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Full text of "L'hermite de la tombe mystérieuse; ou, Le fantome du vieux chateau ..."

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L'HERMITE 

DE 

LA TOMBE MYSTÉRIEUSE. 



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L'HERMITE 

DE 

LA TOMBE MYSTÉRIEUSE, 

ou 
LE FANTOME DU VIEUX CHATEAU, -j 

ANECDOTE EXTRAITE DES ANNALES 
* DD TREIZIÈME SIÈCLE, 

PAR M" ANNE'^RADCLIFFE; 

Sr TBASOITE SDR LE MAnCSCKIT ÀRGtAIS , 

Pa* M. E. L. D. L. BARON DE LANtiON. 
TOME PREMIER. > 



Quel po^iToir a krûë l'éternelle barorittrë 
DoDt le ciel sépara l'enfer de la nîmière ? 
D'oh vient que les esprits, malgré l'arrêt duSoj^t» 
Rerienncnt à nos yeux du séjour de la mort? 
Voltaire , S^miramis. 



PARIS, 

MÉNARD ET DESENNE , FILS , LIBRAIRES , 

ÉBIT£«nS BU RiPERTOTRE GÉNÉRAL DU THéA.TREntAKÇAIS> 

rue Gfi-le*Cœur , n^ S. 






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DEDICACE 

A MADAME LA BARONNE 

ÉLISE DE L. M. 



II. fat aa temps où la galanterie 
6'embeIKssait des pliu nobles yertua y 
Oh l'amoar vrai portait aux cœura émna 
Ses plua doux feux , sa tendre rêverie } 
C'était aux jours de la chevalerie, 
Jours fortunés qui ne renaissent plus ! 
Jje fer en main , la visière fermée , 
2>ifos Paladins combattaient en tout tien 
Pour l'intérêt du monarque et de Diea « 



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Et pour l'honneur d'une èelîe opprîm^ev 

Ils aimaient bien : constance » loyauté ^ 

Êuient Jevr «ri , leur ^devise chérie. 

Amans discrets , rarement la beauté 

Les acciisait d'an peu de vamerie, 

Qu'h juste droH ce temps est Vegreté ï 

Pourquoi faut-il maintenant .qu'on s'^éciie t 

Elle est bien loin cette époque accomplie, 

Où la tendresse , où la fidélité , 

Savaient orner le matin de la \ie ? 

Preux cbeTaliers ne te retrouvent pas. 

Longues amours sont cboseï étrangères ; 

Le cliangement, k nos beeutéi légères > 

Seul aujourd'hui peut offrir des appas ; 

Et Ta constance enfin n*est ici-ba* 

Qu'un vieux dicton dont nous parlent nos pèrei. 

Si cependant il renaissait encor, 

Ce siècle heureuse d'amonr et de prouesse ; 

Si la candeur , si la délicatesse , 

Cbes nos neveux ramenaient l'âge d'or , 

A vous , Elise , on devrait cet accorda 

Les Paladins > dont rbiftaiirt est tracé« 



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Dans ces récits qaé f osf Vobs olbiry 
VoQs proclaiBMit dame de leur pensée j* 
Auraient pour tons touln vaincre on nomtf. 
Dans les tournons on les eût. tu courir , 
Se distiogner par de grands coups de lance , 
S'ils avaient pu se flatter d'obtenir 
I^es prix qu'Amour accorde à la vaillance ; 
Jusques k vous osant porter ses vœux, 
Combien de fois sous t'auliq.ue tourelle 
Le ménestrel , sur sa barpe fidèle , 
Répéterait des refrains amoureux ! 
Lorsque' le soir obscurcirait les cieux-^ 
Des clianls légers, des romances plaintives ^ 
Célébreraient vos attraits gracieux ; 
Et vos talens , et ces vertus naïves , 
Dont le concours vous pare encore mieux : 
Le nom d'ÉIise ^ objet d'un pur délire ^ 
Retentirait dans les palais des rois , 
Des chevaliers orneraient le pavois ; 
A nos échos on viendrait le redire. 
Mais vous fuyes un éclat glorieux ; 
Faisant le bien , vous aimes la retraite ) 



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Eo iuiitant l'agreste vkrfetle . 
Qui le dérobe , et loin de tons lee ycwi 
Se vent ««cher aom la Tert^ contiretle , 
Biais que tràlkit son parfam précieux. 

£. lu D. L. BAieii KC LAiicoir, tradacleur. 



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PRÉFACE 

DU TRADUCTEUR. 

En voyant au frontispice de 
ce roman le nom de madame 
Anne RâdclifFe, je suis con- 
vaincu que le lecteur défiant 
va s'écrier ; « Voilà encore 
idun ouvrage qu'on attribue 
4: à cette femme célèbre dans 
« son genre. N'iétait-ce point 
« assez des Visions du çhâ- 
4f teau des- Pyrénées, de la 
«Foret de Montalbano, du 
« Couvent de Sainte-^Cathe* 



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X • PREFACE. 

« rine, etc., sans qu'un Her- 
« mite de la Tombe mysté- 
« rieuse vînt mettre encore 
« notre crédulité à une nou- 
f( velle épreuve , et lasser 
4c notre patience? Qme Dieu 
^ fasse paix à madame Rad- 
« clifFe dans sa tombe ! car en 
« son nom on nous poursuit 
(K avec acharnement dans ce 
« monde ». 

Lecteur ou lectrice , veuil- 
lez nous entendre avant de 
nous condamner ; peut-être 
sommes-nous dans la bonne 



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PRÉFACE. x\ 

foi, peut-être avons-nous crv 
traduire une production delà 
créatrice du genre de la ter- 
reur. , Ecoutez le récit que 
nous allons vous fi^re, lise? 
le roman que nous vous of- 
frons. Notre franchisa vous 
désarmera, selon toute appiar 
rence; et si tel ouvrage est 
lu par vous saïis ennui > p eu 
yous importera la vérité / si 
nous avons su vous délasser 
pendant quelques heures, 

J'habitaisToultruse dansles 
premiers Jours du mois d'à-» 



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Xij PRÉFACE. 

vril 1 8i4' Comme une grande 
partie des habitons de la cam- 
pagne , j'étais venu chercher 
tm asyle dans cette cité contre- 
les fureurs dé la guerre. Le 
maréchal Soult, dont les hauts 
faits d'armeg , dont la retraite 
victorieuse ontrappelé le sou- 
venir des plus grands capi- 
taines, contrebalançait, avec 
une faible armée de vingt- 
cinq mille hommes (harassée 
de fatigue , manquant de tout , 
n'ayant d'espoir que dans son . 
courage) les quatre* vingt. 



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I 

i 



PREFACE. xîîj 

ipille soldats que coiniiiandait 
lord Wellington. Uarmée an» 
glaise 5 approvisionnée au;i- 
delà de ses bfispins^ parcou-? 
rait des contrées tranquilles 
qui ne la traitaient point en 
çnnemie ; tous les avantages 
étaijent pour ejle , et son gér 
néral tirait des circonstances 
qui lui devenaient favorables 
un merveilleux secours pour 
aider ses connaissances milir« 
taires. Après avoir hésité pen-* 
4ant près d'un mois à attaquer 
TToulouse, et laissé ce temps 



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Xiv PREFACE. 

â rintrépî4e maréchal du€ de 
Dalmatie pour fortifier sa 
ligne de défense, il se décida 
à forcer les positions fran- 
çaises. L'aflEaire eut lieu le 
lo avril, jour de pâques. La 
bataille dura deptfis le point 
du jour jusqu'à la nuit. Des 
prodiges de valeur furent 
faits par les troupes fran- 
çaises ; elles firent mordre la 
poussière à quinze mille en- 
nemis avant de leur céder les 
tedoutes formidables qu'elles 
défendaient, et l'on peut dire 



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PREFACE. XV 

avec orgueil que si le cours 
des évènemens politiques n'a- 
vait forcé le maréchal à se 
retirer, lord Wellington eût 
acheté plus cher et eût mis 
plus de temps à s'emparer de 
la ville de Toulouse. La perte 
qae fit son armée se trouva si 
considérable que le lende- 
main elle ne put recomnien*- 
cer le'combat. Enfin le géné- 
ral français évacua la ville j 
mais son adversaire n osa pas 
rinqaietter dans sa retraite. 
-^11 parut alors semblable au 



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XVJ • PRÉFACE. 

lion qu'on n'ose point pontir- 
suivre lorsqu'on a été assez 
heureux pour lui faire aban- 
donner la proie dont il s était 
emparé. Le maréchal Soult 
fut prendre plus loin de nour 
velles positions, et, toujours 
plus redoutable, se. prépara 
»vec les débris de son armée 
à opposer de nouvelles bar*- 
rières è l'ennemi, qui le pous- 
sait devant lui , mais qui n'a- 
vait 'pas eu la gloire de le 
vaincre. Les ofl&ciers anglais 
blessés à cette sanglante ba- 



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I 
I 



PRÉFACE- XVÎj 

taille furent répartis dans les 
maisons de Toulouse , après 
que Wellington y eut fait son 
entrée. 3'eus la satisfaction de 
pouvoir donner mes soins à 
un jeune Ecossais qui voulut 
bien me montrer quelque re- 
connaissance pour les ser- 
vices que je fus assez heureux 
de lui rendre. Il ne pouvait 
marcher, et je me plaisais à 
lui tenir compagnie. Après 
avoir longuement parlé poli- 
tique, et nous être disputés 
avec assez de politesse sur un 



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xviij PRÉFACE. 

point dont nous ne pouvions 
tomber d'accord , car il s^agis^ 
sait de la prééminence que 
chacun de nous réclamait 
pour sa nation , nous chan- 
geâmes de conversation, et 
nous nous rabattîmes sut la 
littérature. Nouveau sujet de 
querelle : il vantait Shakes- 
peare, je lui citais Corneille; 
il nommait Pope , vite je lui 
récitais un chant du Lutrin; 
à Bacon j'opposais Montes- 
quieu, à Fielding l'auteur de 
Gil-Blas; je croyais madame 



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i 



PRÉFACE. XIX 

de Séyigné supérieure à mi- 
lady Montaguë; enfin nous 
étions encore moins d^accord 
sur.èe chapitre que sur tout 
9Utre. Le moment de nous 
séparer arriva; jequittaisTou- 
louse, lui partait pour Paris, 
li voulut alors reconnaître di- 
gnement le peu que j'avais 
fait pour lui ; <^ Monsieur , me 
« dit -il un jour, vous aimez 
« les lettres, vous avez , dites- 
« vous 5 écrit quelques- ro - 
« mans ; permettez - moi de 



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tx., PREFACE. 

« VOUS en ofitirun qui m'ap- 
^cpàrtient, et. que m'a donné 
« une de mes parentes, ma- 
« dame Anne RadclifFe 5>. A 
ce 119m si connu ^e tressaillis y 
je demandai à mon jeune offi- 
cier si le roman dont il me 
parlait çtait de cette dame iK 
liistrej il me le certifia j me 
remit le manuscrit, que j'eus 
beaucoup de peine à lire. 
Après l'avoir déchiffré , je 
doutai moins du nom de son 
auteur i mais je me permis de 



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PRIÊFÀCE* XX) 

supprimer de longues des- 
criptions 5 je retouchai la par- 
tie géographique qui n'était 
pas conforme aux localités^ 
je rétablis Texactitude des 
faits historiques dont Fauteur 
s était peu occupée. J'y ajou- 
tai quelques romances , et mis 
en tête , pour Tintelligence 
générale , un Précis historié 
que sur la guerre des Albigeois j 
qui servira à faire lire le ro- 
man avec plus de fruit. Voilà 
le résultat de mon travail. Je 



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ix!j PRjéPACE. 

m'estimerais heureux qu'on 
ne trouvât pas que j'eusse 
mieux fait de supprimer la 
traduction tout entière. 



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PRÉCIS HISTORIQUE 



SUR 



LA GUÇRRE DES ALBIGEOIS, 

Li' HÉRÉSIE des Albigeois 
doit sa naissance à un certain 
Pieçre de Brujs , Provençal , 
qui 5 le premier , répandit 
dans le Languedoc cette er- 
reur condamnable. Il attaqua 
d'abord le baptême des én- 
fans, le sacrement de Teu- 
charistie, la prière pour les 
morts et le culte des images. 
On vit néanmoins dans la suite 
que ses disciples reconnais- 
saient deux dieux. Le plus 



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XXÎV PRECIS 

considérable de ses partisans 
fut le moine Henri , hérésiar- 
que d'autant plus dangereux 
que ses manières étaient plus 
insinuantes que ceUes de son. 
maître. Il quitta l'habit de son 
ordre ;• maïs il en conserva 
la modestie. Son éloquence 
était entraînante, et Ton avait 
de la peine à se défendre des 
impressions qu'il voulait don- 
ner. Il subjugua particulière- 
ment Alphonse Jourdain*, 
comte de Toulouse , qui le 
considérait comme un bien- 
heureux ; et saint Bernard 
avoue lui-même, dans ses 



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HISTORIQUE. XXV 

lettres 5 qu'il n'était pas sur- 
prenant que les plus habijles 
personnages se laissassent 
aveugler parun fourbe pareil. 
L'hérésie fit des progrès 
considérables pendant le dou- 
zième siècle ; le midi . de la 
France et le Languedoc en 
particulier en furent inon- 
dés. L'église ne tarda pas 
à être alarmée de l'essor 
que prenaient ces dange- 
reuses erreurs. Plusieurs con- 
ciles . les anathématisèrent ; 
celui de Lombers , petite villq 
dans l'Albigeois , autre que 
l'ancien siège épiscopal de ce 



, I. 



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XX^j f ÂÉCIS 

woiti 5 sur les bords dé la Sâve , 
fut celui où les hérésiarqueè 
furent condamnés avec le 
plus de solennité. Le chef des 
Albigeois se noramait Oli- 
vier î il joignait à une élo- 
quence persuasive des con- 
naissances approfondies. Il 
ne craignit pas de se rendre 
au concile et de disputer 
contre les pères qui lé corn* 
posaient. On lui opposa Far- 
chevêque de Narbonne , le- 
vêque de Nîmes, les abbés 
de Cendrus et de Froide* 
front. Les juges nommés 
furent levêque d'Alby, Ar- 



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HISTORIQUE. XXvij 

fiauld de Bé, les abbés de 
Castres , d:'Uridereil et de 
Candeâle. La nouveauté dii 
spectacle , l'intérêt de la cause 
gui déyaît s'y traiter y atti- 
rèrent le^ pêJhéonnes les plus 
eorisidérableSfc Oii vit! venir 
àLombers, Constande^com^ 
tesse de Toulouse et sœur de 
Lioois-Ie-Jeune, les vicomtes 
de Bezi^rs et de Lautrec , les 
évêqiies de Toulouse, d'Ag* 
de, de Beziers et de Lodève, 
les àbfcés de Gaillac, de Sainb- 
Pons, etc- Les hérétiques fo- 
rent coïKiaffiuiéS: sur tous les 
points^ convaincus de mau« 



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xxviij PRÉCIS 

vaise foi, et contraints à se 
soumettre aux pénitences que 
Féglise leur imposerait. 

Guillaume Trencavel, com- 
te de Carcassonne, vicomte 
de Beziers , d' Albi , de Cas*^ 
très y dont la présence , la fer* 
meté, les bonnes intentions 
avaient beaucoup contribué 
à Pheureux résultat de la con* 
férencé, prétendit à Thon-^ 
neur d'éteindre l'hérésie j 
mais il fut trompé dans ses 
désirs : car , peu de temps 
après , les habitans de Be- 
ziers , s'étant soulevé&rcontre 
lui| le tuèrent dans la cathé^" 



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HISTORIQUE, 'xxix 

drale de cette ville , où il 
s^était rendu pour entendre 
leurs réckmâtipns , et : blést- 
sèr-ènt ievêqùe, qui voulait 
lé défendre- Son fife^ Ro- 
ger Trencavel, vengea cette 
mort cruelle; mais n'empê- 
cha pas ïhérésie d'infester la 
ville. • • Elle prenait de nou- 
velles forcés, quoi qu'on fit 
pour k renverser; elle domi- 
nait dans les terres soumises 
aux comtes'de/FeulouSe i ausfc 
$i accuàâîli-on Raymond Vli 
dit le Vieux , qui régnait alors ^ 
de là favoriser en secret. Le 
fi^pe Iniiûo«ntMli)' placera 



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XXX ' . JPJIÉCIS: 

cette^poqùe surletrôjttepoti-* 
tiûcal, envoya en i 1 98 , i 202, 
i2o4j'>depiïég9is pouc comr 
battre les enn6mi§.de i'égUt«M 
Ils les confondirent vHiàis iia 
ne purent vaincre, leur, opi^- 
niàtretë. Pierre de Gastel** 
niauld fut Berivoyé; du Jpint» 
père qui d^Ioryp lepOusdléf 
nergié. Raymond; VJ le isiAstf 
va toujours sur sonchùeroin» 
ll< cherchait: à le sédulve i .à 
l'aiioucir envers 'desmalheun 
Xé\tx. dont Ji fl^ ciw>yait le pcaré, 
puisiqu'il était leur «ouLvéraih j 
mais ce lut sansisuccè^iPiérrè . 
de Cflàtelfâlilâ.iifi.tftrda paf 



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HIST0RI4ÎUE. -XX^t^ 

à l'attaquer kii-mêmç. Ray» 
mond, pour terminer ces dis- 
putes, t'engagea de se rendre 
à Saint-Gilles, où ils eurent 
quelques conférences, qui, 
loin de \e» adoucir récipro- 
quement, les animèrent d*^ 
vantage. Le comte menaçai 
de sa colère le légat : celui-ci 
voulut partir i et, à l'instant 
où il entrait dans une barquç 
pour travtçrser le Rhône, 
deux hommes s'approchè- 
rent de lui et l'assassinèrent; 
Castelnauld mourut en par- 
donnant à ses meurtriers, et 
le comte Raymozid fut sipuj^ 



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XXXÎ] PRÉCIS 

çonné d'avoir armé leurs bras 
Sacrilèges ; il ne put cepen- 
dant être convaincu d*un pa- 
reil crime. Nous aimons à 
penser que de vils courtisans 
crurent satisfaire sa vengean- 
ce en immolant celui qui Ta- 
rait outragé. Peut-être eùtril 
du en tirer une justice écla- 
tante, et sa négligence à cet 
égard servit dé prétexte à 
ceux qui voulurent le perdre^ 
~ Innocent III , en apprenant 
la nouvelle de l'assassinat de 
Pierre de Castelnauld , fit pu- 
î>lier une croisade moins di- 
ïijgéè contre les hérétiques 



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HISTORIQUE. XXXÎij 

que contre le comte de Tou- 
louse. Pendant ce* ténips, 
Foulques , évêque de Tou- 
louse 5 invective et àétiôhce 
au ciel un prince qu*il traite 
de sacrilège : son zèle empor- 
té lui mérite l'honneur d être 
député vers le pape par les 
nouveaux^ légats. llccôUrt a 
Rome aigrir les esprits. Foul- 
ques, ou Foiquét, était fils 
d'un marchaâdt de Gênes > 
nommé Ar^honse, établi à 
Marseille. Celui-ci laissa en 
mourant une fortune im- 
mense au Jeune t'oulques, 
qui, dédaigtiant la vie pai<* 



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XXxiv PRÉCIS 

siblç d'un commerçant, pré- 
féra revêtir le costume de 
troubadçur , qui devait lui 
ouvrir le palais des princes, 
Richard d'Angleterre , le roi 
d'Aragon Alphonse H, le 
comte /de Toulouse Ray- 
mond V), le comblèrent de 
faveurs.; mais il s'attacha de 
{(référence à Barrai, vicoml» 
de Marseille. Azalaïç de RO" 
ç^uemartine » femme du yt» 
0oti;itQ, célèbre par ses char'* 
mes^ Soti esprit et son arba* 
nité, voyait les troubadours 
les plus fameuse s'a^ttacher ^ 



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HISTORIQUE. J(X}f,y 

menta le nombre; mais U 
vduiut lui plaire ,. et choisit 
mal }e^ «loyens qu'â;$e per* 
)tiit d'employer. La yieom- 
te$se,, irritée , le cbassa de sa 
cour. U parcourut plusieurs 
pays i ; .et «'arrêta plus long- 
temps » Montpellier, da rév . 
gp^^ Gu^vtof^ ]VlUi qui 
avait épousé une 1^<e de Ma- 
nuel, empereuf'de Gdnatai> 
tindples. ^nïïntilaseé du moi» 
^ , il je iSt xsU^p^t de l'ordre 
de,Qîte^àx;â« igname (par il ^ 
3'étajt m^rié ) et aés deux fils 
suivk'ent &<m exemple. Msài 
la psijaf. du elâître ne «alm» 



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XXXVJ PRÉCIS 

pas la fougue de son carac^ 
tère; il sortit de l'obscurité 
monastique, et, de trouba- 
dour galant et libertin qu'il 
avait été d abord, il devint 
fanatique insolent et rebelle. 
Dès qu il fut sur le trône épis- 

. copal, il se signala ]par une 
foule d'entreprises toutnà-la- 
fois téméraires et coupables; 
il excita contre son souve- 
rain, Raymond VI, la colère 
du sjaint- siège dans un temps 

, où elle était redoutable. Ray- 
mond , qui aimait son peuplé , 
se refusait aux sanglantes exé- 
cutions qu'on exigent de lui. 



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HISTORIQUE. XXXvij 

- Cependant Forage appro- 
chait; la croisade prêchée 
contre lés Albigeois avait eu 
le plus grand succès. Ray- 
mond VI, justement épou- 
vanté de la . multitude qui y 
avant peu, allait fondre sur 
lui, demanda une nouvelle 
absolution des excommu- 
nications lancées contre lui- 
Il consentit à lixPrer au légat 
Milon sept places fortes. Un 
concile s'assembla à Saint* 
Gilles : Eaymond y comparut; 
on le jugea, el il rentr>a dans 
Téglise après avoir subi la plus 
humiliante des cérémonies, 



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xxxviij PRÉCIS 
On avaîtdressé , sous le Ye&û- 
buïe dei'abbaye, uiï autel sur 
lequel le saint sacrement était 
exposé , ainsi que les reliques 
des saints martyrs : un grand 
nombre d'archevêques, de 
prélats et de hauts barons 
se trouvèrent présents* Rày^ 
mond fut conduit en cet en- 
droit dépouillé de ses vête- 
Inens et nïP jusqtf à la cein- 
ture : il promit de nouveau 
obéissance au pape , soumis 
sion aux pénitences qu'on lui 
imposerait^ et baîne éternelle 
aux hérétiques* î A la suite ;d6 
cette amende honJ3ràble le 



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^ HISTORIQUE© XXXÎX 

légat Mîlon lui passa sonétole 
autour du cou , et, la tenant 
par les deux bouts, il l'intro- 
duisit dans Téglise en le fouet- 
tant avec utie poignée de ver- 
ges. L'absolution suivit ce 
châtiment. Après la cérémo- 
nie, Raymond, ne pouvant 
s'en revenir , tant la foule 
était grande , en passant par 
la nef de l'église , fut contraint 
de traverser un des bas-côtés, 
où Ton avait transporté le 
tombeau de Pierre de Castel- 
nauld, en sorte que plusieurs 
crièrent que le prince lui fai- 
sait amende honorable après 



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xl PRÉCIS 

sa mort. Pendant que ces 
choses se passaient dans le 
Languedoc, on prenait la 
croix dans toutes les villes de 
France. Bientôt une armée 
formidable se rassembla, vers 
Tété de 1207, sur les bords 
du Rhône. On voyait à sa tête 
Odon , duc dç Bourgogne j 
Pierre de Courtenay,' comte 
d' Auxerre ; Simon de Mont- 
fort , comte de Lincestre ; le 
comte de Nevers, Guy de 
Le vis, et unefoule d'illustres 
personnages qui croyaient 
servir Dieu en immolant les 
hérétiques, 



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HISTÔrirQUE./ xlj 

•^ Philippe- Auguste 5 roi de 
France , laissa les ennemis dû 
xîomte de Toulouse s-'occuper 
de sa ruine. Il ne pouvait lui 
pardbnnèr d avoir reconriii 
la suprématie de l'empereur 
d'Allemagne, et cette funeste 
condescendance de Raymond 
fut la chose qui contribua le 
plus à sa perte. Le légat exigea 
■qu il vînt lui-même se joindre 
aux croisés , et qu'il fût avec 
eux combattre ses infottunés 
sujets.Oiiouvritles opérations 
•de la campagne par le siège 
-djB Beziers, ville populeuse, 
placée sur une hauteur , dont 
I. d 



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le pifid ^$t,;arfC(sé ,^r:)arri- 
vière d'Ori)e , siège aSTrepit^^ 
ft marqué eii lettres de sang 
dans ripyistoif e. , Q^i^tre-yingt 
ïf»U^ hfinime^ y fur-eïitpftssél 
^,fîA 4^ f^ée; ^Yar\t 4f 
çomm^neer le carnage , Iç* 
croisas dçmaçtdère^l; » dit-<xn , 
à rAbb4 de Cîteau^, à quej' 
signe pn recpnnaîtrait les qgir 
tholique^ entre les Albig^oj?; 
^ Tuez-les tous; Dieu connaît 
« ceux qui spnt à lui», réponr 
dit ce monstîe, qui préférait 
voir répandre le sang de l'inr 
nocent que de laisse^ ^chap^ 
perunçQupable, 



>, Google 



De Bezîers on sç rct^lit dfr- 
vant Carcassonnci défendue 
par le jeune Roger Trenca*» 
vel^ neveu 4u comte Ray- 
mond. On essaya en sa fiaveur 
}çs voies d accommodement. 
Pierre , roi d'Aragon , qui 
voulut s'en mêler, ne put 
réussir. La ville fut contraint^ 
de sç rendre : on en chassa 
tous les habitans , et Von pen- 
dit ou brûla tous ceux qu'on 
parvint à convaincre d'héré*^ 
sie (i). Le vicomte fut arrçté, 

(i) La partie TiîstoYJque qui se trouve 
ê'sms le roman , concernant le siège ié 
Carraiâonae , ^ntcowfoxtm ^ h plu& ^pr^t 
pulettse vérité. 



^ 



^ 



\ 

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klîv pAjècis ^ ' 
et mourut quelques joui^ 
après, non sans soupçon dé 
poison. ., 

Ge fut alors que Simon de 
Montfort, comte de Leîcestre, 
parvint *à être choisi pour 
chef de Tentreprise , sur le 
refus du duc de Bourgogne 
et dii duc de Nevers/ Cou- 
vrant ses prétentions ambi- 
tieuses du voile de la reli- 
gion , il poussa à bout le comte 
de Toulouse par toutes sortes 
de mauvais procédés. Ray-^ 
mond , exconimunié pour là 
troisième fois, fut à Rome se 
défendre loi-même. Vaine- 



dbyGoOgfë 



HISTORIQUE. xbf 

, ment le légat Milon et le 
comte de Montfort réunirent 
leur adresse pour appaiser le 
comte de Toulouse ; ils ne 
purent le détourner du voya- 
ge. Il arriva à Rome au mois 
de janvier 11210. Le pape le 
reçut avec distinction, ac- 
cueillit ses plaintes , le revêtit 
d'un riche manteau, lui don- 
na une bague précieuse, et 
lui accorda un bref qui por- 

• tait défense de disposer de ses 

terres , attendu qu'il^avait été 

jugé innocent du meurtre de 

Pierre de Castelnauld. 

