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Full text of "Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle, suivi d'une lettre à m. A. F. Didot, sur quelques points de philologie française"

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LEXIQUE COMPARE 



DB LA 



LANGUE DE MOLIÈRE. 



PAIil». — TYI»Or.nAMIIE DR FlinilN 1)!D;)T I'IUlI'.!», 
RIE J\Cnlî, 50. 



3> M. . . 



LEXIQUE COMPARÉ 



DE LA 



LANGUE DE MOLIÈRE 

KT DES 

ÉCRIVAINS DU XVII* SIÈCLE, 

SUIVI D'USE LETTRE 

A M. A. F. DIDOT, 

Srn QUELQUES POINTS DE PHILOLOGIE FRANÇAISE , 

PAR F. qÉNIN, 

rROII.SM.l.t: A l,A Fir.ll.TK «ES I.ETTHI.R DE STRVSBOl'Ui;. 






•PARIS, 

LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, 

IMPRIHEUnS DB L'IKSTITL'T , 

lii'E j\ron, in. 

1846. 



Jio 



J. p. DE DÉRANGER. 



Voici un livre sur la langue du plus admirable écrivain qui 
jamais ait fait parler la raison et Tesprit en français. On vit 
chez lui , de niveau , le caractèi*e de Thonime et le génie du 
poëte. La dédicace de cet ouvrage revenait de droit au dernier 
et plus proche parent de celui qui en a fourni la matière. 
Ilecevez-la donc , mon cher Béranger, connue Thonunage 
d*une sincère admiration et de Taffection la plus dévouée. 

F. Gknin. 



Du BîgnoD, I*^ octobre 1846. 



PRÉFACE. 



Notre langue française pre'sente une particularité cu- 
rieuse, que je doute qui se rencontre dans aucune autre 
langue moderne ; c'est qu'elle a été formée deux foi» 
sur le même type, en suivant chaque fois un procédé 
différent. Depuis sa naissance, vers le x' siècle, jusqu'à 
la lin du xv"", le françiiis se transforma lentement du 
latin, par des règles constantes que j'ai essayé d'entre- 
voir ailleurs, et qui sans doute Uniront par être saisies 
et mises complètement à découvert. Au xvi*^ siècle , la 
ferveur de la renaissance méconnut, rejeta dédaigneuse- 
ment tout ce qui s'était produit jusqu'alors; et l'esprit 
d'érudition , pour ne rien dire de pis , recommença la 
langue, mais sans garder aucune des règles et des lois 
qui avaient présidé jadis à sa naissance. Les savants ren- 
versèrent brusquement toutes les digues , pour laisser le 
latin et le grec faire irruption chez nous. Le déluge, à 
leur gré, ne pouvait jamais être assez prompt ni assez 
considérable. Ce flot turbulent jeta le désordre dans no- 
tre langue jusque-là si calme et si reposée ; et elle 
éprouva de celte secousse un dérangement si profond, 
que jamais elle ne put reprendre son cours dans la 
direction précise où elle l'avait commencé. 

Mais le peuple, qui n'a point l'impétuosité des sa- 
vants; le peuple, qui s'était fabriqué, à force de sens 
et d'ej&périeuce , un langage eicelleut, plein d'unité^ 



IT PREFACE. 

de logique , approprié surtout aux délicatesses de 
Foreilie et rompu à celles de la pensée, le peuple 
demeura fidèle à ses liabitiides : il continua de par- 
ler comme par le passé, et laissa les savants écrire à 
leur guise ; de la deux espèces de langue française. Celle 
du peuple était la meilleure et la mieux faite, je nen 
doute pas; mais celle des savants était la plus complète : 
et comme après tout c'est la classe lettrée qui fait mar- 
cher les idées, il fallut bien, en recevant l'idée, recevoir 
aussi Texpression. Mais la résistance aux nouveautés ne 
cède chez le peuple qu'à la dernière extrémité, et tout 
ce qu'il a pu soustraire à rinfluence moderne, il le retient, 
et refuse encore à cette heure de s'en dessaisir. Les let- 
trés eux-mêmes ont été, sur bien des points, obligés de 
plier à Tobstination du peuple, et de laisser debout , au 
milieu de leur langue reconstruite, une foule de vestiges 
de Tancien usage. Ces débris isolés, ruinés, noircis par 
Tàge, n'offrent plus de sens aux générations modernes, 
qui passent et repassent sans y faire attention, ou n'y 
prennent garde que pour eu rire et les mépriser : la sa- 
gesse des pères est devenue folie aux yeux de leurs en- 
fants. Cette espèce d'impiété filiale traîne avec soi son 
châtiment : l'ignorance orgueilleuse de notre propre 
idiome. Et le mal n'est pas près de cesser : la tradition, 
qui perpétue les expressions de la première langue fran- 
çaise, créée uniquement par ceux qui parlaient, tend 
chaque jour à s'affaiblir par l'influence de ceux qui écri- 
-vent. C'est un vrai malheur, car le génie natif du fran- 
çais est avec le peuple, et non avec les lettrés. Le xyii** 
siècle, comme plus voisin que nous de la vieille et saine 
tradition , la laisse aussi paraître davantage dans ses 
œuvres , indépendamment du talent individuel des au- 
teurs. Cela est si vrai, que, même les écrivains de second 
et de troisième ordre, porteut dans leur style je ne sais 



PREFACE. V 

quelle saveur particulière qui en révèle tout de suite k 
date. C'est ce que prétendait Courier lorsqu'il soutenait , 
avec une hyperbole évidente , que la cuisinière de ma- 
dame de Sévigné écrivait mieux que pas un académicien 
de nos jours. 

Mais on ne saurait le nier : ce que, par une heureuse 
expression, M. Misard appelle Texcèsde Tesprit académi- 
que, appauvrit notre langue sous prétexte d'élégance, 
lenchaine sous prétexte de correction , et Tenroidit 
sous prétexte de dignité. Les grammairiens se mêlant 
deTaffaire, ont achevé de tout gâter avec leurs décisions 
arbitraires, leurs distinctions, leurs finesses , et, s'il 
faut tout dire, en appelant sans cesse leur triste imagi- 
nation atr secours de leur ignorance , pour expliquer , 
définir, motiver ce qu'ils ne soupçonnent pas. 

Il est donc urgent de retremper notre langue à ses 
sources antiques et populaires , si nous voulons sauver 
son génie agonisant. Pour nous y préparer, le premier 
soin à prendre, c'est de substituer à l'autorité usurpée 
des puristes qui ne sont pas autre chose , l'autorité des 
grands écrivains qui n'étaient pas puristes. Avec le 
même zèle que le xvii* siècle mettait à réclamer les li- 
bertés gallicanes, réclamons les libertés de style du xvii" 
siècle : les unes comme les autres sont fondées sur le 
droit et la raison. 

C'est la pensée qui a inspiré ce Lexique : Fauteur s'y 
est proposé de recueillir toutes les expressions et les 
tournures qui constituent la langue de Molière ; de les 
relever , non pas une seule fois , mais autant de fois 
qu'elles se rencontrent. Cette méthode a paru néces- 
saire pour constater l'habitude ou l'intention du grand 
écrivain , et pour déterminer la portée réelle de son 
exemple. 

L'autorité étant l'esprit de ce travail, j'ai cru devoir 



VI PREFACE. 

fortifier à roccasion celle de Molière par celle de ses plus 
illustres contemporains, la Fontaine, Pascal, Racine, 
Bossuet, la Bruyère ; et je n*ai pas craint de les appuyer 
tous sur Montaigne, Babelais, et les poètes du moyen âge. 

Obsequium vestrum sit rationabile. C'est pour rae 
conformer à ce précepte de saint Paul, que je n'ai point 
négligé la discussion de l'autorité ; car l'autorité ne mé- 
rite la confiance, mère de la soumission, qu'autant 
qu'elle représente la raison et la justice. 

C'est pourquoi, aussi souvent que je l'ai pu, j'ai tâché 
de lui procurer ces deux bases solides dans les origines 
de notre langue et jusqu'au sein de la langue latine. J'ai 
poursuivi dans cet ouvrage le développement et la 
preuve des idées émises dans mon essai sur les Faria- 
lions du langage français. J'aurais pu borner mon tra- 
vail à une simple nomenclature ; mais la discussion cri- 
tique de divers points de philologie obscurs ou mal 
connus ma semblé indispensable pour donner à ce li- 
vre toute son utifité. La question n'est pas seulement 
de savoir comment a parlé Molière , mais pourquoi il a 
parlé de la sorte, et quel droit il en avait. Le résultat 
doit montrer qu'il nous faut reprendre certaines tour- 
nures, certaines expressions; en bannir certaines au- 
tres ouïes corriger, conformément à l'usage primitif. 
Le but de cet ouvrage est de seconder ceux qui déplo- 
rent de voir se resserrer chaque jour le domaine de 
notre langue, et voudraient lui restituer ses anciennes 
limites. En un mot , de Molière comme d'un point cen- 
tral et culminant, j'essaye de porter le regard sur toute 
l'étendue de la langue française. Cette contemplation 
attentive ne saurait, je m'assure , produire que d'heu- 
reux effets. 

Ce travail, fruit d'une admiration bien vive pour 
l'auteur de Tartufe et du Misanthrope j pourrait cepen- 



PB^FACE. VII 

I 

dant devenir une arme offensive aux mains d*an en- 
nemi de Molière ; j'entends un ennemi de mauvaise foi 
(Molière en peut-il avoir d'autres?). Eu effet, je n'é- 
claire que la partie de son style ou défectueuse ou 
douteuse : ce sont des archaïsmes, des négligences, de8 
expressions risquées , de mauvaises métaphores , des 
fautes à lui particulières, ou communes à toute son épo- 
que , etc. , etc. Mais tant de sublimes beautés dont il 
foisonne n'obtiennent ici aucune mention ; la raison en 
est bien simple : le premier mérite de ces beautés ^ 
c est d*étre parfaitement correctes ; dès lors elles ne 
sont plus de mon domaine : la rhétorique peut les faire 
admirer, la grammaire n a rien à y voir. 

Ce qu'il y a de beau dans Molière frappe d'abord 
tous les regards ; au contraire , il faut un commenta- 
teur pour vous arrêter sur les endroits qui prêtent à 
l'épilogue. Mais il serait injuste d'en rien conclure ni 
contre Molière ni contre ce commentateur , de ne sup- 
poser dans l'un que des fautes , et dans l'autre que le 
sentiment de ces fautes. 



Je me suis servi, pour mon travail, de plusieurs édi- 
tions , en ayant soin de les conférer avec les éditions 
originales des pièces séparées qui existent soit à la bi- 
bliothèque du Boi, soit dans celle de M. Ambroise-Fir- 
min Didot , à qui j'en offre ici mes remerclments. Aussi 
ne devra-t-on pas s'étonner que certaines leçons don- 
nées comme variantes n'aient pas été consignées dans 
ce recueil. Ce n'est point omission, ou qu'on ait mé- 
connu l'importance de ces variantes : c'est qu'elles ne 
sont pas authentiques. Deux exemples suffiront. 

Dans la fameuse scène du second acte des Fourberies 



VIII PREFACE. 

de Scapin^ M. Auger a reçu partout dans son texte cette 
leçon : « Que diable allait-il faire a cette galère? » et il 
met au bas de la page : « Variante : datns cette galère^ » 
sans indiquer d'où est prise la nouvelle leçon qu'il 
adopte. Mais on doit la supposer certaine , puisque , 
dans sa préface, M. Auger assure qu il a donné partout 
le texte vrai , le texte des éditions originales (i). 

Les Fourberies de Scapin furent représentées pour la 
première fois en 1671 , le 24 mai. 1/ édition originale 
donnée par Fauteur est de la même année, chez Pierre 
Lemonnier. Ou lit à la suite du privilège : « Achevé 
« dlmprimer le 18 aoust 1671 . » On ne peut douter que 
ce ne soit bien là la première édition. Eh bien! dans la 
scène dont il s'agit , il y a partout, daks celte galère (a). 



Dans Tartufe, acte V, scène f *^ : 

ORGOir. 

Quoi ! sur un beau semblant de ferveur si touchante , 
Cacher un cœur si double , une âme si méchante ! 

« Toutes les éditions, dit M. Auger, toutes les édi- 
tions .sans exception portent sur un beau semblant. Ce- 
pendant, cacher un cœur double sur un beau semblant 
est une figure si peu exacte dans les termes, et il était 
si naturel d'écrire sous un beau semblant^ qu il est im- 
possible de ne pas supposer une faute d'impression. » 

La première édition de l Imposteur est de 1609, 

(i) « Un point sur lequel je m'exprimerai avec une cnlicrc assurance, 
« parce qu*il est un pur objet de patience et d'exactitude , c'est la rorrcc- 

« tion du texte J'ai suivi ces éditions originales avec une exactitude 

• scrupuleuse. » {Avertissement , p. XVIII et XXII). 

(a) Celte pièce est fort rare ; la l)ibliothèque du Roi ne la possède pas. 
Je dois à l'obligeance de M. A. F. DiJot d'avoir pu faire cette vérification, 
et beaucoup d'autres non moins importantes. 



PRÉFACE. a 

et le titre porte cette note : Imprimé aux despens de 
Vaulheiir (i). Ainsi, pour le remarquer en passant, 
ce chef-d'œuvre du génie humain, qui devait faire 
la gloire éternelle de la France et la fortune de tant 
de lihraires, Tartufe, à son apparition , ne put trouver 
un éditeur! Fauteur fut obligé de Fimpriraer à ses dé- 
pens. Lç trait m'a semblé digne d*étre recueilli, ne 
fût-ce que pour la consolation de tant d auteurs contem- 
porains, qui, ayant déjà ce point de commun avec 
Molière , pourront rêver le reste , et se promettre dan» 
la postérité l'achèvement de la ressemblance. 

Je n'ai point examiné toutes les autres éditions de 
Tartufe ; sur le témoignage de M. Auger, je crois volon- 
tiers qu elles portent sur un beau semblant ; mais je puis 
affirmer que l'édition de 1 669, l'édition originale, donne 
socs un beau semblant. 

Si j'ai relevé ces deux erreurs , ce n'est pas pour ac- 
cuser mon prochain , mais plutôt pour me faire un 
droit à lindulgence, en montrant combien, dans le tra- 
vail même le plus soigné et le plus consciencieux , il 
est difficile de se garantir de toute inexactitude. 



Les exemples ont été disposés dans l'ordre chrono- 
logique des pièces, afin qu'on puisse remarquer les pro- 
grès du style de Molière. J'ai pris soin d'indiquer le 
nom du personnage qui parle, toutes les fois que son 
caractère ou sa condition pouvait suggérer quelque 
doute sur la pureté de son langage, par exemple, si 
c'est un valet, un pédant, une précieuse, etc, 

Pour faciliter les vérifications , je dois prévenir que 



(i) De la bibliothèque de M. A. F. Didot. 



% PRÉFACK. 

lorsque je cite les œuvres de Voltaire, tel volume, telle 
page, il 8*agit de Tédition de M. Ikuchot; 

Les Pensées de Pascal , c'est le texte donné par 
M. Cousin , et suivi d'un petit lexique qui m*a servi 
d*un utile auxiliaire ; 

Les fabliaux de Barbazan, c*est Tédition originale, en 
trois volumes in- 12, et non celle de M. Méon, en qua- 
tre volumes in-8°; 

Montaigne, c est l'édition Variorum du Panthéon lit- 
téraire. 

J ai rencontré souvent l'occasion de toucher à des théo- 
ries exposées dans mes Variations du langage français , 
soit pour m en appuyer, soit pour les fortifier. Ces théo- 
ries ne se trouvant point ailleurs, ou me pardonnera, 
j'espère, comme une nécessité de position , d y renvoyer 
quelquefois. Ce n*est pas pour la satisfaction puérile de 
me citer moi-même; cest pour épargner le temps du 
lecteur. 



VIE DE MOLIERE. 



CHAPITRE PREMIER. 

Naissance de Molière. — Sfis études. — Il se fait comédien ambulant. — 
Il débute à Paris par les Précieuses ridicules. 

L'histoire des grands écrivains est Thistoire de leuw 
ouvrages. C'est là que viennent se refléter, comme en 
un miroir, leur cœur et leur esprit, tout ce qu'il im» 
porte de connaître d'un homme. 

Jean-Baptiste Poquelin , qui prit plus tard le nom de 
Molière, fiit baptisé à Paris, dans 1 église de Saint- 
Eustache, le i5 janvier 1622 (i). Le public, qui attache 
un grand prix aux circonstances matérielles de la vie des 
hommes illustres, a longtemps répété que Molière nui* 
quit sous lès piliers des Halles. Des découvertes rë-* 
centes constatent qu'en 1622 le père de Molière, ta- 
pissier, habitait, au coin de la rue des Vieilles-Étuves 
et de la rue Saint -Honoré, une maison appelée la 

(i) On n*a point la date positive de la naissance de Molière, mais on a 
Tacte de mariage de ses père et mère, du 37 avril x6az. Tous les ancîenf 
biographes de Molière le font naître , par une erreur manifeste, en x6ao 
ou i6ax. Il est probable qu'il fut baptisé le jour même de sa naissance; 
s'il en était autrement, l'acte de baptême l'indiquerait, leloD Tuiage 
constant du dix-septième liède. 



XII VIE DE MOLIERE. 

maison ou le pavillon des Singes , à cause cVun poteau 
sculpté placé à l'encoignure, et représentant des singes 
grimpés sur un pommier. Les amateurs de rapproche- 
ments et de présages ne perdront rien à transporter le 
berceau de notre poète comique de la maison des Halles 
à la maison des Singes. Au reste, cette maison est au- 
jourd'hui démolie, et une partie de l'emplacement a 
servi à élai^ir la voie publique. Cela n'empêche pas 
qu'une inscription officielle ne désigne comme maison 
natale de Molière une maison de la rue de la Tonnel- 
lerie. De même, dans le cimetière de l'Est, vous ver- 
rez un sarcophage décoré du nom de Molière, et un 
autre du nom de la Fontaine, bien que depuis long- 
temps les cendres de Molière et celles de la Fontaine 
aient été égarées ou dispersées. Ces monuments trom- 
peurs sont destinés à amuser la curiosité publique; c'est, 
si l'on veut, une sorte d'hommage à d'illustres mé- 
moires : mais, si l'on prend les choses au sérieux, il ne 
faut chercher à Paris ni le berceau ni la tombe de 
Molière. 

Les Poquelin étaient tapissiers de père en fils, et 
même, depuis Louis XIlï, tapissiers valets de chambre 
du roi. Jean - Baptiste , comme l'aîné de dix enfants, 
était réservé à ce glorieux héritage; il s'en créa par 
son génie un plus glorieux encore. Cependant, comme 
on ne peut, quelque chemin qu'on prenne, éviter 
complètement sa destinée, Molière porta plus tard le 
titre de valet de chambre du roi ; seulement il n'en fut 
pas tapissier. 

A cette époque , l'instruction était l'apanage exclusif 
de la noblesse et du clergé; les bourgeois, voués au 
commerce, n'étudiaient point. Le génie de Molière ne 
s'accommoda pas de l'ignorance traditionnelle; le be- 
soin impérieux d'apprendre ne tarda pas à se révéler 



VIE DE MOLIEJIE. XIII 

en lui , et M. Poquelin le père vit avec horreur , 
comme la famille Boileau , dans la poussière de sa bou- 
tique, wi poète naissant. Il fallut céder toutefois, et 
Jean Poquelin consentit à ce que son fils Jean-Baptiste 
fréquentât comme externe le collège de Clermont. Autre 
sujet de rapprochement : l'auteur futur de Tartufe étu- 
diant chez les jésuites ! 

Molière à dix ans était orphelin de mère, et n avait 
pour le gâter que son aïeul Nicolas Poquelin. De for- 
tune , il se trouva que ce grand-père aimait le théâtre , 
et conduisait volontiers son petit-fils à la comédie. On 
la jouait à Thôtel de Bourgogne, et les grands acteurs 
comiques de ce temps -là étaient Gautier - Garguille , 
Gros-Guillaume, etTurlupin. Les poètes en renom s'ap- 
pelaient Monchrétien, Hardy, Baro, Scudéry, Desma- 
rets; et à leur suite, fort éloigné de pouvoir lutter 
contre de tels maîtres, un jeune homme, natif de 
Rouen, nommé Pierre Corneille : mais celui-ci ne 
comptait pas. Ce fut Vécole où Molière allait étudier 
Tart dramatique, et qui, sans doute, éveilla dans son 
sein les premières ardeurs du génie. 

Il terminait en même temps de solides études. Son 
cours de philosophie , qu'il fit sous Gassendi avec Ber- 
nier, Hénault, Chapelle et Cyrano de Bergerac, eut 
cet avantage, observe Voltaire, que les élèves du bon 
prêtre de Digne échappèrent du moins à la barbarie 
scolastique. Molière étudia ensuite le droit et même la 
théologie, si Ton en croit le témoignage de Tallemant 
des Réaux. Tallemant veut que Molière, destiné par sa 
famille à Tétat ecclésiastique, ait déserté la Sorbonne, 
et se soit fait comédien de campagne pour suivre la 
Béjart, dont il était amoureux. Mais c'est là une histo- 
riette au moins suspecte j comme bon nombre d'autres 
recueillies par le même auteur. 



JLIW VU DI MOLIEBl. 

Le cardinal de Richelieu, passionné pour le théâtre, 
en avait généralement répandu le goût : la comédie 
bourgeoise était à la mode. Au commencement de la 
régence, nous retrouvons Molière à la tête d*un théâtre 
de société qui avait pris le nom pompeux de Y Illustre 
Théâtre. Bientôt les troubles politiques obligèrent les 
acteurs de cet illustre théâtre acquitter Paris, et à cou- 
rir la province. Molière mena quelqueà années cette vie 
nomade et aventureuse, si plaisamment dépeinte par 
Scarron. A Bordeaux, il fait jouer une tragédie de sa 
fiiçon, la Thébaidey dont plus tard il donnera le sujet 
au petit Racine; à iSantes, il lutte avec désavantage 
contre les marionnettes d'un Vénitien; Vienne le con- 
sole par des applaudissements fructueux ; puis il revient 
à Paris, et va faire la révérence au prince de Conti, 
son ancien camarade du collège de Clermont, désor- 
mais son fidèle protecteur ; puis il repart pour Lyon , 
auteur, acteur, directeur, et, par- dessus le marché, 
amant tantôt heureux, tantôt rebuté, de Madeleine Bé- 
jart, de mademoiselle du Parc, et de mademoiselle de 
Brie. Il visite Avignon, Bé/iers, Pézénas, Narbonne, 
Montpellier, où il a l'honneur de divertir les états de 
Languedoc, tenus par le prince de Conti. Il échappe 
au poste éminent de secrétaire de son altesse, il garde 
son indépendance, qu'il promène d'Avignon à Rouen 
avec des fortunes diverses, sifflé dans un endroit, ac- 
cueilli dans un autre, souvent malaisé, et toujours hon- 
nête homme. 

Contre les écueils dont une pareille vie est semée, 
combien eussent fait naufrage ! Molière en sortit sain et 
sauf, parce que le ciel lui avait départi une droiture et 
une probité aussi extraordinaires que son génie. Grâce 
à cette libéralité peu commune de la nature, Molière 
se donna impunément la meilleiure éducation que puisse 



yns DX MOUEU. xv 

recevoir un poète comique : il eut de bonne heure 
l'expérience de la vie , et à peu près gratis , puisqu'il 
n'en coûta rien 4 son caractère, ni à ses mœurs. 

Dans cette pratique de la philosophie qu'il avait ap- 
prise chez Gassendi, il atteignait la quarantaine. C'est 
alors qu'il rentra à Paris pour s'y fixer, pour utiliser 
son abondante récolte d'observations, et commencer 
cette éclatante carrière qui aurait pu se prolonger un 
demi-siècle, et qui se ferma au bout de treize ans! 

Molière , arrivé à trente-huit ans , n'avait encore pro** 
duit que quelques canevas informes, le Docteur amou-' 
reux^la Jalousie de Barbouillé^ le Grand benêt de fils ^ 
et deux comédies régulières , l Etourdi et le Dépit amour 
reujCj toutes deux calquées sur les imbroglios italiens, 
mais où se font déjà remarquer des traits précieux de 
vérité qui décèlent Molière. La comédie moderne n'exis- 
tait pas, ou n'existait que comme une imitation de la 
comédie antique, soit que cette imitation fût directe | 
soit qu'elle passât par Tintermédiaire de l'Espagne ou 
de l'Italie. Les poètes, depuis la renaissance, avaient 
toujours tenu les yeux attachés sur les Romains et les 
Grecs; personne ne s'était encore avisé de regarder 
ses contemporains. Le poète doué de l'originalité la 
plus puissante, Molière, à son début, suivit la route 
conunune : il imita. 

Les Précieuses ridicules ( lôSp) ouvrirent une ère 
nouvelle. A partir de ce moment, Molière sentit qu'il 
avait trouvé sa voie. «Je n'ai plus que faire, dit-il, 
d'étudier Aristophane , Térence, ni Plante. » Il n'avait, 
sans porter si loin ses regards , qu'à copier les ridicules 
qui vivaient et se mouvaient autour de lui. Désormais 
les anciens lui fourniront encore quelques détails ac- 
cessoires^ quelques procédés dramatiques, mais ils ne 



XVI VIE DE MOLIERE. 

seront plus ses modèles. Ses modèles seront pris dans 
la société contemporaine. 

11 est certain , quoi qu'en aient dit Voltaire et M. Rœ- 
derer après lui, que les Précieuses furent composées à 
Paris, et représentées pour la première fois à Paris. Il 
ne s'agit point là d'un ridicule de province, mais du 
ridicule de Thôtel de Rambouillet. M. Rœderer, dans 
son Histoire de la société polie ^ a beaucoup insisté sur 
l'injustice prétendue de Molière, et sur les éminents 
services rendus au langage par la coterie de madame de 
Rambouillet. Cette thèse a fait fortune , par un air 
piquant et paradoxal. Que l'hôtel de Rambouillet ait 
exercé une grande influence sur la langue française, je 
ne prétends pas le nier; mais que cette influence ait 
été salutaire, c'est ce qui est très-contestable. Pour 
moi , je suis d'un avis opposé. Ce n'est pas ici le lieu 
de discuter ce point : je me contenterai de dire en bref 
que les précieuses ont réformé ce que, les trois quarts 
du temps, elles ne comprenaient pas; et qu'à la franche 
allure, à l'ampleur native de notie langue, elles ont subs- 
titué un esprit de circonspection étroite, des habitudes 
guindées, maniérées, en un mot, une préciosité qui est 
devenue son caractère essentiel , et dont il est à craindre 
qu'elle ne puisse jamais se débarrasser. C'est payer bien 
cher une douzaine de mots dont les précieuses ont enrichi 
le dictionnaire. Molière en écrivant s'est constamment 
affranchi de leur joug; autant en a fait la Fontaine: 
mais qui oserait aujourd'hui écTire la langue de la Fon- 
taine et de Molière? Celle de Rabelais ou de Mon- 
taigne , il n'en faut point parler : ce sont trésors à ja- 
mais fermés ; nous sommes condamnés à les admirer 
de loin sans en pouvoir approcher, condamnés à écrire 
et à parler précieux. 

Molière, dans son instinct de vieux Gaulois, avait 



VIE DE MOLIERE. XVII 

parfaitement senti la portée de cette société polie et de 
son œuvre. Il l'attaqua dès son premier pas dans la lice; 
et lorsque la mort vint le surprendre, elle le trouva 
encore occupé à combattre les précieuses ou les femmes 
savantes (i). 



CHAPITRE IL 

Mariage de Molière — Molière se brouille arec Racine. — Il est accusé 
d'inceste. — Louis XIV le protège. 

Le 20 février 1662, qui était le jour du lundi gras 
de cette année , à la paroisse de Saint-Germain T Auxer- 
rois, Molière épousa Armande-Gresinde-Claire-Élisa- 
beth Béjart, sœur et non pas fille de Madeleine Béjart, 
avec qui il avait entretenu une longue et intime liaison. 
Molière avait quarante ans, et sa femme dix-sept! Elle 
était charmante, remplie de grâces et de talents, chan- 
tant à merveille le français et Titalien ; excellente actrice, 
et sachant animer la scène lors même qu elle ne faisait 
qu'écouter ; mais d'une coquetterie indomptable, qui fit 
le désespoir et le malheur de Molière , car il en fut , 
jusqu'à la fin de sa vie , éperdument amoureux. Madame 
ou plutôt mademoiselle Molière, comme Ton disait 
alors, n'était pas cependant une beauté accomplie : 
mademoiselle Poisson nous la représente petite, avec 
une très-grande bouche et de très-petits yeux (2). U est 
vrai que mademoiselle Poisson était la camarade de 
mademoiselle Molière^ mais Molière a tracé de sa 

(i) Les Précieuses ridicules sont de 1659 ; les Femmes savantes y 
de 167a. Molière mourut au commencement de 1673. 

(a) Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière , dans le Mercure de 
mai 1740. 

è 



IX VIE DE MOLIERE. 

ces haines vigoureuses 

Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. 

On sait comment il se retourna contre ses maîtres 
de Port-Royal. Racine était dévot et courtisan : dévot 
sincère , je le veux croire ; et courtisan malhabile , 
cela est évident. En cette occasion , il ne devina pas la 
pensée du roi. Louis XIV ferma la bouche aux calom- 
niateurs, en tenant sur les fonts de baptême le premier 
enfant de Molière ; madame Henriette fut la marraine (i). 

Louis XIV ne manqua jamais T occasion de témoigner 
Testime qu'il faisait de Molière. Il Thonorait d'une fa- 
miliarité publique; il lui avait accordé les petites en- 
trées; un jour il le fit manger dans sa chambre, et dit 
aux courtisans survenus : « Vous me voyez occupé de 
« faire manger Molière , que mes officiers ne trouvent 
« pas assez bonne compagnie pour eux. » On sait que 
le roi avait dansé un rôle d'Egyptien dans le ballet du 
Mariage forcé. Une autre fois il tança vertement le duc 
de la Feuillade , son impertinent favori , qui s'était per- 
mis envers Molière un outrage brutal. Enfin , Louis XIV 
aimait Molière, cela soit dit à 1 éternel honneur de 
l'un et de l'autre; il l'aimait non par égoïsme, comme 
on Ta voulu dire, et pour le plaisir d'en être flatté. Si 
la vanité du monarque eût seule inspiré son affection, 
on l'eût vu en montrer une pareille à Lulli, à Racine, 
à tant d'autres , plus empressés courtisans que Molière ; 
et il est certain que de tous les grands hommes de ce 
règne aucun ne posséda au même degré que Molière 
l'amitié de Louis XIV. Ne cherchons pas à rabaisser 

(i) Le roi fut représente par le duc de Créquy , premier gentilhomme 
de la chambre , ambassadeur à Rome ; madame de Choiseul , maréchale 
du Plessis, représenta madame Henriette. I/acte est du a8 février 1664 ; 
il est rapporté dans V Histoire de la vie et des ouvrages de Molière , par 
M. J. l^aschereau , 3* édit., p. aS?. 



VIE DE MOLIERE. XXI 

pai' une intei*prétation malYeîllante le prix d'un noble 
sentiment : Louis XIV aimait Molière en vertu de cette 
sympathie qui rapproche invinciblement les grandes 
âmes. Le roi s'est honoré en protégeant le poète; au- 
jourd'hui qu'ils sont entrés l'un et l'autre dans la pos- 
térité, les rôles sont intervertis, et c'est la mémoire du 
grand poète qui protège à son tour la mémoire du 
grand roi. 

Le moment est arrivé où Molière va le plus avoir 
besoin de l'appui de Louis XTV, Tourner en ridicule 
les petits marquis , c'était déjà passablement audacieux ; 
mais attaquer les hypocrites! ... Nous allons voir Mo- 
lière préluder au coup terrible qu'il leur porta dans 
Tariufe. 

CHAPITRE IIL 

Le Don Juan de Tirso de Molina et celui de Molière. -^ Fureur des 
hypocrites en Toyant les Provinciales transportées sur le théâtre. 

On jouait alors sur tous les théâtres de Paris , sans 
en excepter celui des Marionnettes, le Festin de Pierre^ 
traduit ou imité de l'espagnol , de Tirso de Molina. Le 
héros de cette pièce, don Juan Tenorîo, a véritable- 
ment existé. Les chroniques de Séville en font mention ; 
il siégeait parmi ces magistrats ou administrateurs pu- 
blics qu'on appelait les vingt-quatre ; il enleva réelle- 
ment dona Anna, et lui tua son père, sans qu'il (¥lt 
possible à la famille outragée d'obtenir justice. Les 
franciscains résolurent de délivrer Séville d'un homme 
qui était l'effroi général. Ils trouvèrent moyen, par 
l'appât d'un rendez-vous , d'attirer don Juan , le soir, 
dans leur église, où était enterré le commandeur. Don 
Juan ne reparut jamais. Les moines répandirent sur son 



XXII VIE DE MOLIERE. 

compte cette terrible et merveilleuse légende , qui est 
devenue la source de tant de poésie. 

Un religieux de la Merci, Fray-Gabriel Tellez, qui, 
sous le nom de Tirso de Molina, a enrichi la scène 
espagnole de plusieurs chefs-d œuvre , envisagea le su- 
jet de don Juan avec l'œil du génie. Son drame est pro- 
fondément empreint d*une horreur religieuse. Les scè- 
nes de la statue avec le débauché, le souper dans le 
sépulcre du commandeur, sont de nature à faire fris- 
sonner un auditoire populaire , surtout un auditoire es- 
pagnol. Çà et là étincellent de grands traits, des mots 
sublimes; je n'en citerai qu'un. Dans la première scène 
entre don Juan et la statue du commandeur, le meur- 
trier demande à sa victime en quel état la mort l'a sur- 
pris, quel est son sort dans Vautre vie, en un mot s'il 
est sauvé ou damné. Le spectre ne répond pas à cette 
question ; mais à la fin de cette terrible scène , lorsque 
don Juan prend une bougie pour reconduire le com- 
mandeur , celui-ci l'arrête , et dit solennellement : « Ne 
« m'éclaire pas ; je suis en état de grâce ! » Quel mot ! 
et comme , après cette longue anxiété , l'auditoire catho- 
lique devait respirer ! Dans Molière la statue dit aussi : 
« On n'a pas besoin de lumière quand on est conduit par 
« le ciel. » Mais ici la révélation est indifférente et la phrase 
sans portée, parce qu'elle ne répond à rien. C'est une 
froide équivoque sur le mot lumière , une maxime aussi 
convenable dans la bouche d'un philosophe que dans celle 
d'un revenant. Le don Juan espagnol n'a donc que les 
semblants de l'incrédulité ; c'est un fanfaron d'athéisme, 
et il n'en est que plus dramatique. Molière, pressé par 
sa troupe, qui voulait avoir aussi son Festin de Pierre^ 
ne pouvait accepter complètement la donnée de Tirso. 
L'imagination n'était pas le caractère du xvu* siècle, 
encore moins l'imagination fantastique : c'est la raison. 



VI£ DE MOLIERE. XXIII 

tantôt austère , tantôt embellie par les charmes du 
langage, mais toujours la raison. Molière refit donc le 
caractère de tlon Juan ; c'est Molière qui a créé le don 
Juan adopté par les arts, sceptique universel, railleur 
de toutes choses, incrédule en amour comme en reli- 
gion et en médecine, type du vice élégant et spirituel y 
qui cependant intéresse et s'élève à force d'orgueil et 
d'énei^ie, comme le Satan de Milton. 

Il répandit ainsi une couleur philosophique sur sa 
pièce , et y intercala deux scènes excellentes : celle du 
pauvre et celle de M. Dimanche. La première fut jugée 
trop hardie , et supprimée à la seconde représentation ; 
l'autre est d'un comique si parfait et si vrai, qu'on n'a 
pas le courage d'observer qu'elle est tout à fait hors des 
mœurs espagnoles, hors surtout du caractère altier de 
don Juan. Don Juan se transforme tout à coup ici en 
un marquis de la cour de Louis XIV, contraint de ru- 
ser et de s'assouplir devant un créancier importun. 
Mais M. Dimanche et son petit chien Brusquet sont de- 
meurés proverbes. 

Malheureusement cette philosophie et ces peintures 
de la société ne font que mettre mieux en relief Tab- 
surdité de la fantasmagorie finale. Au moins dans le 
monde de Tirso tout est poétique , tout est impossible 
depuis le commencement jusqu'à la fin , actions et per- 
sonnages : il y a unité. Le poète ne demande à son 
spectateur que la foi, la foi aveugle. Molière demande 
au sien la foi et la raison tout ensemble. Il passe 
brusquement du monde réel et prosaïque , dans le do- 
maine de l'imagination et de la poésie. C'est là le vice 
radical de sa pièce : aussi son malaise est-il sensible , et 
s'empresse-t-il de tourner court, lorsqu'après quatre 
actes d'une portée toute morale et philosophique, il lui 
faut se servir d'un dénoûment qui ne va qu'aux idées 



XXIV VIE DE MOLIERE. 

religieuses de Tirso. On a hasardé ces remarques pour 
montrer que les plus admirables natures ne sauraient 
s'affranchir de certaines règles dictées par le bon sens 
vulgaire et Texpérience. Cela n*empéche pas que le don 
Juan ne soit une des plus fortes conceptions de Mo- 
lière, et de celles qui font le plus d'honneur à son 
génie. 

Ce don Juan a tous les vices. Remarquez la progres- 
sion : il est débauché, esprit fort, impie, enfin hypo- 
crite. Lbez, dans la seconde scène du cinquième acte, 
cette longue tirade de don Juan en faveur de l'hypo- 
crisie : A II n'y a plus de honte maintenant à cela : l'hy- 
« pocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la 
« mode passent pour vertus. La profession d'hypocrite 
« a de merveilleux avantages, etc.... » Quelle vigueur 
de coloris ! quelle verve ! quelle éloquence ! Cléante n'en 
a pas davantage. <« O ciel ! s*écrie le bonhomme Sgana- 
« relie , qu'entends-je ici ? Il ne vous manquait plus que 
« d'être hypocrite pour vous achever de tout point ; et 
« voilà le comble des abominations! » Maintenant, si 
vous voulez savoir à qui tout cela s'adresse, tournez 
le feuillet : voyez dans la scène suivante don Juan, 
pressé par don Carlos , lui alléguer, pour toute réponse 
et toute explication, le ciel, l'intérêt du ciel! puis, 
lorsque don Carlos poussé à bout fait entendre quel- 
ques paroles de menaces, voyez de quel style don Juan 
le provoque en duel : — « Vous ferez ce que vous vou- 
« drez. Vous savez que je ne manque pas de cœur, et 
« que je sais me servir de mon épée quand il le faut. 
« Je m'en vais passer tout à l'heure dans cette petite 
« rue écartée qui mène au grand couvent; mais je vous 
« déclare, pour moi, que ce n'est point moi qui me 
« veux battre : le ciel m'en défend la pensée ! et si vous 
« m'attaquez, nous verrons ce qui en arrivera.» -—N'y 



VIE DE MOLIERE. XXV 

étes-yous pas encore ? Eh bien ! voyez donc dans la 
septième Provinciale en quels termes, et par quels arti- 
fices de direction d'intention, le grand Hurtado de Men- 
doza autorise l'acceptation du duel, « en se prome- 
nant armé dans un champ en attendant un homme, 
sauf à se défendre si l'on est attaqué... Et ainsi l'on 
ne pèche en aucune manière, puisque ce n*est point 
du tout accepter un duel , ayant l'intention dirigée à 
d'autres circonstances. Car l'acceptation du duel con- 
siste en l'intention expresse de se battre , laquelle celui- 
ci n'a pas. » 

Il est évident que Molière, en écrivant la scène de 
don Juan avec don Carlos, avait présent à la mémoire 
ce passage de Pascal. L'allusion ne pouvait échapper à 
personne. On ne sera donc pas étonné, connaissant 
ceux dont il s'agit, que des clameurs furibondes aient 
accueilli le Festin de Pierre. Un Ubelliste du parti osa 
implorer hautement l'autorité du roi contre un farceur 
qui fait plaisanterie de la religion , et tient école de 
libertinage^ contre ce monstre de Molière y qui est l^ori" 
ginal de don Juan. 

Leur rage s'augmentait encore de la rumeur occasionnée 
par le Tartufe. MoUère n'en avait encore composé que 
trois actes, qui avaient été joués au Baincy, chez le duc 
d'Orléans. Louis XTV, assailli de toutes parts, s'était icu 
forcé d'interdire ces représentations jusqu'à plus ample 
informé ; mais il s'empressa de dédommager Molière en 
accordant à sa troupe le titre de comédiens du roi, avec 
une pension de sept mille livres. Molière avait d'ailleurs 
la permission de lire tant qu'il voulait Tartufe dans les 
sociétés, et, dit Boileau dans une note de ses Satires, 
tout le monde le voulait avoir. 

La guerre était déclarée entre Molière et les hypo- 
crites. Les hostilités furent suspendues (de son côté, non 



XXVI VIE DE MOLIERE. 

du leur) par les représentations du Misanthrope^ joué 
le 4 juin 1666. Molière avait alors quarante - quatre 
ans; son génie était dans toute sa vigueur, les chefs- 
d'œuvre se succédaient à de courts intervalles : on vit 
paraître en i665 Don Juan; en 1666, le Misanthrope; 
en 1667, Tartufe; en 1668, rj^are; sans compter les 
petites pièces d'un ordre inférieur, r Amour midecîn^ le 
Médecin malgré lui^ la Princesse <V Elide^ le Sicilien^ Mé* 
licerte, et la Pastorale comique. 



CHAPITRE IV. 

le Misanthrope i — critiqué par J. J. Rousseau. — Le Timon de 
Shakspeare. 

La chute du Misanthrope à la première représentation 
est une anecdote reproduite par tous les commentateurs. 
Ce n'en est pas moins une erreur. Il paraît avéré que le 
public fut en effet la dupe du sonnet d'Orontej mais 
que son dépit soit allé jusqu'à faire tomber la pièce, c'est 
une de ces fables dont les anciens biographes de Mo- 
lière se sont plu à embellir leur récit. Les registres de 
la Comédie constatent que le Misanthrope^ seul , sans pe- 
tite pièce qui l'accompagnât, fut représenté vingt et une 
fois de suite , succès extraordinaire pour le temps , et 
procura d'excellentes recettes. 

J. J. Rousseau, dans sa Lettre à d Alemhert^ veut éta- 
blir que le théâtre corrompt les mœurs. Prenons, dit-il, 
la meilleure de toutes les comédies, la plus morale ; je 
vous prouverai qu'elle attaque la vertu , et il s'ensuivra 
a fortiori que toutes les autres sont également ou plus 
dangereuses, corruptrices et perverses. Il choisit pour 
cette expérience le Misanthrope. Pourquoi pas Tartufe? 



▼lE DE MOLIERE. XXVII 

C'est qu'il eût fallu prendre le parti des hypocrites con- 
tre la piété sincère ; et , avec tout son talent pour le 
paradoxe, le citoyen de Genève aurait pu s'y trouver em- 
barrassé. Au contraire, le Misanthrope lui fournit l'oc- 
casion d'entretenir le public de lui-même. Il s'identifie 
avec Alceste, et peu s'en faut qu'il ne regarde la pièce 
de Molière comme une personnalité contre Jean-Jac- 
ques. Sa longue ai^^umentation n'est qu'un tissu de so- 
phismes, de contradictions et de puérilités. Molière a 
composé le Misanthrope « pour faire rire aux dépens de 
la vertu, — pour avilir la vertu j » et cette intention, 
Molière ne l'a pas eue seulement dans le Misanthrope^ 
mais le Misanthrope « nous découvre la véritable vue 
dans laquelle Molière a composé tout son théâtre. » — 
« On ne peut nier, dit-il , que le théâtre de Molière ne 
soit une école de vices et de mauvaises moeurs^ plus dan- 
gereuse que les livres mêmes où Ton fait profession de 
les enseigner. » Peut-être, en écrivant ces dernières pa- 
roles, la pensée de Rousseau se reportait à la Noui^elle 
Hélo'ise, Qu'il y pensât ou non , la flétrissure est plus 
applicable à ce roman qu'au Misanthrope et à tout le 
théâtre de Molière. 

Deux pages plus loin , vous lisez : -^ « Dans toutes 

les autres pièces de Molière, on sent pour lui au 

fond du cœur un respect...^ etc. » Du respect pour un 
professeur de vices et de mauvaises mœurs ! pour celui 
qui tâche constamment îJl avilir la vertu! Jean-Jacques 
n'y pensait pas I 

Si Molière a voulu, dans le personnage d' Alceste | 
avilir la vertu, il a bien mal réussi^ car il n'est pas 
d'honnête homme qui , comme le duc de Montausier, 
ne îiil charmé de ressembler au Misanthrope. 

Le portrait que Rousseau se complaît à tracer du vé- 
ritable Misanthrope est évidemment, dans son inten- 



XXVIII vu DE MOLIEBE. 

don, le portrait de Jean-Jacques, c'est-à-dire, de l'homme 
parfait. « Le tort de Molière est d'avoir donné au Mi- 
« santhrope des fureurs puériles sur des sujets qui ne 
« devraient pas même l'émouvoir. » Eh ! Jean-Jacques, 
rappelez-vous un peu la scène ridicule que vous-même 
TOUS jouâtes dans le salon du baron d'Holbach , lorsque 
le curé de Montchauvet y vint lire sa tragédie de Bal- 
thazarl Vous n'auriez pas dû vous émouvoir non plus 
des éloges perfides donnés à cet autre Oronte : cepen- 
dant vous vous mîtes en fureur comme Alceste, et plus 
que lui ; car, à partir de ce jour, vous rompîtes avec vos 
anciens amis, et ne voulûtes jamais les revoir. Avouez 
qu' Alceste est moins extrême et plus raisonnable. Mais 
c'est justement en quoi il vous déplaît. Vous vous plai- 
gnez de ses ménagements envers Oronte ; vous voudriez 
qu'il lui parlât comme vous fîtes à l'auteur de Baltha- 
zar : « Votre pièce ne vaut rien , votre discours est une 
« extravagance; tous ces messieurs se moquent de vous. 
« Sortez d'ici, et retournez vicarier dans votre village ( i ) . » 
En un mot, il aurait fallu que Molière devinât Rous- 
seau , et fît son apologie anticipée en cinq actes ; qu'au 
lieu d' Alceste et de Célimène, il peignît Jean-Jacques et 
Thérèse. C'est peut-être exiger beaucoup. 

Shakspeare a fait, dans Timon d'Athènes , un misan- 
thrope selon le cœur et le goût de Rousseau. Il nous 
montre d'abord Timon dans son palais, environné de 
luxe et d'un peuple de faux amis. Timon, ayant fini 
par les apprécier, les invite à un grand festin. On sert 
sur la table quantité de plats , tous remplis d'eau et de 
fumée. Tout à coup Timon se lève, les convives croient 
que c'est pour découper; point du tout! il leur jette les 
plats à la tête, en criant : « Fatale maison, que le feu 

(i) Mémoire* de Tabbé Morellet, xi, 37 x. 



VIB DE MOUERB. XXI^ 

«» te consume ! Péris, Athènes, péris ; et que désormais 
« Thomme et tout ce qui a la figure humaine soit haï 
« de Timon ! » Ce disant, il se sauve au fond des bois, 
et plante là ses convives , fort mal édifiés. 

Dans la forêt, Timon rencontre un philosophe de son 
espèce. Ils ont ensemble une longue scène. Timon dit 
à Âpémantus : « Tu es trop sale pour qu'on te crache 
« au visage; que la peste t' étouffe! — Apéhiantus. To 
« es trop vil pour qu on te maudisse. — Timow. Hors 
« d*ici, enfant d'un chien galeux. La colère me trans- 
« porte de te voir vivant. Ta vue me soulève le cœur. 
« — Apémantus. Je voudrais te voir crever. — Timou, 
« Hors d'ici , ennuyeux importun. Je ne veux pas per- 
« dre une pierre après toi. — Apebiaihtus. Bête sau- 
« vage! — Timon. Esclave! — Apémantus. Crapaud! 
« — Timon. Coquin! coquin! coquin (i)!... » M. W. 
A. Schlegel appelle cela une scène incomparable (a); 
mais il trouve le Misanthrope de Molière, sinon tout à 
fait mauvais, au moins bien médiocre ! 

Il est clair que le Timon de Shakspeare a le cerveau 
dérangé ; dès lors ce qu'il dit comme ce qu'il fait est 
sans portée morale. Âlceste, au contraire, est assez sage 
pour se juger lui-même intérieurement : la preuve, c'est 
qu'avec Oronte, comme dans la scène des portraits , il 
fait des efforts inouïs pour se contenir, et ne s'échappe 
que poussé à bout. Tout leffet comique et l'effet mo- 
ral du rôle consistent dans ce tempérament de carac- 
tère. 

Mais le coup de maître est d'avoir fait Alceste amou- 
reux, d'avoir courbé cette âme indomptée sous le joug 

(i) Acterv,icène3. 

(2) Cours de littérature dramatique , tome xn» page 90. 



tXX Vn DE MOLlinftE. 

de la passion, et montre par là surtout que le plus sage 
ne peut être complètement sage, 

Et que dam toos lei cœurs il est toujours de ThoBUDe. 

Ce vers renferme toute la pièce. 

Ayant Molière , on n'avait présenté l'amoiu* sur la 
scène qu'à l'espagnole, c'est-à-dire, comme une vertu 
héroïque qui grandit les personnages. C'est ainsi que 
Corneille l'a employé dans le Cid^ dans Cinna^ partout. 
Molière le premier, d'après sa triste expérience, a peint 
Tamour comme une faiblesse d'un grand cœur. De là 
des luttes qui peuvent s'élever jusqu'au tragique ; et Mo- 
Kère y touche dans la scène du billet : Ah! ne plaisan- 
tetpas ; il n* est pas temps de rire^ etc. 

Racine tira de cette admirable scène une importante 
leçon. Il n'avait encore donné que la Thébaîde et Alexan- 
dre^ et, dans ces deux pièces, il avait traité l'amour sui- 
vant le procédé de Corneille ; mais , après avoir vu le 
Misanthrope^ il rompit sans retour avec l'amour roma- 
nesque, et abandonna la convention pour la nature, que 
Molière lui avait fait sentir. Un an juste après le Mi^ 
mnthrope parut Andromaque^ qui commence l'ère véri- 
table du génie de Racine. Il y a plus : la position de 
Pyrrhus et d'Hermione n est pas sans analogie avec celle 
d'Alceste et de Célimène. Quand Voltaire dit, « C'est 
peut-être à Molière que nous devons Racine, » il ne 
songeait qu'aux encouragements pécuniaires (i) et aux 
conseils dont le premier aida le second; mais ce mot 
peut encore être vrai dans un sens plus étendu* 

(x) Racine, arrivant d'Uzès, vinl soumettre à Molière son premier essai 
de tragédie, Théagène et CluuricUe; Molière lui donna cent louis, et le 
sujet de la Thebakit:. 



VIE DE HOUEBE. XXXI 

CHAPITRE V. 

Tarhtfe, 

Beaucoup de critiques d'une autorité imposante ont 
proclamé le Misanthrope le chef-d'œuvre de la scène 
française : on prend ici la liberté de n'être pas de leur 
avis. Quelque prodigieuse que soit cette œuvre , où Mo- 
lière s'était fait comme à plaisir un sujet stérile et dé- 
nué d'action pour triompher ensuite des obstacles, 7a/-- 
tufe^ soit que l'on considère le mérite de la difficulté 
vaincue, la perfection du style, ou la hauteur du but 
et l'importance du résultat, me paraît l'emporter sur 
le Misanthrope, Prenez-le philosophiquement, prenez-le 
au point de vue dramatique ou au point de vue pure- 
ment littéraire , Tartufe est le dernier effort du génie. 

Quelle admirable combinaison de caractères! Deux 
morales sont mises en présence : la vraie piété se per- 
sonnifie dans Cléante, l'hypocrisie dans Tartufe. Cléante 
est la ligne inflexible tendue à travers la pièce pour sé- 
parer le bien du mal, le faux du vrai. Orgon, c'est la 
multitude de bonne foi , faible et crédule , livrée au 
premier charlatan venu, extrême et emportée dans ses 
résolutions comme dans ses préjugés. Le fond du drame 
repose sur ces trois personnages. A côté d'eux parais- 
sent les aimables figures de Marianne et de Valère; la 
piquante et malicieuse Dorine, chargée de représenter 
le bon sens du peuple, comme madame Pemelle en re- 
présente rentêtement; Damis, Tardeur juvénile qui, s'é- 
lançant vers le bien et la justice avec une impétuosité 
aveugle, se brise contre l'impassibilité calculée de l'im- 
posteur; Elmire enfin, toute chiu*mante de décence, 
quoiqu'elle aille vêtue ainsi qu^une princesse. Quelle ha- 



IXUI VUE DE MOLIÈRE. 

bileté dans cette demi-teinte du caractère d'Elmire , de 
la jeune femme unie à un vieillard ! Si Molière Teut faite 
passionnée, tout le reste devenait à l'instant impossible 
ou invraisemblable : la résistance d'Elmire perdait de 
son mérite; Elmire était obligée de s'offenser, de se ré- 
crier, de se plaindre à Orgon. Point : 

Une femme se rit de loUises ptreilles, 

Et jamais d*un mari n'en trouble les oreilles. 

Elle n'éprouve pour Tartufe pas plus de haine que 
de sympathie ; elle le méprbe, c'est tout. Ce sang-froid 
était indispensable pour arriver à démasquer l'imposteur. 
Elmire nous prouve quels sont les avantages d'une hon- 
nête femme qui demeure insensible sur la passion du 
plus rusé des hommes, de Tartufe. Amour ^ Amour ^ 
quand iu nous tiens l s'écrie le fabuliste. 

Il n'est pas jusqu'à M. Loyal qui ne soit utile au ta- 
bleau. M. Loyal, tout con6t en patelinage, en bénignité 
doucereuse et dévote, est un reflet de ce bon M. Tar- 
tufe. Gageons que M. Tartufe a été son directeur ? Der- 
rière M. Loyal, j'aperçois Laurent : Laurent^ serrez ma 
haire auec ma discipline. C'est une perspective d'hypo- 
crisie à perte de vue. Molière fait entrevoir à quelle pro- 
fondeur s'étendent les ramifications de la société^ conmie 
dit Pascal, de la cabale^ comme l'appelle Cléante. 

Tartufe parut dans un moment de crise. Aux guer- 
res de la Fronde avaient succédé les querelles religieuses. 
Deux sectes célèbres étaient en lutte : Jansénius, accusé 
de schisme et d'hérésie; Molina, de relâchement et d'am- 
bition. La morale de Port-Royal était austère avec sin- 
cérité , peut-être même avec excès ; la morale des jé- 
suites, au fond relâchée et sophistiquée ^ n'avait de la 
sévérité que les apparences. De quel côté pencherait un 
jeune roi, emporté par le goût des voluptés ? L'éducation 
qu'il avait reçue de Mazarin n'était pas rassurante. Par 



VIE DE MOLIERE. XXXIII 

les soins d'une politique corrompue , Louis XIV avait 
été élevé tlans un oubli complet de ses devoirs, mais 
dans riiabitude de toutes les pratiques extérieures de la 
religion. Livré à l'ignorance et à ses passions, un moyen 
naturel s'offrait à lui de tout concilier, de satisfaire à Ta 
fois la vieille cour et la nouvelle : Thypocrisie lui ten- 
dait les bras, il n'avait qu'à s'y jeter. En ce péril, Mo- 
lière se dévoua pour sauver le roi et la nation. Le (comé- 
dien entreprit de démasquer publiquement l'hypocrisie , 
à la veille peut-être de monter sur le trône ; il résolut 
d'éclairer cette hideuse figure d'une telle lumière , qu'elle 
fît naître en même temps l'effroi, le dégoût, et l'envie 
de rire. Quel problème d'art! Car il n'est peut-être pas, 
l'ingrat excepté, un seul caractère plus opposé que ce- 
lui de l'hypocrite aux mœurs de la comédie ; et Tingiat 
et l'hypocrite sont réunis dans le Tartufe. 

L'audace vertueuse de Molière n'eut peur de rien, ne 
déguisa rien. Lorsque Cléante presse Tartufe de re- 
mettre en glace Damis avec son père, et lui rappelle que 
la religion prescrit le pardon des injures , Tartufe 
échappe à l'argument par la direction d'intention : Hé- 
las! je le voudrais^ quant à moij de bon cœur^ etc. La 
même théorie lui fournit un prétexte pour enlever à un 
fils son héritage : c'est de peur que tout ce bien ne tombe 
en de mècliatites mains. Vous retrouvez la maxime fa- 
vorite de Loyola : La fin justifie les moyens. Quand El- 
mire oppose le ciel aux vœux de Tartufe : Si ce n'est 
que le ciel! répond-il. Et tout de suite il lui développe 
cette précieuse doctrine de la direction d'intention : 

Selon divers besoins , il est une science 
D'étendre les liens de notre conscience, 
Et de rectifier le mal de l'action 
Atcc la pureté de notre intention. 

11 semble qu'on lise la neuvième Provinciale , fortifiée 



UXnr YtE DE MOLIÈAE. 

du charme d'une versification nerveuse et facile. Et 
pourquoi Orgon a-^il confié aux mains de Tartufe la 
cassette compromettante d'Argas? Il vous le dit : c'est 
par suite de la doctrine des restrictions mentales , 

Afin que pour nier, en cas de quelque enquête , 
J*eusse d'un faux -fuyant la faveur toute prèle , 
Par où ma conscience eût pleine sûreté 
A faire des fermenta contre la vérité. 

Oi^on n'a point à se plaindre : il est puni par où il 
a péché. La société humaine ne subsiste que par la 
bonne foi : donc l'hypocrisie attaque la société dans sa 
base. C'est la moralité évidente de la pièce. 

Ensuite Molière fait appel à tous les nobles instincts 
de la grande âme de Louis XIV ; il sollicite son amour 
de la gloire et de la louange. Au dénoi^ment, cet éloge 
du roi, que Voltaire a blâmé comme un hors-d'œu- 
vre (i), est tout ce qu'il y a de plus adroit et de plus 
équitable. Adroit, en ce que le conseil se glisse sous la 
forme de la louange, et que le poète, par de fines allu- 
sions, lie, pour aitisi dire, le monarque, et lui fait con- 
tracter l'obligation de réprimer l'hypocrisie et de châ- 
tier les hypocrites. Équitable; sans Louis XIV est-ce 
que Tartufe eût jamais été représenté .►* Et qui sauva 
Molière en butte aux saintes fureurs de ceux qu'il dé- 
voilait.^ Contre ce torrent d'injures, d'anathèmes, d'in- 
trigues, de libelles, quel autre bras s'opposa que le bras 
de Louis XIV ? quel autre s'y fût opposé efficacement ? 
Une reconnaissance légitime, une affection réciproque 
excuserait encore Molière , s'il se fi^t avancé trop loin ; 
mais Molière n'a pas besoin d'excuse : il n'a jamais 
loué dans Louis XIV que ce qui était louable. 

Aujourd'hui que le retour des mêmes intérêts nous 

, (i) Voyei dans (e Lexique Tarticle il. 



YIB DE MOLIEHK. XXXV 

fait assister aux mêmes Tiolences, il est encore impos- 
sible de se figm-er jusqu'où fut porté le rléclminement 
contre Tauteur du Tartufe, Un curé de Paris publia 
un libelle où il appelle Molière « im démon vêtu de 
« chair, habillé en homme; un libertin, un impie di- 

• gne d'être brûlé publiquement, » Il serait dommage 
que la postérité ne sût pas le nom de ce bon prêtre ; 
elle en aura Tobligation à M. J. Taschereau, qui a dé- 
couTert qu'il se nommait Pierre Roullès, curé de Saint- 
Barthélémy ; digne , comme on voit , de desservir Tau- 
tel placé sous cette invoaition sinistre. 

L'archevêque de Paris, Harlay de Champvallon , prê- 
tre indigne , dont les mœurs dissolues déshonoraient 
publiquement le sacerdoce , donna un mandement dans 
lequel il excommunie quiconque lirait ou verrait jouer 
Tartufe^ en quoi il faut avouer qu'il agit moins par res- 
sentiment personnel que par esprit de corps, car il ne 
se donnait même pas la peine d'être hypocrite. C'est de 
lui que Fénelon écrivait à Louis XIV : « Vous avez un 
« archevêque corrompu, scandaleux, incorrigible, faux, 
« malin, artificieux , ennemi de toute vertu , et qui fait 
« gémir tous les gens de bien. Vous vous en accommo- 

• dez, parce qu'il ne songe qu'à vous plaire par ses ilat* 

• teries. Il y a plus de vingt ans qu'en prostituant son 
« honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui livrez 
« les gens de bien, et lui laissez tyranniser l'Eglise (i). » 
Voilà le saint personnage qui lance l'anathème contre 
Molière, parce que sa comédie , « sous prétexte de con- 
« damner la fausse dévotion et l'hypocrisie, donne lieu 
« d'en accuser ceux qui font profession de la plus su- 
« lide piété, et les expose aux railleries des libertins. » 
Le père Bourdaloue ne rougit pas de prêcher en chaire 

(x) Letlre de Féoebm a Louit XiVy p. 3a , éd. de M. Renouard. 



XXXVI VIE DE MOLIERE. 

contre Molière, ce qui revient à prendre en main la 
cause de Tartufe et de ses pareils. L'argument du jé- 
suite est celui de larchevêque : « Comme la véritable 
« et la fausse dévotion ont un grand nombre d'actions 
« qui leur sont communes, et comme les dehors de 
« Tune et de l'autre sont presque tout semblables, les 
« traits dont on peint celle-ci défigurent celle-là (i). »> 

Nullement. Molière, qui avait prévu et ce danger et 
ce reproche, s'est appliqué à les éviter, en traçant avec 
un soin religieux la ligne de démarcation entre le vrai 
et le faux zèle. C'est là, je le répète, le but principal de 
ce rôle éloquent de Cléante. Mais on veut l'ignorer, pour 
se ménager un prétexte de déclamations, et se livrer à 
son aise à des alarmes affectées. 

Ainsi voilà, par le raisonnement de Bourdaloue, la 
plus cruelle ennemie de la piété , l'hypocrisie , rendue 
inviolable au nom de la religion! 11 faudra, suivant 
Bourdaloue, ne toucher à aucun abus, de peur de nuire 
à l'usage, et respecter le mensonge par égard pour la vé- 
rité ! Désormais le sanctuaire abritera au même titre les 
saints confondus avec les impies, ou plutôt les impies se- 
ront ceux qui tâchent de discerner les boucs des bre- 
bis, le crime de la vertu, l'hypocrisie de la piété ! Parce 
qu'il y a des hommes qui aiment Dieu et veulent faire 
prospérer son culte, il faut assurer, non-seulement l'im- 
punité, mais les honneurs de la veitu à ceux dont la 
conduite ferait détester la religion, et tend à la ruine du 
culte! C'est pourtant là l'ai^ument unique que, depuis 
un siècle et demi, l'on veut faire prévaloir contre la co- 
médie de Molière et les adversaires de la tartuferie! 
Combien plus sensé et plus judicieux est celui qui écrit : 
-— « L'hypocrite est le plus dangereux des méchants , la 

(i) Sermon pour le leptièaie dimanche après Paquet. 



VIE DE MOLIERE. XXXVII 

« fausse piété étant cause que les hommes n'osent plus se 
« fiera la véritable. Les hypocrites souffrent dans les en- 
> fers des peines plus cruelles que les enfants qui ont 
« égorgé leurs pères et leurs mères, que les épouses qui 
« ont trempé leurs mains dans le sang de leurs époux , 
c que les traîtres qui ont livré leur patrie après avoir violé 
« tous leurs serments. » — Je reconnais le langage d'un 
honnête homme et d*un chrétien : c'est celui de Féne- 
Ion (i). 

Aussi Fénelon prit-il ouvertement le parti de Molière 
et de sa comédie. Il n'hésita point à blâmer tout haut 
la sortie de Bourdaloue : « Bourdaloue , disait-il , n'est 
* point Tartufe; mais ses ennemis diront qu'il est jé- 
« suite (a). » Le mot est dur pour les jésuites. 

On vit alors ce qui s'est renouvelé depuis, la violence 
avec les dévots agresseurs, et la modération avec les laï- 
ques offensés. Molière ne répondit que par ses Placets 
au roi, et peut-être par la Lettre sur l* Imposteur j où 
brille une si profonde entente de la scène, qu'il est per- 
mis de la lui attribuer, malgré les incorrections proba- 
blement préméditées d'un style qui se déguise. 

Tartufe obtint un succès immense. Il est humiliant 
pour l'esprit humain que la Femme juge et partie l'ait 
contre-balancé par un succès égal, et que Montfleury 
ait brillé un instant au niveau de Molière. Ces égare- 
ments de l'opinion publique ne durent pas. L'unique 
suffrage littéraire qui ait manqué au Tartufe , est celui 
de la Bruyère ; mais, tandis que Tartufe soulève encore 
d'implacables ressentiments , l'Onuphre de la Bruyère 
n'a jamais offensé personne. 

Qui ne connaît l'anecdote de Molière notifiant au pu- 
blic la défense qu'il venait de recevoir de représenter 

(x) Télémaque , livre iviii. — (a) D'Alimbkrt, Etogê de Pêndon, 



XIIVIII VIE DE MOLIEBB. 

Tartufe P M. le premier président ne veut pas qu^on 
le joue. Le fait est aussi faux qu'il est accrédité. Sous 
un roi comme Louis XIV, une plaisanterie si déplacée, 
un fti grossier outrage lancé publiquement par un co* 
médien contre un magistrat, contre Tillustre Lamoi- 
gnon, ne fût certainement pas resté impuni: Molière, 
aimé de Louis XIV, était d ailleurs Thomme de France 
le plus incapable de blesser à ce point les convenances, 
sans parler des égards qu'il devait à Boileau, honoré de 
rintimité de M. de Lamoignon. Ce conte, beaucoup 
plus vieux que Molière, a été ramassé dans les Anas 
espagnols, qui attribuent ce mot à Lope ou à Calde- 
ron, au sujet d'une comédie de V Alcade : L* alcade ne 
veut pas quon le joue. Quelqu'un a trouvé spirituel de 
transporter cette facétie à Molière, et l'invention a fait 
fortune. La biographie des grands hommes est remplie 
de ces impertinences : c'est le devoir de la critique de 
les signaler, et d'en obtenir justice. 



CHAPITRE VI. 

Amphitryon, George Dandin ^ V Avare. — Les farces de Molière. — 
Ses derniers ouvrages. 

Amphitryon^ George Dandin, VAifare^ parurent Tan- 
née suivante. De ces trois comédies, les deux premières 
ont encouru le reproche d'immoralité, et, toujours em- 
porté par son amour du paradoxe, Jean Jacques ne Ta 
pas épargné même à la troisième, à cause d'un mot: 
« Je nai que faire de vos dons, » Cette ironie de 
Cléante est criminelle , d'accord ; Molière l'entend bien 
ainsi ; il veut montrer comment un père avare amène 
son fils à lui manquer de respect. Personne ne peut s'y 
méprendre. S'il était dit sérieusement, c'est alors que le 



VIE DE MOLIERE. XXXIX 

mot serait immoral. Cest ce que M. Saint-Marc Girardin 
fait toucher avec autant de bon sens que de finesse , en 
trsiduisant Je n ai que faire de vos dons en style du 
drame moderne : « Harpagon. Je te maudis ! Cléantb 
(grattement). Vous n en avez plus le droit. Maudire, cela 
est d*un père; vous êtes mon rival. Maudire, cela est 
d'un prêtre ; mais oii sont en vous les signes du prêtre, 
la colère vaincue et les passions domptées P Vous n'êtes 
ni père ni prêtre : (avec solennité et intention) je n'acs* 

CEPTE PAS VOTRE MALEDICTION ! » 

« Quel est, demande ensuite M. Saint-Marc Girardin^ 
quel est de ces deux mots le plus corrupteur ? Lequel 
met le plus en discussion le mystère de Tautorité pater- 
nelle ? » (Cours de littérature dramatique , page 3a5.) 

Dans jimphitrjron , Téloignement des temps , des 
lieux, la différence des mœurs grecques avec les nôtres , 
Tintervention des personnages mythologiques, la ba- 
nalité d'une légende connue même des enfants , mille 
circonstances, écartent le danger. Amphitryon est une 
étude d'après l'antique, et n'est pas plus immoral que 
la Diane chasseresse ou l'Apollon du Belvédère ne sont 
indécents. 

George Dandin , c'est autre chose : « La coquet* 
« terie de la femme , dit Voltaire , n'est que la pu- 
« nition de la sottise que fait George Dandin d'épou- 
« ser la fille d'un gentilhomme ridicule. » Soit; mais, en 
attendant, le vice d'Angélique joue le rôle avantageux, 
il triomphe, et les conséquences de ce vice sont plus 
funestes à la société que celles de la sottise de George 
Dandin. Toutefois, ce n'est pas à Rousseau à se plaindre 
et à déclamer si haut; car la récrimination serait facile 
contre lui. L'adultère de madame de Wolmar est d'un 
pire exemple que celui d'Angélique. Le vice d'Angéli- 
que n'est que spirituel; dans Julie, il est intéressant, 



IL VIE DE MOLIERE. 

eniiol)li par la passion ; il emprunte les ilt^hors de la 
vertu , tout au plus est-il présenté comme une faiblesse 
rachetable. On ne peut s'empêcher de mépriser Angé- 
lique ; mais Rousseau prétend faire estimer Julie , Ju- 
lie qui na pas, comme Angélique, Texcuse d'un mari 
sot, d'un George Dandin. Enfin, quand on a ri à la 
comédie de Molière, toutes les conséquences, ou à peu 
près, en sont épuisées, il n'en reste guère de trace; au 
contraire, la Nouvelle Héloïse a fondé cette école de 
l'adultère sentimental, qui , de nos jours, a envahi le ro- 
man , le théâtre , et jusqu'à certaines théories philoso- 
phiques. 

Mais George Dandin offre aussi son côté moral. Les 
bourgeois, en 1668, sont pris d'une manie qui va de- 
venir épidémique : ils veulent sortir de leur sphère , 
monter, contracter de grandes alliances et de grandes 
amitiés; ils se hissent sur leur coffre-fort pour attein- 
dre jusqu'à l'aristocratie et s'y mêler. De son côté, l'a- 
ristocratie est fort disposée à se baisser, à descendre, à 
se mêler familièrement aux bourgeois pour puiser dans 
leur caisse, tout en raillant et en méprisant ceux qu'elle 
pressure. La roture opulente j)assant un marché avec la 
noblesse besoigneuse, cette donnée qui a défravé tout 
le théâtre de Dancourl et quelques-unes des meilleures 
comédies du dix-hutième siècle, c'est Molière qui le pre- 
mier l'a trouvée. Molière, avant le Sage et d'Allainval, 
a châtié la sotte vanité des ims et la cupidité avilissante 
des autres. George Dandin et M. Jourdain sont les ty- 
pes du ridicule des bourgeois, et le marquis Dorante 
personnifie la bassesse de certains gentilshommes d'a- 
lors. Seulement M. Jourdain possède un travers de plus 
que le rustique Dandin : à l'ambition de la noblesse, il 
joint cflle des belles manières et du savoir. Molière sem- 
ble l'avoir créé tout exprès pour servir de preuve et de 



VIE DE MOLIÈRE. XLI 

commentaire à la pensée de Montaigne : « La sotte chose 
« qu*un vieillard abécédaire! on peut continuer en tout 
■ temps Testude, mais non pas Tescholage. » Les trois 
premiers actes du Bourgeois gentilhomme égalent ce que 
Molière a produit de meilleur : quel dommage que T im- 
patience et les ordres de Louis XIV aient précipité les 
deux derniers dans la farce ! Au reste, cette farce joyeuse 
n'est pas si loiti de la vérité qu'elle le paraît. L'abbé de 
Saint-Martin , célèbre dans ce temps-là, justifie la récep- 
tion du Mamamouchi : on lui fit accroire que le roi de 
Siam l'avait créé mandarin et marquis de Miskou, et il 
apposa sa signature à ces deux diplômes (i). Molière 
n'est jamais sorti de la nature ; ce n'est pas sa faute si 
le vrai n'est pas toujours vraisemblable. 

Ceux qui cultivent les lettres ou les arts ont souvent 
à lutter contre des préjugés et des obstacles dont la pos- 
térité ne peut se faire d'idée. Croirait-on, par exemple, 
que l'emploi de la prose , dans une comédie de carac- 
tère en cinq actes, compromit gravement le succès de 
V Avare? Le témoignage des contemporains, en particu- 
lier de Grimarest, confirmé par Voltaire, ne permet pas 
d'en douter. Quant aux inculpations plus graves de 
Rousseau, Marmontel y a répondu ; et un sens droit, à 
défaut de Marmontel, en eût fait justice. J'aime mieux 
invoquer en faveur de la comédie de Molière le mot 
connu d'un confrère d'Harpagon : « Il y a beaucoup à 
« profiter dans cette pièce : on y peut prendre Xexcel- 
« lentes leçons d^économie (2). » 

(i) On publia en trois volumes le récit de cette plaisanterie, sous le 
litre à' Histoire comique du mandarinat de l'abbé de Saint- Martin, 

(2) Grandménil , qui jouai I Harpagon au naturel, trouvait aussi la pièce 
fort bonne : il y avait pourtant remarqué une faute. — Laquelle ? C est au 
sujet du diamant qu'au nom de son père Éraste fait accepter à Élise. 
Pins tard, au dénoûment, lé mariage d'Harpagon est rompu , c*est Éraste 



XUl VIE DE MOUERE. 

Diderot, avec son exagération habituelle, dit quelque 
part : « Si Ton croit qu^il y ait beaucoup plus d'hommes 
« capables de foire Pourceaugnnc que de foire Tartufe 
« ou le Misanthrope^ on se trompe. » Sans aller si loin, 
on peut dire que Monsieur de Pourceaugnac, les Four' 
ieries de Scapin et le Malade imaginaire sont des farces 
où abondent des scènes de haute comédie, des forces 
remplies de verve, de sel, d'une intarissable gaieté, tel- 
les enfin qu'un génie supérieur pouvait seul les compo- 
ser. Il fout se rappeler que Molière était directeur de 
spectacle, obligé, comme il le disait, de donner du pain 
à tant de pauvres gens , et que les connaisseurs au goût 
pur et austère ne forment, dans tous les temps, qu'une 
très-petite minorité. 

Molière termina sa carrière comme il l'avait com- 
mencée, en immolant les précieuses, les pédants et les 
pédantes. Les Femmes savantes furent son dernier chef- 
d'œuvre, comparable au Misanthrope et au Tartufe^ si- 
non par l'élévation du but, au moins par le style, par les 
détails, et l'art de féconder, d'étendre un sujet ingrat, sté- 
rile et borné. On a reproché à Molière d'avoir joué l'abbé 
Cotin en plein théâtre; Cotin, dit-on, en mourut de cha- 
grin. On a prétendu de même que les satires de Boi- 
leau avaient rendu fou l'abbé Cassagne. Ces rumeurs 
ont été accueillies par Voltaire mal à propos. Il est 
prouvé que Cassagne mourut en pleine jouissance de son 
bon sens, tel que Dieu le lui avait départi, et que l'abbé 
Cotin survécut dix ans aux Femmes savantes. Il n'est 
pas moins prouvé que ces deux hommes avaient fait 
tout leur possible pour nuire à Despréaux et à Molière, 

qui épouse Élise , et il n'est plus question de ce diamant ! Harpagon de- 
vrait le réclamer. — L'art a beau être habile , la nature garde toujours sa 
supériorité. 



VIE DE MOLIÈRE. XLIII 

et s'étaient attiré le rude châtiment auquel ils doivent 
d'être immortels. 



CHAPITRE VIL 

Caractère priré de Molière. — Sa mort — Son talent comme aatear. 

Qui jugerait du caractère des auteurs par celui de 
leurs ouvrages s'exposerait à des erreurs étranges. Les 
plus folles comédies de Molière furent composées à la 
fin de sa vie , lorsqu'il était tourmenté de souffrances 
morales. Molière réunissait deux dispositions d'esprit 
en apparence contradictoires, et que néanmoins on 
trouve souvent associées, l'enjouement des paroles et la 
mélancolie de l'âme : l'un résulte de la vivacité de l'es- 
prit, l'autre de la tendresse du cœur. Personne ne fut 
meilleur que Molière, personne peut-être ne fut plus 
malheureux intérieurement. Il était très-porté à l'amour : 
sa passion pour Armande Béjart, passion qui sembla 
s'accroître par le mariage, empoisonna son existence. 
Les galanteries de mademoiselle Molière étaient publi- 
ques , tantôt avec Lauzun , tantôt avec le duc de Gui- 
che, tantôt avec un autre grand seigneur ; car du moins 
elle n encanaillait pas ses amours. Sa coquetterie ne se 
contint pas même devant le fils adoptif de Molière , le 
jeune Baron , que Molière chérissait paternellement , et 
se plaisait à former. Les bienfaits de cet infortuné grand 
homme tournaient contre lui : c'est ainsi qu'il s'était vu 
trahi par Racine, mais d'une façon pourtant moins sen- 
sible et cruelle. La Fameuse comédienne^ biographie sa- 
tirique de mademoiselle Molière, rapporte une longue 
conversation entre Molière et Chapelle, dans laquelle le 
premier expose à son ami la vivacité et la tyrannie de 
ce funeste amour. Les traits en sont désespérés, et cette 



XLIV VIK DE MOUERE. 

peinture est à la fois si naïve et si véhémente, qu'il n'est 
guère possible qu'elle ne soit vraie. — « Mes bontés, 
« (lit le pauvre Molière, ne l'ont point changée. Je me 
« suis donc déterminé à vivre avec elle comme si elle 
« n'était point ma femme; mais si vous saviez ce que 
« je souffre, vous auriez pitié de moi! Ma passion est 
« venue à un tel point, qu'elle va ju^u'à entrer avec 
« compassion dans ses intérêts ; et quand je considère 
« combien il m'est impossible de vaincre ce que je sens 
« pour elle, je me dis en même temps qu'elle a peut- 
« être la même difficulté à détruire le penchant qu'elle 
« a d'être coquette, et je me trouve plus de disposition 
« à la plaindre qu'à la blâmer. Vous me direz sans doute 
« qu'il faut être poëte pour aimer de cette manière; 
« mais, pour moi , je crois qu'il n'y a qu'une sorte d'a- 
« mour, et que les gens qui n'ont point senti de sem- 
« blables délicatesses n'ont jamais aimé véritablement... 
« Quand je la vois, une émotion qu'on peut sentir, mais 
« qu'on ne saurait exprimer, m'ôte l'usage de la ré- 
« flexion. Je n'ai plus 'd'yeux pour ses défauts : il 
« m'en reste seulement pour ce qu'elle a d'aimable. » 
C'est exactement l'amour d'Alceste pour Célimène. Mo- 
lière, devant ce même public qu'il avait tant réjoui aux 
dépens des maris trompés, voulut une fois épancher 
noblement la douleur qui navrait son âme. De là vient 
que le Misanthrope^ sans action, est si intéressant : c'est 
le cœur du poëte qui s'ou^tc, c'est dans le cœur de Mo- 
lière que vous lisez, sans vous en douter; tout cet es- 
prit si fin, cette délicatesse élevée, cette jalousie vigi- 
lante et confuse d'elle-même, cette fière vertu rebelle à 
la passion qui la dompte, c'est Molière, c'est lui qui se 
plaint, qui se débat, qui s'indigne; c'est lui que vous 
aimez, que vous admirez, de qui vous riez d'un rire si 
plein de bienveillance et de respect. Quel homme que 



VIE DE MOLIEEE. XLV 

celui qui, pour créer un tel chef-d'œuvre, n'a eu be- 
soin que de se peindre au naturel! Et quel spectacle 
quand Molière jouait Alceste, et mademoiselle Molière 
Célimène! Ce n'était plus l'illusion, c'était la réalité. 
Lorsque vous verrez le Misanthrope^ songez à Molière, 
à son infortune profonde ; persuadez-vous bien que, sous 
le nom d'Alceste, c'est lui-même que vous avez devant les 
yeux, et vous sentirez quelle douleur amère se cache au 
fond de ce charmant plaisir. 

Le cœur se serre de tristesse quand on entend Mo- 
lière dire à son ami Rohault, le célèbre physicien : 
« Oui , mon cher monsieur Rohault , je suis le plus 
« malheureux des hommes, et je n'ai que ce que je mé- 
« rite (i). » 

On lit toujours avec plaisir deux traits qui peignent 
la générosité du cœur de Molière. 

Un pauvre comédien de campagne appelé Mondorge, 
qui avait jadis fait partie de la troupe de Molière , n'o- 
sant, à cause de son extrême misère, se présenter de- 
vant lui , fit solliciter par Baron quelques secours , afin 
de pouvoir rejoindre sa troupe. Molière, qui ne per- 
dait pas une occasion d'exercer son élève, lui de- 
mande combien il fallait donner. Baron répond au ha- 
sard : « Quatre pistoles. — Donnez-lui , dit Molière , 
ces quatre pistoles pour moi ; mais en voilà vingt qu'il 
faut que vous lui donniez pour vous, car je veux qu'il 
vous ait l'obligation de ce service. » Ce qui fut exécuté. 
Molière ne s'en tint pas là : il voulut voir son ancien 
camarade; il le consola et l'embrassa, dit Laserre (2), 
et mit le comble à ce bon accueil par le cadeau d'un 
magnifique habit de théâtre. 

(i) Grimarest ; Fie de Molière. 

(1) Mémoires sur la vie et les ouvrages de Molière» 



ILTI vn M UOtîkRÈ. 

Une autre fois, un mendiant lui demanda Taumûne. 
Molière, qui était fort charitable, lui jette une pièce de 
monnaie; le mendiant court après la voiture où Mo* 
lière s'entretenait avec Charpentier, qui composa la mu- 
sique du Malade imaginaire : « Monsieur, dit le pau- 
vre , vous n'aviez probablement pas dessein de me 
donner un louis d'or ; je viens vous le rendre. — Tiens, 
mon ami, dit Molière, en voilà un autre. » Et comme 
son génie était continuellement en sentinelle, il s*ëcria : 
« Où la vertu va-t-elle se nicher ! » 

Molière était taciturne, comme Corneille; Boileau 
Tavait surnommé le contemplateur. Avec cette humeur 
sérieuse, il était obligé de représenter les personnages 
comiques ou ridicules, où il était, dit-on, incomparable. 
Ses rôles habituels étaient Mascarille , George Dandin, 
Scapiu , Sganarelle, Pourceaugnac : il se dédommageait 
par des rôles d'un comique plus relevé, dans Arnolphe, 
Oi^on, Harpagon , surtout dans Alceste et le bonhomme 
Chrysale ; mais peignez-vous le grave Molière jouant So- 
sie dans Amphitryon^ Zéphire dans Psyché^ ou Moron 
de la Princesse (VElide ! Encore s'il n'eitt joué que se» 
ouvrages! mais il était obligé de faire valoir en cons*- 
cîence toutes les platitudes, soit en vers, soit en prose, 
dont les auteurs ses rivaux voulaient bien grati6er son 
théâtre. Il est plus que probable que lorsqu'on repré- 
sentait Don Japhet^ l^ Héritier ridicule et les Jodelet de 
Scarron, Molière remplissait le principal rôle de ces 
ignobles comédies, qui avaient encore Thonneur d'être 
jouées à la cour devant le roi. Apparemment aussi ces 
rôles donnèrent lieu à une foule de particularités con- 
cernant Molière, qui nous sembleraient bien piquante» 
si nous pouvions les savoir. Une seule anecdote, con- 
servée par Grimarest, servira d'écliantillon. Molière jouait 
Sancho dans le Don Quichotte de Guàrin du Bottscal , 



VIE DE MOLliU. XLVII 

et se tenait dans la coulisse, monté sur son âne, guet- 
tant le moment d'entrer. « Mais l'âne, qui ne savait pas 
« son rôle par cœur, n'observa point ce moment, et dès 
« qu'il fut dans la coulisse il voulut entrer en scène, 
« quelques efforts que Molière employât pour qu'il n'en 
« fît rien. Molière tirait le licou de toute sa force; Tâne 
« n'obéissait point, et voulait paraître. Molière appelait : 
« Baron! Lajorét! à moi!,., ce maudit âne veut entrer! 
« Cette femme était dans la coulisse opposée, d où elle 
« ne pouvait passer par-dessus le théâtre pour arrêter 
« l'âne ; et elle riait de tout son cœur de voir son maî- 
« tre renversé sur le derrière de cet animal , tant il met- 

< tait de force à tirer le licou pour le retenir. Enfin , 

< destitué de tout secours et désespérant de vaincre l'o- 
« piniâtreté de son âne, il prit le parti de se retenir aux 
« ailes du théâtre, et de laisser glisser l'animal entre ses 
« jambes , pour aller faire telle scène qu'il jugerait à 
« propos. Quand on fait réflexion au caractère d'esprit 
« de Molière, à la gravité de sa conversation , il est ri- 
te sible que ce philosophe fût exposé à de pareilles aven- 
« tures, et prît sur lui les personnages les plus comiques. » 

Ce genre de vie, qui avait été la vocation de sa jeu- 
nesse, était devenu l'afitiction de son âge mûr. Grima- 
rest rapporte qu'un jour, s'en expUquant à un de ses 
amis : « Me me plaignez-vous pas, lui ditril, d'être d'une 
« profession si opposée à l'humeur et aux sentiments 
« que j'ai maintenant? J'aime la vie tranquille, et la 
« mienne est agitée par une infinité de détails communs 
« et turbulents sur lesquels je n'avais pas compté, et aux- 
« quels il faut que je me livre tout entier. » Et comme 
cet ami cherchait à lui faire envisager certains côtés 
moins tristes de sa condition, Molière ajouta : « Vous 
« croyez peut-être qu'elle a ses agréments ? vous vous 
« trompex. Il est vrai que nous sommes en apparence 



XLVIII VIE DE MOLIERE. 

« recherchés des grands seigneurs; mais ils nous assu- 
« jettissent à leurs plaisirs, et c'est la plus triste de tou- 
« tes les situations que d'être l'esclave de leurs fantai- 
« sies. Le reste du monde nous regarde comme des gens 
«» perdus , et nous méprise ! » 

Mais puisque Molière était si désenchanté de la co- 
médie, que ne la quittait-il ? 11 l'aurait pu : sa foitune, 
sans être considérable, le lui aurait permis ; sa santé dé- 
labrée se joignait k son goût pour l'engager au repos. 
L'Académie offrait même un fauteuil à l'auteur du Mi- 
santhrope j s'il voulait renoncer au métier de comédien. 
Boileau insistant sur cette nécessité, Molière lui objecta 
le point d'honneur : « Plaisant point d'honneur! s'écria 
« le satirique, qui consiste à se barbouiller d'une mous- 
« tache de Sganarelle, et à recevoir des coups de bâton! w 
Molière avait un motif plus sérieux, qu'il ne dit pas 
cette fois-là ; mais, le jour de la quatrième représentation 
du Malade imaginaire j Molière , qui faisait Argau , se 
trouvait si véritablement malade , que Baron et quelques 
autres personnes le pressaient de ne point jouer. « Et 
« comment voule5&-vous que je fasse ? répondit Molière. 
« 11 y a cinquante pauvres ouvriers qui n'ont que leur 
« journée pour vivre : que feront-ils, si on ne joue pas? 
« Je me reprocherais d'avoir négligé de leur donner du 
« pain un seul jour, le pouvant faire absolument. » 

Voilà ce qui le retenait au théâtre : l'humanité. 

Il joua donc , non sans de grandes douleurs et de 
grands efforts pour achever son rôle. Dans la cérémo- 
nie, en prononçant le Juroy il éprouva une convulsion 
qu'il parvint à déguiser. Rentré chez lui, sa toux le prit 
si violemment qu'il se vit en danger, et réclama les se- 
cours de la rehgion. Deux prêtres de Saint-Eustache re- 
fusèrent de venir; un troisième ecclésiastique, mieux 
instruit de ses devoirs, arriva lorsque Molière avait perdu 



vu DE MOLIERE. XLIÈ 

lusage de la parole. H s'était rompu un vaisseau dans 
la poitrine, et il expira sufFoqué par le sang, à dix heu- 
res du soir, le 17 février 1673, anniversaire de la mort 
de Madeleine Béjart , sa belle-sœur et son premier amour; 
il avait cinquante et un ans. 

Le pieux Harlay de Champvallon ne manqua pas de 
s*opposer à ce que Molière f&t inhumé en terre sainte. 
Un comédien ! La veuve du comédien présenta humble- 
ment requête au prélat ennemi de toute vertUj à qui 
Louis XIV liîfrait les gens de bien, et laissait tyranniser 
VEglise. Il ne fallut rien de moins qu'un ordre du roi ; 
Louis XIV donna cet ordre, et Tarchevêque voulut bien 
j consentir, à condition que la cérémonie aurait lieu de 
nuit, et que le convoi ne serait pas escorté de plus de 
deux prêtres. Il s'y joignit une centaine de personnes, 
amis ou connaissances du défunt, chacune portant une 
torche. Molière fut enterré au coin de la rue Montmar- 
tre et de la rue Saint-Joseph, où est à présent le mar- 
ché; c'était alors un cimetière. Quant à l'archevêque, 
lorsque son tour vint, « il fut enterré pompeusement au 
« son de toutes les cloches , avec toutes les belles cé- 
« rémonies qui conduisent infailliblement l'âme d'un 
« archevêque dans l'Empyrée (i). » H est vrai qu'il 
avait béni le mariage clandestin de Louis XIV avec 
madame de Maintenon ; cela valait mieux que d'avoir 
fait le Misanthrope et les Femmes savantes. 

L'histoire et les arts ont consacré le souvenir des 
deux sœurs de charité qui assistèrent Molière au mo- 
ment suprême. Ces bonnes religieuses venaient tous les 
ans quêter à Paris à la même époque , et l'hospitalité 
leur était assurée chez l'auteur de Tartufe; mais, dans 



(x) Voltaire, lettre à Cbamfort, du 27 Mptembre 1769. Harlay de 
ChampTallon mourut à Cooflans en aoilt 1695, asshté de M"* de Lesdi- 
guièret , eomme plus tard le régf ol , de la duchrsse de Phalaris. 

H 



h vn nB ifouEiB. 

Mte 9oène touchante et solennelle, il n est pas question 
de sa femme, Bussy-Rabutin nous apprend que cette 
indigne épouse reparut sur le théâtre treize Jours après 
la mort de son mari! Molière avait eu d'elle trois en- 
fants : deux garçons et une fille (i). Les garçons mou- 
rurent en bas âge; la fille, après la mort de son père, 
épousa M. de Montalant, par qui elle avait été enlevée. 
Us ne laissèrent point de postérité. 

A la mort de Molière, son théâtre ferma pendant six 
jours : on rouvrit par le Misanthrope; Baron remplaça 
Molière dans le rôle d*Alceste. 

On sera bien aise de connaître le portrait de Molière 
tracé dans le Mercure de France par une actrice de sa 
troupe , mademoiselle Poisson : — « Il n'était ni trop 
« gras, ni trop maigre; il avait la taille plus grande que 
« petite , le port noble , la jambe belle. Il marchait gra- 
« vement, avait Tair très-sérieux, le nez gros , la bouche 
« grande, les lèvres épaisses, le teint brun, les sourcils 
« noirs et forts , et les divers mouvements qu'il leur 
« donnait lui rendaient la physionomie extrêmement 
« comique. » 

Le Mercure galant^ appréciant le jeu de Molière, le 
met au«dessus de Roscius : — « U méritait le pre* 
« mier rang : il était tout comédien depuis les pieds 
« jusqu'à la tête. Il semblait qu'il eût plusieurs voix : 
« tout parlait en lui, et d'un pas, d'un sourire, d'un 
« clin d'œil et d'un remuement de tête , il faisait plus 
« concevoir de choses que le plus grand parleur n*au- 
« rait pu en dire une heure. » 

(i) Louis, filleul du roi , aé en 1664 , rauoée de la première apparitioa 
de Tariufe; — Esprit-Madeieiue, née le 4 août i665 , qui fut madame 
de Montalant ; — et Jean- Baptiste- Armand , né en septembre 1672 , Tan- 
née des Ftmmet savamtês^ cinq mois avant la mort de ton père. Cet en- 
fuit , frait d*un raceommodement tardif , ne Yécnt qn'un mois. 



vu DE MOLIEEE. U 

Ce témoignage, rendu sur la tombe récente de Mo- 
lière, ne doit s'entendre sans doute que de l'acteur 
comique. Mais Molière jouait aussi la tragédie, pour 
laquelle il eut toute sa vie une singulière affection : 
cependant il n'y réussit jamais. 11 jouait lui-même son 
Don Garcie^ et y fut sifflé ; il faisait Nicomède ; César, 
dans la Mort de Pompée, Montfleury le fils Ta peint en 
caricature dans ce rôle : il le compare à ces héros qu'on 
voit dans les tapisseries : 

n est fait tout de même I il vient, le nez au veut, 
Les pieds en parenthèse et Tépaulc en avant ; 
Sa pemique qui suit le côté qu'il avance, 
Plas pleine de Lauriers qu'un jambon de Mayence ; 
Les mains sur les côtés , d*un air peu négligé ; 
La tète sur le dos , comme un mulet chargé ; 
Les yeux fort égarés ; puis, débitant ses rôles, 
D'un hoqaet étemel sépare ses paroles. 

(V Impromptu de P/totel Condé,) 

On sent la main d'un ennemi ; cependant il peut y 
avoir du vrai dans ces détails. Le hoquet, par exemple, 
est mentionné par tous les historiens du théâtre. Mo- 
lière, dit Grimarest, avait contracté ce tic en s'effor- 
çant de maîtriser une excessive volubilité de pronon- 
ciation; mais, dans la comédie, il dissimulait ce défaut à 
force d'art (i). Molière, en récitant des vers, n'em- 
ployait pas cette espèce de mélopée si fort en honneur 
dans le xviii* siècle; son débit était simple, sans affec- 
tation, et devait offrir beaucoup d'analogie avec la 
manière de Talma , autant du moins qu'on en peut ju- 
g«r par celle de Baron, élève de Molière. « Baron, dit 
« CoUé, ne déclamait jamais, même dans le plus grand 
« tragique ; et il rompait la mesure de telle sorte que 
« l'on ne sentait pas l'insupportable monotonie du vers 

(i) Yoyez M. J. Tasdiereau , Histoire de la vie et des ouvrages de Mo* 
Hère, page $S , 3* édition. 

d. 



LII vnc D£ MOLliRX. 

« alexandrin. » Sans doute Baron tenait ce système de 
Molière, et c'est peul>étre ce passage de Ck>llé (jui Ta 
tmnsmis à Talma. 

Molière, dans sa jeunesse, avait traduit en vers le 
poëme de Lucrèce , De la nature des choses. Il est cer- 
tiiin que cette traduction existait encore en i664; «^U^ 
Oit aujourd'hui perdue. Les papiers de Molière, parmi 
lesquels devaient se trouver des esquisses et des firag- 
nients de comédies inachevées, ont été vendus et dis- 
persés avec la bibliothèque du comédien Lagrange, 
héritier des manuscrits de son illustre camarade. On 
assure pourtant qu'en 1799 la Comédie française pos- 
sédait encore quelques-uns de ces cahiers, mais qu'ils 
ont péri dans l'incendie de l'Odéon; en sorte que l'on 
ne connaît aujourd'hui de la main de Molière que sa 
signature au bas d'un acte. 



CHAPITRE VIII. 

Da génie dramitf que de Molière. — Du style de Molière. 

Les comédies de Molière sont à présent, et, tout en 
réservant les chances de l'avenir, on peut croire qu'elles 
resteront le plus grand monument de la littérature fran- 
çaise , l'éternel honneur du siècle et du pays qui les a 
vues naître. Personne n'est descendu plus avant que 
Molière dans le cœur humain. Il n'y a point de vices, 
de travers, de ridicules, auxquels il n'ait au moins 
touché, sur lesquels il n'ait laissé l'empreinte de sa 
main puissante; en sorte qu'il semble avoir confisqué 
par anticipation l'originalité de tous ses successeurs. 

On a tenté d'amoindrir la sienne en recherchant les 
sources où il avait puisé, en faisant voir qu'il avait em- 



VIE DE MOLIERE. Ull 

pniDté une idée tantôt à Tërence, tantôt à Aristophane; 
un caractère ou un bon mot h Plaute; à Cyrano le 
fond de deux scènes ; le Médecin ma/gré lui à un fabliau 
du xin* siècle ; la Princesse d*Elide à Augustin Moretu 
( il eût mieux fait de la lui laisser) ; un trait de Tarluje 
à Scarron. Et qu'importe? tout cela était enfoui, in- 
connu, méprisé, sans valeur. Reprocheriezrvous à nu 
alchimiste d*avoir ramassé dans la rue un morceau de 
plomb, pour le changer en or? Ce que Molière a pris à 
tout le monde, personne ne le reprendra sur lui, ot 
Ton ne lui arrachera pas davantage ce qu'il n'a pris à 
personne. 

n était toujours à la piste de la vérité, et, dans l'ar- 
dente recherche qu'il en fabait, il ne dédaignait pas 
d'aller s'asseoir au théâtre de Polichinelle, ni de s'ai*- 
rêter devant les tréteaux de Tabarin; il en rapporta 
un jour la fameuse scène du sac , que Boileau lui a tant 
reprochée. Il furetait également les livres italiens et es- 
pagnols, romans, recueils de bons mots, facéties, etc. 
« Il n'est, dit l'auteur de la Guerre comique y point r/i; 
« bouquin qui se sauve de ses mains; mais le bon usag;; 
« qu'il fait de ces choses le rend encore plus louable. » 
Et de Visé, dans sa rapsodie de Zélinde^ dirigée ce- 
pendant contre Molière : « Pour réussir, il faut prendrtî 
« la manière de Molière : lire tous les livres satiriques , 
« prendre dans l'espagnol, prendre dans l'italien, et 
« lire tous les vieuœ bouquins. Il faut avouer que c'est 
« un galant homme, et qu'il est louable de se servir de 
« tout ce qu'il lit de bon (i).» 

(i) ZéUnde , ou la véritable critique de l'Ecole des femmes , acte I*% 
scène 7. — La Guerre comique ou la Défense de t Ecole des femmes , pnr 
le fienr de Lacroix (r064) » se compose d'un dialogue entre Apollon et 
Ifomus, suivi de quatre Disputes. Dans la dernière dispute on voit iîguirr 
k pfrtonnafe de la RApciitvv» du Mûuaa comique. 



LIV TIE DE MOLIÈRE. 

Le génie de Molière était si éminemment drama- 
tique, qu*il a employé toutes les formes du drame , y 
compris celles que Ton croirait plus modernes ; tous 
les tons et toutes les nuances de la comédie, cela Ta 
sans dire; la tragédie et le drame héroïque dans Don 
Garcie de Navarre^ dont les meilleures scènes ont en- 
richi le Misanthrope; la tragédie lyrique dans Psyché; 
Topéra-ballet dans Mélîcerte^ dans la Princesse d^EUde^ 
et dans les nombreux intermèdes de ses autres pièces; 
et jusqu'à Topéra-comique dans le Sicilien , qui peut à 
bon droit passer pour le premier essai du genre. 

Voltaire a reproché à Molière des dénoûments pos- 
tiches et peu naturels, et cette opinion a trouré de 
nombreux échos. Cette question, examinée de près, at- 
teste, je crois, l'étude profonde que Molière arait faite 
de la nature et de Fart. En effet, il n'y a point de dé- 
noûments dans la nature : j'entends de ces péripéties qui 
tout d'un coup placent un nombre donné de person- 
nages, tous en même temps, dans une situation arrêtée, 
définitive , et qui ne laisse plus à s'enquérir de rien sur 
leur compte. Par rapport à l'art, une pièce de théâtre 
n'est point faite pour le dénoûment; au contraire, le 
dénoûment n'est qu'un prétexte pour foire la pièce. 
Quand vous sortez pour vous promener, est-ce le terme 
de la promenade qui en est l'objet véritable? Nulle- 
ment : le vrai but, c'est de parcourir lentement, cu- 
rieusement, le chemin. L'art consiste à vous faire 
avancer par des sentiers dont les sinuosités et les re- 
tours ont été savamment calculés, embellis à droite et 
à gauche de toutes sortes de fleurs et d'agréments qui 
vous attirent : c'est là votre plaisir, et l'artifice du jar- 
dinier ou du poëte. Mais ce que vous trouverez à la 
fin, vous le savez d'avance, et c'est votre moindre 
souci. La preuve que la curiosité n'est ici pour rien^ 



VIB DS MOLfiltÊ. LT 

c'est que l'on reverra cent fois la même pièce. FI n'y a 
au théâtre que deux dénoAments : la mort dans la tra» 
gédie, dans la comëdie le mariage. Le talent du poète 
est d*accumuler au-derant des obstacles en apparence 
invincibles; et quand il les a fait disparaître un à un, 
ce qu*il a de mieux à faire, c'est de tourner court, et 
de disparaître lui-même. II vous a donne ce que vous 
lui demandiez : le plaisir de la promenade. Quelles sont 
donc les conditions rigoureuses d'un bon dénoftmentP 
C'est de satisfaire la raison, le jugement, les sympa* 
thies ou les antipathies excitées dans le cours de l'ou- 
vrage; Fimagination n'a rien à y réclamer, elle a eu 
sa part. Considérés de ce point de vue , les dénoftments 
de Molière n'offrent plus rien à reprendre. 

L'arrêt porté par Boileau est d'une sévérité qui va 
jusqu'à l'injustice : 

C'est par là que Molière , illustrant ses écrits , 
Peut-être de son art eût remporté le prix , 
ai* moins ami du peuple, en ses doctes peintures 
U n*eât point fait souvent grimacer ses figures , 
Quitté pour le bouffon Tagréable et le iio , 
Ht sans honte k Térence allié Tabarin. 
Dans ee sac ridicule où Scapin Tenteloppef 
Je ne reconnais plus Tanteur du Misanthrope. 

Que vous le reconnaissiez ou non, il n'en est pas 
moins cet auteur. Quand il s'agit d'apprécier et de clas- 
ser définitivement un écrivain, on doit considérer non 
le point où il est descendu , mais le point où il s'est 
élevé. La raison en est simple : les bons ouvrages avan- 
cent l'art; les mauvais ne le font pas reculer. La pos- 
térité ne voit de Corneille que le Cid, Horace^ Cinna^ 
Polyeuete; quant à Théodore^ Agiiiloij Attila ^ Suréna, 
elle les ignore ou les oublie. 

Boileau éuit le maître de choisir son public; il ne 
s'embarrtisa de plaire qu'à Louis XIY, à un duc dé 



LVI VU DE MOUERE. 

Beauvilliers , à ud duc de Montausier, à GuUleragues , 
à Seignelay, aux esprits d*élite. C'est pour eux qu*il 
écrit, pour eux seuls. Molière subissait des condhions 
tout à fait différentes : il a travaillé tantôt pour la cour, 
tantôt pour le peuple, et il est arrivé que ses ouvrages 
ont été goûtés universellement. Est-il juste de lui en 
faire un crime? Mais, au contraire, cette austérité in- 
flexible, ce puritanisme de goftt qui bannit une cer^ 
taine variété, sera toujours, aux jeux de beaucoup de 
gens, un titre d'exclusion contre Boileau. 

Enfin , si Molière n'emporte pas le prix dans son art, 
qui l'emportera? à qui réserve-t-on ce prix? 

A Shakspeare, à Caldéron, répond Schlegel. Nous 
n'opposerons à l'adoption de cette sentence qu'une pe- 
tite difficulté : Schlegel, qui condamne Racine et mé- 
prise Molière, ne les entend pas assez; et il entend 
trop Caldéron et Shakspeare. 

Saint-Evremond, cet esprit si fin, si juste, et en même 
temps si sobre dans l'expression , me paraît avoir , en 
deux lignes, jugé Molière mieux et plus complètement 
que personne : « Molière a pris les anciens pour mo- 
« dèles, inimitable à ceux qu'il a imités, s'ils vivaient 
« encore. «• 

Le style de MoUère a été déprécié par deux juges 
d'une autorité imposante : la Bruyère et Fénelon. Voici 
d'abord l'opinion de lauteur du TêUmaquej qui, fidèle 
à son caractère de mansuétude, s'exprime avec moins 
de dnreté que l'auteur des Caractères. 

« En pensant bien, il parle souvent mal. Il se sert 
« des phrases les plus forcées et les moins naturelles. 
« Térence dit en quatre mots, avec la plus grande sim- 
• plicité, ce que celui-ci ne dit qu*avec une multitude 
«jde métaphores qui approchent du galimatias. Faime 
•kkmaûcuxsa prose que ses vers. L*jivart^^ÊJt exem- 



VIS DE MOLIERB. LVII 

« pie , est moins mal écrit que les pièces qui sont en 
« vers. 11 est vrai que la versification française Fa gêné... 
« Mais, en général , il me paraît jusque dans sa prose 
« ne point parler assez simplement pour exprimer toutes 
« les passions. » {Lettre sur V Éloquence.) 

La Bruyère ne fait que résumer ce jugement, en 
exagérant les termes presque jusqu'à Finjure : 

« 11 n'a manqué à Molière que d'éviter le jargon et le 
« barhcLrismey et d'écrire purement » 

{Des ouvrages de Vesprit.) 

Incorrection , jargon , et barbarisme, voilà, suivant 
la Bruyère, les caractères du style de notre grand co- 
mique. 11 ne laisse, lui, aucun refuge à Molière; il ne 
distingue pas entre la prose et les vers, et ne s'avise pas 
de demander aux difficultés de la versification une 
circonstance atténuante ; il est impitoyable et brutal : 
La mortj sans phrases ! 

Sur cette distinction entre la prose et les vers de 
Molière, laissons parler d'abord un troisième juge , dont 
la compétence en matière de goût et de style est irrécu- 
sable: 

« On s'est piqué à l'envi, dans quelques dictionnaires 
« nouveaux, de décrier les vers de Molière en faveur de 
< sa prose, sur la parole de l'archevêque de Cambrai, 
€ Fénelon, qui semble en effet donner la préférence à 
€ la prose de ce grand comique, et qui avait ses raisons 
« pour n'aimer que la prose poétique : mais Boileau ne 
« pensait pas ainsi. 11 faut convenir que, à quelques né- 
« gligences près, négligences que la comédie tolère, Mo* 
• lière est plein de vers admirables , qui s'impriment 
« facilement dans la mémoire. Le Misanthrope^ les Fem- 
« mes savantes^ le Tartufe^ sont écrits comme les satires 
« de Boileau ; V Amphitryon est un recueil d'ëpignimmes 



LTItl Vtfi DB MOLtJElfe. 

« et de madrigaux faits avec un art qu'on ti*a point 
« imite depuis. La poésie est k la bonne prose ce que la 
« danse est à une simple démarche noble, ce que la 
« musique est au récit ordinaire , ce que les couleurs 
« sont à des dessins au crayon. • 

(Voltaire, Siècle de Louis XI F,) 

A cette réponse sans réplique, on pourrait ajouter 
une autre observation, à quoi Fénelon ni Voltaire n'ont 
pris garde : c'est que t Avare , comme plusieurs autres 
comédies en prose de Molière , est presque tout entier 
en vers blancs (i). Le rhythme et la mesure y sont déjà ; 
il n'y manque plus que la rime. Une telle prose assuré- 
ment ne peut se dire affranchie des contraintes de la 
versification, auxquelles Fénelon attribue le méchant 
style des vers de Molière. Ainsi l'exemple de t Avare est 
très-malheureusement choisi ; ce qu'il aurait fallu citer 
comme modèle de belle et franche prose, c'était le 
DonJuan^ la Critique de F École des femmes^ ou le Malade 
imaginaire. 

J'espère montrer, contre l'opinion de Fénelon et même 
de Voltaire, que beaucoup d'expressions des vers de 
Molière, qu'on regarde comme suggérées par le besoin 
de la rime ou de la mesure, parce qu'elles sont aujour- 
d'hui hors d'usage , étaient alors du langage commun ; 
et l'on n'en doutera point, lorsqu'on les retrouvera 
dans la prose de Pascal et dans celle de Bossuet 

Il ne s'agit point de comparer Molière à Térence , et 
de décider si le français de l'un est moins élégant et 
moins pur que le latin de l'autre. Térence, quand Féne* 
Ion lui donnait le prix, avait l'avantage d'être mort 
depuis longtemps, et aussi sa langue. Il est à craindre 
que l'heureux imitateur d'Homère n'ait trop cédé à 

(i) Vofei rvticlc VEM BLAUCS, dn Lss«|m. 



VIB D£ MOLIERE. LIX 

ses prëoccupations en faveur des anciens. Nous devons 
croire à Télégance et à la pureté de Térence , dont il y 
a tant de bons témoins; mais y croire d*une manière 
absolue , et sans nous mêler de faire concourir le poète 
latin avec les écrivains d'un autre idiome. Nous avons un 
mémorable exemple du danger ou nous nous exposerions, 
puisque le sentiment excessif des mérites de Térence a 
pu faire paraître le Misanthrope^ Tartufe^ et les Femmes 
savantes^ des pièces mal écrites : ^UÂifare est moins mal 
« écrit que les pièces qui sont en vers. » Il faut ranger 
cette proposition de l'archevêque de Cambrai parmi 
les Maximes des saints^ qui ne sont point orthodoxes. 

Je ne sais si la simplicité des termes, et l'absence ou 
l'humilité des figures, est le caractère essentiel du lan- 
gage des passions. Ten doute fort quand je lis Eschyle, 
Sophocle, et Homère lui-même. Je demanderai quelles 
passions Molière a mal exprimées, pour leur avoir prêté 
un langage trop chargé de figures : est-ce Tavarice, 
Famour, la jalousie ? 

Sortons un peu des accusations vagues et des termes 
généraux. Molière, dit Fénelon, pense bien, mais il 
parle mal. C'est quelque chose déjà que de bien penser ; 
et j'ajoute qu'il est rare, quand la pensée est juste, que 
l'expression soit fausse. Mais enfin , depuis Fénelon et 
la Bruyère, on a souvent fait à Molière ce reproche de 
ne pas écrire purement. Il ne faut qu'une délicatesse de 
goût médiocre et une attention superficielle pour sentir, 
dans le style de Molière , une différence avec les autres 
grands écrivains du xvii' siècle , Racine , Boileau , Féne- 
lon^ la Bruyère, etc. Mais cette différence est-elle de 
l'incorrection? 

Nous sommes accoutumés , nous qui regardons déjà 
de loin cette époque, à confondre un peu les plans du 
tableau, et à mêler les personnages : sous prétexte qu'ib 



LX vn DE MOLUSRS. 

ont vécu ensemble , nous faisons Molière absoloment 
contemporain cleBoileau, de Racine , de Bossuet et de 
Fënelon ; et ce que nous donnent les uns, nous pensons 
avoir le droit de Texiger aussi de lautre. C'est mal à pro- 
pos. Molière enseigna tout ce monde , et les seuls vrai* 
ment grands écrivains dont Texemple put lui servir fu- 
rent Corneille et Pascal. Songez que Molière écrivit de 
i653 à 167a, de Fàge de vingt et un ans à celui de 
cinquante. Durant cette période de vingt-neuf années , 
que se produisit-il? Corneille était fini : /'i^^oicr^' naquit 
la même année que Pertharite; OEdipe en tombant vit 
le succès des Précieuses. Molière savança dans la car- 
rière tout seul, ou à peu près, jusquen 1667, que 
Racine fit son véritable début dans Andromaque. 
La Fonuine venait de publier le premier recueil de ses 
contes; on avait de Boileau son Discours au roi ^ plu- 
sieurs satires, et de la Rochefoucauld, le livre des Maxi^ 
mes. Voilà tout. Et Molière, où en était-il, lui PII avait 
déjà donné à la littérature française Don Juan , le Mi- 
santhrope^ et Tartufe! De ce point jusqu au moment où 
la tombe Tengloutit dans toute la force de son génie, 
Racine donna les Plaideurs^ Britannicus ^ Bérénice ^ et 
Bajazet; la Fontaine^ un second volume de contes et les 
premiers livres de ses fables ; Boileau , trois épîtres; 
Bossuet, deux oraisons funèbres : celle de la reine d'An- 
gleterre , et celle de la duchesse d'Orléans. 

La Bruyère, Fénelon, madame de Sévigné, Fonte- 
nelle, n'avaient point encore paru. 

C'est seulement après la mort de Molière que nous 
voyons éclore tous ces illustres chefs-d'œuvre du 
XVII* siècle : Mithridate , Iphigénie^ Phèdre^ Esther^ et 
Athalie; les six derniers livres des fables de la Fon- 
taine; les épitresde Boileau, ses deux meilleures satires 
(X et XI), [Art poétique^ et le Lutrin; dans un autre 



VIE DE MOLIEEE* LU 

genre , Toraison funèbre du prince de Condé , V Histoire 
des Variations , et le Discours sur Vhistoire uniiferselle. 
Entre la mort de Molière et Télémaque^ il y a neuf ans ; 
et, pour aller jusqu'aux Caractères de la Bruyère , il y 
en a quatorze. Durant cet intervalle , la langue française 
changea beaucoup. 

Je ne vois, dans lexvii' siècle, que quatre hommes 
qui aient parlé la même langue : Pascal, la Fontaine, 
Molière , et Bossuet. 

Le caractère essentiel de cette langue , c'est une in- 
dépendance complète , un esprit d'initiative très-hardi , 
sous la surveillance d'une logique rigoureuse. Le pre- 
mier devoir de cette langue, cest de traduire la pensée; 
le second, de satisfaire la grammaire : aujourd'hui la 
grammaire passe devant, et souvent contraint la pensée 
à plier. Du temps de Molière, l'esprit géométrique ne 
s'était pas encore rendu maître de la langue : elle ne 
souf&ait d'être gouvernée que par son génie natif, re- 
connaissant les engagements pris à l'origine, mais aussi 
leurlaissant leur plein effet. On écrivait le français alors 
avec la liberté de Rabelais et de Montaigne. Mais bien- 
tôt cette liberté reçut des entraves , qui chaque jour 
allèrent se resserrant ; on accepta des lois tyranniques 
et des distinctions arbitraires: Temploi dételle construc- 
tion fut admis avec tel mot et proscrit avec tel autre , 
sans qu'on sût pourquoi : la langue tendait à se mettre 
en formules. On n'examina point si une locution était 
Juste et utile; on dit : Elle est vieille , nous la rejetons ! 
Quantité de détails, dont on ne comprenait plus l'usage, 
eurent le même sort. II fallut aux femmes et aux beaux 
esprits des modes nouvelles, où le caprice remplaçait 
la raison. Je ne dis pas qu'à ces épurations le style n'ait 
absolument rien gagné, mais je suis persuadé qu'en 
somme la langue y a perdu. Eh ! que peu^on gagner qui 



tll VIS DE MOLliRK. 

« alexandrin. » Sans doute Baron tenait ce système de 
Molière, et c'est peut-être ce passage de Collé qui l'a 
ti^ansmis à Talma. 

Molière, dans sa jeunesse, avait traduit en vers le 
poëme de Lucrèce , De la nature des choses. Il est cer- 
tain que cette traduction existait encore en 1664 ; elle 
est aujourd'hui perdue. Les papiers de Molière, parmi 
lesquels devaient se trouver des esquisses et des firag- 
nients de comédies inachevées, ont été vendus et dis- 
persés avec la bibUothèque du comédien Lagrange, 
héritier des manuscrits de son illustre camarade. On 
assure pourtant qu'en 1799 la Comédie française pos- 
sédait encore quelques-uns de ces cahiers, mais qu'ils 
ont péri dans l'incendie de l'Odéon; en sorte que l'on 
ne connaît aujourd'hui de la main de Molière que sa 
signature au bas d'un acte. 



CHAPITRE VIII. 

Da génie dramttf que de Molière. — Du style de Molière. 

Les comédies de Molière sont à présent, et, tout en 
réservant les chances de l'avenir, on peut croire qu'elles 
resteront le plus grand monument de la littérature fran- 
çaise , l'éternel honneur du siècle et du pays qui les a 
vues naître. Personne n'est descendu plus avant que 
Molière dans le cœur humain. Il n'y a point de vices, 
de travers, de ridicules, auxquels il n'ait au moins 
touché, sur lesquels il n'ait laissé l'empreinte de sa 
main puissante; en sorte qu'il semble avoir confisqué 
par anticipation l'originalité de tous ses successeurs. 

On a tenté d'amoindrir la sienne en recherchant les 
sources où il avait puisé, en faisant voir qu'il avait em- 



VIE DE MOUERE. Ull 

pninté une idée tantôt à Tërence, tantôt à Aristophane; 
un caractère ou un bon mot à Plaute; à Cyrano le 
fond de deux scènes ; le Médecin malgré lui à un fabliau 
du xui* siècle ; la Princesse d^Elide à Augustin Moretu 
( il eût mieux fait de la lui laisser); un trait de Tartuje 
à Scarron. Et qu'importe? tout cela était enfoui, in- 
connu, méprisé, sans valeur. Reprocheriezrvous à un 
alchimiste d'avoir ramassé dans la rue un morceau de 
plomb, pour le changer en or? Ce que Molière a pris à 
tout le monde, personne ne le reprendra sur lui, et 
l'on ne lui arrachera pas davantage ce qu'il n'a pris à 
personne. 

n était toujours à la piste de la vérité, et, dans l'ar- 
dente recherche qu'il en faisait, il ne dédaignait pas 
d'aller s'asseoir au théâtre de Polichinelle, ni de s'ar- 
rêter devant les tréteaux de Tabarin; il en rapporta 
un jour la fameuse scène du sac , que Boileau lui a tant 
reprochée. Il furetait également les livres italiens et es- 
pagnols, romans, recueils de bons mots, facéties, etc. 
« Il n'est , dit l'auteur de la Guerre comique , point fd: 
« bouquin qui se sauve de ses mains; mais le bon usagv) 
« qu'il fait de ces choses le rend encore plus louable. >» 
Et de Visé, dans sa rapsodie de Zélinde^ dirigée ce- 
pendant contre Molière : « Pour réussir, il faut prendrai 
« la manière de Molière : lire tous les livres satiriques, 
• prendre dans l'espagnol, prendre dans l'italien, et 
« lire tous les vieux bouquins. Il faut avouer que c'est 
« un galant homme, et qu'il est louable de se servir de 
« tout ce qu'il lit de bon (i).» 

(i) Zéùnde , ou la véritable critique de V Ecole des femmes , acte I*'', 
scène 7. — La Guerre comique ou la Défense de t Ecole des femmes , par 
le fieur de Lacroix (r064) , se compose d'un dialogue entre Apollon et 
Ifomiis, suivi de quatre Disputes, Dans la dernière dispute ou voit iigui er 
le pertonnage de la |U^pçiilMy du Aomaa comique. 



N/r 



LIV TIE DE MOLliRE. 

Le génie de Molière était si éminemment drama- 
tique , qu*il a employé toutes les formes du drame , y 
compris celles que Ton croirait plus modernes ; tous 
les tons et toutes les nuances de la comédie, cela Ta 
sans dire; la tragédie et le drame héroïque dans Don 
Garcie de Navarre^ dont les meilleures scènes ont en- 
richi le Misanthrope; la tragédie lyrique dans Psyché; 
Topéra-ballet dans Mélicerte^ dans la Princesse d^Élide^ 
et dans les nombreux intermèdes de ses autres pièces; 
et jusqu'à Topéra-comique dans le Sicilien , qui peut à 
bon droit passer pour le premier essai du genre. 

Voltaire a reproché à Molière des dénoûments pos- 
tiches et peu naturels, et cette opinion a trouré de 
nombreux échos. Cette question, examinée de près, at- 
teste , je crois , l'étude profonde que Molière avait faite 
de la nature et de l'art. En effet, il n'y a point de dé- 
noûments dans la nature : j'entends de ces péripéties qui 
tout d'un coup placent un nombre donné de person- 
nages, tous en même temps, dans une situation arrêtée, 
définitive, et qui ne laisse plus à s'enquérir de rien sur 
leur compte. Par rapport à l'art , une pièce de théâtre 
n'est point faite pour le dénoûment; au contraire, le 
dénoûment n'est qu'un prétexte pour foire la pièce. 
Quand vous sortez pour vous promener, est-ce le terme 
de la promenade qui en est l'objet véritable ? Nulle- 
ment : le vrai but, c'est de parcourir lentement, cu- 
rieusement, le chemin. L'art consiste à vous faire 
avancer par des sentiers dont les sinuosités et les re- 
tours ont été savamment calculés, embellis à droite et 
à gauche de toutes sortes de fleurs et d'agréments qui 
vous attirent : c'est là votre plaisir , et l'artifice du jar- 
dinier ou du poëte. Mais ce que vous trouverez à la 
fin, vous le savez d'avance, et c'est votre moindre 
souci. La preuve que la curiosité n'est ici pour rien^ 



VIB DS IIOLfiltS. LT 

c'est que l'on reverra cent fois la même pièce. FI n'y a 
au théâtre que deux dénoAments : la mort dans la tra» 
gédie, dans la comédie le mariage. Le talent du poète 
est d*accumuler au-devant des obstacles en apparence 
invincibles; et quand il les a fait disparaître un à un, 
ce qu'il a de mieux à faire, c'est de tourner court, et 
de disparaître lui-même. Il vous a donné ce que vous 
lui demandiez : le plaisir de la promenade. Quelles sont 
donc les conditions rigoureuses d'un bon dénoAmentP 
C'est de satisfaire la raison, le jugement, les sympa* 
thies ou les antipathies excitées dans le cours de l'ou- 
vrage; Timagination n'a rien à y réclamer, elle a eu 
sa part. Considérés de ce point de vue , les dénoftments 
de Molière n'offrent plus rien à reprendre. 

L'arrêt porté par Boileau est d'une sévérité qui va 
jusqu'à l'injustice : 

C*e8t par là que Molière , illnstrant ses écrits , 
Peut-être de ion art eût remporté le prix , 
Si, Boios ami du peuple , en ses doctes peintures 
n n*eât point fait souvent grimacer ses figures , 
Quitté pour le bouffon Tagréable et le fin, 
Ht sans honte k Térence allié Tabarin. 
Dans ee sac ridicule où Scapin Tenteloppef 
Je ne reconnais plus Tauteur du Misanthrope. 

Que vous le reconnaissiez ou non, il n'en est pas 
moins cet auteur. Quand il s'agit d'apprécier et de clas- 
ser définitivement un écrivain, on doit considérer non 
le point où il est descendu , mais le point où il s'est 
élevé. La raison en est simple : les bons ouvrages avan- 
cent Fart; les mauvais ne le font pas reculer. La pos- 
térité ne voit de Corneille que le Cid, Horace^ Cinna^ 
Polyeucte; quant à Théodore^ AgéêilaSy Attila j Suréna, 
elle les ignore ou les oublie. 

Boileau éuit le maître de choisir son public; il ne 
s'embarraisa de plaire qu'à Louis XIY, à un duc dé 



LVI VU DE MOUERE. 

Beauvilliers , à un duc de Montausier, à Guillenigues , 
à Seignelay, aux esprits d'élite. C'est pour eux qu'il 
écrit, pour eux seuls. Molière subissait des conditions 
tout à fait différentes : il a travaillé tantôt pour la cour, 
tantôt pour le peuple, et il est arrivé que ses ouvrages 
ont été goûtés universellement. Est-il juste de lui en 
faire un crime? Mais, au contraire, cette austérité in- 
flexible, ce puritanisme de goftt qui bannit une cer- 
taine variété, sera toujours, aux jeux de beaucoup de 
gens, un titre d'exclusion contre Boileau. 

Enfin , si Molière n'emporte pas le prix dans son art, 
qui l'emportera? à qui réserve-t-on ce prix? 

A Shakspeare, à Galdéron, répond Schlegel. Nous 
n'opposerons à l'adoption de cette sentence qu'une pe- 
tite difficulté : Schlegel, qui condamne Racine et mé- 
prise Molière, ne les entend pas assez; et il entend 
trop Galdéron et Shakspeare. 

Saint-Évremond, cet esprit si fin, si juste, et en même 
temps si sobre dans l'expression , me paraît avoir , en 
deux lignes, jugé Molière mieux et plus complètement 
que personne : « Molière a pris les anciens pour mo- 
« dèles, inimitable à ceux qu'il a imités, s'ils vivaient 
« encore. » 

Le style de Molière a été déprécié par deux juges 
d'une autorité imposante : la Bruyère et Fénelon. Voici 
d'abord Topinion de l'auteur du Télémaque^ qui, fidèle 
à son caractère de mansuétude, s'exprime avec moins 
de dureté que l'auteur des Caractères. 

« En pensant bien, il parle souvent mal. Il se sert 
« des phrases les plus forcées et les moins naturelles. 
« Térence dit en quatre mots, avec la plus grande sim- 
• plicité , ce que celui-ci ne dit qu'avec une multitude 
« de métaphores qui approchent du galimatias. J'aime 
« bien mieux sa prose que ses vers. UAvare^ par exem- 



VIS DB MOLUERB. LVII 

■ pie , est moins mal écrit que les pièces qui sont en 
« Ters. 11 est vrai que la versification française la génë... 
« Mais, en général , il me paraît jusque dans sa prose 
« ne point parler assez simplement pour exprimer toutes 
« les passions. » {Lettre sur l'Éloquence.) 

La Bruyère ne fait que résumer ce jugement, en 
exagérant les termes presque jusqu à Tinjure : 

« Il n'a manqué à Molière que d'éviter le jargon et le 
« barharismey et d'écrire purement » 

{Des ouvrages de Vesprit,) 

Incorrection , jargon , et barbarisme, voilà, suivant 
la Bruyère, les caractères du style de notre grand co- 
mique. Il ne laisse , lui , aucun refuge à Molière ; il ne 
distingue pas entre la prose et les vers, et ne s'avise pas 
de demander aux difficultés de la versification une 
circonstance atténuante ; il est impitoyable et brutal : 
La mortj sans phrases ! 

Sur cette distinction entre la prose et les vers de 
Molière, laissons parler d'abord un troisième juge , dont 
la compétence en matière de goût et de style est irrécu- 
sable: 

« On s'est piqué à l'envi, dans quelques dictionnaires 
« nouveaux, de décrier les vers de Molière en faveur de 
< sa prose, sur la parole de l'archevêque de Cambrai, 
€ Fénelon, qui semble en effet donner la préférence à 
€ la prose de ce grand comique, et qui avait ses raisons 
« pour n'aimer que la prose poétique : mais Boileau ne 
« pensait pas ainsi. Il faut convenir que, à quelques né- 
« gligences près, négligences que la comédie tolère, Mo- 
« lière est plein de vers admirables , qui s'impriment 
« facilement dans la mémoire. Le Misanthrope^ les Fem- 
« mes savantes^ le Tartufe^ sont écrits comme les satires 
« de Boileau ; V Amphitryon est un recueil d'épigrammes 



LVItl vn M MOttiAK. 

« et de madrigaux faits avec un art qu'on ti a point 
« imité depuis. La poésie est à la bonne prose ce que la 

• danse est à une simple démarche noble, ce que la 

• musique est au récit ordinaire , ce que les couleurs 
« sont à des dessins au crayon. • 

(Voltaire I Siècle de Louis XI F.) 
A cette réponse sans réplique, on pourrait ajouter 
une autre observation, à quoi Fénelon ni Voltaire n'ont 
pris garde : c'est que fjit^are , comme plusieurs autres 
comédies en prose de Molière , est presque tout entier 
en Ters blancs (i). Le rbytbrae et la mesure y sont déjà; 
il n'y manque plus que la rime. Une telle prose assuré- 
ment ne peut se dire affranchie des contraintes de la 
Tersification, auxquelles Fénelon attribue le méchant 
style des vers de Molière. Ainsi l'exemple de t Avare est 
très-malheureusement choisi ; ce qu'il aurait fallu citer 
comme modèle de belle et franche prose, c'était le 
DonJuan^ la Critique de F Ecole des femmes^ ou le Malade 
imaginaire. 

J'espère montrer, contre l'opinion de Fénelon et même 
de Voltaire, que beaucoup d'expressions des vers de 
Molière, qu'on regarde comme suggérées par le besoin 
de la rime ou de la mesure, parce qu'elles sont aujour- 
d'hui hors d'usage , étaient alors du langage commun ; 
et l'on n'en doutera point, lorsqu'on les retrouvera 
dans la prose de Pascal et dans celle de Bossuet. 

Il ne s'agit point de comparer Molière à Térence , et 
de décider si le français de l'un est moins élégant et 
moins pur que le latin de l'autre. Térence, quand Féne* 
Ion lui donnait le prix, avait l'avantage d'être mort 
depuis longtemps, et aussi sa langue. Il est à craindre 
que l'heureux imitateur d'Homère n'ait trop cédé à 

(i) Voyet rtrticlé VERS BLANCS, do UoàsfÊe. 



VIB DK MOttERB. LIX 

ses préoccupations en faveur des anciens. Nous devons 
croire à l'élégance et à la pureté de Térence , dont il y 
a tant de bons témoins; mais y croire d*une manière 
absolue j et sans nous mêler de faire concourir le poète 
latin avec les écrivains d*un autre idiome. Nous avons un 
mémorable exemple du danger où nous nous eiposerions, 
puisque le sentiment excessif des mérites de Térence a 
pu faire paraître le Misanthrope^ Tartufe^ et les Femmes 
savantes^ des pièces mal écrites : ^UAi^are est moins mal 
< écrit que les pièces qui sont en vers. » H faut ranger 
cette proposition de Tarchevéque de Cambrai parmi 
les Maximes des saints^ qui ne sont point orthodoxes. 

Je ne sais si la simplicité des termes, et Tabsence ou 
lliumilité des figures, est le caractère essentiel du lan* 
gage des passions. J'en doute fort quand je lis Eschyle, 
Sophocle, et Homère lui-même. Je demanderai quelles 
passions Molière a mal exprimées, pour leur avoir prêté 
un langage trop chargé de figures : est-ce Tavarice, 
Famour, la jalousie ? 

Sortons un peu des accusations vagues et des termes 
généraux. Molière, dit Fénelon, pense bien, mais il 
parle mal. CTest quelque chose déjà que de bien penser ; 
et j'ajoute qu'il est rare, quand la pensée est juste, que 
l'expression soit fausse. Mais enfin , depuis Fénelon et 
la Bruyère, on a souvent fait à Molière ce reproche de 
ne pas écrire purement. Il ne faut qu'une délicatesse de 
goût médiocre et une attention superficielle pour sentir, 
dans le style de Molière , une différence avec les autres 
grands écrivains du xvii* siècle. Racine, Boileau, Féne- 
lon^ la Bruyère, etc. Mais cette différence est-«lle de 
l'incorrection ? 

Nous sommes accoutumés , nous qui regardons déjà 
de loin cette époque, à confondre un peu les plans du 
tableau, et à mêler les personnages :sous prétexte qu'ib 



U VIS DB MOUJERE, 

ont vécu ensemble , nous faisons Molière absolument 
contemporain de Boileau , de Racine , de Bossuet et de 
Fénelon ; et ce que nous donnent les uns, nous pensons 
avoir le droit de Texiger aussi de l'autre. C'est mal à pro* 
pos. Molière enseigna tout ce monde , et les seuls vrai- 
ment grands écrivains dont Texemple put lui servir fu- 
rent Corneille et Pascal. Songez que Molière écrivit de 
i653 à 167a, de l'âge de vingt et un ans à celui de 
cinquante. Durant cette période de vingt-neuf années , 
que se produisit-il? Corneille était fini : /'£/our£^' naquit 
la même année que Pertharite; OEdipe en tombant vit 
le succès des Précieuses, Molière s avança dans la car- 
rière tout seul, ou à peu près, jusqu'en 1667, que 
Racine fit son véritable début dans Andromaque. 
La Fontaine venait de publier le premier recueil de ses 
contes; on avait de Boileau son Discours au roi ^ plu- 
sieurs satireSi et de la Rochefoucauld, le livre des Maxi» 
mes. Voilà tout. Et Molière, où en était-il, lui P II avait 
déjà donné à la littérature française Don Juan , ie Mi- 
santhrope^ et Tartufe! De ce point jusqu'au moment où 
la tombe l'engloutit dans toute la force de son génie, 
Racine donna les Plaideurs j Britannicus , Bérénice , et 
Bajazet; la Fontaine^ un second volume de contes et les 
premiers livres de ses fiables; Boileau, trois épîtres; 
Bossuet, deux oraisons funèbres : celle de la reine d'An- 
gleterre , et celle de la duchesse d'Orléans. 

La Bruyère, Fénelon, madame de Sévigné, Fonte- 
nelle, n'avaient point encore paru. 

C'est seulement après la mort de Molière que nous 
voyons éclore tous ces illustres chefs-d'œuvre du 
XVII* siècle : Mithridate , Iphigénie^ Phèdre^ Eslher^ et 
Athalie; les six derniers livres des fables de la Fon- 
taine; les épitresde Boileau, ses deux meilleures satires 
(X et XI), tArt poétique^ et le Lutrin; dans un autre 



vn DB MOLIEHE* LU 

genre , l'oraison funèbre du prince de Gondé, V Histoire 
des yariations , et le Discours sur ^histoire universelle. 
Entre la mort de Molière et Télémaque^ il y a neuf ans ; 
et, pour aller jusqu'aux Caractères de la Bruyère , il y 
en a quatorze. Durant cet intervalle , la langue française 
changea beaucoup. 

Je ne toîs, dans le xvii* siècle, que quatre hommes 
qui aient parlé la même langue : Pascal, la Fontaine, 
Molière , et Bossuet. 

Le caractère essentiel de cette langue , c'est une in- 
dépendance complète , un esprit d'initiatiTe très-hardi , 
sous la surveillance d'une logique rigoureuse. Le pre- 
mier devoir de cette langue, c est de traduire la pensée; 
le second, de satisfaire la grammaire : aujourd'hui la 
grammaire passe devant, et souvent contraint la pensée 
à plier. Du temps de Molière, l'esprit géométrique ne 
s'était pas encore rendu maître de la langue : elle ne 
souffrait d'être gouvernée que par son génie natif, re- 
connaissant les engagements pris à l'origine , mais aussi 
leur laissant leur plein effet. On écrivait le français alors 
avec la liberté de Rabelais et de Montaigne. Mais bien- 
tôt cette liberté reçut des entraves , qui chaque jour 
allèrent se resserrant ; on accepta des lois tyranniques 
et des distinctions arbitraires: Temploi dételle construc- 
tion fut admis avec tel mot et proscrit avec tel autre , 
sans qu'on sût pourquoi : la langue tendait à se mettre 
en formules. On n'examina point si une locution était 
Juste et utile; on dit : Elle est vieille , nous la rejetons ! 
Quantité de détails, dont on ne comprenait plus l'usage, 
eurent le même sort. Il fallut aux femmes et aux beaux 
esprits des modes nouvelles, où le caprice remplaçait 
la raison. Je ne dis pas qu'à ces épurations le style n'ait 
absolument rien gagné , mais je suis persuadé qu'en 
somme la langue y a perdu. Eh ! que peut-on gagner qui 



Um vu DB MOUÂEBt 

vaille l'indépendance P queU galons, fuAsen t-iU d*or, com- 
pensent la perte de la liberté ? 

Cependant la Bruyère félicite la langue de ses progrès» 
Le passage vaut d*êlre cité : « On écrit régulièrement de>* 
« puis vingt années; on est esclave de la construction ; on 
« a enrichi la langue de nouveaux motSi secoué le joug du 
« latinisme, et réduit le style à la phrase purement fran- 
« çaise. On a presque retrouvé le nombre que Malherbe 
« et Balzac avaient les premiers rencontré, et que tant 
« d'auteurs depuis eux ont laissé perdre ; on a mis enfin 
« dans le discours tout l'ordre et toute la netteté dont 
« il est capable : cela conduit insensiblement à y mettre 
« de l'esprit, » 

On sent au fond de cette apologie la satisfaction d'une 
bonne conscience; mais la sincérité n'exclut pas l'er- 
reur. Il parait un peu dur de prétendre qu'on n'écrivait 
pas régulièrement avant 16879 et de reléguer ainsi, par- 
mi les ouvrages d'un style irrégulier, les Lettres prouin' 
ciales ^ V Ecole des maris ^ V École des femmes^ Don 
Juany et même Tartufe , dont les trois premiers actes 
furent joués en 1664. La langue française étant une 
transformation de la latine , ne peut abjurer le génie de 
sa mère sans anéantir le sien. Ces mots , réduire le style 
à la phrase purement française (i), n'offrent donc point 
de sens; et cela est si vrai, que Bossuet, Fénelon et 
Racine sont remplis de latinismes. On est esclave de la 
construction^ cela signifie qu'on emploie des construc- 
tions beaucoup moins variées; que l'inversion, par 
exemple, a été supprimée, dont nos vieux écrivains sa- 

(1) Cette expression semble bizarre, surtout au moment où la Bruyère 
se glorifie de la netteté de son discours. Comment peut-on réduire le 
ityle , qui est un terme général, à U pfirtue , qui est un terme particulier f 
Le eontrtire se eonprendrait mieux : on nmeiia la phiase ta style frin* 
çûf. C'est ce (|u*a voulu dire la firuyère. 



vil ra uouku. uun 

?aient tirer de ai grands avantages. C'est ce que la 
Bruyère appelle Tordre et la netteté du discours , qui 
conduisent insensiblement à y mettre de Vesprit. Ce 
dernier trait est vraiment admirable! Avant 1667, il n'y 
avait dans le discours ni ordre , ni netteté , ni par con- 
séquent d'esprit; les écrivains n'ont commencé d'avoir 
de l'esprit que depuis 1667. 

Relisez maintenant cet éloge , et vous verrez qu'il ne 
s'applique exactement qu'au style d'un seul écrivain 2 
c'est U Bruyère. Il n'en est pas un trait qui convienne 
aux quatre grands modèles , Pascal, Molière, la Fon* 
taine et Bossuet. II semble plutôt que ce soit une atta- 
que voilée contre leur manière. Tout en paraissant louer 
son époque, la Bruyère ne loue en effet que les allures 
sèches et uniformes du style de la Bruyère. On donne 
trop d'autorité aux décisions de cet écrivain. Si le livre 
était lu davantage, l'auteur n'eût pas joui sans trouble , 
jusqu'à présent, d'une réputation consacrée par l'habi* 
tude, et protégée par l'indifférence. Pourquoi a-ton 
crié tant et si fort contre Boileau? C'est que Boileau est 
dans toutes les mémoires. Je suis contraint de recon- 
•naître avec ses ennemis , qu'il n'a point mis de sensibi* 
lité dans ses satires ; et c'est une grande lacune sans 
doute. Biais je ne pense pas que le cœur se montre da- 
vantage dans la Bruyère , que personne pourtant n'a 
jamais inquiété pour ce fait. 

Fénelon reproche à Molière des métaphores voi- 
ânes du galimatias ; la Bruyère , enchérissant sur Fé- 
nelon, l'accuse de jargon et de barbarisme. Il serait 
bien étrange que celui qui a passé sa vie à poursuivre le 
galimatias des pédants et le jargon des précieuses, eût 
été, à l'insu de tout le monde, atteint delà même maladie ! 
Comment tant d'ennemis de Molière n'ont-ils pas su 
relever, dans ses oeuvres » un ridicule qu'il relevait si 



uiv vn DB Mouiu. 

bien dans les leurs? C'est que rien n'est plus opposé que 
le jargon et le galimatias au génie franc et naïf de 
Molière. Je ne prétends pas nier qu*on ne rencontre çà 
et là chez lui de mauvaises métaphores, quelque expres- 
sion obscure ou peu naturelle. Moi-même j'ai pris soin 
de les signaler (i), car, malgré son divin génie, Molière 
après tout n'était qu'un homme : il a pu quelquefois se 
tromper au choix de ses sujets; et quand, par exemple, 
il se mit à Don Garde , il n eut pas le don d*habiller 
d'expressions vraies des sentiments faux et des aventu- 
res romanesques (3). Quand un ordre du roi l'attachait 
à des arguments tels que Psyché ou Melicerte^ ou bien 
lui faisait brusquer les deux derniers actes du Bourgeois 
gentilhomme y le désir de plaire à Louis XIV ne parvint 
pas toujours à suppléer au manque de temps , ni à 
l'ingratitude de la donnée. Mais il est souveraine- 
ment injuste d'aller rechercher quelques détails perdus, 
pour en faire un caractère général de l'ensemble. La 
Bruyère n'a pas été plus heureux à juger le style de 
Molière qu'à refaire Tartufe sous le nom d'Onuphre. 
Un peintre de mœurs qui estime Tartufe un caractère 
manqué, où Mohère a pris justement le contre-pied de 
la vérité , et qui entreprend de le rétablir au naturel , je 
ne veux pas affirmer que ce peintre-là soit aveuglé par 
la jalousie ; mais que ce soit par la jalousie ou autre* 
ment , il m'est désormais impossible de croire à la jus- 
tesse de sa vue , ni à l'infaillibilité de ses oracles. 

Qu'entend-il, lorsqu'il r^ette que Molière n'ait pas 
évité le barbarisme ? Est-ce à dire qu'il y a des barbaris- 
mes dans Molière , ou que Molière écrit d'un style bar- 

(x) Voyez les articles mktapboiis ticikusu ; il; oh. 

(a) Mais aussi voyez, au milieu de ses erreurs, quand il reocontre un 
filon de vérité , comment il en tire parti ! La scène de jalousie de Dam 
Garde a passé dans le Misanthrope , où elle brille. 



TIE DE MOLIERE. LXV 

bare ? Ni l'un ni l'autre n'est soutenable. La Bruyère se 
sauve ici par le laconisme. Quand le chartreux dom 
Bonaventure d' Argonne Faccusa lui-même de néologisme 
etde solécjsmes, à l'appui de ses assertions il cita des 
exemples qui permirent de vérifier sa critique , et d'en 
reconnaître, sinon la justesse constante, au moins la 
bonne foi. C'est tout ce qu'on peut exiger. 

J'espère que je sens comme un autre le mérite des 
Caractères , et que l'injustice de la Bruyère envers Mo- 
lière ne me rend point à mon tour injuste envers la 
Bruyère. Je rends pleine justice à la finesse des vues, et 
à la parfaite convenance du style avec les pensées. Tout 
cela ne m'empêchera point de dire que ce style est plus 
remarquable par l'absence des défauts que par la pré- 
sence de grandes qualités; tandis que c'est précisément 
l'inverse dans Molière. En pareil cas, le choix n'est pas 
douteux : le style de la Bruyère est le beau idéal de la 
réforme accomplie par les précieuses de l'hôtel de Ram- 
bouillet (i); réforme étroite et mesquine, ayant pour 
point de départ le mépris , c'est-à-dire , l'ignorance de 
la vieille langue, et qui résume et absorbe toutes les 
qualités en une misérable et vétilleuse correction. C'est 
dans cette école qu'on supprime une bonne pensée , 
quand on ne lui trouve pas une brillante vêture ; mais , 



(i) Aussi rhistorien de la société, c'est-à-dire, le panégyriste des Pré» 
âêuses , met-il sans hésiter la Bruyère fort au-dessus de Molière : « Su- 
« périeur à Molière par Téteudue , la profondeur, la diversité , la sagacité, 
« la moralité de ses observations , il esl son émule dans l'art d'écrire et 
« de décrire ; et sou talent de peindre est si parfait , qu'il n'a pas besoin 
« de comédien pour tous imprimer dans l'esprit la figure et le mouvement 
« de ses personnages. » (Hist, de la soc. poL p. 414 , 4 15.) 

On ne discute pas de tels jugements , encore moins les combat-on ; il 
suffit de les exposer. Pour avoir osé écrire celui-là , il faut que M. R. ait 
trouvé de grands rapports entre sou propre talent et relui de la Broyèrc. 



ULVI VI£ DK MOLIERK. 

au contraire, on nliésite pas à lancer une pensée fausse, 
quand elle 5'enveloppe cl*une phrase coquelte et bien 
tirée; en sorte que ce quon peut souhaiter de mieux, 
c'est que la phrase soit vide. De 1 abondance autre que 
celle des mots, de Télévation , du mouvement, de Tori- 
ginalité , n'en demandez pas à cette école : ce sont choses 
qui troublent et risqueraient de déranger 1 équilibre et 
la symétrie ; voyez plutôt Bossuet! quel écrivain incor- 
rect! Molière n'est pas pire, ni Pascal, ni Montaigne, ni 
Rabelais. Or, figurez-vous par plaisir ces esprits vifs, sou- 
dains, énergiques, obligés de se révéler dans cette belle 
langue perfectionnée, qui est esclave de la correction, 
quia secoué le jong du latinisme, et qui réduit le style 
à la phrase purement française ; figurez-vous Rabelais , 
Montaigne, Pascal et Molière, n'ayant à leur service 
d'autre instrument que cette langue effacée, délavée, 
cette langue de bégueule et de pédante : croyez-vous, avec 
la Bruyère , qu'elle les eût conduits insensiblement à 
mettre plus d'esprit dans leurs ouvrages P 

Nous avions autrefois une langue riche et souple^ 
diverse et ondoyante, docile à recevoir l\Mnpreinte de 
chaque génie, et fidèle à la conserver. Mais depuis que 
les grammairiens, progéniture de l'hôtel de Rambouillet, 
nous ontmis cette langue en équations, tous les styles se 
ressemblent. On croit assister à cet ancien bal de l'O- 
péra , célèbre pour sa monotonie , où tous les masques 
étaient affublés du même domino noir; moyennant 
quoi Thersite ne se distinguait pas de l'Apollon du 
Belvédère. 

La langue des précieuses est meilleure pour l'étiquette ; 
celle de Molière est meilleure pour les passions. La pre- 
mière a été une réaction contre la seconde : n'est-il pas 
temps que la seconde rentre dans ses droits, pour n'en 
plus être dépossédée ? n'est-il pas temps que ce qu'on 



vu DC ]iOUB««^ UVII 

appelle la languejrançaise^ ce soit la langue dei grands 
écrivains de la France? 
Je demande pardon de la témérité de cette idée» 



CHAPITRE IX. 

MlaflMitJHéde«eiMiiédiM4« Mottèrt. — ilUaqiiM de BoMuet. — SeiiU- 
meol de Fléchier sur la comédie et lee comédieiis. 

