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Full text of "Lexique de Ronsard, précédé d'une étude sur son vocabulaire, son orthographe et sa syntaxe ... et d'une préf. par Petit de Julleville"

LEXIQ.UE DE RONSARD 



PARIS. TYP. DE E. PLON, NOURRIT ET C'% RUE CARANCIÈRE, 8. 



T^ 



VGi 



LEXIQUE ■ 

DE RONSARD 

PRÉCÉDÉ d'une 

Étude sur son vocabulaire, son orthographe 
et sa syntaxe 

PAR 

L. MELLERIO 

Ancien élève de l'École normale supérieure 
Professeur agrégé au lycée Janson de Sailly 

ET d'une préface PAR M. PETIT DE JULLEVILLE 




PARIS 

LIBRAIRIE PLON 
E. PLON, NOURRIT et C'% IMPRIMEURS-ÉDITEURS (>\ 



-5 



1 



Rue Garancière, lo Cl 

u 



MDCCCXGV 




VQ 



PREFACE 



Il faut remercier M. Mellerio du service 
qu'il rend à l'histoire de la langue et de la 
poésie française en publiant cette étude sur 
le style et le vocabulaire de Ronsard. Grâce à 
lui, nous allons pouvoir enfin juger sur pièces 
un procès qui est resté pendant depuis trois 
siècles. 

C'est surtout en grammaire qu'un préjugé 
régnant est difficile à ébranler. Montaigne 
avait dit de son style : « Que le gascon y 
aille, si le français ne peut. » On l'a cru sur 
parole, et Victor Cousin, qui toutefois avait 
dû lire Montaigne, écrivait : « Le style de 
Montaigne, piquant mélange de gascon, etc. )> 
Nous savons aujourd'hui combien il y a de 
mots gascons dans Montaigne. Sept. Il suffisait 
de les compter. C'est toujours là qu'il en faut 
venir; ou plutôt c'est par là qu'il faudrait 
commencer; mais on aime mieux disserter 
d'abord. 

Boileau, qui probablement n'avait pas lu 
Ronsard, car on cessa de le lire juste à l'épo- 
que où Boileau apprenait ses lettres; Boileau 



viij Préface. 

ayant dit de Ronsard que s.7 muse en françïn 
p.irlait grec et latin, tout le monde l'a cru et l'a 
répété. Cependant Ronsard lui-même sem- 
blait avoir pris soin de mettre en garde la 
postérité contre cette injuste sentence. Il disait 
dans son Artpoétiqae, dans les deux Préfaces de 
la Francia.ie : « C est un crime de lèse-majesté 
d'abandonner le langage de son pays, vivant et 
florissant, pour aller déterrer je ne sais quelle 
cendre des Anciens... Tu ne rejetteras point 
les vieux mots de nos romans... C'est sottise 
de tirer des Romains une infinité de vocables, 
vu qu'il y en avait d'aussi bons dans notre 
propre langue. » De telles déclarations ne 
conviennent guère à un auteur qui parlait 
grec et latin en français. Mais Boileau s'est 
trompé, peut-être. Depuis trente ans déjà, on 
le soupçonnait d'erreur; pour l'en convaincre 
aujourd'hui, M. Mellerio nous apporte un 
lexique de Ronsard. 

Les résultats de son enquête sont ici très 
clairement exposés; s'ils ne justifient pas tout 
à fait l'opinion de ceux qui, par une réaction 
naturelle, allaient jusqu'à dire qu'il n'y a m 
grec ni latin, dans Ronsard, ils abrogent défi- 
nitivement Tarrêtde Boileau, vraiment injuste 
et excessif. Mettons à part les noms propres; 
les adjectifs tirés des noms propres ; les termes 
techniques, employés comme tels, sans inten- 
tion de les faire entrer dans le vocabulaire 
commun; il reste dans Ronsard une douzaine 
de mots grecs; le double de mots latins; au- 
tant de vieux mots français ; quelques vocables 
italiens et espagnols, dont pas un seul, peut- 



Préface. ix 

être, n'a été introduit par lui; des termes de 
vénerie, nombreux pour désigner avec préci- 
sion les choses de la vénerie; rares dans l'em- 
ploi métaphorique. Il a créé, par une dériva- 
tion facile, une trentaine de verbes; il a créé 
surtout des adjectifs (en eux, en in, en art) ; 
environ vingt-cinq de ces diminutifs qui plai- 
saient au goût de son temps; enfin une cen- 
taine de ces fameux adjectifs composés (tels 
que porte-ciel, rase-terre, tue-lions), faits de deux 
mots français, par un procédé bien français, 
mais dont il a un peu abusé, créant par ce 
moyen des adjectifs épithètes, tandis que la 
langue aime à les employer plutôt comme 
substantifs. Tels sont les éléments particuliers 
de la langue de Ronsard. Le reste est fran- 
çais, pur français de Paris et de son temps. 
Encore peut-on dire que parmi ces mots qui 
étonnent par leur figure insolite, plusieurs 
probablement n'appartiennent pas plus à Ron- 
sard qu'à ses contemporains. On les trouve 
chez lui; une recherche attentive les ferait 
rencontrer ailleurs. Tout le monde sait qu'il 
est téméraire d'affirmer qu'un mot n'est qu'à 
un auteur. 

Le lexique de M. Mellerio nous aidera, je 
l'espère, à faire rendre enfin justice à Ronsard, 
ce très grand poète, trop exalté, sans doute, 
par ses contemporains enthousiastes, qui l'ont 
mis d'abord au-dessus d'Homère, au-dessus 
de tout; mais ensuite indignement trahi, 
presque au lendemain de sa mort, par le plus 
extraordinaire des revirements d'opinion dont 
fasse mention l'histoire littéraire. Après trois 



X Préface. 

siècles, il est vraiment temps que sa mémoire 
trouve enfin le repos dans la gloire mesurée 
qui lui est due. Il a eu quelques parties d'un 
poète de premier ordre; une magnifique ima- 
gination; un don très singulier de faire jaillir 
des choses, même les plus humbles, ce qu'elles 
renferment de poésie. Mais, quoi qu'en ait dit 
Boileau, ce qu'il y a eu de plus précieux chez 
lui et de plus étonnant, c'est sa langue, dont 
rien ne surpasse la richesse, la variété, la 
souplesse, la force, et quelquefois la préci- 
sion. C'est bien lui qui a dénoué le rythme du 
vers français; et nos grands poètes classiques, 
Molière aussi bien que Corneille, et Racine 
autant que Boileau lui-même, sont, sans le 
savoir, ses disciples et ses héritiers. Sans 
doute, leur style est à eux ; et, après Ronsard, 
ils ont, pour ainsi dire, remis le vers français 
à la forge; mais le métal dont ils l'ont forgé 
leur vient de Ronsard, à qui reste l'honneur 
d'avoir cré en français la langue poétique. 



Petit de Julleville. 







ÉTUDE SUR RONSARD 



JONSARD est certainement le poète 
li WlM> envers lequel longtemps la postérité 
J^4 s'est montrée le plus injuste. De 
^^^ 1^50 à 1^8^ il Jouit sur la litté- 
rature et la poésie d'une souveraineté abso- 
lue qui ne souffrit ni adversaires ni rivaux. 
Ses contemporains accueillirent avec un en- 
thousiasme sans bornes ce poète si plein de 
l'antiquité dont ils étaient eux-mêmes si 
épris. Tout le seizième siècle subit son in- 
fluence et vit en lui, selon l'expression d'un 
de ses panégyristes, le Génie et Foracle de la 
poésie française. Et, pendant près de cinquante 
ans, le Phœbus des Français, V Apollon de la 
Source des Muscs exerça sur le goût de ses con- 
temporains une autorité presque sans conteste. 
Il semblait qu'il n'y eût pas d'honneurs assez 
éclatants, de distinctions assez rares pour 
glorifier son génie. 

Comblé de faveurs par les plus grands 
princes de son siècle, il recevait du Pape des 
félicitations publiques ; les poètes étrangers 
venaient lui demander des avis et soumettre 



xij ÉTUDE SUR Ronsard. 

leurs œuvres à son approbation {Le Tasse, par 
exemple, pour S2l Jérusalem dciurcc); ses poésies 
étaient lues publiquement et commentées dans 
les écoles de France, d'Angleterre, de Pologne 
et même d'Allemagne. Bien plus, cet enthou- 
siasme pour notre poète donnait naissance au 
dicton : Donner un souffleta Ronsard, exprimant 
métaphoriquement l'idée de « faire une faute 
contre la pureté du langage». 

On pourrait former un volume des éloges 
qu'il reçut de son vivant, des oraisons funè- 
bres et des épitaphes qu'on lui consacra après 
sa mort. 

Ronsard devait payer cher cette faveur ex- 
traordinaire et presque sans précédent : vingt- 
cinq ans après sa mort il était oublié. Sous 
Louis XIII il a encore quelques partisans 
attardés, quelques admirateurs enthousiastes : 
ce sont surtout des universitaires, des mem- 
bres des parlements de province, enfin quel- 
ques gentilshommes campagnards, qui par 
suite de leurs études ou de leur tour d'esprit, 
de leurs fonctions ou de leur éloignement de 
la capitale, ou de leur répugnance à suivre la 
mode, étaient restés à l'écart du mouvement, 
et, ne voulant pas brûler ce qu'ils avaient 
longtemps adoré, se refusaient à humilier 
Ronsard devant Malherbe. C'est à la piété de 
ces partisans attardés du poète vendômois, 
que l'on doit attribuer ses deux éditions pos- 
thumes de 1609 (un volume in-folio) et de 
1623 (deux volumes in-folio); elles furent 
comme une tentative de réaction contre la 
réaction antironsardiste de Malherbe. 



ÉTUDE SUR Ronsard. xiij 

Mais cette tentative échoua : car si la der- 
nière moitié du seizième siècle procède de 
l'école de Ronsard et suit les théories poé- 
tiques de la Pléiade, les premières années du 
dix-septième siècle marquent le terme de cet 
engouement, et dès 162^ la nouvelle École 
poétique, l'École de Malherbe, s'est emparée 
du Parnasse français. 

Dès lors, pour la majorité, Ronsard est bien 

Le poète orgueilleux, trébuché de si haut, 

dont parle Boileau. Il a attaché son nom à 
une entreprise hardie, il est vrai, mais cou- 
verte de ridicule, parce qu'elle n'a pas été 
comprise, et pour laquelle on a inventé les 
mots Ronsardiscr, Ronsardisme et Ronsardiste. 

Pourquoi cette réaction s'est-elle faite ? On 
l'a attribuée à Malherbe ; c'est un tort. Mal- 
herbe ne l'a pas faite ; il l'a plutôt enregistrée ' ; 
il a été l'homme de la situation, sans pour cela 
l'avoir provoquée. 

Quelles en furent alors les causes.? On 
peut, ce me semble, en signaler deux : la pre- 
mière, le besoin de réaction naturel aux 
hommes après un mouvement d'enthousiasme ; 
la seconde, les excès de certains disciples ou 
imitateurs maladroits de la Pléiade (du Bartas 
par exemple), qui, par recherche de l'origina- 
lité, n'hésitaient pas à violenter la langue et 
le génie français. 

I. V. à ce sujet la thèse de M. F. Brunot sur Malherbe, 
et l'article de M. Brunetière {Revue des Deux Mondes du 
1 5 décembre 1892). 



xiv ÉTUDE SUR Ronsard. 

Qiioi qu'il en soit, du jour où Malherbe, 
dans un accès d'humeur, biffa vers par vers 
les œuvres du Cygne vcniomois, Ronsard fut 
condamné à l'oubli au point que cent ans plus 
tard, en 171 '), un écrivain pouvait dire: 
« Personne n'oserait se vanter de posséder un 
Ronsard, et encore moins de l'avoir lu. » 
(La Monnaye, Mcnagiana.) 

Mais déjà dès le dix-septième siècle, on ne 
parle plus guère de lui que pour rappeler l'in- 
succès de sa tentative. Le poète que le cardi- 
nal du Perron appelait le « grand ornement 
des Mu?es et de la France » inspire à Boileau 
les vers injustes que l'on connaît : Ronsard, 
dit-il, 

Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sa mode 
Et toutefois longtemps eut un heureux destin. 
Mais sa Muse, en français parlant grec et latin, 
vit, dans l'âge suivant, par un retour grotesque, 
Tomber de ses grands mots le faste pédantesque. 
Ce poète orgueilleu.x, trébuché de si haut, 
Rendit plus retenus Desportes et Bertaut. 

{Art poétique, 1 24 et suiv.) 

Quelques années après, François Gacon 
(1667-172^), poète satirique aujourd'hui ou- 
blié, qui, peut-être pas plus que Boileau, 
n'avait lu Ronsard, lui fait le même reproche 
à peu près dans les mêmes termes : 

Le célèbre Pierre Ronsard 

Avec tout le génie et l'art 

Qu'il faut pour faire un grand poète, 

Que si SCS vers n'ont eu qu'un très faible destin, 

C'est qu'il a très souvent besoin d'un interprète. 

Et qu'il parle français moins que grec et latin. 



ÉTUDE SUR Ronsard. xv 

Notre siècle a eu le mérite d'appeler de 
nouveau l'attention sur ce poète qu'on ne 
connaissait plus guère que de nom ou par le 
jugement de Boileau. Mais malgré la brillante 
et solide étude de Sainte-Beuve sur Ronsard, 
malgré les éditions de M. Blanchemain, de 
M. Becq^ de Fouquières, etc., malgré les 
travaux plus récents sur le seizième siècle, il 
semble que le jugement de Boileau soit resté 
sans appel. Pour ne citer qu'un exemple, le 
grand Dictionnaire de Larousse, imprimé en 
1866, reproduit, en la développant, la sévère 
condamnation de Ronsard prononcée par 
Boileau. Après avoir cité le célèbre passage 
de Joachim du Bellay : « Là donques, Fran- 
« cois, marchez courageusement vers cette 
a superbe cité romaine, et des serves dé- 
« pouilles d'elle, comme vous avez fait plus 
« d'une fois, ornez vos temples et vos au- 
« tels... Pillez-moi sans conscience les sacrés 
« trésors de ce temple delphique... » l'auteur 
du Dictionnaire ajoute : « On sait si Ronsard, 
a à qui Boileau plus tard reprochait d'avoir 
« parlé grec et latin en français, suivit ces 
a conseils qu'il avait donnés... Ses odes dites 
« pindariqaes, d'une tournure laborieuse et sa- 
<t vante, divisées en strophes, antistrophes et 
« épodes, à la mode grecque, hérissées de néolo- 
(I gismes helléniques et d'une enflure extraordi- 
« naire, pèchent par la complication et l'obs- 
« curité. » 

En admettant même que ces assertions fus- 
sent vraies pour quelques odes pindariques 
(ce qui est encore fort contestable), elles se- 



xvj ÉTUDE SUR Ronsard. 

raient fausses pour la majeure partie des 
œuvres de Ronsard, par exemple les Amours, 
le Bocage Royal, les Élégies, les Discours et bien 
d'autres. 

Il sera donc intéressant de voir, par la suite 
de cette étude, si Ronsard mérite vraiment ces 
reproches sous lesquels on l'accable, s'il a 
réellement hérissé ses poésies de néologismcs hel- 
léniques ou de mots latins; mais il n'en faut pas 
moins constater que les écrits du poète vendô- 
mois sont encore sous le coup de ces injustes 
préventions; et ce qui peut contribuer à le 
prouver, c'est la persistance des mots Ronsar- 
disme, Ronsardiser et Ronsardiste, dont les écri- 
vains de notre siècle ont fait assez souvent 
usage. 

On le voit, la condamnation prononcée 
contre lui semble être sans appel, malgré les 
efforts d'illustres avocats ; l'on peut tenter 
cependant, quoi qu'il en soit, d'établir d'une 
façon certaine et pour ainsi dire mathéma- 
tique que Ronsard n'a jamais en français parlé 
grec et latin : ce que démontrera l'examen 
des théories de Ronsard, de son vocabulaire, 
de son orthographe et de sa syntaxe. 



ÉTUDE SUR Ronsard. xvij 



THÉORIES DE RONSARD 

SUR LA LANGUE. 

Et d'abord, quelle est l'origine de cette 
erreur? Elle semble avoir eu pour principe 
quelques dithyrambes écrits dans une langue 
barbare en effet, que l'on a longtemps attri- 
bués à Ronsard et qui ne sont pas de lui. On 
a souvent cité, pour s'en faire une arme contre 
lui, cette pièce récitée : A la pompe du bouc de 
Jodelle (i ^ ^2), dont le refrain bizarre est : 

lach, iach, Evoé, 
Evoé, iach, iach, 

et où on lit des vers tels que ceux-ci, adressés 
au dieu Bacchus : 

Cuisse-né, Archète, Hyménien, 
Bassare, Roy, Rustique, Eubolien, 
Nyctélien, Trigone, Solit?re, 
Vengeur, Manie, Germe des Dieux et Père, 
Nomien, Double, Hospitalier, 
Beaucoup-forme, Premier, Dernier, 
Lenéan,.Pûrtesceptre, Grandime, 
Lysien, Baleur, Bonime, 
Nourri-vigne, Aime-pampre, Enfant, 
Gange te vit triomphant... 

(Éd. Blanchemin, t. VI, 385.) 

Claude Binet (Vie de Ronsard), qui, en sa 
qualité de contemporain, devait être bien in- 
formé, rapporte que ces dithyrambes sont de 
Bertrand Bergier de Montembeuf; c'est à tort 
qu'on les a rangés dans les œuvres du poète 

Lex. Ronsard, b 



xviij ÉTUDE SUR Ronsard. 

vendômois. On en a profité pour Faccuser 
d'avoir voulu asservir notre langue au grec et 
au latin, et, pour justifier cette assertion, on 
a faussé le sens de quelques-uns de ses vers. 
Quand il s'écrie : 

Ah ! que je suis marry que la Muse françoise 
Ne peut dire ces mots comme fait la Grégeoise, 
Ocymore, Dispotme, Oligochronien... 

{^Tombeau de Marguerite de France, t. VII, p. 178.) 

ce n'est pas un regret qu'il exprime, à vrai 
dire : il constate l'impossibilité de parler 
grec en français. Il ne s'aveugle pas sur la 
valeur de ces mots, que l'on a si souvent 
cités pour le condamner; dans l'édition de 
1575 on lit cette note de Ronsard : « Ces mots 
« grecs seront trouvez fort nouveaux, mais 
« d'autant que nostre langue ne pouvoit ex- 
« primer ma conception, j'ay esté forcé d'en 
a user, qui signifient une vie de petite durée. » 

(VII, p. 178.) 

Mais, dit-on souvent, si l'on accuse Ron- 
sard d'avoir en français parlé grec et latin, l'ac- 
cusation peut paraître fondée, puisqu'elle 
repose sur un aveu fait par Ronsard lui- 
même : 

Les François qui mes vers liront, 

S'ils ne sont et Grecs et Romains, 

En lieu de ce livre ils n'auront 

Qu'un pesant faix entre les mains. (lil, p. 2J2.) 

Il suffit, pour s'entendre, de prendre au 
figuré ces vers qu'on a pris trop longtemps à 
la lettre. Loin d'avouer qu'il parle grec et 
latin en français, Ronsard, dans ces quatre 



ÉTUDE SUR Ronsard. xix 

vers, fait allusion, non pas à la langue qu'il 
parle et qui est parfaitement française, mais 
aux idées qui sont développées dans sa poésie, 
et encore plus aux faits qu'elle rappelle et 
aux allusions qu'elle renferme. Il déclare qu'on 
ne pourra comprendre ses vers que si l'on 
connaît à fond les littératures et la mytholo- 
gie anciennes. Il écrit en français, mais il 
pense en grec et en latin; et en cela, il est 
Dien de son siècle. 

On l'accuse d'avoir préféré les langues an- 
ciennes à la langue maternelle; il faudrait 
plutôt lui savoir gré de son amour pour le 
français. C'est lui, ne l'oublions pas, qui, 
dans la préface de la Franciade, écrit contre 
les « latineurs et grécaniseurs » de son temps 
ces lignes pleines de sens : 

« Je te conseille d'apprendre diligemment 
« la langue grecque et latine, voire italienne 
« et espagnole : puis, quand tu les sçauras 
« parfaitement; te retirer en ton enseigne comme 
« un bon soldat, et composer en ta langue matcr- 
« nelle... Car c'est un crime de lèze majesté 
« d'abandonner le langage de son pays vivant et 
« florissant pour vouloir déterrer je ne scay 
« quelle cendre des anciens... » (III, p. 3^.) 

Ainsi le chef de la révolution poétique au 
seizième siècle a combattu pour l'indépen- 
dance et l'intégrité de la langue maternelle, 
et comme le dit le manifeste de la Pléiade, 
pour sa défense et son illustration. 

Il faut avouer cependant qu'il tenta de la 
modifier, et voulut créer pour la poésie une 
langue plus noble, plus riche, plus exprès- 



XX ÉTUDE SUR Ronsard. 

sive que la prose. Mais loin d'emprunter ex- 
clusivement, comme on l'a dit à tort, des mots 
au grec et au latin, c'est surtout en puisant à 
ses sources nationales qu'il entend enrichir 
notre langue. 

Il encourage le poète à connaître les dialec- 
tes provinciaux, et à ne pas craindre d'y re- 
courir pour compléter et enrichir son vocabu- 
laire : « Je te conseille d'user indifféremment 
« de tous les dialectes... », dit-il dans la pré- 
face de sa Franciade; et, dans son Art pocticjuc, 
il développe la même idée qu'il serait peut- 
être imprudent d'approuver sans réserves : 
« Tu sçauras dextrement choisir et approprier à 
« ton œuvre les mots plus significatifs des dialectes 
<i de nostre France, quand mesmement tu n'en 
« auras point de si bons ny si propres en ta 
« nation ; et ne te faut soucier si les vocables 
« sont Gascons, Poictevins, Normans, Man- 
te ceaux, Lionnois, ou d'autres pais, pourveu 
« qu'ils soient bons et que proprement ils si- 
« gnifient ce que tu veux dire. » 

Ces idées du maître, furent reprises par 
l'un de ses adorateurs^, \'auquelin de la Fres- 
naye, qui, dans son Art poétique, s'exprime à 
peu près dans les mêmes termes : 

L'idiome Norman, l'Angevin, le Manceau, 
Le François, le Picard, le poli Tourangeau 
Apprcns, comme les mots de tous ars mécaniques, 
Pour en orner après tes phrases poétiques... 

(VAU(iUELiN DE LA Fresnaye, Art poétiquc, 
t. I, p. 12 et 13.) 

Ronsard va plus loin encore. Comme plus 
I . Le mot est de Vauquclin. 



ÉTUDE SUR Ronsard. xxj 

tard devaient le tenter Fénelon et La Bruyère, 
il veut faire revivre les mots expressifs du 
vieux français qui tombent ou déjà sont tom- 
bés en désuétude : « Tu ne rejetteras point 
« les vieux mots de nos romans, dit-il dans 
« son Art poétique, ains les choisiras avec 
« meure et prudente élection. » Si nous reve- 
nons à la préface de la Fnxnciade, où Ron- 
sard a exposé la plus grande partie de ses 
théories poétiques, nous trouvons encore ce 
passage significatif : « Je t'adverti de ne faire 
« conscience de remettre en usage les antiques 
« vocables et principalement ceux du langage 
« wallon et picard, lequel nous reste par tant 
a de siècles, l'exemple naïf de la langue française, 
« j'enten de celle qui eut cours après que la 
« latine n'eut plus d'usage en nostre Gaule, 
« et choisir les mots les plus pregnans et significa- 
« tifs non seulement dudit langage, mais de 
« toutes les provinces de France pour servir 
« à la poésie lors que tu en auras besoin... » 
Ronsard recommandait encore (et après lui, 
Vauquelin de la Fresnaye reprit cette idée) 
l'emploi des termes de métier, de vénerie, d'agri- 
culture, etc. : « Tu praticqucras bien souvent 
« les artisans de tous mestiers, comme de Ma- 
« rine, Vénerie, Fauconnerie, et principale- 
ce ment les artisans de feu, Orfèvres, Fon- 
« deurs, Mareschaux, Minerailliers; et de là 
« tireras maintes belles et vives comparaisons 
« avecques les noms propres des mestiers pour 
« enrichir ton œuvre et le rendre plus agréa- 
« ble et plus parfait... » 

{Art poétique, t. VII, p. 321.) 



xxij ÉTUDE SUR Ronsard. 

On le voit, la langue que Ronsard rêvait 
de créer pour la poésie était une langue arti- 
ficielle de formation, mais française dans ses 
éléments. Loin d'être latineur ou grccanizeiir, à 
cette époque où maint écrivain despame Li ver- 
bocination latiale\ Ronsard défendit toujours 
avec un soin jaloux l'intégrité de notre langue. 

Et à ce propos, d'Aubigné raconte que Ron- 
sard disait à ses disciples : « Mes enfants, 
« delTendez votre mère de ceulx qui veulent 
« faire servante une damoyselle de bonne 
K maison. Il y a des vocables qui sont fran- 
« cois naturels, qui sentent le vieux, mais le 
« libre françois comme doiigé, tenue, empour, 
« dorne,. haugcr, bouger et autres de telle sorte. 
« Je -vous recommande par testament que vous 
« ne laissiez point perdre ces vieux termes, 
« que vous les employiez et deffendiez hardi- 
« ment contre des maraux qui ne tiennent pas 
« élégant ce qui n'est point escorché du latin 
« et de l'italien et qui aiment mieux dire 
« colimdcr, conîcmner, bixsonncr, que louer, nm- 
<i priser, blasmer : tout cela est pour l'escholier 
'( limousin. Voilà les propres termes de Ron- 
^' sard. » {Tragiques : avertissement.) 

Ainsi non seulement il ne cherchait pas à 
parler grec et latin en français, mais encore 
il recommandait de ne point écorclicr le latin, 
« comme nos devanciersqui ont trop sottement 
« tiré des Romains une infinité de vocables 
« estrangers, veu qu'il y en avoit d'aussi bons 
« dans nostre propre langue ». 

I. Expression de Rabelais. 



.ÉTUDE SUR Ronsard. xxiij 

En effet, si l'on examine les quatre-vingt- 
dix ou cent mille vers que Ronsard a compo- 
sés, on est frappé du petit nombre de mots 
étrangers qu'il a admis dans ses œuvres. La 
langue est presque toujours pure et puisée à 
la bonne source française. 

Est-ce à dire que Ronsard se soit abstenu 
de toute innovation dans la langue.'' Non : il a 
créé quelques mots nouveaux, surtout des 
dérivés ou des composés; et c'est en lui prê- 
tant à tort des innovations dont il n'était pas 
coupable que ses contemporains et ses succes- 
seurs l'ont exposé aux critiques qui l'accablent 
depuis près de trois siècles. 

Ronsard autorise la création de mots nou- 
veaux : « Je te veulx bien encourager de 
« prendre la sage hardiesse d'inventer des 
« vocables nouveaux », dit-il, mais il ajoute 
aussitôt cette restriction qui atténue son audace 
et manifeste une fois de plus sa préoccupation 
■constante de ne pas forcer le génie de notre 
langue : « pourveu qu'ils soient moulez et 
« façonnez sur un patron desjà receu du peu- 
« pie... » {Franciade, préface, t. III, p. 32.) 
Et il en donne la raison : « Il est fort difficile 
« d'escrire bien en notre langue, si elle n'est 
«. enrichie autrement qu'elle n'est pourlepré- 
<( sent de mots et de diverses manières de 
« parler... )> 

Quelquefois même il prêche d'exemple, et, 
pour faciliter la besogne aux auteurs qui, dit- 
il, « sçavent bien à quoy s'en tenir » sur la 
difficulté d'écrire en français, il leur conseille 
ce qu'il appelle le provignenient, c'est-à-dire la 



xxiv Etude sur Ronsard. 

formation de dérivés d'un usage commode, 
tirés de mots qui tombent en désuétude. 
« Si les vieux mots i\bolis par l'usage ont 
« laissé quelque rejetton, comme les branches 
« des arbres couppez se rajeunissent de nou- 
« veaux drageons, tu le pourras provigncr, 
« amender et cultiver, afin qu'il se repeuple 
« de nouveau : exemple de lobbe qui est un 
« vieil mot françois qui signifie mocquerie et 
« raillerie. Tu pourras faire sur le nom le 
« verbe lobbcr, qui signifiera mocquer et gau- 
« dir, et mille autres de telle façon. » {Art 
poétique.) 

Le malheur pour Ronsard est qu'il ne s'en 
tint pas là : il crut que l'on pouvait former 
en français des mots composés à la façon des 
Grecs et des Latins : ajoutons, pour sa dé- 
charge, qu'il les formait exclusivement d'élé- 
ments français, ce qu'on oublie généralement 
d'ajouter. « Ta composeras, dit-il, hardiment 
« des mots à l'imitation des Grecs et Latins, pour- 
ce veu qu'ils soient gracieux et plaisans à Tau- 
« reille, et n'auras soucy de ce que le vulgaire 
« dira detoy...» [Art pocti(]ue, t. III, p. ^53^.) 

Il est vrai de dire qu'il n'usa de la permis- 
sion qu'avec mesure; mais il a suffi de quel- 
ques mots bizarres formés par lui pour lui 
assurer une réputation de barbarie qu'il ne 
méritait certes pas : c'est ce que prouve l'étude 
de son vocabulaire et de ses éléments consti- 
tutifs. 



ÉTUDE SUR Ronsard. xxv 



VOCABULAIRE DE RONSARD 

Il faut distinguer dans le vocabulaire de 
Ronsard deux parties : l'une lui est commune 
avec ses contemporains, et tout travail d'en- 
semble sur la langue du seizième siècle peut 
en rendre compte; l'autre est plus originale, 
elle est son œuvre, sa création propre : celle- 
ci seule nous intéresse. 

Les études que Ronsard fit sous la direction 
du savant Daurat au collège de Coqueret 
eurent la plus grande influence sur le déve- 
loppement de son génie : on peut dire qu'il en 
est sorti tout entier. Ronsard, dit un de ses 
biographes, « demeurait sur ses livres jusqu'à 
deux ou trois heures du matin, et en se cou- 
chant, réveillait Baïf (ils habitaient la même 
chambre), qui se levait aussitôt et ne laissait 
pas refroidir la place ». Cette fièvre de tra- 
vail, cet enthousiasme pour l'antiquité que la 
Renaissance inspirait à tous les esprits culti- 
vés d'alors, et qui dévoraient notre poète, 
l'entraînaient, le jour, dans les bibliothèques 
publiques et privées. S'assimilant toutes les 
œuvres des anciens, il en tira la « substanti- 
fique moelle « qu'elles contenaient; il s'ap- 
propria ainsi bientôt leur langue, leurs idées, 
leur tour d'esprit même; et dès qu'il entreprit 
d'écrire, il écrivit comme un ancien eût écrit. 
Les idées, les souvenirs de la Grèce et de 
Rome inondèrent sa poésie ; il y versa comme 



XXVJ ÉTUDE SUR RONSARD, 

à plaisir les trésors d'une érudition peut-être 
indigeste; et certaines pages de ses œuvres 
sont inintelligibles ou peu s'en faut, sans le 
secours d'un dictionnaire d'histoire ou de 
mythologie : les dieux, les héros des légendes 
viennent à tour de rôle défiler devant les 
yeux du lecteur et défier sa sagacité. Il n'y a 
pas un sentiment, pas une idée qui ne prenne 
comme d'elle-même, en ses écrits, la forme 
d'une fable ou d'une allégorie mythologique; 
la forme même est souvent purement grecque. 

La langue s'en ressent parfois, il est vrai ; 
mais les emprunts que Ronsard a faits au 
grec et au latin sont beaucoup plus rares 
qu'on n'a dit. 

D'ailleurs, sans parler de tout son vocabu- 
laire mythologique qui est le même (ou peu 
s'en faut) que le notre, les quelques mots 
nouveaux qu'il a tirés du grec et du latin 
peuvent être rangés en trois catégories. Ce 
sont : 

i" Des noms propres; 

1" Des termes techniques qu'il a employés 
comme tels sans chercher à les franciser; 

3» Des mots (substantifs, adjectifs ou ver- 
bes), qui sont en très petit nombre et qui 
d'ailleurs presque tous sont restes dans notre 
langue. 

Four s'en assurer, il suffit d'entrer dans le 
détail et de décomposer pour ainsi dire le vo- 
cabulaire de Ronsard en ses principaux élé- 
ments constitutifs : l'on verra ainsi tour à tour 
ce qu'il doit au grec et au latin, à l'espagnol 
ou à l'italien, au vieux français ou aux dia- 



Etude sur Ronsard. xxvij 

lectes provinciaux, aux métiers, et enfin à sa 
propre invention. 

ÉLÉMENTS GRECS. 

Nous ne parlerons plus du fameux vers 

Ocymore, Dispotme, Oligochronien ; 

on a vu ce qu'il faut en penser. 

Il serait à souhaiter que l'on pût de même 
décharger la mémoire de Ronsard des épithètes 
Carpiine, Evaste, Agnien, Manicjuey Lcnêan, Nomian, 
Nyctelian, Evien, et autres semblables, qui toutes 
ont besoin d'un commentaire et sembleraient 
(si ce n'étaient des qualificatifs mythologiques) 
justifier le reproche de Boileau. 

Mais si nous citons le qualificatif Phanète, 
appliqué à Apollon, les noms de Crânien, 
donné à Neptune, de Philicn et Xénicn, à Jupi- 
ter, de Pithon ou Python, à la déesse de l'élo- 
quence, et une vingtaine d'autres, dont on 
trouvera plus loin l'énumération', nous au- 
rons épuisé la liste des noms mythologiques 
grecs que Ronsard emploie et qui sont tombés 
la plupart en désuétude : il ne faut pas oublier 
Anangé, employé par le poète pour désigner 
la déesse aveugle delà fatalité [W-^-j-'c^r^. 

On peut encore relever les quelques mots 
suivants qui ont la même origine et n'ont pas 
eu plus de succès : Charité (Xapi'ç) (qui cepen- 

I . Duliche, Eraton, Ménétie, Ariadne, Die, Lacëne, Pega- 
sis, Semele, Eryce, Cleion et Cleio, Phtinopore, Triete, 
Bas;ar, Enyon. 



XXViij ÉTUDE SUR RONSARD. 

dant tend à reprendre vie aujourd'hui), Enté- 
léchic, Pasithce, Ncpenthe, Pyralide, Lychnite, Scia- 
maclies. 

Enfin les autres mots grecs que l'on peut 
signaler dans ses œuvres sont restés dans la 
langue avec le sens qu'il leur attribue. Ce 
sont : idole, enthousiasme, métamorphose, phare, 
prognostiqiie , sympathie, et ce dernier seul est de 
son invention. 



ELEMENTS LATINS. 

Les mots purement latins sont plus nom- 
breux que les mots grecs dans le vocabulaire 
de Ronsard. Encore y en a-t-il fort peu qui 
lui soient particuliers. Beaucoup en elîet appar- 
tiennent à la langue des quinzième et seizième 
siècles. 

Quelques-uns remontent aux origines du 
français, comme ancelle, ardre, arène, carme, 
coiilpe, ire (et ses dérivés ire, ireux), occire, pur- 
ger, querelle, tourbe, et bien d'autres qu'il serait 
oiseux d'énumérer. 

Un très petit nombre est de l'invention de 
Ronsard. Ce sont : ariolc, hlandice, élargir [lar- 
girï), exercitc (cité par Palsgrave), dace, manicles, 
partir (partiri), famé (fama), gUx {gUs.), mercerie 
(merces), moleste (subst. dér. de molcstus), Orque 
(orcus), perennel {percnnis),pronube {pronuba Juno), 
roter [eructare), semestre (employé adjectivement), 
subvertir (subvcrtere), vitupère (subst. déjà cité 
par Palsgrave, repris par Ronsard). Ajoutons 
encore aspcrir, indole, macter, musser, tollir, vate 



ÉTUDE SUR Ronsard. xxix 

(vates) ; et nous aurons à peu près tous les mots 
de forme latine dont Ronsard ait fait particu- 
lièrement usage'. 

Il ne nous reste plus à signaler que quel- 
ques adjectifs en eux tirés d'adjectifs latins en 
osas {oblivicux, etc.), ou formés sur ce patron 
{odoreux, présagieux), et quelques autres adjec- 
tifs à terminaisons variées comme facond, 
erratique, disert, aime, tusque. 

En somme, par l'examen attentif de ces 
listes de mots l'on peut déjà se faire une idée 
exacte de ce qu'a été, sur Ronsurd au point de 
vue du vocabulaire, l'influence grecque et 
latine; et l'on sera forcément amené à con- 
clure que, pour ce qui concerne le grec et le 
latin, l'accusation de Boileau ne repose sur 
aucun fondement sérieux. 

Ronsard certes a employé un plus grand 
nombre de mots venus du grec et du latin; 
mais ceux-là faisaient partie du fonds com- 
mun à tout le seizième siècle, et ses contem- 
porains en ont, comme lui, fait usage. Ceux 
qui viennent d'être signalés sont les seuls 
qu'il dut créer ou tenter de faire revivre ; et si, 
à côté de quelques termes barbares et peu 
utiles, d'ailleurs en très petit nombre, il a su 
inventer et faire vivre quelques mots élégants 
de forme et répondant à un besoin, il serait 
injuste de lui en faire un crime : je n'en veux 
pour preuve que le joli mot de sympathie dont 
il est l'auteur. 

Si maintenant nous poussons plus loin notre 

I . Voir pour ie sens de ces mots le Lexique. 



XXX ÉTUDE SUR RONSARD. 

examen, nous verrons combien peu Ronsard 
a subi les influences étrangères; et nous se- 
rons forcés d'avouer que sa préoccupation 
dominante, unique, a bien été toujours, non 
d'implanter en France une langue poétique 
hétérogène, mais d'en créer une exclusive- 
ment nationale, composée exclusivement (ou 
presque) d'éléments français. 



ELEMENTS ESPAGNOLS ET ITALIENS. 

On sait l'influence que les événements poli- 
tiques ont, au seizième siècle, donnée à l'Es- 
pagne et à l'Italie sur les affaires de la France, 
sur ses mœurs, et même sur sa langue. 

Cependant le vocabulaire particulier de 
Ronsard ne comprend qu'un très petit nombre 
de mots empruntés à l'espagnol : ils sont au 
nombre de sept : abricot, guitcrre (aujourd'hui 
guitare), vasqninc (aujourd'hui basquine), îrn- 
chcmant, parangon et son dérivé parangonner : 
tous ces mots étaient employés avant lui ou 
se trouvent dans les œuvres de ses contempo- 
rains; le seul mot d'origine espagnole qui lui 
soit propre est le terme technique de Riagas 
(sorte de poison). 

On le voit, l'influence espagnole sur Ron- 
sard a été presque nulle; plus grande a été 
l'influence italienne, et en cela il n'a fait que 
suivre la mode : car les guerres du quinzième 
et du seizième siècle avec l'Italie, les alliances 
contractées par nos rois, avaient eu pour efl'et 
d'introduire dans notre langue une foule de 



ÉTUDE SUR Ronsard. xxxj 

mots italiens (termes de métier militaire, de 
cour, etc.). 

Ainsi les mots suivants que Ronsard a em- 
ployés comme ses contemporains : brarc, colo- 
nel, escrimer, morion, mousqiiette, pennache, qaa- 
drclle, scadron, soldat, artichaut, courtisan et 
coiirtiseur, madrigal, accort, bastcr, chiourme, 
garbe. 

Les emprunts personnels qu'il a faits à l'ita- 
lien se réduisent à quatre : les deux verbes 
dénerver et dcveiner, le participe forussis (italien 
fuorusciti, bannis) et le substantif seréc (ita- 
lien sera, soir). 

D'accord avec Henri Estienne, Ronsard 
croyait à la précellence de sa langue maternelle 
sur le langage françois italianisé, et il n'eût pas 
désavoué cette déclaration de son contem- 
porain : « Ces vocables estrangers doivent 
servir de passe-temps plustost que d'orne- 
ment ou enrichissement; et le langage de ceux 
qui en usent autrement doit estre déclaré^ 
non pas françois, mais gastc- françois. » 



EMPRUNTS AU VIEUX FRANÇAIS. 

C'est en puisant à ses sources nationales 
qu'il entendait enrichir la langue, en rem.et- 
tant « en honneur les antiques vocables ». Il 
ne se contentait pas de donner les préceptes 
de cette restauration; il prêchait d'exemple, 
enchâssant dans ses poésies les vieux mots 
qu'il jugeait dignes de vivre; et l'on peut re- 
trouver dans ses œuvres une trentaine de 



XXXij ÉTUDE SUR RONSARD. 

mots qu'il a repris au vieux français et qui 
depuis ont disparu. 

Ce sont : les adjectifs caut, coint, le compa- 
ratif grcigneiir, la préposition envis, les verbes 
avaller, chaloir, cuider, béer, doulolr, soaloir, et 
les substantifs arroy, Acdint, gucrdon, hoir, loz, 
ost et tançon. 

Il faut encore citer les mots suivants d'un 
usage moins général : einbler, huchcr , d'où 
huchct, ribler, mire, brehaigne, faitif et mchaigne. 
A ce dernier mot Ronsard a joint une note 
où éclate sa préoccupation constante : « Nos 
critiques, dit-il, se mocqueront de ce vieil 
mot françois; mais il faut les laisser caqueter... 
Je suis d'opinion que nous devons retenir les 
vieux vocables significatifs ' jusques à tant que 
l'usage en aura forgé d'autres nouveaux en 
leur place... » 



EMPRUNTS AUX DIALECTES DE LA FRANCE. 

Pour déterminer les emprunts que Ronsard 
a faits aux dialectes du centre de la France, 

I . Des six mots cités par d'Aubigné, Ronsard n'a employé 
que dougé (V. Lexique) et son dérivé dougémcnt. Dorne est 
dans l'Aunis le nom du tablier (V. Littré). (^uant aux autres, 
ils se rattachent : bouger (prov. bokgar ; ital. bdicaré) à 
bouillir (V. Scheler et Littré), bauger à bauge (V. Lexique), 
mpour à empérier (empereur). 

En l'absence de contexte, il est difficile de préciser le sens 
de tenue. f:st-il pris dans une de ses rares acceptions : tenue 
noble, fief relevant d'un autre fief? ou avec le sens qu'il a 
dans le Berry? Il signifierait alors une portion de territoire 
d'une commune comprenant des propriétés de même nature 
,(,V. Littré). 



ÉTUDE SUR Ronsard. xxxiij 

il suffit de s'en rapporter à Henri Estienne 
{Préc. du Lmg. fr.), aux notes que nous de- 
vons aux commentateurs de Ronsard ou à 
Ronsard lui-même : à l'aide de ces renseigne- 
ments, grâce aussi aux thèses et ouvrages ré- 
cents publiés sur les dialectes delà France, il 
est possible de relever dans les œuvres de 
notre poète sept mots empruntés aux patois 
tourangeau, blaisois et vendômois. 

Ce sont : ^5fe//es (éclats de bois, aujourd'hui 
en Champagne et en Lorraine des étclles), 
bers (première forme de berceau, subsiste dans 
le dialecte blaisois), crouillct {loquet, subsiste 
à Blois sous la forme courrouil dont il est le 
diminutif ccurrouilkt, abrégé en crouillet), dougé 
et doagément (termes de métier, V. Lexique), 
harsoir (corruption de hier soir dans le dialecte 
blaisois), ra^js (revenant), enfin /^«son (jumeau), 
qui subsiste encore dans le patois du Berry. 



TERMES DE VENERIE. 

Après les mots empruntés aux patois pro- 
vinciaux, les termes de vénerie et de faucon- 
nerie jouent un rôle important dans le voca- 
bulaire de Ronsard. Il suffit de citer un 
passage des vers d'Eurymédon et Callirhée 
(t. I, p. 235), pour voir qu'il en avait une 
connaissance approfondie : dans ces vers, qu'il 
a, comme à plaisir, bourrés de termes techni- 
ques, il fait le portrait d'un parfait chasseur: 

C'estoit un Meleagre au mestier de chasser : 
Il sçavoit par sus tout laisssr-ccurre et laPiCcr, 

Lex. Ronsard. c 



XXXiv ÉTUDE SUR RONSARD. 

Bien desmesler d'un cerf les ruses et la feinte, 

Le bon temps, le vieil temps, Vessuy, le rembuscher, 

Les gaignagcs, la nuict, le lict et le coucher, 

Et bien prendre le droict et bien faire l'enceinte; 

Et comme s'il fust né d'une nymphe des bois, 

Il jugeoit d'un vieil cerf à la perche, aux espois, 

A la meule, andouillers et à Vcmbrunisseure, 

A la grosse perkure, aux gantières, aux cors, 

Aux dagues, aux broquars bien nourris et bien forts, 

A la belle empaumeure et à la couronneure. 

Il sçavoit for-huer et t/t'« /^tîr/tT aux chiens, 

Faisoit bien la èn^à, et le premier des siens 

Cognoissoit bien le pied, la sole et les alleures, 

Fumées, hardouers tlfrayoirs, et sçavoit. 

Sans avoir veu le cerf, quelle teste il avoit, 

En voyant seulement ses erres çtfouleures. 

En joignant à ce fragment une pièce du 
Bocage royal, dédiée au roi Henri III et inti- 
tulée Songe (t. III, p. 288-293), et quelques 
termes de chasse disséminés dans ses différents 
écrits, on aurait à peu près la liste des termes 
les plus usités jadis dans la vénerie et qui le 
sont d'ailleurs encore aujourd'hui. Notons 
encore le verbe sillcr (l'orthographe étymolo- 
gique serait ciller, dérivé de cil), comme em- 
prunté à la fauconnerie : c'est proprement 
couvrir d'un chaperon la tête du faucon pour 
l'aveugler; mais Ronsard l'emploie toujours 
dans le sens figuré. 



TERMES DE METIER. 

Quant aux termes de métier que l'on peut 
signaler dans les œuvres de Ronsard, ce sont 
des noms d'instruments : bcsaigui:, havct, do- 
loucrc, sarclo'crc (sarcloir), maillet, le mot cstaim, 



ÉTUDE SUR Ronsard. xxxv 

pour désigner la laine cardée, et enfin un 
terme de marine, la commande, pour dénommer 
le câble ou la chaîne qui retient un bateau à 
quai. 



MOTS NOUVEAUX FORMES PAR RONSARD. 

Ronsard ne s'est pas contenté d'emprunter 
des mots tout faits aux langues anciennes ou 
aux dialectes provinciaux; il en a créé 
aussi de nouveaux : ce sont surtout des verbes 
et des adjectifs. 

Les premiers, il les forme de préférence 
avec le préfixe en qu'il fait suivre d'un verbe 
de la première conjugaison (ex. emparfnmer). 

Les autres sont, ou formés de mots racines 
(substantifs ou verbes) en ajoutant les suffixes 
eux, in, ard, icr, ou composés à la façon grec- 
que de deux mots accouplés (ex. chasse-soacy ^ 
scrpens-pied). Nous allons examiner tour à tour 
ces deux catégories de mots nouveaux. 

Verbes. Les verbes composés par Ronsard 
sont presque tous de la première conjugaison, 
la seule vivante au reste, puisque, aujourd'hui 
encore, tout verbe qu'on crée lui appartient 
fatalement. Il faut signaler cependant quelques 
verbes composés appartenant à la seconde 
conjugaison : enaigrir, s'enficvrir, enflcurir, em- 
branir, s'emmaigrir, envieilUr. Ceux de la pre- 
mière sont, avons-nous dit, plus nombreux : 
empancr et cmpenner, emparfumcr, cngemmer et 
emperier, empierrer (pétrifier), encharner, encorder 
(jouer sur les cordes de la lyre), endemener. 



XXXVJ ÉTUDE SUR RONSARD. 

eneauer, s'enfeailler, enficllcr, enfoucr, engluer, 
en'joncher, cnhimïncr (éclairer), enlustrer (éclai- 
rer), ennunncr, ennoucr, s'cnnuer, enondcr, enre- 
ter, enroclier, ensaffrancr, enserrer, entomber^. 

Enfin l'on aura la liste à peu près complète 
des verbes créés par Ronsard ou détournés de 
leur sens, si l'on ajoute à ceux-ci les suivants : 
blondoycr, rousoycr, vanoyer, sourcer, montagner 
et planer, verdeler et printmer. 

Adjectifs. C'est surtout dans la création de 
nouveaux adjectifs que Ronsard a lâché la 
bride à sa fantaisie : il faut cependant remar- 
quer qu'il les dérive la plupart du temps de 
mots français et qu'il les forme à l'aide des 
suffixes eax, in, ard, al, cr, is, etc., qui tous 
remontent à l'origine même de notre langue. 

A l'aide du suffixe eux, Ronsard a créé un 
assez grand nombre d'adjectifs dérivés, et il 
faut avouer qu'en général ses innovations ne 
sont guère heureuses. 

Voici la liste de ces adjectifs : 

Aigueux, Grateleux, 

Arbreux, Haillonneux, 

Areneux, Impiteux, 

Argenteux, Larmeux, 

Crineax, Miauleux, 

Despiteux, Myrteux, 

Espoavanteux, Nectareux, 

Fromenteux, Nouailleux, 

Germcux, Oblivieux et oublivieux, 

Gemmeux, Odoreux, 

Giandeux, Ondeux, 

Glueux, Pcrleux, 

I. V. Lexique pour tous ces mots. 



ÉTUDE SUR Ronsard. xxxvij 

Peupleux, Rameux, 

Pieteux, Saigneux, 

Pluyeux, Sueux, 
Poisseux (couleur de la Tétineux, 

poix), Ventueux et venteux, 

Pommeux, Ventreux. 
Prés 'gieux, 

Les adjectifs en in, aussi nombreux et plus 
estimés peut-être de Ronsard et de ses contem- 
porains, nous paraissent presque tous bizarres, 
et donnent en général aux vers une apparence 
d'affectation sentimentale qu'il est difficile de 
goûter aujourd'hui. Ce sont : 



Achillin, 


Méandrin, 


Adonin, 


Medusin, 


Aimantin et adamantin, 


Mercurin, 


Aibastrin, 


Mitouin, 


Ambrosin, 


Musin, 


Bouquin, 


Myrtin, 


Chiennin, 


Onn, 


Colombin, 


Pegasin, 


Cyprin, 


Poupelin, 


Géantin, 


Pourprin, 


Héiénin, 


Rosin, 


Herculin, 


Sauvagin, 


Ivoirin et yvoirin, 


Titanin, 


Marbrin, 


Tourterin, 


Mariandin, 





Les adjectifs en ard ou art sont beaucoup 
moins nombreux : on en peut compter environ 
une dizaine ; 



Frétillard, 
Jazard, 
Mangeard, 
Raillard. 



Rosart, 
Rouiiard, 
Sommeillard, 
Songeard. 



xxxviij ÉTUDE SUR Ronsard. 

Ajoutons-y /i///.îrif, qui subsiste comme sub- 
tantif, et bragiurd, devenu trivial. 

Il faudrait encore citer : 

I» Quelques adjectifs en al, comme étêal, 
nuital, nymphal, etc. 

2° Quelques autres en icr, comme blctier, 
bocager, ramagcr, cscuinier. 

3» Quelques-uns terminés en is : tortis, trai- 
tis. 

Enfin notons l'adjectif MimcmVn (de Munster), 
et Albion, employé comme qualificatif : les 
Albionncs arènes {U, p. 300). 



DIMINUTIFS. 

Les diminutifs étaient fort en honneur au 
seizième siècle. Dans sa Précellence du lan- 
gage françois, H. Estienne est fier de pouvoir 
prouver, même sur ce point, la supériorité du 
français sur l'italien : « Estant chose asseurée 
« et notoire que les mots qu'on appelle dimi- 
« nutifs tiennent le premier lieu en mignar- 
« dises, je prie les Italiens ne trouver mauvais 
« si je dis que nous en avons meilleure provi- 
« sion qu'eux... » (H. Estienne, Prcccllcncc du 
langage français, p. 91J, éd. Feugère), ce qu'il 
prouve aussitôt en citant une foule de dimi- 
nutifs employés par Remy Belleau. Belleau, 
en effet, les a prodigués jusqu'à la satiété. 

Sans en avoir tait un usage immodéré, 
Ronsard a suivi sur ce point le goût de son 
époque : on pourrait citer comme un des 
modèles du genre les vers qu'il adresse à son 



Etude sur Ronsard. xxxix 

âme (VII, p. 315), imitation des fameux vers 
d'Adrien : Animula blandula... 

AmeletU Ronsardektte, 
Mignonnette, doucelette, 
Très-chère hostesse de mon corps, 
Tu descends là-bas foibldette, 
Pasle, maigrelette, seulette, 
Dans le froid royaume des morts. 

En plus de ceux-ci, les diminutifs que Ron- 
sard emploie le plus volontiers sont les sui- 
vants, dont fort peu d'ailleurs sont des néolo- 
gismes : 

Argentelet, Mignardelet, 

Blanchet, Mollet, 

Blondelet, Mousselet, 

Brunet et brunelet, Noiret, 

Camuset, Paillardelet, 

Doucet et doucelet, Pourperet, 

Grasset, Rouget, 

Greslet, Tendret et tendrelet. 

Jeunet, Verdelet, 

Jumelet, Vermeillet. 

A cette liste d'adjectifs il faut ajouter les 
diminutifs des noms, ex. : archet et archelet 
(petit arc), archerot (le petit archer : l'Amour), 
et les verbes sautcler, voleter, trembloter, pinçoter, 
qui sont en réalité des diminutifs des verbes 
sauter, voler, trembler, pincer, (H. Estienne, 
Préc, éd. Feugère, p. ici.) 

Jusqu'ici les innovations de Ronsard ne 
sont pas bien nombreuses : il n'en est pas de 
même des adjectifs composés. 



xl ÉTUDE SUR Ronsard. 



ADJECTIFS COMPOSES. 

Pour créer ses adjectifs, composés à Lt façon 
des Grecs, il a recours à trois procédés diffé- 
rents. 

Il les forme : 

i» En accouplant deux substantifs unis ou 
non par un trait d'union — ou deux adjectifs 
— ou un substantif et un adjectif; 

2" En accouplant un adverbe et un adjectif 
ou un participe pris adjectivement; 

5" En accouplant un verbe à un mode per- 
sonnel avec un substantif, ou un adjectif ou 
plus rarement un adverbe. 

Premier procédé. — Le premier de ces procé- 
dés est moins que le troisième conforme au 
génie de la langue française : c'est aussi celui 
que Ronsard a le moins souvent employé : il 
n'y a guère dans ses œuvres qu'une vingtaine 
d'adjectifs composés de cette façon : dans les 
uns la fusion s'est faite entre les deux parties 
du mot; dans les autres, à défaut de fusion, 
la composition est marquée soit par le trait 
d'union, soit par la préposition de. Ce sont : 

Claire-voix, Front-cornu, 

Chèvre -pied et pied-dc- Humble-ficr et fier-humble, 

chèvre, Homme-femme, 

Cuisse-nc, Pallevermcii, 

Dosailé, Piedvite et vistepied, 

Doux-amer, Sage-preux, 

Doux-fier et fier-doux, Serpenspied, 

Fils-de-pluye, Souple-jarret, 

Fils-d'œuf, Verdgay. 



ÉTUDE SUR Ronsard. xlj 

Deuxième procédé. — Ronsard a formé une 
cinquantaine d'adjectifs composés à l'aide 
d'un adverbe et d'un adjectif ou d'un participe 
employé adjectivement; on pourrait dire 
qu'en réalité ce ne sont pas là des mots com- 
posés : car on peut toujours placer un adverbe 
de manière devant un adjectif pour en modi- 
fier le sens; la juxtaposition devient fusion ou 
non ; ce n'est qu'une question d'orthographe. 
Mais ce qui prouve que Ronsard avait bien 
l'idée de créer de cette façon des mots compo- 
sés, c'est le soin qu'il prend régulièrement 
d'unir par un trait d'union les deux parties 
des mots ainsi formés. 

Les adverbes qu'il emploie de préférence 
sont bien et mal. C'est ainsi qu'il crée : 

Bien-disant, Bien-parlant, 

Bien-flairant, Bien-chéri, 
Bien-appris et mal-appris, Mal-plaisant, 

Bien-peigné, Mal-pudique, 

Bien-né, Mal-rongné, 

Bien-tournant, Mal-caut, 

Bien-volant, Mal-accoustré, 

Bien-aisé, Mal-basty, 

Bien-ouvré, Mal-paré, 

Bien-accomply, Mal-agencé, 

Bien-uni, Mal-façonné, 

Bien-tourné, Mal-rassis, 

Bien-habile, Mal-tourné. 
Bien-germeux, 

Il y en a encore quelques-uns composés 
avec la négation non, suivie d'un adjectif : 

Nompareil, Non-oisif, 

Non-ocieux, Non-dit. 



xlij ÉTUDE SUR Ronsard. 

D'autres enfin formés avec demy, haut, aigu, 
peu, tout, toujours, et même avec deux-fois 
comme préfixes : 

Aigu-tournoyant, Haut-tonnant, 

Demi-ceint, Haut-célébrant, 

Demy-fleury, Haut-élevant, 

Demy-grison, Peusobre, 
Demy-panché et my-pen- Tout-oyant, 

ché, Tout-voyant, 

Deux-fois-né, Toujoursverd. 

Troisième procédé. — Le troisième mode de 
formation pour les adjectifs composés est celui 
qui est le plus dans le génie de la langue; c'est 
aussi celui qui se rapproche le plus du pro- 
cédé grec : il consiste à accoupler un verbe à 
un mode personnel (indicat. prés. 3" pers. du 
sing.) avec un substantif, un adjectif ou un 
adverbe. C'est d'après ce système de forma- 
tion que se sont jadis- constitués les mots 
couvre-chef, garde-malade, garde-chasse, etc., et 
bien d'autres encore usités aujourd'hui. 

Ronsard en a créé un certain nombre qu'il 
emploie comme qualificatifs, comme épithètes 
de nature énonçant un trait caractéristique 
d'un être ou d'une chose. Remarquons encore 
que les éléments dont il forme ces adjectifs 
composés sont toujours des éléments français ; 
ce sont tous des verbes de la première conju- 
gaison comme aimer, chasser, irriter, porter, etc. , 
tantôt suivis, tantôt précédés d'un substantif. 
Ex. : porteciel (Atlas), irriter mer (Aquilon), 
ronge-poumon (la toux), etc. 

On ne peut noter qu'un exemple d'adjectif 



ÉTUDE SUR Ronsard. xliij 

composé d'un verbe et d'un adjectif : grippe- 
tout, et les deux adjectifs composés marche-tard 
et tire-loin, créés à l'aide d'un verbe et d'un 
adjectif employé adverbialement ou d'un ad- 
verbe. 
Voici la liste de ces adjectifs composés : 



Aime-ris, 

Ayme-!aine, 

Aime-fil, 

Aime-estaim, 

Ayme-rochers, 

Ayme-bois, 

Ayme-bal, 

Ayme-son, 

Brise-tombe, 

Chasse-nue, 

Couvre-cerveau, 

Domte-poullain, 

Donne-blé, 

Donne-vin, 

Donne-vie, 

Embrasse-terre, 

Esbranle-rocher, 

Guide-dance, 

Grippe-tout, 

Irrite-mer, 

Jour-apporte, 

Mange-sujet, 



Marche-tard, 

Oste-soif, 

Oste-soin, 

Porteciel, 

Porte-epy, 

Porte-flame, 

Porte-brandon, 

Porte-proye, 

Porte-laine, 

Porte-maisons, 

Porte-couronnes, 

Porte-lance, 

Porte-fléau, 

Pousse-terre, 

Rase-terre, 

Ronge-pampre, 

Ronge-poumon, 

Songe-creux, 

Tire-loin, 

Tu-géans, 

Tue-Iyon, 

Trouble-cerveau. 



Cette dernière forme de composition est 
éminemment française. La vieille langue s'en 
servait pour créer des noms propres et des 
noms communs, dont on retrouve de nombreux 
exemples dans les chansons de gestes, les 
fabliaux, et plus tard dans les œuvres de Vil- 
lon, de Rabelais et de leurs contemporains. 



xliv ÉTUDE SUR Ronsard. 

L'innovation de Ronsard fut de créer d'après 
ce procédé des adjectifs épithètes : ainsi le 
vieux français avait le substantif : courre-chef. 
Ronsard en fit l'épithète couvre-cerveau. Ex. : la 
toge couvre-cerveau. 

On sait maintenant ce qu'est le vocabulaire 
de Ronsard et quel rôle secondaire y jouent, 
quoi qu'on en ait dit, les influences gréco- 
latines et étrangères : il nous reste à conclure. 

Auparavant, il n'est peut-être pas sans inté- 
rêt de rappeler une appréciation que porte 
sur notre poète une des plus renommées parmi 
les histoires de la littérature française : 
« Venu après Rabelais et Calvin, il n'apprit 
« pas d'eux à tirer son langage non de sa 
« mémoire, mais de son cœur et de sa raison. 
« De là cet amalgame de langues savantes et de 
a patois provinciaux, bariolé d'italien, de grec 
« et de latin, de mots savants et de mots de 
« boutique; vrai pêle-mêle d'audace et d'im- 
« puissance, d'inexpérience et de raffinement, 
« de paresse et de labeur, qui a donné à Ron- 
ce sard unesorte d'immortalité ridicule... C'est 
'i à bâtir ce monstrueux édifice qui devait 
« crouler après lui, que Ronsard passa une 
« assez longue vie..., qualifié de prodige de 
<i la nature et de miroir de l'art... ; pourcom- 
« ble de fortune mourant avant que Malherbe, 
« qui avait alors trente ans, s'avisât d'être 
« poète... » Par malheur pour M. Nisard, si 
ses antithèses sont bien pondérées, son affir- 
mation est loin d'être exacte et conforme à la 
vérité. 

Car non seulement Ronsard et son école 



ÉTUDE SUR Ronsard. xlv 

n'ont pas « parlé grec et latin en français », 
mais pour qui a sans parti pris étudié les 
œuvres de la Pléiade, il est évident (et on l'a 
démontré contre l'avis de Boileau... et de 
M. Nisard) que la Pléiade a réagi contre la 
tendance qui entraînait les écrivains du sei- 
zième siècle à abandonner la langue nationale 
« pour déterrer je ne sçay quelle cendre des 
anciens » . Son tort principal a été de ne voir 
les idées et les sentiments modernes qu'à tra- 
vers le voile de l'antiquité et de ne les expri- 
mer qu'à la façon des Grecs et des Latins : 
c'est ce qui explique l'insuccès de sa réforme. 
Mais son but, ne l'oublions pas, c'était la 
défense et rilliistration de la langue : cela ressort 
clairement du manifeste de l'école rédigé par 
Joachim du Bellay. 

Si quelques-uns de ses amis se sont peu à 
peu écartés de ce programme, Ronsard ne 
peut en être responsable; car pour lui, il l'a 
fidèlement accompli et a su s'affranchir de 
semblables erreurs : c'est déjà évident pour la 
forme de sa poésie : car s'il invente des mètres 
qui depuis ont été repris avec succès par 
l'école romantique, il n'a guère imité certains 
poètes de la Pléiade qui cherchaient à modi- 
fier notre prosodie et à faire des vers mesurés à 
la façon des Grecs et des Latins (Baïf par 
exemple). 

C'est encore plus évident maintenant pour 
la langue même qu'il emploie : car l'on voit 
ce qu'il faut penser de ce « monstrueux édi- 
fice » de langage « bariolé d'italien, de grec 
et de latin » qu'on lui reprochait... 



xlvj ÉTUDE SUR Ronsard. 

On ne peut nier que Ronsard ait créé des 
mots nouveaux (il s'en fait gloire), qu'il en ait 
même voulu créer un trop grand nombre; et 
l'on est forcé de reconnaître avec Fénelon, 
dont le jugement en somme est assez modéré 
et assez juste, que « Ronsard avait trop en- 
ce trepris tout à coup. Il avait forcé notre 
« langue par des inversions trop hardies et 
« trop obscures... Il y ajoutait trop de mots 
« composés qui n'étaient point encore intro- 
« duits dans le commerce de la nation... » 

Passons condamnation sur les mots compo- 
sés dont Ronsard a peut-être fait abus : mais 
n'oublions pas que ce sont là presque ses 
seules innovations, et rappelons-nous surtout 
que ces mots sont toujours formés d'après le 
génie de la langue et composés d'éléments 
français... Tout se réduit d'ailleurs à une 
question de chitires : tout compte fait, et en 
comprenant dans ce total les mots composés, 
les noms propres et leurs dérivés, il n'y a guère 
dans l'œuvre de Ronsard que deux ou trois 
cents mots grecs ou latins (ou formés à l'instar 
des mots composés grecs), aujourd'hui dispa- 
rus, dont la plupart étaient couramment em- 
ployés de son temps et qu'il a disséminés 
dans plus de quatre-vingt mille vers. Si l'on 
voulait reprendre la piquante comparaison 
faite par M, A. Darmesteter (Thèse : De la 
création actuelle des mots nouveaux, p. 173), l'on 
verrait, non sans surprise peut-être, que Ron- 
sard emploie moins d'expressions et de mots 
latins que nos classiques du dix-septième 
siècle en général et que Boileau en particulier, 



ÉTUDE SUR Ronsard. xlvij 

et qu'une page de Boileau, qui renferme plus 
de mots de création savante, est d'apparence plus 
latine et plus grecque qu'une page du poète 
condamné par lui. 

Il est vrai que cette même page de Ronsard 
offrira peut-être plus de difficultés à l'inter- 
prétation; mais ces difficultés, loin de tenir à 
son vocabulaire, proviendront surtout de deux 
causes : V orthographe et la syntaxe. 



xlviij ÉTUDE SUR Ronsard, 



ORTHOGRAPHE 



Au seizième siècle, l'orthographe est très 
capricieuse, et l'absence de règles fixes, de 
principes immuables, permet de dire qu'elle 
n'existait pas. L'un des auteurs de la Pléiade, 
Joachim du Bellay, déclare que « parmi nous 
l'orthographie estoit aussi diverse qu'il y avoit 
de sortes d'escrivains » . {Œuvres inédites, in-S", 
1575, f. 44.) Chacun avait donc son orthogra- 
phe particulière : bien plus, le même écrivain 
ne se faisait aucun scrupule de varier pour le 
même terme sa façon de l'écrire, et l'on trou- 
vera, souvent dans la même page, le même 
mot écrit de plusieurs façons ditïérentes. C'est 
ainsi, par exemple, que Rabelais orthographie 
indifféremment huile, liuyle, huilic, de même 
que chez Ronsard bouclier s'écrit aussi bien 
bouder, bouclxir, que bouclier. 