Pendant son absence, Mont 



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Jtfltj PRECIS 

fort envahit ia plus gnmde 
partie de sies état8^ Raymcod 
revint e» dilig«ice pour les 
défendre. Les deux rivaujcse 
déclarent, la guerre. Si«aoo 
Dût laneer une quatrième ex- 
communication par un légat 
qui trompe, et désob^t au 
pape. Foulques , toujours fa» 
natique, ameutait le peuple 
contre Raymond^ et poussa 
l'insolence jusqu'à faire dire 
9. ce prince qu'il eut à quitter . 
Toulouse pendant le temps 
où il faisait les ordinations j 
car les. légats n'avaient jeté 
l'interdit que sus les Umix où 



a b, Google 



mond,, jqu'une pareille der 

tçniir ror4ïe à Foulques d§ 
^ijdttiçi;, ces étatp., « Çç fl'«^ 
f pqs Jp comte qui m'a ftiiî 
« éy?q^ev repartit Ppulque^j 
« je 3ui9 é^ par lep lois ecdér 
« siastiques 1 non intrud pw 
« violence <)« p^r^n antorv 
«c té : je ne sortirai donc point 
«àcaUjSedekii. Qu'il yienn* 
« g'il r<;içe ; 'je suis prêt à n:^oi|r 
« rir afin d'arriver à Ih gloic» 
« par le calice de la passion; 
«q-u'il vienne, le tyran, *&• 
%cqmç9^é de ^e« 6j»telj|i(^l 



,, Google 



klVîîj ^ÉÈCIS- 

«il me trouvera seulet sahs 
« armes; j'attends là récdtii- 
<('j)enséV ^t je ne crains tien 
« de ce gue les hommes peu- 
<( vent me faire »... Il continua 
ainsi de braver Raymond , et 
ce ne fut que trois semaines 
après qu'il quitta Toulouse 
deplein gré. Il fut se réfugier 
au camp de Montfort : il exci- 
tait de là les Toulousains à la 
révolte. N'ayant pu y réussir, 
il ordonna à tout le clergé de 
sortir de la ville , ce qu'ils 
firent aussitôt, marchant les 
pieds nus , et emportant le 
èaint sacrement avec eux. 



,y Google 



HISTORIQUE. XÎii 

Montfort, que les conseils de 
Foulques animait, s'appliqua 
à faire la conquête de plu- 
sieurs villes situées aux envi- 
rons de Toulouse. Lavaurfut 
livrée aux flammes ; on y jeta 
la plus grande partie de ses 
liabitans , et Giraude , qui en 
était la dame 5 fut précipitée 
vivante dans un puits qu'on 
recouvrit de pierres jusqu'à 
son embouchure. Raymond , 
qui s'aperçut du projet de 
Montfort, s'empressa de for- 
tifier Toulouse. Ses prépara- 
tifs ne tardèrent pas à lui de- 
venir nécessaires ; car les 



I. 



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1 PRÉCIS 

croisés vinrent l'assiéger au 
mois de juin 1211. Ne pou- 
vant investir l'enceinte* de la 
ville 5 ils tentèrent une attaque 
du côté du bpurg ; mars le 
comte, secouru des princes 
de Foix et de Comminge , fut 
assez heureux pour repous- 
ser les efforts de ses ennemis 
et les contraindre même à le- 
ver le siège de la place. Si- 
mon, en se retirant, s'empara 
par trahison du fort chqjteau 
de Montferrand, que défen- 
dait Baudoin, frère du comte 
de Toulouse : ce guerrier, 
trahissant les intérêts de sa 



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HISTORIQUE. ï) 

famille, traita avec Montfort; 
mais il en fut cruellement pu- 
ni. Etant 5 ail bout de quelque 
temps 5 tombé entre les mains 
des pat^isans de Raymond , il 
fut pendu sans miséricorde, et 
son frère se trouva présent à 
lexpédition- Sachant que le 
chef des croisés s'était renfer- 
mé dans Castelnaudary avec 
peu de monde, Raymond coii- 
rut pour Ty surprendre. S« 
tentative ne fut pas «ôuron^ 
née du succès j on le repôussfe 
avec perte. EriiH, aptes bien 
des pourparlers inutiles , lefe 
deux armées se trouvèrent 



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lij PRÉCIS 

en présence sous les murs âe 
Muret. L'armée du comte de 
Toulouse 5 grossie de celte 
dû roi d'Aragon , qui la com- 
mandait en personne ^^e trou- 
ya forte dé soixante mille 
cambattans. Monfort osa l'at- 
taquer avec à peine trois mille 
hommes. Au premier choc 1« 
roi d'Aragon fut tué: le désr 
ordre: suivk son trépas ; la dé- 
route devint complète, et le 
Cîomte de Leycestre ( s'il faut 
^n croire les historiens du 
temps) fit niordre la pousT- 
sière a vingt mille de ses en- 
nemis,, et n'eut à regretter 



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HISTORIQUE. JÎÎJ 

que la perte de trois hommes. 

La journée de Muret porta 
le dernier coup à Rq^ymond. 
Le concile de Latr an , en 1 2 1 5, 
le dépouilla de ses états; une 
pension de quatre mille marcs 
d'argent lui fut seule accor- 
dée, et son fils Raymond le 
j^une n'obtint j des vastes pror 
vinces qui composaient la 
souveraineté Ae sa famille, 
que le marquisat de Provence. 
Montfort fut solennellement 
reconnu pour comte de Tou- 
louse. 

Les sujets de Raymond ne 
tardèrent pas 3 vouloir ser 



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lîv PRECIS 

couerle Joug de Tasurpateurr 
la guerre recommença. Tou- 
louse enfin se déclara pour ses 
maîtres légitimes. Montfort 
vint l'assiéger, y entra en 
vainqueur , la mit au pillage, 
la livra aux flammes par le 
conseil del'évêque Foulques, 
et en massacra sans pitié les 
principaux habitans. Sa bar- 
barie ne lui soumit pas les 
Toulousains. A peine s'était-il 
éloigné qu'ils se soulevèrent 
de nouveau, appelèrent le 
jeune Raymond, qui revint 
en toute hâte, et que 'secou- 
rurent les barons et seigneurs 



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HI&TORIQUE. Iv 

les plus distingués des envi- 
rons , au nombre desquels les 
historiens du Languedoc dé- 
nombrent Gaspard de Labar- 
the, Roger de Cora'minge, 
Bertrand, Jourdain de Lille, 
Gérard de Gourdon seigneur 
de Caraman, Bertrand de 
Montaigu, et son frère Gail- 
lard Bertrand, et Guitard de 
Marmande , Etienne et Agra- 
vie de k Valète , Hue et Gé- 
rard de Lamothe, Bertrand de 
Pestillac 5 Gérard d'Amanieu, 
Pierre de Castelnauld (i). 

(i) Don Vaissete, Histoire du Lan- 
guedoc, page 416, année 1217. 



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Ivj PRÉCIS 

Montforlaccourut avec une 
année de plus de cent mille 
hommes ; mais le terme de ses 
jours était arrivé. Il trouva la 
mort sous les murailles de la 
ville i il fut tué d'un coup de 
pierre lancée par une ma- 
chine : quelques-uns disent 
qu une femme lui porta le 
coup mortel. Son trépas ané- 
antit les espérances de sa 
famille; elle fat contrainte 
de se retirer et de lever le 
siège de Toulouse.^ Bientôt 
même Amaury , fils de Mont- 
fort, céda tous ses droits à 
Louis VIII, roi de France, 



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HrsroRiQùEr. Ivïj 
qui continua la guerre. Enfin 
un traité de paix vint mettre 
un terme à cette sanglante 
lutte. Raymond VII, qui ayait 
succédé à son père , recouvta 
une grande .partie de se» 
états ; et ayant marié sa fille 
Jeanne à Alphonse , comte de 
Poitiers, frère de saint Louis ^ 
il put faire îe bonheur de 
ses sujets. Après la mort de 
Jeanne lé comté de Toulouse 
passa à la couronne de France,. 
Telle fut ïissue de cette 
guerre , où Von s'arma mofns 
pour punir fes hérétiques que 
pour ruiner un prince donS 

/ 



yGoQgte 



Iviij PRÉCIS HISTORr 

la grandeur devenait redou- 
table à ses voisins, et où le 
prétexte de venger la cause 
du ciel servit de voile aux 
ambitieux de la terre. 



oogle. 



L'HERMITE 

DE LA 

TOMBE MYSTÉRIEUSE j 

ou LE . 

FANTOME DU VIEUX CHATEAU. 

CHAPITRE PREMIER. 

VOrage. 

Accourez , ô Muses d'Occîtanîe ! 
venez près de moi , soîi en dansant 
au son du tambourin joyeux , soit 
en soupirant sur la harpe amoureuse 
une plaintive romance. Je veux 
chanter vos enfans ; je veux rappe- 
ler ces époques heureuses, où se 



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( o 

forma la triple alliance des chan- 
sons , des conabats et des douces 
tendresses; où la beauté inspirait 
à-la-fois et le guerrier qui volait à 
Ja victoire , et le ménestrel amant 
de ces triomphes aimables qui ne 
coûtent point de pleurs aux vain- 
cus. Hélas! ils ont disparu, c& 
jours de gloire et de galanterie! 
Aujourd'hui l'amour désenchanté a 
perdu ses plus heureux charmes ; il 
ne rougît plus , il a cessé de mériter 
le culte que lui avaient érigé nos 
sensibles ancêtres. .... 

O Muses! déroulez-moi le t«f» 
bleau de^ socles passes;' et vous. 
Troubadours, versez dànsmon ame 
une partie de votre génie aimable. 
Tous mes souhaits seront comblés 
-^i je puis obtenir quelques fleura dç 



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(5) 

votre couronne; et si jamais la beati- 
té m'accorde uasourire^ ô Trouba- 
dours ! je vous le devrai, • • 

Il était nuit; du c6té du midi 
s'avançaient^ poussées par l'autan 
impétueux^ de noîrôs nuées char-* 
gées de grêle et de foudres. Les 
arbres 9 violemment agités, s'en- 
trechoquaient en gémissant ; les 
champs , couverts d'épis dorés , 
étaient au moment de voir s'anéan^ 
tir leur riche espéranco; et, dans . 
les longues galeries du fort châ- ^ 
teau de Saint -Félix, on entendait 
des sifilemens qui portaient l'épou*- 
vante dans toutes les âmes. Arem-^ 
bert , malgré sa bravoure , était 
luirmême en proie aux plus funestes 
terreurs. L'orage qui allait fondre 
sur sa ville lui rappelait vivement 



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(4) . 

celui que les passions avaient allu*^ 
nié dans son cœur. Arembert, iga 
milieu de ses premiers vassaux, se 
promenait dans la grande salle d*au- 
dience de sa noble demeure. Tantôt, 
s'arrêtant immobile y il attachait ses 
regards sur les vitraux coloriés des 
fenêtres, ij senmlait chercher au 
travers à s'assurer des progrès de la 
tempête; tantôt, marchant à pas 
précipités, il semblait indiquer, 
par de brusques, mouvemens, qu'il 
voulait peutVêtre éviter de désas- 
treuses pensées- Malheureux Arem- 
bert! à quel prix as-rtu acheté la 
pompe qui t'environne ! 

Cependant les nuages montaient 
à l'horizon, le tonnerre grondait 
givec force, et de fréquens éclairs, 
brillant sur les campagnes , port^ 



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C5) 
taient dans la salle une clarté fugi-^ 
tiye, qui, pendant un instant, en illu-* 
minait l'étendue. Depuis plusieurs 
minutes Arembert avait couru s'as- 
seoir sous le dais élevé, marque de 
sa puissance; il cachait sa tête dans 
'Ses mains ; il ne parlait pas , mais on 
entendait de fréquens soupirs s'ex- 
haler d'un sein que mille pénibles 
souvenirs oppressaient. Debout ati- 
lourde lui, dans un respectiieux si-» 
lence, ses officiers le comtemplaient 
avec pitié , quand un éclat terrible de 
lafoudre parut le réveiller , elle page 
qui se trouvait le plus près de lui 
crut entendre ces mois sortir de sa 
bouche : « Eh bien ! que tardes-tu? 
<t frappe donc, ciel vengeur »:, 
Après quelques instans , Arembert, 
jrçlévant avec fierté son front assom* 



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(6) 
bri , demanda d'une voix altérée si 
le jeune Adémar était de retour dans 
le château. 

(( Non, sire baron , répondit Ro- 
u berto, son homme dé confiance ^ 
« le damoisel , sorti depuis la qua- 
w trième heure du jour , accompa^- 
«c ghé d'un écuyer pour toute suite ^ 
K n'a point reparu dans vos rem- 
M parts ». 

ARtMËÈRT. 

Pourquoi , lorsque la tempête 
gronde, reste- 1- il éloigné? 

KOBERTO. 

Peut-être, surpris par l'orage^' 
aura- 1- il cherché \m ^sylç 4«i3 la 
chaumière d'un vassal. 

AKEMBERT. 

Dès qu^il paraîtra , qu'on n'ou- 



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{7 ) 
bile pas de Ihî dire que je veux lui 
parler sans retard. 
' Roberto , quelle soirée ! jamais 
l'air ne m'avait paru enflammé à' ce 
point. 

KOBËRTO. 

Vous devriez être , naonseigneur ^ 
accoutumé aiix orages; nos*€on- 
tré^s depuis long- temps sont deve- 
nues leur arène. 

AREMBKRT* 

Que l'homme est faible I je frémis 
malgré moi quand les éclats de la 
foudre m'annoncent^a chute. 
UNE VOIX (se faisant entendre,) 
Arembert doit la redouter. 

AREMÏBERT ( ss Ici/ant avtc préci^ 
pitation et colère. ) 
Quel insolent ose insulter soii 



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( 8 ) 

maître ? Gardes, qu'on le cherche; 
qu'on le saisisse , et qu'il soit prë'i-" 
cipité dans le souterrain Me la 
grande tour. 

Il dit ; on s'empresse d'exécuter 
ses ordres. Mais nul n'a parlé ; 
tous ceux qui sont dans la sale , 
dévuprés par une épouvante inex- 
primable, ne savent que tremUer 
et se tairel 

ÂREMBEAT. 

Roberto ! Roberto I 

ROBERTO. 

, Sire baron ? 

AREMBERT. 

11 est temps que ceci finisse ; je 
prétends connaître l'audacieux qui 
depuis tant d'années se joue de 



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, ( 9 ) 

moi. Que me veut-îl ? que cHer- 
che-t-U ? 

LA VOIX. 

La vengeance ! 
AREMBiTRT, (tous les officiers.) 
Encore! 

Et le tonnerre de nouveau , tom- 
bant avec un fracas inexprimable^ 
pénètre dans la salle ^frappe l'écus- 
son d'Arenibert y le pulvérise , 
brise son armure^ et , ressortant 
en colonne de feu , court s'ense- 
velir dans un arbre du jardin qu'il 
embrase. : . 

La terreur, portée à son comble, 
devient générale. Chacun par un 
mouvement spontané pose un ge* 
jxQux k tçrre , et l'Éternel est l'ob- 



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(lo) 
jet de leur prière. Aremberl n'a 
point partagé la deVotion générale : 
il est debout ; son œil ne roule 
point sous ses paupières; sa bouche 
est entr'ouverte , et tout son corps 
reste dans une effrayante immobî- 
' lité. Plusieurs momens s'écoulent 
ainsi; enfin Arembert^ revenant 
à lui , s'adresse à Roberto , et , 
d'une voÎk qu'il chierche à rendre 
tranquille, il lui commande d'aller 
avertir le pèlerin , arrivé depuis 
deux heures, qu'il est prêt à lui 
accorder l'audience que celui-c£ 
souhaite si vivement. Roberto, 
après s'être incliné, s'éloigne; dei 
valets vîennent<apporter des flam- 
beaux de cire, ils les distribuent 
dans la salle ; pendant cette occu- 
pation ce pèlerin , conduit par^ 



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i 



(") • 

Roberto , se présente ; alors Arem- 
bert fait un signe , et tous se re- 
tirent y le laissant seul avec le 
nouveau venu, 

AREMJBERTt 

Approcheas - vous , homme ' de 
Dieu ; venez ^ je suis disposé à 
écouter ce que vous pouvez avoir 
à me dire. 

Sire baron , ce n^est point pour 
moi que je viens vous parler ; à 
Dieu he plaise cpie j'occupe vos 
instans d'iut objet de si peu d^irn* 
portance» 

AREMBER7. 

* Que soubaitfiz-vous donc ? 



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( lO 

LE PÉLERIl*. 

L'ialerêt de l'église m'a seul 
Conduit auprès de Vous. 

AREMBËRT. 

Expliquei-vous. 

LE PÉLERIÏT- 

Le puîs-je en sûreté ? 

AREMBËRT. 

Fiez-vous à ma foi. 

LE PELERIN. 

Je suis dorénavant tranquille* 
Une tempête politique est prête 
à fondre sur les contrées qui vous 
avoisinent ; loin de chasser de ses 
états les hérétiques , le comte Ray- 
mont de Toulouse leur prête un 
appui dont les suites ne peuvent 
êti^e que bien funestes à la chre-^ 



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(i3) . 

tienté. Lés Albigeois lèvent leur 
têle impie , leur nombre s accroît , 
ils menacent notre religion sainte; 
paY-tout le cri du juste s'est fait 
entendre , pat-tout on demande 
au Seigfneur de mettre un terme 
à une abomination qui fait de Tou- 
louse une seconde Babylone. Le 
cri du juste a été entendu ; déjà 
de toutes parts d'ardens défenseurs 
de la foi arment leurs bras pour 
anéantir une race perverse ; mais 
le succès ne couronnera point leui^s 
efforts tant que les Raymond rér 
gneront dai^s le Languedoc ; le^^r 
maison est , depuis long-temps , 
empestée en secret du venin de 
l'hérésie j Raymond VI accorde 
une protection marquée à ceux 
que Rome a condamnés ; il faut 



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(«4) 

que 9 pour châtiment de son au« 
dace% il tombe avec ceux qui ont 
rendu sa perte nécessaire. Déjà 
tout est préparé pour cette tenta- 
tive ; les comtes de Bourgogne , 
de Nevers , de Montfort y ont pris 
les armes ; déjà la cause de l'église 
est triomphante; Beziers , cette 
ville superbe , est tombée sous les 
armes des croisés y et ses murailles 
embrasées annoncent déjà le sort 
réservé aux ennemis du Seigneur. 

AREMBERT. 

Se peut-il? quoi ! Beziers. .... 

LE PÉLERIPT. 

A disparu dans les cendres. Ses 
tours que la flamme -dévore, ses 
habitans fiigitifs , tout, annonce que 
les Albigeois ne nous opposeront 



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(i5) ■ 

qu'une impuissante résistance. Et 
vous que depuis long-temps le 
comte de Toulouse a méconnu -y 
vous dont il n*a récompensé les 
services q«e par des ingratitudes ,^ 
vous obstinerez-vw^ à vous ense- 
. velir sous ses ruines , tandis qu'un 
sort prospère peut luire pour vous? 
Instruits de votre vâilknce , les 
chefs des croisés prétendent vous 
conserver j augmenter même vos 
possessions j vous réfuserez-vous 
à leurs oflres géner^u^es ? Vous 
piquerez-vous* d'une fidélité qui ne 
peut que vous être préjudiciable ? 
Croyez-moi , hàtez-vous d'accep- 
ter les propositions que je suis 
chargé de vous faire. .... 

AR B M B E R r. 

Mais le nomade traître. • • ♦ ♦ 



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(i6) 

te PELERIN. 

• L'étes-vous en combattant pour 
la cause de Dieu? 



^^ : A R E M B E R T. 



5mc 



f 



'. Mon eermema'obéîssance, . V 

r- LE PELERIN. 

Leshéretiquespeuventseulsyous 
le reprocher, 

AREMBERT. 

Quelle garantie me donne -t - on 
des promesses qu'on me fait? 

LE PELERIN. 

Venez vous-même en traiter avec 
les croisés : ils seront demain , avec 
l'aurore, ?iux portes de Carcassonne; 
il§ vous parleront. 



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( 17 ) 

A R E M B E R T.' 

f 

Raymond n'est -il point parmi 
eux? 

LE PELERIN. 

Que vous importe un prince qui , 
avant peu , aura ces^de l'être? Sire 
Arembert , voulez - vous me per- 
mettre de vous parler en toute 
confiance? 

AREMBERT^ 

Je vous en supplie. 

LE PELERIN. A 

Votre nom est venu jusqu'à moi ,' 
ainsi que la renommée des peines 
secrètes qui de'cliirent votre cœur, 

AREMBERT (malgré lui.) 

Serait-il possible? 



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( »8 ) 

LE PlÉLERlir.' 

Quelle que soitla cause de vos pha- 
grins, il dépend de vous d'y mettre 
un terme. Jette2;-vaus dans les bras 
de l'église , embrassez sa défende ; 
elle vous protégera, elle vous par- 
donnera, elle peut sanctionner tout 
ce que les hommes peuvent faire ; 
et ce <ïue les hommes ne feraient 
point , elle vous assurera la paix de 
votre conscience, 

. .1^ . . . • 

AREMBERT. 

*| Si je le crojrais ! 

Lii PÈLERIN. 

Je vous Fassurç. 

L A V O I X. 

Non: il est des forfaits dont le 
ciel s'est réservé le pardon ; ses 



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( 19 ) 
lûinis^s n'ont point le pouvoir de 
les délier^ i 

Lï PÉDÉÏHK.' ' 

Grand Dieu ! 

} 

A R£Mfi E HT. 

Vous Ten tendez f CjBtte voix qui 
me poursuit sans cesse ^ qui m ac- 
cable à toute heure, et qui, lorsque 
je me livre au sommeil , me réveille 
en me prodiguant les menaces. Que 
dis-je , le sommeil? il n'en est point 
pour nioi'; si la fatigue appesantît 
mes yeux, soudain^ mon imagina- 

gination me retrace non , 

«lie oe peut riewme retracer! 

A ces mots Arembert se tait j un 
coup de tonnerre éloigné se fait en- 
tendre : ainsi murmure sourdement 
la conscience du baron de Saint- 



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Félix. Malgré sa piété app^ente; 
le pèlerin était lui-même saisi de 
frayeur j il s'appuyait sur son bâ- 
ton; sa tête penchait vers la terre, 
et il semblait réfléchir. Enfin, après 
quelque temps de silence : 

LE Î>ÉLEIIIW 

( s' adressant 'à Arembert.) 

Me donnez -vous une réponse, 
sire baron ? 

AREMBERT. 

Je prétends la porter moi-même.' 

Le pèlerin , alorss'i nclinant , se 
préparait à se retirer quand un page 
ouvrant la porte de la salle an- 
nonça le jeune Adémar. Celui- 
ci entra lentement; son air était 
sombré,, et, loin de courir vers le 
baron , pour lui baiser la main ainsi 



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^^1 en ayait l'usage^ il se con-^ 
tenta de le saluer respectueusement» 
Arembe?:t , trop fortement ému ' 
|K>ur fairç quelque attention à la 
nouvelle conduite du damoisel^ 
lui demanda en quel lieu il avait 
passé les heures de Torage. 

ADEMAR. 

Non loin de votre château s'é- 
lève la forêt immense de Caillavel: 
dans un des carrefours de ce bois^. 
rhermite Etienne a établi sa de- 
meure, auprès d'un tombeau qu'il 
semble soigneusement garder. C'est 
là que j'ai cherché un refuge contre 
les eaux du ciel, qui tombaient par 
'torrent. 

LE PELERIN. 

L'hennite Etienne ! il me semble 



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que le légat Milon ni^a ordonné dé 
TÎsîter sa modeste demeure. 

Je ne sais s'il yous sera facile 
de pënçtrer jusqu'à lui; rarement 
on l'approche, et son hermitage 
semble gardé par des êtres d'une 
essence supérieure. Cependant il 
s'est établi dans mes domaines: un 
soir, je voulus «ntrâ* dans son 
habitation y mais une Vue qui me 
trouble encore au moment où je 
vons parle, me contraignit à reculer 
malgré moi; depuis ce moment je 
n'ai plus cherche à me rapprocher 
d'un être bizarre, qui se plait à 
s'environner de prestiges et de 
ïhystères. 



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os;) 

On dit son influence toule-puîs- 
£ante sur leS peuples de ces contrées. 

AliEMBERT. 

Seul il a préserve' mes vassaux 
du poiibn dé rjiér^siè, qui a fait 
.d'immenses progrès dans les envi- 
rons. Mais, Adémar, aile? vous 
préparer à me suivre. 

. ADÉMAK (pâlissant). 
Vous partez? 

AREMBERT. 

L'intérêt, de ma baronnie exigé 
que je me rende promptemient à 
Carcassonne. 

ADEMAR. 

Je comptais obtenir de vous la 



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(M) 

permission de me rendre demain a 
Toulouse* 

Quel dessein peut tous y con- 
duire ? 

A DEM A R (hésitant). 

J'y vais pour satisfaire aux des- 
seins du saint hermite Etienne^ 

AREMBEKT. 

Â-t-il mis aussi vite sa confiance 
entre vos mains? 

ADEMAR. 

C'est au moins un secret dont je 
suis dépositaire, 

LE PELERIN. 

Monseigneur Areiabert, laisjse^ 



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(25) 

le noble Ade'mar exécuter ce qu'il 
a promis au vénérable Etienne: 
peut-être dépêche-t-il ce preux, 
chevalier vers l'évêque Foulques, 
dont le zèle pour la bonne cause est 
connu. ' c • 

Adémar s^inclina sans répondre , 
quoique le coup-d'œil du pèlerin 
semblât l'y inviter. Il s'adressa au 
baron de Saint-Félix , et, d'une 
voix timide y il lui demanda s'il 
voulait lui permettre de tenir la 
promesse qu'il avait faite. « Oui , 
« lui répondit Arembert ^ vous 
« pouvez partir dès demain ; ayez 
f< le soin de ne point prolonger 
« votre absence , et de. revenir 
« quand vous le pourrez dans mon 
« château ,, où vcms exécuterez 
« mes ordres s'ils vous y avaient 

tr 5 



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(26) 

H devance , ou tout au moins vous 
(( les attendrez ». 

Il dit) Adémar le salue , et se 
retire suivi du pèlerin , tandis 
que 16 baron , que ses écuyers 
précédait ^ passe dans ses aj^^Mu:^ 
temens. 



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CHAPITRE II, 

L'Hermke, 

JHar un secret prâssenttfxient, 
Adémar n'arTait poiat fouIu ims^ 
traire Arember t de la cause qui 
-devait) ie jour suivant, le con^ 
duire dans la capitale des états de 
Raymond. Levé avec l'aurore , 
Adémar , guidé par son amour 
pour la chaisse, avait quitté le châ- 
teau de^aint-Féiix dans i'inteptioQ 
de parcourir 1q bois diç Qâ]hY§lf 
•retraite des bêtes fauves et du gi- 
bier inoins redoutable à combattre. 
Suivi d! Aubin, son premier écuyer, 
il avait hâté la marche de son des- 



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(?8) 
trier , et depuis quelque temps il 
était dans la vaste forêt lorsque le 
soleil montai sur Thorizoïi ; alors , 
iatigué d'une course pénible ^ il 
mît pied à t^re , et s'approchant 
dun ruisseau qui donnait de la 
£palcheur aux chênes altiers^ et^ 
en contemplant Tonde fugitive , il 
^chanta une romance que naguère 
avait compose le célèbre trouba-i- 
dour Pierre Vidal, 

FLEUR PU PRINT^EMPS, 

IlOMANCE-(l). 

• 
Flear ùa printeinps brillait à sQn âarore ; 
Pour lés plaisirs elle rfeçat le jour : • 
Son frais bonbon s'entr^ouTre et se colore 
Au souffle pur de Zéphyre et d^Amour. 



(l) Musique de Momigoi. 



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C 39 ) 

Fl^^ur du priotiemps , de sa beauté charmce j 
A a papillon prodigae ses attraits. 
£]Ie est heureuse , elle se crdit ainlée ! 
Transports d^amour font taire les regretSi 

Fleur du pHntémps , sur sa tige afifaisëée ^ 
Cède aux rigueurs de Taquilon mutip. 
PIu& (je bonheur , sa jenuesse est passée : 
Lie soir dciruil les r^ves du maiib ! 