La portée morale des comédies de Molière a été 
diyeraement estimée. J. J. Rousseau écrit en termes 
formels ; « Les comédies de Molière sont Técole des 
« mauvaises mœiurs; >» mais comme, un peu avant ou 
un peu après , il affirme qu*on ne peut les lire sans se 
sentir « pénétré de respect pour Fauteur , » ces deux 
propositions se neutralisent réciproquement, et ce n'est 
pas la peine de s'y arrêter. 

Mais il est une opinion trop importante pour qu'il 
soit permis de la passer sous silence : c'est celle de 
Bossiiet. 

En 1686, treize ans après la mort de Molière, le 
père Caffaro, théatin, publia une dissertation en &- 
veur de la comédie. Il déclarait ce plaisir innocent, 
d'autant que jamais , par la confession , il n'y avait re- 
connu aucun danger. Le scandale fut grand parmi les 
théologiens. On retira les pouvoirs au père Caffaro; 
Boasuet saisit sa redoutable plume, et s'en servit contre 
le théatin avec plus d'éloquence que de charité. Le 
pauvre père Caffaro se hâta de donner une rétractii- 
tion empreinte de terreur. <« J'assure Votre Grandeur , 
« devant Dieu^ dit-il à Bossuet, que je n'ai jamais lu 
« aucune comédie ni de Racine, ni de Molière, ni de 
I ConiffiUfs; ou au moins /> n^a al jamais la atie tout 



LXVIII VIE DE MOLIERE. 

« entière. J'en ai lu quelques-unes de Boursault , de 
« celles qui sont plaisantes, etc. » Peut-être le bon 
théatin croyait- il ingénument la lecture de Boursault 
une expiation suffisante de la lecture de Molière. 

Uévéque de Meaux étendit la substance de sa lettre, 
et en fit ses Maximes et réflexions sur la comédie. Rare- 
ment Bossuet a porté plus loin Téloquence et la vigueur; 
mais être fort ne dispense pas d'être juste , et souvent 
rien n'est plus éloquent que la passion aveuglée par 
son propre excès. Ce traité, qu'on lira toujours pour 
admirer la puissance et l'énergie de l'auteur, offre par- 
tout une virulence de langage, une intolérance extraor- 
dinaire chez un homme de soixante et un ans, chez 
un prélat. S'il parle de la profession de comédien, il 
dit leur infâme métier; il déclare Corneille' et Racine 
dangereux à la pudeur; leurs ouvrages sont ^^des infa^^ 
« mies y qui, selon saint Paul, ne doivent pas même 
« être nommées parmi les chrétiens. » Si saint Paul 
avait pu lire Athalie^ Esther^ Polyeucte^ et même Iphi- 
génie ^ il est permis de douter qu'il leur eût appliqué 
de telles expressions. Bossuet se révolte et s'indigne 
contre l'emploi de l'amour dans les ouvrages drama- 
tiques. Dites-moi, s'écrie le fougueux prélat, que veut 
UN Corneille dans son Cid? etc. ; il ne tolère pas même 
« l'inclination pour la beauté, qui se termine au nœud 
« conjugal; « et voici son motif, sur lequel il insiste, 
et qu'il reproduit sous vingt formes : « La passion ne 
« saisit que son objet, et la sensualité est seule excitée.» 
Le mariage final n'atténue pas le danger, parce que « le 
« mariage présuppose la concupiscence, etc., etc. » 

Après ces rigoureuses maximes, rien n'est plus fait 
pour surprendre que la correspondance de Bossuet avec 
la sœur Cornuau de Saint-Bénigne, où elles sont con- 
tinuellement mises de c^té. Ces lettres sont pleines d'un 



VIE DE MOLIERE. LXIX 

mysticisme aussi exalté que celui de Fénelon et de ma- 
dame Guyon; il y est question sans cesse de Tépoux, 
de s'abandonner aux désirs de Tépoux, de baisers, d'em- 
brassements , de caresses de l'époux , de pâmoisons 
amoureuses, etc. Bossuet conseille à sa pénitente de 
lire le Cantique des cantiques^ et il lui écrit : « Ma chère 
• sœur, laissez vaguer votre imagination. » La recomman- 
dation était superflue ; sœur Gornuau la suivit si bien , 
qu'elle commença à avoir des extases, des visions. Elle 
rédigea par écrit celle de \ Amour dwin (i), et l'adressa 
à Bossuet : ce n'est pas autre chose qu'une série d'i- 
mages excessivement passionnées et voluptueuses, car 
rien ne ressemble à l'amour impur comme cet amour 
pur, rien n'est sensuel comme ce mysticisme. Cepen- 
dant nous voyons Bossuet approuver l'écrit de la sœur 
Gornuau, et, peu de temps après, fulminer l'anathème 
contre le théâtre et les auteurs de comédies. Veut-on 
dire que ces écarts d*imagination soient excusés par le 
nom de Jésus-Ghrist? Le père Gaffaro essayait aussi de 
jostitier l'emploi de \ amour épuré dans la comédie; 
mais Bossuet lui répondait : « Groyez-vous que la sub- 
« tile contagion d'un mal dangereux demande toujours 
« un objet grossier?. . . Vous vous trompez. . . , la re- 
« présentation des passions agréables porte naturelle- 
« ment au péché , puisqu'elle nourrit la concupiscence, 
« qui en est le principe. »> Ges réflexions ne peuvent 
frapper Gomeille, Racine et Molière, sans frapper en 
même temps Bossuet et la sœur Gornuau ; et plus forte- 
ment, j'ose le dire, car on voit tout de suite combien 
le danger est plus grand d'une passion traitée dans une 
correspondance secrète, mystérieuse, que d'un amour 

(i) Voyez ce curieux morceau dans le tome \i des Œuvres de Bossuet , 
io-quarto. 



LXX y» DB Moutei. 

banal, exposé en théâtre public aux regards de plusieurs 
milliers de spectateurs. 

Bossuet ne peut donc échapper au reproche d*iiw 
conséquence. 

Il inroque contre la comédie Tautorité de Platon | 
qui bannit de sa république tous les poètes, sans en 
excepter le divin Homère. Je ne sais si Platon y aurait 
souffert des mystiques comme la sœur Gomuau; en 
tout cas, l'autorité de Platon ne conclut rien, parOe 
qu'on fait dire à Platon, comme à Aristote, tout ce 
qu'on veut. Platon fournira cent arguments en faveur 
de la comédie, quand on voudra les lui demander; par 
exemple, ce passage des Lois, — «On ne peut connaître 
« les choses honnêtes et sérieuses , si Ton ne connaît les 
« choses malhonnêtes et risibles ; et, pour acquérir la pru* 
« dence et la sagesse,il faut connaître les contraires, etc. » 

n est malheureusement trop clair que la rigueur de 
Bossuet contre le théâtre prend sa source dans les co« 
médies de Molière. Sans Molière, Corneille et Racine 
seraient moins coupables ; on ne pouvait séparer leurs 
causes : Tartufe a fait condamner le Cid, C'est surtout 
contre Molière que se déploie l'animosité de Tévêque 
de Meaux; c'est surtout à Molière qu'il en revient. — 
« Il faudra donc que nous passions pour honnêtes leê 
a infamies et les impiétés dont sont pleines les corné» 
n dies de Molière ! » Etait-ce à Bossuet à tomber dans ces 
exagérations , qui , si elles n'étaient de la passion , se- 
raient de la mauvaise foi P était-ce à lui à voir dans Tor* 
iiife^ dans la censure de l'hypocrisie, une impiété ? — « Il 
« faudra bannir du milieu des clirétiens les prostitutioru 
R qu'on voit encore toutes crues dans les pièces de 
« Molière ; on réprouvera les discours où ce rigoureux 
« censeur des grands canons, ce grave réformateur des 
« mines et des expressions de nos précieuses | ëtal« 



VII DE MOLIERE. LXXl 

" cependant au plus grand jour les avantages d*une in- 
• fi^me tolérance dans les maris, et sollicite les femmes 
« à de honteuses vengeances contre leurs jaloux. » Cela 
passe les bornes du zèle légitime. On doit supposer que 
Bossuet, avant de condamner Molière si impitoyable- 
ment, avait pris la peine de le lire : où a-tr-il vu Molière 
exposer les avantages d'une infâme tolérance de la part 
des maris, et provoquer les femmes à se venger de 
leurs jaloux ? Ce n*est pas dans George Dandin , car 
George Dandin est si loin de se prêter à son déslion* 
> neur, que c'est, au contraire, son désespoir et ses com- 
bats qui font le sujet de la pièce ; ce n est pas dans FE- 
cole des maris ^ ni dans r École des femmes y puisque 
Isabelle non plus qu'Agnès n'est mariée à son jaloux. 
Ce n'est ni là, ni ailleurs. J'ai regret de le dire, mais 
les dignités ecclésiastiques ne doivent pas offusquer la 
vérité : Bossuet a calomnié Molière. 

Les canons des marquis, les mines des précieuses, 
dignes objets de l'aigreur et de l'ironie du dernier Père 
de rÉglise ! Mais la haine se prend à tout ce qu'elle 
rencontre. Celle de Bossuet, longtemps mal contenue, 
éclate enfin dans ces paroles odieuses et antichré- 
tiennes : — « La postérité saura peut-être la fin de ce 
« poète comédien , qui , en jouant son Malade imagi^ 
« naire ou son Médecin parjorce (i), reçut la dernière 
« atteinte de la maladie dont il mourut peu d'heures 
« après, et passa des plaisanteries du théâtre, parmi 
« lesquelles il rendit presque le dernier soupir, au tri- 
« bunal de celui qui dit : Malheur à vous qui riez, 
« car vous pleurerez! » Oui, Monseigneur, la postérité 

(i) L*iucertitiide de Bossuet était-elle «incère ? Élait-il si mal instruit de 
ce qui concernait la personne et les œuvres de Molière? Molière n*a point 
fê'it àe Médecin par force; Bossuet ignorait-il le titre du Médecin mair 
fréiuî P 



LIXII VIE DE MOLIERE. 

saura la fin déplorable de Molière, de ce poète comé- 
dien, comme Tappelle Votre Grandeur; et elle saura 
aussi que Tévèque de Meaux, ce grand Bossuet, pou- 
vait haïr jusqu*à souhaiter Tenfer au malheureux objet 
de sa haine, ou du moins triompher, du haut de la 
chaire évangélique, à Tidée de le voir éternellement 
damné. 

Au langage fanatique de Tévéque de Meaux opposons 
celui d'un homme qui fut aussi un prélat célèbre, et 
régal de Bossuet en. vertu , sinon en génie. 

« Je ne suis point de ceux qui sont ennemis jurés de 
« la comédie , et s'emportent contre un divertissement 
« qui peut être indifférent lorsqu'il est dans la bîen- 
« séance. Je n'ai pas la même ardeur que les Pères de 
« l'Église ont témoignée contre les comédies anciennes, 
H qui , selon saint Augustin , faisaient une partie de la 
« religion des païens, et qui étaient accompagnées de 
« certains spectacles qui offensaient la pureté chré- 
« tienne. Aussi je ne crois pas qu'il faille mesurer les 
« comédiens comme nos ancêtres et les Romains, qui 
« les méprisèrent, en les privant de toute sorte d'hon- 
« neurs, et en les séparant même du rang des tribus.... 
« Je leur pardonne même de n'être pas trop bons ac- 
« teurs, pourvu qu'ils ne jouent pas indifféremment 
« tout ce qui leur tombe entre les mains, et qu'ils 
« n'offensent ni la société, ni l'honnêteté civile (i). » 

Voilà mes gens ! voilà comme il faut en user ! 

Il n'est personne qui ne voie combien l'opinion de 
Fléchier est non-seulement plus humaine et plus sensée, 
mais même plus chrétienne que celle de Bossuet. Une 

(i) Fi.KrmER , Mémoires sur Us Grands Jours de i665. 



YIB DE MOLIEBE. LIXIII 

seule façon d'agir eût été plus chrétienne encore : c était 
de prier Dieu pour celui qu'on supposait en avoir tant 
besoin. C'est ce que fit sans doute Fénelon, sans oi^eil 
et sans bruit. 

Saint-Évremond, après une longue vie passée tout 
entière dans le plus dur scepticisme, Saint-Evremond 
mourant écrit à un de ses amis : — a Je ne sais comment 
« on a pu empêcher si longtemps la représentation de 
« Tartufe. Si je me saiwe , Je lui deurai mon salut. La 
« dévotion est si raisonnable dans la bouche de Cléante, 
« qu'elle me fait renoncer à toute ma philosophie ; et 
A les faux dévots sont si bien dépeints, que la honte de 
« leur peinture les fera renoncer à toute leur hypo- 
« crisie. Sainte piété , que de bien vous allez apporter 
« au monde (i)! » 

Ne semble-t-il pas que ce langage soit celui du prélat, 
et que les violences de Bossuet sortent de la bouche du 
vieil incrédule ? 

Molière a répondu d'avance à Bossuet dans cette 
admirable préface de Tartufe^ où la question morale 
du théâtre est traitée solidement, complètement, et qui 
suffirait seule pour mettre Molière au premier rang de 
nos écrivains. La réfutation est si exacte , qu'on dirait 
que l'auteur avait sous les yeux le plan de son adver- 
saire. Entendons-le à son tour : 

« Je sais qu'il y a des esprits dont la délicatesse ne 
« peut souffrir aucune comédie ; qui disent que les plus 
« honnêtes sont les plus dangereuses, que les passions 
« qu'on y dépeint sont d'autant plus touchantes qu'elles 
« sont pleines de vertu , et que les âmes sont attendries 
« par ces sortes de représentations. Je ne vois pas quel 

(i) Voyez le Conservateur, avril 1758. 



hXXtr VtB DK MOLtERK. 

« grand crime c'est que de s'attendrir à la vue d une 
w passion honnête. C'est un haut étage de vertu que 
« cette pleine insensibilité -oîi ils veulent faire monter 
« notre âme. Je doute qu'une si grande perfection soit 
« dans les forces de la nature humaine , et je ne sais s'il 
• n'est pas mieux de travailler à rectifier et adoucir les 
m passions des hommes , que de vouloir les retrancher 
« entièrement. » 

Voilà, en dix lignes, toute la question. Le génie im- 
pétueux de Bossuet poursuit , en foulant aux pieds tous 
les obstacles , un résultat chimérique : la perfection ab- 
solue de riiomme par la religion. Molière ne demande 
aux hommes qu'une perfection relative , et tâche à tirer 
d'eux le meilleur parti possible par les leçons du théâtre. 



CHAPITRE X. 

D'une opinion très-particulière de lliistorien de la société poUe. 

Qui croirait que, parmi nos contemporains, Molière 
a rencontré en France un censeur plus sévère, un advei^ 
saire à lui seul plus rigoureux que Bossuet, Bourdaloue 
et Jean-Jacques réunis? Dans un livre où les faits et les 
personnages du xvii* siècle sont violentés, torturés de 
la manière la plus étrange, sous prétexte de faire l'his- 
toire de la société polie , M. Rœderer n'a pas entrepris 
moins que la réhabilitation complète des précieuses et 
de rhôtel de Rambouillet. Il fausse librement toutes le» 
vues, toutes les données de l'histoire, pour les faire ca- 
drer à son bizarre système. En voici un aperçu: 

Selon M. Rœderer, la société polie ce sont les pré- 



VIB DK MOLtEAB. LUV 

cieuses; la prëciositë, la morale et la vertu, c'est tout 
un. Or M. Rœderer imagine un complot de quatre poè- 
tes, ou plutôt quatre scélérats, ligués contre la morale 
publique et la vertu : ce sont Molière, Boileau, Racine, 
et la Fontaine. Dans quel intérêt, direz-vous? Dans l'in- 
térêt, répond M. Rœderer, de plaire à Louis XIV en 
flattant ses penchants vicieux. Ces quatre poètes travail- 
lant sous la protection du roi , c'est ce que M. Rœderer 
appelle « le quatrumçirat placé sous les créneaux de 
Louis XIV. » Je ne ni*étonne plus de la sympathie de 
M. Rœderer pour les précieuses. M. Rœderer nous peint 
les membres du quatrunii^irat Té\x\\\& et de concert* pour 
« favoriser les mœurs de la cour, célébrer les maîtresses, 
« exalter sous le nom de munificence royale des profu- 
« sions ruineuses, au grand préjudice des mœurs gêné- 
« raies. On faisait tomber des ridicules, mais on les im- 
« raolait au vice; et Thonnéteté des femmes était traitée 
« d'hypocrisie, comme si le désordre eût été une règle 
« sans exception. « [Société polie ^ p. ao6.) 

Je ne voudrais pas jurer que M. Rœderer n'ait re- 
trouvé le contrat d'association, tant il parait sûr de son 
fait. Vainement lui ferait-on observer que Molière et 
Racine sont restés brouillés depuis la représentation 
Sjindromaque^ c'est-à-dire, depuis le véritable début de 
Racine; que Louis XIV, loin de protéger la Fontaine, 
témoigna toujours contre le fabuliste et contre ses ou- 
vrages une invincible antipathie ; M. Rœderer tie s'ar- 
rête pas à si peu : 

« Le quatrumvirat placé sous les créneaux de Louis XIV 
« obtint une victoire facile sur le ridicule; mais il suc- 
< comba devant l'honnêteté, parce qu'elle était appuyée 
« sur la haute société, qui joignait le bon goût à la dé- 
t licatesse des mœurs. Cette société faisait cause com- 
I mune avec la cour contre le mauvais langage et les 



LIIVI VIE DE MOUERE. 

« mauvaises manières, et eut peut-être la plus grande part 
« à leur réprobation; mais elle faisait cause commune 
« avec les bonnes mœurs de la préciosité contre la 11- 
« cence de la cour et contre celle des écrivains nou- 
« veaux , et elle eut la plus grande part à leur défaite. • 
(P. a4.) 

Certes, avant M. Rœderer personne n'avait soup- 
çonné ni cette association de Molière, Boileau, la Fon- 
taine et Racine contre les bonnes mœurs et Tbonnéteté, 
ni surtout la défaite du quatrunwirat. Molière et Boileau 
défaits par les précieuses ! Ceux qui aiment le nouveau, 
quoi qu il coûte, auront ici lieu d'être satisfaits. 

Et quel but pensez-vous que se proposât Molière dans 
le Misanthrope ? Peindre la vertu, et la faire estimer et 
chérir jusque dans les excès comiques où elle peut s'em- 
porter? Point du tout! La véritable intention de Molière 
était de servir les maîtresses de Louis XIV; et en cela 
il était soufflé par Louis XIV lui-même. Préparer le 
triomphe du vice, tel est le sens mystérieux du carac- 
tère d'Alceste : 

« En considérant la position de Molière et le plaisir 
« que le roi prenait à diriger son talent , on se persua- 
« derait sans peine qu'en approchant l'oreille des ri- 
« deaux du roi, on surprendrait quelques paroles dites 
« à demi-voix pour désigner à Molière ce caractère qui , 
« bien que respecté au fond du cœur, avait quelque chose 
« d'importun pour les maîtresses, et pour les femmes qui 
« aspiraient à le devenir, » (P. 219.) 

Vous en seriez-vous douté? Non. C'est que vous n'a- 
vez pas, comme M. Rœderer, approché l'oreille des ri- 
deaux de Louis XIV. 

Et Amphitryon? Vous croyez bonnement que c'est 
une imitation de Plante ; que les personnages de cette 



VIE DE MOLIERE. LIIVII 

comédie sont Jupiter, Alcmène et Amphitryon ? Pau- 
vres gens! vues bornées! détrompez-vous : apprenez de 
M. Rœderer qu'il faut entendre sous ces noms Louis XIV, 
madame de Montespan, et M. de Montespan; dès lors 
TOUS comprenez la malice de ces vers : 

Un partage avec Jupiter 

N'a rieD du tout qui déshonore. 

C'est ingénieux, n'est-ce pas? M. Rœderer fait des 
découvertes admirables dans les pièces de Molière! Mais 
ce n'est pas tout, et voyez jusquoù va son talent : cet 
Amphitryon si gai , si comique , M. Rœderer trouve le 
moyen de le tourner à la tragédie; il mêle là-dedans la 
mort de madame de Montausier, et veut en rendre Mo- 
lière responsable. Gomment? madame de Montausier se- 
rait-elle morte de rire à Amphitryon? Nullement ; elle 
mourut des suites d'une frayeur causée par une vision, 
une apparition en plein jour, Saint^imon et mademoi- 
selle de Montpensier s'accordent sur cette histoire : 
« Madame de Montausier étant dans un passage, derrière 
« la chambre de la reine, où l'on met ordinairement un 
« flambeau en plein jour, elle vit une grande femme qui 
« venait droit à elle, et qui , lorsqu'elle en fut proche, 
• disparut à ses yeux \ ce qui lui fit uue si grande im- 
« pression dans la tête et une si grande crainte, qu'elle 
« en tomba malade. » ( Mémoires de Mademoiselle,) 

Saint-Simon ajoute que la grande femme était mal 
mise, qu'elle parla à loreille de madame de Montau- 
sier ; et que celle-ci étant sujette à certains dérange- 
ments de cerveau , l'on ne sut jamais ce qu'il y avait de 
réel ou de fantastique dans cette scène. 

Vous n'apercevez, je gage, aucun rapport entre cette 
aventure lugubre et Amphitryon F C'est que vous n'avez 
pas les yeux de lynx de M. Rœderer. 



^UVni vu os MOUEV. 

M. Rœderer, avec une sagacité nonpareiUe, devine el 
affirme sans hésiter que le fantôme inconnu n'était au- 
tre que M. de Montespan , déguisé en grande femme 
mal mise, pour, à l'aide de ce costume, pénétrer plus 
facilement dans les appartements de la reine, et faire à 
madame de Montausier de sanglants reproches sur sa 
complaisance pour les amours adultères du roi et de 
la marquise. Or, comme madame de Montausier mou- 
rut de cette affaire » c'est4-dire de Teffroi d avoir vu 
M. de Montespan en grande femme mal mise ; eC 
d'autre part Molière ayant composé Amphitryon dans 
une vue favorable à Tadultère du roi, tout cela donne 
a M. Rœderer le droit de s'écrier : 

« Combien cette mort fait perdre de son esprit et de 
« sa gaieté à V Amphitryon de Molière! et quelle con- 
« damnation la pure vertu dont la société de Rambouil- 
« let avait été l'école prononça par cette mort sur la con- 
« duite de Louis XIV ! « ( P. i35,) 

La beauté de l'expression répond à la justesse des 
pensées. 

Mais voici le chef-d'œuvre de l'immorahté de Mo* 
lière, Touvrage où se montre en plein son intention per- 
verse de protéger le vice et de faire triompher les mau- 
vaises mœurs, toujours sous les créneau)^ de Louis XIV, 
bien entendu. Vous vous hasardez à nommer Tartufe ; 
point! vous n'y êtes pas. Cest les Femmes saifantes ; 
Tartufe n'attaque pas les précieuses. Il n'y avait point 
de précieuses ridicules, point de pédantes; il n'y en a 
jamais eu; Philaminte et Bélise n'ont jamais existé. Mais 
il y avait des femmes d une éclatante vertu, dont la 
conduite immaculée protestait contre la conduite scanda- 
leuse de madame de Montespan. « C'étaient là les fem- 
« mes dont les mœurs inquiétaient Molière et of fen- 
te saient la cour; c'^taimt ces CemmiBS-là que le poète 



VIE OB MOLIEBB. LXXIX 

c voulait attaquer sous le nom de femmes savantes. » 
(P. 306.307.) 

Pour en venir à bout, Molière profita perfidement 
d'une circonstance favorable à son dessein. C'est que ces 
femmes vertueuses « s'appliquaient à l'étude du grec et 

> du latin, à la métaphysique de Descartes, aux sciences 
« physiques et mathématiques; quelques-unes particuliè- 
« rement à l'astronomie. • ( P. 3o6. ) Molière eut la mé- 
chanceté noire d'employer ce hasard pour faire illusion 
au public et masquer son but afïreux ; mais il n'a pu 
tromper l'œil vigilant de M. Rœderer. 

« Cependant Molière, qui voyait le train de la cour con- 
• tinuer, l'amour du roi et de madame de Montespan 

> braver le scandale , imagina d'infliger un surcroie de 

■ ridicule aux femmes dont les mœurs chastes et tes^ 
« prit délicat étaient la censure muette , mais profonde 
« et continue , de la dissolution de la cour. Il ne doutait 
« pas que ce ne fTlt un moyen de plaire au roi et i ma- 

« dame de Montespan La pièce des Femmes savantes 

« est une dernière malice de Molière à double fin : d'à- 
« bord pour se défendre de la réprobation de quelques 

■ mots de son langage et de quelques erreurs de sa mo- 

■ raie ; ensuite pour sentir les amours du roi et de ma^^ 

> dame de Montespan , qui blessaient tous les gens de 
« bien , et dont la mort récente de madame de Montau* 
« sier était une éclatante condamnation. » (P. 3o5-3o6.) 

Que de révélations inattendues coup sur coup ! Mo- 
lière défendant sou propre langage et les erreurs de sa 
morale, Molière sapant les bonnes mœurs dans les 
Femmes savantes! 

Le voilà donc connu ce secret plein d'horreur ! 
« Il est éifident par le travail de cette comédie qu'elle 



LXXX VIE DE MOLIEBE. 

« n'a été inspirée ni par le spectacle de la société , ni 
« avouée par l*art : c*est une œuvre de combinaison po- 
« litique, invita Minerva. » ( P. Sop. ) 

Quoi! les Femmes savantes ont été faites malgré Mi^ 
nefve? Ah! M. Rœderer, je n*y tiens plus; et, comme 
dit Sganarelle à don Juan : « Cette dernière m'em- 
« porte! » 11 faut que la défense des précieuses soit une 
entreprise bien difficile, puisqu'elle réduit à de telles 
extrémités ! 

Le zèle de M. Rœderer pour les précieuses et les pré- 
cieux ne recule devant aucune tAche, ne s effraye d'aucun 
obstacle : il va jusqu'à embrasser Tapologie de l'abbé Co- 
tin ! On sait que l'abbé Cotin avait insulté Molière et 
Boileaudans un libelle rimé, où, parmi cent platitudes 
atroces, il leur reprochait de ne reconnaître ni Dieu, ni 
foi, ni loi ; d'être des bateleurs, des turlupins, mendiant 
un dîner qu'ils payaient en grimaces , après s y être eni- 
vrés jusqu'à tomber sous la table (i). La scène de Va- 
dius etdeTrissotin s'était passée chez Mademoiselle, en- 
tre Cotin et Ménage, justement à l'occasion du fameux 
sonnet à la princesse Uranie ; et, pour preuve, Sainte 
Évremond avant Molière avait reproduit cette scène 
dans sa comédie des Académistes, Ce sonnet à Uranie, 
et le madrigal sur un carrosse de couleur amarante, sont 
imprimés dans le recueil de Cotin; Trissotin s appela 
Tricotin^ c'est-à-dire, triple Cotin^ jusqu'à la douzième 
représentation. Ménage même ajoute que Molière, pour 

(i) Dfspréaux sans argent , crotté jusqu'à l'écliine , 
S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine ; 
Son Turlupin Tassisle , et , jouant de son nez , 
Chez le sol campaguai*d gagne de bons dîners , etc.... 
Ce même Cotin fit contre son ancien ami Ménage une satire intitulée 
la Ménagerie. On voit qu'il ne se contentait i>as d'être un méchant poète; 
il éiait encore un méchant homme. 



VIE DE MOLIERE. LXIXI 

rendre son intention encore plus sensible, avait songé 
d affubler l'acteur d'un vieil habit de Cotin. Ce sont 
là des raisons de quelque poids sans doute , mais non 
pas pour M. Rœderer. M. Rœderer s'indigne de l'i- 
dée qu'on ait pu voir Cotin dans Trissotin. Cette fois, le 
crime lui paraît si énorme qu'il refuse d'en charger 
même Molière! Il s'en prend aux commentateurs : 

« De nos jours, des commentateurs ont osé (quelle au- 
« dace ! ) ce dont les écrits du temps de Molière se sont 
< abstenus, ce à quoi la ^volonté de Molière a été de 

« ne donner ni occasion^ ni prétexte Ils veulent que 

> le Trissotin des Femmes savantes soit précisément 

« l'abbé Cotin! Mais Trissotin est un homme à ma- 

«rier qui veut attraper une honnête famille, et Cotin 
« était ecclésiastique ; Trissotin est un malhonnête 
« homme, et l'abbé Cotin avait une réputation intacte. 
« Un coquin ne prêche pas dix-sept carêmes de suite a 
« Notre-Dame! » Voilà ce qui s'appelle un ai^ment! 
L'abbé Cotin a prêché dix-sept carêmes de suite à No- 
tre-Dame , donc il ne pouvait être un poëte ridicule, et 
Molière n'a pu le jouer en cette qualité. J'ose dire que 
le livre de M. Rœderer est raisonné d'un bout à l'autre 
avec la même puissance de logique. 

A l'occasion de Trissotin , M. Rœderer s'élève contre 
l'impertinence des faiseurs de clefs. Je suis de son avis; 
mais pourquoi nous a-t-il donné tout à l'heure une clef 
de \ Amphitryon? pourquoi prend-il sur lui d'affirmer 
que, sous le nom de Madelon^ Molière a voulu jouer 
mademoiselle de Scudéry, qui s'appelait Madeleine? Il 
s'appuie d'un passage du discours de réception de la 
Bruyère à l'Académie ; il aurait dû s'en souvenir plus 
tôt. La clef du Gargantua et du Pantagruel , celle des 
Caractères f sont beaucoup plus innocentes que celle qu'il 



LIIIÎI VIE DE MOLIERE. 

forge pour Amphitryon; c'est Thistoire de la poutre et 
du fétu de TÉvangile. 

Enfin Molière mourut! Dès ce moment le quatrum^ 
virât dont il était Tâme fut considérablement afiaibli. A 
la vérité, Racine, tout faible qu'il était, fit encore Iphi^ 
génie ^ Phèdre, Esther^ et Athalie; la Fontaine publia 
ses meilleures fables et ses derniers contes ; Boileau, 
ses EpîtreSy le Lutrin^ et V Art poétique; ïtidîis il n'importe: 
le parti honorable ^ la société d* élite ^ comme Vappelle 
M. Rœderer (p. 2i5), commença dès lors à respirer. Le 
parti honorable, ce sont les précieuses, par opposition 
au parti déshonorant ou déshonoré, représenté par Mo- 
lière, Boileau, Racine et la Fontaine, Louis XIV en 
tête. Peu s'en faut que M. Rœderer ne se réjouisse de la 
mort de Molière; et, à tout prendre, on ne saurait lui en 
vouloir, puisque la morale est plus nécessaire que l'es- 
prit, et que « la mort de Molière marqua un terme à la 
« protection que les lettres donnaient à la société licen- 
« cieuse contre la société d'élite. » ( P. 3 29.) Cette mort 
fit un bien infini, car avec Molière disparurent les mots 
grossiers qu il protégeait y et tout rentra dans l'ordre : les 
rois n'eurent plus de maîtresses; il n'y eut plus de pro- 
fusions ruineuses , sous le nom de munificence royale ; 
les mœurs publiques se purifièrent, et devinrent aussi 
irréprochables que celles même de l'hôtel de Rambouil- 
let; en un mot, le temps de la régence fut l'âge d'or 
de la morale et de la vertu. Evidemment tout le mal 
tenait à Molière et aux mots grossiers. 



S'arrêter une seule minute à combattre les asser- 
tions de M. Rœderer, ce serait insulter à la fois la mé- 
moire de Molière et le bon sens du lecteur. Il a suffi 



vu DE MOUERE. LXXXHI 

d exposer ces rêveries; encore ne Teût-on pas fait si lon- 
guement, si le livre qui les contient eût été publié comme 
les autres livres; mais Tauteur a pris la précaution de 
ne le pas laisser vendre : il s* est contenté d'en prodiguer 
de tous côtés les exemplaires en pur don. Par cet ingé- 
nieux moyen , il a échappé à Texamen de la critique^ 
ou bien , si quelqu un en a parlé quelque part , ça été 
pour acquitter en éloges la dette de la reconnaissance 
ou de l'amitié; en sorte que, depuis tantôt dix ans, les 
accusations les plus graves, et, disons le mot, les plus 
calomnieuses, circulent en France, au sein de la société 
polîcy sur le compte des plus nobles caractères et du plus 
beau génie dont notre nation s'honore. Celui qui a ré- 
pandu la gloire de notre littérature dans tous les coins 
du monde civilisé, et l'y maintiendra encore après que 
la langue française aura cessé d'être une langue vivante, 
c'est celui-là que M. Rœderèr a choisi pour en faire le 
chef de je ne sais quelle officine ténébreuse, où, sous 
l'espoir d'un salaire, les quatre premiers poètes du dix- 
septième siècle deviendraient les courtisans des courti- 
sanes, les adversaires de l'honnêteté, et les destructeurs 
de la morale ! Tant de frais pour réhabiliter les précieu- 
ses ridicules et l'abbé Gotin (i)! 

(i) M. Rœderer met toujours Coiiin par deux /. Il déGgure le nom de 
•oa héros, comme ceux de /a Fare et de Roberval , qu'il écrit Lafarrt^ 
et Mohervalie. Ce sont de petits détails , mais non pas sans importance dans 
mi lÎTre qui prétend surtout tirer sa valeur de l'exactitude parfaite des 
petits détails. 

En Toici de plus essentiels : 

M. Roederer (p. xg5) fait la Fontaine plus jeune que Molière , dont il 
plaee k naissance en 1610. L*acte de naissance authentique de Molière , 
pvbUé en x8ai , prouve que Molière est né en 1622 , et donne raison à 
Bret , qui avait indiqué cette date. Ainsi Molière était d'un an plus jeune 
que la Fontaine. 

(P. a8.) Il ne devrait plus être permis de répéter le conte du génie de 
la Fontaine, éveillé en sunaut à vingt -six ans par la lecture d'une ode 



L\X\IV VIE DE MOLIERE. 

Aujourd'hui ces orages sont passés, ces flots de liaîne, 
ces torrents d'injures sont écoulés , et Molière est de* 

de Malherbe. L'onvrage de M. Wtlckenaer , fort antérieur i celiii de 
M. Rœderer, a démoulré k fausseté de celte btsioriette. 

M. Rnderer domne comme un fait notoire et au-dessus de tout examei» la 
représentation des Précieuses ridicutes en proviuce en i654 , c*e8C<4-dire , 
cinq ans avant la représentation i Paris. Il affirme, sans aocuoe preuve , 
jque cette comédie fut jouée à Béziers , durant les états de ProTence. C'est 
là , dit-il , un fait indMiakU que personne n*a jamais contredit II a été 
contredit par Somaise, par de Y isé, par les frères Parfaict, et après eux par 
Bret et par M. Taschereau. Il est surtout déawnli de la manière la plos 
formelle par le registre de la Comédie , écrit de la main de la Grange , 
où il est dit , page 3 , que F Etourdi et le Dépit avaient été joués ca 
prorince , et, page 12 , que les Précieuses étaient une pièce nouvelle ; et 
la Grange , qui y créa le rôle de Jodelet , a répété ce témoignage dans 
son édition des œuvres de Molière : •* En 1659 , M. de Molière vrr les 
« Précieuses ridicules. » 

Ces preuves avaient été rassemblées dans Testimable travail de M. Tas- 
chereau, que M. Rœderer qualifie ^absurde tld^odieux, parce qu'il 
contrarie ion système sur les Précieuses. Il eût mieux Cait de le lire que 
de rinjurier. 

Enfin , M. Rœderer (p. 10) combat Topinion de ceux qui attribuent à 
Molière » i Racine , i Boileau , et aux écrivains de leur temps , le per- 
fectionnement de la langue française ; et , parmi les auteurs i qui il at- 
tribue réellement ce mérite , et qui écrivaient , dit-il , longtemps avant le 
siède de Louis XIV , il cite madame de Sévigné entre Régnier, CorodUe 
et Malherbe. 

D'abord , ni la langue de Malherbe et de Régnier, ni même la langne 
de Corneille , n*est celle de Racine et de Boileau. 

Ensuite le recueil des lettres de madame de Sévigné ne commence qu'ea 
167 1. n est vrai que nous n'avons pas toute sa correspondance; mais 
il faut être aussi prévenu et aussi intrépide que M. Rœder«T pour se faire 
un argument de ces lettres perdues , dont on ignore et le nombre et la 
date : « Une multitude d'autres sont perdues. On pourrait assurer, sans les 
m connaître , que ce sont les plus curieuses , les plus variées , les plus 
« charmantes. » Tout est possible i M. Rœderer , hormis de dissimuler 
sa passion. A chaque page de son livre on reconnaît Thomme qui discute 
avec un parti pris , et ne se fait aucun scnipule d'altérer, de mutiler l'his- 
toire, pour la pHcr à ses idées. 

Quant à dire que Cathos et Madelon sont •* des bourgeoises presque 
m canailles ; » que Tallemant parle de madame de Sablé « comme d*iiae 



VIE DE MOLIERE. LXXXV 

bout. ViTant , il fut Tilipendé par les fanatiques et les 
hypocrites ; on se filt scandalisé de l'idée seule de l'ad- 
mettre à l'Académie française : un comédien ! A sa mort 
le peuple fut ameuté devant sa maison, et sa Teuve se 
vit obligée de jeter de l'argent par les fenêtres , pour 
qu'on le laissât prendre possession de ce petit coin de 
terre obtenu par prière. Cent ans après, l'Académie 
française mettait l'éloge de Molière au concours; il 
fallut cent autres années pour qu'on osât saisir l'occa- 
sion d'élever la première statue de Molière, sur une 
fontaine, contre un pignon, à l'angle de deux rues 
fangeuses. Encore un siècle de patience, et Molière ob- 
tiendra peut-être sur une place publique de Paris un 
monument sans partage, digne de lui et de nous. La 
justice de la postérité est lente, mais elle est sûre j et 
d'autant plus complète qu'elle s'est fait davantage at- 
tendre. Sachons gré à Louis XIV de l'avoir devancée. 
Elle a commencé enfin pour Molière, celui de tous les 
génies français qui représente le mieux la France. Ce 

iatrigante fieffée et d*UDe imigne catin Cp. 940) ; ces expressions et beau- 
coup d'tutres pareilles , semblent indiquer que l'auteur n*était pas né pour 
être rbistorien de la société polie. 

Au reste, rette prétendue histoire de la société polie se résume en trois 
points : éloge de Tbôtel de Rambouillet ; invectives contre Molière ; amours 
de Louis XIV avec M"* de la Yallière, M"' de Montespan, M"«deMain- 
teoon. M** de Ludre, M** de Gramont et M"* de Fontanges. Sur 
trente-sepi chapitres, les iutrigues galantes de Louis XfV en remplissent 
treiie, qui font plus de la moitié du volume. L'auteur prétend que « le 
« triomphe de M"" de Maiuteuon est celui de la société polie. « — «On sait , 
« dit-il, que le mariage de M"** de Maintenon fut une longue partie d*échecs, 
« où la veuve Scarron fit son adversaire mat en avançant opiniâtrement la reli- 
« gion.» M. Rœderer disserte li-dessus en docteur qui aurait pris ses degrés 
dans les cours d'amour, et son style cette fois est tout à fait digne de 
l*hAtd de Rambouillet : « La main du roi fut sollicitée par la religion en 
« faveur de l'amour ; l'amour l'aurait peut-être donnée sans elle , et elle 
« ne Taurait pas donnée sans lui. » (P. 464*) L*abbé Colin ou l'abbé de 
Pure n*eût pas rencontré mieux. 



LUIVI VIE DE MOLIERE. 

que Cicéron promettait à Auguste, on peut le promettre 
bien plus sûrement à Molière : Nulla unquam œtas dt 
laudibus suis conticescet ^ Aucune époque ne tarira ja- 
mais sur tes louanges (i). 

(i) La vie de Molière a été souvent écrite. Parmi ses historiens , les plui 
célèbres sont Griiiiarest et Voltaire; c'est la source où sont allés puiset 
tous les autres. Le livre de Griinarest a l'avantage d'élre le plus rapproché 
des faits qu*il expose; mais il manque de critique et de style. L*écrit de 
Voltaire fourmille d'inexactitudes et de négligences; il n'est digue ni de 
Voltaire ni de Molière. L'auteur, travaillaut pour obliger uu libraire , at- 
tachait à sou œuvre une importance fort médiocre : il comptait en rejeter 
la responsabilité , et sVvader par Tanonyme. Mais Voltaire aurait dA se 
rendre plus de justice, et sentir que tout lui serait possible en littérature , 
hormis de se cacher. Dans ces derniers temps , des découvertes importantes, 
dues en partie a M. de Beffara , ont révélé des faits jusqu'ici inconnus , et 
mis à mémo de rectifier des erreurs graves. Eu sorte que , pour l'aboudancç 
des renseignements comme pour la sûreté de la critique, rien n'approche 
du travail de M. Jules Taschereau , Histoire de la vie et des ouvrages de 
Molière^ souvent cité dans cette notice. C'est un monument durable, éleré 
par une main habile et pieuse à la gloire du père de la comédie 
française. 



TABLE. 



PâgM. 

ûupmF I^. Naissance de Molière. » Ses études. — Il se fait 
comédien ambulant. — 11 débute à Paris par 
les Précieuses ridicules \\ 

^ n. Mariage de Molière. — Molière se brouille a?ec 
Racine. — Il est accusé d*ioceste. — Louis XIV 
le protège xwu 

^ III. Le Don Juan de Tirso de Molina et celui de Mo- 
lière. — Fureur des hypocrites en Toyant les 
Provinciales sur le théfttre \\\ 

— lY. Xe Misanthrope ; — critiqué par J. J. Rousseau. 

— Le Timon de Shakspeare xxti 

— V. Tartufe; — attaqué par Bourdaloue, défendu par 

Fénelon •* ... xxxi 

— VI. Amphitryon , George Dandin, r Avare. — Les 

farces de Molière. — Ses derniers ouvrages — xxxyiii 

— vn. Caractère privé de Molière. — Sa mort. — Son 

talent comme auteur xuii 

— VlII. Du génie dramatique de Molière. -^ Du style de 

Molière mi 

— DC. De la moralité des comédies de Molière. — Atta- 

ques de Bossuet. — Sentiment de Fléchier sur 

la comédie et les comédiens lxvu 

— X. D'une opinion très-particulière de l'historien de la 

société polie lxxit 



ERRATA. 



Page 51, lig. 14 : on se contente du simple c devant o et «; 
lisez : devant o et a. 

Page 184, lig. 21 : 

Nel piiet nommer et ne parquant 
Balbié Ta en souglotant. 

lisez en seul mot neporquant , ou en trois mots ne por quant 
(neque per quantum , non pas même pour autant , nonobstant 
cela). Il n'y a point de motif de séparer une des trois racines. 

Pag. 166^ lig. 9 : le sepulchre u li bom huem fud oiseveliz; 
lisez : u li bans huem. 



LEXIQUE 



DE LA 



LANGUE DE MOLIÈRE. 



À, devant un infinitif, propre à, capable de, de 
force ou de nature a. . . • 

CherchoDi une maison à vous mettre en repos. {VÈt, Y. 3.) 

Je me setis un coeur à aimer toute la terre. (Z>. Juan, I. a.) 

Je n'ai point un courroux à s'exhaler en paroles vaines, {ibid, I. 3.) 

Pour de l*esprit , j'en ai sans doute, et du bon goût 

A juger sans étude et raisonner de tout , 

A faire au\ nouveautés , dont je suis idolâtre , 

Figure de savant sur les bancs d'un théâtre. !(^û. III. i.) 

Et la cour et la ville 

Ne m'offrent rien qu'objets à m* échauffer la bile. {Ihid, I. x.) 

Monsieur n'est point une personne àjaîre rire, (Poure, I. 5.) 

Des ennuis à ne finir que par la mort. {Am, Magn. 1. 1.) 

— À, devant un infinitif, pour en suivi d*nn participe 
présent : 

On ne devient guère si riche à être honnêtes gens. (B, Gent, III. la.) 

En étant honnêtes gens. 

L'allégresse du cœur s'augmente à la répandre, {Ècdesfem, IV. 6.) 

En la répandant y lorsqu'on la répand. 

Cette tournure correspond «lu gérondif en do, on au su- 
pin en ic des Latins , qui n*est lui-même qu'un datif ou un 
ablatif^ l'un et l'autre marqués en français par à : vires aequi' 
rit aundo; diffundUur audliu. 



— 2 — 

Il faut avec ^rigueur ranger les jeunes gens , 

Et nous faisons contre eux à leur être indulgents. (£c. tlesf, Y. 7«} 

En leur étant indulgents. 

Voire choix est tel , 
Qu*à TOUS rien reprocher je serois criminel. {Sgan, ao.) 

En vous reprochant rien , si je vous rq)rochais rien. 
-— À , devant an infinitif , marque le bat : 

. . .Un cœur qui jamais n'a fait la moindre chose 

 mériter l'affront où ton mépris Texpose. {Sgan, z6.) 

Pour mériter, tendant à mériter. 

Si c'éioit une paysanne, tous auriei maintenant toutes yos coodées 

franches à vous en faire la justice à bons coups de bâton. {G, D. I. 3.) 

Lorsque si généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire 

pendre cc% deox personnes qui ne Ta voient pas mérité. {Pourc. 1. 3.) 

Ah ! c'est ici le coup le plus cruel de tous , 

Et dont à s'assurer trembloit mou feu jaloux. (Ampk, II. a.) 

La chose quelquefois est fâcheuse à connoitre. 

Et Je trembU à la demander, ^liid, IL a.) 

— « A , devant an infinitif, aa point de , jusqu'à : 

La curiosité qui vous presse est bien forte, 

M'amie, à nous venir écouter de la sorte! {Tart. U. a.) 

— Â, devant un infinitif, par le moyen de : 

Et que deviendra lors cette publique estime 

Qui te vante partout pour un fourbe sublime , 

Et que tu t'es acquise eu tant d'occasions , 

A ne t'étre jamais vu court d'inventions! {CÈt, ni. i.) 

— A mppHmè. 

Voyez PEÉPosiTioN supprimée. 

— A datif, redoublé surabondamment: 

Et je le donnerois à bien d'autres qu'a moi , 

De le voir sans chagrin au point où je me voi. {Sgan, i6.) 

Que de son cuisinier il s'est fait un mérite, 

Et que c'est à sa table à qui l'on rend visite. (Mis, II. 5.) 

L*on prescrit aujourd'hui de dire à bien d'autres que moi,,». 
C'est à sa table que l*on rend visite , sotis préte&te que les 
deux datifs font double emploi i mais cette fêifou de parier est 



— 3 — 

originelle dans notre langue, et nous vient du latin, où cette 
symétrie des cas est rigoureusement observée entre le substan- 
tif et son pronom relatif. 
Boileau a dit de même : 

« C'est à voiiSf mon esprit , à qui je veux parler. » (Sat, IX.) 
Yen qu'il lui eut été facile de changer, et qu'il voulut main- 
tenir, avec raison \ car ce pléonasme est dans le génie et la 
tradition de la langue ; 

Ls drapier: 
« Par la croix où Dieu s*estendy , 
•• C'est à vous à qui je vendy 

« Six aulnes de drap , maistre Pierre. » (Pathelin,) 

Voyez DE redoublé surabondamment. 

— A VOUS, où nous ne mettons plus que wu$. 

Voilà un homme qui veut parler à vous, {Mai. im, II. a.) 

— A datif , marquant la perte ou le profit. 
Êt&e ami a quelqu'un : 

Mais, quelque ami que vous lut soyez... (D, Juan, III. 4.) 

Cette tournure vient des Latins, qui l'avaient empruntée aux 
Grecs. 

— ' A (un substantif) devant, en présence de... 

A r orgueil de ce traître , 
De mes ressentiments je n*ai pas été maître. {Tart, Y. 3.) 

A cette audace étrange , 
J*ai peine à me tenir, et la main me démange. (Ih'id, Y. 4.) 

— A pour de ; essayer à , manquer à , tâcher à... 

EssajreM, un peu, par plaisir, à m*enToyer des ambassades, à m'écrire 

iecrètement de petits billets doux , à épier les moments que mon mari n*y 

sera pas.... (G. Z>. I. 6.) 

Manquez un peu , manquez à le bien recevoir. (^ff^- <•) 

Depuis assez longtemps /« tiUkê à le comprendre. (Ibùi, III. 5.) 

— A pour en y dans : se mettre quelque chose a la 
tête: 

Pensez-vous 

Et , quand nous nous mettons quelque chose à la tétêf 
Que rhomme le plwfiniMMMtpfti meliétt? (£c. du Mar. h a.) 

t. 



~ 4 — 

— A pour contre; Chakger vue chose A uhb 

AUTRE: 

Et , des rois les plus grands m'offrit-on le pouvoir. 

Je ny changerais pas le bonheur de tous Toir. {MéticerU, II. a.) 

« Ce jour même , ce jour, Theureuse Bérénice 

•t Change U nom de reine au nom d^impéralrioe.» (Eacxvi, Bérén.) 

— A pour sur, d'après ; a mou sERMEirr : 

Je n*en serai point cm à mon serment, et Ton dira que je rêve. (G,D. II. S.) 
A mon serment Ton peut m*en croire. (Jmpli. II. i .) 

— A dans le sens de par^ se laisser séduire a. ... : 

Et ne vous laissez point séduire à vos bontés, {Fem, sav. Y. a.) 

.... Et que j*aurois cetle faiblesse d'âme 

De me laisser mener par le nez à ma femme? {Ibid, V. 2.) 

Il est clair qtie Molière a voulu éviter la répétition de par, 
A se construit avec laisser; par se construirait avec mener. 

Voyez A cause que , — A ce coup , — A cette fois , — A 

CRKDIT , — A LA CONSIDÉRATION , A i/eNTOUE DE , — A 

1/ HEURE , A MA SUPPRESSION , — A PLEIN, A SAVOIR , 

Au et Aux. 

ABANDONNER. Abat^doinner 80i9 coeur a..., suivi 
d'un infinitif : 

Aussi n*aurois-je pas 
Abandonné mon cœur à suivre ses appas. . . . (Ec, des Mar, II. 9.) 

ABOYER , métaphoriquement ; aboyer après quel- 
qu'un, en parlant des créanciers : 

Nous avons de tous côtés des gens qui aboient après nous, {Scap, I. 7 .) 

ABSENT. Absent de quelqu'un : 

Et qu*un rival , absent de vos divins appas (Z>. Garcie, h 3.) 

« Nul heur, nul bien ne me contente, 

« Absent dt ma divinité, » ( François I'^. ) 

C*est un latinisme : abesse ab, 
A CAUSE QUE. 

Vous ne lui voulez mal , et ne le rebutez 

Qu*a cause qu*'ï\ vous dit i tous vos véritit. {Tart, I. x.) 



— 5 — 

Et voilà qu'on It chasse avec un grand fracas , 
A eatue qu'elle manque à parler Yaugelas. (Pem. stw, II. 7.) 

« Cea% qu*ou nomme chercheurs , à cause que, dix-sept cents ans après 
« J. CL, ils cherchent encore la religion. » (Bossubt. Or, fun. de la R, ttj.) 

ACCESSOIRE. Eif un tel aggessoibe, en pareille cir* 
constance : 

Et tout ce qti*elle a pu , dans un tel accessoire , 

Cest de me renfermer dans une grande armoire. (Ee. desf, IV. 6.) 

Accessoire paraît un mot impropre , suggéré par le besoin 
de rimer. On voit , à la plénitude du sens et à la fermeté ha- 
bituelle de l'expression , que Molière avait , comme Boileau , 
Tosage de s'assurer d'abord de son second vers. De là vient 
que souvent le second hémisticbe du premier tient de la che- 
ville, comme en cette occasion. (Voyez chevilles.) 

ÀCGOISEB, calmer: 

I«r MBoicnr. Adoucissons, lénifions et accoisons Taigreur de ses es- 
prils. (Pourc. I. a.) 

L'orthographe primitive est quoij quoie, de quietus : on de- 
vrait donc écrire aussi aquoiser ; mais l'écriture s'applique à 
saisir les sons plutôt qu'à garder les étymologies: C'est une 
des causes qui transforment les mots. 

Accoiser était du langage usuel ; Bossuet s'en est servi dans 
sa Connaissance de Dieu ; les éditeurs modernes ont changé 
mal à propos cette expression. Voici le passage tel qu'on le lit 
dans l'édition originale donnée par l'auteur : 

« Si les couleurs semblent Taguer au milieu de Pair, si elles s*affoiblissent 
« peu i peu, si enfin elles se dissipent , c^est que le coup que donnoit l'objet 
- présent ayant cessé, lii mouvement qui reste dans le nerf est moins fixe, 
« qu'il se ralentit , et enfin i^accoise tout à fait.» 

On a substitué qu'il cesse tout à fait, (P. 93, éd. de 1846. ) 

ACCOMMODÉ pour à ïaise , opulent : 

J'ai découvert sous main qu'elles ne sont pas fort accommodées, 

{JL'Av, I. a.) 

Le seigneur Anselme est un gentilhomme qui est noble, doux, 

posé, sage, et fort accommodé, (Ibtd. I. 7.) 

m Mon père estoit des premiers et des plus accommodez de son vil- 
• lage. • (SciLEEOir, Âom, com,^ x* p., di. xiii.) 



— 6 — 

Trévoux dit : 

« Un homme riche et accommodé, dives,» • Uo homme assez accommodé 
des biens de la fortune, » ( Mascajioh. ) 

Cette locution accommodé des biens de la fortune paraissant 
trop longue, on a fini par dire simplement accommodé. Mais 
ce qui est plus singulier, c'est de trouver incommodé ansaî 
absolument et sans régime , pour signifier pauvre, dans la gène 
ou la misère. 

m Revenons donc aux personnes incommodées, pour k sonlaganent det- 
« quelles nos pères. . .assurent qu'il est permis de dérober, non-seulemMl 
« dans une eitréme nécessité. ...» ( Pascal , 8* Prov.) 

(Voyez INCOMMODE.) 

— ACœMHODÉ DE TOUTES PIÈGES : 

Est-ce qu'on n*en Toit pas de toutes les espèces. 

Qui sont accommodés chez eux de toutes pièces ? (Mc*desfem.l.t.) 

On ne sauroit aller nulle part , où l'on ne vous entende accommoder de 

toutes pièces. ( L'j4v. III. 5.) 

L'on vous accommode de toutes pièces, sans que vous puissiez tous 

venger. (G. D. I. 3.) 

Cette métaphore, de toutes pièces, nous reporte au temps de 
la chevalerie. Un chevalier, accommodé de toutes les pièces 
de son armure , était accommodé aussi complètement que pos- 
sible; il n*y manquait rien. 

Tai en main de quoi vous faire voir comme elle m'accommode. {G,D. U. 9.) 

— AGGOMMODEH A LA COMPOTE *. 

- U me prend des tentations à^ accommoder tout son visage à la compote... 

( G. D. n. 4. ) 

ACCORD. Être D'AcœRD de, convenir, reconnaître : 

Autant qu*«/ est d! accord de vous avoir aimé. (Amph. U. 6.) 

Qu*aux pressantes clartés de ce que je puis être , 

Lui-même soit d'accord du sang qui m'a fait naître. (Ih. III. 5.) 

— ALLER AUX AcœRDs , être conciliant; accommoder 
les choses : 

Argatiphontidas ne va point aux accords. ( Amph, III. 8.) 

ACCOUTUMÉ; avoir accoutumé, avoir coutume : 

f Ailes, monsieur, on voit bien que vous n^avez pas accoutumé de parler 
à des visages. (Mal. im. UÎ.6.) 



— 7 _ 

ACCBOCHË , AGGROGHé A QUELQU'UT» : 

Bfau aux hommes par trop vous êtes accrocliées, {Amph, 11,5. ) 
Sur cette locution /ar rny?, je ferai observer que c'est un des 
plus anciens débris de la langue française primitive. Par s*y 
coQstruity non avec trop , mais avec Tadjectif ou le participe 
qui le suit , et qui se trouve ainsi élevé à la puissance du super- 
latif. C'est une imitation de l'emploi de per chez les latins : 
pergrandis , pergratus. Cette formule se pratiquait en français 
avec la tmèse de par; c'était comme si l'on eût dit sans tmése : 
Tous êtes trop paraccrochées aux hommes. 

Par se construisait de même avec les verbes : parfaire ^para- 
ehet^r, parcourir y parbouii/ir , pargagner : 
Pourtant, et 8*il eust barguigné 
Plus fort , il eust par bien gaîgné 

Un escu d'or. {Le nouveau Pathelin,) 

S'il eût marchandé , il eût bien pargagné un écu d'or. 
(\ojezDes Variations du langage français ,i^. a36.) 
A CE COUP : 

Voyons si votre diable aura bien le pouvoir 
De détruire, à e« coup 9 un si solide espoir. ( VfJ, Y. x6.) 

(Voyea a csttb rois.) 
À CETTE FOIS : 

Uais à cette fois, Dien merci ! les choses vont être éclairdes. (G,D, III. S. ) 

Racine a dit pareillement : 

« La frayeur les emporte, et , sourds à cette fois, 

« Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix. » ( Phèdre, V. 6.) 

4 cette fois était la seule façon de parler admise originaire- 
ment: 

«I Je ne say plus que vous mander 
m A cette fois ^ ne mes que tant 

« Que je di : a Dieu vous commaot.» {fiom, de Couey. v. 3 184;) 
A se mettait pour marquer le temps , où nous mettons au- 
jourd'hui sans prépositions un véritable ablatif absolu; ce- 
pendant nous disons encore a toujours y à jamais j comme dans 
le Roman du Châtelain de Coucy : % 

«Yostre serois à tousjours hmu/... it (Coucy, w, 5357.) 



— 8 — 

m Aune auUrefoU, ib (lei Ei|iigiioU)iDeireiitbrufller p^ur wiecNqp, eo 
« mesme feu , quatre cenli soixante hommes touts vifs. » (Most. m. 6.) 

Nous dirions : une autrefois, 

«Eu quoy (à bien employer les ridiesseide l*État) le pape Grégoire 
•t treizième laissa sa mémoire recommandable i long temps; et en quoy 
« noftre royne Catherine tesmoigneroit à longues années sa libéralité iiatu- 
« rdle et munificence , si les moyens suffisoient à son affection. » 

(Moar. Ihid.) 

Bossuet dit toujours à cette fois : 

«Mais, à cette dernière fois, la valeur et le grand nom de Cyms fit 
« que etc. » (Hist. Un. IIP p. $ 4«) 

ACHEMINER quelqu*ijn a une joie : 

Ah ! Frosine , la joie oii vous m'oekemines C^* '"*• ^* ^') 

ACOQUINER quelqu'un a quelque chose: 

Et je crois , tout de bon , que nous les verrions (les femmes) nous courir, 
sans tous ces respects et ces soumissions oit tei hommes les acoquinenL 

(Pr, d'EL m. 3.) 
Mon Dieu , qu*^ tes appas Je suis acoquine'/ (Dép, am, IT. 4.) 
•t. . . . tant les hommes sont acco^fuinez à leur estre misérable! • 

(MovTAiGHK. IL 37.) 

Coquin, au moyen âge, signifiait un mendiant paresseux ^ 
d^oùTon est passé à l'idée de malfaiteur ou de voleur dissimulé. 

«Lesquels jeunes hommes, venant de la ville de Roches en la ville de 
« Raeil , ou chemin trouvèrent un homme en habit de quoquin. . . . .» 

{Lettres derémiuion de i375.) 

« Un homme querant et demandant Taumosne, qui estoit vestu d*unnian- 
« teau tout plain de paletaux , comme un coquin ou caimant(i). » 

{Lettres àt 139a.) 

« Pierre Perreau, homme pbin d*oisiveté. . • alant mendiant et coqninani 
• parle pays. » {Lettres de 1460.) 

Dans les Actes de la vie de saint Jean , il est question d'im 
jeiue homme qui insultait le saint : 

«Tocando ipsum coquinum et truantem.» (Ducànoi, in Coquinus.) 

S'acoquiner est donc s'attacher comme fait un mendiant 
importun à celui qu'il sollicite. 

L'étymologie la plus probable dérive coquin de coquina^ 

(a) D« tmimmHt il noas mtefii«M«iM/«r. 



— 9 — 

cuisine , lieu que les coquins hantent volontiers. On voit déjà 
dans Plaute que cuisinier était synonyme de voleur : 

Mihi omnis anguloi 

Funim implevisti in ledibus misero mihi , 

Qui ÎDtromisisti in «des quingentos coquos, (AuiuL) 

Forum coquinum qui Yocant stulte vocant ; 

Nam non coquinum, nerum furinum est forum. (PseudoL) 

Voyez Du Cange , aux mots coquiniis et cociones. 
^icoty au mot accoquinery dit sans autorité que coquin signi- 
fiait privé y familier, 

À CRÉDIT , grataitement : misérable a CRiDir : 

Cesl jouer en amour un mauvais personnage , 

Et se rendre, après tout, misérable à crédit, {Dép, am, I. a.) 

ADIEU VOUS DIS , sorte d'adverbe composé : 

Adieu vous dis mes soins pour Tespoir qui tous flatte. (VÊt, II. i.) 
Il faut considérer adieu vous dis, ancienne formule, comme 
aelieu tout simplement , sans tenir compte du vous ni du verbe 
dire : Adieu mes soins pour Tespoir qui vous flatte. 
L'édition de P. Didot ponctue, d'après celle de 1770 : 
Adieu , tous dis , mes soins pour Tespoir qui vous flatte. 
Où Ton voit que l'éditeur prend vous dis pour vous dis-Je : 
— Adieu mes soins, vous dis-je, , . Ce n'est pas \% sens. Fous 
dis ne s'adresse pointa l'interlocuteur deMascarille, pas plus 
que ce n'est une apostrophe : adieu vous dis , ô mes soins ! 
C'est tout simplement : Adieu mes soins. 

A DIRE VÉRITÉ, pour dire la virile : 

Mais il Tant beaucoup mieux , à dire vérité. 

Que la femme qu'on a pèche de ce cdté. {Èc, des Jem, III. 3.) 

ADMETTRE chez quelqu'un, introduire : 

En TOUS le produisant, je ne crains point le blâme 

D*aToir admis chez tous un profane, madame. (JFem, sav,JXl, 5.) 

ADMIRER DE (un infinitif) : 

fadmir€ de le voir au point où le Toilà. (te, desfem, 1. 6.) 

Et ) admire de voir cette lettre ajustée 

Avec le êtiu des moU et la pierre jetée. ( ièid, III. 4-) 



- 10 — 

— ADMIRER GOMME. ... : 

TaJmire comme le ciel a pu former deux âmes auad semUables en 
tout que Jes nôtres (Pr. JtEL IV. i.) 

Pascal a ait j'admire que : 

« Car qui vl admirera que notre corps. . . . soit à présent un colosse , an 
« monde, etc. » {Pensées, p. 281.) 

« Tous admirerez que la dévotion qui étonnoit tout le monde ait pu être 
« traitée par nos pères avec une telle prudence, que.. • # . . , etc.» (9* Pro».^ 

« Il faudroit admirer qu'elle (cette doctrine) ne produisit pas wtle U- 
• cence. » (iK^Prm^) 

ADRESSES , au pluriel : 

Enfin, j'ai vu le monde et j'en sais les finesses : 
Il faudra que mon homme ait de grandes adresses » 
Si message ou poulet de sa part peut entrer. 

{ie,desfm,T^.S.) 

ADBESSER , diriger, faire arriver : 

Mon esprit, il est vrai, trouve une étrange voie 

Pour adresser mes wmix au comble de leur Joie. (£*Al HT. 9.) 

AFFECTER, affectionner; rechercher a ycc affection. 

— MoifTRER D* AFFECTER 9 étaler de Taffeetion ou la 
laisser paraître: 

Vous buviez sur son reste, et montriez d'affecter 

Le côté qu'à sa bouche elle avoit su porter. ( VRt. IV. 5.) 

— AFFECTER L'EUMPLE DE QUELQU*I79 : 

Diane même, dont vous affeeten tant t exemple, a'a pas ro«|l àê 
pousser des soupirs d*amour. (Pr. d^EL H, i.) 

AFFOLER, Y. a. être affolé de quelqu'uk» figu- 
rëment en être épris : 

Tous ne sauriez croire comme elle est affolée de ce Lésmdrt* 

{Méd, malgré lui. UL 7.) 
Affoler ne signifie pas rendre fou, comme l'explique le 
Suppl. au Dict. de TAcad., mais blesser^ au propre et au fi- 
guré. C'est le \erhe fouler composé avec a, marquant le pro- 
grès d'une action, comme dans nlentir^ apetiser, agrandir, 
amaladir. Elle en est affolée y elle en est férue. 

« Ha î le brigand ! il m'a tout affolée. • (La Fowt. It diable de Pap.) 



— 11 — 

Rendre fou se disait affolir ( racines» yô/, foliêy et <i).llon- 
Uigne a bien gardé la différence de ces deux mots : 

« Et leur sembloit que c'estoit affoler les mystères de Yeniu, que de 
« les oster du retiré sacraire de son temple. » (H, la}.» Lœdere mysleria 
Veneris. 

« n y a non-tttilement du plaisir, mais de la gloire encores, d'ajQ^o/ircesIe 
« moUe doulceor et ceste pudeur enfautine. » (Moht. U. i5.) 

On avait composé aussi de foler (fouler) gourfoler ou 
gourfouler. (Voyez Du CANCs^au mot affolare,) 

Ce. qui aura conduit à confondre les deux formes de l'infi- 
nitif, c'est qu'en effet le présent de l'indicatif est le même : 
le berger Aignelet , à qui son avocat recommande de ne ré- 
pondre à toutes les questions autre chose sinon bée, s'y en- 
gage : 

« Dites hardiment que Raffole , 

« Si je dis huy autre parole. » {Pathelin,) 

On remarque de plus , dans cet exemple , affoUr employé au 
sens neuti-e , pour devenir fou. 

De même , un peu plus loin , quand le drapier brouille son 
drap et ses moutons , Pathelin s'écrie vei'S le juge : 

« Je regny sainct Pierre de Rome, 
« S'il n*est fin fol, ou il affole, » 

11 est fou y ou il le de\'ient. 

AFFRONTER QUixQu'uiï, le tromper effrontément, 
jusqa^à l'outrager et s'exposer à sa vengeance : 

Ah I TOUS me laites tort! S'il faut qu'on tous affronte, 

Croyez qu'il m'a trompé le premier à ce conte. ( L'Mt. rV. 7«) 

GooroDS-le donc chercher, ce pendart qui m^affronte, 

{Sgan.in.) 

Si j'y retombe plus, je veux bien qu'on xt! affronte, 

{Ec,deifem.lLS.) 
« A votre aTÎi» le Mogol est-il homme 
« Que l'on osât de la sorte affronter ?n (La Foirr., la Mandr,) 

— AFFRO]IVT£R UTf COEUR : S 

Un cœur ne pèse rien, alors que Ton V affronte, (Dèp, am, n. 4-) 



— 12 — 
AGRÉER QUE. . . 

Agréez, monsifur, qut je vous félicite de votre mariage. {Meu-:for. la.) 

AGROUPÉ : 

Les contrastes savants des membres agroupés. 
Grands, nobles, étendus, et bien développés. 

( La Gloire du Val de Gréée.) 

Trévoux le donne comme un terme technique en peinture, 
et cite cette phrase de Fcllhien : a II fkut que les membres soient 
« agroupés aussi bien que les corps.» 

Sur Va initial des verbes composes , voyez assavoie. 

AHEUBTÉ A QUELQUE CHOSE : 

De tout temps elle a été aheurtée à cela, {Mal, im, L 5.) 

Nicol donne pour exemple : 

« Un aheurtc plaideur, uu homme confit en procès, un plaidereau.» 
Selon Trévoux , il se dit aussi absoliuuent : c'est un homme 
qui s*aheurte , uu homme aheurtc. 

AIENT en deux syllabes : 

Ils ne vous ôtent rien, eu m*ôtant à vos yeux , 

Dont ils n'aient pris soin de réparer la perte. (Psyché, II. i .) 

AIGREUR , ressentiment : 

Et Y aigreur de la dame , à ces sortes d outrages 

Dont la plaint doucement le complaisant témoin, 

Est un cbamp à pousser les choses assez loin. {Ec. des m. I. 6.) 

On a peine à concevoir une aigreur qui est im champ. 
AIMER (S') QUELQUE PART , s'y plaire : 

Pourquoi me chasses-tu ? — Pourquoi fuis-tu mes pas ? 
— Tu me plab loin de moi. — Je m'aime oit tu n'es pas. 

{Mélicerte, 1.1.) 

AIR , façon , manière , agir d'un air traiter 

b'uk air : 

Au contraire, j'tf^ii d'tm air tout différent, {VEt. V. i3.) 

Et traitent du même air Thonnéte homme et le fat. (Mis. 1. 1.) 
Et je me vis contrainte à demeurer d'accord 
Que Vair dont vous viviez vous faisoit un peu tort. {I6id, III. 5.) 



— 13 — 

Piriez, don Juao , et voirons de quel air vous saurez vous jastifier. 

(Z). Juan. I. 3.) 

— AVOIR DE l'air DE. . . • ressembler à. ... : 

Et set effets soudains (i) oui de tair des miracles, {Èc, des fem, in.4.) 

AJUSTER (S) A : 

Ne Toyez-vous pas bien que tout ceci D*est fait que pour noiu ajuster 
aux luisions de Totre mari ? {B, gent. Y. 7.) 

— AU TEMPS : 

Suivons, suÎTODS Texemple, ajustons-nous au temps, (JPsyché. I. x.) 
On remarquera dans ce verbe, s'ajustera, . . , le pléonasme 
du datif qui s'y montre à l'état libre et dans la composition , 
preuve que le datif redoublé n'est pas plus contraire au génie 
de la langue française que ne l'est en latin le redoublement 
analogue de la préposition adspirar ad y addere ad. 

On trouve dans la version des Rois, se j aster h et s* ajuster à, 
La même observation s'applique à l'expression s'amuser à, 
qui renferme deux fois le même datif. \a verbe simple est 
muser; muser à quelque chose , s'amuser, 

AJUSTER L'ÉCHINÉ ; voyez échine. 

A LA C0N8IDÉBATI0N DE. • . voyez consid^bation. 

ALAHBIQUER (S*), être ingénieux à se tourmenter : 

Pour moi, j*ai déjà tu cent contes de la sorte. 

Sans nous aiamiiquer, senrons-nous-en : qu importe? {CÉt,Vf. i.) 

ALENTIR, ralentir: 

Et notre passion , aleniissant son cours » 

Après ces bonnes nuits donne de mauvais jours. (fit. lY. 4.) 
Je yeux de son rival alentir les transports/ {^Ihid, III. 4.) 

(Voyez ASSAvoiB.) 

A L'ENTOUR DE : 

MOROK. 

Les Toilà tons à Centour de lui; courage ! ferme! 

{.La Pr, d^ÉL intermède x«% se. 4.) 

On ne voit pas pourquoi cette locution a été proscrite, ni 
sur quelle autorité suffisante. En tour est un substantif, puis- 
qu'il a un pluriel : les entours de quelqu'un. A fentour, soit 

(1) Ut cffeit de l'i 



— 14 - 

qu'on récrive en deux mots ou en un , n'eit pat plus un ad- 
yerbe que à la hauteur, h la veille, etc. 

« Le malheuraiix lion se déchire lui-même, 

« Fait réfonner ta quene à teniour de ses/Umu^ (Là Fovtaxhb.) 
Mais M. Boniface interdit ce complément. (Gra*i/ii./r.,n» 67 4.) 

A L'HEURE, pour tout à Vheure: 

A riieure même eocor, dous avons eu querelle 

Sur rbymen d*Hippolyte , où je le vois rebelle. ( VÉt, I. 9.) 

— A L*H£UBE QUE : 

A rhmtê ^ue je parle, vin \îmit Égyptien {VÉt. IV. 9.) 

— A l'heure , sur ITieore , à Tinstant même : 

Et je souhaite fort, pour ne rien reculer^ 

Qu'à Vheure, de ma part, lu l'ailles appeler. {Fâcheux. L 10.) 

ALLÉGEANCE : 

Et quand ses déplaisks auront quelque alUgeanee, 

J'aurai soin de tirer de lui votre assunnoe. (L'Ét. II. 4*) 

ALLES , constroit avec un participe : 

Il iMi vétu d'une façon extravagante. ( MétL maigre luL l. 5.) 

Ici il va signifie il sort, il se montre. Aller, construit avec 

le participe présent , marque d ordinaire une action en progrès, 

comme dans cette phrase de Pascal : « Les opinions probables 

vont toujours en mûrissant, » (ta* Prop.) 

— ALLER, lié à un autre verbe à l'infinitif: 

Molièi'e en fait toujours un verbe réfléchi construit avec en : 

Je m'en vais la traiter du mieux qu'il me sera possible. ( Sicilien. 19.) 

La voici qui s'en va venir. (Ibid. 18.) 

Le jour s'en va paraître, ( Éc, des fem. V. i .) 

— - ALLER A , au sens moral , aspirer à , tendre vers. . . : 

n ne faut mettre ici nulle force en usage. 

Messieurs; et si vos vœux ne vont qu'au mariage. 

Vos transports en ce lieu se peuvent apaiser. {Éc. desmar.Ul.ô. 

Tous mes vœux les plus doux 
Font à nCen rendre maître en dépit du jaloux. (Éc. des fem, L 6.) 



— 16 — 

Et, ooaune je tous dis, toute Tliabileté 

JXeva qu'à le savoir tourner du bon càté(f). (Ee. desfem, IV. 8.) 

Je ga^^erois presque que Taffaire ^va là, ( 2>. Juan, I. i.) 

Notre honneur ne im point à vouloir cacher aotre honte. (iHd* m. 4*) 

Il ne INI poê à maitu qu*à vous déshonorer. (Têrt^ UL 5.) 

Et toute non inquiétudo 

Ne doit aller qu'à me venger. Çdimph. UL 3.) 

Argiliphontidas ne 'va point eut aeoordi. (/M. IIL %^ 

Qo n'est qu'à tetprit seul que vont tous les transports. 

(F«ni.#ap. lY.a.) 

« De quelque manière qu*il pallie ses maximes, cellet que j'ai à vous 
« dire ne vont en efbt qu'à fiivoriser les juges corrompus , les usuriers , les 
•banqueroutiers, les larrons, les femmes perdues, etc.» (Pascal. 8* Pro»».} 

— ALLER DAIIS LA DOUCEUR , YOy. DAlfS LA DOUCEUR. 

ALTÉRÉ, troublé, ému : 

Un tel discours n'a rien dont je soit altéré, (Fem, saç, V. i.) 

AMBIGU, substantif, un ambigu : 

Cest tut ambipi de précieuse et de coquette que leur personne. 

^Prée.rid.h) 

AME QUI FLOTTE SUR DES SOUPÇOES : 

Et je veux qu*un amant , pour me prouver sa flamme , 

Sur déUrneU soupçons laisse flotter son âme. {Fâcheux, U. 4.) 

AMI , Atre ami a quelqu'un : 

Mais, quelque ami que vous lui soyez, (Don Juan, HI. 4*) 

— AMIS D*éP£E : 

Tous êtes de l'humeur de ces amis d'épée, 

Que l'on trouve toujours plus prompts à dégainer 

Qu'à tirer un teston s'il le Calloit donner. (VÉt, UL 5.) 

AMITIÉ TUANTE: 

Leur tuante amitié de tous côtés m'arrête; {AmpK III. i.) 

A MOmS QUE , suiyi d un infinitif , sans de : 

Le moyen d'en rien croire, il motM quatre insensé f {Arnpl^ II. t») 
(1) U coeuge. 



— 16 — 
A MOINS QUE DE: 

A moins qw de cela, Teosté-je soupçonné? (VÉt, I. lo.) 

AMOUR, fëminio : 

Il disait qu*il m'aimoit d*ane âoMMir sans seeomU. (Écdêifim, IL 6.) 
Yous ne pouvez aimer que ttime amour grouièrt, (Am. iar. rV.a.) 
Pourquoi amour est-il aujourd'hui du mascufin au singulier, 
et du féminin au pluriel? Cette inconséquence est toute mo- 
derne , et Ton n*en voit pas le prétexte. Un amour est un petit 
Gupidon ; une amour est une affection de l'âme ; on aurait dû 
7 maintenir la même diflcrence qu'entre un satyre et une 
satire. Amour est demeuré féminin depuis l'origine de la lan- 
gue jusqu'à la fin du xvii* siècle. 

• Qirune première amour est belle! 

«Qu*on a peine à s'en dégager! 

« El qu*on doit plaindre un cœur fidèle 

« Quand il est réduit à changer! » (Quihault. Aiys,) 

C'est comme le mot orgue, qui est aussi masculin au singu- 
lier et féminin au pluriel. Qu y a-t-on gagné? d'être obligé de 
dire : C'est un des plus belles orgues du monde. 

AMOUREUSEMENT, en parlant de la tendresse 
filiale : 

Elle faisoit fondre chacun en larmes , en se jetant amoureusemeni sur 
le corps de cette mourante , qu'elle appeloit sa chère mère. {Scapia, I. a.) 

Pascal , pai'lant d'un enfant que veulent ravir des voleurs ^ 
et que sa mère s'efforce de retenir : 

« Il ne doit pas accuser de la violence qu'il souffre la mère qui le retient 
« amoureusement, mais ses injustes ravisseurs. » (8* Pro9,) 

AMPHIBOLOGIE : 

Et de même qu'à vous je ne lui suis pas chère. {JUélicerle, II. 3.) 
Il semble que Mélicerte veuille dire : Je ne suis chère ni à 
lui , ni à vous ; et sa pensée est au contraire : Je ne suis pas 
chère à votre père comme Je le suis à vous. L'ellipse t;orabinée 
avec l'inversion produit cette équivoque , car sans l'inversion 
la phrase serait encore assez claire : Je ne lui suis pas chère 
comme à vous , ou de même qu'à vous. 



- Il ^ 

AMPLEMENT AJUSTÉ, paré fastueusement : 

Quand ud carrosse fait de superbe maoière , 

Et comblé de laquais et devaut et demère, 

S'est arec grand fracas devant nous arrêté, 

D'où sortant un jeune homme amplement ajusté, .... 

(Les Fde/uttx, I. f.) 

AMUSEMEKT, dans le sens où Ton dit amuser queU 
gYi'tm , s'amuser à : 

Tu prends d'un feint courrou\ le vain amusement. (Sgan.ô,) 

— Perte de temps, retard : 

Moi y je Tattends îd, poar moins à*amuiement, {Tort. I. 3.) 

Pour m*arrétcr moins longtemps. 

Le moindre amusement tous peut être fatal. (lùid, V. 6.) 

?f*est-il point là quelqu'un? — Ah que à^amusement! 
Veux tu parler? ( Mis. IV. 4) 

Mais plus à*amusement et plus d'incertitude. (/Am/. V. a.) 

Amphitryon, c'est trop pousser Vamusementt 

Finissons cette raillerie. * (^j4mph,U, ^») 

Henriette, entre, nous est un amusement. 
Un TOfle ingénieux, on prétexte, mon frère, 
A couvrir d'autres feux dont je sais le mystère. {JFem, sav, II. 3.) 

La Fontaine a dit amusette dans le sens de Joujou : 
« Le fermier vient , le prend , l'encage bien et beau» 
•• Le donne à ses enfants pour servir à'amusette, • 

{Le Corbeau ^voulant imiter V Aigle,) 

ANCRER (S*) CHEZ quelqu'un , se mettre avant dans 
sa faveur : 

A ma suppression il iest ancré chez elle, (Éc, desfem, ni. 5.) 

AKES BiEiv FAITS y bien véritables , Anes de tout 
point: 

Bla foi , de tels savants sont des ânes bienfaits! (Fâcheux. III. a.) 

ANGER , verbe actif : 

Votre père se moque-t-il de vouloir vous anger de son avocat de Li- 
moges? (3/. de Pourc, I. x.) 

Ce mot vient du latin augere^ par la confusion, autrefois très- 



— 18 — 

fréquente, de Vn et de Vu. De l'italien montone est venu /non- 
ton; de monasteriumy par syncope monstier etmousiier, de con- 
Vf n tus, consent et coupent , etc. 

«n les AA^ea de petits MazUlons, 

«Desquels on fit de petits moinillons. » (La FovTAiirt, Màzet,) 

jÊuxit eat. De Tidée d'augmentation à l'idée d'embarras il 
n'y a presque pas de distance. Mais M. Âuger se trompe trois 
/ois quand il dit que anger n'est pas dans Nicot , qu'il vient du 
latin angere , et qu'il signifie incommoder, 

Anger est dans Nicot , mais écrit par un e : enger. Cette 
orthographe vicieuse a prévalu , et persiste encore dans en- 
geance 9 dont le sens prouve bien l'étjmologie augere. C'est 
angoisse qui vient à' angere. 

Trévoux se trompe encore plus gravement quand il fait ve- 
nir enger du latin ingignere, 

Anger était à la fois verbe actif et verbe neutre , absolu- 
ment comme augere en latin. Voici les exemples cités par 
Nicot : 

« L*aml>assadeur Nicot a engé la France de rherbe nicotiane, » 
OÙ l'on voit que enger n'implique pas une idée de blâme. 

«La peste tnge fort; eeste dartre tngû grandement, c est-à- 
dire, croist, se dilate, se multiplie. » Auget, 

ANGUILLE sous boche : 

Nicole. Je crob qu'il y a quelque anguille soiu roche, (B. gent, UI, 7.) 
Quelque mystère caché- 

ANIMALES , au féminin : 

Quelques provinciales, 
Aux personnes de cour (Icheuses animales, (Fâcheux, II. 3.) 

A PLEIN , VOIR A PLEIN , pleinement : 

An travers de son masque on voit à plein le traître. (Mis, I. i.) 
« Qui voudra connoitre à plein la vanité de Thomme. » 

(Pascal Pensées, p. igS,) 

— A PLEIIfS TRANSPORTS : 

. Goûtex à pleins transports ce bonheur éclatant. (D: Gare, III. 4-) 



— 19 — 
APPAS , D EHDiGNES APPAS, au figuré : 

Mais Targenl , dont on voit tant de gens faire cas , 

Pour an vrai philosophe a tt indignes appas, (Fem. sa?, V.i.) 

— APPAâ, au singulier, appât : 

Qui dort en sûreté snr un pareil appas. 

Et le plaint, ce galant, des soins qu'il ne peM pas. {te, desfem, 1. 1 .) 
Bossuet écrit de même : 

« Quand une fois od a irouté le moyen de prendre la multittidé par 
• X appas de sa hberté... >» {pr,fun, deUR. d'Angi) 

APPAT , sous l'appât de ... : 

Ce marchand déguisé , 
Introduit sous t appât d*un conte supposé, {L'Ét, IV. 7.) 

APPLICATION , FAIRE UNE APPLICATION 9 appliquer 
un soufflet ou un coup de poing : 

Chien d'homme! oh! que je suis tenté d'étrange sorte 

Défaire sur ce mnfle une application! i^^P' «'"•H. 7.) 

APPKÊTERARIRE: 

N*apprétons point à rire au\ hommes , 

En nous disant nos vérités. {jimph, prol.) 

APPROCHE , proximité , rapprochement : 

Et quelle force il faut aux objets mis en place , 
Que l'approche distingne > et le lointain eflaee. 

(La Gloire du Val de Grâce,) 

— APPROCHE d'un air : 

Vapproche de Cair de la cour a donné à son ridicule de nouveaux 
agréments. (Comtesse d'Esc.) 

APRÈS , préposition , receyant un complément direct : 

AUaché dessus voiu comme un joueur de boule 
Après le mouçement de la sienne qui roule. ÇVÉt, Vf, S») 

Si bien donc que done Elvire.. . . «s'est mise en campagne après nous? 

(D, Juan, ht.) 
Plusieurs médecins ont déjà épuisé leur science après elle, 

(Méd. m. lui, l. 5.) 
La pendarde s'est retirée , voyant qu'elle ne gagnoil xïtia après moi, ni 
par prières , ni par menaces. (G, D, III. xo.) 

Us étaient une douzaine de possédés après mu chausses, (Poure, II. 4*) 
J'ai mis vingt garçons après 'votre habit, (B, g, II. S.) 

il veut envoyer la justice en mer après la galère du Turc,{Scapin,liL 3.) 



— 22 - 

Cet emploi de rarticle était une tradition du xvi* siècle. Au 
XVI* siècle, on n'exprimait qu'une fois l'article dievant plusieurs 
substantifs , même de genres différents , pourvu qu'ils fussent 
au même nombre , c'est-à-dire, tous au pluriel ou tons au sin- 
gulier : 

« Quant il la hardiesse et courage , quant à la/ermetê, constance et reso- 
• hlion contre les douleurs , etc. » ( MoirrAiGiri. III. 6. ) 

« Qui ne participe au hasard et di/fieulté ne peult prétendre iateretl 
« à tftonneur et plaisir qui suit les actions hasardeuses. » (/^. IIL 7.) 

La même règle s'appliquait au pronom possessif ; 

« llostre royne Catherine tesmoigneroist sa UberaUté et munificence. » 

(/</. III. 6.) 

« Madame Katerine , ma sœur , est ])artie avecques ma litière et 

« cheval, (La EEiirfi ds Navarre. Lettres, I. p. 290.) 

Notre vieille langue avait si fort le goût de Tellipse , qu'elle 
s'empressait de Tadmetti-e dès qu'il n'en résultait pas le danger 
d'être obscur ou équivoque. Le plus , marque du superlatif, ne 
se répétait pas aussi devant plusieurs adjectifs. La première 
fois servait pour toute la suite : 

c« Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de nil- 

« lions de peuples passés au fil de Tespée, et la plus riche et belle partie 
« du monde bouleversée pour la négociation des perles et du poivre. » 

(MOXTAIOITB. UI.6.) 

Que gagnons-nous à répéter toujours l'article ? ce n'est ni 
de la clarté , ni de la rapidité. 

A SAVOIR, voy. ASSAVOIR. 

AS DE PIQUf;, langue piquante , mauvaise langue : 

O la fine pratique , 
Un mari confident I 

MABXVITTK. 

Taisez-vous, as de pique! {Dép. am. V. 9.) 
Jçu de mots sur le sens figuré du verbe piquer. 

ASSASSINANT, adjectif; rigueur ASSASsiHAifTi : 

Et dans le procédé des dieux , 

Dont tu veux que je me contente , 

Une rigueur assassinante 

Ne paroit-elle pas aux yeux? {Psyclié, II. i.) 

( Voyez AxiTii tuante.) 



— 23 — 
ASSAVOIR : 

Le bal et la grand*bande , iusavoîr deux musettes. {Tart, II. 3.) 

Toutes les éditions portent mal à propos à sapoir en deux 
nots. Il ne faut point à' à; c^est Tancien infinitif assaptnr. 
L*usage permet aussi bien de dire : sapoir, deux musettes, non 
qu*alors on supprime Yà , mais on substitue à l'ancienne forme 
la nouvelle. Faire à savoir n*a point de sens. 

Dans l'origine, Va était employé comme affixe au-devant de 
certains verbes : asavoir, alogier, ape tisse r^ asasier, alentir^ etc. ; 
on ne sait p0urquoi les trois derniers ont pris 1> : rapetisser, 
rassasier y ralentir: 

fi Dame, je toi &is asavoir 
« Que j ai esté et main et soir 

•* Vos boms, TO serls, to chevaliers. » (Roman de Coiicy.) 
M Israël sefud alogîed sur une fontaine. » (Rois^ p. ita.) 

Se logea sur une fontaine. 

•• Li sages est cil qui met en bones gens ce qu'il pot soufrir, sans apetis- 
«fer et sans acquerre malvaisement. » (Beaumanoir, L aa.) 

« Li cueur avariscieus ne pot estre assasiez d*avoîr. « (Ibid, p. ai>) 

Pascal , dans la première Propinciale : 

« Si j'avoii du crédit en France^ je ferois publier à son de trompe : On 
« fait à savoir (sic) que quand les jacobins disent que la grâce suffisante est 
m donnée à tous, ils entendent que tous n*ont pu U grâce qui suffit effective- 
« ment, i» 

Cette formule de publication s'est transmise, par la tradition 
orale, du fond du moyen âge; je l'ai encore entendue dans 
quelques villes de province. Mais quand on Técrit, il faut mettre 
assavoir. 

ASSK BONNE HEUBE , de boune heure : 

4b I pour pela toujours il est assez bonne heure, (Dép.am. lY. i.) 
Si Molière eût jugé cette expression incorrecte , il lui était 
aisé de mettre : // est amassez bonne heure, 

ASSIGNER SUR : 

Les dettes que tous avez assignées sur le mariage de ma fille. 

{Poure, II. 7.) 

On dirait aujourd'hui : hypothéquées sur le mariage de ma 
fille. 



- 24 — 
ASSOUVIR (S), absolument comme se satisfaire : 

LaÎMez-moi nCassouvir dans mon couroux exlrém?. {Ampli, UL 5.) 

ASSURANCE SUR (paeudbe) : 

Ne m'abiuez-Tous point d*un faux espoir, et piiif-je prtndre quei^m 
assurance sur la nouTeauté surprenante d'une telle convertion ? 

(D,Jwm.Y.i,) 

ASSURÉ, absolument, hardi, intrépide : 

Est-il possible qu*un homme si assuré dans la guerre soit n' timide en 
amour? (Jm. Magn, L i.) 

— ASSURER QUELQUE CHOSE A QUELQU'UH : 

Pour moi , contre chacun je pris votre défense , 

Et leur assurai fort que c*étoit médisance. {Mis. III. 5.) 

— ASSURER quelqu'un DE SES SERVICES: 

Dites-lui un peu que monsieur et madame sont des personnes de grande 
qualité qui lui viennent faire la révérence comme mes amis, et Vassurer 
de leurs services. (/?. g^enf, V. 5.) 

— ASSURER (s'), absolument , prendre sécurité , con- 
fiance ; se rassurer : 

A moins que Yalère se pende. 
Bagatelle! son coeur ne s'assurera point, {Dép, am, I. a.) 

Moins on mérite un bien qu*on nous fait espérer» 
Plus notre âme a de peine a pouvoir s'assurer, (D, Garde, II. 6.) 
Quelque chien enragé l'a mordu, y> m'assure. {Ec, des fem. II. a.) 
Ce n'est pas assez fioar fiC assurer, entièrement , que ce qu'il vient de 
faire. {Scapin, III. i.) 

« On ne peut s'assurer, et Ton est toujours dans la défiance. » 

(Pascal. Pensée , p. 406.) 

« Voyant trop pour nier et trop peu pour m' assurer. » {Ibid. p. a 10.) 

« Je m'assure , mes pères , que ces exemples sacrés suffisent pour 

« vous faire enleudre... etc. » (Pas€4l. ii* Prov.) 

« On lui a envoyé les dii premières lettres (i Escobar) : vous pouviez 

•• aussi lui envoyer votre objection , ety> m'assure qu'il y eût bien ré- 

« pondu. »• (id, 12* Prov.) 

— ASSURER (s') A. .• . : 

Faut-il que Je m'assure au rapport de mes yeux ? {D. Garde. IV. 7.) 
« Kt nVst-il pas coupable en ne s'assurant pas 

A ce qu'on uc dit point qu'après de grands combats ?(JII//. IV. 3.) 



— 25 — 

— ÂSSUREB (s*) DE.. .. prendre sécurité , compter 
certitude sur. . . . : 

Pour ■K>n cœur, vous poiivei i*ous auurer de lui, (Pem. sap, lY. 7.) 

— ASSURER (s*) ES QUELQU'UH^ EN QUELQUE CHOSE : 

Do son dont vous parlez je le garantis, moi. 

S'il faut que par Ph^men il reçoive ma foi : 

Il j'en peut oêsurtr. {Ec, des mar, I. 3.) 

Cesl conscience k ceux i{\ïit* assurent en nous, (Ibid^ 

— ASSURER (s') SUR : 

C'est en quoi je trouve la condition d\in gentilliomme malheureuse , de 

se pouvoir point s'assurer sur toule la prudence et toute l'honnêteté de 

a conduite. (Z>. Juan, III. 4.) 

Nos vœux sur des discours ont peine à s'assurer. (Tari. IV. 5.) 

ATTACHE , subst. féoi. , attachement, attache a... : 

Et sa poissante attache aux choses étemelies, {Tart. II. a.) 

• Pour moi, je n*ai pu y prendre d'attache,*» (Pascal. Pensées, p. x i5.) 

ATTAQUER quelqu'dh D*ÀMrriÉ, d* amour : 

ZaaBIRETTE. 

Je ne suis point personne k reculer lorsqu'on m'attaque d^ amitié, 

SCAPTir. 

Et lorsque c*cst d'amour qu'on vous attaque? {Seapin. TH. i.) 

Zerbinette veut dire : Lorsqu'on me prévient en m*offrant 
son amitié , comme vient de le faire Hyacinthe. 

AU , AUX , dans le y dans les , relativement à : 

Je ne me trompe guère aux choses que je pense. {Dép, am, I. 9.) 
Je ne sais si quelqu'un blâmera ma conduite 
j4u secret que j'ai fait d'uue telle visite; 
Mais je sais qu'auj; projets qui veulent U clarté , 
Prince, je n'ai jamais cherché l'obscurité. (D. Garde, III. 3.) 

L'endurcissement au péché traîne une mort funeste. (£>. Juan. Y. 6.) 
Comment ? — Jevobma faute aux choses qu'il me dit. (Tart, IV. 8.) 
Et qu'au dû de ma charge on ne me trouble en rien. {Ibid, Y. 40 

Je trouve dans voire personne de quoi avoir raison aux choses que je 
fais pour vous. {L\4v. I. z.^ 



— 26 — 

Elle se prend d'un air le plus charmant du monde mtx choses qu*eUe 
lait. (L'jâw. 1. 1.) 

Et lafer mon affront au sang d*un seélérat. (jimftk. m. 5.) 

On souffre ai» entretittu ets sortes de combats, (fem, #49. IV. 3.) 

f Je ne m'élonne pas , au combat que j'essuie , 

De voir preudre k monsieur la thèse qu'il appuie. (Ibid) 

Molière emploie volontiers aux dans la première partie de la 
phrase, et dans les dans la seconde. 

Nous saurons toutes deux imiter uotrt mère 



Vous, çux productions d'esprit et de lumière, 

Moi| dans celles^ ma sœur, qui sont de la matière. {Fem, sav. 1. 1.) 

jéux ballades surtout tous êtes admirable. 

— Et daus les bouu^imés je vous trouve adorable. (jUd. HI. 5.) 

Cet emploi du datif, qui communique au discours tant de 
rapidité, était régulier dans le xvi* et le xvii* siècle. 

•• De toutes les absurdités la plus absurde aux epicuriews est deaadvoiier 
« la force et Teffect des sens. » (Moittaiove. II. ch. la.) 

•• C'est à Tadventure quelque sens particulier qui advertit les poulets 

« de la qualité hostile qui est au chat contre eux. » (Jd. I. x.) 

« U n'est rien qui nous jecte tant aux dangiers qu'une faim incoosi- 
« derée de nous en mettre hors. ** {Id. 11\, 6.) 

« Je ne craindray point d opposer les exemples que je trouveray parmi 
«"eulx (les sauvages américains), aux plus fameux exemples anciens que 
« nous ayons aux mémoires de oostre monde par deçà. » (lo. ibid,) 

L'origine et la justification de cet emploi du datif se voient 
toutes seules : c'est un latinisme. Le datif représente ici l'abla- 
tif avec bu sans préposition. 
Pascal a dit, par un latinisme analogue : 
« n étoit naturel à Adam et juste à son innocence,,. » 

(Pensées, p. St3.) 

Mais ici le datif dépend plutôt de l'adjectif. Cette expression 
re\îent très-souvent dans les Provinciales : au sens de, c'est-à- 
dire, dans le sens de : 

«....Je lui dis au hasard : Je l'entends au sens des molinisles,» (i'* Prop,) 



— 27 — 
— AUX , sur les ; faibe une épreuve a quelqu'uw : 

J'approuve la pensée , el nous avons matière 

ly en faire t épreuve première 
Aux deux princes qui sont les derniers arrivés. {Psyché, I. i.) 
(Voyez Datif.) 

AUCUN , quelque , le moindre : 

Sans me nommer pourtant en aucune manière , 

Ni faire aucun semblant que je serai derrière. {Ec. des/km, IV. 9.) 

AUDIENCE AVIDE: 

Et je vois sa raison 
D*une audience avide avaler ce poison. (2>. Garde: II. x.) 

Avaler d'une audience est une expression inadmissible, et 
qui touche au galimatias. Les Latins , plus hardis que nous, 
(lisaient bien densum humeris bibit aure vulgus; mais le fran- 
çais ne souHre pas l'image d'un liomme qui avale par roreille. 

AUNE , TOUT du long de l'aune : 

m"** PERaXLLE. 

C'est véritablement la tour de Babylone , 

Car chacun y babille, et tout du long de l'aune, {Tart, I. i.) 

Jusqu'au bout , sans omettre un seul point. 

Il est superflu sans doute d'avertir que cette locution est tri- 
viale y on est assez prévenu par le caractère de celle qui TeHi* 
plc^e. 

AUPARAVANT QUE DE, archaïsme : 

jEàirnoT. 
Cest M. le conseiller, madame, qui vous souhaite le bonjour, et, auptf' 
rivant que de venir, vous envoie des poires de son jardin. (C^ d'Esc, i3.) 

Par avant est une expression composée, que l'on traitait 
eemme un substantif : le par-avant, du par-avant y au par^ 
avant; c'est le datif, ou plutôt l'ablatif absolu des Latins, et 
l'on construisait comme avant, (Voyez Avant qub de.) 

AUPRÈS , adverbe : 

Monsieur, si vous D*étes auprès, 
Nous aurons de la peine à retenir Agnès. {Ec, desfem, Y. 8.) 



— 28 — 
AUQUEL pour où : 

Et c'est assez, je crois, putir remettre too cœur 

Dam réiat auquel il doit éli-e. {Àmph, \VL ii.) 

AU PRIX DE y en comparaison de : 

Tout ce qu*il a touché jusqu'ici n'est que bagatelle, au prix ^ ce qui 
reste. (Improirptu, 3. (i663.) 

Compare à la valeur de ce qui reste. 

« Elles filoient si bien , que les 8«iirs filandières 
« Ne faisoient que brouiller an prix de celles-ci, •• 

(La Fost. ta Fieille ei set SerponiéS.) 

«< Il n ctoit au prix d'elle 

« Qu'un franc dissipateur, un parfait débauché.*» (Rocleac. sat, \,) 

AU RETOUR DE , en retour de. . . : 

Et j'en ai refusé cent pistoles, cruis-moi , 

j4u retour d'un cheval amené pour le roi. (Fdclteux, II. 7.) 

AUSSI , pour non plus , dans une phrase négative : 

Ma foi , je n'irai pas. 
— Je n'irai pas aussi, {Ec, desfem, I. i.) 

Si je n'approuve |)as ces amis des galants, 

Je ne suis pas aussi fiovr ces gens turbulents.... (Ihid. IV. 8.) 

L'aclion que vous avez faite n*est pas d'un gentilhomme, et ce n*est pas 

en gentilhomme aussi que je veux %'ous traiter. (G.D. II. 10.) 

La tournure moderne pour employer aussi^ serait : anusi 
n'estH^e pas en gentilhomme, etc.. 

Mais le xvii^ siècle conservait aussi même après la négation 
exprimée, qui aujourd'hui commande non plus. 

— « Ragottn fit eutendre à la Rancune qu'une des comédiennes luj 
« plaisoit infiniment. El laquelle ? dit la Rancune. Le. petit homme estoit si 
«troublé d'en avoir tant dit, qu'il respondit : Je ne sçay. — Nymoy aussy, 

• dit la Rancune. » (Scarron. Rom. corn, i'* p. ch. XI.) 

« Ces paroles ne peuvent donc ser\'ir qu'à vous convaincre vous-même 

• d'imposture, et elles ne servent pas aussi davantage pour justifier Vas- 
«quez. » (Pascal. 12* pravinc.) 

L*ctymologie d* aussi est etiam. On disait dans ]*origine essi^ 
d'où Ton fit aisément ossi, et Ton écrivit par corruption aussi. 
Sylvius, dans sa grammaire imprimée chez Robert Esliemie, 
en 1 53 1, dit : « Etiam, eci vel oci; corruptc aussi, 9 (P. i45.) 



- 29 - 

AUTANT; il h'eh faut plusqc'autabt, pour dire 
i7 ne s'en faut guère : 

On la croyoit morte, et ce n*étoil rien. 
// n'en faut plut qu'autant, elle se porte bien. {Sgan^ 6.) 

AVALER L*usAG£ DE QUELQUE CHOSE, 8 y Soumet- 
tre bon gré malgré : 

De ces femmes aux l>eaux et louables talents , 

Qui savent'accabler leurs maris de tendresses , 

Pour leur faire avaUr Viuagt des galants! (Jmpb» l, 4.\ 

AVANCÉ : parole avancée , donnée : 

Me tiendresvoui au moins la paroU avancée ? (Mélicêrte, II. 5.) 

AVANT , adverbe , pour auparavant : 

Mail apant, pour pouvoir mieux feindre ce trépu , 

J*ai fait que vers sa grange il a porté ses pis. {L'Kt, II. z.) 

— AVAHT JOUR , préposition , avant le jour : 

Je veux savoir de toi, traître, 
Ce que tu fais» d'où tu tiens avant Jour, {Amph, La.) 

— AVANT QUE (un infinitif), sans de : 

Ne me demandai rien avant que regarder 

Ce qn'à met sentiments vous devex demander. (/). Garcie» III. a.) 

n faut , avant que voir ma femme, 
Que je débrouille ici cette confusion. {Àmph, II. x.) 

Molière emploie indifféremment ces trois formes : avant de, 
avant que, avant que de ^ suivis d'un verbe à l'infinitif. 

— AVANT QUE , sans ne : 

Allons, courrons avant que d'avec eux il sorte. {Amph, Ut. 5.) 

> 49ant qu'on Couvrit (la cédule) , les amis du prince soutinrent que, 

ete,^ m (La Foittaiiix. Fie d'Esope,) 

• Toutes Tos fables pouvoient vous ser\ir avant qu'on sût ros principes.» 

(Pascal. i5« Prov,) 

La question de ne, expiimé ou supprimé après avant que, a 
été fort controversée. M. François de Neufchâteau^ dans une 
lettre au Mercure de France du a6 août 1809, admet la négation 
quelque/oh. On lui répondit par une lettre signée Valaitt, où 



— 30 — 

quantité d'exemples sont accumulés, ensuite d'une longue dis— 
tvMim diéorklue, pour démontrei* qu'il ne ùMJéÊmèis et né- 
gation entre avant que et le verbe subséquent ^ H 4f Mt Mali 
l'opinion de TAcadcmie, fondée sur l'usage invariable du xvu' 
siècle. Pascal, la Bruyère, la Fontaine, Boileau, Racine, Molière, 
Regnard, etc., etc., n'emploient pas la négation. 
Marmontel Ta employée, mais c'est Marmontel. 

— AVANT QUE DE.... l 

Si Tauleur lui eût montré sa comédie arou/ fue de la faire Toir an pu- 
blic, il Teùt trouvée la plus belle du Hionde. {Crii. de tEe.desJ. 6.) 

Avant que de passer plus avant, je voudrois bien agiter à fond cette 
matière. {Mar.for, 5.) 

Je les conjure de tout mon cœiu* de ne point condanner les choses 
avant que de Us voir, {Pi^f' ^ Taatvfc.) 

« Avant que de tes mener sur la place, il fit babiller les deux premiers 
« le plus proprement qu'il put. » (La Fosrr. Vie d^ Esope.) 

( Voyez DE supprimé après avant que.) 

ft Avant que de répondre aux reproekti que votii mit faitei, j« oom- 
« mencerai par Téclaircissement de votre doctrine à ce sujet. » 

(Pascal, xat Prov.) 

AVECQUE, archaïsme : 

Tous éles romanesque avecque vos chimères. (ibid, I. a.) 

Les dettes aujourd'hui, quelque soin qu'on emploie, 

Sont comme les enfants , que l'on conç )it en joie , 

Et dont avecque peine on fait Taccouchement. {Jbid. I. 6.) 

Si je pouvois parler avecque hardiesse. {Ibid^ 9.) 

Et m'en vais tout mon soûl pleurer avecque lui. {Jbid, II. 4.) 

L'union de Yalère avecque Marianne. {Tart, III. x.) 

El f\\£avecque le cœur d'un perfide vaurien 

Tous confondiez les cœurs de tous les gens de bien. (Jbid. Y. i.) 

Cette forme est si fréquente dans Molière, qu'il a paru inutile 
d'en rapporter plus d'exemples. 

AVENANT QUE , participe absolu , c'est-à-dire, dans 
le cas où. ... : 

Quelque bien de mon père et le fruit de mes peines, 

Dont, avenant que Dieu de ce monde m état ^ 

J'entendois tout de bon que lui seul huilât. iJ'Et, IV. a.) 



— 31 — 
AYIOMHES , patois , pour avions : 

PIIEROT. 

tout gros monsieur qu^il est, il seroit par ma fiqué nayé, si je n'a- 
mmme été là. (Z). Jtiah, lî. i.) 

Cette forme est primitive. L'/n à la terminaison caractérise 
en latin les premières personnes du pluriel, habemus, amamus^ 
vidissemus, audivimus, etc. Aussi les plus anciens textes, par 
exemple le livre des Rois , ne hian^ttent jamais d'écrire hous 
atiendrum, nous manderufn, nous remterum, 

Ouand le root suivant avait pour itiitiale line voyelle , Vm 
Itlile s'y détâthait : 

« . . . . SaWez seiez de Deu 

« Li glorios que devam aurert « (Roland, st. 3a.) 

« Que devome aourer » [adorer). 

Mais s'il suivait une consonne, il fallait bien, pour n'en pas 
articula" deux consécutives (ce qui ne se faisait jamais), étein- 
dre Tiff et la changer en n. Par exemple : 

•Le matio à ?us vendrttm, e en vostre merci nus mettrum, » {Bfiis, p. 37.) 

On prononçait vendrome et mettrons, 
La dernière forme a supplanté rauti*e, et s'est établie exclu- 
sivement pour tous les cas. 

Mais auparavant l'autre avait régné, et avait été sur le point 
de triompher aussi ; car, pour la fixer, on écrivit longtemps les 
(H^emières personnes en ornes. Marsile parlant de Roland : 

« Seit ki Tocie, tute pals puis aurîomes. » {Roland, st. a8.) 

« Qu*en avez £iit, ee dit fromons li viez? 

« — Sire, en ce bois Vavonmes nous laissîe. » {Garin, t. II. p. a43.) 

— « Se nous dtmenomes ensi li uns les aullres , et atomes rancunant, 

« bien voi que nous reperdrons toute la tiere , et nous meismes seromes 

• perdu. • (YiLLEBAaoHoiv. p. 199. éd. P. Paris.) 

On remarquera dans ce passage la forme moderne nous re* 
perdrons au milieu des formes primitives en ornes, qui sont 
celles que Villehardhoin affectionne. 

Qui pourra dire ce cpii a déterminé le triomphé définitif de 
l'une plutôt que de l'autre ? Le langage est plein de ces mys- 
tères insondables, pareils à ceux de la conception et de là gé- 



- 3Î - 

nération humaine : on les suit Juscju*à une certaine limite, où 
soudain la nature se cache, et disparaît denière un voile que 
tous les efforts de la philosophie, aidée de la science, ne par- 
viendront pas à soulever. 

Sur l'union du pronom singulier au verbe pluriel. Je n'a- 
viommcy voyez à Je. 

AVIS FAISABLE , exécutable : 

Enfin c'est un avis d'un gain iucooccTable , 

Et que du premier mot on trouvera faisable, (Fâcheux. III. 3.) 

AVISER, actif; aviser quelqu*uii de, le faire 
songera. ... : 

De ta femme il fidiut moi-même fmmer^ (Jmph, XL 3.) 

— Neutre, pour $'avi$er : 

Sans aller de lurcrott aviser sottement 

De M fûre un chafrio qui n*a nul foodement. {Coc. mi. 17.) 

Selon la coutume de certaîm impcrtincoti de laquais qui TiMiMiit pco* 
Toqucr ka gens, et les faire aviser de boire lorsqu'ils n'y songent pas. 

(L'Ap. in.s.) 
Je vais vite coniulier un avocat, et amer àtê biais que J*ai à prendre. 

(Scapm. U. i.) 

Réfléchir ou pi*endre avis touchant les biab que, etc. 
AVOIB, auxiliaire , pour ilre : 

Et fai pour vous trouver rentré par Tautre porte. (Fâcheux, l, i.) 
J'ai monté pour vous dire , et d*un cœur véritable. . . (âtis, I. 1:) 

Au reste , vous saurez 
Que Je n'ai demeuré qu*un quart dlieure i le (aire. (lèisL) 

Pareillement dans la Fontaine : 

« Si le ciel t*eût , dit-il , donné par excellence 
« Autant de jugement que de barbe au menton, 

« Tu n* aurais pas à la légère 
• Descendu dans ce puits. » {Le Renard et U Bouc) 

-^ AVOIR, n'avoir pas POUR UN. . . . voyei FOOm. 

— AVOIR DE COUTUME : 

Oui , monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous ôter Tenvie de 
nous faire courir toutes les nuits , comme vous aviez de coutume, 

[Scapin, II. 5.) 



— 33 — 

- AVOIR DES CONJECTURES DE QUELQUE GH08E : 
Li ctbile s*cst i-èveillée aux «impies conjectures qu*ils ont pu avoir de la 
ekoie, (a* Placei au R,) 

— AVOIR EN MAim : 

favoii pour de tels coups oertaioe vieille en main, (Éc, des/, III. 4.) 

— AVOIR FAMILIARITÉ AVEC QUELQU'UIf : 

Tu as donc Jamiliarité f Moron, avec le prince dllhaque? 

(Pr. d'El. III. 3.) 

— AVOIR PEUfE DE (uii infinitif) , avoir peine à. . . . : 

Tai peur, si le logis du roi fait ma demeure, 
De m V trouver si bien dès le premier quart d'heure , 
Que J'aie peine aussi d'en sortir par après. {L'£t, ni. 5.) 

Cet amas d'actions indignes dont on a peine .... d'adoucir le mauvais 
risage. (/). Juan, IV. 6.) 

On ne dirait plus aujourd'hui le visage d'une action ; mais le 
Dictionnaire de l'Académie (1694) cite comme exemple : Cette 
affaire a deux visages; et l'on dira bien encore : envisager une 
affaire sous tel ou tel aspect. 

— AVOIR POUR AGRiABLE : 

£l je vous supplierai d'avoir pour agréable 
Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt. {Mis, l. z .) 

Cette façon de parler est ti è»-fi*équente dans Gil Blas, 

— AVOIR quelqu'un QUI. . . QUE, . . : 

Et quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplait, 
Lui doit-on déclarer la chose comme elle est? (Mis, l. i.) 

Cette façon de parler parait embarrassée et pénible ; cepen- 
dant elle n'a pas été suggérée à Molière par la difficulté de la 
mesure, car il remploie en prose : 

^octf avez, monsieur, un certain monsieur de Pourceaugnac qui doit 
épouser votre fille. {Poure, H. 2.) 

AVOUER LA DETTE , figurément , ne pas dissi- 
muler : 

Ma foi, madame, avouons la dette : vous voudriez qu*il fût à vous. 

(Pr. d^EL IV. 6.) 
Regnard , dans le Distrait: 

*« Parlons à cceur ouvert, et confessons la dette : 
•• Je suif uo peu coquet , lu n'es pas mal coquette. » ( IV. 3.) 

3 



— 34 — 
AYE , oa AY , monosyllabe : 

1. DftDâ cette joie... —jéye, ay! doucement, je toi» prie. (VEu V. z5.) 
Aie y par Tintroduction du </, aide ou aide y selon la pro- 
nonciation moderne, syncoi)e A'adjutorium, Jjre^ ajv/ c'est- 
à-dire , à Taide, à Taide I 

« Certes , nous ne vous foudroos mie ; 

« Tous jours serons en voslre aie. » (R. de Coucy, ▼. 766.) 

« ... Quant ele vit Arabis si cunfundre', 

• A halle voix s'escrie : Aiez nous, mahum!» (Roland.iL a66.) 

BABYLONE ; la tour de babyloue , comme qai di- 
rait la tour da babil : 

Cesl vérilableroent la tour de Babylone , 

Car chacun y babille , et tout du long de l'aune. {Tart, I. i.) 

*< Le Père Caussin , jésuite, dit, dans sa Cour sainte, que Us hommes ont 
fondé la tour de Babel, et Usjemmes la tour de babU, Ce quolibet du jé- 
suite n*aurait-il pas donné l'idée de celui que Molière met dans la bouche 
de madame Pernelle? et le père Caussin ne serait-il pas le docteur dont 
parle la vieille dévole ? » (M. Avoea.) 

BAIE: 

C'est une baie 
Qui sert sans doute aux feux dont Tingrate le paie. {Dép, am. L 5.) 

Cette expression, /?/7jerrf'tt/i^ 6a/e,nous reporte à la farce de 
Pathelin , dont la première édition est de 1/190. I^ prodigieux 
succès de ce Pathelin fit passer en proverbe plusieurs mots de 
cette pièce ; nous disons encore : revenir à ses moutons. Payer 
d'une baie est une allusion à cette autre scène excellente, où le 
berger, acquitté du meurtre des moutons, paye son avocat en 
lui disant Bée , comme il a fait au juge; et la fourberie retombe 
sur son auteur. 

Messire jibax. 
« Et comme quoi ? 

PATBXLnf. 

« Pour ce qu'en bée 
*tll me paya subtilement. > (Le Testament de Pathelin.) 

—BAIE (donner la) : 

Le sort a bien donné la baie à mon espoir. (L'Et, U. x3.) 



— 35 — 
BAILLER, archaïsme» donner : 

Uo sergent èaUkra de faiu eiploits, sur quoi vous serez condamoé sans 
qae tous le sachiez. (Scapuu XL 8.) 

Bailler un exploit était le tei*me consacré en style d*huissier ; 
Molière n'avait garde de changer le mot technique. 

BAISSEMENT de tête ; 

Quelque baissement de tête , un soupir mortifié , deux roulements 
d*yeux, rajustent dans le monde tout ce qu'ils (les scélérats) peuvent faire. 

(D. Juan. V. a.) 

BALANCER quelque chose : 

Un homme qui et ne balance aucune cfwse, {Mal. im, III. 3.) 

Qui ne pèse rien. 

BALLE, RIMEUR DE BALLE : 

Allez, rimeur de balle, opprobre du métier. {Fem. sau. Uh S,) 

"Balle, en iermes d'agriculture, est une petite paille, capsule ou gousse, 

qui sert d*enveloppe au grain dans Tépi.» (TaÉvoux.) 

Si balle est ici dans ce sens, rimeur de balle serait une mé- 
taphore prise d*un objet qui , devant être rembourré de plante 
ou de crin, ne Test que de balle, et ainsi d'une valeur réelle 
très-inférieure à l'apparence ; mais cela paraît forcé. 

Trévoux explicfue rimeur de balle, par allusion à la balle 
des marchands forains : « On appelle rimeur de balle un poëte 
dont les vers sont si mauvais, qu'ils ne servent qu'à envelopper 
des marchandises. « C'est ainsi qu'on dit poëte des halles, 

BARBARISMES de bon goût, en matière 4e bon 
goût : 

Des incongruités de bonne chère et des barbarismes de bon goût, 

{B, gent, IV. I.) 
(Voyez SoLÉcisMEs sh goiiduxxb. ) 

BABGUIGNER : 

A qnoi bon tant barguigner et tant tourner autour du pol? (Pourcl, 7.) 
Barguigner signifie marchander en vieux français; racine 

bntgaim, que les Anglais nous ont pris et conservent encore. 
• EslagicvB de Paris puent barguignier et ^chater bled ou marcfaié de 

■ Fins. » iUvn df* mêUioru^, 17.) 

3. 



— 36 — 

Le sire de Coucy , déguisé en mercier ambulant , ouvre sa 
balle; toute la maison y accourt , et la châtelaine de Fayel 
elle-même : 

m Iluec IrouTereDt le mercier , 

« E lor dame qui remuoit 

• Les joiaus , et les bargignoit, 
m Aulcuns aossy de la mesnie 

« Ont maÎDte chose bargignie.,,, 
m Et quaot rien plus ne hargigna , 
■ Sa marchandise appareilla , 

• Et prist son fardel à trousser. .... {Honmn Je Couey,) 
« La dame disl à son valet : 

« Faites demourer sans long plait 

« Ce povre home, marchand ettragne. 

« Cilz respont, sans faire bargagne : 

« Gentilz dame, Dieus le vous mire. » {ihùl,) 

Elle marchandait les joyaux ; — et quand on ne marchanda 
plus rien. . . ; — il répond sans marc/iander. Barguigner n'a 
plus aujourd'hui que le sens figuré de marchander. 

BÀSTE, de litalien basta , safût : 

Baste! longez à vous dans ce nouveau dessein. (L'Et, IV. i.) 
Baste! laissons là ce chapitre. {Méd, m, lui, l, i.) 

BATIR 8I3B DES ATTRAITS. ... : 

Mon cœur aura hàt't sur ses attraits naissants, (Ecdesfem, lY. i.) 
C*est Tabrégé d'une expression métaphorique : bâtir, fonder 
un espoir sur 

BATTEUR : 

Oui, je te ferai voir, batteur que Dieu confoude. 

Que ce n'est pas pour rien qu'il faut rouer le monde. (L*Et, II. 9.) 

BEAU, au sens métaphoriqae de pur : 

SOAVARILLB. 

Vous vous taisez exprès , et me laissez parler par belle malice! 

{D. Juan, m. X.) 

BEAUCOUP devant un adjectif ou un partie, passé : 

Je vous suis beaucoup obligé. {Pourc. III. 9.) 

Lear savoir a la France est beaucoup nécessaire ! (Fcm. sav. IV. 3.) 



— 37 — 

BÉCARRE ; du bbcabre , terme technique, aujour- 
d'hui iDOsité : 

Ah! monsieur, cesi du beau bécarre! (A« Sicilien, a.) 

Et là-dessus vient un berger, berger joyeux, tvec un bécarre admirable^ 

qui se moque de leur foiblesse. (Jbid,) 

Cela veut dire que la musique passe du mode mineur au 
majeiur. 

BÉCASSE BRIDÉE : 

Ma foi, monsieur, la bécasse est bridée; et tous tvez cru faire un jeu 
qui demeure une vérité. {Anu méd, III. 9.) 

« Cela se dit (igurément, à cause d*une chaiise que les paysans font aua 
bécasses avec des lacets et collets qu'ils tendent , où elles m brident dles- 
mémes. » (Taivoux.) 

BEC CORNU y ou mieux begque goriïu : 

Et sans doute il faut bien qu*à ce becque cornu 
Du Irait qu'elle a joué quelque jour soit venu. (Ec, des/tm, lY. 6.) 
Que maudit soit le bec cornu de notaire qui m'a fait signer ma mine ! 

(Méd.mJui. I.a.) 

Becque est formé de Titalien becco^ un botte, mot qui reçoit 
deux sens métaphoriques , injurieux Tun et l'autre. Becco est 
un lourdaud , ou un homme que déshonore Tinconduite de sa 
femme ou de sa sœur( Trésor des trou langues), L'épitbète 
cornu s'explique d'elle-même. 

BÉJAUNE , erreur grossière : 

Cest fort bien l'ait d'apprendre à vivre aux gens, et de leur montrer leur 
h^aune. (Am, méd, II. 3.) 

Monsieur, souffrez que je lui montre son béjaune, et le lire d'erreur. 

(Mid, im, m, 16.) 

Les jeunes oiseaux ont le bec garni d'une sorte de frange 
jaune. Ainsi , par métaphore , avoir le bec jaune , c'est man- 
quer d'expérience, être dupe. Molière a écrit aussi bec jaunes 
conformément à l'étymologie : 

Ooi, Mathurine, je veux qu^ monsieur vous montre votre bec Jaune, 

(D. Juan. II. 5.) 
•• Ce sont six aulues. ... ne sont mie? 
« El non sont ; que je suis beejaulne ! > {PatheUn.) 



— M — 

DsM Torii^y les consonnes finalet étant mvellit lurique 
suivait une consonne , on prononçait pour bec, mgr, fgr% bé, 
mé.fé. 

[Des variations du langage français , p. 44*) 

BESOIN , FAIRE BEsoiK , ètrc nécessaire : 

Aussi bien nous fera-t-ll ici besoin pour apprêter le souper. 

BIAIS , dissyllabe : 

Nous n'aurions pas besoin maintenant de rêver 

A chercher les biais que nous devons trouver. \VRl L 9.) 

Des biais qu^on doit prendre à terminer vos feux. (Jbid, lY. z.) 

Il faut voir maintenant quel biais je prendrai. {Ibid, lY. 8.) 

Pour tâcher de trouver un biais salutaire. {Ibid. Y. la.) 

Et du biais qu*il faut vous prenez cette affaire. {^g<ut, ii.) 

Le pousser est encor grande imprudence à voos, 

St vous deviei chercher quelque biaU plus doux. {Târt. Y. I.) 

— Monosyllabe : 

J*ai donc cherdié longtemps sut bimis de vous doonw 

La beauté que les au ne peuvent moissonner. (Fewu sav, HI. (IJ 

— SAVOIR LE BIAIS DE FAIRE QUELQUE GH08E ! 

Mais, encore une fois, madame, y> ne sais point le biais de faire entrer 
ici des vérités si éclatantes. {£p. dédie, de la Critique de tBc, des/em.) 

BICÉTRE , voyez BISSÊTRE. 

BIEN ; AYOïR LE BiEiM DE. .. le plaisir, l'ayantage de... : 

• . . J'ai le bien d'être de vos voisins. (£e, des mtw, L 5.) 

U l'est dit grand chasseur, et nous a prié tous 

Qu'il pût avoir U bien de courir avec nous. (Fâcheux, IL 7.) 

BIEN ET BEAU : 

Cependant arrivé, vous sortez bien et beau , 

Sans prendre de repos ni manger un morceau. (Sgah,*';.) 

Remarquez beati^ employé comme advei-be. C'était origiiiai- 
rement le privilège de tous les adjectifs. Il nous en reste en- 
core de nombreux exemples : voir clair, frapper yîsrm^, parler 



— 39 — 

htmtf ]Murcir somiain^ pâfler net^ «le, etc., pmir et&Srifmênt, 
fermement, hautement, soudainement, nettement. 

« Le fennifr Tient, le preod, l*encflge ^en ei èeau^ 
m Le donoe à tes enfants |K)ur servir d*MiuseUe. » 

(La FovTAiRi. Le Corbeau voulant imiter tjigiê») 

BIENSÉANCE ; ÊtRB Ëlf la ÉtËNSÊAlfCB DE Qti^L- 

QU'uif , c'est-à-dire , à sa disposition : 

Celte maison meublée est en ma bienséance ; 

J'é pub en dîs|idsér avec grande licence. (VÈt, X, a.) 

BISSÊTRE ; malheur résultant d'une fatalité, faibi 

\m BISSÊTRE : 

Eh bien ! ne voilà pas mon enragé de maitre? 

Il nous va faire eocor quelque nouveau biuitre, {VEU V, 7.) 

L*orthographe est hissétre, et non hicétre; le mot primitif 
est hissexte. Du Gange, au mot Bissextus, l'explique infortu- 
ntum, malum superpeniens. I^ ilianvaise influence de l'an et 
du jour bissextile était proverbiale au moyen âge : 

« Cette aftnée-là étoit bissextile, et le bissexte tomba de fait sur les 
« traiairea. » {Orderie ritûL lib. Xm. p. 88a.) 

— « Cette tumultueuse année fut brneatile.... et le busexu tomba sur 
« le rai et sur aon peuple, tant en Angleterre qu*eo Normandie. • 

(A/, lib. XUL p. 9o5.) 

C'était une locution populaire : le bissexte eit tombé sur 
telle afïaire, pour dire qu'elle avait mai tourné. Nous voyons 
déjà paraître la forme corrompue bissextre dans Molinet : 

« Pour ce que bissextre esdiiet , 

■ L*an en sera tout desbauchiet. » (JLe Calendrier.) 

L'x s'éteignait dans la prononciation, et laissait prévaloir le t^ 
par la règle des consonnes consécutives. On prononçait donc 
bisséte, et, par Tintercalation euphonique de Vr, hissétre, 

La superstition du jour bissextile remontait aux Romains. 
Voyez là-dessus le témoignage de Macrobe, au livre I*'', cha- 
pitre i3, des Saturnales. 

Molière rappelle donc ici, par l'emploi du mot hicétre, une 
expression et une superstition du moyen âge. 

Le vice d'orthographe tendrait à confondre le hissétre âvee 



- 40 — 

le châteaa àeBkestre ou AeBicAre, Celui-ci a vine tout autre 
ori^ne : la ((i*ange aux Gueux, qui appartenait , en idQOy à 
révik|ue de Paris , passa plus tard à Jean, évéque de fVin- 
cesire, dont le nom, transformé en Biceétre^ est resté attaché à 
cette demeure. 

IjC peuple dit d'un enfant méchant et tapageur : C'est un 
hicétre; ah! le petit bicetre! Trévoux veut que ce soit par al- 
lusion à la prison de Bicétre; mais ne serait-ce pas plutôt un 
vestige de la superstition du bissétre? Ah ! le maudit enfant! le 
petit malheureux! né le jour du bissétre , sur qui est tonihé 
\e bissétre! 

On lit dans le Roman bourgeois, de Furetière : 

« Si j*ai/aiV ici quelque bissetn;» 

Et dans la Tioce de village , de Brécourt : 

• AviDt, je ywoifaire bissétre, » 

BLANCHIR, HE faire que blahghir ; aa sens méta- 
phorique: 

Les douceart ne Jenmt que blanchir contre moi. (Dép. am, Y. 9.) 
Et nos enseignements ne font là que blanchir, (Éc. des fem, in. 3.) 

M MARQUIS. — Voilà des raisons qui ne valent rien. 

CLiMÈira. — Tout cela ne fait que blanchir, (Crit. de CEe, desfsm, 7.) 

Bien que cette expression se trouve dans la bouche de Cli- 
mène, il ne s'ensuit pas que Molière ait prétendu la blÂnier. 

Voici comment Furetière expose Torigine de cette méta- 
phore : 

« Blanchir se dit aussi des coups de canon qui ne font 
qu'effleurer une muraille, et y laissent une marque blanche. 
En ce sens, on dit, au figuré, de ceux qui entreprennent d'at- 
taquer ou de persuader quelqu'un, et dont tous les efîorts sont 
inutiles, que tout ce qu'ils ont fait , tout ce qu'ils ont dit, n'a 
fait que blanchir devant cet homme ferme et opiniâtre. » 

BOIRE LA CHOSE ; métaphoriquement , se résigner : 

Mon frère, doucement il faut boire la chose, {Ec, des mar. IlL 10.) 
Molière a dit , par la même figure : Amler Viisage des ga- 
lants. 



— 41 — 

— BOIBE SUR LE BJ58TE DE QU£LQU*U1H : 

Vous ktpiez sur tan reste, et monlriei d*afliecter 

Le côté qu*à sa bouche die avoil su porter. {L'Ef. TV. 5.) 

BON , BONNE, ironiquement : 

Hé, la bonne effrontée I (Sgan, 6.) 

Parbleu ! le voilà Son^êjec sod habit d'empereur romain ! {D. Juan. IIL 6.) 
0*où vieiu-tu , bon pendard ? {fi, D. IIL 1 1 .) 

Taises-Yout, bonne pièce I {Ibid, I. 6.) 

Oaei-tu bien paraître devant mes yeux, après tes bons déportements? 

{Scapin. I. 4.) 

— BON A FAIREA.... : 

Refuser ce qu*on donne est bon à faire aux fous. (Dép, am. I. a). 

— BON ARGENT (PRENDRE POUR de), prendre au sé- 
rieux : 

Qdoi! tu prends pour de bon arguent ce que je viens de dire ? 

(Z). Juan, V. a.) 

Métaphore tirée de la fausse monnaie. 

— AVOIR LE COEUR BON , c'e8t-à-dire , en style mo- 
derne, Ken placé : 

Sachez que j'ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne 
soit point k moi. {L'j4w. Y. 5.) 

— - LE BON DU €OBUR , substautivemeut : 

Et du bon de mon cœur à cela je m'engage. {Mis, III. i.) 

Du meilleur de mon cœur. 

— BONS JOURS, jours de fête , jours solennels : 

Que d*uiie serge honnête elle ail son vêtement , 

Et ne porte le noir qu*aux bons Jours seulement {Ee. des mar, I. 2.) 

BOUCHE. BOUCHE GousuE, adverbialement, pour re- 
commander la discrétion : 

Adieu. Bouche cotuue^ au moins! Gardez bien le secret, que le mari ne 
le sache pas! (G,D.l,^,) 

— LAISSER SUR LA BONNE BOUCHE : 

Tons n'en tâterez plus , et Je vous laisse sur la bonne bouche, (ib, U, 7.) 



— 43 — 
BOURL£ , de Titalien burla , moquerie, faire une 

BOURLE : 

Une certaine mascarade que je prétends faire entrer dans une hourle 

que je veux faire à notre ridicule. (Bourg, gent, Vl. 14.) 

C'est la leçon de Tédition de 1676, qui est h première. I^es 
éditions moderaes mettent bourde, qtd est la forme corrompue 
aujourd'hui adoptée. Bourle n'est dans aucun dictionnaire ; ils 
donnent tous botirde, 

BBÂNLEB LE îïENTOTî, manger : 

MASCARXLLK, 

Oh ! tu seras ainsi tenu pour un poltron. 

— Soit, pourvu que toujours /9 brunie le menioH. {Dép. mnt, ▼. i.) 

BRAS, SE METTRE SUR LES RRAS : 

Voudriez-vous, madame, vous opposer à une si sainte peusée, et que 

j'allasse , en vous retenant , me mettre le ciel sur les bras ? (D. Juan, t. S.) 

Qui en touche un (hypocrite), se les attire tous sur tes bras, {Ib. T. 2.) 

— SE JETER.... SUR LES RRAS, même sens : 

Et je me jetleroîs cent choses sur les bras, (Mis. V. i.) 

ÈBAVADE , FAIRE RRAVADE A QUELQU U5 : 

Moi, je aerois cocu ? — Tous voilà bien malade ! 

Mille gens le sont bien» sans vous faire bravade ^ 

Qui , de mine, de coeur, de biens et de maison, 

Ne feroient avec vous nulle comparaison. (Ec, desfem, lY. 8.) 

Sans vous insulter. — Bravade d'un discotj&s : 

Je ne sais qui me tient qu*avec une gourmade 

Ma main de ce discours ne venge la bravade, (Et. desfem, Y. 4.) 

BBAYE en ajustements : 

Ta forte passion est d*élre brave et lette^ (Ee, desfem, Y. 4.) 

Est-ce que tu es jalouse de quelqu'une de tes compagnes que ta voies 

plus brape que toi? (Am, méd. I. a.) 

BBAVEBIEi parure: 

LAORAHGt. — Tîte, qu'on les dépouille sur-le-champ. 

JOBBLtT. -^ Adieu, notre bruverif! (Prée, rid, t6.) 



— 44 — 

Pour moi, je tieus que la hraverict que l'ajuntement est U choie qui ré* 
jouît le plus les filles. (^m. méJ. 1. 1.) 

BRIDER D'UN ZÈLE : 

D'un zèle simulé j'ai bridé le bon lire. (VEt, Vf, i.) 

BRILLANTS; qaaUtés brUlantes : 

Gomme ptr son esprit et ses autres brUlanu 

U rompt Tordre commun et devince le temps... {Mélicerte. 1. 4.) 

— LES BRILLANTS DES YEUX : 

Mais, voyant de sesyeus tous les brillants baisser, (Tort, I. i.) 

Et si je .rends hommage aux brillants de leurs yeux. 

De leur esprit aussi jlionore les lumières. (Pem sav, III. a.) 

— LES BRILLAirrS D UNE VICTOIRE : 

Ne vous enflez donc point d*une si grande gloire , 

Pour les petits brillants d'une Taible victoire. {Mis, VI, 5.) 

BROUILLER : 

Que noiu brouilles-tu ici de ma fille ? (L'yip. Y. 3.) 

— DESTIN BROUILLE , cmbroaillé : 

Kiit-il jamais destin plus brouillé que le noire ? (VEt, I Y. 9.) 

BRUIRE. FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX , métaphorique- 
ment , faire tapage : 

Le vin émétique yâiV bruire ses fuseaux. (D. Juan, III. i.) 

BRUIT. Bruit répandu , ouï-dire : 

J'ai rencontré un orfèvre qui, sur le bruit que vous cherchiez quelque 
beau diamant en bague.... (Mar,for, S.) 

— AYOïR UN BRurr DE, Rvoir la réputation de : 

Hé! là, là, madame la Nuit, 
Un peu doucement, je vous prie ; 
Fous avez daus le monde un bruit 

De n'être pas si renchérie. (Amph. prot.) 

« Elle eut le bruit , à la cour, de n'avoir pas sa pareille. • 

(La RiiHK Di Nav. Uept, nouv. i5.) 

On disait de même, donner un bruit à quelqu'un. 

Bonnivety au témoignage de la reine de Navarre , 

« Estoit des dames mieulx voulu que ne feot oncques François » tant 



— 45 — 

« pir sa betuté, bonne grâce et parole, que pour le hruit que chacun 
• tuy donmoU d*estre l*undeft plus adroits et hardis aux armes qui feustde 
> son lems. » {Ueptaméron, noufelle z4«.) 

•• Elle connoissoit le contraire an faux bruii que ton dotinoii aux tran» 
m çoiSf car ils estoient plus sages, etc. » {Ibidem.) 

(Voyez la note au root Donneu un crime. ) 

— A PETIT BRUIT : 
Je me divertirai à petit bruit. (D, Juan. V. 2.) 

BRULER S£S LIVRES a quelque chose : 

J*)- brillerai mes livres , ou je romprai ce mariage. (Poure. L 3.) 

Chicaneau dit pareillement : 

CHICAXEAU. 

« Vous plaidez? 

hà. COMTBSSE. 

Plût a Dieu ! 

CHlCAiriAU. 

jy brûlerai mes livres! » 

(Les Plaideurs, I. 7.) 

BRUTALITÉ de sens gomhuiv et de raison : 

Un homme qui , avec une impétuosité de prétention , une roideur de 
confiance 9 une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers 
des purgations et des saignées. {Mai im, 111. 3.) 

BUTER a quelque chose , prendre cette chose 
pour but : 

Toutes mes volontés ne butent quà 'vous plaire, (VEt. Y. 3.) 

BUTIN , au lieu de proie , dans le sens métaphorique : 

D. KLVIRK. 

On ne me verra point le butin de vos feux. D. Garde, III. 3.) 
Je ne crois pas qu'on trouve en français un second exemple 
de cette façon de parler bizarre. Dans une métaphore consa- 
crée, on n'a pas le droit de substituer un synonyme au mot 
qui fait la figure ; autrement cet Anglais aurait bien parlé, qui 
écrivait à Fénelon : « Monseigneur, vous avez pour moi des 
Itoraux tie père, » car entrailles et boraiix sont synonymes, 
comme /'me et buiùt. 



— 46 - 
CABALE, pour sigoifier le parti des &ax dévots : 

Que si je viens à être d^uvert, je Terni, smis me remoer, prendre 
mes intérêts à tonte la cabale. (D. Juan. V. a.) 

Pascal, dans les Provinciales, emploie ce mot dans le même 
sens. 

GACHE, cachette: 

On n*est pas peu embarrassé i inventer dans tonte une maisoii une ca- 
che fidèle. (Vjâp. L 4.) 
« Et qui vous a cette cache montrée? » (La Foittaivs.) 

CACHEMEINT de visage : 

Leurs détournements de tête et leurs cachemenU de visage firent dire 
cent sottises de leur conduite. (Crii. de CEc. desfem. 3.) 

CADEAU Y diner en partie de campagne , dont on 
régale quelqu'un. Molière Texplique lui-même dans ce 
passage : 

Des promenades du temps , 

Ou dîners qu'on donne aux champs, 

Il ne fout point qu*elle essaye : 

Selon les prudents cerveaux. 

Le mari , dans ces cadeaux , 

Est toiyours celui qui paye. (Ec. des fem, IIL %.) 

Des maris bénins qui : 

De leurs femmes toujours vont citant lef galants» 



Témoignent avec eux d'étroites syropalhies, 
Sont de tous leurs cadeaux , de toutes leurs parties. {Ib, IV. 8.) 
Taime le jeu« les visites, les assemblées, les cadeaux , et les profte- 
nades.... (Mar. fore. 4.) 

Le diamant qu'elle a reçu de votre part, et le cadeau que vous lui pré- 
parez .... {Bourg, g. III. 6.) 
Les déclaratiuiu ont entraîné les sérénades et les cadeaux , que les pré- 
sents ont suivis. (Ibid. III. 18.) 

« Cadeau se dit aussi des repas qu*on donne hors de chez soi, 
et particulièrement à la campa^e. Les femmes coquettes rui- 
nent leurs galants à force de leur faire faire des cadeaux. En 
ce sens il vieillit. » (FuAETii&s.) 



-47- 

— DOmiE un CADEAU : 

Nous mènerions promener ces dames hors des portes, el Uur Uonueriont 
un cadeau. {Préc, rid, lo.) 

Je Tai fait consentir enfin au cadeau que vous lui voulez donner, 

(/r. geni. m. 6.) 

— CADEAU DE MUSIQUE, DE DASSE : 

Elles y ont reçu des cadeaux merveilleux de musique ei dç dame. 

(Am, magn, I. x.) 

CAJOLER , verbe neutre ; 

Tudieu! comme avec lui votre langue cajole. \ (Ec. des fem,y. 4.) 

CALOMNIER A quelqu'un , c'est-à-dire , dans quel- 
qu'un , sa vertu : 

Vous osez sur Célie allacher yos morsures , 
Et lui calomnier la plus rare vertu 

Qui puisse £iire éclat sous un sort abattu ? {VEt, VU, 4.) 

£t calomnier en elle. Cet exemple se rapporte au datif de 
perte ou de profit. ( Voyez Datif.) 

ÇAMON : 

Çàmon Traîment! il y a fort à gagner à fréquenter vos nobles. 

{B. gène, UI. 3.) 

Çamoa , mi foi ! j'en suis d*avis , après ce que je me suis fait. 

{Mal, im. l. 2.) 
On ne trouve indiques nulle part le sens précis ni l'ori- 
gine de cette expression, qui est évidemment une sorte d'ex- 
clamation affirmative. 

Elle est formée de trois racines, ce a mon, que Ton trouve 
ainsi divisées dans les plus anciens textes. La reine de Navarre 
parlant d'un prêcheur : 

m Si Ton disoit , en oyani un sermon , 

« U 9 bien dit , je i*épondrois ; Ce a mon. » {Le Miroir de Nme péch.) 
Il a ce, c'est-à-dire , bien dit. On sous-entend dans la ré- 
ponse le verbe exprimé dans la demande. 

Quand ce verbe dans la demande est accompagné d'une né- 
gation , la négation se glisse dans la formule de la réponse, ce 
qui achève d'en découvrir le sens. 
•• Or, n*i a fors que del huchier 
« r^oi voisins. — Certes, ee v^a mon. » 

{De sire Bains et dame Jnieuse, BikaïAZ. III. 45.) 



— 48 — 

Il nV a que d'appeler nos voisins. — Certes,!*/ n'y a que ce 
(à faire). Cp, c'est-à-dire, appeler nos voisins. 

Reste à expliquer le mot mon. 

Il se présente souvent séparé de la formule que j'analyse, et 
joint au verbe savoir, mis pour chose à savoir. Par exemple, 
dans Montaigne : 

« Sçavoir mon ti Ptolémée s'y est aussy trompé aultre foys. » 

(MovTAiovB. Essais, II. is.) 

Mon jiaraît une transformation de num. Du grec (mSv^ est- 
ce que y les Latins avaient fait num : pourquoi, par une dispo- 
sition d'organe réciproque, du latin num les Français, à leur 
tour, n'auraient-ils |)as refait mon? Cum ^ numerus, changent 
de même leur ueno : comme, nombre. 

Mon garde la valeur de num et de (aSîv, et répond à n'est- 
ce pas, pas vrai, qui s'emploient familièrement dans un sens 
moitié interrogatif , moitié afBi*maMf : savoir, n'est-ce pas, si 
Ptolémée jadis ne s'y est pas trompé ? — Je répondrais : 11 a 
bien prêché, pas vrai? 

Par suite de l'usage , les trois racines se sont fondues en 
un seul mot, qui a pris pour acception la valeur affirmative de 
la dernière racine : Il y a tant à gagner avec votre noblesse, 
n'est-ce pas! — J'en suis d'avis, n'est-ce pas y ou en vérité , 
après ce que je me suis fait! 

A l'appui de l'étymologie que je propose, je ne dois pas 
omettre de faire obser>Tr que uni , en latin, au moyen âge, se 
prononçait on. Voyez ce |)oint développé au mot Mateimoniov. 

CAMUS (reihdre) y métaphoriqaement, casur le nez^ 
rendre confus : 

MATBUBXVi. 

Oui, Charlotte, je veux que monsieur "vous rtfute un ffeu camuse, 

(/>. Juan. U, 5.) 

Vous remarquerez que Ton emploie à rendre la même pen- 
sée deux images contraires : être camus et avoir un pieri de 
nez. 



— 4» - 
CAPBIOLER , cabrioler : 

Pirbletf! si grande joie à TUeure me trensporle , 

Que mes jaml>e8 sur l'heure eu caprio/eroienf^ 

Si nous n'étions point vus de gens qui s'en riroient (Sgan* 18.) 

CARACTÈRE, talisman: 

Oui, c'est un enchanteur qui porte un caractère 

Pour ressembler aux maîtres des maisons. (JmpLlll. 5.) 

00 dit qu'il a un caractère pour se dire aimer de toutes les femmes. 

(Pottrc. III. 8.) 
Le Crispin des Foiies amoureuses se dit grand chimiste, qtii 
passait niciue pour un peu sorcier : 

•< On ro*a même accusé d'avoir un caractère,» (FoL am, I. 5.) 

1 Caractère se dit aussi de certains billets cfue donnent des 
charlatans ou sorciers , et qui sont marqués de figures talisma- 
niques ou de simples cachets. » (Taivoux.) 

GARÉME-PRENANT, mardi gras , qni toache an 
mercredi des cendres , jour où prend le carême : 

On diroit qu'il est céans carême-prenant tous les jours, (fi, geni, III. %.) 

Un careme-prenant est un masque du mardi gras : 

On dit que vous voulez donner voire fille en mariage à un carémê-pn- 
nmt? {Jbid. V. 7.) 

CARESSE , UN PEU DE CARESSE, ao singulier : 

Cela se passera avec un peu de caresse que vous lui feret. (G. />. XL X9«) 

CARNE, angle d'une table, d*uu volet, etc. : 

Je me suis donné un grand coup à la tète contre ia carne d'un voUt, 

(Mal. un. l. 9.) 

Came est le mot simple , dont on rencontre souvent au 
moyen âge le diminutif carenon (on écrivait carreignon ou 
qwtrreignon) 'f la racine est carré, quarré, quarre, qui existe 
encore dans bécarre, c'est-à-dire JB carré. 

Dans les Vosges on dit : à ia carre du bois; c'est à t angle. 
Uéquerrey instrument qui fait la carre. 

Le quarreignon était une mesure d*une quarte; c'était aussi 
on coin, un cachet de lettre. 

« Blancbandrin fist un brief escrire , 

• Puis mist le carregnon en cir«. » (Du Cavai. m Cmwadtm.) 

4 



— 60 — 

GABOGNE, c est-à-dire charogne; la groflâèreté da 
mot étant un peu dissimulée par la différence de pro- 
nonciation : 

Toilà nos car^gnet de femmes I {G. D, lïL 5.) 

Ge mot est fréquent dans Moiièra comme imprécation : ah^ 
carogne ! 

PrimitiYcment le ch sonnait dur, comme le k. De eamem on 
fit cam, karn ou charn^ et dans la forme moderne chair, Ca- 
rogne témoigne de Tancienne prononciation. 

J'obsenre que le ch est entré dans l'orthographe pour un 
service diamétralement opposé à celui qu'il y fait aujourd'hui. 
\2h , signe d'aspiration , empêchait le c de s'adoucir, de se 
briser sur la voyelle suivante, et le jnaintenait dur. 

Car le c tout seul faisait devant chacune des cinq vo3relies 
le rôle du rh moderne ( qu'il conserve dans l'italien devant e 
et i). On lit dans les plus vieux textes, cevai, bouée, cemimie, 
fretce; cela faisait, comme aujourd'hui, cheval, bouche, 
cheminée , friuche. Au contraire, la notation moderne eût re- 
présenté keval, bouke, keminée, fratke ... ce qui est la pro- 
nonciation picarde. Et pourquoi les Picards prononcent-ils 
ainsi? pourquoi semblent-ils avoir pris le contre-pied des au- 
tres en prononçant un kien, un kat, une mouke, un kemin, 
un pékeur; et au contraire par ch, cheia, chei homme, cheUe 
femme, merchi, chest boin^ etc. Est-ce purement et simplement 
par esprit de contradiction ? 

Nullement. C'est par fidélité à la langue latine, dont le Bel- 
gium de César paraît avoir été plus fortement imprimé que les 
antres provinces de la conquête romaine. 

En effet, les Picards maintiennent le son du k partout où 
les Latins sonnaient le £ dur : vacca, -vaque; bacea, boaqmei 
caballus, keval; caro, knmet carogne; caius, eamUy pi seo Hr, 
kat, kar et karrette, péqueur; canis, kien; OKate, kier, etc. 
Vous voyez qu'ils se reportent toujours à l'étymologie pour 
maintenir le c dur, sans égard à la nature de la voyelle qui 
suit en français. Que cette voyelle soit devenue un /» comoM 
dans chien, ou un e, comme dans cheval, n'importe ; ils ne 
s'arrêtent point à la métamorphose ; leur oreille se souvient de 



— 51 — 

plus haut : c'était un â en latin , et le r y était dùlr ; ils le gar- 
deront dur. 

Mais dans ce ^ ci, merci, et autres pareils, qui ne viennent 
pas du latin , ou n*y avaient pas le c dut, ils lui laisseiit la va- 
leur du ch moderne ; ils disent merchi, comme les Italiens di- 
9èDlt Metcè, 

Les autres provinces se sont réglées depuis sur la nature des 
voyelles françaises pour modifier la valeur du c; mais , dans 
rongine , elles semblent lui avoir attiibué partout| et sans dis- 
tinction , reffet du ch moderne. Comment expliquer autrement 
que de catus, carrus^ on ait dit chaty char? 

