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Full text of "L'Église réformée de Paris sous Henri IV : rapports de l'église et de l'état, vie publique et privée des protestants, leur part dans l'histoire de la capitale, le mouvement des idées, les arts, la société, le commerce"

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L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS 
SOUS HENRI IV 



PARIS & CAHORS, IMPRIMERIE A. COUESLANT. - 13.980 



L'ÉGLISE RÉFORMÉE 

DE PARIS 

SOUS HENRI IV 



RAPPORTS DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT 
VIE PUBLIQUE ET PRIVÉE DES PROTESTANTS 

Leur part dans l'histoire de la capitale, 
le mouvement des idées, les arts, la société, le commerce 

Ouvrage illustré de cartes, plans et figures 

PAR 

Jacques PANNIER 

PASTEUR 
DOCTEUR ES LETTRES 




PARIS 
LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

5, QUAI MALAQUAIS, 5 



1911 




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3x 







PARIS EN l594 

dessin de J. Perret gravé par Th. de Leu ' 



PRÉFACE 



Un discours de 1652 : nous aimons notre ville et notre Eglise. — Leur 
expansion parallèle au commencement du XVII e siècle. ■ — Origines 
et développements du protestantisme parisien. — La constitution des 
Eglises réformées et son influence sur les institutions politiques ac- 
tuelles. — Deux forces en présence : Paris et le protestantisme. — 
Comment elles agissent l'une sur l'autre. — Importance de l'Eglise 
réformée à Paris. — Rapports avec le milieu parisien et les autres 
Eglises. — Rôle dans l'histoire de France. — Le temps « normal » du 
régime de l'Edit (1598-1661). — Bornes de cette étude (1594-1610). — 
Comment ce travail a été composé. - — Documents utilisés. — Précédents 
historiens de l'Eglise de Paris. 



« Premièrement l'Eglise de Jésus-Christ est notre Jérusalem... 
Mais il y en a une autre que nous devons aimer tendrement : 
c'est notre France et la ville de notre habitation. Elle est grande 



1. •• La Ville de Paris assiégée el prise par le Grand Roy Henri] II II /<• 
vingt deuxiesme de mars 1594, » frontispice de l'ouvrage de « Jacques 
Perret, gentilhomme savoysien, Des fortifications el artifices » (B. h. p., 
1900, p. 519). 



(i L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

aussi bien que Jérusalem ; elle est beaucoup plus commodément 
et richement située, pleine d'un peuple infini, superbe et magni- 
fique en toutes choses, la mère des arts et des lettres, l'abord 
des nations, la gloire de l'Occident... Et bien que la plus grande 
part de son peuple soit contraire à notre créance, si est-ce 
qu'après plusieurs grandes résistances elle nous a reconnus pour 
citoyens... S'il s'y est exercé des rigueurs contre notre profession, 
les combats et les souffrances des témoins de Dieu nous doivent 
rendre plus cher le pays que leur sang a consacré, et où ils ont 
comme érigé les trophées de leur victoire par les illustres mar- 
ques qu'ils y ont données de leur invincible constance. Aimons 
donc ardemment et sincèrement l'une et l'autre Jérusalem, 
c'est-à-dire et l'Eglise et ce grand Etat où Dieu l'a plantée et 
conservée si miraculeusement 1 . » 

L'Eglise réformée avait près d'un siècle d'existence dans la 
capitale lorsqu'un de ses pasteurs, né au moment où commencera 
notre étude, prononçait, au temps de la Fronde, ces éloquentes 
paroles. Elles montrent bien avec quelle ardente affection les 
protestants parisiens participaient à la fois à la vie de leur Eglise 
et à celle de leur cité, avec quelle douloureuse angoisse comme 
citoyens ils avaient, dans un passé trop récent encore, vu le 
peuple et les chefs de la cité contester leur droit à l'existence 
comme protestants. 

C'est dans la première moitié du xvn e siècle que se place la 
période où le développement de l'Eglise et l'expansion de la cité 
st sont accomplis l'un à côté de l'autre, ou l'un dans l'autre, 
avec le plus de liberté relative. C'est cette période que nous avons 
choisie pour étudier la vie de l'Eglise de Paris dans les rapports 
multiples qui unissaient ses membres à leurs concitoyens : il y a 
là un épisode plus intéressant encore au point de vue de notre 
histoire nationale qu'au point de vue de l'histoire ecclésiastique. 

L'existence du protestantisme parisien est un fait ancien : l'un 
des premiers actes de la Réforme en Europe — le tout premier 
même, à certains égards a été accompli à Paris lorsque cinq 

1. Jean Daillé (né en 1594), Sermon xxvi, exhortation sur le ps. cxxn 
ijuin 1652), dans le Mélange de Sermons publié à Amsterdam en 1658 chez 
Q. de Ravesteyn, t. II, p. 161 (Bibliothèque de la Société de l'histoire du 
protestantisme français). 



DEBITS ET EXPANSION DE LA REFORME FRANÇAISE 7 

ans avant les thèses de Luther Lefèvre d'Etaples commentait en 
1512 l'Epître aux Romains dans l'abbaye de Saint-Germain-des- 
l'rés. L'existence du protestantisme parisien est aussi un fait 
considérable par la quantité et la qualité des Parisiens qui ont 
été membres de l'Eglise réformée. 

Malgré les exécutions individuelles et les massacres collectifs 
qui se multiplient à partir de 1523, les réunions dues à l'initiative 
privée (comme celles de la rue Saint-Martin auxquelles assis- 
tait Calvin) firent bientôt place à une organisation régulière 
qui, dès l'origine, fut très complète. Et cette constitution de 
l'Eglise réformée de Paris, comme tous les événements de quel- 
que importance qui se sont produits dans la capitale, a eu des 
conséquences très profondes et très lointaines, non seulement au 
point de vue français, mais dans toute l'Europe, et même dans 
le monde entier. 

En 1555, au faubourg Saint-Germain, quelques protestants 
nomment le premier pasteur ; en 1559, dans la même rue des 
Marais (aujourd'hui Viscohti) se tient la première assemblée 
représentative des Eglises réformées de France, le premier 
« synode national » : il établit la confession de foi et la disci- 
pline qui furent adoptées, dans leurs grandes lignes, par des 
centaines d'Eglises en Suisse, en Allemagne, en Hongrie, en 
Angleterre, en Ecosse, aux Etats-Unis. Or ce sont des protestants 
héritiers de cette tradition qui ont fait la constitution améri- 
caine ; et comme son influence a été singulièrement grande sur 
l'œuvre initiale de la Révolution française, on pourrait dire que 
le régime presbytérien synodal, système d'origine française, 
parisienne, exporté d'Europe en Amérique par les « Pères pèle- 
rins », a retraversé l'Atlantique avec les pères de la constitution 
républicaine. Ceux qui luttaient au xvi e siècle pour la liberté 
religieuse ont eu ainsi leur part dans le triomphe de la liberté 
politique au xvnr siècle. Cette lointaine répercussion du protes- 
tantisme parisien sur les destinées de la France, nullement 
inexplicable, est incontestable l . Involontaire symbole, aux portes 

1. Peu de temps avant la fin de sa carrière, notre regretté maître P. Gui- 
raud écrivait : « A quelque point de vue qu'on se place pour étudier l'his- 
toire de notre pays, dès que l'on creuse un peu profondément on rencontra 
l'éternelle et vivante question de la croyance. Dans aucun autre pays la 
passion ou tout au moins l'inquiétude religieuse n'a plus visiblement agité 
les âmes et troublé les consciences » (Revue des Deux-Mondes du l ,r février 
190(3, à propos de l'ouvrage de P. Seippel:- Les deux Frances), 



,S L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

du Palais-Bourbon el du Luxembourg se dresse la statue de 
Sully : s'il contribua à la réorganisation de l'Etat, il participa 
aussi à la restauration de l'Eglise de Paris. Députés et sénateurs 
siègent à peu près à égale distance de l'auberge où se tint la 
modeste assemblée de 1559 ; autant et plus peut-être que les 
députés aux Etats Généraux si rarement convoqués, les pasteurs 
et anciens des Eglises de France furent les ancêtres du régime 
représentatif dans l'Eglise et dans l'Etat. 

Mais de telles considérations, dont il est facile d'exagérer la 
portée, nous entraîneraient trop loin. Ne sutor ultra crepidam. 

Notre sujet est déjà suffisamment intéressant par lui-même. 
Voici, en présence, deux forces de premier ordre : Paris et le 
protestantisme, à un moment où, libérées des obstacles accu- 
mulés pendant les troubles civils, elles prennent l'une et l'autre 
vue expansion nouvelle. Nous aimerions pouvoir étudier leur 
influence réciproque pendant une période qui, dans leur histoire 
respective, a une physionomie spéciale : depuis l'Edit de Nantes 
jusqu'aux préludes de sa révocation, dès que commence le règne 
personnel de Louis XIV. Paris en 1661 est bien différent de ce 
qu'il était en 1598, et l'Eglise réformée de 1661 n'est pas non 
plus tout à fait ce qu'elle était en 1598. 

Or les protestants ont eu leur part, une très grande part, dans 
la vie intérieure de la capitale, dans ses progrès intellectuels, sa 
transformation économique, son embellissement monumental ; 
ils ont eu aussi leur part, une très grande part, dans son rayon- 
nement extérieur sur la province et sur l'étranger, dans certaines 
complications et certaines solutions de l'histoire nationale et 
internationale. 

De leur côté les protestants se sont ressentis du fait qu'ils 
respiraient l'air de la capitale. La masse de l'Eglise, composée de 
Parisiens de Paris, absorbait les éléments provinciaux ou étran- 
gers, rapidement « parisianisés », tout en gardant, comme pro- 
testants, dans l'ensemble de la population parisienne, et comme 
Parisiens, dans l'ensemble du protestantisme français, certains 
traits spécifiques. Soit en bien, soit en mal, soit pour la vie inté- 
rieure de l'Eglise, soit pour ses rapports avec le monde extérieur, 
(ruant aux idées doetrinales comme quant aux idées politiques, 
il ne pouvait être indifférent de se trouver au centre du gouver- 
nement, de la tbéologie, de la société, près de la cour et de la 
Sorbonne, du parlement et des salons. 



IMPORTANCE DE L'ÉGLISE DE PARIS 9 

Toutes les catégories sociales se trouvaient représentées dans 
l'Eglise de Paris, plus que dans aucune autre. « Cette Eglise, » 
écrivait le consistoire en 1600, « est comme un abrégé de tout le 
royaume. » Elle comprit, à toute époque, parmi ses membres 
permanents ou passagers, un nombre particulièrement grand 
d'hommes remarquables par leur mérite, leur fortune, leur 
rang dans la société, leurs fonctions clans l'Etat. Les portes du 
temple virent passer dans l'espace de deux générations l'élite 
du protestantisme français, partie essentielle de l'élite même du 
peuple français. A Paris comme ailleurs « les buguenots 
apportaient l'élément austère dans le grand édifice de l'unité 
nationale 1 . » 

En fait, sinon en droit — car elle subit toujours à regret cette 
conséquence de sa situation exceptionnelle — l'Eglise de Paris 
fut, en mainte circonstance grave, considérée par le gouverne- 
ment comme représentant l'ensemble des Eglises réformées 
de France. Elle servit de pierre de touche pour essayer des 
mesures de rigueur ou une politique de tolérance 2 . Ses pasteurs 
accompagnèrent souvent comme introducteurs les envoyés des 
provinces auprès des autorités. Leurs sermons, assez fréquem- 
ment imprimés, exercèrent en France et hors de France une 
influence immense ; leurs écrits occupent dans l'histoire de la 
littérature, à un moment décisif dans la formation de la langue, 
une place des plus honorables et trop longtemps méconnue. 
Dans la plupart des quartiers de la Ville résidaient quelques 
protestants, et dans certains faubourgs, certaines rues, ils 
formaient la grande majorité des habitants. 

Ainsi, à quelque point de vue qu'on se place, l'Eglise réformée 
constitue un élément non négligeable pour quiconque désire 
bien comprendre l'enchaînement des faits et l'évolution des 
idées à Paris et en France, dans les affaires religieuses, politiques, 
économiques et sociales, de 1598 à 1001. 



1. Duc cI'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. III, p. 224. 

2. Dans le même ordre d'idées on pourrait citer beaucoup de faits tels 
que ceux-ci : les mesures de police prises en cas d'inhumations de protes- 
tants au commencement du xvn° siècle à Paris sont bientôt recommandées 
à d'autres grandes villes (Lyon p. ex.) comme les meilleures possible ; le 
règlement de la chambre de l'Edit à Paris sera observé dans la chambre de 
l'Edit à Rouen (Arch. Nat., E. 2« fol. 1, arrêt du Conseil du 4 janvier 1600), 
etc. 



10 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 

Depuis la Rot orme jusqu'à la Révolution, cette période est la 
seule où, (huis la cité grandissante, l'Eglise ait eu, elle aussi, un 
développement à peu près normal. Avant 1598 ce sont les 
commencements entravés par la persécution ; après 1661 ce sont 
les préludes des mesures de restriction systématique qui abouti- 
ront en 1685 à la disparition officielle de l'Eglise. 

Sans doute il y a eu avant 1598 telle époque où les protestants 
parisiens ont été plus nombreux, proportionnellement à l'ensem- 
ble de la population, qu'à aucune date comprise entre 1598 et 
1661 ; sans doute ils sont actuellement plus nombreux, comme 
chiffre absolu, qu'ils ne le furent jamais alors ; mais ni avant 
1598 ni après 1661 ils n'ont joué, en tant qu'Eglise, un rôle 
aussi appréciable dans l'histoire de la capitale et de la nation. 
Soixante-trois ans comprennent à peu près deux tiers de siècles ; 
bien des gens ont vécu d'un bout à l'autre de cette période et 
assisté aux vicissitudes de l'Eglise : telle personne baptisée 
aussitôt après l'Edit, dans un lieu de culte, a été mariée dans 
un autre, bientôt détruit ; ses enfants baptisés et mariés dans 
le nouveau temple vivront assez à leur tour pour le voir 
détruire ; telle autre personne a même pu assister à la Saint- 
Barthélémy, et ses fils seront témoins de la Révocation *. 

Trois événements peuvent servir à jalonner pour ainsi 
dire l'étendue de cette histoire de l'Eglise réformée de Paris de 
].~>!)<S à 1661, et à la diviser en quatre périodes ayant chacune 
sa physionomie propre : ce sont la mort d'Henri IV (1610), 
l'incendie du temple de Charenton (1621), et la mort de Louis 
XIII (1643). 

Nous bornerons le présent volume à l'étude de la première 
phase : faisant commencer les préliminaires de l'Edit vers 
l'entrée d'Henri IV à Paris, nous en suivrons la promulgation 
( l l'application par son auteur même jusqu'au bout du règne. 
Lorsqu'on envisage ainsi seize années seulement, on retrouve 
encore à la fin beaucoup des personnages qui agissaient déjà au 
commencement ; et cependant, tout en limitant notre examen 

I. I);ms les derniers mois avant la Révocation, « des vieillards irrépro- 
chables el même catholiques déposoient avoir vu les assemblées aux années 
de l'I'.dit Apologie du projet des réformés de France pour la conservation 
de la liberté de conscience, La Haye, 1685, in-12, p. 237). 



CARACTÈRES DE CETTE ÉTUDE 11 

à une aussi courte période, nous pourrons saisir sur le vif ce 
qu'a eu de dramatique depuis son origine, et sans jamais goûter 
un instant de répit complet, l'existence toujours aléatoire de 
cette minorité luttant pour le droit à la vie au milieu de ses 
compatriotes 1 . Il y a là une circonstance atténuante pour telles 
pages, rares nous l'espérons, où l'auteur, animé d'un amour 
également ardent pour son Eglise et pour sa patrie, aura traité 
avec une émotion peut-être partiale un épisode de cette histoire. 

Les matériaux de ce travail ont été recueillis un à un pendant 
une vingtaine d'années, d'abord par un étudiant en Sorbonne, 
puis par un pasteur de campagne, enfin — après trois ans 
d'aumônerie militaire en Extrême-Orient — par un homme 
chargé à Paris d'occupations multiples. Ces circonstances 
expliqueront mainte imperfection. Dans les bibliothèques publi- 
ques et privées, dans les archives de famille, les études de 
notaire, nous avons recherché avant tout les documents intimes 
émanant de protestants parisiens et de quelques autres contem- 
porains : lettres, mémoires, livres de raisons, contrats, testa- 
ments, qui nous permettent de voir de près comment vivaient 
et pensaient, dans la vie de tous les jours, ces hommes d'autrefois. 
Outre ces documents manuscrits nous avons relu nombre 
d'ouvrages imprimés pour y trouver sinon de l'inédit, du moins 
de l'inaperçu : l'intérêt spécial de telle page, de telle ligne, 
échappe facilement à qui les lit seulement à un point de vue 
général : rapproché d'autres pièces et remis dans son cadre, 
tel trait prend un vif éclat. 

D'autre part on est surpris de voir combien peu de renseigne- 
ments fournissent des recueils où l'on s'attendrait à en trouver 
davantage -. Evidemment les protestants parisiens se tenaient 
cois autant que possible, et se gardaient prudemment de se 



1. Un protestant né un peu avant Henri IV au milieu du xvn° siècle 
écrivait soixante-quinze ans après, dans son livre de raison : « En ce jour 
10° d'octobre de l'année 1550 fut le jour de ma naissance, ayant veu devant 
moy des rages de grandes mizères et callamités par des guerres, pestes <t 
famines, et mon Dieu m'en a garanti/ jusqu'ici) » (Livre de raison d'Etienne 
Ducros, bourgeois de Sumène, extraits publiés dans le B. h. p., 1908, p. 521). 

2. Ainsi les lettres missives d'Henri IV, les arrêts du Conseil d'Etat, la 
correspondance de Du Plessis-Mornay, les Mémoires de Sully, la Chronologie 
septénaire de P. Cayer, les relations des ambassadeurs vénitiens. 



12 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

mêler aux brouillons qui, après tant d'années de troubles, 
pouvaient donner quelque inquiétude au gouvernement. 

Nous avons visité autant que possible les lieux mêmes témoins 
des faits, grands et petits, ainsi reconstitués : vieilles rues et 
maisons du faubourg Saint-Germain et du Marais, emplace- 
ment des châteaux, temples, hôpitaux, cimetières, à Paris, à 
Âblon, à Charenton, dans les coins d'Ile de France où dès cette 
époque les Parisiens allaient résider par intérêt ou par plaisir. 
Nous avons suivi en Hollande (à Leyde, à La Haye), en Angleterre 
(à Londres, à Cambridge, à Canterbury), en Allemagne, en Suisse, 
cl jusque dans le domaine de la compagnie des Indes plus d'une 
route fréquentée trois siècles auparavant par un protestant — 
étudiant, commerçant, voyageur — parti de Paris. Dans les 
musées, les collections particulières, nous avons regardé les 
tableaux, les gravures, représentant les choses et les hommes 
d'autan. 

Avec ces matériaux épars, souvent minuscules, nous regrettons 
de n'avoir élevé qu'un modeste monument indigne de l'Eglise 
et de la Ville dont il raconte l'histoire. Du moins nous aurons 
mis à la portée des lecteurs un grand nombre de renseignements 
puisés dans des recueils rares ou peu connus. On nous repro- 
chera peut-être la surabondance des notes. Mais avec un des 
maîtres en ces sortes d'études, M. Rébelliau, nous pensons que 
le mot de Bayle est toujours vrai : il est souvent bon de « faire 
le copiste pour l'utilité de ceux qui, sans sortir de leur place, 
sont bien aises de s'éclaircir l . » Et pour commencer nous ne 
résistons pas au plaisir de reproduire cinq lignes de Sainte-Beuve 
qui disposeront peut-être le lecteur à excuser telle ou telle excur- 
sion dans quelque domaine voisin du nôtre : « Pour peu qu'on 
séjourne dans un sujet, on y est bientôt comme dans une ville 
pleine d'amis, et l'on ne peut presque plus faire un pas dans la 
grande rue sans être à l'instant accosté et sollicité d'entrer à 
droite et à gauche. Si l'on n'y doit pas céder toujours, il sied de 
s h prêter quelquefois -. » 

1. Dictionnaire critique, art. Carnéade, rem. B ; cité dans la préface de 
Bossuet historien du protestantisme, Paris, 1891, p. xni. 

2. Port-Royal, II, m. Si telle ou telle page, dans le texte ou dans les 
notes, :i parfois l'apparence d'un article de dictionnaire biographique, c'est 
qu'en effet il y a lieu de suppléer en bien des cas aux lacunes de la France 
protestante ; la première édition, encore précieuse, est cependant bien an- 
cienne, et la deuxième qui bientôt, il faut l'espérer, sera continuée — s'arrête 
à la lettre ('.. 



DOCUMENTS UTILISÉS 13 

Nous citerons au fur et à mesure les documents manuscrits 
et imprimés * ; mais il convient de nommer ici dès l'abord les 
trois auteurs qui, jusqu'à présent, ont été seuls à traiter sinon 
l'ensemble, du moins quelque grande portion de notre sujet ; 
ils l'ont fait d'ailleurs avec une méthode et un but très différents 
des nôtres. 

M. Ch. Read, fondateur de la Société d'histoire du protestan- 
tisme français (mort en 1898), a pendant plus de cinquante 
années publié dans le Bulletin de cette Société sur l'Eglise 
réformée de Paris des articles auxquels nous aurons fréquem- 
ment recours ; mais il s'enferme pour ainsi dire à l'intérieur 
des temples ; nous avons, au contraire , essayé de consulter 
autant que possible les témoins du dehors ; nous avons cherché 
quels étaient les rapports journaliers des protestants entre eux 
et avec leurs concitoyens, quels menus événements se passaient 
pendant la semaine aussi bien que le dimanche dans les maisons 
et les rues de Paris même, et pas seulement sur le chemin et 
dans les enclos d'Ablon et de Charenton -. 

M. Ath. Coquerel fils (+ 1875) a composé un Précis de l'histoire 
de l'Eglise reformée de Paris : il présente sous une forme plus 
littéraire , dans un but de vulgarisation, les documents déjà 
signalés dans le Bulletin. Comme le travail de M. Read en 1853- 
1854, celui-ci est resté inachevé en 1869 3 . 

Enfin M. O. Douen (f 1896) étudiant l'Histoire de la Révocation 

1. Lors d'une première citation nous donnerons le titre complet, le lieu et 
la date de la publication, etc. ; on pourra se reporter à cette première in- 
dication à propos, des citations suivantes, qui seront faites d'une manière 
abrégée. Les lettres B. h. p. signifient : Bulletin de la Société d'histoire du 
protestantisme français ; Bib. h. p. : la bibliothèque de cette Société (54, rue 
des Saints-Pères). 

2. Les premières études de M. Read, dans le Bulletin de 1853, sont intitu- 
lées : Les deux temples de l'Eglise réformée de Paris sous l'Edit de Nantes. 
Les 257 premières pages ont été tirées à part en une brochure aujourd'hui 
très rare, sous ce titre : Ablon et Charenton, les deux temples, etc. (1599- 
1685), notice et documents historiques. Paris, Dumoulin, 13, quai des Augus- 
tins, 1854 (in-8°). L'ouvrage s'arrête, en réalité, en 1623. Dans L'avant-propos, 
p. 6, M. Read écrivait : « On peut dire que l'histoire des protestants de la 
capitale au xvn siècle se résume dans celle des deux temples d'Ablon et de 
Charenton. » 

3. La I r " partie avait été publiée d'abord dans la Nouvelle revue de théo- 
logie. Elle parut en 1862 en un volume in-8". La II" partie fut publiée eu 
1866, 1867, 1869, dans le Bulletin de l'hist. du prot. ; elle «levait aller de 
1594 à 1685 mais s'arrête en 1621. 



U L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

à Paris '. a rassemble' sur diverses périodes antérieures des 
documents de premier ordre ; mais, étant donné son projet 
primitif, il voyait tout sous l'angle de la Révocation ; regardant 
ce que fut l'application de l'Eclit, nous nous plaçons à l'autre 
bout du même champ, ce qui nous fait voir tout dans une 
perspective sensiblement différente. Partisans et adversaires 
nous rappelleront sans cesse quel était le fondement légal, quel 
pouvait être le développement organique du système, tandis que 
M. Douen est obsédé par la vision de ce qui devait en consommer 
la ruine. 

Pour ces motifs il est permis de penser que malgré ces tra- 
vaux d'ensemble et de détail on peut toujours répéter ce 
qu'écrivait en 1853 le président de la Société d'histoire du 
protestantisme : « L'histoire de l'Eglise de Paris est encore à 
faire. » Le temps paraît venu d'utiliser tous les documents publiés 
et les études faites par nos devanciers ; mais il n'était que juste 
de rendre hommage à ces initiateurs. Si l'on peut compléter 
leurs ouvrages sur un très grand nombre de points, il n'y a 
presque jamais lieu de les rectifier. 



1. .'{ vol. gr. in-tt', Paris, 1894. Du même auteur il faut signaler aussi l'ar- 
ticle très documenté sur Paris protestant dans l'Encyclopédie des Sciences 
religieuses de F. LiCHTENBBRGER, tome XIII (supplément), Paris, in-8°, 1882. 



RIBLIOGUAPHIE SOMMAI1U- 14* 



Bibliographie sommaire l 



DOCUMENTS INEDITS 



Minutes du notaire protestant François (en fonctions de 1592 à 1609) ; 

Minutes du notaire catholique Bourgeois (de 1598 à 1034). Leurs suc- 
cesseurs à Paris, M" A. Faroux et M e R. Démanche ont bien 
voulu mettre à notre disposition, avec une amabilité dont 
nous leur sommes vivement reconnaissants, les archives de 
leurs études respectives. 

Bibliothèque nationale. Mss. fr. 20965 et 23063. 

Bibliothèque de l'Arsenal. Mss. fr., collection Conrart (49 recueils de 
pièces diverses). 

Archives nationales, E 24 e . Arrêts du Conseil d'Etat. 

G 8 853 et suivants, volumes relatifs aux Assemblées du clergé. 

Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Plans de Paris. 

Bibliothèque de la Société de l'histoire du protestantisme français. 
Mémoire et estât sommaire des affaires tant générales que 
particulières qui ont esté faites par les sieurs de Villarnoul 
et de Mirande, députez généraulx des Eglises de ce royaume 
près le Roy pendant le temps de leur charge qui commença 
le premier jour de novembre 1608. 

Collection d'autographes de M. Lutteroth etc. (lettres de Ca- 
saubon, Couët, P. Ferry, etc.). 

Le bibliothécaire et secrétaire de la Société, M. le pasteur 
N. Weiss, nous a constamment aidé dans le cours de nos 
recherches de la façon la plus bienveillante. 



1. Des notices bibliographiques plus complètes, sur certains points spé- 
ciaux, se trouvent dans le corps de l'ouvrage, ainsi pages â'J, 211, 'i.'iV. 



14** BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE 

Chartrier de Thouars (Archives de M. le duc de la Trémoïlle). Vente 
de la baronnie de Sully (l(i()2). Voir aux Pièces justificatives. 

Collection de M. le baron de Bethmann. Album de dessins de Salomon 
de Brosse. Nous en avons dû la communication à l'obligeant 
intermédiaire du bibliothécaire M. Masson. 

Archives de l'Hôtel-Dieu de Toulouse, Papiers S. Lecomte. Copies 
communiquées par M. Vuaflart. 

Archives municipales des communes de : 
Ablon (plans) ; 
Bois-le-Roi (plans) ; 
Claye (registres paroissiaux et plans) ; 
Grigny (plans) ; 
Saint-Maurice (plans) ; 
Vitry-le-François (Synode de 1601). 

Archives particulières de M. Robin, à Saint-Maurice (plan). 

Bibliothèque de l'Université de Leyde. Grâce aux' savantes indications 
du bibliothécaire M. de Vries, auquel nous exprimons ici 
notre vive gratitude, nous avons pu consulter à Leyde dans le 
fonds Papenbroek, les lettres de Du Moulin, Du Plessis-Mor- 
nay et Aerssen (que nous publions parmi les Pièces justi- 
ficatives), et à Leyde aussi, puis à Paris, à la bibliothèque 
Sainte-Geneviève où on a bien voulu les recevoir en dépôt, 
quelques volumes de la collection de lettres dite Rivetiana 
renfermant la correspondance du pasteur et professeur 
A. Rivet avec les pasteurs et notables parisiens Daillé, Dre- 
lincourt, Sarrau, etc. 

PRINCIPAUX TEXTES IMPRIMES 
xvi ( ET xvn e SIECLES 

Agrippa d'AuBiGNÉ, Histoire universelle, édition A. de Rublc, in-8", 

Paris, 1880 à 1910. 
Aymox, Tous les synodes nationaux des Eglises réformées de France, 

in-4°, la Haye, 1710. 
Buzenval (Choart (h>),Leltrcs et négociations (de 1593 à 1000), publiées 

par M. Vreede, in-8", Leyde, 1840. 
Bayle, Dictionnaire historique et critique ; nous avons utilisé la 5" 

édition (Amsterdam, 1734), et le Supplément de Chauffepié, 

édition de 1750. 
E. Benoît, Histoire de l'Edit de Nantes, Delft, 1093. 
Casai ion. Ephémérides, édition Russell, Oxford, 1850. 

Lettres, éd. Almeloveen, Rotterdam, 1700. 
Cayeb (P. V. Cayet), Chronologie septénaire (1598-1004), Paris, 1007. 



BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE 14* 

Chabans (Baron de), Histoire de la guerre des huguenots, Paris, 1634. 

Confession de foi et discipline ecclésiastique, Toulouse, in-12, 1804. 

Etat des réformés en France où l'on fait voir que les édits de pacifi- 
cation sont irrévocables, in-12, La Haye, B. Beck, 1685. 

Recueil des Edicts et déclarations des rogs Henry IV, Louis XIII et 
Longs XIV sur la pacification des troubles de ce royaume, 
in-8", Paris, A. Estienne, 1659. 

Edits, déclarations et arrests concernons la R. P. R. (édition Pilatte, 
Paris, Fischbacher, 1885). 

D'Espesses, Mémoires de plusieurs choses considérables avenues en 
, France depuis 1607 où finit l'histoire de Jacques de Thon 
[jusqu'en 1609], Paris, 1634. 

P. nu Moulin, Votiva tabella, Leyde, Plantin, 1592 (non cité par la 
France protestante), et autres ouvrages indiqués ci-après en 
notes. 

Filleau, Décisions catholiques ou recueil général des arrêts rendus 
en toutes les cours souveraines de France en exécution ou 
interprétation des édits qui concernent l'exercice de la Reli- 
gion prétendue réformée, in-fol., Poitiers, 1668. 

Henri IV, Lettres missives. Edition Berger de Xivrey. 

Inventaire des arrêts du Conseil d'Etat, règne de Henri IV, par N. Va- 
lois, 1893. 

J. Héroard, Journal sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII, édition 
Soulié et Barthélémy, 2 vol. in-8°, Paris, Didot, 1868. 

[d'Huis seau], La discipline ecclésiastique des Eglises réformées de 
France, avec les Observations des sgnodes nationaux et la 
Conformité, etc. [par Larroque]. La Haye, Gosse, 1760. 

L'Estoile, Journal, édition de 1837 ; et pour la période 1598-1602 : 
Journal inédit du règne d'Henri IV, édition Halphen, Paris, 
1862. 

Mercure français, ou la Suitte de l'histoire de la paix, commençant 
l'an 1605 et finissant au sacre du très ehrestien roy de 
France et de Navarre Louis XIII, Paris, 1619 et suivantes. 

Ph. de Mornay, Mémoires et Correspondance, éditions de 1652 et 1824. 

Mme de Mornay, Mémoires, édition de Witt, 2 vol. in-8", Paris, 1869. 

Quick, Synodicon in Gallia reformata or the acts and canons of the 
synods, etc., in-fol., Londres, 1692. 

Relazioni degli stati Europei lette al Senato dagli ambasciatori veneli, 
série II, Francia, t. I, Venise, 1857. 

Sauval, Histoire et recherche des antiquités de la ville de Paris, in-fol., 
1724. 

Sully, Mémoires des sages et rogales Œconomies d'Estat, etc. (Collec- 
tion Michaud, 1837). 

Tallemant des Beaux, Historiettes, édition Monmerqué, 1834. 



H**** BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE 

TRAVAUX MODERNES 

Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français. 

Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile de France. 

Annuaire-bulletin de la Société de l'histoire de France. 

ÀNQUEZ, Histoire des assemblées politiques des réformés, in-8°, Pa- 
ris, 1859. 

L. Ratiffol, Louis XIII et la liberté de conscience (Revue de Paris, 
1907), étude réimprimée dans le volume : Au temps de 
Louis XIII, in-8°, Paris, 1908. 
Le roi Louis XIII à vingt ans, in-8°, Paris, 1910. 

Bfrty et Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, in-4°, 
Paris, 1876. 

Abbé Bonnin, Ablon-sur-Seine, in-8", Paris, 1890. 

La France protestante, première édition publiée par MM. Haag (Paris, 
1858), seconde édition commencée par H. Bordier (G vol. 
in-8° parus de 1877 à 1888). 

O. Douen, la Révocation de l'Edit de Nantes à Paris, Paris, 3 vol. in-8°, 
1894. 

G. de Félice, Histoire des protestants de France, in-8°, Paris, 1850. 
id. Histoire des Synodes nationaux, in-12, Paris, 1864. 

P. de Félice, Les Prolestants d'autrefois, Vie intérieure des Eglises, 
mœurs et usages, in-12, Paris, Fischbacber. I. les Temples 
(1896) ; II. les Pasteurs (1898) ; III. les Conseils ecclésiasti- 
ques (1899) ; IV. Education (1902). 

.1 al, Dictionnaire critique, 1867. 

Baron de Geymuller, Les Du Cerceau, in-4°, Paris, 1887. 

Mazerolle, les Médailleurs français (Collection des documents iné- 
dits de l'Histoire de France, 1901 et 1904). 

Ch. Normand, la Bourgeoisie française au xvi e siècle, in-8°, Paris, 1908. 

RÉbelliau, Bossuet historien du protestantisme, in-8°, Paris, 1891. 

H. Stein, Curiosités locales, Fontainebleau, 1902. 

Strowski, Sidnt-François de Sales, introduction à l'histoire du senti- 
ment religieux en France au XVII e s., in-8°, Paris, 1898. 

Histoire du sentiment religieux en France au xvn° siècle. 
Pascal et son temps. 3 vol. in-16, Paris 1907-1908. 



INTRODUCTION 



COUP D'ŒIL SUR L'HISTOIRE 
de l'église réformée a paris jusqu'en 159-1 



L'enceinte du Vieux Paris. — Les quartiers protestants : faubourgs Saint- 
Germain et Saint-Marcel. — I" époque du protestantisme parisien : les 
adhésions individuelles (1509-1555). — IL L'organisation de l'Eglise 
(1555-1562). — III. Vie latente et persécution (1562-1594). 



Paris à la fin du xvi° siècle était encore enfermé, sur la rive 
droite, dans l'enceinte de Charles V, sur la rive gauche, dans 
l'enceinte de Philippe-Auguste qui subsista jusqu'à la fin du 
xvn e siècle. De ce côté étaient huit portes dont le nom reparaîtra 
dans les pages suivantes lorsqu'on refusera de les ouvrir pour 
laisser entrer ou sortir les huguenots, harcelés à l'extérieur ou 
à l'intérieur. C'étaient, telles qu'on les voit sur le plan dessiné en 
1555 par le protestant Jacques Androuet du Cerceau : la porte 
Saint-Bernard (entre l'extrémité actuelle du boulevard Saint- 
Germain et la Seine) ; la porte Saint-Victor (au sud du dépôt 
actuel du Mont de Piété, rue des Ecoles) ; la porte Saint-Marcel 
ou Bordet (au bout de la rue Descartes près la rue de Fourcy) ; 
la porte Saint-Jacques (à l'angle de la rue Soufïïot et du fau- 
bourg Saint-Jacques) ; la porte Saint-Michel (au commencement 
de la rue Monsieur le Prince) ; la porte Saint-Germain (vers la 
statue de Broca sur le boulevard Saint-Germain) ; la porte de 
Buci (à l'endroit de la rue Saint-André-des-Arts où aboutit le 
passage du Commerce) ; enfin la porte de Nesle, près de l'Institut. 

Tous les quartiers compris entre la rive gauche de la Seine et 
l'enceinte étaient sous la juridiction de l'Université, el comme 
dans celle-ci prédominait la Faculté de thélogie, on comprend 



l(i l'église réformée DE PARIS SOIS HENRI IV 

que les protestants, plus nombreux d'ailleurs au sud de la Seine, 
aient toujours préféré habiter hors de l'enceinte, loin des anciens 
collèges étages sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève : 
ks idées nouvelles y avaient eu d'abord des adhérents nombreux, 
mais bientôt persécutés '. Ces faits ont eu des conséquences 
extraordinairement lointaines, car au commencement du xx e siè- 
cle il n'y avait encore dans ce périmètre aucun lieu de cuite 
protestant. 

Mais s'il y avait des quartiers urbains où ne résidait, pour 
ainsi dire, aucun protestant, il y en avait, hors de la muraille, 
où n'habitaient à peu près que des protestants : ainsi certaines 
rues du faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint-Marcel : 
ici surtout des industriels, des ouvriers, là des seigneurs, des 
bourgeois, des magistrats, des artistes. Ce fut précisément aux 
alentours de la Révocation qu'on rasa les murailles de la rive 
gauche pour reporter plus loin l'enceinte de la ville et englober 
ces quartiers protestants : la rue Thouin, sur l'emplacement des 
fossés, date de 1685 même. 

Nous avons rappelé que l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés 
avait été le berceau de la Réforme, au temps où l'abbé Guillaume 
Briçonnet y protégeait Lefèvre d'Etaples -. Les abords immé- 
diats furent pendant tout le cours du xvn e siècle le quartier 
habité de préférence par un très grand nombre de protestants. 
Cela est vrai particulièrement de la rue des Marais percée (peu 
avant 1542) dans des terrains incultes, comme l'indique son 
nom, à travers le « petit pré aux clercs, » entre les deux che- 
mins qui devinrent rue de Seine et rue des Petits-Augustins 
(aujourd'hui rue Bonaparte). Le héros catholique et gascon 



1. C'est dans la chapelle du couvent des Mathurins — vers le théâtre 
Cluny — que se tenaient les grandes assemblées de l'Université ; c'est là 
([ne le recteur Nicolas Cop lut en 1533 un discours composé par Calvin ; 
et c'est tout près de là, rue Jean de Beauvais, que Simon de Colines impri- 
ma mis 1523 le premier Nouveau Testament en français : Henri et Robert 
Estienne travaillèrent dans la même maison, puis dans une maison voi- 
sine (probablement au coin de la rue du Clos Bruneau, aujourd'hui de Lan- 
neau). Cf. Doumergue, ./. Calvin, t. I, in-4°, 1899, 1. III, ch. XI, Paris protes- 
tant, et Appendice XV, les imprimeurs de Calvin. S. de Colines transféra de 
1539 à 1548 son imprimerie hors les murs, dans la grand'rue Saint-Marcel. 

'1. C'est dès 1509 qu'il écrit dans la préface de son Psalterium quincuplex : 
<■ Les études divines exhalent un parfum dont rien ici-bas n'égale la dou- 
ceur. Depuis qu'on les a abandonnées, la piété est morte, » etc. 



PARIS VERS 1015 



17 






^pr;^: 



ïk -M 






bQ 




QUARTIER DE I.'l'XIVKKSITK ET FAUBOURG SAINT-GERMAIN 
(d'après le plan de Mérian) 



18 l'église réformée de paris sois henri iv 

d'Agrippa d'Aubigné, le baron de Fameste, en parle ainsi : 
« la rue des Maraiz, que nous appelons le petit Genève K » 

L'avantage que les huguenots trouvaient à habiter cette rue 
au temps des persécutions s'explique peut-être par ce fait qu'une 
partie des terrains relevait de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés 
et une partie, de l'Université. En passant d'une maison à l'autre, 
et d'un jardin à l'autre, sans traverser la rue, on pouvait s'enfuir, 
eu du moins passer d'une juridiction dans l'autre : considération 
importante au point de vue des procédures et des pénalités. 

En donnant au xix e siècle à cette rue le nom de l'architecte 
Visconti nos édiles ont involontairement rappelé le nom de la 
maison la plus fréquentée au milieu du xvT siècle, surtout par 
« les allans et venans de la religion -, » l'auberge du « Vis- 
conte. » On a cru pouvoir en fixer l'emplacement vers la deuxième 
maison à gauche en venant de la rue Bonaparte ; (d'autres suppo- 
sent que c'était plus loin) ; en ce cas, dans la maison contiguë, à 
l'angle nord de la rue de Seine, habitait sous Henri III le peintre 
huguenot Jean Cousin, l'un des chefs de l'école française de ce 
temps 3 , et plus tard Louis Besnard condamné par le parlement 
en même temps que B. Palissy 4 . 

Près de là, sur un terrain acheté en 1584, s'élevait une maison 
bâtie l'année suivante « avec grand artifice et plaisir » par un 
autre artiste huguenot célèbre, Baptiste du Cerceau : elle était 
« au commencement du Pré aux clercs, » rue du Colombier, sur 
les fossés de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, avec jardin 
s'étendant jusqu'à la rue des Marais 5 . Dans cette rue, quand de 



1. Aventures du baron de Faeneste, 1617, 1. III, ch. XIII. Cf. Berty, Topo- 
graphie hist. du vieux Paris, t. III, p. 200-204 ; Ath. Coquerel fils, Hist. 
d'une rue de Paris, B. h. p., 1866, p. 185 et suiv. ; N. Weiss, B. h. p., 
1894, p. 246 ; 1896, p. 22, n. 4 ; Hoffbauer, Paris à travers les âges, t. II, 
Hôtel de Nesle et Saint-Germain, planche VII. 

1'. L'Estoile, Registre journal de Henri III, éd. Michaud, p. 193. Une en- 
seigne d'auberge : au petit Maure, est aujourd'hui encastrée à l'angle sud 
de la nie Visconti dans une vieille maison donnant sur la rue de Seine. 

:'.. Berty, l'Intermédiaire, t. II, p. 49. 

4. • Joignant la rue de Seine », lit-on dans le registre criminel du Parle- 
ment, 12 janvier 1587 (Arch. nat. X2 b 149), arrêt reproduit dans le B. 7i. p., 
1903, p. 34. 

.">. Ad. Berty, les Androuet du Cerceau et leur maison du Pré aux Clercs, 
li. h. ]>., 1856, |). 324-332 ; Berty et Tisserand, Topographie historique da 
ricin Paris, t. 111, p. 20 et 65 ; Berty, les grandes architectures de la 
Renaissance, p. 107. 



PÉRIODES PRINCIPALES 19 

nouvelles maisons s'y construiront, nous verrons venir se fixer 
d'autres protestants : le pasteur P. du Moulin, les anciens Bédé, 
Massanes, etc. 

N'oublions pas enfin qu'à quelques centaines de pas, dans le 
« grand Pré aux clercs, » on entendit « un nombre infini de 
personnes 1 » (entre autres, un jour, le roi de Navarre Antoine 
de Bourbon -) chanter les psaumes de David harmonisés par un 
Parisien, L. Bourgeois ; c'était, a dit Michelet, « la belle nou- 
veauté du temps, des chants populaires, héroïques, de graves 
harmonies fraternelles que chantait leur Eglise dans le secret 
des nuits 3 . » 

Après avoir ainsi marqué par quelques points de repère les 
lieux où naquit et grandit l'Eglise réformée de Paris, il nous faut 
de même, au point de vue chronologique, rappeler à grand traits 
les principales étapes de cette histoire. 

On peut distinguer, jusqu'à l'édit de Nantes, trois périodes : 
naissance, organisation et vie normale, vie latente. 

D'abord les adhésions individuelles, tant parmi les savants 
que parmi les seigneurs et le peuple ; les premières réunions, 
convoquées par l'initiative privée, sont bientôt suivies de persé- 
cutions. C'est la période héroïque dont les annales se trouvent 
dans les Histoires des Martyrs * et les registres criminels du par- 
lement de Paris 5 . Pendant un demi-siècle (1509-1555), outre des 
gens du peuple, quelques personnages haut placés, dans la famille 
royale même, à la cour, parmi les magistrats, les théologiens, les 
humanistes, se montrent favorables à la Béforme, mais la majo- 
rité repousse décidément l'esprit nouveau dont les premiers pro- 
testants espéraient d'abord pénétrer l'Eglise romaine, sans être 
obligés de la quitter. 

En présence de la cruelle réalité des faits ils sentent le besoin 
de se grouper, de s'organiser. C'est la deuxième époque (1555- 
15(32). Dans une lettre du 28 janvier 1555 qui paraît bien adressée 



1. Histoire des martyrs de Chespin, II, p. 587. 

2. Lettre du pasteur Maeard, 22 mai 1558 {Opéra Calvini, XVII, 180). 

3. Ilist. de France, t. IX, les guerres de religion, p. 158. 

4. Celle de Chespin a été souvent réimprimée avec des additions succes- 
sives depuis 1554, notamment en 1597 à la veille de l'édil de Nantes. 

5. Archives nationales, X2a 93, etc. Cf. N. Wi.iss. la Chambre ardente. 




PARIS AU XVI e ET AU 




-e {B. h. p., i8c)(i, p. 40) 



22 l'église réformée de paris sous henri iv 

aux protestants parisiens, sinon encore « à l'Eglise de Paris ] , » 
Calvin les exhorte à s' « exhorter ensemble » et à se « renforcer 
mutuellement. » « Vous avez journellement, ajoute-t-il, bonnes 
et sainctes exhortations. » A en croire Th. de Bèze c'est « au 
mois de septembre audit an 1555, » que « l'ordre de l'Egiise de 
Paris > a commencé. On se réunissait alors chez un gentilhomme 
du Maine, le sieur de la Perrière, « en son logis du Pré aux 
Clercs » (peut-être à l'hôtellerie du Vicomte ou dans quelque 
autre maison de la rue des Marais) ; après la naissance d'un 
enfant, il proposa d'élire un ministre « qui peust conférer le 
baptesme. » On choisit Jean le Maçon, dit la Rivière, qui avait 
d'abord étudié le droit, « et fut aussi dressé quelque petit ordre 
selon que les petits commencemens le pouvoient porter, par 
l'établissement d'un Consistoire composé de quelques Anciens 
et diacres qui veilloient sur l'Eglise, le tout au plus près de 
l'exemple de l'Eglise primitive du temps des apostres ~. » Bien- 
tôt fut nommé un second pasteur qui avait, comme le Maçon et 
Calvin lui-même, été juriste avant de devenir théologien : Antoine 
de Chandieu, seigneur de la Roche :i , jeune gentilhomme élevé à 
Paris, à Toulouse et à Genève 4 . 

Le développement normal de l'Eglise dure à peine sept 
années: encore sont-elles parsemées d'exécutions individuelles 
et de massacres collectifs. Nous indiquerons seulement où se 
tinrent quelques unes des grandes assemblées de cette époque : 
le 4 septembre 1557 c'était (fait très remarquable) en plein quar- 
tier de l'Université, « derrière le collège de Sorbonne, » et « de- 
vant le collège du Plessis » (aujourd'hui Louis le Grand) 5 , rue 

1. C'est avec cette suscription expliquée en note, que M. .T. Bonnet l'a 
publiée, d'après les Archives ecclés. de Berne, en tête du second volume des 
Lettres de .1 . Calvin, Paris, 1854. 

2. Histoire ecclés. des églises réf. au royaume de France, nouvelle édition 
par Bai m et Cunitz, Paris, Fischbacher, 1883, t. I, p. 120 (.tome I, livre II, 
p. 99 de l'édition d'Anvers, 1580). 

3. Champdieu est un village d'Auvergne (dép. de la Loire), à cinq km. au 
nord de Montbrison, mais le château de Chandieu (où le culte fut célébré 
après PEdit) est à 18 km. au sud-est de Lyon, en Dauphiné comme le dit la 
France prot„ T éd., t. III, col. 1049. 

4. Il a raconté ces débuts de l'Eglise de Paris dans YHistoire des persécu- 
tions cl mariais de l'église de Paris, Lyon 1563, in-8°, et la Confirmation de 
In discipline. Genève, Estienne, 1566, in-8° ; l'Histoire des Martyrs de Cres- 
PIN confirme ces récits. 

.".. CRESPIN, ///.s/, des martyrs, éd. de 1594, f. 424 b, 



PREMIERS LIEUX DE CULTE 23 

Saint-Jacques, dans la « maison de la Souche ^ » : là se dresse 
aujourd'hui la tour de l'Observatoire de la Faculté des sciences. 
Puis on se transporte rue des Porées dans une maison devant 
la chapelle de Cluny, entre le monument d'Aug. Comte et le côté 
sud de la place de la Sorbonne 2 . 

D'autres réunions eurent lieu hors des murailles, et d'abord 
chez des particuliers, comme avant l'organisation de l'Eglise : 
ainsi le premier synode de mai 1559, à l'hôtellerie du Vicomte. 
Telles encore les réunions au moulin de Copeau (dans le Jardin 
des Plantes) ou en l'hôtel de Michel Gaillard de Longjumeau 
(vers la statue de Chappe, sur le boulevard Saint-Germain). 

Enfin on trouve dès cette époque, dans les faubourgs aussi, 
mais le plus près possible des portes, des locaux spécialement 
loués et aménagés par le Consistoire pour être affectés au culte 
public. Cette tolérance, obtenue par l'intervention de Bèzc auprès 
de la reine-mère en octobre 1561 3 , dura cinq mois au plus. Sur 
la rive droite le culte se fit au hameau de Popincourt (vers la rue 
de ce nom, au faubourg Saint-Antoine) ; et sur la rive droite en 
deux emplacements successifs : d'abord dans l'ancien hôtel de 
Chanac appelée maison des Patriarches (sur le marché actuel 
des Patriarches au bout de la rue Mouffetard, vers le coin de la 
rue Daubenton). C'était une propriété du riche teinturier pro- 
testant Jean Canaye, qui l'avait louée à un marchand lucquois 
Ange de Caule ; il désapprouva d'ailleurs devant le parlement la 
sous-location faite au Consistoire 4 ). 

Après l'émeute suscitée par le clergé de l'église Saint-Médard 
ei l'incendie du Patriarche (28 décembre 1561) le culte fut trans- 
féré « devant Brasque » (un jeu de paume à l'enseigne d'un 
chien braque), « en la maison où pendoit pour enseigne la ville 
de Jérusalem » (vers l'angle de la rue de l'Estrapade et de la 
rue Lhomond 5 . Des centaines, parfois des milliers d'auditeurs 
y accouraient chaque Dimanche. 

1. M. X. Weiss, à l'appui d'un article sur Les lieux d'assemblées hugue- 
notes à Paris de l$2k à 1598 (B. h. p., 1899, p. 138) a public (p. 165) un 
document déposé à la Bib. natle (fonds fr., nouvelles acquisitions, 1200, 
fol. 5) postérieur à 1573 et intitulé : « Maisons où se sont faictz assemblées 
et prescbes par les Ministres en ceste ville. » 

2. B. h. p., 1899, p. 169. 

3. Lettre à Calvin {Opéra Caln., t. XIX, p. 88). 

4. B. h. p., 1899, p. 149, n. 1, rectifiant B. h. p., 1891, p. 107. 

5. Plutôt que 26, rue des Fossés-Saint-.ïacques, comme le suppose M. Douen. 
Encucl. des se. rel.. XII, 771, 



24 



L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 



Cette courte période de développement normal finit quand le 
due de (luise, après le massacre de Vassy, rentre à Paris portant 

sur le iront, » selon l'énergique expression d'A. d' Yubigné, 
« le crime de la guerre civile. » La dévastation des prêches de 
Jérusalem et de Popincourt valut au connétable dp Montmo- 
rency le surnom de « capitaine Brûle-banc » (4 avril 1562) ; le 
12, une ordonnance interdit le culte public à Paris et dans les 
faubourgs. Elle fut appliquée pendant trente-deux ans. 

De 1562 à 15i)4 les protestants vivent dans des transes perpé- 




tuelles. Les manifestations collectives d'une vie d'Eglise ne sont 
plus possibles qu'à de très rares intervalles, *>t avec de grandes 
précautions. A un seul moment le roi promet la sécurité, les prin- 
cipaux huguenots se rassemblent en grand nombre à Paris, et 
alors... c'est la Saint-Barthélémy ! 

Une des plus anciennes vues de Paris à vol d'oiseau, non dotée, 
semble bien se rapporter à ces années lamentables, pu patiendo 
vim.v.n i , i.Mi'ii SiEViENDO perevnt ; sous cette légende i on voit, 



1. On la trouve sur l'exemplaire reproduit par M. Doumergue, /. Calvin, I, 
295, mais non sur celui que nous reproduisons d'après le B. h. p., 1894, 
p. 'J4!î. Le graveur a négligé d'intervertir les côtés du dessin, en sorte que 



PREMIERS LIEUX DE CULTE 25 

en dedans des murs un grand bâtiment : peut-être la Sorbonne, 
cl du même côté, en dehors des murs, près d'une maison en 
ruines, un soldat brisant sa lance et lapidant quelques personnes 
en prières auprès d'un agneau. Ce groupe de premier plan est 
entre les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Victor, et la maison 
brûlée est peut-être le « patriarche » *. 

De 1564 à 1572 les registres d'éçrou de la Conciergerie du 
Palais 2 renferment les extraits des nombreuses poursuites exer- 
cées à cette époque contre les huguenots. Parmi eux figure « Phe- 
lipes de Gastines, marchant et bourgeois de Paris, natif de Paris 
et y demourant rue Sainct-Denys ; » il est relâché une première 
fois le 4 avril 1568, mais le 30 juin 1569 le Parlement le 
condamne à être pendu et étranglé en place de Grève, ainsi que 
son fils Richard 3 . Leur crime était d'avoir fait faire « presches, 
assemblées et Cènes » dans leur maison qui avait pour enseigne 
Aux cinq croix blanches, près Sainte-Opportune. Cette maison 
lut, par ordre de la cour « rompue, démolie et rasée ; » sur 
l'emplacement on planta une croix de pierre de taille, au pied 
de laquelle, sur un tableau de cuivre, on inscrivit les motifs de 
l'arrêt, en lettres d'or 4 . Cette « Croix de Gastine » resta long- 
temps un motif d'humiliation pour les protestants parisiens, 
même après que Coligny eut obtenu en 1570 son transfert à 
lentrée du cimetière des Innocents. 

Paris devient la capitale de la Ligue, et « l'isle de Ruach », 
comme la décrit la Satire Ménippée, est pitoyablement ruinée 



l'est se trouve à gauche, et l'ouest à droite. Il faut regarder l'estampe dans 
une glace pour bien faire les observations ci-dessus. 

1. C'est de ce côté là aussi qu'en septembre 1590 les soldats de Henri de 
Navarre étaient venus planter leurs échelles « dans le fossé entre la porte 
de Saint-Jacques et celle de Saint-Marcel » ; les Jésuites, qui avaient leur 
collège vers ce quartier là, avaient été les premiers en armes sur la mu- 
raille ; ils donnèrent l'alarme si chaudement que les corps de garde voisins 
accoururent, et les royaux se retirèrent » (P. Cayet, Chronologie novénaire, 
1608, t. I, p. 380 verso). 

2. Quatre in-folio échappés aux incendies de 1871 et conservés aux archi- 
ves de la préfecture de police. Extraits publiés d'après les copies de M. Bor- 
dier dans le B. h. />., 1901. p. 575 et suivantes. 

3. Loc. cit., p. 640 ; et Cbespin, Histoire des martyrs, édition de 1597, 
f° 701 verso. 

4. » On voyait encore en 1856 entre les n'" 75 et 77 de la rue Saint-Denis 
un espace vide, emplacement de la maison de Gastine » (DOUEN, l'.nci/cl. des 
se. rel., t. XII, p. 781). 



26 l'église RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

C'est alors qu'après bien des luttes de conscience on vit s'éloigner 

des hommes tels que B. du Cerceau (décembre 1585) : « il aima 
mieux quitter l'amitié du roi et renoncer à ses promesses que 
d aller à la messe, et, après avoir laissé sa maison qu il avoit 
nouvellement bâtie..., il prit congé du roi, le suppliant ne trouver 
mauvais qu'il demeurast fidèle au service de Dieu, qui estoit son 
grand maistre, comme il l'avoit esté au sien, en quoi il perseve- 
reroit jusques à la fin de sa vie 1 . » La belle demeure élevée 
entre la rue des Marais et la rue du Colombier fut dévastée, 

comme beaucoup d'autres Quelques années plus tard elles 

seront restaurées, car, ballottée par tant de tempêtes, la nef de 
l'Eglise réformée ne devait pas sombrer ; elle aurait pu prendre 
pour devise celle qu'on lit autour des armes de la ville même : 
Fluctuai nec mergitur. D'ailleurs au xviii" siècle elle trouvera le 
nom qui lui aurait convenu dès le XVI e : l'Eglise sons le croix. 



1. L'Estoile, Registre-journal de Henri 111, éd. Michaud, p. 193. 



PREMIÈRE PARTIE 



Les années de transition 

auant la promulgation de l'édit 

(1594-1599) 



CHAPITRE PREMIER 

LES PRÉLIMINAIRES ET LA PROMULGATION 
DE L'ÉDIT 



Henri IV et « son Edit ». — - Nombre des habitants et des protestants à Paris. 
— Abjuration de Henri IV et réduction de Paris. — Importance capitale de 
l'Edit. — Accueil fait par les contemporains. — Négociations prélimi- 
naires. — Résistance du clergé du Parlement. — Les derniers mois : la 
« facilité » de Paris. 



La ville et l'Eglise réformée de Paris se relèvent l'une et l'au- 
tre après l'entrée du roi Henri IV en 1594 * et surtout après ces 
deux grands événements de l'année 1598 : le traité de Vervins et 
l'Edit de Nantes, aussi digne que celui de 1787 d'être appelé 
« édit de bienfaisance. » La « paix d'Henri IV » est « une œu- 
vre incomparable de tolérance sincère et charmante -. » Dans 
la capitale en particulier le roi aurait pu se dire avec autant de 
vérité au point de vue spirituel qu'au point de vue matériel 
« amy des bastisseurs 3 . » Comme la reconstruction de Paris, la 
réorganisation de la vie nationale dut beaucoup à l'action per- 
sonnelle du roi. Or la pacification religieuse était un élément es- 
sentiel pour le relèvement de la cité et de la nation entière. 
Henri IV le sentait, et considérait l'Edit comme un des facteurs 
indispensables de sa politique. En insistant pour le faire accepter 
il l'appelait « mon Edit. » 

1. Cependant aussitôt entré, le roi tint à faire acte public de catholicis- 
me : (le 22 mars 1594) « il commanda à un de ses gentilshommes qu'il 
îillast à Nostre Dame dire qu'il y vouloit ouyr la messe et rendre grâces à 
Dieu, » et aux souhaits de l'archidiacre il répond : « Je ne seay vérita- 
blement comme je pourray remercier Dieu, principalement depuis nui con- 
version à la R. C. A. et R. en laquelle je proteste moyennant son ai/de de 
vivre et de mourir » (P. Oayet, Chronologie novénaire 1608, t. 111, p. 338). Les 
16 et 21 janvier 1595 est formulé un » advis de la faculté de théologie et 
des curez de la ville de Paris » sur l'obéissance due à Henri IV (Biblioth. 
nat., Lb. 35.609, plaquette in-8" sans lieu ni date). 

2. Sthowski, Histoire du sentiment religieux en France au XVII e siècle ; 
Pascal et son temps, t. I (1907), p. 128. 

3. Mémoires de Sully, II, 206. 



;}(! l'église réformée de PARIS SOIS HEtfRI IV 

Tout a été dit sur la portée de son abjuration. Il est permis 
de penser qu'Henri IV ne serait pas devenu le grand roi qu'il a 
été si, même après son abjuration, il ne s'était souvent ressenti 
de son éducation huguenote. Deux historiens déjà un peu an- 
ciens ont tracé incidemment de lui des portraits dont la jus- 
tesse n'a pas été surpassée : « Il avait, dit Aug. Thierry *, une 
intelligence universelle, un esprit souple et pénétrant, des résolu- 
tions promptes et une fermeté inébranlable dans ce qu'il avait 
résolu. A la sagesse des hommes pratiques, à cet instinct qui va 
droit à l'utile et au possible, qui prend ou rejette sans préven- 
tion et sans passion, il joignait la séduction des manières et une 
grâce de propos inimitable. Ses hautes vertus, mêlées d'étranges 
faiblesses, ont fait de lui un type unique de roi à la fois aimable 
et imposant, profond de sens et léger de goûts, plein de gran- 
deur d'âme et de calcul, de sympathie pour le peuple et d'orgueil 
de race, et toujours, et avant tout, patriote admirable. » 

Quant à son attitude religieuse, M. Anquez l'a fort bien décrite 
ainsi : « Elevé par sa nature au-dessus de l'esprit de secte et de 
parti, Henri IV ne recherchait point le triomphe exclusif de la 
foi catholique ou du protestantisme. Esprit pratique il ne nour- 
rissait pas l'espoir chimérique du prochain rétablissement de 
l'antique unité religieuse par la voie d'un concile national. Mais, 
s'il était bien résolu à garantir aux personnes l'entière liberté 
de conscience, il comprenait parfaitement qu'il ne pouvait faire 
aux religions une situation égale -. » 

Henri IV, dans l'Edit de Nantes, accorde beaucoup de points 
aux réformés, parce qu'ils sont une imposante fraction de ses 
sujets ; il ne leur accorde pas certaines autres choses qu'ils ré- 
clamaient, parce qu'ils ne sont qu'une minorité. Ainsi s'expli- 
quent, entre autres, les clauses relatives aux protestants pari- 
siens. 

A défaut de recensement complet, il est impossible de savoir 
exactement combien il existait alors de Français, de Parisiens, et, 
parmi eux, combien de protestants 3 . Voici une statistique inté- 
ressante, malheureusement consignée dans un document très 

1. Hist. du Tiers-Etat, I, 153. 

2. Assemblées polit, des réformes, p. 69. 

.'!. M. Douen {Révocation à Paris, t. I, p. 157) intitule un chapitre spécial : 
Population protestante, mais n'y examine que des chiffres du début du 
xvii siècle, <>ti des années voisines de la Révocation. 



PROPORTION DE LA POPULATION PROTESTANTE 31 

postérieur 1 : « En 1598 Henry IV fit faire le dénombrement des 
Réformés de son royaume, du nombre des temples, des familles, 
des personnes, et surtout des ministres. On trouva par ce dénom- 
brement qu'ils avaient 694 églises publiques, 257 églises de fief, 
800 ministres, 400 proposants, 274.000 familles qui faisoient 
1.250.000 âmes, entre lesquelles il y avoit 2.468 familles nobles. 
Après la publication de l'Edit de Nantes ce nombre augmenta de 
plus d'un tiers jusqu'au ministère du cardinal de Richelieu-. » 

D'autre part Dulaure évaluait à 200.000 le nombre des Pari- 
siens en 1590 ;! . Ce chiffre nous semble plutôt faible : M. de Ru- 
ble estime que 250.000 était un maximum en 1572 4 . 

M. Franklin calculait qu'il devait y avoir à Paris 300.000 habi- 
tants au commencement du xvn e siècle 5 . Un ambassadeur véni- 
tien dit 400.000 ». Il est certain qu'après la fin des troubles et la 
reprise paisible des affaires publiques et privées, un nouvel afflux 
de population vers la capitale se produisit. Beaucoup de famil- 
les protestantes, entre autres, revinrent. On a parfois paru admet- 
tre des chiffres tels que plus d'une sixième de la population pari- 
sinne aurait alors appartenu à l'Eglise réformée. Cette propor- 
tion est probablement exagérée. Le seul fait certain est qu'en 
1606 on construisit un temple renfermant environ 4.000 pla- 
ces 7 et qu'il fut souvent trop petit les jours de grandes fêtes. 

1. Note transcrite sur la copie des actes d'un synode du Poitou en 1663, 
faite en 1729 (B. h. p., 1889, p. 551 ; nous adoptons la correction qui y es*. 
proposée, de 2800 en 800 pasteurs). 

2. On évalue la population totale de la France en 1639 à 17 millions 
(Revue historique, mai-juin 1883, p. 200). 

3.. Histoire de Paris, 1829, t. V, p. 227. 

4. Mémoires de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Ile de Fr., t. XIII, 1887. 
p. 1-6, Paris en 1572. 

5. Estât, noms et nombre de toutes les rues de Paris, 1873, p. 35. 

6. Angelo Badoeh, « Relation » de 1605 (Relazioni degli Slali Europei lette 
al Senato dagli ambasciatori Veneti, série II, publiée à Venise en 1857, 
l-rancia, t. I, p. 85) : « Dicendosi cou fondamento esservi intorno a quat- 
trocento mille anime, ancorche il volgo dica molto piu ». P. 91 il se borne à 
signaler, au point de vue de la politique générale, la diversité de religions 
en France, mais il ne parle pas des huguenots parisiens dans sa description, 
très détaillée cependant, de la vie à Paris. Comme son prédécesseur Cavalli 
(1600-1603) il ne parle guère, d'ailleurs, du protestantisme, qu'à propos de 
Sully. Foscarini (1608-1611) plus préoccupé des « Ugonotti » (p. 219-225, 
256, etc.) ne dit rien non plus sur ceux de Paris. 

7. Et non 14.00(1 comme le disait Cm. Weiss, Ifisl. des réfugiés, I. I. p. 01 : 
voir l'argumentation décisive de M. Doukn, B. h. p., 1876, p. 382. 



32 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

Mais que représentent 4.000 assistants par rapport au nombre 
total des protestants ? un cinquième, un sixième au moins ; les 
infants allaient au temple lorsqu'ils étaient plus âgés que ne le 
sont aujourd'hui les élèves des « écoles du dimanche », et ils 
étaient nombreux. Les registres des baptêmes et enterrements, 
(|iii fourniraient des données si précieuses, ont été malheureuse- 
ment brûlés pendant la Commune. 

En admettant le chiffre de 300.000 environ pour la popula- 
tion totale, et la proportion d'un dixième pour la population pro- 
testante, on arriverait encore à une trentaine de mille âmes, ce 
qui paraît beaucoup pour un troupeau que quatre pasteurs suf- 
fisaient à desservir. Quel que fût leur nombre, on conçoit aisé- 
ment avec quel intérêt les protestants parisiens suivaient autant 
que cela leur était possible, les négociations relatives à l'abjura- 
tion, puis les préliminaires de l'édit de pacification. Les unes et 
les autres eurent lieu en partie à Paris ; on débattit longtemps 
les conditions spéciales à la capitale et à ses habitants réformés. 

Après avoir, le 18 juillet 1593, assisté une dernière fois au prê- 
che à Mantes, près du château de Rosny, Henri IV se convertit 
à ce que Bèze appelait « la religion de Machiavel t. » La veille il 
avait pris congé des pasteurs qui se trouvaient, deux par deux, 
selon l'usage, de service auprès de lui ; il leur avait déclaré qu'il 
ne permettrait jamais qu'on fit violence à leur religion. Quel- 
ques-uns d'entre ces aumôniers étaient alors et restèrent ensuite 
pasteurs de l'Eglise de Paris. Le matin même du dimanche 25 
juillet, à Saint-Denis, « avant de se lever, le roi parla dans son lit 
quelque temps au ministre La Faye, ayant sa main sur son col, 
et l'embrassa par deux ou trois fois 2 . » La Faye avait été le 

1. « Qui est », continuait Bèze dans une dernière lettre adressée au roi, 
« toute dissimulation et desloyauté envers les hommes : chose que nous sca- 
vons estre directement répugnante à vostre nature mesme » (Bibl. de Genève, 
mss. 1076, minute originale, cité dans B. h. p. 1852, p. 41 ; ce volume ren- 
ferme plusieurs documents intéressants sur « l'abjuration de Henri IV et le 
parti réformé », notamment (p. 280) une lettre du pasteur Gabriel d'Amours 
rappelant au roi toutes les occasions dans lesquelles il lui avait demandé de 
faire ht prière, au moment du siège de Paris, etc. (pièce extraite de la Col- 
lection Du Puy, n" 232). 

2. 1'. de L'ESTOILE, Journal de Henri IV. P. de l'Estoile, qui enregistrait 
depuis une- vingtaine d'années déjà les nouvelles de la capitale, est parti- 
culièremenl bien informé et impartial en ce qui concerne les protestants. 
Sou grand-père avait été l'un des professeurs de droit de Calvin ; Th. de Bèze 



ÉDITS ANTÉRIEURS A 1598 33 

dernier à prêcher devant le roi, « ayant pris thème exprès pro- 
pre à ce sujet 1 . » Le soir de l'abjuration il en rend compte à 
Bèze, dans une lettre datée « du jour mémorable et lamentable 
à tous les gens de bien et craignans Dieu » : « Pour le regard de 
l'exercice de la religion à la suite de la cour, dit-il, nous en pres- 
sons la continuation tant que nous pouvons -. » 

Cependant quelques mois plus tard la déclaration de mars 1594 
pour la réduction de la ville renouvelle les dispositions sévères 
des édits précédents, depuis ceux d'Amboise (1562) et de Poitiers 
(1577). Ce dernier en particulier, interdisait le culte public non 
seulement dans la ville, prévôté et vicomte de Paris, mais jusqu'à 
dix lieux autour de la ville, lesdites lieues étant expressément 
« limitées », de telle sorte qu'on excluait encore le culte de Sen- 
lis, Meaux, Melun, Dourdan, Rambouillet, Houdan, et de leurs 
faubourgs ; la zone interdite allait à une lieue par delà Chastres- 
sous-Montlhéry (Arpajon) et une lieue grande par delà Meulan, 
Vigny, Méru, Saint-Leu de Serans (d'Esserent). Cet espace com- 
prenait donc la presque totalité du département actuel de Seine-et- 
Oise et quelques cantons de Seine-et-Marne et de l'Oise 3 . 

Telle était la rigueur du régime prohibitif sous lequel se trouva 



a compose pour lui une épitaphe élogieuse (Th. Bezse Vezelii Poemata, 
2 e édition, s. 1. n. d., p. 25) et passe pour avoir, dans ces poèmes de jeu- 
nesse, chanté sous le nom de Candida Marie de l'Estoile, tante de notre 
chroniqueur. Celui-ci fut, dans son enfance, élève d'un professeur illustre qui 
se rattacha à l'église réformée de Paris, Nicolas Béroald : dans le Livre de 
raisons de celui-ci on lit, en mai 1556, « Petrus Stella » (Fr. prot., 2 e édit., 
t. II, vol. 398). Lors des trouhles de 1562 le président de l'Estoile recueillit 
à Orléans le maître et les pensionnaires. Plus tard, au moment de la Saint- 
Barthélémy, P. de l'Estoile habitait (non loin du Louvre et du futur domi- 
cile de la Paye, rue Grenier sur l'Eau) rue Thihaud aux Dés, aujourd'hui 
des Bourdonnais (Cf. A. de Ruble, Mém. de la Soc. d'hist de Paris, t. XIII, 
Paris en 1572). En mai 1603 son journal nous apprend que sa fillette, la 
• petite Magdelon », était en nourrice probablement chez une femme pro- 
testante dont le mari exerçait la profession de croque-mort au faubourg 
Saint-Germain. 

1. L'Estoile, lac. cit. 

2. Bibl. de Zurich, collection Simler. B. h. p., 1856, p. 27. 

3. Dans plusieurs des localités mentionnées, les protestants formaient des 
agglomérations assez nombreuses, autour desquelles des centaines de famil- 
les et d'individus isolés se trouvaient disséminés dans beaucoup de vil- 
lages et de hameaux. Des temples furent ouverts au xvn e siècle précisément 
sur les confins de cette zone : à Aumont près Senlis, Nanteuil près Meaux, 
la Norville près Arpajon, le Plessis près Dourdan, A veines près Vigny, etc. 



34 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

officiellement placée l'Eglise de Paris pendant les années qui 
suivirent l'abjuration du roi et précédèrent l'Edit de Nantes. 

L'histoire de l'Edit a été étudiée à fond, en dernier lieu à 
propos du troisième centenaire de sa promulgation. Il ne nous 
appartient pas d'en faire ici une appréciation générale, bien 
qu'on ne puisse jamais trop insister sur l'importance exception- 
nelle de cet acte dans l'histoire de France et dans l'histoire de la 
civilisation universelle. 

M. Guizot a bien caractérisé l'état moyen de l'opinion publique 
à cette époque : « Le principe auquel se sont élevés maintenant 
les esprits et même les faits dans une certaine mesure : la sépa- 
ration profonde de la vie civile et de la vie religieuse, et leur indé- 
pendance mutuelle, ce principe supérieur était étranger au xvi e 
siècle. Le croyant et le citoyen n'y faisaient qu'un, et c'était l'ef- 
fort des lois et des gouvernements d'imposer à la nation tout 
entière la même unité 1 . » L'Edit de Nantes fut « la dernière 
transaction entre la justice naturelle et la nécessité sociale 2 . » 
« C'était assez pour mettre la France hors de pair, puisqu'alors 
il n'était pas en Europe un seul état où ceux qui professaient une 
religion différente de celle du souverain eussent l'ombre d'une 
garantie 3 . » 

L'Edit fut naturellement accueilli avec des sentiments très 
divers. De part et d'autre les ultras furent mécontents : le pape 
manifesta hautement sa réprobation. Un diplomate béarnais alors 
en séjour à Rome ne manqua pas de rapporter le propos à son 
royal compatriote : « Sa Sainteté nous dit hier qu'il estoit le 

plus navré et désolé homme du monde Cet édit que vous lui 

avez fait en son nez estoit une grande plaie à sa réputation, et lui 
sembloit qu'il avoit reçu une balafre en son visage 4 . » 

En France même l'enthousiasme pour Henri IV et son œuvre 
était loin d'être général. S'il y eut des endroits où l'on comman- 
dait tant d'écharpes blanches qu' « il ne se trouvoit plus de taf- 



1. Histoire de France, t. III, p. 522. 

2. Aug. Thiehuy, Essai sur l'histoire de la formation et du progrès du 
Tiers-Etat, p. 126. 

3. Anquez, Encyclopédie des se. relig., t. IV, p. 256. 

I. lettre du Cardinal d'Ossat, citée par l'abbé Degeut : le Cardinal d'Os- 
sat, Paris, Lecoffre, 1894. 



L'KDIT DE NANTES 35 

fêtas blanc à Lyon 1 », ailleurs on avait encore « de l'Espagnol 
dans le ventre », comme le disait avec humeur le roi aux parle- 
mentaires récalcitrants. 

D'autres, au contraire, jugeaient l'Edit insuffisant et considé- 
raient l'état des Juifs à Rome, dans la ville des papes, comme 
préférable à celui des protestants à Paris et même dans toute 
la France 2 . Cependant Agrippa d'Aubigné constate que « la 
paix fut mieux reçue des peuples qu'on n'eust estimé 3 . » Et un 
protestant étranger dont le nom reparaîtra dans les pages sui- 
vantes, Aerssen, fait avec quelque surprise la même observation : 
< Je ne remarque point que la publication de l'Edit ait amené 
quelque trouble » (à Paris, où elle venait d'être faite) 4 . L'assem- 
blée politique de Chàtellerault déclara que c'était pour les pro- 
testants un minimum acceptable •". Cent ans plus tard l'auteur 
de la première histoire complète de l'Edit de Nantes, le Parisien 
Elie Benoît 6 , sentait le besoin d'expliquer ce fait que les réfor- 
més se contentèrent d'un état de choses encore bien imparfait ; 
et il attribue leur modération à des illusions généreuses qui furent 
bien déçues : « Ils s'attendaient à la prochaine décadence de la 
religion romaine comme s'ils en avaient eu des révélations expres- 
ses, et ils ne doutaient pas que leur doctrine ne fît bientôt de 
grand progrès puisqu'on pouvait l'embrasser sans exposer ni ses 
biens, ni sa vie, ni ses espérances. C'est pourquoy il ne leur sem- 
blait pas nécessaire de prendre des mesures sur bien des choses 
à quoy cet heureux avenir apporterait de luy mesme des sûre- 
tés ". » 

D'ailleurs Benoît lui-même exalte « l'Edit le plus solennel qui 
ait jamais été publié » ; il le considère comme « le bouclier de la 
religion et le rempart de la liberté 8 . » 

1. D'Aubigné, Hist. universelle, 1. XIV, édition de Ruble, t. IX, p. 11. 

2. Le Ghaix, Décade contenant la vie et les (jestes de Henry le Grand, 
1. VII, in-4°, 1614, p. 348. 

:i. Lac. cit., t. IX, p. 294. 

4. Lettres et négociations de P. Choart de Buzaiwalle et de François 

d'Aerssen, publiées par M. Vreede, Leyde, in-8", 1846, p. 113. Lettre (eu 
hollandais) datée de Paris le 9 mars 1599. 

5. » Encore que par cet acte il ne soit pourvu entièrement à toutes les 
nécessités des Eglises, tant y a qu'il semble suffisant pour les mettres en 
quelque sûreté » ANQUEZ, Assemblées politiques des réformés, p. 80. 

6. Xé en 1640 dans la loge du concierge de l'hôtel de la Trémoïlle qu'on 
voit encore, 50, rue de Vaugirard. 

7. Hist. de l'Edit de Nantes, t. I, p. 361. 

8. Epltre dédicatoire, 1693. 



3(5 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

Les quatre années (1594-98) entre la déclaration royale pour la 
reddition de Paris et la signature de l'Edit sont remplies par des 
négociations que compliquaient sans cesse les exigences des deux 
partis, « une majorité intolérante et une minorité indompta- 
ble i. » Peu à peu cependant, les passions de la Ligue se calment ; 
on revient, dans la bourgeoisie surtout, à « l'esprit de tolérance 
de 1500, avec plus de réflexion, avec la maturité de jugement 
que donnent l'expérience et le malheur 2 . » 

A ceux qui jugeaient prématurée la rédaction d'un édit, les 
î étonnés répliquaient qu'ils avaient réduit leurs demandes au 
strict nécessaire. Dans la dernière année des pourparlers, leurs 
o plaintes », non sans éloquence, concluaient ainsi (1597) : 
« Après trente-cinq ans de cruelles persécutions, dix ans de ban- 
nissement par les édits de la Ligue, huit du règne du Roy, quatre 

de poursuites , nous demandons à Votre Majesté un édit qui 

nous face jouir de ce qui est commun à tous vos sujets, c'est-à- 
dire beaucoup moins que ce que vous avez accordé à vos trans- 
portez ennemis, à vos rebelles ligueurs La seule gloire de Dieu, 

la liberté de nos consciences, le repos de l'Etat, la sûreté de nos 
biens et de nos vies, c'est le comble de nos souhaits et le but de 
nos requêtes 3 . » Dans ces Plaintes on sent à mainte reprise l'ac- 
cent particulier des protestants de la capitale : ils jouèrent dès 
lors un rôle décisif que nous leur verrons attribuer, à tort ou à 
raison, dans mainte circonstance au siècle suivant : « les réfor- 
més de Paris et de la cour tirèrent le roi de peine par leur faci- 
lité i . » Et il fallait en effet beaucoup de « facilité » pour accep- 
ter les conditions spéciales imposées à l'Eglise de Paris, (arti- 
cle XIV). Nous les examinerons ci-après. 

Malgré toutes ces restrictions l'Edit souleva de vives protesta- 
tions de l'assemblée du clergé réunie tout exprès à Paris en juil- 
let 1598 5 . La présentation de l'Edit au parlement fut ajournée 
plusieurs mois. Le 6 janvier 1599 un des prédicateurs de la Li- 
gue, le capucin Bruîart — frère d'un membre du Parlement — 
dit, en l'église Saint-André-des-Arcs (place Saint-Michel actuelle, 



1. H. MàBTIN, Histoire de France, t. X, p. 421. 

2. Aug. Thierry, Hist. du Tiers-Etat, t. I, p. 150. 
:t. Benoît, Hist. de l'Edit, t. I. p. 218. 

4. Benoît, //. de l'Edit de Xmiles, t. I, p. 275. 

5. Collet lion des procès-verbaux des ass. gèn. du clergé, I, 653. 



ACTES DE FANATISME 37 

vers le boulevard Saint-André) « que tous les juges qui consen- 
tiroient la publication de l'Edit estoient damnés 1 . » Le duc de la 
Force transmettait à sa femme les nouvelles les plus contra- 
dictoires colportées dans le peuple : tantôt l'annonce d'une se- 
conde Saint-Barthélémy, tantôt, pour venger la première, la 
menace d'un massacre des catholiques 2 . 

Pour comprendre à quel diapason les esprits se trouvaient 
alors, il ne faut pas oublier que la plupart des témoins et acteurs 
des guerres civiles survivaient encore. Les hommes âgés mainte- 
nant d'une cinquantaine d'années en avaient déjà vingt-cinq lors 
de la Saint-Barthélémy. Un des assassins du bailli Groslot était 
encore en 1598 doyen des sergents de Paris, il s'appelait Corail- 
Ion et dut s'étonner fort de voir qu'en ces temps nouveaux, 
après l'Edit de Nantes, on l'emprisonnait (6 octobre) pour cette 
peccadille d'avoir appelé « chienne de huguenote ! » une reven- 
deuse « la grande Jacqueline » ; il est vrai qu'il l'avait menacée 
de « la faire traîner à la rivière avec tous ceux qui lui ressem- 
blaient 3 . » 

Maint prédicateur fanatique excitait le peuple catholique au 
grand déplaisir des modérés comme l'Estoile : « Toutes les 
prédications de ce temps, dit-il, n'estoient que contre les hugue- 
nots et leur Edit, par lequel ils donnoient à entendre au peuple 
qu'il y avoit temples accordés à Paris pour y prescher, avec deux 
collèges pour instruire les enfans à la religion, et là-dessus es- 
mouvoient le peuple contre eux, jusques à parler de saingnées 
qu'il estoit besoin de renouveller en France de vingt-cinq ans en 
vingt-cinq ans, et que tant qu'on y souffriroit deux religions, 

on n'auroit jamais que mal ; taxaient le Roy mesme en paroles 

ouvertes, et disoient que la caque sentoit toujours le haranc. » 

Un religieux lorrain, arrêté, avoue qu'il venait d'arriver à 
Paris pour tuer le roi, voulant empêcher à la fois la promul- 
gation de l'Edit et le mariage de Madame avec le duc de Bar 
qui risquait d'être converti par elle 4 . 

Les Jacobins, de leur côté, emploient un moyen étrange : ils 
font venir de Romorantin à Paris une prétendue démoniaque, 
Marthe Brossier, qui annonce toutes sortes de calamités si l'Edit 

1. Mémoires journaux de V. de l'Estoile, Ed. Jouaust, t. VII, p. 163. 

2. Mémoires authentiques de Jacques Nompab de Cai mont, etc. éd. de 

1843, t. I, p. 303. 

3. li. h. p., 185(5, ]>. 21. 

4. L'Estoile, VII, p. 169-185. 



;ks l'église réformée dk paris sors henri iv 

est enregistré. Grand émoi parmi les catholiques et les protes- 
tants parisiens. Henri IV fait examiner la pauvre fille par les 
médecins de la Faculté : elle est convaincue d'imposture et ren- 
voyée chez elle par arrêt du Parlement 3 . 

Nous avons sur cette période d'assez nombreux documents 2 . 
L'un des plus intéressants émane d'un témoin bien placé pour 
se renseigner sur les affaires politiques et religieuses : c'est la 
correspondance avec les Etats-Généraux de l'ambassadeur hol- 
landais Aerssen, protestant zélé :t . Il écrit le 10 novembre 1598 : 
« Sa Majesté a convoqué la chambre du conseil à Paris pour pré- 
parer la vérification de l'Edit. On attend MM. de Bouillon, de la 

Trémoïlle, et autres de la religion, pour y assister » ; le 22 

février 1599 : « l'Edit a été vérifié vendredi matin ; des restric- 
tions ont été faites secrètement concernant la réception de plus 

de six conseillers de la religion au Parlement » ; le 22 avril : 

« L'Edit a passé par tous les ressorts de Paris, mais la vente en 
est deffendue pour obvier aux animosités du clergé qui s'es- 
chauffent de jour à aultre » ; le 6 juillet : « l'exécution de l'Edit 
s'avance beaucoup au ressort de Paris » ; enfin le 9 décembre : 
« Les affaires de ceux de la religion commencent à prendre pied. 
La facilité de Paris depuis la vérification de VEdit y aide beau- 
coup. » 

La « facilité » de Paris ! le même terme revient de singulière 
façon, à cent ans de distance, sous la plume d' Aerssen — le 
Hollandais de Paris, - - et sous celle d'E. Benoît — le Parisien de 
Hollande. Mais, comme le remarque le second, c'est du côté 
des protestants beaucoup plus que du côté des parlementaires 
que se manifestait l'esprit de conciliation. Il en fallait beaucoup 
pour accepter l'article qui réglementait le culte public : le lieu 
d'exercice était, pour Paris, reculé bien au-delà de ce qui était 
accordé près des autres villes sièges d'un évèché : 

« Défendons très expressément de faire aucun exercice de la 
dite religion en notre cour et suite..., ni aussi en notre ville de 
Paris, ni à cinq lieues de la dite ville : toutefois ceux de ladite 
religion demeurans en notre dite ville et cinq lieues autour d'icelle 



1. D'AUBIGNÉ, Baron de Fwnesle, II, v ; Confession de Sancy, I, VI. 

2. Voir l'étude détaillée de M. A. Lods : L'Edit de Xantes devant le Parle- 
ment de Paris, B. h. p., 1899, p. 124. 

3. Cf. Vbeedb, op. cil., p. 63, etc. ; et B. h. p., 1853, p. 28. 



CULTE AUTORISE PRES DE PARIS 



39 



ne pourront être recherchez en leur maisons, ni astraints à faire 
chose pour le regard de leur religion contre leur conscience, en se 
comportans au reste selon qu'il est contenu en notre présent 

édit 1 . » 

II avait même été question de ne pas rapprocher autant la limite 
du territoire interdit aux prêches : « Le roy, disait un projet, 
accorde l'estahlissement dudit exercice à six lieues de Paris poul- 
ie plus. » Mais on a biffé six et substitué le chiffre qui fut défini- 
tivement adopté : cinq -. C'était encore reculer la zone dans 
laquelle on pourrait choisir le lieu de culte jusqu'au delà de Ver- 
sailles, Saint-Germain, Ecouen, Chelles, Palaiseau : c'est-à-dire 
en dehors d'une circonférence qui se trouve elle-même extérieure, 
sur presque tous les points, au tracé actuel du chemin de fer de 
grande ceinture. 

Après la publication de l'Edit, les réformés se rassemblèrent 
le dimanche d'abord au delà des cinq lieues prescrites : à Grigny, 
en amont de Paris ; puis un peu moins loin, à Ablon ; enfin plus 
près encore : à Charenton. Mais avant de décrire ces établisse- 
ment successifs il convient de signaler un état de choses transi- 
toire qui exista pendant les préliminaires de l'Edit et donna en 
fait aux protestants une certaine satisfaction. $ 




HOTEL DE SOISSONS, D'APRÈS UNE GRAVURE DE PÉRELLE 



1. Edils, déclarations et arrests concemans la R. P. R., réimprimés à Paris 
en 1885, Fischbacher, éditeur. 

2. Bib. natle, inss., fonds Du Puy, i. 618, f" 51. 



40 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 



CHAPITRE II 



l'église chez madame 



(1594-1599) 



§ 1. La " princesse Bierne ». — - Droits des seigneurs hauts justiciers. — 
Leurs devoirs en ce qui concerne le culte. — Caractère de Catherine 
de Bourbon. — Sa vie jusqu'en 1593. — Projets de mariage. — Madame 
« défenseur de la foi. » — Arrivée à Paris. ■ — L'Hôtel de Madame. — 
Culte au Louvre. — Protestation du clergé. — Attitude du roi. — 
Autres cultes publics. — Mesures restrictives. — Anecdotes concernant 
le roi et les protestants. — Tentatives pour convertir Madame. — 
Organisation de l'Eglise chez Madame. — Progrès de l'Eglise. — Grande 
communion. — Le méreau. — Restrictions à la liberté du culte. — 
L'Edit et le mariage de Madame. 

§ 2. Le pasteur apostat Caijer. — Ses études en France et à l'étranger. — 
Il est sollicité de rentrer dans l'Eglise romaine. — Son caractère. — 
Rapports avec ses collègues. — Griefs contre lui. — Abjuration et 
déposition. — Fonctions qui récompensent Cayer. — Ouvrages de contro- 
verse. — Procédés employés à l'égard de diverses catégories de lecteurs. 
— Ripostes des adversaires. 

g 3. Le Mariage de Madame. — Discussions avant le mariage. — Double 
cérémonie religieuse. - - Derniers cultes chez Madame à Paris. — ■ Pas- 
teurs de service après le mariage. — Fermeté dans la foi. — Confé- 
rences en vue de la conversion à Nancy ; à Paris. — Derniers moments 
et mort. — Quelques détails sur les dépenses. — Vestiges actuels du 
séjour de Madame. 



§ 1. La « princesse Bierne » 

Dès l'entrée du roi dans Paris, la situation des réformés fut, 
par un singulier concours de circonstances, exceptionnellement 
favorable et la liberté dont ils jouirent pour leurs assemblées fut 
beaucoup plus grande - si invraisemblable que cela paraisse — 
avant qu'après l'Edit. 

Pendant cinq années entières, d'avril 1594 à février 1599, date 
de la vérification en parlement, le culte fut célébré très souvent, 
et pendant de longues périodes consécutives, en plein cœur de 
Paris, dans le palais du roi. Et cela en vertu d'une disposition 
de l'Edit de 1577, rappelé ci-dessus comme étant par ailleurs 



LA PRINCESSE BIERNE 41 

très vexatoire : tous les seigneurs « ayant haute justiee et plein 
iîef de haubert, » pouvaient exercer leur religion dans leur 
« principal domicile. » Or en France, la capitale et dans Paris, 
le Louvre étaient le « principal domicile, » de la famille royale : 
et dans cette famille, à côté du monarque apostat, se trouvaient 
encore une princesse protestante : « Madame, sœur unique du 
roi. » Si les Edits lui reconnaissaient le droit d'exercer sa reli- 
gion à « huis ouvert, » la discipline réformée lui en faisait un 
devoir. 

« Les princes ou autres seigneurs suivant la cour qui ont ou 
voudront avoir des Eglises dressées en leurs maisons... sont 
suppliés de faire dresser chacun en sa famille un consistoire 
composé du ministre et des plus approuvés gens de bien de ladite 
famille qui seront élus anciens et diacres... Et lorsque lesdits 
princes et seigneurs feront séjours en leurs maisons ou autres 
lieux où il y aurait Eglise dressée, afin de pourvoir aux divisions 
ils seront suppliés que l'Eglise de leur famille soit jointe avec 
celle du lieu, pour n'en faire qu'une Eglise, comme il sera avisé 
par l'amiable conférence des ministres de part et d'autre 1 . » 

Catherine de Bourbon se conforme avec empressement à ces 
prescriptions. Elle fut vraiment un beau type de femme française 
et chrétienne, le troisième de cette lignée hors de pair commen- 
cée par son aïeule Marguerite, la sœur de François I er qui, dès 
1533 et déjà au Louvre, avait fait prêcher la Réforme. Sa mère 
Jeanne d'Albret l'avait élevée dans des principes austères, dont 
elle sut profiter mieux que son frère, pour vivre irréprochable 
au milieu d'une cour dissolue. 

Elle était née à Paris en 1558 -, A l'âge de quatorze ans, quel- 
ques semaines après la mort de sa mère et huit jours après la 
Saint-Berthélemy elle abjura — comme Henri une première fois 
— et parut catholique jusqu'en 1576 ; alors, encore avec son frè- 
re, elle reparut au prêche à Chàteaudun et fut avec lui réintégrée 

1. Art. xxi « dressé au Synode d'Orléans, 1562 » ; p. 104 de la Discipline 
ecclésiastique, (avec préface de M. d'HuissEAU, 1666) et la Conformité <n>ec l<( 
discipline des anciens chrétiens, par M. Larroquë ; La Haye, 1770. 

2. (If. Catherine de Bourbon, étude historique par la comtesse d'ÀRMAlLLÉ, 
2" éd., Paris, 1872 ; B. h. p., 1886, p. 307, etc. M. de FRÉVILLE DE LoRME avait 
rassemblé des documents dont quelques-uns ont été, après sa mort, publiés 
dans la Bihliolh. de l'Ecole des Chartes (t. XVIII, 1857) avec 49 lettres de 
Cath. de Bourbon (1584-1602) : La 2" édition de la France prot, t. II (1879), 
lui a consacré quelques colonnes (1033-8) ne renfermant rien sur l'exercice 
<\u culte chez Madame à Paris. 



42 



l'église réformée de paris sors HENRI IV 



dans l'Eglise réformée après une pénitence publique à La Ro- 
chelle. Plus qu'Henri, et même malgré lui, elle devait désormais 
rester jusqu'au bout fidèle à sa foi et aurait pu s'intituler comme 
telle autre princesse protestante de ce temps (la reine Elisabeth) 
« défenseur de la foi 1 . » 




f is.elus vi àduerfts fcxbilcm rec titpce teruicem 7 
iidctitermj.'rtr .injmum -fa s retinere (2)cû : 
Qot 'siîi A Je.- tjs Jcfèndzc ai hs-~~rFynaliçfno , 
Irwe fiïperhirum françerc Celaporefr • 



JïtUVu. 



rrtex .ir i .• • 




CATHERINE DE BOURBON 
D'après Clir. de Passe 



Assez jolie de visage -, mais plutôt petite et quelque peu boi- 
teuse, la princesse « Bierne, » c'est-à-dire Béarnaise, comme on 



1. Mémoires de Sully, I, p. 261. 

2. Entre autres portraits on peut en voir un au château de Wideville cons- 
truit par Cl. de Bullion non loin de Saint-Germain-en-Laye. Nous reprodui- 
sons une "ravine de Christian de Passe (1598) d'après VHistoire de Nancy de 
M. Pfister, t. II, p. 131 (Nancy, 1910, in-8°) avec la gracieuse autorisation de 
la librairie Berger-Levrault. 



FERMETÉ DE MADAME 43 

la surnomma longtemps 1 , était énergique et fort intelligente, 
comme sa mère et sa grand-mère. Elle avait l'esprit très cultivé, 
savait le latin -, le grec, l'hébreu, et plusieurs langues vivantes. 
Très musicienne, aimant beaucoup le chant et la poésie, elle a 
composé des stances et sonnets qui ne sont pas sans charme, et 
ses lettres sont d'un style assez vif •"•. 

De bonne heure et, pendant un quart de siècle, elle fut deman- 
dée en mariage par de nombreux prétendants : le duc d'Alençon, 
le prince de Condé, le duc de Savoie, le prince d'Anhalt, le roi 
Jacques d'Ecosse et même Henri III L A tous elle opposa, jus- 
qu'après l'Edit de Nantes, un refus formel motivé généralement 
par la différence de religion. En 1596 lorsque son coreligionnaire 
Rosny est envoyé par le roi à Fontainebleau auprès d'elle pour la 
décider à épouser le duc de Montpensier, elle laisse entendre 
qu'elle aime encore (comme dès 1586) « le pauvre comte de Sois- 
sons » : c'était son cousin Charles de Bourbon, fds cadet du 
prince Louis de Condé ! Malheureusement il était catholique, 
quoique fds de protestant, et il fut pas donné plus de suite 
à cette inclination qu'à la proposition du roi concernant Mont- 
pensier \ ce dont Henri garde pendant quelques temps rancune 
à sa sœur. 

Après l'abjuration d'Henri IV qui fut un terrible crève-cœur 
pour elle, Catherine de Bourbon devint en fait, au point de vue 
de la hiérarchie sociale, le chef des réformés. Le roi le recon- 

On lit aussi dans le testament de Louise de Coligny (8 nov. 1620 ; B. h. p., 
1883, p. 588) qu'elle lègue « au prince Henry, son fils, à condition que 
ledict sieur prince donnera à mondict sieur d'Andelot, son oncle, une bague 
couverte de pierreries à laquelle est empreint le pourtraict de feu Madame 
la duchesse de Bar. » Il serait intéressant de retrouver ce bijou. 

1. Lettre de la reine d'Angleterre, 1584 (B. h. p., 1871, p. 475). 

2. En fait de latin, lui écrit Cayer, « vous en sçavez plus qu'eux » (vos 
pasteurs», « et de bon françois avec. » « Vostre âme généreuse a de si beaux 
accords naturels en elle-mesme, et les voix plus qu'humaines qui résonnent 
de vostre chant quand il vous plaist, dont tous les plus grands maistres se 
sont esbahis maintes fois » (Remonslrance à Madame, 1601, p. 35 et 84). 

3. Bibl. h. pr. (collection Labouchère), lettres publiées dans le B. h. p., 
1866, p. 158 ; 1886, p. 310 ; 1902, p. 483 ; 1908, p. 308 ; cf. 1853, p. 140). La 
Bibl. natif (papiers Galland, mss. fr. 16676, fol. 126-127, possède deux actes 
originaux de Cath. de Bourbon datés de 1595. En fait de signature il y a sou- 
vent une sorte de monogramme ;)C (deux (] accolés, l'un droit, l'autre 
renversé). 

4. L'ESTOILE, Journal de Henri IV, p. 300, etc.. 

5. Mémoires de SULLY, collection Michaud et Poujoulat, I, i.xv. 



44 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

naissait plaisamment : en novembre 1594 comme les ministres 
d'Aunis et de Saintonge lui présentaient quelque réclamation, 
il leur dit : «< Pourvoyez-vous pour ce regard vers Madame ma 
sœur, car votre royaume est tombé en quenouille l . » 

Elle prit ce rôle très au sérieux. En 1596 elle écrit au maréchal 
de Bouillon : « S y non seulement mon bien mais ma vie même 
pouvait servir à l'avancement de la gloire de Dieu, je les emploie- 
rois avec beaucoup de contentement... On m'a dit que l'on fait 
courir le bruict en Guyenne que j'ay esté à la messe : c'a donc 
esté à celle de Messieurs de Montigtuj et de la Faye. Obligez- 
moi de répondre pour moi que je suis résolue de vivre et mourir 
en la religion que seule je crois et reconnois pour bonne, et que 
les tourmans ny les grandeurs ne pourront jamais, avec l'ayde 
de Dieu, esbranler ma foy. Voylà la plus ferme résolution que 
j'aye 2 . » 

Conformément à la discipline elle « dresse » une Eglise pour 
elle et ses gens « dans sa maison ». En 1584 elle avait choisi 
pour aumônier un ancien précepteur de son frère qui l'avait ins- 
truite elle-même dans la religion, Pierre Cayer :! . Après l'abjura- 
tion d'Henri IV elle adopta, d'accord avec les synodes, le système 
de roulement qui avait prévalu pour le roi, deux pasteurs étant 
de service en même temps à la cour. La princesse s'attacha 
d'abord tous les anciens aumôniers de son frère 4 . Dans la suite 
elle n'en eut plus qu'un à la fois, par « quartier. » C'étaient 
tantôt les pasteurs des lieux où elle possédait une demeure, ou 
des domaines ; tantôt au contraire ils exerçaient leur ministère 
ordinaire dans des villes éloignées, ainsi Couët (un parisien) 
à Bàle, au-delà des frontières du royaume. 

En application scrupuleuse des règlements synodaux « le Con- 
sistoire de l'Eglise réformée qui se recueille sous l'autorité et 
en la maison de Madame sœur unique du roy » comprit, à défaut 

1. L'Estoile, Journal, p. 251. Cf. Décades de Le Grain, etc. 

2. Autographe, avec cachet sur cire, à la Bibliothèque d'hist. du protestan- 
tisme. 

3. France prot, 2 e éd., t. III, col. 945. 

4. J'ai essaye d'établir, dans le B. h. p. de 1908, p. 312-315, la liste des 
pasteurs de l'Eglise de Madame, de 1584 à 1604. Outre Montigny et La Paye, 
d'Amours lui est spécialement accordé par le Synode de Saumur en 1596 
(QUICK, Synodicon, I, 183), Dominique de Losse de la Touche et Guillaume 
de Feugueray par celui de Montpellier en 1598 (ibid., 200). 



CULTE A L'HÔTEL DE SOISSONS 45 

de membres de sa famille, quelques-uns des protestants attaches 
à sa maison 1 . 

Il ne semble pas que Madame ait assisté aux séances du Consis- 
toire de son Eglise. Ce n'est qu'à la fin du xix° siècle que le fémi- 
nisme devait apparaître dans les conseils ecclésiastiques. 

Dès son arrivée, à Paris, après l'abjuration de son frère, le 
mercredi 13 avril 1594, on voit que Catherine de Bourbon fera 
ostensiblement acte de protestante. « Elle arrive accompagnée 
de huit coches et carrosses. Le peuple de Paris qui regardait 
passer son train, voyant des gentilshommes dans un des coches, 
se disoient l'un à l'autre : ce sont ses ministres -. » 

Quelques piètres avaient, mais en vain, excité la foule contre 
elle : le fameux prédicateur de la Ligue Lincestre l'avait appelée 
« la Jézabel française qui attire sur le pays la colère divine ; un 
serpent, un démon sorti des montagnes traînant à sa queue et à 
ses talons une douzaine de diables comme autant de chiens cou- 
rants 3 . » On voit sur quel ton de haine étaient encore prononcés 
certains sermons catholiques et combien on s'attendait à voir 
Madame jouer le rôle actif qui fut en effet le sien dans la restau- 
ration du protestantisme à Paris. 

Le premier baptême inscrit sur les registres de l'Eglise de 
Paris — brûlés en 1871 dans l'incendie du Palais de Justice — 
date d'août 1594 *. 

Catherine de Bourbon habitait à Paris tantôt au Louvre avec 
son frère, tantôt dans un hôtel précédemment appelé Hôtel de 
la Reine. C'était en effet Catherine de Médicis qui l'avait fait 
construire par J. Bullant ; il datait donc à peine d'un quart de 
siècle, et Catherine de Bourbon y fit faire d'importants travaux 
d'aménagement et d'agrandissement •"'. Plus tard, acquis par un 
ancien prétendant malheureux à la main de la princesse, il fut 

1. Nous ne connaissons que les noms de quelques anciens postérieurement 
à PKdit de Nantes et au mariage de Madame en 1599 : son valet de chambre 
et huissier Jean sieur de Boyville, son sommelier Marc de la Campagne, 
son médecin Claude de Gombaud. Quelques extraits des actes du Consistoi- 
re « depuis le 6 juillet 1595 » figurent dans les Observations séculaires, ms. 
de Paul Ferry déposé à la bibl. publique de Metz ; le B. h, p. en a repro- 
duit certains passages en 1856 (p. 148 et suiv., art. de M. O. Crvn-n, Cathe- 
rine, duchesse de Bar, sa-ur d'Henri IV). 

2. L'ESTOILE, Journal, p. 231. 
II. J h idem. 

4. li. h. p., 1872. p. 219. 

5. Voir à la fin de ce chapitre le règlement de comptes en 1604. 



46 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

appelé Hôtel de Soissons 1 . C'est là qu'Henri IV arrivant de Picar- 
die descendit d'abord le mardi 27 décembre 1594 avant d'aller à 
pied, à cause du grand froid, chez Madame de Liancourl 2 , où il 
fut frappé par Jean Chastel ! . Aussitôt après l'attentat, Madame 
avertie et « vivement navrée jusques au fond du cœur eut 
recours aux prières, lesquelles elle fit faire incontinent et publi- 
quement dans sa chambre, en très grande compagnie, où on pria 
Dieu ardemment pour la conservation et santé du Roy 4 . » 

Il est question ici d'un culte privé, quoique célébré « en très 
grande compagnie, » puisque il eut lieu dans la chambre de la 
princesse. Mais depuis plusieurs mois déjà Catherine de Bour- 
bon, chaque fois qu'elle était à Paris, faisait faire publiquement 
le culte en plein Louvre, autant que possible chaque dimanche. 
C'était dans « une grande salle basse » pouvant contenir jusqu'à 
quinze cents personnes 5 . Ce chiffre n'a rien d'exagéré s'il s'agit, 
comme on a lieu de le croire, de la salle du rez-de-chaussée au 
sud de la tour de l'Horloge, faisant actuellement partie du musée 
des antiques et appelée Salle des Cariatides à cause de quatre 
chefs-d'œuvre de Jean Goujon, l'illustre sculpteur protestant ,; . 
('eux qui venaient là au culte pouvaient y retrouver de tragiques 
souvenirs. Beaucoup d'entre eux avaient vu le massacre du 
24 août 1572, ou avaient perdu des parents dans cette nuit de 
la Saint-Barthélémy. Avec quelle émotion ils devaient, grâce à la 

1. C'était vers remplacement actuel de la Bourse du Commerce, entre les 
rues du Four (aujourd'hui Vauvilliers), Coquillière, de Grenelle (auj. du 
Louvre) et des deux Kcus. La façade se trouvait rue du Four entre la rue 
des deux Kcus et l'Eglise Saint-Eustache (Cf. Mémoires de l'Académie des 
inscriptions, 1751, F. XXIII, p. 262). Voir ci-dessus page 39. 

2. Gabrielle d'Estrées habitait alors à l'hôtel du Bouchage près du Lou- 
vre. Ce fut ensuite la maison des Pères de l'Oratoire dont la chapelle est 
aujourd'hui le temple protestant de la rue Saint-Honoré. 

.'{. Mabbault, Remarques sur les Mémoires de Sully, p. 24, à la suite de ces 
Mémoires dans la collection Michaud. 

4. L'Estoilr, Journal, p. 252. 

5. Ainsi à Pâques 1597. La Salle des Cariatides mesure environ 40 m. de 
long et 11 ni. de large, soit 440 mq. A raison de 4 personnes debout par 
mètre carré cela ferait plus de 1.700 places. Le chiffre de 4.000 personnes 
<■ dans le logis de Madame » le 5 juillet 1598 paraît plus suspect, à moins 
qu'il ne s'agisse de plusieurs services de sainte Cène successifs. 

(j. lue Légende plaçait précisément dans la cour du Louvre et pendant la 
nuit de la Saint-Barthélémy, la mort de T. Goujon. M. Sandonnini a établi 
qu'il est mort < n Î568 en Italie (A. DE Montaiglon, Gazette des Beau.r-Artx, 
XXX. :!79 : et XXXI, 1 ; /*. /,. ,,. 1 88f>, p. :576). 



CULTE AU LOUVRE 47 

sœur du roi, prier Dieu dans le palais même ou un autre monar- 
que avait donné le signal de la tuerie ! Une année (1601) où la 
date néfaste tomba sur un dimanche, le savant et pieux Casau- 
hon inscrit dans ses Ephémérides x (des kalendes de septem- 
bre) : « Le matin, service divin dans la demeure de la sœur du 
roi. J'aurais à me rappeler la fureur de ceux qui, il y a aujour- 
d'hui vingt-neuf ans ont tenté, ô Dieu ! de détruire tes fidèles par 
l'assassinat. Tu as trompé les desseins de ces hommes, que dis-je, 
de ces bêtes féroces. A ton honneur, louange et gloire dans l'éter- 
nité ! » 

Le clergé ne manque pas de protester contre l'usage qu'on 
faisait du palais du roi : « Le dimanche 16 octobre 1594, M. le 
cardinal de Gondi - vint faire plainte au Roy des presches que 
Madame sa sœur faisait faire à Paris et que ce qu'on trouvait 
estrange en cela estoit qu'elle faisoit prescher dans le Louvre 3 
qui estoit la maison de Sa Majesté. Auquel le Roy répondit 
promptement qu'il trouvoit encore plus estrange de ce qu'ils 
estoient si osés de lui tenir ce langage en sa maison et mesme 
de Madame sa sœur ; toutefois qu'il ne luy avoit donné ceste 
charge et qu'il parleroit à elle. Plus, luy parlèrent des mariages 
qu'on y faisoit suppliant Sa Majesté d'y pourvoir : lequel fit 
response qu'il ne sçavoit que c'étoit que cela. Alors un gen- 
tilhomme qui estoit près de Sa Majesté lui dit qu'à la vérité il 
s'en estoit fait un, et qu'il n'en sçavoit que cestuy-là, mais que 
c'estoit une chose faite. « Puisque c'est fait dit le Roy, quel ordre 
voulez-vous que j'y donne ? Qu'on ne m'en parle plus. » C'estoit 
Mademoiselle d'Andelot 4 qui avoit été mariée chez Madame, 
dans le Louvre, le dimanche précédent, où l'on avoit fait le pres- 
che publicq à huis ouvert, ce que le Roy sçavoit bien •"'. » 

Ce parti pris évident du roi de fermer les yeux autant que 
possible en ce qui concernait l'Eglise de Madame encouragea 
sans doute les protestants à essayer de faire d'autres réunions 

1. Edition Russell, 1851), t. I, p. 367. 

2. Pierre, évèque de Paris, qui devait après l'Edit de Nantes transmettre 
en 1598 sa charge à son neveu Henri. 

3. Ainsi quand elle faisait prêcher en son hôtel, cela ne semblait pas 
« estrange ». 

4. La nièce de Coligny qui épousa Jacques Chabot, marquis de Mirebeau, 
le 9 octobre 1594. 

5. L'ESTOILE, Journal, page 248. 



48 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

au commencement de 1595. « Le dimanche 22 janvier Madame 
de Rohan fit prescher publiquement à Paris dans la maison de 
Madame où se trouvèrent de sept à huit cents personnes et dans 
le Louvre autant ou davantage au presche que fit faire Madame. 
Ce que le peuple de Paris comme étonné, regardoit sans toutefois 
s'en esmouvoir davantage 1 . » Il faut comprendre sans doute que 
le pasteur attaché à la maison de la duchesse de Rohan prêcha 
chez Madame, sous la responsabilité de Madame. 

Si une duchesse même ne pouvait prendre les mêmes lihertés 
qu'une princesse du sang, a fortiori une simple bourgeoise pou- 
vait moins encore le faire : une zélée huguenote l'apprit à ses 
dépens. Pour avoir fait faire quelques prêches en sa maison, la 
veuve d'un notable commerçant fut emprisonnée et passable- 
ment maltraitée en prison jusqu'au moment où le roi la fit relâ- 
cher par l'intermédiaire du lieutenant civil Séguier -. 

Henri IV était à cette époque un catholique de si fraîche date 
et au fond si peu convaincu, qu'on le jugeait toujours à moitié 
protestant et capable de le redevenir tout-à-fait. Il avait gardé 
des habitudes huguenotes et connaissait familièrement tout le 
personnel des pasteurs et des grands seigneurs protestants. Aussi 
les prêtres et les chefs du parti catholique excitaient sans cesse 
contre lui les soupçons du peuple. Au mois de mars 1595 on 
rapporte au roi que le peuple croit que s'il va faire ses pàques 
à Fontainebleau, c'est pour les faire « à la huguenotte. » Et 
Henri de répondre énergiquement : « Un peuple est une beste 
qui se laisse mener par le nez, principalement le Parisien. Ce 
ne sont pas eux, ce sont de plus mauvais qu'eux qui luy persua- 
dent cestuy-là. Mais afin de leur faire perdre cette opinion je ne 
veux bouger d'ici, afin qu'ils me les voient faire. » Toutefois il 
les fit au bois de Vincennes. 

« Le lendemain qui estoit le 19 du mois et le dimanche de 
Pasques llories, le Roy se doutant que chez Madame il y auroit 
grande assemblée et n'ayant la teste rompue d'autre chose, 
mesme de son aumônier, commande à Chasteauvieux, capitaine 
de ses gardes, de garder la porte ce jour et de n'y laisser entrer 
que les officiers de la maison de sa sœur et M. de Rouillon s'il 



1. L'Estoile, Journal, p. 260. 

2. Voir L'Estoile, Journal, t. I, p. 262. 



ATTITUDE D'HENRI IV 49 

y venoit 1 . Quant à tous les autres, de quelque qualité qu'ils 
lussent, qu'il les renvoyast ; et sur l'instance qu'ils en pourroient 
faire, qu'il leur dit que niés qu'on les eust vus une fois à la 
messe du Roy, qu'il avoit charge de les laisser entrer, mais non 
pas devant. Ce que ledit Chateauvieux exécuta fort dextrement, 
si bien que tous ceux qui vinrent en ce jour pensant ouïr le 
presche sur - Madame, furent contraints de s'en retourner 3 . » 

Ainsi Henri IV suivait officiellement les avis de son confesseur 
et de ses conseillers catholiques ; mais il lui arrivait à cette 
époque de dire à l'oreille des ministres de Madame : « ne m'ou- 
bliez pas en vos prières 4 . » Un jour même, visitant sa sœur 
malade, il trouva près d'elle un gentilhomme (Dumesnil) <« tou- 
chant le luth », dont elle jouait fort bien elle-même, et accompa- 
gnant un psaume (le 79 e ) que chantaient les personnes présentes. 
Entendant les paroles familières, si souvent répétées dans son 
enfance, Henri IV se mit à chanter aussi et ce fut Gabrielle 
d'Estrées, venue avec lui, qui le fit taire en lui mettant la main 
sur sa bouche 5 . « De quoi indignés quelques-uns de la religion 
ne se purent contenir de parler et eschappèrent à quelques-uns 
ces paroles dites si bas qu'elles furent entendues de plusieurs : 
« Voyez-vous ceste vilaine qui veut engarder le Roy de chanter 
les louanges de Dieu 6 . » Tallemant raconte une autre anecdote 
au sujet des Psaumes, à propos d'Henri et de sa sœur. « Madame 
avait permission de faire prescher au Louvre, mais non de faire 
chanter des Psaumes. Un jour qu'on l'avait attendue fort long- 
temps, d'Aubigné qui savait qu'elle était avec le Roy, entre dans 
la chambre : « Qu'y a-t-il ? » dit Sa Majesté. — « Sire, c'est qu'il 
y a longtemps qu'on attend Madame. » — « Et bien, dit le roy, 
que l'on chante pour se désennuyer. » D'Aubigné, ravy d'avoir à 

1. Ses terres étaient en partie, comme Tnrenne, en Limousin, et en partie 
du côté de Sedan. Catherine de Bourbon portait aussi le titre de vicomtesse 
de Limoges. Voir L'Estoile, Journal, I, p. 300. 

2. C'est-à-dire « chez. » L'Estoile dit aussi (août 1597) « sur M. le Pro- 
cureur. » 

3. L'Estoile, Journal, I, p. 261. 

4. L'Estoile, Journal, I, p. 263, 20 mai 1595. 

5. Elle aussi était de famille protestante : son grand-père avait eu pour 
aumônier le père de P. du Moulin (le futur aumônier de Madame et pasteur 
de Paris) jusqu'à la Saint-Bathélemy (Autobiogr. de du Moulin, B. h. /»., 
1906, p. 364. 

6. L'Estoile, Journal, I, p. 281, 2 mars 1597. 



50 LÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

faire un lour au roy, l'alla dire à l'assemblée qui estant nombreu- 
se lit un grand bruit en chantant. « Qu'est-ce ? » dit le roy. On le 
lui expliqua. « Mon Dieu, dit-il à sa sœur, allez vite et qu'on ne 
chante plus 1 . » 

On comprend combien cette maison de Madame où l'on priait 
en toute circonstance avec tant de ferveur, où même parfois 
retentissait le chant des Psaumes, devint chère aux réformés. 
C'était pour eux un centre de ralliement, le symbole de leurs 
espérances. L'Estoile raconte à ce sujet un petit événement où 
les protestants virent une parabole. La cour était en Picardie et 
Madame, malade et couchée, recevait la visite de son frère, quand 
soudain le plancher de la chambre s'écroule. Le roi n'eut que le 
temps de se jeter sur le lit, « tenant son petit César entre les 
bras. » « Ceux de la religion l'allégorizèrent, » ajoute le conteur, 
« disant que le lit de Madame estoit leur religion qui demeurait 
toujours debout au milieu des ruines et que le Roy l'ayant quittée 
serait contraint d'y revenir pour se sauver... Laquelle allégorie 
un seigneur de la cour fit entendre au Roy, qui en rit et y pensa 
possible tout ensemble 2 . » 

Les catholiques naturellement avaient des désirs contraires à 
ceux des réformés. Ils sentaient combien plus définitive serait la 
conversion du roi si elle était suivie de celle de sa sœur. Aussi 
tous les moyens pour l'obtenir étaient bons : propositions de 
mariage, controverses théologiques, retards dans le versement des 
sommes nécessaires à l'entretien de sa maison. En 1594, par 
exemple « les trésoriers faisaient jeusner Madame 3 . » 

Trois ans après, « au jour de quaresme prenant, » on trouvait 
répandus partout dans le Louvre et les rues avoisinantes des 
placards indiquant fort clairement au roi la conduite qu'on aurait 
voulu lui voir suivre. Ils commençaient ainsi : 

5 

Les dix commandements au Roy. 

« Hérétique point ne seras, de fait ni de consentement. 
Ta bonne sœur convertiras par ton exemple doucement. 
Tous les ministres chasseras et huguenots pareillement -J. » 



1. Historiettes, éd. Monmerqué, I, p. 21. 

2. L'Estoile, p. 269, 23 janvier 1596. 
:î. L'Estoile, p. 242, 28 juillet 1594. 

1. L'Estoile, p. 280, mardi 18 janvier 1597. 



ORGANISATION DE L'ÉGLISE CHEZ MADAME 51 

Mais Catherine de Bourbon ne manquait aucune occasion de 
manifester son ferme dessein de persévérer dans la foi. La cause 
nationale subissait-elle quelque défaite, par exemple lorsque 
les Espagnols surprenaient Amiens..., tandis que — l'Estoile le 
remarque, en bourgeois patriote — les prédicateurs catholiques 
de Paris « n'en parlent point, mais donnent sur les huguenots, » 
ceux-ci « ne laissent de s'assembler sur Madame, où le presche 
publicq se faict, avec renfort de prières pour le bon voyage et 
prospérité du Roy 1 . » 

Le fils aîné du duc de Lorraine, prince très catholique, arrive- 
t-il à Saint-Germain « pour baiser les mains à Sa Majesté » 
(mais en réalité pour préparer son mariage avec Madame), celle-ci 
revient à Paris, et « fait prescher dès le lendemain à huis ouvert 
dans le Louvre, exprès pour effacer le bruit qui couroit qu'en 
faisant ce mariage elle changeroit aussi sa religion 2. » Ainsi 
« en l'absence même du roi son frère, Madame fait prêcher dans 
Paris au vu et au su de tout le monde 3 . 

De ces années 1595-1597 date l'organisation de l'Eglise de 
Madame telle qu'elle existait au moment de l'Edit de Nantes, en 
préparation dès cette époque dans les assemblées protestantes et 
les conseils du roi. Comme cet état a subsisté sans changement 
quelque temps encore après l'Edit, et ménagé une transition fa- 
vorable, sous les yeux mêmes du roi, il convient d'examiner de 
plus près cette Eglise très particulière, soumise à la discipline 
générale des Eglises réformées et à certaines dispositions spécia- 
les aux Eglises de fief, mais tantôt plus libre tantôt moins libre 
que les autres, à cause de l'intervention soit indirecte soit même 
très directe du roi dans les affaires de l'Eglise de sa sœur. 

Les services religieux sont nombreux : deux chaque dimanche, 
plusieurs en semaine ; ils ne sont pas tous ouverts aux gens « du 



1. L'Estoile, Journal, mars 1596 (p. 282). 

2. Ibid., 11 mai (p. 284). 

3. Les Plaintes des Eglises réf. de France, imprimées en 1597 (et réimp. 
au t. VI des Mém. de la Ligue, 1758, p. 442, etc.) constatent ce fait à propos 
de l'interdiction obtenue par le légat du pape lorsque Madame a de même 
voulu faire prêcher à Rouen : « On vient à contraindre Madame de sortir 
de Rouen, faire la Cène de Noël dernier ! Si bien que la voilà aux champs, 

elle, sœur unique du roi, tandis que cet étranger a tous ses aises à 

couvert ! » 



."«2 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

commun ; » certains sont réservés, semble-t-il, aux personnes 
<( de qualité, » quelques uns mêmes à Madame et à sa maison 
seulement. Et loin de trouver cela peu démocratique comme les 
Parisiens d'aujourd'hui n'y manqueraient pas, les huguenots 
se réjouissent avec raison de pouvoir profiter soit à l'hôtel de 
Madame, soit en plein Louvre, du culte public sous la sauvegarde 
royale, des sept heures du matin, presque tous les dimanches et 
jeudis lorsque Madame est à Paris. 

C'est du mercredi 6 juillet 1595 qu'est daté le premier des 
« actes du Consistoire de l'Eglise réformée qui se recueille sous 
l'autorité et en la maison de Madame *. » La séance avait lieu 
à Saint-Germain-en-Laye, soit au château soit dans quelque mai- 
son voisine habitée par Madame ; un pasteur l'accompagnait sans 
doute dans tous ses déplacements. La grosse affaire traitée 
durant cette année, ce sont les plaintes formulées contre Pierre 
Cayer. 

§ 2. Le pasteur apostat Cayer - 

Pierre Cayer, sieur de la Palme :! , avait été catholique pen- 
dant toute la première partie de sa vie. Grâce aux subsides d'un 
gentilhomme du Blésois il avait fait à Paris de brillantes études 

1. Observations séculaires de P. Fehry, ms. de Metz cité dans le B. h. p., 
1856, p. 149. 

2. L'orthographe CayeR est employée en 1595 par le premier imprimeur 
de notre auteur ; Cayer apparaît dès 1596 chez le second, mais CayeR y 
reparait en 1597. Cayer prédomine décidément chez le troisième imprimeur 
à partir de 1600. Deux épitres dédicatoires {Lettre à Damoars, 1595, et 
Uespon.se à l'Advis, etc., 1596) sont signées l'une P. de Cayer l'autre V. P. 
de Cayer. Les réformés appellent ordinairement leur ancien coreligionnaire 
Pierre Cayer tandis que le prénom Victor apparaît, et passe le premier, après 
son abjuration, ce qui laisse à penser qu'il lui a été donné à ce moment 
comme une allusion à sa victoire sur l'hérésie. Le nom latinisé Caietanus 
{Remonstrance à Madame, p. 108, etc.) a fait prédominer la forme Cayet, 
puis l'aima Cayet. La Palme était le nom de quelque petite seigneurie. 

La France prot., t. 111, col. 944, le dit né à Montrichard en Blésois dès 
1525, date qui uous semble bien reculée. Il serait mort, en ce cas, à quatre- 
vingt-cinq ans, en 1610. 

:î. Voici la liste des principaux ouvrages de Cayer que nous avons con- 
sultés : Copie d'une lettre de maistre Victor Pierre Cayer cy devant Ministre, 
à présent ferme Catholique Apostolique et Romain, à un Gentil homme sien 
amy le S r Dam. 'Damours] encores à présent Ministre. Contenant les causas 
et raisons <le sa Conversion à l'Eglise Catholique Apostolique et Romaine. A 
Paris, par Jean Richer, rue S. Jean de Latran, à l'Arbre verdoyant, 1595, 
avec privilège du Roy (in-8" de vingt-six pages). Comme l'approbation de la 



LE PASTEL" H APOSTAT CAYER •">•'} 

et était déjà maître es arts, peut-être docteur en droit canon, 
lorsque, à l'exemple de son maître Ramus, il devint protestant. 
C'était donc un homme dans la force de l'âge lorsqu'il redevint 

Sorbonne est du 22 décembre 1595 et le privilège du 24, la date 1595 n'est 
probablement pas celle de l'année où l'opuscule a réellement paru ; une 
réédition toute semblable d'ailleurs porte — c'est la seule différence — la 
date 1596, et Cayer, dans la Tromperie des Minisires sortie la même année 
des presses du même éditeur, dit (p. 39) : « Ma Responce est imprimée 1596, 
dédyée à M. Dam., il n'y a point d'autre tiltre. » Pour citer cet ouvrage nous 
emploierons l'abréviation : Lettre au s r Damours. 

Responce de Maistre Victor Pierre Cayer cy devant ministre, au livret inti- 
tulé : Advis sur un point de la lettre de M. Cayer. Avec ledit Advis cotté en 
la marge pour monstrer l'acquiescement que font les Mres à la lettre dudit 
S T Cayer sur sa Conversion à l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine. A 
Paris, par Jean Richer, rue S. Jean de Latran à l'Arbre verdoyant, 1596, 
avec privilège du Roy (in-8° de 32 pages). L'épitre « Messrs de la religion 
prétendue reformée est du 10 janvier 1596, l'approbation de la Sorbonne du 
13. Nous emploierons l'abréviation : Responce à l'Advis, etc. 

Les Antithèses et contrarietez de Jean Huss et de Luther, ensemble de 
Zivingle et de Calvin sur les points de la religion qui sont en controverse. 
Recueillies fidellement de leurs œuvres et mises en François, par Maistre 
Victor Pierre Cayer, cy devant ministre, et à présent ferme catholique apos- 
tolique et romain. A Paris par Jean Richer rue S. Jean de Latran à l'Arbre 
verdoyant, 1596. Avec privilège du Roy (71 feuillets -- 142 pages in-8°). L'ap- 
probation de la Sorbonne est du 18 janvier. Nous emploierons l'abréviation : 
Anlhithèses, etc. 

Admonition à Messieurs, Messieurs du Tiers Estât de France, qui ne sont 
de l'Eglise Catholique romaine, par Pierre Victor Cayer (sans autres titres). 
A Paris par Philippe du Pré, imprimeur et Librayre juré en l'Université de 
Paris, demeurant à la rue des Amendiers, à l'enseigne de la Vérité, 1596. 
Avec privilège (in-8° de 28 pages). Nous emploierons l'abréviation : Admo- 
nition à MM. du Tiers. Pour traiter avec ce nouveau libraire, Cayer s'est 
muni d'un nouveau privilège, du 15 juin : « Par grâce et privilège spécial 
du Roy il est permis à Pierre Victor Cayet, lecteur ordinaire du Roy aux 
langues orientales, de faire imprimer et vendre par tels imprimeurs et 
Libraires qu'il avisera bon estre, les obsrvations par luy faites sur lesdites 
langues Orientales et es autres langues tant en Latin qu'en Françoise [sic] 
et ce pour le terme de six ans, avec inhibitions et defences à tous autres 
d'imprimer ny faire imprimer, de ne vendre ny faire vendre lesdites obser- 
vations, etc. » L'approbation de la Sorbonne est du 22 octobre 1596. 

La Tromperie des Ministres, qu'on appelle, qu'ils font à leurs gens t/ui 
les suivent, avec la tyrannie qu'ils exercent, contre leurs compagnons, et lu 
surprise dont ils usent envers les Pasteurs et Docteurs Catholiques, par P. 
Victor Cayer. A Paris par Philippe du Pré, Imprimeur et Libraire juré en 
l'Université de Paris, demeurant en la rue des Amendiers, à l'enseigne de lu 
Vérité. M. I). XCVII. Avec privilège du Roy. (L'exemplaire de la bibliothèque 
de la Soc. hist prot. porte MDXCVI, le dernier trait a été gratté. L'approba- 
tion de la Sorbonne est du 12 juillet 1596, mais l'épitre dédicalnire est datée 



04 l'église réformée di-: PARIS SOUS HENRI IV 

étudiant, cette fois avec une bourse fondée par les Eglises du 
Poitou. Il fut de ceux qui se trouvèrent à Genève pendant les 
toutes dernières années de la vie de Calvin, et le réformateur — 
s'il faut en croire un auteur peu postérieur, — aurait prédit 

« du prieuré de S. Martin des Champs, ce dix-neufiesme jour de juin mil 
cinq cens nouante sept. » 

Une fois encore Cayer change d'imprimeur, et emploie un privilège diffé- 
rent, antérieur aux précédents, et plus général, l'autorisant à « faire impri- 
mer ses œuvres, par tel qu'il luy semhlera bon » en date du 15 juin 1594. 

Response à la déclaration d'un nommé Emond de Beaiwal soi) disant 
jadis Jésuite qui s'est rendu de la prétendue reformée. Par M. P. V. Cayet, 
Docteur en la Sacrée faculté de Théologie à Paris, avec approbation. A Paris 
chez Guillaume Binet, imprimeur demeurant en la rue des Amandiers, à 
l'Image S. Nicolas. M. DC. Avec privilège du Roy (16 p. in-8°). L'appro- 
bation est du 14 décembre 1600. Nous emploierons l'abréviation : Response 
à E. de Beaiwal. 

Remonslrance et suplication ires humble à Madame, Madame, sœur uni- 
que du Roy, Princesse de Navarre et de Lorraine, Duchesse, de Bar et d'Al- 
bret etc., Pour vouloir recognoistre nostre mère Saincte Eglise Catholique 
Apostolique et Romaine, adressée à l'Altesse très Illustre et Serenissime dz 
Monseigneur, Monseigneur le Duc de Lorraine, Avec la réfutation de Jacques 
Couel soy disant Ministre (prétendu) sur la Conférence (prétendue) qu'il 
a mise en avant tenue à Nancy en Lorraine, comme il dit. Ensemble la 
response Latine au mémoire dudit Couet, adressée à l'Illustrissime et Revc- 
rendissime Monseigneur le Cardinal de Lorraine, Par P. V. Cayet, Docteur 
en la Sacrée faculté de Théologie. Avec approbation. A Paris, chez Guillau- 
me Binet, imprimeur, demeurant en la rue des Amandiers, à l'Image S. Ni- 
colas, 1601. Avec privilège du Roy. La dédicace est écrite « à S. Martin des 
Champs le jour sacré de la Conception Notre Dame l'An Jubilé de grâce 
1000. » Mais le permis d'imprimer est donné par Caj'er « dans le collège de 
Navarre le 29 décembre 1600, » et l'approbation est du 18 janvier 1601. Nous 
emploierons l'abréviation : Remonstrance à Madame. 

Chronologie novénaire contenant l'histoire de la guerre sous le règne du 
Très chrestien roy de France et de Navarre Henry IIII et les choses plus mé- 
morables advenues depuis l'an 1589 jusques 1598, par M" Pierre Vic- 
tor Cayet docteur en la sacrée faculté de théologie et chronologue de France. 
Paris, .1. Richer, 1608, 3 vol. 

Les dédicaces au roi (t. I er ), au dauphin (t. II) et au duc d'Orléans (t. III) 
sont datées du Collège royal de Navarre, 8 décembre 1607, et signées P. V. P. C. 
(Pierre-Victor Palma-Cayet). L'ouvrage est présenté comme une suite de la 
Chronique septénaire, cpii cependant embrasse une période postérieure. Le 
privilège est du dernier jour d'avril 1605. « Pierre Victor Cayet » y est qua- 
lifié ■■ lecteur de Sa Majesté en langues orientales. » 

Chronologie septénaire de l'histoire de la paix entre les roys de France, 
et d'Espagne, etc., depuis le commencement de l'an 1598 jusques à la fin de 
fan ICO',. Paris, Richer, 1605. La dédicace au roi est datée du collège de Na- 
varre le 24 février 1605. 



CAYER ET CALVIN 00 

que cet homme « seroit une peste clans l'Eglise *. » Plus tard 
Cayer rappelle divers incidents qui montrent qu'il était à Ge- 
nève en 1563 : dans la « pleine congrégation » qui se tient « le 
jour de vendredy toutes les semaines » il a assisté à une discus- 
sion entre Calvin et Chevalier, professeur d'hébreu — auquel 
il dut sans doute en grande partie la connaissance et le goût 
de cette langue - — ; il a vu exécuter .« en la place du Molard » 
un meunier qui avait voulu livrer la ville au duc de Savoie ' ! . 
Comme tous les pasteurs de ce temps il connaît à fond l'Institu- 
tion de la religion chrétienne et beaucoup de Commentaires de 
Calvin. Il sait, et peut-être même exagère plus tard à dessein la 
part prépondérante que le réformateur a eue dans la rédaction 
des catéchismes et confessions de foi à Genève et en France. 
Jusqu'à la fin de sa vie la doctrine de Calvin, même lorsqu'il 
l'attaquera dans certaines parties, lui paraîtra « saine » ailleurs, 
mais dans tel passage qui le choque particulièrement, Calvin, à 
son avis, s'est servi de « mots trop durs, lesquels nous ferions 
sagement de corriger à la première édition 4 . » 

Th. de Bèze, plus doux, lui était certainement beaucoup plus 
sympathique. Il a souvent entendu ses leçons et ses serinons 5 , 
lu ses écrits sacrés et même profanes (il lui reproche d'avoir 
« loué Rabelais mesme G », il connaît par cœur ses « rimeries » 
des psaumes ". En général il parle de Bèze avec respect, il in- 
voque l'autorité dont jouit en France le « Père patron » des mi- 
nistres 8 , et admet que, par sa valeur personnelle, Bèze ait quel- 
que droit à cette influence. Longtemps après avoir quitté Genève 
il recueillait avec soin les lettres ou propos" qu'on prétait à Bèze 



1. Remarques sur la Confession de Sancy. 

2. Rcmonstrance à Madame, p. 37 : (Les pasteurs) « le voulans censurer à 
part, il n'y voulut obeyr, et ainsi après quelque année se retira en France, 
d'où il estoit de Vire en Normandie. » 

3. Hélie le Pape, ce qui faisait dire « qu'on avoit coupé dans Genève la 
teste au Pape. » (Remonstrance, p. 100). 

4. Narré de la conférence etc., entre M. du Moulin cl M. Cayer, Parfis, 
1601 (réédition de Genève, Aubert, 1625, in-8°, p. 150). 

5. L'admonition, p. 8, cite un sermon de 1563. 

6. Remonstrance, p. 84 ; cf. p. 32 : « Il a approuvé l'escriture de Rablais 
(sic) par un distique exprès, lisant son escrit. Qu'es-ce là à dire ? ils approu- 
vent des vilainies etc. ». 

7. Rcmonslrancc, p. 85. 

<S. Conférence de du Moulin el de Cayer, p. 15. 
9. Admonition, p. 21. 



50 l'église réformée DE PARIS SOLS HENRI IV 

et s'en servait plus tard — plus ou moins fidèlement, nous le 
verrons 1 . Il compléta ses études, toujours aux frais des Eglises 
de France, par un séjour dans quelques universités allemandes 
et fut ensuite consacré pasteur. Mais bientôt alors, semble-t-il, 
Cayer fut ébranlé dans la fidélité à l'Eglise réformée. Il fut sensi- 
ble aux doutes suggérés sur la validité de ce ministère, sensible 
aussi à certains points faibles — plutôt extérieurs — tels que 
le manque de hiérarchie et de cérémonies ; enfin à côté de 
motifs d'ordre aussi respectable et pouvant provoquer des trou- 
bles de conscience sincères, on fit valoir aussi, semble-t-il, auprès 
de Cayer d'autres raisons d'ordre moins élevé auxquelles un 
homme ambitieux et peu fortuné pouvait n'être pas insensible '-. 

D'abord second précepteur du jeune prince béarnais qui de- 
viendra roi de France, Cayer fut quelque temps pasteur en Poi- 
tou, mais bientôt passa au service de la sœur de son ancien élè- 
ve, Madame, d'une façon plus durable que ne le permettaient 
les règles ordinaires des Eglises réformées en pareil cas 3 . Et 
dans cette situation qui le mettait plus en vue déjà et lui assurait 
divers avantages, il servit d'instrument à ceux qui désiraient 
ramener Madame dans les rangs de l'Eglise romaine, Du Perron 
notamment. Dès 1587 — Cayer le rappellera quatorze ans plus 

1. Admonition, p. 20 ; Lettre au s 1 Damours, p. 19, et Remonstrance, p. 14. 

2. Son ancien collègue J. B. Rotan hésite beaucoup moins tpie nous 
n'osons le faire à dire qu'il avait « une âme ambitieuse et avaricieuse tout 
ensemble » (Response à la copie d'une lettre missive de M. Pierre Cayer, 
apostat, La Rochelle, Haultin, 1596, in-8°, p. 5. Sur l'exemplaire que possède 
la Bibliothèque d'histoire du protestantisme, un lecteur du xvi° siècle a 
écrit sur le titre, à la suite du mot apostat : « Qui lucri maioris spe et 
pecunise gratia veritatem prodere cognitam non veritus est, Judas Isca- 
riotes. » Cayer, plus tard, prétend au contraire que ce sont les réformés qui 
ont voulu le payer pour qu'il devint un des leurs (imputation contraire à 
tout ce que nous savons) : « ils ont suscité des gentilshommes pour me venir 
cercher dans S. Martin des champs et m'offrir bonne pension et bouche à 
court, si je voulois retourner, leur ayant imprimé lesdits prétendus ministres 
in leur fantaisie, que je ne tenois pas qu'à faute de moyens » (Remons- 
trance de 1600, p. 103). 