Déjà, dès cette époque, deux écoles contraires 
se trouvaient en présence : l'une qui ralliait 
alors la plupart des écrivains et des impri- 
meurs, et qui prônait l'orthographe étymolo- 
gique; l'autre, n'ayant qu'un petit nombre 
d'adeptes, voulait que l'orthographe fût con- 
forme à la prononciation. Les chefs de cette 
école furent Maigret, Pelletier, Ramus; mais 
leurs efforts échouèrent ; et ce qui contribua 
surtout à l'insuccès de leur réforme, c'est 
qu'ils étaient d'origine ditlérente, l'un Lyon- 
nais, l'autre Manceau, le dernier Parisien, et 



I 



ÉTUDE SUR Ronsard. xlix 

qu'ils ne purent se mettre d'accord sur le fon- 
dement même de leur théorie, sur la pronon- 
ciation. 

En principe, Ronsard est partisan des théo- 
ries orthographiques de Maigret, et nul doute 
que, sans l'opposition de ses amis et peut-être 
sans une certaine prudence naturelle, il les 
eût appliquées exactement dans ses ouvrages. 

Il dira bien au début de son Adrertissement 
au lecteur (t. II, p. 14) : « J'avois délibéré, 
lecteur, de suivre en l'orthographe de mon 
livre la plus grand' part des raisons ce Louys 
Maigret, homme de sain et parfait jugement 
qui a le premier osé dessiller les yeux pour 
voir l'abus de nostre escriture... » ; mais 
« l'opiniastre avis des plus célèbres ignorans 
de son temps » l'en empêcha, et cette décla- 
ration, présentée à l'état de plus-que-parfait, 
restera platonique; car après avoir loué si 
expressément la tentative de Maigret, il termi- 
nera en nous annonçant qu'on ne trouve en 
ses écrits que « quelques marques de ses 
raisons ". 

En réalité, Ronsard n'appartient à aucune 
école orthographique. Ainsi que l'a remarqué 
M. Becq de Fouquières {Œuvres choisies de Ron- 
sard^ préface), « comme tous les poètes de 
son temps, Ronsard en use fort librement avec 
l'orthographe ; il la modifie à chaque instant, 
parfois sans nécessité, écrivant un mot de 
trois ou quatre façons différentes, mais le plus 
souvent pour la mesure ou pour la rime, 
ajoutant ou rejetant des lettres, faisant per- 
muter les unes avec les autres, modifiant les 

Lex. Ronsard. d 



I ÉTUDE SUR Ronsard. 

sons et ne faisant aucune distinction entre les 
nasales... » 

C'est dans son Abrégé de l'Art poétique (t. VII, 
p. 317J et dans VAdvertissement au lecteur, mis 
en tête des Odes {l. Il, p. 14), que Ronsard a ré- 
sumé ses théories orthographiques; et, à pre- 
mière vue, l'on peut remarquer qu'il se préoc- 
cupe peu de concilier ses principes avec ceux 
de Maigret, dont il se dit si fort partisan. S'il 
réclame en effet la suppression de ïy étymo- 
logique, sauf dans les noms grecs non encore 
francisés, des consonnes superflues comme le 
double ce dans accorder (qu'il écrit acorder), 
du ph qu'il remplace par / selon l'orthogra- 
phe italienne, d'autre part, en nombre de cas, 
il adopte l'accent aigu et réclame la création 
de nouveaux signes pour i et u consonnes 
(j et r), pour // mouillé, gn (n espagnol) et 
ch, ainsi que la restitution du k et du :, qu'il 
demande « de remettre en leur premier hon- 
neur » . 

En outre, beaucoup d'exemples permettent 
de constater chez Ronsard la préoccupation 
de faire revivre certaines lettres que l'étymo- 
logie réclame et que l'usage avait dès lors 
supprimées. Il est vrai que cette préoccupation 
de l'étymologie ne lui est pas particulière : 
elle est commune aux écrivains de son siècle; 
mais souvent Ronsard s'y astreint dans des cas 
oii des contemporains se sont montrés plus 
indépendants. C'est ainsi qu'il écrit sans ex- 
ception debtc pour dette, aurcilles pour oreilles. 

Mais souvent aussi il arrive que, sous pré- 
texte de rétablir l'orthographe étymologique. 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ij 

Ronsard, comme ses contemporains d'ailleurs, 
a surchargé certains mots de lettres inutiles et 
parfois même de lettres qu'ils n'ont eu ou 
n'auraient dû avoir à aucun moment de leur 
existence. 

Néanmoins, malgré cette libre fantaisie 
appliquée à l'orthographe, Ronsard est en 
somme assez modéré; et tout compte fait, il 
se trouvera encore plus voisin de l'orthographe 
moderne que tels de ses contemporains, Ro- 
bert Estienne par exemple ou Rabelais. 

A l'occasion aussi, et cela assez souvent, il 
s'affranchit délibérément de ses scrupules : il 
semble même en ce cas faire effort pour s'éloi- 
gner le plus possible de l'orthographe étymo- 
logique, et pour en donner aux mots une qui 
soit, à son sens du moins, plus véritablement 
française, plus conforme au génie original de 
la langue : « Tu éviteras, dit-il, toute ortho- 
graphie superflue et ne mettras aucunes lettres 
en tels mots si tu ne les profères : au moins 
tu en useras le plus sobrement que tu pourras 
en attendant meilleure réformation. » (Art 
poétique, t. VII, p. 334.) C'est l'orthographe 
rationnelle qu'il recommande ici en proposant 
d'orthographier écrire et non escrlpre. Tantôt 
aussi il admet une sorte de compromis entre 
l'orthographe française et la latine; c'est à 
cette fluctuation de ses principes qu'il faut 
attribuer les mots écrits comme ny pour nid 
(de nidum)^ aie, aile ou œsle pour aile (de alam). 
Le respect de l'étymologie lui fera employer 
couramment e dans les mots comme mmr, 
seur (mûr, sûr), d'où il a disparu aujourd'hui, 



lij ÉTUDE SUR Ronsard. 

remplacé par l'accent circonflexe, et dans les 
participes de la quatrième conjugaison. Ex. : 
reçeu, repea, pour reçu, repu. 

Par contre, la tendance opposée l'entraînera, 
ainsi que nombre de ses contemporains, à 
mettre dans les syllabes finales y à la place de 
i. Ex. : ky, ny, sourcy, j'ay, j'entcndray, etc. 

De même il redoublera volontiers certaines 
consonnes, en particulier / et t, pensant par là 
donner aux mots qu'il emploie plus de nom- 
bre et d'harmonie; et c'est ainsi qu'il écrira 
parolli', fidcllc, soiihahk, plmeîte, etc. 

Parfois aussi, pour « faire sa rime plus so- 
noreuse ou parfaite » {Adrcrtisscmcnt au lecteur, 
t. II, p. 17), Ronsard substitue une voyelle à 
une autre et change c en a ou a en c. C'est 
ainsi qu'il écrit indifféremment empancr et em- 
penner, parrein et marrcine pour parrain, marraine, 
veinai, veinqiieur, evidant, ardant, etc. « Et si 
quelqu'un, dit-il, par curieuse opinion plutôt 
que par raison, se colère contre telle honteuse 
liberté, il doit apprendre qu'il est ignorant 
en sa langue, ne sentant point que c est fort 
voisin de la lettre a, voire tel que souvent, 
sans y penser, nous les confondons naiurelle- 
ment, comme en vent... » {Adrertissement au 
lecteur, l.U, p. 17.) C'est une liberté concédée 
aux poètes, et si le lecteur ne se contente pas 
de ces raisons, « qu'il regarde, ajoute-t-il, la 
liberté des Grecs et des Latins, qui muent et 
changent, changent et remuent les lettres ainsi 
qu'il leur plaist, pour obéir au son ou à la 
forçante loi de leurs vers, comme xpa^ia pour 
xap5i'«, oUi pour ////... r^ (T II, p. 17.) 



ÉTUDE SUR Ronsard. liij 

Aussi n'hésite-t-il guère à modifier l'ortho- 
graphe usuelle selon ses besoins, et à l'occa- 
sion il va jusqu'à transposer dans le corps des 
mots certaines lettres. 

Dans les mots composés, Ronsard se préoc- 
cupe le plus souvent de rappeler distinctement 
les éléments de la composition; pour éveiller 
l'attention, il n'oublie guère le signe sensible, 
trait d'union ou apostrophe. Ainsi il écrit 
Rassembler, r'appeler, vray-semblable, humble-fier 
et fier-humble, etc. ; rarement les deux mots 
sont entièrement fondus ensemble. 

Mais ce qu'il y a certainement de plus cu- 
rieux à noter, ce sont les façons différentes 
dont Ronsard écrit chaque nom propre ; là en 
effet il se permet à peu près toutes les libertés : 
on aura par exemple tantôt Anchiloche, tantôt 
Archiloc {ArchWoque), Hcrodes,Brenne (Brennus), 
Perse (Persée), Béart iBéarn), Rosnc (Rhône), 
Chambour (Chambord), Lucresse (Lucrèce), Dek 
(Délos), Couligny et ColUgny, Narssis el Narcisse, 
Neptun et Neptune, Valecluze (Vaucluse), Norou'é- 
gue (Norvège). Il est juste de dire que généra- 
lement ces modifications orthographiques ne 
sont que des sacrifices faits à la mesure et 
surtout à la rime. 

On sait là-dessus quelle était l'opinion de 
' Ronsard. Il jugeait que, pour la rime, il était 
I permis au poète d'ajouter selon le besoin ou 
I de retrancher dans les mots certaines lettres, 
[et il usa largement de cette liberté. 

Dans son Abrégé de l'Art poétique (t. III, 
p. 328), on lit ceci : « Tu mettras 

Contre Mezance Ené' branla sa picque. 



liv ÉTUDE SUR Ronsard. 

« Autant en est-il des vocables terminez en 
oue et lie, comme roue, joue, nue, venue, et 
mille autres qui doivent recevoir syncope au 
milieu de ton vers. Si tu veux que ton poème 
soit ensemble doux et savoureux, pource tu 
mettras roii', joii', nu', contre l'opinion de 
tous nos maistres qui n'ont de si près avisé à 
la perfection de ce mestier... » Puis, quelques 
lignes plus loin, pour les mots fort, on, accort, 
renart, art, s'ils doivent rimer avec or, dur, etc., 
il permet de supprimer « par licence la der- 
nière lettre » f du mot fort, dàu mot fard, etc., 
et de mettre « simplement for avec l'apostro- 
phe /or' » ; de même pour far', s'il rime avec 
char. 

Ronsard autorise encore la syncope de 
corne (comme) en com', de donnera, sautera, et 
autres formes analogues en don'ra, saut'ra. 

« Tu pourras, dit-il ailleurs, à la mode des 
Grecs qui disent ouvoy-a pour ovo;j.a, adjouter 
un u après un o pour faire la rymc plus riche et 
plus sonante, comme troupe pour trope, Callioupc 
pour Calliope... » {Abrégé de l'Art poétii]uc, 
t. VII, p. 329.) 

Mais par contre, si la rime le demande, il 
supprimera, sans le moindre scrupule, l'u 
après l'o et écrira aussi bien trope pour troupe, 
espose pour espouse. 

Si la rime autorise bien des modifications 
dans l'orthographe des mots, la mesure du 
vers en autorise d'autres. Ainsi, comme nous 
l'avons vu plus haut, on peut syncoper don- 
nera, sautera, ruera, en don'ra, saut'ra, ru'ra, etc. 
Souverain, tourterelle, âev lenneiu souv'rain, tour- 



ÉTUDE SUR Ronsard. Iv 

frelle. Animoit (imparf. indic. de animer) 
s'abrège en a'rnoit. 

Les pronoms mêmes subissent des abrévia- 
tions; pour les pronoms de la troisième per- 
sonne le, k, cela n'a rien d'étonnant et est 
conforme à la règle; m.ais Ronsard va plus 
loin : car selon le besoin elle deviendra ell' ou 
el'.Ex. : « Ell' s'arme. » 

Un des exemples les plus frappants de la 
liberté que Ronsard prend avec les mots est 
fourni par le verbe avoir. Ce verbe fréquem- 
ment employé dans notre langue, puisque, 
indépendamment de son sens propre, il sert 
d'auxiliaire à une foule d'autres verbes, peut 
dans certains cas être gênant pour la mesure 
du vers : que fait alors Ronsard? il l'abrège, 
et de l'interrogation Avez-vous? il fera par 
syncope « A'vousf » (T. I, p. 19.) 

La mesure réclame-t-elle un mot de trois 
syllabes, alors que le vocabulaire ne lui four- 
nit qu'un dissyllabe pour exprimer son idée, 
Ronsard ne sera pas plus embarrassé : ce mot, 
il le transformera en un trissyllabe en redou- 
blant la syllabe initiale : ainsi flottant devien- 
dra /Io-/Zof.wf. (T. II, p. 348.) 

Enfin il nous reste à signaler la plus impor- 
tante peut-être, mais certainement la plus 
utile, des innovations orthographiques de 
notre poète : c'est d'ailleurs la seule qui lui 
ait survécu. 

Préoccupé par-dessus tout de donner à ses 
vers un tour harmonieux, il avait été frappé 
de ce qu'offre de rude et de désagréable à 
l'oreille la rencontre du verbe dans ses formes 



Ivj ÉTUDE SUR Ronsard. 

terminées en a, aura, a'uiu, a, aimera, et d'un 
des pronoms il ou elle; l'ancienne langue 
n'avait rien fait pour l'éviter, et jusqu'à lui 
l'on disait et l'on écrivait couramment : 
aime-il, aime-elle (ici l'élision faisait disparaître 
l'hiatus), aima-il, aima-elle , a-il, a-elle. Dési- 
reux de supprimer la cacophonie qui résulte 
de cet hiatus, Ronsard créa le t euphonique 
qui, intercalé entre les deux voyelles, en 
adoucit le son. Ex. : au lieu de a-elle, a-t-el!e 
(t. I, p. 206, Var. et note 2) ; aymera-t-il et 
non aymcra-il, modification heureuse qui a été 
conservée. 

C'est Rémi Belleau, dans ses Commentaires 
sur le second livre des Amours (i ^60 et i ^67), 
qui attribue à Ronsard l'invention du t pho- 
nique. Peut-être y a-t-il quelque inexactitude 
dans cette assertion : car l'on trouve déjà 
dans Pathelin : 

A'vous mal aus dens, Maistre Pierre ? 

Cet usage n'a-t-il pas plutôt commencé par 
le peuple, qui dut prononcer aima-t-il par ana- 
logie avec finit-il, reçut-il, puis aime-t-il, bien 
avant qu'on l'écrivît ? Ronsard n'aurait eu 
alors que le mérite de généraliser cet usage 
par l'exemple qu'il donna. 

Tels sonf, sauf erreur, les points les plus frap- 
pants et les plus caractéristiques de l'ortho- 
graphe de Ronsard. Pour ce qui est de l'or- 
thographe de son siècle, on n'a qu'à se reporter 
aux nombreux travaux faits sur l'orthographe 
et la prononciation au seizième siècle. (Ambr. 
F. Didot, A. Darmesteter, C. Thurot, etc.) 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ivij 

Nous n'avons enregistré ici que les particula- 
rités orthographiques propres à notre poète : 
encore ne faudrait-il pas croire qu'il soit 
constamment resté fidèle à ses principes. Il 
prend d'ailleurs soin de s'en excuser lui-même 
[Adver tisse ment au lecteur, t. II, p. 17) : « Si tu 
m'accuses, dit-il, d'estre trop insconstant en 
l'orthographe de ce livre..., tu t'en dois cole- 
rer contre toy mesme, qui mefaisestre ainsi, 
cherchant tous les moyens que je puis de ser- 
vir aux oreilles du sçavant, et aussi pour 
accoustumer le vulgaire à ne regimber contre 
l'éguillon lors qu'on le piquera plus rudement, 
monstrant par cette inconstance que, si f estais reçeu 
en toutes les saines opinions de l'orthographe, tu ne 
trouverais en mon livre presque une seule forme de 
l'escriture que sans raison tu admires tant, t'assu- 
rant qu'à la seconde impression je ne feray si 
grand tort à ma langue que de laisser estran- 
gler une telle vérité sous couleur de vain 
abus... » C'est bien ainsi que devait s'expri- 
mer un partisan des « doctes opinions » de 
Maigret : pour ne pas effaroucher les partisans 
des usages reçus, pour accoutumer peu à peu 
le lecteur aux modifications profondes que 
préconisait Maigret, il devait lui présenter 
cette inconstance même dont il s'accuse comme 
la conséquence des idées préconçues du public. 
Il était encore dans son rôle en lui annonçant 
des changements plus grands encore dans ses 
éditions subséquentes. Mais, comme bien des 
novateurs, Ronsard montra plus d'audace que 
de persévérance, et l'examen de ses œuvres 
prouve que sa ferveur se refroidit vite... La 



Iviij ÉTUDE SUR Ronsard. 

tentative de Maigret avait d'ailleurs bientôt 
avorté, combattue par Guillaume Des Autels 
que soutenait le public, et tuée par le ridicule. 
Aussi voit-on le plus souvent la pratique de 
Ronsard en désaccord ou même en opposition 
avec sa théorie : il eut trop de prudence pour 
s'obstiner à défendre une cause perdue d'avance, 
et trop de fantaisie pour s'astreindre à des 
règles fixes : ou plutôt il n'eut de règle que 
son caprice ; et l'on peut, pour conclure cette 
étude sur son orthographe particulière, dire 
qu'il y eut en lui deux hommes : l'un prônant 
avec ardeur une méthode qu'il jugeait très 
digne d'illustrer la langue, l'autre trop éclairé 
et trop circonspect pour la pratiquer résolu- 
ment. 



ÉTUDE SUR Ronsard. lix 



SYNTAXE 



C'est une opinion communément reçue 
qu'à toutes les époques de notre littérature 
nos meilleurs écrivains, et surtout les poètes, 
ont su s'affranchir des règles étroites de la 
grammaire, et l'on va répétant que par d'heu- 
reuses hardiesses de pensée et d'expression, 
par l'emploi de tours de phrase habilement 
choisis ou inventés, la plupart se sont créé, 
en quelque sorte, une syntaxe particulière. 
Mais ne confond-on point en pareil cas la 
syntaxe et le style ? Si l'on veut dire que 
chaque écrivain a sa manière, qui lui est 
propre, d'exposer ses idées et ses sentiments, 
rien n'est plus vrai, et, selon le mot de Buffon, 
« le style, c'est l'homme même » ; mais si 
l'on en veut conclure que chacun a sa gram- 
maire particulière, rien ne sera plus contes- 
table. Pour Ronsard, en particulier, ce serait 
absolument faux : car, à très peu de chose 
près, sa syntaxe est conforme à celle de ses 
contemporains; et si parfois elle semble ca- 
pricieuse et fantaisiste, il ne faut pas oublier 
qu'avec un poète de verve et de premier jet 
l'on ne doit point trop s'embarrasser de scru- 
pules grammaticaux, et que, d'ailleurs, ces 
scrupules seraient d'autant moins justifiés que 
la syntaxe encore incertaine et hésitante au 
seizième siècle autorisait plus de licences 
qu'aujourd'hui. 



Ix ÉTUDE SUR Ronsard. 

Nous nous bornerons à signaler les parti- 
cularités syntaxiques propres à Ronsard, en 
passant en revue tour à tour les différentes 
parties du discours. 



ARTICLE. 

Dans Tétat actuel de la langue, l'article sert 
à déterminer tantôt des substantifs concrets, 
tantôt des substantifs abstraits. 

Les substantifs concrets se subdivisent en 
noms propres, noms communs et noms de matière. 

Les noms propres comprennent les noms 
géographiques (noms de pays, de fleuves, de 
montagnes, etc.) et les noms de personnes. 

Avec les noms géographiques, l'ancienne lan- 
gue supprimait l'article, habitude qui subsista 
durant la première moitié du seizième siècle. 

Ronsard omet quelquefois l'article devant 
les noms géographiques, mais il préfère l'em- 
ployer : c'est ainsi qu'on trouve dans ses 
oeuvres : 

SUPPRESSION DE l'ARTICLE. 

Ceux qui habitent Niphate. (II, p. 19$-) 
Les gras rivages d'Euphrate. (II, p. 195.) 
Ceux de Vendomois... 
Ceux d'Anjou... (I, p. 230.) 

EMPLOI DE l'article. 

Ton premier aisné François 

Régira l'Europe sienne. (Il, p- I94-) 

Le Loir tard à la fuite, (il, p. i $ $ .) 

Pour commander seul à la France. (II, p. 25.) 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ixj 

Avec les noms propres de personnes on 
n'emploie pas l'article : mais souvent chez 
Ronsard les héros ou les dieux de la mytho- 
logie sont désignés par des surnoms, des ad- 
jectifs pris substantivement : en ce cas ces 
surnoms devraient être précédés toujours de 
l'article. Ex. : 

... la harpe du Delien. (II, p. 7J.) 

La contentieuse querelle 

De Minerve et du Cronien. (II, p. 75.) 

Mais Ronsard le supprime aussi devant 
certains surnoms plus usités : 

Mais les soucis et les pleurs 

Sont sacrez à Cytherée. (II, p. 270.) 

Avec les noms communs la suppression de 
l'article est plus rare : cependant on la con- 
state dans les cas où l'usage pratique l'autorise 
encore. 

1° Quand il équivaut à l'indéfini quelconque : 

Rocs, eaux, ne bois, ne logent point en eux 
Nymphe qui ait si foUastres cheveux, il, p. 25.) 

2° Devant les substantifs attributs ou régi- 
mes pris dans un sens tout à fait indéfini. 
Ex. : 

Le style prosaïque est ennemi capital de l'éloquence 
poétique. 

Tu enrichiras ton poème par varietez prises de la nature. 

(Fr., préface.) 
Le peuple oisif, pour nouvelles apprendre, 
Droit en la place en foule se vint rendre. (III, p. 65.) 
Heureux, cent fois heureux, si le Destin 
N'eust emmuré d'un rempart aimantin 
Si chaste cœur dessous si belle face. (I, p. 4.) 



Ixij ÉTUDE SUR Ronsard. 

Avec les noms de matière, Ronsard supprime 
aussi quelquefois l'article : 

Trèfle et sain-foin leur donna pour pasture. (III, p. 68.) 

Dans son Art poêîi^uej Ronsard écrit : « Tu 
n'oublieras jamais les articles et tiendras pour 
tout certain que rien ne peut tant défigurer 
ton vers que les articles délaissez. » Cette 
déclaration ne Tempêche pas à l'occasion de 
supprimer l'article avec les noms abstraits, 
conformément à l'usage de l'ancienne langue : 

Nature ornant Ja dame... {\, p. 2.) 

Et toutefois, Ronsard, ils disoient vérité. (V, p. 190.) 

Enfin l'on constate couramment au seizième 
siècle et par suite chez Ronsard l'absence de 
l'article défini avec les adjectifs indéfinis même 
et tout et de l'article indéfini avec autre et tel. 
Ex. : 

Incontinent par toute Chaonie 

Se respandit une tourbe infinie. (III, p. 61.) 

Ceu.x que tu vois d'un visage si blesme 

Couchez icy ont eu fortune mcsme, 

De mcsim ville, issus de mcsme part. (III, p. 104.) 

Cherchons jufr£ chemin. l'V, p. 181.) 

Pource, Troyen, ne commets telle faute. (,111, p. 242.) 

SUBSTANTIF. 

L'emploi des substantifs chez Ronsard 
donne lieu à deux sortes de remarques : 
1° Relativement à leur genre. 
2° Relativement à leur fonction. 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ixiij 



GENRE. 

Dans son Esclaircissement de la langue fran- 
çaise, au début du* seizième siècle, Palsgrave 
constate que six noms seulement sont du genre 
commun, c'est-à-dire tantôt masculins, tantôt 
féminins : affaire, évangile, meurs, navire, val, 
gent. A la fin du seizième siècle, le nombre en 
avait considérablement augmenté, et l'on en 
pouvait compter une cinquantaine environ : 
Ronsard n'en offre qu'un petit nombre. Voici 
les principaux : abysme, âge, erreur, espace, hor- 
reur, image, navire, œuvre, ombre, poison. (V. Lexi- 
que.) 

FONCTION. 

Au point de vue de leur fonction, on notera 
la remarques suivante. 

A l'exemple du grec et du latin, Ronsard 
emploie fréquemment le substantif d'une ma- 
nière absolue, sans préposition, pour marquer 
une circonstance de temps, de lieu, de 
manière, etc. Ex. : 

si est ce que la voix des plus braves poètes 
De peur fut enrouée, et le vent de leur sein 
Ne sortit pour enfler la trompette d'airain, 
Chacun craignant sa vie en saison si douteuse. 

Encore ici peut-on admettre qu'il emploie 
le verbe craindre comme transitif : ailleurs 
l'exemple est plus probant et vraiment de 
tournure grecque : 



Ixiv ÉTUDE SUR Ronsard. 

Là vénérable en une robe blanche, 
Et couronné la kste d'une branche, 
Divin Muret, tu nous liras Catulle. (VI, p. 176.) 



ADJECTIF. 

Pour les adjectifs, il y a à considérer leur 
accord avec le substantif et leur place. 

Accord. — L'adjectif grand persiste sous sa 
forme ancienne pour le féminin grand. Ex. : 

Par les forests erre ceste grand bande. (III, p. 6i.) 
... de grands fiâmes ardantes. (V, p. 197.) 
... de grands cruches profondes. (V, p. 197.) 

Les autres adjectifs se conforment à la règle 
actuellement existante ; mais dans certains 
cas Ronsard les fait accorder là où la langue 
moderne a supprimé l'accord. Ex. : 

En rechignant s'en est allée 

Nuds pieds et toute eschevelée. (II, p. 29.) 

Dans d'autres cas, pour la rime, Ronsard 
fera accorder l'adjectif, employant une tour- 
nure grecque vicieuse en français. Ex. : 

... vous jurastes vos yeu.x 
D'estre plutost que moi ce matin csveillée : 
Mais le dormir de l'aube, aux filles gracieux. 
Vous tient d'un doux sommeil encor les yeux sillà. 

Les adjectifs terminés au féminin par une 
voyelle conservent cette voyelle dans la for- 
mation des adverbes en ment. Ex. : rraycmcnt, 
gaycmcnt, sanglantement. 

Aujourd'hui, tout adjectif (adj. indcf., arti- 
cle) qui modifie plusieurs substantifs doit 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ixv 

être répété devant chacun d'eux : la syntaxe 
au seizième siècle laissait plus de liberté à 
l'écrivain : la répétition n'était pas obligatoire, 
et c'est ainsi que Ronsard a pu dire : 

... le bon poète jette tousjours le fondement de son ouvrage 
sur quelques vieilles annales du temps passé ou renommée 
invétérée. (III, p. 23.) 

... Discours de /'altération et changement des choses 
humaines. (VI, p. 125.) 

La langue moderne exagérait la répétition 
de l'indéfini quelques dans le premier exemple 
et de l'article k dans le second. 

Place. — Chez Ronsard, comme chez ses 
contemporains, la place de l'adjectif est à peu 
près la même que dans la poésie moderne. 
Mais quand l'adjectif est une cpithète de nature 
ou qu'il énonce une qualité propre et essen- 
tielle d'un être ou d'une chose, il précède 
presque toujours le substantif. Ex. : 

Le chœur des Piérides Muses. (II, p. 95.) 
Tu tri'ras les plus vaillans 

Bataillans 
De là française jeunesse. (II, p. 194.) 
Les dons d'Apollon dont se vid embellie 
Quand Pétrarque vivoit, sa native Italie. 

(El., XXXIlI,t. IV, p. 357.) 

La langue moderne exige que deux adjectifs 
qualifiant un seul et même substantif soient 
unis par la conjonction et : au seizième siècle 
il n'en était pas de même, et Ronsard emploie 
couramment deux adjectifs pour qualifier un 
même nom. 

Une diverse amoureuse langueur. (I, p. 86.) 
Lex. Ronsard. t 



Ixvj ÉTUDE SUR Ronsard. 

Pluriel. — La formation du pluriel dans les 
noms et les adjccûfs n'offre rien de remarquable, 
si ce n'est que les noms en c et les participes 
passés forment leur pluriel en cz (v. ci-dessus 
Orthographe) : prcz,eresche:, préparez. 

Enfin les adjectifs composés sont souvent em- 
ployés par Ronsard avec un complément : ce 
complément, s'il est adjectif, s'accorde avec 
la dernière partie du mot composé ; s'il est 
substantif, il en est complément déterminatif. 
Ex. : 

Saincte, qui fais une frayeur avoir 
Au cueur malin qui risque tes mystères, 
Ayme-rochers, ayme-bois solitaires, 
Mère, déesse, ayme-bal, ayme-son 
De ces guerriers. (III, p. 57.) 



PRONOM. 

Il y a quelques remarques à faire sur l'em- 
ploi des pronoms personnels, relatifs et indé- 
finis. 

PRONOM PERSONNEL. 

Ronsard omet fréquemment le pronom 
sujet quand il est suffisamment indiqué par le 
contexte. Ex. : 

Peuple troyen, dardanienne race, 

Ce jouvenceau qui par la populace 

Vit sans honneur, Astyanax nommé. 

Est fils d'Hector, que tant avez aimé. iIII, p. 66.) 



Sujet sous-entendu : vous. 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ixvij 

Mais j'esperoy que d'un masle courage 

Iroit un jour des Gaules surmonter ^ 

Le peuple rude et fascheux à donter. (III, p. $ 5.) 

Sujet sous-entendu : il. 

Puis en lisant l'ingénieux Ovide 

En ces beaux vers où d'Amour est le guide 

Regagnerons le logis pas à pas. (VI, p. 87.) 

Sujets sous-entendus : // et nous. 

Il omet aussi quelquefois le pronom réfléchi 
quand ce pronom est complément direct : 

. . . soudain je sens nouer 
La langue à mon palais... (II, p. 171.) 
Et jà de peu a peu sent 
Haute eskver sa ceinture. (II, p. 233.) 

Pronom relatif. — Aujourd'hui, le pronom 
relatif doit suivre immédiatement son anté- 
cédent. Au seizième siècle, la construction 
était plus libre, et Ronsard a pu écrire, par 
exemple, en séparant le relatif de son antécé- 
dent : 

Des puissans Dieux la plus gaillarde troupe 

Estoit assise au sommet de la croupe 

Du mont Olympe, où Vulcan à l'escart 

Fit de chacun le beau palais à part, 

Qui contemploient la troyenne jeunesse. (III, p. 87.) 

Souvent aussi ijui est employé soit comme 
complément d'une préposition, soit se rappor- 
tant à un nom de chose. Ex. : 

Ce règne heureux et fortuné 

.Sous qui l'heureuse destinée 

Avoit chanté dès mainte année 

Qu'un si grand prince seroit né. (Odes, I, p. 2.) 

Dequoy est toujours employé à la place de 
l'expression de ce que. 



Ixviij Etude sur Ronsard. 

Enfin il arrive parfois que Ronsard fait sui- 
vre le pronom relatif d'un nom construit en 
apposition. Ex. : 

Qui compaignon ses pas alloit suivant. (III, p. 175.') 
PRONOMS INDÉFINIS. 

Aucun, personne, rien, ont conservé leur sens 
étymologique et ne donnent lieu à aucune re- 
marque particulière. 

Même, contrairement à l'usage moderne, 
est placé devant son substantif quand il a le 
sens de ipse (et non de idem) : 

Et rien ne vit en moy que la mesmc douleur. 

(El., V, t. IV, p. 248.) 

Un certain nombre de pronoms (person- 
nels, démonstratifs, etc.) sont parfois em- 
ployés d'une manière redondante : les exemples 
sont nombreux surtout pour l'indéfini quiconque 
que Ronsard fait souvent suivre d'un autre 
pronom. Ex. : 

Quiconque fut le Dieu qui la mit en lumière, 

//fut premier auteur d'une grande misère. (I, p". 144.) ' 

Mais quiconque a le scavoir 

Celuy doit l'honneur avoir. 

(Odes, I, XIV, II, p. 110.) 

VERBE. 

Le verbe ne donne lieu qu'à un petit nom- 
bre de remarques. 
Conjugaison. — La conjugaison est généra- 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ixix 

lement régulière : mais souvent on constate 
l'emploi de formes anciennes déjà tombées en 
désuétude à son époque et que Ronsard tentait 
de remettre en honneur. Souvent aussi les dési- 
nences sont modifiées pour faciliter la rime 
(ex. : je rcn, je respan), ou la forme verbale 
abrégée pour la mesure du vers (ex. : mons- 
fray), conformément à la théorie qu'il expose 
dans son Art poétique (v. Orthographe). 

Voix. — Il n'est pas rare de voir tel verbe 
ordinairement transitif employé intransitive- 
ment par Ronsard ou rice versa, ou encore 
de trouver sous une forme réfléchie un verbe 
habituellement transitif et même intransitif. 
Ainsi aboyer (actif), s'apparaistre, se combattre, 
craindre à, despouiller, eschapper quelque chose, 
exceller, laisser à, oublier à, penser en, ressembler 
quelqu'un, se sourire de... 

Modes. — Ce qu'il faut encore remarquer, 
c'est l'emploi fréquent de l'infinitif comme 
substantif, tantôt comme sujet, tantôt comme 
complément direct ou indirect. Ex. : leronjler, 
le mourir, mon dormir, le marcher, au dormir de 
la mort, au décocher, au flamboyer, etc. 

Employé comme complément, l'infinitif qui 
se construit aujourd'hui avec à, de, etc., est 
souvent construit sans préposition. Ex. : 

... car tout homme dès le naistre reçoit en l'âme je ne 
sçay quelles fatales impressions qui le contraignent suivre 
plustost son destin que sa volonté. (Fr., préface, t. III, p. 17.) 

... Le dessein des carmes que nous entreprenons composer 
{Art poétique, t. VII, p. 320.) 

... à la composition desquels je te conseille premièrement 
t'txerciter . . . {Art poétique, t. VII, p. 325.) 



!xx ÉTUDE SUR Ronsard. 

Je les absous du fait, je serois bien contant 
La demander dix ans et la garder autan. 

(El., XIV, t. IV, p. 285.) 

A rimitation du latin, Ronsard emploie la 
proposition infmitive, après les verbes espérer, 
penser, croire, estimer, etc. Ex. : 

si j'esperois, après un long espace, 
Venir à moi l'Hercule de ta grâce 
Pour délacer le moindre de mes nouds. 

(Am., I, XIII, t. I, p. 9.) 

Chantant l'homme estre bien-heureux. 

(Odes, I, XI, t. Il, p. 104.) 
Ses frenalsies, lesquelles il pensoit estre vrayes. 

(Fr., préface, t. III, p. 22.) 
Estimans les vers estre les plus beaux. 

(Fr., préface, t. III, p. 2}.) 

Le participe présent et le participe passé 
suivent l'usage commun au seizième siècle ; 
les modes personnels de même : une seule 
remarque importante serait que souvent dans 
la même phrase on constatera, pour plusieurs 
propositions subordonnées, l'emploi 'de modes 
différents sans qu'aucune nuance de doute ou 
d'interrogation les distingue. Ex. : 

Dont toutes deux devriez rougir de honte 

D'avoir destruit un royaume si beau. 

Fait qu'ilion n'est plus qu'un grand tombeau, 

Fait que Priam, meurdri dessus sa race. 

De son sang tiède ensanglantast ma face. (Var.) 

(Fr., I, t. III, p. 46.) 

C'est par une licence analogue que Ronsard 
donnera à un seul mot des compléments de 
nature différente : Ex. : 

L'un lassé de voler et l'autre de la chasse. (I, p. 25 ( .) 
Trois fois reprenant cœur, mes armes et l'audace 

(111, p. 90) 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ixxj 

Car dans Ronsard la construction de la 
phrase est le plus souvent conforme à l'usage 
commun : cependant il faut noter parfois dans 
ses écrits une très grande liberté d'allure, la 
hardiesse constante de l'inversion, et l'emploi 
hissez fréquent de la syllepse. 

Ainsi Fr., III, t. III, p. 146 : 

. . .Le jour luisait. 

Quand les deux sœurs, ainçois deux beaux printemps. 

Sortent du lict. Ils demeurent longtemps 

A se peigner, s'attifer... 

Le sujet du verbe demeurent est ils pour 
printemps. Ronsard par syllepse passe de 
l'idée de sœurs à l'idée de printemps qui est 
comme le nom distinctif qu'il leur donne. 

Telles sont les seules particularités syn- 
taxiques qu'il y ait lieu de signaler dans les 
Œuvres de Ronsard : l'on peut encore ici con- 
stater la différence profonde que nous signa- 
lions précédemment (v. Orthographe) entre la 
théorie de Ronsard et sa pratique. Si dans sa 
deuxième préface de la Franciade il conseille 
au poète de « franchir la loy de grammaire «, 
il a le premier donné l'exemple de la modé- 
ration et de la prudence : à tel point que l'on 
peut avancer, à quelques exceptions près, 
que sa syntaxe n'est autre que la syntaxe 
poétique généralement reconnue et usitée à 
son époque. 



Ixxij ÉTUDE SUR Ronsard. 



CONCLUSION 



L'examen des théories de Ronsard sur la 
langue, l'étude de son vocabulaire, de son 
orthographe et de sa syntaxe, nous ont per- 
mis de montrer de quelles préventions Ronsard 
a été longtemps la victime, et combien étaient 
injustes en somme les reproches sous lesquels 
on l'avait accablé. 

Ce qui le prouve encore d'une manière 
surabondante, c'est le témoignage même de ses 
contemporains : à l'époque où sévissait le 
néologisme, Henri Estienne dans sa Prccdlence 
du l(Jngagc françois, dans ses Dialogues du nouveau 
langage françois italianisé, où il s'élève contre 
cette manie d'innovation, ne l'impute jamais 
à Ronsard, non plus qu'à Desportes, ni aux 
« excellens poètes du temps » ; il les propose 
au contraire en exemple et les loue de leur 
modération (Sainte-Beuve, Tableau de la poésie 
française au seizième siècle) ; témoignage d'autant 
plus précieux à retenir que, pour beaucoup des 
contemporains de Ronsard, rien n'était parfait 
s'il n'était conforme à l'antiquité, et que dans 
leur ardeur d'imiter les anciens, certains se 
laissaient aller à les copier presque servile- 
ment. « Heureux, s'écriait au contraire notre 
« poète, et plus qu'heureux, ceux qui culti- 
<( vent leur propre terre, sans se travailler 
« après une estrangère, de laquelle on ne 
« peut retirer que peine ingrate et malheu- 



ÉTUDE SUR R.0N3ARD. Ixxiij 

« reuse pour toute récompense et honneur ! » 
{Art poétique, t. VII, p. 523.) 

Aussi est-on en droit de s'étonner que Ron- 
sard seul ait été rendu responsable des erreurs 
ou des exagérations contre lesquelles il s'éle- 
vait lui-même, et l'on est naturellement amené 
à se demander si son influence a été aussi 
grande et surtout aussi complète et universelle 
qu'on l'a prétendu. Le contraire paraît plus 
vraisemblable. 

Car s'il compta parmi ses plus zélés parti- 
sans les rois Henri II, François II et Charles IX, 
la cour, le chancelier de l'Hospital, Etienne 
Pasquier, Montaigne, il eut des ennemis non 
moins nombreux et des adversaires acharnés, 
parmi lesquels se rangèrent, à des époques 
différentes, Mellin de Saint-Gelais, Rabelais 
et Malherbe. Ce n'est donc pas seulement 
après sa mort qu'il tomba en discrédit ; de son 
vivant même il eut des détracteurs, et il eut 
la douleur de voir son astre pâlir et son in- 
fluence décroître. En effet, le Caprice à Simon 
Nicolas {Recueil des poèmes retrouvés, t. VI, 
p. 326-331), qui semble posthume et qui 
fut certainement écrit sous Henri III, nous 
montre le vieux poète se résignant difficile- 
ment à l'oubli. Car, bien qu'il eût été ap- 
pelé par Henri III à faire partie de l'Aca- 
démie du Palais, la mode n'était plus à Ron- 
sard , le goût de la cour avait changé ; et 
c'est apparemment de son prieuré de Saint- 
Cosme ou de sa retraite de Croix-Val ou du 
collège de Boncour, qu'il écrivait ces vers où 
il regrette amèrement 



IxxiV ÉTUDE SUR RONSARD. 

Un si bon temps où la Muse brunette 
Avoit en cour tant de lustre et de prix ! 

Farceurs, boufons, courtisans pleins de ruses 
Sont maintenant en la place des Muses. 

L' « ignorance » et la « barbarie » revien- 
nent importuner la France, et malgré tout il 
conseille à son ami de ne pas céder au torrent, 
de suivre son exemple « en dépit de l'envie » 
et de fuir 

... ces vulgaires façons, 
Ces vers sans art, ces nouvelles chansons 
Qui n'auront bruit, à la suite des âges, 
Qu'entre les mains des filles et des pages ! (VI, p. 329.) 

C'est « l'envie », c'est « l'opposition du 
vulgaire » qui a paralysé ses efforts et fait 

Qiie nostre langue en est moins embellie. (VI, p. 329.) 

Et cette plainte s'accorde avec ces mots du 
cardinal du Perron : « Lesaureilles des cour- 
ce tisans françois, qui n'estoient pas encore 
« accoutumées à ces ornements estrangers, fai- 
« soient quelque difficulté de les supporter, 
« rejettant tantost la hardiesse des conceptions 
« qui estoient poétiques et eslevées, tantost 
« la licence des constructions et des façons de par- 
« 1er qui estoient imitées et empruntées des 
« autres nations, et tantost la nourcautc des 
« mots, lesquels il se voyoit contraint d'inven- 
« ter pour tirer nostre langue de la pauvreté et 
« de la nécessité. » (Du Perron, Oraison funèbre 
de P. de Ronsard, t. VIII, p. 189.) 

Malgré ses efforts, il laissait « nostre lan- 
gage pauvre et manque de soy « [Art poétique^ 



i 



ÉTUDE SUR Ronsard. Ixxv 

t. Vil, p. 336); et il mourut avec le regret 
de n'avoir pu, comme il l'entendait, ilhistnr 
sa langue maternelle. 

Il avait eu pourtant raison de chercher à 
enrichir le Vocabulaire poétique ; il s'était, 
on l'a vu, montré toujours assez prudent dans 
l'exécution de son projet. Le malheur, pour 
lui, est que ses amis ou ses disciples exagé- 
rèrent ses idées : leurs excès devaient néces- 
sairement amener une réaction violente : 
a l'excès choquant de Ronsard nous a un peu 
jetés dans l'extrémité opposée; on a appauvri, 
desséché et gêné notre langue » . On ne peut 
violenter la langue; avec elle il est besoin de 
grands ménagements. 

C'est pour avoir négligé ces ménagements 
que la Réforme tentée par la Pléiade échoua; 
elle pouvait aussi bien réussir, si les novateurs 
eussent écouté et suivi le sage conseil d'un 
contemporain, H. Estienne {Préc, éd. Feu- 
gère, p. I 56) ; t^ /sipl otl cTraipEiv "a/là iih 6)>w 
Tw ôuXàxw : c'est à petites poignées qu'il faut 
semer, et non à plein sac. 

L. Mellerio. 




L E X I Q_U E 



DE RONSARD 



Ay préposition, employée avec le sens : 
i" de la préposition /'our. 

Je suis celuy 

Qui te veux faire avant le soir sentir 

A ton malheur que peut un repentir. (III, p. i2ù.) 

2" de la préposition de. 

Fille à Téthys (II, p. 347.) 

Frère à Jupin (III, p. 88.) 

3» de la préposition avec on par. 

Guindent le mast à cordes bien tendues. (III, p. 82.) 

A bas, loc. adverb., pour en bas, ici-bas. 

Puisse arriver, après l'espace d'un long âge 
Qu'un esprit vienne à bas (I, p. 2ji.) 

Aboyer et Aboyer ou abbayer, employé comme verbe 
transitif. 

mon mastin qui l'abaye. (IV, p. 10.) 

Lex. Ronsard. i 



2 L E X I Q^U E 

Aboyant tant seulement 

Les nourrissons des neuf Pucelles. (II, p. 105.) 

Abbayer les verves des trespassez. (III, p. 35.) 

Abricot, s. masc, venu au xvi^ siècle de l'espagnol 
albaricoque. 

Achète des abricos. (Od. II, iS, t. Il, p. 163.) 
Ronsard supprime le t final au pluriel. 

Abysme, subst. masc, dans Palsgrave et Nicot, est 
féminin le plus souvent au XV!"' siècle. 

Entr'ouvrait l'eau d'une abysme profonde. (III, p. 9}.) 

au fond 

De l'abysme la plus profonde. (Il, p. 76.) 

Acagnarder tlAccagnarder, v. trans. (Nicot, Trévoux, 
Littré.) Accoutumer quelqu'un à une vie obscure, fai- 
néante ou libertine. Nicot dérive ce mot de cagnard 
tt qui est un lieu à l'abri du vent ou exposé au soleil, 
où les gueux s'assemblent pour fainéanter, qu'on 
appelle pour cela cagnardins et cagnardiers-n . (Tré- 
voux.) Ex. : 

Nous tiendras-tu sur ce bord solitaire, 

Acagnardez en paresseux séjour 

A boire, à rire, à démener l'amour? 

(Fr. III, t. III, p. 183.) 

Accointable, adj., abordable, affable. 

Estre sobre en habits, estre prince accointable. 

(III, p. 281.) 
visage accointable. (V, p. 184.) 

Accointance, subst. fém., fréquentation, commerce 
d'amour. 

Bacchus ne luy est plus doux, 

Ny de Venus l'accointance. (H, p. 354.) 

Accoiser, v. trans., vieux mot dérive de Co/ (quictus), 
calmer, apaiser. 



DE Ronsard. j 

Et par les prez les estonnez ruisseaux 

Pour l'imiter accoiseront leurs eaux. (VI, p. 177.) 

S'employait aussi comme verbe réfléchi : S'accoisir-, 
Et tous muets s'accoisent les ruisseaux. 

(Am. I, 221, t. I, p. 124.) 

Accort, adj. quai. (Nicot, Pasquier). Avisé, clair- 
voyant. 

Car en tous lieux la douce courtoisie 
Du peuple accort gagne la fantaisie. 

(Boc. Roy., t. III, p. 363.) 

Accouarder, v. trans., i mot nouveau inventé par 
Ronsard » (note de Belleau). L'ancienne langue 
avait l'adj. couard, le verbe couarder, se montrer 
lâche, et accoaardlr (cité par Palsgrave), rendre 
lâche. 

Accouardant mon âme prisonnière. (I, p. 2 1 5 .) 
Ronsard a d'ailleurs employé le part, passé d'ac- 
couardir, t. II, p. 3 5 1. 

Accravanter, v. trans., vieux mot. Écraser, accabler 
sous un poids excessif. Trévoux : «'Ce mot est 
vieux et vient du latin aggravare. Autrefois on 
disait mêifee aggravanter, et c'est de là que s'est 
formé accravanter, en changeant g en c. t Ex. : 
(I, p. 127, et III, p. 301.) 

Accrestre, pour accrois tre, selon la prononciation 
d'alors (0/= ai). 

Et soing dessus soing accrestre. (II, p. 163.) 
Ailleurs Ronsard emploie l'orth. accroistre, mais 
la prononciation était la même. 

Le vray commencement pour en vertus accroistre. 

(VII, p. 36.) 

Accusement, s. masc, signalé comme peu usité par 
Nicot : Accusation. Ex. : 

Le riche dessous toy ne craint aucunement 



4 . Lexiq^ue 

Qu'on liiy oste ses biens par faux accusement. 

(Hymnes IV, t. V, p. 68.) 

Acertener, v. trans., vieux mot. (Trévoux et Nicot, 
ex. de Marot.) On écrivait plutôt accrtaincr, assu- 
rer, certifier. Ex. : Odes, i i, i i, t. II, p. 1 50. 

Achée, s. fém., « sorte de ver qui sert à nourrir les 
oiseaux et à amorcer les hameçons des pêcheurs » . 
(Trévoux.) 

. . . pour apporter la bechee 
A tes petits ou d'une achée 
Ou d'une chenille ou d'un ver. (II, p. 438.) 

Achil, nom propre, orth. de Ronsard, pour Achille. 
(Il, P- 474-) 
Ailleurs : Achillès. (VI, p. 416.) 

AchilUn, adj., d'Achille. Pris substantivement, il signi- 
fie : le fils d'Achille : Ex : 

... il receut en sa gorge frappée 
De l'Achillin le revers de l'espée. (III, p. 46.) 

De même, t. III, p. 426. 
Adjectivement Ronsard emploie plutôt Achillien. 
(V, p. 144 et 294.) , 

Acouardy. (V. accouarder.) 

Acquêts, s. masc. pi., vieux mot conservé dans la lan- 
gue de la jurisprudence. Ronsard l'emploie dans le 
sens de conquêtes. 

... je vous donne en ceste carte icy 
Les acquêts de Henry et les vostres aussy. 

(VIII, p. 147.) 

Actuel, adj. quai., employé par Ronsard au sens éty- 
mologique du mot : qui agit, réel, effectif et effi- 
cace. S'opposait à virluel ou àpotenticl, en ce sens. 
Ex. : 

Poudre, l'honneur de Cypre, actuelle à résoudre 



DE RONSARD._ $ 

L'uIcere qui s'encharne au plus creux de mon sein. 
(Sonnets pour Hélène, XLI, t. I, p. 304.) 

Adenté, part, passé du vieux \erhe adenter, renverser. 
Trévoux : « Adenter un vaisseau, c'est mettre son 
orifice en bas et le fond en haut. Ce terme est po- 
pulaire. » 

Ronsard l'emploie pour : abattu, renversé, en 
parlant de l'homme. 

L'un dessus l'autre adentez tomberont. 

(Fr., IV, t. III, p. 226.) 

Adeulé, adj. quai., vieux mot. Attristé, accablé de 
douleur : Un seul exemple : 
... au point du jour voicy 
Un passant à ma porte, adeulé de soucy. 
Qui de la triste mort m'annonça la nouvelle. 

(I, p. 232.) 

Adexlre, adj., vieux mot encore en usage au XVl» 
siècle. {Rom. du Renard^ Villon, Jodelle) : adroit. 
Combien l'effort de ta main dextre. 
Maniant le fer, est adextre 
A brisa l'horreur des dangers. (II, p. 38.) 
... soit pour le faire adextre. (II, p. 61.) 
Ronsard orthographie aussi adestre (cité par 
Nicot.) 

... c'est le tout que d'estre 
Des mains aux armes adestre. (II, p. 6j.) 

Adiré, part, passé du vieux verbe adirer (bas lat. adi- 
rare, probablement dérivé de aderrare). (Roman de 
la Rose, Bonaventure des Périers, Littré) = égaré, 
perdu. 

Voicy venir Bellin, qui seul avait erré 

Tout un jour à chercher son bélier adiré. 

(Édog., IV, t. IV, p. 82, et de même, ibid., p. 86.) 

Ne s'emploie plus aujourd'hui qu'en jurispru- 
dence : titre adiré. 



^6 . L E X ! Q^U E 

S'adolorer, v. réfl. (Nicot : 5e douloir.) 

Et l'espousé ne s'adolore pas 

De voir mourir sa femme entre ses bras. (VI, p. 17 5. j 

Adonc, adverbe, vieux mot qui signifiait : alors, ainsi 
ou donc, couramment employé par Ronsard. 

Adon, /aorn propre, orth. de Ronsard pour Adonis. 
(I,p.6s.) 

Adon'in, adj. d'Adonis. 

Ou tel que fut de la playe Adonine 

Le sang fardeur de îa rose pourprine. (ill, p. 134.) 

Ailleurs Ronsard emploie l'adj. Adonien. 
Le pourpre esdosdu sang Adonien. (I, p. 107.) 

Adoniser, v. trans., dérivé d'Adonis. (Nicot, Littré, 
Académie.) Parer avec beaucoup de soin et de re- 
cherche. (Ex. contempor. Dancourt, Th. Gautier.) 
Employé aujourd'hui comme verbe réfléchi ou avec 
un complément direct. Ronsard l'emploie avec deux 
régimes. 

Quand d'un bonnet son chef elle adonise. (I, p. 14.) 

Affecter, v. act. (lat. affectare). Aspirer à, entrepren- 
dre. 

Puis affectant un œuvre plus divin. (II, p. 128.) 

Affoler, V. act., blesser (Palsgrave, Nicot), et aussi 
rendre fou (Roman de la Rose). 

Premier sens : 

Je sens guarir une amoureuse rage 

Qui me r'affole au plus verd de mes mois. (I, p. 6.) 

Deuxième sens : 
Ainsi disoit la nymphe qui m'affolle. (I, p. 13.) 
Cet oiseau, c'est amour qui vole. 
Qui toujours les hommes affole 
Et jamais ne fait que du mal. (I, p. 435.) 



I 



D E R N s A R D. 7 

Age, subst. masc. aujourd'hui, est quelquefois fémi- 
nin. 

Seize ans estoit la fleur de votre âge nouvelle. 

(I, p. 403-) 
Quand sur l'âge première elle se voit aimée. 

(I, p. lOI.) 

Aggraver, v. trans., a eu jusqu'à la fin du Xil'^ siècle le 
sens du latin aggravare, rendre plus lourd, plus 
pesant, alourdir. Ronsard lui attribue le sens de 
couler à fond. (II, p. 96.) 

Agnien (àyvôç)^ pur, saint, dont les rites sont purs. 
Un des surnoms de Dionysos que Ronsard traduit 
parDenys. (V, p. 237.) 

Aguetter, v. trans., vieux mot dérivé du substantif 
aguet, déjà vieilli du temps de Ronsard : guetter, 
surveiller, garder. (Am., l, CXXX, t. I,p. 73.) 

Ahan, s. masc, mot pittoresque et expressif, cou- 
ramment employé dans l'ancienne langue, aujour- 
d'hui tombé en désuétude. 

1" Grand effort. 
Puis du dos et des bras efforcés par ahan 
Fait sauter le froment bien haut de sur le van. 

(Disc, t. VII, p. 123.) 

2" Fatigue extrême. 
Trois fois, recreu d'ahan, jem'estends sur la place. 

(ni, 290.) 

Ahan avait formé le verbe ahanner, faire un grand 
effort, et au fig. souffrir une peine extrême. Ron- 
sard emploie ce verbe au sens propre. (II, p. 41 1.) 

Ahontant, part, prés., de l'ancien verbe ahonter, faire 
honte, aéshonorer. Nous avons conservé éhontéc[vi\ 
exprime l'idée contraire. (III, p. 153.) 

Aigre-doux, adj. composé, appartient au vieux fonds de 



8 L E X 1 Q_U E 

la langue. Épithètc de Vénus considérée comme 
déesse de l'amour parce qu'il a ses plaisirs et ses 
peines. 

Et le doux fiel de Vénus aigre-douce. (III, p. 347.) 

Aigu, adj. quai., employé par Ronsard comme syno- 
nyme de perçant pour qualifier les yeux de l'aigle 
de Jupiter. 

... adonc tu vas charmant 
Ses yeux aigus... (II, p. 127.) 

Aiguenx, adj. créé par Ronsard, syn. de aqueux. 
L'humeur aigueuse. (Éi. XXXII, t. IV, p. 353.) 

Aigu -tournoyant, mot composé par juxtaposition, 
innovation de Ronsard qui l'applique à la foudre de 
Jupiter. (Odes i, X, t. II, p. 79.) 

Ailer, v. trans., donner des ailes; employé aussi par du 
Bellay. 

Ailera ses pieds à la fuite. (Il, p. 86.) 

Aimantin et adamantin, adj. quai. Ronsard emploie 
indifféremment l'une ou l'autre forme. 

(I, p. 14; III, p. 312; V, p. 14.) 

Aime, j" pers. du sing. du prés, de l'ind. du verbe 
aimer, employé par Ronsard comme préfixe dans la 
composition des mots. Il l'écrit tantôt aime, tantôt 
aj'nie. 

Ayme-bal, adj. comp., créé par Ronsard. (III, p. $7.) 

Ayme-bois, adj. comp., créé par Ronsard. 

(III, p. SI.) 

Aime-cstaim, adj. comp., créé par Ronsard. Il l'ap- 
plique à la quenouille, qui aime à filer la laine. 

(V. Estaim.) 
Quenouille, des deux bouts et greslette et menue, 



DE Ronsard. 9 

Un peu grosse au milieu où la filace tient, 
Aime-laine, aime-fil, aime-estaim... 

(Am. Il, la Qiienouille, t. I, p. 220.) 

Aime-fil, âà'i.comp. y créé par Ronsard. (V. ci-dessus.) 

Aime-jour, adj. comp., innovation de Ronsard. Épi- 
thète qu'il applique au coq. (VI, p. 365.) 

Aime-laine, adj. comp., créé par Ronsard. (V. ci-des- 
sus.) 

Aimant, s. masc, fer. (V. Littré, étymologie du mot 
diamant.) 

Zephyre avoit un rhé (filet) d'aimant laborieux. 

(V, p. I77-) 

Aime-ris, adj. comp., créé par Ronsard. Qui aime le 
rire, folâtre. 

Sans toi. Nymphe aime-ris, la vie est languissante. 

(Am. II, XXIII, t. I, p. 168.) 

Ayme-rochers, adj. comp., créé par Ronsard. 

(III, p. 57.) 

Ayme-son, adj. comp., créé par Ronsard. (III, p. 57.) 

Ainçois, vieux mot = mais bien plutôt. 

Las! mais mon cœur, ainçois qui n'est plus mien. 

(I, p. 30.) 

Ains, conjonction, vieux mot qui signifiait : mais, mais 
bien, mais bien plutôt; fréquemment employé par 
Ronsard. 

Ains que, locution conjonctive, vieux mot : avant que. 

Quand j'estois libre, ains que l'amour cruelle 
Ne fust éprise encore en ma mouelle. (I, p. 214.) 

Alaigre, adj. orth. de Ronsard pour allègre. 

... mon bouc qui sautoit si alaigre. (IV, p. 88.) 



10 Lexique 

Alainer, v. trans., pour luléner, agiter de son haleine, 
éventer ; vieux mot. 
Et Zephire y alaine 
Les myrtes et la plaine. (H, p. 2J2.) 

Alangoré, part, passé du vieux verbe alangorcr qui 
existait concurremment avec alangoiirir et s'cilan.- 
gourir plus usités. (Nicot, Littré.) a Affaibli par 
une grande maladie ou affliction. » (Trévoux.) Ex. : 

Et, quoy qu'il soit alangoré 

De voir sa femme morte et pale. (II, p. 415.) 

Albaslrin, adj., blanc comme l'albâtre. 

Col albastrin emperlé de bonheur. (I, p. 76.) 

Alblonnes, adj. fém.plur., employé une fois par Ron- 
sard, d'Albion, de l'Angleterre. 
... aux bords escumeux 
Des Albionnes arènes, (il, p. 309.) 

Alenter, v. trnns., vieux mot qui existait concurrem- 
ment avec alenlir. (Ex, de d'Aubigné.) Rendre plus 
lent, ralentir. (Am., il, XXII, t. I, p. 167.) 

Ce verbe s'employait aussi comme verbe réfléchi : 
S'alcnter^ se ralentir, s'apaiser. 

Sa fièvre s'alentoit. 

(Am., Pièces retr., XI, t. I, p. 394.) 

Il avait formé le dérivé ralenter, ralentir. 

... ralente tes pas. (Am. 1, CLVII, t. I, p. 91.) 

Allégeance, s. fém., vieux mot. (Nicot, Trévoux, 
Littré.) Employé au figuré : soulagement, adoucis- 
sement, consolation. 

... je vous tiendray souvent 
Entre mes bras, prenant quelque allégeance 
En vostre vaine amoureuse semblance. 

(VIII, p. 1:4.) 

Allumelle ou alumelle, vieux mot. (Trévoux, Littré.) 



DE Ronsard. m 

Épée, lance, fer d'une lance ou d'une épée. On 
appelle encore aujourd'hui en art militaire allumelk, 
l'épée mince et déliée dont on se servait au moyen 
âge pour percer l'ennemi au défaut de son armure. 
(Hymnes, m, t. V,p. 62.) 

Allures on Alleures, s. fém. plur., terme de vénerie. Ma- 
nière différente dont marchent les bêtes ; longueur 
de leur pas. 

Cognoissoit bien le pied, la sole et les alleures. 

(I, p. 255. Vers d'Eurym. et Callirhée.) 

Aime (lat. almns). Nicot signale ce mot comme une 
innovation de Ronsard. Ex. : 

Aime soleil, demain avant ton heure 
Monte à cheval et galoppe bien fort. 

(Am. I, LXXX, t. I, p. 47.) 
Aime Vénus. (Franc. II, t. III, p. 109.) 
Père aime, nourrissier des hommes et des Dieu.x. 

(Élég. IX, t. IV, p. 262.) 

Altilo(jue, adj. quai., innovation de Ronsard, du latin 
altiloqmis : qui a un langage élevé, sublime. 

(VII, p. 330.) 

Alumelle, s. fém., vieux mot qui signifiait au moyen 
âge la lame de l'épée. (V. Allumelk.) 

Donne que hors des poings eschappe l'alumelle 
De ceux qui soustiendront la mauvaise querelle. 

(VII, p. 16.) 

Amadoueur, s. masc, terme familier, celui qui ama- 
doue, qui flatte par des caresses. (Nicot, Trévoux, 
Littré.) Ex. : (Am. Piec. retr., li, t. I, p. 389.) 

Amasser, v. trans., employé dans le sens de ramasser. 
... un bouquet luy tomba de son sein... 



Je l'amasse et l'attache au bord de mon chapeau. 

. (IV, p. J2.) 



12 L E X I Q^U E 

Ambrosie et ambroisie. (Nicot, Littré.) Les deux 
formes étaient également usitées. Note de Muret : 
» C'est la viande des dieux, et nectar le breuvage. 
Tous les deux signifient immortalité, j 

Je pais mon cœur d'une telle ambrosie. (I, p. 7.) 
II, p. 118. 

... se soûler d'ambroisie. (III, p. 265.) 

Ambrosin et ambroisin, adj., tiré du mot ambroisie. 
Ronsard emploie ces deux formes concurremment 
avec une troisième : ainbrosien. Ex. : 
D'une si rare et douce ambrosine viande 
Mon espérance vit, (I, p. 30S.) 
Baiser ambroisin, que j'adore. (II, p. 4S0.) 

... embasmer l'air 
De ne sçay quelle ambrosienne haleine. (I, p. 135.) 

S'amenuiser, v. réfl., encore employé au sens propre 

aujourd'hui : être rendu plus mince, plus menu (en 
parlant d'un bois qu'on travaille), est employé par 
Ronsard au figuré. 

De jour en jour suivant s'amcnuisoit ma vie. 

(m, P-435) 

Amiable et amyable, pour aimable, orth. de Ronsard, 
forme ancienne du même mot. 

Voicy les champs ou l'amiable effort 

De ses beaux yeu.x ordonne que je meure. (I, p. 47.) 

Vien avccques ta fiUc, amyable et bénigne. 

(Ed. III, t. IV, p. 68.) 

Amignoter, v. trans., employé concurremment au 
XVI" siècle avec amignarder : rendre caressant. 
Vénus... 
Amignota de ses yeux les regards. i^III, p. 110.) 

(V. Mignolise.) 
Amodérer, v. trans., vieux mot. (Nicot, Trévoux.) 



DE Ronsard. i. 

Dérivé de modérer : tempérer, modérer. Ex. : 

Et si le fiel n'amoderoit un peu 
Le doux du miel. (1, p. 7.) 

A'moit, pour animait. 

Dont la main industrieuse 

A'moit d'amours et de pleurs 

La carte laborieuse. (Var. 1587.") (II, p. 341.) 

Et Ronsard ajoute cette note : « A'moit, c'est 
ce quon dit, escorchant le latin, animoit. » 

Amoureau, s. masc, ancien diminutif d'Amour : petit 
amour. Employé par Ronsard au pluriel. 
Un nouveau scadron furieux 
D'amoureaux... (II, p. 487.) 

Amourée, s. fém., vieux mot cité parPalsgrave, vient 
du verbe amourer, rendre ou devenir amoureux : 
synonyme de amante. 

Comme un taureau par la prée 

Court après son amourée. (II, p. 161.) 

Amphithéose, s. fém., orth. de Ronsard pour emphy- 
té.ose, terme de jurisprudence : cession d'un fonds, 
d'un héritage, pour un certain temps moyennant 
une redevance annuelle (du grec ÈjjLçû-e'j^tî), action 
de planter : le preneur a le droit de planter et la 
certitude de jouir des produits de ses plantations. 

(VIII, p. 171.) 

Ampoullé, adj. quai., employé par Ronsard pour qua- 
lifier les flots des torrents : enflé, gonflé. 

... le dos escumeux des ondes ampoullées. 

(VI, p. 247.) 

Anangé ('AvâY^Ti), la fatalité, innovation de Ronsard. 

Tu mets les dieux au joug d' Anangé la fatale. 

(Hymnes i, VIII, t. V, p. 142.) 



14 L E X I Q,U E 

Ancelle (lat. ancilla), servante, terme fréquent au 
moyen âge, par exemple dans les mystères. Est un 
des termes anciens que Ronsard a tentés de remettre 
en honneur. Il ne l'a employé qu'une fois. (Suite de 
l'Épitaphe de Loyse de Mailly,t. VII, p. 265.) 

Le poète imagine que la Foy pleure avec la Cha- 
rité sur le tombeau de Loyse de Mailly, répétant 
que : 

... Loyse fut celle 
Qu'elle choisit en Dieu pour sa très humble .■■.ncelle. 

Andoiiillcr, s. masc, terme de vénerie. Espèce de 
petite corne qui vient au bois du cerf, du daim et 
du chevreuil, I, 255. (V. Vénerie.) 

Angckitc, s. fém., ancien diminutif de ange, au masc. 
angclcl. (Littré.) Terme d'atïection, de caresse 
mignarde dont on se servait jadis en parlant ou 
écrivant à une jeune fille. 

Où fuis-tu, mon angelette?... (Am. div. I, p. 37S.) 

Anterot, nom masc. dérivé par Ronsard du grec 
'AvTï'pw;, dieu ennemi d'Eros. 
Anterot, preste moy la main... 