En italien 9 le ch conserve sa valeur primitive : chiamare, 
tfdoQe, chittso. 

Aujourd'hui Ton se contente du simple c devant o et /i : 
commineiare f decamerone ; mm autrefois on y écrivait aussi 
le ch, comme cela se voit par un manuscrit du xv* siècle , 
dont voici le titre exact : 

— « iDf /lop^ipcia il libro cAiamato dpc/iameroo, fAogpomii^ato principe 
« GhaXtQiio (x)i nel quale si cAonteugoDo cento Dovelle..^. etc. » 

{Cité dans P. Paus, nus, m. 3 a 7.) 

Ce qui semble indiquer que, dans Tongine^ les Italiens aussi 
prêtaient au c une action uniforme sur les cinq voyelles. Et 
en eOeti il est plus naturel, quand on pose une règle, de la 
poser générale f les exceptions viennent ensuite | amenées par 
le tempS| et avec elles les inconséquences. Le cahot de la voi- 
ture et le chaos de Démogorgon sonnent à Toreille comme ^ 
dernière moitié de cacao. Concluez donc la prononciation 
d'après l'orthographe ! 

CAS, GRAmû CAS, ebose considérable : 

Cè i)ye de plus que vous on en pourroit avoir {ftdge) 
rTest pas un si grimd tm pour a'^ imt prévi^ir. {f$i{. UI. 5.) 
« Quoi payer? — 14 d&iM atu bous pèrel. 
« — Quelle dîme? — Savez-vous pas? 

(1) La ràfUrelatÎTcaotf s'appliquait an ^, 4^1 n*é«t qu'un iàoadtsennent du e. Ap- 
paramnciil , moi l'aapiratioa inteq>ttft4«, Ift f d« Gùlia$t0 M fit prononce comaia celui 
dt ita/à, §dart, an lian d'étra tanu dv MB^é'diMjÉMciic. 

4. 



— 62 — 

« — Moi , je le sftis ? — Cest um grand ems, 
m Qae toujours femme aux moines donur. •• 

(La. Fuirr. Let Cordeliers de CûUdognt.) 

CAUSER, parler aa hasard : 

Le monde, chère Agnès , est une étrange chose ! 

Yoyei la médisance, et comme chacun cause! {Ee, des /mi. II. 6.) 

Le sens primitif de causer est, en efîet , blâmer, gromder, 
médire. C'était un verbe actif , causer quelqu'un : 

« Sa femme Toi , moult fort le cose, » {He de J, C. dans Doc) 
Sa femme Tentend , et le gronde fort. 
m Moult de sa gent parler n'en osent, 
- Biais par derrière moult l'en cltosent, » 

( Bas BAS. FabUattx. I. p. 160.) 
Voyez Du Cange, au mot Causnre. 
CAUTION BOURGEOISE, garantie suffisante : 

Je m'en vais gagner an pied , ou je veux caution bourgeoise qu'ils ne me 
feront pas de mal. (Les yeux de Calhos et ceux de Madeloo.) 

{Préc. rid, xo.) 

Allusion à Tancienne coutume de livrer en otage au vain- 
queur un certain nombre des principaux bourgeois. Eustache 
de Saint-Pierre faisait partie de la caution boui^eoise foiunie 
par la ville de Calais. 

I.X MAXQuis. Je la garantis détestable ! 

ooEAm. Isa caution n'est pas bourgeoise, {Cril. de tEc. des fem, 6.) 

« On appelle caution bourgeoise, dit Furetière , une caution 
valable et facile à discuter, comme serait celle d*un bourgeois 
bien connu dans sa ville. » 

Au mot caution, Furetière met cet exemple : « On ne veut 
point prêter aux grands seigneurs sans caution bourgeoise, » 

CE interrogatif , lié au verbe jK>uvotr : 

Qui peut-ee être ? (VJp. IV. 7.) 

— CE , suivi du verbe au pluriel : 

Il faut que , dans l'obicurilé , je lâche à découvrir quelles gens ce peurent 
être, (Sicilien, 5.) 

Tous les discours sont des sottises. 
Parlant d'un homme sans éclat; 
Ce seraient paroles exquises. 
Si c'é^>it un grand qui parUt. (^mph, IL t.) 



— 58 — 

C€ que je vous dis là ne tout pas des chansons. (Ee, detfem, III. «.) 
(Voyez CE que et ce aowt,) 

CÉANS: 

Qir&st-ce qu'on fait céans? comme est-ce qu*on s*y porte? {Tart,l, 5.) 

Dénichons de céans, et sans cérémonie. {ibid, Vf, 7.) 

Ce vieux mot est employé dans Tartufe avec une sorte de 

prédilection. Madame Femelle , comme aussi madame Jour- 

dain, afTectionnent céans. 

Et je parle d*iin tîcux Sosie 
Qui fut jadis de met parents. 
Qu'avec très-grande barbarie 
A l*heure du dîner Ton chassa de céans, (jémph. lU, 7.) 

Céans^ racines ci ens, ici dedans; comme léanseU pour ià 
erUf là dedans. 

Fayel , surprenant le châtelain de Coucy chez sa femme, le 
chasse avec la suivante Isabelle : 

« Or, chastelains, vous en irei, 

** Isabelle o tous enmenrez; 

« Car ci ens jamais ne girra. » (it. de Couey, Y. 4744.) 

Car elle ne couchera jamais plus céans. 

« Un frère Jean , novice de léans, » (La FoMTAm , Féronde.) 

Novice de là-dedans. 

En prenait autrefois Vs finale euphonique. Cette s s*est con- 
servée aussi dans cette autre forme dedans, où le second d est 
une euphonique intercalaire. (Des Far, du lang, fr., 93 et BSg. ) 

CEPENDANT QUE. . . : 

Cependant que rhacun , après cette tempête, 

Songe à cacher aux yeux la honte de sa tête... {VEt, Y. 14.) 

Pendant cela (savoir), que chacune , etc.^ hoc pendenie ( seu 

durante) quod Cependant que , fréquent dans la prose 

de Froissarty est un archaïsme cher à la Fontaine. 

CE QUE LE a£L NOUS a fait naItre , notre origine : 

Il 7 a de la lâcheté à déguiser ce que le ciel nous a fait naître, 

{B. gent. m. za.) 



-54- 

— CB QUB c'est QDB DE. . .. pOUT Ce quê ^ui quê le. . . .- 

Moi ! voyez se que c'est que du monde anjoard^hni ! (J^Kt, f . 9.) 
Quid sit de mundo hodic. (Voyez de, représentant que le,) 

G£QU£... 809t: 

Cf fM ]e TOUS dis li ne soM pmê dts cbansont. (Eo, dêifmm VEL ».) 
pQ m'a montré ia pièce, el comoM tout ce qu'il y m d'agrétble â^t 
eflectiyemeDt les idées qoi ont été prises de Molière, etc. (/n^r. i.) 

« Son droit ? tout ce qu'i\ dit sont autant d^impostures. » 

(Racine. Les Plaideurs, II. 9.) 

L'idée réveillée ici par le singulier ce que, représente des 
détails, et non pas un ensemble. Le verbe au singulier 7 serait 
déplacé ; qu'on l'essaye : Monsieur, tout ce ^u*'û dit est autant 
d'impostiires. Tout ce qu'il y a d'agréable est effectivement 
les idées, etc. 

Cela n'est pas acceptable. Avant de s'accorder entre eux, 
les mots sont tenus de s'accorder avec la pensée ; et quand il 
y a conflit, c'est la pensée qui doit l'emporter. Aussi, quand 
une suite de substantifs, même au pluriel, ne réveillent qu'une 
idée simple, l'idée d'un ensemble, le verbe se met au singulier. 

Quatre ou cinq mille écus €st un denier considérable ! {Pour. III. 9.) 

Yoyet la contre-partie de cet article à g'bst. 

CE QUI.. .. CE SONT : 

Cê sont charmes pour moi que ce qui part de vous. (Pem, sav, III. i.) 
Il est permis de supposer que, sans la nécessité de la me- 
sure, Molière n'eut pas donne à l'usage la satisfaction de cette 
étrange alliance d'un singulier avec un verbe au plttrtd. Ce 
qui part, . . ce sont charmes. 

Je dois observer cependant que Montaigne a écrit : 

M Ceht ce sont des eflects particuliers. • ( //. cA. ta.) 

( Voyez des exemples du contraire à l'article c'rst. ) 

CERVELLE, figuréraent, la cause pour l'effet; ini- 
pétuosité , extravagance : esscteb la cervelle de 
quelqu'un : 

Ou n'a pointa louer les vers de messieurs tels, 



À domer de l*eneeas à niidtine mie telle, 

Et de nos francs marquis etêuywr Im cerveUe. {diu, ïll. 7.} 

CESONT, SONT-CE: 

C'est comme parle le plus souvent Molière, quand il suit un 
pluriel ; et non pas cest, est-ce y à la manière de Bossuet : 

Comment, ces noms étranges ne tonhee pas vos noms de baptême ? 

{Précieuses ndie, 5.) 

Ct âoni vingt mille francs qu'il m'en pourra coûter. (Mis, Y. i.) 

n est probable qu'en prose Molière eût dit c'est vingt mille 

fnmcs, comme dans la phrase de Pourceaugnacciiée plus haut; 

car ridée ne se porte pas à considérer les francs isolément, 

mais sur une somme de ao,ooo francs. 

Ce JM sont plus rien que de» fantômes ou des fy^ons de chenaux. 

{VJvare. Ul. 5.) 

C*£SI ou EST 9 en rapport avec un substantif au 
ploriel: 

Hideux auj, dans son lexe, est une grande avance. {Mélicerte, I. 4.^ 
11 est clair qu'il n'y a point là de faute, parce que la pensée 
porte non pas sur le nombre des années , mais sur l'unité de 
temps représentée par deux ans. Deux ans, c'est une grande 
avance. 
Quatre ou ciuq mille écus est un denier considérable I {Poure, III. 9.) 
Tous les hommes sont semblables par les paroles, et ce nWqiie les ac- 
tions qui les découvrent difTéreuts. (C^t^. 1. 1.) 
Il est certain que cette façon de pai'ler parait la plus conforme 
à la logique habituelle de la langue française , qui gouverne 
toujours la phrase , non sur les mots à venir, mais sur les 
mots déjà passés , en sorte qu'une inversion change la règle : 
J'ai vu maints chapitres ; j'ai maints chapitre vus. 

Ce est au singulier, représentant cela. Pourquoi mettre le 
verbe au pluiiel ? On ne dirait plus aujourd'hui, comme du 
temps de Montaigne, cela sont. 

Mais ce peut être un mot collectif enfermant une idée de 
pluriel ; et quand ce pluriel touche immédiatement au verl)e 
qiu le suit, il n'y a point d'inconvénient à mettre ce sont, au 
lieu de ce est. Nos pères paraissent en avoir jugé ainsi , car la 



— 66-^ 

forme ce sont se retromre dans le berceau de la langue. Elle 
prédomine dans le livre des Rois: 

m Ço sunt Us deiu ki flaelerent e luereot cet d*Ég?ple d déterl. » 

(Bois. p. i5.) 

Le tort des grammairiens est d'avoir rendu cette forme obli- 
gatoire ; elle n'est que facultative, et il est toujours IcNsible 
d'employer c'est devant un nom pluriel. Les grammairiens^ 
qui nous imposent rigoureusement ce sont eux, prescrivent 
aussi c'est nous, c'est vous, locutions absurdes ! Puisqu'on gar- 
dait la tradition du moyen âge, il fallait du moins la garder 
tout entière, et dire ce sommes nous, c'étes vous. Mais on n*a 
obéi qu'à une routine aveugle et inconséquente. 

Dans Pathelin^ Guilleroette recommande à M. Jousseaume 
de parler bas , par égard pour le pauvre malade ; et elle-même 
t'oublie jusqu'à élever fort la voix, l^e drapier ne manque pas 
d'en faire la remarque : 

n Tous me disiez que je parlaiie 
« Si bas, taincle beooisle dame : 
« Youi criez ! 

OUILLSMETTI. 

C estes vouSf ptr mame ! • 

Cest vousy par mon âme ! 

A la fin, le drapier reconnaît son voleur dans l'avocat : 

« Je puisse Dieu desadrouer 

• Se c« n*estes vous, vous, saut faulte... h 

Je renie Dieu si ce n'est vous ! 

Et dans la scène où Pathelin subtilise le drap : L'bonnéte 
homme (pie feu voire père ! 

« Vrajrmentt c estes vous tout craché! » 
C'est vous tout craché. 

• On trouve douze rois choisis par le peuple, qui partagèrent entrt MUi 
« le gouveruemeut du royaume. Cest eux qui ont kâli les dotuce palais 
« qui composoieut le labyrinthe. •• (Bossuet. Disc, sur thist, un. 3* p.) 

m Ce n'est pas seulement des hommes à combattre, c^est des montagnes 
9 inaccessibles, c'est des ravines et des précipices d'un côlé; c'est partout 
• des forts élevés.... • (Or. fim, du pr. de Condé.) 



_ 57 - 

On voit que Bossuet veut présenter une idée d'ensemble : 
les rois qui ont bâti le labyrinthe, et ce qu'il y a à combattre ; 
et non {kis attirer la pensée, la divertir sur les détails, sur les 
éléments qui forment cette unité. 11 ne veut pas nous faire 
compter les rois é^ptiens ni les sommets des montagnet, 
mais nous frapper par un tableau ; il emploie le singulier. 

Cependant, après avoir rapporté ce passage , Fauteur des 
Remarques sur la langue française et le style déclare avec 
dureté : « 11 faut partout ce sont, » « Il est certain , ajoute-t-il 
par forme d'atténuation , que les Latins disaient poétiquement 
animalia currit. » Les Latins n*ont jamais parlé de la sorte , 
ni en vers ni en prose ; l'auteur confond la grammaire latine 
avec la grecque. Au surplus, la locution ^mol xp^^^ei n'a pas 
le moindre rappoit à ce dont il s'agit. On aimerait mieux 
trouver dans ce livre moins d'érudition , et un peu plus d'é- 
gards pour les grandes gloires littéraires de la France. C'est à 
l'instant même où il vient d'inventer cet animalia currit , que 
l'auteur reproche à Bossuet des soiécismes : « Bossuet a com- 
mis cette faute à outrance. , , , Le solécisme est commis avec 
une telle insistance , qu'il est permis de croire que Bossuet 
n'était pas bien fixé sur cette règle d'usage , qu'il rencontre 
néanmoins quelquefois, »( L p. 44^0 Non, Bossuet n'a pas fait 
ici de solécisme , et il parlait français autrement que par ren- 
contre et par hasard. 

• Ce n*est plus ces promptes saillies qu'il savoit si vile et si agréable- 
« ment réparer. » (Or, f. du pr. de Condi,) 

Substituez ce ne sont , vous déchirez l'oreille : ce ne sont plus 
ces 

Voltaire dit pareillement : 

« Les saints ont eu des foibles!^; ce n est pat leurs faiblesses qiron ré- 
« vère. » (Canotùs, de s. Cucu/h.) 

L'idée porte sur ce qu'on révère^ et non sur les faiblesses des 

saints. 

£t Racine : 

« Ce n'est pas les Troyens, c'est Hector qu'on poursuit.» {Andnm.) 

L'idée porte de même ici non pas sur les Troyens, mais sur 
ce qu'on poursuit. 



— M — 

Et comme après un nom collecdf au tinguKer on peut 
mettre le verbe au pluriel , par rapport à la pensée que ce 
.singulier réveille, de même on peut mettre le verbe au ungu- 
lier à câté d'un substantif au pluriel , quand il y a unité dans 
l'idée. 

Ainsi, dans Pourceaugnac, Molière a pu dire, et devait dire 
en effet: 

Quatre ou cinq miUe écus ut un denier considérable. (III. 9»} 

Sont un denier eût été impropre. 

Par la même raison, M. de Chateaubriand a dû écrire : 

« Qui raeontcn cet détaiU ,st Je ne les révèle? Ce m*est poi Ut /dot* 

Concluons qu'il y a un art, une délicatesse de style à choi- 
sir l'une ou Pautre forme, selon le besoin de la pensée ou de 
l'harmonie ; et c*est à l'usage qu'il fait de cette liberté qu'oQ 
reconnaît le bon écrivain. 

G*^T A A (un iofiaitif), et non pas de : 

C*est aux gens nitl touroéi, aux mérites vulgaireit 

A brûler constamment pour des beautés sévèrea. (ICfi. I^. if) 

C'EST POUR (un infinitif), cela mérite que : 

Certes ^etî pour en rire, et tu peux me le rendre. {MéUe. L t.) 

— c'est pour (un infinitif) que. ... : 

Et c^est pour essuyer de Irès-fâclieux moments, 

Que les soudains retours de son âme inégale. (^Psyché, î. %,) 

Cela est fait pour Cela, savoir que 

C'EST (un infinitif) DE (un infinitif), et non quê ie : 

Cest m^ honorer beaucoup de 'vouloir que je sois témoin d'une entrevue 
ai agréable. {Mal. im. VL. 5.) 

C'EST QUE, par syllepse, sans relation grammaticale 
avec ce qui précède : 

Et afin, madame Jourdain, que voiif; puissiez, avoir IVsprit tout à fait 
content, et que vous perdiez aujourd'hui toute ta jalousie? que tous pour- 
riei avoir courue de monsieur votre mari, c'est que nous noua setri- 
rons du même notaire pour nous marier, madame et moi. (B, genL Y. 7.) 



Je Tak Tons dire une choie , c'est que nous nouA iera« 
ronSy etc. 

CEST TOUT DIT, adverbe ; c'est tout dire, tout est 
dit qpànd on a dit cela : 

Il «st fort enfooeé àm la cour, a est tout Mi: 

La cour, comme Ton sait, ne lient pas pour l*esprit. {Fem, savJVX) 

CE QUI EST DE BON , pour ce qu'il y a de bon: 

î>e mari oa le doute point de la manigance, voilà €$ ^ui m/ 40 à^n. 

(«./>. La.) 

CE VOUS EST, CE NOUS est : 

En on mot , ce vous est une attente assez belle 
Que la sévérité du tuleur d*l8abelle. (Êc. des mar, I. 6.) 

Ce nous est une douce rente que ce M. Jourdain, (Bourg, gent. L i.) 

C'est ici le datif de profit : c'est à vouSy à nous 

CHAGRIN DELICAT, délicatesse chagrine ; 

S'il faut que cela soit, ce sera seulement pour venger le public du cha- 
grin délicat de certaines gens. (P*^/' ^ ^^ ^'*'^- ^ tÉc.desfem,) 

CHAISE pour chaire: 

Les savants ne sont bons que pour prêcher en chaue. 

{Fmrn, sa9, Y. S.) 

c Chaise n'est point une erreur de Martine. Autrefois, on 
af^lait ainsi ce que nous nommons aujourd'hui chaire ; on di- 
sait : une chaise de prédicateur, de régent. Yaugelas préférait 
en ce sens le mot chaise , mais il n'excluait pas le mot chaire. 
Ce dernier ne se dit plus que des sièges ordinaires. » (M. Aucer.) 

La note de M. Auger est fort juste; mais il y faut ajouter 
quelques développements , car ce point touche à Tune des cir~ 
constances les plus singulières de l'ancienne langue : c'est 
l'habitude de grasseyer et de zézayer. Jacques Dubois (Sylvius) 
et Charles Bouille en font le caractère du parler parisien au 
XYi^ siècle ; mais je suis persuadé que la chose est beaucoup 
plut ancienne et plus générale , au moins en ce qui touche le 
grasseyement. En effet, les preuves de Vr supprimée, ou trans^ 
formée en /, se rencontrent partout dans les manuscrits du 



— «0 — 

moyen âge. \J amure pour V armure , dans la chanson de Ro- 
land ; tfuatier^ mtèbre, palier, bone , pour quartier , maràre , 
parler^ borne, dans le Roraan de la Rose ; asi pour arr/ (brûlé), 
dans les Rois ; coupe pour coulpe , dans le Roman du châtelain 
de Coucy; mellariy huiler, supeltatif^ etc., etc., dans des au- 
teurs de toutes provinces et des plus anciennes époques. 

«• Item, un estuy à corporaulx, tout ouvré àe pelles.» 

{Itivent, de la Ste.-ChapelU, de z363.) 

« Lfs entrechamps de grosses pelles fines. » {Texte dt i336.) 

(Voyez Du Cange , au mot Chaste) 

Bouille et Dubois se trompent donc en prenant un abus 
contemporain pour un abus moderne. C*est une erreur, du 
reste, assez commune. 

Cette précaution prise , voici leur témoignage : 

c Je ne veux point oublier ici un autre vice de la pronon- 
ciation parisienne : c'est la confusion des lettres R et S. Les 
exemples en sont innombrables , tant en latin qu*en vulgaire. 
Ils disent Jeru Masia , pour Jesu Maria ; misesese, pour mise- 
rere; cosona, pour corrt/ia. Ma mèsc, monfrèse^ pour mère p 
frère ; et au rebours , courin, pour cousin; de l'oreille, pour de 
roseille. Et ils ne se contentent pas de pécher de la sorte en 
parlant , mais c'est qu'ils éciivent comme ils prononcent ; et les 
doctes même ont toutes les peines du monde à se préserver de 
cette mauvaise habitude, dont les enseignes des rues de Paris 
rendent témoignage à tous les passants , car on y lit : Au gril 
cousonné; à Testelle (l'étoile) cousonnée , au hcuMÎcousonné. » 
(Devitiis vulg. Un g., p. 36.) 

J. Dubois est aussi explicite ; il ajoute seulement cette re- 
marque , que les Latins pratiquaient la même confusion , di- 
sant indifféremment : Fuiius, Falesius^ ou Furiut, Valerius ; 
arbos, labos , ou arbor , labor; comme les Grecs, Oa^^iv et 
Ôapoiiv. [Isagoge in litig, galL, p. Sa.) 

De citthedram , la première forme française a été chayère ou 
kayère , d'où par resserrement chaire. Les Picards d'aujour- 
d'hui disent encore une kayelle. 



— 61 — 

Et chaire, par le zézayement, est devenu chaise^ comme 
hure était devenu huse. 

« En la mesme fpuille ont mis aussi la figure de la divine infante, cou- 
« ronuéeen royoe de France, comoie vous, vous regardants huzeà hu»e 
« Tun Tautre (i). » (SaL Ménippée^ p. io4> éd Cbarp.) 

Nous avons repris la forme hure y mab nous avons gardé la 
forme chaise y créée par un abus , tout en retenant aussi la 
forme primitive et légitime chaire ; mais comme il est convenu 
(|u*il ne peut y avoir dans une langue deux mots synonymes , 
on s*est empressé d'attacher à chacune de ces formes une 
nuance de valeur différente. 

G>mbien de mots subsistent honorablement au cœur de no- 
tre langue', qui ne sont, comme le mot chaise, que des par- 
venus sans titres ? Par exemi^e y fattxbourg y chambellan, qui 
devraient être fors bourg , chatnberlan ; et bien d'autres! 

(Voyez sus.) 

CHALEUR DE , empressement à : 

Et que , par la chaleur de montrer ses ouvrages ^ 

On s*expose à jouer de mauvais personnages. {Mis, I. a.) 

— • CHALEUR POUR QUELQUE CHOSE : 

La chaleur qu*ib ont pour les intérêts du cieL [J^^éf, de TartMtffe,) 

CHAMAILLER et se chamailler : 

Nous irons bien armés; et si quelqu'un nous gronde > 

Nous nous chamailierons 

Moi, chamailler! bon Dieu , sui»je un Roland, mon maître? 

{Dép. am, V. i.) 
Sur les verbes réfléchis qui prennent ou laissent le pronom, 
voyez AEaiTEa et pronom ekfléchi. 

CHAMP 9 par métaphore pour occasion : 

Et i*aigreur de la dame, à ces sortes d'outrages 
Dont la plaint doucement le complaisant témoin, 
Est un champ à pousser les choses assez loin. {Ec» des mar. I. 6.) 
Le ressentiment fournit Toccasion de pousser les choses 
assez loin ; Tidée est claire , mais la métaphore est incohé- 
rente : une aigreur ne peut être un champ. 

(f) Sur 1m «ndenDC* monDaÎM d'Espagne. Ferdinand et Isabellr sont repréaeatn 
fNtèfaee. 



— «2~ 
~ ALLEE. AUX CHAMPS , aller à la campagne : 

Yotre maître de musique est ailé aux cliamps, et voilà ane | 
qu'il envoie à m place pour vous moatrer. ( Jfii/. bm. II. 4«) 

CHAMPIONNES, fémiDin de champion : 

Tous viennent sur mes pas, hors les deux clusmpiotme*. {VEt. Y» i5.) 

CHANGE ; douic er pour ghauoi a , c'est-à-dire , eh 
échange de: 

C'est ee qu'on peut donner pour êliange 

Au somge dont voiu me parles. {Jmph. D. i.) 

CHANGÉ DE : 

Tous me voyez bien changé dt ce quej^étols ce matin» (D. Juan, lY. 9.) 
Quantum mutatus ab iUo. 

-— ghauger de HOTE : 

Je te ferai changer de note^ chien de philosophe enragé! {Mar.for, 8.) 
Changer de langage , changer de ton. La Fontaine a dit 
changer de note pour changer de tactique : 

« Leur ennemi changea de note, 
« Sur la robe du dieu fil lomb<*T une croUt : 

• Le dieu, la secouant, jeta les œufs à has.» {V Aigle et tE$cariot,) 

— CHANGER UTfE CHOSE A UKE AUTRE '. 
CI , des rois les plus grands m'offrît-on le pouvoir, 
Je «Y changerais pas le bien de vous avoir. (Mélicerte, II. 3.) 
« Cepeudaiit l'humble loit devient temple, et ses murs 
« Cliangent leur frêle enduit aux marbres les plus durs. •» 

(La Fovt. Philémon et Soucis.) 

• Peut-être avant la nuit Theureuse Bérénice 

« Cfiange le nom de reine mt nom d'impératrice.» (Racuts. J!r>.1.3.) 

CHANSONS , repaItre quelqu'un de chansons : 

Il faut èire, je le confesse, 
D'ttn esprit bien posé, bien tranquille, bien doux. 
Pour souffrir qu'un valet de chansons me repaisse, {AmpK IL t.) 

CHANTER des Propos : 

Au nom de Jupiter, laissez-nous en repos. 

Et ne nous c/iantez plus et impertinents propos, (VEi, L S.) 



— 83 — 

— CHANTER MERVEILLE 9 promettre monts et mer- 
Teilles : 

Nous tn tenons, madame; et poîi prétooi l'oreille 

Aux bons chiens de pendards qui nous chantent merveille! 

{Dép.am:n. 4.) 

GHABGER ; CHARGER un courroux I y donner de 
nouYeauz motifs : 

Mon courroux n'a déjà que trop de violence , 

Sans U clmrger encor d'une nouvelle offense. (Sgan. 6.) 

— CHARGER ^ métaphoriquement , en bonne part : 

L'honneur de cet acte héroïque 
Dont mon nom est chargé par la rumeur publique. (Z>. Gareie.Y, 5.) 

La figure en ce sens ne paraît pas heureuse. On dit cepen- 
dant le poids dun grand nom; et Regnard a dit aussi , ironi- 
quement, il est vrai : 

« C'est un pesant fiirdeau qu'avoir un gros mérite.» (Z> Joueur, IL 8.) 

— CHARGER LE DOS à quelqu*un , le battre : 

Tous n'avez pas chargé son dos avec outrance ? (VEt. UI. 40 

— CHARGER quelqu'un , courir sor lui pour le battre : 

▲LAIV. 

• ., ^ quelque affamé venoit pour en manger^ 

Tu serois en colère et voudrais le charger, ^ (Ec. des/em. II. 3.) 

Je veux 



Que toas deux à Tenvi vous Ine chargiez ce traître, {IbU. lY. 9.) 

— CHARGER SUR QUEtQU'tm : 

D'abord il a si bien chargé sur les recors . . . {VEt, T. i.) 

Molière s*en est servi pareillement au sens figuré : 

Sur mon inquiétude ÏU viennent tous charger, (Jn^, HI. i.) 

CHARITÉS , par antiphrase , imputations médisan- 
tes on calomnieuses; prêter des charités a quel- 

QO'UH : 

Une de ces personnes qui prêtent doucement^ des charités i tout le 
■onde, dé cek femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en 

|MMM* \MumffWhpùt» tuj 



— 64 — 

— CHAKITÉ SOPHISTIQUÉE : 

Ces faux monnoyeiirs en dévot iou, qui veulent attraper les hommef atec 
un zèle contrefait et une charité sopAûiiquée. (t^ Plmeet au roi.) 

CHAT, ACHETER CHAT ES POCHE : 

Vouft éles-vous mis en tète que Léonard de Pourceaugnac soit homne à 
aelteler cfiat en poche..,. ? (Pourc. IL 7.) 

Acheter un chat dans la poche du marchand, acquérir un 
objet sans Texarainer. 

t Elles (les GUes qui se marient) acheptent chat en tac. •> (Mort. IIL 5.) 

CHATOUILLANT (adj. verbal), au sens figuré : 

. . . Par de chatouiUûntes approbations vous régaler de votre travail. 

(B. gent. I. I.) 

— CHATOUILLER UNE AME : 

J*aime à te voir presser cet aveu de ma flamme : 

Combattant mes rai.nons, tu chatouilles mon âme. {Pr. itEi. 1. x.) 

Racine a dit dans le style noble chatouiller un cœur : 

• Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce 
« Chatouilloient de mon coutr Torgueilleuse foiblesse. » 

{iplùgémê. I. I.) 
La Fontaine emploie ckatonilter sans complément : 

« Sa sœur se croyant déjà entre les bras de Tamour, chatouillée de oe 
témoignage de sou mérite. ...» (Psyclié^ livre U.) 

— CHAUDE, L^AvoiR CHAUDE , avec Tellipse du mot 
alerte ou alarme : 

Mon front l'a, sur mou âme, eu bien chaude pourtant. {Sgatu sa.) 

CHAUSSÉ d'une opinion (être) : 

Cho&e étrange de voir comme avec passion 

Un chacun est chaussé de son opinion. ^£c. des /cm, ht.) 

CHER , précieux : 

Et la plus glorieuse (estime) a des régals peu chers. {Mis.hu) 

Oiez-moi votre amour, et portez à quelque autre 

Les hommages d'un cœur aussi cher que le vôtre. (Fem. sap. Y. x.) 

Ce n'est pas à dire un cœur si c/iéri, mais de si haut prix. 

Comme on chérit ce qui est précieux, il est clair que, dans 

bien des cas, les deux nuances se confondent^ mais il en est 



— 65 — 

d*autres aussi oii elles sont bien distinctes. Par exemple : iles 
régals peu chers y un cœur aussi cher que le vôtre. Cher ici ne 
si^ifie que précieux; car Henriette ne chérit pas le cœur de 
Trissotin, non plus que Phèdre ne chérit la tête de Thésée. 

Tenir cher, dans la vieille langue/apprécier, estimer à haut 
prix. Les gens de Nevers, quand leur duc Gérard les a quittés, 
ne tiendront plus rien cher, ni le son de la musique, ni le ra- 
mage des oiseaux : 

•• Son de oote , ue cri d'oisiel , 

« N'ierent mais cbaiens chier tenu, » (La FioUtte. p. 71.) 

L'italien emploie de même caro : questo m 'è caro / quanto mè 
euro I 

CHERCHER DE (un infinitif), chercher à : 

Vous ne trouverez pas étrange que nous dierclùons d'en prendre ven» 
ffeance. (/). Juan, III. 4.) 

Mohére, conloruiément au génie de la vieille langue, évite 
l'hiatus avec un soin extrême ; c'est pourquoi il remplace sou- 
vent à par rie : commencer de pour commencer à ; cherclier de, 
obliger de, etc . . . J en prendre révolterait l'oreille. 

( Voye» DK, remplaçant à entre deux verbes.) 

CHÈRE, FAIRE BOTïTiE CHERE, dans le sens d'un 
traiteur qui fait une bonne cuisine , chez qui Ton fait 
bonne chère : 

Comment appelez-vous ce traiteur de Limoges qui fait si bomte citère? 

(Pourc. I. 6.) 

Citère est l'italien ciera, visage. Il s'est pris par extension 
pour une nourriture abondante et rechercbée, parce qu'une 
telle nourriture procure un l)on visage. C'est dans ce sens que 
le traiteur de Làmo^es faisait une bonne chère à ses habitués ; 
mais il est important de retenir l'étymologie du mot chère, 
pour comprendre l'ancienne acception figurée qui se trouve 
dans la Fontaine : /aire bonne chère à quelqu'un^ lui faire bon 
accueil , bonne mine. Chère d'homme fait vertu , dit un vieux 
proverbe ; c'est face d'homme. 

CHEVILLES : 

Je ne vous parle poiut , pour devoir en distraire. 
Du don de tout son bien, qu'il venoit de vous ftire.(Tari, V. 7.} 

5 



— «6 — 

Pour devoir en diUraire ^ signifie probablement pour avoir 
dû Vous détourner d'une telle action. Il serait dilBcile d'être 
plus obscur. Ce passage, et bien d'autres, font voir que Molière 
suivait en versifiant la méthode de Boileau , de commencer par 
le second vers, et d'y renfermer toute l'énergie de la pensée 
dans les tenues les plus propres. Le premier se faisait ensuite 
du mieux qu'on pouvait, ajusté sur le second. Molière a dû, 
comme Virgile, laisser souvent des hémistiches vides, qu'il 
rempUssait à la hâte au dernier moment. 

Quoi! vous ne pouvez pas, voyant comme on vous nomme , 
Vous râoudre une foif à vouloir être un bonioM? (fem, Mr. II. 8.) 

Le second vers, ferme, conipacte, énergique , était certaine- 
ment fait avant le premier. Foyant comme on vous nomme 
n'est que la paraphrase ailaibUe et peu claire du mot être un 
homme. 

Pour moi , je ne tiens pas 

Que la science soit pour gâter quelque chose. {Ihiâ. HT. S.) 

Voilà la pensée complète, comme elle s'est présentée à Mo- 
lière. Mais il a fallu remplir l'hémistiche : 

Pour moi , je ne tiens pas , quelque effet qiCon suppose , etc. 

Plus loin : 

Et c'est mon sentiment que 

La science est sujeUe à faire de grands sots ! 

Quelle petite phrase incidente remplira le premier hémis- 
tiche en faits comme en propos ? 

El c'est mon sentiment qu en faits comme en propos ^ 

La science est sujetle à faire de grands sols. (Ibid, IV. 3.) 

CHEVIR DE. ... : 

te. Dimanche. — Nous ne saurions en chtvir, (D, Juan, IV. 3.) 

La racine de ce vieux mot est chef que l'on prononçait ché, 

comme clej se prononce encore c/^ (i) ; ainsi chevirde, . . . •, 

c'est être chd* ou maîtie de 

La même racine est celle du vieux mot chepestre, Ikoa, 

capistrum ; d'où il nous reste enchevêtré , qui a le chef pris. 

(i) Du miimioiu dm tMt^.fr,^ p. 46t 47< 



- «7 - 
CU£VB£, pskudbe la cbèvbe, pour s'alarmer , $$ 
fMm: 

D'ua niri sur ce point j'approuve le souci ; 

Mais c*est prendre la chèvre un peu bien vite aussi. (Sgtu^ %%*) 
Nicole. Notre accueil de ce matin Ta fait prendre la chèvre, 

{B. gmt. m. 10.) 
On dit, par une figure analogue, prendre la mouche, 
(Voyez MOUCHE.) 

CHOISIR DE. . . (un infinitif) : 

C/uHsis d* épouser^ dans quatre jours, ou monsieur ou un couvent. 

{Mal, im, U. 8.) 

CHOIX (LE) DE. . . , le choix entre : 

Le clioix d'elle et de nous est assez inégal. {Mélicerte, I. 5.) 

Le choix entre elle et nous. 

CHOQUER , V. act. , avec un nom de chose , contra- 
rier, contredire : 

Vous prétendez choquer ce que j'ai résolu? (Sgan, z.) 

Ce desa^in, don Juaa, Hé c/wque point ce quey'tf dis. (Dan Jusut, Y. 3.) 

CHOSE ÉTRAUGE DE (un infinitif) : 

Chose étrange de voir comme avec passion 

Un chacun est chaussé de son opinion ! (£c, des fem. I. i.) 

De est pour que de : Chose étrange que de voir 

Chose étrange d* aimer!.,, {lèld. V. 4.) 

CHRÉTIEN, PARLER CHRETIEN : 

Il IwX parler chrétien, si vous voulez que je vous entende. 

{Préc, rid. 7.) 

Parler chrétien , c* est parler le chrétien , vomme parler turc, 
parler français y c' e$t parler le français , le turc, Parief oltt*é- 
tiennement, c'est tout autre chose : on peut parler chrétien , 
c'est-^-dire la langue des chrétiens, sans parler chrétienne- 
ment, en chrétien, avec des sentiments chrétiens. 

CHROMATIQUE, substantif féminin : 

l\ y à de la cliromatique la-dedans. (Préc, rid. 10.) 

U parait très-raisonnable de dire la chromatique , comme 

5. 



— 68 — 

on dit la rhétorique au féminin. On disait autrefois lama- 
ttiémathjucy et les Italiens le disent encoi*e : la matematicm. Ce 
sont autant d'adjectifs devant lesquels on sous*entend, comme 
en grec, d'où ils sont rires, le moi science^ ir/yrt, 

CLARTÉ, flambeau: 

Monsieur le commiitaire , 
Votre présence en rot>e est ici nécessaire: 
Suivez-moi, s*il vous pUit, avec votre clarté. {£c, des mar, III. 5.) 

— RECEVOIR LA CLARTE , naître : 

Mais où vous a*t-il dit qu'il rrcut la clarté.^ [VEt. IV. 3.) 

— CLARTÉS , renseignements , éclaircissements : 

Et j*ai vécu depui», sans que de ma maison 

J*eusse d'autres clartés que d'en savoir le nom. {Ibid, V. 14.) 

Et je prétends me faire i tous si bien connoUre, 

Qu*aux pressantes clartés de ce que je puis être 

Lui-même soit d*acoord du sang qui m*a fait naître. (Amph, UL 5.; 

Le void , 
Pour donner devant toua les clartés qu*on désire. {tkid, IIL 9.) 
Don Louis du secret a toutes les clartés. (D. Garcia, Y. 5.) 

Mais CCS douces clartés d'un secret favorable 
Vers l'objet adoré me découvrent coupable. {Ibid. Y. 6.) 

— CLARTES , lumières , au sens moral : 

Aspirez aux clartés qui sont dans la famille. (Fem. sav. I. i.) 

Je contiens qu*une femme ait des clartés de tout. {!bid. I. 3.) 

On eu attend beaucoup de vos vives clartés y 

Et pour vous la nature a peu d'obscurités. {Ibid, III. 9.) 

CŒUR BOIN, AVOIR LE COEUR BO.N. Voy. BOH. 

COIFFER (se) le cerveau, s*enivrer: 

Quel est le cabaret bonnéte 

Où tu Ces coiffé le cerveau? {Amph, III. a.) 

— COIFFER (se) de, au sens figuré , s entêter de : 

Faul-il de ses appas nCétre si fort coiffe! {Ec, des fem. III. 5.) 

COIX , TEWIR SON COIN PARMI. ... : 

Il peu! tenir son coin parmi les beaux esprits. FenK sav, III. 5.) 



COLLET-MONTË, antique , suranné comme la mode 
des coUets montés : 

Il est Trai qtie le mot est bien col/et-moute, {Fem, sav. II. 7.) 

Molière souligne cette façon de parler, pour en faire sentir 
l'afTectation ridicule. 

COLORÉ, EXCUSES colorées: 

Tous noiis payet ici à^ excuses colorées, {Tari, IV. i.) 

(Voyez couLEua, métaphoriquement.) 
COMBLÉ; un cabrosse comblé de laquais : 

Quand un carrosse , fait de superbe manière , 

Et comblé de laquais et de\'aiit et derrière... ( Fàclteur, L i.) 

COMÉDIE , dans le sens général de représentation 
dramatique: 

Et j*ai maudit cent fois cette innoceiiie envie 

Qui m'a pris, i dîner, de voir la comédie, (Fde/ieux, I. 1.) 

Le père Bouhours fait une remarque pour établir le sens 
général de ce mot, et qu'on doit dire ailtfr à la comédie, tes co- 
médies de M, Corneille^ les comédies de M. Racine; après quoi 
il introduit cette exception assez singulière : a II n*y a qu'une 
occasion où Ton doit se servir du mot tragédie^ c'est quand on 
parle des pièces de théâtre qui se représentent dans les collèges. 
Ce seroit mal dit : Tai esté à la comédie du collège de Cler- 
mont; il faut dire à la tragédie, » 

[Remarques noupelles^ p. 93.) 

Le collège de Clermoiit était dirigé par les jésuites ; c'est 
probablement l'unique motif de l'exception du père Bouhours^ 
jésuite. 

COMME, lié à un adjectif, en qualité de; gomme 
curieux : 

... Ce gentilhomme françois qui , comme curieux d'obliger les honnétei 
gens, a bien voulu, etc.. (Sicilien, it.) 

Latinisme : Utpote curiosus, 

— COMME SAGE : 

Comme sage , 
J*ai pesé mûrement toutes choses. (Tart, II. 9. ) 

Comme un homme sage, en homme sage que je suis. ^ 



— comas, pour comment : 

Les auteurs de traités des synonymes ^ s^engageant à décou- 
vrir partout des difTérences ou des nuances de valeur, n'ont 
pas manqué d*en signaler entre comme et comment : «L'un est 
objectif ou relatif à Tefiet ; Tautre est subjectif ou relatif à l'ac- 
tion Dans les Provinciales , Pascal, ayant rapporté en 

propres termes certaines opinions de Jansénius, ajoute: «Voilà 
a comme il parle sur tous ces chefs, ^ c'est-A-dire, voilà de quelle 
sorte sont ses paroles. Kt , quelques lignes plus loin , il écrit : 
a Voilà comment agissent ceux qui n'en veulent qu'aux er- 
reurs. » Comment et non pas comme, parce qu'il s'agit ici d'un 
ffdl;, et non d'une chose(i). » Je ne compr^ds rienje l'âvpoe, à 
cette distinction subtile. Ce qui parait beaucoup plu* clair^ 
c'est que ni Molière , ni Pascal , ne mettaient aucune diffé- 
rence entre comme et comment (a). Sans davantage m'ar- 
réter à discuter la théorie de M. Lafaye, je vais rapporter les 
exemples de Molière , laissant à d'autres le soin d'y i-econiuitre 
\fi subjectif ou l'objectif : 

Qui lait e^mm9 en m» mains ee portrait est venu P {Sgtm, 6.) 

Non , mais vous a-t-on dit comme on le nomme? — Enrique. 

(Re, des fem. h 6.) 

CammM est-ce qne chez moi s*est introduit cel homme? (/^. II. »^ 

Je ne comprends point comme, après tant d'amour et tant d^impalienot 

témoignée, il aurait le cosur de pouvoir manquer à sa parole. (D. Juan.l. i.) 

Pela te peut -il souffrir à un homme comme vous, qui savez comme il 

faut ^i\Te? {Ihid. IV. 7.) 

DUBOIS. 

. . . Attendez!... comme est-ce qu*il s*appclleP {Mis, IV. 4*) 

J*ai peine à roncevoir, tant ma surprise est forte, 
Comme un tel iils est né d'un père de la sorte. (Me'ticerle, I. 2.} 

Qu'est-ce qu'on fait céans? co/nrwcesl-ce qu'on s'y porte ?{Tart. 1. 5.) 
Oui, il faut qu'une fille obéisse à son père; il ne faut point qu'elle re- 
garde comme un mari est fait. {VAv. I. 9.) 



(i) S/nonjrmff français, par M. B. Lafaye , p. 600. 

(s) La forme comme (cume) »e rencontre tcale dans les Rois, Comment est po)téric«r» 
ri aura été formé pour l'euphonie. 



— 71 — 

Je rais bien aise d'apprendre mmme on parie de mei. {^'49. m. 5.) 
Voilà , mon gendre , comme il faut pousser les choses. (G. D, I. 8.) 
J'ai en main de quoi vous faire voir emnmé elle in*accommode. 

(Jbid, IL 9) 

Voilà un de mes étonnements, comme il est possible qu'il y ait des four- 

l>«s comme cela dans le monde. (Pourc. II. 4.) 

Qu'importe comme ils parient, pourvu qu'ils me disent ce que je veux 

savoir? {Ibid.U. i^.) 

Là, voyons un peu comme tous ferez. {Ibid, III. a.) 

Jamais il n'a été en ma puissance de concevoir comme on trouve écrit 

dans le ciel jusqu'aux plus petites particularités de la fortune du moindre 

des hoiniies. (Am, mag, IIT. f ^ 

— ÊTRE EN PEINE GOBIME IL FAUT FAIRE , en peine 

de savoir comment il faut faire : 

On tC est pas en peine sans doute comme il faut faire pour vous louer. 

{Êp, dédie, de t École des fem^ 
(Voyez COMMENT.) 

— COMME , combien : 

Vous ne sauriez croire comme elle est affolée de ce Léandre ! 

{Méd. m, lui. III. 7.) 

— GOMMS. ... ET QUE. . • : 

Comme vous êtes un fort galant homme , et que vous savex comme il 
fant vivre {Mar, for, ^.) 

Prince, cohiitm; jusqu'ici nous avons fait paroilre une conformité de sen- 
timents, et que le ciel a semblé mettre eu nous, etc. (Pr. d'El. lY. x.) 

« Comme elle possédoit son affection.... et que son heureuse fécondité 
• redoubloit tous les jours les sacrés liens... » 

(BossuET. Or, fun, d^Uenr. d'A.) 

■ Comme c'est la vocation qui nous inspire la îoi^et que c'est la persévé- 
« rance qui nous transmet à la gloire.... » (In. Or, fun. de la duch. d'Orl,) 

^ Comme il fut sorti de Delphes, et que il eut pris le chemin de la 
« Phocide » (La^Fontaiite, Fie d'Ésope.) 

— GOMME poar que; s'étonner comme. . . 

Je m'étonne comme le ciel les a pu souffrir si longtenp*. 

(D.Juan, Y. x.) 

(Voyesi AOMIESR govm^.) 



— 72 — 
— TOUT œMME , adverbialement 

Ceft justement tout 



La femme est eo effet le potage de Thonme. {Ee, éeifem. II. 3.) 

COMMENCER DE : 

Et déjà mon rival commencé de paroitre, (D. Garde, Y. 3.) 



Et veuille qiie ce frère , où loii va m*exposer. 

Commence et être roi par me tyranniser. (J6id, V. SJ) 

L*amour a commencé eTen déchirer le voile. (£c, des/em, TU, 4.) 
Commencer h paraît avoir été la foniie primitive ; c*est celle 
qu'emploie le plus ancien monmnent connu de notre langue : 
« Saul estoil fis d*uu an , quand il comencad a régner. » {fiais, p. 4i-) 
Bfais plus tard, quand le d euphonique fut tombé, par l'in- 
fluence de la langue éciîte sur la langue parlée , le soin de 
l'euphonie suggéra d'é\'iter l'hiatus, en construisant aussi avec 
«U tons ces verbes qui se construisaient déjà avec h^ 
( Voyez DE remplaçant à enti-e deux verbes.) 

COMMENT , comme , à quel point : 

Vous ne sauriez croire comment Terreur &*est répandue, et de qocUe 
fiçon chacun s*est endiablé à me croire médecin! (Méd, m. iui, III. t.) 

Comment^ c'est-à-dire, à quel point Terreur s'est répandue. 
(Voyez COMME.) 

COMMERCE , AVOIR œMMERCE chez QUELQU'UIf : 
.... Cette marquise agréable cliez qui/ai'ois commerce. (B. Cent, m. 6.) 

COMMETTRE a quelqu'un , lui confier : 

Ce pauvre maître Albert a lieaucoup de mérite 

D*avoir depuu Bologne accompagné ce fils, 

Qu'à sa discrétion vos soins avoient commis. (CEu IV. 3.) 

Alloni , sans crainte aucune , 
A la fin d'un amant commettre ma fortune. (Ec. des marAll. i.) 

« Un voleur se hasarde 
« D'enlever le dépôt commis aux soins du garde. » 

(La Forr. La Mtatrone d'Épuisé.) 

-. COMMETTBE QUELQU*UIf A UN SOIT9 : 

' Je vous commets au soin de nettoyer partout. (VJ4^f. in. x.) 

Allons«ro}iime//re un autre au soin que ton me donne» (Fem^sop, L 5.) 



Le subfttandf commis n'est autre chose que le participe 
passé de ce verbe, et se construit de même avec le dadf : un 
* commis aux aides, commis à la douane. 

— GOMUETTRE (se) d£. . . . 86 coufier relativement à: 

Agnès , dit Horace , 

N*4i pliu Toiilu songer à retourner chez soi , 

Et de tout son destin s* est commise à ma foi. (Ec , desJem.Y, t.) 

De est ici le de latin . 
COMPAGNONS, pour confrères : 

LE HOTAIRB. 

Moi ! si j'allois , madame , accorder vos demandes , 

Je me ferois siffler de tous mes compagnons, (Fem, sav. V. 3.) 

COMPAS ; REGLE PAB COMPAS : 

Si le chef n'est pas bien d'accord avec la tète, 

Que tout ne soit pas bien réglé pur ses compas, (Dép, am, IT. t.) 

COMPASSEB , verbe actif , mesurer au compas , 
c'est-à-dire, examiner à la rigueur : 

Et quant i moi je trouve, ayant tout compassé, 

Qu'il Taut mieux être eocor cocu que trépassé. {Sgom, ju) 

COMPATI» AVEC , être compatible avec : 

L*engagement ne compatit point avec mon humeur, (D. Juan. III. S.) 

COMPÉTITER : 

OROS'RENK. 

On voit une tempête , en forme de bourrasque , 

Qui vent compétiter par de certains... propos... {Dép, am, IV, t.) 

Furetière et Trévoux ne donnent que compétiteur. Il y a 
grande apparence que compétiter est for^é par Gros- René d'a- 
près ce substantif. On dit , en termes de droit, compéter, mais 
\ dans une autre acception que compétiter. 

COMPIAISANTA....: 

.... Yos désirs lui seront complaisants 
Jusqnes i lai laiiser et mouches et rubans? {Rc, des mar, L t.) 
^ Mais, au moins, sois complaisante aux civilités qu^on te rend. 

(Pr. if El, n. 4.) 



— 74 — 
COMPLEXION ; troc de ooimcxioH AiioiTBsroB. . . 

Ah, ah! vous êtes donc de complexîon amoureuse? {Poure. II. 4*) 

COMPLIMENT; etbe sAivsœMPLnfENT, sansfaçoo: 

Non, m*a-t-il répondu ,yV suis sans compliment ^ 

Et j'y vais pour causer avec toi seulement. {f éch mi m , I. x.) 

— Devoir à quelqu'un un compliment de quelque 
chose, c^est- à-dire, la politesse de lui en donner avis: 

On vous en dévoie bien au moins un compliment, (Fetn. êo», lY. i.) 

COMPOSER (se) pab étude : 

Là, tâchez de vous composer par étude; un peu de hardiesse, et songez 
à répondre résolument sur tout ce qu'il pourra tous dir«. {3e&pin. I. 4.) 

CONCERT DE MUSIQUE: 

Il faut qu'une personne comme vous... ait un concert de musitfue chez 
soi tous les mercredis ou tous les jeudis. (B, g«nt, II. i.) 

M. Auger blâme cette expression, comme redondante. Il est 
vrai qu'aujourd'hui Ton a restreint le mot conceri à rignifier 
concert de musique , mais ce n'est pas l'acception esientieUe du 
mot ; la preuve en est qu*on dit également bien un concert de 
louanges, un concert d*intrigues. Concerter ne t'applique pas 
exclusivement à la musique, et déconcerter ne s'y applique pas 
du tout. 

Tout le XVII* siècle a dit concert de musique, 

CONCERTÉ , en parlant d un seul , par exemple , du 
ciel: 

Une aTenture , />ar le ciel concertée , me fit voir la charmante Élise. 

{VA¥. Y. 5.) 
Concertée veut dire simplement ici préparée. 

CONCLURE DE, suivi d'un infinitif: 

El nous conclûmes tous d*attac/ier nos efforts 

Sur un cerf que chacun nous disoit cerf dix cors. (Pdclteujf, II. 7.) 

(Voyez DE remplaçant/? entre deux verbes.) 
CONCURRENCE; bonheur qui est en concuhrence: 

Grâce à Dieu, mon bonheur n^ est plus en concurrencé, 

(Ec, desfem, V. 3.) 



— 76 — 

En eflfet, Tamour d'Horace n'a pins à craindre de concur- 
rent, puisque Agnès s'est enfuie du logis d'Amolphe, pour se 
mettre smis sa protection. 

COXDAMXER DUîî GRIME, c est-à-dire, pour un 
crime, à cause d*un crime ; latinisme, damnare de... : 

Ne me condamiuz point d'nn deuil hors de laiioo. {Sgan. lo.) 

Je Tenx que vous puissiei tin peu l'examiner, 

Et voir tidemon dioix Ton peut me condamner. (Ecdesftm.!, i.) 

L erreur trop loiigtempi dure, 
Et c'est trop condamner ma bouclte d'imposture, (Tart, II. 3^ 

Ce.st trop me pousser là-dessus, 
Et ai infidélité me voir trop condamnée, (jimpft, IL a.) 

Loin de te condamner ttun si perfide traita 
Tu m'en fais éclater la joie en ton visage. ( I6id, U, 3. ) 

Pascal a dit de morne blâmer de : 

«iVr blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont prit un choix, car vous 
« n'en savez ricu. » {Pensées, p. a6a.) 

(Voyez DE dans tous les sens du latin de,) 

CONDITIONIVELS : deux conditionnels , le second 
commandé par le premier : 

Pour moi ^faurois toutes les hontes du monde, s'il falloit qu'on vint à 
me demauder si /aurais vu quelque chose de nouveau que je n'anrois 
pas vu. {Préc, rid, lo.) 

Nous dirions aujourd'hui, si J'ai vu; mais on suivait alors 
pour les conditionnels une certaine loi de symétide qui s'ap- 
pliquait aussi aux futurs. ( Voyez futubs. ] 

S'il falloit qn'il en vint quelque chose à ses oreilles , je dirois hautement 
que tu en aurais menti, {D, Juan, !• x.) 

Je leur disois que si quelqu'un leur venoit dire du mal de vous, elles 
se gardassent hieu de le croire, et ne manquassent pas de lui dire qu'i7«/i 
aurvit menii. (Ihid, II. 7.) 

Je croirais que la conquête d'un tel cœur ne serait pas une victoire à 
dédaigner. (Pr.d'Ei. ÏV, 3,) 

Si je n'étois sûre que ma mère étoit honnête femme, Je dirois qne ce 
serait quelque petit frère qu'elle m'aurait douué depuis le trépas de mon 
père. (ilfa/. im.IU.8.) 



— 7« - 

L'usage actuel mettrait : Je dirais que c'est qudque pedt 
frère qu'elle m^a donne , etc» 

La Fortune dit u l'enfant qu'elle trouve endomii sur le re- 
bord d'un puits : 

« Sus, badin, levez-vous. Si vous tombiez dedans, 
« De douleur, vos parents, comme vous imprudents, 
« Cro)ant en leur esprit que de tout je dis|M>se, 
• Diroient, en me blàmaut, que j'en seroit la eause. » 

(RiairuiR.aal.XIT.) 

Cette symétrie, empruntée du latin , était, dans rancienne 
langue, une règle inflexible. Guillemette dit à Patelin, ton 
mari , dans la scène de la folie feinte : 

« Par ceste pécheresse lasse , 

« Si jVfUitf aide , je vous liasse (i), • 

Si adjutorium haherem, te ligarcm. 
Et Patelin , moqué par Aignelet : 

« Par saint Jaques , se je trouvasse 

• Un bon sergent , te fasse prendre. » (PcfArfiii.) 

Pascal ne manque jamais à cette loi : 

« Si vous ne m aviez dit que c*e$t le père le Moine qui eat Taulear de 
n cette peinture, faurois dit que cent été quelque impie qui fanroit 
« faite, à de&seiu de tourner les saints en ridicule. » (9* PronMctmie.) 

«S'il s*en trouvoit qui crussent que \aurMs blessé la charité que je fout 
« dois en décriant votre morale. . .» (iz* Prop.) 

— COHDITIONNEL construit avec un indicatif: 

Si je me dispense ici de m*étendre sur les belles et glorieuses vcritca 
qu*on pourroit dire d'elle, cVst par la juste appréhension que ces grandes 
idées ne fissent éclater encore davantage la bassesse de mon offrande. 

(Ep, dédie, de t Ecole dts msiris.) 

Racine a dit de même , dans Androniaque : 
<* On craint qu'il n essuyât les larmes de sa mère. » 
Sur quoi d'Olivet élève une chicane grammaticale aussi pé- 
dante qu'elle est injuste. Rien n'est plus logique ni plus irré- 
prochable que cette alliance de temps, puisqu'il existe entre 
les deux l'ellipse bien claire d'une condition : — on craint {si 

(i) Si gonvenuiit le labjonctif derint l'imparfait, comme en latin. 



-^ 77 — 

i*€m me laissait mon fils ) qu'il // 'essuyât un jour, etc — 

Je nie dispense de cet clojje, de peur que (♦/ytf l'essayais) 
le contraste des idées ne fit ressortir la bassesse de mon of- 
frande. 

De petir qu'elle revint, fermons à clef la porte. {Ec. des mar, III. a.) 

De peur que [si je laissais la porte ouverte) elle ne revint, 

( Voyez Subjonctif. 

CONDUITE , direction : 

Et nous verrou» ensuite 
Si je dois de vos feux reprendre la conduite, {VEt, III. 5.) 

— GOifDUiTE, celui qui conduit, comme sentinelle ^ 
fjcurde , celui qui fait sentinelle , celui qui garde : 

A TOUS mettre eu lieu sur je m'offre pour conduite, (Tort, V. 6.) 

CO?îFIRlttER QUELQDU-s A (un infinitif), le fortifier 
dans la résolution de 

L'air dont je vous ai vu lui jelcr celle pierre 



Me confirme eiicor mieux à ne pas différer 

Les noces, où j'ai dit qu'il vouâ faut préparer. {£c, des fem, VX, i.) 

CONFORME, absolument, et en sous-eutendant le 
complément : 

Son cœin*, qui voui esiime, est solide et sincère, 

Et ce choix plus conforme étoit mieux voire affaire. {Mis, I. z.) 

Phiiinte veut dire ({ue le caractère d*Éliante se rapproche 
du caractère d*Alceste, et ([u'ainsi Âlceste, choisissant Éliante 
au lieu de Cclimène, eiit fait un choix plus conforme à ses 
gciiîts et à ses principes. 

Cette absence du conipléinent parait rendre Texpression trop 
vague, et laisser la pensée incertaine. 

CONGÉ , permission : 

El si dans quelque chose ils vous ont outiagé. 
Je puis vous assurer que c'est sans mon congé. (V£t, I. 3.) 

Nous u*oserous \Ay\^ trouver rieu de l>oii sans le congé de messieurs les 
expals. {Crit, de CEc, des fem, 7.) 



— 78 — 

Et je pense, seigneur, entendre ce langage. 

Mais sans votre congé, de |>eur de trop risquer, 

Je n*ose m*enhardir jtisques à l'eiipliquer. {PrinctTELL i.) 

Je lui donne â présent congé d'être Sosie. {Amph, ni. xc] 

CONGRATULANT , adjectif \erbal , comme chatouil- 
lant : 

Ne vous embarquez nullement 

Dans ces douceurs congratulantes, ( Amph. III. 1 1 .) 

CONSCIENCE ; c'est une conscience, c est-à-dire , 
an cas de couscience : 

C'est une conscience 
Que de vous laisser faire une telle allienre. {Tart, II. a.) 

Cest une conscience de voir une pauvre jeune femme mariée de la fa^n. 

{G, D, m, la.) 

CONSEILLER; (se) conseiller a quelqd'uh, pren- 
dre le conseil de quelqu'un : 

Je me suis même encore aujourd'hui conseillé au ciel pour cela. 

(/). Juan, V. 3.) 

Mais si je me conseil/ois à tous pour ce choix ? ' ' 
-^Si 'VOUS vous conseilliez à moi, je serois fort embarrassé. 

{Jm, magn, II. 4.) 
■ Il ett droit que je me conseille ! » 

(RuTEBEUF. U Testam, Je Casnê.) 

« Comment Panurge'^t; conseille à her Tripota. — Comment Panurge se 
m conseille à Pantagruel. • (Rabelais.) 

Sur le fréquent emploi des verbes réfléchis au commence- 
ment de la langue, voyez au mot Areéter. 

CONSENTIR , verb. act. , cokseistir quelque chose: 

Mais je mourrai plutôt que de consentir rien. (Z). Garde, I. 5.) 

— CONSENTIR QUE, accordcr que : 

Mais je veux consentir qu\Me soit [wur une autre. (Mis, XV. 3.) 
Consentir à ce que rendrait une |)ensée différente. Alceste ne 
consent pas à ce que la lettre de Céliniène soit pour un autre ; 
il consent , c'est-à-dire y il accorde par hypothèse qu'elle soit 
pour un autre que lui. 



— 19 — 

Si consentir que eût été une expression fautire ou seule- 
i|ient insolite , il était facile à Molière de mettre : 
Mtiâ J€ Yeux accorder qu'elle soit pour un autre. 

Pascal, Montaigne et Molière lui-même disent, consentir 
que pour à ce que : 

«Elle (la société de Jésus) co/ijf/i/ qu'ils gardent leur opinion, pourvu que 
« la sienne soit libre. »• (Pascal, i"^ Prov.) 

«Homère a esté contrainct de consentir que Venus feiist blecée au com- 

« \aX de Troie. » ( Montaighi. III. 7.) 

Je consens Qu'une femme ait des clartés de tout. (Fem. sav, I. 3.) 

CONSÉQUENCE ; chose de consequeinxe : 

Je sais bien qu'un bieufait de cette conséquence 
Ne sauroit demander trop de reconnois&ance. {Don Carcie. V. 5.) 
Que ne me dites-vous que des affaires de la dernière conséquence vous 
ont obligé à partir sans m'en donner avis? ( D. Juan. I. 3.) 

En vérité, monsieur, ce procès ni est d^une conséquence tout à fait 
grande. {L*A9, II. 7.) 

«Je lainerai beaucoup de petites choses où il fit paroitre la vivacité de 

« son esprit .; elles sont de trop peu de conséquence pour en in- 

« former la postérité. » (La FoifTAiifs. f^ie d^ Esope.) 

« J*ai |)eusé que le sujet des disputes de Sorbonue étoit d'une 

« extrême conséquence pour la religion, » ( Pascal, i^' Prov.) 

— CONSEQUENCE (fAIHE OU NE FAIRE POINT DE) : 

Un homme mort n*est qu'un homme mort , et ne fait point de conu" 
quence. {Am, méd, II. 3.) 

Ne produit pas de suites. 

— HOMME DE CONSEQUENCE : 

Prépare-toi désormais a vivre dans un grand respect avec un homme de 
ma conséquence. (Mdd. m. lui, III. xi.) 

CONSIDÉRABLE , digne d'être considéré , en par- 
lant des personnes et des choses : 

Comme je sais que vous êtes une personne considérable y je vondrois 
iMprifr. .... (Skilè9à.%.) 

Je vous tiens préférable 
A Uiut ce que j*y vois de plus considérable, {Mis. I. a.) 

Ah! «on père, le bien n'est pas considérable lorsqu'il est question d'é- 
pouser une honnête personne. ( L'Av. I. 5. ) 



— 80 — 

Le bien n'est pas à considérer. 
Iji noblesse , de soi , est bonne ; c'est une chose considérMg i 

(Georges D. I. x.) 

— CONSIDÉRABLE A QUELQU'O : 

Maii si jamais mon bien te fut considérahU , 
Répare mou malheur, et me sois sccourable. {L'Et, H. 7.) 

Monsieur, votre vertu m^est tout à fait considérable, {Mèd. m, i, m. i x .) 

« Ces raisons ont rendu leur condition (des hommes) ai comsidé» 

u rabU à l'Eglise^ qu'elle a toujours puni l'homicide qui les détruit. ...» 

(Pascal, i^ Prop.) 

CO>'SIDÉRATIO> ; a la goksidératioiî de , c'est-à- 
dire , eu considération de : 

Je vous donne ma parole, don Pcdre, qu'<i votre considération , je Tua 
la traiter du mieux qu'il me sera possible. (Sidùen, ¥9.) 

COiXSOLATlF : 

Je suis homme cunsolatif, homme à m'intéresser aux afiEairet dea jeanei 
S^oa. (ScoffUi. L a.) 

Pascal a dit consolatif à et consolatif pour, ... : 

•* Discours bien consolatif à ceux qui out assez de liberté d*espril...,elc.» 
— «Un beau mot de saint Augustin est bieu consolatif pour de certaines 
« personnes.» (Pe/tieVj. p. 5i,3io et SSg.) 

Consolatif parait tonné de consoler y aussi légitimement que 
récréatif àe récréer^ portatif àe porter y etc. 

CONSOMMER , consumer : 

El, quoi que Ton reproche au feu qui \ous cotuoinmc. 

{Dép, am, m, 9.) 

— SE CONSOMMER DANS QUELQUE CHOSE : 

la vertu fait ses soi us, et son ctuur s'y consomme 

Jusques à s offenser des seub regards d'un homme. (£c. des m, IX. 4.) 

On dit encore, au participe, il est consommé dans son art; 

on disait autrefois se consommer dans un art , dans une science, 

dans la pratique de la vertu , etc., etc. 

PuisquVft raisonnements votre esprit se consomme, (Ee,des fem,\,i,) 
Dans l'amour du prochain sa vertu se consomme. (Tort, V. 5.) 

C'est-à-dire éclate au plus haut degré. 



— 81 — 

Qui se donne à la cour se dérobe à son art ; 

Un esprit partagé rarement s'y consomme , 

Et les emplois de feu demandent tout un homme. 

{[m Gioire du Fol de Grâce.) 

La confusion entre consommer et consumer a été signalée 
par Yaugelas comme une faute , à la vt'i ité commune chez de 
bons écrivains, mais enfin comme une faute. 

Ménage , sans en donner une bonne raison , n'a pas voulu se 
rendre à la décision de Vaugelas ; mais l'Académie l'a adoptée, 
et le sens des racines commanderait en effet la distinction , si 
consommer venait de summa , et consumer de sumere. Je n'en 
crois rien : consumere est la seule racine des deux formes. L'u- 
sage de prononcer le um latin par o/i (voyez MATRiMONioif)a 
conduit tout d'abord à traduire consumere par consommer, 

« Ceste qualité estouffe et consomme les aullres qualités vrayes et essen- 
■ tielles. » (MoHTAiGHE. m. 7.) 

Alors la fonne consumer n'existait pas; consommer était 
seul ; car il faut toujours se rappeler que notre langue a été 
soumise à deux systèmes de formation très-différents. Co/i- 
sommer est le mot de première époque , et consumer le mot 
de seconde époque. L'archaïsme luttait encore du temps de- 
Molière. 

CONSTAMMENT , avec constance: 

Instruire ainsi les gens 
A porter constamment à^ pareib accidents. {Fem, sav. V. x.) 

CONSTITUER A, c est-à-dire , préposer à. ... : 

Je irous constitue pendant le souper au gouvernement des bouteilles, 

(VAv. III. I.) 

CONSTRUCTIONS IRRÊGULIÈRES : 

Du meilleur de mon cœur je donnerois sur l'heure 

Les vingt plus beaux louis de ce qui me demeure. 

Et pouvoir à plaisir sur ce mufle asséner 

Le plus grand coup du poing qui se puisse donner ! (Tart. V.4.} 

La passion légitime qui trouble Orgon excuse le dérange- 
ment grammatical de sa phrase. On le comprend d'ailleurs 

très-bien. C'est comme s'il disait : Je voutirois donner ei 

poup0ir, etc., 

6 



— 82 — 

(^est bieii la moindre chose qucye iwts doive ^ après m*avoir sauvé ia 
vie, (D. Jumm, UI. 4.) 

Après (jne vous m'avez sauvé la vie ; — mais l'autre façon 
est inouï) iparablement plus rapide. 

.... Qui |)Oiirra montrer une marque certaine 

D'avoir meilleure part au cœur de Célimène, 

Vautre ici ftra place au vainqueur prétends. 

Et le délivrera d'un rival assidu. {Mis, III. i.) 

C'est-à-dire : Si Tun de uous jMîut montrer y l'autre lui 

fera place. 

Aussi ne trouverois-je aucun sujet de plainte, 

Si pour moi voire bouche avoil parlé sans feinte; 

Et, rejetant mes -vœux dès le premier abord, 

Mon cœur u auroil eu droit de s'en plaindre qu'au sort. (His, lY. S.) 

J'oserais blàuier cette construction, à cause de l'ambiguïté. 
Rcjetani mes vœux se rapporte à votre bouche; la construction 
grammaticale semble le rap()orter à mon cœur^ qui est le siijet 
de ce second membre de phrase. 

C'esl prendre peu de part à mes cuisants soucis, 

Que de rire, et me voir en Télat où je suis. {Oèp. am. IV. i.) 

^ Dans l'ordre naturel, l'action de voir a précédé celle de rire» 
Virgile a dit pareillement : 

Moriamur, in arma ruamus» 
Si Ton commençait par mourir, il ne serait plus temps en- 
suite de se jetei- au milieu des ennemis. Les grammairiens , 
habiles à couvrir de beaux noms les fautes échappées aux 
grands poêles, ont trouvé pour celle-là le terme imposant 
d'hrstéi'ologie , c'est-ii-dire renverseuïcnt de Tordre , qui met 
devant ce (jui devait être ilerrière. 1^ faute de Virgile , en 
bonne foi, n'est pas justifiable; celle de Molière le 'serait 
peut-être davantage , en ce qu'on |)eut dire que l'action de 
rire et celle de voir sont sinmltané<'S. 

(Voyez PARTICIPE PRÉbEXT.) 

CONSULTER, absolument et sans régime, comme 
dèlUférer : 

Le jour t'en va ptroitre, et je vais consulter] 

Comment dans ce malheur je dois me comporter. (Ec, dôtfern. Y.!,) 



▲h! £iut*il consulter dans un affront si ruâe! (Amph, III. 3.) 

Laifto-moi consulter un peu si je le puis faire eo conscience. 

(PotfrcU. 4.) 

— CONSULTER, vcrb. act. : consulter quelque chose : 
une maladie, un procès , c est-à-dire , délibérer là- 
dessus : 

Si Lélie a pour lui Tamour et sa puissance, 

Andrès pour sou partage a la reconuoissancc , 

Qui ne souffrira point que mes pensera secrets 

Consultent jamais rien contre ses intérêts. (fEt. V. ta.) 

Il me semble 
Que Ton doit commencer par consulter ensemble 
Les clioses qu'on peut faire en cet événement. (TVir/. V. i.) 

Jai ici un ancien de mes amis, avec qui je serai bien aise de consulter 
sa maladie. {Pourc. I. 9.) 

Voici un habile homme , mon confrère , avec lequel je vais eonsalier 
ta manière dont nous vous traiterons. {Ibid. I. xi.) 

Je vou« |)rie de me mener chez quelque avocat , pour consulter mon 
affaire. (Ibid, II. sc. xa.) 

CONTE; DONNER d'un conte par LK TS^VI. Voy. ifEZ. 

CONTENTÉ DE (être) , être payé , récompensé de : 

Vous serez pleinement contentés de vos soins. {Ecdes mar, III. 5.) 

CONTENTEMENT, construit avec le verbe être : 

Elle dit que ce n'est pas contentement pour elle que d'avoir cinquante- 
six ans. (i'^i^.II. 7.) 
« Mais vivre sans plaider, est-ce contentement P » (Les Plaid. 1. 7.) 
Ce n'ïul pat contentement pour l'injure que j'ai reçue. {Méd» m. L I. 4.) 

Ce n'est p^ satisTaction pour Tinjuie qu/e j*ai reçue. 
COHTfeSTE : 

Là maison & présent, commfe savez de reste, 

An bon monsieur Tartufe apf)artieut sans conteUe, (Tart.Y, 4. ) 

Conteste est le substantif de contester, dont la Forme primi- 
tive est contrester [contra stare). Les ttatîens disent constrastar, 
et nous avons formé, à une époque relativement récente, co/i- 
traste , qui est au fond le même mot que conteste. On a oublié 
la loi qui changeait Va des Latins en e français : 

6. 



— 84 — 

m Li marescaus de nostre ost ogardi devant un casai, et pierdiiit la 
« gent Bariie qui venoient huant et glatissant, et menant li grand tampaerte, 
m que bien cuidoient eontrester à nos fourriers. > 

( YiLLEBAEOHoiHi p. 178, éd. ât Jf Paiis. ) 

Nicot écrit conir'ester, et cite pour exemple cette phrase : 
— «One n'avoit trouvé homme qui luy peust conir'ester en 
champ de bataille Guy de Wan^ich. »» 

M. B. l^faye fait cette distinction chimérique : — « Le 
conteste est une simple difBcultc ; la contestation en est la ma- 
nifestation. » (Synon. , p. Sgi ). L'un est le mot ancien, et 
Tautre le moderne : le sens est identique. 

CONTRADICTOIRE A : 

Ho, ho! qui des deux croire? 
Ce diiMîOurs au premier est fort contradictoire, (VEt, I. 4.) 

CONTBAIBE PABTI : 

Il se venge hautement en prenant le contraire parti, 

( Çrit. de tEc. des fem, 6.) 
Corneille avait dit, dans Cinna : 

m Et rinclination n'a jamais démenti 

« Le sang qui t'a voit fait du contraire parti,» (Y. i.) 

La prose de Molière nous montre que la locution était ainsi 
faite y et non parti contraire, 

•> Et chacun s'est rangé du contraire parti. > (REORiia. saL 17.) 

CONTRARIÉTÉS, taquineries par représailles: 

Laissons ces contrariétés. 

Et demeurons ce que nous sommes. (An^, Prol.) 

11 faut noter dans ce mot un exemple de la substitution des 
hquides / et r. Les racines sont contra et alium; la forme pri- 
mitive du verbe était coniraiier, — Dans Partonopeut : 

• Ce sont clergastes qui en mesdient (des femmes), 
« Qui lor meschines contralient, 

m Ils sont vilains, et eles foies. (Y. 5489.) 

« Grant pechie fait qui contralie 

m Dame qui est d'amors marrie. (Y. 6660.) 

• Ahi mon! oom ias deadaignouse! 

« Ahi ! oom îes cantraUouse! (V. 54a3.) 



-. 85 — 

Nous disons armoire {d*armarium ^ racine, arma)^ et nous 
avons raison ; nos aïeux écrivaient almarie, almoire, qu'ils pro- 
nonçaient par au^ aumarie , aumoire. (Voyez les Rois,pass/m.) 
C'était l'inverse de la faute que nous commettons en disant 
contrarier j pour coniralier. 

CONTREFAISEUR de gens : 

Point de quartier à ce contrtfaîseur de gens, {Impromptu, 3.) 

CONTREFAIT , simulé ; un zèle contrefait : 

.... Attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophis- 
tiquée, (i*' Piacet au RoL) 

CONVULSIONS DE CIVILITÉS : 

Et , tandis que tous deux étaient précipités 

Dans les convulsions de leurs civilités (Fâcheux^ I. x.) 

COQUIN ASSURÉ, effronté coqain : 

Que me vient donc coûter cet assuré coquin? (Dép, am. III. 8.) 
Marot , dans son Épistre au Roi^ pour avoir esté desrohé : 
m J*avois un jour uog valet de Gascogne , 
« Gourmand , yvrogne, et assuré menteur. » 

CORDE : SI la gohde ne rompt , formule empruntée 
aa métier du danseur de corde : 

Nous allons voir beau jeu , si la corde ne rompt, (L'Et, III. lo.) 

CORRESPONDANCE; de la œRRESPONDANCE , da 
retour : 

Quoi! écouter impudemment Tamour d*un damoiseau, et y promettre 
en même temps de la correspondance ! {G, D, I. 3.) 

On dit bien, dans ce sens, correspondre à l'amour de quel- 
qu'un; pourquoi pas correspondance à t amour? 

COTE DE SAINT LOUIS; être de la cfriE de saint 
LOUIS , d'une antique noblesse : 

Est-ce que nous sommes, nous autres, ^e la côte de saint Louis? 

{B, gent. m. la.) 
Comme Eve était de la côte d'Adam. 

COUCHER DE, mettre au jeu; figurément : 

Ta couches (t imposture, et tu m'en as donné, {L'Mt* l. XQ.) 



- 86 — 

Couctttr de signifie être au jeu pour une sotome de î t pKtce 
(fu'en effet on couche , on étend Targent sur une table , sur 

une carte On le dit figurément des paroles : Ce garçod ne 

demande pas moins qu'une fille de 100,000 écus; il couche 
trop gros. — 11 ne couche pas moins que de faire employer 

pour lui toutes les puissances » (Teétoux.) 

•« Tous couchez d'imposture, et vous osez jurer !»(CoaH. Le Ment.) 
« J*aurai mille l>eaux mots chaque jour à te dire ; 
« Je coucherai de feux t de sanglots, de martyre, * 

(ID. Ut suite ski Menteur.) 

Sur quoi Voltaire remai-que qu'on disait , en termes de jeu , 
couché {le 10 pistoies, de 3o pisioles; couché beOe» 

Les éditions modernes ont tu payes. Ce n'était pas la peine 
de changer, pour prêter à Molière une faute de versification. 

COULEUR , métaphoriquement, feux prétexte, men- 
songe: 

Sous couleur de changer de Por que Von doutoit. {Ètowrdi.U. 7.} 
( Voyez Douter. ) 
Us ont l^art de donner de belles couleurs à toutes leurs intentions. 

{^^•Placetau Hûi.) 
Molière a dit , par la même métaphore , excuses coiorées. 

Vous nous |)ayez ici d*ejrcuses colorées. {Tort. IV. i.) 

é Des peuples i urprius soubs coideur d^amitié et de bonne foy. • 

(MoUTAlGIfE. III. 6.) 

Cette métaphore est restée en usage parmi le {)euple : (^est 
une couleur; on lui a donné ime couleur. 

m Au reste, leurs injustice* (des Romains) éloient d'autant plus dan- 

• gereuses, qu'ils savoient mietix les couvrir du prétexte spécieux de 
« réquilc, et qu'ils ineltoieut suus le joug insensiblement les rois et les 

• ntlious, sous couleur de les protéger et de les défendre. » 

(Bossu ET. tiist. univ.y IW p.) 

— GOULEUB DE F£U , subst. masc. ; UN œULEUR DE 
feu: 

Je vous trouve les lèvres «Tri/i couleur de feu surprenant. {Impromptu. 5.) 

Couleur de feu est ici un terme composé , dans lequel le mot 

couleur, pas plus que le mai feu , ne fait prédominer son genre. 



— 87 — 

UeDmaiAp est tu neutre, dont , en français y la forme ne se 
distingue pas de celle du masculin. 

COUPER A , couper court à : 

Tout cela va le mieux du inonde ; 

Mais enfio coupons aux discours, {Àmph, III. ii.) 

— COUPER chemuv a : 

A tous nos démêlés coupons chemin , de grâce. (Mis, II. i .) 

COURIR A , recourir : 

El je suis en suspens si , pour me Tacquérir, 

Aux extrême* moyens je ne dois point courir, {L'Et, UI. a.) 

COURAGE , non pas dans le sens restreint de valeur^ 
mais dans le sens large du latin animm , disposition 
morale qu'une épilhète détermine en bien ou en mal : 

O la lâche personne! — 6 ie foible courage! {Dép. am, IV. 4.) 

COURRE ; courre un lièvre : 

Quand il vous plaira, je vous donnerai le divertissement de courre un 
lièvre, ( G. D. I. 8.) 

C'est la forme primitive dérivée de currere , comme ponre 
(pondre) de ponere. Il est demeuré comme terme de chasse. 
Des vocabulaires techniques seraient de précieux répertoires 
de notre vieille langue. 

COURT , pris adverbialement : 

Et moi, pour trancher court loule celle dispute.... {Fem,sav,'V.2.) 

— DEMEURER COURT A QUELQUE CHOSE : 

N'as-lu point de honle, loi, de demeurer court à si peu de chose? 

(Scapin. I. a.) 

— COURT , adjectif; court de , pour à court de : 

El que tu t'es acquise (la gloire) en lant d*occa.sions , 

A ne t'élre jamais vu court d*irti'en fions. (L'Ut. III. i.) 

Sur l'emploi de à dans ce passage, voyez : a, par le moyen de. 

— COURT JorNTE. (court est ici adverbe), terme de 
manège; cheval court jointe , comme celui du chasseur 
dus les Fâcheux : 

Point d'épaules non plus qu'un lièvre; court jointe. (Fâcheux. II. 7.} 



— 88 - 

ff Court Jointe, c*est le nom qu'on donne au cheval qui a le 
paturon court , (jui a les jambes droites depuis le genou jusr- 
qu'à la couronne. » (TmJtvoux.) 

COUSU DE PISTOLES : 

On viendra nie couper la gorge, dans la pensée que je suis /ouf cousu 
depiitoUs! (VJvA,S.) 

La Fontaine : 

« Son voisin , au contraire , étoit tout cousu ttor, • 

(Le Savetier et U Financier,) 

COUVRIR , au figuré , excuser, autoriser, dissimuler : 

Ciel, faut-ii que le rang dont on veut tout couvrir. 

De cent sots tous les jours nous oblige à souffrir! (Fàcfieux^ I. 6.) 

Je veux cliaoger de batterie, couvrir U zèle que j'ai pour vous, et 

feindre d'entrer, etc. (Mal, im, I. xo.) 

• Nostre religion est faite pour extirper les vices : elle les couvre , les 

« nourrit , les incite. » (M oittaiohk.) 

CRACHÉ^ TOUT CRACHÉ, c est-à-dire ressemblant: 

Lucas. Le vMà tout craché comme on nous Ta défiguré. (Méd, m. /. I. 6.) 
Cette métaphore , aujourd'hui reléguée parmi le bas peuple, 
était, au xvi* siècle, du langage ordinaire. Pathelin,qui, comme 
avocat ^ s'exprime toujoiu's bien, l'emploie sans difliculté. Il 
loue le drapier, monsieur Jousseaume , de ressembler à défunt 
son père : 

« Vraymeut c*estes vous tout poché. 
« Car qiioy? qui vous auroit crache' 
« Tous deux encontre la paroy 

■ D'une manière et d'un arroy» 

■ Si seriez vous sans différence. » 

Plus loin , faisant à sa femme le récit de cette scène : 

■ Et puis, fais-je, saincte Marie! 
m Comment prestoit il doucement 
« Ses denrées si humblement? 

« C estes, fais-je, vous tout crac fie.» (Patkelin,) 

Observez que nos pères disaient c'étes vous^ et non c'est 
vous. Ils gardaient au moins l'accord des personnes, en quoi 
ils se montrent meilleurs logiciens que leur postérité. 



— «9 — 
CRAINTE, adverbialement ; CRAiifTE de. . . • : 

Crainte pourtant de sinistre aventure. 

Allons chez noua acheTer Tentretien. (jémpfi. I. 9. 

Pascal emploie de la mcme façon manque : 
m Manque de loisir; manqué d^avoir contemplé ces infinis. 

(Pasc. Pensées, p. 367, lao, ia4.) 

£t l'usage commun a consacré /aute de, ., ,^ c*est-à^lire 
de ou par crainte y manque^ faute. 

Le peuple dit peur de Le caprice de Tusage n*a point 

admis cette expression. 

CRATON , un dessin , une esquisse : 

Ce n'est id qu*uD simple crayon, un petit impromptu, dont le roi a 
▼oulu faire un divertissement. (^'•*'/' d^ V Amour médecin,) 

CRÉDIT , PRENDRE CRÉDIT SUR : 

Et Toir ii ce n^est point une vaine chimère 

Qui sur ses sens troublés ait va prendre crédit, {jémph, Uï, x.) 

CRIER quelqu'un , le gbonder : 

Tu ne me diras plus, toi qui toujours me cries. 

Que je gâte en brouillon toutes tes fourberies. (L'Et, II. i4-) 

Pourquoi me criez-vous ? — J*ai grand tort, en efTet ! 

{Ec.des/em.y.^,) 

Cet archaïsme rappelle le petit pays oit Agnès a été élevée 
loin de toute pratiqtie , comme dit Ârnolphe. 

— CRIER APRÈS quelqu'un : 
.... de zèles indiscrets qui ... . crieront en public après eus, qui les 
accableront d'injures. (D. Juan, V, 9.) 

Ses plus célèbres philosophes (de rantiquité) ont donné des louanges à 

la comédie , eux qui crioient sans cesse t^rès Us vices de leur siècle, 

(Pré/, de Tartufe,) 

- - CRIER VENGEANCE AU CIEL : 
Toili qui crie vengeance au piel, {VAv, I. 5.) 

CRINS-CBUNS , de méchants violons , par onoma- 
topée: 

Monsieur, ce sont des masques , 
Qui portent des crins'crins et des tambours de basques. 

(Fâcheux, m. S.) 



— « — 

CROISE, actif; CHOiRfe QtmtQUs ghom, orbire k 

quelque chose : 

Un Turc, un hérétique , qui ne croit ni eiel, nî saint, ni Dieu, ni loup- 
gorou (D. /wm. I. t.) 

Mais encore faut-il cnire queique chose dans le monde. Qt/aet-ee donc 
que vous croyez ? ( Ihid, H. i.) 

Molière emploie croirt quelque chose et enrire à quelque 
chose : 

Un homme qni croit à ses rè^s plus qu-^ tontei les démon s t ra tions 
des mathématiques. [9ÊaL Ht* UL i.) 

— CROIRE A quelqu'un : 

Allez , ne croirez point à monsieur votre père, {Tort. II. a.) 

jé qui croire des deux ? (Jm, méd. II. 5.) 

Et , au contraire , dans V Étourdi : 

Oh! oh! qui des deux croire f 
Ce discours au premier est fort contradictoire. {L*Bi, I. 4.) 

— CROIRE DU CRIME A QUELQUE CHOSE : 
Un homme qui croit à ses règles plus qu'à toutes les démonstrations 
des mathématiques, et qui croirait du crime à les vouloir examiner, 

{MaLim, lU. 3.) 

Qui croiroit qu'il y a du crime. La forme elliptique de 
Molière est cent fois préférable. 

CUL-DE-COUVENT, comme cul-de-basse- fasse, c^l-de- 
sac , c'est-à-dire sac , fosse , et couvent sans issue par 
rextrémité opposée à rentrée : 

Vous rebutez mes vœux et me pousses à bout ; 

Mais un cul-de-couvent me irengera de tout 1 {Ee. desfem, V. 4.) 

Voltaire a beaucoup raillé celte expression , cul-de-sac : la 
métaphore peut uian(]uer de noblesse (quoique, après tout, Tha- 
bitude efface le relief de ces locutions) , mais elle ne manque 
pas de justesse y puisque le sac se tient assis sur son fond, et 
qu'une personne obstinée à travei*ser une inq^asse n'en vien- 
drait non plus à bout qu'une obstinée à sortir d'un sac par 
le fond. 

Çul-^e-coiiuent est par analogie. Ce terme énergique est 



- 91 — 

iirr:mc2i6 à Arnolphe par la fureur. On voit qu'il e%tf comme 
tu ireste il le dit lui-même , poussé à bout. 

C2UR108ITÉS au pluriel ^ dans la même aiiception 
qa*au singulier: 

Pour les DOUTeaotâ 
On i»eut avoir parfois des curiosités. {Ec, des mar, I. 5.) 

La faiblesse humaine est d*avoir 

Des curiosités d'apprendre 

Ce qu*on ne voudroit pas lavoir. {Jmph. tf. 3.) 

Molière , en ce passage , s'est rencontré avec un poète Au 
Mil* siècle , Gibert de Montreuil , qui introduit Gérard de 
levers chantant , dans un couplet : 

« Si s'en doit on bien garder 

• DVuquerre par jalousie 

« Chou qu*oQ ne vouroil trouver.* (£« FioUîte, p. 66«) 

D EUPHONIQUE : 

n pone une jaqueUe à grands basques plissées , 

Avec du dor dessus, {Ètts, tl. ^.) 

Hb du dor à son babil tout depis le haut jusqu*en bas. (D. Juan. It. i.) 

Datis Torigine du langage, tous les mots étaient armés d'une 
consonne finale, pour prcîserver la voyelle précédente du choc 
et de réiision contre une voyelle initiale du mot suivant. Quel- 
quefois cette voyelle est demeurée attachée au commencement 
du mot auquel elle n'appartenait pas. Ainsi le substantif or 
avait fait le verbe orer, comme argent, argenter; mais, par 
suite de quelque locution, comme c'est oréf on aura écrit e^est 
doré y et le mot dorer est resté. 

Ma(i) ante (mea amita) est , par la même façon , devenu 
ma tante, (Voyez au mot d'aupuns). 

I^ d euphonique jouait un grand rôle dans l'ancienne pro- • 
nonciation ; on le trouve écrit à chaque page du Livre des Rois, 
de la C/tanson de Roland ^ des Sermons de saint Bernard, etc. 

« Cument Semeï ki nialdist nostre seignur le rei escaperad il de 
■ mort?» {Bois, p. 193.) 

Tîons écrivons aujourd'hui entre deux tirets échappera-t-it ; 
il est certain cependant que ce t final appartient au verbe, 
dont il caractérise la troisième personne. 



— 92 — 

^ « n y en a d'aucunes qui prennent des maris lenkaMat pour ae tînr 
• de la contrainte de leurs parents. » (MaL imag^ IL 7.) 

Le d appartient au verbe : il y en ad, conmie dans ce vers 
du Roland : 

« En Toret puot i ad asez reliques. • 

« Dans la poi^piée dorée de Durandal il y a beaucoup de 
reliques. » 

Il serait donc mieux d'imprimer avec dud or Iljr en ad 

aucunes. 

Mais comme le sens des traditions se perd souvent , on a 
cru que ce d était l'initiale du second mot y et on Ta si bien 
cru , que l'usage s'en est établi , et que l'Académie le ratifie 
en permettant de commencer une phrase par d'aucuns : d'au- 
cuns ont dit, d'aucuns ont pensé d'aucuns croiront que 

j'en suis amoureux On voit ici l'origine de cette méprise. 

C'est justement comme si l'on disait un jour : Mes souliers 
sont péiroits y sous prétexte qu'on fait sonner le p dans trop 
étroits, 

(Voyez sur le d euphonique : Des Fariathns du langage 
français, p. 9a et 339). 

D'ABORD QUE : 

Je n'en ai point douté d'abord que je Tai vue. {Ec. desjem, V. 9.) 
DADAIS. Voy. malitorme. 
DAME ! exclamation : 

Oh ! dame, interrompez-moi donc! . . . (Z). Juan, III. i.) 

Dame est la traduction primitive de dominum, par syncope 
domnum, et, par une prononciation altérée, damne, dame, 
damp. Ce mot s'appliquait au masculin : 

« // est i'ire et dame du nostre. » (Babbazait, Fabliaux, VL\ , p. 44.) 

Dame Dieu^ damp abbé. 

« Respond Roland : ne place dame Deu„.n{Ch, de Moland, passim.) 

Dam-Martin , damp-Pierre, et autres noms propres , dépo- 
sent encore du sens et de l'étymologie de dame. 

Ainsi, cette exclamation signifie simplement Seigneur! 



— 93 — 
DAP^Spoorà: 

N*aUez point pousser les choses dans les dernières violences du pou- 

▼oir pttemeL {L'Ap.y, 4.) 

Ne Texaminons point dam U grande rigueur. {Mis. I. x.) 

— DESGENDRE DAHS DES HUMILITÉS : 

Non, œ descendez point dans ces humilités, (Mêlicerte, l. 5.) 

— s'nifTERESSER DANS QUELQUE CHOSE : 

£t dans F événement mou àme i&^intértsse, (£c. des fem, III. 4.) 

— DANS L* ABORD, RQ Commencement, dès Tabord: 

Elle m^a dans Cahord serti de bonoe sorle. (Ibid. III. 4*) 

— DANS LA DOUCEUR , en doaceuT : 

Pour moi, je ne le cèle point, je souhaite fort 4(ue les choses aillent 
dans la douceur. (fi, Juan, Y. 3.) 

— DANS UNE HUMEUR (eTRE) : 

Tous êtes aujourd'hui dans lutê Iwmeur désobligeante. (Sicilien. 7.) 

— ASSASSINER QUELQU*UN DANS SON BIEN , SON HON- 
NEUR : 

On m'assassine dans le bien, on m'assassine dans Clwnneur, 

{VAv.y. 5.) 

— COMPRENDRE QUELQU'UN DANS SES CHAGRINS: 
Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre, 

{Mis, 1,1,) 

DATIF ^ de perte ou de profit : 

A qui la bourse? — Ah, dieux, elle m etoit tombée! {L'Jp, L 7.) 

£xcider€U mihi. 

Rien ne me peut cliasser celte image cruelle. {Psyché, L i.) 

Je veux jusqu'au trépas incessamment pleurer 

Ce que tout l'univers ne peut me réparer, (lUd, II , i.) 

Me chasser; me réparer j pour chasser y réparer à moi, à 
mon bénéfice 9 ne sont pas conformes à Tusage et ne paraissent 
pas désirables , à cause de Téquivoque qui peut en résulter. 

Vous ne voulu pas , vous , me U (aire sortir? ( Fem, sa», II. 6.) 

— DEUX PRONOMS AU DATIF placés Consécutivement: 

Allons, monsieur, faites le dd de votre charge, et dressez'lui moi son 
ppooèi comme larron et comme suborneur. (L'Av, Y. 4-) 



— «4 — 

— DATIF marquant la cause , Toecasion : 

Uo tcrapute HM gêne 
Aux tendres sentiments que vous me faites voir. (Ampk, I. S.) 

Dans les tendres sentiments, à l'occasion des tendres sen- 
timents. 

L'emploi du datif ou de Tablatif , car c'est tout un, pour ex- 
primer ce qu'on rend aujourd'hui avec la préposition tians, 
est un latinisme qui remonte à l'origine de la langue. Je me 
contenterai de deu< exemples pris chez Montaigne : 

« De toutes les absurdités, la plus absurde aux épicuriens est desadToiier 
« la force et TefTet des sens. » {Essais, II. ch. z i.) 

« C'est i Tadveniure quelque sens particulier qal. . . . adverlit Ifs pou- 
« leti de la qualité hostile qui est au chat conU« eux.* (Ihid, II. ek. i j 

Ahsurdum est epicureis ; — inest feli. Cette tournure , qui 
va se |>erdant chaque jour, était encore en pleine vigueur du 
temps de MoUère. (Voyez au , aux , |K)ur dans), 

— DATIF REÎyouBLE , OU nott redoublé : 
Non redoublé : 

Il vient avec mon pérc achever ma ruine, 

Et cest sa fille unique à (fui l'on me destine. (Ec, des/em, V. 6.) 

Redoublé : 

Que de son cuisinier il s'est fait un mérite , 

Et que c'est à sa table à qui Ton rend visite. {MU* III.) 

(Voyez A, datif redoublé surabondamment,) 

DAUBER quelqu'un, quelque chose, au figuré: 

Je lêt daàberai tant eu toutes reuconlres , qu*à la 6n ils se rendront sageat 

{Oit. de CEc, desfem, 6.) 

On m'a dit qu'on va le dauber, lui et toutes ses comédies , de la belle 

manière. . {ImpromptM, 3.) 

« Daube au coucher du roi 

■ Son camarade absent. » (La Fozit. Les Obsèques de la lionne,) 

— DAOBER SDR QUBLQU UK : 

Goame sur Us maris accusés de souffrance 

Votre langue eu tout temps a daubé d'importance. 

{Ec. desfem. I. i.) 



^ w — 
D* AUCUNS , D*AUGUiiE8 : 

ît y ehà f aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer dé 
la contrainte dt leurs parents. (Mal, im, n. 7.) 

Cette f^çon de parler n'est explicable que comme un reste 
de l'ancien langage français, et par le fi euphonique. L'écri- 
ture a mal figuré l'expression en attachant \e d k aucuns ; 
c'est au verbe qu'il appartient : il y en ad aucunes. 

Ensuite de cette -méprise , dont l'oeil seulement» et non l'o- 
reille, pouvait s'apercevoir, s'est établi l'usage de commencer 
une phrase par d'aucuns : d'aucuns ont pensé,,. 

(Voyei d euphonique , et de devant certains,) 

DAVANTAGE QUE : 

Oui , TOUS ne pourriez pas lui dire davantage 

Que ce que je lui dis pour le faire être sage. (L'Et, I. 9.) 

Jac^umjhk. Pour un quarquié de vaigne qu'il avoit da\fantage que le 

jeune Kobîn. (I^féd, m. iuL lî. a.) 

U ii'jr a rSan aisurément qui chatouille davantage que les approbations 

que TOUS dites. {B, gent, I../.) 

Tous les grammairiens condamnent hautement cette fa- 
çon de parler ; et tous nos plus habiles écrivains l'ont em- 
ployée : Amypt , la Bruyèi'e , Sarrasin , Molière , Bouhours , 
Bossuet y J. J. llousseau. [Des variations du langage français ^ 
p. 4a5.) 

Le substantif avantage se construit avec sur. Davantage [de 
ou par avantage) marque une comparaison, et se construit 
comme pius, avec la marque du comparatif que. L'idée de 
l'adjectif au comparatif prévaut sur la forme du substantif. 

Dire \ com me font les grammairiens , que davantage est ad- 
verbe , par conséquent incapable d'un régime , c'est ne rien 
dire; c'est mettre en fait le point en question. Au reste , deux 
autorité» sont eA présence , on n'a qu'à choisir. 

« La foiblesse de Thomme paroit bien elavantage en ocux qui ne la con- 
« B^isiéat |Mt fa'en ceux qui la cobnoisseiit. » (Pascal. Pensées.) 

> Il est impossible que cette surprise ne fasse rire, parce que rSett n'y 
« porte davantage qu'une disproportion surprenante entre ce qu'on attend 
« et C0 qu'on voit. > (id. ii« Prov.) 



— 96 - 

• Je puis dire devant Dieu qu*il n'y a rien que je déteUe dt^amtoge 
m que de blesser la vérité. » ( Paical ^ Ihidam.) 

■ L'une en prisant davantage le temporel que le spirituel. » 

m Youlez-Tous être rare? Rendez service à ceux qui dépendent de voos. 
« Vous le serez davantage par celte conduite que par ne pas vous laisser 
« voir. » (La Bkutàkb. Des Hens de la fortuite,) 

« Quel astre brille davantage dans le firmament que le prince de Gondé 
« n*a. fait en Europe?» (BoatomT.) 

• Une tuile qui tombe d*im toit peut nous blesser davantage, mais ne 
• nous navre pas tant que une pierre lancée i dessein par une main mal- 
« veillante.» ( J. J. Roussukau. 8* Protmenade,) 

Mais voici Toracle qui abat toutes autorités : 

m Davantage ira peut pas être suivi d*un complément , comme dans: 
« Taime davantage \% campaguc que la ville. Il faut , dans ce cas^em- 
« ployer Tadverbc plus. » (M. Borzface.) 

Il faut, paraît bien dur en présence de telles autorités ! 

DE , dans tous les sens du latin de , touchant , par, à 
cause de, pour : 

Ne me condamnez point d*un deuil hors de saison. (Sgan, x6.) 
Noli damnare nie de luctu. 

Il me faudroit des journées entières pour me bien expliquer i vous de 

tout ce que je sens. ' {G. D. III. 5.) 

Mais je bais vos messieurs de leurs honteux délais. {Amph. VU, 8.) 

Ce sont particulièrement ces dernières pour qui je suis, et dont\e sens 

fort bien que je ne pourrai me taire quelque jour. 

(Ep. dédie, de tÉc, des fem,) 
• Romains , j'aime la gloire , et ne veux point nCen taire, » 

(VoLTAïaa. Rome saupée,) 
Silere de aliqtia re, 

Molière dit de même ; — se découvrir de quelque chose ; — 
désavouer de quelque chose ; — éluder de, , . (Voyez ces mots.) 

Hélas! si Ton n*aimoit pas, 

Que seroit-ce de la vie ? {Pourc, III. xo.) 

Quid esset de vita? 

m J*ai veu un gentilhomme de bonne maison aveugle nay, au moins 
« aveugle de tel aage qu'il ne sçait que c'est de veii«.»(MoirTÀiGVi.ILcli. la.) 



— 97 ^ 

IfHle gens le sont bien (x) , saus vous faire bravade » 

Qui de mine* de coRur, de biens et de maison , 

Ne feroéent avec vous nulle comparaison. (£c. detfem. IV. 8.) 

De n'est pas ici marque du génitif : comparaison de mine , 
de cœur, etc. ; c*est le latin de , comme dans ces formules de 
moi, de soi, pour quant à moi, quant à soi; et dans celles-ci, 
de t Allemagne; — de la prière; — de la grdce; — de V amitié. 
Comparaison quant à la mine , au cœur, etc. 

Le même emploi de de paraît dans cet autre passage : Agnès» 
dit Horace , 

fTa plus voulu songer à retourner chez soi , 

Et de tout son destin 8*est commise à ma foi. (£c. desjem, lY. 8.) 

C'est un pur latinisme : — Gonfidere alicui de aliqua re. — 
Et ce latinisme remonte à Torigine de la langue : 

«E tut li poples oid cume li Reis fut sun cunandement de Absalon.)» 

(Rois y p. i86.) 

JDe remplit encore TolBce du de latin dans cette locution 
de rien; cela ne sert de rien : 

. . . • se dépouiller de Tun et de Tautre (sa fille et sa fortune) entre les 
mains d*uo homme qui ne nous touche de rien. (Jmour méd. I. 5.) 

Cest-à-dire en rien ; de [nuUa) re; de nihilo , nullatenus, 

— DE exprimant la cause, la manière , et répondant 
à, fMir, Wûtc. pour: 

Mais suis-je pas bien fou , de vouloir raisonner 
0&, de droit absolu, fai pouvoir d'ordonner? (Sgan. i.) 

Après quelques paroles dont je tâchai d'adoucir la douleur de cette 
duonHUite afllîgée. (Scapin. I. a.) 

C'est une dame 
Qui de quelque espérance avoit flutlé mou âme. (JUis, I. 2,) 

Noos faisons maintenant la médecine d'une façon toute nouvelle. 

(Méd. m. lui. 11, 6.) 
Et tàdions d*ébranler, de forée ou d'industrie. 
Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés. (Tart. lY, a.) 

On dit tous les jours , par la même tournure , de gré ou de 
/orée ; c'est-à-dire, par gré ou par force, 

(t) €«CM. 



— 100 -p 

— DE , et Don des , devant un adjectif que Ton traite 
aojourd hui comme incorporé an substantif : 

Et dam tout Mt propoi 
()n voit qu'il se travaille i dire éle kotu mots, {Mli$, IL 5. ) 

On dirait aujotird*hiii, sans scrupule, des bons mots, — Bom 
mot n*étant considéré que pour un substantif, oomme Jmme 
homme. 

— DE , entre deux substantifs , marquant le sens actif 
du premier sur le second: 

Chez les Latins , amorpatris signifiait aussi bien la tendresse 
du père au fils que celle du fils au |)ère ; c*était au reste de la 
phrase à déterminer Tacception active ou passive. Molière a dît 
de même , la contrainte des parents, pour exprimer, non la 
contrainte qu'ils subissent , mais celle qu*ils imposent : 

11 y en a d aucunes qui {ircnoeut des maris senlenient pour ae tirer de 
U contrainte de leurs parents. (MaL im, II. 7.) 

^Voyez aux mots croix , chose , wrunv.) 

— DE, supprimé après atm^r mieux. . . . suivi d un 
infinitif: 

Et j*ai bien mieax aimé me voir aux mains d*uii autre , 

Que ne pas mériter un cœur comme le vôtre. (£c. des mar. III. 10.) 

T aimerais mieux mourir ^«0 la voir abusée. (£c. des/em, V. a ) 

-— Après à moini que , suivi d'un infinitif : 

Et Ton ne doit jamais aoulfrir, sans dire un mot , 

De semblables afbt>nts, à moins qu'être un vrai sot. (^Sfim* 17.) 

— Après avant que^ suivi dun infinitif: 

Laîssc-m>n rire encore avant que te le dire, {VEt, n. 1 3.) 

Mais avant que passer, Frosine , i ce discours.... [D^. am. IL i.) 
J*ai voulu qu'il sortit avant que tous parler. {Fâcheux, III. 3.) 
jévant que nous lier, il faut nous mieux connoilre. ( Mis. 1. 1.) 
Pour la forme, il fiiudra , s*il vous plait, qu*on m*apporte, 
Jvant que se coucfter, les cleCi de votre porte. {Tort. V. 4.) 

— « Après plutôt que , suivi d*un infinitif: 



Que son cœur tout à moi d*UQ tel projet s'olfeote» 

yu*slle mourrait plutôt qu*en souffrir riHiôl§neê.{fioMtwmf,1X.ty) 



— 101 ~ 

Cela paraît une concession à la mesure 9 car ailleurs Mo- 
lière exprime le de : 

Sinon fiiiles étit de m'arracher le jour, 

Pluiàt que de ntôter Tobjet de mon amour. (£c. du mar. IQ. 8.) 

— Après naloir mieux que , suivi d'un infinitif : 

// vaut mltttx , quand on craint ces malheurs éclatants , 

En moifrir tout d*un coup que traîner si longtemps. {Mè/ieerte.U,S,) 

— Après quelque choêe : 

Je craina fort pour mon fait quelque c/iosê approcfuuit, {AmphXL, t .) 

— Dans cette locution , rien de tel : 

U n*est riem tel en ce monde que de se contenter. (/). /. I. ».) 

« Il n'est rien tel que les jésuites. » (Pascal. 3* Prop,) 

— Après VOUS plaît^il^ suivi d'un infinitif: 

f^ctu pUU'U, don Juan, nous éclaireir ces beaux mystères. (Z>. /. I. S.) 

«— DE , euTobondani , après valoir mieux : 

n leur ttaudroH bien mieux, les pauvret animaux, de travailler bena- 
coap et de manger de même. {VAv, lU. 5.) 

il vaut bien mieux pour tous de prendre un vieux mtri qui vous donna 
licaucoup de bien. {Ibid, lU. 8.) 

// me vaudrait bien mieux d'être an diable que d*ètre i lui. (/)./. L f .) 

Après prétendre : 

Cett en vain que tu prétendrou de me le déguiser. (ibid, Y. 3.) 

— Sarabondant avec dont et en : 

Ce n*ett pta de o» sortes de respects dont je vous parle. (G, D, II. 3.) 
Ce n'est pas de vous, madame , dont il est amoureux. 

{Am, magn, II. 3.) 

yUisde vota, cber compère, il r/i est autrement ! (Ec, des/em, I. x.) 
(Voyez À répété surabondamment,) 

— Devant 6e8otn ; il est de besoin : 

lIAKTIirS. 

Laissei-moi : j'aurai soin 
De vous encourager, s*i7 en est de besoin, {fem, say, V. m.) 

-— Devant ctrtains : 

Il y ti de certains impertinents tu monde qui viennent prendre les 
gens pour ce qu'ils ne sont pas, (Méd. m. /m H, 9.) 



- 102 — 

— Devant aucum : 

11 y en a à'aucunei qui preoDent des maris se«l«ieat pour wt tirtr de 
la contrainte de leurs parents. (MtmL im, U. 7.) 

(Voyez D euphonique.) 

— Devant coutume dans cette location , malt de eoii> 

tume : 

Pour vous ôter l'envie de nous fiûre courir toutes les Buitt, eowM 

vous aviez de coutume, {SOfm. H. S.) 

— Après d quoi bon, suivi d*an infinitif: 

Ah j*enragel — j4 quoi bon dû te cocker de moi^ {Pdek, ÏXL 4*) 
A quoi bon de dUsumder? [tê ShHUm, 9.) 

— DE, particule inséparable en composition : 

Et Ton me désosie enfin, 

Comme on vous désampfdtiyonne, {jimpk, HI. S.) 

De avait en ktin la même valeur, et Lacile , par le néme 
procédé que Molière , avait forgé deargemture , depecmku^ et 
depocutare , voler de l'argent , des coupes : 

« De{ieeDla88ere(i} aliqua,speransme ic deargeattssere. » 

(LuciL. tp Nbv. 9. itl.) 

■ Meimpune Irrisum depeculatumque eîs. » (Plact. JSpidîe.lV. r. tS.) 

(Voyez DESATTEISTER , DÊSENAMOURER , DÉSUISSEA.) 

-— DÉ, TENIR LE DÉ, par métaphore empruntée au 
jeu , où le dé passe de main en main : 

A vous le dé , monsieur. (^<f • ▼• 4*) 

— TENIR LE DÉ A (uu infinitif) : 

Car madame à jaser tient U dé tout le jour, {Têrt, L i.) 

DÉBATTU , pour conieM: 

Ce titre par aucun ne leur est débattu, (Tartufe, L 6.) 

DE BOUT EN POUT, d'un bout à Fautre , complète- 
ment: 

Vous saurez tout cela tantôt de bout m bout. {Médaêtlf. IL 7.) 
(1) Oa étftmlmten. 



— 103 — 
DÉ3UTEfi A QUBLQU*UK , avec quelqu'un : 

Par où /ui débutfr? {Dép, am, TH. 4.) 

^ar ou lui débuter, Signifie que lui dire d'abord. Lui est 
d<^Jiic aussi recevable dans une locution que dims Tàutre , 3 n'y 
a ^jae la différence de l'usage. 

])E CE QUE, dans le sens de parce que : 

O D'eit pas tant la peur de la inor( qui me fait fuir, que de ce quU est 
flk.dieiix i ufi ^UUiommé d'être pendq. {Pourc. III. a.) 

DÉCHANTER ; fàias DâcHAinsii, métaphoriquement 
^rou))ler| déranger dans ses entreprises : 

Tii vois qu*à chaque instant H te fait déchanter, {C'Et, UU <•) 
Il te fait SQftir du ton et p^r^l*^ ^4 mesure. 
DÉGHABPIR , séparer des eombattanté acharaéi 
ri)nçppt)^raatre: 

Andrès et Trufaldin , à l'éclat du murmure , 

Ainsi que force mondf} accourus d'aventure , 

Ont à les de'ckarpir eu de la peine assez , 

Tant leurs esprits étoient par la fureur poussés. (L*Et. Y. 14.) 

Nicot, et Trévoux après lui, donnent le verbe c/tarpir; char- 
pirde la laine , carpëtâ lanam, et par cdit)M>éidoA) déUar- 
pir,charpir e^^èremént , comipe d^fuir^ àe finir. 
Il nous reste encore \ft substantif charpie. ' 
Déekarpir les combattants^ est regrettable comme terme 
expressif; séparer est loin d'atteindre à la même énergie. 

DÉCORUM (OARBER lb] ob ; 

Non , m^s il fftut ^an^ cessa 
Ganfer le décorum de la divinité. (Jmph* proL) 

DÉCOUCHER (SE) , se lever : 

^oaoïv. 
Car en chasseur fameux j'étois enharnaché. 
Et dès le point du jour je m'étois découché. (ftt 4'0i% a*) 

C'est un archaïsme : 

« Quand ce vint à Tendemàin , tontes les mesnies de l'ostel s'asftemblc- 
« mH j tk vinrent au leigneiir A Thenre qd'il Rit dèsemwké, » 



— 104 — 

Dans le récit de Tassassinat da connétable de Clition par 
Pierre de Craon : 

« Duquel coup il (Cliitoo) versa jus de son cheval, droit i TeneoBtre de 
• rhuis d'un foumier, qui jà estoit tUseouché pour ordonner tes besognes 
•* et faire son pain et cuire. ■• (In. lY. di. aS.) 

DÉCOUVRIR (se) de. . . : 

SoufFref pour vous parler, madame, qa*un amant 
Prenne rorcasion de cet heureui iosUnt , 

Et se découvre à vous de la sincère flamme^,, {Fem, sap. L 4.) 
(Vajet Dx dans tous les sens du latin de.) 

— DÉCOUVRIR QUELQU*uif (an adjectif) , démoiitiw 
qa'il est ce que marque Fadjectif : 

Tous les hommes sont semblables par les paroles; ee n*C8t qne Ses «c- 
tiomt fmtes éUcouvremi différents, (VjéMTê, I. i.) 

DE FORCE OU D'INDUSTRIE , par force oa par 
adresse : 

El tâchons d'ébranler, de force ou itindustrie^ 

Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés. [Tare, TV, %,) 

(Voyez DE exprimant la cause, la manière.) 
DE LA FAÇON, ainsi, de cette sorte: 

Est-ce de la Ja^on que l'on doit me parler? {MéHcerte, If. 5.) 

On se riroit de vous , Alceste , tout de bon , 

Si l*on vous entendoit parler de lafofon, {Mis. I. i.) 

DÉCRIS au pluriel : 

oh! que je sais au roi bon gré de ces décris! (£c. des mar, It. 9.) 
Le décri est une défense faite à cri public. Cri et crier ont 
fait décriât décrier : c'est revenir sur la permission ou l'ordon- 
nance proclamée par le cri. 

De là l'expression figurée, tomber dans le décri, 

DEDANS, préposition : 

Et je crois que le ciel , dedans un rang si bas. 

Cache son origine, et ne l'en tire pas. {VEt, I. a.) 

Il est vrai: c'est tomber d*nn mal dedans un pire, (Jbidasn.) 

Mon argeot biaQ-aimé, reatrei d^dam ma pocke* {VEt^ TU t,) 



— 105 — 

La TÎcîUt Ëgyptienoe i Theiire même... ^~ Hé bien ? 

— Pftflioit dedaiu la placé, et Desongeoit à rieo. {VEt, V. 24.) 

Je Us dedans ton âme, et vois re qui le presse. {Dép. am, III. 5.) 

Las ! il vit comme un saint, et dedans la maison 

Du autin jusqu'au loir il est en oraison. (ibid, III. 6.) 

£t je tremble à présent dedans la Canicule, {SganareUe. a.) 

Puis- je obtenir de vous de savoir l*aveiiture 

Qui fut dedans vos mains trouver cette peinture ? (Ibid, 9.) 

I^edans, dessus, dessous, devers, suivis d'un compléinent , 

sont aussi vieux que la langue française. Je ne vais pas sur 

quelle autorité Ton a pi-étendu , depuis un demi-siècle , les 

restreindre au rôle d'adverbes. C'est apparemment pour leur 

inventer une valeur différente de celle de la forme simple 

dams, sur, sous^ vers, dont ils ne sont qu'une variante. Mais 

après avoir proclamé, d'une manière absolue, qu'il n'y avait 

dans aucune langue deux mots parfaitement synonymes, il 

isllait nécessairement reviser la nôtre , constituer à chacun de 

ses mots un apanage , et le circonscrire , sans égard pour les 

anciennes limites ; autrement cette profonde maxime eût été 

Uen vite renversée. 

C'est ce qui fait que Molière , Pascal et Bossuet sont rem- 
plis de solécismes posthumes. 

« Le sultan dormoît lèrs, et dedans son domaine 
« Chacun dormoit aussi. ■• (La Foirr. Fables, XI. x.) 

«I Genx q« ont la foi vive dedans le ccmr voient... » 

(Pascal. Pensées, p. 17 3.) 

Le dictionnaire de Nicot (1606) donne encore pour exem- 
ples: 

• n est dedans la maison; — dedans vingt jours ; — dedans l'an et 
• jour de la spoliation et du trouble. » 

(Voyez vuscê , dessous , dcvaiit , devebs. ) 
DÉDITES , pour diii$ez : 

Puisque je Tai promis, ne m'en dédisez pas. {Tart, III. 4.) 

C'est la leçon donnée par l'édition de P. Didot, 1821. L'é- 
dition de 17 10 et toutes les modernes ont ne nCen dédites pas. 
J'ai vérifié sur Tédhion originalei imprimée soiis les yeu?^ 



— 106 — 

et aux fi-ais de Molière , par Jean Ribou » le «3 jidii 1669 , il 
y a bien dériitet. « Ne m'en tktditei pas. » 

Trévoux : 

«t Nont dêidisons, vous desdUt , et , mIoq gotlgati nni « mm éudiîeu » 

Et il cite y en exemple de cette seconde forme , le vers de 
Molière. 

Je n*hésite pas à penser que Molière a ici péché contre la 
langue , et même contre le bon usage de son temps. L'Aca- 
démie a raison, qui prescrit vous dédisez et dédUet^voks, 
comme vous éh'ses, cuisez, iisez^ vous iùthez et vous cùMreélPn, 

Vous dictes^ contraction de fiic{i)tiSf est une forme isolée, bi- 
laire, dont il serait très^urieux de signaler les premiers exeni* 
pies, car la forme primitive doit avoir été vous disez t la preftte 
en demeure dans tous les composés de dire, médire, pré/ttre , 
maudire, contredire, interdire. Mais cette forme vous dlldt fe^ 
monte à une bien haute antiquité : Palsgrave , efl 1 53o , là 
donne, et ne fait de l'autre aucune mention. 

A ce qu'il parait, Molière s*est laissé entraîner à Ibrttier le 
composé comme le simple , et P. Didot à rectifier là fkvM de 
Molièro. L'un et l'auu^ a eU tort. 

DÉFAIRE (SE), perdre contenance, se démonter : 

II0R99. Coiuigf, ifigDeur...., ne vous défaiiu pas, {Pr.d'^L TV. x.) 
Le participe passé est encore en usage : l'air défait» le vi- 
sage défait. 

DÉFENDRE, Terbe actif, interdire : 

Ah! moDiieur, qu'est ceci? je de/ends la surprise/ 

{D^, am. lÛ. 7.) 

DÉFÉRER A. . . ,1 çoi^nlter, s>n rapporter à. ... : 

Ce n*est pas à mon cœur qu'il faut que/e défire. 

Pour eutrer sous de tels liens. {Psjrekd. I. 3.) 

DÉFIGURÉ , porteur dune laide figure : 

Alori qtt*Mie autre vieiUe atseï d^lguréé 

VaiiMi dt ipri» • aiin^ • l4»|ls»ii« nrnikh .^ ll'M$. T. « 40 



— 107 — 
J)ÉFIGUR£R (piilolt), peindre la figttre : 

K.OCAS. Le Vlà tout craché, comme on nous Ta défiguré. [Méd. mj,l, 6.) 
JDéfiguré est une faute de langage comme la peut faire Lu- 
» ; il devait dire simplement ^^le/i?'; c'est comme parle Céli- 
ivi^ne : 

Voici monsieur Dubois plaiaammenty^n;'. (IfiV. IV. 3.) 

DÉGOISElt,babUier: ' 

'. Peste! madame la nourrice, comme mo/zi digoïttt ! {Bléd. m, lui, II. a.) 
Racines dé et gosier^ comme qui dirait dégosier, S'égostVer 

est composé d'une manière anidogue avec éy répondant au 

1^ e^^ 
On disait autrefois dégoiser^ neutre, et se dégoiserg réfléchi , 

cotukiie s^gosiÙet*: « Les oiseaux se dégoisent; otseaûx qui se 

déguisent. Les oiseaux dégoisent leurs chansonnettes et ra- 



Nicot , après ces exemples , donne le substantif déguisement, 
que noni n'avons plus. 
DE LA FAÇON QUE, de la feçon dont : 

R^i de la façon qu H parle y serait-il bien possible qu*il ne dit pas 
mit {Mal im, I. 4.) 

Que ^eptééente en franeaiè les neutres çuut, ^ttod^ et les 
cas obliques de qui i — eo modo qao loquttur. 
(Voyez Qira répondant à l'ablatif du qui relatif des Latins.) 

.« De la mamère enfin qu'avec toi j'ai vécu , 

« Les Talnqiiéurs sont jaloux du bonheur du vaincu. • 

(GoairtiLLs, Cinnû,'V, t.) 

I^LIBÉRÉS, substantif; im DÉtiB^iti^ iih hëmidé 
délibéré: 

Je sais des officiers de justice altérés , 

Qoi sont pour de tels coups de vrais déUhérés, {L'Et, IV. 9.) 

DÉLICATESSE D'HONNEUB, snsoéptlbUitë dé ver- 
tu ou de pruderie : 

Je ne vois rien de si ridicule que cette délicatesse d'honneur qui prend 
tout en mauvaise part. {Crit, de lÈe, des/kii, 3.) 

Molière a dit aussi, par une expression imalofiM^ un chagrin 
déHçat. 



— 108 — 
DÉLIÉ , pour mmee , iramparmt : 

Cette coiffé est uo peu trop déliée ; j*cn ^U ipierir une plni épaiiie. 

{Pourc. UL a.) 

Pascal Ta employé au figure : 

« Celte erreur est si déliée, que, pour peu qu*oii 8*en êloîgoe, oo ie trouve 
•» dans la Térilé. » (3* P/vr.) 

DEMAIN JOUR , comme demain maim : 

El tu m'afois prié même que mon relom* 

Ty souffrit en repos jusques à dewmim jour, {Ec.ékiwmr. IIL i.) 

DE MA PART, pour ma part, qaant à moi : 

Je saurai , de ma part, expliquer ce silence. (MÊù, T. t.) 

DÉMÊLÉ, substantif; avoir nÉiiiii aybc quel- 
qu'un : 

^U en a bien usé, et j'ai regret d'at^oir démêlé avec Imi. 

(D.Juam.llLt.) 

DE MÊME, adverbe employé pour pareil ^ égal : 

Cest un transport si piuid qa*ii n'en est point de même» 

{£c. des mar, IIL i.) 
Jamais il ne s'est vu de surprise de même. (Tari, lY. 5.) 

DÉMENTIR, désavouer, DiMEaria uk billet : 

Ce Mlet démenti pour n'avoir point de seing .... 
— Pourquoi le démentir, puisqu'il est de ma main? 

(Don Garcîe, II. 5.) 

Mais Molière jugea liû-méme cette expression inexacte ; et 
cinq ans plus tard , lorsqu'il transporta dans le Misanthrope 
itne partie de cette scène de Don Garcie , il corrigea ces Tert 
de la manière suivante : 

Le désavouerez'Vous pour n'avoir point de seing ? 

*— Pourquoi désavouer un billet de ma main? (MU* IV. 3.) 



— OEMERTIR QUELQU UH DE : 

A quoi bon se montrer, et , comme un étoordi, 

Me venir démentir de tout ce que fkdif (VEt. I, 5.) 

(Voyez MSHTJA de quelque chose.) 

— SB Di&iiEirriB DE : 

Tu te démens bientôt de tes bons sentiments, ('^P"*' *'•) 



— 109 — 
DEMI; SANS (an substantif ) ki demi : 

Cette infâme , 
Dont le coupable feu, trop birn vérifié, 
Sams respect ni demi noui a cocufié. ( Sgnn, i6.) 

Sans respect ni demi-respect , sans le moindre respect. 

DÉMORDRE des rjegles : 

C*est un homme qui. ... ne démordroit pas d*un iota des règles des an- 
ôcns. {Poare, L 7.) 

DENIER, pour exprimer l'ensemble d*une somme 
d*argent : 

Quatre on etnq mille écui est un denier considérable , et qui vaut bien 
la peine qu'un homnie manque à sa parole. (Pourc, III. 9.) 

Est un denier, et non pas sont un denier. 

(Voyez cet exemple ^ discuté au mot ce sovt.) 

DENTy AVOIR UIIE DENT DE LAIT GOIITRE QUELQU'Ulf : 

C*esl qnc fOus avec, mon frère, ime dent de lait contre lui, 

(Mai im. VJL 3.) 

Une rancune qui date d*au8si loin que possible , dn temps 
où Ton était en nourrice. 

— EN DEPIT DE NOS DEKTS : 
ITaTontHiona pas assex des autres accidents 

Qui nous Tiennent frapper, en dépit de nos dents .^ (Sgan, 17.) 

(Voyca DÉPIT.) 

— MALGRÉ MES DENTS *. 

Hi m'ool fut médecin ma/gré mes dents, {Méd, m. Itti. HT. 1 .) 

Qum que je fisse pour m*en défendre. 

Et, pour la mieux braver, voilà, malgré ses dents, 

Martine que j^amène et rétablis céans. {Fem, sav, T. ).) 

— AToiR LES DENTS LONGUES, atH>tr faim; on sup- 
pose qae la faim aiguise les dents : 

On a le temps éta9oir Us dents /ioa^iiei, lorsqu'on attend pour vivre le 
ticpai de quelqu'un. {Méd. m. bà. II. 9.) 

— ilRE SUR LES DENTS : 

La paon* FMaçoife êUprênflû mr Usdants, à frottar las plandian 



— 110 - 
DÉPÀRTIB; n ^éPABTim M (vu iitattlttf ) : 

Tu ne tet pas départi £y préUndrB ? (JL'Ap, IT. 5.) 

La préposition, ici, fi^^ure deux fois : à Pétat libre e( à réut 
•ompoié, comme en ladn deceàtre de; cfrducere de; dlrtraheie 
de ; dircidere de, etc,^ etc. 

(Voyez AMUSER (s*) a.) 

DÉPIT , EN DÉPIT QUE J*EN AIE : 

n liât que je lui sois fidèle , en dépit qtte j'en aie. (Ù, Jumn. I. i.) 
Je me lens pour vous de la tendreite, en dépit que j'en aie. 

Je prétends le guérir, en dépit qti'ii en ait. {Powrc. II. x.) 

Il ne fait fias bien sûr, à tous le trancber net» 

D'épouser Une fille en dépit qt^elle en ait, [fem, saç.^. t.) 

Cèlté locution, en dépit que J'en n/V, est l'anâlogàe de cette 
autre, malgré que f en aie , qui s'analyse très-facilement. 

II faut partir, mal gré, c*est-à<»dire , tel mauvais gré que j'en 
aie« C*esl une sorte d'accusatif absolu. 

(Voyez MALGRE QUE J*EIf AIE.) 

Mais dans Tautre expression on rencontre, dé plàs , la pré- 
position en , dont rien ne jnstifie la présence. On ne dirait 
pai : eh thaï gré que fen aie. Il sethble qoe l'ofi aurait dû 
dire, avec une exacte parité : dépit que j'en aye-, sans en. C'est 
que cet en n*cst pas une pré)>osition , mais une partie mal à 
propos séparée de Tancien mot cndépit : eadépit , comme em- 
chargCy encommencemenl ^ etXe^xtrhts engarder, enrouiUtr, 
enseiler un cheval, s'cngeler^ s'endemener^ e^r.,qui sopt les an- 
ciennes formes. La vraie ortliographe serait donc endépi^ qu'on 
en ait , et la locution redevient parfaitement claire et logique. 
Ici , comme en une foule de cas , Toreille entend juste , mais 
l'œil voit faux, parce que la main s'est trompée. 

DÉPOUILLER (se) EKTRE les MAims DE QtEiXitî'uil.' 

Amasser du bien avec de grands travàui , éfêVer une fiïJe avec beiuroup 
de sdn al dt iendfènè, pair M dipùuUlêt^ àêVùn et da Taiiirt «Mrt tu 
m^ é'ua \kimm$ qui ne nous touche de rien. {Jm. éM. I. 5.) 



« 111 — 

JIEPUIS, suivi d*ttn infinitif, commëifpfA! 

.M^tàt apoir connu feu monneor votre père... j*ai Toya^é par iout le 
BASidê. (0. Gmt. IT. 5.) 

DE QUI,» pour doht on (tuçti^I : 

Au mérite souvent Je qui Téclat tous blesse 

Vos dMgriai font ouvrir les yéax d'une iiiaitrèsse. (D^. am. I. a.) 

Depuis huit jours entiers , itee vos kmgiies traites, 

Nous sommes à piquer deux chiennes de masettea. 

De qui le train maudit nous a tant secoués, 

Que je me sens , pour moi , tous les membres roués. (<^v«9. 7.) 

Quoi! me soupçonnez- vous d'avoir une pensée 

De qui son 4me ait lieu de se croire offensée? (Ihid, lU. 4.) 

It court parmi le mondé un livre abominable, 

Et tie qui la lecture est même condamnable. [Mis. Y. x.) 

XI éuit bien facile à Molière de mettre duquel; mais il parait 
avoir eu , ainsi que tous ses contemporains , une répugi^nce 
dc^dée à se servir de ce mot , si prodigué de nos jours. 
De même: 

Tous deux m*ont rencouU^, et se sont plaints à moi 

D*un trait à qui mon cœîir ne sauroit |»rètér foi. (Mis, T. 4.) 

n était bien aisé de mettre auquel, si à 7111 eût été nhe faute. 
(Voyez LEQUEL éçité.) 

DE QUOI, d'où? comment? 

De quoi d^nc connaissez-vous monsieur ? (^m. méd, II. a.) 



— VOILA BIEN DE QUOI ! . 



Hé bien? qu'est-ce i|oe cela, soixante ans? voUà bien tU quoi lu, 

{V4y. II. 6.) 

n y a ici réticence d'un verbe, comme s'étonner, se récrinr. 

BÉSAGUIBR LBd ciHRËAtx : 

JVflMi. -^ Et (fut! grand itiaitre tireur d'armés , ^i vient, à^ec sei 
batlemeuU de pied, ébranlel* toute li mtisdn, et ^Mà t^meiner tâtis ki 
conum de notre salle. {B- Oeai. lHi $.) 

DEHIf IBH , êltréttie , èuttimus : 

Je vous vois accabler un &omme de caresses , 

fet t^iS^i' jbttt tui lès JiMèfès Ûndtesses. (âtts. t. u) 



— 112 — 

On dit qu*ATec Bélife il est du dernier kUm. {lêid. II. 5.) 

Les dernières violences du pouvoir paternd. {VAr. T. 4.) 

....C*eit pour une affaire' de la dernière conséquence, {G, D. IIL 4.) 

C'est la locution favorite des précieuses : du damer beau j 

du dernier galant; je vous aurais la dernière obligation ; ^ic. 
Mais Molière n'en prétend blâmer que Tabus, car lui^roéme 

en fait un usage fréquent , ainsi que Pascal : 

« C*esl là où TOUS verrea la dernière hénignité de k oondaile de nos 

«• pères.» (Pasgai., 9P prov,) 

DÉROBER, Terbe actif, comme vofer; dérobée quel- 
qu'un : 

Pour aller ainsi velu, il faut bien que vous me dèro^z» (JL'Ap. I. 5.) 

. — DEROBER (se) D'âUPRES DE. ... : 

U VOUS dira... que.../« me suis dérobée d'sntprès de lui, {G, D, III. la.) 

DÉ8ATTRISTER : 

Donnez-lui le loisir de se désaUr'uter, (VEt, II. .'«.; 

(Voyez DÉ, particule inséparable en composition.) 

DÉSAVOUER QUELQU UN de : 

Et vous avei eu peur de le désavouer 

Du trait qu*à ce pauvre homme il a voulu jouer. (Tart, IV. 3.;. 

DÈS DEVANT , dès avant : 

— Moi je vins hier? — Sans doute ; et dès devant Faurore 

Vous vous en êtes retourné. [Amf^, II. 9.} 

DÉSENAMOUBÉ : 

Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie 

Soit désenamourée , ou si c*est raillerie? (Dép, am, I. 4.) 

L'absence de ce mot ou d*un équivalent est tme lacune sen- 
sible dans la langue. Nous sommes réduits à une circonlocu- 
tion y comme : soit revenu de son amour. Enamouré est aussi 
une perte , mal dissimulée par amotireux. 

On remarquera dans ce mot la présence de Vs eaphonique, 
qui sert à lier sans hiatus les racines : dé (s) wamom^r , 
comme dé [s) enfler y dé (*) habiller ^ dé (s) honorer, etc. Cette 
particule inséparable en composition n'est autre (}tte le de la- 



— 113 — 

tin, qui n'a droit [>ar lui-même à aucune consonne finale. 
Aussi n'en voit-on pas dans détromper, dédire, €lé faire , dé- 
mentir, etc, où elle n'était point nécessaire. On écrivait à la 
vérité desdire, desfaire; mais c'était pour donner à Ve suivi 
d'une double consonne le son aigu , que nous obtenons au- 
jourd'hui par l'accent. 

DÉSESPÉRER, verbe neutre, se désespérer : 

GSOEGKS DAsohr. — Je déscspère ! {G, D, III. la.) 

Les Anglais ont gardé cet emploi du même verbe : 
« Despair and Die ! » (Shakspkarx. Ricli, III,) 

Palsgrave (i53o), dans sa table des verbes , le donne comme 
verbe neutre et verbe réfléchi. Voici son article : 

« / Despayre , I am in won hope, — Je despère (sic) prime conjugal. 
« — Dispayre nat man : God is there he was wonte to be : ne te désftère 
« pat; Dieu est là où il souloyl estre. » 

Par où l'on voit que désespérer est une foi*me moderne et 
allongée. On fit d'abord de desperare , despérer; puis, par 
l'ioseition de Vs euphonique (voy. oésenamoueer), dé[s]espérer. 

La première forme est calquée sur le mot latin ; 

La seconde est ajustée sur le latin , d'après les habitudes 
fi'ançaises. 

— D£ftESP£E£ CONTRE QUELQU'UN : 

J*étois aigri , fâché, désespéré contre elle / {Ec, des fem, IV. i.) 

DES MIEUX , comme ceux qui (ici le verbe) le mieux: 

..... Enfcrmez-yous des mieux, (Ec. desfem, Y. 4.) 
Soyez des mieux enfermés. 

Voilà qui va des mieux. 
Mais parlons du sujet qui m^amèoe en ces lieux. (Fem, sav, II. i.) 

DE SOI , en soi, par soi-même : 

Cet accident, de soi, doit être indifférent. {Ec desfem, tV. 8.) 

Le choix du fils d^Oronte est glorieux , de soi. (Jbid, V. 7.) 

La noblesse, de soi , est bonne. (G, D, 1. 1.) 

De, dans cette locution , se rapporte au sens du latin de , 

c'est-à-dire , par rapport à soi , en ce qui la touche. 

8 



^ 114 — 

11 faut observer que ce mot moi eft entré dans la langue 
pour traduire meus, et (ju'à l*origine on ne le rencontre pas 
comme pronom de la première personne , c'est l'adjectif moi^ 
moie; meus, mea. Par cons<kjuent, de moi correspond exacte- 
ment à la locution latine fie meo , employée par Plante , Té- 
rence et Cicéron , dans un s(*ns à la vérité un peu différent » 
puiscju'il si^j^nilie à mes/rais ; mais mon observation porte sur- 
tout sur la forme matérielle. 

Les Latins disaient aussi , de me^ de te^ pour de meo, de tuo : 
De te iargiior (Teb.) : donne de ioi. Sois généreux à tes pro- 
pres dépens. 

DÉSOSIER et DÉSAMPHITRYONNEB. Voye» oé, 
particule inséparable en composition. 
DESSAX.ÉE; ume dessalée, ane matoise , une rosée : 

Yout faites la sournoise ; mais je vous connois il y a longlempa , et tous 
êtes une dessalée. (G. D. L 6.) 

DESSOUS, substantivement; avoir du dessods: 

Est-il possible que toujours y* a/irai 'du dessous avec elle? [G, D. II. 1 3.) 
« Nous avons toujours du dessus et du dessous, de plus habiles et de 
« moins babiles , de plus élevés et de plus mitrailles, pour abeiner BOtre 
•• orgueil el relever notre abjection. » (Pascal. Pensées, p. atg.) 

Il est fâcheux qu'on ait laissé jierdre celte expression utile » 
car on peut avoir du dessous sans avoir complètement le des- 
sous. C'est pour avoir eu trop souvent du dessous dans ses que- 
relles de ménage, que Georges Dandin finit par apoir ledesscms. 

— DESSOUS, préposition avec un complément ! 

Je sais qu*il est rangé dessous les lois d'une autre. (Dép. am, II. 3 .) 
Voyez DEDAifs, dessus, devant, devees. 

DESSUISSER (se), quitter le rôle de Suisse : 

Si vous êtes d'accord, par un bonheur exUéme, 

Je me dessuisse donc, et redeviem moi-oième, (L'Jfi, V. 7.) 

DESSUS , préposition : 

Le bonhomme tout vieux chérit fort la lumière , 

Et ne veut point de jeu dessus ceUe matière, {f*'M^ QL ^0 

Vous étendiez la patte 
Plus brusquement qu'un chat i/r/i/// une sotu-is, {Ibid, lY. 5.) 



- »15 - 

^ttfpbé (Ufsw youf comin^ qn jouetir de boule 

Après le mouvement de la sienne (jui roule. {VEt, lY. 5.) 

Je veux, quoi qu*il en soit, le senir malgré lui, 

Et dessus son lutin obtenir la victoire. {Ibid, Y. 1 1.) 

Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur. {Dép. am. I. 2.) 

Il pourroil bien , mettant affront dessus affront , 

Chfi^r d« bois moi) ^oê eomo^t il a fait mou front. tSgûp, 1 7.) 

Dessus ses grands chevaux est mçoté mon courage. (Ibid. 21.) 

Dmc^ qu$l /of^demgat y^ntii'\QUê doue, mou frère,,.. 

(£f. des mar, III, 9.) 

Si J'avols dessus mol ees paroles nouvelles , 

Nous les lirions ensemble, et verrions les plus belles, (fach. 1. 5.) 

Four moi , venant dessus (e lieu , 
J*ai trouvé Faction tellement bors d'usage.... {Ibid, II. 7.) 

Dessus et dessous ét^ept originairement prépositions , 
comine leurs formes plus simples, sur et sous, 

m Dessus mes piez diarrunt. » {Rois, p. 209.) 

M Abaissez as dessuz mei ces ki esturent (steierunt) eneuntre mei. » (Ibid.) 

C'est la subtilité des grammairiens modernes qui a inventé 
de partager la puissance entre sur, sous, et dessus, dessous, et 
de réduire les seconds au rôle exclusif d^dve^bef . 

Malherbe et JUacan disaient sans scrupule : dessus mes vo- 
lontés; — dedans la misère ; — ce sera dessous cette égide , et 
Port-Royal s*y accorde ; mais Toracle Vaugelas n*avait pas 
encore parlé ( Il parie y et Ménage déclare , d*appàs lui , que 
ces mots , comme prépositions , a ne sont plus du bçl usage. 1 
Toutefois Vaugelas veut bien, par grâce, excepter de sa règle 
trois façons de parler : 

1^ « Quand on met de suite les deux contraires. Exemple : 
U 0*y a p^ assez 4'qi* iù dessus ni dessous la terre, 

a^ <c Quand il y ^ deux prépositions de suite, quoique non 
contraires : — Elle n'est ni dedans ni dessus le cç/fre, 

y c Lorsqu'il y a une auti*e préposition devant : ^^Par- 
dessus la tête , par^essous le bras, par dehors Iq ville, » etc, 

L*usage , en rejetant les deux premiers articles de celte loi , 
a confirmé le dernier, qid n'est pas plus justifié que les deux 
autres. Que de caprice et d'arbitraire dans tout cela ! En vé- 

8. 



— 116 — 

rite, quand on examine les actes de ces tyrans de notre langue, 
on est honteux d*ètre soumis à leur autorité. 

J'oubliais de dire que Yaugelas reçoit comme légitime dans 
les vers ce qu'il condamne comme solécisme dans la prose. 

(Yoyex dedans, dessous, devant, devees.) 

DÉTACHER (SE) govtre quelqu'un, se déchaîner : 

Et son jaloux dépit , qu*avec peioe elle cache, 

En tous endroits sous main contre moi se détache, {MU. III. 3.) 

DÉTERMIiVER A , dans le sens d^ordonner de : 

Et cet boniDie est monsieur, que je vous détermine 

A voir comme l'époux que mon choix vous destine. {Fem, sav, III. 6.) 

DÉTOUR, angle formé par une rae oa quelque 
saillie de maison ; couf dvth détour : 

Un de mes geus la garde au coin de ce détour, (Ec. des/em, T. a.) 

DÉTOURNEMENT de tète : 

Leurs détournements de tête et leurs cachements de visage firent dire cent 
sottises de leur conduite. {Crii, de tEc, des/em, 3.) 

DÉTRUIRE QUELQU^uif , ruiner son crédit : 

Quel mal vous ai-je fait, madame, ei quelle offense, 

Pour armer contre moi toute votre éloquence , 

Pour me vouloir détruire^ et prendre tant de soin 

De me rendre odieux aux gens dont j'ai besoin ? {Fem, saç, IV. a.) 

DEVANT, préposition, pour avant: 

Je crie toujours , Yoilà qui est beau ! devant que les chandelles soient al- 
lumées. (^Préc, rid. lo.) 
Et , devant qu*il vous pât ôter à mon ardeur, 
Mon bras de mille coups lui perceroit le cceur. (Ec. des m€w,lll, Z,) 
« Celle-ci prévoyoit jusqu'aux moindres orages, 
«c Et devant qu'ils fussent écios 
« Les annonçoit aux matelots.» (La Fovt. Fouies. L 8.) 

Pascal fixe l'âge viril à vingt ans : 

« Devant ce temps Ton est enfant. » {Sur tamour, p. 396.) 

M Mais si les Égyptiens n'ont pas inventé l'agriculture, ni les autres arts 
« que nous voyons devant le déluge,,, » (Bossu et. Uist, univ, 3* part.) 



- m - 

* A vous parler franchement, l'intérêt du directeur va presque toujours 
« devant le salut de celui qui est sous la direction, n 

(Sr.-ÉvRCMOirT. Conv, du P, Canaye,) 
« Il lui demanda, demntqw de Tacheter, à quoi il lui seroit propre. *• 

(La Fortaihx. Fie d'Esope,) 

Les grammairiens n*ont pas manqué d'exercer sur awtnt et 
devant la sagacité de leur esprit subtil. Ils signalent entre 
açant et devant unedifférence essentielle, et dont il importe de 
se bien pénétrer : c'est que « avant est plus abstrait , et devant 
a plus concret (i). » C'est la raison qui fait que, suivant le 
même auteur, « on n'emploie plus devant par rapport au 
« temps. » L'argument ne paraît pas concluant. 

Un antre assure que a le génie de notre langue établit une 
« différence enti'e les déterminatifs avant et devant (a). » Ce 
que je puis à mon tour assurer, c'est que devant se trouve 
comme synonyme d'avant^ dans le berceau de notre langue. 
La traduction des Rois, faite au xi* siècle , s'en sert sans scru- 
pule : — « E pis que nuls qui devant lui ont ested envers 
« N. S. uverad (p. 309), » Asa ouvra envers N. S. pis que nul 
qui eût été devant lui, 

M. Nap. Landais peut-il se flatter de connaître le génie de la 
langue française mieux que ceux qui l'ont créée ; mieux que 
Bossuet , Pascal , Corneille , Molière , et la Fontaine ? 

Avant j devant , sont deux formes du même mot inventées 
pour les besoins de l'euphonie et de la versification , comme 
dans et dedans , sur et dessus , sous et dessous, La perte de ces 
doubles formes a été préjudiciable surtout à la poésie, et la 
suppression de ces petites ressources a contiibué , plus qu'on 
ne pense , à la décadence de l'art. 

Comme en certains cas donnés l'on employait indifféremment 
h et de (voyez de remplaçant à devant un verbe) , de même on 
substituait l'un à l'autre avant et devant. 

Dedans f dessus , dessous , devers, sont dans le même cas. 
(Voyez ces mots.) 

(i) Xhs Sjrnon/mes frtmçais , par M. B. LaftiTe. 

(a) Béiumiét tùutts les fframmaùts, par M. Landais. 



-. 118 — 
DEVERS , préposition comme veri : 

LtiiLAs. — Tourne un peu ton ▼bage defen moi. (G, /). II. i .) 

C]'est tin paysan qui parlé ^ à qui Molière pvMB det loetitions 

attrantiées. 

Dépers et enpen ont été jadis employés pour verg^ cemnie 

on en roit un exemple dans une rieille chanson introduite par 

Beaumarchais dans le Mariage de Figaro t 

« Toufiiei-Totis donti en9er$ ici , 
« Jean de Ljra , ition bel amii k 
•c Enfin là Rancuiie l'ayanl toutué dans la chaiië deperi Ufim ddM V¥k 
« avoit chauffé les dripi , il ouvrit let jeux. • 

(ScAaaos. Rom, eom, l^* p., ch. xi.) 

Mais Molière a mis aussi depers dans la bouche des peradn- 
nages qui s'expriment arec le plus d*élégance et de correction : 

iaAsTi. 

Il apouMéM chance, 

El s'eat derert la fin levé longtemps d'avance. (Fdch^ h i*) 

u Ceftt ainsi deven Ooên que tout Normand raisonnei» (BoéluIi*) 

m J*ai des ravales en Egypte, qui conçoivent au hennissement des che- 

« vaux qui sont devers Babylone, » (La FoiCTAim. Fie d Esope,) 

Devers et envers sont des formes variées de vers. Fers a été 
la première forme usitée : 

« Si hom pèche 'vers altre, a Deu sepurrad acorder; e s*il pèche ivrr 
Ci Deu, ki purrad pur lui preier ? » {Jtois, p. 8.) 

« Pur ço que la guerre vers les ennemis Deu mantenisf . » {ihid, p. 7 1 .) 

Beaumanoir n'emploie que vers : 

« Li baillis qui est debonaires vers les malfesans... qui vers toz est fd et 
•. cruels... « (T. i*'. p. 18, 19.) 

Cependant la version des Rois y qui paraît de la fin du xi* siè- 
cle , connaît déjà envers et devers, 

« Ore faparceif que felenie n*ad en mei ne cHmne envers tei,» (P. 95.) 
« £ pis que nuls ki devaut lui out ested devers Nostre Seiguur uvèi*ad. » 

(P. do9.) 

(Voyez DEDAIfS , dessous , DEVAlfT. ) 

DEVOIR ; NE DEVOIR qu'a, avec Fellipse de rien : 

Hors d'ici je ne dois plus tftt'à rtion honneuh [D, AUM, III. 5.) 



— 119- 
DÉVOREK DU COEUR, figur., recevoir avidement : 

El vous devez du cœur dévorer ces leçons, {Ec, des fem, III. a.) 

DÉVOTS DE PLACE : 

Que ces fraocs charlatans , que ces dévots de place, (Tart, I. 6.) 
Comme les valets de place ^qaï se tiennent en vue sur les 
places publiques. 

