enemy to the 
Liberties of Europe ». (Extrait donné par The Gentlcman's 
Magaiine, April 1732, p. 700.) 

17. Voltaire accepte ici le point de vue des tories qui, pour se 
justifier de vouloir la paix ou de l'avoir faite, disaient que l'An- 
gleterre n'avait pas d'intérêt à la guerre. Ils soutenaient 
« that the ministry (le ministère whig) had not consulted the 
true interest of their Country in acquiescing so far with the 
allies, since King Lewis made no scruple in yielding to the spe- 
cifick demands of Great Britain ; that the British nation had so 
great dépendance on her trade, it could not be her duty or her 
interest to oblige the confederates to her own ruin by conti- 
nuing the expense of a land war ». (JSiemoirs oj queen Ann, 
London, 1729, p. 81.) C'est par Bolingbroke que cette idée encore 
a dû venir à Voltaire : il l'a exprimée plus d'une fois. Il montre 
l'Angleterre gardienne « ofthe whole interest of Europe », 
même contre son intérêt ; et il s'en inquiète (Sichel, I, 263). 
Il la montre armée « to défend the liberties of Europe » ; il 
reproche à ses compatriotes d'avoir fait les don Quichotte dans 
la guerre de la succession d'Espagne. « We neglected every thing 
and sacrificed evere thing in the prosecution of this quarrel. » 
(The Occasional Writer, no 2, 3 Février 1726-27, Works, t. I, 
p. 156 et 161.) Ainsi les tories rappelaient leur pays à ce qu'ils esti- 

Lett.phil. L ' 7 



98 HUITIÈME LETTKE 

maient son vrai intérêt : ils blâmaient le désintéressement dont 
Voltaire fait l'éloge. Et beaucoup de whigs n'acceptaient pas le 
compliment. Ils continuaient de penser avec Addison(7"/j« pré- 
sent State of the war, 1 707) : « We hâve indeed a much greater 
share in the war than any other part of the confederacy. » {^Forks, 
1. 1, p. 359.) — Voltaire a atténué cette affirmation par la correction 
de 1739, et aussi dans le Siccle de Louis XI F, (ch. 22, éd. 
Bourgeois, p. 41 5, et ch. 23, p. 425 et 426). 

18. « We Britons bave dearly hought the Liberties we now 
possess ; what Struggles and Bhodshed has there been to secure 
this country free and happy ? And now we reap the Fruits and 
enjoy the Advantages our great Forefathers toiled for. » (77;« 
British Journal, n° 36, Saturday September 21, 172S.) 

19. Allusion sans doute à la révolte de la Caulogne sous 
Philippe V et au siège de Barcelone en 17 14 (cf. Sikh de Louis 
XIV, ch. 23, p. 435)- 

20. Les journaux anglais de 1 728-1 729 étaient pleins de détails 
sur les troubles du Maroc, le siège de Fez, etc. (Tfe Monthly Chro- 
nicle, 1729, p. 12, 36, 86, m, 197, 240; The Historical Regis- 
ter,t. XIV, 1729, pp. 85-90. Cf. The History of the Révolution 
in the Empire of Morocco upon theDeath of the late Emperor Muley 
Ishmael, 1728- 1729, by Captain Braithwaits). Il y eut égale- 
ment alors des révolutions en Turquie et en Perse : révolte à 
Smyrne {Mercure, mai 1728, p. 103 3) ; soulèvement des Tartares 
de Crimée, de Casan et de la Bessarabie {Mercure, janv. 1727, 
p. 155); révolte en Egypte {Mercure, déc. 1726, p. 2404, 2617); 
révoltes aussi dans la Régence de Tunis {Mercure, mai et juin 
1728, p. 1033 et 1463). Les nouvelles de Perse elles-mêmes 
sont toujours données sous la rubrique Turquie dans le Mercure, 
(1726, 1727, 1728). Cependant il y eut aussi une révolution à 
Constantinople même, en 1730 (déposition d'Achmct III). La 
date ne serait pas un obstacle (r/;« Gentleman's Magasine, 173 1, 
p. 38) ; mais l'événement concorde moins avec le texte de 
Voltaire. 

21. « Altri assomigliano questo governo ad un mare agitato da 
continui venti e tempeste. » (Greg. Leti, Teatro Brit., p. 11, 
1. 5, t. II, p. 208.) « .... Un royaume sujet à tant de révolu- 



SUR LE PARLEMENT 99 

tions comme s'il tenait de l'inconstance de la mer qui l'envi- 
ronne. » (Larrey, Hisl. d'Aiigl., 1707, t. I, p. 482.) La source 
probable de Voltaire est Bossuet qui avait montré l'Angleterre 
« plus agitée en sa terre et dans ses ports mêmes que l'océan 
qui l'environne ». (Or. /h«. de la reitie d'Angl.) 

22. Charles I, Jacques II ont attaqué les libertés anglaises : 
c'est la doctrine qu'on trouve partout. Cf. n. 8. « Et quand un 
roi a cherché à se rendre le maître et l'arbitre des lois, il a trouvé 
dans la fermeté de ses sujets une digue qu'il n'a pu surmonter. » 
(Lenglet-Dufresnoy, Méthode pour et. Vhist., éd. 1729, t. II, 
p. 307.) « Si l'on veut dire qu'ils changent souvent de conduite 
à l'égard de leurs princes, c'est peut-être qu'ils ont des princes 
qui, après s'être contenus dans les bornes réglées, viennent à 
changer de conduite, et qui par là les obligent à en changer à 
leur tour : de cette manière, ce pourrait quelquefois être bon 
sens. «(Murait, lettre I, éd. Ritter, p. 20.) Voltaire devait con- 
naître la justification de la révolution de 1688 que Locke avait 
donnée dans son Essai sur le gouvernement civil (trad. par David 
Mazel, Genève, 1724): mais rien n'indique qu'il y ait pensé ici 
plutôt qu'aux faits mêmes de l'histoire, ou aux sentiments géné- 
raux des Anglais au temps de sa visite sur leur gouvernement 
« whose fundamental Principle is Liberty and Right to oppose bad 
Princes when tbey endeavour to make themselves absolu te ». (The 
Crajtsman, no 233, Saturday December 19, 1.730.) 

23. Le Craftsman du 22 juillet 1732 (no 315) raisonne exacte- 
ment comme Voltaire. Il rappelle « the late Révolutions in Tur- 
key, Persia and Morocco ». Il remarque que dans ces pays, « the 
people seldom reap any other benefit from théir Struggles than 
the Pleasure of being reveng'd on one Tyrant and making him 
give way to another. But thèse Discontents and Commotions 
hâve frequently had a différent Effect in Europe {Voltaire dira 
seulement « en Angleterre ») and ended in the establishment of 
popular Liberty. » Le Crajtsman, en Europe, distingue l'Angle- 
terre et la Hollande comme ayant particulièrement réussi dans 
cette « glorieuse entreprise ». Enfin il regarde la France et loue 
le Parlement d'avoir défendu la liberté. Il est vrai que le journal 
anglais fait allus.ion au Parlement janséniste et aux querelles de la 



lOO HUITIÈME LETTRE 

Bulle Unigenitus : Voltaire mieux instruit de nos affaires, 
remonte à la Fronde parlementaire. Si l'on songe qu'en juillet 
1732, Voltaire travaillait à finir la rédaction des Lettres philo- 
sophiques, que le 9 juillet il était occupé à la 7* lettre (XXXIII, 
276), il paraîtra vraisemblable que le numéro du Cra/tsman du 
22 juillet (il recevait le journal, je l'ai dit,) a influencé la rédac- 
tion de la 8e lettre. 

24. La pensée est déjà chez Montesquieu, avec moins de trait et 
plus enveloppée. « Le crime de lèse-majesté n'est autre chose 
selon eux (les Anglais) que le crime que le plus faible commet 
contre le plus fort en lui désobéissant, de quelque manière qu'il 
lui désobéisse. Aussi le peuple d'Angleterre qui se trouva le plus 
fort contre un de leurs rois, déclara-t-il que c'était un crime de 

lèse-majesté à un prince de faire la guerre à ses sujets » 

(^Lettres Persanes, 104). — Lecoq de Villeray (p. 40), l'abbé Moli- 
nier (p. 17) dénoncèrent avec horreur dans leurs critiques le 
langage de Vohaire, qui crut prudent en 1739 de l'atténuer : cf. 
votes critiques, 1. no. 



NEUVIÈME LETTRE [74] 

Sur le Gouvernement. 



Ce mélange ' heureux dans le Gouvernement d'An- 
gleterre, ce concert entre les Communes, les Lords & le 
5 Roi n'a pas toujours subsisté. L'Angleterre a été long- 
tems esclave, elle l'a été des Romains, des Saxons, des 
Danois, des Français ^. Guillaume le Conquérant sur-tout 
la gouverna avec un Sceptre de fer, il disposoit des biens 
& de la vie de ses nouveaux Sujets comme un Monarque 
10 de l'Orient ; | il défendit sous peine de mort qu'aucun [75] 
Anglais osât avoir du feu & de la lumière chez lui passé 
huit heures du soir?, soit qu'il prétendit par là prévenir 
leurs assemblées nocturnes, soit qu'il voulut essaïer par 
une défense si bisare, jusqu'où peut aller le pouvoir d'un 
15 homme sur d'autres hommes. 

Il est vrai qu'avant & après Guillaume le Conquérant 
les Anglais ont eu des Parlemens 4, ils s'en vantent 5, 
comme si ces Assemblées apellées alors Parlemens, com- 
posées de tirans eclésiastiques, & de pillards nommés 
20 Barons ^, avoient été les gardiens de la liberté & de la 
félicité publique. 

Les Barbares qui des bords de la mer Baltique fon- 



Ligne 2. A' section VII (art. Gouvernement du Dict. phil.). — 3. ^^'-À' 
Ce mélange dans — 7-8. }4'-K la gouverna sur-tout — 9. ^4'-4S, ^2-K des 
biens, de la vie Cependant _jp4 (corr.) iciiitroduit et [de la vie] ; cette 
correction n'a été reçue que dans /i. 

14. J4'-K des hommes [sur...] 



102 NEUVIEME LETTRE 

doient dans le reste de l'Europe, aportérent avec eux 
l'usage de ces | États ou Parlemens dont on fait tant de [76] 

2) bruit, & qu'on connoit si peu 7. Les Rois alors n'étoient 
point despotiques ^, cela est vrai ; mais les Peuples n'en 
gémissoient que plus dans une servitude misérable?. Les 
Chefs de ces Sauvages qui avoient ravagé la France, 
l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre se firent Monarques'°: 

30 leurs Capitaines partagèrent entr'eux les terres des vain- 
cus", de-là ces Margraves, ces Lairs, ces Barons, ces Sous- 
tirans qui disputoient souvent avec leur Roi les dépouilles 
des Peuples. C'étoient des oiseaux de proie combattans 
contre un Aigle'^ pour succer le sang des Colombes ; 

33 chaque Peuple avoit cent tirans'5 au lieu d'un maître. 
Les Prêtres se mirent bien-tôt de la partie. De tout tems 
le sort 1 des Gaulois, des Germains, des Insulaires d'An- [77] 
gleterre avoit été d'être gouverné par leurs Druïdes'+ & 
par les Chefs de leurs villages, ancienne espèce de 

.\o Barons, mais moins tirans que leurs successeurs. Ces 
Druides se disoient médiateurs entre la divinité & les 
hommes, ils faisoient des loix, ils excommunioient, ils 
condamnoient à la mort. Les Evêques succédèrent peu à 
peu à leur autorité temporelle dans le Gouvernement 

45 Got & Vandale. Les Papes se mirent à leur tête & avec 
des Brefs, des Bulles & des Moines, firent trembler les 
Rois, les déposèrent, les firent assassiner, & tirèrent à eux 
tout l'argent qu'ils purent de l'Europe. L'imbécile Inas'> 

2}. J4^-K fondirent — 24. A' des États /ffo« sans autorité et arbitraire, 
gui veut corriger sans doute la faute de ses États des éd. 4S et j2. — 26. i^^-K 
et c'est précisément par cette raison que les peuples gémissoient [dans] 

— 29. ]4'-K et [l'AngleterreJ 

51. )4'-42', }6-K hirds 40-48, $2 lords Angl. jj lairds est traduit 
par peers. — J2. }^-K avec des Rois mal affermis — 55. Combattans est la 
seule leçon des éd. collât iounées, saufji''. — 35. }9*-K [d'un] bon [.Maître] . 

— 56. ^y4-A' Des [prêtres] 

46. ^/-A'ils[firent] — 48. }4'-J9 Ina 



SUR LE GOUVERNEMENT IO3 

l'un des tirans de l'Eptarchie d'Angleterre, fut le pre | mier [j8] 

50 qui dans un pèlerinage à Rome se soumit à païer le 
denier de saint Pierre (ce qui étoit environ un écu'^ de 
notre monnoie) pour chaque maison de son territoire. 
Toute l'isle suivit bien-tôt cet exemple, l'Angleterre 
devint petit à petit une Province du Pape, le Saint Père 

55 y envoïoit de tems en tems ses Légats pour y lever des 
impots exorbitans. Jean sans-terre fit enfin une cession 
en bonne forme de son Roïaume'7 à Sa Sainteté qui 
l'avoit excommunié, & les Barons qui n'y trouvèrent pas 
leur compte, chassèrent ce misérable Roi, ils mirent à sa 

60 place Louis VIII père de saint Louis Roi de France ; 
mais ils se dégoûtèrent bien-tôt de ce nouveau venu & 
lui firent repasser la mer. 

Tandis que les Barons, les Evéques, les Papes déchi- lygl 
roient ainsi l'Angleterre où tous vouloient commander, 

65 le Peuple, la plus nombreuse, la plus vertueuse même, 
& par conséquent la plus respectable partie des hommes, 
composée de ceux qui étudient les loix & les sciences, 
des Négocians, des Artisans, en un mot de tout ce qui 
n'étôit point tiran ; le Peuple, dis-je, ètoit regardé par 

70 eux comme des animaux au-dessous de l'homme ; il s'en 
falloit bien que les Communes eussent alors part au 
Gouvernement'^, c'étoient des Vilains'9: leur travail, 
leur sang apartenoient à leurs Maîtres qui s'apelloient 
Nobles. Le plus grand nombre des hommes étoit en 

75 Europe ce qu'ils sont encore en plusieurs endroits du 

49. J4'-46 la Heptarchie (^94 corr., 4S-K l'Heptarchie) 

58. 46-K suppriment et devant [les barons] correction motivée par la 
suivante. — 59. }9*-K et [mirent] — 60. j-/", _jj, jj", [Louis] huit 

64. /4"-A'tous [ainsi] — 65. S4''S9 [nombreuse,] la plus utile, [la plus 
vertueuse même et...] }g*-K [nombreuse] la plus utile et même la plus 
vertueuse [partie...] — 68.594-46 suppriment en un mot... tiran. — ^^-A' 
[artisans], des laboureurs enfin, qui exercent la plus noble (ji la plus 
utile ^6-K la première) et la plus méprisée des professions: [le Peuple;..] 

72. _fi les [Vilains] 



104 NEUVIEME LETTRE 

Nord, serfs | d'un Seigneur, espèce de bétail qu'on vend [80] 
& qu'on acheté avec la terre. Il a fallu des siècles pour 
rendre justice à l'humanité, pour sentir qu'il étoit hor- 
rible que le grand nombre semât &. que le petit nombre 

80 recueillit^", & n'est-ce pas un bonheur pour le genre 

humain que l'autorité de ces petits brigands ait été éteinte 

en France par la puissance légitime de nos Rois, & en 

Angleterre par la puissance légitime des Rois & du Peuple ? 

Heureusement dans les secousses que les querelles des 

N) Rois & des Grands donnoient aux Empires, les fers des 
Nations se sont plus ou moins relâchés ; la liberté est 
née en Angleterre des querelles des tirans-', les Barons 
forcèrent Jean sans-terre & Henri III | à accorder cette [81] 
fameuse Charte, dont le principal but étoit à la vérité 

90 de mettre les Rois dans la dépendance des Lords, mais 
dans laquelle le reste de la Nation fut un peu favorisée, 
afin que dans l'occasion elle se rengeât du parti de ses 
prétendus protecteurs^^. Cette grande Charte qui est 
regardée comme l'origine sacrée des libertés Anglaises, 

y-, fait bien voir elle-même combien peu la liberté étoit 
connue. Le titre seul prouve que le Roi se croïoit absolu 
de droit^J, & que les Barons & le Clergé même ne le 

76. J^°-À' [du] monde [, serfs] Angl. ^j of the world. — 79. J4'-K sup- 
priment nombre après petit. — 80. jo [un] honneur (simple coquille) 

80-81. )4'-K pour les Français leçon absurde contre laquelle Voltaire a 
protesté (Eengcsco, t. IV, p. 8) ;/ un bonheur que... (en supprimant 
pour les Fr-mçais). — 82. }4'-)<p [en France par la puissance légitime] 
des Rois et du Peuple ? _;94-A' [en France par la puissance légitime] des 
[Rois, et en Angleterre par] celle du Roi et de la nation {46-K en Angle- 
terre sans et). Il y avait sans doute déjà les deux fautes des lignes 80-Sj dans 
la copie envoyée en Angleterre, car Angl. jj les reproduit : « And was net 
France very happy when the power and authority of those petty robbers 
was abolished by the lawful authority of Kings and of the People? » 
Mais le traducteur essaie, comme fera ji d'une autre façon, de pallier le 
mauvais sens de la phrase en supprimant une fois la mention de la France. 

91. ^4', ^j, ^7", J94, 46-K f.ivorisé — 93. 46 Tout le passage : Cette 
grande Charte... les plus forts est supprimé dans celte éd. et remplacé par une 
impression correcte de la nouvelle leçon défigurée dans la lettre VIH : Ce 
qu'on reproche... meilleur sort(r/. p. Ç2). 



SUR LE GOUVERNEMENT IO5 

forçoient à se relâcher de ce droit prétendu, que parce 
qu'ils étoient les plus forts. 

100 Voici comme commence la grande Charte^+: » Nous 
» accordons de notre libre volonté les Privilèges sui- 
» vans aux Arjchevêques, Evêques, Abbés, Prieurs & [^2j 
» Barons de notre Roïaume, etc. 

Dans les articles de cette Charte il n'est pas dit un 

105 mot de la Chambre des Communes, preuve qu'elle 
n'existoit pas encore, ou qu'elle existoit sans pouvoir*?. 
On y spécifie les hommes libres d'Angleterre*^, triste 
démonstration qu'il y en avoit qui ne l'étoient pas. On 
voit par l'Article 32*7 que ces hommes prétendus libres 

iio dévoient des services à leur Seigneur. Une telle liberté 
tenoit encore beaucoup de l'esclavage^^. 

Par l'Article 21 le Roi ordonne que ses Officiers ne 
pourront dorénavant prendre de force les chevaux & les 
charettes des hommes libres qu'en païant*?, & ce Régle- 

II) ment parut au Peuple une vraie liberté, | parce qu'il [83] 
ôtoit une plus grande tiranie. 

Henri VII, usurpateur heureux & grand poIitique3°, qui 
faisoit semblant d'aimer les Barons, mais qui les haïssoit 
& les craignoit, s'avisa de procurer l'aliénation de leurs 

120 terres3'. Par-là, les Vilains qui dans la suite acquirent 
du bien par leurs travaux, achetèrent les châteaux des 
illustres Pairs3* qui s'étoient ruinés par leurs folies. Peu 
à peu toutes les terres changèrent de Maîtres. 

La Chambre des Communes devint de jour en jour 

125 plus puissante3 3, les familles des anciens Pairs s'étei- 
gnirent avec letems,& comme il n'y a proprement que les 
Pairs qui soient nobles en Angleterre dans la rigueur de 

109. }4'-K les [hommes] — iio. 46-À' le service 
114. ^4"-À' [payant]. Ce règlement. — 117. j6-K [Henri VII], con- 
quérant et politique heureux 

122. ^4'-46 leur folie — 123. }4-'46, yo, maître. 



I06 NEUVIÈME LETTRE 

la Loi, il n'y auroit plus du tout de noblesse en ce Païs- 

là si les I Rois n'avoient pas créé de nouveaux Barons de [84J 

1 30 tems en tems, & conservé l'ordre des Pairs qu'ils avoient 
tant craint autrefois, pour l'oposer à celui des Communes 
devenu trop redoutable. 

Tous ces nouveaux Pairs qui composent la Chambre 
haute, reçoivent du Roi leur titre & rien de plus, 

1 3 5 presque aucun d'eux n'a la terre dont il porte le nom'*. 
L'un est Duc de Dorset & n'a pas un pouce de terre en 
Dorsetshire. 

L'autre est Comte d'un village qui sçait à peine où ce 
village est situé. Ils ont du pouvoir dans le Parlement, 

140 non ailleurs. 

Vous n'entendez point ici parler de haute, moïcnne & 
basse justice, ni du droit de chasser sur les terres d'un 
Ci|toïen, lequel n'a pas la liberté de tirer un coup de [85] 
fusil sur son propre champ. 

145 Un homme parce qu'il est Noble ou parce qu'il est 
Prêtre, n'est point ici exempt de païer certaines taxes3>, 
tous les impots sont réglés par la Chambre des Com- 
munes36, qui n'étant que la seconde par son rang, est la 
première par son crédit. 

150 Les Seigneurs & les Evêques peuvent bien rejetter le 
Bill des Communes pour les taxes ; mais il ne leur est 
pas permis d'y rien changer ; il faut ou qu'ils le reçoivent 
ou qu'ils le rejettent sans restriction. Quand le Bill est 
confirmé par les Lords & aprouvé par le Roi, alors tout 

128. Aiigl. )j : There ^vould be no such thingin strictness of Law as 
Nobility in thatlsland d'accord avec ^4*- jç qui imitent lavirgtile avant dans 
la rigueur de la loi; ^9^K ponctuent [Angleterre], dans. ..loi, [il] — 
j6-K presque plus [de noblesse] — 130. ^./'-A' le corps [des Pairs] 

151. i4'-S9^ craints — ij). 46-K puisque {mauvaise leçon). Angl. _j_j 
and very few of them 

145. 42, 42^ [n'a pas] la jouissance Mais à l'errata : jouissance, lis, 
licence. — 145. )4'-K [noble] ou prêtre — 146. A' omet ici. 

151. }4'-K [Communes], lorsqu'il s'agit de lever de l'argent 



SUR LE GOUVERNEMENT IO7 

155 le monde paie, chiicun donne non selon sa qualité (ce 
qui est absurde,) mais selon son revenu37 ; il n'y a point 
de Taille | ni de Capitation arbitraire, mais une Taxe [861 
réelle sur les terres. Elles ont toutes été cvahiées, sous 
le fameux Roi Guillaume IID^ & mises au-dessous de 

160 leur prix. 

La Taxe subsiste toujours la même quoique les reve- 
nus des terres aient augmenté, ainsi personne n'est 
foulé & personne ne se plaint'9. Le Païsan n'a point les 
pieds meurtris par des sabots, il mange du pain blanc, 

165 il est bien vétu+°, il ne craint point d'augmenter le 
nombre de ses bestiaux ni de couvrir son toit de tuiles, 
de peur que l'on ne hausse ses impots l'année d'après. Il y 
a ici beaucoup de Païsans qui ont environ deux cent 
mille francs4i de bien, & qui ne dédaignent pas de con- 

170 tinuer à. cultiver la terre qui les a enrichis, & dans laquelle 
ils vivent libres-^^. 



COMMENTAIRE 



1. Point de vue anglais. « A happy mixture » (Halifax cité 
par Bastide, John Locke, 1 74). 

2. Moréri(i7i8 : art. Angleterre, Gouvernement) : « L'An- 
gleterre a été soumise à cinq nations différentes. » Chamberlayne 
{État présent, I, i) : « L'Angleterre a été possédée par cinq 



156. 5^'-7ï^ serait [absurde] — 158. 46-4S, ^2-K été évaluées toutes 
jT.'été toutes évaluées .-lit lieu du mot évaluées, _j^, suivi par ^4^ et'', 
porte enclavées .• j'ai corrigé selon le texte uniforme de j4''-K et même de 
^4" et J7 cette absurdité qui n'est qu'une faute d'impression. — 159. ^4'-K 
omettent les mots et mises... prix. 

167. À' On y voit [beaucoup] (correction arbitraire, nécessitée parla dis- 
persion des lettres dans le Dictionnaire philosophique). — 168. 14''-K [envi- 
ron] cinq ou six cens Livres Sterling de revenu, [et qui] 



I08 NEUVIÈME LETTRE 

diverses nations et a été convoitée par plusieurs autres. Et 
certes il ne faut pas s'étonner de ce qu'une si belle et riche 
dame a eu tant de galants. » Murait (L. I, p. 20) : « II me 
paraît qu'ils tiennent quelque chose des différentes nations 
qui les ont subjugués (Saxons, Danois, Normands, Romains). » 

3. Greg. Leti, 2* p., 1. 2, t. III, p. 72. Mais d'ailleurs tous 
les historiens d'Angleterre rappellent cette loi de Guillaume 
le Conquérant. 11 est plus naturel de penser à Rapin Thoyras 
(t. II, p. 23). « La seconde (mesure prise contre le ressentiment 
des Anglais, fut) de leur défendre d'avoir de la clarté dans leurs 
maisons après huit heures du soir. Quand cette heure était venue, 
ils entendaient le son d'une cloche qui les avertissait d'éteindre 
la lumière et de couvrir leur feu, à peine d'une grosse amende. » 
Ou bien, et peut-être encore plus vraisemblablement, il y a ici une 
trace du Craftsman et de Bolingbroke. « The Corfeu in WiUiam 
the Conqueror's Time was deem'd the most severe Exertion of his 
Power aswell as the greatest Instance of his Fear, of anything 
that he did during his whole Reign. He caused a Bell to 
be rung every Night at eight o'clock, in ail the Towns and Villages 
of England, obliging every Body, m order to preveut any Assem- 
Nies of the People, to put out their Pires and extinguish ail their 
Lights. » (No 233, Saturday December 19, 1730.) Nulle part je 
n'ai trouvé chez un historien le second terme de l'alternative pro- 
posée par Voltaire. 

4. Cette lettre IX sort de tout ce que Voltaire a lu ou entendu 
de discussions politiques et de réflexions sur les origines de la 
constitution anglaise. Il prend le contrepied d'une doctrine très 
souvent défendue par les historiens et les théoriciens anglais 
sur l'immémoriale antiquité des institutions nationales. Beau- 
coup de mes citations serviront plutôt à marquer les états 
d'opinion qu'il contredit ou reflète, que les écrits où il 
s'est directement informé. C'était une matière agitée quoti- 
diennement dans les journaux ; elle devait l'être dans les conver- 
sations. Il faut donc être prudent dans l'assertion des sources. 
On peut seulement remarquer que Voltaire s'éloigne plus des 
whigs que des tories. Ceux-là maintenaient l'antiquité de la 
constitution anglaise, des libertés anglaises, des Communes ; les 



SUR LE GOUVERNEMENT IO9 

tories admettaient davantage une évolution historique dans 
laqjelle peu à peu, à la faveur des circonstances, et souvent par 
le seul droit de la force, les libertés de la nation, la puissance des 
communes s'étaient développées. Les deux points de vue sont 
exposés dans Tlie W eekly Journal or the British Gaieteer (n° 117, 
Saturday August 5, 1727). Le tory Boliugbroke admettait un 
<.< spirit of Freedom » hérité des Bretons et des Saxons, mais 
il tenait les institutions Hbres de l'Angleterre pour le pro- 
duit d'une réaction laborieuse de cet esprit de liberté contre 
l'oppression des tyrans laïcs et ecclésiastiques et des rois 
normands. Il faut d'ailleurs se souvenir que les tories même, 
sauf quelques rares apologistes jacobites du pouvoir absolu, 
n'étaient guère, pour un Français qui pensait à son pays, 
de moins bons maîtres de libéralisme que les whigs, d'autant 
plus qu'ils étaient alors dans l'opposition et réclamaient fré- 
quemment contre les whigs les principes de liberté. 

5 . L'opinion que la constitution anglaise est celle des Goths et 
Vandales, que le Parlement anglais dérive des assemblées 
saxonnes est soutenue, entre autres, par Algernon Sidney, Dis- 
courses concerning Governvient, 1698, p. 131, et 381-391 (cf. 
p. 379 : « Our ancestors who seem to hâve had some such 
thing in their eye as balancingthe powers... ») ; Temple, /h/;-, à 
VHist. d'AngJeferre, tr. de l'Angl., Amsterdam, 1695, p. 305 ; 
Ty ne]l, Bibl. pal., pp. 549-551, et Hist. of England, 1704-5, 
dissert, à la fin du t. III ; English liherlies (p. 8, 114) ; Roger 
Acherley , The Britannic Constitution , or the fwidamental 
forni of Government in Britain, 1727, in-fol., p. 116, 167, 178 (il 
trouve, lui, les « three estâtes of Kings, Lords and Gommons » 
chez les Bretons) ; Tl}e history of the High Court of ParJianient, 
1731, t. I, p. 22 ; Larrey, Hist. d'AngI.,t. I, Diss. sur l'origine 
des Parlements, p. 21, 28, 32 (il suit Tyrrell). Rapin Thoyras 
avait écrit : <( On peut donc avancer comme une chose cer- 
taine que les lois qui s'observent aujourd'hui dans la plupart des 
pays de l'Europe tirent leur origine de celles que ces anciens 
conquérants ont apportées du Nord. » ÇDiss. sur le Gouverne- 
ment, les lois, les mœurs, les coutumes et la langue des Anglo-Saxons, 
au t. I de l'Hist. d'Angl., p. 404.) Bolingbroke même remon- 



IIO NEUVIEME LETTRE 

tait voloQtiers aux Goths, Francs et Saxons (Diss. upon parties, 
JVorks, II, 184, 197, 207). 

6. Chamberlayne accorde qu'« avant la conquête Normande le 
Grand Conseil du Roi n'était composé que des grands du 
Royaume » (éd. 1 698, t. II, p. 1 8 3) ; de même, The historyo/lhe High 
Court ofParliament, I73i,(t. I, p. 162-163) ^it:»" Populi multi- 
tude was no constituent part of the great Councils or Parliaments » 
(p. 173). Rapin Thoyras n'ose affirmer la présence des Com- 
munes dans les Parlements Anglo-Saxons (IX, 626). Tyrrell 
(p. 390) la soutient pour ceux-ci, et Acherley (p. 116) pour les 
Bretons. Sidney (pp. 383-391) maintient que tout guerrier étant 
noble, le mot noblesse, lorsqu'il s'agit des assemblées saxonnes, 
comprend en réalité les Communes. 

7. Cf. Rapin Thoyras cité dans la note 5, et sa Diss., t. I, 
pp. 415-418. — Les mots : ces Étals dont on fait tant de bruit, 
visent les théories analogues à celles d'Alg. Sidney : « Ail the 

Northern Nations which upon the Dissolution of the Roman 
Empire possessed the best Provinces that had composed it, were 
under that form of which is usually callcd the Gothick Polity. 
TheyhadKing, Lords, Gommons, Diets, Assemblies of Estâtes, 
Cortez and Parliaments, in which the sovereign Powers of those 
Nations did réside, and by which they were exercised. » 
(P. 131.) 

8. « Saxon and Gothick Princes not absolute but limited. » 
(Tyrrell, p. 248.) « Ces premiers rois, n'ayant pour sujets que 
leurs propres compatriotes, n'osèrent pas entreprendre de s'attri- 
buer une autorité despotique. » (Rapin Thoyras, I, 406.) 

9. « The people groaned under the oppression of both (Kings 
and barons). » (Bolingbroke, Remarks..., 1750-1731, Works, 
t. I, p. 318.) Mais Bolingbroke parle ici non des barbares, mais 
des rois et barons Normands après la conquête. — « C'est 
quand les rois n'étaient pas absolus que les peuples étaient mal- 
heureux : ils étaient alors la proie de cent tyrans. » (Voltaire, 
Sottisier, XXXII, 596.) 

10. « Les autres capitaines Saxons et Anglais qui firent des 
conquêtes dans la Grande-Bretagne après Hengist, imitèrent ce 
premier conquérant en prenant le titre de Roi. » (Rapin Thoyras, 



SUR LE GOUVERNEMENT 1 1 1 

I, 405.) « The Chief Commander soon assume [d] the title ot 
Kin^fhnx. far from the sensé ofthe worà Monarch. «(TheHistory 
of the High Court of Parliami'nt, 1731, t. I, p. 22.) « Les Princes 
ou les Généraux de ces différentes Nations devinrent Conings ou 
Rois des paj's qu'ils avaient conquis ; ils se réservaient une 
partie des terres pour leur revenu et partageaient le reste entre 
leurs principaux Capitainesenleur donnant de grosses portions. » 
(^Introduction à VHist. d'Angl., par le chev. Temple, trad. de 
l'Angl., Amsterdam, 1695, in-12.) Cf. let. VIII, ligne 45, note 
critique, p. 89. 

11. K AUof them (les compagnons des chefs) iuere to hâve a 
share (by prior agreement) in the Conquerd Lands. » (The Hist. 
ofthe H. C. of.Parl., I, 23.) Cf. note 10. 

12. Echard (Hist. of EngL, éd. 1720, III, 27) compare les 
combats des Saxons à « the Combats of wolves and bears, or 
the skirmishes of ravenous birds in the air ». Mais Echard est 
dénoncé on 1728 par le journal whig, The London fournaJ, 
a° 471, comme un ennemi des libertés et de la Constitution 
anglaise. 

13. Cf. ÏQ Sottisier cité dans la note 9. 

14. Rapin Thoyras (I, 8-9) a un long passage sur les Druides, 
leur « autorité plus que souveraine », leur « espèce d'excommu- 
nication » qui les rendait « très redoutables », et il termine 
dans l'esprit de Voltaire : « Les ecclésiastiques chrétiens n'ont 
que trop imité en cela les anciens druides. » Cf. encore G. Leti, 
t. I, p. 24-25 ; Echard, t. I, p. 3 ; The Hist. of the H. C. of 

*■ Pari., t. I, p. 12, où on lit : « The Popes run excommunication 
to a greater height. » 

1 5 . Lui est l'orthographe de Rapin Thoyras (I, 1 76) et d'Echard 
(I, 25), qui racontent l'établissement du denier de saint Pierre 

16. Ecu n'est sans doute pas un lapsus àt Voltaire, qui a laissé 
le mot malgré la critique de la Bihlioth. Brit. Rapin Thoyras dit 
un sou, Echard a Penny : mais Voltaire veut dire, à tort ou à rai- 
son, qu'un sou du temps d'Ina vaudrait un écu du xviiie siècle. 

17. «... King John,at Dover taking off his Crown from 

his head, humbly surrender'd it into the Pope's hands by his 
attorney Pandolph ; after which he suhscrihed to another 



112 NEUVIEME LETTRE 

charter, wherehy he resii^iied bis KingJom to tbe Pope. » (Echard, 
L. II, ch. 2, t. I, p. 104.) 

18. C'était la question qui tourmentait beaucoup les théori- 
ciens politiques de l'Angleterre. Voyez plus haut, note 6, l'opi- 
nion d'Alg. Sidney. Chamberlayne.éd. 1698, t. II, 183, dit que 
« selon l'opinion de quelques-uns » les communes n'entrèrent pas 
au Parlement avant le régne de Henry III. Au contraire Tyrrell, 
dial. 6, 7 et 8, p. 265 etsuiv., se demande « whether the Gom- 
mons of England represented by Knights, citizens, and Burgesses 
in Parliament, were oneof the thrce Estâtes in Parliament before 
the 49tii of Henry Illd or 181'' of Edward I^t. » (Cf. p. 390.) 
Dans son Histoire d'Angleterre à la fin du t. III, Tyrrell disserte 
contre l'avis deSpelman Prynne et de Brady qui veulent qu'il n'y 
ait pas eu de Communes au Parlement avant Henri III et 
Edouard 1er. Larrey, Hist. d'Attgl. (diss. à la fin du tome 1"), 
a suivi Tyrrell. Acherley admet que par la Conquête Normande 
il y a eu un « breach » de l'ancienne constitution, mais qu'elle 
fut bientôt rétablie. Voltaire se range à l'avis de Bolingbroke : 
« The commonalty had liitle or no share in the législature. » 
{Remarks 1730-1731, Works,!, 318.) 