Il faut que pour moy tu renverses 

Cet ennemy du genre humain. (II, p. 373.) 

Anterotiaue, adj. quai., tiré par Ronsard du grec 'Avte- 
pw;, du dieu ennemi d'Eros, Ex. : 

... d'Amour je rompray les traits 
Dessus l'autel anterotique. (II, p. 374.) 

Antiquaire, adj. quai., antique, vieilli. 

... vous paissez seulement de fumées 
Et d'un titre venteux, antiquaire et mbysi. 

(III, p. 308.) 

Antrine, s. fém., nom de Nymphe de l'invention de 
Ronsard. (VI, p. 140.) 



I 



DE Ronsard. 15 

S'apparoisîre, v. réfl., pour apparaître, v. intr. 
Ils faillent de penser qu'à Luther seuleiiierit 
Dieu se soit apparu... fVlI, p. 41.) 

Appenderois, forme ancienne du conditionnel du verbe 
appendre : e repris à l'infin. latin. 

J'appenderois mon âme pour offrande. 

(Am., I, CXXVIII, t. I, p. 72.) 

Exemples assez nombreux de formes analogues. 

S'appetisser, v. réfl. d'où le dérivé se rapetisser, qui 
subsiste encore. 

Ton Telemach, qui se plaint et lamente 

Que jour à jour s'appetisse sa rente. (VI, p. 77.) 

Appointer, v. intrans., venir en conciliation. Nicot le 
traduit par transiger, de là le terme juridique : 
appointements transaction. 

. ' '- • < ... après ta colère 

Très justement conceue encontre Agamemnon 
Il t'a fait appointer pour ton mort compagnon. 

(IV, p. 28J.) 

Il s'employait aussi comme verbe réfléchi. 
Tant de fois s'appointer, tant de fois se fascher. 

U, P- 295.) 

Apprenti/, ancienne orth. du subst. apprenti. 

Et en donnant la charge au.x nouveaux apprentifs. 

(VII, p. 25.) 

Arbreux, adj. créé par Ronsard qui l'applique à la 
massue d'Hercule, faite d'un arbre entier, n l'ar- 
breuse massue 3 . (VI, p. 126.) 

Archerot, s. masc. diminutif de archer, pris absolu- 
ment signifie le petit archer, l'Amour, 

... l'archerot me jette 
Le plus agu de son trait esmoulu. (I, p. 29.^ 



i6 Lexique 

Archcte, s. masc, du grec àpxÉxa;, chef, roi, épi- 
thète de Bacchus. 

Ardre, v. act., brûler (lat. ardcrc), usité dès la forma- 
tion de la langue. Ronsard l'emploie à l'infinitif, et 
aux deux participes, présent et passé. 
Par l'effort d'un bras souverain 
A fait ravalier la tempeste 
Et ardre à l'entour de ta teste 
Un air plus tranquille et serain. 

(Odes I, I, t. II, p. 24.) 
Ars, prins, lacé, par eux faut que je meure. 

(Am. I, s. XVII, t. I, p. M.) 

Tandis Amour, qui, petit, se cachait 
Folastremcnt dans le sein de la belle, 
En l'œil humide alloit baignant son aile. 
Puis, en l'ardant, ses plumes il sechoit. 

(Am. I, CXCVI, t. I, p. III.) 

Arène {\ai. arena),sa.hk. {OdesUjXVl, l. II, p. 161.) 

Areneux, adj. quai., innovation de Ronsard : qui 
pousse dans le sable, qui aime les terrains sablon- 
neux. 

... la framboise areneuse. 
(Poèmes 1, La lyre, t. VI, p. 64.) 

Argentelet, adj. diminutif d'argenteux, créé par Ron- 
sard. (VI, p. 392.) 

Argenteux, adj. quai., vieux mot. (Ex. : de Marot.) 
Employé par Ronsard qui lui attribue deux sens. 
(Nicot, Littré.) 

i" Couleur de l'argent, argenté. Ex. : 
Sous le crystal d'une argenteuse rive. 

(Am. I, XCI, t. I, p. 52.) 

2" Qui produit de l'argent, qui procure la ri- 
chesse. 
• Ou bien embrasse-moy l'argentcuse science 



DE Ronsard. ' 17 

Dont le sage Hippocrate eut tant d'expérience. 

(Poèmes 11, t. VI, p. 190.) 

Ârg'ive, adj., traduction du lat. argivus, grec. 

... assez avons esté 
Foulés aux pieds de ceste argive audace, (in, p. 58.) 

Argo-nochers, nom propre, forgé par Ronsard pour 
désigner les Argonautes. 

... ces nobles gensd'armes 
Fameux Argo-nochers, qui, hardis, les premiers 
Sillonnèrent la mer... (III, p. 425.) 

Âriole, s. maso, [ariolus ou hariolus), devin. Em- 
ployé une fois par Ronsard. 

Tu es de Jupiter l'esprit et l'interprète, 
Des songes conjecteur, Ariole et prophète... 

(Hymnes n, X, t. V, p. 255.) 

Arondeau, s. masc, vieux mot qui s'est dit jadis pour 
désigner l'hirondelle mâle et aussi les petits de l'hi- 
rondelle. (Nicot, Littré.) C'est en ce dernier sens 
que l'emploie Ronsard. 

Faisant tel bruit que font en la nichée 
Les arondeaux attendans la bchée. 

^Fr. II, t. III, p. 109.) 

Arondelle, s. fém., diminutif de aronde (lat. arundo) : 
hirondelle. (Nicot, Littré.) 

Vous, à la gorge rouge, estrangere arondelle. 

CP- 34I-) 

Arraisonner, vieux mot. (Villon, Marot, le dernier 
ex. : Mézerai.) S'employait comme verbe transitif 
et réfléchi. 

Verbe transitif, il signifiait : entretenir quelqu'un, 
■raisonner d'une chose avec quelqu'un. 

Verbe réfléchi, s'entretenir avec quelqu'un; vou- 
loir lui faire entendre raison. Ex. : Il faut comman- 

Lex. Ronsard. 2 



i8 Lexiq^ue 

dcr aux valets et non pas s'arraisonner avec eux. 
(Trévoux.) 

Ronsard l'emploie absolument dans le sens de : 
s'entretenir avec soi-même. (I, p. 69. Ibid.^ p. 70.) 

Arroy, vieu)i mot. (Nicot, Littré.) Ordre, arrange- 
ment; puis équipage, appareil. 

L'autre, qui vient en magnifique arroy 
Qui de maintien représente un grand roy. 
Est-il des miens? (Franc, iv, t. III, p. 239.) 
Et s'approcliant de près elle vit un grand Roy 
Que deux tigres portoient en magnifique arroy. 

(Hymnes 11, t. V, p. 198.) 

Artizane, s. fém., inusité, du mot artisan, employé 
par Ronsard et repris depuis par quelques écrivains 
modernes (G. Sand, Brizeux, H. Rigault) : ou- 
vrière. 

... l'araigne artizane admirable. 

(Hymnes iv, t. V, p. 79.) 

Asien et Asian, adj., créé par Ronsard. Asiatique. 

... avec une grande trope 
D'Asians pour domter la plus part de l'Europe. 

(Il, p. 21.) 
D'Afriq' sera couronné 

Ton puisné, 
Toy de la terre asienne. (II, p. 194.) 

Aspiit, 3" pcrs. sing. du parf. défini du vieux verbe 
aspiir, hérisser, du latin asperare; d'oii le verbe 
exaspérer. 

... horrible en son armet 
Qiic la Gargonne asprit de mainte cscaille. 

(Fr. II, t. III, p. 4S.) 

Asserer, v. trans., innovation de Marot, du latin asse- 
rere. » Le rendre maître de quelque chose, la 
prendre, n (Trévoux.) Ici assigner. 

... et que leur bande asserre 



DE Ronsard. 19 

Des chappeaux de laurier, de myrte et de lierre 
Pour ceux qui vous feront présent d'un bel ouvrage. 
(Sonnets divers : au roi Henri II.) 

Assisons-nous, conj. irrég. de l'impér., pour asseyons- 
nous. La diphtongaison supprimée a été remplacée 
par \'s euphonique. 

Assisons-nous sur ceste molle couche. (I, p. 218.) 

Assomement, s. masc, innovation de Roasard, exem- 
ple unique. 

... une aspre maladie 
Par ne sçay quel destin, me vint boucher l'ouie 
Et dure m'accabla d'assomement si lourd 
Qu'encores aujourd'huy j'en reste demi-sourd. 

(IV, p. 300.) 

Assom'resse, fém. adj., créé par Ronsard. 

... ses mains assom'resses... (V, p. jj.) 

Astelles, s. fém., éclats de bois, du latin hastella, 
petit bâton. 

Dans l'édition de 1560 Ronsard l'explique par 
cette note : i Astelles est un mot de Vandomois 
qui signifie des petits coupeaux de bois fandus en 
long et menus qu'on appelle à Paris des esclats. » 

Il n'en offre qu'un exemple : 

Adonques le vieillard esdata des astelles. 

(Hymnes i, II, t. V, p. 28.) 

Dans certains de nos pays, spécialement dans le 
Vendômois et en Lorraine, on dit encore ételles 
dans le même sens. 

Trévoux : Astèles, s. fém., fragments de lance 
(Perceval), et de là vient le mot de Languedoc este- 
les, c'est-à-dire coupeaux, et estela, petites pièces 
de bois dont on garnit une jambe cassée et qu'on 
y attache pour faire que les os se reprennent plus 
aisément. Les chirurgiens disent : attelés. 



20 Lexique 

Trévoux : Eteles, s. fém., vieux mot, copeaux. 
C'est un mot fort usité en Champagne. Il ne l'est 
pas moins en Bourgogne. 

Dans les patois ce mot subsiste sous la forme 
étellc, en chirurgie et dans certains métiers (sellerie, 
céramique) sous la forme attelle. Il est devenu esteille 
en métallurgie et s'applique aux coins de bois qui 
assujettissent un marteau. Il a donné comme dérivé 
le mot allelet ou hattelet, terme de cuisine, sorte de 
petite broche. 

A tant, adv., vieux mot repris par Ronsard, signifiait: 
alors. 

A tant les filles de Mémoire 

Du luth apaisèrent le son. (II, p. So.) 

A tant Jupiter enfla 

Sa bouche... (II, p. 86.) 

Attaquer, v. act., employé dans le sens de affronter, 
se jeter dans... 

... bravement attaquer les allarmes. (II, p. 223.) 

Attendre, employé absolument dans le sens du réfléchi, 
s'attendre à... 

Je me cachay sous l'herbe au pied d'un arbrisseau 
Attendant que la soif amcneroit l'oiseau. 

(Écl. I, t. IV, p. i$.) 

Attenter, v. trans., employé par Ronsard avec le sens 
étymologique du lat. attentarc, ienler, entreprendre 
quelque chose. (Trévoux, Littré.) Trévoux : « Ce 
verbe n'est que neutre, Vaugelas a pourtant dit 
activement : il a attenté le plus grand de tous les 
crimes, n Ex. : 

L'œuvre est grand et fascheux, mais le désir que j'ay 
D'attenter un grand faict m'en convie à l'essay. 

(Hymnes i, t. V, p. 14.) 

Atterrer, v. trans., est un exemple frappant des modi- 



DE Ronsard. 21 

fications de sens que subissent les mots en vieillis- 
sant. Il signifiait jadis, au propre : jeter, renverser 
par terre. Il ne s'emploie plus qu'au figuré. (Nicot, 
Trévoux, Littré.) Abattre, jeter dans l'abatte- 
ment. Ronsard l'emploie au propre. 

(Fr. IV, t. III, p. 226.) 

Attoiirner, v. trans. (Palsgrave, Nicot.) Atourner. 
(Trévoux.) Vieux mot : parer, orner. 
Cybelle, 
Qui as le chef de citez attourné. (III, p. 57) 

Attrainer, v. trans., employé par Ronsard et Calvin, 
dans le sens du latin attrahere, entraîner, amener 
là... 

Un banc estait de sablon amassé, 



Haut de falaize et de bourbe attrainée. (III, p. 97.) 

Aubifoin (lat. Albifœnum) , s. masc, terme de bota- 
nique, espèce de centaurée qui croit dans les blés 
et qu'on nomme plus habituellement bluet, barbeau. 
On l'appelle aussi petit aubijoin, par opposition au 
grand aubifoin, grande centaurée bleue aes monta- 
gnes. (IV, p. 21.) 

Aubin, s. masc. (Nicot, Trévoux, Littré.) Vieux mot 
qui désignait le blanc de l'œuf, l'albumine. 

(Poèmes l, t. VI, p. 128.) 

Augée, nom propre, orth. de Ronsard pour Augias. 
Certes, j'aimeroy mieux dessus le dos porter 
La hotte pour curer les estables d'Augée 
Que me voir serviteur d'une dame rusée. 

(', P- »44-) 

Aumosner, v. trans., vieux mot. (Nicot, Littré.) 
Construit avec un double régime : donner en au- 
mône à quelqu'un. 

Tu nous aumosnes cecy. (II, p. 36.) 



22 LEXIQ.UE 

Aumosnier, adj. quai., qui fait l'aumône. 
... de cruels charitables, 
De larrons aumosniers... (VII, p. 27.) 

Aureiller, v. trans., vieux mot, cité par Palsgrave, 
Nicot, employé dans le Roman de la Rose, repris 
par Rabelais et Ronsard dans le sens du latin aiis- 
cullarc, prêter l'oreille. 

A ces chansons les chcsnes aureillez 

Abaisseront leurs chefs émerveillez. (VI, p. 177.) 

Austrogots, s. maso, pi., orth. de Ronsard du mot 
Ostrogoths. (VII, p. 61.) 

Avaller, v. trans., abaisser. 

... quand je voy pendre en bas 
Les nuaux avaliez, mardi ne sera pas. 
Si mouillé qu'aujourd'hui... 

(Odes III, XV, t. II, p. 218.) 

S'avaler, v. réfl., s'abaisser. 

(Am. I, CCV, t. I, p. 116.) 

Avant-chien, nom composé, forgé par Ronsard pour 
désigner la canicule. 

... l'avant-chien qui tarit jusqu'au fond 
Les tiedes eaux, qu'ardant de soif il hume. (I, p. 70.) 

Avant-jeu, s. masc, Nicot cite Ronsard et du Bel- 
lay : prélude. 

... en bruyant tu marques la cadance 
D'un avant-jeu le guide de la danse, (II, p. 127.) 

Avant-messager, s. masc, mot composé, créé par 
Ronsard sur le modèle de : avant-coureur, dont il 
a la signification. 

(Poèmes, II, la Paix, t. VI, p. 2 1 9.) 

Avant-portier, s. masc, mot composé, créé par Ron- 
sard. 

Mes lèvres, les avant-portiers 

Du baiser... (I, p. 124.) 



DE Ronsard. 23 

Aveindre, v. trans., vieux mot : atteindre, prendre... 
(Nicot, Littré.) Ce mot, qui est devenu vieux et 
familier, et qui en 1690 était déjà traité comme 
étant a. du dernier bourgeois » , est encore très 
usité dans nos campagnes, où il remplace prendre^ 
atteindre, avec une certaine énergie. 

Deux exemples dans Ronsard : 

Au prés, du subj., que ']'aveigne. (I, p, 126.) 

Et à l'imparf. de l'ind., elle l'aveignoit. 

(V, p. 211.) 

Avérer, employé comme verbe intr., par Ronsard, 
pour s'avérer : être reconnu vrai... 

... je te puis asseurer 
Que tu verras bien tost ce miracle avérer. 

(Boc. Roy. Songe, t. III, p. 292.) 

Averiiner, v. trans. V. avertineux. 

Avertineux, adj., atteint de Vavertin (lat. avertere, dé- 
tourner, égarer), maladie de l'esprit qui rend opi- 
niâtre, emporté, furieux. Saint Mathurin est le 
patron des avertins. 

Ce mot subsiste dans l'art vétér. comme syn. de 
tournis, maladie particulière aux moutons. 
Et pource, prédicant, faisons une neufvaîne 
Où ? à sainct Mathurin ; car à nous voir tons deu,x. 
Nos cerveaux éventez sont bien avertineux. 

(Disc, t. VII, p. 124.) 

Ronsard emploie le verbe «ver/mer transitivement 
pour : troubler l'esprit. (VI, p. 116.) 

Avette, s. masc. (apicula), vieux mot. On disait aussi 
apette : abeille. Ex. : Les blondes avettes. 

(I,p. 182.) 

S'aviander, v. réfl., prendre sa pâture en parlant 



24 L E X I Q_U E 

d'une bête sauvage, terme de vénerie dérivé de 
viandcr. 

... une beste sauvage 
S'aviandant de glands. (Songe III, 2S9.) 

V. viande. 

Avitailkr, v. trans. (Nicot, Trévoux, Littré.") On a 
dit aussi avïctuaUler : approvisionner de vivres et 
de munitions. Aujourd'liui on n'emploie dans le 
même sens que le dérivé ravitailler. (VII, p. 185.) 

Avorter, employé comme verbe transitif pour : faire 
avorter... 

De mon printemps il avorte le fruit. (I, p. 109.) 

Ayes, anc. forme de la 2^ pers. de l'imp. du verbe 
avoir. 

Ayes pitié d'une fille amoureuse. (,lil, p. 181.) 

Ayme-bal, ayme-bois, etc. V. aime-bal, etc. 

Azurer, v. act., peindre d'azur, colorer en bleu. 
beau crystal murmurant 
Que le ciel est azurant 
D'une belle couleur blue... (II, p. 343.) 

Azurine, s. fém., nom de Nymphe de l'invention de 
Ronsard. (VI, p. 140.) 



B 



Bailler, v. trans., vieux mot encore en usage dans 
certaines locutions et qu'on entend encore dans cer- 
taines provinces. (I, p. 413.) 

Baller, v. intr., ancien mot : danser. 
La Marion balloit... (I, p. 183.) 



DE Ronsard. 2^ 

Ronsard emploie indifféremment baller, danser 
et caroler... 

Ces trois verbes se trouvent réunis dans ce vers 
du Roman de la Rose (10 117) : 1 Caroler, dan- 
cier et baier. » 

Balleur, s. masc, dérivé de baller, danser : danseur. 
Tout le ciel respondant sous le bruit enroué 
Des balleurs qui chantoient Evan, iach, Evoé ! 

(V, p. 234.) 

Se bander, v. réfl., se raidir. 

Un peuple se bandoit contre l'autre irrité. 

(IV, p. 17.) 

Banquetage, s. masc; Nicot indique banqueterieet ban- 
tfuetement; innovation de Ronsard : c'est ainsi qu'il 
désigne le banquet des dieux . 

(Poèmes I, la Lyre, t. VI, p. 59.) 

Barbasse, adj. quai., synonyme de barbu, qui a une 
longue barbe. Ex. : 

Un bouc barbasse... (VI, p. 405.) 

Barde, s. fém., vieux mot qui signifiait autrefois l'ar- 
mu!-e d'un cheval de gens d'armes. (Trévoux.) 
Le beau poulain... 
La barde aux flancs et au dos l'homme d'armes. 

un, p. J 5 8.) 

Bas, employé dans différentes locutions. 
1° A bas pour en bas. (Nicot.) 

Qu'un esprit vienne à bas, sous l'amoureux ombrage 
Des myrtes... (I, p. 531.) 

2° Çà-bas pour ici-bas . 

De l'Hospital, mignon des Dieux, 

Qui çà-bas ramena des Cieux 

Les filles qu'enfanta Mémoire. (!I, p. 69.) 

Ceux d'abas : les morts, les habitants des enfers. 

(VII, p. 249.) 



26 Lexique 

Bassare on Bassar, adj. quai., qui ^oxlthhassare, robe 
de femme. Bassaréus, surnom de Bacchus tiré du 
long vêtement de peaux de renard que ce dieu 
portait dans ses voyages. (V, p. 235.) 

Bassement, adv., employé dans un sens particulier : 
dans une condition humble. Ex. : 

Si j'aime depuis naguiere 

Une belle chambrière, 

Je ne suis pas à blasmer 

De si bassement aimer. (Odes 11, XX, t. II, p. I06.) 

Nicot l'indique comme synonyme à^bas, et Ron- 
sard l'emploie pour signifier : tout bas, à voix 
basse. (I, p. 527.) 

Basseur, s. fém. (Nicot, Trévoux, Littré.) Vieux 
mot. Ronsard l'emploie au sens propre comme con- 
traire de hauteur : défaut d'élévation. Ex. : 

La déesse, ennemie aux testes trop superbes, 
Qui les grandeurs égale à la basseur des iierbes. 

(Boc. Roy., t. III, p. 266.) 

Marot l'avait employé au figuré : manque de 
prix, de valeur. 

Baster, v. intr., de l'italien bastare, suffire, usité cou- 
ramment au seizième siècle : a survécu dans l'ex- 
clamation baste! 

... les ondes des ruisseaux 
Ne bastoient à fournir breuvage à tes chevaux. 

(Boc. Roy., t. m, p. 294.) 

Bastillon, s. masc, diminutif du subst. bastille, qui se 
disait au moyen âge -de tout ouvrage détaché de 
défense ou d'attaque, puis d'un château fort défen- 
dant l'entrée d'une ville. Bastillon est devenu bas- 
tion. Ronsard l'emploie au figuré, comme nous 
employons aujourd'hui rempart. 

(Odes IV, I, t. II, p. 240.) 
Ailleurs (Hymnes, Prïhe à la Fortw, t. V, 



DE Ronsard. 27 

p, 294) il rapproche les deux mots rempart et bas- 
tillon. 

Battu, part, passé du verbre battre; terme de métier: 
c'est ce que les lamineurs appellent écacher. 
... au riche corps vestu 
D'un or broché en la soye battu. (III, p. 158.) 

Bauge, s. fém., terme de vénerie : lieux fangeux oîi 
le sanglier se retire. 

Dedans faisoit sa bauge une beste ivjvage. 

{..oc. Roy., m, 288.) 

De là le verbe réfléchi se bauger. 
Au plus fort du taillis un gros hallier estoit, 
Où pour bien se bauger le sanglier se mettoit... 

(Songe, 111, 290.) 

Baye, s. fém., comptait autrefois pour deux syllabes. 
L'orthographe de ce mot a beaucoup varié : il s'est 
écrit bée, baie, baye... (V. Littré, Histoire de la 
langue française, II, p. 51, pour l'historique de ce 
mot.) Bourde, tromperie. 

Ou d'une autre faveur lui donnoit une baye 
Ou bien un attendez, ou bien il m'en souyient. 

(VI, p. 248.) 

Et V, p. 192. 

Bêchée, s. fém., pour becquée : les deux mots se trou- 
vent dans Nicot. 

... les petits oiseau* 
Voletans par les bois de rameaux en rameaux 
Amassent la bêchée... (I, p. 183.) 

Béer, v. neut., « ouvrir la bouche sans parler ». 
Vieux mot. (Nicot, Littré.) 

Ainsi qu'on void les fantaumes de nuit 
Béer en songe et ne faire aucun bruit. 

(Fr. III, t. III, p. 174.) 
Bien que le vulgaire l'estime 
Et en béant l'aille adorant. (Odes retr., II, p. 462.) 



28 Lexique 

Bellet, fém, bellette, adj., diminutif de beau, be!..., 
cité déjà par Paisgrave. 

L'autre maigre pucelette 

A voir n'est pas si bellette. (VI, p. 355.) 

Bellique, adj. quai. (lat. bellicus), innovation de Ron- 
sard : belliqueux, guerrier. 

Par un assaut bellique. (II, p. 76.) 
Et VI, p. 276. 

BeUiqucm, adj. nual., pour belliqueux, pris substanti- 
vement. 

Toi qui fais tant du belliqueur, (H, p. 369.) 

Berceau, s. masc. «Les anciens appeloient le poinçon 
oià on mettait le nouveau vin, le berceau de Bac- 
chus. I (Note de Ronsard.) 

Comme on voit en septembre es tonneaux angevins 

Bouillir en escumant la jeunesse des vins. 

Qui chaude en son berceau, à toute force gronde. 

(">, P- 399-) 

Bergerette, s. fém., diminutif de bergère, créé par 
Ronsard. 

Icy la bergerette, en tournant son fuseau, 
Desgoi.:e ses amours, et là le pastoureau 
Respond à sa chanson... (I, p. 172.) 

Bergerol, s. masc, vieux mot. (Nicot, Trévoux.) Di- 
minutif de berger : petit berger. IV, p. 4. 

Le féminin était : bcrgerolle. (Ex. : d'Amyot.) 

Bers, s. masc. C'est la première forme de berceau. 
(T. I, p. 78; III, p. 100.) 

Au livre II de la Franciade (t. III, p. 116), 
Ronsard, parlant de l'enfance de Jupiter, nous 
montre : 

Autour du bers les anciennes races 
Des Corybans... 



DE Ronsard. 29 

Trévoux : vieux mot. On ne s'en sert plus que 
dans quelques provinces. 

II subsiste entre autres en Savoie, dans le Blai- 
sois et le Vendômois, dans son sens primitif : ber, 
berceau. 

Dans ia marine, ber signifie un appareil de char- 
pentes et de cordages, en forme de berceau, placé 
sous un grand bâtiment pour le supporter et qui 
glisse sur la cale, lorsqu on lance ce bâtiment à 
l'eau. (Larousse.) 

En charronnerie, bers, s. maso, pi., signifie les 
ridelles d'une charrette. (Larousse.) 

Besaguë, s. fém., pour besaiguë, outil de fer acéré par 
les deux bouts, qui sert particulièrement à faire des 
mortaises et des tenons. (VI, p. 412.) 

Besson, onne, adj. Ronsard l'emploie partout où nous 
mettrions aujourd'hui yu/7ici?a. Le mot subsiste dans 
le patois berrichon auquel G. Sand (Petite Fa- 
dette) l'a emprunté. 

Ils sont fort éveillez, peu farouches et semblent 
Estre frères bassons, tant bien ils se ressemblent. 

(Le Cyclope amoureux, t. IV, p. 113.) 

T. I, p. 55 et 424; t. V, p. 45, etc. 

Trévoux le signale comm; .n mot hors d'usage. 
Il a cependant subsisté en Berry et dans quelques 
provinces. 

On appelait autrefois signe des Bessons la con- 
stellation des Gémeaux {gemelli, jumeaux). 

Bestial, s. masc, pour bestiail, anc. forme du mot 
bétail. (Nicot.) 

Ton ombre est épaisse et drue. 
Aux pasteurs venans des parcs, 
Aux bœufs las de la charrue 
Et au bestial espars. (II, p. 149.) 



30 Lexiq_ue 

Bézien, adj. quai., tiré par Ronsard du nom de Théo- 
dore de Bèze, l'un des chefs du parti réformé en 
France. 

Et bien tost s'ouvrira l'escole Bezienne. (VII, p. 27.) 

Biberon, s. maso., buveur. 

Tu es un trop sec biberon 

Pour un tourneur d'Anacréon, 

Belleau... (Odes 11, XXII, t. II, p. 169.) 

Richelet après ces vers ajoute cette note : « Ron- 
sard se rit ae Belleau qui ne boit point et qui 
néanmoins se mesle de traduire le plus grand beu- 
veur de poète qui ait jamais esté, s 

Trévoux : biberon, onne, s. masc. etfcm. « Celui 
qui aime le vin et en boit beaucoup, polor accr, 
bibax. E.x. : Les Allemands sont de grands bibe- 
rons. Ce mot est populaire. » 

La Fontaine l'a employé en ce sens : 
La biberonne eut le bétail. 

(II, 20. Testament expliqué par Ésope,) 

Encore usité comme subst. et comme adj. 
C'est un biberon. 
Il eût suivi l'escouade biberonne. (Fr. Michel.) 

Bien, adv. de manière, sert à la formation de certains 
adjectifs compo<:'^^ Ex. : bien-disant, bien-jhirant, 
bicn-appris, bien-pi\^né. De même : 

Bien-né. (II, 199.) 

Bien-tournant. (II, 1S8.) 

Bien-volant. (III, 71.) 

Bien-aisé. (III, 270.) 

Bien-accomply. (III, 523.) 

Bien-ouvré. (III, 178.) 

Bien-uni. (IV, 134.) 

Bien-tourné. (IV, 148.) 

Bien-habile. (V, 206.) 

Hicn-gcrmcux. (V, 231.) 

Bien-parlant. (VI, 102.) 

Bien-chéri. (VI, 13$.) 



DE RONSAF.L. 31 

Bien-heurer, v. trans., vieux mot, faire ou rendre heu- 
reux. (Nicot, Littré.) 

Donc si ton cœur tressaute d'une envie 

De bien-heurer le reste de ta vie. (VI, p. 172.) 

Bien-veigner, v. trans., vieux mot qui se trouve dans 
Nicot et qui signifie saluer quelqu'un, le féliciter 
sur quelque bonheur qui lui est arrivé, le recevoir 
avec bienveillance et affection. (Trévoux.) Ex. : 

Dicée... 

Vint caresser Francus outre la porte, 

Le bien-veignant... (Fr. 11, t. III, p. 113.) 

Et t. V, p. 211. 

Bbndice, s. fém. {blanditia), vieux mot. (Nicot.) 
Caresse, flatterie. 

... Voyez Hélène après 
Qu'Ilion fust bruslé de la flamme des Grecs 
Comme elle amadoua d'une douce blandice 
Son badin de mary qui pardonna son vice. 

(Am. M, Élégie, t. I, p. 144.) 

Ronsard va jusqu'à personnifier les Blandkes, et 
les mettre dans le cortège de Vénus. 
Vénus et ses enfants volent tout à l'entour 
La douce mignardise et les douces Blandices. 

(Élégie du Printemps, t. I, p. 276.) 

On le trouve encore dans le même sens, t. IV, 
p. 166, 230. 

Blandissant, adj. verbal, tiré du latin blandiri, flatter, 
charmer (l'oreille), cité par Nicot. 
Ta lyre blandissante. (I, 'p. 22.) 
Ronsard dit aussi : 

... pris de ton œil blandissant. 

(Chanson, t. I, p. 1 12.) 

Cf. Blandice. 
Blasonner, v. trans. Ce verbe offre cette particularité 



32 Lexique 

de présenter deux sens exactement contrairt.. 
Dérivé de blason, il signifiait primitivement expli- 
quer le blason; de là vint le sens figuré de parler de 
quelqu'un, le décrire avec ses bonnes ou mauvaises 
qualités, et particulièrement avec les mauvaises. Ce 
sont les deux sens que lui attribue Ronsard. 
r Célébrer poétiquement, louanger. 
Il me suffit si l'honneur d'un seul verre, 
Lequel tu m'as pour estraines donné, 
• Est dignement en mes vers blasonné. 

(Le Verre, III, p. 403.) 
2° Détracter, railler. 
Tu te moques de moy et me viens blasonner 
Pour un pauvre accident... (VI!, p. 102.) 

Blesml, adj., blême, épithète appliquée à la Parque. 
{PalUda Mors.) 

Avant que la Parque blesmie 

M'envoye aux éternelles nuits. (II, p. 162.) 

Bletier, adj. quai., créé par Ronsard, « qui préside 
aux blés » . (Note 'de Belleau.) 

... Ceres la bletière. ^I, p. 154.) 

Blonde, adj. quai., innovation de Ronsard, de couleur 
blonde. Ex. : 

Ses cheveux blondez. (Gayetez m, t. VI, p. 355.) 

Blondelct, adj., diminutif de blond : légèrement blond. 

... un poil blondelet, 
Nouvelct, 
Autour de sa bouche tendre 
A se frizer commençoit. (II, p. 190.) 

Blondement, adv., dérivé de blond, de couleur blonde, 
créé par Ronsard. (Am. l, 179, t. I,p. 102.) 

Blondissant, part. prés, du verbe blondir, qui blondit, 
qui prend la teinte blonde. Ex. : 

(Sonn. div. xxvil, t. V, p. j 18.) 



DE Ronsard. 3^ 

Blondoyant, part, prés., employé adjectivement du 
verbe blondoycr, cité par Nicot comme synonyme 
de blondir. Éx. : 

... les plages blondoyantes. 

(Am. I, LXVI, t. I, p. 39.) 

Blue pour bleue, orth. conforme à la prononciation 
d'alors. 

Une belle couleur blue. (^I, p. 34 J.) 
Ailleurs bleues rime avec nues. (II, p. 87.) 

Bocager, adj. quai., employé par Ronsard pour qua- 
lifier les oiseau.x : qui habitent, qui fréquentent les 
bocages. 

Forest, haute maison des oiseaux bocagers. 

(El. XXX, t. IV, p. 347.) 

Quand Avril tend l'oreille aux complaintes légères 
Des oiseaux amoureux, sereines bocageres. 

(El. xxxiii, t. IV, p. 357.) 

Boivaid, adj. quai., innovation de Ronsard : qui boit 
facilement. Comparer avec le mot buvard (papier 
buvard). 

... la cendre boivarde. (III, p. 166.) 

Boivon, forme irrégulière de la i " pers. plur. de l'impé- 
ratif, employée par Ronsard pour bevons ou beuvons. 
En ce bon vin verson ces roses 
Et boivon l'un à l'autre. (II, p. 291.) 

Bonneter, v. actif, saluer du bonnet, saluer. C'est en 
ce sens qu'il a formé le dérivé bonnetade, s. fém., 
employé aans un passage de Montaigne : Quand il 
sera en jalousie et caprice, nos bonnetades le re- . 
mettront-elles? 

Au sens figuré : » Solliciter quelqu'un, lui faire la 
cour en lui faisant bien des révérences... Cela est 
du style familier. » (Trévoux.) 

Ltx. Ronsard. 3 



54 Lexique 

C'est ainsi que Ronsard l'emploie. 

t Bien que telles gens foisonnent en honneur et 
qu'ordinairement on les bonnette pour avoir quelque 
titre de faveur, si mourront-ils sans renom et répu- 
tation. T Épître au lecteur, II, 14. 

Bordine, s. fém., nom de Nymphe de l'invention de 
Ronsard. (VI, p. 140.) 

Boucler, s. masc, ancienne forme de bouclier. 
Autres, chargés de grands bouclers, baloient 
Un branle armé... i^UI, p. 57.) 

Bouffir et Bouffer, existaient simultanément comme 
verbes trans. et intr. Ils signifiaient au propre et 
au figuré gonfler, enfler. Ronsard oiîre un exemple 
de chacun d'eux. 

Bouffir, au figuré. Ex. : 

... sans bouffir son cœur d'une noire colère. 

(Boc. Roy. t. III, p. 267.) 

Bouffer, orth. boufer, et employé comme verbe 
réfléchi. 

Un seul Bacchus doit se boufer de haine 

Contre ton isle... (Boc. Roy., t. III, p. 331.) 

Cf. l'expression : bouffer de colère (Trévoux), 
qui se disait familièrement de celui qui témoigne sa 
colère par la mine qu'il fait. 

Bougetlc, s. fém., vieux mot (Nicot, Trévoux, Lit- 
tré), dérivé de bouge. (E. Pasquicr, Rech. VIII, 2.) 
On a dit primitivement boiilge, du latin bulga (ex. 
de Lucilius cité par Trévoux), petit sac ou poche 
qu'on porte en voyage. H. Estienne (De latinhatc 
Jaho suspecta, VIII) observe qu'on aisait de son 
temps : // a bien rempli- ses bouges, pour dire : il 
a fait un gros gain. Le mot bougette passé en Angle- 
terre y est devenu budget. 



DE Ronsard. 3V 

Le latin bu!ga vient lui-même du celtique bolga, 
bourse, sac de cuir. Ex. : 

(Hymnes, il, de l'or, t. V, p. 22$.) 

Bouler, employé aujourd'hui dans la langue populaire 

comme verbe transitif (faire rouler comme une 

boule) et comme verbe intransitif (rouler comme 

une boule), est soit actif, soit réfléchi chez Ronsard. 

Bouler est actif. (Odes, V, IX, t. II, p. 337.) 

Et réfléchi. (Fr. iv, t. III, p. 249.) 

Bou<^uin, adj. quai., aux pieds de bouc. 
Le dieu bouquin. (II, p. 128.) 

Bourrache, s. fém., orth. de Ronsard pour bourras- 
que. Ex. : (Poèmes, l, Hylas, t. VI, p. 137.) 

Bourrelle, s. fém. de bourreau, vieux mot. 
Meschantes mains, bourrelles de ma vie. 

(VI, p. iij.) 
Et vil, p. 115. 

Bourrier, s. masc, fétu. Trévoux : a Mot usité dans 
quelques provinces et qui n'est pas français. Il ne 
se prend pas seulement pour les ordures qui sont 
dans le blé, mais pour toutes sortes d'ordures... • 

Et le vanneur mi-nud, ayant beaucoup secoux 
Le blé, de-çàde-là, de sur les deux genoux 



Sépare les bourriers du sein de la Déesse. 

(VII, p. 123.) 

Boursette, s. fém. (Nicot, Trévoux, Littré), ou bour- 
cette, en botanique, nom vulgaire du thlaspi, bourse 
à pasteur et de la mâche commune. Ex. : 

(Poèmes l, La Salade, t. VI, p. 87.) 

Bouteille, s. fém., bulle d'air. Trévoux : 5 se dit de 
ces espèces d'ampoules ou balles remplies d'air qui 



jo Lexiclue 

se forment sur !a surface d'un fluide par l'addition 
d'un fluide semblable, comme quand il pleut... i 
Telle enflure se voit es torrens des vallées 
Quand le dos escumeux des vagues ampoullées 
S'enfle dessous la pluye en bouteilles, qui font 
Une monstre d'un rien, puis en rien se deffont. 

(VI, p. 247.) 

Brand, s. masc, vieux mot (Nicot, Trévoux, Littré), 
d'où est dérivé le verbe brandir. 

II signifiait une grosse épée d'acier qu'on ma- 
niait à deux mains. 

Il s'est écrit aussi bran, branc, brant. 
Trévoux indique en outre brance, s. fém., comme 
ayant le même sens et une autre orth. du masc. 
brans. Ex. : 

... un brand armé de doux 
A la poincte d'acier, qui trenchoit des deux bouts. 

iV, p. 22.) 

Branle, s. masc, a trois acceptions différentes. 

i" Danse. Ex. : 

Autres, chargés de grands bouclers, baloient 
Un branle armé... (III, p. 57.) 

2" Airs de danses. Ex. : 
Despendez la musette, et de branles divers 
Chantez à ce Chariot des chansons et des vers. 

(IV, p. 66.) 

3" Secousse légère. 
A petits branles d'ailes... (IV, p. 273.) 

Branler, v. trans., employé par Ronsard comme syn. 
de secouer, brandir. 

... et d'un bras forcené 
Branloit un dard de pampre environné. (III, p. 189.) 

Branler, v. act., pris substantivement, • un branler 
de .este » . (I, p. 142.) 



DE Ronsard. 37 

Brave, adj. (italien bravo). Ronsard l'emploie dans un 
sens différent du sens moderne et du sens italien : 
ce mot signifie pour lui : fier, superbe. Ex. : 

De ce palais éternel 

Brave en colonnes hautaines. 

(Odes I, X, t. II, p. 73.) 

Il signifie ailleurs : rigoureux, impitoyable. 
Et bref vous me serez ou gracieuse ou brave, 
Je demourray tousjours vostre fidèle esclave. 

(El. xxm, t. IV, p. 279.) 

Il est l'équivalent de fier dans l'exemple suivant. 
Brave de faire un œuvre qui vous plaise. 

(Rem. I, t. VI, p. 20.) 
De là le verbe se braver de : s'enorgueillir de 
quelque chose. 

... boire à longs traits les eaux de la fontaine 
Qui de vostre beau nom se brave. 

(Sonnets pour Hélène, t. I, p. 363.) 

Brebiette, s. fém., diminutif de brebis. (IV, p. 1 17.) 

Brehalgne, adj. fém., s femelle qui ne conçoit point, 
qui est stérile j . (Nicot.) 

C'est un des » antiques vocables » que Ronsard 
a le plus souvent emp'oyés. 

... une truye infertile et brehaigne. (III, 223.) 

(IV, 48 et 356...) 

Trévoux : « Quelques-uns disent brehagne qui 
n'engendre point. Le peuple le dit quelquefois au 
substantif des femmes stériles : C'est une brehagne. s 

Étym. Brahaing, celtique de brah-(germe) et 
anc {sans) : (stérile). 

Employé encore de nos jours : carpe brehaigne, 
carpe femelle sans œufs, ou mâle sans laite. 
Balzac a dit par plaisanterie : une demoiselle heureu- 
sement brehaigne. 



j8 Lexiclue 

Brezil, s. masc.,ou Brésil, ou encore Brézi (Littré), 
s. masc, quartier de bœuf séché à la cheminée. 
Ex. : (VI, p. 598.) 

Brigade, s. fém., troupe de gens de guerre, puis par 
extension, troupe, compagnie. On disait la brigade 
poétique pour la Pléiade... (Nicot, Littré.) 

Tes boccages soient tousjours pleins 

D'amoureuses brigades 

De satyres et de sylvains. (II, p. 160.) 

Bril, s. masc, orth. de Ronsard pour brie (?), fromage 
de Brie. (VII, p. 275.) 

Brisée, s. fém., terme de vénerie, employé aujourd'hui 
plutôt au pluriel. 

Branche d'arbre que rompt le veneur ou qu'il 
sème sur son chemin pour reconnaître l'endroit où 
gîte la bête, où elle a été détournée. 
... faisoit bien la brisée... 

(Vers d'Eurym. et Callirhée, I, p. 25J.) 

Brise-tombe, adj. comp., créé par Ronsard et employé 
substantivement. (VII, p. 122.) 

Broncher, v. intr., employé par Ronsard avec l'auxi- 
liaire ctre... 

Le bois estant bronché. (Iii, p. Oi.) 
(C'est-à-dire étant abattu.) 

Broguart, s. masc, terme de vénerie, cerf d'un an, 
chevreuil qui en est à son premier bois. 
Il jugeait d'un vieil cerf 



Aux broquars bien nourris et bien forts. 

(Vers d'Eurym. et Callirhée, I, p. 254.) 

Brosser, v. intr. (Nicot, Littré"), terme de vénerie 
encore usité aujourd'hui : courir à travers les bois, 
les buissons, dérivé du mot : Brosses : bruyères ou 



DE Ronsard. 39 

broussailles ou menus taillis qui poussent sur les 
terres incultes ou à l'entrée des forêts. Aujourd'hui 
brousse. Cf. broussailles, autrefois brossailles. 

Le fer au poing je brossay par le bois. 

(Am. !, s. 142, t. I, p. 81.) 

Bruire, s'employait également comme verbe transitif 
et comme verbe intransitif. 

i" Intransitif : il signifie : rendre un son confus. 
Ex. : 

Oyes, canards et cygnes aux cols longs 
Estendent l'aile et s'esplument et cryent, 
Qui haut, qui bas; les rivages en bruient. 

(Fr. I, t. III, p. 72.) 

Remarquer l'emploi peu habituel de la 3*= personne 
du pluriel : bruient. Cf. avecbruissent, forme encore 
usitée aujourd'hui et qui semble dérivée d'un verbe 
bruisser, ainsi que bruissais, bruissant, etc. 

2' Transitif : parler de quelqu'un ou de quelque 
chose avec éclat, avec retentissement, célébrer. 

Mais ma lire 

Bruira l'amour qui me point. (II, p. 419.) 

Réjouy d'entendre bruire 

Ses louanges sur la lyre. (II, p. 42.) 

Le dérivé rebruire a le même sens. (II, p. 20.) 
L'infinitif de bruire est employé substantive- 
ment : le bruire des cymbales. 

(Odes retr., t. II, p, 471.) 

Brutesse, s. fém. Nicot l'indique en même temps que 
brutalité. Ronsard l'emploie dans le sens de sauva- 
gerie, naturel indompté. Ex. : 
Ores les chevaux il donte, 
Et leur brutesse il surmonte 
Par un doux commandement. 

(Odes m, II, t. II, p. 180.) 

Buissonnct, s. masc, diminutif de buisson : petit 



40 Lexiq^ue 

buisson. (Nicot, Trévoux, Littré, ex. de Marot.) 
Les petits buissonnets i.'ont sève ny puissance. 

(Ed. V, t. V, p. 97.) 

Buje, s. tém. Nicot indique la forme biiie. On a dit 
aussi biiire et buirette. Buire subsiste. Ex. : 

(II, p. 152.) 



Cà bas. V. bas. 

Cachettes {à), locution employée par Ronsard pour 
en cachette. (Nicot, Littré.) (III, p. 592.) 

Caduc, adj. quai., employé substantivement par Ron- 
sard: l'âge caduc, l'extrême vieillesse. (VI, p. 420.) 

Caillette, s? fém., s'est dit familièrement d'une femme 
frivole et babillarde : «■ C'est la Caillette du quar- 
tier. D On l'a dit aussi d'un homme de même carac- 
tère. Claude Garnier l'explique ainsi : « Badin, 
niaiz : ainsi les femmes du vulgaire de Paris inju- 
rient ceux qu'elles noisent. Cela peut venir de las- 
che et mol, comme sont les caillettes du mouton. i> 
Ex. : (Disc, t. VII, p. 151.) 

Caillotter, v. trans., dérivé de caillot par Ronsard et 
employé comme synonyme de cailler. Ex. : 

(I, p. 45, ibid., 94, et IV, p. iij.) 

Cal/ourchons (à), orth. de Ronsard pour l'expression 
adverbiale : à califourchon (du bas latin : calofur- 
ciiim, fourches, gibet) : dans la position de l'homme 
à cheval. Ex. : (VI, p. 73.) 

CalUmach, nom propre, pour CaiUmaquCj orth. de 
Ronsard. (Odes l, IV, t. II, p. 51.) 



DE Ronsard. 41 

Calvinal, adj. quai., digne de Calvin. 

Là monstrez par effect vos vertus calvinales. 

(VII, p. 26.) 

Camisade, s. fém., attaque brusque faite la nuit pour 
surprendre l'ennemi. (VI, p. 42.) 

Cancre, s. masc. (Nicot, Littré), du latin cancer, 
écrevisse. C'est le signe du zodiaque qui correspon- 
dait autrefois à la constellation du même nom et 
dans lequel le soleil entre au commencement de 
l'été. Ex. : 

Le Cancre chaleureux. (V, p. 71.) 

De là le dérivé : Cancreux : de l'espèce des 
écrevisses. Ex. : (VI, p. 346.) 

Capelan, s. masc, vieux mot, forme provençale du 
mot chapelain : pauvre prêtre françois qui vit à 
peine du revenu ae l'église qu'il dessert. (Lacombe, 
Dict.) Ex. : (VII, p. 114.) 

Caracon, orth. de Ronsard, ou Carraquon (les deux 
sont dans Nicot), s. masc, dérivé de Caraqiie ou 
Carraque (Littré), diminutif de forme italienne : 
sorte de navire rond de fort tonnage qui fut quelque 
temps en usage au seizième siècle. 

On appela ainsi spécialement le vaisseau qui fai- 
sait le voyage du Brésil et des Indes orientales 
(Trévoux), et celui des chevaliers de Rhodes qui 
faisait partie de l'escadre envoyée devant Tunis 
par Charles-Quint en 1 530. (Nicot.) Ex. : 

(VII, p. 180.) 

Ne pas confondre la Caraque et le Caracon 
avec la Caracore (esp. =^ Caracora), embarcation 
pontée, longue et étroite, en usage aux Moluques, 
et qui se manœuvrait à la voile et à l'aviron. 

Cargue, s. fém. (Nicot, Littré), ancienne forme du 
mot charge, mouvement d'une troupe armée qui 



42 Lexiq_ue 

se précipite à l'attaque de l'ennemi (VII, p. 34); 
subsiste comme terme de marine. 

Carme, s. masc. {Carmen), vieux mot. (Nicot.) Vers. 
Ennius... au milieu des alarmes 
Marchait et ne cessait de murmurer ses carmes. 

(,Sonn. div., t. V, p. 327.) 
On le trouve aussi dans l'Abrégé de l'art poé- 
tique. (Vil, p. 320.) 

Carolle, s. fém., danse. Les commentateurs dérivent 
ce mot de y.opô; (étym. douteuse). D'où le verbe 
Carolkr. [V . ce mot.) 

On trouve déjà Caroleur, chez Froissart et dans 
le Roman de la Rose. 

Chantons, dansons, que chascune s'avance 
Et la carolle elle-même commence. 

(Fr. IV, t. III, p. 200.) 

Carolkr, v. intr., vieux mot, danser. Le vers ici 17 
du Roman de la Rose renferme les trois verbes 
synonymes : Caroler , dancler et baler . (V, p. 234.) 

C(7r/j/me, xâp7:ijj.o;, qui porte des fruits, fertile; un 
des surnoms de Bacchus. (V, p. 237.) 

Cartjuan, s. masc, vieux mot, collier, subsiste sous 
la forme carcan, instrument de torture. 
Et tantost son beau col elle vient enfermer 
D'un carquan enrichy de coquilles de mer. (IV, p. 10.) 

Cassandrelte, diminutif créé par Ronsard du nom de 
Cassandre et appliqué à une fleur : belle fleur rouge 
qui communément s'appelle la gantelée (note de 
Belleau). Ex. : 

Du nom Cassandre elle eut nom Cassandrette. 

(I, p. 65.) 

C«uf, adj. quai. (lat. f^ufuî), vieux mot : prudent, rusé. 
... l'innocente et peu caute jeunesse. (I, p. 380.) 



DE Ronsard. 43 

De là le s. fém, cautelle, usité dès le moyen âge 
et repris par Ronsard : ruse, artifice. 

Un cruel oiseleur, par glueuse cautelle. 
L'a prise... (I, p. 211.) 

Et l'adverbe cautement : par ruse. 
... pour prendre cautement 
Flore que le Printemps aimoit ardentement. 

(V, p. 178.) 

Cqvaîcadour, s. masc, forme espagnole cavalgador. 
Cf. chevaiicheiir : cavalier, écuyer. Ex. : 

(V, p. 58.) 

Caver, v. act. {Cavaré), creuser. (Nicot, Littré.) 
Ronsard ne l'a employé qu'une fois au participe 
passé. 

Près ce bocage une fosse cavée. 

(Fr. II, t. III, p. 214.) 

Après Ronsard il a été employé par Malherbe, 
Saint-Simon, entre autres. 

Ceinturette ou Ceincturette (Nicot), diminutif ancien 
de ceinture. Ex. : (VI, p. 392.) 

Céleste, adj. employé substantivement par Ronsard 
pour désigner les habitants des cieux. 

... pour célébrer les gestes 
De nos roys, que j'ay mis au nombre des célestes. 

(III, p. 400.) 

Célestiel, adj. quai., employé par Ronsard comme 
synonyme de céleste. 

Maudit soit Promethé, par qui fut dérobé 
Le feu célestiel... (VI, p. 213.) 

Cemetaïre, s. masc, cimetière. Nicot indique « ceme- 
tière et cimhière : un dortoir (gr. -/oifirif/içn'ov), que 
les chrestiens appellent ainsi à cause de l'espoir de 
la résurrection. » Ex. : (El. IV, p. 374.) 



44 L E X I Q^U E 

Ailleurs Ronsard emploie la forme inusitée même 
alors, cimetaires (VI, p. 172), et P. de Marcassus 
qui a commenté les Poèmes ajoute cette note 
(1623) : ï On dit cimetières; mais il a esté con- 
traint de mutiler le mot pour adjuster les deux 
rhythmes. s 

C'en dessus dessous, orth. logique et conforme à 
l'étymologie de la locution qu'aujourd'hui nous 
écrivons à tort : sens dessus dessous. 
Le désir, l'avarice et l'erreur insensé 
Ont c'en dessus dessous le monde renversé. 

(VII, p. 14.) 

Cercher, ancienne forme du verbe chercher : les deux 
se trouvent dans Nicot et chez quelques contem- 
porains de Ronsard. 

Accompagnez d'un nain, cerchant leur aventure. 

(IV, p. 120.) 
Et I, p. 430. 

Cercler, v. trans., employé par Ronsard pour sarcler. 

(III, p. 264.) 

Cerne, s. masc, usité au seizième siècle, signifiait 
cercle, subsiste avec ce sens dans le dialecte blaisois 
et en français dans un sens plus restreint, 
il fit trois petits feux en cerne tout en rond. 

(Hymnes, i, II, t. V, p. 28.) 
Comme d'un cerne d'or son chef environna. 
D'un chapelet de fleurs... (II, p. 21.) 

De là le verbe cerner, v. trans. : entourer : 
... l'air qui cerne tout autour 
Le rond du grand parc où nous sommes. 

(Odes I, I, t. II, p. 25.) 

Cest, fém. ccste, pour icest, iceste, pronom démonstra- 
tif, fréquemment employé par Ronsard. 

Ceslon, s. masc, dérivé de ceste (lat. cestus, grec 



DE Ronsard. 4^ 

xETTÔç), ceinture et particulièrement ceinture de 
Vénus. 

Si tost que Venus l'entendit, 
Son beau ceston elle vendit 
A Vuican pour la délivrance 
De son enfant... (II, p. 28^.) 

Chaillant, part. prés, da verbe challoir. Ex. : 

(IV, p. 94.) 

Chaire, s. fém., ancienne forme (Nicot Littré) du 
mot chaise. Ex. : (IV, p. 251.) 

C/zfl/em/e, s. fém., vieux mot. (Nicot, Trévoux, Lit- 
tré.^ Chalumeau. On a dit aussi chakmée, s. fém., 
chalemel, s. masc, chalemelle, s. fém., et chaleme- 
ler (Nicot), jouer du chalumeau. Ex. : 

(IV, p. J7, et VI, p. 62.) 

Chaleureux, adj. employé au sens propre (Nicot : 
astuosus), n'est plus usité qu'au figuré aujourd'hui. 
Ex. : 

L'esté chaleureux. (I, p. 194.) 

Le Cancre chaleureux. (V, p. 71 .) 

Châlit, s. masc, encore usité aujourd'hui (Littré), 
bois de lit. Nicot l'écrit chalict et chaslit, on l'a 
écrit aussi châlit: . (Lacombe, Dict.) (II, p. 410.) 

Challoir, \. intr., usité jusqu'au milieu du dix-septième 
siècle, sous la forme unipersonnelle; inusité aujour- 
d'hui, sauf dans l'expression : Il ne m'en chaut, si- 
gnifiant : Il ne m'importe. 

... de rien ne me chaut. (I, p. 8.) 

... et vous en chaut bien peu. (I, p. 66.) 

Chamailler, v. trans., ancien mot (Nicot), qui signi- 
fiait t frapper à coups d'épée, de hache, etc. » . 
(Nicot.) Ex. :(V,p. 61.) 



46 LEXICtUE 

Chambour, nom propre, orth. de Ronsard pour Cham- 
bord. (II, p. 301.) 

Chancrer, v. trans., formé par abréviation du verbe 
échancrer (de e préfixe et de chancre), évider, 
tailler ou creuser en dedans, sur le bord. Ex. : 
(robe) chancrée à la poitrine. (VI, p. Si .) 

Chanter de... prendre pour sujet de ses chants. 
Je pensois... 

Que ses cordes par long usage 
Chantoient d'amour... 

Quelques vers plus haut, Ronsard emploie ce 
verbe dans le même sens avec un régime direct. 
Mon luth pincé de mon doy 
Ne vouloit en despit de moy 
Qiie chanter Amour... (II, p. 273.) 

Chanteresse, s. fém. de l'anc. s. masc. chanteres. 
(Palsgrave.) Ronsard emploie d'ailleurs fréquem- 
ment le féminin en eresse, pour eme. 
Ah ! vous m'avez, maistresse, 
De la dent entamé 
La langue chanteresse 
De vostre nom aimé. (Odes 11, V, t. II, p. 142.) 

... les filles d'Achelois, 
Les trois belles chanteresses. (Odes v, III, t. II, p. jo8.) 

Chape, s. fém., manteau court. Cf. Cape, autre forme 
du même mot. (Littré.) 

Laisse prendre à ton dos ta chape... (IV, p. 64.) 

Chapelet, s. masc, petite coiffure, puis guirlande, 
couronne. Ex. : 

La Grâce pour son chef un chapelet compose 
De ta feuille... (I, p. 152.) 

Chappeau, s. masc, couronne. 

Des chapeaux de laurier, de myrte et de lierre. 

(Sonn. div. au roy Henri II. V, p. 303.) 



DE Ronsard. 47 

Cnapperon, s. masc, bonnet. Chapperon fourré = 
bonnet fourré, et au figuré docteur. 

Gros chapperons fourrez, grasses et lourdes testes. 

(VII, p. 59.) 

Charités, les Grâces. Sauf de rares exceptions, Ron- 
sard donne toujours aux Grâces leur nom grec de 
Charités. 

Ny son beau corps, le logis des Charités. 

(Am. I, XLVIII, t. I, p. 29.) 

De même (III, p. 6) et (IV, p. 32.) 
Deux fois seulement il emploie le mot Grâces. 
En prudence Minerve, une Grâce en beauté. 

(Sonnets à Hélène, t. I, p. 347.) 

Et en parlant du sein de sa maîtresse : 
Des Grâces le séjour. (II, p. 276.) 

Charité, au singulier, nom qu'il donne à sa dame, 
que ce soit Cassandre ou Hélène : 
« Ma douce Charité » 
Piqué du nom qui me glace en ardeur 
Me souvenant de ma douce Charité. 

(Am. I, 106, t. I, p. 60. Hymne à la nuit.) 

Charité se trouve dans Passerat avec un emploi 
analogue. 

Arreste donc, Aurore au teint vermeil. 
Ton jaune char, et celui du Soleil, 
Pour un amant, un amant qui mérite 
D'estre à son aise, au sein de sa Charité. 

Châsse, s. fém., doublet de caisse (lat. capsa), c'est 
l'enveloppe du bouton d'une fleur, l'espèce de cap- 
sule qui l'enveloppe... 

... ainsi qu'au printemps nou valet 
Pommelent deux boutons que leur châsse environne. 

U,p. 148.) 

Chasse, y pers. sing. du prés, de l'ind. du verbe 



48 L E X I Q^U E 

chasser, employé comme préfixe par Ronsard aans 
la composition de certains mots. 

Chasse-mal, adj. composé, créé par Ronsard, « qui 
chasse le mal... s Un seul exemple : (Am. div. 
Sonn. à Villeroy, II.) 

L'Hercule chasse-mal des bons esprits françois. 

u, p- 372.) 

Chasse-nue, s. composé, créé par Ronsard. Épithète 
de l'Aquilon qui pousse, qui chasse devant soi les 
nuages. 

Brave Aquillon, l'horreur de la Scythie, 
Le chasse-nue... (Am. i, 202, 1, p. 114.) 

Chasse-peine, adj. composé, créé par Ronsard qui 
l'applique à l'or (syn. de richesse); la richesse qui 
chasse la misère. Ex. -.{'ov chasse-peine, (y ,^( 222.) 

Chassc-soucy, adj. composé, créé par Ronsard qui 
l'applique au sommeil. 

... le dormir ocieux, 
Chasse-soucy, leur vint siller les yeux... 

(Fr. n, t. m, p. 99.) 

Chasserai, s. masc, diminutif de chasseur, créé par 
Ronsard. 

Ganymede délectable, 
Chasserot délicieux. (II, p. 38S.) 

Chéant, part. prés, du verbe cheolr (Nicot, Littré), 
inusité aujourd'hui. Ex. : (III, p. 394.) 

Chenu, adj. (Nicot, Littré), dérivé du latin camilus, 
signifiait au propre : blanc de vieillesse, est em- 
ployé au figuré : plein d'expérience et de sagesse. 
Chenu de mœurs. (Odes i, XVI, t. II, p. 116.) 

Chesneteau, s. masc, diminutif de chêne. (Trévoux, 
Littré.) Encore usité en sylviculture. 



DE Ronsard. 49 

Trévoux : « Jeune chêne ou baliveau au-dessous 
de trois pies de tour. Ord. des eaux et forêts, i 
Ex. : (IV, p, 90.) 

Chevaucheur, s. masc, dérivé du verbe chevaucher : 
celui qui chevauche. 

... tu n'as point encore 
Trouvé quelque bon chevaucheur. (II, p. 288.) 

Chevestre, s. masc, vieux mot (Nicot, Littré), licol, 
d'où le verbe enchevêtrer. Ex. : (IV, p. 10.) 

Chèvre-pied, adj. composé, créé par Ronsard. Pan, 
le dieu chèvre-pied. (IV, p. 58.) 

Mais Ronsard a créé aussi l'adjectif composé 
pieds~de-chèvre. (V. ce mot.) 

Chevreul, s. masc, orth. de Nicot et de Ronsard 
pour chevreuil. 

Plus le cerf solitaire et les chevreuls légers 
Ne paistront sous ton ombre... (IV, p. 348.) 

Chiche-face, s. masc, ancien mot composé (Tré- 
voux, Littr£\ s'est appliqué à une sorte de croque- 
mitaine populaire au moyen âge, mais signifiait 
primitivement : un avare au visage sec, jaune, ren- 
frogné. Trévoux traduit : s tetrico et macilento vultu 
spirans avaritiam. j C'est en ce sens que Ronsard 
l'emploie. (VII, p. 287.) 

Chiennin, adj. quai., innovation de Ronsard, qui lui 
attribue le même sens qu'à l'anc adj. canin. 

... les Ég)'ptiens... 
Ont adoré leurs Dieux sous chiennine figure. 

(VI, p. 52.) 

Chiorme, s. fém., est resté dans la langue moderne 
sous la forme chiourme, avec un sens restreint. Au 

Ltx. Ronsard. 4 



$0 Lexiq^ue 

seizième siècle il signifie troupe, foule. Un seul 
exemple : 

Amour ainsi que vous aux liens me contraint, 
A la diiorme amoureuse ainsi que vous m'enferre. 

(I, P- 259-) 

Chouan, s. maso. (V. Littré : étym. de chat-huant), 
c'est encore le nom donné en ornithologie au 
moyen duc. 

5i nous oyons crier de nuict quelque chouan. 

(IV, p. 306.) 

C//, pronom, ancienne forme : celui. 

Comme cil qui ne veult pour les dames s'armer. 

(IV, p. 282.) 

Cimetaire. V.Cemetaire. 

Cime ter e, s. masc. (lat. cœmctenum, du gr. xoi[XYiTTnptov), 
orth. de Ronsard pour cimetière. 
Les testes des cimeteres. (I, p. 7>.) 
V. Cerne taire. 

Cimeterre, s. masc. (Nicot et Littré), sabre rccoiu-bé, 
est employé deux fois comme féminin par Ron- 
sard. Ex. : (III, p. 106 et 201.) 

Claire-voix, adj. composé, créé par Ronsard : qui a la 
voix claire, perçante... 

Lors les hérauts claire-voix ont sonné 
De toutes parts le conseil... (III, p. 6$.) 

Clairté, s. fém., clarté; on prononçait et on écrivait 
indiliéremment clarté, clerté, clairté. 

... tels qu'on voit au milieu de l'esté 
Les moucherons voler sous la clairté. 

(III, p. 109. Var.) 

Claqueter, v. trans. (Nicot), fréquentatif de claquer. 

(II, p. 210.) 



DE Ronsard. ^i 

Cleion et Clion, pour Clio, orth. de Ronsard. (Odes 
II, 23, t. II, p. 170.) 

Cliner, v. trans., anc. forme (Lacombe. Dict.) du 
verbe cligner, signifiait baisser, courber, incliner. 
Ronsard l'emploie comme verbe réfléchi. 

(Odes I, I, t. II, p. 25.) 

Cliquant, part, du verbe cliquer, ancien mot déjà cité 
par Palsgrave, faire du bruit, du cliquetis. 
Au son du cistre et de cliquantes armes 
S'entre-choquant... (III, p. 100.) 

Cliauer, v. intr., aujourd'hui inusité (Nicot, Littré), 
dont il nous reste le dérivé cliquetis, faire du bruit, 

du cliquetis. 

Clouant, part. prés, du verbe clore, inusité. Un seul 
exemple : 

Clouant mes yeux. (Fr. i, III, p. 75.) 

Coche, subst., était de genre indécis au seizième 
siècle. Ronsard l'emploie au féminin : 

Et, dessus une coche, en belles tresses blondes, 
Par le peuple en honneur déesse vous iriez. 

r. •„ ,• (I, P-'9<) 

Et ailleurs au mascuhn : 

Coche cent fois heureux, où ma belle maistresse 
Et moy nous promenons. (I, p. 307.) 

Cofin, s. masc, pour coffin. Trévoux : vieux mot. 
Corbeille, petite corbeille ou panier. 

Et portoit en la main un cofin plein de fleurs. 

(V, p. 178.) 

Coi ou Cqy, adj. quai., vieux mot dérivé du latin 
quietus : tranquille, paisible. (Nicot.) 
Au féminin cojye. Ex. : (II, p. 337.) 
Avait formé l'adverbe coiment ou coyement^ 
(Nicot.) Ex. : (I, p. 100.) 



52 L E X I Q^U E 

Coint, adj. (lat. comtus), vieux mot employé par 
Ronsard : beau, bien ajusté, agréable. 

Sans toy rien n'est de beau, de vaillant ny de coint. 
(Arti. II, XXIII, t. I, p. I68.) 

De là l'adverbe cointement, soigneusement. 

J'ay soucy tant seulement 
De parfumer cointement 
Ma barbe... (.n? P- 276.) 

ColUgny ou Couligny, nom propre, orth. de Ronsard 
pour désigner l'amiral de Coligny. 

(V, p. 42, et V, p. 168.) 

Colloqmr, v. trans., vieux mot (Nicot, Littré) : 
placer (lat. collocare). Ex. : (II, p. 456.) 

Colombeau, s. masc, diminutif de co/omi^ pigeon. 
V. Coulomb. 

... voyez les colombeaux; 
Regardez le ramier, voyez la tourterelle. 

(I, p. 171.) 

Au féminin : colombelle. (I, p. 250.) 

Colombin, adj. quai. Ronsard l'emploie comme épi- 
thète du baiser. 

Les baisers colombins ne vous défaillent point. 

(IV, p. 213.) 
De même : 

... mille baisers d'Amour, 
Colombins, tourterins... (IV, p. 2S9.) 

Colonne, s. fém., employé métaphoriquement par 
Ronsard pour désigner le corps, la taille... 
A vous de ce lierre appartient la couronne, 
Je voudrois, comme il fait, et de nuict et de jour 
Me plier contre vous, et, languissant d'amour. 
D'un nœud ferme enlacer vostre belle colonne. 

