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Full text of "L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc] par Paul Meyer"

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L'HISTOIRE 



DE 



GUILLAUME LE MARECHAL 



IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR 
A NOGENT-LE-ROTROU. 




L'HISTOIRE 



DE 



GUILLAUME LE MARÉCHAL 

COMTE DE STRIGUIL ET DE PEMBROKE 

RÉGENT D'ANGLETERRE DE 1216 A 1219 

POÈME FRANÇAIS 
PUBLIÉ POUR LA SOCIETE DE l'iIISTOIRE DE FRANCE 

Par Paul MEYER 



TOME TROISIÈME 





A PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD 

H. LADKENS, SUCCESSEUR 

LIBBAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE FRANCE 
RUE DE TOURNON, N® 6 

M DGCCC I 

304 



PQ 
t..3 



EXTRAIT DU REGLEMENT. 

Art. h. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et 
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en 
suivre la publication. 

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable, chargé d'en surveiller l'exécution. 

Le nom de l'éditeur sera placé en tête de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une 
déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail 
lui a paru mériter d'être publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome III 
de l'édition de l'Histoire de Guillaume le Maréchal, préparée 
par M. Paul Meyer, lui a paru digne d'être publié par la 
Société de l'Histoire de Fraxce. 

Fait à Paris, le 25 octobre 4 90-1. 

Signé : L. DELISLE. 

Certifié : 
Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, 
A. DE BOISLISLE. 



L'HISTOIRE 

DE 

GUILLAUME LE MARÉCHAL 

(TRADUCTION ABRÉGÉE) 



Au temps du roi Etienne, qui tint avec peine TAngleterre et 
mollement la Normandie, jusqu'au jour où il la perdit par sa 
folie^ vivait un chevalier preux et loyal, appelé sire Jean le 
Maréchal. Entreprenant, actif, généreux, il avait rallié autour 
de lui nombre de braves gens. Il n'était ni comte ni riche baron, 
mais telle était sa largesse que tout le monde s'en émerveillait. 
Même ceux qui ne l'aimaient point et à qui il inspirait de la 
jalousie étaient forcés de dire du bien de lui. Il fut sénéchal 
d'Angleterre. Mais, en son temps, il y eut grande guerre entre 
l'impératrice^ et le roi 3. Finalement, Etienne eut le dessous, car 
le bon Maréchal se rangea du côté de l'héritière légitime, l'im- 
pératrice Mathilde. Pour elle, il prit part à mainte bataille et 
souffrit mainte peine avant qu'un accord intervînt. Le franc 
chevalier eut à sa solde une troupe de trois cents chevaliers, en 
homme qui savait attirer à lui et retenir les vaillants [58]. Il 

1. Etienne se laissa enlever la Normandie par Geoffroi Plantcgenet, 
en 1144. 

2. iiathilde, (îlle de Henri I", mariée d'abord (1114) à l'empereur 
Henri V, puis (1127) à Geoffroi Plantegenet, comte d'Anjou. Elle mourut 
en 1167. 

3. Etienne. 

HI 1 



2 JEAN LE MARÉCHAL PARTISAN DE L'IMPÉRATRICE. 

avait épousé une femme de haut parage, belle et bonne, agréable, 
bien élevée. Ils vécurent heureux ensemble pendant de longues 
années et eurent deux fils : jusqu'à Saint-Jacques [de Compos- 
lelle], on n'eût trouvé si beaux enfants. L'un eut nom Gillebert, 
l'autre Gautier. Lorsqu'ils furent en âge, ils devinrent cheva- 
liers. Ils avaient bien commencé, mais la mort, qui porte envie 
aux bons, ne souffrit pas qu'ils vécussent longtemps [88]. il 
arriva que l'un d'eux tomba malade à Salisbury. Rien ne put le 
sauver. Ce fut une grande douleur. Son frère jouait aux échecs 
lorsqu'il vit venir à lui un valet*. « Sais-tu des nouvelles de 
« mon frère? » lui demanda-t-il en hâte. — « S'il plaît à Dieu, il 
« sera sauvé^. — Oh ! » dit le jeune homme, « mon frère est 
« mort ! » Puis il tomba dans une telle douleur qu'il refusa toute 
nourriture et mourut de chagrin^ l^^^]- 

Je ne pourrais vous conter tous les exploits du bon maréchal 
Jean, car je ne les connais pas tous. Qu'il suffise de dire qu'en 
son temps Angleterre fut en guerre et en discorde ; car certains 
des barons se rangèrent du côté d'Etienne, parce qu'il était roi 
et sacré; les autres disaient au contraire que l'héritier en ligne 
masculine devait avoir la couronne [-139]. A l'occasion de cette 
guerre, le comte Patrice de Salisbury ^ guerroya fort le Maréchal, 
ils se firent mutuellement beaucoup de mal. A ce jeu, l'un perd 
et l'autre gagne. 11 y eut mainte lance brisée, mainte large mise 
en pièces, maint chevalier tué ou fait prisonnier, et mainte 

1. Au sens ancien : jeune homme attaché à la personne d'an seigneur. 

2. C'est ainsi que J'interprète les mots c il fera bien » (?. 106), qui 
sont, à dessein, obscurs. 

3. M. Round a établi, dans une lettre publiée par le journal The Aca- 
demy (9 juillet 1892), que Jean le Maréchal était mort dès 1165 et qu'il 
avait laissé ses biens à ses fils Gilbert et Jean (ce dernier issu d'un 
second mariage, voir plus loin, p. 8). 11 conclut que le poète s'est trompé en 
faisant mourir Gilbert et Gautier du vivant de leur père et de leur mère. 
Mais le poète ne prétend pas suivre ici l'ordre chronologique. Ayant parlé 
de lu naissance de ces deux enfants, il les suit jusqu'à leur mort, sans 
dire qu'ils soient morts avant leur père. 

4. Patrice n'eut que plus tard le litre de comte de Salisbury. Il était 
alors simplement connétable de Salisbury (Round, Geo/frey de Mande- 
ville^ a study of Vie Anarchy, London, 1892, p. 194J. Nous n'avons 
d'ailleurs aucun renseignement sur cette guerre entre Jean le Maréchal 
et Patrice. Voy. p. 8, note 2. 



1141] L'IMPERATRICE ASSIÈGE WINCHESTER. 3 

femme veuve ou fille orpheline allèrent à honte, par faute de 
mariage [>I66]. 

L'impératrice assiégeait Winchester <. Avec elle étaient le 
Maréchal et de nombreux barons qui pensaient bien prendre la 
ville. Mais il y avait pour la défendre de vaillants chevaliers, 
qui chaque jour faisaient des sorties contre les assiégeants. 
Du côté opposé, Philippe de Colombiers^, jeune et preux, était 
toujours là l'un des premiers, et les repoussait [182]. 