19. « Le dernier ordre du peuple Saxon, j'entends du peuple 
libre, était celui des Ccorles, c'est-à-dire des marchands, des arti- 
sans, des habitants de la campagne et autres... «(Rapin Thoyras, 
I, 411). Rapin Thoyras distingue ces ciirls des esclaves ou 
viîlains avec lesquels Voltaire les confond. « Le dernier ordre 
des sujets, c'étaient les esclaves qui étaient de deux sortes. Les 
uns étaient véritablement esclaves... Les autres qui étaient pro- 
prement des serviteurs.., faisaient valoir les terres de leurs 
maîtres dont ils tiraient eux-mêmes quelque profit, sans qu'il 
leur fût permis de quitter le lieu de leur demeure pour aller 
s'établir dans un autre, à moins que leur seigneur n'y consen- 
tît. Ils furent depuis nommés viîlains, c'est-à-dire Villageois ou 
habitants de la campagne. On trouve encore en divers endroits 
d'Allemagne de ces sortes de paysans qui sont sujets à beaucoup 
de corvées et qui pour l'ordinaire sont traités fort rudement 
par leurs seigneurs. » (Rapin Thoyras, I, 411.) — Le London 
Journal, Sept, i, no 740, dont l'extrait est cité par le Gentle- 



SUR LE GOUVERNEMENT II3 

iiian's Mrfcfrt:^//;^, Sept. 1733, s'est approprié les vues et les termes 
de Voltaire : « The primitive purityofourgovernment was that 
Ihe People had no share in the goi'crnment, but were Villains, 
vassals, or bondsmen to the Lords ; a sort of cattle bonght and 
sold with the land. The very Parliaments of old were composed 
only of Ecclcsîastical and Civil Tyrans called Abbots, Priors, 
Barons, etc. The Kings indeed luere not ahsolule over the 
Barons, but both Kings and barons were absolute over the 
People. » 

20. Sentiment qui provoquera quarante ans plus tard les 
écrits de Voltaire pour les serfs du Mont Jura. 

21. Ici les vues de Voltaire se ramènent à celles de Boling- 
broke qui, tout en soutenant que « l'esprit de liberté » datait 
des Bretons et des Saxons, estimait que la conquête Normande 
avait mis le peuple anglais dans l'esclavage : il fallut les conflits 
des rois et des barons pour rétablir la liberté. « The Norman 
Kings, of imperious tempers, assumed great power. The 
barons did the same. The people groaned under the oppres- 
sion of both. This union was unnatural and could not 
last. The barons, enjoying a sort of feudatory sovereignty, 
were often partners and sometimes rivais of the Kings. 
They had opposite interests and they soon clashed. TJms 
zuas tije opportunity created of re-establishiiig a more equal free 
governnicnt than that which had prevailed after- the Norman 
invasion... TJie Kings, the barons and the clergy were ail in reality 
enemies to public liberty... Yet they helped in their tiirns to 
establish liberty. » {Reniarhs on the Hist. of Eiigl., dans TI}e Crafls- 
inan, 1730-173 1, nos 215 et suiv. ; Works, I, 318.) 

22. « It is true that during thèse contests, Magna Charta was 
signed and confirmed, and the condition of the people, in point of 
liberty, very much improved. But this was the accidentai ej^ect oj 
the contests between the Kings, the barons and the Clergy. » 
(Bolingbroke, Remarks..., Works, t. I, p. 385.) 

23. A cause de l'expression ?zo!« accordons c\\ii a fort tourmenté 
les défenseurs de l'antiquité des libertés anglaises. Acherley l'in- 
terprète par agrecd, ci tnicnà a contract, non a gift (p. 188 et 

Lett. phil. I. - 8 



114 NEUVIEME LETTRE 

191). « Though they (the liberties) are said to hâve heen grmiled 
from the Kings'mere good will, yet that is recited only to make 
it more strong against himself, silice the nobihty and the people 
of England claimed those liberties as thcir ancient undoubted 
rights. » (Tyrrell, p. 227.) Malgré le mot frflwto/, « yet they 
must not be understood as mère émanations of Royal favour, or 
new bounties granted, but a restitution of such (liberties) as 
lawfully they had before. » (English Liberties, p. 8.) Boling- 
broke même écrit : « The British liberties are not the grant of 
Princes. » (Remar'ks, Worh, t. I, p. 318.) Il se retrouve ainsi 
d'accord avec Alg. Sidney qui disait : v Magna Charta was not 
the original, but a déclaration of the English Liberties. »(?. 377.) 
Voltaire qui échappe aux préjugés anglais, s'en tient à la lettre 
du texte. îl se trouve ainsi se rapprocher des tories extrêmes, 
défenseurs du droit divin et du pouvoir absolu des rois, comme 
sir Robert Filmer, sans admettre d'ailleurs leur thèse politique. 

24. Voltaire prend la Grande Charte dans Rapin Thoyras 
(II, 292). Il n'en cite pas textuellement le début, mais il ramasse 
et condense. « Jean, Par la grâce de Dieu roi d'Angleterre, à tous 
les archevêques, èvêques, comtes, barons , etc. (les ahhès et prieurs 
sont nommés à la fin, art. LXVII) : Qu'il vous soit notoire que 
nous... avons accordé et par cette présente accordons pour nous et 
nos héritiers et successeurs à jamais : I. Que l'Eglise d'Angleterre 
soit libre... Nous voulons (Rapin Thovras note que cette phrase 
manque dans quelques copies) que les privilèges de l'Eglise soient 
par elle possédés de telle manière qu'il paroisse que la liberté des 
élections... a été accordée par un acte libre de notre volonté. » 

25. Questions très discutées en Angleterre. Voyez la note 18. 
A SpelmanPrynne, Brady et Bolingbroke, il faut ajouter The Hist. 
oftheH. C. of Pari., par Thornhagh Gurdon : « As yet (jus- 
qu'à la Grande Charte) no représentatives of thegenerality of the 
Gommons in Parliament. »(I,2is.) Rapin Thoyras n'ose se pro- 
noncer. Il dit à propos du Parlement de 1258, sous Henri III : « Il 
est certain que douze députés des Communes assistèrent à ce Par- 
lement. Mais si ce fut par grâce (thèse de Brady) ou de droit 
(thèse de Tyrrell), je veux dire si ce fut une nouveauté, ou si 
les Communes avaient des députés pour les représenter dans les 



SUR LE GOUVERNEMENT II5 

précédents Parlements, c'est ce que je n'oserais prendre sur 
moi de décider, puisque les Anglais n'en conviennent pas entre 
eux... Ajoutons encore qu'il serait bien étonnant, si les Com- 
munes avaient eu ce droit auparavant, que les historiens ne les 
eussent jamais distinguées de la Noblesse. Cependant parmi tant 
d'auteurs qui depuis le temps de la Conquête jusque vers la fin 
du règne de Henri III ont parlé des Parlements, il ne s'en trouve 
aucun qui ait parlé des Communes comme faisant un Corps à pari ou 
une Clkinihre séparée dans le Parlement. » (II, 400; cf. I, 418-419.) 
C'est le même argument que chez Voltaire. Rapin Thoyras, à 
propos de l'article 18 de la Grande Charte, fait la remarque qu'il 
n'y avait pas encore de députés des Communes au Parlement (II, 
29s, et n. 2). 

26. Le ternie sujet libre est à l'art. 2. (R. Th., II, 292.) 

27. Voltaire a dû s'embrouiller ici dans ses notes. Ce qu'il 
place à Varlicle ^2 est à Vart. 21 : « On ne saisira les meubles 
d'aucune personne pour l'obliger à raison de son fief à plus de 
service qu'il n'en doit naturellement. » Et là où il met article 21, 
il faut lire 38. (Cf. R. Th., II, p. 295 et 297.) 

28. « Par la lecture des deux Chartes qui seront insérées à la 
fin de ce règne, on pourra s'instruire des oppressions auxquelles 
les Anglais avaient été sujets depuis la Conquête. » (R. Th., II, 
281.) 

29. Art. XXXVIII : « Aucun shérif ouhailli ne prendra par force 
ni chariots ni chevaux pour porter aucun bagage, qu'en payant le 
prix ordonné par les anciens règlements, savoir dix sols par jour 
pour un chariot à deux chevaux et quatorze sols pour un à trois 
chevaux. » (R. Th., II, 297.) 

30. « As for King Henry VII, a Poîitick Prince he was, if ever 
there were any. » (Acherley, 693.) «... The Poîitick Prince 
Henry VII... » (The hist. ofthe H. C. 0/ P., 1, 181). « Henry VII, 
a thinking suspicions Prince » (Ibid., II, 346). 

31. Rapin Thoyras ne dit rien de cette loi. Bacon en parlait, 
mais sans faire de réflexions sur la portée de ce statut qui faisait 
partie d'un ensemble de mesures relatives à la guerre contre la 
France et l'Ecosse : « ... The setting the gâte open and wide for 
men to sell or mortgage their land without fines for aliénation, 



I 1 6 NEUVIÈME LETTRE 

to furnish thcmselves with nioneyforthc war. » (Hisl. of H. Vil, 
éd. 1676, ia-fol.,p. 58.) Les considérations sur la portée de cette 
loi, se rencontrent à chaque instant chez les écrivains politiques de 
l'Angleterre au début du xviiie siècle. Cf. Swift, 0//^e Contests and 
Dissensions hetiveeii thc Nobles and Conimons in Athens and Rome, 
etc., 1701 (cité dans The Gentleman s Magasine, mars 1732, p. 639) ; 
Echard, Hist. of EnçL, L. III, ch. i, p. 258. — « ... Thosc measures 
which tlie King took to lessen the power of his nobility.... : 
which hy openinga way to the lords to alienate their lands, opened a 
way to the Gommons to increase their property, and consequently 
their/JOîtw in the State. » (Bolingbroke, /?^/h«/-^5..., Works,!, 36.) 
— « Henry VII, athinking suspicious prince, reflecting upon the 
over balance the nobility had been to former Kings, cast about 
him to lessen the power of the lords and enlarge that of the 
Gommons, and truly judgingthatpoweraccompanied property, in 
order to lessen the power of the Lords, he set very low fines for 
license of aliénation of lands helden in capite, which in time les- 
sened the power of the Lords and raised theComuions whose power 
grew as their Property increased. » (The Hisl. of theH. C. of Pari., 
1731, II, 346. Cf. I, 181.) — « Henry VII, a wise Prince, consi- 
dering that the Danger of the Crown, formerly, was owing to 
the strength of the Barons by the Dependancies of their large 
and unalienable Estâtes, laid hold of some incidents... to get... 
an Act ivherehy the Lords shou'd he enabled to alienate their Estâ- 
tes... » (Tl}e London fournal, Nov. 20, n° 647, extrait donné par 
The Gentleman's Magasine, November 173 1, p. 480). 

32. «... Then they wasted apace their ancient tenures, and the 
Gommons not then grown luxurious, were ready to huy as soon 
as the Lords ivere ready to sell. » {The Hist. of the H. C. of Pari., I, 
181.) « So by their Industry and Frugalitv, they got the Lands 
which the Barons squander'd away in Architecture, extravagant 
living, etc.. » (The Londcn fournal, extrait donné dans The Gentl.'s 
Mag., Nov. 173 1, p. 480.) 

33. ft By ail which (les ventes qui furent l'efTet de la loi) the 
Balance of the Nation was gradually alter'd,and Gommons ohtain'd 
a greater power and figure than ever they had before. » (Echard, 
Hist. of Engl. p. 2 5 8.) Cf. la note 31. 



SUR LE GOUVERNEMENT II7 

34. « Toutes ces dignités ou ces titres sont pris de quelque 
terre, et quelque province, ville ou bourg, comme duc de Nor- 
folk, comte d'Oxford, vicomte de Montaigu, etc.. Cependant ces 
dignités ne sont que titulaires, et la plupart de ceux qui les pû^sédeiit 
n'ont rien à voir dans les terres dont ils portent le nom. » (Beeve- 
rell, Les délices de l'Angleterre, V, 1055.) Peut-être est-ce un 
souvenir littéraire qui suggère ici à Voltaire le nom de Dorset : 
cf. les lettres XXI (fin) et XXII (début). 

3 5 . Cette remarque est partout. « Elle(la noblesse d'Angleterre) 
n'a pas encore le grand privilège dont la noblesse de France 
jouit, par lequel les domaines et les terres qu'ils tiennent par 
leurs mains sont exempts de toutes tailles et contributions... En 
Angleterre, le premier seigneur du royaume n'y a pas plus de 
privilège que le dernier laboureur. ^) (Chamberlayne, Etat présent, 
I, 503 ; cf. pour le clergé, p. 271.) « Leurs domaines et leurs 
terres (des nobles) paient les tailles et les impôts comme celles 
des moindres laboureurs. » (Beeverell, Les Délices de VAngl., V, 
1056.) 

36. « Tel est notre heureux gouvernement que la masse du 
peuple n'est obligée d'obéir qu'à ce qu'il a virtuellement approuvé, 
et que c'est lui-même qui a prescrit les lois qui doivent régler 
sa conduite. » (Addison, i> Free-Holder, tr. franc., 1727, p. 3.) 
« Il n'y a que le Parlement qui ait le droit d'imposer des taxes 
et des impôts ; ainsi on ne lève pas un sou, que la nation n'y 
ait consenti par des députés... Chacune des deux Chambres peut 
proposer tels Bills qu'elle juge à propos, mais les Bills des sub- 
sides commencent toujours par la Chambre des Communes 
parce que la plus grande partie des subsides est levée sur le 
peuple qu'elle représente. » (Beeverell, Les Délices de VAngl., V, 
1059 et 1081.) Cf. Misson, art. Impots, p. 257, qui opposait au 
régime fiscal de l'Angleterre « les maltôtes infinies de notre mal- 
heureuse France ». — Voltaire a pu lire plus d'une fois dans les 
journaux anglais l'expression de la fierté que leur donnait le vote 
de l'impôt et de toutes les contributions par les Communes. 
« ... Our ancestors somehow or other resolvcd alwavs to be 
présent at the shaving of their own beards. nÇThe Weekly Jour- 
nal or the British_Ga:^eteer, no 117, Saturday August 5, 1727.) 



Il8 NEUVIÈME LETTRE 

« It is our peculiar Felicity that we can ouly be taxed by our 
owii Représentatives in Parliament. » (The Daily Journal, n° 
2159, Thursday December 14, 1727.) 

57. « Les grands du royaume en portent leur part (des taxes) 
pioportionnelli-inefit à leurs biens et à leur qualité. » (Misson, art. 
Impôts p. 257.) 

38. L'histoire de Rapin Thoyras marque en 1692 l'établisse- 
ment de la taxe de 4 sh. par livre (XI, 25). Cf. Stephen Do- 
well, A Historyof taxation and taxes in England, 1888, 4 vol. in- 
80. L'évaluation fut faite en 1692, et la taxe fixée à 4 sh. par 
livre. En 1698, elle fut mise à 3 sh. et alors « it was enactcd 
that every district and division should contribute the same pro- 
portion of the particular sum for the country or town, the same 
quota that he paid under the assessment for 1692, theyearwhen 
a newvaluation was made ». 

39. « Cela se fait (les taxes extraordinaires pour la guerre) 
d'une manière si raisonnable et si douce que personne n'a sujet de 
se plaindre. » (Misson, art. Impôts, p. 257.) « Ce qui (l'impôt 
égal sur tous) est réglé avec bien de la justice, en sorte que le 
peuple n'est point foulé et n'a point sujet de se plaindre. » (Beeve- 
rell, Les Délices de l'Anal., V, 1056.) 

40. « Je ne connais les paysans anglais que par un endroit : 
je les vois tous achevai en juste-au-corps de drap, et en culottes de 
peluche, bottés et éperonnés, et toujours au galop... Le peuple 
en général est ici bien habillé. » (Murait, éd. Ritter, 1. I, p. 12.) 

41. « Il y a plus de gens qui tiennent leurs terres par leurs 
mains et de plus riches en Angleterre qu'en aucun autre pays 
de la même grandeur en Europe. Il est fort ordinaire d'y en voir 
qui ont 40 ou 50 livres sterling de revenu, et en quelques pro- 
vinces il n'est pas rare d'y en trouver qui ont jusqu'à 100 et 
200 l. st. de revenu <> (Chambcrlayne, Etat présent, tr. fr., i""* 
éd., 1669, I, 338.) La nouvelle édition de 1698 (II, i54)ajoute: 
« Et dans la province de Kent, il y en a qui ont jusqu'à 1200 
et 1500 1. st. par an. » G. Leti dit: « Se ne trovano piu di deci 
mila che possedono una rcndita di piu di due cento doppie cias- 
cuno, ma un buen numéro piu di tre cento, che non è poco. » 
(P. 11,1. 3; t. II, p. IIS.) 



SUR LE GOUVERNEMENT II9 

42. « Nous trouvons en arrivant ici que chaque Anglais est roi 
chez soi, et tranquille possesseur de son bien. » (Misson, art. 
Impôts, p. 257.) « E quai félicita maggiore che il peter dir 
sempre iî niîo é mio, che il viver sotto le leggi fatte da lui, che lo 
star sicuro di non esser aggravato di taglie, s'egli stesso non se ne 
aggrava? » (Greg. Leti, p. 11, 1. 3, t. II, p. 115.) 



DIXIEME LETTRE 
Sur le coimncrce. 



Le Commerce qui a enrichi les Citoïens en Angle- 
terre, a contribué à les rendre libres, & cette liberté a 
5 étendu le Commerce à son tour ; de-là s'est formée la 
grandeur de l'État ' ; c'est le Commerce qui a établi peu 
à peu les forces navales, par qui les Anglais sont les 
maîtres des mers *. Ils ont à présent prés de deux cent 
vaisseaux de guerre', la postérité aprendra peut-être 
10 avec surprise qu'une petite Isle, qui n'a de soi-même 



Ligne 2. K art. Commerce du Dict. phil. {A l'errata dam l'èd. iii- 
S°, t. LXX, p. 492). — 5. ^6-K remplacent le début jusqu'à Quand 
Louis XIV (/. i-iS) par le morceau suivant : 

Depuis le malheur de Cartagc» aucun peuple ne fut puissant à la fois 
par le commerce et par les armes, jusqu'au temps où Venise donna cet 
exemple. Les Portugais pour avoir passé le Cap de Bonne Espérance 
ont quelque temps été de Grands Seigneurs sur les Côtes de l'Inde, & 
jamais redoutables en Europe. Les Provinces-Unies n'ont été guerrières 
que malgré elles ; & ce n'est pas comme unies entre elles, mais 
comme unies avec l'Angleterre, qu'elles ont prêté la main pour tenir la 
balance de l'Europe au commencement du dix- huitième siècle. 

Cartage, Venise, et Amsterdam ont été puissantes 5 ; mais elles ont fait 
comme ceux qui parmi nous aj-ant amassé de l'argent par le négoce, en 
achètent des terres Seigneuriales. Ni Cartage, ni Venise, ni la Hollande, 
ni aucun peuple n'a commencé par être guerrier, & même conquérant, 
pour finir par être marcliand. Les Anglais sont les seuls : ils se sont 
battus longtemps avant de savoir compter. Ils ne savaient pas, quand 
ils gagnaient les batailles d'Azincour, de Crecy, & de Poitiers qu'ils pou- 
vaientvendre beaucoupde bled, «S: fabriquer de beaux drapsqui leur vau- 
draient bien davantage^'. Ces seules connaissances ont augmenté, enrichi, 
fortifié la nation. Londres était pauvre et agreste lors qu'Edouard III 
conquérait la moitié de la France. C'est uniquement parce que les 
Anglais sont devenus négotians que Londres l'emporte sur Paris par 
l'étendue de la ville et le nombre des Citoyens " ; qu'ils peuvent mettre 



SUR LE COMMERCE 121 

qu'un peu de plomb, de l'étain, de la terre | à foulon, & 
de la laine grossière ^, est devenue par son Commerce [88 1 
assez puissante pour cnvoier en 1723 trois Flottes à la 
fois en trois extrémités du monde 9, l'une devant Gibral- 

15 tar conquise & conservée par ses armes, l'autre à Porto- 
bello pour ôter au Roi d'Espagne la jouissance des tré- 
sors des Indes, & la troisième dans la Mer Baltique pour 
empêcher les Puissances du Nord de se battre. 

Quand Louis XIV faisoit trembler l'Italie, & que ses 

20 armées déjà maîtresses de la Savoie & du Piedmont 
étoient prêtes de prendre Turin, il fallut que le Prince 
Eugène marchât du fond de l'Allemagne au secours du 
Duc de Savoie ; il n'avoit point d'argent sans quoi on ne 
prend ni ne défend les Villes, il eut recours | à des Mar- [^9] 

25 chands Anglais; en une demie heure de tems on lui prêta 
cinquante millions, avec cela il délivra Turin, battit les 
Français, & écrivit à ceux qui avoient prêté cette somme, 
ce petit billet : » Messieurs j'ai reçu votre argent & je 
» me flatte de l'avoir emploie à votre satisfaction '°». 

30 Tout cela donne un juste orgueil à un Marchand 
Anglais, & fait qu'il ose se comparer, non sans quelque 
raison, à unCitoien Romain", aussi le Cadet d'un Pair du 
Roiaume ne dédaigne point le Négoce'^. Milord Toiin- 

en mer deux-cent vaisseaux de guerre, & soudoyer des Rois alliés. Les 
peuples d'Ecosse sont nés guerriers & spirituels. D'où vient que leur 
pa)s est devenu, sous le nom d'union, une Province d'Angleterre?') 
C'est que l'Ecosse n'a que du charbon, & que l'Angleterre a de l'étain fin, 
de belles laines, d'excellents bleds, des manufactures et des compa- 
gnies de commerce. 

II. _;5>4-j2 de bled, [de plomb]. — 15. 1723 est prchahlement une faute 
d'impression pour 1726. Voye:;^ Je Commentaire, n. (.). 

26. _j^-^-A'cinq [millions] (nombre plus exact, cf. le Commentaiie, n. 10). 
— 29. 46-4S, j2-K l'avoir] bien [employé]. 

32. ^4' quelques raisons — 33. j4''-7; Mylord — _?.^ r/o;/;îcToumsond 
forme inadmissible, et faute d^ impression évidente, d'oii je tire par conjecture 
Tounsend comme la leçon probable du manuscrit. ^4'-48, j2, j6 Townshend 
(forme correcte) ji Tovnshend jo-K Thownshend 



122 DIXIÈME LETTRE 

send Ministre d'État a un frère qui se contente d'être Mar- 

35 chand dans la Cité'+. Dans le temps que Milord Oxford 
gouvernoit l'Angleterre, son cadet étoit Facteur à Alep, 
d'où il ne voulut pas revenir, & où il est mort'>. 

Cette coutume, qui pourtant commence trop à se pas- ["qq! 
ser>6, paroit monstrueuse à des Allemands entêtés de leur[s] 

40 quartier[s], ils ne sçauroient concevoir que le fils d'un Pair 
d'Angleterre ne soit qu'un riche & puissant Bourgeois, 
au lieu qu'en Allemagne tout est Prince ; on a vu jus- 
qu'à ^trente Altesses du même nom'7, n'aiant pour tout 
bien que des armoiries & de l'orgueil. 

4) En France est Marquis qui veut'^, & quiconque arrive 
à Paris du fond d'une Province avec de l'argent à dépenser 
& un nom en Ac ou en Ille, peut dire « un homme comme 
moi, un homme de ma qualité"'», & mépriser souverai- 
nement un Négociant ; le Négociant entend lui-môme 

50 parler si souvent avec dédain de sa profession, | qu'il est [91] 
assez sot pour en rougir; je ne sçais pourtant lequel est le 
plus utile à un Etat, ou un Seigneur bien poudré qui sçait 
précisément à quelle heure le Roi se lève, à quelle heure 
il se couche, & qui se donne des airs de Grandeur en 

5 5 jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un Ministre, 
ou un Négociant qui enrichit son Païs^o, donne de son 
Cabinet des ordres à Suratte & au Caire, & contribue au 
bonheur du monde^'. 



35. Oxford «f 'la seule hçoii correcte, donnée par }4-^6. jo-K donnent 
Mylord Orford {leçon impossible, Robert IValpole n'étant devenu comte 
d'Orford qu'après 17^4). 7J (cart.) rétablit Oxford. — 40. J'introduis 
dans won texte la leçon de }(^-K leurs quartiers. — 44.. j6-K [et] une 
noble fierté. 



SUR LE COMMERCE I23 



COMMENTAIRE 



I. Cette idée a pu être suggérée à Voltaire autant par l'opinion 
anglaise que par l'observation des faits. Bolingbroke l'a exprimée : 
« By trade and commerce we grew a rich and powerful nation. » 
(Patriot King, 1749, dans Sichel, Bol. and histimes, t. I, p. 273.) 
De même Addison : « Trade... is absolutely necessary and essen- 
tial to the safety, strength and prosperity of our nation. » {The 
Freeholder, no 42.) Cf. aussi V essai Au Spectateur sur le commerce 
(tr. franc., dise. 56, t. I, p. 366) : « ...Je goûte un plaisir mer- 
veilleux à voir cette foule de négociants qui s'enrichissent eux- 
mêmes et qui travaillent à grossir le capital de la nation. » Les 
journaux anglais de 1726-32 sont pleins d'éloges du commerce 
et du négociant : il s'y mêle d'ailleurs plus d'une fois une 
arrière-pensée politique et électorale. « The Navy of England 
is the proper Strength and Glory of England... This Nation owes 
ail its wealth to its foreign Trade and Commerce. » (The Lon- 
don Jour nul, n° 370, Saturday August 27, 1726.) Cf. encore la 
note 19. En 1728, à l'occasion d'une loi faite pour encourager les 
enrôlements volontaires dans la marine (cf. le Commentaire du 
Fragment d'une lettre anglaise, à la fin du second volume), Young 
publia une ode intitulée Occan (annoncée dans le Daily Post, 
n° 2722, Wednesday June 12, 1728). Le même Young en 1729, 
dans son Imper ium pelagi, ode the first, the Merchant, 1729 
(Poems, 1810, t. XIII de la coll. des English Poets, p. 520 
et suiv.), écrivait : 

Commerce brings riches, riches crown 

Fair virtue with the first renown... 

... Others may traffic, if they please : 

Britain, fair daughter of the seas, 

Is born for trade. . . 

Accomplish'd nierchants are accomplish'd men. . . 

Trade's the source, sinew, soûl of ail. 

'Twas trade at Bleiiheim fought and clos'd the war. 

Trade spring^ from pence, and iwallh from trade. 

And poiver from wealth... 

Voltaire connaissait Young qu'il avait rencontré chez Doding- 



124 DIXIEME LETTRE 

ton à Eastbur}' en Dorsetshire (Ballantyne, p. 54 et 94). Cf. 
Young, la dédicace maligne de Sea-piece à Voltaire (éd. 1810, 

P- 519)- 

2. Young, the Océan, an ode (1728) : 

The main ! the main I 
Is Britain's rcign. 
Her strength, her glory is her fleet. 

Et dans the Merchvit : 

Adore the gods and plough the seas : 
Thèse are thy arts, o Britain ! thèse 1 

3. Chamberlayne, éd. angl. 1727, t. III, p. 215, énumère six 
catégories de vaisseaux de guerre dont le total monte à 182. 
Mais Guy Miège dit précisément : « Ces forces consistent en 
près de deux cents vaisseaux de guerre outre les yachts, brûlots, 
vaisseaux à bombes et plusieurs autres bâtiments. » (État présent 
de la Grande-Bretagne, 1728, in- 12, t. II, p. 103.) Le Daily 
Journal (no 2258, Monday April 8, 1728) publia « a List of the 
Royal Navy » comprenant 176 vaisseaux de guerre, plus une 
cinquantaine de Fireships, Bomhvesseh, Yachts, Sloops, Hoys et 
Hulks. 

4. Ce nouveau début qui paraît en 1756 sort du travail de 
V Essai sur les niiviirs qui est publié dans les années 1755-1756. 
Cf. éd. 1756, ch. iig, sur les Portugais, ch. 156, sur la Hol- 
lande, la fin du ch. 53, le ch. 45, le début du ch. 92 sur les 
Vénitiens. 

5. « Venise devenait de jour en jour une république redou- 
table qui appuyait son commerce par la guerre. » (Essai sur les 
mœurs, ch.45.) Dans VEssai, Voltaire refuse d'assimiler la Hol- 
lande à Carthage et à Venise : « Elle subsiste par le seul com- 
merce qui a servi à sa fondation, sans avoir fait en Europe 
aucune conquête que celle de Mastricht... : en cela plus sem- 
blable à l'ancienne république de Tyr, puissante par le seul 
commerce, qu'à celle de Carthage qui eut tant de possessions en 
Afrique, et à celle de Venise qui s'était trop étendue dans la 
terre ferme. » (Essai, ch. 156 fin.) 

6. Voltaire, dans VEssai, montre les Anglais déjà commet- 



SUR LE COMMERCE 12) 

çants sous Edouard III, vendant leurs laines aux Flamands 
(ch. 63). Cependant les ch. 65-67, éd. 1756, laissent dans l'en- 
semble sur l'Angleterre une impression qui peut se résumer en 
un mot comme Voltaire fait ici. Mais ce passage est surtout 
conforme aux réflexions qui occupent les deux dernières pages du 
ch. 151 (éd. 1756), sur la cause de la puissance anglaise et le 
développement de son commerce. « D'abord ils ne surent que 
vendre les laines ; mais depuis Elisabeth ils manufacturèrent les 
plus beaux draps de l'Europe... » Cette remarque achève de con- 
cilier le début de la lo^ lettre avec le ch. 63. 

7. « Londres commençait déjà [sous Henri VIII] à s'enrichir 
par le commerce. » (Essai, ch. 97, éd. 1756.) 

8. Chamberlayne (Estât présent de V Angleterre, tr. fr. 1669, 
p. 9-1 1) accorde à l'Angleterre la « très fine laine », la terre à fou- 
lon, la grande quantité d'étain, de plomb et de fer. Tous ceux qui 
décrivent l'Angleterre la montrent, parfois lyriquement, favo- 
risée du côté des productions naturelles et agricoles. C'est peut- 
être par la suggestion de son propre raisonnement sur l'impor- 
tance du com.merce pour l'Angleterre que Voltaire a été amené 
à diminuer la richesse du sol anglais. Cependant Addison l'y 
invitait : « Si nous considérons notre pays dans son état naturel 
sans aucun des avantages du commerce, quel misérable et stérile 
morceau de terre n'avons-nous pas eu pour notre lot ? » (Le Specta- 
teur, tr. franc., dise. 56, t. I, p. 367, no 69 des éd. angl.) 

9. Argument déjà employé par Beeverell, Délices de lu 
Grande-Bretagne, t. VI, p. iioi : mais ce qu'il dit des trois 
flottes armées à la fois se rapporte au temps de la reine Anne, 
donc avant 1713. D'autre part, l'allusion de Voltaire ne peut 
s'appliquer à l'année 1723, où aucun événement ne la justifie. 
C'est en juin 1726 que le fait eut lieu. L'Angleterre « équipa 
tout à la fois trois escadres nombreuses », l'une « pour veiller à 
la sûreté de Gibraltar », une autre « pour les Indes », afin 
d' « empêcher l'Espagne de se servir de ses richesses à troubler 
la tranquillité publique », la troisième « pour la mer Bal- 
tique. » (Rapin Thoyras, t. XII, p. 451.) Mais si Voltaire 
est arrivé en Angleterre en mai 1726, il a pu voir de ses 
yeux l'événement, et entendre les réflexions de l'orgueil national 



126 DIXIÈME LETTRE 

anglais. Les journaux sont pleins pendant toute l'année des 
nouvelles des trois flottes : celles de la flotte des Indes sont 
datées de Portobello, où l'amiral Hosier séjourna longtemps. Ils 
commentent parfois l'événement avec fierté. «... Nothing is se 
much the subject of présent Enquiry as the situation of ihe three 
5^Hi7Jro«i that are gone to the several parts of the world, under 
the command of the Admirais Wager, Hosier and Jennings, 
and what they are to do in support of the glorious Design of 
those Armaments, viz. the preserving and establishing the gêne- 
rai tranquillity of Europe. » (The London Journal, no 371, 
Saturday September 3, 1726.) Voyez aussi les pompeuses 
réflexions de VHislorical Register, 1727, n» 45, t. XII, p. 6. 

10. Voltaire, dans le Siècle de Louis XIF (ch. 20) racontera un 
peu différemment cette anecdote. « Les vierciers de Londres lui 
prêtèrent (au Pr. Eugène) environ 5/.v millions de nos livres : il 
fit enfin venir des troupes des cercles de l'Empire. » Cette parti- 
cularité n'est ni dans Rapin ThoN'ras, ni dans Larrey, Limiers, ou 
aucune source française. Voltaire ici a travaillé artistement des 
notes ou des souvenirs pris dans The bistory of the reign of queen 
Anne digestcd into Annals,^'=- année, Londres, 1706, in-80. En jan- 
vier 1706 (p. 124) les ministres de l'Empereur, pressés par le 
Prince Eugène, obtiennent la permission de faire un emprunt de 
250.000 1. st. (6.250.000 fr.) à 8 0/0. Le jeudi 7 mars (p. 127) la 
souscription est ouverte al Mercer;'' Chdppel. Les merciers étaient 
la première corporation des marchands de Londres. Ils font la 
fonction des sociétés financières d'aujourd'hui. L'emprunt est 
souscrit chez eux, mais non par eux : en tête de la liste des sous- 
cripteurs vient le Prince Georges pour 20.000 1., puis Marlbo- 
rough, 10.000 1., le lord Trésorier, 5.000 1 et toute l'aristocra- 
tie. On note comme digne de remarque que « two women of 
meaner sort » sont venues souscrire chacune cent livres. La sous- 
cription fut close le mardi, donc au bout de six jours. Ainsi Vol- 
taire a lu rapidement, et retenu ce seul détail des merciers qui 
s'est déformé dans son imagination. Avant la bataille de Turin, 
le Prince Eugène écrivit le 13 août 1706 de Reggio (The history 
etc., 5= année, p. 226) aux « managers of the loan » un billet 
qui accusait réception des fonds : n Gentlemen, since I came to 



SUR LE COMMERCE I27 

this place, I received bills for the last 50.000 1. I give you my 
heaity thanks for your great care in remitting the several sums so 
punctually as you hâve done. The sending of this money is a great 
service to the common cause : and il shall hc niy care to apply il 
lo the best advantage, etc.. » Après la bataille, pas de lettre du 
Prince Eugène, sauf aux États généraux. Mais Harley écrit au 
Lord Maire pour lui faire part des bonnes nouvelles que la reine 
a reçues ; puis il ajoute : « I am commanded to signify the 
same to you Lordship, that those who hâve so readily contri- 
buted to the late loan for Prince Eugène, may see how gloriously 
that vioney bas heen emphyed... ». On voit par quel procédé 
d'art Voltaire a extrait des documents un billet digne de Plu- 
tarque. 

11. « Un freeholder est chez nous ce qu'était autrefois à 
Rome un citoyen de cette fameuse République. » (Addison, Le 
Free-Hûlder ouV anglais jaloux de sa liberté, dans les Essais politiques, 
trad. del'angl., 1727, in-12, p. 3.) Cf. let. VIII, n. i. 

12. Chamberlayne, Misson, Beeverell avaient noté ce trait 
des mœurs anglaises « : En Angleterre aussi bien qu'en Ita- 
lie, un marchand qui n'a point fait d'apprentissage servile ne 
déroge point à sa noblesse, s'il est noble, et nous en avons vu 
plusieurs qui ont quitté le trafic pour succéder à leurs aînés et 
être grands seigneurs. » (Chamberlayne, tr. fr., éd. 1698, t. II, 
p. 155.) « Le commerce n'est point regardé dans ce pays sur le 
même pied qu'il est en France et eu Allemagne. Celui qui s'y 
adonne ne déroge point. Le fils d'un pair peut devenir mar- 
chand sans perdre ses droits. On voit souvent le cadet d'un lord 
se mettre dans le commerce et au bout de quelques années réta- 
blir les affaires de sa maison dérangées par la mauvaise conduite 
de son frère aîné. » (Saussure, p. 221 : la lettre est datée du 
29 mai 1727; mais la rédaction date de 1742 et est influencée 
sans doute à la fois par Chamberlayne et Voltaire.) Voyez enfin 
le Spectateur, tr. fr., II, 109, sur les cadets de familles nobles qui 
se font négociants. 

13. Sur la pauvreté de l'Ecosse, Essai, ch. 98, éd. 1756 ; voy. 
aussi le ch. 24 du Précis du siècle de Louis XV (1768). 

14. La lettre dut être rédigée avant le 8 mai 1750, date de la 



128 DIXIÈME LETTRE 

chute de Townshcud. Le Dict. of Nat. Dio^r. indique, sans en 
marquer la profession, deux frères de ce ministre. Je trouve dans 
The Du il y Post (Friday Xo\-cmbcr i, 1728) : <■ On Wedncsday last 
died Mr. Townshcnd an eminent and rich Brewerof this City. » 
11 était proche parent d'un autre marchand connu de la Cité. 
Mais je n'ai rien trouvé sur le rapport de ces deux personnages 
au ministre Townshend. Un « Horatio Townshend, Esq. » qui 
figure parmi les directeurs de la Banque nommés en 1751 (The 
Genlh'tnan's Maga:^iiic, April 173 1, p. 171), pourrait être l'homme 
dont parle Voltaire : le père et un fils du ministre portaient ce 
prénom d' Horatio. 

15. « Nathaniel, 1665-1720, a merchant », était le troisième 
des 4 fils d'Edward Harley, et le frère du comte d'Oxford (Dict. 
of Nat. Biogr.). 