DE VRAI : véritablement , (te vero ; 

Je ne sais pas, de vrai , quel homme il peut être. (D, Juan, L i .) 

Nous verrons , de vrai, nous verrous ! (/6id. V. 3.) 

Ma foi, c'est promptement, dé vrai^ que j'aôbèterai. {Afn. mùgn, T. i .) 
Cette locution était jadiâ tfès-u&itée ; les exemples en sont 
fréquents. On disait aussi au i^rai : 

« Je ne sais pas au vrai si 'vous kss lui devez ; 
« Maié 11 me les a^ lui^ mille fois demandési « 

(RBGif ARD. Le Légataire. V. 7.) 

DïXTÉRITÉS, au pluriel, adresse : 

Oui , vos dextérités reuleut me détourner 

D'un éclaircissement qui vous doit condamner. (D. Gartie. lY. fl.) 

Je sais les tours rusés et les subtiles trames 

Dont pour nous en planter savent user les femmes ; 

Et comme ou est dupé par leurs dextérités^ 

Contre cet accident j'ai pris mes sûretés. {Ec. des fem. I. i .) 

D HOMME DHONNEUR; ellipse : foi d homme 
d'honnear : 

D'homme d'honneur, il est ainsi que je le dis. (Dép. am, IIL 8.) 

DIAELE ; diable emporte si. . * : 

Diable emporte si je le suis ! (médecin.) (3féd. maL lui, I. 6.) 

Diable emporte ji j'entends rien en médecine ! (Ibid, III. i.) 

C'est une sorte d*attcnuation du blasphème complet : Que le 

diable m'emporte si... On en i*etranche le pronom personnel , 

pour moins d'horreur. 

— EN DIABLE ; CX)MME TOUS LES DIABLES : 
La justice , en ce pays-ci , est rigoureuse en diable contre cette sorte de 
«ine. {Pe^ut. n. la.) 



— 120 — 

Elle eti sévère 001111m totu les diabies, particalièreaicBt wr cet tortet 
de crimes. [Pourc. IH. 3.) 

(Voyez QUE diable !) 

DIANTRE, modification de diable; diahtre soft: 

Diantre toit la coquine ! (B. gemt, HI. 3.) 

— DIANTRE, adjectif; oomme diable 9 diablesse : 

Qu*on est aisément amadoué par ces diantres d*animaQx-li! 

(Ihid. m. 10.) 

— DIAIfTRE SOIT DE. . . : 

Diantre toit de la folle , avec ses visions ! {Fem. $a9. I. 5.) 

— DIANTRE SOIT FAIT DE. . . : 

Encore ! diantre toit fait de vous! Si... je le vem. (Tort, II. 4*) 

DIE, dise: 

Teux-tu que je te die? une atteinte secrète 

Ne laisse point mon âme en une bonne assiette. {Dép, ont. I. i.) 

Ah! souffrez queje^iV, 
Valère , que le cœur qui vous est engagé {l6Ui, T. 9.) 

Die n*est pas une forme suggérée par le besoin de la rime ; 
elle est aussi fréquente que dtse chez les \âeux prosateurs. 
Malherbe, dans ses lettres, n*en emploie pas d*autre. 

Voulez-vous que je vous die? (Impromptu de FertatUet, 3.) 

Ainsi cette forme était encore usuelle dans la conversation 
en i663. 

Cependant , neuf ans après, en 167a , dans les Femmes sa- 
vantes, Molière tourne en ridicule le quoi gtt'on die de Tris- 
sotin : 

Faites-la sortir, tfuoi qu'on die, 
De votre riche appartement. 

Cette forme alors était donc déjà surannée. 

« Il faut toujours , en prose , écrire et prononcer dise et ja- 
mais die y ni avec quoi que, ni dans aucune auti'e phrase. » 
C'est la décision de Trévoux , d'après Th. Corneille. 

DIFFAMER : 

MOIOH. 

Je vous croyois la béte 
Dont à me diffamer j'ai vu la gueule prête. (Pr, d'EL I. %.) 



— 121 — 

L'emploi de diffamer pour dévorer^ déchirer^ en parlant d*un 
sanglier, pourrait sembler une boufTonnerie de ce fou de cour ; 
mais Furetière nous apprend que « diffamer signifie aussi 
salir ^ gâter j défigurer. Il a renversé cette sauce sur mon 
habit : il l'a tout diffamé. Il lui a donné du taillant de son 
épée, et lui a tout diffamé le visage. En ce sens il est bas. » 

Ainsi Moron parle sérieusement et correctement. Diffamer , 
aujourd'hui , ne se prend plus qu'au sens moral. 

On observera que diffamer , au sens moral , n'emporte pas 
nécessairement l'idée de calomnie , ni même aucune idée de 
blâme y puisque Boileau a dit, en parlant des précieuses : 
•( Reste de ces esprits jadis si renommés , 
« Que d*ua coup de son art Molière a diffamés, • 

C'est-à-dire, tout simplement : a perdus de réputation. Famé 
ifama) a été français dans l'origine : 

« K vint U/ame a tuz ces de Israël, que desconfiz furent li Philistien. » 

{Rois, p. 4a.) 

Héli dit à ses fils : 

« Totre/ome n*est mie saine. » {Ihid. p. 8.) 

Vous n'avez pas bonne réputation. 

DIGNE , en mauvaise part : 

Et toutes les hauteurs de sa folle fierté 

Sont dignes tout au moins de ma sincérité'. {Fem, sav, I. 3.) 

«Biais il (Yasquez) n'est pas digne de ce reproclte, » (Pascal. xi« Prov,) 

DINER ; AVOIR Diifé , métaphoriquement : 

' Mn>« JouEDAiir. — Il me semble que fai dîné quand Je le vois! 

(B,gent.in.Z,) 

On dirait , par la même métaphore : Je suis rassasiée de le 
voir. 

DIRE , actif avec un complément direct , désirer ; 

TROUVER quelqu'un A DIRE : 

Mettez-Tous donc bien tn tète que je vous trouve à dire plus que 

je ne voudrais dans toutes les parties où Ton m*entraîne. » (Mis. V. 4.) 

Ce verbe dire vient, par une suite de syncopes , non pas de 
dieere , mais de desideràre , dont on ne retient que les syllabes 



— 122 — 

eiKt^énifS, rfesiderare, deiirare (d*oft Tcm a fait à la êecolide epo- 
(ftie désirer) , et defe^ dotit le premier f se change Mi i , pif là 
r^le accoutumée. (V. Des Far, du langage fr.^ p. loS). 

Cle vérhe c//r« riait très-usité an %y\^ siècle : Montaigne , la 
reine de Navarre, et les autres, en font constamment otage : 

« Que sait -on, si plusieurs effectsdes âniibaux f{uî ex«îeileDt oostK 

it c&pacilé sont produits par la faculté de quekpie sens que OMi ijaas à 
u dire ? » (MovTAiairi« IL i%) 

A désii*er, à regretter | qui nous manque< 

«* Si nous atlons à dirt llntelligencedes sont de tliaiinoilîe et de la Voit, 
- cela appOrteriHt une cuuftuioti inimaginable à totft le rtlta dé oaslft 
« science. » (Id. Ibid^ 

« Ce desfauU (une taille trop petite) n*a pas aeidemcàt de la laidenr, 
*« mais encores de rincommodité , k ceulx mesmetnent qui ont des oomiua- 
«« déments et des charges; car Tauctorité que donne une belle presenoe et 
** majesté corporelle en est à dire, » (Id. U. 17.) 

L*autonté, par suite de ce défaut, se fait désirer, ne s'obtient 
pas. 

I^ reine de Navarre écrit à chaque instant dans ses lettres : 
Le roi et madame vous trouvent bien à dire ; nous vous trou- 
vons bien à dire, C*est dans ce sens que l'employait encore 
Célimèneen 1666. 

Ce mot a disparu , peut-être banni pour laisser régner, sans 
équivoque possible, dire, venu de dicere, 

— DIRE de quelque chose tous les maux du moUBe: 

Tous les autres comédiens eo ont dit tous les maugi du méndêé 

(Cru, detÉcdesfem, 7.) 
(Voyez OH dirait de.) 

— DtttË pour redira: 

Ayant eu la bonté de déclarer qu'elle (Votre Majesté) ne trouvoit rien 
k dire dans cette comédie , qu'elle me défendoit de produire en public. 

{t^^ P lacet au roi,) 

— DIRE construit avec en et à; en dire a, pour être 
favorable à : 

Si le sort nout en dit^ tout sera bien réglé. {L'Éf, Vi 2.) 

Si le sort noua est propioe ^ nous secolide. 



— 123 — 

Cette bizan*e expression est évidemment calquée sur oêtte 
façon de parler usuelle : Jjs c«ur m*en dit ; le eœur vous en 
dit^il ? Molière n'a pu s'en servit' que dsilis Uil dUVi'agé de sa 

— DiKE VÉRITÉ, dire la vérité : 

Et 1*11 atolt tdôn ctibur, à titre 'vèHté,,., {Mis, lY. i.) 

DISPENSER (SE) À , se disposer à : 

Et c*est aussi pourquoi ma bouche se dispense 

A vous ouvrir mon cœur aVec plus d'assurance, {bép, fxlh, îî. x.) 

Antrefois , dispenser se disait en pliarmacie, pour disposer, 
préparer, 

I Plusieurs auteura ont écrit en détail la prépai*ation des re- 
mèdes que les apothicaires doivent dispenser. Dispenser la 
thériaque, c'est-à-dire , la préparer. I..es statuts des espioiers 
portent que les aspirants à la maistrise dispenseront leur chef- 
d'œuvre en présence de tous les maisties. » (FuRBTiiRK.j 

Cette ancienne valeur du mot dispenser est encore attestée 
par le mot anglais dispensary, pliarmacie , dont nous avons 
refait, à notre tour, dispensaire, 

DISPUTER A FAIRE QUELQUE CHOSE : 

Je suis un pauvre paire ; et ce m'est trop de gloire 
Que deoi nymphes d'un rang le plus haut du pays 
Disputent à se faire un époux de mon fils. {Mélicerle, I. 4.) 

DIVERTIR, du latin dîrertere , détourner , distraire, 
toomer d'an antre côté : 

Aflfès de si heaux coups qu'il a su divertir, {L'Ét, UI, i.) 

Totre feinte douceur forge un amusement» 

Pour divertir l'effet de mon ressentiment (/?. Garcie, IV. 8.) 

Bonjour. — Hé quoi, toujours ma flamme divertie! {Fâcheux, II. a.) 

Tiendra-t-il point quelqu'un eucor me divertir? {Ihid, III. 3.) 

El, cherchant à divertir cette tristesse, nous sommes ailes nous promener 

tnr le port. {ScaplH. II. 1 1 .) 

« C'est un artifice du diahle, de divertir ailleurs les artnesdont ces gens- 

«tâcotubattoiebt les hérésies. » (Pa^Al. Penkéés, p. *i^7.) 

« Si rhoihitte étoit heUrëut , il le kerott d'âUUn! fiu^ qd*il ^kroit nioih& 

• ififerfî, comme les MkH et i)ietii * 0iIj iM. |l< i t|fi) 



- 124 — 
DONCQUES , archaïsme : 

Doncques li le pouvoir de parier iD*e8t 6lé , 

Pour moi, j*aime autaut perdre ausû l'humauîté. {^Dép. mm, IL 7. 

On écrivit onginairement avec une s finale, doncqmet 
apecques y ores^ illecquesj mesmes, 

DONNER ; doiïiïer a pleihe tête dâhs. ... : 

Il ne faut point douter qu*elle ne donne à pleine tête dam cette troH^tem 

{Am, magn, IT. 4. 

— DONNER AU TRAVERS DE : 

Uo homme qui donne au trapers des purgatîons et des saigméet 

(Mai, im, m. 3. 

Donner, dans cette location , et dans celles qui vont smrr 
jusqu'à se donner de garde, est pris au sens de tomber o\ 
se lancer avec impétuosité^ et il est verbe neutre , ou plut^ 
réfléchi, mais dépourvu de son pronom. Les latins disaient d 
même dare se : — darv se in viam (Cic. ); dare se prœeipk 
tem : dabit me prœcipitem in pistrinum (Plaut.) ; tiare s 
fugœ (Cic.) 

Molière aussi construit donner avec le datif et avec l'accii- 
sadf , c'est-à-dire, avec à et dans. 

— DONNER CHEZ QUELQU'UN : 

Nous donnions chez les dames romaines , 
Et tout le monde là parloit de nos fredaines. {Pem, sap, IL 4. 

— DONNER DANS : 

rous donnez furieusement dans le marquis! (VAv, I. 5. 

les riches bijoux, les meubles somptueux oit donnent ses pareille 

a^ec tant de chaleur. (Ibid, If. 6. 

— DONNER DANS LA VUE, éblouif : 

Ce monsieur le comte qui va chez elle lui donne peut-être dans la vue? 

{B, gent. in. 9. 

— DONNER A UN BRUIT , c est-à-dlrc , crolrc à ce bruit 

Enfin il est constant que l*on n'a poiut donné 

Au bruit que contre vous sa malice a tourné. {Mis, V. x. 

On n*a point donné créance au bruit , etc. Mais , sans re 
courir à cette ellipse violente, donner au bruit est dit comm< 
donner au piège, c'est-à-dire , dans le piège. 



— 125 — 
— DoimER DE GARDE (se) , prendre ses précautions : 

Je venois l'aYertir de se donner de garde, (V£t. IV. x.) 

IJ y a deux manières d'expliquer cette locution : en y con- 
sidérant de comme surabondant , ce qui ne me [)laît guère ; 
ou bien en expliquant se donner^ par se faire , se mettre. Se 
donner de garde ^ se/aire de garde ^ se tenir à Terte , au guet. 
On disait aussi, avec ub complément indirect, se donner de 
garde de quelque chose : 

* MOROv. — DonneZ'Vous-en bien de garde, seigneur, si vous voulez m*en 
croire. (Pr. itEL lU. a.) 

Se donner de garde est une ancienne façon de dire s'aper- 
cevoir de quelque chose , s'en mettre en garde : 

« Et fut tout ce fait si soubdaiaeinent, que les gens de la ville ne s'en don- 
• nerent de garde. » (Froissart.) 

— DOicif ER DES REVERS , renverser d'un soufflet , mé- 
taphoriquement : 

Toutefois n'allez pas, sur cette sûreté, 

Donner de vos revers au projet que je tente. (VEt. II. i.) 

-- EU DOimER A quelqu'un , lui en donner à garder, 
le tromper: 

Tu couches d^mposture , et iu nCen as donné. {VEt. I. lo.) 

(Voyez COUCHER de.) • 

Ah, ah ! l'homme de bien, vous nCen vouliez donner! (Tart. IV. 7.) 
Cet en ne se rapporte grammaticalement à lien, comme dans 
plusieurs expressions analogues : en tenir ^ en faire ^ etc. 

— EN DONNER DU LONG ET DU LARâïl : 

Donnons^n à ce fourbe et du long et du large, {VEt, IV. 7.) 
Donnons-lui-en dans tous les sens, accommodons-le de 
toutes les façons possibles , de toutes pièces. 

— DONNER LA BAIE. ... : 

Le sort a bien donné la baie à mon espoir. (VEt, II. x3.) 

(Voyez BAIE.) 

— DONNER LA MAIN OU LES MAINS A..., métaphori- 
quement , soutenir : 

Donne la main à mon dépit, et soutiens ma résolution 

(B. gent, III. 9.) 



— 126 — 

Pourvu que votre cœur veuille donner les maùu 
Au dessein que J*ai fait de fuir tous les hunudiu. 

(M#. ▼. le. dernière.) 

Un cœur qui donne les mains est une image finisse, et une 
expression forcée. 

La Fontaine a dit absolument donner les mmlm^ dans le sens 
eu le vulgaire dit aujourd^liui meiire tes pouces: 

•t De fiiçon que le philosophe fîil ohligé de donner les mains, • 

(ru dMêope.) 

— OOmN^ Ulf CRIME , Ulf E REPCTATIOrr : 

J*igpore le détail du crime qu*on vous donne, {T^^* ^t ^0 

C'est le latin dare crimen alicui. 

Je ne souvient toujours du aoir qu'elle eut envie de voir Dsanq , aur 
Al réputation qu'on lui donne^ et les choses que le publie s vvet de lui, 

( Critique de t Ecole des fem, ac. a.) 

On disait do même , au xvi* siècle , donner un bruit à quel-- 
qu'un: c'était lui attribuer une réputation. Bonnivet était 

« Des d^mes mieux voulu que ne ieut oqcques François, Unt pour sa 

« beauté, bonne grâce et parole, que pour le bruit que chacun lujr donnait 

« 4'sitre l'un des ylui adroits et hardis w%, armes i|ui lauit da son taospi. > 

(La R. DE Nav. Heptaméron, nouvella 14.) 

« Ëjle connoissoit 1( CQDtraire du fau& bruit que fa^ donnçit wtx Fran- 

(Voyez BEijiT.) 

DONT, aa sens de i^ar qui , de qui : 

c'est moi, vous dis-je, moi, dont le patron le sait. {Dép. am, III. 7.) 
Cette expression pèche par l'équivoque : il semble que Maa- 

carille veuille dire : ego , cujus dominas id rescivitf — et il veut 

dire : a quo ou per quem dominas id rescivit. 

L'angienne orthographe eût évité cette confusion (aux yeux 

du moins), en écrivant : dond le patron le sait. — Vnde id 

rescivit. 

«T^poHT, pour de qui^ avec un nom ds perionne: 

Messieurs les maréchaux , dont j'ai commandement. (Mis, II. 7.) 
Mon fils 9 dont votre fiUe acceptoil l'hyménée {Sgan, 7.) 



— 137 — 

Et prindpalement ma mèrç étant morte, dont on ne peut m*ôter le bien. 

(VAv. II. x;) 

Comme ami de son maître de musique, </o;i^ j'ai obtenu le pouvoir de 

dire qoll m*enyoie à sa place. {Mal, un, IL i .) 

— DONT, par laquelle : 

E^ beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette 
douce violence dont elle nous entraine. (P. Juan, I. a,) 

La bassesse de ma fortune , dont il plait au ciel de rabattre Tambition de 
mon amour {j4m, magn. I. i.) 

— DONT A LA MAISON , pour à la maisoYi de qui : 

L'objet de votre amour, lui, dont à la maison 

Yotre imposture enlève un brillant héritage. (Dép. am. II. i.) 

Molière ne s'est permis qu'une seule fois cette tournure en - 
tortillée, et c'est dans son premier ouvrage; car, malgré la 
chronologie reçue, je tiens le Dépit amoureux aîné de V Étourdi, 

Bossuet fournit ^n exemple d'une construction ausû bicarré : 

"On a peine à placer Osymanduas, dont nous voyons de si magnifiques 
• momimeiita dans Diodore, et de si belles marqua de 4ês combati, 

{Hut, un. m« p. S 3.) 

Dont nous voyons de si belles marques fie ses combats ! pour 
(lu combats de qui nous vojons de si bel/es marques, 11 n'y a 
pmot d^ dpute que ce ne soit là une construction trèfrrvicieu^fi. 
Lei saipt^ ont eu leurs faiblesses , dit Voltaire] ce n'est point 
1ms faiblesses qu'il faut imiter. 

— DOUT, au neutre, pour de quoi : 

Ah! poltron, </b/}/ j'enrage! 
Lâche! vrai cœur de poule ! (^g^fi» 9i-) 

4b ! poltroD qu« je suis , de quoi j'enr^e , c'est-rà-4ire , 
«l'être poltrpn. l/nf(e venit mi/ii rabies, 

--DOiiT relatif 9 tëparë de son gujet: 

Comme le mai ftit prompt, dont on la vit mourir. (Dép. am. II. i.) 
(Voyez QUI rklativ, séparé de son sujet.) 

D'ORES-EN-AVANT: 

Tfloif AS DiAFOiaus. Aussi mon cœur d'ores-en-avant touriiera-t-il tou- 
jours vers les astres resplendissants de vos yeux adorables. {Mal, im, H. 6.) 



— 128 — 

Archaïsme, comme ne plus, ne moins. On voit que Thomas 
Diafoirus est issu de vieille bourgeoisie. On a dit , en ôtant Vs 
dCorCy dorénavant ^ et l'on met aujourd'hui un accent sur IV, 
dorénavant; en sorte que les racines de ce mot sembleraient 
être doré et navanU C'est d'ora in avanti^ d'ore en aoant. 

Il est fâcheux que l'Académie consacre l'orthographe et 
la prononciation vicieuses. 

DORMIR SA RÉFECTION, ce qu'U faut pour se 
refaire. 

Le sommeil est nécessaire à l*homme; et lorsqu'on ne dort pas sa réfec- 
tion, il arrive que (ProL de la Pr, éCÈL, a .) 

DOS; TOMBER SUR LE DOS A QUELQu'un, en parlant 
d*im événement fâcheux : 

Il faut que tout le mal tombe sur notre dos, {Sgan, 17.) 

DOT, substantif masculin, archaïsme : 

L'ordre est que le futur doit doter la future 

Du tiers du dot qu'il a. (Éc. des fem, IV, a.) 

Les éditeurs modernes ont substitué a du tiers de dot. » — 
Il faudrait au moins du tiers de la dot. 

C'est uue raillerie que de vouloir me constituer son dot de toutes les dé- 
penses qu'elle ne fera point. {Vji9, II. 6.) 

Montaigne fait toujours dot masculin. Ménage : a II faut dire 
la dot et non pas le dot , comme dit M. de Yaugelas dans sa tra- 
duction de Quinte-Curce , et M. d'Ablancourt dans tous ses 
livres. >'icot dit le dost, qui est encore plus mauvais que le dot.» 

{pbs, sur la lang,fr, p. xa6.) 

\Jj4vare est de 1668, et Ménage écrivait ses observations en 
1672, un an avant la mort de Molière. C'est donc vers cette 
seconde date que le genre du mot dot a été fixé au féminin. 

M. Auger cite ce vers du Riche vilain : 
« Un grand dot est suivi d'une grande arrogance. » 
' Le moyen âge disait dos fém. , et dotimiy neutre. 

(Voyez Du Cance , au mot dotum,) 

DOUBLE, substantif, pièce de monnaie : 

Vous ne les auriez pas , s'il s'en falloit un double. (Méd. m. lui, 1. 6.) 
Il n'y a point de monsieur mailie Jacques /;<7ur un double! {VAv, IIL6.) 



— 129 — 

C'est-à-dire qu'il se tient plus cher, à plus haut prix. J^ 
double était une petite monnaie de billon. // n'y en a point 
pour un double^ espèce d'adage pour exprimer un refus for- 
mel y une dénégation. 

DOUBLE FILS DE PCTAiw ; 

Double fils de putain, de trop d*orgueiI euflé. {Amph. III. 7.) 

Put y pute ^ du latin /7iir/V/i^, par apocope, ancien adjectif 
qui signifiait à peu près vilain, vilaine. Il est encore d'usage 
dans les Vosges et la Franche-Comté. Un \\ei\\ noël en 
patois lorrain, sur l'Epiphanie, dit, en parlant du roi 
d'Ethiopie : 

«• Qui ot ce put chabrouillé ?«> 
Qui est ce vilain barbouillé ? 

La terminaison ain s'ajoutait volontiers, dans les premiers 
temps de la langue , aux noms de femme ou de femelle. Kvc, 
Èvain; Berte, Bertain. Dans le roman de Renard, la jKiule 
s'appelle Pinte et Piniain. M. Ampère pense que c'est un ves- 
tige d'anciennes déclinaisons , et la marque du cas oblique ; je 
suis plus porté à y voir simplement une forme de diminutif. 

DOUCEUR DE COEUR, tendresse, amour: 

n se rend complaisant à tout ce qu'elle dit, 

Et pouiToit bien avoir doiœeur de cœur pour elle. {Tart, III. i.) 

DOUTER, verbe actif, douter quelque chose ^ 
e est-à-dire , le redouter, le tenir suspect : 

Sons couleur de changer de For que ton doutait, {L*Et. II. 7.) 

De l'or que l'on craignait qui ne fût faux. 

Douter, se disait jadis en la forme simple ; redouter mar- 
quait la répétition , l'augmentation de la crainte. Nicot dit : 
« DouBTER, hetitarey dtibitarey vereri, timcre. » 

«Il n'y a homme tantliardi qui nedoubte trop d'en aller cueillir. ** 

(Jnmdis. li\TeII.) 
CLOVis à saint Rémi, 
m Sire arcevesque, nous lavez 
« Corps et ame dedans ces fons , 
« Pour nous garder d'aller à fons 
« D'enfer, qui lant fait à doubter.^ {Mystère de Ste Cloiiide,) 

9 



— 180 — 

Froissart ne connaît que le Terbe douter ou se douter^ pour 

signifier redouter : 

« Le clerc se <Umhta du che\:a1icr, car II efltoit cniem .... il vint CB 
« présence du sire de CorasMs et iuy dit : ... . Je ne suit pas si fort es M 
«( pays comme vous estes ; mais sachez que, au plustost que je pourrai, je 
« vous envoierai tel champion que vous douhterez plus que tous ne faictei 

« moi. Le lire de Gorafs« Iuy dict : Va i Dieu, va; fais ce que lu 

• peux : je te double autant mort que vif. • 

( FaoïssAaT. Citron, IIL cb. aa.) 

Se douter avait le même sens. Pathelin confie à sa femme ton 
plan pour duper le drapier : Bon , dit Guillemette : 
« Mais se vous renchéez arrière , 
« Que justice vous en repreigne , 
« Je me doute quMI ne tous preigne 
« Pis la moitié qu'à Tautre fois. •• {PatheUn.) 

Mais si vous ne réussissez pas , et que la justice s*en mêle, 
j*ai peur qu*il ne vous en arrive la moitié pis que la dernière 
fois. » 

DOUZE , dans ane espèce de rébus on de calembour 
trivial : 

JACQUELINK. Je VOUS d'u et vous douze (co et la) que tous cet médadiu 
n'y feront rian que de l'iau claire. (Itléd. m, lui, II. a.) 

DRAPS BLANCS; mettre QUELQDUif dans de beaux 
DRAPS BLANCS , par ifouie : 

AJi ! coquines, vous nous mettez dans de beaux draps blmncs i 

{Préc. rid. iS.) 

DRESSER ; dresser un artifice : 

Et s'il faut par hasard qu'un ami vous trahisse, 

Que pour avoir vos biens on dresse un artifice ? {Mis. I. i.) 

Mais pour lequel des deux princes au moins dressez^vous tout eet «r- 
f'fice ? {Abu magn. ÏW, 4.) 

— DRESSER SA PROMENADE VERS. . . . , la diriger : 

Dressons notre promenade, ma fille, vers cette belle grotte où j'ai pro- 
mis d'aller. (y^/</. m. ,.) 

« Elle dressa donc ses pas vers le lieu où elle avoit vu cette fumée. » 

(U FoHT. Psfcké. U.) 



— 131 — 
DU , pour que le: 

C'est un étrange fait du soin que vuui preuec 
A me venir toujours jeter mon Age au nez. (£f. lUs mar, L i .) 
" Cest dommage du gentilhomme, quand il est ainsi mort. » 

(PaoïssART. Chron, II. ch. 3o.) 
« Vojes que c*est<^ monde et «isi choses humaines! « 

(Rkoviek, le mauvais Giste,) 
(Voyez DE remplaçant que le.) 

DULGIFIÉ, au sens métaphorique : 

GROS-aBITE. 

.... Voilà tout mon courroux 
Déjà dmleifié; qu>n dis-tu, romprons-nous? (/>c/7. am, IV. 4.) 

— DDLCiFUHT, adjectif : 

soANAacLLE. QuclquE petit clystère dulctfiant, Méd, m, lui, II. 7. 

DU MATIN , dès le matin : 

Biais demain, du matin, il vous faut être habile 

A vider de céans jusqu'au moindre ustensile. {Tart. V. \ .) 

— DU GRAiHD MATO , dès le grand matin : 

Aujourd'hui il est trop lard; mais demain, du ^rand matin, je renverrai 
q«crir. {Mal. im,h 10.) 

DU MIEUX QUE : 

Allez ; si elle meurt, ne manquez pas de la Cidre enterrer du mieux que 
TOUS pourrez. {Méd, m, lui, III, 2.) 

(Voyez DE exprimant la cause , la manière.) 

DU MOINS, pour au moins : 

Je vais gager qu'en perruques et rubans il y a <^ moiiu vingt pistoles. 

(L'^f. I. 5.) 
C*est pour éviter Thiatus a au. 

DUPE A (un infinitif): 

Et moi, la bonne dupe à trop (roire un vaurien. . . • (//£/. II. 5.) 
Et moi f qui en croyant un tel vam*ien suis ime trop bonne 
dape. 
(Voyez A (un infinitif)^ capable de , de nature à.) 
DURANT QUE : 

Je vous dirai que, durant qu*U darmoit, je me suif dérobée d'au- 

I>rèi de lui. . • . (G. />• m. la.) 

9- 



— 132 — 

C*est lé participe ablatif absolu des Latins : durante quud^ 
comme pendant que y pendente quod, 

DURER CONTRE quelqu'un, durer a quelque chose: 

cLAUDiif 1. n a tant bu, que je ne pense pas qu'on puisse durer contre An. 

G, D, m. la.) 
11 faut observer que ce durer est devenu du style de ser- 
vante , mais que cette servante parle comme Tite-Iive : 
a Ne(! poterat durari extra tecta. » On ne pouvait durer hors 
des maisons^ et comme Plante : «Nequco durare in apdîbus.» 
Je ne puis durer chez nous. 

« durate, atque exspectate cicadas.» (JmriN. IX. 69.) 

Au surplus, Molière a relevé cette expression, en la mettant 
dans la bouche de Taimable et spirituelle Élise : 

Pensez-vous que Je puisse durer à ses tîurlupinades perpétuelles ? 

{Crit, de t£c, des fem. 1.) 

DU TOUT : 

Mon ûhf je ne puis du tout croire 

Qu'il ait voulu commeUre une action si noire. (Tart. V. 3.) 

Je relève ces vers , uniquement i>our avoir occasion d'ob- 
server que du tout ne s*eniploie plus aujourd'hui qu'en des 
formules négatives , mais qu'il entrait aussi originairement 
dans des phrases affirmatives. Par exeniple : 

•( No&tre Seignur Deu del tut siwez et de tul vostre quer servez. » 

{Rois. p. 4z.) 

Suivez du tout y c'est-à-dire, absolument, sans restriction. 
Notre Seigneur Dieu. — Nous sommes appauvris de la moitié 
de cette locution. 

« Pensez, amis, que je faz moult 
« Quant je me niels en vous du tout 

« Et de ma mort et de ma vie. • {Partonopeus, x. 7730.) 

Quand je me confie entièrement en vous , quand je vous 
livre ma mort et ma vie. 

E nmet étouffé pour la mesure : 

Les flots contre les flots font un remue-ménage, {Deu. am. IV. a.) 
L'édition de P. Didot écrit remd-nienag^e ; l'édition faite 
sous les -yeux de Molière, remue- ménage. 



— 133 — 

Je pousse, et je me trouve en un fort à l'écart, 

A la queue de dos chiens, moi seul avec Drécart. (Fâcheux, II. 7.) 

La locution étant ainsi faite, il n*y avait pas moyen de l'em- 
ployer autrement en vers. 

Au reste , il est bon d'observer que dans l'ancienne versifi- 
c^ation Ve muet ne comptait pas plus à l'hémistiche qu'il ne 
ia.it aujourd'hui à la fin d'un vers. Et tout atteste que nos 
|>«res avaient l'oreille aussi délicate que nous , pour le moins. 
11 se passe quelque chose d'analogue en musique. C'est l'ahé- 
rsuion de la septième dans la gamme mineure ; on n'en avait 
f>as l'idée jadis , et nous ne saurions nous en passer. Ce sont 
des efîets de l'éducation, qu'on prend pour des lois naturelle^ : 

Tant de nos premiers ans l'habitude a de force ! 

— Emuet de la seconde ou de la troisième personue, 
comptant pour une syllabe : 

Anselme, mon mignon, crî^-t-elle à toute heure. (VEt, 1. 6.) 

Ah ! R*aie pas pour moi si grande indifférence ! (Ibid, IX. 7.) 
Ib ne TOUS ôtent rien , en m'ôtant à vos yeux , 

Dont ils n'aient pris soin de réparer la perte. {Psyché. II. x.) 

Mais Psyché est écrite avec une précipitation extrême. Mo- 
lière , depuis ses premiers ouvrages, ne se permettait plus cette 
négligence. 

ÉBAUBI : 

Je suis tout ébaubie^ et je tombe des nues! {Tart, Y. 5.) 

Trévoux dît que c'est une forme populaire et corrompue du 
mot ébahU II se trompe. La forme première est abaubi , et nos 
péi-es distinguaient bien esbahi et abaubi : 

« Lors le voit morne et abouèit, » (Rom. de Coucjr. v. i85.] 
« Li ckastelains fut esbahis. » (ibid. v. aa3.) 

1^ châtelaine de Fayel , voyant dans sa chambre son époux 
et son amant , demeure stupéfaite : 

« Quant ele andeus leans les vist, 

« Le cuer a tristre et abaubit, 

m Dont dist corne esbahie famé : 

« Sire diex! quel gent sont cecy? (Ibid, v. 4546.) 



— 194 — 

Esbahi est celui qui reste la bouche béante , ccminie s*il 
bAillait. La racine est hiare, 

Abambi a pour racine balbuif dont on fit baube. Louis le 
Hùgue était Loys U Baube : 

m Looyft lé fil Cfaalle la Chauf, qvî Loys U Bouées fat •pdei. • 

(CAitN». de St^Dei^ ad aaiL %*)%) 

Et Philippe de Mouskes : 

« Loeys ki Baubes oX BOfll. » 

Louis, surnommé le Bègue. 

En composant cet adjectif avec a, qui marquait une action 
en progi'ès , on fit abaubir^ comme alentity apetisser^ agrandir^ 
et , par la corruption de Fâge , ébaubL 

Un homme ébahi est muet de surprise ) Vébaubi est celui 
que la sui-prise fait bégayer, balbutier. 

Trévoux dérive esbahir de l'hébreu schebasck, et ébaubi^ 
iVébahir. 

Le verbe était bauboier on baubier^ qui s'écrivait balbier. 
II y a dans Partonopeus un exemple naïf d'une femme ébaubie , 
ou abaubie : c'est quand la fée Mélior, en s'éveillant, ne trouve 
plus Partonopeus à ses c^tés ; elle veut l'appeler par son nom : 

« Nèl paet nomer, et ne porqutnt 

« BtilbU l'a en louglotant : 

« Parto, Porto, a dit souvent, 

« Puis dit nopeu , moult feblement; 

« Et quant a Partonopeu dit 

« Pasmee ciet desor son lit. {Partonopeus, w, 7^45.) 

(Voyez Du Gange aux mots Balbire et Balbuzare.) 
Balbier (baubier)^ est la forme primitive, tirée de balbus. 
Balbutier est de seconde formation , calqué sur balbutire. 

ÉBULLITIONS de gbrvbau : 

Je suis pour le bon sens, et ne saurais souffrir les ébuUitions de cerpeau 
de nos marquis de Mascarille. (Crit, de t£c, des fem. 6.) 

ÉCHAPPER (l) belle : 

Je viens de V échapper bien belle, je vous jure! {Ee, desfem, FV. 6.) 

I^ substantif de l'ellipse parait être occasion , comme dans 

vous nous la donnez belle! On comprend que, dans ces for- 



— 135 ~ 

mules , l'absence du mot précis a permis à Tosage d'étendi*e 
un peu le sens et les applications. 

Noos ravcNU en donnant, madame, échappé belle t (JFem, satf, IV. 3.) 
L*usage a consacré cette forme avec cette orthographe, parce 
qti'elle date d'une époque où Ton n'était pas bien rigoureux 
sup l'accord des participes , et que d'ailleurs l'ellipse du subs- 
tantif féminin dissimule un peu la faute. Il est certain que, à 
la rigueur, il faudrait échappée belle. Cependant , en prose 
naéme, personne n'a jamais écrit le participe au féminin : 
« Ma foi, mon ami, je toi échappé belle depuis que je ne t*ai vu ! » 

(Lesagk, GH Blûs,) 
L'italien possède beaucoup de locutions faites , où l'adjectif 
est ainsi au féminin par rapport à un substantif sous-entendu : 
— ^ corne la passate ? — questa non Vintendo; — ei me l'ha 
fittta; — questa non mi calza, etc., etc., oii Ton peut supposer 
dans l'ellipse les mots vita , cosa , burla , scarpa, 

ÉCHELLE ; tiber l'échelle après quelqu'un : 

I^ucAS. Oh, morguenne ! il faut tirer t échelle après ceti-là. 

{Méd, m, lui, U. i.) 

Cette figure s'entend assez : quand on tire l'échelle, c'est 
qu'on n'a plus à laisser monter pei*sonne , étant satisfait de ce 
qui est monté. 

ÉCHINE ; AJUSTER L*£CHnf£ , bâtonner : 

Ah ! vous y retournez ! 
Je vous ajusterai Véchine. (j4mph. III. 7.) 

ÉCLAIBÉ EN HONNETES GENS *. 

L'Age le rendra plus éclairé en honnêtes gens, {Crît, de tSc, des/, 5.) 
Cesi-ÀMiire, lui apprendra à les mieux reconnaître. 

ÉCLÀIBER quelqu'un, respionner, éclairer ses dé- 
marches : 

Au diable le fâcheux qui toujours nous éclaire! (VEt, 1. 4.) 

Dites-lui qu'il s'avance , 



El qu'il ne se verra d'aucuns yeux éclairé. (D. Garde, fV. 3.) 

J'ai Touln vous parler en secret d'une affaire. 

Et suis bien aise ici qu'aucun ne nous éclaire, {Tart, Ut, 3.) 



— 136 — 

Il nous reste en ce sena le substantif ^a</vicr; aller en édm 
reur. 

On disait éclairera f/uelqu^un , pour signifier lui éclairer so 
chemin. Nicot fait soigneusement la distinction entre éclam 
quelqu'un et à quelqu'un; il explique le second : « Prœlmeei 
« alicui; lucemfacere alicui; luslrare lampade, » Ainsi qnan 
on lit dans Don Juan ^ act. lY, scène 3, — Allons, mcmsiev 
Dimanche, je vais vous éclairer^ — il faut entendre ce imaa 
datif, pour à vous y et non pas à l'accusatif, comme aujoui 
d'hui nous disons, Éclairez monsieur. C'est une politesse trà 
impolie : monsieur n'a pas besoin qu'on l'éclairé , mais qu'o 
lui éclaire sa route. 

Ce vice du langage moderne paraît né de l'équivoque di 
formes vous , moi , me , qui servent aussi pour à vous y à me 

ÉCLATS DE RISEE , éclats de rire : 

A tous les éclats de risée, il baussoit les épaules, et regardoit le parler 
en pitié. {Crit, de FEc, desfem. i 

» Ces paroles à quoi Gélaste ne s'attendait point, et qui firent faire i 
» petit éclat de risée, Tinterdirent un peu. >• ( La Fontaihe. Psyché, 1 

KCOT ; PARLER A 80TI ÉCOT : 

Mais quoi...? — Taisez-vous, voun ; parlez à votre écot. 

Je vous défends tout net d'oser dire un seul mot (Tari, TV, '. 

C'est-à-dire parlez à votre tour, en proportion de vot 
droit et de votre dû , comme chacun mange à son écot. 

ÉCOUTER UN CHOIX, y entendre, l'examiner : 

Le choix est glorieux , et vaut bien qu*on Yécoute, (Tari. II. i 

ECU ; LE RESTE DE NOTRE ECU : 

M™' JOURDAiir {'apercevant Dorlmène et Dorante). Ah, ah! roicî jl 
temeiit le reste de notre écuî Je ne vois que chagrins de tous côtés. 

[R, gent. V. 

Expression figurée, prise du change des monnaies. Vol 
le reste de notre écu ! c'est-à-dire , voici qui complète net 
infortime. 



i 



— 137 — 
EFFICACE, substantif féminin : 

On n^ignore pas qu*une louange , en grec, est à'unemerveUUuse efficace 
k la lêle d'an livre. (^''«/- f^^' Précieuses ridicules,) 

H est trop heureux d'être fou , pour éprouver V efficace et la douceur des 
remèdes que vous avez ai judicieusement ordonnés. (Pourc. I. 1 1.) 

L'efficace^ j^nr V efficacité ^ commençait déjà , en 1669, à 
d^rveiiir un terme suranné ; mais il a d'autant meilleure grâce 
dajds la bouche d'un personnage grave et doctoral. 

Il faut observer qu'il y a dix ans entre les Précieuses ridi- 
citles et Monsieur de Pourceaugnac (i 659-1 669.) 

EFFRÉNÉ : propos effrénés : 

Comment ! il vient d'avoir Taudace 

De me fermer la porte au nez, 

Et de joindre encor la menace 

A mille propos ejfrénés ! {Amph. IIL 4.) 

Puisqu'on dit bien une langue sans frein ^ pourquoi ne di- 
rait-on pas aussi des propos effrénés ? La métaphore est la 
même. Mais on ne saurait approuver des traits effrontés [Tar- 
^/fcy II. a) ; des épigrarames , des coups de langue, peuvent 
s'appeler des traits ^ parce que l'effet de l'un comme de l'autre 
est de blesser, de piquer ; mais des traits n'ont pas àe front. 
Il y a incohérence, incompatibilité d'images. C'est Dorine qui 
est effrontée. 

EFFROI , au sens actif. Voyez plein d'effroi. 
ÉGARER (SE) de quelquun : 

Je m'élois par hasard égaré tt un frère et de tous ceux de notre suite. 

(Z>. Juan, UI. 4.) 
Les Italiens disent de même smarrito délia via. 
J'observe que l'on disait aussi égarer quelqu'un ^ an même 
*ens que s'égarer de quelqu'un : 

« Gontiderant les mouvements du chien à la qiiesle de son maistre 

• qu'il a esgaré, » (Moirr aigri, II. x3.) 

C'est-à-dire dont il s'est égaré. 

Mcot ne donne que la forme s'égarer d'avec : « L'enfant 
s^est esgaré d'avec son père, » 



— 188 — 

Ménagp dérive égarer de je ne sais quel varare^ «pi'il traduit 
par traverser. Egarer y garer ^ garder ^ garir (auj, gaérir)^ gué- 
riiCy garantir f tous ces mots descendent de TalleuMUidy Ar- 
wahren (en anglais beware)^ en passant par la basse latinilé, 
d'où le iv se changeait , pour le français , en ^v ou ^ dur. 
ff^erdungf guerdon ; i— ff^antus , guani (gant) ; — fFardia , 
garde ; — Radium , gage ; — IVallia , Gaule ; — fFarenum 
{jibi animalia custodiuntur)^ garenne; etc., etc. 

Giiêrite on garite signiûait une route à Técart, un sentier dé 
tourné, jiar oii Ton cherchait un refuge devant Tennemi , sid^ 
hewahren^ à se garer ou à se garir. Delà cette vieille expression, 
enfiler la guérite , c'est-à-dire, ftiir, chercher un asile dans h 
fuite. De même s'égarer ^ c'est se jeter dans ce petit chemii 
perdu , hoi*s de la vue et de la poursuite. 

On voit d'un même coup d'œil comment se rattachent i 
cette famille l'exclamation gare ! qui n*est que l'impératif di 
verbe se garer : se garer des chevaux , des Toitures'; et U 
substantif féminin gare; une gare pour les bateaux, la gtm 
d'un chemin de fer. L'enchaînement des idées est donc celui- 
ci : protection , fuite , écart , égarement. 

ÉGAYER SA DEXTERITE, la faire jouer, en faire parade 

Mais la princesse a voulu égayer sa dextérité jtX de son dard , qu^cUe lu 
a lancé un jieu mal à propos.... etc. {Am. magn, Y. i. 

ÉLEVER SES PAROLES , élever la voix : 

Phis haut que les acteurs élevant ses paroles. {Fâcheux, I. f . 

ÉLISION. 

Oui , ne faisant pas élision : 

El son cœur est épris des grAces d^Henriette. 
— Quoi ! de ma fille ? 

— Ou/, Clitandre en est charmé. 

{Pem, $ap. II. 3, 

L'hiatus n'est pas en cet endroit plus choquant que dan 
cet autre , où la règle du moins n'a pas à se plaindre : 

Ces gens vous aiment? — Ou/, de toute leur puissance. {Ibid. II. 5, 

I^ repos fortement marqué fait disparaître l'hiatus. Qaan< 
ce repos est moindre , Molière ne manque pas d'élider : 



— 139 — 

NoiM NMv «st folk, oiiil — Ok croit tous les jours. (F«hi. $ê», II. 4) 

Sans élifion : 

Moi, ma mère? — Oul^ tous. Faites la sotte un peu ! {Ibid, 10. G.) 

Ovut: 

Hé non ! mon pèrt.— Ouais ! qu*esl-€« donc que œei? (Ibid, ▼. a.) 

Li^hiatua dans ces fMtfsages est raoins iensible à l'oreille que 
\ une foule d'autres , où il est plus réel , quoique dissimulé 
à Tceil par Torthographe. Ainsi : 

AucuD, hors moi, dans la maison 
N*a droit de commander, — Oui, vous avez raison. (Jbid. Y. a.) 

Cela est très-légitime; mais on interdirait ; ii m* a com- 
mandé, oui,,,.,, qui est pour Tomlle absolument la même 
chose. Un des pires inconvénients de la versification moderne, 
c'est que les règles en ont été faites pour le plaisir des yeux , 
sans égard de celui de l'oreille. C'était précisément le con- 
traire dans l'ancienne poésie française. Aussi les vers moder- 
nes , avec leur apparence de politesse et de rigidité , sont-ils 
remplis d*hiatus et de fautes contre la mesure. C*est ce que 
j'ai essayé de développer dans mon essai sur les variations du 
tangage français , p. 177. 

ELLÉBORE, raison, bon sens : 

Vous le voyez, sans moi vous y seriez encore ; 

tX TOUS aviez besoin de mon peu à* ellébore. {Sgan. aa.) 

Sur cette expression mon peu d*eUébore, voyez peu pour un 

ELLIPSE : 

— D*im VERBE DÉTA EXPRIMÉ , et qui , répété , serait 
ftox mêmes temps, nombre et personne que devant : 

Hé bien ! vous le pouvez, et prendre votre temps. (Fdcluus. lU. a.) 

Et vous pouvez prendre votre temps. 

Ouiy toute mon amie, elle est , et je la nomme , 

Indigne d'asservir le coeur d'un galant homme. {Mis. lH. 7.) 

Toute mon amie qu^elle est , elle est^ etc. . . 

Puisse-t-A te confondre, et celui qui f envoie ! {Tart, Y. 4.) 

Et confondre celui, etc. Confondre toi et celui... 



^— DUN VERBE DEiA EXPRIMÉ, qoi, répété, seraU 
à une aatre personne, à an autre nombre oa à on antre 
tempB : 

Vous vous moquez de moi, Léandre, ou lui tU vous, {VMU UL à^ Y^ 
Ou lui se moque de vous. 

Ah 1 TOUS ne pouvez pas trop tôt me Pacoorder (le pardoa)^ 
K\ moi sur ceUe peur trop tôt le demander. ipép, mau IV. 

Ni inoiy> ne peux 

Il parle d'Isabelle, el vous de Léonor. (£c. des mur. III. r ^'' 

El vous parlez de Léonor. . 

Je ne veui point ici faire le capitan, 

Mais on m*a vu soldat avant que courtisan. {Fâcheux, I. ic— --^*^'^ 

Avant que de me voir courtisan. 

Vous attendez un frère, et Léon ton vrai maître. (D. Gurâe, V. *^*^^*' 



Vous attendez un frère , et le royaume de Léon attend se: 
vrai maître. 

Je suis le misérable, et toi le fortuné. (Afci.IIL i^" 

TU es le fortuné. 

Puisque vous n*étes pas en des liens si doux . 

Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous... {Jhid. V. 7.^ — 

G)mme je trouve tout en vous. 

Et comme ses lumières sont fort petites, «/ son sens le plus borné du^-^ ^ 
monde..... (Poiirc.III. i.)^ ^^* 

Et que son sens ^^rle plus borné du monde. 

Ces sortes dVllipsos sont très - favorables à la rapidité du ^^ 
langage, mais la grammaire les repousse. Bossuet en use fré- ' 
qneroment : 

«• Au poiut du jour, lorsque Tesprit est le plus net et Us pensées le plus 
m pures^ \U lisoient, eic. » (Hist. un, \\V p. % ht.) 

Et que les pensées sont le plus pures. 

« Le roi de Babylone//// tué, et les Assyriens mis en déroute.* {Ibid. J iv.) 

Et les Assyriensyî/re/îf mis en déroute. 

« M» Arnauld mériteroit rapprobation de la Sorbonne, et moi^ la cen- 
« aurede TAcadémie.» (Pascal, V Prop.) 



— 141 — 
£t mm je méritenûs. 

— D*u]f VERBE NON EiPRiMÉ, mais quc la pensée 
sapplée facilement : 

: Ton maître t*a chargé 

De me saluer? — Oui. — Je lui suis obligé: 

Va, que je lui souhaite uue joie infinie. {Dép, am. III. a.) 

Va , dis-lui que , etc. 

Non, mon père m*en parle, et qu'il est revenu. 

Comme s'il devoit m'étre entièrement connu. (Ec. des fem, 1. 6.) 

Et me dit qu'il est revenu. 

« Ils ont demandé avec instance que s*il y avoit quelque docieur qui les 
■ y eûl vues (les cinq propositions), il voulût les montrer : que c'étoit uue 
* chose si facile , qu'elle ne pouvoit éire refusée. » (Pascal, i'* Prov.) 

— d'un substantif ou d'un adjectif : 

Et sur Ini, quoiqu'aux yeux il montr&t beau semblant , 

Petit Jean de Gaveau ne montoit qu*en tremblant. {Fâcheux. U- 7.) 

Gaveau était le nom du marchand de chevaux, petit Jean 

ét^it son fils ou son valet : le petit Jean de chez Gaveau , 

c^onmie dans la Comtesse d*Ëscai*bagnas : — Voilà Jeannot de 

^Monsieur le conseiller qui vous demande, madame. (Se. 12.) 

Comme à de mes amis , il faut que je le chante 

Certain air que j'ai fait de petite courante. {Fâcheux, I. 5.) 

Comme à l'un de mes amis. 

Kessou venez- vous que , hors d*ici ,y> ne dois pliu qu'à mon honneur. 

(Don Juan. III. 5.) 
Je ne dois plus rien qu'à mon honneur. 

— D UN PRONOM personnel : 

C*est donc ainsi qyCahsent vous m*avez obéi? {£c, des fem, II. a.) 
Moi absent^ tandis que j'étais absent, me absente, 
La tournure en elle-même n'a rien de blâmable ; au contraire, 
elle s'accorde bien avec la passion qui transporte Amolphe ; 
seulement il est fâcheux que le mot absent soit placé de ma- 
nière à faire équivoque : d'après les règles et les usages de la 
grammaire , le sens serait, vous absent, tandis que vous étiez 
absent ; et c'est moi absent y en mon absence. Il faut que Tin- 
lelligence de l'auditeur supplée à l'inexactitude de l'expression. 



— 142 - 

ÉLUDER QUELQuun de...., c'est-à-dire, àTaide, m 
moyen de : 

Téludois un chactin d'un deuil si vraisemblable. 

Que les plus clairvoyants Tauroient cru véritable. {VEl II. % 

(let exemple se rapporte à de , employé pour marquer I 
cause ou la manière. 

EHBÉGUINÉy coiffé, métaphoriqaenieni : 

Ce l>eati monsieur le comte, dont ^on% ^tê emétguimél {B, gmU, IIL 1 

Est-il possible que vous lerei toujoun embéguini de wu apotkieairet « 

de vos médecins ? {MoL im. UL 3. 

EMBUCHE ; metteb en embûche , en embuscade : 

Ya-l*en faire venir ceux que je viens de dire, 

Pour ies mettre en embùclie au lieu que je désire. (JUc^eKclILS. 

Je ferai remarquer qu*on prononce aujourd'hui embéehe c 
embusquer; Nicot ne donne que cmbuscher, La racine est bois 
« car, dit Mcot , les embusches et telles siu'prinset se fou 
communément dedans le bois, a 

Regnard s'est servi de rembâcher , pour dire £ûre rentre 
dans sa cachette : 



n Qu*il vous souvienne 

« Qu'un jour, étant chez vous, |)ar malheur la garenne 

«« S'ouvril, et qu'aussitôt on vit tous vos garçons 

« S'armer habilement de broches, de bâtons ; 

« £f qu'ils eurent grand'peine, avec cet air si brave, 

•• A faire rembûcher au fond de votre cave 

x Et dans voire grenier tous les lapins fuyards , 

« Qu'on \ oyoit dans la rue abondamment épars. » {Le Bed, i 

EMMAIGRIR : 

Moi, jaloux I Dieu m'en garde, et d'être assez badin 

Pour m*aller cmmaigrir avec un tel chagrin ! {P^p, am, L a 

Emmaigrir et non amaigrir y comme portent les édîtioi 
modernes. Emmegrir est dans l'édition faite sous les yeux d 
Molière. 

£t c'est la forme primitive du mot : 

« E dist al bacheler : Qu*espelt {^quîd s/>ectat) que tu es si deshaitez e 
« emmegriz f » (il0Û. p. z6a 



- 143 — 

a El dil au jeune homme : D'où vient que tu es â défait et 
si amaigri?» 

Nos pères ont composé avec en quantité de verbes , entre 
autres ceux qui marquent le passage progressif d'un état dans 
un autre : embellir , enlaidir^ emmaladir {i) ^ engraisser, em- 
maigrir, etc., c'est-à-dire, devenir de plus en plus beau, laid, 
gras , maigre ; tomber malade. 

Mais comme la notation en sonnait an , d'où vient qu'on a 
écrit et prononcé anenii,fame^ solanel, les mots figurés, r/i- 
nemi, femme, solennel, on a de même prononcé, et par suite 
écrit, amaigrir , agrandir , pour cmmaigrir , engrandir; cer- 
tains mots ont conservé leur syllabe initiale en ; d'autres ont 
totalement péri , par exemple , emmaladir^ au lieu de quoi il 
nous faut dire tomber malade; d'autres enfin ont conservé la 
double forme, comme ennoblir et anoblir, à chacune des- 
quelles les grammairiens sont parvenus à fixer une nuance 
particulière , d'abord toute de fantaisie, puis adoptée, et main- 
tenant consacrée pai* l'usage. 

Les grammairiens obtiendront peut-être un jour ce résultat 
pour maigrir et amaigrir. Déjà, dans un Traité des synonymes, 
je lis sur ces deux verbes : a Nul doute que la particule ini- 
tiale du second ne vienne du latin ad, Maigrir est toujours 

neutre et intransitif; au contraii'e , amaigrir se prend d'ordi- 
naire dans le sens actif; au lieu d'énoncer simplement le fait , 
il le fait compremlre davantage, il le montre l'accomplissant 
dans un objet j etc. » (a). 

J'avoue que je ne saisis pas la distinction que l'auteur s'éver- 
tue à établir. Le résumé le plus clair de ce long paragraphe , 
c'est que maigrir est intransitif, et amaigrir, représentatif 
Sunt verba et voces. Les faiseurs de synonymes sont les pre- 



(i) « Lt cnCuiçaotl qo* David ont «ogtndnA àt la famoit Urit , «nmmMM a fat 
* diwtparex. (Roist i6o.) Si l'amad tant forment qa'il enma/adid{RoUf i6a.) Mes sires ma 
" perpl , par co qoe ier a avant ier enmaladi. (Roii 1 15.) m 

[t)TMidJÊS Srnomjrmêt , par M. B. Lafaye. Mon dessein n'cat aallensaat de faire de 
U peine h Taoteur de ce travail consciencieax. Je désire montrer senlement combien 
il «t alila de connaître l'ancienne langue pour étudier la langue moderne. S'il eût 
CMuolté ta vftailla langue, M. B. L. n'eût point dit que ammigrir renfermait la préposi- 
tioiarf, et rerraur du point d« départ ne ta fût pas répandu sur touta la routa. 



— 144 ^ 

miers hommes du monde pour trouver un mot à des cnigii 
qui n'en ont pas. 

Je reviens à la distinction à' anoblir et ennoblir y dont 
veut que le premier soit pour le sens propre, et le second pc 
le sens métaphorique. C'est là , dis-je , une distinction to 
chimérique. Montaigne se sert à* anoblir au figuré : 

•< Les lois prennent leur auctorité de la possession et de Fusage : 
• est dangereux de les ramener à leur naissance (i); elles groisitaai 
« s'atioblissent en roulant, comme nos rivières. » (Moutaiovx. IL ] 

Nicot ne connaît pas anoblir^ mais seulement ennoblir. Il : 
avait qu'une prononciation ; on l'a notée par deux ortfaogi 
phes ; puis les gens qui font gloire et métier de rafiiner sur 
mots, ont voulu assigner à chaque orthographe sa valeur 4 pi 

Le plus simple bon sens indique que toujours l'acc^pli 
figurée est venue à la suite de l'acception propre : poonfi 
donc où l'origine est commune voulez -vous prescrire i 
formes difTérentes ? 

L'étymologie d*ennoùlir est in et nobilitare, sans contei 
Et anoblir, d'où viendra-t-il ? De ad et nobilitare, sans don 
parce que ad est plus métaphorique que //?? Belles finesses! 

Dufresny, au contraire, se sert à* ennoblir dans le si 
propre : 

« Mais ici j'ai de plus un grade que j*ai pris 
• Avec feu mon mari, doyen de ce bailliage. 
«< C'est ainsi que je Tins m' ennoblir au village ; 
« Bonne noblesse au fond, elc » 

(La Coquette de village, I. 

\a distinction à* anoblir et ennoblir est toute récente. 
Dictionnaire de l'Académie, de 1718, ne donnait encore qu'< 
noblir, avec cette définition : « Rendre plus considérable, pi 
noble, plus illustre. » Trévoux (17/10) met les deux fonn< 
mais seulement comme différence d'orthographe, et en att 
buant à chacune les deux valeurs : — « Anoblir se dit figui 
ment en parlant du langage : Jnoblir son style, {D*Ablancourt 



(i) Les lois civiles et politiques , s'eatend s car qn«nt anx lois de la grammairt et 
langage , oa ne saurait trop en examiner et maintenir l'oHgiue. 



— 145 — 

Et au mot ernoblia : — « On distingue ordinairement trois 
«legrés de noblesse : V ennobli ^ qui acquiert le premier la no- 
klesse ; le noble, qui naît de V ennobli; Téouyer ou le gentil- 
liomnie, qui est au troisième degré. [Le P. Menestrier,) » 

ÉMOUYOIR un débat: 

SoufTrei qa*on tous appelle 
Pour être entre nous deux juge d*uoe querelle » 
D*un débat qu^ont ému nos di\ers seiiiiroeiits 
Sur ce qui peut marquer les plus parfaits amants. {Fâcheux. II. 4.) 

EMPAUMEB l'esprit : 

Je vois qu*il a, le traître, empaumé son esprit. {Ec. desfem. III. 5.) 

Métaphore prise du jeu de paume. Enipaumer la balle , c'est 

la saisir bien juste au milieu de la paume de la main, ou de la 

raquette qui remplace la main ; ce qui donne moyen de la ren- 

Toycr avec le plus de puissance et d'avantage |>ossible. 

La racine estpaima , syncope du grec TraXâuYj, paume de la 
main. Nos pères , ne voulant jamais articuler deux consonnes 
consécutives , changeaient al en au. Cette règle primitive de 
formation ou de transformation fut oubliée dès le xvi® siècle ; 
aussi avons-nous aujourd'hui les mots palme, palmé, palmi- 
pède. 

Nos pères avaient fisdt le verbe paumoier^ ,que nous avons 
laissé perdre, et que manier remplace bien faiblement. 

EMPÊCHER absolament , dans le sens d arrêter , em- 
barrasser : 

Oui. j'ai juré sa mort ; rien ne peut nC empêcher. {Sgan. si.) 

Mail aux hommes par trop tous êtes accrochées, 
Et TOUS séries, ma foi, toutes bien empêchées 

Si le diable les prenait tous. {Amph. II. 5.) 

Di*4ai que je suis empêché^ et qu'il revienne une autre fois. 

{i/Ap.Ul. i3) 
« Je suis bien empêché : la vérité me presse, 
« Le crime est avéré ; lui-même le confesse. » 

(Racine, les Plaideurs. III. 3.) 

Les Latins employaient de même impedittts au figure. 
— EMPÂCHKa QUI sans ne. (voyez à ne supprimé.) 



^ I4« — 

EMPLOIS; PAifis SBS mplois de qvblqub cHon, 

en faire son oocnpation fatorite : 

Et queyV fùUB enfin mei /yAii fréquemts emphu 

Dtpar^punr dm monu, nos ptainit etnot boit. (^. d'ML L 1.] 

EMPLOYÉ ; g*est bien employé ^ espèce d'adagot 

Poucsez , c*est moi qui tous U dis; m «cra iUn employé! {G. D, I. 7.] 
Ce sera un effort bien employé , ce sera Inen fiût* 

EMPORTER , aa sens figuré : 

Monsieur, cette dernière (alx>minalion) m'emporte, et je M pois m*<» 
pécher de parler. {D, Juan, T. t.] 

Métaphore tirée de la balance , quand un plateau emporti 
l'autre. 

EN y archaïsme de prononciation ponr on : 

MAATXMB. 

Hélis! Yen dit bien vrai : 
Qui vent noyer ion chien l'accuse de la ra^. 

....Ce que f ai? 
— Ooi. — Tai que Ven me donne anjoordliai mon con^. 

(Fem, Mf . It. s.] 

Cette confusion de formes , occasionnée par Tanalogie dsi 
sons, était originairement permanente dans le meilleur langage* 

« Et tenoii Ven que le dit arœ^esque aroit ung djabla prifé qn*il appe* 
«( loit Toret^ par lequel il disoit toules chosea que Vên lui demandoit*..* 
<* Maugier cheit en la mer, et si se noya que Ven ne le peut sauver. » 

(Chr, de Nérm,y dans le Reeueil des historiens des OnmUt, XI. S3S.] 

Les exemples en sont trop communs pour s'arrêter à les M- 
cueillir i mais il est intéressant d'obéerver que cette forme, au- 
jourd'hui reléguée chei le peuple, était encore, au xti* siècle, 
en usage à la cour et chet les mieux parlants. Dans l'aînée di 
toutes les grammaires françaises, celle que Paisgrave écrivit en 
anglais pour la sœur de Henri VIII (i53o), on voit constammenl 
l'en figurer à côté de l'on : 

tt Au singulier, dit Paisgrave , le pronom personnel a huil 
formes : y>, tu , i7, elle, l'en , l'on on on , eise. Exemple : l'en^ 
Von on on parlera ^ etc. » (Fol. 3 4 verso.) u Annotations poui 

savoir quand on doit employer l'en , l'on ou on L'en, Von 

ou on, peolt estre bien joyenx. » (Fol. loa vêno*) 



— 147 ^ 

J'ai eu ailleurs l'occaMon de montrer que François V^ disait 
et écriTiit : j'a»ùns^ /allons* D'où Ton voit que oes formes ^ 
considérées comme des vices de la rusticité^ sont nées aU Lou- 
vre, et sont descendues de la bouohe des rois dans celle des 
ptysans. 

— EU, préposition , représentant par lyllepse le plu- 
riel d'no substantif qui n*a figuré dans la phrase qu'au 

siDgalier : 

Comme l'amour ici ne m*offre aucun plaisir^ 

Je m*en veux faire ta moins qui soient d*auire nature; 

Et Je vali égayer mon sérieat loisir (j4mph. Ut, a.) 

Je veux me (aire des plaisirs qui soient 

— £N sans rapport grammatical : 

Maû [e ne sa» pas homme à gober le moroeiu , 

Et laisser le champ libre aux yeux d*un damoiaeau. 

J'en veux rompre le court» {Èc, desfem. III. i.) 

Rompre le cours de quoi ? Des yeux du damoiseau ? Des 
yeux n'ont point de cours. Cet en figure par syllepse avec Tidce 
à' intrigue, qu'ont fait naître les premiers vers. 

— szi pour aiMTCy de : ASSAisoHim bn : 

Il n'y s ries qu*oo oS fasse avaler, lorsqu'on raisaisoiiue en louangei. 

(Z.'^j'.I. I.) 

-^ n pour d; S'allibr ek : 

J'sorois ïmm weu fint, toet riche que Je ims , de m*mUier en àotuêe et 
fimehê pmfêonnêriê. (fi. D. I. i.) 

— S!i , comme , en qualité de : 

Autrement qnV/i tuteur sa personne ffie totiche. (Jtc, des mar, II. 3.) 

Et je pois sans rougir &ife un aveu si doux 

A cdui que déjà je regarde en époux. (lèid. 14.) 

Je la regarde en femme, aux termes qu'elle en est 

(ic.dêi fem.UÎ,té) 

Je la regarde comme me femme< 

tVmcfaex à monsienr dans Ui main. 
Et le eoDSÎdéret désormais, dans votre Ame, 
En homme dontje veoxqueviMssojesIa feane. (Fom, êêf. ill. 3.) 

10. 



— 14s - 

Cette location n'a de remarquable que k fiiçon dont Molière 
l'a placée. CKtandre agit en homme qui vous aime ; c*êtt la ma- 
nière de parier toute naturelle : en homme ie rapporte «a su- 
jet CUtandre. Le sens et la grammaire sont d'accord. 

Mais : ma fille , considérez monsieur en homme dont,....^ en 
homme ne se rapporte plus du tout au sujet, et semble prêter 
à une équivoque , comme si Ton disait : Madame y considérez 
ce malheur en homme courageux , c'est-à-dire , comme si vous 
étiez un homme courageux. 

Cette équivoque est ici impossible, et le sens saute aux yeux; 
mais enfin j*ai cru qu*il y avait matière à une observationi par 
rapport à la rigueur de Texactitùde grammaticale. 

— ' Eif , à la manière de : en diable, voyez piablx. 

— EU surabondant; eiv être de même : 

Il est U^naturel, et jV/t suis h'ten de même, {P^p. em, I. 3.) \ 

Hé ouiy la qualité! U raison en est belle! (Z>. Juan, I. i.) I 

Ah ! ah ! tu tV/i avises, ' 

Traître , de t'approcher de nous ! {Âmph, II. a.) 

Mais de vous, cher compère , il en est autrement. (Ée. des/em, L x.) 

De vous y dans ce dernier exemple , est pour quitnt à votu , | 
dete : quant à vous, il en est autrement. On ne peot donc pas 
dire que en y fasse un double emploi réel. | 

Quels inconTénients auroient pu s'en ensuhref (jimpk. H. 3.) 

Molière suivait ici la règle et l'usage de son temps. 

Le grammairien la Touche , dans son Art de bien parler 
français y dit, à l'article du verbe s'ensuivre : « Dans les temps 
composés, on met toujours la particule en devant Tauxiliaire 
éire: — Cequi^'^/ieste/wi/m; les procédures qui sV/t étaient 
ensuivies, » (T. 11, p. ao4.) 

Nos pères composaient avec en tous les verbes qui expri- 
ment une idée de mouvement , soit progrès , dérangement , 
métamorphose : — S'ensauver^ s*enpartir, s'endormir ^ s'en- 
tourner y s'enaller^ s^cnrepentir y etc., etc. On disait de même 
activement, enoindre^ enamer^ enappeler, ensuivre y etc. , dont 
les simples sont aujourd'hui seuls usités : 



_ 149 — 

c Je n'ignore pas les lois de la nostre (politesse] ; j'aime à les 
« en^utpre, » (Montaigne.) 

Ces verbes se construisaient encore avec la pféposition en , 
même au commencement du i8* siècle. Fontenelle, dans VHis" 
toire des oracles : « Voyons ce qui s'en est ensuiçi ; » et Tabbé 
d'OUvet, dans sa Prosodie : u De là il s'ensuit..,; » ce que 
M. Landais, avec sa confiance intrépide et accoutumée, ne man- 
que pas d'appeler un solécisme, à cause, dit-il, de la répétition 
ndeose des deux en. 

U n'y a pas là de répétition vicieuse, ni de solécisme , non 
plus que lorsque nous disons d'un homme épris d'une femme : 
U en est enjiammé; il en est ensorcela; — vous avez ouvert la 
cage de ces oiseaux ; il s* en est en^Ktlé deux. 

Ensuiçre , traduction à'inseqniy comme poursuivre àe perse» 
quif est dans Nicot et dans Trévoux. Le dimanche ensuiçant , 
pour le dimanche suivant , est du style de procédure. 

« Le lendemain, ne fut tenu , pour cau&e , 

« Aucun chapitre; ei le jour ensuivant ^ 

•* Tout aussi peu. •> (La ForrAurs. Le Psautier.) 

(Voyez EMMA.IGRIR.) 

— KN supprimé : 

Tu n'es pas où tu crois. En ^ain tu files doui. {Amph, II. 3.) 

Je TOUS montrerai bien 

Qu'on n est pas où Ton croit, en me faisant injure. (Tart, TV, 7.) 

Sosie croit être dans le palais d'Amphitryon , Orgon croit 
être chez soi ; et ni l'un ni l'autre ne s'abuse par cette croyance. 
Mais il s'agit ici d'un point moral , et non du lieu physique : 
c'est pourquoi je pense qu'il n'est pas permis de supprimer 
àet en y qui marque la didérence des deux locutions être quel- 
que part et en être à 

— EN , relatif à un nom de personne : 

Cest pourquoi dépéclions , et cherche dans ta tète 

Les nîoyeus les pUis prompts d'en faire ma conquête. {L'Ét, I. a.) 

De faire que Célie soit ma con(|uéte. 



U pluipar€ûtolôetdoQljeiarMtdMnné 

ITauiiMt ptf mon imour, nV« éUnt poîat aiaé. ( Ajp. «■• L 3.) 

C*eftt-à-dire| si je n'en étais pas aimé. 

(Voyez pAaTiciPE »a^iinr, pour #/ suivi d'un conditionnili) 

Amolphe dit d'Agnès : 

Je ratimi foit pussr «hez aïoi dst IM salMce, 

Kt jVn «uFti chéri U ploi tendre eipénuioe* (tcd^/m^ IV. i.) 

L'espérance d'Agnès , o*€st-à«dife que donnait Aguàs, 

Ce n^est \k qu'une éhaurhe du penonna^; et, fomm sdMfW le por- 
trait, il fsudroit bien d*«utr«i eoiipi de piiieesii,*. (D. /emi. L i.) 
Mai jottei fûup^^f cheqde jour «voient besn ne perki^ J'en i«ietiii le 
fpt^ qqi vouf rendoit criminel. (/ML U X) 
Allonf , cédons eu tort deni mon sflUetlon ; 
SuiTon5-«/i aujourd'hui l'aveugle faniaisie. (Âmph, ÏSL 7.) 

Le sort est personnifié dans cet exemptei comme les soup- 
çons dans le précédent. 

Rt tandis qu'au milieu des boétiqaes plaines 

Amphitryon son époux 

Commande aux troupes thébaines , 
Uen» pris hi forme. (ikid, prol.) 

Jupiter a pris la forme d'Amphitryon. 

— EN 9 construit a?ec un verbe, avee allie : 

n fiiut que ce soit elle , avee une parole 

Qui trouve le moyen de les faire en aUer. (D, Garde, IV. S.) 

Tous ne voulez ^ faire en aller cet homme^là? (impro^fHu. a.) 

L'usage est fort ancien de supprimer le pronom réfléchi : 

(Voyez AnaâTiR et psohom aiFLicai.) 

Ne devrait-on pas écrii*e tout d'un mot enaller^ oomnM rie- 
Jhmmer^ s'etufoier, s'e/^uir, et tous les composés aveo «n? 

Pourquoi la tmèse est-elle prescrite au participe passé de ee 
verbe, tandis qu'elle est défendue dans les analogues? Pour- 
quoi faut-il absolument dire il s'en est allé , et ne peut-oUidire 
// s'en est volé, il s'en est flammé ? 

\j^ peuple dit toujours : // s'est enallé, 

I.e livre des Rnix tantôt fait la tmèse , et tantôt non. 



— 161 — 

Cle qui a placé ce verbe dans une catégorie particulière , 
c*est peut-être l'irrégularité de ses formes à certains temps. 

On trouve, dès Torigine de la langue , en aller avec ou sans 
le pronom réfléchi : 

«« K tant Samuel l'eainrntd , e en Gebea Benjtmin «'mcAk/, e li ilu« 
• enalereni od Saul. » {fiçit, p, 44,) 

On rencontre I à Timpératif, en va^ sans le pronom ^ et 
va-t-en, avec le pronom : 

« Par 00, ença e oci e deitrui Amslaeh, » {lbid% p. 53.) 

« Trofad Cifnee, ki ciuios fu Moysi , e bonement li dist : Fat en d*ici. 

{Ibidem,) 

-^ ER (s*) ALLSfi, ponr aller simplement. Molière af- 
fectionne la première forme : 

Oui, notaire royal. — De plus, bomme d'honneur. 

— Cela s'en va sans dire. {te, des mar, ni. 5.) 

Le commissaire viendra bientôt , et Ton s'en va tous mettre en lieu 06 

Ton m^ répiodra de tous. (Méd. m, lui, III. 10.) 

Mais son valet in*a dit qu*il s'en alloit descendre. (Tart^ III. i.) 

— Avec devoir ; en devoir a quelqu'uiï : 

Il ne TOUS en doit rien, madame , en dureté de cœur. {Princ, dtl, TU. 5.) 

— Avec donner et jouer; en donner d'une, et en 
jouer d'une autre : 

Bon , bon ! tu voudrois bien ici m'en donner d'une, {Dép, am, III. 7,) 
Ponr toi premièrement , puis pour ce bon apôtre , 
Qui veut m'e/t donner d'une, et m'en Jouer d'une autre, 

(ri/.IV.7.) 

Le mot de Tellipse pariât être le substatitif bourde ou plutôt 
bouriê. 

(Voyez B0T7ELK.) 

— Avec élrei en être jusqu'à (an infinitif): 

Pour moi , j'en suis souTent jusqu^à verser des larmes, 

{Psyché, L I.) 

— Avec payer ; 

Non, en conscience, voua en payerez cela. {Méd, m, lui, I, 0.) 



— 152 — 
-- ÂTee planter , kn PLAimcR ▲ quelqu'uh : 

Je tais lei totirt rusét et tes subtiles traînes 

Dont , pour nous en pUmUr, siTent user les fennet. 

(Ée. iletfim, 1. 1 .) 

En figure ici le mot eomes , qu*on laisfe de côté par bien- 
séance et discrétion. 

^i Ayec pouvoir; 5*en pouvoir uâjs : 

. . . .Ayant de la manière 

Sur ce qui n'en peut mais déchargé sa eoUre 

{Ec.slesfem.IV. 6.) 
Est-ce que j'en puis mais ? Lui seul en est la cause. {JUJ. V. 4.) 
Mais est le latin magit , qu'on prononçait , dans Torigine , 
en deux syllabes : ma-his, l'aspiration ranplaçant le g da 
latin. Mais signifie donc pliis^ davantage; et je n'en puis 
mais 9 non possum magis , c'est-à-dire , je n'en puis rien, pas 
plus que vous ne voyez. 

— E!<9 POUVOIR QUE DIRE, locution elliptique : 

Beaucoup dlonnétes gens en pourraient bien que dire, 

(EcdesfemAVLy) 

Pourraient bien avoir ou savoir que dire de cela. 
Que représente ici quod^ comme dans cette locution \ faire 
que sage ; c'est faire ce que fait le sage. 

— EN, construit avec un substantif ou un adverbe; 
EN Alger : 

U va vous emmener votre fils en Alger, — On t^emmène esclave en 
Alger! (Scapin.n. 11.) 

Cette façon de parler est née de Thorreur de nos pères pour 
r hiatus , nièine en prose. A Alger, leur paraissait intolérable. 
En pareil cas , ils appelaient à leur secours les consonnes eu- 
phoniques , dont Vn était une des principales , et disaient : 
aller a(/i) Alger. L'identité de prononciation a fait écrire par 
e , en Alger, 

M Je serai marié, si Ton veut, «/i Alger. » (Coeviille. Le Ment.) 

Aujourd'hui , que l'euphonie de notre langue a été détruite 
par l'intrusion des habitudes étrangères, tous les journaux 



— 153 — 

éciiyenty et Ton prononce, à Alger. Cela s'appelle un perfec- 
tionnement logique. 

— ra-BAS, EN-HAUT, considérés comme substantifs, 
et recevant encore devant eux la préposition en : 

Qtt*eit ced ? toui avez mis les fleun en en^bas ? — Vous ne m'aviez pas 
dit que tous les vouliez €n en-haut, {B, gent. II. 8.) 

Nicot écrit d'un seul mot embas^ enhauU, Perrault , parlant 
<ie la feuille d*arbre: 

• Lorsque l'hiver répand sa neige et ka frimas , 
« Elle quiUe sa tige , et descend en en-bas, » 

Ce mot 4 en de certaines occasions , doit éti*e regardé 
^^^>inme substantif , car on lui donne une préposition. » 

(Taivoux.) 

— EH DEPIT QUE Voyez dépit. 

•^ EN LA PLAGE DE : 

Et qui des rois , Kélas ! heureux petit moineau , 

Ne voudrait étre#ii votre place! (MéHeerte, I. 5.) 

ENCANAILLER (S*), néologisme en 1663 : 

Cuiuara {prédemse), — Le siède l'encanailie furieusement ! 

^ ËusB. — Gelui-Uest joli encore» s'eneanaiUe! Est-ce vous qui Taves 
^^^venté, madame? 
CuMua. — Hé ! 

Éuss. — Je m*en suis bien doutée. ( Crît, de F te, des /. 7.) 

n panut que ce mot fit un établissement rapide, car il est dans 
X^oretière (1684), et sans observation. 

S'enducaillery que Chamfort avait fait par représailles , n*a 
pas eu le même bonheur, sans doute parce qu'il était moins 
nécessaire. 

ENCENS, au pluriel; des encens, des hommages , 
des louanges : 

Cet empire , que tient la raison sur les sens , 

Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens. {Fem. sap. 1. 1.) 

Aux encens qu'elle donne à son héros d'esprit. {Ibid. I. 3.) 

Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens, 

QuHm auteur qui partout va gueuser des encens. (Jbid. UL 5.) 



\ 



— 164 — 
E>CHÉRE; pobteb la folle khcbiiui diquelqu'us.^ 

Vous pourriez bien porter la jolie enchère de Umt Uê tuUfêê , tl VOi^^ 
n'avez point de père {gentilhomme. (G. A I. 6.) ^ 

Porter la folle enchère, c'est couvrir à soi seul les mises de 
tous les autres enchérisseurs , demeurer seul responsable et 
payer pour tout le inonde , et un peu encore au delà. 

ENCLOUUBE: 

De Targent, ditet-vous : ah! Toilà tencloimrêl {VÉU IL I.) 

On a deviné YencUmarÊ, ( J« gtHit. IVL la) 

L*enclouure est, au propre, la plaie seerto d*un cheval que 
le mai^échal a piqué jusqu'au vif en le ferrant , et qui £ut 
boiter la béte. Comipe il est très-di(Bcile de reconnaître au de- 
hors lequel des clous perce trop avant, on est quelquefois 
obligé de dessoler entièrement le cheval, 
■ De là, le sens Bguré de cette expression : deviner l'enclouure, 
Nicot ne donne que enclouer, d'où il pai*aîtrait que le subs- 
tantif est plus moderne ; mais on le rencontre dès le xiii^ siècle : 
« Li rois qui payeus asteure 
« Panse bien cette êntheure (endowéiire).» 

(Cûmplmmtû dé Co n têÊ mi moèiê, p. sç.) 

ENCORE QUE, quoique : 

Éncor (jue son retour 
En un grand embarras jette ici mon amour.... {Ec. desf, XSL, 4*) 

liCS Italiens disent de même ancora che, 
<« Encore qu'Wi soient fort opposés à ceux qui commettent des crimes... • 

(Pascai.. 8* Prov.) 

\a Fontaine affectionne cette expression j elle revient très- 
souvent aussi dans les Provinciales. 

« 

Encore que, pour la construction, est autre €\}xe quoique. Quoi 
n'est pas un adverbe, c'est un pronom neutre à Taccusatif ; on 
ne devrait donc, k la rigueur, l'employer que devant un verbe 
dont il pût recevoir l'action : quoi que vous disiez ; quoi qu'il 
fasse. Ainsi l'on ne devrait pas dire : quoi qu'ils soient opposés, 
parce que rien ici ne gouvenie quoi. En latin : qund cumque 
agas, et qtutnwis sint oppositL II faut, en français , prendre 



-. 155 — 

l'autre txpreiiioii, encore que. Cet pai* abus et par oubli de 
la valeur des nu>ts qu'on a laiiaé quoique passer pour adverbe» 
et en cette qualité usurper indistinctement toutes les positions, 
jiu point d*étoufFer comme inutile l'autre formet 

ENDIABLEE (S') a (un infinitif) : 

Chacun s'est endiablé à me croire médedn, (Méd, m. Uti tXL i.) 

ENFLÉ D'UIfE NOUVELLE : 

Et quand je puis venir, enflé fCune nouveUe, 

Donner k son repos une atteinte mortelle , 

Cest lors que plus il m*aime. (Z>. Gareie. II. i .) 

ENFONCÉ , par métaphore comme plmgé ; lOfFonci 

DAIIS LA COUR : 

]] est fort enfoncé dans la courj c'est tout dil. {Fem^ sav. FV. 3.) 

ENGAGÉ DE PAItOLE AVEC QUELQU'UH : 
rétoîs, par les doux uoMida d'une amour mutuelle, 
Engagé de parole aveç^ue cette belle, {Ec, des fem. Y. 9.) 

ENGAGEMENT, condition d'être engagé : 

L'engagement ne compatit point avec mon humeur. (Z>. Ittan. TU, 6.) 

ENGENDRER la mélancolie : 

ADoos, morbleu! il ne faut point engendrer de mélancolie, 

(1Uéd.m,lM.Ï,6.) 

-^ Eif6E]!a)EEa (s*), se donner un gendre : 

Ma foi , je m^engendrois d*une belle manière ! {VÉt* II. 6,} 

Que TOUS serez bien engendré ! (Mal, im, II. 5.) 

Remarquez que dans gendre y engendrer, le d est euphonique, 
attiré entre Vn et IV, qui se trouvent rapprochés après la syn- 
cope du mot latin : gen[era)re, gen{e)rum. C'est ainsi que 
Vendres représente Feneris , dans le nom de Port-Vendres , 
portus Fen(e)ris, Les Grecs disaient de même M^éç pour divp^ç, 
syncope d'àvsp^ç. 

Nr attirait le d intermédiaire ; ml attirait le b. De humilem , 
on fit d'abord humele , qui se lit dans les plus anciens textes ; 
puis y pai' syncope , humle; et enfin humble. 

Les lois de l'euphonie sont les mêmes en tout temps comme 



— 156 — 

en tous lieux ; seulement elles sont mieux chtàm par les peu- 
ples naissants que par les peuples vieillis. 11 semble que, ches 
les derniers, la langue soit devenue plus souple à proportion 
que l'oreille devenait plus dure. 

ENGER. Voyez akoee. 

ENGLOUTIR le cceor : 

Pouai! ▼OUI m'engioutusez le cœur! {fi, D. IIL il.) 

ENGROSSER : 

N'a-t-il pas fallu que Totre père ait engrossé votre Bière pour vouafure? 

(/>. /iHur. m. I.) 

Ce mot ne serait plus souffert sur la scène , à cause do pro- 
grès des mœurs. 

ENNUYER (S*) ; je m'enhuie , il m'ernuib , abaola- 
ment , sans complément ; et il m'euhuie de : 

Lorsque f étois aux champs, n*a-t-îl point fait de ploie? 
— Non. — Vous ennuyott-U ? — Jamais je ne nCenmde, 

lMe.desfim.lLe.) 
il *9ous ennuyait d*ètre maître chei vous. (G. D. I. 3.) 

Molière , pour ce verbe , a mis en présence l'ancienne locu- 
tion et la nouvelle ; l'ancienne , qui est la seule logique : il 
m'ennuie^ comme tœdei , pœnitei ; et la moderne, aujourd'hui 
seule usitée :je m'ennuie y comme yV me repenSy quoique la 
forme réfléchie n'ait ici aucun sens , puisque l'on n'ennuie ni 
ne repent soi-même. Mais l'usage î . . . 

Il faut, au surplus, observer que se repentir était usité dès 
le xii" siècle : 

<* Deu se repenti que out fait rei SauK • (Bais, p. 54.) 

Et la glose marginale : 

« Deu ne se puet pas repentir de chose qu*il face. » 

« Il n'est pas huem ki se repente. » (Ibid. p. 57.] 

On trouve à côté de cette forme réfléchie la forme imper- 
sonnelle. 

« Ore, dit Dieu, ore m'enrepent que fait ai Saulrei sur Israël. » 

(Ibid. p. 54.] 
11 m'enrepent, me pœnitet. 



— 157 — 
INQDÉTER (8) DB , à-mquirir : 

Xls ne s* enquêtent ^ini de cela. (Poure. lïl. »•) 

^uester^ par syncope de guœs[i)iare, Quœrere a donné 

XKRA6ER QUB , à cause que : 

^m^ewage que mon père et ma mère ne m*tient pas bien fait étudier dans 
l»«a^es les sciences , quand j'étois jeune. (Bourg, gent, U, 6.) 

XNBOUILLÉ. Voyez savoir enrouilliê. 

INSEVELIR (S) DAWS une passiotî : 

'\jtL belle cbose que de s'ensevelir pour toujours dans une passion ! 

(£>. Juan. L a.) 
Molière a dit de même s enterrer dans un mari, 

(Voyez EWTEEKER.) 

ENSUITE DE. . . 

U vottdroit irous prier ensuite de t instance 
D'eicuser de lanti^t son trop de violence. (VEt, U, 3.) 

On devrait écrire séparément en suite de y par suite de. 
^ m En suite des premiers compliments. — En suite de tant de veilles.» 

(Pascax. Pensées, p. 370 et 377.) 

« Une réponse eiacte, en suite de laquelle je crois que vous n'au- 

• rei pas envie de continuer cette sorte d'accusation. (Id. zi* Prov,) 

« FiUntius n*avoit garde de laisser les confesseurs dans celte peine : c'est 

" poivqnoi, en suite de ces paroles^ il leur donne cette méthode fuile 

« pour co sortir. » (10* ^W.) 

Cette locution est très-fréquente dans Pascal. 

ENTENDRE (l*) , mis absolument , comme on dirait 
s y entendre : 

Je pensois faire bien. — Oui ! c'étoit fort t entendre, (VEt, L 5.) 

Le français, surtout celui du xvii^ siècle , a une foule de 

locutions où l'article s'emploie ainsi sans relation grammaticale, 

et par rapport à un substantif sous-entendu, dont l'idée , bien 

que vague, est assez claire. 

ENTERRER, figurément; senterrer dahs xm mari: 

Mon dessein n^est pas de m^ enterrer toute vive dans un mari, 

(G. D, U. 4.) 



\ 



— 158 — 

S'enterrer clans un mmri^ comme ê^muepelit ëêm MiM pas- 
sion » (Voyez ENSEVELIR.) 

ENTÊTEMENT, en bonne part, pattion obetinée : 

Taime la poésie atfec entêtement. {Fem. sop. ttL i.) 

ENTHOUSIASME , à pea pr«B dans le aena de frétiHU : 

MiisYoyeiqiid diable d^tnthonskumt il kar prend dette mmirclunlar 
eux oreinet eomme cda! (Proi.dêk Pr. JtML s.) 

ENTICHÉ : 

Vous eu êtes im pett dans fotre âme entiché, {Tort, t. d.) 

Ce mot remonte k Torigine de la langue. 

« Satbanas se elevad encuntre Israël ,e enticha David (fee il ieist aMin- 
« brer ces de Israël e ces de Juda. >• {Rois, p. ai 5.) 

Taxa^taxare aliquem. D'où teche, techer^ ou tache j ta- 
cher. Entacher^ enticher ^ tacher ^ tasser ti tdsxr^ <mtla même 
origine : taxare. Mais la date relative de leur nsissanee se ré- 
vèle par leur forme matérielle. 

ENTRECOUPEE (S*) de qusstiûhs ; 

Ensuite, t*il vous phitt F — Nous nous entrecoupâmes 

De miUe ^mutions qui nous pouvoieiit toodMT* (AmpL II. a.) 

ENTREMETTRE (S) de. ... : 

Ab, ab 1 c'est toi, Froiine? Que vieM*tu fitira ici P — Ce que fe iaia ptr» 
IdttiPlulkurs : nCentremettre d'affaires^ me rendre serviable ftaz geoi. 

{VAp. II. 5.) 

Locution qui remonte à Torigine de la langue : 

« Saiil aveit osled de la terre ces ki sUntremetelent dt enchantement e de 
« sorcerie. • (Rois, p. toi.) 

ENTRER j construit avec divers substantifs, khtrer 

dedans t'ÉTOimEMENT : 

y*entrez pas tout à fait dedans tétonnement, (^P- om, DL x.) 

— E1I9TRER DANS LES MOUVEMEmm D'UK CXXUB, %'J 

associer : 

Cest que tu H*entns point dans tous les mouvements 

D'un cœur, hélas! rempli de tendres sentiments. (Mélicerte, U. i.) 



— 159 — 

ElfTRER EN DESESPOIR ! 

Et Taocord que son père a conclu pour ce soir 

La fait à tous moments entrer en désespoir» (Tort, IV. a.) 

EN UNE HUMEUR : 

f entre en une humeur noire, en un chagrin profond , 
Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ik font. 

(Mis. I. I.) 

« Centre en une vénération qui me transit de respect envers ceux quil 
(Dieu) me semble avoir choisis pour ses élua. » 

(PASCAL. Pensées, p. 344*) 
« Colette entra dans des peurs nonpareiUes. » 

(La ForTAiNB. Le Berceau.) 
« Car, mes pères, puisque vous m*obligez d'entrer dans ce discours* • . » 

(Pascal, ii* Prov.) 

— ENTRER 80US DES LIENS , 86 marier : 

Ge n'est pas à mon eœur qu'il fiiut que Je déCàre 

Pour entrer sous de tels Uens. {Psyché. L 3.) 

INTBIGUET. Voyez ioteiouk. 

ENTRIPAILLÉ : 

Ua roi, morbleUi qui aoit eniripmUé comme il faut* {fw^promptu, i .) 

ENVERS, préposition , construite avec ttn verbe : 

Je vois {{u envers mon frère on lâche à me noircir. {Tort. III. 7.) 

(Voyez VEKS.) 

MYEBS nu bon sens, substantivement: 

Un mvers du bon sens^ uo jugement à gaodie* (L'Mt. II. 14.) 

ENYIES , au pluriel : 

Ten avois pour moi toutes les envies du monde. {D. Juan. Y. 3.) 

ENVOYER ▲ quelqu'un , l'envoyer chercher : 

Anunde, prenei loin den9oyer au notaire, {Plmu. sav. Vf. 5.) 
Pour dresser ie contrat elie envoie au notaire, {U, IV. 7.) 

ÉPARGNE DE BOUCHE, pour sobriété : 

PremièremenI , eHe est nourrie et élevée dans une grande épargne de 



— 160 — 
ÉPAULER DE SES LOUÀUGES : 

Cest bien la moindre chose que nous derions faire que à^épatiUr denot 
lùuangu le vengeur de nos intérêts. {impromptu, 3.) 

ÉPÉE DE CHEVET, métaphoriquement : 

Toujours parier d'argent ! voilà leur épée de chevet ^ de Targeot! 

{VAp. m. 5.] 

L*épée accrochée au chevet du lit est Tanne sur laquelle on 
saute tout d'abord, pour se défendre d*une surprise nocturne. 

ÉPIDEBHE , féminin : 

La beauté du visage est un frêle ornement, 

Une fleur passagère, un éclat d*un moment, 

Et qui n*«st attaché qu'à la simple épiderme. (Fem. saç, UL 6.] 

L* Académie fait ce mot masculin. Il est vrai que tip^ esl 
neutre en grec , et que nos médecins ont fait derme masculin. 
Mais derme est un terme scientifique récent ; ^iderme est an* 
cien , et du commun usage ; et comme il réveille l'idée de U 
peau , il paraissait plus naturel qu'il fût aussi féminin. 

ÉPINES; AVOIR LESPEÎT SUE DES ÉPIKES : 

HT ayez point pour ce fait C esprit sur des épimes. {VEt, !• ic] 

On ne comprend pas que des épines matérielles puissent pi- 
quer l'esprit y qui est immatériel. 

ÉPOUSE : 

DOIT JUAir. 

Comment se porte madame Dimanche, votre épouse?,. . . Cesl qm 
brave femme, (D, Jmtui. lY. 3.] 

Il est vraisemblable que don Juan emploie ici ce mot égMmn 
par moquerie des gens d état , comme M. Dimanche , qui 
trouvent ma femme une expression trop basse » et croient nwn 
épouse un terme bien plus digne et relevé. 

Et, comme pour mieux faire ressortir cette emphase ironique, 
don Juan , en homme sûr de son aristocratie, ajoute tout de 
suite cette expression familière : C'est une brave femme. 

Madame Jacob , revendeuse à la toilette et sœur de M. Tur- 
caret , parlant à une baronne, n*a garde non plus de dire mon 
mari : 



— 161 — 

« Il fait bien pis, I« dénaturé qu'U est! il m'a défendu Tentrée de sa 
« niajwn, et il n*a pas le cœur d'employer mon époux! » 

{TurcareL IV. la.) 

ÉPOUSER LES INQUIETUDES DE QUELQU'UN : 
L« mîen (mon maître) me fait ici épouser ses inquiétudes, {Sicilien, i.) 
Molière dit , dans le même sens , prendre la vengeance , le 
courroux de quelqu'un, (Voyez preitdre.) 

ÉPOUSTER: 

Oui-dà, très-Tolontiers, je tépousterai bieti, {VÂL IV. 7.) 

Molière a contracté par licence le futur A^épousseter, con- 
sultant la prononciation plutôt que la grammaire. 

ÉPUBÉ DU œMMERGE DES SENS : 

Il n'a laissé dans mon cœur, pour vous, ({V^ une flamme épurée de tout le 
€ommerce des sens. {D, Jumn. TV. 9.) 

ESCAMPATIVOS j mot espagnol ou de forme espa- 
gnole, des échappées: 

Ahl je TOUS y prends donc, madame ma femme! et vous fidtes des es- 
campaiifios pendant que je dors ! {G, D, TH. 8.) 

ESGOFFION , bonnet de femme , cornette : 

D^abord leui-s eseoffhns ont volé par la place. (EEt, Y. 14.} 

La racine est T italien scuffia , devant lequel on ajoute Vé , 

comme dans éponge , esprit, et tous les mots qui commencent 

par ces deux consonnes st, sp, sq, pour éviter d'articuler la 

première. 

Au xYi* siècle , la reine de Navarre écrit, ou plutôt ses édi- 
teurs lui font écrire, scofion : 

m Un lit de toile fort desliée... et la dame seule dedans, avec son scofion 
« et chemise, etc. » (Hepiaméron, noup. 14.) 

ESPÉBAMGE (l'] de quelqu'un , Tespérance on les 
espérances qn*il donne : 

Je Vâurai fait passer chez moi dès son enfance', 

Et jV/i aurai chéri la plus tendre espérance. . . {Ec, des fenu IV. x.) 

Je me serai complu dans les espérances que donnait Agnès. 
Celte expression est embarrassée et peu claire. 



— 162 — 
ESPÉRER À y espérer dans : 

Mais pespère aux bontés qu*une autre aura pour i«)L {TaH. VL k) 
« J*espère dans les bontés. » (Voyez au , aux.) 

ESPRIT CHAtJSSé A REBOURS : 

Tout ce que fous avez été durant tos jours, 

Cest-à-dire un esprit chaussé tout à rebours. (VÉt. IL ik») 

— FAIRE ECLATER UIÏ ESPRIT : 

Je ne suis point d'humeur à vouloir contre vous 

Faire éclater, mad«Die, un esprit fart jakMUL (SgOH, ai.) 

ESSAYER À, suivi d*un infinitif : 

Est-ce donc que par \k vous voulez essayer 

A réparer Taccueil dont ]e tow ai fait plainte? (Jmpk, TL t.) 

Et j'ose maiutenaiit vous conjurar, madame, 

De ne point essayer à rappeler un ovur 

Résolu de mourir dans cette douce ardeur. (F<n* sap, L a.) 

ESSUYER, subir ; essuyer la bariaris: 

Cest un supplice assez iâdieux que de se produire à des sota^ que ifui- 
suy§r iur des compositions la barbarie d'un sUipide. (A. gemL L i») 

-— LA CERVELLE : 

On n'a point à louer les ren de messieurs tels, 

A donner de l encens à madame une telle , 

Et de nos fraucs marquis essuyer la cervelle, (Mis, IIL 7.} 

(Voyez CIULYELLE.) 

— UN COMBAT ; 

Je ne m'étonne pas i an combat que /essuie , 

De voir prendre à monsieur la thèse qu'il appuie. (/sii^Mf* IV. 3.) 

— TOE COlirVERSATION : 

Ces conversations ne font que m'emiuyer, 

El c'est trop que vouloir me les faire essuyer. (Mrs, H. 4.) 

EST après un pluriel. Voyez c'est après un pluriel 

EST-CE.... ou SI.... r 

Mais est'ce un coup bien sûr que votre seigneurie 

Soit désenamoufée? êu si c'est nillerie? (Déjp.mè. L4.) ' 



^ m — 

De gtàffe, êsi-eé pout rtte^ OU si fous éeut vdiiseifhit«g(f^z, de toutoir 
$flt je 90tt mèAtàûf (àléd. m, lui, I. 6.) 

EST-CE PAS j pour n'est-ce pas : 

LvBiir. Il aura un pied de nez avec sa jalousie, êsi-ce pas ? 

{Georg, Dand, I. a.) 
(Voyez NE supprimé dans une /orme interrogative,) 

EST-IL DE (un fabstâiitif) , est-il quelque s 

Est-H pour nous, ma sœur, de plus rude disgrâce ? (Psfché, h i.) 
MannoDtel a dit pareillement dans le Sylvain : 
• Est-il de puissance 
« Qui rompe ces nœuds? » 

ESTIME, comme les mots resêentiment 9 heur^ suc* 
çiSj recevant une épithète qui en détermine Tacception 
fayorable ou défayorable : 

C*esl de mon jugeaiem ttoir mauvaise esâme g 

Que douter si j'approuve un choix si légitime. [Ec, des fem, V. 7.) 

— ESTIME DE, 6ômme TèputaUon de; £th£ M BStime 
d'homme d'hottneur : 

Ett quelle estime est-il^ non frère, auprès de vous? 

— D'Iwmmê d'honneur, d'esprit, de cœur et de conduite. 

(Fem, satf. II. z.) 

-^ ESTIME au sens passif ^ pour Testîme qu'on ins- 
pire. Voyez MON estime. 

ESTOC; PARLER d'estoc et de TAILLE, RU hasard» 

Pi^importe, parlons-9n et d^ estoc ci de UUUc, 

Comme ocvlaire téoMia. {Âmph. L i.) 

Par allusion à cette expression jfrappêfd'&$toé et de HUtk , 
désespérément , comme Ton pent. 

llèstocest la pointe de l'épée, ou Tépée elle-même, tofijfoe 
el pointue. La racine est siocum , avec Ye initial , comme dans 
tous les mots commençant en latin pai* st, sp. 

Voyez Du Cange, aux mots Stocum, Stochus et Estoquum. 

L'expression destoc et de taille remonte très-haut, car on 
là tiouve dans les chartes du moyen Age i 

XI. 



— 164 — 

« Divertis Tuloeribus tant de taillo quam de itoquo Tuliienre dicontur. • 
(Ap. CaDg. in stoquum iia, rem. «nn. i364.) 

D'estoc vient le verbe estoquer {étoquer)^ encore usité en Pi- 
cardie. Toquer, dont se sert le peuple , paraît plutôt abrégé 
d'étoquer, que formé sur l'onomatopée de ioc. 

Le radical de cette famille de mots est Tallemand stock , 
canne, bâton; anglais, stick; latin, stocum; italien, stocco; es- 
pagnol, es toque , estoquear; français, estoc, estoquer, 

ÉTAGE DE VERTU : 



C*est un haut étage de vertu que cette pleine iuseusibilité où ils 
faire monter notre âme. (Préf, de Tetrtuje.) 

ÉTAT , façon de se vêtir, comme Ton dit aujourd'hui 
la mise; porter vv état: 

Où pou?ez-vous donc prendre de quoi entretenir tétat que von» portez ? 

(X'^r. I. 5.) 

— FAIRE ÉTAT DE QUELQUE CHOSE : 

Dis à ta maitresae 
Qu'avecque ses écrits elle me laisse en paix, 
Et que Toilà fêtât ^ infâme, que f en fais, (Dep. am, I. 6.) 

Elle m*a répondu, tenant son quant-à-soi : 

Va, "Vh, je fais état de lui comme dt toi {Ibid, Vf, a.) 

Il connoitra tétcttque ton fait de ses feux, {Ec. desmar. II. 7.) 

Afin de lui faire connoîlre 
Quel grand état Je fais de ses nobles avis, (Fem, sav. IV. 4.) 

— FAIRE ÉTAT DE (uD infinitif) , compter sur, être 
certain de. . . . 

Sinon, faites état de m'arraclur le jour, 

Plutôt que de m*ôter l'objet de mon amour. (Ec. des mar, lil. 8.) 

Pascal a dit ^/aire état que, connue compUr que : 

«• Faites état que jamais les Pères, les papes, les conciles n*ont 

« parlé de cette sorte. •• (Pascal. 3* Pro»^ 

ET LE BESTE ; c'était la traduction consacrée A'et 
cœtera , qu*on met aujourd'hui sans scrupule en latin : 

Je ne manque point de livres qui m*auroieot fourni tout ce qu'on peut 
dire de savant sur la tragédie et la comédie, Tétymologie de toutes deux, 
leur origine, leur définition, aile reste, (P'if- <^<*' Préc, rid,) 



— 165 — 

• Mon frère a-t-il tout oe qu'il veut, 

•■ Bon souper, bon gîte , et le reste? (La Foitt. Les deux Pig.) 

Cest-à-dire : bon souper, bon gîte, et cœtera. Les commen- 
tateurs , qui entendent finesse à tout et sont toujours prêts à 
enrichir leur auteur, ont supposé que la Fontaine avait créé 
cette expression pour faire, en termes chastes, allusion aux 
mœurs amoureuses de ses héros : sur quoi ils lui ont donné de 
grandes louanges. L'intention peut y être , mais ce ne serait 
qu'une application d'une façon de parler usuelle. 

ÉTONNÉ QUE: 

Jê fus étonné que t deux jours après, il me montra toute l'affaire exé- 
cutée. . . {Préf, de la Cri t. de CEc, des Pem.) 

ÊTRE pour aller : 

Et nous fûmes coucher sur le pays exprès, 

Cesl4-dire , mon clier, en fin fond de forèls. (JPacheux, II. 7.} 

A peine ai-je été les ?oir trois ou quatre fois, depuis que nous sommes à 

Paris. [Impromptu, i.) 

Et en Hollande, où w>us fûtes ensuite? {Mar. for, a.) 

LUCAS, n serelevit sur ses pieds, et s'en fut jouer à la fossette. 

{Méd,m,lm.ht.) 
Toutes mes études nont été que jusqu*en sixième. (Jhid, m. i.) 

On servit. Tète à tète ensemble nous soupâmes , 
Et , le soupe fini, nous fûmes nous coucher. (Amph, H. a.) 

Je lui ai défendu de bouger, à moins que f y fusse moi-même. 

{Pourc, I. 6.) 

Pascal fait le même usage du verbe être : 

« Je le quittai après cette instruction ; et, bien glorieux de savoir le nœud 
« de raffaire,y>//// trouver M. N'**. . , » (i*"* Prcy,) 

« Et, de peur de Toublier, je fus promptement retrouver mon jansé- 
• niste. • (/6id.) 

— ÊTRE A MEME DE QUELQUE CHOSE : 

Afin de m*appuyer de lx>ns secours et d'être à même des consul' 

tatlons et des ordonnances. {Mal, im, I. 5.) 

C'est être dans la chose même , au centre de la chose dont 
il s'agit ; par conséquent aussi bien placé que possible pour en 
contenter son désir. 



On dit être à même , ou à même de , avec ou tans complé- 
ment : 

« On demanda, i un phUosopbe qua Too Mirprûl à mêsm$0, fafa*il|û- 
« soit. » ( MoffT4Miri. JU itt) 

Que Ton surprit au milieu ie l'action. 

Lfa veraioQ de« fiois dit en meime, aitivi da lubftwitif wqiial 
s'accorde même : 

m ]{ cumaDdad à «es ûb que il à m mort bal etiev^iy «# mim U #9* 
« pulchre w li bom buem M enseveliz. » (P, a^o,} 

Il commanda qu'on Tensevelit à même le sépulcre ^ c'est-à- 
dire dans le môme sépulcre où, etc. 

A même est donc une sorte d'adverbe composé , dn moins 
on l'emploie comme tel ; mais il est hoi-s de doute que c'est au 
fond l'adjectif même, avec l'ellipse du substantif, 

— ÊTRE APRÈS QUELQUE CHOSE y c'est-à-dirc , être 
occupé à cette chose : 

On est venu lui dire, et par mon artifice > 

Que les ouvriers qui sont après son édifice, . . . {VKt, II. i.) 

— ET» COITTEIÏT DE QUELQUE QfLQn 9 7 OOnseUtir 

volontien : 

AtCAOïri. 

Ayez-le donc (i), et lors, nous expliquant nos t«ux, 
Nous verrons qui tiendra mieux parole des deux. 

VALCRI. 

Adieu,/«/i suis content, {Dép. am, II. a.) 

C'est-à-dire , cette condition me plaît , je l'accepte. 

— ÊTRE DE , être à la place de : 

Mais enfin, si fêtais de mon fils son époux « 
Je vous prierois bien fort de n'entrer point cbez nous. {Tari, L '•) 
(Voyez iTEK que de...) 

— Faire partie de, être compris dans, , . : 

Mais, monsieur, cela seroitil de la permission que vous m*avez donnée, 
si Je vous disois. . . etc. (D. Juan, I. 9.) 

— ÊTIiE DE CONCERT : 

Soyons de concert auprès des malades. (^m. méd. 10, |.) 

(1) L« ronientcuient d'un anlrr. 



— 167 — 

— Èm Bff VAm vomi fatbs quelque chose , être 
en situation ayantageose : 

Momoxr. 
Mais lauiet-moi passer entre vous deux , pour cause : 
Je serai mieux en main pour vous conter la chose. (Pr. </*£/, La.) 

— iTRB pouA (un infinitif) ; être fait pour , de na- 
ture à. • • ; 

Ci icroitpour monter à des somnies très -hautes, {fâcheux. UL 3.) 
Xfoiu m sommet gue pour leur plaire (aux grands). (/flyv* x.) 

Puisque TOUS y dsonez dauf oes vices du temps, 
MorUauI vous n'êtes pas pour être de mes geos. 

Être, ou n*^&e pas pour étre^ est une expression manifeste- 
ment trop négligée ; mais Molière ne la créait pas , et il était 
directeur de troupe , souvent pressé par le temps et par Tor- 
dre du roi : 

Je crois qu'un ami chaud, et de ma qualité, 
JVtf/ pas assurément pùwr être rejeté. (JV/i. I. a.) 

Le leiitimeDt d*autrui rCesî jamais pour lui plaire, {Ibid^ II. 5.) 
Les choses ne sont plus pour traîner en longueur. {IbitL T. a.) 
Puisque vous nettes point en des liens si doux 
Pour trouer tout en moi , oomme moi tout en vous. (Jhid, Y. 7.) 
Je ne suis pas pour être en ces lieux importun. {Tari, V. 4.) 

Pareil déguisement serait pour ne rien faire, {Amph, prol.) 

Ah, juste ciel ! cela se peut-il demander .' 
Et n'est-ce pas pour mettre à bout une âme? {Ibid, II. 6.) 

Lui auroit-on appris qui je suis ? et serois-tu pour me trahir ? 

{VÂ9, n. X.) 

Elle sera charmée de votre haut-de-chausse attaché avec des aiguillettes: 

e*êstpour la rendre folle de vous. {Ib'ul, U. 7.) 

Set eontrôiei perpétuels ne sont rien que pour vous gratter et ▼oui 

fiiire M cour. {Ibid, III. 5.) 

n y a quelques dégoûts avec un tel époux, mais cela n'est pas pour 
shirer. {Ibid. Ul. 8.) 

Je suis homme pour serrer le bouton à qui que ce puisse élre. (G.DJ. 4.) 
Si le galant est cbea moi, ce uroit pour awir raison aux yeux du père 
€t de la mère. {Jlbui. VL. ^.) 

S'il TOUS demeure quelque choie sur le cœur, je suis pour vous répondre. 

(Ibid, n. zi.) 



— 168 — 

Je ne suis pat pottr rteevoir avec Mvérité les omwrtorct qoe vont pour- 
riez me faire de voire cœur. (Am. ma^n, IV. i.) 
. Si ÀDaxarqnc a pu vous offenser^ j'éiois pour vous en faire justice noi- 
mt^nie. {Ihid, V. 4.) 
De tels attacbements, ô ciel ! sont pour vota plaire ! {Fem. sap.I. i.) 
Siùs-je pour la chasser sans cause li>gitime? {Ihid. n. 6.) 

Cette locution , qui parait abrégée de être fait pour, était 
usuelle au xvi* siècle et auparavant. Montaigne dit qae So- 
crate y dans une déroute d^armée , se retirait avec fierté : 

« Regardaut lantost les ua% tantost les aullres, amis eteonemis, d'nnefiiçon 
• qui encourageoit les uns, et signifioit aux aultres t{\ï*U estoU pour vendre 
«t bien cber son sang et sa vie à qui essayeroit de la luy osier. » 

(MOVTAXGVK. m. 6.) 

<« S*il me vient quelque bon hasard 

« De par vous, songez que je suis 

• Pour le reeonnoistre, » {Le Nouveau Pathelin,) 

— ÊTRE QUE DE : 

Moi ? Voyez ce que c'est que du monde aujourdliui ! {VÉt. 1. 6.) 
Rien n'était si facile que de mettre : ce que c'est que le 
monde ; mais tout le piquant de l'expression s'en va avec le 
vieux gallicisme. 

Molière parait s'être ici rappelé ce début de la satire de 
Régnier : 

•' Voyez quf c'est du monde et des choses humaines! 
" Toujours à nouveaux maux naisseut nouvelles peines.» 

{Le Mauvais Giste,) 
Si j*étois que de vous^ je lui achèterois dès aujourd'hui une belle garni- 
ture de diamants. {j4m, mèd, I. i.) 

(Voyez DU représentant que le,) 

Vous ferez ce qu'il vous plaira; mais si j'étois que de inms, je foirois les 
procès. {SeapÎR, II. 8.) 

Je ne souffrirois point , si j'e'tois que de vous, 
Que jamais d'Henriette il pût être l'époux. (Pem, sav, IV.aJ 

Que est en français la traduction de quod. Siessem qitad de 
te (sous-entendu est), si j'étais ce qui est de vous. 

Le que, dans cette locution , est donc nécessaire, et ne peut 
en être supprimé que par ellipse. 

Sij'étois que de vous^ mon fils, je ne la forcerois point à se marier. 

(Mal, im. U. 7.) 



— 169 — 

Si/ùùis que des médecins^ je me vengerois de son impertinence. 

{MaLim.in. x4.) 
Yoilà un bras que je me ferois couper tout à Tbeure si j'étois que de 
tfoiu. (Ibid, m. 3.) 

(Voyez p. i66 , étee dk.) 

— ÊTRE SUR QUELQU'ON , être SUF SOU propOS , 800- 

cuper de lui : 

Ma foi , 
Demande : nous étions tout à Theure sur toi. (Dép. am, La.) 

— ÊTRE OU EN ÊTRE SUR UNE MATIERE : 

Sur quoi en étiez-vous^ mesdames, lorsque je vous ai interrompues? 

(Crit. de ttc. des fem, 5.) 

Vou% êtes là sur une matière qui depuis quatre jours fait presque Tentre- 
tien de toutes les maisons de Paris. (Ihid, 6.) 

Nous sommes ici sur une matière que je serai bien aise que nous poui^ 
sioQi. (Ibid. 7.) 

— ÊTRE VU HOMME A (un infinitif): 

Albert n'est pas un homme à xh)us refuser rien. {De'p. am,l. a.) 

ÉTROIT , au sens figuré ; étroites faveurs : 

Et je serois un fou , de prétendre plus rien 

Aux étroites faveurs qu*il a de cette belle. (^^jP* <""• I* 4*) 

ET SI , et cependant : 

Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre, 
£t si pins je Técoute, et moins je puis l'entendre. {Sgan, aa.) 

Tous mesemblez toute mélancolique : qu'avez-vous, madame Jourdain?* 
— J'ai la tète plus grosse que le poing, et si elle n'est pas enflée. 

{B. gent, m. 6.) 

Et si paraît être tout simplement Vetsi latin , quoique, écrit 

en deux mots par erreur, et à cause d'une trompeuse analogie. 

ET-TAiVT- MOINS ; Tet- tawt- moins , substantif 

composé, comme le quanUà-soi : 

LUBfir. — Claudine , je t*en prie ,* sur Yet-tant^moins, (G. D, H. i.) 

C'est-à-dire que ce soit une avance à rabattre plus tai'd. 

ÉTUDIER DANS UN ART, UNE SCIENCE : 
J*enrage que mon père et ma mère ne muaient pas bien fait étudier dans 
toutes Us sciences quand j'ctois jeune ! (B. gent. H, 6.) 

EUX AUTRES : 

n s*est fait un grand vol; par qui? L*on n'en sait rien : 

Eux autres rarement passent pour gens de bien. (L'Ét, TV, 9.) 



— 170 — 
EXACT; UH eswon, d'exacte vue î 

Je veux, pour espion qui soit et exacte vue^ 

Prendre le «lavetier du coin de notre me. (iPc. des fem, IV. 4.) 

Pascal a dit de morne , une réponse exacte, 

• J*espère que vous y verrez , mes pères , une réponse exacte^ et dans 
« peu de temps. 1» (tt* Pro9,) 

Exacte est ici au sens de rigoureuse , qui n'omet Hen, 

Aujourd'hui, une réponse exacte signifierait celle qui arrive 
à rheure précise , qui serait ponctuelle. C'est dans ce sens que 
l'on dit répondre exactement : — ^ Je lui écris toutes les semai- 
nes , et il me repond exactement. 

EXCELLENT ; u plus excellent : 

J'aurois voulu faire voir que les plus emeelientês ekosêê tout 

tojettet à être copiées par de mauTaia singes. . . 

{Préf, des Précieuses ridiemUë,) 

EXCITER une douleur a quelqu'un : 

Et, dans cette douleur que Tamitié nC excite, {D,Gûreie,Y.^.) 

(Voyez DATIF DR PEATE OU DK FHOFIT.) 

EXCUSER A quelqu'un , auprès de qadqa'an : 

Ne viens point m' excuser Taction de cette infidèle. (H, gMt. UL 9.) 

— EXCUSER quelqu'un SUR : 

.... Vous WL excuserez sur Thumaine foiblesse. (Tart, IlL 3.) 

Je vous excusai fort sur votre intention. {Mis, III« 5.) 

EXCUSES; faire les excuses de quelque chose : 

Ne m'oblige poiut à faire Us excuses de ta froideur, (Pr, ifJSl, II. 4.) 

EXPRESSION ; des expressions , en parlant du mé- 
rite d'une peintare : 

Dis-nous quel feu divin , dans tes fécondes Teilles, 
De tes expressions enfante las merveilles. 

{iM Gloire du red-dâ^Gréee.) 
De ses expressions les touchantes beautés. {Ihid,) 

EXPULSER LE SUPERFLU DE LA BOISSON. Voyei 8U- 

PKMPLU. 

FACHER ; se fâcher dans le sens de s'affliger: 
Ne vous fdch$z point tant ^ ma très-chère madame. [Sgmf, 16.) 



— 171 — 
FÀCHEBIE . dans le nème feos : 

la lovt eu , 06 cpii peut n'Altr mi fdehmê^ 
CHnI giii J« m miU PAS uul dtf oNi oonfirérif . (Sgan. 19.) 

Et je m'en sens le cœur tout gros de fâcherie, {Ec, des nmp, 0. 5.) 
Le beau sujet de fâcherie / {^9ipht h 4«) 

FACIiS A (im infinitif) ; 

f r • « M T^lablei gens de bien, . , , • /Suri/f/ 4 recemr if s impnfS' 
sions qu*on Teut leur donner. (Préf, dç Tart^fih) 

FAÇON ; M i^ FAÇOA f idnsi , de la sorte : 

On seriroitdeTOus, Alceste, tout de bon, 
fil Ton Touf entendoit parler de la façon, (Èfîs, 1 i.) 

De la façon que , 'avec un verbe , se trouve dans Pascal : 
■ n semble, de la façon que vous parlez , que U vérité dépende dis Do- 
- tre Tolonté ! » {Prop, 8* lettre) 

Et dans Corneille , de la manière que : 
m Dé la manière enfin fn'avee toi J*ai vécu, 
« Les Tainquenri sont jaloux du bonheur du vaincu. • 

( Cinna. V. 1.) 

FAÇONNIER , FAQonifi&EE , adjectif pris sabstanti- 
^ement : 

... La plus fsnxkétjaçonnlère du monde. (Crit. de t£c. des /. a.) 
Pe tous VM fafoanierê on n*est point les cscIaTes. (TaH, L 6.) 

Foffn est le diminutif de face. La finale o/t , qui est aug- 
iKientative en italien , est diminutive en français : Beste^ be$~ 
^doffi Ma M luitoni pied, peton; gars^ garson ; poupe (du latin 
J^upa) , poupon; Jeanne , Jeanneton, Pierrçn, Suwn,'fiUi. 
L^façom, par conséquent , sont de petites mines. 
(Voyez oaiw AGiias.) 

FAIBLE, substantif , le faible di quelqu'uk : 

Et qoe TOtre langage à mon foiblê s'ajuste. (Dép, am. II. 7.) 

C'est le point faible, et non la faiblesse. 
Le faible continue à être en usage dans cette locudon : 
Prendre quelqu'un par son faible. 

FAILLIR A QUELQUE CHOSE : 

Ne me Ta-t-il pas dit? — Oui, oui, il ne manquera pat ^y/eUlir, 



— 172 — 

Aujourd'hui qiron a retranché , ou à peu près , le verbe 
faillir f comme suranné, il faudrait dire : Il ne manquera 
pas d'y manquer. Voilà Tavanta^^e de supprimer les synonymes. 

(Voyez FAUT.) 

FAIM , désir ; avoir faim , grai!TD*faim de. ... : 

Je n'ai pas grande faim de mort ni de blessure. (Dép, oui. T. i.) 
Cette locution est demeurée de fréquent usage en Picardie ; 
elle est dans Montaigne : 

« Il n'est rien qui nous jecte tant aux périls qu'une /kôn ineoiiAdérée de 
« nous en mettre hors. » (MoirrAioirE« III. 6.) 

« n a grand faim de se combattre contre Annibal. — Quand il Iny riendra 
« faim de vomir. — Il avait faim de C avoir, • (Nigot.) 

FAIRE , pour dire : 

AGNÈS. 

Moi , j*ai blessé quelqu'un? ^-je tout étonnée. • • 

Hé ! mon Dieu , ma surprise est, /is-Je, sans seconde. • • 

Oui, fit'elle, tos yeui pour donner le trépas 

(Ec, des fem, IL 6.) 

Cet archaïsme remonte à Torigine de la langue. 

Le livre des Rois^ traduit au xi® siècle, en fait constamment 
usage , non-seulement pour inquity mais aussi pour dixit : 

« Tien fen, fist Jonathas. . . . fist Jonathas: à els irrum. . . » (p. 46.) 

« Fist \\ poples à Saul : Commeut! si murrad Jonathas ? » (p. 5i.) 

« Fist H prestres : Pernez de Deu ciinseil. » (p. 5o.) 

Voltaire Ta souvent employé pour donner à son style une 
teinte de naïveté ironique. 

Mais comment le verbe fnire s'est-il , dès Torigine de la 
langue , substitué au verbe dire ? Cette substitution n'est pas 
réelle : elle n*est qu'apparente. 

Par suite des habitudes de syncope et des lots de la trans- 
mutation des voyelles, il est ai'rivé que des foimes rapprochées 
en latin ont produit, en français, des formes identiques. 

Dicere a donné dire , di ce)re. 

Desi[de)rare, de[si)rare ^ dire au^i, 

(Voyez DIKE, THOUVER QUFXQU*UW A DIRE.) 

Pareillement , de/àcere , fere, et de /dri, faire. 



— 173 — 

L*oreiUe les confondait, la plume ne tarda pas à les con- 
fondre 'f et les deux formes sont encore mêlées dans Tortho- 
graphe moderne : Je fkis ^ je ftjrai ^ ft^ant Qxxfkisant, 

— FAIRE, remplaçant dans ses temps, nombres et 
personnes , un verbe précédemment exprimé , et qu'il 
faudrait répéter : 

Al] ! que j*ai de dépit , que la loi n'autorise 

A chaDger de mari comme on fait de chemise ! {Sgan, 5.) 

Je risque plus du mien que tu ne fais du tien. (Jhld, aa.) 

Puisque me voilà éveillé, il faut que j*éveille les autres, et que je les 

tourmente comme on m'tifaU. {Prol, de la Pr. d'EL se. a.) 

Comme on m*a tourmenté. 

On vous aime autant en un quart d'heure qu'on feroit une autre en six 

mois. (D. Juan, II. a.) 

Il rappelle son frère, et Taime, dans son âme, 

Cent fob plus qu'il ne fait mère, fils, fille et femme. (Tart, I. a.) 

Le nom du grand Coudé est un nom trop glorieux pour le traiter 

comme on fait tous les autres noms. {Ep, dédie, tt Amphitryon.) 

Il y a un certain air doucereux qui les attire , ainsi que le miel fait les 

mouches. (G,D. II. 4-) 

Les Anglais emploient absolument au même usage leur verbe 
do y faire y qui n'est autre que le saxon thun. Par exemple, dans 
cette phrase : a He loves not plays as thou dost^ Antony. » 
(Shaksp. JuL Cœs.) « Il Viaime pas la comédie comme tu fais, 
Antoine. » Dost remplace lovest^ par une tournure toute fran- 
çaise. J'ai montré ailleurs (i) que how dojrou do , est aussi une 
formule française traduite avec des mots saxons. 

— FAIRE, représentant Tidée exprimée par une phrase 
on une demi-phrase : 

▼ALitK. Je vous proteste de ne prétendre rien à tous vos biens , pourvu 
que vous me laissiez celui que j'ai. 

MARPAGOir. Non ferai, de par Ions les diables ! {VAv, V. 3.) 

C'est-à-dire : je ne te laisserai pas celui que tu as, à la charge 
par toi de ne prétendre rien aux autres." 

On disait, si ferai, aussi bien que non ferai, 

(i) D*s rmrûU. du hmg, fr., p. 376. 



- <74- 

— FAiR£ (un substantif) 5 être la tiatfse, Tôbjet, le 
bat de. . . * : 

Non, non» tous pooTez bien, 
PttiiqM vous l§ faUiet, rompre notre entrelMii. {lUj^» mm» D. 2.) 
Ow, je veu bien qu*op Mcbe, et J*cn doU être eflw. 

Que le sort offre ici deux objets i ma vue 
Qui, m^inspirant pour eux différents sentiroeoti. 
De mon cœur agité /bn/ tous Us mouvements, {fie, de* mat 4 n. 14.) 
Ella fait tous mes soins, tous mes désirs, toute ma joie, {B, genté III. 9.) 

— FAIRE, saivi d'un adverbe , produire un effet : 

Ces deux adverbes joints font admirablement, {Fem, tap, III« a.) 

— rAiRCy représenter, dépeindre: 

Mais, las! il le /ait, lui, si rempli de plaisirs (i), 

Que de se marier il donne des désirs. (fie, des/em. Y. 4.) 

— FAIRE 9 simuler, feindre : 

Je ferai le vengeur des intérêts du ciel. (D, Juan, T. a.) 

Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave 

Qu'il a gagné votre àme eu faisant votre esclave? {Mis. IL i;) 
M'engager à ya/rc Camant de la maîtresse du logis, e*est. • . . etc. 

{Comtesse d'Esc, i.) 

C'est ainsi qu*on remploie en parlant des rôles de thcAtre : 
^oWcte faisait Sganarelle ; \\ faisait aussi les rois et les person- 
nages nobles; iX faisait don Garcie, et il j fut sifflé à double 
titre j comme auteur et comme acteur. 

-^ FAIRE ▲ QUELQUE CHOSE , J Contribuer : 

Même , si cela fait à votre allégement, 

i'a?ouerai qu'à lui seul en est toute la faute. iP^p* <'"• ni* 4.) 

— FAIRE RESOUT , être nécessaire : 

Quand nous faisons besoin , nous autres misérables, 

Nous sommes les cbcris et les incomparables. {VÉt, l. a.) 

S'il sons faisoit besoin , mon bras est tout à vous» (Dép, anu ¥• 3.) 
(i) Le mariafe. 



— 17» — 
— tAîÈÈ G05TRE QUELQt'tJK , agip oontTe 8C8 intérêts : 

n faut avec vigueur ranger les jeunes gens ; 

Et nous faisons contre eux à leur être indulgents, (jtc, desfem, V. 7.) 

(Voyez FAIRE POUR quelqu'un.) 

— FAIRE DE (un sabfltantif), traiter, en agir avec : 

Et tout homme bien sage 
Doit faire des habits ainsi que du langage. (jtc, des mar,l, i.) 

Je voudrois bien qu*o/i ftt delà coquetterie 

Gmiiim de la guipure et dé la broderie, ( tb'ui. II. 9.) 

— FAIRE DU. ... , prendre le rôle de. . . . , faire de 

SON DRÔLE : 

J'ai bravé ses armes assez longtemps (de Tamotir), et fait de mon drôle 
comme un autre. {Pr, d'£L II. a.) 

J'ai ouï dire, moi, que vous aviei été autrefois un bon compagnon 
|>anni les femmes ; que yova faisiez de votre dréle avec les plus galantes de 
ce temps là. ... (Scapin, I. 6.) 

« Faire du roj, faire du capitaine^ pro rege se gerere^ imperatorias 
« partes sumere. Faire du liperquam, se montrer le grand gouverneur. » 

(NiCOT.) 

Faire f dans ces locutions , se rapporte au sens de feindre , 
simuler. (Voyez p. 174.) I^ de, marque du génitif, suppose 
une ellipse : f||ire (le rôle) du roi ; faire (le rôle) du liperquam. 

Ce mot liperquam f qui est une corruption de ùijrper quem 
(sous-entendu omnia geruntur), ou plutôt qui est la notation 
fidèle de la manière dont on prononçait ces mots latins au 
moyen âge, paraît renfermer l'origine du mot peguin. Un pé- 
qiÔMf ou unper quem ^ est un fat qui tranche de l'important , 
quiftf monstre le grand gouverneur ^K\m fait du liperquan. 

(Voyeï des Variations du langage français ^ p. 4 14-) 

— FAIRE DES DISCOURS y Xm DESSEIN , DES GRIS ; FAIRE 

PLAOTS, FAIRE ÉCLAT: 

Tous ces signes sont vains : quels discours as^tu faits? {VEt, III. 4.) 
Je quitterois le dessein que j'ai fait } {Mar. fore, a .) 

Tu vois, Toinettei les desseins fioleiiU que Toik fait sur lui (sur son 
eoMr)! (Mal. im. I. 10.) 



— 176 — 

Comment, bourreau, iu/ais des cris? {Ampk, 1. 1.) 

J'ai peine à comprendre sur quoi 
Vous fondez les discours que je \ous entends/o/r^. (liUL II. a.) 

Est-ce dune que par là toui voulez essayer 

A réparer Taccueil dont je vous ai fait plainte? (Ihid. IL a.) 

La plua rare vertu 
Qui ^uuie faire éclat sous uu sort abattu. {L*Mt, IIL 40 

— FAIRE EN . . . , agir en : 

Il sait faire obéir les plus grands de TÉtat , 

Et je trouve qu'il fait en digne potentat, {Fdeltemx, I. lo.) 

J*avois mange de Tail, tij!s en homme sage 

De détourner un peu mon haleine de toi. (Amph, IL 3.) 

•^ EU FAIRE A quelqu'un POUR. ... : 

J'en suis pour mou houncur; mais à toi , qui me Tètes, 

Je t'en ferai du moins pour un bras ou deux c6tes. {Sgan, 6.) 

Je t*en donnerai pour un bras ou deux côtes. — C'est-à- 
dire, il t*en coûtera un bras ou deux côtes. 

Cette expression est empruntée au langage technique du 
commerce , où Ton dit : Faites -moi de cette marchandise pour 
telle somme. — On Tien fait pas i>our ce piîx. 

« Le flMrchandyf/ son chantre mille éeus, et sou grammairien trois mille.» 

(La FoHTAiiia. Fie dP Esope,) 

— FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE, c'cst-à-dlre re- 
lativement à quelque chose , de aligna re : 

Mais , je ne fen fais pas le fin , 
Nous avions bu de je ne sais quel vin 
Qui m'a fait oublier tout ce que j*ai pu foire. ( Amph, XL 3.) 

— IL FAIT , impersonnel, construit avec l'adjectif idr, 
comme avec Fadjectif hon^ beau^ clair ^ etc. : 

Il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net, 

D*épouser une fille en dépit qu elle en ait. (Fem. sap, T. t.) 

— FAIRE FAUX BOHD A l'HONNEUJR : 

Mais il &ut quà t honneur eXLe fasse faux bond,*» 

(Ec. des fem, Ul. a.) 



— 177 — 
— FAIBE FOBGE A (un substantif), forcer, contraindre: 

Je \eux bien Deanmoins, pour te plaire une fois, 

Faire force à Camour qui m^impose des lois. {VEt, lY. 5.) 

— FAIRE GALAIfTERIE DE (un infinitif). Voyez galaK** 

TIBIE. 

— FAIRE LA COMÉDIE : 

Ne Toulez-vous point, un de ces jours, Tenir voir avec elle le baliet et la 
comédie que Ton fait chez le roi ? {B. gent, III. 5.) 

— FAIRE LES houheurs de quelque chose : 

Faisons bien Us /lonneurs au moins de notre esprit, 

(Fem. sav. m. 4.) 

— FAIRE METIER ET BIARGHANDISE DE : 

Ces gens qui, par une àme i Tintérét soumise. 

Font de dévotion métier et marcliandise, ( Tart, I. 6.) 

— SE FAIRE LES DOUCEURS D UNE INNOCENTE VIE : 

Et, de cette union de tendresse suivie. 

Se faire les douceurs d'une innocente vie, (Fem, sav, I. i.) 

— FAIRE PARAITRE (se) , sc montrer : 

U douceur de sa Toii a voulu se faire paroitre dans un air tout char- 
BiDt quelle a daigné chanter. (Pr, d'EL m. a.) 

— FAIRE POUR QUELQU^uN , agir pour lui, le protéger: 

Dieu yêra pour les siens, {Dép, am, III. 7.) 

Cest ce qui fait pour vous ; et sur ces conséquences 

Votre amour doit fonder de grandes espérances. (Ec. des mar, I. C.) 

(Voyez FAIEE CONTEE QUELQu'CN.) 

^ FAIRE SCRUPULE , causcr du scrupule : 

Ce nom (de gentilhomme) ne fait aucun scrupule à prendre. 

{B, gent, ni. la.) 

— FAIRE SEMRLANT QUE. ... : 

Profitons de la leçon si nous pouvons, saLM faire semblant qu'on parle k 
nous. (Crit. de TRe, des fem, 7.) 

— FAIRE SON POUVOIR , faire son possible : 

Faites votre pouvoir^ et nous ferons le nôtre. (JDép, am. I. a.) 

C'était l'expression du temps : 

T9 



— 178 - 

« J'ai (ait moo pouvoir, sire, et n'ai rien obtenu. > 

{CotL]KKtLiM^ Le Cid, I. 6.) 

— FAIRE UNE BOURLE ( frouWe, de ntalien burla^ 
moquerie) : 

.... Une certaine mascarade que je prétends faire entrer dans nne 
ùourle que je \eu\ faire k notre ridicule. (B,gent, IIL 14.) 

(Voyez BOURLE.) 

— FAIRE UNE VENGEANCE DE QUELQU'UH ; Cil tîrcr 

Tengeance : 

El je prétends faire de fui une vengeance exemplaire. [Scapin, III. 7.) 

FAIT A (un infinitif), habitué à.... : 

Car les femmes y sont /ailes à eoqueter, {Ec, dmêfem, I. 6.) 

FAIT , substantif; c'est un étrange fait que.... : 

Cest un étrange fait que, avec tant de lumières, 

Vous vous eflkrouchiez toujours sur oes matières. (l^id. IV. 8.) 

— LE FAIT DE QUELQU'UN ; tout cc qui le coooeme , 
sa conduite, sa fortune, etc....: 

Tout son fait, croyex-moi , n*est rien qu'hypocrisie. (Tm't, I. i .) 

Je crains fort pour mon faii quelque chose approchant. 

(Jmph. If. i.) 
Bienheureux qui a tout son fait bien placé ! ( L'jéy. I. 4.) 

Dans La Fontaine : 

«« Le malheureux, n'osant presque répondre, 
« Court au magot , et dit : C'est tout mon fait. » 

{Le Paysan qui a offensé son seigneur.) 

— DIRE SON FAIT A QUELQU'UN : 

n me donna un soufflet, maisyV lui dis bien son fait! (Pourc, I. 6.) 

FALLAKT , participe présent de falloir : 

Mais luifailant un pic, je sortis hors d'effroi. {Fécheujr, II. «.) 
Comme il lui fallait un pi(iue. Le participe abrège singuliè- 
rement, et mériterait pour cela seul d'être en usage. 

FALLOT, plaisant , grotesque ; traft fallot : 

Sans ce mît fallot. 
Un homme l'emmenoit , qui s'est Urouvé fort sot* ÇL'EL IL t4«) 



— 179 — 

« #Hé quoi, plaisant yâ/A>/, 

« Vous parlerez toujours, et je ne dirai mot ? » 

(Th. CoRiriiLLi, Jodelet prince.) 
.« Là, car quelque chanson /âZ/bf^ , 
« Nous célébrerons la vertu 

• Qa'oa tire de ce bois tortu. • (ST.-AiiAirD.) 

• Falot te prend ainsi pour on magne! , compagnon de village: — Un 

^f€utH falot.» (NicoT.) 

Au sent propre, le substantif /i/a/ est très-ancien dans 
notre langue, où il est venu de la basse latinité. Dans les actes 
de Minutius Félix (ap. Baron, adann. 3o3), on trouve déjà 
cereofalum , un falot de cire; et dans une charte de Tévéché 
d'Amiens , en ia4o, falce signifie les torches employées aux 
enterrements. 
Falœ était traduit^///!pj en français : 
« Et des murs toutes ks entrailles 

• Portent brandons et mettent /n'i/M.» (il. tfAthh et Prophit.) 
« Failles emportent et brandons ; ' 

« Tôt en resplent {/esplendit) la régions. » 

(A. de la Guerre de Troie,) 
Ik faille ouf aie y le diminutif yâ/o^ 

Falot se trouve dans Albert Mussato, de Padoue, qui écri- 
vait, au commencement du xiv* siècle, la chronique des gestes 
d'Henri VI : « Soudain ils voient briller, au sommet de la Gor- 
« gone, une sorte de signal par le feu , qu'ils appellent yâ/o/: 
« quod ipsi falo nuncupabant. » — Sur quiM Nicolas Villani 
Eût une note pour expliquer ce que c'est qu'un falot , et il 
dérive ce mot du grec (paXèç , dérivé lui-même du verbe ^o^ , 
briller, 

11 est à remarquer que ceux dont il est question, et que dé- 
signe le mot ipsi y ce sont les Padouans. Falot, ou i^nlbifalo , 
était donc, vers i3oo, un terme italien. On le retrouve en cfifet 
dans k chronique de Modène : « Et ex hoc £scti fuerunt magni 
falo mutin». » (Ap. Mu&atoei , t. 1 5.) 

Fallodia , fallogia , dans les chroniques italiennes du moyen 
âge y sont des illuminations. 
J'ai inoti tor l'origuie dt 06 BM, parce qa'it • eanié beto* 



— 180 — 

coup <le tortures aux érudits ; on peut voir dans Trévoux les 
peines qu'ils se sont données pour drer falot du saxon hal, ou 
du chaldéen lappid, changé en peled, qui se serait à son tour 
ti'ansfornié en falot. 

Le passage du sens propre au sens métaphorique ne peut 
arrêter pei*sonne. Il est tout naturel de comparer un homme 
gai , facétieux , folâti-e , à une flamme qui joue sous le vent. 
Les Latins disaient, par une figure pareille, ignicuU ingenii 
ÇQuintilt'en), 

(Voyez Du Cange aux mots FalOy Phalœ, Fallodia.) 

FAMEUX , au sens de considèrahle , important : 

Et me donner le temps qui sera nécessaire 

Pour tâcher Je finir celle fameiue affaire, {VEt, IV. 9.) 

Oui, je suis don Alphonse; el mon sort conservé 

Est un fameux effet de Tamitié sincère 

Qui fui entre son prince et le roi notre père. {D, Garcie, Y. 5.) 

Et ce fameux secret vient d'être dévoilé. (I6id, V. 6.) 

Cet emploi de fameux , qui paraît avoir été du style noble 
du temps de Molière , est aujourd'hui une des formes triviales 
du langage du peuple. 

Quoi ! faut-il que pour moi vous renonciez , seigneur, 

A celte royale constance 
Dont vous avez fait voir, dans les coups du malheur. 
Vue fameuse expérience.^ (Psyché', II. i.) 

Royale constance , fameuse expérience , laissent trop voir la 
précipitation de Técrivain. 

FANFAN , terme de tendresse et de mignardise : 

Oui , ma pauvre fanfan , pouponne de mon Ame. 

{Ec, des mar, II. 14.) 
C'est la dernière syllabe du mot enfant ^ redoublée , à l'imi- 
tation des enfants eux-mêmes. 

FANFARONNERIE: 

c'est pure fanjaronnerie 
De vouloir profiter de la poltronnerie 

De ceux qu'attaque notre bras. {Âmph, l, a.) 

La fanfaronnade est l'expression ûeltifanfaronnerle. 



— 181 — 
FATRAS au pluriel: 

Et se charger l'esprit d*UD ténébreux butia 

De tous les vieux fatras qui traînent dans les livres. 

(F<?/n. Mf. IV. 3.) 

FAUT, de /ai«ir; 

Le cœur me faut. {Ec, des fem,lL a.) 

De même de défaillir , défaut : 

*> Que si la (rayeur nous saisit de sorte que le sang se glace si fort que 
« tout le corps tombe en défaillance , Tâme défaut en mémo temps. > 

(Bossu KT. Connaissance de Dieu, p. ii$.) 

Dans rédition in-12, imprimée en 1846 chez MM. Didot, 
réditeur a mis : « l'âme semble s* affaiblir, » De pareilles cor- 
rections sont de véritables sacrilèges. Comment n'a-t-on pas 
vu l'intention de ce rapprochement entre les mots défaillance 
et défaillir ? comment , à cette expression énergique Vâine 
défaut y a-t-on osé substituer cette misérable et lâche expres- 
sion, ^^//i 6/^ j'^i;5^iA//r? comment enfin se trouve-t-il des mains 
qui osent toucher à Bossuet, et mutiler sa pensée? 

FAUTE , absence , manque ; il vient faute de : 

S^il vient faute de vous, mon filS| je ne veux plus rester au monde. 

{Btal, im, I. 9.) 

FAUX 9 dans le sens de méchant , filon , déloyal : 

Mais le faux animal, sans en prendre d'alarmes, 

Est venu droit à moi, qui ne lui disois rien. (Pr. </'£/. I. a.) 

FAUX BOND. Voyez faire faux boxd. 

FAUX MONNOYEURS en dévotion : 

Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance, 

toutes les friponneries couvertes de ces faux monnoyeurs en dévotion, , . . 

(i" Placet au Roi.) 

FAVEUR , ressource , protection : 

Afin que pour nier, en cas de quelque enquête , 

J*eu8se d*un faux-luyant la faveur toute prête. {Tart, V. i.) 

On dit encore tous les jours à la faveur ^ ; il a nié, à la fa- 
veur d*un faux-fuyant. 

FAV£UJB1& ÉTROITES. Voyez éteoit. 



— 182 — 
FEINDRE À (an Infinitif) , hésiter à..... : 

Tu feignois à sortir de ton d c gni ieine n t. \VEt. Y. S.) 

Tous ne devei point feindre à me le faire tfohr, {Mis, T. a.) 

Nous feignions à vous aborder ^ de peur de votu ioterrompre. {VAv^ L5.} 

— FEUiDBE DE (un infinitif) , même sens : 

Ainsi , monsieur, je ne feindrai point de vous dire ^oe ro£Geiis« que 
nous cherchons à veiiger etc. {fi, Juan, VU, 4.) 

Je ne feindrai pas de dire , de faire, c'est-à-dire , je dirai , 

je ferai réellement , sincèrement. 

Xom nefeigmms point de mettre tont en ustge. {PoÊorcl, 3.) 

Je mefeindrmi point de '¥om dire qve le hamd nous a fiiit coBBoitn il 

y a six jours. (Mmi, im. L 5.) 

— FEINDRE , sain d*an infinitif sans préposition , 
hésiter , comme feindre à , et feindre de : 

Feindre s'ouvrir à moi, dont Tom avez connn 
Dans tous voê intérêts rctprit si retean ! (P^ ^■>"- n. i .) 

La reine de \avarre construit pareiHement fnndre avec un 
infinitif, sans préposition intermédiaire : 

* Le seigneur de Bonnivet, pour luy arracher son œttX^feigmst Istjrdire 
m le sien.» {Heptam,, nouvelle 14.) 

La vieille langue employait se faindre , pour exprimer s'é- 
pargner à quelque chose , ne faire que le semblant de 

« Ne se doit ^i faindre de luy aider *• 

« De luy aider ne se va jOisfaignant, » {Ogier, \, 963a et 9638.) 

Nicot dit : a Se faiitorv, pareere lahori^ remittere^ summit- 
« tere. Sans se faindre, tedulo. — Se tAixtiaMf pnePotiearûTvL 
« te fains à jouer ; non bonafide ludis, a 

Montaigne emploie se feindre absolument , pour feindre , 
fxaavûid se jouer j \ïour Jouer; se mourir, pour mourir: 

« Pour reveuir à sa clémence (de César), nous en avons plusieurs naïfs 
« exemples au temps de sa domination, lorsque, toutes choses estant re- 
« duictes en sa main, il n*avoit plus à se feindre. » (Movr. II. 33.) 

FEMME DE BiETi , recevant comme un adjectif la 
marque du comparatif : 

Croyez-moi, celles qui font tant de façons n*en sont pas estimées />iW 
femmes dé bien, (CriL de tMc* éosfam. 3.) 



— 183 — 
FERME, adverbialement : 

Tous me pirlez bien ferme! et cette siifûsaDce^ ( MU, I. a.) 

▲lions, /rnne/ poussez, mes bons amis de oour ! (Ibid, U. 5.) 

(Voyez mEMim que , fraitc , msT.) 

FERMER , métaphoriquement ; fermer les moyens de : 

Cest que ?ous croyez bieu que tous Us moyens vous en sont fermés, 

(G. D, m. 8.) 
Vous en sont interdits. (Voyez ouvrib.) 

FÉRU, blessé, de firvr, archaïsme , dans le sens res- 
treint de rendre amoureux : 

Peul-èU-e eo âvez-vous d^kféru quelqu'une? {Ec, desfem, I. 6.) 

FESTINER quelqu'un , lui offrir un festin : 

C'est ainsi que ^ousfestinez les dames en mon absence ! (/?. ^eni, IV. a.) 

FEU , invariable : 

Je tiens de feu ma femme, cl je me sens comme elle 

Pour les désirs d'aulrui beaucoup d'humanité. {Mèlicerte. I. 4.) 

Et Ton dit qu^autrefois/^u Béîlse, sa mère... {Ibid, II. 7.) 

Furetière qualifie ce terme substantifs et il lui donne, comme 
à un adjectif, un féminin : \efeu roi , lai/eue reine. 11 nous ap- 
prend même que les notaires de province usent du plurîel fu- 
rent , en parlant de deux pei*sonnes conjointes et décédées , ce 
qui , ajoute-t-il , marque que ce nK>t vient de/uit et de/uentnt. 
C'est une raison pour mùntenir feu invariable. Dans le temps 
que la notation eu sonnait u , l'on prononçait fu mon père , 
fa ma mère (fut mon père , /ut ma mère) ; l'ignorance des 
origines a laissé s'introduire, à la siûte d'une mauvaise ortho- 
graphe, une mauvaise prononciation qui a prévalu ; en sorte 
qu'aujourd'hui cette espèce de prétérit- adverbe est transformé 
en un véritable adjectif. 

Nicot dérive y^M de defunctus , et le qualifie adjectif ; puis il 
ajoute : « Aussi le pourrait-on extraire de cette tierce personne 

^fàii commey!?f// signifiant en ce sens a esté on fut ^ c'est-à- 

c dire , a vescu et n'est plus. » 

C'est la bonne étymologie. 

FEU QUI SB RÉSOUT EH ARDEUR DE GOURROUX : 

TMit mùfimst résout m mdmw de tomrùus, {Dép, om. Y. 8.) 



— 184 — 
FIEFFÉ, FOU FIEFFÉ: 

Peste du fou MJ^* {¥^- "*• ^'* ^ <•) 

Fieffé est celui à qui Ton a donné un fief, ce qui suppo5e 
tin homme en son genre excellant par-dessus ses confrères. 
Cette locution se rapporte aux mœurs du moyen âge. Aujour- 
d'hui qu*il n'y a plus de fiefs , mais des brevets d'invention , 
on dirait , par une expression tout à fait correspondante : un 
fou breveté. 

FIER , adjectif; être fier a quelqu'un : 

oh ! qu'elles nous font hitst fières par notre dote ! {Dép, mm, lY. a.) 