1. Le récit suivant du siège de Winchester par l'impératrice Mathilde 
et de la retraite de celle-ci révèle un certain nombre de faits inconnus 
d'ailleurs et qui paraissent authentiques, tels que la part prise au siège 
par Philippe de Colombiers, les exploits de Jean le Maréchal pendant la 
retraite. Mais il s'y rencontre aussi des assertions erronées. C'est en 1141, 
vers le l""aoùt, que 1 impératrice occupa Winchester et assiégea le palais 
épiscopal, qui formait dans la cité comme une forteresse. Après quelques 
semaines, pendant lesquelles Winchester eut à souttrir d'ellroyables dévas- 
tations, elle dut se retirer à l'approcbe d'une armée conduite, non pas, 
comme il est dit ici, par le roi Etienne, qui était alors prisonnier à Bris- 
tol, mais par sa femme, aussi nommée Mathilde, et par Guillaume d'Ypres. 
Voyez, sur tous ces faits, Henri de Hunlingdon, éd. Arnold, p. 284 (repro- 
duit dans Robert de Torigni, éd. Delisle, I, 223-4); Gesta titephani, éd. 
du Chesne, p. 950-7, éd. Howlett, p. 79-81; William de Malmesbury, Uis- 
toria novetlay éd. Hardy, III, 50, éd. Stubbs, II, 580-1, et, parmi les his- 
toriens modernes, Round, Geo/lrey de MandevUle^ pp. 128 et suiv. 

2. C'était un Normand que Mathilde avait amené de Normandie, où il 
s'était signalé par divers actes de violence (Delisle, Alagni Rotuli Scac- 

carii Norinannioi fiagmeiitutriy dans les Méni. de la Soc. des Antiq. 

de Normandie, 1" série, VI, 2* partie, xxiv; tirage à part. Caen, 1851, 
p. 32). En 1152, il est témoin à un acte de Henri, duc de Normandie 
(Qls de Mathilde), qui est dans Rymer à cette date; de même en 1154 
(Teulet, Trésor des chartes, n" 138). En 1156, 1157, 1158, il est témoin 
à des actes du même prince devenu roi d'Angleterre (Eyton, Court, hou- 
sehold and itinerary of king Uenri 11, Londres, 1878, p. 18, 32, 37). En 
1102, il est établi dans le comté de Sommerset {Vipe roll Society, V, 
21). Eq 1180, ll'J8, 1203, un Philippe de Colombiers (le lils du nôtre?) 
est fermier de la forêt de Roumare (Stapletou, Alagni Rotuli Scaccarii 
Normannix, I, ex, cxiv; II, ccliv, cclvij) et est témoin à divers actes de 
Richard P' (Teulet, Trésor des chartes, n"' 308-0). Colombiers est actuel- 
lement Colombières, Calvados, cant. de Trevières (encore Colombiers dans 
Cassini). M. Delisle a bien voulu me communiquer des documents qui 
mellenl celte identilication hors de doute, notamment une charte du fonds 
des religieuses de Mortain (Arch. nat.), où ligure un < Piiilippus de 
Columbers. » 



4 L'IMPÉRATRICE LÈVE LE SIÈGE [1141 

Le roi s'empressa de rassembler une nombreuse armée pour 
secourir Winchester. Quand l'impératrice apprit que le roi mar- 
chait contre elle à la tète de forces dix fois plus nombreuses 
que celles dont elle disposait, elle se trouva fort en peine. Per- 
sonne ne sut la conseiller, sinon Jean le Maréchal, qui la diri- 
gea aussitôt sur Ludgershall • . Ce fut une dure journée : le roi 
et son ost les poursuivaient vivement, et ceux qui accompa- 
gnaient la dame leur faisaient souvent face, et, dans ces ren- 
contres, il y eut bien des selles tournées, bien des chevaliers 
désarçonnés et pris [207]. 

Les partisans de l'impératrice, n'étant pas en force, battirent 
en retraite au mieux qu'ils purent. Ils arrivèrent à force d'épe- 
rons jusque sous WherwelP. Mais l'impératrice les retardait, 
chevauchant assise, comme font les femmes^. Gela ne parut pas 
à propos au Maréchal, qui lui dit : « Dame, on ne peut pas épe- 
« ronner quand on est assis. 11 vous faut passer la jambe par- 
ce dessus l'arçon. » Elle le fit bon gré mal gré, car leurs ennemis 
les serraient de près [224] ^ 

Le Maréchal se trouva fort en peine, ne voyant aucun espoir 
de secours. Il confia la dame à la garde de Brien de Walling- 
ford* et lui enjoignit de ne point faire halte, quoi qu'il arrivât, 



1. Village sitaé sur la limite des comtés de Wilts et de Hants, près 
d'Andover, à environ 30 kiiom. au n.-o. de Winchester. 

2. Village du Hampsliire, à mi-chemio entre Winchester et Ludgershall. 

3. On sait qu'au moyen âge les femmes chevauchaient assises de côté, 
les pieds sur une sorte de marchepied. La selle dont se servent actuel- 
lement les femmes ne date que du xvi* siècle. 

4. Le continuateur de Florenz de Worcester, qui donne des détails cir- 
constanciés sur ces événements, rapporte que Timpèratrice s'enfuit d'abord 
à Ludgershall, mais que, ne s'y trouvant pas en sûreté, elle poussa jus- 
qu'à Devizes (Wilts, à 35 kil. environ au nord-ouest de Ludgershall), puis 
jusqu'à Worcester. Il est d'accord avec le poète pour dire que l'impéra- 
trice dut chevaucher usu masculino, au moins jusqu'à Devizes, car de 
là jusqu'à Gloucester elle dut se faire porter eu litière (Bouquet, XIII, 
78 c; Thorpe, II, 134). 

5. f Brianus, Filius Comitis, marchio de Walingeford » (Wallingford, 
Berks), William de Malmesbury, Historia novella, éd. Stubbs, II, 573. On 
Ta identifié avec Brian fils du comte de Bretagne Alain Fergant, que 
mentionne la Chronique saxonne à l'année 1127 (éd. du Maître des rôles, 
II, 223); voy. Freeman, Hislory of Ihe Norman conquest, V, 292-293. 



1141] ET SE RETIRE A LUDGERSHALL. , 5 

jusqu'à Ludgershall. Le Maréchal s'arrêta au gué^ et tint tête 
de son mieux à Tennemi. Toute Tost fondit sur lui. Ne pouvant 
résister plus longtemps, il se réfugia en un moutier 2, n'ayant 

Il était de longue date l'un des amis les plus dévoués de l'impératrice. 
En 1 127, il l'accompagne en Anjou et est témoin à son mariage avec Geof- 
froi Plantegenet (William de Malmesbury, Hisioria novella, I, éd. Slubbs, 
II, 530). Vers 1139, il écrivit ou fit écrire un mémoire en sa faveur qui, 
selon M. Round {Geoffrey de Mandeville, p. 261), nous aurait été con- 
servé dans le Liber epistolaris de Richard de Bury. Jusqu'à présent 
toutefois cet écrit, quel qu'en soit le caractère, n'est connu que par une 
lettre écrite à Brien, en 1143 ou 1144, par l'abbé de Gloucester, Gilbert 
Foliot, plus tard évêque de Hereford, puis de Londres. Dans cette lettre, 
l'abbé s'exprime ainsi : 

« Ab illo [Henrico P] enim degenerans amor tuus propagatur in stir- 
pem regiam, unicam ejus filium, et regni ij^sius heredem, cujus causam 
non solum armis sed ut audivimus et jam vidimus, eloquii venustate 
simul et veritate sustines et défendis » (éd. Giles, I, 95; Migne, Patrolo- 
gie latine, t. CXC, col. 796; pour la date, voir Round, l. L). 