(l,P- ?»•) 



DE Ronsard, 53 

Comblement, s. masc, vieux mot (Nicot) : action de 
combler [cumulatio). Ex. : (I, p. 47.) 

Commande, s. fém., terme de marine, grosse corde 
qui tient le bateau. Les Grecs rappelaient7:pu(j.vri(nov, 
les Latins rudens. 

... permets que je coupe 
Sous heureux sort la commande qui tient 
Ma nef au bord... (Fr. i, t. III, p. 80.) 

Commander, v. employé intransitivement par Ron- 
sard qui l'applique aux astres dans le sens de : pré- 
sider à la destinée. Ex. : 

L'astre qui commandoit au poinct ou je fus né. 

(I, p. 2JI.) 

V. Maistriser et Saturne. 

Commune, s. fém., employé dans l'acception ancienne 
que signale Nicot : la foule, le vulgaire (vulgus). 
Ex. :(VII, p. 316.) 

Compaing, s. masc, anc. cas sujet du mot compa- 
gnon. 

J'oy l'aubade 
De nos compaings enjouez. (VI, p. 359.) 

Compas (par), locution ancienne remplacée depuis par 
l'expression au compas (Nicot, Trévoux, Littré), 
pour désigner ce qui est fait avec une exactitude 
méticuleuse : bien mesuré, et, appliqué à la musique, 
bien rythmé. Ex. : (Odes i, XXII, t. II, p. 127.) 
De là le sens du verbe compasser : mesurer, 
rythmer. Ex. : 

... soit qu'elle compassé 
Au son du luth le nombre de ses pas. (I, p. 76.) 

Compisser, v. trans., vieux mot. (Nicot, Littré.) 
Nicot : « C'est plus que pisser et comme si on 
disoit pisser par-tout et tout souiller... i 

(IV. p. 339-) 



$4 Lexique 

Composeur, s. masc, celui qui compose, compositeur, 
auteur. 

Composeur de rimes barbares, (il, p. 357.) 

Condemner, v. trans., forme savante du verbe con- 
damner. Ex. : (III, p. 370.) 

Condigne, adj. quai. (Nicot), dérivé de digne dont il 
a la signification. Ex. : (V, p. 69.) 

Conforter, v. trans., ancien mot (Nicot, Littré), qui 
subsiste dans son composé réconforter. 

Il signifiait au propre : donner des forces, du 
courage {confirmare, Nicot'), ou au figuré : consoler 
(solari, Nicot). C'est en ce dernier sens que Ron- 
sard l'emploie. (VI, p. 26.) 

Conjecteur, s. masc, tiré par Ronsard du latin con- 
jector. 

Des songes conjecteur. (V, p. 2J3.) 
C'est-à-dire : qui interprète les songes. 

Connin, s. masc, vieux mot. (Nicot, Trévoux, Lit- 
tré.) Lat. ciiniculus, lapin. On a dit aussi connil, 
conil, conin, connille, conlUe. Ce mot avait formé 
des dérivés nombreux : le diminutif conmlleau ou 
conllleaii, lapereau, le verbe conniller ou conillcr, se 
cacher comme les lapins et au figuré user de dé- 
tours, de subterfuges ; les substantifs conilleur ou 
connilleur, au figuré poltron ; et conillère ou connil- 
lère, garenne, clapier. Ex. : (VII, p. 250.) 

Conquéreur, s. masc, usité concurremment avec son 
synonyme conquérant : les deux sont dans Nicot. 
Ronsard emploie l'un et l'autre. Ce mot se trouve 
encore dans Coefieteau. (Trévoux.) Ex. : 

Que de la Gaule il sera conquéreur. (III, p. 187.) 
De même, (VII, p. 211.) 
Ailleurs : con<juérant. (III, p. 2jo.) 



DE Ronsard. 55 

Conquester , v. trans., vieux mot, qui subsista jusqu'à 
l'époque de Malherbe. Conquérir. 

Et ton bel arc qui le monde conqueste. 

(III, p. III.) 

Consommer, v. trans., employé pour consumer : con- 
fusion fréquente au seizième siècle... Consumer, 
dissiper. 

Douce rosée qui consommes 

La chaleur qui trop nous ardoit... 

{", P- 35) 

Conte, conter, confusion fréquente avec compte et 
compter. 

Dont tu ne fais non plus de conte 

Que d'un prisonnier enchaisné... (I, p. 170.) 

Si tu peux me conter les fleurs 
Du printemps... (II, p. 439.) 

Contentieux, adj. quai, (du lat. contendere), qui cause 
des discussions. (II, p. 75.) 

Contre-aimé, part, passé, créé par Ronsard pour dé- 
signer un amour partagé. (I, p. 1 57.) 

Contre-bas, loc. adv., vers le bas, dans une direction 
vers le bas... 

Comme une fleur qui languit contre-bas. (I, p. 90.) 

Contre-erreur, s. fém., innovation de Ronsard : erreur 
réciproque. (I, p. 424.) 

Contre-imlter, v. act., mot composé employé par 
Ronsard avec le sens du simple imiter. 

(IV, p. 179.) 

Contremont, adv., vieux mot. Nicot : «■ C'est pro- 
prement devers amont... dont l'opposite est co«- 
treval ou contrebas, d Ces adverbes s'employaient 



'j6 Lexique 

absolument comme, amont, aval, ou avec un com- 
plément, contremont l'eau, contreval l'eau. 

Contreinont. (III, p. 48; IV, p. 36.) 

Contreval. (IV, p. 351.) 

Contr'eschange, s. masc, vieux mot, échange. 

Tu veux bien faire un contr'eschange 

De tes vers latins qui sont d'or 

Aux miens moindres qu'airain encor... (Il, p. 334-) 

En contr'eschange de, locution prépositive, en 
échange de. 

De mon labeur en contr'eschange. (II, p. 356.) 

Contre-rescrire, v. intr., mot composé par Ronsard : 
répondre par lettre. Ex. : (III, p. 257.) 

Contre-respondre, mot crée par Ronsard. Ex. : 

(III, 299.) 

Controuveur, s. masc, dérivé par Ronsard du verbe 
controuver, imaginer une fausseté, une imposture. 

Non abuseur, non controuveur de ruses. 

(Boc. Roy. III, p. 314.) 

Convoy, s. masc, employé dans un sens très particu- 
lier dérivé du sens primitif escorte : accompagne- 
ment. 

Et voyant le bateau qui s'enfuyoit de moy, 

Parlant à Marion, je chantay ce convoy. [\, p. 1S8.) 

Convoyer, v. trans., ancien mot (Nicot, Littré), 
accompagner, conduire (deducere). 

Où son destin l'appelle et le convoyé. 

(Fr. I, t. III. p. 67.) 

Cor, s. masc. ^ En terme de chasse se dit des pointes 
ou chevillures sortans du marrein, de la tête des 



DE Ronsard. ^7 

cerfs sur chaque branche au dessous du surandouil- 
1er. ï (Trévoux.) 

V. le mot Vénerie. 

Coral ci Cour al, s. masc, corail. 
... ayant le teint pareil 
Ou de la rose ou du coural vermeil. (I, p. 135.) 

... ta bouche 
Plus rouge que coral. (I, p. 225.) 

Cornichon, s. masc, diminutif de corne : petite 
corne. 

... elle avoit sur le front 
Deux petits cornichons comme les chevreaux ont. 

(V, p. 198.) 

Coronel, s. masc, ancienne forme du mot colonel. 

(IV, p. 373-) 

Corrompable, adj., innovation de Ronsard pour cor- 
ruptible. 

... juge non corrompable. (III, p. 367.) 

Corsage, s. masc, dérivé de corps, employé dans le 
sens très particulier de taille, corpulence (corporis 
habitas). 

Quand leur gueule dévore un cerf au grand corsage. 

(VII, p. 34.) 

Corsaire, subst. employé au féminin par Ronsard et 
au figuré pour désigner : une maîtresse dure et 
impitoyable. Ex. : (I, p. 336.) 

Casser, v. trans., en parlant des bêtes à cornes : frap- 
per en poussant, donner de la tête contre. Ex. : 
En parlant d'un cerf. 

... et de sa corne essaye 
De cosser brusquement mon mastin qui l'abaye. 

(IV,' p. 10.) 



^8 Lexique 

Cossi, mot créé par Ronsard qui l'emploie substanti- 
vement. Onomatopée destinée à représenter le cri 
de l'hirondelle. 

Si fait bien l'arondelle aussi 

Quand elle chante son cossi. (VI, p. 3 jo.) 

Costelette, s. fém., diminutif de côte et employé dans 
le sens de côte. (VI, p. 595.) 

Collonner et Cotonner, v. trans. Nicot le traduit par : 
ferirc gossipio, c'est-à-dire ouater. Ronsard ne 
l'emploie qu'en parlant de la barbe naissante qui 
couvre le visage de duvet. 

Si tost qu'un poil follet leur menton cottonna. 

(Hymnes, II, t. V, p. 19.) 

Ailleurs il lui donne comme sujet un nom de per- 
sonne. 

(les) Princes, qui cotonnent 
D'un jeune poil leurs mentons. 

(Disc. Prière à Dieu, t. VII, p. ijj.) 

Couardeté, s. fém., innovation de Ronsard pour 
couardise. Ex. : (VI, p. 3$.) 

Coudre, s. masc. aujourd'hui, était alors de gt'irc 
commun. Ronsard l'emploie au féminin. 

Gentil rossignol passager 

Qui t'es encore venu- loger 

Dedans ceste coudre rainée. (II, p. 420.) 

Coudre avait formé le diminutif coudrettc (même 
sens). (II, p. 421 .) 

Coulomb, s. masc. (Nicot, Littré), vieux mot, pigeon 
(VII, p. I 16), a formé les dérivés colombe, colom- 
beau, colombelle et l'adjectif co/o/;(è(Vi. 

Coulpe, s. fém. (lat. culpa), vieux mot français, faute. 
Sa coulpe luy soit tant qu'il vive 

Représentée! (Odes retr., t. il, p. 4J9.) 



DE Ronsard. ^9 

Coupeau, s. masc, vieux mot, signifiait le sommet 
dune montagne. 

... le coupeau 
Du chevelu Parnasse. (II, p. 244.) 

Couratier ou Courratier, fém. couraticre ou courra- 
tière. Nicot indique : courretier, d'où courtier. 
Jeanne la Grise de Venus courratière. (IV, p. 346.) 
Et au masculin couratier. (V, p. 251.) 

Couronnure, s. fém., terme de vénerie, sorte de cou- 
ronne formée par la disposition des menus cors 
d'un cerf, vers le sommet du bois. 

(I, p. 255. Vers d'Eurym. et Callirhée.) 

V. le mot Vénerie. 

Courre, ancienne forme de l'infinitif du verbe courir. 
(Nicot, Littré.) Ex. : (I, p. 151.) 

Cours, s. masc, employé par Ronsard avec deux 
acceptions très particulières. 
1° Action de courir. Ex. : 
Bientost je t'aurois mis le frein. 
Puis te voltant à toute bride 
Soudain je t'aurois fait au cours. (II, p. 288.) 

2° La suite d'une destinée, la poursuite d'une 
entreprise. Ex. : 

... asseurant ma fortune et mon cours 
M'as présenté ta fille et ton secours. (III, p. i $ $ .) 

Court ou Cour. Ronsard emploie indifféremment ces 
deux orthographes alors en usage. Ex. : 
... un basteleur de court... 
Et quelques vers plus loin : 
Qui presse sous les pieds la Cour et l'avarice. 

(III, p. 42I-) 

Courtil, s. masc, vieux mot (Nicot, Littré), jardin. 
Ex. : (IV, p. 19.) 



6o Lexiq^ue 

Courtisan et Court'iseur, s. masc. 

... un plaisant courtiseur. (III, p. 401.) 

Couteau, s. masc. , prononciation du centre pour 
coteau. Ronsard orthographie coutau et cousteau. 

... ny aux coutaux voisins 
Jamais Bacchus n'y fait verdeler ses raisins. 

(VI, p. 42.) 

Coutelace. V. Coutelas. 

Coutelas, s. masc. On appelait ainsi jadis une épée 
de fin acier fort tranchante d'un côté seulement et 
qui va un peu en se courbant. (Trévoux.) 

Il est du masculin dans Nicot aussi, et Ronsard 
l'emploie une fois au masculin. (VI, p. 206.) 

Mais ailleurs il en fait un s. fém. sous la forme 
Coutelace. (Fr. Il, t. III, p. 131.) 

Couture, s. fém., semble être de l'innovation de Ron- 
sard pour désigner un coteau garni de vignes. 
Ex.: (V, p. 235.) 

Couverture, s. fém., au figuré (Nicot, Trévoux, Lit- 
tré), prétexte qui sert à couvrir, à déguiser un des- 
sein ou à excuser une faute. Ex. : 

(I, p. 273 et 3 5 j.) 

Couvre-cerveau, adj. comp. La vieille langue avait le 
substantif couvre-chef. Ronsard a créé l'adjectif 
couvre-cerveau. 

... la toge couvre-cerveau. (Fr. t. III.) 

Crampe, s. fém., contraction convulsive des muscles 
de la jambe : ici ruade... 

Nature fit présent de cornes aux taureaux, 

Et pour armes de crampe et de sole aux chevaux. 

(VI, p. 271.) 

Cra(juetcr, v. intr., ancien verbe aujourd'hui inusité 



DE Ronsard. 6i 

(Nicot, Littré), fréquentatif de craquer. C'est, dit 
Nicot, » craquer dru et menu, sape crepltare ■> . 
Ex. : (III, p. 62 et 304.) 

Ce verbe avait formé le dérivé craqaeth (Nicot, 
Littré), qui, dit encore Nicot, «■ est de la même 
façon que cliquetis » (V. ce mot), et signifie le 
bruit que fait la chose qui craque. Ex. : 

(V, p. 24.) 

Crespe, adj., vieux mot, bouclé, frisé. 

Quand au malin ma déesse s'habille 

D'un riche or crespe ombrageant ses talons. 

(I,p. 25.) 

De là les mots : crespu, creipehi, crespillon. 

Ni le soleil ne rayonna si beau 
Quand au matin il nous monstre un flambeau 
Tout crespu d'or. (I, p. 38.) 
Ny de son chef le trésor crespelu. (I, p. 28.) 
Or les frizant en mille crespillon». (I, p. 25.) 
Et le verbe cresper. 

Le soleil en crespa sa chevelure blonde. 

(V, p. 221.) 

Crin, s. masc, employé au figuré par Ronsard pour 
désigner le feuillage des arbres. Ex. : 

Le haut crin des bois 

Qui vont bornant mon fleuve Vendomois. 

(Odes I, XXII, t. II, p. 128.) 

Crineux,s.à\. quai. Ronsard l'emploie au sens propre 
et au figuré. 

Au sens propre il signifie : qui a les cheveux 
longs. Ex. : 

... on veid parmi nos villes 
Errer soudain des hommes incognus, 
Barbus, crineux, crasseux et demi-nus... 

(Disc, t. VII, p. 82.) 



62 Lexiq_ue 

Au figuré : s'applique à la trace lumineuse que 
laisse dans le ciel derrière elle une comète. Ex. : 
... une comète, 
Qui, glissant par le ciel d'une crineuse traite, 
Tombe dessus un champ... 

(Boc. Roy., t. III, p. 277.) 

Ou encore à l'Aurore. Ex. : 

Qiiand plus crineuse elle embellit le ciel. 

(Am. I, 94, t. I, p. iio.) 

Crânien, de Kpovi'wv, fils de Cronos, surnom de Nep- 
tune. 

La contentieuse querelle 
De Minerve et du Cronien. 

(Odes I, X, str. VI, t. II, p. 75.) 

Crosse, adj. quai., ou croce (Nicot, Littré) : s'appli- 
quait aux prélats, évoques ou abbés ayant le aroit 
ae porter la crosse. 

Ma lyre crossée. (II, p. 273.) 

Crouillet, s. masc, subsiste encore dans le Blaisois, 
sous la forme courrouil, dont il n'est que le dimi- 
nutif courrouillet, et par abréviation crouillet : c'est 
le loquet. 

En poussant le crouillet... ouvre l'huis. 

(R. t. V, p. II.) 

De là le dérivé : descroiiiller, v. trans., tirer le 
loquet, ouvrir. (II, p. 1 19.) 

Cru, adj. quai., employé par Ronsard à l'imitation du 
latin : 

Jam senior, sed cruda deo viridisque senectus. 

(Virg. En., VI, 304.) 
Et du grec : 

ûlxoYÉpov-ca oé (lîv ça(T'ë(J.[x£vai. 

(Hom. II., XXIII, 791.) 

Nous disons encore, employant une métaphore 
analogue : une verte vieillesse... 



DE Ronsard. 63 

Ici : verds, vigoureux... 
Les crus vieillards d'un grand et large tour 
Ici dansoient a testes couronnées... (III, p. 57.) 

Cruche, s. fém., terme populaire signifiant stupidité, 
bêtise^ et employé par Ronsard pour opiniâtreté. 

(II, p. 431.) 

Guider, vieu.x mot employé le plus souvent par Ron- 
sard dans le sens de l'ancien verbe oultrecuider, dont 
le dérivé outrecuidance subsiste encore. Pris sub- 
stantivement, l'infinitif de ce verbe est pour lui 
synonyme de présomption. Ex. : 

... tout le mal qui vient à l'homme prend naissance 
Quand par sus la raison le cuider a puissance. 

(VII, p. 3$. ) 

Ronsard l'emploie cependant au sens de : pen- 
ser. (I, p. 47.) 

Cuisse-né, adj. composé créé par Ronsard. Il l'appli- 
que à Bacchus, par allusion à sa double naissance 
légendaire. 

Bacchus cuisse-né. (V, p. 235.) 

Cuissette, s. fém. (Nicot), diminutif de cuisse. Ex. : 

(I,p. 182.) 

Cuit, part, passé du verbe cuire pris dans le sens de 
brûler ardemment. L'adjectif verbal cuisant a encore 
conservé ce sens aujourd'hui. 

N'a pas eu la poitrine cuite 

Par un amour... (II, p. 115.) 

Curer, v. act. {curare), soigner, guérir. 

Dans ce sens il ne se trouve qu'une fois : 
Et n'y a main, tant elle soit experte 



Qui puisse bien la curer de son mal. 

(Boc. Roy., t. III, p. 345. 



64 Lexiq^ue 

Cjprien, adj., de Cypre ou plutôt de Vénus, déesse 
de l'amour, particulièrement honorée à Cypre. 

bienheureux pigeons, vray germe cyprien. 

(1, p. JOI.) 

Cypr'me, s. fém. Épithète de Vénus, déesse de 
Cypre. 

Belle déesse, amoureuse Cyprine. (I, p. 38$.) 



D 



Dacc, s. fém. Nicot ne signale pas ce mot. Moreri le 
dérive de datlo : il signifierait : contribution, taxe. 
Ceux ont en main les plus gras bénéfices, 
Daces, imposts et les meilleurs offices. 

(Poèmes 11, t. VI, p. 266.) 

Ronsard n'en offre pas d'autre exemple. 

Dague, s. fém., terme de vénerie : bois du cerf après 
la première année. (I, p. 254.) 
V. le mot Vénerie. 

Damoiseau, généralement employé comme substantif 
(Nicot), est adjectif. (I, p. 107.) 

Debteur, s. masc. (Nicot, Littré), ancienne forme de 
débiteur. Ex. : (VI, p. 155.) 

Décept'if, adj., fém. déceptive (lat. deceptivus), trom- 
peur. Vieux mot encore en usage au seizième siècle. 
... une ruse déceptive. 

(Odes IV, X,t. II, p. 263.) 

Deccvance, s. fém., vieux mot usité durant tout le 
moyen âge et synonyme de déception. Les deux 
sont dans Nicot. Ex. : (I, p. 170.) 



DE Ronsard. 6^ 

Déchoir (Se), employé comme verbe réfféchi, est pris 
au sens propre de tomber, choir, par Ronsard. 
Nicot indique seulement le sens figuré ; tomber en 
décadence. Ex. : (II, p. 191.) 

Découpé, part, passé, épithète appliquée par Ronsard 
au.x hacits, à la toilette : frangé. Ex. : 

Parfumez, découpez, courtisans, amoureux. 

(VII, p. 42.) 

Decrucher, v. trans., employé par Ronsard pour dé- 
crocher, détacher, faire tomber. Ex. : (III, p. 96.) 

Déduit, passetemps, plaisir, vieux mot. 

Au reste elle est en danse, en festins et déduit. 
(Boc. Roy., la Vertu amoureuse, t. III, p. 413.) 

Son plaisir, son déduit, ses jeux, ses passetemps. 

(I, p. 254.) 

De €n^ pour dedans. Ex. : (VIII, p. 157.) 

Defaroiicher ou Desfaroucher, v. trans. (Nicot), inno- 
vation de Ronsard : apprivoiser. Ex. : 

(VI, p. 215.) 

Defrauder, v. trans. (lat. fraudare), priver, ravir de 
force. (Nicot.) 

Ne défraudant les ouvrages 

Du laboureur attendant... (II, p. 433.) 

Degout, s. masc, formé par Ronsard à l'imitation du 
verbe dégoutter, couler goutte à goutte. 

Et l'eau croissant du degout de tes pleurs. 

(I,p. 22.) 

Dehacher, v. trans., «à coups de hache mettre en 
pièces... car il est composé de hacher... et if, pré- 
position augmentative équipolant à/uni/Viis, omnino, 
ainsi qu'elle est en ceux-ci : Détrencher, détailler i . 
(Nicot.) Ex. : (III, p. 80.) 

Lex. Ronsard. « 



66 Lexiq_ue 

Dele, nom propre, orth. de Ronsard' pour Delos, 
l'une des Cyclades. 

De tels cheveux le dieu que Dele honore 

Son col de lait blondement ne décore. (I, p. 102.) 

Délivre, adj. quai., ancien adjectif (Palsgrave, La- 
combe), n'était plus usité du temps de Ronsard, si 
ce n'est dans l'e.tpression adverbiale à délivre 
(Nicot) : il signifiait libre de. Ex. : 

(I, p. $1, 248 et 405.) 

Demeurance on Demourance (Nicot), vieux mot, syno- 
nyme de demeure. Ronsard emploie demeurance. 
Ex. : (I, p. 67.) 

Demi-ceint, s. masc, mot composé. Nicot : ceinture. 
Les Grâces en ont fait leur demi-ceint boucler. 

(V, p. 222.) 

Démuselé, part, passé d'un verbe démuseler qui sem- 
ble être de l'invention de Ronsard : qui a perdu ses 
muscles. Ex. : (VII, p. 312.) 

Demy-cheval, mot composé par Ronsard pour dési- 
gner les Centaures. (III, p. 405.) 

Demi-flcury, adj. composé : à moitié couvert de fleurs. . . 
Ex. : (VII, p. 190.) 

Demy-panché et My-panché, adj. composé créé par 
Ronsard. (I, 210.) 

Dé-nerver, v. trans. formé par Ronsard sur le modèle 
du verbe italien disnervare, couper les nerfs, éner- 
ver, épuiser. (Am. I, 53, t. I, p. 32.) 

Denys, nom propre, traduction de Dionysos, nom 
grec du dieu Bacchus. (V, p. 237.) 

Deparesser, v. trans., innovation de Ronsard : faire 
sortir quelqu'un de son état de paresse. Ex. : 

(VI, p. 48.) 



DE Ronsard. 67 

Départir (Se), v. réfl., peut avoir deux acceptions. 

1° Se séparer... 

... mon cœur du sien s'est départi. (IV, p. 229.) 

2° Partager... 

... le bien de l'Église aux enfans se départ. 

(VII, p. 42.) 

Depoulpé, part, passé d'un verbe depoiilper : innova- 
tion de Ronsard : qui a perdu le pouls, dont le 
cœur ne bat plus. Ex. : (VII, p. 312.) 

Dépraver ou Despraver (Nicot, Littré), v. trans., cor- 
rompre, gaster, au propre et au figuré. Ronsard 
lui attribue le sens de falsifier. Ex. : (II, p. 298.) 

Déprisonné, part, passé du verbe déprisonner (tirer de 
prison), formé par Ronsard à l'imitation du verbe 
emprisonner. 

Nos corps... 
Deprisonnezde l'iiumaine closture. (III, p. 108.) 

Dé-reter ou Desrester, v. trans. (Nicot), innovation 
de Ronsard : a deslivrer et desvelopper des rets » , 
et Muret l'explique par « deslier » . Ex. : 

(I, p. 123.) 

Des-augmenter , v. trans., semble être de l'invention 
de Ronsard. C'est le contraire d'augmenter : dimi- 
nuer, s'amoindrir. Ex. : (I, p. 57.) 

Deschaux, adj., vieux mot, déchaussé, nu. 

Et l'autre à pieds deschaux gâche le vin nouveau. 

(IV, p. 94.) 

Descœuvre, 3'= pers. sing. prés. ind. du verbe décou- 
vrir. On employait couramment alors cœuvre pour 
couvre. 

Dans la var. (1587) même page Ronsard em- 
ploie descouvre. (II, p. 147.) 



68 Lexiq^ue 

Descrouiller. V. Crouillet. 

Désembraser, v. trans., semble être une innovation de 
Ronsard. C'est le contraire de : embraser. E.x. : 

(I.p. 27.) 

Desensevelir, v. trans. (Nicot), faire sortir de l'oubli, 
au figuré. (II, p. 408.) 

Desguiser, v. trans. (Nicot : alterare), employé au 
figuré pour : changer, modifier, modeler sur. 
Ex. : (I, p. 130.) 

Des-machoirer, v. trans., innovation de Ronsard : 
arracher la mâchoire. Ex. : (I, p. 127.) 

Desnoircir, v. trans., semble être de l'invention de 
Ronsard. C'est le contraire de noircir : blanchir. 
Ex. : 

... desnoircir un More. (I, p. 217.) 

Despendre, v. trans., forme plus ancienne que despen- 
ser (Nicot, Littré). Ex. : (II, p. 557.) 

Despit, adj., vieux mot. 

Il peut avoir deux significations. 
1» Qui a du dépit. 

... je désire, fontaine. 
De plus ne songer boire en toy 
L'esté, lorsque la fièvre ameine 
La mort despite contre moy. 

(Odes m, X, t. II, p. 208.) 
2° Irascible. 
Ne soyez point chagrin, despit, ne furieux. 

(VU, p. 38.) 

Despiler, employé comme verbe actif : causer du dé- 
pit à... 

Pour les dieux despitcr. (Odes iv, V, t. Il, p. 255.) 
et :(I, p. 293.) 



DE Ronsard. 69 

Despiteux, adj. quai., opposé à piteux, qui excite ou 
qui éprouve de la pitié. Signifie impitoyable. Ex. : 

Non celle qu'Apollon vid, vierge despiteuse. 
En laurier se former. 

(Am. div. ch. m, t. I, p. 384.) 
De même : 

La mort despiteuse (II, p. 255). 
L'Orque despiteux (V, p. 109). 

Desrober, v. trans., employé pour le verbe réfléchi se 
dérober à, se soustraire à, éviter. 

Nul ne desrobe son trespas. (II, p. 292.) 

Desrobe-fleur, adj. composé, créé par Ronsard pour 
désigner l'abeille qui butine de fleur en fleur. 
... la desrobe-fleur avette. (II, p. 146.) 

Dessauvager, v. trans., innovation de Ronsard comme 
défaroucher (V. ce mot) : apprivoiser. Ex. : 

(VII,p.20J.) 

Desserrer, v. trans., sensprimitif : relâcher ce qui était 
serré (lat. relaxare). 

Le ciel qui le jour desserre. (VI, p. 364.) 

Dessommeiller, v. trans., éveiller, tirer du sommeil... 
Presque d'un temps le mesme esprit divin 
Dessommeilla du Bellay l'angevin. (VI, p. 44.) 

Dessur, employé comme préposition pour sur, dès le 
moyen âge; encore usité au seizième siècle. 
Disant quelque chanson en filant dessur toy. 

(I, p. 219.) 

Des-vier et dévier, v. intrans. , vieux mot dérivé de vie : 
cesser de vivre, mourir... 

... et là je fus ravy 
De ses beaux yeux par lesquels je des-vie. (I, p. 92.) 
... la fleur, qui si tûst dévie. (II, p. 401.) 



70 Lexiq^ue 

Détacher^ employé intransitivement pour le réfléchi se 
détacher. 

L'avarice jamais de son col ne détache. (IV, p. 222.) 

Delrancher, v. trans. (Nicot), couper en tranches. 
V. Dehacher. Ex. : (III, p. 80.) 

Deubs, part, passé masc. pi. pour dus, orthographe 
dite étymologique : rétablissement du b latin {débi- 
tas). 

... ainsi le froid giron 
De la tombe assoupit tous les sens de nature 
Qui sont deubs à la terre et à la pourriture. 

(IV, p. 219.) 

Deuh {Je me). V. Donloir. 

Deux-fois-né ou Deux-fois-nay, adj. composé créé 
par Ronsard, épithète qu'il applique à Bacchus 
(I, p. 329), traduction du grec Aiyovo;. 

Devant, devers confondus couramment au seizième 
siècle avec les prépositions avant, vers ; fréquent 
chez Ronsard. 

Devanteau, s. masc, tablier de femme, ancien mot : 
Nicot indique les trois formes devantier, devantel, 
devanteau. La troisième seule se trouve dans Ron- 
sard. Ex. : (III, p. 163, et VIII, p. 170.) 

Dé-veiner, v. act., formé par Ronsard sur le verbe ita- 
lien svenare, couper les veines, tuer, etc., à l'exem- 
ple du verbe denerver (v. ce mot). 

(Am. I, 53, t. I, p. 32.) 

Devenir en. Le verbe devenir pouvait être suivi d'un 
complément précédé d'une des prépositions <7^ en... 
Ex. : devenir à rien (Nicot), devenir en herbe 
(Nicot). De même chez Ronsard : devenir en jau- 
nisse. Ex. : (I, p. 275.) 



DE Ronsard. 71 

Devideau, s. masc. ; on disait aussi devuiet, dévidoir 
(Nicot) : ce dernier a subsisté. 

Ne tourne plus ce devideau. (II, p. 375.) 

Dextre, adj., vieux mot (lat. dexier). 

i" Droit. 

... l'effort de ta main dextre. (II, p. 38.) 

2° Qui est à droite etfig. favorable. 

... le ciel, témoin de saparolle, 

D'un dextre éclair fut présage à mes yeux. 

(I, p. 13.) 

Didascaliûues, adj. quai., mot d'origine grecque : 
aujoura'hui didactique. (III, p. 19.) 

Dieu-messager^ s. masc, sorte de nom composé par 
juxtaposition créé par Ronsard, épithète de Mer- 
cure. (V, p. 360.) 

Dinne, orth. de Ronsard pour digne (gn = nn). 

(II, p. 94.) 
Il l'écrit même dine (II, p. 339). Ortho- 
graphe parfaitement conforme à la prononciation 
d'alors. 

Dires, s. fém. (dira), imprécations, malédictions. 
Ronsard n'en oiïre qu'un exemple. 

(IV, p. 338.) 
C'est le titre de l'Élégie XXIX : encore prend- 
il la précaution, qui n'est pas inutile, de faire suivre 
ce mot du commentaire : «■ Dires ou Impréca- 
tions. » 

Discord, s. masc, vieux mot (Nicot, Littré) : dis- 
corde, dissension. Ex. : (III, p. 175.) 

Disnée, s. fém., et disner, s. masc, synonymes em- 
ployés simultanément. Ex. : (VI, p. 106.) 



72 Lexique 

Dispos t, adj., pour dispos, féminin disposte : léger, 
alerte. 

Luy, fait oiseau, dispost, de saut en saut 
Poursuit en vain l'objet de son martyre. (I, p. 97.) 
... entre les mains d'une disposte fille 
Qui dévide, qui coust, qui mesnage et qui file. 

(I, p. 219.) 

Dispotme, mot forgé par Ronsard : « qui signifie une 
vie de petite durée « . (VII, p. 178.) 

Dizenier, pour Dizainier. (Nicot.) 

... le flot dizenier. (III, p. 130.) 
Marcassus : » Les Latins l'appellent unda decu- 
mana; c'est la dixième vague, la plus horrible et dan- 
gereuse de toutes. 1! 

Dodonéen et Dodonois, adj., dérivé du nom de la forêt 
sacrée de Dodone. Ronsard emploie indifféremment 
les deux formes. 

Dedans Buthrote, en les champs où la vois 
Vit prophétique es chesnes Dodonois. (III, p. 48.) 
Adieu, chesnes, couronne aux vaillans citoyens, 
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens. (IV, p. 848.) 

Doloucre, s. fém., pour doîoire, instrument qui sert à 
aplanir et à amincir le bois. (VI, p. 411.) 

Domte-poulldin, adj. composé créé par Ronsard. 
Castor domte-poullain. (VI, p. 48.) 

Donne-blé, adj. composé créé par Ronsard. 
Été donne-blé. (V, p. 187.) 

Donneur, s. masc. (Nicot), encore usité (Littré) : 
celui qui donne. Ex. : (II, p. $8.) 

Donne-vie, adj. composé créé par Ronsard. 
... l'or donne-vie. (V, p. 222.) 



DE Ronsard, 73 

Donne-vin, adj. composé créé par Ronsard. 
Été donne-vin. (V, p. 187.) 

Don'rai {je), pour je donnerai : abréviation fréquente 
au moyen âge et autorisée par Ronsard. (Abrégé 
de \' Art poétique.) 

Je te don'ray pour te servir de page 
Le Jeu mignard... (III, p. m.) 

Dorloter, v. trans., ancien mot(Nicot, Littré), dérivé 
du picard dorlot, affiquets, parure, ornements; d'où 
dorloter : orner, parer et au figuré caresser. Ex. : 

(I, p. 129.) 

Dos-ailé, adj. composé créé par Ronsard pour dési- 
gner Pégase dont le dos, selon la légende, était 
garni d'ailes. 

... le dos-ailé Pégase. (VI, p. 123.) 

Doucelet, adj., diminutif de doux. Ronsard emploie 
aussi doucet. 

Sa belle peau doucelette. (II, p. 349.) 

Dougé, adj. ; dougément, adv. Ronsard les a employés 
chacun une fois. 

Au milieu d'elles (les Parques) estoit 
Un cofre où le Temps mettoit 
Les fuzeaux de leurs journées 
De courts, de grands, d'allongez, 
De gros et de bien dougez. 

(Odesi, X, t. II, p. 91.) 
Je te puis assurer que sa main délicate 
Filera dougément quelque drap d'escarlate. 

(Am. i:, la Quenouille, t. I, p. 220.) 

Remy Belleau fait suivre ce dernier vers de ce 
commentaire : « Dougément, subtilement, à filets 
prins et menus. Dougé est un mot d'Anjou et de 
Vendomois propre aux filandières, qui filent le fil 
de leur fuseau tenu et menu, j 



74 L E X I Q^U E 

Trévoux signale l'adjeclif dougé comme un mot 
hors d'usage : a Dougé, ce, vieux mot : fm, délié, i 
Ex.: 

Le corps est droit, gent et dougé. 

t Ménage remarque que l'on dit aussi du fil 
dougé et de la toile dougée. » 

Cet adjectif a formé le terme technique en usage 
aujourd'hui. Dougé, s. masc, ciseau plat, très 
mince, servant à fendre les ardoises. 

Douillet, adj. quai., doux au toucher, délicat. 

De main douillette et de mignonne peau. 

(Ul, p. 126.) 

Douloir (Se), v. réfl., souffrir, se plaindre (lat. dolere), 
vieux mot usité pendant tout le moyen âge. 

... et si n'ay pas envie 

De me douloir... (Am. i, VII, t. I, p. 6.) 

... le mal dont je me deulx. 

(Am. I, 173, t. I,p. 99.) 
Plus ils en ont, plus se plaignent et deulent. 

(Poèmes 11, t. VI, p. 265.) 

Subjonctif: (jue je me deuillc. (II, p. 391.) 

Douter, v. trans., pour redouter. 

Il ne doute les loups, tant soient-ils redoutables. 

(IV, p. II.) 

C'est d'ailleurs le sens du substantif doute dans 
le passage suivant où il tient lieu du mot crainte : 

Mais j'ay grand doute qu'à l'instant 
Que d'iiommc parfait a;iras l'âge 
Ce mal-heureux oyseau volage 



Sans y penser te surprendra. (I, p. 4J5.) 
Douteux à... (Nicot), hésitant à... Ex. 



(I, P- 237-) 



DE Ronsard. 75 

Doux-amer, adj. composé, innovation de Ronsard. 
Épithète de l'amour : qui est doux et amer en 
même temps. 

Non, ce n'est point une peine qu'aimer. 
C'est un beau mal, et son feu doux-amer 
Plus doucement qu'amèrement nous brusle. 

(Am. I, LXVII, t. I, p. 40.) 

Doux-fier, adj. composé créé par Ronsard, cruel et 
dou.ic en même temps en parlant des flèches de 
l'Amour. 

Le doux-fier trait qui me tient languissant. 

(Am. I, 139, t. I, p. 79.) 
Ronsard a créé de même ^er-^oux. 

Doux-souflant, adj. composé créé par Ronsard : au 
son harmonieux. 

... les flûtes doux-souflantes. (11, p. 30$.) 

Doy, orth. de Ronsard pour doigt... 

... mon luth, pincé de mon doy. (II, p. 273.) 

Dr niant, adj. verbal dérivé du verbe driller, terme po- 
pulaire qui avait encore cours au dix-septième 
siècle et signifiait : courir vite, au figuré pressé, 
diligent. 

Deux camps drillants de fourmis 

Se sont mis 
En garnison sous ta souche. (II, p. 27$.) 

Au sens propre (I, p. 155). 

... les estoiles drillantes. * 

Ronsard l'emploie comme synonyme de mobile 
appliqué à l'oreille du cheval. (VI, .p. 121.) 

Droict, pour droit, s. masc. En vénerie s'entend des 
difTérentes parties de l'animal tué qui reviennent 
soit au maître de lâchasse, soit aux valets, soit aux 
chiens. 

V. Vénerie. 



76 Lexique 

Droitement, adv. tiré par Ronsard de l'adjectif droit 
= directement, tout droit. (II, p. 96.) 

Droiturier ou Droicturier (Nicot : reclus, integcr, in- 
corruptus), Trévoux : vieux mot qui signifie celui 
qui a les intentions droites, qui rend justice sans 
acception de personnes. 

... prince droiturier. (III, p. 420.) 

Duire, v. intr., vieux mot dont Ronsard offre un 
exemple à l'infinitif (lat. ducere) (Nicot). 
Estimeront les martiales fiâmes 
Duire plustost aux gendarmes qu'aux femmes. 

(III, p. 336.) 
Y, Duisant. 

Daisant, part. prés, du verbe duire (lat. ducere), 
vieux mot : convenable, propre à... 

Guignant de l'œil les arbres les plus beaux 

Et plus duisans à tourner en vaisseaux. (III, p. 61.) 

Et II, p. 182. 

... les arcs duisans 
Aux pucelles de Taygète. 

DuUche, adj., dérivé par Ronsard du nom de Dali- 
chium, une des îles Echinadcs, dépendante d'Itha- 
que, avec laquelle elle formait le royaume d'Ulysse. 
C'est actuellement la petite j|e de Néochori. 

Ex. : le duUche troupeau (les compagnons d'Ulysse 
changés en bêtes). (I, p. 43.) 

Dure, nom propre pour d'Eure, rivière d'Eure. 

Desportes, qu'Aristote amuse tout le jour, 

Qui honores ta Dure et les champs qu'à l'entour 

Chartres voit de son mont. (El. 11, t. IV, p. 220.) 

Du tout, locution ancienne équivalent à tout à fait, 
entièrement. 

... puis du tout oubliant 

Frères, père et pays. (IV, p. 297.) 



DE Ronsard, 77 



Egal!, s. masc, synonyme de aiguail, rosée du matin 
qui demeure par petites gouttes sur les fleurs et 
sur les brins d'herbe. Ces vers de Racan en indi- 
quent nettement le sens : 

... a quelle fin 
Voulez- vous aujourd'hui vous lever si matin? 
Le soleil n'a pas bu l'aiguail de la prairie. 

Ronsard l'écrit égail. 
Comme il mettoit à bout à l'égail du matin 
La ruse d'un vieil cerf. 

(I, p. 255- V. d'Eurym. et Callirhée.) 

Aujourd'hui usité encore en vénerie : l'aiguail 
ôte le sentiment aux chiens. 

Elabouré, part, passé du verbe élaboarer, vieux mot. 
Trévoux : s N'est plus en usage, si ce n'est au par- 
ticipe, où il ne se dit qu'en plaisantant. » Au sei- 
sième siècle et chez Ronsard : travaillé avec soin. 
Nous avons conservé élaborer. 

Et ses maisons en marbre elabourées 
Voisineront les estoiles dorées. (,111, p. 50.) 

De même : (Am. I, 128, t. I, p. 72.) 

Elargir, v. act. (lat largior), donner largement; se 
trouve deux fois dans les œuvres de Ronsard. 

Le ciel ne t'a pas seulement 

Elargi prodigalement 

Mille présens... (Odes retr., t. II, p. 423.) 

Que tardes-tu, veu que les Muses 

T'ont eslargi tant de sçavoir. (II, p. 469.) 

Elochant, part. prés, du verbe elocher ou eslocher, 



78 Lexiqjue 

V. trans. (Nicot") : synonyme de ébranler. Ex. : 

(II, p. 278.) 

Embarijuage, s. masc. créé par Ronsard : synonyme 
d'embarquement. 
Dieu d'embarquage. 

C'est-à-dire : Dieu qui préside à l'embarquement 
et à la navigation. (Fr. l, t. III, p. 80.) 

Embas, orth. de Ronsard et de Nicot pour en bas,. 
Soit d'enhaut ou d'embas. (IV, p. 151.) 

Embesogner, v. trans. Trévou.^ : s Vieux mot qui 
signifiait autrefois occuper à- quelque besogne. Il 
n'est plus usité qu'au participe et par plaisanterie. » 
Lorsqu'à son luth ses doigts elle embesogne. 

(Am. I, CXIV, t. I, p. 65.) 

Embler, v. act., a le sens de ravir, prendre. 

Nicot le traduit par fiirari. Ronsard dit en par- 
lant du laurier : 

Si quelqu'un par finesse une fueille en dérobe, 
La fueille le decelle, et ne veut que le prix 
Des fronts doctes et beaux soit embié ny surpris. 

IV, p. 202.) 

Nous avons encore la locution d'emblée qui se 
rattache à la même racine. 

Trévoux : vieux mot et hors d'usage, sinon en 
ce commandement de Dieu : L'avoir d'aïUnd tu 
n embler iïs. 

D'emblée est employé une fois par Ronsard. 
Amour, trop fin, comme un larron emporte 
Mon cœur d'emblée, et ne le puis r'avoir. 

(Am. I, 176, t. I, p. ICI.) 

Emboufis, adj. quai., innovation de Ronsard, syno- 
nyme de bouffi, gonflé. 

Les despensiers em-boufisde bombance. i^VI, p. 57.) 



DE Ronsard. 79 

Embrassée, s. fém., innovation de Ronsard pour ein- 
brassement. 

Comme une tendre vigne à l'ormeau se marie 
Et de mainte embrassée autour de lui se plie. 

(III, p. 69.) 

Embrasse-terre, adj. composé créé par Ronsard et 
employé substantivement comme épithète du dieu 
Neptune : embrasse-terre (qui entoure la terre). 

(III, p. 328.) 

Embrunir, v. trans., formé d'un préfixe en et du verbe 
brunir = obscurcir. (Trévoux, Littré.) 

Puis, alors que Vesper vient embrunir nos cieux. 

(Sonnets pour Hélène, t. I, p. 363.) 

Embrunisseure ou Embriinlssure {eu = u), s. fém., 
dérivé de embrunir, terme de vénerie qui désigne 
la teinte plus ou moins foncée du bois du cerf. Ex. : 

(I, P- 2S4-) 

Emerveillable, adj. tiré du verbe émerveiller, admira- 
ble. 

Puis en rompit le moule emerveillable. (III, p. 323.) 

Ronsard emploie de même le mot merveillable 
(merveilleuse). 

Il admire son bras et sa main merveillable. 

(VI, p. 242.) 

Emmaigrir (S'), v. réfl. formé du préfixe en et du 
simple maigrir, a le même sens. 

S'emmaigrissant et suant sous la peine 
De cultiver ses vignes et sa plaine. 

(Poèmes i, t. VI, p. 134.) 

Emmanleler, v. act., employé au figuré dans le sens 
d'envelopper. (III, p. 1 12 et 295.) 

Emmieller, v. trans., enduire de miel. (II, p. u 1.) 



8o Lexique 

Emmonceler, v. trans., ancien synonyme de amonce- 
ler. (II, p. 109.) 

Emmurer, v. trans., <i entourer, environner de 
murs 11 (Nicot) ; au figuré, entourer, enfermer; 
comme dans l'exemple suivant : 

Tout à l'entour l'emmure 
L'herbe et l'eau qui murmure, 
L'un tousjours verdoyant. 
L'autre ondoyant! (II, p. 25 1.) 

Empaner, v. act. créé par Ronsard, synonyme de 
Empemier. (V. ce mot.) 

Ex.: Em/^^/zer la mémoire. (II, p. 18.) 

Et II, p. 564. 

Emparfumer, v. trans., synonyme de parfumer, créé 
par Ronsard. 

... ceste Marguerite 
Qui ciel et terre emparfume d'odeur. 

(Am. I, CVI, t. I, p. ûi.) 

Empawmure, s. fém., terme de vénerie. » C'est le 
haut de la tête d'un vieux cerf ou chevreuil, qui est 
large et renversée et où il y a plusieurs andouil- 
1ers. ï (Trévoux.) (I, 255.) 
V. le mot Vénerie. 

Empenné, adj., léger comme la plume, prompt, ailé. 
Imitant l'expression grecque èTOa lîTepoÉvra, Ron- 
sard a dit : 

Mais leur mère 

Pour les asseurer les flatoit 

De ceste parole empennée. (Odes i, X, t. II, p. 71.) 

Emperler, v. trans., innovation de Ronsard, orner de 
perles au sens propre. 

(Am. I, CLXXXIX, t. I, p. 107.) 
V. Engemmer. 



DE Ronsard. Si 

Emperiere, s. fém. de empereur, vieux mot. (Pals- 
grave, Nicot.) Ex. : (V, p. 292.) 

Empierrer, v. trans., métamorphoser en pierre, pétri- 
fier. 

(Ton œil) habile à ses traicts descocher 
Estrangement m'empierre en un rocher. 

(Am. I, VIII, t. I, p. 6.) 

Appliqué à la Gorgone. (VI, p. 48.) 

Empiéter, v. trans., terme de fauconnerie : en parlant 
d'un oiseau de proie, saisir avec ses serres. 
Un pigeon blanc empiété d'un autour. 

(Ed. m, t. IV, p. 76.) 
Là est Ide la branchue 
Où l'oyseau de Jupiter 
Dedans sa griffe crochue 
Vient Ganymede empiéter. (Odesretr., t. II, p. 388.) 

Empistolé, adj., innovation de Ronsard, armé de pis- 
tolets. 

Ne presche plus en France une Evangile armée, 
Un Christ empistolé tout noirci de fumée. 

(VII, p. 22.) 

Emplumer, v. trans., garnir de plumes. (II, p. 135.) 

Empoiiper, v. trans., couramment employé au sei- 
zième siècle en parlant du vent, signifie prendre en 
poupe un navire. (I, p. 391 .) 

Empourprer, v. trans., teindre en pourpre. 

(II, p. 168.) 

Empris, part, passé du vieux verbe emprendre, an- 
cienne forme de entreprendre. 

Les deux sont encore dans Nicot. Ex. : (I,p. 50.) 

Emprise, s. fém., vieux mot, pour entreprise. 

(II, p. 284.) 

Lex. Ronsard. 6 



82 Lexique 

Enaigrmr (S'), v. réfl., formé du préfixe en et du 
simple aigrir {s'). 

Et tellement s'en-aigrit de courrous. 

(Poèmes i, t. VI, p. 86.) 

Enceinte, s. fém. Vénerie : Faire l'enceinte : tendre 
des toiles ou poster des chiens et des chasseurs au- 
tour d'un bois ; s. faire divers ronds autour des plus 
fraîches voies et allures de la bête pour s'assurer 
oi!i elles aboutissent et de là conclure l'endroit oi!i 
elle est embijchée » . (Trévoux.) 
V. le mot Vénerie. 

... et, comme bon veneur, 
Faire bien mon enceinte et en avoir l'honneur. 

(Songe m, 2S9.) 

En ce-pendant, locution ancienne déjà citée par Pals- 
grave : cependant. 

En ce-pendant la jeunesse troyenne 
Haut invoquant la Berecynthienne 
D'encens fumeux parfumoit son autel. (III, p. 56.) 

Encerner, v. act., vieux mot qui signifiait ceindre 
d'un cercle (anciennement cerne. V. ce mot), en- 
tourer. (III, p. 162.) 

Encliagriner, v. act., dérivé par Ronsard du verbe 
chagriner. 

... c'est bien de mes malheurs 
Le plus grand, qui ma vie enciiagrine et dépite. 

(VII, p. 513.) 

Enchanter, v. trans., au sens étymologique de incan- 
tare (Nicot, Littré) : soumettre à un enchante- 
ment. Ex. : (I, p. 194.) 

Encharner, v. trans. Ronsard emploie ce verbe dans 
le sens de incarner, entrer dans la chair. 
... la douleur de ma playe 
Qu'Amour encharne au plus vif de mon soin. 

(Am. I, CXXIV, t. I, p. 70.) 



DE Ronsard. 85 

Endiner ou Incliner, les deux verbes sont dans Nicot. 
... suivant ma destinée 
Qui s'est dès mon enfance aux Muses endinée. 

(VII, p. 112.) 

Encocher, v. trans., en parlant d'une flèche, faire en- 
trer dans sa coche ta corde de l'arc. Ce mot a 
vieilli; nous avons conservé son contraire : déco- 
cher. 

Ayant toujours la flèche à la corde encochée. 

(Am. Il, LX, t. I, p. 210.) 

Encontre-val et En-contreval, loc. adv. comme Con- 
treval. 

i' En aval. Ex. : (I, p. 401.) 

2" En bas. Ex. : (V, 89.) Cf. Contre-bas. 

Encordeler, v. trans., entraver dans des liens. 
Comme en ses rets l'amour nous encordelle. 

(Am. I, XXXVIII, t. I, p. 23.) 

Encorder, v. trans., signifie au sens propre : réunir et 
nouer les cordes d'un métier à tisser. Ronsard lui 
donne le sens de : jouer sur les cordes de la lyre. 

(II, p. 426.) 

Encontre, employé pour la préposition contre. 
Je doute qu'Artemis quelque sanglier n'appelle 
Encontre Eurymédon. (I, p. 264.) 

Ronsard lui attribue aussi le sens de : envers, à 
l'égard de. 

Tu mesprisois les hommes dont l'audace 

Est trop cruelle encontre nostre race. (III, p. 144.) 

Encothurné, part, passé employé adjectivement du 
verbe encothurner, créé par Ronsard. (VI, p. 45.) 

Encottonner, v. trans. (Nicot), détourné de son sens 
habituel et employé comme synonyme de cottonner. 
(V. ce mot.) (V, p. 24^.) 



84 Lexiq^ue 

Encourir {S'), v. réfl., employé dans le centre de la 
France pour : se mettre à courir. 

Et s'en-courant vers sa mère 

Luy monstra sa playe amère. (II, p. 271.) 

Encoiirtiner, v. trans., couramment employé au sei- 
zième siècle. « C'est ombrager ou aussi tendre des 
courtines et tapisseries, i (Nicot.) 

Puis quand la nuict brunette a rangé les estoilles, 

Encourtinant le ciel et la terre de voiles,! 

Sans soucy je me couche. (Disc, t. Vil, p. 1 15.) 

Encrouster, v. trans. (Nicot), signifiait au sens pro- 
pre crépir. Ronsard emploie le dérivé encrousture 
au figuré en parlant du fard. Ex. : (V, p. 565.) 

Endemené, part, passé du verbe endemener, formé par 
Ronsard à l'aide du préfixe en et du verbe {se) dé- 
mener = pétulant. (Fr. il, t. IIÎ, p. 1 1 1.) 

En-eauer, v. trans., mot nouveau créé par Ronsard, 
métamorphoser en eau. (I, p. 206.) 

Enjançon, s. masc, ancien diminutif de enfant. 

... et publioit d'une tremblante voix 
De son jeune enfançon les festes et les loix. 

(V ,p. 2M-) 

Enfanter, v. trans., employé comme intransitif par 
Ronsard dans le sens de naître. Ex. : (I, p. 240.) 

Enfarïner, v. trans. (Nicot, Littré), au sens propre 
dans Nicot ; deux fois au sens figuré : blanchir, 
dans Ronsard. (II, p. 278 et 3 18.) 

Enferrer^ v. act., au seizième siècle : charger de fers, 
aujouru'hui percer d'un fer. 

Dedans ses fers m'enferre emprisonné. (I, p. 43.) 

En/euillcr {S'), v. réfl., en parlant d'un oiseau, se 



DE Ronsard. 85 

cacher dans le feuillage, innovation de Ronsard. 
(V. Enfieller et enfiévrir.) 

... un jeune oyseau 
Qui, s'enfeuillant dedans un arbrisseau. 

(Am. I, 204, t. I, p. 115.) 

Enfieller, v. trans., innovation de Ronsard, changer 
en fiel, rendre amer comme le fiel. 

Pour enfieller le plus doux miel des hommes. 

(Am. I, CXVIII, t. I, p. 67.) 

Trévoux fait suivre ce mot de cette note : « Ce 
mot est vieux. C'est Ronsard qui s'en est servi; 
mais notre langue est devenue plus sévère, et la 
poésie ne donne plus le droit de faire des mots 
nouveaux. » 

Enfiévrir (S'), v. réfl., innovation de Ronsard. 

Le Dictionnaire de Trçvoux ajoute : u Ronsard 
a dit s'enfiévrir pour devenir fier; enfleurlr les plai- 
nes pour les remplir de fleurs ; s'enfeuiller pour se 
cacher dans les feuilles; s'englacer, etc. (V. ces 
mots.) Tout cela est vieux et n'est plus d'usage. » 

En/leurir, v. trans., formé par Ronsard du préfixe 
en et du verbe fleurir, a le môme sens que le 
simple. 

Jamais repas ne me fut agréable 
Si ton bouton n'enfleurit une table. 

(Poèmes i, t. VI, p. 1 10.) 
... qu'on enfleure la terre 
De roses et de lys, de lavande et de jonc. 

(I, P- IS9) 

En-fouer, v. trans., mot nouveau créé par Ronsard : 
métamorphoser en feu, enflammer. (I, p. 206.) 

Engarder, v. trans. (Nicot), empêcher. (I, p. 401.) 

Engemmer, v. act., innovation de Ronsard; il a tiré 



86 Lexiq_ue 

ce verbe du substantif gemme, perle (lat. gemma). 

En-glacer, v, trans., mot nouveau créé par Ronsard : 
métamorphoser en glaçons. (I, p. 206.) 

Engouer (S'), v. réfl. (Nicot, Littré), au sens propre : 
s'embarrasser, s'obstruer le gosier. On disait aussi 
anoucr (Nicot), dans le même sens. Ex. : 

(V,p. 53.) 

Engouler, v. act., vicu.v mot, avaler. 
... sans avoir 
Premier engoulé l'amorce 
Qui pendoit de ton sçavoir. (II, p. 339.) 

Engraver, v. trans., vieux mot déjà tombé en désué- 
tude au dix-septième siècle : graver profondément. 
(Am. I, GUI, t. I, p. 59.) 

De là le substantif féminin cngravure, synonyme 
de gravure. (F'r. il, t. III, p. 1 10.) 

Enhorter, v. trans., vieille forme synonyme de exhor- 
ter. (VIII, p. Il 5.) 

Enjoncher, v. trans., innovation de Ronsard, syno- 
nyme de joncher, couvrir de fleurs, de feuillages. 

(Am. I, CLV, t. I, p. 89.) 

Enluminer, v. trans., subsiste dans le sens restreint 
de colorier, orner d'enluminures, ou au figure : parer 
d'ornements qui ont plus d'éclat que de naturel et 
de goût. Ronsard lui attribue le sens étymologique : 
remplir de lumière. (I, p. 4.) 

Enlustrer, v. trans., éclairer, illuminer. (I, p. 4.) 

En-manné, vieux mot dont s'est servi Ronsard, pour 
dire remplir de manne. (Nicot.) 
Heureuse fut la mamelle enmannée 
De qui le laict premier elle receut. 

(Am. I, 137, t. I, p. 78.) 



DE Ronsard. 87 

Ennouer, v. trans., innovation de Ronsard : lier, 
nouer. (Am. I, CXXVII,t. I, p. 71.) 

Ennuer (5'), v. réfl., innovation de Ronsard, en par- 
lant du soleil : se couvrir d'un nuage. 

Le soleil s'ennua pour ne voir telle mort. 

(Ed. I, t. IV, p. 20.) 

Ennuyer, v. trans. (Nicot, Trévoux, Littré), est em- 
ployé comme intransitif par Ronsard. E.v. : 

(I, p- h) 

En-onder, v. trans., mot nouveau formé par Ron- 
sard : faire onduler ses cheveux. 

... les rets de ses beaux cheveux blons 
En cent façons enonde et entortille. 

(Am. I, XLI, t. I, p. 25.) 

Enreter, v. trans., innovation de Ronsard, prendre 
dans des rets, dans des filets. 

Les beaux yeux qui l'ont enreté. 

(Am. I, chanson, t. I, p. 82.) 

Il est aussi verbe réfléchi. (III, p. 268.) 

En-rocher, v. trans., mot nouveau créé par Ronsard : 
métamorphoser en rocher. (I, p. 206.) 

Enroue, fém. du part, enrou, innovation de Ronsard 
pour enrouée. 

Pleine de bois, la charrette attellée 

Va haut et bas par mont et par vallée. 

Qui, gémissant, enroue sous l'effort 

Du pesant faix, le versoitsurle bord. (III, p. 61.) 

Enrouement, ancien adverbe (Nicot), dérivé de en- 
roué. Ex. : (II, p. 416.) 

Ensaffranné, adj. comp. créé par Ronsard, qui l'em- 



88 Lexic^ue 

ploie comme épithète de l'aube : couleur de safran, 
jaune comme le safran. 

Incûntinent que l'aube ensaffranée 
Eut du beau jour la clarté ramenée. 

(Fr. I, t. III, p. 6s.) 

Enseigner, v. trans., employé pour instruire avec un 
régime indirect. 

Nature d'elle-mesme à l'amour vous enseigne. 

1,1, p. 212.^ 

Enserrer, v. trans., vieux mot : enfermer. (I, p. 19.) 

Ensuivre, v. trans., a le sens du latin inseqm, pour- 
suivre, suivre sans relâche. 

Et de doublement ensuivre 

Les deu.x mestiers de Pallas. (II, p. 205.) 

Entéléchie, s. fém. Muret l'explique ainsi : » Ma seule 
âme, qui causez en moy tout mouvement, tant naturel 
que volontaire. Entéléchie, en grec, signifie perfec- 
tion. Aristote enseigne que ceste entéléchie donne 
essence et mouvement en toutes choses, j 

Ronsard l'emploie ainsi en s'adressant à sa maî- 
tresse : 

Estes vous pas ma seule Entéléchie ? 

(Am. I, LXVIII, t. I, p. 41.) 

Ententif, adj., vieux mot. {Roman de la Rose. J. Le 
Maire, Palsgrave.) Attentif. 

Ces trois sœurs, à l'œuvre ententives. (I, p. 91.') 
Tant il est ententif à l'œuvre commencé. 

(IV, p. 14.) 

Enthjrsé, adj., formé par Ronsard pour désigner les 
thyrses, javelots ornés de pampre et de lierre qu'on 
portait dans les fêtes de Bacchus. Ex. : 

(VI, p. 351.) 



DE Ronsard. 89 

Entomber, v. trans., synonyme de tomber, innovation 
de Ronsard. 

Un peu de sable entombé sur ce bord. 

(Fr. III, t. III, p. 149.) 

Ronsard l'emploie aussi pour signifier : enterrer, 
mettre dans la tombe. 

Entombe si tu veux, ou donne aux chiens ta femme 
Ou !a jette en la mer, ou la baille à la flame. 

(III, p. J02.) 

Même acception : (VII, p. 202.) 

Entourner, v. trans., synonyme de entourer. 

(III, p. 1.7.) 

Entrecassé, part, passé ; Nicot : « cassé, mais pas tout 
à fait. ï 

Car leurs beaux ans entrecassez n'arrivent 
A la vieillesse, ains d'âge en âge vivent. 

(VI, p. 17s.) 

Entre-deux, ancien adverbe (Nicot, Littré), dans l'in- 
tervalle... Ex. : (VI, p. 18.) 

Entre-eve'dler (Nicot), être à demi éveillé. Ex. : 

(V,p. 105.) 
On disait de même entre-dormir (Nicot), dormir 
à demi. 

Entre-parleur, s. masc, interlocuteur, dérivé de 
entre-parler. Nicot indique le verbe seul. Ex. : 

(VI, p. 413-.) 

Entusiasme, s. masc. pour enthousiasme, semble être 
de l'innovation de Ronsard, n'est pas indiqué par 
Nicot. Ex. : (VI, p. 37$.) 

Entr-e-semé, part, passé employé par Ronsard pour 
parsemé. 

Ayant d'azur la robe enîre-semée. (Ili, p. 95.) 



90 L E X I Q.U E 

Entre-rompre,\. trans., ancienne forme du verbe in- 
terrompre. Entre-rompu, interrompu, dont la con- 
tinuité est rompue. 

Mais ce portrait qui nage dans mes yeux 

Fraude tousjours ma joye entre-rompue. (I, p. i8.) 

Entr'oy {J'), r° pers. du prés, de l'ind. du verbe 
entre-ouïr ou cntr'ouïr : a cuir imparfaitement » 
(Trévou.x). 

J'entr'oy desja la guiterre. (VI, p. 359.) 

En-verdiirer, v. trans., innovation de Ronsard : cou- 
vrir de verdure. Ex. : (II, p. 234.) 

EnvicllUr, v. trans., formé à l'aide du préfixe en et de 
l'adjectif vieil, signifiait au moyen âge paraître ou 
devenir vieux. Ronsard l'emploie dans ce second 
sens. (I,p. 30^.) 

Emis, préposition (du lat. invitas), malgré, vieux mot 
encore usité au seizième siècle. 

Or je t'aimeray donc, bien qu'envis de mon cœur. 
Si c'est quelque amitié que d'aimer par contrainte. 

(I, p. 209.) 

En-voler, verbe habituellement réfléchi, est employé 
par Ronsard comme verbe transitif. 

De ton baiser la douceur larronnesse 
Tout esperdu m'envole jusqu'au,\ cieux. 

(Am. 1, CCIX, t. I, p. 118.) 

De même, en parlant d'Europe. 
... cestela 
Qiie le taureau sur sa croupe envola. (VI, p. 18.) 

Épanir (S') ou épanouir : les deux verbes se trouvent 
dans Nicot ; épanir est la forme la plus ancienne. 

Je vous envoyé un bouquet que ma main 
Vient de trier de ces fleurs épanies. (I, p. 397.) 



DE Ronsard. 91 

Épesse, orthographe de Ronsard pour épaisse, fémi- 
nin de l'adjectif épais. 

Or' que l'hyver roidit la glace épesse 
Rechaufons-nous, ma gentille maistresse. (I, p. 218.) 

ÉpingUer, s. masc. (Nicot), pelote ou étui à épingles. 
Ex. : (II, p. 485.) 

Époin.onner, v. trans., vieux mot qui signifiait exci- 
te/, aiguillonner, piquer (Nicot). 

... les amours qui ton âme époinçonnent. (I, p. 86.) 

Synonyme espoindre (Nicot). 

Époïngt, orthographe de Ronsard pour espoint, parti- 
cipe passé du vieux verbe espoindre ou epoindre. 
(Nicot.) On disait aussi espoinçonner (Nicot). 
Ex.: (I, p. 53.) 

Équalement, adv., ancienne forme de également, n'est 
pas dans Nicot, qui cite cependant équalité et équa- 
liser. Ex. : (IV, p. 267.) 

Erratique, adj. quai. (lat. erraticus) : vagabond; em- 
ployé par Ronsard, Rabelais, subsistait au dix- 
septième siècle comme terme d'astronomie appliqué 
aux planètes et comme terme de médecine pour dési- 
gner certaines fièvres. 

De la Serene antique 
Je verray le tombeau 
Et la course erratique 
D'Aréthuse... (H, p. 247.) 

V. t. V, p. 159: 

Les sept feux erratiques, 

pour désigner les planètes. Les planètes connues 
des anciens étaient Mars, Mercure, Vénus, Jupi- 
ter et Saturne, et ils donnaient aussi le nom de pla- 
nètes au Soleil et à la Lune. 



92 Lexique 

Erre, s. fém., au singulier signifie : la suite, le cours. 
... quand la lune avec ses noirs chevau.x 
Creuse et pleine reprend l'erré de ses travaux. 

(VI, p. 191.) 

ErreSj s. fém., au pluriel, terme de vénerie, « traces, 
vestiges... On appelle aussi erres, les lieux par oià 
une bête s'enfuit de bon temps ou de niiiuvdis temps, 
ou de vieil temps (v. ces mots), c'est-à-dire omme 
une jeune bête, ou une vieille qui est recrut. On 
appelle aussi erres les pieds, routes et voies du 
cerf... » (Trévoux.) (I, 255.) 
V. le mot Vénerie. 

Erreur, subst., le plus souvent masculin au seizième 
siècle, est du genre commun chez Ronsard. 
Et me remplit le cœur d'ingénieuse erreur. 

(V, p. 191.) 
Le désir, l'avarice et l'erreur insensé 
Ont c'en dessus dessous le monde renversé. 

(VU, p. 14.) 

Es, anc. forme contr. pour dans les, couramment 
employée au seizième siècle et par Ronsard. 
Je veux mourir es amoureux combats. 

(I, p. 28 et passim.) 

Esbattre à... {S'), v. réfl., se plaire à (Nicot). 
Celuy que Mars horriblement r'enflame 
Aille à la guerre, et d'ans et de pouvoir 
Tout furieux, s'esbate à recevoir 
En sa poitrine une espagnole lame. (I, p. 46.) 