3. .1. H. Rotan, Resi>onse, etc., p. 41 : « Cayer a toujours esté irrésolu de 
sa vocation et s'est ingéré là où il n'appartenoit : il sait à quel titre il a 
exercé un long temps le ministère en l'Eglise recueillie en la maison de 
Madame. Le synode provincial de Poictou s'est plaint de ce qu'il avoit 

quitté sa première vocation sans légitime congé S'il a esté démené çà et là 

par les curiosités de son esprit et qu'il ait senti en son âme beaucoup de 
troubles et de scrupules touchant la vocation, il ne doit s'en prendre qu'à 
sa mauvaise conscience et aux choses défendues dont il s'est trop meslé. » 



CAYER AUMNIER DE MADAME 57 

tard — à Pau, sur les instances du président de Ravignan, il 
exposait à Madame « les causes et moyens d'être bons catholi- 
ques romains sans différence ny division l . » 

Cayer vivait en assez bonne intelligence avec certains des 
pasteurs qui exerçaient leur ministère auprès de Madame : ainsi 
d'Amours, de Vaux et « le bonhomme M. de la Touche- », 
c'est-à-dire les plus pacifiques, les moins agressifs contre le 
catholicisme. Mais il y avait antipathie llagrante entre lui et 
certains autres, plus combatifs, qui voyaient avec suspicion et 
scandale, l'indulgence, la bienveillance même de Cayer pour cer- 
taines doctrines et pratiques catholiques : ainsi il y eut, même 
en présence de Madame, à sa propre table, maint échange de 
questions et réponses peu aimables entre Cayer et Lobéran, qu'il 
ne désigne dans ses écrits jamais de son vrai nom, mais par un 
mauvais jeu de mots ; il l'appelle « le pauvre petit Louper- 
rant' ! , » nom « indécent, invitant à se méfier de celui qui le 
porte 4 . » 

Après la conversion du roi celle de Cayer paraît de plus en 
plus à craindre. Il avait en l'hôtel de Madame une chambre — - 
dont il conservait la clef encore sept ans après l'avoir quittée 5 — . 
Ses collègues vinrent l'y trouver, et, dans des conversations pri- 
vées, essayèrent de prévenir le scandale. Voyant qu'ils ne ga- 
gnaient rien ils firent intervenir Madame : « La Fave vous 

1. Rcmonstrance, p. 13 : « Par vostre commandement fis un escrit de six 

fueilles Je les mis en latin, et fut porté par M. d'Espérien [le pasteur 

Hespérien] à Sa Majesté devant la ville de Vendosme Vous me fistes cet 

honneur de me dire à Mantes que Madame de la Barre avoit encores cet escrit 
en ses coffres. Ce fut la contestation que les ministres prétendus eurent avec 
moy sur ce que, par commandement de Sa Majesté, j'avoye communiqué 
avec M. du Perron. » 

2. '< Je ne compare pas [aux rusés] M. Dominique de Losse, qui nie co- 
gnoist bien. Plust à Dieu que M. de Langvillier fut en vie ; il Pauroit redmt 
à estre bon catholique en moins de rien, car il Paimoit fort, et M. de la 
Touche luy rendoit bien le respect qui luy appartient » {Remonstrance, p. 4">». 

'A. Reinoiistrauce, p. 14, 67, 71, 98, etc. 

4. La Tromperie, p. 38 : « Cave a signatis luy peut estre appliqué, fai- 
sant comme il fait, soit de nuit soit de jour : conveniuni rébus nomin-i 
sape suis. » Voici peut-être une autre allusion au même incident nocturne 
de la vie errante de Lobéran pendant les guerres de religion : < Couet est le 
patron du petit hibou qui ne demande pas mieux que de sonner ses mastines 
à minuit à coups de pistole. Nous Pavons bien ouy, voilà pas une belle 
sonnerie. » 

.">. Remonstrance, p. 100 : « Je tiens encore la craye {sic) en ma pochette, d 



58 L ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

requit de nie commander que je ne me réunisse point à l'Eglise 
romaine que ce ne fust tout d'un commun advis et consente- 
ment. » On essaya d'une démarche collective. Quinze pasteurs 
s'assemblèrent « à la Pomme de pin tout devant le Fort l'Eves- 
que ' « et Cayer comparut devant eux. Ils n'en obtinrent rien, 
qu'une protestation d'approuver « tout ce qui estoit conforme 
à la parole de Dieu et à la Sainte-Ecriture ; » mais quelle nou- 
veauté qu'une telle réunion dans la ville où naguère pendant 
bien des mois pas un pasteur, isolément, n'avait pu pénétrer ! 
La police, avertie, fut sur le point de faire arrêter toute l'assem- 
blée pastorale, mais la « prudence et sage discrétion » du lieu- 
tenant Séguier sut « mieux respecter son Altesse (Madame) qui 
leur avait impetré ce congé -. » 

Il était arrivé à Paris avec Madame, et on l'a accusé d'avoir, 
peu après, communiqué à Robert Estienne un manuscrit immo- 
ral destiné au Parlement, et intitulé : « Discours contenant le 
remède contre les dissolutions publiques 3 . » D'autre part l'Eglise 
de Poitiers avait des griefs contre lui : il en est question dès 1594 
au synode national de Montauban, en 1595 au synode de l'Ile de 
France ; peu de jours après y avoir signé la confession de foi 
il remet à R. Estienne (cette fois le fait est certain) un traité sur 
la réunion des Eglises catholique et réformée 4 , fruit de négo- 
ciations avec cet autre ancien protestant qui venait d'être sacré 
évêque : Du Perron. Enfin Cayer était « grand alquemiste 5 » et 
s'occupait de siences occultes : « Ses habits, sa forme de vivre 
et sa curiosité à chercher la pierre philosophale le rendoyent 
méprisable (i . » On l'appelait, par allusion à ces pratiques, Petrus 



1. C'est-à-dire probablement rue Saint-Germain l'Auxerrois ou rue Bertin 
Poirée dans la partie comprise entre la rue précédente et le quai de la Mégis- 
serie. 

2. Iicmonstrance, p. 100. 

.'(. " Pour prouver la nécessité de restablir partout les bordeaux, » dit 
A. d'AuBiGNÉ, Hist. un., 1. XIV, ch. xi (éd. de Ruble IX, p. 79) ; cf. L'Estoile, 
Journal, 1 1 mars 1610. 

1. Consilium pium de componendo religionis dissidio. Traduction fr. en 
1596, Paris, in-8" : Avertissement sur les points de la religion pour en com- 
poser les différends. 

5. L'Estoile. En 1607, Çayer publiera une traduction de 1' « Histoire du 
docteur Faust, grand magicien. » 

6. • Autant que sa doctrine le faisoit honorer » ajoute le Mercure françois 
de 1610 : le Mercure lui devait bien quelque reconnaissance, étant en quel- 
que sorti.' la continuation de la Chronologie septénaire. 



ABJURATION DE CAYER 5<) 

MagUS. On l'accusait aussi de s'être « porté peu honnêtement à 
l'endroit d'une damoiselle » (la baronne d'Arros) 1 . 

Par contre le comte de Schomberg, commandant pour le roi 
en sa ville de Paris, refusait, de son côté, de sévir contre Cayer 
lui-même, dénoncé — à ce qu'il raconte par Lobéran « et 

autres, » comme ayant « fait sédition sur le pont Nostre Dame 
pour ne pas vouloir saluer une procession. » L'accusation paraît 
peu vraisemblable de la part d'un tel accusateur. 

A en croire l'accusé, c'est à tort que ses quinze collègues décla- 
raient alors savoir qu'il était déjà allé à la messe. S'il n'y était 
point allé encore, il y assista bientôt après et même ne tarda 
pas à la dire. Le synode provincial avait fini par déposer Cayer ; 
l'Eglise de Madame était représentée, dans cette session, par son 
maître d'hôtel M. de Roye, et par ordre de la princesse Lobéran 
adressa aux fidèles un avertissement sur la déposition du sieur 
Cahier du s. ministère de l'Evangile et sur sa révolte. 

Voici comment l'Estoile raconte la fin de l'affaire : « Madame 
lui donna son congé, sous le bon plaisir du Roy, qui approuva si 
peu sa révolte qu'il demanda à Madame que c'est qu'elle en 
vouloit faire et pourquoi elle ne le chassoit de sa maison ? A 
quoy lui ayant respondu que le seul respect de Sa Majesté l'en 
avôit empesché, craignant qu'il en fust marri : « Non, non, dit le 
Roy, tout au contraire. Il y a longtemps que je congnois Cayer : 
il ne m'a point trompé d'avoir fait ce qu'il a fait. » Estant hors 
du logis de Madame il brouilla plus encore que devant -. » 

Vers le milieu de 1595 il recommence — comme une quaran- 
taine d'années auparavant — à suivre les cours de l'Université 
et reçoit à la Sorbonne des instructions particulières :; . Le 9 
novembre a lieu l'abjuration solennelle (c'est alors qu'il reçoit le 
nom de Victor) ; quelques semaines plus tard, il est ordonné 
prêtre. Ses anciens coreligionnaires lui reprochent d'avoir alors 
« fait quester par toute la ville de Paris pour avoir les ornements 
requis à dire sa première messe 4 . » 



1. Document cité dans lu France prot., III, col. 94(>. 

2. Journal, décembre 1595. 

3. Lettre à Humours (15 novembre 1595), p. 16 : Il y a quatre mois que 
j'oy et voy tous les jours et en particulier quelques uns et en généra] toute 
l'exercice de la sacrée faculté de théologie. » 

4. .1. H. Rotan, Rcsponse, etc., p. 5. 



(>0 l'église réformée de paris sous HENRI IV 

Plus tard il obtiendra le bonnet de docteur en théologie et le 
titre de protonotaire du Saint-Siège 1 . Le roi de son côté, renon- 
çant à ses préventions, le nommera professeur de langues sémi- 
tiques au collège de France : « linguse hebraicse aliarumque 
orientalium professor et anagnostes regius - », et enfin « chrono- 
logue royal après qu'il eut écrit l'histoire des événements sur- 
V( nus depuis 1589 •"•. 

Il était extrêmement fier de ses titres et les étalait à tout pro- 
pos, et même hors de propos 4 ; un jour il déclare qu'il accepte 
de montrer « à de Bèze, Couet, Louperrant et tous leurs compa- 
gnons loups ravissants, qu'ils sont en hérésie, et ce par la seule 
et simple parole de Dieu en latin, grec, hébreu, françois, ale- 
man, italien, espagnol, anglois, escossois (sic), ad aperturam 
librorum : je dis par leurs livres mesmes, et s'ils veulent passer 
en Orient je leur monstreray leur condamnation en syriaque, 
chaldaïque, rabbinique, arable, Turc, persique, arménien et 
a thiopique, en chacune langue par son propre dialecte et cha- 
cune {sic) dialecte par son propre charactere, je l'enlreprens à 
la peine de ma vie, etc. ~> » Les vrais savants n'empruntent pas, 
ordinairement, de semblables boniments aux bateleurs de foire. 
Il est certain pourtant que si Cayer n'était pas passé maître en 
toutes ces langues, et s'il lui eût été difficile peut-être de parler 
'< écossais », il avait des connaissances philologiques élémentaires 
plus étendues que la plupart des docteurs de Sorbonne. Il était, 



1. Remonslrance de 1600, p. 104. 

2. Ibidem, p. 105. 

3. Le 4 septembre 1603 P. Matthieu écrit au chancelier : « Les héritiers 
feu Monsieur de Serres prétendent faire renouveller les provisions qu'il 
avuit du mesme estât en faveur d'un professeur du roy nommé Cayer ; -> 
cille intervention est curieuse, de Serres étant l'oncle d'un membre du 
Consistoire de I';iris (voir ci-dessous p. 352). Le fac-similé de cette lettre a 
été publié par la Société de l'histoire de France dans le premier fascicule 
des Rapports sur l'édition des Mémoires de Richelieu (1905), appendice p. 11. 

I. Âdjoustoil que Sa Majesté l'avoit honoré de la charge de profes- 
seur eu hébreu, se mit à lire sept ou huit versets en hébreu, qui ne tou- 
choient en rien à ce dont il estoit question : du Moulin interrompit sa lec- 
ture, lui disant qu'il n'estoit point ici pour faire paroistre son savoir ny 
parler de sa charge mais pour chercher la vérité, et l'ayant prié de n'extra- 
vaguer, lui dit. etc. » {Conférence de du Moulin el Cayer (en 1602), réédition 
de Genève, Aubert, 1625, p. 94). « Quelquefois il se mettoit à lire un chapitre 
en hébreu tout entier, disant que le Roi l'avoit choisi, etc. » (p. 48). 

5. Remonstrance, p. 71. 



OUVRAGES-DE CAYER fil 

semble-t-il, doué d'une bonne mémoire et d'un esprit assez cu- 
rieux, en sorte qu'il avait profité de ses études théologiques à 
Genes^e, en ce qui concerne les langues anciennes, et de ses voya- 
ges à la suite de Madame, en ce qui concerne les modernes. Mais, 
quoiqu'il enseignât l'hébreu, il est souvent convaincu d'erreur par 
tel pasteur qui n'est pas spécialement hébraïsant, comme Du 
Moulin, et dans les ouvrages que j'ai lus, je n'ai relevé que quel- 
ques mots des langues arabe, allemande et espagnole, mais rien 
des autres langues énumérées ci-dessus. 

Par contre il cite volontiers des dictons poitevins et béarnais, 
affecte de parler « en parisien, » ne craint pas les jeux de mots 
(nous avons cité Lobéran-Louperrant ; « Couet né fait que couet- 
ter » ; «. Couet est mis au rouet 1 , » etc.). 

Tel est l'homme dont la Sorbonne s'empresse d'utiliser les 
services aussitôt qu'elle se l'est acquis. Dès le 15 juin 1594 Cayer a 
obtenu privilège pour la vente de ses œuvres 2 . D'autres privilèges 
— qui n'annulent pas celui-ci, plus général — lui sont donnés en 
1595 et 1596 ; il les emploie pour faire paraître chez plusieurs 
imprimeurs parisiens successifs divers opuscules qui, compa- 
rés à beaucoup d'ouvrages de ce temps, ont du moins le mérite 
de la brièveté : en dix mois (fin 1595-fin octobre 1596) la Sor- 
bonne n'approuve pas moins d'une demi-douzaine de lettres, 
réponses, admonitions, etc., peut-être y en eut-il plus ; très pro- 
bablement elles ne sont pas imprimées aux frais de l'auteur, mais 
plutôt de bons catholiques ;i dont on sait ouvrir la bourse pour 
faire démontrer par le néophyte « la nullité de la religion pré- 
tendue réformée 4 . » Et souvent l'écrivain ou l'éditeur annonce 
au lecteur la publication prochaine d'autres « pièces du même 



1. Remonslranee, p. 47 et 11. Cf. p. 80 : « Calvin en tout baille Brie contre 
Robert, appelant ministre un prétendu pasteur, etc. » 

2. Voir ci-dessus p. 53, bibliographie. 

3. Ainsi les Antithèses sont dédiées « à hault et puissant seigneur messire 
Charles de Fonsegne, chevalier de l'ordre du roy, conseiller au conseil d'estat 
et baron de Surgeres, de Iernac (Jarnac) etc. » qui a « trouvé bon » cet 
ouvrage. 

4. C'est le titre d'un sixième ouvrage de circonstance à joindre aux cinq 
qu'énumère notre bibliographie (la Tromperie, p. 39). Il avait été composé 
en réponse à un opuscule de Lobéran, et Cayer le cite comme « un escrit » 
sans dire qu'il ait été imprimé. On faisait souvent des copies manuscrites 
qui circulaient sous le manteau, sans aller toujours jusqu'à faire des copies 
imprimées comme celle à Damours- 

5. 



02 l'église réformée de paris sors henri iv 

auteur l , » des traités comme ou dit alors pour désigner en bon 
français les petites brochures de propagande qu'au xx e siècle on 
qualifie parfois, employant inutilement un mot anglais, de tracts. 

Nous en parlerons plus en détail à propos des controverses 
de ce temps. Remarquons seulement que, publiés pendant les 
négociations qui précèdent l'Edit de Nantes, ces traités de Gayer 
empruntent aux circonstances, et à la personne de leur auteur, 
certains caractères particuliers, l'espoir sincère d'une réunion 
possible des deux Eglises pouvant subsister davantage tant que 
n'avait pas été signé l'acte qui constatait et consacrait l'existence 
du schisme. Avec un fonds commun, les traités de Cayer ren- 
ferment chacun des arguments particulièrement appropriés, dans 
la pensée des théologiens et tacticiens catholiques, à certaines 
catégories de lecteurs : les Antithèses de J. Huss et de Luther 
sont plutôt destinées aux érudits nombreux parmi les pasteurs et 
laïques réformés; le dessein exposé dans l'épître préliminaire fait 
penser, de très loin, à celui de VHistoire des variations de Bos- 
suet, plutôt qu'à la façon moderne d'étudier l'histoire des reli- 
gions ; Cayer prétend établir « que Luther n'est d'accord avec 
J. Huss en nul article de ceux qui sont en débat entre les catho- 
liques et les luthériens. » 

Voici sous quelle forme typographique se présentent les anti- 
thèses : 

« La première antithèse, Luther dit : 

« La seule foy justifie et sauve. 

« Jean Hnss dit le contraire. » 

Suivent cinq pages d'extraits des œuvres de Huss (édition de 
Nuremberg, 1558), tandis qu'il n'est presque jamais donné de 
citation textuelle de Luther. Deux fois seulement il y a : Calvin 
dit, etc. 

Ce même procédé d'exposition est perfectionné et pour ainsi 
dire popularisé, pour frapper plus vivement l'esprit et l'œil mê- 
me (« Voyez grands et petits ») quelques mois plus tard. Il 
s'agit cette fois non plus de comparer Huss et Luther et de les 

1. Ainsi à la fin de la première Copie de la lettre à Damours sont annon- 
cés : < un traicté de l'Unité de la foy ; — les moyens de la réunion ; — 
quatre examens de la doctrine nouvelle ; et autres » qui n'ont pas paru, du 
moins sous ces titres. Mais le traité annoncé p. 17 sur Huss et Luther a bien 
été publié quelques mois plus tard. En 1597 (la Tromperie, p. 35) est annon- 
cée une « histoire de plus particulière recerche » qui dévoilera d'autres 
« tromperies ». 



OUVRAGES DK CAYER 63 

mettre en contradiction l'un avec l'autre, mais de comparer 
« l'Eglise » et « l'Hérésie » l'une et l'autre avec la règle que 
les protestants eux-mêmes établissaient comme autorité suprê- 
me, et de montrer la conformité de l'Eglise, la contradiction de 
l'Hérésie avec la Parole de Dieu. Cayer s'en tire par beaucoup 
de subtilités, pour frapper ceux qui verront ces tableaux sypno- 
tiques 1 . 

Cayer avait commencé par adresser une « remonstrance » à 
la noblesse réformée \ maintenant il s'agit de faire « admoni- 
tion « à Messieurs du tiers-estat, de mettre à leur portée certains 
arguments fournis par Anthoine de l'Escaille. Il semble que le 
fond et la forme de cet écrit aient moins satisfait la Sorbonne, ou 
qu'elle ait craint de voir présenter les arguments hérétiques d'une 
manière trop favorable ; toujours est-il que quatre mois s'écou- 
lent entre le privilège royal et l'approbation des docteurs (juin- 
octobre 1596), et celle-ci n'est pas sans réserve : l'œuvre est 
« trouvée digne d'estre mise en lumière pour la réduction des 
âmes desvoyées, » toutefois « sans autrement approuver la con- 
fession d'Augsbourg et celle de Saxe, et sans approuver ce mot 
d'Eglises protestantes 2 . » 

Pour la publication suivante onze mois se passent entre l'ap- 
probation de la faculté et la dédicace au duc de Bouillon (juillet 
1596-juin 1597). Cette fois il s'agit d'inspirer aux réformés la 
méfiance à l'égard de leurs pasteurs. Cayer fait appel au senti- 
ment patriotique et rend hommage à l'esprit de dévouement dont 
les réformés ont fait preuve ; il s'adresse « à tous les bons Fran- 



1. L'Eglise dit 

Que pour estre sauvé, 
il faut estre baptizé. 



L'Hérésie dit 
Que le baptesme n'est 
point nécessaire à salut. 
La parolle. S. Jean. 3 h. (sic) 
Qui n'est derechef né d'eaue et d'esprit, n'entrera point 
au royaume. 

Or que vos Ministres tiennent cette opinion là, il ap- 
pert par leur formulaire de baptizer, où ils disent que 
les enfans sont sanctifiés dès le ventre de leurs mères. 

(Admonition, p. 3). 

1. L'ouvrage auquel il fait allusion sous ce titre dans l'Admonition, p. 1, 
est-il les Antithèses ou un autre ouvrage ? 

2. Dans un avis « au lecteur catholique » Cayer prévient les scrupules : 
« Vous ne devez faire difficulté de lire ce que le sieur de l'Escaille met en 

lumière des requestes qu'il a présentées aux ministres L'intention do 

Mgr. illustissime légat de sa Sainteté est de vous le permettre. » 



04 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

çais qui sont de la religion prétendue réformée » : « Messieurs, 
il me desplait infiniment de vous voir d'un si bon courage com- 
me vous estes pour n'espargner biens, vies et honneurs sous le 

prétexte de la façon de faire de Calvin Vous n'espargnez rien, 

chacun le void. Et toutesfois vous savez bien aussi que vous 
n'avez aucun proffît n'acquest. Sinon que l'on void vos maisons 
nobles et bourgeoises ruynées et mises par terre, et ceux qui y 
ont mis le plus c'est item plus perdu. C'est merveille que ceste 
généreuse condition Françoise, d'une si gaillarde promptitude 
en toute la nation, se puisse trouver si estrangement altérée en 
plusieurs qu'aujourd'huy ils soyent devenus comme stupides, 

pour ne discerner pas la tromperie qu'on leur faict Vous me 

dires : « En faict de religion nous cerchons seulement nostre 
salut et ne demandons point d'autre avantage et prendrons plai- 
sir d'y employer tout ce que Dieu nous a donné. » Vous ne pou- 
vez mieux parler, mais ce n'est pas assez dit. La vraye religion 
doit estre en l'Eglise, etc. » 

Bien qu'il n'y eût « aucun profit ni acquêt, » non seulement 
on restait protestant, mais on le devenait : d'où nouvelle occa- 
sion de porter les efforts de Cayer sur un autre point du champ 

de bataille, « pour obvier aux révoltes de plusieurs 1 » ; enfin 

— mais seulement après sept ans d'entraînement par les susdits 
exercices variés, — on lance Cayer dans une entreprise plus déli- 
cate que toutes les précédentes : la conversion de la princesse 
dont il avait été si longtemps le pasteur. Nous verrons en 
temps et lieu comment il s'y prit, s'adressant tour à tour à 
l'amour filial, au sens politique, au goût artistique de Madame. 

.Jusqu'alors, retiré dans le prieuré de Saint-Martin-des-Champs - 
il n'avait combattu que par la plume, mais il était impatient 
d'aborder la scène plus glorieuse de la controverse orale. Dès 
1600 il voudrait bien être mis en avant comme champion du 
catholicisme contre Du Plessis-Mornay : il annote le Mystère 
d'iniquité, montre à MM. de Sainte-Marie du Mont et du Pont de 
Courlay quelques passages qu'il prétend « visiblement falsifiés ; » 
il dit à Sainte-Marie qu'il « les luy vouloit vérifier de faux en pré- 



1. Formule spéciale insérée dans l'approbation de la faculté le 14 décembre 
1600 (Resijonse à E. de Beauval, soy disant jadis jésuite, etc., p. 14). 

2. Depuis 1597 au moins (la Tromperie, etc., épitre dédicatoire, et Re- 
monstranee, id., mais le permis d'imprimer est donné par Cayer le 29 dec. 
160(1 •■ dans le collège de Navarre »). 



CAYER CONTROVERSISTE 65 

sence de qui il voudroit, et le pressoit fort de ce faire » (c'est 
lui-même qui a soin de le rapporter ] ) ; mais Du Plessis ne con- 
sent pas à discuter avec un apostat pour lequel il a évidem- 
ment peu d'estime : il invoque un prétexte protocolaire et répond 
« qu'il n'entroit point en conférence qu'avec personnes de sa 
qualité d'estat. » C'est alors que Sainte-Marie ayant dit : 
<' M. l'évêque d'Evreux est de votre qualité, » on arrangea la 
rencontre qui bientôt eut lieu à Fontainebleau. Quelques mois 
après, nouvelle tentative de Cayer ; dans sa Remonstrance il 
offre d'aller disputer de vive voix en présence de Madame. Ceci 
n'eut pas plus de succès : et la Sorbonne paraît avoir estimé Cayer 
plus capable d'écrire que de parler. En 1601 il se dérobe d'abord 
à une première conférence « verbale » non pas en présence de 
Madame, mais avec son aumônier éventuel Du Moulin ; lorsque 
l'année suivante il y participe enfin, il est accompagné de deux 
docteurs en théologie qui le surveillent autant qu'ils le secon- 
dent ; ils ne sont pas toujours du même avis, la Sorbonne inter- 
dit à Cayer de signer ce qu'il a dicté, et met fin à la conférence -. 

Tant qu'il se sentait sur le terrain où il avait soigneusement 
préparé d'avance son argumentation, Cayer « proposait des cho- 
ses impertinentes avec ris et mignardise, et avec une contenance 
asseurée, comme prononçant autant d'oracles 3 , » mais là même 
il avait été imprudent dans ses affirmations, puis il avait donné 
trop facilement dans les pièges que lui tendait spirituellement 
Du Moulin, il avait manqué d'esprit, d'à-propos et laissé l'adver- 
saire prendre trop d'avantages. 

Longtemps avant cette conférence « verbale » les critiques 
n'avaient pas manqué à Cayer, dès son abjuration. Le vieux 
Montigny, le premier, avait cru de son devoir d'entrer en lice, en 
quelques pages anonymes que Cayer traite de « rhapsodie inju- 
rieuse 4 . » Pour justifier « les causes et raisons » de sa conver- 
sion, celui-ci avait ensuite écrit à un autre de ses anciens collè- 



1. Chronologie septénaire (1605), 1. II, p. 142 de l'édition de 1611. 

2. Nous utiliserons plus amplement ci-après le Narré de la Conférence 
verbale et par escrit tenue entre M. P. du Moulin et M. Cayer (1602), réédi- 
tion de Genève, Aubert, 1625. 

3. Ibidem, p. 101. 

4. La Tromperie, etc., p. 37. Les mots : » Tu te trompes, Cayer », qui se 
trouvaient dans cet écrit, ont fourni précisément à Cayer le titre du sien. 
Après l'impression de la lettre de Cayer à Damours, l'écrit de Lobéran fut 
réédité. 



06 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

gués, sous une désignation transparente : « un gentilhomme sien 
ainv, le sieur Dam. » Damours n'a rien répondu, mais pour 
réfuter les vingt-six pages de cette lettre de Cayer, un ouvrage 
dix fois plus long fut laborieusement composé par un homme que 
d'Aubigné l estimait « profond théologien et philosophe sub- 
til : « J. B. Rotan, pasteur à la Rochelle -. 

Cayer avait écrit au « prétendu » ministre : « Je n'eus jamais 
un tel contentement en mon âme, j'en rens grâces à Dieu. » Ro- 
tan s'indigne de cette « prétendue » conversion, et commence 
ainsi : « Le comble de tous malheurs c'est de se glorifier en son 
iniquité et lorsqu'estant abandonné de l'esprit de sanctification 
on est plongé en un profond bourbier de mensonge et impureté, 
se persuader qu'on a un parfait contentement. » Lorsqu'on voit 
des hommes qui n'étaient pas les premiers venus, comme Cayer et 
ses anciens collègues, contester aussi sincèrement, et aussi vive- 
ment, leurs « prétendus » titres et « prétendus » sentiments 
respectifs, on conçoit aisément quelle sensation produisit dans 
la population parisienne un fait comme l'abjuration de l'aumô- 
nier de Madame ; étant donné surtout, comme dit un réformé, 
qu' « en cette ville nos adversaires ont plus de trompettes que 
nous n'avons de soldats 3 . » 

§ 3. Le mariage de Madame 

Malgré le trouble évidemment causé par l'apostasie de Cayer 
(qui, d'ailleurs, avait exercé à Paris son ministère pendant 
quelques mois à peine), l'Eglise de Paris se développa rapide- 



1. T. III, 1. m, ch. 22. 

2. Response à la copie d'une lettre missive de M' Pierre Cayer apostat, en 

laquelle il rend raison de sa prétendue conversion A la Rochelle, par Hie- 

rosme Haultin, 1596, 216 p. in-8°. ]SAdmonition de Cayer (approuvée le 22 
octobre de cette année) fait dès la page 1 allusion à « certains discours 
que M. Rotan et un autre ministre disent avoir faits. » Il ne semble donc 
pas avoir eu alors entre les mains ce livre imprimé. D'autre part, au sujet 
de « l'autre ministre », on lit dans une pièce des Archives Nationales 
(TT. 313) : ci Sur proposition faite par le sieur de Ricotier sur la response 
qu'il fait à M. Cayer et une lettre de M. Cayer révolté du saint ministère, 
après lecture faite tant de la lettre dudit Cayer escrite à M. d'Amours, mi- 
nistre, que de la responce dudit sieur Ricotier, ladite responce d'un commun 
advis a esté aprouvée et arresté qu'elle sera envoyée à Agen » (Extrait des 
Actes du colloque tenu à Tonneins le 5 mars 1596). 

M. Adaik, Narré de la conférence de Du Moulin et Cayer, p. 4. 



ORGANISATION DE L'ÉGLISE CHEZ MADAME 67 

ment dès 1596. Rassurés par la tranquillité persistante, les 
protestants rentraient en grand nombre dans la capitale. En rai- 
son de l'affluence croissante aux services religieux, le consis- 
toire fait, au printemps de 1597, un nouveau règlement ; les 
lieux et heures de culte sont lixés, notamment pour les jours de 
grandes fêtes, en tenant compte des convenances de Madame et 
des ordres formels du roi : 

« 31 mars 1597. Après les censures faites, suivant l'ordre de 
l'Eglise, a esté trouvé bon que la Saincte Cène se celebreroit 
séparément en deux assemblées et deux divers lieux, pour éviter 
la confusion apparente si on la faisoit en une seule, à cause de 
la grande multitude des communiants. Et a esté le s r de la Faye 
d'advis (que la compagnie a approuvé) de prier le s r de Montigny 
de faire le presche en la première assemblée à huit heures du 
matin, et qu'il feroit la deuxième à l'heure de Madame. Item 
qu'on donneroit des mereaux jusqu'aux estrangers qui auroient 
tesmoignage par escrit ou par le rapport des gens de bien 1 . » 

Ces « étrangers » ne sont pas seulement des gardes suisses, 
des Anglais, des Allemands, des Hollandais, qui, à cette épo- 
que, n'ont pas à Paris de pasteur spécial, mais aussi des protes- 
tants français venus des Eglises de province : par le culte permis 
chez Madame comme par tant d'autres mesures contemporaines 
le roi était certainement heureux de donner à tous l'impression 

que Dieu « pouvait être adoré et prié par tous ses sujets sans 

trouble ni tumulte 2 . » 

Quant au mêreau c'était le jeton remis d'avance par les « an- 
ciens » du consistoire aux personnes désirant participer à la 
Sainte Cène 3 . On a retrouvé et identifié récemment un exemplaire, 
en laiton, de ce méreau de l'Eglise de Madame. Il porte: « au droit, 
une rose entourée de quatre fleurs de lis et de quatre étoiles à 
cinq rais, alternés ; au revers, sur quatre lignes la légende : 
Christ est le pain de vie i , » expression de l'évangile de saint Jean 

1. Actes du Consistoire (B. h. ]>., 1 856, p. 151). 

2. Préambule de l'Edit de Nantes. 

3. H. Gelin, Le Méreau dans les Eglises réformées, in-8°, Niort, Clouzot, 
1891 (extrait des Mémoires de la Société de statistique des Deux-Sèvres). 

4. Art. de M. Router dans la Revue de numismatique de 189,'?, et de 
MM. Gelin et Weiss dans le B. h. />., 1894, p. 46. Le méreau se trouvait alors 
dans la collection Ch. Richard à Paris. MM. Rouyer et Gelin croyaient qu'il 
s'agissait du méreau en usage à Charenton. C'est M. Weiss qui a proposé 



68 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

citée constamment par les protestants à propos de la sainte Cène. 
Ce méreau a été probablement frappé à la Monnaie de Paris où 
il y eut alors - nous le verrons - - une série d'artistes hugue- 
nots. La conservation de cette médaille commémorative d'une 
Eglise éphémère est d'autant plus remarquable que le méreau 
en usage dans l'Eglise de Paris proprement dite, depuis l'Edit 
de Nantes jusqu'à la Révocation, a jusqu'à présent échappé aux 
recherches des collectionneurs. 

Le jour de Pâques, ces méreaux sont remis par les fidèles en 
grande quantité ; les deux pasteurs officient ensemble à deux 
services : l'un au Louvre, l'autre dans la « salle de Madame, » 
probablement en son hôtel. Les actes du consistoire enregistrent 
avec satisfaction cette communion : 

« Du 6 avril 1597. La Cène a esté aujourd'hui célébrée à deux 
diverses fois, la première à huit heures par le s r de Montigny, 
assisté du s r de la Faye, où se sont trouvées plus de quinze cents 
personnes en la grande salle basse du château du Louvre, et la 
seconde, par le s r de la Faye assisté du s r de Montigny, à dix 
heures, où il y avoit encore eu quatre ou cinq cents personnes 
en la présence de Madame et en sa salle. Ce qui doit être remar- 
qué pour faire connoître l'admirable providence et faveur de 
Dieu en la conduite de son Eglise. » 

Pour Pentecôte (25 mai) le Consistoire avait décidé de célébrer 
aux mêmes heures deux services de sainte Cène, mais il y eut 
des retards successifs, et l'on voit clairement par là que l'auto- 
risation expresse du roi était, dans certains cas, indispensable : 

« Du 22 mai. Ce que dessus n'ayant pu estre exécuté pour n'en 
avoir Madame parlé au Roy comme elle en avoit délibéré, afin de 
savoir sur ce la volonté de Sa Majesté, la Sainte Cène a esté 
remise au 27 dudit mois, en faveur des gentilshommes et autres 
estant à la suite de Sa Majesté qui la dévoient tost après accom- 
pagner en son voyage de Picardie, et a esté [jugé] bon que mai- 
reaux seroient donnés à tous les communiants tant de la cour 
que de la ville. » 

l'attribution, exacte selon nous, à l'Eglise de Madame. M. Rouyer voyait un 
autre méreau de Charenton dans un second jeton auquel M. Weiss conteste 
le caractère d'un méreau. Il le croyait frappé « vers la fin du règne de Henri 
IV. dans l'établissement royal de la Monnaie du Moulin ». Les dimensions 
sont celles de nos pièces d'un franc. M. Rou3 T er supposait que le méreau de 
l'Eglise de Madame avait été frappé « vers le milieu du xvn c siècle. » 



l'église chez madame 69 

« Du 30 mai. Combien que chacun se fusl préparé pour la Cène, 
suivant l'advis cy dessus, toutefois Sa Majesté y ayant mis em- 
peschement et commandé qu'on sursist la célébration de la Cène 
cinq ou six jours, on a esté contraint de la remettre au premier 
jour de juin, et a voulu Madame qu'elle ne fust publiée, mais 
que les advertissements s'en donnassent par les ministres et an- 
ciens, ce qu'on a advisé de faire. » 

Pendant l'été le Consistoire décide de « continuer l'ordre des 
presches en ladite ville tant que son Altesse y sera, tel qu'il y est 
maintenant. C'est à sçavoir que le dimanche il se fera deux pres- 
ches, le premier à sept heures du matin et le second au lever de 
Son Altesse. Le mercredi et le vendredi aussy, au lever de Son 
Altesse, et le jeudy à sept heures du matin pour le commun. » 

Ces grandes assemblées régulièrement organisées ne pouvaient 
manquer d'attirer l'attention et les protestations des catholiques. 
L'Estoile décrit plaisamment, fin août, une soixantaine de fem- 
mes, « de celles qu'on appeloit dévotes, » courant par la ville, 
disant que les presches étaient cause de toutes sortes de maux, 
importunant le procureur général, les gens du Palais qui les 
renvoient à l'évêque, le premier président enfin, qui leur « fit une 
réponse fort à propos, car il leur dit qu'elles lui envoyassent 
leurs maris, afin de leur faire commandement de les tenir enfer- 
mées dans leurs maisons, et qu'elles ne courussent plus les rues 

comme elles faisoient Entre autres griefs elles alléguoient 

qu'on avoit donné l'aumône de chair — c'est-à-dire des portions 
de viande un jour maigre — publiquement à la porte de Madame 
le jour de Nostre Dame qui etoit un vendredi. On les disoit sus- 
citées par quelques ecclésiastiques mal contents de ceste liberté 
de presches que faisoit faire Madame 1 . » 

Quelques mois se passent sans autre incident, Madame et le 
Consistoire cherchant en vain à s'assurer les services d'un troi- 
sième pasteur, ancien aumônier du roi en 1590, Jacques Couët -. 
Madame étant d'ailleurs fréquemment absente de Paris, les 
grandes assemblées publiques sont suspendues. Peut-être - mais 
nous n'en avons aucune preuve — des réunions avaient lieu chez 
tel grand seigneur ou tel bourgeois, mais alors ce fut avec beau- 
coup plus de mystère. Madame fait ses Pâques à Angers « dans 
la cour de sa maison, lieu fort propre et commode à cela ; . » 

1. L'Estoile, p. 287. 

2. Actes du Consistoire, 20 janvier et 10 février 1598. 

3. Les pasteurs en fonctions sont La Faye, venu de Paris, et Charnier, du 



70 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Sur ces entrefaites survient l'Edit de Nantes, qui fut connu à 
Paris le 16 avril 1598 1 . Madame fit célébrer un service d'actions 
de grâces le 7 juin. Sous ce nouveau régime les protestants, reve- 
nant toujours plus nombreux à Paris, célébrèrent encore une fois 
grâce à Madame la fête de Noël dans la capitale : le 25 décem- 
bre le duc de la Force écrit à sa femme : « Nous avons fait ce 
jour d'hui la Cène chez Madame avec fort grant compagnie ; nos 
trois enfants y ont aussi communié, Dieu merci. Je crois qu'il y 
a ici plus de trois cents gentilshommes de la religion -. » 

Cet exercice du culte à Paris allait bientôt cesser, non seule- 
ment en vertu de l'Edit, mais surtout à cause du mariage de 
Madame avec le duc de Bar éconduit en 1597. Si, en droit, après 
l'Edit, l'existence de l'Eglise de Paris était plus formellement 
garantie, en fait, après le mariage, le culte devenait moins facile 
que pendant ces dernières années. 

Peut-être la pensée d'être, après l'Edit, moins indispensable à 
ses coreligionnaires, contribua-t-elle à décider Madame à s'éloi- 
gner de Paris ; peut-être aussi que, l'Edit une fois accordé, 
Henri IV jugea moins nécessaire de ménager les susceptibilités 
protestantes... toujours est-il qu'à partir de ce moment le roi se- 
conda plus ou moins activement — ce qu'il s'était abstenu de 
faire jusqu'alors — les efforts tentés pour convertir sa sœur 
avant le mariage. C'était d'ailleurs une politique habile pour dis- 
poser le pape à faciliter les choses en vue du mariage (ou plutôt 
remariage) d'Henri IV lui-même. 

Le synode national de Montpellier, où Lobéran de Montigny 
siège comme député de Paris (fin mai 1598) est informé par le 
Consistoire de l'Eglise de Madame qu'elle ne peut plus empê- 
cher son mariage avec le duc de Bar, de la maison de Lorraine. 
Malgré la haute situation de l'intéressée, on décide qu'une telle 
union, entre personnes « de contraire religion, » n'est pas per- 

Dauphiné (Actes du Consistoire, 14 marsï. Le 7 août 1599 un arrêt du Conseil 
d'Etat ordonnera que les protestants d'Angers pourront exercer leur culte 
en un lieu qui leur sera assigné dans la paroisse de Sorges, et leur permettra 
(rétablir un cimetière au lieu de la Corderie situé dans ladite ville entre la 
porte lyonnaise et la Haute Chaîne (Archives nat. E2a, f» 27, 2°). 

1. L'Estoile, p. 292, remarque qu'une clause est relative aux villes où les 
protestants avaient le libre exercice de leur religion en 1596 et 1597. Mais 
cette clause ne sera pas applicable à Paris. 

2. Mémoires du maréchal de la Force, t. I. p. 301. 



PRÉLIMINAIRES DU MARIAGE DE MADAME 71 

mise, et qu'on doit lui appliquer strictement la discipline x : « les 
promesses de mariage ne seront point reçues ni publiées dans 
l'Eglise 2. » 

Ainsi ce « mariage mixte » ne soulevait pas moins d'opposi- 
tions du côté protestant que du côté catholique. Malgré tout le 
traité fut signé au château de Monceaux-en-Brie le 5 août 1598 : 
il porte (dans le titre) que le mariage sera « de bref faict et 
solemnisé en saincte Eglise, » et cette formule semble impliquer 
exclusivement une cérémonie catholique. Dans le texte il n'est 
pas question d'un mariage à célébrer aussi dans l'Eglise réfor- 
mée 3 . « Madame, dit P. Cayer ', ne vouloit changer de religion, 
à cause, comme elle disoit, de sa feue mère, dont elle tenoit la 
vie et toutes les actions par elle imitables ; toutesfois elle promit 
à son futur mary de se laisser volontiers instruire. » 

Jusqu'au dernier moment, les catholiques espérèrent donc la 
conversion de Madame avant son mariage. Le grand organisa- 
teur des conférences à ce propos est un homme que nous avons 
vu, dans l'entourage même de Madame, négocier l'abjuration de 
son ministre Cayer : c'est Jacques David ou Davy du Perron, qui 
sera pendant vingt ans à la tète de ces sortes d'entreprises contre 
ses anciens coreligionnaires. Le principal controversiste catho- 
lique fut d'abord un docteur de Sorbonne nommé Du Val. Au 
nom des protestants on s'attendrait à voir entrer en lice les pas- 
teurs de Paris, mais il ne semble pas qu'ils se soient prêtés à ces 
combinaisons. Le seul nom qui paraisse 5 est celui du Silésien 

1. Chap. XIII, art. xx. 

2. Quick, Synodicon, I, 193. Le mtgne Synode (ib., p. 200) accorde à Ma- 
dame, pour un quartier, les services de Dominique de Losse de la Touche, 
pasteur à Mouchamps en Vendée et modérateur du Synode national de 1598. 
C'était un artiste de talent qui avait fait, entre autres, le portrait de la du- 
chesse de Rohan, Cath. de Partheuay (B. h. p., 1905, p. 98). Cf. ci-dessus 
p. 57, n. 2. 

3. Bibl. de l'Arsenal (Papiers Conrart, t. II, p. 897) ms. fr. 4107 : « Traité 
et accord, convenance, douaire, et chose (sic) cy après déclarée pour raison 
de mariage qui au bon plaisir de Dieu sera de bref faict etc. » Le roi pro- 
met au duc 300.000 écus d'or ; celui-ci déclara plus tard se contenter de 
250.000. L'enregistrement ne se fit pas sans difficulté. (Cf. lettre patente 
du 4 sept. 1601 pour la vérification du traité ; le 24 décembre, jussion : le 
roi désire qu'on ne diffère pas davantage la vérification (extrait des regis- 
tres du Parlement). 

4. Chronologie septénaire, 1" éd. 1605, chapitre II (page 62 de l'édition de 
1611). 

5. MARBAUT, secrétaire de Du Plessis-Mornay, s'en étonne et dit dans 
ses Remarques sur les Mémoires de Sully (édition de 1837, p. 49) : « S'il y 



72 l'église réformée DE PARIS SOLS HENRI IV 

Daniel Tileng (Tilenus), alors précepteur du comte de Laval et 
futur professeur de théologie à Sedan 1 . « A la solicitation du 
roy et à la diligence du sieur de Champvallon ils s'assemblè- 
rent là où estoit Madame [c'est-à-dire à l'hôtel de Soissons] et 
elle estant dedans son lict comme retirée escouta beaucoup de 
questions qui furent agitées sans aucun proffit pour son salut 2 . » 
D'Aubigné fait à tort intervenir Du Moulin 3 mais indique exac- 
tement de quels arguments on appuya les « controverses » et 
« disputes » : « On n'oublia pas ce que peuvent les promesses 
et les menaces, mais cette fille fut inflexible à tout 4 . » De son 
côté l'Estoile note que « les docteurs de Sorbonne s'étant servis 
des expressions et subtilités scholastiques, ladite dame n'a rien 

compris Le Roy, qui désire que Madame entre dans la religion 

catholique, a différé cette instruction à un autre temps 5 . » 

Au fond Henri IV, après avoir manifesté sa bonne volonté en 
convoquant les docteurs de Sorbonne, ne tenait pas à exercer sur 



eut dispute (de Tilenus avec Du Val) elle ne fut point pour Madame la du- 
chesse de Bar qui avoit près d'elle d'excellents ministres qu'elle eust em- 
ployez si elle en eust voulu faire conférer » (Cf. (Economies loyales de Sully, 
collection Michaud, I, 310). 

1. Né en 1561, mort à Paris en 1633 (B. h. p., 1863, p. 282). Le 7 janvier 
1598 Guy de Laval est parrain et Madame marraine à Paris ; le 28 octobre, 
Daniel Tilenus à son tour figure comme parrain sur les registres de l'Eglise 
de Paris (extraits publiés dans le B. h. p., 1872, p. 221). Dans l'été de 1598 
le pasteur André Rivet de Thouars écrivait à Tilenus (sans adresse) une 
lettre relative à des discussions théologiques à Saumur où on lit aussi : 
« Tibi gratias ago quantas possum de ea benevolentia quam filio meo im- 
pertiri non desinis, etc. Thoarsii, VIII Kal. sextil. MDCXVIII. » Il signait : 
<« Tibi addictissimus in Christo. A [n€ré] » (Rivetiana, fol. 47. Bibl. publ. 
lat. de l'Université de Le3'de, ms. n° 282 (inédit). Sur ce personnage assez 
énigmatique, ou du moins jusqu'à présent peu connu, la notice de la France 
protestante, 1" édition, t. IX, a grand besoin d'être complétée. Nous le ferons 
à diverses reprises dans les pages suivantes, à l'aide de documents emprun- 
tés aux archives de Leyde, ou au travail de M. P. Mellon sur les Universités 
protestantes, paru en 19(17 d'une part dans la Revue Chrétienne, et d'autre 
part dans les Transactions <>/' the franco-scottish Socielu. 

2. P. Cayer, Chronologie, loc. cil. 

3. Arrivé à Paris après le mariage, le dernier jour de février (Autobio- 
graphie manuscrite déposée à la Bib. h. pr., publiée en entier dans le B. h. p., 
1858, et en partie, plus correctement, B. h. p., 1906, p. 362 et suivantes. 

4. Histoire univ., 1. XV. ch. iv, éd. de Ruble t. IX, p. 302. 

.">. Journal, janvier 1599 (p. 299). P. Cayer note le même résultat en le 
faisant précéder d'autres considérations : « Le roy voyant ces inconvéniens, 
se résolut, tant pour satisfaire à sa conscience comme aussi pour remédier 
aux scandales, que cestc instruction seroit différée. >» (Chronologie, loc. cit.). 



CÉLÉBRATION DU MARIAGE DE MADAME 73 

l'esprit de sa sœur une pression trop forte. Il le montra en 
réglant à son gré la « manière des espousailles. » Madame ne 
voulant pas se convertir, les évêques refusaient, l'un après 
l'autre, de bénir le mariage. D'autre part le duc de Bar pré- 
tendait ne pouvoir être marié que par un archevêque. Celui 
de Rouen, Charles de Bourbon, était le frère bâtard du roi et de 
Madame. Le roi « l'envoya quérir ; il ne fit pas moins de diffi- 
cultés que les autres ; » mais, à force d'insistance, Henri IV 
finit pourtant par le décider 1 . 

Où la double cérémonie exigée par chacun des époux aurait- 
elle lieu ? on resta dans l'indécision jusqu'aux derniers jours. 
Le 13 janvier l'ambassadeur des Provinces-Unies écrit aux Etats 
Généraux : « On croit que le mariage de la sœur du roi sera 
conclu à Fontainebleau le 25 ; mais Sa Majesté ne veut pas quit- 
ter Paris avant que l'Edit soit publié -. » 

Il y a quelque discordance entre les divers récits du mariage 
catholique. Voici celui de P. Cayer (dont l'Estoile se rapproche 
beaucoup) : « Un dimanche, dès le matin, le roi va prendre 
Madame à son lever et, l'amenant par la main dans son cabinet 
où estoit déjà le futur espoux, il commanda à M. l'illustrissime 
et révérendissime archevêque de Rouen, son frère naturel, d'es- 
pouser ledit duc... Le sieur archevesque fit du commencement 
refus, et qu'il falloit garder les solemnités accoustumées ; le roy 
repartit très doctement que sa présence estoit plus que toute 
autre solemnité et que son cabinet estoit un lieu sacré... Il pro- 
céda lors à la bénédiction nuptiale tout ainsi que s'ils eussent esté 
en la plus grande église de Paris. Ce qu'estant fait chacun alla 
à sa dévotion. Après le Roy ordonna à Madame sa sœur de se 
mettre en estât de mariée et ainsi en fut faict le festin solennel- 
lement 3 . » 

D'Aubigné parle seulement des « promesses de présent » 
déposées, dans le cabinet du roi, par le duc, entre les mains de 
l'archevêque. Quant à une cérémonie publique, eut-elle lieu à 
Paris, comme le disent les Mémoires de Sully, ou — plus proba- 
blement — , suivant une correction de Marbaut, « à Saint-Ger- 
main-en-Laue, en la cour du vieil chasteau, à la porte de la cha- 



1. Sully, Mémoires, coll. Miclumd, p. .'i()8 (I, i.xxxixi. Cf. Pfister, His- 
toire de Nancy, t. II, ch. II, S lî, le mariage du dur de Bar (p. 127-133). 

2. Viikf.de, Op. cit., p. 63. 

:i. Chronologie septénaire, 1. II (p. 64 de L'édition de Itill). 



74 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

pelle ' ? » En toul cas, après que l'archevêque de Rouen eut 
« conduit le marié à la messe, » « la mariée fut aussi conduite 
au presche par M. de Bouillon et autres seigneurs et gentilshom- 
mes de la religion en grand nombre -. » 

Le pasteur, se départissant de la rigueur d'ahord conseillée 
par le synode, « puhlia » le mariage devant l'assemblée des 
Jidèles, dans la salle ordinaire des réunions, au Louvre. « Au 
partir du cabinet du roi, dit d'Aubigné, Madame s'en va au pres- 
che dans le Louvre comme elle l'y a tousjours maintenu publi- 
quement, et là fit publier la bénédiction nuptiale ;i . » C'était 
le dimanche 31 janvier 1599 4 . 

Sitôt marié le duc fut excommunié par le pape et partit pour 
se faire absoudre à Rome •'. Pendant son absence, Catherine 
continua à faire célébrer le culte pour elle-même et les protes- 
tants parisiens, comme avant le mariage et l'Edit. Le 28 février 
un jeune pasteur arrivé le jour même à Paris, et appelé à une 
grande célébrité, Pierre du Moulin, prêche « en l'hostel de 
Madame. » Le lendemain, au Louvre, il marie « un More et une 
Moresse. Il y avait un grand abord de peuple °. » Ce fut la der- 
nière fois que l'Eglise réformée de Paris, si souvent confondue 
pendant ces cinq dernières années avec l'Eglise de Madame, 
célébra publiquement son culte régulier « sous l'autorité et en 
la maison » de la sœur du roi. A part quelques services extraor- 
dinaires lors des courts voyages de la duchesse de Bar à Paris, 
les réunions, tolérées dans les ambassades étrangères ou clandes- 
tinement tenues chez des particuliers, n'auront plus jamais à 
Paris, ni sous le régime de l'Edit ni après la Révocation, ce double 
caractère de publicité et de légalité. Il faudra attendre près de 



1. Remarques aux Mémoires de Sully, éd. de 1837, p. 47. 

2. L'Estoile. Cf. li. h. p., 1866, p. 32-33 où M. Coqucrel mélange sans 
aucun ordre chronologique toutes les tentatives faites pour convertir Ma- 
dame, ainsi que les événements antérieurs et postérieurs à l'édit. 

3. Hist. univ., XV, iv. 

4. C'est la date que donne l'Estoile (p. 300) pour l'acte dans le cabinet 
du roi ; les Mémoires de la Force (t. I, p. 119 et 304) assignent aux deux 
Cérémonies les dates du 27 janvier et du 2 février. 

C'est du 26 janvier qu'est datée une touchante lettre écrite à Bèze, de 
Fontainebleau (et non Fontambre, B. h. p., 1853, p. 44) : elle lui envoie des 
poésies (publiées par M. J. Bonnet d'après les originaux conservés dans la 
collection Tronchin à Genève). 

5. De Thou, Hist., p. 124. 

6. Autobiographie (fi. h. p., 1906, p. 369). 



PASTEURS DE SERVICE PRÈS DE MADAME 75 

deux cents ans, jusqu'à la Révolution, pour voir les protestants 
parisiens recommencer, en vertu d'une loi, à se réunir dans 
Paris même : et ce fut alors, par une singulière coïncidence, 
tout près de l'ancien logis de Madame *. 

Nous ne suivrons pas Madame en Lorraine où le premier 
aumônier qui l'accompagna fut P. du Moulin, Montigny désigné 
par le Consistoire s'étant fait « descharger de ce fascheux 
voyage -. » Et dès lors chaque année, plutôt « au printemps » il 
alla « servir son quartier s » ; pendant les neuf (ou dix) autres 
mois de l'année, d'autres Eglises prêtent leurs pasteurs à Mada- 
me, à tour de rôle 4 . 

Elle tint, dès ce premier voyage, à user, comme à Paris, de ses 

1. Rue Mondétour, aujourd'hui Turbigo (B. h. p., 1889, p. 309;. 

2. Autobiogr. (B. h. p., 1858, p. 339). 

3. Aymon, Hist. des Synodes, II, 284 : « Le sieur du Moulin sert le troi- 
sième quartier, commençant le 1 er jour de mai (1603). » Cf. B. h. p., 1858, 
p. 340, et 1908, p. 313. 

4. Le 14 mai 1599 Du Moulin s'en retourne à Paris ; Mozet, de Metz, le 
remplace jusqu'à fin juin (B. h. p., 1856, p. 284). En juillet, août et mi-sep- 
tembre, vient le pasteur de Rouen, Bochart du Ménillet, beau-frère de Du 
Moulin (B. h. p., 1856, p. 157 et 285) ; Couët, cette fois encore, semble n'être 
pas venu quand on l'attendait (B. h. p., 1856, p. 156) ; après Mozet, de Losse 
de la Touche finit l'année (ib., 285), assisté de Couët (Fr. prot., 2 e éd. V, 765) ; 
il était de nouveau là le 15 octobre 1600 lorsque Du Moulin (n'ayant peut- 
être pu quitter Paris plus tôt) vint le remplacer (B. h. p., 1856, p. 157 et 286). 
En 1601 la Faye est suppléé par le pasteur de Vitry-le-François (localité 
que Madame traversait en allant de Paris à Nancy) Jolland (B. h. p., 1877, 
p. 407, 1853, p. 141. et 1856, p. 158) ; pour le commencement de mars, Mu- 
dame a demandé un pasteur à Genève (B. h. p., 1853, p. 154) ; d'Ivoy, pas- 
teur à Nancy, l'accompagne en juillet à Paris (B. h. p., 1877, p. 408 et 1856, 
p. 159). En mai le Synode national de Jargeau avait établi pour l'avenir, 
entre les provinces, un roulement « si ladite Eglise n'est pas pourvue de 
deux ou trois pasteurs comme ladite dame sera exhortée par lettres d'y 
pourvoir » (Aymon, II, p. 245). L'Eglise de Paris cherche évidemment de 
plus en plus à diminuer sa part dans le service auprès de Madame. En 
décembre 1600 et décembre 1601 Couët est en fonctions, mais désormais 
l'Eglise de Metz, régulièrement, « assiste l'Eglise de Madame de deux pas- 
teurs dont chacun sert un quartier. » (Communication de Du Moulin au 
Synode de Gap en 1603 (Aymon, II, 284). En 1602 Du Moulin, revenant sans 
doute de Paris avec la duchesse, remplace Couët durant une partie de so.î 
quartier, dès février, et en mars (B. h. p., 1877, p. 408 ; 1856, p. 159 et 288). 
Mozet et d'Ivoy alternent jusqu'en septembre 1603. Entre temps Du Moulin 
a suivi Madame aux bains de Plombières (B. h. p., 1858, p. 341 ; 1856. 
p. 159 ; L'Estoile, août, p. 354) et à Paris. Lorsque Montaigne était venu à 
Plombières eu 1580, il logeait « à l'Ange, qui est le meilleur logis, d'autant 



70 l'église réformée de paris sous henri iv 

prérogatives, el à manifester sa foi en quelque lieu qu'elle se 
trouvât, fût-ce sous le toit des princes de l'Eglise : ainsi du Mou- 
lin note, sans le souligner, ce trait qui ne manque pas de 
piquant : « Je fis la prière dans l'évêché de Meaux, dans celui 
de Châlons, et dans l'abbaye de Jouarre i. » Le 12 mars le 
Consistoire s'assemble pour la première fois à Bar-le-Duc, et « a 
esté conclu que le mesme ordre es presches, qui a toujours esté 
tenu en la maison de Madame, se tiendroit encore désormais 2 . » 
A partir de ce moment l'Eglise de Paris est entièrement distincte 
de celle de Madame 3 . 

Catherine de Bar dut bientôt constater que, dans son propre 
duché, elle pouvait moins librement régler l'exercice de son culte 
que naguère dans la capitale de son frère 4 : « Pour ce qui est de 
la conscience, écrit-elle à Bèze, elle est tousjours semblable, fai- 
sant profession de la mesme religion en laquelle j'ay esté nourrie 
dès le berceau ; si ce n'est avec la mesme liberté que je faisois à 
Paris, pour le moins est-ce avec la résolution toute pareille d'y 
vivre et mourir ". » De temps à autre elle revient à la cour, et 

qu'il répond aux deux beings. » On allait à ces bains, alors comme aujour- 
d'hui, pour soigner les affections de l'intestin et les rhumatismes. J. Le Bon, 
d;ms son Abrégé de la propriété des bains de Plombières (1576) écrit : 
« L'homme entre au bain avec des maronnes on braves, la femme avec sa 
chemise d'assez grosse toile. On se baigne pesle mesle, tous ensemble d'allé- 
gresse joyeuse. » Madame et Du Moulin virent ce spectacle, mais la duchesse 
prenait évidemment ses bains à part, et sans cette « allégresse ». 

1. Il écrit, comme on prononçait, « Joaire. » (Auiobiogr., B. h. p., 1906, 
p. 370). 

2. Actes, dans B. h. p., 1856, p. 156. Le nom (jusqu'ici non identifié) qu'oa 
lit parmi ceux des anciens à la fin de 1601 (p. 159) est celui de Claude de 
Gombaud, médecin de la duchesse (Fr. pr., 2 e éd., V, 903) ; il était peut-être 
parent d'un marchand de Tournai arrêté à Paris en 1567 (B. h. p., 1901, 
j) 587) et de l'académicien ami de Conrart, lui aussi d'origine flamande 
(B. h. p., 1855, p. 519, et Bourgoin : Conrart, p. 107). 

3. Le Synode de Gap, en octobre 1603, pour que l'Eglise de Paris ne fût 
pas si souvent privée de son pasteur, avait décidé qu'il alternerait, pour 
son quartier, avec un pasteur de Rouen, mais avant que cet arrangement 
entrât en vigueur, la duchesse mourut (13 février 1604) assistée par d'Ivoy 
(Aymon, II, 284 ; Fr. prol., 2 e éd.. Il, 1037 ; B. h. p., 1856, p. 289). 

4. <■ A Nancy, elle s'installa au château voisin de la Malgrange, où 
chaque di manche le prêche fut célébré. On prétendit que le peuple fanatique 
de Nancy donna pour ce motif au château le nom de Malgrange, mais c'est 
une fantaisie étymologique » (Bfistkr, Histoire de Nancy, t. II, p. 129). 

5. 23 juillet 1599. Copie aux archives de Gotha, publiée par Bretschneider, 
Caloini, Btza' aliorumquè illins sévi hamihum litterœ, in-8'\ Leipzig, 1815. 



EFFORTS POUR CONVERTIR MADAME 77 

ne manque pas de faire alors, comme naguère, célébrer le culte 
en son hôtel (toujours prêt à la recevoir 1 ), parfois même au 
Louvre - ; mais ce sont des circonstances exceptionnelles, et le 
roi n'autorise plus ces assemblées aussi volontiers qu'autrefois. 
Un jour de décembre 1601 le pieux savant Casaubon vient au 
Louvre « pour y assister au culte, la présence de Madame nous 
procurant [espère-t-il] ce bienfait ; a mais il éprouve une vive 
déception : « la porte nous a été fermée ! » Et il ajoute naïve- 
ment : « Je ne sais si c'est à cause de la maladie du Roi •"•. » 

Deux ans plus tard la duchesse étant arrivée de Lorraine un 
mardi fait prêcher « dès le lendemain, publiquement et à huis 
ouvert, en son hôtel près les Filles repenties, » et cependant 
l'Estoile remarque : « le bruit était partout que le Roy ne le 
vouloit point, et qu'il l'avoit expressément défendu 4 . » 

Les assauts se renouvellent, de plus en plus fréquents et vigou- 
reux, pour ébranler la fidélité de Madame, mais les pasteurs de 
Paris prennent peu de part à ces controverses. Dès le 10 novem- 
bre 1599 ', le pasteur Couët écrit de Nancy : « Tout est icy bandé 
pour induire Madame à aller à la messe. » II était venu de Baie, 
mandé pour assister le pasteur de la Touche dans une conférence 
qui eut lieu avec le jésuite Commelet et le capucin Esprit, en 
présence des ducs de Lorraine et de Bar, et du cardinal de Lor- 
raine. La principale auditrice en sortit « grandement consolée 
et fortifiée en la droite créance, espérant que Dieu nous fera la 
grâce d'y persévérer constamment jusques au dernier soupir. » 
C'est ce qu'elle déclare dans une protestation adressée « à tous 
les fidèles ». « Nous désirons, concluait-elle, que les Eglises 
réformées de France et d'ailleurs soyent adverties, et que Dieu 
nous ayant fait la grâce de résister constamment jusques à main- 



1. Le <■ logis de Madame » avait pour concierge un protestant qui cumu- 
lait (comme certains de ses confrères actuels) ces fonctions avec celles de 
tailleur, Jean de Lambre ville : Madame avait été, en 1597, marraine, avec 
M. de Soubize, d'une de ses enfants ; le pasteur de la Faye est parrain d'une 
autre fillette, à Ablon en 1602 {Registres, extrait dans B. h. p., 1872, p. 220 
et 224). 

2. Ephémérides de Casaubon, édition Russell, 1850, t. I. p. 361 in des 
Kalendes d'août) : « O jour heureux ! nous avons, dans le palais même du 
roi. entendu prêcher le ministre de Madame. » 

3. Ibid., p. 384. 

4. Journal, 5 août 1603 (p. 353). 

5. Autographe à la Bib. h. p., collection Lutteroth. 



78 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

tenant à tous les assauts, elles le pryent eontinuellemenl à ce 
que nous puissions continuer de mesme, jusques à la fin de 
nostre vie 1 . » 

A Bèze elle écrit que « l'action se termina à l'honneur et à 
l'avantage des nostres autant qu'on peut désirer -. » 

Cette affaire eut à Paris un grand retentissement. Cayer écrivit 
avec l'approbation de la Sorbonne une « Remonstrance et suppli- 
cation très humble à Madame, avec la réfutation de Jacques 
Couët » (son ancien collègue) :! . Le livre était dédié au duc de 
Lorraine ; Cayer n'osant pas l'adresser directement à sa belle- 
fille, le supplie « vouloir requérir à Madite Dame que pour 
l'amour de vous il luy plaise au moins ouïr la lecture. » Aux 
arguments ordinaires dans les controverses Cayer en joint quel- 
ques-uns plus personnels : comme princesse, Madame doit redou- 
ter les conséquences politiques qui pourront suivre, dans l'Etat, 
l'abolition de la hiérarchie dans l'Eglise ; comme musicienne, elle 
doit préférer les chants catholiques, « cette belle unisson si bien 
accordante, de toutes sortes de compositions, et diatonique, et 
chromatique, et harmonique en tous les systèmes et airs si 
suaves ; » comme fille respectueuse d'une mère dont elle citait 
constamment l'exemple, Catherine de Bar doit même, prétend 
Cayer, croire que « si la feue royne Jeanne eust survécu, sans 
doute elle eust abandonné les ministres prétendus ; elle estoit 
délibérée de remettre la messe en ses pays 4 . » 

Peu après intervient un des prêtres les plus en vue dans le 
clergé séculier de la capitale, R. Benoist (dont Cayer prononcera 
quelques années plus tard l'oraison funèbre). L'hôtel de la 

1. Conférence tenue à Nancy sur le différent de la religion, etc. Item, la 
relation du succès de ladite conférence, extraite des propres lettres des 
ministres J. Couët et D. de Losse, dit La Touche, et la déclaration de Madame 
sur ce sujet par laquelle S. A. ferme l'action. 1600 (petit in-12 de 104 p.). 

- La conférence faite à Nancy entre un docteur jésuite accompagné d'un 
capuchin, et deux ministres de la parole de Dieu, descrite par J. Couët, 
Parisien, Basle, 1600 ; « deux plaquettes rarissimes (Bib. h. prot., cf. J5. h. p., 
1 908, p. 306) ; la déclaration, annexée à la Chronique de Jean de Morey, a 
été publiée dans le B. h. p., 1856, p. 290. Cf. Bihlioth. hist de la France, par 
Lblong et Fontette, 11° 6250. 

2. 2 décembre 1599. Biblioth. Ste-Geneviève, mss. in-4 n , DL. 542, p. 574, 
(B. h. p., 1886, p. 311). 

'.L Voir ci-dessus p. 54. Le permis d'imprimer est du 29 déc. 1600. La 
citation se trouve p. 84. 

4. Op. cit., p. 96 ; cela prouve la tolérance de Jeanne d'Alhrct, mais au- 
cunement l'intention d'abjurer. 



EFFORTS POUR CONVERTIR MADAME 79 

duchesse à Paris se trouvait dans la paroisse Saint-Eustache, 
dont il était curé. Dès avant le mariage, en 1597, il avait exhorté 
sa voisine à adhérer à « la hiérarchique prêtrise, siège et demeure 
perpétuelle dud. Esprit » ; en 1000 il écrivait, lui aussi, au duc 
de Lorraine « tâchant de le consoler et nourrir dans l'espérance 
de la conversion » de sa belle-fille, pour « diminuer l'ennuy et la 
juste fascherie qui l'angustie et l'afflige continuellement, de la 
voir tellement prévenue. » En 1001 R. Benoist, doyen de la 
faculté de théologie et nommé évêque de Troyes (non résidant) 
revient à la charge auprès de la rebelle : « Ne vous frustrez pas, 
lui dit-il, en ce présent Jubilé, du fruit des prières de l'Eglise 
lesquelles sont faictes non moins pour votre nativité spirituelle 
que pour l'heureux enfantement de la reine, » et il parlait à sa 
manière de Cayer et de Couët : « Vous voyez que vos ministres 
les plus prudens et advisez se convertissent, les autres défaillent 
et sont totalement estonnez et rendus comme stupides quand il 
faut se représenter en une conférence. » Le bon prêtre dédie 
donc à la « très vertueuse et magnanime princesse » une 
Briefve proposition des admirables conversions à la vraye foi). 
Eglise et religion catholique de S. Paul et de S. Augustin:, avec 
l'application d'icclles, comme aussi du présent Jubilé l . 

Le duc de Bar se rendit en pèlerinage à Rome pour ce jubilé, 
et sollicita du pape une dispense en bonne forme pour que son 
mariage fût absolument régulier. Il ne put l'obtenir. Le pape 
exigea de nouveaux efforts pour la conversion de l'hérétique : 
ces efforts furent faits, mais sans plus de succès, comme le cons- 
tate Henri IV écrivant au cardinal d'Ossat : « Nous y avons si 
peu advancé, que nous en avons tous un extresme regret -. » Si, 
personnellement, le roi n'a pas toujours très vivement insisté, il 
a du moins laissé les champions du catholicisme tourmenter sa 
sœur sans trêve ni repos :! . 

1. A Paris, chez Pierre Chevallier, au Mont Sainct-Hilaire, à la Cour 
d'Albret, M. DCI, avec privilège du roi, 14 pages in-8". Il n'y a pas d'appro- 
bation de la Sorhonne sur l'exemplaire que j'ai eu entre les mains. L'auteur 
n'aborde que dans les deux dernières pages le sujet des conversions de saint 
Paul et saint Augustin. 

2. Lettres missives, t. V, p. 560, 22 mars 1602 : « Mon beau-frère, fort i lié 
de moy, a tenté et employé toutes sortes de moyens envers ma sœur sa 
femme, pour l'instruire et convertir en nostre saincte religion, suivant [es 
paternelles admonitions que Sa Saincteté luy en feit à son parlement de 
Rome. » 

3. Pour tous les Français qui ne pouvaient aller à Home à l'occasion du 
Jubilé, « le pape a octroyé les mesmes pardons à ceux qui visiteraient 



80 l'église réformée de paris sors HENRI IV 

C'est ainsi qu'à Paris même, un an et demi après la conférence 
de Nancy se produit une nouvelle attaque. Le pasteur de Metz, 
J. d'Ivoy, était en fonctions pour le service ordinaire qui se célé- 
brait, comme précédemment, au Louvre (juillet 1001) i. Du 
Perron revient à la charge, et Madame lui oppose finalement 
un autre adversaire que les pasteurs de Paris : le même théolo- 
gien qu'au moment de son mariage. « L'évèque d'Evreux lui 
fit entendre qu'il luy prouveroit que la messe estoit comprise et 
tvrée des Escritures saintes... Madame, après qu'elle eut lu cet 
escript, y nota trois erreurs, savoir l'adoration du pain, la prière 
adressée aux saints, et les prières faites pour les morts, qu'elle 
donna à ses ministres. Depuis, se voyant toujours poursuivie 
par cet importun, elle fut d'advis de faire venir vers soy, le 20" 
jour d'octobre 1601, les sieurs François Gordon, gentilhomme 
escossois, et D. Tilenus, professeur de théologie à Sedan -, les- 
quels arrivés à Paris requyrent que l'évesque d'Evreux eût à 
respondre par escrit, ce qu'il ne voulut faire, mais envoya un 
chanoine à Madame, à laquelle il dit que la messe ne se prouveroit 
par les Ecritures saintes, mais bien par les traditions ; ce que 
\oyant les dits docteurs prindrent congé de Madame, laquelle se 
contantit d'eux et cognut la fausseté et vain babil de l'autre :! . » 
L'affaire en resta là pour cette fois, mais quelque temps plus 
tard le roi lui-même insista de plus belle, ayant recours « aux 
grosses paroles et aux menasses, déclarant que son mari la lair- 
roit là, et luy aussy, » et Madame de répliquer alors « que quand 
Sa Majesté et tout le monde avec luy la lairroit, que par cela Dieu 
ne la délaisseroit jamais, et qu'elle aimoit mieux vivre la plus 
pauvre demoiselle de la terre en servant Dieu qu'en le deshono- 
rant estre la première royne du monde 4 . » 



l'Eglise de Sainte Croix d'Orléans Le roi et la reine y allèrent des pre- 
miers, et donnèrent des moyens pour rebastir ceste Eglise que la fureur des 
guerres civiles avoit abattue. Le roi posa la première pierre » (P. Cayep., 
Chronologie septénaire (1605), 1. IV, p. 222 de l'édition de 1611). 

1. Le 29, la princesse d'Orange écrit : <• Il faut que dans demie [heure] je 
me trouve au prêche chez Madame au Louvre. » (Lettres de Louise de 
Coligny à sa belle-fille la duchesse de la Trémoïlle, B. h. p., 1871, p. 506). 

2. Voir ci-dessus. 

.'!. Chronique de Morey, B. h. p., 1856, p. 228, et Articles des ministres et 
autres appelés par Madame à la conférence proposée entre eux et M. l'enes- 
que d'Evreux. Paris 16111. in-8" (Bihl. historique, t. IV, n" 5870). 

4, L'Estoile, |>. 330. 



MADAME RÉSISTE AUX CONVERTISSEURS 81 

En août 1603 Madame venant de Paris à Saint-Germain assiste 
le dimanche 10, « à la prière du roi son frère, au sermon du 
P. Cotton, jésuite, à onze heures du matin ; il prêcha l'Evangile 
du Samaritain, où interprétant ce surplus dont il est fait mention 
audit passage, dit que c'étoit le trésor d'indulgences du pape... 
Ce que Madame fit confuter l'après dînée mesme par son ministre 
Du Moulin, auquel elle enchargea de prêcher cette même évan- 
gile !. » Ses sujets lorrains avaient autant qu'elle à se plaindre 
des menées des jésuites et il semble qu'elle intervenait en leur 
faveur pendant ses séjours à Paris -. 

Ses coreligionnaires encourageaient la duchesse dans sa vail- 
lante résistance : d'Aubigné lui adressait une belle épître sur la 
douceur des afflictions ■'•. Elle, de son côté, s'inquiétait des projets 
d'abjuration qu'on prêtait à tel ou tel, et recevait avec joie la 
visite par laquelle Casaubon par exemple venait la rassurer sur 
des « machinations sataniques 4 . » Il y avait à son service quel- 
ques protestantes qu'elle avait emmenées de Paris en Lorraine 5 ; 
on voulut les éloigner d'elle. Mais elle s'y opposa énergiquement, 
suppliant son frère de n'y pas consentir : « Je ne puis penser 
qu'après vous avoir rendu toutes sortes d'obéissance et pris le 
mari que vous m'avez donné de diverse religion à la mienne, vous 
me voulussiez faire user d'une telle cruauté. C'est pourquoi je 
vous supplie très humblement, mon roi, de me tirer de cette 
peine... Je vous en conjure par les larmes que je vous vis verser 
quand je vous dis adieu... Bonjour, mon cher et brave roi, les 
yeux tous pleins de larmes je vous envoie mille baisers . » 

Malgré ces touchantes supplications elle fut encore « persé- 
cutée de conférences jusqu'à la mort ". » Tant de soucis altérè- 

1. Ibid., p. 354. 

2. Le 28 août 1603 un arrêt du Conseil d'Etat évoque l'appel interjeté par 
les protestants du duché de Bar contre les ordonnances des officiers du duc 
de Lorraine (Archives nat., E 5b, f. 180 recto). 

3. Publié par M. Chavannes dans le B. h. p., 1855, p. 567, d'après une 
feuille in-12, s. 1. n. d. qui paraît de 1600 ; cf. B. h. p., 1905, p. 241. 

4. Ephémérides, 4 des noues de novembre 16(11 (éd. de Russell, t. I, p. 378». 

5. Notamment Madame de Panjas : Jeanne du Monceau de Tignon ville, qui 
avait épousé en 1581 (à l'hôtel de Rambouillet où habitait alors Catherine 
de Bourbon) François Jean Charles, baron de Pardaillan, comte de Panjas, 
conseiller d'Etat (Cf. Berger de Xivhey, Lettres missives d'Henri IV, t. Vf, 
p. 232». 

6. Autographe à la Bibl. b. prot. ; cf. B. h. p., 1908, p. 308. 

7. Benoît, Hisl. de l'édit, t. I, p. 406. 



,S2 l'église réformée de paris sols HKNRI IV 

lent sa santé. Au commencement de 1004 elle se figura — à tort 
— être enceinte et paraît avoir été mal soignée par « un docte 
médecin nommé Loys » (protestant). Le roi lui avait envoyé son 
propre médecin, du Laurens 1 . Elle « s'endormit au Seigneur » 
le 13 février 1004, à Nancy. « Le corps embaumé et mis en bière 
fut amené dans Vendôme près du corps de la feue reine sa 
mère -, comme elle en avait requis Sa Majesté et ordonné par son 
testament :: . » 

Quatre jours après la mort de la duchesse, le Consistoire de 
son Eglise tenait une dernière séance et constatait qu'elle don- 
nait, pour les deniers des pauvres, une « cotisation ordinaire » 
de 9 livres par mois, et aussi « quelques deniers d'extraordi- 
naire 4 . » C'est un des traits touchants du caractère de Catherine 
de Bourbon que cette sollicitude constante pour les pauvres et 
les petits : on la voit faire des démarches en leur faveur : par 
exemple écrire une lettre pressante au connétable en faveur 
d'une pauvre paysanne huguenote de Montmorency 5 . Sur les 
registres de l'Eglise de Paris elle apparaît plusieurs fois comme 
marraine dans des familles de condition modeste, domestiques 
aussi bien que dames d'honneur ; toute sa maison était composée 
de protestants (; . 

A chaque « ministre de l'Eglise de chez Madame » était versé, 
pour la durée de ses fonctions, un traitement de cent écus par 
trimestre 7 . 



1. P. C.AYKii, Chronologie septénaire (1605), 1. VII, p. 456 de l'édition de 
1611. Cf. Instructions données à M. de Choiseul-Praslin (Annales de l'Est, 
1901, p. 72 ; notes de M. Davillé). 

2. Catherine appartenait à la branche des Bourbons qui possédait le comté 
(puis duché) de Vendôme. En 1562 « quoy que les Ministres fissent tout 
devoir de les en reprendre », les réformés firent dans cette ville quelques 
dégâts, et le pi ii s grand mal fut que, parmi les images, le commun rom- 
pit quelques sépultures de la maison de Vendôme » (Hist. ecclés. des égl. 
réf., II, 537 (édition Baum, t. II, p. 633). C'est par représailles que le 
poète Ronsard, alors curé dans le voisinage, « fit plusieurs courses avec 
pilleries et meurtres. » 

3. P. Cayer, /or. cit. 

4. Registres, etc. (B. h. p., 1856, p. 159) ; Chronique, etc. (ibid., p. 290). 

5. «. h. p., 1866, p. 31. 

6. Cosme Saloty, valet ; Philippe de Saint Orne, femme de chambre, 
tli. h. />., 1872. p. 224) ; Marc de la Campagne, sommelier ; Jean de Boy- 
ville, huissier (B. h. p., 1856, p. 156) ; François Louis, médecin (ibid., p. 290). 

7. C'est ce qui parait résulter des comptes publiés dans le B. h. p., 1877, 
|>. 106. 



MORT ET HÉRITAGE DE MADAME 83 

En construction, achat de tableaux, etc., elle avait — pour ne 
parler que de Paris — dépensé d'assez fortes sommes, et son 
frère intervint personnellement dans la liquidation de ses dettes '. 
« Enquérez-vous, écrit-il à Sully -, où sont les bagues que feu 
ma sœur avoit envoyé engager dans celte ville pour payer ce 
qu'elle devoit de reste de sa maison, et qui les a, et pour combien 
elles sont engagées, car l'on m'a asseuré qu'elles ne le sont que 
pour 20.000 escus ; faites faire un inventaire des meubles qu'elle 
a laissez en sa maison, comme aussi des tableaux qui y restent, 
tant en la gallerie, chambre, que cabinets, et vérifier sur l'inven- 
taire qu'en a le concierge si l'on en a osté, et qui ; car ils pour- 
ront me servir pour mes galleries. « Je veux que la maison soit 
^endue et séparée en trois, tant pour achever de payer ce qui en 
restoit deub que pour payer ses debtes, ayant appris aujourd'hui 
qu'elles ne sont si grandes que l'on m'avoit asseuré. Des deux 
maisons que j'avois données à feu ma sœur, l'une estant à Fon- 
tainebleau et l'autre à Saint-Germain-en-Laye, j'ay donné à ma 
femme celle de Saint-Germain et à Madame de Yerneuil celle de 
Fontainebleau 3 . » 

Nous ne savons quels tableaux de la galerie de Madame peu- 
vent figurer aujourd'hui encore dans les collections que nos 
musées nationaux ont héritées des galeries royales 4 ; nous ne 
savons pas davantage ce que sont devenues les bagues de 
Madame : les créanciers •"• qui les avaient saisies les déposèrent ,J 
entre les mains de Sully et elles furent transmises à la reine. 

1. •• Elle laissa plus de dettes que d'actif, » dit M. E. Levasseur dans le 
Bulletin du Comité des travaux historiques, section des sciences économi- 
ques et sociales (1905, p. 71 et 88). L'édition des Papiers de Sully comprend 
l'inventaire des biens de Cath. de Bourbon. 

2. Le 28 février 1604 ; Mémoires de Sully. Le 17 avril le roi écrit à Ros- 
ny : « La dame de Panjas se rendra à Paris le lendemain des festes et 
apportera les inventaires des bagues et pierreries de feu ma sœur. » (Lettres 
missives, t. VI, p. 232). 

3. Probablement l'hôtel d'Albret, démoli en 1894, qui était sur la place 
d'armes actuelle en face de la galerie de Diane et près de l'Ecole d'applica- 
tion, bâtiments construits sous Henri IV. 

4. Ou dans des collections particulières comme celle du château de 
AVideville où figure le portrait de la duchesse (v. ci-dessus). 

5. Ribl. nat., mss. fr., n" 16674, fol. 117, papiers Galland : liste des 
« créanciers de feue Madame la duchesse de Bar. » 

6. « Vous fûtes déchargé par acte du 28 juin 1605 signé des Marquets et 
Bontemps » (Mém. de Sully, I, p. 616). Cf. Compte présenté à Paris le 28 
mars 1605 par M. Bernant [D. Arnaut '?] commis à la charge de trésorier 
général des finances de la Maison de Madame (B. h. p., 1877, p. 407;. 



84 



L EGLISE REFORMEE DE PARIS SOT S HENRI IV 



Quant à l'hôtel où le culte avait été si souvent célébré, il fut 
acquis par le comte de Soissons — celui-là même que Catherine 
avait failli épouser - ; il le fit orner d'un portail par l'architecte 
protestant S. de Brosse, et plus tard cette splendide demeure 
passa aux mains des fermiers généraux. L'unique vestige qu'on 
en voie aujourd'hui est une belle colonne dorique attenant à la 
Bourse du commerce. 

Avec quelques lettres conservées dans les bibliothèques et 
quelques médailles aux inscriptions très significatives *, c'est 
tout ce qui subsiste à Paris en fait de souvenir de cette princesse 
qui, dans des temps difficiles, sut vaillamment faire honneur à 
la race des Bourbons et à l'Eglise réformée. 





JETONS DE CATHERINE DE BOIKBON 



1. M. Pfisteh (Histoire de Nancy, Berger-Levrault, Nancy, 1910, t. II. p. 132, 
n. 2) reproduit « quatre jetons de Catherine de Bourbon qui tous affirment 
son inébranlable foi : 1° CATHABINA. REG. SOR. VNIC. NAVAR. PRINC. ; 
quatre C entrelacés accostés de quatre S barrés. C'était là un emblème cher 
aux huguenots, attestant l'obstination dans la foi, la fermesse (ferme S) 
dans la religion. Au revers CATENIS. TANDEM. LILIA. GAVDENT. ; écu en 
forme de losange mi-parti de France et de Navarre, surmonté d'une cou- 
ronne, entouré d'une guirlande de feuillages ; 2° IMPERSVASIBILIS ; en 
exergue 1595 ; une femme jouant de la lyre » [la princesse elle-même, je 
pense] ; « à ses pieds un serpent qui forme un S. Au revers CATHERI. 
SOEVR. VNICQVE. DV. ROY. ; écu en forme de losange mi-parti de France 
et de Navarre, surmonté d'une couronne et entouré d'un cordon dont les 
nœuds dessinent des S ; 3° ARDENS. EVEXIT. AD. AETHERA. VIRTVS. ; 
chiffres de Catherine de Henri II, entrelacés, le champ semé de flammes. Au 
levers : CATHERINE. SOEVR. VNICQVE. DV. ROY. ; écus pleins de Lor- 
raine et de France-Navarre accostés, surmontés d'une couronne ; au-dessous 
le chiffre C et H ; 4° IMPERSVASIBILIS ; en exergue 1600 ; un serpent tor- 
tillé en forme d'S barré, surmonté d'une couronne entouré d'une palme. Même 
levers que n° 3. » MM. Berger-Levrault ont bien voulu nous autoriser à 
utiliser leurs clichés ici et pages 213 et 571. 



LE CULTE APRÈS L'ÉDIT . 85 



CHAPITRE III 



l'exercice provisoire du culte a grigny 



(1599) 



De l'enregistrement à l'application de l'Edit. — Arrangements en prévision 
du départ de Madame. — Situation géographique de Grigny. — Inci- 
dents à Paris. — Endroit où le culte était célébré. — Josias Mercier, 
seigneur des Bordes et de Grigny. — Grigny et J. Mercier après 1599. 
— Les enfants de J. Mercier. — Saumaise à Grigny. 



Lorsque Madame se décida à se marier, l'enregistrement de 
l'Edit paraissait prochain, mais n'était pas encore un fait accom- 
pli. Le roi, voulant en finir, convoqua au Louvre les présidents 
de chambre et leur signifia sa volonté, le 16 février 1599 1 . Alors 
enfin, le 25, l'Edit est transcrit sur les registres -. En droit un 
régime nouveau commençait ; en fait, également, une situation 
nouvelle pour les protestants de Paris se trouvait, à la même 
époque, créée par le prochain départ de la duchesse de Bar. 

L'interprétation de l'Edit et son application par la police pari- 
sienne comportaient une série de mesures et souvent de demi- 
mesures dont on eut bientôt maint exemple : ainsi, en mars, un 
jeune protestant du Perche ayant été condamné à être pendu 
en place de Grève, on ne permit pas à un ministre de l'y exhorter 
au moment du supplice, mais il put le visiter dans sa prison ;t . 

La désignation du lieu d'exercice public était une affaire impor- 
tante et délicate confiée pour chaque bailliage à des commissaires 
spéciaux. Leur enquête, presque partout, fut assez longue, et la 
décision fut exécutée au plus tôt dans la seconde moitié de l'année 
1599. Il y eut là, pour l'Eglise de Paris, une nouvelle période de 
transition qui dura quelques mois. 

Madame une fois partie, il ne fallait plus espérer que le culte 

1. Son discours est annexé à une dépêche d'Aerssen du 22 février (Archi- 
ves d'Utrecht) publiée par VREEDE, op. cil. 

2. Arch. nat. Xi A, 8644, fol. 1. 

3. L'Estoile, Journal, p. 88. 



80 l'église réformée de paris sors henri iv 

put être encore célébré dans la ville même d'une façon régulière, 
mais seulement de temps à autre pendant les séjours de la 
duchesse. Cet état de choses avait été prévu dès 1597 dans un 
« Cahier de ceux de la Religion P. R. respondu par le Roy au camp 
devant Amiens en aoust ». L'article II porte : « Pour le regard 
de la ville de Paris sera baillé par article secret un lieu pour ledit 
exercice public qui ne soit pas plus esloigné que de cinq lieues 
de ladite ville, duquel lieu ils se serviront quand on viendroit à 
les priver de l'exercice qu'ils ont maintenant par tolérance en 
icelle. » Et le roi avait écrit en marge : « Accordé à cinq ou six 
lieues pour le plus, et faut oster la dernière clause de la tolérance 
de Paris pour ce qu'elle n'y est point *. » (Ainsi le roi ne voulait 
pas laisser dire qu'il tolérât, à proprement parler, l'existence du 
culte à Paris). 

Trois jours après l'enregistrement, le 28 février, P. du Moulin 
arrive à Paris ; ses premières prédications, l'une à l'hôtel de 
Madame, l'autre au Louvre, sont les dernières de cette série de 
cultes inaugurée en 1594. Dans ses mémoires, rédigés quarante- 
trois ans plus tard, il se rappelle ces événements avec beaucoup 
de précision pour certains détails, et non sans quelques légères 
confusions sur d'autres points - : « Si Madame eust demandé au 
Roy un lieu dans la ville ou au faubourg pour faire nostre exer- 
cice ordinaire, Sa Majesté luy eust volontiers accordé, pour ce 
que nos assemblées au Louvre l'incommodoient. Mais elle ne 
s'avisa pas de faire cette requeste au Roy et nul ne le pria d'y 
penser, qui fut une grande faute, car Madame estant partie de 
Paris on mist nostre exercice à Grigny qui est à cinq lieues de 
Paris. » 

D'après l'Edit, les assemblées ne pouvaient pas plus avoir 
lieu dans les faubourgs que dans la capitale même ; tout ce que 
la duchesse eût peut-être pu obtenir, c'est que le lieu d'exercice 
lût dès 1599 un peu plus rapproché, comme il le fut en 1600. 
Toujours est-il que ce texte est le seul qui montre le culte établi 
à Grigny immédiatement après le départ de Madame, c'est-à-dire 
en mars 1599 : . 

1. Bibl. Mazarine, niss. 1503 E. M. Read a publié cet intéressant document 
< «in i ne figurait pas dans le B. h. p. de 1854, p. 149), dans le tirage à part de 
son étude sur Ablon et Charenton, Paris, 1854, p. 50, note 1. 

2. Autobiographie, B. h. p., 1906, p. 370. 

3. Et non m<ii comme le dit M. Read dans YEneijclopédie des se. relUj., 
t. I, p. 25, art. Ablon, 



LE CULTE A GRIGNY 87 

Grigny est un petit village agréablement situé sur le penchant 
d'une colline, à gauche du fleuve et de la grand route qui le longe. 

Du Moulin place Grigny « à cinq lieues de Paris. » C'était bien 
la distance prescrite par l'Edit. En réalité il y avait bien plutôt 
six lieues depuis la porte Saint-Marcel, par la grand route de 
Lyon, et un peu davantage si l'on remontait la Seine par le 
« coche d'eau, » comme devaient le faire beaucoup de voyageurs 
vu le mauvais état des routes et la rareté des carrosses à cette 
époque. Le parcours suivi en bateau n'est pas, d'ailleurs, beau- 
coup plus long que la distance par voie de terre de Paris à Gri- 
gny, tandis que le fleuve fait de nombreux détours pour arriver, 
en aval, à tel point situé à vol d'oiseau dans le même rayon : Pois- 
sy par exemple. En outre la cour passant alors quelques mois 
chaque année à Fontainebleau il y avait avantage à se réunir 
de ce côté, surtout jusqu'à la désignation, en 1600, du lieu d'exer- 
cice pour le baillage de Melun *. Mais la raison décisive pour 
fixer provisoirement le culte à Grigny était que le seigneur du 
lieu, ayant droit d'exercice dans sa maison pour lui et les siens, 
se trouvait être alors un fervent protestant, Josias Mercier. 

Chez lui vinrent tous les dimanches pendant quelques mois 
des protestants sortis de Paris de grand matin et rentrant le soir, 
non sans être l'objet de manifestations hostiles au départ et au 
retour : « Le samedi 5 e juin 1599, par ordonnance de la justice 
émanée du roy, furent mises des potences à la Grève et à la Tour- 
nelle [porte donnant sur le port Saint-Bernard où l'on s'embar- 
quait] contre ceux qui outrageront, de fait ou de paroles, ceux qui 
iroient à Grigny. » 

« Le dimanche 5" septembre, aux huguenots revenans du 
prêche de Grigny, furent faits plusieurs affronts par un tas de 
populace ramassée, dont il y eut quelques uns d'emprisonnés, et 
aussitôt eslargis, pour ce que ce n'estoit que paroles ; il y eust 
seulement une femme qui eust le fouet sous la custode au Petit 
Chalelet, pour avoir rué une pierre -. » 

Ces deux brèves mentions sont tout ce que nous avons pu 
trouver sur le culte à cette époque : encore ne s'agit-il pas du 

1. Ce lieu fut fixé, lui aussi, près de la route de Bourgogne et de la Sein^, 
h Bois-le-Roi, « en 1600, immédiatement après l'Edit », d'après un docu- 
ment de 1G82 publié par M. Stein (Curiosités locales, Fontainebleau, 1902, 
p. 82). C'était à deux lieues de Fontainebleau dans la direction de Paris, 

2. L'Estoile, Journal, p. 97 et 105. 



88 l'église RÉFORMÉE DE PARIS SOLS HENRI IV 

culte lui-mènie : il était célébré dans quelque grande salle, ou, 
lorsqu'il faisait beau temps, dans la cour du château de J. Mer- 
cier. Ce devait être le cas notamment les jours de grande 
affluence, comme les dimanches susdits, qui, d'après les dates, 
devaient être des jours de communion L 

Il y avait bien à Grigny une autre famille plus célèbre dans 
l'histoire du protestantisme ; celle du père de Madame Du 
Plessis-Mornay, Guy Arbalète, seigneur de la Borde, près Melun -; 
mais on a confondu à tort (peut-être à cause de la similitude des 
noms de leurs terres) sa maison avec celle de J. Mercier, sei- 
gneur des Bordes'-'. Un château (moderne) de l'Arbalète se voit 
encore près de l'église de Grigny, au bas de la colline, tandis que 
le château de Grigny était, d'après un plan conservé à la mairie, 
dans le haut du pays, derrière l'école communale de filles. On y 
montait depuis la Seine par le « chemin du port, » appelé près 
du château « rue de Morogues. » Or ce nom est celui d'une autre 
famille protestante. 

Du Moulin dans son autobiographie dit formellement : 
« l'exercice se faisait à Grigny chez M. des Bordes-Mercier. » 
Ceui-ci était hautement apprécié par Casaubon comme « le fils 
très docte de l'illustre Mercier 4 , » Jean, successeur de Vatable 
au Collège de France \ 

1. Pour plus de détails voir nos études sur Grigny cl les Mercier dans le 
B. h. p., 1900, p. 225, et dans le Bullelin de la Société historique et archéo- 
logique de Corbeil, 1900, p. 105. 

2. Commune de Châtillon, canton du Châtelet-en-Brie. Armes : D'or, au 
sautoir engrèlé de sable, cantonné de quatre arbalètes de gueules. Devise : 
Scopus mi su/ficit unus. 

)i. L'abbé Lebeuf, Hisl. du diocèse de Paris, éd. de 1757, t. XII, p. 87 : 
« L'Arbalète était une maison de Grigny, du côté de Ris, dans laquelle avait 
été le prêche des calvinistes. Ce fut en expiation de cette entreprise que fut 
fondée au cbâteau de Grigny une chapelle du revenu de 400 livres. » 

Un historien local, M. Pinard (Hist. du canton de Long jumeau, Paris, 
1804) dit d'autre part : « C'est par son mariage avec Madeleine Chevalier 
(pie Guy Arbalète vint dans nos cantons. Ils eurent plusieurs enfants ; l'un 

d'eux embrassa la réforme et eut un prêche dans son fief de Grigny Il 

expia sa faiblesse en fondant un oratoire dans son propre château. » Il y 
eut plusieurs fois des prêches chez Guy Arbalète, mais au château de la 
Horde. 

4. Ephémérides, cité dans B. h. />., 1869, p. 491. 

5. Avec celui-ci Calvin était en correspondance dès le milieu du xvi" siè- 
cle ; il avait en vain essayé de le décider à venir enseigner l'hébreu au coi- 









PLAN DE GRIGNY 


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00 L'ÉGLISE REFORMEE DE PARIS SOUS HENRI IV 

A diverses propriétés héritées de son père — notamment une 
maison avec jardin près de Bourges *. Josias Mercier avait joint 
les seigneuries de Grigny, du Plessis-le-Comte (à une demi-lieue 
au sud-ouest de Grigny) et des Bordes en Beauce -. A Paris il 
demeurait au faubourg Saint-Germain, rue de Seine 3 . Peu après 
l'époque où l'Eglise était « recueillie » chez lui à Grigny il accom- 
pagna du Plessis-Mornay à la conférence de Fontainebleau (4 mai 
1600). En 1601 il fut député de l'Ile-de-France et secrétaire du 
synode national de Jargeau, il présenta au roi le Cahier des plain- 
tes qui fut alors dressé. L'assemblée politique de Saumur (1599- 
1600) ayant décidé de faire représenter les Eglises auprès du 
roi par deux députés généraux, — comme le clergé avait deux 
agents généraux en résidence à Paris — l'assemblée suivante 
nomma à ce poste de confiance Josias Mercier avec M. de Saint- 
Germain (Sainte-Foy, 16 octobre 1601) 4 . Le synode de Gap 
(1603) les remercia de leur « fidélité et diligence » et les main- 
tint en fonctions jusqu'en 1605 ■"•. .1. Mercier fut encore membre 



lège de Genève. Cf. lettres de Calvin à Mercier {Opéra Calvini, XVII, p. 94 ; 
XX, p. 170) du 16 mars 1558 et du 17 octobre 1563. Dans la seconde, Calvin 
dit : « Le traitement est petit : 200 livres. On donne une maison assez agréa- 
ble et spacieuse. Mais pense que les dépenses sont moins grandes ici que 
chez vous (à Paris). » 

1. Ce renseignement est donné par un prédécesseur de Baedeker et Joanne, 
auteur anonyme édité par un libraire protestant : « Le voyage de France 
dressé pour l'instruction et commodité tant des François que des estrangers, 
Paris, O. de Varennes, 1639, T éd. 1641, in-8° de 290 p. Calvin a été étu- 
diant à Bourges, et peut-être la maison des Mercier était-elle, comme le 
« pont de Calvin », du côté d'Asnières lès Bourges où existe encore un 
temple. 

2. Nous avons relevé dans les minutes du notaire protestant François, 
1606, fol. 199, à la date du 9 juin, 1' « adveu et dénombrement de la moitié 
des trois quarts (sic) du fief des Bordes assis à Mesmitz en Beausse que 
Josias Mercier, escuier seigneur de Grigny et du Plessis-le-Comte avoit 
tenu à foy et hommage, rachapt et cheval de provision, selon la coustunie 
du bailliage d'Estampes, de noble homme Jehan Hurault, seigneur dud. 
Mesmitz et Bois-Taillis, à cause de sa terre et seigneurie de Mesmitz. » 
.1. Hurault, aussi seigneur de Pastoillet (Patouillet) demeurait à cette épo- 
que faubourg Saint-Victor, grand rue (même reg., fol. 267). 

3. Du moins en 1606 (toc. cit.). Cette même année il paie 900 livres à 
Mathieu d'Angerville pour rachat et amortissement de rente (même reg, 
fol. 313). 

4. Anquez, Hist. des assemblées polit., p. 208. 

5. Aymon, Synodes, I, 251, 276 ; Quick, Synodicon, I, 208, 226, 240 ; 
Benoît, Hist. de l'Edit, I, 368 ; B. h. p., 1904, p. 374. 



J. MERCIER, SEIGNEUR DK GRIGNY 91 

de diverses assemblées protestantes jusqu'en 1015 et mourut en 
1026. Digne héritier de l'érudition paternelle, sans briller de ee 
chef au premier rang, il a écrit d'assez nombreux ouvrages litté- 
raires. 

Après comme avant l'année 1599 pendant laquelle on célébra 
le culte à Grigny, les protestants y reçurent souvent, à titre 
d'amis, l'hospitalité. En 1007 le pasteur dauphinois Charnier s'y 
trouve — et sans doute y célèbre un culte privé — le dernier 
dimanche de l'année 1 ; en pareille saison le voyage devait être 
fort pénible : la Seine était prise à Paris et « la gelée si grande 
que de mémoire d'homme il ne s'en estoit veu de semblable 2 . » 
Au printemps suivant, retournant à Grenoble, Charnier s'arrête 
de nouveau un dimanche à Grigny et note dans son journal le 
prix qu'il en coûtait alors aux protestants parisiens pour aller 
alors en voiture à cette distance : « 10 e mars. Nous partîmes à 
deux heures après midi et allâmes coucher à Grigni, payant à 
Paris pour trois chevaux 3 livres sols, à Villejuif autant 3 1. 
G s., à Juvisi 2 liv. 1 sol 3 . » 

Cette même année J. Mercier, malade, reçoit en octobre une 
visite de Casaubon. En 1020 P. du Moulin, venant d'Alais où il 
a présidé le synode national, et se réfugiant à Sedan — car le roi 
a ordonné de l'arrêter — retrouve sur son chemin cette maison 
hospitalière où, nouvellement consacré, il débutait dans son 
ministère parisien vingt ans auparavant : « Je m'arrestay à 
Grigny chez M. des Bordes Grigny mon intime ami et y passay 
la nuict, et fis avertir ma femme de mon arrivée. Elle m'envoya 
mon frère Jean... Je pars donc de Grigny au soleil couchant 4 . » 

Le fils de Josias, Louis Mercier (peut-être l'un des premiers 
enfants baptisés à Grigny •"-) épousa Madeleine Bigot dont le 
frère Isaac était seigneur de Morogues près Bourges. Leurs des- 
cendants avaient encore une maison à Grigny lors de la Révo- 

1. Journal de Chamier, B. h. p., 1853, p. 315. 

2. L'Estoile, Journal, janvier 1608. 

3. Journal, t. c, p. 444. 

4. Autobiogra])hie, B. h. p., 1858, p. 472. 

5. Son acte d'inhumation (archives munie, de Grigny, 25 sept. 1673> porte 
qu'il est mort « estant dans l'hérésie, » et b il y avoil quinze ans, » mois 
énigmatiques qui sont peut-être une erreur pour : « Il avoit soixante quinze 
ans » (voir pour plus de détails notre article du B. h. p., 1900, p. 236). 



92 



L ÉGLISE REFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 



cation. Le 22 novembre 1085 Seignelay écrit à Louvois : « Le 
roi m'ordonne de vous avertir, Monsieur, de prendre l'ordre de 
S. M. pour exempter de logement des troupes la maison que le 
sieur Bigot de Montrogue, de la R. P. R., a au village de Grigny, 
étant en disposition de se convertir 1 . » 

Une fille de J. Mercier épousa Claude Saumaise : ce grand 
savant vint passer « aux champs » plusieurs étés, depuis la 
mort de son beau-père (1626) jusqu'à celle de sa belle-mère 
(1641) -. Une autre sœur, Marguerite Mercier, épousa Simon le 
Maçon, sieur d'Espeisses, maître d'hôtel du roi 3 . 

C'est ainsi que, depuis la publication de l'Edit de Nantes jus- 
qu'à sa Révocation, le nom de ce petit village de Grigny, grâce à 
la famille Mercier, reparaît de temps à autre dans les chroni- 
ques de cette Eglise de Paris qui, pendant les premiers mois de 
sa vie normale, y avait reçu l'hospitalité. 



t. Depping, Correspondance administrative, etc., IV, 381. 

2. Biblioth. nat. ms. fr. 22556, lettres de Saumaise à Peiresc etc., datées 
de Grigny 1627, 1628, 1635, 1636, 1640, 1641. Cf. notre note à ce sujet dans 
le B. h. p., 1906, p. 95. 

3. Nous avons publié des extraits de son livre de raisons qui donne de 
curieux détails sur la vie journalière à Paris et à Grigny, la participation 
aux services religieux, aux frais du culte, etc., de 1645 et 1658 (B. h. p., 
1905, p. 481-534). 



DEUXIÈME PARTIE 



Les premières années après l'Edit 

L'exercice du culte à Ablon 

(1599-1C06) 




LIEUX DEXLRCICE AU SUD DE PARIS DE l5q8 A l685 



CHAPITRE IV 



ABLON 

§ 1. L'établissement du culte. — Date du transfert. — Mort de Gabrielle 
d'Estrées et mariage du roi. — Inquiétude des protestants. — Ph. de 
Mornay. — Culte au Plessis. — Les commissaires de l'Edit. — Avanta- 
ges de la situation d'Ablon. — Lettres patentes (14 octobre 1599)'. 

§ 2. Les lieux du culte. -- Topographie ancienne et moderne. — Maison de 
Sully. -- Les « Louanges d'Ablon ... -- Installation provisoire. Premiers 
actes connus (1600). - Transfert ailleurs demandé et refusé (1601). - 
Installation plus durable. — Premier et second lieu de réunion. — Tem- 
ple de 1601. Aspect extérieur. - ■ Disposition intérieure. Les bancs. — 
Essai d'évaluation du nombre de places. ■ Délibérations et lieu de 
réunion du Consistoire. — Un synode provincial (1605). — Le château 
acquis par Lobéran. — Ablon et les Lobéran après 1606. 



§ 1. L'établissement du culte 
A quelle date précise le culte cessa-t-il d'être célébré réguliè 



90 l'église réformée dk paris sors henri iv 

rement à Grigny ? C'est ce qu'il ne nous a pas encore été possible 
de déterminer, quant au jour même du dernier service ; mais 
l'époque est certaine 1 : c'est dans les derniers mois de 1599 que 
l'exercice fut rapproché de Paris, peut-être à la mi-novembre, ou 
au moment habituel d'un des services de Sainte Cène qui atti- 
raient une grande alïluence, à Noël. Ce jour-là, par exemple, eut 
lieu l'inauguration du temple de Bionne pour les protestants 
d'Orléans) 2 . Cette satisfaction accordée aux protestants fait en 
quelque sorte compensation, suivant l'usage du roi, à la garantie 
nouvelle qu'il allait donner aux catholiques en épousant la propre 
nièce d'un cardinal 3 . 

Henri IV — on est facilement tenté de l'oublier — était déjà 
marié : mais, séparé de la « reine Margot » depuis quatre ans 
déjà, il ne fit annuler ce premier mariage qu'après le départ de 
Madame et la mort de Gabrielle d'Estrées : celle-ci avait été vite 
remplacée dans la faveur du roi par une autre personne de 
famille protestante également mais catholique elle aussi, Hen- 
riette d'Entragues 4 . Le traité de mariage de Madame avait été 
signé dans la résidence de la belle Gabrielle : le château de Mon- 
ceaux, rival des splendeurs de Verneuil, Anet et Fontainebleau, 
merveille de l'architecture française, créé et embelli par trois 
générations d'artistes huguenots : les du Cerceau, de Brosse et 
du Ry. Seules quelques gracieuses colonnes se dressent aujour- 
d'hui encore auprès d'une magnifique terrasse, dominant les 
vallons de la Brie, au-delà de Meaux. 

Quelques semaines après le mariage de Madame, la marquise 
de Monceaux mourait au cloître Saint-Germain (10 avril 1599). 
Rosny, mandé à Fontainebleau, se rappelait longtemps après que 
le roi avait accueilli avec gratitude les consolations qu'il avait 

1. C'est le 2 septembre i599, par exemple, qu'intervint dans un cas analo- 
gue un arrêt du Conseil d'Etat ordonnant au maire et aux échevins de Tours 
d'assigner aux protestants un terrain d'un demi-arpent, d'accès commode 
vers la rue du Ruau, ou ailleurs, pour y exercer leur culte (Archives nat., 
È2a f. 60). 

2. B. h. p., 1899, p. 569. 

3. Alexandre de Médicis, oncle de Marie de Médicis, devint en 1605 pape 
sous le nom de Léon XI pour quelques semaines ; sur son tombeau, à Saint- 
Pierre, un bas-relief représente l'abjuration d'Henri IV. 

4. La terre de Verneuil fut érigée en marquisat en sa faveur en 1599. 
(Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 155 ; au chancelier de Bellièvre, 11 
août 15991 ; en 1604, la marquise reçut du roi la maison de Madame à Fon- 
tainebleau, tandis que la reine recevait celle de Saint-Germain. 



SECOND MARIAGE D'HENRI IV 97 

osé lui donner à la manière huguenote, le jour de Pâques 1599 : 
« Me semble à propos de vous ramentevoir quelques couplets 
de ceux que vous nommiez vos psceaumes estant de la religion, 
et que le changement d'icelle ne vous aura pas, en mon advis, 
effacez de la mémoire : 

« Remets en Dieu et toy et ton affaire, 

» En Lu y te fie, et il accomplira 

» Ce que tu veux accomplir et parfaire, » etc. 1. 

Huit mois s'écoulent, et pour permettre au roi de se marier, 
le pape déclare nulle sa première union (17 décembre 1599). 

Les protestants n'auguraient rien de bon de ce second maria- 
ge et redoutaient toujours les conséquences de celui de Madame. 
Un jeune pasteur qui exerçait alors son ministère près de la 
Trémoïlle, André Rivet, écrivait à la fin de 1599 - : « Praesagia 
dédit nuper dom. Molinseus pastor ecclesise qua in domo sororis 
régis brevem et miseram gregis sui dissipationem ; suspectus est 
illi superstisiosissimi mariti reditus qui a Jesuitis inspiratus 
nihil non tentabit ut omnia sacra subvertat. Status publicae rei 
mihi lubricus. » On voit combien dans l'automne 1599 la situa- 
tion était jugée critique par du Moulin — non encore qualifié 
pasteur de l'Eglise de Paris par son correspondant — . Après 
tant de rudes secousses, on prenait facilement l'alerte, et chacun 
pouvait redouter la rupture d'un équilibre encore si instable. 
Mais une fois encore le calme revint. 

Les protestants mettaient à profit les instants de répit pour 
remettre en ordre les affaires des familles et des Eglises. Au mi- 
lieu de l'hiver, Madame du Plessis-Mornay écrit à Théodore de 
Bèze : « Nous sommes à Paris depuis quatre moys pour plusieurs 
affaires domestiques Maintenant que le Roy est paisible et 



1. Mémoires, éd. Michaud, I, 312. C'est cette année aussi que dans la forêt 
de Fontainebleau Henri IV entendit le son d'un cor mystérieux : le comte 
de Soissons découvrit un homme « noir et hideux » qui dit : « Amendez- 
vous ; » l'historiographe Mathieu raconte qu'un soir Sully, dans le pavillon 
qui porte son nom, entendit aussi ce cor du « grand veneur » (DlMIER, Fon- 
tainebleau, p. 160). 

2. A. Rivet à son frère, de Thouars, le 9 des Kalendes de 1600 ; cette 
lettre (inédite) est une des plus anciennes que j'aie relevées à la bibliothè- 
que universitaire de Leyde dans le recueil des Rivetiana. 



98 



L EGLISE REFORMEE DE PARIS SOIS HENRI IV 



que Dieu nous a donné une paix et dedans et dehors le royau- 
me, M. du Plessis a pris le loisir de s'en occuper, n'ayant autre 
intention (si quelque autre occasion ne luy faict changer) sinon 
de s'employer de tout son pouvoir au restablisscmcnt de toutes 
nos Eglises, qui sont assez descousues 1 . » Le château du Plessis- 
Marly était situé à sept lieues à l'ouest de Grigny, et précisé- 
ment vers cette époque, lorsque le culte eut cessé d'être céléhré 




Cliché R. Claparède 



CHATEAU DU PLESSIS-MORNAY 2 



chez J. Mercier, Ph. de Mornay fit établir là un lieu de culte qui 
servit à tous les protestants habitant cette partie de l'Ile de 
France au sud de Paris ;! . 



1. 11 février 1600. Papiers Tronchin à Genève (B. h. p., 1865, p. 249). 

2. B. h. p., 1901, p. 183. 

3. L'arrêt du Conseil désignant le Plessis comme lieu d'exercice dans le 
bailliage de Montfort est du 14 juillet 1601 et se trouve aux archives natio- 
nales E3a, f° 162 recto. Le Plessis est à plus de dix lieues de la capitale. 
Voir notre article sur la Noroille et le Plessis, B. h. p., 1901, p. 175. Cf. 
Mémoires de Mme de Marnai] (édition de Witt, II, p. 25) : « En la mesme 
année (1601) Dieu nous fit la grâce d'establir le ministère de son Eglize 



LES COMMISSAIRES DE L'ÉDIT 99 

C'est pendant les négociations avec la cour de Rome pour 
l'annulation de son mariage en automne 1599 que le roi s'entendit 
d'autre part avec les protestants parisiens au sujet du lieu d'exer- 
cice à fixer définitivement par les commissaires désignés à cet 
effet, conformément à l'Edit *. Pour Paris, comme pour les 
autres Eglises de la généralité, les commissaires ont été du côté 
catholique le président Jeannin qui avait empêché le massa- 
cre de la Saint-Barthélémy de s'étendre à la Bourgogne -, et du 
côté protestant François d'Angennes, seigneur de Montlouët •'*, 
non moins fidèle serviteur d'Henri IV que son collègue et sou- 
vent aussi mêlé aux affaires des Eglises : ainsi, après l'assemblée 
de Mantes (1593) il avait été l'un des commissaires chargés de 
défendre leurs intérêts. D'ailleurs, — nouvel exemple de l'ex- 
trême division des familles contemporaines au point de vue reli- 
gieux — , il avait deux frères évêques, l'un même cardinal 4 . 

D'après l'article 14 de l'Edit, les commissaires devaient choi- 
sir pour l'exercice du culte un endroit situé « à cinq lieues de 
Paris. » Grigny était presque à une lieue au delà de cette limite. 
Juste à la distance réglementaire, en aval, tout au bord de la 
Seine, se trouvait un village plus facile d'accès, Ablon 5 . Il fut 
choisi, sans doute aussi pour d'autres raisons. Le roi y avait droit 
de haute justice. En outre, peut-être dès cette époque Rosny y 
était-il déjà possesseur d'une maison qu'on le voit occuper les 



en nostre maison du Plessis, à la requeste de tous ceux du voisinage qui 
sont de la Religion ; que Dieu veuille, par sa miséricorde, perpétuer à tou- 
jours. » Le culte a été rétabli au Plessis en 1865 par le comte de Pourtalès. 

1. Il résulte en particulier d'un acte concernant l'établissement du lieu de 
culte pour le bailliage de Melun (à Bois-le-Roi) au même moment, que les 
« premiers exécuteurs de l'Edit de Nantes en la généralité (de Paris) >> 
furent « les sieurs de Jeannin et de Montlouët » (requête de 1682 (Arcli. mit. 
TT. 235, n° 198) publiée par H. Stein, Curiosités locales, Fontainebleau, 
1901, p. 78). 

2. Eloge du président Jeannin dans le Mercure fr. de 1623, annexe, p. 27. 

3. France prot., 2' éd., t. I, col. 259, art. Angennes. Montlouët est en 
Eure-et-Loir, canton d'Auneau, à six lieues à l'ouest du Plessis-Marly. 

4. Vu troisième, Nicolas d'Angennes, mariait précisément en 1600 son (ils 
Charles qui fut père de la célèbre Julie. Cf. Traité historique et généalogi- 
que des principales familles de Paris, t. II, fol. 7. (Mss. de la Bibl. de l'Ar- 
senal, n° 5035). 

5. Cf. Ablon, recherches historiques, par l'abbé Bonnin, in-8°, 1890. Le- 
cènè et Oudin, Paris. 



100 



L EGLISE REFORMEE DE PARIS SOUS HENRI IV 



années suivantes, commodément située pour le ministre entre 
Paris et la résidence royale de Fontainebleau '. 




L ANCIEN « CHASTEL D ABLON» 



Toujours est-il qu'après enquête et ordonnance des commis- 
saires, le roi signa les lettres patentes que voici (le 14 octobre 

1590)-. 



1. .)':ii constaté avec surprise que les (Economies royales renferment, de 
1599 à 1605, une seule allusion expresse à Ablon, à propos d'un conseil du 
roi en 1603 dont nous reparlerons ; tandis qu'il décrit minutieusement sa 
vie publique et privée à l'Arsenal, Sully ne parle jamais d'Ablon. Mais 
plusieurs lettres du roi, sans lieu de destination, datées de Fontainebleau, 
sont manifestement adressées à Ablon : ainsi le 18 avril 1604 il prie Sully 
de venir le trouver « dès le jour de Pasques, si tost que vous aurés faict la 
Cène à Ablon. » 

2. « Sommaire pour le chapitre de l'Eglise de Paris contre M. le P. le 
Pelle Hier et le sieur et dame de Morogues, etc. (18 avril 1692), » factum 
de 80 ]). in-4" de la bibl. de Leroux de Lincy ; des extraits ont été publics 
par M. Read (B. h. p., 1891, p. 348), entre autres ces lettres patentes. Lebeuf 
tllist du diocèse de Paris) dit à tort ces lettres datées du iï décembre, 

3. B. h. p., 1901, p. 286. 



ÉTABLISSEMENT DU CULTE A ABLON 101 

« Henry, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, 
à nostre amé et féal le Prévost de nostre bonne Ville, Prévosté 
et Vicomte de Paris et Ile de France, Salut. 

« Nous avons fait voir en nostre Conseil l'Ordonnance des 
Commissaires députés pour l'exécution de nos Edits de Pacifi- 
cation, par laquelle ils ont donné à ceux de la Religion Préten- 
due Réformée résidens en la Ville, Prévosté et Vicomte de Paris 
le village d'Ablon, proche la rivière de Seine, du costé de Vil- 
leneuve-le-Roy, pour y faire l'exercice public de leur Religion 
comme en lieu de bailliage, de la distance duquel village à nostre 
ville de Paris estant bien informés, et que la Haute Justice d'ice- 
luy nous appartient. A ces causes, pour faire exécuter et garder 
ce que par eux a esté fait et ordonné, en procédant à l'exécution 
dudit Edit, Nous, de l'avis de nostre Conseil, etc., nous avons 
commis et député, etc., pour mettre et établir par effet l'exercice 
de ladite Religion Prétendue Reformée audit village d'Ablon, 
comme en lieu de bailliage accordé par l'Edit, à la première ré- 
quisition qui vous en sera faite par le Substitut de notre Procu- 
reur général ou par ceux de ladite Religion. Car tel est nostre 
plaisir. Donné à Fontainebleau, le quatorzième jour d'octobre, 
l'an 1599, et de nostre règne le onzième. » 

Henry. 

Or le chapitre de Notre-Dame de Paris était seigneur d'Ablon. 
Il fit opposition, pour conserver ses droits. Mais les lettres paten- 
tes n'en furent pas moins publiées à Ablon même quatre semai- 
nes après, le 12 novembre, par un huissier à cheval, en vertu 
d'une ordonnance du Prévôt de Paris 1 . 

§ 2. Les lieux de culte 

Ablon n'était alors qu'un hameau d'une trentaine de feux. 
Du petit « château » on reconnaît aujourd'hui encore la tou- 
relle, dite « du bonhomme d'Ablon », au bord de la Seine, au 

1. Arch. nat. S. 656, l re liasse. n° 38 . Inventaire de Mons et Ablon ap- 
partenant à MM. du Chapitre de Paris, fol. 171 verso : « Publication faite à 
Ablon sur Seine le 12" 1 novembre 1599 par ordonnance du Prévost de Paris. 
des lettres patentes du Roy Henry IV pour Pestablissement du Presche 
pour ceux de la Religion P. R. auxquels ledit lieu et village d'Ablon avoit 
esté donné pour l'exercice de ladite Religion comme dépendant de la haute 
justice que le Roy y avoit. [Signé :] Logerot, huissier à cheval au Chas- 
telei de Paris » (B. h. />., 1891, p. 349, n. 1). L'ordonnance des commissaires 
exécuteurs de l'Edit relative aux enterrements est du 26 oct. 1599. Voir 
ci-après arrêt du Conseil d'Etat de 1609. 



102 l'église réformée DE PARIS SOIS HENRI IV 

coin du chemin d'Ablon à Choisy dénommé maintenant « rue 
du Bac. » De l'autre côté du château, sur une ruelle parallèle 
au fleuve, se trouvaient les maisons des cultivateurs ; les jar- 
dins, les champs, les vignes alors nombreuses, avec leurs pres- 
soirs, s'allongeaienl sur le flanc de la colline. 

A l'angle d'une autre ruelle perpendiculaire est figuré sur un 
plan (de 1604) le temple et sur un autre plan (de 1693) « le lieu 
où fut autrefois le presche 1 . » A droite de la rue Geuffron (ap- 
pelée encore en 1725 ruelle du Temple), en venant du fleuve, 
exactement au-dessus du barrage moderne, on voit dans la pro- 
]>i iété Moisset une cave qui était peut-être celle de l'ancien tem- 
ple ou d'une maison adjacente, et un gros tilleul qui fut, d'après 
une tradition locale, planté à la place du temple -. 

Sur le quai Magne, à droite et à gauche de la rue Geuffron, 
deux maisons (l'une ornée d'un buste de Sully) revendiquent 
l'honneur d'occuper la place de sa demeure. Le quai de la Ba- 
ronie, d'autre part, conserve le souvenir du baron de Rosny dont 
le parc aurait correspondu à la propriété actuelle de M. Bi- 
vière 3 . Près du « château » (qui n'était pas celui de Sully), à 
l'angle opposé du chemin de Choisy, se trouvaient au xvn° siè- 
cle une petite chapelle, et l'auberge de VEcu. Là venait s'amar- 
rer à la berge le coehe d'eau ou corbillard, seul moyen de trans- 
port à peu près régulier entre Paris et Corbeil, ville d'où l'on 
amenait alors et d'où l'on amène encore la farine par bateaux 
jusqu'au port Saint-Bernard devant la Tournelle 4 . C'est par ce 
coche que les protestants vinrent souvent à Ablon. 

1. Arch. mit. M (Seine-et-Oise) 31, 32. 45. N3 1. 36, 37, 180 ; S. 334 A et 
B. S. 338, saisie de la Seigneurie de Mons (,1685). Dans l'ouvrage de M. l'abbé 
Bonnin sur Ablon, in fine, sur le papillon reproduisant le plan de 1604, le 
mot temple a été inscrit par erreur à l'angle du chemin de Choisy 
(cf. B. h. p., 1891, p. 352) ; nous avons donné dans le B. h. p., 1901, p. 289 
et reproduisons p. 107 un croquis plus exact de l'état actuel des lieux. 

2. (/est près de là cpi'on a découvert, en démolissant une vieille masure 
(1883i. des pièces d'argent aux effigies de Charles IX, Henri III et Charles X 
(le cardinal de Bourbon, 1591) ; elles provenaient peut-être de quelque 
collecte faite au commencement du xvn c siècle. 

3. Ablon ne figure pas sur l'inventaire des terres acquises par Sully 
(Mémoires, collection Michaud, II, p. 92). 

4. Dès 1572 Charlotte Arbaleste parle du corbillard (Mém. de Mme du 
J'Iessis-Mornai), éd. de Witt, t. I, p. 65"). Littré, Dict., v° Corbillard, cite un 



ÉTABLISSEMENT DU CULTE A ABLON 103 

Avec quels sentiments de joie, c'est ce qui ressort naïvement 
d'une petite poésie, intitulée les Louanges d'Ablon : cinquante 
et un distiques, dont nous citerons quelques-uns, pour leur cou- 
leur locale 1 : 

Ablon, petit hameau que ce bel œil du inonde 
Voit sur le bord de l'eau près la Seine profonde... 

Hameau délicieux où mon âme ravie 

Mange le Man ^ des cieux et boit l'Eau de Vie 

Dessous tes petits toits, dans les vignes et roches 
Loin des peuples et rois, et du bruit de leurs cloches... 

Heureux deux et trois fois, Ablon, que tu es noble 
D'ouyr de Christ la voix en ton petit vignoble ! 

Heureux, dis-je, ô Ablon, d'ouyr en tes chaumettes 
Sur ton doré sablon, le Prince des Prophètes... 

Nous avons eu la bonne fortune de retrouver dans les vieux 
registres du minutier d'une étude parisienne plusieurs pièces 
inédites donnant d'intéressants détails sur les maisons ayant 
servi au culte, et leur aménagement. Ces documents jettent quel- 
que lumière sur divers points jusqu'à présent obscurs. Ainsi 
P. du Moulin, dans son autobiographie, disait 3 : « L'an 1601 le 
lieu de l'exercice fut approché d'une lieue et mis à Ablon, à 
quatre lieues de Paris 4 . » On a passé outre, croyant voir là une 
erreur complète. Mais, à examiner les choses de plus près, il 
semble que si le lieu d'exercice fut approché en effet dès 1599, 
l'année 1601 fut bien celle de l'établissement d'un temple propre- 
pian de l'île Saint-Louis gravé vers 1618 par Iswelinc où figure le corbillac. 
D'après l'abbé Bonnin (Op. cit., p. 90) « dans une épidémie survenue à 
Paris dans le cours du xvi c siècle, le coche de Corbeil fut employé au trans- 
port des morts, à Paris, et depuis ce temps son nom fut donné à nos chars 
funèbres. » En tout cas le corbeillard (comme écrit Richelet) servit main- 
tes fois à transporter les cercueils des protestants de Paris aux cimetières 
d'Ablon puis de Charenton. 

1. Les 6 pages in-8° découvertes par M. Read ont été publiées par lui 
;';i e.vtenso dans le B. h. p., 1891, p. 353. 

2. La Manne. 

3. B. h. p., 1858, p. 340. 

4. Le dictionnaire de Moréiu (édition de 1699), V Ablon, diminue encore 
la distance : « à trois lieues, »et parle d'un « exercice avant (pie les pro- 
testants eussent un temple à Charenton. » Ni Bayle ni Chauffepié ne par- 
lent d'Ablon. 



104 L'ÉGLISK RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

ment dit. Ainsi, pendant un an et demi, le culte n'eut encore 
qu'un caractère provisoire. 

Les seuls actes pastoraux dont la trace ait subsisté pour l'an- 
née 1000 sont un baptême (l'un des tout premiers sans doute) du 
23 janvier 1 , et une abjuration, du 11 avril-, jour de Pâques. 

On se réunit d'abord dans une maison arrangée tant bien 
que mal : à peu près partout on dut commencer alors par se 
contenter de ces installations rudimentaires. Avant de venir à 
Ablon, Du Moulin prêchait à Blois « sous une porte entre deux 
chambres, ce qui estoit fort incommode 3 . » Les inconvénients et 
même les dangers d'un trajet long, soit par eau, soit par terre, et 
pénible, surtout en hiver, rendaient fort désirable une nouvelle 
décision royale rapprochant l'exercice plus près encore de Paris. 
Une demande en ce sens fut adressée au roi, par le consistoire, 
mais sans succès. Soumise ensuite au synode national tenu à 
Jargeau du 19 au 25 mai 1001, probablement par le pasteur La 
Faye et J. Mercier, député de l'Ile de France, elle fut inscrite 
par ordre du synode dans le cahier de plaintes et remontrances 
pour ceux de la reliijion : présenté au roi par J. Mercier 4 : 

Art. 04 : « Et pour ce que les habitans de la ville de Paris et 
des environs faisant profession et ayant l'exercice de la R. P. R. 
au lieu d'Ablon, estant contraincts d'y faire porter leurs enfants 
pour estre baptisés, les exposent en apparent danger de mort, 
tant pour la longueur et incommodité du chemin que à cause 
des grandes froidures de l'hyver et chaleurs de l'esté, dont il 
est advenu que plusieurs desdits enfants, jusques au nombre de 
quarante, ont esté l'hyver passé misérablement esteints et suffo- 
qués, et que d'ailleurs les hommes sexagénaires, femmes gros- 
ses, petits enfants et les valétudinaires sont privés dudit exer- 



1. Acte relevé par M. Read dans les registres des baptêmes, etc., brûlés 
en 1871 à l'Hôtel de Ville, et publié dans le B. h. p., 1891, p. 350 : « Le 
dimanche 23 de ce mois fut baptisé au presche à Ablon un jeune homme 
âgé de 25 à 26 ans qui n'avoit encores esté baptisé, pour ce que son père 
et sa mère estoient anabaptistes. » 

2. L'EsTOlLE, Journal, édition complète, t. VII, p. 215. 

3. Autobiographie (janvier 1599). B. h. p., 1858, p. 338. 

4. Arch. natifs. l-;.;l>, f« 91. i, e cahier renferme, avec les réponses du Con- 
seil d'Etat, soixante-dix-huit articles au sujet des « modifications, inexé- 
cutions et contraventions faites à l'édit de Nantes » (Cf. B. h. p., 1853, p. 253). 



STRICTE OBSERVATION DE L'EDIT 105 

cice, est Sa Majesté suppliée d'incliner paternellement aux très 
humbles remontrances qui luy ont esté faites par l'Eglise de 
Paris, octroyant ledit exercice en quelque lieu plus proche et 
commode aux susdites personnes. » 

A deux reprises — une première fois pendant le synode même 
— cette requête fut présentée au roi, mais toujours en vain. Le 
18 septembre le Conseil donne un bref refus, signé Bellièvre : 
« Ne peut être rien changé en l'Edit. » 

Après le synode national eut lieu le synode provincial de l'Ile 
de France ; il ne se tint pas à Ablon, mais à l'ouest de Paris, à 
Claye (30 mai 1601) * : une église venait d'y être établie confor- 
mément à l'Edit grâce au seigneur du lieu J. Anjorrant : avec 
une troisième, à l'est (Avernes), c'était tout ce qui composait alors 
le « colloque » de l'Ile de France. 

Immédiatement après ces deux sessions consécutives, aux- 
quelles les députés parisiens prirent une grande part, commence 
une série d'actes notariés concernant le temple 2 . 

Dès le 24 octobre 1599 3 , c'est-à-dire dix jours après la signa- 
ture des lettres patentes autorisant le culte, et avant même qu'el- 
les fussent publiées à Ablon, un terrain avait été acquis par les 



1. Actes aux arch. munie, de Vitry-le-François, copie à la Biblioth. h. prot. 

2. Nous les avons découverts, avec beaucoup d'autres pièces intéressant 
des familles protestantes, dans les minutes de M e François. En charge depuis 
le 11 avril 1592 jusqu'à 1610 d'après les archives de la chambre des no- 
taires (1609 en réalité), il fut à cette époque « seul notaire de la religion, et 
toujours veu de fort mauvais œil par les aultres notaires ses compaignons » 
(Mémoire des députés généraux, année 1608 et suivantes, ms. conservé à 
la Bibliothèque h. pr., fol. 36, extrait reproduit dans nos pièces justificatives, 
XXVII). Les registres de M e Jean François faisaient en 1906 partie des ar- 
chives de M e Faroux qui nous a permis, avec la plus grande obligeance, 
de les consulter à loisir. Un Jean François, procureur en la justice à Metz, 
y avait été privé de son office, en 1585, pour n'avoir pas voulu « se réduire 
à l'union de l'Eglise C. A. et R. » (Fr. prot., 2 e éd., VI, col. 705). Je ne sais 
s'il s'agit là de notre homme, ni même d'un parent. Le notaire parisien 
ligure une fois dans les actes transcrits par M. Read d'après les registres de 
Charenton : « Le 22 janvier 1609, Marie fille de Monr François nore, née 
de ced. jour, fut présentée au baptesme par Monsv Richebourg et Madeinl!e 
du Pradel » (B. h. p., 1872, p. 266) ; la marraine est la femme d'Olivier de 
Serres, client de M" François. Voir ci-après ch. VIII, S 1. 

3. Minutes de M' François, 1603, fol. 320. Promesse de paiement d'une 
rente à la date du 31 juillet 1603. 




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108 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

protestants de Paris ; et l'aete inédit que nous publions fait con- 
naître le nom du mandataire : Pierre de Rucquidort, avocat au 
Parlement qui demeurait dans l'Ile, à deux pas du Palais 1 . 

Il fallait beaucoup de dévouement à la cause de l'Eglise pour 
accepter une pareille responsabilité : la situation juridique d'une 
collectivité officiellement reconnue depuis si peu de temps n'était 
pas bien déterminée, et elle ne pouvait acquérir que par person- 
ne interposée. Le protestant — presque certainement membre 
du consistoire et son représentant officieux en cette occasion — 
qui s'était en 1599 porté acquéreur en son nom personnel, appar- 
tenait, semble-t-il, à une famille originaire de l'Orléanais 2 . 

Les choses se sont d'abord passées suivant les formes ordi- 
naires des contrats entre particuliers, devant un petit robin de 
campagne. « M e Pierre de Rucquidort, avocat au Parlement, » a 
traité avec « Pierre Roger, vigneron demeurant au village d'Ablon 
sur Seyne, et Geneviefve Halle sa femme, par contrat passé par 
devant Pierre Lamy, clerc greffier et tabellion au baillage d'Athis, 
en datte du vingt quatrième octobre » (1599). Plus tard seule- 
ment Ruquidort transmet formellement ses droits sur une partie 
du terrain aux représentants officiels du Consistoire, « accep- 
tant pour et au profit de ceux de la religion. » Ce sont « M. Ysaac 
Courtin, advocat en parlement, et M e Thomas le Ferreur, secré- 
taire du roy en sa maison, et couronne de Navarre, demeurant 



1. En 1605 rue de la Calandre, débouchant en face la Sainte Chapelle 
(sur l'emplacement actuel de la préfecture de police). Cf. Pièces justifica- 
tives, min. François, IX-XI. Le nom de Ruquidort ne figurait pas dans la 
France protestante, 1" édition. 

2. Son nom : « Ru qui dort » était peut-être quelque surnom donné à un 
ancêtre au caractère placide et faisant son chemin sans bruit, ou demeu- 
rant tout simplement au bord d'un ruisselet tranquille. La France prot., 
2 éd., V, col. 654, mentionne Rucquidort comme un des avocats d'Orléans 
condamnés à mort par le Parlement de Paris en 1562 (coll. Du Puy, vol. 137, 
f° 61) ; il figure au quatrième rang sur la liste en tète de laquelle est ins- 
crit le nom de Sevin (un diacre de l'Eglise de Paris porte ce nom en 1561, 
B. h. p., 1852, p. 259). En 1570, à Montargis, Mathieu Béroald inscrivait sur 
son livre de raisons, parmi ses élèves, « Jean Rucquidor » (sic dans la 
Fr. prot., II, col. 399). Le nom a été souvent estropié : ainsi Fr. pr., I, 
col. 251 la femme de B. Androuet du Cerceau est appelée Marie Raanidier, 
et B. h. p., 1901, p. 54, Rtiquedoit ; d'après de nombreuses minutes de 
M e François, dont elle était cliente (8 août 1601, etc.) il faut lire Margue- 
rite de Ruquidor. 



CONTRATS RELATIFS AU TEMPLE 109 

led. Courtin au faulxbourg Saint-Germain des Prez rue de Seyne, 
et led. le Ferreur rue Saint-Martin proche Saint-Merry '. » 

Grâce à une série d'arrangements successifs avec divers pro- 
priétaires et débiteurs de rentes en octobre et novembre 1599, 
et enfin par contrat du 1" mars 1600 passé devant M' François 
et M e Babinet, « au proffit de Messieurs de la religion réformée, » 
Pierre de Ruquidort afait acheté à Ablon une seconde petite 
maison « vulgairement appelée la maison des degrez » dont il 
sera question ci-après 2 . 

Sur le premier terrain acquis par Ruquidort « il y avoit une 
maison contenant trois petits espaces, tant en grange qu'en mai- 
son, avec les estables, le tout couvert de chaume, avec une 
cour, et un clos complanté en jardin et arbres fruitiers, conte- 
nant cinq arpents de terre. » 

« Esdits lieux, continue un acte de 1003, ceux de la religion 
ont naguères basty et construit un grand temple. Tous lesdits 
lieux sont situez au village d' Ablon sur Seyne sur la grand rue 
dud. Ablon, tenant d'une part aud. de Rucquidor, d'autre part 
aux hoirs de deffunct Jehan Merian • 0, ) abboutissant d'un bout 
sur la grand rue dud. Ablon, et d'autre bout par derrière à Guil- 
laume du Pailly à cause de sa femme. » Or « sur tous ces lieux 
Jehan Roussel, laboureur, demeurant au village de Sceaux et 
[blanc] Le Maire sa femme, et Jacques Le Maire greffier de la 

justice de Mons ont un droit de prendre au jour Saint-Martin 

d'hiver 8 livres 8 sols 8 deniers de rente. » Par acte du 31 juil- 
let 1603, par devant les notaires François et Tolleron, MM. Cour- 
tin et Ferreur s'engagent à payer régulièrement cette rente, 
« eux et leurs successeurs de ladite religion, » la première année 
de paiement « eschéant au jour Saint-Martin prochainement 
venant. » 

1. Minutes de M e François, 8 mars 1603. D'après un acte plus précis do 
juillet 1603, Ferreur demeurait rue Simon Lefranc. 

2. Min. de M' François, 1605, n" 117 (31 mars). En novembre 1601 (ibid, 
1601, n" 188). « Thomas Halle l'aisné et Thomas Halle le jeune son lils, cr 
Pierre Kieher son gendre, tous laboureurs, demeurant au village d'Ablou >, 
s'obligent pour la somme de 150 escus envers ■ noble homme M. Pierre de 
Rucquidort. » 

3. S'agirait-il, entre autres, de Mathieu Mérian, le célèbre auteur du 
plan de lu Ville, etc., de Paris » publié en 1615. D'après la légende 

même de ce plan il était de Pâle, mais pouvait être propriétaire aux envi- 
rons de Paris. 



110 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

Ainsi entre 1599 et 1603, mais plutôt après les synodes de 
mai 1001 « on a construit à Ablon un « grand temple ; » assez 
grand en efl'et pour contenir des centaines de places (nous essaie- 
rons un calcul à ce sujet) ; grand surtout en comparaison de la 
maison précédemment utilisée, et des chaumières voisines. Les 
actes qui nous renseignent sur son emplacement fournissent 
quelques détails, bien insuffisants encore, sur sa construction -. 
C'était certainement un édifice modeste, sans nulle préten- 
tion architecturale. Nous ne possédons aucune donnée sur l'en- 
semble de son aspect extérieur. Exactement à la même époque 
on construisait à Lehaucourt — à deux lieues seulement de Saint- 
Quentin ■— « un temple en charpente, aux parois en torchis, 
probablement recouvertes d'un enduit lisse, » qu'un auteur ca- 
tholique a décrit en vers latins peu bienveillants 3 . 

Le temple de Dieppe dont la première pierre fut posée le 20 
juin 1000 au faubourg de la Barre était aussi médiocrement 
construit, puisque le vent le renversa en 1000. C'est, à notre con- 
naissance, le seul édifice de ce genre, en ce temps-là, dont on 
possède un dessin fait d'après nature '. Le temple des réformés 

1. Le B. h. p., de 1901, p. 290, dit donc à tort : « Il est peu probable 
qu'il y eut là un temple proprement dit. » 

2. Précisément à cette époque P. Cayer remarque que ses anciens core- 
ligionnaires, « appellent leurs granges des temples, et non pas des égli- 
ses » (Remonstrance à Madame, 1601, p. 37). 

3. A. DaulÉ, La Réforme à Saint-Quentin, 2" éd., le Cateau, Roland, 
1905, p. 63 ; citation de Claude Emmerez, Cérastes in semita, plaquette de 
1632 conservée à la bibl. de St-Quentin : « Il est couvert de quelques bar- 
deaux grossiers. Sa charpente s'appuie sur une longue poutre aux extrémi- 
tés inégales. Sa muraille est faite de poteaux passés au feu, d'un lattis de 
terre et de paille broyées. » Cf. .1. Pannieh, l'Eglise de Lehaucourt, B. h. p., 
1896, p. 169. 