Il est mentionné en plusieurs actes passés à cette époque en Angle- 
terre par l'impératrice, voir par ex. Round, Ancient Charters {Pipe Roll 
Society, t. X), n° 26 (1141); Geoffrey de Mandeville, p. 170 (1142); cart. 
de Fontevraud, Bibl. nat., lat. 5480, p. 27. 

Les Gesta Stephani, d'accord avec le poème, attestent que, dans sa 
fuite vers Ludgershall et Devizcs, l'impératrice était accompagnée par 
Brien Fitz Count : 

« Sed et ipsa Andegavensis comitissa, femineam semper excedens mol- 
litiem, ferreumque et infractum gerens in adversia animum, ante omnes, 
Brieno tantum cum paucis comité, ad Divisas confugit, immensum per 
hoc ipsa et Brienus nacti prseconii titulum, ut sicut sese antea mutuo et 
indivise dilexerant, ita nec in adversis, plurimo impediente periculo, ali- 
quatenus separarenlur » (Du Chesne, p. 957 c; Sewel, p. 85; Howlett, 
p. 83). 

1. Ce gué est probablement celui de la Test, petite rivière qui tra- 
verse le territoire de la paroisse de Wherwell (Hauts), le Varesvalle du 
vers 212. 

2. Le moutier de Wherwell (v. 243), dans lequel Jean le Maréchal se 
réfugia, était une abbaye de femmes, sur laquelle voy. Monasiicon angli- 
canum, nouv. éd., II, 584. Nous avons sur les circonstances dans lesquelles 
eut lieu l'incendie de cette abbaye des récits assez discordants qui nous 
donnent le moyen d'éprouver la valeur des informations fournies par le 
|)oème. Ces récils sont, en somme, au nombre de trois : 1* le continua- 
teur de Florenz de Worcester; 2» \c6 Gesta stephani ; 3" Jean de liexliain 
[Hagxdstaldensis) . — Le continuateur de Florenz de Worcester s'accorde 
avec le récit du poème : 

« Johannem etiam, fautorcm eorum, ad raonasterium Warewellense 



6 JEAN SOUTIENT LA RETRAITE. [1141 

avec lui qu'un seul chevalier. Les royaux crièrent aussitôt : 
« Le feu ! le traître ne nous échappera pas ! » Jean se mit dans 

fogientem, milites episcopi {l'évêque de Winchester) persequentes, cum 
exiode nullo modo expellere yaluissent, ia ipsa die festivitatis exaltatio- 
nis Sancta) Grucis, immisso igoe, ipsam eccie&iam Sauctœ Crucis cum 
sanctimonialum rébus et domibus cremaverunt, indumentis earum et 
libris cum oruamentis inclementer ablatis, sanguine quoque plurimo, 
coram sancto aitari, huroano horribiliter effuso; praMlictum tamen Johan- 
nem nec capere nec expellere potuerunt. » (Omis dans Bouquet; Thorpe, 
II, 135.) 

L'auteur des Gesta Stephani présente les faits autrement. Selon loi, 
Wberwell aurait été fortifié et muni d'une garnison par les partisans de 
l'impératrice, afin d'assurer le ravitaillement des troupes qui assiégeaient 
ré?éque de Winchester. Attaquée à l'improviste, la garnison aurait été 
taillée en pièces, quelques-uns seulement de ceux qui la composaient 
réussissant à se réfugier dans l'église d'où ils auraient été délogés par 
l'incendie : 

c Sed regales... subito et insperate cum intolerabili multitudine Wer- 
wellam advenerunt, fortiterque in eos undique irruentes, captis et inter- 
eniptis plurimis, cedere tandem reliquos et in templum se recipere 
compulerunt. Gumque vice castelli ad se defendendos templo uterentur, 
alii, facibus undique injectis, semiustulatos eos e templo prodire, et ad 
votum suum se sibi subdere coegerunt. » (Du Chesne, p. 956 d; Sewell, 
p. 83; Howlett, p. 81.) 

Cet échec aurait décidé, selon le môme historien, l'impératrice et ses 
partisans à évacuer Winchester. Il en est tout autrement, on l'a vu, dans 
le poème et dans la continuation de Florenz, où la défense de Whemvell 
est présentée comme un simple épisode de la fuite de l'impératrice. — 
Enfin, Jean de Hexham, de même que l'auteur des Gesta Stephani, fait 
du combat de Wherwell la cause de la retraite de l'impératrice. Il raconte 
que Robert de Gloucester et Jean le Maréchal furent attaqués et mis en 
déroute alors qu'ils escortaient un convoi de vivres destiné aux troupes 
de l'impératrice, à Winchester, mais il ne dit rien de l'incendie du 
monastère : 

(c Gumque obsidio in dies protraheretur, famé afflicta est multitudo. 
Emissi sunt autem ducenti milites cnm Rodberto filio Edae et Henrici régis 
notho, et Johanne Marascaldo ut conducerent in urbem eos qui compor- 
tabant victualia in ministerium imperatricis et eorum qui obsessi erant : 
quos persecuU sunt Willelmus d'Ipre et pars exercitus usque ad Ware- 
wella ubi est congregatio sanctimonialium, et milites et omnem appara- 
tum qui erat copiosus abduxerunt. » (Twysden, Hisloriw anglicanx scrip- 
tores, X, col. 270.) 

L'objection à faire à ce récit, c'est qu'il est isolé, et par conséquent 
ne peut guère se soutenir en présence des témoignages, conc4)rdants en 
temps qu'indépendants, du poème et du continuateur de Florenz. 



1141] IL SURPREND LES ROYAUX ET LES BAT. 7 

la vis de la tour. Le chevalier qui l'accompagnait lui dit : « Nous 
« allons brûler ; rendons-nous, ce sera sagesse. — N'en parlez 
« plus ! » répondit Jean, « ou je vous tue de ma main. » Le plomb 
de la tour fondit, par l'ardeur du feu ; il en tomba sur le visage 
du Maréchal, qui perdit ainsi un œil. Il échappa cependant, 
grâce à Dieu. Les royaux, le croyant mort et brûlé, retournèrent 
à Winchester. Lui, de son côté, sortit et, quoique blessé, se 
rendit à pied à Marlborough^, où il fut accueilli avec joie. 
Ensuite il assembla de grandes troupes avec lesquelles il fit 
beaucoup de mal au roi et à ses partisans [282]. 