FIÉVBE QUARTAiNE (votre) , sortc de serment 

elliptique : 

... Si TOUS y manquez, votre fièvre quartainef.,,. {VEt. lY. 8.) 
Si vous y manquez , vous consentez à être pris de la fièvre 

quartaine ; jurez sur votre fièvre quartaine. 

C'est aussi une espèce d'exclamation imprécatoire : Que la 

fièvi*e quaitaine te serre ! ta fièvre quartaine ! 

Dans l'explication entre le prêtre et le pelletier^ joués par 

Pathelin : 

Ul PBEBSTRB. 

« Je ne le congnois nullement. 
« Il m'a dit que présentement 
« Vous confesse, et que payerez 
« Très-bien , et si me baillerez 
« Argent, pour dire une douzaine 
« De messes. 

LK PBLLlTIEt. 

Sa fiebvre quartaine! » (Le noup, PaiheiimJ) 

I.B ^BKBSTai. 

« Tuyde dehors, fol insensé, 

« Car il est temps que tu t'en partes. 

LK paLurriBa. 
« Et je feray, tesfiebvres quartes! • (lèùL) 

FIGURE, dans le sens restreint de forme. Molière a 
dit , en ce sens , la figure du visage : 

£t de ces blonds cheveux , de qui la vaste enflure 

Des visages Itumains offusque la figure, {£c, des mmr, L i.) 



— 185 — 
Ofîusque la forme des visages humains. 

— TElf IR LA FIGURE DE : 

Je TOUS laisse à penser si , dans la nuit obscure , 

J'ai dun Trai trépassé su tenir ta figure, (Ec, des fem, V. a.) 

Cette acception de Jtgure se rapporte à celle de ficuher. 
(Voyez ce mot.) 

FIGURER , 86 rapportant à tout Textérieur , à la 
configuration , en quelque sorte : 

Voici monsieur Dubois plaisamment /^ure. {Mis. IV. 2.) 

.... Une vieille tante qui. . . . nous figure tous les hommes comme des 
diables qu^il faut fuir. (B.gent, III. lo.) 

FILER doux: 

Tu n'es pas où tu crois; en vain iu files doiut. {Amph, II. 3.) 

Doux e&t adverbial, comme Jranc , yierme , net, clair, sou- 
dain, etc., dans des locutions analogues. 

FILET, diminutif de fil : 

Il semble, à vous entendre , que monsieur Purgon tienne dans ses mains 
te filet de vos jours , et que, d'autorité suprême, il vous l'allonge ou le 
ncoourcisse comme il lui plait. {Mal, im, III. 7.) 

Trévoux indique encore filet comme diminutif àefil , tenue 
fiium ; et Régnier décrivant le costume de son pédant : 
« Les Alpes en jurant lui grimpoient au collet , 
« Et la Savoy, plus bas , ne pend qu'à un filet, » {Sat, X.) 

FILLE A SECRET , capable de garder un secret : 

Ascagne, je suis fille à secret, Dien mercL {Dép, am, U. x.) 

FILLOLE, filleule, archaïsme : 

Il n'a pas aperça Jeannette ma fillole. 

Laquelle m'a tout dit, parole |K>ur parole. {L*Ét, IV. 7.) 

Nicot dit : a filleul ou fillol. » 

Vaugelas déclare que fillol pour filleul, c'est ti'ès-mal parler. 
Pourquoi , puisque la racine estfiliolus ? L'usage, dira-t-on ? 
A la bonne lieiu*e, si Ton pose en principe que l'usage ne sau- 
nât avoir tort. 



- 186 — 
FIN. Voyez faibe le m de quelque chose (p. 176). 
— Fin FOU D : 

Et nous fumet coucher sur le pays eipr^, 
C*eit*à-dire, mon cher, eny&i fond de forêts. (Féehemx. U. 7.) 
Fin , dans Tancienne langue , se Joignait comme afExe k un 
substantifouà un adjectif, pour lui donner la forme superlative . 
« De lermes sont lor vis moilliez , 

« Sourdaut de^n cmeur amoureni. ■ (fi, de Ccmcf,, v. 6176.)' 
« La dame estoit i\/me beUp 
« Que u*avoit dame ne pucele 

• Ens cl paîs qui Tataindist. » {IbiJ, v. i5o.) 

On dit, en ceitains pays vignobles , que du vin est fin clair. 
Il nous reste encore , dans Tusage commun y fin fond y et fine 
fleur, 

« Près de Rouen, pays de sapicnce, 

• Gens pesant XiÀv^ fine fleur de Normands.» 

(Là FoMT. Le Memide,) 
« Nous mourons àitfimê famnet » 
dit Guillemette à Pathelin. £t plus loin : 

« Tous eu estes un fin droict rnaUtre, » (de tromperie.) 

FLAIREUR DE CUISINE : 

Impudent y7air«i/r de cuisine! (Jmpk, III. 7.) 

FLÉCHIR AU TEMPS : 

Il (êuX fléchir au temps sans obstinalion. (Mis, 1. 1.) 

Molière eût mis aussi bien céder au temps ; m9i% fléchir au 
temps fait une image bien plus vive et poétique. 

FOIN ! exclamation: 

Ce mot n*a que la forme de commun avec^/'/v yfonrmm. 
On rencontre frcqueninient , dans Plante et dans Térence , 
Texclamation phu l (en grec çpeu), exprimant tantôt le dégoût , 
tantôt Tadmiration : peste y oh oh , diantre ! Ce phu est devenu 
en français yô//î , par le changement de Vu en oi , comme pun» 
gère , ungerc , poindre , oindre, U s'emploie sans complément 
ou avec un complément : 

Foin! qae n*ai-je avec moi pris mon porte respect! (VEt, UT. 9) 
•> Foin du loup et de ta race ! » 

(La Foittâive. Le Cftevreau, la ^M*^ ^ & ^^TO 



— 187 — 

Foin «m fi snr le loup-^^Air de lupol 

m Adieu dmie. Fi duplmsir 

« Que la craînie peut corrompre ! » (Là Foht. Fables, I. 9.) 

FOND D'AME , substantif ,• un fond d'ame : 

Et n'est-ce pas sans doute un crime punisiablt , 
De gâter méchamment et fond ttàme admirable? 

(ÉcJesfem.Vl, 4.) 

FONDANTE en larmes : 

Une jeune ûUe toute fondante en larmes y la plus belle el la plus tou- 
chante qu*on puisse jamais voir. {Sct^wt. I. 2.) 

M. Auger veut qu'ici yô/i^/ir soit un participe présent, et 
non un adjectif vçrbal , attendu le complément indirect en 
larmes. La raison ne paraît pas^ccmvaincante. On dit bien : 
cette jeune fille est charmante de grâces. Le complément ne fait 
donc rien à Tailaire j mais le féminin toute , qui précède yô/i- 
dante y y fait beaucoup , et détermine au second mot le carac- 
tère d'adjectif. Cette femme est toute riante de santé, ou bien 
toute fondante en larmes; il est clair qu'il s'agit d'un état, 
d'une manière d'être , et non pas d'une action. 
(Voyez PARTICIPE présent variable,) 
FONDER SUR quelque chose , absolument : 

Tant de méchants placeU, monsieur, sont préseaCés, 

Qu*ils étouffent les bons; et Tespoir oix je fonde 

Est qu'on donne le mien quand le prince est sans monde. 

{Fiebêux. Ul. a.) 
L*espoir où je me fonde. (Voyez AHKérER.) 

FORCE , adverbe ; forge gens : 

Voir cajoler sa femme , et n*en témoigner rien , 

Se pratique aujourd'hui j^ttr force gens de bien. (^^w* <7>) . 

Nicot : « Force, id est copia : il luy est allé force gens au 
« devant. — Lieux où il y sl force arbres, » 

Cette locution est trop commune pour qu'il en faille rappor- 
ter des exemples. Je me contenterai d'observer que le mot 
force doit être porté sur la liste des substantifs que l'usage a 
transformés en adverbes dans ceitaios cas donnés , comme 
pas , point , trop (qui est une ancienne forme de troupe), rien , 
moiom motus. 



— 188 - 

FORCER , vaincre en luttant^ FORGER UH MALHEUR : 

Il ra*échappe ! à malheur qui ne se peut forcer! (L*£/.IL 14.) 

L'emploi de forcer est ici le même que dans cette locution : 
forcer un lièvre. 

FORFANTERIE d'oiî art , vanité d'un art qui se 
vante : 

Sans découvrir eocore au peuple , la forfanterie de notre art. 

{Am.méd, UI. 1.) 
1-es Italiens disent unfitrfante; mais, au rebours de ce qu'af- 
firme Nicot , ce n'est pas d'eux que nous avons empruntc^r- 
fant ni forfanterie^ car les racines de ces mots sont exclusive- 
ment françaises. Forfanterie est pqur fi^anterie, For^ en 
composition , signiBc tantôt hors , comme dans forligner , for- 
clore, forbannir ^forban , etc., tantôt mal , parce que le mal 
résulte de l'excès qui franchit les limites. Mrmforfaire , for- 
sennéyforconseiller^forjuger,formariér et for mariage (mariage 
contre la loi et la coutume), forme ner (malmener), etc. Se 
forfanter, c'est se vanter au delà de la venté, se vanter à faux ; 
et c'est de nous que les Italiens l'ont emprunté. 

FORGER UN AMUSEMENT : 

Votre feinte douceur /ôr^c un amusement , 

Pour divertir Teflel de mon ressentiment. (Z>. Garcie, IV. 8.) 

(Voyez DIVERTIR et amuser.) 
FORLIGNER DE : 

Jour de Dieu ! je Tétranglerois de mes propres mains, 8*il falloit qu'elle 
forligndt de Vlionnêteté de sa mère! ( G. />. II. 14.) 

Fors-ligner , c'est sortir hors de la ligne droite , se dévier , 
comme on parlait jadis. 

(Voyez FORFANTERIE.) 

FORMER DES SENTIMEI9TS , commc former des vtxux : 

Et Je ne forme point d'assez beaux sentiments 

Pour (Dèp. am, I. 3.) 

FORT EN GUEULE : 

MADAME FERirELLB. 

Vous êtes, m'amie, une fille suivante 

Un i)€u iroj^ forte en gueule, et très-imperlinente. (l'art. L i.) 



— 189 — 

— FORTE PASSION , passion dominante : 

Ta forte p€usion est d'élre brave et leste. (Éc, desfim. V.4.) 

FORTUNE , au sens du latin foriuna , la destinée , 
dans ce vers d* Horace : 

Fortunam Priami cantabo, et nobilebellum. 

Elle est de tous (cette lettre), suffit : même fortune, 

(Dépit, am. II. 3.) 
Le capitaine de ce vaisseau, touché de /7faybr////2<;, prit amitié pour moi. 

(V^f, Y, S.) 

Voyons quelle fortune en ce jour peut m*attendre. {Àmph, III. 4.) 

Comme on trouve écrit dans le ciel jusfju'aux plus petites particularités 

àelafortttne du moindre des hommes. (Àm, magn, III. i.) 

Infortune d'un homme , pour signifier sa richesse, Ten- 
senible de son avoir, est une acception toute moderne , qui ne 
se rencontre point dans Molière. 

Un Yiomme fortuné n*est point un homme riche , mais un 
liomme favorisé du sort. On peut être le i^\\\s forttiné des mor- 
tels, et très-pauvre en même temps. 

Avoir de la fortune , ne signifie donc réellement autre chose 
que avoir la chance heureuse , fortune se prenant pour bonne 
fortune y comme Z/eur pour bon heur; succès pour heureux suc- 
cès y etc. 

Arnolphe demande à Horace : 

Vous est-il point encore arrivé de fortune? {Ec, des fem, I. 6.) 

C'est-à-dire , d'aventure galante. 

« Tu poites César et sa fortune. » Il serait ridicule d'enten- 
dre : Tu portes César et ses trésors. 

— PAR FORTUNE , par hasard : 

Je Tavoissous mes pieds rencontré par fortune. {Sgan, aa.) 

La Fontaine dit de fortune : 

« Comme elle disoit ces mots , 
« Le loup, de fortune, passe. » 

(La Chèvre , le Chevreau et le Loup,) 

FORTUNES, au pluriel , même sens : 

Nous parlions Aes fortunes d'Honce. (VÊt, IV. 6.) 



— 190 — 

« Quant au mrplos à/eiifortuMs bumaioct, 

» Les biens , les maux , les plaisirs et les peines . . . • 

(La FoHTAnrE. Selpliégor,) 

Les Anglais ont retenu ce sens : the fortunes of Nigei, sont 
les aventures de Nigel. 

Horace dit aussi, au pluriel : 

« Si dicenlis tvnai forUmi* âbsoua dicta.* . • • 

Si le langage ne convient pas à la position du personnage, à 
sa fortune , ou à ses fortunes. 

FOUDRE PUifisSEUR. Voyez puHissBum. 
FOURBER QUELQU uif : 

— Tous vous êtes accordés, Scapin , tous et mon fils, pour me fourbir, 

— Ma foi, monsieur, si Scapin tous fourbe^ je m*en lave les mains. 

(Scapin, m. 6.) 

FOURBISSIME : 

Mascarille est un fourbe, et fourbe fourbiuîme. {L'tt, II. 5.) 

La forme en issime fut natiu-ellement la forme primitive de 
notre superlatif. La traduction des Rois, la chanson de Roland, 
saint Bernard, remploient constamment; d'ordinaire elle est 
conti'actée en isme : saintisme, grandisme , altisme , che- 
rismcy etc., y sont pour saintissime , grandissime , etc. On di- 
sait même bonisme, et non optime, formé de^o/z, par analogie. 

C'est donc à tort que le P. Bouhours [Entretiens d*Jriste et 
Eugène) prétend ces superlatifs contraires au génie de notre 
langue. 

En 1607, Malherbe, dans ses lettres, se sert fréquemment de 
grandissime ; et Perrot d'Ablancourt, dans sa traduction de Cé- 
sar : « Il y avait un grandissime nombre de villes. » Mais on les 
en a repris Tun et Tautre. Par conséquent, c'est du commen- 
cement du xvii^ siècle qu^I faut dater dans notre langue la dé- 
chéance de l'ancienne forme latine , et l'emploi exclusif de très 
pour marquer le superlatif. 

Les Latins, outre la forme en issimus, formaient aussi le 
superlatif par le mot ter, soit séparé, soit en composition. Ils 
avaient emprunté cela des Grecs, qui disaient Tpto^io^, 
Tpiceudaipicov , TpiaxaxàpaTO^ , etc. 



- 191 — 

Plaute dit de même, trifuTy triveneficus , tricerbenu. 

Et Virgile \ ^O ter qualerque beati! » 

Très-docte , en français , est donc comme tridoctus , et nous 
avons eu , à Tinstar des Latins , deux manières de former les 
superkiti£i; seolenient la forme grecque , chez les Latins la 
moins usitée , a fini par l'emporter chez nous, et par étouffer 
complètement la forme latine. 

FOURNIR A, suffire à; 

Ma foi, ne tronTant las pour ne ^vnow fournir 

Aux différents emplois où Jupiter m'engage {Âmph. Prol.) 

FRAIS ; PRENDRE LE FRAIS , c'est*à-dire , choisir 
rheore du frais , le soir ou le matin : 

Pour arriver ici, mou père a pris le frais, (te, desfem, V.6.) 

FRANC , adverbialement : 

Je Y0U3 parle un peu franc; mais c*esl là mon humeur. 

{TarL I. I.) 

Je vous dirai tout franc que ccst avec justice. (Ibid.l, 6.) 

Cest de presser tout franc, ei sans nulle chicane, 

L*union de Yalère avecque Marianne. {Ibid, II J. 3.) 

Je vous dirai tout franc que cette maladie , 

Partout où vous allez , donne la comédie. (Mis. I. i.) 

Tout franchement y comme tout net est pour (ont nettement, 

(Voyez PREMIER QUE , FERME , NET.) 

FRÉQUENTER chez quelqu'un : 

Sans doute; et je le vois qui fréquente chez nous, (Fem, sav. II. x.) 
Les Latins eva^aydàsni frequentare sans apud, comme au- 
jourd'hui nous faisons. Dans Cicéron : Quidomum meani fre- 
attentant y ceux qui fréquentent ma maison; et dans Phèdre : 
-^ rus fréquentas y tu fréquentes les autels. 

FRIGASSER, métaphoriquement : 

MARIiriTTB. 

Moi , je te chercherois! Ma foi, Von t'en fricasse, 

Des filles comme nous ! ( Dép, am. lY . 4.) 

Observez que c'est Marinette qui parle. 



— 192 — 
FRIPERIE; hotre friperie, notre personne: 

Gare une irruption sur notre friperie! (Dép, am, III. i.) 

C*est un valet qui parle. 

FROTTER SON NEZ auprès de la colère de quel- 
qu'un : 

OROf-BEiré. 

Tient, vïen% frotter ton nez auprès de ma colère! {D^, mm, IT. 4.) 

FUIR DE (un infinitif), comme éviter de.... : 

Si votre âme les suit, et fait d'être coquette .... {Èc, desfem, m. 9.) 

Il ne fuit rien tanl tous les jours que d'exercer les merreilleax talents 

qu*il a eus du ciel pour la médecine. {Méd. m, lui, I. 5.) 

C'est \efugc quœrere d'Horace. 

De , dans Texpression française, est la marque de l'ablatif 
employé dans ce vers de Virgile : 

Quanqnam animus meminisse borret, luctuque refagit. {Mneid. II.) 

« Mon espiît recule d'horreur à ces images de deuil, et yîwf 
de s* en souvenir, » 

— « J'ay monstre, en la conduite de ma vie et de mes entreprinses , que 
« j*ay plustost //// qu*aultrement d'enjamber par dessus le degré de for- 
« tune auquel Dieu logea ma naissance. » (Moirr. III. 7.) 

FULIGINES , terme technique : 

Beaucoup defuUgine* épaisses et crasses, etc. ^Pourc, I. i x .) 

FURIEUX , dans le sens d'extrême: 

Voilà une furieuse imprudence , que de nous envoyer quérir. 

(G, D. m. n.) 

FUSEAUX; faire bruire ses fuseaux. Voyez bruire. 

FUTURS (deux) , commandes Vun par Vautre : 

Ce ne sera pas là qu^il 'viendra la chercher. (Éc, desfem. T. 4.) 
Cette symétrie des temps , empruntée du latin , est aussi né- 
gligée au XIX® siècle qu'elle était soigneusement observée au 
XVII*. On dirait aujourd'hui sans scrupule : Ce n* est pas là 
qu'il viendra. 

Je reviendrai voir siur le soir en quel état elle sera, (Méd, m, /. II. 6.) 
Et non : en quel état elle est. 



— 193 — 

Lorsqu'on me trouvera morte, il n*y aura personne qui mette en doute 
que ce ne soit tous qui m'aurez tuée. ( G, D, III. 8.) 

Et non : qui m'avez. 

J'ai des raisons à faire approuver ma conduite , 

Et je connoitrai bien si vous taurez instruite. {Fem. sav, II. 8.) 

Cette symétrie des temps s'observait aussi pour le condi- 
tionnel. 

(Voyez GoiromoNNELs.) (deux.) 

— Futur suivi d'un présent de Tindicatif : 

Ce ne sera point vous que je leur sacrifie, (Ihid. Y. 5.) 

L'exigence du mètre , et la nécessité de rimer à philosophie , 
ont apparemment ici forcé la main à Molière, dont Tusage cons- 
tant est de mettre les deux futurs , même en des cas où ils 
sont bien moins nécessaires. 

GAGE QUE...» 9 adverbialement, ou par une sorte 
d*ellipse pour je gage que : 

Gage qu'}\ se dédit . — Et moi , gage que non. {VÈt, m. 3.) 

GAGER QUBLQU*ui¥ POUR (un substantif) , c'est-à- 
dire , en qualité de : 

Je suis auprès de lui gagé pour serviteur : 
Vous me voudriez eocor payer pour précepteur, (V£t, I. 9.} 

(Voyez pouB , en qualité de.) 

GAGNER ; gagner au pied , s enfuir : 

Ah ! par ma foi , je m'en défie , et je m*en vais gagner au pied, 

{Préc, rid, 10.) 

La Fontaine a dit, dans le même sens , gagner au haut : 

« Le galant aussitôt 

« Tire ses grègues, gagne au haut. ( Le Renard et le Coq.) 

Nicot et Trévoux ne donnent que gagner le haut* 

(Voyez HAUT.) 

— > GAGiïER DE (uu infinitif) , obtenir : 

Et qo*il n*est repentir ni suprême puissance 
Qui gagnât sur mon cœur d! oublier cette offense. 

(/>. Garde, y. 5,) 
i3 



— 194 — 

— GAGNER LETAitLis, fuir, s'évadcF: 

Tant pisl 
J'en serai moins léger à gagner le taiiiû, (Ùép, aiH. T. i.) 

— GAGNER LES RESOLUTIONS it quélqu'un , les sor- 
moDter : 

Pied à pied vous gagnez mes résotutions, {B, gent, UL. i8.) 

GALANT , substantif , un nœud de rnbalis : 

Tdlà 
Ton beau galant de neige , avec ta nonpareiUe : 
11 n'aura plus l'honneur d'être sur mon oreille. (Dép. am. IV. 4.) 

GALANT, adjeetif , au sens d' élégant , diêtingui t 

Il me montra tonte l'affala, eikfcfitée d'une intnîère, à la iérité, bf aè- 
coup plus galante et plus spirituelle que je ne pois faire. 

{Pré/, de La Crit. de tEc, desftm.) 

GALANTERIE, faire galanterib de (un infinitif): 

N'a-t-il pat (Molière), ceux qui, le dos tourné «ybn/ galanterie 

de se déchirer l'un l'autre ? {Impromptu, 3.) 

Rien ti*â remplacé cette excellente exprestiofi ; il faut, pour 
en rendre le sens , recourir à une longue périphrase. 

GALIMATIAS au pluriel : 

Mon Dieu , prince, je ne donne poiof dant tem tu gëUmûtimê oh don- 
nent la plupart des femmes. (y/m. magn, I. i.) 

GARANT ; être garant de quelque cûosb , en f^r- 
nir la garantie , la preuve : 

Mol, je lui couperois snr-le-cfaamp les oreîHes, 

S'il néloit pas garant de tout ce qa'il m'a dit. (L'£t, IIL 3.) 

GARD', en stjle familier^ pour garde : 

Dîeù ie gard', Cléanlhis ! {Jmph. IL 3.) 

GARDE; se donner de garde de.... Voyez à donner. 

GARDER DE (un infinitif), se garder de, prendre 
garde de : 

M«fn Die«, ÉraMe, gardons d'être surpris. {Pottrc, 1. 3.) 



— 195 — 
Retilrej doue, eî surtout gardez de btûnlUr, {Ec, desfim. t^* 9*) 
Rentrée dans la maitoii) et gardn de rien dire, (ihùiy, x.) 
Gardez de vous tromper! {Georg, Z>. II. 9. ) 

Molière emploie indifféremment » et selon le besoin de la cir- ^ 
constance , garder ou se garder de : 

Et surtout gardez-vous de ia quitter des yeox. (Ec. des fhn. V. 5.) 

— GARDER QUE ( san& fie ) : 

Gardons bUa que, par nulle autre voie, e//« en apprenne jamais rien. 

(A m, magn, I. x.) 
(Voyez BONITER DE GAEDE (sé) .) 

GARDIEN, eH trois syllabes : 

Suis-je ck>nc gardien^ poar employer ce style. 

De la Tîrgiuilé des fHles de la ville? {Dép, am. V. 3.) 

11 est probable que plus tard Molière eût écrit : Suis-je donc 
le gardien 

' GATER QUELQu'uii DE, c'est-à-dire , à laide, parle 
moyen de. ... : 

iVetenx être pendo» ai noos ne les verrions 
Sauter k noire cou plus que nous ne voudrions» 
Sans tous ces vils devoirs </<o/if la plupart des hommes 
Les gâtent tous les jours , dans le siècle où nous sommes. 

(Dép, am. IV. a.) 

Cette tournure se rapporte à de, exprimant la cause, la ma- 
nière. 

— GATER (se) sur l'exemple D'AutRtJi ; pat l'exem- 
ple , d'après l'exemple d autrui : 

Mais ne vous gâtez pas sur t exemple d^ autrui, 

(Ècdesfem.ni, 2.) 

GAUCHIR , aller à gauche ; gauchir de quelque 
CHOSE , s'en écarter : 

Notre sort ne dépend que de sa seule tète; 

ÎJfe ee quelle s'y met, rien ne là ^it gauchir, tficdes fem, tEL, 3 . 

GAULIS , terme technique ^ branche d'arbre : 

Je {MNisse mon cheval et par haut et par bas. 
Qui plioit des gauUs aussi gros que le bras. {Fâcheux. H, 7.) 

i3. 



_ 196 — 

« Les gaulis , dit Trévoux, sont, en terme de vénerie , des 
branches d*arbre qu'il faut que les veneurs plient ou détour- 
nent pour percer dans un bois. » 

Gauliy en vieux français , est une foret : 

m Onc charpentier en bos ne sot si charpenter, 
« Ne mena telle uoise en parfont gault ramé. •• 

(Renaut de Montauhan,) 

« Que florissent cil prez, e cil gautl îonX{o\XiÀ,*{Rom,^ Aïettjivig,) 

« Cercbant prés et jardins et gauUs, » {Bom, de la Rose,) 

« Gault paraît venir du bas latin caula, d*oà s'est formé 
gaule, par l'adoucissement du c en g. Dans un compte de i aoa : 

« pro perticis et caiilis pro l caulis, » Pour des perches et 

des gaules pour 5o gaules.» (Du Cange, au mot gaula.) 

J'avoue que j'aimerais mieux dériver gault de saltus , et 
gaule de caida. \jr nom propre Gault de Saint-Germain signifie 
Bois de Saint-Germain, 

6ATETÉ , en trois syllabes : 

Mais je vous avouerai que cette gajretê 

Surprend au dépourvu toute ma fermeté. (/)• Gareie, Y. 6.) 

Mais que de gayeté de cœur 
On passe aux mouvements d'une fureur extrême. . . . 

(Jmpli, n. 6.) 

GENDARMÉ œ^RE. . . : 

Cet homme gendarmé d*abord contre mon feu, {Ec, des f, m. 4-) 

GÊNEB (gehenner) quelqu'un , le torturer, lui faire 
violence : 

Et pour tout dire enfin, jaloux ou non jaloux , 

Mon roi sans me gêner peut me donner à vous. (Z>. Garcîe, Y. 6.) 

Racine a dit de même : 

« Et le puis-je, madame ? Ah, que vous me gênez !» {Androm, 1. 4.) 

Ah , que vous torturez mon cœur I 

Ce mot a perdu aujourd'hui toute l'énergie de son acception 
primitive ; c'était même déjà un archaïsme dans Racine et dans 
Molière. On voit par cet exemple combien les mœurs influent 
sur le langage : à mesure que l'usage de la torture ou de la 



— 197 — 

gène s'éloignait y la valeur du mot s'affaiblissait comme le sou- 
venir de la chose. // est gêné dans ses habits eût été , au 
XII* siècle , une hyperbole violente ; aujouid'hui, cela signiBe 
simplement , il n'y est pas à son aise; c'est l'expression la plus 
douce qu'on puisse employer. 

GÊ^ES , au pluriel , dans le sens da latin gehmna , 
torture : 

Je sens de son courroux des gênes trop cruelles. (J)ép, am, Y. 9.) 

GENS masculin : 

Ma langue est impuissante, et je voudrois avoir 
Celle de tous Us gens du plus exquis savoir. {L'Ét. II. 14.) 

La délicatesse est trop grande, de ne pouvoir souffrir que des gens triés, 

(Crit, de fEc, desfem, L) 
Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps, 
Il se met au-dessus de tous les autres gens, (Mis* II. 5.) 

Et qu'avecque le cœur d'un perfide vaurien 
Tous confondiez les cœurs de tous les gens de bien, {Tart, Y. I.) 
Pour tous les gens de bien j*ai de grandes tendresses. (Jbid, Y. 4. ) 

Cependant noire Ame insensée 
S'acharne au vain honneur de demeurer près d'eux , 
Et s'y veut contenter de la fausse pensée 
Qu'ont tous les autres gens que nous sommes heureux. (^mp/i.I.i.) 

Combien àe gens'toni'ils des récits de bataille. 

Dont ils se sont tenus loin ! (Jhid.) 

— GENS avec lin nom de nombre déterminé : 

Et je connois des gens à Paris, plus de quatre. 

Qui, comme ils le font voir, aiment jusques à battre. 

{Pàcfieux, II. 4.) 

Moi , je serois cocu ? — Tous voilà bien malade ! 

Mille gens le sont bien qui de rang et de nom 

Ne feroientavec vous nulle comparaison. {Ec, desfem. lY. 8.) 

Un de mes gens la garde au coin de ce détour. {Ibid, Y. a.) 

Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n'entrer point. {Jmpr, 3.) 

Et jamais il ne parut si sot que parmi une demi-douzaine de gens à 

qui elle avoit fait fête de lui. {Critique de tEc, des fem^ ac. a.} 

A l'origine de la langue il a été souvent employé ainsi : 
« Pour ces trois gens qui ont pel debeste afublée.» {UditduBuef.) 



«roÇEifs PS 9ira à, ounuKCS : 

Toutes tes grimaoet étudiées de ces ^mj tk hiem à ouêrwoe. 

{i^ PheeêauMoL) 
i««ÇKH8 me mFFICULTÉS : 

Ce sont (les avocats) ^rj de difficultés. (Mtdn n». L ^j 

.r^CWfS D£ iroM : 

Toute mon ambition est de rendre service êxoL^ens de nom et de mérite. 

{Sicilien, ii.) 

GEMTLLESSE, dans le sens de Titalien gentilezza, 
noblesse : 

Ce sçnt des brutaux, ennemis de h gentillesse et du mérite des autres 
▼Hles. {Pourc, m. a.) 

QLOIBIB} considération personnelle, mérite : 

Pourquoi voules-vous croire 
Que de ce cas fortuit dépende notre gkùrû? (Sa. des fem, lY. 8.) 
C'est où je mets aussi ma gloire la plus haute. {Tort, II. x.) 

Je ipets ma gloire , je fais consister mon mérite principal à 
vous satisfaire. 

GOBEB LE MORGBAU , 86 laîsseT proidre y duper 
tranquillement : 

Mais je ne suis pas homme à gober le morceau, {te, desf, II. i.) 
Métaphore prise de la pèche à la ligne : 
GOGUENABDERIE: 

Oui , mais je Teuverrois promener avec ses goguenarderies, 

(Méd.m.lul.n.3.) 

GIlACf;; DOI7NER GRACE, pardonner : 

Et Ton donne grdce aisément 

A cç dont on n^est pas le maître. {Aeifh, II. 6.) 

6RAIS, Greo: 

MARTlirS. 

Et , ne vouUnt savoir le grais ni le latin... (Fem, smç. T. 3.) 

C'est Tancienne et légitime prononciation, comme dans 
échecs y legs. Ce passage nous montre que, da temps de Mo- 
lière, le peuple la retenait encore. 



— 199 — 
(JRAND invariable en genre : 

léthàXf^la grand btufde, as«|voir deux muselles. {Tari, IL 3.) 
Veqs n*aurez pas grand peine à le suivre, jp crois. (Jbld, II. 4.) 
Il porte une jaquette à grands basques plissées. (Mis. II. 6.) 

Dans rpriginp de la langue , tout adjectif dérivé d'un adjec- 
tif latin en w, grandis, qualis, regaiis, viridis, etc., ne chan- 
geait pas non plus en français pour le féminin. 

Il nous reste encore de cet uscige, grqnd messe ^ grand mere^ 
grand route ^ etc,, et, dans le langage du palais, lettres royaux. 
C'est donc yne véritable faute de mettre une apostiophe 
après grand , comme si Xe s'élidait. 

(Voyez <iif^ Variations du langage français ^ p. 226.) 

— GRAi^D LATIN , grand latiniste, comme on dit grand 
grtc pour grand helléniste : 

Je vous crois grand latin et grand docteur juré. (Dêp. am. II. 7.) 

— GBAND SEiGiîECB (le), pour V arisiocfatie ^ la no- 
èlesse : 

O Tennuyeux conteur! 
Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur. (Mis. II. 5.) 

De même le marquis , pour la classe des marquis, 

(Voyez MARQUIS.] 
GRIMACIERS, hypocrites : 

Us donnent bonnement (les hommes sincèrement vertueux) dans le 
]iaiiiieau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. 

(D.Juan.Y.%.) 
(Voyez uçovKixa.) 

GROUILLER : 

Et Ton demande llieure, et Ton bâiUe vingt fois, 

Qu*elle grouille aussi peu qu*une pièce de bois. (Mis, II. 5.) 

Comme grouiller est devenu , Ton ne sait pouixjuoî , un 

^ermebas, les éditeurs de 1682 ont jugé qu*il était mal séant 

^ans la bouche de Célimène , et ils ont fait à Molière l'aumône 

<l'une correction que les comédiens se sont empressés d'adopter : 

Qu*eUe s'émeut autant qu^une pièce de bois. 



— 200 — 

M. Auger observe qu'il fallait au moins mettre se meut ou 
remue y cai' c'est de cela qu'il s'agit, et non de s'émoupoir. 

Ces corrections, faites au texte d'un écrivain comme Molière, 
sont autant d'impertinences. 

Est-ce que iDadame Jourdain est décrépite ? et la tète lui grouUie''t-elie 
déjà? (B. ^enr. m. 5.) 

Grouiller est une forme de croullcr, La prononciation les 
confondait. Crouller, verbe actif ou verbe neutre, trembler, 
agiter, ébranler; en italien, crollare: crollare il capo, secouer 
la tête : « Les fundemens des munz sunt emeuz et erollczy kar 
« nostre sire est curucîez. » [Rois, p. ao5.) Les fondements des 
monts sont émus et ébranlés , concussa et conquassata, 

« Baucent l'oï, si a fronde le nez; 

« La teste croideù a des piez houez.» {La bataille dTArlescamp.) 

Baucent grouille la tête , secoue la tête. 

Il peut être intéressant, pour l'histoire de la langue, d'obser- 
ver que nos pères avaient à la fois crouler et trembler, et qu'ils 
distinguaient fort bien l'un de l'autre. En voici un exemple, 
tiré du roman d'Alexandre ; il s'agit des prodiges qui signa- 
lèrent la naissance de ce héros : 

« Dieu demoustra par signe qu'il (Alexandre) se feroyt cremir (i), car 
« Ton vit Taer muer, le firmament croissir (2), et la terre crouler; la mer 
« par lieus rougir, et les bestes trembler, et les hommes frémir. » 

{Pré/, de laCh, des Saxons, p. aa.) 

Ces finesses de nuances n'indiquent pas une langue 
barbare. 

« Quand le souldich Teut entendu, si croUa la teste et le regarda felle- 
<« ment, et dist : Tu bas murdry! >» (FaoïssAaT. Chron, II. ch. 3o.) 

GUÉBIR , au sens figuré : 

iriCOLB. 

De quoi est^e que tout cela guérit ? {B, geiit, TU, 3.) 

A quoi tout cela sert-il ? 

(1) Cremir, craindre , de tremere , pour Iremir, Cremir est derma craittdrt, \n c conli- 
oaant à remplacer le l ; car il semble qu'on dût dire tr»inJre. 
(a) Craquer. 



— 201 — 
GUEUSER DES EiïGENs: 

Pour moi, je ne vois rien de plus sot, è mon sens, 

Qu*un auteur qui partout vàgueuter des encens, (Fem. sav. III. 5.) 

GUEUX COBfME DES RATS : 

Tous ces blondiot sont agréables.... mais la plupart sont gueux comme 
des rats. {L'Av. III. 8.) 

L'expression complète eût clé : Comme des rats d*églîse, qui 
n'y trouvent rien à manger. Mais, du temps de Molière, on n'o- 
sait pas prononcer sur le théâtre le mot église; quand on y était 
réduit, on disait le temple, (y oyez temple.) 

— OUEDX D*AVIS: 

Non de ces gueux d'avis, dont les prétentions 

Ne parlent que de vingt ou trente millions. (Fâcheux, m. 3.) 

GUIDE, subst . féminin , comme sen Hnelle; archaïsme : 

La Guide des pécheurs est encore un bon livre. {Sgan. i.) 

« Elle lit saint Bernard, /a Guide des pécLeurs (t). » 

(RxGiriia. Macelie.) 

Guide y terme technique, est resté féminin : conduire a 

GRANDES GUIDES. 

GUIGNER, lorgner du coin de l'œil : 

J'ai guigné ceci tout le jour. {L'A9. lY. 6.) 

De guingois, espèce d'adverbe, pour signifier €le cSié, de 

travers y paraît dérive de guigner: de guingois y comme ele gui-* 

gois, M"^ de Sévigné affectionne ce terme familier : un esprit 

de guingois. 

HABILLER ; s'habiller d'un nom : 

Le monde aujourd'hui n'est plein que de ces imposteurs qui. . . . 

s^iiabillent insolemment du premier nom illustre qu'ib s'avisent de prendre. 

{VAv. V. 5.) 

HABITUDE DU corps, tenue, maintien, habiiu$ : 

Cette habitude du corps menue, grêle, noire et velue. (Pourc. I. ii.) 
(i) Oarrase «scéliqae, composé eo espaj^ool par le p^re Loob de Grenade. 



- 202- 
HAINE POUR quelqu'un , au lieu de tmne contre : 

Ils ont en cette viile une haine effroyable pour les gens de YOtre pays. 

{Pourc. UL a.) 

HANTER QUELQUE PART : 

Oui; mais pourquoi, surtout depuis un certain temps. 

Ne sauroit-il souffrir qu'aucun hante céant? (Tmrt. 1. 1.) 

HANTISES, FRÉQUENTATION : 

Isabelle pourroit perdre dans ces liantues 

Les semences d'honneur qu'avec nous elle a prises. 

(Ec. dês meir. 1 4.) 

La forme primitive était hani, racine du verbe hanter: 

« Sunt se nettement guardé tes vadlets, e neiinevieiil àt Aob/ de 
« -femme? » {Roh. p. 83.) 

HARDI , employé comme exclamation : 

La, fuinli! tâche à faire un effort généreux.. {Sgaa, 91.) 

HÂTÉ , pressé , urgent : 

Nous sortions. — U s'agit d'un fait assez hâté, [Ec.de^ mar. Ul, 5.) 

HAUT, substantif; tin haut , pour une hauteur : 

Sur un haut, vers cet ^n4roitf 
I Étoit leur infanterie. (jémpb, |. x.) 

(Voyez GAGNER LE HAUT.) 

— QAUT DE l'esprit (du) : 

pi, les deut bras croisés, du fuiu$ de um e4prU 

U regarde ^n pitié tout ce que chacun dit. (ifî/. XI. 5.) 

"T- HAUT LA. M AiH , sans l'ombrc de résistance on de 
difficulté : 

Tous Tauriez guéri fuml la main, {foui^, |I. i.) 

MoUère a dit aussi la main haute : 

La grammaire, qui sait régenter jusqu'aux rois. 

Et les fait, la main haute , obéir à ses lois! (Fem, sav. II. 6.) 

Cette expi'esûon se rapporte à cette autre , avoir la haute 
main sur,,.} et cette dernière se trouve fréquemment dans les 
plus vieux monuments de notre langue : 



— 203 — 

«f £ la malnisc gfnt • les fih Belial. . . . ourent la plus halte main en- 
«t 9€rs Rohoam, » ' (Rois. p. 298.) 

On trouve aussi, avant la main, pour haut la main : 

LX raLLKTIBX. 

« Mais pensez-y, de par le diable^ 

« Et me payez avcmt la main, » {Le nouv. Pathelin.) 

— LE PORTER HAUT, être ficF, orgueilleux î 

Détrompez-¥oui de grâce , et porUt-le moins kauL (Èfis. V. 6.) 

Le subst. de Fellipse parsut être chef: portez le chef moins 
haut. 

— HAUT DU JOUR (Ic) j midi : 

Le roi vint honorer Tempe de sa présence ; 

II entra dans Larisse hier, sur le haut du jour, (Mélicerte. I. 3.) 

— FAiRfl UNE HAUTE PROFESSION DE (on infinitif) : 

sis ont trouvé moyen de surprendre des esprits qui, dans toute autre 
^^tière, Jont une liaute profession de ne se point laisser surprendre, 

(a* Plaçât au fiai,) 

HAUTEUR ; de hauteur, hautement, avec bs^uteur : 

. Pour récompense , on s'en vient de hauteur 
lie traiter de fequia, de lâche, d'imposteur. (l'^t* !• 10.) 

— hauteur d'estime : 

Cette hauteur d'estime où vous êtes de vous, (Ifû. m. 5.) 

HÉROS D'ESPRIT : 

Aux encens qu'elle donne â son héros d^esprit, {Fenu sav, I. 3.) 

HEUR , bonheur ; d'où vient heureux : 

Expliquez-vous, Ascagoe, et croyez par avance 

Que votre heur est certain , s'il est en ma puissance. 

(Dép, am, H. a.) 
Je vous épouse, Agnès ; et cent fois la journée 
Tous devez bénir fheur de votre destinée. (Ec, desj^m» III* a.) 
Mais au moins dites-moi, madame, par quel sort 
Yotre Clitandre a theur de vous plaire si fort. (JUis. II. i.) 

Lorsque dans un haut rang on a l*heur de paroitre. 

Tout oe qu'on ftiit est toujours bd et bon. {Jmpk proL) 



— 204 — 

— HEURES A l'heujie, maintenant^ à cette heure, 
comme dans Titalien allora : 

Parbleu ! si grande joie à t heure me transporte, 

Que mes jambes sur Theure en caprioleroient , 

Si nous n'étions point vus de gens qui s*en riroient, {Sgan, x8.) 

HIÀTVS. 

Nos vers sont pleins dliiatus très-réels pour roreille, que 
Ton se contente de masquer aux yeux : 

Cest un miracle encor qu'il ne m*ail aujourd'hui 

Enfermée à la clef, ou menée avec lui. (Ec, des mar. I. a.) 

Ces gens qui , par une âme à Tintérét soumise , 

Font de dévotion métier et marchandise. {Tort, I. 6.) 

On en citerait de pai*eils par centaines dans Boileau , la 
Fontaine , Racine et Molière. Cette remarque a suitout pour 
but de monu-er quelle est dans les arts la puissance de Thabi- 
tude et de la convention. 

Molière ne s'arrête pas à Tliiatus qui résulte de l'interjection ! 

Un honune à grands canons est entré brusquement. 
En criant : Holà, ho! un siège promptement. {Fâcheux, I. x.) 

Là! là! hem. Item!.,, écoute avec soin Je te prie. {Ibid, I. 5.) 
Eh! fl-t-on jamais vu de plus farouche esprit? (Pr. dEL I. 4-) 

HOC ; ETRE HOC : 

MARTINK. 

.... Mon congé cent fois me fût-il lioc , 

La poule ne doit point chanter avant le coq. (Fem, sav, Y. 3.) 

Le hoc est un jeu de cartes : « Et parce qu'en jouant ces 
sortes de cartes on a coutume de dire hoc , de là vient que , 
dans le discours familier, pour dire qu'une chose est assurée à 
quelqu'un , on dit : Cela liii est hoc. » {Dictionn, de l'Acad.) 

« Bonne chasse, dit-il, qui Tauroit à sou croc! 

« Eh! que u*es-tu mouton , car tu me serois hoc. » (LAFoirrÂuri.) 

Un commentateur reproduit sur ce vers l'explication ci-des- 
sus ; mais cette explication , tirée du jeu de cartes, n'est point 
satisfaisante , car les caries furent inventées au xv* siècle seu- 



w. 205 — 

leroent , et dès le xi* le mot hoc entrait dans une locution 
analogue à être hoc : 

« Respundi David : Ci est la lance le rei. Tienge un vadlet , pur ftoc 
• si Temport » (Rois, p. io5.) 

Tous ceux qui ont tenté d'expliquer cette locution sont 
partis de ce point que hoc était un mot latin, le neutre du pro- 
nom hic. 

Mais c'est une erreur: hoc est un mot français, un mot de 
la vieille langue , où il signifie un croc : 

• Un fioc k tanneur, de quoy Ton trait les cuirs hors de Tcaue. » 

(Lettres Je rémiss, de 1369.) 

(Voyez Du Cange au mot ffocctis.) 

Du substantif hoc viennent les verbes hocher et ahocher 
{hoÂer, ahoker) ; ce dernier est le même ({xx* accrocher : 
•< Mes son soupelis aftoefia 
« A un pel, si qu'il remest la. » (Barbaz. Estida.) 

« Mais le surplis du prêtre s'accrocha à un pieu , en sorte 
qu'il y resta. » 

« Aussi com un singe ahoquié 

« A un bloqnel et ataquié. * (Cité dans Du Canoi i Hoccus,) 

A Ainsi comme un singe accroché et lié à un bloc. » 
Saint-Évremond ne se doutait pas qu*il faisait rimer le mot 
avec lui-même^ quand il écrivait : 
« Le paradis tous est hoc: 
« Pendez le rosaire au croc. >• 

Cela m'est hoc est donc une locution faite, dont le sens re- 
vient à : cela ne peut me manquer, cela m'est acqids aussi in- 
failliblement que si je le tirais de la rivière avec un croc ; j'ai 
accroché cela. Mon congé cent fois me fût-il hoc , c'est-à-dire, 
enssé-je accroché cent fois mon congé. — Hoc ou croc, le nom 
de l'instrument mis pour celui du butin qu'il procure. 

Voilà l'explication que j'offre de cette façon de parler, n'em- 
pêchant point qu'on n'en* adopte une meilleure, si on la trouve 
telle; par exemple , celle de Trévoux : 

« Ce mot vient du latin ^oc, qui en gascon veut dire oui. 



— 206 — 

ba ftà tst; de sorte qu^en disant cehM est hoe, c>9t-à-dire ^ «tti 
y y consens. Le Lan^^^oc est nommé ainsi cewant imitgme ée 
Amt , {Munce qu'on j dit koc poar mi/. » 

HOMMAGES; faiee des hommages : 

/e im mi fait dei h t mmêg eé ioufliii de tous oies foenu (Jm, WÊagm, I. s.) 

HOMME ; êtee homme qui. . . . être un homme q«i.»«: 

^otu êtes homme (pu mtcz les nuximes du point d*lioiiiieiir. {G. JD. 1.8.) 
Je suis homme qui aime à m'acquitter k plot tôt que je puis. 

— HOMME DE (an substantif) : 

Toni ètct homme d'accommodement. (Pomrc. HL 6.) 

Homme de tuffismtce^ /tomme de capacité, {Mmr.fore. 6.) 

HONNÊTES DIABLESSES : 

Ges dragons doTertu, cm honnêtes dèMeMOt ^ 
Se reuandMDt toujoun sur leurs Mges prouMieft.... 

{Ec.desfem.lV. 8.) 

HONNEUR , 8asceptU)ilité : 

Qooi <pie sur ee sujet Totre homteur rom iMpirc^ 

{Kc. desfem.IV.S,) 

Votre délicatesse ombrageuse , le soin de votre honneur. 

Molière emploie aussi honneur dans le sens général et indé- 
terminé de considération personnelle. Alors il y joint une épi- 
thète pour fixer la nature de cet honneur. U fait dire énergi- 
quement à Alceste, parlant du franc scélérat contre lequel il 
plaide : 

Soo misérable honneur ne voit pour lui personne. (Mis, L i.) 

Il est tout naturel qu'on dise, en parlant de soi : Mon hon- 
netuTy le soin de mon honneur; mais appliquer ce mot à un 
tiers , et y joindre une épithète de mépris , c*est ce qui rend 
l'expression neuve et oiîginale ; et toutefois elle est si claire et 
si juste y qu'on n'y prend pas gardei^ 

HONTE ; Avoia HOinx a (an infinitif) : 

ktoQsiéur, Vûu) tous moquez; /"oiiivri honH à h frienâire» 

{Dép. OM. I. a.) 



- 3Wt - 

HORS DE OAllDE («tre)^ niétaphôre {n^sé de l'art 
de l'eiM^me : 

téandre pout ûoiiê huire est hors de garde enfib. {VEt, lit. 5.) 

« Tu vas sortir de garde , et perdre tes mesures. » 

(CoRNULu , Le lenteur}} 

-« HOR8 DE PAGE j EQ figoré , affrandii i 

U faut se relever île ce honteux partage , 

Et mettre hautement notre esprit hors de page. (Fem, sa9, lH, a.) 

Il faut observer que cette locution aHectée, parce qu*on l'ap- 
plique à Tesjirit , est mise clans la bouche de Bélise ^ ce qui 
équivaut à une censure. 

— HORS DE 8»S ; IL ESTT HORS DE SElfS QUB. . • ,<l t$i 

imoTùiêmblable , âhswdè de croire qU$... : 

Mais iV eit ttors de sens que Sous ces apparences 

Un h<ftnme pour époux se poisse supptner. (Aéph. Ht. i.) 

Cela excédé les limites du bon senà. 
HOUBETS, mauvais chiens de chasse : 

De ces gens qui, suivis de dix hourets galeux. 
Disent ma meute, et foM les chasseurs merreilletft. 

{Fâcheux, II. 7.) 

HUGHET, cor de chasse ; Yoyee posteur db huchet. 
HUMANISER (S) DE....: 

Que d'un peu de pitié Ion âme s'humanise, {Àmph, III. 7.) 

(Voyez DB e]4>rimant la manière, la cause.) 

-^ HUMAKiSKR SOU DISCOURS ; Ic mettre à la portée^ 
deshamains: 

Ne paroisses point si savant, de grâce! humanisez votre discours,. et 
parlez pour être entendu. {Critique de CEc, des fem, 7.)r 

HUMANITÉ (l*)^ le caractère d'hoimne , la forme lis- 

DMfecfoèa, si éé pirler le |ioitvoir nrest 6té^ 

fMt moi , j*aiine autant perdre aussi r humanités (^4^ êm, U* fi) 



— 208 — 
— L'BUMAKiré , au sens pbilosophiqae : 

Ta , ra , je te le donne pour l'amour de rimmanité, (fi. Juan, UL a.) 
Molière a devancé le xyiii* siècle dans cette acception du 
mot humanité, que la philosophie moderne a rendue depuis si 
commune. Au xvii* siècle , on entendait par Vhiimamté une 
vertu analogue à la charité , mais non Tensemble du genre 
humain , considéré philosophiquement comme une seule fa- 
mille. 

HUMEUR SOUFFRANTE, endurante: 

Des hommes en amour d'une humeur si souffrante , ' 
Qu'ils vous Terroient sans peine entre les bras de trente. 

{Fâcheux, 11.4) 

Sur ce mot humenry j'observerai qu'il avait encore du temps 
de Corneille un sens qu'on a laissé perdre depuis , et qui per- 
siste dans l'anglais humour; si bien que beaucoup de gens , 
désespérant de faire sentir toute la force et la grâce du 
mot anglais, le transportent dans notre langue comme ils 
font du mot Jashion, qui n'est que notre façon ^ et de bien 
d'autres. 

CLITOir. 

« Par exemple , voyez : aux traits de ce visage , 
•• Mille dames m'ont pris pour homme de courage ; 
« Et sitôt que je parle, on devine à demi 
« Que le sexe jamais ne fut mon ennemi. 

clkaudre. 
« Cet homme a de Vfawieur. 

DORUTTS. 

C'est un vieux domestique 
« Qui-, comme vous voyez, n'est pas mélancolique. » 

(La Suite du Menteur, III. i.) 

Cette remarque a échappé à Voltaire , qui en a fait de moins 
importantes. 

HYMEN (l) de , c est-à-dire, avec : 

Comme il a volonté 
De me déterminer à l'hjrmen d'Hippoljrte. (VEt, II. 9.) 

Chercher dans C hymen cTune douce et sage personne la consolation de 
^dque nouvelle famille. (ÛAp, T. 5.) 



- 209 — 

La promesse accomplie 

Qui me donna Tespoir de thjrmen de Céiie. {Sgan, i3.) 

Mon fils , dont votre fille acceploit thyménée, {IhuL a4.) 

Et Fhymen d'Henriette est le bien où j*aspire. {Fem, sav, I. 4.) 

ICI AUTOUR : 

Depuis quelque temps il y a des voleurs Ici autour. (D, Juan, III. a.) 

— ICI dedans: 

vite , venez nous tendre ici dedans le conseiller des grâces. {Préc, rid, 7.) 
Pour ici dedans , on disait , au moyen âge, ci ens y et plus 

tard céans. Aujourd'hui on ne dit plus rien du tout , car les 

tyrans de la grammaire ont proscrit ici dedans, 

— ICI DESSOUS : 

Tai crainte ici destous de quelque manigance. {VEt. I. 4.) 

Ici dessous comme ici dedans ^ bonnes et utiles expressions 
qui ont disparu , et qu'on n'a point remplacées. 

Ces anciennes façons de parler ici dedans, ici dessus, ici des» 
sous, persistent en Picardie. 

IDOLE, irQniqaement , une idole d époux: 

Et de n'entrevoir point de plaisirs plus touchants 

Qu^une idole d'époux et des marmots d*enfants! [Fem, sav, 1. 1.) 

IGNORANT DE QUELQUE chose : 

Ce sont gens de difficultés (les avocats) , et qui sont ignoranu des détours 
de la conscience, {Mal, bn, L 9.) 

C'est un latinisme : inscius reL 

Nous construisons de même avec le génitif le verbe ignorer^ 
ce que ne faisaient pas les Latins : 

« Monsieur Tabbé , vous nHgnorez de rien^ 

Et ne vis onc mémoire si féconde.» (J.-B. Roussiav, Epigr,) 

IL GOUTE , impersonnel , pour ilencoiHe : 

Et je sais ce i\\ïHl coûte k de certaiues gens , 

Pour avoir pris les leurs (leurs femmes) avec trop de talents. 

{Ec, des/em,L i.) 
M 



— aïo — 

ILNESTPASQUB...: 

Mti» peut-être il n'est pus que tous fi*ayet bien Ta 

Ce jeune astre d'amour, de tint d'aliraiU poarm. {Ee, éetftm, I. 6.) 

Il n*est pas (possible) que 

' Cette manière d'employer (jue est toute ladne. Hoc esi quod 
ad vos venio (Plaute), c'est cela que je viens à vous. 

IL Y VA DU MIEW , DU VÔTRE : 

À débouchtir la porte il iroit trop du vôtre, 

(Remerciment au RoL x663.) 
Molière a supprimé Vy pour le soin de Teuphonie, ou plutôt 
eHy s'absorbe dans celui de irait C'était originairement la 
coutume , non-seulement pour 1'/, mais pour toute voyelle : 
« Seignurs bamm, ki i pumins enveier?» {Rolanâ,t\., i8.) 

« Le duc Og^r e Tarcevesque Turptn. » (Ibidm st. la.) 

« La famé s*en prist à apercoivre.» {.La Bourse pleine de tems. ▼. i8.) 
On ne compte dans la mesure qu'un seul /, un seul a, un seul e, 
(Voye» des Variations du langage français y p. 19a, IQÎ.) 
Le mien , le vôtre , dans cette locution sont au neutre , si- 
gnifiant mon intérêt y votre intérêt ^ ou mon bien et te vôtre ^ 
comme en latin meum^ tuum : « Nil addo de meo^ » (CtCEA.) Je n'y 
ajoute rien du m/^/î. «Tetigin' ttU?vÇrzK,)Ai'je rien pm du tien? 
IL supprimé après voilà : 

Eh bien! ne voilà pas mon enrage de maître? {L'Et. V. 7.) 

Ne voilà pas de mes mouchards qui prennent garde à ce qu'on fait? 

{L'Ap. I. 3.) 
Ne voilà pas ce que je vous ai dit? {G, D, III. la.) 

— il; deux il se rapportant à des sujets divers : 
L'éloge de Louis XIV, dans le v* acte de Tartufe , présente 
un singulier exemple de mativais style, où l'incorrection des 
deux î/se montre plusieurs fols. Cette tirade, si souvent repro- 
chée à Molière , vaut la peine d*être examinée. Molière com- 
mence par dire de Louis XIY : 

Il donne aux gens de bien une gloire immortelle , 

Mais sans aveugleoient il (ait briller ce zèle; 

Et Tamour pour les \Tais ne ferme point soo cœur 

A tout ce que les laux doivent donner d'horreur 



— 211 — 

Ce mais et cette remarque ne semblent-ils pas dire que d'or- 
dinaire l'amour de la vertu exclut la haine du vice ? 
D*al>ord il (le roi) a percé par ses vives darlés 
Des replis de son cœur toutes ces lâchetés. 
Son cœur est le cœur de Tartufe. 

Venant vous accuser, il s'est trahi luî-iDême ; 
Le sujet change : // n'est plus le roi , c'est Tartufe. 
El, par an Juste trait de Téqulté guprème, 
S'est découvert au prince un fourbe renomoié, 
Dont 50US uo autre nom il étoit informé. 
// revient au monarque ; sous un autre nom s'applique à 
Tartufe f et non pas à Louis XI Y; c'est Tartufe qui était connu 
sous un autre nooL. 

Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté 
Sa lâche ingratitude et ta déloyauté. 
On ne s'exprimerait pas autrement si c'était I^uis XIV qui 
se repentît d'avoir été ingrat et déloyal envers Orgon. 
A ses autres horreurs il a joint celte suite , 
Le roi a joint cette suite , ou ce supplément , aux autres 
horreurs de Tartufe. 

Et ne m'a jusqu'ici sojpmis à sa conduite 
Que pour voir riirtpadence aller jnsqnes au bout. 
Sa conduitCy pour dire que Tartufe commandait à l'exempt. 
Oui , de tous vos papiers , dont il (Tartufe) se dit le maître, 
// (le roi) veut qu'entre vos mains je dépouille le traître. 
TjOBt d'iaipra|»riété de termes , d'incorrection et de né- 
^jà^BELCe^ fendent à bon droit soupçonner que ce morceau de 
placp^ n'est pas de Molière. Molière en auia donné l'idée et 
confié Texécutiou à quelqu'un des versificateurs de sa troupe. 
Ceat oe «pu expliquerait l'étrange disparate de cette tirade 
dans une pièce qui, parmi toutes celles de Molière, peut récla- 
mer le prix du style. 

Eafin^ si Molière a versifié lui-même ce passage, il fellait 
qu'il n'attachât guère d'importance à la matière. 

L*amant n*a point de part à ce transport brutal. 
n a pour votis, ce cœur, pour jamais y penser. 

Trop de reapeet , trop de teidresie : 
£t si de faire rien à vous pouvoir blesser 

14. 



— 212 — 

//aYoit eu h coupable foiblesse, 
De cent coups ■ vot yeux il Toudroit le percer. (Amph. U. 6.) 

Le premier // se rapporte au cœur ; le second, à l'amant, qui 
est nommé dans la phrase précédente. 

Peut-être faudrait-il lire se percer; mais aucune édition ne 
le donne. 

Enfin le Malade imaginaire ofïre de fréquents exemples de 
cette incorrection : 

Tout le spectacle se passe sans qu't/ (le berger) y donue la moîiidre at- 
teotion. Mais il se plaint qu'iï est Urop court, parce qu'en finissami il se 
aépare de son adorable bergère. {MmL on. IL 6.) 

liC premier il représente le berger ; le second , le spectacle ; 
et le troisième, encore le berger. En finissant, qui grammati- 
calement ne peut se rapporter qu'au berger, se rapporte au 
spectacle. 

On lit dans la même scène : 

Des manières de vers libres tels que la passion et la néœsiité pewent 
faire trouver, ( Ibid^ 

Il paraît qu'il faut en ou les faire trouver. 
On Tavertit que le père de la belle a conclu son mariage avec un autre. 

{ibid,) 

Son ne désigne pas le mariage du père , comme la phrase le 
ferait entendi*e , mais celui de la belle. 

Cette pièce est de toutes celles de Molière la plus négligem- 
ment écrite. On y sent en quelque sorte la rapidité de l'auteur 
fuyant devant la mort, qui l'atteignit à la quatrième représenta- 
tion. Au reste, cette faute d'employer dans la même phrase 
deux il relatifs à des sujets différents, se rencontre dans les 
meilleurs écrivains. En voici un exemple de Pascal : 

« Les confesseurs n*auront plus le pouvoir de se rendre juges de la dii- 
« position de leurs pénitents, puisquV/f (les confesseurs) sont obligés de 
« les croire sur leur parole, lors même qu*i7i (les pénitents) ne donnent 
« aucun sigue suffisant de douleur. >• (lo* Pro9,) 

Et l'on sait pourtant avec quel soin les Provinciales étaient 
travaillées ! Mais nul n'est exempt de faillir, ni Pascal , ni Mo- 
lière, ni Bossuet. 



— 213 — 

— IL surabondant : 

Chacnn fait ici-bas la figure qu*il peut. 

Ma tante; et bel esprit , // ne l'est pas qui veut ! {Fem, sav, VU, i.) 

Cette tournure a une naïveté qui donne du piquant à Tadage. 
On se tromperait fort de prendre cet il pour une cheville com- 
mandée par la mesure. 

Son cieur, pour se lirrer, k peine devant moi 

S'aX-U donné le temps d*en recevoir la loi. {Ibid, TV, i.) 

« La source de tout le mal est que ceu^ qui n'ont pas craint de tenter 

« au siècle passé la réformation par le schisme, ne trouvant point de plus 

" fort rempart contre leurs nouveautés que la sainte autorité de l*Église, 

« ils ont été obligés de la renverser. *> (Bossubt. Or, /un. de la r, ttÂ,) 

— IL» construit avec qui , dans le sens de celui qui : 

Il est bien heureux qui peut avoir dix mille écus chez soi I (L*jév. 1. 5.) 
Corneille a dit de même : 

« //passe pour tyran quiconque s*y fait maître.» (Cinna, II. f.) 

Sur quoi voici la remarque de Voltaire : a Cet // était autre- 

fois un tour très-heureux ; la tyrannie de 1* usage Ta aboli.» 

« Qui se contraint au monde, // ne vit qu*en torture. » 

(RaGiriBR, sat. XY.) 
« Et qui jeune n'a pas grande dévotion, 
« Il faut que pour le monde à le feindre fV s'exerce. >• 

(Id, sat. xin.) 
« Ha, ha! il n'a pas paire de chausses qui veult! « (Gargantua,!, 9.) 
Pathelin fait au drapier compliment sur son activité : 

LB DRAPIBR. 

« Que voulez- VOUS? it faut songer 

m Qui veult vivre, et soustenir peine. » (Pathelin,) 

— ilix'est que de (un infinitif), il n'est rien tel 
qaede... : 

Ma foi , il n'est que de jouer d'adresse en ce monde. 

(i*** Inierm, du Malade im, se. 6.) 

— • IL m'enudie. (Voyez ennuyée) (s*). 

— IL Y A , CE qu'il y A (s.-cnt. à faire) : 

Or sus, mon fils , savez-vous ce qu'il jr a? C'est qu'il faut songer, s'il 
vous plait, à vous défaire de votre amour. (VAp, IV. 3.) 



-. 214 — 
ILLUSTBE ; un illustre substantivement : 

Madame, voilà un illustre J (Fauro. I. 3.) 

IMBÉCILE, au sens du latin imbedllis : 

Est-il rien de plus foible et de plus imbécUe! (£c. des fem, T, 4.) 

Imbécile ne fait qu'exprimer plus fortement , et avec une 
légère nuance de mépris , Tidée de faiblesse. 

« Taiaex-fous, nature imbécile !• (Pascal. Pensées.) 

IMPÉTUOSITÉ DE PRÉVETITIOlf . (Voyez B&UTALITi.) 

IMPOSER , pour en imposer , mentir. 
Tous les grammairiens font une loi d'exprimer em dans ce 
sens') Molière ne le met jamais : 

Jamais* Tair d'un fiiage» 
Si ce qu*il dit est vrai , n^imposa davantage* {VEt, IIL a.) 

C'est bien assez pour moi qu'il m'ait désabusé 
De voir par quels motifs tu m^avois imposé, (jUd. UL 4.) 

Faites-moi pu encor : tuez-moi si f impose, (Dé^, tan, I. 4.) 

Vous verrez si f impose, et si leur foi donnée 
N'avoit pas joint leurs corars depuis plus d'oM année. 

{Ec. des mar, lEL 6.) 
Je ne sais pas s'il impose ; 
Mais il parle sur la chose 

Comme s'il a voit raison. {Amph. UL 5.) 

Hélas! à vos paroles je puis répondre ici, moi, que ▼ous n*imposez point. 

{VA9. V. 5.) 

« On demande s'il ne lui seroit pas plus aisé dimposer à celle dont il 

« e&t aimé, qu'à celle qui ne l'aime point. » (Là BaurùiK, ch. m.) 

Tout le xvii^ siècle a parlé ainsi. 

« Quelques écrivains , dit Bouhours , ont voulu établir im~ 
pos tarer. Le public s'est contenté du verbe imposer^ ^i si- 
gnifie la même chose : vous imposez; il im^M)se à tout l'uni- 
vers, » (Rem, noup,) 

La Touche, qui écrivait en i73o , dit pareillement : « Im- 
« poser tout seul veut dire mentir, « 

(Art de bien parler françois, II. p.a3.) 

La distinction entre imposer et en imposer, dont le premier 



- 216 - 

se prendrait en bonne fart ^ imposer du respect^ et l'autre en 
mauvaise pour tromper, est donc une subtilité chimérique^ in- 
vention des grammairiens de notre âge. M. N. landais, par 
exemple , après avoir cite la phrase de la Bruyère , ajoute : 
« C'est une faute : il fallait d'en imposer, » M. Boniface s'y ac- 
corde. Mais d'où vient à M. I^indais et à M. Boniface l'autorité 
sur Molière et sur la Bruyère ? 

Les Latins disaient imponere tout seul pour signifier mentir. 
Impoêuit Caiom. (Cicee.) Imposait mihi caupo, (Maitiai..) 
Pr^eciis Aniigfini imposuit, (C0115. Napos.)«*-Il a trompé Ca- 
ton ; — le cabaretier m'a dupé ; — il donna le change aux 
lieutenants d'Antigonus. 

Quand la pythonisse dXndor reconnut l'ombre de Sarouel, 
elle s'écria vers Saiil : Quars imposai sti mihi? Pourquoi //t'a- 
vez-vous imposé par votre déguisement? » [Rois, I, cap, a8,) 

-** IMPOSER, verbe actif, comme imputer; imposée 

UTfE TACHE A QUELQU'UN : 

On ne peut imposer de tache à cette fille. (L'Mt HT. 4.) 

— IMPOSEE A QusLQu'uii y daus le même sens : 

« Quand Diana rapporte avec éloge les sentiment! de Tasqnex 

* il n*est ni calomniateur ni faussaire, et vous ne vous plaignez point qu^il 
m lui impose; au lieu que quand je représente ces mêmes sentiments de 
« Yatquez, mais sans le traiter de phénix, je suis un imposteur, un faussaire, 
« et uo comipleur de ses maiimes. • (Pascal, ii* Prop,) 

Dans l'affaire de Carrouge et Legris , la jeune dame de Car- 
rouge accusait Legris de lui avoir fait violence : 

«• Jacques Legris s'excusoit trop fort, et disoit que rien n*en esloit, et 
« que la dame lui imposoit induement. » 

(Froisurt. Ckron, III. ch. 49.) 

IMPRESSIONS: 

La jalousie a des impreuions 

Dont bien souvent la force nous entraîne. (jémph, II. 6.) 

IMPRIMER ; être imprimé de quelque chose , en 
garder tine impression profonde, en style néologique , 
en être înipreistonné : 

Et pourtant Trufaldin 
Est si bien imprimé de ce conte badin . . . {V£t» III. a.) 



— 216 — 

I^ Rruyère , dans son discours de récepdon à I* Académie , 
dit : « La mémoire des choses dont nous nous sommes vus le 
« plus fortement imprimés. » 

(Voyez plus bas s'impeuier quelque chose.) 

On ne voit pas pourquoi M. Auger blâme cette expression 
dans la Bruyère et dans Molière. Il prétend que « Imprimé se 
« dit de ce qui a fait l'impression , et non de ce qui Ta reçue.» 
Qu'est--ce qui autorise cette loi ? Qui est-ce qui l'a portée ? 
Où ? Ce sont les questions qu*on a toujours à fiûre aux gram- 
mairiens. 

Imprimer a fait impression ; impression a produit , de notre 
temps y impressionner , qui ne manquera pas d'engendrer, au 
premier jour, impressionnement Pourquoi ai impressitmnement 
ne ferait-on pas impressionnementer, comme ^ornement nous 
avons vu sortir ornementer? C'est ainsi qu'on enrichit la langue ! 

— IMPRIMER DE L* AMOUR : 

Sachez donc que vot vorax sont tnhis 
Par t amour qu'une esclave imprime a votre filf. {VEt, I. g.) 

Nous disons encore bien imprimer de la crainte , de la ter- 
reur, du respect : pourquoi pas de l'amour ? Ce dernier senti- 
ment peut être aussi vif, aussi soudain et aussi profond que 
les autres. On ne voit pas d*où naîtrait la distinction. 

— IMPRIMER (s') QUELQUE CHOSE : 

Là, regardez-moi là durant'cet entretien. 

Et jusqu'au moindre mot imprimez-le-vous bien. 

(Ec.desfem,m. a.) 

Si Ton peut dire s'imprimer quelque chose ^ la conséquence 
rigoureuse sera qu'on puisse dire être imprimé de quelque chose^ 
contrairement à la remarque de M. Auger, qui blâme cette fa- 
çon de parler. 

INCLINER quelqu'un a ou vers une personne : 

Et je sais enoor moins comment votre cousine 

Peut être la personne où son penchant rinelint, (Mis. IV. z.) . 



- 217 — 

INCOMMODÉ; pea accommodé des biens de la 
fortune : 

Yous êtes la grande protectrice du mérite incommodé; et tout ce qu^il y 
a de vertueux indigents au monde va débarquer chez voua. 

(Am, mag, L 6.) 
« Revenons donc aut personnes itteommodées , pour le soulagement des- 

« quelles nos pères. assurent qu'il est permis de dérobet. > 

(Pascal. 8* Pro¥'mciaU,) 
(Voyez ACCOMMODÉ.) 

mCONGRUITÉ DE BONHE CHÈRE : 

Tous y trouverez des incongruités de bonne chère et des barbarismes 
de bon goût. (/?. gent. IV. i.) 

INDÉFENDABLE: 

GLiHiHE [précieuse ridicule)» 
Cette pièce {T École de* Femmes)^ k le bien prendre, est tout à fait m- 
àéfmdahle. {prit, de tRc. des fem, 6.) 

Ce mot parait un barbarisme forgé par la précieuse ; Fure- 
tière ne le donne pas, non plus que Trévoux. Montaigne a dit : 
« La faiblesse d'une cause indéfensihle, » 

INDICATIF PRÉSENT après que, où nous met- 
trions le subjonctif : 

Tous tournez les choses d*une manière qu'il semble que vous avez raison. 

(D,Juan.l. 9.) 

Ma foi, monsieur, voiU qui est bien foit! Il semble qu'il est en vie, et 

qu'il s'en va parler. (Ibid, V. 5.) 

INDIENNE, substantivement; uxîe indienne, robe 
de cbambre de toile des Indes : 

Je me suis fait faire cette indienne-ci, (B» gent, I. i.) 

INFINITIF , goniFcmé par un autre sujet que celui 
de la phrase : 

// ne vous a pas faite une belle personne. 

Afin de mal user des choses qu'il vous donne. [F,c, des Jem, U. 6.) 

//, le del, ne vous a pas faite, etc afin d'user non 

pas afin quV/ use , mais afin que votts usiez, La familiarité du 



-«18 - 

dialogue semble autoiiser cette légère irrégularité , surtout 
quand Téquivociue n*est pas iK»ssiI)le. 

Elle (la Ueniande) me touche assez pour m'en charger moi-mèoie. 

{B.gent.Ul. la.) 
Pour que/> m'en charge moi-même. 

— - DEUX HfFIHITIFS de 9uUê: 

Tj ai déjà Jeté des dispositions à ne pas me souffrir longtemps pousser 
dei icapirs. (/>. Juan. IL a.) 

— rvFiwiTiF ACTIF avcc le sens passif : 

Nous avons eu maio diven ttratagèmei tout prêts à proémrt dans l*oc- 
GtnOD, {Pourc. I. 5.) 

C'flStr^-dire, à être produits, 

INFLEXIBLE ; être inflexible a quelqu'uh : 

Si tu m'es Inflexible , 
Je m*en vais me tuer! {L'Et. II. 7.) 

INGÉRER (s ) DE QUELQUE CHOSE, daos quelque chose : 

Et vous éles un impertinent , de vous ingérer des affaires tfautrui, 

(Méd. m. lui. l. a^ 

INSTANCE , pour renchérir sur le mot lotn; inêiomce 
à faire quelque chose : 

Et notre plus grand soin , notre première instance 

Doit être à le nourrir du suc de la science. {Fem. sw. n. 7.) 

INSTRUIT DANS , instruit de. . • : 

Et ce que le soldat dans son devoir instruit 

Montre d obéissance au chef qui le conduit. . . (Ec. desfem^ m. a.) 

INTERDIRE (s), verbe réfléchi : 

Achevez de lire; 
Votre âme, pour ce mot, ne doit point s'interdire. (D. Gare. II. 6.) 

INTÉRESSER À, ayant pour sujet un nom autre 
qn*un nom dé personne: 

Mon devoir m'inte'resse , 
Mon père , à dégager bientôt votre promesse. (Sgnm, &)«) 

Intéresser à est ici comme obliger à , engager à. 

— S'IISTERESSEA DANS QUELQUE CHOSE : 

De vos premiers progrès j'admire la vitesse, 

Et dans Nvinement mon âme s'intéresse, {Ec, </«# fm, HU 4.) 



— 219 — 
INTERPRÉTER A , c'est-à-dire , au sens de : 

Aux faux soup^os la nature est sujette, 
Et c'est souvent à mal que le bien s* interprète. {Tort, Y. 3.) 

Je dois interpréter à charitabie soin 

Le désir dVmbrasser ma femme? . . . (ièià,) 

INTIME (m), substantivement: 

If on, non; c*est mon intime, et sa gloire est la mienne. 

(Xe. des fem, ▼. 7.) 

INTRÉPIDITÉ DE bohub opinioii : 

La constante hauteur de sa prétoinpUon, 

Cette intrépidité de bonne opinion .... {Fem* MP. I. 3.) 

INTRIGUET ; gens de l'intriguet : 

Et qu« toula notre foaûUe 

Si proprement s'habille, 
Pour être placée au sommet 

De la salle où Ton met 

Les gens de tintriguet, 

{BedUt des NaiUnUj à la mite dn B, gent,) 

Les gens de la basse intrigue, les chevaliers d'industrie. \j^ 
anciennes Mitions ont entrlguet. Les mots ladns in et inter fai- 
sant en français en et entre ^ la véritable forme du mot serait 
eïîecûweaïeùtentrigue^ âeintricare; et il parut qu'on l'a d'a- 
bord dit ainsi* 

Notre langue est de double formation. Dans les mots formés 
à une bonne époque, in, inter sont toujours traduits en, entre; 
dans les mots de création moderne , on a tout simplement 
transcrit le radical latin. 

De la première formation sont : engager, enhardir, engen- 
drer^ entreprendre^ entretenir^ etc.^ etc. 

De la seconde : inventer, introduire, inspirer, imprimer 
(jadis empreindre) , s'ingénier ( primitivement engigner) , inter- 
mède (primitivement entremets) , intention , substantif nouveau 
da vieux verbe entendre, etc., etc. 



— 220 - 
INVERSION. 

Ah ! OcUTe , eit-il vrai ce que SilTettrc vient de dire à Nérine, que 
votre père est de retour, et qu*il veut vous mirier? {Scapin, I. 3.) 

Pour juger rexcellence et la rapidité de ce tour, il n'y a qu'à 
rétablir la construction et Tordre grammatical ordinaires : 
<c Ce que Silvestre vient de dire à Nérine , que votre père est 
de retour et qu'il veut vous marier, est-U vrai? » 

Il y a longtemps que l'esprit a saisi cette question ; aussi 
quand elle arrive est-elle superflue. L'art de celui qui parle 
est de ne point se laisser devancer par la pensée de celui qui 
écoute. De là les constructions renversées, pour être natarelles. 

— nivERsioif DU PRONOM après un 8iib|oiielif ^ en^ni- 
primant que : 

Ah ! tout cela n*est que trop véritable; 
Et plût au ciel le fût-il moins ! 
L'harmonie est bien plus douce par ce 
construction ordinaire : 

Et plût au ciel qu*il le fût moins! 

INVITÉ DE,... 

Us a voient vu une galère turque, où on les avoit in 

% 

J*AI PEUR, en phrase incidente, poaj 
je le crains : 

La àéteme^ foi peur, sera trop tard venue. 

JALOUSIE DE quelqu'un au sujet de q 

Toute la jalousie que vous pourriez avoir conçtte t 
mari. 

Molière a construit le substantif comme son i 

de, Jalousie de Ce de est le latin de, tniic 

ment à. 

JAMBE; RENDRE LA JAMBE MIEUX FAH 

ment, pour exprimer qn*une chose est san 
utile : 

viooLi. Oui y ma foi , cela vous rendroit la jamùt Men 

{Beu 



— 221 — 

JE, pronom singolier joint à un verbe au pluriel : je 
sommes , f avons , je parlons , etc : 

VAETIirB. 

Ce n*est point à la femme à parler, et Je sommes 
Pour céder le dessus en toute chose aux hommes. {Fem, sav, Y. 3.) 
Mon Dieu, Je n'aidons point étuguié comme vous! 
Ety'tf parlons tout droit comme on parle cheux nous. (Ihid, IL 6.) 
Pierrot , Charlotte et Mathurine y dans Don Juan , usent 
également de cette façon de parler, qui attire à la pauvre Mar- 
tine cette réprimande de Bélise ; 

Ton esprit, je TaTOue, est bien matériel! 
Je ii*est qu'un aingulier, avons est un pluriel. 
▼«tft-Ca tonte ta vie offenser la grammaire? 
MaU il ^l bon de savoir qu'avant de se trouver dans la 
bouillie des semantes et des paysans , cette façon de parler 
avait été dans celle des savants et des princes. Henri Ëstienne 
lîgD âge d ans ses Dialogues du langage Jrançois ita- 

* Ce sont les mieux parlants qui prononcent ainsi , 

* venons , je disnons^je soupons, » 
e, dont il accuse les courtisans de Henri III , re- 
;oup plus haut, puisqu'on lit ^ dans ime lettre auto- 
rançois P^ à M. de Montmorency : 
leroEuie qu'y fera beau tems, veu ce que disent les estoiles 
il le loysîr de veoir. • (Lett, de la Reine de Navarre, I. 467.) 

, cette locution est consignée dans la grammaire 

^omon speche sucfie maners ofspeking , je trouve dans le 

Bge ces façons de parler Cependant que Cirons au 

f nous irons ; — payons bien bu, pour nous avons; — 
de par le diable! pour allons-nous-en; — faUons bien, 
ions bien. * (Of the verbe, folio ia5 aa verso,) 

i et des Fariations du lang,/r,y p. 290 — 293). 

i par exclamation ; que je sois : 

iSÊt^rminé si je ne tiens parole! (Dép. am. lY. 3.) 

»E& H£7f AGES , DES LARMES *. 
iTÎre ,,...,» dont Pâme irritée nejetoit que menaces et ne 
iigeance... (D. Juan. lY. 9.) 

irmes de joie. (Jhid. V. x.) 



— 2K - 
-^ JEtEB un OB§TAGLB à quelquê' thoêet 

Et je ne voudrais point, par ém cfiorti trop fuw» 

Jeter le moindre obstacle à vat justes desseins, (D, Geurde, Y. 3.) 

JEU ; A JEU sua : 

Bitti« «n Immm à jeu tàr xCmk pM 4^wm bdb Aim. 

(Jmfk. L a. ) 

iEV DB MOTS AFFECTÉ : 

▲imî toon tftur, Frosioe» on pea trop ffMblêt iMks 1 
6e remdit à des toini qa'oB ne faû tendait pat* (i^* «■• IL i.) 
Le Z)^i/ amoureux est le second (i) ouvrage de Molière , 
qui était encore, en ce temps-là, l'écolîer des Italiens et des Es- 
pagnols. 

JOCRISSE; FAIRE LE JOCRISSE : 

MARTINE. 

Je ne raimerois point t^il/aisoil le jocrisse, {Fem, sa», V. 3.) 

^Et demeure les bras croisés comme un jocrisse, ^Sgan. i6.) 

Le Dictionnaire de Trévoux donne le nom de Jocrisse et le 

dicton populaire où il s'encadre, mais il ne révèle rien sur 

Torigine de ce personnage, qui parait nous être vebu dltalie. 

JOINDRE pour rejoindre : 

Allons vite joindre notre proviDciaL (Pourc, L 3.) * 

JOINT, adverbialement : 

La mémoire da père ft bon droit respectée, 
J0int a« grasd ialérét que je preodi à la saur. 
Veut que du moins Ton tâche à lui rendre Thonneur. 

(ic. des Mar. m. 4.) 

Ce n*est pas la mémoire unie à Tintérét ; c'est la mémoire du 

père à bon droit respectée , cela joint à Tintérét que..... etc. 

/oMi/ embrasse d'une manière complexe l'idée du vers précé* 

dent. 

On disait autrefois, ym/ir que^ invariable : cela signifie, dit 
Furetière , ajoute^-y que : 

m. Joint encore qu^'A falloit avoir fiui bientôt , et passer rapidement dans 
un pays! » (Bossuet. Hist. univ, I. ii'part. % 5.) 

(i) SuÎTaat i'opiaion r«çne et l'ordre adoplé. Je crois , aprii au ai&r «SflDMa» ^e ea 
fat U premier. V Étourdi et \t Dépit ayant été composés en province , on a'a pa «o 
savoir la chronologie très-aathentiqae. Il est certain que Vttmtrdi , par apport à 
H cttttctptioa comme par rapport an style , montre «a progrès Immaost lar 1t t>4^t. 



— 223 — 

Le pêrààpejoMi j^ remplacé dans ces locutioiM le neil *d<- 
-verbe Jouxte , Juxta, 

JOUER , actif , suivi d*an nom de chose , éluder : 

Jusqu'Ici vous avez Joué mes accusations, (G, />. m. 8.) 

Les Ladns aussi ne disaient ludefe en ce sens qu*avec un 
nom de la personne : 

« Stt me Insislis; ladite nunè alios. » 
Cependant on trouve aussi, dans Vèurmc ^ htdere vestigla, 
manquer sous le pied. 

— JOUEE AU PLUS SUR : 

Pour jouer au plus sûr ^ 
n faut me Pamener dans un lieu plus obscur. (Ècdes fem. Y. a.) 

— JOUKR (se) , mis absolument comme jouer : 

Que veut dire ceci ? Nous nous jouons , je croi. {MélictrH, L a.) 

JOUR , au figuré, notion , connaissance : 

Et sans doute il faut bien qu*à ce becque cornu , 

Du trait qu^elle a jonc quelque jour soit venu, (Ec, desf, lY. 6.) 

— Jour k , facilité à : 

Je veux TOUS fiûre un peu de jour à la pouvoir entretenir {SiciRen, lo.) 

— DONHER uiT JOUR, donner une couleur ^ considérer 
sous un aspect: 

De semblables erreurs, quelque jour qu'on Uur dosuieg,., 

{Ampk m. 8j 

JUDAS, adjectivement, pourlroUr^ 

coviiLLK. Que cela est Judas! ( 22. gemt, HL lo.) 

JUDICIAIRE , jugement ; avoir quelque morceau 

DE JUDICIAIRE : 

Vous é tes - fmi s mis dans la t<^te que Léonard de Pourceaugnac 

B'ak pw là-ëedans quelque morceau dejiuliciaire pour se conduire? 

{fûurc, IL 7.) 

J'oiMeiTe qii*oa devrait ècme morseau y car ce mot est tm 
diminutif de mors, un mors de pain , formé du verbe mordre^ 



— 224 — 

qui faisait au participe passé mors^ d'où moreelerifjfû. aerah mieQX 
écrit moneiler),et non mordu; comme tordre j iors^ et non tonim : 

• A.doiic repartit respooftée : 

« Je ne vous ai pas mors auasy I » (HIabot.) 

JUGEMENT A gauche: 

Un envers du bon sens , un jugement a gauche. (L'£L O. x40 

JURER ; JURER DE QUELQUE CHOSE ; latinisme, ju- 
rare de aliqua re : 

Vous avez beau faire la garde : j'en ai juré^ elle sera à nous. 

{^iûen. 9.) 

JUSTIFIER ; justifier quelque chose et se justi- 
fier A QUELQU ui« SUR , pouF auprès de quelqv^un: 

C*est aux vrais dévots que je veux partout me justifier sur la conduite 
de ma comédie. (^^/* ^ Tartufe.) 

Et pour justifier à tout U monde l'innocence de mon ouvra^ 

(ici- Plaçai au roi,) 
. . . C'est consoler un philosophe que de lui justifier ses larmes» 

{Lettre à Lamothe-Lepayer) (i). 

Totre père ne prend que trop le soin de vous justifier à tout la jmoade, 

{VA9,l. I.) 
« C'est ainsi que notre bergère se justifiait à Cirés, » 

(La Fohtautb. Psjrchê,IL) 

LA 9 rapporté à un mot caché dans une ellipse : 

Fût-ce mon propre frère, il me la payeroit. {L'£t, Hl. 4.) 

Za ne se rapporte grammaticalement à rien; le stibstantif 

sous-entendu peut être €ielte. L* usage est de dire aujotu:d*hijd , 

au masculin ou au neutre : « Il me /^ payerait ; tu me /^ payeras. 

(Voyez des exemples analogues au mot i^chappea belle (l*).) 

— LA , construit avec le verbe être , et représentant on 

substantif : 

Je veux être mère parce que je la suis^ et ce seroit en vain que je ne ia 
voudrois pas être. ( Jm. mag. I. a.) 

La tient la place du mot mère. Madame de Sévigné préten- 
dait mal à propos étendre ce privilège de l'article, et mettre ia 

(0 £n lai «avoyanl un eonnet »ar U mort du jeuiM Lamothe-LeTaycr.* 



— 226 — 

en remplacement d'un participe : Ètes-vous enrhumée ? — Je 
la suis. L'article, dans ce dernier cas, représente être enrhumé, 
qui n'a point de genre ; par conséquent : je le suis. 

LA CONTRE , contre cela : 

On ne peut pas aller là contre, {D, Juan, I. s.) 

Eh bien! ooi; tous dit-on qoelque chose là contre? {Fem, snv. II. 6.) 

Mon frère , pouvez-Tous tenir là contre? (Mal: cm. IlL ai.) 

LA DONNER seghe a quelqu'uh : 

El, sortis de ce lieu , me la donnant plus sèche : 
Bfarquii, allons an cours (aire voir ma calèche. {Fâcheux, I. i.) 

(\''oyez ÉCHAPPÉE (l'} belle.) 

LAIDIR , dei^enir laid : 

Je crains fort de vous voir comme un géant grandir , 

Et tout votre visage affreusement laiJir, {VEt, II. 5.) 

Nous n'avons plus que le composé enlaidir. 

J'observe que cette terminaison /r, aux verbes neutres, mai - 
quait une action en prc^rès, comme en latin escere : grandir; 
laidir, emmaladir; assagir, rendre sage; affolir, rendre fou 
(égaler esl auti*e chose; c* est fouler, blesser^ etc.). En termes 
de marine, calmir c'est être en train de se calmer : la mer cal- 
mit, commen&e à calmir, 

LAISSER A (le verbe à rinfinitif sans préposition) : 

Et laisse à mon devoir s'acquitter de ses soins. {Amph, I. a.) 

— HE PAS LAISSER DE (uu infinitif) : 

Ce n*est rien , ne laissons pas d^actiever, (Préc, rid. 1 5.) 

Je lui dis que tous n'y êtes pas, madame , et il ne veut pas laisser 

d'entrer, {Crit, de f£c, des fem, 4.) 

n y a l TÎngt gens qui sont fort assurés de n'entrer point , et qui ne 

Imisseni pas de se presser. {impromptu, 3.) 

Gela choque le sens commun. 

Mais cela ne laisse pas tTétre, {Amph, II. i.) 

Ne laissons pas d^ attendre le vieillard. {Scapin. L 5.) 

Ils ne laisseroient pas de l'apprendre , 8*ib vouloieiit écouter les per- 
sonnes. ( Comtesse d'Escarb, x i .) 

Parmi nos bons écrivains , je n'en trouve pas qui aient em- 
ployé cette autre forme de la même locution, ne pas laisser 
que de. 

i5 



— 226 — 

« Son orgueil (de Nabuchodonoior) ne laissa pas de refifre dans tei 
« fuccesseurs.» ( Bossubt. HUt. Ifmv, Ï5P pcrt $ 4.} 

« Veau ne laissa pas d^agir^ et de mettre en évidence les figues toutei ' 
« crues encore et toutes vermeilles. *• (Li. Foirr. P^iê é^Esope,) 

« Cela u*importe , dit le père ; on ne laisêe pût JtMkg^ toujonri les 
tf confesseurs à les croire (les pénitents). > (pAiofti. to^ Fnmnc^ 

• Je ne laissai pas de eompitr avee pliisr r«rgmt q«e fifols duis mes 
«< podict f bien que ce fût le salaire de mes assassiwils. « 

(LBSAOi.^iBlt/.n.6.) 

Dans cette fa;on de parier, laisser représente omettre. On 
dit omettre de, et non pas omettre que de. Les Italiens disent pa- 
reillement : '< Egli non lascia di dire il suo parer^ » et non pas 
non lascia che di dire. 

Si cette locution nous vient d'eux, il est clair çue nous 
l'avons altérée ; s'ils Font au contiaire prise de nous , c'est la 
preuve que dans l'origine le que n'y figurait pas. 

Thoinas Corneille, dans ses notes sur Vaugelas , bUme Tin- 
troduction du que parasite dans cette façon de parler ) un 
dictionnaire moderne ne laisse pas de l'autoriser , c'est celai de 
M. Napoléon Landais. 

LANGUE; Avoifi dé la uingue, être bâtard : 

C'est avoir bien de la langue que de ne pouvoir se taire de ses propres 
affaires! (Am^ DL 4.) 

— LAUGUE qai FArr tm pas de glehg: 

Ce mariage est vrai?-^ Ma langue en cet endroit 

A fait un pas de clerc , dont elle s'aperçoit. (Dépit am, I. 4.) 

Il faut observer que cette métaphore bouffonne est placée 
dans la bouche de Mascarilie. 

LA PESTE SOIT, telle ou telle chose. (Voyez tEsn.) 

LAS! hélas: 

Où voulez-vous courir P — Las! que sais-je ? (Tort, V. i.) 

Il faut observer que cet adjectif, depuis longtemps passé à 
Tétat d'interjection , n'était pas primitivement immobile. Une 
feiiHue s'écriait , //e, lasse ! comme en latin me lassam ! Dans 
hélas y l'interjection est ^e, comme dans hàmi: « Hérni, où 
« arai-je recours? {R» de Coucy,) » Hei miài, — /tel lassum. 



— 227 — 
LATIN pour latiniste : 

Yoiis êtes grand latin et grand docteur juré. {Dépit am. U. 7.\ 
On dit de môme familièrement un grand grec, pour hellé- 
niste, 

LÉGER ; de léger , légèrement : 

Mon Dieu ! Ton ne doit rien croire trop de léger, {Tart. IV. 6.) 
Au xu* siècle on disait de legerie, c'est-à-dire , avec légèreté. 
Roland dit à Chariemagne que ses conseillers Tout conseillé un 
peu de léger sur le fait des ambassadeurs de Mai*sile : 

« Loerent vous alques efe legerie. » {Citansonde Roland, st. 14.) 
De léger comme de vrai. Les Italiens di^nt de même di 
leggiero, 

— LEGER d'ÉTDDE ! 

Et , de nos courtisans les plus légers d'étude , • 

Elle (la fresque) a pour quelque temps fixé Tluquiétudc. 

(La Gloire du F al de Grâce.) 

LEQUEL: 

Molière paraît avoir eu pour ce mot une antipathie si pro- 
noncée, il l'emploie si rarement, que j'ai pensé intéressant de 
recueillir les passages oit il se trouve , et ceux où il est visible- 
ment évité. 

Les premiers sont au nombre de huit ; les autres sont à peu 
près innombrables : aussi je me contenterai des principaux de 
ces derniers. 

Ma bague est la marque choisie 
Siir laquelle au premier il doit livrer Célic. (L*Et. U. 9.) 

Il n'a pas aperçu Jeannette , ma fiUole , 
Laquelle a tout ouï, parole pour parole. {Ibid, IV. 7.) 

Car goûtez bien , de grâce , 
Ce raisonnement-ci , lequel est des plus forts. (Dépit am. IV. a.) 
Le malheureux tison de ta flamme secrète » 
Le drôle avec lequel.,, — Avec lequel? poursui. {Sgan. 6.) 

J'ai appris cette nouvelle d*un paysan qu'ils ont interrogé > et auquel ils 
vous ont dépeint. (D, Juan. IL 8.) 

En vertu d'un contrat duquel je suis porteur. {Tart. V. 4.} 

i5,* 



- 228 — 

Est-ce que 

Et que du doux accueil duquel je m^aoquilUû 

Votre cœur prétend i ma flamme 

EaTÎr toute rhonnéteté ? (Ampk, II. s.) 

Je Tiens , mon fils , avant que de sortir, vous donner avis d*iine chose à 
U<pteUe il fout que vous preniez garde. (JUaL im, II. lo.) 

(Voyez LEQUEL évUé , et OU.) 

NOTA. On lit dans V École des maris : 

SoâJTAEBLLi (sortant de raccablement dans Uquel il étoit plongé.) 

{Ec, des Mar, m. lo.) 

Cette indication scénique n'est pas de Molière. On ne la 
trouve point dans les éditions de 1 69a ni de 1 7 10 ; niab elle se 
montre dans l'édition de 1774 > chez la veuve David. P. Didot 
(i8ai) l'a reproduite. C'est style du xviii* siècle. 

— LEQUEL tûxU : 

En bonne foi, ce point sur quoi vous me pressez 

(D^it «M. n. 1.) 
Le foudre punisseur 
Sous qui doit succomber un lâche ravisseur. (D, Garde, I. a.) 

Il eût été facile de mettre y 

Sous lequel doit tomber un lâche ravisseur, .- . ;.*;. j 

si Molière n'avait pris à tâche d'éviter lequel. 

Outre que je pourrois désavouer sans blâme 

Ces libres vérités sur quoi s'ouvre mon âme. {IM, II. i.) 

Cet hymen redoutable 
Pour qui j'aurois souffert une mort véritable. (ihid, TV. 4.) 

Et ce sont particulièrement ces dernières (qualités) pour qui je suis. 

{Ep. dédie, de VEe. des fm.) 

Cest un supplice , à tous coups ^ 

Sous qui cet amant expire. {Sid&en. 9.) 

Vous avez des traits à qui fort peu d*autres ressemblent. {Ikid. ta.) 

De ces galanteries ingénieuses à qui le vulgaire ignorant donne l« 

nom de fourberies. (Scapim. L a.) 

L'éducation des enfants est une chose à quoi il faut s'attacher fortement. 

(/M. U. I.) 



- 399- 

C'est la puiisaiice paterndle, auprès de qm tout le mérits M «eft de 
rien. (Scapitt, III. i.) 

Voyez aux mots qui , de qui, — quoi, — où, — d*auti*es 
exemples, en grand nombre , qui ne permettent pas de douter 
que Molière n'évitât de propos délibéré l'emploi de lequel. 
Apparemment il réservait ce mot pour marquer le sens du latin 
utery c'est-à-dire, l'alternative. 

Au surplus , la même remarque s'applique , plus ou moins 
absolue, à tous les écrivains du xvii' siècle en général. C'est 
du siècle suivant que date le fréquent usage de ces formes , 
€iuquely auquel y par lequel^ dans lequel , à la faveur dur- 
quel y etc., etc., dont le grand siècle exprimait ordinairement 
la valeiu* par ce simple monosyllabe oit. 

Les écrivains de la renaissance avaient fait abus de lequel , 
mais d'une autre façon , en l'employant à relier les deux par- 
ties d'une phrase. 

LES UNS DES AUTRES : 

Nous devons parler des ouvrages Us uns des autres avec beaucoup de 
CÎrconspectioD. {Crit. de i'Ec, desfem. 7.) 

Ici l'on voit la première partie de l'expression invariable \ 
c'est la seconde qui subit l'influence de la construction : parler 
des ouvrages les uns des autres. 

Bossuet maintient l'expression entière invariable, comme un 
seul mot qui ne se modifierait point au milieu : 

«• Auparavaut Ton meltoit la force et la sArelé de Tempire uniquement 
• dans les troupes , que Ton disposoit de manière qu*elles se prêtassent la 
« main les unes les autres, » (Bossukt. Hist, un, III* p. $ 6.) 

Et non : les unes aux autres. 
LESTE, au figuré; brave et leste: 

Ta forte passion est d'être èrave et leste, {Ec, desfem, Y. 4.) 

Tous souffrez que la vôtre aille leste et pimpante ! 

(Ec, des mar, i. x.) 

«ï LETER un HABIT, cest-à'dire, de quoi foire un 
^liabit: 

Cest qat Tétoffe me sembla si belle, que j*en ai voulu leper un habit pour 
li — Ooi, mais il ne fiidloit pas le lever avec le mien. (B. Cent, II. 8.) 



-no- 

LDSCBTÉSaa pluriel: 

^ Bfa sœar, je tous demande un généreux pardon , 

ëi de mes libertés j*ai tidié Totre nooi. {Ec, des mar, III. lo.) 

UBEBTIN: 

Ce$t être Uhertin <}ae d*aToir de bom yeux. {Tort, h fi.) 

Je le soupçonne encor d*ètre un peu Ubertm : 

Je ne remarque pas qu'il hante les églises, iUùi. II. a.) 

laisses aux libertins ces sottes conséquiices. (/^. y, i,) 

Libertin , aujourd'hui reBUéni à la débauch* àeê fiemmei , 
signifiait dans l'origiiie un esprit fort, un libre penseur, et 
l^'ewportait pas nécessairemeat une idée désavantageuse. 

« Ce mot, dit Bouhours/.sigDifie quelquefois unepersoniiequt 
hai^ la contrainte, qui suit son incUnatioii, qui vit à sa mode, 
sans s'écarter néanmoins des règles de rhomietelé et de la 
vertu. Ainsi Ton dira d'un homme de bien qui ne sanroit se 
gêner, et qui est ennemi de tout ce qui s'appelle servitude : // 
est libertin. Il n'y a pas au monde un homme plus libertin que 
lui. Une honnête femme dira même d'elle, jusqu'à s'en faire 
honneur : Je suis née libertine. Libertin et libertine ^ en ces en- 
droits, ont un bon sens et une signification délicate. » 

(^Remarques nouvelles sur la langue française ^ p. 895, éditiop 
de 1675.) 

LIBERTINAGE, indépendance d'esprit pogaséa jot- 
qu'à la témérité: 

Mon frère, ce discours sent le libertinage, (Tort, I. 6.) 

Cl II y en a bien qui croient, mais par superstition ; il y en a bien qui ne 

« croient pas, mais par libertinage, • (Pascal. Pensées, p. 9^7.) 

Ainsi le libertinage était l'excès opposé k la superstîtîoii | ce 
que le néologisme dévot de la Harpe, de M7* de Genlis et au- 
tres tels apôtres, appelait^ au xix' siècle p lephilosoplUsme, 

(Voyez LIBE&TIN.) 

LICENCIEE (se) a (un infinitif ), (se donner Itoence 
jusqu'à. • . : 

Quoi ta bouche se liccfteie 
A te dopnejT «naon ua non qusje défendi? i^^»9^ n«94 



UEU comme endroU : 

Tous le trouTerez maintenaot v«rs ^^ p^ii i^M que voiU , qui s'amiMe 
à couper du bois. {Med, m, lui. I. 5.) 

LOGIS DU ROI , c est-à-dire, donné par k roi, la 
prison:^ 

J'ai fwtf H k hgiâ du roi (ait na demeure^ 

De m'y trouver si bien dès le premier quart d'heure, 

Que j*aye peine aussi d'en sortir par après. [VEt, m. 5.) 

LONGUEUR , pour durée de temps , lenteur , délais : 

Tous pourriez éprouver, sans Beaucoup de longueur. 
Si mon bras sait encor montrer quelque vigueur. (Sgan, i .) 

Et la grande longueur de son éloignement 
lit le fait soupçomer de queiqne changement. (JM, a.) 

AUeas doae, meisieun et meidames, vont moquez^vous avee votre lan- 
gueur? {Impromptu, i,) 

LOUP-GAROU, employé comme une sorte d'adjectif 
inyariable : 

Il a le repart brusque et taccueil loup-garott, {Rc des mar, I. 6,) 

LUI , qae nous employons au datif pour le masculin 
et le féminin, est souvent, dans Molière, remplacé par 
à lui ^ à elle, qui permettent de distinguer les genres : 

Tenez avec moi , je vous ferai parler à elle, (G. />, II. 6.) 

^- LUI, où Molière met ordinairement soi : 

Mais il (l'amour) traîne après lui des troubles el&ojables, 

{Mélicerte. U. a.) 

Je Toudrois bien vous. demander qui a fcit ces arbret-lA, ces rochers , 
œttf lerre et ce ciel que voilà là-haj«t ; et si tout cela s'est hàli de lui- 
même, {D, Juan, III. I .) 

Je pense qu'il faut dans ces deux passages après soi et ele soi» 
mémCj comme on lit dans les passages suivants : 

Oui, madame, on s*en charge; et la chose, de sot, . . (Tart. IT. 5.) 

Le choix du fils d*Oronte est glorieux , de soi, (Ec, des/em, Y. 7.) 

La noblesse, de soi, est bonne. (G. Z>. I. x.) 

De lui, d'elle feraient ici le même solécisme qu'en latin per 

Uktm Ml Iktt de per se» (Vofei toi.) 



— 285 — 

LUMIÉBE; parler ayeg lumière; c'est la même 
métaphore que parler clairement : 

Kt j'en yeux , dam les fers où je suU prisonnière , 
Hasarder un (am) qui poHe avec plut de Immèrê, 

(Ecdetmar.ILS.) 

— DONNER DE LA LUMIÈRE DE; manifester : 

Un cceur de son pencliant donne assez de lumière^ 

Sans qu'on nous fasse aller jusqu'à rompre en visière. {MU, Y. s.) 

— OUVRIR DES LUMIÈRES : 

Ouvre -Jào^iB des lumières, {VAf, IV. i.) 

Lumières n*est pas ici dans le sens du Xtiùa faces j mais dans 
celui de fenêtres , ou toute ouverture par où la lumière s'in- 
troduit et la vue peut saisir une per^>ective. Ouvrir des lu^ 
mières signifie donc , en style moderne, ouvrir des jours, 

La lumière d'un canon est une ouverture au canon. 

La vieille langue disait^ pai' une de ces apocopes si fréquentes 
chez elle, un lu y pour une lumière ^ c'est-à-dire, une fenêtre. 
Le paysan picard dit encore ; freme ch* luj ferme cette lu- 
mière. De lu s'est formé lucarne , qui est un lu carré. 

(Voyez au mot caewe.) 

Chez les Latins , lumina , en termes d'architecture , signifie 
également des fenêtres , des jours. 

— PETITES LUMIÈRES , au figuré, Capacité étroite : 

El comme ses lumières sont fort petites . . . . (Pourc, Ul. i.) 

LUMINAIRE (le) les yeux : 

Oui ! je devois au dos avoir mon luminaire! (L'Et, I. 8.) 

L'UN, en parlant de plus de deux : 

Je m'offre à tous mener tun de ces Jours i la comédie. (Préc, rid. lo.) 
Ce n>st ici qu'un bal à la hâte; mais l'un de ces Jours nous tous en don- 
nerons un dans les formes. (iSid,) 
Mais par ce cavalier, l'un de ses plus fidèles^ 
Vous en pourrez sans doute apprendre des nouTelles. 

(Don Garcia, V. 5.) 

C'est mal à propos que les grammairiens ont voulu défendre 



— 233 — 

d'employer Vun en parlant de pins de deux. Cet usage du mot 
Vun date de l'origine de la langue : 

« E parlid son pople en treis, e livrad l'une partie i Joab, e Taltre à 

« Abisaï, e la tierce i Ethaï. » (Rois, p. i85.) 

« Sa femme commença à devenir tune des plus belles femmes qui feust 

« en France. » ^ (Marguerite, /re/>tejii.nouv. 1 5.) 

« Yoilà tun des péchés où mon àmc est endine. » (Riovibr. Sat. la.) 

« Vun des plaisirs où plus il dépensa 

« Fut la louange : Apollon Tencensa. » (Là Poirr. Belphégor.) 

« J*ai TU les lettres que vous débitez contre celles que j*ai écrites à un 

« de mes amis sur le sujet de votre morale, où tun des principaux points 

« de votre défense est que » (Pascal, ii* Ptov,) 

— L*U5£ par ellipse, pour Vune de vous^ Vune où 
l'autre : 

Non, je veux qu'il se donne à tune pour époux. {MêUcerte, I. 5.) 

— L*tm NI l'autre, pour m Vun ni l'autre : 

Yous n'aurez Pun ni f autre aucun lieu de vous plaindre. 

(Mciicerte. U. 6.) 
« Mais , aussitôt que Touvrage eut paru*, 
« Plus n*ont voulu Tavoir fait tun ni t autre, » 
^ (Raccnr. Epigr, sur tlphi^nie de Lecierc.) 

MACHER CE QUE l'on a sur le cœur : 

m"** perztrlcje. 
'Ex je ne mâche point ce tfuefai sur le cœur, {Tart, h i.) 

Cette métaphore est empruntée des animaux ruminants : je 
ne rumine point les griefs dont j*ai à me plaindre. 

HA COMMÈRE DOLENTE , expression proverbiale : 

Et maintenant je suis ma commère dolente, (Sgan, a.) 

MAIN; LA MAIN HAUTE. (Voyez HAUT la main.) 

— A TOUTES MAINS , toujours prêt à tous les partis : 

Ceit un épouseur a toutes mains. (^- «/«aii. I« i,) 

(Voyez DONNBa les mains.) 

MAINTENIR quelqu utt, absolument, le maintenir en 
joie et prospérité : 

Le bon Dieu vous maintienne! (P^P* <^* 01. 4«} 



— 2M — 
MAL, adverbe jouit à un adjectil.^VoywiuL i 
MAL DE MORT, vouloir mal de mobt a QUELQU'im ^ 

/# 0M «eus ho/ </« Morr d*étfe de «otre «Mil (Fem,§m,tLT.^ 

— MAL d'opui ION , qui git dans ropioion : 

Un mal tt opinion ne touche que les iots. (Amplu L 4«} 

MAL£P£STED£.... : 

MaUpeste du sot que je suis •uiourd*bw I {VEt, U. 5.) 

(Que la) maie peste («oi^ du sot... 
(Voyez PBtTB.) 

MALFAIT, substantif; xm malfait: 

Peux-tu me couseiller wi semblable ibriail, 

D'abandonner Lélieet prendre ce malfait? (JSpm,%) 

JffALGBÉ QUE J*EN AIE OU QU'OH £11 AIT : 

— Me voulez-vous toujours appeler de ce nom? 

— Akl mùigré fuê ftn «&e^ il me vient & la boMclM. 

(Ar.i4y>M.Li.) 

Madame tourne les choses d*une manière si agréable, qu*il faut être de son 
sentiment malgré tju'on en ait, (Crit. de f Jfc. des ftm, 3.) 

Cet exemple n'autorise point l'emploi de malgré que. Mal- 
gré que vous disiez,,, pour quoi que vous disiez , sera toujours 
un solécisme. Yoici la difîérence : dans malgré qu'on em ait y 
mal gré ou mauvais gré est le complément naturel et direct 
d'avoir. C'est une espèce d'accusatif absolu : mauTais gré , tel 
ipauvais gré que vous en ayez. 

Mais cette explication n*est plus possible dans malgré que 
vous disiez^ fassiez,.. j parce que gré ne saurait être id It corn- 
ploinent des verbesya^ir^, dire : on ne dit pas, on ne Caîtpas un 
gré. Au contraire, quoi [quid) s'allie très-bien aux. veAcz/aire 
et dire ," quoi que vousjassiez, mot à mot quidquodagas, 

La bute est renue de ce qu'on a fait de malgré une sorte 
d'adverbe, en perdant de vue ses racines. Cela ne fôt pas ar- 
rivé si l'on avait retenu l'usage d'écrire en deux mots mtUgré, 
Personne ne s'est jamais avisé de dire : En dépit qtte 'votu 
fassiez ; parce que dépit est resté visiblement substantif* 



— 386 — 

Et bien à la malkeure est-il Tenu d'Eipagne, 

Ce courrier que la foudre ou la grêle accompagne ! [VEt. II. z3.) 

A U in^le ou mauvaise heure ; in malora; andate in malora, 

« Ya-t-en à la malheure^ excrément de la terre! » 

(La Fohtuhe. Le Lion et le Moucheron.) 

MÂLITORNE: 

Hom avoiu le fik du gentilbomne de notre vUlage, qui eit le plus grand 
mâUtorme et la plus sot dadais que j'aie jamais t^. {B, geni. UU i**) 

Maiitomeyient sans doute de maie tornatus : 

« Etaab tomates ineudi reddere versus.» (HoB.<i0 JrU poeL) 

MAL PROPRE A. . . : 

Monsieur, je sub mal propre à décider la chose. {Mis, i. a.) 

Les comédiens, par la crainte d'une équivoque ignoble, 
substituent je suis peu propre. Le sens n*est pas le même. On 
employait autrefois mal et peu à cet office avec des nuances 
difierentes. Mal gracieux , mal habile , étaient des expressions 
moins ibrtes qu« peu gracieux , peu itabile. U est regrettable que 
Ton ail laissé perdre cet emploi de mal, La prononciation a 
soudé inséparablement Tadverbe à Tadjectif dans maussade 
[malsade)j c'est-à-dire qui est mal sérieux, d'un sérieux dé- 
sagréable, déplaisant, et non peu sérieux (i). 

Je jqiie sens malpropre à bien exécuter ce que vous souhaitez de moi. 

(^Am, magu, I, a.) 

« Le galant aussitôt 

m Tue SCS frênes» gscne au liant, 

« Mal content de son stratagème.» (La Foht. Le Renard et le Coq.) 

(i) Sad9 BUirqaait nn «érieax doax , ane conlenance réserTM avec fràec. Plusieori 
^rÎTaioa du XV* ttMs aat firia iëd9 «t son dkbtMitiC smUmm fomt gfmtU, mgnMâ. Les 
Anglait» enlrainant l'exagération du mot dana le sens opposé, ont gardé ^«e^ poursignt« 
Uf friUê. k* «ta» priAilif éUit imariMdjaice. a SsuUê, dU Sêlêfnf («a i5^o)» dis- 
tu crela ; sméJt , foll of gravity. u (Fa/. 94 verso,) 

Sait parait Taoir de sedutu* , «las axprim* parfaltanMt la mm* lorrf dérita mmê- 
smde de «m/« imtus / c'est une étymologie à la façon de Méoaga , qui sa contente de 
qodqott leltrct co m i au uea on anotogaes pour conclure la filiation. SI mmuttidt tient 
daaialv tmtm , tmk font seul tignifiert donc tûtut ? Borel n'y a pat réflccfai. 



— 286 — 

MALYERSATTONS , dans le sens élenda de désordres 
de conduite : 

OK0t«E DàiTDiir (à sa femme,) 
Tout avez ébloai tos .pareots et plàiré tm malversations. (G, D. TÎL 8.) 

L'Académie n'attribue à ce mot qu'une apptication restreinte : 
— « Faute grave commise par cupidité dant l'exercice d'une 
charge , d'un emploi , dans l'exécution d*un mandat. » 

L'explication de Trévoux s'accorde avec celle de l'Acadénne ; 
ainsi Molière s'est servi d'un mot impropre , ou plutôt n'y ma- 
rait-il pas une intention comique dans cette impropriété même ? 
Le paysan enrichi se sert du terme le plus considérable qu'il 
connaisse pour accuser sa femme, et c'est un terme de finances. 

MANIÈBE ; d une bianiere que , avec Tellipse de 

TELLE : 

Tous tournez les choiei ttune manière qu^ii êemhle que toui avez raison. 

(Dom Jumn. I. a.) 

— DES MAlflEBES (dCS espëces) DE. . . : 

Vous n'allez entendre chanter que de la prose cadcneée, on sies WÊâmè" 
res de Tters Ubres. ( Mal, im, IL 6.) 

MANQUEMENT de foi, de mémoire, pour manqtie: 

Et qu'on s'aille former un monstre plein d'effroi 
De l'affront que nous fait son manquement de foi? 

(Ec. des fem. IV. 8.) 
Et n'ai-je à craindre que te manquement de mémoire? {Impromptu, i.) 

MARCHÉ; courir sur le marché des autres: 

MATBuaiHE. — Ça n'est pas biau de courir su le marché des autres! 

(D, Juan. U. 5.) 

De mettre l'enchère à ce qu'ils marchandent. 

MARCHER sur quelque chose, métaphoriquement, 
traiter un sujet avec circonspection : 

Mon Dien, madame, mordions là-dessus y s*il vous plaît, avec beaucoup 
de retenue. {p**** d'Esc, i.) 



— 237 — 

MARQUIS ; le marquis dans un sens général, et pour 
désigner toute une classe ; DOififER dans le habquis : 

Vous donnez furieusement dans le marquis ! {VAv. I. 5.) 

Vous VOUS jetez dans les allures des marquis. 
Molière a dit de même : 

Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur. {Mis, II. 5.) 

MASQUE, adjectivement, dans le sens d'AypocnVe , 
dissimulée : 

La masque f encore après, lui fait civilité ! {Sgan. i4,) 

Ahy ahy petite masque^ vous ne me dites pas que vous avez vu un homme 

djuis la chambre de votre sœur ! {Mal, un, U. x i.) 

-^ MASQUE DE FAVEUR; favcur simuléc qui n*a que 
l'apparence : 

D*un masque de faveur vous couvrir mes dédains ! (X>. Gare. II. 6.) 

MATIERE; des matières de larmes : 

Ah! Myrtil , vous avez du ciel reçu des charmes 

Qui nous ont préparé des matières de larmes, (Mélicerte, II. 6.) 

— D*ILLUSTRES MATIERES A. . . . : 

Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville. . . . pour chercher 
6*iUttsires matières à ma capacité, (Mal, im, lU, i4*) 

MATBIMONION, mot latin, mariage : 

Quelque antre , sous Tespoir du matrimonion , 

Aurail ouvert Toreille à la tentation. (Dépit am, U, 4.) 

Dans Torigine , ces notations om, lun, soit en latin , soit en 
français, soit au commencement ou à la fin des mots , se pro< 
nonçaient o/i, et non pas, comme on fait aujourd'hui, orne, 
Bum se prononçait eon, comme on le voit par l'histoire de ce 
fanatique du moyen âge qui, entendant chanter à la messe per 
emm qui venturus cst^ s'alla persuader qu'il s'agissait de lui , 
parce qu'il s'appelait Eon (i). On disait, au xvii" siècle , de 
Vopion : 

(i) u fe donna poor le fiU d« Dieu , et ga{rna des partisans, à l'aide deaqoels il eo- 
Tihiaseit lee monast^ret et en chassait Ice moines. Pour arrêter cette espèce d'hérésie 
ridienle , il ne fallut rien de moins qu'on concile tenu à Reims , et présidé par I» 
pape en personne. Gela se passait en ii48. (C/. fjirgnuri.^ 



— 238 — 

« Ut-oa du mal , c'est jubilation;' 

« Lit-on du bien , des mains tombe le livre , 

« Qui TOUS endort comme bel opion, » (Sbsbcb.) 

Voltaire a dit encore , au xviii' : 
« L*opium peut servir un sage : 
« Mais , suivant mon opinion , 
«< Il lui faut , au lieu Jt opion , 
« Un pistolet et du courage. » 

Galhanon , alihoron , rogaton , dicton , toton , sont les mots 
latins aliorum (barbarement aliborum) , galbanum , rogatum , 
dictum^ tutuni (parce que si le toton s*abat de manière à pré- 
senter la face où est inscrite la lettre t ,- le joueur prend la 
totalité des enjeux.) 

On dit indifféremment /bcA)/am etfactoton, mm factotum 
est la prononciation modeine : 

« Je pense qu'en effet , 

« Reprit Nutu, cela peut èlre cause 

« Que le patcr avec \efactoton 

*• N'auront de toi ni crainte ni soupçon. •• (Là Fovt. Mazet.) 

MAUX ; DIRE TOUS les maux du monde : 

Qu'ib disent tous les maux du monde de mes pièces, j'en suis d*accord. 

(Impromptu, 3.} 

ME , avec un verbe neutre , comme tomber: 

A qui la bourse? — Ah dieux , cllemetoil tombée ! (VEt. I. 7.) 
Me est ici au datif : à moi. C'est le datif que les latins em- 
ployaient pour exprimer soit le profit , soit la perte : Exdderat 
mihi marsupium, 
(Voyez DATIF.) 

MÉCHANT, mauvais; en parlant du goût, d'un art : 

Mais peut-être , madame , cpie leur danse sera mèciiante ? — MéclwnU 
ou non, il la faut voir. {Am, magn, I. 6.) 

Je n'ai pas si méchant goût que vous avez pensé. {^Ibid, II. i.) 

11 ne faut point perdre de vue le sens primitif de meschant, 
qui n'est point celui de maiits, neguam, auquel seul il est au- 
jourd'hui réduit, mais celui de infortune, qui a contre soi la 
chance. Ce radical mes agit de même dans mes-prix y mes» 



— 339 — 

tUrtf mes'-qffrir^ mes^apemture j meê^estùne ^ etc« (en angUb 
mit 2 misiûAûf misforinnef etc.). 

Meschant est le participe de meschoiry pour meschéant» 
A)«ii Chartier oppose méchant à heureux : 

« Adooc y senu-ta phi$ mesehant de œ que ta caideins y estre pfits 
« heureux. » (kunn Chaiitisr. Ck(rmt p, 3^4^ 

Greban dit qu*à la mort de Charles YII les bergers désolés 
se rassemblaient : 

« Car par troupeaox â*assemb1èreiit ez chanips, 

« Criants : Ha Dieu, que ferons-nous, meschants? > 

(Effitaphe ik CharUi m.) 

Charles Bouille, de Saînt-Otientin (i533) r « Meschant: qua 
« iroce âbtitentes Gallî, virum interdum inopera , interdnm 
« iniquum , dolosum et infeliccm effantur'. » {De viHis vntga^ 
rium Ling.^ p. i5.) Mais il n'est pas si exact quand il dérive 
méchant du grec fiTJxavii , parce que les artisans voues aux arts 
mécaniques sont d'ordinaire pauvres , et de pauvres devien- 
nent méchants. C'est de Fétymologie à la façon de Ménage. 

Meschance a été la forme primitive de méchanceté. 

« Tu es le Tray Dieu, qui meschance 

« PTaymes point , ni malignité. » (Marot^ Psaume 5.) 

Ainsi un méchant goût, une méchante danse , c'est un goût j 
une danse qui ne réussissent point, qui ont la chance contraire. 

> Voilà y dit Xanthus, U pÂtiaserie ia plus méeiumië que j^aie jamais 
«mangée. Il faut brûler l'ouvrière, car elle ne fera de sa vie rien qui vaille.» 

(La FoHTAixrE. Fie d'Ésope.) 

MÉDIBE SUR QUEiiQu'uiï ; 

Ceux de qui la conduite offre le plus à rire 

Sont toujours sur autrui leê premiers à médire. {Tort. I. i.) 

« On ihédit de quelqu'un , et non sur quelqu'un. Cest une lé- 
gère faute , que Molière eût évitée en mettant : 

« Des autres sont lonJtfDn les premiers à médire. • (M. AitoKn.) 

Le vers de Molière est le plus naturel du monde : celui qu*oii 
propose pour le remplacer offi-e une inversion tout à fait forcée, 
et qui trahirait la gène du poëte. Pouitiuoi ne dirût-on pas 



— 240 — 

médire sur comme médire de , puisque y dans cette dernière 
forme, de est le latin de , qui signifie sur? On dit Inen malé- 
diction sur lui! 

Molière , en construisant le verbe conune substantif , B*a 
point ici commis de faute^ même légère ; et c'en est toujours 
une d*étre guindé , soit en vers, soit en prose. 

MÊLER pour $e mêler : 

Faut-il le demander, et me voil-on mêler de rieo dont je ne Tienne à 
bout ? {L'Ap. n. 6.) 

Molière, par égard pour l'euphonie, a fait servir un seul me 
pour les deux verbes voir et mêler, 

(Sur la suppression du pronom des verbes réfléchis, vojes 

au mot AEEÉTER.) 

MÊME, pour le même : 

Si sa bouche dit vrai, nous avons même tore, {jimpK IL s.) 

Tout autre n*eùt pas fait n^me cliose k ma place ? {Dép. mm, Vf, a.) 

— MÊME , précédant son substantif comme en es- 
pagnol: 

Avoir ainsi traité 
Et la même innocence et la même bonté! {Sgeui, x6.) 

Seigneur, de vos soupçons Tinjuste violence 

A h même vertu vient de faire une offense. (/>. Garde, IV. lo.) 
« Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu. . . ? » (Coan. Le Ckf,) 

L'italien a la même construction : l'istessa innocenza e l'iS" 
tessa bonta, 

— LE MÊME DE, le même que : 

Je ne suis plus le même d'hier au soir, (p,Juan,\, z.) 

Je ne suis plus le don Juan d'hier au soir : 

« Le curé donc qui s*estoit logé dans la mesme hostellerie de nos corné- 
« diens. . ,» (Scarroit. Rom. eom, i'* p. ch. 14.) 

De pour que , dans cette locution, est un hispanisme. 

(De mâmb pour pareil, voyez de même,) 



-. 241 — 
MÉNAGE ; vrvB£ de ménage : 

Qui me Tend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis! — Cest vivre 
de ménage, {Méd. m, lui, I. i . ) 

La plaisanterie repose sur la double acception du mol de : 
vivre avec ménage, épargne; et vivre aux dépens , au moyen 
de son ménage , de son mobilier. 

MENER» pour amener: 

Je sais ce qui vous mène. {Ec, desfem. V. 7.) 

MENTIR DE QUELQUE CHOSE : 

Mais y à n'en point mentir, il seroit des moments 

Où je pourrois eotrer en d*autres sentiments. (D, Garde. 1.5,) 

Et y pour n^en point mentir^ n'étes-vous pas méchante 

De vous plaire à me dire une chose affligeante? (TVir/. II. 4.) 

Selon M. Auger, on ne dit point mentir d'une chose. Pour- 
quoi pas? on dit bien se taire de quelque chose, 
(Voyez DE dans tous les sens du latin de,) 

MÉPRIS avec un nom de nombre , comme d'une chose 
qui se compte : 

J'ai souffert sous leur joug cent mépris différents. {Fem, sav, I. a.) 

Sur le radical mes y voyez à MiécHAifT. 

MERCI DE MA VIE : 

Hé! merci de ma vie, il en iroit bien mieux 

Si tout se gouvernoit par ses ordres pieux. (Tart, 1. 1.) 

Trévoux dit que c'est une espèce de jurement employé par 
les femmes du peuple. 

Merci signifie grâce ^ miséricorde. Merci de ma vie est Top- 
posé de mort de ma vie. C'est l'imprécation beureuse substituée 
à l'imprécation funeste , comme Dieu me saupel au lieu de 
Dieu me damne! 

L'espagnol et l'italien ont la même formule. 

ME SEMBLE , ce me semble : 

Noos ne nous sommes vus depuis quatre ans ensemble, 
Ni, qui plus est, écrit Tun à Vautre, me semble, (Ec, desfem, 1. 6.) 

16 



MESSIEURS Tos PABSHTSf appliqué aux père et mère: 

Je voue resptcte trop, tous et masUun vos patents, pour étr« amoureux 
de TOUS. (G. D, L d.) 

La bizarrerie de cette expression disparaît, si Ton réfléchit 
que messieurs signifie exactement mes seigneun. Vos parent» , 
votre père et votre mère , qui sont mes seigneurs. 

MÉTAPHORES vicieuses, itiœhirentes, hasardées: 
Les exemples n*en sont pas rares dans Molière, à cause de 
la rapidité avec laquelle il était souvent obligé d'écrire. 

— BOUCHE : 

Dans ma touche ^ une nuit, cet amant trop aimable 

Crut rencontrer Lucile à ses vœux favorable. (Z^^* am.U. i.) 

Ascagne veut dire qu'à la faveur de la nuit, elle se fit passer, 
auprès de Valère , pour Lucile. Tout le res|>ect dû à Molière 
ne saurait empêcher qu'on ne rie de cet amant qui croit ren- 
contrer Lucile, la nuit, dans la bouche d' Ascagne. Molière sans 
doute serait le premier à s'en moquer. 

-^ RESSOKTft : 

Fais-moi dans tes desseins entrer pour quelque chose : 
Mais que de leurs ressorts la porte me soit close ^ 
C'est ce qui fait toujours que je suis pris sans verd. (VEt, IIL 5.) 
On concevrait les ressorts de la porte , mais la porte des res- 
sorts est une image absolument impossible : les ressorts n'ont 
point de porte. 

Ne vous y fiez pas ! il aura des ressorts 

Pour donner ooaire tout raison k ses efforts. {Tort, V, 3.) 

On ne donne pas raison avec des ressorts. Molière veut dire : 
il aura des artifices , des ressources. 

— poids: 

Le poids de sa grimace , où brille l'artifice i 
Renverse le bon droit et tourne la justice. (ifû. Y. x.) 

Et sur moins que cela U poids d'une cabale 
Embarrasse les gens dans an fâcheux dédale. (Tart, T. 3.) 

Le poids d'une cabale paiait une flgui'e plus acceptable que 
le poids d'une grimace. (Voyez foids.) 



— 243 -. 

— IfOBUDS : 

Je voudrais de bon cœor'qii'oB fél eiilr« vons deux 

Be quelque ombre de paix raoeoannoder les nœuds, (Tort, Y. 3.) 

Une ombre n*a point de nœuds -, ainsi on ne raccommode 
pas les nœuds d'une ombre. 

L'hymen ne peut nous joindre, et j'abhorre des nœuds 
Qui deviendroient sans doote un enfer pour tous deux. 

(/). Gareie. I. f .) 

Comment des nœuds peuvent-fls devenir im enfer? 

— AUDIENCE ; 

Et Je Tols sa raison 
D'une audience avide avaler ce poison. (fi. Garde, tto t«) 

On ne peut se figurer quelqu'un avalant par Toreille. Les 
Latins , plus hardis que nous dans leurs métaphores, disaient 
bien : densum humeris bibit aure vulgus (Horace.) Cette image 
en français paraîtrait ridicule, pour être trop violente. Il faut 
tenir compte de Tusage. 

— • page: 

Et je me tif eoBtninte à demeorer d'acoord 

Que Xair dont vous viviez vous faiâoit ua pea lorl| 

Q«*il prcDoit dan te maadm ona méchanteySM». (Mis. W* 5.) 

Lt Uice d'un air? 

~PBJBTER LIS MAIHS: 

▲ f ons prêttt kê nuùm ma tendrwsêe contiBl. (JVi#« ly • h) 

On ne conçoit pas bien ce que c'«st que les mains d'une Mft- 
dresse y ni une tendresse qui prête les mains. Mais ici l'excuse 
de Molière peut èt!^ que prêter les mains est une location reçue 
pour dire seconder^ et qu'ainsi le sens particulier de chaque 
mot se perd dans le sens général de l'expression. 

La même observation se reproduit sur ce vers : 

Poarm que tmra êmur teuilla donner les maint 

Au dessein que j*ai (ait d« fuir tous les humains. (Jdis. V. 7.) 

Le§ mains d'an cœur sont encore plus choquante* que ks 
mains d'wM uadreitc. 

16. 



— 244 — 

— BRAS*: 

Un souris chargé de douceurs 

Qui tend les bras k tout le monde. (Psyché, I. z.) 

— DEirrs : 

Tout cet embarras met mon esprit sur Us dénis, {Amph, I. 2.) 

Il est superflu de remarquer que les dents d*un esprit , les 
bras d'un souris , sont des images aussi forcées que les mains 
d*une tendresse ou d*4in cœur. 

Les Ters suiirants présentent ane suite d images 
tout à fait incohérentes. Il s'agit des ornementa gothi- 
ques: 

Ces monstres odieux des siècles ignorants , 

Que de la barbarie ont produits les torrents , 

Quand leur cours y inondant ^reaqut toule la terre, 

Fit à la politesse une mortelle guerre. (La Gloire du Val de Grâce) 

Comment les torrents de la barbarie peuvent-ils produire 
des monstres odieux dont le cours inonde la terre? Il faut 
avouer que La Bruyère n'avait pas tort d'appliquer à ce style le 
nom de galimathias ; mais il avait tort d'appliquer ce jugement 
au style de Molière en général. 

Peut-éti*e faut-il lire , au troisième vers; quand son cours; 
ce serait alors le coui*s de la barbarie, et non le cours des 
monstres. Le passage, après cette correction, n'en serait guère 
moins mauvais. Il est bien étonnant que Molière, au moment 
oix il venait de donner Tartufe et le Misanthrope y pût écrire 
des vers comme ceux-là et comme les suivants : 

Louis, le grand Louis, dont l'esprit souverain 

Ne dit rien au hasard et voit tout d*un œil sain , 

A versé de sa bouche , à ses grâces brillantes , 

De deux précieux mots les douceurs chatouillantes; 

Et Ton sait qu'en deux mots ce roi judicieux 

Fait des plus beaux travaux Téloge glorieux. 

Les précieuses et Tabbé Cotin ont dû se croire vengés. 
(Voyez d'autres exemples de métaphores vicieuses aux mots 

MGREUK j CHAMP , LANGUE , PEINDRE EN ENNEMIS , RESSORTS , 
ROIDIR , TRACER , TRAITS , VERSER , VISAGE , etC. , etC.) 



-. 245 — 

METTRE, absolament, mettre son chapeau, se 
couvrir : 

Mettons donc sans façon. {Ec. desfem, m. 4.) 

Allons, mettez. — Mon Dieu, mettez, — Mettez ^ vous dis-je, monsieur 

Jourdain ; vous êtes mon ami. (Bourg, gent, III. 4.) 

-- METTRE DESSUS, même sens : 

Mettez donc dessus, 8*il vous plalL (Mar.for. a.) 

Mettez dessus la tête. 

— SE METTRE, sc vétir: 

Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter , 
Qu'on serait mal venu de me le disputer. (Mis, Ul, x.) 

Voilà ce que c'est que de se mettre en personne de qualité ! 

(B. gent, n. 9. 

— METTRE A. . . . , appliquer à : 

Cest une fille de ma mère nourrice que j'ai mise à la chambre, et elle est 
toute neuve encore. (Comtesse if Esc, 4.) 

— > METTRE A BAS , métaphoriquement j renverser , 
terrasser : 

C^est maintenant que je triomphe, et j'ai de quoi n'ettre à bas votre or- 
gueil. (Georges D, m. 8.) 

— METTRE A BOUT UNE AME : 

Et n'est-ce pas pour mettre à bout une âme ? (Amph, II. 6.) 

— METTRE A TOUTE OCCASION ; mettre une chose à 
toute occasion , en faire abus , la profaner : 

Mais l'ami lié demande un peu plus de mystère. 

Et c'est assurément en profaner le nom 

Que de vouloir le mettre à toute occasion. (Mis, I. 2.) 

— METTRE AU CABIIfET : 

Franchement, il est bon à mettre au cabinet, (Ibid, I. a.) 

On a beaucoup disputé sur le sens de cette expression. Les 
uns veulent que ce soit : bon à serrer, loin du jour, dans les ti- 
roirs d*un cabinet (sorte de meuble alors à la mode] ; les autres 
prennent le mot dans un sens moins délicat, et qui s'est attache 
à ce vers , devenu proverbe. Je crois que Molière a cherché 



— 246 ^ 

réquivoque. Et qu'on ne dise pas que la groesièrecé du teeond 
sens est indigne d'AIceste ; Alceste est poussé à bout , et lui , 
qui ne s'est pas refusé tout à Theure une mauvaise pointe sur 
la chute du sonnet , ne paraît pas homme à refuser à sa colère 
un mot à la fois dur et comique , bien que d'un comique tri-» 
vial. C'est justement cette trivialité qui fait rire, par le ton- 
traste avec le rang et les maDières habituelles d'Alcesle. 

— METTEE AUX YEUX , Seyant les yeux : 

Je lui mettois aux yeux comme dans notre temps 

CeUe soif a gâté de fort honnêtes gens. [Mis, I. a.) 

Me mettre anx yeux que le tort implacable 
Auprès d'elles me rend trop peu considérable. (MéReerie, H. i.) 
Tous derriez letir mettre un bon exemple aux yeux, {Tort, L i.) 

— METTRE BAS , quitter, déposer : 

Qui, moi, monsieur? — Oui, vous. Mettons bas toute feinte. 

(Ee. des mar. U, 3.) 
Allons donc, messieurs, mettez bas toute rancune. {Jm, métL ni. i.) 

— MEITRE DAKS UH DISCOURS, DAHS UH PROPOS : 

Si , pour les sots discours oit ton peut être mis , 

n faUoit renoncer à tes meilleurs amis. {Tart, I. x.) 

Et pour ne tous point mettre aussi dans le propos, {Fem, sav, iy.3.) 

-^ METTRE EN ARRIERE , déposer, quitter : 

De grâce, parle , et mets ces mines en arrière, (Mélicerte, L 3.) 

— METTRE EN COMPROMIS , Compromettre : 

C'est un brave bomme : il sait que les cœurs généreux 

Ne mettent point les gens en compromis pour eux. {Dép, am, T. 7.) 

— METTRE EN MAIN , COUfler : 

Et Ton m*a mis en main une bague à la mode 

Qu'après vous payerez , si cela Taocommode, {VEt, h 6.) 

— METTRE EN MAIN QUELQU'UN A UN AUTRE : 

Pour moi, je ne ferai que vous la mettre en main, 
• ( Ec. des fim, V. a.) 

Je ne ferai que remettre Agnès entre vos niain$. 



-247- 

— METTEE PAR ECRIT : 

Une autre fois je mettrai me* raisonnements par écrit, pour disputer aver 

( D, Juan. I. a.) 

Brossette rapporte que Boileau , dans î'épltre à son jardi- 
^er, avait mis d*abord : 

« Biais noii;tn te souviens qu'au village oo t'a dit 
« Que ton maître est gagé pour mettre par écrit 
« Les faits d'un roi, etc. » * 

n changea le second vers de cette façon : 

« Que ton maître est nommé pour coucher par écrit» » 

Apparemment gagé lui parut manquer de dignité, et coticher 
ï>ar écrit lui sembla une expression rustique d'un effet plus 
piquant que l'expression ordinaire, mettre par écrit, 

MEUBLE , comme noas disons moUlier : 

Tos livres étemels ne me contentent pas; 

Et » hors un gros Plutarque à mettre mes rabats. 

Tous devriez brûler tout ce meuble inutile. (Fem, tap» II. 7.) 

MEUBLÉ DE SGiEifGE : 

Mais nous voulons montrer 

Que de science aussi les femmes sont meublées. (Fem, sa?, m. s.) 

MIEUX, le mieux: 

Nous verrons qui tiendra meux parole des deux. ij>ép. am. II. 2.) 
Cest par là que son feo se peut nùeuss expliquer. (X>. Oarcie. 1. 1 .) 
(Voyez PLUS pour le plus.) 

— DU MIEUX QUE pour le mieux qœ : 

Toilà une personne qui aura soin pour moi de vous traiter du 

mieux ^u'il lui sera possible. {Pourc, I. 10.) 

(Voyez DE exprimant la manière y la cause.) 

MIGNON DE COUCHETTE : 

Le voilà le beau fils , le mignon de couchette 1 {Sgan, 6.^ 

MIJAURÉE. (Voyez pxicpBsouix.) 



— 248 — 
MILLE GENS: 

Moi! je aerois cocu ? — Yous voilà bien malade ! 

MilU gens le sont bien .... {Ee, desfem, IV. 8^^**) 

(Voyez CEWS açec un nom de nombre déterminé,). 
MINE ; AVOIR DE LA MnîE : 

Toi de la mine encore assez pour plaire aux yeux. (VEL 1. 6.——*) 

— AVOIR LA MHîE DE (an infinitif) : 

Toi bien la mine^ pour moi, de payer plus cher Tos folies. 

(jScapin,l. * f^^ ) 

— FAIRE LES MIMES DE SOKGER A QUELQUE CHOSE : 

Pour peu que d'y songer tous nous fassiez les mines. {Mis, JJL 7.) ^^ 

Faire mine de, c'est/aire semblant de. Faire mine de dési- ^ 
rer, faire mine de songer à quelque chose. 

Faire la mine, c'est bouder. 

Faire des mines, c'est minauder. 

On dirait donc aujourd'hui , et mieux, je crois : pour peu 
que vous nous fassiez mine dV songer. 

Il est vraisemblable même que Molière^ en altérant l'expres- 
sion consacrée, a cédé à la contrainte du vers. 

MINUTER^ projeter tacitement , sournoisement: 

Je le remerciois doucement de la tcte , 

Minutant à tous coups quelque retraite honnête. ( Fâcheux, L x.) 

« il///îi//tfr secrètement quelque entreprise. » (Vaugklas.) 
Secrètement^ dans cet exemple, fait pléonasme : 
a Ce marchand minute sa fuite, s'apprête à faire banqueroute. 
« Ce mécontent minute quelque conspiration. » (Tio^voux.) 

MIRACLE ; jeuiïe miracle, une jeune beauté : 

Qui , dans nos soins communs pour ce jeune miracle. 

Aux feu\ de son rival portera plus d'obstacle. (£*£/. L x.) 

MITONNER quelqu'un : 

Mou cœur aura bâti sur ses attraits naissants , 

Et cru la mitonner pour moi durant treize ans. . . .' 

{Ec, desfem, IV. i.) 

Métaphore du style le plus familier. Une soupe mitonnée 



e^t une soupe que Ton a longtemps et avec patience fait bouillir 
à petit feu. (Racine, mitis?) 

MODÉRATIONS, aa pluriel: 

Et vous nous faites voir 
Des modérations qu'on ne peut concevoir. (Fem, sav. I. a.) 

MODESTE ; âtre modeste a quelque chose , rela- 
tivement à quelque chose : 

Jamais on ne m*a vu triompher de ces bruits ; 

Tjr suis assez modeste. (Ec. des fem^ 1. 1.) 

MOI , substantif : 

Un moi de vos ordres jaloux , 
Que vous avez du port envoyé vers Alcmène , 
Et qui de vos secreb a connoissance pleine 

Comme U moi qui parle à vous. {Amph, II. i.) 

— MOI-MEME , OÙ nous dirlous lui-même : 

Oui , je suis don Juan moi-même. {D. Juan. III. 5.) 

Cette façon de dire parsût plus raisonnable que l'autre^ puis- 
que tout y est à la première personne, au lieu d'accoupler la 
première à la troisième. En effet, je suis don Juan lui-même ^ 
reviendrait à : c'est moi qui esi don Juan lui-même. 

Au surplus, Molière s'est aussi exprimé de cette dernière 
façon : 

N'est-ce pas vous qui se nomme Sganarelle? 

— En ce cas, c^est moi qui se nomme Sganareile. (Mèd, m. lui. I. 6.) 

MOMON;- JOUER un momon : 

Masques, où courez-vous? Le pourroit<on apprendre? 
Tmlaldin, ouvrez-leur ^ovac jouer un momon. {VEt. III. ii.) 

Trévoux, et d'après lui le supplément du Dictionnaire de 
l'Académie , définissent le momon : « Défi d'un coup de dez 
« qu'on fait quand on est en masque. » Cette définition ne s'ap- 
plique pas au passage précédent ni au suivant : 

Est*ce un momon que vous allez porter.^ (B. gent. T. i.) 

Le momon pouvait donc être joué et porté. L'explication de 

Borel parait lever toute difficulté. Le momon , selon lui, était 

une sorte de pelote énorme que l'on portait dans les masca- 



— 250 — 

rades notables , comme si c*eût été une grosse bourse enfléf 
contenant des enjeux. 

Périzonius dérive momon du grec (xofXfKo ; Ménage, de Mo- 
mus, le bouffon des dieux ; Nicot, de mon mon^ espèce de gro- 
mellement que font entendre les masques » dit-il ; d'autres, da 
sicilien momar , un fou. Personne n'a songé à l'aUemand 
mumme^ un masque \ mwnmerey^ mascarade \ d*où en firançus 
momerie, 

MON ESTIME , au sens passif : 

Et qu'il eAt mieux valu pour moi , pour wmm mImm, 

Suivre les mouvements d'une peur légitime. {pép, am, UL 3.) 

C'est-à-dire, pour l'estime qu'on fera de moî , dans Tintérèt 
de ma réputation. Mon estime est ici comme mon honneur. 

MONSTRE PLElif D*EFFROl. (Voyez plxir D'srrmoi.) 

MONTRE , substantif féminin au sens à^ exposition : 

Conserve à nos neveux une montre fidèle 
Des exquises beautés que tu tiens de son zèle. 

(La Gloire ém Fal^e^Crdêe.) 

Montre s'employait autrefois au sens de reçue : la montn 
deê ioldau; patser à la montre , c'est paner à la tenu: 
« Ainsi Richard jouit de ses amours, 
t Vécut content, et fit force bons tours, 
« Dont celui-ci peut passer à la montre, » 

(Là. FoiTT. Richard Minutolo,) 

MONTRER A QUELQu'un , absolument, pour donner 
des leçons: 

Outre le maître d'armes qui me montre , j'ai arrêté encore un maître de 

philosophie. {B. gent. I. a.) 

Votre maître de musique est allé aux diamps, et voilà une personne 

qu'il envoie à sa place pour vous montrer. (Mal, im. H. 4.) 

« Son maître tous les jours vient pourtant lui montrer, > 

(Regnakd. Le Distrait^ 

Bossuet emploie de la même façon enseigner, comme verbe 
actif; enseigner quelqu^un : 

« J'ai déjà dit que ce grand Dieu Us enseigne , et eu leur donnant et ea 
« leur ôUnt le pouvoir. » (Or. fim. d'Henr. itJ.) 



— 251 — 
— MOHTBJBE DE (an iufinitiQ : 

Tout iMviei MUT coa reste, et moatrk* d'affeeiêr 

he côté qu'à sa bouche elle avoit su porter. {VEt. IV. 5.) 

MOQUER ; 8e moqueb de (un infinitif), dans le leni 
de ne pas vouloiri se mettre peu en peine de ^ non 
curare de : 

Jë me moqueroU fort de prendre un tel époux t {Tari, II. a.) 

Je veux Ini donner pour époux un homme aussi riche que sage ; «t la 
coquine me dit au nez quV//^ se moque de le prendre, (VJv, I. 7.) 

C*est-à-dire , non pas qu'elle est indifférente à le prendre ou 
non j mais qu'elle se moque de la volonté de son père de le lui 
Eure prendre. 

On sait leur rendre justice (à certains maris), et Ton se moque fort êe U$ 
considérer au delà de ee qu^ilt méritent. (fi. D, III. 5.) 

Quand l'amour à vos yeux offre un choix agréable. 

Jeunes beautés, laissez-vous enflammer: 
MoqueM^vous d^ affecter cet orgueil indomptable 
Dont on vous dit qu'il est beau de s'armer. 

(ProLdêhpr.d'Mlide.u) 

Cest que les filles bien sages et bien honnêtes comme Tons te moquent 
^étre oèéissantes et soumises aux volontés de leur père. (Mal, im, n. 7.) 

MORCEAU DE JUDICIAIRE. (Voyez judiciaire.) 

HORGUEB QUELQu'uiT j le braver inisolemment : 

Et de son large dos morguant les spectateurs, (Fdcfteus. I. i.) 

« tous ces vaillants , de leur valeur guerrière , 

« Morguent la destinée et gourmandent la mort. • 

(Riovixa; Aat VI.) 

MOUCHE ; la mouche moiïte a la taxe : 

Ahl que vous êtes prompte! 
La mouche tout à coup à la tête vous monte, {VEi, I. xo.) 

C'est une autre forme de la locution proverbialCy prendre la 
mouche. On dit en italieui la mosca vi salta al naso, 

MOUGHEB DU PIED (se) x 

DORiira. 
Certes, monsieur Tartufe, à bien prendre la choie, 
N'est pas un homme, non, qui se mouche du pied! 

{Ton. VL 3.) 



— 252 — 

Se moucher avec le pied était un tour d*agilité des saltim- 
banques. De là cette expression ironiquement familière en par- 
lant d*un homme grave et considérable : Il ne se mouche pas 
du pied ! ou, comme dit Mascarille : U tient son quant-à-moi ! 

MOUSTACHE; sur la moustache, à la barbe : 

Afin qu'un jeune fou dont elle s'amourache 

Me la vienne enlever jusque sur la moustache, (Ee, desfem. IVt i.) 

MOUVEMENT ; de son mouvemeht, proprio motvk : 

S'il s'attache i me voir, et me veut quelque bien, 

Cest de son mouvement; je ne l'y force en rien. (MéUcertt, n. 4--^ 

MYSTÈRE ; faire grand mystère , c*e8t-à-dir^ i 
grand embarras de quelque chose : 

Du nom de philosophe elle fait grand mystère , 

Mais elle n'en est pas pour cela moins colère. {Fem, tav, IL ^ - 

NE , êupprimi; dans une formule interrogative : 

De quoi te peux-tu plaindre? ai-Je pas réussi ? (L'St. lY. S ^ 

Mais suis-je pas bien ht de vouloir raisonner. . . . (Sgan, i.«— 

Les querelles , procès , faim , soif et maladie , 
Troublent-ils pas assez le repos de la vie? ( /W. 17^- 

Et tu trembles de peur qu'on t'oie ton galant. ( làid. ai.^ 

Dis'tu pas qu'on t'a dit qu'il s'appelle Talère? (Ec, des mar. U. z.^ 

Valère est- il pas votre nom ? ( Ilîd, H. 3.^ 

L'amour sait-il pas l'art d'aiguiser les esprits? {Ec, desfem, III. 4.^ 
Trouvez-'vous pas plaisant de voir quel personnage 
A joué mon jaloux dans tout ce badinage? (Ibid.) 