4. Asseline, Antiquités et chroniques de la ville de Dieppe (ms.), vue 
cavalière reproduite par A. Féret (cf. B. h. p., 1903, p. 73). G. .1. Daval 
(Histoire de la réformation à Dieppe, édition Lesens, Rouen, 1878, in-4°, 
t. I, p. 163) s'exprime ainsi : « Le premier sermon fut fait et la cène célé- 
brée le dimanche d'après la Pentecoste 26 juin 1601. Le bâtiment qui estoit 
grand, spacieux, et capable de contenir cinq à six mille personnes, estoit 
de figure quadrangulaire, mais plus long que large, ayant 90 pieds de lon- 
gueur et 74 pieds eu largeur, les ayles et galeries comprises, et d'autant 
que le comble, à cause de la grande largeur du bâtiment, eût esté extrê- 
mement haut et incommode s'il eût eu sa juste hauteur, on le divisa en 
deux, n'estant l'eut redeux soutenu et supporté que sur deux pilliers de 

bois ce quy avec la foiblesse des murailles de brique des ayles qui 

portoient les galeries et quy dévoient servir d'arcs bout an s et renforts au 
corps du bastiment. fut cause de la ruine et chute d'iceluy peu d'années 
après. » 



ASPECT EXTERIEUR DU TEMPLE 



111 



de la capitale devait être plus soigné, bien que ce fût encore une 
salle de réunions plus ou moins provisoire. 

D'ailleurs, quand même l'Eglise de Paris aurait eu alors le 
temps et l'argent nécessaires, on ne lui eût pas permis de bâtir 
un édifice rappelant par son style une église catholique : cette 
défense a subsisté jusqu'au milieu du xix e siècle, par exemple à 
Patay 1 , et à Paris nuyne pour l'église du Saint-Esprit-. Enfin, 
en admettant que le gouvernement et le clergé eussent été plus 




















'•*<£Ik~^SVB 



TEMPLE DE DIEPPE 

AU FAUBOURG DE LA BARRE (l6oo) 

d'après un dessin du temps 



Lolérants au point de vue esthétique, la discipline ecclésiastique 
exigeait alors en toute chose, de la part des réformés, par réac- 
tion contre les abus antérieurs, une extrême simplicité. Préci- 
sément en 1603 le synode national prend une décision formelle 



1. 1829. « A condition qu'on mettrait des volets aux fenêtres et qu'il j 
mirait une cheminée apparente sur le toit pour que le temple ne se distin- 
guât pas des habitations voisines » (#. h. p., 1899, p. 293). 

2. 186"). <i L'impératrice exigea qu'il tût placé dans une petite rue laté- 
rale et rappelai le moins possible sa destination > (B. h. />.. 1900, p. 528). 



112 l'église réformée de paris sors henri iv 

au sujet des armoiries que certains seigneurs voulaient faire 
apposer sur les murailles des temples : « Quant aux temples, 
on y observera la même modestie et simplicité [qu'en fait de 
monuments funéraires], laissant cependant aux colloques et 
consistoires le jugement des faits particuliers. » 

A défaut de description générale nous avons cependant fini 
par trouver quelques renseignements sur l'extérieur (à propos 
de la toiture) et sur l'intérieur (les bancs) du temple d'Ablon. 

C'est d'abord 1 un « marché pour les thuilles du temple 
d'Ablon » passé le vendredi 13 juillet 1601, devant les notaires 
François et Barbereau, par « Jacques et Guillaume de Varic- 
quier -, escuiers, marchands thuilliers, demeurant aux faulx- 
bourgs de Saint Germain des Prez les Paris, près du port de Ma- 
lacquest, paroisse Saint Sulpice. » Le contrat est fait et l'acte 
signé « au nom de Messieurs de l'Eglise refformée de Paris, » 
cette fois-ci non par P. Ruquidort mais par un de ses collègues 
du Consistoire et confrères du barreau : « noble homme M. René 
Lecointe, advocat en parlement, demeurant auxdits fauxbourgs, 
sur le fossé d'entre les portes de Bussy et de Nesle 3 . » 

Les entrepreneurs s'engagent à « couvrir de tuilles neuves, du 
grand moulle, le temple de ceux de lad. église font construire de 
présent au villaige d'Ablon et commencer de travailler mercredi 
prochain et continuer sans discontinuer. » Ils fourniront aussi 
les « clouds, lattes, chaux, saBle, piastre, » etc., et reconnaissent 
avoir reçu comme à compte « la somme de soixante escus. » 

A l'intérieur d'un temple le meuble principal a toujours été 
la chaire. Pour nous faire quelque idée de celle d'Ablon, 
pour nous représenter l'attitude du prédicateur et la phy- 
sionomie de l'auditoire, regardons une gravure du temps figu- 
rant l'intérieur de Saint-Pierre à Genève en 1602 4 . Le ministre, 
en plein « prêche, » est coiffé d'un chapeau de feutre noir à 
larges bords ; près de lui est placé un sablier, destiné à lui indi- 
quer au bout de combien de temps il conviendra de mettre un 



1. Min. François, 1601, n° 300. 

'2. Un protestant nommé Varroquet (ou Varïcquer), natif de Paris, y est 
arrêté en 1567 (B. h. p., 1901, p. 585). 

li. Aujourd'hui rue Mazarine, vers la rue Guénégaud. 

I. .Médaillon de Diodati dans « la vraye représentation de l'Escalade. » 
Cf. DOUMERGUE, J. Calvin, t. III (1905), p. 392. 



LES BANCS DU TEMPLE 113 

terme à son éloquence ; les auditeurs aussi restent couverts. 
Quelques-uns — les anciens probablement — sont au pied de 
la chaire ; ensuite sont assises les auditrices, puis viennent les 
hommes : ceux des premiers rangs assis ; les autres, debout. 

A Ablon, bien que l'édifice fût couvert à la fin de l'été 1601, 
l'aménagement paraît n'avoir été complet que deux ans plus 
tard ; ou du moins jusque là il n'y eut point de sièges fixes : 
pendant le culte on était tantôt debout, tantôt à genoux, ou bien 
l'on apportait des chaises, tabourets et bancs que l'on emportait 
après le service. Les tableaux et estampes, plus encore que les 
documents écrits, montrent les églises catholiques de cette épo- 
que également dégarnies de sièges. Aujourd'hui encore il n'y 
en a pas, pour la plus grande partie des assistants, dans les 
églises orthodoxes, grecques et russes. 

De bonne heure cependant il y eut dans les temples réformés, 
des bancs pour diverses catégories de fidèles. A l'intérieur du 
temple de Paradis à Lyon vers 1561 1 , à droite et à gauche du 
prédicateur, deux bancs à dossiers fleurdelysées sont occupés par 
des seigneurs ou des magistrats ; par devant, deux bancs à dos- 
siers plus bas sont réservés aux enfants. Sur des bancs sans 
dossier prennent place à droite et à gauche les hommes, en face 
du prédicateur les femmes. Dans une galerie en bois les hommes 
peuvent également s'asseoir. 

Les registres de M' François - renferment le « devis fait et 
accordé entre Jehan Desfossés, m e charpentier à Paris, d'une part, 
et Messieurs de l'Eglise refformée de Paris d'aultre part, pour 
les bancs et sièges pour servir au temple qu'ils ont nagueres faict 
construire au village d'Ablon. » Ce Desfossés, « maître charpen- 
tier de la grande forge » était un protestant qui demeurait « rue 

1. Une petite peinture à l'huile conservée à la bibl. de la ville de Genève 
est, d'après le B. h. p. qui l'a reproduite (1890, p. 287), « la seule vue inté- 
rieure connue d'un temple au XVI e siècle. » Une expédition d'un acte du 
28 sept. 1606 (Papiers Coste, bibl. de la ville de Lyon) montre que l'acqui- 
sition d'une ' maison haute, moyenne et basse, jardin et estahlerye >> 
avait été faite à Lyon de la même manière qu'en 1599 à Ablon, c'est-à-dire 
par deux protestants qui déclarent n'avoir pas acheté « à leur profïict ny 
des leurs, ny de leurs deniers, ains des deniers par eulx empruntés au 
nom des bourgeois, manants et habitants de ceste d. ville de Lyon qui l'ont 
profession de la religion reformée et à leur proffict et de leurs successeur', 
pour y bastir un temple. » 

2. 1603, n° 185. 



114 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

du grand chantier 1 . » (Il paraît avoir été déjà chargé des travaux 
de charpente, à raison de 400 livres, d'après un acte du 31 mars 
1005). Les bancs seront en bois de frêne, de « onze poulces de 
large et deux, poulces d'espesseur, » soit environ 30 centimètres 
sur 5, « suivant le dessin desja fait et accordé entre ledit Des- 
fossés et M' du Cerceau, architecte du roy. » Il est intéressant 
de voir ainsi un grand artiste comme Jacques Androuet du Cer- 
ceau - c'est évidemment lui — mettre son crayon à la dispo- 
sition de ses coreligionnaires pour dessiner des meubles : il ne 
les trouve pas destinés à un usage vulgaire, puisqu'ils seront pla- 
cés dans la maison de Dieu. On a souvent reproché aux protes- 
tants de donner aux édifices consacrés à leur culte un aspect peu 
artistique ; nous en avons rappelé ci-dessus diverses raisons. Il 
est d'autant plus remarquable de voir en 1003 le Consistoire de 
Paris manifester pour la menuiserie de simples bancs des préoc- 
cupations d'art décoratif. 

Les « pieds des sièges » dessinés par du Cerceau seront « de 
sept poulces de large et deux poulces de grosseur, espassez de 
six pieds en six pieds. » Ces bancs avaient donc environ 1 m. 95 
de long (ou 3 m. 90, ou 5 m. 85 avec une ou deux paires de pieds 
intermédiaires). II y en avait pour les hommes avec un dossier 
élevé de « dix-huit, dix-neuf, vingt, vingl-et-un et vingt-deux 
poulces derrière les montans. » Peut-être cela signifie-t-il que 
cinq rangées de bancs étaient disposées en gradins, les sièges 
étant d'autant plus élevés qu'ils se trouvaient plus éloignés de la 
chaire. Pour les bancs des femmes et des enfants la hauteur 
n'était que « de treize à quatorze poulces » (35 à 37 centimètres). 
Voilà pour les auditeurs vulgaires. Mais il y en a de privilégiés, 
car l'égalité n'existe pas encore en toute circonstance an-dedans 
du temple, si déjà elle y est beaucoup plus grande qu'an-dehors. 
En outre des susdits bancs ordinaires, le devis porte donc que 
« ledit dessin sera faict pour deux bancs adressés pour les sei- 

1. C'est-à-dire rue des Archives dans la partie aujourd'hui comprise 
entre la rue Pastourelle et la rue des Haudriettes. Sa femme Charlotte 
Cauchon « estant au lit, malade de corps, en une chambre haulte respon- 
dant sur la cour de ladite maison, mais saine d'esprit et ayant bonne me- 
moyre » fit, le 8 avril 1605, son testament. (Min. François, 1605, n° 137) : 
« Quand il plaira à Dieu de l'appeler, elle veut que son corps soit inhumé 
et enterré au lieu où ceux de la relligion refformée, de laquelle elle fait 
profession, ont coustume d'estre enterrez » [biffé : « fauxbourgs Sainct- 
Germain »]. 



NOMBRE D'AUDITEURS 115 

gneurs et magistrats, et deux autres aussy adressés pour les 
ministres et antiens, un peu plus larges. » 

A raison de « 22 sols par toise * » le prix sera de six cents 
livres tournois que s'engagent à payer « Messieurs de l'Eglise 
relïormée de cette ville de Paris, ayant leur exercice audit vil- 
lage d'Ablon. » 

Nous avons ici une première donnée pour hasarder timidement 
un calcul jusqu'à présent impossible. Nous verrons en temps et 
lieu comment on a essayé d'évaluer le nombre de places conte- 
nues dans le temple de Charenton. Pour Ablon, en l'absence de 
tout document, on n'a encore fait aucun essai de ce genre. Si 
toute statistique est sujette à caution, avec combien plus de ré- 
serves faut-il faire des calculs hypothétiques comme celui-ci -. 
11 peut donner cependant quelque idée, si approximative soit 
eHe, du nombre des protestants parisiens à cette époque. Au 
moins mille places, peut-être deux mille, tels sont les résultats 
auxquels nous arrivons 3 . 

1. A 20 sols par livre et 6 pieds par toise cela fait un peu plus d'une 
demi-livre par mètre, soit environ 2 francs, si Ton admet que sous Henri IV 
une livre valait à peu près 3 fr. 66 (Baii.lv, Histoire financière de la France, 
t. II, p. 298). 

2. La livre tournois valant 20 sous, les 600 livres promises pour les 
bancs du temple (= 12.000 sous) à raison de 22 sols par toise, correspon- 
dent à 545 toises. Si l'on attribue — ce qui est large — un peu moins de 
m. 50 de banc à chaque personne assise, cela fait 4 personnes par toise 
soit 2.180 auditeurs pouvant prendre place sur les bancs. Si ce chiffre 
paraît trop fort, et qu'on attribue à la confection des dossiers et des pieds 
la moitié des planches payées au charpentier, on arrive encore à conclure 
qu'il devait y avoir dans le temple d'Ablon plus de mille places pour des 
auditeurs assis, sans compter ceux qui se tenaient debout. 

Pour nous figurer la surface occupée par le temple — aucune galerie 
n'étant indiquée, et tout le monde étant par conséquent au même niveau, 
sur le plancher ou le sol battu — il faut réserver au moins 50 centimètres 
carrés à chaque auditeur, y ajouter les couloirs entre les bancs et le 
■ parquet » libre autour de la chaire : cela représente plus de 250 mètres 
carrés pour mille places : par exemple un rectangle de 40 m. de long sur 
6 m. 50 de large (ce qui correspond à un banc de 18 pieds) ; pour deux 
mille places : environ 40 m. sur 12 ; or ce sont à peu près les dimensions 
de la salle basse du Louvre où nous avons vu La Fayc et Montigny ras- 
sembler facilement quinze cents de ces auditeurs qui les suivent mainte- 
nant à Ablon. 

iî. Le temple inauguré par les réformés dieppois le 26 juin 1601 était en 
briques et avait !)(> pieds de long sur 74 de large. 11 contenait de 5 à 600 
personnes (/•>. prot., 2° éd.. t. III, p. TOI t. 

A Bionnc, lieu d'exercice accordé aux protestants d'Orléans en vertu de 



116 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

Les jours de fête, où il y avait affluence extraordinaire, le 
<> grand » temple était certainement trop petit, et il fallait faire 
dos services supplémentaires soit dans la « maison des degrés, » 
soit en plein air dans la cour 1 . A Noël 1604 par exemple, « une 
très belle assemblée » se compose, au jugement du duc de la 
Force, « de plus de quatre mille personnes 2 . » 

Les représentants de « Messieurs de l'Eglise refformée, » dans 
la commande des bancs, sont les mêmes que pour les contrats 
précédents relatifs au temple : « nobles hommes M. Pierre de 
Rucquidort, advocat en parlement, demeurant rue de la Calandre, 
et M e Thomas Ferreur, secrétaire du roy en sa maison de Navarre 
et autres domaynes, demeurant à Paris, rue Symon le Franc. » 

Cet acte est du 6 mai 1603. Deux ans plus tard, la note n'avait 
pas encore été réglée : sur mille livres que le Consistoire devait 
à l'entrepreneur, il n'en avait payé que quatre cents. Un arran- 
gement intervient par lequel Desfossés, au lieu de toucher en 
espèces les six cents livres restant dues, devient propriétaire de 
la maison des degrez et verse à MM. de Ruquidort et Ferreur la 
somme de neuf cents livres. 

Nous reproduisons in extenso, aux Pièces justificatives (IX) cet 
acte du 31 mars 1605. Il est le premier où, dans les registres nota- 

l'Edit (à huit kilomètres environ en amont de la ville, sur la rive droite de la 
Loire - ), le Consistoire présidé par le père Du Moulin fit acheter un terrain 
par l'un de ses membres, un avocat (comme à Paris), Isaac Fleureau (acte 
du 21 juillet 1599 par devant M e Sevin, sans doute un protestant aussi : 
B. h. p., 1899, p. 566). Un marché est également conclu par lequel rentre- 
preneur h s'engage à édiffier un bâtiment de huit toises de long sur six 
de large, compris les œuvres, et treize pieds et demi de hauteur depuis 
terre jusqu'au chapeau (corniche). » La charpente se compose de « trois 
fermes par voie, garnies de leurs tirans, arbalétriers, aiguilles, jambes de 
force. » Les chevrons ont quatre toises et demie de longueur et trois à 
quatre pouces d'épaisseur. Les murs sont de pierre, chaux et sable, avec 
« quatre lucarnes » se prolongeant au-dessus de la corniche dans le toit. 
La couverture est en tuiles plates. Comme ameublement il y a, outre la 
chaire, des •< selles par terre » de dix pouces carrés. Le prix est de 333 écus 
et demi, pour lesquels l'entrepreneur donne une dernière quittance le 13 
août 1601. C'est la description la plus complète que nous connaissions d'un 
temple à peu près contemporain de celui d'Ablon. L'inauguration eut lieu 
le jour de Noël 1599. 

1. Ainsi à Pentecôte 1601 (F.phcmérides de Casaubon, cf. ci-après, p. 172). 

2. Mémoires du Maréchal duc de la Force, t. I" r , p. 387. Il est inutile de 
supposer, comme le fait M. Coquerel (B. h. p., 1866, p. 560) l'existence 
d'un temple assez vaste pour contenir ces quatre mille personnes. 



ACTES FAITS AU NOM DU CONSISTOIRE 117 

ries, il soit expressément question de « Messieurs du Consis- 
toire » et non plus de « Messieurs de la religion reformée » en 
général ; cette appellation elle-même est digne de remarque, au 
point de vue protocolaire, car bientôt les termes déjà en usage 
alors : « religion prétendue réformée » deviendront obligatoires. 

Nous publions également (X) la délibération du Consistoire - 
la première à nous connue, au xvn e siècle — approuvant les 
arrangements faits par ses mandataires en cette occasion : elle 
est signée des pasteurs et anciens. 

Les années précédentes les réunions du Consistoire avaient eu 
lieu, et continueront malgré la cession, à avoir lieu précisément 
dans cette « maison des degrés, » toute proche du temple. C'est 
ce que nous apprend une troisième pièce datée du même jour (XI) : 
un acte sous seing privé par lequel Desfossés promet à P. de Ru- 
quidort et à Ferreur que ni par vente ni par héritage la maison ne 
tombera jamais entre les mains de personnes catholiques « tant 
et sy longuement que l'exercice de ladite religion refformée sera 
continué aud. lieu d'Ablon : » or, au moment où ils réglaient 
les comptes de construction du temple, le transfert refusé deux 
ans auparavant était sur le point d'être accordé ; le culte ne 
devait plus être célébré à Ablon que pendant quelques mois. 

L'acte relatif aux comptes du temple fut rédigé quelques jours 
après la session d'un synode provincial qui se tint précisément 
à Ablon du 16 au 19 mars 1605 (ce fut, semble-t-il, le premier 
et le dernier réuni dans ce temple *) : « Le mercredy 16 e mars 
les ministres des trois provinces : Isle de France, Picardie et 
Champagne, jusques au nombre de trente-deux, s'assemblèrent 
à Ablon. » Il y avait en effet trente-quatre églises sur la liste 

1. Deux documents publiés par M. Read (B. h. p., 1891, p. 433 et 436), tous 
deux émanant d'informateurs catholiques, se rapportent à la même assem- 
blée, bien que M. Read, d'après une suscription postérieure et erronée, parle 
d'abord d'un colloque, et ensuite d'un synode : l'époque de réunion est la 
même (dans le second document, sans date, il s'agit d'un temps peu anté- 
rieur au vendredi saint) ; le président est le même ; enfin un colloque 
n'aurait compris que les églises de l'Ile de France, et non ceux des pro- 
vinces voisines : enfin le texte du premier document porte expressément 
(p. 434) qu'il s'agit d'un synode (Bib. nat., fonds Brienne, t. 210). Le 
<• ministre de la frontière de Picardie » dont il est question est sans doute 
l'ancien jésuite Edmond Daix de Beauvalet, pasteur à Levai depuis 1603 
tli. h. i>., 1854, p. 444 ; 1896, p. 237). Levai est entre Lesehelle et Esquéhé- 
ries (canton du Nouvion, Aisne). 



118 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 

dressée en 1603 1 pour les quatre colloques — il faut ainsi corri- 
ger, en ajoutant la Brie — : ce qui dut faire plus de soixante dé- 
putés présents, y compris les anciens. « Il n'a esté traicté et 
conclu que des affaires particulières de leurs Eglises, comme des 
gages des pasteurs, du règlement des deniers que le Roy octroyé 
aux Ministres, de la subvention aux veufves d'aucuns ministres, 
des deniers des pauvres, etc. Sa Majesté a tesmoigné n'avoir 
agréable une lettre que Madame de Chastillon écrivoit à Madame 
de Fervacques mère de Monsieur le comte de Laval nouvellement 
converty à la religion catholique -, en laquelle ladite dame prioit 
la dame de Fervacques d'empescher que son fils ne tombast es 
pattes de l'Antéchrist... ». Dans ce temple même où la quasi- 
fiancée de Laval, Mademoiselle de Rosny, venait d'être mariée au 
duc de Rohan, l'évocation de cette affaire dut être assez désa- 
gréable. On y traita aussi d'un autre incident qui s'était passé là 
même à propos du médecin Mercier et de son enfant mort le jour 
du baptême ; nous en parlons ailleurs. Un jour de jeûne fut 
ordonné pour le vendredi saint (8 avril suivant). 

Josias Mercier était probablement présent, venu de Grigny, 
ainsi que son collègue depuis quatre ans M. de Saint-Germain, 
lorsqu'on eut à choisir les candidats à présenter au roi comme 
« députez et agens pour ceux de la religion » auprès de lui. 
« Ceux que laditte Assemblée a nommés sont d'une part M. de la 
Noue avec le sieur des Bordes pour estre continué [preuve de 
confiance très honorable pour J. Mercier], d'autre part M. de 
Monlouët [le commissaire pour l'exécution de l'Edit à Ablon] 
avec le sieur de L'Age, intendant de la maison de Monseigneur 
le prince de Condé. Autres ont aussy nommés M. des Réaulx. » 

Les représentants de l'Eglise de Paris au synode paraissent 
avoir été :: Montigny et Du Moulin comme pasteurs, de Gastine et 
Poupart comme anciens, et Montigny présida les séances. Il est 
probable qu'on y souleva la question du transfert du culte plus 
près de Paris, question dont nous verrons Du Moulin et Sully 
s'occuper quatre mois plus tard, à Chàtellerault, lors de l'assem- 
blée générale que préparait, comme tous les synodes provinciaux, 
celui d' Ablon. 

Avant de narrer ces nouvelles vicissitudes de l'exercice du 

1. Synode de Gap (Quick, Sgnodicon, I. 251). 

2. Voir chapitre IV. S 2. 

3. D'après le récit de Rod. Bouterais (Boterius) : De rébus in Gallia et 
pêne loto orbe geslis, Paris, 1610, t. II, p. 229. 



LE CHATEAU D'ABLON ACHETÉ PAR LOBÉRAN 119 

culte, et pour en finir avec la topographie d'Ablon, nous signa- 
lerons divers actes inédits relatifs au château. Il fut acheté en 
1603 au moment où s'achève l'ameublement du temple, par le 
propre pasteur de l'Eglise : F. Lobéran de Montigny 1 . Le « prix 
donné » est de sept mille livres tournois -. 

Le château avait alors « deux grandes et haultes tours » et 
comprenait maison d'habitation et dépendances, jardin, basse- 
cour, grange, colombier, jeu de paume, étable, bergerie, le tout 
« enclos de murs allentour avec tourelle, » mais en assez mau- 
vais état : bientôt Lobéran fit exécuter d'importantes répara- 
tions et améliorations 3 . Il y avait en outre des terres labourables, 
vignes, prés, « saussaies, » etc. Le seigneur avait droit de 
moyenne et basse justice à Ablon et à Mons, hameau voisin sur 
la colline au bord de l'Orge : la haute justice appartenait au roi. 
Au domaine d'Ablon étaient joints ceux de Mons en amont, et 
de Courcel, en face, sur la rive droite de la Seine 4 . 

Le fait de voir les droits seigneuriaux passer ainsi entre des 
mains protestantes, et qui plus est, pastorales, était extrêmement 
heureux pour les protestants, auxquels les chanoines et le cha- 
pitre de Notre-Dame-de-Paris, possesseurs de terres et de droits 
importants à Ablon, ne manquaient pas de susciter mainte diffi- 
culté : ils ne cessèrent pas de chicaner les héritiers de Lobéran 
jusqu'après la Révocation •"'. 

1. Un membre de la famille Grassin, à laquelle Lobéran acheta le châ- 
teau, avait fondé en 1569 le collège d'Ablon dont il est plusieurs fois ques- 
tion dans l'histoire du protestantisme parisien. La rue de l'Ecole polytechni- 
que a été percée sur son emplacement. 

2. Pièces justificatives, V. Min. François, 1603, n° 269, vente du château 
d'Ablon, 23 mai 1603 ; cf. n° 285 acte additionnel relatif à divers fiefs : 
n" s 286, -118, etc., baux de terres à des laboureurs. C'est dans un de ces 
derniers actes (n° 342) que nous voyons pour la première fois Lobéran 
qualifié « seigneur d'Ablon » en août 1603. 

3. Min. François, 1605, n° 149, « Devis des ouvraiges de massonnerie 
au lieu et chastel d'Ablon sur Seyne appartenant à M. de Montigny », par 
Guillaume du Postil, 26 avril 1605. Voir la « tourelle » ci-dessus p. 100. 

4. « Il existe à la date de 1633 [M. Coquehel ne dit pas où] deux liasses 
de procédure contre Maurice de Lobéran pour avoir enlevé les brancha- 
ges et le tronc d'un arbre que le vent avait abattu, et de la même année 
une assignation pour la nomination d'une messier et garde-vignes ; » 
B. h. p., 1866, p. 548 ; cf. B. h. p., 1891, p. 346 : factum de 1692 pour le 
chapitre, contre M. et Mme de Morogues ; Suzanne de Lobéran avait porté 
le fief d'Ablon à François de Morogues (ci-dessus, p. 89, 91, 95). 

5. Actuellement propriété du baron de Courcel, ancien sénateur et ambas- 
sadeur. 



120 l'église réformée de paris sous HHNRI IV 

Après que le culte eut cessé d'être célébré à Ablon, François de 
Lobéran continua à y passer une partie de l'été, et à recevoir 
quelques-uns de ses paroissiens parisiens : ainsi en août 1609 la 
t ami lie Casaubon *. 

Mais, après 1600, ce ne fut évidemment qu'à titre exceptionnel 
(jue le culte fut célébré à Ablon, comme à Grigny après 1599. 
Et il ne fut jamais donné suite aux demandes de certains catho- 
liques parisiens qui voulaient « rechasser » de Charenton jus- 
qu'à Ablon les huguenots, par exemple après la mort d'Henri IV -, 
ou jusqu'au milieu du xvn" siècle ;! . A cette époque d'ailleurs les 
quelques protestants ablonais, comme tous les villageois des 
environs, eurent assez à souffrir des guerres de la Fronde : le 
château des Lobéran fut occupé tour à tour par les troupes du 
prince de Condé — dont le châtelain était partisan — et par celles 
de Turenne — encore protestant 4 . 



1. Ephémérides de Casaubon, p. 683. C'est à tort que M. Read (B. h. p., 
1854, p. 470) relève ici un lapsus « évident » et lit Charentonem au lieu de 
Hablonem. Son fils Maurice de Lobéran, qui hérita de cette résidence, l'ap- 
préciait tant que ses paroissiens du Plessis-Marly et de la Norville l'accu- 
saient d'y faire de trop longs séjours. Une décision formelle du synode 
national (Alençon, 1637), invite cette Eglise à « lui permettre de rester 
quatre mois chaque année dans sa maison d'Ablon pour y vaquer à ses 
affaires particulières, pourvu qu'il ne discontinuât pas les exercices de son 
ministère » (Quick, Synodicon, 1, 232 ; II, 341 et 565 ; Aymon, II, 556 ; 
B. h. p., 1863. p. 403, lettre à Mme de la Tabarière (1629) datée du Plessis : 
/-Y. prot., 2 e éd., V, col. 609). Marie de Gorris, femme de M. de Lobéran, 
mourut à Ablon en 1668 (Douen, Révocation, III, 349). Cette même année 
1637 un arrêt du conseil ordonne qu'il sera informé des contraventions aux 
édits faites par les habitants d'Ablon, sans doute en se réunissant pour 
le culte en la présence de celui qui était à la fois seigneur et pasteur du 
pays (FlLLEAU, Décisions catholiques, p. 366-7). 

2. L'ESTOILE, Journal, juillet 1610. 

3. Demande du I'. Véron en 1645 (Douen, Révocation, I, 267). 

4. Septembre 1652 : Ramsay, Histoire de Turenne, 1. III, p. 282 ; Mémoires 
de Turenne, p. 169 ; Mémoires du duc d'YoRK, éd. Ramsay, 1. I, p. XXXIX ; 
cf. Gazette de France de juin 1652, p. 564. Voir aussi Bonnin, Ablon, p. 150. 



LES PREMIERS PASTEURS 121 



CHAPITRE II 



LES PREMIERS PASTEURS 



§ 1. François de Lobéran de Montigny. - - Sa famille. — Ses débuts — Son 
portrait. — Sa Bible. — Ses maisons à Paris. — Sa femme Judith de la 
Rougeraie. — Ses enfants. -- Vie privée. - - Vie publique. - - Rôle ecclé- 
siastique. 

§ 2. Antoine de la Faije. - - Origine. - Domicile à Paris et hors Paris. — 
Gournay et ses environs. — Fortune immobilière et mobilière. — Ré- 
sumé de la vie de La Faye. 

§ 3. Jacques Couët du Vivier. -- Attaches avec Paris et la Bourgogne. --On 
veut le retenir à Bàle, Nancy, Paris. - - Le prédicateur et le controver- 
sée. — Le père de famille. — Dernières années (1606-1608). 

§ 4. Pierre du Moulin. -- Autobiographie. — Tribulations de son enfance. — 
Boursier de l'Eglise de Paris — Hésitations. — Débuts dans le ministère. 

Mariage. — Portrait. — Domiciles successifs. — Famille. — Caractère 

et travaux. 

§ 5. La Prédication. — Importance que lui donne la discipline. — Caracté- 
ristique générale. -Du Moulin. -- Un jugement de Vinet. — Qualités et 
défauts de la prédication de Du Moulin. — Analyse de deux sermons : 
Morale, dogmatique. — Conclusion. 



1. Lobéran de Montigny 



Voici le moment de faire plus ample connaissance avec les 
pasteurs de l'Eglise de Paris déjà en charge au moment de l'Edit, 
ou nommés aussitôt après. 

François de Lobéran fut celui qui resta le plus longtemps en 
fonctions i. Il était fds d'un autre pasteur qui paraît avoir égale- 
ment exercé son ministère à Paris : Jean ou Joachim. Né à 
Valence en Dauphiné (1539), puis étudiant en théologie à Genève 
(tout à la fin de la vie de Calvin) « François de Lauberan » figure 
en 1566 sur la liste des ministres envoyés par la Compagnie dos 
pasteurs aux Eglises de France, pour celle de Châteauneuf en 

1. Il faut décidément substituer cette orthographe d'après les signatures, 
et autres documents originaux, à celle qu'on a souvent préférée : Lauberan. 
La notice de la France prot., 1" édition, est très sommaire. M. Rend y a 
ajouté quelques détails. («. h. p., 1860, p. 193). Cf. DOUEN, Ency'cl. des SC. 
rel., VIII, p. 11. 



122 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Orléanais l . Au nom de Lobéran est joint ou substitué dès cette 
époque celui de Montigny, provenant de quelque terre possédée 
par la famille 2 . Entre 1567 et 1572 un ministre- « qui se faisoit 
appeler Montigny, habitoit dans la rue du Coq à Paris [rue 
Marengo] près le Louvre, en la chambre garnie de maistre Pierre 
du Rozier ' lequel ayant esté surpris par son hoste avec dix ou 
douze luthériens, s'excusa sur les parties qu'ils avoient fait aus 
cartes et aus dez avec ses compagnons. » Etait-ce le père ou le 
fils Lobéran ? Nous ne savons. De même un rapport de police, 
postérieur à la Saint-Barthélémy, signale la présence d' « Aube- 
ran, Daulphinois, lequel se faisoit nommer tantost de Montigni, 
tantost de Sainct Germain 5 . » Il y avait enfin à Paris pendant 
la peste en août 1583 un ministre Montigny qui était peut-être 
déjà le nôtre, dans la première année d'un long ministère désor- 
mais consacré à la capitale, sauf les interruptions forcées en 
temps de persécution 6 . 

En tout cas sa carrière fut longue et très remplie. Elle est résu- 
mée dans la légende assez pompeuse d'un portrait fait par 
Melchior Tavernier, le célèbre graveur, qui était protestant ' : 

« Franciscus de Lobéran de Montigny, Ablonii Castri ad Sequa- 
nam, Ablonii in Urbe, Orgia? Montis, et Curticula? Dominus, 
Ecclesiarum Regni Henrici Régis Magni curam gessit, Genero- 
siorum consiliorum pars fuit, Supremis exercituum Imperatori- 



1. Chàteauneuf-sur-Loire (Loiret) en amont d'Orléans (B. h. p., 1859, p. 73). 

2. Il faut se garder de confondre les Lobéran, comme l'ont fait certains 
annotateurs peu attentifs, avec une autre famille de Montigny à laquelle 
appartenait p. ex. un gouverneur de Paris, chevalier des Ordres du roi, etc. 
(Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 467, 642, etc., années 1601, 1602, etc). 

3. <■ Louperaut » (Lauperant), lit-on par suite d'une faute d'impression 
dans Florimond de Raemond, Histoire de la naissance, etc., de l'hérésie, éd. de 
1610, p. 910. Nous avons vu Cayer faire le calembour « Loup errant ». 

4. Un du Rozier (Hugues Sureau du Rozier) était en 1566 pasteur à Or- 
léans et voisin de F. de Lobéran (B. h. p., 1872, p. 363, etc.). 

5. Bibl. nat., fonds fr. nelles acquis., 1200, fol. 5 (B. h. p., 1899, p. 167). 

6. .1. Merlin, Journal publié par Gabekel, Hist. de l'Eglise de Genève, 
II, 159. 

7. Bib. nat., Estampes. La boutique ouverte par Tavernier en 1618 était 
dans l'Ile du Palais « sur le quai de l'Epy d'or, » aujourd'hui quai de 
l'Horloge (Fr. prot., 2' éd., t. II, col. 923). La fille de Tavernier est baptisée 
à Charenton en 1629 (Douen, Bévocation, II, 124). On s'étonne qu'aucune 
œuvre de lui n'ait figuré en 1902 à l'exposition d'artistes protestants orga- 
nisée par la Société d'hist. du pr. fr. à l'occasion de son jubilé cinquante- 
naire. 



FRANÇOIS DE LOBERAN 



123 



bus adfuit, Legationes ad Reges et Principes obivit, Germanicâ 
claruit. Praeliis pêne omnibus Invicti berois fortunam subiil, 
Ecclesias limitas instauravit, Instauratam in Regia decennio rexit, 




LOBKUAN DE MONTIGNY 



In urbe ter erexit, Lustra septem direxit. Gloriosis laboribus 

decem et unum impendit, sexdecim vixit, infinita vivit. Mors 

nobilissimuin non extinxit, nec gloria dereliquit. Obiit 12 Maii 
1619. » 



124 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

De ce texte, inexactement reproduit et inexactement traduit 
jusqu'à présent l nous proposons l'interprétation suivante : 

« François de Lobéran de Montigny, seigneur du château et 
de la seigneurie d'Ablon-sur-Seine, de Mons-sur-Orge et de Cour- 
cel, fut au service des Eglises réformées sous le règne du roi 
Henri le Grand, membre du Conseil du roi (c. à d. maître des re- 
quêtes ou : député aux synodes nationaux et assemblées générales 
des réformés), aumônier des généraux en chef dans plusieurs 
campagnes, chargé de missions diplomatiques auprès des rois et 
des princes; il se distingua particulièrement dans les affaires d'Al- 
lemagne, partagea le sort de l'invincible héros (Henri IV) sur 
presque tous les champs de bataille, organisa beaucoup d'Eglises, 
exerça pendant dix ans son ministère dans l'Eglise [de Madame] 
à la suite de la cour 2 , releva trois fois l'Eglise de Paris 3 , en fut 
le pasteur pendant trente-cinq ans 4 . Sa vie ici-bas dura quatre- 
vingts ans. Celle qu'il possède maintenant est éternelle. La mort 
n'a pu éteindre ce qu'il y avait de plus noble en lui. Sa mémoire 
ne cesse pas d'être honorée. Il mourut le 12 mai 1619 5 . » 

Le portrait gravé par son ancien paroissien Tavernier le repré- 
sente dans un âge déjà avancé, les cheveux grisonnants mais 
encore assez fournis, sauf au-dessus des tempes ; le front est 
large et élevé, à peine ridé ; la barbe blanche, taillée en pointe, 
avec moustache retombant sur la commissure des lèvres ; le 
menton carré, le nez droit, un peu fort ; les yeux grands, à pru- 
nelle sombre, au regard sérieux et plutôt triste. C'est à la fois 
l'ossature fruste du montagnard dauphinois et l'allure pleine de 
dignité, même de sévérité, du pasteur-gentilhomme qui a fré- 
quenté les champs de bataille et la cour encore simple de son 
« héros, » aussi souvent que les assemblées religieuses et poli- 
tiques de ses coreligionnaires. Le vêtement, à l'ancienne mode, 



1. B. h. p., 1860, p. 194 et 1901, p. 318. Bonnin, Ablon, etc., p. 70. 

2. De 1594 à 1604, voir ci-dessus. 

3. Peut-être eu 1566, 1583, 1594. 

4. 1583-1619. 

5. MM. Read, Coquerel et Bonnin ont traduit comme s'il y avait aimées 
(sous-entendu) au lieu de lustres (cinq ir'iiées), mot exprimé une fois 
pour toutes, ce qui rendait la chronologie incompréhensible. La vraie tra- 
duction fournit au contraire des dates correspondant à celles qu'on con- 
naissait déjà et plusieurs autres qui sont nouvelles. 



FRANÇOIS DE LOBÉRAN 12.") 

est très ajusté, avec un haut col rabattu et une sorte d'épau- 
lettes i. 

Les armes de Lobéran sont : écartelé au 1 et au 4 d'azur au 
lion d'or couronné, au 2 et au 3 du même au chevron d'argent à 
trois roses ou quintefeuilles posées deux et une. 

Dans les actes officiels concernant les affaires ecclésiastiques 
Lobéran figure — souvent en tète — comme « ministre de la 
parole de Dieu en l'Eglise réformée de Paris - ; » mais dans les 
contrats concernant son château d'Ablon Montigny n'est pas qua- 
lifié pasteur mais « noble homme M. François de Lobéran, 
conseiller du roi et maître des requestes de la maison et couronne 
de Navarre, » titres honorifiques qui n'impliquent pas qu'il ait 
rempli effectivement une charge auprès de Henri IV. Un autre 
témoignage de l'estime et de l'affection du roi nous est fourni par 
le seul objet que nous connaissions comme ayant appartenu à 
Lobéran : une belle Bible offerte sans doute par Henri IV après 
son abjuration, et comme souvenir reconnaissant à son fidèle 
serviteur. La reliure très soignée, en maroquin rouge sombre, est 
parsemée de fleurs de lis. Passée par héritage au fils, puis à la 
petite-fille de Lobéran, elle a été déposée, à l'occasion du troisième 



1. Dans la vie quotidienne les pasteurs de cette époque ne se distin- 
guaient guère des laïques par leur costume : le fils d'un Orléanais condis- 
ciple de Lobéran à Genève, D. Bourguignon, après son abjuration, se mo- 
que des « ministres sans vestemens et paremens de bienséance, de révé- 
rence, plustost ridicules, prophanes, tantost en habit de soldats, tantost en 
habit de marchands, preschans quelquefois les bottes aux jambes et Pes- 
péc au costé » (Déclaration du S r Bourguignon eu devant ministre, etc., 
Paris, Giffard, 1617, in-8°). Cependant la plupart — dont Lobéran était, 
d'après son portrait — se donnaient « en bon exemple » pour mieux 
« exhorter les peuples à garder modestie dans leurs accoutrements » con- 
formément aux décisions synodales (Discipline, art. XX, introduit par le 
Synode de Paris, 1565). Pour prêcher, en général, ils revêtaient la robe, 
sauf dans les lieux de culte trop difficiles d'accès : le père Coton ayant 
demandé pourquoi les réformés disent « qu'il ne faut user d'ornemens 
ecclésiastiques distinguez des séculiers en l'Eglise, » Du Moulin proteste : 
« Qui a jamais dit cela ? les pasteurs n'ont-ils point leur habit propre à 
l'action es églises où on peut aller servir Dieu sans monter à cheval. » 

(Trente-deux demandes proposées par le I'. Cotton, avec les solutions 

par P. Du Moulin, La Rochelle, X. de la Croix, 1608, XXI* demande». On 
trouvera quelques autres détails dans notre article sur le Costume des pas- 
teurs (B. h. p., 1901, p. 512). 

2. Acte du 1 oct. 1606 concernant Charenton {fi. h. p., 1854, p. 132, etc.). 



12(> 



I, EGLISE REFORMEE DE PARIS SOUS HENRI IV 



centenaire de l'ouverture d'un temple à Ablon, à la Bibliothèque 
d'histoire du protestantisme 1 . 

A Paris Lobéran demeura d'abord près du Louvre et de l'hôtel 
de Madame, « rue des deux escus -. » Après la mort de Madame, 
et lorsqu'il est devenu propriétaire du château d'Ablon, nous le 
trouvons déménagé (1604) sur la rive gauche, mais sans beau- 
coup s'éloigner encore du Louvre : « faubourg Saint Germain 
des Prez, sur le fossé de la porte de Nesle, » c'est-à-dire vers la 
Monnaie actuelle. 



1. Don de M. Garreta en 1901. Le B. h. p., 1901, p. 320, n° 2, fait un inté- 
ressant rapprochement entre cette Bible (qu'il dit être de 1587) et une 
autre exposée par la Bibl. publique de Genève en 1896 à l'exposition natio- 
nale suisse avec la notice suivante : « N° 814. Reliure en maroquin rouge, 
dos et plats entièrement dorés à petits fers, avec pointillé et mosaïque de 
maroquin bleu ; sur chaque plat, grand médaillon aux armes de France et 

de Navarre, en maro- 
quin vert et rouge sur 
fond de maroquin ci- 
tron ; tranches dorées 
et ciselées. » (Bible de 
Genève, 1588, in-fol.). 
Note manuscrite sur 
une feuille de garde : 
« Cette belle Bible 
ayant esté imprimée 
en papier de Florance, 
reiglee, lavée et cou- 
verte ainsi qu'elle se 
veoid aux frais de 
Mons r Bot an, minis- 
tre de la parole de 
Dieu, il m'auroit icel- 
le envoyée à Paris, 
avec deux autres de 
mesme volume et pris, 
pour faire présenter 
cette cy au Boy, la seconde à Madame sa sœur, la tierce à Monseigneur de 
Sancy. Mais le Boy ja diverti à l'Eglise romaine, n'ayant voulu la sienne, 

ledit S r Botan me l'a donnée les deux autres ayant esté délivrées à qui 

elles estoient vouées. Et est depuis le S r Botan décédé à Castres, à la grande 
perte de l'Eglise, [signé :] Mareschal. » Nous avons parlé ci-dessus, I" par- 
lie, eh. II, p. .")(), du livre composé par Botan après l'abjuration de Cayer. 

2. Min. François, 1(501 et 1603, pitssim. C'est une des rares voies de ce 
quartier qui aient conservé leur ancien nom : elle n'est pas loin de la 
première demeure de Lobéran que nous avons mentionnée ci-dessus, « rue 
du Coq. » 







if <J 



PREMIERE PAGE D UNE BIBLE AYANT APPARTENU 
A HENRI IV ET A LOBÉRAN DE MONTIGNY 



FORTUNE DE F. DE LOBÉRAN 127 

C'était pour M' François un fort bon client ; sur ses registres 
nous voyons souvent reparaître la signature « François de Lobé- 
ran, » non seulement sur des baux et autres actes le concernant 
lui-même, mais comme témoin dans des contrats de mariage 1 S 
procurations -, etc. îl paraît avoir eu une fortune mobilière et 
immobilière assez considérable, qu'il gère avec soin : en 1(H)1 
par exemple il achète à Pierre Hatte, avocat au Parlement, 
« seize escus, deux tiers d'escu, dix sols, de rente annuelle ; » 
dès qu'il est devenu « seigneur d'Ablon, » il loue des terres à 
divers laboureurs. 

Son collègue A. de la Faye lui donne à bail moyennant soixante- 
quinze livres de rente annuelle une maison située rue des Corde- 
liers 3 qu'il ne paraît pas avoir occupée personnellement. Ces 
traditions de bonne économie domestique ne furent pas perdues 
dans la famille, et lorsque les gens de Turenne prennent en 
septembre 1652 le château d'Ablon et ses dépendances, ils consta- 
tent que « le gentilhomme sieur de Montigny avait exactement 
resserré ses moissons bien conservées avec celles de ses 
paysans 4 . » 

Dans maint acte passé devant M e François : baux, procurations, 
etc., paraît aussi la femme de F. de Lobéran, Judith de la Rouge- 
raie ou Rogeraye •">. Il l'avait épousée probablement après la res- 
tauration de l'Eglise de Paris en 1594 : elle était de trente ans plus 
jeune et lui survécut un quart de siècle <-. Elle appartenait à une 



1. De M. de la Coustaudière (1601, n° 427 ; Sully y intervient aussi) ; de 
Suzanne Gobelin (3 janvier 1604). 

2. D'Olivier de la Saussaie (1601, n° 329). 

3. Rue de l'Ecole de médecine vers le boulevard Saint-Michel. Min. Fran- 
çois, 1604, n° 409. 

4. Dubuisson Aubenay, Journal des guerres civiles, t. II, p. 288. 

5. En 1605 Judith de la Rogeraie signe — probablement pour travaux faits 
à son château d'Ablon — un arrangement avec un menuisier de Villeneuve- 
Saint-Georges. Voir aux Pièces justificatives (II) la procuration de la 
famille de la Rou gérai e (20 février 1603). En 1606. F. de Lobéran, Marie et 
Sara de la Rogeraie, donnent à bail à Jacques le Prieur, marchand, une 
maison située rue de la Vieille Draperie (Min. François, 1606, fol. 148). 

6. L'acte d'inhumation « au cimetière Saint-Père, faubourg Saint-Ger- 
main » porte qu'elle était âgée de 74 ans (2 septembre 1612, li. h. p., 1864. 
p. 225). 



128 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

bonne famille de robe 1 . Son père, Charles de la Rougeraie, mort 
avant 1003, était avocat au Parlement. Sa sœur Marie avait épousé 
un avocat au Conseil privé du roi Benoist Perrin ; une autre, 
Rachel, un avocat au Parlement, René Lecointe, que nous avons 
vu mandataire du Consistoire dans les affaires du temple 
d'Ablon -. 

Les Lobéran eurent au moins cinq enfants, dont les derniers 
lurent baptisés à Ablon 3 . 

L'aîné des enfants fut pasteur aussi, jamais dans une grande 
ville, mais parmi les protestants disséminés en diverses parties 
de l'Ile de France et de la Picardie : à Avernes (1620) 4 , Baillolet 
(1023), le Plessis-Marly •"' ; enfin à Senlis, où il exerçait encore 

1. Je ne sais s'il faut la rattacher à « Jean de Rougeraye ou la Rouge- 
raye, se disant professeur en poésie, ayant esté emprisonné [à Montauban] 
le 28 du mois d'octobre 1560 pour avoir interprété es escoles les pseaumes 
en françois » (Hist. ecclés. de Bèze, III, 328, édition Baum, t. I, p. 373-74). 

2. Il demeurait rue des Marais (aujourd'hui Visconti). 

3. Maurice, baptisé le 26 avril 1597, eut pour parrain l'ambassadeur des 
Etats-Généraux et pour marraine « dame Loyse de Vienne, veufve du S r ba- 
ron Dispech », tille de Claude-Antoine de Vienne, baron de Clervant et de 
Copet, l'un des principaux huguenots de Metz. Le portrait de cette dame, 
en médaillon, se trouve dans un ouvrage qui lui est dédié : « Habitus varbt- 
rum orbis gentium, etc. » (1581, in-4°), par Jacques Boissard, poète et 
voyageur mort à Metz en 1602 (Fr. prot, 2 L ' éd., t. II, col. 709 et 712). 

Marie, présentée le 28 décembre 1598, par Isaac Arnaud, avocat en 
parlement, et « damoi selle Marye de la Porte veufve de feu M. Thomas 
Turquen, conseiller du roy et général de ses monnoyes » ; elle mourut en 
bas âge. 

Marie, née le 6 décembre 1600, n'est baptisée que le 31, sans doute à 
cause de la rigueur de la saison et des difficultés du trajet de Paris à Ablon ; 
les parrain et marraine sont le collègue de Lobéran, La Faye, et sa belle- 
sœur, Marie de la Rougeraie, veuve Perrin. 

Pour Judicq née le 11 et baptisée le 12 décembre 1601, les parrain et mar- 
raine sont Mathieu de la Rougeraie et Marie Perrin, femme d'Isaac Arnaud. 

Enfin pour François (h. 21 février 1604), Hilaire Lhoste, conseiller du roi 
et commis au contrôle général des finances, et Sara de la Rougeraie (.Regis- 
tres d'Ablon et Charenton, extraits publiés dans le R. h. p., 1872, p. 220-223 
el 262i. 

4. C'était le lieu d'exercice au nord de Mantes (voir ci-dessus p. 105). Vn 
Mémoire des députés généraux pour les années 1608 et suivantes, déposé 
à la Bib. hist. prot. se plaint qu' « il n'a point esté jusqu'icy basti aucun 
temple » à Avernes : il était donc probablement construit depuis peu lors- 
que Maurice de Lobéran y vint prêcher. 

5. On l'y retrouve de 1626 à 1659 avec diverses interruptions, par exem- 
ple de 1633 à 1635 où il dessert l'église d'Amiens (Salouel). En 1671, 



FAMILLE DE F. DE LOBÉRAN 129 

le ministère en 1679 : il avait quatre-vingt-deux ans. Son père 
était mort à quatre-vingts. Un de ses fds avait été pasteur à Calais. 
Ainsi depuis Joachim, quatre générations de pasteurs de cette 
même famille ont *été en fonctions depuis l'organisation des 
Eglises réformées au milieu du xvi e siècle jusqu'à la veille de leur 
destruction en 1685 l . 

Après la Révocation, une fdle de Maurice, Suzanne de Lobéran 
— héritière de la Bible d'Henri IV ■— se réfugia en Hollande avec 
son mari François de Morogues, seigneur de la Salle. Ils vendi- 
rent alors (18 mai 1688) leurs terres d'Ablon au président le 
Pelletier -\ 

Avant de quitter la famille Lobéran nous pouvons maintenant 
nous représenter plus exactement la physionomie de François de 
Lobéran, certainement la personnalité la plus marquante dans 
ces trois ou quatre générations. Le voici dans sa vie privée, entou- 
ré de sa famille, de ses enfants non encore mariés, des frères et 
sœurs de sa femme, de quelques amis plus intimes, bourgeois 
idsés, les Arnaud, les Lhoste, tantôt dans sa maison du faubourg 
Saint-Germain donnant sur une ruelle assez obscure près de la 
porte de Nesle, mais non loin de la Seine ; tantôt dans son caste] 
d'Ablon, petit seigneur surveillant ses fermiers, ses paysans, voi- 
sinant avec d'autres protestants parisiens qui ont aussi des terres 
en Ile de France : les Mercier à Grigny, les Mornay au Plessis- 

Judith de Laubéran, fille de Maurice, alors encore pasteur à Sentis, épouse 
Henri Drelincourt, pasteur à Fontainebleau (Fr. prot., V, 497). 

1. Sur l'établissement de cette chronologie voir nos articles dans le 
B. h. p., 1901, p. 175, 390 ; cf. Fr. prot., 2 e éd., V, 1024 et 609 ; B. h. p., 1853, 
p. 252 ; 1859, p. 441 ; 1862, p. 413 ; Rossiek, Hist des prolest, de Picardie, 
p. 151 ; Daullé, Réforme à St-Quentin, p. 156. Tandis que le père était méta- 
morphosé en Louperaut (voir ci-dessus) le fils est dédoublé en Lauberant 
et Dablon de Montigny (Quick, Sijnodicon, II, p. 387 ; cf. p. 565 ; ailleurs 
(I, 232), il l'appelle T) élever eau) . Un « Maurice de Laubéran, fils de M. de 
Montigny, ministre de la parole de Dieu en l'Eglise réformée de Paris » 
esl inhumé à Paris le 23 janvier 1626 ; nous supposons qu'il faut lire du 
Plesxis dans ces yctes « fort brouillés et difficiles à déchiffrer » (B. h. p., 
1863, j). 279) ; le 18 juin 1639 est inhumé « Gabriel de Lobéran, fils de 
.M. Maurice de Lobéran, ministre de la parole de Dieu, et de damoi selle 
.Marie de Gorris. » (p. 283) : or c'est le prénom que MM. Read et Coquerel 
attribuent au pasteur de Calais en 1659 (B. h. p., 1860, p. 195 ; 1866, p. 473 ; 
cf. Quick, Sijnodicon, II, 565). 

2. B. h. p., 1891, p. 346 ; 1901, p. 319. Une première Suzanne avait été 
enterrée à Paris en 1643 à l'âge de deux ans. {B. h. p., 1863, p. 370». 



130 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Maiiy, les Gorris en Hurepoix..., la fille du procureur général 
en la cour des monnaies épousera bientôt Maurice de Lobéran. 
Entouré de considération, depuis longtemps connu et apprécié 
du roi, jouissant d'une belle aisance, il put après les orages des 
guerres de religion, passer dans un calme relatif la dernière partie 
de sa vie, ces années qui suivent l'Edit de Nantes, alors qu'il était 
âgé de plus de soixante ans. 

Comme orateur il est difficile de se rendre compte de ce que 
valait Lobéran, faute de posséder aucun de ses serinons. Casau- 
bon dit bien qu'il l'a entendu « avec satisfaction, » mais c'est 
parce qu'il prêche « fidèlement et doctement la parole de Dieu 1 . » 
Evidemment le fond de sa prédication était très orthodoxe au 
point de vue calviniste : Calvin même, dont il a pu entendre les 
dernières leçons, avait marqué de sa puissante empreinte, et pour 
toute leur vie, ces jeunes pasteurs qu'il envoyait « comme des 
llèches » aux Eglises de France ; et, dans la mêlée, ils n'avaient 
plus guère le temps, au xvi e siècle, de poursuivre beaucoup leurs 
études de théologie, comme le firent leurs successeurs du xvii 
siècle. 

Quant à la forme, la prédication de Lobéran paraît avoir été 
moins remarquable que celle de plusieurs autres pasteurs pari- 
siens, si l'on en croit un couplet du P. Garasse : il se rapporte, il 
est vrai, aux toutes dernières années du prédicateur septuagé- 
naire : 

« Pour Montigny, qui vous gouverne, 
» C'est un vent glacé de galerne 2. » 

Comme écrivain il nous est également difficile de l'apprécier, 
car non seulement il n'a pas laissé de serinons imprimés, mais, 
contrairement à ses collègues du xvn e siècle, il n'a publié aucun 
ouvrage de controverse. Nous ne connaissons de lui que de petits 
écrits de circonstance, d'un caractère polémique il est vrai, et par 
conséquent d'un style assez véhément, mais sans rien de très 



1. Ephémérides, 4 des nones de nov. 1603, p. 521. 

2. Vent froid du nord-ouest. {Le Rabelais réformé, 1620 ; Fr. prot., 2 e éd., 
V. col. 813). 



SERMONS ET CARACTÈRE DE LOBÉRAN 131 

original 1 où la part personnelle de Lobéran, agissant au nom du 
Consistoire, est même, parfois, difficile à dégager -. 

Lorsque nous étudierons la controverse, nous verrons que 
Lobéran n'y occupait pas l'un des premiers rangs ; inhabile à 
manier les syllogismes, il était, quant à la forme, déclaré par les 
adversaires tout à fait incapable de soutenir une discussion régu- 
lière, et quant au fond, sa théologie un peu massive ne pouvait 
s'accommoder des subtilités alors à la mode. Nous verrons donc 
son jeune collègue Du Moulin le suppléer d'abord et tout à fait 
le remplacer ensuite, comme champion de l'Eglise réformée dans 
les controverses 3 . 

Mais si les travaux de cabinet et les débats théologiques 
n'étaient point son affaire, il était bien qualifié pour les autres 
devoirs du ministère pastoral à cette époque. 

Dans toute sa vie publique ce fut un homme énergique : 
comme naguère sur les champs de bataille nous l'avons trouvé 
après 1594 toujours à son poste, partout où le devoir l'appelle. 
Un an avant l'Edit qui permettra aux ministres * de consoler 
les condamnés à mort, mais « sans faire prières en public, » un 
gentilhomme « était entre les mains du bourreau. » Montigny, 
alors en fonctions près de Madame, entre au Chàtelet et 
« l'exhorta en présence de tout le peuple ; et après fist les 
prières tout haut, auxquelles la plupart se mirent à genoux, 
escoutant attentivement... Cas vraiment estrange, remarque 
l'Estoile, de dire qu'un ministre, à Paris, ait osé entrer dans le 
Chastelet pour y faire les prières publiquement. » 

Il avait acquis naturellement, par cette fermeté de caractère, 
une grande autorité. Pendant et après les troubles il fut souvent 
investi de fonctions délicates auprès du roi, de Madame, des 
Eglises : député des protestants de Paris en de nombreuses 
assemblées, soit politiques (Mantes 1593, Saumur 1595), soit 
ecclésiastiques (Saumur 1596, Montpellier 1598, Gap 1603, La 
Rochelle 1607), plusieurs fois modérateur (président) de synodes 
provinciaux et nationaux. En diverses circonstances il est désigné 

1. Nous avons cité déjà • l'avertissement aux fidèles » sur la déposition 
de Cayer (in-12, 1595). 

2. Ainsi la Défense de l(( confession des Eglises réformées où le nom de 
Lobéran, deux ans avant sa mort, ne figure peut-être que pour la forme 
avec ceux de ses collègues (1617 ; Fr. prot., 2" éd., V, 1024), 

'.\. Ci-après, chapitre V. 
1. Articles secrets, IV. 



132 l'église réformée de paris sors henri iv 

pour intervenir auprès de ses collègues : par exemple lorsque 
d'Amours, ancien aumônier du roi, prolonge au delà du temps 
normal son séjour auprès de Madame, c'est Montigny qui est 
chargé de le prier de retourner dans son église de Saintonge 
(1598). Le synode suivant déclara mal fondées les prétentions de 
l'Eglise de Paris à réclamer le ministère de d'Amours l . Cepen- 
dant Lobéran, dès avant l'Edit, sentait l'impérieuse nécessité 
d'assurer les services d'un troisième pasteur à l'Eglise croissante. 
En 1596, en pleine peste, appuyé par quelques anciens, il avait 
essayé - - mais alors en vain — de retenir un jeune pasteur qui 
avait à la fois, comme Lobéran lui-même, des attaches en Dau- 
phiné et en Orléanais - : c'était Pierre du Moulin, auquel, depuis 
1591, le collègue de Montigny, A. de la Faye, réfugié à Londres, 
avait assuré les subsides de l'Eglise de Paris 3 . 

Ils sont rares partout les pasteurs qui ont exercé leur ministère 
dans la même ville pendant un demi-siècle : à Paris on n'en a 
compté que deux ou trois après Lobéran. Nous lui devions le 
premier rang dans notre étude, bien qu'il ne fût pas, au moment 
de l'Edit, le doyen des pasteurs parisiens. Cette qualité revenait 
à son collègue A. de la Faye, qui disparut avant lui et dont nous 
parlerons maintenant 4 . 

§ 2. Antoine de la Faye 

La Faye était un homme du même type et de la même trempe 
que Lobéran : mi-gentilhomme, mi-pasteur. Il n'allait chez 
Madame, à en croire F. de Raemond, que « l'épée au costé, quel- 
quefois en manteau bleu ou violet, avec pourpoint et chausses de 
chamois jaune. » Nous en savons peu de chose. Le « bonhomme » 
était, d'après un autre catholique, plus bienveillant cependant, 



1. Jargeau, 1601 (Quick, I, 213>. 

2. Le père de du Moulin était né à Orléans et fut nommé pasteur de cette 
Eglise en 1595. Sa mère, François Gabct, était fille d'un juge au présidial 
de Vienne. 

3. Autobiographie, B. h. p., 1858, p. 179 et 335. 

4. Nous ne savons où fut enterré Lobéran : à Ablon, ou à Paris (en ce 
cas, au cimetière de la rue des Saints-Pères). En effet il est mort le 12 mai 
1619 : <»r le premier des registres que M. Read avait pu analyser (B. h. p., 
1863, p. 275' finit en avril 1619 ; (il semble en effet quaoût, inscrit trois 
lignes plus haut, en titre dans le sommaire, soit une faute de lecture). On 
s'est arrêté plus naturellement au moment de Pâques. 



ANTOINE DE LA FAYE 133 

« le plus vieil ministre [de Paris], le plus riche et avare, mais le 
moins suffisant. Il estoit de maison, oncle de Madame la pro- 
cureuse générale La Guesle 1 . » 

Il avait étudié à Genève. On a supposé qu'il en était originaire -'. 
(Un pasteur du même nom, avec lequel il ne faut pas le confondre, 
a exercé son ministère à Genève vers la même époque). D'autre 
part ce nom était porté par un « surveillant de l'Eglise de Paris » 
réfugié à Banthelu dans le Vexin français ; et brûlé à Paris en 
1502 4 . C'est dans une région voisine que se trouvent les terres 
dont la Faye est seigneur au commencement du xvn e siècle, 
comme son collègue Lobéran de l'autre côté de Paris. Dans les 
actes, où il figure le premier d'ordinaire, il est le plus souvent 
qualifié « Noble homme maistre Anthoine de la Faye, seigneur 
en partie du lieu et territoire de Gournay sous Montataire, escuier 
seigneur de la Maisonneufve. » A Paris il demeurait 5 — en 1603 
du moins, au moment où les autres pasteurs habitaient tous deux 
désormais sur la rive gauche — rue Grenier sur l'Eau : une étroite 
petite ruelle parallèle à la rive droite de la Seine, derrière l'église 
Saint-Gervais ; elle n'a guère changé de physionomie depuis six 
siècles, et peut-être la maison de la Faye y existe-t-elle encore de 
nos jours. 

Gournay est un petit hameau du Beauvaisis en face de Creil ; 
ses maisons s'alignent entre Montataire et Nogent-les-Vierges sur 
le rebord du plateau fertile qui s'étend presque jusqu'à la rive 



1. Journal de I'Estoile, à propos de la mort de La Faye, 18 mai 160l>, 
p. 503. 

2. Une petite biographie parue en 1609 est intitulée : De vita et obilu 
Antonii Fagi, ministri genevensis (Encycl. se. rel., VII, 668). Dans un acte 
du 4 oct. 1601 (min. François ; son procureur était alors Loys Margonne, 
licencié es lois rue Saint-Jacques) nous l'avons trouvé qualifié « bourgeois 
de la ville de Genève. » Mais au temps des persécutions un assez grand 
nombre de protestants de l'Ile de France s'étaient réfugiés a Genève, s'y 
étaient fait recevoir « habitants » (p ex. P. Cboart de Buzenval, en 1574), 
puis étaient revenus en France dès que les temps meilleurs le leur avaient 
permis. 

3. Canton de Magny (Seine-et-Oise). Banthelu est entre Buby où naquit 
P. du Moulin, et Avernes où Maurice de Lobéran fut d'abord pasteur. 

4. Crespin, Hist. des martyrs, 639 b. BÉZE, Hist. ceelés., II. 131 (édition) 
Baum, t. II, p. 171). 

5. Min. François, 1603. 



134 l'église réformée de paris sors henri iv 

droite de l'Oise. Les protestants étaient alors répandus dans beau- 
coup de villages de la vallée, dans cette région *. C'est à Mont a taire 
qu'Odet de Chatillon s'était marié, dit-on, en habit de cardinal-. 
La seigneurie de Montataire appartenait à la famille de Madail- 
lan. En 1001-1602 elle attend plusieurs mois, semble-t-il, pour 
venir dans la belle saison de là, jusqu'à Ablon faire baptiser une 
lillette par le pasteur et voisin de campagne A. de la Faye 3 . En 
amont de Gournay, à Villers-Saint-Paul, le diplomate Jean Hot- 
mail habitait entre deux missions lointaines — la métairie 
que lui avait léguée son père (1589) 4 . En face, à Yerneuil, c'était 
toute une pépinière d'artistes protestants : les du Cerceau, de 
Brosse, du Ry. 

La terre et seigneurie de Gournay consistait en « une maison 
avec cour et jardin, quatre-vingts arpents, tant en bois, prés, que 
terres labourables, » avec d'autres « appartenances et dépendan- 
ces •"'. » A Gournay, la Faye possédait une autre maison et des 
terres qu'il loue à un gentilhomme de la vallée de l'Oise « Marc 
de Massicault, escuier sieur de Beaumont (! , demeurant à Paris 
rue du Paon près la porte Saint-Germain, paroisse Saint-Cosme "; 
son locataire, lui demandait en 1602 d'être parrain d'une de ses 
jumelles \ Nous avons vu que, dans ce même quartier, rue des 



1. A Montataire, vers le moment de la Saint-Barthélémy, il y avait une 
église dont le pasteur s'appelait Mercadet ou Mercatel. Sa veuve épousa 
Joachim du Moulin en 1573. (B. h. p., 1858, p. 173 et 1902, p. 585). A Xogent- 
les-Yierges on arrête en 1568 un laboureur qui a « indicqué les relicquaires 
de l'église aux hérétiques. » (B. h. p., 1901. p. 595). 

2. Lettre de M. Houbigant, Papiers Ch. Kead, Bibl. h. prot. 

3. Le B. h. p., 1872, p. 225, imprime : « Guy filz de Jehan Magdalem s r 
de Montatère et Judiq de Chanoigné nasquit le 17 octobre 1601 et fut porté 
au bapnie le 4 aoust 1602 » ; il faut lire Magdallan et Chauvignê. La Faye 
est parrain dans L'acte qui précède immédiatement. En 1610 le sieur de 
Montataire est en procès avec M' s Guillaume Gouault, Guill. Affaneur et 
Isaac de la Grange, secrétaires de la princesse et du jeune prince de Coudé. 
L 'instance pendante devant la Chambre de l'Edit est évoquée devant le 
Conseil d'Etat par arrêt du 23 janvier 1610 (Arch. nat., E 25a, f» 147). 

4. /{. h. p., 1868. p. 107. 

5. Min. François. 1606, n" 335. 

6. Beaumont-sur-Oise (Seine-et-Oise). 

7. Sur l'emplacement de la statue de Broca, Boulevard St-Germain. Min. 
François. 1603. n°» 297 et 326. 

8. • Magdelaine et Anne, filles de Mon r de Massicaut. S r de Beaumont. 
com" ordin" de l'artillerie, et de damoiselle Gencviefve Cailles sa femme 



ANTOINE DE LA FAYE 135 

Cordeliers, la Faye était propriétaire d'une maison, louée à Lobé- 
ran en 1604. Il en avait encore trois autres « attenant l'une à 
l'aultre, sises près la porte Saint-Germain ; » comme fortune 
mobilière il possédait à la fin de sa vie au moins « quinze cents 
livres de rente sur les aides et recettes générales » lui apparte- 
nant « tant de son propre, que d'acquêts ; » plus cent livres de 
rente que lui payait Lobéran. Pour un capital de seize cents livres 
que lui confie l'Eglise de Paris, il paiera un intérêt de 6 1/4 pour 
cent, soit cent livres par an *. 

La Faye était marié, mais il n'eut pas d'enfants. Sa femme 
s'appelait Anne de Rueil '-. 

Pas plus que Lobéran, La Faye n'a laissé d'oeuvres impri- 
mées 3 . Gomme lui ce fut surtout un homme d'action plutôt 
qu'un théoricien et un penseur. Il fut pasteur de l'Eglise de Paris 
pendant au moins trente ans, puisqu'il figure déjà en cette qua- 
lité au synode national de 1579 qui l'élut modérateur 4 . Nous 
avons rappelé comment il se trouva, en qualité d'aumônier, dans 
l'entourage immédiat d'Henri IV jusqu'au jour même de son 
abjuration, et comment il remplit les mêmes fonctions auprès 
de Madame jusqu'à son départ de Paris. 

Lorsqu'il mourut en 1609, il fut enterré « avec un grandissime 
convoy » au cimetière du faubourg Saint-Germain 5 . Lobéran 

nasquirent d'une mesme couche le der" jour de juillet 1602 et furent bap- 
tisées le dimanche XI e jour dudict mois d'aoust et portées assavoir Mag- 
deleine aisnée par M. D'Amours et Mlle de Ruvigné, et Anne la jeune par 
M. le baron de Monge ('? serait-ce Monchy près Gournay) et M. de la Faye 
par adjonction, et Mlle de Bantelleu » (Banthèlu dont il est question à la 
page 133). 

1. Voir ci-après : ressources de l'Eglise de Paris, et testaments. 

2. Il en est question dans les registres de M° François notamment à pro- 
pos de la répartition d'un héritage de douze cents livres entre elle et Marie 
de Rueil — sa sœur probablement — fille d'Israël de Rueil et Nicolle de 
Bezançon. Marie de Rueil épousa un autre « M. de Bezançon » (Guillaume) 
(Min. François, 1604, n° 116). L'Estoile appelle Mme de la Faye « Anne de 
la Grange » en lui donnant probablement le nom d'une de ses terres (Loc. 
cit., 1609). 

3. On possède seulement quelques lettres de lui adressées à l'Eglise de 
Xeucliàtel pour obtenir le renvoi à Paris du pasteur d'Amours, en 1582-84 
(«. h. p., 1863, p. 503-508). 

4. En juin 1583, il écrit (à Baie semblc-t-il) quelques mots dans VAlhni.i 
amicorum de .1. Durant (H. h. p., 1863. p. 228). 

5. Journal de I'Estoili:, mars 1609, p. 503 ; les registres du fossoyeur, 
dont le Bull. h. p. (1863, p. 276) a publié des extraits, portent seulement : 
« le corps du deffunt a esté accompagné par de ses amis et archers du 



130 l'église réformée DE PARIS SOIS HENRI IV 

qui l'avait eu pour collègue — et d'abord son seul collègue pen- 
dant si longtemps, — lui survécut dix ans. Il se trouva d'abord, 
pendant quelque temps, partager de nouveau toute la tâche avec 
le pasteur qu'ils avaient, d'un commun accord, appelé à Paris, 
Pierre du Moulin. Et c'est à La Paye, semble-t-il, que revient 
surtout l'honneur d'avoir, le premier deviné, et retenu pour le 
service de l'Eglise le jeune homme qui devait y acquérir une 
éclatante renommée. Avant d'en parler plus longuement, il faut 
dire quelques mots d'un pasteur contemporain de Lobéran et La 
Paye, qui desservit l'Eglise de Paris en même temps, mais à 
intervalles irréguliers : J. Couët. 



§ 3. Jacques Couët 

Comme Lobéran et La Paye, Jacques Couët avait été aumônier 
du roi, et celui-ci appréciait sa « suffisance, fidélité et capacité 
à traitter la Parolle de Dieu *. » 

Comme eux encore, il était d'une bonne famille de haute bour- 
geoisie - et plus directement qu'eux, il se trouvait, par ses origi- 
nes mêmes, en rapports étroits avec l'Eglise de la capitale. Né à 
Paris en 1546, Jacques Couët était fils de Philibert Couët, 
seigneur du Vivier -, avocat au parlement et maître des requêtes 
de la reine, poste occupé déjà par le grand père, Gilbert Couët. 
Par sa mère Marie Gohorry, Jacques Couët était, d'autre part, 
allié aux Harlay, de Thou et autres familles illustres dans les 
fastes du Parlement de Paris 4 . 

Pasteur depuis 1506 comme Lobéran, et forcé de s'expatrier 
« au temps des massacres de France » comme le dit son projet 



guet ; » la date imprimée là : 18 mai paraît erronée, et il faut plutôt lire, 
conformément à l'indication de I'Estoile : 18 mars (l'acte précédent est du 
9 mars). 

1. Lettre d'Henri IV, datée de Saint-Denis, le 17 juillet 1590, lui an- 
nonçant cette nomination. En 1863 (B. h. p., p. 273) cette lettre était en la 
possession de M. Couët de Lorry, de Metz. 

2. Et même « d'une famille noble », d'après l'Histoire de l'Eglise de Bàle, 
par P. Roques (1720) dont le B. h. p., 1863, p. 265 et suiv.j a publié quel- 
ques pages. 

3. » Fief proche d'Amboise » (ibid., p. 270). 

4. La Bibl. h. pr. possède quelques lettres de Marie Couët adressées à son 
lils à Montbéliard (1585-6) et Bâle (1591), dans la collection Lutteroth. 



JACQUES COUET 137 

de testament l , on le trouve en 1576 de nouveau en Bourgogne, 
auprès des chefs du parti huguenot, les Villarnoul, desservant 
leur église de fief an Vau-Jaucourt 2 et l'église d'Avallon •"•. Au 
synode national de 1579 il est adjoint au modérateur qui est 
précisément La Faye ; Cayer s'y trouvait également et il n'y 
eut point de sympathie entre eux 4 . Marié en 1567 avec Barbe 
Courtois d'Avallon, il avait acheté, avec une partie de sa dot, un 
petit domaine sur lequel il fit bâtir « une métairie à Bussières, 
terre de Messieurs de Villarnoul 5 . » 

Pasteur à Bàle depuis 1588 ,! , il reste en rapports constants 
avec les synodes de son pays natal, « en la créance de nos Eglises 
françaises 7 ; » désigné par elles (1590) pour servir auprès du 
roi, il ne remplit peut-être pas effectivement cette charge ; en 
tout cas il refusa ensuite de venir près de Madame à Paris ; 
il consentit seulement, comme nous l'avons vu, à se rendre en 



1. Ms. autographe à la Bibl. h. prot. Voir nos pièces justificatives, XXV. 

2. Le Vault de Lugny en aval d'Avallon et de Villarnoux, sur la Cure, 
dans le département de l'Yonne. 

3. Eu juin 1584 il signe « in villa Arnoldi » dans l'Album amicorum de 
son beau-frère Durant (B. h. p., 1863, p. 229). Cf. F. Naef, la Réforme 
en Bourgogne, éditée par R. Claparède (1901), p. 84. La ville même d'Aval- 
lon était très catholique et formait vers 1570 comme un ilôt au milieu du 
pays environnant, dont les protestants occupaient les points principaux. 
Le seigneur de Jaucourt avait alors « repris des habitudes de seigneur féo- 
dal et parcourait le pays à la tète d'une petite armée » (Vallery-Radot, 
Un coin de Bourgogne : le pays d'Avallon, 3' éd., 1893, p. 130). Avallon 
persista, dans sa résistance, même quelque temps après l'abjuration du roi. 
Et lorsqu'il s'agit d'exécuter l'édit de Nantes, les commissaires demandant 
pour lieu d'exercice un faubourg de la ville, cela ne fut pas accordé, et le 
culte fut célébré au village de Savry (Challe, le Calvinisme dans l'Yonne, 
t. II, p. 252). 

4. « L'arrogance est son ordinaire à ce qu'on dit, car je ne l'ay jamais veu 
qu'à Figeac là où il se fit assez suffisamment mocquer de luy pour son 
fast et présomptueuse contenance en tous ses actes » (Cayet, Remonstrance 
à Madame, 1601, p. 13). 

5. Il l'évalue à mille francs dans son projet de testament. 

6. Il fut installé en février 1588 au nom de l'Université « dans un poêle 
du collège supérieur » (Bib. h. pr., 1863, p. 269). Les protestants français ont 
été en rapport avec Bâle et s'y sont parfois réfugiés depuis les premiers 
temps de la Réforme : c'est là, que Calvin a terminé (1535) et fait d'abord 
imprimer chez Flatter l'Institution chrétienne ; c'est là que Fr. Hotman, éta- 
bli depuis 1579, est mort en 1590. 

7. Projet de testament. 



138 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

1599 à Nancy pour disputer contre un Jésuite et un capucin 1 . 
« Tout, écrit-il alors, est icy bandé pour induire Madame à aller 
à la messe. » Il la fortifie dans sa résistance, entreprend à ce 
propos une discussion par écrit avec P. Cayer - ; c'est à ce 
moment aussi que la duchesse lui exprime ses regrets de le voir 
refuser avec tant d'obstination de prêcher à Paris, mais elle 
n'insiste plus : « Madame me dit que j'avais assez fait entendre 
({ue je ne vouloys suivre la court. » Il n'accepta pas davantage 
un appel de l'Eglise de Metz qui désirait se l'attacher, après la 
conférence ; il vint toutefois y donner une prédication de 
temps à autre. 

L'Eglise de Paris, sans se décourager, fait de nouvelles 
démarches dès que l'exercice est établi à Ablon. En mai 1601 le 
synode 3 prie Couët de venir en personne examiner la question. 
Les lettres ne l'atteignent pas ; « il ne s'est pas trouvé à Paris. » 
Le député de la Bourgogne a beau protester que Couët appartient 
toujours à cette province, « le synode autorise les poursuites 
que l'Eglise de Paris fait » pour s'assurer le ministère de ce 
pasteur si recherché. Malgré les réclamations de la même 
Eglise, le synode prit une décision contraire relativement à un 
autre pasteur naguère en fonctions auprès du roi comme Lobé- 
ran, La Eaye, et peut-être Couët : Gabriel d'Amours fut déclaré 
valablement appelé à desservir une autre Eglise que celle de 
Paris (Chàtelîerault) 4 . 

Couët n'accepta pas, cette fois encore, une vocation défini- 
tive •"' ; mais de temps à autre, pour un « quartier » il vient 

1. Notons qu'un des prédécesseurs de J. du Moulin dans l'Eglise d'Orléans, 
D. Toussaint, était beau-frère de Couët. Voir ci-dessus et Fr. prot., 2 e éd., 
t. IV, col. 765. 

2. Scriptum pseudoministri Coueti ad M. Petriim Yictorem Palman (sic) 
Caietanum doctorem sacrée theologiiv etc. per iureconsultos quosdam in 
manus tradition ut ei scripto responderet, imprimé par Cayer à la suite 
(p. 105) de sa Remonslrance à Madame, 1601. 

3. Quick, Synodicon, I, 221, matières particulières, xxx et xxxm ; Aymon, 
I, 251 (xxxi et xxxvn). M. Coquerel avait en vain cherché ce renseignement 
(H. h. p., 1867, p. 356). 

4. Quick, Synodicon, I, 213. Nous n'avons pas consacré ici d'étude à la 
personne, si intéressante, de G. d'Amours, précisément parce qu'il n'a plus 
exercé son ministère à Paris après l'édit de Nantes, et n'a fait même auprès 
de Madame que de courts séjours (en 1596 et 1598 p. ex. ; Fr. pr., 2 e éd., I, 
178). 

5. On est < hors d'espérance d'avoir le sieur Couët », écrit Mme de Mornay 
à propos de l'année 1604 (Mémoires, éd. de Witt, t. I, p. 39). 



JACQUES COUET 139 

prêcher à Ablon : par exemple en juillet et août 1603, époque 
où la duchesse de Bar fit un voyage à Paris : et peut-être 
l'accompagnait-il. Madame Casaubon l'entend avec « un vrai 
et ineffable contentement de l'âme ; » le savant helléniste lui- 
même déclare Couët « riche de cette science qui est la vraie. » 
Dans les Ephémérides écrites au retour d' Ablon, nous lisons : 
« Que dire de l'excellence de ce sermon ? Le temps qu'il a duré 
m'a paru bien court * ! » Cependant Couët était parfois fort 
long, prêchant jusqu'à deux heures de suite. Mais il savait 
intéresser ses auditeurs les plus cultivés. Sa doctrine était 
strictement calviniste, par exemple en ce qui concerne la prédes- 
tination. Elle lui valut de violentes attaques, entre autres de la 
part de l'évêque de Nevers Arnaud Sorbin qui l'appelle en 1604 
« soy disant ministre de la paroisse d' Ablon lès Paris. » Les 
seuls ouvrages imprimés qu'ait laissés Couët sont d'ailleurs des 
traités de controverse contre les catholiques, les luthériens et les 
sociniens 2 . 

Ces fréquents voyages de Bàle à Paris, à Metz et en Bourgogne 
étaient singulièrement pénibles à une époque où les routes et 
les moyens de transport étaient encore très primitifs. Couët ne 
s'y résignait que par -devoir, soupirant après le temps où « ne 
bougeant plus » il pourrait achever paisiblement ses jours avec 
sa famille et ses pensionnaires de Bàle, au « faubourg de la 
Chetayne » » ou dans sa maison rustique de Bourgogne. 

En attendant cette époque, qui ne devait jamais venir, hélas ! 
il revient une fois encore « en échange ordinaire » à Paris au 
commencement de 1606. Une lettre à sa fdle (29 janvier), d'un 
style d'une simplicité et d'une vivacité charmantes 4 , le montre 
plein de tendresse pour les siens, « souvent malades quand j'en 
suis eslongné ; » il pense à eux en se demandant avec angoisse 
si, décidément, il doit accepter l'appel que lui adresse avec de 

1. Ed. Russell, p. 507 : « Développant le texte de saint Mathieu. XV, 10, il 
a parlé des divers surnoms du Christ, surtout consiliarius et J.ôyoç S 1 )U!S 
il a exposé d'une manière très instructive ce que c'est qu'entendre et com- 
prendre ; il a montré que dans L'Eglise papiste ces deux actions, entendre et 
comprendre, n'occupent guère de place. Enfin il a expliqué le sens de ce 
passage du livre des Actes où une grande nappe apparaît à Pierre. » 

2. Fr. prot, 2 e éd., IV, col. 765-69. 

:i. La Sfei'nenvorstadt sur les bords du Birsig, au sud de l'église des Cor- 
deliers (aujourd'hui Musée historique). Voir le plan de MÉRIAN, L615, table II. 
4. Pièces justificatives, XXIII. 



140 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

nouvelles instances, pour un ministère continu, l'Eglise de Paris : 
« Tu connais mieux que moy les commodités et incommodités 

qui se peuvent trouver par delà pour nous Si les Alhanois 

[les Parisiens qui venaient à Ablon, je pense] sont plus discrets 
que par le passé, tant mieux ! » La vie de Paris lui paraît terri- 
blement absorbante : « Il ne me reste une seule heure du jour ; 
les seules nuicts sont pour moy et pour mes estudes, et mille 

afïayres. Si je n'avois icy tant de parens et amis j'aurois un 

peu plus de loisir. » Il réclame de longues lettres, préparées 
d'avance, où on lui donne des nouvelles de « toute la princi- 
pauté, » c'est-à-dire sa grande maisonnée, sans oublier de le 
tenir un peu au courant de ce qui se passe dans le voisinage ! 
Au bas de la dernière page de cette longue lettre couverte d'une 
fine écriture très rapide on voit cette conclusion d'une naïveté 
patriarcale : « Endroit auquel je t'embrasse de tout mon cœur 
et tous mes enfans grands et petits et prie Dieu, ma fille, qu'il 
te maintienne en toute sainteté et santé. » Couët était alors 
âgé de cinquante-sept ans ; marié à trois reprises il avait eu dix- 
neuf enfants et déjà plusieurs petits-enfants dont nous retrou- 
verons quelques-uns dans la suite de cette histoire. 

A Pâques 1606 Couët était encore de service à Ablon ; le fils 
de son collègue, Maurice de Lobéran, alors petit garçon, se sou- 
venait, trois quarts de siècle plus tard, qu'il faisait grand vent 
ce jour-là, et que, la veille, Couët avait donné une dernière 
leçon aux enfants *. 

Un an plus tard - - peut-être après un nouveau « quartier » — - 
Couët se trouvant encore « par les chemins » est saisi d'un 
« grand catharre » et tombe malade en Bourgogne, au Vault. 
Il reçoit la visite de M. de Villarnoul, traite quelques affaires 
d'intérêt dans son petit domaine, et reprend « sa besace » pour 
revenir à Bàle. De cette époque semble dater un projet de testa- 

1. M. de Lobéran à M. Masclarj-, conseiller secrétaire du roi à Senlis, 
1674 : « Je l'ai vu (Couët) venir de Basle en Suisse servir l'Eglise de 
Paris par quartier et nie souviens de l'avoir ouï prescher à Ablon le jour 
de Pasques aux grands vents qui lut en 1606, ce me semble ; il y a voit 
fini le catéchisme le samedi, lequel je crus estre le dernier jour de ma vie 
pour un tourbillon qui m'emporta au sortir du temple assez loin » (Col- 
lection Couët de Lorry ; B. h. p., 186.3, 274). Ce tut le 27 mars 1606 qu'une 
sorte de cyclone détruisit le premier temple de Dieppe (Daval, Réformation 
à Dieppe, II. p. 163). 



PIERRE DU MOULIN 141 

ment que nous reproduisons plus loin 1 . Il demandait, s'il 
mourait à Bàle, à être « mis dans le cimetière auquel on a 
accoutumé d'enterrer les François 2 . » 

Bientôt en effet, le 18 janvier 1608, mourut à Bàle ce « Pari- 
sien vaillant dans l'exil, » comme le dit son épitaphe '■>. Cinquante 
et un ans après, son arrière petit-fils, venant à son tour édifier 
les protestants parisiens, en trouve quelques-uns qui se sou- 
viennent encore du grand-père : « Sa mémoire sera à jamais 
en bénédiction à nos Eglises 4 . » C'était seulement l'année 
précédente qu'était mort, à quatre-vingt dix ans, l'ancien collègue 
de J. Couët à Paris, P. du Moulin. 



§ 4. Pierre du Moulin 

De tous les récits contemporains que je connaisse, la « Vie 
de M. Pierre du Moulin escrite par luy même 5 » est celui qui 
fait le mieux comprendre l'existence mouvementée d'une famille 
protestante française depuis le règne de Charles IX jusqu'à celui 
de Louis XIV. L'auteur a vécu près d'un siècle et son activité 
s'est pleinement épanouie pendant le premier tiers du xvn 8 siècle. 

Comme le père de Lobéran, celui de P. du Moulin était déjà pas- 
teur. Joachim du Moulin, sieur de l'Orme-Grenier (i , était origi- 
naire d'Orléans. II venait de se réfugier depuis quelques semaines 
à Buhy en Vexin chez le frère de du Plessis-Mornay, lorsque 
naquit Pierre (1568) ; pasteur du duc d'Estrées — grand-père 
de Gabrielle - - jusqu'à la Saint-Barthélémy, il se remaria avec 

1. Voir aux Pièces justificatives XXIV et XXV la lettre du 13 octobre 1607 
et le projet de testament. 

2. Cependant, d'après l'Histoire de Bàle de P. Roques (B. h. p., 1863, 
p. 272), il fut enterré dans l'ancienne chapelle des Dominicains attribuée 
en 1614 seulement à l'Eglise française. 

3< " Facobus Couetus, Parisiens., theolog. sincer., fidus Christi minis- 

ter, et exul gêner., et ingenio nobiliss., a multis principib. vocatus, summi 
tandem [mperatoris xXvjçe! respondit » (B. h. p., 1863, p. 272). 

4. Lettre du pasteur A. de Combles à I'. Ferry, 22 juillet 1659 (Bibl. hist. 
pr., collection Lutteroth). 

.">. Manuscrit déposé à la Bibl. h. pr., publié H. h. p., 1858, p. 170 et suiv.. 
et plus correctement, en partie, 1906, p. 362 et suiv., avec une étude de 
M. X. Wkiss. 

6. Min. François, 1605, n" 225. Cf. /•';•. prot., 2 e éd., t. V, col. 707. 

h». 



142 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

la veuve d'un pasteur de Montataire 1 . Il était alors dans un 
nouveau lieu de refuge : Sedan, où son fils Pierre devait revenir 
passer la dernière partie de son existence. 

Ainsi c'est à une dure école que fut élevé le jeune homme, 
dans cette famille « avec fort peu de moyens, » en ce temps 
des guerres civiles et étrangères, « où les loups couraient et 
faisaient beaucoup de mal. » A vingt ans son père l'emmène à 
Paris pour gagner sa vie. Il fait le chemin « à pied, avec de 
mauvais souliers, durs, et faisoit grand dégel. » A peine est-il 
entré en pension « chez M. Goger, rue des Amandiers -, » voici que 
survint la journée des Barricades (12 mai 1588). « Je sortis 
par la porte Saint-Honoré » (alors vers la place du Théâtre 
français) ; « mon père vint après et m'atteignit à une demi-lieue 
de Paris, où je lui rendis ses papiers et son argent. Là il me dit 
un dernier adieu. 11 me donna douze escus. S'estant séparé d'avec 
moy je le suivois de l'œil tant que je pus, et me mis à genous sur 

le grand chemin, priant Dieu » Si nous avons cité ces lignes 

de l'autobiographie dont la suite seule intéresse directement 
notre sujet, c'est parce que ce rude apprentissage de la vie a 
pour toujours mis sur le caractère de P. du Moulin une 
empreinte très forte : bien des pages trop amères de ses innom- 
brables écrits ; bien des actes trop violents de ses incessantes 
luttes, trouvent dans ces vicissitudes de son enfance et de sa 
jeunesse des circonstances très atténuantes. 

Jamais P. du Moulin ne devint, comme ses collègues Lobéran 
et la Faye, possesseur de châteaux et de rentes solidement 
garanties. Pendant de longues années son existence fut, au point 
de vue matériel, très précaire, dans les divers pays où, travailleur 
acharné, il poursuivit ses études. Il lui arriva, en Angleterre, 
d'être « tellement pressé de pauvreté » qu'il dépensait seule- 
ment un sol par jour au temps où il fut invité à « proposer » 
(c'est-à-dire prêcher un sermon d'épreuve) devant le consistoire 
de l'Eglise des réfugiés français à Londres. Ensuite, devenu 
précepteur d'un jeune Anglais, il suivit avec lui des cours à 
l'Université de Cambridge. 

« Alors M. de la Faye, ministre de l'Eglise de Paris, estoit à 
Londres, lequel m' ayant ouy en proposition m'appela et me 
demanda si je voulois servir l'Eglise de Paris. Je luy respondis 

1. Voir ci-dessus, p. 134. 

2. Au sud du collège d'Ablon, aujourd'hui rue Laplace. 



ENFANCE DE P. DU MOULIN 143 

qu'il n'y avoit nulle apparence de servir une Eglise qui n'estoit 
point, [voilà une expression qui en dit long sur les ruines faites 
par la Ligue !] et qui n'avoit le moyen de m'entretenir. Il me 
respondit qu'il avoit le moyen, parce qu'il estoit dispensateur 
de certains deniers que le général Portail luy avoit laissés en 
mourant pour les dispenser pour le bien et soustien de l'Eglise 
do Paris, de laquelle il esperoit en bref le restablissement. » 

Qui était ce donateur témoignant une si ferme confiance 
dans la vitalité de son Eglise et une si généreuse prévoyance 
pour lui assurer les moyens de revivre ? On ne le sait pas 
exactement 1 . 

« J'acceptay cette condition, poursuit P. du Moulin, et M. de la 
Paye me promit par an cinquante escus, qui estoit une somme 
suffisante pour vivre honnestement. » Ceci se passait en 1590 
(année où La Paye revint probablement en Prance) ou 1591 
(d'après la phrase qui suit dans l'autobiographie). Continuant 
son tour d'Europe académique, le jeune boursier part pour 
l'université de Leyde ; après de pénibles débuts il est nommé, 
à vingt-quatre ans, professeur de philosophie, et prend pension 
chez Joseph Scaliger. Aussitôt il se fait scrupule de continuer 
à toucher l'allocation qui ne lui était plus absolument indis- 
pensable : « J'escrivis alors à M. de La Faye, qui m'avoit obligé 
à l'Eglise de Paris, qu'il ne se mît plus en peine à m'envoyer de 
l'argent parce que Dieu avoit par d'autres voyes pourveu à ma 
nécessité. » 

L'Eglise de Paris n'oublia pas cependant, qu'elle avait des 
droits sur un boursier doué de tant d'intelligence et d'énergie. 
Dès l'automne 1596, comme il traverse Paris pendant un congé, 
Lobéran et quelques anciens essaient de le retenir. Mais il ne se 
sent pas « assez préparé » et retourne en Hollande. Là, 
l'ambassadeur de France M. de Buzenval veut le détourner du 
pastorat : c'était cependant un « homme très zélé pour la pure 
religion -', » et un membre de l'Eglise de la capitale : peut-être 
est-ce parce qu'il y connaissait trop bien les difficultés du minis- 



1. Voir ci-après page 407 : les ressources de l'Eglise. Les testaments. 

2. Casaubon, Ephéméridés, 13 kal. oct. 1607. Paul Choarl étaii seigneur 
de Buzenval près Paris : il est qualifié « gentilhomme servant du roy de 
Navarre, Parisien » dans VAlbum de J. Durant où il signe en 1584 </<. h. p., 
1863, p. 228). 



144 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

1ère, qu'il souhaitait les épargner à son jeune compatriote : « 11 
me représentoit la pauvreté annexée à cette condition, le travail 
continuel, les dangers, l'inimitié du clergé romain surtout a 
Paris, qui est un haut théâtre où j'avois beaucoup de besogne 
taillée. » 

Un instant Du Moulin est sur le point d'entrer dans la carrière 
diplomatique, comme interprète à Constantinople..., « mais le 
roy ayant choisi un autre ambassadeur je reconnus que Dieu ne 
vouloit pas que je m'employasse à une autre vocation. » Il quitte 
donc la Hollande après dix ans de voyages et d'études, ayant 
beaucoup vu, beaucoup appris, et déjà écrit en latin quelques 
ouvrages de philosophie 1 . C'est un élément intellectuel tout nou- 
veau qui va être adjoint au pastorat parisien... 

Après avoir failli tomber entre les mains des Espagnols P. du 
Moulin arrive chez son père, depuis peu pasteur d'Orléans sa 
ville natale, mais en résidence à Jargeau. Consacré en décembre 
1598, il retarde encore sa venue dans la capitale : « Je priay mon 
père de trouver moyen que je fisse ailleurs mon apprentissage. » 
Il va donc d'abord à Blois comme suffragant. Mais l'Eglise de 
Paris le « pressait. » Il se décide enfin et débarque à Paris juste 
à temps pour débuter comme aumônier de Madame, et l'accom- 
pagner en Lorraine 2 . 

Au retour il se maria, dans l'été 1599, avec la veuve d'un pas- 
teur lorrain chez laquelle il avait été « logé par fourrier » durant 
ce premier voyage officiel. S'il a prêché à Grigny, ce n'a pu être 
que pendant quelques semaines, avant le transfert du culte à 
Ablon. 



1. Publiés à Leyde en 1596 (Elemenia louices, in-8°, 13 fois réédités de- 
puis) et 1597 (De relatis, in-4" ; De îndole et virtute, in-4°>. 

2. Voir ci-dessus, p. 74. Une lettre de l'Eglise de Paris au synode de 
Castres (1626) porterait à croire que du Moulin a été d'abord aumônier de 
la duchesse, puis pasteur de l'Eglise de Paris. Peut-être, après un quart 
de siècle ne se rappelait-on plus exactement les circonstances de sa nomi- 
nation : les autres textes font plutôt croire que, dès l'origine, P. du Mou- 
lin était simultanément au service de l'Eglise de Paris et de l'Eglise de 
Madame, devant réserver à cette dernière un ■• quartier » par an. « Notre 
discipline, dit la lettre en question, permet à une Eglise de se choisir un 

pasteur dans une autre province et de l'appeler à son service C'est ainsi 

(pie nous avons obtenu M. du Moulin, qui servoit S. A. H. Madame la du- 
chesse de Bar » (Aymon, 11, 443). D'après les principes alors reçus, l'Eglise 
de Paris avait tous les droits possibles sur son ancien boursier. 



PŒRRE DU MOI' LIN 



145 




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çfoduitdrs ver quamjcutvcretingmium 



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PORTRAIT GRAVÉ PAR THOMAS DK LEl' (l6o8) 



146 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Voici donc le premier pasteur nommé à Paris sous le régime 
nouveau de l'Edit, sans avoir exercé auparavant son ministère 
ni pendant les persécutions, ni, d'autre part, auprès du roi avant 
son abjuration, comme Lobéran et La Faye. Aussi voyons-nous 
Du Moulin avoir beaucoup moins de rapports personnels avec 
Henri IV. Une gravure faite un peu plus tard (1608) par Th. de 
Leu représente Du Moulin, avec le même costume que Lobéran 1 , 
la figure maigre, les cheveux et la moustache noirs, la barbe 
carrée, rare sur les joues, le regard remarquablement vif et l'air 
très décidé 2 . 

Sur les registres notariaux on ne voit guère figurer Du Moulin 
que dans les actes concernant les affaires de l'Eglise. Il ne fait 
pas autant de ventes, baux, etc., que Lobéran et La Faye ; tandis 
que ceux-là sont « seigneur d'Ablon » et « seigneur de Gour- 
nay, » lui est qualifié « docteur en philosophie 3 » : par exemple, 
dans l'acte par lequel il loue « à noble homme M. Jacques Tar- 
dif, advocat en parlement, demeurant rue de la Boucherie, » du 
jour de Pâques, et pour quatre ans, une maison appartenant à 
celui-ci, et située rue de Bièvre. Précédemment il demeurait ■ — 
comme au temps de ses études en 1588 — sur la montagne Sainte- 
Geneviève, « paroisse Saint-Etienne-du-Mont. » Il resta moins 
longtemps encore rue de Bièvre, où Tardif vint habiter sa maison, 
et se transporta hors des murs en 1604 (ou dès la fin de 1603 4 ) : 
il s'en va au faubourg Saint-Germain dans la rue des Marais où 
nous avons déjà retrouvé tant de protestants, et il y restera pen- 
dant tout son ministère à Paris. 

Sa femme, Marie Colignon 5 , était « un rare exemple de piété, 
de zèle et de charité envers Te pauvre. Elle vivait, » disait son ma- 
ri « comme il faut mourir 6 ; » outre une demi-douzaine d'enfants 



1. Voir ci-dessus, p. 123. 

2. B. h. p., 1906, p. 371. La légende « Aurel. » s'explique par le fait que 
son père était né à Orléans et y exerçait son ministère. 

3. Et non pasteur, dans l'acte ici mentionné, du 29 janvier 1603 (Min. 
François, 1603, n° 54). 

4. Min. François, 1604, n" 328. 

5. C'est bien ainsi, et non Colignon, qu'elle signe divers actes passés 
devant M c François. 

6. Du Moulin, Epilre à ses trois fils, en tète de la VIII e Décade de ser- 
mons, 1648. 



FAMILLE ET CARACTÈRE DE DU MOULIN 147 

dont plusieurs naquirent rue des Marais, on trouve logés là, pen- 
dant plus ou moins longtemps, et sans doute assez à l'étroit, 
divers membres de fa famille : d'abord une sœur de Du Moulin, 
Suzanne, veuve de Germain Le Hériot, sieur du Gast « ; plus tard 
un jeune frère, Jean, qui retournera au travail de la terre, étant 
attaché au labourage -, » et un neveu, petit garçon appelé à deve- 
nir un grand savant, Samuel Bochart, fils d'un autre aumônier 
de Madame ■">. 

Pendant ces premières années, s'il est déjà fréquemment en 
controverse publique avec les prêtres et surtout les jésuites, Du 
Moulin entretient de bons rapports particuliers avec certains 
ecclésiastiques. Ainsi en 1005 le contrat de mariage du protes- 
tant Charles Chappuzeau 4 , avocat en la cour de Parlement, enre- 
gistre côte à côte comme témoins son cousin « maistre Julles 
Cezar Bullanger, docteur régent de la faculté de théologie en 
l'université de Paris, principal du collège des Grassins » (ou 
d'Ablon), et son ami « noble homme M. Pierre du Moulin, minis- 
tre de la parolle de Dieu. » 

Si l'activité de La Paye et même celle de Lobéran s'étend peu 
au-delà des années d'exercice du culte à Ablon, le ministère de 
Du Moulin, au contraire, commence alors. Nous le verrons donc à 
l'œuvre et chercherons à le caractériser à propos de la contro- 
\erse où il est passé maître : ses paroles et ses actions, souvent 
hardies les unes et les autres, ont été, durant le cours de sa 
longue vie, sévèrement jugées par ses adversaires (et il en compte 
beaucoup, même parmi les protestants). Quant au fonds, en théo- 
logie c'était, au dire de Bossuet, « le plus rigoureux calviniste 
qui fût alors 5 . » Quant à la forme on concède à Paris dès les 
premières années qu' « il escrit d'un beau stile et d'un beau 

1. Appelée à tort Anne de Hériot par la France protestante, (2° éd., t. V, 
cul. 824). Elle verse en juin 1605 75 livres à un procureur de la part de son 
père (Min. François, 1605, n" 225). 

2. Il semble bien en effet que Jean ment ionné dans L'autobiographie 
[H. Ii. p., 1(S58 p,. :i4.'l) et dont la Fr. prof, ne fait que citer le nom, soit la 
même qu'un pauvre diable dont parle assez souvent Drelincourt dans sa 
correspondance : l'expression citée plus haut est tirée d'une lettre de 1633 
(Rivetiana de la bibliothèque universitaire de Leyde). 11 vivait alors à Châ- 
tillon-sur-Loing. 

3. Fr. prot., 2 e éd., t. II, col. 650. 
■I. /'Y. prot., '!■ éd.. t. IV, col. 8. 

5. Ilisl. des Variations, I, XIV, à propos i\u synode île Dordrechi (1619). 



148 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

françois ; » il avait à cet égard « une bonne presse, » c'est le 
cas de le dire, car cette citation est tirée du Mercure qui centra- 
lisait alors à peu près tout en fait de reportage 1 . Ses œuvres 
imprimées sont très abondantes ; il en est beaucoup dont le 
succès nous paraît aujourd'hui vraiment singulier -. A la fin du 
grand siècle on se rappelait encore qu'il avait « l'esprit délicat 
et brillant, mais quelquefois un peu malin :! . » 

A peine était-il pasteur depuis cinq ans qu'il avait déjà une 
très grande réputation comme orateur et comme théologien — 
acutissimus et eruditissimus theologus, dit Spanheim ; — et il 
faillit être enlevé à l'Eglise de Paris pour être nommé professeur 
de théologie dès ce moment, comme il le fut en réalité beaucoup 
plus tard : le synode de Vendôme (avril 1604) lui offrit une chaire 
à l'académie de Saumur, et pria l'Eglise de Paris d'autoriser Du 
Moulin à accepter. Du Plessis-Mornay appuyait cette demande 
en faisant valoir qu'on espérait alors voir M. Couët venir défini- 
tivement exercer son ministère à Paris ; celui-ci restant à Bàle, 
l'affaire n'eut pas de suite pour Du Moulin 4 . 

§ 5. La prédication 

Du Moulin ayant été le plus célèbre prédicateur de ce temps 
non seulement à Paris mais dans toute la France, on peut grouper 
autour de sa personne quelques renseignements généraux sur la 
prédication contemporaine. 

Si la cure d'àmes et la participation aux assemblées de l'Eglise 
étaient des parties importantes du ministère pastoral, la « princi- 
pale fonction » était la prédication 5 . La Discipline disait dès 

1. Mercure françois de 1609, édition de 1619, p. 338. 

2. Aymon, Synodes, t. II, p. 273 à 275, énumère soixante-quinze œuvres de 
Du Moulin : la France pr., 2 e éd., V, col. 808 à 822, va jusqu'à quatre-vinnt- 
deux ! 

3. Dictionn. de Moréri (1673), édition de 1699. 

4. Mémoires de Mme de MORNAY, édités par Mme Witt, t. II, p. 39. 
Le rapprochement des dates laisse à penser que la tenue de ce synode ne 
fut pas sans rapport avec la translation à Vendôme des restes de Madame : 
cette mort libérait Du Moulin d'une des parties de son ministère (voir ci- 
dessus). 

5. Ainsi la qualifie Isaac d'Huisseau, né à Paris précisément au com- 
mencement du XVII e siècle et qui fut l'éditeur et le commentateur le plus 
autorisé de la Discipline (1" édition, sans lieu d'impression, 1650, in-4°) ; 
nous citerons l'édition de La Haye (1710, in-4°, avec la Conformité de la 
discipline avec celle des anciens chrétiens, par Mat. Lahhoque). 



PRESCRIPTIONS RELATIVES A LA PRÉDICATION 1 l ( .» 

l'origine : « La charge des Ministres est principalement d'évan- 
géliser et annoncera parole de Dieu à leurs peuples. » Et cet 
article XII a été développé par plusieurs synodes nationaux au 
commencement du xvn" siècle ; ils insistent sur la « simplicité » 
qui doit être observée avant tout, quant à la forme et au fond du 
sermon. C'était une réaction naturelle contre les sujets singuliers 
et le langage non moins regrettable - trop grossier, trop scolas- 
tique ou trop prétentieux qu'affectionnaient les prédicateurs 
catholiques. 

Les pasteurs sont donc « exhortés de s'abstenir de toute 
façon d'enseigner étrange et non convenable à édification, et se 
conformer à la simplicité et stile ordinaire de l'Esprit de Dieu. » 

Le synode de Jargeau (1601) défend de traiter la doctrine 
« en forme de disputes scolastiques, » et de « mélanger les 
langues » (c'est-à-dire de parler latin ou grec en chaire). Il 
recommande de « prendre un texte de l'Ecriture que l'on suivra 
ordinairement. » C'est-à-dire que le pasteur devait expliquer 
plusieurs dimanches et même plusieurs mois de suite les textes 
pris dans un même livre de la Bible, par sections aussi longues 
que possible. Il n'était pourtant pas interdit de choisir de temps 
à autre un texte spécial, notamment les jours de Cène et deux 
dimanches auparavant ; certains prédicateurs, Du Moulin 
notamment, ont publié de préférence les sermons pour lesquels 
ils avaient plus librement choisi leur texte. Une surveillance très 
rigoureuse était exercée par les conseils ecclésiastiques, où les 
laïques sont toujours en majorité. Les synodes, colloques, et 
consistoires doivent « avoir l'œil sur les pasteurs » et « s'enqué- 
rir diligemment de la traditive et façon de prêcher de chacun l . » 

La préoccupation principale était de veiller à ce que les prédi- 
cateurs s'en tinssent à la saine et simple explication de la Parole 
de Dieu, en fondant surtout cette explication sur d'autres passa- 
ges de l'Ecriture ; ainsi chaque auditeur pouvait au temple 
comprendre, et chez lui contrôler la doctrine qui lui avait été 
enseignée. 



1. Synodes de Gap (1603) et de la Rochelle (1607) ; le premier ajoute que 
les pasteurs ne doivent pas « se laisser emporter aux explications des 
Pères <>u Scolastiques, s'étendans en allégories et eiitremeslant des discours 
philosophiques, OU même, au teins de Caresme, OU semblables saisons, 
prendre les mesmes textes que les prédicateurs de L'Eglise romaine. » 



150 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Tout concourait à inviter les prédicateurs à se faire une très 
haute idée de leur mission : voici ce que Du Moulin écrivait à 
ses deux fils, pasteurs comme lui, en leur dédiant un recueil de 
sermons 1 : « Nous sommes en un temps auquel un grand savoir 
est requis, et auquel les adversaires ne nous laissent point sans 
exercice. Dieu ne se sert, plus d'une mâchoire d'âne pour vaincre 
les adversaires -. Je ne fais pas consister le vrai savoir à élaborer 
et embellir son langage de beaucoup d'ornements. La simplicité 
est plus persuasive et a plus d'efficace. Les paroles qui ont plus 
de lustre et d'éclat ont ordinairement moins de solidité. La 
vraie éloquence en paroles s'apprend de celui qui est la Parole 
même, a savoir du Fils de Dieu, qui a parlé en toute simplicité. 
In père aurait mauvaise grâce qui exhorterait et tancerait ses 
enfants en termes figurés et avec fleurs de rhétorique. Or nous 
devons parler au peuple que nous instruisons comme un père 
parle à ses enfants : non pas chatouiller les oreilles mais poin- 
dre les consciences. Celui qui enseigne sans exhorter et tancer 
les vicieux rend ses auditeurs plus savants mais ne les rend pas 
meilleurs. Il ressemble à un qui verse de l'huile en une lampe, 
mais ne l'allume pas, et à la lune qui éclaire sans échauffer. » 

En dépit de ces préceptes, la prédication réformée, celle de Du 
Moulin même, visait souvent à l'instruction, autant qu'à l'édifi- 
cation. Mais il ne s'agissait jamais d'une instruction théorique ; 
c'était un enseignement pratique visant à faire prendre au sérieux 
les commandements, les exemples, et aussi les menaces de la 
Parole de Dieu. A Ablon déjà sans doute, comme plus tard à 
Charenton, le culte du matin était réservé au sermon proprement 
dit, mais l'après-midi le « catéchisme, » appris et récité par les 
enfants, comportait aussi une explication à laquelle assistaient 
les parents, et chaque point de doctrine était établi par de nom- 
breuses citations bibliques. 

Bien que plusieurs sermons imprimés semblent très longs, 
on peut conclure de la dimension moyenne que la durée de la 
prédication ne devait guère dépasser une heure en général. Le 
sablier placé près de la chaire prévenait l'orateur qu'il devait se 
contenir dans de justes limites. 



1. VI II décade, 1648. 

2. Allusion à l'épisode biblique de Sam son frappant les Philistins avec 
une mâchoire d'âne. 



CARACTÈRES DE LA PRÉDICATION RÉFORMÉE 151 

Les pasteurs de Paris contemporains d'Henri IV n'ont guère 
publié leurs sermons, sauf Du Moulin, et encore ne fit-il cette 
publication que longtemps après avoir quitté sa chaire parisienne, 
et sans indiquer la date où pour la première fois, il a prêché 
chaque sermon. Mais du commencement à la fin de sa vie, il 
est resté très semblable à lui-même, jusqu'à quatre-vingt-dix ans 
il a conservé dans son écriture comme dans sa pensée la même 
fermeté ; on peut donc, malgré la date très postérieure de ses 
« décades, » se rendre compte de ce qu'entendaient à Ablon les 
protestants parisiens. 

Si, par la majeure partie de leur vie et de leur ministère, 
Lobéran, La Faye et Couët appartiennent décidément au xvi e 
siècle, Du Moulin quoique plus jeune se rattache cependant 
encore aux mêmes traditions théologiques et littéraires. Il occupe 
ainsi, au xvn e siècle, une place tout à fait à part. 

Outre ce fait général qu'on est resté si longtemps ignorant de 
ce qui était protestant dans l'histoire de notre pays, l'éclat tout 
particulier de la chaire catholique à Paris dans la seconde 
moitié du xvn' siècle a plongé les orateurs de la chaire réformée 
dans un oubli immérité. Les Daillé, les Claude, n'ont pas encore 
obtenu droit de cité, comme ils en seraient dignes, dans les 
recueils de morceaux choisis, à côté des Bourdaloue et des Flé- 
chier, pour ne pas dire des Bossuet et des Fénelon. Louis XIV, 
après avoir reçu Du Bosc n'a-t-il pas exprimé sa surprise et son 
admiration : « Je viens d'entendre l'homme de mon royaume 
qui parle le mieux * ! » 

Parmi les historiens de la littérature française, seul, Vinet il 
y a trois quarts de siècle, a consacré une étude approfondie - 
à la prédication réformée. « Aucune époque peut-être, dit-il, 
n'a produit à la fois en ce genre tant d'hommes dignes d'être 
étudiés, > et « le plus ancien » qu'il rencontre, Du Moulin, 
« est celui qui nous paraît le plus jeune... : il ne prêche pas, il 
parle... ; » et il a « la parole franche, incisive ; nul ne tombe 
moins dans l'exagération. Sa rondeur, son àpreté se contiennent 
toujours dans le vrai, et il est remarquable par un bon sens 
souvent spirituel. Sa phrase, généralement assez brève, vive, 
pressée, a une forme de saillie et une honnête brusquerie, sans 

1. Vie de Pierre Du Bosc, Rotterdam, 1694, p. 63. 

2. Cours faits en 1841-43 et publiés en 1860 sous ce titre : Histoire de /•! 
prédication parmi les réformés de France au XVII e siècle, Paris. iu-8°. 



152 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOLS HENRI IV 

affectation. Il rappelle parfois Montaigne et Charron, dont la 

vieillesse fut contemporaine de sa jeunesse Cette sagesse si 

vivement empreinte de christianisme est en même temps 
humaine ; il s'y mêle de la philosophie pratique, une sorte de 
stoïcisme naturel sanctifié par la piété. Ce n'est pas du tout du 
puritanisme 1 . » 

Lorsqu'on a lu un hon nombre de pages de Du Moulin on ne 
peut que souscrire à ce jugement favorable, et même l'accentuer 
encore. Si Du Moulin n'est pas un très grand génie, c'est du moins 
un homme qui possède de très beaux dons comme orateur et 
qui sait les faire valoir avec beaucoup de talent. Sa vive intelli- 
gence a acquis des connaissances très variées et très étendues ; 
il a lu une masse de livres prodigieuse, auteurs classiques aussi 
bien que Pères de l'Eglise, mais, suivant les préceptes synodaux, 
il ne fait jamais étalage d'érudition dans ses sermons, et se borne 
à quelques allusions discrètes aux écrivains profanes. 

Le fond de sa prédication est essentiellement chrétien ou 

même, car l'Ancien Testament y tient une grande place - - essen- 
tiellement biblique, et la forme est purement française : de ses 
tmnées de séjour dans les universités étrangères il a rapporté 
une plus vaste culture, mais pas le moindre accent de ce qu'on 
appellera plus tard le style « réfugié. » Il prêche sur les dogmes 
avec un sérieux presque tragique et une orthodoxie rigoureuse, 
(il ira plus loin que Calvin lui-même en fait de prédestination), 
mais il aborde les questions de morale pratique très fréquem- 
ment, plus fréquemment que ne l'ont fait la plupart de ses 
contemporains et successeurs. Et là, on ne sait vraiment ce qu'il 
faut remarquer le plus, la rectitude du jugement, la finesse de 
l'analyse psychologique, la franchise parfois un peu rude des 
conseils et des leçons données, la pointe d'esprit français qui 
charme et détend l'auditeur après les exhortations les plus graves 
et les plus directes... ; car on rencontre dans les sermons de Du 
Moulin une extrême variété des sujets et tons. Il y a des pages 
d'exégèse d'une singularité et d'une minutie fastidieuse, mais 
aussi des paraphrases touchantes ou grandioses ; telles disser- 
tations théoriques nous laissent aujourd'hui très froids, mais 
ensuite viennent des remarques pleines de bonhomie et de 
verve dont on peut faire son profit sans aucune réserve. Du 
Moulin observe la nature avec un sentiment qui rappelle les 

1. Vinet, pp. laud., p. 7, 20, 37. 



SERMONS DE P. DU MOI' LIN 15,3 

hommes du xvi p siècle bien plus que ceux du XVII e ; il se plaît 
à peindre les détails de la vie quotidienne, à faire des tableaux 
d'intérieur, de petits portraits ; s'ils sont parfois visiblement 
contemporains des estampes de M. Lasne et d'A. Bosse il se 
trouve aussi dans cette galerie des peintures de caractères ou de 
mœurs qui n'ont rien perdu de leur vérité ni de leur fraîcheur 1 . 

Du Moulin devait être et était en effet un prédicateur fort 
intéressant, fort utile à écouter, s'adressant très clairement à 
l'intelligence et très énergiquement à la volonté. On peut regretter 
qu'il n'ait pas fait davantage (comme, avec abus, tant d'autres 
l'ont fait) appel à la sensibilité. On peut regretter aussi qu'il 
ait trop souvent mêlé la controverse à l'édification et employé 
çà et là des expressions un peu trop violentes. Mais dans tous 
ses sermons on sent cette ardente conviction personnelle et ce 
profond désir de convaincre, cette chaleur d'âme qui fait la 
puissance d'un véritable orateur de la chaire chrétienne, surtout 
lorsqu'il la joint comme Du Moulin à une parfaite clarté 
d'exposition. 

En effet ses plans sont des plus simples dans leurs lignes 
générales, qu'il a soin de marquer dès le début. Ils ne sont pas 
variés, les deux ou trois points à traiter sont rarement très 
originaux, mais ils sont faciles à retenir. Les subdivisions sont 
plus nombreuses, aussi nettes d'ailleurs, souvent indiquées dans 
les sermons imprimés par les chiffres. Les digressions sont 
rares, l'introduction et la conclusion généralement brèves. 

Pour en donner des exemples concrets, voici l'analyse de deux 
sermons traitant, l'un, des questions de morale, l'autre, un sujet 
dogmatique. Dans le premier, il s'agit des paroles et des pensées 



1. Voici par exemple la triste description d'un ménage d'ouvrier pari- 
sien : « Combien se trouveront, en cette ville, de familles où les maris sont 
oisifs, débauchés et ivrognes, dont les femmes travaillent incessamment 
pour nourrir des ventres et des hommes inutiles, lesquelles ne reçoivent 
autre salaire de leur travail que des battures et des outrages ? Ce mal esi 
si commun parmi le menu peuple de ce lieu, qu'il semble que le terroir le 
porte et que, par une constellation sinistre, ce pays soit le pays des 
mauvais maris, tellement, que si quelqu'un hors d'ici a esté bon mari, il 
est à craindre qu'estant arrivé en ce lieu il ne change d'humeur, étant 

atteint de celle contagion. •< Le mari, irrité des crieries, charge sa 

femme de coups ou d'injures ; en ce seul point il fait du courageux, estant 
au reste lâche à toutes bonnes actions » (l 1 " décade de Sermons, sermon V). 



154 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

agr&ables à Dieu 1 . Dans la première partie il s'agit des paroles. 
La connaissance de la vérité aurait été inutile à l'homme si par 
la parole il n'avait pu, « par manière de dire, verser sa pensée 
dans l'esprit d'autrui ; » le prédicateur ne s'attarde pas à des 
considérations philosophiques, il cite un certain nombre de 
passages bibliques où il est question de la langue ; il montre ce 
qu'elle doit être « en ce temple de Dieu qui est notre corps : 
ce que les harpes estoient au temple de Salomon ; » mais l'homme 
en fait souvent un mauvais usage : le plus ordinaire et (cette clas- 
sification est bien protestante) le plus blâmable est le mensonge ; 
l'homme « ressemble aux boistes de drogues qui ont des inscrip- 
tions trompeuses, qui ont « rhubarbe » écrit dessus, et dedans 
c'est de l'arsenic. » Ce vice sert de couverture à tous les autres ; 
« mesmes sans parler nous mentons, en gestes et en desguise- 
mens. Celle qui est laide et se contrefait par artifice, ment sans 
mot dire et fait une espèce d'imposture aux yeux d'autrui. » Si 
la tendance au mensonge est innée, elle est développée par certai- 
nes prétendues obligations de la vie sociale : « la vie de l'homme 
est devenue une espèce de comédie en laquelle un mesme homme 
en une heure joue divers personnages. Mesmes il y a plusieurs 
mestiers et vocations esquelles qui ne voudroit jamais mentir 
seroit taillé de mourir de faim. » 

L'Ecriture sainte conseille plusieurs remèdes, que cite Du 
Moulin, notamment d'éviter 1° la colère, 2° le vain babil, 3° l'oisi- 
veté, 4° l'ivrognerie (Du Moulin n'est pas « abstinent » comme 
on dit aujourd'hui, mais « tempérant ») : « peu de verres de 
vin par dessus l'ordinaire peuvent bouleverser dans le cerveau 
d'un homme toute la Philosophie ; » il faut aussi penser 5° au 
compte à rendre au jour du jugement ; 6° à « la fin pour laquelle 
nos langues sont créées, à savoir pour annoncer les louanges de 
Dieu ; » 7° enfin le souverain remède contre les mauvaises paroles 
(c'est de 1' « homéopathie ») consiste à parler à Dieu, c'est-à-dire 
prier : « pendant que vous parlerez à Dieu et le prierez souvent et 
soigneusement, il ne faut pas craindre que vous parliez mal de 
vos prochains, ou que vous disiez choses vaines. En parlant 
souvent au Dieu de vérité, vous apprendrez insensiblement à 



1. Sermons sur quelques iextes de VEeriture Sainte, Sermon I, sur le 
psaume 19, v. 15 : « Que les propos de ma bouche et les méditations de 
mon cœur te soient agréables, ô Eternel mon rocher et mon rédempteur. .-. 
C'est une méditation d'une trentaine de pages (Genève, 1625, in-8"). 



SERMONS DE P. DU MOULIN 155 

haïr le mensonge....* et vous orrez aussi volontiers quand Dieu 
parle à vous ; vous parlerez non seulement à lui mais aussi de lui 
avec plaisir et consolation. - Si, ailleurs, Du Moulin a présenté 
au sujet de la prière des théories plus transcendantes, ce n'était 
pas ici le lieu ; ces considérations un peu terre à terre au premier 
abord sont d'une saine psychologie et surtout d'une valeur 
extrêmement pratique, à la portée de tous les auditeurs. 

La conclusion de cette première partie est une description très 
sombre du peu de zèle que mettent les chrétiens du xvn e siècle 
a parler de Dieu : « Pourquoi es choses spirituelles sommes-nous 
ladres et sans sentiment ; tellement que ceux mesmes qui 
craignent Dieu sont contraincts de se taire, de peur d'estre ou 
odieux, ou ridicules ! » Imitons plutôt les fidèles que propose en 
exemple l'Ancien Testament. 

La seconde partie traite une matière plus « difficile », « car il 
est bien plus aisé de retenir sa langue, que d'arrester sa pensée, 
et nous sommes tous beaucoup plus exercés à parler avec les 
autres, que de parler à nous-mesmes. Et n'y a rien si malaisé que 
d'arrester son esprit et lui arracher les ailes de sa légèreté natu- 
relle. » Comme dans la première partie, le prédicateur expose 
d'abord quel est le mal, puis énumère plusieurs remèdes. 

Deux erreurs sont à combattre : l'indifférence et les pratiques 
superstitieuses. Du Moulin dépeint l'une et l'autre en traits brefs, 
mais frappants : d'une part « ceux qui n'entrent jamais en 
aucune sainte méditation, et ont perdu tout sentiment de piété ; 
ils ne regardent jamais le ciel sinon pour voir quel temps il fait, 
mais non pour eslever leur cœur à Dieu ; ils ne parlent jamais de 
Dieu qu'en jurant, et n'allèguent jamais l'Escriture qu'en pro- 
verbes de table pour faire rire. Toutes leurs pensées sont bru- 
tales, et Dieu est fort loin de leur cœur. » 

L'autre extrémité qu'il faut fuir « est d'avoir des méditations 
et pensées religieuses mais mal réglées et inutiles » (entendez : 
telles que les ont les catholiques romains), « ce qui vient es uns 
d'hypocrisie, es autres faute d'instruction. » Et voici malicieuse- 
ment dépeintes les « personnes dévotes qui murmurent par conte 
certaines oraisons réitérées sans entendre ce qu'ils disent, allans 
par la ville tournent un chapelet, feuillettent certains pseautiers 
de la Vierge, certains livres nouveaux de méditations creuses 
esquelles une pauvre ame ignorante par une dévotion hypochon- 
driaque tasche à eageolîer Dieu de parolles et à l'amuser de 



156 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

mines. » Du Moulin préfère « des saillies moins ardentes et plus 
droites, » il juge malsaine cette « dévotion badine, » cette exalta- 
tion du mysticisme par des moyens souvent puérils ; il veut une 
piété plus réfléchie et plus conforme à la Parole de Dieu. 

Toutes les saintes pensées se rapportent à trois objets : (A) 
nous-mêmes ; (B) notre prochain ; (C) Dieu. Le même nombre 
de pages, à peu près, est consacré à chacun des trois points. 

(A) 1" pensée : nous sommes créés à l'image de Dieu ; rendons- 
lui ce qui lui appartient ; 2° examinons-nous nous-mêmes, recon- 
naissons à quels vices nous sommes le plus enclins, pour mieux 
leur résister ; 3° rendons-nous compte des progrès accomplis ; 
s'il y en a, c'est « un témoignage certain de notre élection ; » 
4° considérons alors quelle est notre vocation d'enfants de Dieu ; 
5° quels bienfaits nous avons reçus de lui ; 6° quelles leçons nous 
donne la faiblesse de notre corps. ...« Desja Dieu prend des gages, 
par la débilité d'une jambe, la perte d'un œil ou d'un bras [il y 
avait dans l'auditoire plus d'un vieux soldat] ; je suis sujet à 
catharres ou à une douleur de reins ; chaque poil gris m'est un 
advertissement ordinaire. Mesme se tenant couché tout de son 
long au lict, le chrétien dira : Ainsi serai-je couché au sépulchre, 
et le terme ne peut estre guères loing ; Il faut eslever son cœur 
à une autre vie. » (Que de fois ces pensées ont été exprimées ! 
Rarement elles l'ont été avec plus de simplicité et de sérieux). 
Et comme le portrait du faux dévot finissait par cette constata- 
tion que souvent il meurt « incertain de son salut, » les ré- 
flexions du vrai fidèle sur lui-même aboutissent à cette conclu- 
sion : « Si de là naist une paix de conscience, une assurance 
qui rend l'âme ferme contre l'appréhension du Jugement de 
Dieu, une persuasion de l'amour de Dieu envers nous qui nous 
eschauffe réciproquement à l'aimer, oh combien sera douce la fin 
de cette première médiation !... » 

( B) Sortant de lui-même le penseur chrétien observe autour de 
lui son prochain, non par curiosité maligne, mais pour son per- 
fectionnement moral. Les types de cette galerie sont évidemment 
pris sur le vif, dans les souvenirs d'un homme qui en a non seule- 
ment coudoyé mais sondé beaucoup d'autres. 

En premier lieu (c'est le spectacle le plus triste aux yeux d'un 
fervent huguenot) on voit des gens qui se sont « révoltés de la 
religion ; » il faut rechercher comment ils en sont venus là. « Un 
tel, soigneusement instruict en la maison de son père, estant 
devenu grand a commencé à intermettre la prière, à fréquenter 



SERMONS DE P. DU MOULIN lô7 

moins les sainctes assemblées, a voulu avoir de quoi fournir à 
ses plaisirs, et par le bordeau est entré au temple de l'idole... » ; 
tel autre « devenu oisif, par là est devenu pauvre, la pauvreté 
l'a poussé à dérober, ou à tromper, ou à vendre son âme pour du 
pain. » 

2" Après avoir fait étudier les causes de l'apostasie, Du Moulin 
ne craint pas d'engager à « tirer de la même manière un portrait 
des vices, » (j'allais écrire — et c'est bien la pensée — « des autres 
vices »), pour les mieux éviter : « ce pas est glissant, Satan a 
séduit tels et tels par tels moyens, j'y prendrai garde, et prendrai 
un autre chemin. » 

3° Mais il ne faut pas se complaire dans l'observation des vices. 
(( Ce seroit faire comme ces oiseaux qui en un jardin ne mangent 
que les vers et les chenilles. » Il vaut mieux, lorsqu'on étudie son 
prochain, s'arrêter à ce qu'il y a de bon en lui, « car on prend 
tousjours le pot par l'anse la plus nette. » Et après des expres- 
sions aussi familières on s'étonne, dans la phrase suivante, de 
tiouver des exhortations solennelles, mais Du Moulin fait volon- 
tiers passer ainsi ses auditeurs brusquement du sourire au fris- 
son ; aux exemples qu'on a sous les yeux il faut joindre ceux des 
temps passés : « Lorsque nous nous remémorons les combats 
des martyrs, et le zèle de nos ancêtres, le fidèle dira en soi-même : 
nous parlons de ces choses fort à nostre aise, il est bien aisé de 
discourir des souffrances parmi le repos : mais si Dieu m'avoit 
appelé à ces mesmes combats, pourrais-je parler pour la vérité 
de l'Evangile sur la géhenne ou devant un feu ? Comment celui 
qui ne peut endurer une parole, pourra-t-il endurer la mort ? 
Comment celui qui est si chiche de son argent, pourra-t-il estre 
libéral de sa vie ? Emu de ces pensées, pendant qu'il a le loisir, 
et qu'il a du repos, il se préparera aux afflictions, et affilera la 
pointe de son zèle devant que d'estre appelé au combat. » 

Les épreuves et les deuils d'autrui sont aussi des occasions de 
réflexions très édifiantes. 

(C) Enfin le fidèle jette les yeux « sur Dieu même ; » et c'est 
là « sa vraie occupation. » 

Ici, Du Moulin ne commence pas ausitôt à indiquer les subdi- 
visions de son sujet ; il exprime son adoration, non pas comme 
les dévots qu'il critiquait tout à l'heure, mais en termes bibli- 
ques ; il y joint d'ailleurs sans scrupule l'exemple d'un homme 
payen » comme Scipion : « s'il se vantoit de n'estre jamais moins 
seul que quand il estoit seul, pour ce que la mémoire do ses 

il. 



158 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

prouesses l'entretenoit, combien plus le fidèle se trouve-t-il bien 
accompagné, ayant avec soi l'Esprit de Dieu et la mémoire des 
combats du Fils de Dieu qui nous appelle à combattre pour lui 
et après lui ? » La contemplation des perfections de Dieu est 
rendue plus utile si on y joint : 1° la prière ; 2° les bonnes actions 
(Du Moulin évite le terme catholique : œuvres) ; 3" la méditation 
solitaire, soit dans son cabinet, soit dans « une pourmenade à 
l'écart, » soit la nuit... Ici le sermon tourne court, ce qui prouve 
qu'au moins en ce cas le texte imprimé reproduit fidèlement ce 
qui avait été prêché. « Le temps ne nous permet pas d'examiner 
les titres que David donne à Dieu ensuite ; » Du Moulin finit 
donc par une phrase édifiante et une formule d'adoration, sans 
développer une conclusion spéciale. 

Comme type de sermon plus dogmatique nous en avons choisi 
un sur la mort de Jésus-Christ. Pour parler de ces grands sujets : 
rédemption, expiation, justification, en employant le moins possi- 
ble les termes de l'école, le texte choisi se prête à d'ingénieux — 
parfois trop ingénieux — rapprochements entre l'ancienne et la 
nouvelle alliance : « Comme Moyse éleva le serpent au désert, 
il faut que le Fils de l'homme soit élevé *. » 

L'exorde insiste sur l'importance pratique d'un sujet en appa- 
rence plutôt théorique, « afin qu'estans rendus conformes à la 
mort du Seigneur par la mortification de nos convoitises, nous 
soyons aussi rendus conformes à sa résurrection par une 
nouveauté de vie. » 

Suit l'explication des deux sens que prend alternativement 
dans la Bible l'expression « Fils de l'homme » (un simple homme, 
ou au contraire : celui à qui Dieu donne la puissance). Les mots 
« il faut » sont à leur tour expliqués, en écartant diverses interpré- 
tations. La mort de Jésus-Christ était le meilleur moyen de sauver 
les hommes, pour trois raisons : l u la nécessité de payer la dette 
contractée envers Dieu par l'homme, transgresseur de la loi, donc 
punissable de mort ; 2° le besoin de concilier la justice et la misé- 
ricorde divines ; 3" l'accomplissement des prophéties. Et par là 
l'orateur arrive au centre même de son texte, qui renferme préci- 
sément une de ces prophéties. 

Il en recherche les origines dans les premiers chapitres de la 
Genèse où « l'ancien serpent » représente le diable ; et parmi les 

1. V e décade de Sermons, n" VII. (Ev. de saint Jean, III, 14). 



SERMONS DE P. DU MOULIN 159 

œuvres du diable il cite incidemment — il fallait s'y attendre, 
mais il n'emploie pas le mot même — le papisme, qui « emprunte 
le titre du christianisme » : « Le fds de perdition s'appelle 
Vicaire de Jésus-Christ. Il fait adorer une oublie disant que c'est 
le corps de Jésus-Christ, etc. ; » le lien entre ce paragraphe de 
controverse et le sujet proprement dit est un peu lâche. Du Moulin 
en vient alors à ce que Jésus a fait pour combattre « l'ancien 
serpent : » 1° il a pris la nature humaine ; 2° il est mort poul- 
ies péchés des hommes. Et Du Moulin emploie ici une compa- 
raison au moins singulière, dont la familiarité surprend : « ainsi 
que le poisson engloutissant l'amorce se trouve pris et trans- 
percé par le hameçon caché dessous l'amorce, ainsi la mort a 
esté engloutie par la vertu divine de Jésus-Christ cachée sous 
la nature humaine. » 

Suivant un plan très naturel que nous avons déjà signalé dans 
le précédent sermon, après la première partie consacrée au mal en 
vient une seconde consacrée au remède, et comme Du Moulin 
observe une parfaite symétrie entre les diverses portions de ses 
discours, nous sommes arrivés exactement au milieu du ser- 
mon : onze pages avant, onze pages après. 

Par qui et comment le salut est offert, Du Moulin vient de le 
dire ; par qui et comment le salut est saisi, il va l'expliquer. 
« L'œil du nouvel homme est la foi. » L'un des principes essen- 
tiels de la Réforme, c'est la justification par la foi. La dogmatique 
de Du Moulin sur ce point est strictement calviniste, mais il cher- 
che et il trouve quelques arguments nouveaux, une manière de 
présenter les questions capable d'intéresser des auditeurs déjà 
maintes fois endoctrinés sur le même sujet : « Je n'entens pas 
que nul ne puisse estre sauvé s'il n'a une foy parfaite. Cet exem- 
ple des Israélites nous enseigne le contraire : ils n'avoyent pas 
tous la vue également bonne ; il y avait parmi eux des chassieux, 
des louches, des borgnes ; cependant ils estoyent tous guéris par 
le serpent d'airain. Ainsi si nous regardons Jésus-Christ de l'œil 
de la foi, combien que cette foy soit infirme et assaillie de doutes, 
nous ne laisserons pas d'estre sauvez pourvu que cette foy soit 
sans feintise et que nous taschions de la fortifier par l'exercice 
des bonnes œuvres... » Voilà certes, la façon la plus large et aussi 
la plus simple possible, pour un docteur réformé, d'exposer la 
justification par la foi. 

Jésus est enfin considéré comme « un Médecin expert, » et 
ses guérisons sont présentées comme des faits historiquement 



160 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

vrais sans doute, mais aussi des faits utiles comme symboles de 
la guérison spirituelle, du salut des âmes. Du Moulin réfute une 
objection des catholiques : l'exemple du serpent d'airain, image 
de Jésus-Christ, justifierait l'emploi des images dans le culte. 
l u Notre auteur répond que le serpent n'est pas l'image de Jésus- 
Christ ; « en ceci seulement étoit la figure, à savoir que la vertu 
salutaire que Dieu déployoit en ce serpent estoit figure de la 
vertu salutaire que Dieu déploie en Jésus-Christ et en sa mort ; » 
2° le commandement de Dieu (contre les images) ne peut être 
« effacé » sous aucun prétexte. 

Enfin Du Moulin remarque à quel moment se produisit cet 
épisode — la morsure des serpents brûlants — dans l'histoire des 
Israélites : c'était pour les punir de s'être dégoûtés de la manne. 
Or (encore une allégorie) la manne pour le chrétien c'est la 
parole de Dieu ; si les auditeurs de Du Moulin la méprisent, ils 
seront punis ; 2° les uns ont été, et les autres seront punis pour 
cette seconde raison qu'ils ont « tenté Christ » (« qui souvent 
est appelé l'Eternel »). N'abusons pas de sa patience ! Conclusion 
générale, fort brève : il faut non seulement « jeter la vue sur 
Jésus-Christ » (Du Moulin ne dit pas : regarde la croix, ce qui 
peut pousser à un culte superstitieux), il faut demander à Dieu 
la foi, mais aussi l'entretenir par de bonnes œuvres, glorifier Dieu 
de toutes manières. L'attention de l'auditeur reste ainsi fixée, en 
dernière analyse, sur cette pensée bien authentiquement réformée 
que le but de l'œuvre de rédemption n'est pas seulement et même 
n'est pas surtout le salut de l'homme, mais la gloire de Dieu. 



Telle était la prédication de Du Moulin et, avec moins de 
talent, celle de ses collègues parisiens ; les pasteurs de certaines 
Eglises de province n'étaient pas moins éloquents et on les enten- 
dait volontiers, Charnier par exemple, lorsqu'ils venaient pour 
quelques synode ou quelque affaire à régler avec la cour. Prédi- 
cation, nous avons essayé de le montrer, profondément chrétienne 
de fonds, parfaitement française de forme : et si, aujourd'hui, 
nous pouvons trouver ce christianisme parfois un peu rude et 
cette langue parfois un peu archaïque, c'était bien exactement, il 
faut le croire, ce qui convenait aux protestants parisiens du 
XVII e siècle, puisque, auditeurs très difficiles mais aussi très 
encourageants, ils ont pendant de longues années conservé leurs 
pasteurs, sans se lasser de venir les écouter. 



LES PRÉDICATEURS RÉFORMÉS AU XVII* SIÈCLE 161 

Dans l'intervalle entre leurs prédications, les paroissiens les 
voyaient d'ailleurs à l'œuvre dans l'exercice quotidien de leur 
ministère et dans leur vie de famille. Et l'unité et la dignité de 
leur existence, l'effort constant pour mettre leurs propres actions 
en harmonie avec les principes 1 qu'ils proposaient aux autres, 
le sérieux avec lequel ils s'acquittaient d'une charge spéciale dans 
l'Eglise sans constituer un « clergé, » mais en vivant d'une vie 
très analogue à celle des laïques pieux, tout cela donne aux pas- 
teurs de Paris, sous Henri IV, une physionomie éminemment res- 
pectahle. A leur manière ils ont contribué, eux aussi, au bon 
renom de la capitale, car ils ont été un facteur important de son 
relèvement moral après les troubles civils ; leur réputation a 
été grande : des centaines d'auditeurs ne résidant pas ordinai- 
rement à Paris, mais s'y trouvant de passage, n'ont pas manqué 
d'aller à Ablon et à Charenton, puis de répandre en province et à 
l'étranger le renom des prédicateurs qu'il avaient entendus et 
appréciés. 