Esbranle-rocher, mot composé, créé par Ronsard et 
employé substantivement comme épithcte de l'A- 
quillon : a qui ébranle les rochers » . (I, p. 1 14.) 

Escaillé, adj., couvert d'écaillés, en parlant des pois- 
sons. 

J'aiinerois mieux vestir un poisson escaillé. 

(IV, p. 291.) 



DE Ronsard. 93 

Ronsard l'emploie aussi substantivement. 

Et pendu sur le bord, me plaisoit d'y pescher 
Estant plus resjouy d'une chasse muette 
Troubler des escaillez la demeure sccrette. 

(I, p. J63.) 

V. Vestir. 

Escarce, féminin employé substantivement de l'ancien 
adjectif eschars (Nicot), echars, escars {Chronique 
des ducs de Normandie. Roman de Berthc aux grands 
pies) : avare, chiche, parcimonieux. Épithète de la 
mort. (II, p. 350.) 

Nicot cite l'adverbe escharcement (lat. : avare). 

Escarder, v. trans., forme populaire ancienne pour 
carder. 

Les fait filer, les laines escarder. 
Ourdir et coudre... (III, p. 144.) 

Escarmoucher, v. intr. ou réfl., s'escarmoucher, vieux 
mot déjà employé par Froissart, et qui remonte 
plus haut (Nicot, Littré). (V. Diez, Grammaire : 
étymologie de ce mot. Cf. italien : scaramucciare, 
espagnol : scaramugar, haut allemand : skerman, 
combattre.) Au sens propre : se livrer à des escar- 
mouches, au sens figuré employé par Ronsard : en 
parlant des cheveux follets ébouriffés sur le front. 

(I, p. iio.) 

Eschauffaut, s. masc. pour échafami, « ouvrage de 
charpenterie élevé en forme d'amphithéâtre pour y 
placer des spectateurs t> . (Trévoux), par exten- 
sion : théâtre, scène. 

... lors Jodelle heureusement sonna. 
D'une voi.x humble et d'une voix hardie, 
La comédie avec la tragédie. 
Et d'un ton double, ore bas ore haut. 
Remplit premier le françois eschauffaut. (VI, p. 45.) 



94 Lexique 

Escheler, v. trans. (Nicot), forme antérieure à escala- 
der dont il a la signification. Ex. : (V, p. 175.) 

Esclaler, v. trans., briser, rompre : innovation de 
Ronsard signalée parMarcassus. Ex. : (V, p. 1 52.) 

Esclater (S'), forme réfléchie du verbe éclater employé 
au seizième siècle pour le v. intr. (Nicot.) 

Maint gros tonnerre ensoufré s'esdatoit. (III, p. 9}.) 

Esclouit, 3° pers. sing. du parf. défini du verbe es- 
clorre (Nicot), ancienne forme de éclore. Ex. : 

(V,p. 25.) 

Escofion, s. masc. (orth. de Ronsard"), ou Escoffion 
(Trévoux) : bonnet, » coëffure des femmes du 
peuple i (Trévoux). Dans Ronsard : bonnet élé- 
gant. Ex. : (I, p. 210.) 

Ailleurs il emploie la forme scophion. 

(VI, p. 81.) 

Escrageant, part. prés, du verbe cscrager, pour cs- 
craser = écraser, aplatir en comprimant. Ex. : 

iVI, p. 70.) 

Escrimer, v. n. (^italien schermare), faire des armes. 

Regarde en s'esbatant l'olympique jeunesse 
Pleine d'un sang bouillant aux joustes escrimer. 

(Sonnets pour Hélène, I, p. 338.) 

En escrimant... (I, 375.) 

On le trouve encore ailleurs. 

Ny escrimer, combattre a la barrière. 

(Odes retr., t. II, p. 455.) 

Ronsard en tire le substantif escrimeur. 

C'est l'épithète qu'il donne à Pollux. 

Après avoir prié, dévoticux, 

Les deux jumeaux qui décorent les cieux... 



DE Ronsard. 9^ 

L'un escrimeur en vers tu descriras, 
L'autre donteur des chevaux tu diras... 

(Odes retr., t. II, p. 400.) 

Escumier, adj. quai., épithète de Vénus, née de 
l'écume de la mer. 

Escumière Venus. (I, p. 168.) 

Je l'accompare à l'escumière fille. (I, p. 25.) 

Esgrafigner ou égraffigner, forme plus ancienne que 
égratigner (Nicot), dont elle est synonyme. 

(III, p. 98.) 

Esguike, s. fém., ancienne forme du subst. aiguière : 
Nicot indique les deux : esguière vient de esgue, qui 
existait en même temps que aiguë, d'oià aiguicrc. 
(Fr. II, t. III, p. 116.) 

Esjouir {S'), V. réfl.; nous avons conservé le dérivé se 
réjouir. 

Dessous leurs pieds la campagne arrosée 
S'éjouira de manne et de rosée. (IV, p. 139.) 

Eslever {S'), v. pron. Ronsard lui attribue le même 
sens que se lever. 

si tost que l'Aube à la face rosine 
Eut le soleil tiré de l'eau marine, 
Francus s'eslève... (III, p. 108.) 

Esmorcé, part, passé employé par Ronsard pour 
amorcé. Ex. : 

... un pistolet bien esmorcé. (III, p. 407.) 

Espace, s. masc. et fém. 

Devant la porte en assez long espace 
Large, quarrée, estoit une grand' place. 

(Fr. II, t. III, p. 113.) 

Pour t'enfuir longue espace devant 
Le tard vaisseau qui t'iroit poursuivant. 
(Poèmes, Regrets de Marie Stuart pour elle-même.) 

(VI, p. 27.) 



96 LEXIQ.UE 

Espasmé, forme ancienne et populaire du mot : pâmé. 

Ainsi pleurant, Francus elle accolla, 

Puis espasmée au logis s'en alla. (I, p. 76.) 

Esparsement, adv. dérivé de espars (Nicot), appliqué 
aux cheveux de l'Aurore : flottant de tous côtés. 
Ex. : (I, p. $4.) 

Esparvanche, s. fém. employé par Ronsard pour : 
pervenche. 

De verts lauriers et vertes esparvanches. 

(VII, p. 201.) 

Espervicr et Esprevier (par métathcse), s. masc, 
double forme du même mot : épervier. Ex. : 

(VIII, p. 1 16 et 144.) 

Espoint, part, passé du verbe transitif espoindre ou 
époindre, vieux mot qui signifiait piquer, aiguil- 
lonner. (Nicot.) V. époingt, époinçonner. 

Celuy qui vit en ce poinct, 

Heureux, ne convoite point 

Du peuple cstre nommé Sire, 

D'adjoindre au sien un empire 

De trop d'avarice espoint. (Il, p. 355.) 

Espois, s. masc, terme de vénerie. Epois se dit de 
chaque cor ou sommet de la tête d'un cerf... II y a 
des épois de coronure, de paumure, de trochure et 
cnfourchure dans le bois et la tête d'un cerf. (Tré- 
voux.) (I, 2J4.) 

V. le mot Vénerie. 

Esposc, abréviation pour espouse, licence que Ronsard 
autorise dans son Art poétique. (V. Introduction : 
Théories de R...) 

Espouvanteux, adj. quai, créé par Ronsard, synonyme 



DE Ronsard. 97 

de : épouvantable, qui inspire l'épouvante. Un seul 
exemple : 

... d'espouvanteuse œillade. (Disc, t. VII, p. 83.) 
Il emploie fréquemment : épouvantable. 

Esprit, s. masc. employé avec le sens du lat. animas, 
dans l'expression animas addere : souffle, ardeur. 

Tous deux de garbe et de courage grans, 
Donnans l'esprit aux chevaux par les flancs. 
D'un masie cœur au combat s'esiancerent. 

(m, p. 128.) 

Essein, s. masc, orth. de Ronsard pour essain 
(Nicot) {ei = ai) : essaim. Ex. : (I, p. 229.) 

Essorer {S'), v. réfl., terme de vénerie : prendre 
l'essor. 

... un jeune oyseau 
De branche en branche à son plaisir s'essore. 

(Am. I, CCIV, t. I, p. 115.) 

Essueil, s. masc. employé par Ronsard, Rabelais, 
pour seuil. 

... à l'essueil de son huis... (VI, p. 198.) 

Essuy, s. masc, subsiste comme terme de métier et 
signifie le lieu où les tanneurs mettent sécher le 
cuir. Cf. le vieux mot françois essoute, s. fém., 
lieu où l'on se met à couvert de la pluie. (Diction- 
naire de Lacombe.) Ici, terme de vénerie : abri. 

(I, 2$5-) 
V. Vénerie. 

Estaim, s. masc, terme technique, partie la plus fine 
de la laine cardée (lat. stamen). 

Trévoux : » C'est le plus fin de la laine qui n'est 
appelé étalm que quand il est tiré de la laine. 1 

Le mot subsiste encore de nos jours, estaini ou 
Lex. Ronsard. 7 



98 Lexiqjje 

étaim, c'est une sorte de longue laine qu'on a fait 
passer par un peigne ou grande carde. Lorsque 
cette laine a été filée et qu'elle est bien torse, on 
l'appelle fil à'estaim, et c'est de ce fil qu'on forme 
les chaînes de tapisseries de haute et basse lice. De 
là est venu le mot estame (syn. de estaim), employé 
dans les expressions fil d'estamCj gants à'cstame, 
bas d' estame (gants, bas, fabriqués avec cette sorte 
de fil). 

De là le dérivé estamet, s. masc, petite étoffe 
de laine, et aussi étamïne. 

Ronsard emploie estaim pour désigner la laine 
cardée, t. I, p. 220. 

Eslofer, v. trans., « signifie en général employer de 
bonne étoffe, de bonne matière, et n'épargner ni la 
qualité ni la quantité i . (Trévoux.) 

Si chasteaux, si citez de marbres estofées. 

Vieillissent... (III, p. 259.) 

Nicot cite l'expression : bien garnir et estofer 
les villes de frontières. 

Estoupé, part, passé du verbe estouper, garnir d'é- 
toupe, boucher avec de l'étoupe : au fig. boucher. 
De limon et de sable et de bourbe estoupée, 
Claire ne couroit plus la source Aganippée. 

(III, p. 274.) 

Estourbillon, s. masc, vieux mot (Nicot), tourbillon. 
Ex. : (VI, p. 368.) 

Estourdiment, s. masc, abréviation de estourdisse- 
mcnt. Ex. : (V, p. 25.) 

Estrange, adj., employé dans l'ancienne langue et par 
Ronsard avec le sens d'étranger. 

... et l'estrange arondellc 
I'\iit contre un soliveau sa maison naturelle. 

(I, p. 184.) 



DE Ronsard. 99 

Estre, s. masc, employé pour désigner la condition 
de l'homme sur la terre : 

En ce bas estre. (VI, p. 372.) 
En ce bas monde. 

Etéal, adj. quai., créé par Ronsard : de l'été. 
... le Chien etéal (la Canicule). (VI, p. 410.) 

Ethiope, adj., employé par Ronsard pour éthiopien, 
seul indiqué par Nicot. 

... la conduit jusqu'au rivage Ethiope. (II, p. 71.) 

Évangile, s. masc. aujourd'hui, a été longtemps fémi- 
nin ; cité par Palsgrave comme nom de genre com- 
mun, il est employé par Ronsard comme féminin. 
Ne presche plus en France une Evangile armée. 

(Vil, p. 22.) 

Évaste (gr. è-ja-TTi^O, qui célèbre les bacchanales, un 
des surnoms de Bacchus. (V, p. 237.) 

Eventer, v. trans. (Nicot, Trévoux, Littré), au sens 
propre signifie : exposer au vent, et au figuré : 
mettre à l'air, au jour, divulguer. C'est dans un 
sens intermédiaire entre ces deux acceptions que 
Ronsard l'emploie. (I, p. 11.) 

Évesché, s. masc. aujourd'hui, a été féminin jusqu'au 
seizième siècle et est employé comme féminin par 
Ronsard. 

... avoir tout le chef et le dos empesché 
Dessous la pesanteur d'une bonne evesché. 

(VII, p. 98.) 

Evien (grec sùi'oi;), bachique, inspiré, prophétique. 
EOîoî, surnom de Dionysos. 

Ronsard dit aussi : Evie tiEvolien. 

(VI, p. $4, et V, p. 237.) 



100 Lexic^ue 

Exerclte, s. masc. {exercitm), armée. 

Ronsard n'a employé qu'une fois ce substantif. 
Qui contera l'exercite des nues. 

(Hymnes retr., t. V, p. 287.) 

II existait déjà dans la vieille langue. Palsgrave 
(Grammaire française, II, 6) en cite un exemple 
tiré de J. Le Maire : n II assembla un grant exei- 
cite et merveilleux peuple de toutes gens puis- 
sants... » 

Exerc'iter, v. trans. 

1° Exercer, pratiquer un art. 
Dedans l'enclos de nos belles citez 
Mille et mille arts y sont exercitcz. 

(Recueil des hymnes retr., t. V, p. 287.) 

2° S'exerciter^ v. réfl., s'exercer, prendre de 
l'exercice. 

Ore na,qer, luitter, voltiger et courir 
M'amusent sans repos ; mais plus je m'exercite. 
Plus amour naist dans moy... 

(Am. H, XXV, t. I, p. 171.) 



Face, ancienne forme du subjonctif pour fasse. 
... que la chienne cuisante 
Jamais dedans ton vaisseau 
Ne face tarir ton eau! (II, p. 347.) 

Facond,ad\. quai. {ht. facundiis), éloquent. Nous avons 
conservé le snbst. faconde : mais l'adjectif a disparu : 
Estimé le plus sage et facond de son temps. 

(I, P- 370) 
Facond est déjà cité par Palsgrave : il appartient 
au plus ancien fonds de la langue. 



DE Ronsard. loi 

Faconde, s. fém., vieux mot (Nicot, Liltré), signi- 
fiait : élégance de langage, éloquence. Pour Ron- 
sard la lyrique faconde est la poésie lyrique. 

(II, p. 62.) 

Facteur, s. masc. {factor), au sens étymologique : 
créateur, sens que n'indique pas Nicot. Ex. : 

(V, p. 247.) 

Faillir, v. intr., a deux acceptions. 

i" Faire défaut, manquer. 

Et ne partir d'Jcy jusqu'à tant qu'à la lie 
De ce bon vin d'Anjou la liqueur soit faillie. 

(I, p. 191.) 

2" Pécher, commettre une faute. 

Nos ennemis font faute et nous faillons aussi . 

(VII, p. 41.) 
Ils faillent de penser qu'à Luther seulement 
Dieu se soit apparu. (VII, p. 41.) 

Faiscelle, s. fém. {\z.\.. fascicuhis); on écrivait aussi 
faisselle et fesselle (Trévoux). Cf. le mot faisserie 
onfesserie qui se disait de «■ tout ouvrage de van- 
nerie 1 (Trévoux) : paniers d'osier, claies et ici 
spécialement vaisseau (forme) à faire des fromages. 

Que pleines soient nos faiscelles 

De fourmages secs et mous. (V, p. 260.) 

Faitif, adj. Nicot en donne deux formes : faitifs et 
faictiz qu'il traduit par factitius, bienfait. 

Ronsard n'a employé que la première : 

... les souliers faitifs 
D'un demi-pied luy estoient trop petits. 

(Poèmes I, Le Satyre, t. VI, p. 83.) 

Se rattache certainement à la même racine que 
faitis et faitlssier (très usité en Anjou selon Mé- 
nage), donnés par Trévoux comme synonymes de 



102 Lexique 

factice, et que l'adverbe ^a/V/i dans cet exemple de 
Pathelin où il signifie : fait exprès. 
Je l'ai fait faire tout faitis (Patiielin). 

Fallace, s. fém. (pllacia), tromperie. 

Ronsard l'emploie dans son Bocage Royal : 
ÇHi'on le jette aux chiens, puisqu'il a par fallace, 
Trompeta main, tes dieux, ton logis et ta grâce. 

(111, p. 301.) 

Le mot dont il se sert le plus souvent en ce sens 
est cautelle, dérivé aussi du latin et d'un usage cou- 
rant au moyen âge. 

Famé, s. fém. {fama), la Renommée. 

Ronsard en fait un fréquent usage. 

... la Famé qui parle et vole librement. 

(Hymnes, t. V, p. 70.) 

... et la Famé emplumée 
Vivant bruira son nom. (V, p. 121.) 

Mais il ne l'emploie que pour personnifier la 
déesse de la Renommée. (V. encore VI, p. 107.) 
De cette racine la langue moderne a conservé l'adj. 
fameux et le participe famé. Ex. : mal famé. 

Famine, s. fém., employé comme synonyme de faim. 
Après qu'il eut du tout sa famine appaisée. (V, p. 3 J.) 

Fanir, ancien v. intr., employé par Ronsard comme 
verbe de la 2' conjugaison pour se faner. 
Pareils aux champs qui fanissent. (II, p. 37.') 
Ainsi ta fleur ne deviendra fanie. 

(Am. I, C.XXIX, t. I, p. 73.) 

Fantaisie, s. fém. (Nicot, Littré), avait encore son 
sens étymologique (?avTaTÎa), imagination. 
Ex. : En parlant de l'Amour : 
Il blesse les fantaisies 
Et des hommes et des dieux. (Il, p. 361.) 



DE Ronsard. 103 

Et(I, p. 29$.) 
De là le sens des mots : fantûstiijue tl fantastiquer . 

Fantastique, adj., esclave de sa fantaisie, de son 
imagination. 

Je ne suis courtizan ni vendeur de fumées, 

Je ne saurois mentir, je ne puis embrasser 
Genou.x, ny baiser mains... 

... je suis trop fantastique. (III, p. 28 3.) 

Et (I, p. 440.) 

Fantastiqaer, imaginer, et comme l'explique Muret : 
« feindre à sa fantaisie k . Sur les plus beaux fan- 
tastique un exemple. (Am. I, 185.) 

Fardeiir, adj., dérivé par Ronsard du verbe farder : 
qui farde. 

... tel que fut de la playe Adonine 
Le sang fardeur de la rose pourprine. (III, p. 1 34.) 

Fasché de, ancienne expression synonyme de : fatigué 
de, ennuyé de (Nicot). Ex. : (III, p. 200.) 

Fatidujue, adj. (Jatidicus), qui prédit l'avenir. 

Employé une fois par Ronsard. 

Telle fut Œnoné, et nostre Melusine, 
Et la vieille Manton, fatidique héroïne. 

(El. XXIX, t. IV, p. 339.) 

Faultlcr, adj. quai., pour fautif : sujet à faire des fautes, 
et, en parlant d'un arc, à manquer le but. (I,p. 261 .) 

Favorit (Nicot, Littré), ancienne forme du mot 
favori. On retrouve le t dans le féminin favorite. 
Ex. : (III, p. 397.) 

Feinte, s. fém., employé par Ronsard avec le sens du 
latin slmulacmm, apparence fictive. 

... nous ne sommes 
Plus ces corps vifs, mais feinte de ces hommes 



104 Lexique 

Que bien armez et prompts à tous hazards 
En tes vaisseaux tu choisis pour soldards. 

(III, p. loS.) 

Fe'mtise, s. fém., vieux mot, a deux sens. 
1° Dissimulation. 

... et masqué de feintise, 
Ma vieille barbe et mes cheveux mesprise. 

(III, p. I94-) 
2° Air artificieux. 
Encor davantage elle a 
Je ne sçay quelle feintise. (VI, p. 355.) 

Femelle, s. fém., a longtemps gardé son sens étymo- 
logique {ht. jemelb, diminutif de femina), femme. 
Encore usité avec ce sens dans la langue populaire. 
Ex. : (II, p. 167.) 
On a dit aussi fumelle. 

Fenestré, adj. quai., vieux mot (Nicot, Trévoux, 
Littré), percé, ouvert, où il y a des fenêtres. 
Ex. : (III, p. 565.) 

Fère, s. fém. (fera), bête sauvage. 

Ce substantif est d'un usage commun chez notre 
poète : 

... Et les fèrcs troublées 
De peur se vont tapir au profond des vallées. 

(Hymnes u, VIII, t. V, p. 256.) 

V. aussi Am. I, Sonn. 97, 1 1 1 , 1 57, et t. 111, 
p. 115. 

Fermer, v. trans., employé par Ronsard au sens du 
mot italien jermare, arrêter, fixer. Ex. : 

(VI, p. 26.) 

Ferré, adj., conserve encore le sens du him jerreus, 
de fer. 

... je lui feray cognoistre 
A coups ferrez combien poise ma destre. (IV, p. 1 5 1 .) 



DE Ronsard. io^ 

Ferut, 3' pers. du sing. du passé défini de férir; on 
employait alors concurremment une forme en i et 
une forme en u au parfait et au participe. 
Et tellement la douleur la ferut 
Que par les champs hurlante elle courut. 

(III, p. 189.) 

Feste, orth. ancienne pour faiste, faîte. 

La renversant du fond jusques au feste. (III, p. 92.) 

Fevre, s. masc. (de faber), vieux mot, artisan, ou- 
vrier. (VI, p. 412.) 

Ailleurs il a le sens de forgeron, serrurier. 

(II, p. 105.) 

Fiance, s. fém. (Nicot), vieux mot dérivé de fidentia, 
synonyme de asseurance (Nicot, Littré), confiance. 
Ex. : (VI, p. 210.) 

Fier, adj. quai., a le sens du latin /eru5, farouche, 
victime de l'Orque noir, 
De l'Orque qui ne pardonne, 
Tant il est fier, à personne. (II, p. 163.) 

Fier-doux, adj. comp., créé par Ronsard, cruel et 
doux en même temps. Épithète de Vénus à qui 
ailleurs il applique celle à' aigre-douce. 
Vénus la fière-douce. (I, p. 272.) 
V. doux-fier, doux-amer, aigre-doux. 

Fier-humble, adj. comp., créé par Ronsard. 

Une humble-fière et fière-humble guerrière. 

(I,p. 68.) 

Figuette, s. fém., diminutif de figue : petite figue. 
Cf le mol figon, mâcheur de figues, cité par Cot- 
grave et appliqué aux Milanais par allusion à la 
punition que leur infligea Frédéric Barberousse. 
Ex. : (VII, p. 298.) 



io6 Lexiq_ue 

Figuré, part, passé, employé avec l'ancienne accep- 
tion dérivée du latin : figuris ornatiis, distlnctas, 
orné, couvert de figures. 

Elles en ton honneur d'une boucle azurée 
Graffaient sur leurs genoux leur cotte figurée. 

(V, p. 234-) 

Fih-d'aiif, adj. comp., innovation de Ronsard; appli- 
qué à iCastor par allusion à la légende mythologique 
de Léda. 

Castor fils-d'œuf. (VI, p. 48.) 

Fils-de-pluye, adj. comp., innovation de Ronsard qui 
l'applique à Persée. n II faut voir en ce héros, dit 
M. Maury (Histoire des religions), une image des 
eaux, qui s'élevant de la terre par l'évaporation 
solaire, vont se condenser dans les nues. » 
Perse fils-de-pluye . (VI, p. 48.) 

Fine, part, passé de l'ancien ferhefiner : cesser, finir 
(Nicot, Littré). 

Au moins en sa douleur l'homme auroit espérance 
De vivre aise à son tour après le mal fine. 

(IV, p. 349-) 

Et (II, p. 477-) 

Flageol, s. masc, vieux mot antérieur à flageolet. 

Qui musette et flageol à ses lèvres usa 
Pour te donner plaisir. (I, p. 184.) 

De là le verbe : Flagcoller ou Flageoler, v. trans. , 
|ouer sur le flageolet. 

Flageollant uneedogue en ton tuyau d'aveine. 

(I, p. 322.) 

Flair, s. masc, odeur, signification vieillie du mot. 
Ex. : (I, p. 195.) 

Flammer, v. intr., pour flamber (Nicot), synonyme 
de flamboyer. Ex. : (VI, p. 58.) 



DE Ronsard. 107 

Flandrois, adj., pour flamand. 

... au rivage flandrois. (III, p. 327.) 

Flateresse, fém. de l'adj. flatteur. 

... la tourbe flateresse. (VI, p. 194.) 

Fleurer bon, répandre une bonne odeur (LittréV 
Ex. : (I, p. 190.) 

D'où Fleur âge, s. masc, détourné par Ronsard 
de son sens pour signifier un amas de fleurs. 

(I, p. 89.) 

Flo-flotant, part, prés., formé par redoublement de la 
première syllabe, licence que se permet souvent 
Ronsard. 

D'une flo-flotante vois. (Odes v, XII, t. II, p. 348.) 

Fleuron, s. masc. (Nicot, Littré), diminutif de fleur, 
fleurette. Ex. : (II, p. 168.) 

D'où le verbe Fleuronner, v. intr. : fleurir, être 
dans sa fleur (Nicot). Ex. : (II, p. 17.) 

Fluciueux, adj. quai., agité par les flots. 

... l'abîme 
De leur mer fluctueuse. (Il, p. 221.) 

Folleton, adj., diminutif de follet (qui est lui-même un 
diminutif de fol, fou). 

Poil folleton où nichent mes liesses. (I, p. 1 17.) 

Fontaine-Bleau, nom propre, orthographe de Ron- 
sard pour Fontainebleau. (II, p. 301 .) 

Fontanier et Fontalnier, adj., créé par Ronsard qui 
lui attribue deux sens. 

i" Où sourdent des fontaines. 

Et ces fontanières prées 

Diaprées 
De mille tapis herbus. 

(Voy. d'Hercueil, t. VI, p. 364.) 



io8 Lexiclue 

2" Qui habite les fontaines, qui préside aux 
sources. 

Bien tost verras tes Faunes et tes Pans 



Courir après tes nymphes fontainières. (III, p. 33 2.') 

Fontelelte, s. féni., diminutif de fontaine. 

(Odes V, XII, t. II, p. 34).) 
Quelques vers plus haut, Ronsard dit Fontenette 
{ibid., p. 344). 

Forbanni, part, passé employé adjectivement, innova- 
tion de Ronsard pour banni. 

Les os d'Hector forbannis de l'Asie. (I, p. 42.) 

Forçable, adj. quai., employé par Ronsard dans le 
sens de : qui peut être forcé, pris d'assaut. 
Ce chasteau que tu vois par arme n'est forçable. 

(IV, p. ijo.) 

Forcener, v. intr., vieux mot (Nicot), estre forcené : 

c'est-à-dire n estre hors du sens » (for-sené). Ex. : 

(I, p. 131, t. II, p. 196.) 

D'oià les substantifs forcenement et forcenene 

(Nicot). 

Forcenene est dans Ronsard. (VIII, p. 149.) 

Forcere, s. masc, ou forçalre, orthographe de Ron- 
sard pour forçat. (Un exemple aussi ded'Aubigné.) 
... d'un prisonnier enchaisné 
Ou d'un valet, ou d'un forcere, 
Qui est esclave d'un corsaire. (I, p. 170.) 
Je vous servy et non comme forçaire. 

(Sonnets pour Astrée, X, t. I, p. 271.) 

Forestier, adj. quai. (Nicot\ ancien sens du mot : 
qui habite les forêts, qui préside aux forêts. Ex. : 

(V, p. 199.) 

Forhuer, v. n. ou plutôt forhuir (Trévoux), terme de 



DE Ronsard. 109 

vénerie qui signifie donner du cor... du huchct, pour 

rappeler les chiens. 
V. Huchet et Vénerie. 
Je descouplay mes chiens, et forhuant après, 
Les nommant par leurs noms, d, p. 255.) 

Fortitude [fortitndo), s. fém. Courage; employé par 
Oresme, se trouve une fois dans les Œuvres iné- 
dites en prose de Ronsard : «. lesquelles vertus sont 
fortitude, patience, etc. j (VIII, p. 156.) 

Fortuner, v. trans. (lat. fortunare) (Nicot, Littré), 
vieux mot que rien n'a remplacé : rendre fortuné, 
riche, heureux. Ex. : 

Il appartient aux astres, mon Astrée 

Luire, sauver, fortuner et conduire. (I, p. 266.) 

De même : (II, p. 104.) 

Forussis, adj., formé par Ronsard sur le modèle ita- 
lien /uoru^c/;/, bannis. 

(.Naples). Que les Chalcidiens forussis habitèrent. 

(Hymnes 1, V, t. V, p. 92.) 

Fosselu, adj., marqué de fossettes ; fréquemment em- 
ployé par Ronsard. 

Ny son menton rondement fosselu. (1, p. 28.) 

Foule (à) (Nicot), ancienne expression remplacée par 
en foule (Littré). On disait aussi à grand foule. 
Ex. : (III, p. 266.) 

Foulures, s. masc. pi. Vénerie : On dit mss\ foulées : 
ce sont les marques que le pied du cerf laisse sur 
l'herbe, les feuilles, le sable. On appelle ces mar- 
ques la voie du cerf, quand elles sont sur la terre 
nette. (Trévoux.) (I, 255.) 
V. Vénerie. 

Fourière, s. fém. de fourrier. ^ Marot appelle l'Aurore 



110 L E X I Q.U E 

la fourrière du soleil, parce qu'elle précède le soleil, 
comme les fourriers précèdent la Cour. » (Tré- 
voux.) 

Il signifie de même avant-coureur pour Ronsard 
qui en a fait un emploi analogue : 

Mais le soir est venu, et Vesper, la fourière 
Des ombres, a desja respandu sa lumière. 

(IV, p. 69.) 

Fourmi, fém. aujourd'hui, a été longtemps masculin. 
Mais tu vis par les sillons vers 
De petits fourmis et de vers. (VI, p. 349.) 

Fouteau, s. masc, ancien diminutif de /ou^ hêtre (lat. 
fagus), d'où fagutillius (.'')^ faultiau, fouteau. On 
disait z\xs^\ fayard (^Littré), far ant on hestre (Nicot) 
ttfau.Ex. :\V, p. 65, et Vl, p. 32$.) 

Ailleurs Ronsard orthographie /ouifeau. Ex. : 

(II!, p. 165.) 
De fouteau, foutelaie, lieu planté de hêtres, hêtraie. 

Fourer, s. masc, orthographe et prononciation du 
Centre pour foyer. 

... accroupis dans le fouyer cendreu.x. (I, p. 218.) 

Franchise, s. fém. (Nicot, Littré), indépendance. Sens 
ancien de ce mot. Ex. : (III, p. 68.) 

Frayoir, s. masc, terme de vénerie, lieu où les cerfs 
voni frayer, en frottant leur bois contre les arbres. 

Frayer : se dit des cerfs qui frottent leur bois 
contre les arbres pour en faire tomber la peau velue 
qui le couvre. (I, 255.) 

V. Vénerie. 

Frenaisie, s. fém. (Nicot), pour frénésie : délire, fu- 
reur voisine de la folie. Ex. : (I, p. 278.) 

Frères-dieux, mot composé créé par Ronsard. Ex. : 

(Vil, p. 162.) 



DE Ronsard. i i i 

Fresier, v. trans., vieux mot (Nicot), de fresle, fra- 
gile, fêler, briser. Cf. la forme du moyen àge,frételé 
{Roman de la Rose)^ brisé, puis sali. Ex. : 

(III, p. 338.) 

Fresnier, fém., Fresnière, adj. quai., innovation de 
Ronsard : de bois de fresne. (III, p. 534.) 

Fretillard, adj. quai., pour frétillant (lat. lascivus). 
Mi-tirant sa langue fretillarde. (I, p. 106.) 

De même : 

... elle me darde 
Sa languette fretillarde. (Odes 11, VII, t. II, p. 146.) 

Fromenteux, adj. quai., qui produit le froment. Un 
exemple : 

Voy ces rochers au front audacieux, 
C'estoient jadis des plaines fromenteuses. 

(Poèmes, t. VI, p. 128.) 

Front-cornu, adj. comp., créé par Ronsard : épithète 
qu'il applique aux Faunes^ aux Satyres. 
... les Faunes front-cornus. (VI, p. 372.) 

Fruitier, adj. employé par Ronsard comme synonyme 
de riche en fruits. 

... le fruitier automne. (III, p. lùi.) 
Nous avons conservé l'expression : jardin frui- 
tier, et le subst. fruitier, fém. fruitière. 

Fueillard, orth. de Ronsard, ou Feuillard, s. masc. En 
termes de blason, on a donné ce nom aux lambre- 
quins à cause de leur ressemblance avec les feuilles 
d'acanthe. 

Ronsard l'emploie dans un sens particulier : cou- 
ronne de feuillage. 

... un dodonien fueillard 
Faisoit ombrage aux tresses blanches 
De leur chef tristement vieillard. 

(Odes I, X, 1. H, p. 91.) 



112 - L E X 1 Q_U E 

Fuitif, adj. quai., forme antérieure à fugitif (Nicot in- 
dique encore les deux). 

... et, sans tenir promesse, 
Marche, fuitif, où l'orage le presse. (III, p. 145.) 

Fumées, s. fém. pi., terme de vénerie : excréments des 
cerfs et autres fauves. Ex. : (I. 255.) 
V. Vénerie. 

Fumlère, s. fém., vieux mot qui signifiait /«mee et 
fumier. Ces deux mots se confondaient sous la 
forme fumer indiquée par Nicot : » fumer, voir 
fumée et fumier, -d 

Fumicre dans Ronsard signifie fumée. 

(", P- 443-^ 

Fanerai, adj. quai. (hi. fun-eralis), funèbre, qui se rap- 
porte à la sépulture. 

Fit des tombeaux, funérales maisons. (III, p. 108.) 

Fuseau. V. Fusée. 

Fusée, s. fém. (Nicot, Littré). 

r Ce qu'un fuseau contient ou peut contenir de 
fil. Ex. : (IV, p. 251.) 

2° Le fuseau lui-même. Ex. : (III, p. 49.) 
Ronsard emploie aussi fuseau. Ex. : 

(III, p. 512.) 

Fust, s. masc. ; on appelait jadis fût, le hois de la 
lyre. 

... Après avoir usé 
Cordes et luth et fust, je me suis abusé 
A louer les seigneurs. (III, p. 374.) 

Fuzil, s. masc, ou /;j5// (Nicot, Littré), signifiait au 
propre : la pièce d'acier qu'on frappe contre un 
silex poui en faire jaillir des étincelles ; au figuré 



DE Ronsard. 115 

dans Ronsard : cause (emploi analogue du mot 
brandoma]o\ird'hm) . (III, p. 254.) 



Gager, v. trans., employé dans le sens très particu- 
lier de : louer à gages. 

Tu dis que j'ay gagé ma Muse pour flatter? 

(VII, p. 117.) 

Gaignages ou Gagnages, s. masc. pi. L'ancienne 
langue possédait les deux mots gaignages et gaï- 
gnesie, s. fém., pour désigner les pâturages, les 
prés fauchés. 

En vénerie, se dit des terrains oi!i les fauves vont 
paître ou viander. (I, 255 .) 

Dedans faisoit sa bauge une beste sauvage 

Qui jamais autre part ne cherchait son gaignage. 

(Songe III, p. 289.) 

V. Vénerie. 
Gallant, subst. dérivé de l'ancien verbe galer, se ré- 
jouir : signifiait un bon vivant, un joyeux compa- 
gnon, un gaillard (comme on dit encore aujour- 
d'hui). 

Meurs, gallant! c'est assez beu. (II, p. 164.) 

Garhe (ital. garbo), aujourd'hui galbe, contour, pro- 
fil d'une figure ; déjà du temps de Henri Estienne la 
prononciation galbe tendait à prévaloir. Ce mot 
autrefois féminin est aujourd'hui masculin. Ronsard 
n'en offre qu'un exemple. 

Et monstroit à son port quel sang le concevoit, 
Tant la garbe de prince au visage il avoit. 

(Boc. Roy., t. ni, p. 307.) 

Lex. Ronsard. 8 



114 . L E X 1 Q^U E 

Garni, part, passé. Ronsard lui attribue le sens perdu 
aujourd'hui de : doué, pourvu. 

Le vieil Amblois, dont l'âme estoit garnie 
De prophétie... (III, p. 201.) 

Gauche, adj. quai., employé par Ronsard dans le sens 
figuré du latin sinisler, défavorable. 

... mais vostre fier orgueil 
Ne s'amollit jamais pour larmes ny pour dueil, 
Tant d'une gauche main la Parque ourdit ma vie. 

(I, p. 323.) 

Ailleurs il a le sens de : favorable, appliqué aux 
présages tirés de la foudre. Ex. : (V, p. 71 .) 

Gaufré, part, passé du verbe gaufrer qui signifiait au 
sens propre faire une gaufrure (Nicot ) : « gaufrure en 
broderie, c'est quand parmi la broderie ou ouvrages 
d'habillement, une étoffe est cueillie en toupeau, 
quelque forme que ledit toupeau représente. » Ron- 
sard emploie gaufré au figuré pour désigner les cel- 
lules des abeilles qui semblent tuyautées. Ex. : 

(I!I,p. 336.) 

Gausser, v. trans., vieux mot (Lacombe, Littré), 
synonyme de gaud'ir (Nicot), signifiait : 

i" Railler. 

2" Dire des plaisanteries. 

Ronsard lui donne un sens voisin de : reprendre 
un refrain. Ex. : (Fr. il, t. III, p. 1 18.) 

Ga^ac, s. masc, ou ga'iac (Littré). Le bois de gaiac 
jouissait d'une très haute réputation pour la guéri- 
son des rhumatismes et des maladies scrofulcuses. 
Ex. : (V, p. 220.) 

Géant, subst. (Nicot, Littré), est employé comme 
adjectif par Ronsard : pour gigantesque (Littré), 
ou géantin (Nicot). Ex. : 

Son corps estoit géant... (IV, p. 106.) 



DE Ronsard. ii^ 

Géantin, adj. quai. (Nicot), gigantesque. 
Et le merveilleux tour de ses os géantins. 

(V, p. 57-) 
Gemme, s. fém. {gemma), perle. 

Ronsard l'emploie fréquemment : il en a même 
formé l'adjectif gemmeux et le verbe actif engem- 
mer. (V. ces deux mots.) 

Ny dedans l'or les gemmes bien encloses. 

(Am. I, LX, t. I, p. 36.) 

Gemmeux, adj. quai., dérivé du subst. gemme. Ron- 
sard l'emploie au sens propre et au figuré. 
1° Sens propre : riche en pierres précieuses. 
Ny des Indois la gemmeuse largesse. 

(Am. I, 189, t. I, p. 107.) 

2" Sens figuré : émaillé de fleurs qui brillent 
comme des pierres précieuses. 

Dessus les fleurs d'une gemmeuse prée. 

(Fr. II, t. m, p. 112.) 

Au sens figuré Ronsard emploie de même gemmé. 

Et le bel esmail qui varie 

L'honneur gemmé d'une prairie. (II, p. 342.) 

Génial, adj. (lat. genialis), nuptial, conjugal. 

Cueillir dans mon panier un monceau de fleurettes 
Afin de les semer sur ton lict génial. (IV, p. 68.) 

Géniture, s. fém. (Nicot, Littré). Descendance, 
lignée, fils. 
Je serois engendré d'une Ingrate nature 
Si je voulois trahir ma propre géniture. 

(Am. II, Élégie à son livre, t. I, p. 142.) 

Germer, v. trans., pour gêner pris dans le sens très 
particulier de fouler, presser. 

... tous les ans il voirra sur l'automne 
Bacchus luy rire, et plus que ses voisins 
Dans son pressouer gennera de raisins. (III, p. 406.) 



I 1 6 L E X I Q^U E 

Cent, s. fém., employé avec son acception étymolo- 
gique. 

heureuse la gent que la mort fortunée 

A depuis neuf cents ans sous la tombe emmurée. 

(VII, p. 43.) 

Il l'emploie aussi dans le sens de : populace. 
Au bruit de telle gent, qui murmuroit plus haut 
Qu'un grand torrent d'hyver. (VI, p. 249.) 

Gent, adj. quai., vieux mot, signifiait gentil et bien 
fait. (Nicot, Littré.) 

Aussi je ne voudrois que toy, quenouille gente, 
Qui es de Vendosmois (où le peuple se vante 
D'estre bon ménager), allasses en Anjou 
Pour demeurer oisive et te rouiller au clou. 

(I, p. 219.) 

Gente, s. fém. (Nicot), ancienne orthographe du mot 
jante : chacune des pièces de bois courbées qui for- 
ment le cercle d'une roue. Ex. : (III, p. 199.) 

Gentement, adv., vieux mot : Gentiment (Nicot). 
... vous avez les cheveux 



Gentement tortillez tout autour de l'oreille. 

(I, p. 148.) 

Gentil, adj. quai., signifiait beau, joli, mignon (lepi- 
diis, veniistiis, elegans), puis noble, pur, relevé 
{honestus, venustus) (Nicot, Littré). 

Tant vaut le gentil soin d'une muse sacrée 
Qui peut vaincre la mort et les sorts inconstans. 

(Sonnets pour Hélène, u, t. I, p. 363.) 

Germeiix, adj. créé par Ronsard du mot germe. Il 
l'emploie comme épithète du dieu qui renferme en 
lui le principe, le germe des êtres, l'Amour. 

Père germeux de naissance. (Fr. II, t. Ill, p. 1 17.) 
Ou du Priape antique. 



DE Ronsard. 117 

... grand dieu de génération 
Pare germeux de toute nation. 

(ÉI. XXVI, t. IV, p. 323.) 

Ou de Vénus. 

... la germeuse. (ÉI. xxix, t. IV, p. 340.) 
Une seule fois il l'applique à la terre et lui attri- 
bue le sens de féconde : 

Sillonnant par rayons une germeuse plaine. 

(Éi. II, t. IV, p. 219.) 

Glandeux, adj. quai., épithète du chêne, qui produit 
le gland. 

... un chesne glandeux. El. v, t. IV, p. 241. 

dix, s. maso, {glis, gUris), loir (animal). 

Ronsard est le seul auteur qui ait écrit ce mot en 
français : aussi son commentateur P. de Marcassus 
sent-il le besoin de l'expliquer par cette note : 
« Petits animaux cendrez semblaoles presque aux 
sourix, qu'on croit dormir six mois de l'année. » 
Ce sont les loirs. 

Ha que les Glix sont heureux, qui sommeillent 
Six mois en l'an et point ne se réveillent. 

(Boc. Roy., t. III, p. 364.) 

Glougouter, v. intr., dérivé de glouglou, onomatopée 
signifiant le bruit que fait une liqueur en sortant 
d'une bouteille. Vieux mot populaire. Ex. : 

(II, P- 444-) 

Glout, ancien adj. quai. (Nicot, Littré) : glouton, 
employé par Ronsard avec un complément. Ex. : 
... glout de faim extrême. (IV, p. 218.) 
Glout avait formé l'adverbe gloutement (Nicot), 
goulûment, avidement. Ex. : (II, p. 134.) 

Gloutement. V. Glout. 

Glueux, adj. quai., créé par Ronsard. Il a tantôt le 



n8 Lexiq^ue 

sens de gluant^ épais comme de la glu, tantôt celui 

de : qui a recours à la glu. Ex. : 
... l'air glueux. (VII, p. 163.) 
Un cruel oiseleur, par glueuse cautelle. 
L'a prise et l'a tuée. (I, p. 211.) 

Gommeux, adj., résineux. 

... la flamèche gommeuse. (III, p. 166.) 
Des bois qui sont gommeux de leur nature. 

(III, p, 213.) 

Corgontin, adj. quai., créé par Ronsard pour désigner 
le bouclier de Pallas orné de la tête de la Gorgone. 
Ex. : (VI, p. 254.) 

Se goiirmer, v. réfl., employé par Ronsard dans un 
sens très particulier dans ce passage : 

Tel voit-on le poulain, dont la bouche trop forte 

Par bois et par rochers son escuyer emporte 

Et maugré l'esperon, la houssine et la main, 

Se gourme de sa bride et n'obéit au frein. (VII, p. i$.) 

M. B. de Fouqiiières l'explique ainsi : « Se fait 
une gourmette de sa bride, la saisit et en paralyse 
les effets. Ici, au figuré sans doute, se moque de sa 
bride... » Ne pourrait-on l'expliquer en prenant 5e 
gommer dans son sens le plus habituel : « faire 
l'important, le fier à l'égard de... mépriser, etc. » } 
On ne voit point aisément la bride devenue gour- 
mette faciliter les révoltes du cheval. 

C'est d'ailleurs le sens de se gommer dans un 
autre passage : 

Or tu as beau gronder... 

Te gourmer et t'enfler, comme autresfois au bort 

La grenouille s'enfla contre le bœuf. (VII, p. 132.) 

Goiispillcr, v. act., synonyme de gaspiller (Nicot), 
dépenser follement, dissiper. 

La jeunesse des Dieux aux hommes n'est donnée 
Pour gouspiller sa fleur... (VII, p. 312.) 



DE Ronsard. 119 

Goy, s. masc. On écrivait aussi gouet et goué : grande 
et forte serpe dont les bûcherons se servent pour 
couper le bois. 

J'empoignay d'allégresse un goy dedans la main, 
Puis, coupant par le pied le bois armé d'escorce, 
Je le fis chanceler... (IV, p. ij.) 

Grâce, employé dans l'expression de votre grâce : 
par votre volonté. 

... y vit-on mieux d'accord.' 

Mars en tous lieux, de vostre grâce est mort. 

(III, p. 381.) 

Graffer, v. trans.. abréviation de agrafer. 
Elles en ton honneur d'une boucle azurée 
Graffaient sur les genoux leur cotte figurée. 

(V, p. 234.) 

Grand, adj., a conservé sa forme invariable au féminin. 
Par les forests erre ceste grand bande. (III, p. 61.) 

Grasset, adj. diminutif de gras. Nous avons conservé 
dans la langue courante : grassouillet. 

Ny le reply de sa gorge grassette. (I, p. 28.) 
Ronsard emploie un autre diminutif de ce mot : 
grasselet. 

Pucelette grasselette. (VI, p. 353.) 

Grateleux, adj. quai., qui est analogue à la gale, qui 
pousse à se gratter (Nicot). 

Tant le mal grateleux me démange à tout' heure. 

(Boc. Roy., t. III, p. 284.) 

Graielle, s. fém. (Nicot), Grattelle (Trévoux), gale. 
Ex. : (VI, p. 595.) 

Gratifier, v. trans. aujourd'hui (Littré), dans le sens 
de accorder une libéralité, une gratification, est in- 
transitif dans Ronsard avec le sens de : agir au 
gré de... Ex. : illl, p. 233) 



120 Lexique 

Gravelle, s. fém., employé comme synonyme ûq sable, 
gravier. 

... et son limon crasseux 
Pour ce jourd'hui se change en graveile menue. 

(I, p. i8S.) 

Gref, adj. (lat. gravis), pesant, dur, pénible, vieu.x 
mot repris par Ronsard. 

Vous me laissez tout seul en un tourment si gref. 

(Am. II, t. I, p. 193.) 

Greigneur, adj. au comparatif, plus grand; vieux mot 
encore en usage au seizième siècle (Nicot). Ex. : 

(I, p. 76.) 

Grelissant, part. prés, d'un verbe grelir, dérivé de 
grêle, imaginé par Ronsard : qui va en s'amincis- 
sant. Ex. : (I, p. 137.) 

Grenad, s. masc, créé par Ronsard par abréviation 
du substantif féminin grenade, fruit du grenadier. 
Ex. :(V,p. 285.) 

Grève, s. fém., vieux mot cité par Palsgrave, signi- 
fiait la partie antérieure de la jambe, le devant de 
la jambe (Trévoux), fréquemment employé par Ron- 
sard. (III, p. 161.) 

C'est toy qui laves sa hanche, 

Sa grève et sa cuisse blanche. (II. p. 345.) 

Griffu, adj. quai., n'est ni dans Nicot ni même plus 
tard dans Trévoux, armé de griffes, appliqué par 
Ronsard aux soucis qui rongent le cœur, par allu- 
sion au vautour de Prométhée. Ex. : (I, p. 458.) 

Gringoter (Nicot), ou gringotler (Trévoux, Littré, 
Acad.). On disait aussi gringuenoter (Nicot) et 
gringuenotter (Trévoux) : gazouiller, en parlant des 
petits oiseaux et principalement du rossignol. Ex. : 

(IV, p. 273.) 

Nicot cite gringuenoitis, gazouillis. 



DE Ronsard. 121 

Grippe-tout, adj. composé par Ronsard. 

... le plaideur grippe- tout. (V, p. 260.) 

Guarir, forme ancienne du verbe transitif guérir. 

Guary ma piaye et me prens à mercy. (Ill, p. 196.) 

Guerdon, s. masc, salaire, récompense. Ce mot usité 
pendant tout le moyen âge_, au seizième siècle en- 
core et plus rarement au dix-septième, a disparu de 
l'usage courant. 

- Que mon service aura quelque guerdon. 

(Am. I, XXIV, t. I, p. 15.) 

V. aussi (III, p. 174.) 

De là le verbe guerdonner, et son participe passé 
guer donné dont Ronsard présente un exemple. 

Les poltrons guerdonnés 

Des plus dignes offices (charges) . 

{Œuvres inédites, t. VIII, p. 106.) 

Guide, s. masc. aujourd'hui pour signifier celui qui 
guide, s'employait jadis dans le même sens au fé- 
minin (Nicot, Littré). Ex. : 

La guide du troupeau. (II, p. 159.) 

Guide, subst., a été féminin jusqu'au dix-septième 
siècle dans le sens de : conduite (Trévoux). 

Vien-t'en heureux ton haleine enfermer 
Dedans ma voile, afin que sous ta guide 
J'aille tenter ce grand royaume humide. 

(III, p. 81.) 

Guide-dance, adj. comp., créé par Ronsard à l'imita- 
tion du grec. Épithète d'Apollon. 

... Apollon le guide-dance. (VI, p. J42.) 

Guimple, s. masc. dans Ronsard, est féminin dans 
Palsgrave et Nicot : ce dernier indique deux for- 



122 Lexique 

mes : guimple et guimpe^ qui subsiste seul aujour- 
d'hui et est du féminin. 

Puis teste et col d'un guimple elles se cachiem, 
Qui, bien plissé, jusqu'aux pieds leur glissoit. 

(III, p. 146.) 

Guisien, Giiisian et Gujs'ien, adj. quai., tiré par Ron- 
sard du nom du duc de Guise. 

... des Guisiens le courage hautain. (VII, p. 47.) 
Voyant le Guisian d'un courage indomlé. 

(VII, p. 32.) 

Et à Mme de Guise douairière. 
... mère de Guysienne. (IV, p. 199.) 

Guiterre et guittene, s. fém. (espagnol gmtarra). Le 
moyen âge disait : guiterne. Ronsard l'écrit : guit- 
terre ou guiterre. Aujourd'hui guitare. 
... Ne sonner à son huis 
De ma guittcrre. (Odes, m, XVI, t. II, p. 220.) 
Ma guiterre, je te chante... 

(Odes retr., 3, t. II, p. 387.) 



Hagard, adj. quai., en fauconnerie s'applique à un 
faucon qui n'a pas été pris au nid, mais après plus 
d'une mue et qui est difficile à apprivoiser. Au 
figuré : rude, farouche. 

Tu ne dédaignes point d'un haussebec de teste 
Ny d'un sourcy hagard, des petits la requeste. 

(', P- 370) 
Haillonneux, adj. quai., en haillons. 

Il te faudra d'un habit haillonneu.\ 
Vestir ton corps... (VI, p. 78. j 



DE Ronsard. 125 

Hain, s. masc, vieux mot. Trévoux donne les deux 
formes hain et ain : hameçon. 

Je veux mourir pour tes beautez, maistresse, 

Pour ce bel œil qui me prit à son hain. (I, p. 27.) 

Halecret, s. masc, cuirasse légère faite de mailles ou 
de lames de métal, déjà en usage sous Louis XI. 

C'était une armure légère et complète, en fer 
battu et en deux pièces; elle régnait depuis le col 
jusqu'aux gants et jusqu'aux genoux. 
Styx d'un noir halecret rempare 
Ses bras, ses jambes et son sein. 

(Odes, i,X, t. II, p. 78.) 

Halené, part, passé du verbe halener, dont la respira- 
tion est agitée, haletante, émue. 
Autour de Cassandre halenée 
De mes baisers tant bien donnez 
Vous trouverez la rose née. (II, p. 419.) 

Halenée, s. fém., vieux mot encore usité au dix-sep- 
tième siècle (ex. de Benserade), surtout en mau- 
vaise part (Nicot, Trévoux) : a air qui sort par la 
respiration » (Trévoux), souffle. (IV, p. 72.) 

Hallée, s. fém., hâle. Nicot indique les deux en dis- 
tinguant leur signification, s Hâle, s. masc, signi- 
fie la grande ardeur du soleil en esté... Halée, 
celuy ou celle qui ont le visage bruslé de l'air 
chaud. » Ronsard emploie hallée au sens abstrait : 
aspect du visage hâlé, teint halé. Ex. : 

(V, p. 84.) 

Hannir, v. intr., orthographe de Ronsard pour 
hennir. (III, p. 332.) 

Happer, v. trans. C'est, dit Nicot, un verbe naïf 
françois : « prendre de sursault et roideur... 1 
Saisir vivement; sens plus restreint aujourd'hui 
(Littré). Ex. : (V, p. 30.) 



124 Lexique 

Haquebutler, s. masc, soldat armé d'une arquebuse, 
qui se disait primitivement haquebute. (III, p. 52.) 

Hardouers ou plutôt hardois, s. masc. pi., terme de 
vénerie : petites branches d'arbre que le cerf écor- 
che tn frayant avec son bois. (I, 255.) 
V. Frajolr, Frayer, Vénerie. 

Harpeur, s. masc, vieux mot (Roman de la Rose, 
Palsgrave, Nicot), joueur de harpe. 

C'est toy qui fait que Ronsard soit esleu 
Harpeur françois... (il, p. 129.) 

Harqueboiize, s. fém., forme ancienne du mot arque- 
buse. On disait aussi haquebute, d'où haquebutler. 
(V. ce mot.) 

A coups de harquebouze ou à coups de mousquette. 

(VI, p. 41.) 

Harsoir, adv., se dit encore pour hier soir dans le 
dialecte blaisois. 

Harsoir en se jouant. (IV, p. 227.) 
J'attachay des bouquets de cent mille couleurs, 
De mes pleurs arrosez, harsoir dessus ta porte. 

(I, P- JM-) 

Hausse-bec, s. masc, mouvement de la bouche pour 
indiquer le dégoiît, le mépris, le dédain. 
Tu seras assez tôt des medisans moqué 
D'yeux, et de hausse-becs et d'un branler de teste. 

(I, p. 142.) 

De même, t. I, p. 370. 

Hautain, adj. quai., employé au sens primitif du mot 
haut. « Ce terme s est pris autrefois en bonne 
part, comme synonyme de grand, élevé. » (Tré- 
voux.) 

De ce palais éternel 

Brave en colonnes hautaines. (Il, p. 73.) 



DE Ronsard. 125 

Haut-célébrant, mot composé créé par Ronsard. Ex. : 
(Odes, I, VI, t. II, p. 54, et t. IV, p. 288.) 

Haut-louer, v. trans., mot composé créé par Ron- 
sard, louer, célébrer hautement. (VII, p. 50.) 

Haut-parlant, adj. composé créé par Ronsard : dont 
le son est éclatant. 

Et les trompettes haut-parlantes 
Celebroient les victorieux. (II, p. joj.) 

Haut-tonnant, adj. composé, appliqué aux chevaux de 
Jupiter, dieu de la foudre. 

... ses haut-tonnants chevaux. (I, p. 201.) 

Havement, adv. dérivé du verbe haver, havir, saisir 
avidement (Nicot : avide). 
Tout ainsi les colombelles 
Trémoussant un peu des ailes, 
Havement se vont baisant. (_II, p. 146.) 

Haj/e {que je), i" pers. du prés, du subj. de haïr, an- 
térieure à que je haïsse. Ex. : (IV, p. 285.) 

Hébrieu, adj. quai., pour hébreu, hébraïque. 

(V,p. 119.) 

Hélénin, nom propre pour Hélénus, fils de Priam et 
frère de Cassanare. (I, p. 390.) 

Herbine, s. fém., nom de Nymphe de l'invention de 
Ronsard. (VI, p. 139.) 

Herbis, s. masc, appartient à la langue du moyen âge 
(Lacombe, Dict.), et n'est pas cité par Nicot : lieu 
plein d'herbes. Ex. : (I, p. 359.) 

HercuUn, adj. tiré du subst. Hercule par Ronsard qui 
l'emploie substantivement comme épithète appliquée 
à Charles IX. (III, p. 5 12.) 



126 Lexiqjje 

Et d'ailleurs à Henri de Navarre qui fut plus 
tard Henri IV. (V, p. 318.) 

Hérisser, verbe employé intransitivement pour le verbe 
réfléchi se hérisser. 

Si nous oyons crier de nuict quelque chouan 
Nous hérissons d'effroy... (IV, p. 306.) 

Héros, s. maso. Le seizième siècle n'observait pas en- 
core rigoureusement la distinction entre \'h muette 
et \'h aspirée. (Palsgrave.) Ronsard élide toujours 
l'article devant héros. Ex. : (V, p. 25 et p. 295.) 

Heitr, s. masc, vieux mot employé par Ronsard dans 
le sens de gloire (Nicot). 

A ton esprit si grand ne falloit un village, 
Ni le bord incognu de quelque bas rivage, 
Mais grand ville et grand fleuve aggrandis de ton heur. 

(V, p. 3S2.) 

Heure (à Li bonne), heureusement, sous une heureuse 
influence. 

Vostre vouloir soit fait à la bonne heure. 

(III, P- 382.) 

Hetirer, v. trans., ancien mot dérivé de heur (Nicot), 
qui avait formé heure, heureté, bien heurer : rendre 
heureux. Ex. : (II, p. 311.) 

Hideuseté, s. fém., vieux mot, synonyme de hidcur 
(les deux sont dans Palsgrave). 

... quand elle veit saisie 
Sa face de vieillesse et de hideuseté. (I, p. 341.) 

Hierre, s. masc, forme primitive du mot lierre. (Voir 
Littré, Histoire du mot lierre.) 

J'ay pour maison un antre en un rocher ouvert, 
De lambrunche sauvage et d'Iiierre couvert. 

(IV, p. 48.) 



DE Ronsard. 127 

Ronsard emploie aussi la forme : Ij'erre. 

(III, p. 320.) 

Hidandois, adj. pour Irlandais. Ex. : le nocher hirlan- 
dois. (III, p. 327.) 

Hocher, v. trans. (Nicot, Littré), secouer. Ex. : 

(VII, p 262.) 

Hoir, s. masc, héritier, usité encore aujourd'hui dans 
la langue de la jurisprudence. (VII, p. 198.) 

Hommace, s. fém., employé par Ronsard pour dési- 
gner l'automne. (V, p. 194.) 

Nous avons encore hommasse (ss = c) (Littré), 
qui se dit par dénigrement d'une femme dont l'ap- 
parence et les manières tiennent plus de l'homme 
que de la femme. 

Homme-femme, adj. comp., innovation de Ronsard 
appliquée aux Galles, prêtres de Cybèle qui dans 
leurs accès de fureur factice allaient jusqu'à prati- 
quer sur eux-mêmes la castration. Il les appelle : 
... hommes-femmes troupeaux. (VI, p. 114.) 

Horologe, s. fém., ancienne forme du mot horloge. 
On disait également horiloge, oreloge et horloge. 

Et qui, loin de la ville et d'horologe, a mis 
Un cadran naturel à l'essueil de son huis. 

(VI, p. 198.) 

Horreur, s. masc. au seizième siècle, aujourd'hui fémi- 
nin. 

Il luy souffla un horreur dans les yeux. (III, p. 70.) 

Horribler, v. trans., innovation de Ronsard, « rendre 
comme sauvage et hérissé i . (Note de Richelet.) 
Horriblant ton corps de la peau 
D'un tigre... (II, p. 27.) 

(V. III, p. 177.) 



128 LEXIQ.UE 

Hostelage, s. masc. (Nicot), dérivé du vieux verbe 
hosteler, loger, signifiait hospitalité. Ex. : 

(III, p. 95 et 228.) 
Ronsard orthographie aussi : hostellage. 

(V,p. 50.) 

Houper (Se), v. réfl. (ex. : de Marot), se garnir de 
houppes... 

Le bélier, colonnel de sa laineuse troupe, 
L'eschine de toison pour les autres se houpe. 

(IV, p. 219.) 
Ronsard en dérive l'adjectif houpehi. 

(VI, p. 59$.) 

Hacher, v. trans., vieux mot français qui signifie appe- 
ler. 

Huche les vents. (Fr. i, t. III, p. 55.) 
... Hucha les sœurs Néréides. 

(Odes, IV, X, t. II, p. 261.) 

Ce verbe avait formé le substantif hiichet, cornet 
dont on se servait pour appeler les chiens à la 
chasse. 

Trévoux: hacher, v. act., vieux mot qui signifiait 
autrefois appeler, nommer. Clamore accersere. Il 
n'est plus en usage que dans les provinces, en 
picard hu(juer. 

Trévoux : huchet, s. masc. C'est le petit cor 
d'un chasseur ou d'un postillon, qui sert à huchcr, 
à appeler les chiens, les lévriers à la chasse (vena- 
toria buccina). Ce mot vieillit, et en sa place on dit 
cor. 

On se sert du mot hache t dans le blason. Ex. : 
Horn porte d'or a trois huchets de gueules viroles 
d'argent. 

Ces deux mots subsistent dans la langue de la 
vénerie. 



DE Ronsard. 129 

Huer, V. trans., terme de vénerie. Poursuivre de huées, 
de grands cris le gibier pour le faire sortir de sa 
bauge. On dit encore en ce sens : huer le loup. 

... je devance 
Ma chasse de vingt pas; je la tance et retance, 
Je la presse et la hue, allant tout à l'entour. 

(Songe III, 290.) 

Huguenoiiser, v. intr., dérivé de huguenot : faire pro- 
fession d'être de la religion réformée. Ex. : 

(VII, p. 72.) 

Huile, s. fém. aujourd'hui, était de genre commun au 
seizième siècle (Nicot). Ronsard l'emploie au mas- 
culin. Ex. : (III, p. 229.) 

Huiler, v. intr., ancienne forme du verbe hurler. Ex. : 

(II, p. 158.) 

Humble-fier, adj. comp. créé par Ronsard. Nicot : 
« humble en fait et en maintien, mais fier quand on 
le fasche... s 

Une humble-fière et fière-humble guerrière. 

(I, p. 68.) 

Humblesse, s. fém., vieux mot, synonyme d'humilité 
(les deux sont dans Palsgrave, Nicot, etc.). 

... l'arrogance est pire que l'humblesse. (I, p. 380.) 
EtVI, p. 370. 

Humeur, s. fém. (lat. humor), a deux acceptions diffé- 
rentes. 

1° Liquide quelconque, eau. 
Comme un pin planté sur les eaux, 
Bien nourri de l'humeur prochaine. (II, p. 199.) 

2" La rosée. 

La douce manne tombe 
A jamais sur sa tombe 

Lex. Ronsard. 9 



130 Lexiqjje 

Et l'humeur que produit 
Enmoy la nuit! (Il, p. 2ji.) 

Ronsard emploie humeur au masculin. 

(VII, p. 13?.) 

Hurter, forme picarde du verbe heurter (les deux sont 
dans Palsgrave et Nicot). 

... tant ils avoient de peine 
A toute force en hurtant, d'esbranler 
Si gros fardeaux... i^III, p. 63.) 

Hymenéan, du grec Yuivaio;, dieu du mariage ou de 
la joie, un des surnoms de Dionysos. 
cuisse-né Bacchus, Mystiq, Hymenéan. 

(V, p. 237) 



Idole, s. fém. (Nicot, Littré), employé par Ronsard 
comme synonyme de : ombre, image d'un mort. 
Un exemple : (iV, p. 235.) 

mage, s. masc. au seizième siècle, quelquefois féminin 
(Nicot), aujourd'hui féminin. Ronsard l'emploie 
comme masculin. 

Son fils..., en qui le vray Image 

Du grand Hector estoit peint au visage. (III, p. 47. 

L'image feint... (III, p. 48.) 

Représentant en cent divers images 
Cent vains pourtraits. (VI, p. 2 $8.) 

Imager, s. masc. (Ronsard), ou Imagier (Nicot\ les 
deux formes usitées dès le moyen âge : sculpteur. 
Ex. :(V. p. 7^) 



DE Ronsard. iji 

Impiteux, adj. quai., cruei, impitoyable. 
Il a dedans son antre à Neptune eslevé 
Un autel impiteux de meurdre tout pavé. 

(Hymnes i, II, t. V, p. 48.) 

Imployable, adj. (Nicot cite Ronsard), inflexible. 
Oppose son cœur imployable. (II, p. 96.) 
... sur nous sa sentence imployable 
Aura jette le juge inexorable. (II, p. 431.) 

Impourveu (à l'), ancienne locution adverbiale : à l'im- 
proviste. 

... la maladie 



Me happant à l'impourveu. (II, p. 164.) 

Incorporé, part, passé du verbe incorporer = uni à 
un corps. 

L'esprit, incorporé, devient ingénieux. 

(Sonnets pour Hélène, L, t. I, p. 308.) 

Incorruption, s. fém. (Trévoux, Littré). État de ce 
qui ne se corrompt pas et ne peut se corrompre. 
Un exemple : (II, p. 138.) 

Indocte, adj. {indoctus) (Nicot), ignorant. 
Oii est l'aureille bouchée 
De telle indocte espesseur 
Qui ne rie estant touchée 
De tes vers pleins de douceur? (II, p. 339.) 

Indole, s. fém., dérivé du latin indoles, innovation de 
Ronsard : esprit, naturel... Un exemple : 

(IV, p. 204.) 

In)ant, adj. (lat. infans), employé comme synonyme 
de : enfantin. 

... l'un, par vive entreprise 
Veut faire abandonner au satyre sa prise, 
Et d'une infante main par deux et par trois fois 
Prend celle du bouquin... (IV, p. 12.) 



132 Lexique 

Infélicité, s. fém. (Palsgrave), le contraire de félicité, 
cause de malheur... « L'usage n'a pas adopté ce 
mot. T (^Trévûu.x.) 

... une telle cité 
Leur seroit quelque jour une infélicité. (VII, p. 30.) 

Injortuné, employé comme adjectif par Ronsard, est 
substantif dans Nicot : il est composé de in priva- 
tif et de fortuné, participe du verbe fortuner (v. ce 
mot) : qui est poursuivi par la mauvaise fortune. 
Ronsard l'emploie dans le sens de «. qui porte avec 
soi la mauvaise fortune i . Ex. : (I, p. 2$ i.) 