Il était à Ludgershall avec ses troupes, lorsque le roi ^, qui 
Tavait fait épier, lui fit savoir que, s'il le voulait attendre, il se 
rencontrerait avec lui le lendemain. Le Maréchal n'accepta pas 
la proposition. Il lui manda qu'il ne l'attendrait pas. Il avait un 
autre plan. Les royaux, ayant reçu sa réponse, se réjouirent 
follement, disant que le lendemain ils le prendraient de force 
[298]. Cependant Jean et les siens s'armèrent et chevauchèrent 
jusqu'au point du jour. Ils s'embusquèrent en un vallon, où ils 
attendirent les royaux. A l'aube, le roi et sa grande ost sortirent 
de Winchester, n'ayant pas eu la prudence de se revêtir de 
leurs armures. Ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient plus près 
d'eux qu'ils ne croyaient. Jean et les siens, qui étaient armés, 
coururent sur leurs adversaires désarmés comme le lion sur sa 
proie. On n'échangea aucune parole de menace ni de défi. Des 
deux parts on se rencontra au fer des glaives et des lances sans 
s'épargner. Il y eut beaucoup de morts et de blessés. On vit 
courir par les champs maint destrier que personne ne songeait 
à prendre. Les royaux durent battre en retraite, et qui voulut 
faire des prisonniers n'eut qu'à avancer la main, car ils étaient 
sans défense [341]. Le comte Patrice de Sahsbury y perdit ses 
meilleurs compagnons, dont je saurais bien dire les noms, si je 

1. Wilts, à 35 kilom. environ de Wherwell. On sait par les Gesta Ste- 
phani (éd. Howlett, p. 66 et 107) que Jean le Maréchal y avait sa résidence. 
D'après un récent historien (W. Money, Tke History of Newbury in ihe 
county of Berks, Oxford, 1887, in-8% p. 80, note), la résidence de Jean 
le Maréchal aurait été probablement à Rockley, près de Marlborough. 

2. On a vu plus haut, p. 3, note 1, que le roi Etienne ne peut avoir 
pris part à cette affaire. 



8 JEAN DIVORCllT ÉPOUSE LA SŒUR DE PATRICE. [1141 

ne craignais d'allonger mon récit. Les hommes du Maréchal 
emportèrent un riche butin, qui leur fut distribué largement; 
si bien qu'ils eurent lieu de se tenir pour satisfaits de cette expé- 
dition* [354]. 

Fortune a bientôt fait de tourner de haut en bas maint homme 
qui ne s'en donne garde. Le comte Patrice, par le conseil et avec 
l'aide du roi, rassembla une nombreuse armée et dirigea mainte 
attaque contre le Maréchal. Celui-ci avait là un trop fort voisin; 
il perdait à ce jeu. Il se laissa persuader de divorcer d'avec sa 
femme et prit damoiselle Sibile, la sœur du comte Patrice. Il le 
fit de bon gré pour mettre fin à la discorde. Dès lors, il y eut 
entre eux amour et concorde tout le temps qu'ils vécurent^. 
Parlons maintenant des enfants qu'il eut de cette dame [380]. 

Le premier eut nom Jean', comme son père, le second Guil- 
laume, et je vous affirme qu'en ce royaume ni à vingt journées 
à la ronde il n'y eut homme aussi preux en son temps*. Le 
troisième fut appelé Ansel, homme de bien et de belle figure-, 
le quatrième Henri, renommé pour ses grandes qualités. Ce fut 
un clerc instruit; il mena la vie qui convient à un homme de 
noble naissance, puis devint évêque d'Exeter''. Ils eurent deux 
sœurs, demoiselles courtoises et belles, qui furent richement 
mariées H398]. 

1. On ne trouve dans les historiens aacane trace de cette affaire d'em- 
buscade, dont rimportance a peut-être été exagérée par le poète. 

2. La date de ce mariage, sur lequel d'ailleurs nous n'avons aucune 
autre information, ne peut guère être fixée que par rapport au siège de 
Winchester, auquel il est évidemment postérieur de quelque temps. On a 
vu que ce siège eut lieu en 1141. Il faut croire qu'à la suite de ce mariage 
Patrice se rallia à la cause de Mathilde. Celle-ci le fit comte de Salisbury 
(Dugdale, Baronage of England, 1, 174 6), à une date qui n'çst pas 
connue, mais qui ne peut être postérieure à 1149 (Round, Geo/frey de 
Mand., p. 271, note 4). Il figure comme témoin, avec le simple titre de 
connétable, dans une charte de l'impératrice qui doit être à peu près de 
1142 {Monast. angl., nouv. éd., V, 446; cf. Round, Geoffrey de Mand., 
p. 194). 11 devait donc avoir embrassé dès lors le parti de l'impératrice. 

3. II mourut en 1194; voir plus loin v. 10022. 

4. C'est Guillaume le Maréchal, le héros du poème. 

5. Il fut doyen d'York en 1189 et évêque d'Exeler en 1194; cf. le 
poème, V. 10005. Il mourut en 1206 {Monast. Anglic.y nouv. éd., II, 515 b). 

6. En Angleterre, voir v. 7259 et suiv. 



4152] ETIENNE ASSIÈGE NEWBURY. 9 

Après cela, le roi assiégea Newbury avec une grande osl^ Il 
le fit par surprise, de sorte que ceux qui avaient la garde du 
château ne furent avertis que lorsqu'ils virent les avant-cou- 
reurs de Tost ennemie, bientôt suivis de Tost entière qui vint 
camper autour de la ville. Cette surprise leur déplut fort, car ils 
avaient peu de garnison. Le roi fit demander au connétable 
s'il était disposé à rendre le château. Celui-ci répondit sans 
hésiter qu'il entendait bien se défendre. Le roi s'irrita et jura 
par la naissance de Dieu qu'il saurait se venger de ces vilains. 
Il commanda aussitôt l'assaut. Les écuyers s'élancent vers les 
fossés et les terre-pleins, et ceux du dedans se défendent vail- 
lamment, leur jetant des carreaux, des pieux pointus, de grandes 
pièces de bois. Les assaillants eurent le dessous, et l'attaque 
cessa. Le roi furieux jura qu'il ne s'en irait pas avant d'avoir 
pris la tour et justicié ceux qui la défendaient. Ceux-ci, toute- 
fois, résolurent de demander une trêve, pendant laquelle ils 
feraient savoir à leur seigneur leur position [466]. 

Ils demandèrent la trêve et l'obtinrent pour un jour. Au plus 
tôt, ils mandèrent à leur seigneur de les délivrer si possible, 
car ils n'avaient pas de vivres. Le Maréchal prit les mesures 

1. Ce que le poète va nous raconter du siège de Newbury (Berks) est 
complètement nouveau. Tout ce que j'ai trouvé dans les historiens sur 
ce siège se réduit à ces lignes de Henri de Huntingdon, à l'année 1152 : 

( Rex eodem anno castrum Neubirie, quod non procul a Winlonia est, 
obsidens oppugnavit, et tandem expugnavit. Inde castellum de Walinge- 
forde obsedit... » (éd. Th. Arnold, p. 284; cf. Gervais de Cantorbéry, 
éd. Stubbs, I, 151). 