1. « En vain parlons nous, et nos exhortations sont sans fruit, si notre 
vie et nos actions ne s'accordent pas avec nos actions. Jamais le peuple 
ne croira que nous parlons à bon escient si nous lui montrons un chemin 
et en prenons un autre » (Du Moulin, Epitre à ses fils, en tête de la VIII* 
décade de sermons. 



Paris en i6ij 



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FAUBOURGS SAINT-VICTOR ET SAINT-MARCEL 

ET ENVIRONS DE PARIS JUSQU'A CHARENTON 

d'après le plan de Mathieu Méiian 






LES MEMBRES Dl CONSISTOIRE 163 



CHAPITRE III 



l'église 



S 1. Les anciens. — Les diacres. 

i, 2. Le type du fidèle : Isaac Casaubon. — Nomination à Paris. — Scrupu- 
les religieux. — Sentiments familiaux. 

.S .'5. Incidents de voyage entre Paris et Ablon. 

§ 4. Culte public et particulier. — Le culte domestique. — Le culte domi- 
nical. — Les jours de cène. — Les baptêmes. 

§ 5. Diverses catégories de fidèles. — Grands seigneurs. — Députés géné- 
raux. — Conseillers au parlement. — Avocats. - — Maison du roi. — Ar- 
tistes, marchands, etc. 



A côté des trois pasteurs en fonctions régulières à Ablon et 
Paris, et de leur auxiliaire intermittent J. Couët, il faut nous 
représenter les douze * anciens qui siégeaient avec eux au Consis- 
toire en des séances probablement fréquentes. On se réunissait 
soit à Ablon dans la « maison des degrés » les jours de culte ou 
de catéchisme, parfois même à Paris, plus ou moins secrètement, 
un jour de semaine, rue des Marais ou ailleurs, chez l'un des 
anciens, parfois enfin, pour signer un acte, dans l'étude du 
notaire 2 . 

Les seuls qu'on eût pu supposer en fonctions au moment de 
l'Edit de Nantes sont Josias Mercier 3 et Bédé 4 . 

Jean Bédé, sieur de la Gourmandière, angevin (1563-1648), 
avocat au Parlement, fut député à diverses assemblées politiques 
de 1596 à 1608. Il a publié un certain nombre d'ouvrages de con- 



1. D'après les ordonnances que Calvin a fait adopter au Petit Conseil de 
Genève en 1 ô 4 1 il y avait douze anciens et douze diacres : il semble qu'il en 
fut de même à Paris, en souvenir des apôtres. 

2. Les registres des délibérations ayant disparu depuis la Révocation, les 
documents où figurent les noms des anciens sont très rares ; quelques-uns 
figurent dans les minutes de M" François et ailleurs. 

3. Voir ci-dessus, p. 90. 

4. Un premier <• essai de liste » de MM. Coquerel et Read (B. h. p., 186.'}, 
p. 13) se réduisait, pour notre période, à ces deux seuls noms. 



164 L'ÉGLISE REFORMEE DE PARIS SOUS HENRI IV 

l reverse religieuse, les uns sur la messe, la grâce, etc., les autres 
en faveur des libertés de l'Eglise gallicane ; on lui doit aussi des 
écrits politiques à propos de la minorité de Louis XIII 1 . Dans la 
force de l'âge au temps qui nous occupe, il fut plus tard doyen 
du Consistoire, dont il fut membre un demi-siècle étant mort à 
quatre-vingt-cinq ans -. Il avait épousé la fille d'un « premier 
médecin » du roi, M. d'Ailleboust ; leur fils — baptisé à Grigny 
en 1599 — aussi docteur de la Faculté de Paris, sera immor- 
talisé par Molière sous le nom de Desfonandrès (il s'appelait 
« des Fougerets »). 

Ni Bédé ni Mercier ne figurent parmi les douze anciens 3 sur 
la plus ancienne liste à nous connue après l'Edit (1603) 4 . 

Christophe Bochart, sieur de Noailles, avocat au Parlement, 
membre du Consistoire en 1596 •"■, habitait encore Paris en 1606 6 . 
Il appartenait à une vieille famille de robe 7 . Le père de Chris- 
tophe, Jean, avait plaidé « avec une hardiesse admirable » de- 
vant François F r en faveur des libertés de l'Eglise gallicane, 
contre l'enregistrement du Concordat de 1516, et plus tard il 
avait défendu un des premiers hérétiques (1523). L'éloquence, la 
science et l'attachement aux idées libérales étaient donc en quel- 
que sorte héréditaires dans cette famille. 

Dans les achats concernant le temple d'Ablon (1601-1603) le 
Consistoire est représenté par quatre de ses membres apparte- 
nant aussi au inonde du Palais : d'abord par un seul, sans déléga- 



1. Fr. prot., 2 e éd., t. II, col. 190. La Gourmandière est dans la commune 
de Brissarthe (Maine-et-Loire) . 

2. B. h. p., 1872, p. 222. 

3. Pièces justificatives, III. 

4. B. h. p., 1863, p. 13. 

5. Nous ne savons pourquoi la Fr. prot., 2" éd., t. II, col. 648, le fait mou- 
rir en février 1604. En 1606 il figure sur les registres de M e François 
(n° 412) avec sa femme Jehanne des Forges, son beau-frère Joachim d'Abra 
de Raconis, et Simon Charles de Grandfontaine. Cf. B. h. p., 1872, p. 220, 
baptême de son fils à Paris en 1597. 

6. En janvier 1601 (cf. Min. François, 1604, fol. 4). Bail de terres fait par 
lui à un laboureur des environs de Tournan en Brie. Sa femme meurt en 
1640 « en sa maison du faubourg Saint-Germain » (B. h. p., 1863, p. 283). 

7. Armes : D'azur au croissant d'or surmonté d'une étoile de même. Son 
domicile (en 1601 du moins") était rue Galande. C'était le frère du pasteur 
de Rouen qui épousa la sœur de Du Moulin, et ce fut par conséquent 
l'oncle du célèbre pasteur de Caen S. Bochart. Il eut lui-même un fils qui 
fut pasteur à Alençon. . 






LES MEMBRES DU CONSISTOIRE 165 

tion spéciale : Pierre de Ruquidort i, puis, avec procuration en 
bonne forme, par un ou deux des suivants : 

René Le Cointe, beau-frère de Lobéran, est issu d'une vieille 
famille normande (une Lecointe ayant été femme du pasteur 
Dnvy du Perron et mère du futur cardinal, le membre du Consis- 
toire était cousin de celui-ci) 2 . 

Isaac Courtin 3 comme les précédents est avocat au Parlement 
et habite au faubourg Saint-Germain 4 . 

Thomas Ferreur 5 , secrétaire du roi en sa maison de Navarre et 
autres domaines, est, lui, domicilié sur la rive droite c . Il est pro- 
bablement suppléé par un autre quand les trois pasteurs et les 
douze anciens lui donnent leur procuration en 1603. 

Sur cette liste figurent : 

Jehan de Rnqnidort ; 

Joseph de Brion, sieur de Savigny, d'une famille poitevine 7 ; 

Mathieu d'Angerville « pédagogue, » c'est-à-dire répétiteur ou 
précepteur plutôt que maître d'école s , demeurant « au faubourg 
Saint-Marcel ° ; » 

1. Voir ci-dessus, page 108. 

2. B. h. p., 1866, p. 434. Cf. 1872, p. 220 (1596). p. 222 (1599) baptêmes de 
ses enfants. 

3. Non mentionné dans la Fr. prot., 2 e éd., t. IV. 

4. Le Cointe sur le fossé entre les portes de Bucy et de Nesle, Courtin 
rue de Seine ; il possède une petite propriété en Beauce. En 1603 il fait 
hommage à la duchesse de Nemours pour un manoir sis paroisse de Pon- 
cheville (Min. François). 

5. Non mentionné dans la Fr. prot., 2 e éd., t. VI. Par son testament daté 
du 24 mai 1599 Mme de Maridor lègue cent écus à Anne Ferreur, sa filleule 
(papiers de la famille de Maridor, extraits publiés par M. Léo Mouton dans 
le B. h. p., 1910, p. 419). 

6. Voir ci-dessus, p. 109. 

7. Qui entretint longtemps une Eglise de lief au xvn° siècle à Allonnes. 
Joseph en était seigneur d'après son acte d'inhumation au cimetière Saint- 
Père en 1646 (Fr. prot, 2 e éd., III, col. 155 ; il y paraît rangé à tort dans la 
branche normande ; cf. Fr. prot., V, col. 654). D'autre part un Fstienne de 
Brion touche en 1611 une pension de 400 livres octroyée aux nouveaux 
convertis par l'ass. du clergé (B. h. p., 1907, p. 250). 

8. " Il y en a deux sortes : les uns tiennent des pensions libres, logent 

des élèves, les conduisent au collège, leur donnent ensuite des leçons : 

les autres sont attachés à un ou plusieurs élèves appartenant à des familles 
nobles ou riches » (P. de Félice, les Protestants d'autrefois, Education et 
instruction, Paris, 1902, p. 224). 

9. Min. François, n° 144 de 1605 ; en 1606 (n° 313) il reçoit de .losias Mer- 
cier 900 livres pour rachat et amortissement de rente, 



100 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

Jehan de Clèves, valet de chambre du roi 1 ; 

Jehan Périsse, procureur au Parlement ; 

Thomas Quetault, valet de chambre de la feue reine, et associé 
de la ferme du roi, demeurant « près du logis de Madame » lors- 
qu'il reçut en 1002 P. du Moulin pour une conférence où Bédé fit 
fonctions de scribe - ; 

Jehan Maeharie ; 

Guy du Vivier ; 

Jehan Molart, bourgeois de Paris, « marchand tisserand s » ; 

Jacques Tardif, avocat au Parlement de bonne heure mêlé aux 
affaires du Consistoire, auquel il appartint certainement 4 demeu- 
rait rue de la Boucherie, puis de Bièvre (1003) ; 

Samuel Dufresnoy, qui figure avec Lecointe comme ancien dans 
un acte de 1004 5 , est procureur en la cour de Parlement et habite 
« rue de Seine et des Marets. » 

Ainsi les gens de robe forment la moitié du Consistoire ; les 
autres professions représentées sont très diverses : enseignement, 
finance, emploi dans les maisons du roi et de la reine, com- 
merce... ; il y a seulement un ou deux gentilshommes, les autres 
sont du tiers-état, la plupart bourgeois instruits et aisés 6 . 

Tels étaient les gens qui firent, pour l'exercice du culte à Ablon, 
« lieu ordonné par sa Majesté, » un « règlement » approuvé au 
synode de 1001 ". Ils se conformaient ainsi tout à la fois au pré 
cepte apostolique qui veut « que tout se fasse avec ordre, » aux 
articles de la discipline réformée, et aux habitudes profession- 
nelles d'hommes de loi qui étaient celles de plusieurs. 

1. Inconnu, comme le précédent, de la France protestante. 

2. B. h. p., 1858, p. 517, et ci-après. 

3. B. h. ]>., 1872, p. 226 (parrain en 1603 du fils d'un autre ancien : Jean 
Périsse). 

4. B. h. p., 1858, p. 472, Autobiogr. de Du Moulin (1620). Claude Tardif. 
« conseiller au Trésor, natif de ceste ville de Paris et y demeurant rue 
Saint-Antoine », était arrêté comme hérétique en 1568 (B. h. p., 1901, 
p. 589). Josse Tardif demande en 1604 l'autorisation d'établir l'exercice 
du culte dans son fief de la Rivière Grosvilain près Beaugency. Un arrêt du 
conseil d'Etat du 12 août décide qu'il devra d'abord établir que ledit fief 
est le lieu de sa résidence habituelle. (Archives nationales E 7a, folio 221 
recto ; cf. Ella p> 52 r°). 

5. B. h. p., 1863, p. 38. 

6. La France protestante, 1" et 2 e éditions, omet ou mentionne à peine la 
plupart de ces personnages auxquels nous avons cru devoir, pour cette 
raison entre autres, consacrer quelques lignes plus détaillées. 

7. Aymon, I, 241. 



LE TYPE DU FIDÈLE RÉFORMÉ 167 

Nous parlerons plus loin de ce qui concerne le soin des pau- 
vres, confié aux « diacres ; » dès les origines de l'Eglise de Paris 
ils avaient eu leur règlement, en notable avance sur les idées du 
temps en fait d'assistance publique (1561) *. Sans doute au début 
du xvii e siècle ils avaient recommencé à s'assembler à Paris au 
logis d'un d'entre eux, « l'un après l'autre par tour, » presque 
chaque semaine. 

Peut-être plusieurs des personnages nommés ci-dessus étaient- 
ils diacres. En tout cas Ferreur est qualifié (sur un acte de 1606 2 ) 
« procureur gérant et négotiant les affaires des pauvres de 
l'Eglise réformée en ceste ville de Paris. » 

Les protestants habitant en plus grand nombre les faubourgs 
de la rive gauche, les anciens et diacres étaient aussi plus nom- 
breux de ce côté là. Pendant la semaine chacun veillait dans son 
quartier, en cas de besoin, sur les intérêts des membres de 
l'Eglise. Et le dimanche ils étaient certainement des premiers à 
venir au temple, s'asseoir sur le banc à haut dossier qui leur était 
réservé dans le temple, au pied de la chaire. 

§ 2. Le type du fidèle : Casaubon 

Comment eux et leurs coreligionnaires faisaient-ils ce trajet ? 
dans quels sentiments graves et joyeux se trouvaient-ils réunis 
par centaines ? Comment le tout petit village, si paisible les autres 
jours, se trouvait-il envahi le dimanche par la foule des protes- 
tants parisiens ? C'est ce que nous apprend, avec maint détail 
pittoresque, un document de premier ordre, digne de toute con- 
fiance, car il émane à la fois d'un lettré délicat et d'un chrétien 
fervent, aimant observer choses et gens, et noter ses impressions 
dans ses Ephémérides : Isaac Casaubon ■">. 

D'une famille gasconne réfugiée à Genève pendant les troubles, 
fils d'un pasteur qui avait pu connaître en Dauphiné Lobéran et 



1. « Police et ordre gardez en la distribution des deniers aumosnez, etc. » 
plaquette de 1562 reproduite dans le B. h. p., 1852, p. 255. 

2. Min. François, 1606, fol. 64. M. Nazelle a publié en 1897 une étude 
sur J. Casaubon, sa nie et son temps, in-12. 

3. Edition Hussell, Oxford, 2 vol. in-8°, 1850. Comme lettres inédites fort 
intéressantes nous citerons celles adressées de 1601 à 1609 par Casaubon a 
son ami Perillau de Sedan qui devint en 1603 son beau-frère. Elles sont 
émaillées de mots grecs et latins et de nombreuses abréviations (Bib. h. pr.). 



168 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

ses parents maternels, Casaubon s'était allié à une illustre 
famille parisienne et protestante en épousant (1586) la fille du 
savant imprimeur H. Estienne (qui mourut en 1598). Comme 
Couët il eut dix-neuf enfants, et le devoir d'assurer leur existence 
matérielle fut un sujet de fréquent souci pour le pauvre père 
qui, personnellement, aurait volontiers vécu de privations à con- 
dition de pouvoir étudier ses chers livres et manuscrits. Il avait 
appris après la Saint-Barthélémy, dans une caverne, les premiers 
rudiments du grec, et était devenu l'un des plus érudits hellénistes 
qui furent jamais. 

En 1596 il avait été nommé professeur à Montpellier. Ayant 
entendu parler de sa science, Henri IV le fait amener à Paris en 
1598 par M. de Vicq, et bientôt après il lui écrit : « Ayant déli- 
béré de remettre sus l'Université de Paris et d'y attirer pour cest 
elTect le plus de savans personnages qu'il me sera possible, 
sachant le bruit que vous avez d'estre aujourd'huy des premiers 
de ce nombre, je me suis résolu de me servir de vous pour la pro- 
fession des bonnes lettres en ladite Université, et vous ay à cette 
fin ordonné tel appointement que je m'asseure que vous vous en 
contenterez 1 . » 

Malgré ces promesses, Casaubon hésite, puis tarde à venir - ; 
ie roi s'impatiente et écrit à Sully (peu favorable semble-t-il, aux 
études grecques et à leur représentant) : « Faites donner au sieur 
Casaubon des moyens pour s'entretenir à Paris et y faire amener 
sa famille, car je l'y ay fait venir pour remettre l'Université de 
Paris et la faire refleurir, non pour estre près de moy 3 . » 

A peine arrivé à Paris (6 mars 1600) le pauvre savant apprit 
que les Jésuites circonvenaient le roi pour l'empêcher de donner 



1. 3 janvier 1599. British Muséum, mss. Burney 367, 77 (Lettres missives 
d'Henri IV, t. V, p. 80) : « A Mons r de Casaubon, professeur es lettres 
humaines. » 

2. Il était en route cependant lorsque Th. de Bèze lui écrivit de Genève 
le 29 août 1599 « à Lyon chez Mgr de Vie » : « priant nostre bon Dieu de 
vous vouloir amener et conduire au lieu où vous estes maintenant appelé » 
(B. h. p., 1887, p. 78). 

3. De Monceaux, le 29 septembre 1599 (Œconomies royales, t. I, p. 320, 
édition Michaud). Dès le 9 octobre 1598 Henri IV écrivait à Rosny : « je 
suis bien aise que vous ayés pourveu à ce que le s r de Casaubon aye de 
quoy amener sa famille à Paris ; quant à pour sa pension, j'y adviseray 
lorsque vous serés près de moy » (Lettres missives, t. V, p. 46). 



CASAUBON A PARIS 160 

à un hérétique la chaire promise. Il ne devint en effet jamais pro- 
fesseur à l'Université, mais « sous-maître de la librairie du 
ro i i „ et — en 160(5 seulement — bibliothécaire en titre avec un 
traitement annuel de 400 écus. 

Deux mois après son arrivée, mandé à Fontainebleau par le 
roi -, comme l'un des cinq commissaires chargés d'assister à la 
conférence entre Mornay et du Perron, il fut saisi de nouvelles 
hésitations, et ne partit que sur le conseil formel de Du Moulin. 
Pendant la discussion sa conscience fut en proie à toutes sortes 
de troubles, car il était également opposé au papisme et au calvi- 
nisme intransigeant. Pendant dix années de séjour à Paris, il 
va résister aux efforts constants des catholiques pour le conver- 
tir 3, et cependant rester suspect aux protestants, parce qu'il 
déclare leur doctrine et leur discipline insuffisamment d'accord 
avec celles des Pères de l'Eglise : en religion comme en philologie 
l'antiquité avait toujours sur sa pensée extrêmement scrupuleuse 
une grande autorité. Ses lettres et ses Ephéméridcs nous font 
pénétrer dans l'intimité de sa vie ; souvent on y saisit sur le vif 
la trace de luttes émouvantes entre un cœur plein de courage et 
un esprit rempli de craintes. Mais pas un instant on ne cesse d'a- 
voir le désir ardent de rester ferme dans la foi. A tout propos, au 
milieu du récit des événements quotidiens, jaillit une prière : 
« O mon Dieu, jamais tu ne permettras que je change de senti- 
ment ! Délivre-moi, ô Père, du grand péril qui me menace par 
la nécessité où je suis de fréquenter certains personnages dont 
j'ai les desseins en abomination... O Seigneur, quand regarderas 
tu ton Eglise pour la guérir de tant d'erreurs ! Heureux ceux qui 
verront ces jours ! En attendant, rends-moi ferme pour résister 
a toutes les tentations 4 ! » 

1. Chauffepié, Dictionnaire, v" Casaubon, dit que ce fut à la fin de 1603. 

2. Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 228 (28 avril 1600). 

3. « Tant que j'ai été à Paris j';ii eu à résister presque chaque jour aux 
offres séduisantes de la fortune qui venait d'elle-même au-devant de moi. 
Clément VIII voulut m'attirer à Rome, etc. » B. h. p., 1865, p. 276. 

4. Le 25 octobre 1604 il écrit de Taris à Du Plessis (Mémoires de Mornay, 
édition Elzevier, Amsterdam, 1652, t. I, p. 664) : « Plus je vais en &&%»., 
tant moins prens de plaisir à la curieuse recherche des choses qui ne con- 
cernent le salut de mon âme. Et toutes fois telle est ma condition qu'il me 
faut nécessairement y mettre la plu spart de mes estudes... Les ;iss:uix que 
je soustiens en ce lieu tous les jours pour ma religion me font juger toul 
temps perdu que je n'emploie à de meilleures études. » 



170 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Lui qui était avant tout homme de cabinet, il se trouve ainsi 
en relations forcées avec le roi, avec les savants, avec les prêtres 
catholiques ; sa curiosité et sa largeur d'esprit le portent, d'autre 
part, à frayer avec les théologiens protestants qui seront bientôt 
officiellement déclarés hétérodoxes au point de vue du calvinisme 
strict : ce sont plutôt des étrangers, le Silésien Tilenus dont nous 
avons déjà parlé et qu'il appelle « nostre bon ami *, » le Hollan- 
dais Uitenbogaert que nous rencontrerons plus tard 2 . Mais ces 
tendances ne l'empêchent nullement d'être, surtout au début, en 
bons termes avec les pasteurs de Paris, et de rester pendant tout 
son séjour, un des auditeurs les plus assidus au culte dominical. 

Toutes ces considérations font des Ephémérides une mine de 
renseignements aussi précieuse pour notre étude que le Journal 
de l'Estoile : ils se complètent même, parfois, admirablement, 
l'un décrivant la vie de l'Eglise réformée pour ainsi dire vue du 
dehors, et l'autre, vue du dedans. 

La sollicitude affectueuse pour les siens, le tendre attachement 
à ses parents et à ses amis, sont un des traits touchants de son 
caractère. Ainsi, dans une lettre inédite qui me paraît dater de 
novembre 1601, il écrit à son cher Perillau •", après une grave 
maladie de Madame Casaubon : « A grand peine avois-je respiré 
de ceste immense douleur que je reçois lettres de la mort de ma 
feu bonne sœur Sara mariée à M. Chabanes. Ceste nouvelle m'a 
affligé encores, non tant pour la perte d'une bonne sœur, laquelle 
je sçai estre très heureuse, que pour voir ma mère, qui estoit reti- 
rée avec ma sœur, destituée aujourd'hui de tout solas [conso- 
lation] humain, esloignée de sa fille ma sœur qui est à Genève, 
et encore plus de moi, misérable qui meurs de regret de ne luy 
servir non plus vif que mort, à cause de la distance des lieux, et 
parce que Bourdeaux i est hors de tout passage, tellement que j'ai 

1. Casaubon à Périllau, de Paris, 8 déc. 1601 (Antogr. à la Bibl. h. prot.) : 
« Je laisse à M. Tileng, nostre bon et commun ami, à vous dire plus amples 
nouvelles de par deçà... ». « Je n'ay receu dès longtemps plus de contente- 
ment que m'a apporté la venue du s r Tileng en ce pays. » 

2. Casaubon lui expose p. ex. en 1610 son penchant à préférer certaines 
doctrines des Pères de l'Eglise à celles des réformateurs (Prœstanlium viror. 
epist. p. 250, cité par Chauffepié, Dict., t. IV, p. 646, note K, v° Utenbogaert). 

3. Autographes à la Bibl. h. prot. 

4. Casaubon avait acheté en 1603 une maison pour sa mère dans ce petit 
Village à une vingtaine de kilomètres de Crest (Drôme). Il écrit de Paris le 



CASAUBON A PARIS 171 

plus de peine de sçavoir de ses nouvelles que d'un ami qui seroit 
au fond de l'Arménie, quoyque de ma part je face toute diligence 
à lui escrire et offrir tout service quasi tous les jours... Dieu, 
par sa bonté envers moy accoustumée, me donne aujourdhuy 
plus de moïens de secourir ma mère que je n'eusse eu par ci- 
devant ; quoique à présent chargé de sept enfants dont les qua- 
tre sont en pension en divers lieux, et le cinquième a sa nour- 
rice. Sed enim, conjunctissime f rater, quotidiana experientia 
doceor nullum omis esse grave quod manus divina « xoutptÇet... » 



§ 3. Incidents de voyage entre Paris et Ablon 

Arrivé seul à Paris en mars 1600, Casaubon y a amené sa 
famille en septembre. Il a donc été l'un des premiers à fréquen- 
ter, comme il le fit aussitôt, le prêche qu'on venait de trans- 
férer à la fin de 1599 à Ablon (il écrit plutôt Hablon) K II y va 
tantôt en bateau, hàlé le long de la berge par des chevaux, tantôt 
en carrosse, tantôt à pied : 

(4 des nones d'avril 1600) : « Je te rends grâces, ô Dieu, de ce 
que tu nous as donné de faire heureusement ce voyage. Nous 
avons cependant beaucoup souffert du temps affreux qu'il a fait, 
battus par le vent qui n'a pas cessé, avec la neige et la grêle 
tombant sans interruption, tandis qu'une boue profonde empê- 
chait les chevaux de marcher. Mais qu'est-ce là ? Cela vaut-il la 
peine d'être rapporté à côté du bien incomparable dont tu nous 
as fait jouir ? » 

(Nones de novembre 1600) : « Nous avons été à pied à Ablon 



15 sept. 1603, après un voyage à Genève : « J'ai fait mon possible, voire par 
dessus mes forces, pour l'oster d'appréhension, pour l'adoucir. Les moiens 
asez bons que mon feu père lui avoit laissés sont pour la pluspart esvn- 
npuis par la fraude de certains qui nous ont trompé » (Lettre à Perillau 
publiée dans le B. h. p., 1853, p. 291, d'après l'autographe appartenant à 
M. H. Fillon). Le 3 avril 1609, dans une autre lettre, toujours adressée à 

Perillau, Casaubon écrira : « J'ai perdu ma bonne et vénérable mère 

Filia mea natu maxima supioribus (sic) diebus mihi est erepta..., verse pieta- 
tis tenacissima et z^m^iq-ii-^ » (Autogr. à la Bib. h. prot.). 

1. Les lettres à Perillau, quoiqu'il y en ait seulement onze à la Bib. 
b. prot., renferment plusieurs mentions d'Ablon : 

30 juillet 1602 : << Vos lettres que je receus hier au retour de Hablon 
m'ont osté de peine. » 



172 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

et nous en sommes revenus de même, non sans une grande 
fatigue l . » 

(7 des ides de mai 1601) : « Le bateau qui nous portait 
marcha lentement et non sans courir quelque danger, par suite 
de la violence du vent. Nous avions entendu le premier, puis le 
second sermon, et nous écoutions le troisième lorsqu'une grande 
pluie survint ; nous étions en plein air - ; on se dispersa, nous 
fûmes obligés de remonter dans le bateau. Là, étant passablement 
mouillés, nous nous sommes mis à lire, pour passer le temps, 
le commentaire de Primasius 3 sur l'Apocalypse. » 

(Nones de janvier 1603) : « Constant, qui avait hier promis 
de me louer un cheval, fut inconstant. Pardonne, ô Dieu ! » 

Ce mélange de calembours et de prières sous la plume du pieux 
savant, peint son âme dans toute sa candeur. Et c'est toujours 
avec la même résignation, la même reconnaissance, qu'il relate 
les accidents les plus graves survenus aux siens sur le chemin 
d'Ablon : 



4 février 1605 : « Ma femme est sur le point d'accoucher et n'attend plus 
l'heure (sic) ; ce qui l'empesche d'aller demain à Hablon. » 

Cf. 24 décembre 1605. (Sa femme ne pourra aller à Ablon le lendemain). 

1. Autres notes du même genre : 

(6 des kalendes de février 1602) : « Grâces te soient rendues, Seigneur, de 
ce qu'aujourd'hui je suis allé à Ablon. Ivi, redivi, ïï ( .> TTYjuâTcov sycov Trooa. )) 

(9 des kalendes d'avril 1602) : « Nous étions sortis pour aller à Ablon. 
Dieu en a décidé autrement : nous n'avons pu trouver place dans le bateau, 
déjà trois fois plein. Pardonne, ô Dieu, et assiste-nous. Amen. » 

(3 des ides de mai 1602) : « Nous avons essayé d'aller à Ablon, mais 
au port il faisait trop de vent. » 

(15 des kal. de juillet 1601) : « Que Dieu nous protège ! J'écris ces mots 
au moment de partir pour Ablon ; non sans inquiétude pour ma femme 
qui, étant grosse, craint les secousses de la voiture ; mais il fallait abso- 
lument y aller, et nous n'avons pas d'autres moyens... » Une fois revenu 
il ajoute, avec soulagement : « Nous voici de retour sans accident. » 

(4 des kalendes de janvier 1602) : « Je revenais en carrosse avec de 
nobles dames Madame de Cricebant et Madame de Mantaleon [au lieu de ces 
deux noms inconnus je proposerais de lire plutôt : Criquetaut et Mate/Ion] ; 
le cocher ne connaissait pas bien le chemin. Il arriva que la solennité de ce 
jour se prolongea... La nuit survint. Nous aurions été précipités dans la riviè- 
re si la main de Dieu ne nous eût sauvés : un des chevaux faillit périr ; nous 
le retirâmes avec peine, déjà presque noyé. » 

2. Dans la cour de la « maison des degrés, » sans doute. Voir ci-dessus 
Chap. IV, p. 116. C'était à Pentecôte. 

3. Ou plutôt du primat (d'Angleterre ?). 



LE VOYAGE DE PARIS A ABLON 173 

(8 des ides de janvier 1602) : « C'est une source de grands 
biens d'avoir été admis à la participation du saint mystère de 
la sainte Cène... Tu as ajouté, Seigneur, une marque particulière 
de ta bonté pour moi et les miens. Nous étions dans le carrosse de 
M. de Thou, moi, ma fdle Philippa et mon dernier-né qui devait 
être baptisé *, ainsi que le reste de la famille et mon neveu 
Pierre Chabanes -. Il arriva — je ne sais comment — que Pierre, 
assis avec Philippa à l'une des portières de la voiture, déplaça 
la banquette transversale qui sert de siège, sans doute afin de 
mieux la poser et l'affermir. Comme il était occupé à cela, voilà 
qu'il perd tout à coup l'équilibre, et lui et Philippa tombent dans 
une boue profonde, à notre grande frayeur à tous, mais sans 
qu'ils se soient fait aucun mal, et certes on ne comprend pas 
comment ils n'ont pas été atteints et écrasés par la roue de 
derrière... » 

Quelques semaines plus tard les choses tournent plus mal. 
(17 des kalendes de mai) : « Nous avons éprouvé un froid extrê- 
me pendant le voyage... Tu as permis, seigneur, que ce fût pour 
notre neveu P. Chabanes une cause de mort : à peine de retour 
à la maison, il commença à sentir une vive souffrance, et bientôt 
se coucha... Toutes les fois qu'on lui lisait la Parole de Dieu, 
qu'on priait, ou que M. de Monligny 3 pasteur de cette Eglise, 
lui parlait, il goûtait le calme, il répondait, écoutait, mêlait ses 
prières à nos vœux... Cette constance d'une âme animée de 
l'Esprit de Dieu (6eo7n/eu<rrou) ne s'est pas démentie jusqu'au 
dernier souffle : il l'a rendu (moi priant Dieu, en présence de ma 
femme) avec tant de calme, de tranquillité, de douceur, que je 
ne puis douter de son bonheur actuel *. » 



1. Paul, filleul du chancelier de Navarre Calignon. 

2. Et non Chabaïuiij comme on a traduit. (B. h. p., 1853, p. 270). 

3. Il y a Moninius qu'on peut lire Montinius plutôt que Molinseus (Du 
Moulin), correction préférée par le B. h. p., 1853, p. 272. 

4. Le I er juin 1602, Casaubon écrit à Périllau (autogr. à la Bibl. h. pr.) : 
Monsieur mon très cher frère, lorsque je receus vos dernières lettres 

j'estois en affliction pour la maladie d'un mien nepveu que avés pu voir 
à la maison. Et depuis la mort d'icelui j'en ai receu une très grande 
fascherie, pour l'amitié que je portois à sa douce nature. Toutefois je reco- 
gnois qu'il faut acquiescer à la volonté de nostre bon Dieu : auquel soit 
honneur et gloire. Despuis ma femme a aussi esté malade et moi presque 
toujours languissant. » 

12. 



174 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 



§ 4. Culte public et particulier 

Voilà comment agissaient dans la vie et en face de la mort 
les membres de l'Eglise de Paris. Leur vie spirituelle était bien 
celle que dépeignait leur pasteur Du Moulin ; « Dieu aime une 
probité gaie, une joie non insolente, une simplicité prudente, une 
piété franche et sans feintise, qui ne tâche point de complaire 
aux hommes, mais tâche de plaire à Dieu, par laquelle un homme 
est bon en dedans et en dehors, comme une étoffe à deux 
endroits... Pensez souvent à la mort, de peur qu'elle ne vous 
surprenne, et afin que, quand elle viendra, elle vous trouve 
préparés. En bien vivant vous apprendrez à bien mourir 1 . » 

Ces protestants du xvn e siècle étaient souvent les dignes fils et 
petits fils des martyrs et confesseurs de la foi. Ils profitaient 
avec ardeur de la liberté récemment acquise, et il fallait des 
raisons de force majeure pour les empêcher de prendre chaque 
dimanche ce long et mauvais chemin du temple qui, ailleurs, 
s'appelait, d'un « nom prédestiné - » : « le chemin des bannis. » 

Lorsque la maladie grave, le temps affreux ou quelque 
raison exceptionnellement sérieuse les retenait loin d'Ablon, tous 
les protestants parisiens ne pouvaient, comme Casaubon, méditer 
chez eux la Bible en hébreu et en grec, puis les Commentaires 
des Pères et des réformateurs en latin 3 mais tous lisaient alors 
en famille l'Ecriture sainte avec notes explicatives en langue 
française de Calvin et de Bèze — celui-ci encore vivant — . Il y 
avait aussi quelques recueils de sermons imprimés 4 , et surtout 

1. Dédicace de la VIII e décade de sermons, 1648. 

2. Daullé, la Réforme à Saint-Quentin, 2" éd., 1905, p. 232. C'était, depuis 
le moyen âge, le nom que portait le chemin allant de Saint-Quentin à 
Lehaucourt, lieu d'exercice après l'édit de Nantes. 

3. Casaubon écrit à Périllau en nov. 1601 (Bib. h. pr.) : « J'ay à mon grand 
regret laissé grande partie de ma bibliothèque à Montpellier. J'ai peu des 
escrits de Monsieur Calvin et Monsieur de Besze, duquel toutes fois j'ay 
deux N. Test., mais brouillés de ma main. J'ay aussi l'Institution, et puis 
le N. T. de M. Calvin, mais c'est la pluspart de ma consolation lorsque je 
suis privé d'aller à Hablon. Je pense qu'il se treuve icy assez de tels 
livres, i aiant un ou deux marchands qui tiennent des livres de nostre 
religion. » 

4. Dédiant, longtemps après, un recueil de sermons (Sur Vép. aux Colos- 
siens, 1648; à un des notables protestants qui étaient dans la force de 



EXERCICES DE PIÉTÉ DANS LA FAMILLE 175 

les psaumes ; on les chantait (comme au temple d'ailleurs) sans 
accompagnement d'aucun instrument, et encore, pour plus d« 
sûreté, après avoir bien fermé la porte. « Faites, écrivait Du 
Moulin, qu'en vos familles la prière soit comme le parfum du 
soir et du matin. Il faut que vos familles soient des petites Egh - 
ses, et vos maisons comme de petits temples où Dieu est soigneu- 
sement servi 1 . » 

Aux grandes Bibles in-folio publiées en ce temps là est souvent 
joint, avec les psaumes, « l'exercice du père de famille et de tous 
ses domestiques pour prier au matin, devant que de dormir 
etc.. » C'est le cas, par exemple, pour un bel exemplaire, très 
usagé, donné par Du Plessis-Mornay lui-même à sa fille -, avec 
cette inscription : « L'Eternel est la force de ma vie, de qui 
aurai-je fraieur ? » Beaucoup de familles, de toute condition, 
possédaient en outre l'Institution chrétienne, qui jouissait d'une 
autorité dont nous avons peine à nous faire une idée. En 1601 
un auteur catholique, consacrant tout un gros ouvrage à combat- 
tre celui-là, en parle ainsi : « On la considère comme la plus 
belle des perles évangéliques, comme un trésor tombé du ciel. 
Depuis le conseiller de la cour suprême jusqu'aux cochers et aux 
bateliers, tous sont versés dans la théologie calviniste, tous reli- 
sent jour et nuit cette Institution dorée 3 . » 

Pour manifester publiquement leurs convictions religieuses 
les hommes de ce temps étaient prêts à supporter bien des 
voyages pénibles, bien des dépenses, et même bien des dangers. 
Il en était ainsi dans toutes les Eglises. Lorsque le pape, en 1600, 
fit célébrer le jubilé, il se trouva trois cent mille Français « de 
l'un et l'autre sexe » pour aller, par delà les Alpes et les mers, 
jusqu'à Rome 4 . » 

Il fallait un temps d'hiver exécrable pour réduire l'auditoire 
d'Ablon à trente personnes seulement, un dimanche de février 

l'âge au commencement du siècle, Daillé lui parle des « saints exercices de 
piété par lesquels vous vous préparez tous les jours, et où la lecture de ces 
sermons peut treuver lieu. » 

1. Epître à ses fils, en tète de la VIII" Décade de, Sermons, 1648. 

2. Bib. h. prot, et B. h. p., 1852, p. 203. C'est l'édition de la Rochelle, 1606. 
par les héritiers de Hiérosme Hautin : « La Bible etc., item les psaumes cl 
cantiques et aine les prières ecclésiastiques » (maroquin rouge, tr. dorée). 

3. SCHULT1NGIUS, Bibliolbeeiv eatholieie loin. I contra I. Inslil. Joan. 
Caloini ; Cologne, 1601, p. 7 ; cf. II, p. 487, et III, épitre dédicatoire. 

4. Mercure français de 1625, p. 16. 



170 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

1003 ; « encore le ministre, qui estoit Du Moulin, faisoit le tren- 
tième l » Généralement les auditeurs venaient par centaines. 
11 y avait deux prédications les dimanches ordinaires, une le 
matin, une autre après-midi ; un troisième service avait encore 
lieu les jours de sainte cène : à Noël, Pâques, Pentecôte, et en 
septembre -. 

Des motifs très graves étaient seuls capables d'empêcher les 
fidèles d'aller à Ablon ces jours là. Casaubon ne peut retenir à 
Paris sa femme malade : « sa piété lui faisait un devoir impé- 
rieux de s'approcher des saints mystères. » Quand ils commu- 
nient ensemble c'est pour eux « une joie incroyable », « le plus 
grand bonheur qui puisse arriver à un chrétien. » Pour les foules 
qui se rendaient à Ablon les jours de cène nous avons relevé le 
chiffre maximum de quatre mille présences  Noël 1604. Le duc 
de la Force écrit alors à sa femme : « J'y ai mené nos six en- 
fants : Masdurant ' 5 fit la cène avec les autres grands ; M. et 
Mme de Rosny y estoient et nous donnèrent à dîner à M. de 
Rohan et moi 4 . » Ainsi, comme ils avaient leurs bancs plus 
élevés, pour écouter, les « grands » avaient leurs rangs à part 
pour communier : c'était une concession aux usages du temps 
relatifs aux catégories sociales, concession que ne consacrait 
formellement aucun article de la discipline. 

On communiait encore le dimanche qui suivait les grandes 
fêtes. Ainsi le duc de la Force écrit le 2 janvier 1605 : « Madame 
de Rohan a pris son chemin d'Orléans à Ablon, où la cène se fait 
encore aujourd'hui, afin d'y participer, et sera ici à ce soir avec 
Madame la duchesse de Deux-Ponts sa fille. » Et un an plus 
tard il envoie à sa femme ce billet qui montre la piété domestique 
et l'amour de la famille en honneur d'une manière aussi naïve 
chez le grand seigneur que chez le grand savant Casaubon : 
« J'ai eu ces deux jours de fête tous nos petits ; croyez que nous 

1. L'ESTOILE, Journal, p. 344. 

2. Peut-être simplement pour couper l'intervalle trop long entre Pente- 
côte et Noël, peut-être en souvenir de la Saint-Barthélémy précédant le 
premier dimanche de septembre. La sainte Cène est encore célébrée à 
cette époque dans beaucoup d'Eglises réformées de France, et en Suisse les 
jours de jeûne ont également lieu en septembre. 

3. Le quatrième fils, portant le nom d'un village de la paroisse d'Eyraud 
dépendant du duché de la Force (Dordogne). Cf. B. h. p., 1858, p. 308. 

4. Mémoires du maréchal duc de la Fonce, t. 1", p. 387. 



CÉLÉBRATION DES SACREMENTS 177 

faisions beau ménage ; au reste il y a quelques jours que je les 
fis apprendre à danser ; c'étoit à qui mieux mieux à répéter leurs 
passages ; nous vous avons bien souhaité ici, et la grande sœur. 
Je n'ai point voulu laisser aller nos enfants à Ablon faire la cène 
parce qu'elle se fait encore dimanche, et j'espère que nous irons 
tous ensemble 1 . » 

Parfois un jeune solennel était ordonné par le synode. Dès la 
veille, certains fidèles, comme la famille Casaubon, s'abstenaient 
de manger et de boire 2 . 

Un service hebdomadaire qui paraît avoir été célébré, dès 
l'origine, le jeudi :! surtout pour le « catéchisme, » rassemblait 
un nombre d'assistants beaucoup moindre. Il y avait aussi des 
cultes spéciaux pendant la semaine sainte 4 . 

Si le trajet et le séjour à Ablon étaient souvent pénibles pour 
de grandes personnes, combien plus funestes pouvaient-ils être 
pour les enfants qu'on présentait au baptême le plus tôt possible 
après leur naissance. Dans leurs « plaintes » de 1001 les réfor- 
més parisiens évaluent à quarante le nombre des pauvres petits 
voyageurs « misérablement esteints et suffoqués » par suite des 
grandes froidures de l'hiver précédent 5 . On voit Casaubon 
également désireux de faire vite accomplir la cérémonie et 
anxieux des conséquences possibles d'un refroidissement pour 
ses nouveaux-nés. Le douzième de ses enfants — le premier 
baptisé à Ablon — avait déjà plus d'un mois lorsque son père 
put enfin l'y porter : il s'excuse, dans son journal, d'être resté 
quatre dimanches sans faire le voyage (décembre 1000). 

Sully avait moins de scrupules et attendait plus de trois mois 
pour faire baptiser sa fille 6 . La marraine était ici la fille de 
l'amiral Coligny, veuve de Guillaume d'Orange. Dans un autre 
acte c'est Catherine de Bourbon, et le parrain n'est autre que le 



1. Paris, 26 décembre 1605. Mém. de la Force, I, 422. 

2. Ephémérides, 7 des ides de mai 1601. 

3. Casaubon, note Mss. Burney, British Muséum, 366-67. 

4. Ainsi le samedi : voir-ci-dessus (p. 140, n. 1) lettre de Maurice de Lo- 
bera n. 

."). Ci-dessus, chap. IV, p. 104. 

6. « Loyse, fille de Mre Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, et de 
Rachel Cochefllet sa femme, nasquit le 16 de juing audit an 1602, fust bap- 
tisée le XXIX' septembre ensuyvant et présentée par M r Gabriel de Polignac, 
s* de Saint-Germain, assisté de dame Loyse de Coligny, princesse d'Orange » 
{B. h. p., 1872, p. 224). 



178 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

roi lui-même, représenté par le due de la Force 1 . Les baptêmes 
avaient lieu, presque toujours, à Ablon, à la fin du service, 
« devant le dernier chant du pseaume, ou pour le moins avant 
la bénédiction - » 

En certains cas très rares la cérémonie fut célébrée à Paris 
même, au domicile des parents : ainsi P. du Moulin baptise chez 
lui, rue des Marais, le jour même de la naissance, son fils Louis 3 ; 
ainsi encore — c'est le seul autre exemple que nous connaissions 
en ce temps là — également « au faubourg Saint-Germain » 
et dans la mauvaise saison, pour le fils d'un conseiller au Parle- 
ment, M. du Coudray : « auquel baptesme, note l'Estoile, assis- 
tèrent jusques à cent personnes, Sa Majesté leur ayant permis de 
s'assembler pour cet eîïect jusques à vingt ou vingt cinq per- 
sonnes seulement en la plainte et le rapport qu'on luy avoit fait 
que plusieurs enfans qu'on portoit baptiser à Ablon mouroient 
sans baptesme à cause du long et mauvais chemin 4 . » 

§ 5. Diverses catégories de fidèles 

Ces actes de baptêmes d'une part, les minutes de M" François 
d'autre part, sont les documents les plus précieux pour nous 
renseigner sur la composition de l'Eglise de Paris au commence- 
ment du xvn c siècle. Elle se recrute, en somme, dans toutes les 
classes de la société. Il s'y trouve de grands seigneurs qui avaient 
à Paris un hôtel ou un simple pied-à-terre, et souvent une 
maison de campagne et des terres en Ile-de-France ou en Or- 



1. « Henry (Hz de messire de Beringhen, coner du roy et son premier 
valet de chambre, et dame Magdne Bruneau, nasquit le 20 e octobre 1603 et pnté 
au baptesme le XV décembre ensuyvant par M r de la Force capne des gardes 
pour et au nom du Boy, assisté de Madme de Brezolles pour et au nom de 
Madame la duchesse de Bar sœur unique du Boy » (B. h. p., 1872, p. 226). 

2. Le Synode de Montpellier (1598) venait précisément d'ordonner l'in- 
sertion dans la discipline de cette disposition prise au synode de 1583. 
(Discipline, ch. XI, du baptême, art. 15, édition de la Haye, 1760, avec la 
« conformité » etc., p. 378). Les extraits des registres qui ont échappé aux 
incendies de 1871 ne mentionnent pas, sauf une ou deux fois, le lien de la 
céiémonie. 

3. Autobiographie, B. h. p., 1858. p. 341 : cf. registres, ibid.. 1872, p. 264 : 
<■ présenté par M. de Monceaux et damoiselle (L'Hoste) femme de M. de 
l'Estoille. » 

4. L'Estoile, Journal, p. 344, dimanche 23 février 1603. 



DIVERSES CATÉGORIES DE FIDÈLES 179 

léanais, les Bouillon, les Rohan, les la Trémoïlle l , les Cler- 
mont-Gallerande, les Chàtillon, entre autres la princesse d'Oran- 
ge '-. La noblesse des diverses provinces a de nombreux repré- 
sentants : les Aumale de Heucourt, Ruvigny, Pas-Feuquières, 
Pape de Saint-Auban, Matignon, etc. :! . De hauts fonctionnaires 
appartiennent surtout à l'administration des finances : Claude 
Arnaud, trésorier général de France, Hilaire L'Hoste, commis au 
contrôle général des finances, Bizot, contrôleur général des 
gabelles, Thomas Turquen, général des Monnaies, Soffrey de 
Calignon, chancelier de Navarre, Massicault de Beaumont, 
commissaire ordinaire de l'artillerie, Jean Erarcl, ingénieur du 
roi. 

Au premier rang de ceux qui viennent fidèlement au temple 
d'Ablon, quand ils sont en séjour à Paris ou dans le voisinage, 
il faut nommer les députés généraux, choisis, dès la première 
assemblée tenue après l'Edit (1601) « pour poursuivre conjoin- 
tement au nom de toutes les Eglises tout ce qui concernait le bien 
général et particulier de chaque province 4 . » Leur rôle était donc, 
sur certains points, analogue à celui que jouaient dans l'Eglise 
catholique les agents généraux du clergé 5 . L'un était noble, l'autre 

1. En 1603 « très hault et très puissant prince Mgr Charles de la Tré- 
moille, duc de Thouars, pair de France, prince de Talmont, » était logé 
« en la cour du riz, » près la rue Saint-Honoré. Il fait un bail à Paul de 
Cugnac, chevalier seigneur du bourg de Jumonville, demeurant à Bichar- 
ville, de présent à Paris, rue de la Huchette » (Min. François, 1603, p. 62>. 

2. De 1600 à 1606 elle réside fréquemment à Paris, et aussi à Château- 
renard près Montargis. Le 7 juin 1600 elle écrit à la duchesse de la Tré- 
moille sa belle-fille que sa maison des champs à Lierville en Beauce est 
« en si mauvais état » qu'elle n'y peut aller. « Il faut faire refaire tout le 
bas du logis à cause qu'il y a eu tout cet hiver du bétail qui l'a tellement 
gâté et empuanti que c'est pitié » (chartrier de Thouars ; extraits dans le 
B. h. p., 1871, p. 495). 

3. Le 24 mai 1599 Anne de Matignon, veuve d'Olivier de Maridor, sieur 
de Vaulx (dans le Maine), fait son testament à Paris.. Elle était la sœur 
du très catholique maréchal de Matignon et la mère de la « dame de Mont- 
soreau » célèbre par le guet-apens de 1579. Ancienne dame d'honneur de 
Jeanne d'Albret elle se trouve très naturellement de temps à autre à Paris 
jusqu'au moment où Catherine de Bourbon, une fois mariée, quitte la capi- 
tale. Son testament, que renferment les archives de Mme la marquise de 
Courcival, a été publié par M. L. Mouton dans le B. h. p., 1910, p. 417. 

4. Ano.uf.z, Hisl. des <iss. polit., 1859, p. 208. 

5. Les agents généraux du clergé, dont la nomination avait été réglée 
par l'assemblée du clergé de Melun en 1579, étaient nommés d'abord pour 



180 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

de robe longue ou d'autre qualité. Ce furent d'abord Gabriel de 
Polignac, sieur de Saint-Germain-de-Clan, de Monroy et de Com- 
porté, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, conseiller en 
ses Conseils d'Etat et privé, originaire de la Saintonge 1 , et Josias 
Mercier, c'est-à-dire un représentant de l'Eglise de Paris. 

Les affaires pour lesquelles ils ont à intervenir sont souvent 
portées devant la Chambre de l'Edit instituée au Parlement de 
Paris par l'article XXX de V « Edit » dont elle porte le nom. 
Elle comprenait un président et seize conseillers, dont six pro- 
testants. Leur présence à Paris était pour les réformés une des 
meilleures garanties de sécurité. Ils devaient occuper une place 
très en vue dans l'Eglise, même en prenant cette expression au 
pied de la lettre, car ils avaient sans doute un banc réservé dans 
le temple d'Ablon. 

L'assembée politique de Saumur 2 avait le 27 décembre 1599 
transmis une première liste de trois noms à son représentant à 
la cour M. Jean du Coudray. C'étaient MM. Garrault 3 , Jacques 



deux ans, puis pour cinq. « Le poste d'agent général devint un ministère 
des affaires ecclésiastiques au petit pied » (Alf. Maury, les Assemblées du 
clergé, 1879, chap. II). 

1. B. h. p., 1898, p. 317. 

2. Anquez, Hist. des ass. polit., p. 202. 

3. La France prot., 2 e éd., t. VI, ne lui consacre aucun paragraphe, mais 
ailleurs (t. V, col. 654) elle mentionne « le conseiller Garraut » comme un 
des Orléanais condamnés par le Parlement en 1562 comme hérétiques, ainsi 
que « Antoine, François et Anthoine Garrault, marchans et bourgeois. » 

François Garrault, sieur de Gorges, conseiller du roi et général en sa 
cour des monnaies, a publié en 1579 à Paris « chez la veufve Jehan Da- 
lier » un in-8° de 22 ff. intitulé : Des mines d'argent trouvées en France, 
dont un exemplaire figurait dans la bibliothèque du baron Pichon (Catalo- 
gue de 1897, n" 232), et 1585 à Paris chez Sébastien Nivelle une « Ré- 
duction et avaluation des mesures et poids anciens du duché de Relhe- 
lois à mesures et poids royaux (91 p. in-4°) dont un exemplaire figu- 
rait dans la bibliothèque de M. J. B. Brincourt (Catalogue, Paris, Paul, 
1909, n° 459). Il portait la signature autographe de F. Garrault. 

Marie Garrault avait épousé en 1558 Nicolas Bigot de la Honville. (Fr. 
pr., II, 553) ; elle est marraine d'Isaac du Candal en 1602 (ib., V, 607) et 
meurt peu après (Cf Ephémérides de Casaubon, citées ci-après chap. VII, 
§ 3, II). Une autre Marie Garrault est marraine d'H. Vallée en 1625 (B. h. p., 
1872, p. 324). Gédéon Garrault était en 1603 commis à la recette des taxes 
d'hérédité levées sur les officiers des gabelles. Un arrêt du conseil d'Etat du 
8 juillet est relatif à son cautionnement (Archives nat., E 5b, fol. 25). 



CONSEILLERS AU PARLEMENT 181 

Chalmot, sieur du Breuil, de la Tour et de Bois-Vasselot l , et 
Pierre Berger, avocat au Parlement de Paris, désigné par la pro- 
vince de l'Ile de France -. On leur adjoignit en février 1600 du 
Coudray lui-même '■'•, et en mars MM. Godefroy, autre avocat au 
Parlement de Paris, que le roi désirait particulièrement voir 
nommé 4 , et Daniel de Chandieu 5 , désigné par le synode provin- 



1. Précédemment avocat à Saint-Maixenl (Fr. prot., 2" éd., t. III, 
col. 1011). 

2. Parrain d'un frère cadet de P. du Moulin en 1570 (B. h. p., 1858, p. 172), 
il épousa une trentaine d'années plus tard Marie Bochart dont le frère a 
épousé Mlle du Moulin (Fr. prot., t. II, col. 328 et 648). Un arrêt du con- 
seil d'Etat du 28 février 1608 approuve la résignation faite par lui en faveur 
de son fils (Arch nat. E 16a, fol. 265 et ms. fr. 18173, fol. 97). Sa conversion 
au catholicisme fut l'objet de grandes discussions après cette époque dans 
le parlement et les Synodes. 

3. Jean Rochelle, sieur du Coudray (près Pérignj', Charente-Inférieure I, 
est le fils d'un maire de la Rochelle, lui-même échevin et député de la 
ville à l'assemblée de Châtelleraut, qui l'envoie remercier le roi d'avoir 
signé l'édit de Nantes (B. h. p., 1898, p. 322) ; en mars 1599 inversement il 
porte « à Messieurs les pasteurs du Consistoire de La Rochelle une lettre 
du roi faisant entendre le soin pris pour la vérification de l'Edit » (Lettres 
missives d'Henri IV, t. V, p. 99). Il fut député général jusqu'au moment 
(juillet 1600) où il devint conseiller au Parlement de Paris. Nous ne savons 
s'il est parent d'un du Coudray qui dès 1595 figure sur les registres de 
l'Eglise de Paris. En 1608 (ib., p. 265), Jean du Coudray est parrain ; cette 
même année son collègue protestant Rullion et M. de la Noue se réunissent 
chez lui pour examiner une affaire concernant Charnier (Journal de ce 
pasteurs, B. h. p., 1853, p. 433). E. Renoît {Hist. de l'Edit, I, II, p. 111) dit 
que " chaque année, au temps des vacations, il faisait un voyage à La Ro- 
chelle, dont il était échevin » (1612). Sur le baptême de son fils à Paris en 
1003, voir ci-dessus et Fr. prot., V, 655. 

4. Denis Godefroy « advocat au Parlement de Paris et professeur aux 
lois, R. D. G. » (bourgeois de Genève ?) se trouvait à Genève en mars 1584 
lorsqu'il écrit dans l'Album de J. Durant (B. h. p., 1863, p. 229). On lui 
attribue, entre autres ouvrages anonymes, la « Maintenue et Défense des 
Princes souverains et Eglises chrestiennes, contre les attentats, usurpations 
et excommunications des papes de Rome (in-8°, s. 1., 1592), et » Pape con- 
trorolé, où se preuve que de toute ancienneté la jurisdiction ecclésiastique 
a appartenu aux Roys et magistrats, » avec une préface au duc de Bouillon 
(A Leyde, par Hendrick Rodouerdeu. 1603, in-8") ; M. A. Claudin pensait 
que ce livre avait été réellement imprimé à Sedan, par J. Salesse — comme 
le précédent (Catalogue de la bibliothèque J. R. Rrincourt, Paris, Paul, 
1909, p. 13). II se peut aussi qu'il ait été imprimé à Paris même par un 
des imprimeurs protestants dont nous parlerons ci-après (II e p., ch. V, § 3). 

5. Sur la famille dauphinoise des Chandieu voy. B. h. p., 1890, p. 271-282. 
C'est au château féodal de ce nom, à l'est de Lyon, sur les bords du Rhône, 
que les protestants lyonnais sont allés, pendant quelques temps, notamment 



182 l'église réformée DE PARIS SOIS HENRI IV 

cial de Jargeau. Godefroy fut remplacé bientôt par M. de Bullion, 
d'une très ancienne famille d'Auvergne ] apparentée aux Lamoi- 
gnon et aux Sillerv à Paris, aux Anjorrant (de Glaye) et Brosses 
à Genève 2 . 



de 1597 à fin 1600 (B. h. p., 1863, p. 484) assister au culte : Casaubon s'y rend, 
au cours d'un voyage, le 2 janvier 1600 (Ephémérides). Les armes des Chan- 
dieu étaient : de gueules au lion d'or armé et lampassé d'azur, et leur de- 
vise : » Pour l'éternité ! » Daniel de Chandieu, né en 1574 (B. h. p., 1888, 
p. 409), était l'un des treize enfants d'Antoine de Chandieu, pasteur de 
Paris en 1555 et ensuite l'un des aumôniers d'Henri IV. Jean, l'aîné, fut 
commissaire pour l'exécution de l'édit en Auvergne (B. h. p., 1898, p. 442). 
Daniel était en pension à Heidelberg auprès de Toussaint, le beau-frère de 
Couët, en 1588 {ibid., 1888, p. 621). Inscrivant quelques lignes à la fin du 
journal de son père après la mort de celui-ci (1591), il priait Dieu de faire 
les enfants « héritiers de la piété, de la foi et de la droiture paternelles » 
(B. h. p., 1888, p. 635). En 1601 il habitait » rue de la Harpe en la maison 
de la Croix-Blanche », et possédait en Beauce la seigneurie de Folleville 
au sujet de laquelle il fait en juillet 1601 une transaction avec François de 
Balzac, bailli d'Orléans, seigneur d'Entragues et de Marcoussis (Répertoire 
des minutes de M e Richard Bourgeois, auj. dans l'étude de M e Démanche ; 
cf. en septembre 1601 une procuration de D. de Chandieu). 

1. La terre de Bullion, d'où cette famille tirait son nom d'après la 
Noblesse d'Auvergne, était « près de Maringues en Bourgogne. » Au point 
de vue des circonscriptions territoriales de l'Eglise réformée, l'Eglise de 
Maringues dépendait aussi du colloque de Châlon (Naef, la Réforme en 
Bourgogne, éd. Claparède, p. 126). Maringues (arr. de Thiers) fut désigné 
comme lieu d'exercice de la sénéchaussée de Riom par les commissaires 
Frère et Chandieu en septembre 1603 (B. h. p., 1898, p. 442). Cette localité 
appartenait au duc de Bouillon. 

Bullion est aussi le nom d'un village de Seine-et-Oise (canton de Donr- 
dan nord). Précisément <■ à cause de la similitude du nom et pour agran- 
dir ses fiefs de Bonnelles et des Carneaux, » Cl. de Bullion acheta cette 
seigneurie vers 1611 (Wideville [par le comte de Galard], 1874, in-4°, p. 26, 
n. 1). Les armes qu'on voit en plusieurs endroits de l'église de ce village 
sont celles des Bullion : écartelé au 1 er et au 4 e d'azur au lion d'or, issant 
de trois ondes d'argent, au 2 e et 3 e d'argent à la bande de gueules accom- 
pagnée de six coquilles de même, trois en chef et trois en pointes, qui est de 
Vincent. 

2. « Ung nommé Bullion, seigneur de Laj'et » (La3 r e) figure sur la liste 
des huguenots de Lyon et environs dont les biens sont confisqués en 1568 
par ordonnance royale (Fr. prof., 2" éd., t. I, col. 280). Etait-ce Claude de 
Bullion secrétaire du roi en 1567 (Wideville, p. 26), conseiller au parlement 
en 1575 (M. de Boislisle, t. I, p. 104, n. 5, des Mémoires de Saint-Simon, le 
cite en même temps qu'un autre nommé également Claude), ou était-ce Jean, 
sieur d'Arny, qui avait épousé Charlotte de Lamoignon ? Les deux 
filles de celui-ci épousèrent des protestants : l'une, Françoise, née en 1571, 
Pierre Anjorrant, conseiller au parlement de Bretagne (Fr. prot., 2 e éd., II, 



CONSEILLERS AU PARLEMENT 183 

D'ailleurs, à cette époque intermédiaire entre les xvi" et xvn" 
siècle où les membres de tant de familles avaient opté les uns 
pour une Eglise, les autres pour une autre, plus d'un haut magis- 
trat catholique était apparenté à des réformés : ainsi le président 
J. A. de Thou, le grand historien, avait épousé à minuit « pour 
éviter la foule J » une personne fortement suspecte d'hérésie, 
Marie de Barbançon, petite-fille de cette dame de Cany qui avait 
été la correspondante assidue de Calvin -. 

II y avait à cette époque, dans l'Eglise de Paris, comme nous 
l'avons remarqué à propos des anciens, un certain nombre d'avo- 
cats au Parlement (citons encore Benoît Perrin, Auguste Gal- 



267) et en deuxièmes noces Pierre Haste ou Hatte, sieur de Saint-Marc, con- 
seiller au parlement de Paris ; elle mourut en 1654 (Fr. prot., 2 e éd., t. III, 
col. 393) ; sa sœur Marthe de Bullion épousa Pierre de Brosses, docteur es 
droits à Genève (ibid., col. 211). 

Leur frère Pierre de Bullion, seigneur de Laye (époux de Marie Hatte ou 
Haste) était conseiller au parlement en 1618 lors du baptême de leur fille 
Marie fait à domicile par du Moulin (B. h. p., 1872, p. 318). Est-ce de lui 
(et non de Claude comme le dit la n. 3, p. 299 du B. h. p. de 1853) qu'il 
s'agit en 1607-1608 dans le Journal de Chamier à Paris (ib., p. 301-319 ; 
433-435), en 1609 dans une lettre de Candolle (B. h. p., 1856, p. 447) ? Est-ce 
à lui qu'est adressé un faire-part de la mort de Bèze en 1605 (Bib. nat., Mss., 
coll. Dupuy, vol. 415, f° 221, cf. vol. 348, f° 220) « à M. le Coner de Bul- 
lion » ? 

En tout cas le plus connu des membres de la famille ne parait pas être 
resté protestant, s'il l'a été d'abord : c'est Claude de Bullion, maître des 
requêtes en 1605, puis président aux enquêtes, garde des sceaux et enfin 
surintendant. Elevé à Basville dans la famille Lamoignon il épousa Angéli- 
que Faure dont la mère était sœur du chancelier de Sillery. Il s'intitulait 
seigneur de Bullion, Bonnelles, Esclimont, Panfou, Villiers, baron de 
Maule, marquis de Gallardon, Montlouët et Long-Chêne (cte de GALARD, 
Wideviile, p. 13) : ces trois dernières localités renfermaient beaucoup de 
protestants (aujourd'hui en Eure-et-Loir). 

1. A Saint-André-des-Arcs, en 1587 ; elle y fut enterrée en 1601 (Fr. prot., 
2" éd., t. I, col. 770). 

2. « Quoique le père et la mère de la demoiselle, qui avoient autrefois 
esté protestants, fussent rentrés depuis longtemps dans le sein de l'Eglise 
avec leurs enfants [c'est une erreur, remarque la France protestante, loe. 
cit.: le père était mort bon huguenot à la bataille de Saint-Denis', on 
voulut cependant lever jusqu'au inoindre doute cl on fit examiner la demoi- 
selle en particulier par Arnaud du Mesnil, archidiacre de Bric et grand 
vicaire de l'évêque de Paris, qui la confessa et lui donna ensuite l'absolu- 
tion » (Note de Nicolas Rigault, rédacteur des Mémoires de J. A. de Thou). 
Voir ci-après, III" partie, chap. IV, p. 464. 



184 l'église réformée de paris sors henri iv 

land *, Isaac Arnauld -, Thomas Petit) ; des avocats au conseil 

privé, comme Gédéon de Serres du Pradel ; des secrétaires du 

roi : du Candal :! , Jean Pâlot 4 , Paul Petau 5 ; des conseillers 
du roi : Daniel de Launay. 

Il y a beaucoup de gens de l'entourage immédiat du roi : « Je 
me lie, disait-il alors, plus en eux pour ce qui est de ma bouche 

1. Père de celui dont parle la Fr. prot., 2° éd., t. VI, col. 802. La Biblio- 
thèque nationale (ms. fr. 23049, fol. 1 et suiv.) possède un <• Estât des biens 
du roy Henri IV lors de son advènement à la couronne, origine et suite 
des princes de Béarn, souveraineté de Béarn, par Auguste Galland, » datant 
de 1607. 

2. Par testament fait à Paris le 24 mai 1599 Anne de Matignon, veuve 
d'Olivier de Maridor, nomme exécuteur testamentaire « maistre Isaac Ar- 
nauld, advocat en parlement » et lui donne « en considération de ceste 
exécution la somme de cinq cens escus » (B. h. p., 1910, p. 419). 

3. Isaac du Candal, qualifié « conseiller notaire et secrétaire du roy » 
en 1604 (B. h. p., 1872, p. 263) est, je pense, le même « seigneur de Fonte- 
nailles, conseiller et secrétaire du roi, maison et couronne de Navarre », 
auquel Daillé dédie en 1648 deux volumes de Sermons sur l'épître aux Colos- 
siens (Charenton, L. Vendosme, in-8°). « Dieu, lui dit-il, vous a conduit à 
une honorable vieillesse où peu de personnes parviennent ; dans l'iné- 
galité des saisons et la diversité des affaires, le Seigneur vous a toujours 
rendu agréable et à ceux du dedans et mesmes à ceux du dehors. » C'est par 
erreur que la Fr. prot., 2 e éd., t. V, col. 608, lui applique un acte de décès 
de 1635 (B. h. p., 1863). Fontenailles est en Brie (canton de Mormant). 

4. Commis à la recette et distribution des sommes accordées aux protes- 
tants par le roi. Le 9 octobre 1597 Henri IV écrit à Rosny : « Ayant cy de- 
vant esté parlé du faict de Pâlot, j'ay remis ceste affaire à vous, estant bien 
aise qu'il demeurast en ceste charge, puis mesme qu'il en avoit la commis- 
sion. Depuis j'ay apprins que ceulx de la religion consentent qu'il l'exerce, 
pourveu qu'il commence seulement ledit exercice l'année prochaine.... Mon 
intention est que Pâlot l'exerce dès cette année affin que la distribution 
se face selon mon vouloir et que je sache à qui m'en prendre s'il y a du 
deffault » (Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 45). Ces questions financiè- 
res étaient naturellement le sujet de nombreuses contestations, et il 
est souvent question de Pâlot dans les actes des Synodes généraux et dans 
les arrêts du Conseil d'Etat : p. ex. 5 août 1603 (sur la requête des protes- 
tants de Guyenne) ; 15 juillet 1604 (à propos de 15.750 livres restant dues 
à Pâlot) ; 10 mars 1605 (suppression de l'office de receveur triennal des 
finances à Limoges) ; Arch. nat. E 5b, f. 118 ; E 6b, f. 94 ; E 8b, f. 39 ; E 9c, 
f. 9; EO, f. 67; cf. E 10a, f. 204 et E 10b, f. m (1606); E 12a, f. 249 (1607; E 23b, 
f. 10 (5 sept. 1609 : procès contre la veuve de Jacques Doulcin, François 
Parain, grenetier à Vendôme, et Liger Parain) ; Bib. nat., ms. fr. 18202, 
fol. 327 (arrêt du 26 déc. 1624). 

."). Il demeure en 1603 rue Saint-Nicolas du Chardonnet (Min. François, 
1603, n" 360 ; cf. 1605. n" 226). 



PERSONNES DE L'ENTOURAGE DU ROI 185 

et service particulier de ma personne qu'en tous ceux de ma reli- 
gion 1 . » Voici donc son premier médecin d'Ailleboust, Théodore 
Turquel, sieur de Mayerne - qui faillit avoir aussi ce titre :! , plu- 
sieurs autres, « médecins ordinaires du roi » : Paul Le Maistre, 
François Pena 4 ; Antoine de Loménie, secrétaire du cabinet du 
roi, Benjamin Aubery du Maurier « prévôt ordinaire de la cham- 
bre du roi •"', » Pierre de Beringhen ,! , premier valet de chambre, 
Mantelet, gentilhomme ordinaire de la chambre. 



1. Mémoires de Sully, t. II, p. 135. 

2. Mayerne est près de Genève où Tnrquet était né en 1573 et avait été 
filleul de Bèze. Venu à Paris vers 1597 « il s'attacha avec chaleur à la pra- 
tique de la chymie, étude fort décriée en ce tems là et fort odieuse aux 

médecins ; la faculté de médecine lança un décret d'interdiction contre 

lui ce qui n'empêcha point que Mayerne ne fût appelé à la cour et n'y 
obtînt une place de médecin ordinaire d'Henri IV » (Bayle, Dictionnaire, 
t IV, éd. de 1734, p. 57). Le roi l'avait d'ahôrd donné à Henri de Rohan 
pour l'accompagner dans ses voyages ; à son retour vers 1600 « le roi 
promit de lui faire beaucoup de bien s'il eût voulu changer de religion, lui 
mettant à dos le cardinal du Perron et autres ecclésiastiques » (ibid., note 
rectificative de Minutoli). 

3. L'Estoile (Journal, p. 529), ajoute ce curieux renseignement sur le 
peu d'appui donné par Sully à certains coreligionnaires : « On en parla à 
M. de Sully, lequel fist responce qu'il avoit fait serment de ne jamais par- 
ler au Roy de médecin ni de cuisinier. » 

4. Il avait été à Genève « compagnon d'estude et bon ami » du pasteur 
J. Merlin qui le retrouve à Saumur en 1596 (Diaire publié par M. Gaberel, 
Hist. de l'Egl. de Genève, II, 182) ; il fut enterré à Paris en 1626 (B. h. p., 
1863, p. 278). En 1605 il demeurait « rue de la Monnoye, paroisse St-Germain 
l'Auxerrois » (Voir nos Pièces justif., Min. François, 1605, n° 374). 

5. Min. François, 1602, p. 77 : (il était alors, nous le savons d'autre part, 
chargé d'affaires du duc de Bouillon) ; domicilié rue du Cimetière, paroisse 
Saint-André (auj. Suger) il achète à la veuve de B. Androuet du Cerceau 
une place « cy devant hastie et construite en maison, et ruynée pendant les 
troubles », « rue du Coulomhier sur les fossez de l'Abhaye de St-Germain 
des Prez. » En 1603 il demeure rue Saincte-Croix de la Bretonneric (Min. 
François, p. 72). 

6. Bellinghen (ainsi qu'on écrit généralement au XVII e siècle) est en Bel- 
gique, à cinq kilomètres de Hal et dix d'Enghien, dans le Brahant, à la 
frontière du Hainaut. Un « traité des familles de Paris » (Bih. de l'Arsenal, 
ms. n° 5035) dit Pierre I de Beringhen « originaire du pays de Cleves » 
et mari de Jeanne de Williez. Leur fils, dont il est ici question, Pierre II. 
avait épousé Madeleine Bruneau et devint seigneur d'Armainvilliers (près 
Gretz, Seine-et-Marne). Sur ses « ingénieuses » inventions en campagne 
(1595) cf. d'AuBiGNÉ, Hist. univ., éd. de Ruble, t. IX, p. 100. Il demeure en 
1603 « en son hostel rue Fresneval » près du Louvre (Min. François, n" 83) 
et traite de nombreuses affaires industrielles et commerciales, minières et 



18() L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

Il y a aussi des gens attachés au service de maison princières, 
ou de seigneurs de moindre importance : Diogène de Chainail- 
lard, maître d'hôtel de la princesse d'Orange, Nicolas Gamaud, 
« escuier de cuisine » du prince de Condé, Pierre Mouzot, servi- 
teur du seigneur de Claye. 

A côté d'artistes célèbres : Bunel, peintre du roi, les Androuet 
du Cerceau, dynastie d'architectes, Barthélémy Prieur, sculp- 
teur i, Claude Le Jeune « compositeur ordinaire de la musique 
du roi -, » on trouve un « maître enlumineur, » Thomas Pelle- 
tier ; un « maître émailleur en terre, » Daniel Cattier :! ; des arti- 
sans : Jehan Bachelier, passementier, Jehan Sibonin, rubanier, 
Jehan Martin, maître menuisier ; des « marchands » : Jehan Mo- 
lard, marchand tisserand, Claude Salomon, marchand bonnetier, 
Pierre Baudry, marchand peignier, Baudoin Bâcles, marchand 
lapidaire, Béliard dit Belial, orfèvre. 

Il est assez remarquable que les protestants parisiens, hommes 
et femmes du peuple, portent en général des prénoms tout ordi- 
naires, ne les distinguant point à première vue de leurs conci- 
toyens catholiques, alors que, dans beaucoup d'Eglises de pro- 
vince, les prénoms bibliques parfois les plus singuliers étaient 
préférés par les huguenots. 

On peut observer aussi le très petit nombre d'étrangers dent 
les noms figurent, pour ces premières années du siècle, dans les 
actes conservés : un seul prince : le comte Henri de Nassau ; un 
seul ambassadeur : celui d'Angleterre ; et comme simple parti- 
culier, un seul Suisse. Plus d'un réfugié devenu « bourgeois de 



autres (ibid., 1603 : 171, 264, 266, 397, 398, 400, 456, 457, etc. ; 1604 : 9, 70, 
71 ; 1605 : 74, 444, etc). Nous avons signalé ci-dessus le baptême de son fils 
Henry en 1603, avec le roi pour parrain. 

1. Voir ci-après, p. 337, le chapitre : Part des protestants dans la res- 
tauration de Paris. 

2. Le célèbre « Claudin » fut enterré dès 1600 au cimetière de la Trinité 
(H. h. p., 1863, p. 275). Sa sœur a publié à Paris en 1606 chez P. Balland un 
in-4° de 36 p. renfermant vingt-sept œuvres de son frère : « Taille, psau- 
mes en vers mesurés, mis en musique à 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8 parties, par Cl. Le 
Jeune, natif de Valenciennes, compositeur de la chambre du roi. » L'ou- 
vrage est dédié à Odet de la Noue. Sur un exemplaire annoté par d'Aubigné 
cf. li. h. p., 1852, p. 207. 

3. Il demeurait en 1606 •< sur les fossés d'entre les portes de Bussy et de 
Nesle » au moment de son contrat de mariage (Min. François, 1606, n° 64) 
avec Marie Greban. Le mariage devait être célébré •< au plaisir de Dieu et .ri 
face de son Kglise. » 



DIVERSES CATÉGORIES DE FIDÈLES 187 

Genève » au temps des troubles, comme le pasteur La Faye, 
Godefroy, etc., s'est hâté de revenir habiter Paris dès qu'il l'a pu. 
Les rares « altesses » étrangères qui viennent au prêche d'Ablon 
sont des femmes restées aussi françaises qu'il est possible : nous 
avons déjà cité la princesse douairière d'Orange une Chàtil- 
l on — ; la duchesse de Deux-Ponts — une Rohan - - avait d'ail- 
leurs trouvé, suivant l'expression de son frère « une cour demi- 
française, mais un prince tout entièrement Français i. » 

Dans les divers milieux sociaux on a ainsi, à Ablon, une excel- 
lente occasion d'apprécier la part considérable prise par les pro- 
testants parisiens et autres dans l'extension de l'influence fran- 
çaise à l'étranger. 

En même temps, la reprise des affaires après l'Edit de Nantes 
et la paix de Vervins attire à Paris, en nombre toujours plus 
grand, des commerçants venus des pays voisins, parmi lesquels 
se trouvent des protestants. Par exemple Pyrame de Candolle, 
d'une famille provençale fixée à Genève, qui traite en 1605 à Paris 
diverses affaires de banque, d'imprimerie, etc. -. 



1. Mémoires de Saint-Simon, éd. de BoTslisle, t. V, p. 215, n. 4 ; Catherine 
de Rohan, née en 1578 et morte en 1607, épousa le 28 août 1604 Jean II, 
duc de Bavière à Deux-Ponts. Voir ci-dessus p. 48 et ci-après 2" partie, p. 486, 
à propos du pasteur S. Durant. 

2. Son père lui avait fait promettre, dans une même phrase de son testa- 
ment, d'être fidèle à la religion réformée, de résider à Genève, « et en 
icelle continuer l'état de faire draps ou serges. » (Fr. prot., 2 e éd., III, col. 695). 
Ayant fondé cependant une grande maison d'imprimerie et de librairie, 
Pyrame achète le 10 juillet 1605, comme fondé de procuration de David 
Douceur, la maison de feu Jean le Royer, imprimeur du roi, « à l'enseigne 
du Pot d'Etain, précédemment de la Limace, sise à Paris, rue St-Jacques, 
vis-à-vis de l'église St-Yves, au coing de la rue aux Noyers » (ibid., notice 
XX, 173, par E. de Monthouz), c'est-à-dire sur l'emplacement du boule- 
vard Saint-Germain devant le théâtre Cluny. 

Nous avons trouvé trace d'un voyage précédent : dès 1603 Candolle a 
traité avec « M. Jehan Menjot, procureur en la Chambre des comptes, de- 
meurant rue des Deux Portes » qui lui a prêté 1.800 livres (Min François, 
1603, n° 260). En janvier 1605 au contraire un prêt à intérêt de 1.200 livres 
est fait « à Calixte Musnier, praticien à Paris, demeurant place Maubert » 
par « honorable homme Piramme de Candolle, marchand bourgeois de la 
ville de Genève, logé rue Saint-Jacques » (Min. François, 1605, n° 18; 
cf. n° 28 autre affaire concernant Candolle). 



188 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 



CHAPITRE IV 



LA LUTTE POUR LA VIE 



S 1. Les nouvelles recrues. - — Païens et musulmans. — Juifs. — Catholi- 
ques. — Influence exercée par la Réforme française sur l'Eglise romai- 
ne. — La lecture de la Bible. — Une prière transplantée. - — Puissance 
d'expansion conservée par la Réforme sous Henri IV. — Abjurations de 
prêtres, de moines, de laïques : Maupeou, etc. — Réintégrations. — 
Certificats. — - Intensité du prosélytisme. 

§ 2. Les défections. — P. Cayer n'a pas d'imitateur parmi les pasteurs. — 
Laïques : Michel Mercier ; Sainte-Marie-du-Mont ; Canaye ; Guy de 
Laval. 

g 3. Les principaux adversaires. — Les capucins. — Agressions et mesures 
de police. — La chanson de la Vache à Colas. — Recrudescence de trou- 
bles. -- Le rappel des jésuites. (1604). — Le P. Coton. — Son grimoire. — - 
L'Assemblée du clergé et la caisse des pensions. 



§ 1. Les nouvelles recrues et l'influence protestante 

A ces familles protestantes françaises, et quelques unes 
étrangères, viennent se joindre à Ablon des prosélytes d'origi- 
ne diverse, quelques païens même : ainsi en 1603 on baptise 
« un catéchumène Indien de naissance après qu'il eut rendu 
raison de sa foi x ; » en 1604 c'est « un Turc âgé de quarante 
ans ou environ, tenu par M. de Rosni qui le nomma de son nom 
Maximilien 2 . » Nous avons déjà vu un More et une Moresse 
mariés à Paris par Du Moulin. Ces conversions de musulmans à 
l'Eglise réformée seront bientôt interdites après l'expulsion en 
masse des Morisques d'Espagne : on n'admettra plus en France 
que ceux qui voudraient faire profession de la religion catholi- 
que :! . Mais au commencement du règne d'Henri IV la liberté 
éiait beaucoup plus grande à cet égard. 

1. Casaubon, Ephémérides, p. 506. 

2. L'Estoile, Journal, p. 381 (26 décembre 1604), cf. registres, B. h. p., 
1872, p. 263. 

3. Ordonnance du 22 février 1610, dans le Mercure de France de 1610 
(éd. de 1627), p. 9-10. Cela n'empêche pas les conversions de se produire 
plus tard encore. Cf. E. Renoît (Hisl. de VEdit, I, n, 229) à propos d'une 
décision du synode de Vitré (1617). 



LES NOUVELLES RECRUES 189 

On baptisa aussi à Ablon des Juifs, par exemple un homme 
d'environ trente-cinq ans, « Abraham » Ariel, auquel ce prénom 
est conservé K La conversion des Juifs était précisément la prin- 
cipale préoccupation d'un protestant qui, en allant à Ablon, se 
noya à Choisy-le-Roi en 1603. Il se nommait Frégeville et pour 
réaliser sa « noble tâche » avait séjourné à Francfort et à 
Venise. C'était un ami tout à la fois de Casaubon et de l'Estoile -. 

De ces baptêmes d'adultes est à rapprocher celui d' « un jeune 
homme âgé de vingt-cinq à vingt-six ans qui n'avoit encores esté 
baptisé, pource que son père et sa mère estoient anabaptistes-. » 

Ces adhésions montrent l'Eglise réformée de Paris exerçant 
une puissance d'attraction sur des individus appartenant à des 
milieux très divers ; mais il ne s'agit là que d'individus isolés, 
pour ainsi dire déracinés. Infiniment plus nombreuses et plus 
importantes sont d'autres adhésions à cette Eglise protestante 
qui était une minorité proportionnellement considérable, mais 
enfin une minorité : ce sont celles qui proviennent de compa- 
triotes et concitoyens sortant de la majorité catholique au milieu 
de laquelle vivaient les réformés. 

Encore le nombre de ceux qui font le pas décisif et changent 
d'Eglise est-il peu considérable, comparé à la quantité d'esprits 
indépendants et cultivés qui, au sein de l'Eglise romaine, ont 
subi inconsciemment l'influence des idées nouvelles. Le catho- 
licisme français doit certainement au voisinage du protestan- 
tisme une largeur qui ne se retrouve pas ailleurs et qui prévaut 
quelque temps en France, surtout à Paris dans le voisinage de 
Henri IV et de Sully, en certains milieux catholiques, au com- 
mencement du xvii e siècle. 

Ainsi on lisait la Bible dans beaucoup de familles catholiques 
de la capitale, en dépit des prescriptions du concile de Trente, et 
le pasteur parisien Drelincourt écrira à ce sujet : « Si ces règle- 
ments ne s'observent point en France, ce n'est pas que Rome ait 
changé ses lois, mais c'est que plusieurs François ont secoué ce 
joug et que leurs plus sages conducteurs le trouvent insupporta- 

1. Registres, 16 juillet 1603 (/*. h. p., 1872. p. 225 ; 1891, p. 351 : cf. l'Es- 
TOILE, Journal, p. 353, à cette date. 

2. Ephémérides, p. 512 ; .Journal, p. 356. 

3. Registres, 23 janvier 1600 (li. h. />., 1891, p. 350). 

13. 



190 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

ble. Qui plus est cela n'est arrivé que depuis le tems bienheureus 
de la Réformation. De sorte que cens de la communion de Rome 
qui vivent en ce royaume nous oui l'obligation de ce que cette 
sainte lecture leur est permise ] . » 

Sur d'autres points encore nous pouvons constater ce qu'on 
a appelé avec raison « une réelle infiltration protestante dans la 
piété catholique française, par un christianisme sincère et de 
droite pénitence tel que le réalisait dans la vie de chaque jour 
tout un peuple de réformés illustres ou obscurs -. » 

C'est ainsi qu'un recueil de prières publié à Paris précisément 
en 1601 avec l'approbation de deux docteurs de Sorbonne com- 
mence par reproduire avant toute autre, comme prière recom- 
mandable « pour tous les temps, » une prière protestante : la 
confession des péchés introduite dans la liturgie des Eglises 
réformées par Bucer, Calvin et Bèze 3 . 

Des emprunts de ce genre étaient peut-être plus fréquents 
qu'on ne saurait croire dans la littérature catholique de ce temps. 
Plus que tous les autres, les prêtres qui s'occupaient spéciale- 
ment de controverse devaient se tenir soigneusement au courant 
de la littérature protestante 4 . Une « liste des livres prohibés qui 
étaient en possession de Saint François de Sales » ne comprend 
pas moins de soixante-trois ouvrages 5 parmi lesquels se trouve 
« VEcellent discours sur le repos et le contentement d'esprit du 
sieur de Lespine, angevin ''>, » pasteur « de grande doctrine et 
prudhommie confessée mesme par ses adversaires, » dit VEstoile. 
Celui-ci et plus d'un autre catholique aussi sans doute — 

emportait toujours avec lui « le Livre des livres, qu'il faut tou- 



1. Avertissement contre tes missionnaires, 1654, p. 32. Sur la traduction 
(catholique) de la Bible par R. Benoist, voir ci-après notre IIP partie, 
chap. IV, § 2. 

2. H. Dannreuther, B. h. p., 1909, p. 160. 

3. Thésaurus precum ex variis sanclorum palrum scriplis in communes 
locos digesliis, unde christia.no facile est e.vpromere cujusvis a Deo auxilii 
rogationem. Parisiis apud Abel l'Angelier, 1601, in-12 de 600 pages. L'ap- 
probation est du 4 février 1587. Peut-être l'ouvrage n'a-t-il pu être édité 
qu'après le rétablissement de la paix. Une autre édition est de 1615 (Bib. 
bist. prot.). 

4. Ainsi la Bibliothèque nationale possède un exemplaire de l'Institution 
chrétienne annoté par le P. Coëffeteau. 

5. Cette liste se trouve en appendice au tome II des Œuvres complètes 
de saint François de Sales, éditées à la librairie Lecoffre. 

6. Publié à la Rochelle et Bâle en 1588. in-4". 



INFLUENCE PROTESTANTE 191 

jours faire marcher le premier l ; » ils achètent heaucoup d'ou- 
vrages franchement protestants, sans pour cela se joindre à 
l'Eglise réformée ; comme Casauhon, réciproquement, se nourrit 
des Pères sans se joindre à l'Eglise romaine. 

D'autres, retenus par la majesté de la tradition et des rites 
extérieurs, inclinaient au fond vers la doctrine réformée, en ce 
qui concerne par exemple la grâce. Nous aurons à y revenir à 
propos du jansénisme. Mais dès à présent il nous a paru néces- 
saire de citer des faits contredisant cette opinion courante, que la 
puissance d'expansion et d'influence du protestantisme français 
a cessé avec le XVI e siècle ; on est allé jusqu'à dire : « la situation 
fixée désormais aux réformes acheva leur défaite ; l'Edit de Nan- 
tes se ferma sur eux comme un tombeau -. » 

Plus nous étudions l'Edit dans ses effets immédiats, plus nous 
sommes tentés au contraire de le comparer à un berceau où un 
père esaie d'élever avec tendresse deux frères jumeaux, et si plus 
tard l'un des frères étouffera l'autre, après la mort du père, ce 
n'est la faute ni de celui-ci, ni du berceau. « Le sentiment reli- 
gieux, dit avec beaucoup plus de raison M. Strowski, à ces épo- 
ques, a une nature bien singulière, et tout à fait caractéristique : 
c'est le repliement de l'homme sur soi-même, c'est la découverte 
d'une conscience de chrétien ; » or chez les catholiques d'élite, 
ce fait de trouver, ou de retrouver les droits de la conscience, 
n'est-il pas, aussi bien que chez les protestants, une conséquence 
de la Réforme 3 ? 

1. Journal, 18 septembre 1606 : liste des livres qu'il emporte à la cam- 
pagne ; plusieurs sont de Du Plessis-Mornay, D. Toussaint, Du Bartas et 
autres protestants. 

2. Strowski, Histoire du sentiment religieux en France, Pascal et son 
temps, t. I (1907), chap. I, p. 1. M. Strowski nous parait ici moins bien ins- 
piré qu'ailleurs : « A la faveur de cet Edit s'établirent des conditions poli- 
tiques et sociales, des mœurs, une politesse, une mondanité, un culte 
monarchique et des goûts intellectuels qui tuèrent une seconde fois, mieux: 
que ne le feront les impuissantes dragonnades, l'âme d'Anne du Bourg le 
Martyr, et l'esprit de Calvin, le Maître » : toutes les transformations indi- 
quées sont réelles, mais si, après la mort d'Henri IV, elles avaient con- 
tinué à se produire >• à la faveur de l'Edit », elles auraient eu des consé- 
quences opposées à celles qui se produisirent à la faveur de la réaction 
cléricale. 

3. Dans un autre ouvrage (Saint François de Sales, p. 399) le même au- 
teur avait dit beaucoup plus justement, à propos du « goût du nouveau 
siècle » : « On peut comparer la France après l'Edit de Nantes à un 
champ clos où diverses influences se disputent les esprits. » 



192 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

A coté de cette influence indirecte, la plus générale sans doute, 
mais la plus difficile à apprécier, il y a eu des conquêtes positives 
plus nombreuses qu'on ne le croit. Pour nous en tenir à Ablon, 
si rares que soient encore nos documents, nous trouvons chaque 
année un certain nombre de conversions enregistrées, et plu- 
sieurs des convertis sont des prêtres et des moines. 

L'Estoile a noté quelques unes des abjurations publiques, 
ainsi * le 26 janvier 1603 celle d'un carme ; on a retrouvé la 
déclaration qu'il fit - et il est piquant d'apprendre qu'il avait été 
envoyé tout exprès pour « esbranler ceux qui venaient icy, » et 
s'il n'y pouvait parvenir, du moins « rasseurer tout le peuple 
circonvoisin. » Il avait donc prêché pendant le carême 3 de 1602 
à Ablon et dans tous les villages de la plaine environnante : 
Athis, Juvisy, Villeneuve-le-Roi, en amont et en aval, « allant et 
venant, espiant les moyens d'accoster ceux qui venaient icy pour 
tascher de les séduire. » Mais un jour « ayant rencontré un 
personnage jà aagé, et fait quelque peu de chemin avec luy, » le 
jeune carme fut « touché de ses raisons, » et après un dernier 
séjour au couvent de Valencienens revint à Ablon non plus en 
convertisseur mais en converti 4 . 

Le 13 juillet de la même année c'est le tour d'un cordelier du 
couvent de Paris nommé Boucher, « fort ignorant, » dit l'Estoile, 
« et pour lequel il fallut que le ministre Couët parlât ; » (deux 
mois après il fit amende honorable, torche au poing, reçut la 
« discipline de Saint François, tout du long, » et repris l'habit). 
Le 7 décembre vient un capucin « du tout ignorant et de peu 
d'esprit ; le 22 février 1604 un autre cordelier du même cou- 
vent •', tout proche du faubourg Saint-Germain, repaire d'héréti- 
ques..., mais cette fois le chroniqueur catholique convient que ce 
Bugnet est « tenu pour habile homme ; il tira, avant que par- 



1. Journal, p. 344, 353, 363. 

2. Déclaration chrétienne d'Estienne Le Brun, cy devant religieux de 
l'Ordre des Cannes au couvent de Yalenciennes et prédicateur dudit lieu 
et autres, lequel publiquement s'est rengé en l'Eglise réformée d'Ablon le 
dimanche 26 de janvier 1603 (imprimé l'an de grâce 1603), réimprimé dans 
le B. h. p., 1891, p. 428. 

3. Il faut lire en effet quaresme et non (/uatrième comme il est imprimé 
dans le B. h. ]). 

4. Il devint pasteur en Alsace et mourut en 1607 (B. h. p. 1891, p. 502». 

5. Sur l'einplacemenl actuel de la rue de l'Ecole de Médecine. 



ABJURATIONS DE MOINES 193 

tir, une attestation de son supérieur, comme il s'est toujours bien 
et honnestement gouverné et sans reproche, et donnant à enten- 
dre qu'il vouloit aller parler quelque part. » 

A Pentecôte 1605, encore un cordelier, Bertrand d'Avignon, 
bachelier en première licence, et présenté le premier dudict ordre 
en la Faculté de théologie et Sorbonne, » déduit, dans une décla- 
ration publique dont le texte nous est parvenu, « les raisons qui 
l'ont meu de quitter la religion romaine » depuis un voyage en 
Italie, à travers quatre années de « peines et travaux indicibles. » 
Il n'y en a pas moins de trente-cinq pages, et il semble qu'elles 
furent lues non seulement au Consistoire, mais « en l'assemblée 
des fidèles 1 . » 

Du côté des laïques, parmi les premières et plus notables ab- 
jurations reçues à Ablon dès Pâques 1600, celle de Gilles de 
Maupeou, seigneur d'Ableiges et de la Villeneuve, intendant des 
finances -, qui bientôt, avec une ardeur de néophyte, contribuera 
puissamment au transfert du culte dans un lieu plus rapproché 
de Paris 3 . Fonctionnaire intègre, il était fort apprécié d'Henri IV 
et de Sully 4 , et servit d'intermédiaire entre eux et les réformés 
dans diverses questions d'administration financière '•. Ce devien- 



1. Bibl. hist. prot. (papiers Ch. Read). Extraits publiés dans le B. h. p., 
1854, p. 153 à 156. Il partit aussitôt pour étudier à Genève, et devint pas- 
teur à Rennes. 

2. L'Estoile, Journal, 11 avril 1600 (édition Read, t. III, p. 215). Ableiges 
est un village au bord de la Viosne, au nord-ouest de Pontoise, et un peu 
à l'est d'Avernes où se trouvait un temple. 

3. Fils d'un notaire au Chàtelet, il épousa la fille d'un secrétaire du roi, 
Morely (Bibl. de l'Arsenal, ms. 5034, f. 435, Principales familles de Paris). 

4. Lettre d'Henri IV à Sully, 29 sept. 1599 ((Economies roijales, I, xcv) : 
le roi approuve son ministre d'avoir confié à Maupeou un mémoire impor- 
tant : « Je lui escrits le contentement que j'ay de son service par la lettre 
cy incluse que je vous envoie pour lui faire tenir. » 

5. En 1603 il est « commissaire député pour voir les comptes de M. Pâ- 
lot » (autre protestant) : Henri IV à Sully, 1 er mars 1603 (Œconom. roy., 
I, cxm ; en 1607 l'un des quatre commissaires chargés d'examiner les cau- 
tionnements des receveurs des consignations des Parlements de Paris et de 
Bordeaux (/'/>., t. II, p. 192) ; en 1608, avec M. de Chàteauneuf, comme mem- 
bres du conseil d'Etat de service pendant le premier trimestre, ils reçoivent 
les réclamations du pasteur Charnier au sujet de l'application de l'Edit en 
Dauphiné (Journal de Chamier, B. h. p., 1853, p. 434) ; un peu plus tard 
ils sont choisis, avec un troisième conseiller, par Sully, et reçoivent, avec 
l'approbation du roi, la mission de préparer le recouvrement de diverses 



194 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

(Ira un grand personnage, conseiller d'Etat, contrôleur général 
des finances ' ; les pasteurs de Paris lui dédieront leurs œuvres 2 , 
et Du Moulin s'adresse ainsi à son ancien paroissien alors très 
âgé (1636) : 

« Je ne me souviens jamais du temps auquel je servois à Paris 
au ministère de l'Evangile que vous ne reveniez à ma mémoire... 
Je me représente les jours esquels la douceur de vostre conversa- 
tion et les tesmoignages de vostre bienvueillance m'estoyent un 
encouragement. Alors vous estiez élevé es grandes charges et 
vaquiez avec fidélité et intégrité aux plus importantes affaires du 
royaume. Mais Dieu, qui vous a tousjours conduit par la main, 
vous en a deschargé avec louange, et vous a donné un repos avec 
honneur. Vous ressouvenant de fort loin et ayant passé par tant 
d'orages et de confusions, rien ne peut avenir qui vous soit nou- 
veau. Cette heureuse constitution d'esprit qui conserve sa tran- 
quillité parmi les tempestes sert à soustenir si longtemps vostre 
corps en vigueur et vous a fait parvenir à un aage auquel les plus 
désireux de vivre n'espèrent point d'atteindre... Après la journée 
employée en bonnes actions vous vous endormez doucement sur 
la Providence de Dieu. La lecture et les sainctes méditations 
sont vostre occupation ordinaire : je vous dédie quelques prédi- 
cations, d'une partie desquelles vous avez esté auditeur. » 

La famille du pieux vieillard retourna au catholicisme, mais 
si l'un de ses petits-fils est le surintendant Fouquet trop célèbre 
par ses prodigalités, la mère de celui-ci, une fille de G. de Mau- 
peou, passait, au dire de Madame de Sévigné, pour « une sainte, 
qui peut faire des miracles 3 . » 

ressources montant à plus de quinze millions (Mém. Sully, t. II, p. 375). 
En 1617 à Rouen, lors de l'ouverture de l'assemblée des notables, il prend 
séance « sur un banc endossé devant le greffier » (Mercure de 1617, 
p. 261). 

1. Il est parrain plusieurs fois à Charenton, en 1614 d'une fille de Job 
Causse, conseiller des finances (Fr. prot., 2 e éd., t. V, col. 608), en 1617 d'un 
fils de Jacques de Laiger, conseiller secrétaire du roi (B. h. p., 1872, p. 276). 

2. Drelincourt, Le combat romain ou examen des disputes de ce temps, 
Genève, in-8°, 1629 ; Du Moulin, Première décade de sermons (Bib. h. pr.) ; 
la dédicace est datée du 10 novembre 1636. La Fr. pr., T éd., V, col. 820, ne 
signalait qu'une édition de 1641. 

3. Outre un fils, conseiller au parlement (1618). qui abjura en 1641 
(Tallemant, VII, 399) et mourut (1660) membre de la VAe du Saint-Sacrement 
(Rébelliau, Lettres de ta C le de Paris à la C" de Marseille, Paris, 1908, p. 110) 
M. de Maupeou eut six filles : l'aînée épousa Josias de Dangeau, sieur de 



RÉINTÉGRATION DANS L'ÉGLISE 195 

Le Consistoire délivrait des attestations non seulement à ceux 
qui faisaient abjuration par devant lui, mais encore aux protes- 
tants qui avaient une raison quelconque de faire constater offi- 
ciellement qu'ils avaient fréquenté le culte à Ablon, après une 
défaillance ou une absence plus ou moins longue. Ces sortes 
d'actes étaient parfois passés par devant notaire, ce qui s'expli- 
que par l'importance très grande qu'ils avaient non seulement 
au point de vue religieux et ecclésiastique mais aussi au point de 
vue civil et social. 

Nous en avons relevé, dans les minutes de M' François, un 
exemple concernant la réintégration d'un relaps qui a exprimé 
publiquement sa repentance : Gaspard de l'Eglise, sieur de Mel- 
lan, gentilhomme provençal, qui jadis avait « porté les armes » 
d'Henri IV alors roi de Navarre, et s'était fait reconnaître de 
plusieurs assistants à Ablon, où il avait recommencé de « se 
joindre aux fidèles » à une date dûment précisée ( le 7 août 
1605) 1 . Il n'y a pas moins de trois attestations signées l'une de 
Montigny, l'autre de La Faye, la troisième du notaire et de trois 
témoins : l'un d'eux, le médecin Pena, affirme — probablement 
en réponse à une objection faite contre les deux précédents certi- 
ficats, jugés insuffisants — qu' « en l'Eglise de Paris abonde une 
infinité d'estrangers qui ne sont connus des anciens, et sont la 
pluspart des gens d'estat ; » aussi « on n'a point coutume de 
faire signer tels certificats aux anciens, mais aux pasteurs 
seuls. » 



Saint-Gilles en Poitou, conseiller au grand conseil, et la quatrième. Marie, 
François Fouquet, maître des requêtes. S'il fut protestant à un moment de 
sa vie, Fouquet ne l'était plus à sa mort : on conserve au musée Carna- 
valet une plaque provenant de son cercueil, inhumé d'abord dans la cha- 
pelle de la Visitation (aujourd'hui temple de Sainte-Marie), rue Saint- 
Antoine, et on y lit cette inscription : « Cy gist le corps de M. François 
Foucquet, vivant chlr" cous 1 ordinaire du ro} r en son conseil d'Etat, lequel 
décéda le XXIP jour d'avril 1640 à l'aage de 93 ans. » Sa veuve passait 
pour connaître un emplâtre d'une efficacité extraordinaire qui aurait guéri 
en 1664 Anne d'Autriche elle-même (Allier, Cabale des dévots, p. 414). M.i- 
daine de Sévigné en parle à ce propos : « Ce qui est admirable, c'est le bruit 
que tout le monde fait de cet emplâtre, disant que c'est une sainte que Mit- 
dame Fouquet, et qu'elle peut faire des miracles. » La collection Conrart 
(mss. de l'Arsenal, 5131, p. 553) renferme une supplique de « la pi us mal- 
heureuse mère du monde » : « elle ne pensoit qu'à prier Dieu et à atten- 
dre une mort tranquille lorsqu'elle apprit que celuy de ses enfants à qui Votre 
Majesté avoit confié les finances avoit esté arresté » : c'est en 1661 et il 
s'agit du surintendant Nicolas Fouquet. 

1. Pièces justificatives, XII, XIII, XIV. Min. François, 1605. 



196 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Les questions religieuses et ecclésiastiques occupaient dans la 
vie des hommes de ce temps une place prépondérante ; « les 
croyances étaient le tout de l'homme ; toute la vie sociale et indi- 
viduelle aboutissait là 1 ; » les grands débats théologiques et 
les guerres intestines du xvT siècle étaient des souvenirs encore 
présents à la mémoire de beaucoup d'hommes dans la force de 
l'âge, qui avaient été acteurs ou spectateurs dans les drames de 
la veille. On s'étonne de lire à propos de cette époque, sous la 
plume d'un historien pourtant très compétent, cette affirmation 
<jui nous paraît trop peu conforme à la réalité : « Les passions 
violentes n'ont plus d'emploi ; les querelles religieuses n'intéres- 
sent personne 2 . » Dans l'une et l'autre Eglise la foi de chacun 
était sans cesse tenu en éveil tant par les exhortations de ses 
coreligionnaires que par les sollicitations des adversaires. Si la 
fermeté des convictions poussait les réformés au prosélytisme, 
plus grand encore peut-être était chez les catholiques le désir de 
ramener au bercail les brebis égarées. Nous avons déjà dit à quels 
assauts furent en but Catherine de Bourbon, Isaac Casaubon, 
d'autres encore dont la vaillante résistance fit honneur à la devise 
entourant l'enclume sur les vieux livres huguenots : « Plus à 
me frapper on s'amuse, tant plus de marteaux on y use 3 . » 
Soffrey de Calignon, de même, refusa une apostasie qui lui aurait 
valu le titre de chancelier de France. Cependant, après avoir cité 
quelques exemples de catholiques devenus protestants, nous 
avons à rappeler quelques noms de protestants devenus catholi- 
ques à la même époque 4 . 

§ 2. Les défections 

Parmi les pasteurs le nombre des apostats fut beaucoup moins 
élevé que parmi les moines ; en 1604 le vicaire général de l'évê- 
que de Béziers écrit : « La conversion d'un ministre est chose 

1. Hanotaux, La Jeunesse de Richelieu, Paris, 1889, chap. III. 

2. Strowski, Histoire du sentiment religieux au xvn e s., Pascal et son 
temps, t. I (1907), p. 128. 

3. Frontispice de VHisloire ecclés. des Eglises réformées, « de l'imprime- 
rie de Jean Remy, à Anvers, 1580. » 

4. Casaubon (Ephémérides, p. 345) écrit en avril 1601 : « O Dieu donne- 
nous la constance et l'énergie nécessaires pour tenir bon ! Fais que nous 
tirions profit des tristes exemples que nous voyons chaque jour ! » 



LES DÉFECTIONS 197 

rare * ; » nous n'en connaissons pas un seul qui ait abjuré a 
Paris pendant que le culte était célébré à Ablon et suivi l'exemple 
donné par P. Cayer (d'ailleurs ancien catholique). Sa « révolte » 
(1595) étant antérieure à l'Edit de Nantes, nous n'y reviendrons 
pas ici -. Il eut avec ses anciens collègues, les ministres d'Amours, 
Lobéran, Couët, Du Moulin, de vives controverses : ses nouveaux 
collègues les prêtres parisiens ne le jugèrent pas toujours assez 
orthodoxe dans son argumentation s. Cayer - le fait est curieux 
à noter — fut le premier à publier (avec une réfutation) la Disci- 
pline des Eglises réformées 4 dont il n'y avait jusqu'alors que des 
copies manuscrites. 

De simples fidèles quittèrent l'Eglise réformée pour des motifs 
bien divers : le médecin Mercier, parce que Lobéran avait refusé 
d'interrompre, un dimanche, la prédication, pour baptiser un 
enfant 5 . 



1. Bref examen des causes et motifs de la révolte de La Pause, aupara- 
vant min. du St-Evangile, sur le discours qui en est faict par G. Fabry, 
vicaire-général du sieur evesque de Béziers, par J. Bansilion, ministre, Mont- 
pellier, J. Gillet, 1604, 8 et 164 p. in-16 (bibliothèque de Troyes). 

2. Ci-dessus p. 52. Cf. Fr. prot., 2" éd., t. III, col. 943. 

3. Voir ci-après les controverses de 1603, p. 232 et suivantes. 

4. Paris, in-12, 1600. 

5. « M. Michel Mercier, médecin naguères calviniste, en son livre Du 
baptesme des enfants contre les calvinistes, raconte un fait naguères arri- 
vé à Ablon où le ministre de Montigny preschant un dimanche, comme un 
père lui apporta et présenta son enfant tout mourant pour estre baptisé, il 
lui répondit de la chaire : « Qui m'a amené cet anabaptiste ? Nous ne 
devons rien entreprendre contre la discipline ecclésiastique. Ne sçavez- 
vous pas que les enfants des fidèles sont sanctifiés dans le ventre de leur 
mère ? Attendez que la prédication soit parachevée. » Après quoi l'enfant 
mourut entre les bras de son père avant la fin de la prédication » (Le 
P. Gauthieh, Table chronographique, 1636, in-fol., p. 826). 

Il parut à Sedan en 1604, pour défendre Lobéran. un Advertissemcnt (et 
non : Adoucissement comme imprime le B. h. p., 1891, p. 359) à Messieurs 
de VFAjlise de Paris sur le sujet de la révolte de M. Michel Mercier. En 
1605 un colloque réuni à Ablon s'occupe de cette affaire. (Bib. natle, mss. 
fonds Brienne, t. 210 ; B. h. p., 1891, p. 434) : « Mercier, homme docte qui 
de nouveau s'est rangé à l'Eglise catholique romaine, a escrit et publié en 
son livre deux ou trois exemples d'enfants de ceux de la Religion morts 
sans baptesmes au grand regret et desplaisir des pères et mères. Sçavoir 
si on se debvoit relascher de cette première résolution cpie le baptesme 
ne se doit administrer sans la prédication précédente de la parole de Dieu, 
ni hors d'assemblée ou d'Eglise. Ceste affaire est remise au prochain svno- 



i98 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Un gentilhomme normand, Henri aux Epaules, sieur de Sainte- 
Marie-du-Mont l , descendant d'un des conjurés d'Amboise, et 
lui-même député à l'assemblée protestante de 1595, demanda en 
1600, à l'instigation de Du Perron, des éclaircissements à Du 
Plessis-Mornay au sujet de son livre sur l'Eucharistie : ce fut 
l'origine de la fameuse conférence de Fontainebleau ; la princi- 
pale entrevue préliminaire eut lieu à Ablon, à l'issue du prêche, 
après un dîner à Paris chez la princesse d'Orange, où se rencon- 
trèrent Mornay et Sainte-Marie-du-Mont -. Celui-ci abjura le pro- 
testantisme à Paris le même jour de Pâques (11 avril 1600) où 
Maupeou abjura le catholicisme à Ablon ; on ne manqua pas de 
noter la coïncidence : « M. le mareschal de Brissac dit au Roy 
que Sa Majesté avoit joué aux eschecs et que pour un fol qu'il 
avoit perdu il avoit gagné un brave cavalier 3 . » Le roi (qui uti- 
lisa de plus en plus les services de Maupeou) et beaucoup de Pari- 
siens, en jugèrent autrement : Sainte-Marie-du-Mont « pour 
pénitence et détestation de son hérésie, s'en alloit se fouettant 
par toutes les rues et églises de Paris, ce que les uns admiroient, 
les autres le louoient, et beaucoup s'en moquoient 4 . » Il devint 
bientôt bailli et gouverneur de Rouen et chevalier du Saint- 
Esprit. 

Cette conversion paraît avoir été, comme plusieurs autres, 
l'œuvre d'un capucin, le P. Sylvestre de Laval, gardien du cou- 
vent de Paris •"• où nous avons précisément dit que se produisaient 
alors quelques défections. 

L'année du Jubilé (1000) fut organisée une campagne parties 

de national. Parmi les pensionnaires du clergé figure en 1606 Mi- 
chel Le Mercier. 11 touche 100 livres <■ pour une fois seulement » (B. h. p., 
1907, p. 242), et en 1610, 1611, 1612 : 300 livres (ibid., p. 251). Voir ci-après 
III e partie, chap. IV, § 3. 

1. Près de la baie d'Isigny (Manche). C'est là qu'en 1565 le cardinal de 
Châtillon s'est embarqué pour l'Angleterre. (Cf. Galland, Hist. du prot. en 
Basse-Normandie, thèse de doctorat es lettres, Paris, 1898, p. XXI, 8, 16, 37). 
Après l'abjuration d'H. aux Epaules on cessa l'exercice du culte à Sainte-Ma- 
rie-du-Mont où il avait lieu depuis quelque temps pour les réformés de 
Carentan. 

2. Mémoires de Mme DE Mohnay. M. Read (B. h. p., 1891, p. 350) place 
à tort l'abjuration de Sainte-Marie-du-Mont <iprès la conférence qui eut lieu 
en mai. Le dîner est du 17 mars d'après Mme de Mornay (du 20 d'après 
P. Cayet, Chronologie septénaire, 1, III, p. 126 de l'édition de 1611). 

3. L'Estoile, Journal, nouvelle éd., t. VII, p. 215. 

4. Ibid., p. 224. 

5. Histoire des Capucins, t. I, fol. 105 (Bib. nat. ms. fr. 25044). 



LE PRÉSIDENT CANAYE 199 

lièrement ardente ; nous l'avons constaté déjà à propos de 
« Madame » ; l'inquisition ayant été suspendue en cette occa- 
sion, les hérétiques pouvaient se rendre à Rome en « touristes » 
comme nous dirions aujourd'hui ; et « plusieurs seigneurs de 
qualité estans allez là pour voir les cérémonies, s'y sont catholi- 
quisez '. » 

A Paris même, on vit abjurer, pour parvenir à de plus grands 
honneurs, le président de la Chambre de l'Edit de Castres, Phi- 
lippe Canaye, sieur de Fresnes. Il était d'une vieille famille pari- 
sienne alliée aux Gobelins et établie au faubourg Saint-Marcel dès 
le commencement du XVI e siècle 2 . L'esprit français ne perd 
jamais ses droits : quand survint la conversion de ce Canaye, 
parent des grands industriels des bords de la Bièvre, un avocat 
protestant, sollicité d'imiter cet exemple, répliqua que cela était 
bon pour « un descendant des teinturiers, qui prenoit toutes 
couleurs. » Le président de Fresnes avait eu jusqu'alors « grande 
créance parmi ceux de son parti, desquels il tiroit bons appoin- 
tements et pensions. Dont (ainsi qu'on disoit) il avoit bon affaire, 
estant plus ambitieux que riche : ce qui le faisoit tourner du 
eosté où il voyoit que le vent donnoit plus à propos pour la com- 
modité de ses affaires^ 3 . » 

Les capucins s'attribuèrent aussi le mérite de son abjuration ; 
elle eut lieu dans leur église 4 en avril 1001, au grand désespoir 
de Casaubon qui, l'année précédente, s'était réjoui, maint diman- 
che, d'aller à Ablon avec son ami. Mais, après la conférence de 
Fontainebleau, Casaubon avait reçu de Canaye plusieurs invita- 
tions à dîner où « le repas n'était qu'un prétexte. Il s'agissait sur- 
tout de discussions religieuses, car, devant bientôt changer de reli- 
gion, cet excellent homme veut paraître y avoir été contraint ''. « 
L'acte, une fois accompli, arrache à l'ami déçu et au chrétien 
affligé cette véhémente protestation : « Ad vomitum b x^uuov 
reversus ! Tu sais, ù Dieu, toi qui sondes les cœurs, combien cet 
événement m'a attristé, parce qu'à mes yeux cet homme a 
outragé ta Majesté, et parce que notre amitié bien connue a fait 

1. I'. Cayet, Chronologie septénaire (1605), I. III, p. 193 de l'édition de 

1611. 

2. Ci-dessus, page 21. 

.'*. L'ESTOILE, Journal, nelle éd., VII, 224. 

4. A l'ouest de la rue de Castiglione, prés de la rue de Rivoli. Ce tut le 
P. Possevin qui " instruisit » Canaye. 

5. Ephémérides, 26 mars 16(11. 



200 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

croire à bien des gens que je ne manquerais pas de suivre bientôt 
l'exemple de sa perfidie. Mais la terre se sera ouverte béante pour 
m'engloutir avant que j'abandonne un iota de la vérité telle que 
je la connais. Aussi dès que j'ai eu appris que c'en était fait de 
Canaye, je n'ai pas décousu mais bien brisé la vieille amitié qui 
m'attachait à lui. Voici près d'un mois déjà que je ne l'ai plus 
vu 1 . » 

Nommé ambassadeur aussitôt après -, Canaye ne trouva pas 
que son abjuration fût suffisamment récompensée ensuite, et au 
moment de sa mort l'Estoile écrit : « L'avancement qu'il s'estoit 
promis par le changement de sa religion l'avait trompé, et le roy 
lui aiant failli de promesse et garant de côté-là avoit ruiné toutes 
ses affaires, ses desseins et sa maison : ce qu'il avoit pris si fort 
à cœur qu'il en est mort d'ennui :! . » 

En mars 1605, grâce aux capucins également, eut lieu une 
autre abjuration retentissante, celle du dernier rejeton de la mai- 
son de Chàtillon 4 , branche d'Andelot, Guy XX, comte de Laval 5 . 

1. lb., 10 des kal. de mai 1601 (édition Russell, p. 345. En appendice de 
cette édition se trouvent plusieurs lettres de Canaye à Casaubon). 

2. Dépèche de l'ambassadeur vénitien Cavalli du 30 août 1601 (Relazioni, 
etc., publiés à Venise en 1857, Francia, t. I, p. 40). Marino Cavalli di Gio- 
vanni était arrivé à Paris le 24 mars 1601. Sa dernière dépêche est du 
1"' juin 1603. Il ne fait aucune allusion aux protestants parisiens. 

3. L'Estoile, février 1610. Canaye mourut « en la rue Pavée, au logis de 
M. de Mesmes. » 

4. Fils de Guy-Paul et d'Anne d'Alègre qui se remaria avec le maréchal 
de Fervaques. Dans son Diaire le pasteur Merlin écrit : « Le 20 d'aouot 
1602 je suis venu coucher à Laval où, au soir, j'allé faire la révérence à 
Mme la maréchale de Fervacques » (Gaberel, Hist. de VEgl. de Genève, 
II, 193). Elle blâma fort l'abjuration de son fils, ce qui ne plut pas au roi. 
L'église de Laval célébrait alors le culte dans la maison seigneuriale de 
Polligny près Bouchamp et avait pour pasteur « par prêt » en 1605, Etienne 
Besnard (Joubert, Hist. de l'Eglise réf. de Laval, p. 20). 

5. Lettre de Ph. de Mornay à sa mère, 19 mars 1605 (Mémoires de Mme de 
Mornay, éd. de Witt, appendice au t. II, p. 244) : « M. de Laval fut à la 
messe dimanche ; oncques puis n'a esté veu, toujours reclus dans les Ca- 
puchins à se confesser, faire pénitence et solenniser son abjuration. » Nous 
avons relevé dans les minutes de M e François, en cette année 1605 (n os 331, 
etc.) plusieurs actes postérieurs à l'abjuration : le comte de Laval était 
alors (non loin des Capucins) « logé rue Saint-Honoré en la maison où 
est pour enseigne le Chapeau rouge ; » dans une constitution de rente à 
une veuve il est assisté d'un ancien ami de son père « Messire Jehan du Mas, 
chevalier sieur de Montmartin » {Fr. prot., 2" éd., IV, 238) et de M. Terfay, 
conseiller du roi, logé rue des Canettes. 



GUY DR LAVAL 201 

Ce jeune homme de vingt ans à peine, de mœurs fort libertines, 
avait été élève à Sedan du pasteur Tilenus, naguère en voyage 
de conférences à Paris et futur précepteur de Turenne *. Du 
Plessis-Mornay, consulté par le jeune gentilhomme, lui avait en 
vain adressé de sérieuses exhortations - ; sa femme constate que 
leur jeune ami était revenu d'Italie « hraniant en la religion » 
et que « le roi estoit prié par le pape d'y pousser vivement :: . » 
Sa famille recherchait pour lui en mariage la fdle de Rosny. Le 
duc de Rohan lui ayant été préféré, cet événement mit fin aux 
tergiversations, et Laval « quitta la religion, faisant voir à 
l'œil, » déclare la franche et austère Mme de Mornay, « que la 
débauche de sa vie, qu'il n'eût pu continuer telle parmi nous, le 
menoit là. » 

Il y avait certainement aussi dans les églises de Paris — 
comme d'autre part dans le temple d'Ablon — des gens « du 
commun » qui abjuraient, et dont les noms ne nous ont pas été 
conservés. Mais ces cinq conversions que nous avons choisies 
comme types : Gayer, Mercier, Sainte-Marie-du-Mont, Canaye et 
Laval, montrent assez bien quels éléments hétéroclites entraient 
alors, avec la persuasion sincère de quelques uns, dans les motifs 
déterminants d'une conversion au catholicisme : considérations 
morales et politiques autant que religieuses et ecclésiastiques, 
raisons de famille, ressentiments personnels et parfois... dépit 

1. Ci-dessus p. 72. — Une lettre de Tilenus au comte de Laval à pro- 
pos de son abjuration se trouve à la Bibl. nat. dans la collection Du 
Puy, vol. 837 (cf. Fr. prot., l re éd., t. IX, p. 383 b). Une autre datée de Sedan, 
dès le 30 novembre 160b, expose au comte, après son retour d'Italie, le 
chagrin causé par sa conversion au catholicisme, déjà considérée comme un 
fait accompli (Bib. de l'Arsenal, mss., recueil Conrart, in-4°, t. V, p. 245). 
Du Plessis était en correspondance suivie avec Tilenus : il l'avait chargé 
de surveiller l'impression d'un de ses ouvrages après la Conférence de 
Fontainebleau (lettre de Tilenus, datée de Sedan, 22 juin 1600, dans les 
Mémoires de Mornay, édition de 1652, t. I, p. 5 ; cf. lettre de Du Plessis 'i 
Rivet, 9 nov. 1604, ibid., p. 77) ; le 18 mars 1605 écrivant au comte de 
Laval, Du Plessis qualifie Tilenus « personnage très docte » et dit à 
son ancien élève qu'il ne saurait mieux faire que de le consulter. « M. Tile- 
nus dispute votre âme avec l'Adversaire » Après la mort de son fils, Du 

Plessis reçoit de Tilenus une lettre de consolation (29 novembre 1605 ; 
ibidem, p. 141 ). 

2. Mémoires de Mornay, édition de 1652, t. I, p. 5 ; cf. lettre de Du Plessis 
à Rivet, ibidem, t. I, p. 80 et 95. 

3. Menu ins de Mme DE Momnay, II, 63. 



202 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

amoureux. Elles mettent également en évidence, comme grand 
organisateur des conversions, toujours le même prélat : Du Per- 
ron, et souvent les mêmes instruments à cette époque : les moi- 
nes, plutôt que le clergé séculier, et surtout les capucins . 

Enfin les abjurations publiques, du moins les plus retentis- 
santes, sont réservées pour le carême ou le jour même de Pâques. 
Elles sont individuelles. Il n'est jamais alors question d'adhé- 
sions en masse comme aux alentours de la Révocation. Certains 
catholiques modérés, de l'école de l'Hôpital, comme l'Estoile, 
souhaitent avant tout la paix religieuse, ou marquent, en 
amateurs, les points des deux adversaires ; mais il y a dès la 
promulgation de l'Edit un ferme propos de certains autres catho- 
liques pour le faire révoquer, et une campagne en règle organisée 
par le clergé pour convertir les huguenots, campagne parfois 
approuvée, mais parfois aussi — surtout au début — désapprou- 
vée par le roi. 

On n'aurait pas toléré l'organisation ostensible d'une telle 
campagne par l'Eglise réformée. De ce côté les adhésions ont 
quelque chose de plus spontané, même quand les motifs n'en 
sont pas (et cela arrive) purement religieux ; elles ne sont pas, 
en tout cas, provoquées par l'offre en quelque sorte officielle 
d'avantages matériels. Tout se fait, là, par l'initiative privée et 
l'action individuelle soit des pasteurs, soit aussi des laïques ren- 
dant avec une conviction ardente leur témoignage : non pas seu- 
lement les protagonistes illustres comme Du Plessis-Mornay, 
mais les anonymes comme le « personnage jà âgé » qui conver- 
tit son convertisseur sur le chemin d'Ablon 1 . 

De tous ces faits se dégage la conclusion qu'il existait alors — 
beaucoup plus qu'aujourd'hui même — des rapports constants 
entre les deux Eglises et une sorte de pénétration réciproque. îl 
n'y a pas de séparation absolue, de cloison étanche, mais ce sont 
plutôt deux vases communicants. Le contenu de l'un passe 
encore assez facilement dans l'autre, et les âmes scrupuleuses 
qui entendent bien rester de l'un des bords, comme Casaubon, se 
sentent pourtant remués et attirés par certains courants qui se 
produisent de l'autre côté. 

A Paris la question est plus complexe que nulle part ailleurs, 

1. Voir ci-dessus, p. 192. 



PÉNÉTRATION RÉCIPROQUE DKS DEUX ÉGLISKS 203 

et les abjurations y sont plus nombreuses dans les deux Eglises, 
parée qu'elles proviennent non seulement de Parisiens mais 
aussi (et même surtout) de provinciaux. Ceci pour deux raisons : 
d'abord parce qu'un déraciné « se retourne, »> comme on dit en 
Picardie, plus facilement lorsqu'il est loin de son milieu normal ; 
et ensuite parce que les autorités ecclésiastiques savent que les 
abjurations faites dans la capitale auront plus de retentissement 
dans tout le royaume : Henri aux Epaules ne devient pas catho- 
lique dans son fief protestant de Sainte-Marie-du-Mont, et le 
carme Le Brun ne devient pas protestant à Valenciennes où est 
son couvent, ni même à Saint-Quentin où il s'est « retiré, » mais 
le Consistoire de cette ville et celui de Paris jugent « raisonna- 
ble » qu'il « se range en la vraie doctrine » à Ablon même où il 
l'a combattue l . 

Pour toutes ces raisons et pour d'autres encore il n'est pas 
possible d'établir la statistique exacte des gains et des pertes 
réellement faits par chacune des deux Eglises à Paris, à cette 
époque moins encore qu'à aucune autre. Ces gains et ces 
pertes, dans les premières années après l'Edit de Nantes parais- 
sent se compenser, la balance penchant plutôt en faveur de 
l'Eglise réformée quant à la qualité des prosélytes conquis, peut- 
être même quant à la quantité. 

On se tenait, dans chaque parti, fort au courant de ce qui se 
passait dans l'autre. Quand le P. Suarez prêchait en 1603 le 
carême, il eut à plusieurs reprises pour auditeur Rosny qui 
déclara n'avoir entendu là, sur le purgatoire, que choses « com- 
munes et vulgaires. » Le propos est rapporté au cordelier ; il se 
fait fort de porter aux réformés « un tel coup que jamais ils 
n'en guériront ; » aussi le mardi de Pâques lorsqu'il monta en 
chaire, « une partie de la paroisse d' Ablon se trouva là. » Mais 
elle entendit seulement, en fait d'argument irrésistible, le prédi- 
cateur lire un passage de Luther, et « ceux d' Ablon ne trou- 
vèrent pas le coup tant mauvais et mortel qu'il l'avoit crié -. » 

Pendant le carême suivant, en 1604, à Saint-André-des-Arcs ! , 
prêche un ancien protestant, maintenant archevêque d'Aix, Paul 
Ilurault, petit-fils du chancelier de l'Hôpital, dont nous avons 



1. Déclaration chrestienne de 1603, H. h. />., L891, p. 429. 

2. L'Estoïle, op. cil., p. 347. 

'.\. Sur l'emplacement de cette église on a percé le boulevard Saint-André 

à l'ouest de la fontaine Saint-Michel. 



204 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

vu un paient en relation d'affaires avec J. Mercier pour ses terres 
de Beauce. Or ne s'avise-t-il pas de dire qu' « en allant à Ablon 
on chantoit de vilaines et sales chansons, et audit Ablon aussi ; » 
ce qui scandalisa fort la « paroisse d' Ablon ; » non sans quel- 
que raison, car ces « sales chansons » n'étaient autres que les 
psaumes ; et « ce fut trouvé plus mauvais de lui (Hurault) que 
d'un autre, parce qu'on disoit qu'il savait bien les chansons qu'on 
y chantoit ; en ayant esté autrefois, il ne pouvoit ignorer ce qui 
s'y faisoit. Même le roy, parlant un jour de luy, avoit dit que s'il 
y eût eu des évêchés du côté de ceux de la religion il eût été 
évesque d' Ablon, mais qu'il n'y en avoit point *. » 

§ 3. Les principaux adversaires 

Parmi les plus zélés convertisseurs nous avons fait remarquer 
la place occupée tout à fait aux premiers rangs par les capucins. 
Introduits en France après la Saint-Barthélémy seulement, sous 
Catherine de Médicis (1573) ils sont très protégés par sa cousine 
Marie, la nouvelle reine de France, et souvent originaires d'Italie 2 . 
C'est en 1600 qu'Henri IV a pris « sous sa protection et sauve- 
garde » ces religieux de l'ordre de Saint- François 3 . Ils ont leur 
couplet dans une chanson huguenote fort en vogue à cette épo- 
que ; par une clause de son testament burlesque la Vache à Colas 
dit : 

Aux Capucins crottés 
Mes oreilles présente 
Pour mettre aux deux costés 
De leur tète ignorante 4. 

Cet ordre, qui fut sur la brèche constamment jusqu'à la Révo- 
cation de l'Edit, représentait ces premières années du xvn e siècle 
comme une période critique où l'Eglise romaine avait à subir de 

1. I/Estoile, éd. cit., p. 365. 

2. Le légat de la Vache à Colas, avec introduction et notes par E. Vasse, 
Paris, Académie des bibliophiles, 1868, p. 51. 

3. C'est pourquoi beaucoup de gens, comme ci-dessus Ph. de Mornay, les 
appellent « capuebins » (cappucini). 

4. Déclaration donnée à Chambéry le 19 octobre 1600. Auprès du roi se 
trouvait alors un capucin, le P. Hilaire, qui était un protestant converti 
nommé Travail ( Lettre de ce même jour, dans la Correspondance du cardinal 
d'Ossat, IV, 280». 



LES PRINCIPAUX ADVERSAIRES 205 

la part des hérétiques mille humiliations. Trente ans plus tard, 
s'adressant à Marie de Médicis l le frère Philippe d'Angoumois 
comparaît l'état de la France avant la naissance de Louis XIII 
(c'est-à-dire vers 1000) à celui du inonde ancien avant la nais- 
sance du Christ, et il disait : « Le huguenot étoit comme le maî- 
tre, tout trembloit sous les menaces de son insolence ; à peine 
le pauvre religieux et l'homme catholique reconnoissoit-il son 
couvent et sa paroisse. » 

Les protestants parisiens ne croyaient certes pas que l'inso- 
lence fût de leur côté lorsque, bien souvent, ils recevaient de la 
boue au visage en rentrant à Paris, après avoir été forcés d'aller 
passer toute la journée à Ablon pour assister au prêche. Il est 
difficile de qualifier de persécutions, ni même de rigueurs contre 
les catholiques, les mesures de police prises par exemple en juin 
1001 : le jour de Pentecôte plusieurs hommes et femmes ren- 
trant d'Ablon, « entre les autres un homme de qualité qui estoit 
dans un carosse, » furent insultés « avec paroles scandaleuses 
tendant à sédition » par des écoliers du collège de la Marche - 
devant lequel on passait en venant de la porte Saint-Victor s . Le 
lieutenant criminel intervint, et, le samedi 10 juin, pour signifier 
que le lendemain, on eût à laisser tranquilles les piétons et les 
carrosses, trois écoliers furent fouettés dans le collège, en pré- 
sence d'un commisaire ; le principal fut suspendu pour un an, 
et on enjoignit « à tous régents dudit collège qu'il n'en advinst 
plus de scandale. » 

En outre, « par tous les coins des rues de Paris » on afficha 
une « défense à toutes personnes, de quelque qualité qu'ils puis- 
sent estre, de plus outrager de fait ou de paroles ceux de la reli- 
gion [on ne disait pas toujours alors : « prétendue réformée »] 
sous peine de punition corporelle. » 

Cependant l'année suivante, dans le cahier présenté par le 
synode national, on se plaint encore de « propos scandaleux des 
gens qui appellent ceux de ladite religion hérétiques et induisent 



1. Dans la dédicace de son ouvrage : Les Royales el divines amours de 
Jésus et de l'âme, digne sujet des méditations d'Hermogèiie, Paris, 1631, 
in-12. (Bib. nat., D. 47983). 

'2. Rue des Bernardins entre la rue Monge et la rue (les Ecoles. 

3. L'Estoile, Journal, nouv. éd., I. VII, |>. .'!()."). 

14. 



206 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

les enfans et menu peuple à leur dire des injures ; » et le roi 
>< veut qu'il en soit informé *. » 

Ces promesses officielles d'Henri IV, pas plus que ses bons 
mots sur « l'évêque d'Ablon » etc., etc., ne suffisaient pas à rassu- 
rer les huguenots parisiens, bien qu'ils considérassent encore le roi 
comme leur meilleure sauvegarde. Casaubon (trop bien placé 
pour savoir combien souvent son protecteur était empêché d'exé- 
cuter ses bonnes intentions), Casaubon, « toujours languissant, » 
écrit le 1" juin 1602 à son ami Perillau à Sedan : « Nous sommes 
icy sur la crainte de quelque horrible orage, et pouvons bien dire 
que si la grâce de Dieu n'avoit besogné, nous estions tous per- 
dus. Car celui osté qui par la faveur de Dieu soutient sur ses 
épaules tout ce grand édifice, il en fallait attendre une totale 
ruine, tant pour l'Estat que pour les Eglises que nous voyons 
dans la sainte paix croistre tous les jours. Que s'il plaist nous 
conserver ce bon, très bon prince, j'espère que ce coup servira à 
confirmer la paix pour l' advenir 2 . » 

L'automne 1605 fut marqué par une recrudescence d'excita- 
tion contre les protestants 3 . Depuis longtemps, en France, à 
Paris notamment, tout finit par des chansons. Il y en avait donc 
une sur la Vache à Colas, « bâtie contre les huguenots par un tas 
de faquins séditieux 4 . » 

1. Réponse au cahier, art. 14, clans le Sommaire des procès, etc., par 
Loride des Gallinières, 1661, p. 81. 

2. Autographe à la Bib. hisi. pr., collection Lutteroth. 

3. Ce fut cette année-là que parut >< chez Ch. Chastellain, rue S. Jac- 
ques, à la Constance, près les Mathurins, » un ouvrage que les controver- 
sistes catholiques ont utilisé depuis lors, et jusqu'à nos jours : « VHis- 
toire de la naissance, progre: et décadence de l'hérésie de ce siècle, dédiée à 
Notre S. Père le pape Paul V e , » par Florimond de Raemond. 

4. L'Estoile, Journal, septemhre 1605. D'après la tradition, adoptée par 
Littré, l'origine de cette locution serait la suivante : une vache appartenant 
à un catholique nommé Colas Pannier serait entrée pendant le prêche 
dans le temple des protestants d'Orléans, situé au village de Bionne (tem- 
ple où prêchait en 1605 le père de Du Moulin) ; elle y aurait été tuée et 
mangée. Sur cpioi l'on fit d'abord une chanson catholique (aujourd'hui 
perdue), puis une riposte protestante réimprimée en 1868, par M. Vasse, 
op. cil. ; cf. B. h. p., 1858, p. 91, 215, 364 ; 1859, p. 7 ; 1869, p. 251 ; et le 
légal de la Vache à Colas, complainte huguenode (sic) précédée d'une in- 
troduction et avec notes, inaug. Dissert, zur Erlangung der Doctorwùrdo 
der philos. Facult. zu Iena, von Cari Hoelting, O. Lehrer a. cl. Realschule i. 
Ordnung zu Cassel, Cassel, 1872, in-8". En dernier lieu la chanson pro- 
testante a été réimprimée en 1903 avec les Chansons de l'Escalade par 
M. Ritter (Ducloz, inip. à Moût i ers, in-8"). .le crois la locution populaire 



CHANSON DE LA VACHE A COLAS 207 

« A Paris et par toutes les villes et villages de France on 
n'avait la tête rompue que de cette chanson, laquelle petits et 
grands chantoient à l'envi l'un de l'autre en dépit des huguenots, 
devant la porte desquels, pour les agacer, cette sotte populace la 
chantoit ordinairement, et étoit déjà passé en proverbe, quand 
on vouloit désigner un huguenot, de dire : « C'est la Vache à 
Colas, » d'où procédoit une infinité de querelles et batteries, 
ceux de la religion s'en formalisans fort et ferme, et estans aussi 
peu endurans que les autres, qui s'en fussent servis volontiers à 
faire une sédition, à l'instigation de quelques uns de plus grande 
qualité, qui les y poussoient sous mains, et, faisans semblant 
d'éteindre le feu, l'allumoient. » 

Ainsi le 10 septembre 1605, un catholique chantant cette chan- 
son près des Cordeliers, un archer protestant — un des gardes de 
M. de la Force — l'étendit mort sur le pavé. Le lendemain samedi 
on trompetta par les rues « défense, sous peine de la hart, de 
plus chanter la chanson de Colas. » 

Huit jours après, le dimanche matin 18 septembre, on vit 
affiché sur la porte Saint-Victor (toujours de ce même côté par 
où circulaient les protestants), et en d'autres endroits, le placard 
que voici, parodie des ordonnances officielles : 

« On fait sçavoir à tous écoliers, grammairiens, artiens et 
autres adolescens illustres, étudiants en nostre Université luté- 
tienne, qu'ils aient à se trouver aujourd'hui post prandium sur le 
bord de la Seine [vers le port Saint-Bernard où accostaient les 
barques d'Ablon] cum fiislibus et armis, pour là s'opposer in 
tempore opportuno aux insolences de la maudite secte huguenote 
et abloniste ; faisant deffense à tous prévôts, lieutenans et autres, 



et les chansons tant catholique que protestante postérieures à l'édit de 
Nantes (le temple de Bionne fut inauguré à Noël 1599, voir ci-dessus). Quel 
est l'auteur de la chanson protestante ? le mot « de Sedege, » pour lequel 
on n'a pas encore trouvé d'explication satisfaisante, ne serait-il pas un 
pseudonyme du neveu et successeur de Couèt comme pasteur à Paris 
(1608), Samuel Durant, Genevois, qui signe S. I). (1. un manuscrit de 1613 
dont nous donnons quelques extraits (Pièces justificatives, XXVI ; cf. B. h. p., 
1886, p. .333, note) ? Si quelques couplets, comme le XX" semblent faire 
remonter la chanson primitive au temps du pontificat de Grégoire XIV 
(1590), telle autre strophe (la XVI) faisant allusion au P. Coton est pos- 
térieure à 1603, et la IIP fait peut-être allusion à Clément VIII mort en 
1605. 



208 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

d'empêcher ceci, sur peine d'encourir l'ire de Dieu et du peuple 
chrétien et catholique 1 . » 

Cet appel à la violence n'eut que trop d'écho ; il y eut « grand 
trouble et murmures, et deux meurtres (« fut-ce à dessein ou 
autrement ? » se demande le prudent l'Estoile) à sçavoir d'un 
nommé Robert demeurant au faubourg Saint-Germain, qui se 
mèloit de louer des chambres, lequel revenant d'Ablon avec un 
sien fils fut attaqué et tué sur la place par un soldat des gardes 
de la compagnie de Sainte-Colombe ; et ledit soldat tué tout à 
l'heure par le fils dudit Robert, outré de juste douleur de voir son 
pauvre père mort. » 

Il semble qu'après une sorte de trêve de 1602 à 1604 les pas- 
sions populaires reprenaient une nouvelle ardeur à Paris, à pro- 
pos des questions religieuses, en cette année 1605. Fait unique 
dans l'histoire de la papauté, on y vit trois papes se succéder sur 
le trône pontifical, en deux mois : Clément VIII étant mort le 
,3 mars, un Médicis parent de la reine de France avait été élu 
sous le nom de Léon XI mais il mourut dès le 27 avril et fut 
remplacé par le cardinal Borghèse (Paul V). L'un des derniers 
venus dans le Sacré collège était l'homme que le pasteur Daillé 
appellera plus tard « le plus fameux disputeur de la cour 
romaine - » Du Perron. Après avoir vu, à Paris, ses tentatives 
de conversion échouer auprès de Catherine de Bourbon, d'Aubi- 
gné, Calignon, Casaubon et autres, il s'était retiré dans son évêché 
d'Evreux. Nommé en 1604 cardinal et archevêque de Sens, il eut 
dès lors dans son archidiocèse l'évêché de Paris. Bientôt il sera 
de nouveau envoyé à Rome, et, à son instigation, la direction de 
la lutte contre les protestants passe entre les mains de l'assem- 
blée du clergé, mais la puissance sans cesse croissante qui sera 
effectivement à l'œuvre est l'ordre des jésuites. 