Ingardable, adj. quai., créé par Ronsard : qui ne peut 
être gardé. 

Il a gardé des places ingardables. (V, p. 271.) 

Insenser, v. trans., formé par Ronsard de l'adjectit 
insensé, rendre insensé. 

(III, p. 189, et VII, p. 24.) 

Inspirer, v. trans., employé au sens du latin inspirare, 
souffler. 

Inspire, en me baisant, ton haleine et ta grâce 
Et ton cœur dedans moy. (I, p. 3S3.) 

Intouchable, adj. quai., créé par Ronsard : qu'on ne 
peut toucher, intangible. 

L'âme est parfaite, intouchable, immortelle. 

(VI, p. 67.) 

Inventeresse, fém. d'inventeur employé par Ronsard. 
... Pallas pour estre inventeresse 
D'un olivier se fit une Déesse. (V, p. 271.) 

lo, trad. de l'exclamation grecque 'iw. 
lo, voicy la prée verdelette. (I, p. 92.) 
lo! garçon, verse encore. (VI, p. 374.) 
lo, io, qu'on s'avance. (VI, p. 375.) 



DE Ronsard. 133 

Ire, s. fém., du latin ira, colère, vieux mot aujour- 
d'hui disparu, employé fréquemment par Ronsard 
comme par ses contemporains. 

(I, p. 193, 569; II, 419; 111,44-) 
De là les adjectifs iré et ireux. 
Mars les anime, 

Et la Discorde irée. (Odes retr., II, p. 413.) 
Ourdissons une corde telle 
Que celle d'Archiloc, ou celle 
Qu'Hipponax, ireux, retordit 
Afin que Bubal se pendist. 

(Œuvres inédites, t. VIII, p. 149.) 

Irriter, v. trans., employé dans le sens de : exciter, 
poussera... 

Ou d'irriter, quand les pères décèdent. 

Les héritiers à cent mille procez? (III, p. 405 .) 

Irrite-mer, mot composé créé par Ronsard et employé 
substantivement comme épithète de l'Aquilon : qui 
irrite, qui soulève la mer. (I, p. 1 14.) 

I taies, s. fém. pi., innovation de Ronsard : Italie. 
Ex. :(II, 186, et t. V, p. 284.) 
Et au singulier, môme sens : Italie. (V, p. 75.) 

Itylle, nom propre pour Itys, fils de Procné. 

(VI, p. 128.) 

Ivoirin et Yvoirin, adj. 

i" Blanc comme l'ivoire. 
Ces doigts rosins et ces mains yvoirines. (I, p. 22.) 

2" Fait en ivoire. Ex. : 

... un couteau descendoit 
Du long la gaine ivoirine. (III, p. 65.) 



134 Lexique 



Jà, ce mot aujourd'hui perdu indiquait parfois le 
temps et signifiait déjà, maintenant. Ex. : 
Lorsqu'il trenchoi: d'un bras victorieux, 
Au bord du Rhin, l'espagnole vaillance 
Jà se traçant de l'aigu de sa lance 
Un beau sentier pour s'en aller aux cieux. 

U, P- 137O 
Il signifiait aussi : bientôt, ensuite... 

La goutte jà vieillard me bourrela les veines. 

IVII, p. 511.) 

Mais souvent aussi il est purement explétif. 
Et jà déjà la race des François 
Me veut nombrer entre ceux qu'elle loue. 

01, p. :2s.) 

Jan, s. masc. Marcassus : « Coqu. » On a dit avec la 
même acception : Janin et Jano, dérivés de Jean, 
employé comme terme de mépris. (Lacombe, 
Dict.) Ex. : (VI, p. 86.) 

Jartière, s. fém., forme abrégée du mot : jarretière. 
Et sans jartière à mes genous. (II, p. 172.) 

Jaunement ou Jaulnemcnt (Nicot), adverbe : de cou- 
leur jaune. Ex. : (I, p. 25 et p. 418.) 

Jazard, adj. quai., dérivé de jazer : causeur, bavard 
(lat. garrulus). 

Taisez-vous, ma lyre jazarde. (II, 1 16.) 
L'eau de ta source jazarde. (II, p. 149.) 
Ronsard emploie aussi l'adj. fém. Jazeresse. 
... la vois 
D'une fontaine jazeresse. (II, p. 372.) 



DE Ronsard. 13^ 

Josmin (Ronsard), s. masc, pour jasmin (Nicot), con- 
fusion commune dans la prononciation de a et 0. 
Ex. : (VI, p. 1 10.) 

Jou, s. masc, orthographe conforme à la prononcia- 
tion du mot joug (les deux sont dans Nicot). 
... en ce pays d'Anjou 
Où maintenant Amour me détient sous le jou. 

(I, P- Ï45-) 

Jour-apporte, adj. composé créé par Ronsard, épi- 
thète de l'Aurore, de l'aube... 

... l'aube jour-apporte. 

(Fr., II, t. III, p. 131.) 

Journalier, adj. employé par Ronsard avec le sens du 
mot éphémère, qui ne dure qu'un jour. 

Les enfans de l'esprit un long siècle demeurent, 
Ceux des corps journaliers ainsi que les jours meurent. 

(IV, p. 4.1 
Les hommes journaliers meurent, 
Les Dieux seulement demeurent, 
Francs de toute adversité. lOdes, i, VI, t. II, p. 57.) 

Jumelet, adj. diminutif de jumeau. 

Et de ces yeux les astres jumelets. (I, p. j .) 

Just on mknx Jus (Nicot). Ronsard emploie les deux 
formes. Deux sens. 

loSuc. Ex. : (VII, p. 313.) 
2* Liqueur. Ex. : (I, p. 41 .) 



Labeure, 3* pers. sing. du prés, de l'ind. du verbe 
labourer, forme ancienne. 

... à l'heure 
Que le bouvier les champs labeure. (II, p. 438.) 



136 L E X I Q_U E 

Lâcher (Se), v. réfl., se laisser aller, s'incliner. 
J'aime un bouton vermeil entr'esdos au matin, 
Non la rose du soir, qui au soleil se lasche. 

(I,p. 380.) 

Laidure, s. fém., vieux mot (nombreux exemples : 
Roman de la Rose, Rabelais, Marot), signifiait 
souillure, flétrissure, difformité. 
Et que jamais le chant qui dure 
En juin ne te fasse laidure. (II, p. J42.) 

Lairra, 3'" pers. du sing. du fut. de l'ind. Lairrai, de 
laisser, ancienne forme. Ex. : (III, p. 243.) 

Laisser-coiirre, terme de vénerie, a On dit laisser 
courre les chiens pour dire les lâcher après la 
bête. T> (Trévoux.) 

Il sçavoit par sustout laisser courre et lancer. 

(I, p. 254. Versd'Eurym. et Callirhée.) 

Lambninche, s. fém., espèce de vigne sauvage. On 
disait plutôt lambnige, lambniche et lambrusquc. 
Ces deux dernières formes subsistent. 

Tu es vestu jusqu'au bas 

Des longs bras 

D'une lambrunche sauvage. (Il, p. 275.) 

Lame, s. fém., employé absolument dans le sens : 
pierre sépulcrale. 

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame; 
Las ! le temps non, mais nous nous en allons. 
Et tost serons estendus sous la lame. (I, p. J97.) 

Il est employé de même pour tombe par Villon 
et Marot. 

Lancer, v. trans. en vénerie, faire partir la bête (Tré- 
voux), la faire sortir de son fort, de son gîte. Ron- 
sard l'emploie absolument. 

Il sçavoit par sustout laisser courre et lancer. 

(I, p. 254. Vers d'Eurym. et Callirhée. ) 



DE Ronsard. 137 

Laqs, s. masc. (Nicot), ancienne orthographe du 
mot lacs (Littré) : filet. Ex. : (I, p. 364.) 

Larigot, s. masc, espèce de flûte. 

Un pasteur... 

Qui tient un larigot et fleute au cry des bœufs. 

(V, p. 192.) 

Ce mot a la même origine que larynx, gosier. 
De là vient l'expression boire à tire-larigot, c'est- 
à-dire boire comme un joueur de flûte. 

Larmelette, s. fém., dérivé créé par Ronsard du mot 
lar me tte (Kicot), diminutif de larme. Ex. : 

(VI, p. 396.) 

Larmeux, adj. quai., innovation de Ronsard qui l'ap- 
plique à l'élégie : qui fait couler les larmes (lat. 
flebilis). 

Ah! larmeuse Déesse. (Épît., t. VII, p. 202.) 

Larrecin, s. masc. (Nicot), orthographe ancienne et 
primitive du substantif A^rc/n (Littré). Ex. : 

(II,p. IH-) 

Larronnesse, fém., employé adjectivement, créé par 
Ronsard : qui ravit, qui charme... 
De ton baiser la douceur larronesse. 

(Am., I, CCIX, t. I, p. 118.) 

Et VI, p. 374. On trouve aussi le féminin lar- 
ronne : 
Qu'est-ce en après de Charybde larronne ? 

(V, p. I75-) 

Léger (De), ancienne expression adverbiale (Nicot), 
synonyme de legierement (Nkoi) : facilement. Ex. : 

(III, p. 195.) 

Lenean (gr. Xrjvor, pressoir, d'où ).r,vat, bacchantes, et 
Xr^vatoî, relatif à Bacchus, ou aux fêtes de Bac- 
chus). (V, p. 237.) 



138 Lexiqjje 

Lerelot, s. masc, créé par Ronsard, onomatopée : 
tirée du refrain de certaines cliansons populaires 
[lire, lire, lo). 

J'escoute la jeune bergère 

Qui desgoise son lerelot. (II, p. 439.) 

Levreter, v. intr. (Nicot), aujourd'hui levretter (Lit- 
tré) : mettre bas, en parlant de la hase. Ex. : 

[U\,p. 270.) 

Lézarde, fém. du mot lézard employé adjectivement 
par Ronsard comme épithète de la langue. Cf. Fre- 
tillard. E.\. : \\W , p. 291 .) 

Libertin, s. masc. (lat. libcrtinm), employé par Ron- 
sard avec le sens étymologique de affranchi. 
Horace, harpeur latin, 
Estant fils d'un libertin. (Odes, I, XI, t. II, p. 103.) 

Librairie, s. fém., signifiait jusqu'au dix-septième 
siècle une bibliothèque. 

Pren ce livre pour gage, et luy fay, je te prie. 

Ouvrir en ma faveur ta belle librairie 

Où logent sans parler tant d'hostes estrangers. 

U, P- 37--) 

Lichant, part. prés, de l'ancien verbe licher (Nicot, 
Littré), encore usité dans la langue populaire. On 
disait aussi leicher, d'où lécher (Littré). Ex. : 

(III, p. 271.) 

Lignage, s. masc. (Nicot, Littré). Nicot : « extrac- 
tion de lignée, sang et parenté '> ; race, famille. 
Ex. : (III, p. 328.) 

Ligne, s. fém., avait au seizième siècle entre autres 
sens celui de : lignée, lignage (Nicot). Ex. : 

(III, p. 591.) 

Limande, s. fém., est en terme de charpentier une 



DE Ronsard. 139 

pièce de bois de sciage, plate, peu large et peu 
épaisse. 

A grands esdats fit enlever l'écorce 

Du corps du pin sur la terre estendu 

En longs carreaux et limandes fendus. (III, p. 61.) 

Limer, v. trans. au sens propre dans Nicot, au figuré 
dans Ronsard : corriger avec soin, polir, perfec- 
tionner. Ex. : (I, p. 50.) 

Une, nom propre, orthographe de Ronsard pour 
Linus. 

Line, que t'ont servy les accords de ta lyre ? 

(VII, p. 203.) 

Lionneau, s. masc, diminutif de lion, lionceau. Nicot 
indique lionneau et lionceau qui seul subsiste (Lit- 
tré). Ex. : (I, p. 160.) 

Ailleurs Ronsard écrit : lyonneau. (V, p. 144.) 

Lit, s. masc, terme de vénerie, le gîte d'une bête, 
encore employé aujourd'hui. Ex. : Au lit, au lit, 
chiens! cri des veneurs quand ils veulent faire 
quêter les chiens pour lancer un lièvre. 

(V. le mot Vénerie.) 

Locatif, s. masc, synonyme de locataire, habitant. 

Dieu seul est esternel : de l'homme élémentaire 
Ne reste après la mort ny veine ny artère ; 
Qui pis est, il ne sent, il ne raisonne plus. 
Locatif descharné d'un vieil tombeau reclus. 

(EL, II, t. IV, p. 217.) 

Loge, s. fém., « petite hutte faite à la hâte n . (Tré- 
voux.) 

Et dessous mesme loge ensemble dormirons. 

(IV, p. 49-) 

Loin-loin, répétition du même adverbe formant comme 



1 40 L E X I QJJ E 

une locution composée avec valeur du superlatif : 
très loin. Ex. ; (II, p. 525.) 

Lolrée, adj. fém., innovation de Ronsard : de la Loire. 
... Tonde Loirée. (Il, p. 348.) 

Los et Loz, s. masc, vieux mot (lat. laus). 
r Louange. 
Mon traict, qui droitement darde 
Le riche but de son los. (Odes, i, X, t. II, p. 96.) 

2" Gloire. 
Mais moy qui suis le tesmoin 
De ton loz qui le monde orne. 

(Odes, I, IV, t. II, p. so.) 

Lote, s. fém., pour klotus. (Am., I, CLXIII, 1. 1, p. 94.) 

Loyer, s. masc, signifiait autrefois salaire, récom- 
pense. 

... je me suis abusé 
A louer les seigneurs : aussi je n'en rapporte 
En lieu de mon loyer qu'une espérance morte. 

(III, p. 374.^ 

Lucresse, nom propre, orthographe de Ronsard pour 
Lucrèce. (II, p. 420.) 

Luitte et Luicte, s. fém., ancienne forme du mot lutte 
(Palsgrave, Nicot). 

Ou à l'escrime ou à la luitte adestre. (II, p. 128.) 

Lychnite, orth. de Ronsard pour L/V/2//e(XixviTïiî), dé- 
rivé de Xtxvoc, van. 

Le van qui sépare le grain de la balle était le sym- 
bole des mystères de Bacchus purificateur, qui net- 
toyait l'âme de ses souillures. Épithctc donnée à 
Bacchus. 

Je te salue, Roy ! le lychnite admirable 
Des hommes et des dieu.K... (V, p. 238.) 



DE Ronsard. 141 

Ronsard orthographie Lychnite comme s'il !e 
dérivait de ).uxvitïii; (flambeau, lustre, lumière), ce 
qui ne concorde pas avec le sens des vers précé- 
dents : 

Purgez de ta liqueur. . . 

(c'est-à-dire purifiés par toi). 

Lyerre, s. masc, pour lierre. 
V. Hierre. 

Lyonneau. V. Lionneau. 



M 



Macule, s. fém. (macula), tache. On ne le trouve 
qu'une fois dans les oeuvres de Ronsard, et quelques 
vers plus loin il emploie le mot français : tache. 

AUX enfers comme un songe léger 
L'âme dévalle afin de se purger 
Et nettoyer la macule imprimée 
Qu'elle receut dans le corps renfermée. 

(Franc, iv, t. III, p. 222.) 

Magistrat, s. masc. (Nicot, Trévoux, Littré), se 
disait collectivement : 

1° De ceux qui avaient le soin de la police et du 
gouvernement. 

2° De la magistrature elle-même. Ex. : 

(III, p. 145.) 

Mahom, nom propre, abréviation de Mahomet. 
... vous seul en aurez la victoire 
Et de Mahom effacerez la gloire. 

(Boc. Roy., t. III, p. 320.) 

Maigret, adj. quai., diminutif de maigre. 

De son maigret en-bon-point. (II, p. 3)3.) 



142 Lexiqjue 

Ronsard emploie encore un autre diminutit de ce 
mot : Maigrelet. 

Pucelette maigrelette. (II, p. 5; 5-) 

Maistrier, adj., vieux mot, digne d'un ouvrier passé 
maître en son art. 

Le manouvrier, ayant matière preste 



D'un art maistrier les vieux sapins transforme. 

(m, p. 61.) 

Maistriser, v. trans., employé par Ronsard dans le 
sens très restreint de présider à, tenir sous sa dé- 
pendance, en parlant des astres et des dieu.x. Cf. 
Commander. Ex. : (I, p. 78 et 354.) 

Mal, adv. de manière, sert à la formation d'adjectifs 
composés. 

Mal-plaisant. (III, 364.) 
Mal pudique. 
Mal-rongné. (III, 371.) 
Mal-caut. (V, 171.) 
Mal-accoustré. (V, 310.) 
Mal-basty. (V, 310.) 
Mal paré. (V, 310.) 
Mal-agencé. (V, 339.) 
Mal-façonné. (VI, 156.) 
Mal-rassis. (VI, 170.) 
Mal-tourné. (VII, 183.) 

Mal-adestre, adj. quai., vieux mot repris par Ron- 
sard : maladroit. 

... à courir mal-adestre. fVI, p. 4 10.) 

Mal-heurté, s. fcm., créé p:r Ronsard pour la rime : 
malheur, infortune. Ex. : (VI, p. 327.) 

Mamelu, s. masc, orthographe de Ronsard pour 
Mameluk. Nicot indique Mamaluc et Mamalu<jue. 
Ex. :(VI, p. i2$.) 



DE Ronsard. 145 

M'amoar, élision pour ma amour. 

Ta mort sera pour m'amour terminée. (I, p. 12.) 

Mandïllon, s. masc. (Trévoux, Littré), diminutif du 
substantif mandil, ancien mot de même racine que 
mantel. Mandil avait formé le substantif féminin 
mandiUe, d'où mandillon : petit manteau court 
formé de trois pièces que portaient les laquais, les 
huissiers et les personnes de basse condition. De 
là l'expression ^ porter la mandille » , être laquais 
(Boursault cité par Trévoux). 

Ronsard l'emploie pour désigner le mantelet de 
Mercure, qui est comme le valet des dieux. EIx. : 

(III, p. 53.) 

Mandragore, s. fém. dans Nicot, masculin dans Ron- 
sard, féminin aujourd'hui (Littré) ; mais les bota- 
nistes distinguent deux espèces de mandragore : 
mâle et femelle (Trévoux) : plante narcotique de la 
famille dessolanées. Ex. : (III, p. 214.) 

Mange-sujet, adj. comp., créé par Ronsard et signi- 
fiant : qui pressure ses sujets. 

C'est Childéric, indigne d'estre roy ; 
Mange-sujet, tout rouillé d'avarice. (III, p. 23$. 

(Cf. ôr,[j.o6ôpo; paai)>£yç [Ulade , 1 , 2 3 1 , et 
Laf., X, 5) l'épithète : mangeurs de gens.) 

Manicles, s. fém. pi. {manlcla), menottes. On n'en 
trouve qu'un exemple dans Ronsard. 

Les manicles aux mains, aux pieds lacliaisne dure. 

(V, p. 241.'; 
Dans les sonnets à Hélène (11*= partie, s. 26), 
il les appelle des manotes. 

... De manotes on lie 

Des fols qui ne sont pas si furieux que moy. (I, p. 331. 

Manitjiie (gr. lAav.xô.-, fou, qui inspire la folie), un des 
surnoms de Bacchus. (\'', p. 237.) 



144 Lex!q_ue 

Mûnotes, s. tém. pi. V. Manlcks. 

Mansine, s. fém., le manche de la charrue (lat. mani- 
cula) . 

N'appose point la main à la mansine, après 
Pour ficher ta charrue au milieu des guerets. 

(Dern. vers de R., VII, p. 314.) 

Marbrin, adj., qui a l'aspect du marbre. 

Tout au plus haut des espaules marbrines. 

(I,p. 136.) 
... dans ses doigts marbrins. IV, p. 55.) 

Marche-tard, adj. comp., créé par Ronsard : a qui 
marche lentement » , en parlant de la tortue : 
... animal marche-tard. (VI, p. 65.) 

Mariandin, adj., innovation de Ronsard, du pays des 
Mariandynes, peuple d'Asie Mineure (Bithynie). 
Au bord Mariandin. (V, p. 21.^ 

Marine, s. fém., signifiait quelquefois (Nicot, Régnier, 
Marot) la plage, la côte de la mer (Trévou.\). 

... un peuple en armes effroyables 



Va frémissant au bord de la marine. (III, p. 71.) 

Marre, s. fém. (Nicot, Littré), sorte de pioche ou de 
houe, avait formé le verbe marrer, labourer avec 
une marre. Ronsard emploie marre. (VI, p. 91.) 

Martelé (V. Littré, hist.), signifiait moucheté, tacheté. 

Je le desrobay jeune, au fond d'une vallée, 
A sa mère, au dos peint d'une peau martelée. 

(IV, p. 10.) 

Martyrer, v. trans. (Nicot, Trévoux), et Martirer 
(Ronsard), -vieux mot qui signifiait tourmenter, 



DE Ronsard. 14^ 

faire souffrir, martyriser (ex. de Ronsard, Marot, 
Voiture). 

Ronsard orthographie Martyrer (I, p. 65) et 
M ar tirer (I, p. 407). 

Mas^ueure, s. fém., cité par Nicot sans équivalent 
latin et expliqué par Richelet : » les prestiges, les 
illusions 3 des Démons. Ex. : 

(Hymnes, l, VII, t. V, p. 127.) 

Matassiner, v. intr., vieux mot (Littré), gesticuler 
comme les Matassins ou Matachins, nom qu'on 
donnait jadis à des danseurs bouffons. 

Mdtassmr des mains (Nicot), se trouve dans 
Ronsard. (V, p. 236.) 

Mathémalique, s. fém. au sens primitif (gr. \ii^\iol)^ 
signifiait tout ce qui est objet d'étude, l'ensemble 
des sciences. C'est ainsi que l'entend Ronsard 
(II, p. 46), note de Richelet : n II comprend toutes 
les espèces de la science, la géométrie, l'astrono- 
mie et les autres qui s'appellent toutes mathéma- 
tiques, î 

Maudisson, s. fém., forme populaire du mot malédic- 
tion employé par Ronsard et dont on retrouve des 
exemples dans J.-B. Rousseau et Voltaire (Tré- 
voux et Littré). Ex. : (III, p. 149.) 

Mauvaistié, s. fém., vieux mot, méchanceté. 
Qui par gloire ou par mauvaistié 



Aura tranché de l'amitié 

Le saint nœud qui deux âmes presse. 

(II, p. 3 55-) 
... et qui sans mauvaistié 
Garde de tout son cœur une simple amitié. 

(I, p. 14$. 

Lex. Ronsard. lo 



1 46 L E X I QJJ E 

Méandrln ou Méandrkn, adj., dérivé du nom du fleuve 
Méandre. 

Et chanter son obsèque en la façon du cygne 
Qui chante son trespas sur les bords Méandrins. 

(VII, p. 314.) 

à Tentour 

Du bord Héandrien (V, p. 234.) 

Mêchantement, adv., pour méchamment, forme popu- 
laire du centre de la France. 

Tu mens meschantement. (VII, p. 112.) 

Medusln, adj., tiré du nom de Méduse, l'une des Gor- 
gones. 

Au regard medusin qui en rocher me mue. 

(1, P- 3IJ-) 

Megiiie, s. fém., vieux mot que Ronsard fait revivre, 
=^ famille, ménage. 

a ... je suis d'opinion... lorsque. tels mots grecs 
auront longtemps demeuré en France, les recevoir 
en nostre megnie, puis les marquer de \'i françois 
pour monstrcr qu'ils sont nostres. n 

(Adv. au lecteur, II, p. 15.) 

Mehaigne, adj., perclus. (III, p. 150.) 

Ronsard ne l'emploie qu'une fois; encore a-t-il 
mis la note suivante : 

«■ Mehaigne, perclus, ce que les Grecs appellent 
îtv,p6ç. Nos critiques se moqueront de ce vieil mot 
françois, mais il faut les laisser caqueter. » Et il 
ajoute aussitôt : 

11 Je suis d'opinion que nous devons retenir les 
vieux vocables significatifs jusques à tant que l'usage 
en aura forgé d'autres nouveaux en leur place... ^ 



DE Ronsard. 147 

On trouve aussi un exemple du participe mehal- 
gnez, rendus perclus. 

Leur mère, adonc, ah ! mère sans merci, 
Fera bouillir leurs jambes, et ainsi 
Tous mehaignez les doit jetter en Seine. 

(Fr. IV, t. m, p. 241.) 

Ces mots viennent d'un mot mehain que Trévoux 
signale comme hors d'usage, ainsi que ses dérivés : 
mehalgner, mehaigneur. 

Mehain, v\&u\ moi qui signifie mutilation, laquelle rend 
un homme impotent et incapable de servir à la 
guerre. 

Mehaigner, vieux verbe actif, estropier, mutllare. 

Et mourir et navrer et battre et mehaigner. 

(Roman de Bertrand Du Guesdin.) 
Diminuer de force, tuer, blesser. 

(Gloss. des Poésies du roy de Navarre.) 

Mehaigné, adj., vieux mot, meurtri, maltraité de 
coups, incommodé. On di\ld.\i%simahaïgniéjmahan- 
gné et mahaiix. 

Mehaigneur, s. masc, vieux mot qui se trouve dans 
l'ancienne coutume de Normandie. Il veut dire : qui 
mehaigné, qui mutile, qui estropie. 

MelUnlsé, part, passé d'un verbe melliniser, créé par 
Ronsard pour désigner les critiques acerbes dont 
l'accabla Mellin de Saint-Gelais. Ex. : 

(VIII, p. 156.) 

Mémoratlf, adj. quai., n'est, dit Trévoux, tout au 
plus en usage qu'au Palais, n'est pas dar.s Nicot. 
Ronsard l'emploie pour signifier : qui rappelle le 
souvenir, etc. Ex. : (IV, p. 173.) 

Mensonge, s. masc. aujourd'hui, a été féminin jusqu'au 



148 Lexique 

seizième siècle : il est masculin dans Nicot. Ron- 
sard l'emploie comme féminin. 

... une plaisante mensonge. (II, p. 439.) 

Menteresse, féminin de l'adjectif menteur. 
Hors de l'eau menteresse. (VI, p. 243.) 

Mentir, v. trans., employé par Ronsard comme syno- 
nyme de démentir. 

Du beau Paris (dont tu mens ta lignée) 

La beauté fut d'amour accompagnée. (III, p. 188.) 

Mentonnier, adj. quai., créé par Ronsard : qui garnit 
le menton, est resté dans la langue comme terme 
scientifique. 

... sa barbe mentonnière. i^IV, p. 11.) 

Mercerie, s. fém. (merces), n'a pas le sens particulier 
qu'il a pris de nos jours, mais bien celui plus géné- 
ral du latin merces, marchandise. 

La mercerie que je porte, 
Bertrand, est bien d'une autre sorte 
Que celle que l'usurier vend. 

(Odes, I, XVI, t. II, p. 114.) 

Ne l'Inde, riche en mercerie estrange. 

(Hymne à la France, t. V, p. 2S4.) 

M£rcurin, nom propre, diminutif de Mercure, pour 
Mercure enfant. 

... lors que Maie Atlantide enfanta 
Son petit Mercurin... (V, p. 250.) 

Merveillable . V. Émcrvcillable. 

Mésavenue, s. fém., dérivé ancien du mot mésadvenir. 
Nicot ne cite que mesadvenance et mesadventurc : 
mésaventure, malheur, accident. Ex. : 

(III, p. 177.) 



DE Ronsard. 149 

Meschef, s. masc, vieux mot (Palsgrave, Nicot), 
accident, malheur, mésaventure. 

Jamais tes verds rameaux ne sentent nul meschef. 

(IV, p. 253.) 

Meslage, s. masc, innovation de Ronsard pour mes- 
lange (Nicot), pour les besoins de la rime : mi- 
lange. Ex. : (II, p. 3 18.) 

Meslier, s. masc. Du Gange (Gloss.) l'explique : 
Mellerius-mespiliis, néflier, aliàs à mellier ou meslier. 
... un meslier nouailleux. (IV, p. 48.) 

Mesnage, s. masc, employé par Ronsard dans un 
sens très particulier. On disait autrefois ménage de 
campagne (Trévoux), pour désigner tout ce qui 
sert à l'exploitation d'une terre (charrues, harnais, 
outils, etc.). Par analogie, Ronsard applique ce mot 
ménage à l'ensemble de toutes les pièces qui con- 
stituent un navire (voiles, mâts, cordages). 

Et toute fois l'advis d'un homme sage 
Tout seul par art conduit tout ce mesnage. 

(III, p. 363.) 

Le substantif Mesnager ou Ménager est employé 
par Ronsard. (I, p. 219.) 

Mesnager, v. intr., faire le ménage. 

... une disposte fille 

Qui dévide, qui coust, qui mesnage et qui file. 

(I, p. 219.) 

Mettre, formait au seizième siècle une foule de locu- 
tions aujourd'hui inusitées. On trouve dans Ron- 
sard : 

Mettre à nonchaloir. (II, p. 67.) 
Mettre en nonchaloir. (II, p. 62.) 
Mettre à desdain. (II, p. 170.) 
Mettre à mespris. (II, p. 454.) 



1^0 Lexiq_ue 

Meuble, s. masc, pris par Ronsard dans un sens très 
particulier pour désigner tout l'équipage de chasse. 
Larges espieux, cordages et filets, 
Limiers ardans, cerfs suivis à la trace 
Et tout le meuble ordonné pour la chasse. 

(III, p. loi.) 

Meule, s. fém., en termes de vénerie, est une espèce 
de bosse sur le haut de la tête du cerf d'oii sort sa 
ramure, ou bois, ou marrein. Ex. : (I, 25 j.) 
V. Vénerie. 

Meurdre, s. masc, forme ancienne de meurtre. 
Son luth doré prenoit entre ses mains 
Teintes encore de meurdres inhumains. (I, p. 126.) 

Miauleux, adj. créé par Ronsard. 

Le chat cria d'un miauleux effroy. yVl, p. 71.) 

Miellier, adj. quai., créé par Ronsard, en parlant de 
l'abeille, qui produit le miel. 
... sa diserte bouche 
Où jadis se logeoit la miellière mouche. (VII, p. 51.) 

Mîgnardcr, v. trans. Ce mot signifiait au propre : 
caresser, flatter, traiter avec délicatesse (Trévoux). 
Ronsard l'emploie au figuré : chanter d'une façon 
mignarde. 

... Baïf, d'une flèche plus douce 

Espoint au cœur, mignarda de son pouce 

Des jouissans les baisers savoureux 

Et de la nuict les combats amoureux. (VI, p. 44.) 

(Cf. Mignotter.) 

Mignonnet, adj., diminutif de mignon. Il est aussi 
pris substantivement. 

Mon petit mignonnet... (,111, p. 426.) 

Mignoterie, dérivé de Mignoter. 
(V. Mignotise.) 



DE Ronsard. i^i 

Mignotise, s. fém. (Nicot), vieux mot (Palsgrave, 
Rabelais) : grâce mignonne. 

Tant leur mignotise darde 

D'amours à qui les regarde, fil, p. 344.) 

(Synonyme : Mignoterie, employé t. III, p. 364.) 

Mignctter, v. trans.; signifie : 

1° Au sens propre : Caresser. E.x. : 

Toy, mignottant ton dormeur de Latmie. (I, p. 86.) 
Pour désigner la lune caressant Endymion. 
2° Au figuré : Arranger d'une façon mignonne, 
gracieuse. 

Et mignottoitun bouquet... (I, p. 36.) 
(Cf. Mignarder.) 

Milète, nom propre, orthographe de Ronsard pour 
Milet, ville d'Asie Mineure. 

Près les murs de Milete un temple s'élevoit, 
Où Cérès ses honneurs et ses autels avoit. 

(Boc. Roy., t. III, p. 295. 

Mi-nuict et Mlnulct (Nicot), s. fém., double orthogra- 
phe ancienne àt Minuit. Les deux formes sont dans 
Ronsard. Ex. : (II, p. 208, et III, p. 162.) 

Mire, s. masc, était si bien tombé en désuétude que 
Richelet dans son commentaire des Odes en donne 
l'explication : Mires, médecins, vieux mot fran- 
çais. 

des mires le roy ! 

(Odes, V, VI, à Phébus, t. II, p. 329.) 

Trévoux : Mire ou Mjre, s. masc, vieux mot 
qui signifioit celui qui exerce l'art de guérir les 
maladies. Jusqu'au règne de Louis VII il n'y avoit 
aucune distinction entre le médecin et le chirur- 
gien. Ces deux termes n'étoient pas encore en 
usage. Tous ceux qui exerçoient l'art de guérir les 



1^2 L E X I Q_U E 

maladies soit internes, soit externes, s'appeloient 
mires, myres, inyeres, puis maîtres. 

Miroër ou Mirouër, s. masc, orthographe conforme 
à la prononciation du seizième siècle : Miroir. 
Que maudit soit le miroër qui vous mire. 

(I, p. 90.) 
Le miroucr de vertu. (I, p. 301.) 
Je ressemble au mirouër. (I, p. 316.) 
Ronsard l'écrit aussi miroir. (III, p. 269.) 

Mitoiiin, adj. quai. (lat. mitis), doucereux. 

(III, p. 365.) 

Rapprocher ce mot du substantif Mitoa, vieux 
mot qui signifiait un chat (Trévoux"), et du surnom 
de Mitis, donné au chat par Lafontaine. 

Mixtionner, et plus fréquemment alors Mislionner, 
V. trans. (Nicot), mélanger. Ex. : 

(II, p. IJ7, etV, p. 285.) 

Moheiix, adj. quai., créé par Ronsard comme syno- 
nyme de moite qui existait et avec lequel il forme 
double emploie : moite, humide. 

Ainsi ton front ne soit jamais moiteux. (I, p. 114.) 
De même. (III, p. 81.) 

Mais il emploie aussi moite. 

(Am., I, 197, t. I, p. 112.) 

Moleste (lat. molestas), adj., triste, pénible : subst. : 
chagrin. Moleste est adjectif le plus souvent. 

La paix adonc, qui du trône céleste 
Veit les effets de la guerre moleste. 

(Boc. Roy., t. II, p. 344.) 

Je ne veux par escrit 
Vous estre plus moleste. 

(Œuvres inédites, t. VIH. p. 108.) 



DE Ronsard. 155 

Cependant Ronsard l'emploie une fois comme 
substantif féminin : ennui, déplaisir. 
Si m'en croyez, vous passerez le reste 
De vos longs jours, sans peine ny moleste. 

iBoc. Roy., t. III, p. 383.) 

Nous avons conservé le verbe molester qui se 
rattache à la même racine. 

Mc'y, s. masc. (du gr. (J-'i).'j), plante dont parle 
Homère et à laquelle les anciens attribuaient des 
vertus merveilleuses, telles que celle de dissiper les 
enchantements (Trévoux, Littré). Plante bulbeuse 
de la famille de l'ail. Ex. : 

(I, p. 43; II, p. 124; VII, p. 28.) 

Mondain, adj. quai., employé au sens étymologique 
par Ronsard pour désigner ce qui est de ce monde. 
Tous les règnes mondains se font et se desfont. 

(VII, p. 36.) 

Monst'ray, abréviation pour Monstreray, i"pers. du 
sing. du futur de monstrer (montrer). Ex. : 

(III, p. 211.) 

Monstre, s. fém., orthographe ancienne de montre : 
apparence, a. signe qui donne quelque espérance d . 
(Trévoux.) 

N'ayant rien du passé que la monstre honorable. 

(III, p. 284.) 

Monlagner, v. intrans., créé par Ronsard : a. s'élever 
comme montaignes. j (Muret.) 

(Am. I, CXL, t. I, p. 80.) 

Montaignier, adj. quai., créé par Ronsard : qui croît 
sur les montagnes. 

... le pin montaignier. (II, p. 361.) 

Montelet, s. masc, diminutif de montagne, fréquent 
au seizième siècle et surtout chez Ronsard. Ex. : 

(VI,p. ?55.) 



154 Lexiq_ue 

Moreau, adj., vieux mot. a Terme de manège qui se 
dit d'un cheval qui a le poil d'un noir foncé, vif et 
luisant... i (Trévou.x.) 
En parlant d'une cavalle : 

... elle avoit la poitrine 
Blanche, et le front, le reste de la peau. 
Hors le pied gauche, estoit de poil moreau. . 

(m, p. 122.) 

Morfontme, s. fém., orthographe que Trévoux signale 
comme vicieuse du mot morfondure. s. Maladie qui 
vient aux animaux lorsqu'ils ont été saisis par le 
froid... Elle consiste dans un écoulement de ma- 
tière par les naseaux. « (Trévoux.) 
Garde nos petits troupeaux 



De tac et de davelée 

De morfonture. (V, p. 258.) 



Morlon (ital. morlone), casque léger, vieux mot. 
... fait boire aux François 
Dans leurs creux morions, en lieu de l'eau de Seine 
Les ondes de la Meuse. (II, p. 19.) 
Et coiffer d'un morion sa teste. (III, p. 301.) 

Mort, adj. employé substantivement par Ronsard dans 
l'expression en son mort : en son état d'immobi- 
lité. Ex. : 

Si de l'esprit on n'a cure. 

Autant vaut quelque peinture 

Qui n'est vive qu'en son mort. (II, p. 20$.) 

Mortel, adj. employé substantivement par Ronsard 
pour désigner la partie mortelle d'un être. 

... la gentille Euterpe, ayant ma dextre prise, 
Pour m'oster le mortel par neuf fois me lava 
De l'eau d'une fontaine où peu de monde va. 

(V,p. 189.) 

Et que j'ay peu mon mortel despouiller. (III, p. 64.) 



DE Ronsard. 15^ 

Morte-paye, s. masc, vieux mot (Nicot, Littré) : 
soldat invalide ou vétéran utilisé dans quelque gar- 
nison peu pénible ou ne remplissant plus de service 
actif. Ex. : (III, p. 282.) 

Mosquete (Ronsard) et Mosquette (Nicot), forme an- 
cienne du mot mosquée. Ex. : (III, p. 376.) 

Motte, part, passé, tapi contre une motte de terre 
(en parlant du gibier). (VI, p. 51.) 

Moucher, v. intr., emprunté aux dialectes du centre 
de la France : être tourmenté par les mouches, 
s'agiter, s'affoler sous leur piqûre. 

Comme au printemps on void une genice 



A qui le tan aux aiguillons trenchans 

Pique le flanc et la pousse en furie, 

Ny les ruisseaux, hostes de la prairie, 

Forests ni fleurs, bocage ni rocher 

Ne lasçauroient engarder de moucher. (III, p. 171.) 

Momable, adj., ancien mot, synonyme de moribond. 
(Nicot.) Ex. : (V, p. 232.) 

Mousquette, s. fém. (ital. moschetto), aujourd'hui 
mousquet, s. masc, signifie 1° l'arme : 
... à coups de mousquette. (VI, p. 41.) 
2° Coup de mousquet. 
Ayant rompu l'os de la jambe dextre 
D'une mousquette... 

Mousse, adj. quai., ancien mot encore usité (Littré), 
émoussé. Ronsard l'emploie pour qualifier la lune 
pleine, sans cornes. Cf. l'expression usitée encore 
en économie rurale, chèvre mousse, chèvre sans 
cornes. Ex. : (V, p. 160.) 

Muer, v. act. (mutare), changer. Nous ne l'employons 
plus que comme verbe neutre et dans un sens très 



10 Lexiq^ue 

restreint. Ronsard l'emploie avec son sens étymo- 
logique comme équivalent de : changer. 

Et mon malheur je mu'rois en bonheur. 

(Am., I, 84.) 

(V. aussi t. I, Sonnets pour Hélène, I, p. 58. 
— Am. div., I, p. 369. — T. VIII, Œuvres iné- 
dites, p. 1 ]0.) 

Mugler, V. nevftre pour Meugler, mugir. 

Tout le ciel en mugle là haut. 

(Odes, I, X, t. II, p. 79.) 

Mugneter, v. trans., vieux mot, dérivé de muguet 
(Nicot) : ï faire l'amour à une femme j , la courti- 
ser. E.x. : (VI, p. 5 10.) 

Muncérien, adj. quai., employé par Ronsard pour dé- 
signer l'une des sectes du parti protestant : de 
Munster. 

Et l'autre enrage après Terreur Muncerienne. 

(VII, p. 27.) 

Masin, adj. quai. Ronsard lui attribue le sens de : 
qui suit les Muses, qui cultive la poésie : 
Et toute la musine troupe. (Il, p. 353.) 

Myrteux, adj quai., du myrte, qui tient du myrte. 
Ronsard emploie aussi myrtin. (VI, p. 160.) 

Par les ombres myrteux je prendra/ mon repos. 

(Sonnets pour Hélène, t. I, p. 340.) 

Myrtin, adj. quai., formé par Ronsard qui l'emploie 
concurremment avec myrteux (v. ce mot), du myrte. 
... sous les branches myrtines. (I, p. 383.) 



DE Ronsard. 1^7 



Nage (A). V. Nou {A). 

N'agueres et Naguiere, pour naguère, forme an- 
cienne. 

Regardant tant de rois en sépulture mis 

Qui n'agueres faisoient trembler toute la France. 

(III, P- 374) 
Si j'aime depuis naguiere 
Une belle chambrière, 
Je ne suis pas a blasmer. (II, p. 166.) 

Nais, part, passé du verbe naître, forme fréquente au 
seizième siècle. On écrivait aussi nay, pluriel nays. 
... ses pasteurs sont nais avant que le croissant 
Fust au ciel, comme il est, de nuict apparoissant. 

{IV, p. 29.) 

Narcis et Narcisse, nom propre ; Ronsard emploie in- 
différemment les deux formes. 
... la meurtrière fontaine 
Par qui le beau Narcis aima son ombre vaine. 

(VI, p. 241.) 

Et quelques vers plus loin : 

... Narcisse aux beaux yeux. 

Narré, part, passé du verbe narrer (Nicot, Littré), 
employé substantivement par Ronsard pour récit, 
narration. Ex. : (IV, p. 210.) 

Naturel, adj. quai., employé par Ronsard comme sy- 
nonyme de natal. 

... ayant esmeu contr' elle 
Et contre sa grandeur sa terre naturelle. (VI, p. 12.) 



158 L E X I Q_U E 

Nau, s. masc, au féminin Nej, vieux mot (Nicot, 
Trévoux, Littré) : navire. Ex. : (II, p. 45 1.) 

Ailleurs Ronsard orthographie A^tm/i (au pluriel). 

(III, p. .0^) 

Naufrage, s. masc, employé par Ronsard pour dési- 
gner non la perte d'un vaisseau, mais l'homme qui 
a fait naufrage, le naufragé. 

Cet estranger, pauvre, chetif et nu, 

Un vif naufrage à ma rive venu. (III, p. 194.) 

Naulage, s. masc. (Nicot), aujourd'hui plutôt Nolagc 
(Littré), signifiait t la despence et fraiz qu'on paye 
pour estre mené dedans un navire i (Nicot). Ron- 
sard : prix du passage dû à Caron, nautonier des 
enfers. Ex. : [VU, p. 187.) 

Nautonnier, employé adjectivement par Ronsard : 
habile à diriger un bateau. 

De Charon la main nautonnière. (VI, p. 40S.) 

Navigage, s. masc, pour navigation. 

... un long navigage. (III, p. 328.) 

Navire, subst., jadis des deux genres, est le plus sou- 
vent féminin dans Ronsard. 

Dans les Champs Elys3z une mesme navire 
Nous passera tous deux. (I, p. 383.) 

Et pour les éviter tient sa navire preste. (I, p. 162.1 

Navrer, v. trans., vieux mot, au sens propre, blesser, 
faire une large plaie, subsiste au figuré. 

... la beauté qu'en l'âme tu sentois, 
Qui te navroit d'une playe aigrissante. (I, p. 22.) 

Ne, ancienne forme de la négation A7, fréquemment 
employée par Ronsard. 



DE Ronsard 159 

Ne s'élide quelquefois. Ex. : 

Là nous ne verrons prée 
Sans leur faire un autel, 
N'eau qui ne soit sacrée 
A leur nom immortel. (II, p. 24 s-) 

Nectareux, adj. quai., doux comme le nectar. 
... la fleur 
De la douce vigne sacrée 
Qui de sa nectareuse odeur 
Le nez et le cœur me recrée. 

(Odes, II, XXI, t. II, p. 168.) 

A quel sucre égalerons-nous 

Ta nectareuse poésie? (Odes, v, VIII, t. II, p. 333.) 

Népenthe (vr,7r£v8£c), s. masc, breuvage magique, 
charme. 

Nicot constate qu'il n'a été employé que par 
Ronsard et se contente de copier l'explication que 
le poète lui-même en donne : n breuvage ayant 
telle vertu que quiconque en buvoit, pour ce 
jour là ne pouvoit sentir en son esprit aucune 
fascherie. i (Nicot, Thrésor de la langue fran- 
çaise, éd. 1606.) 

Hélène sceut charmer avecque son népenthe 
Les pleurs de Télémaque. 

(Sonnets pour Hélène, i, V, t. I, p. 2S4.) 

Ajoutons à la décharge de Ronsard qu'il emploie 
ce mot comme terme technique, pour ainsi dire, et 
par allusion au passage d'Homère oi!i il est question 
de ce fait. 

Neptun, nom propre pour Neptune, orthographe de 
Ronsard. (III, p. 77.) 

Neufard, s. masc, pour Nenufar, ancienne forme du 
mot nénuphar. 

Le neufard toujours-verd. 

(Am. Il, Voyage de Tours, t. I, p. 190.) 



I 60 L E X I Q_b' K 

Neiifiesme, adj. num. ordinal, orthographe étymolo- 
gique pour Neiivicsme : mais déjà la lettre / devant 
une voyelle se prononçait comme un v. 

Sanctifier d'avril le neufiesme jour. (I, p. 301 .) 

.\euvain, adj., formé par Ronsard : qui comprend les 
neuf Muses. 

... admirant ma belle Calliope, 
Je devins amoureux de sa neuvaine trope. 

IIV, p. 348.) 

Cet adjectif a été employé dans le même sens 
par Malherbe. 

Ronsard emploie le mot Neuvaine, s. fém., qui 
signifiait jadis « une troupe de neuf personnes, en 
poésie pour désigner les Muses ». (Trévou.x.) 
Comme un nouveau Phœbus 
Des Muses conduisant la neuvaine céleste. 

Et ailleurs : 

Et toi, divin Daurat, des Muses l'artisan, 
... amoureu.x de leur belle neuvaine. 

Nice, adj., vieux mot qui signifie naïf, a formé les dé- 
rivés Nicettc, diminutif employé par Ronsard (II, 
p. 23 1), et Nicenwit (II, p. 211). 

Nier, v. trans., s'est employé jusqu'au seizième siècle 
dans le sens où nous employons dénier, refuser. 
T'oseroit bien quelque poète 
Nier des vers, douce alouette? (II, p. 438.) 

Nomian (gr. vôixoc), loi, allusion à un des surno.Tis 
que les Grecs donnaient à Dionysos, vofjioOïTr,; ou 
6E!j[AÔ'fopo;, le législateur. (V, p. 237.) 

Non, adv. de négation, sert à la formation d'adjectifs 
composés. 

Nompareil. (lil, 161.) 
Non-oisif. (VI, 91.) 
Non-ocieux. (VI, 91.) 
Non-dit. (V, 240.) 



DE Ronsard. i6i 

Non-challant, part. prés, du verbe Challolr (v. ce 
mot), précédé de la négation, orthographe plus 
usuelle Nonchalant (Nicot), s'emploie aujoura'hui 
absolument, au seizième siècle se construisait avec 
un complément précédé de la préposition de. Ex. : 

(IV, p. 251.) 

Nopcier, adj., qui préside aux noces, nuptial. 

Dessous la loy du nopcier Hyménée. (III, p. 154.) 
Ronsard dit ailleurs : la couche nopcière, le lit 
nuptial. (IV, p. 212.) 

Norouëgiie, nom propre, orthographe de Ronsard 
pour Norwège. 

On dit qu'en Norouëgue ils se louent à gages. 

IV, p. ijl.) 

Nou (A) (Nicot), et A Nage (Ronsard). Nicot ne cite 
que l'ancienne expression à nou = en nageant, à 
la nage. Ronsard emploie les deux formes. Ex. : 
Passant à nou le fil d'une rivière. (III, p. 239.) 
... gaigne le bord à nage. (III, p. 329.) 

Nouailleux, adj. quai., noueux, plein de nœuds. 

Un raeslier nouailleux ombrage le portail. (IV, p. 48.) 

Noud, s. masc, orthographe conforme à la pronon- 
ciation usuelle dans le centre de la France du mot : 
nœud. 

Mais le ijras seulement fut captif de mes nouds. 

(1, P- 295-) 

Nouer, employé absolument comme verbe intransitif, 
pour le réfléchi : se nouer. 

... quand je veux louer 
Quelque homme ou quelque dieu, soudain je sens nouer 
La langue à mon plais (II, p. 171.) 

Nouer, V. intrans., vieux mot usité dans le cours du 
Moyen âg«, vieilHssait déjà au seizième siècle, inu- 

Lcx. Ronsjvd, Il 



l62 Lexiqjje 

site au dix-septième : s'écrivait Nouer et Noer, et 

signifiait nager (iiatare). 

Tous animaux, ceux qui dans l'air se jouent, 

Ceux qui la mer entrecoupent et nouent. (111, p. 6j .) 

Nourriçon, s. masc, orthographe de Ronsard (f = 
ss), pour Nourrisson (Nicot). Ex. : (IV, p. 40.) 

Nourrissage, s. masc, signifie aujourd'hui la manière 
d'élever les bestiaux, signifiait autrefois les soins 
que l'on donne à un enfant. 

Si tu es envers elle enfant de bon courage 
Ores que tu le peux, rens-luy son nourrissage. 

(VII, p. 22.) 

Nournssement, s. masc. (Nicot : educalio), a un sens 
différent dans Ronsard : fruit, produit. Ex. : 
... de noirs serpents 



Nourrissement de ses noires entrailles. (III, p. 184.) 

Nourriture, s. fém., employé au sens ancien du mot 
(Nicot, Littré) : éducation. 
... Souvent la nourriture 
Corrompt le naturel... (I, p. 35 5-) 

Nouveau, adj. quai., employé par Ronsard comme 
synonyme de novice, inexpérimenté. 

Ces vierges encore nouvelles 

Et mal apprises au labeur. (II, p. 71.) 

Nouvelet, adj. quai., diminutif de nouveau. 

Et ces sourcis, deux croissans nouvelets. (I, p. 5.) 
... un rosier nouvelet. (I, p. 24.) 

Nuaux, s. masc. pi., employé deux fois par Ronsard : 
nuages, nuées. Ex. : (I, p. 201, et II, p. 218.) 

Nueux, adj. quai., vieux mot, nébuleux. 

Vénus... 
Songneuse d'eux, emmantela leurs corps 



DE' Ronsard. i6j 

D'une nueuse et obscure couronne ' 

Pour n'estre veus ni cognus de personne. 

(III, p. 112.) 

Nuict, s. fém. pour Nuit. En vénerie, lieu oij un ani- 
mal passe la nuit, d'où l'expression défaire la nuit 
d'une bête, lui faire quitter l'endroit où elle fait sa 
nuit. (I, 2j j.) 
(V. Vénerie.) 

Nuisance, s. fém., dommage, préjudice. Trévoux : 
« vieux mot qui ne se dit plus qu'au Palais. » 
... en cela l'abondance 
• De trop de serviteurs porte grande nuisance. ^ 

(IV, p. 28z.) 

Nuital, adj. quai., employé comme synonyme de noc- 
turne. ^ 
Et de ta belle nuitale flame. (II, p. 274.) 

Nyctelian (gr. vyxTÉXio;), dieu des fêtes nocturnes 
appelées vyxTé).ta, un des surnoms de Bacchus. 

iV, p. 237.) 

Nymphal, adj. quai., tiré du substantif nymphe' 
'(Nicot). 

Et le troupeau nymphal des gentilles Naïades. 

(I, p. 188.) 

Nymphette, s. fém., diminutif de nymphe, petite 
nymphe. Ex. : (I, p. 83.) 







pour Oi, vieux déjà au quinzième siècle, employé 

. comme synonyme de la préposition avec. 
"'' Manger mon compagnon. 

(Odes, m, XXI, t. II, p. 235.) 



1^4 L E X I Q_U E 

Oblivîeux et Oublivieux, adj. quai., qui fait oublier, 
qui cause l'oubli [obliviosus). 

Les Muses qui vives ne peuvent 
L'oublivieux tombeau souffrir. 

(^Odes retr., t. II, p. 450.) 

Il l'applique au Styx : 

... l'onde 
Du grand fleuve oblivieux. 

(Odes, IV, IV, t. II, p. 257.) 

Mais Ronsard emploie aussi oublieux avec le 
même sens. 

Obscur; adj. quai., employé par Ronsard substantive- 
ment pour le mot abstrait, obscurité. Ex. : 

(V, p. 269.) 

Obsèqne, s. fém., autrefois usité au singulier, aujour- 
d'hui exclusivement au pluriel : funérailles faites 
avec une certaine pompe, convoi funèbre... 
(Il) appeloit les anies, qui vendent 
Et sur l'obseque espaisses se tenoient. (III, p. 109.) 

Ocieux, adj. (lat. otiosus). 

r Qui jouit du fepos, calme, tranquille. 

Avoir l!esprit et le cœur ocieux. 

(Am., I, CCI, t. I, p. 114.) 

2° Qui procure le repos. 
Si tost que j'eus pressé les plumes ocieuses 
De mon lict paresseux. (El., iv, t. IV, p. 225.) 

y Oisif. Ronsard en parlant de l'esprit humain 
dit que : 

... sans le corps il serait ocieux. 

(Sonnets pour Hélène, L, t. I, p. 508.) 

... la paresse ocieuse. (III, p. 59.) 

Ocymore, mot forgé par Ronsard : » qui signifie de 
petite durée, j (VII, p. 178.) 



DE Ronsard. i6^ 

Ode, s. fém. (Trévoux, Liîtré), t est de l'invention 
de Ronsard» (Richelet). (II, p. 7.) 

Odoreux, adj. quai, pour Odorant (Nicot). Ex. : 

Tantost elle le baise et de fleurs odoreuses 
Environne son front... (IV, p. lo.) 

Œillader, v. trans. (Nicot), ancien mot qui signifiait 
jeter l'œil sur, regarder, et que Trévoux signale 
comme familier et n'étant pas » du bel usage » . 

Lui qui debout se dressa 
Et de plus près ies œillade, 
Les serrant d'une accolade 
Mille fois les caressa. (II, p. 74.) 

Œuvre, substantif, souvent masculin au seizième siècle. 
Puis affectant un œuvre plus divin. (II, p. 128.) 
C'estoit un œuvre grand depandant de Fortune. 

(VU, p. 217.) 

Offensé, part, passé du verbe offenser employé au sens 
du latin offendere, recevoir un choc, et au figuré 
être brisé par une émotion. 

Je veux souvent pour rompre ton esmoy 

Te saluer ; mais ma voix offensée 

De trop de peur se retient amassée 

Dedans la bouche et me laisse tout coy. (I, p. 120.) 

Oincture ou Ointure, s. fém., vieux mot. (Lacombe, 
Dict.) Nicot donne oignenient, onction et onguent^ 
synonymes. Ex. : (I, p. 258.) 

Oindre, v. trans., employé par Ronsard au figuré dans 
le sens de caresser, amadouer, flatter. Cf. l'ancien 
dicton : Oignez vilain, il vous poindra. 

Et fuy de bien loin les flateurs 

S'ils veulent oindre tes aureilles 

De fausses et vaines merveilles. (II, p. 39.) 

Richelet traduit : » doucement amadouer. » 



i66 Lexiq_ue 

Oiselet, s. masc, diminutif de oiseau. 

Des libres oiselets plus doux est le ramage 

Que n'est le chant appris des rossignols en cage. 

llV, p. 6.) 

Oiseux, adj. c]ua!., épithète appliquée par Rojisard à 
la glace prise comme symbole de l'hiver : lent, im- 

■ mobile. 

Après que l'oiseuse glace 

A quitté la froide place 

Au printemps doux et plaisant. (II, p. 146.) 

Oligochronien, mot forgé par Ronsard : » qui signifie 
une vie de petite durée. » (VII, p. 178.) 

Omirf, substantif longtemps masculin et féminin, est 
plus souvent masculin chez Ronsard. 

Faisant de toutes pars 

Un ombre espars. (II, p. 250.) 

Qui d'un giand ombre ombrageoit la campagne. 

un, p. 7j.) 

Ombreux, adj. quai., signifiant jadis au propre : qui 
donne de l'ombre, a été pris au figuré par Ronsard 
dans le sens de : ténébreux. Ex. : 

Et qu'après nos trespas, dans nos fosses ombreuses. 
Nous fussions la chanson des bouches amoureuses. 

(I, p. 230.) 

'One et Onctjues, ancien adverbe de temps, (lat. un- 
quam), fréquemment employé par Ronsard. 

Ondée, s. fém. (Nicot), est employé par Ronsard 

■ avec deux acceptions. 

1 " Ondes, ondulations, en parlant de la chevelure. 
Ex. : (I, p. 214.) 

2' Gorgée. Ex. : 

■ ... boire... à friandes ondées. (III, p. 223.) 



DE Ronsard. 167 

Cndelet, adj. quai., créé par Ronsard, formé d'ondes, 
. en torme d'onde... 

Ex. : A une fontaine... 
Dessus ton sein ondelet. (II, p. 347.) 

Ondette, s. fém., diminutif de onde. Ronsard dit aussi 
ondelette. (Odes,V, XII, t. II, p. 34$ et 347.) 

Ondeux, adj. quai., tiré par Ronsard du mot onde : 
roulé par les ondes, englouti par la mer. 

(III, p. 107.) 

Ondine, s. fém., employé comme nom propre pour 
désigner une Nymphe des eaux. (VI, p. 140.) 

Oraison, V. Orer. 

Ord, adj. quai. (lat. horridus), vieux mot souvent em- 
■ ployé par Ronsard : repoussant, sale. Nous avons 
conservé le dérivé ordure. 

C'est Childéric, roy de meschante vie, 

Ord de luxure, infect de volupté. (III, p. 227.) 

Les fertiles moissons des ordes voluptez. 

(m, p. 270.1 

Orendroit, adv. de temps, vieux mot : en ce moment, 
à présent. (VII, p. 202.) 

Orer, v. (lat. orare). Nicot indique deux sens de ce 
verbe. 

1° Discourir. 

2° Prier. 

C'est dans le sens de discourir qu'il se trouve 
dans Ronsard. Ex. : (VI, p. 107.) 

De Orer vient : 

Oraison, s. fém., employé au sens primitif de 
oratio, discours (Nicot, Littré). Ex. : (V, p. 95.) 

On retrouve ce sens dans les dérivés : orateur, 
.• art oratoire. 



!68 Lexiq_ue 

Ores..., Ore..., Or'..., répété, vieux mot employé par 
Ronsard : maintenant..., maintenant, tantôt..., 
tantôt. (II, p. 51.) 

Or seul a le sens de : alors. (II, p. 50.) 

Ores que, ancien mot : tandis que. 
Aussi je ne veux mourir 
Ores que je puis courir, 
Ouïr, parler, boire et rire... (II, p. 554.) 

Orfelin; adj. quai. i^Nicot), au sens propre signifie : privé 
de ses père et mère, orphelin. Ronsard l'emploie 
au figuré (lat. orbiis), privé de... Ex. : 
... orfelin de renom. (V, p. 511.) 

Oribus, Trévoux : n Terme populaire qui se dit ironi- 
quement en cette phrase : Poudre d'oribus, pour se 
moquer de ces poudres auxquelles les charlatans 
attribuent de merveilleuses propriétés, comme si 
elle étoit d'or ou pouvoit faire de l'or. » (Syno- 
nyme, Poudre de perlimpinpin, Trévoux, Riche- 
let.) Ex. : (VII, p. 24.) 

Orin, adj. quai., couleur de l'or, doré. 
Ces tresses orines. i^I, p. 22.) 

Orque, s. masc. C'est le mot latin orcus, pour dési- 
gner les enfers. 

... victime de l'Orque noir. 

(Odes, II, XVm, t. Il, p. i6î.) 

Et l'Orque despiteux, de la fosse profonde 
Ici haut envoya les Furies. 

(Hymnes, i, VI, t. V, p. 109.) 

Orlel, abréviation de Orteil, s. masc. (Nicot, Littré). 
Ex. : (VI, p. 414.) 

Ost, s. masc, vieux mot, signifiant armée. 

(III, p. 241, 247; VI, p. J23.) 



DE Ronsard. 169 

Oste-soif, adj. composé, créé par Ronsard. 
... l'oste-soif échanson. (VI, p. 543.) 

Oste-soin, adj. composé, créé par Ronsard. 
... l'or oste-soin. (V, p. 222.) 

Ouaille, s. fém., ancien dérivé du vieu.x mot Oue, 
brebis. On disait de même Oueille (Nicot, Littré). 
Encore usité au figuré dans la langue ecclésiastique. 
Employé au sens propre par Ronsard. Ex. : 

(IV, p. 260.) 

Oursal, adj. quai., de la grande Ourse, du Nord, 
arctique ; épithète de l'Aquilon. 

Comme la nue en temps serein poussée 

Fuit à grands pas l'haleine courroucée 

De l'oursal Aquilon. (I, p. 215.) 

Comme les fils des oursaux Aquilons. (VII, p. 151.) 

Ourselet, s. masc, diminutif de Ours, innovation de 
Ronsard. Nicot n'indique que le diminutif Ourson, 
encore usité. (Littré.) Ex. : (IV, p. 113.) 

Osset, s. masc, synonyme d'Osselet (Nicot) : petit 
os. Ex. : (II, p. 210.) 

Outre, préposition (Nicot), signifie : 

r Au delà de. 

Puis que tost je doy reposer 

Outre l'infernale rivière... (Odes, v, XVIII, t. II, p. 356.) 

2" Derrière. 

... outre leur dos... (II, p. 3J2.) 

Outré, adj. quai., s'employait jadis dans l'expression : 
outré de fatigue (^Trévoux). 

Elle adonc lassement outrée. (II, p. 69.) 

Outre-couler et Oultre-couler, v. trans. (Nicot), dé- 
border. C'est le sens qu'il a dans Ronsard. Ex. : 

(V, p. 106.) 



lyo Lexique 

Outre-pcrcé, part, passé, transpercé", percé d'outre en 
outre. 

Exemple unique de Ronsard. Poèmes Les armes, 
à J. Brinon. 

Ayant d'un coup de plomb le corps outrepercé. 

(VI, p. 42.) 

Oyra ou Oyrra, 3"^ pers. du sing. du futur de l'ind. 
de Ou;r ou Ouyr, entendre : \oyrrdl, etc. On disait 
aussi ']' orrai, tu orras. Ex. : (III, p. 315.) 

L'infmitif Ouyr est employé substantivement 
pour rOu/e. (II, p. 377.) 



Pair {sans), expression ancienne, sans pareil, sans égal, 
vierge sans pair. (III, p. 195.) 

Paletoc, s. maso. Nicot orthographie Palletoc (du 
Gange, Nicot, Littré"), vêtement de guerre, sorte 
de capote sans manches, aujourd'hui paletot. Ex. : 

av, p. 82.) 

Palladien, adj. quai., dérivé de Pallas, créé par Ron- 
sard. Il l'applique à la Quenouille inventée par 
Pallas, selon la légende. (I, p. 220.) 

P aile-vermeil, adj. composé, créé par Ronsard. 
Le teint palle-vermeil. (III, p. 314.) 

Panache ou Pennache (ital. pennachio), panache seul a 
subsisté. Ronsard emploie indifféremment les deux 
formes. 

Et sur l'armet luy plantoit son pennache. 

(S. pour Astr., t. I, p. 268.) 
Avoient les bras chargez et le chef de panaches. 

(Hymnes, 1, III, t. V, p. j8.) 



DE Ronsard. 171 

Pantois, adj., et Penthois, orthographe de Ronsard, 
c vieux mot qui signifiait celui dont la respiration 
est empêchée » (Trévoux), haletant. 

. . . une pantoise haleine 

Bat leurs poumons... (III, p. 63.) 

J'ay la sueur au front, j'ay l'estomach penthois. 

(I, P- 3 5 2-) 
Papat, s. masc, ancien mot « dignité du Pape »... 
On dit la papauté (Trévoux). 

Il faut tant seulement avecques hardiesse 
Détester le Papat, parler contre la messe. 

(VII, p. 60.) 

Papegay (de l'esp. papagaj/o), c'est l'ancien nom du 
perroquet. On disait aussi dès le moyen âge, Pape- 
jai, Papegard et Papegaut. 

... la couleur d'un gaillard papegay. 

Bleu, pers, gris, jaune, incarnat et verd-gay. 

'■. (El., XXIV, t. IV, p. jij.) 

Ronsard l'emploie au pluriel une lois : 

... les papegaux. (El. retr., t. IV, p. 384.) 

Par (À), orthographe de Ronsard pour à part. 

Avant que d'estre a vous je vivois sans esmoy : 
Maintenant sur les eaux, maintenant à par moy 
Dedans un bois secret, maintenant par les prées 
J'errois... (VI, p. 159.) 

Parangon, s. masc. {ts'^.paragon), d'oii le verbe actif 
Parangonner, comparer. Sont souvent employés 
par Ronsard. 

... Son œil en beauté nompareii 
Qui çà ne là son parangon ne trouve. 

(Am., I, LXXIV, t. I, p. 4J.) 

(V. t. I, p. 347; t. VI, p. 329, etc.) 
Qwin\.ZMVtï\)Q Parangonner, il est généralement 
actif et a le sens de comparer. 

Je parangonne à vos yeux ce crystal. 

(Am., I, LXXV, t. I, p. 44.) 



172 Lexique 

Mais Ronsard l'emploie une fois dans le sens 
passif de : être égal. 

... hé! bons Dieux, qui pourroit, 
Quand un Homère il parangonneroit, 
Qui pourroit faire esclairer la science 
Parmy les maux qui regardent la France ? 

(Poèmes retr., t. VI, p. 329.) 

De nos jours on emploie quelquefois le substantif 
Parangon, le verbe a disparu. 

Paravant (Nicot), adverbe comme auparavant (Nicot, 
Littré). Ex. : (I, p. 287.) 

Parce, pour aussi, c'est pourquoi. 

Il est minuict : parce marche plus viste. 

iIII, p. 409. > 

Cet emploi est rare dans Ronsard : il emploie 
plus fréquemment en ce sens Poiirce. 