Le récent historien de Newbury, M. Money (voir plus haut, p. 7, note 1), 
conte le siège de cette ville d'après notre poème, dont il traduit les 
vers 399 à 736. II cite une charte du cartulaire de Bermondsey (malheu- 
reusement dépourvue de date) qui fut écrite au siège de Newbury. Les 
témoins sont : 

« Willelmus comes Ciceslrie, Ricardus de Lucy, Willelmus Martel, 
Ricardus de Camvil, Rogerus de Fraxino, Jordanus de Pod, testes in carta 
Stephani régis apud Neubriam, in obsidione. » 

J'ai copié ce texte d'après le ms. auquel renvoie M. Money (Musée brit., 
Collon, Claud. A. VIII, fol. 110). C'est un extrait fait au ivii" siècle du 
cartulaire de Bermondsey. Le comte de Chichester nommé en premier 
n'est point différent du comte d'Arundel, mentionné plus loin, v. 527. 
Richard de Camville fut témoin au traité de Wallingford ((in de novembre 
1153) entre Etienne et Henri, fils de l'impératrice. 



10 JEAN OBTIENT UNE TRÊVE [1452 

néeèMaires; il ût demander au roi, par lettre, de lui donner 
trêve tant quM) se fût entendu avec sa dame l'impératrice. Le 
roi, se défiant de lui, n'y eût pas consenti pour une simple 
parole ou pour un gage; mais il fit savoir que, si on lui donnait 
des otages, il accorderait la trêve. 11 fut donc convenu quHi 
aurait en otage l'un des fils du Maréchal : ce ne fut pas le pre- 
mier, mais le second, Guillaume, de qui on pourra désormais 
ouïr mainte belle aventure. Cette convention eut pour résultat 
que le siège fut levé et que le Maréchal en profita pour regarnir 
son château. Il y mit de bons chevaliers, de bons sergents, de 
bons archers, disposés à se bien défendre. L'enfant fut en aven- 
ture. Le roi vit bien qu'il était joué. Quand le terme fixé fut 
arrivé, il ne fut plus question de rendre le château [508]. 

Alors vinrent les losengiers * , qui conseillèrent de faire pendre 
l'enfant. On le fit savoir au père, mais il répondit qu'il ne s'en 
souciait, car il avait encore les enclumes et les marteaux dont 
il en forgerait de plus beaux. Quand le roi apprit cette réponse, 
il en fut très irrité et commanda de mener l'enfant aux fourches 
pour le pendre; il s'y rendit lui-même avec une forte escorté, 
redoutant des embûches [524]. 

L'enfant, que l'on portait et qui ne se doutait pas du sort 
qu'on lui réservait, vit le comte d'ArundeP qui tenait un beau 
javelot. Il lui dit naïvement : « Sire, donnez-moi ce javelot. » 
Quand le roi entendit cette parole enfantine, pour tout For de 
France il ne l'aurait laissé pendre ce jour-là; mais, entraîné par 
la douceur dont son cœur était plein^, il prit l'enfant entre ses 



1. Je demande la permission de conserver le mot losengier, qui n'a 
point d'équivalent en français moderne. Le losengier est celui qui, par 
des paroles insinuantes, gagne la faveur d'un homme puissant, afin de 
nuire à autrui. Il y a dans le losengier du courtisan et de l'intrigant. 

2. Guillaume d'Aubigni, comte d'Arundel, qui avait épousé en 1138 
Aelis, veuve de Henri I" (Delisle, Chronique de Robert de Torigni, 1, 
215, note 6). Il se rendit en Terre sainte et mourut en 1176. II y a sur 
lui une curieuse anecdote dans le De nugis curialium de Gautier Map, 
page 234 de l'édition Wright {Camden SocieUj). On trouvera un article 
sur ce personnage dans le DicUonary of national Biography^ sous Ai.bini 

(pINCKRNa), WlUUAM DK. 

3. C'est le témoignage unanime des historiens. Ainsi, l'auteur des Ge»ta 
Slephani (éd. Howlelt, p. 5) : < Fuit siquidem, quod in nostri temporis 



1152] ET DONNE AU ROI SON FILS GUILLAUME EN OTAGE. H 

bras, disant : « Je vous fais grâce de ce supplice-, vous ne mour- 
« rez pas aujourd'hui. » Ils retournèrent à Tost. A ce moment, 
on préparait la pierrière pour tirer sur la tour et sur les murs 
voisins. Les mêmes conseillers revinrent à la charge et propo- 
sèrent au roi de mettre l'enfant dans la fronde de la pierrière et 
de le lancer aux assiégés, pour les épouvanter. L'enfant, peu 
avisé, fut mené vers la pierrière. Il vit la fronde, et, se retirant 
un peu en arrière : « Dieu! quelle balançoire! » dit-il, « il faut 
a bien que je m'y balance ! » Il s'était accoté près de la fronde, 
lorsque le roi cria : « Otez ! ôtez ! Certes, il aurait le cœur bien 
a cruel, celui qui pourrait souffrir qu'il fût ainsi martyrisé. Il 
a parle trop gentiment! » A un autre moment, on faisait un 
cleier* pour attaquer la porte. Un valet apporta Tenfant et dit 
à haute voix : « Connétable ! faites- vous voir ! voici le fils de 
« votre seigneur, qui mourra misérablement, car il va être mis 
« sur le cleier. — Est-ce là ce que vous dites? » fait le connétable. 
« — Oui. -- Par mon chef! il mourra, car il sera écrasé comme 
« un taberaut^. » Et il fit pendre en dehors, aux créneaux, une 
grande meule de moulin. Alors l'enfant demanda quel jeu ce 
pouvait être qu'on pendait à la fenêtre. Quand le roi l'entendit 
parler ainsi, il se mit à rire et lui dit : « Guillaume, un jeu 
a comme celui-là ne vaudrait rien pour vous. » Et il déclara qu'il 
ne lui serait fait aucun mal [594]. 

Un jour, le roi était assis en son pavillon jonché d'herbes et 
de fleurs. Guillaume cueillait les chevaliers^ du plantain lan- 

dlvitibus constat esse rarissimum, dives et humilis, munificus et affabi- 
lis. » Et l'auteur de V Histoire des ducs de Normandie (éd. de la Société 
de l'histoire de France, p. 81) : « Chil rois Estievenes fut moult dous et 
moult débonnaires et moult piteus, par coi il ne tenoit pas ferme justice. » 
— Enfin, dans une petite chronique des rois d'Angleterre, ducs de Nor- 
mandie, que j'ai publiée diaprés un ms. de Cambridge : « Mult fu amez, 
por ce que debonaires esteit » {Notices et extraits des manuscrits, XXXII, 
2* partie, 67). 

1. Sans doute une sorte de voûte mobile formée de claies, sous laquelle 
on pouvait avancer à l'abri, comme la vinea des anciens. 

2. Je ne sais comment traduire ce mot. Voir le vocabulaire. 

3. Mot à mot « les chevaliers qui croissent en la lanceUe. » La lan- 
celée est le plantain lancéolé {plantago lanceolata) ; ce mot se trouve 
encore dans Colgrave (1611), avec ce sens : t Lancelée, ribworl, plan- 
taioe. » Par « chevaliers, » l'auteur entend les tiges du plantain qui 



12 NÉGOCIATIONS ET PAIX. [H52-3 

céolé à la feuille large et pointue. Quand il en eut cueilli assez, 
il dit au roi : « Beau sire cher, voulez-vous jouer aux chevaliers? 
« — Oui, beau doux ami. » Et Guillaume de mettre entre les 
mains du roi une part de ses chevaliers, en lui disant : a A qui 
« de commencer? — A vous, » répondit le roi. Chacun prit alors 
son chevalier, mais il arriva dans la rencontre que celui du roi 
perdit la tète. Guillaume en fit grande fête. Tandis qu'ils 
jouaient ainsi, Guillaume aperçut par une fente un valet de la 
chambre de sa mère qui était venu pour épier ce qu'on faisait 
de Guillaume. « Soyez le bienvenu, ami Wilekin, » lui dit l'en- 
fant sans méfiance; « que fait ma mère, que font mes sœurs et 
« mes frères? » Le valet se retira précipitamment en arrière et 
s'enfuit par une étroite allée. Le roi le fit vainement chercher 
[650]. 