16. « On ne déroge point en Angleterre pour exercer la 
marchandise. Néanmoins il est fort rare que des Pairs mettent 
leurs cadets en aucun apprentissage, comme on dit que cela se 
faisait autrefois : je crois même que cela ne se fait plus du tout. 
Pour des fils de Chevalier, rien n'est plus commun. » (Misson, 
art. Marchandises, p. 294.) « Trade lias been much increased 
by taking youngcr Brothers off from their loathful way of 
living and applying them with their Patrimonies to Traffick. » 
(Mist's IVeekIy Journal, n° 170.) « In my own Memory (and 
I am novv in the 73«'i year of my âge) the younger sons of the 
best familles in England wcre usuall)' bound apprcutices to 
eminent Marchants. » (The Craftsnian, 11° 323, cf. n. 19.) Main- 
tenant, ajoute le journaliste anglais, on en fait des officiers. 

17. « Tliere hâve been in Germany at one tinie seventeen 
Princes of Anhalt and tweuty six Couuts of Mansfeld wIjo hâve 
scarce any Fortune, but such as many of their Ancestors possessed 
in the Time of Tacitus, who describes them in those words : 
Nil nisi nianus, et arma his oniuia. » (Mist's Weckly Journal, 
11° 170, Saturday July 20, 1728). 

18. « Comme freeholder en Angleterre, je m'estime plus 
qu'un marquis français. »(Addison, Esuiis politiques, le Free-Hol- 
der, tr. franc., p. 3.) " Il n'y a personne qui ignore la confusion 
qui est en France sur l'article de la Noblesse.... Le désordre et le 



SUR LE COMMERCE I29 

ridicule outré est dans la multitude de ces faquins de comtes et 
de marquis dont toutes les provinces sont remplies, et non seule- 
ment les provinces, mais Paris et la cour. Pour un vrai comte et 
pour un vrai marquis, on trouvera cinq cents Jodelets et mille 
Mascarilles. » (Misson, art. Noblesse, p. 305.) 

19. « Jamais je crois on n'entendit (un Anglais) s'écrier : un 
honmie de via qualité! une personne démon rang! » (Murait, éd. 
Ritter, p. 18.) 

20. Cf. là n. 6. — « The Merchant is the great Benefactor of 
the Commonwealth..., enriching ail Nations that share in his 
Traffick... His Présence is a Biessing wherever he cornes... » 
(The Britisb Journal, no 25, Saturday July 6, 1728.) « If no 
country can be rich or flourish without Trade (a Fact undis- 
puted) nor be more or less considérable but according to the 
Proportion it hath of commerce ; and ihat Men ought to be 
esteemed, honoured and dignified according to the benefit and 
advantage the Country receives from them, the Traders of a 
Nation ought to be more encouraged and Trade accounted of 
ail professions the most honourable. » {Misfs Weekly Journal, 
no 170, Saturday July 20, 1728.) « If trade is the Life and 
Prosperity of a Nation in gênerai, and the most valuable Thing to 
Religion and civil Government in a commonwealth, then the 
tradesman is a most useful and valuable Créature to his Coun- 
try. » (Fog's Weekly Journal, n° 16, Saturday January 11, 
1729.) « The Merchant... may be said to be the most useful 
Memberof the Society in which he lives... I hâve always thought 
such a Merchant as the late sir Peter Delme (cf. lettre XXIV) 
or any great exporter of our Manufactures, superior to any 
Englishman beneath the quality of a Prime Minister. » {The 
Crajtsman, no ^2 ■^j Saturday October 21, 1732. Cf. The Gentle- 
man' s Maga-:^iiu', October 1732, p. 1013-15.) 

21. Comparez les débuts des deux dédicaces de Zaire à Fal- 
kener. — La matière des lettres VIII-X avait été effleurée très 
rapidement par l'abbé Prévost (Mc'tn. d'un H. de qualité, 1. XII, 
début, éd. 1808, t. 3, p. 145). 



Leit. phil. I. 



ONZIÈME LETTRE [92 

Sur l'insertion de la petite vérole '. 



On dit doucement dans l'Europe chrétienne que les 
Anglais sont des fous & des enragés, des fous, parce 
3 qu'ils donnent la petite vérole à leurs cnfans pour les 
empêcher de l'avoir ^, des enragés parce qu'ils commu- 
niquent de gaieté de cœur à ces enfans une maladie cer- 
taine & affreuse dans la vue de prévenir un mal incer- 
tain 5; les Anglais de leur côté disent : « Les autres 

10 Européens sont des lâches & des j dénaturés; ils sont [9 
lâches en ce qu'ils craignent + de faire un peu de mal à 
leurs Enfans, dénaturés, en ce qu'ils les exposent à mou- 
rir un jour de la petite vérole. » Pour juger qui a raison 
dans cette dispute, voici l'histoire de cette fameuse inser- 

15 tion 5 dont on parle hors l'Angleterre avec tant d'éfroi. 

Les femmes de Circassie sont de tems im.mémorial <= 

dans l'usage de donner la petite vérole à leurs enfans, 

même à l'âge de six mois, en leur faisant une incision 

au bras, & en insérant dans cette incision une pustule 

20 qu'elles ont soigneusement enlevée du corps d'un autre 
enfant. Cette pustule fait dans le bras où elle est insinuée. 

Ligne 2. A' {Dict. phil.) Inoculation ou [insertion...] — 7/ (cart.) 
-K Note Cela fut écrit en 1727. Aussi (A' Ainsi) l'auteur fut le pre- 
mier en France qui parla de l'insertion de la petite vérole ou variole, 
comme il fut le premier qui écrivit sur la gravitation. — 9. 46-K que 
[les autres] — 10. ^4'-7S Europeans 

13. )4'-K laquelle des deux nations a raison, [voici...] — 15. J-f-K 
[parle] en France Faut-il tire dans j4 hors d'Angleterre on hors de l'An- 
gleterre ? 






SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE 1 3 I 

l'effet du levain dans un morceau de pâte, elle y fer- 
mente I & répand dans la masse du sang" les qualitez [94] 
dont elle est empreinte ; les boutons de l'enfant à qui l'on 
25 a donné cette petite vérole artificielle servent à porter la 
même maladie à d'autres ^ ; c'est une circulation presque 
continuelle en Circassie, & quand malheureusement il 
n'y a point de petite vérole dans le Pais, on est aussi 
embarassé qu'on l'est ailleurs dans une mauvaise année. 
30 Ce qui a introduit en Circassie cette coutume qui 
paroit si étrange à d'autres peuples, est pourtant une 
cause commune à toute la terre, c'est la tendresse mater- 
nelle & l'intérêt. 

Les Circassiens sont pauvres, & leurs filles sont belles?, 
35 aussi ce sont elles dont ils font le plus de trafic; ils four- 
nissent I de beautés les Harems du Grand Seigneur, du [95] 
SophidePerse, &de ceux qui sont assez riches pour acheter 
et pour entretenir cette marchandise précieuse'" : ils 
élèvent ces filles en tout bien&en tout honneur à caresser 
40 les hommes", à former des dances pleines de lasciveté & 
de molesse, à ralumer par tous les artifices les plus volup- 
tueux, le goût des Maîtres dédaigneux à qui elles sont 
destinées : ces pauvres créatures répètent tous les jours 
leur leçon avec leur mère, comme nos petites filles ré- 
45 pètent leur catéchisme sans y rien comprendre. 

Or il arrivoit souvent qu'un père & une mère, après 
avoir bien pris des peines pour donner une bonne éduca- 
tion à leurs enfans, se voioient tout | d'un coup frustrés [96! 
de leur espérance ; la petite vérole se mettoit dans la 



52. }4'-K à tous les peuples de [la terre] Voltaire dans ^4 a voulu 
ôter la répétition du mot peuples. — 56. 46, 48, le [soplii]... — 57. 46, 4S, 
J2 et ceux — 40. S4^')9 '■^^ civilité La faute devait être dans la copie envoyée 
en Angleterre, car Angl. ^^ porte of a vcry polite and effeminate kind. 

47. 4S (corr.), S2-7S pris bien [des] 



132 ONZIEME LETTRE 

50 famille, une fille en mouroit, une autre perdoit un œil, 
une troisième relevoit avec un gros nez, & les pauvres 
gens étoient ruinés sans ressource ; souvent même quand 
la petite vérole devenoit épidémique, le commerce étoit 
interrompu pour plusieurs années, ce qui causoit une 

55 notable diminution dans les Sérails de Perse & de Tur- 
quie. 

Une Nation commerçante est toujours fort alerte sur 
ses intérêts, & ne néglige rien des connoissances qui 
peuvent être utiles à son négoce. Les Circassiens s'aper- 

éo curent que sur mille personnes il s'en trouvoit à peine 
une seule qui fût attaquée deux fois d'une | petite vérole [97J 
bien complette'^, qu'à la vérité on essuie quelquefois 
trois ou quatre petites véroles légères, mais jamais deux 
qui soient décidées & dangereuses, qu'en un mot jamais 

65 on n'a véritablement cette maladie deux fois en sa vie ; 
ils remarquèrent encore que quand les petites véroles sont 
très-bénignes, & que leur éruption ne trouve à percer 
qu'une peau délicate & fine, elles ne laissent aucune 
impression sur le visage : de ces observations naturelles, 

70 ils conclu[r]ent que si un enfant de six mois ou d'un an 
avoit une petite vérole bénigne, il n'en mour[r]oit pas, il 
n'en seroit pas marqué & seroit quitte de cette maladie 
pour le reste de sesjours'5. 

Il restoit doncpour conserjver la vie & la beauté de leurs [98] 

7) cnfans de leur donner la petite vérole de bonne heure; 

c'est ce que l'on fit en insérant dans le corps d'un enfant un 

bouton que l'on prit de la petite vérole la plus complette, 

& en même tems la plus favorable qu'on pût trouver. 

L'expérience ne pouvoit pas manquer de réussir. Les 

70. J4 concluent C'est une faute typographique de l'éd. de Jore ; je la 
corrige selon la leçon dt toutes les autres éditions. De vtème (1. 71) mouroit, 
corrigé déjà en mourroit dans la contrefaçon ^4^. 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I33 

80 Turcs qui sont gens sensés adoptèrent bien-tôt après cette 
coutume, & aujourd'hui il n'y a point de Bâcha dans 
Constantinople, qui ne donne la petite vérole à son fils 
& à sa fille en les faisant sevrer'4. 

Il y a quelques gens qui prétendent que les Circassiens 

85 prirent autrefois cette coutume des Arabes' > ; mais nous 
laissons ce point d'histoire à éclaircir par quelque sça- 
vant Bé|nédictin, qui ne manquera pas de composer là- I99] 
dessus plusieurs volumes in folio avec les preuves. Tout 
ce que j'ai à dire sur cette matière, c'est que dans le com- 

90 mencement du régne de Georges Premier Madame de 
Wortley-Montaigu une des femmes d'Angleterre qui a 
le plus d'esprit & le plus de force dans l'esprit, étant avec 
son Mari en ambassade à Constantinople, s'avisa de don- 
ner sans scrupule la petite vérole à un enfant'^ dont elle 

95 étoit acouchée en ce païs'" ; son Chapelain eut beau lui 
dire que cette expérience n'étoit pas chrétienne, & ne pou- 
voit réussir que chez des Infidèles"**, le fils de Madame de 
Wortley s'en trouva à merveille'9. Cette dame de retour à 
Londres fit part de son expérience à la | Princesse de [ lool 
100 Galles^o qui est aujourd'hui Reine. Il fixut avouer que 
Titres & Couronnes à part, cette Princesse est née pour 
encourager tous les arts & pour faire du bien aux 
hommes ; c'est un Philosophe aimable sur le Trône, elle 
n'a jamais perdu ni une occasion de s'instruire, ni une 
105 occasion d'exercer sa générosité^' ; c'est elle qui aïant 
entendu dire qu'une fille de Milton vivoit encore, & 

84. jé-À' Quelques gens prétendent — 87. "ji, jj, K omettent sçavant 
ji'^ le conserve. 

91. Wostley (dans ^4,^4^, et ^4^) n'est qu'une faute d'impression ; elle se 
répète dans toute la lettre. Je la corrige partout. ^9, ji ont partout de 
Vortley-Montaigu. — qui .1 est l'unique leçon de ^4 à K et la seule con- 
forme à l'usage grammatical de Voltaire. K en Errata (t. LXX, p. 100) 
coirige a ei> ont. — 96. 46, 4S, J2-K point — 98. 46-K Madame Wortley 
{sans de) La leçon semble venir des dérivés de fore, J4^, ^4^, ^4', jj^ . 



134 oxzii-ME LiirrRE 

vivoit dans la miscrc, lui envoïa sur le champ un présent 
considérable" ; c'est elle qui protège ce pauvre père Cou- 
raïer ; c'est elle qui daigna être la médiatrice entre le 

no Docteur Clarck & M. Leibnitz. Dès qu'elle eut entendu 
parler de l'inoculation ou insertion de la petite vérole, elle 
en fit faire l'épreuve sur | quatre criminels^} condamnés à ["loi] 
mort à qui elle sauva doublement la vie, car non-seule- 
ment elle les tira de la potence, mais à la faveur de cette 

11) petite vérole artificielle, elle prévint la naturelle qu'ils 
auroicnt probablement eue, & dont ils seroient morts 
peut-être dans un âge plus avancé. 

La Princesse assurée de l'utilité de cette épreuve, fit 
inoculer ses enfans--f : l'Angleterre suivit son exemple^>, 

120 & depuis ce tems dix mille enfans de famille au moins, 
doivent ainsi la vie à la Reine & à Madame Wortley- 
Montaigu, & autant de filles leur doivent leur beauté^^. 

Sur cent personnes dans le monde soijxante au moins [102] 
ont la petite vérole, de ces soixante, vingt en meurent 

125 dans les années les plus favorables^/, & vingt en con- 
servent pour toujours de fâcheux restes : voilà donc la 
cinquième partie des hommes que cette maladie tue ou 
enlaidit sûrement. De tous ceux qui sont inoculés en 
Turquie ou en Angleterre, aucun ne meurt s'il n'est 

130 infirme & condamné à mort^^ d'ailleurs, personne n'est 
marqué-^9, aucun n'a la petite vérole une seconde fois'", 
suposé que l'inoculation ait été parfaite. Il est donc cer- 



108. J4'-K le sav.nnt [père] }4'-4S, S2-J0, ji" Le Courayer j/, 
7/, 7J-A' Cour.ij'cr — 110. }4'-jçf, ^2, 42', ji Clark 46, 4S. /2, j6 
Clarck 70, yi' Clarcke ji, 7/, A' Clarke 

iiy. }4'-K omettent peut-être 

121. 42, 42' de Wortlcy — 124. 'yo-K dix [en meurent]... [et] dix [en 
conservent] correction qui fait disparaître une inadvertance du texte : 
20,+ 20 % ne fait pas le cinquième. — 130. ^9**- A' d'ailleurs. [Personne] 
34^-}9 [^ mort]; d'ailleurs [personne...] d'accord avec Angl. }) : upon 
him. Besides, no onc is Jisiigured. 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I35 

tain que si quelqu'Ambassadrice Française avoit raporté 
ce secret de Constantinople à Paris, elle auroit rendu un 

135 service éternel à la nation''' ; le Duc de Villequier père 
du Duc d'Aumont d'aujourd'hui, l'homme de France le 
mieux constitué | & le plus sain, ne seroit pas mort à la [105] 
fleur de son âge. 

Le Prince de Soubise qui avoit la santé la plus brillante, 

140 n'auroit pas été emporté à l'âge de vingt-cinq ans, Mon- 
seigneur Grand-pere de Louis XV n'auroit pas été enterré 
dans sa cinquantième année, vingt mille personnes mortes 
à Paris de la petite vérole en 17235^ vivroient encore. 
Quoi donc ? est-ce que les Français n'aiment point la vie ? 

145 est-ce que leurs femmes ne se soucient point de leur 
beauté ? en vérité nous sommes d'étranges gens. Peut- 
être dans dix ans prendra-t-on cette méthode anglaise, 
si les Curez'J & les Médecins34 le permettent, ou bien 
les Français dans trois mois se serviront de l'inoculation 

150 par fantaisie, si les Anglais | s'en dégoûtent par incons- [104] 
tance3>. 

J'aprens que depuis cent ans les ChinoisB^ sont dans 
cet usage, c'est un grand préjugé que l'exemple d'une 
nation qui passe pour être la plus sage & la mieux poli- 

155 cée37 de l'Univers. Il est vraique les Chinois s'y prennent 
d'une façon différente ; ils ne font point d'incision, 
ils font prendre la petite vérole par le nez comme du 
tabac en poudre ; cette façon est plus agréable, mais elle 
revient au même, 8c sert également à confirmer, que si 

142. j4', jj, _;7-' [personnes] morts ^'^■^-K hommes morts correction 
sortie de la faute de ^4'. 

151. ^S-y^ Note Ce chapitre est tiré d'une lettre écrite en 1727. Le 
reste a été ajouté depuis. K Jusqu'ici [ce chapitre...] La note a été 
mal placée. Le paragraphe suivant, J'aprens... d'hommes, était déjà dans 
les éditions de 17^4 et dans toutes les suivantes. — Cette note finale, dans 
7J cart. et K, fait en partie double emploi avec la nouvelle note du début de 
la lettre. 



136 



ONZIÈME LETTRE 



i6o on avoit pratiqué l'inoculation en France, on auroit 
sauve la vie à des milliers d'hommes. 



COMMENTAIRE 

I. Fréron, en 1769, découvrit la brochure de La Coste dont 
on parlera plus loin. C'est à lui sans doute que répondit la 
note ajoutée en 1775 pour maintenir que Voltaire fut le premier 
avocat de l'inoculation. En réalité, il y avait eu en France, surtout 
de 1723 à 1725, tout un mouvement dont Fréron ne se doutait 
pas, ni sans doute Voltaire lui-même. La première mention 
de l'inoculation qui ait été faite en France, à ma connaissance, 
est de 1717. En cette année une thèse fut soutenue sur ce 
sujet à Montpellier par Boyer (Encych, art. Inoculation). La 
même année, la Bibï. Anglaise (t. I, p. 106 et 139), rendant 
compte des Philosophical Trutisactioits de la Société Ro^-ale, 
signala les lettres du D"" Emanuel Timone et du D^ Pvlarini, 

161. j2-K ajoutent cet alinéa : 

Il y a quelques années qu'un mission.iire jésuite aj'ant lu cette lettre 
(>é-À' ce ch.ipitre K errata, t. LXX, p. joo, cet article) et se trouvant dans 
un canton de l'Amérique où la petite vérole faisait ()6-K exerçait), 
des ravages affreux, s'avisa de faire inoculer tous les petits sauvages 
qu'il batisoit ; ils lui durent ainsi la vie présente et la vie éternelle : quels 
dons pour des sauvagesî** ! 

Après sauvages, j6-K ajoutiitt ces deux alinéas: 

Un Hvéque de Vorcestcri9 a depuis peu prêché à Londres l'inoculation; 
il a démontré en Citoyen combien cette pratique avait conservé de sujets 
•i l'État ; il l'a recommandée en Pasteur charitable. On prêcherait à Paris 
contre cette invention salutaire, comme on a écrit vingt ans contre les 
expériences de Neuton : tout prouve que les Anglais sont plus Philo- 
sophes et plus hardis que nous. Il faut bien du tems pour qu'une certaine 
raison et un certain courage d'esprit franchissent le pas de Calais. 

Il ne faut pourtant pas s'imaginer que depuis Douvres jusqu'aux isles 
Orcades on ne trouve que des Philosophes ; l'espèce contraire compose 
toujours le grand nombre. L'inoculation fut d'abord combattue à Londres; 
et, longtems avant que l'I-^vèque de Vorcester annonçât cet Evangile 
en chaire, un Curé s'était avisé de prêcher contre ; il dit que Job avait 
été inoculé par le diabld". Ce Prédicateur était fait pour être Capucin, il 
n'était guères digne d'être né en Angleterre. Le préjugé monta donc 
en chaire le premier, et la raison n'y monta qu'ensuite : c'est la marche 
ordinaire de l'esprit humain. 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I37 

sans en donner d'extraits, « parce que la matière dont il s'agit 
est déjà connue dans les Pays étrangers ». Mais, en 1721, voici 
la nouvelle qui circula dans le monde et à la Cour en France : 
« Sur la représentation qui a été faite au roi d'Angleterre par 
les médecins de Londres que, pour éviter les suites fâcheuses 
d'une petite vérole maligne, il conviendrait de se servir du 
moyen dont les Turcs se servent pour la communiquer à leurs 
enfants en bas âge, S. M. a donné des ordres au sollicitor 
gênerai d'examiner s'il était permis par les lois de faire une sem- 
blable expérience ; on sait que lorsque les Turcs ont découvert 
un malade dont la petite vérole est d'une bonne espèce, ils prennent 
le pus d'une de ses pustules en faisant une ouverture à la veine 
du bras d'un de leurs enfants, font entrer ce pus, qui ne manque 
pas de faire entrer dans le sang la /«rw<'7//a//oH qu'ils cherchent. » 
(Anonyme, 12 juillet 1721, dans les Correspondants de la 
M" de Balleroy, t. II, p. 341.) En avril 1722, le Journal des 
Savants rendit compte d'une Dissertation sur la Peste de Gautier 
Harris, cui accessit descriptio inoculationis variolarum, et signala 
la nouvelle manière <( d'enter » ou « greffer «la petite vérole. Le 
même journal, en janvier 1723, rendit compte de la Lettre de Guill. 
Wagstaffe au Docteur Frcind, contre l'inoculation, parue l'année 
précédente à Londres. Elle attira aussi l'attention de Michel de 
la Roche qui l'analvsa dans ses Mênwires littéraires de la Grande- 
Bretagne (1723, t. XI, p. 180-225), ainsi que les trois disser- 
tations du 52e vol. des Transactions de la Société Royale et la 
réplique à Wagstaffe en défense de la relation de Maitland 
(t. XI, p. 267-294 et 488-505). Puis vint la Lettre sur l'inocu- 
lation de la petite vérole comme elle se pratique en Turquie et en 
Angleterre, adressée à M. Dodart conseiller d'Etat et premier 
médecin du Roy, avec un appendice qui contient les preuves et 
répond à plusieurs questions curieuses, par M. de La Coste, 
D. M., Paris, 1723, in-12 (Approbation du 23 sept, et privilège 
du 7 oct.). Voltaire ne s'est pas servi de La Coste, et ne l'a sans 
doute pas connu (Cf. n. 40). Le Mercure (Nov. 1723), h Journal 
de Trévoux (juin 1724) rendirent compte de la brochure de La 
Coste, qui fut combattue par le médecin Hecquet et dans une 
thèse de la Faculté de Médecine de Paris de 1723 (Cf. le Cata- 



138 ONZIÈME LETTRE 

logtie, p. 271 et suiv., du Recueil de pièces cité aux notes 39 
et 40). Le Mercure (Dec. 1725; Janv., Mai, Juin, Juillet 1724 ; 
Janv. 172 5) revint plusieurs fois pendant près de deux ans sur les 
expériences de l'insertion, sur leurs suites et sur les discussions 
auxquelles elles donnèrent lieu. La B/W/o/W^h^ /iH^/a/« de 1723 à 
1725 (t. 10, p. 582; t. II, p. 504; t. 12, p. 174), dans ses 
extraits des 3i«, 32= et 53= vol. des Transactions de la Société 
royale, analysa des mémoires anglais sur l'inoculation; elle 
annonça en 1723 (t. 11, p. 27) l'enquête ouverte par Jurin ; et 
en 1725 (t. 12, p. 154), rendant compte de l'édition anglaise 
des Voyages de La Mottraye, elle signala le passage sur l'ino- 
culation, que ne remarquera pas en 1727 le rédacteur à\i Jour- 
nal des Savants en parlant de l'édition française (p. 361 et 
suiv.). Mais le Journal des Savants (Juin 1725, p. 336) 
rendit compte de la traduction de la Relation de Jurin sur le 
succès de l'inoculation. Cependantles adversaires ne désarmaient 
pas. Hecquet dansses Raisons de douter contre l'inoc., etc., à la fin 
de ses Observations sur la saignée du pied et sur la pur^ation au 
commencement delà petite vérole, 1724, in-i2 (compte rendu dans le 
/. des Savants, nov. 1724, p. 691 et suiv.), donnait l'inocu- 
lation pour une preuve de la décadence de la médecine (cf. 
/. des Savants, 694 ; et Ohserv., p. 351). Dans les Observations 
et réflexions sur la petite vérole et sur un remhie préservatif contre 
cette maladie par V. Du Bois, maître chirurgien à Paris, et 
ancien prévôt de Saint-Côme, Paris, 1725, in-12, le lo^ article 
était intitulé : Réflexions à l'occasion de la petite vérole artificiel- 
lement procurée par son insertion, qui était qualifiée d'extravagante 
et d'impie, (compte rendu dans le Journal des Savants, 1725, 
p. 461-468). Après 1725 on ne parie plus guère en France de 
cette pratique. Helvétiusfils, que La Coste donne comme favorable 
à l'inoculation, ne s'en occupe pas dans ses écrits. Hecquet ne 
daignait plus la combattre dans son Brigandage de la médecine 
(1732-1733). En 1734 on ne se souvenait plus qu'il en eût [été 
question. Cependant Le Gendre, marquis de Saint-Aubin, dans 
son Traité de l'opinion , 1733 (priv. du 2 août 1732, 1. IV, 
ch. IV, § 27, t. in, p. 408) dit encore un mot de l'inoculation pour 
la condamner. — Voltaire a fait cette lettre avec La Mottraye et 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I39 

les documents anglais. Voir le Catalogue du British Muséum 
aux mots Brady, Douglas(WilIiam), Howgrave (Francis), J.-C, 
Jurin (James), Maitland, Massey (Isaac), Massey (Edmund), 
Perrot, Wagstaffe. Voir aussi les Transactions de la Société 
royale, nos 33^, 347. 370, 373, 374, 381, 382, etc., et le General 
Index des t. 1-70 des Transactions aux mots Sniall Pox, Inocu- 
lation et Jurin. Voltaire a dû feuilleter surtout les Transactions 
et les écrits de Jurin. Peut-être a-t-il connu les comptes rendus de 
la Bibliothèque anglaise. — Comment l'attention de Voltaire fut- 
elle attirée sur l'inoculation ? Il avait eu la petite vérole ; il avait 
vu mourir son ami Genonville : en arrivant en Angleterre, il 
dut entendre discuter la nouvelle méthode. Les journaux annon- 
çaient encore l'inoculation des personnes notables, et comment 
elles s'en trouvaient : par ex. The Daily Journal, noi664,Monday 
May 16, 1726: « The Dutchess of Bridgwater having been ino- 
culated from the Small Pox, the Distemper has begun to appear 
upon Her Grâce » ; The London Journal, no 372, Saturday Sep- 
tember 10, 1726, sur les premiers essais d'inoculation en Ecosse. 
Miss Rautz Rees m'a fourni une bonne partie des citations 
anglaises du Commentaire de cette lettre. 

2. On le disait en Angleterre. James Jurin, dans A letter to 
the learned D<^ Caleb Cotesiuorth... (Trans. R. Soc, no 374, VI, 
nov.-déc. 1722, vol. 32, p. 214) discute l'objection selon 
laquelle « it will be madness to undergo the liazard of inocu- 
lation, be it great or small, in order to prévoit a disease which 
possibly may never befall me » (p. 221). 

3 . W. Wagstaffe, A Letter to Z)r Freind skowing the Danger 
and Uncertainty oj inoculating the Sniall-Pox, London, 1722, 
écrit : « This is such a way of venturing upon présent Death, 
for fear of dying thirty or perhaps forty years afterwards by 
this distemper, that no people who hâve Common resolution... 
can ever be delighted with the thoughts of it » (p. 50). — Cf. 
Reasons against the Practice oJ inoculating the Small-Pox, by 
Legard Sparham, surgeon, 1722, p. 26, ^X A short and plain 
account of Inoculation, by Isaac Massey, apothecary to Christ's 
Hospital, 1722, p. 10. — La Bibl. anglaise, 1724 (t. II, p. 506-507), 
dans le compte rendu des Transactions R. Soc, indique l'obiection 



140 ONZIEME LETTRE 

<' que l'on s'expose à un danger cerlain pour éviter un lualqiii ne l'est 
pas ». — Cf. Journal des Savants, 1725, p. 464, le compte rendu 
de l'ouvrage de V. Du Bois, où il est dit « qu'on procure par là 
un mal réel pour en faire éviter un incertain et qui n'arrivera 
peut-être jamais » ; Mercure, nov. 1723, p. 947, sur l'objection 
« qu'il n'est pas permis de donner un mal pour qu'un bien 
arrive; Mémoires de Trévoux, ]\i\n 1724, p. 1081. 

4. Maitland (>-^/j Account of Inoculatini^ the Small-Pox, 1722) 
incrimine « ill placcd affection and tenderness )>, comme pou- 
vant fiiire échec à la nouvelle méthode. 

5 . La Coste, à propos de V insertion : " Les Anglais la 
nomment inoculation, terme de jardinage qui veut dire greffe. » 
En latin insitio (Le Duc). 

6. Some remarhs upon Dr. ÎVagstaffe's Letter and Mr. Masseys 
Sermon against Inoculât ing the Sniall-Pox..., hv Samuel Bradv 
M. D., 1722. « ThePractice of it/;ow time innnemoriul âmongst 
the Circassians... » (p. 15). — La Mottraye ( Toyiio-f-i, II, 98): « Je 
trouvai les Circassiens plus beaux à mesure que nous avancions 
vers les montagnes. Comme je ne voyais personnemarqué de la petite 
vérole, il me vint en pensée de leur demander s'ils avaient quelque 
secret pour se garantir des ravages que cette ennemie de la beauté 
faisait entre tant de nations. Ils me dirent qu'oui, et me firent 
entendre que c'était de l'inoculer, ou de la communiquer à ceux 
qu'on en voulait préserver, en prenani du pus de quelqu'un qui ï avait 
et le mêlant avec leur sang par des incisions qu'on leur faisait. » La 

Mottraye assiste à l'opération faite par une vieille femme : les inci- 
sions ne se font pas au bras, et Voltaire, qui simplifie, n'a rien pris 
du détail curieux que le narrateur en fait. Il indique la précaution 
qu'ont les Circassiens « de traiter tous les jeunes enfants qui sont 
tant soit peu indisposés, avant que de l'avoir eu (la petite vérole'), 
comme s'ils devaient l'avoir, puisqu'il faut que quelqu'un l'ait 
naturellement pour la communiquer à d'autres ». — A la fin deson 
tome II, Appcndix I, La Mottraye donne une lettre ou Disserta- 
tion historique du Docteur Timon sur Vlnoc. de la p. v. (p. 474, 
il nomme ce médecin Timoni, « le rénovateur de cette méthode 
en Turquie, où elle expirait »). Timoni dit qu'il fait l'inocu- 
lation au bras. Cf. Trans. R. Soc, avril, mai, juin 1714, no 339, 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE 14! 

t. 29, p. 75 : extrait d'une lettre d'Emmanuel Timonius, com- 
muniquée par John Woodward : k The operator isto make several 
little wounds with a needle in one or two or more places of the 
skin, till some drops of blood follow, and inimediately drop out 
some drops ofthe matter in the glass [le pus pris sur un malade] 
and viix it luell with the Blood issuing out... The punctures are 
made indifferently in any of the fleshy Parts, but succeed best 
in the muscles ofthe Anii, or Radius. » Les médecins anglais 
faisaient l'opération au bras. 

7. Pour la comparaison avec la fermentation, cf. n. i : 
il se peut d'ailleurs qu'il n'y ait pas là autre chose qu'une coïnci- 
dence. Legard Sparham (p. 16 et 36) emploie le mot levain 
(leaven). On le trouve aussi dans Hecquet, Observations, etc., 
p . 409 et passim. — « Whatsoever Blood is sent to tliat Part will 
be cljanged into the nature of the Leaven in the Sore (( (Legard 
Sparham, 16). — «... It must be propragated thro' the mass of 
the blood to ail Parts of the Body » (Jurin, An account ofa remar- 
kable instance of the insertion of the S. P., Irans. R. Soc, 
Sept-Oct. 1722, no 373, t. 32, p. 193). 

8. Les documents disent le contraire : cf. La Mottraye, plus 
haut, n, 6 ; et Woodward (Extrait de la lettre de Timonius, 
Trans. R. Soc, t. 29, p. 75) : « Observe they scarce ever make 
use ofthe matter of the Incisions for a new Incision. » 

9. C'est en effet au soin de la beauté des enfants que La 
Mottraye rapportait cet usage. « Les parents (en Circassie) ont 
si fort à cœur la beauté de leurs enfants, qu'ils les portent sou- 
vent jusqu'à une journée et plus de chez eux dans les villages où 
ils apprennent que quelqu'un est attaqué. » 

10. « Remarquez que c'est une chose fort commune en 
Circassie aux pères, mères, oncles, tantes, etc., de troquer ou 
de vendre leurs enfants, neveux, nièces, etc. Leur éducation leur 
a appris qu'outre le profit qu'ils en retirent eux-mêmes, ces 
enfants, surtout les filles, en rencontrent déplus grands, puis- 
qu'elles passent par ce moyen dans les Harems des riches Turcs et 
même souvent jusque dans celui du Grand Seigneur, deviennent 
Impératrices, etc., sont habillées comme des Princesses et nourries 
délicieusement: éducation ou prévention généralement reçue, qui 



142 ONZIÈME LETTRE 

l'ait que les filles troquées ou vendues par leurs parents, les 
quittent sans regret et sans pleurer, pendant que ceux-ci leur 
souhaitent de leur côté une bonne fortune et un bon voyage. » 
(La Mottraye, II, 82.) Voltaire ne pouvait ignorer La Mottraye, qui 
est unedes sources de son Charles XII (cf. de plus la note sui- 
vante). Mais un détail qui manque à La Mottraye et le tour 
littéraire du sujet se trouvent dans A dissertation coucerniug 
Iiioc. of the S. P., imprimé à la fin de A Practical Essay concerti- 
ing the S. P. by William Douglass M. D., London, lyjo. 
Voici le passage (p. 65) : « The Circassians living between the 
Euxine and Caspian Seas, livie ont of Mitid, hâve 'carried on a 
considérable Trade with Turkey and Persia, in selling their own 
children or young Slaves taken by Incursions froin thcir Neigh- 
bours ; but more especially their young women, being very 
Beautiful, are in great Request in the Seraglios and Harems of the 
Turks and Persians. While they are children, the)' procure them 
the Small Pox by Inoculation, or Médecine; those who retain 
their Beauties are Merchantahle, and bear a good Price : so ihat 
thefrsl Intention of Inoculation was not the Saving of Life, bnt as 
a more ready Way of procuring the Small Pox than by acciden- 
tai Infection ; that they might know what Beauties vvere Prool 
and would answer the Charge of being carried to Market. ». 

II. «L'éducation, comme jel'ai déjà ditailleurs, enseigne au sexe 
k caresser les honnnes, et c'est la mode là, comme le contraire chez 
nous, au moins parmi les honnêtes femmes. » (La Mottraye, I, 
337.) « On m'a dit pourtant... qu'il y a quelques Turcs plus 
ambitieux que riches, qui, ayant de très belles filles leur font 
apprendre à danser, à chanter, (•;/ un mot à plaire, et les confient à 
des marchands d'esclaves qui les vendent pour le lit de sa Hau- 
tesse. » (La Mottraye, I, 356.) 

12. Dr. Nettleton {A letter... to Dr. fiirin, Trans. R. Soc 
Janv. Fév. Mars, 1722, n° 370, vol. 32, p. 50) : » But we hâve 
not yet found that evcr any had the distemper twice. » 

13. Dr. Nettleton. (A letter... to Dr.furin, Trans. R. Soc, Nov. 
Dec. 1722, no 37.}, vol. 32, p. 210) : « Thosewho hâve been ino- 
culated are in no more danger of receiving this distemper again 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I43 

than those who hâve had it in the ordinary way. » (Cf. 
Dr. Jurin, Trans. R. Soc, vol. 32, p. 193.) 