^Pendant qu'Adémçir chantait 5 
tin hermite y attire par sa yoix mé-* 
lodieusfe , était sorti de l'épaisseur 
de la forêt, et s'approcha pour 
l'écouter. Cet iermite se nommait 
Etienne; depuis long-temps il ayait 
paru dans ces contrées comme un 
de ces êtres supérieurs qui des- 
cendent quelquefois de sphères 
,éthérées, pour. faire le bonheur de 
la partie du globe sur laquelle ils*' 
ont jeté un regard conipatissant* 
On ignorait en quel lieu Etienne 



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(30) 
avait pris naissance : on ne pou- 
vait rien dire de certain lorsqu'on 
parlait de lui , et les paysans l'ap- 
pelaient Vhermite du tombeau. Ce 
nom provenait . d'un vaste mau- 
solée de marbre noir qui s'élevait 
à côté de son hermitage ; ce tom- 
beau, sans inscription, était placé 
sur quatre marches de marbre 
blanc , s# forme était pyramidale : 
au milieu d'une de ses faces, s'ou- 
vrait une porte de bronze qui n'a- 
vait point de serrure ; une épée , 
fichée dans deux rainures , en fai- 
sait toute la défense j maïs ce $implé' 
rempart était mille fois plus diffi-' 
cile à surmonter que les hauts 
. Crénaux dès villes guerrières j nul 
homme n'eût osé concevoir l'idée 
d'approcher d'un lieu que le vul- 



Digitizedby Google . ^ 

y 



(Si) 
gait^e croyait destiné à dé profonde 
mystères et gardé par des puis- 
sances invisibles ; il n'était point 
de récits merveilleux auquel né 
. prêtât l'hermîte Etienne. Ici on pré*- 
tendait que des flammes éclatantes 
gardaient la nuit les approches de 
sa demeure ; là , on assurait, que , 
lorsque le char des ténèbres était 
descendu des. montagnes . noires , 
on l'avait vu lui-même, revêtu d'un 
costume bizarre , franchissant les 
airs porté sur des nuages lumi- 
neux j tantôt sa voix avait retenu 
dans la nue la grêle prête à s'en 
échapper , tantôt il avait appelé la 
foudre obéissante sur xm brigand^ 
tout prêt* à accabler un infortunée 
La vie retirée du père Etienne 
fournissait des aliiliens à l'avide 



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(50 
curiosité des villageois; rarement 
on pouvait parvenir à lui parler , 
plus rarement encore était-on in* 
troduit dans l'enceinte de son her- 
mitage; mais chaque fois qu'il s'en 
éloignait ce n'était que pour faire 
le bien ; jamais il n'était revenu de 
ses incursions sans rapporter avec 
lui les bénédictions des malheu-v 
tenxi S'il y avait de nombreuses 
difficultés à parvenir jusqu'à lui ^ 
il y en avait de plus grandes en- 
core à contempler son visage ; nul 
ne pouvait se vanter de l'avoir en- 
trevu , tant Fhermite se montrait 
soigneux à le cacher ; un vaste ca- 
puchon le couvrait sans cesse y et 
ce n'était que par intervalle qu'on 
voyait quelquefois briller deux 
yeux étincelans. La taille d'Éttienne 



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(33) 
surpassait celle des hoihmes led 
plus grands ^ il ayait aix pieds et 
cpielques pouces de hauteur j soit 
qu'il fût ainsi formé , %)it que soà 
costume ou les bottines qu'il por- 
tait élevassent beaucoup sa stature 
démesurée. Il tenait dans les mains 
un bâton noir et noueux sur lequel 
il s'appuyait j sa barbe noire tom- 
bait par ondes sur sa poitrine > et 
une longue robe rouge envelop- 
pait tout son corps. Ce fut dans 
cet appareil qu'il se présenta de- 
vant Adémar. Celui-ci ^ surpris de 
son apparition ^ hésita un instant 
à savoir s'il ne le prendrait point 
p(^r une vision^ mais se, rappe- 
lant l'hermite Etienne, il ne douta 
pas que ce ne fut lui. Si l'hermite 
avait étonné Adémar , Adémar 



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(34) 

«Lvaîl intéressé rhermite. Peudechc* 
valiers possédaient les charmes de 
l'aimable damoisel : on éprouvait 
en le voyant un besoin de l'aimer. 
Ses cheveux noirs, bouclés par la 
nature , tombaient sur ses épaules 
et se jouaient à l'entour de ses 
yeux , qui parfois brillaient des 
feux du courage , et parfois éta- 
laient une attrayante ' 'mélancolie» 
Rien n'égalait le sourire d'Adéipar j 
tour-à-tour fier ou gracieirx , il eiè» 
primait la bravoure ou la tendresse. 
Né avec une ame de feu , le pu- 
pille du baron de Saint-Félix ido- 
lâtrait le -sexe aimable que le ciel 
a créé pour notre bonheu^ ; rien 
devant lui n'égalait une femme , 
^ il la voyait à l'égal des anges ; 
Adémar eut fait tout pour elle, sa' 



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(35) 

yaîllance d^ait la protéger, son 
esprit devait la séduire. Lorsqu'il - 
eut vu «que l'hermite y loin de le * 
fuir, s'avançait, il se prosterna, et, 
prêt a lui demander sa bénédiction^ 
il lui parla en ces termes : 

ADEMAR. 

Père, imposez vos mains sur un 
chevalier. 

l'hermite. 

Relevez - vous , monseigneur : 
une telle posture ne sied pas à un 
haut baron devant iin pauvre rcli-- 
gieux. 

ABEATAR. 

Ainsi la jeunesse doit .en agir 
pour se faire respecter à son tour^ 



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(56) -- 
-quand Fàge aura cou^ son iront 
superbe* 

LHÊRMÎTÉ. 

Chevalier, ces paroles mé cliai*-» 
ûient. D'où peut venir tant de sa- 
gesse unie a tant de beauté? 

AÏ>EMA1^. 

lÉlevé par le baron deSaint-Féli:[t. . ; 

l'hermitb. 

Ce ne sont point les leçons qu'il 
peut vous donnen 

ABESf AR« 

Je ne pense pas que vous aye» 
k vous plaindre de lui? 

(sans répondre à cette questibn)é 
Oserai-je vous demander This»* 



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(5?) 
toire de votre vie? Ma demande 
peut vous étonner; mais vos^traits 
jne ir^ppellent des souvçnii's, 

• Homme de Dieia, je n'ai rien à 
vous cacher, 

Il dit; et tous deux^ s'asseyant 
sur un arbre que la hache du bûche- 
ron a renversé , s'apprêtent l'un à 
instruire , l'autre à écouter avec une 
avide attention. 

A quelques lieues de la patrie 
antique des Tectosages s'élève sur 
unie haute colline la ville de Saint- 
Félix , dominant sur toutes le^ 
contrées voisines. Cette cité est 
fière de sa position et du pouvoir 
du baron dont elle forme l'apai^age; 



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( 58 ) 

son suzerain n'est plus -aux jours 
de son printemps y dans Tété de sa 
vie il parait insensible à cette 4ran- 
quillité , parure de l'hdmme , dont 
les souvenirs ne sont point amers : 
Arembert depuis long-temps n^ 
connaît plus le calme du repos y 
il faut que sans cesse l'agitation dç 
son corps étourdisse un cœur qui 
craint de réfléchir. A quarante oi^ 
le sombre Arembert n'a point en* 
core ressenti les plaisirs de l'amour; 
toujours volant où gronde la guçrre 
41 semble s'être refusé à un senti- 
ment qui embellit l'existence; il 
recherche les combats avec avi(^ité^ 
et , redoutable par sa brawure , 
le comte de Toulouse voit en lui 
l'un de ses plus fermes soutiens. 
Arembert depuis dix-sept ans pos- 



x^ 



,y Google / 



( 59 ) 
àèàe la }>ar6nuîe qtiî lui fut trans* 
Alise par ses ancêtres ; son père , 
le noble Amanièu, fut trouva mort 
dans son lit , sans que rien eut pu 
faire présumer ce trépas sinistre. 
Après la perte de ce seigneur bien"^ 
faisant la baronnie appartenait au 
frère d'Arembert, qui avait sur ce 
derïiïër les droits incontestables de 
la naissance. Bérenger succéda à 
£on père; mais à peine dei\x moié 
i^'étaient-il$ écoulés que le pieux 
• désir d'allef délivrer la tombe sainte 
i'entraina yers les champs de l'Idur 
mée : ce fut pour son malbeur. Il 
s'était embarqué à Marseille; de- 
puis lors on n'eut plus de ses nou*» 
velles 9 ejt ce ne fut qu'au bout de 
quelques années qu'on eut la certi-^ 
4ude qu'il avait péri victime de la 



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C4o) 

rage des flots. Arembert, ayaht vu 
en un terme aussi court disparaître 
toute sa famillei) demeura un long 
espace de temps plongé dans une 
profonde mékneolie. Il fuyait la 
^présence de ses yassaux ; ses amis 
les plus chers n'avaient point eux- 
mêmes le droit de pénétrer dans là 
solitude qu'il s'était choisie. * Npu 
loin de Saint-^Félix il avait fait bâtir 
un château dans lequel il allait se 
livrer à sa morosité; mais quelque- 
fois y franchissant les appartemens 
qui le séparaient de ses gardes , il 
accourait poussant d'horribles cris, 
et baigné d'une sueur glacée qui 
portait le frisson dans son corps 
affaibli. Dans ces momens Areni- 
bert ne respirait plus que la guerre; 
ti courait faire des incursions sur 



,y Google 



( 4t. ) 

le domaine des seigneurs dont il 
croyait avoir à se.pl^ndre ; il com- 
battait sans pitié', et presque tou- 
jours la victoire souronnait ses -au- 
dacieuses entrepreprises : de retour 
dans ses possessions , il appelait au- 
tour de lui ses amis et les troulbtêr- 
dours. Des fêtes brillantes s'exécu- 
taient ; les plaisirs , pour quelque 
temps, troublaient lé profond si- 
lence des voûtes du château de Saint- 
Félix, mais bientôt de nouvelles 
douleurs venaient assiéger le cœur 
d' Are^nbert , et les combats ne tar- 
daient point à recommencer. Un 
jour que, tranquille dans la nou- 
velle demeure qu'il s'était élevée 
sur les hauteurs de Saint- Julia, 
il paraissait moins malheureux , un 

4 



• . T DigitizedbyCjOOQlC 



( 40 . . 

écuyer se présente à ses yeux : son 
armure est cotiverte de poussière , 
sa voix tremble , il parait vivement 
ëmu. Arembert, surpris, se hâte 
de l'interroger. 

jiREMBEaT (oi/ecjierté). 

- Vassal, quel est ton nom, que 
me veux-tu , et comment oses-tu 
paraître devant le baron de Saint- 
Fëlix sans lui avoir été annoncé par 
ses pages? 



l'éccyek. 



Ah , sîre Arembert ! pardonnez 
ma négligence en faveur du chagrin* 
qui me dévore : j'ai, perdu mon 
nikitre; votre ami, en un mot,* le 
seigneur de Sàint-Pons n'est plus^ 



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( 45 ) . 

AKEMBlERT -* 

(se le\;ant précipitamment ). 

Malheureux! que viens-tu me 
dire? Quel est Taudacieux qui a 
osé attaquer celui que je chérissais 
à régal de moi -même ? Parle ; en 
me le* nommant Axl assures la ven- 
geance de ton maître et la punition 
de son assassin* 



l'ECU Y E a. 



Hélas 9 sire baron! celui qui a 
fait périr mon souverain est sûr, 
par sa puissance , de Timpunité. 



ÂREMBERT. 



]N"ommc-le, te dîs-je; et, quel 
qu'ilsoit, ftit-ce le*puissant comte 
de Toulouse lui-même , je ne ba- 
lancerai pas à le dëfieré 



> 



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(44 > 

l'ECU YER. 

Non^ sire barpn^ le noble Ray-^ 

• mond est trop grand pour attaquée 

en lâche :^ la perfidie est inconnue 

dans cette antique famille. 

\ ^ - . . 

' AaSMBERT. 

Laisse là son éloge^ et parle-âioi 
de mon ami. ,. 

l'ECU TER. 

EL bien!* son meurtrier est le 
vicomte de Carcâssonne. 

ARKMBERT. 

-., Tremble , aud&oieux guerrier ! 
ta perte est assurée. Hola! gardes^ 
que sur-le-champ le cor sonne ; que 
le beffroi se fasse entendre de la 
cime des créneaux ; qu'on appelle 
mes gendarmes ;^que mon étendjtrd 



^- 



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(45) 
soit déployé. Pages ^ préparez mon 
armure. * 

Ainsi s'exprime l'impétueux ete- 
valier; i)[ frémit d'impatience^ il 
appelle la vengeance à grands cris^ 
pu plutôt il est heureux d'avoir p.u 
trouver un prétexte qui fournisse 
un droit apparent à la nouvelle 
guerre qu'il brûle d'entreprendre. 
Cependant ses ordres s'exécutent j 
les campagnes voisines ont rassem- 
blé leurs soldats. Montgeai envoie 
vingf^ archers , vingt cavaliers et 
soixante lanciers; Auriac fournit 
au suzerain une troupe de deux 
cents hommes; Roumens, Cade- 
nac, Graissens, en envoient au- 
tant ; lin nombre deux fois sem- 
blable se rassembla dans les vallons 
et sur les hauteurs de Saint-Paulet^ 



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(46) 

MourvîUe, le Vaux, Balègué, Be- 
lesta, et ces corps divers se réunis-' 
sant aux troupes qui veillent dans 
Saint-Félix, forment une armée de 
près de deux mille hommes. Ce 
fat avec ce détachemeut que le fier 
baron , renforcé des troupes de son 
ami, le sire de Saint-Pons, marcha 
contre le vicomte Roger Trenca-* 
vel. Hugues de Saint ^ Pons, ami 
d'Arembert, joignait à une bra- 
voure peu commune une férocité 
sans çxemple ; les courses que 
même en temps de paix il ne ces- 
sait de faire contre les vassaux du 
vicomte Roger avaient lassé la pa- 
tience de ce prince : il s'était mis à 
la tête de ses troupes, et, ayant 
attiré Hugues dans une embuscade, 
il le fit^massacrer sans pitié. Coix-; 



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(47) 
naissant qaelle amitié liait son eù^ 
nemi avec le baron Arembert, il 
ne douta nullement que' ceîuî-cî 
voulut chercher k venger sa mort, 
et , loin de mépriser un pareil ad- 
versaire, il ne congédia point ses 
escadrons, e* se tint prêt k com- 
battre. 

A peine cpiatre jours s'étaient-il^ 
écoulés , et l'aurore ouvrait-elle les 
portes du radieux orient, que le 
nain placé constammient à la cime 
du donjon de la tour principale de 
Garcassonne se hâta de donner le 
signal de Falarme. Il avait aperçu 
les soldats d'Arembert descendant 
avec rapidité les coteaux qui for-» 
.ment la ceinture de Thorlzôn. Tren- 
caval , s'élançant de sa couche, revêt 
précipitanuuent ses armes, donner 



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(48) 
ses ordres , et envoie deux liéraults , 
porteurs des paroles pacifiques. 
Areznbert, entendant les cloches 
qui sonnaient le tocsin y yojant les 
rempai:ts se couvrir d'archers i ne 
pensa plus à surprendre son adver^ 
saire. 11 fit arrêter sa' troupe , et , 
voulant lui laisser prendre quelques 
heures de repos , il commanda de 
dresser les tentes. Pendant qu'il se 
livrait à ce soin, on vit les ponts- 
levis s'abaisser; deux héraults, ayant 
leurstuniquesblasonnéesdesémaux 
de Roger, s'avancèrent, tenant entre 
leurs ' mains les bâtons , marque ' de 
leur mission. Arembert ordonna 
qu'on les conduisit vers lui ; ils le 
"saluèrent en ôtant leur chaperon 
fourré , et le plus ancien lui parla 
en ces termes ; 



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( 49 ) 

LE HEUAtXLT.- 

. Sire Aremberl, baron de Saint-: 
Félix, que voulez-vous entrepren- 
dre ?la paix n'est-elle point pro- 
clamée entre Raymond de Tou-r 
louse et Roger de Carcassonne? un 
vassal peut-il commencer la guerre 
à sa volonté , n'a t-il pas besoin de 
l'assistance de son prince suzerain? 
Que prétend votre ambition? pour 
quelle cause venez -vous attaquer 
mon vicomtti sans préalable décla; 
ration? vos hérauts n'ont point paru 
dans Carcassonne , et nous n'avons 
appris que nous étions vos ennemis 
que lorsque vos guidons ont paru 
à la vue de nos remparts. 

AREMBERT. 

Hérault au titre de Carcassontie , 



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(5o) 
il lai sied bien à votre vicomte de 
me parler de la trêve qu'il a conclue 
nvèc mon souverain féodal ^ lui qui 
la rompue toutes les fois qu il a 
pensé qu'elle nepouvait plus lui être 
convenable , lui qui excite toujours 
les princes de Narbenne^ de Foix, 
de Montpellier et de .Nisnies à 
s'armer contre la maison de Tou- 
louse.- Hérault, croyez-moi, ce n'est 
pas aux Trencavels à parler de la 
foi qu'ils ont jurée; vous me de-* 
mandez pour quelle %ause j'arme 
mes vassaux? c'est pour la ven-» 
geance la plus juste, pour punir 1« 
meurtrier de mon ami et pour ra^ 
vager les terres du vicomte or-» 
gueilleu:^. Hérault, portezJuî ma ré* 
ponse, el acceptez ceci comme une 
f^arque de mou estime pour 1^ foxic^ 



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(Si) 
tîon auguste dont vous êtes revêtu; 
Il dit ; sortant de son doigt un 
riche. saphir, qui lui fut <lonnë 
autrefois par le duc d'A^itaine^ 
il contraint le hérault à faccepter; 
il fait remettre au second une bours(S 
d'or et les rénvoie^yec des paroles 
de guerre^ Trencavel n'avait huHe^ 
ment espéré un succès heureux die 
la tentative qu'il Tenait de fedre^ 
mais vomlaît mettre de son côté 
les formes de la jnstîce et prévenir 
le comte de Toulouse contre le 
baron de Saint -Félix; cehiî - ci , 
ne se doutant point delà ruse ^ ne 
vit dans la démarche du ^comte 
de JZIarcassonne qu'nne preuve de 
sa faiblesse; il crut que la vic- 
toire était pour lui^ et^ sans plus 
attendre , il fit sonner la charge. 



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(5a) 



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i^^#>»#i^»^^*#^^#«»^<i'<^<f€'»^'<'*f ^<^ < ^»^»^^ » » 



CHA.PITRE in, 

La dame et le Troubadour^ 

Trencaval , trop courageux 
pour s'enfermer dans les murail^ 
Jes lorsqu'il pouvait combatre sou 
ennemi dans la plaine y avait fait 
4isscendre ses troupes des rem- 
parts sur les bords de l'Aude ra^^ 
pide y et se préparait à disputer à 
son rival le passage de la rivière; 
ïpin d'être arrêté par cet obstacle^ 
le fougueux Arepabert, ^iprès avoir 
brièvement^ harangué ses soldats, 
poussa son cheval dans l'eau et s^ 
piit à la nage , portant son épée 
d*upie ptiain et sa banière de l'autrç. 



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(Ô3) 

&UÏ* laquelle était peinte une cloché 
d argent en champ d'azur j armed 
de sa barçnnie. La taillé colossale 
d'Arembierl, son casqué riche et 
entouré du cercle de Barons les 
ornemensqui couvraient sa cui-» 
ras&e et son devstrier; tout annon^ . 
çait dans lui le chef des assaillanSâ 
Trencaval, surpris de son audace <^ 
àppélaût à lui ses gendarmes > cou-? 
rùt à sa rencd^tl'e , dans l'espé-^ 
rance de le reriver5er,dans le fleuve; 
inaisil notait point^cile de vaincra 
Arembert. Ce sup^be guerrier ^ 
impatient de se signaler^ atteint 
et abat du premier coup le che« 
valier Léonard, qui^^voyait sous 
se^lois la ville de Penàutier ; quatre 
autres guerriers partagent son sort : 
les troupes carcaasonnaises^frappe^ s 



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à'étotmetoehty recalent^ et^ par ce 
mouvement ^ donnent am soldats 
d'Arembert le temps de sortir de- 
l'Aude qui les baigne et de s'élancer 
sur les bords ; Tainemént Trencaval 
Teut radlier ses escadros^^ son cou- 
rage altier est hii-niénie contraint 
de céder 9 mais sa retraite n'est 
point une fuite; il se retire en com- 
battant, et, repassant le pont-levis, iï 
entre dans la ville honteux d'avoir 
reculé. Arembert , enivre de cepre-» 
mier succès, voudrait Élire davan*' 
lage ; son espérance prétend h 
sf emparer de Carcassontie : mais il 
"^lait plus aisé de défaire .quel<{ues 
escadrons en plate campagne que 
d'escalader des murailles défendues 
par leur position ainsi que par le 
CQurage de leurs habitans. Tandis 



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( 5Ô) 
iju^Arembert cherchait dans èa 
tête quelques moyens pour venit 
à bout du dessein qu'il méditait , la 
nuit Toila les. cîeux. Il Vêtait retiré 
dans sa tente quand l'écuyer qui était» 
Tenu lui annoncer la mort de son 
ami demanda à être introduit au<» 
près de lui : « Seigneur , lui dit-il 
« en l'abordant^ il se présente de 
<r grandes diificuléa à forcer Tren^ 
tx caval dans se^r remparts^ son ai» 
ir mée est nombreuse y ses vassaux 
K ne peuvent tarder à lui envoyer 
f ( de puissans secours; peut-être 
« même que le conite de Toulouse ^ 
«< devenu son beau-frère , ne vou- 
e< dra point souffrir votre • gëné^ 
« feuse entreprise. Je vous offre 
« une façon plus prompte d'assu^ 
tt rer votre vengeance : la vîcom- 



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(56> 

c( tesse de Carcassonne est. avec son 
i( fils dans ie château de Lezignan , 
u il eft impossible d'imaginer qu'on: 
tf veuille tenter une attaqne»de ce 
(c qpté. . Exécutez ce que vos en- 
« nemis ne sauraient prévoir. A. la 
« tête de votre gendarmerie , par- 
ie tez sans retard; le jour ne luira 
H point encore que vous serez déjà 
« au lieu vers lequel vous vous di- 
« rigerez : attaquez-les brusque- 
i< men t^saisissez la vicomtesse et soa 
4( fils, Temenez-les dans vos do-, 
H maines , et ne brisez leurs fers 
w qu'après vou§. être fait accorder 
$( une rançon qui vous imdemnise 
.« de toutes vos dépenses w.-Le dis- 
cours de l'écuyer fit une forte irn^ 
pression sur Arembèrt, qui, ne 
doutant point de la réussitfl4^ cette 



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(57) 
entreprise^ s'empressa de la mettre 
en exëputicMi. A la tête de quatre 
cents gendarmes , il partit promp* 
tement; on était hors d'ëtat de 
pouvpir se défendre au château d^ 
Lezignan; à peine quelques arba-* 
lêlriérs étaient'-ils placés en senti-^ 
nelles sur les tourelles et les cre-^ 
neaux; on les attaqua avec tant de 
célérité que la princesse n'apprit 
l'arrivée des assiégeans que lbrs-« 
qu'ils parurent daes son apparte^ 
ment.^e venait de se lever pouii 
aller dans la chapelle seignearialé 
offrir à Dieu le tribut de ses prières^ 
Je vous laisse à penser, vénérable 
hermite^quel fut son désespoir lori^ 
Qu'elle se vit dans les mains deà 
ennemiade son époux, u Madame ^^ 
« lui dit impérieusement Arem- 



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(58) 

«r l)erl X il fa«^ ™e suivre sans ré- 
n sisiance; vous êtes ma prison* 
cc nière, et le sort des armes vous 
. H a mise en mon pouvoir m . La prin- 
cesse voulut lui faire quel<{ues re- 
présentations ; elles furent sans suc- 
cès : Arcmbert était trop joyeux 
de la réussite de sa tentative. IF 
emmena avec lui non-seulement 
ïe jeune Rc^er Trcqcavel et sa 
mère ^ mais epeore deu:c enfims qur 
depuis les premières années de leur 
%e avaient été les compagnons da 
fils du vicomte; le premier se nom« 
mait Odon^ le second était moi. 

x'rsrmite (interrompant le récit.) 

Vous? grand Dieii! se pourrait'^' 
il c^e vous fussiez Adém^? 



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\ 



(59) 

^ ADIÊMAR. 

Vous avez prononcé mon nom. 

l'hermite. 

Mon fils,.*., oui, clievalîer, il. 
m*est permis de vous donner ce 
doux mom. (ai/ec un soupir) J'ai 
bien connu votre père. 

AniMAR. 

Que me dites-vous? ma nâîs^ 
sance ne vous serait-elle pas igno^ . 
rée ? Hélas! jusqu'à ce jour, je m'é- 
tais cru un être malheureux , ahan- 
donné dès moit enfance 9 peut- 
être issu du sang le pl|us vil. 

x'h£R|)IITE. 

Non, vous ne devez point le 
jour à un obscur vassal. Que votre 



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(6o) 

tête se lève avec fierté : ceux qui 
vous mirent dans ce monde agité 
ne surent jamais que commander 
à leurs sen^blables. 

ADEMAR. 

Vous obstinez -vous a "me taire 
leur nom^ leur rang? 

l'hermitë. 

Il m^est impossible de yous satis- 
faire sur ce point. 

ademar; 

. Ma mère vît-elle encore ? 

l'hermite 
(poussant un profond soupir.) 

Elle a fini sa carrière; elle ne 
souffre plus. 



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( 6i ) 

iLDEMAK. 

O douleur ! quoi^ je pe pourrais 
plus recevoir «es embrassemens ! 
mon père au moins me reste-t-il ? 

l'hermite. 

La nuit de la tombe enveloppe 
$a destinée. . 

ADEMAR* 

Ainsi je n'apprends leur existence 
quç pour pleurer leur perte; pour 
quelle cause vous refuserez-vous 
à satisfaire ma juste curiosité? 

L*HERMJTE. 

L'heure des révélations n'estpoînt 
encore arrivée^ 



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(&2) 

Puisse- 1- elle ne point tarder à 
Mnner ! 

Poursuivez , de grâce y votre récit 
et dites- moi comment vous êtes 
ireste au pouvoir d*uii •.••••• 
d'Arembert. 

ADEMAll. 

Le baron de Saint-Félix^ fiejr de 
sa conquête^ entrahiait la vicom-* 
tesse^ quand au détour d'un bois 
une troupe nopibreuse lui barira le 
passage j c'était les soldats du vi- 
comte deCarcassonne, qui^ instruits 
par un perfide de la marche d'A- 
rembert, l'attendaient au retour. 
Arembert, désespéré de ce nouveau 



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(05) 

contre*^ temps ^ aniploya tout son 
courage pour les vaincre. Ce fut 
sans succès; le nombre de ses en* 
nemis augmentait à chaque instant 
tandis que sesgendarmes mordaient 
la poussière ; il fallait enfin qu'il 
songeât à effectuer sa retraite : il ne 
voulait point s'éloigner sans laisser 
au moins une marque dé sa ven<* 
geance. Trompe par la richesse de 
mon vêtement ^ il crut voir en moi 
le fils de Roger; il s'empressa de 
me saisir^ et^ fendant avec rapidité 
les phalanges de ses adver^ires^ il 
parvint à se sauver suivi de quel* 
ques cavaliers 9 iianimes par son 
courage. Tel fut le résultat de son 
entreprise ) il y fut ^n danger de 
« vie ; il y perdit Télite de sçs sol* 
dils, et, depuis lor^, il copservit 



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( 64 ) 
dans son cœur une forte haine con« 
tre le vicomte de Carcassonne. Ce? 
Jui-ci, pour plaire sfins doute' à 
Bon épouse, qui paraissait attacher 
un grand prix à m'avoir auprès 
d'elle, sollicita long-temps le baron 
Arembert de me remettre en sa 
^possession. Il fit offrir une ran- 
çon considérable : elle fut refusée ; 
Arembert ne voulut point se des- 
saisir de sa proie. Je fus élevé par 
lui avec le plus grand soin ; il me fît 
apprendre tout ce que doit savoir 
un chevalier, et, dès que j'eus at- 
teint rage requis, je fus admis dans 
cette noble société que le roi Arthus 
imagina pour le bonheur de la terre. 
Je ne pensais pas alors que mon ori« 
gine fut aussi illustre que vous vou- 
lez me le faire entendre. .. 