Ces enfances n'eurent pas lieu en un jour ni en deux. Elles 
s'espacèrent sur plus de deux mois. Tandis que le roi tenait le 
siège, l'évêque de Winchester Henri ^ s'entremit pour la paix, car 
il ne pouvait plus endurer la guerre cruelle qui dévastait la terre. 
Les habitants périssaient; toute joie s'était évanouie ; la perte 
remplaçait le gain, la pauvreté la richesse. Et, quand les pauvres 
gens ne récoltent rien et ne peuvent payer leurs rentes, force 
leur est de quitter la terre et d'aller chercher ailleurs leur pain. 
Les seigneurs deviennent pauvres, et tout le monde est dans 
la misère. Les conditions de l'accord furent que chacun garde- 
rait ce qu'il avait et qu'on ferait l'oubli sur le passé [678]. 

Cette paix eut lieu à la suite de la prise de Lincoln, où le roi 
fut pris. Il y perdit beaucoup de son prestige, et il ne lui resta 
que la couronne. Roi qui ne peut ni prendre ni donner, et qui 
ne gagne ni ne perd, n'est bon à rien. Son sceau n'eut plus 

servaieDl aa jea proposé par le jeune Guillaume au roi Etienne. Ce jeu 
est encore en usage en Angleterre. Les deux adversaires tiennent chacun 
une de ces tiges et les frappent l'une contre l'autre, jusqu^à ce que l'une 
des deux tiges perde sa télé. La plante ainsi employée est appelée vulgai- 
rement en anglais cocks oajackstraws. Voyez sous ces deux mots J. Brit- 
ten et R. Holland, A Dictionary of english Plant-names (London, 1866, 
Dialect Society); J.-A.-H. Murray, Mew EnglUk Dictionary founded on 
historical principles, sous gogks. 
1. Henri de Blois; il était frère d'Etienne. 



H54] GUILLAUME ENVOYE AU CHAMBELLAN DE TANCARVILLE. 13 

cours; toute sa puissance tomba, et de la royauté il ne garda 
plus que le titre [690]. 

C'est à Shrewsbury qu'eut lieu le parlement où cette paix fut 
conclue. Le roi fut échangé contre le comte de Gloucester. Les 
otages furent tenus quittes, les prisonniers délivrés de prison 
et Guillaume rendu à sa famille, qui avait eu pour lui de grandes 
inquiétudes^ Mais, à qui Dieu veut aider, rien ne peut nuire 
[744]. 

En peu de temps, Guillaume grandit. Il était si bien formé que, 
si on l'avait sculpté, il n'aurait pas eu de plus beaux membres. 
Je le vis, et il m'en souvient bien. Il avait la chevelure brune 
et beau visage. Sa prestance était celle qui aurait convenu à un 
empereur de Rome. Il avait l'enfourchure large et était d'aussi 
belle stature qu'un gentilhomme peut être. Celui qui le fît était 
un artiste [736]. 

Tandis que Guillaume faisait sa croissance, le roi Etienne 
mourut^, et on couronna le roi Henri 3, qui était preux et cour- 
tois et avait déjà femme et enfants^. Jean le Maréchal résolut 
d'envoyer Guillaume à Tancarville, au Chambellan 5, son cou- 

1. L'auteur a commis ici ua grave anachronisme. Il est exact que la 
paix fut conclue en 1153, peu de temps après le siège de Newbury, qui eut 
lieu en 1152, comme nous l'apprend le témoignage de Henri de Hunting- 
don cilé plus haut (p. 9, n. 1). Mais il ne l'est pas que le roi ait été pris à 
Lincoln et échangé contre le comte de Gloucester à la môme époque. En 
e£Fet, la bataille de Lincoln, où Etienne fut fait prisonnier, est du 2 février 
1141 (voy. entre autres Robert de Torigni, éd. Delisle, et la noie de 
l'éditeur, I, 220), et c'est en septembre 1141 que Robert de Gloucester 
tomba entre les mains de la reine Mathilde, femme d'Etienne. L'échange 
des deux princes, qui eut lieu peu après la prise du second, est donc 
sans rapport aucun avec la paix de 1153. 11 n'est d'ailleurs question d'un 
parlement à Shrewsbury nulle part ailleurs que dans notre poème. 

2. 25 octobre 1154. 

3. Henri II fut couronné le 19 décembre 1154. 

4. Ceci n'est pas exact. Henri II épousa Éléonore de Guyenne le 18 mai 
1152, et son premier-né, Henri, naquit le 28 février 1155. 

5. Guillaume II de Tancarville, qui, après la mort du comte Patrice, 
en 1168 (voy. plus loin, v, 1623 et suiv.}, fut nommé par Henri II gou- 
verneur du Poitou (Gautier Map, De nugis curialium, éd. de la Camden 
Society, p. 234). Les seigneurs de Tancarville (arr. du Havre) étaient 
chambellans héréditaires de Normandie. Il rejoignit Richard Cœur-de-Lion 
en Terre sainte {L'Estoire de la guerre sainte, v. 4715), d'où il ne parait 



44 IL RESTE LONGTEMPS ECUYER. [1154-73 

sin germain. U ÛL préparer l'équipage de Guillaume comme il 
convienl de faire pour un gentilhomme qui va chercher fortune 
à rélranger [754]. 

Guillaume se mit en route, ne menant avec lui pour toute 
suite qu'un valet et un garçon <. Le monde n'était pas alors 
aussi orgueilleux que de nos Jours. Un fils de roi chevauchait, 
sa chape troussée^, sans plus d'équipage; présentement, U n'y 
a guère écuyer qui ne veuille avoir une bête de somme [768]. 

Je ne veux pas m'arréter à faire l'histoire des années pendant 
lesquelles Guillaume fut écuyer. On dit qu'il resta bien huit 
ans entiers dans cette position^. On trouvait qu'il ne faisait que 
boire, manger et dormir, a De quoi nous sert ici ce Guillaume 
« gâte-viande^ ?» se demandait-on l'un à l'autre. Le Chambellan 
l6 savait bien, et ces paroles ne lui plaisaient guère. 11 les écou- 
tait en souriant et disait après un instant de silence : « 11 saura 
« bien tirer fève de pot' I c'est mon neveu et mon ami. Vous ne 



pas être revenn. Voyez, sur l'histoire de ce personnage, Deville, Histoire 
du château et des sires de Tancarvilley Roaen, 1834, p. 124 et sui?. 