14. Sur l'inoculation en Turquie: La Mottraye, I, 461 et 474; 
Woodward, Trans. R. Soc, vol. 29, p. 72 ; W. Douglas, A 
Dissert, concerning Iiioc of the S . P. (1730), p. è6 : c A. 
1701, it first began to be usedamongst the better sort in Cons- 
tantinople » ; S. Brady, Some remarks upon Dr. Wagstaffe's 
Letter..., p. 15,.. « The Quality formerly averse to it, now for 
some years past hâve corne into it witliout hésitation. » 

15. La plupart des documents ignorent que l'inoculation ait 
été attribuée aux Arabes, aussi bien les documents que Voltaire 
a pu voir que ceux que leD'' Tronchin a employés dans l'article 
Inoculation de V Encyclopédie. On trouve que « les Arabes ont 
donné les premières règles pour la cure de cette maladie », 
comme la saignée, etc. (Bihl. Angl., 1719, t. V., 2= P., p. 349), 
et que « les Arabes sont presque les premiers qui ont fait men- 
tion » de la petite vérole inconnue aux Grecs (ihid., 352) ; 
certains auteurs même soutenaient qu'elle n'avait apparu 
qu'au xiie siècle en Arabie (/. des Sav., Févr. 17 18, p. 135). 
Dans la première des trois dissertations latines imprimées à La 
Haye, 1722, Jacques de Castro écrit (p. 16) : «Arabes primi 
fuere qui nobis liujus morbi rationem tradidere. » Ni chez lui, ni 
chez les deux autres auteurs, Harris et Le Duc, il n'est question 
autrement des Arabes. Voltaire cependant n'a rien inventé et 
n'a pas fait de bévue. A la fin d'une brochure de John Gaspar 
Scheuchzer, M.D., F. R.S.,(Aiiaccountofthesuccessofiiioci(Jatiug 
the SmallPox inGreat Britainfor theyears iy27 and 1728, London, 
1729), on trouve (p. 61) « a Paper relating to the inoculation 
of the small Pox as it is practised in the Kingdoms of Tripoli 
Tunis and Algiers, written in Arabick by His Excellency Cassem 
Aga, Ambassiidor from Tripoli and F. R. S. Donc into English, 
from the French of M. Dodichi, His Majesty's Interpréter for 
the Eastern Languages ». Après avoir expliqué la pratique de 
son pays, l'écrivain ajoute (p. 63) : « It is withal so ancient in 
the Kingdoins of Tripoli, Tunis and Algier, that nobody remem- 
bers its first rise ; and it is gencrally practised not only by 
the inhabitants of the Towns, but also by the wild Arabs. » 



144 ONZIEME LETTRE 

i6. « About this timc (17 17) the Ambassador's ingenious 
Lady, who had been at some pains to satisfy lier curiosity in 
this mattcr, and had made some uscful observations on the 
practice, was so thoroughly convinced of the safety of it, that 
she resolved to subject her only son to it, a very hopeful boy of 
about six years of Age. » (Mr. Maitland's Account of Itioc. 
the S. P., London, 1722, p. 7.) — «... Madame l'ambassadrice, 
personne autant respectable par sa haute naissance que connue 
et renommée par son esprit supérieur et quelques écrits qui 
marquent un génie porté au vrai..., prit la résolution et eut le 
courage de faire l'essai de cette pratique sur Monsieur son fils 
unique âgé d'environ si.\ ans. » (La Coste, p. 9, presque copié 
dans les Mémoires de Trévoux, juin 1724, p. 1077 ; mais 
Voltaire n'a sans doute pas connu ces deux écrits, cf. note 40.) 

17. L'enfant était né en Angleterre. Les Montagne n'arrivèrent 
en Turquie qu'en 1716. Voltaire a confondu ce fils avec la fille 
dont Madame W. M. accoucha à Constantinople (Maitland, 8). 

18. « Indeed where the Doctrines of Salvation are not known, 
and a regular Dépendance upon Providence is postponed to the 
absurd belief of a Fatality, there it is no wonder to see nien give 

into impious or unreasonable Practices Let the Atheist 

then, and the Scoffer, the Heathen and Unbeliever.. . . inoculate 
and be inoculated, whose hope is only in and for this life. 
(A sermon against the dangeroiis and sinful Practice of inoc, 
preached al St Andreu's' Holhorn, on Sunday, fnly the 8^'^, 1722, hy 
Edmund Massey, M. A., London, 1722, pp. 13 et 29.) Mais Vol- 
taire n'a pas connu le sermon de Massey avant 1756 (cf. 
n. 40) : il n'a pas dû connaître non plus A let ter to the Révé- 
rend Mr. Massey, 1722, où la seconde phrase que je rapporte 
était citée (p. 15). Mais l'objection pieuse était partout. Cf. The 
Nezu Practice of Inoc. the S. P. considered and an Humble Appli- 
cation to the approaching Parliavunt for the régulation oj that dan- 
gerous experiment, London, 1722, (p. 7 : l'inoculation n'a jamais 
été pratiquée « among any Christian Nation that believed a Provi- 
dence » ; p. 8, rappel du précepte « Thou shall not tempt the 
Lord thy God »; pp. 23, 30, etc.); An impartial Essay on the 
Inoculation of Small Pox, evincing that the Practice is absolutely un- 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I45 

Idwful in ilst'If and aho very dam^erous and injurions lo Mankind, 
by a Divine of the Church of England (annoncé dans The Daily 
Journal du 12 nov. 1728). Voyez, sur cet état d'esprit du clergé 
anglais, The Gentleman' s Magasine, 1731 (Extrait de Grubstreet 
Journal, Dec. 23, no 103 ; au sujet de « sonie treatises against 
inoc. of the S. P. », composés par des ecclésiastiques); et 
^735) P- S14 (Extrait de Grubstreet Journal , oct. 4, no 197, lettre 
de Democritus à Mr . Bavius : « The doctrines of the Bowstring 
and of Inoculation in the sniall Pox are both of Mahometan 
original and can never suit a freeborn English Constitution . » Sur 
quoi Bavius analyse et cite la lettre de Voltaire. En Français, La 
Coste, p. 1 18 ; Mémoires de Trévoux, juin 1724 (où l'on se moque 
des objections des théologiens anglais); Bihl. anglaise, t. X, 
p. 382 (Extrait des Trans. R. Soc, vol. 31, no 370, où l'on 
rapporte la réponse du Dr. Nettleton aux chrétiens qui ne croient 
pas l'inoculation « exempte de crime »). Même un médecin 
comme Hecquet n'hésitait pas à avancer que l'inoculation était 
« contraire aux vues du Créateur » (Observ., 1724, p. 415). 

19 . « ...so that the young gentleman was quickly in a Condition 
to go abroad with safety... . And they (/i'5 boutons) ail fell off 
withoutleavingonemark or impression behiud them. » (Maitland's 
Account. . ., p. 8.) 

20. W. Douglas (Diss., p. 67) rapporte que c'est le succès de 
l'inoculation pratiquée à Londres sur la fille de Lady Mary 
Wortley Montague par le Dr. Maitland qui encouragea la famille 
royale. Mais ni les documents anglais, ni la Mottraye ne parlent 
d'une communication directe de lady Mary Wortley Montague à 
la princesse de Galles. 

21. Sur les rapports de Voltaire avec la princesse, plus tard 
reine Caroline, à qui il dédia l'édition de Londres de sa Hen- 
riade, cf. Ballantyne, V. 'svisit to England, 64-67, et 1 50-151. 

22 . « Her Royal Highness was no sooner acquainted 

-whh li (ti' eut pas plus tôt appris la misère où vivait la fille de 
Milton), but without any sollicitation, and with a sweetness and 
cheerfulness peculiar to herself when she is giving, she imme- 
diately reached out Her princely Hand with a Charity of 

Lett.phil.l- - 10 



146 ONZIÈME LETTRE 

fifty Guiaeas. » (MisTs IVeekly Journal, n» 107, SaturdayMay 6, 
1727. Cf. aussi The Loudon Journal, May 20, 1727 ; The British 
Journal, Mardi 2, 1728.) « Some days since died in an advanced 
Age Mrs. Clarke, Daughter to the irnmortal Milton. » (The 
Daily Journal, n° 2242, Wednesday March 20, 1728.) 

23. Dans Afr. Maillaud's Account of inoculât iug, etc. 1722, se 
trouve a Journal oj the experiment of Newgate (p. 20), daté du 
9 août 1721. Là, comme dans Douglas (p. 67), il est question 
de six criminels, sur cinq desquels l'opération réussit. Voltaire 
suit sans doute La Mottraye qui écrit (II, 461) : « Vers la fin de 
juillet (1721), les principaux membres du collège de médecine 
qui étaient pour cette opération, prièrent le Roi d'accorder grâce 
de vie à cinq criminels, qui n'avaient point eu, disaient-ils, ce 
maX, pour faire sur eux V expérience de cette opération. Sa Majesté 
accorda ce qu'on lui demandait, et l'opération ayant été faite 
sur ces cinq criminels, entre lesquels était une femme, la petite 
vérole commença de sortir à 4, entre le 5e et le 7e jour ; mais il 
n'en sortit point à la femme (qui avoua ensuite avoir eu la petite 
vérole à l'âge de 4 ou 5 ans). » Voltaire a déduit la femme, et 
voilà le nombre de 4 criminels . 

24. « Après une grande quantité de ces expériences avec un 
heureux succès, on a fait aussi avec un pareil succès la 
même opération aux jeunes branches de la famille royale . » 
(La Mottraye, II, 461.) Cf. Some Remarh iipon D^ Wagstaffe's 
Letter.... hy Pcrrot JVillianis with an appendice.... hy J. Slare, 
1725, p. 29, et Douglas, Dissert., p. 68. 

25. « But when wehad the Account in the publick Papers, that it 
had by theirRoval Highnesses'Command beendone with suçcess 
at London, I cou'd not be satisfied without trying it hère. » 
(^A Letter... to D^- Jnrin, pur \c D"" Nettleton, dans Trans. R. 
soc. Janv.-Mars 1722, no 370, vol. 32, p. 50.) Mais Douglas 
{Diss., p. 69) : << Fromthis Timethe Practice continues proceed- 
ing, but at a much slower Pace than was expected. » Douglas 
écrit en 1730, et l'inoculation perdait en effet du terrain. Elle ne 
devint usuelle qu'après 1740 (Social England, V, 52). « On 
sait, lit-on à la p. 1 3 5 du Recueil de pièces cité plus bas (n. 39), on sait 
que l'inoculation fut suspendue et comme oubliée en Angleterre 
depuis l'année 1729 jusque vers 1743. « 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I47 

26. « Un chirurgien de vaisseau Ecossais, nommé M. Maitland, 
qui avait appris en Turquie la manière de faire cette opération 
s'acquit beaucoup de crédit par des suites aussi heureuses pour 
la conservation de la beauté, des yeux et niènie de la vie, qu'elles 
ont été pour la plupart fatales à ces égards à ceux qui ont natu- 
rellement cette maladie. » (La Mottra\'e, II, 461.) 

27. Statistique établie d'après les documents anglais, avec 
quelques confusions. Nettleton(r;'a?!i, R.Soc.,vo\. 32, p. 51), fixe 
la mortalité à iiearly 22 ont of ei'ery hundred, which is above a fifth 
Part, mais 22 °/o des malades, non de la population ; et pour 
une autre période d'observation (/T'/i/., p. 212) à ahiiost 19 ont 
of every 100 or nearoneji/th, tou']ours 1/5 des malades. Cf. le 
compte rendu du t. 32 des Trans. R. soc, dans la Bibliothèque 
anglaise, X. XI, p. 507: 2/1 1 des malades; 1/14 de toute la popu- 
lation. Jurin (/4 Letter to the learned D^ Caleb Cotestvorth, Trans . 
R. soc, Nov.-Déc. 1722, n" 374, vol. 32, p. 223) dit qu'il meurt 
one in between j or 6, or soinetbing above two in ii, toujours 2 sur 
II malades : évaluation qu'il répète dans Anaccount of the succès s... 
1724, p. 8. Mais le même Jurin (Trans. R. Soc, ibid., p. 220) 
fait la supposition que les 614/1000 de la population prennent la 
petite vérole : voilà le 60 °/o au moins de Voltaire, dont Terreur 
est de dire : De ces 60 vingt meurent, au lieu de dire : De ces 60 
20/100 •=: i/s meurent, c'est-à-dire dou^e et non vingt. 

28. ]unn (A letter to... Dr. Caleb Cotesworth., Trans. R. Soc, 
vol. 32, p. 214): «But of this number [de gens inoculés'], the 
opposers of inoculation affirm that 2 Persons died of the inocu- 
lated Small Pox ; the Favourers of this Practice maintain, that 
their Deathwas occasionned by other causes. » Et (ibid., p. 224): 
« But if thèse 2 Persons are allowed to hâve died of other 
accidents orDiseases, then \ve hâve reason to think, as far as any 
judgment can be niade from our own expérience hère in 
England, that 7ione at ail y^Wl die of Inoculation, provided proper 
Caution be used ; as we are informed is the case in Turkey » 

29. John Woodward (Trans. R. Soc, Avril-Juin 1714, no 339, 
vol. 29, p. 72): « And what is valued by the Fair,it never leaves 
any scars or Pits in the Face. » 

30. Douglas (Diss., p. 85) : « We may confidently pronounce 



148 ONZIÈME LETTRE 

that those u'ho hâve had a geuuhie small Pcx hy Inoculation never 
cati hâve Ihe Small Pox again in a natiiral way. » Cf. Maitland, 
Account, pp. 4 el 6, 19, 33 ; ^ klter to the Rev. Mr. Massey, 
p. 5. Mais la source la plus vraisemblable en dehors de Douglas, 
est Jurin (An Account — 1724, p. 4) : « Yct thereisno instance, 
as far asl hâve been able to learn, of any one Person either in 
Turkey, New-England, or hère at home, who has received the 
Small Pox by Inoculation, that has aftcrwards had it in the natu- 
ral way. » 

31. « ...Avaluable service done to niankind » (A letter to the 

Rev. Mr. Massey, 1722, p. 3). « What praises are there not 

due (à Lady M. W. M.) for introducing so great a Blessing into 
our native Country. » (Perrot Williams, Sone Reviarks upon Dr. 
Wagstaffe' s Letter ..., 1725, p. 33.) — « I am patriot enough, 
écrivait lady Mary Wortiev Montague, to take pains to bring 
this useful invention into fashion in England. » (The letter s and 
uorks of L. M. IV. M., 1893, in-8», t. I, p. 307, i" avril (o. s.) 
1717.) Cependant l'ambassadeur français faisait un mot : « The 
French Embassador says pleasantly that they take the Small Pox 
hère by way of diversion as they take the waters in other Coun- 
tries. » (Ihid .) 

32. Voltaire se souvenait de l'épidémie de 1723 qui lui 
avait enlevé Genonville. Le duc d'Aumont (Villequier) avait 
32 ans (Mercure, Nov. 1723, p. 1003, et Barbier, Journal, 
I, 303). Le prince de Soubise mourut le 6 mai 1724, à 28 ans 
(Barbier, I, 35 s). Le Mercure enregistre de mai à octobre 1723 les 
morts du comte de Nogent, 26 ans, de la Marquise de Lunaty 
Visconti, 34 ans ; d'Ant. Nie. Portail, 21 ans ; de M. de Mont- 
morin de Saint-Herem , 29 ans ; du comte de Bissv, 35 ans ; de 
Genonville, 23 ans; de M. de Manicamp, 32 ans; de l'avocat 
Tessard, 36 ans ; de M. Beraud, prêtre, 39 ans, etc. — J'ignore 
où Voltaire prend la statistique : 20.000 personnes mortes à 
Paris de la petite vérole en ij2j. La mortalité annuelle à Paris 
pour toutes les maladies était évaluée à 20.000 (Encycl., art. 
Inoculation) : Voltaire se serait-il mépris? 

33. Cf. n. 18. Perrot Williams (5o/Htf i?ewj;'fa..., p. 9)attribue 
à l'hostilité du clergé le fait que ni les Italiens ni les Français 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I49 

n'ont adopté l'inoculation. L'abbé Molinier écrivait en 1735 : 
« Le naturel des Français se révolte au système de l'insertion ; 
nous nous soumettons aux décrets de la Providence. » 

34. Cf. la note i. 

35. Cf. u. 25, fin. Voltaire put se rendre compte vers 1727- 
1728 que l'opposition à la méthode nouvelle était loin d'être 
vaincue en Angleterre. Voir l'article de Mist's IVeekly Journal, 
no 114, Saturday June 24, 1727, très hostile à l'inoculation et 
aux rapports de Jurin. 

36. Cet alinéa paraît être une addition postérieure à la rédaction 
de la lettre. Une fut sans doute pas ajouté avant 1751 : c'est alors 
que parut le 20e vol. des Letties édifiantes contenant (pp. 304-361) 
une Lettre du P. DcntrecoUes au P. DuhaJde, datée de Pékin le 
II mai 1726. Le passage fut remarqué aussi par Le Gendre mar- 
quis de Saint-Aubin, Traité de Vopinion, 1733,1V, iv, 27, t. III, 
p. 408 (le privilège est du 2 août 1732). Le P. DentrecoUes, 
ayant lu le compte rendu que les Mémoires de Trévoux firent delà 
brochure de La Coste, décrivait la pratique des Chinois. « On 
ne sera pas peu surpris de voir qu'une méthode à peu près sem- 
blable à celle qui est venue de Constantinople en Angleterre 

soit en usage depuis un siècle à la Chine On verra par la 

suite dç cette lettre que les narines sont comme des sillons où 
l'on jette la semence de la petite vérole. L'usage du tahac en 
poudre pris par le nez est trop récent à la Chine-, et même à la 
cour, pour lui attribuer la manière beaucoup plus ancienne et 
plus universelle d'attirer par le nez la semence de la petite 
vérole. » — Plusieurs documents anglais, et \t Journal des Savants 
(Avril 1722, p. 252), dans son compte rendu de l'écrit de Harris, 
avaient parlé delà pratique des Chinois ; mais le texte de Vol- 
taire donne lieu de croire qu'il tire le fait des Lettres édifiantes. 

37. Voltaire ne s'était guère encore occupé des Chinois, qu'il 
déclarait athées en 1732 (Éd. Moland, VIII, 431). Il exprime ici 
une opinion que les missionnaires jésuites et Isaac Vossius dans 
ses Varix ohservationes (1685, cf. Bayle, I, 214) avaient accré- 
ditée. 

38. Voltaire emprunte ce fait à La Condamine, Relation abrégée 
d'un Voyage dans -l'intérieur de l'Amérique méridionale, 1745 (lu 



150 ONZIl-ME LETTRE 

le 28 avril 1745 à l'Acadcniie des sciences). « Dec. 1743. Il 
y a 15 ou 16 ans qu'un uiissiontiaire canne des environs de Para, 
vovant tous ses Indiens mourir l'un après l'autre, et ayant appris 
par la lecture d'uiie Gaielle le secret de l'inoculation qui faisait 
alors beaucoup de bruit en Europe, jugea prudemment qu'en 
usant de ce remède il rendrait au moins douteuse une mort qui 
n'était que trop certaine en n'employant que les remèdes ordi- 
naires Ce religieux fut le premier en Amérique qui eut le 

courage d'en venir à l'exécution. Il avait déjà perdu la moitié de 
ses Indiens; beaucoup d'autres tombaient malades journellement ; 
il osa faire insérer la petite vérole à loiis ceux qui n'avaient pas 
encore été attaqués, et il n'en perdit plus un seul. Un autre mission- 
naire de la rivière Noire suivit sou exemple avec le même 
succès. » Ainsi c'est un Carme, non un Jésuite ; il inocule tous 
ses Indiens, non les petits enfants. Cela se passe 15 ou 16 ans 
avant déc. 1743, donc vers 1 727-1 728, six ans environ avant la 
publication des Lettres philosophiques. Le missionnaire a connu 
l'inoculation par une ga::^ette, la même sans doute que lisait le 
P. Dentrecolles, les Mémoires de Trévoux. 

39. Cette fin dut être ajoutée au dernier moment : car l'éd. de 
1756 se débita en avril, et la matière de ces deux alinéas est 
empruntée à un Recueil de pièces concernant V inoculation de la 
petite vérole et propres à en prouver la sécurité et Vutilité, Paris, 
1756, in-i2 (approbation de La Virotte, datée du 18 juillet 1754). 
On y lit (IX) Y Abrégé de la fondation d'un hôpital faite à Londres 
en 1^46 pour l'inoculation, avec une partie du sermon prêché en 
lyS^ P^i" Milord Isaac, evêque de Worcester, dansV église paroissiale 
de cet hôpital . L'évêque fit le calcul delà mortalité survenue de 
173 1 à 175 1 et conclut (p. 221) : « Si cette pratique était univer- 
sellement reçue dans ces deux villes (Londres et Westminster), 
ce serait 1930 citoyens qu'on conserverait par an à l'Etat. » Il 
engagea les auditeurs à contribuer aux frais de l'hôpital (p. 221- 

222). 

40. Recueil, etc. (p. 48, note). « C'était alors qu'un de ces furieux 
(Edmund Massey, A sermon against the dangerous and sinful 
practice of inoculation, 1722) traitant l'inoculation de pratique 
infernale, dis.iit et tâchait de prouver avec beaucoup d'esprit que 



SUR L INSERTION DE LA PETITE VEROLE I5I 

le Diable avait inocule Joh. » Ou trouve ce détail dès 1723 dans 
ïts Mémoires littéraires de la Grande-Bretagne (t. XII, no 498). La 
Coste citait aussi le mot de Massey sur Job, et lui opposait l'évêque 
de Salisbury et d'autres théologiens ; le Journal de Trévoux 
(Juin 1724, p. 1087) n'omettait pas l'anecdote. Si Voltaire avait 
connu ces écrits, il n'eût pas attendu 1756 pour rire de Massey 
et couvrir l'inoculation d'une approbation épiscopale. On trouve 
encore dans le Recueil un extrait de The Analysis of inoc. par le 
Dr. Kirkpatrick (1754), qui écrit : « Quelques théologiens 
montèrent en chaire et déclamèrent avec autant de fureur que de 
ridicule ; on arma les Presbytériens rigides ; on intéressa la Pro- 
vidence dans cette affaire. » — Le Recueil, dans le Catalogue de 
divers écrits concernant V inoculation de la petite vérole, ne mentionne 
pas cette Lettre philosophique : Voltaire n'est pas nommé dans le 
volume. 



DOUZIÈME LETTRE [i05 

Sur le chancelier Bacon '. 



Il n'y a pas long-tems que l'on agitoit dans une com- 
pagnie célèbre^ cette question usée & frivole, quel étoitle 
5 plus grand homme de César, d'Alexandre, de Tamerlan, 
de Cromwel, &c. 

Quelqu'un répondit que c'étoit sans contredit Isaac 
Newton : cet homme avoit raison, car si la vraie gran- 
deur consiste à avoir reçu du Ciel un puissant génie, & à 
10 s'en être servi pour s'éclairer soi-même & ] les autres, [loé' 
un homme comme Monsieur Newton, tel qu'il s'en 
trouve à peine en dix siècles, est véritablement le grand 
homme, & ces Politiques & ces Conquérans dont aucun 
siècle n'a manqué, ne sont d'ordinaire que d'illustres 
15 méchans'. C'est à celui qui domine sur les esprits par 
la force de la vérité, non à ceux qui font des esclaves par 
la violence, c'est à celui qui connoit l'Univers, non à 
ceux qui le défigurent, que nous devons nos respects. 
Puis donc que vous exigez que je vous parle des 
20 hommes célèbres qu'a porté l'Angleterre, je commencerai 

Ligne 2. 7v section II (art. François Bacon du Dict. Phil.) — 5. _j./'-j2 
Ihonime] qu'il y ait eu sur la terre, si c'étoit César, Al., Tani., Croniwell, 
& c. — 6. $6-K. ou [Je Cromwel!]. Ces éd. siippiiinenl &.c. 

17. j4'-K par violence — 19-25. A', [nos respects]. Le fameux Baron 
[de Verulam, connu... Bacon], était fils... Cette suppression sans aiitorilè 
fl la correction qu'elle eutraiue résultent de ce que les Lettres anglaises ne 
font plus un tout. Les indices de leur liaison primitive n auraient pas eu de sens 
dans le Dict. phil. — 20 porté sans accord, leçon de toutes les éditions colla- 
t tonnée s. 



SUR LE CHANCELIER BACON 153 

par les Bacons, les Lockes, les Newtons, &c. Les Géné- 
raux & les Ministres viendront à leur tour. 

Il faut commencer par le fa]meux Comte + de Verulam L^°7J 
connu en Europe sous le nom de Bacon qui étoit son 

25 nom de famille. Il étoit fils d'un Garde des Sceaux, & 
fut long-tems Chancelier sous le Roi Jacques Premier ; 
cependant au milieu des intrigues de la Cour, & des 
occupations de sa Charge qui demandoient un homme 
tout entier, il trouva le tems d'être grand Philosophe, 

30 bon Historien & Écrivain élégant, & ce qui est encore 
plus étonnant, c'est qu'il vivoit dans un siècle où l'on ne 
connoissoit guéres l'art de bien écrire, encore moins la 
bonne Philosophie. Il a été, comme c'est l'usage parmi 
les hommes, plus estimé après sa mort que de son 

35 vivant : ses ennemis étoient à la Cour de Londres, ses 
admirateurs étoient dans toute l'Europe 5, 

Lorsque le Marquis d'Effiat amena en Angleterre la L^^^J 
Princesse Marie, fille de Henri le Grand, qui devoit 
épouser le Prince de Galle, ce Ministre alla visiter Bacon, 

40 qui alors étant malade au lit, le reçut les rideaux fermés. 

« Vous ressemblez aux Anges, lui dit d'Effiat, on entend 

toujours parler d'eux, on les croit bien ■ supérieurs aux 

hommes, & on n'a jamais la consolation de les voir ^. » 

Vous sçavez, Monsieur, comment Bacon fut accusé 



21. /4'-jé, 7; et les Newtons, etc. — 25. }9*-K Baron Angl. }) Vis- 
count — 24. }ç*-jj [Bacon qui] etoit fils (omettant etoit son nom de 
famille. II). C'était une erreur typographique dont Voltaire n'a pas reconnu la 
cause. Il s'est borné dans ^^^{corr.) à biffer qui et à écrire \\ au-dessus. 

36. ^4"-À'[étoient] les étrangers. Le texte de ^4 résulte d'un carton (cf. 
lettre à Cideville, ) juillet ij}), t. XXXIII, p. j;;) qui remédia in 
extremis (/ un non sens de l'impression de Jore : la leçon de j_/' est donc 
la leçon pi imitive du manuscrit, plus voisine de la source (apud exteros). 
Cf. le Commentaire. — 38. ;^"-;9 d'Henry — ^^. }4'-K le Roi Charles 
kçon plus voisine de la source. Cf. le Commentaire. — 40. 42-y} [qui] lors 
étant [malade] /i lors étoit (faute typographique) K étant alors 

44. S4'-7) omettent Monsieur. K On sait comment 



154 DOUZIEME LETTRE 

45 d'un crime qui n'est guère d'un Philosophe, de s'être 
laissé corrompre par argent ; vous sçavcz comment il fut 
condamné par la Chambre des Pairs A une amende d'en- 
viron quatre cent mille livres de notre monnoie ", è perdre 
sa Dignité | de Chancelier & de Pair. 

50 Aujourd'hui les Anglais révèrent sa Mémoire au point [109H 
qu'ils ne veulent point avouer qu'il ait été coupable **. 1 

Si vous me demandez ce que j'en pense, je me servirai 
pour vous répondre d'un mot que j'ai oui dire à Milord 
Bolingbrooke; on parloit en sa présence de l'avarice dont 

5 5 le Duc de Malboroug avoit été accusé, & on en citoit 
des traits sur lesquels on apelloit au témoignage de 
Milord Bolinbrooke, qui aiant été son ennemi déclaré, 
pouvoit peut-être avec bienséance dire ce qui en étoit. 
« C'étoit un si grand homme, répondit-il, que j'ai oublié 

60 ses vices 9. » 

Je me bornerai donc à vous parler de ce qui a mérité 
au Chancelier Bacon l'estime de l'Europe. 

Le plus singulier & le meilleur de ses ouvrages, est rjjQ 
celui qui est aujourd'hui le moins lu & le plus inutile, ™ 

65 je veux parler de son noviim scieiiliaruin orgauum ; c'est 
l'échafaut avec lequel on a bâti la nouvelle philosophie, 
& quand cet édifice a été élevé au moins en partie, l'écha- 
faut n'a plus été d'aucun usage. 

Le Chancelier Bacon ne connoissoit pas encore la 

70 nature ; mais il sçavoit & indiquoit tous les chemins 



46. A' on snit 

51. J4'-K qu'à peine avouent-ils — 52. K Si on me demande — 55. A" 
pour repondre — )5-7) Mylord {de mcmc l. jj). ^^'-A Bolingbroke La 
fortnc Bolingbrooke réparait dans yo, "ji^. — 55. ^^*, j<;+-^iV, )6, jo, 
7J, K Marlborough j> Marborough jç Marlborourgh ;/ Malboroug 
$2 Marlbarough jr Marlboroug — 5 7.^^'- A' ayant été d'un parti contraire 

61. K irrata (LXX,4()o) à parler — 64. j./'-^p, 46-18, ;2-7j. A' le plus 
\XX\\c faute t\l)Ograpl}iquc de j^", car la copie euvc\ée à Londres portait bien 
inutile, comme le. prouve Angl. ^) : the niost useless and the least read. 



I 



SUR LE CHANCELIER BACON 15 5 

qui mènent à elle'°. Il avoit méprisé de bonne heure ce 
que les Universités apelloient la Philosophie", & il 
faisoit tout ce qui dépendoit de lui, afin que ces Com- 
pagnies instituées pour la perfection de la raison humai- 

75 ne, ne continuassent pas de la gâter par leurs quiddifés, 

leur I horreur du viiidc^^, leurs formes suhstancieïles^^ , & rinl 
tous ces mots impertinens que non-seulement l'igno- 
rance rendoit respectables, mais qu'un mélange ridicule 
avecla Religion avoit rendus presque sacrés. 

80 II est le père de la Philosophie expérimentale : il est 
bien vrai qu'avant lui on avoit découvert des secrets 
étonnants. On avoit inventé la Boussole, l'Imprimerie, 
la gravure des Estampes, la peinture à l'huile, les glaces, 
l'art de rendre en quelque façon la vue aux vieillards par 

85 les lunettes qu'on apelle besicles, la poudre à canon, &c. 
On avoit cherché, trouvé & conquis un nouveau monde. 
Qui ne croiroit que ces sublimes découvertes eussent été 
faites par les plus grands Philosophes, & dans | des tems r, .,1 
bien plus éclairés que le nôtre ? Point du tout : c'est 

Ç)o dans le tems de la plus stupide barbarie que ces grands 
changemens ont été faits sur la terre : le hazard seul a 
produit presque toutes ces inventions,' & il y a même 
bien de l'aparence que ce qu'on apelle hazard a eu 
grande part dans la découverte de l'Amérique ; du moins 

95 a-t-on toujours cru que Christophe Colomb n'entreprit 
son voïage que sur la foi d'un Capitaine de vaisseau 
qu'une tempête avoit jette jusqu'à la hauteur des Isles 
Caraïbes'^. 

72. 48 (corr.), ^i-K [ce que] des fous en bonnet quarré enseignoient 
sous le nom de philosophie dans les petites-maisons appelées Collèges — 
76. j^"-A" leurs horreurs — 77. 4S (corr.) biffe impertinens ; ji-K le 
retranchent. — 79. ^^"-A' rendu sacrés. 

88. 70-A' les grands — 90. j6-K [de la] barbarie scolastique 
92. ^6-K [inventions] : on a même prétendu [que] — 95. j6-K omettent 
toujours. 



1<)6 DOUZIÈME LETTRE 

Quoiqu'il en soit les hommes sçavoient aller au bout 

loo du monde, ils sçavoient détruire des Villes avec un ton- 
nerre artificiel plus terrible que le tonnerre véritable ; 
mais ils ne connoissoient pas la circulajtion du sang, la ["iiî"! 
pesanteur de l'air, les loix du mouvement, la lumière, 
le nombre de nos planettes, &c., & un homme qui sou- 

10) tenoit une thèse sur les catégories d'Aristote, sur l'uni- 
versel à parte rci ou telle autre sottise, ctoit regardé 
comme un prodige. 

Les inventions les plus étonnantes & les plus utiles, ne 
sont pas celles qui font le plus d'honneur à l'esprit 

I lo humain. 

C'est à un instinct méchanique qui est chei: la plupart 
des hommes que nous devons tous les Arts, & nullement 
à la saine Philosophie. 

La découverte du feu, l'art de faire du pain, de fondre 

1 1 3 & de préparer les métaux, de bâtir des maisons, l'in- 
vention de la navette, sont d'une toute autre nécessité 
que rimpri|merie & la Boussole; cependant ces Arts [114] 
furent inventés par des hommes encore sauvages •>. 
Quel prodigieux usage les Grecs & les Romains ne 

120 firent-ils pas depuis des méchaniques? Cependant on 
croïoit de leur tems qu'il y avoit des cieux de cristal'^, & 
que les étoiles étoient de petites lampes qui tomboient 
quelquefois dans la mer, & un de leurs grands Philo- 
sophes après bien des recherches avoit trouvé que les astres 

125 étoient des cailloux qui s'étoient détachés de la terre'". 

En un mot personne avant le Chancelier Bacon n'avoit 

connu la Philosophie expérimentale'^, & de toutes les 

épreuves physiques qu'on a faites depuis lui, il n'y en a 



112. }4'-K la pluspart des [arts] — 120.^94 (corr.) depuis «/ l'>jffé. 
12}. ^l'-K plus [grands] 



SUR LE CHANCELIER BACON 157 

presque pas une qui ne soit indiquée | dans son livre'?. [115] 

130 II en avoit fait lui-même plusieurs, il fit des espèces de 
machines Pneumatiques, par lesquelles il devina l'Élasti- 
cité de l'air^o ; il a tourné tout au tour de la découverte 
de sa pesanteur^', il y touchoit ; cette vérité fut saisie 
par Toricelli. Peu de tems après la Phisique expérimen- 

155 taie commença tout d'un coupa être cultivée à la fois 
dans presque toutes les parties de l'Europe. C'étoit un 
trésor caché dont Bacon s'étoit douté, & que tous les 
Philosophes encouragés par sa promesse s'éforcérent de 
déterrer. 

140 Mais ce qui m'a le plus surpris, c'a été de voir dans son 
livre en termes exprès cette attraction nouvelle dont 
Monsieur Newton passe pour l'inventeur. 

» Il faut chercher, dit Bacon, s'il n')' auroit point une r,./-n 
» espèce de force magnétique qui opère entre la terre & 

145 » les choses pesantes, entre la Lune & l'Océan, entre les 
» Planettes, &c". 

En un autre endroit il dit : 

» Il faut ou '"que les corps graves soient portés vers le 
» centre de la terre, ou qu'ils en soient mutuellement 

150 » attirés, & en ce dernier cas, il est évident que plus les 
» corps en tombant s'aprocheront de la terre, plus forte- 
» ment ils s'attireront. Il faut, poursuit-il, expérimenter 
» si la même horloge à poids ira plus vite sur le haut 
» d'une montagne, ou au fond d'une mine ; si la force 

155 » des poids diminue sur la montagne & augmente dans 

» la mine, il y a apparence | que la terre a une vraie [117] 
» attraction 23. 

140. ^9*-7S On 'voit [dans son livre] K Nous avons vu qu'on trouve 
[dans] 

14 5-1 5 7- Les citations de Bacon sont supprimées par les éditeurs de Kehl 
parce qu'ils viennent d'imprimer un passage qui les contient au début de la 
sect. I de l'article François Bacon. — 148. }4'-7S, K {dans la sect. I dt 
l'article) poussés 



158 DOUZIÈME LETTRE 

Ce précurseur de la Philosophie a été aussi un écrivain 
élégant, un historien, un bel esprit. 
160 Ses essais de morale sont très-estimes, mais ils sont 
faits pour instruire plutôt que pour plaire, & n'étant ni 
la satire de la nature humaine comme les maximes de 
Monsieur de la Rochcfoucault, ni l'école du scepticisme 
comme Montagne, ils sont moins lus que ces deux livres 
165 ingénieux^**. 

Son histoire de Henri VII a passé pour un chef-d'œuvre; 
mais je serois fort trompé si elle pouvoit être comparée 
à l'ouvrage de notre illustre de Thou^>. 

En parlant de ce fameux imlposteur Parkins Juif de [118] 
170 naissance, qui prit si hardiment le nom de Richard IV 
Roi d'Angleterre, encouragé par la Duchesse de Bourgogne, 
& qui disputa la Couronne à Henri VII, voici comme le 
Chancelier Bacon s'exprime. 

» Environ ce tems le Roi Henri fut obsédé d'esprits 
175 » malins par la magie de la Duchesse de Bourgogne, qui 
)) évoqua des enfers l'ombre d'Edouard IV pour venir 
» tourmenter le Roi Henri^^. 

» Quand la Duchesse de Bourgogne eut instruit 
» Parkins, elle commença à délibérer par quelle région 
180 » du Ciel elle feroit paroitre cette comète, & elle résolut 
» qu'elle éclateroit d'abord sur l'horison de l'Irlande^'. 

Il me semble que notre sage | de Thou ne donne guère 
dans ce phœbus, qu'on prenoit autrefois pour du sublime, 
mais qu'à présent on nomme avec raison galimathias^s. 