,y Google 



( 65 ) 

l'hermite. 

Noble chevalier , votre récit m'a 
vivement intéressé: je sens avec 
plaisir que mon amitié doit suivre 
l'estime que je vous porte déjà. Il 
e^t donc vrai qu'Arembçrt possède 
encore quelque ombre de vertu? 
Mais depuis le temps où la raison 
a pu vous éclairer de son flambeau^ 
avez -vous appris à le connaître? 

ADEMAH. 

Je vous l'ai déjà dit : il me semble 
qu'un chagrin secret le déchire. On 
le voit souvent nous cacher des 
larmes qui s'échappent malgré lui ; 
la nuit il se lèye de sa couche, et, 
poussant des cris lamentables , il 
'parcourt les salles de son château 

I, . 6 



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( 66 ) ' 

comme s'il était poursuivi par und 
apparition siaistre et menaçaate/ 



L'HEamiTE. 



Adëmar, il est un Dieu rémuné- 
rateur qui vaille sans cesse aux ré- 
compenses qu^il a promises à la 
vertu ^ comme aux chàtimens qull 
doit au vice. Je ne puis vous en dire 
îplus ; maïs un temps viendra ou 
TOUS pourrez percer les mystères 
qui couvrent mon existence. Ce- 
pendant^ jeune homme ^ si la con« 
Vcrsatîon d'un vieillard tel que çt^oî 
ne vous pat^tj^ia^^^iig^ Vençz 
quelquefois > ¥&ermitage du tom* 
.lyeau ; )e vous accueilliérai toujours 
avec plaisir^ avec tendresse même; 
mais n y paraissez point après Fîns- 
iànt où le soleil aura plongé dans 



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(67) ^ 
locéan sa couronne ëtWélanfe; 
alors les ténèbres m'enTironnent^ 
alors j'adore le Créateur, et mal- 
heur à celui qui chercherait k s'în-» 
froduiré dans on lieu que garde 
Tange de la mort f 

L'hermîte , kces mots , se lerant , 
fait un signe d^'amitié à Adémar , et 
s'éloigne sans attendre sa réponse^ 
laissant le jeune chevalier plus qu'é** 
tonné àê sa rencontre ainsi que de 
ses bizarres discours. 

« Que veut-îl dire? se disait- il 
H à hxî-méme. Quoi î je formerais 
«r des Mupçons sur la loyauté ' 
fr du baron,, parce qu'un homme 
u çme |e ne connais pas ose Faccu- 
w ser devant moi? Quel est- il, ce 
« mystérieux hermîte , et d'où con- 
« nait-il ma famille ? Pourquoi se 



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(68) 

$c plah-îl à me taire Qe que j'ai tant 
K d'intérêt à savoir? Ne serait-ce 
u pas un de ces fourbes adroits? 
« Non ; rien dans rhennite n an- 
K nonce le mortel trompeur : il pa- 
c( raît trop grand pour être cou- 
ce pable ; j'ai peine à croire que le 
M mensonge empoisonne ses dis- 
H cours. Mais quel est son but eu 
« piquant ainsi ma curiosité ? Peut-^ 
K être veut- il... n Un cri perçant 
qui se fît entendre attira l'attentioa 
d'Adémar en suspendant le cours 
de ses réflexions. Un second cri 
parvient a son oreille : s^ns plus 
attendre, le chevalier tire son épe'e, 
et, suivi de son écuyer, il court 
du côté vers lequel le bruit semblait 
s'élever. Il avait dépassé un taillis 
épais ^ lorsqu'en eutraut dans une 



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(69) 
clairière du bois, il aperçut deux 
écuyers^aux mains avec sept bri- 
gands, dont un avait déjà saisi une 
damoiselle à la haute stature , au 
regard fier et majestueux. Pareil à 
la rapidité de l'aigle, Adémar s'é- 
lance sur les agresseurs, et le pre- 
mier coup de son glaive tranche la 
tête à l'assassin placé le plus près 
dé lui ; il enfonce la pointe 4e son 
épée dans la poitrine du second : 
son varlet en frappe un troisième ; 
les autres , épouvantés , s'enfuient 
en abandonnant leur proie. Le ga- 
lant Adémar, vainqueur, se rend 
aux pieds de la beauté qu'il a sau- 
vée , et , mettant un genou en terre , , 
K Dame! dit- il, que puis -je faire 
« encore pour votre service » ? 
L'incouAue^ remplaçant par une 

'4 



•^' ~ - Digitizedby Google 



(70> 
^latante rongeur la p&Ietir quî 
couvrait sùtï visage ^ lai répondit 
en ces termes r « Sire ciievàlier^ 
vous êtes digne de votre titre )»• 

ADEMAR. 

Ne m'a-l-on pas recommandé^ 
en me donnant Taccolade ^ la 
crainte de Dieu ^ le respect pour 
mon prince et ramour pour le» 
dames? 

t'rrrcoiriTtrir. 

-Vous êtes Français , chevalier? 

ABSKAa* 

Jcfn tire gloire , noMe damoî- 
selle. 

Tout en causant ainsi*, le bravé 
Adémar faisait à part soi les re'fle- 
xions suivantes^ et se félicitait 



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(70 
qu^une si belle personne ne fîit 
poiot tombée dans les mains des 
brigands. Il se demandait tout bas 
quel tronble inconnu s'élevait dans 
son cœur; il ignorait encore que 
l'amour 9 quelquefois lent à naître^ 
sf enflamme souvent avec la rapidité 
de l'étinceUe qui s'embrase par le 
choc de deux cailloux; il contem*- 
plait^ avec une respectueuse admir 
ration^ la femme qui doit désor- 
mais commander en souveraine à 
son ame. La magnificence des 
vêtemens de cette jeune personne, 
le long voile qui descend Jusqu'à 
terre , la fierté de son sourire y 
les deux écuyers qui la suivent, 
les trois femmes qui l'escortent, 
annoncent que son rang est le pre- 
mier de tous. Adoinar intimidé 



,y Google 



(70 
lui demande en balbutiant ai elle 
croit que sa présence lui puisse 
êtfe utile*' / 

Chevalier , lui dit-elle , je ne 
dois être pas loin du but de ma 
course; si vous pouviez. me l'in- 
dîquer vous achèveriez* d'acquérir 
de justes droits à ma reconnais^ 
sance : je'me rends auprès de l'her- 
mite du tombeau. 

ADEltfAR. 

Se. peû^-il , madame , que ce 
respectable religieux soit assez heu- 
reux pour vous attirer? • * 

l'inconnue. 
Le connaîtriez-vous ? 

AÏ»£MAR. 

Absent depuis long-temps de ce» 



,y Google 



(73) 

contrées, ce n'est que d'aujourd'hui 
que j'ai pu le rencontrer ; il m'a 
traité avec une distinction mar- 
quée , et j'avoue que ses discours 
m'on t donné le désir de converser 
plus long-temps avec lui, 

l'inconnue. 

Mon libérateur peut être certain 
que le père hermite le verra tou- 
jours avec plaisir. Veuillez me con- 
duire vers lui , et je lui parlerai de 
tout ce que je vous dois. 

A ces mots Adémar, sautant lé- 
gèrement sur son ooursier , qu'Au- 
bin lui a conduit, se place auprès 
de l'étrangère, en portant sa toque 
à la main ; il chevauche ainsi à côté 
d'elle pour parvenir à l'hermitage. 
Du lieu où ilj se trouvaient il était 

1- 7 



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- (74) 
nécessaire de traverser un vallon as- 
sez profond; au bas coulait le ruis* 
seau sur les bords duquel Adémar 
s'était naguère reposé : ils suivirent 
donc cette marche , et , après quel- 
ques minutes de course, les arbres^ 
en s'élargissant , laissèrènt'aperce- 
voir aux 'voyageurs l'hermitage 
du tombeau. Ayant entendu le pas 
des destriers , l'hermite s'approcha 
de la simple barrière qui dosait 
sa demeure; il l'ouvrit, et, ayant 
regardé la belle inconnue, il se pré* 
clpita à ses genoux. « Relevez-vous, 
i( mon père, lui dit- elle; pareille 
<f position ne vou» convient pas ». 



L IIERMITE. 



O fille de mon souverain! n'est-ce 
point la posture en* laquelle doit 



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(75) 
être un modeste hermîte devant 
- la noble Aliénor, qui reçut le jour 
de Raymond VI , comte de Tou- 
louse ? . 

En. entendant prononcer* le nom 
imposant d'Aliénor , Adémar sentit 
son coeur se resserrer, et ce fut avec 
,peine qu'il imita Fhermite. Celui-ci 
demanda quel événement le rame-* 
nait aussitôt auprès de lui, Aliénor, 
prenant la parole , raconta à l'her- 
itiite ce qu' Adémar avait fait pour 
•elle. Le vieillard, écoutant un pa- 
reil récit , éleva ses mains au ciel , 
et s'écria comme malgré lui : « O 
H mon Dieu! je te remercie; il est 
(( digne de sa famille ». Adémar se 
précipita Sur les mains de Thermite. 
. « De grâce , lui dit-il , apprenez-moi 
« ce que vous voulez me taire ; que 



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(76) 
« je sache le nom de mes pareas ». 

|:.'.H ERMITE. 

Ne vous l'ai-je pas déjà dit? il 
n'est pas encore temps de m'ex- 
pliquer. 

A LIEN OR. 

Un mystère couvrirait-il la nais^ 
sance de ce valeureux chevalier? 

l.'|IERMITE. 

Il doit frémir lorsqu'il appren* 
dra à se connaître, 

ADEMAR, 

, Que me dites-vous? . 

Ii'hermite. 

Plus que je n'eusse du vous dire; 
Bdfiis entrez avec nous, Adém^r, 



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C n ) 

vous n'êtes poiat un étranger poulf 
nous; soyez témoin de la confidence 
que va me faire la belle Aliénoré 

Trop heureux qu'on lui permit 
de ne point la quitter f Adémar 
accepta avec empressement cette 
proposition. En entrant dans l'ha- 
bitation de l'hermite il ne put s'em-* 
pécher de porter de toute part un ^ 
regard curieux. Aprè3 avoir dépassé 
la barrière , il aperçut le tombeau 
dont nous avons déjà donné la 
description : cet aspect lui arracha 
tm frisson involontaire^ et il suivit 
Etienne. La chambre dans laquelle 
il entra avait pour ornement une 
armure de chevalier complète; sur 
une table grossière était placé un 
5ablier^ auprès d'une tête de mort. 



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(78) 
et sur la muraille on avait écrit 
en trois endroits, avec des carac- 
tères sanglans , les mots épouvan- 
tables VENGEANCE. Surpris de tout 
ce qu'il voyait, charmé de la pré- 
sence d'Aliénor , Adémard gar- 
dait un profond silence : la haute 
damôiselle de son côté ne parlait 
pas, tandis que Thermite s'occupait 
à garnir sa table de quelques fruits 
et de quelques laitages. Après qu'A- 
lîénor eut appaisé sa faim, elle se 
prépara à instruire le saint person- 
nage du motif qui la conduisait vers 
lui. Il s'assit sur une large pierre, 
Adémar suivît .son exemple, et 
Alîénor commença en -ces termes : 
« Vous l'aviez bien annon- 
cé , hermite; la puissance dé mon 
père a enfin armé rînquîélude 



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(79) 
de ses supérieurs. Raymond va 
être immolé, non à la religion 
qu'il révère , mais à Tambition de 
ceux qui envient ses états ; une 
croisade nombreuse s'est réunie^ 
moins contre les Albigeois que con-» 
tre lui. Déjà Beziers est tombé sous 
l'effort de cette armée dévastatrice^ 
on menace Garcassonne , et sa chute 
doit entraîner celle de Toulouse. 
Parmi les princes croisés , un sur- 
^ tout se distingue par sa bravoure 
comme par ses projets; adroit à 
dissimuler ehcore , il cache une 
partie de ce qu'il médite, il ne 
parle que de la cause du ciel, quand 
c'est pour la sienne propre qu'il 
combat ; il feint un zèle qu'il n'au*- 
rait pas s'il ne servait point ses in^^ 
téréts. Accoutiuné à leur tout sa- 



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( 8o ) 

crifîer ^ il se rit des sermensies plus 
saints^ il trompe sans cesse /il em- 
ploie sa bravoure à son agrandis- 
sement. Sqjunis ayeuglémentà Fé- 
glise aux yeux du vulgaire, en se- 
cret il sait en déjouer les desseins : 
le saint -père n'a point tout-à-la- 
fois de serviteur plus empressé. ni 
d adversaire plus redoutable; fé- 
roce par nature , fourbe par carac- 
tère, tel est Simon de Montfort, 
tel il est connu da^s la France., 
Deux seigneurs partagent avec lui 
lé pouvoir ; Tun eèt le duc de 
Bourgogne , loyal chevalier, franc 
et plein d'honneur , qui vient cher- 
cher en attaquant les hérétiques , 
non un accroissement de domaines, 
mais une augmentation de gloire : 
on n'a pas à redouter de lui det 



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( 8i ) 
secrets perfides; il ne combat qu'âii 
champ d'honneur^ c'est le seul lieu 
où il soit à craindre. Le comte de 
Nevers est son digne rival ; même 
vaillance , même générosité. Tan- 
dis que le comte de Montfort ne 
songe qu'à s'eârichir y ces deux sou-» 
yerains ne souhaitent que la re- 
nommée. Plus dangereux cent fois 
que Montfort et tous les chevaliers 
réunis y le fougueux légat Milon 
déteste personnellement le comte 
m^n père : outre les intérêts du 
ciel ^ il a «a propre cause à sou- 
tenir ; il ne peut pardonner la no- 
ble firanchise du comte Raymond, 
,et il a juré sa perte. Un autre prê- 
tre est encore notre adversaire; c'est 
l'évêque de Toulouse Foulques, 
Autrefois connu par son enthou^, 



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C80 

sîasme amoureux, maîntenant fa^ 
meux par soi^ fanatisme sans exem« 
pie. Il ne rêve qu'hérésie, il ne 
désire que de voir la chute du 
trône de son souverain; toujom*s 
uni avec Milon, ils parviendront 
à conduire jusqu a bout leurs cou- 
pables desseins. En vain , pour dé* 
tourner l'orage contre lui appelé , 
le comte de Toulouse a pris ]ft 
croix ; sa soumission a passé pour 
faiblesse : oui sans doute, pour Tac^ 
câbler on n'attend plus qu'un ins« 
tant favorable. D^ns cette position 
dangereuse il pense qu'il convient 
d'employer toutes les ressources 
de la prudence ; il connaît , her- 
mite , vôtre attachement à sa cause; 
il m'a envoyé vers vous pour vous 
engager d'employer toute Fia- 



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(85) 

fluenee que vos vertus vous don- 
nent sur les habitans de ces con- 
trées, pour qu'ils ne soient point 
séduits par les émissaires que les 
croisés ne manqueront pas de ré- 
pandre par- tout «. 

l'hermite. 

La confiance du comte xn'hO'r 
nore. J'ose croire qu'elle était inu- 
tile, princesse; je savais déjà ce 
que mon devoir me commandait. 

ALlélfOR. 

Il ne redouterait rien , ce comté 
que l'on menace , s'il avait un 
grand nombre ^e serviteurs fidèles 
comme vous, 

adémar. 
Madame;^ je dispute au véné* 



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(H) 

rable hermite la gloire d'être uii 
des défenseurs de votre tnagnaniiiie 
père* 

Jeune homme y suis rinspiration 
de toa cœur ^ il te conduira dans 
la route brillante de rhonneur y 
ainsi que de la renommée. Va 
dans Toulouse , offire tes services 
à Raymond ^ mérite ses éloges ^ 
rends*-toi digne un jour de lui être 
plus cher. Venez y Adémar ; ac- 
ceptez cette épée^ elle fut à votre 
père. 

ADÉMÀR C baisant le fer ). 

A mon père y seigneur ? 

l'hermitit. 

n nç s'en servit que pour des 



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C 85 ) 
catises justes; jamais elle n'opprima 
le faible y mais elle fut la terreur du 
méchant. Que son emploi ne change 
pas dans vos mains : et vous ^ 
princesse , ceignez-la à votre nou- 
veau de'fenseur. 

Emru par ce discours ^ Adëmar ^ 
flatté de l'attention d'AUénor à 
Taction de l'hermite y sent couler 
de ses yeux de brûlantes larmes, 
(f Par la mère de Dieu , s'écrie-t- 
cc il y je jure de ne jamais aban^ 
c( donner la cause ^qui m'engage 
c< sans retour j guidez-moi , prin- 
« cesse y au lieu où mon sang doit 
« couler pouf votre défense. 

ALIl^NORf. 

Que j'aiine un t^l dévouement ! 
Chevalier ^ vous serez invincible. 



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(86) 

ADEMAR. ^ 

Je le serais assurément si vous 
daignez avouer mon entreprisé. 

ALIXNOR. 

Mon père a seul le droit de 
nommer mes chevaliers , mais vous 
pouvez vous proclamer le sien. 

l'hermite. 

Lorsque le mystère pourra avoir 
son terme y le oomte de Toulouse 
ne désavouera pas Adémar ; il 
est néanmoins nécessaire , jeune 
homme , que vous taisiez la réso- 
lution que vous venez de prendre. 
Il ne faut pas que les étrangers ap- 
prennent que ce modeste hermilage 
reçut la fille du puissant comte 
Rajmond; il est sur -tout convc* 



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(87) 
nable de ne point le redire au 
baron Arembert; il ne faut point 
également que l'épëe que je vous 
ai confiée frappe sa vue; un temps 
viendra où nous serons contraints 
à la lui présenter. Ainsi, Adéniar, 
contentez * vous de lui dire que 
i'herraite du tombeau vous envoie 
à Toulouse; je ne doute pas qu'il 
n'y donne son consentement, mais 
n'oubliez pas sur-tout de lui rien 
dire qui puisse faire naître dans son 
ame de dangereux soupçons. 

Ainsi parla rbermite. 11 engagea 
Adémar à ne point s'éloigner pen»- 
dant le reste de la journée : il se 
plut à causer avec lui ; il le ques- 
tionna sur ses principes religieux , 
car en ces temps on se faisait un mé- 
rite de croire, et l'impiété était par- 



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(88) 

tout en horreiir. Ce fut alors qtf^ 
les nuages y trop épais^ se crevèrent 
avec un fracas épouvantable; l'o- 
rage fut long et durait déjà depuis 
une heure quand on entendit firap^ 
per à la porte extérieure de l'her- 
roitage^ Etienne ^ ne se confiant 
qu'à lui^mèhie ^ fut ouvrir : il ne 
tarda pas à reparaître^ suivi d'un 
jeune homme dont le costume 
annonça un tcoubadour^ vêtu d'un 
léger manteau chamois brodé d'ar^ 
gent; il portait un pourpoint de 
velours blanc ; des bottines élé- 
gantes^ à bec recourbé^ achevaient 
sa parure j il avait jeté sur ses épau- 
les sa guitare , incrustrée de nacre 
de perle; les plumes de sa toque 
tombaient 9 mouillées par l'eau de la 
pluie, mais le désordre de ses vê- 



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temens n'avait point altéré âa gaieté, 
n était d'une figure charmante^ ses 
yeux étaient noirs ^ %Qn visage co- 
loré , ses dents d une blancheur 
éblouissante ; toute sa personne 
exprimait la confiance et la fran- 
chise. r< Salut^ dit-il en entrant, 
salut aux hôtes aimables qui veu- 
leut bien accorder un âsyle à l'en* * 
£ant de la gaie science! 



ALIENOa. 



Ménestrel 9 vous paierez votre 
bien -venue par quelque légère 
tenson y ou par une mélancolique 
romance* 

LE "troubadour/ 

Ce n'est pars à la beauté que nous 
refuserons de nous faire entendre j 



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( 90 ) 
mais il faudrait que les foudres ne 
voulussent poiot accompagner ma 
voix , difficilement alors se ferait^ 
elle entendre^ 

La réponse appela le sourire sur 
les lèvres de ses auditeurs. 

Troubadour, votre nom ne âoii 
pas être inconnu. 

LE rrROFBADOirR. 

Sur les rives de la Garonne il a 
quelquefois retenti. Le cbâteau du 
marquis , mon père , s'appelle 
.Mauléon , et je me nomme Savarjr. 

AlilÉNOR. 

Oui , certes , gentil trouvère y 
votre VLoax est parvenu jusqua 



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ïiiôî ; k la cour de Toulôase , on 
ne^ parle point de Pierre Vidal 
sans citer aussi le brSlant Savary 
de Mauléon. 

LE TROtJBADOUli. 

Que votre indulgence est grande, 
madame ! C'est vouloir unir au 
nom du ross^nol celui duii 
simple franc -moineau. Ah ! si 
quelque renommée me couronne , 
c'est à la dame qui m'inspire que 
jVle dois. 

ALlÉPrOR. 

Vos chants l'ont appris à toute 
la terre; heureuse la beauté qui fait 
naître de pareils écrits ! Cependant, 
satisfaites à notre impatience eu 
accordant votre instrument. 



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(90 

Lï TROUBADOUR» 

Refuser serait orgueil; je vais 
chanter par modestie. Puisse ma 
romance vous plaire et vous inté- 
resser au sort des amours dont je 
dirai les aventures. 

A ces mots, après un léger pré- 
lude , il chanta une longue corn-* 
plainte y telles qu'on les aimait 
alors, mais dont la mode est si^ 
bien passée. 

Le chant de Savary charma les 
auditeurs. Adémar , témoin de 
Tenthousiasme que le ménestrel 
inspirait à la jeune comtesse, se 
promit de le mériter aussi un jour. 
L'orage à la fin cessa. L'hermite , 
en engageant Savary à passer la 
nuit dans son hermitage , pria Adé» 



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(93) 
mar d'être prompt à se rendre ayant 
la naissance de l'aurore. Adémar 
s'éloigna en soupirant ; et , resté 
seul y il osa jeter m^ regard sur son 
cœur. (( Quel nouveau sentiment 
i< m'agite? se disait-^il à lui-méntie; 
c( la vue d'une feinme allume-t-elle 
« cette flamme subtile qui me dé- 
w vore? déjà se peut-il que j'aime? 
w Tu aimes, Adémar; est-ce ton 
w égale? est-ce uneorpheline? Non , 
«r insensé ; ton amour est plus aveu- 
u gle ; il ose s'adresser à la fille 
i< de ton puissant souverain. Mon 
u amour! puis-je donner ce nom 
M à ce délire subit ? n'est-ce pas un 
a enfant de mon imagination , qui 
K se dissipera quand la nuit re* 
. K pliera ses Voiles? Non, Aliénor, 
u non j le feu que tu allumes ne se 



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(94) 
u consume pas avec tme pareille 
u proraptitade ; sans doute y je ne 
(c t'instruirai jamais du mal que ta 
H as pu me faille ^ mais y par mes ao 
(( tions^ je te contraindrai à jeter tes 
K regards sur moi^ et si je n'obtiens 
« ta tendresse, je te forcerai à con^ 
M vçnîr que j'étais digne d'y pré^ 
(f tendre ou de la mériter ». Ce fut 
en pensant ainsi qu'il remonta au 
château 4e Saint-Félix y après ayoir 
recommandé à son écuyer un si«- 
lence profond sur tous les évènc- 
mens de la journée. Comme il en^' 
trait dans son appartement y un 
page du baron vint l'avertir que ce- 
lui-ci l'attendait; il s'empressa de 
«e rendre auprès d' Arembert , et 
l'on a vu au chapitre jM'écédent le 
résultat de la conversation qii'ils 



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( 95 ) 
eurent ensemble. Tout occupé d' A- 
liénor, voyant par-tout son image, 
même au milieu des ténèbres , il fut 
long à trouver le sommeil qui le 
fuyait; enfin, ses yeux s'appesan»-- 
tirent , et son anie , exempte de re- 
mords y ne tarda pas à goûter un re^ 
pos nécessaire* 



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(06) 



\ 



CHAPITRE IV. 

L'HermUe commence à se montrer^ 

JxliNuit* yenaitr de sonner à l'hor* 
loge du château ^ le silence régnait 
de toute part, quand Arembert, 
après avoir lutté long-temps contre 
ses souvenirs , commençait à s^as- 
soupir : mais la justice divine veil- 
lait auprès de lui. A peine ses pau- 
pières se furentr^Ues fermées , qu'il 
lui semble voir s'élever du pied de 
son lit un cercueil de plomb qui , 
venant à s'ouvrir avec violence , 
laissa s^échapper de sa capacité une 
noire fumée : elle se répandit dans 
toute la chambre; mais ensuite ^ ve- 



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(97) 
nant à se rassembler, elle forma nn 
corps solide , elle revêtit des traits 
humains ; -eh ! quels e'taient-^ ils ? 
ceux du père d'Arembert! A cet as- 
pect redoutable, le chevalier, quoi-» 
qu'endormi , frémit et tremble ; 
Fombre, sans lui parler , le regai^e 
avec acharnement j bientôt ses traits 
pâlissent, se défigurent , devien- 
nent pareils à ceux d'un cadavre. 
A ce moment , le^ fant ôme mena- 
çant porte sa main sur son crâne ; 
et , arrachant lui-même avec force 
sa dépouille mortelle, il présente , 
aux yeux du coupable Arembert , 
l'aspect d'un squelette hideux. A 
cette vue, le baron, terrifié, s'é- 
veille avec horreur; tout son être 
est glacé par un frisson cruel ; il 
veut crier ^ il ne peut ; et que de- 
I- .9 



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(9») 
vieQt«*iI , soit que Dieu le per- 
mette y soit que son imagination se 
plaise à le tourmenter^ quand il voit 
encore cette vision affreuse qu il a 
cru être un jeu de son sommeil? ses 
cris^ seshuriemens remplissent tout 
le château ^ il appelle ses officiers ^ il 
commande ses gardes. Quel est son 
dessein? que Y6ut->il fairç contre un 
•pouvoir devant lequel doîvaat s'a- 
néantir t$>utesles puissances.de la 
terre? Vainement les vassaux d'A^ 
rembert l'entourent; iU ne peuvent 
ie distraire } son ame frappée lui re- 
présente constamment ce qu'il cher* 
che à éviter b ^c Fuis y £Eint6me ef- 
« frayant 9 s'écrte-t-^il avecdouleur; 
« pourquoi sans cesse m'affliger da 
(( ton aspect fatal? que ne me frap- 
H pes-tu une fois; j'aime mieux la 



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(99) 
cf mort que d'être menacé sans ces- 
-ii se. Mais ne pourraî-je te désar- 
t< mer? ri'est-il point «me puissance 
« qui te soit supérieure? Jusqu'à ce 
f< jour j'ai repoussé les recours que 
t€ l'église me présente. Allons , il ' 
u faut les appela; il faut 9 au pied 
« des autels , implorer la miséri- 
u corde divine , si elle peut exister 
« pour moi >). Il dit; et ^ plein d'im- 
patience y il forme soudain le pro- 
jet d'aller interroger l'hermite du 
loml>eau ; /nais on cherche à le re- ^ 
tenir., on l'engage à se retirer vers 
sa couche abandonnée ; il s'y refuse 
obstinément : ce n'est pas le repos 
qu'il peut y espérer. Dans son im- 
.^tience, il veut faire réveiller le 
pèlerin ; il veut qu'on aille chercher 
Adémar. A peine a-t-il donné un 



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( loo ) 
ordre qu'il le rielire sur l'heure ; îl 
ne sait ce qu'il veut y et Taube blanr 
chissaotç le surprend dans ses irré-r 
solutions. A peine a-t-il vu luire les 
premiers rayons du jour que,revê- 
' tissant sa cuirasse^ il sort de son 
château, traverse la ville et descend 
vers l'hemiitage, seul , et après 
avoir défendu à ses officiers de le 
suivre. Mille pensées Fassiègent 
en approchant du lieu qu'il re-r 
doute ; il ne sait si l'hermite vou- 
dra cette fois lui parler ; il craint 
de nouvelles visions ; tout le fati- 
gue , tout le tourmente , il es tdans 
celte situation pénible qui déchire, 
les criminels aloris où les forfaits 
s offrent dans toutes leurs horreurs , 
(Bt où la crainte assiège leur ame. 
Eh bjen! c^t homnie <jui cherche k 



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( lôi ) 
rétablir la paix dans ses sens agitcà 
doit encore commettre les plu» 
noirs attentats^ tant est glissante la 
|)ente qui entraîne l'être vicieux : 
mais au bas se trouve le pre'cipice , 
et la punition suit de près le crime. 
L'hermite était loin de s'attendre à 
la venue d'Arembert. Eveillé de- 
puis quelques instans ^ il avait ou- 
vert la porte de la cellule dans l'in- 
tention d'aller offrir à Dieu seâ pre- 
mières pensées. Enseveli squs son 
capuce , revêtu de sa robe rouge , 
il s'approcha du tombeau, quand 
iin bruit confiis , se faisant enten- 
dre au travers du feuillage , attira 
son attention ; il se retourna y et 
quelles pensées ne s'élevèrent-elles 
point dan^ son ame lorsqu'il eut re- 
connu le baron I 



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( Ï03 ) 
L^HERMITE 

(par un mouvement involontaire,) 
Arembert! lui devant moi! 