Pour dresser un contrat m'a^l-on pas fait venir? ( Ibid, Vf, a.) 
M'êtes-vous pas venu quérir pour votre maître? {Ibid, IV. 3.) 
Tai'je pas là-dessus ouvert cent fois mon cœur ? 
Et sais'tu pas pour lui jusqu'où va mon ardeur ? ( Tart, II. 3.) 
Pou9ez-^*ous pas y suppléer de votre esprit? {Impromptu, i.) 

Il aura un pied de nez avec sa jalousie, est-ce pas ? {G, D. L a.) 

Pourrois-je point m'éclaircir doucement s'il y est encore? {Ibid, n. 8.) 
Est-ce pas vous, Clitandre? {Ibid, III. a.) 

— Après à moins que : 

La maîtresse ne peut abuser votre foi , 

J moins que la maîtresse en fasse autant de moi. {Dép, am, I. z.) 



— 253 — 

A moins que Yalère se pende , 
Bagatelle; son cœur ne s'assurera point. {Dèp. am, I. q.) 

A moins que le Q.t\ fasse un grand miracle en vous. (làid, II. a.) 

Et moi , je ne puis \vrrt à moins que vos bontés 

Accordent un pardon à mes témérités. (D. Garde, VL. 6.) 

On ne saurait dire que^ dans ce dernier exemple, Molière ait 
cédé aux besoins de la mesure , car il ne lui en coûtait rien de 
noettre : N'accordent un pardon. 

Et moi , je ne puis vivre à moins que vous quittiez 

Cette colère qui m'accable. (Amph, II. 6.) 

Et l'on en est réduite à n'espérer plus rien , 

A moins que ton se jette à la tèle des hommes. (Psjrdœ, 1. 1.) 

Si cette suppression avait eu quelque importance dans la 
coutume du langage du temps , il eût été facile à Molière de 
mettre: 

A moins qu'on ne se jette à la tète des hommes. 

Je lui ai défendu de bouger, à moins que fy fusse moi-même , de peur 
d« qaelque fourberie. (Pourc, I. 6.) 

— Après AVATîT que: 

Avant que vous pariiez , je demande instamment 
Que vous daigniez , seigneur, m'écouter un moment. 

(D, Garde, V. 5.) 

Allons, courons acon/ qtte d'avec eux il sorte, (Amph, III. 5.) 

« Avant quon t ouvrit (la cédule), les amis du prince soutinrent que, etc.» 

(La FowTAiHK. Fie d'Esope,) 

• Toutes yro% fables pouvoient vous servir avant qu'on sût vos prin- 

• opes. ■ (Pascal. xS" Prov,) 

— Après AVOIR PEUR QUE : 

J'ai bien peur que ses yeux resserrent votre chaîne. 

(Dép, am. IV. a.) 

— D'abord exprimé , pois sapprimé après avoir peur 
que: 

J'ai peur qu*elle ne soit mal payée de son amour, que son voyage en cette 
ville produise peu de fniit, et que vous eussiez autant gagné k ne bouger 
de Uu (D, Juan, 1. 1.) 



— 254 — 

— Après GRAtUDRE QUE : 

Mais, hélas! je crains lien que /y perde met soins. 

{D.ameie,tt,6.) 
Je craindroii ^ue peut-être 
A «quelques yeux suspects tu me fisses coonoitfe. {Fâcheux, UL i.) 

Oui, mais qui rit d'autnii 

Doit eramdre qu'à son tour oa rh tmad de loL (Me, éetfem, L i.) 

Ftol-oo ermhulre que des dioses si gén éf il enea t à kmlé a/keseHt ywlye 

impression dans les esprits ? (Fréf, de T^rtufL) 

— Après lOfPicHER qui: 

Si son cœur m*est volé par ea blondis funasloi 
Tempécherai du moins qu'on s'empote du resto. {ficidieêftHL IV. 7-) 
Molière l'a exprimé ailleurs : 
Cela n'empédiera pas que je ne conserve pour vous ces sentiments d'e^ 

time {Poure, m. 9^ ^ 

Mais il Ta encore supprimé dans ce passage : 
Le choix qui m*es( offert s'oppose à votre attente , 
Et peut seul empêcher que mon cœur vous contante. 

iMaetrêe.l.S^ ) 
Je croîs qu'ici Molière a cédé à la contrainis de la luesiu^^ * 
Pascal exprime ne : 
« M. le premier président a apporté un ordre pour empêcher que car ^ 

« taius greffiers ne prissent de Tardent pour cette préférence.» (18* Pro9. ' 

Au surplus , il est vraisemblable que Molière n'attachait au^ 

cune împoitance à exprimer ou retrancher le ne; son habitud^^^ 
parait avoir été pour la suppression. Pascal, au contraire^ est -^ 
pour l'expression. 

— Après D£ PEUR QUE : 

De peur que ma présence encor soit criminelle. (L'Mt. L 5.) 

De peur qu'elle revint ^ fermons à clef la porte. ÇEcdes mar, III. a.) 
Ailleurs Molière Ta exprimé : 

Ah! Myrlil, levez-vous, de peur qu'on ne vous voie. 

{Mélieerte. IL 3.) 

-^ Après DETAirr <m AVÂirr qub: 

Devant que les chandelles soient allumées. (Préc, rkL 10.) 

— Après GAHDER QUE ; 

Gardons bien que par nulle autre voie elle en apprenne jamais rien. 

(Am^ mugm L t.) 



— 256 ~ 

— Après UTBVX QUE, précédé d'ane nation : 

Je ne crois pas «{u'oo puisse mieux danser qu'iU da/uent 

{Am, magnl H, x.) 
Chacun demeura d*accord qu*ou ne pouvoit pas mieux jouer qiCUfiu 

(Çriu de tEc, desfem. 6.) 

-^ NE , exprimé ; après ne doutée point que : 

Oui t Je ne doute point que l'hymen ne vous plaise. 

(£c. des fem. II. 7.) 
Je ne doute point que vos paroles ne soient sincères. (Scapin. 1. 3.) 
fiossuiT a dit : 

« Je ne crois pas qu*on puisse douter que Ninus ne se soit attaché à 
. l'Orient. » (Hijt. Un, IW p. $ 4.) 

Ici pourtant l'expression est difTérente de celle de Molière , 
en ce que le premier ne s'attache , non pas au verbe douter, 
mais au verbe croire. Il paraît que le xvii* siècle tenait pour 
rèjjle invariable d'exprimer ne après douter que , quel que fut 
d'ailleurs le sens de la phrase , afïïrmatif ou négatif. Ninus 
s^était attaché à l'Orient , je ne crois pas qu'on en puisse dou- 
ta'; c'^t ce que veut dire Bossuet, et il met deux négations. 
Il me semble que dans cet exemple la seconde est de trop y 
mais on observait encore certaines lois de symétrie , tradition 
de la vieille langue, qu'aujourd'hui nous qualifions pléo- 
nasmes. 

(Vayei plus bas ne répété par pléonasme») 

— Après IL M£ TARDE QUE : 

// me tarde que je ne goûte le plaisir de b voir. (iUUien, 10.) 

— Après PRENDRE GARDE QUE. ... : 

On m'a chargé de prendre garde que personne ne me vit. (G, D, I. a.) 

— Après NE TENIR qu'a : 

n ne tiendra quk elle que nous ne soyons mariés ensemble. {G,D,\, a.) 

-— Après METTRE EN DOUTE QUE : 

n n*y aura personne qui mette en doute que ce ne soît vous qui m'aurez 
tuée. (G. D. III. 8.) 

— NE , répète par pléonasme : 

Je ne puis pas nia qu'il n*y ait eu des Pères de l'Église qui ont eon- 



— 256 — 

damné la comédie ; mais on ne peut pas me nier aussi qu'il n'y en ait eu 
quelques-uns qui Tont traitée un peu plus doucement (Prtf, de Tartufe.) 

Je ne doute point, sire, que les gens que je peins dans ma comédie ne 
remuent bien des ressorts auprès de Yotre Majesté , et ne jettent dans 
leur partL ... , ( a»« Placet au Roi) 

On pourrait supprimer chaque fois le second ne; la phrase 
n'en serait pas moins claire , ni l'expression moins complète ; 
mais je crois que le génie de la langue française préfère cette 
répétition , qui a une foule d analogues : c'est à vous à parler, 

c'est à vous à qui je m'adresse ; — c'est de vous dont je 

m'occui)e. — C'est là où vous verrez la bénignité de nos pères. 

— HE, ni : 

Un mari qui n*ait pas d'autre livre que moi , 

Qui ne sache A ne B^ n'en déplaise à madame. {Fem» sap. T. 3.) 

C'est un archaïsme. Thomas Diafoirus s'en sert également : 
c< Ne plus ne moins que la fleur que les anciens nommoient hé- 
« liotrope. . .» (Mal, ii7t. II. 6.) Cette forme, jadis seule en usage, 
était commode pour l'élision : 

« One n'aToit vu , ne lu , noui conter. ...» 

(La Foirr. Le Diable de Papefig.) 

On disait de même se pour si: se non^ sinon. Malgré des 
réclamations réitérées, certains éditeurs de textes du moyen 
âge impriment encore avec un accent aigu né, se y qué^ cé^ 
pour ne y se y que y ce ; l'élision même de cet e n'a pu leur per- 
suader qu'il n'y faut point mettre d'accent. C'est une obsti- 
nation bien étrange ! 

NÉCESSITANT, nécessiteux: 

Aussi est-ce à tous seule qu*on voit a?oir recours toutes les muses ne- 
cessitantes, (Àm. magn, 1. 6.) 

NÉGATION; deux negatioiys redoublées. (Voy. àla 
fin de l'article PAS.) 

NEIGE ; DE lŒiGE , expression de mépris : 

Tiens, tiens, sans y chercher tant de façons, voilà 

Ton beau galant de neige avec ta nonpareille. {Dip, am, TV, 4.) 

Cette expression rappelle \e Jloccifacere eijhccipendere des 

Latins. 



— 257 — 

« Ah le hétLVL médecin iie neige avec tes remèdes I » 

(DuTOucHis. Le Tambour nocturne.) 

NE M*£N PARLEZ POINT, incidemment , dans un 
sens affirmatif et laudatif : 

n y a plaisir, ne m*en parlez points à Iravailler pour des personnes qui 
ioieiil capables de sentir les délicatesses de l'art. {JS, gent, I. i .) 

N'EN EST-CE PAS FAIT? 

Nous rompons ? — Oui , vraiment ! Quoi ? /iVn est-ce pas fait? 

(Dép. am, IV. 3.) 

En, figure ici au même titre que dans c*€n est /ait; c'est fait 
de moi y de cela. 

NE PERDRE QUE L'ATTENTE de quelque chose: 

Tu n'en perds <]ue Patiente , et je te le promets. (Dép. am, ni. xo.) 
On dit dans le même sens, et avec des termes contraires : Tu 
n'y perdras rien pour attendre. 

NE QUE, faisant pléonasme avec $eulemenU (Vby . seul.) 
NET , adverbialement : 

Madame, voulez -vous que je vous parle net? 

De vos façons d'agir je suis mal satisfait. (Mis, U, i.) 

(Voyez PRKMIK& QUE , FERME , FBAHG.) 

— KFT , adjectif, au sens moral : loyal , sans détour ; 

▲KE FBAnCHE' ET KETTE : 

Et j'avouerai tout haut , d'une âme franche et nette 

{Fem. sûP, I. I.) 

NEZ ; DOI9NER PAR LE NEZ , au figuré : 

Ils nous donnent encore , avec leurs lois sévères ; 

De cent sols contes par le nez, (Amph, II. 3.) 

Pareal ici abrégé de parmi; parmi le nez, au milieu du 
visage. 

— c'est pour ton txez , ironiquement : 

C'est pour ton nez , vraiment ! cela ce fait ainsi. (Amph, U. 7 .) 

« Mais c'est pour leur beau nez ! le puits n*est pas commun ; 
« Et si j'en avois cent, ils n'en auroient pas un. » 

(RiGiriia. àtacetlej) 

«7 



— 268 — 

NT , exprimé fleoloment au demidr tarine de Yémr 
mération : 

Dans set meabki, dàt-eDe eh âtuir de rMinil» 

Il ne faut écritoire, encre, papitr, tdplumeê. {fié. ^ fim» UL i*) 

— > Exprimé devant chaque terme : 

Elle n'a m parents, ni support, ni richesse. {ML ID. 9.) 

— NI, répété après la négation \ 

Gala rimt jhu capable, m de conraincre mon esprit» mi d^élimkr moa 
âint. (D. Juan. Y. a.) 

— MI, tuppfimé. (Voyei l'uv m t'Atoiu.) 
NIER , dénier, refuser : 

Et je n'ai pu nier au destin qtii le tue 

Quelques moments secrets d'une si chère vue. (/>. Gardé. III. a.) 

Et tâcher, par des soins d'une très-longue suite y 

D*obteiiir ce qu'on nie à leur peu de mérite. {Mis, UL, z.) 

Imitant en vigueur les gestes des muets. 
Qui Teulent répahcr la voix que la nature 
Leur a voulu nier, ainsi qu'à la peinture. 

(La Gloire du Tahàt-tkàce,) 

Nous n'employons plus que le composé dénier, et encore 3 
devient rare : 

« Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie, 

tt Sacrifiet Iphigénit. • (Eaovi. iphig L i.) 

NOIRCIR quelqu'un envers tm AimiE.(Voyeksiftr«Bs.) 
NOMBRE; quelque nombre de, i^xiv quelques : 

Je veux jouir, s'il vous pUit, de quelque nombre de beaux jo»Ên que 
m'offre la jeunesse. {fi. D. II. 4«) 

NOMPAREIL: 

J'ai souhaité un fils avec des ardeurs fumporeilUs. (!>• /sMn. f?. 6.) 
« Colette entra dans des peurs nompareilles, » 

(La Foft. Le Berceau,) 
Boileau s'est moque de cette expression , déjà stu'année de 
son temps , aujourd'hui tout à fait hors d'usage : 
« Si je voulois vanter un objet nompareil, 
« Je mettrais à l'instant : Plus beau que le soleil. » (JSat. II.) 



— 259 — 
NON CONTENT 5 employé comme adverbe : 

Et , JMMi eonteni encor du tort que Ton me fait, 

n court parmi le monde un livre abominable. (MU, Y. i.) 

Non content ne se rapporte à personne j comme s'il y avait| 
par exemple y nonobstant.,. 

Et» nonobstant encor le tort que Ton me fait, 
Il court .... 

NOUS j indéterminé I construit avec on : 

Au moins, en pareil cas, est-ce un bonheur bien doux 
Quand on sait qu'on n'a point d'avantage sur nous, {Dép, am, II. 4.) 
Et qn'o/i s'aille former un monstre plein d'effroi 
De l'affront que tunu fait son manquement de foi ? 

{fic.dafem.Vf.^,) 
(Voyea vous.) 

NOUVEAUTÉS, nouvelles: 

Je demeure immobile à tant de nouoeautés, {L'Eu V. i5.) 

Seigneur, ces nouçeautés ont droit de me confondre. {D, Garde.) 

NOUVEAUX YEUX: jeter de nouveaux yeux sue.. . , 
de nouveaux regards : 

Et mon esprit , jetant de nouveaux yeux sur elle, . . (Pr. tPEL L t.) 

Un esprit qtii jette de nouveaux yeux, est apparemment une 
de ces expressions qui semblaient du jargon à la Bruyère. 

NUAGE DE COUP DE BATONS : 

Je vois se former de loin un nuage de coups de bâton qui crèvera sur 
met épaules. (Seapin^ L i») 

06J£T par excellenee , objet aimé : 

LJL MOVTAOVB, 

ai ce parfoit amour que vous prouvez si bien 

Se fait vers i>otre objet un gi*and crime de rien. (PâcheuM* L i.) 

Mon objet, son objet, votre objet, est une expression à l'u- 
sage du peuple , comme mon époux, mon épouse, pour mon 
mari, ma femme. Le ridicule s'y est attaché à cause de Tem- 
pbase. Âtissi est-ce un vaWt à qui Molière prête cette façon de 
parler -, Êliante ne s'exprime point comme la Montagne : elle 
dit| robjet aimé: 

«7. 



— 260 — 

Et dans Vohjet aimé tout lai ptroit aimable. {His, II. 5.) 

Le génie observateur de Molière recueille jusqu'aux nuances 
de vérité les plus fines et les plus fugitives. On ne le surprend 
jamais en défaut. 

OBLIGER , absolament , dans le sens da latin Mi- 
gare^ lier: 

Mes plus ardents respects n'ont pu vous obliger; 

Tous avez voulu rompre : il n'y faut plus songer. {Dép, am. IV. 3.) 

— OBLIGER A , forcer à : 

Je me retire pour ne me voir point obligée à recevoir ses compliaMots. 

{G. D.VL. II.) 

• Quoique personne n*jgnore les grandes qualités d*une reine dont This- 

« toire a rempli l'univers, je me sens obligé d*abord à les rappeler i votre 

« mémoire. •• (Bossurr. Or. fun, itHenr, ttjingl) 

« Mais je suis obtigé à me contraindre. » (Pasc4I.. 8* Prop.) 

« C'est pourquoi on n'est pas obligé à s'en confesser. » (Id. io* Ptop.) 

Pascal, bien qu'il paraisse préférer obliger à, emploie aussi 

obliger de : 

« Les confesseurs n'auront plus le pouvoir de se rendre juges de la dis- 
« position de leurs pénitents, puisqu'ils sont obligés <^ les en croire ma 
« leur parole. » (io«P/w.) 

Au xvii^ siècle y obliger de pariut avoir été réservé pour si- 
gnifier rendre le service de : 

« Obligez-moi de n'en rien dire.» (La Foirr. Fables, IIL 6.) 

C'est-à-dire, rendez-moi le service de n'en rien dire ; faites 
que je vous aie cette obligation. 

« U y a des âmes basses qui se tiennent obligées de tout^ et il j a des 
« Ames vaines qui ne se tiennent obligées de rien. • (Sa.ibt-Évremoiiid.] 

« L'abbesse lui fit réponse qu'elle et ses filles se sentoient infiniment oMî- 
« gées de ses bontés» • (Patru.) 

Obligées par ses bontés. 

— s'obliger de, s'obliger à..., prendre rengagement 
de. • . : 

Uo fort honnête médecin ..... veut s*obliger de me faire vivre encore 
trente années. (3* Placet au Roi.) 

Je ne lui demandois pas tant, et je serois satisfait de lui , pourvu qu'il 
s'obligeât de ne me point tuer. ( Ibid.) 



— 261 — 
-^ s'oBUGER QUE 9 pouF à Ce qut : 

n s'obligera , si tous Toulez , que son père mourra ayant qu'il soit huit 
mois. {VA», n. a. ) 

Remarquez que cette locution admet le second verbe au futur 
de l'indicatif, tandis qu'avec la tournure ordinaire il le fau- 
drait au présent du subjonctif : « Il s'obligera à ce que son 
père meure. » C'est par oi\ l'autre façon , employée par Mo- 
lière , peut être utile. 

L'analyse d'ailleurs la démontre excellente. Elle revient à 
ceci : Son père mourra avant huit mois, et à cet égard il s'obli- 
gera, il prendra un engagement positif. Cette forme exprime 
bien mieux la certitude du fils de la mort de son père , que si 
l'on y employait le conditionnel. 

OBSCÉNITÉ, néologisme en 1663: 

iLiSB. 

Comment dites-TOus ce mot-là, madame? 

CLIMàHB. 

Obscénité^ Doadame. 

ix.X8E. 

Ab! mon Dieu, obscénité! Je ne sab ce que ce mot veut dire, mais je 
le trouTC le plus joli du monde ! ( Çrit, de tEc, des fem, 3.) 

OCCISEUR, meurtrier : 

MASCARILLK. 

Faisons Tolibrius, Vocciseur d'innocents. {L*Et, III. 5.) 

Occisenr n'a été recueilli ni dans Trévoux ni dans le sup- 
plément au Dictionnaire de l'Académie. Aussi paraît-il forgé 
par Mascarille, d'après le latin. 

CEIL; CONDUIRE DE l'oeil: 

Je conduis de l'œil toutes choses. (Pourc, II. 1 1.) 

— CEIL CONSTANT (d'un), seds se troubler, avec 
fermeté : 

Tattendrai ttun ail constant ce qu'il plaira au ciel de résoudre de moi. 

(Scapin, I. 3.) 

01 rimant avec È : 

Ho, ho! les grands talents que votre e^^ni possède ! 

Diroit-OQ qu'elle y louche avec la mme froide? {pép, am, V,i,) 



— 262 — 

Of sonnait dans V origine oyé(i). Ou pronoBçait doao/rouéde, 
d*oii,par allégement f/réde f comme on prononce encore roide, 
que Ton commence à écrire raide. C'est une inconséquence de 
prononcer, comme nous ùiaons^ froide et réde. 

▼▲Làmi. 
Qae Tient de te donner cette ferondia Mte ? 

BEGASTI. 

Celte lettre , monneur, qu*avecqae cette botté 

On prétend qu*ait reçue Isabelle de vons. (Ee, des mar, n. 6.) 

On prononçait ^ir^V^. Quelques textes imprimés du xvi* siècle 
l'écrivent même de la sorte, ainsi que les mots vouele, mi-' 
rouer, etc., pour voile, miroir. 

Une tète de barbe , avec Tétoile nette ; 

L*encolure d'un cygne, effilée et bien droite, {Fâcheux, II. 7.) 

D*abord j*appréhendai que cette ardeur secrète 

Ne fût du noir esprit une surprise adroite, {Tart. m. 3.) 

Qui va là ? — Hé ! ma peur à chaque pas s'accroisil 
Messieurs, ami de tout le monde. 
Abl quelle audace sans seconde 
De marcher à Theure qu*il est/ {Jw^ph, Lu) 

Toutes ces rimes eussent été exactes ^u moyen Age, et même 
encore au xvi* siècle, lorsque Marguerite d'Angouléme, Saint- 
Gelais et les autres faisaient rimer éioiies et demoiselles , pa- 
roisse et pécheresse. Alors on rimait encore pour Toreille seule ; 
c'est seulement au xvii* siècle que s'introduisit la coutume 
vraiment barbare de rimer pour les yeux. La prononciation de 
la syllabe oi avait changé ; mais les poëtes ne voulurent pas 
renoncer aux anciens privilèges , et ils sacrifièrent la rime vé- 
ritable pour garder la facilité de rimer en apparence. 

OMBRAGE ; vth ombrage , un soupçon , ou platôt I9 
disposition à soupçonner : 

Quand d'un injuste ombrage 
Votre raison saura me réparer Toutrage. (D. Garde, |, S.) 

(0 J'«l dirtloppë ce point dsoi 1m Forhtioiu du lâttg.fir,, p, 177, S«< ilMifMiM. 



— 263 — 
— OMBRAGES , aa pluriel , dans le même sens : 

Et que de ¥Otre esprit les ombrages puissants 

Forcent mon innocence à convaincre vos sens. . . {D. Gare, Vf, 8.) 

Qu'injustement de lui vous prenez de Vombrage, {Mis, II. i.) 

OMBRE ; a l*ombre di , figurément , sous la protec- 
tion de.. . : 

Je louhaiterois que notre mariage se pût faire à f ombre du leur, 

(B. gent. m. 7.) 

*- OMBRES , apparences : 

Mais aux ombres du crime en prête aisément foi. (ifâ. m. 5.) 

Vos mines et vos cris aux ombres if indécence 

Que d'un mot ambigu peut avoir Tianoceuce. (Ibid.) 

ON ; deux on se rapportant à deui sujets différents : 

Cette faute est très-fréquente dans Molière : 
Au moins en pareil cas est-ce un bonheur bien doux 
Quand on sait qu'on n'a pas d'avantage sur nous. (Dép, am. II. 4.) 
Moins on mérite un bien qu'on nous fait espérer, 
Plof notre âme a de peine à pouvoir s'assurer. (/>. Gartiê, II. a.) 
Je ne sais point par où ton a pu soup^nner 
Cette assignation qu'on m'a voit su donner. (Me, dêsfewtf Y. a.) 
It l'ennui qu'on aurait que ce nœud qu'on résout 
Tint partager du moins un cœur que l'pn veut toi)U (Tort. TV, $,) 

liO preouer et le dernier on désignent £lmire elle-même 2 
rintermédiaire se rapporte à Orgon , et au maiiage qu'il a ré* 
soin de Marianne ayeq Tartufe, 

Mais puisque Y on (Orgon) s'obstine à m'y vouloir réduire ^ 
Puisqu'on ne veut point croire à tout ce qu'on (Elmire) peut dire, 
Et qu'on (Orgon) veut des témoins qui soient plus convaincants , - 
Il hvLi bien s'y résoudre et contenter les gens. (Ibid. TV, S^.) 

L'embarras d'Elmire, obligée de parler à double sen3, peut 
servir peut-être d'excuse à cet endroit ^ et donner du moin^ à 
cette ambiguïté un air très-naturel. 

Que cher, vous on vit d'étrange sorle, 
Et qu'on ne sait que trop la haine qu'on lui porte. {Ibid, Y. 3.) 
Om vit ohes vous d'étrange »orte^ et Je ne tait que trop la 
haine que 7H>us lui portes. 



— 264 — 

On ii*atteiid pti mette qa*oii en demande (du Ubac). (D. /«en. I. x .) 
Teut-o/i qu*OA rabatte, 
Par det moyens doux , 
Les vapeurs de rate 
Qui nous minent tous? 
Qu'on laisse Hippocrate , 

Et qu*on vienne i nous. {Am, méd, TU, 8.) 

I^ premier on désigne le malade , le second, le médecin qui 
rabat les vapeurs. Ou bien les deux on se rapportent tous deux 
au malade, et la phrase revient à celle-ci : veut-on rabattre? 
Dans ce dernier cas , la tournure est entortillée , inusitée. Mo- 
lière ne donnait pas beaucoup d*attention au style de ces di- 
vertissements. 

Et la plus glorieuse (estime) a des régals peu chers , 
Dès qu'on voit qu'o/i noua mêle avec tout Funivers. (Mis, I. i.) 
Celui qui se voit mêlé n*est pas celui qui mêle. 
Et qu'eût-o/i d'autre part cent belles qualités , 
On regarde les gens par leurs méchants côtés. (Uid. La.) 

I^ personne qui a cent belles qualités n*est pas celle qui 
regarde les gens par leurs méchants côtes. Molière a parlé plus 
correctement dans cet autre passage : 

Et Von a tort ici de nourrir dans votre âme 

Ce grand attachement aux déf|uts qu'on y blâme. (Md, IL 5.) 

Parce qu'il est possible que Gélimène soit blâmée par ceux 
même qui en sa présence ont le tort de nourrir son penchant à 
la raillerie. 

Les exemples suivants sont irréprochables : 

Eu vain de tous côtés on l'a voulu tourner ; 

Hors de son sentiment on n'a pu l'entraîner. (Ihid, IV. i.) 

Et lorsque d*en mieux faire (des vers) on n'a pas le bonheor, 

On ne doit de rimer avoir aucune envie , 

Qu'on n'y soit condamné sur peine de la vie. (Ibid,) 

La faute reparaît dans : 

Mais croyez-vous qu'on Taime, aux choses qu'on peut voir? {liid,) 
On lève les cachets, qu'on ne l'aperçoit pas. (Amph, III. x.) 

Ces grands hauts-de-chausses sont propres i devenir les receleurs des 
choses qu*on dérobe, et je voudrois qu'on en eût fait pendre quelqu'un. 

(rA9. 1. 3.) 



— 265 — 

On ne peut servir à désigner tout à la fois le voleur et le 
juge qui le fait pendre. 

Molière, parlant en prose, et pour son propre compte, com- 
met cette faute ; ce qui achève de montrer combien elle lui était 
familière, ou que ce n'était point alors une faute reconnue : 

On n'ignore pas que souvent on Ta détournée de son emploi (la philo- 
sophie) Mais on ne laisse pas pour cela 

de faire les distinctions qu*il est besoin de faire : on n'enveloppe point 
dans une fausse conséquence la bonté des choses que Von corrompt , avec la 

malice des corrupteurs Et 

puisque Von ne garde point cette rigueur à tant de choses dont on abuse 
tous les jours, on doit bien faire la même grftce i la comédie. 

{Préf, de Tartufe.) 

Est-on d*une figure i foire qu*o/i se raille ? {Psyché, I. i.\ 

Aglaure veut dire : Suis-je d*une figure à faire qu'on se raille? 
Et , pour donner toute son âme, 
Regarde-t-on quel droit on a de nous charmer ? {Ibld, I. a.) 

Cette négligence est très-commune dans les premiers écri- 
vains du xvii^ siècle ; c*est un des progrès incontestables de 
l'époque suivante de l'avoii^ proscrite. 

« On amorce le monde avec de tels portraits; 
« Pour les faire surprendre on les apporte exprès : 
« On s'en fâche, on fait bruit, on vous les redemande; 
«* Mais on tremble toujours de crainte qu'o/i les rende. » 

(CoAir. La Suite du Menteur. U, 7.) 

« Si ces personnes étoient en danger d'être assassinées , s'offenseroient- 
« elles de ce que on les avertiroit de Tembûche qu'o/i leur dresse ? . .. S'amu- 
« seroient-elles à se plaindre du peu de charité qu'ois aurait eu de déoou- 
« vrir le dessein criminel de ces assassins? » ( Pascal . i x* Prov.) 

« En vérité, mes pères, voilà le moyen de vous faire croire jusqu'à ce 
« qu'on vous réponde ; mais c'est aussi le moyen de faire qu'o/i ne vous 
« croie jamais plus après qu'on vous aura répondu. » (i5* Prov.) 

Celui qui répond aux jésuites , et celui qui leur ajoutait foi 
jusqu'au moment de cette réponse, sont évidemment deux per- 
sonnes différentes. 

ON DIRAIT DE. . . , cela ressemble à ; 

Et ton diroii d'un tas de mouches reluisantes 

Qui suivent en tous lieux un doux rayon de mid. (MéiicerUA. 3.) 



— M6 - 

O n*6tt pat que le yerhedirv t'emploie Jamait pour renem* 
hier, Gïtte formule on dirait de y correspondant au prêtent têkk 
retsemhle à^ tuppote une elUpte ; On dirait (la même chose) 
de... donc , cela ressemble à... 

OPÉRA , en langage de gastronome: 

• • t El pour MQ opéra, d'une loupe à bouilloo p«Hé, tic. 

(B. getu. n. I.) 

Son opéra signifie ici son chefdœuprè. «Opéra, dit Bonhonrt| 
te prend encore pour une chose excellente et pour un chef- 
d'œuvre. Scarrou écrit : « Toutes vos lettres sont admirables ! 
« ce sont ce qu'on appelle des opéra. • 

Capi d'opéra , des chef s-d œuvre , 

OPÉRER , amener an résultat : 

^ToQs avez hiw, opéré avec ce beau monsieur le comte, dont vont êtes 
embéguiné! (Bowg. gttU.Ul, 3.) 

— OPÉEEB DAlfS QUELQUE CHOSE : 

AGNÈI. 

Tous avez là-dedans bien opéré , Traiment ! (Ec. des/em. ▼.4.) 

OPINIÂTRETÉ aviu: 

Vous avez uue âviie opiniâtreté qui, etc. (S, gau, m. 18.) 

ORDRE; par ordre, comme en latin ex ordine: 

Eb bien I qu'est-ce ? M'as-tu tout parcouru par ordre P 

(jimph, m, a.) 
Des pieds à la tête, en détail. 

ORDURES, au figuré : 

Chaque instant de ma vie est charge de souillures; 

Elle u*est qu'un amas de crimes et d'ordures, {Tart. in. S.) 

Pascal a employé ordure au singulier, dans le même çen» : 

» Qui le cœur de l'homme est creu;iet plein dçrdure! n 

{Pensées, p. 1^5.) 

Ordure est formé de l'ancien adjectif ord, qui vient lui-même 
de sordidus, en lui ôtant la première lettre et les deux der- 
nières syllabes. Njcot donne les verbes ordiret onioyer, qui si- 
gnifient salir, souiller. Ordir est le latin sordere , dev^u de 
verbe nautM verbe actif : 



— 267 - 

< Trop grand# pmauté et accoiuUiu» d'hommes deredief engendre 
« djCfome, et ordoy U renommée des iemmes trèt-bonneites, » 

{Ane. trad. de Boccace^ Des Nobles malheureux, liv.9.) 

OU. ubi: 

Molière paraît avoir eu une aversion décidée pour lequel, 
comme relatif. (Yoyex lsqueii.) Oo ne rencontre presque ja- 
mais chez lui ces façons de parler, auquel, par lequel, dans 
lequel, vers lequel, à VaieU duquel, au si^et desquels, etc.; au 
lieu de ces détours et de ces syllabes vides. Molière emploie 
brusquement où. 

Où se place chez lui toutes les fois qu'il s*agit d'exprimer la 
relation du datif ou de Tablatif. 

A , T , où y sont pour Molière trois termes corrélatifs. Toute 
phrase qui admetti'aît Tun . admettra les deux autres. 

Comme cet emploi de où est ti'ès-^ommode , très- vif , et tout 
à fait condamné ou perdu de nos jours , j'ai cru devoir en ras- 
sembler tous les exemples fournis par Molière . pour bien faire 
apprécier ce parti pris du girand écrivain , et les avantages 
qu'il en tire. La série sera un peu longue ; je la divise en 
exemples dans les vers , et exemples dans la prose. 
Exemples dans les yen : 

Nous avons eu querelle 
Sur rbymen d^Hippolyte, oU je le vois rebeUtt (L'EiA. 9.) 

Je sais un sûr moyen 
Pour rompre cet achat , oit tu pousses si bien. {Ihid, 10.) 

Mais cessez, croyez-moi, de craindre pour un bien 
Ok je serob fâché de tous disputer rien. {Hid, III. 3.) 

Tous avez tu ce fils où mon espoir se fonde? (lèid, lY. X) 

Mon âme embarrassée 
Ne voit que MaseariUe oit jeter sa pensée. (Dép, am, III. 6.) 

Bfaii sui^-je pas bien lat de vouloir raisoiiBer 

OU , de droit absolu , j'ai pouvoir d'ordonner? (jSgftn, i .) 

. . .Un cœur qui jamais n*a fait^la moindre efaote 
A mériter TafiTront où ton mépris l'expose. (Jbid. 16.) 

Rien ne me reprocboit 
Le tendre mouTcment où mon âme peqcboit. (^, Garcit, I. z.) 
Puisqqe cbez notre Mie, mi i*boiuieur est puisiant.., {tbid,) 

▲b I sQoffrei , dans les maux où mon destin m'expose, {jfifid,,, m. a.) 



— 268 -- 

Oui , le trépas cent fois me semble moins à craindre 

Que cet hymcD fatal où Ton me veut contraindre. (D,Gare, m.i.) 

Entretenir ce soir cet amant sous mon nom , 

Par la petite rue où ma chambre répond. (IM, m. s.) 

Et pour justifier cette intrigue de nuit 

Où me faisoit du sang reUcher la tendresse...., (I6UL) 

Elle pourroît se plaindre 
Du peu de retenue où j*ai su me contraindre. (^M*) 

Les noces où j*ai dit qu*il tous faut préparer. (Éc, des fem. TH. i.) 

Considérez un peu, par ce trait d'innocence , 

Où Texpose d*un foo la haute impertinence. {Htd, T. 1.) 

Elle a de certains mots où mon dépit redouble. (ibid, T. 4.) 

Et qu'un premier coup d'œil allume en nous les flammes 

Où le ciel en naissant a destiné nos ftmes. (Pr. d'EL I. i.) 

L'estime où je vous tiens ne doit pas vous surprendre. {Mis, I. a.) 

J'estime plus cela que la pompe fleurie 

De tous ces faux brillants où chacun se récrie. ( iiid.) 

Des vices où l'on voit les humains se répandre. {Ihid, n. 5.) 

Enfin, toute la grâce et raccommodement 

Où s'est avec effort plié son sentiment, 

C'est de dire, etc. {Ihid. IV. i.) 

Pour moi, plus je le vois, plus surtout je m'étonne 

De cette passion où son cœur s'abandonne. (ibid.) 

Rt je sais encor moins comment votre cousine 

Peut être la personne où son penchant Tincline. {Ibid,) 

Je vous promets ici d'éviter sa présence , 

De faire place au choix où vous vous résoudrez. (Mélieerte. II. 4.) 

Tous devez n'avoir soin que de me contenter. 

— C'est où je mets aussi ma gloire la plus haute. ( Tart. U, i .) 

Fort bien ! c'est un recours où je ne songeois pas. {Ibid, II. 3.) 

Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint. {Ilnd, III. 3.) 

De vos regards divins l'ineffable douceur 

Força la résistance où s'obstinoit mon cœur. {Ibid,) 

Il sufllt qu*il se rende plus sage. 
Et tâche à mériter la grâce où je m'engage. {ibid. IIL 4<) 

Et ce sont des papiers , à ce qu'il m'a pu dire , 
Où sa vie et ses biens se trouvent attachés. {Ibid, \, z.) 

Aux différents emplois où Jupiter m'engage. {Amph, Prol.) 



— 269 — 

si votre oœnr, charmante Alcmène, 

Me refuse la grâce où j'ose recourir. . . {Amph, II. 6.) 

Noo, il faut qu'il ait le salaire 
Des mots ou tout à l'heure il s'est émaocipé. (Uid. HI. 4.) 

Ayez , je vous prie, agréable 

De venir honorer la table 

Ou vous a Sosie invités. {Ibid, III. 5.) 

J'aurois mauvaise grâce 
De maltraiter l'asile et blesser les bontés 

Où je me suis sauvé de toutes vos fiertés. ( Fem, sav. IV. %,) 

Et les soins où je vois tant de femmes sensibles 
Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles. (Jbid, I. x.) 

Mais vous qui m'en parlez, où la pratiquez-vous ? {Ibid. I. a.) 

Et l'hymen d'Henriette est le bien où j'aspire. {Ibid, I. 4.) 

Et la pensée enfin où mes vœux ont souscrit. . . . {Jbid, III. 6.) 

Cette pureté 
Où du parfiit amour consiste la beauté. (Jbui, Vf, a.) 

Et madame doit être instruite par sa sœur 

De rhymen où l'ou veut qu'elle apprête son cœur. {Ibid, IV. 7.) 
n est une retraite où notre âme se donne. {Ibid, IV. 8.) 

Cest sur le mariage où ma mère s'apprête 

Que j'ai voulu , monsieur, vous parler tête i tête. {Ibid. V. i.) 
Le don de votre main où l'on me fait prétendre. (Ibid,) 

Deux époux I 
C'est trop pour la coutume. — Où vous arrêtez-vous? {lbid,\, 3.) 
Suivez , suivez , monsieur, le choix oii je m'arrête. {Ibid,) 

Molière a même employé où, rapporté à im nom de personne, 
pour à qui : 

Et ne permettez pas 

Que votre amour , qui sait quel intérêt m'anime , 

S'obstine à triompher d'un refiis légitime , 

Et veuille que ce frère où l'on va m'exposer 

Commence d'être roi pour me tyranniser. {D. Garcie, T. 5.) 

Et je n'en veux Féclat que pour avoir la joie 

D'en couronner l'objet où le ciel me renvoie. {Ibîd.) 

Le véritable Amphitryon 

Est l'Amphitryon où l'on dîne. (Amph. m. 5.) 

Oà, dans ce dernier exemple, est adverbe de lieu : dans la 
maison de qui. 



— 270 — 

Les Latins de même ont quelquefois êmpbyé tthi en relation 
avec un nom de personne : « Neque nobis pneler te quisquam 
« fuit ubL,,.. » (Ciciaoïr), pour mpud quem. 

Exemples, dans la prose : 

G*est elle (la contrainte) qui me fait pafser lor des formaiités où b bien- 
aénnce du lexe oblige. (JSe, des mar. IL S.) 

Ett-il rien de si bas que quelques mots ou tout le monde rit? 

(CnV. de CÉcdesfem, 7.) 
Eh ! sans sortir de la cour, nVt-il pas (Molière) vingt ciractèrei de gens 
o& il n*a point touché? {Impromptu, 3.) 

Tous ne sauriez m*ordonner rien 011 je ne réponde aussitôt par une 
obéisiance aveugle; (Pr. d'EL n. 4.) 

Et rends i chacune les tributs où la nature nous oblige. {D, Juan, I. a.) 
Laissons là la médecine , oit, vous ne croyez point, {JLhid. ni. z.) 

Une grimace nécessaire ou je veux me contraindre. {Ihld, T. a.) 

Tous les dérèglements criminels ou m*a porté le feu d'une aveugle jeo- 
Aesse. (/^. Y. 3.) 

Serait-ce quelque chose ou je tous puisse aider ? (AfÂ^ ai. Ziii.L 5.) 
Je viens tout à l'heure de recevoir des lettres par ou j'apprends que 
mon oncle est mort. (Ihid, IIL 1 1.) 

Je te pardonne ces coups de bâton, en faveur de la dignité ou tu m'as 
élevé. ^ (/^M/.m.xi.) 

^ Vous repentez-vous de cet engagement où mes feux ont su vous con- 
traindre? (L'^*^.Li.) 
Cen est assez à mes yeux pour me justifier l'engagement où j'ai pu oon- 
•entir. {Jhid. 
Cest une chose ou vous ne me réduirez point [fhiâ, L 6.) 
C'est un parti où il n'y a point à redire. (liid,) 
C'est une chose où l'on doit avoir de l'égard. (ihid, L 7.) 
Elle n'aime ni les superbes habits, ni les riches bijoux, ni les meubles 
somptueux, où donnent seê pareilles avec tant de chaleur. (lèid, IL 6é) 
Les alarmes d'une personne toute prête à voir le snppUce oè fon vent 
l'attacher. (iSid. lU. 8.) 
C'est ici une aventure où sans doute je ne m'atteidais pas. (ibid* UL 1 1.) 
C*est un mariage où vous imagiuez bien que je dois avoir de la répu- 
gnance. (Ihid.) 
Quand je pourrois passer sur la quantité d'égards où notre sem est 
obhgé. . . Çlàid. lY. i;) 



— 271 — 

Ce sont des suites fâcheuses oh je n'ai garde de me commettre! 

{L'M.TV.iï) 
Ce ne sont point ici des choses ou les enfants soient obligés de déférer 

thA une chow où to m'obliges \Êt là soumission et le respect où tu te 
1^. (ibid. rv. 5.) 

Je ne Tois pas. ... le supplice oh tous croyez que Je puisse être con- 
lllké ponr notre engagement. (Jbid, Y. 5.) 

foe Journée de travail oh je ne gagne que dix sols. [G, D: I. a.) 

Si j'aTois étudié, j'aurois été songer à des choses oh on n'a jamais 
i^é: ijbid. lU. X.) 

^oilà on coup sans doute oh vous ne tous attendiez pas I {Ibid, III. 8.) 
C'est une chose oh je ne puis consentir. {Ibid, III. xa.) 

Voilà une connoissance oh je ne m*attendois point. (Pourc, I. 7.) 

[Teit une chose oh il y va de l'intérêt du prochain. {Ibid, IL 40 

Les fentiments d'estime et de vénération oh votre personne m'oblige. 

{Ibid. UL 9.) 

le renonce k la gloire ok elles veulent m'éleverJ (Jm, magn, III. i.) 

te cîd ne sauroit rien faire oh je ne souscrive sans r^iigoanoe. {Ihid^ 

KJa Binage o« Je ne nw sens pu encore bien résolue. {Ibid* lY. i.) 

tîHe aventure merveilleuse oh personne ne s'attendoit. {thhi, T. i .) 

{de tous irrive-t-il A tous deui oh vous ne soyez préparés? 

{Ibld. y. 4.) 

Te M veux pas me donner on nom oh d'autres en ma place croiroient 
itendre. {B, gent, III. la.) 

Cest une chose oh je ne consentirai point. {Ibid,) 

Btlte feinte oh je me force n'étant que pour vous plaire. .... 

{Comtesse d^Esc, i;) 

9r çày ma fille , je vais vous dire une nouvelle oh peut-être ne vont aW 
4ei»vons pas. {Mal, inu I. 5.) 

WÊÊt m*a expliqué vos intentions , et k dessein oh vous êtes pour elle. 

(/^tt/. L9.) 

Ces divers emplois de où, y compris la relation à un nom de 
rsonne , sont autorisés par Tusage constant des plus anciens 
■raments de notre langue : 
c CMauriî^je lance ? i> (/{. ifW CaiM;^)i pour à qui Bie fiirai-j6? 



— 272 — 

— « Karlon , le roi où France apent. » [Les quatre fils Aymoti\\ 
à qui appartient la France. 

« Les fils Garin, ou tant a de fierté. >» {Germrs dé Wiame,) 

« Trestous li Deu oh croient les François. » {Qgi^^ ^ Dtawis) 
m Ou pensez-Tous, frère Symon? 
« Je pens, fait-il, à un sermon 

« Le meilleur où je pensasse oncqnes. • (RoTBsvsr.) 

« Et les gens au monde pour la santé ou plus il avoit de fiance (Char- 
« les Y), c*estoit en bons maistres médecins. >• 

( Faoissart. Chron. II; di. ;o.) 

On en citerait des exemples innombrables de Montaigne , de 
Régnier, de Rabelais, etc.; il n*y a qu'à ouvrir le volume. 
En voici de Bossuet et de Pascal : 

« Les Égyptiens sont les premiers ou Ton ait su les règles du gouveme- 
« ment. >• (Bossurr. But. Un.) 

« Us (les rois) assistoient à une prière pleine d'instruction, où le pontife 
« prioitlesdieuxy etc » {Ibid.) 

« Ils ont pris un si grand soin de les rétablir parini ks peuples ok la 
« barbarie les avoit fait oublier. . . etc. » (làid,) 

« Le premier de tous les peuples où Ton Toie des bibliotlièqiiet est celui 
« d'Egypte. » (I6id.) 

m Si un animal faisoit par esprit ce qu'il fait par instinct , et s*il parloit 
« par esprit ce qu'il parle par instinct. ...... il parleroit aussi bien 

« pour dire des choses oit il a plus d'affection , comme pour dire : Rongez 
« cette corde qui me blesse, et ou je ne puis atteindre. » (Pascal. Pensées.) 

« Mais pensez un peu oU vous tous engagez. >» (Pascai.. xa* Pro9.) 

« Mais parce qu'il faut que le nom de simonie demeure , et qu*il y ait 
« un sujet oit il soit attaché. . . » (iM) 

m Voilà la doctrine de Yasquez, où tous reuToyez tos lecteurs pour leur 
M édification. » (iHd) 

« Je ne tous dirai rien cependant sur les aTertissements pleins de fiiui- 
« setés scandaleuses par où tous finissez chaque imposture. » {lèid.) 

« Les méchauts desseins des molinistes, que je ne tcux pas croire sur sa 
« parole, et où je n'ai point d'intérêt. » (z'* Prop,) 

« Une action si grande, où ils tiennent la place de Dieu. » (x4* Prov,) 

Enfin tout le xvii* siècle a ainsi parlé, et une partie du xviii*. 
C*est de nos jours seulement qu'on a prétendu restreindre où 
à marquer l'alternative ou le lieu, et qu'on a imposé ces af&eu- 



— 273 — 

ses locutions traînantes />ar laquelle^ dans lesquels ^ à taide 
desquels , chez lesquels ^ par rapport auxquelles y etc., etc. 

Sur ces deux vers de Corneille , 

« Etc*est je ne sais quoi d'abaissement secret 

« Ùu quiconque a du cœur ne descend qu*à regret, » {f.p, à Arlste,) 

Voltaire a eu le tort d'écrire lestement : a Cela n*est pas fran- 
çais. » Racine n'a donc pas non plus parlé français lorsqu'il 
a dit : 

« Et voilà donc l^hymcn ou j'étois destinée ? » (Iphigénie, m. 5.) 
et Voltaire lui-même : 

« Pardonne i cet hymen où j*ai pu consentir. ■ {Âlxire. III. i.) 
« La honte ou je descends de me justifier. » {Zaïre, IV. 6.) 

« Sais-tu Texcès d'horreur où je me irois livrée? » {Mérope, TV, 4.) 

Alléguer les privilèges de la poésie est une défaite ridicule , 
qui n'a pu naître que dans un temps où l'on avait perdu le sen- 
timent vrai des choses , et où le raisonnement bannissait la 
raison. Est-ce qu'un solécisme en prose peut devenir légitime 
au moyen d'une rime ? Il serait absurde de le penser. On me 
permettra de répéter ici ce que j'ai déjà dit ailleurs : a Ouvrez la 
Grammaire des grammaires ; vous allez être bien édifié ! elle 
distingue ou adverbe , ou pronom absolu , et oà pronom relatif 
(le pronom relatif u^//). Elle permet ce dernier où^ açecun verbe 
qui marque une sorte de localité physique ou morale. Mais elle 
avoue que la poésie s'en sert quelquefois en des cas où il n'y 
a pas localité physique ou morale. 

« C'est à ces faiseurs de galimatias double qu'est abandonnée 
la police de notre langue ! Ce sont là nos instructeurs , et les 
juges en dernier ressort de Molière , de Pascal , de Bossuet , 
de tous nos grands écrivains ! Il fallait effectivement moins de 
génie pour composer Tartufe ou les Provinciales , que potu* 
surprendre le pronom où dans une localité morale, » 

Reprenons donc , il en est temps , une façon de pai*ler vive, 
commode, excellente, que nous sommes en train.de remplacer 
par la plus lourde et la plus insipide. 

18 



— J74 - 
-^ où 9 pour juiqu'où: 

Je M nît qw n« tient, infiliney 
Que je De rarrache lei yeux, 
Et ne t*appreiuie où va le courroux d^une femme.' (Amph, IL 3.) 

— OÙ I faisant pléonasme où nons mettrions que : 

Et c*est dans celte allée oit devroit être Orphûe; (Fâcheux, ht,) 
m Cm\ ici Oit je veux Tout iiure tentir la néoesaité de m» caauklaa. • 

« Cest là oit vous verrez la dernière bénignité de la conduite de nos pèraM 

(ID. 9» Prvp.) 

— OU (ou bien) , pour ni : 

Monsieur, j*ai grande honte et demande pardon 

D*étre sans vous connoitre ou savoir votre nom. {Turi. T. 4.} 

*- OU KOH , transporté devant le verbe sur lequel 
porte Talternative : 

Je ne vais point chercher, pour m*estimer heureux » 
Si Masearille ou non s'arrache les cheveux. C^ <"*• I* i.) 

Ce n'est point Masearille ou non, c'est s'arracke om non. £a 

prose, ou bien n'étant pas contraint par le bescnn de la mesure , 

Molière eàt suivi la construction ordinaire. 

— OU SI, complément d*une interrogation par tf, 
après une troisième personne : 

Mon cœur court-il au change ? on si vous Vy poussez ? 

(Fem. sop. FF. 1.) 

OUS , pour vous^ dans le langage des paysans : 

pf BmmoT. Je vous dis qa'ous vous teiguiois , et qu*ous ne cnresaiet pont 
nos accordées. ; . . Testigiienne , parce qu*otts êtes monsieur I . . , . 

(p.JmiLjLt) 

Cette suppression du v, suggérée en certains cas par l'instinct 
de Feuphonie , était régulière et du bon langage dans le vieux 
français. 

Dans la Bourse pleine de sens , de Jean le Gallois d'Aube- 
pierre (xiix* siècle) : 

« I^apous homle ? — Dame, de quoi ? » 

Dans la farce de Pathelin, qui est du xv* siècle : 

LK DRAPIER. 

« Et qu'est cecy? n'avous pas honte? 
• Par mon serment c'est trop desvé. « 



— 276 — 

I.B JVQMm 

m Commait , voiu avei la maia litute 1 
« jfvotu mal aux deus, maUtre Pierre? • 

vAitm JiHâv (à PatlieUii malade). 
Or, dictei Benediciie* 

TATRELIM» 

Benedicite^ monseigneur. 

VAisrai jiHAN. 
Et Toicy une grant hydeur! 
Sçe^pous respondre Dominus? 

(le Têitûment Je PatheUtL) 

Et encore, au xvi* siècle , cette syncope était maintenue à la 
cour de François P'. La reine de Navarre l'emploie dans ses 
poésies , écrites dans le style le plus élevé du temps : 

« Pourquoi à" vous espoaié l'esUvngiere? ,,',*, 

« Mais i{v!a\ous faict, voyant ma repentance? . • : > 

( Li Miroir de r Àme peschereue,) 
Théodore de Bèze consacre cette apocope par une règle for- 
melle. {Delinguœfran. recta pronuntiatione, p, 84.) 
(Voyez JE.) 

OUTRÉS DE ; goutes outres d'extravagance : 

Quoi! tu me veux donner pour des vérités, traître. 

Des conies que je vois d'extravagance outrés P (AmpK II. 9.) 

OUVERTURE ; faire uke ouverture : 

S*il Î9MX faire à la cour pour vous quelque owerture, (Mis, I. a.) 
BoMuet dit : donner-ouverture à... 

« Le roi n^avoit point donné <t ouverture ni de prétexte aux exott ia- 
« criléyes...... {Or. fiin. de la R, d'ji.) 

(Voyez ouveir.) 

OUVRIER DE, comme ouvrier en : 

On n*a guère vu d^homme qui fût plus habile ouvrier de ressorts et 
^intrigues. (Scapin, I. a.) 

On dit de même , un artisan de troubles. 

— OUVRIERS en deax syllabes : 

On est venu lui dire , et par mon artiûre , 
Que les ouvriers qui sont après son édifioe. . . . (L'Mt, II. i.) 

18. 



— 276 — 

Primidveinent Vi, dans toutes ces finales en ier, ne sonnait 
pas; il ne servait qu'à marquer l'accent fermé de l'e. Ainsi l'on 
prononçait un sangler, im boucler, un rocher, un verger, se cou- 
cher. Peu à peu l'on en est venu à faire entendre \i dans 
quelques-uns de ces mots , sans pour cela modifier la règle de 
versification qui les concernait ; et l'on s'est récrié sur la bar- 
barie d'oreille de nos pères , quand il n'y avait lieu que d'ad- 
mirer le peu de mémoire de leurs enfants. En effet, pourquoi 
dites-vous un sanglier, et ne dites-vous pas un rochier? Pour- 
quoi avez-vous altéré l'ortliographe de l'un , et point celle de 
l'autre ? Pomxjuoi avez- vous introduit la disparité d'écriture 
et de prononciation entre des mots qui s'écrivaient et se pro- 
nonçaient jadis de même ? 

OUVRIR; ouvHiR des idées: 

Je le dois, sire (le succès), à l'ordre qu'elle (Votre Majesté) me douoa d*y 
ajouter un caractère de fâcheux , dont elle eut la bonté de m ouvrir les idées 
eUe-méme. . . (£p, dédie, des Fâcheux,) 

« La vérité qui oupre ce mystère, » (Pucll, Pensées,) 

— OI]VRIR DU SECOURS : 

Et contre cet hymen ouvre-moi du secours', (Tart, II. 3.) 

— OUVRIR LES PREMIERES PAROLES , COmmC OUVrif 

un avis: 

Au moins appuyez-moi , 
Pour en avoir ouvert les premières paroles. (Fâcheux, TU, 3.) 

— OUVRIR l'occasion DE : 

D^autant mieux qu'ayant entrepris de vous peindre, ils pous ouvroient 
^occasion de la peindre aussi. (Impromptu, i.) 

— OUVRIR SES SENTIMENTS , SON INTENTION , OOmmC 

ouvrir son cœur : 

Pion, non, ma fille; vous pouvez sans scrupule m'ouvrir vos sentiments. 

(Jm, magn, IV. i.) 
C'est à quoi j'ai songé , 
Et je vous veux ouvrir C intention que foi. (Fem, sap, U. 8.) 

— OUVRIR UN moyen: 

Ne me pourriez -vous point ouvrir quelque moyen? 

(£c. des fem, ULi.) 
(Voyez OUVEBTCEE.) 



— 277 — 
PAIN BÉNIT; c'est paiw bénit : 

Cett conscience à ceux qui s'assurent en nous, 
Biais eut pain bénit ^ certe, à des gens conune vous. 

(Ec, des mar. I. 3.) 

C'est-à-dire : aux gens de votre sorte^ cela vient aussi na- 
torellenient que le pain bénit à la messe. 

— PADf DE RIVE , terme technique de gastronomie : 

Il ne manqueroit pas de tous parier d'un pain de ripe à biseau doré.... 

(B.gent.Vf, I.) 

Pain qui, ayant été placé sur la rive, c'est-à-dire, sur le bord 
du four, n*a point touché les autres pains , et se trouve cuit et 
doré tout alentour. 

PAMER , verbe neutre , pour $e pâmer : 

Madame , 
D'où tous pourroit Tenir. 1 . Ah bons dieux! elle pâme! (Sgan, a.) 
Dans ses simplicités à tous coups je Vadmire, 
Et parfois elle en dit donty> pâme de rire. {Ec, desfem, 1. 1.) 
On n'en peut plus. — On pdme, — On se meurt de plaisir. 

{Fem. say, III. a.) 
« Sire , on pâme de joie ainsi que de tristesse. » (Corn. Le Cid,) 
(Voyez arbAteb.) 

PAQUET, métaphoriquement au figuré, accident, 
surprise: 

Ah ! le fâcheux paquet que nous venons d'avoir! (£*£/• IL z3.) 

PAR ; GoiHDAMNER PAH , à causc de : 

J*ai ouï condamner cette comédie à de certaines gens , par les mêmes 
choses que j'ai vu d'autres estimer le plus. (Cr/V. de C École desfem, 6.) 

— PAR , par rapport à, du côté de : 

Les hommages ne sont jamais considérés /^ar les choses qu'ils portent. 

(Ep. dédie, de t Ecole des maris,) 

C'est-à-dire qu'en un présent l'intention est plus considé- 
rable que la valeur de l'objet offert. 

L'expression de Molière paraît obscure en cet endroit j elle 
est très-claire dans ce vers : 

On regarde les gens par leurs méchants côtés. {Mis. I. a .) 



— 278 — 

— PAR y parmi : 

D*abord leurs escoffioDi ODt Tolé par k place. {VEt. V. 14.) 

Parnii la place , dans le milieu de la place. 

SuiTez-moi , que j^aille un peu montrer mon habit par la Tille. 

{B. gmu in. I.) 
(Voyez PAEMi.) 

-« PAB xm lULHsuA , par malheur : 

Et Boi| pér un malheur^ je m^aperçoit, madame » 

Que j'ai, ne tous déplaise, un corps tout comme une Ame. 

{Fem. tm9. IV. i.) 

— DE pab: 

£b I de par Belxébuty <{ui tous puisse emporter I (fig^f^ ^0 

L'exactitude voudrait qu'on écrivît de pari avec nat: ex 
parte Beelzebui, de la part de Belzébut. Le rapport du génitif, 
aujourd'hui marqué par de, l'était primitivement par la simple 
juxtaposition. Les plus anciens textes ècnvent de part : — 
« Départ nostre Seigneur» (Rois, 144, 289, 29^ •) — «Samuel 
li prophètes vint à Saùl départ Deu. » (Rois, 53.) 

De part Dieu , aujourd'hui pardieu , opposé à de part le 
diable ou de part BéeUebut, 

(Voyez PAR SOI, et des Variations du langage français, p. k\o.) 

PAR AGITANTE, de Tespagnol para guant^^ pmr 
{acheter) des (/anrs; ce qu'on appelle en allemand Jfinik- 
geld^ en français pour boire: 

Dessus Tayide espoir de qatiqae peraguatîtê , 

n n'est rien que leur art aveuglément ne tente. (L'J?/. IT. g.) 

PARAITRE AUX teux ponr paraître êimplemmt : 

La géante paraît une déesse aux yeux, {Ois. IL 5.) 

Et les soins où je vois tant de femmes temiblet 

JAt paroissent aux yeux des pauvretés horribles. (Fem, sap, I. i.) 

— FAIRE PARAITRE, montrer, manifester: 

Nous allons tous le remercier des extrêmes bontés qu*il nous fait pa^ 
roitre, (Impromptu. 10.) 

Quels sentiments aurai-je à M faire paroltre ? {Ttart. T. 4.) 



— 279 — 

Mail ma diicrétion m veut faire paroùre, {Tmi* Uh 3.) 

Mais si son amitié pour vous se fait paroUre, . • {M'u. I. i.) 

c Une amidé paraît , et ne se fait point paraître. On fait pa- 
«raitre ses sentiments^ et les sentiments se font connaître. » 

(YoLTAïas. MéL t. XXXIX, p. 226.) 
Cette critique de Voltaire ne constate que Tusage du xviii* 
siècle ; mais est-ce à dire que tout ce qui s*écarte de l'usage du 
xviu* siècle soit mauvais par cela seul? Le xviii' siècle, malheu- 
reusement , fut trop persuade de la vérité de ce principe. 

Pour en juger ainsi vous avez vos raisons ; 

Mais vous trouverez bon qu'on en puisse avoir d'autres, 

Qui se dispenseront de se soumettre aux vôtres. 

Voltaire croyait sans doute que cette expression, se faire pa- 
raùre, était créée par Molière pour le besoin de sa rime } il se 
trompait : 

« Il y a si peu de personnes à qui Dieu te fasse pttroilre par oeS 6craps 
« extraordinaires, qu'on doit profiter de ces oecasions. » 

(Pascal. Pensées^ p. 338.) 

PAR APRÈS, ponr après simplement : 

Que j*aye peine aussi d'en sortir jMir après, {t*Êt III. 5.) 

Par après est la contre-partie de par avant, qui ne s'emploie 
plus que sous cette forme, auparavant. 
Par ainsi est complètement hors d'usage. 

— PAR DEVATïT, pouF de%>ant: 

En passant par devant la chambre d'Angélique, j'ai vu un jeune hom- 
mt....\ (Bial.im.n. 10.) 

PARER QUELQUE CHOSE, 8*en garantir : 

Et quand par les plus grandes précautions du monde vous aurez paré 
tout cela, . . vous serez ébahi , etc. . . {Seapén» II. 8.) 

— PARER ( SE ) d'uk COUP , d'uii malheur : 

Pour se parer du coup, en vain on se fatigue. {Ec, desfem, m. 3.) 
• . • Tontes les mesures qu'il prend pour se parer du malheur qu'il craint, 

(Crit, de fEc, des fem. 7.) 
Quoil de votre poursuite on ne peut se parer? (Tari, tV. 5.) 

On dit encore se remparer. 



— 280 — 
PARLER , verbe actif; paeler quelque cbose : 

Je TOUS demande, ce que je parle a^ec tous, qu*eit«ce que c'est? 

{B. gemt. in. 3.) 

« 8i on animal fiiisoit par esprit ce qu*il fiût par inUînct, et s'il parioit 

« par esprit ce qu'il parle par instinct. . • » (PASCàL. Pensées,) 

— PAELER CEEGLE ET RUELLE : 

Moi , j*irois me charger d'une spirituelle 

Qui ne parUroU rien que cercle et que ruelle /. . • (Ee, iUt/em, L i.) 

« Et , sans parler curé, doyen, chanire ou Sorèonne, . • » 

(RiowiB. SaLXV.) 
« Ore ïUparhient soldat, et ore citoyen, • (Id. 8at n.} 

C'est une expression tout à fait analogue à celle du vert 
célèbre de Juvénal : 

Qui Curios simulant et baeckanalia vivunt, ^ ' .' 

(Voyez ci-dessous paalee Vaugelas.) 

— PARLER suivi de que , comme dtr e : 

Vous avez ouï parler que ce monsieur Oronte a une fiUe? (Pourc, II. i) 

— PARLER SUR-LE-CHAMP 9 improviscr : 

Vous n*allez entendre chanter que de la prose cadencée ou des manières 
de vers libres, tels que la passion et la nécessité peuvent faire trouver à 
deux personnes qui disent les choses d'eux-mêmes, el parlent sur-le-champ, 

(Mal. im, IL 6.) 

— PARLER TERRE A TERRE : 
Expression ridiculisée par Molière : 

Il prétend que nous parlions toujours terre à terre, (Impromptu, 3.) 
dit M*** du Parc , qui représente une précieuse. 

— PARLER Vaugelas : 

Et voilà qu'on la chasse avec un grand fracas , 

A cause qu'elle manque à parler Faugelas, ( Fem, sav, II. 7.) 

C'est-à-dire, à la mode de Vaugelas, le français de Vaugelas. 
Le mot Faugelas fait ici le rôle d'im adjectif pris adverbiale- 
ment y comme grec, latin, dans parler grec ^ parler latin : c'est 
loqui grœce , latine, 

(Voyez PARLER CERCLE.) 



— 281 — 
PARMI, an milieu , par le milieu de : 

On est Tenu loi dire , et par mon artiGce, 

Que les ouvrien qui sont après son édifice , 

Parmi les fondements qu'ib en jettent encor, 

Avoient fût par hasard rencontre d*un trésor. {L'Et, U. x.) 

Un trésor supposé , 
Dont parmi les chemins on m*a désabusé. {Ibid, II. 5.) 

Ce m'est quelque plaisir, parmi tant de tristesse , 
Que Ton me donne avis du piège qu'on me dresse. 

{Ec. desfem, IV. 7.) 

Et jamais il ne parut si sot que parmi une demi-douzaine de gens à qui 
elk ivoit Cait fête de lui (Crii. de JtEc, desfem. a.) 

Tous devez vous remplir de ce personnage, marquer cet air pédant qui 
•e oonsenre /Hirmi le commerce du beau monde, (Impr, x.) 

SCOEON. 

Et sa gueule faisoit une laide grimace, 

Qui parmi de Ncnme, à qui l'osoit presser, 

Montroit de certains crocs. (Pr. d'EL I. a.) 

Quelle est ton occupation parmi ces arbres? {D, Juan, III. a.) 

Ne voyez-yous pas bien quel tort ces sortes de querelles nous font^r- 

mi le monde? {Jmourméd, m. x.) 

Il fout parmi le monde une vertu traitable. {Mis, I. x.) 

Il cowt parmi le monde un livre abominable. (Jbid, Y. x.) 

Et parmi leurs contentions 
Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies. {Ampk, TU, 7.) 
Ou ne demeure point tout seul , pendant une fête , i rêver parmi des ar- 
bres, {Am, magn, I. x.) 
Eif parmi cette grande gloire et ces longues prospérités que le del pro- 
met à voire union {Ibid, IV. 7.) 

Parmi t éclat du sang vos yeux n'ont-ils tu qu'elle? {Psyché, I. a.) 

Mais c'est, parmi tant de mérite^ 
Trop que deux coeurs pour moi, trop peu qu'un coeur pour vous. 

{^Ibid. I. 3.) 

Parmi a pour racines par et mi, apocope de milieu. Mi, 
au moyen âge, s'employait comme substantif, pour moitié : 

« Et le bacon faisoit par mi traochier. » (E, cTOgier le Danois.) 
« n faisait couper le porc par la moitié. » 
Ainsi y sans s'arrêter aux distinctions chimériques ni aux 



— 282 — 

subtilités des grammairiens, parmi s'emploie légitiBWOiem oà 
il s*agit d'exprimer, au milieu de, 
(Voyez PAR.) 

PAROLE, iTRE EN PAHOLE QUE... : être en poOT- 
parler (pour convenir) que. . . : 

U est avec Antelme en parole pour tous 

Quê de son Hippolyte on tous fera l'époux î {VEt, I. s.) 

— ETRE EN PAROLE , absolument, eouTerser ensemble : 

Juste del , qu'ils soot prompts ! je les vois en parole. (L'Et. U. a.) 
-^ AVOIB DE LA PAROLE POUB TOUT LE MQNDX, ètM 

aifable : 

Qu*on dise que je suis une bonne princesse, que J'ai de la parole pcvr 
toiU le monde y de la chaleur pour mes amis [Am, magn» L a.) 

iPAB OU , pour comment ou de quoi : 

Toit-on , dans les horreurs d'une telle pensée , 
Par ou jamais se consoler 
Du coup dont on est menacée? {Jmpk» L 3.) 

PAR SOI , tout seul y perse: 

E par soi , é, (Jm, magn, L i.) 

C'est-à-dire c tout seul, pris à par soi (et non à part soi), é. 
Cette valeur de par est un débris de notre langue primitive. 

Les Latins disaient per me, per te, dans le sens de moi seul, 

toi seul : 

« QuamTis, Sc«?a » satis per te tibi consulis, el sois. . . » 

(Hoa. £p. 17, lib. x.) 

Et nos pères disaient, à Timitation des Latins, tout par moi, 
par lui, par eux , par elles : 

m Et Félix II sains boms tout par H denionra.» (Des Trois Chanoines,) 
Demeura tout seul. 

« Les dodies de l'eglîse , de ce sojex certains , 

« Sonnèrent tout par elles ^ sans mettre piei ne maint. » 

{Le Dit du Bue/) 
On écrit mal à propos, avec un r, à part, à part soi. Par, ici, 
vient de per, et non dépars, partis. 



— 283 — 

Au contraire y il faut mettre un t dans cette autre formule 
où Tusage moderne Ta supprimé : Départ le roi; de part Dieu. 

(Voyez DE PAR, à Tarticle PAA , et des Variations du langage 
français, p. 407 à /|ii.) 

PARTAGER U5 soht a quelqu'un , le loi donner en 
partage : 

Ne faites point languir deux amants daTantage, 

Et nous dites qml sort TOUre oœur nous partage, {MéUcsrtt, U. 6.) 

Partager est construit ici comme le latin impertire, disper^ 
Éitie et dispertiri. 

PARTI; FAiBE PARTI , monter nn coup : 

Léandre fait parti 
Pour enlever Gélie. (L'Et. Uh 6.) 

PARTICIPE PRÉSENT mis au lien de «î, suivi 
d'un conditionnel : 

Et trouvant son argent, qu'ils lui font trop attendre; 

Je sais bien qu'il serait très-ravi de la vendre. {L'Ét, I. a.) 

Si Trufaldin trouvait son argent. 

Le plus parfait objet dont je serois cbarmé 

N'auroit pas mes tributs, n'en étant point aimé. (Dép, am, I. 3.) 

Si je n'en étais pas aime. 

Pascal se sert aussi de cette espèce de participe absolu : 
« Quand on auroit décidé qu'il faut prononcer les syllabes pro chain^ 
« cpii ne voit que, n'ayant point été expliquées ^ chacun de vous voudra 
« jouir de la Tictoire ? » (Pascal, i*^ Prop,) 

Ces syllabes n*ayant point été expliquées ; si elles ti*onC pas 
été expliquées. 

— - PABTicxPE PENSENT qui s'occorde : 

De ces petits pourpoints sous les bras se perdants f 
Et de ces grands collets jusqu'au nombril pendants, 

{Ec. des mar. L i.) 

On veut qae pendant s'accorde, parce qu'il est, dit-on, ad- 
jectif verbal : une manche pendante; mais on commande de 
laisser $e perdant invariable, parce qu'il est participe. Cette 



— 284 — 

distinction toute moderne a bien l'air d'une chimère et d'un 
raffinement sophistique; le xvii' siècle n'en avait nulle idée j 
et moins encore les siècles précédents : 

Si quatre mille écus de rente bien venants , 

Une grande tendresse et des soins oomplaisanli... (Ee. des nmr, L a.) 

De ces brutaux fieffés, qui sans raison ni suite 

De leurs femmes en tout contrôlent la conduite , 

Et f du nom de maris fièrement se parants , 

Leur rompent en visière aux yeux des soupirants. {I6UL I. 6.) 
i** wBOECur. Cette maladie procédante du vice des hypocondrea. 

{Pourci Lu.) 
Pour remédier à cette pléthore obturante y et à cette cacodiymie luxu- 
riante par tout le corps. . . {Ibid,) 
Une jeune fille toute ybiu/on/e en larmes. (Scapim. I. a.) 
BoileaUy tout sévère grammairien qu'il était, a dit : 

« Et plus loin des laquais, l'un l'antre /agaçants , 

« Font aboyer les chiens et jurer les passants. » {Sut. YI.) 

« Entendra les discours sur Tamour seul roulants , 

« Ces doucereux Renauds, ces inseusés Rolands. » {Sut. X.) 

« Cent mille faux zélés , le fer en main courants, 

« AUèreut attaquer leurs amis , leurs parents. » {Sat, HU.) 

« Infâmes scélérats k sa gloire aspirants , 

« Et voleurs revêtus du nom de conquérants. » {llnd,) 

Et Racine : 

« Les ennemis, offensés de la gloire, 

« Vaincus cent fois et cent fois suppliants , 

« En leur fureur de nouveau s'oubUants (i). » 

{Idylle sur la Pais,) 
Et Voltaire : 

« De deux alexandrins côte à côte marchants , 

• Que Tun est pour la rime et Tautre pour le sens. » 

(Ep, au roi de la Chine,) 
Ce sont vestiges de l'ancienne langue. Dans l'origine^ le par- 
ticipe présent, placé après son substantif, s'y accordait^ comme 
fait encore le participe passé : 

« Les femmes et les meschines vindrent encuntre le rei Saui. • . charo' 

(i) Cette pièce ett de x685 , Phèdre est de 1677 ; ainsi lladae avMi composé toM ses 
oarrages , bonais Ettker et jitMit, 



-- 285 — 

Umiês^ e JyanteSf t chantantes que Saul oat ocis mille David dis mille. » 

(Rois, p; 70.) 
« Et de desdrad sa gunelle. . • si s'en alad criante e piurante, » 

(Ibid, p. 164.) 
« li fiz le rei entrèrent , et vindrent devant le rei crianz e pluranx. » 

(I6id, p. 167.) 

Je trouve, à la vérité, un exemple du paiticipe présent inva- 
riable dans le Merlin de Robert de fioiuron, écrit au xv* siècle : 

« Il voit issir fors bien cent damoiselles et plus, qui viennent carolant 
« et dansant ti chantant,* (Dv Cahoe, in Charoiare.) 

Peut-être estn^e à cause de Tintermédiaire qui viennent; et 
puis sur quel manuscrit Du Gange ou ses continuateurs ont- 
ils pris ce texte ? 

Ce qui est certain, c'est que Montaigne fait accorder le par- 
ticipe présent, même des auxiliaires être et avoir : 

m Aulcuns choisissants plustost de se laisser desfaillir par faim et par 
« jeusne, estants prins. . . Combien il eust esté aysé de faire son proufit 
« d*ames si neufves, si affamées d'apprentissage, ayants pour la pliispart 
« de si beaux commencements naturels! » {Essais. III. 6.) 

Mab , comme dans le passage de Robert de Bouron , il tient 
le participe invariable construit avec un autre verbe : 

m Ceulx qui, pour le miracle de la lueur d*ung mirouer ou d*un coul- 
« teau , allaient eschangeant une grande richesse en or et en perles.» (Ibid,) 

Cette méthode de l'accord n*était pas sans avantages ; par 
exemple , Montaigne dit des Espagnols qui torturèrent Guati- 
mozin : 

« Ils le pendirent depuis , ayant courageusement entreprins de se des- 
« livrer par armes d'une si longue captivité et subjection. » (Essais, in.6.) 

Ayante au singulier, fait voir que la phrase se rapporte au 
cacique^ et non à ses boiu*reaux, qui sont le sujet de la phrase. 
Si c'étaient les Espagnols qui eussent entrepris , Montaigne eût 
écrit ayants^ avec une s. C'est au reste l'usage latin; voilà 
pourquoi il a passé dans notre langue : Occidenmt eum luctan^ 
tem et conantem plurima frustra, 

La grammaire de Sylvius, ou Jacques Dubois , rédigée en 
latin en i53i , ne pose point de règles particulières pour le 
participe présent ; mais, en conjuguant le verbe apoir, elle dit , 



— 286 — 

p. i3i : — ff habenSy habentis; haiant , haiante; » et dans la 
conjugaison du verbe aimer: a amans, aimant, aimante. » 

Jehan Masset, dont Y J cheminement h la langue françoyse 
est imprimé à la suite du dictionnaire de Nicot (1606), ne dit 
rien non plus du participe ; mais, dans les modèles de conju- 
gaison , il le met aussi variable. Page i5 : « habens; masculin 
ùjfant, féminin ayante. » 

Le langage du palais , qui est un témoin si fidèle , (ait le par* 
ticipe présent luiriable. Regnard , dans le loueur, a reproduit 
la formule exacte : 

« A Margot de la Plante, 

« Majeure , et de ses droits usante et jouissante. » 

En somme , on trouve que Tinvariabilité absolue du parti- 
cipe présent ne s*est guère établie que dans le courant du xviu* 
siècle , et que la distinction entre ce participe et l'adjectif ver- 
bal est du XIX*. Jusque-là, on ne savait ce que c'était que d'ad* 
jectif verbal. 

Ce sont les gi'ammaîriens très-modernes qui ont enrichi 
notre langue de ces distinctions souvent insaisissables, et de ces 
diflicultés de participes parfois insolubles. 

— PARTICIPE PRÉSENT rapporté par syllcpse à 
un sujet autre que le sujet de la phrase : 

Je prétends, s*il tous pUdt , 
Dût le mettre au tombeau le mai dont il vous beroe. 
Qu'avec lui désormais vous rompiez tout commerce; 
Que, venant au logis, pour votre compliment. 
Tous lui fermiez au nez la porte honnêtement. (Ee.desfem, H, 6.) 

tenant au logis y lorsqu'// viendra au logis, vous lui fer- 
miez, etc... 

Et Ini jetant t s'il heurte, un grès par la fenêtre, 

L'obligiez tout de bon à ne plus y paroître. , (iBid, II . 6.) 

Et lui jetant: ce second participe se rapporte régulièrement 
à Agnès , et rend plus sensible l'incorrection du premier. 

y ayant ni beauté ni naissance 
A pouvoir mériter leur amour et leurs soins, 
Ils nous favorisent au moins 
De rhonDeur de la oonfidenoe. (PsfM» I* S.) 



— M7 — 

AglaureTieiit dire à ta sœur : Gomme nous n'avons ni beauté 
ni naissance , iis^ les princes^ nous favorisent... 

On peut hardiment proscrire cette tournure , parce qu'elle 
prête à l'équivoque ; il semble ici que ce soient les deux princes 
qui y sans avoir ni beauté ni naissance, favorisent Aglaure et 
Cydippe... 

PARTICIPE ABSOLU, comme en latin : 

Le boD Dieu fiitse paix à mon pauvre Martin ! 

Mais j*iToif, lui viiwitt 1« teint d'un chérubin, (Sg^nt. a.) 

La plupart des exemples de l'article précédent , où l'on Toit 
le participe présent employé d'une manière sujette à l'équi- 
voque, peuvent se rapporter au participe absolu, que les Latins 
mettaient à Tablatif. 

On connoitra sans doute que , n^ étant autre chose qu^un paëme ingé- 
mieux y ... on ne sauroit la censurer sans injustice. (Pi'éf. de Tartufe,) 
N'étant autre chose ^ se rapporte à la comédie dont le nom 
ne se trouve pas dans cette phrase, mais seulement dans la pré- 
cédente. 

Mais je fai vue ailleurs, où m'ajrant fait eonnoitre 
Les grands talents qu'elle a pour savoir ravenir, 
Je Toulois sur un point un peu l'entretenir. (L'£t, L 4,) 

Jetai ime»..y Je voulais^ se rapportent à Mascarille, et 
m'myant fait connaùre , à elle^ à Célie, qui n'est désignée 
qu'après. En sorte que le nominatif est changé avant que l'au- 
diteur ou le lecteur en puisse être prévenu. 

Mais savez-vous aussi , lui trouçant des appas y 
Qu'autrement qu*en tuteur sa personne me touche. . . 

{Ec,desmar,VL,^J) 
Savez-vous , Yalère , que moi , Sganarelle, lui trouvant des 
appas, sa personne me touche autrement qu'en tuteur? 
Ces tournures sont &*équentes dans Molière. 
J*ai voulu l'acheter, Tédit, expressément, 
Afin que dlsabelle il soit lu hautement; 
Et ce sera tantôt, n'étant plus occupée , 
Le divertissement de notre après-soupée. (iUd, U. 9.) 

Isabelle n'étant plus occupée , quand IsabeUe ne sera plus 
occupée. 



— 288 — 
PARTICIPE PASSÉ invariable en genre : 

8i , kMnqiie mes amants sont devenus les vôtres, 

Un seul m'eût eomsoU de la perte des antres. {L'£t, T. i3.) 

ARVOLPHi (à Jgnèt): 
L*air dont je tous ai vu lui jeter cette pierre. • . 

{Eu. desfem. TSL i.) 

EUflAl. 

Aiirois-je pris la chose ainsi qu'on m*a nm faire? {TarL IV. 5.) 
Il ne faut pas douter que ce ne soient là des fautes de fran- 
çais. Si Corneille a fait rimer, dans le Menteur^ ceux que le ciel 
a joint avec point , Corneille a eu tort ; et tort qui voudrait s'au- 
toriser là-dessus des exemples de Corneille et de Molière. 

PARTICULIER ( le ), substantif : 

Dans le particulier elle oblige sans peine. (L*£t» HL a.) 

PAR TROP ; par donne à trop la force da superlatif : 

^ Tu m'obliges par trop avec cette nouvelle. {V Etourdi, m. 8.) 

On trouve dans Tcrence et dans PHscien^ pemimium* 

Par^ dans la vieille langue, se composait avec les noms, les 

verbes , les adjectifs et les adverbes , pour leur communiquer 

la valeur superlative. Pardon (summum donum) ; paramtr (per- 

amare) \ — parhardi (peraudax) ; — partrop (pemimium.) 

Trop est le substantif trope (troupe) ^ pris adverbialement 
{fiuha , truba, trupa) ; comme mie , pas, point ^ peu , prou. 
(Voyez des F^ariations du langage français , p. a35.) 

PAS, surabondant, pour nier , avec aucun ^ nî, ne: 

Autrefois j*ai connu cet honnête garçon , 

Et vous riwtipas lieu d'en prendre aucun soupçon. (V EiourdLl.k') 

Les bruits que j*ai faits 
Des visites qu'ici reçoivent vos aUraits , 
Ne sont pas envers vous TefTet à^aucune haine. (Tart. lU. 3.) 

Molière a traité aucun absolument comme quelque : 
Ne sont pas envers vous VefTet de quelque haine. 

Et véritablement c'est la valeur de aucun, dérive de aiiquis : 
aifjue, auque, auque un (aiiquis unus.) Ainsi le mot aucun est 
par lui-même affu-matif. 



— 289 — 

Est-il possible que ce même Sostrate, qui n a pas craint ni Brennuty ni 

tous les Gaulois.. .. (Am, magn, 1. 1.) 

Ah ! TOUS avez plus faim que tous ne pensez pas ! {L'Et. lY. 3.) 

Ne est Tunique négation que possède la langue française. 

Pour l'aider en quelque sorte dans son office , on a déter- 
miné un certain nombre de substantifs monosyllabes, expri- 
mant des objets minimes , des quantités réduites , qui servent 
de terme de comparaison , et, construits avec ne, semblent 
prendre à son contact la qualité d'adverbes et de négations , 
mais il ne faut pas s'y tromper. Ces mots sont : pas y point, 
rienj mie; ce sont de vrais substantifs à l'accusatif, complé- 
ment d'un verbe qui se place entre ne et son adjoint. Je ne dis 
rien; il ne yient pas; ne mentez poini (i). 

Maintenant il faut savoir que l'on ne donne à ne qu'un seul 
de ces adjoints, de ces adverbes artificiels : ne pas; — ne point; 
— ne mie; — ne,,, rien, La faute de Martine, dans les Femmes 
sapantes, est de joindre à la négation deux de ces suppléments : 

« Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien, » Le vice 
d'oraison ne consiste donc pas à joindre pas avec rien, comme 
le prétend Philaminte , mais à joindre pas et rien avec ne. 

Cela est si vrai , que Molière a très-souvent fait œtte réu- 
nion de ne,,, pas,,, rien. Mais aloi-s il y a toujours deux 
verbes y l'un qui sup[>orte l'action négative de ne pas; l'autre 
qui commande rien. 

Les exemples suivants, qui semblent au premier coup d'œil 
choquer la règle posée par Molière lui-même, analysés d'après 
ce principe, n'ont plus rien que de très-régulier. On y trou- 
vera partout deux verbes pour les trois mots ne, pas, rien , 
que la bonne Martine accumulait tous trois sur l'unique verbe 
sentir. 

Il la gardera bien , 

Et je ne vois pas lieu d*y prétendre plus rien, (L'Et, TU, a.) 

Et tu nW pas sujet de rien appréliender, (Jbid, Y. 7.} 

Albert n'est peu un homme à vous refuser rien. {Dép, am. I. a.) 
Et sion (lessein n*est pas de leur rien opposer, (/>. Garde, Y. 6.) 

(t) Si mentir n'ett plus en français un rarbe actif» il Téiait en latin, et cela rcritat 
r •/ fi jMid,,., (Ho*. *mt,) 

«9 



Ce n'ut pas ma coutume que de rien blâmer. 

(OU, de FEc, des/km, 7.) 

Nous n'avons pas euTie auisi de rien savoir, {MéUcerte. L 3.) 

Auprès de cet objet mon sort est assez doux, 

Pour ne pas consentir à rien prendre de vous. {Ihid, IL 6.) 

Ce n'est pas mou dessein de me faire épouser par force, et de rien pré- 
tendre à un cœur qui se scroit donné. {L'A9, T. 5.) 
Je ne suis point un homme à rien craindre. {Ibid^ 
Il ne faut pas qu'il sache rien de tout ceci. (G. D, 1. 1.) 
Mon intention n'est pas de vous rien déguiser. (tbid, HI. 8.) 
Je ne veux point qu'il me dise rien, {ibid,) 
Ne faites point semblant de rien. (G. D. I. a. et B. gent, V. 7.) 

Dans ce dernier exemple, rien est \isiblement un substantif 
au génitif, gouverné par un substantif qui le précède, semblant. 
Ne faites pas semblant de quelque chose, ou qu'il y ait quelque 
chose. 

— PAS, supprimi: 

Non, y> ne veux du tout vous voir ni vous entendre. (Jmph. II. 6.) 

A Toccasion de ce vers , j*observe que du tout ^ au sens de 

absolument y complètement y ne sert plus que dans les formules 

négatives; mais que, dans l'origine, on l'employait également 

pour afBrmer : 

— Servite Domino in omni corde vestro, « Nostre Seigneur Deu del tut 
« (du tout) siwez, e de tut vostre quer servez. >• (Rois. p. 41.) 

PAS, substantif; pas a pas, posément: 

Tous achèverez seule; et, pas à pas, tantôt 

Je vous expliquerai ces choses comme il faut. (Ee. desfem. ïtL a.) 

— PAS DEVANT ( LE ) , substantif composé, prendre 

LE PAS DEVANT : 

Du pas devant sur moi tu prendras F avantage, (Jmph, m. 7.) 

L'esprit doit sur le corps prendre le pas devant. (Fem. sav. II. 7.) 

Devant n'est pas ici une préposition qui ferait double emploi 

avec sur; pas^evant est un mot compose, comme qui dirait le 

pas antérieur. N'a-t-on pas eu tort de laisser perdre eette ex- 



— 291 — 

pression qui n*a aucun équivalent, et dont l'absenee oblige à 
une périphrase ? 
(Voyez pxanaB les pas db quelqu'un.) 

— PASSE ; ÂTEE EN PASSE DE : 

Nooi ne Mwunes pas encore connues, mais nous sommet en passe de 
tétre. (Préc. rid, xo.) 

J*ai servi quatorze ans, et je crois être en passe 

De pouvoir d'un tel pas me tirer avec grâce. {Fâcheux, I. lo.) 

Et je crois, par le rang que me donne ma race, 

Qu*il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe, (Mis, III. i.) 
Passe s'appelait autrefois , au jeu de mail et de billai-d , une 
|)orte ou arc de fer, par oii la boule ou la bille devait passer. 
Le joueur assez adroit pour s'être placé le plus près de cet arc 
était en passe y c'est-à-dire, sur le point de passer. De là l'ex- 
pression figurée en parlant d'un homme en mesure de réussir. 
C'est l'explication de Trépoux, qui cite à l'appui les vers du 
Àiisaiiihrope, 

PASSER ; FAIRE PASSER A QUSLQU*im LA PLUME PAR 

LE BEC, rattraper, le daper, sans qu'il paisse se 
plaindre : 

Noua verrons cette affaire, pendard, nous verrons celte affaire. Je ne 
prétends pas qu*on me fasse passer la plume par le bec, {Scapin, III. 6.) 

« Pour empêcher les oisons de traverser les haies et d'entrer 
dans les jardins qu'elles entourent y on passe une plume par 
les deux ouvertiu'es qui sont à la partie supérieure de leur bec. 
De là le proverbe passer la plume par le bec; de là vient aussi 
l'expression proverbiale à* oison bridé, » 

(Note de M. Auobr.) 
Ainsi, passer à quelqu'un la pluitie par le bec, signifie le 
traiter comme un oison. 

— MssER, se passer : 

Tous savez que dans celle (i) où passa mon bis âge. . . 

(Dép, am, II. x. ) 

(a) Dmm U nuiteB. 

19^ 



— 292 — 

— PASSER DE f pour îoriir de : 

Il y a ceut choses comme cela qui panent de la tête, {Poure, L 6.) 

— PASSER (se) de , se contenter de, et non se priver: 

Ce que je trouve admirable, c'est qu*un homme ^lu* s'est passé durant 
sa vie d'une assez simple demeure en veuille avoir une si magnifique 
pour quand il n*en a plus que faire. (D. Juan, Ili. 6.) 

PATINEURS: 

CLAuouiK. — Ah! doucement. Je n'aime pas les patineurs, {fi, D, II. i.) 
La racine de ce mot est patte, pour main, 

« Les patineurs sont gens insupportables, 

> Même aux beautés qui sont très-patiuables. » (Scaeeov.) 

« Patiner , manier malproprement » (Tacvocx.) 

PATBOGINER, du latin patrocinari, faire lavoeat : 

Prêchez y patrocinez jusqu'à la Pentecôte. {£c, eks/cm, L i.) 

PATER ; PATER UN prix de quelque chose : 

Non , en conacience , vous en payerez cela, {Méd, m. lui, I. 6.) 

— PATER DE , alléguer pour excuse : 

Tantôt vous payerez de quelque maladie 

Qui viendra tout à coup, et voudra des délais; 

Tantôt 'VOUS payerez de présages mauvais. {Tort, II. 4.) 

Vous nous payez ici d'excuses colorées. {léid. IV. i.) 

«* Je le croiray volontiers, pourveu quMI ne me donne pas en payement 

« une doctrine beaucoup plus difficile et fantastique que n'est la chose 

« mesme. » (Mostaigiii. II. 3?.) 

— PATER POUR (un substantif), payer en qualité de. 

(Voyez GAGER POUR.) 

— PATERoiT , PATEREZ , de trois sjllabes : 

Fûl-ce mou propre frère, il me la payerait, {C£t, IIL 4.) 

Tantôt TOUS payerez de quelque maladie. {Tort, VL 4.) 

Et l'on m'a mis en main une bague à la mode , 
Qu'après vous payerez , si cela Paccommode. {VEi* I. 6.) 

Molière , s'il eût été d*usage alors de syncoper les mots, eût 
mis facilement que vous pairtz après, 

PAYSANNE , de trois syllabes : 

Et la \wïïïie fwysanne ^ apprenant mon désir.... (JEc, desfem^h i.) 



— 293 — 

— de quatre syllabes : 

El cette paysanne a dit , avec fraDcbise , 

Qb*eQ vos mains a quatre ans elle Tavoit remise. {Et, des f, Y. g.) 

— PAYSAN , de trois syllabes : 

Je sais un paysan qu*on appeloit Gros-Pierre... {Ibid, 1. i.) 

— de deux : 

« Que \t pays€tn recueille, emplissant a milliers 
« Greniers , granges, chartis, et caves, et celiers. » 

(REomÉR. Sat. XY.) 

PAYSANNERIE comme bourgeoisie : 

J'aurois bien mieux fait de m'allier en bonne et franche paysan^ 

nerie, (G. D.h i.) 

L'Académie dit qu'il est peu usité. 

PECQUE8 : 

A-l-ou jamais vu, dis- moi, deux pecques provinciales faire plus les 
renchéries que celles-là? {Préc, rid, i.) 

Molière avait rapporté cette expression du Midi, où Ton 
dit d'un fâcheux dont on ne peut se débarrasser, que c'est un 
morceau de poix : es una pegue, 

A moins que pecque ne soit une abréviation de pécore, ce qui 
conviendrait mieux au sens de ce passage. 

Trévoux dit que pecq , en vieux français, signifiait un mau- 
vais cheval. 11 aurait bien dû en citer des exemples, s'il en 
connaissait : pour moi , je ne l'ai jamais vu. 

PEINDRE EN ENNEMIS, c'est-à-dire, sous les traits 
d'ennemis : 

Et me jeter au rang de ces princes soumis , 

Que le titre diamants lui peitti en ennemis, (JPr, âtEl, I. i .) 

Un titre qui peint ne paraît pas une métaphore heureuse. 

PEINE; ÊTRE EN PEINE OÙ ... : 

Ne soyez point en peine ou je vous mènerai. {Ec, des jem, H. 6.) 
De savoir où je vous mènerai. 

— AYOïB PEINE A , poor anoif de la peine à. . . : 

Comment ! il semble que vous ayez peine à me recounoitre! 

(Powv.I. 6.) 



— M4 — 

« J*ai peine à contempler sou grand cœur dam cet dinûim éf ^ r e uf » . • 

( BossuiT. Or, fim, delaR, JtA.) 

Pascal dit pareillement ySiir? peine ^ povar/aire de la peine : 
«* La seule comparaison que nous faisons de nous au fini fait peine. • 

{Pensées, p. laa, 398.) 

PEINTURE , au lieu de portrait : 

Je n*ai pas reconnu les traits de sa peinture. (JSgan. sa.) 

Sa peinture ne peut signifier que la peinture dont il est Tau- 
teur, et non la peinture où il a servi de modèle. 
(Voyez PORTRAIT, pour peinture , tableau.) 

PÈLERIN , GOTflf AtTRE LE pèlerik : 

Si tu eonnoissois le pèlerin , tu trouverois la chose assez facile pour lui. 

{Don Juan. L i.) 

PENSER 9 substantif masculin : 

Le seul penser de celte ingratitude 
Fait souffrir à mon Ame un supplice si rude.... ( Tart. ni. 7.) 
Ah! fosse le del équitable 
Que ce penser soit véritable ! {Ampk. ÎII. i.) 

Dans l'origine , tous les infinitifs pouvaient jouer le rôle de 
substantifs, moyennant l'addition de l'article, comme tout ad- 
jectif pouvait faire l'office d'adverbe : 

« Tous les marchers , toussers , mouchers , eternuers^ sont différents. » 

(Pasc/ii.. Pensées, p. ai 3.) 

Il est évidemment impossible de substituer ici démarche , 
toux , éternumcnt; et nous n'avons aucun substantif, même 
approximatif, pour dire le moucher. 

— PENSER ( verbe) suivi d'un infinitif, pour itrt 
pris de: 

Nous avons aussi mon neveu le chanoine, qui a pensé mourir de la petite 
vérole. (Pourc, I. 6.) 

PENTE, penchant; avoib peute a ... : 

La pente fu'a le prince à de jaloux soupçons. {Don Garcie. U. i.) 

Uu sort trop plein de gloire à nos yeux est fragile, 

Et nous laisse aux soupçons une pente facile. {Uid, IL 6.) 



- 2QS — 
PJOIDBE roRTUHX : 

Et les premières flammes 
S*é(ablissent des droits si sacrés sur les âmes , 
Qu'il îsivX perdre fortune , et renoncer au jour, 
Plutôt que de brûler des feux d*un autre amour. {Fem, ttw, IV, 9.) 

Perdre toute fortune. Fortune est ici pris au sens le plus 
large du X^^fortuna; il ne s'agit pas seulement des biens de 
la fortune^ mais de tout ce qui constitue ici-bas la félicité. 
C'est en quoi l'expression perdre fortune diffère Ae perdre sa 
fortune, 

— PERDRE L* ATTENTE de quclque chose. (Voyez hb pxe- 

DRE QUE L*ATTElfTE.) 

— PERDRE LES PAS DE QUELQU'UN, perdre sa trace : 

11 m'est y lorsque j'y pense, avantageux sans doute 

D'avoir perdu ses pas et pu manquer sa route. {Ec, desf, VL, i.) 

— PERDRE temps: 

MonsituT,/ ai perdu temps ^ votre homme se dédit. (L'Et, III. a.) 
« Je vais , sans perdre temps, y disposer Orontc. » 

(CIoRHiiLLi. La Galerie du Palais,) 
M. Auger blâme cette locution comme équivoque: est-ce per- 
dre du temps, ou perdre son temps? La critique est bien vétil- 
leuse , et l'équivoque du sens, argument spécieux auquel on re- 
court beaucoup trop souvent, n'est presque jamais à craindre. 

PÉBIGLITEB , absolument, courir un danger, risqjier : 

Mais croy^-vous , maiire Simon , qu'il n'y ait rien à péricliter ? 

{Vjv. IL I.) 
Rien à risquer en faisant cette affaire? croyez-vous que je 
n'expose rien? 

PERSONNE , suItI d*an adjectif, d'un pronom on d'un 
participe an masculin: 

Personne ne t'est "venu rendre visite ? {Crit. de tEe. des fem. i .] 

La complaisance est trop grande, de souiDrir indifféremment toutes sortes 

àt personnes. — Je goûte ceux qui sont raisonnables , et me difertis des 

extravagants, ( Ibidem.) 



— 2W — 

Jamais je n*ai vu deux personnes être si contents l'an de l'antre. 

{Don Juan. I. a.) 
Il s'agit d'un amant et de sa fiancée. 

Des vers tels que la passion et la nécessité peuvent faire tronver à dêtut 
personnes qui disent les choses Jteux»mêmes et parient sur-Ie-dbamp. 

(MaL im. U. 6.) 

— PERSOHiiE DU MONDE , penotioe absolament : 

Quoi, cousine, personne ne t*est venu rendre visite? — Personne dn 
monde, ( Crit. de CEc, des femmes, i.) 

()n observera que le mot personne est affirmatif de soi ; il sert 
ici à nier, parce que la pensée le rattache à la négation renfer- 
nic*e dans Pellipse : |)ersonne n'est venu me rendre visite. 

PERSONNE. Verbe à une autre personne que son 
sujet : 

VALRAi. Je VOUS demande si ce n*est pas vous qui se nomme Sganardle. 
s^Air. En ce cas, c*est moi qui se nomme Sganarelle. (Mtéd, m, iuL L 6.) 

Plus loin , Molière a mis, en observant le rapport des per- 
sonnes : 

Ouais ! seroit-ce bien moi qui me tromperois? (iàid,) 

Et que me diriez-vous , monsieur, si c'était moi 
Qui vous eût procuré cette bonne fortune? (Dépit am, III. 7.) 
Ce ne serait pas moi qui seferoit prier. {Sgan. a.) 

Racine a dit pareillement : 

« Il ne voit dans son sort que moi qui s'intéresse, » (Britannieus,) 

Les grammaiiiens, depuis Vaugelas, ont décidé qu'il faut tou- 
jours le verbe à la première personne, parce que le pronom y est. 
I^ raison paraît douteuse, car il y a aussi im autre verbe qui est 
placé le premier , et qui est à la troisième personne. Pourquoi 
raccord ne se ferait-il pas aussi bien avec ce premier verbe 
qu'avec le pronom qui le suit ? 

Celui qui se nomme Sganarelle, c'est moi; — celui qui vous 
a procuré cette bonne fortune, c'est moi ; — celle qui se ferait 
prier, ce ne serait pas moi : — voilà comme on serait obligé de 
parler pour satisfaire la logique. Et parce que l'ordre des mots 
est renvers<'», le rapport des termes de l'idée change-t-il aussi? 
Non sans doute. La facilité que laissait l'usage du xvii* siècle 



— 297 — 

me semble donc, en principe, plus raisonnable que la loi étroite 
du XIX®. Il est certain d'ailleurs que cette rigueur ne produi- 
rait pas toujours un bon efTet dans Tapplication. Par exemple, 
il n*en coûtait pas davantage à Racine de mettre : 
n ne Toit dans ses pleurs que moi qui nCintéresse, 

Mais la pensée ne se présente plus du tout de même. Junie 
ne veut pas dire : Moi seule je m'intéresse dans ses pleura ; 
mais : Qui est-ce qui s'intéresse dans ses pleurs ? — Moi seule. 
Dans la première tournure, l'idée qui frappe d'abord, c'est la 
personne de Junie ; dans la seconde, c'est l'isolement et l'a- 
bandon de Britannicus. L'une est propre à irriter Néron, l'au- 
tre à le désarmer. 

Ces délicatesses font le cai*actère des grands écrivains ; et les 
despotes de la grammaire , avec leur précision géométrique, 
tendent à les rendre impossibles : ils matérialisent la langue. 

PESTE; LA PESTE SOIT, LA PESTE SOIT FAIT; exck- 
mation, suivie du nominatif; la peste de : 

La peste le coquin ! La peste le benêt! {Don Juan, III. 6. et V. a.) 

Pesie soit le coquin ^ de baUre ainsi sa femme! {Méd, m, 1. 1. a.) 

C'est une inversion : que le coquin soit la peste, c'est-à-dire, 
soit empeste, devienne la peste elle-même. 

La peste soit fait r homme et sa chienne de face! (Ec, desf, IV. a.) 

La peste de ta chute ^ empoisonneur au diable ! {Mis, L a.) 

Peste du fou fieffé! — Peste de la carogne ! {Méd, m. lui, I. i.) 

PÉTAUD ; LA COUR du roi Pétaud : 

Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud, {Tort, I. i.) 

Les commentateurs , avec assez d'apparence , veulent que 

ce soit la cour du roi Peto , du roi des mendiants, où régnent 

le désordre et la confusion. Le mot pétaudière confirme l'autre 

orthographe. 

PETITE OIE, terme de toilette : 

MASCARiLLK. Quc VOUS Semble de m^. petite o/> ? la trouvez vous con- 
gniante à rhabit ? {Prée. rid, lo.) 



— 208 — 

« PeiUe ofe est ce qa'on retranche d'une 07e qàvoà an 
l'habille pour la faire rostir, comme les pieds, les bouts d'aile « 
le cou , le foye, le gésier. » (TaÉToux.) C'est ce qp'on appdie 
aujourd'hui unabatis. 

Par une métaphore facile à comprendre , petite oie a désigné 
les accessoii*es de la toilette , plumes , rubans , dentelles, dont 
à cette époque le costume mascuhn était fort chargé : 

« Ne vous Tendrai-je rieu , monsieur ? des bas de soie , 
•* Des gaots en broderie , ou quelque petite oie? • 

( Corneille. La Galerie du Palais,) 

La petite oie signifiait aussi , par une métaphore analogue , 
les plus légères faveurs de l'amour. 

PETONS , diminutif de pî#di .* 

Ah! que j'en sais, belle nourrice,.... qui se tieodroient heiireiii fit 
baiser seulement les petits bouts de vos petons I {Méd, m, /. III. 3.) 

(Voyez BOUGHoir.) 

PEU pour lin peu : 

Vous le voyez. : sans moi vous y seriez encore , 
Et vous aviei besoin de mon peu tTeliébore. ( Sgan, a«.) 

JjA suivante veut dire : Vous aviez besoin de ce peu de ju- 
gement que m'a départi le ciel. Mais, à prendre sa phrase dans 
le sens ordinaire de cette toumure, elle dirait : Vous aviez be- 
soin que j'eusse peu de jugement. 

Votre peu de foi vous a perdu. — Vous êtes perdu pour avoir 
eu trop peu de foi. C'est le sens régulier. 

Votre peu de foi vous a sauvé. C'est-à-dire , il vous a suffi 
d'un peu de foi pour être sauvé. C'est le sens exceptionnel que 
donne ici Molière à cette façon de parler. L'équivoque , sans 
compter l'usage, ne permet pas de l'admettre. 

Voltaire parle plus correctement que Molière , quand il fait 
dire à Omar : 

m Je voulus le punir, quand mon peu de lumière 

m Méconnut ce grand homme outré dans la carrière. » 

{Mahomet A, i^:) 

— QUELQUE PEU : 

Tea avois fait à sa mère quelque peu d*ouverture. {VAv, IL 3.) 



— 209 — 
PEUB DE , adverbiiilepdent , de peur de : 

ALAlir. 

J'empêche , peur du eluit^ que mon moineau ne sorte. 

( Ec, des fem, I. a.) 
On dit de même, mais légitimement ^ faute de, crainte de. — 
Manque de, souvent employé par Pascal , est aujourd'hui hors 
d'usage. Toutes ces locutions sont autant d'accusatifs ou d'a- 
blatifs absolus. Si Ton admet les unes , il parait inconséquent 
de rejeter les autres , d'approuver /nii/^ iie, et de blâmer peur 
de. On allègue l'usage ; mais, en bonne grammaire , l'usage 
nouveau ne devrait point établir de prescription définitive, sur- 
tout contre la logique appuyant l'ancien usage. 

PEUT-ÊTRE. . . ET QUE : 

Peut-être a-t-il dans l'Âme autant que moi de crainte , 

Et que le drôle parle ainsi , 
Pour me cacher sa peur sous une audace feinte. {Âmph, I. a.) 

PHILOSOPHE , adjectif comme philosophique : 

Ce chagrin plùbsophe est un peu trop sauvage. {MU, I. x.) 

Et je crois qu*à la cour, aussi bien qu'à la ville , 

Mon flegme t9X philosophe autant que votre bile. {Ihid.) 

Qu*il a bien découvert ici son caractère. 

Et que peu philosophe est ce qu'il vient de foire. {Fem, tav, T. 5.) 
■ Cétoit la partie la moins plùlosophc et la moins sérieuse de leur vie. » 

(Pascal. Pensées,) 
« Le plus philosophe étoit de vivre simplement. » (Id. Jèid,) 

— PHILOSOPHE , substantif féminin : 

c'est une philosophe enfin ; je n'en dis rien. (Fem, sav, IL 8.) 

PHLÉBOTOMISER, archaïsme , pour saigner: 

zer MÉDECIN. Je sub d'avjs qu'il soii phlébotonifsé libéralement. 

{Pourcl, II.) 

PIC ou PIQUE, aux cartes : 

Molière écrit les deux : 

Ola fine pratique! 
Un mari confident! — Taiscr-vous, as dépique! {Dép, am. V. g.) 
Dame et roi de carreau, dix et dame de pique, (Fâcheux, U, a.) 
Biais lui fiallant un pic, je sortis hors d'effroi. (Ibid.) 

n ne m'en faut que deux , l'autre a besoin d'un pic, ^ (Ihid,) 



— 800 — 

Molière altère ici l'orthographe pour le besoin de la rime. 
Pic^ ainsi figuré, signifie autre chose que pique : c'est un terme 
du jeu de piquet : pic, repic et capot: 

Vous allez faire pie, repic et capot tout ce qu*il j a de galant dam 
Paris. (Préc. rid. lo.) 

« PhiJis , contre la mort vainement on rédame : 

« Tôt ou tard qui 8*y joue est fait pic et capot, » (BavsiaADa.) 

PIÈGE ; BONivE PIÈGE 9 ironiquement : 

Taisez-vous, bonne pièce! {G, D, 1. 6.) 

(Voyez BOK.) 

— FAIRE uif E PIEGE , joucF un tour : 

Cet homme-là est un fourbe qui m*a mis dans une maison pour se mo- 
quer de moi , et me faire une pièce, (JPourc, II. 4.) 
C*est une fnèce t/ue ton m'a faite , et je n*ai aucun niaL (lèid, I. 7.) 
Ce sont des pièces qu^on lui fait. '{Itid. m. 9.) 
« Ce ne fut pas sans la garder bonne à Ésope, qui tous les jours yo/jorf 
« de nouvelles pièces à son maître, » (La Font. Vie tt Esope,) 

PIED; METTRE SOUS LES PIEDS, pour mépriser, 
négliger : 

Moquons-nous de cela , méprisons les alarmes , 

Et mettons sous nos pieds les soupirs et les larmes. (Sgan, 18.) 

— PIED A PIED , pas à pas, petit à petit : 

Pied à pied vous gagnez mes résolutions. {B, Cent. III. x8.} 

PILULE; DORER LA PILULE : 

Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule, {Amph, III. 11.) 

PIMPESOUÉE: 

Toilà une belle mijaurée, une pimpesouée bien bâtie, pour vous donner 
tant d'amour ! (B, gent, IIL 9.) 

« Pimpesouée , femme qui montre des prétentions , avec de 
petites manières aiTectces et ridicules. Pimpesouée vient pro- 
bal)Iement du vieux verbe pimper, qui signifie parer, attifer, 
dont il nous reste pimpant ,^ et du vieil adjectif iouef, soiwfve , 
qui voulait dire doux, agréable. » (M. Augee.) 



— 301 — 

Cette étymologie ne manque pas de vraisemblance ; il ne reste 
plus qu*à trouver quelque part le vieux verbe pimper, J*avoue 
que, pour moi, je ne Tai jamais rencontre ; mais c'est un mot 
vraisemblable. 

Ménage veut que pimpant soit dit pour pompant, 11 est cer- 
tain qu'on disait, dans le latin du moyen âge, pompare^ pour 
superbire^ gloriari : 

« Gnmdisoois pompare modis tngiooque boatu. » (Scdulius.) 
(Voyez Du Cange au mot pompare.) 
Sur l'étymologiede mijaurée, je ne ti'ouve rien de satisfaisant. 

PIQUÉ, au figuré; avoir l*am£ piquée de quelque 
chose: 

Pour mettre en mon pouvoir certaine Égyptienne 

Dont y ai Fàme piquée , et qu'il faut que j*obtiemie. {JL'Et, V, 6.) 

PIS, au neutre, quelque chose de pis: 

La prose esipis que les vers. (Impromptu de Versailles, i. ) 

n s'agit de savoir, de la prose ou des vers, quel est le plus 

difficile à retenir par conir; Molière décide que la prose est, à 

cet égard , pis cfue les vei-s. 

Pire que les vers , marquerait la prééminence i-elative de la 

prose, ce dont il n'est pas question. Pire s'accorderait avec 

prose; pis, au neutre, se rapporte à l'idée de retenir par 

cœur. 

C'est l'observation encore plus instinctive que raisonnée de 
ces nuances délicates qui fait l'habile écrivain. 

PLÀIDERIE : 

Je ven*ai dans cette plaiderie 
Si les hommes amtmt assez d*effronterie. . . {Mis, 1. 1.) 



La racine est plaid : 
m Tous les jours le ; 

On ne dit plus que plaidoirie 



m Tous les jours le premier h\xx plaids, et le dernier! • 

(Hachtb. Les Plaideurs,) 



— 305 — 

PLÀHirrE; murmu&er a PLAiirrE gommuice, mur- 
murer ensemble, pour le même sujet : 

Nous nous voyons sœurs d'infortune ; 
Et la vôtre et la mienne ont un si grand rapport , 
Que nous pouvons mêler toutes les deux en une , 

Et dans noire juste transport 

Murmurer à plainte commune, {Psfcké, L I.) 

J plainte commune est dit comme h frais communs. 
PLAISAIT , qui plait^ agréable. Archaïsme : 

AGRis. 

C'est une chose, hélas ! si plaisante et si douce 1 (£c. desfem. U. 6.) 

m Lepiauant dialogue du législateur de Platon, avecques ses concitoyens, 
« fera honneur à ce passage. » (Mohtaigne. II. 7.) 

** Kutre les livres simplement plaisants ^ je treuve des modernes le De- 
« cameron de Boccace , etc. . . » (Id. lèid. 10.) 

Livres plaisants g c'est-à-dire qui n'apportent que du plai- 
sir, de l'agrément , qu'on lit uniquement pour s'amuser. 

« Une perception soudaine et vive qui se iait d'abord en 

« nous, k la présence des ohjels plaisants et fâcheux. >• 

(Bossu£T. Connaissance de Dieu,) 

On s'est permis, dans l'édition in- 12 de 1846, de substituer 
« objets agréables ou déplaisants, » On ne saurait trop vive- 
ment blâmer ces témérités, qui n'iraient pas à moins qu'à 
transformer tous les dix ans les textes les plus précieux et vé- 
nérables. 

PLAINTUBËUX , archaïsme , abondant : 

Que les saignées soient fréquentes et plantureuses, (Pourc, I. 11.) 

On devrait écrire plentureuses par un ^, la racine <le ce 
mot étant, non ^aisplante, mais plenté, syncopé deplenitatem : 
u Vous aurez du foin assez , 
■ Et de l'avoine à plenté, *> {Prose de tjfsne,) 

Et non à planter, comme je l'ai vu imprimé. Les ânes man- 
gent de l'avoine , mais ils n'en plantent point ; au i*ebours des 
hommes. 



— 303 _ 

PLATRER , métaphoriquement , dans le sens où nous 
disons aujourd'hui replâfr^, dissimuler: 

Jusqu'ici vous avez joué mes accusations , ébloui vos parents, et pidiré 
fos malversations, {G, Z>. m. 8.) 

Aussi ne Tois-je rien qui soit plus odieux 

Que le dehors plâtré d'un zèle spécieux. (Tart, I. 6.) 

Boileau se sert pareillement du substantif /^/IrCfr^, au figuré : 

« Ses bons mots ont besoin de farine et de plâtre* » 

PLEIN , complet : 

Il est bien des endroits où la pleine franchise 

Deiiendroit ridicule , et seroit peu permise. (Mis, 1. 1.) 

Celle pleine droiture où vous vous renfermez. (Ibiti.) 

Cest un haut étage de vertu que cette pleine insensibilité où ils veulent 

faire monter notre âme. {l^f^f- ^^ Tartufe.) 

« Que rbomme contemple donc la nature dans sa haute et pleine ma- 

é jutél » (Pascal. Pensées,) 

« La promesse que J. G. nous a faite de rendre sa joie pleine en nous. » 

(lo. iSid,) 
(Voyez A PLEIN.) 

— PLEUf D*£FFRoi , au seus actif , c'est-à-dire qui 
remplit d effroi : 

Et qu*on s'aille former un monstre plein d'effroi 

De l'affront que nous fait son manquement de foiPjg 

{Ec, des fem, IV. 8.) 

PLUS pour U pltASp au superlatif : 

Mais je vais employer mes efforts plus puissants , 
Remuer terre et ciel, m*y prendre de tous sens. . . (L'£t.Y, la.) 
Si vous leur dérobez leurs conquêtes plus belles , 
Et de tous leurs amants faites des infidèles. (Jbid, Y. s 3.) 

Le remède plus prompt où j'ai sa recourir. (Dép, am, Uî, z.) 

Mais ce qui plus me jdatt d'une attente si chère... (D, Garde, I. 3.) 
C'est lors que plus il m'aime, {Ibid, II. i .) 

Qui est plus criminel à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il 
a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n'a que foire? 

(V Avare. U. 3.) 



— 304 — 

• Quatre cent mille soldats qu'elle enlreteDoit étoîent eeux de ses cî- 
« toyens qu'elle (l'Egypte) exerçoit avec plus de soin. » 

(BossuET, Hist. un. m* partie.) 
« Chargeant de mon débris les reliques plus chères, » 

(RAcnrc. Bajazci.) 

Cette façon de pai'ler conimenrait dès loi'S à vieillir, et Ton 
ne taida i>as à la proscrire ; mais au x\i^ siècle, et surtout au 
moyen âge, on ne s'en faisait aucun scrupule : 

m L'hoDueiir, qui sous faux litre habite avecque nous, 
« Qui nous ôte la vie et Ifjt pUi'nin pius doux, » (lUoiriaa. Sal. TI.) 
•t Eslaut là , je furète aui recoins /7/{fi cachés, » {ibi<l,) 

m Les gens du monde pour la santé où il a%oit plus de fiance (Charles Y), 
« c'esloit en bons niaistres médecins. » (FaoïssAaT. Cliron, II. 70.} 

• Gentis rois, dit la dame, par Deu qui maint la sus, 
« Je vos commanl la rieu el monde que j'aim plus. • 

{Chans, des Saxons. L 85.) 

Je vous recommande la chose que j*aime le plus au monde. 
M Donez Tor et largcnt, et le vair et le gris; 
« Car doner est la rieu qui plus monte à haut pris. • {Ibid. I. 85.) 

> Vous estes, fais-je, du lignage 

> D'icy entour plus à louer. *> (PaÛœGn,) 

Du lignage des environs le plus à louer. 
PLUT A DIEU, suivi de l'infinitif : 

PliU à Dieu t avoir tout à Thcure, devant tout le monde (le fouet), 
et savoir ce qu'on apprend au collège ! (B. gent, III. 3.) 

POIDS; LE POIDS d'une grimage: 

Le poids de sa grimace, où brille rartifice , 

Renverse le bon droit et tourne la justice. ( MU. V. i.) 

( Voyez TouR^îER la justice y et métaphorks vicieuses.) 

— LE POIDS D UNE CABALE: 

Et , pour moins que cela * le poids d'une cabale 

Embarrasse les gens dans un fâcheux dédale. (Tort. T. 3.) 

Pascal a dit, le poids de la vérité : 

•* Il est sans doute que le poids de la vérité les déterminera incontinent à 
•• ne plus croire à vos impostures. » (x5* Prov.) 



— 305 — 

La métaphore d'un poids qui détermine la balance à pencher 
à droite ou à gauche, est juste ; celle d'un poids qui embar- 
rasse dans un dédale, ne l'est pas. 

— METTRE DU POIDS A QUELQUE CHOSE , y attacher de 
rimportance : 

Mon père est d*une humeur k consentir à tout; 

Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout. {Fem, sav. I. 3.) 

POINT, surabondant avec aucun : 

On ne doit point songer à garder aucunes mesures. {D. Juan, III. 5.) 

Au£un étant exactement synonyme de quelque , il n'y a pas 

ici de faute contre le génie de la langue \ mais j'avoue qu'il y 

en a une contre l'usage, qui est vicieux , de considérer aticiin 

comme renfermant une négation. 

(Voyez PAS.) 

— PoncT d'affaires , exclamation elliptique dont le 
sens est sans doute celui-ci : Point d affaires entre nous ! 
je ne vous écoute pas : 

Point d^ affaires} je suis inexorable. {fi, D. III. 8.) 

De la louange, de Testime, de la bienveillance en paroles, et de Tamilié , 

tant qn^il vous plaira; mais de l'argent , point d'affaires, {VAv, II. 5.) 

POMMADER , faire de la pommade : 

Que font-elles? — De la pomuiade pour leurs lèvres. — C'est Irop /»o/n- 
madé. Dites-leur qu'elles descendent. (Préc. rid. 3.) 

Cet emploi du pailicipe passé, avec trop et assez ^ est remar- 
quable, encore que très-usuel : c'est assez bu; c'est assez 
causé ; c'est trop pommadé. 

PORTE ; eutrer dahs une porte : 

Entrez dans celte porte, et laissez-vous conduire. 

{Ec. des fem, V. 3.) 

Il est incommode et fâcheux que nous soyons réduits à un 
seul mot pour exprimer Fouverture pratiquée dans la muraille 
et la pièce de menuiserie destinée à la fermer. Les Latins 
Vi^xent porta ti janua ^ auxquels correspondaient, dans notro 



— 306 — 

vieille langue, porte et hws (i). Mais depuis qu'on a banni le 
second, il faut bien que l'autre fasse un double service, et dé- 
signe à la fois les deux choses contraires. 

— LA PORTE DES RESSORTS. ( Voyez Risso&TS à l'article 

MÉTAPHORES VICIEUSES.) 

PORTE-RESPECT: 

Foin! que n*ai-je avec moi pris mwkportê^rtpeetl {VEt UL 9.) 
Je ne sais trop ce qu'entend Lélie par ce terme, si ce n'est 
un bAton ; mais comment la défense d'un bâton est-elle regret- 
table à qui porte deux pistolets et une épcc ? 

Mais vienne qui voudra contre notre personne : 

J'ai deux bons pistolets, et mon épée est bonne. {Ibid.) 

PORTER , pour porter enêoi^ avec soi; 

Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait : rAmoiir. 

(r^<». ▼. 3.) 

— PORTER DU GRIME DANS. • . , en mettre où il n'y 
en a pas : 

Il n'y a chose si innocente où les hommes ne puissent porter du crime. 

{Préf. de Tartufe.) 

— PORTER DU SCANDALE 9 caoser , entraîner du 
scandale : 

Après son action, qui n'eut jamais d'égale , 

Le commerce entre nous porteroit du scandale, (Tort, IV. i.) 

— PORTER UN AIR : 

£t partout porte un air qui saute aux yeux d'abord. {Mis, I. i.) 
Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal I {Tort, V. 4.) 

PORTEUR DE huchet: 

Dieu préserve, en chassant, toute sage personne 

D'un porteur de huchet qui mal à propos sonne ! (Fâcheux, 11. 7.) 

Le huchet est un petit cor de chasseur ou de postillon, qui 
sert à hacher (appeler) les chiens. 



(i) On les confondoit souTcnt dans l'usage; nais enfin Akij, d'après sa racioe «ictfv, 
$9nir, marquait {'ouverture qu'on fermait avec la porte. 



— «97 — 
PORTRAIT, pour peinture, tableau, le portrait 

B'UIf œMBAT : 

Je dois aux yeux d'Alcmène un portrait militaire 
Du grtmd combat qui met dos enneoûs à bas. {Amph. I. i.) 
(Voyez PKiifTURE ^nv portrait.) 

— PORTRAIT DUIf COEUR : 

Nous allons eo tous lieux 
Montrer de votre ccatr le portrait glorieux, {Mif, V. 4.) 

POSSIBLE, adverbe, peut-être : 

Son heure doit venir, et c*est à vous, possible^ 
Qu'est réservé Thonneur de la rendre sensible. {Pr, d^El. I. 4.) 
Primitiveiiient tous les adjectifs s'employaient aussi comme 
adverbes ; notre langue en a conservé de nombreux exemples : 
iK)ir clair; frapper fort; tenir ferme; partir soudain , etc. Il 
n'y a aucune raison pour que possible soit exclu de ce piivi- 
lége. La Fontaine l'y maintenait : 

«t Us ne cédoient a pas une nonnain 
« Dans le désir de faire que madame 
« Ne fût honteuse, ou bien n*eùt dans son âme 
« Tel récipé, possible^ à contre-cœur. » {VAbbesse malade.) 

« Deux ou trois de ses officiers et autant de femmes se promenoient à 
« cinq cents pas d'elle , et s'entretenoient possible de leur amour. » 

( La Fomt. Amours de Psyché, liv. II.) 

« Passible personne qu'elle n'étoit descendue sous cette voûte depuis 

« qu'on l'avoit bâtie. » (lo. Ibid,) 

— POSSIBLE QUI , pent-ètre que. . . : 

Passible quê^ malgré la cure qu'elle essaie. 

Mon âme saignera longtemps de cette plaie. {Dép, am, lY. 3.) 

POSTE : 

« Poste aussi , avec une diction possessive (un pronom pos- 
sessif), signifie façon , manière, volonté , guise ^ comme : Il est 
fait à ma poste; il luy a aposté ou baillé des tesmoins faits à sa 
ffotw. 

a Et quand il n'est joinct à telles particules possessives y il 
tignifie pourpenséj attiitré^ comme : cela est faict à poste. » 

(NXGOT.) 
%0. 



— 308 — 

ToiirsTTB. J'avois songé en moi-niéme qoe ç*auroit été une boDoe af- 
faire de pouvoir introduire ici un médecin à notre poste, pour le dégoûter 
de sou monsieur Purgon. {Mal, im. IIL a.) 

« Que Martial retrousse Venus à sa poste, il n'arrive pas à la faire pa- 
« roistre si entiei*e. » (Moittaiohk. III. 5.) 

«• Un valet qui les escrivit souhs moy pensa faire un grand butiu de 
« m'en desrober plusieurs pièces chobies à sa poste. » (Id. n. 3;.) 

i* Dieu fasse paix au gentil Arioste , 

« Et daigne aussi mettre en lieu de repos 

« Jean la Fontaine, auteur fait à la poste 

« Du Ferrarois, adoptant ses bous mots. » (Savaca. Camille.) 

A la guise , sur le modèle , dans le goût de TArioste. 
l^es Italiens disent aussi a mia posta , et, sans pronom pos- 
sessif, alla posta , apposta : 

; « Ha la bocca fatta apposta 

m Pel servizio délia pusta. » (Duo de Guglielmi) 

Il a la bouche faite à poste pour le service de la poste. 

On pourrait croire que nous leur avons emprunté cette ex- 
pression ; mais elle existait dans notre langue depuis un temps 
bien reculé, avec des acceptions diverses. Posta, dans les actes 
du moyen âge , signifie une station , un lieu désigné, imposte, 
et volonté, gré, convenance. 

Dans les ordonnances du roi Jean (i355), on trouve faire 
fausse poste , pour apnster, (|ui alors n'était pas encore crée. 
11 s*agit dos revues de troui>es , où Ton faisait figurer de faux 
soldats , des houunes apostés^ des soldats postic/tes : 

« Nous avons ordené et ordenons que nul ne face fausse 

tt poste y sur peine de perdre chevaux et bernois avons or- 

n dené et ordenons, pour esi:\û\cv\es fausses postes » 

(Jp. Cang. in Posta.) 

Postiquer^ postiqueur^ c'était, au sens propre, courir la poste, 
postillon ; au figuré, fourber, intriguer ; un intrigant. 

Le poste d*un couvent , d'un collège , était le coureur, le 
messager de la maison. 

l>e cette famille il nous reste la poste; poster ^ aposter;€i 
postiche. 



— 309 _ 

POSTURE (position), soit en bonne, soit en mauvaise 
part: 

C'est un placet, monsieur, que je voudrois vous lire, 

Et que, dans Imposture où vous met votre emploi. 

J'ose vous conjurer de présenter au roi. {Fâcheitx, III. a.) 

Un duel met les gens en mauvaise posture, (Ibid. II. lo.) 

Mes affaires y sont en fort l>onne posture. {/Ce. des Jem, I. f».) 

POT ; TOURNER AUTOUR DU POT .* 

A quoi bon tant barguigner, et tant tourner autour du pot? {Pourc, I. 7.} 
Cette métaphore est du style de Pourceaugnac et de Petit- 
Jean : 

« ... Eh ! faot-il tant tourner autour du pot? » 

{Les Plaideurs, m. 3.) 

— POTS casses; PATER LES POTS CASSES DE QUELQUE 

chose: 

Un cordonnier, en faisant des souliers, ne sauroit gâter un morceau de 
cuir qu'il n'en paye les pots cassés, {Méd, m. lui, ITL x .) 

Cette expression proverbiale fait allusion à un jeu usité au 
moyen âge parmi les enfants. Ce jeu consistait à faire circuler 
rapidement, de proche en proche, un pot qu'il fallait élever en 
Tair avant de le transmettre à son voisin. Il se trouvait quelque 
maladroit qui le laissait tomber, et celui-là payait les pots 



Menot parle de ce jeu : 

« Le diable et le monde font comme les enfants qui jouent à la balte ou 
* au pot cassé : ils se le passent de main en main ; un des joueurs le lève 
« bien haut et le laisse tomber, et le pot vole eu éclats (i). »• 

POTAGE; pour tout potage, au sens figaré, unique- 
ment : 

Vous n'êtes, pour tout potage, qu'un faquin de cuisinier. {VÀv. III. 6.) 

La Fontaine s'est servi, dans cette locution, du mot besogne 

au lieu àe potage. Le renard invite à dgier madame la cigogne : 



(1) « DialM>las rt mundas faeiant «icot faciont pneri Indentes ad pilam vel ad potum 
« fraelam 1 dant illam de mana in manam ; elerabit quia potam alte , et cadere dimittet^ 
« tt fie CrtDgtlnr. » CSermomês , toi. iS.) 



— 310 — 

•* Avoit un brouet dair ; il Vvioii chichaneDt. » 

{Le Remard et la dgogme.) 
Ailleurs il dit, pour tout mets : 

• Le renard dit au loup : Noire àur^pour tout jmt$ 
u J*ai souvent un vieux coq ou de maigres pooleCs. » 

{Le LoMp et U MenûnL) 

POULE LAITÉE : 

Avec leur ton de pouie laiiée , et leurs trois petiu brins de barbe rdevés 
en barbe de chat ! (IVp. n. 7.) 

<t On dit, pour se moquer d*un lâche, d'un sot qui se mêle 4u 
ménage des femmes, que c'est une pouie moiUUée^ une pouie 
laitée, un tdte-poules, » (TwÈvovx.) 

POUR , faisant Toffioe de ieulemerU : 

On nous fait voir que Jupiter n*a pas aimé pour une fois. 

{Pr. ^m. lï. I.) 
On est faite d*un air, je pense^ k pouvoir dire 
Qu'on n*a pas pour un cœur soumis à son empire. (Fem» êav. II. 3.) 

Pourquoi ces façons de parler sont-elles tout à fait hors d'u- 
sage, et cependant maintient-on encore pour dans cette cette 
locution : Cela peut passer pour u/te /ois y c'est-à-dire, une fois 
seulement? Ce sont là des inconséquences que les écrivains de- 
vraient tâcher d'empêcher, ou de corriger. 

— POUR, aa point de , jusqu^à : 

Ma foi, me trouvant las pour ne pouvoir fournir 

Aux différents emplois où Jupiter m*engage. . . • {Ampk. proL) 

— POUR, en qualité de : 

Je suis auprès de lui gagé/wur serviteur; 

Me voudriez-Tous eucor gager pour précepteur ? {L'Et, I, 9.) 
Et vous l'avez cou nu pour gentilhomme, {B, gent. Vf. 5.) 

Cet emploi de pour est encore usuel dans cette phrase, par 
exemple : Prendre pour domestique. Connaître pour gentil- 
homme , gager pour précepteur, ne sont guère que des appli- 
cations du même principe. Ce qui appauvrit les langues , c'est 
justement de restreindre la valeur générale d'un mot à quel- 
ques formules particulières. Molière , non plus que BotsueC , 



- 311 _ 

ne se laisse jamais garrotter dans ces entraves, et c*est là peut- 
être le caractère essentiel de leur langue , et ce qui lui donne 
tant d'ampleur. 

I-.es Espagnols emploient de même por devant un adjectif. 
Tirso de Molina intitule une de ses pièces : « £1 condemnado 
por desconfiado, » Le damné pour décor\fès , pour être mort 
sans confession^ en qualité de déconfès. 

— POUR (un infinitif) marquant, noa le but, mais 
la cause , comme parce que : 
Moi. . . 

Trahir mes sentiments, tX, pour être en vos mains , 
D*un masque de faveur vous couvrir mes dédains! 

(D. Gcreie, II. 6.) 
Parce que Je ims en vos mains, et non afin d'être en vos 
mcdns. 

Je hais ces cœurs pusillanimes, qui , pour trop prévoir les suites des 
choses, n*osentrien entreprendre. {Scapin.Wl. x.) 

Parce qu'ils prévoient trop. 

Tous les désordres, toutes les guerres n'arrivent que pour n'apprendre 
pas la musique. (B. gent,) 

Parce qu'on n*apprend pas, et non, afin de ne pas apprendre. 

C'est pour nous attacher à trop de bienséance 

Qu*aucun amant, ma sœur, k nous ne veut venir. {Psyché. I. i.) 

Parce que nous nous attachons ^ et non, afin de nous attacher. 

Et je ne fiiis sa main que pour le trop chérir. {Fem. sav, T. 5.) 

On ne 8*avise point de défendre la médecine pour avoir été bannie 

de Rome, ni la philosophie pour avoir été condamnée publiquement dans 

Athènes. {Préf. de Tartufe.) 

Parce qu'elle a été bannie , parce qu'elle a été condamnée. 

Pascal dit de même : 

« La durée de notre rie n'est-elle pas également et infiniment éloignée 
« de l'éternité pour durer dix ans davantage ? >• (Pensées, p. 298.) 

C'est-à-dire : Notre vie , parce qu'elle aura duré dix ans de 
plus ou de moins , ne sera-t-elle pas toujours aussi éloignée de 
l'éternité ? Ce tour , dans Pascal , me par^t un peu obscur, 
peutrétre à cause de la désuétude. 



— 812 - 

« Et conment ett-il pouibk, reprit Ésope» que ?oi jnmenU i 
** lie si loin dos dievaui henoir, et conçoivent pour les entendre ? » 

(Là Fomt. rie ^ Esope,) 

— POUR , uni à Fauxiliaire être. (Voyez i-nz poum.) 

— pouB l'am ouB DE , eu RiaoTaise part : 

Qne tous ces jeanes fous me piroissent fAcbenx ! 

Je me suis dérobée au bal pour tmmourtTeujc. (Ec. detmmr.lïL^ 

— POUR CEBTAIH : 

Tous les bruits de Léon annoncent /N>tfr certain 

Qu*à la conitffsse Ignés il va donner la main. (D. Garde. 1. 1.) 

— POUR CE QUI EST DE GELA, saos relation à rien , et 
en forme d'exclamation , comme en vérilé: 

Pour ce qui est de cela, U jalousie est une étrange cbose! {G. D. L 6.) 

POURQUOI. . . , ET QUE. . . : 

oioaciTTi. 
Oui ; mais pourquoi cbacun n^eo fait-il pas de même. 
Et que nous en voyons qui paroiisent joyeux 
Lorsque leurs femmes sont avec les beaux monsieux ? 

{Ec. desfem, U. 3.) 
I^ second vers répond à celle tournure : et comment sefait-il 
que,,. Rien nVst plus naturel que ce changement subit de cons^ 
truction au milieu d*une phrase , comme lîen n*est plus fré- 
quent dans le discoiu*s familier. 

Néanmoins» ce qui i)eut passer dans la 1x>uclie de Georgette 
n'est-il pas trop abandonne sous la plume de Voltaire com- 
mentant Corneille ? 

— « Pourquoi dil-on prêter t oreille, it quk prêter les yeux n*est pas 
« français? » (Sur le vers 27, se. Y, act. 3, de Rodogune,) 

POURSUIVRE A , continuer à : 

Il ne faut que poursuivre à garder le silence, (Mis, Y. 3.) 

POUR UN PEU , pour nn moment : 

Souffrez que j*interrompe pour un peu la répétition. (Impromptu, 3.) 

POUR VOIR , adverbialement : 

Ayez recours, pour voir, à tous les détours des amants. {G, D, 1. 6.) 



— 313 — 
POUSSER, absolument, insister: 

Poussêf mon cher marquis, pousse, (Critique de t Ecole des fem, 7.) 
Poussez, c*est moi qui vous le dis. (G. D, I. 7.) 

— POUSSER LES CHOSES : 

N*allez point pousser les choses dans les dernières violences du pouvoir 
paternel. (VAv, V. 4.) 

Toilà, mon gendre, comme il fau t pousser Us choses, (G. />. L 8.) 

« Biais, mon père, qui voudroit pousser cela vous embarrasseroit. » 

(Pascal. 9» Prov,) 

— POUSSER quelqu'un, aa sens moral; le pousser à 
bout: 

Yraiment 'vous me poussez ; et, contre mon envie , 

Votre présomption veut que je riiumilie. {Dép. am, L 3.) 

«t Fom me poussez! — Bonhomme, allez garder vos foins. » 

(£«j Plaideurs, L 7.) 

— POUSSER DES CONCERTS : 

Poussons à sa mémoire 
Des concerts si touchants , 
Que du haut de sa gloire 

Il (x) écoute nos chants. (Am, magn, 6' intermède,) 

Corneille a dit pousser des harmonies : 

«t Des flûtes au troisième (7), au dernier des hautbois, 
« Qui tour à tour en Tair poiusoient des harmonies 
« Dont on pouvoit nommer les douceurs infinies. •• (Le Ment, I. 5.) 
Et Pascal , pousser des imprécations : 
m D'où vient, disent-ils, i\\x^ on pousse tant d'imprécations,,» » (3* Pro9,) 

— POUSSER LA SATIRE .* 

Les rieurs sont pour vous, madame, c*est tout dire ; 

Et vous pouvez pousser contre moi la satire, (Mis, II. 5.) 

— POUSSER les tendres sentiments, — Tamusement: 

Il nous feroit beau voir, attachés face à face , 

Pousser les tendres sentiments! (Amplt, I. 4.) 

Amphitryon, c'est trop pousser t amusement. (Ibid, II. a.) 

(t) L0 soleil , c'ett-àHlire Loai» XIV. 
(a) Balean. 



— 314 — 

— poussKR SA c^HCB, SA vovrims, fioir Bnmi 

. J'avois beau m'en défendre, il a pcnssé sa ehtme§. {JN^kmB. 1. 1.) 

Elle M rend à sa poursuite : il pousse sa/ortmiêi le foUà mrpriaafcc 

elle par ses parents. f^Scûpim. L 6.) 

Moquez-Tous des sermons d'un Tieux barbon de père ; 

Poussez votte bidet, tous dis-je, et laissez 6ùre. (VEL L a.) 

— POUSSER UHB MATIÈRE, ereosep on sujet i 

Noua sommes id tur me matière que je serai bien aise que noua pous- 
sUm, (Crit, de tRe. desfem. 7.) 

POUSSEUSES DE TENDRESSE : 

Héroïnes du temps, mesdames les savantes, 
Pousseuses de tendresse et de beaux sentiments. . . 

(Ke. dês firn. I. 5.) 

(Voyei FOUMEE.) 

POUVOIR , "verbe; il ne se peut que ne. . . : 

// ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise? (D. /imm. IIL a.) 
Pacuvius et Lucrèce ont dit potestur, au passif. Non potes- 
inr quin traduirait exactement il ne se peut que ne, 
(Voyea qitb dans cette formule il n'est pas que, p. 333.) 

— POUVOIR MAIS , sans exprimer en : 

Sur la tentation ai>je quelque crédit , 

Et puis'je mais, chétif, si le cœur leur en dit? {Dép. am. Y. 3.) 
Mais conserve dans cette locution le sens du latia magis. Je 
n *en puis mais , je ne puis davantage de cela , c'est-à-dire , 
touchant cela, de hoc. 

— POUVOIR, substantif. (Voyez FAIRE son POUVOIR.) 

PRATIQUE, manière de se conduire, intrigae, sour- 
des menées : 

O la fine pratique ! 
Un mari confident! — Taisez-vous, as de pique. (Dép, am. Y. 9.) 
Rentrez, pour n*ouïr point cette pratique iiifAme. (Ec, des mar, 1. 1.) 
Dans un petit couvent, loin de toute pratique , 
Je la fis élever selon ma politique. {Ec, des fem. 1. 1.) 

Ses pratiques, je crois, ne vous sont pas nouvelles. (Amph, prof.) 



— 315 — 

PBATIQUER Dtt AMES y les travailler par des in- 
trigues: 

n a tenté Léon, et ses fidèles trames 

Des grands comme du peuple ont pratiqué les àme*. 

{Don Garde, I. a.) 

PRÉALABLE ; au phiêalable : 

Je ne prétends point ipi'U te marie , qn'cn préalmile il n'ait satisfait à la 
médecine. (Pourc, IL «.) 

PRÉCIEUSE, substantif, Molière prend toi^ours ce 
mot en mauvaise part : 

Toyea comme raisonne et répond la vilaine! 

Peste ! une précieuse en diroit-elle plus? (Ec. desfem. Y. 4.) 

On voit que Molière avait déterminé de ruiner ce titre ^ mais 
il n'y va point brusquement; il garde quelque ménagement 
pour Topinion publiée, au moyen d'une disûiiction que tantôt 
il rappelle, tantôt il a soin d'oublier : 

Est-ce qu'il y a une personne qui soit plus véritablement ce qu*on ap- 
pelle précietue, à prendre le mot dans sa plus mauvaise signification ? 

(Crit, de tEc. desfem, a.) 

Le bel assembbge que ce seroit d*une précieuse et d*uD turlupin I (Hid.) 

Et ceue dernière précieuse se trouve être « la plus grande 
Caçonnière du monde, » une femme d'un ridicule accompli dans 
ses manières comme dans son langage. 

Molière avait porté le premier coup aux précieuses en iSSg; 
il revient à la charge quatre ans après : la Critique de VÉcole 
des femmes est de i663. 

PRÉCIPITÉ d'un E8POIE : 

Ab! madame, faut-il me \o\r précipité 

Dé t espoir glorieux dont je m'étois flatté ? (/>. Garciê. UL %.) 

PREMIER; qui premieb^ qui le premier : 

Maudit soit qui premier trouva Tinveotion 
De s'affliger Tesprit de cette vision ! (Sgan, 17.) 

Latinisme : qui priraus. 

« Nous verrons, volage bergère, 

« Qm/^r^m/er s'en repentira! » (DeIportu.) 



— 316 — 

Premier s'employait aussi adverbialement : 

« Tout ce en Bretaigne apparat 

« Quaud premier la guerre j eimeut , 

« L*an 3oo quarante et un nil , 

« Le derrain jour du moii d*apTril. *• 

{Citron, de GuUl. de Saint- André, ▼. 104.) 

Quand premirrement , pour la première fois. 

• Dieu Umt premier, puis père et mère» honore. » (Praiàc.) 

(Voyez plus bas premier que.) 

— LE PREMIER , Ic premier Tenu : 

Ma bague est la marque choisie 
ftur kquelle au premier il doit livrer Célie. {VEt, W, 9.) 

n semblerait qu'il s'agit de deux personnages , le premier et 
le second/ La gène de l'expression est trop visible. 

— PREMIER QUE, RTant, OQ avant qoc: 

Et U, premier que lui si nous faisons la prise , 

Il aura fait pour nous les frais de Tentreprise. (L'Ei, m. 7.) 

« Premier yiie d'avoir mal, ils trouvent le remède. » (Malhiibe.) 

Trévoux cite ce dernier exemple et les suivants : « Il étoit 
au monde premier que vous fussiez ne. — Un moine n*oseroît 
sortir que premier il n'en ait demandé la permission. — En ce 
sens il \'ieillit. » (1740.) 

Dans l'origine, tous les adjectifs s'employaient adverbiale- 
ment sans changer de forme : partir soudain; voir clair; tenir 
ferme; courir vite; parler net , haut, foi-t. Dans toutes ces lo- 
cutions et les semblables , l'adjectif joue le rôle de l'adverbe. 
Ce privilège de l'adjectif subsiste encore en allemand et en an- 
glais. 

Premier pouv premièrement ètsdt donc une locution très- ré- 
gulière et très-correcte. Quant à l'adjonction du que, premier 
que, pour premièremeni que y elle est justifiée par cette réflexion 
fort simple, que premier marque une comparaison, est un vé- 
ritable comparatif; il est donc naturel qu'il en ait la construc- 
tion et Tattribut. 

(Voyez aux mots ferme , franc , net, possible.) 



• — 317 — 
PRENDRE, choisir, préférer : 

Ai-je réclat ou le &ecret à prendre? {Amph, III. 3.) 

— LE PRENDRE A (un sabstantif), s'en rapportera. . . : 

Si vous le voulez prendre aux usages du mot , 

L'alliance est plus grande entre pédant et lot. {Fem, sav, IV. 3.) 

— SE PRENDRE A (un infinitif), s'y prendre pour : 

Voyons d'un esprit adouci 
Comment vous vous prendrez à soutenir ceci. {Mis. V. 4.) 

— PRENDRE A TEMOIN SI • . . : 

Je prends à témoin le prince votre père si ce u*est pas vous que j'ai de- 
mandée. " (Pr. d'EL V. 3.) 
(Afin qu'il dise) si ce n'est pas vous... etc. 

— PRENDRE CREANCE EN QUELQU'UN : 

Et tâchez, comme il prend en votu grande créance. 

De le dissuader de cette autre alliance. (£c. des fan, V. 6.) 

— PRENDRE DROIT : 

Et je serais encore à nommer le vainqueur^ 

Si le mérite seul prenait droit sur uu cœur. (/>. Garde, I. x .) 

Cependant apprenez, prince, à vous mieux armer 

Contre ce qui prend droit de vous trop alarmer, (Jbid, I. 5.) 

Et c'est ce qui chez vous prend droit de m'amener. 

(Ec. des mar, II. 3.) 
Ah ! qu'il est bien peu vrai que ce qu'on doit aimer, 
Aussitôt qu'on le y/oit, prend droit de nous charmer! {Pr,d*£LLi.) 
Il est très-assuré, sire, qu'il ne faut plus que je songe à faire des comé- 
dies, si les tartufes ont l'avantage; qu'ils prendront droit par là de me per- 
sécuter plus que jamais (a* Placet au Roi.) 

— PRENDRE EN MAIN : 

Tous les magistrats sont intéressé i à prendre cette affaire enlmain.^ 

\{JOA9. V. I.) 

— PRENDRE FOI SUR. . • : 

Mais je n'ai point ^r/i foi sur ces mécltantes langues. 

{Ec.desfenLli.^.) 



_ ai8 — • 

— PRENDRE GARDE À (un infiiûtiQ : 

C'est donner toute ton attention à fkira l'action marquée 
par cet infinitif : 

Prenez bien garde, vous, à vous déhancher comme il fiiut, et k faire 
bien des façons, (impromptu. 3.) 

Prenez garde de marquerait le contraire, et le soin d'éviter. 

Les Latin» avaient de même vereor ut et «ensor me. 

Pascal dii prendre garde que, conune observer, remarquer 
que : 

" Les Talels peuveot faire en conscience de certains message» flicbeui; 
- n'avez-vous pas pris garde que c etoit seulement en détournant leur in- 
• tenlion du mal, etc (7* Prw.) 

— PRENDRE INTERET EN QUELQU'UN : 

Qu*est-ce que cette instance a dû vous faire entendre, 

Que V intérêt qu*em vous Cou s^atnse de prendre? (Turt, TV, S.) 

Un ami qui m*est joint d^une amitié fort teodre , 

Et qui sait V intérêt qu'en tous j*ai lieu à% prendre. {thid. V. 6.) 

— PRENDRE LA VENGEANCE DE : 

Pour m 'ouvrir une voie à prendre la vengeance 

De son hypocrbie et de son insolence. (Jbid, m. 4.) 

— absolument pour épouser la querelle . 

Loin d*étre les premiers à prendre ma vengeance. 

Eux-mêmes font obstacle à mon resseutimeut. {Amph, ITL 5.) 

Et vous devez, en raisonnable époux , 
Être pour moi contre elle , et prendre mon courroux, 

{Pem. sav, U, 6.) 

— * PRENDRE LE FRAIS , choisir Iheure du frais : 

Pour arriver ici , mon père a pris te frais. (Ec, desfem, V. 6.) 

— PRENDRE LE PIED DE (uu infinitif) : 

De peur que , sur votre foiblesse , il ne prenne le pied de %*aut mener 
comm'e un enfant. (Scapin, 1. 3.) 