Parentale, s. masc. (Nicot), ancien synonyme du 
féminm parenté. (III, p. 208.) 

Parleresse, s. fém., pour parleuse, féminin de parleur. 
De sa bouche parleresse. (II, p. 205.) 

Parmi, employé absolument. Ex. : (II, p. 330.) 

Part, s. masc, du hùn parlas, accouchement, enfant 
dont une femme vient d'accoucher, ne se trouve 
que deux fois dans Ronsard. 

On dit qu'un jo.ir Vénus sans père la conccut. 

... Et avorta du part... ^Boc. Roy., t. III, p. 414) 

Ce mot est encore usité aujourd'hui dans les ex- 
pressions juridiques : supposition de part, substi- 
tution de part, suppression de part. 

Partir, est pour nous un verbe intransitif et n'a qu'un 
sens, celui de : quitter un lieu, s'en éloigner. 
Ce verbe, dérivé du latin partiri, avait encore son 



DE Ronsard. I7J 

sens étymologique. Il était actif et signifiait : par- 
tager, diviser. 

Auparavant j'avoy, Brinon, 

Orné ce livre de ton nom, 

Mais ores je me délibère. 

Afin de doublement l'orner. 

De le partir et d'en donner 

Une partie à ta Sidère. 

(Œuvres inédites, t. VIII, p. 146.) 

Ainsi tous deux partirons l'Univers. (IV, p. 137.) 

Parturoh, 3' pers. sing. imp. de l'ind. d'un verbe 
Parlurer, innovation de Ronsard, enfanter, mettre 
au monde. Ex. : (II, p. 479.) 

Passement, s. masc.,pour passage (Nicot). Ex. : 

(III, p. 76.) 

Paslthêe, s. fém., mot grec, surnom de l'une des 
Grâces : toute divine. 

Pour obéir, la jeune Pasithée 

Toute divine abandonna les cieux. (IV, p. 178.) 

Il se trouve encore avec cette acception. 
Est ce point Pasithée ou quelqu'une des Grâces? 
Œil, quiconque sois-tu, de splendeur tu surpasses 
Vénus et Pasithée... (Boc. Roy., t. III, p. 387.) 

Ailleurs Ronsard l'applique à son Hélène. 

Soit que je sois haï de toy, ma Pasithée. 

(I, p. 290.) 

Passemenler, v. trans., employé au figuré : orner, 
couvrir d'une dentelle. Ex. : (IV, p. ij.) 

Pastenade, s. fém. (Nicot, Littré), nom ancien du 
panais. On disait aussi Pastenague (Nicot, Littré). 
Ex. : (II, p. 235.) 

Patientement, adv., pour patiemment. 

... patientement le labeur il endure. (IV, p. 306.) 



174 Lexique 

Patin, s. masc. « Soulier de femme quia des semelles 
fort hautes et garnies de liège afin de paroître de 
plus belle taille » (Trévoux). C'était une chaussure 
élevée et élégante. (V, p. 221.) 

Pau, s. masc, pour Pal [N'icoi). Les deux formes 
existaient concurremment. 

... le coq planté dessus un pau 

A trois fois salué le beau soleil nouveau. 

(IV, p. 252.) 

Pegasin, adj. quai., tiré du nom de Pégase ; au figuré : 
poétique. 

Je m'irois abreuver es ruisseaux pegasins. 

(Il, P- 175). 

Peinturer, v. trans. (Nicot), vieux mot : peindre, et 
au figuré : orné de fleurs. Ex. : (I, p. 362.) 

Pelasse, s. fém. (Nicot\ écorce d'arbre. Ex. : 

(II, p. 416.) 

Penader, v. intrans., synonyme de Panader : se pa- 
vaner, parader. Ex. : (VI, p. 122.) 

Pencer.V. Penser. 

Pendre, v. trans., dérivé du latin pendere, payer, em- 
ployé par Ronsard dans le sens d'offrir, donner. 
Je veux leur donner un festin 
Et cent fois leur pendre la coupe. (II, p. 353) 

Pendre de (Nicot), employé par Ronsard pour dé- 
pendre de... 

Tout n'estoit que hazard et pendoit de Fortune. 

(I, P- 367) 
... le peuple suit les traces de son maistre; 
Il pend de ses façons, il l'imite... (III, p. 269.) 

Pennache. V. Panache. 



DE Ronsard. 17$, 

Pennage, s. masc, vieux mot (du latin penna, bas. 
latin pennaticum), plumage. 

Or maintenant ce Dieu sous les fiâmes jumelles 
Des yeux de son hostesse estendoit ses deux ailes 
Et seichoit son pennage a leur belle clairté... 

(Boc. Roy., t. IH, p. 387.) 

Pensement, s. masc, rêverie, vieux mot dont on 
trouve encore des exemples dans Régnier et Lafon- 
taine. 

Le resveillant d'un profond pensement. (III, p. 55.) 

Penser^ v. trans., panser. La distinction n'était pas 
encore nettement établie pour l'orthographe et 
pour le sens de ces deux mots distincts aujourd'hui. 
Aussi Ronsard écrit-il en parlant du maître d'un 
cheval : 

Luy donne avoine et foin, soigneux de le penser. 

(III, p. 284.) 
De même : Pencer. (I, p. 37J.) 

Pentasilée, s. fém., nom propre, orthographe de 
Ronsard pour P^«//ze5//eV. (VII, p. 35.) 

Pépineux, adj. quai., qui renferme des pépins. 
... la poire pépineuse. (VI, p. 64.) 

Perche, s. fém. En termes de vénerie, se dit du mer- 
rain, de la ramure d'un cerf ou du tronc de chaque 
tête de cerf où sont attachés les andouillers. 

(I. 25$.)' 
(V. Vénerie.) 

Perche (prendre la), locution ancienne (Nicot) : venir 
se percher. Ex. : (III, p. 201.) 

Perdurable, adj. composé, qui dure toujours, éternel. 

Là je veux que la Parque 

Tranche mon fatal fil, 

Et m'envoye en la barque 

De perdurable exil. (Odes, 11, XIII, t. II, p. 156.) 



lyô LEXIQ.UE 

cherchant par peine un perdurable nom. 

(Odes, m, XVIII, t. II, p. 223.) 

Pérennel, adj. quai., formé sur le latin perennis, éter- 
nel, employé par Ronsard concurremment avec ce 
dernier. 

De ce palais éternel 
Brave en colonnes hautaines 
Sourdoit de vives fontaines 
Le vif surgeon pérennel. 

(,Odes, I, X, t. 11, p. 73, et V, p. 282.) 

L'adjectit pérennel a disparu : mais l'on trouve 
encore aujourd'hui des exemples du substantif 
Pérennité. 

Péris pour Périls, s. masc. ; pluriel du mot péril. On 
pouvait dans l'écriture supprimer devant Vs du plu- 
riel la consonne fmale qu on ne faisait pas sentir 
dans la prononciation. 

... combien sur les eaux 

Il a de fois 

surmonté la fortune 

Lt sur la terre cschappé de péris. ^III, p. 43.) 

Perleure ou Perlure, s. fém. Vénerie. « Grumeaux ou 
inégalités qui sont le long du bois des cerfs, daims 
ou chevreuils » (Trévoux). (I, 255.) 

(V. Vénerie.) 

Perleux, adj. quai., couvert des perles de la rosée. 

Sus ! debout ! allons voir l'herbelette perleuse. 

(I,p. 164.) 

Perruque, s. fém., chevelure. C'est le sens primitif 
de ce mot. 

Hélène seule, estant gaignée 

D'une perruque bien peignée. (Il, p. 115.) 

Au figuré Ronsard l'emploie pour désigner le 
feuillage des arbres. 



DE Ronsard. 177 

Ta forest d'orangers, dont la perruque verte 
De cheveux éternels en tout temps est couverte. 

(', P- 37'-) 

Perruque, adj., coiffé de, ancien sens du mot. (Tré- 
voux, Nicot, Littré.) Ex. : (V, p. 39.) 

Pers, adj.; au ïém., perse, n qui est d'une couleur 
bleue ou tirant sur le bleu » (Nicot, Trévoux). 

... leurs formes diverses 
Peintes de cent façons, jaunes, rouges et perses. 

(I,p. }62.) 

Pertuis, s. masc, vieux mot : trou, ouverture. 
... les pluyes tortues 
Par cent pertuis se crevèrent des nues. (III, p. 93.) 

De là le vieux verbe Pertuiser : percer de trous. 

Comme Pan (inventa) le chalumeau 

Qu'il pertuisa du roseau 

Formé du corps de s'amie (Syrinx). (II, p. 360.) 

Peste, s. fém., employé dans le sens du latin pestis, 
fléau, mal, mai d'amour. 

Et si ne puis ma douleur secourir 

Tant j'ay sa peste en mes veines enclose. 

(Am. I, CLIII, t. I, p. 88.) 

Pesteux, ad|. quai., créé par Ronsard. Nicot cite Pesti- 
lentieux et Pestilentiel. Ex. : (VI, p. 345.) 

Peupleux, adj. quai., synonyme de populeux. 
Les peupleuses citez. (V, p. 133.) 

Peureux, Poureux et Paoureux. Ronsard emploie ces 
trois formes différentes du même mot. (II, p. 395 ; 
III,p. 358;IV,p. 32o;VII,p.287;VII,p. 299.) 

Peu-sobre, adj. composé par juxtaposition. 
Les peu-sobres propos... (V, p. 233.) 
Ltx. Ronsard. 12 



lyS LEX1Q.UE 

Phalange, s. masc, nom vulgaire des faucheux et des 
mygales. [\, p. 395.) 

Phanète. C'est une adaptation en français du grec 
«ï>àvr,ç, Phanès, nom donné au dieu de la lumière 
dans la mythologie orphique. 

Dieu (disoit-il) qui tiens l'arc en la main... 
Qui du Chaos la caverne profonde 
Ouvris premier, et, paroissant armé 
De traits de feu, Phanète fus nommé. 

(Fr., II, t. m, p. 118.) 

Ph'dien, du grec <l>£)to;, surnom de Jupiter considéré 
comme protecteur de l'amitié. 
Car Jupiter le Philien 
Quelquefois avecque le pire 
Punit le juste... (Odes, v, IX, t. H, p. 335.) 

Phocenses, adj. Ronsard forme ce mot sur le latin 
Phocenses, qui désigne les habitants de la Phocide 
et qu'il confond ainsi avec les colons venus de Pho- 
cée, ville d'Asie Mineure, Phocaenses, d'où Phocéens, 
fondateurs de Marseille. 
Bien que Marseille... 
Vante bien haut ses phocenses ayeux... 

(Boc. Roy., t. III, p. 381.) 

Phthinopore, mot forgé par Ronsard du grec ^ôivoicwpiç, 
qui gâte les fruits, (v', p. 198.) 

Pied, s. masc, terme de vénerie : la tiTice d'une bête. 

(1, 2SS-) 
(V. Vénerie.) 

Piedi-de-chcvre, adj. composé, innovation de Ronsard. 
... les Sylvains pieds-de-chèvres. (V, p. 199.) 

Pied-vite, ad|. composé, traduction du grec nôBaç 
ôyyQ 'A/ùlc-Jc, créé par Ronsard. 
Achille pied-vite. (V, p. 6j.) 
Il a créé aussi Viste-pied (v. ce nw>t). 



DE Ronsard. 179 

Piedmont, nom propre, ancienne orthographe du mot 
Piémont, province d'Italie. 

... et les lis et les roses 
Au plus froid de l'hyver soient pour elle décloses 
Aux buissons de Piedmont! (Ecl. i, t. IV, p. j8.) 

Pieteux, adj. quai., innovation de Ronsard pour P/Vux. 
Nicot donne Piteux. 

Quel sujet ne seroit dévot et charitable 
Sous un roy pieteux? (III, p. 269.) 

Pigné pour Peigné, part, passé du verbe peigner. On 
a dit : pigne ponr peigne au moyen âge, et pigner 
pour peigner. 

Sa teste bien pignée. (I, p. 129.) 

Piller, V. trans. , n'a plus pour nous qu'un sens restreint : 
Ronsard l'emploie dans un sens tout à fait général 
d'après l'italien pigliare, prendre, ravir. 
... d'un lourde ses yeux 
Piller les cœurs de mille hommes qui passent. 

(I, p. 116.) 

Il a conservé ce sens général en vénerie dans 
l'expression Pille! cri par lequel le chasseur excite 
le chien à saisir le gibier. 

Pilleresse, adj. fém., employé par Ronsard pour Pil- 
larde. 

Fauche, garçon, d'une main pilleresse 

Le bel esmail de la verte saison, il, p. 109.) 

Pillerie, s. fém. (Nicot), ancien synonyme de pillage 
(Nicot, Littré). Ex. : (II, 296.) 

Pillier, s. masc, orthographe de Ronsard (redouble- 
ment de /) pour Pilier (Nicot), au figuré appliqué 
aux courtisans. Ex. : (III, p. 576.) 

Pincel, s. masc, forme plus ancienne que pinceau. 

(II, p. 340.) 



l8o LEXIQ.UE 

Pindarher, v. intrans., innovation de Ronsard : imi- 
ter Pindare. 

Si, dès mon enfance, 
Le premier de France 
. J'ay pindarisé, 
De telle entreprise, 

Heureusement prise, ■ • 

Je me voy prisé. (Odes, ii, II, t. II, p. 13 j.) 

C'est en effet Ronsard qui a inventé le mot et 
la chose. 

Nicot au figuré indique le sens de écrire ou par-. 
1er d'un style pompeux. Ronsard l'emploie toujours 
au sens propre. 

Piolé (Nicot, Trévoux, Littré), terme populaire, 
• vieux mot : bigarré de diverses couleurs, synonyme 
: de Rlolé (Nicot). Ex. : (II, p. 228.) 

Piteux, adj. quai., qui inspire la pitié. 

Piteux regard (spectacle pitoyable). (III, p. 120.) 
Et de son chant piteux les mânes estonnoit. 

(III, p. 432.) 

Pithon ou Python (gr. TTEtOu)), déesse de la persuasion 
ou de l'éloquence; innovation de Ronsard. 

Tant la douce Python ses lèvres arrosa, 
Quand jeune enfant sa bouche composa... 

(Hymnes, i, IV, t. V, p. 73.) 

Pithon en l'allaittant sa bouche composa 
D'éloquence naive... (III, p. 273.) 

Plaint, vieux mot, s. masc, usité durant tout le cours 
du moyen âge : plainte. 

Si ton oreille encore se recrée 

D'ouir les plaints des amoureuses vois. (I, p. 34.) 

Planer, employé par Ronsard comme verbe intransitif 
dans un sens tout particulier : se convertir en 
plaines. (Am., l, 140, t. I, p. 80.) 



DE Ronsard. i8i 

Planté (Nicot, Littré), s. fém., vieux mot : abon- 
dance. On écrivait aussi Plenté (Nicot : plenitas). 
Ex. : (III, p. 295.) 

Plastron, s. masc. On appelait ainsi une cuirasse qui 
ne couvrait que le devant du corps. 

Ces grands foudres de la guerre 

Non plus que toy n'iront pas 

Armez d'un plastron là-bas 

Comme ils alloient aux batailles. (II, p. 269.) 

Platelle, s. fém., « qui est, dit H. Estienne (Préc. du 
lang. françois, éd. Feugère, p. ^3), usité en quel- 
ques lieux qui sont près de Paris. » Trévoux ortho- 
graphie Platel, un plat, et Platelle, une terrine. 

Ces vers modifiés par des variantes, 1578, 
1584, etc., ne se trouvent que dans l'édition de 
1623. 

Comme l'esdair du soleil flamboyant, 
Ou du croissant, qui tremblotant sautelle 
Sur l'eau versée au creux d'une platelle. 

(Fr., III, t. 1, p. 637, éd. in-fol. de 1623 .) 

Player, v. trans. (Nicot), ancien synonyme de navrer 
(Nicot, Littré) : blesser. Ex. : (I, p. 42.) 

Plein d'effroy, au lieu d'être employé au sens passif, 
l'est au sens actif : qui inspire de l'effroi. 

(VI, p. 158.) 

■Ple'mte, s. fém., orthographe de Ronsard pour plainte 
{ei= ai). Ex. : (I, p. 51.) 

Plombé, part, passé du verbe plomber, employé adjec- 
tivement : lourd comme le plomb. Ex. : (I, p. 46.) 

Plomber, v. trans. (Nicot, Littré), au sens propre : 
garnir de plomb, au figuré : frapper à coups vio- 

-.": lents et réitérés. En ce dernier sens employé par 
Ronsard. (I, p. 1 5 1.) 



1 82 Lexique 

■Plombet, s. masc, balle de plomb, n'est pas cité par 
Nicot, innovation de Ronsard. Ex. : 

(VII, p. 204.) 

Plumeux, adj. Ronsard lui attribue deux sens. 
1° Couvert de plumes. 

... plumeux comme un oyseau. (I, p. 252.) 
Et de même (III, p. 306). 
2° Garni de plumes. 

... un plumeu.x aureiller. (VI, p. 70.) 

Pluyeux, ad), quai., employé par Ronsard pour plu- 
vieux. 

Une pluyeuse tempesfe. (II, p. 191.) 
De même (II, p. 337). 
Il emploie aussi jp/uv/cux. (III, p. 91.) 

Poignant, part. prés, du verbe pomdre (iat. pungere), 
piquant, bien aigu, au sens propre. Il n'est plus 
usité qu'au figuré. 

De leurs aiguilles poignantes. (II, p. 271.) 

Poinçonner, v. trans., employé par Ronsard comme 
synonyme de poindre (Nicol), de morne queespoin- 
canner est synonyme de espoindre (Nicot). Ex. : 

(VI, p. 23.) 

Poinct {en ce), expression composée à laquelle Ron- 
sard donne la valeur de l'adverbe ^m/ (m. à m. dans 
cette situation"). Ex. : 

Des maris grecs rindustrieu."!e Heleine, 

L'aiguille en main, retraçoit les tombas; 

Dessus ta gaze en ce poinct tu t'esb.is 

Traçant le mal duquel ma vie est pleine. (I, p. 1 18.) 

Poincture, s. fém., vieux mot dérivé du verbe poin- 
dre : piqûre (Nicot, Littré). 



DE Ronsard. i8j 

... tu sentiras un jour 
Combien leur poincture est amere. (II, p. 369.) 

Ronsard l'écrit aussi Pointure. (I, p. 200.) 

Pointe, s. fém., employé par Ronsard au sens du 
grec àx|xrij dans l'expression : la pointe de notre 
ûg« (la fleur). Ex. : (III, p. 118.) 

Poise, ancienne forme de la 3* pers. du prés, de 
l'ind. de peser. 

... je lui feray cognoistre 
A coups ferrez combien poise ma destre. 

(IV, p. MI.) 

Ronsard emploie d'ailleurs l'infinitif Poiser, an- 
cienne orthographe du verbe peser. (V, p. 1 18.) 

Poison, s. masc, aujourd'hui, est presque toujours 
féminin au seizième siècle. 

Je veux charmer, si je puis, la poison 

Dont un bel œil enchanta ma raison. (î, p. 109.) 

... l'amoureuse poison. (I, p. 168.) 

... la poison amère. (I, p. 194.) 

Poisseux, adj., couleur de la poix, épithète que Ron- 
sard applique à la nuit, picea nox. 

... Une effroyable nuit 
Cachant la mer d'une poisseuse robe. 

(Fr. II, t. III, p. 93.) 

De même: (VI, p. 40.) 

Poissonnier, adj. quai., qui sert à la pêche. 

Berteau le pescheur s'est noyé 

En sa nacelle poissonnière... (VI, p. 408.) 

Poliot, s. masc, pour Pouliot, nom vulgaire d'une 
espèce de menthe. 

Ni cannes ni roseaux ne bordent ton rivage, 

Mais le gay poliot, des bergères amy... (I, p. 359.) 



184 Lexique 

Poilu [ht. pollutus; part, depolluere), souillé, profané. 
Vous dites que des corps les amours sont pollues. 

(Sonnets pour Hélène, L, t. I, p. 308.) 

Pommeler, v. intrans., employé par Ronsard dans le 
sens de : s'arrondir en forme de pommes. 

Vous avez les tetins comme deux monts de lait 
Qiii pommelent ainsi qu'au printemps nouvelet 
Pommelent deux boutons, il, p. 148.) 

De là l'adjectif Pommela : arrondi en forme de 
pomme. 

Pein son menton au milieu fosselu 

Et que le bout, en rondeur pommelu, 

Soit tout ainsi que l'on voit apparoistre 

Le bout d'un coing qui ja commence a croistre. 

(I, p. 135.) 

Pommeux, adj. quai., employé par Ronsard pour si- 
gnifier : dont le fruit est semblable à la pomme. 

Ou secouer le fruit d'un pommeux arbrisseau. 

(VI, p. 50.) 
... le pied des pommeux orangers. (V, p. 195.) 

Pompe; s. fém., ostentation. 
Je defens qu'on ne rompe 
Le marbre pour la pompe 
De vouloir mon tombeau 
Bastir plus beau. (II, p. 249.) 

Pomper, v. intrans., employé par Ronsard dans le 
kens de : rendre pompeux, parer, orner. 
Quand les forests, les plaines et les fleuves, 
Tertres et bois, vestus de robes neuves. 
Enorgueillis de cent mille couleurs, 
Pompent leur sein d'un riche émail de fleurs. 

(III, p. r6o.) 

Pompon, s. masc, « espèce de melon blanc, fort 
commun en Espagne » (^Trévoux). On disait aussi 
Pepons (Nicot). 



DE Ronsard. 185 

Achète des abricôs, 

Des pompons, des artichôs. (II, p. 163.) 

Populace, s. fém. aujourd'hui, est masculin dans 
Ronsard. Ex. : (VI, p. 259.) 

Portaux, s. masc, ancienne forme du pluriel de por- 
tail (Nicot). Ex. : (III, p. 120 et 293.) 

Porte, préfixe tiré du verbe porter, 3" pers. sing. 
prés, ind., employé par Ronsard dans la formation 
d'un certain nombre de mots composés. 

Porte-brandon, adj. composé, créé par Ronsard qui en 
fait l'épithète de l'Amour par allusion à la torche 
emblématique que les poètes, les peintres et les sculp- 
teurs attribuent à ce dieu. (Fr., II, t. III, p. 118.) 

Porte-ciel, adj. composé, créé par Ronsard qui l'ap- 
plique au géant Atlas qui portait, selon la mytholo- 
gie, le ciel sur ses épaules. 
Atlas porte-ciel. (V, p. 276.) 

Porte-couronnes, adj. composé, créé par Ronsard. U 
dit en parlant de la Fortune : 

Elle renverse à bas les Roys porte-couronnes. 

(VI, p. 158.) 

Porte-épy, adj. composé, créé par Ronsard qui l'ap- 
plique à la lavande (lat. splca nardi). 

L'aspic porte-épy. 

(Am., II, Voyage de Tours, t. I, p. 190.) 

Porte-espée, nom composé formé par Ronsard. 
Tu as ton connestable Anne Montmorency, 
Ton Mars, ton porte-espée. (V, p. 73.) 

Porte-flame, adj. composé, créé par Ronsard, épi- 
thète qu'il applique à la canicule. 

... quand la porte-flame, 
La chienne du ciel, enflame 
Le monde de toutes parts. (Odes, v, XII, t. II, p. 346.) 



i86 Lexique 

Porte-fléau, adj. composé, créé par Ronsard pour 
traduire le grec (j.aaxtYocp69o;. 

Ajax porte-fléau. (Œuvres inédites, t. VIII, p. ijo.) 

Porte-laine, adj. composé, créé par Ronsard et appli- 
qué aux moutons. 

Troupeau porte-laine. (Ed., i, t. IV, p. 19.) 

Porte-lance, adj. composé, créé par Ronsard. Épithète 
de Bacchus : qui porte le thyrse, sorte de lance 
enguirlandée de pampre. 

Le bon Bacchus porte-lance. (VI, p. 390.) 

Porte-maisons, adj. composé, créé par Ronsard. Épi- 
thète de nature appliquée au colimaçon. 
Le limas porte-maisons. (VI, p. 71.) 

Porte-proye, adj. composé, créé par Ronsard : il dit 
en parlant des fourmis transformées en hommes : 
Leur dos porte-proye. (Boc. Roy., t. III, p. 334.) 

Portendre, v. trans. {\d.\.. porlendere), présager. Ron- 
sard n'a employé qu'une fois ce verbe qu'il a créé 
sur le latin, à l'imparfait de l'indicatif. 
Voulant savoir, du songe tout esmcu, 
Qiie portendoit ce grand fantaume veu. 

(Fr., IV, t. III, p. 218.) 

Portraire ou Pourtraire, vieu.x mot (Palsgrave, Nicot, 
Littré) : représenter par le dessin, la gravure, etc. 
Ex. : 

... un vaisseau fait au tour, 



Où maintes choses sont diversement portraites. 

(I,p. 12.) 

Ronsard lui attribue aussi le sens de : orné de 
peintures, décoré, peint. 

Que son plancher ne soit lambrissé ny doré 

Ni pourtraict de tableaux que le vulgaire admire. 

(V, p. 320.) 



DE Ronsard. 187 

De là l'emploi de l'ancien substantif PourtraiC' 
tare. (IV, p. 399.) 

Poster, V. intrans., ancien mot dérivé de poste, aller 
la poste, « courir, aller ça et là en diligence s , déjà 
signalé par Trévoux comme usité par la populace, 
subsiste encore avec le même sens dans la langue 
populaire. 

Poste, dit-il, marche, fuy. (II, p. }2i.) 

Pouîcer, V. trans. Ronsard l'écrit ainsi parce qu'il le 
dérive de Poulce (pouce), et lui attribue le sens de : 
faire vibrer à l'aide du pouce. Nicot donne Poulser 
(lat. pulsare), qui serait peut-être préférable. 

(Les Muses)... m'apprindrent leurs mestiers, 
A bien faire des vers, à bien pouicer la lyre. 

(III, p. 372.) 

Poupelin, s. masc, pour poupon. 

... mon petit poupelin. (III, p. 426.) 

Poupeliner, v. trans., bercer, caresser comme un en- 
fant berce et caresse sa poupée. Ex. : (VI, p. 396.) 

Poupine, s. fém., pour poupée. (Nicot, Trévoux, 
Littré.) Ex. : (VI, p. 391.) 

Pouppier, adj., innovation de Ronsard qui l'applique 
au vent, qui prend le navire en poupe, favorable. 

Le vent en ma faveur, qui pouppier se reveille, 
Me poussa de Milete aux rives de Marseille. 

(Boc. Roy., t. III, p. 398.) 

Pourpier, v. trans., comme Porfiler (les deux dans 
Nicot), broder. Ex. : (III, p. 158.) 

Pourperet, allongement de Pourpret, diminutif de 
pourpre. Cf. Pour pria. 

... la rose pourperette. (II, p. 342.) 



1 88 Lexique 

Pourpnn, adj. quai. Ronsard l'emploie concurremment 
avec pourpcret, pourperé, pourpre, pourpré. 

... pourprine rose. (II, p. 342.) 
... ses lèvres pourperées. (II, p. 345.) 
... devant un sénat pourpré. (II, p. 357.) 
... la rose pourperette. (II, p. 342.) 

Pourpris, s. masc, vieux mot appartenant à l'ancienne 
langue : habitation, enclos {conseptum). 

... la demeure 
Où les heureux esprits 
Ont leur pourpris. (Odes, iv, IV, t. H, p. 252.) 

De même : (VII, p. 277.) 

Pourtraire, Pourtraicture. (V. Portraire.) 

Pousser, v. trans. Ronsard l'emploie dans le sens du 
latin depellere, deturbare, chasser, précipiter de... 
Ex. : En parlant de l'inconstance de la Fortune. 
Cadme sentit bien sa secousse 
Et de quel tonnerre elle pousse 
Les grands princes de leurs honneurs. (II, p. 37.) 

Pousse-terre, adj. composé, créé par Ronsard et em- 
ployé substantivement comme épithètc de Nep- 
tune : pousse-terre {<\\\\ remue, qui ébranle la terre). 

(III, p. 328.) 

Poussinlhe, s. fém. Nom populaire delà constellation 
des Pléiades (Trévoux). Ex. : (VI, p. 408.) 

Poutre, s. fém., vieux mot : jument (lat. pullitrum). 
... les poutres hennissantes. (I, p. 214.) 
Pourquoy, comme une jeune poutre 
De travers guignes-tu vers moy ? (II, p. 288.) 

On écrivait aussi Poultre. 

Préau, s. masc. (lat. pralulum), petit pré (Nicot). 
Ex. : (II, p. 44b.) 



DE Ronsard. 189 

Prédicant, s. masc, ^ terme de mépris sous lequel 
on désigne les ministres de la Religion Réformée • 
(Trévoux). Ex. : (VII, p. 8$, 86 et 87.) 

Ronsard en dérive le péjoratif : Prédicantereau, 
s. masc. (VU, p. 86.) 

Prée, s. fém., vieux mot ''{Roman de la Rose, Palsr 
grave, Nicot). 

lo, voicy la prée verdelette. (I, p. 92.) 

Premier, adv., signifiait pour la première fois (Nicot, 
Littré). 

Engendra les ayeux dont est sorty le père 
Par qui premier je vy ceste belle lumière. 

(IV, p. 297.) 

Présagieux, adj. quai., qui porte avec soi un présage 
de malheur. i^III, p. 277.) 

Avant sa mort les feux présagieux 

Le tremble-terre et les foudres des cieux 

Esbranleront sa royale demeure. (III, p. 232.) 

(Une comète) va signant les cieux 

De cheveux rougissants d'un feu présagieux. 

un, p. 277.) 

Presse, s. fém., « vieux mot, peine, affliction, persé- 
cution (Gloss. sur Marot), Trévoux » . Ronsard 
l'emploie dans le sens atténué de insistance. 

Je ne vous seray plus, d'une importune presse, 
Fascheux comme je suis. (I, p. 299.) 

Presse sur presse, expression composée formée du mot 
Presse, pris au sens de foule, multitude de person- 
nes ou d'objets qui se pressent, se serrent les uns 
contre les autres, de là le sens de cette expres- 
sion : sans intervalles. 

En longs cheveux ornez presse sur presse 

De chaisnes d'or et de carquans gravez. (III, p. 245.) 

Pressouer, ancienne forme du mot pressoir (Littré, 



190 Lexiq^ue 

Roman de la Rose, Palsgrave), comme Miroer et 
Mirouer pour miroir (v. ce mot). 

Et tous les ans il voirra sur l'autonne 

Bacchus luy rire, et plus que ses voisins 

Dans son pressouer gennera de raisins. [lU, p. 406.') 

Preste, fém. de l'adj. prêt, employé par Ronsard dans 
le sens très restreint de : qui appartient à, qui est 
au pouvoir, à la disposition de quelqu'un. 

Gaignons ce jour icy, trompons nostre trespas; 
Peut-estre que demain nous ne reboirons pas. 
S'attendre au lendemain n'est pas chose trop preste. 
(I, p. 159. Variante de i J84.) 

Pnntaner, v. intrans. (en parlant de la nature), revê- 
tir sa robe de printemps, se couvrir de verdure. 
Ex. : (I, p. 1 16.) 

Proesme, s. masc, très ancien mot, dérivé de proxi- 
mus : prochain (Nicot). Un exemple : [VI, p. 179.) 

Prothenotahe et Protonotaire, s. masc. Protonotaire 
est seul indiqué par Nicot et semble avoir été seul 
usité. Prothcnotaire est de l'invention de Ronsard, 

3ui d'ailleurs a employé aussi Protonotaire : officier 
e la cour de Rome ayant un degré de prééminence 
sur tous les notaires de la même cour, et qui reçoit 
et expédie les actes des consistoires publics. Ex. : 
(II, p. 423, Protonotaire, et III, p. 401, Protheno- 
taire.) 

Preud'homme, forme ancienne du mot prud'homme. 
On voit par l'emploi qu'en fait Ronsard qu'il le rat- 
tache à la racine prudcns homo. 

... ce prcud'liomme, 
Fin artis.in de cauteleux moyens. (III, p. 194-195.) 

Prime, adj. (lat. primas), premier, vieux mot (Littré, 
Nicot). 



DE Ronsard. 191 

PoIIux, vaillant à l'escrime, 

Et son frère, qu'on loûra 

Pour des chevaliers le prime. (11, p. 233.) 

La volupté sur toutes doucereuse 

C'est en amour cueillir la prime fleur, 

Non un bouton qui n'a plus de couleur. (III, p. i8i.) 

De là le sens figuré : qui vient de se former, fin, 
délié, que Nicot traduit par tenais. 

Ce Francion avait un beau menton, 
Crespu de soye et pareil au coton 
Prime et douillet, dent le fruitier autonne 
La peau des coings blondement environne. 

(III, p. 161.) 

Prime, s. fém., jeu de cartes fort en vogue au sei- 
zième siècle et qui se jouait avec quatre cartes. 
I Jeu de cartes où l'on oste les huicts, les neufs et 
'es di.x, où les testes valent moins, et le sept plus; 
le flus est de quatre semblables, et prime de quatre 
différentes; et permis est de faire vade, tant que 
l'on aye ce que l'on désire. » (Note de Cl. Garnier.) 

Je cherche compagnie, ou je joue à la prime. 

(Vil, p. 123.) 

Prindrent, ancienne forme de la 3' pers. plur., passé 
défini de prendre : prirent. 

Ces mains, ceste bouche et ce front. 
Qui prindrent mon cueur. (I, p. 234.) 

Printine, s. fém. Nom de Nymphe de l'invention de 
Ronsard. (VI, p. 139.) 

Privément, adv., vieux mot (Littré, Nicot), d'une 
manière privée, familière, familièrement. 

Plus privément, en imitant l'exemple 

Des amoureux, tu me diras ton soin. (III, p. 197.) 

Probosce, s. fém. (gr. ■jrpogo(7xi'i;), trompe de l'éléphant, 
subsiste dans \tàénsiProboscidien. 



192 Lexiq_ue 

Mocqueurs, causeurs, escornifleurs de tables, 
Qui bien repeus, autant de nez te font 
Qu'a de probosce un vieil Rhinoceront... 

Œleg., xxxn, t. IV, p. 352.) 

Pront, fém., Pronte, adj.qual., orthographe itahenne 
(pronto) du mot prompt. 

Qui voudra voir une jeunesse pronte 

A suivre en vain l'objet de son malheur. (I, p. i.) 

Pronube, adj. fém. C'est l'épithète hime pronuba (qui 
préside au mariage), appliquée à Junon. 

La pronube Junon. (Boc. Roy., t. III, p. 430.) 

Province, s. fém., pris dans le sens très particulier de : 
patrie, pays natal. 

... mais, puisqu'il faut mourir, 

Donne-moy que soudain je te puisse encourir, 

Ou pour l'honneur de Dieu ou pour servir mon prince, 

Navré, poitrine ouverte, au bord de ma province! 

(V, p. 249.) 
(C'est-à-dire aux frontières de mon pays.) 

Pucelette, s. fém., diminutif de pucelle, antérieur à 
Ronsard. 

Une jeune pucelette. (VI, p. 35}.) 

Pucelle, s. fém., diminutif de puce, créé par Ron- 
sard. (I, p. 61.) 

Puissant, construit avex: la préposition de et un infini- 
tif complément, construction rare (Littré : ex. de 
Pascal) : qui a le pouvoir de. 

déesse puissante 

De pouvoir secourir 

La vierge languissante 

Déjà preste à mourir. (II, p. 256.) 

Purger, v. trans. {purgare), nettoyer, purifier. 

Le dix-septième siècle l'emploiera encore dans 
l'expression : purger les passions. 



DE Ronsard. 19J 

Ronsard l'employait dans le même sens en par- 
lant de l'âme : 

... aux enfers, comme un songe léger 

Elle devalle, afm de se purger 

Et nettoyer la macule imprimée 

Qu'elle receut dans le corps renfermée. (III, p. 222.) 

Putain, s. fém., opposé à chemise (d'homme") : vête- 
ment de dessous que portaient les femmes de mau- 
vaise vie (?). (VII, p. J06.) 

Pyralide, bête à lacjuelle on attribue ainsi qu'à la sa- 
lamandre la propriété de vivre dans le feu. 

Muret dans son commentaire en donne la défini- 
tion suivante : »■ Pyral'uies sont petites bestes vo- 
lantes qui ont quatre pieds et se trouvent en l'isle 
de Cypre, ayant telle nature qu'elles vivent dans le 
feu et meurent dès qu'elles s'en esloignent un peu 
trop. » Nicot a emprunté à Muret cette définition. 
Sans vivre en toi je tomberois là-bas (aux enfers). 
La pyralide en ce poinct ne vit pas 
Perdam sa flamme et le dauphin son onde. 

(Am., I, p. 138.) 



Quadrelle, s. fém. C'est le substantif italien quadrello, 
flèche, dard, carreau. Ronsard n'offre qu'un exem- 
ple de ce mot, qui d'ailleurs n'a pas pris racine dans 
notre langue. 

Amour, tu semble au phalange qui point 

Luy de sa queue, et toy de ta quadrelle. (1, p. 395 .) 

Qaanî, vieux mot, féminin Quantes : combien de. 
Dy quantes fois le jour, lamentant ma misère, 
T'ay-je fait souspirer. [l, p. 3J9.) 

Lex. Ronsard. i } 



194 • Mexique 

Querelle, s. fém. (lat. querela). 
1° Plainte. 
Ainsy se plainct, d'une longue querelle, 
Par les forests la veuve tourterelle. 

(Œuvres inédites, VIII, p. 123.) 
2° Cri plaintif. 
Vous, gressets, qui servez aux charmes, comme on dit. 
Criez en autre part vostre antique querelle. 
3" Dispute. 
La contentieuse querelle 
De Minerve et du Cronien (Neptune). 

(Odes, I, X, t. II, p. 75.) 

Querre, ancien infinitif de Quérir, antérieur à celui-ci 
comme Courre pour Courir (Littré). Ex. : 

(II, p. 173.) 

Quesse, s. fém. (Nicot), caisse. Nicot : « Quesse, 
qu'on deust escrire Qiiaisse, tout ainsi que le Lan- 
guedoc qui le prononce Caisse, comme estant fait 
de ce mot dipsa. ■» Ex. : (III, p. 176.) 

Queste (Nicot, Littré), s. fém., peut avoir deux 
acceptions. 

1° Sens actif, action de chercher. 

Au poinct du jour, comme il alloit en queste. 

(,111, p. 152.) 

2° Sens passif : la chose quêtée, la proie. 
Sans y penser te surprendra 
Comme une jeune et tendre queste. (I, p. 4)5-436.) 

Quiers {je), 1" pers. de l'ind. prés, de Querre ou 
Quérir. Ex. : (II, p. 233.) 

Quis, fém., Qiiise, participe passé de l'ancien verbe 
Querre ou Quérir. Ex. : (II, p. 141.) 

Quitter, v. trans., au sens ancien : céder, abandonner 
(Nicot, Littré). Ex. : (I, p. 384, et III, p. 245.) 



DE Ronsard. 193 



RabaSfS. masc.pl., au singulier R^?/'^/. Claude Garnier 
dans son commentaire des Discours l'explique ainsi : 
« Rabat est un mot de Touraine qui veut dire un 
esprit qui raude et va de nuict. i Revenant. Ex. : 

Tu as veu les rabas encore mieux que moy. 

(VII, p. 100.) 

Trévoux : « Rabat... lutin, esprit qui revient la 
nuit et qui fait du bruit dans la maison. Larvj, Lé- 
mures. Rabelais parle de la momerie des Rabas et 
des Lutins. » 

Racler, v. trans. (Nicot), employé au figuré par Ron- 
sard : effacer. Ex. : (II, p. 50 et 349.) 

Radoté, s. masc, pour radoteur (Littré). Un seul 
exemple chez Ronsard : (III, p. 124.) 

Radouber, v. trans., terme de marine : réparer un 
navire. Ronsard l'emploie avec une acception plus 
générale : réparer, recoudre. Ex. : 

L'autre jour que j'estois assis près d'un ruisseau. 
Radoubant ma musette avecques mon alesne. 

av,p. 13.) 

Radresse, pour redresse, 3^ pers. du sing. du prés, de 
rind. de redresser : dans le sens de corriger. Ex. : 

(\\, p. 179.) 

Raffriandé, mot composé par Ronsard du simple : 
affriandé. Ex. : (I, p. 94.) 

Raillard, adj. quai. (Nicot), ou railleur (N.). 
L'un la satyre et l'autre plus gaillard 
Nous sallera l'épigramme raillard. (VI, p. 4$.) 



i<)6 Lexiq^ue 

Rais, s. masc. (lat. radius), vieux mot : rayon. 
Comme un beau lis, au mois de juin, blessé 
D'un rais trop chaud, languit a chef baissé. (I, p. j6.) 

Raknter. (V. Alenter.) 

Ramager, adj. quai., innovation de Ronsard : qui a 
un joli ramage. 

Rossignols ramagers, qui d'un plaisant langage 
Nuict et jour rechantez vos versets amoureux. 

(Sonnets pour Hélène, n, XLIII, t. I, p. 14.) 

Ramé, adj. quai., vieux mot. {Roman de la Rose.) 
r Garni de branches. 

...il veit, par cas d'aventure, 
Sur un arbre Amour emplumé, 
Qui voloit par le bois ramé 
Sur l'une et sur l'autre verdure. (I, p. 4}$.) 

2° Ronsard lui attribue le sens de : garni de 
rames. Ex. : 

Les nobles fils des dieux dans Argon enfermés 
Quittant le double rang de leurs sièges rames 
D'une ancre au bec crochu la gallere arresterent. 

(V, p. 30.) 

Ramée, s. fém. abstrait, employé au pluriel. 

Tant que les cerfs aimeront les ramées. (I, p. jo.) 

Ramentoivc, prés, du subj. du vieux verbe ramentevoir 
(Paisgrave, Nicot), v. trans. Rappeler à lamémoire, 
faire souvenir. 

... je ne voy fleur, ni herbe, ni bouton, 
Qui ne me ramentoive ores ton beau teton. 
Et ores tes beaux yeux. (IV, p. 252.) 

Rameux, adj. quai., formé par Ronsard : qui se divise 
en plusieurs rameaux. 

...ses cornes rameuses. (IV, p. 10.) 

Rampé, part, passé du v. intr. ramper (Nicot, Littré), 



DE Ronsard. 197 

employé par Ronsard comme adjectif. (III, p. 295.) 

Ranc, s. masc, orthographe de Ronsard pour rang, 
à cause de la prononciation dure du g devant une 
voyelle. 

... l'autre pend au mas 
A double ranc des aisles bien venteuses. (IH, p. 62.) 

Rancueur, s. fém., vieux mot. {Roman de Troye, 
Littré.) Se trouve encore dans Régnier et Mal- 
herbe, rancune, haine invétérée. 

Dans l'estomac jette luy la rancueur, 

Le désespoir, la fureur et la rage, illl, p. 185.) 

Rang {de), expression ancienne, l'un après l'autre, à 
la file (Nicot). 

Le faucheur, à grand tour de bras. 

Du malin jusqu'à la serée, 

De rang ne fait tomber à bas 

Tant d'herbes cheutes sur la prée. (II, p. 201.) 

Autres de rang sur la place apportoient 
Tapis ouvrez. ^III, p. 115.) 

Rase-terre, adj. composé, innovation de Ronsard. 
... le vent rase-terre. (VII, p. 1 19.) 

Rasteau (lat. rastellus). Ronsard l'emploie au sens da 
dérivé râtelier. 

... Francus entra dans le chasteau, 
Son javelot posa contre un rasteau, 
Où mainte pique en son long estendue 
Contre le mur au croc e.toit pendue. (III, p. 115.) 

Ratepenade, s. fém. (Nicot\ ou ratepennade (Tré- 
voux, Littré), ancien dérivé de rate, fém. de rat et 
du lat. pennatus, ailé, ou encore ratepelade (de rate 
et de pelé, sans poil) : sont encore usités comme 
nom vulgaire de la chauve-souris dans le midi de la 
France. Ronsard n'a employé que la forme ratepe- 
nade, pour désigner par dérision la figure glabre des 



198 Lexiq^ue 

mignons de Henri III et railler leur manie de s'épi- 
ier. ^VII, p. 306.) 

Ravageux, adj. quai., innovation de Ronsard. Ex. : 

(IV, p. 79.) 

Rajeur, s. fém., formé par Ronsard sur le mot rais, 
rayon. Il ne l'emploie qu'une fois pour signifier 
l'éclat et la lueur des armes. 

Voyant du fer la rayeur. (Il, p. 90.) 

Réaunie, s. masc, vieux mot antérieur à royaume. 

Et cependant ta finesse icy laisse 

Un réaume acquis. (Poèmes, I, t. VI, p. 78.) 

Rebat, s. masc. (Nicot, Trévoux), était synonyme de 
rebattement, répercussion. Ronsard emploie rebat, 
avec le sens de reflet. Ex. : (III, p. 75.) 

Rebeu (eu —-^ u), part, passé du verbe reboire (Nicot, 
Trévoux, Littré^ : boire de nouveau, boire à plu- 
sieurs reprises. Ex. : (^11, p. 208.) 

Re-blesser, v. trans., composé par Ronsard : blesser 
de nouveau. (VII, p. 22.) 

Rebobine, part, passé du verbe rebobiner, abréviation 
de rebobeliner (Nicot), ou rabobcliner (Cotgrave) : 
raccommoder, rapetasser (Trévoux, Littré). Ex. : 

(VI, p. 74-) 

Reboute, allongement de u en ou de rebute, ]' pers. 
sing. du prés. ind. de rebuter. Ex. : (I, p. ij.) 

Rebras, s. masc, vieux mot qui signifiait autrefois le 
rebord, le repli de quelque habit (Nicot, Trévoux, 
Littré). 

Un bouclier à s:pt rebras. (II, p. 166.) 
Une toque à rebras. (VU, p. 117.) 
De là le verbe aujourd'hui disparu : rebrasser 



DE Ronsard. 199 

(retrousser). On disait : rebrasser ses manches, son 
chapeau. 

Rebruire. (V. Bruire.) 

Recamé, part, passé an verbe récamer (esp. recamar), 

terme technique (Littré) : broder. Deux exemples: 

(I, p. 229, et VI, p. 182.) 

Rechante tes vers : « défais les charmes que tu as faits 
contre moy. » (Richelet.) Ex. ; (II, p. 211.) 

Recontre-balancer, v. trans., composé par Ronsard, 
qui lui attribue le sens de : donner en échange, ré- 
compenser. 

El certes un tel serviteur 
Mérite que ta main royale 
Recontre-balance un grand heur 
A sa diligence royale. i^II, p. 36.) 

Recorder, v. trans., vieux mot : rappeler, chercher à 
se souvenir (Nicot, lat. recordan). Marot offre en- 
core un exemple du vieux mot record, souvenir. Le 
verbe recorder subsiste, ainsi que le réfléchi se recor- 
der : mais ils sont peu usités. 

Tout mon art je recordois 

A cet enfant pour l'apprendre. (Il, p. 360.) 

Recoursant et Recoursé, pour retroussant, retroussé, 
ne sont pas dans Nicot. Ex. : 

(I, p. 55, et VI, p. 87.) 

Le mot recourser semble être pour racourser, 
dérivé de racour (Trévoux), terme technique qui se 
disait des étoffes de laine raccourcies par la tein- 
ture : racour = diminution de longueur. 

Recru, fém. recrue, part, passé du vieux verbe re- 
croire, s'avouer vamcu. On a dit ensuite au figuré 
recru pour signifier harassé, excédé de fatigue 



200 LEXIQ.UE 

(Nicot, Roman de la Rose, I^abelais, Nicot, Littré, 
encore un exemple de Vaugelas). 

Et vous, ses sœurs, qui recrues 

D'avoir trop mené le bal 

Toute nuict vous baignez nues. (II, p. 203.) 

Il a le sens de tué, englouti par les flots, dans un 
autre passage : (III, p. loi.) 

Reflot, s. masc, dérivé de flot par analogie avec reflux 
dérivé de flux. Au figuré : les crespes reflos d'une 
chevelure. (II, p. 544.) 

Refrizé pour Refrisé, part, passé du verbe refriser; 
au sens propre : friser de nouveau ; au figuré dans 
Ronsard pour exprimer l'entrelacement des rameaux 
de la vigne et du lierre. (VII, p. 241.) 

Re-fu, i"pers. du parf. déf. de être que Ronsard fait 
précéder du préfixe re pour signifier : je fus de nou- 
veau. Ex. : (I, p. 92.) 

Regard, s. masc, employé avec le sens de spectacle, 
chose à voir. 

... U attache de rang 
(Piteux regard!) pour parades aux festes 
De ses portaux les misérables testes, ijl!, p. 120.) 

Regringoté, part, passé du verbe regringoler, formé 
par Ronsard du verbe gringotter, fredonner, t se 
disait par extension des hommes qui fredonnent 
mal » . (Trévoux.) 

Je dirois la grand' messe, et le temple voûté 
Retentiroit dessous mon chant regringoté. 

(VII, p. 99.) 

Reguelice, s. fém., orthographe de Ronsard pour ré- 
glisse (Nicot, Littré) et ragalisse (NicotK (Ex. : 

[IV, p. 88.) 

Re-jeltonner, v. intrans., produire des rejetons. 

Et re-jettonne en branches davantage. Mil, p. 33$-) 



DE Ronsard. 201 

Relent, ordinairement substantif, est adjectif dans 
Ronsard : qui a une odeur de relent. Ex. : 

(III, p. 116.) 

Remascfier, v. trans. (Nicot , Littré, Acad.), au 
figuré : repasser dans son esprit, ruminer. 
Icy cestuy de la sage nature 
Les faits divers remasche en y pensant. (II, p. 224.) 

Rtmbiischer, s. masc, rentrée du cerf ou de toute 
autre bête dans son fort. On disait aussi le rem- 
buschement. I, 255. V. Vénerie. 

Ronsard tire ce substantif du verbe se rembuscker, 
rentrer dans le bois (en parlant du gros gibier). 

Remirer, v. trans. (Paisgrave, Nicot, Littré) : mirer 
de nouveau. 

Ainsi disoit Hélène en remirant son teint. [\, p. 341) 
... la face trop remirée. (II, p. 168.) 

Renarde, s. fém. (Trévoux, Littré, Acad.) : femelle 
du renard. Ex. : i^I, p. 260.) 

R'engendrer, orthographe de Ronsard pour rengen- 
drer (Nicot) : ancienne forme de régénérer, renou- 
veler. Ex. : (V, p. 15.) 

Renglacer, v. trans., mot nouveau créé par Ronsard : 
il le tire du verbe englacer, qui est aussi une de ses 
innovations. (V. Englacer.) Ex. : (I, i .) 

Rengreger, v. trans. (Nicot, Trévoux, Littré), au 
propre et au figuré : accroître, augmenter, enveni- 
mer, empirer. Ex. : (I, p. 100.) 

Rengrever, v. trans. (Nicot, Littré), vieux mot dérivé 
àt grief : alourdir, rendre plus pesant. 
Je sens toujours un penser qui me mord, 



Me fait la guerre et mes peines rengrève. (I, p. 8.) 



202 LEXIQ_UE 

Répons, s. masc, pour repos, se dit encore dans le 
centre de la France. 

Ainsi puisses-tu vivre en amoureux repous 
Jusqu'à la mort, Claudine, avccque ton espous. 

(IV, p. 68.) 

Requoy (à\ expression ancienne (Paisgrave, Nicot, 
Trévoux) : à l'écart, en particulier, tranquillement. 
On disait aussi en requoy. Re^uov, dérivé de coi 
i/juletus], tranquille, s employait aussi comme adjec- 
tif (MarotV 

Ha Dieu ! que je suis aise alors que je le voy 
Esclore au poinct du jour sur l'espine à requoy 
Aux jardins de Bourgueil, près d'un bois solitaire. 
[Sonnet à la rose, I, p. 152.) 

Respan(Je), r* pers. du prés, de l'ind., orthographe 
ancienne, 1*5 étant paragogique dans les verbes de 
la 4' conjugaison, à la i^' pers. du prés, de l'ind., 
de même qu'à l'impératif, 2' pers. Aussi Ronsard 
écrit-il de même ren pour l'impératif de rendre. 

(I, p. 170.) 
Plus je respan de traits sus hommes et sus dieux. 

ij, P- 175 •) 

Responderez [vous), 2' pers. plur. fut. ind., ancienne 
forme pour rcspondrez, reprise par Ronsard pour la 
mesure du vers [e intercalé, repris à l'infm. latin : 
responJere). 

Vous me responderez qu'il est un peu sourdaut. 

(I, P- Î99) 

Responselte, s. fém., diminutif créé par Ronsard du 
mot response, fém. (Nicot), ou raipons, masc. (Ni- 
cot) : sorte de campanule comestible, raiponce. 
Ex. : ^VI, p. 87.) 

Ressemblable , adj. aual., innovation de Ronsard pour 
la rime : ressemblant. (Ex. : II, p. ^67.) 

Ressembler, v. intrans. (Littré) aujourd'hui, était 



DE Ronsard. 203 

transitif et intransitif (Nicot) : Ronsard offre des 
exemples de ce double emploi, tlll, p. 259 et 3 1 1.) 

RessouJre (Se), employé par Ronsard pour la rime 
au lieu de se ressouder : se réunir, se confondre 
avec. Ex. : (II, p. 258.) 

Reth, s. masc. (iat. retis), orthographe ancienne du 
mot rets, filet. 

Et vos cheveux frisez d'une crespe cautelle, 
Qui vous servent d'un reth. ilV, p. 220/1 

Ronsard l'orthographie aussi rhé. (V, p. 177.) 

Retoffu, adj. quai., dérivé par Ronsard de toffu 
(touffu) : dont les rejetons forment comme une 
touffe. (VI, p. 183.) 

Retonner, employé comme verbe transitif par Ron- 
sard pour : faire retentir, célébrer. Ex. : (V, p. 96.) 

Retors, part, passé du verbe retordre, est employé au 
sens propre. (III, p. 56.) 

Retraire, v. trans., vieux mot (Nicot, Littré), lat. 
retrahere , signifiait retirer, puis retirer chez soi, 
accueillir, recevoir. 

(Moi) qui ay voulu retraire 
Tout soudain un estranger 
Dans ma chambre et le loger. (II, p. 164.') 

Retrepigner, v. intrans., fréquentatif du vieux verbe 
treper, qui existe encore dans le dialecte du centre 
de la France et qui avait formé trepïller et trépi- 
gner : ce dernier seul subsiste. 

J'oy la terre 
Retrepigner durement 
Dessous la libre cadence 

De leur dance. (VI, p. 359.) 

Re-tuer, v. trans., composé par Ronsard : tuer de 



204 Lexiq^ue 

nouveau, métaphoriquement : i re-tuer Hector -n , 
Chanter de nouveau la mort d'Hector. (VII, p. 22.) 

Rhé, s. masc. (V. Reth.) 

Rhétoriijueur, s. masc. Nicot n'indique que rhéteur. Il 
est cité par Trévoux (Ex. : de Marot), comme 
vieux mot : orateur. (VII, p. 24.) 

Riagas, s. masc. (de l'espagnol rejalgar), sorte de 

f)oison, dit Muret dans son commentaire. Nicot 
'explique : i Riagas, espèce de poison, qu'aucuns 
nomment reagal, Aconhum. » 

De la mielleuse et fielleuse pasture 
Dont le surnom s'appelle trop aimer, 
Qui m'est et sucre et riagas amer, 
Sans me saouler je pren ma nourriture. 

(Am.^ I, MJ, !, p. 88.) 
On le trouve encore : 
Dans cet œil je ne scay quoi demeure 
Qui me peut faire en amour à toute heure 
Le sucre fiel et le riagas miel. 

(Am., I, 194, 1, p. 1 10. "i 

Ce mot employé par Ronsard comme terme 
technique a complètement disparu sans laisser de 
trace. La langue moderne possède le mot realgar, 
forme espagnole de l'arabe rahdj-algar, poudre 
des cavernes, qui désigne non l'aconit, comme le 
pense Nicot, mais le sulfure rouge d'arsenic. 

Riban, s. masc, ancienne forme du mot ruban 
(v. Littré, Hist.), usitée dans le centre de la F"rance 
et qu'on retrouve dans le terme familier qui en est 
dérivé : ribambelle. 

Je voudrois estre le riban 

Qui serre ta belle poitrine. (II, p. 287.) 

Rlbler, v. neutre. Nicot l'explique ainsi : « Ribler est 
avec port d'armes troller çà et là et courre sus à 



DE Ronsard. ao^ 

chacun. Grassari. i Ronsard l'applique au feu qui 
court de maison en maison. 

... les feu.x indontez 
Riblant par les maisons. (Boc. royal, III, p. 296.) 

L'étymologie en est incertaine : on l'a rapproché 
de ribaud. 

Trévoux : » Rlbler, terme populaire et vieux qui 
signifioit courir la nuit, comme les filoux, les débau- 
chés. Grassari, divagari noctu. Ce mot vient de 
Tibia qui en langage celtique ou bas-breton signifie 
la même chose. » 

Rien, employé au sens étymologique rem, quelque 
chose (Nicot, Littré). 

... ferme bien l'huis sur moy; 
Si rien me vient troubler, je t'asseure ma foy, 
Tu sentiras combien pesante est colère. (1, p. 413.) 

Rien-ne-vaut, employé substantivement par Ronsard 
pour: un vaurien. Ex. : (VI, p. 283.) 

• 

Rober, v. act. (ital. rubare, voler), employé par Ron- 
sard comme synonyme de dérober, fréquent dans 
l'ancienne langue, qui en avait formé le substantif 
roberie, vol, larcin. 

Depuis qu'il eut robée 

La flamme prohibée. (II, p. 2$$.) 

Rondache, s. fém., vieux mot (Trévoux, Littré) : 
grand bouclier rond en usage dès le temps de Char- 
lemagne. Ex. : (III, p. 300.) 

Rondement, adv., tout en rond. 

... enflant 
Sa bouche rondement. (VII, p. 119.) 

Cet adverbe subsiste, mais avec un sens tout dif- 
férent. 



2o6 Lexiclue 

Ronge-pampre, adj. composé créé par Ronsard. 
...le bouc ronge-pampre. (VI, p. 410.) 

Ronge-poumon, adj. composé créé par Ronsard. 
... la toux ronge-poumon. (V, p. 194.') 

Roquet, s. masc, subsiste sous la forme roc/i^; (Littré). 
Espèce de manteau qu'on portait jadis : il n'allait 
que jusqu'au coude et n'avait point de collet. 
Leur roquet pendoit jusqu'aux hanches. 

(Odes, I, 10, II, p. 91.) 

C'est ainsi qu'il faut, croyons-nous, interpréter 
ce vers d'après le contexte où Ronsard décrit l'ap- 
parence, le costume et le maintien des Parques. 
M. B. de Fouquières propose le sens de roquet: 
bobine, forme lyonnaise du mot rochet, » bobine sur 
laquelle les ouvriers en soie dévident celle qu'ils 
emploient dans leurs fabriques -^ (Trévoux). Ce sens 
ne nous semble pas admissible ici, la strophe sui- 
vante étant consacrée à la description de leur que- 
nouille, du pezon et des fuseaux qu'elles emploient. 
» Ce sens de roquet semble justifié par un autre 
exemple. [U, p. 476.) 

Rosin, adj. quai., couleur de la rose. 
Ces doigts rosins. i^I, p. 22.) 
Sein de couleur de Hz et de couleur rosine. 

", P- 3-16.) 

Roter, V. trans., vient de (e) rudare, signifie expirer 
avec force. Ce verbe est devenu bas. Rare dans 
l'emploi poétique que lui donne Ronsard. 

Ny du Vésuve tout le chaud, 

Ny tout le feu que rote en haut 

La fournaise sicilienne. (Odes, ni, 10, II, p. 210.) 

Rouer, v. trans. (du latin rotare), faire tourner. Ex. : 
Typhée 
Qi_ii rouoit une fronde en l'air. 

(Odes, I, 10, II, p. 79.) 



DE Ronsard. 207 

Ronsard l'emploie encore en parlant des astres ; 
il signifie alors : décrire son orbite, accomplir un 
mouvement circulaire. 

Astres, qui dans le ciel rouez vostre voyage. 

(Am.,ii, 45, I, p. 197.) 

Ce vers a un sens analogue : conduire en rond 
(Nicot, Littré), dans le passage suivant : 

Tousjours les belles Naiades 



Puissent rouer leurs carolles 

Autour de tes rives molles. (II, p. 347.) 

De là le verbe réfléchi se rouer, tourner sur soi- 
même, se rouler. 

... et autour de la proue 
Maint tourbillon enescumant se roue. (III, p. 83.) 

Kouhard, adj. quai., créé par Ronsard. Sorte d'ono- 
matopée imitant le roucoulement du pigeon. Ex. : 

(I, p. 216.) 

Rousée, s. fém., forme très ancienne du mot rosée 
(Palsgrave, Nicot, Littré). 

... la terre arrousée 
De la fertile humeur d'une douce rousée. (I, p. 27$.) 

De là l'ancien verbe rousoyer, repris par Ronsard 
et employé au participe présent rousoyant : couvert 
de rosée. 

... fleurs et herbes rousoyantes. 

(|Am., I, Sonnets, 66, I, p. 39.' 

Et (I, p. 54.) 
Rousoyer. (V. Rousée.) 

Route, employé par Ronsard pour déroute. 

. . . saccagé la plaine 
Des Flamans mis en route. 

(Ode au roy Henri II, H, p. 19.), 



2o8 Lexiq^ue 

Ruer, V. Irans. (Nicot, Littré), vieux mot (lat. ruere) : 
jeter avec force. 

Vy sans que jamais tonnerre 
Ou la coignée, ou les vents 

Ou les temps 
Te puissent ruer par terre. (II, p. 276.) 

Au figuré : jeter. 

... Le géant, d'autre part 
Sur luy ruant un terrible regard. (III, p. 126.) 

Ruineux, adj. quai. (Trévoux, Littré), avait le sens 
passif : qui menace ruine, et le sens actif: qui cause 
des ruines. C'est le dernier sens que l'on trouve . 
dans Ronsard (V, p. 74) : le vent ruineux. 



Sac(juer ou Saquer, v. trans., vieux mot. Nicot n'in- 
dique que l'orthographe sacquer. On dit aussi : sa- 
cher (Trévoux : Perceval, Songe du Verger) : 
tirer l'épée hors du fourreau. Ex. : 

(ni,p. 133 et 224.) 

Saquer se dit encore en marine pour : tirer avec 
effort et soubresauts (Trévoux, Littré). 

Safrane, part, passé employé adjectivement du vieux 
verbe safrancr, peindre en jaune ou couleur de 
safran (V. Safranier), au figuré épithète de l'Au- 
rore, de l'aube; couleur de safran (lat. croceus), d'un 
jaune doré. 

Voicy l'aube safranée. (VI, p. 364.) 

Cf. Ensaffrané. 

Au propre Ronsard, l'emploie dans le sens de 
bistré : les • yeux saffranez i . (VII, p. 83.) 



DE Ronsard. 209 

Safraniers, adj. quai., couleur du safran, c'est-à-dire : 
banqueroutiers, vieux mot. 

En la façon que les marchands rusez 

Qui safraniers, par meschantes practiques, 

N'ont point de draps aux secondes boutiques, 

Mais monstrant tout dès le premier abord, 

Font bonne mine et se vantent bien fort. (IV, p. )J2.) 

« Il n'y a pas longtemps, dit le Dictionnaire de 

Trévoux, qu'on peignait Je jaune et de couleur de 

safran, les maisons des banqueroutiers ou de ceux 

dont les biens étoient confisqués avec note d'in- 

' famie. i 

Sage-preux, adj. composé créé par Ronsard, qui, 
s'adressant au connétable Anne de Montmorency, 
l'appelle : 

Sage-preux connestable. (V, p. 329.) 

Sagette (lat. sagitta), flèche. 

... son sourcil ressemblant 
A l'arc d'un Turc qui la sagette a mise 
Dedans la coche. (Am., 11, Chanson, I, p. 155.) 

V. Ibid. Am., il, 10, 1, p. 158. 

De même : Franc, I, III, p. 79 : 

... une viste sagette... 

Saigneux, adj. quai., innovation de Ronsard : san- 
glant, ensanglanté. 

Et font pleurer le ciel d'une pluye saigneuse. 

(V, p. 130.1 

Si que tousjours sa main sera saigneuse 

Du sang hardy de l'Espagne odieuse. (V, p. 296.) 

Saillir, v. intr., vieux mot (Nicot, Littré), s'élancer 
avec impétuosité, sortir. 

Puis sans rien profiter du collège sailly 
Je vins en Avignon. (IV, p. 299.) 

Lex. Ronsard. 14 



210 LEXIC^UE 

SaUmandre, s. fém., orthographe de Ronsard, ou 
Salmandre {Nicoi) : Salamandre. (VI, p. 152.) 

S'amie. Élision pour sa amie. 

Cf. M'amour. Emploi fréquent jadis. (V. Littré, 
Histoire du mot : mie.) 

Chantoit l'amour de Briseis s'amie. (I, p. 126.) 

S'amour. Élision pour sa amour, fréquent jadis. 
Cf. M'amour, S'amie, etc. Ex. : (I, p. 206.) 

San^lantement, adv. dérivé de sanglant, cité par 
Nicot : de la couleur du sang. (VI, p. 38.) 

Satjuer. (V. Sacquer.) 

Sarclouëre, s. fém., prononciation du Centre pour : 
sarcloir, s. masc, instrument qui sert à sarcler. 

(VI, p. 411.) 

Sas, s. masc. (Nicot, Littré), crible (bas latin seda- 
tium, sitacium pour setaceum), tissu lâche et résis- 
tant soutenu par un cercle, qui sert à passer des 
liquides ou des matières pulvérulentes. 

Le crible servait aux diseurs de bonne aventure. 
Ex. :(I,p. 185.) 

Saturne, nom propre, employé comme nom commun 
pour désigner l'astre qui préside aux destinées 
humaines. Ex. : 

. . . forcer je ne puis 
Mon Saturne ennemy. (HI, p. 370.) 

Cf. Maistriser. 

Sauteler, v. neutre, diminutif de sauter, bondir. 

(I, p.8o.) 
De même (III, p. 56, 57.) 
... autres, fols de pensée. 
Comme agités de fureur sauteloient. 