AREMBXRT 

(troublé par cette exclamation. ) 

Se peut -il que ma vue inspire 
une pareille horreur 1 

l'hxhmitx. 

C'est avoué qu'il appartient d^étre 
votre propre juge. 

AREMBERT. 

Me condamnez-vous avant de 
m avoir entendu? 

l'hisrmits. 

Que me direz-vous que je ne 
sache point ? 



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( io5 ) 

Arèmbert. 

Non , vous ne savez point tout 
ce que je puis vous dire } méû 
aveux sont sans nombre; mais me 
procureront-ils le pardon ? 

l'hermite. 

As-^tu oublié les montagnes de 
Narbonne ? 

A R £ ars £ R T. 

Quoi ! Vous ssHiries^ * .7 77 

l'hermite. 
Arembert , tu eus un père* 

A RE M SERT (fâUssant*) 
Un père ! 

l'hërmite« 
Un frère. 



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( »o4) 

ARÏM B E R T. 

Un frère ! 

" l'hekmite. 
Eh bien 1 ne te connais^je pas? 

AREMBERT 

C cherchant à se remettre.) 

Où prétendez-vous aboutir pai? 
vos insidieuses questions ? Oui, 
sans douté , j'eus une famille qui 
me fut bien chère. 

l'hermite.. 
Arembert! 

. AREMJBERT. 

I.a mort me les a ravis. Faut-il 
que vous vous plaisiez , vous , être 
qui m'êtes inconnu, à me rap* 



,y Google 



( »o5 ) 
peler ces pénibles souvenirs ? Dé 
quel droit êtes -vous venu vous 
établir dans mes domaines ? Pen- 
sez-vous , si j'ai bien voulu vous 
laisser en repos , que vous deviez 
pour ma récompense chercher à 
me troubler ? Ne devez - vous^ 
craindre . . w. ^ 



Ï^^HERMITli. 



Est--ce pour me menacer qu'A- 
rembert est accouru vers moi? Cette 
nuit, quand son ame abattue ne 
lui présentait que d'effroyables 
images, a-t-îl pensé à me bannir 
de la retraite que j'occupe au mi- 
lieu des bois ? Arembert y il n'est 
plus pour vous de bonheur que 
lorsque les cendres de votre pèr^ 



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> (ïo6.) 
reposeront dans les sépultures de 
ses ancêtres. 

AR£]ltB£Rt. 

Quel mensonge vous plaîsez- 
Tous à me rapporter ? Depuis son 
trépas y les restes de . Fauteur de 
mes jours sont placés au fond des 
souterrains où dorment mes aïeux. 

b^HERMITE. 

Gseriez-YQusy descendre pour - 
TOUS en assurer ? 

AREMBXRT ( SB reculant.) 

Moi 9 descendre sous ces voûtes 
obscures! parcourir leiurs détours 
ténébreux I non ^ jamais. 

l'hermite. 
Celui dont Tame est tranquille 



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( 107 ) ' 

ne craint point les ombres de ceun 
qui ne sont plus* 

AREMBËRT. 

Savez-Yous si mon cœur connaît 
reflroi? 

L^H£RMIT£. V 

Quel sentiment yous agitait 
donc pendant la nuit qui vient dt 
s'écouler ? 

arembert. 

Jouet de ma faible imagination ,1 
j'ai pu ressentir des terreurs in- 
sensées j mais aujourd'hui . . . • 

l'hermite. 
Pour quelle cause avez -tous 
cherché à me voir ? 



V 



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( ,o8 ) 

A R E M B E R T. 

•t'espérais trouver en vous url 
consolateur ; je n'eusse pu croire 
que ce lieu renfermait un de mes 
plus intraitables ennemis. 

t'HERAriTE* 

Je ne suis l'ennemi que des me-» 
chans; décidez à présent si je doi5 
vous accueillir ou vous repousser. 

AREMBERT. 

Homme ! qui que tu puisses être i 
appaisemon tourment, écrase-moi, 
ou fais-toi connaître. 

l'hermite, 

' Eh bien ! si tu veux savoir qui je 
suis , si tu veux que ton sort change , 
rends-toi dans un an aux monta- 
gnes de Narbonne. 



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( ï09 ) 

AREMBERT. 

Encore ! Qui , je m'y rendrai ; oui ,' 
)je veux mettre un terme à tous les 
maux ^uxquelç j^ suis en proie? 

l' HE R MI TE. 

Si tu voulais les abréger , il nç 
dépendrait que de ta volonté seule; 
pourquoi ne romps - tu pas les 
fers. . . t , 

ARE M SERT. 

Hermite , tu en sais trop. 
l'hermite. 

Je voudrais encore n'avoir rien 
appris : mais ^ adieu ^ toute conver^ 
sation entre nous doit être désor? 
mais inutile ; nous reprendrons 
celle-ci dans un an. U dit; et^ se 



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retirant 9 il contraint Arembcrt k 
l'imiter. Celui-ci, reprenant lente- 
ment les sentiers qui conduisaient 
du bois à sa ville vassale y réftechis- 
sait à tout ce qu'il avait «ntendu; 
il se perdait en de vaincs conjec- 
tures; il se promettait de mettre 
un obstacle à la liaison qui parais* 
sait se former entre Fhermite du 
tombeau et le jeune Adémar . « Non , 
se disait-il , je ne puis permettre 
que ce jeune henmie s'unisse avec 
mon ennemi ; car ce personnage^ 
qui cache son nom et sa fortune , ne 
peut que me détester. Ah! s'il se 
peut 9 prévenons contre lui Adé- 
xnar; son âge le rendra suscepti- 
ble de prendre les impressions que 
je voudrai lui donner ». IL disait 
ainsi y mais il n'était plus temps. 



,y Google 



( m/) 
Aussi matinal que le baron ^ le vi- 
gîlant Adémar , éveille par son 
amour ^ avait suivi de loin son su* 
zerain. Reispectant ses secrets , il 
s'était tenu assez éloigné des deux 
personnages pour ne point enten- 
dre leur conversation^ et, dès l'infe- 
tant où il avait vu Arember't se re- 
tirer , portant sur son front la cons- 
ternation empreinte, il s'était ap 
proche de l'hermîte. Celui-ci , en le 
voyant, le félicita de sa diligence, 
et, sans tarder, l'introduisit dans 
l'intérieur de sa demeure. Alîénor 
venait de se lever. Une vive rou- 
geur ,doat elle ne fut point la mal- 
tresse , décela îe plaisir qu'elle 
éprouvait en revoyant son libéra- 
teur. Il s'avance vers elle avec em^ 
pressement. Déjà il l'entretenait. 



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]||uand les sons argentins d'une gui- 
tare annoncèrent Savary (Je Mau- 
lëon portant la joie mr sofe visage. 
Cet .aimable troubadour se présen- 
ta : il baisa le bas de la roJ^ jdlÀlië- 
aor , salua respeebxeusenient Tfaer- 
jcnite , et ;mit avec cordialité sa aiain 
dans celle d'Adémar. w Que le ré- 
veil de la nature , s'écrit lenfiant 
des muses , offr^ d'attraits pour 
ceux qui savent en jouir ! et corn'- 
bien augmententrils lorsqu'on peut 
Jes admirer avec 4es êtres auxquels 
on s'intéresse ! Princesse, poursui- 
vit-il en s'adressant à Aliénor , dai- 
gnez accepter l'hommage tle ma 
guitare et de moïi glaive. Que dis-- 
je? non, je n^e puis vous chanter ; 
Bélisène de Foix réclame seule mes 
chants : jje ne saurais vanter d'au- 



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tte l>eattté que la sienne , mais je 
"j)uis combattre pour défendre vofi 
droits. 

ALIÉNOR. 

Gentil troubadour ^ à Dieu ne 
plaise que je veuille vous ravir à 
votre mie ! je connais trop combien . 
ils sont sacrés les sermens d'amour 
reux servage. 

LE *tAOtJBADOUR. 

Pourrais-je , noble dame , fausser 
ceux que j'ai promis tant de fois 
de tenir, ceux dont je fis garant la 
Vierge mère du Sauveur du monde? 

Les*instans s'écoulaient. L'her- 
mite , impatient de voir s'éloigner 
ses hôtes , craignant qu'Arembert 
ne voulut peut-être mettre quelque 



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obstacle au départ d'Adémar , en^ 
gagea Aliéner à ne plus attendre. 
Celle-ci , désirant conduire k son 
frère les deux vaillans défenseurs , 
remercia vivement Etienne , et , s'é- 
lançant sur son palefroi y partit es- 
cortée de Mauïéon et de son libé' 
rateur. Le peu de sûreté des routes, 
alors infestées de brigands qui , à 
rapproche d'une guerre civile , d€^- 
^enaient plus audacieux , contrai- 
gnit les chevaliers à prendre, un 
chemin beaucoup plus long , tant 
leur modestie les forçait à se mé- 
fier de leur valeur. Ils montèrent le 
coteau escarpé de la PastOurie, ib 
en traversèrent les bois fourrés , et , 
laissant sur la gauche le Falga, ils 
descendirent flans le vallon d'Au- 
riac. Cette petitQ ville est remar^; 



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qtiable par la siagularîte âe sa p6^ 
sition, comme par lé clocher go- 
thique qui lui sert de parure. Nou 
loin d'Auriac y sur une hauteur àé^ 
fendue par des remparts et de so- 
lides fortifications , s'élève la ville 
de Caraman qui^ placée sur une 
eoUine^ )OUÙ d'un point de vue im- 
mense et d une rare beauté. Lanta, 
ancienne baronnie ^ se découvre 
après Caraman ; Lanta qui^ à toutes 
les époques: des guerres intestine» 
qui désolèrent la France , fournit 
toujours des soldats» intrépides. No^ 
voyageurs s'y reposèrent quelque 
tempsC pour éviter là trop grande 
chaleur an )our; et lorsque 1 astre 
de la lumière pencha vers son dé-^ 
elin, ils partirent rapidement, en 
saluant le village de Montauriol , 



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placé k la gauche de la route j Flou- 
rens , remarquable par sa grotte ar- 
tificielle ; Fonssegrive , autrefois 
fortifié ; I^asbordes, situé sur le 
Lers, doutronde fertilise les champs 
voisins. Enfin , montant les colli- 
nes qui environnent Toulouse , ils 
saluèrent cette grande cité , où bien- 
tôt le fanatisme allait marquer ses 
victimes. Adémar n'avait jamais 
visité la capitale- des Tectosages ; 
son cœur était ému à>la pensée 
qu'il allait être présenté à une cour 
qui était renommée par son urba- 
nité comme par son amour pour 
les beaux arts.* 

Arembert , en retournant dans 
son château , fait demander Adé- 
mar. Ce ne fut point sans un vrai 
déplaisir qu'il apprit qu'il s'était dé- 



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( ii7 r 

)k éloigné. Son premier fflouve-^ 
ment fut de vouloir envoyer un 
écuyer pour le rapeler; cependant, 
après avoir réfléchi, il renonce à 
un projet qui le mettait dans le cas 
de lutter avec Fhermite de la forêt. 
Il fît appeler le concierge Roberfo , 
et , l'ayant attiré dans une chambre 
secrète : Eh bien ! Roberto , lui dit- 
il, tout est-il dans le même état 2 

ROBERTO. 

Oui, sire baron. ^ 

ÀRKMBERT. 

Jamais de plainte de sa perte^ 

ROBERTO. 

Il ne profère point une seule 
parole. 



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(ti8s) 

JLRÈMBERr.' 

11 n'est plus^ peut-être^ 

Son mépris seul l'empéclie de me 
Irepondre* 

Il y a dix -sept ans qu'A était lî-« 
bre. Ohl que ne Test-il encore! 

Seriez -vous a TOUS en repentir ? 

AREMBSRT. 

Il est des momens où ^ vaincu 
par la faiblesse de son essence > 
l'homme ne se reconnaît plus : il 
faut que je parvienne à lui arracber 
au moins une parole. 



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("9) 
KOBERTO (effrayé). 

Vous descendriez, dans ces sou- 
terrains? 

AEEMBERT. 

Qui pourrait m'en empêcher ? 

ROBERTO. 

Atea-vous oublié cette appa- 
rition ? 

AREMBERT (furîeux). 

Roberto ! que vîens-ta me rap- 
peler? Prends cette lampe ^ ouvre 
la porte secrète , marche et je te 
suis. 

L'air menaçant du baron con- 
traint le vassal à lui obéir. Celui-ci ^ 
pressant légèrement un panneau 
dune boiserie qui décorait Tappar- 



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( ^^0 ) 

lement , fait jouer un ressort qui 
laisse ouvrir une porte! soigneuse-^ 
ment Cachée; il découvre un cou- 
loir fort étroit , donnant sur un 
escalier tournant et rapide, que le» 
deux personnages ne franchissent 
qu'avec précaution ; les dernières 
marches, recouvertes par une épais- 
se humidité , aboutissaient à une 
longue galerie, « Qull y a lokg^ 
« temps , dit Arembert , que je n'ai 
« parcouru ces sombres dçrffeur^^ ï 
« Quel silence ! quel deuil 4 -quelle 
(( horreur ! Et c'est cependant ici 
fc que j'ai confiné. . • * * 

ROBERTO ( s*arrêtant et s*aisissant 
le bras d^ Aremhert yj ' 

Monseigneur , nq rvqyez- vous; 
rieik? .: 



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AREMBERT. 

Lâche îjfjue peux-tu craindre ? et 
comment dois - tu faire , lorsqu'il 
faut que tous les jour3 tu descendes 
dans ce lieu? 

ROBERTO. 

Mon^eigheùi', au nom de Dieu , 
dites-moi si nul objet ne frappe 
votre vue? 

arebHert (terrifié), 

O ciel! quelle vision vient en- 
core m'affliger ! • . • 

Eperdu d'épouvante , ses pieds 
semblent enchaînés à la terre , son 
œil s'éteint; et de quelle horreur 
ne se sent-il point accablé lorsqu'il 
découvre , au fond de la galerie et 
s devant la porte du cachot dans le- 

I. II 



,y Google 



( 122 ). 

quel il veut pe'nétrer , le gigan- 
tesque hermite du tombeau armé de 
colère et montrant une coupe qu'il 
tient dans sa main ! mais il ne parle 
point , il reste immobile , il se con- 
tente d'eflfrayer Arembert. Celui-ci , 
sortant de son état de stupeur y loin 
de cherc;Jier à s'avancer du fan- 
tôxne , se. recule ,"et , remontant 
l'escalier avec une extrême vitesse , 
rentre dans sa cham|p^ , ordonne 
h Roberto de refermer le panneau 
soigneusement , et , toioibant dans 
un fauteuil , reste long -temps- 
comme privé, de connaissance. 



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( ïsS ) 

CHAPITRE V. 

Le Vieux Troubadour. 

jN ulle fâcheuse rencontre n'ayant 
arrête nos voyageurs , ils entrèrent 
dans Toulouse à l'instant où l'ombre 
descendait deJa cime des Pyrénées, 
qui se dessinaient dans le lointain* 
Aliénor, jetant son voile sur sa 
figure , afin de n'être pas aperçue 
des Toulousains, qui eussent fait 
retentir les airs de leurs acclama-- 
lions , s'ils avaient pu reconnaître 
la fille chérie de leur valeureux 
comte , pressa le pas de son pale- 
froi, et arriva bientôt deyant les 
portes du superbe château narbon- 



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^ 



( Ï24) 

nais, séjour des souverains de Tou- 
louse. Les gardes qui veillaient 
constamment aux barrières , ayant 
aperçu A liénor, baissèrent devant 
elle en signe de respect la pojnte de 
leur javeline ; des écuyers,des pages 
accoururent; çlle ne tard^ pas à' 
être jenviroilnée de sa cour, et ce 
fut au milieu de Cp .cortège qu'elle 
parvint jusqu'à son frèi%.<t^ jeune 
Raymond (i) n'avait point^ivi 
son père au canxp d^s croises^ il 
était restç dans Toulouse peur 
préparer les plans et les inroyens df* 
défense qu'il jugerait être kidispen* 
sables; car il ïie poiiva^t çifoire que) 



(i) Leii deut cocorto de Tp^2<)M$e portant' le^ 
même Dom, nous appellerons toujours Ray^^ 
mood Vl le comie de Toulouse/ et son fils ^ 
paymoud. 



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I 



( t25 ) 

rarmëe a laquelle commandait \é 
légat Milon ne fût pas^ destîne'e a^ 
âgîr contré son père et lui. Ce fut 
avec une vraie joie que Raymond 
revît sa sœ^r; il courut à elle en 
l'embrassant tendrement. Alors 
Alie'nor, prenant Adémai* pat la 
main , lé présenta au jeune comte , 
et., le nommant son libérateur > elle 
raconta avec quelle bravoure il 
était venu à son isécoUrà lorsqu'elle 
fut attaquée par les brigands de la 
forêt; en un mot ^ elle vanta si bien 
le service qu'il lui avait rendu, que 
Raymond, lé prenant à part, le 
remercia vivement. « Chevalier, 
f( lui dit -il, .quelle que sôit la ré- 
(f compense à laquelle vous vouliez 
« prétendre , je vous jure par S. Sér- 
ie vin(a) de ne point vous larefuser>>. 



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( 126 ) 

ADEMAR. 

# 

Monseigneur, oui sans doute, 
j'ai une grâce à vous demander. 

RAYMOND. 

Parlez } elle vous sera accordée. 

ADEMAR. 

Faites--moi l'honneur de me per- 
mettre de combattre toujours à vos 
côtés. 

RAYMOND. 

Avec vous, chevalier , on ne peut 
espérer de vous vaincre en gran- 
deur d'ame. 

Adémar, pour détourner une 
conversation qui peinait à sa mo- 
destie, fit avancer Savary. Celui-ci 



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( 1^7 ) 
se préparait à faire son compliment 
au prince, quand , l'ayant regardé 
avec attention , il poussa un cri , 
et, tombant à genoux : « Comte 
« Ra^imond, est-ce à vous que je 
«< dois la vie? 

K A Y M o N D (ai^ec noblesse) . 

* Le brave , le galant Savary peut- 
il appre'cier à ce point un léger ser- 
vice ? IS'en aurait-il pas agi ainsi ? 

SAVARY. 

Ah, comte! il est beau d'être 
généreux ; mais est-il rien qui égale 
}e service que l'on se plaît à 
rendre à son rival ? 

R A Y M o N D (ci^ec gaieté). 

A son rival heureux jUncore» 



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( 128 ) 
SAVARY. 

Permettez, prince, que je pro- 
clame votre magnanimité. 

RAYMOND. 

Eh bien ! tandis que je vais écrire 
à mon père , entretenez ma sœur et 
ce digne chevalier. 

Ainsi, se dérobant aux éloges 
qu'il méritait , Raymond laissa enr 
semble Aliénor, Savary et Ademar. 
Le troubadour, prenant la parole, 
parla en ces termes : 

HISTOIRE 

DU 
TROUBADOUR SAVARY DE MAULÉON (5). 

Dès mes plus jeunes ans l'amour 
de la poésie enflamma ma bouillante 
imaginatUn ; je ne respirais <}u'3.- 



,y Google 



( î^9 ) 
près les palmes litte'raires , et déjà i 
dans mes essais , je cherchais à 
conquérir des applaudissemens que 
j e sentais m'êlre nécessaires. Mes sir^ 
ventes (c) peignaient la corruption 
de nos mœurs , qui ont tant dégé- 
néré; mes tensons (rf) célébraient le 
printemps et les beautés de la na- 
ture. Mais en vain je travaillais; ma 
poésie était froide , rien ne rani- 
mait. Désespéré du peu ^e succès 
de mes constantes entreprises, tan- 
tôt je formais le projet de quitter la 
harpe sans retour ; tantôt , saisis- 
sant de nouveau l'instrument so- 
nore, je m'essayais à mieux faire : 
tout était inutile ; le génie était cap- 
tif, mes efforts n'aboutissaient qu'à 
enfanter des compositions glacées. 
Je ne sais ce que je fusse devenu, 



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( t3o) 
<]uaiid un jour, lasse de mes efforts 
superflus 9 je sortis , le désespoir 
dans lame, du château de Mauléon , 
et je pris le chemin de la campagne. 
L*aurore venait de se lever dans 
toute sa pompe matinale; des nuages 
. colorés d'or et dé pourpre se grou- 
paient en somptueuses colonnes au- 
tour du poiùt où le soleil allait pa- 
raître; les vapeurs, encore rem- 
brunies^ se repliaient vers la cime 
des monts, et, malgré leur épais- 
0eur, laissaient apercevoir les pics 
les plus élevés de la chaîne des 
Pyrénées, brillant des premiers 
rayons de l'astre dont la présence 
vivifie le monde. Mille oiseaux ga- 
zouillaient sur les branchages des 
sapins et des vieux chênes ; les ondes 
du gave de Gavemi roulaient avec 



,y Google 



(^30 
vitesse parmi les fleurs, dont chaque 
feuille supportait une goutte dia- 
mantëe de la rosée matinale ; en un 
mot, jamais la nature ne m'avait 
apparu avec autant de pampe. Je 
sentais mon cœur battre ; des larmes 
roulaient dans mes yeux ; j^ëtais agi- 
te par une inquiétude qui avait des 
charmes. « Ah ! m'écriai*-]e avec 
w transport; oui, voici le^ moment 
« d'enfanter des ouvrages que les 
c< troubadours ne désavoueront pas, 
ii que les jongleurs se complairont 
« à répéter, soit chez le roi d'Ara- 
<< gon , soit dans les salles du palais 
« de Toulouse , soit aux cours d'a- 
ce mourprésidéesparlabellevicom* 
« tesse de Marseille ». Je dis; et, 
prompt à profiter de mon enthou* 
siasme, je prends ma guitare, je 



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(i53) 

m'efforce d'en tirer quelques sons t 
je chei*che des rers. Hélas I tout s6 
refuse encore à servir mon désir ^ 
je reste muet. Le désespoir s'em-»' 
pare de mon ame 9 et ^ dans un 
mouvement de colère, je jette bien 
loin de moi Tinstrument inutile j 
des pleurs me soulagent^ (t C'en, est 
i( fait, m'écriai-je , je renonce pour 
k toujours à un art qui fait mon Sup^ 
f( plice* Plus de chant, plus de desiif 
u de renommée; que la gloire seule 
<r remplace tous mes sentimeus »* 
Je parlais ainsi quand j'aperçus au- 
près de moi un vieillard, respec- 
table. Sa barbe, ses cheveux étaient 
blancs; il couvrait son corps d'une 
verte tunique; un fer reposait à son 
côté ; il s'appuyait sur un bâton 
jioueux, tandis que sur ses épaules 



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( i53 ) 
s'agitait une harpe légère. « Pardon; 
« dit-il en m'abo'rdant, si un vieux 
« ménestrel interroge un jeune 
« trouvère ; mais je ne puis résis- 
« ter au désir d'apprendre la cause 
« du chagrin qui vous dévore : 
ç< peut-être dépendra- 1- il de moi 
i< de le dissiper >?, 

$AVARY, 

Non , mon père j vous ne sauriez 
ïu'en^ délivrer. 

• LE VIEILLARD. 

La vieillesse est l'âge de l'expé- 
rience : elle a beaucoup Vu; elle 
peut doriîier d'utiles consçils, 

6AVARY. 

Eh! que pburrîez-vous me dire 
qui pût m apprendre l'art des vers? 



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- LE VIELLARD. 

Ainsi vous vous plaignez de votre 
verve; mais peut^tre nç savez-vous 
pas le moy en'de l'enflammer • 

Troubadour I cpie n'ai- je poîn^ 
fait pour y réussir ? 

LE VIEILLARD. 

Il faut, mon 'fil$, renoncer à ce 
bel art si l'amour n'a pu vous in^ 
pirer de gracieuses ou de tendres 
romances. 

SAVÀRY (avec étonnement). 

L'amour, mon pèreî Je ne l'ai; 
jamais connu» 

LE VIEILLARD. ; 

A quoi pensez -vous, jeune 



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< l55 ) 
homme? Vous voulez frower (i).^ 
et vous n'avez point aimé ! Je ne 
3a\'é.lonne plus si voire tête est désr* 
enchantée. Malheureux ! non sai\6 
doute y vous ne saurez point chan- 
ter. Ne pas aimer ! £h ! sans l'amour 
peut-on être poète ? Voyez tous ces 
ménestrels dont l'Europe s'honore; 
ils ont tous aimé : les plus grands 
roii y les plus grands capitaines ont 
connu ce doux, ce beau sentiment. 
C'est psup lui que l'ame s'épure , c'est 
aux pieds des. dames qu'on forme 
les plus sublimes, chants ; c'est l'es- 
poir de leur plaire qui en^pite les 
héros. Hâtez-vous^ jeune homme, 
d'aimer: voyez; le célèbre Pierre 
Vidal soupirait aux genoux d'Adé- 

(i) C*est - à - dire inventer. Les noms de trou«, 
badoars et de troréres yienni^t de ce mot* 



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(i36) 

laïde^ vicomtesse de Marseille; 
Fimpetueux Bertrand deBorn chan" 
tant Maenz de Montagnac , fîUe du 
vicomte de Tutenne j Albert de Sis- 
teron inspiré par la belle et illustre 
niar€[uise de Malaspina; Hugues de 
Penna , qui y ne dans une basse con- 
dition y parvint 9 grâces à son génie ^ 
à devenir Tépoux de la noble Ma- 
bille de Simiane (c). Imitez ces gen- 
tils troubadours : alors peut-être 
sentirez-vous dans votre ame ces 
nobles élans qui nous rendent di- 
gnes des palmes de la renommée. 

SAVART, 

Oui , vieillard , |e sens que je dois 
aimer ; mais trop de fierté m'agite 
pour soupirer aux pieds d'une beau- 
té commune. 



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( ^57 ) 

LE VIEILLARD. 