Il avait, en France, été dispersé après l'attentat de J. Chastel 
par arrêt exécuté le 29 décembre 1594 (c'est-à-dire l'année même 
où, « chez Madame, » se reconstituait l'Eglise réformée de 
Paris). Dès son arrivée Marie de Médicis avait demandé au roi le 
rappel des jésuites, mais le roi fit la sourde oreille pendant trois 
ans. A Paris l'opposition des réformés se joignait à celle des 
parlementaires. Les jésuites profitèrent d'un voyage à Metz et 

1. L'Estoile, Journal, éd. de 1837, p. 388. 

2. Exposition </< ht 11 vp. à Timolhée, 1659, t. II, p. 258. 



RAPPEL DES JÉSUITES 209 

du moment où le roi faisait ses pâques en 1603 pour parvenir à 
ses fins i. Un Edit autorisant le retour de l'ordre en France fut 
signé en septembre ; il fallut encore quatre mois, et une manifes- 
tation péremptoire de la volonté royale, pour que le Parlement 
fît l'enregistrement (2 janvier 1604). « Si le roy de sa propre 
autorité n'en eust entrepris le restablissement, jamais les jésui- 
tes ne l'eussent obtenu, tant le Parlement, la Sorbonne, l'Uni- 
versité, plusieurs évesques et villes de France y avoient une 
grande aversion. » Ces lignes sont de Sully qui fit, en vain, toute 
l'opposition possible -. 

L'année suivante il ne put davantage empêcher qu'une satis- 
faction éclatante fût donnée à ses adversaires, « au grand déplai- 
sir des réformés et de tous les bons Français 3 » : on abattit la 
pyramide élevée à la place de la maison du père de Jean Chastel, 
portant sur une plaque de bronze l'arrêt de bannissement des 
jésuites 4 , tandis que la « croix de Gastine » restait toujours 
debout, rappelant l'interdiction des prêches à Paris ■"•. 

Agrippa d'Aubigné, jetant un coup d'oeil d'ensemble sur les 
dix dernières années du règne de son maître, signale comme uni- 
que ombre au tableau « le rappel de ces pestes, entrepris et 
exécuté contre toute justice, bienséance, sentiment des grands 
du royaume, volonté et honneur du roi '-. » Il note qu'à peine 
rentrés les jésuites obtinrent cette destruction de la pyramide ; 
et « un seul bastiment que le roi desfit prit le contr'ongle de sa 
réputation. » 

Chose curieuse : c'est un ancien cuisinier de Catherine de 
Bourbon, un de ses rares serviteurs catholiques, devenu porte- 
manteau du roi, puis conseiller d'Etat, La Varenne, qui fut l'un 
des instruments de ce rappel des jésuites avec le P. Coton. 

1. Le jeudi saint le roi reçut quatre jésuites dans son « arrière cabinet ; » 
et le lundi de Pâques « il commanda au père provincial de le venir trou- 
ver à Paris et y amener le père Coton, et qu'il avoit volonté de les réta- 
blir en France » (P. Cayet, Chronologie septénaire, édition de 1611, p. .'{«SS). 

2. Mémoires de Sully, I, CXX1X. Cf. Lettres missives d'Henri IV, t. VI, 
p. 178 et 182 : dans sa réponse aux remontrances du Parlement le 21 
décembre, le roi dit à propos des jésuites : « Si la Sorbonne les a con- 
damnés, c'a esté sans les cognoistre. » 

3. E. Benoît, Hist. de l'édit, I, 415. Cf. Mercure de 1605 (édition de 1(519, 
p. 10). 

4. Mémoires de la Liane, t. VI, p. 247 ; et Hisl. nniv. d'A. d'AuBIGNÉ, éd. 
de Ruble, t. IX, p. 26. 

5. Voir ci-dessus, p. 25. 

6. Histoire unir., édition de Ruble, t. IX, p. 459. 



210 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Celui-ci, après le voyage du roi en Lorraine, s'était insinué 
dans ses bonnes grâces. Il avait prêché à Fontainebleau d'abord, 
et bientôt à Paris. Suivant une tactique ordinaire, l'ordre le fit 
nommer confesseur du roi l . 11 resta en charge jusqu'en 1617. Un 
des plus prompts à l'entourer de leurs louanges, en voyant sa 
faveur croissante, fut naturellement P. Cayer : « il n'y eut à 
Paris, dit-il dès 1604, bonne parroisse qui ne l'ait désiré ouyr ; il 
a une grâce attrayante, qu'on ne peut (sic) se lasser de l'écou- 
ter -. » 

Son influence directe ou occulte détermine la plupart des 
mesures prises contre les protestants parisiens. Certains trouvent 
moyen de prendre leur parti de leurs malheurs en riant, et disent 
que le roi « a du coton dans les oreilles. » Henri IV dut insister 
auprès de Sully pour que celui-ci consentit à recevoir une pre- 
mière visite du père à l'Arsenal. 

Un document typique des préoccupations intimes du P. Coton, 
et des procédés étranges qu'il employait, est un grimoire dont 
l'authenticité ne paraît pas douteuse, bien qu'elle soit niée par 
quelques membres de l'ordre ;{ . 

L'affaire rappelle d'abord les manifestations morbides de 
Marthe Brossier contre l'Edit de Nantes en 1598. En 1603-1604 
une autre fille soi-disant possédée du démon, Picarde cette fois, 
vient à Paris, « rendez-vous général des curiosités et phéno- 
mènes en tout genre ; » on l'établit rue des Bernardins, chez un 
avocat à la cour. Elle est « mise en montre » là, puis à l'abbaye 
de Saint-Victor. « Toutes sortes de gens, raconte de Thou 4 , 
venaient la visiter. De ce nombre fut Pierre Coton. Il prétendit 
s'éclaircir par Adrienne, ou par le démon, de bien des articles 



1. Jusqu'alors c'était le doyen de la Faculté de théologie, R. Benoit (v. ci- 
dessus p. 78), qui avait rempli ces fonctions ; un bénédictin, le P. Garnier, 
éiait aussi chapelain et prédicateur ordinaire, et « le roi en avait contente- 
ment » {Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 569, mars 1602). 

2. Chronologie septénaire, dédiée au roi en 1605, livre V (1604), édition 
de 1611, p. 437. Parmi les autres jésuites qui prêchèrent à Paris le carême 
de 1604, Cayer nomme le P. Gontier à Saint-Jean-en-Grève, les PP. Alexandre, 
Largebaston et Machault. 

3. Bibliothèque des écrivains de la de de Jésus, t. II, Liège, 1854, in-8° ; 
Recherches historiques et critiques sur la Cie de Jésus du temps du P. 
Coton, par le P. Prat, Lyon, 1876, II, 414. 

4. Hist. unir., lih. CXXXII, § 13. 



LE PÈRE COTON 211 

qu'il désespéroit de pouvoir apprendre d'ailleurs. » Il emprunte 
donc un livre d'exorcismes à un ami que de Thou ne nomme pas, 
mais par ailleurs nous savons que c'était le conseiller au Parle- 
ment Jacques Gillot, l'un des auteurs de la Satire Ménippée. 

Deux ans après (en l'année 1605 qui nous intéresse spéciale- 
ment) celui-ci rentrant en possession de son volume y trouve 
une feuille volante dont le contenu lui paraît si singulier qu'il 
l'apporte à Sully. Ils comparent l'écriture avec celle du P. Coton. 
Pas de doute. Sully porte à son tour l'écrit au roi... qui voulut 
« étouffer » l'affaire K Mais déjà circulait mainte copie manus- 
crite ; on en faisait des gorges chaudes. Casaubon en parle a 
Scaliger, Du Puy les envoie à l'Estoile. Cela fit grand bruit à 
Paris et ailleurs. En 1609, on songeait à publier une traduction 
italienne à Venise ; en 1610 (sept ans après le voyage d'Adrien- 
ne à Paris !) le diplomate - huguenot il est vrai Bongars 
en édita le texte latin avec traduction française -. 

Parmi ces « questions proposées au diable, pour en avoir 
l'explication » quelques-unes visent - fort indiscrètement - - la 
\ie privée du roi ; d'autres ont trait à la théologie ou à la politi- 
que ; beaucoup enfin touchent « la conversion des âmes » (X), 
« la guerre avec les hérétiques » (XII), « tout ce qui concerne 
de Laval » (VII), « quels hérétiques en court peuvent estre plus 
facilement amenés à la foy » etc. A côté de pasteurs en vue 
(Charnier, Ferrier), Sully et Lesdiguières sont spécialement visés, 
ainsi que le roi et la reine d'Angleterre. Dès qu'elles eurent passé 
la Manche, ces « questions » y produisirent une émotion bien 
légitime (automne 1605). Combien plus encore pouvaient-elles 
inquiéter les protestants de Paris au milieu desquels vivait le 
questionneur ainsi hanté par la pensée de les convertir. 

D'ailleurs à cette époque où tant de familles étaient partagées 
entre les deux Eglises, le P. Coton voyait l'hérésie professée par 
ses proches parents. Si l'un de ses neveux devait être le P. La 
Chaise, comme lui confesseur du roi, une de ses nièces "• était 
protestante, une de ses petites-nièces émigra après la Révocation. 
De même le cardinal Du Perron était fils d'un pasteur et d'une 

1. (Economies royales, éd. de 1837, t. II, p. 158 ; cf. Ch. Read, />'. h. p., 
1890, p. 200. 

2. Fr. prol., 2 e éd., t. II. col. 825 : Questions proposées ou diable pur le 
P. Collon. 

:{. Catherine Cotton, de Montpellier, avait épousé M. Petit (B. h. p., 1890, 
p. 222, n. 2). 



212 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

parente de R. Le Cointe, le membre du Consistoire : un homonyme 
protestant offrira les œuvres du prélat à la bibliothèque de 
Charenton ' ; une cousine, Geneviève Davy, avait épousé aussi 
un pasteur, P. Le Roy ; leur conversion fut obtenue ou du moins 
récompensée par une institution dont le cardinal surveilla de 
près le fonctionnement 2 . 

Au moment où le P. Coton, dans son grimoire, demandait au 
diable « ce qui est le plus utile pour la conversion de tous les 
hérétiques, » le futur cardinal, d'accord avec le futur confesseur 
du roi sur les points essentiels, travaillait à l'organisation défi- 
nitive et permanente à Paris d'une machine de guerre dirigée 
d'abord contre les chefs des troupeaux hérétiques : une caisse 
de subventions aux ministres apostats. 

Dès l'année de l'Edit (1598) l'assemblée du clergé avait décidé 
d'affecter à cette dépense un crédit annuel de trois mille écus. 
Le principe même d'une caisse spéciale, et surtout sa gestion 
par le bureau de Paris, avait soulevé (surtout chez les députés 
de diocèses éloignés) beaucoup d'opposition. Cependant en 1600, 
on décida de continuer les pensions, extrêmement peu nom- 
breuses :! . En 1605-6 on augmenta beaucoup le chiffre du crédit 
et on résolut de lever une somme de 10.954 livres 4 sols 4 deniers. 
L'assemblée du clergé se tenait aux grands Augustins, qu'une 
rue alors en construction séparait seule de la muraille et du 
faubourg protestant de Saint-Germain-des-Prés 4 . Les sessions 
devaient avoir lieu, en principe, à peu près tous les dix ans, mais 
une commission chargée de vérifier les comptes du receveur 
général se réunissait à Paris tous les deux ans r \ Dans l'intervalle 
enfin, les agents généraux du clergé poursuivaient l'exécution des 
décisions de l'assemblée. Or les protestants avaient une orga- 
nisation parallèle, ou plutôt opposée : les synodes nationaux 



1. B. h. p., 1906, p. 50. 

2. Sur les pensions payées en 1606 par les soins de l'assemblée du 
clergé figurent les deux époux ; à partir de 1611, devenue veuve, G. Davy 
continue à toucher 400 livres (B. h. p., 1907, p. 237 et 251). 

3. Procès-verbaux de l'ass. du clergé, I, 653 et 678 ; cf. B. h. p., 1902, 
(art. de M. Cans), p. 226, et 1907 (art. de J. Pannier), p. 233 et suivantes. 

4. La chapelle des Augustins longeait le quai portant encore ce nom, et 
le réfectoire s'éleva, plus tard, parallèlement : il en reste quelques vestiges, 
3, rue du Pont de Lodi. La rue Dauphine fut percée en 1606 à travers les 
jardins du couvent. 

5. Mercure />. de 1607, éd. de 1619, p. 189, verso. 






LA CAISSE DU CLERGh 



213 



pour agir en sens inverse des « agents généraux l . » Si bien que 
certaines décisions des assemblées du clergé tardaient parfois 
assez longtemps à être ratifiées. Ainsi le Parlement ne vérifia 
qu'en 1008 un édit faisant droit aux plaintes de l'assemblée de 
1005-6 « contre ceux de la religion prétendue réformée qui vou- 
droient se faire inhumer dans les églises que leurs prédécesseurs 
auroient fondées ; contre ceux qui feroient bastir des temples 
près des églises catholiques etc. -. » 




JETON DE CATHERINE DE BOURBON 



1. Ci-dessus chap. III, S 5, page 179, note 4. 

2. Mercure de 1606, éd. de 1619, p. 95. 

3. Voir ei-dessus page 84, note 2, et ci-après p. 571. 



214 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 



CHAPITRE V 



LA CONTROVERSE 



Notice bibliographique. 

Introduction. — Un tableau de ce temps : la pèche des âmes. — Universalité 
des discussions religieuses eu Europe. — Publicité et rententissement 
de celles qui ont lieu à Paris. 

§ 1. L'objet de la controverse. — But théorique de la controverse : la recher- 
che de la vérité. — La question du salut. — La raison d'être de l'Eglise. 

— Rôle de l'Etat. — Attitude particulière d'Henri IV. — Colloque de 
Poissy et conférence de Fontainebleau. — But plus pratique après l'Edit 
de Nantes. — Les conversions. 

§ 2. Les Ccntroversistes. - Deux catégories. — I. Amateurs : catholiques. 

— Protestants. — IL Professionnels : le type du controversiste protes- 
tant : P. Du Moulin. -- Quelques catholiques. — Les seconds. 

§ 3. Autour des controverses. — Les assistants, dans les conférences verbales. 

— La controverse par écrit. — La clôture. — Quelle autorité met fin aux 
controverses. 

§ 4. L'argumentation. -- Le point de départ. — Le procédé de discussion : les 
syllogismes. — Sciences auxiliaires. — Conséquences politiques et so- 
ciales attribuées aux doctrines des adversaires. — Protestantisme et 
monarchie. — Papisme et monarchie. 

§ 5. Le Juge des controverses. — L'Ecriture sainte. -- La tradition, les Pères. 

— Quels textes sacrés seront admis (canoniques et apocryphes). — De 
l'usage des Pères. 

§ 6. Les sujets traités. — La foi commune. — Classification des questions 
controversées. -- I. Questions essentielles. — 1° La transsubstantiation et 
le sacrifice de la messe. — 2° L'autorité du pape. — IL Autres questions 
importantes : 1° l'Eglise. — Ses caractères : Universalité, antiquité. — 
Remarques sur l'église anglicane. — L'Episcopat. — 2° La vocation des 
pasteurs. — 3° Les sacrements. — 4" Le purgatoire, etc. — III. Questions 
secondaires : cérémonies, etc. 

§ 7. Les sujets qu'on n'a pas traités alors à fond. — La grâce et la prédesti- 
nation. — Le témoignage intérieur du Saint-Esprit. 

§ 8. Le ton et la fui de la controverse. — Les résultats : avantages, inconvé- 
nients. — Conclusion. 

Notice bibliographique. — Pour rédiger ce chapitre nous avons dû faire un 
choix dans la masse des livres de controverse de cette époque. Voulant nous 
borner, sauf exception, aux ouvrages publiés à Paris ou sur des conférences 
faites à Paris, nous avons pris comme type, du côté catholique, les œuvres de 



OUVRAGES DE CONTROVERSE DK DUMOULIN 215 

Cayer déjà énumérées plus haut, p. 52, et du côté protestant quelques 
œuvres de Du Moulin. Dans les notes des pages suivantes nous avons désigné 
ordinairement les publications composant la présente bibliographie par les 
deux ou trois premiers mots du titre ; lorsqu'on trouve ci-après indiquée 
une réédition de 1624, 1625, 1626, c'est à elle que se rapportent les chiffres 
des pages que nous avons transcrits d'après les exemplaires consultés par 
nous. 



Narré de la conférence verbale et par escrii tenue entre 
M. Pierre du Moulin et M. Cayer, dédié à Monsieur de la Roche, 
près Chalais, par Archibault Adaire, gentil-homme Escossois. 
(Première édition 1002 ; deuxième édition : A Genève, pour 
Pierre Aubert, MDCXXV, 160 p. in-S"). 

Cartel de Deffy du sieur de Bouju surnommé de Beau-Lieu 
envoyé au sieur du Moulin, avec les responses et répliques de part 
et d'autre sur le point de la Cène et des marques de la vraye Egli- 
se (Première édition 1602 ; nouvelle édition : A Genève, pour 
Pierre Aubert, MDCXXV, 120 p. petit in-8°. 

Torrent de feu sortant de la face de Dieu pour desseicher les 
eaux de Mara, encloses dans la chaussée du Moulin d'Ablon, où 
est amplement prouvé le Purgatoire et suffrages pour les Tres- 
passez et sont descouvertes les faussetez et calomnies du Ministre 
Molin. Composé par le R. P. F. Jacques Suarès de Saincte Marie, 
observantin Portugais, docteur en théologie et prédicateur ordi- 
naire du Roy. A Paris, par Julian Pillou, imprimeur demeurant 
à VEscu de France près l'Eglise Sainct Estienne du Mont, MDCV 
112 p. in-8°. La lettre « o Messieurs les catholiques de Paris » 
est datée de Grenoble ce 18 juillet 1603. 

Trente-deux demandes proposées par le Père Cotton, avec les 
solutions adjoustées au bout de chaque demande. Item soixante- 
quatre demandes proposées en contre eschange par Pierre du 
Moulin, Ministre de la parole de Dieu en l'Eglise de Paris. 
Matthieu 22, vers 23 et 29 : les Sadducéens vindrent à Jésus et 
Vinterroguerent. Mais Jésus res pondant leur dit : Vous errez ne 
sachant point les Escritures (Première édition, 1008 ; nouvelle 
édition : A Genève, pour Pierre Aubert, MDCXXV (in-12). 

Véritable narré de la Conférence entre les sieurs Du Moulin et 
Confier, secondé par Madame la baronne de Salignac (Première 
édition, 1009 ; nouvelle édition : .4 Genève, pour Pierre Aubert, 
MDCXXV (in-8' de 18 + 14 p.). 

Discours sur le sujet proposé en la rencontre du R. Père Gon- 
lier et du Sieur du Moulin, par Pierre de Bérulle, Ecclésiastique. 



216 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

à Madame de Mazencourt, à présent catholique. A Paris, chez 
Rotin Thierry, rue St-Jacques, au Soleil d'or, MDCIX, in-8°. 

Apologie pour la Sainte Cène du Seigneur contre la présence 
corporelle et transsubstantiation... Par Pierre du Moulin, Minis- 
tre de la parole de Dieu en l'Eglise de Paris. Dernière édition en 
laquelle est satisfait à toutes les accusations des adversaires. Pre- 
mière édition, la Rochelle 1607, nouvelle édition : De l'imprime- 
rie de Matthieu Bcrjon, MDCX (mais à la dernière p. (265) on 
lit : « Parachevé d'imprimer à Genève par M. Bcrjon l'an 1609 »). 

Défense de la foy catholique contenue au livre de trespuissant 
et serenissime roi Jaques I, Roi de la Grand' Bretagne et d'Ir- 
lande, contre la response de F. N. Coeffeteau, docteur en théolo- 
gie et Vicaire général des Frères prescheurs. Par Pierre du Mou- 
lin, Ministre de la Parole de Dieu en l'Eglise de Paris. Première 
édition, la Rochelle, 1604 ; Edition reveue et augmentée par 
l'Autheur. A Genève, par Pierre Aubert, MDCXXIV (in-12). 

Accomplissement des prophéties. Troisième partie du livre de 
la Défense de la foi du serenissime roi Jacques I. Où est monstre 
que les prophéties de Saint-Paul et de l'Apoccdypsc et de Daniel 
touchant les combats de l'Eglise sont accomplies. Par P. du Mou- 
lin, Ministre de la Parole de Dieu en l'Eglise de Paris. Edition 
dernière reveue et de beaucoup augmentée. l ro édition 1612 ; nou- 
velle édition : A Genève, pour Pierre Aubert, 162 b (406 p. in-8"). 

Du juge des controverses, trcdtté auquel est défendue l'autho- 
rité et la perfection de la Saincte Escriture contre les usurpations 
et accusations de l'Eglise romaine, par Pierre du Moulin, Minis- 
ire de la Parole de Dieu en l'Eglise de Sedan et professeur en 
théologie. Première édition, Sedan, J. Jannon, 1630 ; Nouvelle 
édition : A Genève, chez Pierre Aubert, MDCXXXVI (in-8 '). 



Déclaration de Bertrand Avignon naguères de l'ordre qu'on 
appelle des Cordclliers eslably en la ville de Paris, Bachellier en 
première licence et présenté le premier dudict ordre en la faculté 
de théologie et Sorbone. Par laquelle il déduict les raisons qui l'ont 
meu de quitter la Religion romaine pour embrasser la vérité de 
l'Evangile. Faicte à Ablon en l'assemblée des fidelles de l'Eglise 
de Paris le dimanche XXIX de May jour de la Pentecoste 1605. 
Imprimé l'an de grâce MDCV (sans lieu ni nom d'imprimeur, 
36 p. in-8 u ). 



UN TABLEAU DE 1614 217 

Introduction 

Au Musée d'Amsterdam (Rijksmuseum) un tableau peint en 
1614 par A. van der Venne représente la Pêche des âmes. De 
terribles orages ont fait déborder un large fleuve ; des centaines 
d'hommes, surpris dans leurs barques ou leurs maisons, se 
débattent au sein des Ilots. Maintenant, le calme est revenu, 
l'arc-en-ciel, symbole de réconciliation, occupe tout l'arrière-plan. 
Deux flottilles sont occupées au sauvetage ; leurs équipages riva- 
lisent de zèle pour la « pèche des âmes » qu'ils recueillent à 
leurs bords respectifs : d'un côté les embarcations sont occupées 
par des pasteurs et des laïques dont, plusieurs tiennent des 
Bibles ouvertes, de l'autre côté des prêtres, des moines, et quel- 
ques autres personnages, sont munis de chapelets, de reliques, 
etc. Séparées par toute la largeur du fleuve, deux foules contem- 
plent cette sainte lutte ; l'expression des visages est à la fois 
grave et passionnée, presque tous, paraît-il, sont des portraits, 
représentant sur la rive gauche, des protestants ; sur la rive 

droite, des catholiques Si ce tableau retrace avant tout la 

situation locale aux Pays-Bas après la trêve entre l'Espagne et 
les Provinces-Unies (1609), il dépeint aussi exactement l'état des 
esprits en France après l'Edit de Nantes : la volonté pacificatrice 
du roi, dominant tout l'ensemble ; les deux Eglises rangées l'une 
en face de l'autre sur les bords de la Seine comme sur les 
bords du Rhin, assistant à ce spectacle dramatique : les efforts 
de leurs champions rivalisant d'ardeur pour attirer dans leur 
barque le plus d'âmes possible, parmi celles qui avaient sombré 
au cours des troubles récents. Telle est bien l'image de la contro- 
verse au début du xvn° siècle : controverse dont le rôle et 
l'importance sont, à Paris, plus grands que partout ailleurs *. 

On pourrait dire que partout, mais surtout en France, et 
surtout à Paris, toutes sortes de personnes étaient alors prêtes 

1. Au frontispice du livre de Du Plessis-Mornay (le Mystère d'iniquité, 
c'est-à-dire l'histoire de la papauté, édition de lfil'2, sans nom d'imprimeur, 
à la marque de la vraie religion sur le titre) ou voit de même d'un côté 
quatre docteurs catholiques, de l'autre quatre protestants : trois pasteurs 
en robe et chapeau, eu bonnet carré et un laïque qui met le feu aux piliers 
de bois sur lesquels, au milieu, s'élève la tour de Babel, et la légende est 
ainsi conçue : 

Fallitur seternam (/ni suspicit ebrius arcem. 
Subrula succensis mox corruet ima tigillis. 



218 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

à faire de la controverse en toutes sortes de circonstances : du 
côté protestant « les femmes et les enfants étaient armés de 
tous les passages de l'Ecriture qui peuvent servir à expliquer 
la véritable doctrine 1 . » On faisait de la controverse à table : 
nous avons vu qu'il y avait ce qu'on pourrait appeler des 
« dîners de controverse » cbez le président Canaye ; il y en avait 
aussi chez Du Perron lorsqu'il n'était encore qu'évêque d'Evreux. 
(ce fut un de ces soirs là, vers 1604, qu'il se flatta d'avoir converti 
Casaubon, et le pieux helléniste dut écrire une lettre pour protes- 
ter qu'il restait fidèle à son Eglise -) ; et l'on faisait aussi de la 
controverse le long des grands chemins, entre personnes « de 
contraire religion » se rencontrant le dimanche entre Paris et 

Ablon Mais toutes les discussions n'ont pas ce caractère 

familier et — d'un côté tout au moins — improvisé. La contro- 
verse a eu ses formes quasi-régulières, ses procédés presque 
classiques. Et c'est là ce que nous allons étudier de plus près. 

Joute oratoire ou étrange de brochures et de gros volumes ; 
plus généralement sous l'une et l'autre forme : « conférence 
verbale et par escrit 3 , » ce genre d'exercice s'est tellement déve- 
loppé entre 1596 et 1610 qu'il répondait évidemment à un goût 
et à un besoin de cette époque. 

Dans tous les temps et dans tous les pays lorsque des opinions 
philosophiques ou religieuses diverses se sont trouvées en 
présence, elles ont été discutées par leurs adhérents respectifs. 
Ceux qui pensaient différemment — dis-putantes — ont lutté 
pour leurs pensées, disputé ; mais souvent ces discussions, ces 
« disputes » ont eu un caractère purement académique, ou du 
moins n'ont intéressé qu'une certaine catégorie de personnes : 
ainsi les luttes de l'antiquité grecque entre platoniciens et aristo- 
téliciens ; celles de l'antiquité juive entre pharisiens et saddu- 
céens, celles du moyen-Age entre nominalistes et réalistes ; 
souvent aussi la nature des rencontres entre représentants des 
différentes confessions religieuses s'est trouvée quelque peu 
faussée par le concours des circonstances politiques auxquelles 
le mouvement des idées religieuses se trouvait trop indissolu- 
blement lié : ainsi en Allemagne au temps de la Réforme. Toutes 

1. E. Benoît, Ilist. de l'Edit, t. III, p. 49, cf. t. II, p. 557. 

2. Chauffepié, Dictionnaire, v° Casaubon. La Fi", prot., 2" éd., t. III, 
coL 820, ne cite de cette lettre en latin qu'une édition de 1612. 

3. C'est le titre même du Narré de ce qui s'est passé entre Du Moulin et 
Cayer, 1602. 



IMPORTANCE DES CONTROVERSES A PARIS 219 

les idées générales étaient alors remuées à la fois clans un boule- 
versement universel avec beaucoup de trouble et de confusion i 
d'autre part, nombre de querelles ont porté sur des points très spé- 
ciaux et n'ont eu qu'une portée locale. Jamais peut-être les dis- 
cussions n'ont eu à la fois autant de profondeur et de retentisse- 
ment, autant de sérieux et autant d'éclat, autant de vivacité sur 
Je moment et d'extension dans leurs développements ultérieurs, 
que les controverses religieuses en France au commencement du 
xvii e siècle : peut-être parce que, à cette époque où les préoccupa- 
tions religieuses étaient partout en Europe au premier plan, elles 
ne pouvaient nulle part ailleurs être discutées avec autant de 
liberté qu'en France. Lorsque plus tard, là et ailleurs, la liberté 
de discussion est devenue plus grande, la quantité des sujets 
à discuter était devenue plus grande aussi, en sorte que jamais 
plus l'intérêt de tous ne s'est concentré sur le même sujet avec 
une telle intensité. Enfin le progrès constant des moyens de diffu- 
sion des idées et des voies de communication ont accéléré dans 
tous les sens la « décentralisation » ; au xx e siècle, où les congrès 
attirent si facilement les spécialistes de tant de matières sur 
tant de points du inonde à tour de rôle, on se représente avec 
peine la difficulté et par là même l'importance qu'avaient au 
début du xvn e siècle, à Paris, les rencontres entre tenants d'opi- 
nions religieuses différentes. Dans la capitale, au développement 
de laquelle le roi donnait alors une impulsion nouvelle, les idées 
se rencontraient, s'entrechoquaient, se pénétraient comme sur un 
u grand théâtre -, » de telle manière que le contre coup se faisait 
sentir plus rapidement qu'on ne saurait croire, et très profondé- 
ment, dans toute la France et même dans toute l'Europe pen- 
sante. 

En apparence il ne s'agit que d'une lutte entre l'Eglise catho- 
lique et l'Eglise réformée ; en réalité celle-ci représente alors la 
seule opinion dissidente qu'on eût le droit de défendre publique- 
ment ; les Juifs étaient tenus à l'écart, les libres-penseurs 
n'osaient se déclarer ouvertement, fût-ce au pied de l'échafaud 
comme le maréchal de Biron ; il s'agit donc, au fond, de la 
lutte entre le principe d'autorité extérieure, uniforme et le prin- 



1. On ;i remarqué avec raison que « dans le premier quart du dix-sep- 
tième siècle, la controverse garde le même caractère encyclopédique » qu'au 
seizième, a et c'est toujours sur tous les points de la religion qu'elle se 
disperse » (RÉBELUAU, Bossuel historien du protestantisme, p. 7). 

2. L'expression est de l'un des controversistes. 



220 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

cipe de liberté sous ses diverses formes : liberté de la parole, de 
la presse, du culte, de la pensée, de la conscience l . 

Du caractère très général des considérations qui précèdent il 
résulte qu'un intérêt très grand s'attache aux questions que nous 
ii lions traiter dans ce chapitre ; de ce caractère très général il 
résulte aussi qu'il est malaisé d'écrire à ce sujet un chapitre 
seulement... Nous nous efforcerons de ne pas oublier que nous 
nous occupons ici d'une Eglise donnée dans un temps donné ; et 
nous nous laisserons entraîner le moins possible hors des limites 
de cette Eglise et de ce temps 1 . 

Nous étudierons pourquoi il y a des controverses à Paris sous 
le règne d'Henri IV, comment elles se passent, à quoi elles abou- 
tissent : c'est-à-dire d'abord le but théorique et le but pratique, 
puis quelles personnes se trouvent en présence, et quelles idées ; 
à ce moment nous examinerons quel est le « juge des contro- 
verses » et nous établirons une classification des principales 
matières controversées. Après avoir étudié quelles armes et 
quelle tactique employaient les adversaires, nous pourrons arri- 
ver enfin à une conclusion sur les résultats immédiats de chaque 
escarmouche et les conséquences plus lointaines de la lutte dans 
son ensemble. 

1. Voici ce qu'Henri IV écrit à M. de la Force après l'exécution de son 
beau-frère (le maréchal de Biron était fils d'Armand de Gontaut et de 
■Jeanne d'Ornezan) le 7 août 1602 : « Il est mort n'ayant jamais voulu 
mesines prier Dieu, et je crois aussy qu'il ne le sçavoit, comme il l'a advoué 
à ses confesseurs, qui luy ayant voulu parler de Madame la maréchale de 
Biron, sa mère, il ne l'a voulu seulement ouïr nommer, pour ce qu'elle estoit 
hérétique. Ce dont il les a priez en mourant a esté de dire à tout le monde 
qu'il estoit mort très bon catholique, sans pouvoir dire que c'estoit que 
catholique » (Lettres missives, t. V, p. 647). P. Cayer (Chronologie septénaire 
de 1605, 1. V, p. 318 de l'édition de 1611) dit en effet que le maréchal 
« n'avoit nulle piété ; on l'a veu souvent se moquer de la messe et se rire 
de ceux de la R. P. R. avec lesquels il avoit esté nourry dès ses jeunes ans, 
ayant esté eslevé à partir de huit ans par Madame de Brisambourg sa tante 
paternelle qui estoit de la R. P. R. ». 

1. Si par exemple il est impossible de ne pas parler de la conférence de 
Fontainebleau (4 mai 1600), nous n'y insistons pas. Le principal intéressé, 
Du Plessis, était membre de l'Eglise de Saumur, ses séjours à Paris étaient 
de moins en moins fréquents ; les pasteurs de Paris n'ont pris à cette confé- 
rence aucune part officielle : il est vrai que Du Plessis fut assisté de trois 
habitués des prêches du Louvre, de Grigny et d'Ablon : Fresne-Canflye et 
Casaubon, commissaires, J. Mercier secrétaire. Après la conférence où 
Du Plessis fut très partialement traité, Mercier l'aida à faire une relation 
avec la collaboration de Lafin et de deux conseillers au Parlement : Chan- 
ciieu et Du Coudray. Mais, tenue en dehors de Paris et, aussi, en dehors des 



OBJET DE LA CONTROVERSE 



221 




LA VRAIE RELIGION 

Marque typographique protestante du xvir siècle 

§ 1. L'objet de la controverse 

Le but commun à toutes les disputes et à tous les disputeurs 
est théoriquement le plus élevé qui se propose et qui s'impose à 
l'âme humaine : c'est la recherche de la vérité. Chacun des deux 
partis, avec une égale sincérité et une égale ardeur, prétend lutter 
pour la vérité et contre l'erreur ; chaque concurrent se pose non 
seulement en champion de son Eglise, mais en porte-parole ou 
plus humblement encore en instrument de la vérité * ; chacun 
de ceux qui viennent à la rescousse, individuellement ou en 
corps, sur la scène ou dans la coulisse, Sorbonne ou Consistoire, 
prétend prendre des décisions au nom de la vérité ; donner des 
approbations « pour réduire (reducere, ramener) les desvoyés - » ; 
sur les comptes rendus et commentaires imprimés, à la première 
page, les libraires catholiques et protestants font mettre des mar- 



conditions ordinaires, cette conférence ne rentre pas dans le cadre de notre 
étude. Enfin, elle a fait l'objet d'études très détaillées, p. ex. la thèse de 
doctorat es lettres de M. Lalot. 

1. « Les conférences et disputes ont la vérité pour but », dit le sieur de 
Bouju, catholique (Cartel de deffy, envoyé au sieur du Moulin, 1602, première 
lettre*. « Ne différez plus à vous déclarer du costé de la vérité de Dieu, » 
écrit Cayer (Copie d'une lettre, etc., 1596, p. 23). Et Du Moulin, de son côté : 
» Nous coupons avec le glaive de l'Evangile ces nœuds de questions entor- 
tillées tissues exprès pour envelopper les esprits. A les voir de loing ce sonl 
nœuds gordiens, à les regarder de près ce sonl toiles d'araignes qui ne sup- 
portent pas seulement le vent de la vérité. Rien ne s'y prend que les mou- 
ches, etc. » Et il écrit au roi Jacques I e * (Trente-deux demandes, etc., 1608, 
avertissement) : « Nous avons estimé nécessaire de résister à ceux qui en 
voslre personne assaillent la vérité » (Défense de la foi/, etc., 1610, dédieaeei. 

2. Formule fréquente sur les permis d'imprimer accordés à des ouvrages 
de controverse par les docteurs de la Sorbonne. 

1.--. 



222 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

ques telles que « la vraie religion 1 , » d'une part, 1' « enseigne 
de la vérité - » d'autre part. 

Et la lutte pour la vérité a ceci de dramatique que, dans la 
pensée des lutteurs, il ne s'agit pas de vérité abstraite — la vérité 
pour la vérité, comme on dit aujourd'hui l'art pour l'art — mais 
de vérité vivante, vécue et à vivre ; connaître et pratiquer la 
vérité c'est, pour une âme religieuse, la seule voie du salut, pour 
elle-même et pour les autres. C'est ce qui fait l'intérêt passionné 
avec lequel les concurrents participent et les spectateurs assis- 
tent au combat, intérêt collectif autant qu'individuel. 

Chacun a besoin de légitimer devant sa propre conscience et 
devant celle des autres l'existence de la société religieuse à 
laquelle il appartient, la raison d'être de son Eglise, son droit de 
posséder et son devoir de répandre la vérité salutaire. 

Mais à côté de l'ambition commune aux deux Eglises se mani- 
feste ici déjà une différence de prétention sur laquelle nous 
reviendrons plus amplement à propos des matières controver- 
sées : tandis que le système catholique prétend être un but en 
soi, et se dit seul détenteur des moyens de salut, le système 
protestant n'aspire qu'à être un moyen pour amener au salut, 
et reconnaît qu'il peut y avoir d'autres moyens. L'un et l'autre 
dit : « hors de l'Eglise point de salut, » mais tous deux n'enten- 
dent pas sous ce mot Eglise la même chose, et le protestant finit 
même par avouer que, très exceptionnellement il est vrai, la for- 
mule peut n'être pas applicable. 

L'Eglise d'ailleurs n'est pas seule à se préoccuper de la vérité 
religieuse et du salut des âmes. L'Etat croit avoir non seulement 
le droit, mais le devoir d'intervenir. Car l'idée d'un Etat « laïque » 
est absolument étrangère aux hommes de ce temps, protestants 
aussi bien que catholiques ; les gouvernants se sentent respon- 
sables devant Dieu de l'âme des gouvernés, un souverain protes- 
tant, comme le roi d'Angleterre, aussi bien qu'une Majesté « très 
catholique » comme le roi d'Espagne, le conseil d'une république 
protestante comme les Deux-Cents de Genève, aussi bien que le 
conseil d'une république catholique comme le Sénat de Venise. 

Mais au milieu de tous ces rois et magistrats détenteurs du 



1. Voir p. 221 et 566. 

2. Marque de Philippe du Pré, rue des Amandiers, libraire de Cayer à 
partir de 1596. ("était peut-être un membre d'une famille protestante. 
Cf. p. 349. 



l'église et l'état 223 

pouvoir exécutif en Europe, Henri IV a sa physionomie bien à 
part : il n'est plus le « défenseur de la foi » protestante comme 
l'a été sa mère, mais il n'est pas encore le roi très catholique que 
deviendra son fils, proposé par le clergé en exemple de dévotion 
à ses sujets ; il est (au point de vue diplomatique, s'il ne l'est pas 
au point de vue moral) le roi « très chrétien » sans épithète ; il 
exerce aussi peu de pression que possible sur ses sujets tant 
catholiques que protestants..., ce qui ne veut pas dire qu'il n'en 
ait exercé aucune contre les protestants, comme nous le verrons, 
mais il a aussi mainte fois mis une sourdine au zèle des catholi- 
ques. Et cette attitude donne encore un trait caractéristique 
de plus aux conférences qui purent se tenir alors à Paris, tandis 
qu'elles étaient impossibles dans la capitale de tout autre pays. 

Logiquement, si l'Etat a le droit de se préoccuper de la vérité 
religieuse, il a le devoir de la faire établir par les autorités compé- 
tentes, lorsqu'elle vient à être un sujet de discussions entre 
citoyens de cet Etat : et en effet on a vu les théologiens catholi- 
ques et protestants officiellement réunis, discuter devant le roi 
de France, la reine-mère, les ministres... Oui, on l'a vu, une 
fois : c'était au colloque de Poissy ; mais on ne l'a pas revu une 
seconde fois, parce que l'Etat s'est, malgré tout, senti peu quali- 
fié pour remplir ce rôle d'arbitre, et aussi parce que l'Eglise 
catholique s'est sentie peu disposée à partager avec un autre 
pouvoir — fût-ce celui du fds le plus soumis de l'Eglise — ce 
rôle d'arbitre de la vérité. 

Sous le règne d'Henri IV l'on n'a plus vu des évêques réunis 
ainsi avec des pasteurs devant le roi dans un bâtiment ecclésias- 
tique, mais on a vu une fois dans un palais royal et devant le roi 
un évêque discuter avec un protestant, laïque, mais théologien. 
C'était à la conférence de Fontainebleau, lorsque dans une lutte 
inégale Duperron attaqua Du Plessis-Mornay, et que celui-ci 
défendit assez malheureusement les citations d'un de ses ouvra- 
ges. Nous n'insistons pas, tant pour les motifs-ci-dessus énoncés 
qu'en raison du caractère exceptionnel de cette rencontre. Evi- 
demment ni le roi ni aucun des deux partis n'eut envie de voir 
se renouveler la discussion dans ces conditions. 

Au colloque de Poissy on avait traité les questions à un point 
de vue d'ensemble et pour ainsi dire en nom collectif, à la confé- 
rence de Fontainebleau la controverse avait eu un caractère plus 
personnel, mais il y avait là deux « précédents > de toute pre- 
mière importance, et l'on s'étonne de ne pas les voir citer plus 



224 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

souvent (ils le sont, mais incidemment) dans les disputes ulté- 
rieures. Celles-ci ont d'ailleurs un but de plus en plus précis, et de 
moins en moins général, en apparence du moins, après l'Edit de 
Nantes. Dans les années qui précèdent ce grand acte, Cayer par 
exemple fait en quelque sorte — autant qu'on peut appliquer 
aux choses de ce temps les expressions du nôtre — appel à l'opi- 
nion publique : il écrit une « admonition » à Messieurs du Tiers 
estât, une autre, semble-t-il, à la noblesse ; un peu plus tard le 
cordelier Suarez dédie son Torrent de feu « à Messieurs les 
catholiques de Paris » (1603). 

De plus en plus les controverses ne se bornent pas à avoir un 
but théorique ; on vise un but pratique, d'utilité immédiate ; il ne 
s'agit plus de faire de grandes manœuvres sur son propre terrain, 
de faire évoluer toutes ses troupes pour faire parade des qualités 
de chaque arme, et montrer de quoi l'armée serait capable en 
temps de guerre : on se met en campagne véritablement ; tantôt 
il faut défendre ses positions, fortifier une place frontière atta- 
quée par l'ennemi, tantôt on envahit au contraire son territoire, 
soit par une grande expédition jusqu'au cœur du pays, soit en 
livrant des escarmouches sur une quantité de points à la fois ; 
tantôt on s'applique à viser les chefs, on voudrait les réduire à 
l'impuissance, on les provoque à la désertion, tantôt on préfère 
n'avoir affaire qu'à leurs lieutenants, ou l'on s'attaque à de sim- 
ples soldats qui se défendent plus ou moins habilement, et se 
trouvent parfois dans une situation bien critique entre leurs en- 
nemis et leurs défenseurs. 

C'est ainsi qu'à Paris on voit parler et écrire avec ardeur pour 
et contre la conversion de Madame, sœur du roi, pour et contre 
la conversion de prêtres, de pasteurs, et de simples fidèles, nobles 
ou bourgeois, membres de l'une et l'autre Eglise. Mais, bien 
entendu, la conversion de tel ou tel individu, but immédiat de 
telle conférence ou de tel ouvrage, sert aussi de prétexte pour 
inviter à la conversion tous les auditeurs ou tous les lecteurs, et 
l'intérêt de la lutte s'étend bien au-delà de l'instant et du lieu où 
elle a commencé 1 . 

Certaines argumentations ont pour objet spécial d'ébranler soit 

1. La Sorbonne approuve p. ex. l'impression de la Remonstrance de Cayer 
à la duchesse de Bar comme « digne d'estre mise en lumière pour la réduc- 
tion salutaire de madite Dame et pour l'édification publique », 



RÉSULTATS PRATIQUES DE LA CONTROVERSE 22.") 

chez les prêtres soit chez les pasteurs, le sentiment de leur voca- 
tion aux fonctions ecclésiastiques : Cayer eut à peine le temps 
d'exercer son ministère pastoral à Paris et encore était-il seule- 
ment aumônier de Madame : on peut donc dire qu'aucun des pas- 
teurs de Paris n'a succombé à ces attaques ni aux autres sollicita- 
tions dont ils furent l'objet t ; dans toute la France le nombre des 
pasteurs apostats sous le règne d'Henri IV est extrêmement 
réduit, les doigts d'une seule main suffisent presque pour les 
compter -. Ce fait est attesté par les adversaires mêmes qui vont 
avec beaucoup de peine chercher au fond des provinces quelques 
noms à citer, car ils attribueraient un grand prix à cet argu- 
ment '■'- : mais de ces quelques apostats aucun, sauf Cayer, n'est 
venu faire à Paris son abjuration publique. Au contraire si aucun 
membre du clergé séculier parisien n'a quitté sa paroisse, plus 
d'un religieux a quitté son couvent parisien, et quelques-uns ont 
fait profession publique de leur nouvelle foi dans les temples 
d'Ablon et de Charenton. Nous l'avons rappelé en temps et lieu. 
Parmi les laïques les controversistes catholiques visent surtout 
ceux qui occupent une haute situation sociale, et à défaut des 
hommes, commencent souvent par les femmes la dislocation de 



1. Du Moulin, Cartel, p. 117 : « Qui est le fidèle ministre à qui on n'ait 
offert des bénéfices ou de l'argent pour le corrompre ? » Voir sur la caisse 
des pensions ci-dessus, p. 112. 

2. En 1596, Kotan, pasteur à la Rochelle (Response à Cayer, etc., p. 209) 
pense qu'on ne peut citer que quatre apostats parmi ses anciens collègues : 
Sponde et Morlas » se sont detracqués aussi tost qu'ils ont humé un peu du 
vent de la Court » ; Launoy et Pannetier étaient infidèles dans leur doctrine 
Ci dans leur vie ; quant aux deux que nomme Cayer « feu M. Payan est 
décédé avec une ferme assurance de son salut » (p. 211) ; « pour le regard 
du sieur du Plan nous n'en pouvons parler qu'avec commisération..., son 
esprit ayant esté troublé par la rigueur des lourmeus qu'il a enduré, il a 
esté bien aysé de le séduire ». 

'.i. En 1600, tandis qu'un pasteur apostat, « don » Gaspar Olaxa, se me- 
sure à la Mothe en Albigeois avec les pasteurs de Revel et de Puylaurens 
La Curne et l'Espinace, l'ancien jésuite Edmond de Beauval abjure à 
Saint-Amand. On imprime leurs déclarations respectives en province, l'une 
à Bordeaux, l'autre à Pontorson, mais le tout sert de prétexte à Cayer pour 
une publication qui paraît à Paris (Response à la déclaration... de Beauval, 
etc). Dans une autre, il cite » M. du Plant <> (Copie d'une lettre, etc., 1596, 
p. 23) et du Moulin conteste la valeur de cet exemple ; Cayer prête aussi 
à d'autres pasteurs qui ne se sont nullement convertis des intentions que 
Du Moulin nie catégoriquement {Copie, etc., toc. cit., à propos de l'aven ; 
Remonstranee à Madame, 1601, p. 45 : à propos de Losse». 



226 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

la famille protestante ; nous avons raconté tous les efforts, vains 
d'ailleurs, pour obtenir l'abjuration de Madame, sœur du roi ] ; 
après une mêlée à laquelle prennent part Gontier, Coëffeteau, 
Bérulle, Du Moulin, etc., nous avons vu Madame de Mazencourt 
aller à la messe treize ans après le jour où certains prétendaient 

qu'elle était déjà devenue catholique Si ardent est en effet 

l'amour des âmes, et le désir de les amener à la vérité, si ardent 
peut être aussi l'amour de la gloire, ou de la gloriole, que les 
chasseurs d'abjurations s'attribuaient parfois des succès immé- 
rités, comme font ceux qui, pour ne pas revenir « bredouille, » 
« achètent un lièvre et le rapportent pendu à l'arçon de la selle, 
afin que le peuple die : C'est un lièvre qu'il a pris 2 . » 



§ 2. Les controversistes 

Quels hommes prennent part à ces controverses ? Si la compa- 
raison ne risquait — bien contrairement à nos intentions — 
de paraître irrespectueuse, ou trop moderne, nous distinguerions, 
comme dans les concours « sportifs » du xx° siècle, les « ama- 
teurs » et les « professionnels » ; et les premiers (des laïques 
en général) sont parfois aussi forts, aussi passionnés, aussi sé- 
rieusement « entraînés » que les seconds. 

Du côté protestant je citerai seulement les deux plus éminents 
hommes d'Etat auxquels la politique, la diplomatie, la guerre 
ont laissé assez de liberté d'esprit pour conserver aux préoccu- 
pations religieuses la première place, et — phénomène plus mer- 
veilleux encore — assez de temps pour mettre l'érudition la plus 
minutieuse au service de leurs démonstrations historiques, philo- 
sophiques, théologiques : un seigneur français, Du Plessis-Mor- 
nay, et un roi d'Angleterre à demi-français par sa mère : 
Jacques I". 

Du côté catholique je ne vois guère de controversiste laïque 
à citer, à cette époque, et sans doute cela tient à des raisons de 
principe : les laïques, dans l'Eglise romaine, restent toujours, 
plus ou moins, des mineurs, auxquels on ne saurait confier le 
soin de défendre la cause commune, sur des terrains glissants 



1. Voir ci-dessus p. 77, etc. 

2. Rcsponse de Du Moulin à Gontier, p. 19. 



- LES CONTROVERSISTES 227 

(maint clerc même, comme E. Lebrun 1 , envoyé pour convertir, 
a été converti). Plus tard seulement, après avoir bien fourni 
son arsenal d'arguments empruntés à l'expérience du passé, plus 
tard, disons-nous, le curé de Charenton aura ses missionnaires 
savetiers, bateliers, etc., qui feront de l'apologétique populaire et 
populacière, mais au commencement du siècle on agissait encore 
avec une certaine précaution, et dans un domaine plus relevé. 
On laissait bien s'essayer, comme francs-tireurs, des gens qui 
n'étaient plus tout à fait laïques, mais qui n'appartenaient pas 
encore tout à fait au clergé. Si l'entreprise ne réussissait pas, on 
la désavouait facilement. 

Voici par exemple le sieur de Bouju surnommé de Beaulieu : 
il « porte l'habit » ecclésiastique, et s'en vante, mais il n'a pas 
reçu la tonsure ; il dit : « Mon estude est la théologie, » mais 
n'est nullement docteur, et Du Moulin fait cruellement sentir 
d'où provient son savoir et ce qu'il vaut : « Quatre ou cinq 
années èsquelles vous avez hanté la court sont suffisantes pour 
pollir de toutes choses, mesmes de celles qu'il n'entend pas : un 
habit, et un bénéfice sans office, rendent un homme sçavant en 
un moment, et grand théologien. » Ailleurs l'ironie est plus mor- 
dante encore : « L'Escriture saincte ayant perdu en ce temps le 
droit d'estre juge souveraine (sic) des différents de la Religion, 
le chemin du sçavoir a esté fort racourci ; de là vient qu'il ne 
faut qu'un mois en la cour et entre les daines pour devenir bon 
disputeurs, et théologien Entre autres M. Bouju paroist telle- 
ment qu'il y a espérance qu'il deviendra un bouclier de l'Eglise 
romaine : de peur d'estre entre tant de sçavans comme une muette 
entre les voyelles, par une louable ambition il a provocqué bra- 
vement tous les ministres 2 . » 

Laissons ce piètre type du controversiste amateur, et venons à 
ceux que de longues études préparatoires ont spécialement armés 
pour la lutte. En effet ni tous les prêtres ni tous les pasteurs ne 
sont également qualifiés pour cela ; parmi les uns et parmi les 
outres il n'y en a qu'un petit nombre qui soient des profession- 
nels de la controverse. Tous, sans doute, doivent être en état 
de se défendre en se bornant aux généralités, mais seulement 
pour tenir bon jusqu'à ce que des spécialistes viennent leur prê- 
ter main forte : on pouvait être excellent pasteur et excellent 

1. Sur soi) abjuration à Ablon, voir p. 192. 

2. Curie! de deffy, etc., 1602, rééd. de 1625, p. ir>, 12.'), 23, l\. 



228 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

prêtre clans les circonstances ordinaires de la vie paroissiale, sans 
être « bon disputeur, » ni « bon théologien » ; et l'on pouvait aussi 
Ainsi le brave Lôbéran de Montigny avait intrépidement prêché 
l'Evangile sur les champs de bataille et dans les chambres des 
persécutés, mais il avait moins d'aptitude la plume à la main. Il 
savait feuilleter sa Bible et sa confession de foi, les manier avec 
une entière confiance dans leur bonne trempe, comme jadis, au 
besoin, il tirait son épée, mais pour les discussions d'école, dans 
le silence du cabinet, ce vieillard n'était qu'un apprenti ; 
M. Bouju lui-même se plaint que « M. de Montigny ne venoit 
pas tout droict aux preuves par syllogismes en formes, comme 
il est requis ; » Cayer raille sa dogmatique rudimentaire et ses 
expressions abruptes. Il semble bien que son jeune collègue Du 
Moulin le salue par pure déférence comme un « rude jouteur » 
lorsqu'on le somme de venir lutter à ses côtés 1 . 

Et certes, celui-ci est bien au contraire l'homme qui incarne 
parfaitement le type du controversiste protestant français pen- 
dant plus d'un demi-siècle : à lui seul il a presque toutes les 
qualités et aussi presque tous les défauts qui se retrouveront chez 
beaucoup d'autres à un degré moins éminent et en quantité 
moins surabondante. Quelle riche et puissante nature, synthéti- 
sant les vertus nourricières de la terre de France dans les diver- 
ses provinces où cette vie toute pleine de sève plonge ses racines 
pro fondes ! Il est essentiellement Français (né en Ile de France), 
avec une pointe de malice picarde (il fut élevé en Picardie) 
et même d'esprit gaulois ; sa famille paternelle sort de l'Orléa- 
nais, on y trouve des Du Moulin juristes et d'autres laboureurs ; 
sa famille maternelle est du Dauphiné, ce sont des magistrats 
dont la cause s'unit souvent à celle de la petite noblesse. Les eaux 
de notre Moulin — pour employer une image chère à ses adver- 
saires - - les eaux de notre Moulin font penser quelquefois au 
cours paisible et majestueux de la Loire, mais plus souvent aux 
torrents qui des Alpes coulent vers le Rhône leurs flots tumul- 

1. ci I] est aussi fort seul qu'accompagné... ; ce serait à moi une extrême 
indiscrétion de venir donner secours à un homme victorieux » (Cartel de 
deffy, p. 12). 

2. Allusion au moulin de la Chaussée, proche du temple de Charenton. 
P. ex. : « Pauvre Molin, tes chaussées sont rompues, tes eaux non de Silvé, 
niais de Mara converties en bourbier ». (Torrent de feu, etc., par le F. Suarez, 
1603, p. 111). 



- PIERRE DU MOULIN 22 ( .) 

tueux. Ainsi la robe pastorale du controversiste parisien semble à 
tour de rôle revêtir des hommes bien divers : le fin lettré et le phi- 
losophe subtil qui naguère professait à Leyde, le diplomate qui 
faillit accompagner l'ambassadeur de France au Levant et sut 
habilement conduire mainte négociation avec le roi d'Angle- 
terre ou Messieurs les états de Hollande, le conseiller fidèle 
qui pénétrait avec une égale aisance dans le palais de Madame, 
dans l'hôtel des magistrats, dans la maison modeste du bour- 
geois et de l'artisan, le théologien érudit qui avait lu une quantité 
prodigieuse d'ouvrages anciens et modernes, et professera avec 
éclat à Sedan. Enfin s'il n'avait eu aucune des aptitudes précéden- 
tes (aptitudes d'homme très cultivé et très civilisé), on peut penser 
encore qu'il aurait été de quelque autre manière un puissant type 
d'homme, un de ces lutteurs fortement musclés qu'on se repré- 
sente toujours ramassés sur eux-mêmes, en garde pour parer un 
coup ou pour asséner à l'adversaire une formidable bourrade. 
Ce tempérament de lutteur, P. du Moulin en avait sans doute 
hérité quelque chose de ses ancêtres, mais il en avait décuplé les 
ressources par le constant exercice que lui avait rudement imposé 
la lutte pour la vie. Le grand garçon qui se trouvait seul aux por- 
tes de Paris en Ï588 après la journée des Barricades, l'étudiant 
(jui gagnait péniblement de quoi ne pas mourir de faim en Angle- 
terre et en Hollande, était bien le même que le vieillard « arra- 
ché à un troupeau qu'il a fort aimé » et luttant pour la même 
cause un quart de siècle à Sedan avec la faveur du souverain, 
comme il avait lutté un quart de siècle à Paris dans des circons- 
tances contraires l : alors, surveillé sans cesse par le pouvoir 
civil et par l'Eglise romaine, surchargé d'occupations multiples 
et de soucis matériels, il porte presque à lui seul le poids de la 
controverse toujours renaissante avec les champions divers qui 
sont suscités contre lui : leur acharnement est le meilleur témoi- 
gnage de la valeur qu'ils étaient forcés de reconnaître chez un tel 
adversaire. Valeur d'autant plus admirable qu' « il est malaisé 



1. Dédiant précisément le Juge des Controverses (Sedan, 1630) à la du- 
chesse de Bouillon, Du Moulin lui dit dans ce même passage : « Votre mari 
m'a recueilli en mon affliction ; ma vie agitée et mes études interrompues 
ont trouvé du repos sous votre ombre... Je laisserai icy mes os en servant 
ma vocation. Car d'icy il n'y a pas plus de chemin au ciel que d'ailleurs, 
et la fuite est heureuse par laquelle «m s'approche de Dieu ; a (il avait été- 
forcé de quitter Paris pour échapper à la persécution). 



230 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

d'escrire parmi la tempête, ou de méditer sérieusement sur le 
bord d'un torrent K » 

A Paris, comme controversiste, Du Moulin éclipse donc tous 
ses collègues, du côté protestant ; tandis que du côté catholique 
plusieurs combattants se rangent contre lui presque sur le même 
rang, et représentent bien les diverses forces qui animent alors 
l'Eglise romaine ; nous nous bornerons à citer les principaux, 
et l'on verra qu'en effet ils sont de ceux que l'armée catholique 
pouvait mettre en avant avec le plus de confiance, comme les 
chefs ou les représentants de ses divers corps de troupes, clergé 
régulier et séculier. Un cardinal marche en tête ; et souvent 
reparaîtra dans les pages suivantes, comme il a paru dans les 
précédentes, le nom de Du Perron. De famille protestante il con- 
naît, comme Cayer, mieux que d'autres de ses compagnons 
d'armes actuels, les points forts et les points faibles de l'adver- 
saire. Puis viennent trois aumôniers du roi, le Jésuite Cotton, 
l'oratorien Bérulle, et le curé Benoist : trois hommes singulière- 
ment différents de ton et de tactique. Le premier à l'extrême 
droite, si l'on peut dire, d'une habileté qui ne recule devant aucun 
moyen pour parvenir au but ; le second au centre, avec une 
méthode grave qui annonce celle de Bossuet ; le troisième, non 
moins sincère défenseur du catholicisme romain, et pourtant 
traducteur de la Bible et penseur si voisin parfois des adversaires 

qu'il est suspect à ses propres coreligionnaires Le cordelier 

portugais J. Suarez représente enfin la forme de polémique la 
plus grossière, visant non plus les « honnêtes gens, » mais la 
foule, avec des mots et des arguments d'une lourdeur déplaisante. 
Hélas, il n'y en a pas seulement chez lui d'ailleurs, nous en cite- 
rons qui sont de Coëffeteau et autres controversistes moins bons 
« disputeurs » peut-être que Suarez, mais meilleurs théologiens 
certainement. 

Un fait nous frappe lorsque nous comparons la pensée et la 
manière de ces protagonistes catholiques avec celle de Du Mou- 
lin ; (nous hésitons presque à formuler notre jugement, car il 
paraîtra certainement, malgré nos intentions et nos affirmations 
contraires, inspiré par l'esprit de parti) ; dans cette lutte à coups 
d'arguments et de documents, entre catholiques et protestants, 
tous ont une égale sincérité, une égale ardeur, une égale émotion, 

1. Défense de la foy, 1(504 ; dédicace au roi Jacques. 



CONTROVEBSISTES CATHOLIQUES ET RÉFORMÉS 231 

et le plus savant est difficile à reconnaître, mais quant à l'expo- 
sition des idées le plus clair et le plus vif, celui qui juge le plus 
les choses au point de vue des idées générales, et aussi celui qui 
trouve le plus naturellement un mot spirituel pour égayer les 
dissertations les plus graves, c'est le protestant ». 

Ces grands lutteurs paraissent sur le terrain parfois tout seuls, 
mais souvent aussi accompagnés de « seconds. » Et dans certains 
cas où au début ils étaient chargés de ce dernier rôle seulement, 
ils sont amenés par la force des choses à prendre la place 
du combattant principal, qui ne les vaut pas : ainsi Du Moulin 
sommé de suppléer Montigny qui répondait peu ou point, fait 
des façons par bienséance, mais finit par se substituer bel et bien 
à lui ; d'autre part le P. Gontier s'étant montré insuffisant, 
Coëffeteau et Bérulle - viennent à la rescousse, et Gontier est 

éclipsé. 

Remarquons en passant que jamais deux pasteurs ne partici- 
paient ensemble à une même conférence verbale soit qu'ils fus- 
sent trop occupés, soit que ce fût contraire à quelque usage 
réformé 3 . Par contre il y a souvent un ou plusieurs membres 



1. Ainsi à propos d'une argumentation saugrenue qu'on lui oppose au 
sujet de ce que devient l'hostie, une fois entrée dans la bouche du prêtre, 
Du Moulin dit ironiquement : -< Tout homme qui a fait ses pasques sent 
bien s'il avalle l'oublie ou si elle lui monte au cerneau » {Narré de la confé- 
rence... avec Cai/cr, éd. de 1625, p. 113). A un adversaire qui s'est hâté de 
lui répondre sur un ton peu aimable, il écrit : « Vous n'avez pu attendre 
longtemps pour vomir ce fiel ; espérons que vous nous porterez mieux après 
nous être ainsi déchargé ». Cayer affirmant que les Saints sacrifient Jésus- 
Christ dans le Paradis, Du Moulin ironiquement tire la conclusion : « à ce 
compte la messe s'y dit en latin >» (Narré, p. 7). 

2. A la daine pour la conversion de laquelle il rentre dans la lice, il 
écrit : Je sors •• de la paix et douceur de vie, et tranquillité de ma retraite » 
{Discours, etc. à Mme de Mazencourt, 1609, p. 4). C'est le même désir de se 
reposer et le même devoir de combattre que chez Du Moulin. 

3. Ainsi, dans les temples, il n'y avait généralement qu'une seule robe 
(De FÉLICE, les Protestants d'autrefois). Cayer, lorsque la conférence est déjà 
commencée depuis quelques jours, demande à Du Moulin d'amener " les 
sieurs de la Faye, de Montigni et Coiiet », mais il n'est pas donné suite à 
cette demande. Du Moulin dit que « les sieurs de la Faye et de Montigni 
estoyent réservez à choses plus grandes et l'avoyent laissé entrer en cestc 
lice pour monstrer que le plus jeune et le plus insuffisant est assez fort 
pour résister » (Narré, p. 84), 



232 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

laïques du Consistoire, venus là soit officieusement, soit, plus 
probablement, à titre purement personnel K 

Le champion catholique lui aussi est parfois, mais rarement, 
accompagné d'un laïque -'. C'est plus généralement un ou plu- 
sieurs religieux qui l'assistent : tels les deux carmes à la mine 
triste qui encadrent le souriant Cayer, l'aident, le reprennent, et 
finalement l'abandonnent - trouvant compromettante sa « bou- 
tique » ou son « arrière-boutique » 3 . 

Ces « seconds » interviennent ex ofjicio pour présenter à l'ad- 
versaire des objections ou des réclamations qui laissent au cham- 
pion principal le temps de reprendre haleine : parfois l'inter- 
ruption vise une simple expression ; ainsi Du Moulin ayant pro- 
noncé le mot moine, les deux carmes se formalisent, et Du Mou- 
lin doit expliquer la grande différence qu'il fait entre les anciens 
moines et les nouveaux religieux 4 . 

§ 3. Autour des controverses 

L'auditoire est parfois peu considérable, parfois très nom- 
breux, suivant les dimensions du local, qui est toujours dans 
une maison privée 5 . Par conséquent, n'entre pas qui veut. Il y 



1. En 1602 P. du Moulin amène, comme « scribe, » M. de la Gourman- 
dière, que remplace ensuite un autre ancien M. Poupart ; un troisième, 
avocat au Parlement comme le premier, M. de Ruquidort, est aussi présent 
(Xarré de la conférence, etc., réédition de 1625, p. 2, 15, 19). 

2. Ainsi pour Cayer, dans cette même occasion, « le sieur Choart » peut- 
être parent de Choart de Buzenval qui était huguenot. 

3. Xarré, p. 140 : « Les religieux prenoient la parole quand il étoit ques- 
tion de philosophie. Pour Cayer, ces matières estoyent lettres closes ; pour 
décliner la pointe de telles disputes, il se mettoit du costé de Du Moulin, 
et prioit lesdits religieux de se taire : le plus habile desquels se choléra 
contre Cayer, et y eut quelques paroles d'aigreur entre lui et Caj'er, dont 
aussi il protesta de ne se trouver plus à la conférence, comme aussi il fit. 
Les religieux n'osèrent maintenir avec Cayer que Jesus-Christ en la Messe 
ait eu une dévotion de s'offrir plus grande intensive, c'est-à-dire, en plus 
grand degré de perfection qu'il ne l'a eu en la croix, car je croi que cela est 
de la boutique de Cayer... Il avoit encore une arrière boutique de blas- 
phèmes ». 

4. Le Narré, p. 74 rapporte non seulement le peu qu'il dit, mais « ce qu'il 
eusl volontiers adjousté ; il s'en abstint de peur de les irriter. » 

5. Du 28 mai à la mi-juin 1602, Du Moulin et Cayer parlent dans « une 
chambre proche de l'hostel de Madame » (Xarré, p. 7), chez M. Quetault, 
valet de chambre de Catherine de Médicis et membre du Consistoire ; le der- 



DIVERS- AUDITEURS DES CONTROVERSES 233 

a une certaine publicité, mais restreinte l , les assistants sont pour 
la plupart des gens cultivés 2 , plus ou moins instruits des choses 
littéraires et théologiques. Il y a des docteurs de Sorbonne qui 
viennent là comme Du Moulin assistait à certains exercices sco- 
laires, appelés aussi « disputes, » à la Sorbonne même, pour se 
tenir au courant des questions et de la manière de les traiter-. Il 
y a des magistrats, des avocats au parlement qui n'apprécient 
pas seulement la forme mais le fond des discours ; il y a des 
seigneurs, des dames, beaucoup de dames. Amené dans « une 
chambre pleine de dames, » Du Moulin est interpellé par une d'el- 
les, Mme de Mazencourt, « qui le pria de premier abord de lui 
esclaircir le xxxi e article de la confession de foi ; » une autre, la 
baronne de Salignac, prend la place du P. Gontier quand il 
« quitte le combat, » et c'est le « dessert de la conférence 4 . » 
Elle disait « avoir employé quatre ans entiers à se résoudre ; » 
« elle avoit lu tous les Pères grecs et latins, avoit eu un homme 
exprès pour se les faire traduire, avoit reconnu que les Pères des 
premiers siècles étaient en tout conformes à la croyance de 
l'Eglise romaine. » Nous savons bien le nom d'une troisième 
parmi les assistantes, Mme de Liembrune, mais tandis que les 
autres pérorent, elle ne fait que pleurer. 

nier jour seulement, on se transporte dans « la cour autour de laquelle 
y avoit des galeries en forme d'amphithéâtre » (p. 155). Pour mettre Du 
Moulin en présence du P. Gontier devant Mme de Mazencourt, M. de Liem- 
brune amène le pasteur dans une salle assez petite de son hôtel, rue des 
Marais (Véritable narré, etc., p. 1>. M. de Pellejay, conseiller du roi, offre 
sa maison au P. Suarez « avec les commoditez d'une très belle bibliothè- 
que », mais Du Moulin ne veut pas s'y rendre (Torrent de feu de Suarez, 
P 29 et 88). 

1. La conférence entre Du Moulin et Cayer « s'est faite en un théâtre 
public, en la présence d'un grand nombre d'auditeurs » (Narré, p. IL 

Le P. Suarez et Du Moulin conviennent d'abord de « comparoistre en une 
maison particulière en la présence seulement de quelques personnes » 
(Torrent, p. 29). 

2. Pourtant les domestiques de M. de Liembrune assistent à la conférence 
chez lui, et beaucoup de gens s'assemblent dans la rue devant la maison de 
M. Quetault et interrogent les orateurs et auditeurs à leur sortie. Un ami 
de Du Moulin rapporte les « absurdités » qu'il lui a « représentées en pleine 
lue devant plus de cent tesmoins » (Xarré, p. 1). 

3. " Il dit qu'ayant souvent assisté à leurs exercices il n'avoir rien ouy 
que des questions curieuses et égarées, comme : si le diable avant (pie tom- 
ber avoit fait quelque œuvre méritoire ; si Dieu peut faire qu'un qui est 
vierge soit père, et pareilles subtilitez u (Narré de la conférence, etc., p. 32), 

4. Véritable narré, etc., I rc partie, p. 1, et II' partie, p. 18. 



234 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

Très librement les assistants interviennent souvent avec un 
à propos qui montre leur connaissance des langues anciennes et 
des auteurs tant profanes que sacrés: à propos du mot hébreuriEn 
(iophet) un Anglais que Du Moulin « avoit amené pour parrin 
en ce duel, » lui rappelle (pue « histrare per ignem veut dire 
brasier, et Virgile le prend ainsi 1 ; » ailleurs un autre Anglais, 
celui-ci adversaire de Du Moulin, observe qu'une opinion émise 
par Cayer est conforme à la doctrine de Grégoire de Nysse - ; une 
autre fois le sieur de Verdavene prend un nouveau testament 
grec et fait observer qu'il y a dans l'Evangile àvwyeov et non 
Û7t£pwov ;! ; un jour que Cayer a cité le commencement d'un 
article du catéchisme réformé, un catholique, le secrétaire 
Choart, « pour presser davantage, ajouta que les choses suivan- 
tes estoient encore pires, » et lit la fin *. Sur quoi Du Moulin 
ayant forcé Cayer à reconnaître qu'il avait faussement inter- 
prété cet article, un protestant, l'autre secrétaire Poupart, inter- 
pelle le pasteur apostat directement : « Alors comment est-ce 
qu'en un livre naguères vous l'accusez (cet article) d'avoir blas- 
phémé ?» « A cela Cayet demeura muet. » Une autre fois, chez 
M. de Liembrune, le même ancien du Consistoire, décidément un 
habitué de ces sortes de réunions, apostrophe le P. Gontier : 
« Nous avons apporté nos oreilles, mais vous n'avez point de 
bouche 5 . » 

Inversement d'ailleurs, les disputeurs prennent les auditeurs 
à témoin, d'étrange façon : par exemple après avoir « nié que 
les cérémonies de la loi aient esté lois naturelles, » Du Moulin 
« sommoit chaque assistant d'entrer en soy-mesme et d'exami- 
ner s'il sent en soi aucune inclination naturelle à se circonscrire 
à la Judaïque c . » 

D'autres fois les assistants manifestent leurs sentiments non 
par des paroles, mais par des rires : ainsi parce que Cayer a 
soutenu qu' « acheter du bois avoit mesme vertu que se chauf- 
fer ", » ou que le sacrement est partie de la mort de Jésus-Christ 

1. Cartel de deffg, p. 33. 

2. Mais Du Moulin réplique que, sur ce point, l'Eglise, officiellement, ne 
croit pas ce que croit Grégoire de Nysse (Narré, p. 152). 

3. Narré de la conférence, p. 105. 

4. Narré de la conférence, p. 147. 

5. Véritable narré, p. 14. 

6. Narré de la conférence, p. 100. 

7. Ibidem, p. 93. 



CONFERENCES VERBALES KT PAR ÉCRIT 235 

« comme le déliement de la bourse est partie du paiment », 
c le ris de la compagnie délivra Du Moulin de la peine de répon- 
dre ] ; » et pour clore cette grave conférence gaîment un protes- 
tant trouve le mot de la fin : Cayer refuse - - par ordre, nous le 
verrons — de signer le procès-verbal ; alors « un des nôtres fit 
rire la compagnie, s'estant avancé pour excuser Cayer, disant 
qu'il n'èstoit encore en aage pour signer-. » Dans une autre cir- 
constance un gentilhomme fait lever la séance en disant : « Mes- 
sieurs, c'est assez, la compagnie s'ennuie 3 . » 

Tous ces gens mélangent un certain sans-façon xvT siècle avec 
les formules cérémonieuses auxquelles s'attachera la politesse du 
XVII*. A leurs propos joignez encore, pour avoir la physionomie 
des séances, certains incidents comiques, celui-ci par exemple 
auquel on trouva moyen de donner une portée miraculeuse : 
un jour que Cayer dictait quelque chose — c'était dans une 
maison protestante — « il y avait là deux tableaux : l'un estoit 
le portrait de J. Calvin, l'autre une cuisine où y avoit toutes 
sortes de viandes. Cette cuisine tomba bas ; chacun fit des gloses 
selon son humeur ; quelques personnes semèrent le bruit par 
la ville qu'un miracle estoit advenu, et qu'au son de la parole 
de Cayer, Bèze et Calvin estoyent tombez, combien que rien ne 
fust tombé, que des marmites 4 . » 

Voilà pour l'aspect des conférences « verbales » qui duraient 
jusqu'à quinze jours de suite •"' ou, plus ordinairement, quelques 
heures à peine 6 . 

Mais la conférence verbale n'était ordinairement que le pro- 
logue de la controverse par écrit. Il arrivait aussi qu'on échan- 
geât, au sujet des conditions d'une rencontre possible, une 
longue correspondance qui n'aboutissait pas à une conférence 
verbale, mais dégénérait en controverse aigre-douce : tel le 
cartel de défi du sieur de Bouju à Du Moulin. Pm tout cas, toutes 
ces pièces étaient copiées et circulaient souvent d'abord en 

1. Ibidem, p. 108. 

2. Ibidem, p. 157. 

.'{. Torrent de feu, de Suarez, p. 65. 

4. Narré, p. 17. 

5. Ainsi, à partir du 28 mai 1602, entre Du Moulin et Cayer. 

(5. De trois à quatre heures entre Du Moulin et Gontier en 1609 (Du Moulin. 
Véritable narré, p. 28 ; Apologie pour la S. Cène, p. 6); un après-midi entre 
Du Moulin et Suarez en lfid.'l (Torrent, p. 29). 



230 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

manuscrit, puis on les imprimait avec force développements. 
On faisait bien de sincères efforts pour avoir un procès-verbal 
authentique et en quelque sorte officiel des conférences, mais 
un des adversaires commençait par publier lui-même ou faire 
publier par un de ses partisans un compte rendu que l'adver- 
saire jugeait nécessairement inexact et calomnieux ; d'où 
l'urgence d'imprimer à son tour un « véritable narré. » 

Un autre genre de publication assuré d'un rapide débit, c'était 
les « déclarations » où les apostats de l'une et l'autre Eglise 
exposaient copieusement les « causes et raisons » de leur 
conversion. Ces publications se faisaient, de la part des nouveaux 
catholiques avec une autorisation (ou pour mieux dire, sur l'invi- 
tation) expresse des autorités ecclésiastiques, et de la part des 
nouveaux protestants avec l'approbation tacite sinon formelle, 
et sur l'invitation probablement d'un pasteur ou du Consistoire. 
Elles se rattachent au genre : conférence verbale, en ce qu'elles 
étaient la plupart du temps lues en public le jour de l'abjuration, 
en tout ou en partie seulement : plusieurs sont si longues et si 
compliquées qu'on hésite à croire qu'en supplément au prêche 
ou la messe, déjà longs par eux-mêmes, un auditoire moyen ait 
pu en supporter la lecture intégrale 1 . 

Il y avait encore un autre procédé de controverse que prati- 
quaient les Jésuites, notamment le père Cotton « fertile en 
questions. » Il en proposait, sur des sujets théologiques, « à 
plusieurs sortes d'esprits. » On apportait ces papiers à Du Mou- 
lin, qui collectionna les trente-deux principales questions, y 
répondit, et riposta par un nombre double : soixante-quatre 
questions « proposées en contre eschange » (1608) ! 

Au début on se contentait de part et d'autre de petits traités 2 ; 
il n'en reste que quelques exemplaires rarissimes. Beaucoup 
d'autres, parmi ces minces écrits de circonstance, ont sans doute 



1. La déclaration de Cayer est présentée sous forme de « lettre à un 
gentilhomme sien amy le S r Dam » (Damoursl, elle n'a que 26 pages ; mais 
\oici, de l'ancien cordelier B. Avignon, la déclaration « faite à Ablon en 
rassemblée des fidèles » qui en a 36 ; il s'arrête (mais un peu tard) <> crai- 
gnant d'être prolixe ». En 1639, la « déclaration du s r François Clouet, 
cydevant appelé Père Basile de Rouen, prédicateur capucin et missionnaire 
du pape, où il dit les raisons qu'il a eues de se séparer de l'rîglise romaine 
pour se renger à la réformée » est adressée << à Messieurs de l'Eglise ro- 
maine » (Sedan, J. Jannon, in-8°, 1639). 

2. Ceux de Cayer, de 1595 à 1597 ont généralement de 26 à 50 pages. 



-TRAITÉS DE CONTROVERSE 237 

disparu. Quelques-uns circulaient sous le manteau en manus- 
crit et n'ont jamais été imprimés 3 . Ce qui a survécu et résisté 
au temps ce sont les volumes épais dont les éditions successives 
sont toujours « augmentées : » tantôt sous forme plus popu- 
laire, en gros caractères à l'usage des vieillards ou des personnes 
peu lettrées, tantôt sous forme plus savante, avec des marges 
encombrées de citations grecques et latines. Et il n'y en avait 
apparemment pas encore assez pour des lecteurs passionnés : 
plus d'un a criblé de notes manuscrites tous les blancs dispo- 
nibles. 

On vit alors s'entrecroiser, dans un cliquetis belliqueux, des 
arguments aussi bizarres que les titres des ouvrages publiés 
coup sur coup, ripostant du tac au tac : Du Moulin lance 
d'abord 2 « les Eaux de Siloé, pour esteindre le feu du purgatoire 
contre les raisons et allégations d'un cordelier portugais qui a 
presché le caresme à Saint-Jacques de la Boucherie 3 . » Le mois 
suivant (juin 1003) trois adversaires à la fois répondent : le 
cordelier lui-même, par le Torrent de feu, sortant de la face de 
Dieu, pour desseicher les eaux de Mara, encloses dans la chaussée, 
du Moulin d'Ablon 4 ; Gayer, par la Fournaise ardente et le four 
de réverbère pour évaporer les prétendues eaux de Siloé et corro- 
borer le purgatoire contre les hérésies, calomnies, faussetés et 
cavillations du prétendu ministre Du Moulin ; enfin Du Val, doc- 
teur de Sorbonne, lance Le feu d'Hélie etc. 

Du Moulin fait face aux trois assauts en publiant « l'Accrois- 
sement des eaux de Siloé pour esteindre le feu de purgatoire et 
noyer les satisfactions humaines et les indulgences papales, etc., 

1. Ainsi Lobéran avait rédigé « un écrit à la main, contenant cinq 
feuillets, pour la confirmation en la religion d'un quidam que le curé de 
Saint-Sauveur [en face du cimetière protestant de la Trinité, rue Saint-Denis] 
taschoit de réunir à la religion catholique romaine ». L'Estoile en parle 
d'après un exemplaire que lui prêta M. de Gréhan (Journal, 15 juillet 1606) ; 
le même personnage lui prêta en 1609 le Réveil des apostats, « petit livret 
duquel tous ceux de sa religion font grand estât ». 

2. L'Estoile a conservé la date : samedi 31 mai 1603 (Journal, p. 350). 

3. Sans lieu ni marque d'imprimeur, 1603, in-8". De cette église il ne reste 
que la « tour Saint-Jacques. » 

4. Une nouvelle édition « avec plusieurs additions très utiles et néces- 
saires » par l'auteur, le « R. P. F. Jacques Suarès de Sainte-Marie » a paru 
en 1606 encore à Paris, chez Nicolas du Fossé, in-8 (Bihl. de M. C. Frossard. 
R° 313). 



238 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

etc. x ; » il n'y a pas accroissement en aménité de ton, mais en 
nombre de pages : plus de deux cent cinquante, au lieu de 
cinquante-cinq. Et, la même année, il apporte encore de « Nou- 
velles briques pour le bastimeut de Babel, c'est à dire erreurs 
nouvellement forgez pour establir la grandeur de Vevesque de 
Rome, etc. -. » Cela tombait dru comme grêle dans les deux 
camps, et cependant les amateurs ne manquaient pas pour lire 
et pour acheter, comme en témoignent les rééditions nombreuses. 

Les ouvrages destinés à la défense du catholicisme n'avaient 
pas toujours l'approbation des autorités ecclésiastiques : il y 
avait des tirailleurs compromettants, que l'on désavouait. Ainsi 
la Fournaise ardente de Cayer, « soit (dit l'Estoile) qu'elle fût 
trop eschauffée, ou autrement » fut censurée aux prônes, par 
ordre de l'évêque. Les réformés, enchantés de pouvoir jouer 
ce bon tour à leurs adversaires désunis, firent imprimer la 
censure de leur ancien pasteur « en un placard, par P. Lebret, 
que on appeloit l'imprimeur d'Ablon, où il en porta quantité, 
dont il eut bonne dépêche ; il les vendoit et crioit à l'entrée du 
presche comme font les contreporteurs de Paris leurs bagatelles 
et denrées aux avenues du Palais 3 . » (Ces colporteurs étaient les 
ancêtres des camelots actuels). 

Au milieu de tous ces pamphlets gros et petits qu'on se jette 
à la tête, le Mercure françois de 1605 constatant qu'en Europe 
«. la France seule jouit d'une paix heureuse, » le journaliste 
ajoute en souriant : « on n'y fait la guerre qu'en papier 4 . » Il 
y a telle de ces conférences sur laquelle on a disserté, répliqué, 
dupliqué, tripliqué, assez pour garnir tout un rayon d'une petite 
bibliothèque 5 . Peu à peu se forme une sorte de tradition, il y 
eut en Sorbonne et dans les couvents d'une part, dans les acadé- 
mies protestantes d'autre part, une sorte de cours pratiques 
d'apologétique où l'on apprenait à répondre de telle manière à 



1. La Rochelle, in-8°, 1604. 

2. Idem. 

3. I/Estoile, p. 352 (édition de 1837). 

4. Mercure de 1605, édition de 1619, p. 55. 

5. Après la conférence entre Du Moulin et Gontier, il y a d'abord, semble- 
t-il, un luirré anonyme (par Gontier), puis une lettre de Gontier au roi, un 
narré par Du Moulin, un Discours du P. de Bérulle à Mme de Mazencourt, 
un traité de l'Eucharistie de Du Moulin, une réplique de Coëffeteau, l'Apo- 
logie pour lu sainte Cène de Du Moulin, etc., tout cela en quelques mois de 
1609-1610. 



ATTITUDE DES AUTORITÉS ECCLÉSIASTIQUES 239 

telle question ; l'un des hommes qui ont le plus écrit et professé 
sur la matière, Du Moulin, enrichit sans cesse son arsenal, mais 
ne se fait pas scrupule d'employer à l'égard d'adversaires diffé- 
rents des raisonnements semblables et des exemples identiques *. 
Les mêmes arguments finissent ainsi par être tellement ressassés 
partout, qu'on peut avoir une idée suffisamment exacte de la 
polémique en général en étudiant à fond certains ouvrages seu- 
lement de quelques polémistes. 

Sur la valeur de ces discours et de ces livres opposés, quel 
arbitre se prononçait pour donner raison à l'un et tort à l'autre ? 
Dans les salles où l'on discutait verbalement il y avait bien des 
auditeurs, mais il n'y avait point d'arbitre qualifié et accepté par 
les deux parties pour juger en dernier ressort ; et pour les livres 
imprimés, il n'y en avait pas davantage... en théorie du moins, 
car en fait une puissance supérieure intervenait bien clairement 
dans la plupart des cas. D'après les documents que nous connais- 
sons on ne voit pas — et il est peu probable — que le Consistoire 
soit jamais a priori intervenu pour conseiller au pasteur engagé 
dans une controverse d'agir ou de ne plus agir de telle ou telle 
manière ; par contre les autorités catholiques surveillent de très 
près leurs champions, restreignent à leur gré la liberté ou la 
publicité des débats, et même les font cesser lorsqu'ils prennent 
une tournure inquiétante. Ainsi la Sorbonne « censure griève- 
ment » Cayer « pour avoir mal défendu la cause, » et l'évêque 
de Paris lui fait « défense expresse de ne rien signer de ce 
qu'il avoit dicté, » comme Du Moulin le demandait « afin que 
les choses fussent plus authentiques 2 . » Les réunions conti- 
nuant cependant, les docteurs de la Faculté de théologie vont 
« en corps » trouver « Messieurs les avocats du roi en la cour 



1. Ainsi à propos de reliques, il ne manque pas d'en citer une qu'il avait 
sans doute vue dans sa jeunesse à Cour-Cheverny, près Blois : « de l'aha- 
nement de Joseph, » et il prend la peine d'expliquer : « quand il fendoit 
du bois, car il estoit charpentier » (Trente-deux demandes, etc., 1608, 61 a 
dtin. en contréchange. Cf. Défens de la foi, etc., 1610, art. XVII). A propos 
du missel il insiste sans aucun tact sur certaines prescriptions d'ailleurs 
exactes, mais peu ragoûtantes relativement à l'hostie vomie, etc. 

2. Narré, p. 90, cf. p. 157 : « M. de Ruquidor, advocat en Parlement, 
s'avança et pria Cayer de vouloir pour le moins donner acte signé de sa main 
par lequel il recogneust les seings des scribes estre aussi valables que les 
s'ens, mais Cayer le refusa ». 



240 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

du Parlement » ; ils se plaignent de la conférence « comme de 
chose pernicieuse et tendante à sédition ; » d'ailleurs « les moyens 
de la rompre ont esté concertez entre eux et les effects en paraî- 
tront bientôt » Suivent des lettres anonymes : on menace 

l'hôte des conférenciers de faire intervenir contre lui la police et 
les sanctions pénales dont dispose la justice civile, si les réunions 
ne cessent pas K Elles cessent alors là et, bien entendu, ne 
reprennent pas ailleurs. Plus tard, lorsque les jésuites se firent at- 
tribuer d'une manière ininterrompue les fonctions d'aumônier du 
roi, celui-ci fut directement mis au courant des conférences 
par des comptes rendus, peu impartiaux naturellement, rédigés 
par le champion catholique -, et les jésuites obtinrent la suppres- 
sion, « par autorité publique, » de tel compte rendu rédigé, au 
contraire, par le champion protestant 3 . 

D'après les sages prescriptions de l'Edit de Nantes, on aurait 
dû de part et d'autre observer une certaine retenue dans les 
expressions, mais tandis que les catholiques jouirent, en prati- 
que, d'une liberté presque illimitée, les protestants furent sou- 
vent rappelés à l'ordre 4 ; il fut interdit par exemple d'appeler le 
pape « antechrist » et les controversistes durent éviter ce mot 
s'ils ne voulaient pas voir supprimer leurs ouvrages, ce qui fut 
le cas pour quelques irréductibles 5 . 

1. « Dans des lettres sans subscription un personnage de qualité le 
conseillent de ne recevoir plus personne en la maison pour conférer, et lui 
représentent les inconvéniens avec menace d'estre constitué prisonnier. Au 
moyen de quoi ledict sieur intimidé pria Du Moulin de cercher un autre 
logis » (Narré, p. 156). 

2. Ainsi le P. Gontier (voir ci-dessus p. 238, n. 5). 

3. Ainsi le Narré rédigé par Du Moulin fut « supprimé aussitôt par auto- 
rité publique » (IJkjîulle, Discours à Madame de Mazencourt, mai 1609, 
p. 337). 

4. Cayer en 1600 espère que la déclaration d'E. de Beau val tombera sous 
le coup de la loi parce qu'elle appelle la doctrine romaine « blasphématoire, 
apostatique, superstitieuse, etc. » (Response, p. 7 : « Nos seigneurs de 
Parlement sont sages et advisés, pour juger si cela n'est pas, comme j'es- 
time que- c'est, contre l'Edit mesme »). 

5. Du Moulin, Défense de la foi], 1610, p. 13 : « Le nom Antéchrist effa- 
rouche les ignorans qui l'estimans une parole outrageuse condamnent le 
lime dès le filtre. Ils estiment que les autres controverses picquent sa Sainc- 
îeté a la gorge, mais que celle-ci lui coupe le sifflet : au degonst et délica- 
tesse impatiente desquels je veux ici m'accommoder » ; en effet, il laisse 
entendre clairement la chose sans employer l'expression. C'est en 1603 que 
le Synode national de Gap avait ajouté à la Confession de foi (art. XXXI) 
la déclaration (pie » Févêque de Rome » est « l'Antéchrist et le fils de per- 
dition. » 



l'argumentation 241 

En somme, la Sorbonne et l'évêque de Paris avaient beau 
intervenir, faire arrêter certaines conférences et supprimer cer- 
taines publications, malgré tout l'opinion publique était saisie 
par les récits nombreux qu'on colportait de maison en maison, 
oralement ou en manuscrits, et c'était bien elle en définitive qui 
était appelée à se prononcer sur la validité des arguments et des 
procédés employés : fait d'une portée immense sur lequel nous 
reviendrons dans la conclusion de ce chapitre. 

Après avoir jeté un coup d'œil pour ainsi dire extérieur sur les 
conférences, leur raison d'être, les conférenciers, les assistants, 
etc., il est temps de voir quels sont les rouages intérieurs, com- 
ment la conférence est mise en mouvement, se déroule, et 
s'arrête. 

§ 4. L'argumentation 

Naturellement c'est toujours un des deux partis qui provoque 
l'autre à la lutte, et c'est plus souvent le catholique qui prend 
l'offensive. D'ordinaire la « dispute » ne commence qu'après des 
préliminaires plus ou moins longs, pour fixer les sujets à discu- 
ter et les procédés à suivre dans la discussion. « Aujourd'hui, 
écrit Du Moulin en 1630, les disputes se réduisent à disputer 
comment il faut disputer 1 . » Ce fut vrai trop souvent hélas, 
déjà longtemps auparavant. Cependant les conditions ne sont 
pas toujours, d'avance, également connues de tous ; il arrive que, 
d'accord avec des tiers, un « disputeur » fasse attirer au dernier 
moment l'adversaire sur le terrain où il va l'attaquer sans que, 
de son côté, il ait pu se préparer '-. Du Moulin, dans des cas de 
ce genre, finit par répondre à la provocation, mais il ne le fait 
pas volontiers, parce qu'une telle lutte n'est pas « comme il 
faut, » selon les règles : ainsi nous avons vu qu'il répugnait 
longtemps à prendre la place de Montigny dans une conférence 
par écrit, et il n'accepte pas plus promptement d'improviser une 
conférence verbale ; lorsqu'un jour M. de Liembrune l'interpelle 
« sur les trois heures de l'après-midi, devant sa porte en la rue 
des Marais » et « requiert » son voisin de monter dans sa 

1, Du Moulin, Véritable narre, etc., p. 23 : « Le P. Gontier me surprit à 
''impourvu lorsque je ne pensois à rien moins qu'à parler à lui, mais lui 
venait préparé, par un concert avec ces dames ». 

2. Du Juge des Controverses, p. 13. 



242 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 

chambre, celui-ci y monte, mais à la dame qui lui demande à 
brûle-pourpoint un éclaircissement, il répond qu'il lui plaise de 
venir un jour à son logis, où il tâchera, à loisir, de la satisfaire. 
A une autre qui insiste il dit que « disputer de la religion avec 
des femmes qui parlent toutes à la fois et au sortir de là publient 
ce qu'il leur plaist, seroit faire tort à la vérité... ; » et si personne 
n'était survenu, Du Moulin se fût retiré sans que ces dames 
aient rien obtenu, mais, deus ex machina, « voici entrer le P. 
Gontier avec deux autres qui avoient force livres ; » il demande : 
« Qu'est-ce ? » sachant fort bien de quoi il allait s'agir, et la 
discussion s'engage 1 . 

Les sujets à traiter sont fixés généralement d'avance, soit par 
l'un des adversaires, soit par un tiers 2 , et il y a une sorte 
d* « assignation » à laquelle parfois une des parties tarde plu- 
sieurs mois à se rendre 3 . Du Moulin a qualifié de cartel de défi, 
selon le langage des duellistes, une lettre de ce genre qu'il avait 
reçue de M. de Bouju, et il a commencé par protester qu'un tel 
exercice n'est pas de mise entre théologiens sérieux : 

« Recevoir ou envoyer des cartels c'est chose autant esloignée de mon 
humeur que contraire à ma profession. Comme nous devons estre toujours 
appareillez à la deffence de la cause de Dieu, aussi ne faut-il point se 
mettre aux champs de gayeté de cœur, sans apparence de profit... Ce seroit 
transformer le glaive de l'Evangile en fleurets et s'en servir pour jouer 
ou pour contenter la curiosité des premiers-venus ou pour servir à leurs 
desseins domestiques 4. » 

Cependant dès cette fois-là (en 1602) Du Moulin s'est laissé 



1. Véritable narré, p. 4. 

2. M. de Bouju ayant dit en présence du comte de Soissons qu'on ne 
pouvait prouver par l'Ecriture la doctrine réformée de la Cène, M. de Jon- 
quières, maître d'hôtel du roi, son interlocuteur, lui demande de formuler 
la chose par écrit et promet qu'il fera donner la réponse par un ministre. 
Dix ou douze jours après il envoie un écrit de Montigny (Cartel de deffij, 
p. 5). 

3. Ainsi en décemhre 1601 « lieu et jour avoyent esté assignez entre M. Du 
Moulin et M. Cayer..., mais le sieur Cayet ayant failli à l'assignation et diffé- 
ré la conférence de jour en jour... Madame emmena avec soi le s r Du Mou- 
lin ; durant son ahsence le sieur Cayer a publié la Conférence des Ministres, 
accordée par eux, puis refusée par eux-mêmes, etc. ; au mois de mai (1602), 
le sieur du Moulin étant de retour, l'assignation s'estant renouvelée à la 
requeste d'une honneste dame flottante entre les deux religions les parties 
!>ont comparues, etc. » (Xarré, p. 7). 

1. Cartel de deffij, p. 8. 



SUJETS ET PROCÉDÉS DE CONTROVERSE 243 

piquer au jeu par l'adversaire qui l'accusait de se dérober, et 
dans la suite il a non seulement accepté avec moins de scrupule 
ces cartels mais il en a lui-même adressé *, et il a pris à ces luttes 
un goût plus vif à mesure qu'il devenait plus expert et qu'il en 
vovait l'utilité lointaine, sinon immédiate. 

Souvent c'est un texte précis qui est choisi pour servir de base 
à la discussion : tantôt un article de la confession de foi réfor- 
mée — ainsi, dans le dernier exemple cité, le 31 e article, sur la 
vocation des pasteurs — ; tantôt un paragraphe du missel ; ou bien 
encore un vers de l'Ecriture Sainte (« Ceci est mon corps, » etc.) 
ou enfin... un syllogisme. 

Ce procédé de discussion, tout à fait conforme à la méthode 
scolastique, est un des traits par lesquels ces discussions du 
xvn e siècle s'éloignent le plus de celles qui portent, au xx e , sui- 
des questions analogues. Quand il s'agit d'établir la vérité chré- 
tienne, le fond du débat ne varie guère, mais la forme suit davan- 
tage les fluctuations de la mode, et s'accommode aux procédés du 
jour... ou de la veille. Les controversistes protestants du début 
du xvn e siècle sont généralement en avance quant aux idées sur 
la majorité de leurs contemporains, mais quant à la méthode de 
discussion ils sont en retard, ou plutôt ils acceptent volontiers 
d'en rester au point où, de parti pris, voulaient se maintenir les 
controversistes catholiques, héritiers des traditions du moyen- 
âge. Ce n'est pas, cependant, le cas absolument universel. Il y a 
quelques exceptions, quelques velléités d'indépendance : elles 
consistent d'ailleurs parfois à proposer de transporter les ques- 
tions sur un terrain qui n'est pas encore celui de la science 
moderne : ainsi à propos de questions subtiles que faisait Cayer 
sur les « espèces » et les « genres » le pasteur Rotan s'écrie : 
« Si on respondoit en un mot que l'Eglise de Dieu, comme chose 
supernaturelle, n'est sujette aux loix de la philosophie ni aux 
subtilités de la logique, et que les mystères de la religion chres- 
tienne, surpassans tout entendement humain, ne doivent estre 
asservis aux discours de la raison pervertie et corrompue, on 
couperoit tout incontinent broche à toutes ces vaines idées et 
fantaisies -. » 

1. Soixante-quatre demandes proposées en contre échange, etc. 1608. 

2. Response, etc. à Cayer, p. 103. Remarquons ici, comme ont pourrait si 
souvent le faire ailleurs, que les catholiques ne peuvent accuser ces protes- 
tants de « rationalisme », car ils sont plus royalistes que le roi, plus par- 
tisans du caractère surnaturel de l'Eglise que les ecclésiastiques mêmes. 



244 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

Mais ces « lois de la philosophie, » ces « suhtilités de la logi- 
que, » les protestants les apprenaient dans leurs académies 
(sans toutefois s'y appesantir autant que les catholiques) ; et si 
tel d'entre eux, comme le vieux Laubéran, y était peu hahile 1 , 
tel autre au contraire y excellait, comme Du Moulin, professeur 
de philosophie et auteur d'un traité de logique maintes fois 
réédité et traduit en plusieurs langues. Il est donc tout à fait de 
force à lutter avec ses adversaires en usant de leurs propres 
armes, ils le reconnaissent eux-mêmes -. Et c'est un véritable 
tournoi, à qui fera le syllogisme le mieux construit, et à qui 
reconnaîtra le plus vite les défauts du syllogisme de l'adversaire. 
« Votre première proposition est fausse ! » s'écrie l'un ; « votre 
conclusion ne vaut rien, » riposte l'autre ; et souvent on oublie 
presque de quoi il s'agit au fond, à force d'ergoter sur les vices 
de forme. Un matin Du Moulin est positivement scandalisé d'en- 
tendre Cayer formuler « un syllogisme monstrueux tant en la 
forme qu'en la matière :i , » une autre fois il fait la leçon à Coeffe- 
teau : « Qu'il apprenne à n'appeler plus syllogismes en Baroco 
ceux qui sont en Camestres 4 ! » Mais Bérulle, à son tour, s'indi- 
gne que Du Moulin veuille « prouver une proposition absolue, 
générale et négative, par une autre particulière et affirmative » 
ce que la logique ne permet pas ". 

C'est donc sans difficulté que plus ou moins explicitement on 
admet le mode de discussion proposé par M. de Bouju à Du 

1. Lors de la conférence qui avait pour but de convertir Madame avant 
de célébrer son mariage (1599, voir ci-dessus, p. 71) il y avait là « quelques 
ministres de la religion prétendue [sic] avec un nommé Tilenus... Le doc- 
leur Du Val disputant contre eux par les accoustumées questions scholas- 
tiques, lesdits ministres qui n'y entendoient rien s'en moquèrent et firent 
entendre à ladite Dame qu'il n'y avoit en la théologie que des subtilités, »> 
et Cayer — car c'est lui qui rapporte ces impressions — fait cette remarque : 
» On ne prendra jamais les ministres par les sillogismes, mais leur but est 
simplement de s'arrester aux mots » (Chronologie septénaire, édition de 
(611, p. 62). Du Moulin emploie des euphémismes pour constater l'inexpé- 
rience de son vieux collègue : « M. de Bouju estalle quelques menus termes 
de logique qui font force bruit, mais point de fruict : le sieur de Montigny 
y va d'un autre biais, le fil de ses raisons est fort et uni, sa naïfveté est 
pleine de poids » (Cartel de deffg, p. 12). 

2. Cayer « louoit les escrits de Du Moulin en philosophie, » etc. (Narré, 
p. 140). 

3. Xarré, p. 154. 

4. Apologie pour la sainte Cène, p. 261. 

5. Discours, etc., p. 22. 



• USAGE DES SYLLOGISMES 245 

Moulin : « Je recevrai vos arguments signez de vostre main et 
promets vous renvoyer response catégorique signée de la mienne. 
Il faudra déduire les raisons par syllogismes en forme ; c'est le 
moyen qu'on doit tenir aux conférences par lesquelles on veut 
promptement venir au poinct 1 . » 

Voici, pour donner un exemple concret, deux syllogismes 
formulés chacun par un des adversaires et qui pendant quinze 
jours servirent en effet de base à beaucoup d'autres, et à l'en- 
semble de la discussion 2 . 

« Du Moulin forma ce syllogisme contre le sacrifice de la 
messe : 

« Tout sacrifice propitiatoire pour les vivans et pour les morts 
qui n'a point esté institué de Jésus-Christ, qui est contraire à la 
nature du sacrifice, qui déroge à la perfection du sacrifice de 
Jésus-Christ, et qui se célèbre avec beaucoup d'autres erreurs, 
doit estre rejette en l'Eglise. 

« Le sacrifice de la Messe est tel. 

« Donc le Sacrifice de la Messe doit estre rejette en l'Eglise. » 

Et Du Moulin ayant cité un chapitre d'une épître de S. Paul 
aux Corinthiens, Cayer objecte : 

« Ce que faisoyent les Corinthiens n'estoit point faire la Cène 
du Seigneur. 

« Or les Corinthiens mangeoyent et buvoyent du pain et du vin. 

« Donc manger du pain et boire du vin n'est point faire la 
Cène du Seigneur ;! . » 

1. Cartel de defji, p. 8. Six conditions « justes, raisonnables et requises » 
sont imposées à Du Moulin (p. 19) : 1" « Que le principe de démonstration 
soit la saincte Ecriture, pour croire et faire ce qu'elle ordonne, ou en paroles 
expresses, ou par ce qui en sera tiré par conséquences nécessaires » ; 
2° » Que chaque question soit distinctement posée à part... » ; 3° « Qu'on 
ne quitte point une question commencée, pour passer à une autre... » ; 
4" « suivant la méthode des disciplines, quand il se trouvera plusieurs 
moyens, on prendra les plus prompts, les plus clairs, les plus faciles, pour 
parvenir à la vérité » ; 5° l'ordre des matières sera suivi fidèlement ; 
6° << quand il ne se trouvera point de preuve en termes exprès de la parole 
de Dieu, qu'on face des arguments en forme et responses cathégoriques..., 
sans s'amuser à discourir en l'air ». 

2. Narré, p. 12 et 15. 

.'!. Voici un autre exemple, de Gontier celui-ci, pour « prouver que les 
apôtres étaient des sacrificateurs » : 

" Sacrifier en sa primeraine signification signifie faire une chose sacrée. 
« Les apostres estoient establis pour faire une chose sacrée. 
« Donc ils estoyent establis pour sacrifier. » 

Sur quoi Du Moulin fait remarquer « qu'il ne s'agit point ici d'étymolo- 



24(1 l'église réformée de paris sors henri iv 

Après ces protestations réitérées et générales d'attachement 
aux règles les plus méticuleuses de la logique, on regrette de les 
voir si peu respectées dans ce qu'elles ont de meilleur, et de voir, 
sans aucune méthode, avec force digressions, aborder toute 
espèce de questions. Souvent d'ailleurs, à propos et hors de pro- 
pos, ces hommes du xvn e siècle, continuateurs des humanistes, 
font preuve de beaucoup de connaissances diverses et d'une inlas- 
sable curiosité d'esprit. 

Ils ont constamment recours à ce qu'on pourrait appeler les 
sciences auxiliaires de la controverse : en premier lieu l'histoire 
— et, naturellement, Vhistoire ecclésiastique surtout, mais aussi 
(clans l'état rudimentaire où elle se constitue alors, précisément 
grâce à nos controversistes) Vhistoire des religions en général ; — 
la philologie tient une grande place, comme on peut s'y attendre 
au lendemain de la Renaissance ; les sciences mathématiques, 
physiques et naturelles sont au contraire beaucoup moins utili- 
sées, Du Moulin presque seul y fait allusion ; et l'on s'étonne de 
voir des théologiens recourir de part et d'autre presque aussi 
rarement à la morale qu'à la psychologie. 

Si chacun fait parade de son savoir, chacun se plaît également 
à relever, avec insistance, les moindres erreurs d'autrui, au point 
d'établir de véritables errata ; Du Moulin par exemple corrige 
les contre-sens comme s'il s'agissait de versions d'élèves dans 
sa classe à Leyde 1 . Il a d'ailleurs d'excellents principes en fait 
d'étude des langues anciennes et veut qu'on invoque le témoi- 
gnage des auteurs classiques, quoique païens, alors qu'on em- 
ployait si impudemment dans les ouvrages théologiques (il l'a 
fait lui-même parfois) le « latin de cuisine -. » 

gies, mais du sens auquel se prend le mot sacrifice dans l'Eglise romaine » ; 
que d'autres mots : prier, par exemple, signifient aussi faire une chose 
sacrée, etc. (Véritable narré, p. 7). 

1. L'Adoertisscment au s r Coeffeleau se termine par six pages relevant 
sous des rubriques spéciales les "fautes en grammaire, fautes en histoire, 
fautes en philosophie, fautes en l'allégation de l'Ecriture sainte » ; par 
exemple : p. Mo, il tourne mal ces mots de Cicéron : pecudes depulsœ par 
tes bestes chassées. Il fallait tourner bestes sevrées : Virgile, 3 e écloge, de- 
]>ulsis arbutus hœdis », etc. 

2. S'agit-il de démontrer que la Cène n'a pas été célébrée dans une cha- 
pelle comme le prétend Cayer, mais dans une chambre, Du Moulin cite une 
phrase de Juvénal renfermant le mot cœnaculum employé par l'évangéliste. 
Sur quoi un carme « se courrouce », déclarant <> injuste d'alléguer les au- 



«SCIENCES AUXILIAIRES 247 

Tandis que trop souvent ses adversaires citent un texte en 
latin avec une indication vague de la provenance, Du Moulin 
donne généralement le texte, la traduction, un commentaire, et 
l'indication exacte de l'édition, en comparant quand cela est 
utile, plusieurs éditions, car il se méfie beaucoup des « expurga- 
teurs ». Si tel autre controversiste protestant suit une méthode 
un peu différente, c'est de propos libéré, et en avertissant, dès la 
première page, les lecteurs l . Protestants et catholiques se pi- 
quent également, d'ailleurs, de ne le céder à personne en fait de 
connaissance du grec et du latin -. Quant à l'hébreu, les protes- 
tants ont une supériorité marquée, et sauf l'apostat Cayer, les 
catholiques ne s'aventurent guère sur ce terrain 3 . Les langues 
modernes sont peu connues 4 ; si l'on a quelque pratique de l'une 



leurs païens » ; Du Moulin s'excuse, mais dit « qu'on ne pouvait monstrer 
le sens d'un mot latin que par le témoignage des anciens auteurs latins » 
{Narré, p. 104). 

1. Rotan, Response, etc. à Cayer : « En la traduction des passages des 
anciens docteurs nous ne nous sommes point assujettis à les rendre tous- 
jours mot à mot, ains avons tasché seulement d'en représenter le vray sens, 
examinans les choses précédentes et subséquentes, et ayans mesmes usé 
parfois d'une manière de paraphrase. Mais afin qu'on ne nous peust repro- 
cher de les avoir altérés, nous les avons bien voulu transcrire de leurs 
originaux, en leur propre langue pour le regard des Latins, et en la version 
la plus reçue pour le regard des Grecs. » 

2. Cayer raille « la folie » des pasteurs « de dire que parmy nous le 
latin n'est pas entendu... Il y en a entre nous qui savent autant de langues 
une tous tant qu'ils sont » (Remonstrance, p. 34). 

3. Si l'on recherche l'étymologie du mot messe et que Cayer cite l'hébreu 
missath, d'après le passage du Deutéronome, ch. XVI, v. 10, Du Moulin 
objecte avec raison que ce passage n'a rien de commun avec la messe et, 
mettant Cayer en contradiction avec S. Augustin, Innocent III, Bellarmin, 
etc., il établit que missa signifiait jadis « le congé que l'on donnoit aux 
catéchumènes avant la célébration de la Cène » (Narré, p. 114). 

Une autre fois, Du Moulin montre dans la Bible hébraïque de R. Estienne 
une lettre qui change le sens d'un verset de la Genèse tel que l'explique 
l'Eglise romaine. Cayer prétend que « ceste Bible avoit esté imprimée à 
la sollicitation des huguenots, mais qu'en la Bible de Venise il y avoit » 
une autre lettre. Trois jours après Du Moulin apporte cette édition et 
montre que cela est faux (Narré, p. 71). 

4. A propos de Cayer, voir p. 61. C'est dans la péninsule ibérique sur- 
tout que les catholiques ont étudié de plus près, sur le vif, les Juifs. Le 
cordelier portugais Suarez cite la prière pour les morts « de laquelle se 
.servent les Mcbricux en leur bréviaire appelé Mahazor : le Hazan qui est 
le ministre de leurs actions publiques fait un Lhascaha, prière pour les tres- 
passés, dans laquelle il se sert des paroles d'Isaïe, etc. ». Cependant Suarez 



248 l'église réformée de paris sors henri iv 

ou l'autre pour l'usage ordinaire — anglais, allemand, espagnol, 
italien, — on ignore leurs littératures nationales et en fait d'ou- 
\ rages d'auteurs étrangers, on ne connaît que les commentaires 
en latin. 

Les récits des philosophes et des voyageurs anciens et moder- 
nes sont parmi les documents consultés et cités le plus volontiers 
lorsqu'on aborde — au point de vue apologétique et nullement 
pour faire de la science pure — l'histoire des religions : parle- 
t-on de la liturgie « elle a, affirme Cayer, été si saintement réfor- 
mée par le saint concile de Trente que ny les Musarabes, ni les 
Grecs, ni les Latins n'ont aucune occasion de se plaindre 1 ; » 
Du Moulin, de son côté, invoque « les Eglises des Abyssins qui 
sont sous l'empire du Prestre Jan, la liturgie que les Arméniens 
pratiquent à Lempurck ou Léopolis, ville de Russie, et la cou- 
tume des Eglises de Moscovie 2 ; « le Coran et Cicéron sont côte 
à côte appelés en témoignage par Cayer, pour arriver à cette 
conclusion : « Les ministres n'ont point de religion, ny selon les 
chrestiens, ny selon les juifs, ny selon les Turcs, non pas mesme 

selon les anciens Payais Le Turc honore à sa mode son 

illaha (sic), mais il recognoit aussi certains prophètes... 3 ». Dans 
une autre rencontre « le Turc » fournit au contraire un argu- 
ment à Du Moulin, qui fait entre l'islamisme et le papisme un 
parallèle un peu forcé 4 . Tout, d'ailleurs, se passe encore autour 

cite aussi « Mercetus, compagnon des ministres » (le père de Josias Mercier, 
voir notre chapitre sur Grigny) : « au livre des Abréviations » il dit que 
« parmy les livres des rabbins anciens se trouve souvent cette prière : 
Requiescat in pace » etc. (Torrent de feu, p. 19). 

1. Cayer, Responce à l'adnis, etc., p. 30. 

2. Du Moulin, Apologie, p. 195. 

3. Cayer, Tromperie, etc., p. 34. 

4. Du Moulin, Cartel de deffij, p. 109 : « Les Sarrasins avoyent leur 
muphti et leur grand Caliphe, Vicaire de Dieu, Seigneur souverain du spi- 
rituel et du temporel : les payens et les Turcs ont leurs religieux qui se 
dechiquetent de cous de fouet et se battent : les mesmes Turcs font force 
pèlerinages à la Mèche et Almedina ; l'une où est le bers [berceau], l'autre 
où est le sepulchre de Mahomet ; ils ont leurs saincts canonisez par les 
Caliphes, lesquels font force miracles. Ils défendent de lire ou estudier : le 
service des Turcs est en Arabie et le peuple n'y entend rien, il n'y a que 
les docteurs et prestres ausquels la lecture des livres de la Religion soit 
permise : ils croyent le franc-arbitre, ils tiennent que l'homme peut mériter 
Paradis par bonnes œuvres ; ils sont austères en jeusnes ; en somme hors 
le point des images, lesquelles ils abominent, la convenance est merveilleuse 
avec les traditions de l'Eglise romaine. » 



rTlSTOIRE DES RELIGIONS 249 

du bassin de la Méditerranée : à peine s'avise-t-on une ou deux 
fois que des hommes vivent de l'autre côté de l'Atlantique '. 

Jusqu'à présent nous avons montré comment les controversis- 
tes étudiaient théoriquement la valeur des idées philosophiques 
et religieuses en elles-mêmes ; ils ne manquent pas, en outre, 
chaque fois que l'occasion s'en présente de mettre en évidence 
certaines conséquences pratiques de ces idées, dans la vie poli- 
tique et sociale ; ces conséquences sont tantôt réelles, tantôt ima- 
ginaires, mais en tout cas ce genre de démonstration a toujours 

1. Cayer (Narré, p. 20) cite « Léry, ministre, qui escrit que les Margajats 
effrayent un gasteau », pour démontrer que « c'est une loi de nature 
d'offrir à Dieu pain et vin » (dans la messe), et Du Moulin rappelle qu'un 
chef Indien s'étonnait d'apprendre que le pape eût partagé entre les Espa- 
gnols et les Portugais des territoires qui ne lui appartenaient point. 

<■ Les Payens en leurs sacrifices n'offroyent jamais un singe à la Divinité : 
mais ces gens offrent des singeries ridicules à un si grand Prince, qui tient 
envers nous la place, de Dieu. Lequel estant admirable en patience (puis- 
qu'il souffre d'estre ainsi servi.) ne l'est pas moins en clarté de jugement. 
Car il cognoist bien que si ses vertus Royales n'estoient au-dessus de toute 
envie, et hors le danger de l'oubliance, elles perdroyent de leur lustre estant 
meslées parmi ces ordures de livrets comme perles en un fumier. Aussi 
n'approuve il pas les prescheurs séditieux lesquels déclament maintenant 
en leurs sermons en présence de sa Majesté que nous haïssons toute domi- 
nation et mesprisons la Royauté. Car Sa Majesté sçait bien que tant s'en 
faut que cela soit véritable, qu'au contraire c'est la principale cause pour 
laquelle nous sommes hays, à sçavoir pour ce que nous n'avons serment de 
fidélité à aucun homme, qu'au Roi. Pour ce que nous disons que le Pape 
ne peut donner ni oster les Royaumes, ni dispenser les sujects du serment 
de fidélité : pour ce que nous enseignons qu'il n'y doit avoir autres loix, 
autres juges, autres prisons que celles du Roi : pour ce que nous représen- 
tons que son Royaume s'espuise d'argent qui passe en Italie par annates, 
dates, dispenses, absolutions, affaires matrimoniales, etc., et que le trafic 
et tyrannie s'establit sous ombre de religion. Bref, pour ce que nous nous 
plaignons que le Pape fait baiser ses pieds aux Rois, et foule aux pieds 
leurs Couronnes. Si nous voulions adhérer au Pape en ces choses, il nous 
dispenserait aisément de croire à l'Evangile ; ou par privilège spécial nous 
permettroit d'y croire es choses qui n'endommagent point ses profits. Y 
a-t-il personne qui puisse accuser les Eglises réformées de rébellion ou 
attentat contre nos Rois ? avons-nous jamais porté le couteau sur nos Rois, 
ou voulu les faire voler avec de la poudre à canon ? et encores oser preseher 
cela en la présence de Sa Majesté, dont le seul regard et les espreuves de 
nostre fidélité qu'il a senties réfutent reste calomnie ! Car que les Jésuites 
entreprennent lui persuader (pie nous lui sommes ou rebelles, ou mal affec- 
tionnez, est tout ainsi (pie si Cayphc vouloit défendre Jésus-Christ contre 

les Apostres : <>u comme si Catilina accusoit Ciceron de sédition. » 



250 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 

pour but de faire considérer l'adversaire comme un perturbateur 
cie l'ordre public, identifié, dans la France de ce temps, avec le 
respect de la monarchie. A entendre les catholiques, c'est le pro- 
testantisme (le protestantisme réformé surtout) qui est le pire 
ferment de mépris pour l'autorité royale ; à entendre les protes- 
tants, c'est le catholicisme (le jésuitisme surtout) qui, en exaltant 
Ja suprématie du pape, diminue le pouvoir des rois et met même 
leur vie en péril. 

Les réformés, insinue Cayer à Madame J , sont des « maîtres 
acéphales » : « ne doutez pas que s'ils avoyent pu renverser la 
hiérarchie ecclésiastique ils ne baillassent eschec et mat s'il leur 
estoit possible à toute principauté, estans nez ennemis de la mo- 
narchie à la suite de Calvin en son Institution, 1. 4, c. 6, § 9. » 
Or personne n'est moins démocrate que Calvin, personne n'est 
plus indifférent à la forme du gouvernement politique, pourvu 
que ce gouvernement, monarque ou république, cherche à agir 
comme le lieutenant de Dieu pour le bien du peuple. Si les idées 
républicaines ont plus tard pris quelque consistance à la Rochelle 
et dans plusieurs villes du Midi, elles étaient bien étrangères aux 
protestants parisiens du début du xvn e siècle, presque sans 
exception ; Du Moulin est foncièrement monarchiste : il estime 
qu' « en un Estât il vaut mieux avoir un mauvais maistre que 
de n'en avoir point du tout - ; » et il repousse avec une sorte 
d'horreur les soupçons qu'on voudrait calomnieusement inspirer 
au roi sur la loyauté de ses sujets protestants. Ce sont bien plu- 
tôt les « papistes » qui sont prêts, si l'Eglise le leur ordonne, à 
devenir ennemis du roi, ce sont les jésuites qui ont fomenté en 
France l'attentat de Jean Chàtel, en Angleterre la conspiration 
des poudres. Et voici deux pages que nous transcrivons in 
extenso parce qu'elles expriment éloquemment l'indignation de 
Du Moulin, et contrastent agréablement avec la fastidieuse séche- 
resse de mainte dispute sur des syllogismes 3 : 

Personne alors, parmi les catholiques, n'ose (comme on l'a 
calomnieusement fait depuis, et jusqu'en notre siècle) prétendre 
([lie les protestants français ne sont pas Français. On prétendait 
seulement que les protestants étaient en France comme partout 



1. Remonstrance, p. il. 

2. Défense de lu fou, p. 387. 

3. Response aux lettres du sieur Confier eserites au Roy {Véritable narré, 
p. 27 et 28). 






LE" JUGE DES CONTROVERSES 251 

ailleurs, disposés à contester le principe monarchique. Et Du 
Moulin, dans le morceau qu'on vient de lire, ne se borne pas à 
nier cela énergiquement ; il affirme la thèse contraire : en France 
et partout, c'est l'extension de l'autorité papale qui est un dan- 
ger pour la monarchie nationale. 

Cette thèse avait précisément alors un défenseur (à la fois juge 
e tpartie) en la personne d'un controversiste couronné qui proté- 
geait Du Moulin et que Du Moulin traduisait : le roi d'Angleterre 
place une « exhortation aux rois et princes chrétiens » en tête 
d'un gros ouvrage théologique que critiquera un autre Français, 
catholique celui là, Coeffeteau ; et Jacques I er marque bien l'inté- 
rêt universel et primordial de ce débat : « Mon souhait est que la 
volonté vous vienne de recognoistre soigneusement combien ceste 
controverse est importante à vous tous, et qui? c'est vostre intérêt 

commun Nostre controverse est générale, à sçavoir si le pape 

se peut justement attribuer quelque puissance sur les rois es 
choses temporelles 1 . » 

§ 5. Le Juge des controverses 

Cette controverse si « générale », s'étendant au présent et à 
l'avenir, aux rois et aux peuples, cette controverse si « impor- 
tante » pour le salut des individus et les destinées de l'humanité, 
qui en décidera ? qui prononcera les paroles indiquant de quel 
côté est la vérité ? quel sera le « juge des controverses ? » c'est 
le titre même d'un volume où Du Moulin a condensé les expé- 
riences de trente années, et ce volume traite de l'autorité de 
l'Ecriture sainte. 

L'Ecriture sainte était bien en effet l'autorité suprême établie 

1. Préface à V Apologie da Serment de fidélité, traduite par Du Moulin 
dans l'Accomplissement des prophéties, 1624, ch'ap. XIII. 

Après la conspiration des poudres, Jacques l' r avait voulu imposer à tous 
ses sujets une formule de serment de fidélité. Paul V par bref du 22 sep- 
tembre 1606 avait défendu aux catholiques de prêter ce serment. Le roi avait 
alors publié (anonyme, d'abord) une apologie de ce serment, puis un second 
ouvrage comme préface de cette apologie. Le théologien français Coeffeteau 
appartenait à l'ordre des frères prêcheurs, et non à celui des jésuites, ex- 
pulsé d'Angleterre après la conspiration ; il répondit - au bout de huit 
mois - aux ouvrages de Jacques 1", en blâmant les attentats à la vie des 
rois. Du Moulin traduisit et commenta amplement la Défense de lu foi du 
roi Jacques en tWux ouvrages parus en 1610 et 1624 (voir ci-dessus, p. 216). 



252 l'église RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

ou rétablie par les réformateurs et officiellement proclamée dans 
les confessions de foi protestants du xvi' siècle, mais tout en 
déclarant qu'ils n'avaient jamais méconnu cette autorité les 
catholiques en juxtaposaient une autre, celle de la tradition con- 
servée par l'Eglise. On est donc assez surpris de constater, au 
début du xvii e siècle, dans quelques premières controverses, que 
les controversistes catholiques paraissent d'accord avec leurs 
adversaires pour admettre un seul juge des controverses : l'Ecri- 
ture sainte. En 1602 Cayer « se submit volontairement à prou- 
ver par le texte de l'Escriture sainte » et Du Moulin « s'esbahit » 
de ce qu'il « se départit des maximes ordinaires de l'Eglise 
romaine en recevant l'Escriture sainte pour juge x ; » cette 
même année 2 M. Bouju se fait fort de montrer au même Du 
Moulin « qu'aucun des points de sa croyance contraire à la 
doctrine de l'Eglise catholique, apostolique et romaine n'est 
fondé en l'Ecriture. » 

Tel membre du clergé parisien : M. Benoist, curé de Saint- 
Eustache, traducteur de la Bible en français, appelle sans hésiter 
l'Ecriture « règle de salut 3 , » parle avec émotion des « vénéra- 
bles et adorables et vivifiantes Escritures sainctes, » invitant le 
lecteur à « une fichée et arrestée admiration très douce et très 
agréable » des œuvres divines. Ces faits viennent se joindre à 
ceux que nous avons déjà relevés, montrant en ces premières 
années qui suivent l'Edit de Nantes un rapprochement des 
esprits, une recherche d'un terrain d'entente entre les deux 
Eglises, tels qu'on en a rarement revu depuis lors. 

Toutefois, du côté catholique, cette sorte d'apothéose sans 
réserves, de l'Ecriture est une exception, et les controversistes 
raillent plutôt l'usage constant que les protestants font des livres 
saints. S'adressant, comme Benoît, à Madame, grande lectrice de 
la Bible, le père Commelet disait : « la parole de Dieu est le 
glaive des hérétiques, » et Couët prenait avantage de cette décla- 
ration ; en quoi il avait tort, au dire de Cayer, qui intervenait à 

1. Narré, p. 9. 

2. Voir ci-dessus lu citation (p. 17 du Cartel de Deffij). M. de Bouju, re- 
marquons-le à sa louange, ne dit pas qu'aucun des points de la doctrine 
réformée n'est vrai, ni qu'aucun n'est conforme à l'Ecriture sainte. 

3. Dans ce passage (Briefve proposition... à Madame, p. 6), il dit que 
<< l'Ecriture nous deffend de nous enquérir des choses lesquelles outrepas- 
sent nostre capacité » : ce sont presque textuellement les expressions em- 
ployées par Calvin dans l'Institution. 



AUTOTUTÉ DE L'ÉCRITURE SAINTE 253 

son tour : « Les hérétiques prennent ce glaive comme des 
furieux et enragez, dont ils cuident s'escrimer, et cependant ils 
s'en coupent la gorge à eux-mesmes 1 . » 

Pour les théologiens réformés orthodoxes, fidèles à la confes- 
sion de foi -, l'Ecriture restera, comme pour S. Augustin, « la 
balance divine » nécessaire et suffisante pour « peser ce qui est 

plus grief Ains plutost ne pesons pas, mais recognoissons ce 

qui aura esté pesé par le Seigneur 3 . » Les théologiens catholi- 
ques au contraire parleront toujours davantage « de l'insuffi- 
sance de l'Ecriture » : c'est le titre mis par le protestant hété- 
rodoxe Tilenus à un ouvrage de Du Perron 4 commençant ainsi : 
« L'Escriture sans les traditions n'est point suffisante. » C'est 
la doctrine authentique du concile de Trente : les traditions doi- 
vent être reçues « avec pareille affection de piété et révérence 
que l'Escriture sainte 5 . » Mais cette doctrine est dépassée par 
des dogmaticiens comme Bellarmin, auteur contemporain pour 
nos controversistes : il déclare d'abord que le but essentiel de 
l'Ecriture n'est pas d'être une règle de foi, et ensuite que certai- 
nes traditions ont une valeur supérieure à celle de l'Ecriture c . 

Pour justifier cette valeur de la tradition, d'autres théologiens 
catholiques disent soit qu'elle s'appuie sur l'Ecriture 7 , soit 



1. P. II de la Conférence de Coùet, p. 16 de la Remonstranee de Cayer. 

2. Conf. de foi dite de la Rochelle (Paris, 1559), art. 5. 

3. S. Augustin, Liv. II de Rapt., chap. 6 ; J.-B. Rotan, Response... à Cayer, 
p. 9. 

4. Du Moulin, Accomplissement des prophéties, p. 377 : « Coëffeteau res- 
pond que c'est une imposture du ministre Tilenus, qui l'a fait imprimer à 
la Rochelle avec ce titre. Coëffeteau est mal informé ; car desja M. Tilenus 
ii'est pas ministre. Secondement combien qu'il ait adjouté ce titre sur le 
livre, si est-ce qu'il ne peut pour cela estre accusé d'imposture, pource que 
le livre estant sans titre, et estant nécessaire d'y en mettre un, il n'a pu le 
prendre plus à propos que de la première ligne. » 

.">. Session IV. 

6. Bellarmin est mort en 1621. Cf. lib. IV de Yerbo Dei non scripto 
cap. II : « Scriptune finem proprium et prsecipuum non esse ut esset régula 
fidei. — Scripturam esse regulam fidei non totalem sed partialem. — 
Cap. VII : «« Sunt qua-dam traditiones majores quod ad obligationem quam 
qua-dam scriptune. » 

7. CAYER, Remonstrances, p. 17 : « Les sectateurs de Calvin seront con- 
traints de se confesser vaincus non seulement par la Parole de Dieu qui est 
ia principale deffence de piété, mais aussi par les escrits des saints Pires 
uni sont totalement fondez sur la parole de Dieu mesme. » 



17. 



254 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

qu'elle est directement inspirée de Dieu, qui en a confié le dépôt 
à l'Eglise romaine, spécialement au clergé K 

D'après les réformés au contraire, les erreurs du clergé pro- 
viennent presque exclusivement de son ignorance ou de sa 
méconnaissance de l'Ecriture -. 

Mais îî faut encore s'entendre — et c'est ce qu'on est loin de 
faire toujours — sur le sens de ces mots : l'Ecriture, la tradi- 
tion. 

On sait que si le Nouveau Testament renferme les mêmes 
livres au jugement de tous les chrétiens, il n'en est pas de même 
de l'Ancien. Les catholiques y comprennent des ouvrages dont il 
n'existe pas d'original hébreu, et que, pour diverses raisons, les 
protestants appellent « apocryphes ». Les controversistes avaient 
donc à traiter la question de savoir si l'on admettrait ou non, ces 
livres aussi bien que les livres « canoniques, » c'est-à-dire ser- 
vant de règle pour la foi :! . Les réformés ne pouvaient s'y rési- 
gner sans se mettre en contradiction avec leur confession de foi. 

Ils faisaient plus facilement une concession qui pourtant leur 
coûtait encore beaucoup : en ce qui concerne le texte faisant 
autorité. Suivant les principes généraux de l'humanisme en fait 
d'ouvrages anciens, la Réforme avait proclamé le droit et le 
devoir de recourir autant que possible aux originaux et de ne pas 
se contenter de traductions, si anciennes fussent-elles. Or pour 
l'Eglise romaine une certaine traduction latine, la Vulgate, a la 
même valeur que les textes hébraïques de l'Ancien Testament et 

1. Benoist, Briefve proposition, p. 7 : « Le Saint Esprit, sans la lumière 
duquel nous sommes ténébreux, ignorans et aveugles, est promis aux hum- 
Mes... en l'union et adhésion de son Eglise et hiérarchique ecclésiastique 
Prestrise, siège et demeure perpétuelle d'iceluy Saint Esprit. » 

2. P. Du Moulin met en épigraphe à l'un de ses ouvrages (Trente-deux 
demandes, etc.) ces versets qu'il applique aux prêtres : « Les Sadduciens 
vindrent à Jésus et l'interrogèrent. Mais Jésus respondant leur dit : Vous 
errez ne sachans point les Escritures » (Math. c. 22, v. 23 et 29). 

3. Cayer définit canoniser : « bailler reigle et loy de bien faire » (Re 
monstrance, p. 24) ; il relève assez finement certains propos des réforma- 
teurs qui, en dehors même des livres déclarés « apocryphes », semblent 
attribuer une moindre valeur à certains livres « canoniques » (Remons- 
trance, p. 33) : < Il importe de leur faire dire quels livres ils appellent 
apocrifes, mais Calvin a douté de l'Apocalipse, est incertain de l'Epistre 
sainct Jacques, de celle de S. Paul aux Hebrieux. Luther appelle l'Epistre 
de sainct Jacques une epistre de fouarre (dressant ses termes straminea en 
bon parisien) ; et puis fiez-vous à ces Bibleurs de Genève ! » 



TEXTE ET TRADUCTIONS 255 

les textes grecs du Nouveau. Théoriquement les catholiques 
n'auraient dû faire usage que de la Vulgate, les protestants n'au- 
raient dû admettre que les textes grecs et hébraïques ; parfois 
cependant Du Moulin et Cayer par exemple se font, au déhut, 
cette concession réciproque d'admettre les uns et les autres *, 
mais cela choque évidemment tous les principes de critique phi- 
lologique de Du Moulin, et il ne peut s'empêcher de protester au 
cours du déhat -. En fait de traduction française, les catholiques 
n'en admettent officiellement aucune, les réformés en citent 
volontiers plusieurs, et se réjouissent quand ils peuvent dire que 
le plus récent traducteur catholique, M. Benoist, « tourne », 
comme eux 3 . 

Ils connaissent évidemment les textes et les traductions beau- 
coup plus à fond que leurs adversaires ; ceux-ci promettent de 
montrer pins tard les passages à l'appui de leurs dires, ou feuil- 
lettent désespérément leur Bible sans rien trouver ; au bout d'un 
bon moment, le pasteur se fait alors un malin plaisir de mettre 
aussitôt le doigt sur le passage désiré l : et le spectacle des catho- 



1. Narré, p. 9 : « Cayer se submit volontairement à prouver lesdites ma- 
tières par le texte de l'Escriture saincte, et de s'assujetir aux originaux 
hebrieux, grecs et latins (car il conte la version latine de l'Eglise Romaine 
entre les Originaux), mais quant à la version françoise, combien que son 
intention fust de s'en servir, toutefois tant lui que les Carmes nièrent 
qu'aucune Bible françoise fust reçeue en l'Eglise romaine, rejettans tacite- 
ment la Bible françoise de M. Benoist, curé de Saint Eustache. » 

2. Narré, p. 126. « La Bible latine est une version et ne peut estre appe- 
lée Original ». « ...Cayer respondit qu'une copie collationnée à l'original 
\aloit l'original, et que la version Romaine estoit collationnée à l'original... 
Du Moulin soustenoit que nulle copie quoique collationnée ne pouvoit estre 
appelée Original ; aussi est-il faux que la version romaine ait esté collation- 
née à l'original, car pardevant qui, et quand s'est faite ceste collation ? » 

3. Du Moulin, Apologie, etc., p. 69. Ces ressemblances étaient peu sur- 
prenantes, étant donné que R. Benoist avait largement utilisé la traduc- 
tion protestante, pour la première édition de sa Bible, parue en 1566 (Paris, 
in-folio) avec notes de controverse en marge. Exclu de la faculté de théo- 
logie, il avait publié en 1588 une deuxième édition (2 vol. in-4") ; dans 
V Apologie qui y est jointe, B. Benoist s'étonne « que la langue française 
.soit plus excommuniée, pour parler chrétien, que la latine ou autre langue 
quelconque. » 

4. Narré, p. 154 : « Du Moulin admonestoit Cayer de trouver en l'Escri- 
mre quelque passage qui die que .lésus Christ soit mort en la messe... Cayer 
s'en excusoit ordinairement et poursuivoit tousjours le fil de ses raisons. » 

Véritable narré, p. 5 : « Contier : apportez-moi un Nouveau Testament. 
Il lit deux chapitres avec ennui de l'assistance. N'y trouvant point ce qu'il 



256 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

liques réduits au silence, ne trouvant pas de versets pour appuyer 
leurs dires, fit souvent sur les assistants plus d'impression que 
les tirades les plus véhémentes 1 . 

Nous venons de voir qu'une fois admis en principe, le juge des 
controverses essentiel, l'Ecriture sainte était, en pratique, malaisé 
à définir d'un commun accord. 

Bien plus difficile encore est l'entente au sujet de l'usage qu'on 
fera des Pères. Pour combattre avec les armes qu'on leur impose, 
les réformés sont forcés de les étudier de plus en plus ; ils trou- 
vent de fortes pensées qui les émeuvent, ils ont de plus en plus 
de respect pour les Pères, ils les citent avec une compétence tou- 
jours plus grande, et, par suite, ils les citent de plus en plus 
volontiers, mais jamais ils ne consentent à leur attribuer une 
valeur aussi grande que le font les catholiques, car ils entendent 
sauvegarder l'autorité souveraine et incomparable de la sainte 
Ecriture. Ils ne se laissent pas prendre aux manœuvres des 
adversaires : « Ces gens, dit Du Moulin, crient : « Les Pères, 
les Pères ! » et par feintise les demandent pour juges, afin d'évi- 
ter la Parole de Dieu -. » 

Ils distinguent toujours fortement entre la Bible, « Parole du 
Père, » et la tradition, « parole des Pères. » A quoi Cayer répond 
que « c'est se moquer de Dieu et du inonde », et que, « au 
contraire, la Saincte Escriture est la parole des Pères 3 . » Et 
Couët ayant refusé de « recognoistre les Saints Pères, » c'est-à- 
dire d'admettre leur autorité égale ou supérieure à celle de 
l'Ecriture, Cayer déclare : « ceux qui rejettent les docteurs 
détruisent l'Eglise infailliblement, » puisque les docteurs font 
partie de la hiérarchie ecclésiastique 4 . Le même auteur carac- 

desiroit, dict : Allez moi quérir ma concordance. Il la feuillette longtemps 
h.uis dire mot. Du Moulin las d'attendre lui dict : Si ceste honte m'estoit 
advenue d'estre reduict à silence et envoyer quérir ma concordance, je ne 
voudrois jamais comparoir en une honneste compagnie... Après un silenca 
d'une demi-heure : Je cherche, dit Gontier, un passage auquel il est parlé 
de l'imposition des mains. Du Moulin lui dict : Je veux vous soulager, et 
luy montra à l'instant le passage qui est au 4° chapitre de la I e à Timothée. » 

1. « M. de Liembrune dit à Gontier : Monsieur, je suis fort estonné devoir 
ce que je voi : car vous m'aviez dict que les ministres ne dureroyent rien 
devant vous, et je vous voi reduict à ne dire mot » (Narré, p. 5). 

2. Apologie, p. 258. 

:î. Remonstran.ee, p. 22. 
4. Ibidem, p. 20. 



LES PERES DE L EGLISE 257 

térise d'un mot (« mystique ») un élément de la dogmatique 
catholique que les protestants ont souvent le tort de ne pas 
comprendre ; or les docteurs prétendent retrouver ce môme 
caractère dans toutes les parties de l'édifice : Ecriture sainte, 
pères, hiérarchie, cérémonies, etc. 1 . 

De part et d'autre, à des points de vue hien différents, on arrive 
ainsi à attribuer aux Pères dans les controverses vers 1610 une 
part beaucoup plus grande que vers 1600. Un homme comme 
liérulle refuse nettement de faire — comme certains de ses pré- 
décesseurs — la première place à la Sainte Ecriture ; il déclare 
que l'Eglise romaine peut et doit en appeler aux Pères seule- 
ment : par exemple « il est faux que pour monstrer valablement 
l'institution des prestres il le faille monstrer nécessairement en 
la Sainte Escriture. Car personne ne peut estre obligé qu'à justi- 
fier ses propositions par ses principes, » or le principe de l'Eglise 
catholique c'est « l'autorité de la tradition universelle -. » De 
son côté, la même année (1609) et à propos de la même confé- 
rence, Du Moulin pose des questions qui sont sans cloute d'his- 
toire ecclésiastique, mais aussi d'histoire des dogmes, et, sans 
parler d'Ecriture sainte, il conclut : « Que le sieur Gontier nous 
die si en ces points il reçoit les Pères pour juges, nous nous 
contenterons sur chaque point d'une demi-douzaine de passages 
bien exprès :i . » Nous ne connaissons pas d'autre exemple aussi 
catégorique : en tout cas, dix ans plus tôt, je ne sais si Du Moulin 
eût écrit cela. 