— PRENDRE LOI DE QUELQU'UN : 

Il serait beau vraiment qu'on le vit aigourd'hui 

Prendre loi de qui doit la recevoir de lui ! (J?c. desfem, Y. 7.) 



— 319 — 

— PMNPAE PAB Lss joiTRAiLLEs, au figuré » parlant 
de leffet des ouvrages de Tesprit : 

Laîisonf-Dous aller de bonne foi aux choses qoi nous prennent par Us en- 
trailles, et ne cherchons point des raisonnements pour nous empêcher d'a- 
Toir du plai&ir. (Crit» de P£c, dos fem, 7.) 

— PRENDRE PEUTE A(un infinitif) : 

Tant pis encore de prends^ peine à dire des sottises, (ibid, i.) 

— PREifDRE PLAISIR DE (un infinitif) : 

Car le ciel- a trop pris plaisir de ni affliger. (Dép, «m. II. 4.) 

Je prends plaisir Utre seule, (Crit, de tEc, des fem. x .) 

Je pense quV/ ne prend pas plaisir de nous voir. {D:Juan, III. 6.) 

— PRENDRE sonf A (UD Infinitif) : 

C'est un étrange fait du soin que vous prenez , 

^ me venir toujours jeter mon âge au nez. (Ec, des mtw, 1. 1 .) 

— PRENDRE VISEE QUELQUE PART , diriger là son at- 
tention et ses efforts : 

Elle est sage, elle m*aime , et Totre amour Toutrage. 

Prenez visée ailleurs, ti troasscz-moi bagage. .{ibid. II. 9.) 

— SE PRENDRE A QUELQUE CHOSE, o'eftt-à-dire , 8*y 
prendre pour la faire : 

Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle 
faut {L'uâp.ha.) 

— SE PRENDRE A QUELQU'UN DE, s'cn prendre à lui, 
Fen accuser : 

Cest ainsi qn^aus flatteurs on doit partout se prendre 

Des vices où Ton voit les humains se répandre. (Mis, n. 5.) 

PRÉPOSITION supprimée, oii Tusage moderne est de 
la répéter, soit devant un nom , soit devant un infinitif: 

On sait bien que Célie 

A causé des désirs à Léandre et Lélie, {VEt. Y. i3.) 

Nous dirions : à Léandre et à Lélie. 

U n'y a dans Molière qu'un seccHid exenqple pareil à oelui-ci, 



— 320 — 

c'est-à-dire, où la préposition soit supprimée devant un subs- 
tantif : 

La pesie soit de Hiomme et sa ctùenne de face! {Ec, dctfem, lY. s.) 
£t de sa chienne de face. 

Pour de resprit , j'en ai sans doute , et du bon goût 

A juger sans étude et raisonner de tout ; 

A faire aux nouveautés , dont je suis idolâtre , 

Figure do savant sur les bancs d'un théâtre ; 

Y décider en chef, et faire du fracas 

A tous les beaux endroits qui méritent des ah ! (MU, III. i.) 

Al jr décider. 

C'est aux gens mal tournes, aux mérites vulgaires , 

A brûler coustammeut pour des beautés sévères; 

A languir à leurs pieds et souffrir leurs rigueurs ; 

A chercher le secours des soupirs et des pleurs. 

Et tâcher, par des soins d'une très-longue suite , 

D'obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite. {JbU.) 

Et à souffrir, et à tâcher. 

On n'a point à louer les vers de messieurs tels» 

A donner de l*encens à madame une telle, 

Et de nos francs marquis essuyer U cervelle. (i^id, m. ^^) 

A essuyer la cervelle de nos marquis. 

Vous apprendrez, maroufle, a rire à nos dépens, 

Et sans aucun respect faire cocus les gens ! (^^«'>* ^0 

A faire cocus les gens. 

Comme si j'élois femme à violer la foi que j'ai donnée à un mari, et nC<' 
loigner '}ama\$ de la vertu que mes parent? m'ont enseignée! {G. D, II. lo.) 
Le remède plus prompt où j'ai su recourir, 
C*est de pousser ma pointe et dire en diligence 
A notre vieux patron toute la manigance. (^^ÎP* <""• ^'I* '*) 

Trouvc»-tu beau, dis-moi, de diffamer ma iillc. 
Et faire un tel scandale à toute une famille? (Ibid, III. ^,) 

Loin <^a&surer une âme , et lui fournir des armes .... {Ibid, IV . a.) 

Peux-tu me conseiller un semblable forfait , 

/)'abaudoui)er I.élie et prendre ce malfait? {Sgan, a.) 

Et les plus prompts moyens de gaguer leur faveur, 

Cest de flatter toujours le foible de leur cœui , 

/)*applaudir eu aveugle à ce qu'ils veulent faiie. 

Et /i'a/;^jrer jamais ce qui peut leur déplaire. (D. Garcie, U. i .) 



— 321 — 

Et TOolei-voiMy charmé de ses rares mérites, 

M*obliger à Taimer , et souffrir ses visites ? (£c. des mar, II . 14.) 

En quelle impaiieoce 
Suis-je Je toir mon frère et lui conter sa chauce! {Ibid^ Itl. 2.) 

Mais je ne suis pas Iiomme à gober le morceau , 
Et laisser le champ libre aux yeux d*un damoiseau. 

{Ec, des fem. II. i.) 

Il ne Teut obtenir 

Que le bien de vous voir et vous entretenir, {Ibid, II. 6.) 
Employons ce temps à répéter notre affaire, et voir la manière dont il fdut 

jouer les choses. {Impromptu, i .) 
C'est de ne plus souffrir qu*Alceste vous prétende ; 
De le sacrifier, madame, à mon amour ; 

Et de chez vous enfin le bannir sans retour. {Mis. V. a.) 

Je vous promets ici d'éviter sa présence. 

De faire place au choix où vous vous résoudrez, 

Et ne souffrir ses vœux que quand vous le voudrez. 

{MéUcerte. II. 4.) 

Maû mon secours pourra lui donner les moyens 

De sortir d'embarras et rentrer dans ses biens. {Tart. II. a.) 

Pour m'ouvrir une voie à prendre la vengeance 

De son hypocrisie et de son insolence, 

ji détromper un père , et lui mettre en plein jour 

L'âme d'un scélérat qui vous parle d'amour. {Ibid, III. 4.) 

Ce seroit mériter qu'il me la vint ravir (l'occasion) , 

Que de l'avoir en main, et ne m'en pas servir, {Ibid,) 

Un ordre de vider d'ici , vous et les vôtres» 
Mettre vos meubles hors , et faire place à d'autres. {Ibid, V. 4.) 
On sait qu'nne épitre dédicatoirc dit tout ce qu'il lui plaît, et qu'un au- 
teur est en pouvoir d'aller saisir les personnes les plus augustes, et de parer 
de leurs grands noms les premiers feuillets de son livre; qu'il a la liberté 
de s'y donner autant qu'il veut l'honneur de leur estime , et se faire des 
protecteurs qui n'ont jamais songé à l'être. {Ep, déd, d'^lmphiiijon,) 

Cette tournure est ici d'autant plus remarquable, que Tépî- 
tre est écrite avec un soin particulier, comme adressée au 
prince de Condé , aussi fin connaisseur dans les choses d'es- 
prit que grand capitaine. 

Qui donc est ce coquin qui prend tant de licence 

Que de chanter et m' étourdir ainsi? (Amplu L a.) 

ai 



— 322 — 

11 me prend des tentations «Taccommoder son Tisage à la compote, et le 
mettre eu état de ue plaire de sa vie aux diseurs de fleurettes. 

( G. A n. 4.) 
J'aime bien mieux, pour moi, qu*en épluchant ses herbes 
Elle accommode mal \e% noms avec les verbes, 
Et redise cent fois un bas ou méchant mot , 
Que de brûler ma viande, ou saler trop mon pot. {Fem, MP.n.7.) 
Et je veux nous venger, toutes tant que nous sonmies , 
De celte indigne classe où nous rangent les hommes , 
De borner nos talents à des futilités , 

£1 NOUS fermer la porte aux sublimes clartés. {ièid. m. a.) 

Appelez-vous, monsieur, être à vos vœux contraire , 
Que de leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire , 
Et vouloir les réduire a cette pureté {i6id, tV, a.) 

La multiplicité de ces exemples , tant en vers qu'en prose , 
fait assez voir que Molière, en supprimant en poésie la prépo- 
sition une fois exprimée , ne cédait pas à la contrainte de la 
mesure ; il suit la coutume de tous les écrivains du xvii* siècle. 
Je n*en apporterai qu*un exemple; il est de la Fontaine, et 
curieux à cause de la longueur de la période, et du nombre de 
verbes devant lesquels il faut suppléer le de mis au commen- 
cement. 

•« Ésope , pour toute punition , lui recommanda <f honorer les dieux et 
« sou prince; se rendre terrible à ses ennemis, facile et commode aux au- 
« très; iten traiter sa femme, saus pourtant lui coufier son secret; parler 
« peu, et chasser de chez soi les babillards; ne se point laisser aiwUre au 

* malheur; avoir soin du lendemain surtout n'être point envieux 

m du bonheur ni de la vertu d'autrui >*(La Fontaine. Fie d'Esope,) 

PRESCRIT, fixé, déterminé d'aTance, et non pas 
ordonné: 

Peusez-vous qu*à choisir de deux choses /?rcjcri/«. 

Je u'aimasse pas mieux être ce que vous dites 

(Éc. des fem. IV. 8.) 

C'est le sens du \aLtin prœscriptus , écrit d'avance. 

PRÉSENT DU SUBJONCTIF, en relation avec 
l'imparfait : 

Seroit'ce quelque chose où je vous puisse aider? {Méd, m, 1. 1. 5.) 
Ici rimparfait serait-ce est une forme convenue pour repré- 



— 121 ^ 

senter le présent est'<e : Esi-ce quelque chose où je vous puisse 
aider? Ainsi, la correspondance des temps n'est réellement pas 
troublée. 

PRESSER quelqu'un d'une cx)urtoisie: 

Toute ia courtoisie enfin dont Je vous presse, {£c. des/em, IV. 4.) 

PRÊT A f près de , sur le point de : 

Je TOUS Toifl prétf monsieur, à tomber en foiblesse. (Sgan. 11.) 

Si c'est TOUS offenser, 
Mon offense envers vous n'est pas prête à cesser. (Fem, sav. V. i .) 

— Vïdkt DE , disposé à , sur le point de : 

^Ajoute que ma mort 
Est prête d'expier Terreur de ce transport. {Dép, am, I. a.) 

Molière, en ce sens, a dit deux fois prêt à : 

Le yroUàpret à faire eu tout vos volontés. {làid. m, 8.) 

Et que me sert d'aimer comme je fais, hélas ! 
Si vous éles si prête à ne le croire pas? {Mèlicerte, II. 3.) 

Mais son habitude est prêt de : 

Que si ceUe feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis toui 

prêt de mourir pour vous en venger. (Pr. d'El. V. a.) 

Vous n'avez qu'à parler, je sm$ prêt d'obéir, {Méiicerte, II. 5.) 

Et il n'y a pas quatre mois encore, qu'étant toute prête dêtre mariée^ 

die rompit tout net le mariage {VAv, II. 7.) 

Je sois prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit [Ibid, Y. 5.) 
Est-il rbenre de revenir chez soi quand le jour est prêt de paroitre? 

{fi. D. m. II.) 
Quelques éditions modernes ont imprimé ici près de; cette 
correction , ou plutôt cette infidélité , est impossible dans les 
exemples qui précèdent. 

Tous les grands écrivains du xvii^ siècle ont employé prêt 
de pour disposé à : 

« Qu'on rappelle mon fils, qu'il vienne se défendre ; 
« Qu'il vienne me parler, je suis prêt de f entendre, • 

(Raciwi. Phèdre. V. 5.) 
Le bon usage donnait même la préférence à /7/)^/ de: « Lors- 
que prêt signifie sur le point, prêt de est beaucoup meilleur. » 

(BouHouES j Rem, nouv.) 
• Elle estoit prute iPaecouc/icr, » (Scaeedit. Mofiu corn, l, z3.) 

SI. 



— 324 — 

« Je le vis toat prest d'abandonner son bucéphile , pour marcher à pied 
« à la teste des fautassins. >• 

(St.-Évr£moiid. Cofiv. du P, Canaye, éd. de Barbio, 1697.) 

LA SERai. 

« £s-tu si prêt d^ écrire ? 

CASSA xcicc. 

Es-tu las d'imprimer? » (Boilcau.) 

« Dites un mot, seigneur, soldats et matelots 
« Seruut préu avec vous de traverser les flols » 

(CaûiLLOV. Electre.) 

«< Ce peuple, qui tant de fois a répandu son sang pour la patrie, est en- 

M core prêt de suivre les consuls. » (Vamtor.) 

« Ils coururent chez un de ses oncles où il s'étoit retiré, et d*où il étoit 

« prêt de sortir pour aller se battre. *» (Klkcbicr. Les Grands Jours^ p. (94.) 

« Elle (Psyché) étoit honteuse de son peu d'amour, VOMit prête de réparer 

« cette faute si son mari le souhaitoit , et quand même il ne le soubaiteroit 

« pas. >• (La Fokt. Psyché. 1. L) 

C'est paratus de au lieu de paratiis ad. La première forme 
était celle qu'avait choisie le moyen âge : 
« S'il y est, il sera tout prest 

m De vous payer k la raison. » {Le Nou9» Paûteim,) 

« Ouy, mon amy, je suis prest 

« De vous despescher sïslemeui. » {ibid.) 

«( Je suis tout prcAl de recevoir, » (Ibid.) 

Les grammairiens modernes reconnaissent l'emploi de prA 
de dans tous les écrivains du xvii* siècle, et, en le tolérant 
conune un archaïsme, ils s'avisent d'une distinction subtile 
autant qu'elle est chimérique : Prêt de y disent-ils , s'employait 
|>our disposé à, mais non jamais pour signifier sur le point 
de, car il fallait toujours alors mettre l'adverbe /?rèj</r. 

On voit pai* les exemples de Molière la vanité de cette règle. 
Ma mort est prête d'expier ce transport; — étant toute prête 
d'être mariée.,..;..^ le jour est prêt de parottre, ne sont pas des 
phrases où l'on puisse substituer disposé à, 

La distinction rigoureuse et constante entre l'adverbe /)w 
(presso) et l'adjectif prêt (paratus ) parait être venue tard : 
c'est un des résultats heureux, je crois^ de l'analyse moderne. 
Auparavant on ne distinguait pas entre deux mots que l'oreille 



— 326 — 

identifie ; et quant aux compléments a ou de^ comme ils s*em- 
ployaient sans cesse et coiTectement l'un pour Tautre , ils ne 
pouvaient qu'entretenir la confusion, loin de reropecher. 

PRÊTE-JEAN : 

C'est ainsi que Molière écrit , et non preire Jean, pei*son- 
nage qui est appelé, dans les chroniques latines , /^r^^^j/^r 
Joannesy etpretiosus Joannes. J. Scaliger était pour le dernier. 

Ce qui s'agite dans les conseils du préte^Jean ou du Grand Mogol. 

(Comtesse dEscarb, x.) 

A On appela d'abord prêtre Jean un prince tartare qui com- 
battit Gengis. Des religieux envoyés auprès de lui prétendi- 
rent qu'ils l'avaient converti, l'avaient nommé Jean au baptême, 
et même lui avaient conféré le sacerdoce : de là cette qualifica- 
tion de prêtre Jcan^ qui est devenue depuis , on ne sait pour- 
quoi, celle d'un prince nègre , moitié chrétien schismatique et 
moitié juif. C'est de ce dernier qu'il est question ici. » 

(M. AUGER.) 

Voici à présent l'explication de Trévoux : 

« Prestre Jean. On appelle ainsi l'empereur des Abyssins, 
parce que autrefois les princes de ce pays étoient réellement 
prestres, et que le moi Jean, en leur langue, veut dire RoL 

c Le nom de prestre Jean est tout à fait inconnu en Ethio- 
pie ; et cette erreur vient de ce que ceux d'une province où ce 
prince réside souvent, quand ils lui veulent demander quelque 
chose, crient Jean coi, c'est-à-dire, mon roi, » 

Cest le cas de s'écrier aussi, avec le bonhomme Trufaldin : 

Oh ! oh! qui des deux croire? 
Ce discours au premier est fort contradictoire. 

Ceux qui voudront en lire davantage sur le prêtre ou prête 
JeMUf peuvent consulter Du Cange au mot Presbrter Joannes, 

PRÉTENDRE quelqu'un , quelque chose : 

C*est inutilement quV7 prétend doue Elvire, (Z). Garde. I. i.) 

Donnez-en à mon cœur les preuves qu'il prétend, {Ibid. T. 5.) 

Quoi ! si vous Tépousez , elle pourra prétendre 
hu mêmes libertés que ûlle on lui ?oit prendre ? {£c. des mar, I, a,) 



— 826 — 

Et par de pronpts transports donne mi li^ édaltfit 
De Testiaie qa'il fiH de eeiit ^u'ii préiatd. (FdekmM. H. 4.) 

El la preuve après tout que je tous en deoiande, 
(rest de ne plus souffrir qu'Alceste vous prétende, (Mis. V. a.) 
C^s deux nymphes, Myrtil, à la fois te prétendent. {Mélieerte, L 5.) 
Toutes vos poursuites auprès d'une personne que Je prétends pour noi. 

(VJÊP. IW. y) 
Molière a dit aussi pa^TSimaE a quelqu'uk : 
Il ne prétend à vous qu*en tout bien et en tout honneur. {Saipim, ULi.) 

Et PmiTElfOEB SUR QUELQUE CHOSE : 

Moi, madame? Et sur quoi pourroi»-je en rkia prétemdr9 ? 

{Mu. m. 7.) 
— ▲ CE QUE JE PRETEHDS, j'espèfC: 

Et TOUS n*]r montez pas (i), à ce que je prétends. 

Pour être libertine et prendre du bon temps. ÇEe, detfem. Ul, a.) 

PRÊTER LA MAin a... : 

Cek est fort vikin i tous, pour un grand seigneur, de prêter la Mm, 
oonune vous laites, aux sottises de mon mari. (B. gent. TV. a.) 

(Voyez au mot DOinrEm, ooiarEm la main ou les maihs.) 
PRETER LE COLLET, soutcnir unc lutte : 

Je vous prêterai le collet en tout genre d'érudition. {Jm. méd. IL 4.} 

PRÉTEXTE A (un infinitif) : 

Henriette , entre nous , est un amusement , 

Un voile ingénieux, un prétexte, mon frère, 

A couvrir d'autres feux dont je sais le mystère. {Fem. sav. H. 3.) 

PRIER d'uhe fête, y inviter : 

Pressez vite le jour de la cérémonie ; 

J'y prends part, et déjà moi-même je m'en prie. [Ec. des/. V. 8.) 

PRINCIPAUTÉ ; sa principauté, comme $a majesté ^ 
son altesse j ou bien sa qualité de prince : 

MOROH. Je l'ai trouvé un peu impertinent , n'eu déplaise à sa princi- 
pauté. {Princ. d'El. UL 3.) 

PRISES; EN ETRE AUX PRISES, être près d'en yenir 
aux prises : 

Souvent nous en étions aux prises ; 
Et vous ne croiriez point de combien de sottises.... (Fem, sap. lY. a.) 

(i) Au rang de femme. 



— 327 — 

PRODUIRE A quelqu'un, lui montrer, lai pré- 
senter : 

Quoi ! deux ATnphiti7ons ici nous sont produits ! {Amph, III. 5.) 

Toici rhomme qui meurt du désir de vous voir. 

En vous le produisant , je ne crains point le I)Iàme 

D*avoir admis chez vous un profane, madame. {Pem,sav. TH. 5.) 

— SE PRODUIRE, se montrer: 

Ah, ah! celle impudente ose encor se produire? (lùid,\, 3.) 

PROMENER , verbe neutre , sans le pronom réfléchi : 

Qu*on me laisse ici promener loute setile. {Am.magn. I. 6.) 

Sur la suppression du pronom, voyez arrêter. 

— PROMEI7ER quelqu'un SUR BU figuré : 

Ma jalousie à tout propos 

Me promène sur ma disgrâce, {^Amph, III. i.) 

Ramène ma pensée sur ma disgrâce. 
PROMETTRE , assurer : 

Je vous promets que je ne saurois les donner à moins. {Méd, m. /. I. 6.) 

PRONOM DE LÀ PREMIÈRE PERSONNE, 

construit avec un verbe à la troisième : 

Et que me diriez-vous, monsieur, si c'étoit moi 

Qui vous eût procuré celte bonne fortune? (Dép. am, III. 7.) 

Cette tournu]*e ne choque pas, parce que eût figure avec 

c'était, et non pas avec moi. Au reste , Molière a donné cela au 

besoin de la mesure, cai*, deux vers plus loin , il. rentre dans 

la forme ordinaire : 

C'est moif vous dis-je, moi, dont le patron le sait, 

Et qui vous ai produit ce favorable eflet. ( Ibid, III. 7.) 

Molière a employé encore ailleurs cette discordance de per- 
sonnes : 

Ce ne seroit pas moi qui se feroit prier. {Sgan. a.) 

En oc cas , c'est moi ({ui se nomme Sganarelle. {Méd, m. lui. I. C.) 

Nous chercherons partout à trouver a redire , 
Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire. {Pem, sav, III. a.) 

Molière mettait ici le verbe en accord avec le pronom relatif, 



— 328 — 

qui désigne en eflet la 3* personne. L'usage prescrit absolo- 
nient aujourd'hui le verbe à la i'* personne , qui sachions. Au 
surplus , comme la mesure eût été la même , on est induit à 
penser que du temps de Molière la règle n*était pas encore 
fixée sur ce point. 

PRONOM RÉFLÉCHI , supprimé : 

Les mauvais trailements qu*il me faut endurer 
Pour jamais de la cour me feroient retirer, (Fâcheux, Df. a.) 

Je ne feindrai point de tous dire que le hasard nous a fait connottre il 
y a six jours. {MaL im. I. 5.) 

Molière a voulu fuir le mauvais effet de la répétition nous a 
fait nous connotlre ; me Jeroient me retirer. Il pouvait dire, 
notts a fait connottre l'un à l* autre; mais il a pensé que la ra- 
pidité de l'expression ne faisait ici rien perdre à la clarté , et 
]K)ur un dialogue était assez correcte. 

J'obseiTe que les lions écrivains du xvxi* siècle n'expriment 
jamais qu'une fois le pronom personnel, quand la tournure de 
la plirase et l'emploi d'un verbe réfléchi sembleraient , comme 
ici, exiger qu'il fût exprimé deux fois. 

PRONOM RELATIF, séparé de son substantif: 

Et j'ai des gens eu main ^ue j'emploierai pour vous. {Mis, TU, 5.) 

Tandis que Ce'iimène en ses liens s'amuse, 

De qui rhumeur coquette et Tesprit médisant 

Semblent donner si fort dans les mœurs d'à présent, {llnd, I. i.) 

Ce tour est si fi'équent dans Molière et dans tous les écri- 
vains du XVII* siècle , qu'il a paru superflu d'en rassembler ici 
d'autres exemples. 

PROPOS ; METTRE DAWS LE PROPOS : 

Et, pour ne vous point mettre aussi dans ie propos.,, {Fem, sop, IY.S.) 

PROPRE, au sens d'élégant, paré : 

BORAHTB. Comment , monsieur Jourdain , vous voilà le plus propre du 
monde I {B. gent, III. 4.) 

PROU , adverbe , beaucoup ; archaïsme : 

J'ai prou de ma frayeur eu cette conjecture, {CEt^ II, 5,) 



— 329 ~ 

/Vo«, par'apocope de proufit {profit). En italien , pro n'eat 

que substantif : Biion pro vifaccia, — Bon prou vous fasse. 

La Civitité puérile et honnête apprenait aux enfants à dire à 

leurs père et mère, après les grâces, pronfacCy c'est-à-dire, 

bon prou vous fasse; que ce repas vous profite. 

En français , /7n7fi fait aussi TolBce d*adverbe, comme ces 
autres substantifs monosyllabes , pas, point , mie, trop, rien. 

(Voyez PAS ; eien.) 

« L*iin jura foi de ro», raulrc foi de bibou , 

«« Qu'ils De se goberoieDt leurs petits peu ni prou. » 

(La FoiTT. L'Aigiê et le Mibotê.) 

PRUNES; POUR des prunes, pour rien: 

CLiMÈvc. Ce le, où elle s*arrèle, Q*est pas m\%pour des prunes, 

(Crit. de t£c. des fem, 3.) 

Molière prête à Cliniène cette trivialité , pour faire un con- 
traste plaisant avec le superbe néologisme de cette précieuse , 
et rimportance qu'elle attache à ce le. 

La même intention paraît dans Sganarelle, qui, interrogé au 
plus fort de son chagrin, répond : 

Si je suis affligé, ce n*est pas pour des prunes, {Sgatt. i6.) 

ARNOLPHC. 

Diantre, ce ne sont pas des prunes que cela! (Ec. des fem. III. 4.) 

PUBLIER POUR (un adjectif), faire passer publique- 
ment pour. . . : 

Et que direz-vous de la marquise Araminte , qui la publie partout 
pour épouvantable ? (la comédie de t Ecole des femmes), 

{Crit, de tEc, des fem. 6.) 

PUER soif ANaEimETE : 

... Ah! solUciuide à mon oreille est rude; 

Il put étrangement sou ancienneté. ' {Pem, sap. U, 7.) 

Ce présent se dérive de la forme pair, qui est la primitive ; 
/w^r est moderne. « C*est/7w/> que sentir bon. » (MoifTAioirE.) 

« Puer ou puïr , verbe neutre. L'Académie ne parle que de 
puer, et point du tout de pair, Danet en parle comme FAca- 
démie ; mais Richelet, aussi bien que Fureiière, les admet tous 



— SM — 

deux f en disant que ce sont deux verbes défectueux ; que 
pufr ne se dit point à Tinfînitif, mais seulement paer, et qu*ib 
empruntent Tun de l'autre quelques temps. Quoi qu'A en soit, 
on ne conjugue point je pue, mjepyis, comme il semble qa*OD 
devroit conjuguer ; mais je put , tu pus y H put. » (Tmiroux.) 

L'exemple tiré de Montaigne, auquel on en poomit ajou- 
ter mille autres , prouve Terreur de Richelet et de Furelièie 
quant à Tinfinitif /^uir : ils ont pris pour défectueux deux ver- 
bes très-complets chacun de sa part, mais différents d*âge. Les 
dernières lignes de Trévoux prouvent cpi*en i74ola forme 
moderne n'avait pas encore supplanté Tancicnne complète- 
ment, et que puïr subsistait toujours dans le présent de l'indi- 
catif. A plus forte raison, en 1672 Molière ne pouvait-il 
écrire, comme le mettent certaines éditions : « Il /nce étrange- 
ment » (Voyez SENTIR.) 

PUNISSEUR; foudre puhisseur : 

U ne Teiit le montrer qiren tête d'une armée , 

Et tout prêt à lancer le foudre pumtseur, (/>. Gareie, I. a.) 

PUNITION ; FAIKE LA PUHITION DE. . . 8UB. . • : 

Us en feront sur votre personne toute la punition que leur pourront of- 
frir et les poursuites de la justice, et la dialeur de leur ressentiment. 

(fi. D. lU. 8.) 
Molière dit de mème,yw/r^ la justice d'un crime. 

PURGER (se) de sa magnificekce , l'expliquer , la 
justifier : 

L'autre, pour se purger de sa magnificence^ 

Dit qu'elle gague au jeu Tangent qu'elle dépense. (Ec. des fem. L i.) 

— SE PURGER d'une IMPOSTURE , CD démoutrer la 
fausseté : 

Votre Majesté juge bien elle-même quel intérêt j'ai enûn à me 

purger de leur imposture, (i"" Placet au roi. ) 

QUAND. . . ET QUE. . . : 

Enfin, ffuand il (le ciel) exposeroil à mes yeux un miracle d'esprit, d'a- 
dresse et de beauté, et <jue celle personne m'aimeroil avec toutes les ten- 
dresses imaginables; je vous l'avoue frauchemenl , je ne l'aimerois pas. 

(^Pr.d^ÉLULK.) 



.811 — 

Oui , quand Alexandre seroit ici , et que et seroit votre amant 

(Sicilien. la.) 

« Quand im homme nous auroit ruinés, estropiés, brûlé nos maisona , 
« tué notre père, et quW se disposeroit encore à nous assassiner. . . » 

(Pascal. i4«Pwf.) 

Cette tournure paraît lâche et incorrecte. On observera dans 
la phrase de Pascal une autre négligence, c'est le même nous 
servant à ta fois comme accusatif et comme datif : nous aurait 
minés , nous aurait tué notre père. 

QUANT-À-MOI , substantif. (Voyez tekir soif quaut-a- 

MOl). 

QUASI, presque: 

Fi^rei-tous donc que Télèbe» 

Madame, est de ce côté. 
Cest une ville, en vérité. 
Aussi grande quasi que Thébe. (Jmph. I. i.) 

Ce mot a joui d'une grande faveur jusqu'à la fin du xvii* 
siècle : 

« Nous sommes quasi en tout iniques juges de leun actions (des femmes).» 

(MoRTAiGira. m. 5.) 

« Notre grande méthode (de diriger Tintention), dont Timpor- 

« tance est telle, que j^oserois quasi la comparer à la doctrine de la proba- 
« bililé. » (Pascal, 7* P/w.) 

m Je ne me laisse pas emporter aux haines publiques , que je sais estre 
« quasi toujours injustes. » (VoiTumi.) 

« L'amour n*a quasi jamais bien establi son pouvoir qu'après avoir ruiné 
« celui de nosire raison. » (ST.-ÉvuBxoirD.) 

« Le mot quasi n'est pas mauvais , et il ne faut faire nul scrupule de s'en 
« acrvir, surtout dans les discours de longue haleine. ■ (Pateu.) 

Là commencent les retours : Vaugelas, Ménage, Bouhours, 
Thomas Corneille , ont condamne quasi ^ les uns plus sévère- 
roenty les autres moins ; les plus indulgents ne l'ont toléré que 
par pitié. 

Le temps a donné gain de cause à Vaugelas, qui le proscri- 
vait net, et le chassait du beau langage. 



— 332 — 
QUE. 

Ce mot est entre dans la langue française pour j repré- 
senter I® radverl)e latin (luàd; 

2^ Les accusatifs du pronom relatif qui^ quœ, quod^ et le 
neutre quid, 

3^ L*adyer\'e quhm dans les formules de comparaison : plus 
pieux que vous, magis pius qtuim tu. 

Enfin , il figure dans quelques autres locutions qui ne sont 
point prises du latin , et sont des idiodsraes de notre langue. 

Molière nous fournit des exemples de ces divers emplois de 
QUE ; nous allons les rapporter dans Tordre où ils viennent 
d*etre mentionnés. 

QUE (gtiôd), entre deux verbes, tons deux à Tindicatif : 

Ah ! madame, il suffit^ pour me rendre croyable, 

Que ce qu'on vous promet doit être iuviolable. (Z>. Garde. I. 3.) 

Est-il possible que toujours y^ai/rai du dessous a?ec elle? (G, D. IL x3.) 
Est*^il possible que vous serez toujours embéguiné de vos apothicaires tC^ 
de vos médecins? {Mal. im, IIL 3.) 

L'idée du second verbe énonce un fait certain, c'est pour- 
quoi on met l'indicatif. Le doute, ou plutôt l'exclamation, s'ex — 
prime dans l'autre partie de la phrase. Vous serez toujours 
embéguiné des médecins ; — j'aurai toujours du dessous avec 
elle ; — cela est-il possible ? 

« Croyez-vous qu^iX suffit d'être sorti de moi? » {OatJK. Le Menteur^ 

11 suffit d'être sorti de moi. — Le croyez- vous ? La première 
proposition paraît incontestable à Dorante. 

Montaigne, |>ai*lant du nouveau monde , se sert de la même 
tournure : 

« Bien crains-je que nous Iny aurons très fort hasté sa ruine par nostre 
« contagion, et que nous iuy aurons bien cher vendu nos opinions et nos 
« arts ! » (MoHTAiGjf a. III. 6.) 

Observez que dans tous ces exemples le premier verbe est 
au présent de l'indicatif, et le second au futur. 



^ 333 — 

— QUE pour de ce que , répondant au latin qubdj ad- 
verbe ; s*OFf£NS£R QUE (sulvi d'uû antre verbe) : 

Et cet arrêt suprême 
Doit m'étre assez touchant pour ne pas s'offenser 
Que mon cœur par deux fois le fasse répéter, (Kc, desmar. II. 14.) 
Vous aurez la consolation qu^elle sera morte dans les formes. 

(//m. méd. II. 5.) 

Hoc erit tibi solamen quod,,,,. Cette consolation (savoir) que 
elle sera morte... etc. 

Voilà qui m*élonne , qu'en ce pays-ci les formes de la justice ne soient 
point observées. {Pourc, III. a.) 

La Fontaine a dit, par la même tournure , prier que et mC" 
nacer que. 

« Quelques voyageurs le prièrent, au nom de Jupiter hospitalier, qu^il 

m leur enseignât le chemin qui conduisoit à la ville Ésope le me- 

« naça que ses mauvais traitements seraient sus. » (f^ie d'Esope.) 

Cette construction est très-corainode, et abrège un long dé- 
tour ; mais elle ne parait pas admissible hors du dialogue ou du 
style familier. 

— QUE dans cette formule, il h'est pas que ; c'est-à- 
dire , pas possible que : 

iln*estpai que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire. 

{L'uép.y.'i.) 
Le comte de Foix, dit Froissart, fit mourir dans des suppli- 
ces horribles quinze de ses serviteurs : 

« Et la raison que il y mist et mettoit estoit telle : que // ne pouvoit estre 
« que ib ne sceiissent de ses secrets. » (Froissart, liv. III.) 

Les Latins ont de même employé quôd et quin. « Hoc est 
^uod ad vos venio .(Plaute.) » (^'est cela que je viens à vous. 
<— tt Non possnmqtu'n exclamem. (Cicéron.) » Je ne peux ^^^ je 
ne m'écrie. 

(Voy. Pouvoir.) 

— • QUE , OQvrant une formtile de souhait (en latin 
QUOD UTiifAM, Sailuste.) 

Que puissiei«vous avoir toutes choses (irospères! {Dép, am, III. 4-) 



— «34 — 

Que maudit foit l'aiiiour, et lei filles maudites 

Qui Teulent en tàter, puis font les chatemites ! (A^. «m. Y. 4.} 

Le pauTre homme ! Allons ^ite en dresser un écrit. 

Et qite puisse l'envie en crever de dépit 1 {Tari, m. 7.) 

Cette locution s'explique par l'ellipse : Je touhaite. Je prie 
Dieu que etc. 

— QU* AINSI lïE son, espèce de formate oratoire au 
oommencement d*une phrase, comme le verum enimvero 
de Cicéron (déjà surannée du temps de Molière) : 

I<r MKDCCIir. 

Qu^oUui ne soit : pour diagnostique incontestable de œ que je dis. . • • . 

(Poure, I. XI.) 

— QUE pour à ce que^ dans ces formules, que je crois , 
QUE JE peïise : 

Tous n*avez pas été sans doute la première. 

Et vous ne serez pas, que je crois, la dernière. (Dép, am, IIL 9.) 

Vous devez , que je croi , 
En savoir un peu plus de nouvelles que moi. (Ibid.) 

On aura , que je pense , 

Grande joie à me voir après dix jours d'absence. {Ecdeifem, L a.) 

Parbleu ! vous êtes fou« mon frère, que je croi, (7*arr. L 6.) 

Vous n'aurez, que je crois , rien a me repartir. (Jbîd, Vf, 4.) 

Vous n'êtes pas d'ici, que je crois? (G. D, L %.) 

Je n'ai pas besoin, que je pense, de lui recommander de la (aire agréable. 

{Ibid. U. 5.) 

Je m'y suis pris, que je crois, de toutes les tendres manières dont on 

amant se peut servir. {Am, magn, I. a.) 

L'usage a prévalu de suppiinier dans ces formules le que 
comme surabondant. 

— QUE JE SACHE : 

Il n'est point de destin plus cruel, que je sache. (Amph. UI. t.) 
Traduction rigoureuse de la fonnule latine quod sciam. 

— QUE répondant au neutre quod, dans n'avoir que 

FAIRE : 

Et vous êtes un sot de venir vous fourrer ou vous tCavez que foire. 

{Méd,m,iui.L%.) 



— 8S5 — 

Je n*ai que £ûre de votre aide. (Méd.'m, im. I. a.) 

Je n'ai que faire de voi dons. {VAv. IV. 5.) 

— QUE répondant à Fablatif du qui relatif latin, où, 
auquel, dans lequel, par où : 

L'argent dans notre bourse entre agréablement; 

Mais le terme venu que nous devons le rendre , 

C'est lors que les douleurs commencent â nous prendre. {VEt, I. 6.) 

Las! en F état qu^W est, comment vous contenter? {Jbid, IL 4.) 

A t heure que je parie , un jeune Égyptien , 

Qui n'est pas noir pourtant {Ibid, Vf, g.) 

D'abord il a si bien chargé sur les recors, 

Qui sont gens d'ordinaire i craindre pour leur corps ,' 

Qu'à C heure que je parle ils sont encore en fuite. {Ibid, Y. z.) 

Je la regarde en femme y aux termes qu'elle en est. 

{Ec, desfem, L i.) 
Je regarde les choses <i<< coté qu^ou me les montre. 

(Crit, de CEc, des ftm, 3.) 

De la façon qu'elle a parlé, tout ce qu'elle en a fait a été sans dessein. 

(Sicilien, 16.) 

On se défend d'abord ; mais , de l'air qu*on sy prend, 
On fait entendre assez que notre cœur se rend-. {Tart, IV. 5.) 

Est-il possible, notre gendre, qu'il n'y ait pas moyen de vous instruire 
de la manière qu*ii fÎEiut vivre parmi les personnes de qualité ? (G, D, I. 4.) 

Qao modo vivenduni sit. 

Nous voilà au temps , m'a-t-il dit, que je dob partir pour l'armée. 

{Scapin. IL 8.) 

Et l'on vons a su prendre par tendrait seul que vous êtes prenable. 

(i Pi ace t a u roi,) 

M. Âuger fait ici la remarque sijdvante : 

« Prendre et prenable, appartenant à deux propositions dis- 
« tinctes, devraient avoir chacun leur complément indirect, et 
« ils n'en ont qu'un à eux deux. C'est là qu'est la faute. U fau- 
« drait : On a su vous prendre par l'endroit seul par lequel,,,,, » 

Je sais bien que M. Auger est avec l'usage, au moins l'u- 
sage moderne , et Molière hors de cet usage ; mais je ne crains 
pas de dire : Tant pis pour l'usage moderne ! Qui ne voit l'im- 
mense avantage de ce rapide monosyllabe que sur cette lourde 
et pesante tournure , par t endroit par lequel ? 



— 336 — 

La raison alléguée par M. Auger en faveur de Tusage ne 
vaut rien. Qu*importe en eflet que prendre et preitable n'aient 
pour eux deux qu'un seul complément^ s'ils le gouvement tous 
deux de mcme ? Prendre par un endroit ; prenable par un en- 
droit. Et où prend-il lui-même cette loi, qu'il faut deux com- 
pléments lorsqu'il y a deux projiositions distinctes? Enfin, peut- 
on dire qu'il y ait ici deux propositions distinctes ? Ce sont la 
toutes arguties de grammairien. Pour faire voir la légitimité 
de la construction de Molière au point de vue de la logique , 
il n'y a qu'à traduire sa phrase en latin : —* Capiiu es quo loco 
capi paieras. — Le que n'est aussi exprimé qu'une fois. 

Voici un tableau qui fera comprendre , mieux que tous les 
raisonnements subtils , le jeu de ces relatifs qui , que , quoi. 
J'en puise les éléments dans la grammaire de Jehan Masset , 
imprimée à la suite du dictionnaire de Nicot (1606.) 

Qui^ nominatif de tout genre et de tout nombre : 



Exemples : , r^ > qui vous aiment. 




Que y accusatif de tout genre et de tout nombre : 

„ , (Le père, la mère ) 
Exemples: { . , . ^ Q^'' vous aimei. 

[ Les pères, les mères ) 

Que sert aussi pour les neutres quid et quod. Que dites- 
vous ? [quid dicis ?) O que je sais [quod scio). 

Quoi, accusatif neutre. — Quoi voyant, ou ce que voyant 

quod cum videret. — Qtu>i que vous disiez, littéralement en 
latin du moyen âge, quid quod dicas, 

« De la façon enfin qu'avec toi j'ai vécu , 

« Les vainqueurs sont jaloux du boubeur du vaincu. » 

(CoBir. Cinma.) 

« u4h temps que les bêles parloient » (La Fohtaivx.) 

« Le jour suivant, f/ue les vapeurs de Bacchus furent dissipées, Xantos 
« fut exU'éroement siu pris de ne plus trouver son anneau. » 

(Id. Vie d'Esope,) 



— 337 _ 

« Ha joar Tienilni é/ue TOtre médiaiiceté ne trouvera point de retraite 
làre, noo pu nème dani les temples. » (Là Fovt. f'ie d'Esope.) 

Un jour viendra dans lequel. 

— QUE , saivi de ne , répondant an latin quin on qu(h 
inuê : 

Et ce bien, par U frande entré dans ma maison , 

N*en sera point tiré que dans cette sortie 

Il ;i*entrajne du mien la meilleure partie. (Dêp, am, III. 3.) 

entrez dans cette porte, 
Et sans bruit ayez Tœil que personne fi*en sorte. (£c. des mar, III. 5.) 

Afin que personne , pour eui|)ccher que personne n*en sorte. 

Il n'avouera jamais qu'il est médecin, que vous ne preniez chacun 

I bâton {Méd, m. lui. I. 5.) 

Quin baculum sunias. A moins que vous ne preniez un bâton. 

Je ne sais qui me tient, infâme, 

Que je ne t*arrache les yeux. (Amph, II.- 3.) 

Quin oculos tibi eripiam. 

Passe, mon pauvre ami, crois-moi , 

Que quelqu'un ici ne t'écoute. (Ibid, lïL 3.) 

Sors vite, que je ne t'assomme. {VAu. I. 3.) 

iUlez vite, fu'il ne nous voie ensemble. (Pourc, III. z.) 

— WE POUVOIR QUE. . . KE : 

tel le fond, je suis de votre sentiment, et vous ne pouvez pas que vous 
ez raison. ( VAv. I. 7.) 

Non possuni quin exclameni. » (CicEa.) Je ne puis que 
; m'écrie ; je ne puis m'empécher de m'écrier. 

-QUE, répondant au latin quàm^ prœterquàm^ nist, 
>té , sinon : 

Mais quoi! que feras-tu que de l'eau toute claire? (L'Et, IIL i.) 
dles répondu f«« oui et non à tout ce que nous avons pu leur dire? 

{Préc, nd. i.) 

Miver, sire, une protection ^u'au lieu où je la viens chercher? et 

je solliciter que la souixe de la puissance et de l'autorité? 

(a* Placet au roi.) 
I crois trop raisonnable pour vouloir exiger de moi que ce qui 
permis par l'honneur et la bienséance. (VAv, IV. i.) 



— 33d — 

Desceudons-DoiM toui deui ^«e de èonne bourgceÎAM? (9* gmU. Ul. la.) 

« Je Pai suivi (Planiide) , saus retrancher de ee qd^ i dit d*Él0|ie qme oe 

« qui m'a semblé trop puéril. » (L4 Ywn* f^if tfMêope.) 

— QUE répondant au latin cum , lorsque, tandi; que : 

Il aime quelquefois sans qu'il le sache bien, 

£t croit aimer aussi, parfois 911'il n'en est rien. (i#2#. lY. i.) 

Tandis qu'il n'en est rien. 

Comment voudricz-vous qu'ils traînassent un carrosse , ^'iU ne peuvent 
pas se Iraiuer eux-mêmes ? {JOAv, III. 5.) 

Lorsqu'ils ne peuvent pas. 

Où me réduisez-vous , qut de me renvoyer à ce que Toodront permet- 
tre,etc.... (/^m/. lY. i.) 

Lorsque vous me renvoyez. 

Et la raison bien souvent les pardonne, 
QiM rhonneur et Tamour ne les pardonnent pas. {AmpK III. 8.) 

— QUE elliptique ; tel que, ou , adverbialement , telle- 
ment que, de telle sorte que : 

Je suis dans une colère , que je ne me sens pas ! (Jlto*. /or. 6.) 

Telle, que je ne nie sens pas. 

J'ai une tendresse pour mes chevaux, qu*ï\ Qie icuble ifde c'est moi- 
même. (LWf. m. 5.) 
Telle, qu'il nie semble. . . . 

Suis-je faite d'un air, k votre jugement. 

Que mon mérite au sien doive céder la place? (Psyché. I. x.) 

D'un tel air que mon mérite, etc. 

Et vous me le parez ( i) tous deux d'une manière. 

Qu'on ne peut rien offrir qui soit plus précieux. [lMd.h 3.) 

« Nous ne laissâmes pas toutefois de délier l*homme et la femme, que la 

•( crainte tenoit saisis à un point qu'il» n'atoient pas là forl^ de lioaft re- 

« mercier. « {Gil BlasAxs. V. ch. a.) 

On lève des cachets, ^a'on ne Taperçoit pas. {Amph, lÏLi.) 

De telle sorte que Ton ne l'aperçoit pas. 

^0 l'O choix qu'ils Tout décile. 



SoQTent on le Marie, 
Qu'on 8*ed repent après tout lé temps de sa fie. (Fem, sav, T. 5.) 

Tellement, de telle façon que Ton s'en repent. 

— QUE, relatif après ce que: 

Bon I Toilà ce qu'il nous faut qu^un compliment de créancier. 

{Don JiuM, IV. a.) 

— m QUE. . •en relation avec en : 

Ten suis persuadé , 
£i quê de yotre appui je serai secondé. (Fem, sw, TV, 6.) 

— QUE DIABLE : 

Que diaàle est-ce là? Les gens de ce pays-ci sont-ils insensés ? 

(Pourc. I. la.) 

Il faut écrire quel diable y qu'on prononçait queu diable, et 
qu'on a fini par écrire que diable. 

{Voyez DIABLE.) 

Si vous n*étes pas malade, que diable ne le dites- vous donc! 

{Méd. m. bû. n. 9.) 

Dans cette construction, que répond au latin car. Pourquoi 
(diable I] ne le dites-vous donc ? La véritable ponctuation serait 
d'isoler le mot diable : Que , diable ! ne le dites-vous ? Quin , 
aedepol, illud , aperis? (Voyez, p. 337, que suivi de ne. ) 

On pourrait encot*e expliquer que diable ne le dite^-vous , 
quel diable ne le dites-vous ? c'est-à-dire « quel diable vous 
empoche de le dire? Ce serait une de ces constructions inter- 
rompues dont il y a des exemples dans toutes les langues , et 
surtout dans la nôtre. 

— QUE wE , après tarder : 

Adieu; i7 me tarde déjà que je n'aie des habits raisonnables , pour quit- 
ter vite ces guenilles. (Hor. for, 4.} 

— QUE NON PAS , après aimer mieux : 

Et tout ce que tous m*avez dit, je Talme bien mieux Utte feitite que non 
pas aoft vérité. {Fr. (tML Y. a.) 

— QUE. . . QUI : 

Cest vous, si quelque erreur n'abuse ici mes yeux , 
Qt/on m'a dit qui vivez inconnu dans ces lieux. {L'Et. Y. 14.) 

la. 



— 340 — 

Mais , ])Our guérir le mal ^ii*il dit qui le pMsède, 
N*a-t-il pas exigé de vous d'antre remède ? (Ec, des fem, II. 6.) 
Nous verrons si c'est moi que vous voudrez qm sorte. (Jfô. IL 5.) 
Et c'est toi que l'on veut qui choisisses des deui. [Méùeerte, L 5.) 
Je la recevrai comme un essai de Tamitié que je veux qui soit entre nous. 

(SidC^m. i6.} 

Mon Dieu , Scapin , fais-nous un peu ce récit ^ii'on m*a dit qui est ai 

plaisant (Scmpim, III. z .) 

Ce gallicisme n'est pas élégant, mais il peut souvent être 
commode ; c'est pourquoi il a été employé par de bons écrivains 
dans le style familier : 

« Et que pourra faire un époux 
« Que vous voulez qui soit nuit et jour avec vous ? » 

(LjL FovT. Le Mai mmiié,) 

Ce tour, proscrit par la délicatesse rafïïnée des modernes , 
était encore d'usage au xviii' siècle ; Voltaire Itii-méme ne fait 
|K>int difliculté de s'en servir : 

m Voici cette épitre de Corneille , ^u'on prétend qui hû attira tant 
m d ennemis. » (Comment, iur VEp, à Ariste.) 

Si l'on essaye d'exprimer la même idée en termes différents, 
on veri*a ce que la tournure de Molière et de Voltaire offre d'a- 
vantageux. 

— QUE construit avec un adjectif , dans le sens où les 
Espagnols disent por; por grandes que sean las reye$... 
cest-à-dire^ encore que les rois soient grands, ou quels 
grands que soient les rois : 

Ma crainte toutefois n'est pas trop dissipée ; 

Et, doux que soit le mal, je crains d'être trompée. {Sgan. as.) 

Cette locution est elliptique ; c'est comme s'il y avait, ei^ quel 
doux que soit le mal[i). Pour l'euphonie et la rapidité, on 
avait fini par omettre quel; mais dans l'origine il était exprimé. 

(Voyez QUEL pour tel..:,, que, p. 3 41.) 

On doit regretter que ce tour élégant et concis n'ait pas été 
consei^vé, au lieu de ce pénible et raboteux y/^eA/zi^... que. 

(I ) Sar celle tinèse de queL-que, seule forme usitée «u moyen Age , et corrompue par 
l'ignorance de l'âge kuivaut, vo)iea des far» du /e/i^ /r.» p. 4>9 » 4>o, 4ai. 



— 341 — 
— QUE pour ce que, archaïsme : 

Yoilà, voilà que c^est de ne pas voir Jeannette , 
Et d*aYoir en tout temps une langue indiscrète. {VEt, IT. 8.) 

(Voyez KTRE QUE DE, SI (un adjectif) que df, si peu... que 

DE... etc., et EXRAGER QUE, ]&TON>É QUE, FAIRE SEMBLANT 

QUE, CARDER QUE, etC.) 

QUEL , pour tel . . . que : 

Allez, allez, vous pouirez avoir avec eux (les médecins) quel mal il tous 
pUira. {Vâv. T. 8.) 

Les gratnmairiens sont unanimes à déclarer que c'est là une 
faute grave. Ils veulent : tel mal ^a'il vous plaira. 

Chez les Latins, talis et qualis étaient corrélatifs, ou se subs- 
tituaient l'un à l'autre. Par exemple : talis pater, quaUs filius ; 
ou bien : qualis pater, talis filius. 

1-e peuple s'obstine à dire : Prenez lequel que vous voudrez; 
venez à quelle heure 711 'il vous plaira. C'est la tradition de 
l'ancienne langue : 

« Parole a David, si lui dis que il élise de treis choses quele que il volt 
« mielz que je li face. 

« E li prophètes vint al rei , si li dut issi de part nostre seignur, e ruvad 
« (rogavit) que il eleist (qu*il choisit, élisit) ^ue/ membre que il volsist. » 

(Rois, p. a 17.) 

Supprimez par euphonie le que relatif, vous avez la locu- 
tion de Molière : Le prophète pria David de choisir quel 
membre il voudrait que Dieu frappât. 

Mais au lieu dé supprimer ce que relatif, qui déjà n'était pas 
indispensable, l'usage moderne le redouble, et dit, avec une har- 
monie réellement barbare , quelque, . . que, 

(Voyez l'article suivant.) 

— QU£L(unadj. ou un subst.) que, pour quelque. . . 

que :■ 

En quel lieu que ce soit , je veux suivre tes pas. (Faclieux, III ..4.) 
C'est la véritable locution française, la seule qui ait du sens, 
et qu'autorisent les origines de la langue. 

m E I>eu guardad David , quel part qu'W alast. » {Rois, p. 148.) 

• £ quel part ^u'il (Saiil) se turnout, ses adversaires surmontout. » 

(Uid, p. 5a.) 



^ SAS — 

« De quel for&it que home oui fait en cel tens. • • • t » 

(Loix de Guillaume le Conquer.) 

Quelque forfait que l*on ait commis en ce temps y l'église y 
est un asile. 

« Quel deu\ que j'en doie soufrir. » {R. de Couejr, y.6i5x.} 
m Je m'en vois , dame ! a Dieu le creatouf » 
« Comaut To cors, en quel lieu ke je soie. » 

{Chanson du sire de Coucff dans le romiDy TCn 74x3.) 

Le^ Anglais égorgent par surprise les Danois établis à Lon- 
dres ; des jeunes gens nobles , montés sur unfs nitcell^, échap- 
pent à cette boucherie : 

rt Emmi w coleot pir Taoûie, 
« Ne lor pot tant nord est œ bise, 
« Qu'en Danemarche n'arrivassent , 
t< Queu mer orrible ^<i*il trovassent. ** 

[(Benoist de S.-Bfore. Chronique, ▼. t755o.) 

Le vent ne leur nuisit pas tellement qu'ils n^arrirassent en 
Danemark, çrn^//^ horrible mer ^«'ils trouvassent. 

« En quel oncques liu que je soie.» {La Violette^ p. 44*) 

«• Avis li fif qu .z. angle de par Dieu li disoit 
« Qu*aler lesiast Flourence quel part que ele vondroit » 

{Le dit de Flourencê de Home.) 

Froissart parlant de la cour du comte de Foix : 

•> Nouvellef de quel royaume ni (ei) de quel pays que ce feoft là dedasi 
« on y apprcnoit. *» {Cluron, liv. III.) 

Quelque,., que est une locution dont il est impossible de 
rendre compte ; elle échappe à toute analyse par son absurdité. 
Pourquoi ces deux que Tim sur Tautre, et quel invariable ? Il 
appartenait à Molière de maintenir au milieu du xv|i*' siècle la 
forme primitive. 

tl serait bien à souhaiter qu'on reprît l'ancien usage, et qu'on 
purgeât notre langue de cet affreux quelque»,, que. 

'Nous avons vu Froissart, à la fin du xv« siècle, employer en- 
core la vraie locution. A la même époque, je trouve déjà la mau- 
vaise forme installée dans un chef-d'œuvre, dans la farce de 
Pathelin : 

A moy mesmê pour quelque chose 
Que je te die ne propose 



— m — 

Dictes hardiment que j'alfole 

Se je dit huy aultre parole 

A vous n'a quelque aultre personne, 

Pour quelque mot que Ten ine sonne , 

Fors Bée que tous m'avez aprins. (Pathelin.) 

Ainsi, dès la fin du xv® siècle , les deux locutions étaient en 
présence, et luttaient. Selon la marche des choses d'ici-bas , la 
pire devait remporter , et son triomphe ne se fit pas attendre. 
Lexvi^ siècle, tant ses ardeurs de grec, de latin, d'italien et 
d'espagnol lui brouillaient la cervelle , n*entendait plus rien 
du tout à la première langue frai^çaiçe ; je ne suis donc pas 
surpris de voir la forme quelque que mentionnée seule, et 
consacrée comme une règle dans la grammaire de Paisgrave 
(i53o); c'est au folio ii4 {recto), où l'auteur expose que 
Ton emploie indifféremment quelque et quelconque. Voici ses 
exemples : 

« Quelconque ou quelque excusatioD que vous alléguez, elle ne vous ser- 
V vira de rien. » 
•• Quelques dieux , ou quelconques dieux que ils soient. » 

« Q deease spécieuse, quelque tu soies, si in'pngarderay à faire à aultniy 
« mencion quel conaues. » 

Ces exemples sont pris dans quelque traduction du latin^ faite 
par un célèbre écrivain de Tépcxiiie. 

Vous observerez que Paisgrave recommande bien surtout de 
ne jamais faire accorder quel àBX\% quelque ni quelconque. Si Ton 
th)Uve parfois dans les livres quelle que, quelsconqties ou quelles- 
conques, c'est, dit- il, par une gi'osse méprise des imprimeurs : 
«thàt was doneby the errourof the printers.» Il fait de cette in- 
variabilité une règle formelle, que Tâge suivant, avec son incon- 
séquence ordinaire , a gardée pour quelconque , et violée pour 
quelque. Nous écrivons ; une femme quelconque , sans faire ac- 
corder quel, et en le faisant accorder : quelle que ^li cette femme. 
Notre grammaire moderne ressemble à un écheveau môIé. 

— QUEI.QUE SOT, locution elliptique: 

LBLXB. 

Ta te vas emporter d*uu courroux sans égal. 



— S44 — 

Moi , monsieur ? quelque sot! la colère bit ml. (VMi, II. 7.) 

C'est-à-dire, quelque sot s'emporterait ; mais moi, non ! 

Certcf je t'y guettois ! — Quelque soite^ ma foi ! (Tw^L IL 1^ 

Quelque sotte y serait prise ; mais non pas moi! 
Hé , quelque sot ! je vous vois venir. {G, D. H. 7 J 

QUÊTE , recherche ; la quâte de quelqu'un: 

Si bien qu'à votre quête ayant perdu met peines. . . {L*£i. Y. z4.) 
A votre recherche. 
C'est le sens primitif du mot : la qtiAe du S, Graal, 

QUI , se rapportant à un nom de chose , au liea de le- 
quel j que Molière et ses contemporains paraissent a^oir 
évité autant que possible : 

Tai conçu , digéré, produit un stratagème 

Devant qui tous les tiens , dont tu fais tant de cas. 

Doivent sans contredit mettre pavillon bas. {L'Et, H. 14.) 

Et pourvu que tes soins, en qui je me repose. . . (lèid. UL 5.) 

Et contre cet assaut je sais un coup fourré, 

Par qui je veux qu'il soit de lui-même enferré. (/M/, m. 6.) 

Et de ces blonds cheveux , de qui la vaste enflure 

Des visages humains offusque la figure. (£e. des mar, l, i.) 

Je veux une coiffure, en dépit de la mode, 

Sous qui toute ma tète ait un abri commode. (/Ah/.) 

trois ou quatre fois béni soit cet édit 

Par qui des vêtements le luxe est interdit ! (Jéid, ^] 

Ce n*est pas que Molière ait sacrifié au besoin de la mesure : 
Oui , oui, votre mérite, à qui chacun se rend. . . • (laid.) 

Il ne lui en eût pas coûte davantage de mettre auquel, si ce 
terme eût été alors plus juste et plus conforme à Tiisage. 

Tous donner une main contre qui Ton enrage. {Fâcheux, I. 5.) 
Cette liberté pour qui j*avois des tendresses si grandes. . . 

(Prine.d'Él.jy.i,) 
Une de ces injures pour qui un bonnéte bomme doit périr. 

(Z). Juan, m. 4.) 
C.\^X un art (rhypocrisie) de qui rimpostiirc est toujours respectée. 

{Ibid, V. a.) 



— 346 — 

LlMMUieinr tous apprand-il œt mignardM douceiin 

Par f MÎ TOUS débiipcliei aimi les jeunet cœun? {Mélieerte, U, 4*) 

Mais les gens comme nous brûlent d*un feu discret , 

ÂTec qui pour toujours on est sûr du secret. (Tert, III. 3.) 

Qtd se rapporte h feu, et non pas à gens : avec lequel feu. 

N'oubliei rien de ces caresses touchantes à qui je suis persuadé 

qn*on ne sauroit rien refuser. {L'Af, IV. x.) 

De gréée, souffrez -moi , par un peu de bonté, 
Des bassesses à qui tous devez ta clarté. {Fem, ta¥, L i.) 

— QUI relatifs séparé de son sujet : 

Sans ce trait falot. 
Un homme Teromenoit, qui s*est trouvé fort sot. {VKt, II. i4.) 
Ah ! sans doute , ttn amour a peu de violence, 
Qcf*est capable d'éteindre une si foible offense. {Dép, am. HT. a.) 
La tête d'une femme est comme une girouette 
An hant d*une maison, qui tourne au premier vent. {ib, IV. a.) 
ITallez point présenter un espoir â mon corar, 
Qu'il recerroit peut-être avec trop de douceur. {MéHcerte, H, 3.) 
Nous perdons des moments eu bagatelles pures , 
Qa il faudroit emplojrer à prendre des mesures. {Tart, V. 3.) 

n DM but aussi un clœval pour monter mon valet, qui me coûtera bien 
trente pistoles. (Scapin, II. 8.) 

C*est le cheval qui coûtera trente pistoles , et non le valet. 
YoQS avez notre mère en exemple à vos yeux , 
Que du nom de savante on honore en tous lieux. {Fem, saç, I. i.) 
Ifos pères sur ce point éto^ent gens bien sensés, 
Qui disoient qu'une femme en sait toujours assez. . • (ièisL II. 7.) 

Cette construction était une des plus usitées : 

« On ne parloit qu'avec transport de h honte de cette princesse , qui , 
« malgré les divisions trop ordinaires dans les cours, lui gagna d'abord 
« tous les esprits. ** (Bossuet. Or. /un, de la duch, ttOrL) 

Qui ne se rapporte pas à la princesse , mais à sa bonté ^ qui 
lui gagnait tous les esprits. 

« n a eu raison d'interdire un prêtre pour toute sa vie, ^lu, pour se dé- 
« fendre, avoit tué uu voleur d'un coup de pierre. » (Pascal, 14* Pro9.) 

« Votre père Alby fit un livre sanglant contre lui (le curé de St.-Nizier 
« de Lyon), que vous vendîtes vous-même, dans votre propre église, le jour 
■ de l'Assomption. » (/<rf. iS" Prov) 



-M» — 

— QUI , répété disjonetiiretbeiit {Kitlr eëltM-d, t^i-là: 

Ils n*ont pas manqué de dire que ceU procédoil qui du cenrttq, f «/ des 
eotraiiles, qui de la rate, qui du foie. {Méd, m, luf. II. 9.) 

« Qui l^nce un |)aiii , un plat , une asaietle » un coutein ; 
•* Qui pour une rondiche empoigne un escabeau. » 

(RBotfKà. le Festin.) 

QUITTER SA PART A (un infinitif) : 

La mjeune (ma main) 1 auoiqu*aux yeux elle senble PM^ins forte ; 
N*en quitte pas sa part à le bien étriller. {Ec, desfem, IV. 9.) 

— JE LE QUITTE : 

Ifo ! pousses. Je le quitte, et pe faisonne plus. (A^. «n. IL i.) 
Oh I je le quitte. (B, gemt. lY. 5.) 

Ah i je le quitte m^intfMaut, et je n'y vois plus de remède. 

(G. D. pi. i3.) 

Cest-à-dire , je donne quittance du surplus ; j*ea ai assez , 
j*y lenonce. Le est ici au neutre, sjuns relation graipBiatîcale. 
« La police feiiiinine a nn iraio nysterieiix ; il fiiuU U iem' qwiHer. • 

( MoaTÀiov». m. 5.) 
Le leur abandonner, ne s'en point mêler. 
« Mon père, lui dis-Je,y« le quitte ^ si ee|a est. • (Paicai» 7* Pfw.) 

— QUITTER A QUELQUUPi LA PLACE, LA PAflTIB, la 

lui abandonner: 

Ma présence le chasse , 

El je ferai bien mieux de lui quitter la place. {Tart. II. 4.) 

Mettez dans vos discours nn peu de modestie, 

Ou je vais snr-le-rlianip vous quitter la partie. (Ihid. IIL a.) 

— «• Adriau Tempereur, débattant avecques le philosophe Favorinus de 

« Tinlerpretation de quelque mot , Favofinus luy en quitta bientost la rie- 

m toire. » (Moirr. IIT. 7.) 

On disait aussi fjtiitter quelqu'un de quelqtœ chose. 

Le baron de la Crasse , de Raymond Poisson , se vante de 
son talent à jouer la comédie ; et pour en donner sur-]€^-champ 
un écbantillon : 

*t Autrefois j'ai joué dans les fureurs d'Oreste : 

« Tiens, tiens, voilà le coup. . . — Nous vous quittons du reste. » 

Et le pelletier vantant ses fourrures à Patelin : 



« ITen payez ne denier ne HNiilki» 

« Se V0U9 en trouvez qui les Taille; 

« Je vous en quitte, » (Le Nou9, Pathelin,) 

QUOI, adjectif neutre, popr leqwl : 

Le grand secret pour quoi je vous ai tant cherché. (Dép, am. I. a.) 

Ce n'est pas le bonhevr après quoi je soUpire. (r«it in. 3.) 

Ces disputes d*Ages, sur quoi nous voyons tant de folles. (Afû,mûfn, 1. 1.) 

Voici i^ piBtÎM ^^^ P<>ur 4e jeunes amants, 
Sur quoi je vq|idf 019 bien avoir vos sentiments. (Fem, sav, III. 5.) 
.... La 4isse€lion d'une femme, sur quoi je dois raisonner. 

(MaL im. II. 6.) 

11 éêt remarquable avec quel soin Molière fuit ce mot lequel, 
(Voyez LEQUEL évité.) 

« Selon Vaugelas, quoi, pronom relatif, eat d'un usage foit 
élégant et fort commode pour suppléer au pronom lequel en 
tout genre et en tout nombre. Et de ces deux locutions : le plus 
grand vice à quoi il est 9ujet , pu bien auquel il est sujet , il 
préférait la première. » (M. Auger.) 

y^^ge|a# np faisait ici que réduire en maxime Tusage de son 
temps. Pascal aime beaucoup à se servir de quoi : 

m Cest donc la pensée qui fait Tètre de Tliomme, et sans quoi on ne le 
« peut concevoir. » {Pensées, p. 43.) 

m jBUes tiennent de la tige sauvage sur quoi elles sont entées. » 

(Ibid. p. x53.) 

« Une base constante sur quoi nous puissions édifier. *» (IM, p. 119^.) 

« Je manque k faire plusieurs clioses à quoi je suis obligé. » 

{Ibid. p. 355.) 

BAGGBOGHER (se), absolument : 

Cet homme me rompt tout ! — Oui, mais cela n'est rien; 

Et ûeifous raccrocher vous trouverez moyen. {Éc, desfem, III. 4*) 

BA6E; FAIRE RAGE, faire rimpossible : 

Ifbtre mattre Simon. ... dit quV/ a fait rage pour vous. (Vjéif. It. i.) 
Ou au pluriel : 

C'est un dr6Ie qui/a<V des rages! {Amph, II. i.) 



— 348 - 
RAGOUT, flgarément: 

Je voudrois bien savoir quel ragoût H y ak eu&? (CAp. II. 7.) 

Un amant aigiiillctc sera pour ette un ragoût menreilleux. (iM,) 

Otte inétapliore est mise dans la bouche de Frosîne. 

RAISON; LA RAisom, pour te jtalice, ce qui est rai- 
êonnable : 

Je pense. Dieu merci, qu*on vaut ion prix eonme ellei ; 
Que, pour se faire honneur d*un cœur comme le mieo, 
n'est pas /a raison qu'il ne leur coûte rien. {Âiis, UL i.) 

Nous en usons honuétement, et nous nous contenions de la raison. 

{G. D. n. i) 

— RAISON EH DÉBAUCHE, c'cst-à-dlre , égarée comme 
OD Test par la débauche : 

Une raison malade , et toujours en déùaue/te, (VEt, VL i4*) 

— FAIRE RAisom, vcDger éqaitablement: 

Une bonne potence me fera raison de ton audace. {VAv, Y. 4.) 

Faire raison, dans le langage bachique, tenir tête à un bu- 
veur qui vous provoque : 

« Tous trois burent d'autant : TAnier et le crison 
« Firent à l'éponge raison. » 

(La Font. l. Jîne enargé dT éponges.) 

RAISONNANT, adjectif, raisonneur; 

Je TOUS trouve aujourd'hui bien raisonnante ! (Mal, im. II. 7.) 

RAJUSTER (se), se raccommoder: 

Ils goûtent le plaisir de s'être rajustés. (Ân^h, m. a.) 

RAMASSER (se) en soi-même , au sens moral : 

Lorsque , me ramassant tout entier en moi-mime , 
J'ai couf^Hi, digéré, produit un stratagème. . . (VEi, II. U-) 

« Je prie Dieu , lorsque je sens que je m'engage dans ces prévoyances , 
« de me renfermer dans mes limites ; je me ramasse dans moi-même^ et je 

« trouve que je manque à faire plusieurs choses etc. » 

^Pascal. Pensées, p. 67.) 



— 349 — 

BAMENTEYOIB, archaïsme, remettre en Fesprit, 
rappeler : 

Ne rtmeiU99oni rien , et réparons l'ofTense. {^P- <>">• m. 4*) 

Le présent de l'indicatif est Je ramentois ^ tu ramentoU, etc. 

« Geste opinion me ramentoit rexperience que nous avons. » 

(MoNTAioiri. IL Z9.) 

Les racines sont ad mentem habere^ précédées du re itératif. 

« Ménage le tire de ramentaire. » (Taivoux.) Mais d*où 
tire-t-on nunentaire, et où le trouve-t-on ? 

RANGER QUELQUuir , avee ou sans complément 
indirect: 

Il faut avec vigueur ranger Us jeunes gens. (Éc, desfem, Y. 7.) 
Et que je ne saelie pas trouver le moyen de te ranger à ton devoir? 

(Méd. m. lui. I. z.) 
Ne vous roettex pas en peine : Je la rangerai bien. {Jdtd, im. II. 8.) 

— RANGER AU DESTUf , réduirc au destin : 

Et ne me rangez pas à t indigne destin 

De me voir le rival de monsieur Trissotin. {Pem. sav.^fV. 9.) 

RAPATRIAG£ et rapatrieb : 

Yeux-tu qu'à leur exemple ici 
Noos fassions entre nous un peu de paix aussi , 

Quelque petit rapatriage? (Amph, II. 7.) 

Pour couper tout chemin à nous rapatrier. 
Il faut rompre la paille. {Dép. am. lY. 4.) 

RAPPORTER; se raj^porter , pour s'en rapporter : 

Je veux bien aussi mé rapporter à toi, maître Jacques, de notre difTé- 
rend. (Vjév, IV. 4.) 

RATE; DECHARGER SA RATE : 

Il fout qu'enfin j'éclate , 
Que je lève le masque et dicfiarge ma rate. {Fem. sa». II. 7.) 

REBOURS ; chausse a rebours , métaphoriquement : 

Tout ce que vous avez été duraut vos jours , 

C'est-À-dire , un esprit chaussé tout à rebours, (L'Kt. II. 14.) 

Rebours est un substantif comme revers; aussi dit-on, au rc^ 

hours de... A rebours est une sorte d'adverbe composé, et, en 

^ette qualité, ne reçoit point de complément. 

Rebours était aussi un adjectif^ faisant au féminin rcb^mrsc : 



— MO — 

• Mtdinc, jofouflmtMrcîe 

M De in*avoir esté si rebourse, » (MAmor.) 

De ni'avoir été si fiurouchei ù intraitable. 

Enfin il y avait le Terbe rebourser, qui existe enoon toui la 
fonne rebrousser; et je ne doute meoie pas qu'on ne Tait tou- 
jours prononcé de la sorte, comme on a toujours dit iiu fro- 
mage et des brebis, lorsqu'on écriTait du formage et des berèù, 
à cause de forma et venfeces. On a fini par transposer sur 1« 
papier 1 V qu'on tninsposait dans la prononciation^ pour éviter 
la double consonne. Ce point est développé dan* les Varia- 
tions du langage français, p. 3o. 

Mais rebourser ou rebrousser , d'où vient-il ? 

Je conjecture que l'r y est parasite , comme on en a des 
exemples dans plusieurs mots ( i ); et que rebrousser est le même 
que reboucher, qui signifie, dans la vieille langue, émousser, au 
propre et au figuré : 

M Puisse être à ta grandeur le destin si propice, 

« Qne ton cœur de leurs traits rebouche la malice ! •• (HtciriaR.) 

Que ton cœur émousse leurs ti*aits ; que leurs traits rebrous- 
sent sur ton cœur. 

c< Rechignée estoit, et froncé 

« Avoit le nez et rebourct, » {Roman de la Rose.) 

Klle avait le nez rebrousse et comme cmoussé. 

11 peut être curieux d'observer que cette métaphore de la 
bouche, appliquée au tranchant de Tacier.ou à la pointe d'une 
flèche, nous vient des Grecs : 

l,x6^aL, bouche et tranchant du fer^ axopidwy ouviir la bou- 
che et tremper le fer ; ffToixwixa et aTOficDdiç , ouverture de 
bouche, trempe de fer, le fil d'une lame tranchante. 

Le sens propre et le figuré se trouvent réunis dans cet yers 
d'(£dipe à Créon : 

Ta aov ô^àçtxtai SeOp' (môêikrfvfrt oxùyM, 
noUi^v ixov oT6|UD(nv. ^ (01$. èm BtiU T. 828.) 
« Kt tu viens ici avec ta langue bien affilée » 

(i) Chartre, regist/T, esclandre, chaufTerette (chanrTreUe), de ehvta, rtgesutm, scanda- 
lum, ckntifeia, ipii est dan« Du Cange. 



— 3§l — 

Les outils qui n*avaient plus de taillant étaient autrefois des 
outils sans bouche , des outils rebouchés : 

« Kar rtèttchie furent Itir husiils de fer. • (Hois, p. 440 

Un outil rebouché rebrousse, et en rebroussant il va h rebours, 

BEGEYOIB, potir Boufftir : 

Cela ne r«pf7 point de contradiction. (VA9. 1. 7.) 

HeTOulant point céder, ni rteêpolr F ennui 

Qu'il me pût estimer moins dvile qtie lui. (Se. desftm, IL 6.) 

Quoi donc ! rtoevreàrje la confusion {Impr&mpiu, 9^ 

RECONNU DE (être)...., pour récompemé: 

Voilà qui est étrange, et tu es bien mai reconnu de tes soi(a. 

{D. Juan. III. a.) 

RÉGULER A QUELQUE CHOSE .* 

Dès demain? — Par pudeur tu feins d'jr reculer, 

(Èc, des mar. II, i5.) 

Hé bien, oui, puisqu*il Veut te choisir pour juge,yV n^y recule pomt. 

{VAv, ÎV. 4.) 

RÉDUIT ; AME REDUITE , soumlse , résignée à son 
sort , comme on dit réduire un cheval : 

U faut jouer d'adresse, et, d'une dme réduite^ 

Corriger le hasard par la bonne conduite. (Kcdesfem. IV. 8.) 

— H^DUlT EN UN SORT : 

Que TOUS fussies réduite en un sort misérable. {JUis, IV . 3.) 

RËGAL, au sens propre, fête, plaisir: 

D*où Tient qu'il n'est pas venu à la promenade ? — Il a quelque chose 
dans la tête qui l'empêche de prendre plaisir à tous ces beaux régals, 

{Àm, magn. II. 3.) 

— DOHflXR un RÉGAL : 

Il m'a demandé si vous aviez témoigné grande joie au maguifique régal 
ifue ton 'vous a donné, {Am. magn, II. 3.) 



— 352 — 

— RÉGAiJB , aa sens fignré : 

Et la plus glorieuse (estime) a de* régals peu chers , 
Dès qu'on voit qu'on nous mêle avec tout ruoivert. {Mis. L i.) 
(Voyez CHER.) 

Il faut avouer que cette expression , a des régals peu ehers, 
manque de naturel, et laisse trop voir le besoin de préparer une 
rime à univers; nouvelle preuve que Molière commençait par 
faire son second vers. (Voyez chevilles.) 

« Une estime glorieuse est chère, mais die n'a point des ré- 
gals chers. 11 fallait dire tles plaisirs peu chers y ou plutôt tour- 
ner autrement la phrase. On dit, dans le style bas : cela est un 
régal pour moi; mais non pas iia des régals pour moi, » 

(VoLTAïas.) 
BÉGALE , substantif féminin : 

Mais quoi! partir ainsi d'une façon brutale, 

Sans me dire un seul mot de douceur pour régale ! (jémph, L 4.) 

La racine est gale^ en italien gala, (Voyez p. 352, aicALEa 

D*UN£ P£I>E.) 

RÉGALER QUELQU^uii d'vth bon visage : 

Je TOUS recommande surtout de régaler d'un bon visage cette per- 
sonne-là (jOAv.lll, 4.) 

— REGALER d'uhe PEINE, indemniser de cette peine: 

Mais, pour vous régaler 
Du souci qui pour elle ici vous inquiète , 
Elle vous fait présent de cette cassolette. (V£t. III. 1 3.) 

Régaler est la forme itérative de galer, qui signifiait se ré- 
jouir, prendre du bon temps ; ce quVtn dit en italien /ar g(Ua, 
^ous avions aussi en français le substantif ^n/^y racine de ré^ 
gai. Mener gale ^ ou galer: 

• Lesquieulx respondirent qu'ils danceroient et roeneroient grantgale,» 

{^Lettres de rémission de x38o.) 
« Icelle femme dit à son mary : Vous ne faites que aler par pays, et gaUr 

« par les tavernes Le suppliant s*en ala jouer et cstiattre à la taverne, 

« où il demoura buvant , mengeant et menant gcUe avec les aaltres. • 

{Lettres de rém, de 1409.) 
(Voyez Du Cange , au mot Galare,) 



— 353 — 

Galer était aussi un verbe actif; galer quelquUm , le faire 
danser , le réjouir, 

« Çà, là, galons'le ea enfant de bon lien. » 

(Là FoirràiirE. Le Diable de Papefig.) 

KEGABDEB ; iœ regarder rien , ne regarder à rien : 

Pour moi , je ne regarde rien quand il faut servir un ami. 

(B. geni. UL 6.) 

REGARDS CHARGÉS de langueur : 

Ces longs soupirs que bisse échapper votre cœur. 

Et ces fixes regards, si cfiargés de langueur , 

Disent beaucoup sans doute i des gens de mon âge. {Pr, d*EL 1. x.) 

RÉGLER A. . . régler sur, d'après : 

Que sur cette conduite à son aise Ton glose; 

Chacun règle la sienne au but qu*i) se propose. (A Garcie, II. i .) 

Le douaire se règle au bien qu'on nous apporte. 

(Écdesfem. IV. a.) 
Vous savez mieux que moi qu'oio; volontés des deux. 

Seigneur, il faut régler les nôtres. (Psyché, H. i .) 

REGRETS ; faire des regrets, comme faire des cris : 

Nous voyons une vieille femme mourante, assistée d*une servante qui /ai- 
seit des regreU (Scapin. I. a.) 

RÉGULARITÉS, comme règles : 

Je traiterai, monsieur, méthodiquement, et dans toutes les régularités dt 
noire arl. (Pourc, I. lo.) 

RELATION au sens particulier d'un mot employé 
dans une locution faite : 

Ayons un eceur dont nous soyons les maîtres. (D. Juan, III. 5.) 

Qa'avec-vous fait pour être gentii/wmme ? Croyez-vous qu'il suffise dV/i 

porter le nom et les armes ? (Ibid. IV . 6.) 

Corneille y à qui Molière a emprunté la pensée et presque 
l'expression de ce passage^ a mis le verbe à Tindicatif après 
que: 

« Croyez-vous qn*i7 suffit d'être sorti de moi ?» (Le Ment, Y. 3.) 

a3 



— 354 ~ 
RELEVÉ ; de fortune relevée : 

Elle n*a pas toujours été si relevée que la Toilà! {É, gemt, UL tt.) 

REMENER : 

Remenez-moi chez uous. (Dép. am, IV. 3.) 

Et non pas mmenez^moi, comme on parle aujourd'hui. Le 
simple est menez-moi, et non amenez-moi. 

Raconter, rapporter, et plusieurs autres, sont dans le même 
cas que ramener; c'était autrefois nrconler, reporter^ etc. 

« Si i alad, e remenad ses serfs. » (fiols, p. a3i.) 

«« Et li poples recontad que li reis ço e ço durreit a œli ki rociereit.» 

(/^i^p.64.) 

REMERCIER l'avantage , rendre grâce à l'avantage: 

Certes , il peut remercier t avantage qu'il a de tous appartenir. 

(G. D. I. 5.) 

REMETTRE (se) , verbe actif , pour reconnaître , $e 
rappeler : 

Fous ne vous remettei point mon visage? (Pomre, I. 6.) 

Fous né vous remettez pas tout cela? — EftCtnea-moiyye me le remets. 

(Ilnd.) 

REMO]\TRER a quelqu'un, lui en remontrer: 

Que les jeunes enfauts remontrent aux ^vieillards, {Dép, am. II. 7.) 

REMPLACER de quelque chose , avec quelque 
chose , par quelque chose : 

Elle a suivi le mauvais exemple de celles qui , étant sur le retour de 
l*&ge, veulent remfdacer de quelque chose ce qu'elles voient qu'elles perdent. 

( Crit. de CÉc. des fêm. 6.) 

RENCHÉRI , adjectif, prude, adatère: 

Vous avex dans le monde un bruit 

De u'ùire pas si renchérie. {Ampli, prol.) 

RENDRE (se) construit avec un adjectif, se montrer, 
devenir : 

Bon î vovoiis si sou feu ic rend opiniâtre. {L*Él. UI. i.) 

Je le:» dauberai tant eu toutes rencontres, qu'à la fin ils se rendront 

sa^es. {Crit. de tÉc, dts fem. 6.) 



— 366 — 

U se rend campiaisant à tout ce qu'elle dit. (Tari. III. i.) 

Non, Damis, il suffit qu'il se rentU plus sage. (Ibid. III. 4.) 

Elle se rendra sage; allons, lalssons-la faire. {Pcm, sav. III. 6.) 

— RENDRE DES CIVILITES : 

Maîa da moins sois complaisante aux cmiiiés qu'on te rend, 

(Pr. dEL U. 4.) 

— RENDRE DES DEHORS , observer les bienséances : 

Mais quand on est du monde, il faut bien que Ton rende 
Quelques dehors civils que l'usage demande. {Mis, I. i.) 

— RENDRE GRACE SUR QUEIiQUE CHOSE: 
Et le mari benêt, sans songer à quel jeu , 

Sur les gains qu'elle fût rend des grâces à Dieu. (Éc. des/em,L i.) 

-— RENDRE INSTRUIT , instruire : 

Vous me direz : Pourquoi cette narration ? 

Cest pour vous rendre instruit de ma précaution. {Ec, desfem.l, i.) 

L'emploi de ce tour est fréquent dans Bossuet : « Plusieurs , 
« dans la crainte d'être trop faciles, se rendent inflexibles à la 
« raison. » {Oraison f un. de la duchesse et Orléans.) 

— RENDRE OBÉISSANCE A QUELQU'UN , lui obéir : 
Nous vous avons rendu, monsieur, obéissance. (Ibld. V. i.) 

KENFORT DE POTAGE : 

HicouB. J'ai encore ouï dire , madame , qu'il a pris aujourd'hui, pour 
renfort dépotage^ un maître de philosophie. (B. gent. III. 3.) 

a Le peuple dit d'un écornifleur, que c'est un renfort-po- 
tage. » (Trévoux.) 

Cette figure est naturellement de la rhétorique de Nicole , 
qui est cuisinière. 

BEN GAINER UN compliment : 

Uél monsieur, rengainet ee compliment. {Mar.for. x6.) 

Cette expression existait avant Molière : 

« Le compliment fut court, le maire le rengaine, » (Skitbcé.) 

Pascal a dit rengainer absolument, pour cesser d'attaquer, 
abandonner une manœuvre , une intrigue couunencée : 

a3. 



— 356 — 

H On rengaina, et promptement. » {Posées,) (i) 

-^ REKGAilf £R UNE NOUVELLE : 

cLiTiDÂS {boujfon,) 
Puisque cela vous incommode, y« rengaine ma nouvelle, et m'en retourne 
droit comme je suis Tenu. {Am, mmgm, Y. i.) 

BENGBÉGEMENT, archaïsme : 

Bengrègement de mat, surcroit de désespoir! {VÀ9, V. 3.) 

La racine de ce mot est Tancien comparatif de gramdy grei- 
gnour, II y avait aussi le verbe rengréger (re-en-greger,) 

« Chacun rendit par là sa douleur rengrégée, » 

(L4 FoHT. La Matrone itEphèse,) 

Rengrégement , rengréger, n'ont point d'équivalents dans la 
langue moderne. Accrottrt^ empirer, remplacent mai le vet4M* ; 
accroissement est plus faible et moins harmonieux que rengré- 
gement; empirement , bien qu'il se trouve dans Montaigne, n'est 
pas français , et agrandissement blesserait l'usage dans cette 
acception, un agrandissement de chagrin, 

RENTRER au devoir , dans le devoir : 

Pour rentrer au devoir je change de langage. (Mélicerte. II. 5.) 

— REinHER DANS SON AME : 

Rappelle tous tes sens, rentre bien dans ton âme, (Ampiull, i.) 

REPAITRE, verbe neutre, manger : 

Mais, seigneur Trufaldin, songez-vous que peut-être 

Ce monsieur 1 elrauger a besoin de repaiire ? {VÈt, Vf. 3.} 

— repaItre , verbe actif, pris au sens figaré : 

Pour souffrir qu'un valet de chansons me repaisse, {Ampfi, II. i.) 

RÉPANDRE , distribuer : 

Aux pauvres, à mes yeux, il alloit le répandre, (Tart, I. 6.) 

— REPAIf DRE (se) DAIIS LES VICES : 

C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre 

Des vices où Ton voit les humains se répandre, {Mis, II. 5.) 



(i) M. Cousiu a omi» «l'indiquer la page où te trouTe cette phraw, citée daw ioe 
Tocabiilaire de Pascal . au mut Beng9tner, 



— 357 — 

BÉPAREB y restitaer, rendre , et constrait de même 
avec le datif : 

Je veux jusqu'au trépas iDcessamment pleurer 

Ce que tout Tuoivers ne peut me réparer. {Ptyclié, II. i .) 

REPART, substantif masculin, repartie : 

Il a le repart brusque et Taccueil loup-garou. {Èc, des mar,l, f».) 

RÉPONSE DE... réponse à. . . : 

J*attends avec un peu d'espérance respectueuse la réponse de monplaeet» 

(i« Placet au roi.) 

REPROCHE , tache , sujet de reproche : 

Si je ne suis pas né noble, au moins suis-je d^une race où il n'y a. point 
de reproche, (O. D. H. 3.) 

RÉPRÉHENSION, dans le sens de réprimande^ mais 
d*nne nuance moins forte : 

On souffre aisément des répré/tensions , mais on ne souffre pas la rail- 
lerie. {Pf^f- de Tartufe.) 

On dit reprendre et répréhensiblc ; pourquoi ne dirait-on pas 
répré/iension , comme Ton dit comprendre , compréhensible , 
compréhension ? 

RÉPUGNANCE avec (avoir), se mal accorder avec , 
répugner à : 

Une passion dont tous les désordres ont tant de répugnance avec 

h gloire de votre sexe, {Pr, if El, II. x.) 

RÉPUGNER ; le temps répugne a. . . : 

/ 

M. CA&ITIDES. 

Monsieur, le temps répugne à tlutnneur de vous voir, 

(Fâcheux, HI. a.) 

Bien que M. Caritidès s'exprime en général correctement, il 
est probable que Molière a l'intention de lui prêter ici une ex- 
pression ridicule par le pédantisme. 

REQUÉRIR , quérir de nouveau : 

Ta , va vite requérir mon fils. (Scapin» II. x i .) 



— 3S8 — 

RÉSOUDRE; sB riSsoudrb db (an infiaitif), se ré- 

soadre à : 

Sus, sans plus de dtsooursy résotU'toi de me smfM, {Dép, mm.y, 4.) 

Il faut attendre 

Quel parti de lui-même il résoudra de prmdrt. V^^^) 

La haiae que pour vous i/ m résout tt avoir, (D. Gmrtm, IL 6.) 

Je serois fâché d*étre ingrat, mais je me résoudrois plutôt de titre fu 

d'aimer. (Pr. ét£L HL 4.) 

RESPIRER LE JOUR, latinisme, Tivre: 

Je n*entreprendrai point de dire à votre amour 

Si done Ignés est morte, ou respire le Jour. (D, GareU. T. S. 

RESSENTIMENT, en bonne part, sentiment pro- 
fond, reconnaissance : 

Mais apprenez 

Que je garde aux ardeurs, aux soins qu*i] me fidt Toir, 

Tout le reuetuiment qu'une Ame puisse avoir. (/>. Gmrdê. ISL 3.) 

Bfadame, je viens. . . vous témoigner avec transport le ressenUmemt oè 

je suis des bontés surprenantes dont toiu daignez Csvoriter le plua toiipiis 

de vos captifs. {Pr. d'M. lY. 4.) 

Je n*ai point connu qu'elle ait dans l'Ame aucun ressentimemi de mon 
ardeur. {Jm, magn. I. a.) 

AEiSTioiTE. En vérité, ma fille, vous êtes bien obligée à ces princes, et 
vous ne sauriez assez reconnoitre tous les soins qu'ils prennent pourvom. 

âaiPBiLi. J'en ai, madame, tout le ressentiment qu'il est possible. 

ilbid.m. I.) 

Souffrez, mon père, que je vous en donne ici ma parole, et que je vous 
embrasse pour vous témoigner mon ressentiment, {Mai hn. IH. ai.) 

Ce mot, dont l'usage a déterminé Tacception en mauvaise 
part, ne signifiait jadis que sentiment avec plus de force, comme 
le ressoupenir exprime un souvenir qui date de plus loin. 

RESSENTIR (se) d'uhe offeuse , la sentir vivement : 

Une offense dont nous devons toutes nous ressentir, (Pr. d^EL VU. 4.) 

RESSORT qu*on ne comprend pas , et qui $ème un 
embarras : 

Ouf, c'est elle, en un mot, dont l'adresse subtile, 
La nuit , re^ut ta foi sous le nom de Lucile, 



— 359 — 

Et qui, par ce ressort qu'on ne eomprénoU pas , 

A umé parmi vous un si grand emharras, (Dép, am, Y. g.) 

11 faut avouer que ce passage, et quelques auti*es pareils, jus- 
tifieraient l'accusation de jargon et de galimatias portée par 
la Bruyère contre Molière, s'il était loyal ou seulement permis 
de caractériser le style d'un écrivain d'après quelques taches 
perdues an milieu de beautés excellentes. 

(Voye? M^TAPHOEES VICIEUSES.) 

BESSOUYENIB; se ressouvenir, pour se souvenir: 

De cet eiemple^ ressouvene^vom bien ; 

Et quand vous Terriet tout, ne croyez jamaii rien. (Sgan, a4.) 

Ressouvenez-vous que, hors d*ici, je ne doi« plui qu*à mon honneur. 

{D.Juan.m. 5.) 

Ah! je fuis médecin sans contredit. Je Tavois oublié, maisy> mV/i res- 
souviens. {Méd, m. /«/. 1. 6.) 

Attendez qu'on vous en demande plus d'une fois, et i^ous ressouvenez de 
porter toujours beaucoup d'eau. {L'Av, III. a.) 

Laissez-moi faire : je viens de me ressouvenir d'une de mes amies qui serA 
notre feit. (Iùid.lV, i.) 

yoMs ne vous ressouvenez pas que j'ai eu le bonheur de boire avec tous, 
Je ne sais combien de fois? {Pourc. I. 6.) 

Molière emploie partout se ressouvenir, au lieu de se souvenir. 
Cest la même prédilection que pour s'en aller au lieu (V aller ; 
par exemple : il s'en va faire jour. 

(Voyez EN construit avec allée.) 

BESTE ; doi^iïer son reste a quelqu'un : 

MoQaieur est frais émoulu du collège : il vous donnera toujours votre 
reste. {Mal. im. II. 7.) 

Métaphore empruntée au jeu , où le plus Tort, sûr de triom- 
pher , est toujours en mesure d*offm* à Tautre de jouer son 
reste. 

RETATER quelqu'un sur.... figurément comme 
stmier: 

Je veux la retdter sur ce fâcheux mystère. (Amph. III. x.) 

RETENIR en balance , comme tenir en balance : 

Oui, rien n'a retenu son esprit en balance, (Fem, sav. IV. r.) 



— 3eo — 

RÉTIF A (on sabrtantif ) : 

Vous êtes réihe aux remèdes , maîf nom taoroBS 5roat MNUwttre k la 
nÎMD. ^Mé^t.m.lm.lL^.) 

RETIRER, 86 retirer: 

Let maumU traitemenU qu*i] me faut endarer 
Pour jamais de la cour me (ieroieot retirer. (Fdehms, TH. a.) 

Retirea-vous d'ici , ou je tous eo ferai retirer d*uiie autre aMMie. 

(Pr.irjW.IV.6.) 
Molière a supprime la seconde fois le pronom réfléchi, pour 
n'avoir pas à mettre deux me ou deux vous, dont le rappro- 
chement eût alourdi sa phrase : me feraient me retirer; je 
vous ferai vous retirer. (Voyez peonox Kirhicxi smppHmé.) 

RETRANCHER (an substantif) a, pour borner, ré- 
duire à : 

Je retranche mon chagrin aux appréhensions du blâme «{u'oo pourra aae 
donner. {L'jév, L x.) 

RÉUSSIR , sans impliquer Tidée de bon ou de man- 
Tais sueoès : 

Et comme ton ami , quoi qu*il en réussisse , 
Je te viens contre tous faire offre de senrioe. {Féckmx. Œ. 4«) 
Voyons ce qui pourra de ceci réussir, (Tari, H. 4«) 

M. Auger blâme cet emploi de réussir pour résulter, en se 
fondant sur l'usage. II \mrait se tromper. On dit : une réussite 
honne ou mauvaise ; pourquoi le verbe n'aurait-ii pas la même 
ampleur de sens que son substantif? // a bien réussi, il a mal 
réussi , personne ne songeait à blâmer cette manière de s'ex- 
primer ; preuve que réussir n'emporte pas nécessairement l'idée 
d'heureux succès. 11 reçoit souvent et très-bien cette dernière 
valeur, mais c'est par extension de sens. Il en est de même des 
mots heur^ succès , fortune, ressentiment, qui sont indifférents 
par eux-mêmes et indéterminés. 

REVENIR AU GOBUR , au sens figuré : 

Ces coups de bâton me reviennent au cour ; je ne les saurots digérer. 

(UéJ.m. lui. 1.5,) 

RÉYÉRENGE ; parlaut par eéveeenge pris adver- 
bialement : 

Ce damoiseau, parlant par révérence. 
Me fait cocu, madame, avec toute licence. (Sgan. x6/ 



^ REVERENCE PARLER , comme parlant par rivireneê : 

.... Que j*ai mon haut-de-chausses tout troué par derrière, et qu'on 
me Toit , révérence parler {f^Av, III. a.) 

BEVERS DE SATIRE, OD revirement , on retour de 
satire : 

Pourtant je n*ai jamais affecté de le dire ; 

Car enfin il faut craindre un revers de satire, {Éc, desjem, L x.) 

REVOULOIR : 

Mais si mon cœur encor revouloit sa prison? {^^'p' om. IV. 3.) 

RHABILLER; figarément rajuster, couvrir, dé- 
guiser: 

Combien crois-tu que j'enconnoisse qui, par ce stratagème (Th^rpocrisie), 

ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse ? 

(D. 7iia/f.V,a.) 

RIDICULE, substantif; im ridicule : 

Et Ton m'en a parlé comme à* un ridicule, {Ec, desfem. 1. 6.) 

Ne Toyez-Yous pas bien que c*est un ridicule qu*il fait parier ? 

{Crit, de tEc, desfem. 7.) 
La constance n*est bonne que pour des ridicules, {D, Juan. I. a.) 

Parbleu, je viens du Louvre, où Cléonte, au levé. 
Madame, a bien paru ridicule achevé. {Mis. IL 5.) 

Dans tme bourde que je veux faire à notre ridicule, 

{B, gent. m 14.) 

RIEN, mot positif; quelque chose : 

Contre la coutume de France, qui ne veut pas qu*un gentilhomme 

sadie rien faire. {Sicilien, 10.) 

C'est-à-dire, qui ne veut pas qu'un gentilhomme sache faire 
quelque chose. 

U ne sera pas dit que je ne serve de rien dans cette affaire-là. {!bid,) 

Que je n'y ser\'e de quelque chose. 

Pourquoi consentiez- vous à rien prendre de lui ? {Tart, Y. 7.) 

A prendre quelque chose. 

Allons , vous dis-je, il n'y a rien à balancer, {G, D, I. 8.) 

H n*y a chose à balancer , il n'y a pas à balancer. 

C'est le sens conforme à l'étymologie rem. (Voy. des Far, du 
^^^S»fr^9 p. 5oo.) 



BIEN, n^tif : 

Et sa morale , faite à mèpriier le bien , 

Sur Paigrcur de sa bile opère comme rien, {ftm, smp. II. S.) 

C'est que la négation est ici renfermée dans Tellipae : sa mo- 
rale opèi*e comme rien (n 'opère] , comme chose qui n'opère pas. 

— RIEN, surabondant y ite faire rien que: 

Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre» 

Bien loin d*y prendre part, n^en ont rien fait que rire. {S^ûh. 16.) 

N'en ont fait chose ou autie chose que rire. 

— RIEN MOINS : 

Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qa*e|ie aoit. 

(!•' PlttCÊi au roL) 

Elle est tout, plutôt que ce qu*on veut qu'elle soit. Et les en- 
nemis de Molière soutenaient qu'elle n'était rien de moiiu que 
ce qu'ils disaient. 

Un pédant qu'à tout coup votre femme apostrophe 
Du nom de bel esprit et de grand philosophe, 
D*homroe qu'en vers galants jamais on n'égala. 
Et qui n'est, comme on sait, rien moins que toui cela? 

{Fem, MK. n. 9.) 

ïl n'est rien moins qu'homme d'esprit , c'est-à-dîre qu'il ne 
l'est pas du tout. — Homme d'esprit? il n'est rien moins que 
cela; il est tout, plus que cela. S'il l'était, il faudrait dire: Il 
n'est rien de moins qu'homme d'esprit. 

— RIEN qu'a ; n'avoir RIEN QU'A DIRE : 

Monsieur, %h)us n'avez rien quà dire: 

Je mentirai, si vous voulez. {Ampk, n. i.) 

Expression elliptique : vous n'avez rien (à faire) qu'à dire , 
qu'il parler ; il suffira d'un mot de vous. 

RIRE A quelqu'un : 

On Taccueille, on lui rit, partout il s'insinue. (Jlf/J.1. x.) 

— RIRE A SON MERITE : 

Cet indolcut étal de confiance extrême. 

Qui le rend en tout temps si content de soinnéme , 

Qui fait qu'à son mérite incessamment il rit. {Fem, mc. 1. 3.) 



— 368 — 
BISÉE, rire. (Voyez éclat ds risék.) 
BOBINS , gens en robe , terme de mépris : 

O les plaisants rotins ^ qui pensent me surprendre! (L'Ét,lU. ri.) 
Trufaldin s'adi-esse à une trou|)e de masques en dominos. 

BOIDEUB DE COHFIAHCE. (Voyea BRUTALiTi.) 

BOIDIB; SE BOiDiB goittre vm ghemih : 

Des natureU rétifs, que la Yériti fait cabrer, qui toujours u roidissêiti 
contre U droit chemin de la raison, (L'Av, I. 8.) 

Cette métaphore représente le chemin de ia raison comme 
escarpé et difficile à gravir. 

BOMPBE , interrompre , empêcher ; rompre un 

ACHAT , DES ATTENTES : 

Je sais un sûr moyen 
Pour rompre cet achat où tu pousses si bien. {L*Èt, I. lo.) 

Je ne m*étonne pas si je romps tes attentes, {!bid, III. 5.) 

— ROMPRE l'ordre COMMUN : 

Il rompt l'ordre commun, et devance le temps. {Méticerte, 1. 4.) 

— ROMPRE TOUT A QUELQU'UN , traverser toutes ses 
entreprises : 

Cet homme me rompt tout! (Ec, des/, m. 4.) 

— ROMPRE UN DÉPART , UN DESSEIN , UNE PENSEE : 
Elle Tint me prier de souffrir que sa flamme 

Puisse rompre un départ qui lui perceroit Time. 

(Ec, des mar, III. 1.) 
Et TOUS avez bien tu que J'ai foit mes efforts 
Pour rompre son dessein et calmer ses transports. {Tart, IV. 5.) 
Ten suis fâché, car cela rompt une pensée qui m*étoit Tenue dans l'es- 
prit. (Vap, rv. 3.) 

— ROMPRE LA PAILLE : 

Pour couper tout chemin à nous rapatrier, 
Il faut rompre la paille. Une paille rompue 
Rend entre gens d'honneur une afl'aire conclue. (Dép. am. IV. 4.) 

Sur l'emploi d'un fétu de paille comme symbole, voyez Du 
Cange, êxoi motA festuca ^ infcstucarc^ exfestucare. 



— 364 — 
ROU GE ; UN rouge , substantif , une rougeur : 

Au visage sur llieiire un rouge m'est monté. (F£eh, h i.) 

BUDANIER : 

LUBiH. Adieu, beauté rudanière. {G. D. O. t.) 

I^ première édition écrit en deux mots nide asnière. 
« Terme populaire qui se dit des gens grossiers , qui ra- 
brouent fortement les autres. Il est composé de rude et Ânier, 
comme qui dirait un ânier qui est trop rude à ses ânes. » 

(Trévoux.) 

RUER , verbe actif, prenant an régime: 

Ah! je devois du moins lui jeter son diapetu , 

Lui ruer quelque pierre , ou crotter son manteao. (fif"^' '^0 

On dirait ces vers composés tout exprès pour nous faire 
comprendre la différence entre jeter et ruer, et notre misère 
d*étre aujourd'hui réduits exclusivement au premier. On Jetaii 
à quelqu'un son chapeau à bas , mais on lui ruait une pierre. 

Cette nuance existait dès l'origine de la langue. Absalon 
percé par Joab, les soldats du parti de David décrochent son 
cadavre de l'arbre : 

« Pob nièrent Absalon en une grant fosse de celé lande, e Jetèrent 
« pierres sur lui. » {Mois, p. 187.) 

Ils ruèrent le cadavre du iils rebelle avec passion, et Jetèrent 
avec indifférence des pierres dessus pour le couvrir. 

Plus loin, Joab assiège Abelmaclia. Une sage dame \'ient 
parlementer aux créneaux, et, voyant qu'il ne s'agit que de li- 
vrer le révolté Siba , dit au capitaine : 

« Nus vus fnim ruer son chiefwsû del mur. » (Jto/j. p. «00.) 

Nous dirions sans énergie : jeter sa tète du haut des mu- 
railles. 

SABOULER : 

Comme vous me saboulez la télé avec vos mains pesantes ! 

{Comtesse dtEsc, 3.) 

SAGES PROUESSES , prouesses de vertu : 

Ces honnêtes diablesses 
Se retranchant toujours sur leiu*s sages prouesses, 

{Ec. des fem. lY.i.) 



— 365 — 

SAISIR us GENS PAR LEURS PAROLES, Ics prendre au 
mot: 

Je suis homme à saisir les gens par leurs paroles, (Ec, desf, I. 6.) 

SAISON ; temps , moment : 

En iioe autre saison, cette naïveté 

Dont vous accompagnez votre crédulité, 

Anselme , me seroit un charmant badinage. (VÉt. II. 5.) 

Ce n*est pas la saison 

De m*expliquer, vous dis-je. {Dép, am, II. a.) 

La lettre que je dis a donc été remise ; 

Mais saif-tu bien comment? En saison si bien prise , 

Que le porteur m'a dit que, sans ce trait falot , 

Un homme Temmenoit , qui s*est trouvé fort sot. (L'Et, II. 14.) 

Remettons ce discours pour une autre saison; 

Monsieur n'y trouveroit ni rime ni raison. (Pem. sav, IV. 3.) 

Saison pour temps était fort usité au xvii* siècle. 

« Soit; mais il eêi saison que nous allions au temple. » 

(GoAV. Le Menteur») 
m Un homme entre les deux âges, 
« Et tirant sur le grison , 
« Jugea qu'il étoit saison 
« De songer au mariage. >» 

(La Fontâutb. L'Homme entre deux âges.) 

L'usage a maintenu hors de saison potu* déplacé ^ mal à 
propos, 

SALIB l'image ATioN, eiipression nouvelle en i663y 
et raillée par Molière : 

cLUfiiTE {précieuse ridicule). Peut-on, ayant de la vertu, trouver de l'a- 
grément dans une pièce qui tient sans cesse la pudeur en alarme , et salit 
k tout moment Ximagination ? 

ÉLisx. Les jolies façons de parler que voilai {CriudeCEc, desfem. 3.) 

SANGLIER , dissyllabe : 

Partout, dans la Princesse d'Élîde : 

Où pourrai-je éviter ce sanglier redoutable? (I. a.) 

J'ai donc vu ce sanglier, qui par nos gens chassé (iùid.) 

Fuir devant un sanglier, ayant de quoi l'abattre! (làid.) 

(Voyez la remarque sur le mot ouvRiEa, p. 276.) 



— 3«6 — 

SANS QUE (rindicatif) , archaïsme , pour aï (un 
substantif^nf , suivi du conditionnel : 

Sam quê mon bon génit au-detaiit m'û pomué^ 

Déjà tout mon booheur eût été renvenè. (VML h ii.) 

Si mon bon génie ne m*eût poussé au-deranl... 

• Sans que je crains de commettre GéroQle, 

« Je poserois untèt un si boo guet, 

« Qu*il &eroit pris aiusi qu*au trébuchet. » 

(La Fovtaivb. La ConfidemU stuu le savoir,) 

Sans cette circonstance , savoir , que je crains , efc. Sans 
cette circonstance, que mon bon génie m'a poussé au-devant.... 
On doit regretter la i)erte de cette ellipse, pleine de naturel et 
de vivacité. Aujourd'hui Ton serait obligé de dire : Si je ne 
craignais de commettre Gérante i si man ban génie ne m'etU 
palissé au-depant. Quand il n'existe qu'une seule totimure |K>Dr 
expiiiiier les choses , la prose encore s'en accommode , étant 
tout à fait libi*e de ses alliii*es ; mais, |)ar la suppression des 
doubles Ibruies et de certains idiotismes, c'est la |Kiésie 
qu'on ruine, ou, si l'on veut, l'art de la versification. 

SATISFAIBE A : 

Je oe préteuds |>oint qu'il se marie, qu'au préalable il n'ait satitfmt à 
la médecine, (Pourc II. a.) 

« Noire graud Uurlado de Mendoza, dit le père, vous y sat'ufera sur 
• l'heure. » (Pascal, 7* Pro9.) 

SAVAMAS: 

Et des gens comme vous devroieot fuir rentretien 

De tous ces savantas qui ne sout bous à rien. (Fdc/ieux, III. 3.) 

'( Injure gasconne. Le baion de Faeneste se moquoit de tous 
les savantas, » (FuaETiias.) 

SAVOIR EWROtJiLLÉ: 

On s*y fait (à la cour) une manière d*esprit qui, sans comparaison, juge 
plus fiuemeut des choses que tout le savoir enrouitfé des pédants. 

{OU. de rSc d«t f. 70 



— 367 — 

— NOUS 8AV01I8 CB QU£ NOUS SAVOIfS : 

&GAirA&u.LK. Il êuffit que nous savons ce que nous sapons^ et que tu fui 
bieo heureuse dé me trouver. (Méd, m. hii. 1. 1.) 

FoiTOule de réticence du stjle familier; espèce de dicton 
populaire« (Voyez iufnT qui.) 

— SAVOIE Qi]£LQU*i7iï , Connaître quelqu'un : 

Je sais un paysan qu*oo appetoit Gros-Pierre. (Se. tksfom. t. i.) 

— SAVOIR SA œuR : 

Laissez-moi faire : je suis homme qui sais ma cour, {Am, magn, U, 2.) 

SCANDALE, au sens d*a£froilt, esclandre; faire un 
sGAiiDALE A QUSLQu'im, lui faire un esclandre: 

Trouves-tu beau , dis-moi, de diffamer ma fille, 

VX faire un tel scandale à toute une famille? iP^» <>'"• U. 8.) 

Scandale, outre le sens qu'il porte aujourd'hui, avait encore 
celui d'otUrage. Nicot cite, au mot Scandaliser^ cette explica- 
tion de fiudée : « Le peuple exprime quelquefois, par scandali- 
rt ser quelqu'un^ ce que les gens bien élevés rendent par repro- 
« cher il quelqu'un une faute. » Le Dictionnaire de l'Académie 
de 1694 consacre les deux acceptions de scandale et scandait- 
ser; Trévoux les maintient encore en 1740. 

Scandale est de formation moderne, c'est-à-dire, du xvi* siè- 
cle, lorsque Toreille ne craignait plus les doubles consonnes. 
Le moyen âge avait tiré de scandalum , esctande , qu'on pro- 
nonçait éclande^ et qui pei*siste sous cette forme esclandre. 
L'usage s'est chargé d'attribuer à chacun de ces deux mots 
une nuance de signification qui rend l'un et l'auti^e unie ; mais 
c'est une occasion de remarquer : 1^ qu'en augmentant le nom- 
bre des mots , il a fallu restreindre leur signification » et faire 
aux nouveaux un apanage aux dépens des anciens ; 2^ que, 
selon les époques où ils ont passé dans noti'e langue, les mots 
htins ont subi l'empire d'une loi différente. Despalium « spon- 
gisimj sfHriUiSj le moyen âge avait fait les substantifs espace ^ 
esponge , esprit (1*5 ne sonnant point) ; plus tai'd , . après la 
peite de la tradition primitive , et sous l'influence du pédan- 
dsme de la renaissance » on créa les adjectifs spacieux , spon- 



gieux y spirituel , qui serrent de plus près la forme latine. Au 
lieu de spirituel , le moyen âge disait espiriiable. 

On peut à ce signe reconnaître tout d'abord si tel mot fran- 
çais est antéiîeur ou postérieur à la renaissance, car le moyen 
Âge n'en avait pas un seul qui commençât par deux cons<mnes 
consécutives (i). 

SE JOUER, sans complément, ponr jouer : 

On n'est point capable de s€ jouer longtemps, lorsqu'on a dans l'esprit 
une passion aussi sérieuse (Comtesse d'Esc, i.) 

On disait, avec ou sans la forme réfléchie, yoK^r, ou se jouetf 
comme combattre y ou se combattre; /uir, dormir, eUker, mosh 
rir, ou se fuir, se dormir , se diner ^ se mourir. 

(Voyez ARRÊTER.) 

SE METTRE sur lhomme D'rapoRTAiiCE, sur le ton 
on sur le pied d*homme d'importance : 

J« veux me mettre un peu sur t homme <thnportance. 

Et jouir quelque temps de votre impatience. {Mé&certe, L 3.) 

SE. . • nous, corrélatifs: 

Se dépouiller entre les mains d'un homme qui ne nous touche de rien. 

{Âm. méd. I. 5.) 

SECOURS , an singulier , les auxiliaires : 

Ah , tète ! ah , ventre ! que ne le trouvé-je tout à l'heure twec tout son 
secours! que ne paroit-il à mes yeux au milieu de trente personnes! 

{Scap'm. U. 9.) 

SEMRLANT de rien (faire, i^e pas FAiRE).yo7ezàU 
fin de Tarticle pas. 

SEMRLER DE (un infinitif) : 

Quand il m*a dit ces mots, il m'a semblé d^ entendre : 

Ya-t'en vite chercher un licou pour te pendre. {Dép, am, Y. i.) 

Pourcjuoi cette préposition ? Commencer €le est, par euphonie^ 
poiu* commencer à , afin d'é>'iter quelque hiatus ; mais sem- 
bler 91e construit avec un second verbe, sans préposition inter- 
médiaire. 

(1) Les liquides m comptent que pour demi-consoune», comoie. pt0m, frtnirt,9Hc. 



— 369 — 

Cependant c'est encore la raison d'euphonie qui lui a donné 
celle-ci ; ou, pour mieux dire, il n'y a pas réellement de pré- 
position : il n'y a qu'un d euphonique, vestige de la prononcia- 
tion primitive. Ce ^/ ou r final armait autrefois toutes les ter- 
minaisons en éy soit des substantifs, soit du participe , comme 
on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur les plus anciens 
monuments de notre langue. « J'ai peche^à lui seul, » qu'on 
lit dans saint Bernard, est comme « il m'a semble^/ entendre. » 

Que l'oreille ait ensuite causé l'erreur de la main, et qu'on 
ait éciît : il me semble de voir, ^'entendre , c'est ce qui est ar- 
rivé mainte autre fois. Par exemple, lorsqu'on a mis : Il y en a 
d^aucuns , pour il yensid aucuns ; — Ma tanie pour mar antc ; 
Jntây d*amiia , conservé dans l'anglais aunt. 

(Voyez D euphonique.) 

SEftIENGESy figurément, principes ; semeiïges d'hon- 
heub: 

Isabelle pourroit perdre dans ces hantises 

Les semences d'honneur qu'avec nous elle a prises. 

{Éc. des mar.l, ^,) 

SEMONDRE , exhorter par an sermon , un avis : 

De peur que cet objet qui le rend hypocondre 

A fiure un vilain coup ne me Tallàt semondre, {VEt. II. 3.) 

H. Auger dérive semondre de submonere , à tort, selon moi. 
Il a pris cette étymologie dans Nicot, où il aurait fallu la lais* 
ser cachée. 

La racine de semondre me paraît être sermo ; semondre se- 
rait alors une forme primitive de sermonner. Ur s'éteignait dans 
la prononciation, pour éviter deux consonnes consécutives : 
sermonner ^semoner^ semonre^ enfin semondre, avec un </ eupho- 
nique, comme dans pondre tiré àeponere, dans moudre y de mo- 
1ère (moul{d)re). Si l'on veut que semondre vienne de monere , 
il faudra esqpliquer d'où vient la syllabe initiale se. On ne peut 
admettre qu'elle représente le latin sub; il n'y en aurait pas 
d'autre exemple. 

On trouve dans Nicot semonneur, vocator, monitor; n'est-ce 
pas le même mot que sermonneur ? Celui qui fait des sermons 
et celui qui donne des semonces, n'est-ce pas tout un ? 



— 37Q — 

Nous doutons, et nous soumettons nos douter âuxt^octesca- 
|)ables de les dissiper. 

SEN BETOUBNEIt , avec la tmè^o 40 w : 

Et, dès de?«Bt TMirore, 
Vouf VMM M êtes rÉtouTRé, (^*^ IL «•) 

(Yoyes sn construit avec un verbe, p. i5o.) 

SENS , aa pluriel ; le sens , la signification : 

Et les sens imparfaits de cet écrit funeste 

Pour s'expliquer à moi n*ODt pas besoin du reste. (Z>. Garcie, II. 4.) 

IjCS sens imparfaits d'un écrit funeste qui n*ont pas besoin 
du reste pour s'expliquer, c'est là sans doute ce que la Bruyère 
appelait du jargon, et il n*y a pas moyen d'y contredire. Hor- 
mis quelques fragments, comme la scène de jalousie du iv* 4cte, 
cette malheureuse pièce de Don Garcie est entièrement de ce 
style. Molière, pour cette fois, était sorti de son domaine habi- 
tuel , la vérité , et il ne pouvait pas mettre un style vrai sur un 
sujet faux et romanesque. 

SENSIBLE , clair, intelligible, qni tombe sons le sens: 

Mon malhtqr m'est visible, 
Et mon amour en vain voudroit me Tobscurcir; 
Mais le détail encor ne m'en est pas sensible, {Amph. II. a.) 

SENTIMENTS ouverts; pabler a srarwEimi ou- 
verts : 

Et je crois, à parler à sentiments ouverts. 

Que nous ne nous ep devopf guères. (jâm^f^,) 

SENTIR , construit avec un pronom possessif , suivi 
dun substantif; sentir son bien : 

A rheure que je parie, un jeune Égyptien, 

Qui u*esl pas noir pourtant et sent assez son èhn. 

Arrive, accompagné d'une vieille fort hâve. (VMt. IT. 9.) 

Bien , dans cette locution^ signifie bonne extraction ; sentir 
son bien né , son liomnie bien né : 

— SENTIR SON VIEILLARD, SON HOMME QUI. . • ; 

Cela sent son vieillard qui , pour l'n faire accroire , 

Cache $es cheveux blancs d*une perruque noire. {Ec, des m^, I. i.) 



-^71 - 

▼otfe conseil sent son fiomme qui a çnvie de se défaire de sa marchais 
dise. ' {Am.méd. I. i.) 

« Mon hnpiajge françois est altéré, et en la prononciation et ailleurs, 
« par la iMrbarie de mon creii. Je ne veis jamais homme des contrées de 
« deçà qui ne semtUt bien évidemment soh ramagUf et qui ne bleoeast les 
« «uraillei pures françoises. « (MoirrAxana. U. 17^ 

« Il y a trop de somptuosité à votre habit : cela jm sent pas sa erhmmeUe 
« assez repentante. ** (L4 Fohtaivk, Psyché, II.) 

« Cjrbele est vieille, Junon de mauvaise humeur; Cérès sent sa divinité 
m de province^ et n*a nullement Pair de cour. » (Id. Ibid.) 

— SENTIR LE BAT01V , impersonnel : 

Cest qu'il sent le bâton du côté (|ue voilà. {Dép, am. Y. 4.) 

— sEifTiH (sb)| avoir la conscience de son être : 

Petit serpent que fai réchauffé dans mon sein, 

Et qoi dès qu'il se semt^ par une humeur ingrate» 

Cherche à faire du mal à celui qui le flatte ! {Ec, des fem, Y. 4.) 

SERRER y verbe actif , en parlant d'une maladie , 
peste , fièvre , etc : 

Que la fièvre quartaine puisse serrer bien fort le bourreau de tailleur I 

{B.gent, II. ^.) 
(Voyez niv&E.) 

SERVIR SUE TABLE : 
oàiomm. Madame, on a servi sur table, (Crit, de tEc des fem, 8.) 

C'était l'expression consi^crée : 

« Ainsi dit Gilotln , et ce ministre sage 

« Sur tabie au même instant Ibit servir le potage. » 

(BoiLKAV. Le Lutrin,) 

— SJBEVm T}% QUELQUE pHOSE : 

gt voiU 4^ ^v>i seH m saga directeur. {Eç, des fem, UI. i.) 
|f*ini fait beaucoup de hruit qui ne lui sert de guères, (ibid, I, x.) 

— Dans cette façon de parler, ne servir p^ r^en , 
on usait d'une inversion au participe passé : 

Tout qala n'a de rien servi, (Pf^f ^^ Tartufe et a' Plaeet au roi,) 

M. 



— 372 — 
SESt plarid, préo^ntdeax sobstantifr ao nngolier : 

diactto, à tes péril et fortune^ peut croire loat oe qa*il lui plaît. 

{MaL im. VL 3.) 

Cette façon de parler est tout à fait conforme à rancîeuie 

langue. Aussi je ne crois pas que la vraie locution soit : à ses 

risques et périls , mais à ses risque et péril ^ au singulier. 

SEUL , faisant pléonasme avec ne que : 

Notre iorl ne dépend que de sa seule tète. {Ee. des fem, HL i.) 

Mais j*entends que la mieDiie 
Yive à ma fiioiaisiey et non pas à la sienne; 
Que d'une serge honoéte elle ait son Tétement, 
Et ne porte le noir ^i<*aux bons jours seulement, (Ee, des mnr. I. s.) 
Ce nVi/ qu'après moi seul que son âme respire. {iM, IL 14.) 

Et je n'ai seulement quk vous dire deux mots. ÇTnrL, UI. s.) 

Ce tCest que la seule considération que j'ai pour monsieor totre père. 

(Pomx. m. 9.) 
Ce n'est qu'à l'esprit seul que Tont tous les transports. 

(Fem, MP. IV. a.) 

Ce tour, qu'on appellerait aujourd'hui un plécmasme, est 
très-familier aux écrivains du xvii* siècle : 

« Le roi son mari lui a donné jusqu'à la mort ce bel ëo^ qu'il n'y 
« avott que le seul point de la religion où leurs cœurs fussent désunis.» 

(BossuET. Or. /. de la r. ^J,) 

SI y pris substantivement ; un si , une condition : 

Ces protestations ne coûtent pas grand'chose. 

Alors qu'à leur effet un pareil si s'oppose. (Dâf» am, IL 3.) 

« Je te la rends dans peu, dit Satan, favorable; 

« Mais/»ar tel si y qu'au lieu qu'on obéit au diable 

« Quand il a fait ce platsir.là , 
« A tes commandements le diable obéira. •• 

(La FovTÂnri. La Chose impossMe,) 
Cette locution est très-fréquente dans les poètes du xiii* siè- 
cle. Le comte de Forest , le fanfaron Lisiard, se vante de faire 
en moins de huit jours la conquête de la belle Ëiuiant, à con- 
dition qu'elle ne sera de rien prévenue : 
•• El par si qu'on ne li voist dire. » 

(OiiERT DE MoRTaiVfL. Im P^oUtte.f, 17.) 



- _ 373 — 

Par tel si qu'on n'aille le lui dire, la mettre sur ses gardes. 
Il est très-important d'obsei'ver que nos pères avaient se et 
si; se exprimait seul un sens dubitatif, et venait du latin si; 
au contraire, // n'était jamais dubitatif, aussi venait-il de sic. 
Cette distinction est essentielle pour l'intelligence de certains 
archaïsmes. 

Plus loin , Lisiard propose à Gérard un défi ; Gérard l'ac- 
cepte, mais en dicte les conditions, et les soumet à la demoiselle 
affligée qu'il s'agit de venger : 

« Et par si soit fait li recors , 
« S'il me poet ocire et conquerre, 
« Que TOUS et toute vostre terre 
« Serez à son comandemenl ; 

« Et se je le conquiers, ensement. » (La Fiohtte,^, 84.) 
a Et soit fait notre accord par tel si , que s'il me peut tuer 
et conquérir, vous lui appartiendrez avec toute votre terre ; et 
de même, si c'est moi qui le conquiers. » 

— SI (sic) y toutefois ; et si , et pourtant , et encore : 

Tai la tète plus grosse que le poing, et si elle n'est pas enflée. {B. gent, III.5.) 

— SI FAUT-IL , encore faut-il : 

MOEoir. Si faut-il (enter toute chose , et éprouver si son âme est entiè- 
rement insensible. (Pr, d'El. lU. 5.) 

Si faut-il bien pourtant trouver quelque moyen pour attraper no- 
tre brutal. (Sicilien, 5.) 
« On m'a pourvu d'un cœur peu content de soi-même , 
• Inquiet , et fécond en nouvelles amours : 
« H aime à s'engager, mais non pas pour toujours; 
« Si faut-il une fois brûler d'un feu durable. » (La Font. Elég. IIL) 

— SI. . . GOMME (sic Ut) : 

Je vous félicite, vous, d'avoir une femme si belle, si sage, si bien faite, 
«Mime eDe est (MéH, m, lui, H. 4.) 

Sic pulchra ut est. 

Comme f dans l'origine , était le complément nattirel de si\ 
aussi , tant. 
« li reii jurad ; ^î veirement cume Deus vit, David ne mniTid. » 

(itoi/. p. 74.) 
n Ki, entre tnte ta gent, est si fidel cumê David vostre gendre est ? » 

(^IM, p. S7.) 



— 374 — 

Ou sans séparation, sicume [italien , siccome) : 
« E fud a curt sîcwne il out ested devant. » (Jlotr. p. 74.) 

Comme se construisit de même avec tel : 
« Deus te face tel merci cume tu in*as mustred ici. » {îèkL p. qS.) 

« Tous Toulec vous gaérir de rîDGdéiilé, et tooi eu dtaïawlt kê 1^ 
« mèdes? Apprenez-les de ceux qui ont été te/s comme vous, » 

(pAiC4t. Pe/Êêéêi* F*?*-) 
Comme suppléait que , au grand avantage de reuphonie : 

" Peut-être que tu meus aussi Sitm comme loi. » 

(CouiBiui. Li Menteur, IV. 7.) 
« Qu*il fasse autant pour ioi eommm Jo lus pour lui. - 

(Id. Pdjreuete. m. 3.) 
Sur quoi Voltaire dit : a Ce vers est un solécisme ; on dit 
autant que y et non pas autant comme, b Btais pourquoi pas? 
L* usage? Il était du temps de Corneille en fiivear ajoutant 
comme. La logique? C'est un pur latinisme. Les Latins taisaient 
donc aussi un solécisme, de dire : 

Hatid ita vltam agérent ul nanc (ileruiiiqiie vidmua?(JjoéàkcM, UL) 

Il est fâcheux que Voltaire ait appuyé une réforme sans mo- 
tif, qui appauvrit la langue, surtout celle des pdëtes, et en- 
vieillit les écrivains faits pour rester modèles. J'ai dit que 
remploi de comme relatif avait jadis pour soi l'autorité de 
l'usage ; voici en preuve quelques exemples : 

Marot demandant une haquenée à François I*^ : 
» Savez comment Marot l'acceptera? 
« D*aussi bon cueur comme la sienne il donne 
• Au fin premier qui la demandera. » 

« Ma foi seule , aussi pure et belle 

« Comme le sujet en est beau » 

M II n*cst rien de si beau comme Calixte est belle. » (MALuaaa.) 

« Tant qu*a Juré la guerre, on m'a vu constamment 

« Aussi !>on citoyen comme parfait amant. >• (Coahuzjji. Hûraee.) 

Mais tout à coup cette façon de parler a déplu aux gram- 
mairiens-jurés de la fin du xvii® siècle : ils l'ont réprouvée d'un 
eonlmun accord. Ménage donne pour raison qu'<( elle n'est pas 
naturelle. » { Obs, p. 348.) La nature est ici invoquée bien à 
propos ! Mais est-il prouvé que ce mot que soit plus rapproché 



— ils - 

de la nature que le mot comme ? Est-il sûr que l'usage con- 
sacré par une longue suite de siècles , appuyé sur la logique , 
surTétymologie, et foitifié par l'exemple 8cîl iiieillcurs écri- 
vain^ , doive céder Au ckpHce de trois oïl qiiàire pédants sans 
autorité que cdle qu'ils s'arrogent avec insolence? Cela n'est 
pas naturel non plus>et pourtant^ hélas ! cela Se voit tous les jours. 
Comme ^ à la place de que^ est un archaïsme qtii a de la grâce 
et de la naïveté : 

« GatiavetttMt)6iiser Martin; 

• Cest une trti-fiiit femelle! 

« Martin ne veut pas de Catin : 

« Je le trouve auui fin comme elle. >» (Mârot.) 

-* 81 dubitatif (si),. . . etqub. . • : 
ê^H ne foàs Bdffit pas de totite rasàtiraiice 
Qye vous peuvent donner mon cœur et ma puisianee, 
Et que de votre esprit les ombrages puissants 
Forcent mon innoceoce à convaincre vos sens». . (Z). Garde, lY. 8.) 
Ce seroit une chose plaisante si les malades guérissoient, et qu'aa m'en 
vint remercier! (D,Juan.Ilh i.) 

« Si fiabylooe eât pu croire qu'elle eût été périssable comme toutes les 
• èbdtas bàmainei, et que utie confiance irtsensée be Teftt pas jetée dans 
« l'aveuglement » (Bossirat. Hht, un, lîl* p.) 

•— SI , répondant au latin an ^ utrum : 

Et je suis en suspens si^ pour me l'acquérir; 

Aux extrêmes moyens je ne dois point courir. (VEt, m. a.) 

Je Mis dans Fincertitudê W je dois me battre avec mon homme, ou bien 
le faire assassiner. (Sicilien, i3.) 

— SI c'était que : 

Et si e'étoit qiik moi la chose pût tenir... {Mis^ Vf, i;) 

— 81 (un adjectif) que de {adeb, ..ut...)) tant ott td- 
lement... quede. .. : 

EtJ'ii en un aïeul, Bertrand de Sotenville, qui futii considéré wk son 
temps que cfavoir permission de vendre tout son bien pour le voyage 
d*ouU%-mer. (G, D, I. 5.) 

S*il étoit si hardi que de me déclarer son amour, il perdroit pour jamais 
ma présence et mon estime. {Âm. magn, II. 3.) 

Ouais ! je ne eroyoi^ pas que ma fille fût si habile que de chanter ainsi a 
livré tmvert {Mal, im, II. 6.) 




— 376 — 

• Celui-ci le paya dlogratitode, ef fat si mé e ka i tt qm £mt€r wamtkrk 
« lit de son bienfaiteur. » (La For. Fie tTKsofe.) 

SIÈCLE d'aujourd'hui (au) : 

Ceft une chose rare au siècle daajaur^kui. {Mis. lY. i.) 

SINGULIER; singulier a, particulier à : 

Cette fermeté d*ioie, à vous si smgaiière, {Fem, sm^, ▼. i.) 

« On dit d'une chose qu'elle est paHieuUère à quelqu'tm^ 
mais non pas qu'elle lui est singulière, • (M. AucBm.) 

Kt pourquoi ne le dirait-on |MS? On dit bien singulier^ sans 
complément y pour particulier, M. Auger n'a rien repris à ces 
vers : 

Et je ne veux aussi» pour grâce singidière^ 

Que montrer a vos yeux mon âme tout entière. (7*arf. m. 1) 

Grâce singulière est pourtant bien là pour grâce particulière. 
Si on laisse au mot singulier le sens de singuiaris dans un cas, 
]>ourquoi ne pas le lui laisser dans l'autre? Pourquoi le per- 
mettre sans complément et le défendre^ avec un complément? 

Kn général, on critique beaucoup trop par cette formule : 
cela ne se dit pas. Ce qu'il faut montrer, c'est que cda ne doit 
pas, ne peut pas se dire, siulout quand cela a été dit par des 
gens comme Molière, Pascal ou Bossuet. 

SINGULIER (verbe au) après un nombre pluriel : 

Quatre ou cinq mille écus est an denier considérable. (Pourc. III. 9.) 
Et deux ans, dans le sexe, est une grande avance. {Mélicerte. 1. 4*) 

(Voyez c'est ou est en accord avec un pluriel, et es soirr.) 
SI PEU QUE DE (un infinitif; : 

Tous étes-vous mis dans la tète qu'un homme de soixante-trois ans 

considère si peu sa fille que de la marier avec un homme qni a ce que 
vous savez? ; ; {Pourc, II. 7.) 

(Voyez SI (un adjectif] que de, p. 375.) 

STQUENILLES {sic dans Tédition originale ; Bibou , 
1669), souquenilles : 

Quitterons-nous nos siquenilles^ monsieur? {VAv, DL a.) 

SITUÉ; AME BIEN SITUEE : 

Non, non, il n'est point d*àme un peu bien située 

Qui feuille d'une estime ainsi prostituée. (Mis,!, r.) 



— 877 — 

L'expression est insolite; cependant nous disons chaque jour, 
avec Tautorité de l'usage : Avoir le cœur bien placé. C'est la 
même figure. 

SOEURS d'iivfortune , comme frèrts d'armes : 

Nous Dous voyons sœurs (tin fortune, (Psyclié. 1. 1.) 

SOI, OÙ l'usage moderne emploie lut, elle^ eux: 

Bieo qoe de vous mon cœur ue prenne point de loi , 

Et ne doive en ces lieux aucun compte qu*à soi . . . (/). Garde» II. 5.) 

C*est une fille k nous, que, sous un don de foi » 

Un Valère a séduite et fait entrer chez soi, {Ec, des mar, m. 5.) 

ApudsCy et non apud illum, 
Agnès, dit Horace, 

PTa plus voulu songer a retourner chez soi^ 

Et de tout son destin s*est commise à ma foi. (Èe, desfem. Y. 2.) 

Je vous dis que mon fils n*a rien fait de plus sage 

Qu'en recueillant chez ioi ce dévot personnage. (Tart, I. i.) 

Toi, Sosie? — Oui, Sosie; et si quelqu'un s'y joue. 

Il peut bien prendre garde à soi, (Àmph, L 9.) 

Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture , et qu'il empêche 
ce côté-là de profiter? {MaL im. III. 14.) 

Cet indolent état de confiance extrême , 

Qui le rend en tout temps si content de soi-même, (Fem, sau, 1, 3.) 
Ce sont choses, de soi, qui sont belles et bonnes. {I6id, TV, 3.) 
Le savoir garde en soi son mérite éminent. (Ihid,) 

Il n^est pour le vrai sage aucun revers funeste; 
Et, perdant toute chose, à soi-même il se reste. (Ihid, Y. 4.) 

Tout le XVII* siècle a ainsi parlé. Les grammairiens se sont 
perdus en distinctions et en subtilités pour régler quand il fal- 
lait soif et quand lui. Tout cela est chimérique. Les grands écri- 
vains du temps de Louis XIY se sont guidés bien plus sûre- 
ment sur un seul point : partout où le latin mettrait se, ils ont 
rois soi, 

«• Qu^il fasse autant pour soi comme je fais pour lui. » 

(Coiinxn.r.B. Poljreuete, III. 8.) 
Pro se ipso, et non pro illo, 

« Mais il se craint, dit-il, soi-même plus que tous. » 

(Rachti. Androm, Y. a.) 
Timet se ipsum. 



— 3^8 — 
« Cliiiinant, jeune, traînant toi» les coenn tprii soi, » (b. Phkbt,) 
Post te y et non post it/um. 



« Mais .souvent un auteur, qui se flatte et cpi s*aifl 

« Méconnott ses dèlÎRuts et s'ignore toi-mêmB, » (Boiléav.) 

« n n*ouvre la bouche que pour répondre il crache pres^oe nr 

« soL » (ti4BaWàai.) 

« Idoménée, revenant à soi, remercia les amb. • (nmov.) 

« Tant de profuiations que les armes traînent après soiî » (ÉiAfttuov.) 

m DieuK immortels, dit-elle en toi-même, est-ee donc aînai que sont 
« faits les monstres? *• (Là Fostaivs. Ptyeké, L) 

On voit qu'il n'est pas besoin de tant raffiner, à la suite de 
Yaugelas, d'Olivel et les modernes. 

SOIENT, monosyllabe : 

Et votre ftront, je crois, vent qite du mariage 

Les cornes loienf chet voos rinfaillible apanage. (Jle. éti /km, L x.) 

u Qu'ils toient comme la poudre el la paille légère 

« Que le Tcnt chasse datant lui. i* (EAonri, Ettber» L 1) 

SOIS- JE, dans une formule de souhait: 

Sois-je do ciel écrasé si je mens ! (Sfis, I. a.) 

Forme excellente, au lieu de puissé-fe être, 

SOLÉCISMES Eif CONDUITE : 

Le moindre soléc'tsme, eu parlant, vous irrite; 

Mais vous eu faites, vous, d^étranges en conduite, {Fem, sap. II. 7.) 

SOLLICITEB DE QUELQUE CHOSE : 

JTai cru faire assez de fuir rengagement dontfétoit toUieitée, 

(Am^ mugn, IV. 7.) 
Ne me refuseï point la grâce dont je vout tollicite, {VA9, H. 7.) 

SON , SA , SES , se rapportant à un autre mot que le 
sujet de la phrase : 

Je ne puis vous celer que ma fille Célie 

Dès longtemps par moi-même est promise à Lélie, 

Et que, riche en vertus, son retour aujourd'hui 

M'empêche d'agréer un autre époux que lui. {Sgan, a4.) 

Son retour^ c'est le retour de Lclie j riche en vertus se rapporte 



— .^7® — 

aussi à Lélie, quoique la construction de la phrase semble ap- 
pliquer ces niot3 ail retour, tl n*y a pas moyen d*excuser cette 
faute, source d'équivoques. 

Jusqu'ici don Louis , qui vit à sa prudence 
(La prudence de don Louis. ) 

Par le feu roi mourant commettre son enfance, 
( L'enfance de don Alphonse. ) 

A caché ses destins aux yeux de tout l*État... 
(Les destins d'Alphonse.) 

Et Bien <}ue ito t^n^ dépiiis sa iâche àïUdace^ 
{ L'audace du tyran. ) 

L'ait souvent demaniié pour lui rendre sa place, 
( La place d'Alphonse. ) 

Jamais son zèle ardent n't pris de sûreté 

(Le zèle d'Alphonse. ) 

A l*appftt dangereux de sa fausse équité, 

(D, Garde. L a.) 
(La fausse équité du tyran.) 

n est difficile d'écrire avec plus de négligence. 

On dit bien là surveillance de l'État^ mais non les yeux de 
rÉtat. L'Ëtat est une abstraction , une idée complexé, cjui ne 
saurait être personnifiée jusqu'à prendre des yeux xA des 
oreilles. 

— ison , SA, rapportés à un nom de chose : 

iTsioAS {parlant de sa pièce). Tous ceux qui étoient là doivent venir 
ksa première représentation. (Crit de FEc, desfem, 7.) 

-— soif avec sentir. (Voyez sentir, p. 370.) 
SONGER, actif , pour imaginer^ méditer; 

CV.5t une foible ruse; 
J'en songeais une, . . — Et quelle? — Elle n'iroit pas bien. 

{VEt. I. a.) 

J'avois songé une comédie où il y auroit eu un poëte, elc. . . 

{Impromptu, i.) 



— 380 — 

— 80KGER DE (on infinitif) ; songer à : 

Et qirib sVloient promis une loi mutaeUe, 

Avant qu*il eût songé de poursuivre Isabelle. (JEf . Je* mar. m. 6.) 

(Voyez p. 99, de remplaçant a.) 

SO?îT pour font , en style d arithmétique : 

Je crois que deux et deux sont quatre. (D. Jntm. HT. i.) 

L'édition d'Amsterdam a corrige, selon sa coutume, et mis 
/ont, 

— sont-ce: 

Sont'-ce encore des bergers ? — Cest oe qu'il ¥0111 plairt. (B. gemU 1. 1.) 
Sont'Ce des Ters que vous lui Toulei écrire? (ibid. II. 6.) 

Sont-ce des visions que je me mets en tète ? (Psyché, L i.) 

(Voy«S CE SOKT.) 

SORTILÈGE ; DoimER un sortilège a qoslqu'uh , 
lui jeter un sort : 

' C*est un sortilège qu'a lui a donné, {Feure, IXL 9.) 

SORTIR HORS : 

Tenez , voyez ce mot , et sortez hors de doute. {pép. am, L «.) 
Mais lui fallant un pic, je sortis hors dViïroi. {Fâcheux,lL%,) 

SOT , terme adouci pour exprimer ce qu'ailleurs 
Molière appelle crûment un cocu : 

Elles font la sottise , et nous sommes les sots', (Sgan, 17.) 

Elle? Elle n'en fera qu'un sot y je vous Vassure. ÇTari, U, «.) 

Épouser une sotte est pour n'être point sot, [Èc, des mar, 1. 1.) 

« Il veut à toute force èire au nombre des sots. » 

(La Fout. La Coupe endumtée) 

— SOT , passionné au point d*en perdre le sens : 

Si bien donc? — Si bien donc qu elle est sotte de Tout. 

(riff. L6.) 

— ÊTRE SOT APRES QUELQu'uif , cu ètrc assotté : 

MAamETTB. 

Que Marinette est sotte après son Gros-René! (fiép, am, lY. 4.) 



— 381 — 
SOUCIER , verbe actif, comme affliger y chagriner: 

Hé ! je crois que cela foiblement vous soucie. (Dép, ont,, IV. 3.) 

« Penses-tu, lui dit-il , que ton titre de roi 
« Me fasse peur, ni me soucie ? » 

( La FoHTAiiri. Le Lion et le JUoue/ieron,) 

SOUFFRIR , absolument ; souffrir de queiqu un : 

Ciel ! (ÎEiut-ii que le rang, dont on veut tout couvrir. 

De cent sortes de sots nous oblige à souffrir f {Fâcheux, I. 6.) 

— SOUFFRIR QUELQUE CHOSE A QUELQU'UN : 

I)e grâce, souffrez-moi, par un peu de bonté. 
Des bassesses a qui vous devez la clarté. {Pem. sav, I. i.) 

« Mais le pèreLemoine a apporté une modération a cette permission gêné- 
• raie; car il ne le veut point du tout souffrir aux vieilles, » 

(Pascal. 9« Prov,) 

SOUFFRIR A quelqu'un DE (uD infinitif), Ini permettre : 

Souffrez à mon amour 

De vous revoir, madame, avant la fin du jour. {Mis, IV. 4.) 

Si votre cœur me considère 
Assex pour me souffrir de disposer de vous, . . . {Psyclié, I. 3.) 

Me est ici au datif, et non à Taccusatif. 
SOUPÇON ; HORS de soupçon : 

On ne reçoit plus rien qui soit hors de soupçon, {VÊt, II. 6.) 
Qui soit à l'abri du soupçon, ([ui ne soit suspect. 

— soupQONS DE quelqu'un : 

Ce n*est pas d'aujourd'hui, Nicole, que j ai conçu des soupçons de 
mon mari. (B, gent, III. 7.) 

Molière dit soupçons de quelqu *un^ comme l'hymen , la vcn- 
geanCfC la jalousie de quelqu* un , c'est-à-dire, relativement à 
quelqu'un. 

— soupQON ENTEE DEUX PERSONNES , qui porte sor 
deux personnes : 

Cela ne vous offense point : il ne tombe entre lid et vous aucun soupçon 
de ressemblance. {Scapin. II. 7.) 



SOUPÇONNER , suspecter : 

On soupçonne aisément un sort tout plein de gloire , 

Et l'on veut en jouir avant que de le croire. (Tort. IV. 5.) 

SOUS , aa lieu de par ou av^c : 

Çnfia je Tai fait fuir, ft, sous €e traitement^ 
De beaucoup d'actions il a reçu la peine. Çjâmph, I. a.) 

Me prétendez pat voos sauver sws cette impostore. {L'Ap. ▼. 5.) 

— SOUS couLEUB , 9<Hii prétextc : 

Anselme, instruit de rartificei 
M*a repris maintenant tout ce qu'il nous prétoit , 
Sous couleur de changer de Tor que Ton dootoit. (V£t, U. 7.) 

Voyez COULEUR et coloré.) 

— SOUS DES LIENS : 

La fille qu'autrefois de laimable Angélique , 

^uf d0i liens awrets eut le seigneur Enriqoe. (Ec. de$ fom^ V. 9.) 

Ce n*est pas à mon cœur qu'il faut que je défère, 

Pour eutfi»' tout dt tels liens, {Psjrcké, I. 3.) 

— SOUS DES SOINS : 

Je ris des noirs accès où je vous envisage , 
Et crois voir eu nous deux, sous mêmes soins nourris , 
Ces deux frères que peiot I'ÉcoIq dei maria. i¥*^' I* >•) 

L*idée de protection, enfermée dans le verbe aourrirf sauve 
cette métaphore : 

a Parva sub ingenti matris se subjicit umbra.» (Yirg.) 

— SOUS L APPAT DE. . . , SOUS le prétexte de : 

Ce marchand déguisé, 
Introduit sous V appât d'un conie supposé. {L'ÉU lY, 7.) 

— SOUS SA BIOUSTACHE : 

On n'est point bien aise de voir, sous sa moustache, cajoler bardiseftt u 
femme ou sa maîtresse. (Sicilien, x4>) 

— SOUS TAirr de vraisemblance : 

Quoi ! le premier transport d'un amour qu'on abuse 

Sous tant de vraisemblance est indigne d*excuse ! (Dep, «un, TV. a.) 



— 388 — 

— S0U8 un DON DE FOI : 

Cest une fille à nous, que ^ sous un don de foi ^ 

Un Yalère a séduite et fait entrer chez soi. {Ec, des mar, m. 5.) 

Dans toutes ces locutions^ sur serait aussi bien venu que sous. 
Molière, pour Temploi de l'un et de l'autre, paraît n'avoir 
suivi que le hasai*d, et l'usage l'y autorisait. (Voyez au mot 
sua, où l'origine de cette confusion est exposée.) 

SOUTENIR LE œuRROux , y persévérer : 

Pour Touloir soutenir le courroux qu'on rae donne i 

Mon cœur a trop su me trahir. (Amph, II. 6.) 

SPIRITUELLE, substantif; une spianuEixE : 

Moi , j'irois me charger à' une spirituelle 

Qui ne parleroil rien que cercle et que ruelle.' {Ec, des fem, L i.) 

(Voyez EiDicuLE, substantif.) 

SUBJ(ONCTIF qoien commande nn autre, dans 
ofie place où nous mettrions aujourd'hui Vindicatif: 

Xaurois a«sez d'adresse pour foire accroire à votre (lère que ce seroU 
qne personne riche, outre ses maisons, de cent mille ccus en argent comptant ; 
qu^eUe seroit iperdument amoureuse de lui , et souhaiteroit de se voir la 
femme. (L'Âv. IV. i.) 

H est clair qu'en effet la forme conditionnelle est la meil- 
leure dans tout ce passage, qui n'expose qu'une hypothèse. 

— Construit avec un présent de l'indicatif : 

Ooft Tient de te donner cette farouche béte? 

— Cette lettre, monsieur, qu'avecque cette boéte 

On prétend qu'ait reçue Isabelle de vous. {Ec, d^s mar. II. 8.) 

On dirait en style moderne : on prétend c[vCa vécue. Il est 
manifeste que le conditionnel est plus juste , puisqu'il s'agit 
encore ici d'une hypothèse. 

(Voyez CONDITIONNELS , FUTURS.) 

SUCCÉDER, arriver, réussir, cmtingere : 

Quelque chose de bon nous pourra succéder. {Dép. am, Ul. i.) 
Cet maximes , un temps, leur peuvent succéder. {D, Garde. U, i.) 



— 384 — 

SUCCÈS, issue d*aiie affaire, dans le sens do latiii 
exitus , sans impliquer Tidée de bien ni de mal : 

Ce qu*OD voit de succès peut bieD penaader 
Qu'ils ue sont pas encor fort près de s*accorder. (VÉi. Y. la.) 
J*en vieoi d'entendre ici le succès foe/veilleux, (Ibitt. T. i5.) 

Adieu ; nous en saurons le succès dans ce jour. {Dép, cm. 1. 1.) 

Daignez, je vous conjure, 
Attendre le succès qu*aura cette aventure. (IhiJ, TEL 7.) 

Hé bien ! ce beau succès que tu devois produire? (!Bid, m. 9.) 
Vous vous trompereaE. — Soit. J'en veux voir le succès. 
— Mais. . . — J'aurai le plaisir de perdre mon procès. (MU, I. x.) 

SUCRÉE (faire la), faire la prude , la renchérie: 

Elle fait la sucrée, et veut passer pour prude. {VEt, III. 1.) 

— Qui , moi? — Oui; vous ne faites point tant la sucrée, {fi, D, L 6.) 

SUFFISANCE, en bonne part; homme de suffisance : 

Homme de suffisance, homme de capacité. (Afar. Jor, 6.) 