Gardez -VOUS sur- tout- de mal 
placer vos affections. Il conyieiit de 
ne-cKérir qu'une haute dame : plus 
l'objet de notre amour est grand , 
plus nos sentimens s'élèvent. Ecou- 
tez : non loin de Mauleon le puis-^ 
sant comte de Foix a établi sa de-^ 
nieure^ une fille rassemble toutes 
ses affections. La divine Bélisènc^ 
voit. ses charmes adores par tous 
les chevaliers , les barons et . le^ 
troubadours de la cpntrée : ils brû- 
lent pour e^e ^ mai^ son cœur est 
encore insensible, à leurs soius. Al- 
lez ; soupirez auprès d'elle; qu'elle 
vous inspire , et bientôt votre gui- 
tare accompagnera des chants que 
les belles ajimérdxit k répéter* ' 



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( t5S J 
Charme, dç^- pTropos du vieux 

ménestrdiy d^^^P^^^ d'avoir été 
^i lop^^-jlémps sans amour ^ je 
«seati^li^'uiie nouyellç vie animait 
'môn^Cre^ mes idées s^agraudirent ; 
xn^ parrtottt je voyais l'image de 
^Bélisène : je n'avais jamais vu cette 
/ beauté , et déjà je sentais cpie je Fai- 
«nais avec idolâtrie. Je m'empres- 
sai de reprendre ma guitare délais- 
sée y et une romance que je compo^ 
sai me parut digne d'être retenue. 

AH I VOICI BIEN LE TEMPS 
D^AIMER. 

ronaNcx (i). . , 

Ah ! Toici bien le temps d*aimer , 
La feiiille retiatt àa boccage , 
Les bois yooi eocor renfermer 
Le Rossignol au beau langage. 

(i) La musique de cette Roman/ce est'faiU 
par M. lé comle de Toulouse-Lautrec. 



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( ï59 ) 

l\ noos dit : toât doit «^animer > 
Amour règne sar lacoadretle. 
Ah ! voici bien le temps (Taimér ; 
Printemps est saison d'amourette. 

La sentinelle sur la tour 
Pense à bachelelte inkamaîne ; 
* Le damoisel aim« à son tour 
. Sa jeune et noble châtelaine. 
L'uijivers paraît s'enflammer j 
Dans la Dature tout repète : 
Ah ! Toici bien le temps d'aimer ^ 
^ IPrlntemps est saison d'amourette. 

Le papillon aide la fleur 5 
Le ruisselet son frais rirage; 
La Vigne le chêne vainqueur j 
Le zéphyr la rose sauvage. 
Le doux plaisir semble animer 
Tout ce qui respire ou vegeite : 
Ah ! voici bien le temps d'aimer ^ 
Printemps -est saison d'amourette. 

Le vieux troitbadour m'encou- 
rageait y il api^audiss^ût à meà pro- 
grès : je ne pus bientôt me séparer 



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( i4o )■ 

de lui j il devint mon maître, il 
me faisait répéter mes vers, et, 
ne cessant de me parler de Béli- 
sène , il nourrissait toujours mou 
amour. Impatient de voir cette 
beauté , je formais le projet de 
quitter le château de Mauléon ; 
mais la crainte de déplaire à ma 
' mère me retenait ; je redoutais ^ 
aussi les astuces de Sigisbart, che- 
valier donl l'origine ^ était sem- 
blable à la mienne , et dont l'am- 
bition m'était connue : je savais 
que depuis long-temps mes do- 
maines étaient le sujet de son en- 
vie; je ne pouvais douter qu'il 
eût répandu sur ma noble mère 
les plus affreuses calomnies. Mariée 
fort jeune au marqui-s mon père , 
Adélaïde ne put jamais lui^ inspi- 



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• ( ^4t ) 

,rer de Tamour ; ï% marquis , unî-^ 
quement occupé des combats , né- 
gligeait la tendresse. Il périt dans 
une bataille deux ans après son 
union avec Adélaïde. Celle-ci le 
regretta ; mais bientôt de plus 
douces • affections vinrent rem- 
placer son époux dans son cœur. 
Antoine d'Urgel , fameux par sa, 
bravoure , connu par son ama- 
bilité , ressentit pour Adélaïde la 
plus vertueuse des passions ; ma 
mère ne tarda pas à lui rendre 
les armes , croyant me donner un 
appui contre les entreprises de Si- 
gisbart : cédant à son penchant , 
elle fojrma des nœuds que je n'ai 
pu qu'approuver lorsque l'âge a 
eu mûri ma raison. Ce fut alors 
que Sigisbart déploya toute sa i^oir- 



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( ï42 ) 

teurj un bruit circula bientôt dan» 
Maulëan : il disait que ^ pour cou^ 
ronuer son amour ^ Adélaïde nV 
vait point craint de tremper ses 
maïqs dfins le sang du marquis de 
Mauléoii. Le peuple, extrême ea 
tout, |e livra à d'însolèfis mur- 
mures ; ma mère trop généreuse 
méprisait ceà , otitrageantes ru- 
meurs j Antoine d'Urgel voulut 
les punir, mate loin de les dé- 
truire son imprudence ne fit (juc 
leur donner de nouveaux accrois- 
semens. Enfin je conseillai à ce 
noble ami de quitter pour quelque 
temps son épouse , de partir pour 
la cour de Rome , l'assuramt que 
son absence , rallentissant les ef- 
forts de la méchanceté , lui rendroît 
son innocence*. DHUfrgel me crut j 



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( i45 ) • 
n partit après nous avair fait les 
plus tendres adieux y et je restai 
pour consoler ma mère. Ce fut alors 
que naquit mon bizarre amour. 
Quel fut mon désespoir d'avoir 
conseillé à d'Urgel de s'éloigner I 
s'il fut resté dans Mauléon ^ ye 
n'eusse point craint d'abandonner 
ma mère pour yoler où m'appe- 
lait la tendresse. Mais une nou^- 
velle, qui parvint jusqu'à moi ^ me 
décida de courir auprès de la di- 
vine Bélisène. 

Pour célébrer le tra îté de paix 
•qu'il venait de conclure avec le 
tromte de Toulouse , le comte de 
Foix fit proclamer un tournois au- 
quel devaient être liés des jeux 
de chant. Je ne ))us résister à mon 
désir de me signaler dans ces fêtes ^ 



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C »44 ) 

'fioit en rompant une lancé y soil 
en agitant les . cordes argentées de 
la harpe amoureuse , mais je ne 
voulais point que mqn nojm fut 
connu ; je serais mort de honte si, 
devant Bélisène, j'eusse été vaincu. 
Alors, me confiant au seul trouba- 
dour dont je vous ai déjà parlé , je 
, lui demandai ce que je devai§. fairei 
« Sire, me dit-il^ partez secrçte- 
« ment ; que deux seuls éçuyers , 
« que deux varlets vous ,accomT 
(f pagnent ; n'affectez point une 
« pompe qui n'ajouterait rien à 
« votre triamphe , et qui augmen*- 
(( terait votre humiliation ;>. Je ré*^ 
solus de suivre son' conseil.; je 
commis ainsi une imprudence qui 
eut pu avoir les plus funestes ré- 
sultats si IjÇ ciej. inleàt pris: en s^ 



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, ( 45 ) 

main la conduite de ma destinée; 
Je partis pendant la nuit sans lais* 
ser après^mcii. aucune marque qui 
put rassurer ma mère sur mon 
absence. Hélas ! je déplore en- 
core tous- les jours ma conduite 
en cette occa;^ion. •, 



i5 



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( i46 ) 

La Romance et les Joutes., 

X-iORSQtrî: ^^arrfvaî dans la vule de 
Foîx je trouvai par-tout une foule 
nombreuse de chevaliers , de mé- 
nestrels , de curieux , qu'avaient 
attirés les proclamations du comte. 
Ce ne fut point sans quelque dif- 
ficulté que je parvins à trouver un 
logis; toutes les maisons étaient 
déjà occupées. Enfin un bon bour- 
geois voulut bien me recevoir chez 
lui. « Troubadour, me dit -il, 
« est-ce la simple curiosité qui 
(f vous conduit dans nos murs , 
« ou venez-vous disputer les prix 
(( de 1^ poésie » ? 



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Savary. 

Je ne veux pas être eonfonda 
dans la foule , et je prétends aux 
récompenses des chants et des 
armes. 

LE BOiriiOEOlS. 

Heureux si vous les obtenez ! 
car la charmante jSélisène , la fille 
de notre souverain , doit les dis- 
tribuer de S2^ main blanche. 

,. SAVARY. 

Que me dites-vous ? Ah ! san$ 
doute les troubadours , les che-* 
valiers les plus fameux accourent 
de toutes parts pour les conque'rir. 

LE BOURGEOIS. 

Je leur souhaite , ainsi qu'à 



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( i48 ) 
rous , une entière réussite ; maïs 
je crains que nul des concurrçns 
ne puisse plaire à potre jei^ne conv 
tesse, 

SAVARY. 

Son cœiir est encore insensible? 

LE BOTJROEOIS, 

Les troubadours ne célèbrent 
que sa beauté j jaucun ne peut se 
vanter d'avoir obtenu un soupir 
de cette princesse trop fîère. 

Les propos de cet honnie ^ loin 
de me décourager, me prêtaient 
de nouvelles forces. Je ne sais 
quel pressentiment me faisait es-» 
pérer que je serais heureux ; mais 
c'était avec une extrême imjpatience 
qu,e j'attendais le jpur suivant, 



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(»49) 
Le son des cloches^ ainsi que deâ 
instrumens militaires , m'annon- 
ça sa venue. Je me hâtai de 
prendre un costume «légant, et, 
suivi de mes deux varlets , je me 
rendis au' lieu pré|Màré. 

Hors des portes de la ville on 
avait construit une lice , entourée 
d'amphithéâtres $ur lesquels se 
placèrent la noblesse ^ les dames 
et les damoiselles , parées de leurs 
charmes et du secours d^une bril- 
lante toilette. Parmi elles je cher- 
chai Bélisène , elle n'était point 
encore arrivée; je le reconnus au 
calme de mon cœur ; il aurait vi- 
vement battu s'il eût été auprès 
de la dame de ses amoureuses 
pensées. , Bientôt un bruit de clai- 
rons , de trompettes se fit en- 



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( ,5o ) 

tendre j précédé de$ officiers de sa 
maison , le comte de Foix s'avança 
entouré de la magnificence qui sied 
à son haut rang. Derrière lui mar- 
chait , non une mortelle , mais un 
apge ; et y iJHsqu'à aujourd'hui ^ 
madame ( poursuivit Savary en 
s'adressant à Aliénor ) j'avais cru 
que la terre ne ifenfermait pas son 
égale : je ne vis point sa parure , 
son visage charmant attira seul 
mon xegard. Vous décrirai-je ses 
attraits ? Non , je n'en parlerais 
qu'imparfaitement ; et d'ailleurs il 
fest knpossîhle que vous ne Wytt 
pas vue plus d'un^ fois ! Ah ! si 
f avais ainafc Bélisène avant de Fa voir 
connue y dé quel seritiment ne fus-jé 
^int animé quand je pus contem- 
pler sa beauté surnaturelle ! Je vou^ 



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( i5x ) 
lais m'ealvr^er da plaisir de la yoirt 
immobile dey^T^t^ett^^laconsidérant 
daqs uBea^mk^û^n sans pareille^ 
je 9e cherchais ^lus des express 
sâ^riSjt je sentais qu'eUet devait m'en 
fournir. Cepeiidaot tonte ; rafisem*- 
blee s'e'tait plairée:5 on avait arrêté 
que les troubadours commence'* 
paient à s? disputer lie prix de la 
romance; çni^ de la poésie. Pfous 
•étions wfiix concurrens , tous por- 
tant ua nqm connu ; car ^ii diaqne 
fois que les juges le prononçait , 
il s'élevait de toutes paçts des cris 
çt des appl^udissem^ns. Seul j^étais 
îuicopnu ; 6i.^})ieq. que ^lorsqu'on 
nomma Savary , tous Iqs yeux sç 
tournèrent vers -moi t mes rivaux 
ne purent s'empêcher de laisser 



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( i50 
errer , sur leurs lèvnes harmo- 
xûeases ^ un jsonrire de dédain : 
mais je vis Béliâène me regarder 
avec intérêt ; dès-îdrs je me crus 
plus favorisé que mes adversaires; 
On nous ^ordonna de tommenàer ; 
je devais chanter le- sixième : lés 
deux premiers nous récitèrent un 
long survente ^ où mai-âdroitément 
ils osaient médii^e dêis femmes ; 
il se forma une clameur générale 
contre eux , qui |es contraignît 
à se retirer honteusement/ Le trbî- 
>sième, Guilheni d^Anduse^ fit en-- 
tendre «un chant guerrier,' qu'il 
désignait sous le nom du chant 
du retour, ' 

Amédée de la Broquère , ' qui lui 
succéda, chanta les exploits et Tia-* 



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( i53 ) 
constance d'un paladin célèbre de 
la cour de Charlemagne. 

RENAUD DE MONTAUB AN (i). 

Lance en. arrêt , casqae ferme ^ 
Marchait OD de» preux de ta France) 
Tan loi de tendresse éo flammé. 
Tantôt conduit par la Taîllancc } 
Cousin du paladin Éoland , 
Toujours cher à plus d'une belle , 
Et redoute de Tinfidèle. 
C'e'iait Rehaud dsMonUuban, * 

Alors qu^en un sombre châul , 
Victime de la jalousie, ;^ ,•• > 

Sous le joug d'un argus cruel 
Pleurait damoisclle jolie , 
Pour 1 arracher i soiî tyran 
Un preux Tcnàri- il h palràhre ? 
On ne pouvait le méconnafire : 
Ce'tiut Renaud de Montauban. 



(i) Musique gravée de M.Dahimare. 



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( i54 ) 

Si l'on eotendait quelqqefoft 
Parler d'un chcYaiier volage. 
Habile il TariersoTi choix 
A la ville ainsi qu'au village ; 
Au jeu d'amour entreprenant » 
Ami d'une belle éploree , 
Craint des maris de la couèrée, 
C'éuitHenaad de MonUuban. 



Un joor la bachelelte Alix , 
Se promenant en un bocage , 
Aperçut an fond du taillis 
Un chevalier du haut narage^ 
Il lui parla si galamment 
Qu^il charma la beauté timide. 
Kcuf mois après. . . Ah ! le perfide ! 
C'ctaii Renand dé MàixtUi/bM ' " 



Oh ! le bon umps qu'alors iét»il I . 
Un paladin fier et sensible 
Fillette aimait, Maure battait: 
Aux preux français tout fut possible. 
Un sur- tout , plus brave et j^lus grand , 
Fait pour l'amour et pour la guerre^ 
Peuplait et dépeuplait la terre. 
C'étaU^enaud de M6maob«u« ' ' 



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(i55) 

Mon tour arriva enfin. M'avan- 
çani de la tribune sur laquelle était 
assise la comtesse de Foix , je cher- 
chai, par unef omance remarquable, 
à fixer sur moi son attention. • * 

CHARME D'AMOUR. 

ROMANCE (l). 

Aimer d*amour esL le souyeraio bieo ; 
C*est en aimaot Cjae la peine s^oubtie. 
Ah! croyez -moi : celui qui D*»imericii 
Ke coDDUt pas le charnue de la vie. 

/ 
Ce cbanne heMf euk sV:mptrdfit dans ntk Imket > * 

Dans un regard il se dévoile encore ^ 

El le bonheur senyble se refuser 

Au eeeur glaeé qoi le fuit ou Vipiott. 

Charme d^amour f aurait délicieux ! 
Par un èôupir tti nous dis ta présence ; 
En doux propos si Tamant se peint mieux , 
Tu sais encor parler dans son silence. 

(i) La musique de cette romance est i faire. 



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(r56) 

Tout s'embellii pour le plaire an moment ; 
iPour loi le cœur et s'enflamme et soupire. 
Vague désir ! inquiet sentiment ! 
. Qu'il est heureut , celui qui vous ins(VireI 

• ' . 

Aigsi je chantai , et tout d'une 
voix le prix me fut accordé. Je ne 
sais si le sujet prêta à mon génie ou 

si la faiblesse de ines rivaux • 

Pardonnez-moi, madame, ce mou- 
vement de vanité, il est Ken natu- 
rel k celui qui doit a son triomphe 
la tendresse de son amie. On me 
conduisit devant Bélisène qui , pla-* 
çant elfe -même la couronne de 
myrte sur mon jeune front, pae i-a- 
vit par les douces paroles qu'elle 
prononça. Je reçus de sa main un ri- 
che bracelet, où se mariaient l^s f^ux 
du rubis et du diamant superbe : 
xnais plus grand fut encore mon 



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c ^57 ) 

degir de ne point me contenter.d'un[ 
sent succès. Pendant qu'on prépa- 
rait la lice pour les joutes qui al- 
laient avoir lieu y je me rendis chez 
mon hôte ^ et là^ quittant mou 
manteau de troubadour y je revêtis 
mon armure : elle était toute blan-' 
che comme celle d'un jeune poursuis 
vant (f); mon casque^ sans orne-' 
mens y supportait une touiffe de plu-^; 
mes blanches. J'avais. eflFacé Técus- 
son demafamillequibrillaitsur mon 
bouclier ; à sa place, j'avais fait gra-* 
ver l'emblème que je vais vous dé-» 
crire. Au milieu d'une nuée écla-» 
tante était posée une ancrç ^sur la« 
quelle s'appuyait un amour t&n 
nant une harpe ; une banderoUe 
lais^it lire ces mots : epjt espérance*, 
I^a singularité de mon accoutre^ 



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- (i58) 
m^nt, celui de ma deyise, piqua la 
curiosité. On n'avait garde de pré*- 
ftumèr >que je pouvais être le mé- 
iptestrei qm venait de emporter le 
prix du chant :.mais on ne douta 
point que je ne fusse un jeune ado-* 
lesceiit qui voulait foxurnir sa pce- 
niière carrière. Etait-ce encore une 
idée de mon amour-propre? il me 
sembla que les regards de la .corn-» 
tesse s!attftchaient sur moi de pré«- 
fi^rence. Allons^ me dis-je, mérit- 
ions ce nouvel honneur. La lice 
étant préparée > le comte de Foix 
fait signe auic juges.ainsi.qu'au.ma*- 
réchal de campde donner le signal.. 
Us s'empressent d'obéir : lès trom- 
pettes sonAeat la chaîne y et nous 
sommes en posture de nous atta- 
quer. Instroil par des noutitres ha«« 



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059 )' 
biles daos fart du tournois , je com-^ 
pris i|u lie 0ie falkit «nploycr t(m^ 
tègi^ursk^ôus. Utt ciiêvaliéi^,iK)ni- 
isaè iiaiiiclHlde— l^rHardT', eHdutiiit 
3eul le cboo •^e kuit coiiibattans» J^ 
YeRaîs'le netiyièf^fé. l^om d)Hii^^éd 
ïj^n SOT i autre avec to^te la vitesse 
de nds 'Cdursierd : itiais là lance dé 
mon adversaire pqrtak faux ^ tandis 
^e la mienne 9 l'atteignant au mi-' 
Keu'4i:^'dorps ^ le renversa sUr Ta-* 
rené ; ii se rellrva désespère de sa 
€hùt«. Pour moi^j'ach^aîde four- 
nir ma course^ et, mie tenant ferme 
sur les étriers,je me préparai à 
soutenir Je choo4*un nouvcjl assail-^; 
lant^'Cdui qui remplaça Ranichîlde 
était un Pof^tugÀÎs y vain de sa nais- 
sance , ficfr de sa force , et d'une 
telle présomption ^ qu'il ne pouvait 



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croire <|u'îl fut possible de rabattre? 
Saluant à peine les danie$^Jlfparti([ 
avec impétuosité; Sou cheVal^ quoi* 
que vigoureux y pliait àO^us lo^^poida 
du guerrier gigant^sqijie^ JSe vis l'é*. 
tendue du dangerque^ j'allais laffrouT 
ter : niais je penssû à Bélisèpe^ et je^ 
me sentis une nouvelle ardeur.^ 
Nous pou$, atteignîmes au milieiz. 
de la.Uce; le coup que nous nous 
pQrt4mes. mutuellénient fut terri-, 
ble ; nos lances se brisèrent eik 
éclats y et nousfiimesrejetés chacun, 
sui; la croupe de notre destrier. 
Plus heureux encore que le Portu- 
gais, j,e ne perdis point 1 équilibre ,• 
quand lui^ malgré ses efforts, vida 
lès Arçons, De longs et de bruyans. 
applaudissemens signalèrent cette. 
joùt0.. Nul autre concurrent ne s'é- 



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C ï60 
tant présenté pour' me disputer la 
victoire , l'honneur de la journée 
me fut accordé. La comtesse m'ap- 
pela une seconde fois; je volai plu- 
tôt que je ne courus pour me ren- 
dre auprès d'dle» Avant de lui 
parler^ les héraults d'armes me de? 
mandèrent mon nom , afin de ' le 
proclamer; je me pressai de le leur 
dire ^ et , <:ontinuant mon chemin ; 
je 'm'avançai de Bélisène. Au mo- 
ment où j'ôtai mon casque pour me 
faire connaître y les héraults élevè- 
rent mon bouclier en criant :Ja- 
vary le troubadour» Toute la nom-- 
breuse assemblée me félicita, sur 
mon double succès , par .des accla- 
mations unanimes. Je vis le front 
de Bélisène se parer d'une légère 
rougeur. « Chevalier, me dit-elle, 
1. i4 



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ir qui apu vou» îtispifer et roUS sétt- 
w téïiir dans le$ deux combats qne 
V vous avez entrepris »? — « Da- 
te me y lui îepondils-jeii Voix basse, 
K le désir d'étiré couronné de voire 
4c main ». Ces mots redoublèrent 
l'embari*as de la. jeune comtesse 
quî , feignant d<e lés prendre pour 
fane galanterie , telle que celles dont 
les Françàîîs ne sdnt pas avares , les 
Srccueîlïit par un gracient sourire^ 
%i^s joutes venaient de se termi- 
ner, quand un chevalier de haute 
stature, et revêtu d'armes éclatantes, 
se présenta à la barrière. Le son du 
êbr nous annonça qu'il demandait le 
combat ; je sentis dans mon ame le 
besoin de le punir de son audace 
et de rirrégularîté de sa demande r 
car je ne dbute point que la noble 



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( i63 ) ' 

Aliéner, aiqsi quelebfâyè,Adéinaç> 

;ie sachent, qu^ l'usage^ ne permet 

point les défis lorsque les lices sont 

fermées. « Monseigneur , dis-*je en 

(< m'a^ressant au ' comte , si vous 

(( youlez le permettre je vais ré-* 

« pondre à l'iippel de ce paresseux 

i< chevalier ». — « TroiÂadour vai^- 

jt lant y me répliqua le prince , je 

<< vous f err^f ayec peine combat-* 

M tre au m<^ment où la victoire vous 

j< a{^artenaît ; cependant y^ si vous 

ti sentez que vos forces ne soient 

.(( point trop épuisées , je consens k 

(( ce que vous ajoutiez une nou-- 

j« velie feuille à vos lauriers. ». Il 

dit ; et puis faisant signe à up de ses 

pages , il ordonna qu'on me fit 

avancer un cheval frais : on amena 

]un magnifique andalou. w Cheva- 



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( i64 ) 
fi lier*, me dît lei comte , accep- 
« lez - le comme un témoignage 
« de mon estime »• Les barriè- 
res furent donc de nouveau refer- 
mées , les trompettes sonnèrent 
le signal , et je partis' suivi des 
vœux de tous les assistans. Mbn 
coursier, phis rapide que celui du 
chevalier , mon adversaire , raiteî- 
gnit au tiers de sa tôurse ; les poin- 
tes de nos lances portèrent sur 
nos écus , et, par un hasard bi- 
zarre, nous fumes to&s les deux 
jetés sur le sable : nous nous rele» 
vâmés légèrement, nous abandon- 
nâmes» nos lances pour • tirer nos 
épées : Je combat recommença plus 
terrible que tous ceux que j^avais 
déjà soutenus ; pendant que j'atta- 
quais ou que je cherchais, à me dé? 



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( t65 ) 

fendre 9 je ne pouvais m'empècW 
d'admirer le courage de l'inconnu, 
et^ franchement^ je me dépitais 
contre le maudit point d'honneur 
qui mi'avait porté à entreprendre ce 
nounrel assaut. Dans le temps que 
je rçftéchisspis ainsi > le chevalier me 
portait de' rudes coups; je lui en 
l'endais quelques-*uns; niais le com- 
bat restait toujours égal, quand le 
troiicon d'une lance • venant à s'emr 
barrasser dans les jambes de mou 
adversaire , le fit trébucher et le 
contraignit à baiser la poussière. 
Je me précipitai vers lui pour, lui 
tendre la main afin qu'il put se re- 
lever ; il accepta mon secours : 
alors je lui proposai de continuer le 
combat. <( Non , chevalier^, me dit- 
K il , je ne veux pas plus long- 



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( i66 ) 
% {emps TOUS disputer la yictalreV 
4( je m'avooe vaincu », Charmé dé 
sa résolution ^ je Ten remerciai yi-»- 
Tement , et , nous tenant, ensemble 
par liai main ^ nous rey inmes sous 
le balcon du comte. Il pressa le 
chevalier de se iaire connaître ; ce^ 
iui-<i y s^y refusant toujours, s'é« 
Soigna après aroir profondément 
salué le comte et sa Sile. Nul autre 
'accident n'étapt venu troubler la 
cérémonie , je fus cotErosné une 
seconde fois , et je sentis encore re« 
doubler moiti amour. Bélisène prit 
mon bras pour revenir à son palais« 
-Le reste de la journée s'écouk dan^ 
les jeux« Je «'enîtrai du plaisir de 
voir mon amaine/ L'tdéei de ma 
mère , de la crainte où elle pouvait 
être en ignprant ma destinée^ raen 



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Yie se présenta à môî. Aveng|l par 
lé bandeau dont la teiidi^éis^e avâft 
voilé mes yeux , j'étais insensible à 
tout autre sentiment ; mes assiduit 
tés auprès de Bélisène , Inès chan- 
sons y mes discours , tout apprit 
bientôt à cette belle le secret de 
mon cœur. 

Elle se reïusa' long-temps à me 
faire lire dans le sien ; mais , enfin , 
le doux aveu échappa à ses lèr- 
vres , et je pus, en un instant , me 
croire le plus heureux des hommes. 
Je lui confiai le secret de ma nais- 
sance. Elle vit a\ec transport que 
je n'étais point d'un sang inférieur* 
au sien. Cette confidence la char- 
ma, et, depuis ce jour , l'avenir 
s'embellit à ses regards. Cette féli- 
cité ne pouvait point toujours être 



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( ,68 ) 

Stable y il fallait que d'afiî'euses c^ 
tasirophes jetassent quelque poi« 
son sur le bonheur dont nous 
fouissions. 



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( ï69 ) 



i*<>#i# ^ .»*^^#^##^^<*^»^ 



CHAPITRE VM. 