Plus on fait usage des écrits des Pères, plus il est nécessaire de 
dire de quels écrits, et de quels Pères il s'agit. Peu à peu les pro- 
testants s'efforcent de limiter à la fin du quatrième siècle, c'est-à- 
dire après les grands conciles, la période constituant l'ancienne 
Eglise encore suffisamment pure pour que ses docteurs puissent 
faire autorité 4 . 

1. (l'est après avoir parlé des écrits des Pères que Cayer exalte la » tacite 
et mystique » tradition, en ce qui concerne les cérémonies supprimées par 
ies réformateurs (Remonstrance, p. 29Y. 

2. Discours, etc. à Mme de Mazencourt, p. 24. A propos* de citations des 
Pères, le même auteur dit (p. 184) : a Nous faisons pleuvoir une nuée de 
témoins sur nos adversaires. » 

."i. Véritable narré, p. 32. 

4. Dans le II' article de sa Confession de foi, le roi Jacques [" s'exprimait 
ainsi : « Je rends un tel respect aux Pères qu'eux niesmes n'en eussent 
point désiré un plus grand. Voire tel que les Jésuites ne leur en ont jamais 
rendu autant. Car tout ce qu'ils ont tenu unanimement estre nécessaire à 



258 l'église réformée de paris sors henri iv 

Ils n'admettent pas non plus qu'on leur présente, comme 
ayant une égale valeur, toutes les œuvres (ni toutes les éditions 
des œuvres) attribuées à ces très anciens auteurs : et Du Moulin 
s'attache spécialement à démontrer « que les passages que nos 
adversaires produisent des Pères sont ou faux ou faibles ou 
tronquez : » 

« Ils sont battus de neuf sur l'enclume de l'avarice, et forgez par quel- 
ques esprits adroits à faire parler les morts, en leur attribuant des nouveaux 
escrits composez longtemps après leur mort : ausquels se sont joints les 
expurgateurs et corrupteurs des Pères qui les ont horriblement déguisé. Les 
passages corrompus que nous avons produits sont suffisans pour nous rendre 
tout le reste suspect. Car quel moyen de les convaincre de toutes les fausse- 
tez, veu qu'en la renaissance des lettres avenue depuis quelques cent ans, 
nous n'avons eu les manuscrits des Pères que par leurs mains et tirés des 
monastères, escrits selon la volonté des moines qui les ont copié l ? » 

Détail piquant : Du Moulin éprouve le besoin d'expliquer 
pourquoi il prend parfois si passionnément la cause des Pères, 
recherchant le véritable texte et le sens exact ; c'est, prétend-il, 
d'une façon toute désintéressée, pour l'honneur des Pères, et 



salut es premiers quatre cents ans après Jésus-Christ, ou je le tiens avec 
eux, ou je me retiens là-dessus en un silence modeste. En tout cas je n'ose 
les reprendre. » On pourrait prétendre que c'est le sentiment d'un anglican, 
mais Du Moulin traduit et approuve, et, de son côté, Coëffeteau « se tait 
et n'y trouve rien à reprendre » (Défense de la foi], 1610, p. 129). 

Cet article traitait <• des Pères en commun ; » le suivant parle « de 
l'authorité des Pères pris chascun à part » et fait nombre de réserves que 
Du Moulin approuve et que Coëffeteau ne blâme point : « Mais de lier mon 
entendement aux opinions des Pères particuliers en sorte que je ne puisse 
m'en départir la foy sauve, pourquoi m'imposerai- je à moi-mesme ce joug, 
que Bellarmin mesme ne veut subir ? Je reçoi, dit S. Augustin (contra 
Crescent., II, 32), en les louant, ce qu'ils ont d'accordant avec l'authorité des 
Sainctes Escritures. Mais ce qui n'est point accordant je le rejette avec 
leur permission. » On s'étonne de voir seulement ensuite (art. IV) le royal 
théologien déclarer : « J'asseois ma créance sur les Sainctes Escritures. » 

1. Apologie, f. 230 verso. Suit une discussion très serrée sur des pseudépi- 
graphes, etc. : l'épître d'Ignace aux Smyrnéens, la passion de Saint André, 
les fausses décrétâtes, les Catéchèses de Cyrille de Jérusalem, etc. (Cf. Dé- 
fense de la foy, art. XXI ; Apologie, p. 225 ; « Ephrem estoit perdu, mais 
la bibliothèque du pape nous l'a restitué depuis peu tel qu'il a plu à 
Messieurs les expurgateurs ; » Apol., p. 151 : « ils ont corrigé es dernières 
éditions [de S. Augustin, 30 e traité sur S. Jean, à propos du corps de Jésus- 
Christ] : au lieu de in uno loco esse opohtet, ont mis : in uno loco esse 
POTEST. Nous avons donc recours aux auteurs qui ont allégué ce passage 
avant l'impression inventée. » 






sujets Traités par les controversistes 259 

non pour établir dans l'intérêt des réformés la valeur de leur 
témoignage 1 : 

« Ce que nous produisons des passages des Pères n'est pas pour nous 
défendre, mais pour les justifier. Car nous ne souffrirons jamais qu'on face 
ces bons Pères advocats d'une meschante cause contre leur volonté, ni 
qu'on leur impose choses esloignées de leur intention, soit en falsifiant 
leurs escrits, soit en tordant leurs paroles, et leur donnant la géhenne pour 
les faire déposer contre la vérité. Ces bons Docteurs qui ont arraché les 
vieilles hérésies en leur vie, en planteroient-ils des nouvelles après leur 
mort ? Prenons donc là-dessus leur cause en main. Ils ont certes besoin de 
nostre aide pour maintenir leur honneur, mais nostre cause n'a point 
de besoin de leur tesmoignage pour se défendre. Qui a pour soy la Parole 
de Dieu ne mendie point les tesmoignages humains... L'Evangile est aussi 
fort seul qu'ainsi accompagné, et mesme estant défendu par authorités 
humaines, il pert de son auctorité. » 



$ 6. Les sujets traités 

Tout ceci dit sur les controversistes, les méthodes de contro- 
verses, le juge des controverses, il reste à parler de ce qui faisait 
le sujet même des controverses. 

Une remarque préliminaire s'impose : beaucoup de points de 
foi sont hors de discussion, parce qu'il y a un « fondement » 
commun aux croyants des deux Eglises 2 ; les protestants insis- 
tent volontiers sur ce fait. Le nombre de ces points de foi 
communs serait moins grand aujourd'hui entre les catholiques 
et certains protestants dits « libéraux » qui mettraient en 
discussion, par exemple la divinité de Jésus-Christ, la Trinité 
etc. ; mais s'il existait quelques-uns de ces protestants-là à Paris 
dès le début du xvn" siècle, c'était une infime minorité qui n'osait 
guère se montrer, et avec lesquels la majorité répudiait toute 
solidarité :! . Presque tous les réformés parisiens auraient, comme 
Du Moulin, signé sans difficulté l'article que le roi Jacques 
place en tête de sa confession de foi : « Je suis catholique chres- 

1. Apoloyie, f. 184 verso. 

2. « Là où est le fondement, on obtient le salut ;... Calvin advoue (pie 
l'Eglise romaine a le fondement : et encores qu'il luy reste du vieil basti- 
ment, direz-vous qu'on n'y puisse faire son salut ? » (Cayer, Lettre à Hu- 
mours). Rotan (Response, p. 139) discute d'ailleurs sur la nature de ce 
« fondement » commun. 

3. Du Moulin, nous l'avons vu. proteste (pie < M. Tilenus n'est pas mi- 
nistre » (Accomplissement des prophéties, p. .'177). 



200 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

tien, qui souscris volontiers aux trois symboles de la foi, à 
seavoir au symbole des Apôtres, à celui de Nice (sic) et à celui 
d'Athanase 1 . » Et les catholiques romains disaient eux-mêmes 
aux réformés qu'ils avaient encore conservé une part de vérité 
assez grande pour leur faire sentir le besoin de revenir à toute la 
vérité (le besoin, pour ainsi dire, de réformer la réforme) '-. 

Mais si l'unité de la foi subsistait entre tous les chrétiens sur 
un grand nombre de points essentiels, il y avait beaucoup 
d'autres questions sur lesquelles les. avis différaient entre catho- 
liques et protestants. (Les catholiques mêmes n'étaient pas tou- 
jours d'accord entre eux, et naturellement les protestants 
cherchaient alors à mettre en évidence ces divergences, tandis 
que les catholiques s'efforçaient de ne jamais laisser le débat 
se porter de ce côté :! . Nous avons relevé ailleurs, entre le jansé- 
nisme alors naissant, et le calvinisme, de nombreuses ressem- 
blances explicables par la commune admiration pour un même 
maître : Saint-Augustin 4 .) 

Le nombre des questions controversées entre catholiques et 
protestants est considérable : tel ouvrage en énumère quatre- 
vingt-seize 5 , prises parmi beaucoup d'autres. Elles sont d'im- 
portance et de nature très diverses ; les unes capitales, les au- 
tres tout à fait accessoires ; les unes portent sur la métaphy- 
sique, les autres sur l'histoire ecclésiastique, et même sur la 
philologie, la politique et tel autre sujet n'ayant qu'un rapport 
lointain avec la religion. Mais les tables des matières qu'on lit 
à la fin de ces ouvrages de controverse laissent une impression de 
confusion et de pêle-mêle. 

On s'étonnerait qu'un esprit encyclopédique et méthodique 
comme Du Moulin n'eût pas présenté une sorte de classification 

1. Défense de la fotj, p. 128. Cf. Confession île foi des Eglises réformées 
de France, art. V. 

2. BÉnuLLE, Discours, p. 65 : « Leur Eglise tient de la nature du scor- 
pion, qui porte le remède et le venin tout ensemble. » 

3. « C'est un plaisir meslé de compassion de les voir se testonner et 
poindre l'un l'autre [entre théologiens catholiques] comme laquais s'entre- 
picquans de nuit, car quelle nuit peut estre comparée à telles ténèbres ? » 
(Du Moulin, Apologie, p. 32). 

4. Du Moulin, Apologie, p. 172 : « Voici une troupe de docteurs qui se 
débande et se vient ranger de nostre costé : Biel, Gaétan, Jansenius, etc. » 

5. « Trente-deux demandes ]>roposées par le P. Colon, soixante-quatre, 
etc., par Du Moulin. » 



ESSAI DE CLASSIFICATION 261 

par ordre de grandeur ; il l'a essayé en effet en diverses circons- 
tance. Voici le passage le plus caractéristique, où se trouve mar- 
quée jusqu'à l'excès la distinction entre dogmes essentiels et 
doctrines secondaires : « Exaltez le pape et approuvez la messe et 
l'adoration de l'hostie, et cependant gaussez-vous du purgatoire, 
des reliques controversées, des pardons de cent mille ans, des œu- 
vres de supererogation etc., vous ne laisserez pas pour cela d'estre 
tenu bon catholique, quoique le concile de Trente noircisse, pul- 
vérise, et foudroie telles gens d'excommunications et anathè- 
mes l . » 

Et voici un autre passage où l'auteur se place au point de vue 
de la preuve, non plus au point de vue de l'orthodoxie et de la 
sanction : « Il y a deux sortes de controverses : il y en a sur les- 
quelles nos adversaires produisent quelques passages [des Pères] ; 
mais passages ou faux, ou tronqués, ou inutiles, ou pris à contre 

sens » (la transsubstantiation, la prière pour les morts, le 

Purgatoire, le sacrifice de la Messe). « Mais il y en a d'autres 
non moins importants et en plus grand nombre, sur lesquelles 
ils sont destituez de toute autorité de l'ancienne Eglise et sur 
lesquelles estant interroguez ils respondent à autre chose et 
changeans la question taschent de prouver ce qu'on ne leur 
demande pas. » (Suivent dix-sept exemples : l'eucharistie sans 
communiants, sans calice, les images, le culte de la Vierge, des 
Saints, le pouvoir du pape etc.). Enfin on peut « descendre aux 
choses moindres, » « demander si en quelque ancien il est 
parlé de jubilé » après celui de 1600 c'était un sujet très 

actuel — , « d'Agnus Dei, de grains bénits, de médailles consa- 
crées, de Cordeliers, Jacopins ou Jésuites et infinies sortes de 
religions et nouvelles dévotions -. » 

Nous inspirant de ces deux pages, et combinant leurs indi- 
cations, nous avons cru pouvoir grouper comme suit, en trois 
catégories, les principales matières controversées : 

D'abord les deux points pour chacun desquels la doctrine 
catholique et la doctrine réformée sont aux antipodes l'une de 
l'autre: 1" la messe en tant que sacrifice, avec la transsubs- 
tantiation ; 2" le pouvoir du pape 3 . 

1. Apologie, p. 31. 

•2. Défense de l<i foi/, art. III (édition de 1624, p. 134). 

3. Dès la première grande dispute à laquelle prend pari Du Moulin, les 
sujets proposés par Cayer sont bien d'abord eeux-ci : ■■ Du sacrifice de lu 
Messe, de l'adoration du pape, et de la vénération des sainctes images » 
{Xarré, p. 8). 



2()2 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

Puis un certain nombre de questions importantes concernant 
le dogme, la discipline et les cérémonies : 1° l'Eglise avec plu- 
sieurs questions connexes, la succession apostolique, la vocation 
des pasteurs, etc.) ; 2° les sacrements, la communion sous les 
deux espèces, la messe sans communiants ; 3" le purgatoire ; 
4" les prières pour les morts ; 5" le culte de la Vierge et des 
saints ; 6° les images ; 7" le célibat des prêtres. Sur ces derniè- 
res questions l'Eglise catholique aurait plus facilement fait des 
concessions. 

Enfin les réformés critiquaient encore — tout en reconnais- 
sant que c'était secondaire — certains détails de la dévotion ou de 
l'organisation catholique, pratiques de piété (reliques, médailles, 
adoration de la croix, jubilé) de date plus ou moins récente, 
création d'ordres religieux, etc.. 

De part et d'autre on reconnaît de plus en plus clairement 
que les deux pierres d'achoppement rendant une entente à peu 
près impossible étaient la messe en tant que sacrifice, avec la 
transsubstantiation, et le pouvoir du pape. Et précisément sur 
ces deux points les jésuites qui donnent toujours davantage 
le ton, exaltent et exagèrent la doctrine catholique existant 
avant la fondation de leur ordre. D'autre part plus les réformés 
souffrent de persécutions et de contradictions en protestant 
contre ces deux doctrines, plus ils accentuent leur protestation. 
Chacun des adversaires choquait l'autre dans le tréfonds le plus 
intime de sa foi religieuse. Pour le protestant la messe est un 
acte d'idolâtrie, pour le catholique la cène est une profanation ; 
pour le protestant la soumission au pape paraît un esclavage 
intolérable ; pour le catholique l'absence de hiérarchie dans la 
société religieuse constitue une scandaleuse anarchie. 

Le fait de prendre part à la communion dans l'église catho- 
lique ou au temple protestant était le signe extérieur de l'adhé- 
sion à l'une ou l'autre Eglise. La première communion suivant 
une forme nouvelle était pour le néophyte le sceau de son abju- 
ration, le prix de sa conversion. Plus d'un ouvrage de controverse 
n été rédigé en vue d'un de ces actes individuels 1 . 



1. Voicy le temps de Pasque qui approche, c'est-à-dire le temps du 
passage que vous avez à faire de l'hérésie à la foy, » écrit le P. de Bérulle 
à Mme de Mazeucourt en lui dédiant son Discours où il traite trois ques- 






LA COMMUNION 263 

Du Moulin éprouve un sentiment douloureux en constatant 
que l'antagonisme porte ainsi le plus vivement sur ce qui devrait 
être au contraire le meilleur trait d'union entre disciples de 
Jésus-Christ : union, communion avec Jésus-Christ, union, com- 
munion avec les autres chrétiens 1 . 

Mais l'Eglise romaine avait, si l'on peut dire, fixé le contour 
du dogme d'une manière de plus en plus accentuée ; elle avait 
tout fait pour attirer et même fanatiser sur ce point la pensée 
des fidèles : aux volumineux écrits des docteurs se joignaient, 
sur les murs des églises, les sculptures et les peintures à l'usage 
des illettrés, représentant le Christ réellement présent dans 
l'hostie et réellement sacrifié par le prêtre. A Paris tout spéciale- 
ment abondaient les scènes de ce genre, avec l'intention nette- 
ment marquée de confondre les hérétiques : à Saint-Gervais, aux 
Billettes, etc. -. 

Comme les artistes des siècles précédents, les théologiens du 
Concile de Trente avaient travaillé à mettre toujours plus en 
évidence le dogme comhattu par les réformateurs : « Les fac- 
teurs de sa Saincteté, » dit à leur propos Du Moulin, « ont telle- 



tions : « 1° de la mission des pasteurs ; 2° du sacrifice de la messe ; 3° de 
la présence réelle du corps de Jésus-Christ en la Saincte Eucharistie. » 

1. V Apologie pour la Sainte Cène débute par ces mots (p. 9) : « L'apôtre 
saint Paul nous parle de la table du Seigneur comme d'une obligation à 
concorde. C'est chose déplorable que ce qui est un lien d'union soit devenu 
semence de dissension En ce point nous avons de nostre costé non seule- 
ment la Parole de Dieu, la raison, le sens, l'expérience, la déposition des 
anciens, mais mesmes le tesmoignage de nos adversaires, lesquels en ceste 
matière semblent avoir peur d'estre creuz et ne s'entendent pas eux-mes- 
mes ; es autres points la foy leur manque, icy la foy et le sens commun. 
2. Du Moulin, Apologie, p. 22 : « Il est advenu, si on les croit, que l'hos- 
tie a seigné à grosses gouttes comme cela se void peint à Paris sur le fron- 
tispice des Billettes, où un Juif donne à la sainte hostie force coups de 
canivet, dont le sang sort en abondance, puis on la jette en une chaudière 
pour la faire bouillir, en laquelle puis après est trouvé un homme entier, 
c'est-à-dire Jésus-Christ lui mesme bouillant dans la chaudière. » — P. 26 : 
« Bellarmin dit que l'âne d'un hérétique par le commandement que luy fit 
Saint Anthoine de Padoue laissa son avoine et fit révérence à la saincte 
hostie, à la honte et confusion des hérétiques : et est ce beau miracle peint 

à Paris au cloistre de Saint-Gervais Mais le susdit tableau dit que c'esloit 

l'asne d'un juif. » Détails piquants : L'église des Billettes a été affectée au 
culte protestant deux cents ans plus tard (180!)), et dès le temps de Du 
Moulin un protestant, Salomon de Brosse, était chargé de compléter par un 
portail l'église de Saint-Gervais. 



204 l'église réformée de paris sors HENRI IV 

ment haussé et magnifié cette transsubstantiation qu'elle est 
devenue la livrée et escharpe du papisme et le palladium de la 
Babilone 1 . » 

Bon gré mal gré on en revenait toujours là, comme au « fon- 
dement », au point central de tout le labyrinthe : dans les dis- 
cussions savantes et longuement préparées, comme dans les con- 
versations à brûle-pourpoint -, dégénérant presque en altercation, 
en présence de Madame, entre Lobéran — théologien peu subtil 
et Cayer, non encore ouvertement apostat ! . Si un apprenti 
controversiste ne paraissait pas capable de lutter sur beaucoup 
de terrains, celui-ci était le seul sur lequel on 1' « entraînât » 
d'abord : « hors ce point, dit-on à M. Bouju, vous estes comme 
un poisson hors de l'eau 4 . » 

Dans son ouvrage spécial : Apologie pour la Sainte Cène du 
Seigneur, contre la présence corporelle, Du Moulin résume en 
1609 l'argumentation qui se retrouve plus ou moins complète 
dans toutes les conférences d'autres auteurs réformés : après 
une discussion préliminaire sur les mots messe, cène, eucharistie, 
discussion agrémentée de remarques philologiques et historiques 



1. Apologie, p. 31. 

2. Ainsi le P. Gontier arrive chez Mme de Mazencourt avec l'intention 
de débattre ces deux points : « Si les Evesques sont autorisez de Dieu pour 
établir des sacrificateurs pour sacrifier Jésus-Christ » et : « Si on peut 
prouver que Jésus-Christ ait offert son sang en l'Eucharistie » (Véritable 
narré, p. 24). 

3. Cayer, Remonstrance, p. 98 : « Le petit Louperrant dit que ny pour 
un point ny pour plusieurs points de doctrine mal entendus, ny pour la 
discipline mal gardée, ni pour la vie mal réglée n'avions peu ny deu nous 
départir de l'Eglise romaine. C'estoit sur la question que je leur avois pro- 
posée disant que c'estoit pour le moins un schisme très pernicieux où Calvin 
nous avoit mis, tant contre l'Eglise qu'envers les protestans, bien que nous 
puissions maintenir n'y avoir point d'hérésies, ce que toutesfois (disois-je), 
nous seroit fort difficile, et veu les préjugez, du tout impossible. Lors, Madame, 
vous luy demandastes pourquoy donc nous en estions nous divisez. Il vous 
dist que c'estoit pour ce que l'Eglise romaine ostoit et renversoit le fonde- 
ment de la chreslienlé. Je suppliay vostre Altesse luy faire dire comment, 
r;i le baptesme n'estoit plus entre les catholiques romains ? s'ils n'avoient 
pas la saincte Trinité ? et la Parole de Dieu aussi bien et mieux que nous ? 
(V*ar je parlois ainsi»... Il respondit que c'estoit pour ce que l'Eglise romaine 
désirait la nature du corps de Nostre Seigneur Jésus-Christ. » 

1. Du MOULIN, Cartel, p. 35 : « Substance et manducation sont les seuls 
points esquels vous vous estes exercé : vous ne crachez autre chose es 
maisons. » 



LA TRANSSUBSTANTIATION 2G5 

très intéressantes, il fait l'exposé des deux doctrines en présence, 
réformée et catholique, et s'efforce de démontrer que cette der- 
nière est récente, contradictoire en elle-même, et contraire aux 
récits évangéliques du dernier souper de Jésus-Christ. Il comhat 
le dogme, tel que l'exposent ses adversaires, en se plaçant à 
divers points de vue successifs : au point de vue historique : 
« la transsubstantiation n'a esté esclose et passée en article de 
concile que plus d'unze cents ans après Jésus-Christ ' ; » au 
point de vue métaphysique : « L'Eglise romaine, enseignant que 
le corps de Jésus-Christ en l'Eucharistie est présent sans tenir 
aucun lieu, et est tout entier en chaque partie de l'hostie et du 
calice, ruyne l'humanité de Jésus-Christ ; » au point de vue logi- 
que : d'après le pape Innocent III (Du Moulin a utilisé à mainte 
reprise cette citation), « après la consécration entre les mains 
du prestre il y a de la couleur et saveur, rien qui ait quantité ou 
qualité ; » ainsi, objecte Du Moulin, « les accidents demeurent 
sans sujet et se soustiennent d'eux-mesmes - ; » et même au 
point de vue de la morale ou du sentiment, il estime « que nos 
adversaires, par leur manducation charnelle, outragent et desho- 
norent Jésus-Christ. » 

Voilà pour la critique, appuyée de nombreux passages de la 
Bible et des Pères. Comme contre-partie positive, Du Moulin 
exposait la doctrine réformée, la résumant par exemple sous 
cette forme — il faut en convenir, très barbare : « Jésus-Christ 



1. P. 229. — Les docteurs catholiques ont remarqué que ce concile de 
Latran (1215) est un de ceux dont les réformés citaient les décisions le plus 
volontiers. Lorsque l'impression de l'Apologie pour la sainte Cène est en- 
tièrement terminée, et qu'il reste encore une page blanche après l'advertis- 
sement au s r Coe/Jeteau, Du Moulin utilise cette page pour y consigner scru- 
puleusement un « passage qui monstre que l'Université de Paris ne croyoit 
point alors la transsubstantiation ; » c'est une épître de Clément V à l'ar- 
chevêque de Narbonne en 1266. 

2. P. 19. Cf. Innocent III, 4 e livre des Mystères de la Messe, chap. 11. Parmi 
les soixante-quatre demandes proposées aux jésuites de Cour, plusieurs sont 
consacrées à la Messe, entre autres la XXVII" : « Comment s'accorde ce cpie 
dit l'Eglise romaine qu'entre les mains du prestre il y a de la rondeur et 
lien de rond, de la couleur et rien de coloré, de la quantité et rien qui ait 
quantité. Et de fait si l'hostie consacrée est ronde, et cette hostie est le corps 
de Jésus-Christ, il s'ensuivra en bon syllogisme que quelque corps de 
Jésus-Christ est rond. Que si la conclusion est fausse, donc aussi rime des 
propositions. Nous demandons laquelle c'est des deux. » Cette question date 
de 1608. Dans l'Apologie de 1609, n. 7, Du Moulin constate qu'il n'a été fait 
aucune réponse. 



266 l'église réformée de paris sors henri iv 

n'est point mangé des dents ou de la bouche corporelle en la 
Cène, mais seulement par la foy t. » 

On regrette souvent que pour exprimer des pensées où il y a 
beaucoup de spiritualité d'élévation, et même un certain mysti- 
cisme, le théologien protestant n'emploie pas un langage plus 
complètemnt dégagé de la terminologie scolastique. Fidèle à la 
dogmatique de l'Institution chrétienne, il n'a pas hérité du génie 
littéraire de son auteur ; il a été justement apprécié par ses 
contemporains et injustement oublié par les nôtres comme un 
des écrivains les plus vigoureux du xvn' siècle ; mais à la viva- 
cité du polémiste qui rend la discussion supportable, il n'a pas 
su unir l'onction du moraliste qui rend la méditation des mystè- 
res attrayante et édifiante : les lecteurs sont devenus plus diffi- 
ciles en 1911 qu'en 1611... Au contraire le P. de Bérulle par exem- 
ple exagère les etïusions mystiques, invitant à se préparer à la 
communion avec force exclamations et apostrophes -. En enten- 
dant le P. Gontier et Du Moulin employer des expressions rébar- 
batives et des raisonnements embrouillés, à propos de l'effusion 
du sang de Jésus-Christ, les pauvres « dames de qualité, » si 
savantes qu'elles fussent, finissaient par s'écrier « que cela estoit 
trop haut pour elles ; » mais voulait-on passer à un autre sujet, 
elles en revenaient inévitablement à poser la question capitale : 
« Qu'on esclaircît ces mots : Ceci est mon corps... :! . » 

1. C'est le premier point traité dans la réponse finale à M. de Bouju 
(Cartel, p. 126) ; le second est celui-ci : « Que ce qu'on allègue des Anciens 
docteurs pour la transsubstantiation est hors de propos » (c'est-à-dire mal 
interprété) ; que les Anciens docteurs unanimement combattent la trans- 
substantiation, mesme que les canons de l'Eglise romaine y contredisent. » 
Voici les principaux développements qu'on trouve dans le chapitre XVIII de 
ï Apologie (La vraie manducation du corps de Jésus-Christ est par la foy) ; 
,. 1. Jésus-Christ est la viande. 2. La foy est la bouche qui l'appréhende. 

3. La chaleur et efficace du S. Esprit la digère et nous la tourne à profit. 

4. Par l'intervention de cet Esprit nous sommes faits un corps avec Jésus- 
Cbrist. ô. Et de ceste union nous vient la régénération, laquelle est en nous 
un commencement de la vie éternelle » ^Apologie, p. 169). 

2. Discours, p. 268 à 296. 

:î. Du Moulin les explique : - Ce pain est mon corps » etc. ; tandis que 
le P. Gontier, « requis de dire si S. Paul disoit la vérité en disant que nous 
rompons du pain, respondit franchement qu'il ne respondroit là-dessus » 
(Véritable narré, p. 13, Cf. Apologie, p. 72 verso : « Nos adversaires disent 
que ce mot signifie : « sous ces accidens est mon corps ; » et Narré de la 
Confér. entre Du Moulin il Cayer, p. 87 : o Ne se peut dire combien Mes- 
sieurs nos maistres se travaillent à exposer ce mot ceci : car si on les croit 



LA TRANSSUBSTANTIATION 267 

D'ailleurs ce n'est pas exclusivement la faute de Du Moulin si 
la discussion prend parfois une allure presque répugnante. Ses 
adversaires insistent avec la même complaisance sur certains 
points que leur offrent pour ainsi dire officiellement les sujets 
controversés. Ainsi Cayer exaltant l'adoration de l'hostie - - l'un 
des actes choquant le plus violemment la piété réformée — Du 
Moulin demande x : « Comment est-il commandé que si le pres- 
tre vient à revomir l'hostie, il la remâche ? est-il croyahle qu'un 
ei sainct sacrifice soit enveloppé du vomissement ? » Singulier 
argument de Du Moulin : du fait qu'on peut vomir l'hostie 
conclure que ce n'est pas le corps de Jésus-Christ ; mais, il faut 
l'avouer aussi, singulière prescription que Cayer défend sans 
broncher : en effet quelques auditeurs, ne connaissant pas ce 
paragraphe des « cautelles » de la Messe, murmurent : « C'est une 
calomnie de Du Moulin. » Sur quoi celui-ci demande à Cayer, « si 
un tel cas lui estoit advenu, s'il ne reprendroit point ce qu'il 
auroit rejette ? Cayer respondit qu'il le feroit, et d'abondant pour 
montrer qu'il n'avoit point de honte de l'avoir dit, leut la cautelle 
qui est au messel... Il adjousta que les paroles qui disent que 
l'hostie ne va point au ventre, mais en l'entendement, sont fort 
considérables. » 

Autant que l'idée de transsubstantiation celle d'un « sacri- 

re mot ceci ne signifie rien : veu qu'il ne signifie point le corps de Jésus- 
Christ, puisque la Transsubstantiation n'estoit encores faite quand Jé- 
sus-Christ disoit ceci. Aussi ne signifie il point le pain, car il seroit faux de 
dire que le pain fust le corps de Christ : qui est cause que la glose sur le 
Canon Timorem, en la 2 e distinction, dit que per hanc diclionem hoc nihil 
ôemonstratur : c'est-à-dire que par ce mot ceci Jésus-Christ ne demonctroit 
rien et peu après, parlant de ces mots : ceci est mon corps : icieo sacerdos 
"a non profert significative quia non posset ea vere proferre, mentiretur 
enitn si diceret, hoc est corpus meum. C'est-à-dire : Pourtant le prestre ne 
profère point ces mots avec aucune signification, car il mentiroit s'il disoit : 
Ceci est mon corps »). 

De son côté le P. de Bérulle estime que « le sieur du Moulin se moque 
quand il dit qu'il croit ces paroles : Cecy est mon corps, estre véritables » 
{Discours, p. 253) ; il met en garde Mme de Mazencourt contre « les équi- 
voques qui passent subtilement du vray corps du fils de Dieu à son corps 
mystique, et de l'union substantielle par ce sacrement à la spirituelle par la 
foi ». (Nous verrons qu'une confusion analogue est déplorée par les ré Cor mes 
à propos de l'identification faite par les catholiques entre les termes Eglise 
chrétienne et Eglise romaine). 

1. Xurré, p. 109. 



268 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

fice » offert dans la messe paraît aux réformés quasi-mons- 
trueuse. Il nous suffira de citer quelques arguments des contro- 
versistes : « L'Eglise romaine oste à Jésus-Christ notre Seigneur 

ce qui luy est nécessaire à cause de sa dignité de sacrificateur 

Elle préfère le prestre sacré à Jésus-Christ \ » Au contraire pour 
justifier le rite catholique Cayer prétendait que dans la houche 
de Jésus-Christ les paroles « donner sa chair » signifiaient 
déjà : « sacrifice en la messe - ; » ailleurs avec force « entortil- 
lements » et « amplifications » il affirme que de nombreux 
personnages de l'ancienne alliance ont déjà dit la messe : « mes- 
mes elle se disoit avant le déluge, et les anges l'avoyent révélée à 
Enoch ; Abel l'avoit dite, etc., » ce qui fit rire « partie des assis- 
tants 3 . » Mais Cayer continue de plus belle : « le lieu où Jésus- 
Christ célébroit la Pasque estoit un lieu propre à adoration , 

selon le commandement fait au Deutéronome de bâtir en chaque 
maison neuve une chapelle. Chacun désiroit voir le passage, mais 
ne pouvant le trouver sur l'heure il promit de le cercher. Cet 
autre jour est encores à venir. » 

Dans cette discussion on s'étonne de voir trop souvent mettre 
sur le même plan, par un défaut de perspective commun à pres- 
que tous les controversistes de ce temps, la question principale 
(est-il nécessaire, ou non, de renouveler le sacrifice offert par 
Jésus-Christ mourant sur la croix ?) et des questions tout à fait 
secondaires : que représentent les vingt-quatre anciens de l'Apo- 
calypse 4 ? combien a duré la messe en laquelle Cayer dit que 
Jésus-Christ est mort 5 ? etc. Catholiques et protestants invo- 
quent l'histoire des religions, l'histoire sainte en particulier, mais 
pour en tirer des conclusions diamétralement opposées : les pro- 
testants déclarent que Jésus-Christ, dans le sacrement de la 
Sainte Cène, a établi quelque chose de tout à fait nouveau, les 
catholiques pensent rendre la messe plus légitime et plus véné- 



1. E. de Beauval dans Réponse de Cayer, etc., p. 7. 

2. Narré, p. 128. 

3. Xarré, p. 20. 

4. Narré, p. 50. 

r>. Narré, p. 151. Cayer répondant : « En l'expiration et recommandation 
de son esprit entre les mains de Dieu, » Du Moulin n'a pas de peine à lui 
démontrer les absurdités qui en résultent : cette messe faite par Jésus- 
Christ aurait duré dix-huit ou vingt heures, alors qu'elle était censée ana- 
logue au sacrifice de Melchissédec, beaucoup plus court ; et Jésus-Christ 
serait " ressuscité en la croix », " puisque la mort qu'il a souffert en la 
messe a fini en la croix. » 



LE SACRIFICE DE LA MESSE 269 

rable en la représentant comme une forme des sacrifices si géné- 
ralement répandus dans l'histoire de l'humanité : « Jamais, 
s'écrie le P. de Bérulle, il n'y a eu de religion au monde sans 
prestre, sans autel et sans sacrifice, que celle de nos adver- 
saires » ; « Dieu n'a pas destruit Testât du sacerdoce, du sacre- 
ment ou du sacrifice, mais changé seulement en une meilleure 
l'orme l . » 

La question de forme a d'ailleurs, en général, une importance 
beaucoup plus grande aux yeux des catholiques, dans la céré- 
monie qui entoure la célébration du sacrement. Les controver- 
sistes dépeignent ce qui se passe dans les temples d'une façon 
railleuse ; la critique la plus modérée se trouve sous la plume de 
Bérulle, opposant (à sa manière, cependant, bien entendu) l'ins- 
titution de la messe, par Jésus-Christ, à la cène des réformés, 
célébrée « debout, à jeun, pour tous les fidèles de l'un et l'autre 
sexe indifféremment, avec du pain levé, sans action de grâces 2 . » 
De leur côté, suivant leur tempérament, les protestants sont plus 
ou moins respectueux, plus ou moins véhéments, dans la descrip- 
tion de l'attitude du prêtre et des fidèles pendant la messe ". 



1. Discours, etc., p. 148 et 140. 

2. Discours, p. 228. 

3. A propos du culte en général, tel qu'il l'a lui-même présidé naguère, 
l'ancien pasteur Gaver écrit : « J'adjouste pour une de mes propres raisons 
que les offices divins ne doivent point estre ainsi traictés avec profanité, 
comme il se faict entre vous » (Lettre à Damours, p. 19). Rotan (Response, 
p. 176) n'a pas manqué de s'inscrire en faux : « Aux exercices de la vraye 
piété auxquels nous nous employons, il n'y a profanation quelconque ; » et 
voici d'autre part la description de la messe, ou plutôt la caricature faite 
par l'ancien cordelier Bertrand d'Avignon (Déclaration, p. 32) : « Je re- 
présenteray les tours, retours, gestes, branles et mouvemens divers du 
Prestre chantant Messe, lequel se monstre tantost courbé, ores faisant un 
tourdion, puis s'arrestant au milieu de ses virevoltes, souventes fois de- 
meurant tout court, et parfois marchant à petit pas, tantost il estend les 
bras puis les serre, maintenant il les hausse et soudain les baisse : ses 
doigts sont occupés sans cesse à faire croisades, souvent il marmonne entre 
ses dents et au contraire il crie tout haut après ceux ausquels il tourne le 
dos ; quelquefois il souffle des mots sur du pain et sur un calice, parfois 
aussi il faict du dormeur puis du reveillé qui souspire, sanglotte et soudain 
vient à chanter à haulte voix : per omnia ssecula sœculorum. Telles et infi- 
nies autres chimagrées ont-elles quelque chose de commun ou avec le très 
sainct sacrifice que Christ mourant a une fois faict pour nous ou avec le 
sacré mystère de la Cène du Seigneur '? Représentez-vous Jesus-Christ à 
table avec ses apostres, tourné vers eux, parlant en langue entendue de 
tous, leur donnant le pain sans l'eslever, distribuant les deux espèces à 
tous, etc. » 

18. 



270 l'église réformée de paris sors henri iv 

Evidemment chacun des deux partis était scandalisé aussi sin- 
cèrement et aussi profondément de la façon dont l'autre parti 
comprenait et représentait le même mystère, de la façon dont 
l'homme, dans l'autre Eglise, traitait les choses de Dieu. 

Les réformés croyaient encore défendre « l'honneur de Dieu » 
en combattant le rôle attribué au pape dans l'Eglise, comme ils 
critiquaient la place donnée au prêtre dans la messe. C'était là, 
comme nous l'avons dit, le second point sur lequel les controver- 
sistes sentaient bien qu'on ne pouvait se mettre d'accord. 

Sans doute — nous l'avons constaté et le constaterons à mainte 
reprise - il existait dans l'Eglise catholique de France une ten- 
dance « gallicane » qui parlait volontiers d'une certaine liberté 
des évêques, d'une certaine indépendance des rois, d'une certaine 
autorité des conciles..., mais cette tendance existait, à notre épo- 
que, parmi les parlementaires plutôt que parmi les ecclésiasti- 
ques ; et dans le clergé parmi les moines plutôt que parmi les 
piètres séculiers : or ce sont les moines qui sont les champions 
attitrés du catholicisme, et parmi eux (pour faire nos cercles de 
plus en plus petits), ce sont surtout les jésuites qui formulent 
et défendent les dogmes catholiques dans les controverses avec 
les protestants. D'où il s'ensuit qu'une importance capitale est 
donnée, de plus en plus, aux dogmes particulièrement chers aux 
Jésuites ; ainsi l'autorité du pape auquel, par un vœu spécial, 
les fils d'Ignace de Loyola promettent entière obéissance. 

Le dogme se précise parfois entre catholiques sur le champ de 
bataille même, en présence de l'ennemi : Cayer annonce à Du 
Moulin qu'il va parler « de l'adoration du pape... » ; l'expression 
— qui fait sursauter les protestants — semble outrée môme à un 
théologien catholique (un Carme) ; il prie l'imprudent « d'user 
d'un mot plus doux, » mais Cayer « et un docteur de Sorbonne 
qui lui assistait » maintiennent le mot « comme bon et soute- 
itable 1 . >' De plus en plus s'affirme, en matière ecclésiastique 

1. Narré, p. 9. Du Moulin prend acte, et rappelle ce précédent, quelques 
mois après, à M. Bouju : quant à l'adoration du pape, dit-il, « Cayer et la 
Sorbonne l'a maintenu, depuis peu, en la dernière dispute publique » (Cartel, 
p. 30). Deux ans auparavant (1600), à l'ancien jésuite E. de Beauval qui, 
devenu réformé, disait : « ('/est idolâtrie d'adorer aux pieds de notre saint 
Père le pape », Cayer répondait (Response, p. l.'î) : « C'est Dieu qui l'or- 
donne », et il citait un passage de l'Apocalypse (III, 9) où il ne s'agit, en 
réalité, nullement du pape. 



LE PAPE 271 

et politique, la doctrine de la primauté du pape, et en matière 
dogmatique, la doctrine de l'infaillibilité, devenue officielle en 
1870 seulement. Dès 1610 Coëffeteau déclare qu'« en qualité de 
successeur de Saint-Pierre le pape ne peut rien enseigner de 
contraire à la piété ; » Du Moulin au contraire, compulsant 
minutieusement l'histoire des conciles, cherchait à démontrer 
qu'il faut répondre affirmativement à la question : « si le pape 
peut errer en la foi ' ; » car plusieurs papes ont été hérétiques -. 
Les indulgences avaient provoqué la première protestation de 
Luther. Or le pape recommençait à les distribuer, ou plutôt 
les faire vendre, à profusion. Les réformés s'indignent, moins 
contre le fait matériel de la vente que contre la théorie attribuant 
une valeur - - fictive selon eux — à ces indulgences 3 ; baser sur 
les mérites des saints une partie du salut des croyants c'était, 
aux yeux d'un calviniste, porter une grave atteinte à la toute- 
puissance miséricordieuse de Dieu. La papauté, comme la messe, 
et au même titre, apparaissait alors comme une œuvre de Satan. 
L'autorité ecclésiastique, faisant intervenir le pouvoir civil, avait 
beau interdire aux réformés de rien écrire contre « l'Anté- 
christ, » ils n'en continuaient pas moins à penser ce qu'ils 
cessaient d'imprimer. 

La papauté n'est que le clef de voûte de cet imposant édifice 
que constitue l'Eglise romaine 4 . Aussi, parmi les matières 
controversées, immédiatement après ces deux points essentiels : 
la messe et la papauté, avons-nous rangé, par ordre d'impor- 
tance, l'Eglise. Non que tous les controversistes aient fait, dès 

1. Les p. 391 à 462 de la Défense de la foi sont consacrées à ce sujet : de 
la primauté du pape, à propos de l'art. XXIII de la déclaration du roi Jac- 
ques. 

2. Cf. Rotan, Response à Cayer, p. 165. 

3. Voici la théorie (de Bellarmin) telle qu'un canne l'explique à Du Mou- 
lin : « Le pape ramassoit ce qui est de superabondant des satisfactions des 
saints, c'est-à-dire ce qu'ils avoyent souffert plus qu'il ne leur faloit pour 
payer la peine due à leurs péchés, et mettoit tout ce surplus comme en une 
bourse, et l'ayant meslé avec ce qui est de superabondant du mérite de 
Jésus-Christ, le distribuait par les indulgences pour la rémission de nos 
péchez » (Narré, p. 40). 

4. Du Juge des Controverses, chap. IV. < Quel est le sens <le cette propo- 
sition : Que l'Eglise est juge souveraine et infaillible des doutes et matières 
de foy ? » Du Moulin dit : « Par ce mot d'Eglise nos adversaires entendent 
seulement l'Eglise romaine et quelquefois le pape seul, quelquefois le pape 
avec quelque peu de prélats. » 



272 l'église RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

notre époque, expressément figurer eette rubrique dans leurs 
disputes, comme plus tard Bossuet et Claude traitant de la 
matière de l'Eglise. Mais à propos de chaque autre question il 
fallut de plus en plus se rendre compte de la différence et sou- 
vent de la divergence des autorités invoquées : Parole de Dieu 
pour le protestant, Eglise pour le catholique. L'Eglise restait 
d'ailleurs, pour un P. du Moulin, quelque chose d'extrêmement 
important, une institution sacrée ; c'était un sujet sur lequel un 
réformé avait alors des idées beaucoup plus fermes, plus cohé- 
rentes, que ce n'est le cas pour certains protestants de nos 
jours. La doctrine de Du Moulin coïncide encore ici avec celle 
de l'Institution ; or la pensée de Calvin sur ce point comme 
sur beaucoup d'autres se rattache authentiquement à celle de 
Saint Augustin et des anciens docteurs : l'Eglise est la mère des 
fidèles, dont Dieu est le Père. C'est donc avec une égale passion 
que, de part et d'autre, on définit d'abord la véritable Eglise, et 
chacun dit ensuite : la mienne répond à cette définition. Mais il 
y a cette différence essentielle que le catholique romain dit : la 
mienne seule y répond. 

Le mot Eglise ne peut donc être appliqué, dans le vocabulaire 
catholique, qu'à la seule Eglise catholique : « un Estât qui a 
son pouvoir et son règlement, un royaume qui a ses magistrats 
et ses officiers 1 ; » aucune autre société humaine n'a le droit 
de prétendre à ce nom d'Eglise -. En vain les réformés objecte- 
ront-ils qu'ils ont les marques de la véritable Eglise : l'Ecriture 
sninte et deux sacrements ; ils les ont non comme des héritiers 
légitimes mais comme des voleurs : « ce sont les meubles sacrés 
de ceste bonne mère que de mauvais enfans luy ont emportés, et 
en font comme le faux monnoyeur qui a emporté les coings de 
la monnoye ;5 » : à quoi, s'emparant de cette comparaison pour 
la tirer à son avantage, le controversiste protestant réplique : 



1. Bérui-le, Discours, p. 122. 

2. < Ce titre d'Eglise est attribué aux assemblées des Chrestiens à cause 
des esleus, quoy qu'il y ait des hipocrites meslés ; un tonneau de vin est 
appelé tonneau de vin, quoy que nous sachions qu'il y a de la lie... Toute 
uostre dispute tfist en ce poinct, auquel ils bronchent ordinairement : c'est 
qu'ayans ainsi exalté et magnifié l'Eglise, ils appliquent le tout à la ro- 
maine, au lieu cpie nous appliquons toutes ces louanges à l'Eglise des 
esleus » (RoTAN, Response, p. fi!) et suivantes). 

,'i. Cayer, Lettre à Humours. 






la notion d'église l iï'A 

« Si cela est, que les prétendus catholiques romains ne se van- 
tent plus d'estre l'Eglise, » ce sont eux qui sont les « faux mon- 
nayeurs, » etc. 1 . 

Les controversistes catholiques parlent de la « nullité » de la 
« prétendue Eglise - » réformée, ou Eglise prétendue réformée ■"•. 
Les protestants au contraire reconnaissent que l'Eglise romaine 
est une Eglise particulière 4 . (Romaine est, de tous les titres 
qu'elle revendique, le seul qu'elle puisse légitimement porter : 
elle n'est ni catholique, ni aspotolique, puisqu'elle n'est ni réelle- 
ment universelle, ni réellement conforme à l'enseignement des 
apôtres). Ils ne manquent pas de rappeler la distinction que les 
enfants apprenaient dans le catéchisme, entre l'Eglise invisible 
et l'Eglise visible. L'Eglise invisible est composée des vrais 
croyants que Dieu seul connaît et qu'il a choisis comme devant 
être sauvés ; c'est à cette Eglise que le catéchisme réformé alors 
en usage, applique la maxime : « Hors de l'Eglise point de 
salut, » que les catholiques ont formulée pour la réserver exclu- 
sivement à leur propre Eglise 5 . Le protestant au contraire, admet 



1. Rotan, Response, p. 89. 

2. Cayer, Remonstrance, p. 85 : « Puis donc que les prétendus réforme/ 
ne gardent pas la forme apostolique, n'ayans point d'Evesques et estans 
çans chef, sans ordre, sans sacrifice, sans cérémonies, il s'ensuit en bonne 
conséquence qu'ils ne sont pas l'Eglise, mais une hérésie et un schisme. » 

3. Rotan, Response à Cayer, p. 43 : « Il y a grande différence de concéder 
que l'Eglise romaine est une Eglise particulière, pleine d'erreurs, et de dire 
qu'elle est la seule Eglise catholique ; » tel est son respect pour le mot 
église que loin de l'appliquer (comme les protestants le font aujourd'hui 
sans scrupule) au lieu de culte protestant, il reproche aux Jésuites de rem- 
placer par ce mot église celui de temple, qui désignait au xvi" siècle les lieux 
de culte catholique : <• Les Jésuites enseignent que les temples ausquels 
s'assemblent les chrestiens peuvent estre nommés églises, mais c'est parler 
fort improprement et mesmes abusivement » (Response, p. 65). Cf. notre 
lemarque sur le mot préehe. 

4. Rotan (Responce, p. 127i relève cette contradiction : « Se disant d'un 
costé Eglise locale et particulière en tant qu'elle se nomme romaine, elle 
veut d'ailleurs estre tenue pour seule catholique, c'est-à-dire Eglise particu- 
lière et universelle tout ensemble : chose non seulement absurde, mais aussi 
ridicule. » 

5. Cayer {Lettre à Damours) citait cette formule en concluant : « Commenl 
aurais-je pu demeurer pour faire mon salut là où il n'y a point d'Eglise ? » 
Rotan (Response, p. 135) réplique : • Cela s'entend seulement de la vraye 
Eglise catholique. D'où il appert tpie Cayer s'estant révolté des Eglises réfor- 
mées, membres de l'Universelle, s'est retiré du lieu auquel il pouvoit faire 
son salut et s'est précipité au gouffre de perdition, puisqu'il s'est volon- 



274 l'église réformée de paris SOIS HENRI IV 

l'existence de plusieurs Eglises particulières ; il estime que la 
sienne est la plus fidèle à la Parole de Dieu, mais il reconnaît 
qu'il y a dans d'autres Eglises des personnes qui peuvent être 
sauvées, si elles ont la vraie foi l . 

L'Eglise invisible est seule catholique c'est-à-dire universelle. 
Et les controversistes des deux partis s'accordent pour reconnaî- 
tre que ces deux traits doivent caractériser la véritable Eglise : 
l'universalité et l'antiquité ; ils s'accordent aussi... pour refuser 
ces caractères à l'Eglise adverse. 

Rotan appelle « vrais catholiques chrestiens ceux qui ont 
renoncé aux abus et traditions de Rome, » opposés aux « pré- 
tendus catholiques romains -, » et Jacques I er disait : « Je suis 
catholique chrestien ; » mais en général les « prétendus réfor- 
més » n'ont pas désiré s'intituler « catholiques, » tout en 
revendiquant pour la véritable Eglise, à laquelle ils veulent 
appartenir, la catholicité. Ils se bornent à constater qu'aucune 
Eglise visible ne peut légitimement porter ce titre, et se plaisent à 
énumérer les nombreuses communautés chrétiennes non ratta- 



tairement plongé aux abominations de l'Eglise romaine qui n'est, à pro- 
prement parler, vray membre de la catholique. » Remarquons qu'en pré- 
tendant ainsi reconnaître si quelqu'un est, ou n'est pas, membre de l'Eglise 
invisible, Rotan se met ici en contradiction avec le véritable principe de 
l'Ecriture sainte qu'il a cité plus haut (p. 70) : « Dieu connaît ceux qui sont 
siens. » 

1. Il y a, il faut le reconnaître, quelque chose d'équivalent dans ce que 
Du Moulin appelle la « boutique de Cayer ; » mais on sait qu'elle renfer- 
mait, pour les besoins de la cause, des arguments parfois peu conformes à la 
doctrine officielle, et qui sentent encore le fagot. Pour décider Madame à 
devenir membre de l'Eglise romaine, il veut lui persuader que ce serait le 
meilleur moyen de retrouver dans le ciel sa mère, membre de l'Eglise réfor- 
mée, et voici comment il présente ce raisonnement (Remonstranee, p. 96) : 
.< Regardez, Madame, aux exemples des saincts de vostre royalle maison 
qui vous invitent à leur tenir compagnie en la fruition du royaume bienheu- 
reux du Paradis, là où je eroij aussi particulièrement (/ne l'âme généreuse 
de la feue royne Jeanne si bonne mère de vostre Altesse est colloquée en la 
grâce de Dieu, d'autant qu'elle s'est rendue à Dieu avec ceste dévotion. Or 
nous tenons que le va>u tellement fondé en la fou des promesses de Dieu et 
(ccompagnè d'une vraije contrition faite de cœur et d'affection est équipollent 
à tous autres plus signalez effects d'une précédente conversion à qui par la 
grâce de Dieu en aurait eu le moyen. » Evidemment pour une reine ou une 
duchesse il devait y avoir au ciel des accommodements. Mais on pouvait 
répondre à Cayer : pourquoi abjurer, si le même résultat est obtenu sans 
abjuration ? 

2. Fiesponse à Cayer,, p. 2. 



LA VRAIE CATHOLICITÉ 275 

chées à l'Eglise romaine : par conséquent elle ne peut se dire 

unique De leur côté les catholiques insistent malignement sur 

les divisions qui existent entre protestants \ et sur ce que Bos- 
suet appellera les « variations » : variations entre les Eglises, 
entre les réformateurs -, entre les opinions successives d'un même 
réformateur-. (Ce reproche vise spécialement la question de con- 
tinuité, liée à celle d'universalité, et aussi à celle de l'antiquité). 

Les controversistes protestants ripostent qu'il peut y avoir 
union et unité sans uniformité ; ils vantent le « saint accord » 
entre toutes les confessions de foi protestantes sur les questions 
essentielles 4 , ils mettent en évidence les différences, au contraire, 
très grandes entre les diverses phases de l'histoire de l'Eglise 
soi-disant catholique, de plus en plus corrompue, entre les divers 
conciles, entre les divers docteurs ; ils opposent ceux des trois 
premiers siècles à ceux du moyen-âge et aux modernes. Du 
Moulin surtout étudie la formation des dogmes avec une péné- 
tration, un esprit d'analyse, et une critique des sources qui, trois 
siècles d'avance, font penser aux méthodes rigoureuses de la 
science moderne : il montre les scolastiques « se ruant sur une 
philosophie harharement subtile, et l'ayant trouvée contraire à la 

1. « Vous estes tous divisez, les Allemans (les Suisses, les François des 
Biarnois, etc. Et ce qui a esté dit des Anglois, qu'ils sont divisez de tout le 
reste du moyen par le moyen de la mer, se voit aussi par leur forme de re- 
ligion qui n'est ny catholique romaine ny conforme à la vostre » (Cayer, 
Lettre à Damours, p. 9). 

2. Cayer a dirigé contre Huss, assez peu connu alors, des critiques qui 
ont pu contribuer à faire que, dans la suite, les docteurs réformés ont très 
rarement invoqué ses opinions. Si Cayer (Antithèses de Huss et Luther) fait 
Huss trop catholique, Rotan [Response, p. 175) le fait trop protestant. Cres- 
pin avait placé Huss dans le livre des Martyrs, comme le remarque Cayer, 
mais depuis lors les réformés n'ont plus guère essayé de faire remonter la 
Réforme jusqu'à Huss. 

3. « Luther changeoit à tous coups d'opinions. s.?s livres en font l'oy » 
(Cayer, Remonstrance, p. 43). Les réformés citent assez rarement Luther 
et les luthériens (auxquels fut longtemps réservé le nom de protestants). 

4. Rotan, Response à Cayer, p. 147 : « La dispute survenue pour le regard 
de la sainte Cène n'est pas du fondement de salut... On peut être de divers 
avis, mesmes en un point de doctrine qui ne sera fondamental, sans se dé- 
partir de l'unité de l'Eglise. » Les documents officiels ce sont les confessions 
de foi « et non les écrits particuliers de nos docteurs et pasteurs, comme 
juissi les prétendus catholiques nous disent qu'ils n'advouent pas tout ce 
qui a esté mis en avant par cestui-ci ou cestui-là, mais qu'il faut regarder 
ce qui a esté déterminé en leur Concile de Trente. » 



27G L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOIS HENRI IV 

transsubstantiation, ils se sont escrimez là-dessus et ont lime 
leurs esprits sur la dureté de cette matière 1 . » Par réaction 
contre les théories tendancieuses de ses adversaires -, Du Moulin 
insiste à son tour - peut-être avec quelque exagération — sur 
les origines très anciennes du protestantisme en France, et le 
rattache aux hommes qu'on a, plus tard, appelés les Réforma- 
teurs avant la Réforme. D'autre part on retrouve souvent chez lui 
et chez d'autres controversistes réformés cette affirmation, à 
laquelle ils tiennent heaucoup, que les réformateurs ont voulu 
non pas faire un schisme (déchirer l'Eglise, en fonder une autre), 
mais rétablir l'Eglise primitive conformément au vœu qu'ils 
avaient fait, dans l'Eglise catholique même, de servir la vérité 3 . 
Aucun reproche n'est plus sensible aux pasteurs que celui 
d'être hérétiques ; ils abhorrent l'hérésie aussi énergiquement 
que l'Eglise romaine, et loin d'admettre que les doctrines des 
réformateurs aient été déjà condamnées en la personne des 
anciens hérétiques, Du Moulin entre autres se fait fort de prou- 
ver « que l'Eglise romaine a ressuscité les anciennes hérésies 
et a emprunté plusieurs choses du paganisme ; mais que l'Eglise 
réformée n'a rien de commun avec les anciens hérétiques 4 . » 
D'ailleurs les réformés se défendent d'admettre et de soutenir 
telle ou telle opinion parce qu'elle est celle d'un réformateur ; 
ils l'admettent parce qu'elle est conforme à la vérité, mais ils ne 
veulent pas qu'on prenne pour une obéissance aveugle leur res- 
pect pour la personne de « Monsieur » Calvin •"> ou de M. de Rèze 
Tun presque, l'autre tout à fait contemporain de nos controver- 
sistes. Cayer représente à tort Calvin comme le pape des réfor- 



1. Apologie, p. 32. 

2. Cayer p. ex. parle des « couvents de veuves et diaconesses » qui auraient 
existé dans la primitive Eglise, pour légitimer les cloîtres du XVII e siècle 
■^Tromperie des ministres, p. 33). 

3. Cartel, p. 119 : « Nous avons encores en France beaucoup d'Eglises qui 
tiennent et tenoyent desja nostre confession lorsque Luther commença d» 
prescher, lequel faussement on dit inventeur de nostre religion, veu que 
seulement il nous a exhorté de retourner à l'Escriture saincte, laquelle lors 
estoit ensevelie et ne paroissoit point. Quant à Luther, on avoit pris serment 
de lui qu'il enseignerait la vérité quand il prit charge de docteur. Pourquoy 
n'eût-il accompli son serment quand depuis il est venu à recognoistre la 
vérité ? il l'a fait. » 

4. Cartel, p. 104. 

5. C'est ainsi que Rotan par exemple l'appelle toujours. 



l'église anglicane • 277 

mes 1 , et le P. Suarez le dit canonisé en singulière compagnie-. 
Les catholiques, de leur côté, ont beaucoup de peine à admettre 
que sur certains points la vérité puisse avoir été reconnue par 
des schismatiques. Toute chose égale d'ailleurs, le seul fait de 
s'être « séparé » constitue à leurs yeux un crime inexcusable ;: . 

Dans les discussions sur la doctrine et la discipline de la véri- 
table Eglise, et surtout à propos de la « hiérarchie, » les contro- 
versistes de l'un et l'autre parti font souvent mention d'une 
Eglise dont il nous faut dire un mot : sa position est singulière, 
permettant de la citer tantôt comme témoin à charge, tantôt 
comme témoin à décharge. Je veux parler de l'Eglise anglicane 
qui attirait alors vivement l'attention des hommes religieux de 
ce côté de la Manche comme elle a recommencé à le faire en ces 
dernières années, après une éclipse de deux siècles. 

Nous avons parlé ailleurs des relations fréquentes entre les 
deux pays, entre les Eglises de France et d'Angleterre, et des 
remarques faites par des hommes tels que Sully, Casaubon, 
l'Estoile 4 . Le roi Jacques et Du Moulin, dont les rapports ont été 
si particulièrement intimes, ont apporté l'appoint de leurs fortes 
personnalités, et contribué à la connaissance ou, si l'on peut dire, 
à la pénétration réciproque des deux Eglises. Chef de l'Eglise 
anglicane en Angleterre et protecteur de l'Eglise presbytérienne 
en Ecosse, Jacques I er avait d'ailleurs été baptisé par un prêtre 
catholique"'. Dès lors, comme aujourd'hui à propos des contro- 
verses entre high church et low church, on peut comparer l'Eglise 

1. «C'est Calvin qui parle par leurs bouches ; ils n'ont autres prières 
publiques, etc., sinon comme Calvin leur a dicté » (Remonstrance, p. 10). 

2. Torrent de feu, p. 45 : « Les réformez ont effacé de leurs calendriers 
les noms de la Vierge Marie et des saints pour y loger ceux de Luther, (lai- 
vin, Melanchton, de la belle. Candide, femme de Bèze, et d'autres sem- 
blables. » 

3. Ainsi Cayer doit convenir (Rcmonslntnce, p. 18) que Couët a assez bien 
réussi à disculper les réformés de certaines accusations d'hérésie ; mais 
« encore qu'il n'y eust point d'hérésie en ce qui touche les articles de la 
l'oy, neantmoins le schisme ne peut estre avec la Foy. » Calvin a eu tort, 
en tout cas, d'avoir « desmembré l'Eglise, quand incarne en tout le reste il 
n'y auroii point d'hérésie. » 

4. Ci-dessus, p. 

5. C'est pourquoi les catholiques le traitaient d'apostat : mais, objectait 
Du Moulin (Défense, p. 124), s'il a esté baptisé en l'Eglise romaine, il n'a 
jamais eu pour cela la croyance de ceux qui l'ont baptisé. " L'Eglise romaine 
lui conférant ce qui lui reste de bon ne l'a pu obliger à suivre ce qu'elle a 
de mauvais. » Co effet eau, dans sa critique de la Confession de foi publiée 



278 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

anglicane à cette mère dont parle la Bible, sentant deux jumeaux 

lutter dans son sein à qui sortira le premier S'agit-il de 

dogmes, la tendance réformée prédomine ; s'agit-il d'organisa- 
tion et de cérémonies, la tendance à revenir au catholicisme se 
légitime plus facilement. 

Déjà Rotan et Cayer argumentent en sens inverse 1 , et le 
P. Suarez fait une curieuse description du service funèbre de la 
reine Elisabeth pour démontrer aux réformés que « desja quel- 
ques-uns de leurs compagnons recognoissent la faute qu'ils ont 
commise par le passé -. » Coëffeteau reconnaît que, sur tel point, 

par le roi en Angleterre, insinuait qu'une autre confession publiée en Ecosse 
était inauthentique, « supposée par les ministres d'Escosse qui font parler 
le roi en Puritain, » alors qu'en Angleterre il se déclarait contre les Puri- 
tains. Du Moulin -- sans insister sur ce qu'une telle situation a d'étrange — , 
affirme que cette confession écossaise est bien authentique et il dit {Défense, 
p. ,'590) : « Il n'y a aucun de nous qui n'aime mieux estre puritain avec les 
Apostres qu'impuritain avec le pontife romain. » Cependant il se permet 
à ce propos de donner un conseil respectueux, mais ferme, au roi anglican 
aui avait persécuté certains protestants dissidents : « Sa Majesté sçaura 
bien discerner ceux de ses sujets qui sur ceste matière de la police ecclésias- 
tique contestent seulement pour contester, dont l'ardeur est meslée de mes- 
pris, d'avec ceux qui sentans autrement cheminent neantmoins en bonne 
conscience, ne desirans rien plus que l'affermissement de son trosne. Le 
meilleur moyen de se venger [du papisme] est de mettre ordre à ce que te 
jieuple soit soigneusement instruit et les Eglises du plat pays ne soient point 
despourvues de fidèles pasteurs. » Il est intéressant de voir un pasteur de 
Paris dire aussi franchement à un souverain étranger comment il doit se 
comporter dans son Etat et dans son Eglise. 

1. Rotan affirme que Cayer expose inexactement quelle est l'intervention 
du pouvoir civil : les fidèles de l'église anglicane « dépendent de l'autorité 
de la reine concernant le gouvernement extérieur, » mais non « aux choses 
spirituelles » (Response, p. 145). 

2. Kn l'espèce il s'agit de la prière pour les morts : mais le curieux docu- 
ment ci-après ne prouve nullement, comme le voudrait Suarez, qu'elle fût 
en usage dans l'Eglise anglicane (Torrent de feu (juillet 1603), p. 48) : 

« Je viens de voir un mémoire envoyé à M. d'Unis premier président du 
Parlement de Grenoble, mandée (sic) d'Angleterre, en laquelle on raconte 
comme aux honneurs funèbres faits à la defuncte royne Elisabeth les Eves- 
ques et autres ministres accompagnoient le corps, les uns accoustrez de 
riches capes, les autres de surpelis, chantans les pseaumes propres à tel 
office, lesquels estoient suivis de plus de deux cents filles habillées de fin 
tlrai> blanc, avec de grands couvre chefs jusques à la ceinture, lesquelles 
i'iloient prians pour l'âme de la defuncte... On présenta par après le corps 
à un autel où fut dite une espèce de Messe, mais sans consécration, et receut 
PEvesque qui faisoif L'office des offrandes de tout les principaux qui habillez 
de dueil su i voient le corps. Enfin la vérité sortira du profond du puits de 
Democrite où la mensonge calvinienne la veut ensevelir. » 



L EPISCOPAT 279 

« l'Eglise d'Angleterre est moins irreligieuse que les calvinistes 
de France 1 . » Ce n'est pas sans quelque surprise qu'on voit — 
dans les circonstances rapportées plus haut - — Du Moulin tra- 
duire, commenter et approuver presque sans aucune réserve la 
déclaration de foi du roi anglican comme exprimant la foi de 
l'Eglise réformée : « Nous avons estimé nécessaire, lui dit-il en 
propres termes, de monstrer au monde que la religion que vous 
défendez est aussi la nostre"' ». « Au fond et en tous les points 
de la doctrine nous sommes d'accord avec les Eglises angloises, 
frères en nostre Seigneur Jésus-Christ, membres d'un mesme 
corps, sensibles aux douleurs communes, et qui estimons leur 
querelle estre la nostre, comme personnes tendantes à mesme 
but et par mesme chemin quoique vestus de différente cou- 
leur 4 . » 



Du Moulin fait cette déclaration catégorique tout exprès après 
avoir réfuté une objection chère aux catholiques. Elle portait non 
sur la doctrine mais sur la discipline, sur l'organisation hiérar- 
chique de l'Eglise anglicane : Voyez, disait-on aux docteurs 
réformés, vous condamnez l'épiscopat dans l'Eglise romaine, 
vous proclamez dans votre propre Eglise l'égalité des pasteurs, 
et vous approuvez cependant l'Eglise anglicane qui a maintenu 
l'épiscopat ! La contradiction, répliquaient les réformés, n'est 
qu'apparente ; Calvin trouve légitime l'institution de superin- 
tendants (ou évêques), et il en existe dans plusieurs Eglises pra~ 
tiquant le système représentatif (assemblées de pasteurs et d'an- 
ciens : consistoires, colloques, synodes). S'il n'y a pas d'évêques 
dans l'Eglise réformée de France, c'est par suite de circonstances 
tout à fait secondaires, contingentes, et nullement pour une rai- 
son de principe. Tous les réformés, sans doute, ne raisonnaient 
pas ainsi, mais beaucoup auraient accepté volontiers le système 
incidemment préconisé par Du Moulin : combinaison du régime 



1. Réponse à ld déclaration du roi Jacques, p. 13 (à propos dos fêtes des 
siiints). Il ost à remarquer que Du Moulin, sur ce point, critique (Défense de 
la foi, art. VI) les objections do Coëffeteau, mais no dit rien pour approuver 
la confession du roi : « Je révère la mémoire dos saints, mis on rôle par 
l'autorité de l'Ecriture. » 

2. Page 277. 

.'{. Défense, etc., dédicace. 
\. Ibidem, p. ;{ ( Si). 



280 l'église réformée de paris sors henri iv 

synodal j>ur et du système épiscopal pur ». On sait d'ailleurs que, 
pasteur presbytérien à Paris et à Sedan, il accepta à Canterbury 
un titre de chanoine anglican, toutes réserves faites d'ailleurs 
sur ses devoirs en France comme membre de l'Eglise reformée 
et sujet du roi -. 11 y aurait d'ailleurs une certaine évolution à 
noter dans la pensée de Du Moulin sur ce point : il est plus favo- 
rable à l'épiscopat en KilO qu'en 1()02, sans doute par désir de 
fortifier de toute manière les Eglises protestantes contre les 
agressions redoublées du pape et des jésuites''. 

1. Défense de Ut foy (161 0), art. XXII : De l'anarchie et des degrez de su- 
périorité eu l'Eglise (p. 387). Le roi dit > qu'avoir des Evesques eu l'Eglise 
est une institution apostolique et venue de Dieu. Dit qu'il a tousjours 
abhorré l'anarchie ; que mesme au ciel les esprits bienheureux sont distincts 
en divers degrez... Nulle société humaine ne peut subsister sans cet ordre 
et différence de degrez. Et là-dessus se plaint de quelques personnes turbu- 
lentes qui l'ont persécuté dès le ventre [de sa mère], ayants pourchassé sa 
mort avant qu'il entrast en la vie. » Du Moulin ne fait pas ici une traduction 
littérale comme pour la plupart des autres articles, mais un résumé. 
« Dieu a establi des pasteurs et evesques : » c'est Du Moulin qui le déclare 
cette fois, mais pour le roi Jacques ce sont deux catégories bien distinctes, 
les évêques ayant pleine autorité sur les pasteurs ; tandis que Du Moulin 
ajoute aussitôt : (Dieu a establi) « par dessus ceux là des assemblées que 
l'Eglise ancienne a appelle synodes et conciles, esquels il est nécessaire que 
quelqu'un préside et conduise l'action. ..Si on demande combien il y doit 
avoir de différences de degrez ou si un homme doit avoir la supériorité sur 
un seul troupeau ou sur plusieurs, c'est une matière à part et qui ne fait 
rien au but que le roi se propose ici, qui est de combattre la monarchie 
d'un homme sur toute l'Eglise. » 

2. « Les chanoines du chapitre de Cantorbérie me voulurent obliger par 
serinent à m'assu jettir aux lois et eoustumes d'Angleterre ; ce que je ne 
voulus faire qu'à condition de ne rien faire qui préjudiciast à l'obéis- 
sance que je dois à mon roy et à l'ordre ecclésiastique receu en nos Eglises 
de France : ce qui me fut accordé » (Autobiographie, année 1615, dans le 
B. h. p., 1858, p. 343). 

3. Cartel de deffy (1602). p. 115 : « Quant à l'égalité des Evesques avec les 
prestres, en quoi le sieur de Beaulieu nous csgale avec Aerius, il y a de 
la calomnie, car encores aujourd'hui une partie des Eglises qui tiennent 
nostre confession ont des evesques qui sont par dessus les nostres, comme, 
les Eglises d'Angleterre avec lesquelles nous ne laissons pas d'estre d'ac- 
cord, pource que cela est un point de police et non de doctrine : seulement 
nous disons que la parole de Dieu ne donne aucune supériorité à l'Evesque 
par dessus le prestre, et mesmes que c'est tout un : les raisons de cela se 
trouvent en PEpistre de S. Hierosme à Evagrius, où il débat fort et ferme 
avec nous ce point : nous disons donc que c'est une institution humaine, la- 
quelle es commencemens estoit utile, mais depuis que par là l'ambition et 
la tyrannie s'est fourrée en l'Eglise, il est plus expédient de l'abolir et 
ramener l'ancienne esgalité que Jésus-Christ a recommandé à ses apostres. 
Nous sommes donc en autres termes qu'Acrius, etc. » 



LA VOCATION DES PASTEURS 281 

On reconnaît bien là un esprit ami de l'ordre en toutes choses, 
en religion comme en politique, sur la terre et « mesme au ciel. » 
1! y aurait lieu ici de distinguer aussi parmi les membres des 
Eglises réformées deux tendances, deux courants d'idées qui se 
inarqueront plus nettement en France sous les règnes de 
Louis XIII et de Louis XIV, au moment de la Révolution d'An- 
gleterre : les uns, conservateurs plus respectueux des cadres de 
l'Eglise établie, les autres, « indépendants » et approuvant le 
mouvement plus radical des « non conformistes ». En 1610 
Jacques F r et Du Moulin sont d'accord pour proclamer qu'en fait 
d'organisation dans chaque pays l'Eglise a le droit de préférer 
le système le mieux en harmonie avec le tempérament national 1 . 

Cette question particulière de la hiérarchie, comme (fait plus 
surprenant) la question générale de l'Eglise, n'a guère été traitée 
qu'incidemment dans les controverses. Au contraire on a souvent 
pris comme sujet unique ou principal d'une conférence la voca- 
tion des pasteurs ou, comme préféraient dire les catholiques, la 
mission. 

La succession apostolique est « la chaîne dorée descendue de 
Dieu, dont les poètes (qui estoient les prophètes des payens) ont 
tant parlé 2 . » Faire remonter jusqu'à S. Pierre et aux autres 
apôtres, par le sacrement de l'ordre, cette chaîne ininterrompue 
des membres du clergé — quelle que fût l'indignité personnelle 
de certains chaînons — , c'était une des bases sur lesquelles repo- 
sait, pour les catholiques, l'idée d'Eglise. Comment, cette chaîne 



1. Défense, p. 389 : « J'estime téméraire celui qui voudroit astreindre 
toutes les autres Eglises à la forme de police ecclésiastique pratiquée en son 
pays : ...bien loing du jugement charitable de Sa Majesté d'Angleterre qui, 
sur la fin de son livre, déclare qu'il n'entend aucunement condamner les 
Eglises qui ont une autre forme de police. » 

2. Bkhulle, Discours, etc., p. 91. Cf. p. 104 : « En l'Eglise de Dieu, qui est 
l'image vive de la divine essence, pas un ne peut prétendre le pouvoir de 
communiquer cette divinité par grâce, que par la voie de la mission. » La 
vocation des pasteurs et la succession apostolique forment les deux tiers de 
la Réponse de Kotan à Cayer qui a écrit la même année la Tromperie des 
ministres. C'est aussi le premier sujet de la conférence et des publications 
à propos de Mme de Mazencourt (voir ci-dessus : Bérulle, Gontier, Du Mou- 
lin). Si la question de la vocation ne se trouvait pas incluse dans le pro- 
gramme primitif, elle s'y trouvait presque inévitablement introduite au 
cours de quelque incident : ainsi par l'Anglais Constable. à la lin île la 
conférence entre Du Moulin et Cayer. 



282 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

une fois rompue, les protestants pouvaient-ils prétendre avoir 
des pasteurs, et ces pasteurs pouvaient-ils prétendre être les 
successeurs des apôtres (en tant que détenteurs de la vérité ? 
Beaucoup de paroles ont été dites et beaucoup de livres écrits au 
sujet de l'article (XXXI) de la confession de foi des Eglises réfor- 
mées, qui parlait de vocation ordinaire et extraordinaire '-. 
L'apostasie de certain pasteur Cayer par exemple" peut 

avoir eu pour point de départ un doute sur la légitimité de son 
ministère dans l'Eglise. Les prêtres insistaient auprès des dames 
protestantes de la noblesse, plus sensibles aux avantages d'une 
société régulièrement constituée, sur ce fait que leurs pasteurs 
n'avaient pas qualité pour les conseiller, leur administrer les 
sacrements, etc. L Les pasteurs répliquaient d'ordinaire par deux 
arguments : quant à la doctrine, puisant la leur directement 
dans les écrits des apôtres; ils se sentaient autorisés à se dire leurs 
continuateurs plus légitimement que s'il y avait une série d'in- 
termédiaires infidèles ; quant à la discipline, toutes les précau- 
tions étaient prises dans l'Eglise réformée pour suivre sur ce 
point aussi, en temps normal, les sages préceptes de l'Eglise 
primitive conservés dans l'Ecriture sainte. Seulement dans 
certains cas exceptionnels comme celui des réformateurs on 
admettait une vocation extraordinaire. Parfois on ajoutait des 
raisonnements plus subtils : Luther et les autres réformateurs, 

1. Les jésuites seuls avaient parfois atténué la doctrine officielle : 
o Pressés par la force de la vérité ils ont esté contraints de recognoistre que 
la succession en l'Eglise est double : une des personnes, l'autre de la doctrine.. 
Les prétendus catholiques romains estiment que la personnelle est la plus 
nécessaire, » mais d'après les réformée « la vraie succession est la vérité 
de la doctrine de salut » (Rotan, Responce, p. 17). 

2. « Nous croyons que nul ne se doit ingérer de son autorité propre 
pour gouverner l'Eglise, mais que cela se doit faire par élection, en tant 
qu'il est possible et que Dieu le permet. Laquelle exception nous y ajou- 
tons notamment parce qu'il a fallu quelquefois, et même de notre temps 
(auquel l'état de l'Eglise étoit interrompu), que Dieu ail suscité des gens 
d'une façon extraordinaire pour dresser l'Eglise de nouveau, qui était en 
ruine et désolation. » 

'.\. Pour lui, la première raison qui l'a amené à reconnaître dans l'Eglise 
romaine la véritable Eglise a été celle-ci : «La vocation du prétendue mi- 
nistère est debatue et combatue de nullité, et enfin demeure atteinte et 
convaincue de faux » (Lettre à Humours, p. 8). 

4. Les pasteurs ont « usurpé le ministère » etc. (Cartel, p. 56L Pour des 
raisons analogues le litre de « docteur en théologie » réformé est aussi nul 
que celui de pasteur (CAYER, Remonslrancc, p. 18). 



LA VOCATION DES PASTEURS 283 

ordonnés prêtres et reçus docteurs dans l'Eglise catholique 
étaient, en la réformant, restés fidèles à leur serment d'ensei- 
gner la vérité '. Ou bien au contraire, prenant l'offensive, le 
pasteur défiait à son tour le prêtre de rendre compte de sa propre 
vocation. A quoi tel d'entre eux répondait spirituellement : « Si 
nous n'avons pas de mission, les réformés n'en peuvent pas 
mesme apparemment prétendre 2 . » Au fond, catholiques et 
réformés sont bien d'accord pour attribuer une extrême impor- 
tance à l'institution du saint ministère dans l'Eglise, pour désirer 
qu'il ait toute l'autorité possible avec toutes les garanties dési- 
rables. Les catholiques au grand déplaisir de leurs adversaires, 
exploitent habilement ce fait qu'il y a toujours eu dans l'Eglise 
réformée une majorité conservatrice blâmant les tendances révo- 
lutionnaires d'une minorité qui exagère l'individualisme au 
détriment du bon ordre et de l'autorité du saint ministère. 
Bérulle cite une lettre de Bèze à un « perturbateur » (protestant 
dissident de Lyon) auquel il écrit : « Il n'est pas loisible sans 
vocation d'enseigner, beaucoup moins d'enseigner choses nou- 
velles \ » 

La confession de foi réformée et les commentateurs de textes 
bibliques insistent sur la nécessité et la grandeur de la vocation : 
Bérulle en veut conclure que logiquement, les réformés devraient 
reconnaître que le ministère pastoral, tel qu'il est institué dans 
leurs Eglises, ne répond pas à ces préoccupations 4 . Les contro- 
versistes protestants n'ont pas de peine à répondre que le clergé 
soi-disant fondé sur une base beaucoup plus ferme est encore 
beaucoup moins à la hauteur de la tâche. Les questions de per- 

1. Du Moulin, Narre, p. 153 : « Luther avoit une vocation que ceux de 
l'Eglise romaine ne peuvent rejetter, car tout homme est ohligé d'accomplir 
son serment : Luther ayant esté esleu en l'Eglise romaine avec serment 
qu'il enseignerait la vérité de l'Evangile estoit ohligé d'accomplir son ser- 
ment et d'enseigner la vérité laquelle depuis il a recogneue. » 

2. BÉRULLE, Discours, p. 20. 
I). I.or. cit. 

4. <■ Les professeurs de la Bible et de l'Eglise de Genève, qui esl la mère 
et l;i matrice des Eglises prétendues réformées en France » écrivent à propos 
de la 2 e épitre à Timothée, chap. I « que la doctrine de la Foy requiert 
une instruction domestique et particulière, nommément en ceux qui sont 
ordonnez pour la porter en l'Eglise, afin qu'on ne la prenne de son sens par- 
ticulier, souz ombre de la lecture des Escritures, et (pie c'est ce qu'on ap- 
pelloit anciennement tradition en l'Eglise » (BÉRULLE, Discours, p. 2.") et 
suiv.). 



284 l'église réformée dk paris sous henri iv 

sonnes, toujours déplaisantes, viennent de part et d'autre se 
mêler aux questions de principes, mais, reconnaissons-le avec 
plaisir, moins fréquemment à cette époque que ce ne fut le cas 
plus tard. L'apostat Cayer se distingue par ses attaques contre la 
moralité et la sincérité des réformateurs, puis de quelques pas- 
ieurs contemporains i ; il y avait eu au xvï siècle un certain 
nombre de prêtres et de moines qui étaient devenus pasteurs sans 
être toujours exempts de tout reproche ; le recrutement du corps 
pastoral fut au xvn' siècle de plus en plus sévère ; les controver- 
sistes redoublèrent d'attaques contre les réformateurs, mais 
eurent moins de sujets de critique contre leurs contemporains ; 
il y eut aussi quelque amélioration dans le clergé catholique, 
mais en France parmi la foule grandissante des moines de toute 
robe les protestants eurent toujours quelque brebis galeuse à 
stigmatiser -. A propos du reproche fait aux pasteurs de « détes- 
ter la pauvreté évangélique » qu'exalte le clergé régulier, Du 
Moulin a peint ce joli petit diptyque : « Nous ne prenons point 
la besasse sur l'espaule, comme moines mendians : nous pre- 
nons un chapeau, non un capuchon ; nous nous ceignons d'une 
courroye plustost que d'une corde : nostre habit et vie est ordi- 
naire, comme celle de Jésus-Christ et des apostres ; nous aimons 
mieux vivre petitement au logis que de vivre grassement de bri- 
bes recueillies par les huys... ». De plus en plus, par l'effet même 
des conférences, les pasteurs s'affermissent dans la conviction 
que leur vocation vient de leur fidélité à enseigner la Parole de 
Dieu dans toute sa pureté, autant et plus que du bon fonction- 
nement des institutions de leur Eglise. 

Nous mentionnerons plus rapidement quelques autres ques- 

1. Admonition, p. 5 : « Ambitio et libido ont esté les deux fondement... ; 
ils ont transformé leur prétendue Eglise en vraye Caravane de Tartares 
guerriers pour estre perpétuellement à trousser bagage et faire passer d'une 
province en l'autre la désolation abominable de toute licence, etc. » Cf. p. 20, 
citation en allemand d'un livre soi-disant écrit par Luther sous ce titre : 
lier unschuldige Luther. 

2. Du Moulin pose au P. Coton cette question (Trente-deux demandes, etc., 
C0" question) : » Si le pape fait bien d'establir à Home les bordeaux publics 
où les Prélats entrent ouvertement et en toute liberté ? » Cf. Défense de la 
foi, p. 269 : « Bellarmin soutient que les bordeaux publics sont prudem- 
ment establis à Rome et compare en ce point le pape avec Dieu » (Lib. de 
amissione gratisè, eh. XXIII, § dicet : Non peccat màgïstratus si meretricibus 
eertum locum urbis colendum attribuât, etc.). » 



LES SACREMENTS 285 

tions - importantes cependant - débattues dans les conféren- 
ces. Quant aux sacrements les catholiques reprochaient aux pro- 
testants d'en conserver deux seulement : le baptême et la com- 
munion ; mais sur le premier ils n'avaient rien à dire : admi- 
nistré par les pasteurs au nom du Père, du Fils et du Saint- 
Esprit, il était reconnu parfaitement valable, et on ne rebapti- 
sait pas alors (comme on l'a fait plus tard) les protestants deve- 
nant catholiques, pas plus qu'on ne rehaptisait dans l'Eglise ré- 
formée les personnes qui avaient été baptisées par un prêtre, 
comme Jacques I", Madame, et tant d'autres nées au xvi e siècle. 
Autant que l'Eglise romaine, l'Eglise réformée tenait au baptê- 
me des enfants, elle désavouait et blâmait hautement — depuis 
l'Institution — les anabaptistes *. 

Pour la communion, c'était une autre affaire. Nous avons lon- 
guement parlé des querelles sur la transsubstantiation et le 
sacrifice de la messe. Dans des discussions annexes à celles-là, 
les réformés attaquaient souvent une double pratique : la messe 
sans communiants, et la communion sous une seule espèce - ; 
mais ils savaient que sur ce dernier point, à la longue, l'Eglise 
romaine aurait fait peut-être, en France comme ailleurs, quel- 
ques concessions 3 . 

Le purgatoire a fait l'objet de débats spéciaux de vive voix et 
par écrit : le Torrent de feu de Suarez 4 en offre un échantillon. 



1. Cf. Du Moulin, Apologie, tout le chapitre V ; naturellement il ne man- 
que pas une occasion de critiquer ce qu'il peut y avoir de matériel dans la 
notion catholique du baptême. Coëffeteau ayant dit que le baptême des clo- 
ches était une simple bénédiction, Du Moulin lui démontre que telle ne 
paraît pas l'idée courante, et décrit tout au long la cérémonie, réglée par 
ie rituel d'une manière singulièrement analogue à ce qui se pratique dans 
le sacrement administré à une créature vivante (Défense, etc., art. XVI). 

2. Cf. Du Moulin, Défense de la foi], p. 189 à 260 : il y traite aussi de 
points de détails tels que : l'élévation de l'hostie, la Fête-Dieu, etc. 

3. « Si l'approbation du pape y fait besoin, possible qu'avec le temps et 
les remonstrances il s'en rendra capable ; le salut des âmes et le bien de 
l'Eglise gallicane doit aller devant toutes autres considérations » (Advis sur 
un point de lu lettre de M. Cayer, attribué par celui-ci à quelques pasteurs, 
dans sa Responce, etc., p. 7-13). 

4. Ci-dessus, p. 237. On est ici particulièrement frappé «le voir chaque 
adversaire contester l'autorité des documents que cite l'autre : Du .Moulin 
cxhibe-t-il « un missel qu'il avoit préparé, clans lequel il lit voir une rubri- 
che qui dit que les papes avoient concédé mil ans d'indulgences à qui diroit 
les oraisons suivantes, •> Suarez proteste : « Je luy eusse peu franchement 
dire que ce sont abus d'imprimeurs que l'Eglise n'approuve sans tesmoi- 



l'J. 



280 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

C'est, par contre, au cours de discussions générales que les 
réformés attaquent des points tels que les prières pour les morts, 
la dévotion croissante à la Vierge ', traitée en « déesse -, » le culte 
des saints, les images :: , le célibat des prêtres. Comparée à la 
véhémence des critiques contre la transsubstantiation ou la pa- 
pauté, l'attitude des réformés est relativement modérée. Des deux 
côtés on ne traite pas les questions in abstracto mais on fait 
autant que possible de l'actualité ■» ; et on accuse l'adversaire 
de « subtilité non pareille, et argutie qui ne fust jamais entrée 
en la cervelle d'un Carnéades •"'. » 



(•nage plus évident » (Torrent, p. 11) ; par contre Suarez prête à Melanchthon 
des propos tout à fait apocryphes : << Sa mère lui demandoit en conscience, 
puisqu'il se mouroit, de luy dire quelle doctrine luy sembloit meilleure : 
il respondit : Mater, o mater, illa probabilior sed Romana securior » (p. 78). 
Chacun accuse l'autre de « falsifier l'Ecriture » (p. 98) et les Pères. Du Mou- 
lin quelques années plus tard dit, semble-t-il, plus impartialement le vrai 
mot : « Les Pères tiennent la pluspart que les âmes seront purgées par le 
feu du dernier jugement et qu'en attendant ce jour les âmes tant des bons 
nue des mauvais sont encloses en des réceptacles. En quoi ils ne sont suivis 
ni par nous ni par nos adversaires » (Défense de la foy, 1610, art. 2>. « Ori- 
gène a esté inventeur de ce feu [du purgatoire] lequel voirement a esté 
condamné par les autres Pères en ce qu'il ne recognoit pas d'enfer ni de feu 
éternel » {ibid., p. 381) ; » à côté du Purgatoire Bellarmin met un pré ver- 
doyant diapré de fleurs, où les âmes se rafraîchissent au sortir de ce feu, 
fondé sur l'opinion de Denis le Chartreux » etc. (ibid.). 

1. On lui donne des « titres horrihles et hlasphématoires... ; voyez le 
psaultier de la Vierge Marie imprimé à Paris l'an 1601, réimprimé l'an 1602 
chez Nicolas du Fossé rue Saint Jacques au Vase d'Or, » écrit Du Moulin à 
la fin de cette année 1602 (Cartel, p. 31). 

2. Du Moulin, Défense de la foy, art. VII. 

3. Cayer va demander parfois ses arguments à une exégèse bien singu- 
lière : ainsi pour justifier les images il cite le passage où S. Paul (Galates, m) 
dit « que nostre Seigneur a esté pourtrait crucifié devant les yeux des Ga- 
lates. Eslre pourtrait signifie peinture et non discours comme prétendent les 
prétendus ministres (Response, p. 12). 

4. Par exemple, au sujet de la Vierge considérée comme médiatrice, Cayer 
dit " qu'on pouvait demander au Roi quelque chose en faveur [c'est-à-dire 
au nom] de Madame sa sœur, et cela, dit-il finement, premièrement usant 
de ce mot de faneur au lieu de mérite, puis faisant les saints estre envers 
Dieu ce que Madame est envers Sa Majesté, et donnant impression qu'il 

lui, (laver n'estoit point totalement hors des bonnes grâces de Madame » 
(Narré, p. 68). 

5. L'est ainsi que Hérulle traite Du Moulin à propos de la salutation angé- 
lique Ave Maria dans le » dessert de la conférence » avec Gontier (Discours, 
p. 323). En fait de définition subtile on peut citer celle que Cayer donne de 
la canonisation : « Ce n'est que publication du décret que Dieu en a fait, et 
non pas donner saincteté » (Response à Beauval, p. 13). 



LA DOCTRINE DE LA GRACE 287 

Viennent enfin, dans notre classification, des points tout à 
fait secondaires sur lesquels on s'attarde beaucoup moins : céré- 
monies que les catholiques estiment « dépendance nécessaire 
de la vraie piété \ » tandis que les réformés les disent inutiles 
eu même dangereuses : par exemple l'adoration de la croix -. 
En fait de reliques, d'objets bénits : chapelets, médailles, etc., 
chacun avait quelque observation personnelle à raconter -\ Beau- 
coup de ces dévotions étaient assez récentes et le grand jubilé 
de 1000-1601 donne, pendant les années qui suivent, un intérêt 
très spécial aux questions de pèlerinages, d'indulgences, etc. 

§ 7. Les sujets qu'on n'a pas traités à fond : 
la grâce et la prédestination 

Après avoir parlé des sujets qui forment ordinairement le 
fond des controverses ou qui du moins sont souvent débattus au 
commencement du xvn e siècle, il convient de marquer quelques 
lacunes importantes, de signaler quelques questions que l'on 
ij'étonne de ne voir pas aborder ou traiter avec l'ampleur qu'elles 
mériteraient. Nous nous bornerons à deux points essentiels : la 
grâce ou la prédestination, et le témoignage intérieur du Saint- 
Esprit. 

Dans le cours du xvn e siècle la doctrine de la grâce (remon- 
tant à saint Augustin) va occuper, préoccuper, passionner les 
esprits dans l'une et l'autre église : clans l'Eglise catholique, le 
jansénisme sera vaincu, dans l'Eglise réformée au contraire le 
gomarisme ou prédestinatianisme outré deviendra presque par- 
tout la doctrine officielle : mais au commencement du siècle 
Jansenius meurt avant la publication de son Augustinus, et 
Gomar, au contraire, ne fait que commencer sa carrière. Ils ont 

1. Cayer, Remonslrance, p. 79. 

2. Du Moulin après l'avoir combattue tient à dire : « Celui nous fait 
tort qui estime que nous remettons ce signe et mesmorial de la passion : nous 
en voulons seulement à l'abus et à l'idolâtrie » (Défense de ht foi/, p. ;i.">r>>. 

3. Du Moulin (Défense de la foi/, p. 309) : « A Paris à Saint-Sulpice il y 
a une pierre d'une fontaine en laquelle la Vierge Marie lavoit les drapeaux 
de Jesus-Christ nouveau né. On nous a monstre à nous-mesmes à Saint- 
Denis la lanterne de Judas, etc. ». « M. d'Evreux a rapporté de Rome des 
grains bénits auxquels est donné vertu de conférer cent ans de vrai pardon ; 
liuj mesme me l'a confessé devant Madame » (Cartel, p. 25). 



288 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 

l'un et l'autre traversé Paris, ils y auront l'un et l'autre des par- 
tisans décidés, mais en 16 10 les doctrines qu'ils ont mises en 
vedette sont encore à l'arrière-plan, peu de contemporains se 
rendent compte qu'il y a là un sujet d'intérêt primordial à dis- 
cuter. On est surpris de voir des théologiens comme Cayer et Du 
Moulin disserter gravement et longuement pour savoir qui a brisé 
la tête du serpent, si c'est la Vierge Marie - - comme le dit Cayer — 
ou Jésus-Christ — comme le dit Du Moulin i — , sans paraître se 
douter qu'ils effleurent un sujet fondamental, qu'ils se trouvent 
là sur une frontière à délimiter entre les deux doctrines : la grâce 
de Jésus-Christ suffit-elle ou non pour que le croyant soit sauvé ? 
Sur cette question s'en greffe une autre : qui est croyant ? d'où 
vient que l'un ait la foi qui sauve, et l'autre non ? La doctrine de 
la prédestination n'apparaît presque pas dans l'Institution chré- 
tienne sous sa première forme, mais Calvin dans les éditions 
suivantes a donné à cette idée un rôle toujours plus prédomi- 
nant, et à de rares exceptions tous les théologiens réformés 
avaient adopté cette manière de voir. « Pour estre vray mem- 
bre de l'Eglise il faut estre appelle selon l'élection de grâce -. » 
Cela allait de soi, si bien qu'on jugeait à peine nécessaire 
d'en parler. Du Moulin, qui prendra parti d'une façon si écla- 
tante dans les luttes futures entre protestants, au temps du syno- 
de de Dordrecht, Du Moulin consacre quelques lignes au plus à 
ce sujet dans ses ouvrages antérieurs à 1610. Et les catholiques 
semblent, par leur silence, approuver la doctrine réformée : pres- 
que seul, l'ancien pasteur Cayer fait des réserves •". Cependant 
si les œuvres des hommes, les mérites des saints, les prières pour 
les morts, etc., jouent le rôle que disaient alors ces mêmes doc- 
teurs catholiques, il est difficile de comprendre comment ils n'ont 
pas concentré toutes leurs énergies pour attaquer la doctrine qui 
fait dépendre de la seule volonté de Dieu le salut de l'homme ; et 
il est aussi difficile de comprendre comment les docteurs réfor- 
més n'ont pas concentré, de leur côté, toutes leurs énergies pour 
mettre cette doctrine en pleine lumière, au lieu de suivre leurs 
adversaires dans un dédale de questions secondaires. 



1. Narré, p. 69 et suivantes. 

2. Rotan, Response, p. 69. 

;!. ' La prédestination est sans doute d'être bien heureux, croyant et 
faisant les bonnes œuvres..., mais d'aller imaginer que Dieu ayt jamais 
ordonné quelques uns à estre damnés, cela est faulx » (Admonition, p. 15). 



LE TÉMOIGNAGE 1)1 SAINT-ESPRIT 289 

Il est un autre point sur lequel on s'étonne que les catholiques 
n'aient pas porté leur attaque, mais sur lequel on s'étonne moins 
que les protestants n'aient pas attiré l'attention : c'est le témoi- 
gnage intérieur du Saint-Esprit 1 . A l'autorité de l'Eglise les 
controversistes du XVII e siècle opposent l'autorité de l'Ecriture 
sainte : mais s'agirait-il donc seulement de substituer à une 
autorité extérieure une autre autorité extérieure ? On serait 
rarement il est vrai — tenté de le croire en lisant certaines pages 
qui, sans les formuler encore, annoncent les théories ultérieures 
sur l'inspiration littérale des Ecritures. Mais une telle pensée 
est bien loin de celle des Réformateurs, si libres dans leur ma- 
nière d'étudier les livres saints et d'apprécier leur canonicité -. 
Et la confession de foi des Eglises réformées déclare clairement 
d'où vient à l'Ecriture sainte son autorité : elle vient de Dieu 
lui-même, du Saint-Esprit qui anime le lecteur croyant comme 
il a animé les auteurs, et fait reconnaître dans tel et tel passage 
écrit par un homme la Parole même de Dieu :! . Il s'agit donc, 
en dernière analyse, d'une autorité toute intérieure, toute spiri- 
tuelle. 

Voilà certes, pour fonder la foi, un principe bien différent du 
principe catholique, et que les docteurs réformés auraient pu 
lui opposer plus hardiment. On devine aisément pourquoi — 
consciemment ou non — ils ne l'ont pas fait : c'est pour ne pas 



1. Il n'y a guère plus d'une vingtaine d'années que la question a été 
remise à la place de premier rang qu'elle doit occuper ; les études de 
M. Aug. Sabatier, doyen de la Faculté de théologie de Paris, y ont beau- 
coup contribué (Esquisse d'une philosophie de la religion, Paris, Fischba- 
cher, 1897 ; et Religions d'autorité et religion de l'Esprit, id., 1904, notam- 
ment p. 274 et suivantes). Depuis la bibliographie que nous avons publiée 
en 1893 dans une modeste étude (le Témoignage du S. Esprit, Paris, Fisch- 
bacher, in-8"i ont paru notamment : un article du P. Gayraud dans la 
Science catholique du 15 nov. 1894 ; une étude de M. Ch. Lelièvre sur la 
Maîtrise de l'Esprit (Cahors, Coueslant, 1901), une autre de M. .1. Chapuis 
sur le Témoignage du S. Esprit dans la théologie de Calvin (Lausanne, Bri- 
del, 1909), un chapitre de l'ouvrage de M. E. Doùmerguc, doyen de la 
Faculté de théologie de Montauban, sur Jean Calvin (t. IV, la pensée reli- 
gieuse de C(rfnin, ch. III, Lausanne, Bridel, 1910L 

2. Voir p. 254, n. '.\, une remarque de (laver à propos de Calvin et Luther. 

3. Art. IV : « Nous connaissons ces livres être canoniques, et la règle 
très certaine de notre foi, non tant par le commun accord et consentement 
de l'Eglise que par le témoignage et persuasion intérieure du Saint-Esprit, 
qui nous les fait discerner d'avec les autres livres ecclésiastiques, sur les- 
quels, encore qu'ils soient utiles, on ne peut fonder aucun article de foi. » 



290 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

prêter le flanc à certaines critiques des adversaires 1 . Les catholi- 
ques ont toujours accusé le protestantisme de pousser à l'indi- 
vidualisme excessif, et, par le libre examen, à la libre pensée 2 . 
Ils ont prétendu, comme Cayer, que chaque protestant s'insti- 
tuait juge de l'Ecriture, alors qu'il devient seulement capable de 
juger par l'Ecriture. Si certains controversistes catholiques, au 
commencement du XVII 8 siècle, ont senti ce qu'il y a de profond et 
de magnifique dans le témoignage intérieur du Saint-Esprit 3 , 
d'autres ont aussi découvert le défaut de la cuirasse : l'usage du 
libre examen pouvait facilement dégénérer en abus ; un pro- 
testant « indépendant » voudra se placer tout seul en face de Dieu, 
prétendra se faire une opinion personnelle sur tous les points de 
foi, sans tenir compte, comme il est légitime et nécessaire, des 
expériences d'autrui, et du témoignage du Saint-Esprit dans 
l'Eglise sans cesse enrichie au cours des siècles... Voilà pourquoi, 
par crainte des conséquences faussement tirées d'un principe 
juste, les docteurs protestants du xvn e siècle n'ont pas insisté sur 
le témoignage du Saint-Esprit ; ils n'ont pas prolongé les lignes 
hardiment commencées par le génie des réformateurs ; ils ont 
attaqué à fond l'autorité du pape et l'organisation du clergé ro- 
main ; ils ont très sincèrement déclaré que les pasteurs n'étaient 
pas des confesseurs, des directeurs de conscience, mais de sim- 
ples « ministres de la parole de Dieu ; » et cependant, consciem- 
ment ou non, ils ont craint quelquefois de voir diminuer par 
trop l'autorité du ministère pastoral s'ils rappelaient en toute 
circonstance la théorie essentiellement réformée du sacerdoce 
universel 4 . Souvent catholiques dans leur enfance et leur jeu- 
nesse, en tout cas tous nourris de théologie catholique et vivant 
dans un milieu catholique, les théologiens protestants du com- 
mencement du xvn c siècle se sont contentés d'abord de rajeu- 



1. Le P. de Rérulle p. ex. dit à propos des réformés qui interprètent le 
texte évangélique de telle sorte que la prière catholique Ave Maria leur 
semble impie : « Ils font ce grand effort d'esprit par l'assistance et la per- 
suasion du Sainct-Esprit en leurs cœurs, qui leur fait ainsi entendre et dis- 
cerner le langage de Dieu et des hommes » (Discours à Mme de Mazencourt, 
p, 328). 

2. Lorsque Coùet demandait « que le jugement particulier fust laissé 
libre à la conscience d'un chacun des assistants » (Conférence, p. 25), Cayer 
s'écriait : « Chacun fera à sa fantaisie ! » (Remonstrance, p. 37). 

."i. Ainsi le curé Benoît (Briefve proposition, p. 7, ci-dessus p. 79). 

4. « Les réformés se disent tous prestres « (Cayer, Remonstrance, p. 8ô>. 



* 
LE TÉMOIGNAGE Dr SAINT-ESPRIT 291 

nir et de spiritualiser, pour ainsi dire, les idées de Parole de Dieu 
et d'Eglise que présentaient aussi, sous une forme plus maté- 
rielle, leurs adversaires. 

Sans doute les temps n'étaient pas encore mûrs pour une autre 
apologétique, et puisque celle des Du Moulin, des Du Plessis, 
des Charnier, des Rotan, a formé de si fortes générations de 
croyants, cette méthode était sans doute celle qui convenait le 
mieux à la mentalité des Français de cette époque. Dans la pra- 
tique de leur ministère, ils ont encouragé les fidèles à lire les 
Saintes Ecritures, à y reconnaître la vérité ; au besoin (mais plu- 
tôt après 1610) ils ont « mis au point » la doctrine du témoi- 
gnage du Saint-Esprit lorsque leurs adversaires en présentaient 
une image déformée ; mais avant 1610, à tout prendre, dans les 
controverses, les pasteurs ne font pas de cette doctrine, comme 
ils l'auraient pu, le pivot de leur argumentation 1 . 

§ 8. Le ton et la fin de la controverse 
Les sujets traités à fond ou simplement effleurés à Paris dans 

1. C'est dans un traité de 1630 {Du Juge des Controverses, chapitre XVII), 
que Du Moulin écrit ces explications « de l'efficace de l'Esprit de Dieu 
agissant es cœurs par les Escritures » (p. 280 de l'édition de 1636, Genève, 
Aubert) : « Quand nous parlons du tesiuoignage intérieur de l'Esprit de 
Dieu donnant efficace à la Parole de Dieu es cœurs de ceux qui le craignent, 
nos adversaires s'esmeuvent avec risée et mènent un grand bruit. Ils disent 
que nous nous forgeons des enthousiasmes, que parmy nous les savattiers 
et menus artisans sont juges des poincts de la foi, et du sens de l'Escriture, 
et que chacun de nous se vante d'avoir là dessus une révélation, et d'avoir 
la vraye intelligence de toute l'Escriture par une inspiration particulière... 

...C'est une charité qu'ils nous prestent fort libéralement, nous attribuans 
choses esloignees de nostre croyance... Car tant s'en faut que nous recevions 
les savattiers et boulangers pour juges infaillibles, que mesines nous 
n'attribuons pas aux pasteurs assemblez en synode cette perfection. Oui- 
conques diroit avoir là dessus une révélation particulière nous seroit à bon 
droit suspect. Nous laissons telles inspirations aux phrénétiques. » Et plus 
loin, p. 283 : ci Afin qu'un homme avec pleine certitude reçoive l'Escriture 
:-aincte comme parole de Dieu et règle de salut il faut un autre tesiuoignage 
plus certain et plus persuasif que celui de l'Eglise, asçavoir le tesiuoignage 
de l'Esprit de Dieu, sans lequel nostre foy ne seroit qu'une conjecture hu- 
maine et non une persuasion divine. Laquelle persuasion n'est pas une 
révélation particulière. Seulement Dieu donne efficace à eeste parole pour 
esmouvoir les cœurs d'une saincte chaleur et les former à révérence et 
obeyssance. Et ne craindrai point de dire qu'à ces cordonniers et artisans 
qu'on nous objecte Dieu fait quelques fois sentir cesle efficace plustost qu'à 
un docteur qui a pris ses degrez en la faculté ». 



292 l'église réformée DE PARIS SOIS HENRI IV 

les controverses sont — on a pu s'en rendre compte au cours de 
ce chapitre — les sujets les plus sérieux qui puissent attirer et 
retenir la pensée des hommes. 

Nous avons déjà eu plusieurs occasions d'exprimer le regret 
que le ton des conférenciers et des écrivains n'ait pas toujours 
été à la hauteur des sujets traités ; c'était, dira-t-on, un défaut 
commun à tous les gens nés au milieu des trouhles du XVI e siècle, 
alors que les grossièretés de la soldatesque étouffaient souvent 
le son plus doux du langage de l'humanisme : il n'en est pas 
moins regrettable d'entendre, dans les salles où l'on discute les 
questions religieuses, employer des expressions plus dignes des 
camps ou des champs de foire. Plus fréquentes et plus naturel- 
les de la part d'orateurs habitués à parler fort pour se faire enten- 
dre des auditoires populaires, comme les Pères Suarez l et Gon- 
tier, elles sont encore trop nombreuses, et beaucoup moins ex- 
cusables, dans la bouche d'hommes d'Eglise qui savent, quand 
il le faut, parler comme il convient devant les diplomates, les 
dames et les souverains : tels Cayer 2 et Du Moulin. Le Jacobin 
Coëffeteau appelle celui-ci « organe de Satan, loup enragé, hyène 
effrontée, âme désespérée et furieuse, chien qui se prend à la 
pierre, imposteur imprudent. » Ainsi traité, Du Moulin a beau 
dire d'abord : « A l'exemple de l'apôtre Paul je secoue du doigt 
cette vipère sans en recevoir dommage, je ne rends point injure 
pour injure, > il ne peut s'empêcher, un peu plus loin, de laisser 
entendre que Coëffeteau... avait trop bu, parce que le malheu- 
reux a commis le crime de confondre une proposition affirma- 
tive avec une négative 3 ! Ce qui rend plus sensible cette violence 
et cette rudesse de langage chez la plupart des conférenciers, c'est 
qu'il s'en trouve heureusement déjà quelques autres — encore 
bien rares - — qui s'expriment d'autre façon : le père P. de Bérulle 
par exemple. Il lui arrive bien encore d'appeler un temple réformé 
'< l'égout de l'impureté, » mais en général il se pique de « parler 



1. Il traite Du Moulin de « tiercelet d'hérétique » ; » nous lui arrache- 
rons les plumes qui luy restent encore » (Torrent, p. 53) ; « ce Molin a des- 
gorgé des eaux peinturées » (p. 8), etc. 

2. Les pasteurs La Curne et l'Espinace « u'entendoyent non plus que 
(estes ignorantes ce qu'ils arguoyent » (Response, p. 6). M. de Bouju avertit 
Du Moulin qu'il peut « donner carrière à son esprit parmi les ordures tant 
qu'il lui plaira » (Cartel, p. 38). 

3. « Sans doute il escrivoit cela après dîner » (Apologie, p. 260 ; cf. p. 7). 



LE TON UliS CONTROVERSES 2M 

un langage plus élevé que celuy qu'on tient au presche l , » et il 
aurait pu ajouter plus justement : au prône. Son style et sa 
manière de traiter les questions débattues sont singulièrement 
plus agréables que le ton habituel à Du Perron ou Coton ; il a 
quelque chose de majestueux qui annonce le siècle de Louis XIV 
et les discussions graves, courtoises, de Bossuet et du pasteur 
Claude. Couramment on s'accusait l'un l'autre de faire des faux, 
de tronquer les citations, de calomnier l'adversaire 2 ; on invo- 
quait les prophètes, les apôtres, Jésus-Christ lui-même, en décla- 
rant que leurs paroles contre les opinions erronées s'appliquent 
précisément aux opinions du contradicteur. 

Souvent aussi, quittant le terrain sur lequel on avait convenu 
de se rencontrer, un des adversaires cherchait brusquement à 
entraîner l'autre ailleurs ; Du Moulin excelle, par une suite très 
serrée de questions pressantes, à convaincre l'adversaire de l'ab- 
surdité des conséquences de telle ou telle de ses affirmations anté- 
rieures : c'est un des procédés où il déploie le plus brillamment 
ses qualités bien françaises de clarté et d'esprit :! . Il arrivait aussi 
qu'on posât des questions sans aucun rapport avec le sujet traité 
jusqu'alors 4 . Parfois c'était un tiers qui agissait ainsi pour tirer 
d'un mauvais pas l'un des champions, embrouillé dans sa dé- 
monstration et plus capable de répondre à la question nouvelle. 
On suivait cette tactique par écrit aussi bien que dans les confé- 
rences verbales. 

Et ainsi les controverses finissaient souvent d'une manière peu 
correcte. Tantôt elles étaient suspendues ou retardées parce qu'un 



1. Discours à Mme de Mazencourt, p. 338 et 269. Il emploie des formules 
de politesse telles que : « le sieur du Moulin me permettra de lui dire », etc. 

2. Sur trente-deux demandes du P. Coton « il n'y en a que le quart qui 
représentent au vrai notre croyance » (Du Moulin, Trente-deux demandes, 
p. 9). « Vous avez tronqué mes lettres et leur avez rogné les ongles si 
courtes qu'elles ne peuvent esgratigner que bien peu » (Cartel, p. 45 ; ré- 
ponse de Du Moulin à Bouju) ; Bouju n'avait déjà cité que des « lopins » 
de l'écrit de Montigny. 

3. Cf. Narré, p. 143. Du Moulin demande « combien il y a d'espèces de 
mort de Jésus-Christ, » et Cayer ne sait comment expliquer ses distinctions 
antérieures. 

4. Ainsi Cayer à diverses reprises cite un article du catéchisme réformé 
où on lui montre d'ailleurs qu'il donne au mot damnation un sens qui n'est 
nullement celui où l'entendaient les rédacteurs (Narré, p. 147 ; Remous- 
trance, p. 94), 






294 l'églish réformée de paris sors henri iv 

des adversaires faisait défaut i, tantôt elles étaient ajournées in- 
définiment, tantôt elles étaient définitivement interrompues, et 
même interdites par autorité supérieure -. L'échange de lettres, 
de traités, de volumes, succédait alors pendant des semaines 
et des mois aux débats oraux ;! ; les questions se trouvaient 
ainsi posées et discutées devant un nombre de lecteurs beaucoup 
plus considérable que celui des auditeurs. Cet accroissement de 
publicité était un très grand profit, surtout pour les réformés, 
d'autant qu'en ceste ville nos adversaires ont plus de trom- 
pettes que nous n'avons de soldats 4 . » 

Il y avait d'ailleurs beaucoup d'autres avantages que celui-là 
pour l'un et l'autre parti ; sauf quelques inconvénients que 
nous signalerons tout à l'heure, on appréciait déjà, et nous pou- 
vons mieux encore apprécier, l'incontestable utilité de la con- 
troverse telle que nous en avons analysé les divers éléments. 
Rendant compte de la plus longue des conférences — elle avait 
duré quinze jours - l'un des auditeurs conclut : « Les choses se 
sont passées avec une paix et douceur des assistants plus gran- 
de qu'on eust osé espérer, et on a recogneu par ceste espreuve 
que ces entrevues servent plustost à se familiariser et recognois- 
tre, qu'à enaigrir les esprits. Et Du Moulin m'a souvent dit que 
si par la permission du magistrat un lieu estait ottroyé pour 
conférer ordinairement et avec les seuretez requises, ce seroit 



1. Nous avons vu Du Moulin (Narré, etc.) se plaindre que Cayer se dérobe ; 
lui-même paraît, dans une autre circonstance, n'avoir pas voulu continuer 
la discussion avec Suarez ; celui-ci l'accuse de s'être « retiré fort finement, 
ryant forgé quelques eschappatoires sur l'interprétation de l'Escriture, » 
et le lendemain, ajoute Suarez, « Madame de Fonlehon me rendit une lettre 
de la part du Molin qu'il luy avoit escrite : il n'est plus résolu de se trouver 
en la présence du Cordelier si premièrement il ne luy respond à un traicté 
qu'il vouloit faire du purgatoire... La dite Dame l'envoya sommer par l'un 
de ses surveillans... ; il fit response qu'il estoit allé aux champs » (Torrent, 

p. 29). 

2. Voir ci-dessus à propos de Cayer et de Gontier. 

:). n Les deux parties tombèrent d'accord de continuer la conférence par 
escrit, et de ne faire rien imprimer par surprise, mais seulement par accord 
et communication mutuelle » (ce qui n'eut pas lieu). « Du Moulin vouloit 
ciuc la conférence fust limitée, et qu'il ne fust permis de dupliquer et tri- 
pliquer à l'infini, Cayer au contraire ne vouloit aucune limitation (Narré, 
p. 156). 

4. A. Adair, épître dédicatoire du Narré, etc. 



AVANTAGES DES CONTROVERSES 295 

le moyen de mettre bas les aigreurs mutuelles et faire recognoistre 
la vérité l . » 

En tout cas chaque parti apprenait à mieux se connaître lui- 
même et à mieux connaître son adversaire, à prendre conscience 
de la valeur de sa propre doctrine et de la valeur de la théologie 
opposée. Bien des préjugés sont dissipés. Les réformés apprennent 
que tel passage du missel, les catholiques que tel article de la con- 
fession de foi, n'ont pas, dans l'Eglise où ils sont en usage, le 
sens qu'on leur prête dans l'autre. Il y a une sorte de pénétra- 
tion réciproque ; chacun est forcé de s'assimiler mieux les élé- 
ments qui font la force de l'adversaire, pour en profiter lui- 
même ; chacun s'exerce à manier les armes par lesquelles il a été 
d'abord frappé lorsqu'il en ignorait l'usage : les catholiques 
deviennent de plus en plus familiers avec l'Ecriture Sainte, les 
réformés avec les Pères. Sur certains points au contraire, l'évo- 
lution de la doctrine, sa fixation plus précise, est certainement 
précipitée par le fait de la controverse : ainsi, dans l'Eglise ro- 
maine 1' « adoration » du pape. Pour éviter le reproche de 
;< variations » et de divisions intestines, l'Eglise réformée est 
amenée à atténuer les différences et à multiplier les traits d'union 
avec les autres Eglises protestantes constituant « quasi la moitié 
de la chrétienté-: » l'Eglise anglicane, l'Eglise luthérienne. Ainsi, 
en créant de diverses manières une émulation féconde, la con- 
troverse a contribué à donner à chacune des deux Eglises riva- 
les, au milieu du xvn' siècle, le brillant essor qu'elle n'aurait pas 
eu en France si elle y était restée sans concurrente, comme ce 
devint le cas pour l'Eglise romaine au xvin" siècle. 

En arrivant à Paris de l'étranger ou de quelque province, tel 
prélat qui avait pourtant fait là-bas l'apprentissage de la con- 
troverse, éprouvait souvent à son détriment qu'il n'était pas au 



1. Narré, p. 92. 

2. Cette expression se trouve dans une page où le roi Jacques exprime la 
même préoccupation : « Je finirai par une prière à Dieu qu'il vous oste 
ceste sécurité léthargique et nous mette au cœur ce à quoy nous sommes 
obligez pour planter et espandre l'Evangile en droite conscience selon l'or- 
donnance de la Parole de Dieu. Quasi lu moitié de l<i Chrestienté s'est jointe 
à nostre religion ou au moins est sortie de Babylone. Frères et cousins très 
chers, je vous prie (pie nous dardiez entre nous l'unité de lu vraie fog el 
rejetiez toutes les questions impies el inutiles » (Exhortation aux rois et 
princes (1609) traduite par Du Moulin dans {'Accomplissement des prophé- 
ties, chap. XIII). 



296 L ÉGLISE RÉFORMÉE DL PARIS SOIS HENRI IV 

courant des méthodes de discussion où l'on était passé maître 
dans la capitale. François de Sales lui-même, alors missionnaire 
dans le Chablais, venant à Paris en 1002 J « y fut un peu écolier 
et s'aperçut à ses dépens qu'il ignorait les méthodes nouvelles 
de la controverse. Un jour il resta court dans une discussion avec 
un hérétique. Lui-même en fit l'aveu. Henri IV lui recommanda 
d'étudier la théologie - - entendez la théologie dite positive — et 
un an après son départ de Paris il promit de s'y appliquer de 
toutes ses forces -. » 

Après chaque conférence on étudiait les questions, avec de 
nouveaux documents et on se préparait aux conférences futures, 
dans les « laboratoires », les « champs d'entraînement » ou les 
écoles d'apprentissage de l'un et l'autre parti : à la Sorbonne, 
dans les collèges et les couvents, comme dans les Académies pro- 
testantes, les colloques, synodes, etc. 

Mais la portée des controverses dépassait de beaucoup le cer- 
cle relativement restreint des docteurs et des ecclésiastiques. Nous 
avons donné maint exemple du retentissement qu'une conférence 
avait dans toute la ville et bien au-delà des murailles de Paris, 
et du bénéfice qu'en retirait surtout la « cause » réformée. Au 
moment même de la conférence, par le fait des débats plus ou 
moins publics, puis des comptes rendus manuscrits et imprimés, 
on jouissait du maximum de liberté alors possible en France, et 
même en Europe, en fait de liberté de la parole, de la pensée, et 
de la presse. Les péripéties et les résultats des discussions enga- 
gées à Paris étaient bientôt connus, dans l'Europe occidentale, 
par tous ceux qui constituaient, en diverses Eglises, les éléments 
les plus vivants de la Chrétienté. Et de cette manière — assez 
inattendue — pasteurs et prêtres faisaient œuvre vraiment 
« catholique », au sens « universel », international, mondial, 
que l'étymologie réclame d'après les réformés eux-mêmes. Cela 
ne résultait pas seulement du fait que les comptes-rendus, dédiés 
à des personnages français ou à des collectivités françaises 

1. Déjà au printemps de 1601 « coadjuteur et élu évèque de Genève » il 
était à Paris : le 27 avril il prononce à Notre-Dame l'oraison funèbre du 
duc de Mercœur (P. Cayet, Chronologie septénaire de 1605, 1. IV, p. 278 de 
l'édition de 161 li ; en 1602 il est revenu, délégué par l'évèque de Genève 
Cl. Granier pour débattre contre l'envoyé de la république Anjorrant l'ap- 
plication de l'Edit de Nantes au pays de Gex. 

2. StrowsKI, .S'. François de Sales, 1898, p. 131 ; cf. Œuvres complètes de 
S. François de Sale$, édition Berche et Tralin, t. V, p. 451. 



RETENTISSEMENT DES CONTROVERSES 297 

(« Messieurs du Tiers Etat », « Messieurs les Catholiques de 
Taris, » etc.) firent en réalité appel à l'opinion publique dans 
quelque Eglise que ce fût au-delà des frontières ; mais cela tenait 
aussi au caractère cosmopolite des auditoires : le nombre des 
étrangers en voyage ou en séjour à Paris était assez considéra- 
ble. Aux conférences, nous avons signalé la présence d'Anglais 
dans les deux camps ; d'Italiens, d'Espagnols, de Portugais parmi 
les assistants catholiques ; de Hollandais et de Suisses parmi les 
protestants 1 . Des deux relations faites après la controverse de 
1002, l'une est rédigée par un gentilhomme écossais, l'autre est 
dédiée à l'archevêque de Cologne '-'. 

Mais ni l'inscription d'un nom étranger sur la première page 
d'un livre, ni la présence personnelle d'auditeurs étrangers à la 
conférence n'étaient nécessaires pour assurer le retentissement 
d'une controverse au-delà des frontières, depuis les Highlands 
jusqu'au Rhin : chaque conférencier pouvait dire à Paris ce que 
Jacques I er disait à Londres : « Notre controverse est générale 3 . » 
Par le caractère des sujets traités, par la nature des arguments 
employés, les controverses parisiennes du début du xvn e siècle 
étaient faites pour intéresser les esprits religieux de tous les 
pays, c'est-à-dire à peu près tous les esprits cultivés de ce temps. 
Et par ce rayonnement de la pensée et de la langue française les 
controversistes servaient, dans la capitale, un des desseins les 
plus chers d'Henri IV; ils contribuaient à placer et à maintenir la 
France au rang qu'il voulait lui donner en Europe : le premier. 

Si grands que soient tous ces avantages, il serait faux de con- 
clure cependant que les controverses n'aient pas eu aussi leurs 
inconvénients. 

D'abord elles ont passionné les esprits — conférenciers et audi- 
teurs — au point que les débats oraux sont maintes fois devenus 
impossibles, tellement les gens étaient surexcités dans la salle de 
conférence et jusque dans la ville 4 . Même dans les discussions 
par écrits, la violence des sentiments et des expressions a sou- 
vent atteint un diapason déplorable, et entraîné de fâcheuses 
conséquences, au point que le gouvernement jugeait nécessaire 



1. Ci-dessus, p. 2:54. 

2. Sommaire véritable, etc., Paris, Richer, 1602. Cf. p. 215. 
.'!. Du Moulin, Accomplissement des prophéties, chap. XIII. 
4. Ci-dessus, p. 2:59. 



298 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

de supprimer tel compte rendu dans l'intérêt de la paix publique. 
La controverse a aussi, étant donnée la méthode de discussion, 
fait perdre beaucoup de temps et de talent en ergotages miséra- 
bles sur des points de détail. 

Enfin, s'il est permis de tirer une conclusion aussi grave de 
simples hypothèses, les conférences ont rarement réussi à 
réunir de-ci de-là un réformé à l'Eglise catholique, et un catho- 
lique à l'Eglise réformée, mais elles paraissent bien avoir puis- 
samment contribué à empêcher la réunion des deux Eglises. 
Certains esprits espéraient au contraire qu'elles pourraient favo- 
riser cette réunion. Il n'en fut rien, et elle paraît beaucoup plus 
irréalisable en 1610 qu'en 1598 ; si l'on a pu avoir quelque espoir 
dans les temps qui ont précédé l'Edit, on doit y renoncer presque 
définitivement après l'Edit, et après ces controverses si libres, si 
sérieuses, qui ont eu lieu à Paris à la faveur de l'Edit. Chacun a 
appris, comme nous le disions, à mieux connaître son adversaire, 
mais chacun s'est affermi bien davantage encore dans sa propre 
conviction. Si l'on a constaté qu'il restait entre les deux Eglises 
bien des points communs, on s'est rendu compte, d'autre part, 
de plus en plus, qu'il y a des différences fondamentales, irréduc- 
tibles. Le catholique et le réformé n'ont pas seulement une autre 
dogmatique, ils ont sur beaucoup de sujets autres que les sujets 
religieux une autre manière de penser, une autre manière de 
voir, ils ont un autre esprit. 

Voilà ce qu'ont entrevu, confusément encore, mais pourtant 
sans pouvoir s'y méprendre, les orateurs et écrivains, auditeurs 
et lecteurs de controverses au commencement du xvn e siècle, et 
voilà pourquoi, l'intérêt général du sujet dépassant de beaucoup 
telle ou telle fastidieuse vétille, on nous excusera d'avoir exposé 
peut-être avec trop de complaisance les diverses phases de la 
lutte. Ce n'est pas seulement une page de l'histoire de l'Eglise 
réformée de Paris, c'est une page de l'histoire de la civilisation, 
un moment de la pensée humaine. 



sully et l'église de paris 299 



CHAPITRE VI 

sully et l'église de paris 
questions de politique extérieure et intérieure 

i. - sully et les puissances protestantes étrangères 

leurs représentants a paris 

leurs rapports avec l'église réformée 

ii. l'homme privé, le croyant. - iii. transfert du lieu 

d'exercice 

§ 1. Provinces-Unies. — L'ambassadeur hollandais Aersscn. - - L'université 
de Leyde, centre d'études françaises. 

§ 2. Genève. — Relations politiques, religieuses, familiales, entre Paris et 
Genève. — Théodore de Bèze, seigneur de Claye. 

§ 3. Angleterre. — Mission de Sully à Londres. - Le roi-théologien Jac- 
que I er . 

§ 4. L'homme privé ; le croyant. — Mésintelligence avec le duc de Bouil- 
lon. — Résistance aux convertisseurs. — Profession de foi. — L'Insti- 
tution et la Bible de Sully. — Culte domestique. - Séjour et cultes 
à Rosny. - - Portrait de Sully. — Sa vie chez lui, à l'Arsenal. — Son 
entourage. — Ses adversaires. — Brouille et réconciliation avec le roi. 

§ 5. La faveur royale. — Sully et Du Moulin à Châtellerault. — Le trans- 
fert accordé par le roi. — Sully à Ablon. — Assistance au prêche et à 
la cène. — Les prétendants de Mlle de Béthune. — Laval. - - Rohan. — 
Le contrat. — Un grand mariage et une petite mariée. — Sully duc et 
pair. — Le roi et les réformés en 1606. 

§ 6. Le transfert du lieu d'exercice. --Où était Sully à ce moment. — Part 
de S. de Calignon. — Baptême des enfants du roi et baptême des 
enfants protestants. — Lettres patentes. — Charenton préféré à Ivry. 
— Les commissaires. — Fontainebleau et Charenton. 

Tandis que la controverse passionnait ainsi les esprits, l'as- 
semblée du clergé d'une part, les synodes et autres assemblées 
protestantes d'autre part, réorganisaient les deux Eglises en pré- 
sence, et une sorte de duel se livrait entre deux hommes appelés 
par leurs fonctions respectives à approcher le roi presque jour- 
nellement : le P. Coton et Sully. Leur influence alternative se 
reconnaît dans maint acte d'Henri IV pendant la période qui va 
de 1603 jusqu'à la fin de sa vie. En 1605 le conflit est particu- 
lièrement aigu : dans l'affaire de la pyramide, le P. Coton a le 
dessus, mais ensuite Sully rentre en faveur plus qu'il ne l'a ja- 
mais été. En réalité le roi cherche, par des concessions succès- 



300 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

sives, à tenir la balance égale entre ses sujets des deux religions. 
A Paris plus encore qu'ailleurs c'était une tâche des plus déli- 
cates, dans laquelle Sully le seconda de toutes ses forces. 

Peu d'hommes ont rendu à la France autant de services « uti- 
les et loyaux *, » qu'il le fit en restaurant la prospérité natio- 
nale après tant de guerres civiles et étrangères. Et peu d'hommes 
ont été aussi vivement critiqués, car il servit souvent l'intérêt 
général au détriment des intérêts particuliers, sans négliger, 
d'ailleurs, l'habile gestion d'une grosse fortune personnelle. Plus 
d'une fois, ses coreligionnaires crurent avoir à se plaindre de 
son peu de dévouement à leur cause. S'il résista aux efforts des 
catholiques pour ébranler ses convictions personnelles, il ne se 
laissa pas davantage entraîner par les protestants à fréquenter 
autant qu'ils l'eussent désiré leurs assemblées politiques et ecclé- 
siastiques : il craignait d'y aliéner quelque chose de son indé- 
pendance et de son autorité. Pourtant il aimait s'entourer, à Paris, 
de fonctionnaires protestants sur la probité desquels il pût comp- 
ter : ainsi s'explique le nombre des réformés employés dans 
l'administration centrale des finances. Ses familiers, ses secrétai- 
res les Arnault, les gens de sa maison, tous sont protestants. 

De même, préparant avec le roi le gigantesque projet paci- 
fique d'une confédération des Etats d'Europe, il s'est particu- 
lièrement attaché aux négociations avec les puissances protes- 
tantes, dont les représentants paraissent, à leur tour, dans l'his- 
toire de l'Eglise réformée de Paris : Hollandais, Suisses, Anglais. 

Nous en dirons d'abord quelques mots, partant ainsi des points 
en apparence les plus extérieurs à notre sujet, pour nous rap- 
procher peu à peu du centre, et suivre Sully jusque dans son 
cabinet de l'Arsenal. Il ne saurait être question d'entreprendre 
ici une étude complète, encore à faire, sur Sully ; en nous bor- 
nant à ce qui intéresse de plus ou moins près le protestantisme 
parisien, nous aurons déjà à voir tour à tour Sully au milieu de 
ses coreligionnaires de l'étranger et de France, puis dans sa 

1. Ces* qualificatifs figurent dans le titre des deux in-folio publiés peu 
avant la mort de Sully (vers 1638 probablement) et réédités en 1837 dans la 
collection Michaud : « Mémoires des sages et royales (Economies d' Estât, 
domestiques, politiques et militaires de Henri] le Grand et des servi- 
tudes utiles, obéissances convenables el administrations loi/aies de Ma.vimi- 
lian de Béthune, l'un des plus confidens, familiers et utiles soldais et ser- 
viteurs du grand Mars des François, dédiez à la France, à tous les bons sol- 
dais et tous peuples français. » 



LA FRANCE ET LES PROVINCES-UNIES 301 

famille et à la cour. Nous arriverons ainsi au moment précis 
où, par ces relations multiples et sa haute situation, Sully fut 
mis à même de rendre à l'Eglise un service capital en favorisant 
Je transfert du culte d'Ablon à Charenton. 

Ses Mémoires sont naturellement la mine encore inépuisée 
d'où l'on peut extraire bien des matériaux : les renseignements 
d'ordre religieux ou ecclésiastique sont cependant moins nom- 
breux qu'on ne pourrait l'espérer : cela tient au fait général déjà 
signalé ailleurs que les protestants craignirent souvent de se 
compromettre personnellement ou de compromettre leur cause 
en racontant tout ce qu'ils avaient fait pour elle. 

§ 1. Provinces-Unies 

« Conjoindre entièrement et inséparablement la France avec 
les Provinces-Unies — ainsi s'exprime Sully — , c'est le seul 
moyen de remettre la France en son ancienne splendeur. » Ces 
vues sont puissamment secondées par une princesse qu'on a 
souvent vue à Ablon et Paris lorsqu'elle n'est pas à la Haye : la 
veuve de Guillaume le Taciturne, cette Louise de Coligny dont 
Miehelet apprécie avec tant de sympathie l'intervention active 1 . 
Elle désire que son fils « se ressouvienne toujours qu'il a eu une 
mère française 2 . » A Paris se trouve souvent aussi son beau-fils 
Philippe de Nassau, marié à la fille du prince de Condé. Il con- 
clut mainte affaire importante de concert avec le « député ordi- 
naire pour les Provinces-Unies des Pays-Bas près du roi très chré- 
tien 3 . » 

C'est alors François Aerssen, « chevalier, » en rapports cons- 
tants avec les pasteurs et les principaux membres de l'Eglise. 
Comme beaucoup d'entre eux il habite au faubourg Saint-Ger- 

1. Histoire de France, t. XI, p. 29. Dans les minutes de W François se 
trouvent des baux faits par « illustre princesse dame Loyse de Colligny, 
princesse douairière d'Aurange, et messire Charles de Coligny, seigneur d'An- 
delot » (décembre 1601, n° 493), etc. 

2. Lettre de la duchesse de la Trémoïlle, Paris, 15 déc. 1598 (B. h. p., 1871, 
p. 484). 

3. Min. François 1603, n os 344 et 355, actes signés Ph. de Nassau et Aers- 
sen ; - - 1604, d°« 105, 259, 260, 261, 348 ; — 1606, n" s 384 et 385. En 1605 
(ib., n" 90) le prince demeure quai de la Tournelle chez l'abbé de Morc'i- 
let. 



302 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

main, rue de Tournon ; c'est par devant le notaire protestant qu'il 
t'ait son testament, dans des sentiments très chrétiens *. 

Trois générations de diplomates de ce nom devaient se suc- 
céder à Paris, et le pasteur Daillé, qui les avait tous connus, dé- 
diant en 1057 au petit-fils un volume de sermons-, rappelait 
au petit-fils la courtoisie et le mérite du grand-père, « un des 
plus éclairés politiques de son siècle. » P. du Moulin, de son 
côté, en fait un portrait flatteur en quatre mots : « ingenio acer 
et sermone comptus :{ . » Henri IV l'appréciait beaucoup, et par 
l'intermédiaire de Sully l'employait à « assurer sous main et se- 
crètement les soldats qu'il faut aux Estats des Provinces-Unies 4 . » 
En 1(306, au moment où il est en particulièrement bons termes 
avec les puissances protestantes, le roi, en remerciement de 
cadeaux faits par les Etats à la reine, charge son ministre d'en- 
voyer à « Madame Aerssens » (Petronille de Boire) « une en- 
seigne [pièce de drap] ou autre chose à propos, » du prix de 
quinze cents escus 5 >» et Aerssen vient au palais de Fontaine- 
bleau présenter les fils du grand pensionnaire Jean van Olden 
Barneveldt « qui vont voir le monde ,! . » 

Dès ces premières années après l'Edit, par un singulier con- 
cours de circonstances, la ville hollandaise avec laquelle l'Eglise 
de la capitale entretint les rapports intellectuels les plus fré- 
quents et les plus étroits est l'une des plus petites, mais des 
plus anciennes cités que baigne le Rhin, la dernière avant les 
dunes de la mer du Nord, Leyde, au nord de la Haye. Notre pays 
lui doit une profonde reconnaissance, car ce fut pendant tout le 
cours du xvir siècle un véritable centre de culture française, non 
seulement pour les Pays-Bas après l'établissement d'une Eglise 
wallonne (1581), mais pour tous les pays protestants de l'Eu- 



1. 26 janvier 1604 (Min. François, 1604, n° 29). Autre acte signé Aerssen : 
1605, n- 391. 

2. Mélange de sermons, Amsterdam, 1658, 2 vol. in-8° (Bib. h. pr.). 

3. Lettre de 1611 aux curateurs de Leyde (Mss. de la bibl. de l'Université 
de Leyde), reproduite dans nos Pièces jutificatives, XXIX. 

4. Mémoires de Sully, I, 414. M. Vreede a publié en 1846 à Leyde, in-8\ 
un intéressant recueil des Lettres et négociations de P. Choart et de F. 
d'Acrssen (1593-96 ; 1602-6). Cf. Nouaillac, Lettres inédites de F. d' Aerssen 
à ./. Valcke, thèse de doctorat es lettres, Paris, 1909. 

5. Mém. de Sully, 27 avril 1606. 

6. Id., II, 160 ; lettre de Villeroy à Sully, 24 mai 1606. 






l'université de leyde 303 

rope occidentale, qui y envoyaient de nombreux étudiants. Peu 
après la fondation de l'Université (1575), on y avait appelé comme 
pasteur et professeur le célèbre théologien Orléanais Daneau \ 
élève de Vatable et ami de Bèze. Après lui, et à côté du philolo- 
gue berrichon F. du Jon (t 1602) -, P. du Moulin vint aussi à 
Leyde ; il enseigna « le grec, la musique et Horace » en qualité 
de « conrecteur » (1592), puis la philosophie comme professeur 
(à vingt-quatre ans !), grâce à la recommandation de l'ambas- 
sadeur de France et de la princesse d'Orange. Son journal ren- 
ferme maint pittoresque tableau de cette vie universitaire : « pe- 
lotes de neige » dont certains grands écoliers « chargeaient » le 

jeune répétiteur, cours sur Aristote, pension chez J. Scaliger 

jusqu'au retour en France (1598) où Du Moulin allait être nommé 
pasteur à Paris. Plusieurs de ses anciens élèves de Leyde y vin- 
rent dans la suite : ainsi, comme ambassadeur, Grotius, et à di- 
verses reprises l'Université chercha à s'assurer de nouveau ses 
services", notamment en 1611 et 1619. Aerssen intervint alors 
pour appuyer cette demande auprès du Synode national. 

Les étudiants français trouvaient ainsi là-bas des professeurs 
français, mais les Eglises, qui confient volontiers à l'Université 
hollandaise l'instruction de leurs jeunes gens, entendent se réser- 
ver la haute main sur l'appréciation finale de ces études ; elles in- 
sistent dès 1601 pour que les professeurs ne consacrent pas à Ley- 
de les proposants français, mais les renvoient en France pour y 
recevoir, s'il y a lieu, l'imposition des mains 4 . C'est ainsi que l'his- 
toire de l'Eglise de Paris se trouve mêlée aux relations diploma- 
tiques et universitaires entre la France et les Provinces-Unies, et 
Du Moulin intervient dans la correspondance, au temps d'Hen- 
ri IV, plus qu'aucun autre. Un de ses frères, Daniel, vint aussi 
(avec un « proposant » originaire de Sully, nommé Jean Alix), 
en 1602, comme étudiant, d'Orléans à Leyde. Ce n'était pas alors 
un petit voyage de parcourir plus de cinq cents kilomètres par 
la route de terre et beaucoup davantage si - comme c'était le 
cas des deux camarades -- on faisait une partie du trajet par mer, 

1. W. X. Du Rieu : L. Daneau à Leyde (Bulletin de la Commission pour 
l'histoire des Eglises wallonnes, volume I 1 . I*. DE F ici. ici:, /.. Daneau, de Beau- 
gency, Paris, 1882. 

2. Dont la fille épousa Vossius (1607) et dont le fils, le célèbre Junius, a 
légué ses manuscrits à l'Université d'Oxford. 

:i. Autobiographie, li. h. />.. LS.'xS. |>. 180 et 334, 

-1. Synode de .largeau (1603) ; QuiCK, Synodicon, I, 218. 



304 l'église réformée de paris sors henri iv 

en passant par Dieppe et l'Angleterre. Six semaines après le 
départ de son fils, Joachim du Moulin priait F. du Jon de lui 

envoyer des nouvelles pour le mettre « hors de peine ; » or, la 

peste sévissait à Leyde, et, probablement avant que la lettre lui 
fût parvenue, le destinataire était victime de l'épidémie (13 octo- 
bre 1(502) i. 