[=19] 



163. ^94-A' [Maximes] de La Rochefoucauld. — 166. ^4'-K Sa (^9 La) 
vie [de H. VII] — 167. _J^*-A' [mais] comment se peut-il faire que 
quelques personnes osent comparer un si petit ouvrage avec l'histoire 
de [notre illustre] Mr. [de Thou.] A' enuta, LXX, 490, supprime Mr. 
— 169. j./*-A' {nu lieu de Juif de naissance) fils d'un Juif converti 
J4'-S6 Perkin 70-K Perkins 

179. i4^-s6 Perkin 70-A' Perkins 



SUR LE CHANCELIER BACON I59 



COMMENTAIRE 



1. Cette lettre dut être rédigée à la même époque que l'opus- 
cule Sottise ch's Jeux parts, où Voltaire représente comme ici 
(p. 155,1. 75-76 et p. 156, 1. 106) lascolastique parles(7»à7i///« et 
l'universel a parte rei. « C'est dommage pour la gloire d'Aristote 
qu'on n'ait pas fait la guerre civile et donné quelques batailles 
rangées en faveur des quidditcs et de Y universel de la part de la chose. » 
(XXII, 65.) Par malheur on ne sait pas exactement la date de 
la composition de l'opuscule, qui ne paraît avoir été imprimé qu'en 
1750. Duvernet {Vie de V., éd. 1797, p. 74-75), le place à l'an- 
née 1728, après le retour d'Angleterre (il faudrait sans doute 
dire plutôt 1729). Rien, dans la lettre XII, ne contredit cette 
date. Il est vrai qu'il se pourrait que le rapprochement un peu 
inattendu de Bacon avec de Thou eût été suggéré à Voltaire par 
l'édition et la traduction que Chauvelin fit faire de VHistoire 
du président de Thou (cf. Voltaire à Formont, 8 sept. 1731). 
Mais on peut aussi l'expliquer par l'apparition en 1728 d'une tra- 
duction anglaise de cet ouvrage. Il serait-d'ailleurs étonnant que 
Voltaire eût inventé ce rapprochement, quoique je n'en aie pas 
trouvé trace dans les textes anglais que j'ai vus. — D'autre 
part l'opuscule Sottise des deux parts semble contemporain aussi 
de la lettre XIII (cf. n. 17), qui, dans la forme imprimée en 1753- 
34, date de la fin de 1752. La lettre XII et l'opuscule 
seraient un peu antérieurs. — Pour les traductions françaises de 
Bacon antérieures à Voltaire, vo\'ez le Catalogue imprimé de 
la Bibl. Nat., au mot François Bacon. Pour les jugements sur 
Bacon, voyez le Journal des Savants, 8 mars 1666, p. 1 18-120; 
Duhamel, De Mente huiiiana lihri quatuor, Paris, 1672, notam- 
ment 1. III, ch. 7-9; Bibliotlicque raisonnée. Juillet- Août 17 30, 
t. V, p. I (compte rendu de l'édition d'Amsterdam, 1730), 
et p. 29 (abrégé de la vie de Bacon d'après la biographie écrite 
par le chapelain Rawley). 

2. Compagnie célèbre semblerait désigner une académie, et faire 



léo DOUZIÈME LKTTRE 

allusion à quelque sujet de prix d'éloquence : je n'ai rien trouvé 
■qui parût se rapporter à l'allusion de Voltaire ; l'Académie fran- 
çaise n'a rien proposé de pareil. Le texte de Voltaire autorise 
d'ailleurs l'idée d'une simple conversation, et célèbre à la 
rigueur peut, comme illustre, s'applique à une réunion sans 
caractère officiel. Il s'agirait d'une conversation de salon : mais 
est-ce à Paris, ou à Londres, que Voltaire la place ? Ou bien 
n'y a-t-il ici qu'un souvenir livresque transformé et adapté ? On 
lit dans le Babillard, trad. de la Chapelle, 1725, t. I, p. 112 
{22 avril 1709) : «/<; me trouvai Vautre jour dans une compagnie 
où l'on ne s'entretint que du mérite de nos deux grands capi- 
taines, le duc de Marlborough et le prince Eugène. Le sujet de 
cette conversation me conduisit naturellement à faire quelques 
réûex'ions sur Akxandi-e et sur César, les deux plus grands hommes 
^ui aient paru avant notre siècle... » 

3. Comparez la lettre à Thieriot, du 15 juillet 1735 (éd. 
Moland, XXXIII, 505). 

4. hQ Journal littéraire (t. XXII, p. 556) a relevé l'erreur de 
Voltaire sur le titre de Bacon. Voltaire corrigea en 1739 (cf. notes 
critiques'). 

5. « Nomen ejus magis foris et apiid exteros quam domi inter 
popularcs suos celebratum est et inclariiit. » (Rawley, Auctoris 
vita, non paginée, en tête des Opuscula varia posthuma, 1658 : 
cette vie, souvent réimprimée dans les éditions de Bacon, soit 
en latin, soit en anglais, se trouve notamment en tête de celles 
de Londres et d'Amsterdam, 1730.) — Bacon avait dit dans son 
Testament : « Je laisse le soin de ma réputation aux étrangers ; 
et après qu'il se sera passé quelque temps, à mes compatriotes. » 
(Savérien, iï'75/. des phil. modernes, 1763,111,73). Voltaire a-t-ii 
jeté les yeux sur ce Testament ? L'emprunt à Rawley est plus 
probable. 

6. K Inter caeteros Marchio Fiatus Nobilis Gallus, qui legatus 
in Angliam venerat anno primo Mariae reginae, Caroli régis 
nuptae, ingenti animi ardore eum invisendi captus est. Ad quam 
rem opportunitatem nactus et cubiculum ingressus, prae infirmi- 
tale in lectulo decumhentis, stylo aliquantum grandiore eum ador- 
tus est : Dominationem suam sibi semper Angelis similem fuisse^ 



SUR LE CHANCELIHR BACON l6l 

de quitus multaad illins aures peri'giienint, et in libris situiliterlcc- 
tîtavit, sed eos nunqiiam coram conspicere coitcessum est. » (Rawley, 
iNd.) — Sur les relations du marquis d'Effiat et de Bacon, 
voyez Golefer, dédicace des Neuf livres de la dignité et de Vac- 
croissement des sciences..., traduits du latin en français, Paris, 
1652, in-40. 

7. L'amende fut de 40.000 livres (R. Stephens, Fr. Bacon" s 
Letters, memoirs, pdrliamentary affairs, state papers, etc., London, 
1736, in-40, p. xxii); cf. aussi l'éd. de Londres, 1750, t. I, 
p. 141. Le Journal littéraire (t. XXII, p. 359) et D'Argens 
(Méni. secrets de la Rép. des lettres, 1. VIII, sect. II, p. 220) ont 
contesté à tort l'énormité du chiffre ; Voltaire au contraire a 
affaibli ce que ses sources lui donnaient : 40.000 1. anglaises 
font un million de livres françaises. Mais Bacon perdit seulement 
son droit de séance au Parlement, non sa qualité de pair (Ste- 
phens, ibid.). Ici d'Argens rectifie avec raison. 

8. Rushworth donna la note : « He treasured up nothing 
either for himself or his family... He was overindulgent to his 
servants. )) (HwforfcaZ Collections, 1659, ^j P- 3^0 ^^^ mots 
furent souvent cités ou paraphrasés depuis. Echard {Hist. of 
England, IV, i, 397): «His crimes were Bribery and Extortion, 
yet more those of his servants and dépendants than his own... » 
Mais Voltaire songe peut-être surtout à R. Higgons {A short 
vjiew ofthe English history, La Haye, 1727, in-80, p. 251): 
« This illustrions Person, having pass'd over ail the steps of 
his Profession to the dignity of Lord Chancellor and a Peer 
of the Rcalm, was attack'd with so much Fury by a Faction 
at Court, that no Innocence or Merit could protect bim from 
undergoing an infamous sentence, Fine and Imprisonment 
during Pleasure, being charg'd with the faulls of his servants for 
whom he was not answerable. » Cf. encore Peter Shaw, The 
Philosophical Works of Francis Bacon... niethodi:(ed and made 
English, 1733, t. I, p. XLix. 

9. Bolingbroke, vers 1728-1730, se servait du talent et de la 
gloire de son ancien ennemi Marlborough, qui était mort, pour 
écraser un ennemi vivant, le ministre whig Walpole. Cf. The 

Lett.phil.ï. II 



l62 DOUZIÈME LETTRE 

Cra/tstiiann, notamment le n» 252, May i^« 1751. — D'Argens 
{Mém. secr. de la Rèp. des Lettres, 1. VIII, s. 2, p. 220) dit, après 
avoir cité la phrase Aujourd'hui les Anglais... : « Il avait ajouté 
à ces premiers mots : ses vertus ont fait oublier ses vices ; mais il a 
retranché cette phrase dans une dernière édition, du moins elle 
n'est pas dans celle de Jacques Desbordes 1735. » Ni dans 
celles de 1734, ni dans aucune autre. D'Argens ne s'aperçoit pas 
qu'il ne fait que citer en l'altérant le mot prêté par Voltaire à 
Bolingbroke. 

10. Je trouve dans l'éd. de Londres, 1730, t. I, p. 20, ces 
paroles extraites du Bacon iana de Tenison : « He espied a new 
and better and larger and safer way, and he joumeyed far in it 
himself, and he left a map of it for posterity who might far- 
ther pursue it. And he has been happy in being follow'd by 
men of the ablest undersiandings with singular success, and the 
societies for improving natural knowledge do not at this day 
départ from his directions, though they travel farther than 
death would suffer him to adventure. » 

11. Sur le mépris de Bacon pour les Universités et Collèges, 
Novum orgamim,l,^o, éd.Fovvler, p. 287. Sur son mépris delà 
philosophie aristotélicienne et scolastique, ibid., I, 54, p. 225 ; I, 
63, p. 256-240 ; I, 78, p. 267 ; I, 121, p. 318, etc. 

12. Bacon{Nov. org., I, 66; II, 8; II, 48) n'affirme pas le 
vide, et ne fait pas d'objection à l'horreur du vide. 

13. Bacon, contre les formes substantielles : « Formae enim 
commenta animi humani sunt... » (Nov. org., I, 51, éd. Fow- 
1er, p. 224. Cf. I, 65, p. 241 ; II, 2, p. 340, etc.). — Cf. Locke, 
Ess. sur l'Ent. h., III, X, 14 ; t. III, p. 233 : c'est peut-être de lu 
plutôt que de Bacon que vient ce passage. 

14. C'est l'anecdote racontée par Gomara, Hist. gén. des 
Indes, I, 13, qu'on trouvera dans ChautTepié, au mot Chr. 
Colomb, n. c. Mais Chauffepié ne parait qu'en 1750 et on peut 
tout au plus ui attribuer le scrupule qui a fait biffer le mot tou- 
jours à partir de 1756. Moreri, éd. 1718, faisait une allusion 
vague à ce pilote. Voltaire a pu trouver le fait dans Lenglet 
Dufresnoy, Méthode pour étudier Fhistoire, éd. 1729, in-40, t. II, 
p. 371. 



SUR LE CHANCELIER BACON 163 

15. Bacon avait écrit, dans une intention, il est vrai, un peu 
différente (Nov. organ., Part. I, s. V, aph. 85 ; éd. Peter 
Shaw, t. II, p. 382): « Yet ail the Discoveries now mentioned 
(notes de musique, lettres de l'alphabet, vin, bière, pain, etc.) 
are more ancicitt ihan Pbilosophy and the iiitcUectiial Arh : so 
that, to say the Truth, when the rational and dogmatical arts 
came upon the stage, the invention of useful Works went off... » 

16. « Alium errorem errant Peripatetici, credentes sphaeras 
coelestes esse simul solidas et pellucidas instar crystalli... » 
(Bayle, Œuvres diverses, t. IV, p. 393). Cf. aussi Fontenelle, 
Pluralité des Mondes, V (éd. 1790, t. II, p. 24), et Fénelon, 
Abrégé des vies des anciens philosophes, l'ji^, Empédocle. Il pen- 
sait « que le ciel était fait d'une matière semblable à du cris- 
tal ». 

17. Opinion d'Anaxagoras rapportée dans le Dict. de Bayle 
(éd. 1730). 

18. « I shall only mention one great Man who had the true 
imagination of the whole Extent of this Enterprise, as it is now 
on foot ; and that is the lord Bacon ; in whose books there are 
everywhere scattered the best arguments that can be produced 
for the Defence of Expérimental Philosophy, and the best direc- 
tions that are needful to promote it. » (Th. Sprat, Hist. of the 
R. Society, 3^ éd., p. 35.) 

19. Sur les pressentiments de Bacon, voy. le bel éloge qui 
est dans le Spectator, n° 552. Voltaire ne paraît pas s'en être sou- 
venu : il a pris une autre image, celle du trésor caché. 

20. Sur l'élasticité de l'air, Nonj. org., II, 48, 2, éd. Fowler, 
p. 523-524; II, 48, 3, p. 524-526; II, 50, p. 564. Sur les 
espèces de machines pneumatiques de Bacon, Nov. org., Il, 50, i, 
p. 560. Voyez aussi A plan for the particular History of Conden- 
sation and Rarification in Natural Bodies, s. XI, par. 6 (éd. Peter 
Shaw, t. III, p. 550). 

21. Cependant voyez A^at'. org., II, 40, éd. Fowler, p. 493, et 
l'opuscule intitulé Historia densi et rari, où Bacon semble ne don- 
ner à l'a iraucune pesanteur. 

22. « Rursus, sisit aliqua vis magneticaquae operetur per consen- 
sum inter globu'm terrae et ponderosa, aut inter globum Lunae et 



104 DOUZIÈME LETTRR 

aquas vhvis..., aut inter coelam stcllatum et phnietas, per quam 
evocentur et attollantur ad sua apogaea... » (Nov. org., II, 45, 
éd . Fowler, p. 508). 

23. « Similiter, sit natura inquisita, pondus, sive grave. 
Bivium circa hanc naturam taie est. Kecesse est ut gravia cl pou- 
derosa vel tendant ex uatiira sua ad ceutruin terrae per proprium 
schcmatismum ; vel ut a massa corporea ipsius terrae, tanquani 
a congregatione corporuin connaturalium, attrahaiitur et rapian- 
tur, et ad eam per conseusum ferantur. At posterius hoc si in causa 
sit, sequitur, ut qtio propins graviora appropinquant ad terrant, eo 
fortins et majore cum impetn ferantur ad eam ; quo longius ab ea 
absiat, debilius et tardius (ut fit in attractionibus magneticis)... 
Itaque talis circa hanc rem poterit instantia crucis. Sumatur 
horologium ex iis quae moventur per pondéra plumbea, et 
aliud ex iis quae moventur pc-r compressionem laminae fer- 
reae, atque vere probentur, ne alterum altero velocius sit aut 
tardius : dè'mde ponatur horologium illiid vioveus per pondéra super 
fastigiuvi alicujus tcmpli altissinium, altero illo infra dctento ; et 
notetur diligenter, si horologium in alto situm tardius moveatur 
quam solebat, propter diminutam virtutem ponderum. Idem fiât 
experimentum in profnudis minerarum alie sub terram depressa- 
runi : utrum horologium hujus viodi non moveatur volocius quam 
solehat, propter auctam virtutem ponderum. Quai si inveniatur 
virtus ponderum minui in suhlimi, aggravari in sithter rancis, reci- 
piatur pro causa attractioa massa corporea terrae. » (Nov. org., II, 
dans l'éd. de Bacon, 1740, p. 355.) Sur la valeur de ce pas- 
sage, cf. Fowler, Nov. org., II, p. 39-40, et p. 468, note 93. 

24. Mallet, dans sa vie de Bacon (éd. 1740, en tète du t. I), 
traduit ce jugement de Voltaire comme « a Remark that does 
myLord Bacon honour ». 

25. Le Daily Journal, no 2228, MondayMarch4, 1728, annonce 
que la traduction anglaise de l'histoire de Thou est sous 

presse et sera incessamment publiée. 

26. The history of the reign oj King Henry theseventh, éd. 1641, 
in-fol., p. 112. Le texte porte : the glmt of Richard duke oj York 
second son to King Edivard the Fourth. 

27. Ihid., p. 116. La fin de la phrase est dans le texte : « and 



SUR LE CHANCELIER BACON 165 

alivhat t'uiiii it niitst be upon tbe Hon'ioii of Irelaïul ; for there kid 
ihe like Meteor slrong influence before ». 

28. On trouve dans The Guardian, t. I, no 25, une critique du 
style de Bacon dans VHistoire de Henri VII, qui est analogue à 
celle de Voltaire. — Voyez, pour le jugement porté sur cette 
histoire, Chauflfepié, Nouv. Dict. hiii. et crit., 1750, art. Bacon, 
n. gg; mais il emploie d'autres citations de l'ouvrage. 



TREIZIÈME LETTRE' [120] 

Sur M'. Lokc^. 



Jamais il ne fut peut-être un esprit plus sage, plus 
métodique, un Logicien plus exact que M^ Loke > ; cepen- 
5 dant il n'ctoit pas grand Mathématicien 4. H n'avoit jamais 
pu se soumettre à la fatigue des calculs ni à la séche- 
resse des vérités Mathématiques qui ne présente d'abord 
rien de sensible à l'esprit, & personne n'a mieux prouvé 
que lui qu'on pouvoit avoir l'esprit géomètre sans le 

10 secours de la Géométrie. Avant lui de grands Philo- 
sophes avoient décidé po|sitivement ce que c'est que I121 
l'anic de l'homme ; mais puisqu'ils n'en sçavoient rien 
du tout, il est bien juste qu'ils aient tous été d'avis 
difFérens. 

1 5 Dans la Grèce, berceau des arts & des erreurs, & où 
l'on poussa si loin la grandeur & la sotise de l'esprit 
humain 5, on raisonnoit comme chez nous sur l'ame. 

Le Divin Anaxagoras <^ à qui on dressa un Autel, 
pour avoir apris aux hommes que le Soleil étoit plus 

20 grand que le Péloponése, que la neige étoit noire, & 
que les Cieux étoient de pierre, affirma que l'ame étoit 
un esprit aérien, mais cependant immortel 7. 

Diogéne, un autre que celui qui devint cinique après 

Ligne 2. fô-js Sur Locke. K {Dicl.phil.) Locke. Section première. 
On trouvera à l'appendice I la première rédaction de celle lettre. — 7. 
^9^-K présentent (ji présente) Aiigl. ^) donne le pluriel. — 8. 46-K 
éprouvé Angl. ^_j no one luis given betttr proofs 

16. j./^-;<; [et où] on 



SUR Nr. LOKE 167 

avoir étc faux-monuoieur ^, assuroit que l'anie étoit une 

25 por|tion de la substance même de Dieu 9, & cette idée L^--J 
au moins étoit brillante. 

Epicure la composoit de parties comme le corps'° ; 
Aristote qu'on a expliqué de mille façons, parce qu'il 
étoit inintelligible", croïoit, si l'on s'en raporte à 

]o quelques uns de ses disciples, que l'entendement de tous 
les hommes étoit une seule & même substance'^. 

Le divin Platon, maître du divin Aristote, & le divin 
Socrate, maître du divin Platon, disoient l'ame corpo- 
relle & éternelle' 3, le démon de Socrate lui avoit apris 

5 5 sans doute ce qui en étoit. II y a des gens à la vérité qui 
prétendent qu'un homme qui se vantoit d'avoir un génie 
familier, étoit indubitablement un fou ou un fripon ; 
mais ces gens-là sont trop difficiles. 

Quant à nos Pères de l'Eglise, plusieurs dans les pre- [125] 

40 miers siècles ont cru l'ame humaine, les Anges & Dieu 
corporels'^. 

Le monde se rafine toujours. Saint Bernard, selon l'aveu 
du Père Mabillon, enseigna à propos de l'ame qu'après 
la mort, elle ne voïoit point Dieu dans le Ciel, mais 

45 qu'elle conversoit seulement avec l'humanité de Jesus- 
Christ'>, on ne le crut pas cette fois sur sa parole. L'avan- 
ture de la Croisade avoit un peu décredité ses Oracles'^. 
Mille Scolastiques sont venus ensuite, comme le Docteur 
iréfragable, le Docteur subtil, le Docteur angélique, le 

50 Docteur séraphique, le Docteur chérubique, qui tous ont 
été bien sûrs de connoître l'ame très-clairement, mais 



57. j6-À' [un] peu [fou ou un] peu [fripon] — 59. ji II est certain que 
plusieurs Pères de l'Eglise, [dans les ...] 

42. S4''-)9 l'avis Aiigl. 55 as Father Mabillon confesses — 44. J4'-K 
[voyoit] pas — 49-50. ).f-K (notes) Haies. Scot. St. Thomas. St. Bona- 
vanture. 



l68 TR}.IZll-.\iE LKTTRE 

qui n'ont | pas laisse d'en parler comme s'ils avoient [124 | 
voulu que personne n'y entendit rien'". 

Notre Descartes, né pour découvrir les erreurs de l'an- 

5) tiquité, mais pour y substituer les siennes'^, & entraîné 
par cet esprit sistématique qui aveugle les plus grands 
hommes, s'imagina avoir démontré que l'ame étoit la 
même chose que la pensée, comme la matière, selon lui, 
est la même chose que l'étendue : il assura que l'on 

60 pense toujours, & que l'ame arrive dans le corps pourvue 
de toutes les notions métaphisiques, connoissant Dieu, 
l'espace, l'infini, aiant toutes les idées abstraites, remplie 
enfin de belles connoissances, qu'elle oublie malheureu- 
sement en sortant du ventre de sa mere'9. 

6) M. Mallcbranche de l'Oratoire dans ses illusions su- [125] 
blimes, non-seulement admit les idées innées ; mais il 

ne doutoit pas que nous ne vissions tout en Dieu, & 
que Dieu pour ainsi dire ne fut notre an"ie^°. 

Tant de raisonneurs aïant fait le roman de l'ame, un 

70 sage est venu qui en [a] fait modestement l'histoire-' ; Loke 

a dévclopé à l'homme la raison humaine, comme un 

excellent Anatomiste explique les ressorts du corps 

humain. Il s'aide partout du flambeau de la Phisique--, 

54. )4'-46, ji [né] non [pour découvrir] Daiis J94 (corr.) non eii 
biffé. Dans Tcirata de 42'' : ne non pour, lis. ne pour. Aiigl. ^j : born Xo 
discover tlie errors of antiquity and at the sanie time to substitute his 
own.. : ce qui indique que la leçon véritable de Foliaire était aussi dans la 
copie envoyée à Londres et justifie sa protestation contre la faute de j 4* con- 
servée dans 594 (Bengesco, t. IV, p. 8). La faute pourrait n'être qu'une 
bévue de Tbicriot. — 55. 42, 42' omettent y. — 59. )4'-K [assura] bien 

62. )4'-46 l'espace infini (faute évidente) — 64. _J./'-A' [de] la [mère] — 
■ 65. })-K Le P. Mallebranche C'est ici nii cas très exceptionnel ou ^y s'écarte 
de 54-^ qui était conforme à ^4. — 66. }9*-K [sublimes] n'admet point 
Angl. }j net only admittcd. Voltaire, en IJ^S, a prétendu que son premier 
texte était une faute d'impression qui ne faisait pas de sens (Moland, XXII, 
590) ; la bévue avait été reprise par Boiillier dans la Bibl. franc, 1755, t. XX, 
2, 195. — 70. a [fait] est le texte de toutes les éditions collationnées de 
^4' à K. en fait est une faute de ^4 qu'il faut évidemment corriger comme 
ont déjéi fait ^4' et }j^, dérivés de J4. — S4''^ ^^^- Locke 



SUR .\r. LOKE 169 

il ose quelquefois parler affirmativement, mais il ose 

75 aussi douter-23 ; au lieu de définir tout d'un coup ce que 
nous ne connoissons pas, il examine par degrés^-^ ce que 
nous voulons connoître. Il | prend un enfant au moment [i-26J 
de sa naissance, il suit pas à pas les progrès de son enten- 
dement*>, il voit ce qu'il a de commun avec les bêtes, & 

80 ce qu'il a au-dessus d'elles-*^, il consulte sur tout son 
propre témoignage, la conscience de sa pensée^?. 

» Je laisse, dit-il, à discuter à ceux qui en sçavent plus 
» que moi si notre ame existe avant ou après l'organi- 
» sation de notre corps ; mais j'avoue qu'il m'est tombé 

85 » en partage une de ces âmes grossières qui ne pensent 
» pas toujours, & j'ai même le malheur de ne pas con- 
» cevoir qu'il soit plus nécessaire à l'ame de penser tou- 
» jours qu'au corps d'être toujours en mouvementés. » 

Pour moi je me vante de | l'honneur d'être en ce point [127] 

90 aussi stupide que Loke, personne ne me fera jamais 
croire que je pense toujours; & je ne me sens pas plus 
disposé que lui à imaginer que quelques semaines après 
ma conception j'étois une fort sçavante ame, sçachant 
alors mille choses que j'ai oubliées en naissant, & aiant 

5)) fort inutilement possédé dans Y utérus des connoissances 
qui m'ont échapé dès que j'ai pu en avoir besoin, & que 
je n'ai jamais bien pu r'aprendre depuis-9, 

Loke après avoir ruiné les idées innées^o, après avoir 

bien renoncé à la vanité de croire qu'on pense toujours3', 

100 établit que toutes nos idées nous viennent par les sensj^, 

examine nos idées simples & celles qui sont composées35, 

85. ^i [qui ne] pense [pas] — 90. ys, K simple — i^'-A' Mr. Locke 
97. J2, "jo-K reprendre — 98. ^4^-j2 Mr. Locke — 99. ji omet bien 
loi. }4''-K simples, celles — 100-106. Diii/s J4"-J2 la phrase est ainsi 
modifiée :... ayant bien établi..., ayant examiné..., ayant suivi... ayant fait 
voir... à tous moments, [il vient...] Dans ^ç* (corr.) il est biffé, 
fé-K suivent J4'-S2 jusquaux mots à tous momens, et continuent ainsi : 
Locke, dis-je, considère enfin... 



lyO TREIZIÈME LETIKE 

suit l'esprit | de l'homme dans toutes ses op(frations>+, [128] 
fait voir combien les langues que les hommes parlent 
sont imparfaites, & quel abus nous faisons des termes à 

11^) tous momens'î. 

Il vient enfin à considérer l'étendue ou plutôt le néant 
des connoissances humaines'*'. C'est dans ce chapitre 
qu'il ose avancer modestement ces paroles. Nous fie serons 
jamais peut-être capables de cotnioître si un être purement 

iio matériel pense on non"!. 

Ce discours sage parut à plus d'un Théologien une 
déclaration scandaleuse, que l'ame est matérielle & mor- 
telle. 

Quelques Anglais, dévots à leur manière, sonnèrent 

I I ) l'alarme. Les superstitieux sont dans la société ce que les 

poltrons sont dans une armée, | ils ont, & donnent des [129] 
terreurs paniques'**. On cria que Loke vouloit renverser 
la Religion59 : il ne s'agissoit pourtant point de Religion 
dans cette affaire ; c'étoit une question purement philo- 

] 20 sophique, très-indépendante de la foi & de la rèvélation40; 
il ne falloit qu'examiner sans aigreur s'il y a de la con- 
tradiction à dire: la matière peut penser, & si Dieu peut 
communiquer la pensée à la matière. Mais les Théolo- 
giens commencent trop souvent par dire que Dieu est 

12) outragé quand on n'est pas de leur avis. C'est trop res- 
sembler aux mauvais Poètes qui crioient que Despreaux 
parloit mal du Roi, parce qu'il se moquoit d'eux. 

Le Docteur Stillingfleet s'est fait une réputation de 
Theo|logien modéré pour n'avoir pas dit positivement [15^] 

150 des injures à Lokct". Il entra en lice contre lui, mais il 

107-108. S4^'4^' Ce fut... osa... 46 Ce fut... ose... 

117. ^f-K Mr Locke — 118. }4'-K [pourtant] pas 

122. ^6-K et Dieu peut... (^cn rattachant ces mots au discours direct 

amené par dire). — 126. jr croycnt j6-7v croyaient mauvaises leçons. — 

Ijo. }4'-K Mr Locke. {42' Mr. Locquc.) 



SUR M'. LOKE 171 

fut battu*-; car il raisonnoit en Docteur, & Loke en Philo- 
sophe instruit de la force et de la foiblesse de l'esprit hu- 
main, & qui se battoit avec des armes dont il connoissoit 
la trempe. 

13) Si i'osois parler après M^ Loke sur un sujet si délicat, 
je dirois, les hommes disputent depuis long-tems sur la 
nature & sur l'immortalité de l'ame. A l'égard de son' 
immortalité, il est impossible de la démontrer, puisqu'on 
dispute encore sur sa nature, & qu'assurément il faut 

i^o connoître à fonds un être créé, pour décider s'il est 
immortel ou non. La raison humaine est si peu capable 
de I démontrer par elle-même l'immortalité de l'ame, que [151 
la Religion a été obligée de nous la révéler-tJ. Le bien 
commun de tous les hommes demande qu'on croie 

14) l'ame immortelle, la foi nous l'ordonne, il n'en faut pas 
davantage'*+, & la chose est décidée ; il n'en est pas de 
même de sa nature, il importe peu à la Religion de 
quelle substance soit l'ame pourvu qu'elle soit vertueuse ; 
c'est une horloge qu'on nous a donnée à gouverner ; mais 

150 l'ouvrier ne nous a pas dit de quoi le ressort de cet[te] 
horloge est composé^^. 

155. 4c? (co/T.) [délicat], voici comme je m')- prendrois. Puis viennent dix 
pages de carions contenant deux vwneaux intitulés Continuation du même 
sujet et Que les Philosophes ne peuvent jamais nuire, avec cet avis : N. B. 
Les chapitres Suivants sont nouvaux ; on les a insérez dans quelques 
exemplaires de cette édition, ji [délicat], voici ce que je dirois. 
J2 [délicat], voici à peu près comment je m'y prendrais, jr et J2 
coupent ici la lettre, et en remplacent la fui par les deux morceaux déjà 
donnés en cartons dans ^S (eorr.). 5<J-7J'' coupent la lettre après les mots 
la trempe, suppriment la phrase de liaison de 48 {corr.)-j2 Si j'osais... 
prendrais (on dirais) et donnent les deux morceaux sous les titres Sur l'ame, 
f/ De la tolérance, ou que les philosophes... nuire. K coupe aussi V article 
Locke après les inotslA trempe, et fait des deux morceaux la section IX' de Var- 
ticle Ame. On trouvera ces deux morceaux à la suite de cette lettre {Appendice II). 

146. }ç*-42'' presque [décidée] Dans 46, le texte primitif est rétabli, on lit 
pourtant aux fautes à corriger ; « La chose est presque décidée, ôtex_ 
presque. » — 149. ^4'', 57'', 46, un [horloge]... — S4''4^ donné 
— 150. _jj, ^9-46 cette [horloge] (^7" cet) J'établis dans mon texte 
l'uniformité négligée dans ^4. 



172 TREIZIÈME LETTRE 

Je suis corps, & je pense ; je n'en sçai pas davantage. 
Irai-je attribuer à une cause inconnue, ce que je puis si 
aisément attribuer à la seule cause seconde que je con- 

ij) nois-*^? I Ici tous les Philosophes de rEcole-*T m'arrêtent en [152] 
argumentant, & disent : « Il n'y a dans le corps que de l'éten- 
due & de la solidité, & il ne peut avoir que du mouve- 
ment & de la figure. Or du mouvement & de la figure, de 
l'étendue & de la solidité ne peuvent faire une pensée, 

160 donc l'ame ne peut pas être matière. » Tout ce grand 
raisonnement tant de fois répété se réduit uniquement 
à ceci : « Je ne connois point du tout la matière, j'en 
devine imparfaitement quelques propriétés ; or je ne sçai 
point du tout si ces propriétés peuvent être jointes à la 

163 pensée48; donc parce que je ne sçai rien du tout, j'assure 
positivement que la matière ne sçauroit penser. » Voilà 
nettement la manière de raisonner | de l'Ecole. Loke 
diroit avec simplicité à ces Messieurs: « Confessez du 



153. 55H--^6 Si je ne consulte que mes foibles lumières, [irai-je] — 
155- S9'^'f^ [comiois] un peu. — 159. _?5? ils [ne pe\i\eui](corrcction d^im- 
primcur qui fait contresens). 

161. }4'-46 répété t.int de fois — 162. ^9^-46 [connois] que très peu de 
chose de [la...] — 167. /./"-./(? M. Locke — 16S. _;./V9 disoit C'est sans 
doute la vraie leçon de la copie envoyée à Londres. Angl. }} M. Locke 
addressed thèse Gentlemen... — 152-167 4S à la place du paragraphe 
Je suis corps... de l'Ecole donne ceci : 

Que suis-je ? un assemblage d'organes. Je respire par les pouinons, 
je prends avec les mains ; je pense par le cerveau ; & j'admire autant l'ar- 
tifice par lequel mon caur envoyé du sang dans mes artères, & par lequel 
l'homme conserve sa vie & la transmet, que le don que j'ai reçu d'avoir 
quelques foibles idées dans ma tête. Tout cela est également l'ouvrage 
d'un Dieu. N'a-t-il mis en moi qu'un principe ; en a-t-il mis plusieurs ? 
Je l'ignore. Je ne sai ni comment je vis, ni comment j'ai la force active, 
ni comment je pense. 

Je sai seulement qu'il n'y a qu'un être tout puissant qui opère en 
moi ces merveilles, soit qu'il les opère par un seul ressort, soit qu'il en 
fasse agir plusieurs ; je vois seulement mon corps et je ne vois pas 
le reste. Ici toute l'école m'arrête, et me dit : « 11 n'y a dans le corps 
que de l'étendue et de la solidité (cf. l. Tjj) ; or l'étendue et la soli- 
dité ne peuvent faire une pensée. » 

Mr. Locke répondroit : « Avouez [du moins...] 



^55] 



SUR M'. LOKH 173 

moins que vous êtes aussi ignorans que moi, votre ima- 

170 gination ni la mienne ne peuvent concevoir comment un 
corps a des idées, & comprenez-vous mieux comment 
une substance, telle qu'elle soit, a des idées-^'?? Vous ne 
concevez ni la matière ni l'esprit, comment osez-vous 
assurer quelque chose ? » 

175 Le supersticieux vient à son tour & dit, qu'il faut brû- 
ler pour le bien de leurs âmes, ceux qui soupçonnent 
qu'on peut penser avec la seule aide du corps. Mais que 
diroient-ils si c'étoient eux-mêmes qui fussent coupables 
d'irréligion ? En effet quel est l'homme qui osera assurer 

180 sans une impiété absurde, qu'il est impossible au | Créa- [ï34J 
teur de donner à la matière la pensée & le sentiment ! 
Voïez, je vous prie, à quel embaras vous êtes réduit, 
vous qui bornez ainsi la puissance du Créateur5° ! Les 
bêtes ont les mêmes organes que nous, les mêmes senti- 

185 mens, les mêmes perceptions ; elles ont de la mémoire, 
elles combinent quelques idées. Si Dieu n'a pas pu ani- 
mer la matière & lui donner le sentiment, il faut de 
deux • choses l'une, ou que les bêtes soient de pures 
machines, ou qu'elles aient une ame spirituelleî'. 

190 II me paroit presque démontré que les bêtes ne peuvent 



171. 48 reçoit [des idées] — 4^ Eh, [comprenez-vous] — 173. 
48 omet comment... chose. — 174. }Ç)A-^8 intercalent ici : Que vous 
importe que l'Ame {48 votre ame) soit un de ces Etres incompréhen- 
sibles qu'on {48 que l'on) appelle matière, ou un de ces Etres incom- 
préhensibles qu'on appelle Esprit)-^ ? Quoi ! Dieu, le créateur de tout, 
ne peut-il pas éterniser ou anéantir {48 anéantir ou éterniser) votre 
Ame à son gré, quelle que soit sa substance ? 48 continue pur deux petits ali- 
néas .-Vous nevoyez dans leCorps qu'un Etre étendu, etde l.\ vous assurez 
qu'il ne peut avoir un pouvoir immatériel, mais la force active qui est 
dans ce corps n'est-elle pas en effet un Etre métaphisique? 

G Mortels, que nous sommes loin de connaître les principes des 
choses; & qu'il nous appartient peu de décider ! 

— 178. ^9^-48 [que] diroit-il, si c'etoit lui même qui fut coupable 

182. ^9^48 réduits — 184. )9-^-48 omettent les mêmes sentimens. — 
190. 34^^-48 paroit démontré 



174 TREIZIEME LETTRE 

être de simples machines; voici ma preuve : Dieu 
leur a fait précisément les mêmes organes du sentiment 
que les nôtres, donc s'ils ne sentent point, Dieu a fait 'l'5)! 
un ouvrage inutile. Or Dieu de votre aveu même ne 

19) fait rien en vain, donc il n'a point fabriqué tant d'or- 
ganes de sentiment pour qu'il n'y eût point de sentiment, 
donc les bêtes ne sont point de pures machines??. 

Les bêtes, selon vous, ne peuvent pas avoir une ame 
spirituelle, donc malgré vous il ne reste autre chose à 

200 dire, sinon que Dieu, a donné aux organes des bêtes, qui 
sont matière, la faculté de sentir & d'apercevoir, laquelle 
vous apcUex instinct dans elles. 

Eh qui peut empêcher Dieu de communiquer à nos 
organes plus déliés cette faculté de sentir, d'apercevoir 

205 & de penser, que nous apellons raison humaine>» ? De 

quelque côté que vous vous tourniez, vous | êtes obligez [13^] 
d'avouer votre ignorance & la puissance immense du 
Créateur : ne vous révoltez donc plus contre la sage & 
modeste Philosophie de Loke ; loin d'être contraire à la 

210 Religion, elle lui serviroit de preuve si la Religion en 
avoit besoin; car quelle Philosophie plus religieuse que 
celle, qui n'affirmant que ce qu'elle conçoit clairement 
et sçachant avouer sa foiblesse, vous dit qu'il faut recou- 
rir à Dieu des qu'on examine les premiers principes'). 