JDôN Jùan d'Afitorga, amiral de 
Léon^ appelé par àoa goût à la 
cùur du comte de Foix^ ne put 
voir Béliaène sans éprouver pour 
elle uB impétueux amour. Bon 
Juau^ dans l'âge où les passîonfb 
se. dévelp^jcnt ayec plus ;dé vio- 
lence f n'avait jamais appris à les 
contenir; accoutumé à tout voir 
plier devant lui y il ne pouvait en-^ 
trér dans s6n\ esprit qû41 f&t pos^ 
sible d'être refusé. L'éclat de la^ 
puissance souveraine dont Bélisène* 
était revêtue ne lui en imposa pas ; 
!• i5 



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( 17^ ) 
il se résolut à profiter de la pre-^ 
mîère occasion favorable pour ex- 
pliquer ses feux. Ne pouvant point 
la faire naître de suite , il obsédait . 
Bélisène. «Tétais furieux contre lui : 
ce superbe Espagnol avait grande- 
ment le don 'de mé déplaire; lui, 
ne ntie croyant cpi'un sinvple mé- 
nestrel y çie traitait avec cette fami- 
liarité insultante qui dépUdt tant 
au cœur élevé. Bientôt il carut sV 
{percevoir que mes vues, osaient 9é 
porter jusquà .Bélisène ; il en 
frémit de colère,* et s'il ne me fit 
point quelque insulte sur*lie^^amp, 
c'est que son> orgueil tie puticrmrq 
que ma tendresse fîàtmème tolérée. 
Pendant plusieurs, jours' dfes i plui^ 
libondantes avaient mis des obstd^^ 
des i^ux fréquentes promènidéfit 



,y Google 



( »70 
que l'on avait l'usage de faire dans 
les immense^ jardins du palais (g) ; 
enfin le soleil après avoir lutë 
contre les nuages^ les dissipa; et 
un matin y nous laissant voir sa 
face étincelante^^ il nous promit 
une belle soirée. Dès que la chaleur > 
fut abattue on s'empressa de par- 
courir le parc. Le comte nous sui- 
vit; voulant nie parler d'une fêle 
qu'il prétencïait donner, il me re- 
tint et causa avec moi. Don Juan 
vit ce que lui offrait de favorable 
un pareil moment; il ne voulut 
pas le perdre, et, offrant la main à 
Bélisène , il s'éloigna avec elle. 
(( Que ces lieux sont charmans! 
<v dit- il en poussant un profond 
ff soupir, et qu'il sera pénible de 
« s'en séparer »I 



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( 172 ) 

BELISÈNE. 

Comptez-vous nous quitter aussi 
promptemeat ? 

DON JUAîT. 

Oui , madame ; jamais aussi tôt 
que je le devrais, 

BÉLisÈNE (souriant.) 

Souvenez "VOUS, chevalier, que 
voilà un propos auquel Je n'çussQ 
point dû m'atten4ref 

DON JUAN. 

Se pourrait -il qu'il ne vous fût 
point tenu par tous ceux qui s'ér 
loignent d'auprès de vous? .Ali, 
ipadaniel ne yaut-il pas (fent fqis 
ne vous avoir jamais connu quç 



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( »75 ) 
de déplorer perpétuellement le jout 
qui donna naissance. • . « ^ 

BÉLISÈNE. 

Il me semble que mon père est 
bien éloigné de nou^. 

DON JUAN* 

y Je le vois, madame, vous vou-* 
lez m'éviter; vous ne voulez point 
entendre Taveu d'un sentiment.. « 

Je veux revenir auprès du 
comte. 

BON JUAN. 

Non, madame, vous ne vous 
éloignerez pas avant que je vous 
ai instruit de la flamme à laquelle 
vous avez donné naissancç. 



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( 174 ) 

BELISÈNE. 

Chevalier I 

DON JUAN. 

Si je croyàid que l'amour de 
l'amiral de Léon put tous offenser, 
j'aurais pu le renfermer dans un en- 
tier silence; mais, quelle ^e soit la 
splendeur de votre rang, je ne pense 
pas que mes soins puissent vous pa- 
raltre*indignes de vous être offerts» 

BELISÈNE* 

Pour plaire, seigneur, croyez- 
vous qu'un titre suffise ? 

D o N J tJ A N. 

Non, Madame, et je commence 
à m'en apercevoir, 

BBLISÈNE. 

Que voulez -vous dire? 



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( 1^5 )■ 

DON JUAW» 

Ce que vous ne pouvez plus me 
«cher. Je présumais trop de la 
noblesse de vos inclioations pour 
vouloir former Vidée que cet ob-» 
scur troubadour^ dont l'aspect me 
fatigue^ pût vous intéresser; mais 
tout me convainc aujourd'hui^.. 

B £ L I s £ N E. 

Que vous importe , seigneur ^ 
quel que soit mon attachement ^ 
puisque vous ne pouvez vous flat- 
ter de le conquérir ? et quant à ce 
chevalier , que vous affectez de 
mépriser^ il est d'un sang auquel 
peut-être les amirauit' de Càstille et 
de Léon 



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DON JUAN* 

C'en est assez , madame; mais 
tremblez pour ce loyal cbieyallbr. 

n dît; et, furieux de Faffront 
que pour la première fois il essuie ^ 
le présomptueux Espagnol s'éloi- 
gne brusquement. Bélisène, que 
sa fuite favorise , revient vers son 
père d; moi , se promettant de ne 
point m'apprendre les menaces dp 
l'amiral. Le comte de Foix, lassé 
d'une promenade qui le fatiguait^ 
rentra, dans son palais, tandis que sa 
cour se plaisait, à jouir des charmes 
d'une belle soirée. Nous jnous ren-- 
dons auprès d'une . pièce d'eau 
qu'entouraient des sièges de marbre 
blanc adossés à desi Qrapgers dont 



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C '77 5 
la suave odeur parfumait les aî^s.^ 
Là les troubadours chantent leurs 
tensonsy leurs novelles, et les che- 
valiers racontent les hauts faits 
d'armes des barons et des héros. 
A peine le comte de Foix «e fut- 
il retiré que don Juan se présenta 
devant lui. Ce làdie rival ^ versant 
sur moi les poisons de la calomnie^ 
me représenta comme un vil intri- 
gant^ sans naissance^ sans fortune^ 
habile -seulement en l'art de sé- 
duire. Il le prévint sur Tamour 
que me portait Bélîsène; enfin il 
fît si bien que le comte alarmé 
ordonna à un de ses pages de ve*« 
nîr me chercher de sa* part. Le 
messager remplit les ordres de son 
maître; et moi^ sans me douter de 
la perfidie de don Juan y je me 



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( «78 ) 
rends avec empressement à la de* 
malfiie du comte* « Sayary, me dit* 
ti jly jusqu'à ce jour je ne me suis 
« point permis de vous interroger 
« sur vos parens^ sur votre rao^; 
(c mais je ne puis plus long-temps 
a acceuillir dans ma cour un per« 
ce sonnage qui ne veut point être 
c< connu »• 

s AVART. 

Monseigneur 9 je suis chevalier 
comme vous^ et troubadour pour 
la gloire des dames. 

I. E COMTE. 

Ecoutez-moi^jeunehomme.Vous 
ai-je traite sans égard? 

SAVARY. 

Il me siérait mal de me plaindre. 



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( *79 ) 

LE COMTE.. 

N'ai-je point été pour vous hon- 
nête et bon seigneur? 

s A V A R Y. 

Monseigneur, nul part je n'ai 
reçu meilleure nourriture (i ). 

L E C O M T E« 

£h bien! pourquoi faut -il que 
vous ne reconnaissiez tout ce que 
j'ai fait pour vous que par votre 
ingratitude ? 

s A V A R Y ^(avec véhémence). 
Il en^a menti par sa gorge, celui 



(i) Par ces mots on entendait une rcception 
disiingoée, om od« bonne e'dncaiion» 



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< .8o ) 
qm a pu tous tenir de pareils prô^ 
po5; et^ les armes à la main^ je 
suis tout prêt à soutenir mon dîre^ 

liE COMl'E. 

Vous ponyez d'un mot vous re-^ 
liabiliter dans mon esprit. Faites- 
vous connaître : on se défie tou- 
jours de celui qui se cache ; l'hom-* 
me vertueux se montre à décou-' 
vert. 

SAVARlr« 

Oui y sire comte , j^ai eu tort d6 
vous taire qui je suis : il est temps 
que vous appreniez le nom dont 
je m'enorgueillis; celui qui dans 
votre cour s'appelle le ménestrel 
Savary est connu ailleurs sous le 
titre de mjirquis de Mauléon. 



,y Google 



( 



- (• ,8i J 

'le coMTEf àvee satisfaction ). 

Serait-ce vrai ? 

SAYARY (posant la main sur la 
garde de son épée ). 

Foi de chevalier , je vous Taf» 
firme. 

ïr^ COMTE, 

Quelle bizarre pensëé a pu vous 
porter à jne taire vptre naissance ? 

SAVARY* 

Mon entière franchise doit seule 
vous faire excuser n^on tort, 

Alors y lui déroulant toute mon 
histoire , je lui appris l'amour que 
$a fille i)i'inspirait ^ je lui parlai 
«i^ssi de 1a douç^ réciprocité qu'elle 



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( i8a ) 
m'accordait; je lui fis sentir qnè 
moa alliance ne pouvait point lui 
déplaire. Que vous dirai-je de plus ? 
je fis si bien y qu'ayant de nous sé- 
parer le comte m'embrassa tendre- 
ment et me permit de prétendre à 
la main de Bélisène. Mon délire fut 
extrême. Dans les transports de ma 
joie y je ne pensai pas à lui deman-> 
.der quel étaijt celui qui, par ses 
rapports, avait voulu me nuire au- 
près de lui ; je ne songeai qu'à 
faire appeler mon amante ; elle ac- 
courut : mon alégresse devint la 
sienne. Son père lui répéta la pro- 
messe qu'il m'avait faite; mais il 
exigea que je partisse promptement 
pour aller prévenir ma mère, aussi 
impatiente que lui de fixer l'épo- 
que de mon bonheur. U fut décidé 



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( i83 ) 
que je partirais le jour suivant pour 
revenir à Mauléon. Notid convîn* 
mes encore de tenir secrètes no« 
conventions. Je ne communiquai 
aux courtisans que mon départ. 
Dissimulant sa joie , don Juan se 
flatta que je ne m'éloignais que 
banni par le comte; mais^ loin dâ 
me faire connaltjre ses complots^ ce 
fut avec un air pénétré qu'il reçut 
mes adieux. Il iie parut point le len« 
«demain. On qous annonça que ^ 
suivi de quelques-uns de ses do- 
mestiques^ il était parti avant le le- 
ver du jour pour faire une course 
qui lé retiendrait) peut-être toute 
U' àémaine^GcFidme il m'importait 
péo qu'U ïât^â^uprès demoi , comme 
sa présence déplaisait à Bélisène ^ 
on ne fut nullement peiné de sa dis^ 



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<- î84 ) 
{>arîdoiu Llieurie qui allait me se- 
]>arerde mon amie était sur le poiot 
de sonner^ quand des cris font re- 
tentir le château; j'entends pronon-* 
cer mon non ^ je amn pour m'im^ 
former de lacause de cette rumeur: 
suais on ne m'en donne pas le 
temps: un Yiffletyientme dire qu'un 
vieux troubadour y versant d'amè- 
res larmes , demande à me .parler 
6ans retard : le comte de Foix or- 
donna qu'on le fit paraître. U s'a- 
vança ^ejt je reconnus celui qui avait 
allumé dans mon amé le désir de 
jponnaitre l'amour, ce Ah y monsei- 
gneur ! s'écria - 1 4 il ^ quel démon 
ennemi .9- pu- vous porter à quitter 
votre seigneurie? le deuil ^ le crî- 
pie^lfi mort l'habitent en ce mo«* 
jQpient». * ' 



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X »85 ) 

SAVARY* 

Troubadour , que veux-tu dire ? 
bâte-toi de parler pour rendre le 
calme à mon cœur que tu effraies. 

I.E TKOUBABOUR. 

Hélas I sire marquis , votre il- 
lustre mère ^victime d'un scélérat 
adroit, est dans les fers, et le qua- 
trième jour qui doit hiire sera ce-î 
lui de son supplice* 

SAVARY. 

Troubadour , que viens - tu . me 
dire? quelle fable me racontes-tu? 
ma mère, ma puissante, ma ver- 
tueuse mère serait-elle accusée ? 

LE TROU3ADOUR. 

Bien plus encore : elle est con- 
damnée î 



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SAYARY. 

Que lui reproche -t- on? quels 
sont les téméraires qui ^ sans me 
redouter 

LE TROUBADOUR. 

On lui impute votre mort, et son 
accusateur est le chevalier Sigisbart. 

SATARY. 

De grâce, troubadour^ raconte* 
moi les évènemens qui se sont pasr 
ses pendant mon absence. 



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( »57 ) 

CHAPITRE VIIL 
La Calomnie. 

LE TROUBADOUR. 

(J|uiNZE jours s'étaient écoulés de* 
puis votre départ : on ignorait le su-* 
jet de cette fuite soudaine. Seul 
j'aurais pu en donner la clef; mais ^ 
engagé par la promesse que je vous 
avais faite , non- seuleçient je ne 
voulus rien dire sur votre compte , 
mais encore je quittai Mauléon 
pour que ma présence ne ût point 
naître à quelqu'un l'envie de m'in- 
terroger. Le peuple , avide d e mer- 
veilleux , prétendit d'abord que^ 



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frappé d'une vision qui vous ëtaît 
apparue y vous aviez couru vous en- 
sevelir danç un monastère espa- 
gnol; d'autres affirmaient que vous 
étiez passe en Terre-Sainte , enfin 
chacun brodait une histoire qu'il 
appuyait de pretives imaginaires, 
l^ientôt un bruit sourds e répand : 
on assure que vous avez péri, que 
le comte d'Urgel n'a feint d'aller eri 
Italie que pour înieux cacher son 
forfait; on dit que, d'intelligence 
avec votre mère, il s'est porté à 
cette extrémité pour faire passer le 
marquisatdans sa famille. Cette ca- 
lomnie , repoussée d'abord , s'accré- 
dite; on l'accueille ; le chevalier 
Sigisbart feint de la mépriser; il en 
parle lui-même à lamarquise. Ceïlep 
ci, épouvantée et désespérée, veut 



dbyGooQle 



âe purger par un serment ; on Ten 
détourne; on lui prouve qu^elle ne 
doit pas y forte de son innocence ^ 
^s'abaisser à ce point; elle a la fai-* 
blesse d'écouter ces insinuations 
perfides : ce fut la cause de sa perte. 
Huit jours s'écoulent encore: plçu- 
rant yotre sort et ses malheurs dans 
le silence de son cbâteau y la noble 
Adélaïde ne pensait point à la tra*- 
bison. Tout-à-coup le peuple s'as- 
semble de nouveau sous le balcon 
qui s'ouvrait sur la grande place de 
Mauléon ; il prononce les mots 
d'homicide , de vengeance, de jus- 
tice. La marquise , indignée de l'in- 
solence de vos sujets , se lève, 
appelle ses gentilshommes , ses 
ëcuyçrs , ses gardes , leur ordonne 
de courir sur la multitude pour la 



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âîssiper. Us allaient lui obéir i mait 
voilà (pie la porté da palais est enfon^ 
cée. Sigisbari péaètre à main aimée 
dans la demeure de sa souyeraîne ; ^ 
deux individus chargés de chaînes ^ 
portant dans tous leurs traits Fas^ 
Bassinât empreint ^ le suivent es- 
cortésd'une foule mutinée. La mar^ 
quise , sans redouter leur audace > 
s'avance vers eux , et , d'une voix 
irritée y demande à Sigisbatt quel 
motif le portait à se rebeller. Sigis« 
bart 9 sans répondre à cette question t 
u Marquise y lui dit-il , les sujets du 
marquis Savary, votre fils^ inquiets 
de son absence y veulent savoir quel 
intérêt important le retient loin de 
Mauléon. Comme, nous n'en dou- 
tons pas^ vous ne pojivez ignorer 
en quel lieu il s'est retiré s noua 



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Cï90 
sommes convaincus qu'il nous est 
facile d^ l'apprendre. 

LA MARQUÎSe. 

Sigisbart ^ je ne sais si je dois 
vous répondre j vous veneas dans 
mon palais avec toutes les appa- 
rences de la sédition ; cependant , 
comme je veux plaire à ceux que 
vous avez aveuglés^ leur pardon- 
nant leur égarement^ je déclare^ à 
la face du ciel qui m'écoute , que 
le sort de mon fils m'est inconnu. 

6I0ISBART. 

Cen est assez y madame ; si vous 
ne savez rien sur le sort de votre 
fils y ces deux malheureux cpie je 
conduis pourront nous en appren^ 
dre davantage. Alors les deux 
liommes enchaînés se jettent à ge^ 



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( ^9» ) 
boirr, protestent^ en jui^nt par le 
nom de Diea^ qu'ils ont immolé 
le jeune^Sayary pour obéir aux or- 
dres de la marquise et du comte 
son époux. A cette horrible accu- 
sation y votre mère pousse un cri 
de désespoir ; elle veut protester 
de son innocence ^ on ne veut 
point l'entendre ; ses plus fidèles 
partisans sont les premiers à Tacca- . 
bler de reproches. Souveraine un 
instant auparavant ^ elle devient 
prisonnière de B^ propres sujets : 
grand exemple des jeux de la for* 
tune , qui tantôt se plàit à détruire^ 
tantôt à 4ïever les grands au faite 
de sa roue. Votre mère , malgré ses 
plaintes 9 est arrêtée sur les dépo- 
sitions des deux faux témoins; on 
lui donne son appartement pour 



dbyGoogk 



prison ;^ des gardes sont places sur 
t&utes les avenues , des troupes 
étrangères à la solde de Sigisbart 
entrent dans la ville , destinées sans 
4oute à s'opposer aux eâdreprises 
-que pourraient faire qudques amis 
qui, revenus de leur première er- 
reur, ne doutent pas que la mar- 
quisenesoit la victime d'un scélérat 
adroit. Lelendemain^le conseil s'as-* 
sembla présidé par Sigisbart , com- 
- me membre de votre famille. Qn 
amena devant lui la malheureusQ 
Adélaïde y qui souffrait plus ^du 
soupçon qui pesait sur elle que 
du supplice qui l'attendait. On en- 
voya chercher les deux assassins ; 
-mais ils n'étaient plus : un poison 
violent leur avait été donné ^ 'dit- 
on ; ils étaient morts dans d'affreu-» 
i; ï7. 



,y Google 



( »94) 
ses convulsions : avant t;onteFof$ 
d'expîber ils avaient: renouvelé 
leur accusation ^et protestaient y de 
•plus 9 que leur trépas était encore 
l'ouvrage de la marquise. La justi^ 
fication «loUe et précise de celléN 
ci 9 les raisons victorieuses qu'elle 
.apporta en votre faveur^ rien ne 
£ut écouté par des juges prévenue 
ou vendus. Us osèrent y violant les 
.droits des princes , prononce, h 
, sentence qui condamnait leur sou-* 
; veraine au supplice du feu si un che- 
valier ne prouvait son innocence 
les armes à la main , ainsi que le 
, .prescrivait l'usage antique. Huit 
jours furent accordés à la marquise 
pour qu elle présentât son défenr< 
seUr ; en même temps y par une 
))arbare rafinerie , on eUt grand 



dbyGoOgl^ 



( ^95 y 

«mh d'éloigner. d'die tous ceux quî 
^u$9Qat pu combattre en sa faveur ; 
et Sigisbiart y redoutable p^r sa vail- 
laoce , se dédâra son adversaire. 
Oeofut alors que le bruit de celte 
•hbtoîre parvint jusqu'à ma retraite. 
Epouvante du danger que courait 
jvotre mèi5e,*je voulus , dans mon 
{premier mouvement, me hâter de 
voler désabuser les juges ; mais 
une réflexion; m'arrêta : trouba- 
dour -^leux et obscur, pquvais-je 
espérer que ma faible voix pût ba- 
lancer la volonté de Sigisbart? ne ' 
m'arrêterait - on pas moi-même 
avaùt que je pu^se parler? que ^ 
peut la vérité sans force devant le 
pervers puissant , et qui est con- 
traint d'entasser toujours de nou- 
veaux crimes pour ne point perdre 



dby Google 



(196) 
ïe fruit de ceux qu'il a commis de-^ 
)à?Jeprisalorslepartide vènirvous * 
trouver^ ne doutant pas cpie. vous 
ne fussiez encore dans cette cour : 
mon espérance n'a point été trom- 
pée, je vous ai retrouvé , et main^ 
tenant je ne suis plus inquiet ni 
pour les- jours de votre mère ni 
pour la punition que mérite soa 
ennemi.' 

u Partons > troubadour , m*é-» 
(( criai- je ; que celui qui a fait la 
i( faute la répare. Allons foudroyer 
« Sigisbart et de mon glaive et dç 
« ma présence ; par ma fuite in- 
u considérée j'ai causé le malheur: 
«de ma mère , que mon retour 
t( la venge du méchant qui o§e 
« l'accabler ». 



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( Ï&7 ) 
:Le Comte de Fpix partagea mon 
indignation ; il m'offrit de rassem- . 
bler des troupes , de se mettre à 
leur tête pQur venir avec moi dé- 
livrer la marquise. «Non, mon- 
« seigneur, lui dis-je ; laissez-moi 
(c seul l'honneur de cette entre- 
.(( prise. Quelle que soit.son issue 
(( ma n^ère ne peut être qâé justi- 
« ûée : jejne veux partager qu'ave« 
<c%ioi-même la gloire de la ven- 
« ger »• Je dis j et, sans perdre de 
temps,|e fis préparer mon destrier j. 
et, après avoir promis au comte 
et; à sa charmante fille de les ins- 
truire du succès de la tentative que 
j'allais faire , je partis suivi de mes 
deux écuyers, de mes deux pages 
^t du vieux troubadour. Nous ch«^ 



,y Google 



vauchâmes jusqu'à la nuit.Le vaile 
du soir enveloppait déjà les mon-' 
tâgnes y lorsqu'au passant dans un 
défilié étroit je vis venir à moi un 
naiu qui paraissait . étii^e désolé, 
if Ah , monseigneur ! s'écria-t-il 
« dès que je fus à portée de Ten- 
c< tendre^ si l'apparence n'est par 
- i< trompeuse- vous devez être un 
u preux chevalier ; ah ! si c'est 
« pour l'honneur et pour les cH- 
ii mes que vous étés en quête d'a- 
« véntures, suivez -tnoi ; je ptiî^r 
« vous procurer le plaisir à^èitd 
t( utile à la plus Betle'persoitoe d^ 
u l'umvers^maifi^yisn'mêîfliefempst. 
(( àlaplusmalheureuse».— '« Amil 
w nain , lui répondis^je , me voilai 
« prêt à te suivre, pourvu qtic dcarV 



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( m ) 

« demain matin je puisse être Kbrc 
cf de contimier ma coui'se ». 

LE NAÏN. 

Monseigneur , venez seulement 
parler à la belle vicomtesse Indie ; 
son château est celui que vous 
voyez Ik-bas sur ce rocher : c*esi 
en ce lieu qu'elle pleure la perte 
de son fils qu'un déloyal chevalier 
lui a ravi. 

SAVÀRX* 

Que puis*je pour ellet eji cette 
circonstance ? 

VE NAIÎT. 

Combattre le félon. Ma mai- 
tresse l'a vainement proposé à un 
grand nombre de chevaliers ; mais 



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( aoo ) - 
tous, lorsqu'ils ont appris le nom 
du méchant qu'ils devaient punir , 
n'ont point osé mesurer leurs épées 
avec la sienne* 

SAVARY. 

Quel est donc le nom de ce che- 
valier si redoutable? . 

LE NAIN. 

Il s'appelle don Juan d'Astorga. " 

SAVARY. 

Ami, je le connais : il est brave ^ 
fort, sans doute; mais, si je com- 
battais pour une juste cause, je ne 
craindrais pas de l'attaquer. Ce- 
pendant , poursuivis-je , conduis-, 
moi vers la vicomtesse Indie.. 



1 



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( aoi ) 

Le naîo^ sans me répondre ^ me 
fit passer par un étroit chemin : il 
fallait traverser un pont. A peind 
avions-nous mis pied à terre pour 
traverser^ que le pont fit la bascule 
et nous laissa tomber dans une 
fosse profonde. Je compris sur-le- 
champ que j'étais la victime d*ua 
lâche complot ; mais qui pouvais- 
accuser ? il ne se présenta à ma 
pensée que le seul nom deSigisbart; 
.Dans la position où je me trou* 
vaiy j'eus cependant un léger mou- 
vement de joie > ce fut de ne point 
voir le vieux troubadour partager 
ma captivité. Plus heureux que 
, nous , peut-être . aurait-41 évité le 
piège dans lequel j'avais donné y et 
de lui j'attendsôs ma déliyrance ; 



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nés vassaux y consternés de leur 
situation ^ Ja déplorerait avec amer< 
tume. 



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C^oS ) 



CHAPITRE IX. 

La Vengeance, 

vJ.N nous laissa plusieurs heures 
dans ce triste lieu. Enfin la trappe 
se releva : on nous jeta une corde 
pour idous aider à monter ; etàâie^ 
sure que Fun d'entre nous parvenait 
à la hauteur du trou ^ il était saisi et 
garroté. Jepréférai la mort striâdi^^ 
gnité qui m'attendait y et je signifiai 
yiiuttBent âuxgendarxaes ^pie ^ iM 
molatt» peint me rendne^leur prî« 
sonmer. SattSifiEiice)atfcentiait à mou 
fiscours^ ils s'empressèrent de d€s«> 
cendre dse toutes parts : vainement 
je me mis en défense; vaincu par 
koombcc^ je £as terrassé. Quand 



dby Google 



C ^04 ) 

ils m'eurent mis hors d'étal de léutf 
résister plus long- temps, ils m'en-» 
traînèrent vêts le fatal château.. Ert 
passant le pont-levis je crus qu'il 
se refermait pour toujours. Qu'elles 
étaient amères y* mes réflexions ! 
combien 'mon cœur se déchirait à 
la pensée que ma mère périrait 
peut - être par ma faute et sans 
pouvoir la secourir ! je m'aban-^ 
donnai alors à toute l'impétuo^ 
site de mon caractère; je iSs re- 
tentir de mes clameurs la chambre 
dans laquelle on m'avait condiiit; 
l'implorai la pitié de mes geôliers^ 
je les suppliai de me rendre ime 
liberté qui m'était si nécessaire ; ils 
ne me répondaient point: fatigués 
même de mes prières, ils s'éloi^ 
|[ûèreat. en refermaut la lourde 



,y Google 



( 2o5 ) 

porte de fer qui s'oppo^it à ma 
sortie. laissé seul je fus plus souf- 
frant encore. Toute la nuit s'écoula 
danis cet état : je ne pus m'assoupir 
un seul instant; et> tristement ap-« 
puyé sur les barreaux épais de ma 
fenêtre^ je^ m'abandonnai à toUte 
ma douleui*. Dans ce moment les 
verroux de la porte de ma prison . 
furent tirés avec violence : je me 
retournai. La porté s'ouvrit , et je 
yis paraître devant moi non Sijgis- 
bart, que j'attendais, mais don, 
Juan. A sa vue un cri de surprise 
m'échappe. « Sire marquis, me 
« dit avec ironie le cruel Espagnol, 
« vous voyez qu'il est plus facile 
i< dç déguiser son vrai nom que 
i< d'échapper à ma vengeance. Tant 
« q^e j'ai cru que Savarjr n'était 



dby Google 



(ao6) 
Ai cpi'ufl obscur jaroubiidottr ^ |'a[i 
fi dédaîgaé 4e lé paniride la tea- 
x< dressequ'ilàvaitsuÊtire partager 
4c à la belle .Bélisèoie; aujôurd-hui 
jtc que, xai&Qtx iustiruit^ je sais que 
A . sa r^v^té peut œ'étrer^dcHitablej 
M je juge k propos de m'fis^arer de 
« lui ». 

SAVAKY. 

Don Juan, votre. conduite dû- 
ment bien celle de la gÀiéreuse 
nation à laquelle vous! appartenez. 
Les loyaux Espagnols ne vous ont- 
ils^ pas appris qu'on ne se venge 
d'un rival que les; armes à la main ? 
que ce n'est qu'aux lâches xju'il ap- 
partient d'employer la trahison? 
Vous aimez , dites-vous , Bélisène : 
n'était'il pas d*^utres moyens pour 



,y Google 



Yous assurer sapossession? pensez^ 
içoas.qoe j'jeusse refdsé dé vous voir 
au chsuup d'honneur? 