Ces lettres de Parisiens, Orléanais, et autres protestants fran- 
çais, constituent un des fonds les plus intéressants de la riche 
bibliothèque de l'Université de Leyde. Nous les y avons feuille- 
tées en face d'un portrait du Taciturne qui déjà figure sur une 
gravure du xvi" siècle représentant la disposition ancienne de 
la bibliothèque : des rangées de rayons parallèles, jusqu'à hau- 
teur d'homme seulement. Du Jon et Casaubon sont là aussi, com- 
me pour surveiller ces vieux livres qu'ils consultaient avec un 
intérêt si érudit. Longeant le paisible canal du Rapenburg, bien 
des générations de professeurs et d'étudiants sont entrées, de- 
puis, dans l'antique béguinage de Saint-Agnès dont la chapelle a 
servi de local pour la bibliothèque depuis 1591, peu avant 
l'arrivée de Du Moulin -. Alors comme aujourd'hui a bibliothè- 
que prêtait aimablement ses trésors aux emprunteurs éloignés \ 

L'ambassadeur de France que nous avons vu s'occuper acti- 
vement de Du Moulin est ce huguenot parisien - - quelque temps 
réfugié à Genève Choart de Buzenval 4 , qui fut employé par 

1. Pièces justificatives, XXVIII. 

2. La gravure est reproduite dans la brochure de M. Du Rieu : Daneau à 
Leyde. 

3. Nous avons contracté à cet égard une dette de reconnaissance person- 
nelle envers le bibliothécaire M. De Vries. Parmi les volumes qu'il a bien 
voulu nous communiquer à Leyde et à Paris, nous avons relevé (ms. lat. 273) 
une lettre du pasteur Drelincourt au prof. A. Rivet, datée de Paris, 26 octo- 
bre 1629, pour emprunter un Itinerarium Benjamini en hébreu : « Nous 
nous rendrons caution de la restitution, Messieurs mes collègues et moi ; » 
et le I e ' février 1630, hésitant à remettre le volume à un soi-disant philo- 
sophe, apostat, Drelincourt écrit : « Je vous supplie qu'au plus tost vous 
m'envoyez une lettre bien expresse qui redemande le livre, et si c'est la 
coustume vous m'obligerez de joindre quelque acte de votre bibliothécaire 
redemandant le dit livre. » 

4. Cf. Annuaire-Bulletin de la Société d'histoire de France, 1909, p. 109 
et suivantes : Paul Choart de Buzenval (1551-1607) par le comte Baguenault 
de Puchesse : Paul, seigneur de Grandchamps, de la Grange le Roi, et fina- 
lement de Buzenval, était fils de Robert, et de Françoise Grené. « Il s'étei- 
gnit le 31 avril 1607 au logis de la princesse d'Orange, » écrit M. de l'Escale 



LA FRANCE ET GENÈVE 305 

Henri IV à diverses missions auprès des puissances protestan- 
tes *. Son ami Casaubon fait ainsi son oraison funèbre (1607) : 
« Le roi a perdu un fidèle ministre, l'Eglise un homme excellent, 
purioris religionis studiosissimum -. » Il intervint souvent dans 
les affaires pendantes entre l'Eglise de Paris et celles de Hol- 
lande. 

Un de ses successeurs, qu'il avait pu rencontrer à Ablon, 
Aubery du Maurier, enverra ses trois fils (de 1621 à 1624) à Leyde 
sous la surveillance (assez illusoire) d'un précepteur. Ils pren- 
nent pension successivement chez le gendre de Du .Ion, chez « un 
garnement de Lorraine, » enfin chez une ancienne servante de 
Scaliger, où logeaient plusieurs écoliers béarnais : les Parisiens 
rencontraient ainsi sur les bords du « vieux Rhin » nombre de 
compatriotes et coreligionnaires des quatre coins de la France : \ 

§ 2. Genève 

En même temps qu'il soutient contre les Espagnols les protes- 
tants des Provinces-Unies, Henri IV protège alors contre le duc 
de Savoie la ville de Genève. Quelques années plus tard le Mercure 
françois insiste sur ce que cette protection à une cité hérétique, 
de la part du roi très chrétien, « n'est pas un fait de conscience, 
mais un fait d'Etat 4 . ». 

L'échec de l'Escalade (12 décembre 1602) avait fort mécon- 
tenté le P. Coton. Dans son grimoire 5 il dit au démon qu'il vou- 

(Joseph-Juste Scaliger, fils du grand érudit, et autre protestant qui fut ami 
intime de Busenval) à un savant berrichon, M. Labbé. « Messieurs des Estais 
en firent l'enterrement à leurs despens. Un superbe mausolée lui fut élevé 
avec une inscription latine » (L'Estoile, Mémoires journaux, t. VIII, p. 311 
et X, p. 49). 

1. Les « pouvoirs donnés à MM. Jeannin et de Buzenval de traiter avec les 
Pays-Bas, » datés de Monceaux, sont du 4 août 1607 (Bibl. nat., ms. fr. 
13517) ; nous avons dit que Jeannin avait été mêlé à l'exécution de l'Edit de 
Nantes à Paris. 

2. Fiance prol., 2" éd., t. IV, col. 335. 

3. Véritables faits et aesles du seigneur Benj. Prioleau [par Louis du 
Maurier |, ms. de la bib. de l'Arsenal (coll. Conrart) publié — d'après nos 
indications — par M. Béveillaud pour la Société des Archives historiques 
de la Saintonge, La Bochellc, 1909, in-8°. Le séjour à Leyde est raconté 
p. 33-38. 

4. Mercure de 1611, éd. de 1629, p. 44. 

5. Cf. ci-dessus p. 210. 



300 l'église réformée de paris sors henri iv 

drait bien savoir « ce qui a esté cause de la conservation de 
Genève si souvent 1 . » Nombre de familles de Paris, pour échap- 
per aux persécutions, s'étaient réfugiées à Genève depuis le milieu 
du xvi e siècle : la plupart étaient rentrées après le roi dans la 
capitale, ayant été « bourgeois de Genève » comme le pasteur La 
Paye, mais plusieurs laissaient autour de Saint-Pierre un de 
leurs membres qui s'était marié ou établi là-bas : ainsi les Es- 
tienne, les Anjorrant, les Bullion. 

Les rapports de tout genre, politiques et économiques, étaient 
assez étroits entre tous les Français et les Genevois : combien 
plus les rapports spirituels et ecclésiastiques entre protestants de 
Paris la ville où étudia Calvin, où plus tard, d'après ses conseils, 
l'Eglise réformée formula sa Confession de foi, et protestants de 
la ville où il fonda une Académie, organisa l'Eglise, et mourut. 

Son ami et successeur depuis plus de quarante ans, âgé de 
plus de quatre-vingts ans, vivait encore. Et lui-même, l'ancien 
prieur de Longjumeau, Théodore de Bèze, avait des parents dans 
la capitale- : en 1005 « Pierre de Besze, de Paris », « Barbe de 
Besze, veuve » figurent sur les registres de M e François 3 ; bien- 
tôt un homonyme du grand Théodore sera parmi les nouveaux 
convertis pensionnés par l'assemblée du clergé 4 . 

Nous avons vu Bèze en correspondance avec « Madame. » 
Henri IV lui témoignait une déférence spéciale. Et, là encore, 
Sully servait d'intermédiaires. Au moment où le roi donnait des 
gages aux catholiques en épousant Marie de Médicis et préparait 

1. Lors de la célébration du 350 e anniversaire de la fondation de l'aca- 
démie (juillet 1909), M. d'Haussonvïlle, représentant à Genève l'Académie 
française, disait : « La grandeur d'un pays ne se mesure pas à la surface 
occupée par lui sur la carte du monde, mais au rôle qu'il a joué dans l'his- 
toire et à la grandeur des idées qu'il représente : c'est pourquoi Genève est 
un grand pays, parce que Genève représente avec un égal éclat deux choses 
également nobles : le culte de l'indépendance nationale et celui des hautes 
lettres. » 

2. Le Complément de l'Armoriai général de d'Hozier, Registre VIL p. 173 
(Paris 1868-73) remarque que Bèze a été l'arrière-grand oncle de Mme de 
Sévigné. 

3. Min. François, affaire Jehan de Cambray, janvier 1605. n° 13. 

L II y a bien là ■ Théodore de Beze, par sa quittance du deuxiesme octo- 
bre 1611, 300 livres, » comme nous l'avons imprimé dans le B. h. p., 1907, 
p. 246 (cf. p. 248-26L plusieurs ci dons » de 150 puis 100 livres jusqu'en 
1616i. M. Jal (Dictionn. critique) appelait Théodoze cet apostat, marié en 
1611 à Saint-Eustache. 



THÉODORE DE BKZE 307 

le rappel des jésuites, il voulut rassurer les protestants de 
France et ceux de Genève. 

A la demande de ces derniers, il vint attaquer le fort Sainte-Ca- 
therine, et envoya Sully « se promener » à Genève « avec bien cent 
chevaux ; » le promeneur visita Bèze dans sa maison, et trois 
jours après présenta au roi une députation genevoise *. Bèze 
remercia Henri IV en termes hyperboliques (c'était au moment 
où l'Edit de Nantes commençait à être exécuté partout) : « Je 
laisseray aux saints anges la célébration des éloges deubs à votre 
Majesté pour avoir tiré les Eglises du Seigneur de l'oppression, 
et acquis aux enfans de Dieu une ample liberté -. » 

Trois ans plus tard, au cours d'un voyage à Genève, Casaubon 
dîne chez Bèze, et s'extasie de trouver encore tant de présence 
d'esprit chez ce vieillard (êsyaToyVjpcov) ! . En 1605 l'Estoile notant 
la mort de ce « grand personnage 4 » dit avoir vu « lettres bien 
expresses » arrivées le 7 novembre à Paris. On y reçut dans 
mainte maison réformée (peut-être est-ce de cela même qu'il 
s'agit) le billet d'invitation aux obsèques dont trois spécimens 
sont encore conservés dans nos bibliothèques 5 . C'est le plus an- 
cien « faire-part a protestant connu. 

Alors vivait encore à Paris A. de la Faye qui semble avoir été 
d'abord collègue de Bèze à Genève. Deux de ses successeurs, Du- 
rant et Mestrezat, furent originaires de cette ville, avec laquelle 
l'Eglise de Paris entretint toujours de cordiales relations. Nous 
aurons souvent à reparler de l'Académie où étudièrent, bien plus 
nombreux qu'à Leyde, tant de pasteurs français. 

Le consistoire de Paris et les synodes eurent souvent affaire 
au représentant de la ville de Genève, qui était seigneur du bourg 

1. Mémoires de Sully, II, 79. 

2. Œconomies royales, I, XCVIH. 

iî. Ephémérides, p. 494, 19 juin 1603. Cf. lettre à Perillau (Paris, 15 sept. 
Ifi03) : « In literis ad miraculum usque u.v7)|Jlovix</ç » <#• n - P- 1853, p. 291). 

4. Survenue le 23 octobre 1605, et non le 13 comme on le dit souvent, en 
négligeant d'observer que l'ancien calendrier portant cette date, et encore 
en usage à Genève, était en retard de dix jours sur le •• nouveau style •> (Cf. 
L'Estoile, t. VIII, p. 194) ; B. h. p., 1905, p. 548 : Trois portraits inédits de 
Bèze ; et Cb. BoRGEAUD, l'Académie de Calvin, Genève, 1900, p. 330. 

5. Deux à la Bib. nat., coll. Dupuy, vol. 415, p. 221, et vol. 348, p. 220 : 
l'un d'eux adressé « à Monsieur le conseiller de Bullion » (voir ci-dessus 1 : 
le troisième à la Bibl. soc. bist. prot., reproduit dans le B. h. p., 1887, p. 81 ; 
cf. 1907, p. 56,et IJokgeaud, op. cil., p. 313. 



308 l'église réformée de paris sors henri iv 

de Claye et du village de Souilly en Brie, à six lieues de Paris. 
Zélé huguenot, allié aux Bullion de Paris et aux Brosse de Ge- 
nève, Jacob Anjorrant, membre du petit Conseil depuis 1598, 
était par sa mère petit-fils de G. de Budé. Son oncle Jean avait 
fait partie de l'ambassade envoyée à Lyon auprès d'Henri IV en 
1000. C'est alors que Jacob Anjorrant à son tour fut chargé d'une 
mission pour revendiquer les droits de Genève sur le bailliage de 
Gex. II vint à Paris pour la première fois en mars 1001 ; on l'y 
retrouve à mainte reprise depuis lors jusqu'en 1029. 

Au commencement de mai 1001 il présente au synode natio- 
nal, à Jargeau, des lettres de la Seigneurie et de la compagnie des 
pasteurs de Genève ; les députés généraux sont chargés d'appuyer 
auprès du roi ces demandes *. Anjorrant, de son côté, ne cesse 
de prendre une part active aux affaires des Eglises de France, 
surtout celles de Paris et des environs. Dès la fin de ce même 
mois (30 mai 1001) c'est sur ses terres et probablement dans son 
château de Claye que se réunit le synode provincial de l'Ile de 
France, Picardie et Champagne : le premier, semble-t-il, depuis 
que les Eglises ont été « restablies et redressées 2 . » En fait le 
« colloque de Paris et lieux circonvoisins » ne comprenait alors, 
outre l'Eglise de Paris, que celle de Claye, établie et rétablie grâce 
aux Anjorrant, et celle de Mantes- Avernes, près de laquelle se 
trouvait la terre de Rosny 3 . 

Dans un second voyage, l'année suivante, Anjorrant obtint du 
roi plus entière satisfaction. Il eut aussi occasion de combattre 
à Paris les démarches de S. François de Sales et fit reconnaître que 
les prétentions du nouvel évèque de Genève sur le pays de Gex 
étaient mal fondées. En mai 1003 il traverse de nouveau Paris, se 
rendant auprès du roi d'Angleterre : ces voyages ont presque 
toujours pour but de recueillir des subsides. Casaubon — que 
l'Académie de Genève essayait en vain de retenir, peu auparavant 



1. Quick, Synodicon, I, 221. 

2. Voir notre étude dans le B. h. p., 1909 sur le Protestantisme à Claye. 

3. Aux archives municipales de Vitry-le-François, se trouve un « Estât des 
ministres actuellement servants es Eglises reformées à présent restablies et 

redressées, arresté au synode provincial de l'Isle de France, Picardie et 

Champaigne, tenu à Claye en mil six cens ung, le 30 e may et jours suivans, 
et a esté ordonné que les pasteurs et proposans recevront la somme entière, 
et les vefves et orphelins des ministres trente trois escuz ung tiers seule- 
ment. » Signé Montigny esleu pour modérer l'action .» et « J[osias] Mer- 
cier. » 



FRANCE ET ANGLETERRE 309 

- recommande à Jacques I" la collecte faite par Anjorrant en 
faveur de « cette Ecole frappée par la misère des temps 1 . » En 
1010 voici derechef le seigneur de Claye à Paris, reçu en audience 
de congé par Henri IV, le jour même où il allait être assassiné. 
« Assurez Messieurs de Genève, disait le roi, que je ne quitterai 
jamais mes anciens serviteurs pour de nouveaux amis, lesquels 
je ne cognois encore bien, et encor que vous ne soyés mes sub- 
jects, je vous maintiendrai comme si j'estois vostre père. » Huit 
jours plus tard Anjorrant recevait de la régente la promesse d'une 
égale bienveillance. Il avait, malgré les instances de Sully, refusé 
de mettre le genou en terre devant elle, et consenti seulement à 
faire une profonde révérence. On reconnaît bien là le républi- 
cain et surtout le huguenot qui ne se prosterne que devant son 
Dieu -. 

§ 3. Angleterre 

En ce qui concerne les relations avec l'Angleterre, en tant qu'el- 
les intéressent les protestants parisiens, rappelons que, pendant 
les troubles, l'Eglise de réfugiés de Londres avait accueilli no- 
tamment La Faye, P. du Moulin et R. Bochart. Et notons que 
Sully en personne fut en 1601 chargé d'un mission secrète auprès 
d'Elisabeth, puis, deux ans plus tard, d'une ambassade extra- 
ordinaire auprès du nouveau roi Jacques. Il fut choisi précisé- 
ment « parce qu'étant de la même religion que le roi d'Angle- 
terre, il gagnerait plus facilement sa confiance, et parce qu'il 
était en relations avec plusieurs grands seigneurs écossais de 
l'entourage du roi ! . » Deux cents gentilshommes l'accompa- 
gnaient, parmi lesquels nombre de huguenots, entre autres le 
jeune Arnault son secrétaire. Il n'est d'ailleurs pas question 
d'affaires religieuses dans le traité conclu le 25 juin 1603 ». Cette 
même année l'ancien pasteur Cayer publie l'oraison funèbre de 
« milord James de Béthune, archevêque de Glasco, » ambassadeur 
d'Angleterre en France \ Son successeur à Paris, Thomas Pari y, 

1. Casaubonii epist. 1035 (27 juillet 1603), reproduite par Borgeaud, Acad. 
de Calvin, p. 329. Cf. li. h. p., 1899, p. 73. 

2. France prol., 2« éd., t. I, col. 271. 

3. Dépêche de l'ambassadeur vénitien Cavalli en date du 20 avril 1603 
(Relazioni, etc., publiés à Venise en 1857, Francia, I, p. 48). 

4. Mémoires de Sully, t. I, p. 502. 

5. Paris, 1603, in-8 u . 



310 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

s'intéressait vivement à la vie des Eglises réformées ; Anjorrant 
sollicitait son concours pour la collecte en faveur de celle de 
Genève 1 . 

On sait que Jacques I er , quoique fils de Marie Stuart et petit-fils 
de Marie de Guise, était un protestant très militant, élevé « à la 
huguenote-, » et qui même se piquait d'être théologien. C'est 
note Sully pendant son séjour à Londres, « un prince d'exquise 
sagesse et grandement spéculatif, qui mesme affecte de se faire 
tenir pour tel '■>. > 11 est en correspondance avec les Eglises de 
France et leurs memhres les plus illustres. 

En 1603 J. Hotman de Villiers traduit le «< BccffiXixôv owpov ou 
Présent royal de Jacques premier, roy d'Angleterre, Escoce et 
Irlande, au prince Henry son fils, contenant une instruction de 
bien régner 4 . » En 1(504, nous l'avons vu •"', Pierre du Moulin 
défend la Confession de foi puhliée par le roi d'Angleterre, comme 
étant vraiment « catholique » (au sens de : conforme au pur 
Evangile proposé à l'Eglise universelle) dans son livre dirigé 
contre les Jésuites 6 . Ceux-ci le grimoire du P. Coton en fait 
foi — se préoccupaient fort de ramener l'Eglise anglicane dans 
le sein de l'Eglise romaine, comme ils y ont travaillé de nos jours, 
et la conspiration des poudres (novemhre 1605), résultat des 
menées catholiques en Angleterre, eut de l'autre côté de la Man- 
che un contre-coup manifeste, en faisant grande impression 
sur Henri IV. Par réaction, comme nous le verrons, cet événe- 
ment contrihua à rendre ses dispositions plus favorahles aux 
réformés parisiens, et l'une des conséquences de cet état d'esprit 
tut le transfert du culte d'Ahlon à Charenton. 

Pendant le voyage de Sully en Angleterre le roi s'était préoc- 
cupé des projets d'ahjuration qu'on prêtait à l'ambassadeur : 
( il me demanda, écrit celui-ci, si j'avois esté au presche à Lon- 



1. British Muséum, Ms. Cotton, Caligula, E. XI (18 oct. 1603) ; cf. B. h. p., 
1864, p. 204. 

2. Dès l'avènement du nouveau roi, Cavalli note sa position très nette au 
point de vue religieux : « E stato allevato il re ail' Ugonotta e lontano dal- 
la regina sua madré » {Relazioni, etc., p. 491. 

;î. Mémoires, I, 459. 

4. In-12, sans lieu d'impression, mais sorti des presses de Jacob Sa'esse, 
à Sedan. 

5. Ci-dessus |t. 279. 

6. Défense de ht foy catholique contenue au Unie du roy Jacques I" contre 
la réponse de Coëffetau. La Rochelle, 1604, in-8°. 



LE ROI JACQUES I" 311 

tires. A quoy luy respondant qu'ouy, il me dit : « Vous n'estes 
donc pas résolu de quitter la religion comme on m'avoit dit ! » Il 
me demanda si, parlant à luy, j'appelois le pape Sa Sainteté : à 
quoy je luy respondis que discourant avec ceux de cette qualité je 
me conformais ordinairement à leur façon de parler. Lors il me 
dit que c'estoit offenser Dieu d'en user ainsi et qu'il n'y avoit 
saincteté qu'en Luy seul '. » 

Parmi les catholiques anglais de fraîche date, anglicans con- 
vertis soit en Angleterre soit à Paris même, qu'on rencontre ici 
au commencement du xvn" siècle, nous citerons Henry Cons- 
tatée « gentilhomme sçavant et de bon esprit », « plein de loisir » 
et qui se mêle volontiers aux disputes théologiques entre Pari- 
siens. En Angleterre il avait reçu dans sa propre maison Du Mou- 
lin exilé, mais à Paris il se range dans le camp adverse, aux côtés 
de P. Cayer par exemple, et bataille contre son ancien hôte 2 . Il 
ligure peu après sur la liste des pensionnaires de l'assemblée du 
clergé, à côté de plusieurs prêtres anglais et d'un autre « gentil- 
homme demeurant à Paris, » Robert Heliot :J . 

Comme les Hollandais et les Suisses, les presbytériens d'Ecosse 
et d'Angleterre, de passage ou en séjour à Paris, allaient certai- 
nement au prêche à Ablon : tel cet Archibald Adair qui publie 
en 1602 le récit de la conférence entre Du Moulin et Cayer - 1 . 

1. Mémoires, I, 459. 

2. Narré de la conférence entre M. P. du Moulin et M. Cayer, 1602 : 

« Icelui accusa Du Moulin d'ignorance d'oser rejetter l'opinion de Gregorius 
Nyssenus lequel fait durer la mort de Jésus-Christ depuis la Cène jusques 
à la croix. Du Moulin respondit que c'estoit encore plus d'ignorance de 
ne scavoir ce que son Eglise croit, pour ce que l'Eglise romaine en cela ne 

suit point Grégoire Ledit gentilhomme se sentant picqué deffia Du Moulin 

d'entrer en conférence par escrit : Du Moulin lui dit qu'autrefois ils 
s'estoyent entrevus en dispute etc. Il répliqua tout courroucé que la charge 
de Du Moulin estoit du diahle, » etc. Peu après, dans le Cartel de défît] (voir 
ci-dessus p. 215) M. de Beauiieu (p. 15) reproche à Du Moulin » de ne 
vouloir pas parler de la religion avec M. Constable ; » Du Moulin protesta 
(p. 22) : « J'ay conféré avec luy diverses fois, tant en présence de tesmoins 
qu'en particulier... » ; « il est bien aisé à un homme plein de loisir de 
tailler de la besogne à un qu'il voyoit estre empesché. » 

11. Archives du clergé. Archives nati<-s, G8 853-855 ; voir les documents 
que nous avons extraits de ces registres, dans le B. h. />., 1907, p. 2.36 et 
suivantes. « Pensions ordonnées durant les années 1606 et 1607 » : R. Heliot 
200 1. (19 mai 1606) ; quatre prêtres 600 1. ; 1610-1612 : Henry Constable, 600 
et 400 livres ; « deniers payés pour une fois seulement... aux prestres an- 
glois et escossois : 1.000 1. » ; •■ pensions et dons gratuits, » 1610-12 : Henry 
Constable 600 1., etc. 

4. Fr. prot., 2 e éd., III, 952 el Y, «08. Cf. ci-dessus p. 65. 



312 l'église réformée DE PARIS SOIS HENRI IV 

Quant aux anglicans nous ne savons à quelle date exacte a été 
inauguré à l'ambassade de Paris le culte que, plus tard, fréquen- 
tera parfois Casaubon. 



§ 4. L'homme privé. Le croyant 

Dans ses rapports avec les protestants étrangers en tant que 
diplomate, nous venons de voir Sully agir dans l'intérêt de la 
France, exclusivement en tant que ministre du roi, sans jamais 
apparaître comme représentant des Eglises ainsi que ce fut le 
cas par exemple pour Mornay 1 . De même dans les affaires inté- 
rieures on a souvent l'impression qu'il fait abstraction autant 
que possible de ses convictions religieuses, de manière à ne pas 
admettre de la part de ses coreligionnaires ce qu'il n'admettrait 
pas non plus de la part des catholiques. Un tel effort d'impar- 
tialité théoriquement très naturel, était pratiquement assez rare 
en ce temps là pour mériter d'être signalé. Au grand mécontente- 
ment des huguenots, Rosny, loin de s'opposer à l'abjuration du 
roi, l'avait plutôt favorisée. 

Dans la période qui nous occupe, il prit énergiquement parti 
contre le duc de Bouillon, ce qui excita les plaintes non pas du 
duc seul, mais aussi des autres protestants, plus ou moins dis- 
posés à le soutenir : les La Trémoïlle, Lesdiguières, « et leurs 
faciendaires, disant en leur patois que vous [Sully] ne faisiez 
rien pour la gloire de Dieu ny l'advancement des Eglises, quel- 
que mine que vous fissiez d'estre affectionné à la religion - » 

1. Nous n'avons pus consacré de paragraphe spécial à celui-ci parce qu'il 
vécut très retiré à Saumur après la disgrâce qui suivit la conférence de Fon- 
tainebleau ; il ne revient dans la capitale, pour un séjour un peu prolongé, 
que de novembre 1606 à mai 1607, et les lettres qu'il écrit alors — celles du 
moins qui nous ont été conservées — , ont trait aux affaires générales du 
protestantisme, non spécialement (sauf ci-dessus p. 201) à des protestants 
parisiens. 

2. (Economies royales, I, cx.wi. Les mss. Conrart à la Bibl. de l'Arsenal, 
t. V, f. 15, renferment : 1° une lettre adressée de Paris par Sully au duc 
de Bouillon le 7 mars 1604, exprimant « un extresme désir d'estre l'instru- 
ment de votre réconciliation avec le roy ; » — 2° (f. 21) une lettre du duc 
de Bouillon au roi qui a envoyé en mission près de lui M. de Montlouët (le 
commissaire protestant pour l'exécution de l'Edit de Nantes à Ablon ; voir 
ci-dessus p. 99) le 7 septembre 1604 ; — 3° (f. 28) une lettre du landgrave de 
Hessen (sic) au duc de Bouillon « pour accommoder le fait lequel, avec re- 
gret de plusieurs, vous a retenu chez vous depuis quelques années. » 



SULLY ET SES CORELIGIONNAIRES «313 

(1003). Cette année précisément Sully recevait sans scrupule les 
instructions du roi pour faire arrêter entre Paris et Thouars un 
émissaire envoyé par M. de la Trémoïlle au duc de Bouillon, et 
qui était un protestant : M. du Plessis-Bellay 1 . 

La mésintelligence entre le duc de Bouillon et le ministre était 
ancienne. Au moment où la promulgation de l'Edit de Nantes se 
trouvait retardée par le mauvais vouloir du Parlement, il y eut 
à Paris « une assemblée générale de tous les plus qualifiés de 
ceux de la religion. » M. de Bouillon, voyant entrer Sully, lui 
dit : « A ce que je voy, Monsieur, nous aurons enfin le bien que 
vous nous aviez tant desnié, qui est de vous voir parmy nous au 
demeslement de nos affaires. » Et précisément à cette séance 
Bosny obtint des chefs intransigeants les concessions qui ren- 
dirent possible la promulgation à Paris et ailleurs. Le duc de 
Bouillon avait déclaré qu'il se retirerait et n'accepterait pas 
l'Edit, si on n'admettait pas « que son Eglise de Sedan pût estre 
du corps des Eglises de France, sans préjudice à ses prétentions 
d'être prince étranger ; » Rosny contribua cette fois-ci, à l'apai- 
ser -. 

Il y avait une trentaine d'années déjà qu'Henri de Navarre 
avait amené de Vendôme à Paris le jeune Maximilien de Béthune 3 
et ils avaient été souvent côte à côte dans la bonne et la mauvaise 
fortune, lorsque le fidèle serviteur fut investi, en 1599, de quatre 
charges des plus considérables, celles de surintendant des finan- 
ces, de l'artillerie, des bâtiments et des fortifications. On conçoit 
aisément combien de compétitions s'exercèrent autour de lui : 
les protestants désirant - - souvent en vain — profiter de la haute 
situation accordée à leur coreligionnaire, et les catholiques fai- 
sant — sans plus de succès — tous leurs efforts pour convertir 
un si grand personnage. 

On trouve bien la note très personnelle de Rosny dans sa cor- 
respondance avec Du Perron à propos du livre de Mornay sur 

1. Frère du gouverneur de M. de Châtillon (Lettre d'Henri IV à Sully, l(ï 
mars 1603, Mém. de Sully, I, 417) probablement Isaac du Bellay qui avait 
commandé une compagnie du régiment de Béthune l'année du siège do 
Paris (1590) ; cf. Fr. prot., 2" éd., t. V, col. 516. 

2. Mémoires de Sully, I, .110. 

'A. Né en 1559, M;ix. de Béthune était à Paris depuis quelque temps lorsque 
survint la Saint-Barthélémy, pendant laquelle il trouva un asile an collège 
où il étudiait, le collège de Bourgogne. 



314 



L ÉGLISE REFORMEE DE PARIS SOUS HENRI IV 



V Eucharistie que Rosny lui avait prêté dès la fin de 1599. Du 
Perron écrit : « La joie que je reçois de vous voir commander 
aux canons de la France sera parfaite quand je vous verrai obéir 
aux canons de l'Eglise *-. » Et Rosny de répondre : « J'ay tou- 
jours estimé que pour bien faire il y falloit bien penser : cela 
m'avoit facilement persuadé que dans de si gros volumes faits 
en si peu de temps il s'y pourroit trouver quelque peccatille ; 
mais que ce soit un abisme d'erreur, il y faudroit de fortes rai- 
sons pour me le faire croire... J'ay peur, tant je vous ayme, que 
vous défendiez une mauvaise cause... Ne vous estonnez du che- 
min que je prends, contraire au vostre : j'ay rencontré un guide 
qui ne me laissera esgarer, et suis enseigné d'un evesque qui a 
fait la leçon aux autres : tout mon regret est que vous laissiez la 
source pour boire aux ruisseaux que la multitude des passans a 
troublés, les voulans gayer. Je munis mon magazin et mes arse- 
naux de doubles canons : les uns de bronze pour estonner les 
ennemis de la France, les autres de papier pour combattre ceux 
de l'Eglise. La dernière bataille sera sans feu et sans flamme, 
s'il vous plaît. Autrement, je m'en excuse : mes devanciers s'en 
sont mal trouvés ; j'aime mieux que nous beuvions ensemble. 
Venez donc me voir dans mon nouveau mesnage. » 

La conversion de Rosny figurait aussi parmi les questions 
essentielles qui préoccupaient le P. Coton. Rosny dut en rire lors- 
que le conseiller Gillot lui apporta le fameux grimoire. Il avait 
reçu de Rome une lettre du cardinal Du Perron qui conservait 
malgré tout ses espérances sur le même sujet 2 . 

Le nouveau pape Paul V se mit aussi de la partie. Sully, dans 
sa réponse, le remercie des compliments, sans faire allusion au 
second point (de sa conversion). Deux ans plus tard le souve- 
rain pontife revenant à la charge, Sully le prie de ne plus 
« rabaisser la dignité de sa béatitude » à traiter cette question :i . 
Il ajoute d'ailleurs qu'il a toujours devant les yeux ses saintes 
admonitions, « afin que soir et matin, et à toutes les heures du 



1. Mém. de Sully, II, 156 (janvier (?) 1600). 

2. Du Perron à Rosny, Mém. de Sully, t. II. p. 3 : o Vous avez acquis tant 

d'amis en cette cour, que je ne pense pas que vous en ayez tant à Genève 

J'espère que cela vous conviera un jour à suivre ceux qui vous veulent tant 
de bien. » 

3. 1" Lettre du 5 octobre 1605, réponse datée de Paris le 17 novembre ; 
2° Lettre et réponse de novembre 1607 (Mém. de Sully, t. II, p. 82 et 207). 



SULLY ET LES CATHOLIQUES |{ 1 ."> 

jour, j'invoque la vertu divine et fléchisse dévotement les genoux 
devant la sainte et ineffable trinité, afin que la multitude de mes 
offenses soit surmontée par L'infinité de ses compassions. » 

Un jésuite, le P. Richeome, lui envoyant pour le jour de l'an 
100(3 un livre intitulé le Pèlerin, et ayant entendu dire « avec 
beaucoup de joie » que Rosny se disposait à recevoir la lumière 
de la foy, le surintendant lui rend la monnaie de sa pièce : « Je 
fais semblable prières à Dieu pour vous et tous ceux de votre 
compagnie, afin qu'il luy plaise vous illuminer par son Esprit et 
vous faire cognoistre la vérité. Au lieu du livre que m'avez envoyé 
pour le voyage de Lorette je vous en envoyé un autre pour celuy 
de Jérusalem, et vous laisse à juger lequel des deux a plus de 
marques de l'Esprit de Dieu K » Pendant le carême de 1004, étant 
allé entendre à l'église Saint-Paul -, voisine de l'Arsenal où il 
demeurait, un cordelier portugais, Rosny donna trente écus à la 
quête : aussitôt on fit courir le bruit qu'il voulait se convertir. 
« On disoit qu'il estoit de deux paroisses fort différentes et éloi- 
gnées l'une de l'autre -. » Le jour de Pâques lleuries, tandis qu'il 
était au prêche à Ablon, il fit donner le pain bénit à Saint-Paul, 
avec « quatre écus au cierge et quatre à l'œuvre. » 

Mais c'est vers cette époque, à l'occasion du rétablissement des 
Jésuites, qu'il a rédigé - - ou du moins inséré plus tard dans ses 
Mémoires - - une curieuse et très ferme profession de foi. Qu'elle 
ait été réellement, ou non, adressée au roi vers 1004, elle fixe bien 
l'attitude respectueuse mais inébranlable du huguenot (trop peu 
zélé au gré de ses coreligionnaires !) à l'égard des docteurs catho- 
liques. « Ceux qui croient estre assis dans la chaire de vérité, 
dit-il en parlant d'eux, croient plusieurs choses que je ne crois 
nullement, » « et nous, ajoute-t-il, en se solidarisant avec les ré- 
formés, nous ne croyons rien qu'ils ne croient, ou pour le moins 
ne scauroient-ils monstrer le contraire, puisque nous reco- 
gnoissons que si nous faisons des prières qui ne soient pas 
entièrement conformes à l'Oraison dominicale en substance, nous 
sommes en erreur ; si nous croyons quelque chose en substance 

1. Mémoires de Sully, II, 83, lettre du 7 janvier 1606. 

2. Ce n'était pas l'église actuelle Saint-Paul-et-Saint-Louis, niais une égli- 
se détruite à la Révolution et dont quelques vestiges subsistent le long du 
passage Saint-Pierre (34, rue Saint-Paul). 

3. L'ëstoilk, Journal, p. 367. 



316 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

qui ne soit entièrement conforme au symbole réputé des apôtres, 
nous sommes en erreur, et si nous croyons que le décalogue ne 
soit pas de nécessaire observation, nous sommes en erreur i. » 

Ces trois points : Pater, Credo, Décalogue, constituent précisé- 
ment le plan essentiel du catéchisme réformé et de l'Institution 
chrétienne. Comme la plupart des huguenots un peu cultivés, 
Sully connaissait certainement à fond le chef-d'œuvre de Calvin. 
On conserve dans une collection parisienne un exemplaire lui 
ayant appartenu et dont les marges sont remplies de notes de sa 
main L> . Quant à la Bible, il possédait, entre autres volumes, un 
précieux legs de Bèze ; un mois après la mort de ce dernier il 
reçut un paquet et une lettre : la lettre était du pasteur Diodati •", 
le volume était le Nouveau Testament, « du vray et original grec 
avec les versions ancienne et nouvelle » et les annotations de 
Bèze. Celui-ci, peu avant son décès, avait écrit « un petit mot 
de dédicace » pour Sully, et chargé Diodati de lui envoyer ce 
souvenir, « n'estimant point pouvoir mieux recognoistre, envers 
un Seigneur de tel mérite et remply de tant de piété, » la bonne 
volonté qu'il avait toujours montrée pour Genève et pour le dona- 
teur 4 . 

Il est certain que Sully était — et surtout devint de plus en plus 
— attaché à sa foi. Ses coreligionnaires, déçus de le voir trop 
rarement mettre son influence au service de leur cause, l'ont jugé 
avec une sévérité excessive lorsqu'ils l'ont « traité en catho- 
lique 5 » de son vivant ; et après sa mort E. Benoît l'accuse 
encore d'avoir été « de ces esprits forts qui se mettent au-dessus 
de tout quand il s'agit du service de Dieu. De sorte que sa reli- 
gion n'avoit que les apparences ; encore étoient-elles fort super- 
ficielles. » 

Le même historien lui reproche d'avoir, sauf dans les dernières 
années de sa vie, donné peu de <> marques de piété », et « assisté 
au prêche qui se faisoit dans sa maison d'une manière fort indé- 

1. Mémoires de Sully, I, CXXXII. 

2. Reliure aux armes de Sully (Collection .T. Scblumberger) ; cf. B. h. p., 
1902, p. 446. 

3. BoiiGKAi'i), Académie de Calvin, p. 340, portrait de Diodati. 

4. Mém. de Sully, II, 79, lettre de Diodati du 25 octobre 1605. 

5. Mém., II, 253, à propos de l'attitude des protestants à l'égard de Sully à 
l'assemblée de Jargeau (1608). 



CONVICTIONS ET PRATIQUES RELIGIEUSES DE SULLY 317 

cente, » se faisant longtemps attendre, restant « assis et la tête 
couverte même pendant les prières. » Et, pour comble d'indé- 
cence, « le plus souvent il jouait avec un petit chien qu'il avait 
sur ses genoux 1 . » Un ambassadeur étranger qui pendant deux 
ans venait de le voir de près, estime qu'en fait de religion Sully 
tient grand compte de son intérêt personnel et aurait bien pu se 
convertir s'il l'avait jugé utile, mais qu'en 1605 il est « plus hos- 
tile » que jamais aux convertisseurs -. 

Des pasteurs successivement attachés, comme aumôniers, à la 
maison de Sully, l'un, Daniel Bourguignon, cousin de P. du Mou- 
lin, devait plus tard se laisser circonvenir par ceux qui n'avaient 
pu gagner Sully même, et devenir catholique 3 . 

Près de Paris c'est d'abord, à côté de Mantes, dans la terre dont 
il porte le nom, que Rosny aime à séjourner. Le vieux petit châ- 
teau était en fort mauvais état ; après la peste de 1586 on avait 
enlevé tous les meubles et « bien éventé et flambé les logements. » 
C'est alors que la première femme de Rosny, Mademoiselle de 
Bontin (Anne de Courtenay) 4 , avait erré deux jours et deux nuits 
aux alentours, dans la forêt, « sans avoir osé prendre ni pu trou- 
ver autre retraite ni couvert que son carrosse, pour boire, manger 



1. Hist. de l'Edit, II, p. 536. 

2. Angelo Badoer, ambassadeur vénitien à Paris jusqu'en mars 1605 
(Relazioni, etc., publiés à Venise en 1857, Francia, I, p. 117) : « M. de Rosni 
e calvinista, ma credo che sia di quelli che vogliono esser tali per interessi 
temporali e pero pareva che una volta a persuasione del re egli si volesse 
far cattolico, ma dopo l'accidente che gli occorse con il conte di Soissons, ei 
s'efermato piu ostilmente che mai nella sua perfîda eresia. » 

3. D. Bourguignon, « aurelianensis, » qu'on trouve encore inscrit comme 
étudiant à Genève en 1605, s'exprime ainsi dans la « Déclaration du sieur 
Bourguignon, cy devant ministre de la religion prétendue réformée, sur le 
sujet de sa conversion à la Foi) catholique, apostolique et romaine, et sa 
réception en la saincte Eglise, par Mgr. le reverendissime evesque de Paris, le 
jour et solemnité de la conversion de Sainct Augustin, avec quarante cinq 
briefves propositions descouvrantes partie des àbuz, fausseté-, contradic- 
tions et malignité: de la doctrine huguenote par ses propres maximes. A 
Paris, par René Giffart, demeurant près la porte Sainct Jacques, MDCXVII, » 
avec approbation et permission, 56 p. in-X" (Bib. hist. prot., réserve), 
page 3 : « Il y a près de quatorze ans qu'entre ceux de la R. P. R. j'ay exercé 
ce qu'ils appellent la charge de ministre ou pasteur tantost es villes de 
(lien et Jargeau, tantost es maisons particulières de Mgr. le duc de Sullq et 
de M. le marquis de Clermont d'Amboise. Depuis six ou sept ans spéciale- 
ment le Seigneur m'a donné de bons sentiments, etc. » 

4. Bontin est en Bourgogne, près de Joigny, commune des Ormes (Yonne). 



318 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

et dormir '. » C'est aussi à Mantes qu'avait eu lieu le second 
mariage de Rosny, en mars 1592, avec une cousine germaine de 
Madame de Mornay, Rachel, fille de Jacques Cochefilet, seigneur 
de Vaucelas, et de Marie Arbaleste. Elle était catholique, mais 
à dater de son mariage devint au moins aussi protestante que 
son époux. 

Celui-ci, en sa qualité de seigneur haut justicier, fait célébrer 
le culte à Rosny, mais seulement pendant ses séjours : ainsi à 
Pâques 1599 il invite la princesse d'Orange à y venir faire la 
cène, et voir ses nouvelles constructions 2 . En 1601 il visite et 
l'année suivante il achète au duc de la Trémoïlle la terre de Sully 
qui s'étend jusqu'aux portes de Jargeau, où eurent lieu — comme 
à Mantes — plusieurs assemblées protestantes de ce temps. 

C'est une personnalité singulièrement attachante et complexe 
que celle de Sully, avec sa figure énigmatique, ses yeux bleu clair, 
sa barbe rousse, bientôt blanche, son haut crâne chauve, son 
air un peu rogue •"-. Avec son abord assez froid et ses manières 
de gentilhomme campagnard on se le représente facilement dans 
ses domaines ruraux où, comme il le conseillait aux autres, il 
aimait à résider et à tout surveiller lui-même. Il énumère avec 
complaisance, dans ses Mémoires 4 les terres qu'il a aussi achetées 
en Beauce aux Is, à Dourdan, à Villebon, etc., et les grossses som- 
mes qu'il y a consacrées. 

Ce provincial n'est jamais devenu vraiment Parisien de goûts 
ni d'allure, bien qu'il ait passé, depuis l'âge de douze ans, une 
grande partie de son existence dans la capitale, et s'il y a joué un 
rôle important dans le développement de l'Eglise, c'a été comme 
malgré lui. Après avoir habité « près des Enfants rouges •"', » 
c'est à l'Arsenal qu'il loge depuis la fin de 1599. Il l'a trouvé 



1. Mémoires, I, p. 44 et 98. 

2. Mémoires, I, p. 312 ; cf. lettre de la princesse, B. h. p., 1871, p. 488. 

3. Cf. Bouchot, Catalogue de l'exposition de portraits du xin° au xviï' siè- 
cle, organisée en 1907 à la Biblioth. natif ; deux dessins y figuraient sous les 
n os 304 et 330 ; un portrait par Paul de la Houve, gravé par .lac. Matham 
(1612) est au cabinet des estampes du Musée d'Amsterdam ; il y a aussi un 
portrait gravé par Moncornet en 1650, etc. 

4. T. II, ]). 92. 

5. Dans le quartier du Temple, entre la rue des Archives et la rue de 
Beauce. Au moment de la prise d'Amiens (1595) le valet de chambre protes- 
tant du roi, Beringben, vient là réveiller Rosny à deux heures du matin 
{Mém., t. II, p. 101). 



PROPRIÉTÉS ET OCCUPATIONS DE SULLY 319 

« très mal bâti 1 , » mais, surtout après qu'il a été nommé gou- 
verneur de la Bastille, toute voisine, il le transforme complète- 
ment, y accumule les armes et les munitions, et s'y installe tout 
à fait. 

Les Mémoires nous font entrer dans l'intimité de cette vie très 
méthodiquement remplie qu'était celle du surintendant vers 
1005 : dès six heures et demie du matin il est « tout habillé ». 
A sept heures, Conseil d'Etat et des finances trois fois par 
semaine, les mardi, jeudi, samedi. Souvent il y a une seconde 
séance l'après-midi des mêmes jours. A onze heures, dîner ; la 
table est « de dix serviettes seulement, fort frugalement servie. » 
Après dîner Sully passe dans la grande salle, déjà toute pleine de 
monde, et donne audience à chacun, commençant toujours « par 
les ecclésiastiques tant d'une que d'autre religion, » et ensuite 
recevant les « gens de village et autres simples personnes. » Les 
choses ne traînent pas en longueur. Sully refusait, ou disait :. 
« Monsieur, c'est assez, j'entends bien votre affaire, elle est 
bonne, et vous en promets l'exécution. » 

Les trois autres jours (lundi, mercredi, vendredi) Sully tra- 
vaillait le matin aux affaires de ses nombreuses charges : à celles 
que nous avons dites 2 il réunit successivement celles de gouver- 
neur du Poitou, de Mantes, de Jargeau, du Bas-Limousin, grand 
voyer de France, etc. Sa puissance de travail était admirable. 

Quand il ne consacrait pas tout l'après-midi aux audiences et 
à ses affaires privées, Sully aimait voir ses enfants ou quelques 
amis « faire les exercices, » c'est-à-dire monter à cheval ou jouer 
à divers jeux. Souvent, pour amuser le roi, il organisait des bals, 
des mascarades, qu'il présidait gravement. « L'Arsenal n'était 
jamais sans fanfares, réjouissances, bonnes compagnies et ver- 
tueux passe-temps. » Aussitôt après souper on fermait les portes, 
et vers dix heures Sully prenait un repos bien gagné •\ 

De son premier mariage était né un fils, Maxiinilien, dont la 
dissipation fut pour son père une cause de grande douleur, et 
pour l'Eglise protestante de Paris un sujet de scandale '. Du 

1. Mém., t. I, p. 323. Voir la gravure qui orne le plan de Gomboust (1650). 
M. Hoffbauer a reproduit plusieurs plans et gravures de l'Arsenal dans Paris 
à travers les âges, t. II, p. 28, fig. 27 et planche VI. 

2. Ci-dessus p. 31.'!. 

:(. Mém., t. I, p. 323. Voir la gravure qui orne le plan de Gomboust (1650). 

4. Le petit-fils, également duc de Sully, mourut en 1661 catholique : son 
corps tut alors transporté de l'église Sainte-Elisabeth avec celui de son père 
(f 1634) à Sully {Gazette de France, 1661, p. 580). 



320 l'église réformée de paris sors henri iv 

second mariage naquirent neuf enfants : ainsi, en 1602, une fille, 
au moment même où l'on faisait entrer, prisonnier, le maréchal de 
Biron à l'Arsenal 1 . 

La plupart des gens de l'entourage de Sully sont des hugue- 
nots : parfois l'un d'entre eux — tel Abraham de la Coustaudière, 
« commissaire ordinaire de l'artillerie, demeurant au château de 
Rosny -, » épouse une jeune fille « en la suite et service de Mada- 
me la marquise de Rosny, » Jeanne de Drouyn 3 . J'ai eu entre 
les mains le contrat par lequel ils promettent de « prendre l'ung 
l'autre par nom et loy de mariage, et iceluy solempniser au plaisir 
de Dieu dans le plus bref temps que faire se pourra et advis sera 
entre eulx, leurs parens et amis, en face de l'Eglise réformée. » 
Sur l'acte, avant même la signature des futurs époux, figurent 
celles de « Maximilien de Bethune » et « R. de Cochefillet » : ils 
promettent, par une dernière clause, ajoutée au texte préparé 
d'avance, de donner aux fiancés « dans la veille de leurs espou- 
sailles, la somme de cent escus » (1601). 

Tel était le milieu où se déroulait la vie de Sully au commen- 
cement de l'année 1605, qui pour lui comme pour l'Eglise de Paris 
devait être une période critique, où tout parut, un instant, devoir 
sombrer. Mais une fois l'alerte passée, la situation du ministre, 
et celle de l'Eglise, se trouva fort affermie. Nous avons rappelé 
les craintes de Casaubon et autres fidèles, les attaques contre les 
protestants à Paris et Ablon. Quant à Sully, ses Mémoires énu- 
mèrent alors 4 sept sortes de gens intriguant contre lui. On y voit, 
dans un pêle-mêle homérique, « les plus grands princes, les 
bâtards et maîtresses du roi, dont vous [Sully] essayiez de dimi- 
nuer le nombre et l'autorité, ...ceux qui eussent bien voulu voir 
les affaires de France tourner sur les pivots de Rome et d'Espa- 
gne, et faire que le roy entreprist la destruction des deux reli- 

1. Mém., I, cix. 

2. Peut-être parent d'un ministre de l'Ile-Bouchard dont parle en 1599 
Florimond de Raemond (Hist. de la naissance, etc., de l'hérésie, VIII, 254), 
M. de Contoudière (ou Coutaudière). 

3. Fille de fhibaud, s r de Villeconin, et de Renée d'Estouteville (Min. 
François. 1(501, n° 428). Villeconin (canton d'Etampes) est à peu près à égale 
distance du Plessis-Marly et de la Norville. La France protestante, 2" éd., ne 
renferme rien sur aucune de ces deux familles. 

4. Chapitre eu. 



LE ROI, LES JÉSUITES ET SULLY \Y1 1 

gions contraires [reformée et luthérienne], les cajoleurs, mar- 
jolets, brelandiers, voluptueux, baguenaudiers et fainéants de 
cabinet, de cour et de ville, que vous mésestimiez..., les fâcheux 
et les mutins, tous ceux qui ont accoustumé de s'enrichir en 
pillant, enfin un ramas de toutes ces canailles et sangsues de 
partisans, » etc. 1 . 

Evidemment, en travaillant à rétablir l'ordre dans les finances, 
au nom de l'autorité royale, Rosny avait lésé bien des intérêts 
particuliers ; ses adversaires se coalisent pour le calomnier. 
Comme il s'inquiète, le roi l'engage à « laisser dire sans se tour- 
menter. » Les jésuites — le P. Coton en tête — jetaient de l'huile 
sur le feu. Nous avons vu comment ils eurent le dessus dans 
l'affaire du monument commémoratif de l'exécution de leur élève 
Chastel : tandis que Sully conseillait de le laisser subsister, en 
effaçant l'inscription flétrissant les jésuites, la démolition fut 
ordonnée 2 . 

Ils intriguaient alors pour ouvrir un collège à Poitiers ; là 
encore Sully, gouverneur de la province, faisait obstacle. Le 
P. Coton lui suscita « la plus grande brouillerie » qui fut jamais 
entre le roi et son ministre. L'un était à Ablon, l'autre à Fontai- 
nebleau, à la fin du carême. D'abord Henri IV écrit qu'il veut 
conférer sur « les affaires de la religion, n'y ayant rien de si 
important que cela, ni qu'il affectionne davantage. » Il parle donc 
à Rosny de venir dès le lundi saint, en envoyant des chevaux de 
reïai pour son carrosse : « J'aime mieux vous bailler quatre ou 
cinq jours après Pasques pour demeurer chez vous ; » (les vacan- 
ces à Ablon n'étaient, en tout cas, pas bien longues !) Mais, tôt 
après, il envoie un laquais pour dire de ne pas venir :i . Suit un 
mois de « froideurs et dissimulations. » Après quoi, les deux amis 
se réconcilient, « vingt-trois ans ayant suffisamment témoigné 
l'affection et sincérité l'un de l'autre. » A Fontainebleau, dans les 
allées de mûriers blancs plantés suivant les conseils d'Olivier de 
Serres, quatre heures durant, ils se promènent de long en large, 
causant avec animation, et finalement s'embrassent. 

Sully rentrait en grâce, et, par une coïncidence remarquable, 
allait, de ce jour, s'occuper beaucoup plus activement des affaires 
protestantes, notamment de l'Eglise de Paris. 



1. Mémoires, t. 11. p. 24. 

2. Mém. tic Sully, II, 32. 

3. Ibid., p. 8, 14, 36. 



322 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 



§ 5. La faveur royale 

Au printemps de 1605 se préparaient d'une part l'assemblée 
du clergé, d'autre part l'assemblée politique des réformés, convo- 
quée à Chàtellerault en Poitou, c'est-à-dire dans le gouvernement 
de Sully. Aussi Villeroy et Sillery voulurent-ils l'y faire aller au 
nom du roi ; lui s'y refusa d'abord énergiquement, et on les vit 
tous trois se promener aux Tuileries « par quatre matinées, en 
grandes contestations. » Rosny finit par céder. Dans les instruc- 
tions qui lui furent remises l le roi déclare n'avoir « point de 
plus ferme résolution en son esprit que d'observer et conser- 
ver l'édit, » en général : aucun article ne concerne spécialement le 
lieu d'exercice de l'Eglise de Paris. Et les Mémoires de Sully, pas 
plus cette année que les précédentes, ne soufflent mot de cette 
question. 

Elle fut pourtant agitée dans cette assemblée où Rosny inter- 
vint, ordinairement en sens opposé aux désirs des députés (août 
1005) -. P. du Moulin était un des députés de l'Ile-de-France : 
Saumur, après Leyde, venait en vain d'essayer de l'enlever à la 
capitale pour en faire un professeur de théologie 8 . Il était pro- 
bablement chargé de présenter une réclamation du Consistoire 
de Paris au sujet des inconvénients résultant de la grande dis- 
lance entre Paris et Ablon. Toujours est-il que son autobiogra- 
phie résume une discussion dont la trace ne se retrouve nulle 
part ailleurs 4 : 

« J'insistay fort envers l'assemblée que la demande de rapprochement 
de l'Eglise de Paris ne fust point mise au cahier des demandes qu'on dres- 
soit en l'assemblée pour les bailler aux députés généraux, mais que M. ie 
duc de Sully, qui alors estoit en grand crédit, fust notre député pour cet 
article. L'assemblée eut beaucoup de peine à obtenir de luy qu'il se char- 
geast de cette demande, mais enfin il s'en chargea et cela réussit. » 

1. Le 3 juillet 1605 (Mém., t. II, p. 43). 

2. Sur les importantes questions traitées, voy. Anquez, Hisl. des assemblées 
politiques, p. 208. Ce fut alors que J. Mercier et Saint-Germain furent rem- 
placés, comme députés généraux, par La Noue et Du Gros. 

3. Actes du synod prou, de l'Ile Bouchard, ms. de la Biblioth. de la ville 
de Blois (cité B. h. p., 1893, p. 126) ; lettres à adresser à Du Moulin et au 
synode provincial de l'Ile de France « aux fins d'obtenir le dict s r du Mou- 
lin pour professeur en théologie à Saumur, au moins pour quelque temps. » 

4. Passage reproduit dans le B. h. p., 1906, p. 372. 



SULLY ET LE CULTE A ABLON 32'.) 

Il ne semble pas que Rosny se soit acquitté de cette mission 
dès son retour, en septembre, à Paris, où le roi lui fit très bon 
accueil *. Trois mois passèrent, et enfin la requête fut transmise, 
au moment où la sainte cène attirait le 25 décembre, en plein 
hiver, à Ablon, un nombre particulièrement grand de fidèles : « À 
Noël il fit cette demande au roy, qui luy accorda la demande, 
laquelle ne fut executtée que l'année suivante -. » 

Avant de suivre, plus près de Paris, les protestants reconnais- 
sants, rappelons ici quelques épisodes - peu nombreux — du 
séjour de Rosny à Ablon (le quai de la Baronie en perpétue le 
souvenir). Chose curieuse pour un homme plutôt avare de mani- 
festations extérieures de piété, ici tout ce que nous savons a trait 
à la fréquentation du culte. On est même amené à se demander 
si Rosny n'a pas acheté un simple pied-à-terre, après l'installa- 
tion du premier temple en 1601, tout exprès pour y descendre 
« chez lui » avant et après le culte, pour un ou deux jours, ou 
seulement pour quelques heures. Ce qui confirmerait cette hypo- 
thèse c'est qu'il ne possédait pas de terres à Ablon (comme Lobé- 
ran) et ne paraît pas y être revenu après que le lieu d'exercice 
tut été transféré ailleurs 3 . 

Le seul passage des Mémoires mentionnant Ablon est le récit 
d'une séance orageuse du Conseil tenu en 1603 chez le connéta- 
ble pour examiner la question du rappel des jésuites. On veut 
forcer Rosny à parler le premier. Il refuse, disant : « La religion 
que je professe feroit interpréter aux esprits malicieux tout ce 
que j'en pourrois dire ; artifice que je laisse pour ceux qui s'y 
délectent, me gardant bien de rien déterminer en mon opinion 
sans avoir auparavant consulté mon oracle. » Sur quoi Sillery 
de répliquer « avec un ris jaune : Il nous faudra donc atten- 
dre, pour sçavoir vostre advis, que vous ayez fait un voyage 
sur les rivages de la Seine à quatre lieues d'icy ». « Monsieur, 
repartit Sully, vostre énigme est fort facile à deviner, et pour y 
satisfaire je vous dirai qu'en matière de religion nuls hommes ne 
sont mes oracles, mais la seule Parole de Dieu, non plus qu'en 
affaires politiques et d'Estat je n'en ay point d'autres que la voix 
et volonté du Roy 4 . » 

1. Mém., II, 70. 

2. Du Moulin, op. cil. 

3. Ci-dessus p. 102. 

4. Mémoires, ch. XXX. Le 17 mai 1603, de Fontainebleau, Henri IV écrit 
à Rosny : « Faictes semblant de vouloir venir au presche à Ablon, et y 



324 l'église réformée de paris sors henri iv 

Rosny, évidemment, allait au prêche à Ablon pendant ses villé- 
giatures d'été, quand il habitait à quelques pas du temple ; mais 
il se rendait probablement aussi, de temps à autre, « à quatre 
lieues de Paris, » lorsqu'il était à l'Arsenal. Un de ses fils, au 
moins, fut baptisé à Ablon en 1602 l . La princesse d'Orange était 
marraine, et M. de Saint-Germain (le député général) parrain. 
En 1604, le lendemain de Noël, Rosny lui-même présente au bap- 
tême un prosélyte, « un Turc, qu'il nomma de son nom Maximi- 
lien -. » 

C'est au temple d' Ablon que fut aussi donnée la bénédiction 
nuptiale à Mademoiselle des Marais, fille d'un premier mariage 
de Madame de Rosny, qui épousait M. de la Roulaye 3 . Il y eut à 
l'Arsenal un festin magnifique. Le roi y assista, ainsi que la reine, 
dont la jeune mariée était fille d'honneur, et il éleva à cinq mille 
écus le présent d'usage en pareil cas pour « robe de noces » 4 . 

En 1604, comme presque toutes les autres années aux mêmes 
époques, Rosny se rend à Ablon pour communier aux fêtes de 
Pâques 5 et de Noël : à cette dernière date nous avons signalé déjà 
< une très belle assemblée » où figurait le duc de la Force G . 
Parmi les convives qu'il rencontre ensuite au petit château 
d' Ablon se trouve le duc de Rohan qui bientôt devait revenir là 
pour épouser la fille de Rosny. 

Ce fut une marque éclatante de la faveur royale avant la 
« brouillerie » passagère suscitée peu après par le P. Coton. 

Marguerite de Béthune était encore tout enfant, que déjà 
Catherine de Bourbon s'était occupée de la marier avec le jeune 
duc de Rohan, son héritier présomptif si le roi et elle-même 

ayant faict secrètement trouver des chevaux de poste rendes vous ce jour 
mesme en ce lieu » (Lettres missives, t. VI, p. 87). 

1. L'Estoile, Journal, p. 338. 

2. Ibid., p. 360. Voir ci-dessus p. 188. 

3. 11 janvier 1604 (L'Estoile, Journal, p. 360*. 

4. Mémoires de Sully, t. I, p. 641. 

5. De Fontainebleau, le jeudi « absolu » (jeudi saint, 18 avril), Henri IV 
écrit : « Je vous prie ne manquer pas de me venir trouver dès le jour de 
Pasques, si tost que vous aurés faict la cène à Ablon, où je donneray ordre 
qu'il s'y trouvera des chevaux de poste tout prests, car estant quasy tout 
seul en ce lieu, j'auray plus de moyen de discourir avec vous sans estre 
importune de personne. A Dieu, mon amy que j'aime bien. Henry » (B. h. p., 
1854, p. 149). 

6. Ci-dessus p. 177. (Mém. du duc de la Force, t. I, p. 387). 



LE FILS DE SULLY ÉPOUSE M 1,c DE ROHAN 325 

n'avaient pas d'enfant l . Mais le roi s'y était opposé, « étant mal 
satisfait de Madame de Rohan » (la douairière). Un peu plus 
tard l'alliance du conseiller favori est recherchée pour Guy de 
Laval : sa mère était pourtant réputée pour sa fierté -, et il fallait 
bien que l'ancien petit gentilhomme beauceron fut devenu pre- 
mier ministre pour qu'elle lui demandât une fille en mariage pour 
son fils... Ce fut en vain d'ailleurs. Rosny dit que c'était « trop 
d'honneur, vu le peu de mariage [dot] qu'il faisait état de donner 
à sa fille 3 . » Le projet, bien qu'appuyé d'abord par le roi, n'eut 
donc pas de suite. Après le jour de Noël où il rencontre à Ablon, 
le rival, bientôt plus heureux, M. de Rohan, le duc de la Force 
écrit à sa femme : « Cela est rompu, M. de Laval ne se trouva pas 
à l'assemblée. » Nous avons vu comment il devint catholique 
quelques mois après. 

Il y avait cependant eu, semble-t-il, jusqu'à des promesses 
échangées, lorsqu'une nouvelle intervention du roi changea déci- 
dément la face des choses. Il se promenait avec son ministre, un 
matin de janvier 1605, aux Tuileries, sur la grande terrasse « du 
côté des Capucins » (qui subsiste encore en face la rue de Casti- 
glione). Adroitement, il mit la conversation sur le chapitre matri- 
monial et engagea à « rompre doucement » les engagements 
réciproques, puis avec le beau-père et la mère de Laval. Peut-être 
est-ce à la conversion prochaine du jeune comte qu'il fit allusion 
en disant : « J'ay maintenant changé d'advis pour des raisons 
que je vous diray une autre fois. » Conseillant alors ce qu'il avait 
empêché naguère, il décida Rosny à accorder sa fille au duc de 
Rohan. 

Madame de Mornay, grand-tante du fiancé, à laquelle, en cette 

1. Cf. Saint-Simon (Mémoires, éd. de Boislisle, t. V, p. 221). « M. de Sully 
en faisant le mariage de sa fille représenta si bien à Henri IV l'honneur 
que cette branche de Rohan avoit de lui appartenir de fort près, et d'être 
même l'héritière de la Navarre s'il n'avoit point d'enfants, par Isabelle de 
Navarre, sa grand tante et leur grand mère, qu'il obtint un tabouret de 
grâce aux deux sœurs de son gendre, l'autre étant déjà mariée » (l'année 
précédente, au duc de Deux-Ponts). 

2. Marbault (Remarques sur les Mém. de Sully, collection Michaud, If, 
35) prétend que le roi n'avait nommé M. de Fervaques maréchal de France 
« que pour lui faire avoir en mariage [1599] Mme de Laval, qui ne voulait 
pas déchoir. » Un portrait de Mme de Fervaques, à la Bibl. natif, au crayon, 
porte la date 1595 (Exposition de portraits, etc., 1907, catalogue par M. Bou- 
chot, p. 200). 

3. Mém. de Sully, I, 246, chap. lxxiii ; cf. cxlix. 



32() L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

qualité, les « accords » furent aussitôt communiqués, remarque 
que « M. de Rosny vouloit regagner crédit entre ceux de la reli- 
gion et déclaroit que M. de Laval n'auroit point sa fille, s'il chan- 
geoit [de religion]. Sa Majesté donc s'adviza de recommander à 
M. de Rosny le mariage de sa fille avec M. de Rohan, lequel aussy 
par ceste alliance il astreignoit tant plus à son service 1 . » 

L'affaire fut menée rondement. Le roi dit à Rosny : « Mon 
cousin de Rohan viendra vous parler dans trois jours et sa mère 
aussi. Et pour tesmoigner que c'est moy qui fais ce mariage, eux 
et moy nous vous irons demander vostre fdle, et feray dresser le 
contract en ma présence, et le signeray comme parent des deux 
costez. » 

Ainsi fut fait, et j'ai retrouvé dans les minutes du notaire pro- 
lestant François, l'acte du 7 février 1605-' signé d'abord Henry, 
puis Henry de Rohan, et, d'une écriture malhabile de petite éco- 
lière, Marguerite de Béthnne. 

Avec quel orgueil Rosny dut voir son nom ainsi placé immé- 
diatement après celui du roi et du chef d'une maison qui préten- 
dait au premier rang parmi la noblesse de France ! Tout récem- 
ment le roi avait érigé en duché-pairie mâle le vicomte de Rohtm 
comme « la plus ancienne vicomte de France, celle qui, depuis 
plus de douze cents ans, a tenu titre :î , » et on a pu dire que, dans 
les années suivantes, Henri II de Rohan allait être « le dernier 
chef des huguenots 4 . » 

Le roi avait promis dix mille livres au marié et autant à la 
mariée : sommes représentées dans le contrat par la charge de 
colonel général des Suisses conférée au duc. Rosny donnait à sa 
fille cent cinquante mille livres en deniers comptants, et trente 
mille au jour où la petite Marguerite aurait « atteint l'aage pour 

1. Mémoires de Mme du Plessis-Mohnay, éd. de Witt, II, 63. 

2. Pièces justificatives, VIII. 

3. Lettres d'érection d'avril 1603, Histoire (jénéalogique, t. IV. p. 202. 
L'éditeur de Saint-Simon, M. de Boislisle, remarque à ce propos : « La fa- 
meuse devise : « Roi ne puis 

Duc ne daigne 

Rohan suis » 
cessait d'être vraie ■> {Mémoires, t. V. p. 216, n. 3). Les armes de Rohan 
étaient : de gueules à neuf maries d'or, rangées en fasces, 3, 3, 3. (Les ma- 
ries sont des losanges figurant les mailles des cottes d'armes). 

4. Saint-Simon, /or. cit. 



UN GRAND MARIAGE ET UNE PETITE MARIÉE \Y21 

clemourer avec le seigneur duc son futur époux. » Jusque-là 
elle devait rester chez ses parents. Mais la toute première clause 
du contrat stipulait que le mariage sera « solemnisé au plaisir 
de Dieu en face de son Eglise le plus tost que faire se pourra. » 

En effet, le dimanche suivant 13 février, la cérémonie eut lieu 
en grande pompe à Ablon l . Il faisait « fort crotté, » et on porta 
la petite mariée « au col » (c'est-à-dire portée dans les bras jus- 
que dans le temple). Toute sa vie elle resta « fort mignonne et 
jolie 2 ; alors, âgée d'une douzaine d'années, elle était si petite 
que, voyant cela, un des assistants (le gouverneur de Marans, 
M. Constans) demanda en riant « si on présentait cet enfant pour 
estre baptisé, qui est-ce que demande le ministre quand on pré- 
sente l'enfant au baptesme ;{ . » On a attribué, à tort, ce mot à 
P. du Moulin qui, sans doute, bénit le mariage et ne se serait pas 
permis de plaisanter à ce moment 4 . Ensuite on mit sur la tète 
de la petite mariée la couronne ducale et on la revêtit du man- 
teau, « et fut en cet équipage conduite à Paris par un bon 
nombre de seigneurs et gentilshommes, auxquels M. de Rosny 
avoit donné à dîner au château d' Ablon 5 . » 

Henri de Rohan avait alors vingt-six ans. Il était « de moyenne 
taille, fort droit, bien proportionné en tous ses membres, brun, 
les yeux vifs et perçants, le nez aquilin, chauve, fort dispos, agile 
et adroit aux exercices du corps (î . » A ses côtés on vit à Paris et 
à Ablon en février 1605 sa mère Catherine de Parthenay qui 
représentait encore dignement la vaillante génération des femmes 
huguenotes du xvi e siècle. 

Ce fut la plus brillante cérémonie qui se déroula jamais entre 
les murs, encore tout neufs, du modeste édifice d'Ablon, puisque, 



1. L'Estoile, Journal, p. 383. 

2. Tallemant des Réaux (Historiettes, VIII, p. 412) ajoute : « Mais par 
trop galante. » Elle mourut à Paris le 21 octobre 1660. 

3. Telle me paraît être la version la plus digue dé foi au sujet de cette 
anecdote, d'après Marbault (Remorques sur les Mém. de Sully, éd. Mi- 
chaud, t. II, p. 34). Il place d'ailleurs par erreur la cérémonie en 1007 et dit 
de Marg. de Béthune : « Si elle eust esté née en 1596 elle eût eu onze ans 
lorsqu'elle fut espousée, » ce qui ne concorde pas avec la date 1605. 

4. Ainsi le Menagiana, 2 U édition, 1694, p. 241. 

5. L'Estoile, toc. cit. 

6. Mémoires de BOUFFARD-MADIANE, seconde guerre, etc. H. h. />., 1907. 
p. 17 et suivantes. 



328 l'église réformée de paris sors henri iv 

quelques mois plus tard, Sully, après s'être beaucoup fait prier, 
accomplit les démarches nécessaires et obtint le transfert du culte 
dans un lieu plus rapproché de Paris. 

L'année 1606 où il obtint l'établissement du temple de Charen- 
ton marque précisément l'apogée de la faveur de Sully. Ici com- 
mence la deuxième partie de ses Mémoires. Il se plaît à y rappeler 
comment, le premier janvier, dès le matin, il alla « donner le 
bon jour et le bon an » au roi et à la reine, et leur porter des 
bourses de jetons (probablement exécutés à la Monnaie par le 
graveur protestant Dupré) ; autour d'un bouclier surmonté de 
lauriers on lisait cette devise : « Mîhi plebis amor 1 . » Deux des 
frères Arnault, secrétaires de Sully, portèrent au Louvre de 
grands sacs de velours remplis de bourses d'or et d'argent. 

Dix jours après, c'est le roi qui vient en visite à l'Arsenal, où 
a lieu une course de bague. Il faisait très beau temps. Le roi 
emmène Sully au bout de la grande allée du jardin, sur un balcon 
dominant la muraille, d'où l'on avait une fort belle vue. Il donne 
les ordres pour « mettre à la raison le duc de Bouillon » : le 
grand maître de l'artillerie, comme toujours, se montre prêt à 
marcher sans hésiter contre son coreligionnaire factieux. Le roi 
lui dit alors de choisir une de ses terres, et promet de la faire 
ériger en duché-pairie -. Rosny désigne la baronnie de Sully, dont 
il portera désormais plutôt le nom. 

Il l'avait acquise en 1602 de la famille protestante la plus riche 
en biens mobiliers et immobiliers, les la Trémoïlle, moyennant la 
somme considérable de quarante-deux mille écus. La procuration 
du vendeur avait été enregistrée par les notaires réformés de 
Thouars et l'acheteur avait élu domicile chez M e Antoine Arnault, 
rue de la Verrerie, mais l'acte de vente a été signé « en l'arsenac 
du roi » où Rosny était installé depuis peu de temps 3 . 



1. Mcm. de Sully, II, p. 130. 

2. Ibid., p. 134. 

3. Le contrat de vente est conservé au chartrier de Thouars ; la copie 
nous en a été très gracieusement communiquée par M. Pallain qui a bien 
voulu nous autoriser à la reproduire (Pièces justificatives, XXXIV). On 
remarquera que Rosny verse seulement les trois cinquièmes de la somme 
à Claude de la Trémoïlle, le reste devant être remis à ses créanciers. 
D'après un autre document conservé à Thouars (Inventaire et descharge des 
tiltres qui ont esté délivre: à M. le duc de Sully le 8 juillet 16H) la terre 
de Sully avait été adjugée à Louis de la Trémoïlle en 1487, celle de Mou- 



SULLY DUC ET PAIR 329 

Voilà donc Maximilien de Béthune fait duc et pair par lettres 
patentes enregistrées au Parlement le 28 février. Le jour de sa 
réception, il est accompagné par tous les princes du sang, sauf 
le comte de Soissons qui pendant longtemps ne lui avait pas 
pardonné l'opposition d'antan à son mariage avec Catherine de 
Bourbon x : « Les cours, galleries et salles de la grand chambre 
se trouvèrent si remplies de monde que l'on ne s'y pouvait quasi 
tourner. » Ensuite on servit, à l'Arsenal, « un magnifique festin 
de chair et de poisson » où, malgré le carême commencé, catho- 
liques et protestants purent ainsi se régaler côte à côte. Le roi 
même y était arrivé avant le cortège. Il cria qu'il se faisait inviter 
à dîner, ayant déjà fait un tour dans les cuisines, vu « les plus 
beaux poissons qu'il est possible, avec force ragoûts, » et bu 
d'excellent vin d'Arbois après avoir goûté certaines petites huîtres 
des plus fraîches. 

Entouré de tant de faveurs et de familiarités, Sully est appelé 
« le Joseph de notre Boy et celuy de la France » ; le même 
numéro du Mercure décrit un « ballet à cheval » qui évolua le 
jour de carême prenant dans la cour du Louvre ; le gendre de 
l'heureux ministre, le duc de Bohan, y joue l'un des principaux 
rôles comme chef de douze cavaliers « vestus en Parthes 2 . ». 

Bientôt Sully fera frapper, en son propre honneur cette 
fois, une médaille où l'on voit ses armes (composées en partie 
de celles du roi lui-même, à cause de certaines alliances lointaines 
et indirectes entre les Béthune et la maison de France 3 ; l'écusson 

linfrou en 1512 : les actes énumérés dans cet inventaire remontent jusqu'à 
1328, le plus récent est de 1599 ; si Rosny acquit des la Trémoïlle une 
quantité de droits seigneuriaux en Berri, il leur succéda sans doute aussi 
pour remplir diverses obligations peu agréables à un protestant..., surtout 
à un homme si économe : ainsi l'évêque d'Orléans auquel il devait foi et 
hommage put lui réclamer « une goutière de deux cens treize livres et demie 
de cire que les seigneurs de Sully doivent fournir chacun an en l'église ca- 
thedralle d'Orléans et la faire présenter par un chevallier de nom et d'ar- 
mes. » Un « inventaire de Sully, 1448 » ne renferme pas moins de 155 aveux 
de fiefs dépendant de ladite seigneurie, de 1318 à 1480. 

1. Ils avaient cependant paru se réconcilier après une nouvelle brouille 
aiguë en 1603. Des lettres du roi et de Rosny relatives à cette affaire se 
trouvent dans les mss. Conrart à la Bibl. de l'Arsenal, 5427, f. 381, 388. 389. 

2. Mercure de 1606, p. 106, et Mém. de Sully, II, 149. 

3. Ecartelé au premier quartier d'or au lion de sable, armé et lampassé 
de gueules, qui est Flandres ; au deuxième semé de France ; au troisième 
d'azur à sept besans d'or posés, trois, trois et un, au chef de même, qui est 
Melun ; et au quatrième d'argent à deux lions léopardés l'un sur l'autre de 



330 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

est placé sur le manteau de pair surmonté de la couronne ducale ; 
au revers un aigle porte la foudre et sur le sol est un canon i. 

Le jour même de l'enregistrement, le nouveau pair visitant 
Henri IV alité, et montrant, au gré du malade, trop peu d'ardeur 
dans les préparatifs contre le duc de Bouillon, recueillit ces paro- 
les bien rassurantes pour les protestants fidèles au roi : 
« Appréhendez-vous, comme certains malicieux esprits ont 
essayé de le faire croire, que j'aye dessein de faire ruiner tous 
les grands de la religion les uns par les autres, puis après plus 
facilement le général [l'ensemble des membres] de cette profes- 
sion, à finale destruction ? Ce seroit avoir trop mauvaise opinion 
de moi -. » A la suite de cette conversation Sully alla trouver la 
princesse d'Orange, qui jouait à la cour dans cette affaire un rôle 
conciliateur ; il s'entendit avec du Maurier et écrivit au duc de 
Bouillon. Le roi alla à Sedan, y laissa comme gouverneur le pro- 
testant Nettancourt, et rentra en triomphe à Paris, le duc mar- 
chant derrière lui, par la porte Saint- Antoine. On tira force 
« boëtes et artifices » que Sully avait préparés sur la Bastille 
(avril 1600) ". 

§ 6. Le transfert du lieu d'exercice 

Parallèlement à toutes ces affaires se poursuivaient les négo- 
ciations relatives au transfert du culte d'Ablon en un lieu plus 
commode. Toutes les Eglises se réjouissaient naturellement de 
voir croître la faveur de Sully ; beaucoup cherchaient à en tirer 
quelque bénéfice. En avril arrivent à l'Arsenal des députés por- 
teurs des plaintes de l'Eglise de Metz. Là comme à Paris il s'agis- 
sait de lutter contre les prétentions grandissantes des jésuites. 
Ils avaient essayé en 1004 — mais sans succès — d'ouvrir un 
collège à Metz. Maintenant ils demandaient leur rétablissement 
complet. Grâce au « soin particulier » que Sully prit pour leur 
« soulagement, » les envoyés messins obtinrent, du moins pour 

gueules, couronnés, armés et lampassés d'or, qui est Cochefilet, et, brochant 
sur le tout : d'argent à la fasce de gueules, qui est Béthune. 

1. MAXI. I). BETHV. DVC I). SVLLY, l'AIR ET GRAN. ME. D. LARTI. D. 
FRANCE. Exergue : 1G07 (Trésor de numismatique, in-folio, Paris, 1834, 
t. VII, pi. lxi, n° 6. 

2. Mercure de 1606, p. 101. 

3. Merci, de Sully, II, 135. 



TRANSFERT DU LIEU D'EXERCICE 331 

le moment, le refus de l'autorisation royale l . Plusieurs arrêts 
du Conseil d'Etat en 1606 tranchent dans un esprit conciliant et 
souvent en faveur des protestants des questions relatives au trans- 
fert des lieux d'exercice en diverses provinces 2 . 

* 

En mai le ministre était à Sully, en juin à Paris, en septembre 
il sera à Fontainebleau ; mais en s'y rendant il tomba malade à 
Brie-Comte-Robert ; or la lettre du roi demandant aussitôt de ses 
nouvelles est du 29 août 3 . Les Mémoires, pendant ces années 1605 
et 1606, ne renferment (à dessein, sans doute) aucune indication 
directement relative au transfert du culte, mais nous savons par 
l'Estoile que le prêche eut lieu pour la première fois le 27 août à 
Charenton. Ce rapprochement de dates me paraît établir, d'une 
façon plus précise qu'on ne l'avait encore fait, la part tout à fait 
personnelle que Sully prit au transfert de l'exercice, et la sollici- 
tude avec laquelle il tint à ne pas s'éloigner de Paris avant que 
la chose fût faite. Peut-être de même est-ce après avoir assisté 
à ce premier culte à Charenton qu'il continua son chemin vers 
Fontainebleau et s'arrêta à Brie, l'une des étapes ordinaires sur 
la route de Bourgogne. 

A côté de Sully, parmi les conseillers d'Henri IV qui s'employè- 
rent à le décider en faveur de leurs coreligionnaires parisiens, il 
faut nommer un homme dont ce fut l'une des dernières actions, 
car il mourut le 9 septembre : Soffrey de Calignon, chancelier de 
Navarre après Michel Hurault de l'Hôpital, et collègue de Sully 



1. Mém. de Sully, II, 155 et 160. 

2. 21 mars 1606 : les protestants de Jargeau, qui faisaient le prêche 
dans une maison appartenant à l'évêque d'Orléans, échangeront ce bâti- 
ment contre un autre qui leur sera désigné par le gouverneur ; 13 juillet 
1606 : .losse Tardif continuera, suivant son droit seigneurial, de faire célé- 
brer le culte aux îles Grosvilain, à moins que les habitants n'aiment mieux 
lui concéder un terrain dans les marais de Beaugency ; 17 août 1606 : un 
terrain est assigné aux protestants de Dieppe au faubourg de la Barre ou 
ils puissent reconstruire un temple à la place de celui qui a été renversé 
par l'ouragan du lundi de Pâques ; 9 novembre 1606 : les protestants de 
Clermont en Beauvaisis sont autorisés à exercer provisoirement leur culte 
dans une de leurs maisons des faubourgs (Archives nationales K 10b, f" 111 ; 
E Ha, f 52 et f° 169, cf. E12a, t" 135 ; E 11b, f 358). 

3. Ibid., p. 160 et 162 : lettres de Villeroy et d'Henri IV à Sully. 



332 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

au conseil des finances \ On lui a même attribué parfois — à tort, 
nous venons de le voir - tout le mérite d'avoir obtenu le rap- 
prochement du lieu d'exercice ~. Il avait déjà pris une grande part 
à la rédaction de l'Edit de Nantes et jouissait de la confiance du 
roi qui naguère l'avait chargé d'aller chercher à Marseille Marie 
de Médicis { . 

En 1000 on se préparait non plus à recevoir la reine, mais à cé- 
lébrer le baptême de ses trois enfants, et, malgré l'opinion con- 
traire de notre savant prédécesseur M. Ch. Read 4 , il nous paraît 
tout à fait naturel de penser que deux écrivains catholiques con- 
temporains de la Révocation, Le Fèvre et Soulier, ont raison d'éta- 
blir une corrélation entre ces préparatifs de baptême et les négo- 
ciations relatives au transfert du culte. 

Fidèle à sa ligne de conduite habituelle : tenir la balance égale 
entre ses sujets « de contraire religion, » Henri IV, qui mécon- 
tentait les catholiques en rapprochant le lieu d'exercice, leur 
accorda d'autre part une satisfaction en faisant retarder le synode 
national qui devait se tenir à La Rochelle ; les catholiques dési- 
raient que cette session n'eût pas lieu pendant le séjour en France 
du légat venu pour les baptêmes 5 . Tandis qu'il accordait ceci aux 
uns, le roi montrait aux autres qu'à Noël 1005 il n'avait pas fait 

1. Ses deux fils, reçus comme pensionnaires chez Casaubon, allèrent 
souvent avec lui au temple de Charenton {Ephémérides, p. 642, veille des 
ides de décembre 1608, etc.). 

2. Ainsi Teissieh, Eloges des savants, lires de l'histoire de M. de Thou, 
t. IV, p. 512 (édition de Leyde, 1715, in-12), art. Calignon : « Ce fut par son 
intercession que les protestants de Paris obtinrent du Roi que l'exercice se 
feroit à Charenton, au lieu qu'auparavant il se faisoit à Blond (sic). •> 
On est surpris de voir cette opinion adoptée sans réserve par la France 
prot., 2 e éd., t. III, col. 488. Cf. B. h. p., 1853, p. 258, n. 1. 

3. Un arrêt du Conseil d'Etat du 11 mars 1598 avait réglé le paiement de 
633 écus 1/3, accordés au président de Thou et au sieur de Calignon, conseil- 
lers d'Etat, pour les appointements extraordinaires du mois de février ou 
« ilz ont esté employez au traitté qui se faict avec ceulx de la religion » 
(Archives nat., ms. fr. 18162, f. 124). 

4. B. h. p., 1854, p. 420. ,1. Le Fèvre, Recueil de ce qui s'est fait en 
France de ]>tus considérable contre les protestants, etc., Paris in-4°, 1686. 
Soulier, Explication de l'Edit de Nantes, Paris, 1683. 

5. <■ Des provinces ont escrit aux députez qui sont à ma suite pour en 
faire instance.. .. Je vous prie les envoyer quérir [du Gros et La Noueï, 
sçavoir la vérité dudit advis, et en rompre l'exécution » (Lettre d'Henri IV 
à Sully, 8 mai, dans les Mém, de Sully, II, 157). 



BAPTÊMES DE PRINCES ET DE PROTESTANTS 333 

à leur mandataire Sully une vaine promesse. Il voulait réellement 
octroyer aux réformés ce que leur meilleur historien de l'Edit, 
Benoît, appelle lui-même « un passe-droit 1 , » et rapprocher le 
temple à moins des cinq lieues prescrites en 1598. Et justement 
(cette coïncidence n'a pas encore été remarquée, à notre connais- 
sance) la question du baptême intervient comme un des motifs 
de la décision sollicitée depuis six ans, et ohtenue enfin du roi à 
la veille du. baptême de ses propres enfants. « Les Reformez, dit 
Benoît, observaient alors d'une manière fort rigoureuse de n'ad- 
ministrer le baptême que dans leurs assemblées. On disoit qu'il 
étoit mort plusieurs enfants en chemin, qui auroient pu être 
batisez si le lieu de l'exercice avoit été moins éloigné : raison 
qui pouvoit toucher les catholiques, à cause de l'opinion qu'ils 
ont sur la nécessité du batème 2 . » 

Les lettres patentes du 1 er août, dans leurs considérants, visent 
expressément ce fait invoqué par les protestants de Paris : « Ablon 
est tant éloigné de ladite ville qu'ils ne peuvent aller ny revenir 
en un jour, même en temps d'hyver qu'avec grande incommo- 
dité, ny y porter leurs enfans pour les y faire baptiser sans péril, 
en les exposant à l'injure de l'air par un si grand chemin :î . » 

L'Eglise de Paris, probablement par l'intermédiaire des dépu- 
tés généraux Ch. du Cros et La Noue, avait désigné deux villages 
entre lesquels le roi choisirait celui où aurait lieu l'exercice. En 
première ligne était Ivry, facile d'accès par la route d' Ablon ou 
par la Seine, et à portée des protestants de la rive gauche si nom- 
breux dans les faubourgs Saint-Marcel, Saint-Victor et Saint- 
Germain. 

« Pour aucunes bonnes causes et considérations » que le roi 
ne nous fait pas connaître, il ne choisit pas Ivry, mais Charen- 
ton-Saint-Maurice, à la même distance, de l'autre côté de la Seine, 
plus près de l'Arsenal et de la Bastille : Sully pourra, de là, mieux 
surveiller et au besoin protéger la sortie et la rentrée des réformés. 

Cette décision fut prise après enquête de deux conseillers d'Etat 

1. Hisl. de l'Edit, I, p. 434. 

2. Il ajoute : <• De plus les étrangers et les seigneurs de la cour se plai- 
gnoient qu'il leur etoit impossible de rendre leurs devoirs à Dieu et au Ro> 
dans un même jour à cause de cette grande distance où ils étaient ob'i- 
gez d'aller faire leurs dévotions a (/oc. cit.). 

3. Le FÈVRE, op. cit., document reproduit dans le B. h. p., 1854. p. 421. 



334 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

chargés de visiter les lieux : « Ouy vostre rapport, nous avons 
ordonné que ledit exercice seroit transféré dudit lieu d'Ablon en 
celuy dudit Charenton-Saint-Alaurice. » 

De ces conseillers l'un, Jeannin, avait été l'un des deux com- 
missaires exécuteurs de l'Edit à Ablon comme dans toute la 
généralité de Paris ; le commissaire protestant, M. de Montlouët, 
vivait encore, mais ce n'est pas lui qui accompagne Jeannin à 
Charenton ; il est remplacé par un collègue de celui-ci au Conseil 
d'Etat que nous n'avons aucun lieu de croire protestant, Guil- 
laume de l'Aubespine, seigneur de Chàteauneuf, gentilhomme 
possédant en Berry des propriétés voisines de celles de Sully, et 
apparenté au secrétaire d'Etat Claude de l'Aubespine qui, pendant 
les troubles, a plusieurs fois négocié au nom du roi avec les hu- 
guenots l . 

Le 1 H1 août, lorsqu'il signa les lettres patentes, le roi se trouvait 
précisément dans les parages d'Ivry et d'Ablon, à Fresnes. Pen- 
dant cet été 1606 une « peste » sévit à Paris ; pour cette raison 
accidentelle Henri IV pas plus qu'un simple protestant, en 
aucun temps — ne put faire célébrer à Paris même le baptême 
de ses enfants. Au lieu de Notre-Dame - il fallut se contenter d'une 
construction improvisée dans une cour de Fontainebleau. La 
même épidémie contribua peut-être à retarder aussi le transfert 
de l'exercice. Enfin, dans les dernières semaines de l'été, on voit 
se succéder l'inauguration du culte à Charenton le 27 août et les 
baptêmes à Fontainebleau le 14 septembre. Or, par un curieux 
concours de circonstances, nous avons été amené à penser que 
l'architecte du temple bientôt commencé à Charenton, et l'archi- 
tecte du « baptistère » surmontant à Fontainebleau une porte du 
Primatice, artistes tous deux inconnus jusqu'à ce jour, pour- 
raient bien être un seul personnage, un protestant : Salomon de 
Brosse ". 

1. Ainsi en 1560 à l'assemblée de Fontainebleau il a lu la requête pré- 
sentée par Coligny demandant « des temples où on peust publiquement 
prescher ; » en 1562 avant la bataille de Dreux il a discuté l'article concer- 
nant l'exercice <• bors la ville et faux bourgs de Paris (Hist. ecclés. des ég. 
réf., I, 276 ; II, 199). Charles de l'Aubespine, futur marquis de Château- 
neuf et garde des sceaux, fut en 1609, comme Jeannin précisément, ambas- 
sadeur extraordinaire auprès des Ktats Généraux. 

2. Mém. de Sully, II. 167 (juillet 1606). 

.'{. Nous étudions ces questions en détail dans une monographie spécia- 
lement consacrée à .S. de Brosse (Paris, Kggimann, in-8°, 1911). Sur la célè- 
bre porte de la « cour ovale » voir DlMlER, Fontainebleau, (Paris, 1908), 
p 60. 



CHARENTON ET FONTAINEBLEAU (1606) 335 

Même à la cérémonie de Fontainebleau, par un raffinement 
d'impartialité protocolaire, la balance fut tenue aussi égale que 
possible entre dignitaires catholiques et protestants : si le car- 
dinal de Joyeuse représente le pape Paul V comme parrain du 
dauphin, c'est Sully qui porte le coussin ; pour l'aînée des prin- 
cesses la duchesse de Sully « départit les honneurs ; » la duchesse 
de Rohan déshabille la princesse, après que la duchesse de Guise 
et Mademoiselle de Mayenne eurent découvert le lit. Dans le cor- 
tège, Mademoiselle de Rohan « soutenoit et portoit la queue du 
manteau d'hermine *. » Les principaux représentants des deux 
partis avaient ainsi leur rôle à jouer côte à côte. Seul le duc de 
Bouillon s'abstint de paraître, ne voulant pas qu'un prince sou- 
verain de Sedan marchât derrière Sully et les autres ducs et 

pairs 2 . 

Ainsi se trouvent involontairement mêlés à l'histoire du culte 
de Charenton, dès ses préliminaires, le futur roi et la future 
régente dont le pouvoir ne devait pas durer jusqu'à la destruction 
de ce temple. 



1. Mercure de 1606, éd. de 1619, p. Ml. 

2. Mém. do Sully, II, 149. 



336 



L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 



CFA I GlMEZ DI EV > 




HENRI IV RENDANT LA JUSTICE A TOUS SES SUJETS 
Dessin de J. Perret gravé par Th. de Leu 

(Cf. B. h. p., 1900, p. 518). 



LES ARTISANS DE LA PAIX 337 



CHAPITRE VII 

LA PART DES PROTESTANTS DANS LA RESTAURATION DE PARIS 

SOUS HENRI IV 



g 1. Les artisans de la paix politique et religieuse. - Henri IV, Sully 
et la « République chrétienne » (1606). — Intolérance générale en Eu- 
rope. — Henri IV et Sully champions de la tolérance. 

§ 2. L'embellissement de Paris. — L' « ami des bâtisseurs. » - - Les artistes 
protestants : architectes (les Du Cerceau) ; ingénieurs (Errard, etc.) ; 
peintres (Bunel) ; sculpteurs (Prieur) ; médailleurs (les Danfrie, les Du- 
pré, les Briot). — Jardins et promenades. — Les ormes ou « Rosny » ; 
les mûriers (O. de Serres). 

§ 3. Commerce et industrie. - - Laffemas et ses plans d'organisation indus- 
trielle. — Manufactures de tapisseries. — Les Canayes ; les Gobelins. — 
La teinturerie et le commerce du pastel. — Dessèchement des marais, 
mines, entreprises diverses. 

g 4. Situation juridique des protestants. — Maîtres et ouvriers théori- 
quement égaux aux catholiques. — L'Eglise réformée incapable de pos- 
séder des biens dans Paris. — Artifices de procédure. 

§ 1. Les artisans de la paix politique et religieuse 

Plus nous étudions cette histoire de l'Eglise réformée de Paris, 
plus grand nous apparaît le rôle joué par ses membres dans 
l'histoire de la capitale restaurée sous Henri IV, et plus la cons- 
truction d'un temple auprès des faubourgs nous semble se placer 
en cette année 1606 non pas fortuitement, mais par suite d'un 
concours de circonstances tout naturel. 

C'est en cette année 1606 que Sully écrit au roi une longue 
lettre, plus tard retrouvée dans les « petites hormoires vertes » 
de son cabinet, et relative aux « magnifiques desseins » de répu- 
blique chrétienne formés par le roi et son ministre ; lointains pré- 
curseurs des pacifistes modernes et des diplomates délégués aux 
conférences de la Haye, ils rêvent déjà des Etats-Unis d'Europe ; 
bientôt de même Grotius, l'ancien élève de Du Moulin, qui accom- 
pagne, tout jeune, à Paris l'ambassadeur Oldenbarneveldt, ou- 
vrira le chemin aux juristes apôtres de la Paix par le Droit. Entre 



338 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

autres résolutions devant concourir à ses desseins, le roi avait 
pris celle de « tesmoigner plutost amour, pitié et compassion à 
ceux de religion contraire. » 

C'est un éclatant « témoignage » de ce genre pour les protes- 
tants parisiens que le rapprochement de leur lieu de culte. Si 
précaire que nous semble aujourd'hui un tel état de choses, la 
liberté relative dont jouissait l'Eglise de Paris était déjà infini- 
ment supérieure à ce qui existait dans les autres pays d'Europe 
à la même époque. La condition des membres de minorités reli- 
gieuses était alors particulièrement dure dans les capitales. Les 
sujets catholiques, dans la plupart des états protestants, ne jouis- 
saient pas de plus de liberté que les sujets protestant dans les 
états catholiques. 

En Angleterre le souverain avait abandonné l'Eglise presbyté- 
rienne à laquelle il appartenait comme roi d'Ecosse, pour adop- 
ter l'Eglise de la majorité : en l'espèce, l'Eglise anglicane. Après 
la découverte de la conspiration des poudres (novembre 1905) 
on était en pleine réaction contre les jésuites. Un acte du parle- 
ment approuvé par le roi le 27 mai 1606 venait d'interdire au\ 
catholiques réfractaires au serment l'allégeance de paraître à la 
cour et de demeurer dans un rayon de dix milles de l'enceinte 
de la Cité de Londres 1 . Naturellement il n'était pas question 
pour les catholiques, même assermentés, de célébrer le culte 
public à Londres ni aux environs. Pour empêcher ou atténuer 
ces mesures de répression violente Henri IV avait, mais en vain, 
fait adresser des représentations au roi d'Angleterre par l'am- 
bassadeur français. 

Aux Provinces-Unies les idées de tolérance seront de même dé- 
fendues bientôt par un diplomate français, et il n'est autre que le 
commissaire à Charenton en 1606, Jeannin, au moment où il 
prépare avec Jean van Oldenbarneveldt la « trêve de douze ans » 
(1609). Il ne demande d'ailleurs pas la liberté du culte public, 
mais seulement « qu'on ne recherchât point les catholiques pour 
ce qu'ils faisaient dans leurs maisons ». « Le roi, disait-il, travail- 
loit chez lui à éteindre par la paix les aigreurs qui naissent de la 
diversité des religions, et s'étant bien trouvé de ce conseil, il le 
donnoit volontiers à ses amis - ; » le conseil fut suivi : s'il n'y 

1. Lingard, Histoire d'Angleterre, VIII, x. 

2. Benoît, Hist. de l'Edit, I, p. 459. 



INTOLÉRANCE ORDINAIRE AU XVII" SIÈCLE 339 

eut en droit rien de changé par une déclaration formelle, en fait 
« on toléra les catholiques en quelques provinces sans leur rien 
dire. » L'œuvre d'Henri IV et de Jeannin fut même plus dura- 
ble à l'étranger que dans leur propre pays : et un protestant 
français, Benoît, écrivant après la Révocation, précisément en 
Hollande, peut envier la condition des catholiques hollandais : 
« Quoy qu'il n'y ait point de loy publique qui les maintienne, 
ils jouissent d'un repos dont on a privé ailleurs ceux à qui leurs 
souverains l'avoient promis par des Edits solennels. » 

A Genève on était en plein régime théocratique ; les partisans 
de S. François de Sales étaient jugés aussi coupables que ceux du 
duc de Savoie ; la célébration de la messe était interdite, et le 
« magistrat » bannissait les gens indignes « de la communica- 
tion des vrais fidèles 1 . » 

En France même, là où les protestants étaient en majorité, ils 
n'étaient pas toujours disposés à la tolérance, et restreignaient 
la liberté du culte public pour ceux de « contraire religion. » Pré- 
cisément au moment où il vient de faciliter le rapprochement 
du temple malgré l'opposition des catholiques parisiens, Sully 
écrivait aux protestants rochelais de sages instructions inspi- 
rées des mêmes principes pour un cas analogue..., ou plutôt con- 
traire, car les rôles étaient renversés : « Si les commissaires [de 
l'Edit] ont baillé [aux catholiques] une place pour rebastir un 
temple [une église] et que vous en soyez d'accord, vous ne les 
devez nullement empescher de bastir, mais si le lieu vous est 
incommode et suspect il faut essayer de leur en bailler un autre 
à leur contentement, sinon présenter au conseil requeste pour en 
estre ordonné, ayant ouï les raisons des uns et des autres 2 . » 

Ainsi la règle générale au commencement du xvn" siècle, dans 
tous les pays et dans toutes les Eglises, était que la majorité — 
de quelque religion qu'elle fût — empêchât la minorité de célé- 
brer librement, ou du moins commodément, le culte public. La 
Réforme avait pourtant déjà fait avancer la cause de la liberté 
de conscience, en France notamment ; c'est l'honneur de ces 

1. Registres du Conseil, 1601 et 1602 ; Reg. du consistoire du 26 août 160."). 
cités par E. Choisy, l'Etal chrétien calviniste à Genève au temps de Bèze, 
Genève et Paris, 1901, p. 454. 

2. Mém. de Sully, II, 162. II a conservé l'habitude, courante au \\\" siècle, 
plus rare au xvn', d'appeler temple tout édifice consacré au culte, catholique 
aussi bien que protestant. 



340 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

deux hommes (l'un appartenant encore, l'autre ayant appartenu 
à l'Eglise réformée) d'avoir devancé leurs contemporains et 
sincèrement travaillé partout à procurer à tous la liberté du 
culte. « Le pays où l'Edit de Nantes avait été promulgué et était 
honnêtement pratiqué marchait, on peut le dire, à la tête des 
nations dans la voie de la liberté religieuse 1 . » Le « passe-droit » 
si équitablement accompli en faveur de l'Eglise de Paris devait 
avoir et eut en effet, comme tout ce qui se faisait dans la capi- 
tale de la Erance, un grand retentissement dans les provinces et 
à l'étranger. 

§ 2. L'embellissement et le développement économique 

de Paris 

Si d'ailleurs, au point de vue des principes, la bienveillance 
d'Henri IV à l'égard des protestants parisiens est un épisode très 
conforme à sa politique intérieure et extérieure de ce temps, le 
fait de favoriser, aux portes de Paris, la construction d'un monu- 
ment public tel qu'un temple (construction d'un genre alors tout 
nouveau) rentre aussi dans l'ensemble des mesures prises a 
cette époque par le souverain « ami des bastisseurs : » il se qua- 
lifiait lui-même ainsi dans une lettre adressée à Sully en 1607 2 . 

Ce fut, aux yeux de ses sujets, un des meilleurs titres à leur 
reconnaissance. « Sitost qu'il fut maître de Paris, on ne veid que 
maçons en besogne, » rappelle après sa mort un nouvelliste 3 . 
Et Malherbe, en 1008, écrivait à Peiresc : « Si vous revenez à Paris 
d'ici à deux ans, vous ne le connaistrez plus 4 . » Sous ce règne, 
comme trois siècles plus tard sous l'administration des Delessert, 
des Haussmann, des de Selves, les protestants ont puissamment 
contribué à l'extension et à l'embellissement de la capitale. Sous 
Louis XIII elle sera plutôt enrichie d'édifices ecclésiastiques ; Hen- 
ri IV, d'après les conseils de Sully, fit surtout construire ou re- 
construire des bâtiments civils : ainsi l'Arsenal, le Collège de 
France, l'hôpital Saint-Louis ; la peste de 1000 fut précisément 
l'origine de cet établissement commencé en 1007 en pleine campa- 

1. Histoire générale publiée sous la direction de MM. Lavisse et Rambaud, 
t. V (18051, les (/lierres de religion (1559-1648), par G. d'Avenel, p. 336, 

2. M vin. de Sii.lv, II, 206 (22 décembre 1607). 

3. Mercure />., 1610. 

4. 3 octobre 1608 ; Nouvelles lettres de Malherbe, p. 61. 



LA RESTAURATION DE PARIS 



341 



gne « hors la porte du Temple i, » qui fut réédifiée à cette époque, 
ainsi que la porte Saint-Bernard-'. A la porte Saint-Antoine on 
éleva des bastions- ; le « pont neuf » était achevé depuis 1603, 
on lui adjoignit des quais, en amont et en aval, dans l'île du 

Palais. 

C'est à Sully qu'est dédiée en 1601 une plaquette de style rabe- 
laisien, en prose et en vers, aujourd'hui rarissime et intitulée : 
« La conférence des architectes et grands esprits de ce temps, » 
par allusion aux vastes entreprises architecturales et politiques 
du roi et de son ministre *. Personnellement, Sully préférait con- 
seiller aux gentilshommes de province de rester dans leurs terres 
pour les cultiver ; il n'aimait guère les voir venir à Paris dépen- 
ser leur argent ; cependant, sur le désir du roi, il encourageait 
les familles nobles, les parlementaires, les financiers, à cons- 
truire des hôtels de belle apparence. C'est ainsi qu'en 1607 le 
président de Harlay devint concessionnaire d'une entreprise con- 
sidérable, la place Royale, le plus admirable témoignage de cette 
préoccupation ingénieuse : faire concourir le pouvoir central et 
les fortunes privées à l'embellissement de Paris. 

Pour réaliser ces vastes plans, Sully trouva parmi les membres 
de l'Eglise réformée des collaborateurs précieux. Loin de mériter 
le reproche si fréquemment et si injustement fait aux protes- 
tants d'être des Béotiens, étrangers à toute préoccupation artis- 
tique, les huguenots mirent avec empressement leur talent et leur 
argent au service du roi et de son ministre pour cette œuvre 
nationale de la restauration de Paris et du bon renom de l'art 
français. Le faubourg Saint-Germain où ils étaient le plus nom- 
breux fut aussi le quartier qui se développa le plus remarquable- 
ment alors. Maint acte notarié mentionne l'achat de champs ou 
de terrains vagues occupés seulement par quelque masure, ves- 
tige d'une « maison ruinée pendant les troubles ; » et l'acqué- 
reur va édifier là des bâtiments d'habitation et de commerce. 

Sur cette rive gauche habite une famille - - presque une tribu — 
d'artistes protestants dont les biographies résumeraient, dans ses 

1. Mercure fr. de 1607, éd. de 1619, p. 227. 

2. Lettre d'Henri IV à Sully, 18 mai 1606 (Mcm. de Sru.v. II. 160). Voir 
l'estampe de Pérelle. 

3. Lettre d'Henri IV à Sully, .'10 octobre 1<>07 <//>/</., 200). 

4. Un exemplaire non catalogué, coté provisoirement 8112, se trouve à 
la Bibl. soc. h. pr., 20 pages (■ Paris. XVI. C. I. - N. 0. P. I). C. des Viettcs. 
Edition seconde. ») 



342 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

traits essentiels, l'histoire des embellissements de Paris sous six 
lègues successifs ; et les arrêts de leur activité correspondent 
exactement aux périodes de persécutions contre l'Eglise réfor- 
mée dont ils étaient les membres très fidèles. Nous énuinèrerons 
simplement les principaux personnages, en ajoutant quelques 
faits nouveaux ou peu connus *. 

Un cabaretier parisien nommé Androuet avait « un cerceau 
pendu à sa maison pour y servir d'enseigne 2 ; » son fils Jacques, 
graveur habile (à qui nous devons le plan de Paris en 1555) se 
classa du premier coup parmi les grands architectes du xvi° siè- 
cle. Ses deux volumes des « Plus excellons bastimens de France » 
(1576-9) furent réédités précisément en 1607 3 . On lui doit entre 
autres édifices parisiens l'Hôtel de Mayenne 4 . Aucun trait de sa 
vie n'est plus connu après la publication de son Livre des édifices 
antiques (1584) où il parle de ses « vieux ans, » étant né vers 
1515. C'était un membre de l'Eglise de Paris où il revint peut-être 
achever sa longue vieillesse : nous avons retrouvé en effet à la 
date de 1602 r> un « inventaire des biens du s r Jacques Androuet 
du Cerceau. » 

Il avait transmis son talent à son fils Baptiste qui fut « archi- 
tecte ordinaire du roi et commis pour ordonner de tous les ouvra- 
ges des bastimens et édifices de Sa Majesté, » et « contrôleur 
général des bastimens du roy. » Il travailla au Louvre, au Pont- 
Neuf, au château de Bagnolet (i . Nous avons dit qu'il eut à peine 
le temps d'habiter quelques mois sa maison du Pré-aux-Clercs 
et quitta Paris pour ne pas aller à la messe (1585) 7 . Il mourut 
plus tôt que ne le disent la plupart des auteurs, avant 1591 8 . 

1. Cf. les Du Cerceau par le baron H. de Geymullek, Paris, Rouani, 1887, 
i n-4" ; — les Du Cerceau, leur vie et leur œuvre, etc., par P. Séoille (Gazette 
des Beaux-Arts, 2 e période, t. XXXVII, p. 342) ; — Annales de la Société 
historique du Gâtinais, t. XVIII (1900), p. 297, etc. 

2. La Croix nu Maine, Biblioth. fr., 1584, in-fol., p. 175. 

3. Fr. prot., 2" éd., t. I, col. 249 ; B. h. p., 1902, p. 452-456. 

4. 21, rue Saint-Antoine. Cf. Hoffbauer, Paris à travers les âges, II, la 
Bastille, p. 19, fig. 19. 

5. Min. François, 16 lévrier 1602 (n° 42), 6 pages in-fol. 

6. Min. François. 1601. n" 366. 

7. Ci-dessus, p. 26. 

8. Marguerite de Ruquidort est en effet qualifiée « veuve de Baptiste 
Androuet du Cerceau » sur un acte du 3 novembre 1591 : baptême d'Ysaac 
Bourgoing, fils d'Ysabel de Rucjuidort, où elle est marraine (registres de 
l'ég. réf. de Châteaudun, cités B. h. p., 1901, p. 54). La Fr. prot., 2 e éd., t. I, 
col. 251, place à tort la date du décès de Baptiste en 1602. 



ARCHITECTES : LES DU CERCEAU 343 

Sa veuve Marguerite de Ruquidort - - proche parente du mem- 
bre du Consistoire qui acheta le premier terrain d'Ahlon - de- 
meurait en 1002 rue du Petit-Lion, paroisse Saint-Sulpice i avec 
ses trois enfants mineurs : Jacques, Jean (futur architecte du roi, 
constructeur du Pont au Change, des hôtels de Sully 2, de Breton- 
vil liers 3 , etc.), et Moïse 4 . Elle vendit à Benjamin Auhery du Mau- 
rier « une place, mazure et jardin planté d'arbres fruictiers, avec 
les matériaux de pierre, moëlon et aultres estant lors su; ladicte 
place 5 . » C'était tout ce qui restait de la belle maison construite 
et détruite en 1585. Cette propriété paraît être revenue presque 
immédiatement, en majeure partie sinon en totalité, entre les 
mains du frère de Baptiste, Jacques Androuet du Cerceau «. 

Celui-ci fut, peu après le retour du roi à Paris (mars 1595) 
« commis à la conduite des bâtimens du Louvre ; » c'est à lui 
qu'on doit le projet (réalisé seulement sous Napoléon III) de 
réunir le Louvre aux Tuileries : il l'exécuta en partie, ayant, aux 
Tuileries, construit l'aile reliant le pavillon de Flore aux bâti- 
ments de Catherine de Médicis, et, au Louvre, terminé en 1609 la 
seconde partie de la grande galerie '. Nous l'avons vu occupé, 
avec P. de Ruquidort, de l'aménagement, peut-être même de la 
construction du temple d'Ablon en 1603 s . Peut-être est-ce son 
premier mariage qui, l'année précédente, figure parmi les actes 

1. Aujourd'hui rue Saint-Sulpice entre la rue de Tournon et la rue de 
Condé. 

2. Rue Saint-Antoine, 62. 

3. Dans l'île Saint-Louis : le porche (7, rue Saint-Louis) donne accès à 
la rue de ce nom. 

4. La France prot. (2 e éd., I, 253) ne parle que de Jean ; elle doit être cor- 
rigée en ce qui concerne Moïse, et sur divers autres points. 

5. Min. François, 6 mars 1602, n' J 77 (cf. n" 75). Voir Pièces justificatives,!. 
En 1605 les enfants étaient encore mineurs (Min. François, n° 347, cf. n° 447, 
acte signé Georgeau et Marguerite de Rucquidort). En 1606 (Min. Fr., n° 363) 
Marie de Rucquidort était séparée de son mari « Jacques Estienne, marchand 
bourgeois, présent prisonnier en la prison de la Conciergerie. » 

6. M. Berty mentionne une vente du 23 mars 1602 par « Marie Raguidier » 
(sîc) à Jacques du Cerceau. Après la mort de celui-ci, sa veuve Marie Mala- 
pert habita la maison, puis la laissa à sa fille, mariée à Elic Bédé, proprié- 
taire de la maison voisine. 

7. Sauvai., II, 53 ; Bf.hty, Topogr. hist, II, <S3 et 107 ; on voit d'après les 
Mémoires de Sully qu'à la date du 1" janvier 1008 la grande galerie était 
déjà fort avancée. Cf. L. Batiffol, Gazelle des Beaux-Arts, avril 1010. 

8. Ci-dessus p. 114. 



344 



l'église réformée de paris sors HENRI IV 



de M° François 1 ; son nom reviendra souvent sur les registres 
de Charenton. Il fut enterré (non loin de sa maison) au cimetière 
du faubourg Saint-Germain, le 17 septembre 1014 2 . 

Sa charge d'architecte du roi passa à son neveu Salomon de 
Brosse, fils d'un architecte de Verneuil et de Julienne du Cerceau 
(fille de Jacques I). Après avoir travaillé pour le comte de Sois- 
sons, pour le duc de Bouillon, pour la reine-mère (au Luxem- 
bourg) il ne croira pas déchoir en construisant le second temple 
de Charenton, et peut-être commence-t-il en 1006 par bâtir déjà 
le premier... En attendant de revenir sur ce point, notons les rela- 
tions étroites qui pendant un demi-siècle unissent ces familles 
du Cerceau, de Brosse et de Rucquidort 3 . 



A côté des architectes il faut signaler les ingénieurs ; sou- 
vent les deux titres sont portés alors par la même personne. 

Jean Errard « premier ingénieur du roi, » fut « l'un des réno- 
vateurs des sciences exactes 4 , » l'un des créateurs du système de 
fortifications en usage pendant les XVII e et xvni" siècles. Servi- 
teur du duc de Bouillon, puis du roi de Navarre il n'assiste ni à 
l'abjuration en 1593, ni au sacre en 1594 ; en 1598 il fait baptiser 
à Paris son fils Abdias et le parrain est le pasteur et profes- 
seur sedanais Tilenus 5 ; en 1003 le pasteur Auguenet vient de la 
part de l'électeur palatin lui demander de construire « pour la 
défense de la vraie religion » une forteresse . Il meurt en 1010. 

Jacques Alleaume, d'Orléans, autre ingénieur protestant, sera 
un peu plus tard logé aux galeries du Louvre ; il se distingua 
comme « mathématicien 7 . » 

Un homme appelé à plus de célébrité, Salomon de Caux, ne 
fit sans doute avant la mort d'Henri IV que de courts séjours à 



1. Min. François, 1(502, n° 43 : Jacques A. du Cerceau et Marie de Cour- 
cclles. 

2. C. Read, tirage à part des Mém. de la Soc. des Antiquaires de France 
p. 21. 

3. En 1634 p. ex. Jehan de Rucquidort, « écuyer porte-manteau ordinaire 
du roy » est curateur de Judith de Brosse, tille de Salomon (Papiers C. Read, 
Bib. h. prot.). 

4. Lallemend et Boinette, Jean Errard de Bar-le-Duc, Paris, Dumoulin, 
1884, in-12, p. 3 ; cf. V. Servais, Notice sur Errard dans les Mémoires de la 
Sociale des Sciences de Bar-le-Duc, t. III, 1884. Il est né en 1554. 

5. B. h. p., 1872. p. 221. 

6. Lallemend et Boinet, op. cil. 

7. Il mourut en 1(527 et fut inhumé à Charenton (B. h. p., 1863, p. 368). 



INGÉNIEURS, PEINTRES 345 

Paris, où il devait bientôt réaliser plusieurs des projets chers à 
Laffemas (enlèvement des boues par l'élévation des eaux de la 
Seine, etc. 1 ). Il avait d'abord fait apprécier à l'étranger l'ingé- 
niosité et la délicatesse du goût français par les installations 
faites au parc de Richmond en Angleterre, avant d'entrer au ser- 
vice de l'électeur palatin à Heidelberg. 

Dans cet ordre d'idées, rappelons qu'Henri IV demanda à 
Sully un projet pour l'organisation à Paris d'un musée de machi- 
nes, mais cette idée ne devait être réalisée - que plus tard. Un 
autre dessein du même genre fut au contraire mené à bien. 
Entre autres créations originales d'Henri IV se trouve en effet 
l'établissement dans la grande galerie du Louvre d'une sorte 
d'école pratique des Beaux-Arts et des arts décoratifs, ou de 
l'Ecole d'encouragement aux arts et métiers. Des lettres patentes 
du 22 décembre 1008 accordent le logement dans cette galerie, des 
ateliers et divers privilèges, à des artistes dont plusieurs sont 
protestants : Jacob Bunel, peintre, valet de chambre du roi, 
Abraham de la Garde, horloger, Guillaume Dupré, sculpteur, con- 
trôleur général des monnaie, etc. 

Parmi les décorateurs des Tuileries et du Louvre à celte épo- 
que, Bunel fut le principal. Dans la « petite galerie » aujour- 
d'hui remplacée par la galerie d'Apollon il avait représenté à la 
fresque la bataille des géants, la reine de Saba, etc. Il y travail- 
lait en 1003, et Casaubon nous raconte comment cet « homme 
excellent » recevait dans son atelier des visites pastorales : celle 
d'un ministre de Saumur 3 eut une conclusion tragique, « il 
monta, sans y faire assez attention, sur un échafaudage élevé 
par les ouvriers qui travaillent au Louvre, et une planche s'étant 
rompue, il tomba et mourut sur le coup. En regardant les com- 
positions du maître habile chez lequel il se trouvait, cet homme 
pieux venait de faire des remarques pleines de profondeur ; il 
avait conversé avec les personnes présentes sur divers points, 

1. C'est en 1621 seulement que S. de Caus paraît comme ingénieur du roi, 
mais dès le 18 novembre 1611 il avait reçu de Louis XIII le privilège néces- 
saire pour l'impression de son premier ouvrage : ha perspective (wec la rai- 
son des ombres et miroirs, etc. (Fr. prol., 2 e éd., t. III, col. 912). 

2. (Economies royales, X, 307. 

3. M. de Macefer : ce nom est donné par .1. Merlin (I)iaire publié par 
M. Gaberel dans son Histoire de l'Egl. de Genève, II, 194) à propos de la 
séance du consistoire de la Rochelle du 9 mai 1603. 



346 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

particulièrement sur le mépris de la mort et la soif d'une vie 

meilleure 1 . » 

Toutes ces peintures de Bunel ont été détruites par un incen- 
die en 1661 ; la destruction a également atteint les tableaux dont 
il avait orné le palais de Fontainebleau, la chapelle de l'ordre dd 
Saint-Esprit aux Grands-Augustins, le chœur de l'église de Saint- 
Séverin, et le grand autel de la chapelle des Feuillants rue Saint- 
Honoré. On racontait à ce propos que la figure de la Vierge fut 
peinte par un autre artiste : « Bunel, qui étoit calviniste, ne 
voulut jamais achever ce tableau -. » Il fut aussi enterré au cime- 
tière du faubourg Saint-Germain (1614) a. Son « logis de la 
grande galerie du Louvre » continua à être occupé par sa veuve 
Marguerite Bahuche « laquelle faict aussy profession de peinture 
et y travaille journellement 4 . » 

Sur les registres de l'Eglise réformée à cette époque nous 
avons relevé encore les noms d'autres peintres : Nicolas Moilon, 
en 1611, Jehan Pitan (ou Petau), en 1618 ; d'un « maître enlumi- 
neur, » Thomas Pelletier, en 1604, etc. 5 . 

Parmi les sculpteurs employés à la petite galerie du Louvre 
il faut citer encore un autre artiste huguenot, Barthélémy Prieur, 
qui fit, entre autres, les bas-reliefs des tympans d'arcades . En 
1606, il possédait à l'entrée du faubourg Saint-Germain, près 
des fossés (aujourd'hui rue Mazarine) « une maison où pendait 
pour enseigne la corne de cerf '. » Il fut, comme les précédents, 
enterré au cimetière tout voisin (1611). 

A côté de ces architectes, peintres et sculpteurs protestants 
qui eurent une si large part dans les travaux artistiques exé- 

1. Ephémérides de Casaubon, p. 479 (fin avril 1603). 

2. Hurtaut, Dictionn. hist. de Paris (Fr. prot., 2" éd. t. III, col. 396). 

3. Registres des enterrements, etc. (B. h. p., 1863, p. 277 1, 15 octobre 1614 : 
Jacob Brune] (sic), valet de chambre du roy, peintre de Sa Majesté. 

4. Brevet du 8 octobre 1614 (Fr. prot., III, 397). 

5. B. h. p., 1872, p. 269, 277, 263 ; Louise Moillon, veuve d'Etienne Girar- 
dot, parent du peintre Petitot, née en 1599 et morte en 1696, était probable- 
ment fille de ce Nicolas Moilon (B. h. p., 1890, p. 457). 

6. Berty, Topog, hist., II, p. 74. 

7. Ibid., note. Il travailla aussi à Fontainebleau : une statue de bronze 
fondue en 1603, qui surmontait la fontaine de Diane, et « quatre limiers 
accroupis, admirables de naturel, qui environnaient le piédestal, » sont 
actuellement au Louvre (Dimieu, Fontainebleau, 1908, p. 76). 



SCULPTEURS, MÉDAILLEURS 



347 



cutés à Paris par l'ordre du roi à l'apogée de son règne, il faut 
citer des médailleurs. Dans cet art si délicat, si français, les ré- 
formés ont tenu au xvn e siècle une place tout à fait prépondé- 
rante. 

C'est au Louvre même, où il voisinait avec Bunel, que mourut 
Philippe Dan f rie « tailleur général des effigies et poinçons des 




HENRI IV ET MARIE CE MEDICIS 
par Guillaume Dupré, i6o."> ' 

monnaies de France ; » admis dès 1590 à succéder à son père 
dans cette charge, il paraît l'avoir occupée comme titulaire un 
an seulement, et être mort catholique romain le 12 février 1G04. 
On l'enterra en effet dans l'église Saint-Hilaire -. 

Son père, dans un testament du 27 juin 1606, s'intitule « hon 



1. li. h. p., 1002, p. 503. 

2. A L'angle des rues Valette et de I. anneau. CI'. /•';•. prot., 2 éd. t. V, 
col. 93. 






348 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

chrestien et catholicque, » mais entend par là membre de l'Eglise 
universelle, comme l'ont fait d'autres protestants, car il « veult 
et ordonne que là par où il déceddera son dict corps soit inhumé 
et enterré au lieu le plus proche qu'il sera advisé par son exé- 
cuteur et destiné pour ceulx de la religion réformée, de laquelle 
il faict profession, sans aultres solempnitez que ceux que l'on 
a accoustumé de faire à ceulx de la religion réformée 1 . » D'abord 
imprimeur-, il avait publié des ouvrages que la Sorbonne allait 
censurer •"•. Son logis en était tout proche (rue des Carmes) 4 . Lors- 
qu'il mourut il fut enterré, suivant sa volonté, au cimetière pro- 
testant de la rue des Saints-Pères (1606). Entre autres médailles 
d'un dessin remarquablement pur et gracieux on lui en doit 
une (de 1602) à l'effigie d'Henri IV •"'. Sur le revers le roi paraît 
armé de la massue pour terrasser le duc de Savoie, ennemi catho- 
lique de Genève : cet emblème sera attribué bientôt avec une 
signification inverse à Louis XIII vainqueur des Rochelois héré- 
tiques { \ et c'est le fils d'Henri IV que Malherbe appellera « ce 
nouvel Hercule. » 

La charge de « contrôleur général des effigies » vacante au 
moment de la mort de Ph. Danfrie le jeune (1604) fut disputéi 

1. Mazerolle, les Médailleurs français du xv e au xvn e siècle, dans la Col- 
lection des documents inédits sur l'Hist. de France, 1901, t. I, p. 207. 

2. En 1559 il publie avec Richard Breton « La civile honnesteté pour les 
enfans, » in-8° de 32 feuillets (Biblioth. du baron Pichon, catalogue de 1897, 
n° 198). 

3. D'Argentré, Collectif) judiciorum, etc., II, f. 277. Cependant en 1582 il 
avait obtenu une « information de bonne vie, mœurs et religion catholi- 
que » (Mazerolle, I, p. 141). 

4. Cette adresse se trouve dans un acte que nous avons relevé parmi les 
minutes de M e François (1606, n" 200) : Bail fait à Loyal Deverel, demeurant 
au faubourg Saint-Germain, par Philippe Danfrie « graveur général des 
monnoies. » L'église Saint-Hilaire où son fils avait été enterré est en haut 
de la rue des Carmes. 

5. Obvers : Buste d'Henri IV de profil à droite, vêtu de la peau du lion 
de Némée. Au-dessous : PI (ou PH) DAF (Philippus Danfrie fecit). Sur la 
tranche du hras est la date 1602. Légende : ALCIDES. HIC. XOVVS. ORBI. 
■ — Revers : Hercule (sous les traits d'Henri IV) terrassant un centaure à 
coups de massue. Légende : OPPORTVXIVS (allusion à la conquête de la 
Bresse et aux affaires de Savoie). 

6. C'est ainsi qu'on voit la massue sur un des panneaux de la salle du 
trône à Fontainehleau, contiguë à la chambre où Louis XIII est né, et la 
cheminée de cette salle est ornée d'un portrait de Louis XIII avec la devise : 
« Erit hœc quoque cognita monstris. » 



LES DANFRIE ET LES DUPÎtÉ 



349 



par deux concurrents : Guillaume Dupré et Jean Pilon, dont le 
premier au moins (gendre du sculpteur Prieur), était protestant l , 
11 fut décidé qu'ils exerceraient simultanément ces fonctions, et 
pour apprécier leur savoir-faire, la cour des monnaies ordonna 
qu'ils exécuteraient l'effigie du roi -. C'est peut-être de cette épo- 
que que date une belle plaquette ovale représentant Henri IV 
de face en habit de cour avec le collier de l'ordre du Saint-Es- 
prit ! . De 1603 et 1605 datent trois superbes médailles en bronze 
du roi et de la reine 4 qui furent suivies 
de beaucoup d'autres 5 . Les lettres pa- 
tentes du 22 décembre 1608 attribuent à 
G. de Pré « sculpteur et controlleur gé- 
néral des poinçons des monnaies °, » un 
logement dans la grande gallerie du 
Louvre. 

Comme les deux Danfrie, G. Dupré 
excellait aussi à faire des portraits 
« d'après le vif, en cire, » et aussitôt 
après la mort du roi c'est lui qui fit 
l'effigie qu'on voit exposée au musée de 
Chantilly dans la galerie de Psyché. henri iv 

Son fils Abraham lui succédera (1639). P ar G - Du P ,é 




1. La Fr. pret., 2 e éd., V, 906, ne fait que mentionner le baptême de son 
fils à Charenton (1612). 

2. Guiffrey, Soc. de l'Hist. de Paris, nov.-déc. 1882. 

3. Sans date ni signature (collection Ch. Read), B. h. p., 1902, p. 507. 

4. 1° Obvers : HEXR. IIII. R. CHRISTI. MARIA. AVGVSTA. g. dupké f. — 
Revers : Un aigle tenant une couronne au-dessus d'un enfant coiffé d'un cas- 
que et posant le pied sur un dauphin. Au-dessus, Henri IV et Minerve se 
donnent la main. Légende : PRO PAGO IMPERI. 1603 (collection P. Garnier). 
— 2° Obvers : Henri IV et Marie de Médicis. Revers : Mars et Vénus sous les 
traits du roi et de la reine, Cupidon sous les traits du dauphin. DÏipré, 1603 
(musée Wallace à Londres) galerie III, 403). 3° Obvers : HENR. IIII, 
R. CHRIS. MARIA. AVGVSTA (collection P. Barre) ; cf. musée Wallace, ga- 
lerie III, n° 392), 1605. — 4° : Mars et Vénus sous les traits du roi et de la 
reine, Cupidon sous les traits du dauphin. Duphk, sans date (musée Wallace, 
galerie III, 404). 

5. L'une d'elles a été reproduite par le graveur Prudhoinine en 1898 sur 
l'obvers de la médaille commémorative du troisième centenaire de l'Edit de 
Nantes. HENRIC. IIII. I). G. FRANC. ET. N T AVAR. REX. — G. DVPRÈ. Le 
roi de profil à gauche couronné de laurier. 

6. Cette réduction de la plaquette (cpii est s;ms date) se trouve dans le 
B. h. p., 1902, p. 507. 

7. Arch. nat., X, 8635, fol. 242 v° ; (cf. BERTY, Topogr. du rieur Paris, II, 



23. 



35Ô L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

La famille des Briot fournit aussi des collaborateurs émi- 
nents à la Monnaie de Paris, mais ils se signalèrent plutôt sous 
le règne de Louis XIII \ Nicolas Briot qui devint après les Dan- 
frie tailleur général des monnaies en 1605 -' était également pro- 
testant. On lui doit une délicieuse médaille de Louis XIII frappés 
après le sacre. Ce fut lui qui introduisit et perfectionna l'usage 
du balancier pour la frappe des monnaies. Tout ce personnel 
des monnaies paraît avoir été en relations particulièrement étroi- 
tes avec les pasteurs : Maurice de Lobéran a épousé la fille du 
procureur général en la cour des monnaies, de Gorris 3 ; Pierre 
du Moulin est parrain du fils d'un autre « général de la cour des 
monnaies, » Simon Richard, en 1609 4 ; D. Blondel sera parrain 
d'un fils d'I. Briot, etc. 5 . Ainsi, par une série de faits qui ne 
peut être l'effet du pur hasard, il semble bien établi que la doc- 
trine réformée, telle qu'elle était professée dans l'Eglise de Paris, 
répondait aux aspirations religieuses de ces hommes, et même 
de ces familles qui, du milieu du xvr au milieu du xvn e siècle 
ont si brillamment cultivé l'art de la médaille : « art tout de 
clarté, de logique, de concision, auquel savent spécialement ré- 
pondre les qualités distinctives du génie national (i . » 

p. 101). En 1618 l'état des officiers du roij attribue à G. du Pré, < sculpteur 
du roy, pour ses gaiges » la somme de 900 livres (Berty, p. 210). 

Les œuvres de Dupré se trouvent parfois aujourd'hui dans des musées 
étrangers où ses compatriotes mettent longtemps à les découvrir : ainsi le 
Muséum fiir Kunsl uud Industrie de Vienne possède un grand médaillon 
de 35 cm. de diamètre qui est le plus ancien portrait connu du médecin 
(d'abord protestant) d'Henri IV et Louis XIII Jean Héroard. MM. A. Blanchet 
{Revue de numismatique, 3" série, t. XI, p. 252, et planche IV, Paris, 1893) et 
Hamy (Bulletin du Muséum d'hist. nat., 1896, n" 5) n'hésitent pas à attri- 
buer à Dupré cette œuvre remarquable, bien qu'elle ne soit pas signée ; mais 
elle est du même travail qu'un autre médaillon, daté de 1613 et signé, qui se 
trouve au Louvre. 

1. Dès 1609 pourtant Isaac Briot, commis à la fabrication de la monnaie 
d'argent, présente au baptême son fils Louis qui a pour marraine une Prieur ; 
deux de ses fils auront pour parrains en 1613 et 1620 les pasteurs successifs 
de Houdan Biolet et D. Blondel. De celui-ci il existe (à la collection Wal- 
lace, galerie III, n" 388) une médaille que nous attribuerions volontiers à 
1. Briot. 

2. Et non en 1608 seulement. La France prot., 2" éd., t. III, col. 159, est à 
compléter avec les indications de M. Mazerolle, du B. h. p., 1904, p. 564, etc. 

3. Enterré au cimetière de Charenton ; cf. Fr. prot., IV, 72 : ,1. de Gorris 
exclu de la Faculté de médecine comme protestant (1570). 

4. Registres, etc., B. h. p., 1872, p. 267. 

5. Ci-dessus, note 1. 

6. B. Maux, Les Médailleurs français, etc., Paris, in-4", 1897, p. II. 



ARBORICULTURE. LES ORMES 351 

C'est un art très français aussi, et très parisien, que celui des 
jardins et de l'arboriculture. S'il commandait volontiers des 
bâtiments, des tableaux et des médailles, le roi aimait aussi (et 
Sully surtout favorisait) les plantations d'arbres. On sait combien 
le ministre a fait planter d'ormes, à tel point qu'en certains pays 
on les appellait des « Rosny. » A certain moment ses ennemis cou- 
paient les ormes le long des grands chemins en disant : « C'est 
un Rosny, faisons-en un Biron, » par allusion à la décapitation 
du maréchal (c'était donc en 1602 ou peu après). FA Tallemant, 
nui ne l'aimait guère, ajoute : Sully « avoit proposé au roi, qui 
aimoit les établissements, d'obliger les particuliers à en mettre le 
long des chemins ; et comme il vit que cela ne réussissoit pas, il 
fut le premier à s'en moquer 1 . » Il planta lui-même en maint 
endroit, par exemple, en 1605 dit-on, dans l'ancienne comman- 
derie des Frères hospitaliers de Saint-Jacques du Haut-Pas '-. 
Près de l'Arsenal où il habitait Sully en avait garni le Mail, depuis 
la rue du Petit Musc jusqu'aux fossés :: . On mit un orme devant 
un grand nombre d'églises et de temples : l'église Saint-Gervais -*, 
les temples de Charenton et de Claye, etc. 

Les amis de Sully, notamment les grands seigneurs protes- 
tants, imitaient son exemple : Louise de Coligny faisait venir 
dans sa terre de Beauce des ormes femelles qu'elle achetait cin- 
quante francs le cent, ce qui, remarque-t-elle ensuite en bonne 
ménagère, est trop cher, au dire d'un voisin plus compétent — 
huguenot aussi — : « M. de la Rainville dit qu'en plantant des 
mâles j'aurai à beaucoup meilleur marché ; les faisant enter ils 
seront encore plus beaux que les autres, » et sans doute sa belle- 
fille Madame de la Trémoïlle profitait de ces renseignements 
pour son propre compte à Paris et à Thouars •"'. 

Après les ormes les mûriers (! , qu'on peut en certains cas enter 

1. Historiettes, t. I, p. 115, n. 2. 

2. On en voit encore le tronc dans la cour de l'Institution des Sourds- 
Muets, rue Saint-Jacques. 

3. Aujourd'hui boulevard Morland. 

4. Une vieille enseigne « à l'Orme Saint-Gervais » (un arbre en relief» 
qui jadis était en face de l'église, subsiste rue du Temple, '-'0. 

5. Lettre de la princesse d'Orange à Madame de la Trémoïlle, datée de 
Lierville, octobre 1600 (H. h. p., 1871, p. 49!)). Ce « M. de la Rainville » était 
probablement Nicolas Bigot, bien que la /•>. prot. (2° éd., II, 553) ne donne ce 
titre qu'à son fils Jacques. 

6. Lafkkmas, Lettres et exemples de tu rogne mère, 1602, nui (Archives 
curieuses, IX, p. 130). 



352 l'église réformer de paris sous henri IV 

sur les ormes femelles. S'agit-il de donner dans la capitale un 
royal encouragement à la sériciculture, Henri IV s'adresse à un 
protestant. Et quel est l'auteur de cette tentative : Olivier de Ser- 
res dont le frère, pasteur, a été historiographe du roi *, et dont le 
fils, ancien de l'Eglise réformée de Paris, surveillait alors la pu- 
blication du Théâtre d'agriculture -. 

L'auteur veut contribuer « au vivre des hommes. » Son 
ouvrage était le fruit d'une étude approfondie des ouvrages pré- 
cédents sur l'agronomie, et surtout de consciencieuses expérien- 
ces faites par l'auteur dans ses propriétés du Vivarais 3 . Le suc- 
cès fut énorme dans toute la France, et à Paris même, où beau- 
coup de gens, propriétaires de terres en province, s'intéressaient 
à l'agriculture ; le roi et Sully étaient persuadés, avec raison, que 
c'était une des sources les plus sûres de la richesse nationale, 
Tous les jours pendant quatre mois, une demi-heure après son 
dîner, le roi se fit lire le Théâtre d'agriculture ; quatre éditions 
au moins durent être faites entre 1600 et 1610 4 . Le roi et la 
municipalité parisienne favorisèrent l'exécution des conseils de 



1. Jean de Serres, nommé à cette charge en 1597, mourut l'année suivante. 
Pierre Mathieu ayant été nommé pour lui succéder, ce titre lui est d'abord 
disputé : « les héritiers feu M. de Serres prétendent faire renouveller les 
provisions qu'il avoit du mesme estât, en faveur d'un professeur du Roy 
nommé Cayez » (lettre de P. Mathieu au chancelier de Bellièvre, 4 sept. 1603, 
publiée avec fac-similé dans les Rapports et notices sur l'édition des Mé- 
moires de Richelieu, Soc. de l'hist. de Fr., 1905, p. 87). S'il s'agit, comme il y 
a lieu de le croire, du pasteur apostat P. Cayer, on peut s'étonner de le voir 
appuyé par ses anciens coreligionnaires, une année où il les a particulière- 
ment malmenés. 

2. Les minutes de M' François (1601, n° 469) renferment un acte concer- 
nant « Gédéon de Serres du Pradel, escuier s r de Sainct Montan, demeurant 
à Paris rue de Bethisy paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, » au nom de son 
père qui l'a chargé « de faire imprimer une ou plusieurs fois, par tels 
imprimeurs, à autant de fois que bon luy semblera, es ressorts des parlemens 
de Paris et de Rouen, ung livre intitullé le Théâtre d'agriculture à mesnaiae 
des champs » etc., avec privilège du roi en date du 8 janvier 1599. Il s'agit de 
droits dus à M. Samuel Mestaier, imprimeur du roi. 

3. On cite notamment les irrigations faites au Pradel, domaine apparte- 
nant à Madame de Serres (Marguerite d'Arcons ou d'Harcous). 

4. Chez Mettayer en 1600 (en 1599 il avait imprimé déjà la Cueillette 
de la Soye ; en 1603 et 1604 chez Abraham Saugrain ; en 1608 chez Jean 
Berjon. Il faut citer aussi « la Seconde richesse du mûrier blanc » (1603, 
chez Abraham Saugrain) traitant des applications industrielles de l'écorce 
du miirier. 



LES MÛRIERS. O. DL SERRES ^")3 

O. de Serres'. Dès 1596 le roi avait fait planter aux Tuileries 
des mûriers ; ils n'avaient alors que trois ans, mais réussirent si 
bien qu'en 1604 « ils paraissaient avoir plus de vingt-cinq 
uns-. » En 1599, durant un séjour à Paris, O. de Serres prie les 
éehevins d'encourager de leur côté ses efforts, et signale les jar- 
dins du roi à Madrid et Vincennes comme pouvant contenir trois 
cent mille mûriers :! . Après la publication du Théâtre, il est char- 
gé d'envoyer quinze mille pieds, qui sont plantés à Madrid et aux 
Tuileries 4 . Ces derniers, en deux ans et demi, dépassent la taille 
d'un homme. Ce que voyant, non seulement les courtisans - 
Sully, Beringhen — plantent aussi des mûriers, mais les Pari- 
siens demandent, dans la seule année 1602, soixante mille mû- 
riers aux agriculteurs languedociens 5 ; l'expérience en grand 
réussit, et la région parisienne prend place parmi celles où l'on 
élève le ver à soie 6 . La conséquence naturelle fut, comme nous 
Talions voir, l'établissement de quelques manufactures de soie- 
ries 7 . 

1. H. Vaschalde, O. de Serres, Paris, 1887, in-8". Fagniez, l'Economie 
sociale de la France sous Henri IV, 1589-1610, Paris, Hachette, in-8°, 1897. 
Ch. I, l'Economie rurale, p. 105. 