21) D'ailleurs il ne faut jamais craindre qu'aucun senti- 
ment philosophique puisse nuire à la Religion d'un Pais. 

193. _;9+-./.? [si] elles... 

201. j^"-.;iÇque [vous apellez] — 205. ^./'-^^^ Et [qui] — 209. S4'')9 
[de] M. [Locke] 

215. Je corrige d'après toutes les éd. {^^'-^S) la faute typographique dt 
^4 : en [sachant] — 215. Ces trois alinéas ont été conservés dans 4S {corr.) et 
SJ-K, avec quelques changements, à la fin du second morceau qu'on trouvera à 
l'appendice II. Vo\ei aussi la fin de la première rédaction, appendice I. — 
216. }4'-}9, d'accord sans doute avec les mss , répétaient ne faut j.imais, 
puisse jamais; Voltaire a remédié dans ^4 à cette petite négligence. 



SUR M'. LOKE 175 

Nos Mistéres ont beau être contraires à nos démonstra- 
tions, ils n'en sont pas moins révérés ] par les Philo- [137] 
sophes chrétiens qui sçavent que les objets de la raison 

220 & de la foi sont de différente nature^^; jamais les Philo- 
sophes ne feront une Secte de Religion. Pourquoi? C'est 
qu'ils n'écrivent point pour le peuple»/, & qu'ils sont 
sans entousiasme>**. 

Divisez le genre humain en vingt parts. Il y en a 

22) 19. composées de ceux qui travaillent de leurs mains, 
& qui ne sçauront jamais s'il y a eu un Loke au monde ; 
dans la vingtième partie qui reste, combien trouve-t-on 
peu d'hommes qui lisent ! & parmi ceux qui lisent, il y 
en a vingt qui lisent des Romans contre un qui étudie la 

230 Philosophie; le nombre de ceux qui pensent est exces- 
sivement petit, & ceux-là ne s'avisent pas de troubler le 
monde)?. 

Ce n'est ni Montagne, ni Loke, ni Baylc, ni Spinosa, [^3"^] 
ni Hohbes, ni Milord Shafte.îbury, ni M"" Colins, ni 

235 M'' Toland, &c. qui ont porté le flambeau de la discorde 
dans leur Patrie^o ; ce sont pour la plupart des Théolo- 

218. )4'-Knos [philosophes] -://!J^/. jj byour Christian philosophers 

221-225. 4^ (corr.), js-X [Pourquoi ?] C'est qu'ils sont [s.ins enthou- 
siasme] — 224. 46, 4S (corr.), <,i-K [vingt] parties — 226. J4''-K [un] Mr. 
[Locke] 

229. 42, 42', 46 en [Philosophie] (42-^ Errata : en Philosophie, lis. 
la Philosophie). Kott'i que la leçon en est celle de la i' rèd. dans la copie 
de l'Arsethil (cf. appendice /, p. 202, ligne 287). 

235. pf' Mountagne ^94 corr. [Montagne] ni Lamothe Le Vaj^er JI-J2 
[Montagne] ni Le Vayer ni Descartes — 234. }4'-S2 Mylord — ^4 
Shafterbury /(Ih/ê d'impression que je corrige. )4''-^i Shaftsbury (^(S corr. 
Shaftbury) — j4'-K Collins — 2^^.42-48 [Toland], ni Flud {46-48 
Fuld) ni Beker 4S {corr.), Ji-J2 [Toland \^^2 Tolland)] ni Flud, ni 
Wolaston (ji Wolston), ni Becker (jz Beker) 42-J2 [Beker] ni {48 corr. 
Mr.) le comte de Boulainvilliers, ni l'auteur déguisé sous le nom de 
Jaques Macc, ni celui de l'Espion Turc, ni celui des Lettres Personnes, 
des Lettres Juives, {48 corr. celui) des Pensées Philosophiques, etc. 
[qui..] — f6-K ch'ingent le mouvement de tout l'alinéa : Q.ui sont ceux [qui 
ont porté le flambeau de hi discorde dans leur Patrie] ? Est-ce Pom- 
ponace, [Montagne, le Vayer, Descartes], Gassendi [Bayle, Spinosa, 



176 TREIZIÈME LETTRE 

giens, qui aïant eu d'abord l'ambition d'ôtre chefs de 
Secte, ont eu bien-tôt celle d'être chefs de parti^'. Que 
dis-je, tous les livres des Philosophes modernes mis 
240 ensemble ne feront jamais dans le monde autant de bruit 
seulement qu'en a fait autrefois la dispute des Cordeliers. 
sur la forme de leur manche & de leur capuchon^^. 

COMMENTAIRE 

1. Le commentaire, en ce qui regarde les sources de cette 
lettre, a été à peu près complètement établi par les recherches 
de M. Ascoli, alors élève de l'Ecole Normale supérieure. 

2. D'une lettre à Forment, de novembre 1732 (XXXIII, 307), 
il résulte que Voltaire venait do refaire la lettre sur Locke : « Je 
suis obligé de changer tout ce j'avais écrit à l'occasion de 
M. Locke, parce qu'après tout, je veux vivre en France, et qu'il 
ne m'est pas permis d'être aussi philosophe qu'un Anglais. Il nu. 
faut déguiser à Paris ce que je ne saurais dire trop fortement a 
Londres. » On trouvera en appendice (I) la première rédaction, 
qui était plus grave que la seconde. « Il n'3' a qu'une Lettre tou- 
chant M. Locke. La seule matière philosophique que j'y traite est 
la petite bagatelle de l'immatérialité de l'âme ; mais la chose est 
de trop de conséquence pour la traiter sérieusement. Il a fallu 
l'égaver pour ne pas heurter de front nos seigneurs les théolo- 
giens, gens qui voient si clairement la spiritualité de l'àme qu'ils 
feraient brûler, s'ils pouvaient, les corps de ceux qui en doutent. » 
(A. M. de Cideville, 15 déc. 1732, XXXIII, 311.) L'abbé de 
Rothelin refusa son approbation même à cette forme égayée 

Hobbes,] le lord Shaftsbury (7/" Shaftcrsbury), le comte de Boulain- 
villiers, le consul Maillet, Tolland {yo-K Tolaiid), Collins, Flud (yo-K 
Fludd), Vholston {yo-K Wolston), Becker, l'auteur déguisé [la suite 
comme duns les éd. 42-^2 jusqu'à Pensées phil. etc. en rciranchaut deux/ois 
le mot ni]. Non, [ce sont]... — 258. j^' secte... partis. ^S'4'^ sectes. ..par- 
tis. Mais4S {corr.) secte... parti. Angl. ]} cliicfs of a sect.. at the head 
of a Party. 46-K [ont] bien-tôt eu — 239. J4'-46 [Tous] ces [livres] — 
4S-K de Philosophie moderne 

242. }4^-K leurs manches [et de] leurs capuchons. 



SUR .\r. LOKE 177 

(XXXIII, 327.) La i3<; lettre, avec la précédente, fut pour beau- 
coup dans l'hésitation de Voltaire à publier son ouvrage. « J'ai 
quelques scrupules sur deux ou trois Lettres que je veux com- 
muniquer à ceux qui savent mieux que moi à quel point il faut 
respecter ici les impertinences scolastiques ; et ce ne sera qu'a- 
près leur examen et leur décision que je hasarderai de faire 
paraître le livre. « (A M. de Cideville, 3 juillet 1733, XXXIII, 
357.) En effet la lettre sur Locke eut, avec les Remarques sur 
Pascal, une part prépondérante dans la persécution que l'ou- 
vrage essuya (XXXIII, 416, 426,427-8, et surtout 436). 

3. Voyez l'éloge de Locke dans la lettre à Formont, août 
1733 (XXXIII, 373) : « Ce qu'il n'a pas vu clairement, je 
désespère de le voir jamais. Il est le seul à mon avis qui ne sup- 
pose pas ce qui est en question. » — Locke était connu en 
France surtout par les traductions et les préfaces de Coste (cf. 
Quérard, art. Locke), parles Abrèges de V Essai sur Venteiidement 
humain que donnèrent Leclerc (1688) et J. Wynne traduit par 
Bosset (1720), par les journaux : Bibliothèque universelle et histo- 
rique, 1688, t. VIII, p. 49 (c'est l'abrégé deLeclerc); Nouvelles de 
la République des Lettres, août 1700 ; Mcinoires de Trévoux, ']Anvier 
1701 ; Histoire des ouvrages des savants, juillet 1701 ; Nouv. de la 
Rèp. des Lettres, février 1705 (lettre de Coste); Biblioth. choisie, 
1705, t. VI, p. 376; Bibliothèque raisonnée, avril-juin 1730, 
t. IV, p. 345 ; par l'article du P. Niceron au t. I de ses Mémoires 
pour servir à la vie des Hoiu)iies illustres, etc. Il faut faire une 
mention particulière du P. Buffier, qui dans son traité des Vérités 
premières et dans les Remarques sur divers traités de Métaphysique 
imprimées à la suite de ce traité ( 1 724) élève Locke par-dessus Des- 
cartes etMalebranche et s'en inspire. Aussi Voltaire l'a-t-il rappro- 
ché de Locke et appelé « le seul jésuite qui ait eu une philsophie 
raisonnable ». (Catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV.') 
Il avait connu personnellement le P. Buffier et se souvenait 
encore en 1778 de l'avoir rencontré à Maisons (XXXI, 3). 

4. Les biographes de Locke, Coste, Leclerc, Niceron ne disent 
rien sur ce sujet. Fox Bourne (77;e life of J. L., 1876. I, 48) : 
« Though Locke never paid very much attention to the mathe- 

Lett. pliil. I. * 12 



178 TREIZIÈME LEITRE 

matical sciences...» Chez ce biographe et cliez Voltaire, ce n'est 
sans doute qu'une induction tirée du fait que Locke n'a rien 
publié sur les mathématiques, ce qui le distingue de Descartes et 
de Newton. 

5. Cf. les jugements portés en 1739 dans une lettre à La 
Noue (XXXV, 236), et en 1765 dans la Philosophie de l'histoire. 
ch. 24 (XI, 73). 

6. Tout ce qui suit, sur les philosophes, vient du Dictiowiaiic 
de Bayle : voir l'art. Ame à la table des matières de l'éd. de 
1720 et des éd. suiv. (l'éd. princeps est bien moins complète). 

7. Bayle, article Anaxagoras : «// 5^ j;V;;a/(î par la nouveauté et 
par la singularité de ses dogmes. Il enseigna qu'il y avait des col- 
lines et des vallées et des habitants dans la lune, et que h soleil 
était une masse de matière tout à fait en feu et plus grande que le 
Péloponnèse. Il disait que la neige est noire... Il disait aussi que les 
deux étaient de pierre (p. 219-220)... Du reste, quoiqu'il enseignât 
que l'aine de l'homme est un être aérien, il la croyait imviortelh' 
(p. 232)... Il mourut à Lampsaque et y fut enterré honorable- 
ment et orné d'une épitaphe très glorieuse. On alla viéniejusqti'à 
luihdtirun autel (p. 230)... » En lisant tout l'article, on verra 
que Voltaire élimine toutes les opinions d'Anaxagore sur la phy- 
sique qui paraîtraient raisonnables. 

8. Bayle, éd. 171 5, art. Diogène, au début: « Il naquit à 
Sinope, ville du Pont, et en fut chassé pour le crime de fausse 
monnaie. » 

9. Rien de tel dans Bayle, à l'art. Diogène d'Apollonie : mais 
à la table des matières (1720) au mot Ame, on lit : « Elle est un 
être aérien selon Anaxagoras, 219, et selon Diogène le Physi- 
cien, II, 297*, et une portion de la substance de Dieu selon Cesal- 
pin, 1186. )) Voltaire, par mégarde, a donné à Diogène ce qui 
appartenait à Cesalpini. 

10. Bayle, Table des matières, Ame : « Etait composée de plu- 
sieurs parties selon la doctrine d'Epicure, III, loi a. » 

11. Boutade suggérée peut-être par la note O de l'art. Aris- 
tote, où Bayle montre Pomponace et Niphus ne tombant pas 
d'accord si Aristote a reconnu l'immortalité de l'âme, ou par un 
passage de l'art. Perrot d'Ablancourt où renvoie une ligne 



SUR .\r. LOKE 179 

de la table des matières au mot Ame (Pensées sur son immor- 
talité) : Perrot accuse Aristote de confusion et d'obscurité sur 
l'immortalité de l'âme. Cf. fin de la note 12. Au total, 
je crois plutôt que la source de Voltaire est Malebranche (Recb. 
de la Ver., II, 11, 5), qui se moque des commentateurs appli- 
qués à éclaircir l'obscurité du maître. 

12. Bayle, art. Cratippe, note D: « Il se fondait sur une 
opinion d'Aristotequ'Averroes a développée pour en tirer la doc- 
trine monstrueuse d'un intellect universel qui soit le même dans 
tous les hommes » ; ou plutôt Averroes, n. E, citation d'un pas- 
sage des Jésuites de Coïmbre : « Occurrit alla sententia exisli- 
mantium in disciplina Aristotelis ponendani esse unnni duntaxat 
animam iiitellectricem, siveunum intellectiun qui omnibus hominibns 
assistât, ut solis lumen universitati. Sic enim Aristotelem inter- 
prétât! sunt ejus discipulus et scholae successor Theophrastus, 
Themistius, Simplicius, Averroes, aliique non pauci, etsi 
ontnes non eodeni modo de hujus inodi intcUectu locuti fuerint. » 

13. Rien dans le Dict. crit. de Bayle qui explique cette asser- 
tion sommaire de Voltaire. Eternelle représente assez grossière- 
ment la théorie de la transmigration des âmes et les démons- 
trations du Phcdon. Cependant Bayle (Œuvres div., III, 
520) avait fait cette remarque : « On reconnaît que ses 
raisons tendent à prouver que notre âme est éternelle et ingenc- 
rable. » Pour corporelle, Voltaire a toujours pensé que le 
spirituel chez Platon n'était qu'une matière plus subtile et 
légère (XVII, 134 ; XXXI, 49). D'ailleurs Bayle avait noté: 
« La plupart des philosophes païens supposaient qu'elle est cor- 
porelle » (Dict. crit. Table des matières, au mot Ame). — 
Divin : Voltaire s'est souvent moqué de cette épithète : cf. plus 
loin, p. 191, et XXVII, 222. L'épithète de Platon est men- 
tionnée par Cicéron, De divin., I, 36, elle a été rappelée par Mon- 
taigne II, 12 (éd. Motheau et Jouaust, in-12, t. IV, p. 13) et par 
Malebranche avec ironie (Rech. de laver., II, 11, 6). 

14. Assertion souvent reprise par Voltaire (XI, 179; XVII, 
137 et 169; XIX, 222, 230; XX, 204), et dont l'origine peut 
être dans Daillé, Traité de l'emploi des saints Pères, 1632, (p. 354, 
371, 392, 412, -sur Tertullien, saint Hilaire, saint Augustin, saiu 



l80 TREIZIÈME LETTRE 

Athanase et saint Basile), ou dans Ellics Dupin, Nouv. Dibliotb. 
des auteurs ecclésiastiques, 1686 (Table des matières, aux mots 
Ame, Anges, Dieu : sentiments de Tertullien, Tatien, Origène, 
et autres), ou encore dans une réplique à Jurieu, Avis sur le 
Tableau du socinianisme, 1690 (p. 25, 40-42, sentiments de Tertul- 
lien, Irénéc, Origène, Justin Martyr, etc.). Cf. aussx Sixièmes obj. 
dans Descartes, éd. Adam et Tannery,IX, 218 ; Furetière, Dict., 
au mot Ame ; et Le Gendre, marquis de Saint-Aubin, Traité 
de l'opinion, 1733, t. II, p. 96 : « Les anciens philosophes 
et presque tous les porcs de l'Eglise tenaient les .inges et les 
démons corporels. » 

15. Baylc (Dict. crit., éd. 1720, table des matières, au mot Ame) 
renvoie à l'art. Saint Bernard oij il parle ainsi des « doctes » 
préfaces de la 2^ édition du P. Mabillon : « Il y en a une où l'on 
reconnaît (\\.\t saint Bernard a enseigné quel'âme des bienheureux 
est reçue au ciel et dans la société des anges, dès qu'elle est 
séparée du corps, mais qu'elle /o//// seulement de la vue de l'huma- 
nité de J. C, et non de la vue de Dieu. » 

16. Bayle (ibid.) : « Il attaqua ces derniers (les infidèles) non- 
seulement avec les armes ordinaires de son éloquence, mais avec 
les armes extraordinaires de la. prophétie. Il grossit par ce moyen 
les Troupes de la croisade plus que l'on ne saurait dire; mais toutes 
les promesses dont il les avait repues s'en allèrent en fumée ; 
et lorsqu'on voulut se plaindre qu'il avait mené à la boucherie, 
s ans sortir de son pays, une infinité de chrétiens, il en fut quitte 
pour dire que les péchés des croisés avaient empêché l'effet de 
ses prophéties. » 

17. Bayle (Dict. crit., au mot ScoLASTiacEs) : «... Leurs expli- 
cations des mystères les ont plus embrouillés que débrouillés... 
Leurs réponses et solutions ne servent qu'à obscurcir les 
difficultés. » — Docteur irréfragable, Qtc. Th. Sprat (The History of 
the Royal Society, 3'î éd. 1722, in-4'', p. 21) opposait avec dédain 
les scolastiques à la philosophie nouvelle, à la philosophie expé- 
rimentale. « We would permit them to be great and profound 
wits, as angelical and seraphical as they pleased. » Est-ce là la 
suggestion initiale ? Voltaire alla sans doute s'informer des sco- 
lastiques chez Moreri(D;V/. hist., 1694, art. Docteur), qui lui 



SUR \r. LOKE l8l 

fournit les quatre premiers surnoms. Le cinquième, pour lequel 
l'éd. de Londres n'a pas trouvé d'identification, n'est en effet 
qu'une plaisanterie empruntée à Rabelais. M. Picavet m'a signalé 
au ch. vu de Pantagruel, dans le catalogue des livres de Saint-Vic- 
tor, les qualifications suivantes : Pasquili, doclon's marmorei... 
Moillegroiii, doctoris Cherubici... — Cf. XXII, 65, l'opuscule 5o/^25e 
des deux parts, évidemment contemporain de cette lettre. 

18. Voltaire écrivait encore en 1728 : « Our Descaries who was 
thegreatest philosopher in Europe, before sir Isaac Newton appear- 
ed... » (Epitre dédie, de la Henriade à la reine d'Angleterre, 
VIII, 14). Mais il envoyait à Formont en mai 175 1 une lettre 
précédée de vers où l'on trouvait ceci sur Descartes : 

Il a gravement débité 
Un tas brillant d'erreurs nouvelles 
Pour mettre à la place de celles 
De la bavarde antiquité... (X, 267). 

C'est la pensée qu il reprend ici en prose. 

19. L'objection du/<r/7<5 est partout depuis Gassendi (Cinquièmes 
obj., 4; éd. Adam et Tannery, VII, 264). Cf. Locke, Essai sur 
Vent, hum., tr. Coste, éd. 1774,11, i. 17; t. I, p. J64-165 : 
" C'est une chose bien surprenante que pendant la vie d'un 
homme son âme ne puisse pas rappeler une seule fois quelqu'une 
de ces pensées pures et naturelles. » Et Bolingbroke, Essay on 
human Knowledge, éd. 1844, t. III, p. 75. — « Je ne me per- 
suade pas que l'esprit d'un petit enfant médite dans le ventre 
de sa mère sur les choses métaphysiques. » (Descartes, cité par 
Bouillier, Hisi. de la phil. cari., l, p. 98.) Mais ailleurs, en 
sens inverse: « Il n'est pas étonnant que nous oubliions les 
pensées que nous avons eues dans le sein de nos mères ou pendant les 
léthargies, puisque nous ne nous souvenons pas d'un grand 
nombre de pensées de la veille et de l'âge mûr. » (Cinq, rêp., 4 ; 
VII, 356.) Et dans la Rép. auxquatr. obj. : « Je ne doute point 
que l'esprit, aussitôt qu'il est infus dans le corps d'un enfant, 
ne commence à penser, et que dès lors il ne sache qu'il pense, 
encore qu'il ne se ressouvienne pas par après de ce qu'il a 
pensé. )^ — Cf." la n. 29. 



l82 TREIZIÈME LETTRE 

20. Baylc, art. Dé.mocrite : «... Y a-t-il loin de cette pensée à 
dire que nos idées sont en Dieu, comme le P. Mallcbranche le 
dit...? Ne sensuit-il pasdelà que «05 idées sont Dieu hii-vième}. » 
— Voltaire a trouvé de la raison plus tard dans la vision en 
£)/Vm de Mallebranche. Cf. XXVIII, 319, et surtout 91 et suiv. 

21. Dans la lettre à Thieriot déjà mentionnée (XXXIII, 372) 
Malebranche est appelé un romancier. Cf. encore XIX, 601, XX, 
420, et XXXVI, 92 (10 août 1741). — Voltaire peut se sou- 
venir du P. Buffier : <c II (Locke) est le premier de ce temps-ci 
qui ait entrepris de démêler les opérations de l'esprit humain immé- 
diatement d'après la nature, sans se laisser conduire à des opi- 
nions appuyées plutôt sur des systèmes que sur des réalités, en 
quoi sa philosophie semble être par rapport à celle de Descartes et de 
Mallehranche ce qu'est l'histoirepar rapport aux romans. y> {Rem. sur 
divers traités de viétaph., au t. II des Vérités premières, éd. 1724, 
p. 253.) — Locke suggérait le mot de roman comme antithèse de 
cette « manière claire et historique » qu'il se vantait d'avoir em- 
ployée le premier (£'55a/5«r /'£./;., Avant-propos, tr. Coste, 1774, 
I, p. 5.). Et ailleurs: « Voilà, en abrégé, une véritable histoire, 
si je ne me trompe, des premiers commencements des connais- 
sances humaines. » (II, xi, 15 ;t. I, p. 274.) Je citerai partout, 
sauf indication contraire, l'éd. de 1774, Amsterdam, 4 vol. in-12. 
La trad. de Coste parut en 1700, in-40, et a été souvent 
réimprimée. — Et Whiston {Hislor. Memoirs of the Life of 
Dr. S. Clarke, 2<^ cd. 1730, p. 5) traitait la physique carté- 
sienne de Rohault de « Philosophical Romance ». Voyez encore 
la note 6 de la lettre XIV. — Cf. enfinMarivaux, dans le Miroir, 
cité par Larroumet, Marivaux, p. 523-524. 

22. « Quand nous ne pouvons nous aider du compas des mathé- 
matiques ni du flambeau de la physique, il est certain que nous 
ne pouvons faire un seul pas. » (Voltaire, XXII, 204.) Cf. ci-des- 
sous .App. I, lignes 202-3 . 

23. Sur le mérite du doute en métaphysique, cf. XXII, 427. Et 
Locke, I, II, 25, t. I, p. 90. 

24. « Je ne puis faire autre chose que de me servir de la voie 
de l'analyse qui est le bâton que la nature a donné aux aveugles ; 
j'examine iout partie par partie, et je vois si je puis ensuite juger 
du total. » (Voltaire, XXII, 204.) 



SUR M"". LOKE 183 

25. «Suivez un enfant depuis sa naissance,... » Locke {Essai..., 
Il, 1, 22 ; 1. 1, p. 172 etsuiv.) 

26. Locke, Essai..., II, ix, 11-12, p. 239-240; x, 10, p. 253 ; 
XI, 5, p. 259; 7, p. 262 ; 10, p. 268, etc. 

27. «Je ne saurais parler... que de ce que je trouve en moi- 
même. » {Ibid., II, XI, 16, p. 274.) 

28. Locke, Essai..., II, i, 10, p. 150. Voltaire dégage et 
allège la traduction de Coste, surtout dans la première phrase. 

29. Cf. la n. 19. — « Nous ne pouvons nous souvenir de ce 
qui s'est passé en nous, soit au temps d'un sommeil profond, 
soit au temps que nous avons été renfermés dans h veulre de 
noire nure, Nous ne sommes donc pas en état de nous rendre 
à nous mêmes le témoignage que nous avons pensé durant ce 
temps-là. » (Le P. Bufher, Vér. prem., III, 6, t. II, p, 44.) 

50. Locke, Essai, I, ch. 1-3. Bayle dit de son argumentation: 
(i Je vous avoue qu'il m'a semblé victorieux, et qu'il faut 
donner à son combat la gloire du deheUatutn est. » (Œuvres, IV, 
834.) 

31. Locke, Essai, II, i, 10 et suiv. 

32. Ibid., Il, I, 2 et suiv. Locke dit : « Toutes les idées viennent 
par sensation ou par réflexion, » Mais la réflexion elle-même 
opérant sur les sensations, Voltaire se croit autorisé à simpli- 
fier la formule. 

33. Ibid., II, ii-vii et XII. 

34. Ibid., II, ix-xi, xxiii. 

35. //'/(/., III (Des mots), en particulier ch. ix (De F imperfec- 
tion des mots) et x (De Vabus des mots). 

36. Ibid., lY,ui(De l'étendue de la connaissance hunaine) ; 
l'étendue signifie pour Locke les limites. 

57. Ibid., IV, III, 22 ;trad. Coste, t. III, p. 560. 

38. «... (superstitio) quœ vere nihil aliud quam Panicus 
terrorest... » (Bacon, De augmentis, II, 13 : rappelé et cité par 
Shaftesbury, Misccllaneous reflections, éd. 1757, t. III, p. 69). — 
Cf. Locke, IV, XIX, le chapitre de V Enthousiasme. 

39. Burnet, Remarias upon an Essay . ..London, 1697, in-8. Henry 
Lee, Antiscepticisni,or notes ttpon each chapter of Locke's Essay... 
London, 1702,-in-fol. Cf. surtout Aff'/H. de Trévoux, sept. 1725, 



184 TREIZIÈME LETTRE 

et le P. Niceron, I, 40, rendant compte de l'ouvrage anonyme 
Anaccount ofMr. Locke' s Religion. 

40. 'Bay]e(Dict. dit., art. Dicéarque, noteM) dcfcnd l'ortho- 
doxie religieuse de Locke sur ce que la révélation ordonne seule- 
ment de croire à l'immortalité de l'âme, sans rien affirmer de sa 
substance. Par sa proposition, Locke n'a manqué qu'à 1' « or- 
thodoxie philosophique ». 

41. Edward Stillingfleet, évêque de Worcester, attaqua r£.y;fl/ 
de Locke incidemment dans un ouvrage contre les Sociniens 
et Antitriuitaires : A Discourse in vindicatiou 0/ ihe Doctrine oj 
theTrinity..., 1697, in-8. Une polémique s'ensuivit entrele philo- 
sophe et le prélat pendant les années 1697- 1699 • O" *^" trouvera 
la bibliographie dans le Catalogne du British Muséum (aux mots 
J. Locke et Edw. Stillingfleet). 

42. Stillingfleet, dit Leclcrc, « n'était pas accoutumé à penser 
ni à écrire fort exactement, et c'était là le fort de M. Locke. 
Cependant cet excellent philosophe, quelque avantage qu'il eût 
dans cette dispute, et quelque sujet qu'il eût de se plaindre de 
M. St., qui l'avait attaqué injustement et sans connaissance de 
cause, n'a jamais abusé de sa supériorité, et a toujours relevé 
les fautes de son adversaire avec douceur et avec respect. Il est 
vrai qu'il fait voir qu'il n'entendait pas la matière, et qu'il s'ex- 
primait avec peu d'exactitude..., mais il garde si bien le carac- 
tère ironique qui règne dans ses réponses, qu'il n'y a que ceux 
qui entendent le sujet dont il s'agit qui sentent ses railleries. » 
(Œuvr. div., 1732, I, lxxiii-lxxiv.) 

43. Voyez dans le Traité de Métaph. (1754, ch. vi) la vraie 
pensée de Voltaire à cette époque: « Je n'assure point que j'aie 
des démonstrations contre la spiritualité et l'immortalité de 
l'âme, mais toutes les vraisemblances sont contre elles. » 

44. C'est l'attitude de Collins qui disait : « La raison ne 
démontre ni l'immatérialité ni l'immortalité de l'âme ; mais 
l'une et l'autre se démontrent par l'Evangile. Je doute comme 
philosophe et je crois comme chrétien. » (Essai sur la tiature et 
la destination de Vdnie humaine, tr. fr., 1769, p. 16.) — Locke 
disait à Stillingfleet : « Encore qu'on ne puisse pas montrer 
que l'âme est immatérielle, cela ne diminue nullement l'évi- 



SUR .\r. LOKE 185 

dence de son immortalité, si Dieu l'a révélée, d (^= Rcpliq. à 
St., cité par Bayle, Dicf., art. Perrot d'ABLANCOURT, n. L.) 
Et dans son Essai (IV, m, 6 ; tr. Coste, t. III, p. 338) : 
« Toutes les grandes fins de la morale et de la religion sont 
établies sur d'assez bons fondements sans le secours des preuves 
de l'immatérialité de l'âme tirées de la philosophie... C'est 
pourquoi la nécessité de se déterminer pour ou contre l'imma- 
térialité de l'âme n'est pas si grande que certaines gens trop pas- 
sionnées pour leurs propres sentiments ont voulu le persuader. » 
— Descartes (DcJicace des Méditations) craignait déjà l'objection : 
« Quamvis nobis fidelibus animam humanam cum corpore non 
interire Deumque existere, fide credere sufficiat. » Mais à cette 
date l'objection venait des théologiens et empêchait la philo- 
sophie : Locke, Collins, Voltaire la retournent pour libérer la 
pensée philosophique. 

45. La comparaison de l'horloge est diversement employée 
depuis Descartes (Méthode, V). On la retrouve chez Locke, II, 
I, 7 (t. I, p. 147) et dans Shaftesbury,éd. 1737, in-8, t.I, p. 295. 
Cf. aussi Fénelon, Ex. de Dieu, I, 3 ; Leibniz, Œuvres, éd. 
Charpentier, 1842, t. I, p. 474 et 479 ; Fontenellc, Pluralité des 
monde:,. Premier soir (éd. 1790, t. II, p. 19). 

46. Dans cette discussion. Voltaire suit de près Locke {Essai, 
IV, 111,6) et surtout l'abrégé de la controverse avec Stillingfleet 
que Coste a mise en note à cet endroit (III, 323). 

47. Stillingfleet dans Coste (Ibid.), mais aussi tous les Car- 
tésiens. 

48. Collins avait dit dans le même sens, sans ironie: « Or, 
n'ayant d'idée ni de la substance de la matière ni de la substance 
de l'esprit ou d'un être distinct de la matière, il ne peut pas 
comparer ce dont il n'a point d'idées, ni connaître conséquem- 
ment par intuition si la substance de l'une n'est pas la sub- 
stance de l'autre. » (p Rêp. à Clarke, dans le Recueil de pièces de 
Desmaizeaux, 1720, p. 27.) — En France le P. BuflSier, Vérités 
premières, IV, i ; Duguet, Diss. théol. et dogni., 1727, contes- 
taient la définition cartésienne de la matière et ne voyaient dans 
l'étendue qu'une de ses propriétés. 

49. Locke, dans Coste, Ibid., p. 300 : « Vous ne sauriez con- 
cevoir comment une substance étendue et solidepourrait penser,.. 



l86 TREIZIÈME LETTRE 

Mais pouvez-vous concevoir comment votre âme, ou aucune 
substance, pense ? -> 

50. Coste, t. III, p. 525 : « Mais, ajoute-t-on, il n'y a pas 
moyen de concevoir comment la matière peut penser. J'en 
tombe d'accord, répond M. Locke, mais inférer de là que Dieu 
ne peut pas donner à la matière la faculté de penser, c'est dire 
que la toute puissance de Dieu est renfermée dans des bornes 
fort étroites par la raison que l'entendement de l'homme est 
lui-même fort borné. » (Cf. Es5ai,lW, m, 6:« Il se trouve aussi- 
tôt des gens prêts à limiter la puissance du Créateur... etc.) — Et 
Duguet (£)/55. thi'ol. et dogin., 1727), contre les spéculations de 
Descartes sur l'Eucharistie : « On pose pour fondement de ces 
recherches... l'idée naturelle qu'on a de l'étendue et de l'essence 
de la matière, sans se souvenir que nos idées naturelles ne nous 
I epréseutent pas tout ce qui est possible à Dieu... » (Cité par Bouillier, 
Phil. Cari., I, 447.) 

51. C'est l'argumentation de Locke, dans Coste, t. III, p. 328. 
— Mais déjà Bayle, (art. Ch.\rron, n. O) : « Ils (leslibertins) 
voient que les fortes preuves que la nouvelle philosophie a 
données de l'immortalité de l'âme conduisent à l'un ou 
à l'autre de ces deux abimes, ou que l'âme des bètes est 
immortelle, ou que les bêtes sont des automates. » — Le 
problème de l'âme des bêtes, que Descartes avait posé de façon 
si éclatante, continue d'être discuté aux environs de 1730 : Essai 
philosophique sur Vdiiie deshi'tes, Amst., 1728, in-8 (d. Journal litt., 
1 729, t. XIII, le p., p. 80-97 ; ^'^^- l'disonnà'., Oct.-Nov. 1728). Le 
F. Regnault, en 1735, dans la 2= éd. de ses Entretiens physiques 
d'Ariste et d'Eudoxe, ou Physique nouvelle en dialogues (paru en 
1732), ajoute un entretien 5«r Vâme des hèles (d. Journal litt., 
1753, t. XX, iep.,p. 167). Les poètes s'en mêlaient : Louis 
Racine pour l'automate, etMorfouace de Beaumont (Apologie des 
bêles, 1732) contre. 

52. Locke, IV, III, 6 ; t. III, p. 325. 

53. Cf. Locke, £550;, II, I, 15. 

54. Locke, dans Coste, t. III, p. 323, 327-330. 

55. C'était la prétention de Locke, d'être plus religieux que 
Stillingfleet (Coste, p. 306-307; cf. plus haut n. 44). — Voyez 
aussi Bavle, art. Pompon.\ce. 



SUR i\r. LOKE 187 

56. Locke, IV, xviii. De la foi et delà raison et de leurs bornes 
distinctes, 9 (Il faut écouter la révélation dans les matières où 
la raison ne saurait juger, ou dont elle ne peut porter que des 
jugements probables); 10 (Il faut écouter la raison dans les 
matières où elle peut fournir une connaissance certaine). — (( La 
foi, dira Voltaire plus tard, consiste à croire ce que la raison ne 
croit pas. » (xix, 475.) 

57. Cette phrase disparaît en 1752, et même est biffée dès 
1748 : cependant Voltaire en reprendra souvent l'ipée dont il fait 
une défense pour la libre pensée :cf. Dict. phil., préface de 1765. 

58. Voltaire prend le mot « enthousiasme » au sens de Locke 
(IV, XIX, S) 6, 7) : « Les hommes en qui la mélancolie a été mêlée 
avec la dévotion, et dont la bonne opinion d'eux-mêmes leur a 
fait accroire qu'ils avaient une plus étroite familiarité avec Dieu 
et plus de part à sa faveur que les autres hommes..., à quelque 
opinion extravagante qu'ils se sentent portés par une forte incli- 
nation, ils concluent que c'est une vocation ou une direction 
du ciel qu'ils sont obligés de suivre... » C'est aussi le sens de 
Shaftesbury, A Letter concernino- enthusiasm (éd. 1737, t. I, p. 44- 
45). Voyez aussi Bayle, art. Comenius, n. G, etKoTTERUS, n. F. 