DON JXJAN. ' 

Je' ne doute pas de voire bra- 
voure ; mais je crois inutile d'epi* 
ployer la mienne lorsque d'autres 
moyens peuvent assurjer la réussite 
de mes projets. Si jeusse été vaincu 
par vous , Béjiisène e'tait sans retour 
perdue pour moi. Maintenant je 
puis être certain de vous la ravir 
pour toujours. Je sais quel motif 
vous porte à retourner à Mauléon ; 
vous voulez aller au secours d'une 
«aère, chérie à laquelle le moindre 
délai peut être funeste. £h bieni 
vous ne la sauverez pas , vous serez 
doublement la cause de sa mort: 



,y Google 



( ao8 ) 

car je yeux yoas rendre la liberté si 
TOUS accédez aux propositions que 
je vais .vous faire. 



SAVARY. 



M'en ferez-vous que^ l'honneur 
puisse avouer? . 

DON JUATC. 

Vous voulez délivrer votre mère; 
j'y consens: mais cédez -moi Béli- 
sène. 

SAVART. 

Que voulez -VOUS dirc(? 

DON JUAN» 

Vous allez me donner votre pa- 
role de chevalier que vous ne repa- 
raîtrez plus à la cour du comte de 
^oix ; que p sans lui apprendre la 



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( ^og ) 
véritable cause de votre conduite ,\ 
vous romprez avec lui et sa fille; 
que vous fuirez par-tout cell«-cî; 
en un mot^ que vous paraîtrez vo- 
lace à ses yeux. 

SAVARV; 

^Détestable monsbe ! Qui a pa 
fournir à ton ame de si exécrables 
conseils ? Quoi ! je renoncerais au 
bonheur qui ni*attend I Je pour* 
r^is délaisser Bélisène et raban-* 
donner' à un méchant tel quç toi ! 
Won , non , cent fois non. Retire-r 
toi^ perfide^ et laisse-moi. 

DON JUAN (froidement). 

Que l'amour l'emporte sur la 
nature; que ta mère soit la vic- 
time de ta. passion. 



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( 2Ï0 ) 

SAVARY. 

Ma mère , dis-tu ! Quoi ! ma 
mère pourrait périr ? 

DON JUAN. 

Si nul chevaïier ne se présente, 
elle subira le dernier supplice. 

SAVARY. 

' * Af&èuse image f A^^ don Juan! 
tnontrez-vous géïiéretiic : laissez- 
moi remplir le plus saint des de«^ 
Yoirs y mais ne me demandez pas 
une chose qui assure mon trépas. 

DON JtJAKr 

Peu m'importe votre douleur , 
ce n'est pas de vous que j'ai pitié ; 
un rival né m'inspirera jamais que 



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:^^. 



ie la haàm. Cependant c'est perdr^r ' 
le temps en des discours inutiles | 
prononcez votre dernière résolu- 
tion : si vous acceptez ce que je 
vous proposé^ les portes s*ouvjfent 
devant vous ; si vous me refusez^ 
vous causez la' mort de votre mère.: 
je vous laisse dans cette prison 
dont vous ne devez plus espérer 
de sortir 9 je répands le ïmAit que 
vous avez péri victime de' l'am- 
bition de Sigisbart j nul soupçon 
ne s'élève contre moi , et un voile 
impénétrable couvrira désormais 
votre sort. 

SAVARY. 

Amour ! nature ! sentîmens quî 
me déchirez tour-à-tour! Pour- 
quoi faut*il que si je satisfais k 



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Tun^ raiitre me coûtera des hmaei 
éteçheUës? 

Bélisène , pourraî-je jamais re** 
noncer à toi ? Ma mère , pronon^ 
cerai-je l'arrêt de ton. supplice 2 
Non , la vertu l'imïportera sur la 
tendresse , je serai digne ^ du sang 
dont je suis sorti. Oui^ don Juan^ 

je voug jure « Seigneur 

c< chevalier , s'écria un varlet , eu | 
c< se précipitant dans la chambre 
w et en s'adressan|; à moix rival , 
« hâtez -vous de venir vous dé- 
w fendre , ou plutôt songez a vous 
i< sauver ; uHe troupe de gens ar- 
H mes escalade votre château )k 
K — • Que ma vengeance ne soit 
«( pas trompée! dit don Juan ^ en 
M tirant son épée pour m'en frapr 



,y Google 



(^ per » . Mais au moment où ee noa^ 
veau crime va se coasommèr, ua 
\çhevaliér ^ armé de toutes pièces , 
patait^ s'élance sur l'Espagnol^ et, 
jd'un coup de son fer acéré , . le 
renverse sur le plancher. Je m'a- 
vançai de mon libérateur. Et de 
quel . étonnement ne fus - je pas 
frappé lorsque je reconnus, à son 
bouclier , le guerrier contre lequd 
j'avais combattu au tournois der- 
nier dans le moment où j'étais 
vainqueur, w Généreux inconnu, 
(c lui dis*je , ah ! c'est bien moi 
w qui suis aujourd'hui vaincu par 
« votre grandeur d'ame » ! Nobk 
Savary, me répondit- il en étant 
sOn casque et en me laissant acù 
mirer sa figure majestueuse , je 
remplis Ie$ çfoiikditionç que rhonr»* 



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netir m'imposa lorsque je fus ai^ 
^4aé GheyaUer. 

« Ne'pOuirais-je savoir votre 
«< nom.—* a Souffirez qae je le taise ; 
i^^qa^il TOUS suffise d'apprendre 
^< que*^* comme vous , je suis Fad- ' 
«r mirateûr de la belle comtesse de 
«r Foix ». 

If Alors parut le vieux trouba- 
î< dour. Eh! mon cher maître^ me 
w dit- il 9 que- je suis heurenx 
« d'avoir opéré votre délivrance l 
i< Lorsque vous tombâtes dans le 
i< piège qu'on vous avait tendu , 
fc le hasard fit que j'étais éloigné 
K de quelques pas. Me doutant de 
<c la trahison je me sauvai avec 
« toute la vitesse de mon cheval ^ 
« et je fus me placer sur la grande 
ic route , dans l'espoir d'y rencon*; 



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,4e tijer un loyal chevalier qui v^ur 
« lût prendre le soin de vous ar- 
K racher au péril qui vous mena?- 
w çait.. Nul ne se présenta. Le jour 
f< alkitrenalt^e quand j'entendis i;u 
i< piétine^ient de chevaux qui me 
u donna lieu à. penser qu'une trou*^ 
« pe nombreuse venait vers moi. 
w Je parlai ii leur chef; je lui ap- 
;« pris votre danger ^ je ne lui <;acbai 
« pac{ votre nonfi. Sur-le-champ il 
« commanda à ses gendarmes de 
« le suivre : nous ëvitlunes le pont 
(c dangereux j nous parviames jus- 
'M que SQus lès lïiurs du . château* 
>îç Ayant trouvé un ei^roit accesr 
(f sible> nous l'avons escaladé brus- 
ce qiiement. Vous savez le reste, 
ce Votre ennemi à été puni^ et j'ai 
-« pu ne point pleurer sur votre 



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^< perte ».' Je pres^i dans meà; braà 
ce digne ami. Le cKevalîèr , mon lî- 
berateur , me conseilla de quitter ce 
château. Nous partîmes sur- le^ 
champ^ après que don Juan eut été 
porté dans un lit> toujoui^ privé 
de connaissance. Nous crûmes qu'il 
périrait ; mais il devait vivre pour 
mon malMeuf. Ayant renouvelé 
mes remelcciemens au chevalier^ qui 
s'obstina à rester inconnu^ je me 
préparai à me séparer de lui. U me 
quitta; depuis lors je ne Yûi revu 
qu'aujoufd'bui. Oui, belle Aliénor; 
ce chevalier, qui m'a sauvé la vie 
et l'honneur, est le prince Ray^ 
mond, votre illustre frère, qui, 
toujours grand, comn^nde à ses 
passions avec autant de facilité que 
nous nous y abandonnons. Crair 



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ghant quelque nouvelle rencôn-; 
tre qui apportât des obstacles à 
ma route , je pressai vivement lé 
pas de moû destrier. Enfin j'arrive 
à Mauléon la veille du jour exé- 
crable qui devait voir mon trépas, 
ou la vertu de ma mère hautement 
vengée. Comme nous entrions dans 
la ville, nofll^ vimeS un grand con- 
cours de peuple qui se rendait vers 
la* grande place. Gardant toujours 
le plus sévère incognito , je me 
séparai de mon corlcgè, et, accom- 
pagné d'un seul écùyer, je suivis 
la foule curieuse. Nous étions ar- 
rivés depuis quelque temps quand 
un hérault vêtu de noir, monté sur 
un fort cheval de la même couleur, 
parut au milieu de la multitude : 
d était précédé de quatre pages 
i, 19 



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porlAut sur w riche coussin dç ve^ 
lours ïioip Je gwtelet de Sigis^art, 
g^ge du çppabat. lie hér^^ult s'ar-» 
yêtaut, ^prè3 avoir fidt signç aw 
trompettes 4e 3onn^r par sept fois, 
parla en ces te):3BÇS : « A tQU« ks çhe« 
« valiers , monseigneur çt m^Ure , 
a S^gisbart de M^uléon, fait savoir 
a que demain il p^r^ijd^ en cbump 
« clos , armé 4e tout?§ pièces , pour 
u soutenir, ^nyeys çt çoulrç tQU5| 
« qu'Adélaïde ^ nqe du yicQi^tç de 
c( Gimoes^ et in^quiçQ de Mau? 
« léon^atràltreuseqa^iit^^^çitçsiuépu 
u fait assassiner le jeuu^ ^y;9fy^ 
^< marîjuîs souYer^iï\ de i^u^QJ*? 
« déclarant en soj\ a,piQ çt; CQU-*- 
« science qu'il croit; sa ci^u^e juste ; 
« et répète par ma voix qu'il çaur» 
H tiei»4r4 son dife; 4«U^ U Uce pré- 



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<r parée jusqu'à l'heure dé midi. 
u Or,' s'il est quelque chevalier qui 
<i veuille combattre contre lui ,qiiil 
a paraisse et ramifêse le gant que je 
« lui jette n. A ces mots lé^hérault 
prit en effet le gantelet^ et le jeta 
par terre. 11 se fit un profond si« 
lence ; nul ne s'offrit pour défendre 
une infortunée; alors fendant la; 
presse je m'avançai du héraiîlt« 
« Hérault, lui di^-je, va dire à. 
u ton maître qu'il s'est présenté 
ci un chevalier qui a relevé son 
u gage ; que ce chevalier accuse 
(f Sigisbart d'être un exécrable ca« 
« lomniateur ; proteste que ce der* 
a nierenamentiparlagorge^etqu'il^ 
ur espère que le jugement de Dieu, 
4t en justifiant la marquise Adé«* 
ii laïde , punira le vrai coupable. 



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C 3^^ > ' 

a Hérault^ je soutiendrai mon diire 
a demain ». Je dis; et ce peuple , 
qui y \in instant auparavant , voyait 
sans ' en être indigné Taffiront 
qu'on^aisait a sa souveraine^ pous- 
sa des cris de joie à lapparition 
d'un défenseur. Le hérault^ les offi- 
ciers furent interdits; ils ne pen- 
saient pas qu'un chevalier f&t assez 
téméraire pour s^ffronter Sigisbart : 
mais y puisqu'il sç présentait ^ on ne 
pouvait lui défendre ce qu'exigeait 
la loi sacrée de Ifi chevalerie. Ce 
ne fut pas sans une terreur secrète 
que Sigisbart apprit qu'un adver^ 
saire venait de sç prononcer contre 
lui; mais ^ fier de sa bravoure , il se 
crut invincible. On aveitit la mar- 
quise qu'elle avait trouvé un défen- 
seur» pie voulut me voir : malgré 



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(Ml ) 

le desîr que j'avais de me jeter dand 
ses bras^ je me refusai à sa de-^ 
maade ; il eut été impossible à mon 
cœur de se contraiadre en sa pré- 
seuce. Le lendemain éckira le 
combat mortel qui devait décidel* 
de ma vie ou* de celle de mon 
ennemi* Jamais cause ^plus singu- 
lière me fut soumise au jugement 
de Dieu. D'un côté un chevalier 
accusant ma mère d'avoir causé 
ma mort ; de l'autre ce fils , que 
l'on croyait ne plus être ^ soîitenant 
le parti d'une mère injustement 
accusée. Au point du jour les clo-^ 
ches, par leur son argentin, an- 
noncèrent le duel qui ^allait avoir 
lieu. Une grande foule remplit les 
environs de la lice. Les bourreaux 
parurent les premiers^ conduisant 



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( ^aa ) 

avec enx les chevaux qui Iralnmeut 
la claie destinée à celui des deux 
assaillans qui sei^it vaincu : ces 
hommes de sang dressèrent un . 
bûcher immense 9 et ^ ce soin pris, 
se placèrent à Tentaur. Le son 
d'un tambour voilé annonça l» 
venue de la marquise : , elle mar* 
ehait au milieu de ses fejfemes , 
qui tantôt fondaient en larmes , ' 
et tantôt mvoquàient la justice de 
Dieu. De saints religieux eifvi-r 
ronnajint ma mère;- ils la sou-* 
tenaient , > rencourageaieni : elle ^ 
était velue de noir ; de longs 
voiles couvraient sa figure, nous 
dérobant des larmeç de fierté qui 
échappaient de ses yeux. Elle se 
plaça auprès du bûcher. Ses gardes 
s'éloignèrent. Elle devait être re-^ 



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C ^^5 ) 
gardée Comme libre j<fe<^u*a Yisém 
du combat. On avait décidé que 
nous ne nous ^f VirîOns pas de uos 
chevaux : ainsi }e pamar à |)i'ed y 
ayant pOur arme un hache et un 
poignat^i Sigisbàtt , escorfé de 
tous Ses pages, s'ftvanÇa fostueu^ 
sèment : il me regarda avec mé- 
pris, et ^ ue daignant' pas mb 
saluer^ il se plaça. Nous renou- 
velâmes nos déàs^ Chacun de nous 
âj^ratit persisté à soutetiir son dire , 
il fut Ordonné par les jugés du 
camp de nous laisser aller. Ce 
n'était point du simple honneur 
d'uu pas d'arme qu'il s'agissait ici, 
c'était de la vie ou de la mort. 
Sigisbart et moi nous nous mesu- 
râmes des yeux pendant quelques 
jtnomens i bientôt nous nous joi-* 



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(^M ) 

gnlnaes; n#6 haches se heurtèrent ^ 
et tour-à-tour le péril nous menaça. 
Employant la ruse , la force , 
l'adresse > nous balancions la for- 
tune : tantôt l'un reculait y tantàt 
son ^versaire fuyait à son tour ; 
tous nos coups étaient également 
ou piévus, ou paj^s. Cependant la 
colère s'élevait dans mon sein k 
mesure que Sigisbart mç résistait; 
je m'abandonnai à mon impétuo- 
sité naturelle y je pressai mon en- 
nemi^ je l'éblouis par la Titesse 
des coups <]ue je lui portai; enfia> 
saisissant ma hache avec plus de 
force y trompant Sigisbart par une 
feinte y je lui {Songeai l'acier dans 
son flanc. Il tomba sur le sable. 
i< Déloyal chevalier , lui criai-je y 
« confesse tes attec tais >)< -— « Oui^ 



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( ^25) 

<r dit-il d'une voix expirante > je 
«r suis coupable > et le ciel m'a puni 
(c justement. C'est moi qui excitai 
fc les deux calomniateurs ; c'est 
cr moi qui les ai fait périr quand 
ce ils m'ont été inutiles ^ au lieu de 
a les récompenser comme je. le 
« leur avais promis. Je déclare 
« qufi le sort de Savary m'est in- 
fc connu » — w Et moi , je .vais le 
u faire connaître à tous^ m'écriai- 
« je. Peuple ! réconnaissez votre 
« souverain ; ma mère ! revois ton 
« fils dans ton vengeur »• Ce se- 
rait en vain, madame Aliénor^ que 
j'essaierais de vous dépeindre la 
scène qui succéda au tableau d'hor-? 
reur que je vous ai tracé. La joie 
de ma mère. 5 la mienne , celle de 
mes sujets fut sans exemple. Sigia- 



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bart expira avec lé regret d^ nous 
Yoil* iott^ henrenki Se livrai son 
corps aux bourreau):, ainsi que je 
le devlBiis; je fis punir ses complices, . 
et j'obtins de ma mère son consen- 
tement pour mon union avec Bé- 
lisène. Je ne pus point fevoler 
, auprès de cette noble amie aussi 
promptement que je Féusscr sou- 
haité.' Les soins de mon marquisat 
me retinrent pendant un an. J'em- 
ployai ce temps soit k m'occuper 
des affaires de mes sujets, soit à 
me livrer à mon penchant pour la 
poésie y penchant qui m'a mérité une 
faible renommée. Antoine d'Urgel , 
l'époui de ma mère, revînt enfin j 
je lui confiai toute mon autorité^ 
et je me rendis à Fôiic. Ce n'était 
plus le temp» de songer à ï'hy- 



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i 



( 3^7 ) 
men : la guerre grondait dans nos 
contrées y les croisées menaçaient 
non -seulement les états de Ray- 
mond^ mais, encore ceux du comte 
de Ifeix. Nous avons résolu de sou- 
tenir le comte de Toulouse. Je nie 
rendais chez lui de Castelnauda*- 
ry, d'où je venais quand l'orage, 
m'ayant égaré de ma route , me 
conduisit à la demeure de Yherr 
mite, du tombeau. Là j'eus, ma<« 
dame , le bonheur de vous ren- ^ 
contrer, celui de m'ùnir d'amitié - 
au vaillant Adémar, et par suite 
de retrouver mon libérateur dana 
votre frère. 

Savary de Mauïéon termina ainsi 
son récit. 



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( 1128 ) 

NOTÉ (a)i 

Saint SERNiftfùtleptettiierévêquedé 
Toulouse , et l'objet de la vénération pat*» 
ticulière des habîtans de cette gcanàe ci* 
té. Saint fixupère , l'un de ses successeurs 
au trône. épiscopal, lui érigea une église 
xemarquable par- sa magnificence go- 
thique. Ce temple immense , bâti en 
fprmé de croix latine , a cinq rangs de 
nefs : outre Téglise supérieure , il en 
eidste une souterraine où sont Reposés 
les corps des martyrs qui s'y trouvent en 
grand nombre. La tradition assure que 
cet édifice est élevé sur un lac > et sou* 
tenu par des milliers de pilotis. Des 
gens d'un mérite distingué ont cru à 
cette assertion; et M. de Montaigu , dans 
un ouvrage estimé sur les antiquités de 
Toulouse , raconte à ce sujet une bis* 
toire des plus singulières* 



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( 339 ) 

ioTE (b). 

L'AUTtuK se trompe en faîsantSavary 
le troubadour héritier de la maison de 
^ Gascogne. Il était Poitevifa ,* et prit soni 
nom de la ville de Mnuléon eb Poitou. 
n se peut cependant que des mémoires 
particuliers placent aussi un Savary de 
Màuléon parmi les poètes gascons. Nous 
avons seulement cru devoir relever cette 
erreur pour prouver que l'auteur n*a pas 
suivi exactement l'histoire. (Ifote du 
traducteur.) * 



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(i>5o ) 

NOTE (c)/ *"' . 

On nommait sirvantes le genre de 
poëme dont se seryaient les iroul^dotirs 
pour leurs ouvrages historiçiues. C'é- 
taient des aoites de discours en vers où 
la louange , où le blâme , où les conseils , 
où les invectives se placent au gré du 
poëte» Presque tous les troubadours ont 
montré dans cette façon d'écrire une 
liberté , un esprit d'indépendance qui 
faisaient l'éloge des princes dont la ma-« 
gnanimité souffrah qu'on leur parlât 
ainsi. Mais alors les souverains proté- 
geaient sans assujettir , et l'on pouvait 
penser et dire , sans crainte de déplaire 
au monarque ou à son favori. Tout 
était soumis à la sévère censure des sir- 
vantes ; l'église , les grands et les4>elles t 
ils n'épargnaient rien y ils foudroyaient 
les vices dont ils étaient la terreur. Dans 
les sirvantes ^ soit qu'un jongleur ; w^ 



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( ^5i ) • 

chevalier , une damoiselte , ait demandé 
des avis à un troubadour i il lui répond 
avec sagesse j et la vertu parle par sa 
bouche. 

Les nc(yellés , m nouvelles , offrenti^e 
jolis détails i ce sont des contes assez 
piquans , dont la jpiïveté fait tout le 
charme. 

Les pastourelles se distinguent encore 
par la même simplicité. Ce gejqra est 
une espèce de drame où des bergers et 
des bergères s'eutretieunent avec ten- 
dresse I innocence , et sans prétention. 



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• ( ^5a ) 

NOTE (d). 

Le tenson était une chanson ordinai- 
rement chantée par deis interlocuteurs. 
Nous allons en donner un ezemplQ. 

I.B CHSTAtiIEK. 

Où Tat-ta , tronbadottr (alaot? 
Pourquoi ceUe «rdmre guerrière» 
Ce hAaclier , ce fer brillant « 
£i ccuc écbtaote bannière ? 

hZ TaopBADova. 

La dame qui règne en mon cœnc 
Ne Teut pasd^un amant sans gloire i 
El je coan an champ de Ttionoeur 
Pour J rcaoontrer la victoire. ■-» 

LB CHETALIXK. 

Sans Oèloigner , ta peoz ici 
Conlenur ceue noble enyie ; 
Mais, avant tont, redoou ansit 
Le chcTalicr qui te défie* • 



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ri: 255) 

Il TRovBÂ9oi;m; 

Jamais la eraînie do trépas 
!N« put descendre dans mon ame. 
NoB> cheTalier^^ne tremble pas^ 
Si ce a^est anx pieds de ma dame* 

Laisse-moi ton oisqnelégery 
Ton glaiTC , u pesante armnre ; 
Craios de courir trop grand danger 
En braTsnt le sire d'Ambure. 

IiB TROnBAnOVU. 

Le souTcnir de la béante 
lie fait mépriser cci^Mtrage; 
Combattons arec loyauté : 
L^ameor sonticiidra le connge. 



i; 3o 



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KOTE fe;- 

Oif donne différentes é^mologies os 
nom de troubadoi». Pétrarque a cru 
qu'il venait 4^ trampatori, qui, en lan-* 
gage italien, signifie sonneur dé tronu' 
peUe, parce que les tnoubadoun'se ser^ 
vaient' quelqueCbia d'une trompe ou 
d^une trompette , pmir attifef Pattenlioa 
avant de commencer leurs chants; d'au- 
tres 9 et c'est Te plu» grand nombre^ pr^ ~ 
fèrent le mot de troubadour à celui de 
irombadour; ils le font alors venir du 
mot trouyer. On écrivait aussi Prouveors , 
trouveours, trouverses et trouvéurs^ enfin 
ménestrels. 

PtBARK YrDÀZi. Un mélange bizarre 
d'esprit et d'absurdité , de sagesse et de 
foKe.y caractÀise Tetteraent ce ménes- 
trel y qu'on pourrait l'appeler le don Qui- 
chotte des troubadours. Il était fils d'un 
^ pelletier de Toulouse, possédait des ta«» 



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( ^55 > 

leii« agréable*, un gëmîe'âtipérietrr, une 
belle voit^ et une telle opinion de lui- 
même qu'elle le rendît léjonet des dame* 
et ded grande. Quoi(}u*on rit de ses folies ^ 
«es vers n'en étaient pa^ moins accueil- 
lis. Ils inspirèrent de Tamour pour leur 
Éutenr à une dame de Saint-Gilles , dont 
le mari ^ chetalier peu complaisant , se 
fengea de lui en lui faisant fendre Ul 
langue. Loin d'être corrigé par cette 
aventure ^ il osa porter ses vœux jusqu'à 
la belle Adélaïde de Roques Martine , 
épouse du vicomte de Marseille. Le siré 
de Barï^I , loin d'eii être jaloux , lui ac- 
cordait les enfrées les plus familières. 
La vicomtesse, qu'il cbantait sous le 
Bom d'Audierna, s'en divertissait elle- 
même } elle lui donnait lieu de croire 
qu'elle l'aimait. Trompé par d'aussi 
belles apparences , il soupirait , se plai- 
gnait^ en venait aux reproches ; on se 
brouillait quelquefois y mais le viconrte 
tamenait h.^mt en engageant sa femme 



yGoOgTi 



(256) . 

à tout promettre. Un jour qu^elIe dor- 
mait , Vidal s'approche et l'embrasses 
elle se réveille en riant , se croyant avec 
son mari; mais , à k vjue du troubadour, 
elle s'emporte , ^crie » et force Vidal à 
9'enruir de Marseille. Il passa bientôt 
en Palestine, où il se signala par 3es 
exploita. Étant dans l^ile de Chypre , il y 
épousa une princesse grecque, et crut 
avoir acquis des droits à l'empiré d'O— 
tient : on le vil prendre le titre d'empe- 
reur, se revêtir des marques de cette 
dignité , et se préparer à la conquête de 
Çonstantinople. 11 mourut aprè» avoir 
donné à la mémoire de son souverain, 
Haymond VII , comte de Toulouse , des 
preuves d'un attachement inviolable, 
laissant la renommée d'un homme de 
, génie et d'un extravagant sans exemple. 

Le troubadour Bbrtrand bb Boan , 
vicomte d'Hautefort , fut un des héros 
du douzième siècle, La passion des 



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( 257 ) 
armes et de la gloire , la fierté pinte à 
la souplesse , la galanterie unie au talent 
poéticjiie, une imagination ardente et 
un esprit vif, beaucoup d'activité et de 
courage , avec un rang distingué , le 
mettaient en état dé se signaler dans 
plusieurs carrières. Maenz de Monta- 
guac lui inspira aine tendresse vive et 
oraggpse : la jalousie troubla son amour. . 
Maenz soupçonna le troubadour d'avoir 
fait des vers pour uu» rivale, et, ,dans 
s^ colère , elle le congédia. De telles 
rigueurs inspirèrent de touchantes ro- 
mances : enfiii la tendresse l'emporta, 
et Bertrand rentra dans les bopnes 
grâces de sa dame. Enfin ^ après avoir 
combattu vaillamment , avoir mené une 
vie des plus actives , il finit sa carrière 
ayant pris l'habit de moine de Citeausc. 

Albzrt.bk StSTXRoif aima la mar-» 
^ipise de Malaspina , une des plus belles 
et des plus illustres dames.de Provence» 



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(^58) 

I! M fat'ttimé , et ib no pouvaient pfaf 
lôrre Tnn sftns i'atftre. Leur litiîoù Ût 
ptaiët h méâhxnee. Ëtifin la mftf qtiÎMi 
le pria de â*éIoigiiet t îi crbéit; et depuis 
lox5 Où ignoré Ékâtsûaée. 

Hugues dePcnnà, néàMessac,^£Uitf 
TAgénois, était fils dW marcliand. tJne 
belle voîx et le goût du cbant le léci- 
dèrent au métier de îongietit. D*al>ord 
il diaûta les cbansons des autres ; ensuite 
il en composa lui-même.. H âavait fort 
bien les généalogies des grands sei- 
gneurs du pays. Cétait un mérite dans 
les cours. Il eut ta passion du jeu et des 
cabarets. Enfin il épousa Habille de 
Simiana. 



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NOTE (f). 

Oir donnaii à cette ép<X[ue le nom de 
poursidvaM au jeune clieValier qui i notf- 
veliement Teçu^ cbetcbait fovat k pre* 
mièrefobks^TenCures^ Oi-diomrettieiit 
il se xnetUiîl en qiï&te monté aut uû <îW-^ 
val blanc , et tevètu d'annea bknehe^. 
Son bouclier ne portait point ^'em- 
blème : le cbëvalier devait attendre , 
pour en cboisir, qu'il T^ût noiérité paf 
quelque action écktànte. 



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( Mo ) 

NOTE (g). 

L'auteur da roman n'a jamais étéi i 
Foix : il saurait autrement que le c]iâ« 
teau des comtes était situé sur un roc 
^jvé, et qu'il y avait peu de place pour 
établir les immenses jardins dont il 
parle. (Note- du traducteur.) 



VIV DU TOME PUBMIKH; 



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