2. Laffemas, La façon de faire et semer la graine de mûrier, p. 29. 

3. O. de Serres, La Cueillette de la soye par la nourriture des vers qui la 
font. 

4. P. Cayet, Chronologie septénaire (sur l'année 1603), t. II, p. 259. 

5. Laffemas, La preuve du plant cl profjit des meuriers, Paris, Pautonnier, 
1603, p. 13. 

6. En 1603, dit P. Cayet (Chronologie septénaire de 1605, 1. v, édition de 
1811, p. 410) « il fut distribué à toutes les paroisses de la généralité de 
Paris des mûriers blancs et des graines avec un livre de la manière de les 
planter et comment il falloit nourir les vers à soye. » (Ce manuel est pro- 
bablement un des petits ouvrages de Laffemas que nous allons signaler). 
'■ Au lieu que telle industrie [de la soie] n'estoit que pour Avignon et la 
Provence, à présent en la voisinance de Paris les vers à soye et les mûriers 
y croissent et produisent heureusement. » 

7. L'un des plus ardents partisans de la culture du mûrier à Paris fut 
Laffemas, dont nous parlerons ci-après (Lettres et exemples de la feue rogne 
mère comme elle faisoit travailler aux manu factures, etc., à Paris, chez Pierre 
Pautonnier ; au mont S. Hylaire, rue Chartier, 1602 ; réimprimé dans les 
Archives curieuses de ClMBERT et Danjou, 1" série, t. IX, p. 121-136). Il com- 
mence ainsi : « Il est dict par les anciens que celuy qui peut faire puits en 
sa terre ne doit emprunter l'eau d'autruy, > et décrit la manière dont il a 
élevé des vers à soie « dans un grenier durant les gelées sans feu ny cha- 
leur, et en outre mangeoient des feuilles de meuriers noirs ou blancs sans 
distinctions, ainsi qu'elles venoient ». ■ Les incrédules, qu'ils s'addressent 
au sieur Chabot, demeurant près du grenier à sel rue Saint-Germain à Paris, 



354 l'église réformée de PARIS SOLS HENRI IV 



§ 3. Commerce et industrie 

Les juges compétents admirent de plus en plus, comme une 
des belles périodes de notre histoire économique, l'œuvre de 
reconstitution des forces vives de la nation entreprise par Henri 
IV et Sully. Longtemps entravés par les guerres civiles, le com- 
merce et l'industrie prennent un merveilleux essor : les protes- 
tants y ont une part tout à fait considérable, et disproportionnée 
avec leur nombre par rapport à l'ensemble de la population. C'est 
le cas à Paris notamment l . Les uns, par leurs entretiens avec le 
roi, par leurs écrits, ont une influence prépondérante sur les me- 
sures d'ordre général prises à cette époque : tel Laffemas ; les 
autres sont les chefs de puissantes maisons de commerce, de 
grandes entreprises industrielles : ainsi les Canayes et les Go- 
belins. 

Les mots Economie politique se trouvent pour la première fois 
au XVII e siècle, sous la plume d'un écrivain, et c'est un protestant, 
Antoine de Montchrestien, sieur de Vatteville qui du premier 
coup, s'est classé parmi les maîtres en ces matières -, mais, sauf 
par la représentation de quelques tragédies, il se trouve peu mêlé 
à la vie de la capitale. Il en est autrement d'un autre provincial, 
Dauphinois celui-là, Barthélémy Laffemas. 

Celui-ci n'avait pas eu, autant que Montchrestien ou O. de 
Serres, les moyens d'étudier les questions théoriquement, dans 
les livres ; il avait lui-même fait son éducation, ayant le génie 
des affaires. D'abord simple « facteur, » c'est-à-dire représen- 
tant d'une maison de commerce, il entre vers 1566 au service du 



qui ont faict des soyes au logis de Madame, des meuriers de son jardin » 
(p. 128). D'après Laffemas chaque livre de soie recueillie à Paris « que l'on 
prise comme les estrangers » vaut « peut estre trois escus et demy » et 
o chaque livre de velours, satin de Gènes et autres telles estoffes, revient eu 
France à neuf ou dix escus. » 

1. Avant le cours professé en Sorbonne par M. Réhelliau en 1910, ce fait 
n'avait pas encore été relevé comme il le méritait, même par le savant cons- 
ciencieux qui a écrit la plus importante étude sur cette question (G. Fagniez, 
L'économie sociale de la France sous Henri IV, 1589-1610, Paris, Hachette, 
in-8°, 1897). 

2. Traicté de l'Economie politique, dédié au roi/ el à la règne mère du rou, 
Rouen, 1615, in-4". Montchrestien est Normand et a fait imprimer hors Paris 
non seulement cet ouvrage, mais toutes ses tragédies. Aussi ne se rattache-t-il 
pas à notre étude sur le protestantisme à Paris. 



LE COMMERCE. LAFFEMAS 355 

roi de Navarre comme « tailleur valet de chambre ' » et ensuite 
« fournisseur de son argenterie. » Aussitôt que la pacification 
permet la reprise des affaires, il publie un ouvrage intitulé « les 
trésors et richesses pour mettre l'Etat en splendeur (1596). Pour 
intéresser quelques grands personnages à cet exposé de ses idées, 
il s'est cru obligé de leur dédier de petites poésies - - hélas très 
médiocres — et il y en a une dédiée à Catherine de Bourbon, 
dont une sœur de Laffemas épousa le secrétaire -. Dès lors, pres- 
que chaque année, et souvent à raison de plusieurs publications 
par an, Laffemas fait paraître, toujours à Paris, des ouvrages 
assez étendus ou de simples traités sur des points particuliers, 
par exemple la culture du mûrier 3 . En 1597, c'est tout un plan 
d'ensemble d'organisation industrielle, où l'on trouve des vues 
singulièrement en avance sur celles des contemporains 4 : par 
exemple, Laffemas conseille l'établissement d'associations très 
semblables à nos syndicats professionnels actuels ; constitués 
de telle sorte que les membres régleraient entre eux leurs 
conflits, dans la plupart des cas, sans recourir à la justice ordi- 
naire. 

En cette année précisément (avril 1597) un édït érigea tous 
les métiers en jurande, ce qui unifiait davantage l'organisation 
industrielle, et bientôt Laffemas fut chargé par le roi d'une sorte 
d'enquête auprès des principales corporations parisiennes. Pen- 
dant trois ans (1598-1600) il s'informa des vœux des industriels 
parisiens et en rédigea pour ainsi dire les cahiers, demandant 

1. Il porte ce titre encore en 1597 où un ouvrage de lui est imprimé comme 
de M. << Laffemas dit Beausemhlant » ; en 1602 il s'intitule sieur de Bautort. 
Les lettres patentes du 15 novembre de cette année portent que le roi « désire 
recognoistre les longs services faits par ledit Laffemas depuis quarante ans. » 
D'après la légende d'un portrait dont parle le P. Lelong, Laffemas serait né en 
1540. 

2. Madame, vos vertus belles et magnanimes. 
Induisent le public s'adresser devers vous. 
Pour supplier Le Koy en ses biens et ses mines. 
Faire ce bien pour soy, bonne part aurons tous. 

Un fils de Françoise Laffemas et Isaac Poupart eut pour parrain à Charen- 
ton en 1602 l'avocat Jean Arnauld. C'est à tort que la France protestante 
substitue à cet Isaac Poupart un Isaac de Laffemas (Fr. prot., 2° éd., t. 1, col. 
;{58). Le (ils de Barthélémy qui porte ce nom est né en 1589 ; c'est le trop 
fameux protégé de Richelieu et Mazarin. 

.'{. La France protest., 1"' éd., t. VI, p. 191, énumère vingt de ces ouvrages. 

4. Règlement général pour dresst r les manufactures en ce royaume, Chez 
Claude de Montreuil, in-8°. 



356 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

au roi « l'unité de poids et mesures, la création d'une chambre 
de commerce l'arbitrage des gardes-jurés sur les différends, l'ou- 
verture d'ateliers publics pour faire travailler les pauvres, etc. 1 » 

En 1604, Laffemas publie un « Recueil présenté du roy, de ce 
qui se passe en l'assemble du commerce, au Palais à Paris 1 , » 
qui est un des plus intéressants documents de ce genre ; il rend 
compte de l'acclimatation à Paris de diverses industries étrangè- 
res et aussi d'inventions nouvelles faites par des Parisiens. Les 
mêmes commissaires avaient « curieusement recherché les moyens 
de restablir la police à Paris 3 , » et Laffemas appuie « un autre 
grand advis pour faire nettoyer la ville de Paris tant des boues 
et toutes sortes d'immondices que des pauvres, auxquels on fera 
gagner leur vie, jusques aux plus petits enfants, en les em- 
ployant aux œconomies et nourriture de porcs et volailles, qui 
se feront par l'entrepreneur ez environs de ladite ville, tant de 
ce qui sera recuellly et mesnagé des dites immondices qu'au- 
tres pastures dont on les nourrira en grande quantité, sans 
aucuns fraiz ni despenses, par nouvelles inventions i . » Ce 
projet d'assistance par le travail et d'amélioration de la voirie, 
tout à la fois, paraît à Laffemas « une des plus belles entreprises 
qui se puisse faire pour le bien public et commodité de la ville 
de Paris » et il espère que le Conseil de Sa Majesté rendra un 
arrêt conforme. 

Ce plan ne fut pas entièrement exécuté, mais l'auteur fut 
nommé contrôleur général du commerce (15 novembre 1602) et 
occupa ces fonctions durant toute la fin du règne d'Henri IV, 
auquel il survécut peu. Or Laffemas était un membre fidèle de 
l'Eglise réformée, ainsi que plusieurs membres de sa famille 
également en résidence à Paris r> . Son premier ouvrage se termi- 
ne par ces mots : « Sur ce il fault prier Dieu qui est le vray fon- 
dateur des bonnes œuvres. » 



1. Cf. Fagniez, op. cit., p. 96. 

2. A Paris, par Pierre Pautonnier, 1604 ; réimprimé dans les Archives 
curieuses de Cimber et Danjou, 1" série, t. XIV, p. 219 et suivantes. 

3. Recueil, S 25. 

4. Recueil de 1604. § 27. 

5. Le 2 mai 1616 est enterré au cimetière des Saints-Pères Etienne Laffe- 
mas ; le 2 octobre 1626 est inhumée au cimetière de la Trinité Suzanne 
Chapin (ou plutôt Chuppin), femme de noble homme Félix de Laffemas, sieur 
de Beausemblant en Dauphiné (Bull. h. prot., 1863, p. 284 ; Fr. prot., t. IV, 
col. 350). 



LES SOIERIES. LAFFEMAS 357 

Laffemas fut avec Sully et O. de Serres le grand promoteur de 
l'établissement à Paris de manufactures de soieries, alimentées 
par les vers à soie élevés dans la région parisienne et au-delà. 
L'une des idées sur lesquelles Laffemas insista d'abord c'était 
le protectionnisme absolu pour développer l'industrie nationale ; 
l'entrée en France de certaines marchandises étrangères, comme 
les étoffes de soie, devait être rigoureusement prohibée. Naturel- 
lement les mesures prises conformément à ces idées soulevèrent 
de violentes protestations : les marchands de Lyon en particulier 
ne pouvaient se résigner à renoncer à l'importation des soieries 
italiennes. Avec l'appui d'Henri IV, Laffemas tint bon ; grâce à 
lui et on peut le dire malgré les Lyonnais de 1600, Lyon cessant 
d'être un simple marché de soieries étrangères, est devenu l'un 
des principaux centres producteurs de ces étoffes dans le monde 
entier. Laffemas aurait voulu donner le même essor à l'industrie 
parisienne mais il n'a pas eu ici le même succès. 

Cependant, près de la place royale en construction au parc des 
Tournelles un « superbe bâtiment l » s'éleva (1004-1606) des- 
tiné à la manufacture de soie que dirigea Sainctot. Beaucoup 
d'ouvriers protestants du Languedoc y sont employés. Tout cela 
disparut après la mort d'Henri IV. Dans les environs de Paris 
au contraire subsista à Mantes la manufacture que Sully avait 
installée dans le château : deux moulins et vingt métiers y fabri- 
quaient des « crêpes fins de Bologne, tant crespez que lisses 2 . » 
A Paris même, un nommé Godefroy établit une manufacture de 
soies et de brocards qui était une entreprise relevant davantage 
de l'initiative privée 3 . 

Si les manufactures de soieries n'ont pas prospéré à Paris 

1. Cette même expression est employée par Laffemas, Recueil de 1604, S 2 
ft par P. Cayet, Chronologie septénaire de 1605, livre VI, édition de 1611, 
p. 449. 

2. Fagniez, Economie sociale, p. 122 et 135. Le directeur était Noël Parent. 
Un membre du Consistoire de Paris portait ce nom entre 1630 et 1641 (B. 
h. p., 1863, p. 372). A Mantes aussi, sous Henri IV, des Rouennais fabriquaient 
des toiles fines et « tous autres ouvrages damassés, ouvrés, figurés ou raves 
d or et d'argent, ou de soie, de toute couleur ou façon » (Fagniez, p. 140). 

3. Fagniez, op. laud.,p. 86. François Godeffroy Le jeune, «marchand demeu- 
rant rue Saint-Denis devant les fontaynes des Saintz Innocents à l'ymaige 
Saint-Martin, » est en 1568 en correspondance avec Simon Le Comte à Tou- 
louse (Archives de l'Hôtel-Dieu de Toulouse, papiers S. LccomteL Sur Denis 
Godefroy, voir plus haut p. 181. Une famille de protestants rochelais entre 
autres, portait ce même nom. 



358 



L'ÉGLISE REFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 



d'une façon durable, il n'en a pas été de même de la tapisse- 
rie. 11 y avait eu dans la capitale au xvi" siècle plusieurs manu- 
factures « que le désordre des règnes précédents avoit abolies » ; » 
dès son entrée Henri IV alla visiter la seule qui fût rouverte, à 
l'hôpital de la Trinité (1594), et il confia à deux des meilleurs 
tapissiers, Maurice Dubout et Girard Laurent, l'organisation d'un 
atelier d'abord dans la maison professe de la rue Saint-Antoine 
vide depuis le départ des jésuites -, puis après leur rappel, dans 
la grande galerie du Louvre ;! ; ils y eurent pour voisin Pierre 
Dupont, inventeur de tapis à la façon du Levant 4 . « C'étaient 
de véritables entrepreneurs payant leurs ouvriers, travaillant 
à leurs risques et périls, et dont le Roi était seulement le plus 
riche client... Ils recevaient toutes les commandes, sauf à aug- 
menter leur personnel en cas de besoin \ » Or de bonne heure 
Henri IV avait songé à faire recruter ce personnel parmi les 
protestants flamands persécutés dans leur pays par le duc d'Albe 
et ses continuateurs ; il avait renoncé à les attirer en Béarn 6 , 
mais plusieurs vinrent à Paris et y furent naturalisés 7 . Tandis 
que les ateliers précédemment cités ont disparu l'un après l'au- 
tre, la manufacture nationale des Gobelins continue aujourd'hui 
encore les traditions d'ouvriers originairement en majorité pro- 
testants. 

Au commencement de 1601, M. de Fourcy avait été nommé 
« intendant sur le fait des tapissiers employés au service de Sa 



1. Sauvai, cité par .1. Guiffrey, tes manufactures parisiennes de tapis- 
series au xvii' siècle. Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile 
de France, t. XIX (1892), p. 43-292. 

2. Ci-dessus p. 

3. Brevet du 4 janvier 1608. 

4. En 1627 cet atelier de Dupont fut transféré à la Savonnerie (à Chaillot). 

5. Guiffrey, Les Manufactures parisiennes, p. 57. D'après Sauvai Laurent, 
comme directeur, recevait un écu par jour et cent francs de gage, les compa- 
gnons avaient de 25 à 40 sols. 

6. Guiffrey, Hist. île la tapisserie depuis le mouen-àge (Paris, Manie, 

1886, in-8°), p. 282. 

7. En 1603 la commission du commerce à laquelle Sully et Laffemas attri- 
buaient une si grande importance fit approuver par le Conseil d'Etat un 
projet d'édit relatif aux marchands étrangers. Ils pouvaient s'établir à Paris 
et dans quelques autres villes seulement, en demandant des « lettres de natu- 
ralité ». Celles-ci n'étaient accordées qu'après un an de domicile. Plusieurs 
des marchands qui bénéficièrent de ces dispositions, amenant avec eux leurs 
capitaux et leurs familles, fournirent un sérieux appoint tant au commerce 
parisien qu'à l'Eglise réformée. Cf. Fagniez, op. cit., p. 272. 



TAPISSIKRS FLAMANDS 359 

Majesté. » Dès le mois d'avril suivant arrivent en France deu\ 
Flamands devenus beau-frères à une époque que nous ignorons : 
François van den Planken (qui fut naturalisé sous le nom de 
De la Planche), orginaire d'Audenarde (un des principaux cen- 
tres de la tapisserie), et Marc Comans d'Anvers K La société for- 
mée entre eux dura jusqu'en 1627 et fut continuée d'abord entre 
ieurs fils, qui se séparèrent ensuite, R. de la Planche s'étant trans- 
porté au faubourg Saint-Germain, rue de la Chaise. Plusîeurs 
membres de ces familles, intimement liés aux Gobelins, Canayes 
et Chenevix, étaient protestants 2 . En janvier 1607 des lettres 
patentes constatent qu'ils sont établis au faubourg Saint-Marcel 
et leur accordent un privilège de quinze années. Les tapissiers 
seront logés gratuitement, relevés du droit d'aubaine, dispen- 
sés des tailles ; les directeurs ne paieront aucun impôt sur les 
matières premières nécessaires à la fabrication (laines, soies, 
etc.) ; chacun aura 15.000 livres de pension :! . Ils devaient avoir 
toujours en activité soixante métiers à Paris et vingt dans une 
autre ville, mais pouvaient administrer leur affaire comme ils 
l'entendaient, avec une liberté d'initiative bien faite pour plaire 
à des protestants. 

En mars 1607 le roi ordonne de leur verser cent mille livres 
promises pour une fois et dont ils n'avaient encore rien reçu 4 ; 
le paiement tarde, ils réclament de nouveau, le roi insiste auprès 
de Sully, lui disant : « Mon intention n'est pas de les voir rui- 
nez, mais bien de voir faire cet establissement sans qu'ils y per- 
dent, ny aussi qu'ils se facent trop riches à mes despens 5 . » 

Cependant les ouvriers flamands groupés en assez grand nom- 
bre autour de Comans et De la Planche, étaient des concurrents 
contre lesquels protestent les artisans français. Le Bureau de la 
Ville rend une décision interdisant aux Flamands de vendre 
autre marchandise que celle fabriquée par eux ; et nous trou- 
vons là une indication intéressante sur la nature des tapisseries 

1. Déclaration faite le 10 janvier 1622 par devant notaire en l'hôtel des 
Gobelins par la mère de François de la Planche ; la veuve de celui-ci habi- 
tait en 1627 l'hôtel des Canayes (Guiffhey, Man. ]><ir., p. 82 1. 

2. En février 1614, Jehan de la Planche, cciivcr, est parrain de Mathieu 
Chenevix à Charenton ; en novembre 1616 < M. Coman » est parrain de 
Jacques Chenevix ; en décembre 1617 Philippe de la Planche est parrain de 
Philippe Chenevix (II. h. p., 1858, p. 494). 

,'{. Guiffrey, Histoire de lu tapisserie, p. 294. 

4. Correspondance d'Henri IV, éd. Berger de Xivrcy, t. VII. p. 131, 

5. Ibidem, t. VI, p. 643. 



360 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 

faites d'abord au faubourg Saint-Marcel : c'était de la basse lice 1 . 
Ce travail était fort apprécié : « Ne se pourroit, dit P. Cayer, 
jamais rien voir de mieux ny pour les personnages ausquels il 
semble qu'il ne leur reste que la parole, ny pour les paysages et 
histoires qui sont représentées après le naturel 2 . » Ensuite on fit 
aussi au faubourg Saint-Marcel des tapisseries de haute lice. 

Ici encore reparaît Pierre de Beringhen, dont la famille était, 
d'ailleurs également originaire des Pays-Bas : le 29 septembre 
1609 il loue à Marc Comans et F. de la Planche deux maisons sises 
près du quai Saint-Bernard, moyennant 1.200 livres par an :! . 
Tous les tapissiers, maîtres et compagnons, étaient domiciliés 
au faubourg Saint-Marcel 4 ; les uns portent des noms flamands, 
les autres des noms français : ' (ou francisés). 

Plusieurs, comme leurs patrons, vont au prêche à Charenton, 
y font célébrer leurs baptêmes et leurs mariages, sont enterrés au 
faubourg Saint-Germain en attendant d'avoir, quelques années 
après la mort d'Henri IV, leur cimetière au faubourg Saint-Mar- 
cel 6 . Par contrats passés devant notaires, de jeunes garçons 
étaient placés en apprentissage dans tel ou tel atelier, pour une 
durée de cinq années, par Comans et de la Planche ". L'édit de 

1. C'est-à-dire que la chaîne étant horizontale, les fils de la trame étaient 
également dans un même plan horizontal. La décision porte « que la tapis- 
serie de haute lice qui a cy-devant fleury en ceste dide ville, et délaissée et 
discontinuée depuis quelques années, est beaucoup plus précieuse et meil- 
leure que celle de la marche, dont ils usent aux Pais Bas, qui est celle que 
l'on veult establir ». « Si la chaîne est verticale, les fils de la trame forment 
aussi un plan vertical, d'où la haute lice » (Littré, Dictionnaire, au mot 
Lice). 

2. Chronologie septénaire, année 1603, I. IV, édition de 1611, p. 410. 

3. Guiffrey, Man. par., p. 84. 

4. Le nombre des ouvriers variait suivant les prospérités des affaires ; en 
1635 dans l'une des deux manufactures alors existantes sur la rive gauche, 
celle de R. de la Planche, étaient employés cent vingt ouvriers (plainte 
citée par M. Guiffrey, Man. par., p. 132). 

5. Ainsi les Alleaume. Robert avait en 1627 dans sa boutique « en la rue 
Gobelin » plusieurs tapisseries mentionnées dans l'inventaire fait à la 
requête de la veuve de François de la Planche (Guiffrey, Man. par., p. 91). 

6. Voici un spécimen des actes inscrits sur les registres de Charenton : 
«■ Le 25'' jour de septembre mil six cent et onze a esté par Monsieur Durant, 
ministre de la Parole de Dieu, baptisé, après l'exhortation, Charles fils 
de Treys, tapissier, et de Ester Hecherut, nasquit le xx c dud. mois, présenté 
au baptesme par Paul Frecour aussi tapissier et Peronne Pape, tous fla- 
mands de nation » (B. p. p., 1872, p. 269). 

7. Extraits publiés par M. Guiffrey (Man. par., p. 103), d'après les notes 
de M. de Grouchy prises dans une étude de notaire. 



LES CANAYES 361 

1607 avait fixé le nombre des apprentis à vingt-cinq pour la pre- 
mière année et vingt pour les deux suivantes. Les tapisseries 
sorties de ces ateliers étaient les unes en laine, les autres en 
soie, souvent rehaussée d'or et d'argent ; elles portaient à la lisièrs 
inférieure une fleur de lys entre deux P (Paris, conformément 
à la décision du Bureau de la Ville). Il n'entre pas dans le cadre 
actuel de notre étude de suivre l'histoire de ces ateliers jusqu'au 
moment où, de 1662 à 1667, Colbert créa la « Manufacture royale 
des meubles de la Couronne » dans l'hôtel des Gobelins 1 . 

Mais ceux-ci étaient, à cette époque, fixés à Paris depuis plus 
d'un siècle, et nous avons à étudier leur histoire dans les entre- 
prises industrielles et commerciales auxquelles ils se livrèrent 
pendant plusieurs générations, avant que leur nom fût lié à la 
manufacture de tapisseries. 

Dès la fin du xv e siècle, Séverin Canaye était « teinturier au 
faubourg Saint-Marcel » et épousait Mathurine, fille de Jean 
Gobelin « aussy teinturier audit lieu, de laquelle il eut Jean, 
teinturier. » Cette fidélité héréditaire à l'industrie familiale est 
mentionnée avec insistance, comme une sorte de gloire, dans 
un « Traité historique des familles de Paris -. » Les Canaye ont 
aussi inauguré en France la fabrication des tapisseries de haute 
lisse. 

Un deuxième Jean Canaye épousa à son tour une Gobelin, sa 
cousine, une autre Mathurine. Ce fut un des premiers parisiens 
qui, en secret, puis dans de petites réunions, étudièrent et répan- 
dirent les doctrines de la Réforme. Elève de Farel au collège du 
Cardinal Lemoine, il lui rappelait plus tard avec émotion « ces 
jours nombreux où Lefebvre d'Etaples, cet homme si saint, si 
savant, leur distribuait le pain et l'eau vive :! . » Après Farel, Jean 
Canaye eut pour professeur Jean Lange, qui l'appréciait fort 4 . 



1. Guiffrey, Hist. de la tapisserie, p. 339. 

2. Bibl. de l'Arsenal, ms. 5035, t. II, p. 212. On y lit que Jean Canaye aurait 
fait bâtir l'église paroissiale du quartier : Saint-Hippolyte. Elle était à 
l'est de la rue des Marmousets, sur le boulevard Ara go actuel, non loin du 
temple protestant de Port-Royal (Cf. Histoire de la paroisse Saint-Hippolgle, 
par l'abbé .1. Gaston, Paris, 1908). 

3. Canaye à Farel, 13 juillet 1521, Corresp. des Réformateurs, éd. Hermin- 
gard, t. I, p. 241. 

4. « Canaeus diligenter navat opérant litteris, » Lange à Farel, l' 1 janvier 
1524 (ibid., I, p. 181. Cf. B. h. p., 1870-71, p. 405, et 1896, p. 45). 



362 



l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 



Nous savons d'autre part qu'il fut compromis dans l'affaire des 
Placards (1534) 1 et vingt-huit ans plus tard dans celle du Pa- 
triarche. Son locataire le marchand lucquois protestant Ange de 
Caule avait sous-loué pour les assemblées du culte une maison 
appartenant aux quatre frères Canaye. Ils durent, après les trou- 
bles, l'abandonner à la fabrique de l'église Saint-Médard -. L'aîné 
Philippe fut pendu à Toulouse où il allait acheter des pastels 
du Lauraguais (1568) ; Pierre fut arrêté à Paris la même année, 
et mourut en prison ; Jacques partit pour Bourges où il étudia 
le droit, il devint plus tard à Paris « un advocat fameux •">. » 
Quant à Jean il se réfugia après la Saint-Barthélémy à Genève 
où le rejoignit en 1573 un autre Jean Canaye 4 . Une maison 
habitée en 1572 à Paris par les Canayes se trouvait rue Pierre 
Sarrazin •". 

Au commencement du xvn" siècle nous retrouvons les Canayes 
à Paris : les uns vont abandonner l'Eglise réformée, comme le 
président de Fresnes après avoir travaillé à la préparation de 
l'Edit ; les autres restent fidèles à leur foi en même temps qu'à 
l'industrie familiale : ainsi Jacques Canaye, Geneviève Canaye, 
femme de François Gobelin 6 , Pierre Canaye 7 , etc. Leurs noms 
paraissent, avec ceux des Gobelins, dans divers actes dressés soit 
par le notaire protestant François, soit par un de ses collègues 
M c Richard Bourgeois s ; ainsi Suzanne Canaye, femme d'Alexan- 
dre Le Grand (1602 et 1620), Geneviève Canaye (1606), Madeleine 
Canaye, femme de Paul Parieu seigneur de Villemellon (1631). 

D'autres industriels protestants dont la famille a reparu fré- 
quemment dans la page précédente, ont donné pendant long- 



1. En 1536 il est toujours « marchand teinturier à Saint Marcel » (Archi- 
ves nat., Xla 1538, f. 69 r°). 

2. Le 18 août 1562 (voir ci-dessus, p. 23, et Fr. pr., 2' éd. III, 683» ; cf. 
Pradel, Un marchand de Paris au XVI e siècle (Acad. des se, inscript., et 
helles-lettres de Toulouse. 1889-90). 

3. Hist. ecch's. des ég. réf., I, 16, édition Banni (1883), t. I, p. 29. 

4. Registre d'habitation, bibl. de Genève. 

5. Rue existant encore près de la Faculté de médecine. Cf. A. DE Ruble, 
Mém. de la Soc. de l'hist. de Paris, t. XIII, p. 1 à 16 : Paris en l.')7'2. 

6. Min. François, 1603, n" 363. etc. 

7. Parrain à Charenton en 1608. 

8. M" Démanche m'a aimablement permis de consulter le « répertoire 
des minuttes de la pratique de feu M. Richard Bourgeois, depuis 1598 jus- 
ques au cinq juin 1634. » 



LES GOBELIN 363 

temps leur nom à la Bièvre : « elle a été nommée Rivière des 
Gobelins depuis que Jean Gobelin, excellent teinturier en laine 
et en soie de toutes couleurs, d'écarlate surtout, vint loger dans 
une grande maison qu'il fit bâtir près de Saint-Hippolyte, église 
voisine et paroisse du faubourg Saint-Marceau i. » Aujourd'hui 
encore la manufacture nationale de tapisserie et tout le quartier 
environnant perpétuent leur mémoire -. En effet on trouve des 
Gobelins teinturiers dans ces parages même avant et même après 
les Canayes : un premier Jean Gobelin dès 1450 '■'•. 

Le moment où ils adhérèrent à la Réforme n'est pas aussi 
ancien : en 1508 un autre Jean, « élu de Paris, » est privé de 
son office avec un certain nombre d'autres huguenots *. Dès 
1502 François, aïeul de tous les Gobelins protestants du xvn" siè- 
cle, et arrière-petit-fils de Jean I, était en pension dans une 
maison où étudiait aussi Agrippa d'Aubigné : ils se trouvaient 
là à bonne école, chez Mathieu Béroald, dans la maison de Saint- 
Victor, près du collège du Cardinal Lemoine '. Au moment de la 
Saint-Barthélémy les Gobelins habitaient leur grande maison 
« rue des Lionnets, quartier de l'Ourcine i; . » Le mari de Mar- 
guerite Gobelin, Jean Rouillé, pour échapper au massacre, abju- 
ra à Paris, tandis qu'à Rouen le mari de Catherine Gobelin, Pierre 
Aubert, fut parmi les victimes 7 . Bientôt François Gobelin et un 
de ses frères s'associèrent suivant les conseils de leur beau-frère 
Rouillé 8 . 



1. Sauvai-, Histoire et Antiquités de Paris, I, p. 209 ; II, p. 261. C. Glif- 
FREY, les Gobelin, Mémoires de la Soc. hist. Paris, 1906. 

2. Sur l'acquisition de la Maison des Gobelins par le roi le 6 juin 1662, 
voy. Bib; nat. ms. 21805, f. 167 (arrêt du parlement de 1725) ; d'autres acqui- 
sitions de 1662, 1665, 1667, 1668, complétèrent l'Hôtel des Gobelins auquel 
a succédé la manufacture actuelle. 

3. Traité kist. des familles de Paris (ms. Bib. Arsenal), II, p. 507-520. 

4. Registres des délibérations du Bureau de la ville, VI, 116 ; cf. B. h. p., 
1901, p. 635. 

5. Livre de raison de Béroald (Bib. nat., ms. Du Puy, vol. 630), cité /}. h. p., 
1899, p. 154, n. 3 ; cf. Fr. pr., II, col. .'Î98 : » Francisçus Gobelinus et Nico- 
laus Gobelinus. » 

6. A. de Ruble, toc. cit. La rue des Gobelins actuelle s'appelle rue de 
Bièvre sur le plan de Gomboust ; on y voit la n vielle porte Saint Marcel » 
juste avant n les Gobelins, <> qui se trouvaient en dehors, vers le • chemin 
de Villejuifve » (avenue des Gobelins). La rue des Lyonnais a gardé ce 
nom et est perpendiculaire à la rue Broca (ancienne rue de Lourcine). 

7. PRADEL, Un marchand de Paris, etc., ubi supra. 

8. Lettre du marchand Anthoine Sagnier, du 27 octobre 1570 (Papiers S. 
Le Comte, Archives de l'Hôtel-Dieu de Toulouse) : • M. Gobelin frère du 



364 l'église réformée de paris sous henri IV 

Plusieurs branches de la famille restèrent catholiques. Ainsi, 
semble-t-il, le « trésorier de l'épargne » M. Gobelin qui avait une 
maison de campagne à Crosnes près de Villeneuve-Saint-Georges, 
en face d'Ablon où la famille Gobelin possédait encore des terres 
à la fin du xvn" siècle 1 . Il témoignait au petit dauphin — le futur 
Louis XIII — beaucoup d'intérêt et d'affection ; le Journal de 
Héroard en renferme mainte preuve. Quand on ramène de Fon- 
tainebleau le jeune prince, M. Gobelin tantôt lui prête son car- 
rosse pour aller à Saint-Germain, tantôt lui fait voir la fontaine, 
le jardin, tantôt lui offre un goûter... ; cette fois l'enfant a grandi, 
il est reçu au château de Brie-Comte-Robert « racoustré par 
M. Gobelin, » qui est président des comptes (peut-être est-ce là 
même que Sully s'arrêtait en 1606 au moment du premier culte 
à Charenton). On met le dauphin au lit : « c'étoit le lit de M. Go- 
belin, et de ses draps 2 . » A la même époque vivent aussi d'autres 
Gobelin dont la religion nous est inconnue : Pasquette (1599), 
Jean (1605) s. 

Mais François Gobelin, l'ancien élève de Béroald, et sa femme 
Geneviève Canaye sont de fidèles membres de l'Eglise réformée, 
ainsi que la plupart de leur neuf enfants 4 . L'aîné, François, sieur 
de Gillevoisin et de la Grange du Bois, sera, il est vrai, enterré à 
Saint-Côme 5 ; il était devenu contrôleur général des rentes de 
l'Hôtel-de- Ville. Mais les noms de tous les autres figurent sur les 
registres d'Ablon et Charenton, sur la liste des inhumations dans 
les cimetières protestants à Paris, et sur les minutes de M° Fran- 
çois. Les trois frères suivants étaient teinturiers comme leur 
père : Alexandre, Etienne et Henri, le seul qui se maria. Trois 
des filles avaient épousé des gens de robe : Marie était devenue 
la belle-fille du poète Florent Chrestien, le précepteur d'Henri IV. 

sieur Franchoys Gobelin est arrivé. M. Rouillé espère que les deux frères se 
mettront en bref en compaignie. » 

1. Notamment au lieu dit » l'isle Robert » du côté de Villeneuve-le-Roi. 
Voir un plan de 1693 reproduit par l'abbé Bonnin, Ablon, etc., in fine. 

2. Journal de Héroard, I, 10, 277, 296, 398 (26 oct. 1601 ; 30 juil. 1607, 
14 juillet 1609). 

3. Min. de M e R. Bourgeois. 

4. Cf. Lacordaire (directeur de la manufacture des Gobelins) et Read, 
B h. p., 1855, p. 491. 

5. Gillevoisin est dans la commune de Janville-sur-Juine (Eure-et-Loir) ; 
la Grange du Bois dans celle du Perray (Seine-et-Oise). L'église Saint-Côme 
était sur remplacement actuel du boulevard Saint-Michel à l'angle des rues 
Racine et de l'Ecole de Médecine. 



LE COMMERCE DU PASTEL 365 

Son mari Claude Chrestien était avocat au Parlement ; ils de- 
meuraient rue Saint-Jean de Beauvais 1 . Madeleine et Margue- 
rite avaient trouvé des partis moins relevés : Daniel Gûillemard, 
sieur d'Ablon -', procureur au Parlement, et Mathieu Langlois, 
procureur en la chambre des comptes. La quatrième fille, Suzan- 
ne, a épousé un marchand drapier, Paul Le Chenevix, demeu- 
rant rue Saint-Jacques près la bibliothèque du roi :! . Leur con- 
trat de mariage, par devant M e François, porte la signature de 
nombreux Gobelin et Canaye 4 ; au mariage de la cinquième sœur, 
Catherine (appelée aussi parfois Suzanne) avec Jehan Lormeau, 
sieur de Longpré, figure aussi le nom du pasteur F. de Lobéran "■. 

L'une des principales sources de la fortune des Canayes et des 
Gobelins paraît avoir été le commerce du pastel. Alors employée 
couramment pour la teinture des étoffes, cette plante était cul- 
tivée dans les Comtés de Toulouse et de Foix, l'Albigeois et sur- 
tout le Lauraguais <• ; nulle part en Europe on n'en trouvait 
d'aussi bonne qualité ni en aussi grande quantité : il y avait 
jusqu'à quatre récoltes par an. Les feuilles étaient, dans des 
moulins, réduites en pâte avec laquelle on faisait des espèces 
de pelotes". Celles-ci séchées sur des claies, étaient envoyées aux 
teinturiers qui broyaient ces pelotes et délayaient la poudre dans 
l'eau pour teindre les étoffes, soit en bleu, soit - par divers mé- 
langes — en d'autres couleurs s . Vers 1568 les Canayes em- 

1. Min. François, 1603, n° 164, vente à M. Petau. 

2. Nous ne savons s'il s'agit de certains droits sur notre Ablon ou sur 
une autre localité du même nom : cf. Min. François, 1602, n° 185. 

3. C'est-à-dire vers la partie occidentale du Collège de France actuel. 

4. Min. François, 1603, n° 363. Voir nos Pièces justificatives. 

5. Minutes François, 3 janvier 1604. 

6. O. de Serres, Théâtre d'agriculture, II, 428. Les archives de l'Hôtel-Dieu 
de Toulouse renferment un fonds de correspondances très intéressantes 
(papiers S. Lecomte). M. Vuaflart a eu l'extrême amabilité de mettre les 
copies de plusieurs centaines de ces lettres à ma disposition. Ce sont des 
centaines de lettres écrites entre 1564 et 1585 à Paris, Toulouse, Bordeaux, 
Anvers et quelques autres lieux. Pendant cette période de vingt et un ;m 
les procédés commerciaux restent les mêmes ; ils n'ont fait (pie se perfec- 
tionner pendant la période que nous étudions ; nous y voyons les résultats 
toujours plus brillants, sans pouvoir continuer à suivre les détails avec 
autant de précision. 

7. Cf. S. GuÉNOT, Toulouse et le commerce du pastel (Bulletin de la Société 
de géographie de Toulouse, Toulouse, 1904, n" 1). 

8. O. de Serres, Théâtre d'agriculture, 3" éd., Paris, Abraham Saugrain, 
1005, p. 735 : « Naturellement sans moien le pastel fait la couleur bleue, 
et par meslange avec d'autres drogues, la noire, la tanée, la violette, la 

24, 



366 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

ployaient « environ 2.500 balles par an 1 . » Pastel était, paraît- 
il, le nom espagnol de la plante appelée en français guesde ou 
vouède, et un pain conique de pastel se nommait cocagne - ; ce 
commerce enrichit tellement les producteurs et les intermédiai- 
res que la partie de la vallée de la Garonne où on cultivait le 
pastel - - le « pays de cocagne » — devint synonyme de pays ri- 
che :! . Mais comment le faubourg Saint-Marcel est-il annexé au 
pays de Cocagne ? Voici : les Canayes et Gobelins ont d'abord eu 
besoin de pastel pour leurs propres teintureries, puis, se le procu- 
rant à bon compte dans le centre de production, ils se sont mêlés 
au commerce d'exportation en gros que faisaient les marchands 
toulousains. Non seulement ils ont été en relations d'affaires 
suivies avec plusieurs d'entre eux 4 , non seulement ils ont eu 
kur « facteur » ou représentant à Toulouse, Simon Lecomte •">, 
mais un des Canayes, Philippe, est allé lui-même faire de longs 
séjours au « logis des Balances, » jusqu'à sa mort, survenue, 
nous l'avons vu, précisément à Toulouse en 1568. Les Gobelins 
envoient aussi sur place, de temps à autre, un des leurs °. 



grizc, la verte. » Pour la couleur rouge il est question dans la correspon- 
dance des Canayes de garance et de cochenille ; en 1564 on écrit d'Anvers à 
Paris : « il se tire fort peu de cochenille pour la France » (lettre de Ch. de 
Haffrenques à P. Canaye, juillet 1564). 

1. Jean Canaye, de Paris, à Philippe Canaye, à Toulouse, 16 février 1568. 

2. Lettre de Marin Regnault, de Paris, à S. Le Comte à Toulouse, le 
29 juin 1580 : « J'é entandu y aura ceste année grande quantité de coquai- 
gnes, je dis autant y a eu de dix ans, qui me faict dire ne sera pour aug- 
manter le pastel. » Il y avait à Paris à la fin du xvi e siècle un sieur Claude 
Coquaigne qui tirait sans doute ce nom ou plutôt ce surnom du commerce 
du pastel auquel nous le voyons mêlé (lettre de Valentin Targer, de Paris, 
à S. Le Comte à Toulouse, 15 fév. 1579, papiers Vuaflart). 

3. Littré, dans son Dictionnaire, fait allusion à cette étymologie langue- 
docienne, mais en seconde ligne seulement. 

4. Dès 1578 Jean Rouillé est en correspondance d'affaires avec M. Macault, 
marchand à Toulouse ; en 1582 le fils de Jean Charpentier, de Paris, est 
placé dans cette maison. En 1580 Les Gobelins sont en relation avec Guil- 
laume Berthélémy, autre marchand de Toulouse. 

5. S. Lecomte est qualifié « habitant de Paris » sur un laisser-passer de 
Toulouse à Paris signé par le vicomte de Joyeuse, le 10 novembre 1568, et 
plus tard (1577) il est encore appelé « marchand de Paris ». Il descend 
tantôt à l'hôtel des Balances, tantôt au Château de Milan. En 1571 et 1577 
il est, sur les suscriptions des lettres, expressément qualifié « facteur de 
M. Rouillier [Jean Rouillé] marchand de Paris » ; il fait aussi des affaires 
pour les Gobelins tant à Bordeaux qu'à Toulouse. 

6. Eu 1572 Nicolas Gobelin va de Paris à Toulouse à cheval, puis de 
Toulouse à Bordeaux par eau, semble-t-il (lettre du 18 avril 1572 à 
S. Lecomte, etc.). 



LE COMMERCE DC PASTEL 367 

C'était une grosse affaire de faire venir alors des marchan- 
dises de Toulouse à Paris : le transport se faisait le plus ordinai- 
rement par eau : de grandes barques descendaient la Garonne 
jusqu'à Bordeaux l . Là les Canayes et Gohelins avaient aussi 
des correspondants qui achetaient pour eux des vins. Balles de 
pastel et tonneaux étaient chargés sur des bateaux qui contour- 
naient les côtes de France jusqu'au « Havre de grâce » et re- 
montaient souvent jusqu'à Rouen-. Traversée non sans péril, 
car il y a au large de la Bretagne des « pillards >• anglais ou 
autres qui s'approvisionnent de pastel sans bourse délier 3 . Un 
des bienfaits du règne d'Henri IV fut de rendre cette naviga- 
tion plus sûre. Du Havre, en remontant la Seine la cargaison 
arrive jusqu'à Paris, ou bien, si elle est destinée à l'Angle- 
terre, elle va jusqu'à Londres ; si elle est destinée aux Pays-Bas 
ou à l'Allemagne, elle est débarquée à Anvers. Là aussi les 
Canayes ont envoyé un membre de leur famille, Charles de Haf- 
frenques, neveu de Pierre et Philippe Canaye, qui tous les quinze 
jours les tient au courant de la « cote » et des affaires com- 
merciales de ce côté là 4 . Et ainsi arrivent faubourg Saint-Mar- 
cel des courriers très régulièrement organisés, venant d'Anvers, 
de Londres, du Havre, de Bordeaux, de Toulouse (par Orléans, 
où il y a aussi des marchands de pastel 5 ) ; des lettres de change 

1. Lettre d'un Gohelin à S. Lecomte, datée de S. Marcel lès Paris, 14 déc. 
1581, à propos de balles de pastel conduites par eau à Bordeaux (Fagnjez, 
op. cit., p. 385). 

2. Compte de Jehan Roullié en 1570 avec un marinier, pour transport de 
1936 balles de pastel. 

3. « La mer est toute couverte de pillars ; despuis trois jours est retourné 
icy ung navire qui avoit icy charge environ 400 balles de pastel et 120 balles 
coyppeau de peignes ; le pastel estoit pour Mis Canneye, Mons. Astorg et 
aultres ; led. navire a esté pillé de 300 balles pastel au travers de Belle 
Isle » (François Melet et Michel du Sosoy, de Bordeaux, à Simon Le Comte 
à Toulouse, le 25 juin 1572). Parmi les protestants de Paris figure à Ablon 
en 1604 un « marchand peignier », Pierre Baudry (B. h. p., 1872, p. 263). 
La famille d'Astorg appartenait à la petite noblesse du Languedoc. Plu- 
sieurs de ses membres furent protestants (Fr. prot., 2' éd., t. I, col. 422). A 
Bordeaux vers 1577-82 un autre correspondant de .1. Rouillé et S. Lecomte 
s appelle Anthoine Sagnier. 

4. Lettres des 12 et 27 juillet, 26 août 1564, etc., à Philippe Canaye à 
Toulouse. 

5. Lettre de Marin Regnault. de Paris, à S. Le Comte à Toulouse, le 
17 juillet 1580 : <■ M. de Myramion d'Orléans ces jours passez a vandu en 
ceste ville quelques 120(1 halles pastel fort bonne marchandise, pour !) 
[•ci un astérisque au-dessus d'un triangle équilatéral] balle terme trois 
foys dix mois. » 



3G8 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

circulent, des protêts sont signifiés, dans des formes presque 
identiques à celles qui sont en usage encore aujourd'hui. Une 
comptabilité est tenue, qui étonne par la méthode rigoureuse avec 
laquelle y sont enregistrés des chiffres d'affaires très considéra- 
bles. Nous avons entendu un juge des plus compétents, M. Vua- 
llart, comparer ce commerce du pastel au commencement du 
xvn° siècle avec celui du caoutchouc au commencement du xx c En 
effet, si l'on tient compte du progrès des moyens de transport 
et de la différence de valeur des matières transportées, il y a une 
bien grande analogie : dans l'un et l'autre cas on achète aux pro- 
ducteurs indigènes très éloignés, on transporte par mer, et on 
réalise sur le marché de Paris, de Londres ou d'Anvers des béné- 
fices qui se chiffrent par millions. 

Henri IV et Sully ont, de tout leur pouvoir, favorisé par un 
protectionnisme énergique, l'agriculture languedocienne, le com- 
merce toulousain et parisien. Une concurrence terrible menaçait 
le pastel : celle de l'indigo, importé des Indes orientales et occi- 
dentales : une ordonnance de 1598 en défend l'usage ; un édit 
de 1609 (qui ne fut jamais appliqué au pied de la lettre), punis- 
sait de mort « tous ceux qui emploieraient cette drogue fausse 
et pernicieuse appelée inde l . » 

Or, chose curieuse, presque tous les gens qui participent à ce 
commerce du pastel sont ou ont été protestants, et les plus impor- 
tants sont des protestants parisiens 2. Les progrès du protes- 
tantisme et la circulation des balles de pastel suivent deux cour- 
bes étrangement semblables. La Saint-Barthélémy a été le si- 
gnal d'une crise économique, et plus d'un Languedocien a 
alors abjuré... pour pouvoir continuer son commerce et « re- 



1. GukNot, Article cité, Bull. soc. géog. de Toulouse, p. 131. 

2. Il semble bien que S. Le Comte était lui-même protestant et avait 
abjuré dès 1568. Le 2 février 1569 le lieutenant général du Lyonnais déclare 
avoir vu une « certification » du lieutenant général du Languedoc le vicomte 
de Joyeuse (en date du 10 novembre 1568) déclarant que S. Le Comte « habi- 
tant de Paris lequel s'en retourne à Paris » est « bon et vray catolique, » 
chose dont on aurait alors, semble-t-il, pu ne pas être sûr. Si Le Comte 
était ensuite redevenu protestant, on s'expliquerait qu'il ait été victime de 
Il persécution qui sévit de nouveau avec violence en 1585 et qu'il ait quitté 
Toulouse à cette date, où cesse précisément la correspondance déposée aux 
archives de l'Hôtel-Dieu. Peut-être aussi cesse-t-elle en raison de mauvaises 
affaires : c'est ce qu'on pourrait conclure d'une lettre de reproches de Jehan 
Houille à S. Le Comte, datée de Paris. 17 juillet 1585. 



LE COMMERCE DE PASTEL 369 

dresser sa boutique ] » au pays de Cocagne. A Paris, nous 
avons vu Jean Rouillé abjurer, mais les Canayes et les Gobelins 
pour la plupart, rester plus fidèles, et être, sous Henri IV, tou- 
jours plus protestants et aussi toujours plus prospères. A côté 
comme Valentin Targer - ; mais sans comparaison les Canayes et 
les Gobelins font de beaucoup plus grosses affaires. Ils ne se font 
pas précisément concurrence, et même se renseignent et s'aident 
volontiers entre eux, mais chacune des deux maisons est bien 
aise de dépasser l'autre :î . 

1. Par exemple Jean Rouillé engage d'une manière très pressante, angois- 
sée, ses correspondants d'Albi à « faire actuelle profession de la religion 
chrestienne » aussitôt après la Saint-Barthélémy : « 11 y a plus de cinq 
mille personnes en ceste ville qui délaissant ceste vaine oppiniastreté se 
sont réunitz en l'Eglise de Dieu » (lettre du 22 sept. 1572) ; le 22 janvier 1573 
Jacques et Pierre Fabvre lui écrivent : « Nous fumes reduys à l'Eglise catoli- 
que romène et pansant estre en tranquillité et repos pour faire nos affères 
redressâmes nostre botique. » Le 10 septembre 1572 la soeur de S. Le Comte, 
Jane Berlande, qui habite Lyon, lui rend compte des abjurations : « 11 y a les 
plus gros de la religion qui vont à la messe... L'on en a fait mourir et nier 
[noyer] plus de six cens. » 

De Bordeaux, où il est en séjour, Nicolas Gobelin écrit au même Le Comte 
le 16 septembre 1572 : « Quand à ce que me mandés que je vous escripve 
comment on se gouverne envers ceulx de la relligion pour pouvoir mettre 
ordre à ceulx qui doibvent, je vous advise que jusques icy ils n'ont esté 
molestés... Quand à Boier il m'a dit avoir protesté de vivre en bon catho- 
lique... Je croy qu'il fauldra qu'en facent autant ceulx qui vouldront demeu- 
rer en seurté en ce roiaulme, aultrement je voy les affaires en piteux estât. » 
Guillaume Boyer était (en 1578) <• marchant drappier demeurant rue Poi- 
tevine près le Palays à Bordeaulx » ; il parait souvent dans les affaires de 
pastel. 

A Orléans aussi les affaires de pastel passaient entre des mains protes- 
tantes : le 29 juin 1580 Marin Begnault écrit de Paris à Lecomte à Toulouse : 
" M. Aleaume d'Orléans m'a dict ce matin avoir receu lectre de son homme 
qui luy escrit il s'es vandu pastel ses jours passez pour six escus chargé 
bonne marchandise. >> 

2. Peut-être le grand-père du fondateur de l'Académie française Valentin 
Conrart, fils de Piéronne Targer, d'une famille de Valenciennes, qui est né 
à Paris en 1603 ; sa sœur Marie est baptisée à Charenton le 20 febvrier 1610 
(H. h. p., 1872, p. 268). 

3. Jean Canaye, de Paris, à Philippe Canaye, à Toulouse, 16 febvrier 
1568 : •■ La marchandise du cousin Jehan Gobelin ne luy revient pas à 
plus de 13 livres 10 sols la balle rendue à Paris, la vostre nous revient à il. » 
Quatre ans plus tard les cours ont augmenté : Jean Rouillé écrit de Paris 
le 16 juin 1572 à un correspondant (inconnu : S. Le Comte peut-être) de 
Toulouse : < Les 86 balles pastel que avez achepté de M. du Pin est une 
fort petite marchandize, et est si petite que les tainturiers n'en veullent 
aissayer. Girard Lebret et mon frère François Gobelin l'ont mise en l'eau 



370 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

Enfin des gens qui ne sont pas commerçants de profession 
placent de l'argent dans les afTaires de pastel lorsqu'ils voient 
que cela peut rapporter de gros dividendes, et ceux-là aussi sont 
souvent des protestants qu'on voit à Paris, plus ou moins dans 
l'entourage de la cour 1 . 

Ainsi cette correspondance d'affaires en apparence intéres- 
sante seulement au point de vue commercial, est un document 
de premier ordre pour l'histoire du protestantisme parisien. Ces 
pages tout hérissées de chiffres et de termes techniques renfer- 
ment maint paragraphe où se marque fortement la personnalité 
des signataires. Les événements politiques sont très brièvement 
résumés, en raison de leurs conséquences économiques ; les 
affaires religieuses sont l'objet de relations et de conseils beau- 
coup plus détaillés : encore faut-il lire entre les lignes bien des 
avertissements sérieux. Même au point de vue professionnel, les 
affaires sont menées par les chefs non pas « militairement, » 
comme on dit parfois, mais familialement, au sens de la forte 
organisation de la famille huguenote. Le père reprend le fils, le 
frère aîné le cadet, le patron son « facteur, » avec une autorité 



et ne m'en offrent 22 livres de la balle, laquelle me revient en ceste ville à 
23 livres 1*2 sols 6 deniers. » Cf. lettre du même à S. Lecomte à Toulouse, 
17 juillet 1585 : « Touchant l'arrest faict sur la cedulle que mes frères 
Gobelins vous doivent pour le pastel vostre à eux vendu, y ay faict arrest. 
Entendant de jour à aultre par la bouche desdictz Gobelins que M. Canaye 
voulloit se prévalloir sur eulx de la somme contenue en vostre cedulle, et 
qu'il estoit après à leur demander argent, disant que debviés bonne somme 
aux Canayes ses nepveus. Je suis le premier arrestant, et la cédule je la 
garde. » Marin Regnault écrit de Paris à S. Le Comte, à Toulouse, le 28 mai 
1580 : « Je suis esté parler à M. Gobelin, qui m'avoit donné la cedulle de 
Kicardy ; lequel Gobelin m'a fait responce lui raportant la cedulle dudict 
Bicardy avec un simple adjournement... Ledict Gobelin me détient mon 
argent. Voilà que c'est de faire plaisir ! » 

1. Ainsi M. de Beausemblant, tailleur du roi de Navarre en 1579, dont il 
est question à cette époque dans des lettres de Toulouse et de Bordeaux. 
1' fait des affaires à propos de pastel avec Jean Rouillé. M. Fagnikz, l'Eco- 
nomie sociale sons Henri IV, publie une lettre de Paris, le 6 août 1578, par- 
lant d'une cedule de cinq cents écus payables dans six mois par le sieur 
Beausemblant. Or c'est à Beausemblant que naquit Barthélémy de Laffemas 
(voir ci-dessus) ; il s'agit probablement ici de ce célèbre personnage. On 
trouve aussi le nom de Bèze, d'une manière assez inattendue le 18 août 1574 
dans une lettre de Valentin Targer, de Paris, à Simon Le Comte à Toulouse : 
i< Quant à vostre partie de Monsieur de Bèze, je luy en ay tenu propos, 
lequel m'a dict qu'il seroit marry que eussiez perdu quelque chose avec luy 
et que vous estant par dessa vous vous accordrez bien ensemble. » 



DESSÈCHEMENT DES MARAIS 371 

mêlée de bonhomie qui rappelle le ton sévère et affectueux avec 
lequel Du Moulin conseille au pasteur de « tancer » son trou- 
peau pour lui faire faire des progrès spirituels '. Et l'on se repré- 
sente facilement quelle place ces Canayes et ces Gobelins, hommes 
de si forte trempe, occupaient à la fois dans le inonde des affaires 
et dans l'Eglise de Paris. 

Pour donner une idée complète du rôle des protestants pari- 
siens dans le développement économique sous Henri IV il fau- 
drait encore noter qu'ils ont été bailleurs de fonds, actionnai- 
res ou commanditaires, comme nous dirions aujourd'hui, dans 
plus d'une entreprise ayant pour objet des travaux exécutés 
dans les environs de Paris ou bien loin de la capitale. • 

Ainsi en 1597 un Hollandais de Berg op Zoom que les docu- 
ments appellent souvent d'un nom francisé : Huinphrey Bradley 
(Bradelet) obtint le privilège du dessèchement des marais de 
Chaumont-en-Vexin. Une telle opération présentant un double in- 
térêt, tant au point de vue des terres rendues à la culture, que de 
l'assainissement, le roi, par édit du 8 avril 1599 lui confia l'en- 
treprise générale du dessèchement des marais dans toute la 
France, notamment ce qui intéressait au premier chef les 

protestants rochelais au bord de l'Océan. L'entrepreneur 

s'était contenté d'abord de ses propres capitaux, puis de ceux 
de quelques compatriotes entre autres Marc et Jérôme de Co- 
mans et François de la Planche 2 . Une déclaration de janvier 
1607 permit à cette société de faire appel aux capitaux français 3 ; 
quelques années après, ce J. de Comans dont nous avons ren- 



1. Jean Canaye, de Paris, à Philippe Canaye, à Toulouse, 15 février 1568 : 
. Vous nous faites débiteur de 39925 livres 6 sols, et dites qu'il vous reste 

à recevoir plus de 26000 livres : nous serions débiteurs de plus de 66000 
livres ; » Jean conteste ces chiffres et ajoute : « Nous n'avons ny profit 
ny commodité du faict de Thoulouze sinon sur le pastel. •> Cf. lettre de 
J." Rouillé à S. Le Comte le 17 juillet 1585 lui reprochant d'avoir été malhon- 
nête et maladroit. 

2. Auxquels, en janvier 1607, Mme de Mortemart a cédé tous ses droits 
sur certains marais de la principauté de Tonnay-Charente (inventaire d'août 
1627, Guiffrey, Man. }>ar., p. 93 ; dans cet acte « Hunfroy Gradelay » est 
qualifié « gentilhomme brabançon et maître des digues en France » et 
François de la Planche « gentilhomme flamand naturalisé François »). 

3. Isambert, XV, 313-322 ; Fagniez, Economie sociale sous Henri IV, 
p. 26-29. 



372 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

contré le nom associé à celui des Gobelins sera chargé de des- 
sécher des marais de l'Ile de France 1 . 

Pendant que Sully était — depuis 1599 — le premier grand 
voyer de France, Bradley fut aussi chargé d'intéressants projets 
ayant pour but de faciliter aux marchandises l'accès de Paris par 
eau 2 . 

La mise en valeur des richesses minières de la France fut, 
d'autre part, une des préoccupations de Sully. Il fut le principal 
auteur de l'édit de 1601 qui mettait l'exploitation en régie. En 
1599 on croyait qu'il allait être nommé surintendant des mines :! . 
Cela n'arriva pas, mais un autre protestant parisien de l'entou- 
rage du roi, Pierre Beringhen, fut nommé contrôleur, et les minu- 
tes du notaire François renferment de nombreux actes qui le 
montrent intéressé dans des affaires de mines et autres exploi- 
tations analogues 4 . 

P. Cayer, au dernier livre de sa Chronologie septénaire (1604) 
se plaît à signaler « plusieurs belles inventions nouvelles pour 
les manufactures, trouvées en ceste année, et d'autres apportées 
en France par les ouvriers des pays estranges ; » plusieurs de 
ces industries s'établirent aux portes de Paris grâce à l'initiative 
de protestants et souvent dans les faubourgs habités par eux. 
Ainsi Cayer signale « la nouvelle invention de faire des toilles et 
cordages des escorces de meuriers blancs, plus facilement que 

1. Ceux do Larchant près Nemours : traité du chapitre de Notre-Dame de 
Paris avec Jérôme de Comans, 23 juillet 1611 (Denis, Lectures sur l'agricul- 
ture eu Seine-el-Marne, p. 245). 

2. Projets de rendre l'Oise navigable, et de joindre la Saône à l'Yonne 
par un canal suivant la vallée de l'Ouche (1606). Des travaux de ce 
genre n'ont été exécutés que beaucoup plus tard (Cf. Fagniez, op. laud., 
p. 192). Dans le Recueil de ce qui se passe eu l'assemblée du commerce (1604), 
§ 34 à .17), Laffemas avait préconisé diverses mesures pour faciliter la navi- 
gation fluviale notamment dans le bassin de la Seine, par les rivières et de 
nouveaux canaux. 

3. Dépèche de l'ambassadeur H. Neville à Cecil 20 août 1599 (sir Ralph 
YVinwood, Memoricds of affairs of slate, Londres, 1725, I, 93 ; Fagniez, 
op. cil., p. 34). Le surintendant des mines fut Roger de Saint-Lary, duc de 
Bellegarde (de Thou, Histoire, VI, 156, année 1603). 

4. Après la conférence de Fontainebleau « un don pour l'estat des mines » 
qui avait été fait par le roi à Du Plessis-Mornay fut révoqué. « J'en atten- 
drai donc un autre, » écrit-il à Beringhen (lettre du 10 octobre 1600, dans 
les Mémoires de Mornay, édition de 1652, t. I er , p. 15). 



EXPLOITATIONS ET INVENTIONS DIVERSES 373 

des orties et des escorces du til et autres arbres semblables, et 
de toutes sortes fines et grosses, plus fortes et de plus longue 
durée que les autres, inventée par le sieur de Serres 1 . » Il vante 
encore « la conversion du fer et d'autres mines dont nous abon- 
dons en France, en fin acier (que l'on estoit contraint d'aller cher- 
cher en Piedmont et en Allemagne, pour cinq ou six sols la livre 
(ne s'en estant jamais trouvé en France que du fer fort qu'ils ap- 
pellent petit acier de Brie) ne se vend que deux à trois sols tout 
au plus, fort différent de l'autre : on en peut voir l'establisse- 
ment et les fourneaux et en admirer l'excellence aux fauxbourgs 
Saint-Victor sur l'embouchure de la rivière de Bièvre... » ; et enfin 
« pareil establissement des tuyaux et des canaux de plomb, 
tant longs et de tel calibre que l'on veut, battus et légers comme 
le fer à cuirasses, plus forts et de plus longue durée que les 
autres canaux de plomb ordinaires et accoustumez, à meilleur 
marché, et qui rendent les eaux qui y coulent plus salubres poul- 
ie corps humain, à cause des ingrediens de la soudure qui cor- 
rompent l'eau qui passe : aussi que la soudure laisse toujours de 
petites languettes ou gouttes pénétrantes et pendantes, qui arres- 
tent et font croupir le limon de l'eau et en fait croupir le tuyau 
qui s'en estouppe, avec plusieurs autres secrets et commoditez 
qui en dépendent, inventez par Ferrier, demeurant aux faux- 
bourgs S. Germain. » 

Ferrier est un nom fréquent parmi les protestants languedo- 
ciens et cet inventeur demeure dans le quartier où ses coreli- 
gionnaires étaient si nombreux ; mais cela est loin de suffire 
pour que nous puissions avec assurance le compter parmi les 
membres de l'Eglise réformée : nous avons fait, malgré toul, 
cette citation, parce qu'elle dépeint bien l'ingéniosité du monde 
ouvrier au milieu duquel, en tout cas, vivaient de nombreux pro- 
testants. « La France, dit ailleurs Cayer, semble se vouloir reven- 
diquer la juste possession des arts et inventions de toutes sor- 
tes : comme c'est la France qui les élabore toutes, et si l'on veut 
considérer ce qui s'en fait es nations étrangères, ce sont tousjours 
les François qui en ont esté les premiers autheurs -. » 



1. Edition de 1611, p. 450. 

2. Et Cayer conclut par cette réflexion mélancolique qui a élé plus d'une 
fois justifiée de nouveau depuis quatre siècles : .Mais le François a cela 
de mauvais qu'il ne continue pas : il n'a que la première poiucte » (Chrono- 
logie septénaire de 1605, 1. IV, édition de 1611. p. 410). 



374 l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 



Les protestants parisiens ont ainsi favorisé par leurs travaux, 
leurs conseils et leurs capitaux les entreprises commerciales et 
industrielles à Paris et dans toute la France : par exemple Marc 
de Comans et François de la Planche, antérieurement à 1610, se 
sont associés pour faire l'importation des blés i ; et on trouve- 
rait probablement aussi trace de leur collaboration aux expédi- 
tions coloniales essayées à cette époque, mais cela nous entraîne- 
rait trop loin de Paris... Ce que nous avons dit peut donner déjà 
quelque idée de l'appui qu'ils ont prêté si efficacement aux grands 
desseins d'Henri IV 2 , 

Qu'ils soient en relations d'affaires du côté de la Mer du Nord 
et de la Manche avec leurs coreligionnaires de Hollande et d'An- 
gleterre, ou qu'ils rivalisent d'énergie et d'ingéniosité, dans !e 
bassin de la Méditerranée, avec les marchands de Gênes et de 
Venise ou les banquiers de Florence, partout, en augmentant leur 
propre négoce, ils étendent l'influence française. On a sou- 
vent parlé de la crise économique grave qui, après la Révocation 
de l'Edit de Nantes, a appauvri Paris à la fin du xvn e siècle : il 
faut noter avec insistance le phénomène contraire qui avait mar- 
qué le début du même siècle ; grâce à l'Edit lui-même, la liberté 
religieuse avait attiré dans la capitale nombre de ces marchands 
et ouvriers protestants, français et étrangers, dont les petits- 
enfants quitteront Paris lorsque cette liberté religieuse sera sup- 
primée. Elle avait contribué à donner à la France une ère de 
prospérité admirable. Après avoir précisément étudié l'histoire 
des tapissiers parisiens, un excellent juge a pu formuler cette con- 
clusion générale : « C'est Henri IV - et nous ajoutons : c'est en 
partie le peuple réformé parisien, protégé par lui - - qui a réuni 



1. Guiffrey, Manuf. par., p. 83. Un contrat de 1615, relatif à des fourni- 
tures de blé faites à Malte, mentionne en outre Jérôme Van Ufle et le sieur 
de Villebouzin parmi les associés. Villebousin est dans la commune de 
Ballainvilliers (arr. de Corbeil). 

2. En bien des cas on voudrait — mais sans y parvenir — suivre plus 
loin des chemins à peine indiqués vers des domaines fort intéressants. Ainsi 
M. Fagniez (p. 234) signale que « le 20 décembre 1608 le Conseil d'Etat 
approuve les statuts soumis par le sieur de Fontenu, avocat au parlement, 
pour la création d'une banque de France qui eût été une banque de dépôt 
et de prêt, non d'escompte et d'émission ; mais le capital — 1.500.000 livres 
— ne fut pas souscrit. » Impossible, jusqu'à présent, de trouver aucun 
renseignement sur ce Fontenu : il y a eu des Fonteneau originaires de la 
Rochelle, et protestants. 



SITUATION JURIDIQUE DES PROTESTANTS 'M ~> 

les éléments de la gloire de Louis XIV ; c'est lui qui a rendu 
possible l'œuvre féconde de Colbert l . » 

§ 4. Situation juridique des protestarts 

Outre des noms de patrons, comme les de la Planche associés 
aux Gobelins, les registres d'Ablon donnent ceux d'ouvriers de 
toutes sortes de métiers : rubanniers, brodeurs, etc., domiciliés 
plutôt au faubourg Saint-Marcel -. Patrons, ouvriers et apprentis 
protestants, à cette époque, n'ont pas été exposés à autant de 
vexations ni de restrictions qu'ils eurent à en subir plus tard. La 
question des rapports entre catholiques et protestants dans les 
divers corps de métiers était cependant fort délicate ; peut-être 
Sully pensait-il à la sécurité des protestants parisiens, aux re- 
présailles qui les menaçaient, eux si souvent victimes des pre- 
miers coups sans provocation, lorsqu'il adressait des conseils 
de libéralisme aux protestants rochelais au moment même où le 
culte venait d'être transféré à Charenton : « Quant aux maîtri- 
ses et arts mécanicques vous ne devez nullement empescher [les 
catholiques] d'estre receus, et encore moins chasser hors de vos- 
tre ville les compagnons de mestier et serviteurs de boutiques pour 
estre catholicques, car cela prejudicieroit à ceux de la religion 
où les catholicques sont les plus puissants 3 . » 

L'Edit de Nantes avait beau, en effet, prescrire l'admissibilité 
des réformés aux « dignitez et charges publiques quelconques, 
indifféremment et sans distinction » (art. XXVII), certaines cor- 
porations refusaient obstinément de tenir compte de cet article, 
par exemple à Paris les orfèvres, au nombre desquels se sont 
trouvés de bonne heure un assez grand nombre de protestants 4 . 
D'après un règlement qui remontait à 1456 le « métier et état de 



1. Gliffhey, Histoire de la tapisserie, p. 265. 

2. 1604-1609, B. h. p., 1872, p. 263, 267, etc. 

3. Mém. de Sully, II, 162. 

4. En 1568 déjà les registres d'écrou de la Conciergerie, dont le B. h. p. 
(1901, p. 575) a publié des extraits, signalent parmi les hérétiques arrêtés ou 
condamnés Georges Delolme, orfèvre, rue de la Heaulinerie, près le Coq ; 
Claude Beleu, maître orfèvre, même adresse ; Richard Boursette. maître 
orfèvre, rue S. Avoye ; Claude Picot, orfèvre, rue de Grenelle ; Pasquier 
Guiart, compagnon orfèvre, rue Guéri n Boisseau (voir ci-après ch. VII, § 2) ; 
Guillaume Pinsson, maître orfèvre, rue Fontaine-Maubue ; Jehan Boursette, 
maître orfèvre, rue Marmauls, etc. 



37G l'église réformée de PARIS SOIS HENRI IV 

l'orfèvrerie » avait douze « gardes » élus pour deux ans, à raison 
de six chaque année. Une de leurs fonctions était de surveiller 
le titre des métaux employés et de les faire poinçonner. L'orfè- 
vrerie, en général, relevait assez naturellement de la Cour des 
monnaies : toutefois en diverses circonstances, le Parlement, 
soit en appel, soit en première instance, avait eu à intervenir 
dans ces affaires, notamment pendant les moments de crise reli- 
gieuse plus aiguë, vers 1548-1554 et 1580-1583 *. Après la pro- 
mulgation de l'Edit de Nantes la Cour des monnaies, le 27 mars 
1(300, avait invité les maîtres orfèvres à désigner et à lui envoyer 
deux commissaires « pour eux ouyr sur le faict de l'eslection des 
jurez et gardes et estre ordonné ce que de raison 2 ». « Ce que 
de raison, » c'était l'admissibilité aux charges, à tour de rôle, 
de tous les orfèvres reçus maîtres depuis assez longtemps. 

La tendance d'un parti très catholique, qui était en majorité, 
consistait au contraire à évincer les protestants, et, entre autres 
moyens employés pour cela, à maintenir en charge par des réé- 
lections successives les mêmes gardes choisis souvent dans les 
mêmes familles. Les réformés et quelques catholiques plus libé- 
raux protestaient contre ce système oligarchique. L'édit sur les 
maîtrises d'arts et métiers du 25 janvier 1602 avait soustrait 
les orfèvres à certaines de ses prescriptions générales, mais non 
à celles de l'Edit de Nantes. Des difficultés se produisaient cha- 
que année à la suite des élections des gardes, celle de maîtres 
protestants étant toujours contestées. Des jugements de la Cour 
des monnaies à la fin de 1601, de 1603, de 1604, sont nécessaires 
pour assurer l'entrée en fonctions des « gardes » nommés pour 
l'année suivante. Ainsi pour 1605 Samuel Thouzet, Le Court, 
Marquadé et Hémant (soit quatre sur six nouveaux élus) sont 
« reçus par provision » par la Cour des monnaies, « sans préju- 
dice de l'opposition » formée par des maîtres catholiques 3 . 

Mais la Cour était soupçonnée d'être favorable aux protes- 
tants 4 . Sa compétence était contestée. On prétendait que le Parle- 

1. Le 10 mars 1580 Nicolas Dalle » compaignon orfcbvrc appellant du 
jugement donné à la Court des Monnoyes » est condamné « à estre battu 
Bt fustigé nud de verges, et cent escus d'amende. » Le 5 décembre 1580 
(Pierre Vuatier, maître orfèvre, défendeur) il est ordonné qu'il sera procédé 
aux élections « suivant leurs privilèges » (Arch. nat., E 24c, f° 41, r°, arrêt 
du Conseil d'Etat du ,'5 déc. 1609, publié ci-après, Pièces justificatives, XXII. 

2. Arrêt du Conseil d'Etat du 3 déc. 1609, E 24c, f° 42, r°, 
:S. Arrêt de 1609, E 24c, f» 40, r° et 42, v\ 

4. Voir ci-dessus p, 350, 



LES ORFÈVRES 377 

ment avait seul qualité pour valider ou invalider ces élections. Il y 
avait là un conflit de juridiction bien fait pour passionner les 
juristes catholiques et protestants. L'affaire vient jusqu'au Con- 
seil d'Etat. Un arrêt du 13 août 1005 ordonne que le procu- 
reur général du Parlement et le procureur en la Cour des mon- 
naies << seront ouys sur le différend. » Mais les choses traînent 
en longueur. Lorsque revient le moment de faire les élections 
pour 1007, certains maîtres, « soy-disans la plus grande et plus 
saine partye des orfehvres, » protestent par acte notarié contre 
certains autres qu'ils accusent d'avoir présenté une requête au 
Roy « tendant affin de changer l'ordre de tout temps estably en 
l'eslection des gardes. » Il est probable qu'il s'agissait d'être dis- 
pensé de certaines conditions et cérémonies religieuses, et peut- 
être que les trois catholiques nommément désignés : Hallevault, 
Pollux et Ferré, avaient eu moins de voix que les trois protes- 
tants cités : David Vimon, Paul de Louvigny, Laurent du Coul- 
dray 1 . Les « maîtres orfèvres faisant profession de la relligion 
prétendue reformée » présentent leurs « moyens d'interven- 
tion. » Tout cela, précisément au moment où le culte allait 
être transféré d'Ablon à Charenton. Trois ans se passeront encore 
en dits et contredits, enquêtes, compulsoires, jusqu'à la solution 
finale, favorable à l'admission des protestants -. 

Un des points mentionnés à diverses reprises au cours de cette 
longue procédure est celui du serment. Il y a toujours eu des dif- 
ficultés à ce sujet dans les pays où des dissidents éprouvent quel- 
que scrupule religieux à jurer suivant les formes établies pour 
les membres de l'Eglise la plus nombreuse ; et l'Edit de Nantes 
renfermait une disposition spéciale en faveur des réformés (art. 
XXIV) : « Etans appeliez par serment, ne seront tenus d'en faire 
d'autre que de lever la main, jurer et promettre à Dieu qu'ils 
diront la vérité. » Mais il fut nécessaire de rappeler fréquem- 



1. Les Louvigny ont été propriétaires d'une petite maison proche du 
temple de Charenton. Laurent du Coudray et Catherine Orvuet sa femme 

font le 9 mars 1595 baptiser à Paris leur fils Jean. Le parrain est .Jean 
Anjorrant, s r de (Haye (/>'. h. /)., 1872, p. 219). Les mêmes registres (//>.. p. 222 
et 266) mentionnent deux autres orfèvres, en 16(l(t Béliard (Belial), en 1609 
Marchant — peut-être le membre du Consistoire Kusèbe Marchand ;/i. h. p., 
III, 432). 

2. Voir ci-après III' partie, chap. V, p. 532. 



378 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

ment cette disposition à ceux qui voulaient n'en pas tenir 
compte 1 . 

Il nous reste à parler d'une dernière difficulté au point de 
vue juridique : le Consistoire n'avait pas complètement ce que 
nous appelons la personnalité civile et le droit de propriété. 

Si les protestants parisiens contribuèrent, en tant que citoyens, 
à la construction et à la décoration des monuments de la capi- 
tale et au développement de son commerce ; s'ils y élevèrent pour 
leurs demeures familiales et leurs ateliers de grands bâtiments 
comme la << maison des Gobelins, » il ne leur fut pas permis, en 
tant que membres de l'Eglise réformée, d'y élever aucun édifice 
quelconque : temple, presbytère, asile ou hôpital. Une telle pen- 
sée ne pouvait même effleurer leur esprit, en ce temps d'organi- 
sation et de réorganisation. Ils devaient s'estimer trop heureux 
d'être admis par l'Edit à vivre — en théorie du moins - - paisi- 
blement, comme individus, au milieu de leurs concitoyens. Les 
horreurs de la Ligue étaient encore assez proches pour faire ap- 
précier à chacun, comme un grand bienfait, la simple liberté de 
jouir sans trouble de l'usage de sa propre maison. 

La possibilité pour l'Eglise de posséder légalement, à titre 
collectif, une propriété immobilière quelconque dans l'intérieur 
des murs de Paris, était hors de question. Le Consistoire n'avait 
même pas, officiellement, la personnalité civile, le droit d'acqué- 
rir, de recevoir, de vendre. Comme au temps des premiers chré- 
tiens les juristes romains, ainsi les avocats au Parlement si nom- 
breux dans l'Eglise réformée, et notamment dans le Consistoire, 
durent trouver dans le droit commun des combinaisons habiles 
pour donner une forme légale aux contrats relatifs aux affaires de 
l'Eglise. 



1. Voici deux arrêts du Conseil d'Etat, datés des premières années du 
\vn e siècle : le 8 février 1605, le Conseil évoquant un procès pendant devant 
la chambre de l'Edit de Nérac, admet que Jean Domerc ne sera tenu que 
de lever la main, jurer et promettre à Dieu de dire la vérité ; le 25 janvier 
1607 il est ordonné que les avocats et procureurs catholiques de la cour des 
aides de Montpellier et autres cours du ressort continueront à prêter serment 
sur les Evangiles et sur l'image du Christ, mais les réformés se contente- 
ront de lever la main et jurer et promettre à Dieu de servir fidèlement Sa 
Majesté en l'exercice de leurs charges (Archives nat., E 8a, f" 166, et ms. fr. 
18168, f" 64 ; E 12a, f" 84, et ms. fr. 18171, f" 17). 



CONTRATS RELATIFS AUX BIENS DE L'ÉGLISE ,'}79 

Pour faire signer valablement aux représentants du Consis- 
toire des actes authentiques, M' Le Cointe, M L Le Ferreur, XL Cour- 
tin ont dû rivaliser d'ingéniosité avec le notaire François. Nous 
avons déjà remarqué l'usage de périphrases plus ou inoins em- 
barrassées dans les actes concernant les acquisitions et autres 
conventions relatives aux immeubles d'Ablon (terrains et bâti- 
ments). Pour ceux de Charenton ce sera la même chose. Et nous 
allons maintenant retrouver des formules analogues à propos 
des cimetières possédés, toujours hors de l'enceinte de la ville, 
par l'Eglise de Paris. 



380 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 



CHAPITRE VIII 

CIMETIÈRES ET ENTERREMENTS PROTESTANTS 1 



§ 1. Des services funèbres en général. — Premiers protestants enterrés dons 
les cimetières catholiques. — Exclusions et déterrements. — Edits de 
1563 et 1570. — Simplicité ordonnée par la loi civile et par la disci- 
pline ecclésiastique. — Pas de pasteur officiant. — Enterrements des 
pasteurs Couët, La Faye, Bèze. — L'Edit de Nantes. 

§ 2. Cimetière de la Trinité. — L'hôpital des « Bleus » et le cimetière des 
pestiférés. — Anciens plans. — Emplacement actuel. — Edit de 1576. — 
Règlement des pompes funèbres, 1600. — Arrêt du Conseil, 1609. — 
Registres des inhumations. 

§ 3. Cimetière Saint-Père. — I. Le cimetière des lépreux. — IL Premier 
cimetière protestant après l'Edit. — Récits de deux visiteurs : l'Estoile ; 
Casauhon. — Histoire éphémère d'un monument funéraire. — Les pro- 
testants dépossédés. — III. Second cimetière (1604). — Emplacement 
actuel. -— Anciens plans. — L'Hôpital de la Charité. — Mise en posses- 
sion. — Stricte exécution de l'Edit. — Registres des inhumations. 



§ 1. Des services funèbres en général 

Les premiers protestants — ceux qui n'étaient encore, pour 
ainsi dire, qu'à moitié protestants — espérant réformer l'Eglise 
romaine et ne désirant nullement rompre avec elle, ont été tout 
naturellement inhumés en terre bénite, à l'intérieur des églises 
ou dans les cimetières tout proches. Pour Paris le premier texte 
à nous connu sur ce sujet donne en 1563 une sanction officielle 
à ce mode de procéder : nous ne savons d'ailleurs comment 
l'édit de pacification fut observé jusqu'à son abolition cinq ans 
plus tard 2 . 

1. M. P. de Félice, dans ses études sur les Protestants d'autrefois {les 
Temples, 2 1 ' éd., 1897, ch. XI) a emprunté ses exemples à diverses provinces 
et diverses époques des XVI e et XVII e siècles : nous avons cherché à noter ici 
ce qui concerne Paris seulement, et le commencement du XVII e siècle. 

2. Edit d'Ainhoise, 19 mars 1563, art. XI : « Quant à nostre dite ville, 
prévôté et vicomte de Paris, nous ordonnons pour lesdites sépultures que 
ceux de ladite religion qui viendront à y décéder seront enterrés es cime- 
tières de la paroisse dont seront les maisons èsquelles ils seront allés de 



LES ENTERREMENTS PROTESTANTS 381 

Quand la rupture fut définitivement consommée, et que les 
protestants furent mis hors de l'Eglise par l'excommunication, 
ils furent aussi mis hors des églises, exclus des cimetières. Ce 
ne fut pas, toutefois, une règle sans exception. Certaines famil- 
les protestantes trouvèrent encore moyen de faire enterrer leurs 
membres au dedans ou auprès des églises où reposaient les 
corps des générations passées, qu'il y ait eu, ou non, abjuration. 
Nous avons vu ainsi un Danfrie inhumé à Saint-Hilaire, un Ca- 
naye à Saint-Côme. 

C'étaient surtout les familles nobles qui revendiquaient le droit 
de faire enterrer leurs morts dans certaines églises ou cha- 
pelles situées sur leurs fiefs. L'inverse se produisit aussi, mais 
beaucoup plus rarement, et il y eut des catholiques inhumés 
dans des cimetières protestants l . En certains cas enfin un pro- 
testant ayant été d'abord enterré en terre bénite le « déterre- 
ment » fut exigé par les catholiques, et même ordonné par tel 
Parlement -. Dans l'année qui précède l'Edit de Nantes, ce 
« comble de brutalité » soulève les protestations d'un auteur in- 
connu, dont le style a quelque chose de l'éloquence d'Agrippa 
d'Aubigné : « Bon Dieu ! parmi quels tigres vivons-nous ! car la 
sépulture est bien aussi naturelle l'homme que la mort, et bien 
aussi civile que le bien mourir. » Faudra-t-il descendre au rang 
des sauvages qui mangent leur ennemis ? « François, ceux que 
vous déterrez ne sont ni Margajas ni Toupinambouds, ce ne sont 
point estrangers. Ce sont François de nature comme vous, mieux 
que vous d'affection, s'il est vray que l'humanité est la propre 
affection du François... O desnaturés ! vostre religion est-elle 
donc comme cela ? Que nous peut-il servir de bien clore les 
cimetières, de soigneusement couvrir les fosses ! On le faisoit 

vie à trespas, et que lors de leur décès l'un de ceux de la maison ou famille 
l'ira dénoncer au chevalier du guet, lequel mandera le fossoyeur de la pa- 
roisse, et lui commandera qu'avec tel nombre de sergens du guet qu'il trou- 
vera bon lui bailler, pour l'accompagner et garder qu'il ne se fasse aucun 
scandale, il aille enlever le corps de nuit, et le porte enterrer au cimetière 
de la paroisse sans aucune suite ni compagnie. » Cf. Ch. Read, Cimetières 
et inhumations des huguenots, principalement à Paris, au.v xvi", XVII e , 
xvnr siècles (K. h. p., 1862, p. 133), et Ch. Sellieh, Bulletin municipal offi- 
ciel, 1899, p. 2917 à 2919. 

1. Ainsi en 1618, au cimetière Saint-Père, un chanoine de Notre-Dame, 
prieur du Vieux Velcsme (sic) et de Thouars (/>'. h. p.. 1863, p. 277). 

2. Par exemple, un arrêt fui rendu au Parlement de Bordeaux sous la 
présidence de Florimond de Ra'mond. 



382 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

pour empescher que les bestes ne violassent ces lieux. O Dieu ' 
ce qui se trouve horrible aux bestes est aujourd'hui permis aux 
François 1 . » 

Ces horribles déterrements, trop fréquents dans certaines pro- 
vinces, semblent avoir été inconnus à Paris même, mais non pas 
dans les environs immédiats. En pleine année 1606, au moment 
où le roi manifeste son esprit de tolérance en rapprochant le 
lieu de culte protestant, l'évèque de Paris introduit une requête 
devant le Parlement pour faire déterrer et conduire « en terre 
profane » le corps d'une centenaire, la dame de Varennes, qui 
avait voulu être inhumée dans l'église du lieu, près de son mari. 
On l'avait autrefois (sous la Ligue) « vue catholique, » mais 
depuis sept ans (c'est-à-dire depuis l'Edit) elle n'avait plus assisté 
à la messe 2 . 

Le fait général et certain c'est que dès le dernier quart du xvi e 
siècle les protestants n'étaient plus légalement admis à enterrer 
leurs morts dans les cimetières jusqu'alors communs à tous les 
Français, et désormais réservés aux seuls catholiques ; (il a fallu 

1. Plaintes des Eg. réformées, 172 p. in-32, 1597. Cf. B. h. p., 1862, p. 143, 
1898, p. 519 (N. Weiss, Autour de l'Edit. Les enterrements de protestants). 
Même après l'Edit, en 1609, à Orléans, le cadavre d'une demoiselle protes- 
tante est déterré (L'Estoile, II, 274, cf. 373). 

2. Varennes (Seine-et-Oise) est au bord de l'Yerres, à trois lieues à l'est 
d'Ablon, à vol d'oiseau, près de Brie-Comte-Robert. Barbe de Sanglé avait 
épousé M. de Fleury, seigneur de Varennes, et leur fils Charles avait, le 
? janvier 1606, fait enterrer sa mère dans l'église barricadée, en l'absence 
du pasteur, « un petit homme maigret » qui n'était pas arrivé à temps. Un 
dossier conservé aux Archives natles L. 428, 39-52, et dont le B. h. p. a 
publié des extraits (1897, p. 649) renferme la pièce suivante : 

« A nos seigneurs de Parlement. Supplie humblement Henry de Gondy, 
cvesque de Paris, disant que par les edictz du Boy il est défendu d'enterrer 
les corps de ceux et celles qui font profession de la religion prétendue ré- 
formée dans les églises ne cymetières. Xeantmoings depuis peu, au lieu de 
Varannes en Brie, malgré la volonté du curé dudit, après avoir esté les 
portes tant de l'église que du curé forcées, le corps de demoiselle Barbe 
Sanglé avoir esté enterré en lad. église tout joignant le maistre autel, ce 
qui n'est tolérable. Et considèrent nosseigneurs du Parlement que ladite 
paroisse de Varannes est dans le diocèse de l'evesché de Paris, et que par- 
tant le suppliant a grand interest, et que de ce que dessus vous appert par 
le procès-verbal cy attaché, vous plaise, de vostre puissance, en exécutant 
les édits du roy, ordonner que ledit corps de ladite demoiselle Sanglé sera 
déterré et osté dud. endroict de lad. église, pour estre conduict en aultre 
lieu et en terre profane. Et vous ferez bien. » L'arrêt définitif ne figure pas 
uu dossier. 



LES SERVICES FUNÈBRES 383 

trois siècles pour arriver à interdire « les distinctions à raison 
des croyances du défunt * ») dans toutes les communes de France. 

Même pour se rendre aux cimetières qui leur étaient spécia- 
lement affectés, les réformés n'étaient autorisés à faire aucun 
service funèbre, aucun cortège, aucune cérémonie rappelant ce 
qui était en usage dans l'Eglise romaine. Au moment de l'Edit 
de Nantes le règlement officiel pour Paris comme « es autres vil- 
les » était contenu dans l'édit de Saint-Germain-en-Laye (août 
1570, art. XIII). Il prescrivait aux baillis et juges ordinaires de 
pourvoir les réformés « de lieux pour faire l'enterrement des 
morts » (le mot cimetière était évité) ; les dispositions de 15(i3 
étaient maintenues en ce qui concerne l'enlèvement des corps la 
nuit, l'escorte de police pour empêcher tout scandale, etc. Le 
convoi ne devait plus se faire absolument « sans aucune suite ni 
compagnie, » mais il ne devait pas être « plus grand que dix 
personnes. » 

Cette réglementation sévère, qui donnait aux enterrements une 
apparence misérable et clandestine, était pour beaucoup de pro- 
testants un sujet d'humiliation, et pour la populace catholique 
un objet de moquerie. Plus tard un pasteur de Paris crut devoir 
présenter une sorte d'apologie à ce sujet (son propre grand-père, 
remarquons-le, avait été en 1572 « inhumainement traîné en la 
rivière de Seine » après sa mort) - : « On se moque de nos enter- 
rements parce qu'ils se font sans cérémonie et sans pompe, et 
les moqueries que l'on en fait ont causé une infinité de désordres 
et d'inhumanitez. Sur quoy j'ay à vous dire que partout où nostre 
religion est en sa pleine liberté, les enterrements ne se font pas 
comme en ce royaume où la misère du temps a obligé nos pères 
à cette simplicité 3 . » 

Cependant cet état de choses n'était pas dû exclusivement aux 
dispositions restrictives et vexatoires prises par les autorités 
civiles. La discipline ecclésiastique des Eglises réformées de 



1. Loi du 5 avril 1884, art. 70, 4°. 

2. Dhelincourt, Neuf dialogues sur la descente de J.-C. aux enfers, sur 
le service des Eglises réformées, etc., Genève, 1(!48. Epître dédicatoire, 

3. Le même, Avertissement contre les missionnaires, Chareulou. 1654, 
iu-8°, p. 71. 



384 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

France, par réaction contre la doctrine du purgatoire et la pompe 
des messes mortuaires, était favorable à la simplicité dans les 
services funèbres comme dans le culte en général : « Il ne se 
fera aucune prière ou prédication ni aumône publique aux enter- 
rements, pour prévenir toutes superstitions, et ceux qui accompa- 
gnent les corps seront exhortés de se comporter avec modestie 
durant le convoi, méditant selon l'objet qui se présente, tant les 
misères et la brièveté de cette vie que l'espérance de la vie bien- 
heureuse 1 . » 

Les pasteurs n'assistaient alors aux services funèbres que 
rarement, et à titre d'invités, non d'officiants. Précisément à 
l'époque dont nous nous occupons, le Synode national de 1603, 
saisi de la question « si les pasteurs doivent aller aux enterre- 
mens, » estime que « veu Testât de nos Eglises et la forme des 
sépultures, il doit estre remis au jugement et à la discrétion du 
pasteur de s'y trouver ou non -. » Ainsi non seulement il n'y avait 
point de service religieux au temple (à Paris notamment il y 
aurait eu, pour cela, une raison péremptoire : le manque de 
temple), mais il ne semble pas qu'il y eût même un service à 
la maison mortuaire avant la levée du corps : le pasteur, cela va 
sans dire, se trouvait souvent près des mourants pour les exhor- 
ter, ou venait faire la prière avec la famille, après la mort, mais 
toujours sans que cette intervention eût aucun caractère public. 
En tout cas, il n'y avait pas de service religieux au cimetière. 

Tel pasteur de Paris qui, exerçant ses fonctions hors du royau- 
me, aurait pu bénéficier d'un régime différent, approuve le prin- 
cipe des usages de son pays, et leur reste fidèle. Ainsi Couët pen- 
dant les vingt années de son ministère à Bâle 3 : il fait mainte- 

1. Chapitre X, art. 5. Le fondement de cet article, d'après d'Huisseau, date 
de 1562. A Genève les Ordonnances de 1542 renouvelées en 1561 (du vivant 
de Calvin) portent « qu'on ensepvelisse honestement les mortz au lieu 
ordonné. De la suyte et compaignye nous la laissons à la discrétion d'un 
chascun » (cf. Doumergue, J. Calvin, t. III, p. 145). 

2. Aymon, Synodes, synode de Gap, 1603. 

3. 1588-1608. « En 1590 l'antistès Grynéus exhorta le Consistoire de 
l'Eglise françoise à faire des sermons funèbres aux enterremens, comme 
cela est usité dans les Eglises allemandes. Le Consistoire pria l'antistès de 
leur laisser suivre l'usage des Eglises de France, et d'agir selon leur sim- 
plicitê accoutumée. J. Grynéus s'étant roidy, on trouva bon d'escrire à Th. de 
Bèze et Ant. de Chandieu [le pasteur de Paris] pour savoir leur sentiment. 
Ils répondirent cpie M. Grynéus devoit avoir la charité de laisser l'Eglise 
françoise dans l'usage où elle se trouvoit actuellement... ; ce qui fut accor- 
dé ». (Hist. de l'Eg. de Bàle, par P. Roques, 1720 ; B. h. p., 1863, p. 270). 



LES SERVICES FUNÈBRES 385 

nir parmi ses paroissiens « la simplicité accoutumée, » et dans 
son testament, demandant qu'on l'enterre au cimetière français, 
il a soin de prescrire qu'on lui fasse « une toute simple et chres- 
tienne sépulture *. » 

Un de ses collègues qui, pendant sa vie, avait au contraire aime 
quelque peu l'apparat, le « bonhomme la Faye 2 » eut, par excep- 
tion, la satisfaction posthume d'être « avec un grandissime con- 
voy porté et enterré au cimetière. » 

En province, dans les villes où le suzerain et beaucoup de 
petits seigneurs du pays sont protestants, des spectacles de ce 
genre se voyaient quelquefois à cette époque. Voici comment Se 
passèrent, en 1603, à Vitré (fief des Rohan), les funérailles du 
vieux pasteur Merlin, venu mainte fois à Paris comme aumô- 
nier de Coligny, notamment en 1572 3 : « Il fut porté au cime- 
tière par neuf de ceux de la religion réformée de Vitré pour y 
estre inhumé. Les gentilshommes circonvoysins de Vitré furent 
conviés à l'enterrement, lesquels s'y trouvèrent et quatre gentils- 
hommes portoyent le poêle 4 , et des anciens portoyent le corps. 
Tous ceux de la Religion de ladite Eglise, depuis le plus grand 
jusques au plus petit, se trouvèrent à l'enterrement, avec infinis 
tesmoignages de regrets... Tous les papistes sans y penser luy 
firent honneur, car toutes les rues estoyent bordées d'hommes et 
femmes, et les fenestres des maisons garnies d'assistans et de 
regardans. Nul de l'enterrement ne dit un mot, qu'un paisant 
des champs qui rit et s'avisa de dire, passant près des fossez 
de la ville, qu'il falloit illec jeter le corps. » Au milieu d'une 
populace catholique comme celle de Paris, où ce Breton aurait 
eu certainement beaucoup d'émulés, cette manifestation eût éié 
impossible, et d'ailleurs désapprouvée par le Consistoire. 

Même dans une ville exclusivement calviniste comme Genève, 
les pasteurs s'opposaient avec énergie à de telles cérémonies. 
Ils suivaient en cela l'exemple de Calvin, dont la sépulture fui 
si humble qu'on ignore où elle se trouvait. Bèze, de même, expri- 

1. Projet de testament olographe (collection Lutteroth, Bib. h. pr.) datant 
de 160(5 environ. Voir nos pièces justificatives, XXV bis. 

2. Comme dit son voisin du quartier Saint-Germain-l'Auxerrois L'Es- 
toile, Journal d'Henri IV, p. 503. 

:i. Diaire de son fils Jacques, extraits publiés par Gaberel, Ilisl. de VEg. 
de Genève, II, p. 198. 

4. Nous proposons de lire ainsi un mol que M. Gaberel n'a pu déchiffrer. 



386 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

ma la volonté formelle d'être enterré avec « le commun » à Plain- 
palais (1005). Les magistrats, n'en tenant pas compte, le firent 
mettre avec une certaine solennité dans le cloître de la cathé- 
drale, mais la compagnie des pasteurs obtint que le corps ne fût 
pas porté sur des nappes et serviettes, à la nouvelle mode des 
personnes de qualité : la protestation rappelait qu' « il n'y a 
point de différence entre les hommes soit par rapport à la nais- 
sance, soit à l'égard de la mort, qui surprend également les 
grands et les petits 1 . » 

La question des sépultures fut une des plus ardemment débat- 
tues pendant les négociations préliminaires de l'Edit. « Les Refor- 
mez demandaient avec une grande instance qu'il n'y eût pour 
les catholiques et pour eux que les mêmes cimetières... Les enter- 
rer à part c'étoit les soumettre aux canons qui excluent les héré- 
tiques des cimetières ordinaires : c'étoit par conséquent les noter 
comme tels et les exposer par une marque flétrissante à la haine 
des catholiques... Il ne sembloit pas que les Reformez pussent 
espérer de vivre en paix avec des gens à qui on permettoit de 
porter leur haine plus loin que la mort 2 . » 

Mais ils n'obtinrent pas gain de cause. L'article 40 du projet 
primitif, stipulant l'admission des protestants dans les cimetiè- 
res catholiques en certains cas, ne fut pas enregistré par le Parle- 
ment de Paris 3 . On s'en tint donc au système des édits précé- 
dents, prescrivant de pourvoir les réformés d'un lieu à part pour 
les sépultures ; d'après l'édit de 1570 ce lieu devait être « le plus 
commode que faire se pourra, » mais il n'était pas mis gratuite- 
ment à la disposition de ceux qu'on excluait, malgré eux, des 
cimetières communs : ils devaient faire l'acquisition à leurs 
frais. L'Edit de Nantes reproduit (art. XXVIII et XXIX) la plu- 
part des dispositions antérieures, emploie le même terme que 
pour les lieux bénits, et ajoute : « Les cimetières dont ils [les 
réformés] ont été privés à l'occasion des troubles leur seront ren- 
dus, sinon qu'ils se trouvassent à présent occupés par édifices et 

1. E. Choist, l'Etat chrétien calviniste au temps de Bèze, p. 372 et 456. 
Dès le 29 octobre 1599 le Consistoire s'était plaint que les personnes de 
qualité fussent portées en terre par d'autres que les « commis », voire la 
plupart « à mains basses sur serviètes et panemains contre la modestie et 
ordre ancien. » 

2. Benoît, Hist. de l'Edit, I. p. 232. 

3. Anquez, Hist. des ass. polit., p. 176. 



CIMETIÈRE DE LA TRINITÉ 387 

bastimens, de quelque qualité qu'ils soient : auquel cas leur en 
sera pourvu d'autres gratuitement. » Les magistrats et officiers 
de police chargés de veiller à la « conduite des corps morts » ne 
devront pas non plus exiger aucun salaire de la part des familles, 
ni de l'Eglise 1 . 

Parmi les articles secrets s'en trouve un (XLV) qui interdit en 
général de faire déterrer les corps inhumés dans les cimetières 
catholiques, et renferme en outre une clause spéciale à Paris : 
« Outre les deux cimetières que ceux de ladite religion y ont pré- 
sentement, à savoir celuy de la Trinité et celuy de Saint-Germain, 
leur sera baillé un troisième lieu commode pour lesdites sépul- 
tures aux fauxbourgs Saint-Honoré ou Saint-Denis. » Ce dernier 
paragraphe resta lettre morte. Nous allons voir maintenant ce 
qui concerne les deux autres cimetières. Ils avaient ces caractè- 
res communs d'être l'un dans un faubourg, l'autre dans un quar- 
tier excentrique, ce qui n'était guère « commode, » et tous deux 
dans le voisinage immédiat des voiries où l'on enfouissait les 
cadavres d'autres gens exclus des lieux bénits par raison d'hygiè- 
ne publique : les pestiférés et les lépreux ! 

§ 2. Cimetière de la Trinité 

L'hôpital de la Trinité avait été fondé en 1202 à quelques cen- 
taines de pas hors de l'enceinte de Philippe-Auguste, rue Saint- 
Denis - ; presque en face se trouvait l'église Saint-Sauveur. Ce 
quartier se trouvait depuis Charles V dans l'intérieur de la ville, 
au sud de la porte Saint-Denis. On recueillait là « les pauvres 
enfants masles qui n'ont père et mère, » et on les habillait de vête- 
ments bleus :î ; les amendes infligées par le Parlement étaient 
souvent destinées à leur entretien : ce fut, pendant les persécu- 
tions, le cas des sommes versées par maint protestant arrêté 

1. Cf. Conférence des édita de pacification, par P. dk BELLOY, dédiée à 
Henri IV (février 1600) ; cf. B. h. p. 1862, p. 351. 

2. Vers le n° 164 actuel un passage garde encore ce nom. La muraille était 
vers le n" 114 après l'impasse des Peintres. 

3. Lorsqu'on monte la rue Saint-Denis en venant de la rue Grenela, on 
voit à droite, n" 146, communiquant avec la rue par une voûte faisant partie 
d'une vieille maison, la cour des Bleus. La chapelle devait être entre cette 
cour et la rue Greneta qu'elle n'atteignait pas. C'est doue l'emplacement de 
l'ancien hôpital qu'on traverse en passant sous quatre maisons avant de 
déboucher 15, rue de Palestro. 



388 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

dans le voisinage : ainsi Ph. de Gastines K Derrière l'hôpital on 
enterrait les pauvres qui y étaient décédés, et aussi les gens qui 
mouraient en ville pendant les épidémies : par exemple en 1413 
on creusa quatre grandes fosses pour deux mille quatre cents 
victimes de la peste -. Ce cimetière présentait la particularité 
d'être le premier à Paris où l'administration municipale eût un 
droit de perception sur les sépultures, dès le xiv e siècle 3 . 

Sur le Vray pourtraict naturel de la ville, etc., publié à Paris 
par (). Truschet sous Henri II, on voit très bien le « cimetière de 
la Ternité » : trois rangées de bâtiments le séparent des rues voi- 
sines : Gairin Boisiau, Saint-Denis et Garnetal ; vers le milieu, 
un calvaire et plusieurs tombes ; à l'est, un mur percé d'une 
porte donnant sur une petite place. 

Sur le plan de Du Cerceau (1555) au nord-est de cette porte est 
aussi figuré un espace planté d'arbres. Sur le plan de Quesnel 
( 1 609) le dessin des maisons fait que cet espace n'apparaît pres- 
que plus. Mais on le voit très bien sur les plans de Mérian (1615) 
et de Tavernier (1628). Gomboust (1652) qui signale rue des 
Saints-Pères le Cimetière des prétendus réformés, ne donne au- 
cune indication semblable près de la Trinité, mais figure, au 
nord, des terrains vagues auxquels aboutit la « rue des Bas- 
fours. » Après la Bévocation La Caille 4 représente le « cul-de- 
sac de Basfour » finissant à un terrain rectangulaire planté d'ar- 
bres, dont la limite septentrionale est séparée de la rue Guérin 
Boisseau par des bâtiments appartenant à des particuliers. 

A ces plans connus il convient d'en ajouter un que M. Bead 
avait découvert aux archives de l'assistance publique, daté de 
1697. On y distinguait la partie du cimetière affectée à la sépul- 
ture des protestants « au bout septentrional du cimetière, vis-à- 
vis de la rue des Basfours 5 » : la superficie était de 63 toises, 
sur 1.172 que mesurait l'ensemble du cimetière, soit environ 
deux cents cinquante mètres carrés seulement c . 

1. « Aux enfans de la Trinité, 200 livres parisis », le 30 juin 1569 (Ches- 
pin, Hist. des martyrs, éd. de 1597, f. 701, v°). 

2. Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles VI et Charles VII. Cf. Le- 
i.ei'f, Hist. de Paris, éd. Cocheris, t. II, p. 462. 

3. BoURNON, Petite histoire de Paris, 1888, p. 67. 

4. Description de la ville de Paris, 1714, f° 23. 

5. B. h. p., 1862, p. 367. 

6. Douen, Révocation à Paris, 1, 149. 



CIMETIERE DE LA TRINITE 



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KTAT ANCIKN ET ACTUEL DES LIEUX 



390 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

Aujourd'hui, après le n° 176 rue Saint-Denis — maison an- 
cienne - - s'ouvre le passage Basfour qui correspond au cul-de- 
sac conduisant autrefois au cimetière. Les n OÏ 5 et 7 du pas- 
sage ont probablement été élevés sur l'emplacement de ce cime- 
tière ainsi que le n" 29 de la rue de Palestro, percée au xix c siè- 
cle à travers les anciennes dépendances de l'hôpital. On a trouvé 
alors de nombreux ossements qui furent déposés dans les cata- 
combes du xm" arrondissement (une plaque le rappelle, vers la 
rue Dareau). On en découvrit encore (dans des terres rappor- 
tées) en traçant la rue Réaumur, puis en creusant la station 
« Réaumur-Sébastopol » du Métropolitain, toute proche de l'an- 
cien cimetière protestant. II correspondait sans doute à la chaus- 
sée et aux trottoirs de la rue de Palestro devant les n os 20 et 22. 
Le n° 18 longerait un cimetière plus petit, perpendiculaire à 
l'autre, indiqué sur le plan de 1714 ^ . 

L'Edit de mai 1576 avait affecté aux réformés ce lieu de sépul- 
ture 2 : « Art. VI : Ordonnons que pour l'enterrement des morts 
de ceux de ladite religion estant en nostre dite ville et fauxbourgs 
de Paris leur sera baillé le cimetière de la Trinité. » L'année 
suivante l'édit de Poitiers (art. XX) confirmant les dispositions 
générales sur cette manière, ne mentionne plus Paris ; en 1582 
encore les Parisiens ne semblent pas entrés en possession de ce 
cimetière 3 , mais ils obtiennent satisfaction au cours des années 
suivantes, et l'Edit de Nantes ne fait que constater un état de cho- 
ses incontesté. 

Bientôt intervint une sorte de règlement des pompes funèbres. 
En exécution de l'Edit et sur requête du procureur du roi, une 
sentence fut rendue au Chàtelet par le lieutenant civil François 

1. Les Archives nationales (Q 1 1099 0, f°. 28) possèdent un plan de la cour 
de la Trinité, et la Bibl. nat. une plaquette (ms. fr. 21805, f" 10 et suiv.) in- 
titulée : « Institution, règlements, etc. de l'ordonnance des entretenemens 
des enfans tant mâles que femelles d'icelui] hospital, » Paris, in-4°, 1682, 
et diverses pièces dans lesquelles rien ne concerne le cimetière protestant, 
encore utilisé jusqu'à la Révocation. Voir notre étude sur ce cimetière de 
la Trinité dans le B. h. p., 1908, p. 258. 

2. Benoît, Hist. de l'Edit, I, 365 ; B. h. p., 1862, p. 357 ; 1863, p. 275 ; 
Douen, Encycl. des se. rel., XII, 782. 

3. Cahier général de l'ass. de S. Jean d'Angély (Mém. de Du Plessis-Mor- 
>vv. IL p. 627) : » On n'a pu obtenir le bénéfice ^dc l'art. XX] notamment 
à Paris. » 









RÈGLEMENT DES POMPES FUNÈBRES (HÎOO) 391 

Miron, le 24 février 1600, ordonnant que « ceulx de la religion 
prétendue refformée qui décéderont es villes de la prévôté de 
Paris seront conduicts et portés en terre *sans aulcune cérémo- 
nie, sçavoir en hiver après sept heures et en esté après neuf 
heures de nuict. Et en ceste ville seront tenus les parens et amis 
des deffuncts faire assister les corps et iceulx conduire par ung 
archer du guet, et les parens du deffunct si bon leur semble, 
qui au retour seront aussy assistés dudict archer, qui sera tenu 
de prendre certifficat de l'hoste où le corps sera levé, du décès 
d'icelluy, pour le sallaire duquel sera payé demy-escu. Et seront 
lesdits corps portés par telles personnes qu'ils vouldront choisir 
aux conditions qu'ils pourront convenir, s'ils n'aiment mieux les 
laisser porter au fossoyeur de la Trinité, auquel sera payé demy 
escu pour chacun homme qui aydera à porter le corps. Sur ce 
sera payé audit fossoyeur, pour tenir la porte ouverte à chacune 
heure de la nuict, dix sols pour l'ouverture d'icelle porte, et vingt 
sols pour la fosse et ouverture de la terre. Et deffences sont faic- 
tes audict archer du guet et audict fossoyeur de prendre plus 
hault prix que celluy ci-dessus, encores que feust baillé de gré à 
gré par les parties, sur peine de punition, etc. 1 ». 

Ce règlement fut bientôt mis en vigueur dans d'autres villes 
de France « comme estant très utille pour empescher toutes 
sortes de séditions -. » Il est intéressant à comparer avec les règle- 
ments actuels concernant les actes de l'état civil et les services 
funèbres, ainsi qu'avec les édits antérieurs. Les magistrats et 
agents de police ne devaient exiger aucune rétribution ; quant 
aux « pompes funèbres » il n'y avait pas de monopole, mais un 
tarif maximum et une seule « classe » tant pour les prédéces- 
seurs de nos « croque-morts » que pour le fossoyeur. La famille 
pouvait accompagner le corps, quel que fût le nombre des mem- 
bres, mais en droit strict aucune autre personne n'était autorisée 

1. Le VIII e volume des Bannières du Châtelet, dans lequel cet acte fut 
enregistré, a été perdu dès le xvn" ou XVIII e siècle. Une copie trouvée aux 
archives de la ville de Lyon a été publiée dans le B. h. p. 1862, p. 357 
(« règlement de Paris pour les cimetières ») avec un résumé transcrit dans 
les Ordonnances de pol : ce de la Bibliothèque de Lamoignon (Archives de la 
Préfecture de police), fol. .'568. 

2. Ainsi s'exprime un arrêt du Conseil d'Etat (12 août 1604) renvoyant 
PU sieur de Refuge, intendant de la justice à Lyon, la requête des protes- 
tants de ladite ville tendant à la concession d'un nouveau cimetière aux 
Terreaux ; l'intendant est invité à faire observer le règlement parisien (Ar- 
chives nat. E 7 a f. 230). 



392 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

à se joindre au cortège. Cependant, en fait, pourvu qu'il n'y eût 
pas trop de inonde, la police tolérait la présence de quelques 
amis avec la famille ou à défaut de la famille. 

C'est ce qui ressort de la lecture du premier acte rédigé sous 
le nouveau régime, par un archer : et ce libellé sera reproduit 
dans la plupart des suivants : 

« Le dernier jour de février 1(100 deffuncte damoiselle Char- 
lotte de Dampierre, vefve de feu Robert de la Sangle, vivant sieur 
de Moncharville, estant de la vraie religion, a esté enterré au 
cimetière de la Trinité, par Pierre de Riencourt, fossoyeur audit 
cimetière, où le corps d'icelle a esté assisté et accompagné par 
de ses amis et archers du guet 1 . » 

Le fossoyeur auquel un sergent à cheval signifia la sentence 
établissant le règlement de 1600, Pierre de Riencourt — aussi 
écrit Riancourt et Rancourt — exerçait encore ses fonctions en 
1009 lorsque fut notifié un acte que nous avons retrouvé : arrêt 
du Conseil d'Etat modifiant le précédent règlement, et ce, d'après 
un cahier de réclamations présenté au roi le 19 août 1606, c'est-à- 
dire au moment même où le culte était transféré à Charenton. 

Ce cahier visait d'ailleurs un arrêt du Conseil d'Etat rendu 
aussitôt après l'Edit, et une ordonnance des commissaires du 
roi (26 octobre 1599) à laquelle le lieutenant civil ne s'était pas 
conformé. Après dix ans de démarches les protestants parisiens 
obtenaient enfin, malgré l'opposition de l'administration muni- 
cipale, l'autorisation de faire les enterrements à des heures moins 
nocturnes. Le Conseil d'Etat déclare que ceux de la Religion pré- 
tendue réformée pourront faire enterrer leurs morts « demy 
heure avant soleil levé et demy heure après soleil couché. » Ils 
obtiennent aussi une réduction de tarif et même, en certains 
cas, la gratuité complète : « Un archer du guet leur sera baillé, 
qui ne pourra prétendre pour son assistance qu'un quart d'écu, 
excepté les pauvres, desquels il ne prendra aucune chose -. 

Le règlement de 1600 et l'arrêt de 1609 s'appliquaient sans 
doute également aux deux cimetières de Paris, bien que les actes 



1. B. h. p. 1863, p. 275. 11 faut peut-être lire de Sanglé comme ci-dessus, 
p. 382, note 'z. 

2. Pièces justificatives, xxxm (Bibl. de l'Arsenal, mss. Conrart). Ce texte se 
trouve aussi aux Archives nationales E 20 b, fol. 13 recto, et de la Bibl. nat. 
ms. fr. 18175 f° 159). 



CIMETIÈRE SAINT-PÈRE 393 

ci-dessus mentionnent seulement le fossoyeur de la Trinité (cime- 
tière intra muros) i. 

Les archives de l'Etat civil brûlées en 1871 renfermaient un 
« papier-registre des enterremens qui ont esté faicts des person- 
nes de la religion ; » il contenait d'abord, du 28 février 1600 au 
16 mars 1604, 82 actes d'inhumations faites au cimetière de la 
Trinité (soit une vingtaine par an en moyenne) ; ensuite les actes 
relatifs aux divers cimetières protestants étaient mélangés. Un 
ancien du Consistoire, M. Michel d'abord, d'Huysseau après 1617, 
tenait ce registre, en copiant le « brouillas » des archers « pour 
autant qu'il l'a pu 2 . » M. Read n'a relevé que peu de noms de 
protestants enterrés dans ce cimetière : « Claude Le Jeune, com- 
positeur ordinaire de la musique du roy '■'• » (26 septembre 1600), 
Pierre Lengevin, imprimeur du roi (5 février 1609), Salomon de 
Caux (28 février 1626), ingénieur du roi, dont le nom a été 
donné à une rue voisine, près du Conservatoire des Arts et 
Métiers 4 . 

§ 3. Cimetière Saint-Père 

Tandis que le cimetière de la Trinité était au nord-est de la 
ville dans l'intérieur de l'enceinte, l'autre cimetière mentionné 
par l'Edit se trouvait au sud-ouest hors des murailles, sur la rive 
gauche. Le faubourg Saint-Germain ayant été le plus ancienne- 
ment habité par de nombreux huguenots, il était naturel qu'ils 
eussent, là aussi, leur « dortoir, » comme dit un document du 
temps. Et nous croirions volontiers, avec M. Read, que l'usage de 
ce cimetière était antérieur à l'époque où celui de la Trinité 
fut officiellement concédé aux huguenots 5 . Mais nous n'avons 
sur ce point aucun renseignement précis. 

1. Dans toute la France, entre ces deux dates, la question des cimetières 
est une des plus délicates à régler. Entre 1600 et 1609, parmi les arrêts du 
Conseil d'Etat, M. N. Valois n'en a pas relevé moins de vingt-trois concer- 
nant les cimetières (Arrêts, etc., t. II, 1894). 

2. Ii. h. p., 186.'1, ]). 277. 

3. H. h. />., 1864, p. 193, 301, 406, 44.'{, et 1863, p. '284. Voir ci-dessus, 
ch. VI, § 2. 

4. H. h. p. 1863, p. 39, note 1. Voir notre étude sur ce cimetière, avec carte, 
dans le même li. h. p., 1906, p. 249. 

5. « Le plus grand musicien français du XVI* siècle, » au dire de M. Ex- 
pert (conférences de Foi cl Vie à la salle de la Société d'encouragement, à 



394 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

Jusqu'au règne de François I er il y eut un cimetière pour les 
lépreux à l'angle méridional de la rue Taranne et du chemin 
descendant vers la Seine (aujourd'hui 51, rue des Saints-Pères, 
au coin du houlevard Saint-Germain) \ 

En face (49, rue des Saints-Pères) fut étahli ensuite un autre 
cimetière autour de la chapelle Saint-Pierre de la Maladrerie — 
par corruption : Saint-Père — . On la voit très nettement, en 
pleine campagne, sur le plan de Du Cerceau (1555). C'était hors 
de l'enceinte de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés : les hautes 
tours et la porte fortifiée se dressaient tout près de là (aujour- 
d'hui rue Saint-Benoît). La chapelle est remplacée par la salle des 
conférences de l'Alliance française et le cimetière par le petit 
jardin entre cette salle et le houlevard ; il s'étendait même plus 
loin, sur le trottoir et une partie de la chaussée du houlevard et 
de la rue des Saints-Pères -. Mais, en somme, sa superficie était 
peu considérable : « La chapelle ne pouvait contenir que douze 
personnes ; avec le cimetière elle ne formait qu'un demi-arpeni. 
Ce cimetière ne servait anciennement que pour les pestiférés 3 . » 

Les renseignements sur les inhumations après 1599 dans ce 
premier cimetière protestant sont extrêmement rares. La plus 
ancienne mention, consignée par l'Estoile dans son Journal, est 
antérieure au règlement cité plus haut. Elle montre qu'après 
l'Edit les huguenots avaient cru, de bonne foi, pouvoir inter- 
préter dans le sens le plus large la « liberté » que le roi leur 
accordait. Ce n'est pas seulement la famille, ou une dizaine de 
personnes, mais plus de cent parents et amis qui suivent le convoi 
d'un Rochelais : « Le jeudy 20 janvier 1600 ceux de la religion, 

Paris ; audition du 13 février 1910) ; on entendit ce jour-là une chanson 
gasconne « Villageoise » bien faite pour plaire à Henri IV, à côté de 
morceaux d'un caractère religieux à chanter en famille par les protestants : 
prières avant et après le repas (« Bon Dieu, bénis-nous... » ; « Rendons 
grâces à Dieu... ».), spaume LXIX : « Hélas, je le prie, sauve-moi... », etc. 
Claude Le Jeune a aussi harmonisé à trois voix certaines mélodies de Louis 
Bourgeois, p. ex. celle du psaume XCVIII (« Chantez à Dieu nouveau 
cantique... ») exécutée au Trocadéro le 1 er novembre 1909, lors du quatrième 
centenaire de la naissance de Calvin. 

1. Sur le plan ci-contre. 

2. Cf. Douen, Révoc. à Paris, I, p. 149. « En 1844, creusant un égout dans 
la rue des Saints-Pères, les ouvriers trouvèrent un grand nombre d'osse- 
ments » (Ed. Foukniek, Variétés historiques, t. IV, p. 139). 

3. Remarques historiques sur l'église et la paroisse Saint-Sulpice, Paris, 
1773, in-1'2. N" II sur le plan ci-contre. 



CIMETIERE SAINT-PERE 



395 



en nombre de six ou sept vingts, accompagnèrent le corps d'un 
nommé Balda, de la religion, et l'enterrèrent à leur mode, au-des- 



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ETAT ACTUEL DES LIEUX, ET EMPLACEMENTS 

(I) de l'ancien cimetière des lépreux ; (II) du cimetière protestant avant i(io( 
(III) du cimetière protestant après 1604. 



sus du Pré aux Clercs, au mesme endroit auquel Testé passé avoit 
aussi esté enterré un des leurs nommé Des Prises l . » 

1. Journal inédit du règne d'Henri IV, édition Halphen. Cf. France prot., 
2" éd., t. I, col. 729 : Bernard Balda de Lastre, échevin de la Rochelle en 

1(510. 



390 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

Ainsi dès le milieu de 1599, avant même que le culte provi- 
soire de Grigny eût été transféré à Ablon (lettres patentes du 14 
octobre), avant que les commissaires de l'Edit eussent rendu 
au sujet des enterrements leur ordonnance (26 octobre) les réfor- 
més utilisaient au vu et au su de tous un cimetière au faubourg 
Saint-Germain. Trois ans plus tard, le même chroniqueur nar- 
rant un autre service funèbre, il ressort de son récit que la 
police faisait alors appliquer le règlement de 1000. « Le mardi 
5 [février 1002] M. de Rambouillet, secrétaire du roy, mourut aux 
fauxbourgs Saint-Germain-des-Prés, en la religion, la profession 
de laquelle il avoit toujours différée et dissimulée, à cause des 
temps, et fut enterré au cimetière Saint-Père, à la mode de ceux 
de la religion, de laquelle il estoit. » 

Précisément à cette époque Casaubon eut la première occasion 
de se trouver du petit nombre des personnes admises à suivre, 
après le coucher du soleil, un enterrement (celui de Madame de 
Garrault). Son cœur sensible fut douloureusement impressionné 
de voir les protestants exilés, après leur mort, hors de la cité, et 
jetés comme des ordures dans un coin quelconque : « Mane et 
vesperi in libris fuimus : interdiu funus deduximus honestis- 
simae matronse D. de Garro : et hodie primum locum vidimus 
sepulturre piorum dicatum. Expellimur urbe et quasi xaeip^ara 
in angulum nescio quem ejicimur. Bene est. II ixepiç tjijlojv apud 
Deum. II vào TioX-'ista YjUUov âv toï; oùpavoTç. Deo opt. max. laus 
eiç auovaç octtovtov 1 . » 

Le lieu dont la vue arrachait au pieux visiteur ce cri de dou- 
leur et d'espérance présentait probablement l'aspect d'un champ 
quelconque, où rien ne désignait l'emplacement des tombes que 
le petit monceau de terre si vite affaissé ou couvert d'herbes fol- 
les. Mais, de même que nous avons vu les protestants essayer de 
suivre les convois en aussi grand nombre que le faisaient libre- 
ment les catholiques, voici que se manifeste une tendance à 
élever des monuments funéraires analogues à ceux que renfer- 
ment les cimetières et églises catholiques. 

L'innovation fut faite — chose assez naturelle — dans une 
famille où les uns étaient catholiques, les autres réformés : nous 
retrouverons plus tard encore, en étudiant les rapports des pro- 

1. Ephémérides, 27 mars 1602. Sur Marie Garrault, femme de Nicolas 
Bigot, voy. ci-dessus, p. 180, n. 3, et ci-après, p. 443. 



CIMETIÈRE SAINT-PÈRE 307 

testants et des jansénistes, ce nom illustre : Arnauld. L'Estoile 
consacre à cet incident deux pages de son Journal : 

(Mai 1603) « Le trésorier Arnauld, commis de M. de Rosny, 
jeune homme de bon esprit et de grande espérance, fort aimé de 
son maistre, âgé de vingt-neuf ans seulement moins neuf jours, 
mourut en ce mois à Paris, et le 21 d'iceluy, comme il étoit sur 
le point d'accompagner son maistre en Angleterre, où le roy 
l'envoyoit, ayant jà dressé pour cet effet une partie de son équi- 
page. Il fut enterré le même jour, à dix heures du soir, au cime- 
tière Saint-Père, où il fut porté par quatre crocheteurs, dont l'un 
étoit le nourricier de ma petite Magdelon, demeurant au faux- 
bourg Saint-Germain. Il y avoit un poisle de velours sur le corps, 
lequel fut accompagné de cinquante chevaux. On disoit qu'il avoit 
fait une belle et heureuse fin. » 

(Mars 1604) : « Le dimanche 14 je fus me promener par curio- 
sité au cimetière de ceux de la religion, derrière Saint-Sulpice, 
qu'on appelle Saint-Père, pour y voir la belle tombe du feu tré- 
sorier Arnauld, dont chacun parloit comme de chose nouvelle 
et inusitée entre ceux de la religion, principalement en ce pays- 
ci. Elle étoit d'un fort beau marbre noir, tout d'une pièce, esti- 
mée à deux cents écus ou environ, élevée d'un demi-pied de 
terre, et couchée de plus, autour de laquelle il y avoit, gravé en 
lettres d'or ce qui s'ensuit : 

Ci-gît noble homme maistre Claude Arnauld, vivant conseiller, notaire et 
secrétaire du roy, maison et couronne de France, et des finances de Sa Ma- 
jesté, trésorier général de France en la généralité de Paris et ordonné par 
le Roy près la personne de Monseigneur le marquis de Rosni, pour l'admi- 
nistration des finances de Sa Majesté, sous le commandement du dit seigneur. 

« Dans le milieu du marbre étoit gravé en lettres d'or ce qui 
s'en suit : 

Passant, tu ne liras point ici les louanges de celuy qui est sous ce tombeau. 
Sa vie les a, comme immortelles, gravées dans le ciel, jugeant indigne 

qu'elles traisnassent en terre. 

Quant à ce qu'il a été, tu le pourras apprendre de sa fortune, 

mais de sa vertu seule ce qu'il méritoit d'estre. 

MOESTISSIMO FRATR] 

PLVHA NON PEHMISIT 

DOLOH. 

« Au-dessus se voyoient gravées ses armoiries. 

« Quinze jours ou trois semaines après, on couvrit de plâtre ce 
beau tombeau, de peur que la populace, envieuse de tels monu- 
mens, n'achevât de le gâter, comme elle avoit déjà commencé, et 

26. 



398 l'église réformée de PARIS SOUS HENRI IV 

qu'enfin elle ne le brisât et le rompît du tout, comme aussi on fut 
averti qu'on avoit délibéré de le faire en une nuit. Et voilà comme 
d'un tombeau de marbre en fut fait un de plâtre, et quelle est la 
durée de nos ambitions, qui se réduisent enfin en boue et en 
plâtre. » 

L'érection de tels monuments funéraires ne risquait pas seu- 
lement de soulever des protestations de la part des catholiques, 
elle scandalisait certains réformés de la vieille roche, jugeant 
toute « distinction » contraire à la simplicité prescrite par la 
discipline. Et c'est précisément entre la mort d'Arnauld et la 
mutilation de son tombeau que se place (octobre 1603) une déci- 
sion du synode national de Gap : Les députés saintongeais ayant 
demandé « s'il est permis à un particulier de s'approprier un 
lieu de sépulture élevé sur des pilliers et autres ornemens, » le 
Synode déclare que « pour les sépultures tous se doivent tenir à 
la simplicité ancienne sans s'approprier rien de particulier, en 
tesmoignant notre communion avec les saints aussi bien dans la 
mort que nous la désirons dans la glorieuse résurrection 1 . » 

Les réformés ne purent utiliser ce cimetière pendant bien long- 
temps après l'Edit qui leur en reconnaissait formellement la jouis- 
sance. Le terrain était situé sur le fief de l'abbaye de Saint-Ger- 
main-des-Prés. Les religieux s'unirent au curé de Saint-Sulpice 
pour le réclamer, « afin d'y enterrer comme auparavant les pes- 
tiférés et les personnes qui, par dévotion, demandaient d'y être 
inhumés 2 . » Le cimetière protestant fut donc désaffecté ou plu- 
tôt affecté de nouveau aux enterrements catholiques par un arrêt 
du Conseil d'Etat (4 mai 1604). Le texte en est malheureuse- 
ment inconnu 3 . 

La question des cimetières protestants préoccupait évidem- 
ment les autorités à cette époque-là. C'est du 4 mars 1604 que 
date la copie du règlement de 1600 que nous avons cité à propos 
de la Trinité. 

Pour remplacer le terrain enlevé aux réformés parisiens, le 

1. Avmon, Synodes, t. I. synode de Gap. 

2. lienuinjuts hisl. sur l'égl. et lu paroisse S. Sulpice, Paris, 1773. Vingt 
ans plus tard, cependant l'abbé fera ordonner au curé de faire clore le ci- 
metière, par crainte qu'on enterre nuitamment « des individus morts de la 
contagion, tués en duel, ou bien des huguenots » (30 mai 1624 ; arch. nat., 
fonds de S. Sulpice, S. 3512, anc. cote, cité li. h. p. 1863, p. 41). 

3. Cf. Berty. Topogr. hisl. du vieux Paris, III, 220. 



NOUVEAU CIMETIÈRE SAINT-PÈRE 399 

Conseil désignait un emplacement voisin de l'autre côté de la rue 
Saint-Père, mais encore au sud de la limite du Pré-aux-Clercs. 
Dans ces parages semble s'être trouvé une voirie T (voisinage 
toujours aimablement choisi). Joachim Meurier, maître orfèvre, 
demeurant « au bout du pont des Changeurs, paroisse Saint-Jac- 
ques de la Boucherie, » possédait là un jardin « clos de murs, » 
et contenant vingt-sept toises de long sur quinze de large. » Il 
appartenait précédemment au sieur de Fontaines-Chalandray qui 
l'avait vendu à Meurier en même temps que « l'hôtel de San- 
sac, » maison située entre le jardin et la rue. Ce terrain était 
« chargé de trente-neuf sols tant de deniers de rente -. » 

C'est aujourd'hui le n° 30 de la rue des Saints-Pères, contigu 
à l'Ecole des Ponts et Chaussées. Quelques arbres sont encore 
plantés dans la cour qui occupe la plus grande partie de l'an- 
cienne surface du cimetière. En arrière se trouvait un moulin à 
vent, vers l'emplacement actuel du Dépôt d'artillerie de l'autre 
côté de la rue du Pré-aux-Clercs, dans la direction de Saint- 
Thomas d'Aquin. 

Une carte dressée précisément vers cette époque montre, sé- 
paré du Pré-aux-Clercs par deux longues bandes de terrain, closes 
de murs, une sorte de trapèze également entouré de murailles. 
Dans l'angle, en face la chapelle « S. Père » (seul mot inscrit sur 
cette partie du plan), on remarque une maison longeant une rue 
latérale (aujourd'hui Perronet) avec dépendance perpendiculaire 
à la rue des Saints-Pères. A l'angle opposé est une butte avec le 



1. P. ex. d'après le grand « plan archéologique » d'A. Lenoir (Bibliothèque 
de la Ville de Paris). 

2. Les mesures plus exactes sont de 30 m. 65, 43 m. 84, 19 m. 32, 50 m. 69, 
d'après un document que possède la Bihlioth. de la ville de Paris : " Cen- 
sive de l'Université déterminée dans le faubourg S. Germain, d'après le 
bornage de N. Girard, arpenteur, fait par arrest de la Cour du 14 mai 1551, 
et recherché géométriquement par le baron de Molina, colonel ingénieur, 
pour contenir exactement la même superficie donnée par Carron et Fleuri 
en juillet 1674 » (collationné par Molina en 1753). Le « Cimetière des Hu- 
guenots » correspond au n° 29 d'une » II' feuille. •> Un trapèze est limité 
à l'est par la rue des Saints-Pères (15 toises, 4 pieds, 1 pouce), au nord 
par une ligne parallèle à la limite du grand Pré-aux-Clercs (23 t.. p., 1 p.», 
à l'ouest par une ligne perpendiculaire à la précédente (9 t., 5 p.. 6 p.) ; au 
sud, il y a 26 t., p., 9 p. ; six propriétés occupent, de ce côté, l'espace entre 
notre terrain et la rue Saint-Guillaume. La légende de ce n" 29 : « Maison 
et cimetière de l'hôpital de la Charité, » date de la révision de 1753. 



400 L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE PARIS SOUS HENRI IV 

moulin déjà noté ailleurs. Au-dessous, et à droite, jusqu'à la 
Seine, il n'y a plus une seule maison i . 

Six ans plus tard le plan de M. Mérian (1615) représente en face 
la chapelle deux bâtiments en équerre dont le principal est en 
façade sur la rue des Saint-Pères. Un petit jardin, carré, clos de 
murs, les sépare d'un espace planté d'arbres au fond duquel, en 
retrait, on distingue cinq petits objets verticaux, moins grands 
que les arbres — peut-être les tombes protestantes. Au nord du 
cimetière est alors tracé le nouveau « jardin de la royne, » régu- 
lièrement planté d'arbres -. 

Mais en 1604, tout autour du jardin de J. Meurier, il n'y avait 
que des champs à l'ouest de la rue des Saints-Pères. A l'est, un 
peu plus bas en descendant vers la Seine, on allait bientôt (1607) 
construire l'hôpital de la « Charité, » pour les frères Saint-Jean- 
de-Dieu. (Dès 1602 Marie de Médicis en avait fait venir de Floren- 
ce cinq et les avait établis rue des Petits-Augustins ; ils durent 
bientôt céder la place à la reine Marguerite, pour ses construc- 
tions nouvelles •"•). C'est à eux que le cimetière sera donné quel- 
ques jours avant la Révocation 4 . 

L'emplacement du terrain ayant été ainsi établi, voyons com- 
ment les protestants furent mis en possession. La chose eut lieu 
aussitôt après l'arrêt du Conseil d'Etat 5 . Le lieutenant civil 
François Miron avait convoqué pour le 6 mai 1604 les « députés 
de ceux de la religion prétandue réformée, » M. de Saint-Ger- 
main, qui ne vint pas, et J. Mercier. Avec le propriétaire J. Meu- 
rier ils trouvèrent sur place un procureur de l'abbaye, deux 
religieux, et le curé de Saint-Sulpice (sur la paroisse duquel est 
la rue des Saints-Pères), « vénérable et discrète personne maistre 

1. Description nouvelle de la aille, cité, Université et fauxbourgs de Paris, 
publiée en 1(509 par Fr. Quesnel. 

2. Ci-dessus p. 17, dans l'angle inférieur à droite. 

3. Cf. Articles présentez à nos seigneurs de la Cour du Parlement pour 
l'administration de l'hôpital de la Charité, Paris, in-4°, 1620, p. 12 (Bihl. 
nat., m s. fr. 21805, fol. 187). 

4. Nouvelles à la main publiées dans le B. h. p. 1907, p. 467 : « 3 octobre 
1685. On a osté aux gens de la religion le cimetière qu'ils avoient dans le 
faubourg Saint-Germain et on l'a donné à l'Hostel-Dieu et aux religieux 
de la Charité. » 

5. Procès-verbal aux Archives natlcs, fonds S. (îermain-des-Prés, S. 2839, 
(iinc. cote) publié par M. Read dans le B. h. p. 1863, p. 36. 



NOUVEAU CIMETIÈRE SAINT-PÈRE 401 

Henri Lemaire, docteur régent en la faculté de théologie. » Le 
procureur du roi enjoignit à Meurier de remettre les clefs à J. Mer- 
cier. Meurier demanda qu'il lui fût payé neuf cents livres tour- 
nois, tout en reconnaissant que lui-même avait versé sept cents 
livres seulement au précédent propriétaire. Le procureur, quand 
même, mit en possession du jardin « lesdits de la religion pré- 
tandue réformée, » en donnant les clefs à J. Mercier ; celui-ci 
devait bientôt recevoir « les deniers provenant de la valeur du 
jardin » comme dépositaire de biens de justice. Mais les ré- 
formés trouvaient trop élevé le prix demandé. Il y eut « prisée et 
estimation » par Jean Fontaine, maître des œuvres de charpen- 
terie des bastimens du roi, le 18 mai, et la somme à payer fut 
réduite à celle que Meurier avait déboursée lui-même : sept cents 
livres tournois. 

Trois jours après, Sully signe une ordonnance : nous le 
voyons sans surprise intervenir dans cette affaire, comme, l'année 
suivante, pour le transfert du culte. Mandat est donné au tré- 
sorier de l'épargne de payer à Meurier le prix ainsi fixé ; mais 
ceux qui la verseront entre les mains du vendeur sont deux 
membres du Consistoire dûment délégués à cet effet : « Noble 
homme maistre René Le Cointe, advocat en la cour de Parle- 
ment » (le beau-frère du pasteur Lobéran) et « maistre Samuel 
Dufresnoy, procureur en ladite cour, demeurans à Saint-Ger- 
main-des-Prés lez Paris, rue de Seine et des Marests, presens et 
comparans au nom et comme anciens de l'Eglise pretandue refor- 
mée de Paris, eux disans députez et avoir charge de ceux de 
ladite Eglise. » La formule est beaucoup plus nette que pour les 
contrats précédemment rédigés par M" François relatifs à Ablon. 
L'acte fut passé le 2 juin devant deux notaires catholiques, Guil- 
lard et Bontemps 1 . 

Voilà donc les réformés mis en possession d'un nouveau cime- 
tière pour remplacer celui dont ils ont été privés, et en cette, 
circonstance l'Edit est strictement appliqué - - en grande partie 
sans doute grâce à Sully - - selon la lettre et selon l'esprit : le prix 

1. L'original était resté dans l'étude de M' Bontemps ; le B. h. />. (186:5, 
p. 38) a publié la minute collationnée par M. de Massanes, pour servir 

t;uxdits de la H. 1*. R. » Antoine de Massanes, ancien conseiller et secrétaire 
fîu roi, était au moment de la Révocation le doyen d'âge du Consistoire et 
demeurait rue des .Marais (Douen, Révoc. 11, 17, et B. h. />. 1863, p. 14). Il 
Était déjà « ancien » en l(i.")8 (Fr. prot. 2 e éd., Y. 541). 



402 l'église réformée DE PARIS SOUS HENRI IV 

du terrain est à la charge des finances royales et non des réfor- 
més, conformément à l'article XXVIII ; le vendeur doit accepter 
le prix fixé par expert, et sans qu'il y ait « homme vivant et mou- 
rant » à la place de la collectivité protestante *. Des emplace- 
ments destinés à la même affectation ont été, dans des condi- 
tions analogues, mis à la disposition des protestants sur l'avis des 
commissaires exécuteurs de l'Edit, en certaines provinces, à cette 
époque, mais il n'en avait pas été et il n'en sera pas toujours 
ainsi partout ; souvent, avant ou après cette époque, les réfor- 
més n'auront de cimetière que s'ils achètent eux-mêmes le ter- 
rain ou si l'un des leurs en fait don à l'Eglise 2 . 

Ce jardin affecté entièrement aux protestants parisiens pour 
leur usage, et non distrait d'un plus grand cimetière comme à 
la Trinité, était heaueoup plus vaste, sans avoir encore une super- 
ficie très considérable (environ douze ares). 

Le premier acte d'inhumation aurait été, d'après M. Read 3 
daté du 21 mars 1004. Il est permis de se demander s'il ne fal- 



1. Ceci était également conforme à la Réponse du roi au XIII' article du 
cahier présenté en 1602 par les réformés : « Les seigneurs directs des places 
(lui ont été ou seront achetées suivant le XVI e article de l'Edit tant pour 
faire l'exercice de ladite religion que pour les cimetières seront satisfaits 
pour une seule fois de leur indemnité au dire d'experts, sans pouvoir 
obliger les acquéreurs à leur bailler homme vivant et mourant. » 

2. Voici un exemple de chacun de ces trois cas, sous Henri IV : Le 2 dé- 
cembre 1599 un marchand d'Orléans « fréquentant les foyres du Poictou » 
achetait par devant un notaire de Niort, pour 90 écus d'or, une maison et 
un jardin à Orléans, près des remparts ; le 16 du même mois il déclare 
par devant le notaire du Consistoire d'Orléans, M* Sevin, que l'acquisition 
a été faite avec les deniers des Réformés, pour employer le jardin c tmme 
cimetière (B. h. p. 1899, p. 568). 

En Bourbonnais, au contraire, le 22 août 1603, les commissaires Frère et 
Chandieu assignent « pour lieu et cymetière deux boisselées de terre au 
champ à eulx offert par les maires et eschevyns » (de Moulins) au village 
de Vernies (B. h. p. 1863, p. 390). 

A Saint-Quentin, les réformés, après