59. Bâcon, De Augnientis Scient iaruiii, I, éd. Spedding, p. 441. 
< Dein quod aggerunt, literas reverentiani legiini atque iinperii 

convellere : calumnia niera est, nec probabiliter ad criminandum 
inducta. Nam qui cxcam ohedientiani fortius obiigare contende- 
rit quam officium oculatmn, una opéra asserat caecum manu duc- 
tum certius incedere quam qui luce et oculis utitur. Imo citra 
omnem controversiam artes emolliunt mores, teneros reddunt, 
sequaces, cereos, et ad mandata imperii ductiles : ignorantia 
contra, contumaces, refractarios, seditiosos : quod ex historiacla- 
rissime patet, quandoquidem tempora maxime indocta, inculta, 
barbara, tumultibus, seditionibus, mutationibusque maxime obno- 
xia fuerint. » Voltaire ici ne paraît pas s'être souvenu de Bacon ; 
il s'en est rapproché davantage dans sa lettre à J.-J. Rousseau 
du 30 août 1755. — CoUins (Dw. sur la liberté de Penser, tr. de 
Tangl., 26 éd., 1717, in-12, p. 149-156) avait soutenu que les 
disputes philosophiques ne troublent pas les Etats, et que les 
fanatiques et les superstitieux font plus de mal que les athées. 



l88 TREIZIÈME LETTRE 

60. Pour les raisons qu'a Voltaire de choisir la plupart des 
auteurs nommés ici dans les différentes rédactions, voyez les 
Lettres à S. A. Mgr le prince de*** (i-jôy), t. XXVI, p. 469. Sur 
Bekker et son livre du Monde Etichauté, voj'ez les Questions sur 
l'EncycIopcdie (Dict. phil., XVII, 559). Bayle l'appelle « ratio- 
nal outré », et montre le danger de son livre pour la religion 
(Œuv. div., III, 765; cf. IV, 669, 673, 678). — Sur Robert 
Flud, dont le système était regardé par Gassendi comme pire 
que Vathéisnie, cf. Bayle, Œuv. div., III, 290 et 301 : je ne crois 
pas que Voltaire en ait parlé ailleurs qu'ici. — La confusion de 
Woolston et de WoUastou s'est faite plus d'une fois dans les 
éditions de Voltaire : ainsi on lit Wollaston (XXV, 66) dans 
un endroit qui a permis à Guénée {Lettres de qqs. Juifs, I, 190) 
d'accuser Voltaire de prêter aux auteurs des sentiments qu'ils 
n'avaient pas ; mais un autre passage (XXIX, 514), sur la même 
matière du Pentateuquc, porte bien VVolston. Ailleurs Voltaire les 
associe tous les deux dans une liste de libres penseurs (XXVIII, 
117), comme il les a nommés tous les deux dans les Lettres nu 
Prince de***. Il est donc impossible de dire à qui il a dû penser 
en 1748-52, et quelle est la bonne leçon. — Sur Boulainvilliers 
philosophe, cf. XIV, 45 et XXVI, 524. — Les Voyages et aventures 
de Jacques Masse, Bordeaux, 1710, in-80 et in-12, avaient pour 
auteur Simon Tyssot de Patot (cf. G. Lansou, Revue des Cours et 
conf., 1908). — L Espion du Grand Seigneur dans les cour s des princes 
chrétiens (1684 et suiv., ôv. in-12; 16» éd., 1756, 9 vol.in-8°),qui 
est une des sources des Lettres persanes, fut commencé par Marana, 
et continué par Cotolendi ; il contient des passages nettement 
déistes (éd. 1756, t. I, p. 59, V, 17 et surtout 182.) — Les 
Letlresjuives de d'Argens parurent en 1736 : cf. Voltaire, XXXIV, 
191 et 204. — Les Pensées philosophiques de Diderot parurent en 
1746. — Le consul de France en Egypte, Maillet, publia en 
1748 son Tclliamed ou Entretien d'un philosophe indien avec un 
missionnaire Français sur la diminution de la mer, la formation de 
la terre, etc., 2v. in-8": d. Voltaire XIV, 99, et XXX, 517. — 
Outre Bayle, Niceron et Chauffepié (Dict., 1750) ont pu appeler 
l'attention de Voltaire sur plusieurs des auteurs énuniérés ici. 
Il serait d'ailleurs téméraire de croire que l'enrichissement de la 



SUR .M^ LOKE 189 

liste à travers les éditions de la lettre XIII nous permette de voir 
à quelle date Voltaire fait connaissance avec certains écrivains : 
il a pu les connaître sans les nommer tout de suite (Montesquieu, 
d'Argens, Woolston, VEspion Turc), et les nommer plus tard 
sans en faire une nouvelle étude, pour fortifier son dévelop- 
pement. 

61. C'est l'esprit de Bavle (Rép. aux q. (.VunProz'.y III, 18-21, 
et IV, i) et de Locke (Lettre sur la tolérance, extrait donné dans 
VHist, des ouv. des sav., sept. 1689, p. 25 ; voyez aussi Bastide, 
John Locke, 1906, p. 251, n. i. « The heads and leaders of the 
church, moved by avarice and insatiable désire of dominion, 
etc.. «). Mais Bayle et Locke disent seulement que ce n'est pas à 
la religion, mais aux théologiens qu'il faut imputer les maux des 
disputes religieuses : ils disent cela contre la maxime de ne 
tolérer qu'une religion dans un Etat. Même pensée dans 
Poiret, de Christiana liberorume ven's principiis educatione, 1694. 
« Il tient que toutes les cérémonies religieuses sont bonnes, pour- 
vu qu'elles ramènent à Dieu et à l'humilité, et que ce sont les 
Docteurs superbes qui, pour se faire chefs de parti et s'en attribuer 
la domination, ont nourri et entretenu la discorde et la discussion. 
Il les appelle des dnies turbulentes et ambitieuses qui tâchent à 
cantonner les peuples pour se mettre à leur tète, et qui 
échauflfent les contentions et les débats pour se rendre considé- 
rables sous le prétexte de défendre la vérité. » {Hist. des ouvr. 
des sav., déc. 1694, p. 184.) 

62. Cf. encore Sottise des deux parts, XXII, 65. — Voltaire 
a-t-il pris connaissance de cette dispute dans Fleury, Hist. 
ecclés., 1. XCIII, 46, 47 et 53? — Il faudrait rapprocher de la 
lettre XIII les trois lettres de 1735 au P. Tournemine (XXXIII, 
517, 520, 559), et les deux lettres à Formont (XXXIV, 8 et 11). 



190 TREIZIEME LETTRE 



APPENDICE PREMIER 

LETTRE SUR L'AME 
PREMIÈRE RÉDACTION DE LA LETTRE XIII. 

Le morceau qu'on va lire forme depuis l'éd. de Kehl la section VII [ 
de l'article Ame dans le Dict. phil. 11 parut d'abord dans un recueil de 
1758 sous le titre de XXVI Lettre sur l'âme. 

Une copie de la Lettre sur l'Ame se trouve à la Bibliothèque de l'Arse- 
nal, Mss. n''2557 (125, T. P.), pièce 4. Elle porte pour titre ; lettre 
sur Mr Locke ; ce qui confirme encore l'hypothèse que nous avons bien l;'i 
le premier texte de la 13° lettre anglaise (Voyez le Commentaire, n. i). 

Nous savons qu'il avait couru des copies de cette lettre avant l'im- 
pression. L'auteur anonyme des Réjtexioiis philosophiques sur rimmortalitr 
de l'âme raisonnable avec quelques reniarques sur une lettre dans laquelle a: 
soutient que la matière pense. Traduit de l'allemand, Amsterdam, 1744, dit 
dans sa P/r/are (cité dans la Bihl. raisonnce, juill.-sept. 1744, p. i}5) 
« Ce qui l'y a déterminé principalement..., c'est une Lettre philosophique, 
où l'auteur tâche de soutenir que c'est la matière qui pense. // y u 
quelques années il en courut plusieurs copies manuscrites et anonymes, et ou la 
trouva bientôt après, quoique mutilée et changée en bien des endroits dans un 
Recueil de Lettres publié en 17^6 (sic) sous le titre de Lettres écrites de 
Londres sur les Anglais et autres sujets par M. de Voltaire. » L'auteur 
ignore donc la publication séparée de 1758, mais il reconnaît au travers 
de toutes les dilTérences l'identité foncière des deux rédactions. Le 
manuscrit de l'Arsenal est sans doute une des copies qui circulèrent. 

L'impression de 1758 a été très négligée ; et les éditions ultérieures 
l'ont reproduite, avec quelques légères différences, sans la corriger. Il 
suffit des noms de Strambourg et Zcland, au lieu de Shaftesbury et 
Toland, pour attester que Voltaire, s'il a fourni la copie, n'a pas donné 
ses soins à la première publication, et n'a jamais fait une revision du 
texte. La copie de l'Arsenal améliore le texte en quelques endroits très 
notablement (cf. 1. 116-7, 173-9, 189, 220-2, 270-4). j'ai donc suivi la 
version de ce manuscrit ; ses bourdes sont toujours faciles à rectifier, 
par leur énormité même ; j'en ai corrigé les fautes d'orthographe et de 
ponctuation évidentes, mais j'ai signalé les corrections toutes les fois 
qu'elles intéressaient le sens; les leçons des imprimés sont données en 
variantes. 

Les éditions collationnées sont les suivantes (cf. Bengesco, II, 20) : 

1. LeTTKES de m. de V*»» AVEC PLUSIEURS PIÈCES DE DIFFÉRENTS 

AUTEURS. La Haye, P. Poppy, 1738, in-12. litre de départ : Lettres 
philosophiques par M. de V. XXVI Lettre sur l'âme. Je désigne cette pre- 
mière édition par la lettre A 

2. Lettre philosophique par M. de V*** avec plusieurs pièces 

CALANTES ET NOUVELLES DE DIFFÉRENTS AUTEURS, Paris, I747, in-S"... Ji 



APPENDICE PREMIER 19 I 

3. Même titre, Paris, 1756, iu-S" C 

4. Même titre, Londres, 1757, in-8' D 

5. Même titre, Londres, 1775, Jn-8" fc 

6. Même titre, Londres, 1775, in-12" /•' 

7. Même titre, Londres, 1776, in-8" C> 

8. Edition encadrée, t. XXXIX, Pièces détachées, t. Il, Genève. 

1775 ^J. 

9. Edition de Kelil, t. XXXVII A 

La Barre de Beaumarchais, dans ses AmusemeHis littéraires (La Haye. 

1740, 5 V. in-12 ; t. II, 2° partie, p. 179 et 195) a réimprimé la Lettre de 
Voltaire sur l'âme. Il l'a coupée en deux après les mots til homme absolu- 
ment imhécillc (1. 161), en ajoutant cette phrase de liaison : « C'est ce que 
je vous expliquerai encore plus clairement dans une autre lettre.» II a 
ainsi fait deux lettres, les lettres 28 et 51 de son deuxième volume. Il ;'. 
donne aussi en deux lettres (38 et 43, p. 248 et 285), la critique du 
morceau de Voltaire où il se propose (p. 250) de « faire voir que Mon- 
sieur de Voltaire ne débite pas ici les sentiments de Monsieur Locke 
comme il a prétendu faire, mais qu'il a voulu seulement faire l'honneurà 
ce grand Homme de lui prêter les siens ». 



Lettre sur Mr. Locke. 

Il h\x\ I que je l'avoue, lorsque j'ai lu l'infaillible Aris 
toto, le divin Platon, le Docteur subtil, le Docteur 
angélique, j'ai pris tous ces épitetes pour des sobri- 
5 quets. Je n'ai rien vu dans les philosophes qui ont 
parlé de l'ame humaine, que des aveugles pleins de 
témérité(s) et de babil, qui s'efforcent de. persuader qu'ils 
ont une vue d'aig-le, à d'autres aveugles curieux et sots qui 
les croient sur leur parole, et qui s'imaginent bientôt eux- 
10 mêmes voir aussi quelque chose. 

Je ne feindrai point de mettre au rang de ces maîtres 
d'erreurs, Descartes et Malbranche. Le premier nous 

Ligne I. A Lettres philosophiques XXVI Lettre sur l'Ame — B-G Lettre 
philosophique — H Lettre philosophique sur l'Ame — A' VIII (</<• l'art. 
Ame, du Dict. phil). — A (1738) est remarquable par Vorthographe sim- 
plifiée filosofie, iilosofe, métafisique, fisique, etc. — 2. A-K [j'ai] exa- 
miné — j. A-K [Aristote], le docteur évangélique, le divin Platon, 
[j'ai] — 4. A-K toutes — 5. A-K n'ai vu dans tous [les Phil.] — 
8. A-K [d'aigle], et d'autres curieux — A-D,F, G [et] fols E, H, K 
fous — 9. A-K [s'imaginent] aussi de voir [quelque] 

12. A-G d'erreur 



192 TREIZIEME LETTRE 

assure que l'ame de l'homme est une substance dont l'es- 
sence est de penser, qui pense toujours, et qui s'occupe 

I ) dans le ventre de ia mère de belles idées métaphisiques 
ou de beaux axiomes généraux qu'elle oublie ensuite. 

Pour le Père Malbranche, il est bien persuade que nous 
voyons tout en Dieu ; il a trouvé des partisans, parce que 
les fables les plus hardies sont celles qui sont les mieux 

20 reçues de la foible imagination des hommes. Plusieurs 
philosophes ont donc fait le roman de l'ame ; enfin il est 
venu un sage qui en a écrit modestement l'histoire. Je 
vais vous faire l'abrégé de cette histoire, selon que je 
l'ai conçu. Je sai fort bien que tout le monde ne con- 

25 viendra pas des idées de Mr. Locke: il se pourroit bien 
faire que Mr. Locke eût raison contre Descartes et Mal- 
branche et eût tort contre la Sorbonne ; je ne réponds 
de rien ; je parle selon les lumières de la Philosophie, 
et non selon les révélations de la foi. Il ne m'appar- 

30 tient que de penser humainement ; les Théologiens 
décident divinement, c'est tout autre chose. La raison 
et la foi sont de nature contraire. En un mot, voici un 
petit précis de Mr. Locke que je censurerois si j'étois 
Théologien, et que j'adopte pour un moment comme 

33 pure hvpothese, comme conjecture de simple philoso- 
phie. 

Humainement parlant, il s'agit de savoir ce que c'est 
que l'ame. 

1° Le mot d'anie est un de ces mots que chacun pro- 

19. A' le mieux 

21. A-K [enfin] c'est [un sage] Toutes les éd. sauf G un us.ige (tion- 
seiis). — 23. A-K omettent vous. — 25. K omet Mr. ici et dans tout le 
viorceau. — 27. A-K qu'il [eut tort] — A-K Sorbone ; je parle... — 
29. A-K ometicut et. 

35. A-K omcllciit pure. — 57. A, E [philosophie], humainement par- 
lant, [il] /?, C, D, F, G [philosophie] : humainement parlant, [il] H, K 
[philosophie]. Humainement parlant, [il] — 59. A-K omettent un. 



APPENDICE PREMIER I93 

40 nonce sans l'entendre- ; nous n'entendons que les choses 
dont nous avons une idée : nous n'avons point d'idée 
d'ame, d'esprit ; donc nous ne l'entendons pas. 

2" Il nous a donc plu d'appeler ame cette faculté de 
penser et de sentir, comme nous appelions vue la faculté 

45 de voir, volonté [h] faculté de vouloir, etc. 

Des raisonneurs sont venus ensuite, qui ont dit : 
« L'homme est composé de matière et d'esprit : la 
matière est étendue et divisible, l'esprit n'est ni étendu 
ni divisible ; donc il est, disent-ils, d'une autre nature ; 

50 donc c'est un assemblage d'Etres qui ne sont point faits 
l'un pour l'autre, et que Dieu unit malgré leur nature. 
Nous voyons peu le corps, nous ne voyons point l'ame ; 
elle n'a point de parties. Donc elle est éternelle ; elle a 
des idées pures et spirituelles ; donc elle ne les reçoit 

5 3 point de la matière : elle ne les reçoit point non plus 

d'elle-même ; donc Dieu [les] lui donne ; donc elle 

apporte en naissant les idées de Dieu, de l'infini, et (de) 

toutes les idées générales. » 

Toujours humainement parlant, je réponds à ces Mrs 

60 qu'ils sont bien sçavans. Ils supposent d'abord qu'il 
y a une ame, et puis ils nous disent ce que ce doit être ; 
ils prononcent le nom de matière, et décident ensuite 
nettement ce qu'elle est. Et moi je leur dis : Vous ne 
connoissez ni l'esprit ni la matière ; par l'esprit, vous ne 

6) pouvez vous imaginer que la faculté de penser ; par la 
matière, vous ne pouvez entendre qu'un certain assem- 

42. A-K point — 43. A-C omettent ame. — 44.^-D,F-A'[.ippellons] vie 
la faculté de vivre E a estropie ce passage . — A-K et [volonté...] — A-K 
omettent ttc. — 46. A-K et [ont dit] — 50. A-K omettent donc devant c'tst. 

56. Le ms. omet les qui est donné par les éd. — 57. Ce de fautif est dans 
le ms. et dans toutes les éd., sauf K. — 60-61. A-K\\\s\ nous disent [d'abord... 
etpuis] ce que ce doit être. 

65. A-K omettent vous devant imaginer. — Le ms. donne pour matière. 
Je corrige d'après les éditions. 

Le 1 1. phi 1. I. ij 



194 TREIZIEME LETTRE 

blagc de qualités, de couleurs, d'étendue, de solidité; et 
il vous a plu d'appeller cela matière, et vous avez assigné 
les limites de la matière et de l'ame avant d'être sûr[s] 

70 seulement de l'existence de l'une et de l'autre. Quand à 
la matière vous enseignez gravement qu'il n'y a en 
elle que de l'étendue et de la solidité, et moi je vous 
dirai modestement qu'elle est capable de mille propriétés 
que vous ni moi ne connoissons pas. Vous dites que 

7) l'ame est indivisible, éternelle, et vous supposez ce qui 
est en question. 

Vous êtes à peu près comme un Régent de collège, 
qui, n'ayant vu d'horloge de sa vie, auroittout d'un coup 
entre ses mains une montre d'Angleterre à répétition. Cet 

80 homme, bon péripatéticien, est frapé de la justesse avec 
laquelle les éguilles divisent et marquent le tems, et 
encore plus étonné de voir qu'un bouton pressé par le 
doigt, sonne précisément l'heure que l'éguille montre. 
Mon philosophe ne manque pas de trouver qu'il y a 

83 dans cette machine une âme qui la gouverne et qui en 
meut les rcssors, il démontre sçavamment son opinion 
par la comparaison des anges qui font aller les Sphères 
célestes, et il fait soutenir dans sa classe de belles thèses 
sur l'ame des montres. Un de ses écoliers ouvre la 

90 montre : on n'y voit que des ressors, et cependant on 
soutient toujours le sistème de l'ame, qui passe pour 
démontré. Je suis cet écolier : ouvrons la montre qu'on 
appelle homme, et au lieu de définir hardiment ce que 



72. A-K omettent de devant les deux substantifs. — 74. A -K ni vous ni 
[moi] — 7$ -E omet et. 

81. A-K les [temps] — 82. A-K omettent de voir. — A-K poussé — 
83. A-K [l'éguille] marque — 84. A-K prouver — 86. A-K [qui en] 
mène. 

91. A-K [de l'ame] des montres — 92. A-K [écolier] ouvrant [la 
montre... et] qui [au lieu... nous] n'entendons point, tâche [d'examiner] 



APPENDICE PREMIER 195 

nous ne connoissons pas, tâchons d'examiner par degrés 
95 ce que nous voulons connoître. 

Prenons un Enfant à l'instant de sa naissance, et sui- 
vons pas à pas le progrès de son entendement. Vous me 
faites l'honneur de m'apprendre que Dieu a pris la peine 
de créer une ame pour aller loger dans ce corps. 

100 Lorsqu'il y a environ six semaines, cette ame estarrivée, 
la voilà pourvue d'idées métaphisiques, connoissant Dieu, 
l'esprit, les idées abstraites, l'infini fort clairement, étant 
en un mot une très-sçavante personne. Mais malheureuse- 
ment elle sort de l'utérus avec une ignorance crasse ; elle 

10) passe i8 mois à ne connoître que le teton de sa nour- 
rice, et lorsqu'à l'âge de 20 ans on veut faire ressou- 
venir cette ame de toutes les idées scientifiques, qu'elle 
avoit quand elle fut unie à son corps, elle est souvent si 
bouchée qu'elle n'en peut recevoir aucune. Il y a des 

1 10 peuples entiers qui n'ont jamais eu une seule de ces idées : 
en vérité à quoi pensoit l'ame de Descartes et celle de Mal- 
branche, quand elles imaginoient de pareilles rêveries ? 

Suivons donc l'histoire du petit enfant, sans nous 
arrêter aux imaginations des philosophes. Le jour que sa 

115 mère est acouchée de lui et de son ame, il est né aussi 
un chien dans la maison, un chat et un serin. Au bout de 
trois mois j'aprens un menuet au serin, au bout d'un an 
et demi je fais du chien un excellent chasseur, le chat 
au bout de six semaines fait déjà tous ses tours, et l'en- 



99-102. .4-A'[corps], lorsqu'il a[environ six semaines]; que[cette àrne], 
à son arrivée, est [pourvue] des [idées... ; connaissant] donc [l'esprit] 
105. A-K a passé — 108. A-K s'est [unie] — 109. A-K concevoir 
III. A-K [et] de [Mallebranche, quand elle imagina de telles... — 
113. A-K l'idée [du petit] — 115. A-K omet lent zussi. — 116. A' dans 
la maison un chien — A-H[iX. un serin]. Au bout de 18 mois, [je fais 
du chien...] A' a bien vu que la proposition relative au serin manquait, 
el supplée ainsi :[s.-x.cc\\Qn\. chasseur ;];i un an le serin siffle un air; [le chat] 



196 TREIZIÈME LETTRE 

120 lant au bout de quatre ans ne fait rien du tout. Moi, 
homme grossier, témom de cette prodigieuse différence, 
etqui n'ai jamais vu d'enfant, je crois d'abord que le chien, 
le chat et le serin sont des créatures très intelligentes, et 
que le petit enfant est un automate ; cependant petit à 

1 2 5 petit je m'aperçois que cet enfant a aussi des idées, de 
la mémoire, qu'il a les mêmes passions que ces animaux, 
et alors j'avoue qu'il est aussi, comme eux, une créature 
raisonnable. Il me communique différentes idées par 
quelques paroles qu'il a aprises, de même que mon chien 

150 par des cris diversifiés me fait exactement connoître ses 
divers besoins. J'aperçois qu'à l'âge de 6 ou 7 ans l'en- 
fant combine dans son petit cerveau presqu'autant d'idées 
que mon chien de chasse dans le sien. Enfin il atteint 
avec l'âge un nombre infini de connoissances. Alors que 

135 dois-je penser de lui ? irai-jc le croire d'une nature abso- 
lument différente ? non, sans doute ; car vous qui voiez 
d'un côté un imbécile, de l'autre Mr. Newton, vous pré- 
tendez qu'ils sont pourtant de même nature, je dois 
prétendre à plus forte raison que mon chien et mon enfant 

Ij|0 sont au fond de même espèce, et qu'il n'y a de la diffé- 
rence que du plus ou du moins. Pour mieux m'assurer de 
la vrai-semblance démon opinion probable, j'examine mon 
enfant et mon chien pendant leur veille et pendant leur 
sommeil. Je les fais seigner l'un et l'autre outre mesure, 

145 alors leurs idées semblent s'écouler avec leur sang. Dans 

120. .(^-/C [ne] sait rien. Moi 

122. A-K le chat, le chien — 125 et 127. A-K oiiieltntt aussi. 

ij). Le ms. donne irais-je, qu'il faut corriger «« irois-je ou en irai-je. 
J'adopte cette dernière leçon qui est celle de A-K. — A-K [croire] qu'il est 
[d'une nature] tout à fait — 1^6. A-K omettent qui après vous. — 137. 
C,E, H, A' et [de l'autre] — A-K un [Newton] — 158. A-K d'une 
[même] — 159-140. A-K omettent la proposition : je dois prétendre — 
espèce. 

141. A-K [plus] au moins. — 143. A-K mon chien et mon 
enfant — leur veille et leur sommeil. — 145. A-K [avec] le [sang] 



APPENDICE PREMIER I97 

cet état je les appelle, ils ne me répondent plus, et si je 
leur tire encore quelques paletes, mes deux machines qui 
avoient une heure auparavant des idées en très grand 
nombre et des passions de toute espèce, n'auront plus 

150 aucun sentiment. 

J'examine ensuite mes deux animaux pendant qu'ils 
dorment ; je m'aperçois que le chien, après avoir trop 
mangé, a des rêves ; il chasse, il crie après sa proie. Mon 
jeune homme élant dans le même cas, parle à sa maî- 

15 s tresse, et fait l'amour en songe. Si l'un et l'autre ont 
mangé modérément, ni l'un ni l'autre ne rêve : enfin, je 
vois que leur faculté de sentir, d'apercevoir, d'exprimer 
leurs idées s'est développée en eux petit à petit et s'af- 
foiblit aussi par degrés. J'aperçois en eux plus de raport 

160 cent fois que je n'en trouve entre tel homme d'esprit et 
tel autre homme absolument imbécile 5. 

Quelle est donc l'opinion que j'aurai de leur nature ? 
Celle que tous les peuples ont eu d'abord avant que la 
politique égiptienne+imagina[t] la spiritualité et l'immor- 

16) talité de l'ame. Je soupçonnerai, mais avec bien de l'ap- 
parence, qu'Archimède et une Taupe sont de la même 
espèce, quoique d'un genre différent; de même qu'un 
chêne et un grain de moutarde sont formés par les mêmes 
principes, quoique l'un soit un grand arbre et l'autre une 

170 petite plante. 

Je penserai que Dieu a donné des portions d'intelli- 
gence [à] des portions de matière organisées pour penser : 

i^y. A-H poëllettes — 148. A-K omettent une heure. — 149. A-K 
n'ont [plus] 

155. ^4-K la [proie] — 154. La leçon de A-K est la bonne leçon. Je la 
reçois, au lien de celle du ms. : restant, qui tie donne pas nn sens satisfaisant. 
— A-K [le même] état 

163. A-K [ont) imaginée — 164. A-Komettent et. — 165. A-K [soup- 
çonnerai] même, [avec] Ms. : souhçonncni, quejecorriged'aprèsla ligneiSS. 

172. Ms. et des portions non-sens que les imprimes corrigent. — A/5, 
organisés A-K organisée Le pluriel et le féminin sont exigés par le sens. 



198 TREIZIÈME LETTRE 

je croirai que la matière a pense à proportion de la 
finesse de ses sens, que ce sont eux qui sont les portes 

175 et la mesure de nos idées; je croirai que l'huitre à l'écaillé 
a moins d'esprit que moi, par ce qu'elle a moins de sen- 
sations que moi, et je croirai qu'elle a moins de sensa- 
tions et de sens parce qu'ayant l'ame attachée à son écaille, 
5 sens lui seroient inutiles. Il y a beaucoup d'animaux 

iSo qui n'ont que 2 sens ; nous en avons 5, ce qui est bien 
peu de chose, il est à croire qu'il est dans d'autres 
mondes d'autres animaux qui jouissent de 20 ou 30 sens, 
et que d'autres espèces, encore plus parfaites, ont des 
sens à l'infini?. 

18) Il me paroît que voilà la manière la plus naturelle d'ex- 
poser des raisons, c'est-à-dire de deviner et de soupçonner. 
Certainement, il s'est passé bien du tems avant que les 
hommes aient été assez ingénieux pour imaginer un Etre 
inconnu qui est en nous, qui fait tout en nous, qui n'est 

190 pas tout à fait nous, et qui vit après nous. Aussi n'est-on 
venu que par degrés à concevoir une idée si hardie. 
D'abord le mot d'aine a signifié la vie, et a été commun 
pour nous et pour les autres animaux, ensuite notre 
orgueil nous a fait une amc à part et nous a fait ima- 

195 giner une forme substancielle pour les autres créatures. 

Cet orgueil humain me demandera ce que c'est donc que 
ce pouvoir d'appercevoir et de sentir, qu'il appelle [une] 

173. -J-A' [a] des sensations [a ^i^ro^pOTtion] leçon qui fausse le sens. — 
174. A-K [qui] les proportionnent à [la mesure] — 175-178. ^-/v [l'huitre 
à l'écaillé a moins de] sensations et de sens [parce que, ayant l'âme] 

182. ..^-/i vingt ou trente — 185. yi-A' d'en raisonner — 186. //-A' soup- 
çonner certainement. Il faut Non-sens; le ms. met une virgule après soup- 
çonner, rien après certainement ; ce qui selon les hahiludcs du copiste équi- 
vaut au point que je mets. — 189. A-K qui est nous leçon contredite par 
la suite de la phrase. 

192. ^-A' ce mot ame 

196. [humain] demande [ce que] — 198. A-K omettent ua devant ins- 
tinct. Je crois ma correction plus probable: l'omission de une dans la copie 



APPENDICE PREMIER I99 

âme dans l'homme, et un instinct dans la brute. Je satis- 
ferai à cette question quand les universités m'auront appris 
200 ce que c'est que le mouvement, le son, la lumière, V espace, 
le corps, le tems. Je dirai, dans l'esprit du sage Mr. Locke: 
« La Philosophie consiste à s'arrêter quand le flambeau 
de la phisique nous manque. » J'observe les efî^ets de la 
nature, mais je vous avoue que je n'en conçois pas plus 

20) que vous les premiers principes. Tout ce que je sai, 
c'est que je ne dois pas attribuer à plusieurs causes, sur- 
tout à des causes inconnues, ce que je puis attribuer à 
une cause connue : or, je puis attribuer à mon corps la 
faculté de penser et de sentir ; donc, je ne dois pas cher- 

210 cher cette faculté dans un autre Etre appelé aw^, ou esprit, 
dont je ne puis avoir la moindre idée. Vous vous récrirez 
à cette proposition, vous trouverez de l'irréligion à oser 
dire que le corps peut penser. Mais que direz-vous, vous 
répondroit Mr. Locke, si c'est vous-même quiètes icicou- 

21) pables d'irréligion, vous qui osez borner la puissance de 
Dieu ? Et quel est l'homme sur la terre qui peut assurer 
sans une impiété absurde qu'il est impossible à Dieu de 
donner à la matière le sentiment et la pensée ? Foible et 
hardy que vous êtes, vous avancez que la matière ne 

220 pense point, parce que vous ne concevez pas qu'une 



s'explique mieux que l'addition de un. — 199. A-H humanités K phy- 
siciens, kçon qui, avec celle de la ligne 116, ferait penser que K n'a pas 
corrigé les édilions antérieures sur un manuscrit de l'auteur, mais par conjec- 
ture. P oye:^ pourtant l. 2y^, et la note critique — 200. A-K omettent le 
mouvement. 

204. A' ne conçois — 210. ^-A' [cette faculté] de penser et de sentir 
[dans] une autre appelée. Le ms. porte ou d'esprit non-sens que je rectifie 
selon le texte des éditions. 

211. A-K récriez — 212. A-K [vous] trouvez donc — 215. ^-A' diriez- 
vous, répondroit — 216. A-K omettent tl deiant quel. — 218. A-K le 
penser? Foibles et hardis 

220-222. A-K [concevez pas qu'une] matière telle (A quelle) [qu'elle 
soit, pense]. 



200 TREIZIEME LETTRE 

substance étendue puisse penser, et concevez-vous mieux 
comme une substance, telle qu'elle soit, pense ? 

Grands Philosophes qui décidez du pouvoir de Dieu 
et qui dites que Dieu peut d'une pierre faire un ange^, 

225 ne voyez-vous pas que, selon vous-mêmes, Dieu ne 
feroit en ce cas que donner à une pierre la puissance de 
penser ? car, si la matière de la pierre ne restoit pas, ce 
ne seroit plus une pierre changée en ange, ce serait une 
pierre anéantie et un ange créé. De quelque côté que 

230 vousvous tourniez, vous êtes forcé[s] d'avouer deux choses, 
votre ignorance et la puissance immense du Créateur : 
votre ignorance qui se révolte contre la matière pensante, 
et la puissance du Créateur à qui certes cela n'est pas 
impossible. 

235 Vous qui savez que la matière ne périt pas, vous con- 
testerez à Dieu le pouvoir de conserver, dans cette 
matière, la plus belle qualité dont il l'avoit ornée ! L'éten- 
due subsiste bien sans corps par lui, puisqu'il y a des 
philosophes qui croient le vuide ; les accidens subsistent 

2^0 bien sans substance parmi les chrétiens qui croient la 
transsubstantiation. Dieu, dites-vous, ne peut pas faire ce 
qui implique contradiction. Cela est vrai, mais pour 
savoir si la matière pensante est une chose contradictoire, 
il faudroit en savoir plus que vous n'en savez, vous aurez 

2^5 beau faire, vous ne saurez jamais autre chose, sinon que 
vous êtes corps, et que vous pensez. 

Bien des gens qui ont apris dans l'Ecole à ne douter 
de rien, qui prennent leurs silogismes pour des oracles et 
leur superstition pour de la religion, regardent Mr. Locke 

228. A-K omettent changée en ange. 

252. A-D, F-H omettent contre et le remplacent par une virgule. E 
sur [la matière] K contre — 240. A-K [sans] la [substance] 

243. A-K omettent Cela ... contradictoire — 244. A-K avez — 
249. A-Kli\irs superstitions pour la [religion] 



APPENDICE PREMIER 201 

250 comme un impie dangereux. Les superstitieux sont dans 
la société des hommes ce que les poltrons sont dans une 
armée, ils ont et donnent des terreurs paniques. 

Il faut avoir la pitié de dissiper les craintes, il faut 
qu'ils sachent que ce ne sont pas les sentimens des 

2)) philosophes qui feront jamais tort à la Religion. 

Il est assuré que la lumière vient du soleil, et que les 
planettes tournent autour de cet astre : on ne lit pas avec 
moins d'édification dans la Bible, que la lumière a été 
faite avant le soleil, et que le soleil s'est arrêté sur le vil- 

260 lage de Gabaon. 

Il est démontré que l'arc-en-ciel est formé nécessaire- 
ment par la pluie, on n'en respecte pas moins le texte 
sacré qui dit que Dieu posa son arc dans les nues, après 
le déluge, en signe qu'il n'y auroit plus d'inondation. 

26) Le mistere de la Trinité et celui de l'Eucharistie ont 
beau être contraires aux démonstrations connuesT, ils n'en 
sont pas moins révérés chez les philosophes catholiques, 
qui savent que les objets de la raison et de la foi sont de 
différente nature. 

270 La notion des antipodes a été condamnée comme héré- 
tique par les papes et les conciles : mtilgré cette déci- 
sion ceux qui reconnoissent les conciles et les papes ont 
découvert les antipodes et y ont porté cette même reli- 



250. A-K Ces 

251. A-K omettent des hommes. — 253. A-KXtyix CTiinxt —254. A-K 
seront 

266. A-K contradictoire. — 268. A-K [les] choses — 270. A-K nation 
(tion-sens). 

271. A-K condamnée par les papes — Ms. division. /(• conjecture 
décision avec M. Ascoli. — 272-273. A-K ... [par les papes] ; et les con- 
ciles et les papes [ont]. Cette omiision des huit mots malgré... les conciles, 
attribue aux papes la découverte et la colonisation des antipodes (y ont porté). 
A-H ont essayé de pallier le contre-sens en substituant reconnu à découvert. 
K a découvert dans le texte, et reconnu en Erratum (LXX, 220). D'oiï 
K tire-t-il ce mot découvert qu'aucune édition ne donne ? Ce ne peut être que 



202 TREIZIEME LETTRE 

gion chrétienne dont on croyoit la destruction sure, en 

275 cas qu'on pût trouver un homme qui (comme on parloit 

alors) eût la tête en bas et les pieds en haut par raport 

à nous, et qui, comme dit le très-peu philosophe S. 

Augustin, seroit tombé dans le Ciel ^. 

Jamais les philosophes ne feront tort à la religion domi- 

2S0 nante d'un pays. Pourquoi ? C'est qu'ils sont sans enthou- 
siasme, et qu'ils n'écrivent point pour le peuple. 

Divisez le genre humain en 20 parties ; il y en aura 19 
composées de ceux qui travaillent de leurs mains et qui 
ne sauront jamais s'il y a eu un Mr. Locke au monde ; 

2S5 dans la 20''™^ partie qui reste, combien trouve-t-on peu 
d'hommes qui lisent ? Et parmi ceux qui lisent, il y 
en a 20 qui lisent des Romans, contre un qui étudiera en 
philosophie : le nombre de ceux qui pensent est exces- 
sivement petit, et ceux-là ne s'avisent pas de troubler le 

290 monde. 

Ce n'est ni Montagne ni Locke ni Baile ni Spi- 
nosa, ni Hobbes, ni Shastbury, ni M^ Colins, niToland, 
etc., qui ont porté le flambeau de la discorde dedans leur 
patrie. Ce sont pour la pluspart des théologiens qui 

295 ayant eu d'abord l'ambition d'être chefs de secte, ont eu 
bientôt celle d'être chefs de parti. Que dis-je ? Tous les 
livres des philosophes modernes mis ensemble ne feront 
jamais dans le monde autant de bruit seulement qu'en fit 



d'une copie mutilée, qui présentait la inéine lacune que les éditions, ou d'une 
édition que je n'ai pas vue. — 276. A-K auroit — 278. ^-A'[tonibé] du ciel 
contresens. — 279. A' omet cet alinéa et les deux suivants qui sont répétée 
presque textuellement dans la fn de la L. XIIl (dans K, Dict. p\n\.,Jindi 
la sect. IX de l'art . Ame). 

282. A-H il y en a — 284. A-D, F s'il y a un ^-H[un] Lock — 286. 
A-H omettent Et p.irmi ceux qui lisent. — 287. A-H étudie la filoso- 
fie. — 288. A-H extrêmement 

292. A-H... ni Strambourg, ni Colins, ni Zéland — 295. A-H dans 
— 294. A-H omettent pour. 



APPENDICE PREMIER 20 3 

autrefois la dispute des Cordelicrs sur la forme de leur 

500 manche et de leur capuchon. 

Au reste, Mr, je vous répète encore qu'en vous 
écrivant avec liberté, je ne me rends garend d'aucune opi- 
nion ; je ne suis responsable de rien. Il y a peut-être 
parmi les songes des raisonnemens quelques rêveries 

305 auxquelles je donnerois la préférence : mais il n'y en a 
aucune que je ne sacrifiasse tout-d'un-coup à la Religion 
et à la Patrie. 

DE \'OLTAIRE. 