DE Ronsard. 21 s 

Sauvagln, adj. quai., innovation de Ronsard, qui lui 
attribue le sens de : qui tient de l'animal sauvage. 
Un exemple : 

M'a fait Acteon cornu 

Me transformant ma nature 

En sauvagine figure. (II, p. 345.) 

Savourable, adj. quai., employé par Ronsard comme 
synonyme de savoureux. 

Il bénit de Cérès le présent savourable. (V, p. jj.) 

Scadron, s. masc, première forme du mot escadron. 

(Il, p. 487.) 

Sceptre, adj. quai., employé par Ronsard pour signi- 
fier qui porte le sceptre. Ex. : (III, p. 366.) 

Sciamaches ((r/ciaiia/éa)), gens qui combattent des 
ombres. (Épitre au lecteur, II, p. 15.) 

Scintille, s. fém. (scintilla), ancienne forme savante du 
mot : étincelle. (Nicot indique les deux.) Nous 
-n'avons plus que le verbe scintiller. 

Le substantif scintille est employé par Ronsard. 

De foudre pars, de scintille et de suye. 

(Fr., II, t. III, p. 92.) 

Et(I, p. 167.) 

Scophion. (V. Escofion.) 

Secous et Secoux, part, passé du vieux verbe secorre, 
secouer, employé pour la rime en place de secoué. 

Pour eux tombe en abondance 

Le glan des chesnes secous. (V, p. 260.) 

Et le vanneur my-nud, ayant beaucoup secoux 

Le blé, de çà de là, de sur les deux genoux. 

(VII, p. 122.) 

Secretain, s. masc. Sacristain : les deux mots sont 
dans Cotgrave, Nicot, Trévoux. Ex. : (V, p. 263.) 



212 L E X I Q_U E 

Secrétaire, s. masc, au sens étymologique du mot : 
confident. 

Parlent profondément des mystères de Dieu; 
Us sont ses conseillers, ils sont ses secrétaires, 
Us scavent ses advis, ils scavent ses affaires. 

(VII, p. J9) 

Seicher, v. trans., sécher. Nicot indique les deux 
orthographes. 

Et pour ce je te supplie 

De me conduire à ton feu 

Pour m'aller seicher un peu. (Il, p. i6j.) 

Séjour, s. masc, peut avoir deux sens indépendam- 
ment de son sens habituel. 
1° Durée. 

... l'amour qu'on charme est de peu de séjour. 

(I, p. 296.) 
2° Retard. 

... ma maistresse, après si long séjour, 
Voyant le soin qui ronge ma pensée, 

ira payant 

Les intérêts de ma peine avancée. (I, p. 27.) 

Et ailleurs, s'adressant au soleil : 
... tire hors de l'onde 
Ton char, qui fait pour nous trop de séjour; 
Haste ton cours... (IV, p. 137.) 

Séjour {à), expression ancienne signifiant : à loisir, 
en toute liberté. 

Pour m'y plonger une nuict à séjour. (I, p. 13.) 

De là l'expression un homme de séjour, c'est-à- 
dire qui séjourne, qui peut y mettre le temps. 
... il faudroit bien un homme de séjour 
Pour, gaillard, satisfaire à une seule amie. 

(I, p. 398.) 

Sembler, v. intrans., longtemps employé avec le sens 
de ressembler. 



DE Ronsard. 213 

Ny ceste belle Grecque a qui ta beauté semble, 
Comme tu fais de nom. (l, p. 384.) 

Semestre (semestris), aujourd'hui n'est plus que sub- 
stantif et a le sens de : espace de six mois; il est 
adjectif dans Ronsard, qui d'ailleurs ne l'a employé 
qu'une fois en l'appliquant à Proserpine, et P. de 
Marcassus explique que c'est : « à cause qu'elle 
demeuroit six mois aux enfers et six mois avec 
nous » . 

Supplioient la Déesse (Cérès) et sa semestre fille. 

(Boc. Roy., III, p. 295.) 

Semoner (Ronsard), ou Semonner (Trévoux, Littré), 
forme ancienne du verbe semonJre (Nicot, Tré- 
voux, Littré), qui signifiait convier, inviter. Ex. : 

(I, P- '3S-) 

Sempervive, s. fém., mot composé créé par Ronsard 
pour désigner probablement ["immortelle. « C'est, 
dit Richelet, une sorte de simple qui prend son nom 
de sa nature. Et ce n'est pas sans cause qu'il fait 
ce présent à Hélène; la Sempervive est d'une habi- 
tude à faire aimer. C'est pourquoy on l'attachoit 
anciennement aux portes des maisons pour en 
chasser toutes haines et inimitiez. •» 

Senestre, adj. (lat. sinister), vieux mot : gauche. 

. . . luy flatant de la destre 
Les genou.x, de la senestre 
Le sous-menton luy toucha. (II, p. 80.") 

Sentinelle, s. fém., employé au masculin par Ronsard. 
Ex. : (I, p. 311.) 

Sérancer {N\cot, Trévoux, Littré), v. trans., dérivé 
de sénin (Nicot, Trévoux, Littré), ou sérans (Tré- 
voux), sorte de peigne qui sert à diviser la filasse 
du lin ou du chanvre : sérancer = peigner avec le 
séran cette filasse. Ex. : (V, p. 132.) 



2 14 Lexique 

Ce terme subsiste comme terme de métier et a 
donné naissance aux dérivés scrançolr, synonyme 
de séran, et séranceur, ouvrier qui se sert du séran. 

Serée, s. fém. (ital. sera), soir, nuit. Il est à regretter 
que ce joli mot ait disparu de la langue. Ronsard 
en fait un usage fréquent. 

Je ne suis point, Muses, accoustumé 
Voir vostre bal sous la tarde sérée. 

(Am., I, 170, I, p. 98.) 

V. II, p. 201, 474 et passim. 

Serene, s. fém., ancienne forme du mot sirène (Nicot, 
Littré). 

De la serene antique (Parthenope) 
Je verray le tombeau. (II, p. 247.) 

Serener, v. trans., employé jadis aussi bien au sens 
propre qu'au figuré, rendre serein, a formé le dérivé 
rasséréner. 

terre fortunée, 

Des Muses le séjour. 

Qu'en tous ses mois l'année 

Serene d'un beau jour! (Odes, 11, ij, II, p. 155.) 

Serpens-pied, adj. composé, créé par Ronsard. 
... les Geans serpenspiez. (VI, p. 40.) 

Serpentes, s. fém. pluriel, tiré du mot serpent par 
Ronsard : vipères. 

Serpentes d'Alecton. (VII, p. )i2.) 

Serpenticr, adj. créé par Ronsard, synonyme de l'ad- 
jectif verbal serpentant. 

D'une course serpentière. (Odes, v, 12, II, p. 347.) 
Il emploie de même l'adjectif serpentin, mais avec 
un sens différent. 

... une âme serpentine. (VII, p. 64.) 



DE Ronsard. 21$ 

Service, s. masc. (V. Littré, ex. du Roman de la Rose, 
de Malherbe), attachement en amour. On disait 
aussi : l'amoureux servage. 

Mais ce qui plus redoubla mon service. 

C'est qu'elle avoit un visage sans art. (I, p. 269.) 

Pour retenir un amant en servage 
Il faut aimer. (I, p. 274.) 

Servir, v. intrans., employé dans le sens de : être 
le serviteur, l'esclave de... obéir à... 
... vous estes véritable, 
Et non courtisan variable 
Qui sert aux faveurs et au temps. (II, p. 239.) 

Et(IV,p. 30J.) 

Seulet, adj. quai., diminutif de seul (Nicot, Littré). 
Tantost j'errois seulet par les forests sauvages. 

(I, p. 362.) 

Si, conjonction conditionnelle et dubitative, ne s'élide 
plus aujourd'hui que devant le pronom // ; pouvait 
jadis s'élider devant tout mot commençant par une 
voyelle. Ex. : 

S'un roy, pour sa defence, 

A vos frères repoussez 

De sa terre avec sa lance. (II, p. 20$.) 

... s'on vouloit. (II, p. 27}.) 

Si, s'employait aussi avec une valeur affirmative 
et signifiait : 

1° De plus, en outre, et aussi. 
Le rossignol a haute vois 



Se plaint d'eux et leur dit injure : 

Si fait bien l'arondelle aussi. (VI, p. 350.) 

2" Toujours est-il que. 

Encores que la mer de bien loin nous sépare, 
Si est ce que... (VI, p. 9.) 



2 I 6 L E X I Q_U E 

3° Néanmoins, pourtant. 

Quoique tu sois au combat dangereux, 

Si seras tu, Phovère, bien heureux 

D'aller victime à l'onde acherontide. iIII, p. 126.) 

Si, renforce très pour marquer le superlatif. Ex. : 
... Si très chaut. (I, p. 412.) 

Siagre, nom propre pour Syagrm, général romain 
vaincu par Clovis. 

Il poursuivra d'une ardante colère 
Siagre, fils de Gillon. (III, p. 230.) 

Skambrien et Slcambrois, double forme employée par 

Ronsard : des Sicambres, ancienne tribu franque. 

(III, p. 217 et 224.) 

Sidère, s. fém., vieux mot déjà cité par Paisgrave. 

{Escl. de la langue française, II, 39.) Ronsard 

l'emploie comme synonyme de : dame, maîtresse. 

(Œuvres inédites, VIII, p. 146.) 

Silltr, V. trans., terme emprunté à la fauconnerie, cou- 
vrir d'un chaperon la tète du faucon pour l'aveugler. 
L'étymologie demande l'orthographe ciller. 

Ronsard l'emploie toujours dans le sens figuré 
de : fermer les yeux. 

... la Parque noire 
Avant le temps sillant nos yeux. 

ill, 153, 238, 392, etc.) 

Nous avons perdu le mot simple siller, mais con- 
servé son dérivé dessiller qui nous fait comprendre 
le primitif. 

Simplesse, s. fém., vieux mot (Paisgrave, Nicot,. 
Littré), simplicité. 

... les riches habits d'artifice pesans 
Ne sont jamais si beaux que la pure simplesse. 

(I, p. }8o.> 



DE Ronsard. 217 

Soldan (NicoO, et Soudan (Trévoux"). « Ce mot en 
Ian;îue moresque signifie roi ou prince : d'où l'on a 
fait sultan qui est le titre du grand Seigneur » (Tré- 
voux). 

Du grand Turc je n'ay souci 

Ny du grand soldan aussi. (II, p. 276.) 

Soldat (italien : soldato). Ronsard l'écrit indifférem- 
ment au pluriel : soldars (I, 268),soldarts (III, 45), 
Soudan (V, 58) et soldats (VII, 199 et 200). 

Sole, s. fém., terme de vénerie. Nicot : « C'est la 
basse superficie du pied, solum. » Deux exemples ; 
(II) cognoissoit bien le pied, la sole, et les alleures. 

1', 25 s) 

Nature fit présent de cornes aux taureaux. 

Et pour armes de crampe et de sole aux chevaux. 

(VI, p. 271.) 

Solennel, adj. quai. (lat. solennis), employé avec son 
acception étymologique : annuel, qui se répète 
chaque année (Littré). 

Ce temple, fréquenté de festes solennelles, 
Passeroit en honneur celuy des immortelles. 

(I, p. 229.) 

Soliciteux, adj. quai., employé par Ronsard avec la 
préposition de (soUicitus de...) : inquiet de... Ex. : 

(", P-335-) 

Solitaire, adj. quai., employé substantivement comme 
synonyme de solitude. Ex. : (VI, p. 392.) 

Sommeillard, adj. quai., employé par Ronsard con- 
curremment avec somnmlkr et sommeilleux : qui 
produit le sommeil. 

Et que la nuict un bandeau sommeillard 

Des deux côtés de l'horizon allonge. (I, p. 34.) 



2l8 LEXIQ.UE 

Quand le somme vient lier 
D'une chaîne sommeillere 
Mes yeux clos sous la paupière. (II, p. 164.) 

... et la nuit sommeilleuse 
De nos propos est, ce semble, envieuse. (III, p. 597.) 

Sommeilleux, adj., qui tient du sommeil, de l'oubli ou 
de la mort. (II, p. 3 56 ; VI, p. 92.) 

Songe-creux, employé comme adjectif par Ronsard. 
Mercure songe-creux. (V, p. 253.) 

Songeard, adj. quai., pour songeur, rêveur. 
... mon âme songearde. (I, p. 106.) 
Boy donc, ne fay plus du songeart. (II, p. 35 1.) 

Sonner, v. trans., employé par Ronsard dans le sens 
restreint de célébrer, chanter en vers. 
De vouloir prendre à gré 
Nostre chanson sonnée. (II, p. 245, 246.) 

De là le substantif 5on«fur employé fréquemment 
par Ronsard pour poète (sonneur de vers). 
Il eut pour sa prouesse un excellent sonneur. 

(I, p. îjô.l 

Sorcelage, s. masc, innovation de Ronsard pour la 
rime. Nicot ne donne que sorcellerie. On trouve 
sorcerie plus anciennement. (Roman de la Rose.) 
Ex. :(1I, p. IJ9.) 

Sorcelière, adj. fém., tiré par Ronsard du môisorcier. 
Un exemple : 

... Tasorcelière science. (II, p. 47}.) 

Satané, s. fém., ancienne forme du mot soutane. 

Le prestre, orné d'une sotane blanche. (III, p. 57.) 

Soucis, s. masc. pi., pour sourcils, conformément à la 
prononciation du centre de la France. Ex. : 
Qui t'a noircy les arcs de tes soucis ? (I, p. 198.) 



DE Ronsard. 219 

O de Paphos et de Cypre régente, 
Déesse aux noirs soucis. (H, p. 213) 

Souef, adj. quai., ancienne forme populaire du mot 
suave (lat. saavh), doux. 

... quelque drap d'escarlate 
Qui si fin et si souef en sa laine sera 
Que pour un jour de feste un roy le vestira. 

(I, p. a20.) 

Soulasser {Se), v. réfl., ancien dérivé de soûlas : con- 
solation, joie, plaisir. Le mot soubs avait formé le 
mot soûlasse (Lacombe, Dict.), ivre, enivré de... 
d'où le sens de se soulasser dans le vers suivant : 
Se soulasser d'amour. (IV, p. 272.) 
On a dit aussi soulacier (Lacombe) {ci = ss). 

Souloîr, V. intr. (lat. solere), avoir coutume ; usité dès 
le moyen âge et fréquemment employé par Ronsard. 

Am., II, stances, I, p. 233. 

Sonnets pour Hélène, li, jo, I, p. 353. 

Là souloit à midi ceste beste outrageuse 
Fouiller et tout son corps de bourbe revestir. 

(Songe, III, p. 290.) 

Souple-jarret, adj. composé, innovation de Ronsard. 
Ex. : (III, p. 199.) 

Souguenie, s. fém., ancienne forme du substantif jou- 
{juenille (Nicot, Rabelais, Littré) : un méchant 
habit. (II, p. 270.) 

Sourcer, v. intrans., innovation de Ronsard. • Pro- 
duire une source de fontaine » (Nicot). 

... boire en la fontaine 
Fille de ce cheval qui fist sourcer le mont. 

(III, p. 260.) 

Et (II, p. 254.) 



220 Lexique 

Sourçoyer, v. intrans., dérivé par Ronsard du verbe 
sourcer. (V. ce mot.) (Poèmes, VI, p. 53.) 

Sourdesse, s. fém., vieux mot (Paisgrave), surdité. 
Nicot indique trois synonymes : surdité, 'sourdeté 
et sourdise. Trévoux les signale comme vieillis. 

Tu dis qu'une sourdesse a mon oreille close? 

[VU, p. 102.1 

Sourdre, v. intrans. (Nicot, Littré). 1" Jaillir, en par- 
lant de l'eau, d'une source. Ex. : 
Sourdoit de vives fontaines 
Le vif surgeon perennel. (Il, p. 7}.) 

2° En parlant des oiseaux, s'élever dans l'air 
(Nicot"). Se dit encore d'un nuage qui sort de l'ho- 
rizon et s'élève vers le zénith (^Trévoux). En ce 
sens Ronsard l'accompagne d'un pronom. Ex. : 
Tu enlevés ton corps lavé 



Trémoussant d'une aile menue; 

En te sourdant à petits bons. 

Tu dis en l'air de si doux sons. 1 VI, p. 548.) 

y Au figuré il signifie : s'lever, résulter, naître 
(Nicot, LittréK 

Sourire (Se), forme réfléchie du verbe sourire usitée 
autrefois (Nicot, Pasquier), indiquée encore par 
Trévoux qui cite un exemple de d'Ablancourt. 
Alors Vénus se sou-rit. (Il, p. 271.) 
De même (III, p. 284). 

Sous-voix (à), traduction littéraire de l'expression ita- 
lienne : sotlo voce =^ à voix basse. Ex. : 

(IV, p. 542.) 

Souventes-fois et Souventcfois, expression ancienne, 
synonyme de souvent (Paisgrave, Nicot, Littré). 

Je fus souventes-fois retansé de mon père. 

(VI, p. 189.) 



DE Ronsard. 221 

Spartes, s. masc. pi., employé pour signifier les habi- 
tants de Sparte, les Spartiates. 

(Poèmes, I, Le Souci, VI, p. 1 10.) 

Ailleurs Ronsard emploie Spartain adjectivement. 

les fils putatifs du Spartain Tyndarée. (V, p. $8.) 

Stygial et Stygieux, adj., du Styx, propre au Styx. 

(VII, p. j 1,1, p. 439.) 

Suader, v. trans., et Suasion, s. fém.,tous deux indi- 
qués par Nicot, dérivés anciens de suadere, suasio, 
formes primitives des mots persuader, persuasion. 

(V, p. 91 et 93.) 

Submettant, part. prés, du verbe submettre, antérieur à 
soumettre. On disait de même submission pour 
soumission (Nicot). 

Me submettant. (I, p. 438.) 

Subvertir, v. act. (subvertere), retourner, changer du 
tout au tout (Nicot). 

Il n'en est pas d'autre exemple que cçlui-ci : 

Mais il ne faut ouïr vostre docte éloquence, 
Qui pourrait subvertir des juges la sentence. 

(Boc. Roy., III, p. 357.) 

Trévoux : subvertir la religion, les lois. 

Succez, s. masc. (Nicot, Littré), au sens primitif du 
mot : état de ce qui succède, suite. Ex. : le sacce: 
de réparation = les réparations successives. 

(V,p. 17.) 

Sueux, adj. quai., tiré par Ronsard du substantif 
sueur : plein de sueur, suant. 

D'une sueuse escume il est tout blanchissant. 

(V, p. 66.) 

Suivir, v. trans., vieux mot. {Roman de la Rose, 



222 Lexique 

— Trévoux cite Marot, — Littré), suivre. Nicot 

n'indique que suivre. 

Sus ! quenouille, suis-moy, je te meine servir 

Celle que je ne puis m'engarder desuivir. (1, p. 219.) 

Supplier, V. trans. aujourd'hui, employé par Ronsard 
avec à et un complément indirect à 1 imitation du 
latin. (V. Littré : cite Amyot et Commines.) 
Supplie à Dieu qu'en santé très-parfaite 
Viviez cent ans en la paix qu'avez faite. {III, p. 385.) 

Surgeon, s. masc. (Nicot, Trévoux, Littré), jet na- 
turel en parlant de l'eau, et au figuré rejeton. Ron- 
sard l'emploie au propre : 
... De vives fontaines 
Le vif surgeon perennel. (II, p. 73.) 
Sources qui bouillonnez d'un surgeon sablonneux. 

(I, P- 34 1-) 
Montaigne qui l'emploie l'écrit sourgeon. 
Au figuré Ronsard dit : 
Ame, surgeon de la divine flamme. (II!, p. 221.) 

Surnouer, v. intrans., vieux mot, composé de sur et 
de nouer, nager. Nicot n'indique que surnager. 
Ex.:(VI, p. 374.) 

Survivre, employé comme verbe transitif avec un com- 
plément direct. 

« Les doctes folies des poètes survivront les 
nombreux siècles à venir. » 

(Épître au lecteur, II, 14.) 

Sus, ancienne interjection équivalente au latin âge, 
agite, s'employait pour exciter quelqu'un à prendre 
courage, à agir. 

Sus! quenouille, suis-moy. (I, p. 219.) 
Sus est aussi une ancienne forme de la préposi- 
tion sur. Ex. : 



DE Ronsard. 225 

Plus je respan de traits sus hommes et sus dieux. 

(I, p. 175.) 
Sus s'employait aussi dans l'expression par sus, 
équivalente à par dessus. Ex. : 

... par sus toute chose. (I, p. 28.) 
Quand par sus la raison le cuider a puissance. 

(VII, p. 3$.) 

Suspens, ancien adjectif dérivé du lat. suspensus 
(Nicot, Trévoux, Littré) : suspendu. Ex. : 

(■III,p. 158.) 
Subsiste dans la locution : en suspens et comme 
terme de droit canonique : un prêtre suspens 
(interdit). (Académie.) 

Suttilement pour Subtilement, orthographe ancienne. 
Ex. : (I, p. $9.) 

Sympathie, s. fém., si français aujourd'hui, est une 
heureuse innovation de Ronsard. 

Les cieux, fermez aux cris de sa douleur 
Changeant de front, de grâce et de couleur, 
Par sympathie en devindrent malades. 

(Am., I, 197, I, p. 112.) 



Tabourin, s. masc, vieille forme (Paisgrave, Nicot,, 
Littré) du mot tambourin. 

Les uns frappoient les tabourins enflez. (III, p. {6.) 

Tac, s. masc, vieux mot encore usité en art vétéri- 
naire pour désigner une maladie contagieuse de la 
peau qui attaque les moutons, les chiens et les che- 
vaux. On appela aussi de ce nom une sorte de peste. 



224 Lexiclue 

qui désola Paris au début du quinzième siècle et qui 
se manifestait par « des fièvres et tremblements » 
laccompagnés d'une grande lassitude, d'une toux 
violente et de crachements de sang (Trévoux). 
Ex. :(V, p. 258.) 

Au figuré : s'applique aux péchés qui sont comme 
la lèpre de l'âme. (III, p. 222.) 

Taie. (V. Taje.) 

Tais, s. masc, orthographe de Ronsard pour test 
(v. ce mot), tête, enveloppe du cerveau, crâne. 
Dedans le tais luy tourne la cervelle. (III, p. IJI.) 

Talonnier, s. masc, ailes que Mercure avait aux 
pieds selon la légende. (^III, p. 54.) 

Ronsard emploie aussi le s. fém. talonnière, en- 
core usité. (II, p. 322.) 

T'amie, élision pour ta amie. V. M' amour, s' amie, 
emploi fréquent jadis. Ex. : (I, p. lyj.) 

Tançon, s. fém., pour tenson ou tençon (Trévoux). 
On appelait ainsi dans les cours et les puys d'amour 
une discussion en vers, un dialogue poétique entre 
deux ou plusieurs personnages sur une question de 
galanterie. 

L'Académie en fait un mot masculin. Mais, con- 
formément à rétymologie(/e«i/o, querelle, dispute), 
Ronsard lui attribue le genre féminin. 
Ce mot a pour lui deux sens : 
1° Chant poétique. 
(Lors) que l'oiseau parmy les bois ramez 
Lu Thracien lus tançons recommence. 

(Am., 156, 1, p. 90.) 
2° Poésie, œuvre poétique. 
Et feray résonner d'un haut et grave son 
(Pour avoir part au bouc) la trafique tançon. 

(Am., 11, Elégie, I, p. 146.) 



DE Ronsard. 22^ 

Tandis, adv., employé au sens primitif du mot. 
(V. Littré; Chevallet, Origine et formation de la 
langue française, III, p. 318.) Pendant aussi 
longtemps, pendant tout ce temps-là. 

Tandis les vents avaient gaigné la mer. (III, p. 92.) 
De même (III, p. 107, 112, 114.) 

Tant seulement (v. Littré), vieille expression qui n'est 
plus usitée que dans le langage familier, signifiait 
seulement, rien davantage (Trévoux). 

J'ay soucy tant seulement 

De parfumer cointement 

Ma barbe. (Il, p. 276.) 

Tane, nom propre employé au féminin par Ronsard 
pour désigner le Tanaîs. 

Outre la Tane on m'entende crier 
Jo! Jo! (I, p. 50. j 

Tapon, s. masc, autre forme du mot tampon : bou- 
chon. (V. Chevallet, I, 479, Littré, Brachet, Dic- 
tionnaire.) 

Fais après à ma bouteille 

Des feuilles de quelque treille 

Un tapon pour la boucher. (II, p. 163.) 

Tai]. (V. Tac.) 

Tard, t tantost est adverbe de temps, sera, tarde, 
tantost est nom adjectif, seras, tardas t> (Nicot). 
Aujourd'hui il n'est plus employé que comme 
adverbe. 

Le tard vaisseau qui t'iroit poursuivant. (VI, p. 27.) 

Tardis, adj. quai, au masc. pi. pour tardifs par 
atténuation de /devant le signe du pluriel. 

Les fevres de Vulcan sont plus lents et tardis 
A démener les bras, que ces guerriers hardis 
A manier les mains. (^V, p. 62.) 

Lex. Ronsard. Ij . 



220 LEXIQ_UE 

Targe. (V. Targue.) 

Targue, s. fém., autre forme du mot targe (Nicot, 
Littré), nom donné autrefois au bouclier. On re- 
trouve la forme targue dans le dérivé se targuer, se 
couvrir de quelque chose comme d'un boucher, s'en 
prévaloir avec ostentation. 

... Francus, secouant en la main 
Un javelot à la pointe d'airain, 
Ayant au col sa targue à mainte houppe, 
Vers le chasteau mena sa jeune troupe. (III, p. 1 12.) 

La forme targe se trouve aussi fréquemment. 
Ex. : (II, p. 443.) 

Taye, s. fém., ou Taie (Nicot, Trévoux, Littré), en- 
veloppe membraneuse (Trévoux), qui entoure la 
cervelle. Ex. : (III, p. 239, et V, p. 57.) 

Temple, s. fém., vieux mot antérieur à tempe (Pals- 
grave). Nicot cite temple et tempe. 

Trévoux indique encore temple comme terme 
d'anatomie. 

Dessous le fer sifflant comme tempeste 
Ores leur joue, ores sonnoit leur teste, 
Ores la temple. (III, p. 129.) 

Tendre, adj. quai., s'emploie encore par opposition à 
dur. Ronsard l'emploie comme synonyme de fra- 
gile. (I, p. 31.) 

Tendret, adj. quai., diminutif de tendre (Nicot, Lit- 
tré). 

Une avette sommeillant 

Dans le fond d'une fleurette 

Lui piqua la main tendrette. (II, p. 271.) 

Tempester, v. intr., s'employait pour : être agité par 
la tempête. Ex. : (II, p. 278.) 

Ronsard l'emploie aussi au figuré pour troubler. 



DE Ronsard. 227 

Tempête (Trévoux) se disait du trouble moral, du 
malheur. Ex. : (II, p. 196.) 

Temps, s. masc, Bon temps, vieil temps (I, p. 255), 
termes de vénerie. Voir les mots erres et vénerie. 

Tenteresse, nom féminin, innovation de Ronsard pour 
tentatrice. 

... si quelque déesse 
En cent façons doucement tenteresse 
M'accoloit... (Am., i, 209, I, p. 118.) 

Terrain, adj. quai., employé par Ronsard avec le 
sens de terrestre, qui vit sur terre. 

Les autres moins terrains sont à part habitans 

Torrens, fleuves, ruisseaux... 

Or paroissant sur l'eau et ores sur les rives. 

(V, p. 13J.) 

Ronsard emploie aussi terrien et terrien. (V. ces 
mots.) 

Terrien et Terrien, adj. quai. Ronsard emploie indif- 
féremment les deux formes comme synonymes de 
terrestre. 

Vous, despouillé du manteau terréen. 
Irez au ciel à la gloire éternelle. 

(Boc. Roy., III, p. 312.) 
Tout le soin terrien. (V, p. 317.) 

Terre-né, adj. composé, innovation de Ronsard : né 
de la terre, fils de la terre. 

Les géans terre-nez ont senti ton pouvoir. 

(V, p. 237.) 

Tesnière, s. fém., ancienne forme du mot tanière 
(Nicot). Ex. :(III,p. 333.) 

Test, s. masc. = tête; les deux mots sont dans Ni- 
cot, mais test désigne spécialement le crâne. 
Ton test n'aura plus de peau. 

(Am., I, Stances, p. 75.) 



228 Lexique 

Quelques vers plus loin Ronsard emploie tête et 
nous montre ainsi la différence qu'il fait, comme ses 
contemporains, entre les deux mots. 
Les testes des cimetières. 
La différence est peut-être encore plus sensible 
dans les deux exemples suivants : 
... un cheval qui rua, 
De coups de pied l'un de mes gens tua, 
Lui escrageant d'une playe cruelle 
Bien loin du test la gluante cervelle. (VI, p. 70.) 

... cette hideuse beste 
Se vint coucher tout auprès de ma teste. (VI, p. 70.) 

Ronsard écrit aussi tais. (V. ce mot.) 

Tétace {c = ss), ou Tétasse (Trévoux, Littré), vieux 
mot populaire encore usité pour désigner les ma- 
melles flasques et pendantes. Ex. : (V, p. 195.) 

Tcthmix, adj. quai., innovation de Ronsard qui l'em- 
ploie au sens figuré : dont le sein est fécond. 

... de Nature le sein 
Eit tousjours tetineux pour tout le genre humain. 

(IV, p. 34 1-) 

Thusqne, adj. quai., et Tasqiu, pour toscan : 
I" En parlant de Pétrarque. 
... les thusques vers. (I, p. 43.)' 
: 2" Les tusques mains ingénieuses. (II, p. 297.) 

Pour désigner les ouvriers de Florence. (Note 
de Richelet.) 

Tiers, fém. Tierce, ancien adjectif antérieur à troisième, 
dont il a la signification (Nicot, Littré). 

Je me fey tout François, aimant certes mieux cstre 
■ . En ma langue ou second, ou le tiers, ou premier, 
Que d'estre sans honneur à Rome le dernier. 

(VI, p. 191.) 

Tige, s. fém. aujourd'hui; masc. au seizième siècle, 



DE Ronsard. 229 

employé au masculin par Ronsard dans le sens de : 
ancêtre. 

Francus, le tige de nos rois. (Fr., 11, III, p. 121.) 

I Tige, se dit figurément en généalogie de la 
branche principale à l'égard des branches cadettes 
qui en sont sorties. » ( Dictionnaire de Trévoux.) 

... il sortoit 
De l'heureux tige de sa race. (II, p. 74.) 

Tigre, s. fém., employé par Ronsard pour désigner la 
femelle du tigre : ailleurs il emploie le terme cou- 
rant : tigresse. (V. Littré, hist.) 

Mon roy n'a pas d'une tigre sauvage 
Succé le lait. (I, p. 126.) 

Tigreaii, s. masc, diminutif de tigre : jeune tigre, 
mnovation de Ronsard calquée sur lionneaii dérivé 
de lion. Ex. : (IV, p. 280.) 

Tiltre, s. masc. (Nicot"), orthographe usuelle au sei- 
zième siècle du m.ot titre (Littré). Ex. : 
... sans nul tiltre. (III, p. 144.) 

Tine, s. fém., tonneau, cuve (Nicot, Trévoux, Lit- 
tré), a formé le dérive tinette. Ex. : (V, p. 252.) 

Tintouin, s. masc, vieux mot (Nicot en fait l'his- 
toire), encore usité aujourd'hui quelquefois au sens 
propre : bourdonnement dans l'oreille, tintement 
d'oreilles, devenu familier au sens figuré : inquié- 
tude, tracas, soucis. Ronsard l'emploie au sens 
propre. 

Maint tintouin aux oreilles luy bruit. (III, p. 131.) 

Tirace (c = ss), pour Tirasse, 3'= pers. sing. prés, 
ind. du verbe tirasser, vieux mot (Trévoux, Littré), 
employé par Ronsard comme synonyme de tirailler, 
tirer deçà delà, tracasser. Ex. : (II, p. 591.) 



2J0 Lexiqjje 

Tir ace, s. fém. (Trévoux, Littré), sorte de filet usité 
à la chasse. (VI, p. 346.) 

Tirade, s. fém., employé par Ronsard (Nicot), pour 
signifier : l'action de tirer. Ex. : (I, p. 63.) 

Tire-loin, adj. composé, créé par Ronsard qui l'ap- 
plique à Apollon dont les flèches selon la mytho- 
logie grecque étaient infaillibles. 
Apollon tire-loin. (III, p. 80.) 

Tirelire, s. fém., onomatopée imitant le cri de 
l'alouette. Trévoux indique le verbe intransitif tire- 
lirer, crier comme fait l'alouette. Ex. : 

Tu dis en l'air de si dou.x sons 

Composez de ta tirelire. (VI, p. 348.) 

Tissure, s. fém. (lat. textura), vieux mot (Nicot, 
Littré), encore usité au figuré, s'employait jadis au 
sens propre pour désigner : 

I" l'art et la manière de faire un tissu, puis 
2° le tissu lui-même. C'est dans ce dernier sens 
que Ronsard l'a employé. 

En la tissure estoient pourtraicts au vif 
Deux Cupidons. (111, p. 163.) 

Tistre, v. trans., vieux mot (Lacombe, Dictionnaire) : 
tisser, faire de la toile. Ex. : (II, p. 301.) 

Titanin, adj. quai., tiré par Ronsard du nom des 
Titans : 

... les geans séditieux 
Méchante race Titanine. (VI, p. 317.) 

Tormente, s. fém., orthographe de Ronsard pour 
tourmente, ancienne forme du même mot. 

Adieu fermente, adieu tempeste, adieu. (I, p. 377.) 

Tors, adj. quai. Ronsard lui attribue trois formes au 
féminin : torse, torce, tarte. (V. Littré.) 



DE Ronsard. 231 

Les cheveux tors à la façon 

D'une fûlastre Italienne. (II, p. 150.) 

La rondeur de cette couronne 

Trois fois torse d'un ply thébain. (II, p. 69.) 

Par sa voye courbe et torte. (II, p. 229.) 

Si fine soye au mestier ne fut torce. (I, p. 1 17.) 

Tortis, adj. quai., employé par Ronsard (Nicot) : 
tordu. Ex. : 

... ses blonds cheveux tortis. (II, p. 341.) 
Après fay-lui son beau sourcy voutis 
D'ébène noir, et que son ply tortis 
Semble un croissant. (I, p. 133.) 

Au féminin : tortisse. 

Et la vigne tortisse 

Mon sepulchre embellisse. (Odes, iv, 4, II, p. 251.) 

Tortis est aussi employé substantivement dans le 
sens de tresse, couronne, guirlande (Nicot, Lit- 
tré). Ex. : 

... un tortis de violettes. (Odes, i, 10, II, p. 71.) 
Il sert aussi à former la locution : en tortis. 

(III, p. 94.) 

Touffeau, s. masc. Du Gange (Glossaire) donne 
toffel, dérivé du vieux français toffe, touffe, poignée, 
d'où vient le verbe touffer (agric), disposer en 
touffes, et l'adj. touffu. Ex. : 

Et tel présent vaudra peut-être mieux 
Qu'un grand touffeau de fleurs mal-agencées. 

(V, p. 3J9) 
Ailleurs Ronsard emploie le mot bouquet. 

ih?, 397. V, p. 339.) 
Toujours-verd, adj. composé, créé par Ronsard. 
Je veux faire un beau lict d'une verte jonchée, 



De neufard toujours-verd qui les tables imite 
Et de jonc qui les bords des rivières habite. 

(I, p. 190.) 



232 L E X I Q^U E 

Tourbe, s. fém. (Nicot, Littré), avait encore au 
seizième siècle la signification étymologique du 
latin turba, foule, troupe. (Subsiste aujourd'hui 
avec un sens péjoratif.) 

Ronsard l'emploie fréquemment pour troupe, 
foule. 

... la tourbe 
Des vieux pères laissez sur le rivage courbe. 

UI, p. I73-) 
Fends la tourbe des François. (Il, p. 178.) 
La tourbe des chantres divins. (II, p. 81.) 
V. III, p. 48. 

Tomnasser, v. trans. (Littré), encore usité au sens 
propre comme terme technique (façonner sur le 
tour), est employé par Ronsard dans le sens de 
tourner et retourner. Ex. : (VI, p. 345.) 

Tourner, v. trans., changer, métamorphoser (au sens 
du latin vertere). Emploi ancien de ce mot (Nicot, 
Littré). Ex. : (I, p. 257.) 

Tournoyement, s. masc. (Trévoux, Littré) : sorte de 
vertige. Ex. : 

... tournoyement de cerveau. (V, p. 194.) 

Tournoyer (Nicot, Littré), était intransitif Ronsard 
l'emploie comme verbe transitif dans le sens de : 
tourner autour, faire le tour de... Ex. : 

(III, p. 312, et IV, p. 398.) 

Tourterin, adj. quai. Ronsard l'emploie comme épi- 
thète du baiser. V. Colonibin. 

... mille baisers d'Amour, 
Colombins, tourterins. (IV, p. 2S9.) 

Tourtre, s. fcm., vieux mot. Nicot indique la forme 

tourte (V. Littré), ancien nom de la tourterelle. 

Tourtres qui lamentez d'un éternel veufvage. 

(■, PÎ4I-) 



DE Ronsard. 2^5 

Toat-oyant, adj. composé, créé par Ronsard. 

Fils de Saturne, Roy, tout-oyant, tout-voyant. 

iV, p. I43-) 

Toat-yoyant, adj. composé, créé par Ronsard. 
Fils de Saturne, Roy, tout-oyant, tout-vovant. 

(V, p. I43-) 

Trac, s. masc, vieu.x m.ot (Paisgrave, Nicot, Littré), 
trace, s'est maintenu longtemps dans la langue de 
la vénerie pour signifier la piste d'une bête (Tré- 
voux). Ex. : 

Quand la limace, au dos qui porte sa maison, 
Laisse un trac sur les fleurs. (I, p. 184.) 

De là l'emploi du verbe tracer, traverser, par- 
courir en marquant d'une trace. 

(Am., I, 125, I, p. 116.) 

Trafiq', abréviation par syncope du substantif /ra/^tie, 
ancienne forme de trafic, licence d'ailleurs autorisée 
au seizième siècle et prônée par Ronsard. {Abrégé 
de l'Art poétique.) 

L'artisan par ce monstre a laissé sa boutique, 

Sa nef le marinier, son trafiq' le marchand. 

(VI!, p. 140.) 
Ailleurs Ronsard l'écrit traficq. 

S'il n'eust eu traficq avec toy. (II, p. 259.) 
Ou encore traficqiie. (II, p. 328.) 
Ou trafique. (II, p. 357.) 

Trafiqueur, vieux mot qui s'employait comme sub- 
stantif et comme adjectif : aujourd'hui trafiquant 
(Nicot, Littré). Ronsard l'emploie comme sub- 
stantif. 

Je suis le trafiqueur des Muses 

Et de leurs biens, maistres du temps. (II, p. 1 14.) 

Du Bartas l'emploie adjectivement : 
... nos trafiqueurs vaisseaux. 



2 34 L E X I Q.U E 

Traire, w.trans. (lat. trahere), tirer; sens primitif de 
ce mot (Nicot, Littré). Ex. : (III, p. 1 19.) 

Traison, s. fém., pour Trahison. Ex. : (III, 103.) 

Traitis, adj. quai., employé par Ronsard avec le sens 
de traître. 

Qui peindra les yeux traitis 

De Cassandre ma déesse? (II, p. 341.I 

De même (I, p. 1 34). 

Tratlrement, adv., synonyme de traîtreusement. Nicot 
cite les deux. (Am., I, 181, I, p. 103.) 

Tram, s. masc, onomatopée pour imiter le son du 
cor, de la trompe. 

Tantost d'un tram de trompe, et tantost de la voix 
Je leur donnoy courage. (Songe, III, p. 289.) 

Tranche, s. tém., terme technique encore usité en 
agriculture pour désigner une sorte de pioche ou 
de houe. 

Quand il te plaist bêcher, Dimanche, 
Ton grand nez te sert d'une_ tranche. 

(Épigrammes, VI, p. 411.) 

Translateur, s. masc, dérivé de translater (Nicot, 
Littré) : traducteur. Translater et translateur sont 
antérieurs à traduire et traducteur. Ex. : 

(VI, p. 238.) 

Travail, s. masc, peine, souffrance... (Nicot, Lit- 
tré), sens ancien au mot travail. Ex. : (I, p. 285.) 

Travers {par le), expression équivalente à au travers 
(ex. : d'Amyot dans Littré), encore usitée en ma- 
rine, mais avec une acception différente. 
Elle qui tint dessus sa face un voile 
Par le travers du crespe l'apperceut. (III, p, 20}.) 

Trébucher, v. intrans., s'employait jadis comme syno- 



DE Ronsard. 25^ 

nyme de tomber (v. Littré) : sens vieilli aujour- 
d'hui et peu usité. 

Comme toisons de neiges innombrables 

Qu'on veoit du ciel espaisses trébucher. (III, p. 71.) 

Treluisant, adj. quai., brillant, éclatant, mais d'un 
éclat intermittent. 

... les aciers brilloient en treluisans esclairs. 

(V, p. 30.) 

C'est le participe présent employé adjectivement 
du vieux verbe treluire, qui signifiait, selon Tré- 
voux : a voir imparfaitement quelque chose par le 
moyen de quelque petit éclat de lumière. » Ce 
verbe avait donné naissance à l'expression popu- 
laire avoir le trelu, voir une chose autrement qu'elle 
n'est, avoir la vue trouble (Trévoux). 

Ronsard offre un exemple du verbe treluire. 

Et ses rayons treluisoient a l'envy. 

(Am., I, 91, I, p. $3.) 

Tremble-terre, s. masc, mot composé par Ronsard 
pour tremblement de terre. 

Le tremble-terre et les foudres des cieux 
Esbranleront sa royale demeure. (III, p. 232.) 

Tremeiller ou Tremailler, v. trans. (Nicot, Trévoux), 
aujourd'hui traînailler (Littré), vieux mot. 

Trévoux : » Nicot dit que ces mots viennent de 
trois et maille, comme si l'on eût dit à trois rangs 
ou à trois doubles de maille. » Nous possédons en- 
core : tramail (filet composé de trois nappes su- 
perposées ou de trois rangs de mailles), et ses 
dérivés tramaillé (fait en forme de tramail) et tra- 
maillon (diminutif de tramail). 

Ronsard emploie tremeiller comme v. intrans. 
pour décrire la marche des fourmis sur trois files. 
Ex.: (VI, p. 323.) 



236 Lexiqjje 

Trepiller, v. intrans., fréquentatif du verbe treper, 
encore usité dans le centre de la France pour sau- 
ter. Ex. : (II, p. 149.) 

Ronsard emploie aussi trépigner et même retrepi- 
gner. (V. ce mot.) 

De trepiller vient l'adj. trepilUrd, bondissant. 

A l'envi des eaux jazardes, 

Trépillardes, 
Vous chanterez mille vers. (VI, p. 360.) 

Très, employé conformément à l'usage ancien avec si 
pour renforcer la signification de l'adjectif et lui 
donner valeur d'un superlatif absolu. 

... quelque chanson nouvelle 
Dont les accords seront peut-estre si très-deux. 

(V, p. 240.) 

Tressuer, v. intrans. (Nicot), suer abondamment, 
suer à grosses gouttes, encore usité dans quelques 
provinces, vieux mot. [Roman de la Rose.) 
... nous tressuons d'ahan. (IV, p. 306.) 

Trette, s. fém., ancienne orthographe de traite (chan- 
gement de ai en è, ou ce qui revient au même ett). 
Ses coureurs, haletans de la pénible trette. 

(VI, p. 190.) 

Trop plus, usage ancien : trop servant à renforcer la 
signification de l'adverbe /;/u5. 

... troupe chère, 
Quej'ayme trop plus que mes yeux. (II, p. 82.) 

De même devant un comparatif. Ex. : 
... trop plus cher. (I, p. 426.) 

On le trouve encore devant l'adverbe mieux : 
trop mieux. Ex. : (I, p. 410 et 415.) 

Et devant le comparatif meilleur : trop meilleur. 

(II, p. 502.) 



DE Ronsard. 237 

Troque et Troq', orthographe de Ronsard. Nicot 
n'indique que tro(j, aujourd'hui troc, s. masc, 
échange. Le féminin troque subsiste pour signifier 
le commerce d'échange, (il, p. 40.) 

Trouble-cerveau, adj. composé, créé par Ronsard : 
qui trouble la raison. 

... breuvage trouble-cerveau. (III, p. 331.) 

Troupelet, s. masc, diminutif de troupeau, créé par 
Ronsard : troupe, petite troupe. Ex. : 
... des neuf sœurs le sacré troupelet. 

(VI, p. 415) 
Et IV, p. 81. 

Truchement, s. masc. (Littré) (esp. trucheman), in- 
terprète. 

Le truchemant et le héraut des Dieux. 

(Am., I, 30, I, p. 18.) 

Trufer, v. trans. (Nicot), ou Truffer (Trévoux, Lit- 
tré), vieux mot qui signifiait moquer (Nicot)^ railler 
et tromper (Littré). Ex. : (V, p. 57.) 

Tue ou Tû, 3* pers. du sing. du prés, de l'ind. du 
verbe tuer, employé comme préfixe par Ronsard 
dans la composition des mots suivants : 

Tû-géans, adj. composé, épithète d'Hercule. 

... ce tû-géans Hercule. _ 

(Am., I, Élégie à Muret, I, p. 127.) 

Tue-Lyon, adj. composé, épithète d'Hercule. 

Hercule tue-lyon. (Titre d'un fragment, VII, p. 306.) 

Turquols, adj. quai., vieux mot déjà usité dans le 
Roman de la Rose : turc, d'origine turque. 

Ce mot subsiste comme substantif : turquols, 
. pour désigner une sorte de moulin à vent en usage 



258 Lexique 

en Normandie (l'usage des moulins à vent venant 
d'Orient); et turquoise, pierre précieuse. 

Je vy qu'il portoit des ailes, 

Dans la main un arc lurquois. (II, p. 165.) 

Tuscanponr Toscan, épithète par laquelle (IV, p. j 57) 
Ronsard désigne habituellement Pétrarque, de même 
que pour lui le Florentin {IV, p. 356) est le 
Dante. 

Tuscane, nom propre, pour Toscane. 

... je me paissois d'espoir 
De faire un jour à la Tuscane voir 
Qiie nostre France autant qu'elle est heureuse 
A souspirer une plainte amoureuse. (I, p. 125.) 

Tustjue. (V. Thusque.) 

De là l'adverbe tusquement : à la façon toscane, 
c'est-à-dire à l'imitation de Pétrarque. Ex. : 

(IV,p. 3$7-) 

Tymbre, s. masc. (Nicot, Littré). On nommait ainsi 
au moyen âge le casque ou heaume. Ex. : 

Et planté sur ton tymbre un menaçant pennache. 

(III, p. 300.) 



u 



Ulcère, s. masc. (Nicot, Trévoux, Littré). Nicot 
n'indique que le sens propre : plaie. S'employait aa 
seizième siècle et au dix-septième au figuré, pour 
signifier une cause de destruction ou de corruption 
progressive. Ronsard l'emploie pour désigner la 
blessure, le mal d'amour. Ex. : 

(I, P- 39, 64. 256, 304.) 

Un chacun, s'employait jadis là où la langue moderne 
emploie chacun. (\\, p. 74.) 



DE Ronsard. 2J9 



Vague, adj. quai., employé substantivement au mas- 
culin par Ronsard pour désigner l'immensité dé- 
serte de l'air. (II, p. 95.) 

Vain, adj. quai., faux, illusoire, qui n'a pas de réalité; 
d'où le sens de vide, dans les vers suivants de Ron- 
sard : 

Fay-nous au moins, sur le bord de ces eaux, 
Le triste apprest de quelques vains tombeaux. 

(III, p. 108.) 

Quelques vers plus loin : sépulcre parfait, c'est- 
à-dire contenant les corps des disparus. 

Vain, adj. quai., employé à la façon des Grecs comme 
neutre pour la chose vaine, l'image, le fantôme : le 
vain. (III, p. 47.) 

Valecluze, nom propre, orthographe de Ronsard pour 
Vaucluse. 

... de la contrée 
Ou Laure, jusqu'au cœur de son Pétrarque entrée, 
Fit pour elle si haut chanter ce Florentin, 



Si qu'aujourd'huy le Rhosne, et Sorgue et Valecluze 
Murmurant son reno.m, sont cognus par sa Muse. 

(El., xxiii, IV, p. 305.) 

Valeter {Se), v. réfl., innovation de Ronsard, t se 
profaner comme un valet > (Note de Richelet). Se 
prostituer. 

Des hauts Dieux la fille éternelle 
Ne se Valette pas ainsi. (Odes, i, 11, I!, p. 100.) 

Value, s. fém., vieux mot, synonyme de valeur : les 



240 Lexiqjue 

deux sont dans Nicot. Value n'est plus usité que 
dans l'expression plus-value (Trévoux, LittréK Ex. : 

(III, p'. 406.) 

Vanoyer, v. intrans., se perdre, disparaître (lat. vj- 
nescere), cité sous la forme vanoier, par Nicot, 
comme une création Je Ronsard. 

(Am., P. retr., 2, I, p. 389.) 

Vanteur, s. masc. (Trévoux, Littré), synonyme de 
vantard. Ex. : (I, p. 125.) 

Varrle, nom propre. Varlus, ami et éditeur de Vir- 
gile.(III,p. 378.) 

Vasqmne, s. fém., dérivé de l'espagnol bascjuina (jupe). 
Ronsard l'écrit ainsi : l'orthographe moderne 
basquine se rapproche davantage de l'étymologie. 
Un seul exemple : 

... les Nymphes à minuit 
En leur simple vasquine. (Ed., IV, p. 7.) 

Vate, s. masc. (lat. vates), innovation de Ronsard : 
poète. Ex. : (V, p. 234.) 

Vénerie, s. fém. Nous citons sous cette rubrique une 
partie des vers d'Eurymedon et Callirhée oi\ Ron- 
sard a pris plaisir à accumuler un certain nombre 
de termes de vénerie. On trouvera l'explication de 
chacun de ces mots à sa place dans le Lexique. 

C'estoit un Méléagre au mestier de chasser. 

Il sçavoit par sus tous laisser courre et lancer, 

Bien démesler d'un cerf les ruses et la feinte, 

Le bon temps, le vieil temps, l'essuy, le rembuscher, 

Les gaignages, la nuict, le lict et le coucher, 

Et bien prendre le droict et bien faire l'enceinte. 

Il jugeoit d'un vieil cerf, à la perche, aux espois, 
A la meule, andouillerset à l'embrunisseure, 
A la grosse perleure, aux goutieres, aux cors. 
Aux dagues, aux broquars bien nourris et bien forts, 



DE Ronsard. 241 

A la belle empaumeure et à la couronneure. 
Il sçavoit for-huer et bien parler aux chiens, 
Faisoit bien la brisée, et le premier des siens 
Cognoissoit bien le pied, la sole et les alleures, 
Fumées, hardouers et frayoirs, et sçavoit 
Sans avoir veu le cerf quelle teste il avoit, 
En voyant seulement ses erres et fouleures. 

(I, p. 2J4-255.) 
Venteux. (V. Ventueux.) 

Ventrée, s. tém., aujourd'hui synonyme de portée et 
appliqué aux seuls animaux, s'appliquait jadis à la 
femme. {Roman du Renard, Calvin, Nicot, Littré) : 
couche, 

... criant Lucine, accoucha 
De neuf filles d'une ventrée. (II, p. 70.) 

Ventreux, adj. quai., synonyme de ventru, dont le 
ventre est gros, disproportionné. 

... la ventreuse araignée. (V, p. 196.) 
Ronsard l'emploie aussi au figuré : 
... pour voir les esponges ventreuses 
De nostre court, en argent plantureuses, 
Grosses de biens. (VI, p. 26$.) 

Ventueux et Venteux, adj. quai. Ronsard emploie le 
plus souvent la seconde forme. 

(I, p. 84, 202; III, p. 62, 104; VII, p. 150.) 
On trouve cependant ventueux. (I, p. 1 17.) 

... des venteuses maisons (synonyme de navires). 

(III, p. 61.) 

Au figuré : venteux, vain, qui n'a pas plus de 
consistance que le vent. 

... un titre venteux. (III, p. 308.) 

Verdelet, v. intrans., se couvrir de verdure, devenir 
vert. V. l'adj. verdelet. 

... aux couteaux voisins 
Jamais Bacchus n'y fait verdeler ses raisins. 

(VI, p. 42.) 

Lex. Ronsard. 16 



242 LEXIQ.UE 

Verdelet, adj. quai., diminutif de verd : qui verdit. 
... en ce pré verdelet. (II, p. 148.) 
Ronsard l'emploie aussi au figuré dans le sens 
de : jeune. 

Et de ce sein les boutons verdelets. (I, p. 5.) 
... ce sein verdelet. (I, p. 24.) 
Verdelet est encore usité aujourd'hui en ce sens. 

Verdine, s. fém., nom de Nymphe de l'invention de 
Ronsard. (VI, p. 140.) 

Verdiigade. (V. Vertugade.) 

Verdiireiix, adj. quai., innovation de Ronsard : prin- 
tanier, qui renouvelle la verdure. Ex. : (I, p. 354.) 

Vergelette, s. fém., ancien diminutif de vergette (Nicot, 
Littré), qui est lui-même un diminutif de verge. On 
a dit aussi vergerette (Littré) et vergerelle, petite 
verge. Ex. : (VI, p. 595.) 

Vergongner ou Vergogner (Nicot, Littré), vieux mot 
dérivé de vergongne ou vergogne (Nicot, Trévoux, 
Littré). Vergoaner, signalé comme actif par Nicot, 
est intransitif dans Ronsard : avoir honte... Ex. : 

(I, p. MO.) 
Vergongne (ex. : I, p. 257). 

Vermeillet, adj. quai., ancien diminutif de vermeil 
(Nicot). 

Les autres boutons vermeiilets. (II, p. 342.) 

Vermclllon, diminutif de vermeil, employé substanti- 
vement par Ronsard pour désigner métaphorique- 
ment les lèvres de Cassandre. 

(Am., I, Sonnets, 54, I, p. 32.) 
Emploi analogue : (II, p. 198.) 

Verre, adj. (lat. vitreus), innovation de Ronsard qui 



DE Ronsard. 243 

l'applique à l'eau, " claire, liquide et transparente» 

(Richelet). 

Tousjours sa course verrée 

Se joigne à l'onde Loirée. (II, p. 348.) 

Geste belle onde verrée. (VI, p. 374.) 

Verrière, s. fém. (Nicot, Trévoux, Littré) : vitre. 
On a dit aussi verrine (Nicot, Trévoux, Littré). 
Ex. : (I, p. 289.) 

Vers, prép., emploi ancien de ce mot pour envers 
(Littré). 

... à peine deux ou trois 
Vivent après leur mort, pour n'avoir esté chiches 
Vers les bons escrivains. (III, p. 374-375.) 

Vert-gay, adj. composé, synonyme de vert clair. 

(IV, p. 313-) 

Vertugade, s. fém. (esp. verlugala). On a dit aussi 
vertugale. Nicot et H. Estienne (Ap. p. Hérod.) 
indiquent cette dernière forme. 

r Bourrelet que les femmes portaient autrefois 
au-dessus de leur corps de jupe pour le faire bouffer. 

2° Robe rendue bouffante par un de ces bourre- 
lets. C'est en ce dernier sens que Ronsard l'em- 
ploie : 

Et mignottoit un bouquet de couleurs 
Echevelée en simple vertugade. (I, p. 36.) 

Ailleurs verdugade (VII, p. 506). 

La vertugade s'appela aussi verlugadin. Cette 
mode abandonnée au début du dix-septième siècle 
reparut vers 1720; mais la vertugade s'appelait 
alors panier. De nos jours enfin vinrent les crino- 
lines et les tournures, toutes inventions du même 
genre, différentes de nom seulement. 

Vcspre, s. masc, ou Vesprée, s. fém. (Nicot, Littré, 



244 Lexiq^ue 

Roman de la Rose), vieux mot : la seconde moitié 
du jour, le soir. 

... à ce vespre. (I, p. 397.) 
... ceste vesprée. [U, p. 117.) 

Vespre formait la locution à vespre (Nicot) : 
vers la tombée du jour. 

Voyez au mois de mai sur l'espine la rose, 
Au matin un bouton, à vespre elle est esclose, 
Sur le soir elle meurt. (III, p. 258.) 

Vestir, v. trans. Ronsard l'emploie dans un sens tout 
particulier : revêtir la forme de... 

J'aimerois mieux vestir un poisson escaillé. 

(IV, p. 291.) 

Vesture, s. fém., vieux mot (Palsgrave, Nicot, Lit»- 
tré), signifiait vêtement : subsiste encore pour 
désigner spécialement la cérémonie religieuse qu'on 
appelle aussi d'un autre nom : prise d'habit. 

Un crespe délié luy servoit de vesture. (V, p. 178.) 

Veuil, s. masc, vieux mot (Palsgrave, Nicot) dont 
on trouve des exemples dans Marot, Rabelais : 
vouloir, volonté. Ex. : 

Et le forçant veuil des dieux. (Odes, i, i, II, p. 28.) 
Pour le veuil des dieux esprouver. 

(Odes, I, I, II, p. 33.) 

Il s'écrivait aussi vueil (ue ^= eu). 

... pour ensuivre mon vueil. (I, p. 189.) 

Ronsard emploie aussi vouloir^ substantif. 

(I,p. 29$.) 

Vèze, s. fém., instrument de musique dont se ser- 
vaient les bergers. (VI, p. 50.) 

Viande, s. fém. La forme plus ancienne était vivande 
(bas lat. vivanda). Le mot viande avait encore au 



DE Ronsard. 24^ 

seizième siècle sa signification générale et primi- 
tive : vivre, nourriture, aliment (Nicot, Brachet, 
Dictionnaire ; Littré). Ronsard l'emploie en ce 
sens ; 

Toy qui jadis des grands roys les viandes 

Faisois trouver plus douces et friandes. (Il, p. 127.) 

De même Rabelais : « c'est viande céleste, man- 
ger à desjeuner raisins avec fouace (galette) frais- 
che. ï 

Cependant viande avait aussi déjà le sens res- 
treint de chair. Ex. : 

Ne m'achète point de chair. 

Car, tant soit-elle friande. 

L'esté je hay la viande. (Il, p. 163.) 

Le sens primitif de viande subsiste dans les ter- 
mes de vénerie viamier (pâturer en parlant des 
bêtes fauves) et viandis (pâture). 

Viateur, s. maso. (Nicot, Trévoux, Littré), ancien 
mot (lat. viator) : voyageur. Ex. : (VI, p. 285.) 

Vieillard, employé adjectivement. 

... leur ciief tristement vieillard. (II, p. 91.) 
De même : (III, p. 77). 

Père vieillard, escumeux et chenu. 
Ronsard l'emploie au superlatif : 
Les plus vieillards, d'un baston secourus. (III, p. J4.) 

Viel-jouvenceau, s. composé masc, appliqué à Bacchus 
par allusion à l'éternelle jeunesse que lui attribuait 
la mythologie. 

... un Bacchus potelé, gros et gras, 
Viel-jouvenceau. (Poèmes, I, La Lyre, VI, p. 64.) 

Viergeallement, adv., créé par Ronsard d'un adjectif 
viergeal (dérivé par lui de Vierge), comme virgina- 
lement dérive de virginal. Ex. : (V, p. J2.) 



246 Lexiq_ue 

i^iloteiir, s. masc, ou Vilotier (Littré"), ou plutôt V'd- 
lolicr (Trévoux, Littré\ homme qui mène une vie 
joyeuse : débauché, Hbertin. Ex. : (III, p. 285.) 

Vinagc, s. masc, employé par Ronsard pour signi- 
fier : la boisson, la bonne chère. Emploi assez rare 
de ce mot ; signalé cependant par Trévoux. Ex. : 
t. VI, p. 398 : Pour mieux digérer son vinage. 

Ce mot était plus usité comme terme de cou- 
tume pour désigner : 

r Un droit seigneurial sur les vignes et sur la 
vendange. 

2° Une redevance payée aux seigneurs par les 
communautés pour l'entretien des ponts et pas- 
sages. 

3" Une redevance en vin. (V. Trévoux et Littré.) 
Aujourd'hui : addition d'alcool dans le vin. 

Vineux, adj. quai., fréquemment employé par Ronsard 
avec des acceptions très variées. 

I" Qui produit la vigne. 

... les coteau.x vineux. (I, p. 39.) 
2° Plein de vin. 

... Is gobelet vineux. fO, p. 474.) 
3° Causé par la boisson. 

.... les vineux propos, ill, p. 3^1.) 
4" Causé par l'abus du vin. 

... la vineuse rage (pour l'ivresse). (II, p. 196.) 

Virer (Se), v. réfl., vieux mot (Littré), se tourner. 
... l'an se vire 
Plus doux vers nous, ill, p. 343.) 

Vire-voher, orthographe de Ronsard, ou Virevolter 
(Littré). Nicot n'indique que virevonller. On a dit' 



DE Ronsard. 247 

aussi virevouster, virevoiiter, et virevousser : faire 
des virevoltes, tourner sur soi-même. Ex. : 

Les uns plus gais dessus les herbes molles 

Virevoltans à l'entour des carolles 

Suivront ta note. 

(Poèmes, II, les Isles fortunées, VI, p. 177.) 

Viril, adj. quai., employé par Ronsard comme sub- 
stantif abstrait : le viril pour la virilité, la maturité 
de l'homme, l'âge viril. Ex. : (VI, p. 420.) 

Vis, s. masc, vieux mot, visage (Nicot, Littré). 
A vis de... loc. prép... en face de... 

... ce prince, pour mieux voir 
Son estranger, courtois le fit asseoir 
A vis de luy. (III, p. 1 16.) 

Nous avons conservé l'expression vis-à-vis de... 

Visgot, s. masc, abréviation de Visigoth. 

(VII, p. 6..) 

Viste, adj. quai., subsiste comme adverbe. Ex. : 
... un pied viste. (III, p. 153 etpassim.) 

Viste-pied, adj. composé, créé par Ronsard. {V. pied- 
vite.) 

... les coursiers viste-pieds. (VI. p. 123.) 

Vitupère, s. masc, blâme, et Vitupérer, v. act., 
blâmer, formés tous deux sur le latin vituperare, ne 
se trouvent chacun qu'une fois dans les œuvres de 
Ronsard. 

Quel los r'emportez-vous d'un si grand vitupère 
En Sparte la cité? (Hymnes, i, 3, V, p. 59.) 

Si quelqu'un icy me vitupère. 

(Boc. Roy., m, p. 316.) 

C'est un des vieux mots repris par Ronsard : il 



248 Lexiclue 

est cité par Paisgrave. [Esclaircisscment de la 
langue française, II, 39.) 

Voire, ^dv., vieux mot (Nicot, Litlré) : vraiment, 
assurément, sans doute. On disait aussi voirement. 

(Sonnets retr., I, p. 398.) 

Voirie, s. fém. (Littré\ qui signifiait primitivement le 
lieu où l'on dépose les ordures et les immondices, 
a pris par extension le sens de charogne, cadavre, 
débris d'animaux. C'est le sens qu'il a : 

(IV, p. 351.) 

Voirrons (nous), i" pers. du plur. futur ind. du verbe 
voir, ancienne forme. 

Qiiand voirrons-nous quelque tournoy nouveau ? 

(III, p. 384.) 

Et quelques vers plus loin deux autres exemples 
de la même forme. 

Vois {tu t'en), ancienne forme de la 2^ pers. sing. 
prés. ind. du verbe aller, fréquente dans l'ancienne 
langue pour : tu t'en vas. (III, p. 7^.) 

Volter, v. trans., vieux mot (Nicot), faire exécuter à 
son cheval un mouvement circulaire, le faire tour- 
ner sur lui-même. On emploie en ce sens encore 
aujourd'hui le substantif volte. 

(\\, p. 200, et II, p. 288.) 

Voltiger, V. intrans., employé par Ronsard dans le 
sens de : faire de la voltige. (V, p. (ôG.) 

Encore usité en cquitation avec le même sens. 
Vouloir, s. masc. (V. Veuil.) 
Voutis, adj. quai., ancien mot repris et employé par 



DE Ronsard. 249 

Ronsard pour désigner les sourcik : en forme de 
voûte, arqué. 

Son beau sourcy voutis. (I, p. 133.) 

Voyageable, adj. c[ual., créé par Ronsard : accessible, 
qui peut être visité par... 

. . . mon isle est voyageable 
A la mouette et aux marins oiseaux. (VI, p. 77.) 

Vqyagère, adj. quai. fém. de voyageur, créé par Ron- 
sard. 

De prompte jambe voyagera. (II, p. 336.) 

Vqye, s. fém. On appelait jadis « des étoffes à claires 
voies 1 la gaze, le canevas et » autres tissus qui 
laissent passer le jour 1 (Trévoux). Ronsard emploie 
l'expression à rare voye qui semble signifier le con- 
traire (c'est-à-dire un tissu serré) dans le vers sui- 
vant : 

Prit un collet ouvert à rare voye. 

On appelle encore aujourd'hui claire-voie la dis- 
position d'une clôture formée de barreaux espacés 
et laissant du jour entre eux, sens que cette expres- 
sion avait aussi jadis. 

Vueil. (V. Veuil.) 

Vulcan, nom propre, orthographe de Ronsard pour 
Vulcam. (I,p. 83.) 



X 

Xénien, protecteur de l'hospitalité, du grec Çe'vioç, 
épithète de Jupiter. 

Ayant le Roy pour office divin 
A Jupiter versé le dernier vin. 
Dieu xenien qui aux hostes préside. (III, p. 1 17.) 



2^0 Lexiq^ue de Ronsard. 



Yvoirin. (V. Ivoirin.) 

Yvrer {S'), v. réfl., pour s'ivrer, ancien mot, forme 
simple de s'enivrer. Ex. : (II, p. loi.) 



FIN DU LEXIQ^UE. 



TABLE 

Pages. 

Préface de M. Petit de Julleville vij 

fTUDE SUR Ronsard xj 

Théories de Ronsard sur la langue xvij 

Vocabulaire et ses éléments constitutifs xxv 

Orthographe xlviij 

Syntaxe lix 

Conclusion Ixxij 

Lexique i 



PARIS. TYP. DE E. PLON, NOURRIT ET C'«. — l. 



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PQ Mellerio, Louis 

1678 Lexique de Ronsard 



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