Dans le xvii* siècle , suffisant et suffisance se prenaient en 
bonne part, au sens de qui suffit à quelque chose. Voici les 
exemples que donne Furedère : <- Le roi a des ministres qui sont 
d'une grande suffisance^ d'une grande capacité, d'une grande 
pénétration. » Et au mot suffisant : «Se dit d'un grand mé- 
rite et de la sotte présomption. I^ roi cherche des gens qui 
soient suffisants, et capables de remplir les prélatures et les 
grandes charges. » 

— suFFiSAiNT DE ( uu infinitif) , qui suffit ; qui suffit 
à , capable de : 

Bon Dieu ! que de discours ! 
Rien n'esl-il suffisant d'en arrêter le cours ? {Dép, am. II. 7.) 

<« Je me déchargerai d*un faix que je dédaigne, 
t< Suffisant de crever un mulet de Sardaigne. » (1\bghiek. Sat, TI.) 

SUFFIT QUE, suivi d'un verbe à lindicatif : 

// suffit que nous savons ce que nous savons, et que lu fus bien beU' 
reuse de me trouver. (âfe'd, m, lui. I. i.) 

Nous savons ce que nous savons , cela suflit , c'est en dire 



— 385 — 

B. Il sirffit que nous sachions présenterait un sens tout 
autre. 

SUITE ; EN SUITE DE. (Voyez ensuite de.) 

— SUITE , développement : 

Don Alphonse dit à dona Ëlvire, qui vient de réciter trente- 
cinq vers sans interruption : 

J'ai de votre discours aisez souffert la suite, (/). Garcie, Y. 5.) 

— d'une longue suite , très-suivi : 

Et tâcher, par des soins d'une très-tongue suites 

D obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite. {Mis, Ul, i .) 

— SUITE, conséquence : 

Un avis dont la suite 
Tous réduit au parti d'une soudaine fuite. {Tart, V. 6.) 

Les suites de ce mot, quand je les envisage. 

Me font voir un mari, des enfants, un ménage. {Fem, sav,L i.) 

SUIVBE LE œuRROUx de quelqu'un, s'y associer : 

Assembler des amis qui suivent mon courroux, {Amph, III. ô.) 

— ^ SUIVRE quelqu'un AU DESSEIN DE (uu infinitif) : 

Bon. — Et moi, pour 'vous suivre au dessein de tout rendre, . . . 

iJDép, am, IV. 3.; 
Pour VOUS imiter dans ce dessein. 

— SUIVRE SA POINTE : 

Quel diable d'étourdi, qui suit toujours sa pointe ! (JScapin, 01. 1 1 .) 

/N, SUJET à la première personne , et le verbe à la troi- 
sième. (Voyez PKONOM.) 

SUJET SOUS-^ENTENDU autre que le sujet ex- 
primé : 

Elle vous diroit bien qu'elle vous trouve ]>on, 

Et qu*elle n'est point d'âge à lui donner ce uoni. (Tari, I, a.) 

£ite n*est point d'âge à ce qu'o/i puisse lui donner. 

a5 



— 386 — 

liC besoin de brièveté, joint à la clarté de rexpraMidn, parait 

plus que suilisant à excuser cette légère inexactitude. 

SUPERFLU pE LA itoiMOU (i;b), përiplu^se qqi 8 en- 
tend de reste : 

Je m'éloU amusé daiu votre cour à expulser ie superflu de ta bdstom. 

(Méd. m. im. m. 5.) 

SUPPORT , dans le sens moral; appai s 

Elle n*a ni parent , ni support , ui richesse. {Be. des fèm, III. 5.) 

L'éclat d'une fortune tîn mille biens féconde 

Fera connoitre à tous que je suis ton support, {Ampk. III. ii.) 

SUPPORTER quelqu'un dans, comme notu disons 

soutenir dans : 

Nous ne sommes point gens à la supporter dans de matiraifes actions. 

SUPPRESSION ; a ma suppression , en me suppri- 
mant , m'excluant : 

A ma suppression il s'est ancré chez elle. {Ec, dêtfnu IIL 5.) 
Comme on dit à mon profit^ à mon dam, 
Bossuet a dit : « Au grand malheur des hommes ingrats. » 

[Or. fan, de h R.d' A.) 

SUR LE FIER ; se tenir sur le fier : 

Mais puisque sur le fier vous vous tenez si bien 

{MéUcerte. I. 3.) 

SUR PEINE DE, sous peine de : 

Ou ue doit de rimer avoir aucune envie , 

Qu'on n'y soit condamné sur peine de la vie. (Mis. IV. r.) 

Mais à condition que vous n'en oovrirei la bouche à per- 
sonne du monde, sur peine de la 'vie. {Am* magn. II. 3.] 

« Madame, qui de tous poius veoit le seigneur de Saintré à combattre 
« meu et desliheré, feloneusoment tuy dist ; Sire de Saintré, aons voulons 
« et vous conimaudous, j//r /W//r d'encourir nostrc indignacion, queincon- 
«« linenl tous deux vous désarmez. » (Ltf Petit Jeliau de Saintré.) 

'( Leii seigneurs de Cartbage, voyants que leur pays se despeuploit peu 
« à peu, feirent destcuse expre5>e, sur peine de mort, que uul u'eust plus 
« à aller par là. »' (MoHTAioirE. I. 3o.) 



— 387 — 

« 8i mon 61s a jamais des enftints, j« veux qn*iU étudienl au collège de 
« ClennoDt, sur peine d*élre déshérités. » 

(St.-Éveemovd. Couvert, du P, Canaye*) 

« Est-ce un article de foi qu'il faille croirei sur peine de damuatioD? » 

(Pascal. i8* Prov.) 

On écrivait originairement sor et soz; quand la consonne 
finale était muette, comme Vo sonnait le plus souvent ou , la 
prononciation confondait pour Toreille saur et souz^ de là l'em- 
ploi indifTérent de Tun ou de l'autre dans certaines locutions 
contacrcety comme sur peine et sous peine, 

(Voyez des Far, du lang.fr.^ p. 43o.) 

— SUR LE PIED DE (uii infinitif) : 

Et Teulent, sur le pied de nous être fidèles. 

Que nous soyons tenus à tout endurer d'elles. (Kc, dêsfem. IV. 8.) 

Sous prétexte qu'elles nous sont fidèles ; s'appuyant sur ce 
qu'elles nous sont fidèles. 

— SUR UN SEMBLANT : 

Quoi ! sur un beau semblant de ferveur si touchante... {Tari, Y. i.J 
Mauvaise leçon. L'édition originale de 1669 porte: tous un 
beau sembiant (voy. la Préface.) 

SURPRENDRE au dépourvu : 

Mais je tous avouerai que cette gayeté 

Surprend au dépourvu toute ma fermeté. (/). Garde, V. 6.) 

SURSÉANGE; faire surseange a. . . surseoir: 

Et jusques à demain Je ferai surséance 

A V exécution y monsieur, de Tordonnance. {Jart, V. 4,) 

SU8; sus donc: 

Oui? Sus donCf préparez vos jambes à bien faire. (VMt, II. 14.) 
Sus n'est autre chose que sur, La consonne finale étant inar- 
ticulée dans l'origine, il arrivait souvent que l'écriture notât 
une consonne pour une autre. Courir sus h qtielqn'un , c'est 
courir sur quelqu'un ; mais .v«r, dans la première de ces locu- 
tions, est aujourd'hui employé comme adverbe ; il est pré- 
positioB dans la seconde. Sus^ sus, c'est-à-dire, Allons, debout ! 

a5. 



— 388 — 

Mais |)ourquoi n'a-tron pas dit courir sus à quelqu'un? l'eu- 
phonie y trouvait aussi bien son compte. Voyez , à Tarticle 
CHAISE, ce qui est dit du zézayement i>arisieD. 

Nicot : ff Sus ou sue, super, » 

Le langage de la jurisprudence a conservé susannery qui est 
une autre prononciation de suranner^ réduit lui-même aujour- 
d'hui à son })articipe passé. 

•• Une prise de corps ne se susanne jamais, m (Db Laitriè».) 

C'est-à-dire, ne perd pas sa vertu, faute d'avoir été exécutée 
dans Tannée ; ne se suranné pas, non antiquaiur. 

Vous observerez que les Latins employaient déjà sus pour 
super en composition. Suspendere est pour superpendere. 

SUSPENS SI (ÊTRira). . . : (Voyez si répondant au 
latin an^ utrwn.) 

SYLLEPSE qui suppose un nominatif non exprimé : 

Cet arrêt suprême, 
Qui dédde du sort de mon amour extrême , 
Doit m'être assez touchant pour ne pat s'offenser 
Que mon cœur par deux fois le fasse répéter. {Ecdes mar. IL i4-) 

Pour ne pas s'offenser, c'est-à-dire pour qu'oy ne s* offense 
pas. Le sujet de la phrase est C arrêt; ce n'est point l'arrêt qui 
s'oilensera, c'est Sganarellc. 

11 semble que, quand le sens est aussi évident, on peut dans 
un dialogue familier, et pour l'amour de la concision, tolérer 
ces inexactitudes^ et laisser dorniii* la rigueur de certaines lois 
grammaticales. 

D. PÈORB. Et, cette nuit encore, on est venu chanter sous nos fenêtres. 

ISIDORE. Il est vrai. La musique en étoit admirable! (Sicilien. 7.) 

£n se rapporte à l'idée de concert, sérénade^ éveillée par la 
phrase précédente, où ]>ourtant ce mot ne se trouve pas, ni 
aucun semblable. 

Ah ! Us meniieti sont ma danse, et je veux que vous me le voyiez danser. 

(ii,gent,n,i.) 
Que VOUS me voviez danser le menuet. 



— 389 — 

Racine a dit, pstv un tour semblable : 

■ Entre ie yaitvre et tous vous prendrez Dieu pour juge; 

« Vous souvenant, mou fils, que, caché sous ce lin, 

> Comme eux vous fûtes |)auvre, et comme eus orphelin. » 

{Âlfialte.IV.A.) 
(Voyez, p. 147, Ew par syllepse.) 

SYMÉTRIE DES TEMPS. (Voyez aux mots coxdi- 

TIOinfELS, SUBJONCTIF, et FUTURS.) 

T EUPHOIf IQU£ : 

YoiU-r-îl pas monsieur qui ricane déjà? (Tart, I. x.) 

Nos anciens eussent écrit voilai il pasy ou bien voila il pas, 
laissant à Tusage le soin d'indiquer la consonne euphonique. 

La seconde manière était celle du xvi^ siècle ; mais Théodoi'e 
de Bi»ze nous aveitit de prononcer un /intercalaire : — «Cette 
lettre offre une particularité cuiîeuse, c'est qu'on la pro- 
nonce là où elle n'est pas écrite. Vous voyez écrit parle il^ et 
vous prononcez, en intercalant le r, parle til. On écrira va ilj 
ira ily parlera «/, et l'on prononcera va ///, ira tily parlera 
til. » [Defr, ling. rect. pron. p. 36.) 

Ainsi, n*ayant au cœur nul dessein pour Clitandre, 

Que vous importe-/-il qu*on y puisse prétendre? {Fem. sav. 1. 1.) 

Va, va-Z'en faire amende honorable au Parnasse. (!bid, III. 5.) 

TABLER , tenir table : 

Et, pleins de joie, allez tabler jusqu^à demain. {Amph, III. 6.) 

TACHER A (un infinitif), tâcher de: 

La mémoire du père, à bon droit respectée. 
Joint au grand intérêt que je prends à la sœur, 
Veut que du moins Ton tdchû à lui rendre Thonneur. 

(£c, des marAll, S^.) 

Tdcltons à modérer noire ressentiment. {Ec. des fem, II. a.) 

Que votre esprit un peu tacite à se rappeler, {Mis, lY. a.) 

Il suffit qu'il se rende plus sage, 
Et tâche à mériter la grâce où je m'engage. ' (Tart, III. 4.) 

Je Tois qu^envers mon frère on tâche à me noircir, {Ibid, III. 7.} 



^390- 

TAIKE (S£) DE QUEliQUS CHOBB .* 

C'est bien la moiodre chose que je vous doive..^ qua de mê taire deraot 
vous (tune personne que vous connoiisez. (/>. /mui. III. 4.) 

C'est avoir bien de la langue, que de ne pouvoir se taire de ses propres 
affaires, (Scapin, III. 4.) 

« Je m'en tais , et ne veux leur causer nul ennui. » 

(La Fort. Le Geai paré des plumes du Paou.) 



m Dame, si vous faicies nulle mention de celle avenue* ▼oaa 
« deshonorée. Taisez-vous-en , et je m'en tairai aussi pour ▼octre bon- 
« neur. » (l« noxssiiaT. Chron, UL cb. if.) 

(Voyez DE répondant au iadn de, touchant î et mentie.) 

TANT AevBLût on adjectif, pour H , tellement : 

Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûtante, {Méd. m, lui. II. 6.) 
Elle n*e8t point tant sotte, ma foi, et je U trouve assez paasaUe. 

(Scapbt. I. 3.) 

— TAUT DE (un sdbgtantif) , que 1>é (an infinitif) : 

Qui donc est le coquin qui prend tant de licence 

Que de chanter et m*étourdir ainsi ? (Amph, L «.) 

TARARE ! 

ocoROB DANDiir. Je le donnerai 

tuBiir. Tarare! (6. i>. II. 7.) 

L*empIoi de ce root paraît remonter très-haut dans les ori- 
gines de notre langue. Tarare serait une tradition de taratara, 
parole dépourvue de sens, espèce d'onomatopée pour exprimer 
le son émis d'une bouche qui ne peut articuler. « La peste lui 
avait ôté la parole ; au lieu de parler il sifflait, et, voulant crier, 
ne faisait entendre que taratara » (ou tarare). 

[Vie de St. Augtistin, Du Cancb, in Taratara.) 

TARTUFIER: 

Non , vous serez, ma foi , tartujiée, {Tmrt. D. 3.) 
Ce verbe, de la création de Molière , n'a point passé dans la 
langue commune, comme tartufe et tartuferie. 

Molière a composé de même désosier et désamphitryvnner. 



— 8f 1 — 
TATÉ , tâtonné 4 ol^erohë ; beb TRim HOif TATÉl : 

Une main prompte à suivre un beau feu qui ]% guide , 
Bl dont, comme nu éclair, la justesi? rapide 
Répande dans ses fonds, à grands traiu nûM tdté*^ 
De ses expressions les touchantes beautés. 

(La Ghire du ral-ek-Grâce.) 

— EN TATER , mis absolument , avec an sens ellip- 
tique , mâle salis relation grammaticale : 

Voilà ce que c*est d*avoir cause. Fous n*en tàter'tz plus, et ]e YOdi 
lailse sur la boane boUcbe. (G. D. II. 7.) 

TAXER DE (an infinitif) , comme accuser de : 

Je n*offre à vous y aervir, puisquV/ m'en a d^'à tiwèe, {G, D, 1. 7.) 

TEMPÉRAMENT, dans le sens du latin temperare , 
modérer^ ménager, régler : 

Yéda uë gaitlei en rien les doux iefhpéraments, (TVrK Y. i.) 

Dans la vieille langue, on disait tremper une harpe; c*cWt, 
avec Yr transpoH'e^ temprer^ tempérer cette harpe, raccor- 
der, temperare. Dans Ovide : « Temperare citliaram nervis. » On 
accorde les pianos par tempérament, C'esl-à-dire, en tempérant 
les quintes, qui , dans les instruments à claviisr, tie peuvent 
s'accorder avec une rigueur mathématique, puisque le bémol 
s*y confond avec le dièze. 

Tempérament^ dans le vers de Molière, exprime la même 
idée. 

TEMPLE. 

On n'osait pas, au xvii* siècle, faire prononcer sur le théâtre 
le mot église : c'eût été regardé comme une profanation. On 
se Ser>'aii du mot païen : 

Et vous promets ma foi . . . — Quoi? — Que vous n'êtes pas 
Au temple y au cours, chez vous, ni dans la grande place. 

{Dép, am, I. a.) 
« Soit; mais il est saison que nous allions au temple. » 

(CoRNBiLLi. Le Menteur,) 



— 39Î — 
TEMPS ; LE BOK TEMPS ; ironiquement , l'âge d*or : 

Pour une jeune déeaie, 

Tous êtes bien élu bon temps! (Âmph. prol.) 

Dit Mercure à la Nuit. 

— UK TEMPS , adverbe ; quelqae temps : 

Je souffrirai un temps y mais j*en viendrai à ImhiI. {B, geni, UI. lO.) 

TENDRE, Terbe neutre; terdee a, tendere ad, se 
diriger yers. • • : 

ou tend Mascarille à celle heure? (Dép. €m, l. 4.) 

Molière emploie ici au sens propre une expression qui se dit 
tous les jours au sens figuré : Oh tend cette conduite? où tend 
ce discours? Si on le dit bien au figuré, à plus forte raison est- 
il permis de le dire au propre , puisque Timage suppose tou- 
jours la l'éalitéy et le sens étendu le sens restreint. 

— TENDRE , adjectif ; substantivement , le tendre de 

L*AM£ : 

C'est me faire une plaie au plus tendre de Vâme, (VEt, TEL. i.) 

— TENDRE A (uD substautif) : 

Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette 

Friande de Tintrigue, et tendre à la fleuretie, {Ec, des mar, II. 9.) 

Vous êtes donc bien tendre à la tentation ? {Tart. III. «.) 

TENIR ; EN TENIR , être pris , être attrapé : 

Quoi, peste? le baiser! 
Ah ! fen tiens/ (^^ff* 0-) 

Il en tient , le bouhomme, avec tout son phébus , 

Et je n'en voudrois pas tenir cent bons écus. (Ec, des mar, m. a.) 

Il en tient signifie il est attrapé. Je ne voudrais pas en tenir 
cent éciis, c'est-à-dire, je ne voudrais pas, au lieu de cette aven- 
ture, tenir cent ccus ; je ne la donnerais pas pour cent écus. 
En joue ici le même rnle que dans cette locution : Combien en 
voulez- vous? — Je iicn voudrais pas tenir ou recevoir cent 
écus. Dans Tune et Taiitre formule, en marque l'échange. 



— 393 — 

Sganarelle, plus loin, exprime la même idée en d'autret 
teiines : 

Ailei» mon frère aine, cela vous sied fort bien! 
Et je ne voudrois pas, pour vingt bonnes pistoles, 
Que vous n'eussiez ce fruit de vos maximes folles. 

(EctUsmar, IU.6.) 

SGA,HA,EiLLB. Je ue voudrois pas en tenir dix ptstoUs! Hé bien, mon- 
sieur? (Z>. /IMM. III. 6.) 

Hé bien y monsieur, votre incrédulité est-elle assez con- 
fondue? Je ne voudrais pas, pour dix pistoles, que la statue 
n'eût baissé la tête. 

— TENIR , retenir : 

Je ne sais qui me tient, infâme, 

Que je ne farrache les yeux ! [Àmpft. II. 3.) 

— TENIR , verbe actif, estimer, juger : 

On la tenait morte il y avoit déjà six heures. (il/eV/. m. lui. I. 5.) 

On la tenait pour morte. 

Fort bien. — Et Je vous tiens mon véritable père, 

(£c, des fem. V. 6.) 
Je le tiendrais fort misérable , 
S*il ne quittoit jamais sa mine redoutable. (Amph. prol.) 

Je n*ignore pas qu*à cause de votre noblesse vous me tenez fort au-des- 
sous de vous. (G. D. II. 3.) 

« Je tiens impossible de connoitre les parties sans connoitre le tout. » 

ÇPascal, Pensées. ^. 3oo.) 

« On a véritablement recueilli les vies de ces deux grands hommes (Ho- 
• mère et Ésope), mais la plupart des savants les tiennent toutes deux /a- 
« bilieuses, m (La Foht. rie d'Esope.) 

— TENIR A (un substantif) , même sens : 

Il n*y a personne sans doute qui ne tint à beaucoup de gloire de toucher 
à un tel ouvrage. (Sicilien, la.) 

«-Le magistrat, tenant à mépris et irrévérence cette réponse, le fit me- 
« ner en prison. » (La Foht. Fie d'Esope.) 

Molière a dit, par la même tournure, être à mépris : 
Et toi, pour te montrer que tu m'es à mépris ^ 
Voilà ton demi-cent d*épingles de Paris. (Dép, am* lY. 4.) 



— 394 — 

— TftiftH (st) A QUELQUE ctto^B , potli^ É^êA (énft' : 

Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes, 

Taut que voM Vota Sentirez aux mueu Interprètes, {Pmik,tꥻ I. 4.) 

— TEI9IR AU CUL KT AUX CHAUSSES, c'est empoigoer 
solidemetit ; métaphore triviale que Molière met dans la 
bouche de maître Jacques : 

On n*est pas plus ravi que de vous tenir au cul et aux chausses, et de 
h\tt Mus cëâse des co&tes de votre lésine. {VÂv, tn. §.) 

— TENIR DES CHARGES, IcS OCCUpcr : 

Je suis né de parents sans doule qui ont tenu des cluirges honorables. 

(B.geM.VLh i%.) 

— TENIR DES PAROLES, comme tmif %m discours y un 
propos : 

Je vous trouve fort bon de tenir ces paroles ! (Wdckeux, 1. 8.) 

Qui ose tenir ces paroles? Je crois connoilre celle voix. (D. Juan, V. 5.) 

— TENIR LA CAMPAGNE : 

Nous nous voyons obligés , mon frère et moi , à tenir la campagne pour 
une de ces fâcheuses affaires qui ... , etc. (/). Juan, III. 4«) 

«< Lui (Napoléon), bravant tous les dangers, 
«( Semblait tenir seul la campagne. » (Bkraugkii.} 

— TENIR SA FOI , comme on dit tenir sa parole : 

Yaière a votre foi : la tiendrcM-vous , ou non? (TVirP. L 6;) 

— TENIR SON QUANT-A-MOI '. 

Elle m'a répondu , tenant son quant-à-moi : 

Va, va, je fais état de lui comme de toi. iP^P- «"»• rv, a.) 

« Quand nous avons quelque différend, ma sœur et moi, si je fais la froide 

« et l'iiidiffércnic, elle me recherche ; si elle se tient sur son quanfé-tnaif je 

« vas au-devant. » (La Voarkinm, Psyelté, II.) 

a Dan» le» phrases à la troisième personne, comme celle-ci, 
on dit aussi, et avec plus de raison peut-être, guant'à^tH : il 
a tenu son quant-h-sôi, » M. Auger. 

Du moment que ce groupe de mots ne forme plus qu'un 
substantif composé , les éléments doivent en être fixe» et inva- 
riables. Il semble qu'on doit adopter quant-a-moi^ comme ont 



— d9« ^ 

fait Molière et la Fontaine } car on ne pourrait pas dir« : je 
garde mon quant-à-soiy tandis qu'on dira bien : il garde son 
(fuanhànmoi, 

A propos de cette locution quntit a ino\^ signifiant quant à ce 
qui me regarde, Ménage déclare qu'elle n'est plus du bel usage, 
« M. de Yaugelas, dit-il, permet quant à nous^ quant à vonSy et 
condamne seulement quant à moi. Je suis plus sévère : toutes ces 
façons de parier ont vieilli, et ne sont plus du bel usage. » 

Rien n'est plus propre que cette observation de Ménage à faii^ 
voir combien, dans les études grammaticales de ce temps-là, le 
caprice tenait lieu de raison. En effet, quelle raison pouvait 
avoir Yaugelas de permettre quanta nous et d*interdil*e quant h 
moi? Où prenait-il le prétexte de cette distinction ? Il fallait qu'il 
fût bien sûr de l'autorité de son nom pour oser rendre de sem- 
blables arrêts ! Au reste, la docilité du public se chargeait de 
justifier la tyrannie de Yaugelas. Ménage du moins était plus 
conséquent, qui supprimait tout. 

— fÊHiR im EMPIRE , le posséder, en être investi : 

l>f empire que tient la raison sur nos sens 

Ne' ferme point notre âme aux douceurs des ehcetis. 

{Fem, satf, III. 5.) 

Fermes ; en être aux termes de : 

La chose en est aux termes de n'en plus faire de secret. (Z). Juan, III. 4.) 

TIRÉ, forcé: 

Et toutes vos raisons , mousieur, sont trop tirées, [Tarte IT* i.) 

Par abréviation, pour tire par les cheueux. 

« n y a (dans TAncieu Testament) des figures qui out pu tromper les 
« Juifs, et qui semblent un peu tirées par les cheveux. • 

(Pascal. Pensées, p. 177.) 

Port-Royal , par révérence du beau langage , a substitué : 
peu naturelles, 

TIRER , attirer : 

Sa grftce et sa vertu sont de douces amorces 

Qui pour tirer les cœurs ont d'incroyables forces. {tEt. TH. 2.) 

— TIRER, prendre son chemin; métaphore prise du 
cheval, qoi tire à droite ou à gauche : 

Tirez de cette part; et tous, tirez de Taulre. {Tart. II. 4.) 



— 396 — 

- TIRER 8A POUDRE AUX MOUVEAUX , perdre sa peine: 

Croyez-moi , c*est tirer votre poudre tau mdmemLt. 

{Ec. des mm-, IL 9.) 

— TIRER SES CHAUSSES , s'eiifoir : 

Donnez-moi vilement quelques coups de bâton, 

Et me laissez tirer mes chausses sans murmure. {I>ép, «nr. 1. 40 

MOROV. 

Il m*a fallu tirer mes chausses au plus TÎte. (Pr. stML V. i.) 

La Fontaine dit, d'une manière moins triviale, tirer ses grè- 
gués: 

« Le galant aussitôt 
f Tire ses grègues^ fsgne an haut/ 
« Mal content de son stratagème. » (Le Co^ et le Renard,) 

Les grègttes étaient une espèce particulière de chausses à la 
mode gre<x|ue. Le moyen âge écrivait et prononçait segretaire; 
nous prononçons segond tout en écrivant second, par égard 
pour l'étymologie secundus; nous écrivons et prononçons a- 
gogney qui vient de ciconia; et nous articulons aussi durement 
que possible le féminin de grec, grecque. Ce sont les effets du 
temps et du progrès. 

— TIRER UISE AFFAIRE DE LA ROUCHE DE QUELQU'Ulf : 

Je pense qu*il vaut mieux que de sa propre bouche 

Je tire avec douceur ta/faire qui me touche. (Ec. des fem. II. a.) 

Je tire le détail de Taffaire. La pensée va toujours à l'éco- 
nomie des paroles, surtout la pensée d'un homme agité par la 
passion, comme est Arnolphe. 

TORIBER DAiHS L EXEMPLE , en venir aux exemples: 

Et, pour tomber dans texemfde, il y avoit l'autre jour des femmes. • . . 

(Critique de t£c, des/em, 3.) 

— TOMRER DANS UNE MALADIE : 

Monsieur, j*ai une filie qui est tombée dans une étrange maladie, 

(Méd,m. lui. 11.3.) 

TON, métaphoriquement, joint à frapper, pris au 
propre : 

Jl frappe un ton plus fort! {Amph. L «.) 

Comme on dirait : il chante un ton plus haut. 



— 397 — 
TORRENT EFFRENE: 

C'est battre Teau^ de prétendre arréler 
Ce torrent effréné ^ qui de tes artifices 
Renversé en un moment les plus beaux édifices. (VÉt, III. i.) 

Peut-on dire un torrent effréné ? \jd frein se met à la bouche ; 
un torrent peut-il recevoir un frein ? Racine a bien dit : 

« Celui qui met un frein à la fureur des flots. . . ; » 
mais il y a le mot fureur qui sauve Texcès de la niétaphoi*e 
en la préparant , puisque la fureur est le propre des èti*es 
animés. 

TOUCHANT A. . . , important pour. • . 

Et cet arrêt suprême , 
Qui décide du sort de mon amour extrême, 
Doit m'étre assez toucliant pour ne pas s'offenser 
Qae mon cœur par deux fois le fasse répéter. {Ec, des mar. IL 14.) 

TOUCHER , métaphoriquement , parlant des ouvra- 
ges d'esprit : 

La tragédie sans doute est quelque chose de beau quand elle est bien 
touchée, (Crit, de tEc, desfem, 7.) 

— TOUCHER DE RIE5 (ne) : 

Se dépouiller entre les mains d'un homme qui ne nous toticlie de 

rien, {Am, méd, I. 5.) 

TOUR DE BABYLONE. (Voyez babylone.) 

TOURNER, pour $e tourner: 

Aussi mon cœur d'ores en avant iournera-t-il toujours vers les astres 
respleodissanrs de vos yeux adorables. (Mal, un, II. 6.) 

— TOURNER LA JUSTICE : 

Le poids de sa grimace , où brille l'artiGce , 

Renverse le bon droit et tourne Injustice. {Mis. V. i.) 

<t L'expression tourne la justice n'est pas juste. On toui*ne la 
roue de fortune, on tourne une chose, un esprit même, à un 
sens ; mais tourner Injustice ne peut signifier séduire^ corrompre 
la justice, » (Voltaire. ) 

Cette remarque parait sévère. Pourquoi ne dirait -on pas 



tourner pour retourner^ détourner? Ttmrner k ifl^aget^ êoumer 
la trte^ tourner le dos^ c'est retourner ou tiétoumer le dos, la 
tête, le visage. De même tourner la Justice^ c'est U détourner 
de fon cours naturel. 

•— TOURTIER Ul^E AME : 

Ait» i qtie je voudrai , Je kmmêrai cette âme, (Ée. desfem. HI. 3.) 

TOUT, invariable devant un adjectif : 

Mau euliu je conuus, à bt^ulc tout aimaàle. 

Que cette passion peut u'êti-e poiut coupable. (Tart, III. 3.) 

Et , traitant de mépris les sens et la matière , 

A Tesprit, comme nouf , dounes-vous tout entière, (l'isfv.itfp. 1. 1.) 

*• Je crains que cette censure ne donne, i ceux qui en sauroot 

« riiistoire, une impression tout opposée à la condusion. «• 

(PâfG^L. i^Proç.) 

2)oui signifie ici tout à fait, 11 est donc adverbe. Molière ce- 
|)cndant l*a fait quelquefois adjectif, s*ajustant en cela aux in- 
conséquences de Tusage. 

On remarquera que, dans tous ces exemples, Tadjectif uni à 
tout commence par une voyelle , en sorte que si Ton écrivait 
toute^ il y aurait élision. 11 a dépendu de l'imprimeur de sup- 
primer IV de toute^ et ces textes ne sont pas des preuves irré- 
cusables pour l'invariabilité ; au lieu que pour le cas contraire 
ils ne peuvent avoir été falsifiés. 

(Voyez TOUT, vaiiable.) 

— TOUT, variable devant un adjectif : 

La fourbe a de Tesprit, la sotte est toute bonne, {Mis. IIL 5.) 

Oui, toute mon amie, elle est, et je la nomme, 
Indigne d'asservir le ctrur d'un galant bomme. {Ibid. Hl, 7.) 

« Ils y en ont trouvé de toutes contraires, » (Pascal, i*"* Prop) 

Des propositions tout à fait contraires aux cinq attribuées à 
Jansénius. 

« La Grèce, toute polie et toute sage qu elle étoit. . . » 

(BossuET. Hist, wtiv,) 

Il est manifeste que dans ces exemples tout représente tout 
à fait; il devrait donc étie invariable comme l'adverbe dont il 



— 399» 

deat la plaoe. Cependant il ne Test pas, soit à cauio de Teu- 
phonie à qui tout cède, soit ))ar un autre motif, ou peut-être par 
mie pure inconséquence. Quoi qu*il en soit, les grammairiens, 
bien emp^hés par 1* usage, ont posé à cet égard une plaisante 
règle : Tout, disent-ils, mis pour tout à/aity est adverbe devant 
les adjectifs féminins commençant par une voyelle ^ et, au con- 
traire , il devient adjectif devant les adjectifs commençant par 
une coMonne. 

C'est-à-dire, pour parler vrai, que dans le premier cas on 
profite de Tclision pour escamoter sur le papier IV Giial de 
toute^ par exemple, tout aimable, tout entière^ tout opposée. 
Cela passe, parce que l'oreille n'a rien à y réclamer ; mais réel- 
lement il y a toujours accord. 

— TOUT, invariable devant un nom de ville: 

C'est moi qui suit Sosie, et tout Thèbes ravoue. {Amph. I. a.) 

Tous parlez devant un homme à qui tout Naples est counu. {L'Av. V. 5.) 
«> Tifut Smyrne ne parloit que d'elle. » (La Bruyère.) 

I^es Italiens observent la même règle: tutto Napoli, tutto 

Siviglia : 

m Tntto Siv'iglia 

*> CoDOSCC Bartolo. »» (l.e Nozze di Figaro,) 

— TOUT, TOUTE, adjectif, avec le sens de l'adverbe 
latin totiécm : 

Ce sont toutes façons dont je n'ai pas besoin. {Tart, 1. 1.) 

Ces visites , ces bals, ces conversations , 

Sont da malin esprit tontes inventions, (ibid,) 

— TOUTB-BOUTÉ , comme iouie^puissance : 

Que le ciel à jamais, par sa toute-bonté^ 

Et de Pâme et du corps vous doune la santé ! {Tart, III. 3.) 

— TOUT CE QUE. • . SOWT : 

On ra*a raoutré la pièce ; et comme tout ce qu^il y a tTagréabie sont ef* 

fertivement des idées qui ont été prises de Molière {Impromptu, 3.) 

(Voyez CE que.... sont.) 

•— TOUT p£ Boxi , pour tout de bon , sérieusement : 

Mais j'aime tout de bon l'adorable Henriette. (Fem, sap, Y. i.) 



— 400 — 

« Je ne le diiois pas tout de bon , repartit le père; maii parions plu aé- 
• rieusemeot » (Pascal. 8* Pivr.) 

« Tout de èo/if mes pères, il seroit aisé de vous tonnicr U-dessns en 
« ridicule. » (Ii>. la* Prov.) 

— TOUT DOUX , adverbe , comme tout doucement : 

Je crains fort pour mou fait quelque chose approdiaut , 

Kt je m'en veux tout doux éclaircir avec elle. {Jmph. IL 3.] 

— TOUT D*UN TEMPS , en même temps : 

Bonsoir; car tout dun temps je vai.i me renfermer. 

(£c. des mar, III. a.) 

— TOUT MAniTENANT, sabitemeot, à Tinstant même: 

Il m'est dans la pensée 
Tenu tout maintenant une affaire pressée. (Ac, des/em, 111.4*) 

— TOUT VIEUX , sans ajouter qu'il est : 

Le bonhomme, tout "vieux ^ chérit fort la lumière. (VEt, III. 5.) 

De même, dans le Misanthrope : 

Oui, toute mon amie y elle esl, et je la nomme, 

Indigne d'assenir le cœur d'un galant homme. (Mis. III. 7.) 

Sur ce passage, voici la remarque de Voltaire : 

a 11 faut dire toute mon amie qu 'elle est, et non pas totue mon 
« amie elle est, n 

a Et Je la nomme; cet et est de trop. Je la nomme est vi- 
cieux ', le terme propre est Je la déclare ; on ne peut nommer 
qu'un nom : je le nomme grand, vertueux, barbare ; je le dé- 
clare indigne de mon amitié. » [Mélanges, T. [II. p. 228.) 

Il est manifeste que Voltaire n*a pas saisi le sens de ce pas- 
sage. Il a supposé une invemon très-dure, et compris : Elle est 
toute, c*est-à-dire, tout à fait, mon amie, et je la nomme indi- 
gne d'asservir, etc.; tandis que le sens véritable est celui-ci: 
Toute mon amie qu'elle est, elle est (et je ne crains pas de la 
nommer, et je le dis tout haut), elle est indigne, etc. 

Il est probable que Voltaii'e avait sous les yeux un texte mal 
ponctué : 



— 401 — 

Oui j toute mon amie elle est ; et je la nomme 
Indigne d^asservir, etc. .... (i). 

C*est ce qui a causé son erreui*, qu'un peu de réflexion eût 
promptement dissipée. Il est bien fâcheux que Voltaire eût si 
peu de patience, et qu'il ait mis tant de précipitation à condam> 
ner des hommes comme Corneille et Molière. On Taccuse de 
perGdie calculée envers le premier ; je suis persuade qu'il n'est 
coupable que de légèi*eté et d'impétuosité dans sa critique : mais 
c'est déjà beaucoup trop quand on est Voltaire, et qu'on juge 
Corneille devant l'Europe attentive. 

TRACER L IMAGE DES CHAifsoifs , danser aux chan- 
sons: 

Et tracez sur les herbetles 
Vimage de vos cfiansons, 

(Am, magn, 3« intermède,) 

Métaphore outrée. On sait comment la parodie de Benseradc 
en faisait ressortir le ridicule : 

<c Et tracez sur les herbettes 
« Uimage de vos c/uuutons. » 

(Voyez MÉTAPHORES VICIEUSES.) 

TRADUIRE EN RIDICULE (se) : 

J'enrage de voir de ces gens qui se traduisent en ridicule malgré Ipiir 
qualité. {Crit. de ttc. des f cm, 6.) 

TRAHIR soif AME : 

Non pas dans le sens où Ton dit trahir sa pensée^ c'est-à- 
dire la révéler involontairement; mais, au contraire, dans le 
sens de la contraindre , la contenir, lorsqu'elle voudrait s*é- 
chapper ; véritable trahison contre la nature et la vérité : 

Morbleu ! c'est une chose indigne , Uche , infâme , 

De s'abaisser ainsi jusqu'à trahir son âme! 

Et si, par un malheur, j'en avais fait autant. 

Je mlrois de regret pendre tout à l'instant. {Mis, 1. 1.) 

TRAINER, entraîner: 

Don Jaan, Tendurcissement au péché traine une mort funeste! 

(Z). /ttfl/f.V. 6.) 

(i) C'«t enecliTement ainsi que le vers eU poncloë dans la citation. 

96 



— 4oa — 

TRAIT 9 atteinte ; douher le premibr tiait , fign- 
rément : 

Je m'en vais là-dedans donner le premier trait, (VEt, lY. i.) 
C'est-à-dire, entamer Taffaire. 

— TRAIT, épigramme , parole mordante. Orgon dit à 
Donne: 

Te tairas-tu, serpent , dont les traiu effrontés, . . (rorf. II. a.) 

Premièrement, un serpent ne lance point de traits ; ensuite 
des traits n^ont point de front, par conséquent ne peuvent être 
effrontés. C*est Dorine qui est un serpent et une effrontée, et 
dont les mots sont autant de traits. Ces trois expressions, qui 
sont justes prises séparément, fondues en une seule métaphore 
sont fausses, à cause de Tincohcrence des images, qui devraient 
former un ensemble. 

— JOUER UN TRAIT : 

Et sans doute il faut bien qu'à ce becque oomu 

Du trait queileajoué quelque jour soit venu. (Ec, desfem, Vf, 6.) 

Et vous avez eu peur de le désavouer 

Du trait qu'à ce pauvre homme il a voulu yoiifr. {Tewt, Vf, 3.) 

— TRAIT d'aventure : 

Ah ! fortune, ce trait d'aventure propice 

Réi>are tous les maux que m'a faiL» ton caprice. {Ec, des fem, V. a.) 

« Molièi*e dit souvent jouer un trait cl faire un tour. L'usage 
actuel est inverse; on dit communément ^//v un trait et Jouer 
tin tour, » (M. AuGER.) 

— TRAITS , traits de plume , récriture : 

Jetez ici les yeux et connoissez vos traits: 

Ce billet découvert suffit pour vous confondre. (lUis, IV. 3.) 

Et reconnaissez votre écriture. 

TRAITER, mis absolument comme agir, Homdmn: 

On détruiroit par là , traitant de bonne foi , 

Ce grand aveuglement où chacun est de soi. (Mis, VU, 5.) 



— 403 — 

Bossuet dit fréquemment traiter avec quelqu'un j pour avoir 
des relations avec quelqu'un : 

« Sous un visage riant elle cacboit un sérieux dont ceux 

« qui traitoient avec elle étoient surpris. » (Or. f, de ia duch, d'OrL) 

« Quand quelqu'un trcdtoU avec elle y il sembloit qu'elle eût oublié son 
« rang » (Ibid.) 

— TRAITER DE MEPRIS, d'egalite, avBc mépris, avcc 
égalité: 

Et , traitant de mépris les sens et la matière, 

A l'esprit, comme nous , donnez-vous tout entière. {Pem, sav.I, i.) 

Ils sont insupportables avec les impertinentes égalités dont ils traitent 
les gens. (Comtesse d'Esc, ix.) 

Cette façon de parler me paraît de celles qu'il n'est pas bon 
de prendre à Molière. 

(Voyez DE exprimant la cause, la manière.) 

— TRAITER DU HAUT EN BAS : 

Ces honnêtes diablesses , 
Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses, 
Qui , pour un petit tort qu'elles ne nous font pas. 
Prennent droit de traiter les gens du fiaut en bas, 

(Éc, des fem. IV, 8.) 
(Voyez DE exprimant la manici*e, la cause.) 

— TRAITER LES CHOSES DANS LA DOUCEUR : 

Mais nous sommes personnes à traiter Us choses dans la douceur. 

(Mar,forc. i6.) 

TBÀNGHEB AVEC quelqu'un , en finir tout net 
ayec loi : 

Car, tranchant avec moi par ces termes exprès 

(Ec. des /em. IIL 4) 

— TRANCHER SON DISCOURS d'uN APOPHTHEGME: 

PAircai^ci. Tranchez-moi votre discours d'un apophthegme à la laco- 

(àfar.for. (>.) 
»6. 



— 404 — 

Soyez bref, supprimez les longs discours au moyen cl*un 
a|>ophthe{,'me laconique. 

TRAVAILLÉ DE : 

De quel démon est donc leur âme trapaiUèe? {I>ép, om. I. 6.) 

« Êles-Tous travaillé de la lycanthropie ? m (Rigviu») 

TRAVAUX DDH VOYAGE, pour Us fatigues: 

Ce sensible outrage , 
Se mêlant aux travaux d'tm assez long voyage, . . (Sgan, lo.) 

TREDAME! par apocope , Notre-Dame ! 

[ Tredame, monsieur, est-ce que madame Jourdain est décrépite?. . . 

(i?. gent. m. 5.) 

TREUVE , archaïsme , pour trouve : 

Mais , encore une fois , la joie où je tous treuve 

M'expose à la rigueur d'une* trop rude épreuve. (Z>. Gareie. Y. 6.) 

Non, l'ardeur que je sens pour cette jeuue veuve 

Ne ferme point mon âme aux défauts qu'on lui treuve, {Uis, 1. 1.) 

11 était de règle, dans l'origine de la langue, que tout verbe 
ayant à Tinfinitif la diplithongue ou, la changeait en eu h Tin- 
dicatif. — Mouvoir, mourir, pouvoir, couvrir, secourir, se dou- 
loir, etc., faisaient à VïnôicsXxî je meus, je meurs ^ Je peux, je 
cueuvre,Je sequeurs, Je me deuls, etc. 

Je n*ai jamais vu, dans les nionunicnts primitifs de notre lan- 
gue, d'exemple de Vïn^mûi treuver; c'est toujours trover, trouver, 
(Voy. des Far, du lang,fr., p. 179.) 

Au xvi^ siècle, que déjà les traditions originelles commen- 
çaient à se perdre, on rencontre quel(|uefois treuvcr, Olivier de 
Serres , par exemple , n'emploie |)as d'autre forme ; mais 
elle est évidemment déduite, par erreur, de celle du présent. 
C'est ainsi que, de la forme contractée ci-g(t, certains lexico- 
graphes modernes ont conclu l'infinitif gir, au lieu de gksia. 

(Voyez le Dict. de M. N. Landais.) 

TRIBOUILLER , patois , agiter, secouer Yiolemment : 

LUBin. — Je me sens tout trihouiUer le cœur quand je te regarde. 

{G. D. ir. I.) 



— 406 — 

Racines y brouiller et tri^ pour tres^ communiquant la foi*ce 
du superlatif au verbe ou au nom avec lequel il se compose. 

Tribouiller, tribouillcur^ ont été jadis des mots d'un français 
très-con*ect : 

« Tapez, trompez, tourmentez, trondelez, 

« Brisez , riflez , teropeslez , tribonUz, » (Cités dans Borbl.) 

TRIBUTS , tribut d'hommages : 

Le plus parfoit objet dont je serois charmé 

N^auroit pas mes tributs ^ D*en étant poiut aimé. {Dép, am, I. 3.) 

TRIOMPHER DE QUELQUE CHOSE , à roccasion de 
qtielqae chose : 

Jamais on ne m*a vu triompher de ces bruits, (Éc. des fem, L i.) 

« Et, d'autre part aussi , sa charmante moitié 
« Triomphait d'être inconsolable. » 

(La FoiTTAiiri. Joconde,) 

(Voyez DE exprimant la manière, la cause.) 

Vous ne triompherez pas^ comme tous le pensez « de votre infidélité. 

(/?. gent, m. lo.) 

C'est-à-dire, votre indifierence ne vous procurera pas le 
triomphe que vous espérez. Mais cette phrase, dans les usages 
de la langue moderne, signifierait : vous ne surmonterez pas 
votre infidélité, vous ne pourrez la vaincre, en triompher. 

Probablement Téquivoque de cette locution est ce qui a dé- 
terminé à Tabandonner. 

On disait aussi triompher sur^ c'est-à-dire au sujet de : 
« Ils triomphoient cncor sur cette maladie, » 

( La Font. Les Médecins.) 

« Mais, poarsui vit-il, notre père Antoine Sirmond, qui triomphe sur 
cette matière, . , » (Pascal, lo* Proi^.) 

TRIQUETRAC , onomatopée ; uw triqueteac de 
pieds: 

Pois, outre tout cela, vous faisiez sous la table 

Un bruit, un triqnetrac de pieds insupportable. {L'Et. lY. 5.) 

f^e nom du jeu de trictrac n'a pas d'autre origine. 



~ 406 — 
TROP DE (l«) , SQbttantiTement : 

n s'en est peu fallu que durant' mon absence 

On ne m'ait attrapé par son trop ditmoeenee. {Ee, dtifem, VI, 3.) 

« Dorante , arrêtons-nous ; le trop de promenade 

« Me mettrait bon d*haleiae et me ferait malade. » 

(Coiv, Le Mimtmr. II. S.) 

Ce n*est que restituer à trop sa qualité originelle : turba, 
truba, ou trupa ; troupe ou trop; puis on Ta employé adver- 
bialement comme mie, pas y point ^ goutte ^ etc. 

TROUBLÉ D*ESPRiT , expression moins forte que 
aliène : 

C*est moi , monsieur, qui vous ai envoyé parler les jours passés pour un 
parent un peu troublé d^ esprit, , . {Pottre. I. 9.) 

TROUSSER bagage: 

Prenei visée ailleurs, et troussez-moi bagage, (Ec. des mar, II. 9.) 

Trousser^ dans sa primitive acception, signifie charger, 

« D*or e d'argent quatre cens muU trussêM, • {RoUmd, st. 9.) 

Quatre cents mulets troussés d'or et d'argent. 

« De sul le fer ftist un mnlet trusseU • (tbiJ, st. 237.) 

Du seul fer de cette lance on eût troussé un mulet. 

Trousser en malle , c'est chai'ger à la façon d'une malle, en 
guise^ de malle. 

Trousser bagage^ c'est charger son bagage pour déménager, 
décamper. 

Bagage est la réunion, l'ensemble des bagues. Bagues sont 
les meubles, vêtements, ustensiles, etc. 

Baga, dans le latin du moyen âge, un coffre, un sac. Les 
Anglais appellent encore bag~pipe {tuyau à sac), une musette, à 
cause de son sac plein de vent. On disait baguer et débaguer, 
pour garnir et dévaliser, (Voyez Du Cakge, au mot Baga,) 

TROUVER quelqu'un a dire. (Voyez dire.) 
TURQUERIE: 

Il est turc là-dessus , mais d'une turquerie à désespérer tout le monde. 

{VA9,U,b,) 



— 407 — 

— un GHAGim , archaïsme , chacan : 

Un chacun est chaussé de son opinion. (Ec. desfem. I. i . ) 

i>. i^uis. Leur gloire est un flambeau qui éclaire , aux yeux d'u/i 

cftacun^ la honte de tos actions. (D. Juan. TV, 6.) 

Toilà par sa mort un chacun satisfait. {Jitd. V. 7. ) 

Hautement d'un chacun elles blâment la vie. {Tort. I. i.) 

UN PETIT, pour tin peu, archaïsme : 

Qu'avez-vous? Tous grondez, ce me semble, un petit? 

(Ec.desJemAhe.) 

J'ai , devant notre porte, 
En moi-même voulu répéter un petit ^ 

Sur quel ton et de quelle sorte 
Je ferois du combat un glorieux récit. {Amph, II. i.) 

Peu y qu'on dérive habituellement de parum^ rae semble n'ê- 
tre que la première syllabe de petite comme mi de milieu, prou 
de profit y etc., etc. Un petit ne serait alors que l'expression 
coinplète, au lieu de l'expression abrégée. 

UN PEU construit avec beaucoup, bieiï , dougemeut : 

Mais , mon oncle , il me semble que vous vous jouez un peu beaucoup 
de mon pèreP {Mal, im, m. aa.) 

Je trouve un peu bien prompt le dessein où vous éles. (Mis, V. x . ) 
La déclaration est tout à fait galante; 

Mais elle est« à vrai dire , un peu bien surprenante, (Tari, III. 3.) 
Toilà une petite menotte qui est un peu bien rude, {G, D, IIL 3.) 

Cela m*est sorti un peu bien vite de la bouche. (Z). Jtuin, l, i.) 

Hé! là , là, madame la Nuit, 

Un peu doucement, je vous prie. (Âmph, prol.) 

« Depuis quelles (les femmes) sont du tout rendues à la mercy de nostre 

m foy et constance , elles sont un peu bien fuizardées. » (Moktaigvk. m. 5.) 

— UK PEU PLUS FORT QUE JEU : 

Je crains que le pendard, dans ses vœux téméraires , 

Un peu plus fort que Jeu n'ait poussé les affaires. (Ec. desfem, II. 6.) 

Un peu plus fort que les règles du jeu ne le permettaient. 
UN TEMPS. (Voyez temps.) 



— 408 — 
UN , tJWE , iupprimi : 

O ciel ! e^esi mi/ihiurt ; 
Et Toilà d'un bel homme une YÎve peinture! (^'*> ^0 

Tu vois ii c^ett mensonge , et fen suis fort ravie. (/^W. i«.) 

— un , répété surabondamment : 

Une action d'u/i homme à fort petit cenreau. {Dép, mm, V. i.) 

Et Ton sait ce que c*ett qu'on courroux d*iM amant. ( Mis, IV. a.) 
Ceux qui me oonnoitront n'auront pas U pensée 
Que ce soit un effet à'une àme intéressée. {Tort, IV. i .) 

Plus, une peau à'un léxard de trois pieds et demi, remplie de foin. 

{ûÂp. n. ï.) 
On dirait aujourd'hui une action d'homme; — un courroux 
d'amant ; •— l'efTet d'une âme : — une peau de lézard. 

— un , sorabondant devant le plus : 

Que deux nymphes, d'un rang ie plus kaui dn pajs , 
Disputent à se foire un époux de mon filt. (MéiieeHe, L 40 

Voilà une belle menrdlle que de &ire bonne dière afec de Tarf^ent! 
C'est une chose ia plus aisée du monde ! {VA9. lU. S.) 

Je suis dans une confusion la plus grunde du monde , de voir une per- 
sonne de voire qualité. . ., etc. {B. gent, III. 6.) 
« Une si illustre princesse ne paroitra dans ce discours que comme iw 
« eiemple le plus grand ({u'on se puisse proposer. >* 

(BossuiT. Or, /un, de la duck, d'Or,) 

YÂGHE ; LA VACHE est a nous , sorte d'adage : 

S*il ne tient qu*à l)attre, la vache est à nous, {Méd, m, lui, l, 5.) 

— VACHE A LAIT , figurémcnt : 

Cet hommc-là fait de tous une vache à lait, (U, gent, UL 40 

VAILLANTISES: 

Que je vais m'en donner, et me mettre en bon train 

De raconter nos vaiUantises J (Amph, HI. 6.) 

VALOIR QUE , 8ui\i d*un verbe au subjonctif : 

El vous ne valez pas que ton vous considère, (Mis. TV, 3.) 

Le choix est glorietu, et vaut bien qu'on téconte» (Tart, II. 4.} 

Je vfux bien que de moi l'on fasse plus de cas. {Fem, sa9, T. 40 



— 409 - 
VASTE DISGRACE: 

Par où pourroû-je, hélas! dans ma vaste disgrâce , 

Vers TOUS de quelque plainte autoriser Taudace? (D, Garcie,\^ 3.) 

VENEZ-Y-VOIR, substantivement ; uw venez-y-voir : 

D*un panache de cerf sur le front me pourvoir, 

Hélas, Toilà vraiment un beau venez-^-voir! (jSgan, 6.) 

VENIR , impersonnel ; il vient faute de î 

s* il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde. 

{Mal, im. I. 9.) 

VENTRE; avoir dans le vetître. . . , en parlant du 
temps qui reste à vivre : 

Cest un homme qui mourra avant qu*il soit peu , et qui n^a tout au plus 
que six mois dans le ventre, (Mar, for, i a.) 

VENUE , substantif ; une venue de coups de bâton : 

Tu vas oourir risque de t'attirer une venue de coups de bâton. 

{Scapin, III. i.) 

« On dit proverbialement qu'un homme en a eu d'une venue ^ 
pour dire qu'il a fait quelque perte, qu'il a été obligé de faire 
quelque dépense. »> (Trévoux.) 

Fenue, dans la phrase de Molière, est au sens de récolte^ 
bonne récolte^ parce que le grain de l'année est bien venu. Nicot, 
au mot venir y donne pour exemples : « Grande venue de brebis 
et abondante, bonus proventus, » 

Venue pour bonne venue ^ ample venue, comme heur, succès, 
fortune y pour bon heur^ bon succès , bonne fortune. 

Une volée de coups de bâton ; métaphore prise des oiseaux 
qufvoyagent par troupe : une volée de perdreaux, une volée de 
pigeons, etc. Trévoux cite cet exemple : « Il vint une volée de 
cailles dans le désert, qui réjouit fort les Israélites, dégoûtés de 
la manne. » 

VÊPRE; LE BON vÉPRE, archaïsme , le bon soir:^ 

M. BOBiHET. — Je donne le bon vépre à toute Tbonorable compagnie. 

{Comtesse d^Bsc, 17.) 



Fespre, contracté de vesp{e)ra^ \t loir. On èSsueX aasti la 
vesprée. 
« Venir tnr U vespre ; — |iréptrez pour le retpre. • (Nicot.) 

FERBB RÉFLÉCHI perd son pronoin étant pré- 
cédé d un autre, verbe : 

Faites-la ressouvenir qu*il fiiut se rendre de bonne heure dans le bois de 
Diane. {Âm. magm. I. 3.) 

Qu*on me laisse ici promener toute seule* (Ibid, 1. 6.) 

(Voyez AaaÈTE&y et pbonom aÉFLécHi.) 

VÉRITABLE , yéridique , sincère : 

Nous en tenons tous deux, si Vautre est véritMt, (/VjptI. aw. L S.) 

J'ai monté pour tous dire, et d'un cœur véritabU^ 

Que j'ai couçu pour vous une estime incroyable, {MU, I, a.) 

C'est rancienne valeur du mot. 

« Longarinen'a point accoutumé de celer la vérité, soit oonlre homme 
« ou coutre femme. — Puisque vous m'estimea si iténiMe^ dit Ix>n- 
« garine » (La R. dk Nav. Heptaméron, nouvelle 14.) 

« Mais, mon père, si le diabla ne répond pas la vérité » air il n'est 
« guère plus véritable que l'astrologie, il faudra donc que le devin ret- 
•< tilue, par la même raisou? » (Pascal. S^Proç,) 

* Si elles (les précieuses) sont coquettes, je n'en dirai rien; car je fais 
f profession d'être un auteur yôr/ véritable, et point médisant » 

(Mlle Ds MoiTTPKasiiR , Portrait des Précieuses.) 

VÉRITÉ ; DIRE VÉRITÉ : 

Si je vous faisois voir qu'on vous dit vérité f {Tort, IV. 3.) 

VERS, pour entiers .- 

J'ai tardé trop longtemps 
A m'acquitter vers toi d'une telle promesse. (Dép am. 1. 9.) 

Ah! madame, excusez un amant misérable, 
Qu'un sort prodigieux a fait vers vous coupable. (/). Garde, U. 6.) 
Par où pourrois-je, hélas! dans ma vaste disgréce. 
Fers vous de quelque plainte autoriser l'audace? (Ibid, V. 3.) 

Ah! gardez de me faire un outrage, 

Et de vous hasarder à dire que vers moi 

Un cœur dont j'ai fait cas ait pu manquer de foi. {Ibid. V. 5.) 



— 411 — 

Votre flamme vers moi ne vous rend pas coupable. (Ibid,) 

Si ce parfait amour que vou» prouvai ù bien 

Se fait 'vers votre objet un grand crime de rien. {Fâcheux, I. i.) 

Et pouvez-vous le voir sans demeurer confuse 

Du crime dont vers moi son style vous accuse? (Mis, lY. 3.) 

Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté 

Sa làcbe ingratitude et sa déloyauté. {TarL Y. 7.) 

Oui, c*est lui qui sans doute est criminel vers vous, {Àmph, II. 6.) 

Je trouve une espèce d'injustice bien grande à me montrer ingrate vers 
Ton ou vers Pautre. (Âm, magn, lH. i.) 

On pourrait supposer, à ne considérer que quelques exem- 
ples , que Molière a fait céder l'exactitude de l'expression à la 
mesure. Il n'en est rien, puisqu'il emploie vers dans la prose, 
où rien ne le contraignait, et dans des vers, oii l'élisionjui 
permettait l'une ou l'autre forme à son choix. 

Fers est la plus ancienne. Envers et deifers sont venus en- 
suite. Le livre des Rois emploie constamment vers : 

« Si bom pèche vers altre , a Deu se purrad acorder, e sMl pèche vers 
« Deu, ki purrad pur lui preier? » {Rois. p. 8.) 

« Pur co que la guerre vers les cnemis Deu maintenist (i). *• 

{Ibid. p. 71.) 

Beaumanoir ne connaît que la forme vers : 
« Li baillis qui est deboneres vers les malfesans. » 

{Coût, de Beauv, l, p. 18.) 

« Li baillis qui vers tos est fel et cniels. » {Ibid, 1. 19.) 

Racine a dit encore : 

« Et m*acquitter vers vous de mes respects profonds. » 

{Bajazet. III. a.) 

« La libéralité vers le pays natal. » (Coritkillk. Cinna, IT. i.) 

VERS A LA LOUANGE DE QUELQU'UN , ironiquement , 
et par antiphrase : 

Nous avons entendu votre galant entretien, et les beaux vers à ma 
louange que vous avez dits Tun et l'autre ! {G, D, III. 8.) 

(i) Envers et devers 8« rencontrent d^à dans le livre des Roii : 

R Ore Taparceif ke felenie n'ad en mei, ne crime envers tei. u {Rois. p. 9S.) 
(Jéroboam) « pis qne nuls ki devant lai ont ested dtftrs If. S. averad.» [Ibid. p. ^.) 



— 4J2 — 

VERS BLANCS: 

Tous les commenuteurs ont remarqué, l'un après l'autre , 
ifue le début du Sicilien est en vers blancs d'inégale mesure : 

Il fait noir comme dan» un four; 
Le ciel s*est habillé ce soir en Scanunouche, 

El je ne vois pas une étoile . 

Qui montre le bout de son nez. 
Triste condition que celle d'un esclaTe. • . eie. 

Ils auraient pu ajouter que la remarque s'applique à toute 
la pièce, et à beaucoup d'autres de Molière. En efTet, la prose 
de Molière est souvent remplie de vers non rimes, au point qu'il 
est difficile de ne pas reconnaître là un parti pris, ou une na- 
ture pourvue d'un instinct du rbythme vraiment extraordinaire. 

Et ce qui semble confirmer le premier soupçon, c'est la dif- 
férence qui se montre d'une pièce à une autre. Par exemple, 
le Festin de Pierre^ qui est de la plus belle prose de Molière , 
et qui par l'élévation des pensées, en plusieurs parties, semblait 
appeler la versification, le Festin de Pierre n'en présente que 
des traces fort rares, qui ne valent pas qu'on en tienne compte. 

Il en est de même de la Critique de V École des femmes : on 
sent que Molière s'y est sui*veillé. Au contraire, VJtuire est 
presque tout en vei's libres, comme Amphitryon. L'auteur n'a 
pas eu le temps d'y attacher les rimes , mais la mesure y est 
déjà (i). 

Il n'y a qu'à ouvrir au hasard : 

VALÈRE. 

Vous voyez comme je m*y prends, 
Et les adroites complaisances 
Qu'il m'a fallu mettre en usage 
Pour m'introduire à son service; 
Sous quel masque de sympathie 
Et de rapports de sentiments 
Je me déguise pour lui plaire , 
Et quel personnage je joue 
Tous les jours avec lui, 

(i) (c Si Molière ne versifia pas VÂvmre^ c'est qu'il n'en ent pas le temps. «(La IlAtrs). 
La Harpe ici , comme soavent ailleurs , n'est que l'écho de l'opinion de Voltaire, 
exprimée dans les (^utitions eitc/ciopédiques à l'article Art dramittiquet eomtdit. 



— 413 — 

AGn d'acquérir sa tendresse. 

J*y Sais des progrès admirables! etc. (I. x .) 

Transpoi*toiis-Dous ailleurs : 



Il est vrai que mou père, madame. 
Ne |)eut pas fiiire uo plus beau choix, 
Et que ce m'est une sensible joie 

Que rhonueur de vous voir ; 
Mais, avec tout cela. 
Je ne vous assurerai point. 

Que je me réjouis 
Du dessein où vous pourriez être 
De devenir ma belle-mère ; 
Le compliment, je vous l'avoue, 
Est trop difficile pour moi ; 
Et c'est un titre , s'il vous plaît , 
Que je ne vous souhaite point. 
Ce discours paroitra brutal 
Aux yeux de quelques-uns; 
Mab je suis assuré 
Que vous serez personne 
A le prendre comme il faudra ; 
Que c'est un mariage, 
(Madame), 
Où vous vous imaginez bien 
Que je dois avoir 
De la répugnance ; 
Que vous n'ignorez pas, sachant ce que je suis , 

Comme il choque mes intérêts , 
Et que vous voulez bien eufio que je vous dise. . . . etc. 

(III. II.) 

C'est à peine si , de loin en loin, un mot vient déranger le 
rhythnie. 

MAIIIANNK. 

Mais que voulez-vous que je fasse? 
Quand je pourrois passer sur quantité d'égards 
Où notre sexe est obligé, 
J'ai de la considération 

Pour ma mère. 
Elle m'a toujours élevée 



• - 414 - 

Avec une tendresse extrême, 
Et je ne saurois me résoudre 
A lui donuer du déplaùir. 
Faites, agissez auprès d^eUe; 
Employez tous vos soins à gagner son esprit ; 

Vous pouvez faire et dire 

Tout ce que vooi Tondret. 
Faites , agUsez aaprèt d'elle; 

Je Taux bien consentir 
A loi faire on aveu moi-même 
De tout ce que je sens pour vous. (IV. i.) 

Est-il possible, est- il vraisemblable que le hasard produise 
de pareils résultats? Qui pourra le croire, s'il manque de goût, 
ne manquera pas de foi. 

Je me borne à ces trois échantillons. La lecture de la pièce 
entière, à ce |>oint de vue, convaincra, je pense, les plus in- 
crédules. 

Les farces de Molière, comme Poufx:eaugnacj les Fouriwries 
de Scapin, la Comtesse tVEsccfrbagnas, même le Bourgeois gen» 
tilhomme , semblent écrites dans un autre système, et, comme 
destinées à rester en prose, ne renferment presque point de 
vers. Mais il s'en rencontre l)eauconp dans George Dandin; 
ce qui porterait à croire que, dans la pensée de Molière , la 
forme sous laquelle cette pièce est parvenue n'était point sa 
forme définitive. 

UKORGE DAIfDIir. 

Ah! qu*uue femme demoiselle 
Est une étraoge affaire ! 
El (|uc mon mariage 
Est une leçon bien parlante 
A tous les paysans qui veulent s'éle\er 
A u-dessus de leur condition , 
Et s'allier, comme j'ai fait, 
A la maison d'un gentilhomme ! 



Et faurois bien mieux fait, 
Tout riche que je suis , 
De m'allier en bonne et franche paysannerie (i), 

(i) Pa) iannerie de quatre syllabes, comme pajsan» de deoK. CVst encore ainsi que l'on 
prononce partout en Bretagne. 



-416- 

Que de prendre iiue femme 
Qui se tient au-dessus de moi , 
S'offense de porter mon nom , 
Et pense qu'avec tout mon bien 
Je n*ai pas assez acheté 
La qualité de son mari. 
George Dandin, George Dandin, 
Tous avec ftdt une sottise. . . , etc. (I. i.) 

La leçon donnée dans George Dandin valait la peine d*ètre 
présentée en vers, autant que celle qui résulte de V École des 
femmes et de V École des maris. Celle-ci eût été V École des 
bourgeois. 

Si c'étoit une paysanne , 
Tous auriez maintenant toutes vos coudées franches 

A vous en faire la justice 
A bons coups de bAton. 
Mais vous avez voulu tAter de la noblesse , 
Et il fottfl coDuyoit d*étre maître chez vous. 

Ah ! j*enrage de tout mou cœur ! 
Et je me donnerois volontiers des soufflets ! {G, D, 1. 3.) 

Dirigé dans ce sens, un examen attentif et délicat du style, 
de Molière conduirait peut-être à des inductions intéressantes 
sur la manière de travailler de ce grand génie, et sur les inten- 
tions que la mort ne lui a point permis de réaliser. 

Yaugelas le prender s'est avisé de signaler, comme un grand 
défaut, les vers que le hasard seul, et non l'intention de Técti- 
vain, a répandus dans la prose. La pratique de presque tous 
nos grands auteurs condamne Topinion de Yaugelas. I.es ora- 
teurs grecs et les Latins rencontraient souvent des ïambes tout 
faits sans les chercher. Il y a des alexandrins dans la proses de 
Cicéron, dans Tacite et dans Tite-Live. Il s'est glissé des vers 
dans la traduction des Psaumes de David et jusque dans les for- 
mules du droit romain (i). Et Ménage remarque assez plaisam- 

(i) Les jimuUes de Tacite débatent ptr nn hextœètre : « Urbem Romam a principio 
reges baboere. » Le Miserere finit par an pentamètre : 

Impooent laper allare taum TÎtalos. 

Semper ia obscuris quod mlniinam est sequimar. (Z>« reguiùjmris.) 



— 416 — 

ment que Vaugelas s*est pris lui-mcme dans sa propre sentence, 
en écrivant, du mot sériosiié : 

Ne nou» bâtons pas de le dire , 

Et moins encore de l'écrire : 

Laissons faire les plus hardis, 

Qui nous frayeront le chemin. 
Il est certain que ralTectation d'écrire en vers blancs , telle 
qu'on la voit dans les Incas, par exemple, serait une chose in- 
supportable. £n cela, comme en tout, c'est le goût qui dé- 
cide et marque la limite. 

VERSER LA RECOMPENSE d'une ACriON : 

Pour montrer que son coeur sait, quand moins on y pense, 

D'une bonne action vener la récompense. {Tort. Y. 7 .) 

Un cœur cfui verse la récompense d'une bonne action ne 
paraît pas d'un style digne de Molière. 

(Voyez Texamen de tout ce passage à l'article il» p. 210.) 

— VERSER L HONlfEUR DUN EMPLOI : 

Madame, vous avez cent personnes dans votre cour sur qni vous pour- 
riez mieux verser l'honneur d'un tel emploi, (Am, magn. I. a.) 

L'usage qui |)ermet de déverser l'outrage ^ l*ignominie sur 
quelqu'un; de verser sur lui des faveurs ^ ne permet pas de 
verser un honneur ni des honneurs, 

VERTU , efficacité : 

Le thé&tre a une grande vertu pour la correction. {jPréf, de Tea-tuje.) 

— VERTU , dans le sens plus large du virtù italien : 
le mérite , la bravoure : 

Plus robstade est puissant, plus on reçoit de gloire; 

Et les difficultés dont on est comliatlu 

Sont les dames d^atour qui parent la vertu. (JJEt, Y. 1 1.) 

' VÊTIR ONE FIGURE : 

Adieu; je vais là-bas dans ma commission 
^ Dépouiller promptement la forme de Mercure, 
Pour y vêtir la figure 
Du valet d* Amphitryon. {Atnph. prol.) 



— 417 — 

VIDER, Terbe neatre , dans le sens de iortir; vijdsr 
D'un Lun : 

M. LOTAt.. 

Monsieury sans passion, 
Ce n*est rien seulement qu'une fonmatkm , 
Un ordre de vider tTiei yous el les vôtres. {Tort, Y. 4.) 

« FuyJt dehors , fol insensé; 

« Car îl est temps que tu (Vn parles. » {Le Nouveau Pathelin.) 

Montaigne remploie activement, dans la réponse des sau- 
vages américains aux Espagnols : 

« Ainsi, qu'ils se despesehassent promptement de wtider leur terre, • 

(Essais, III. 6.) 

— VIDER , V. actif 9 figarément , au sens de purgare : 

Adieu ; videz sans moi tout ce que vous aurez. (Fâcheux. III. 4.) 
Videz tous vos différends. 

On disait vider un procès, vider une cause, vider toutes les 
difficultés, vider ses intérêts. 

Laissez-moi, madame, je tous prie, 
Fider mes iiitérêu moi-même là-desius. ( Mis* V. 6.) 

VIN A FAIRE FETE , digne d*ètre ba dans une fête : 

Était-ce un vin àfairefite? {Âmph, III. 9.) 

VISAGE , au figuré , en parlant des actions : 

Cet aaaas d'actions indignes, dont on a peine, devant le monde, d'adoucir 
le mauvais visage, (Z>. Jitan, lY. 6.) 

Le visage d'une action est une métaphore qui ne saurait éti*e 
admise aujourd'hui, mais qui paraît l'avoir été autrefois ; car 
Montaigne a dit le visage d'une entreprise. C'est en parlant du 
dessein qu'il a formé d'écrire ses Essais: 

« Si Testrangelé ne me saulve et la nouvelleté, qui ont accoustumé de 
« donner prix aux choses, je ne sors jamais à mon bonueur de cette sotie 
• eotreprinse ; mais elle est si fantastique, et a un visage si esloingné de Tu- 
« sage commun, que cela luy pourra donner passage. » {Essais, II. 8.) 

Cela montre qu'il faut être très^irconspect à condamner 
Molière, lors même qu'il parait le plus clairement avoir tort. 

»7 



Cè tfoit y tem réel , peut b^tbis jj^tt lé idèà, mâk )c^Ai de 
ses contemporains, ou de ses prédécesseurs les plWB Hg&t/k fle 
servir de modèles. 

VISÉE; METTRE SA Visél A« • • C 

Totre vuée au moins n*«lt pu mUe à tBt^itM^ ffb». Èmp. L i.) 

Tai grand regret , monslevt*, de Voir qa*l iài vUéà 

Les choses ne sdent |mu tout à lait dîiposéei. {IM, lY. 6.) 

(Vofes MLtiroBB vuiB.) 

VISIÈRE; ROBIPRE EN visiiRÉ: 

Je n'y {mis plus tenir, j'enrage ; et mon dessein 

Est de rompre en visière à tout le genre humain* (Mis, L i.) 

Qa*un roMf de son penrfaant donne asieg de lumière | 

Sans qu'on nous fasse aller jusqu'à rompre en visière^ {ibitL V, a.) 

VISIONS , idées folles , rêves : 

Bl dans Ws «ùcoir/ savez-vons, s'il vous phdt. 

Que j'ai pour Henriette un autre cpota tout prêt? 

{Fem. sav, IV. a.) 

««- ttfliONs œRn nx8 : 

Peut-être sans raison 
Me iui»j^ ^ l^ iDi* ^^ ^visions comités. ( Sjfàà. x3.) 

« Égaré dans les unei, 

• Me lasser à chercher des visions cornues, » (Boilkau.) 

Des visions effrayantes ou simphement chimérîlc(tkes y fnais, 
dans la bouche du pauvre SganaTelle, l'expression de vhions 
cornues a une double portée. 

— VISIONS DE NOBLESSE : 

Ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain, avec les vuànu 
de noblesse et de galanterie qu'il est allé se mette en tète. {B, genU L f .) 

VOICI VENIR : 

Mais les voici venir. {VEt. T. li.) 

Voici venir Ascagne. {Dép, am. V. 8.) 

Fbici est pour vois ici : vois ici venir Ascagne. On disait au 

pluriel veez-ciy voyez ici. L'union intime des deux racines a 

depuis fait perdre de vue le sens de la premièi*e ; voici n*est pTos 



-4rt - 

^*«i àdteiiié hivAirkbk. MeMlenrsy voici \t roi» li Vûb se 
reporte an sens exact de ces inots, est absurde : il faudrtk dtr*, 
Messieurs, ve3^ le roi : (voye»4e ici») 

Feçx est resté» chei les paysans et dans quelques prcnrinces, 
comme une forme corrompife de voici, et aussi invariable. 

VOILA QUE c'est , pour ce que c'est : 

Yoilà, 'VoUà que c^est de ne pas voir Jeannelte. {VEt, Vf. 8.) 

— VOIL4| NE VOILA PAS, pOUF Ht VoUà-t-U pOS : 
Eh bien I ne voilà pas de vos emportements I {Tari, Y* t .] 

foilà pas le coup de langue! (B, geni» m. za.) 

(Yeyct XL t a ppii mé après twla.) 

YOm A (un infinitif) : 

Ferions à votre femme, et 'voyons à la rendre 

Favorable.... (Ite. JSK Q. 4.) 

— TOnt DE (on infinitif) , elliptiquement , voir, cher- 
cher le moyen de. . • : 

Parlons k cœur on vert, et voyons i arrêter. , • (His, n. i.) 

— VOIRPAftLEB: 

Tous à qui j*ai tant vu parler de son mérite. (làtd* T. s.) 

VOUDRIEZ , dissyllabe : 

Monsieur votre père 
Mt wm intre vilain qui ne vous laisse pas, 
Comme vous voudriei bien, manier ses ducats. {V£t,l,^ 

Tous me voudriez encor payer pour précepteur. (I6id, I. 9.) 

Tous êtes généreux, vous ne le voudnes pas. {iHd. V* 9J 

(V«yes SAjraunn.) 

— VOUDRIEZ , en trois syllabes : 

Hé quoii vous voudriez, Talère, injustement. . . «(D^ cm, IL a.) 

VOULOIR (se) mal , ou mal de mort de quelqub 
chose: 

Liîsseï , je me veux mal de mon trop de faiblesse, {Jsiiph, IL 6.) 
la me veus mal de mort d'être de votre mot. (Fou. ew, D. 7.) 

•7- 



-420. 

VOUS, indéfini et général comme $oi^ en rebtion 
aTec OH : 

Ah! que pour ses enfunls uo père a de foibleiae! 

Peut-oo rien refuser à leurs mots d« tendresse? 

£t ne se sent-on pas certains mouvements doux, 

Quand on vient k songer que cela sort de vous? {Miélicerie, U. 5.) 

(Voyez NOUS.) 
VOTENT , dissyllabe : 

Et vojrent mettre à fin la contrainte où vous êtes. (pép. am. III. 7.) 
(Voyez PATEirr, paysan , sakclieb, vouDEiEZy etc.) 

VRAI; DEVRAI, véritablement ^ comme de léger ^ lé- 
girement : 

Le ciel défend , Je vrai , certains contentements. {Tort, IV. 5.) 

VUE DE PAYS (a) : 

Aon pas; mais, à vue de pays^ je oonnoii à pen prèsle train des choses. 

(D. Juan, L f .) 

Au premier coup d'oeil jeté sur l'ensemble des choses. 

— VUES DE LA LUMIERE, Taspect, le jour , en par- 
lant d'une peinture : 

Yoici le lieu le plus avantageux, et qui reçoit le mieux Ut vttesfavora- 
hles de la lumière que nous cherchons. (SieUien. 12.) 

Y. 

L'emploi de/, dans Molière, est fort étendu. C'est le terme 
corrélatif de À , lnt\ leur, qu'il s'agisse de choses ou de per- 
sonnes. 

Y représente également dans et apec. 

Y se construit encore avec un verbe, et souvent représente 
elliptiquement l'idée exprimée par une phrase. 

(Voyez où.) 

T en relation avec un nom de personne ou de chose, pour à, 
luifleur: 

Quoil Lucile n*est pas sous des liens secrets 
A mon naître? — Non, traître, et n'j sera jamais. (D^, ont. III.8.] 
A Lucile. 



- 421 — 

Ils comptent les défiiafi pour dps perfections, 

Et saTcat/ donner de fiiTorables noms. {BtU, II. 5.) 

Aux défauts. 

Ik ne manquent jamais de saisir promplement 

L^apparente lueur du moindre attachement , 

D*en semer la nouvelle avec beaucoup de joie , 

Et dy donner le tour qu'ils veulent qa'on y croie. {TûN, L x.) 

Aux lueurs d'attachement. 

Je ne distingue rien en celui qui m*offense; 

Tout j devient Tobjet de mon courroux. (Jmpft. II. 0.) 

Tout en lui devient, etc. 

Quoi ! écouter impudemment l'amour d*un damoiseau , et y promettra 
de la correspondance ! (G, D. I. 3.) 

A l'aniour du damoiseau. Nous dirions aujourd'hui : et lui 
promettre. 

C'est la belle Julie, la véritable cause de mon retardement; et si je 
Toulois X donner une excuse galante {Comteue et Esc, x.) 

Oui , oui , je te renvoie à l'auteur des Satires. 

— Je t'j renvoie aussi. (Pêm. smv. m. 5.) 

— Y représentant atec : 

Je romps avectiue vous, ei \'y roni|)s pour jamais. {Dép, am. TV. 3.) 
Vivez, vivez contente, et bravez ma mémoire 
Avec le digue époux qui vous comble de gloire. 

— Oui , traître , j'j veux vivre. (S^n, so.) 

— T répondant à en , dam y à : 

Et, pour se bien conduire en ces difficultés , 

Il y faut, comme en tout, fuir les extrémités. (Ée.desfim.Pf.9,) 

Je veux vous y servir, et vous épargner des soins inutiles. 

[D.Jutm, m. 4.) 

n dut toujours garder de grandes formalités, qnoi qu'il puisse arriver. 

— Pour moi , j'/ suis sévère en diable. {Am. méd, II. 3.) 

A garder de grandes formalités. 

Comment, mon gendre, vous en êtes encore là-dessus? — Oui, j'/ 
suis, et jamais je n'eus tant sujet d'j* être. {G, D, IL 9.) 



— 422 — 

— y corrélatif d'an verbe : 

Ja me vois, ma cousine» ici peciéciitét 

Par des geos dont l'humeur y paroit concertée. {ftu, V, 3.) 

Concertée à me persécuter. 

— Y , à cela , gnr ce point : 



cuTAVimB. Pronettei-inoi doM qM je pomù «mm put» cette 
nuit. 

AvoBLiQUB. Ty ferai mes efforts. (G. D. II. lo.) 

Je ferai mes efforts à ce que vous puissiez me parler cette 
nuit. 

Vous me baïsseï donc? — Vf fais tout mon effort (An^ VL 6.) 
A vous haïr. 

Tous devez édaircir tonte cette aventurt. 

— Allons, TOUS y pourrez seconder mon effort (Ih^U IIL 4.) 
A éclaircir cette aventure. 

— y rapporté au sens de tonte nne phrase : 



Je me troure fort bien, ma mère, d*étre bèlei 
Et j*aime mieux n'avoir que de communs propos, 
Que de me tourmenter à dire de beaux mott • 

PBILAMfVTX. 

Oui; mais f^ suis blessée, et ce n'est pas mon compte. 

(IVw. Mf. IIL 6.) 
Je suis blessée à ce que vous soyez dans cette opinion. 

— Y redondant avec où ; 

C'est uue cbo&e où il j^ va de l'intérêt du prochain. {Pourt, n. 4.] 
Molière n'a pas cru qu'on pût altérer cette forme, iix va, et 
Éiettre ii va, 

— Avec en : 

Nous vous / surprenons , en faute contre nous I {Sgtim. 6.) 

— Y avec contredire.* 

Accablez-moi de noms encor plus détestés , 

>é ny contredit points ]e les ai mérités. {TnH. Ht 6.) 



— 423 — 

— Atcc marchander : 

Si j'étois en m place, je n'y mtrchanderoit point. (G, />. I. 7.) 

— Avec B*en aller : 

Laissez-moi faire , je m^ en vais moi-même. (D. Juan, TV, 1 1 .) 

(Voyez où, dont toutes les constructions correspondent dans 
Molière à celle de t.) 

— Y A , pour il y a : 

Et quels avantages, madame , puisque madame y a? (G, D, I. 4») 

— qu'il t a , surabondant : 

Et pensez-vous qu'on soit capable d*aimer de certains maris quli y af 

(fi. D. m. 5.) 

De certains maris comme il en existe au monde. 
Cette locution était jadis du commun usage : 
€ Ainsy beaucoup de femmes quU y a se desbattent avec leurs maris 
« quand ils leur yeulent oster. Taffeterie, la braveté, et la despense. » 

(La Boétie, Trad. de Plutarque, p. aSi.) 

YEUX ; METTRE AUX YEUX, mettre devant les yeux , 
représenter, remontrer: 

Mais votre conscience et le soin de votre Ame 

Tous devroient meare aux yeux que ma femme est ma femme. 

(Sgan, ax.) 
(Voyez METULE AUX TEUX, p. 246.) 

— DE TiouvEAUx YEUX , de nouveaut regards : 

Et mon esprit, jetaut de nouveaux jeux sur elle.... (Pr. d'£l, 1. 1. ) 

— YEUX DE l'ame, figurément : 

11 m'est Yenn des scrupules, madame; et j'ai ouvert Ui yeux de tàme 
sur ee que je faisois. (D. Juan, I. 3. ) 



FIN. 



LETTRE 



MONSIEUR A. FIRMIN DmOT, 



ftUK QUELQUES POINTS 



DE PHILOLOGIE FRANÇAISE. 



MoifSIEUB ST CHBB BDITEUB, 

Le livre Des variations du langage français ^ que J'ai pu- 
blié chez vous il y a quelques mois , a été vivement attaqué 
dans la Bibliothèque de l'École des chartes ^ également sortie 
de vos presses. 

Si ees attaques n'atteignaient que mon amour-propre , Je 
ne répondrais pas une syllabe ; mais l'intérêt de la science s'y 
trouve et mêlé et compromis ; il s'agit surtout d'un point de 
grammaire curieux et fondamental : dès lors Je suis tenu de 
défendre ce que Je crois la vérité. Cette considération vous 
fera, J'espère, excuser l'étendue de cette lettre, qui eût pris 
bien d'putres développements encore, si J'eusse voulu suivre 
la critique pas à pas, et la combattre à toute occasion. Il suffira 
de toucher quelques détails saillants ; on Jugera du reste par 
analogie. 



J'ai reftisé de reconnaître , par rapporta l'étude de la vieille 
langue dans ses monuments, l'importance exagérée qu'on a 
fiiiteaux patois sous le nom pompeux de dialectes. J'ai .dit : 
Il y avait un centre du royaume, 'une langue française cons- 
tituée; les écrivains de la province visaient tous à écrire la 



— 426 — 

langue da centre. S'il en Mlaitrefnenl^qi'on nie montre dans 
ces écrivains les expressions en dehors de la langue coromane, 
caractéristiques de tel ou tel dialecte. Bien entendu , Je n'ac- 
cepte pas comme autant de mots à part les différences d'ortho- 
graphe qui ^ r^cootrent souvent dan^ la m^m% f^ge d'un 
manuscrit. 

Mais comme un élève de TÉcole des chartes, feu M. Fallot, 
d'estimable et regrettable mémoire, a laissé un gros yolume 
sur ces dialectes, dont il a plus que personne préconisé l'Im- 
portance, il fallait bien a priori que mon opinion fût erronée, 
absurde, monstrueuse et révoltante. Aprèi toutes les vaines 
déclamations possibles, M. Guessard en vient enfin à m'op- 
poser le témoignage d'un texte. 

Je laisse parler mon adversaire : 

« Que le trouvère fît parfois effort pour écrirç en firan- 
« çais de France, et qu'il y réussit tant bien que mal, c'est pos- 
« (dble; mais qu'U le voulût toiyoura, ou que toujwrs il y 
« parvint , ce n'est pas vrai (1). 

« Voyez plutôt ce qui arriva au trouvère Quepea de Bér 
a thune (2) , ce grand seigneur poète et guerrier, qui nàg^J^ 

(i) Par/oit est bon, comme c'est posûhU, Liset, an lieu de pmrfaÎM ^ 
toujours » et eu lieu de c'est possihU , c'est certaùi , ea attendant que 
M* Guessard fournisse une preuve du oootraire. Un démenti n'en est pu 
une, si grossier qu'il soil. 

(a) M. Guessard écrit toujours Quènes de Béthune^ avec un accent grave 
sur Ve, ce qui force à prononcer caine de fiéthune. La vraie prononcia- 
tion est cane de Bélhune (comme yêm/n«, fante)\ et lorsqu'on i^ncontre 
ce mot écrit en une syllabe quens , eitens , il faut prononcer ean. Let 
Italiens disent de même : ean-^rande , can-francesco ; facino-eanê g cum 
délia scala. C'est un titre de dignité répondant k celui de bailU, U$ nh 
dical can appartient à la langue tartare, où il signiâe roi , prince, c/uf: 
le grand khan de Tartarie commandait aux khans inférieurs; Gengis-khan, 
Les Huns et les Avares ont laissé chez nous ce curieux vestige de leur 
paange en Europe , au v* siècle : les chroniqueurs lalini du fH^yea Age 
ont traduit A/m/i pr canis , caganus, caaeiius : « Rex Tutarprum, qui ^ 
magnus cauis dicitur. *• (Chron. Nangii, ann. 1299.) — « Rex Ayarorqm, 
quem sua lingua cacanum appellent. •• (Paux. Wakvefbiso , de GesL 
Langoé, IV, 59) ; a conititnerunt eanestos , id est baiUiTOi, qui Justitiaoi 



— 427 — 

« que toutautre pouvait s'instruire du beau langage. li était 
m Artésien , eorome !*indique son nom , et ii composait en arté- 
<« sien ou en picard; ce qui était tout un. Vers l'an 1180, il 
« vint à la cour de France , où la régente Alix de Champagne, 
« et le Jeune prince son fils, qui depuis régna sous le nom de 
« Philippe-Auguste, lui exprimèrent le désir d'entendre quel- 
« qu*ane de ses chansons. Quenes de Béthune récita donc des 
« vers très-intelligibles pour ses auditeurs , mais fortemeni 
« empreints d'un cachet picard ; aussi fut-il raillé par les sd- 
« gneurs de France, repris par la reine et par son flis : 

Mon langage ont blaamé 11 Francis 

Et mes cbaucoos , oyant les Champenois , 

Et la comtesse encoir (dont plus me poise). 

La roîne ne fit pas que cortoise 

Qui Roe reprist , elle et ses fiex li rois i 

Encor ne soit ma parole francise, 

Si la puet on bien entendre en François; 

Ne cil ne sont bien appris ne cortois 

Qui m'ont repris se j'ai dit mot tt Artois , 

Car je ne fus pas norriz a Pontoise (i), ■ 

Voilà le passage fondamental, unique, dont on arguqiente 
pour prouver l'emploi des dialectes dans la littérature. 

Il est facile de répondre à M. Guessard. 

Observez d'abord qu'il s'agit ici d une pièce récitée, et non 
de vers écrits. La distinction est essentielle. 

facerent. • (Magister Rooibius, ap. Gaho. in Cmganua,) De là est veni le 
français quens , l'italien can , et peut-être l'anglais king. 

On voit , par cet exemple , de quelle importance est la recherche et le 
maintien de la pronouciaiion ▼éritable. Ce travail offre déjà bien asseis 
de difficultés , sans y en ajouter encore comme à plaisir. Je me suis élevé 
souvent contre cette barbare manie d'introduire des accents dans les vieux 
textes : l'unique résultat possible est d'égarer le lecteur philologue, et 
d'elfaccr 1rs dernières traces d'étymoiogie. Il serait si simple et raisoona- 
Ue d'imprimer les manuscrits comme ils sont I Mais préeiséesent par çi 
motif il est à craindre qu'on ne l'obtienne jamais des savants édileuri. 
On vient encore de publier la Mort de Garin , où les mots quf , ç« « ii« , 
sont figurés que, eé, né, même lorsque IV s'élide. U but bien être pos- 
sédé de la fureur des accents 1 

(t) BMot. da eXe. des chartes , L II (1846), p. igt. 



— 428 — 

Que le premier venu, en lisant ce couplet, comprenne qu'il 
est question des mo^, c*est une erreur excusable : il est étran- 
ger à ces études, et habitué à la précision de notre langue mo* 
' deme. Mais que M. Guessard s*y trompe, c'est ce que je ne 
saurais expliquer, s*il n'était bien connu que la passion fait 
arme et ressource de tout. Lorsque Quenes de Béthime dit 
qu'on a raillé sa parole, son langage ^ il entend sa prononda* 
tlon , son accent picard. Au douzième siècle» ces mots aeceni^ 
prononciation, n'étaient point encore dans la langue; il fallait» 
pour en rendre la pensée, se servir d'équivalents approximatiiii. 
J*ai dit mot d* Artois signifie : j'ai parlé à la mode du pays 
d'Artois; cette dernière expression représente exactement l'é- 
quivoque de l'autre : fat parlée s'agit-il des mots que vous 
avez employés, ou de votre manière de les prononcer? 

Ces deux vers, où les mots soulignés par M. Guessard sem- 
blent renfermer ma condamnation , 

Encor ne soit ma ^Wù\t française. 

Si la puet ou bien entendre eu francois ^ 

signifient , selon M. Guessard : Encore que Je parle picard » 
les Français peuvent bien me comprendre. 

Et, selon moi : Encore que je récite avec un accent de pro- 
vince, on peut me comprendre parfaitement dans l'Ile de 
France ; ou, en d'autres ternies : Comme je parle d'ailleurs Iwn 
français, mon mauvais accent n'empêche pas qu'on ne me 
comprenne très-bien à Paris. 

Ainsi ce passage établit précisément la pureté du style de 
Quenes de Béthune. M. Guessard, croyant me perdre sans re- 
tour, a fait comparaître un témoin dont la déposition m'absout 
et le condamne. 

M. Guessard peut m'en croire : je sais assez le picard pour 
lui attester !• que ni les poésies de Quenes de Béthune, ni 
celles d'Eustache d'Amiens, ni celles de tous les trouvères de 
la Picardie et de l'Artois, ne sont écrites dans ce dialecte, 
puisque dialecte il y a; 2*^ que des poésies picardes, surtout 
récitées, défieraient l'intelligence de tous les Français,sans en 
excepter M. Guessard lui-même. La Picardie a fourni , au 



— 429 — 

moyen âge, un nombre de trouvères très-eousidérable : tous 
ont écrit ^n français^ Quenes de Béthuue corame les autres. 
Au surplus, ses poésies sont là : que M. Guessard ait la bonté 
de m'y montrer du picard , ou de m*expliquer en quoi con- 
siste \e cachet picard des vers de Quenes de Béthune, si ce 
n'est pas dans V accent parlé. 

La Picardie n*est pas si loin de llle de France , pour qu'un 
grand seigneur, qui faisait des lettres sa principale occupation, 
ne parvint pas , malgré ses efforts, à posséder à fond le frau-, 
çais littéraire. Aujourd'hui même que notre langue est bien 
autrement fixée et vétilleuse qu'au moyen âge , la critique 
pourrait signaler des provinciatismes dans des vers composés 
à Bordeaux ou à Strasbourg; mais on n'en rirait pas. Ce qui 
ferait rire inévitablement, ce serait Taccentgascon ou alsacien 
du déclamateur; et si les vers étaient d'ailleurs purement 
écrits, le poète aurait le droit de s'écrier , comme Quenes de 
Béthune : Vous n'êtes ni justes ni polis : ce n'est pas ma faute 
si je n'ai pas été nourri près de Pontoise. On peut exiger d'un 
écrivain qu'il sache le français , mais non qu'il soit exempt de 
l'accent de sa province. Ce qui est indélébile , ce n'est pas 
l'ignorance, c'est l'accent natal. 

Je maintiens que voilà le sens du passage de Quenes de Bé- 
thune; pour l'entendre différemment, il faut y apporter toute 
la bonne volonté de M. Guessard. 

Une dernière observation : M. Guessard place l'anecdote de 
Quenes de Béthune vers 1180. C*est le plus tard possible, 
puisque Philippe- Auguste parvint à la couronne en 1180, et 
qu'à l'époque de la visite du trouvère il était encore sous la 
tutelle de la régente. Il n'avait donc pas quinze ans. Je crois 
qu'à cet âge les petits princes du douzième siècle n'étaient 
pas si grands puristes, et n'auraient pas remarqué, dans une 
pièce de vers français , un ou deux termes sentant la province. 
Mais un accent provincial frappe d'abord les enfants comme les 
grandes personnes ; et le petit Philippe dut s'en amuser aussi 
bien que sa mère Alix , peu renommée, du reste, entre les sa- 
vantes et les beaux esprits de son temps. 
Je crois, sauf erreur, que M. Guessard aurait bien fait d'y 



^410 — 

regardera deox fois avant de me eri«, déia grosse votx,Ck 
R*B8T PÀ8 YBAi I Car Je loi répondrai , comme Qnenes de Bè- 
thnne : Vous n'êtes ni Juste ni poli. 

La question des dialectes demeare done» Jasqn^à nonvet 
ordre, un système, sans autre appui que des tliéories arbitraires. 
L'étai emprunté à Quenes de BéUiune ne Tant rien; oo te* 
bien d*en diercher un plus solide. 

Passons à un autre point, dont M. Guessard fldt le ptrtll 
capital. 



J*avals posé ce principe pour la prononciation du moyen 
Age : t Dans aucun cas l*on ne faisait sentir deux consonnes 
« consécutives , soit au commencement , soit au mitleo d\m 
« mot, soit l*une à la fin d'un mot, et Tautre au commenccmetit 
« du mot suivant. » 

J'avais été conduit à cette règle par la comparaison des vieoï 
textes. Il me sembla rencontrer un dernier vestige de cetts 
M primitive dans un écrit de Théodore de Bèze Sur la pro- 
nonciation du français, traité en latin publié en 15S4, c'est- 
à-dire fort avant dans la renaissance, et par conséquent fort 
loin de l'époque où ma règle aurait été en vigueur. Voici ce 
passage : Curandum etiam ne qua {littera) putide et duriiigr 
sonet , imout omnes moUiter et quasi negtigenter efferanfur^ 
omnem pronuntiationis asperitatetn usqne adeo réfugient 
francica Hnqua,nty exceptis ce, ut accès ( aecessus), mn 
^t somme, nn ut annus^ rr ut terre, nullam gsminatjji 

CONSONANTBM PaONUIfTIET. 

On prétendit que J'avais fait sur le texte de Th. de BèzeaU 
incroyable contresens ; que geminatam consonantem signi- 
fiait, non pas deux consonnes consécutives quelconques» 
comme Je l'avais entendu , mais seulement deux consonnes 
consécutives Jumelles, la même consonne redoublée. 

On en concluait que la règle de M. Génin était fausse, ima- 
ginaire; qu'elle n'avait Jamais existé. On alla même plus loin : 
on soutint que le principe était d'une t^fsurdité man^eifte: — 



-4âi - 

« Le contlre-sens de M. Génio, disait-on , est vraiment in- 
« CJToyable! Plein de confiance dans une traduction signée p&r 
« un professeur de faculté , je me suis mis l'esprit à la torture 
« pour m'expliquer comment Th. de Bèze avait pu écrire 
« une pareille règle, etc., etc. » Je répondis sommairement, 
par une lettre insérée dans la Revue indépendante , au lo 
avril 1846. Un second article delà Bibliothèque de rÉcole 
des chartes l'end nécessaire une seconde réponse. Je la ferai 
plus explicite; et, pour mettre le lecteur mieux à mémed*en 
suivre l'argumentation, Je reproduis ici les principaux passages 
de ma première lettre : 

« Je consens, disais-Je , à examiner un des points attaqués 
par la Bibliothèque de l'École des Chartes, Je choisis le plus 
Important, deTaveu du critique lui-même. C'est la règle de 
ne prononcer jamais deux consonnes consécutives (sauf les li- 
quides) , que j*ai donnée comme la clef de voûte de tout le sys- 
tème d'orthographe et de prononciation de nos ancêtres.^-* Elle 
« est, dit mon adversaire , elle est en réalité la clef de voûte, 
« Don de la prononciation de nos ancêtres , mais du systèrlae 
« de M. Génin ; et , par conséquent , si je la fais fléchir, tout 
« lé système tombera, sans que j*aie besoin de le prendre pièce 
« à pièce. » 

« J'accepte de bon cœur le défl , à condition , bien entendu, 
que , réciproquement , si l'on ne fait pas fléchir la clef de voûte, 
mon système entier subsistera, sans que j'aie besoin non plus 
de le défendre pièce à pièce. 

« Ainsi la discussion de ce point capital me dispensera de 
toute autre, e^je veux bien qu'on juge par cet échantilloD de 
la valeur de tout le reste , tant pour l'attaque que pour la 
défense. 

« S'il était vrai que j'eusse commis sur le texte de Th. de 
^ze un incroyable contre-sens, il ne s'ensuivrait pas en- 
core que j'eusse posé une règle fausse et imaginaire; car cette 
règle, je ne l'ai point empruntée à Théod. de Bèze. Tout 
au plus aurais- je invoqué à Tappui de mon principe une auto- 
torité illusoire ; mais il resterait toujours à établir que ce 
principe, étranger à Th. de Bèze, est lui-même une ilhiaton. 



— 432 — 

MoD critiqae Tafllrme de sa propre aalorité. U eroit» en m*6- 
tant Th. deBèze, m*a voir enlevé toute reuoarce, m'avoir 
miDéy mis à sec. Erreur ! 

« Depuis la publication de mon livre , il m^est yeno entre 
les mains plusieurs ouvrages rares, que Je n*avais pu consnl- 
ter plus tôt. De ce nombre est la grammaire de Jean Pàli- 
grave , l'aînée de toutes les grammaires françaises. Ce Jean 
Palsgrave était Anglais de naissance, mais il avait longtemps 
vécu à Paris , où il avait même pris ses degrés. Chargé, com- 
me le plus habile de son temps, d'enseigner le français à 
la sœur de Henri YIII, veuve de Louis XII, remariée au 
duc de NorfolciL , il composa sa grammaire sur le plan de 
la grammaire du célèbre Théodore de Gnza. Ce livre , qui n'a 
pas moins de 900 pages in-folio, est rédigé en anglais, avec 
un titre en français et une dédicace à Henri YIII (Londres, 
1530); il est doublement précieux par le savoir exact et mi- 
nutieux de l'auteur, et par l'abondance des exemples, toujoon 
puisés dans les meilleurs écrivains , Jean Lemaire , Alain 
Chartier , i'évéque d'Angouléme , etc. , etc. Palsgrave débute 
par un Traité fort détaillé de la prononciation : or void ce 
quej*y ai lu, Je le confesse, avec ta vive satisfaction d'un 
homme qui, ayant deviné une énigme difflcile, s'assure, par 
|e numéro suivant de son Journal, qu'il avait rencontré juste. 

« î.es Français, dans leur prononciation, s'appliquent à trois 
« choses qu'ils recherchent principalement : 1^ l'harmonie du 
«langage; 2° la brièveté et la rapidité en articulant leurs 
« mots ; 3° enûn , de donner à chaque mot sur lequel ils ap- 
• puicnt son articulation la plus distincte. 

{fci U7i long développement du premier point,} 

« Maintenant, sur le second point, qui est la brièveté et la 
« rapidité du discours, quel que soit le nombre des consonnes 
« écrites pour garder la véritable orthographe , ils tiennent 
« tant à faire ouïr toutes leurs voyelles et leurs diphthon- 
« gués , que, entre deux voyelles (soit réunies dans un même 
« mot, soit partagées entre deux mots qui se suivent), ils 
« n'articulent jamais qu'une consonne à la fois; en sorte que 



— 483 ^ 

• si deux wmonnês différentes , c^esUà-direy n'étant pas 
« TOUTES DBUX Dx mAmb NATURE y SB rencontrent ^ntre deux 
« voyelles f ils laissent toujours la première inarticulée {i). • 
« Y a-t-il rien de plus positif? Comprenez- vous bien qu'il 
est question là des consonnes consécutives en général, et non 
des Jumelles en particulier? Nat beyng both of one sorte ï 
Comprenez-'vous enfin ce que c'est que la geminaia conso- 
nan» de Th. de Bèze (a)? Comprenez- vous que cette règle a 
existé, que Je ne l*ai pas tirée de mon imagination? Cette 
règle impossible, monstrueuse, absurde, sur laquelle vous 
demandez qu'on Juge tout mon livre; cette règle que J^avais 
posée pour le douzième siècle, la voilà encore dans un grammai- 
rien du commencement du seizième, antérieur de soixante- 
quatre ans à Th. de Bèze! En vérité, quand J*aurais cliargé 
ee bonhomme Jean Paisgrave de plaider ma cause, il n*eàt 
pu s*en acquitter mieux. lia deviné, trois siècles d'avance, la 
chicane que me fait aujourd'hui l'École des chartes, et s'est 
donné la peine d'y répondre de manière à ne laisser aucune 
ressource à la mauvaise foi la plus subtile. Je mets son vénè- 



(i) The Frendie men in theyr pronunciatioii do clicfly regard and 
oover thre ihynges : lo be armoiiious in thoyr spekyiig ; to be brcfe and 
lodayne in sounding of thcyr wordes, avoyding ail uianer of harsbnesse in 
theyr pronunciation ; and tliirdly, to gyve every worde ihat they abyde 
and reste npon theyr most audible sounde 

And now tonching the second point whiche is to be brefe, etc. .. what 
couonaDtei soever they write in any worde for the kcpyng of trewe ortho- 
graphie, y et 80 moche covyt they in reding or spekvng to hâve aU lhe}r 
▼owelles and diphthougues clerly herde, Ihat betweene Iwu voweilcs 
(whetber they chaunce in one worde aione, or as one worde fortuncth lo 
lolowe after an other), they never sounde but one consonant at ones, in 
10 moche ihat if two différent consonanles, that is to say, nai heyngboth 
ojone sorte corne together betweene two \owelles , they ievefirst of ihem 
wuounded, Paisgrave. Introd, (non paginée). 

(a) Pour peu que mon critique eût élé de i>onne foi, aurait-il pu s*y 
tromper en lisant ce que Bèze écrit dix lignes plus loin de la prononcia- 
tion des Français , qu'elle est xc ullo consonantium roircuRsu cojrvaAcosA ? 
D*où ▼ieut que ce texte que j'avais traduit, il a pris soiu dans sa citation 
de récarter? 

a8 



— 434 — 

rable texte au bas de la page, afln que monsieur le char- 
trier , gnind épluclieur de textes, puisse s'assurer si je n'y ai 
pas lait quelque iucroyabic contre-sens, et si je n*ai pas, eu- 
cori' cette fois, pris le contre-pied de la pensée, comme il dé- 
clare que cVst ma coutume habituelle. 

"Qu'il vienne a présent m*atlé^Mier qu*à la fin du seizième 
siècle on articulait, dans certains mots, les consonnes con- 
sécutives : que nie fait cela? ce n'est point mon affiiire; ou plu- 
tôt, si vraiment ce iVst, puisque j ai dit que le seizième siècle 
avait perdu la tradition de l'ancien langage. Il va chercher 
dans Pierre Fahri ou Lefebvre une phrase dont il prétend 
m'aecahler, en prouvant que, dès 1534, on prononçait des 
consonnes consécutives. — « Il est, dit Fabri, un barbare de 
rude langni^o â ouïr, qui s'appelle Cacephainn ou Clîpsis{ï)^ 
comme gros, gris, (/ras^ granf et croc, cric, crac; et êvangé- 
listes, stalle, stilte... » Premièrement, il s*ai»it la d'un assem- 
bla«re ehereiie de ccinsoimaiiees èl ranges ; et ensuite Fabri 
lui-même déclare ce lanu.atîe Ixirtiare; donc ce n*est pas le lan- 
gape ordinaire. Les vieux grammairiens rangent ce Cacepha^ 
ton parmi les liuures de mots : ciuel rapport d'un trope ridi- 
cule avec la prononeiation? C'est hien de rérudition perdue. 

— «Après avoir cité une rei^le qui n'a jnmais existé, l'au- 
« teur en cite une autre qui n'a aucun rapporta la question. Kn 
•«effet, il s'agit de prouver qu'on n'a jamais prononcé deux 
«.consonnes de suite; et M. Génin s'évertue à établir qu'au 
• tdiième siècle on n'en prononçait pas trois , ce qui serait 



1 1l s^agit de prouver qu'on ne prononçait pas les consonne* 
U'utiv^^ ; et après avoir montré qu'on n'en prononçait pas 
H, Je moiïtre qu'on n'en prononçait pas trois. Si nous 
des ^roupçis de quatre et de cinq consonnes , j'aurais 
examiner u leur tour. Cestêtre, assurément, dfl/is 
i; et it UmX tout le paitl pris de mon critique pour 
r que ceia n'y a nul rapport* 
i, maître Jehan Palsgrave, avancez de nouveau; car 

Iti dte d'aprèi mon tdTcmirr. 




— 435 — 

e'est vous, anisi bien que moi , qni êtes en canse, vous qui, 
après avoir parlé des doubles consonnes consécutives , avez 
aussi battu la campagne en parlant tout de suite des triples 
eonsonnes. Cette coïncidence est vraiment merveilleuse 1 mais 
la découverte si à propos de ce volume ne l'est pas moins. 
bon Palsgrave, sans vous j*étais perdu! TÉcole des chartea 
me foudroyait!... Je reprends la citation au dernier mot où 
je l'ai laissée : — « Et si trois consonnes sont rassemblées , 
«lis (les Français) en laissent toujours les deux premières 
«inarticulées, ne faisant, je le répète, aucune différence si 
« ees consonnes sont ainsi groupées toutes dans un seul mot ^ 
« ou réparties entre des mots qui se suivent ; car souvent leurs 
« roots se terminent par deux consonnes , à cause du retran- 
« chement de la dernière voyelle du mot latin : par exemple, 
• earpit^temps^ etc. (i). § 

« Paisgrave ajoute que cette distinction entre les consonnes 
purement étymologiques qu'on éteint et celles qu on doit faire 
sonner, est la grande difficulté pour les Anglais : hcUh semed 
unto us ofournation a thyng ofso gréai difficulty. 

* Monsieur mon contradicteur trouve-t-il encore contestable 
cette proposition, qu'on ne prononçait , pas trois consonnes 
oonsécatives? 

« Quant à n'en prononcer qu'une sur deux, admettra-t-Û 
enfin cette monstruosité, qui lui a mis l'esprit à la torture? 
«Je me suis mis l'esprit à la torture pour m'expliquer com- 
« ment Th. de Bèze avait pu écrire une pareille règle, et en 
«quel sens il fallait l'entendre; car, de la prendre à la lettre, 
«je n'en voyais pas le moyen ! » J'espère qu'il en voit le 
moyen à cette heure? En général , il répète souvent : Je ne 
puis mHmaginer^ je ne puis comprendre; il prend cela pour 
m argument irrésistible I 

(i) And if the tbre consoDantes corne together, lliey ever levé two of ihe 

jfm moundad, putling hcre, as I hâve said , do differcDce whclher ibe 

CiMnQMtles Uius come together in one woi de alone , or the wordes do 

miwe onetnother ; for many tymes theyr wordes ende in Iwoconsonantes, 

l^jMBM they take awaye the last vowell of the latine tong , as corps^ temps. 

Id., ièid. 



^ 4S« — 

« Voilà^commeDt ce fort Samson feit fléchir les cle& de 
voûte. Je le prie de recevoir mes remerctments : un principe 
fondamental , qui poar moi n*était pas douteux, mais qui peut- 
être pouvait le sembler à d*autresy croyant le renverser, il 
m*a foorni l'occasion d'y revenir, et de le mettre, J*espère, 
au-dessus de toute contestation. 

« De toutes les prétentions, la plus folle serait celle de plaire 
à tout le monde. ;Je ne vise pas si haut : je me contente de 
Tassentiment des meilleurs juges , principibus plaeuisse viris. 
S*agit-il de Térudition? Quels noms plus imposants que 
ceux de MM. Victor le Clerc , Naudet , Littré , Augustin 
Thierry ? Parlez- vous de cet heureux instinct, de ce génie de 
la langue qui éclate si vivement dans la Fontaine et dans 
Molière? Où le trouver plus complet et plus profond que dans 
notre Béranger ? Quels plus illustres suffrages serait-Il pos- 
sible d'ambitionner? Et quand on les a réunis, esl-on bien 
à plaindre d'avoir manqué celui de M. Guessard ? 

Et qu'importe à mes vers que Perrault les admire?» 



Telle fut en abrégé ma réponse au premier article de 
M. Guessard ; voici maintenant ma réponse au second : 

Le procès continue sur la geminata consonans de Th. de 
Bèze. Je suis obligé de défendre jusqu'au l)out ma traduction, 
puisque M. Guessard fait dépendre de ce mot Testime de tout 
mon ouvrage , et que j'ai accepté son défi. Au surplus, je 
vous dirai, en passant, que iM. Guessard n'a pas son pareil 
pour trouver de ces alternatives. Son esprit net et concis aime 
à réduire toutes les questions à deux termes. Vous en verrez 
plus d*un exempiedans cette réponse. J'avais, dans la première, 
cru tirer autorité de quelques suffrages imposants, tels que 
ceux de MM. Augustin Thieny, Victor le Clerc, Naudet , Lit- 
tré, Béranger; mais me voilà bien loin de compte! M. Gues- 
sard exige, pour se rendre, « un arrêt en bonne forme,« signé de 
ces messieurs ; il dresse, le plus sérieusement du monde, un fo^ 
mulaire en trois articles, dont le dernier doit attester • qu*tfii€ 



— 437 — 

seule des assertions de mon livre est restée debout ^ après 
Texamen que M. Guessard en a fait. » J*irai présenter ce for- 
molaire à la signature des illustres juges par moi invoqués; 
et si Je ne le rapporte à M. Guessard , revêtu de toutes les 
formalités authentiques, je suis déclaré vaincu aux yeux du 
monde savant ( page 363 ). 

M. Guessard a bonne opinion des effets de sa dialectique; 
mais on ne voit pas où il prend le droit d'exiger des certifi- 
cats de ses erreurs. S'il n'y veut pas croire à moins , d'autres 
ne seront pas si difficiles. Ne nous dérangeons pas, et ne dé- 
rangeons personne, pour si peu. 

Geminata consonans^ voilà donc la grande énigme. Est-ce, 
au sens le plus large, deux consonnes consécutives? ou bien, 
dans un sens beaucoup plus restreint , la même consonne re- 
doublée? Je défends la première interprétation, qui contient la 
seconde, puisque les consonnes redoublées sont consécutives; 
M. Guessard soutient ta seconde, qui exclut la première. L'un 
de nous fait un contre-sens, mais lequel des deux? 

Avant tout , je dois reconnaître à M. Guessard un merveil- 
leux talent pour embrouiller les questions les plus nettes, dis- 
simuler les parties d'un texte qui lui nuisent, et mettre en 
relief, au contraire, celles qui paraissent le servir. Au nom 
de la logique, il assemble d'épais nuages; et puis, quand tout 
est noir partout, quand on n'y voit plus goutte, il s'écrie, du 
ton le plus naturel et le plus persuadé : Est-ce clair?... 
Est-ce encore clair?. . . Le pauvre lecteur serait bien tenté 
de lui répondre : Ma foi , non ! Mais tant d'assurance inti- 
mide; on se dit : Apparemment que c'est bien clair pour les 
gens au fait de la matière. Allons , accordons-lui ce point, et 
suivons. Ou avance, et il vous conduit de l'analogie dans 
l'amphibologie, de Tamphibologie dans la battologie, de la 
battologie dans la tautologie et la macrologie : de la macro- 
logie à la périssologie il n'y a qu'un pas; la périssologie 
mène infailliblement à l'acyrologie, qui produit la cacologie, 
d'où vous tombez dans la céphalalgie, et de la céphalalgie dans 
un profond sommeil, pendant lequel M. Guessard chante 
victoire tont à son aise ! 



YoyoDS toutefois qui sera le plus habile , lui à condeoser 
le brouillard , ou moi à le dissiper. 

J*ai aussi la prétention de m*appuyer sur la logique pour 
déterminer le sens de Texpression geminata consananx. Le 
passage où elle se trouve est complété, éclaire! Jusqu'à Tévi- 
dence par un autre passage voisin du premier. Il parait que 
M. Guessard n'avait pas aperçu ce second passage. Je le lui 
ai mis sous les yeux dans ma réponse, et pour cette fois /ose 
affirmer qu*il Ta très- bien vu et en a compris la portée; car 
sa réplique n'en souffle mot. Il bat la campagne à côté. Puis- 
que cette partie de mon argumentation l'embarrasse , Je vais 
la reprendre. 

C'est à la page 9 que Th. de Bèze explique Teuphonle du 
parler français, par l'attention de ne prononcer nullatÊi gémi- 
fiaiam consonaniem. 

A la page lo, il revient sur ce caractère général de notre 
langue (i). 

« La prononciation des Français, mobile et rapide comme 
« leur génie, ne se heurte jamais an concours des consonnes, 
« ni ne s'attarde guère sur des voyelles longues. Une consonne 
« finit-elle un mot ? elle se lie à la voyelle initiale du mot 
« suivant , si bien qu une phrase entière glisse comme un mot 
« unique. » 

Ces deux passages évidemment se rapportent à la même 
idée, et renferment le vrai sens de geminata consonans. Il 
s'agit de les expliquer en les conciliant. 

J'ai fait observer que les consonnes Jumelles sont très-cou- 
lantes , et sont toujours placées au cœur des mots. J*al de- 
mandé comment Textinction de ces Jumelles pouvait favoriser 
la liaison d'un mot à un autre. 



(i) Francorum enim ut ingénia valde mobilia sunt , ita (pioque pro- 
nuntiatio celerrima est, niillo consonantium concursu eonfragosa , pau- 
cistimis longis syllabis retardata.... coiisonantibus (si dictionem aliquan 
termioarint) sic coherenlibus cum proxiaiis vocibus a focali iocipieiiti- 
bus, ut intégra interdum senlentia haud secus quam si unieum usêt ' 
hutum ef/eratur, (De recta Linguœ francicœ pronunt,) 



— 439 — 

Aq contraire, que les consonnes consécutives, antres que 
janielles, sont très-dures, munissent ordinairement les extré- 
mités des mots, et, si on les veut articuler toutes, hérissent la 
phrase d*aspérités , et fout un obstacle considérable à la liai- 
son de ses éléments. 

M, Guessard veut qu'il ne soit question que des consonnes 
jumelles. Je Tai prié d'accorder sou interprétation avec le 
texte complet i de m'aplanir ces difficultés. Il garde le si- 
lence. 

Examinons , ai-Je dit ensuite , la logique des idées de Bèze, 
et leur enchaînement, en prenant le sens de mon adversaire : 
le français est si antipathique à toute rudesse de prononcia- 
tion , qu'il n'articule jamais les consonnes jumelles ( gui sotU 
trèS'douces ); mais il a grand soin d'articuler les autres con- 
sécutives, comme st, sp { qui sont très-rudes)'^ d*où il ré** 
suite que la prononciation des Français est pleine de mollesse, 
et que dans leur bouche une phrase entière glisse comme un 
seul mot. 

Profond silence de M. Guessard. 

Il se contente de dire, en termes vagues : c M. Génin sue 
« sang et eau à défendre un contre-sens. » (Page 367.) Non , 
je ne sue ni sang ni eau ; je cite en entier un texte que vous 
aviez tronqué. Je vous dis d'un grand sang-froid que votre 
sens mène à fabsurde. Que me répondez-vous? 

Au lieu de me répondre , il cherche à opérer une diversion, 
et À me faire paraître dans la position fâcheuse où lui-même 
se sent arrêté. Voici comme il s'y prend : il va chercher un 
passage où Bèze avertit que et, à l'intérieur des mots, se pro- 
nonce entièrement. Ce sont là , dit M. Guessard , des conson- 
nes consécutives, ou jamais ; donc elles n'étaient pas muettes. 
^ « Voilà cet illustre savant, qui pose une règle , qui en ex- 
a cepte quatre cas, ni plus ni moins, et qui , vingt pages plus 
«loin , dans un petit livre de quarante-deux feuillets seule- 
oment, oublie sa règle et ses quatre exceptions, pour se 
a contredire lui-môme, en m'apprenant que et se prononce eo- 
« tièrement! .... Mais alors votre illustre savant n'est plus 
« qu'un illustre radoteur, ou bien c'est vous qui ne Tavex pas 



— 440 — 

« compris, et quf me le rendez tel. Il n*y a pas de mllicQ eolre 
« ces deux propositions , et le choix n*est pas doateax. Sorta 
« de là : je vous en dbfib besolumeitt 1 . . . . >(Page 858.) 

M. Guessai'd prend toujours des tons incroyables poar les 
choses les plus simples du monde : Je vous endêfie ré$olûmeid! 
On dirait un paladin de Charlemagne ! Résolémeni est sn- 
perbe î Gomment n*étre pas convaincu par résolûmeni? 

Oui , Bèze remarque que b se prononce dans absent, ob" 
sèques , objet ; que et sonne pleinement dans acte , acft/i 
affeetion^ détracteur; que st, sp se prononcent qodqnefois 
en double , et plus souvent en simple. Et puis , vous prâendei 
que c'est là un argument en votre faveur ? Vous n'y songa 
pas. Quelle est la règle générale, selon vous ? Que les eonsé- 
cutives ne s'éteignaient jamais. Alors pourquoi Bè» relève- 
t-il des mots où elles ne s'éteignent pas ? Qu'y a-t-il lÀ d'ex- 
traordinaire ? Nous sommes dans la règle. Ah I si la règle était 
ce que j'ai dit , de ne prononcer pas les consonnes consécu- 
tives , la remarque de Bèze serait toute naturelle ; mais id , 
ce qu'il aurait fallu signaler , au contraire » ce seraient des 
mots où ces consécutives non jumelles se seraient éteintes , 
car c'est seulement alors que votre règle eût été violée- 

Voilà votre thèse , et voici la mienne , dans laquelle je ré- 
sume et concilie tout ce qu'a dit Th. de Bèze. 

Il est de règle, pour obtenir une prononciation molle et 
coulante, de ne point faire sentir deux consonnes consécu- 
tives. 

Noos en exceptons quatre cas de consonnes jumelles ; ei,à 
l'intérieur des mots, et quelques autres, comme le b dans 
absent , objet, obsèques. 

Toute l'argumentation diffuse de M. Guessard repose sur 
ce que Bèze n'a jwint réuni sous sa règle tous les cas d'excep- 
tion , et n'a mentionné d'abord que les jumelles. Bèze ne peut 
avoir signalé plus loin d'autres exceptions , ou bien il se serait 
rendu coupable d*oubli de ses propres paroles, de contradic- 
tion , de radotage. Mais les gros mots ne prouvent rien , et 
nous avons déjà vu que le fort de M. Guessard est de poser des 
alternatives qui n'en sont pas, des dilemmes ouverts de toutes 



— 441 — 

parts. C'est alors que, dans la Joie de son cœur , il s'écrie: 
Sortez de làjje vous en défie résolument! 

Je Tal dit et redit à satiété : au xvi^ siècle , la tradition du 
langage primitif est considérablement altérée : on n*y peut 
plus recueillir que des vestiges et des débris. On avait oublié 
les anciennes règles du xii^ siècle. Les vieux mots restaient 
8008^ l'empire du vieil usage ; mais les roots nouveaux , qui 
s'introduisaient en foule, entraient avec la marque de Tusage 
nouveau. Les grammairiens se transmettaient encore l'ancienne 
règle ; mais ils étaient obligés d*y signaler des exceptions à cha- 
que pas. Leur procédé, à cet égard , est empirique. Tel mot se 
dit ainsi. — Pourquoi ? — Il se dit ainsi ; n*en demandez pas 
davantage. — Mais cela semble contredire une règle que vous 
Tenez de poser. — Que voulez-vous que je vous dise ? Je suis le 
greffier de l'usage. 

En voici un pourtant qui a mis un pied hors de ce cercle 
étroit; c*est Jacques Dul)ois(d'Amiens),qiii, sous le nomdeSyl- 
vius, imprimait sa Grammaire chez Robert Estienne en 1581. 
Il avertit que « s devant t et quelques autres consonnes se pro- 
« nonce rarement en plein dans le corps des mots ; on l'obscurcit 
«ou la supprime, pour la rapidité du langage.» Et, tout de 
suite , il cite des mots exceptionnels où st sonne en plein : 
domestique, fantastique y organiste j évangéliste , etc.; 
« probablement, ajoute- t-il, parce que ces mots ont été depuis 
« peu puisés par les doctes aux sources grecques et latines (i). » 



(x) « s anle t et alias quasdam consooantes in média dictîone raro ad 
plénum sed tantum teniiiter sonamiis , et pronuntiando vel elidimus Tel 
obscuramusy ad sermonix brevitatem . . . . Quem (sibilum) io quibiisdam 
perfecte cum Gnecis et Latinis senramus , ut domestique , phanttutique , 
seluUastique , . . . etc., forte quod han: haud ita pridem a doctis io usum 
Oallonim ex fonte vel gneco vel latino invecta sunl. » (Sylvius, p. 7.) 

Pendant que je tiens Sylvius, je ne le laisserai point aller sans en tirer 
un autre témoiguage. J'ai mis en principe que la consonne finale d*un mot 
était muette, et se réservait à sonner sur la voyelle initiale du root suivant. 
(Des Var., p. 41.) C'était la conséquence rigoureuse de la règle des con- 
sonnes consécutives. M. Guessard , qui a nié It première règle , nie égale- 



— 432 — 

Mon critique Taflflrine de sa propre autorité, tl croit y en n'é- 
tant Tii. deBèze» m*a voir enlevé toute ressource, m'avoir 
ruiné, mis à sec. Erreur ! 

<i Depuis ia publication de mon livre , il m'est venu entre 
les mains plusieurs ouvrages rares, que Je n'avais pu consul- 
ter plus t6t. De ce nombre est la grammaire de Jean Pals- 
grave ^ l'aînée de toutes les grammaires françaises. Ce Jean 
Palsgrave était Anglais de naissance, mais il avait longtemps 
vécu à Paris , où il avait même pris ses degrés. Chargé, com- 
me le plus habile de son temps, d'enseigner le français à 
la sœur de Henri VIII, veuve de Louis XII, remariée au 
duc de Norfolck , il composa sa grammaire sur le plan de 
la grammaire du célèbre Théodore de Gaza. Ce livre , qui n'a 
pas moins de 900 pages in-folio, est rédigé en anglais, avec 
un titre en français et une dédicace à Henri VIII (Londres, 
1530); il est doublement précieux par le savoir exact et mi- 
nutieux de l'auteur, et par ral)ondance des exemples, toujours 
puisés dans les meilleurs écrivains, Jean Lemaire , Alain 
Cbartier, l'évéque d'Angouléme, etc. , etc. Palsgrave délnite 
par un Traité fort détaillé de la prononciation : or voici ce 
quej*y ai lu, je le confesse, avec la vive satisfaction d'un 
homme qui, ayant deviné une énigme difficile, s'assure, par 
|e numéro suivant de son journal, qu'il avait rencontré juste. 

« Les Français, dans leur prononciation, s'appliquent à trois 
« choses qu'ils recherchent principalement : 1^ l'harmonie du 
« langage ; 2° la brièveté et la rapidité en articulant leurs 
« mots ; 3° enfin , de donner à chaque mot sur lequel ils ap- 
« puicnt son articulation ia plus distincte. 

(Ici un long développement du premier point.} 

- Maintenant, sur le second point, qui est la brièveté et la 
« rapidité du discours, quel que soit le nombre des consonnes 
« écrites pour garder la véritable orthographe , ils tiennent 
« tant à faire ouïr toutes leurs voyelles et leurs diphthon- 
« gués, que, entre deu<€ voyelles (soit réunies dans un même 
«mot, soit partagées entre deux mots qui se suivent), ils 
« n'articulent jamais qu'une consonne à la fois; en sorte que 



— 433 — 

m si deux consonnes différentes , c^esM-direy n'i^tant pas 
« TOUTES DBUX DB M^MB I9ATUBB , se rencontrent >entre deux 
« voyelleSy ils laissent toujours la première inarticulée (i). • 
« Y a-t-il rien de plas positif? Comprenez- vous bien qu'il 
est question là des consonnes consécutives en général, et non 
des Jumelles en particulier? Nat beyng both of one sorte ? 
Comprenez-vous enfin ce que c'est que la geminata conso- 
«ans de Th. de Bèze (2)? Comprenez- vous que cette règle a 
existé, que Je ne l'ai pas tirée de mon imagination? Cette 
règle impossible, monstrueuse, absurde, sur laquelle vous 
demandez qu'on Juge tout mon livre; cette règle que j'avais 
posée pour le douzième siècle, la voilà encore dans un grammai- 
rien du commencement du seizième^ antérieur de soixante- 
quatre ans à Th. de Bèze! En vérité, quand J'aurais chargé 
06 bonhomme Jean Palsgrave de plaider ma cause, il u'eàt 
pu s'en acquitter mieux. Il a deviné, trois siècles d'avance , la 
chicane que me fait aujourd'hui l'École des chartes , et s'est 
donné la peine d'y répondre de manière à ne laisser aucune 
ressource à la mauvaise foi la plus subtile. Je mets son véné- 



(i) Tbe Frenche men in theyr pronunciatiou do cbefly i*egard and 
eover thre ibynges : to be armoiiioiis in theyr speliyng ; to be brefe and 
sodayne in sounding of theyr wordes, avoyding ail luaner of harsbnesseia 
theyr pronunciation ; and thirdly, to gyve every worde tbat they abyde 
Mid reste upon theyr most audible sounde 

And now touching ihe second point whiche i$ to be brefe, e/c. .. what 
eomonantes soever they write in any worde for the l^epyiigoftrewe ortho- 
graphie, yet so moche covyt they in reding or apekyng to hâve aU theyr 
▼owelles and diphthongues clerly herde, Ihat betweene two vowellts 
(whether they chaunce in one worde alone, or as one worde fortuneth to 
Iblowe after an other), they never sounde but one consonant at ones, in 
so moche tbat if two différent consonantes, ihat is to say, ira/ le^ng^ both 
oj one sorte corne togelher betweene two vowelles, they levefirst ofthem 
wuounded. Palsgratk. Introd, (non paginée). 

(a) Pour peu que mon critique eât été de bonne foi , aurait-il pu s'y 
tromper en lisant ce que Bèze écrit dix lignes plus loin de la prononcia- 
tion des Français, qu'elle est mullo consostantiuk concursu coitfragosa? 
D'où vient que ce leile que j'avais traduit , il a pris soin dans sa citation 
de récarter ? 

a8 



— 434 — 

rable texte aa bfti de la page, afin que monaieiir le ehar- 
trîer , grand éplucheur de textes, puine s'assurer si Je n'y ai 
pas fait quelque ÎDcroyable contre-seus, et si Je n*ai pas« ea- 
core cette fois, pris le contre- pied de la pensée , comme il dé- 
clare que c'est ma coutume habituelle. 

« Qu'il vienne à présent m'alléguer qu'à la fin du seiiiènw 
siècle on articulait, dans certains roots , les consonnes con* 
sécutives : que me fait cela? ce n'est point mon affaire; ou plu- 
tôt, si vraiment ce l'est, puisque j*ai dit que leseiiième siècle 
avait perdu la tradition de Tancien langage. Il ya chercher 
dans Pierre Fabri ou Lefebvre une phrase dont il prétend 
m'aecabler, en prouvant que, dès 1534, on prononçait des 
consonnes consécutives. — « Il est, dit Fabri, un barbare de 
rude langage à ouïr, qui s'appelle Cacephaion ou Clipsis (i), 
comme gros^ gris, gras^ grant et croc^ eric^ erac; et évangé- 
listes, stalle, stille.,, » Premièrement, il s'agit là d*un assem- 
blage cherché de cousonnances étranges ; et ensuite Fabri 
lui-même déclare ce langage barbare; donc ce n'est pas le lan- 
gage ordinaire. Les vieux grammairiens rangent ce Cacepha- 
ion parmi les figures de mots : quel rapport d'un trope ridi- 
cule avec la prononciation? G*est bien de rérudition perdue. 

— «Après avoir cité une règle qui n'a jamais existé, Tau- 
« teur en cite une autre qui n'a aucun rapport à la question. En 
1 effet, il s'agit de prouver qu'on n'a jamais prononcé deux 
«consonnes de suite; et M. Génin s'évertue à établir qu'au 
« seizième siècle on n'en prononçait pas trois , ce qui serait 
■ encore contestable. » 

« Il s'agit de prouver qu'on ne prononçait pas les consonnes 
consécutives; et après avoir montré qu'on n'en prononçait pas 
deux , je montre qu'on n'en prononçait pas trois. Si nous 
avions des groupes de quatre et de cinq consonnes , j'aurais 
eu à les examinera leur tour. C'est être, assurément, dans 
la question ; et il faut tout le parti pris de mon critique pour 
déclarer que cela n'y a nul rapport. 

ftÇà; mattre Jehan Palsgrave, avancez de nouveau; car 

(i) Apparemment il faut lire F.clipsis, Je cite d'après mon tdvenaire. 



- 436 — 

e'est vous, aufsi bien que moi, qui êtes en cause, tous qui, 
après avoir parié des doubles consonnes consécutives , avess 
aussi battu la campagne en parlant tout de suite des triples 
consonnes. Cette coïncidence est vraiment merveilleuse 1 mais 
la découverte si à propos de ce volume ne l'est pas moins. 
bon Paisgrave, sans vous j'étais perdu! FÉcole des cliartes 
me foudroyait 1... Je reprends la citation au dernier mot où 
je l'ai laissée : — « Et si trois consonnes sont rassemblées , 
«ils (les Français) en laissent toujours les deux premières 
«inarticulées, ne faisant, je le répète, aucune différence si 
« ces consonnes sont ainsi groupées toutes dans un seul mot, 
« ou réparties entre des mots qui se suivent ; car souvent leurs 
«roots se terminent par deux consonnes , à cause du retran- 
«chement de la dernière voyelle du mot latin : par exemple, 
« eorpit^ temps ^ etc. (i). • 

« Paisgrave ajoute que cette distinction entre les consonnes 
purement étymologiques qu'on éteint et celles qu'on doit faire 
sonner, est la grande difficulté pour les Anglais : hcUh semed 
unio us ofour nation a thyng ofso great difficuliy. 

« Monsieur mon contradicteur trouve-t-ii encore contestable 
cette proposition, qu'on ne prononçait, pas trois consonnes 
consécutives? 

« Quant à n'en prononcer qu'une sur deux, admettra-t-Û 
enfin cette monstruosité, qui lui a mis l'esprit à la torture? 
«Je me suis mis l'esprit à la torture pour m'expliquer com- 
« ment Th. de Bèze avait pu écrire une pareille règle, et en 
«quel sens il fallait Tentendre; car, de la prendre à la lettre, 
•je n'en voyais pas le moyen ! » J'espère qu'il en voit le 
moyen à cette heure? En général , il répète souvent : Je ne 
puis m'imagincTy je ne puis comprendre; il prend cela pour 
un argument irrésistible ! 

(i) Aod if the tbre consonantes corne together, they eTer levé two of the 
&ni unsounded, pulting bere, as I bave saiJ , no différence whether tbe 
consooaûles thus corne together in one woide aloue , or the wordes do 
folowe one anotber ; for many (y mes theyr wordes eude in two consonantes, 
bycause they take awaye the last vowell of the latine tong , as corps, temps, 

ÎD,, ièid, 
i8. 



« Vollà^comment ce fort Samson fait fléchir les elefe de 
voûte. Je le prie de recevoir mes remerclments : on principe 
fondamental , qui pour moi n*était pas doateax, mais qui peut- 
être pouvait le sembler à d'autres , croyant le renverser, Il 
m'a fourni Toccasion d'y revenir, et de le mettre, J*espère, 
au-dessus de toute contestation. 

« De toutes les prétentions, la plus' folle serait celle de plaire 
à tout le monde. ;Je ne vise pas si haut : je me contente de 
l'assentiment des meiWeurs }uges ^principibus placuisse viris. 
S'agit-il de l'érudition? Quels noms plus imposants que 
ceux de MM. Victor le Clerc , Naudet , Littré , Augustin 
Thierry ? Parlez-vous de cet heureux instinct , de ce génie de 
la langue qui éclate si vivement dans la Fontaine et dans 
Molière? Où le trouver plus complet et plus profond que dans 
notre Béranger ? Quels plus illustres suffrages serait-il pos- 
sible d'ambitionner? Et quand on les a réunis, est-on bien 
à plaindre d'avoir manqué celui de M. Guessard ? 

Et qu^importe à mes vers que Perrault les tdmire?» 



Telle fut en abrégé ma réponse au premier article de 
M. Guessard ; voici maintenant ma réponse au second : 

Le procès continue sur la geminata consonans de Th. de 
Bèze. Je suis obligé de défendre jusqu*au bout ma traduction, 
puisque M. Guessard fait dépendre de ce mot Testirae de tout 
mon ouvrage , et que j'ai accepté son défi. Au surplus, je 
vous dirai, en passant, que M. Guessard n'a pas son pareil 
pour trouver de ces alternatives. Son esprit net et concis aime 
à réduire toutes les questions à deux termes. Vous en verrez 
plus d'un exemple dans cette réponse. J'avais, dans la première, 
cru tirer autorité de quelques suffrages imposants, tels que 
ceux de MM. Augustin Thierry, Victor le Clerc, Naudet , Lit- 
tré, Béranger; mais me voilà bien loin de compte I M. Gues- 
sard exige, pourse rendre, « un arrêt en bonne forme,» signé de 
ces messieurs ; il dresse, le plus sérieusement du monde, un fo^ 
mulaire en trois articles, dont le dernier doit attester « qu'«n« 



— 4S7 — 

ieule des assertions de mon livre est restée debout , après 
Texamen que M. Guessard en a fait. » J*irai présenter ce for- 
molaire à la signature des illustres juges par moi invoqués; 
et si je ne le rapporte à M. Guessard , revêtu de toutes les 
formalités authentiques, je suis déclaré vaincu aux yeux da 
monde savant ( page 362 ). 

M. Guessard a bonne opinion des effets de sa dialectique; 
mais on ne voit pas où il prend le droit d'exiger des certifi- 
cats de ses erreurs. S'il n'y veut pas croire à moins , d'autres 
ne seront pas si difQciles. Ne nous dérangeons pas, et ne dé- 
rangeons personne, pour si peu. 

Geminata consonans^ voilà donc la grande énigme. Estce, 
nu sens le plus large, deux consonnes consécutives? ou bien, 
dans un sens beaucoup plus restreint , la même consonne re- 
doublée? Je défends la première interprétation, qui contient la 
seconde, puisque les consonnes redoublées sont consécutiyes; 
M. Guessard soutient la seconde, qui exclut la première. L'un 
de nous fait un contre-sens, mais lequel des deux? 

Avant tout , je dois reconnaître à M. Guessard un merveil- 
leux talent pour embrouiller les questions les plus nettes, dis- 
simuler les parties d'un texte qui lui nuisent, et mettre en 
relief, au contraire, celles qui paraissent le servir. Au nom 
de la logique, il assemble d'épais nuages; et puis, quand tout 
est noir partout, quand on n*y voit plus goutte, il s'écrie, du 
ton le plus naturel et le plus persuadé : Est-ce clair?... 
Est-ce encore clair?. . . Le pauvre lecteur serait bien tenté 
de lui répondre : Ma foi , non ! Mais tant d'assurance inti- 
mide; on se dit : Apparemment que c'est bien clair pour les 
gens au fait de la matière. Allons , accordons-lui ce point, et 
suivons. On avance, et il vous conduit de l'analogie dans 
l'amphibologie, de Tamphibologie dans la battologie, de la 
battologie dans la tautologie et la macrologie : de la macro- 
logie à la périssologie il n'y a qu*un pas; la périssologle 
mène infailliblement à l'acyrologie, qui produit la cacologie, 
d'où vous tombez dans la céphalalgie, et de la céphalalgie dans 
un profond sommeil, pendant lequel M. Guessard chante 
victoire tout à son aise ! 



— 438 — 

Voyons toutefois qui sera le plus habile , lui à condenser 
le brouillard , ou moi à le dissiper. 

J'ai aussi la prétention de m*appuyer sur la logique pour 
déterminer le sens de Texpression geminata consanans. Le 
passage où elle se trouve est complété, éclairci jusqu'à l'évi- 
dence par un autre passage voisin du premier. Il parait que 
M. Guessard n'avait pas aperçu ce second passage. Je le lui 
ai mis sous les yeux dans ma réponse, et pour cette fois j*08e 
affirmer qu'il Ta très- bien vu et en a compris la portée; car 
aa réplique n'en souffle mot. Il bat la campagne à côté. Puis- 
que cette partie de mon argumentation l'embarrasse , Je vais 
la reprendre. 

C'est à la page 9 que Th. de Bèze explique l'euphonie du 
parler français, par l'attention de ne prononcer nullam gtmi- 
natam consonanlem. 

A la page 10, il revient sur ce caractère général de notre 
langue (i). 

« La prononciation des Français, mobile et rapide comme 
« leur génie, ne se heurte Jamais an concours des consonnes, 
« ni ne s'attarde guère sur des voyelles longues. Une consonne 
« finit-elle un mot ? elle se lie à la voyelle initiale du mot 
« suivant , si bien qu'une phrase entière glisse comme un mot 
« unique. » 

Ces deux passages évidemment se rapportent à la même 
idée, et renferment le vrai sens de geminata consanans. U 
s'agit de les expliquer en les conciliant. 

J'ai fait observer que les consonnes Jumelles sont très-cou- 
lantes , et sont toujours placées au cœur des mots. J'ai de- 
mandé comment l'extinction de ces jumelles pouvait favoriser 
la liaison d'un mot à un autre. 



(i) Francorum enim ut ingénia valde mobilia sunt , ita quoque pro- 
nuntiatio celerrima est, nitilo consonantium concursu eonfragosa, pau- 
cisaimis longis syllabis reUrdata.... coiisonantibus (si dictionem aliquam 
terminarint) sic colisrentibus cum proximis vocibus a Tocaii indpienti- 
bus, ut intégra interdum sententia haud secus quant si unicum esset vocth 
bulum efferatur, (De recta lÀnguœ francicœ pronunt,) 



— 439 — 

Aa contraire 9 que les consonnes consécutives, autres que 
jumelles, sont très-dures, munissent ordinairement les extré* 
mités des mots, et, si on les veut articuler toutes, hérissent la 
phrase d*aspérités , et fout un obstacle considérable à la liai- 
son de ses éléments. 

M, Guessard veut qu*ii ne soit question que des consonnes 
Jumelles. Je Tai prié d'accorder son interprétation avec le 
texte complet , de m'apianir ces difilcultés. Il garde le si- 
lence. 

Examinons , ai-Je dit ensuite , la logique des idées de Bèze» 
et leur enchaînement, en prenant le sens de mon adversaire : 
le français est si antipathique à toute rudesse de prononcia* 
tion , qu*il n'articule Jamais les consonnes Jumelles ( gui sont 
irès^douces )\ mais il a grand soin d'articuler les autres con^ 
sécutives, comme sty sp { qui sont très-rudes )', d'où il ré^ 
suite que la prononciation des Français est pleine de mollesse» 
et que dans leur bouche une phrase entière glisse comme un 
seul mot. 

Profond silence de M. Guessard. 

Il se contente de dire, en termes vagues : • M. Génin sue 
« sang et eau à défendre un contre-sens. » (Page 367.) Non, 
je ne sue ni sang ni eau ; je cite en entier uo texte que vous 
aviez tronqué. Je vous dis d'un grand sang- froid que votre 
sens mène à l'absurde. Que me répondez-vous? 

Au lieu de me répondre, il cherche à opérer une diversion, 
et à me faire paraître dans la position fâcheuse où lui-même 
se sent arrêté. Voici comme il s'y prend : il va chercher un 
passage où Bèze avertit que et, à l'intérieur des mots, se pro- 
nonce entièrement. Ce sont là, dit M. Guessard, des conson* 
nés consécutives, ou Jamais ; donc elles n'étaient pas muettes. 
•— « Voilà cet illustre savant, qui pose une règle , qui en ex- 
«cepte quatre cas, ni plus ni moins, et qui, vingt pages plus 
« loin , dans un petit livre de quarante- deux feuillets seule- 
f ment, oublie sa règle et ses quatre exceptions, pour se 
« contredire lui-même, en m'apprenant que et se prononce en- 
« tièrement I .... Mais alors votre illustre savant n'est plus 
« qu'un illustre radoteur, ou bien c'est vous qui ne l'avex pas 



— 440 — 

« compris, et quf me le rendez tel. Il n*y a pas de mllieii entre 
« ces deux propositions , et le choix n'est pas douteux. Sortes 
« de là : je vous en défie bésolumbnt 1 . . . . >(Page 858.) 

M. Guessard prend toujours des tons incroyables pour les 
choses les plus simples du monde : Je vous endêfie résolument^ 
On dirait un paladin de Charlemagne 1 Résoltlment est su- 
perbe î Gomment n'être pas convaincu par résolument? 

Oui , Bèze remarque que h se prononce dans absent, ofr- 
sèques , objet ; que et sonne pleinement dans acte , actif, 
ajfeetion^ détracteur; que st, sp se prononcent quelquefois 
en double , et plus souvent en simple. Et puis , vous prétendez 
que c'est là un argument en votre faveur ? Vous n'y songez 
pas. Quelle est la règle générale, selon vous? Que les consé* 
cutives ne s'éteignaient jamais. Alors pourquoi Bèze relève- 
Ml des mots où elles ne s'éteignent pas ? Qu'y a-t-il lÀ d'ex* 
traordinaire ? Nous sommes dans la règle. Ah ! si la règle était 
ce que j'ai dit , de ne prononcer pas les consonnes consécu- 
tives , la remarque de Bèze serait toute naturelle ; mais ici , 
ce qu'il aurait fallu signaler , au contraire , ce seraient des 
mots où ces consécutives non jumelles se seraient éteintes, 
car c'est seulement alors que votre règle eût été violée. 

Voilà votre thèse , et voici la mienne , dans laquelle je ré- 
sume et concilie tout ce qu'a dit Th. de Bèze. 

Il est de règle, pour obtenir une prononciation molle et 
coulante, de ne point faire sentir deux consonnes consécu- 
tives. 

Nous en exceptons quatre cas de consonnes jumelles ; et,à 
Vintérieur des mots, et quelques autres, comme le h dans 
absent , objet, obsèques. 

Toute l'argumentation diffuse de M. Guessard repose sur 
ce que Bèze n'a point réuni sous sa règle tous les cas d'excep- 
tion , et n'a mentionné d'abord que les jumelles. Bèze ne peut 
avoir signalé plus loin d^autres exceptions , ou bien il se serait 
rendu coupable d'oubli de ses propres paroles , de contradic- 
tion, de radotage. Mais les gros mots ne prouvent rien, et 
nous avons déjà vu que le fort de M. Guessard est de poser des 
alternatives qui n'en sont pas, des dilemmes ouverts de toutes 



— 441 — 

parts. C*est alors que, dans la Joie de son cœur, il s'écrie: 
Sortez de là^je vous en défie résolument! 

Je l'ai dit et redit à satiété : au xvi^ siècle , ia tradition du 
langage primitif est considérablement altérée : on n'y peut 
plus recueillir que des vestiges et des débris. On avait oublié 
les anciennes règles du xii^ siècle. Les vieux mots restaient 
sous^ l'empire du vieil usage ; mais les roots nouveaux , qui 
s'introduisaient en foule, entraient avec la marque de l'usage 
nouveau. Les grammairiens se transmettaientencore l'ancienne 
règle ; mais ils étaient obligés d'y signaler des exceptions à cha- 
que pas. Leur procédé, à cet égard , est empirique. Tel mot se 
dit ainsi. — Pourquoi ? — Il se dit ainsi ; n'en demandez pas 
davantage. — Mais cela semble contredire une règle que vous 
venez de poser. — Que voulez-vous que je vous dise ? Je suis le 
greffier de Tusage. 

En voici un pourtant qui a mis un pied hors de ce cercle 
étroit; c'est Jacques Dubois (d'Amiens),qai, sous le nom deSyl- 
vius, imprimait sa Grammaire chez Robert Estienne en 1581. 
Il avertit que « s devant t et quelques autres consonnes se pro- 
« nonce rarement en plein dans le corps des mots ; on l'obscurcit 
«ou ia supprime, pour la rapidité du langage.» Et, tout de 
suite , il cite des mots exceptionnels où si sonne en plein : 
domestique, fantastique y organiste, évangéliste , etc.; 
« probablement, ajoute-t-il, parce que ces mots ont été depuis 
« peu puisés par les doctes aux sources grecques et latines (i). » 



(x) « s anle t et alias quasdam consooantes in média dictione raro ad 
pleoum sed tantum teouiter sonamiis , et pronuntiaodo vel elidimus Tel 
obscuramusy ad sermoni» brevitatem . . . . Quem (sibilum) io quibiisdam 
perfecte cum Graecis et Latinis senramus , ut domestiqtte , phantastique , 
iehalastique, . . . etc., forte quod h»c haiid ita pridem a doctis in usum 
Gallorum ex fonte vel grœco vel latino invecta sunl. » (Sylvius, p. 7.) 

Pendant que je tiens Sylvius , je ne le laisserai point aller sans en tirer 
un autre témoignage. J'ai mis en principe que la consonne finale d*un mot 
était muette, et se réservait à sonner sur la voyelle initiale du root suivant. 
(Des Var., p. 41.) C*était la conséquence rigoureuse de la règle des con- 
sonnes consécutives. M. Guessard , qui a nié It première règle , nie égale- 



— 442 — 

Voilà la raison bien simple de ces exceptions. Si Th. de Bèse 
ne la donne pas , Sylvlus supplée à Th. de Bè