1. Le garçon est proprement un domestique; le valet est un jeune 
homme de bonne famille, un compagnon plutôt qu'un serviteur. 

"L C'est-à-dire son manteau roulé et porté en bandoulière. 

3. Le manuscrit (v. 772) porte vint. Je propose de lire uit^ correction 
très légère, parce qu'il n'est pas possible qu'il se soit écoulé vingt ans 
depuis le moment où Guillaume a pu être écuyer jusqu'à celui où il fut 
fait chevalier. On vient de voir qu'il fut envoyé au chambellan de Tan- 
carville après le couronnement de Henri II, c'est-à-dire postérieurement 
au 19 décembre 1154. Né au plus tôt en 1143, puisqu'il était le second 
enfant d'un mariage qui ne peut avoir eu lieu avant la fin de 1141 (voy. 
V. 372 et suiv.), il eût été trop jeune en 1154 ou même en 1155 pour 
remplir les fonctions d'écuyer. Il peut avoir été envoyé à cette époque 
au comte de Tancarville, mais il n'est pas probable qu'il ait été dès lors 
écuyer. Or, l'affaire de Drincourt que le poète va rapporter est de juillet 
1173, et dès ce moment Guillaume était chevalier. Il est donc impossible 
qu'il soit resté écuyer pendant vingt années. Même avec celte correction, 
la chronologie du poème reste ici bien confuse. Nous allons assister à des 
événements qui appartiennent aux années 1173 et 1174, pour revenir 
ensuite à 1168. 

4. Cf. les surnoms, devenus noms de famille, Gasteblé, Gastevin^ et, 
en provençal, Guaslapas. 

5. Expression analogue à i trouver la fève au gâteau » (Le Roux de 
Lincy, Livre des proverbes, 2* éd., 1, 72; cf. Cotgrave). 



li73J DRINCOURT ATTAQUÉ PAR LE COMTE DE FLANDRE. 15 

a savez pas qui je nourris là. » 11 était d'ailleurs plein de bonté 
pour lui, ce qui excitait la jalousie des autres. Lui, toutefois, se 
taisait. Il était si doux et débonnaire qu'il ne faisait pas sem- 
blant d'entendre le mal qu'on disait de lui [804]. 

En ce temps, le roi Henri fut en guerre avec le roi [de France] 
Louis. Ce fut une guerre cruelle. On fortifia les marches. De 
Bonsmoulins^ à Arques^, il n'y eut château qui ne fût bien 
garni. Le Chambellan était à Drincourt ^, où il tint une riche 
cour. Là fut fait chevalier Guillaume le Maréchal. Le Chambel- 
lan lui ceignit l'épée, dont par la suite il donna maint coup. 
Dieu lui accorda telle grâce que, dans toutes les aiïaires aux- 
quelles il prit part, il se distingua par ses exploits [820]. 

Avec le comte d'Eu* il y eut une partie des chevaliers de Nor- 
mandie et aussi le connétable, mais il s'éloigna de la ville (Drin- 
court) dès qu'il eut appris que le comte de Flandre arrivait, 
avec le comte Mathieu de Boulogne^, le comte de Ponthieu*' et 
Bernard de Saint-Valeri'. On cria : « Aux armes! aux armes ! 

1. Orne, arr. de Mortagne, caul. de Moulins-la-Marche. 

2. Seine-Inférieure, arr. de Dieppe, canl. d'Offranville. 

3. Drincourt ou Neufchâlel-en-Bray, ch.-l. d'arr. de la Seine-Inférieure. 
Henri I" d'Angleterre y bâtit un château qui fut appelé Novum castrum; 
on prit l'habitude de dire en français : « le Noef-castiel de Driencourt » 
{Uist. des ducs de Normandie, éd. de la Société de l'histoire de France, 
p. 89), et peu à peu Neufchatel remplaça l'ancien nom. 

4. Henri 11, fils de Jean, comte d'Eu, mort en 1170, et d'Alix, lille du 
comte d'Arundel, dont il a été question un peu plus haut (p. 10, note 2). 
H mourut en 1183 (Dellsle, Robert de Torigni, H, 19, note 2; Art de 
vérifier les dates, il, 799). Nous savons qu'en 1173, époque où eut 
lieu l'alfaire de Drincourt (voy. p. 16, note 2), il s'était soumis {subdidit 
se et caslella sua) au jeune roi et au comte de Flandre (Ilobert de Tori- 
gni, n, 39). il reparaîtra plus loin (v. 4655) parmi les hommes du jeune roi. 

5. Philippe, comte de Flandre, et Mathieu, comte de Boulogne, 
étaient frères. Hs avaient fait hommage au jeune roi, qui, en retour, 
leur avait accordé diverses concessions territoriales en Angleterre et en 
Normandie (Ben. de Pelerb., I, 44). 

6. Jean I, qui mourut au siège d'Acre en 1191 {Art de vérifier les dates, 
H, 753-4). 

7. Bernard HI de Saint-Valeri (A. du Chesne, IJist. de la maison de 
Dreux, p. 71). Il fut l'un des messagers envoyés au pape par Henri II, 
en 1165, à l'occasion du différend avec Thomas Becket (Kog. de llowden, 
I, 230). On a des donations de lui à l'abbaye de Fontevraud (Bibl. nat., 
lat. 5480, pp. 257-201). 



16 LA VILLE EST ABANDONNÉE PAR LE CONNÉTABLE [4473 

< Comte ^ que fais-tu, que tu ne t'armes? Us sont plus de deux 
« mille qui descendent pour brûler cette yille'. » Ils s'arment au 
plus vite et montent à cheval. Ils virent dévaler le Chambellan 
à la tête de vingt- huit chevaliers. Et, quand il fut arrivé en 
bas, il rencontra le connétable et lui dit : « Sire, ce sera grande 