COMMENTAIRE 

I. Cette lettre dont le texte présente des rapports si frappants 
avec la XIII* Lettre sur les Anglais, en est la première version ; 
M. Ascoli et moi sommes arrivés tous les deux à cette conclu- 
sion. Si le morceau publié en 1738 était une reprise postérieure 
de la treizième lettre, on ne s'expliquerait pas que Voltaire 
ne l'eût pas substituée dans l'édition de 1759 et dans les 
autres éditions ultérieures. Au contraire, on comprend fort 
bien que ne voulant pas perdre un morceau dont il était con- 
tent, il l'ait publié dans un recueil avec un signe (ce titre de 
XXV Illettré) qui le rattache à l'ouvrage de 1733. Cette première 
rédaction, tout en présentant le même fond d'idées que la 

299. A-H leurs manches... leurs capuchons 

305. A-K [p.irmi] ces [songes des raisonnemens] et même [quelques] 
Aucun texte n'est iatisfaisant. Je conjecturerais dans le ins. original rai- 
sonneurs, au lieu de raisonnemens. J'oye:^ l. 46, oit le mot, raisonneur a 
pourtant une nuance péjorative qu'il n'aurait pas ici, et Appendice II, l. 2/, 
ail le mot, comme ici, est pris en bonne part. — 508. A-K ne donnent 
pas la signature — K attache au dernier mot cette note : Cette section est 
tirée presque en entier de ces Lettres philowphiques ou Lettres sur les 
Anglais, qui ont été la première hostilité de la longue guerre entre 
M. de Voltaire et les théologiens. Note inexacte puisque ce morceau n'a 
pas paru dans les Lettres sur les Anglais, mais qui pourtant en indique bien 
la vraie origine. Voyei la note à la ligne i de l'appendice II. 



204 TREIZIEME LETTRE 

treizième lettre, a plus de vigueur ; l'auteur s'y découvre plus, 
s'abrite moins derrière Locke. Elle s'accorde bien a%'ec ce que 
Voltaire écrivait à Forment (nov. 1732, XXXIII, 306 : voyez 
let. XIII, commentaire, n. 2). — Le fond des deux rédactions 
étant identique, on retrouvera aisément les sources de celle-ci 
dans le commentaire précédent. 

2. Cf. Locke, III, X, 2 ; t. III, p. 219, etc. 

3. Cf. Locke, IV, IV, 13 (t. IV, p. 15), et Montaigne 
(I, 43) : M Plutarque dit qu'il ne trouve point si grande distance 
de bête à bête que d'homme à homme. » Ce que Rochester 
dans sa satire « Against man », au dernier vers, traduit ainsi 
(Ed. 1731, t. I, p. 9): 

Man differs more from man than man from boast. 

4 . Voltaire plus tard se ralliera à cette politique et vantera 
l'utilité sociale de la croyance à l'immortalité (cf. XXVIIT, 

243) , il parlera alors moins dédaigneusement des Egyptiens 
(XXVIII, 149). Toland, Lettres philosophiques (à Serena), trad. 
Naigeon, 1768, p. 66 : « Ces mêmes Egyptiens furent parmi les 
païens les premiers qui enseignèrent le dogme de l'immortalité 
de l'âme. » Voltaire avait pu lire l'original anglais. 

5. Voltaire reprendra cette idée plus tard dans Micromegas 
(ch. II). — Fontenelle (Pluralité des Mondes, 3e soir, éd. 1790, 
t. II, p. 84J : « Peut-être même y a-t-il effectivement un grand 

nombre de sens naturels ; mais dans le partage que nous avons 
fait avec les habitantsdes autres planètes, il ne nousenest échu 
que cinq, dont nous nous contentons, faute d'en connaître 
d'autres. » 

6. S. Matthieu, m, 9. — Cf. Locke, t. IV, p. 329-330, note 
de Geste. 

7. Souvenir sans doute de Bayle (Œuv. div., III, 762) : 
.« La plupart du monde chrétien n'est-elle pas persuadée de la 
présence réelle, malgré les objections insolubles qu'il pleut à 
verse sur ce dogme ? N'a-t-il pas fallu en faveur de cette doctrine 
condamner de fausseté les axiomes les plus évidents de la 
Physique? ... Vous est-il possible de concilier avec toutes les 
maximes des philosophes le mystère de la Trinité et celui de 
l'Incarnation du Verbe éternel ? » 



APPENDICE II 205 

8. Suggéré par Pascal (Provinciales, XVIII), ou par Bayle 
(Dict. crit., art. Virgile évêque, et n. A). Mais ni dans l'une 
ni dans l'autre de ces sources il n'est question des conciles et 
de saint Augustin. Furetière au mot Antipode signale les ridi- 
cules plaisanteries de saint Augustin. 



APPENDICE II 

FIN DE LA LETTRE XIII A PARTIR DE 1748-17S1 

Conliniiahon du mêiiie sujet. 

Je suppose une douzaine de bons Philosophes dans une 
Isle, où ils n'ont jamais vu que des végétaux. Cette Isle, 
& sur-tout douze bons Philosophes, sont fort difficiles à 
5 trouver ; mais enfin cette fiction est permise. Ils admi- 
rent cette vie qui circule dans les fibres des plantes, qui 
semble se perdre & ensuite se renouveller ; & ne sachant 
pas trop comment les plantes naissent, comment elles 
prennent leur nourriture et leur accroissement, ils appel- 
le lent celâVine aiiu' végétative '. — Qja'entendez-vous par ame 
végétative ? leur dit-on. — C'est un mot, rcpondent-ils, qui 
sert à exprimer le ressort inconnu par lequel tout cela 
s'opère. — Mais ne voyez-vous pas, leur dit un Méchani- 
cien, que tout cela se fait naturellement par des poids. 

Ligne i. Ce titre se trouve dans 4S {corr.)-^2. Dans $6-y^ Sur l'âme. 
K. Sec. IX (Dict. phil., art. Ame). Foye^ la note critique, p. lyi, ligne rj/ 
de la lettre XIII. — Je suis le texte de ^ï, et je donne dans les notes cri- 
tiques outre les variantes de j2-K, les leçons de 4S (corr.) : ces cartons de 48 
corr. n'ayant été insérés que dans quelques exemplaires, la véritable première 
édition des deux morceaux est yi. — Il serait possible que la note de K, 
inexacte pour le morceau précédent (vovi\ p. 205 note crit.) se rapportât à 
celui-ci : Tappcl de la note aurait été placé par erreur à la fn de la section 
VIII de Tart. Ame au lieu d'être mis au début de la sec. IX. 



206 TREIZIÈME LETTRE 

15 des leviers, des roues, des poulies? — Non, diront nos 
Philosophes, s'ils sont éclairés. 11 y a dans cette végétation 
autre chose que des mouvcmens ordinaires ; il y a 
un pouvoir secret qu'ont toutes les plantes d'attirer à 
elles sans aucune impulsion ce suc qui les nourrit ; & ce 

20 pouvoir, qui n'est expliquable par aucune méchanique, 
est un don que Dieu a fait à la matière & dont ni vous ni 
moi ne comprenons la nature. 

Ayant ainsi bien disputé, nos raisonneurs découvrent 
enfin des animaux. Oh, oh, disent-ils, après un long 

2) examen, voilà des êtres organisés comme nous ! Ils ont 
incontestablement de la mémoire, & souvent plus que 
nous. Ils ont nos passions; ils ont de la connaissance; 
ils font entendre tous leurs besoins ; ils perpétuent comme 
nous leur espèce ^. 

50 Nos Philosophes dissèquent quelques uns de ces êtres, 
ils y trouvent un cœur, une cervelle. Quoi ! disent-ils, 
l'Auteur de ces machines qui ne fait rien en vain, leur 
auroit-il donné tous les organes de sentiment pour qu'ils 
n'eussent point de sentiment ? il serait absurde de le pen- 

3) ser. Il y a certainement en eux quelque chose que nous 
appelions aussi ame, fiiute de mieux ; quelque chose qui 
éprouve des sensations, (S: qui a une certaine mesure 
d'idées. Mais ce principe, quel est-il ? Est-ce quelque 
chose d'absolument différent de la matière? est-ce un 

40 esprit pur ? est-ce un être mitoyen, entre la matière que 
nous ne connaissons guéres & l'esprit pur que nous ne 
connaissons pas ? est-ce une propriété donnée de Dieu 
à la matière organisée ? 

Ils font alors des expériences sur des insectes, sur des vers 

16. 4S (corr.), ^2-K omettent les mots s'ils sont éclairés. — 19. Dans 
48 corr., f2-K les mots sans aucune impulsion manquent. 

35. ^2-K du [sentiment] — 4S {coir.) [pour] ne point sentir f2-K 
afin [qu'ils] 



APPENDICE II 207 

4) de terre ; ils les coupent en plusieurs parties 5, & ils sont 
étonnés de voir qu'au bout de quelque tems il vient des 
têtes à toutes ces parties coupées ; le même animal se 
reproduit, & tire de sa destruction même de quoi se mul- 
tiplier. A-t-il plusieurs âmes, qui attendent pour animer 

30 ces parties reproduites, qu'on ait coupé la tête au pre- 
mier tronc ? Il ressemble aux Arbres qui repoussent des 
branches &qui se reproduisent de bouture ; ces arbres ont- 
ils plusieurs âmes ? il n'y a pas d'apparence ; donc il est 
très-probable que l'ame de ces bêtes est d'une autre 

3 3 espèce que ce que nous appelions ame végétative dans les 
plantes ; que c'est une faculté d'un ordre supérieur, que 
Dieu a daigné donner à certaines portions de matière ; 
c'est une nouvelle preuve de sa puissance ; c'est un nou- 
veau sujet de l'adorer. 

éo Un homme violent & mauvais raisonneur, entend ce 
discours & leur dit : « Vous êtes des scélérats dont il 
faudroit brûler les corps pour le bien de vos âmes ; car 
vous niez l'immortalité de l'âme de l'homme. » Nos Phi- 
losophes se regardent tous étonnés : l'un d'eux lui répond 

6) avec douceur : « Pourquoi nous brûler si vite? Sur quoi 
avez-vous pu penser que nous ayons l'idée que votre cruelle 
ame est mortelle ? — Sur ce que vous croyez, reprend 
l'autre, que Dieu a donné aux brutes, qui sont organisés 
comme nous, la faculté d'avoir des sentimens et des 

70 idées. Or cette ame des bêtes périt avec elles, donc vous 
croyez que l'àme des hommes périt aussi. » 

Le Philosophe répond : « Nous ne sommes point du 
tout sûrs que ce que nous appelions ame dans les animaux, 
périsse avec eux, nous savons très bien que la matière ne 

51. 48 (fo/r.)j2-A' Ils ressemblent — 5 v 4S{corr.), /2-À'appellionsifl«y" 
ji' qui maifitietit Appelions. — 58. 71' et c'est [un nouveau] 
68. jo-K organisées 



208 TREIZIÈME LETTRE 

75 périt pas, & nous croyons qu'il se peut faire que Dieu ait 
mis dans les animaux quelque chose qui conservera tou- 
jours, si Dieu le veut, la faculté d'avoir des idées. Nous 
n'assurons pas, à beaucoup prés, que la chose soit ainsi, 
car il n'appartient guéres aux hommes d'être si confians ; 

<So mais nous n'osons borner la puissance de Dieu. Nous 
disons qu'il est très-probable que les bêtes, qui sont 
matière, ont reçu de lui la propriété de l'intelligence. Nous 
découvrons tous les jours des propriétés de la matière, 
c'est-à-dire, des présens de Dieu dont auparavant nous 

8) n'avions pas d'idées; nous avions d'abord défini la matière 
une substance étendue ; ensuite nous avons reconnu qu'il 
falloit lui ajouter la solidité, quelque tems après il a fallu 
admettre que cette matière a une force, qu'on nomme 
force d'inertie, après cela nous avons été tous étonnés 

90 d'être obligés d'avouer que la matière gravite. Quand nous 
avons voulu pousser plus loin nos recherches, nous avons 
été forcés de reconnaître des êtres qui ressemblent à la 
matière en quelques choses, & qui n'ont pas cependant 
les autres attributs dont la matière est douée. 

9) Le feu élémentaire ■* par exemple, agit sur nos sens 
comme les autres corps, mais il ne tend point à un 
centre comme eux, il s'échappe, au contraire, du centre 
en lignes droites de tous côtés. Il ne semble pas obéir 
aux loix de l'attraction, de la gravitation, comme les 

100 autres corps. Il y a enfin des mystères d'optique dont on ne 
pourrait guéres rendre raison, qu'en osant supposer que les 
traits de lumière se pénétrent les uns les autres. Car que 
cinq cens mille hommes d'un côté et autant de l'autre. 



82. 48 (corr.), j2-K un peu d'intelligence 

95. $2-K en quelque chose — 99. 48 {corr.) [loix] que suivent [les] 
• — 100. $6-K L'optique a des mystères, [dont] 

102-111. 4S (corr.), /2-A' Il y a certainement quelque chose dans la 



APPENDICE II 209 

regardent un petit objet peint de plusieurs couleurs qui 
ro) sera au haut d'une tour, il faut qu'autant de rayons, et 
mille millions de fois davantage partent de ces petits points 
colorés ; il faut qu'ils se croisent tous avant de parvenir aux 
yeux : or comment arriveront-ils chacun avec sa couleur 
en se croisant en chemin ? on est donc forcé de soupçon- 
ne ner qu'ils peuvent se pénétrer; mais s'ils se pénétrent, ils 
sont trés-différens de la matière connue. Il semble que la 
lumière soit un être mitoyen entre les corps & d'autres 
espèces d'êtres que nous ignorons. Il est très-vraisemblable 
que ces autres espèces sont elles-mêmes un milieu qui 
1 1 5 conduit à d'autres créatures, & qu'il y a ainsi une chaîne de 
substances qui s'élèvent à l'infini 5. 

Usqiic adeo qiiod tangit idem est, tavien ultima distant. 

Cette idée nous paraît digne de la grandeur de Dieu, si 
quelque chose en est digne. Parmi ces substances, il a pu 

120 sans doute en choisir une qu'il a logée dans nos corps, & 
qu'on appelle ame humaine ; cette substance immatérielle, 
est immortelle. Nous sommes bien loin d'avoir sur cela 
la moindre incertitude, mais nous n'osons affirmer que 
ce maître absolu de tous les êtres ne puisse donner aussi 

125 des sentimens & des perceptions à l'être qu'on appelle 
matière. Vous êtes bien sûr que l'essence de votre ame 
est de penser & nous n'en sommes pas si sûrs , car 
lorsque nous examinons un fœtus, nous avons de la 

lumière qui la distingue [de la matière connue]. Cette phrase remplace 
tout le passage : Car que cinq cents mille... différents de la matière connue. 

117. 70-A'tanget {mais y i" garde \Ano^\\.) 

121. 48 (corr.), j2-K. au lieu de cette substance... incertitude, donnent 
le passage suivant : 48 (corr.) Nous la croions immortelle, j2-A' Les 
livres saints que nous avons lus, nous apprennent que cette âme est 
immortelle. La raison est d'accord avec la lévéKition ; {48 (corr.), S^-K) 
car comment une substance quelconque périroit-elle ?toutmodese détruit, 
l'être reste. Nous ne pouvons concevoir la création d'une substance, nous 
ne pouvons concevoir son anéantissement. [Mais nous n'osons] 

Lett. phil. I. - 14 



210 TREIZIÈME LETTRE 

peine à croire que son ame ait eu beaucoup d'idées dans 

1 30 sa coeffe ; & nous doutons fort que dans un sommeil 
plein & profond, dans une Létargie complette ^, on ait 
jamais fait des méditations. Ainsi il nous parait que la 
pensée pourrait bien être, non pas l'essence de l'être pen- 
sant, mais un présent que le Créateur a fait à ces êtres, 

135 que nous nommons pensans, & tout cela nous a fait 
naître le soupçon, que s'il le vouloit, il pourrait faire ce 
présent là à un atome, & conserver à jamais cet atome & 
son présent, ou le détruire à son gré. La difficulté con- 
siste moins à deviner comment la matière pourrait penser, 

140 qu'à deviner comment une substance quelconque pense. 
Vous n'avez des idées que parce que Dieu a bien voulu 
vous en donner ; pourquoi voulez-vous l'empêcher d'en 
donner à d'autres espèces ? Sericz-vousbien assez intrépides 
pour oser croire que votre ame est précisément de la même 

145 matière que les substances qui approchent le plus prés de 
la divinité ? Il y a grande apparence qu'ils sont d'un ordre 
bien supérieur, & qu'en conséquence Dieu leur a daigné 
donner une façon de penser infiniment plus belle ; de 
même qu'il a accordé une mesure d'idées très médiocre 

1)0 aux animaux qui sont d'un ordre inférieur à vous. Y 
a-t-il rien dans tout cela dont on puisse inférer que vos 
âmes sont mortelles ? Encore une fois, nous pensons 
comme vous sur l'immortalité de vos âmes ; mais nous 
croyons que nous sommes trop ignorans pour affirmer que 

135. ^2-K omettent et. 

144. 4S {corr.) de la même nature ^6-K du même genre — 146. 48 
(corr.), ^2-K elles [sont] — ^5 (cor;.) [sont] d'une nature bien supérieure — 
i$o. 4S (con.), j 2-Kinsèreitt après les mots à vous, le passage siiiraiit : J'ignore 
comment je vis, comment je donne la vie ; et vous voulez que je sache 
comment j'ay des idées ? r.^me est une horloge (7/, 7/ un horloge) 
que Dieu nous a donné à gouverner, mais il ne nous a point dit 
de quoy le ressort de cette horloge est composé. Celle dernière phrase se 
retrouve à peu près dans la lettre 'S.Ul, 1. 149. 

151. 4S (corr.), f2-K nos — 155. 4S (corr.), j2 nos mais ^6-K modifient 
ainsi le texte : [l'immortalité] que la foi nous annonce; [mais] 



I 



APPENDICE II 211 

I ) ) Dieu n'ait pas le pouvoir d'accorder la pensée à tel être 
qu'il voudra. Vous bornez la puissance du Créateur qui 
est sans bornes, & nous l'étendons aussi loin que s'étend 
son existence. Pardonnez-nous de le croire tout-puissant, 
comme nous vous pardonnons de restraindre son pouvoir. 

i6o Vous savez sans doute tout ce qu'il peut faire, & nous 
n'en savons rien. Vivons en frères, adorons en paix notre 
Père commun ; vous avec vos âmes savantes & hardies ; 
nous avec nos âmes ignorantes & timides. Nous avons un 
jour à vivre sur la terre, passons-le doucement sans nous 

165 quereller pour des difficultés qui seront éclaircies dans 
la vie immortelle, qui commencera demain. » 

Que les philosophes ne peuvent jamais nuire. 

Le brutal n'ayant rien de bon à répliquer, parla beaucoup, 
& se fâcha longtems. Nos pauvres Philosophes se mirent 

170 pendant quelques semaines à lire l'histoire, & après avoir 
bien lu, voici ce qu'ils dirent à ce Barbare, qui étoit si 
indigne d'avoir une ame immortelle. « Mon ami, nous 
avons lu que dans toute l'antiquité les choses alloient 
aussi bien que dans notre tems ; qu'il y avoit même de plus 

175 grandes vertus, et qu'on ne persécutoit point les Philo- 
sophes pour les opinions qu'ils avoient v ; pourquoi donc 
voudriez-vous nous faire du mal pour des opinions que 
nous n'avons pas ? Nous lisons que toute l'antiquité 
croyoit la matière éternelle ^. Ceux qui ont vu qu'elle 

i8o étoit créée, ont laissé les autres en repos. Pithagore avoit 
été coq 9, ses parens cochons, personne n'y trouva à 
redire, & sa secte fut chérie & révérée de tout le monde, 

165. yi' [pour] les. — 167. C'est le titre de 48 {ccrr.)-j2. Dans J6-7/ 
De la tolérance, et [que...]. A' réunit ce morceau au précédent, et le titre 
particulier disparait. — 168. 4S{corr.), J2-A' [parla] longtems [et se fâcha] 
beaucoup. 

177. 4S (fo;-rJ, 5 a-A les [opinions] 



212 TREIZIÈME LETTRE 

excepté des Rôtisseurs & de ceux qui avoient des fèves à 
vendre. 

1S5 Les Stoïciens reconnaissoient un Dieu, à-peu-près tel 
que celui qui a été si témérairement admis depuis par les 
spinosistes "^ ; le Stoïcisme cependant fut la Secte la plus 
féconde en vertus héroïques &: la plus accréditée. 

Les Épicuriens faisoient leurs dieux rcsseniblans à nos 

I 90 Chanoines, dont l'indolent embonpoint soutient la divi- 
nité, & qui prennent en paix leur nectar & leur ambroisie 
en ne se mêlant de rien. Ces Épicuriens enseignoient 
hardiment la matérialité & la mortalité de l'ame. Ils n'en 
furent pas moins considérés. On les admettoit dans tous 

195 les emplois, & leurs atomes crochus ne firent jamais 
aucun mal au monde ". 

Les Platoniciens, à l'exemple des Gimnosophistes '-, 
ne nous faisoient pas l'honneur de penser que Dieu eut 
daigné nous former lui-même. Il avoit, selon eux, laissé 

200 ce soin à ses Officiers, à des Génies, qui firent dans leur 
besogne beaucoup de balourdises. Le Dieu des Platoniciens 
étoit un Ouvrier excellent, qui employa ici-bas des 
élèves assez médiocres '3. Les hommes n'en révèrent pas 
moins l'école de Platon. 

205 En un mot, chez les Grecs & chez les Romains, 
autant de Sectes, autant de manières de penser sur Dieu, 
sur l'ame, sur le passé, et sur l'avenir : aucune de ces 
Sectes ne fut persécutante. Toutes se trompoient, & nous 
en sommes bien fâchés ; mais toutes étoient paisibles, & 

210 c'est ce qui nous confond ; c'est ce qui nous condamne ; 
c'est ce qui nous fait voir que la plupart des raisonneurs 
d'aujourd'hui sont des monstres, & que ceux de l'anti- 
quité étoient des hommes. 

190. f2-K leur [divinité] — 4S (corr.) un [indolent embonpoint] soute- 
noit leur [divinité], ils buvoient [en paix leur nectar] en ne 
203. ^S{corr.), j2-K révérèrent 
zii. 4S (cou .) beaucoup de 



APPENDICE II 213 

On chantoit publiquement sur le théâtre de Rome, PosI 

215 mortem ni hi lest; ipsaque mors iiihil « Rien n'est après la 
mort ; la mort même n'est rien »'+. Ces sentimens ne ren- 
doient les hommes ni meilleurs ni pires ; tout se gouver- 
noit, tout alloit à l'ordinaire ; & les Titus, les Trajans, les 
Marc-Aureles gouvernèrent la terre en Dieux bienfaisans. 

220 Si nous passons des Grecs & des Romains aux nations 
Barbares, arrêtons-nous seulement aux Juifs. Tout super- 
stitieux, tout cruel & tout ignorant qu'étoit ce misérable 
peuple, il honoroit cependant les Pharisiens qui admet- 
toient la fatalité de la destinée & la métempsicose ; il 

223 portoit aussi respect aux. Saducéens, qui nioient absolu- 
ment l'immortalité de l'ame & l'existence des Esprits, & 
qui se fondoient sur la loi de Moïse, laquelle n'avoit 
jamais parlé de peine ni de récompense après la mort. 
Les Esséniens, qui croyoient aussi la fatalité, & qui ne 

230 sacrifioient jamais de victimes dans le Temple, étoient 
encore plus révérés que les Pharisiens & les Saducéens, 
Aucune de leurs opinions ne troubla jamais le gouverne- 
ment '5. Il y avoit pourtant là de quoi s'égorger, se brûler, 
s'exterminer réciproquement, si on l'avoit voulu. O misé- 

235 râbles hommes, profitez de ces exemples ! Pensez & lais- 
sez penser. C'est la consolation de nos faibles esprits 
dans cette courte vie. Quoi ! vous recevez avec politesse 
un Turc qui croit que Mahomet a voyagé dans la lune '^ ; 
vous vous garderez bien do déplaire au Bâcha Bonneval '7, 

240 & vous voudrez mettre en quartiers votre frère, parce 
qu'il croit que Dieu pourrait donner l'intelligence à 
toute créature ? » C'est ainsi que parla un des Philosophes ; 
un autre ajouta : « Croyez-moi, [il ne faut...] » 

243. Ll- morceau se termine dans 48 (corr.yK par la trois aliiicas qui sont 
à la finde la lettre XIII (1. 215 sqq.) ; on trouvera à'cet endroit les variantes 
de 4S{corr.yK. Voyc:{ aussi la fin de l'appendice I (p. 202-205). 



214 TREIZIEME LETTRE 



COMMENTAIRE 



1. Idée de Hartsoeker, qui donnait une dme végétative aux 
plantes pour y faire « tout ce que le mécanisme n explique pas com- 
modément » (Fontenelle, VII, 230). 

2. Tout ce début semble le développement d'un raisonne- 
ment de Locke, dans Cos,\c {Essai, III, 323-324; cf. 1. XIII, n. 
46, 51 et 52). — Il convient de noter que le tour nouveau donné 
ici à l'exposé (les Philosophes dans une île) est à peu près con- 
temporain de l'invention des premiers contes de Voltaire. 

3. Cf. les Singularités de la Nature et les Colimaçons du 
R. P. L'Escarhotier, 1768, et plus tard les O. sur VEnc, 
{Dict. phil., art. Polypes et Serpent). Voici la première fois, à 
ma connaissance, que cette question d'histoire naturelle paraît 
chez Voltaire. Son attention a pu être attirée de ce côté, direc- 
tement ou indirectement, par les expériences fameuses de Trem- 
bley {Hist. de VAc. R. des Sciences, année 1741, in-40, 1744, 
P- 33-35, et AfJwom'5 pour servir à V Histoire des polypes d'eau 
douce, 1744. Cf. Journal des Savants, 1744, p. 736; LaMettrie, 
V Homme-machine, 1748, p. 29 et 74 ;Maupertuis, Venus physique, 
(1745, ire p., ch. XI ; 6e éd., 1751, p. 95-97), etc. 

4. Cf. un passage de la Philos, de Netuton, II, 13 (XXII, 
507), dont ce morceau n'est qu'une nouvelle rédaction. 

5. Cf. Locke, III, VI, 12 (t. III, 127). — Levers cité est une 
sorte de pastiche de Lucrèce, qu'Ovide a mis au 1. VI. v. 67, 
de ses Métamorphoses . 

6. Cf. la n. 19 de la lettre XIII. 

. 7. Cf. Traité de la Tolérance, XXV, 40, 42. — L'idée est 
dans Bayle (Œnvr. div., II, 363-364): « Les sectes des Philo- 
sophes n'ont point troublé le repos public des Athéniens; 
chacun soutenait son sentiment et réfutait celui des autres : et 
leur dissension n'était pas sur peu de chose ; quelquefois c'était 
sur la Providence, sur le Souverain Bien. Cependant comme les 
Magistrats leur permettaient à toutes d'enseigner leurs senti- 



APPENDICE II 215 

ments, et qu'ils ne contraignaient point les unes à s'incorporer 
malgré elles aux autres, la République ne souftVait aucune alté- 
ration de cette diversité de sentiments ; mais si elle avait usé 
de cette contrainte, elle eût tout mis en combustion. » 

8. Dict.phil. (art. Matière, s. 2, 1764). — Bayle, Œuv. div. 
Table, au mot Matière, « Avantage que les Stratoniciens (maté- 
rialistes) retiraient dans leurs disputes de ce que leurs adversaires 
reconnaissaient Véternitè delà matière, C (c.-à.-d. t. III) 335, 336. » 
Et Dicl. cril., 1750, Table, au mot Matière : « Toute V antiquité 
a cru quelle était incréce, II, 572 b. » 

9. Bayle (art. Pvthagore, note M) ne parle pas du coq. Il, 
le mentionne à l'article Périclès, n. N. Voltaire prend sans 
doute ce détail dans Lucien (Trad. d'Ablancourt, éd. 1670, II, 
96 et 104). J'ignore d'où il tire ce qu'il dit des parents de Pytha- 
gore. — D'ailleurs Voltaire néglige les persécutions subies par 
la secte Pythagoricienne (Bayle, art. Pythagore., n. E, et 
Œuvr. div., IV, 542). 

10. Bayle, art. Spinoza, n. A, et Œuv. div., Table, au mot 
Stoïciens.,. « Etaient spinozistes A (i), 561 ». 

11. Cf. XXVIII, 153; 1769. — Voyez Bayle, art. Epicure 
et Œuv. div., III, 114. — Voltaire pense peut-être ici à Lucrèce 
dont il admirait tant le 3= chant sur la mortalité de l'àme. 

12. Bayle, art. Gymnosophistes, ne fait nulle part ce rappro- 
chement. 

13. Voyez (XXI, 153) le songe de Platon, 1756. — Cf. Bayle, 
Œuv. div., III, 288, et Dict., art. Caïnites, n. D ; Plotin, 
n. G., et XÉNOCRATE, n. I. 

14. Cf. XXVIII, 155, et XXIX, 356. — La citation est prise 
de Sénèque, Troas, a. II, chœur final, vers 595. Cf. Bayle, Dict. 
crit.,éd. 1730, 721, a. b. et 824 b. — Toland, Lettres phil. (A 
Serena), citait le vers de Sénèque dans un passage où il passait en 
revue les sectes quiavaient nié l'immortaUtô de l'âme (p. 81-86). 

15. Ces idées sur les Juifs seront reprises dans le Traité de la 
Tolérance (XXV, 80-82). — Sur la tolérance des Juifs envers les 
Sadducéens et sur les doctrines de ceux-ci, cf. Bayle, Œuv. div., 
III, 119 et III. Mais le Guardian (nP 93) exposait, en termes 
aussi voisins de Voltaire que ceux de Bayle, les opinions des 



2l6 TREIZIÈME LETTRE 

Sadduccens, " whom wc may truly call Frce-Tliinkcrs among 
the Jcws. Thcy believed neither Résurrection nor Angel nor 
Spirit. . . Because tliere was nothing in the law of Moses which 
in so many words asserted Résurrection, they appeared to 
adhère to that in a particular manner. . . » 

i6. Cf. Bayle, art. Mahomet, n. H. 

17. Voltaire fut en correspondance avec lui en 1745 : voyez le 
fragment d'une lettre de Bonneval cité dans le Commentaire histo- 
rique (1,8)). 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



p. 1-22. — Au lieu de Première, dans le titre de la 1. I et les titres 
courants des p. 2, 4, etc., jusqu'à 22, lire Première (sans accent). 

P. I. Note de la ligne 2. — Au lieu de S9'^-7^^ lire 39^-K, et modifier 
ainsi la suite de la note : Dans K, Dict. phil., art. Qu.'VKERS, la 
section... (en supprimant la parenthèse). 

P. 25. Note de la ligne 11. — Cette note doit être complétée ainsi : 
La suppression de ces mots est motivée sans doute par la lettre du 
quaker {pu prétendu tel) Ezra, qui objectait que les quakeresses n'avaient 
pas d'éventails (The G ruhstreet Journal, r\° 191, Thursday August 
23> 1733)- L'abbé Prévost dans le Pour et Contre (t. I, p. 287, 
note), avait recueilli l'observation d'Ezra. 

P. 32. Note de la ligne 2. — Au lieu de JJ»*-;/, lire Sp^-K. 

P. 35. Note de la ligne 104. — Supprimer K. 

P. 155. Note de la ligne y 2. — Au lieu de appelées, lire appellées. 

P. 155-156, lig. 87-118, et note 15. — L'abbé Dubos avait exposé aussi 
que la plupart des inventions sont dues au hasard, à l'expérience, 
et non aux philosophes : il citait la poudre à canon, la boussole, 
l'imprimerie, etc. (Réflexions sur la poésie et la peinture, 2^ P., sec. 
XXXII, éd. 1760, t. II, p. 444-455). 

P. 185. — Compléter ainsi la note 44 : Cette attitude d'ailleurs avait 
été aussi en France celle de Dernier qui s'était exprimé ainsi sur l'im- 
matérialité et l'immortalité de l'âme : « La chose nous est mainte- 
nant marquée et définie, l'Église ne souftVant pas quenous balancions 
entre tant de différentes opinions de philosophes et d'hérétiques ; 
aussi ne devons-nous pas la certitude de cette opinion au raisonne- 
ment naturel. » (Abrégé de la philosophie de Gassendi, 1. VI, ch. ], 
t. V, p. 461.) 

P. 205. — Compléterainsilan. 8 : Cf. S. Augustin, Citéde DieUjl.XWl, 
ch. 9, sur les Antipodes, trâd. fr., 1675, p. 878 : «... des antipodes, 
c'est-à-dire des hommes dont les pieds sont opposés aux nôtres. » 
Je ne trouve pas dans ce chapitre l'expression tomber dans le ciel. 

P. 205-218. Appendice II. — Je respecte dans le texte de j/ l'incohé- 
rence orthographique qui révèle un effort pour introduire la réforme 
voltairienne des imparfaits et des conditionnels (ait pour oit). 



TABLE DES MATIERES 

DU TOME PREMIER 



Introduction vu 

Avertissement lv 

Titre et table de l'édition de 1754 a-d 

Première lettre. Sur les Quakers i 

Commentaire 7 

Appendice au commentaire 19 

Seconde lettre. Sur les Quakers 25 

Commentaire 26 

Troisième lettre. Sur les Quakers 32 

Commentaire 36 

Quatrième lettre. Sur les Quakers 45 

Commentaire 51 

Cinquième lettre. Sur la Religion auglicaue 61 

Commentaire 64 

Sixième lettre. Sur les Presbileriens 72 

Commentaire 73 

Septième lettre. Sur les Sociniens, ou Ariens, ou 

Anii-Trinitaires 7^ 

Commentaire 81 

Huitième lettre. Sur h Parlement 88 

Commentaire 92 

Neuvième lettre. Sur le Gouvernement 10 1 

Commentaire 107 



TABLE DES MATIÈRES 219 

Dixième lettre. Sur le Commerce 120 

Commentaire 125 

Onzième lettre. Sur ^insertion de la petite vérole . . 130 

Commentaire 136 

Douzième lettre. Sur le chancelier Bacon 152 

Commentaire 159 

Treizième lettre. Sur M. Loke léé 

Commentaire 17e 

Appendices a la lettre Xlii 190 

I. Première rédaction de la lettre XIII 190 

Commentaire 205 

II. Fin de la lettre XIII à partir de 1748-175 1 . 206 

Commentaire 214 

Additions et corrections 217 




MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS. 



SOCIÉTÉ DES TEXTES FRANÇAIS MODERNES 

PREMIER EXERCICE : 

Amyot. Pericles et Fabius Maxtmus, p. p. L. Clément. 2 fr.50 

Des Masures. Tragédies saintes, p. p. Ch. Comte 8 50 

Mairet. La Sylvie, p. p. J. Marsax 4 50 

DEUXIÈME EXERCICE : 

Maistre Pierre Pathdin, reproduction en fac-similé de 
l'édition imprimée vers 1485, par Guillaume Le Roy, 
à Lyon, p. p. E. Picot 3 5° 

Le Festin de Pierre avant Molière, p. p. G. de Bévotte. 8 » 

Bernardin de Saint-Pierre. La l^ie et les Ouvrages de 
J.-J. Rousseati, p. p. M. Souriau 3 50 

La Muse Française, t. I, p. p. J. Marsan 6 » 

TROISIÈME EXERCICE : 

Du Bellay. Œuvres Poétiques, t. I, p. p. H. Chamard.. 3 50 

J. deSchelandre. Tyr et Sidon{\6o%), p. p. J. Haraszti. 6 » 

FoNTENELLE. Histoire des Oracles, p. p. L. Maigron. ... 6 » 

QUATRIÈME EXERCICE '. 
Voltaire. Lettres Philosophiques, t. I, p. p. G. Lanson.. 5 » 
Voltaire. Lettres Philosophiques, t. II, p. p. G. Lanson. 

(sous presse). 
La Muse Française, t. II, p. p. J. Marsan 6 » 

Sous presse ou en préparation : 

Heroët. Œuvres Poétiques, p. p. F. Gohin » » 

Du Bellay. Œuvres Poétiques, t. II, p. p. H. Chamard. . . » » 

Du Vair. Actions oratoires, p. p. R. Radouant » » 

Tristan. Poésies, p. p. J. Madeleine. n » 

Voltaire. Candide, p. p. P. Desjaudins » » 

Senancour. Obermann, p. p. G. Michaut » » 

Senancour. Rêveries, p. p. J. Merlant » » 

Etc. 

Les membres de la Société paient une cotisation annuelle de dix francs, 
dont ils peuvent se libérer par un versement de deux cents francs. 

Moyennant une cotisation annuelle de vingt francs ou un versement 
de quatre cents francs, ils peuvent recevoir les publications tirées sur 
papier de Hollande. 

Les exemplaires sur papier de Hollande ne sont pas mis dans le com- 
merce. 

Les sociétaires ont droit à toutes les publications de la Société. 

Adresser les adhésions au secrétaire général, M. Huguet, 30, rue 
Guilbert, à Caen. 

Adresser les cotisations à M. Cornély, chargé des recouvrements, 
loi, rue de Vaugirard, Paris (VI*). 

MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS. 



PQ 
2ùo6 

t.l 



-ne 



Voltaire, François 
Arcuetde 

Lettres philosophiques 




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