1. Comte d'Eu, probablement. 

2. L'attaque de Driacourt ou Nenfchâtel est contée avec des circons- 
tances de détails qui ne se retrouvent point ailleurs et qui, bien que 
présentées de façon à faire valoir le héros du poème, renferment proba- 
blement quelque parcelle de vérité. Mais il ne parait pas que le poète ait 
eu une idée nette des événements entre lesquels le siège de Drincourt 
prit place, ni même qu'il ait su dans quelles conditions ce siège eut lieu. 
Il nous montre le connétable abandonnant la ville au moment où elle est 
attaquée par les comtes de Flandre et de Ponthieu, Bernard de Saint- 
Valeri et le comte Mathieu de Boulogne. Mais elle est défendue et finale- 
ment délivrée (v. 1092} par le Chambellan et ses hommes, entre lesquels 
Guillaume le Maréchal se distingue particulièrement. Or les historiens 
du temps nous présentent les faits sous un aspect tout autre et proba- 
blement plus vrai. Le siège de Drincourt est l'un des épisodes de la 
guerre qui eut lieu en 1173 entre le roi d'Angleterre, Henri II, et le roi 
de France, Louis VII. Le jeune roi, fils de Henri II, y prit part contre 
son père, ce que le poète a négligé de dire. La Chronique dite de Benoît 
de Peterborough nous a donné la liste des partisans du jeune roi, qu'elle 
qualifie naturellement de traîtres. On y voit figurer le comte d'£u, le 
chambellan de Tancarville, le comte de Ponthieu, que le poème range 
parmi les adversaires du Chambellan (v. 835), et notre Guillaume le 
Maréchal (éd. Stubbs, I, 45-6). Vers l'octave de la Saint-Pierre et Paul 
(6 juillet), le jeune roi, accompagné du comte de Flandre et de son frère 
Mathieu de Boulogne (mentionnés aux vers 834 et 837), assiège Drin- 
court, qui leur est rendu au bout de quinze jours par les deux conné- 
tables de la ville, Doon et Thomas Bardoul, qui étaient frères. (Voir sur 
ces deux personnages la note de M. Delisle, Robert de Torigni, II, 40, 
note 5.) Pendant le siège, Mathieu de Boulogne avait été blessé mortelle- 
ment. Tels sont les faits rapportés par la chronique de Benoit (éd. Stubbs, 
I, 49) et par Robert de Torigni (éd. Delisle, II, 40). On voit que ce récit 
et celui du poème diffèrent du tout au tout : 1* chez les historiens, Drin- 
court est assiégé, tandis que dans le poème il n'est parlé que d'un simple 
combat; 2' les historiens ne font aucune mention, à propos de ce siège, 
du comte d'Eu, du chambellan de Tancarville ni de Guillaume le Maré- 
chal ; 3* d'après les historiens, ces trois personnages auraient été parti- 
sans du jeune roi et par conséquent alliés des comtes de Flandre et de 
Boulogne, tandis que le poème les fait combattre les uns contre les autres. 
Peut-être notre poète a-t-il modifié et déplacé les faits pour n'avoir pas à 
montrer son héros en lutte avec le roi d'Angleterre. 



1173] ET DÉFENDUE PAR LE CHAMBELLAN. 17 

a honle si on laisse brûler cette ville. » Le connétable répondit : 
a Vous dites vrai, Chambellan, et, puisque c'est votre idée, allez 
« la défendre. — Volontiers, sire; je ferai démon mieux. » Sur 
ce, il entra dans la ville et trouva sur le pont Guillaume 
de Mandeville, qui fut plus tard comte ^ Il descendit sur le 
pont 2, pour le défendre à la tête de nombreux chevaliers. Le 
Maréchal s'avança de telle sorte qu'il se trouva chevaucher 
côte à côte avec lui. « Guillaume, » lui dit le Chambellan, 
« retirez- vous en arrière -, ne soyez pas si primesautier. Laissez 
a passer ces chevaliers. » Guillaume se retira tout honteux, car 
il se croyait bien chevalier. Il en laissa passer trois devant lui, 
puis éperonna et se retrouva au premier rang de ceux qui pas- 
saient le pont [886]. 

1. Gaillaume de Mandeville avait succédé, comme comte d'Essex, à 
son frère GeôflFroy en 1166; c'est donc par erreur que le poète dit, ici 
et plus loin (v. 1144), qu'il n'était pas encore comte. Plus tard, en 1180, il 
devint comte d'Aumale par son mariage avec Hadevise, comtesse d'Au- 
male. Son surnom est écrit, v. 1142, 8782, de Magneville, et, v. 7687, de 
Manneville, en latin de Magnavilla. On ne sait pas exactement où était 
située la terre ainsi nommée. M. J.-H. Round {Geoffrey de Mandeville, 
p. 37) pense que c'était le village de Mandeville, canton de Trevières, 
arr. de Bayeux, et il s'appuie sur l'autorité de Stapleton, Magni rot. 
scacc. Normanniœ, II, clxxxviij , ajoutant que cette opinion est partagée 
par M. L. Delisle, mais il n'a pas fait attention que M. Delisle distingue 
expressément le Guillaume de Mandeville dont parle Stapleton, de Guil- 
laume de Mandeville, comte d'Essex, disant que ces deux Guillaume 
n'avaient rien de commun que le nom (Delisle, Magni rot. scacc. Nor- 
manniw... fragmentum, dans Mém. de la Soc. des Ani. de Norm., 2' sér., 
VI, 2* partie, xvi-xvii ; tir. à part, p. 21). Nous restons donc dans l'incertitude 
quant à Torigine de G. de Mandeville, comte d'Essex. M. Delisle {l. l.) 
a consacré à ce dernier une note très étendue et très nourrie à laquelle 
on ne peut que renvoyer le lecteur. Voir aussi l'art, de M. W. Haut dans 
le Dictionary of national biography, sous Mandeville (William de). 
Guillaume de Mandeville, comte d'Essex et d'Aumale, fut un personnage 
très considérable, qui joue à plusieurs reprises un rôle important dans 
l'hi.stoire d'Angleterre, de 1173 à 1189, époque de sa mort. On ne voit pas 
à quel propos il est ici mentionné. Il ne paraît pas, en etïel, qu'il ait 
assisté au siège de Drincourt, et, s'il y avait pris part, c'eût été dans les 
rangs des adversaires du Chambellan, car il était resté fidèle à Henri H 
(Ben. de Peterb., I. 51). 

2. Neufcbâtel est longé, du côté de Touest, par une petite rivière 
appelée la fiéthune. Le pont dont il s'agit ici sera appelé tout à l'heure 
« le maître pont. » 

m 2 



18 EXPLOITS DE GUILLAUME LK MARÉCHAL. [1173 

lis se rencontrèrent avec leurs ennemis, qui entraient par 
force en la ville. Les deux troupes se heurtèrent au galop. Tel 
fut lo clïoc qu'on n'eût pas entendu Dieu tonner*. Le Maréchal, 
ayant hrisé sa lance, mit l'épéc à la main et inspira tant de 
hardiesse à ses compagnons qu'ils firent repasser la porte à 
l'ennemi, et le reconduisirent jusqu'au pont de la chaussée 2. 
Mais ils étaient trop peu nombreux. Des forces supérieures fon- 
dirent sur eux par la chaussée d'Eu, et ils furent contraints de 
battre en retraite, ce qu'ils firent en combattant. Ils furent ainsi 
ramenés de force jusqu'à la tête du maître pont 3. Nouveaux 
exploits de Guillaume. Il y avait aux fenêtres des dames, des 
chevaliers, des bourgeois, des bourgeoises, qui s'écrièrent : « Sei- 
« gneurs normands, venez en aide au Maréchal. Nous souffrons 
« de le voir combattre avec tel désavantage. » Les hérauts et 
les ménestrels se mettent à sa suite et proclament sa vaillance^. 
Les Normands, revenant à la charge, repoussèrent leurs adver- 
saires. La bataille eût été gagnée, lorsque le comte Mathieu de 
Boulogne survint à la tête de troupes fraîches [1020]. La 
lutte recommença. Quatre fois les Normands ramenèrent leurs 
ennemis jusqu'au pont de la chaussée. C'est vérité que les défen- 
seurs l'emportèrent sur les assaillants. Le Maréchal rentrait chez 
lui* lorsque des sergents flamands l'accrochèrent par l'épaule 
avec un croc de fer. Ils s'y mirent plus de treize pour l'abattre 
de son cheval; il réussit toutefois à se dégager, mais son cheval 
avait reçu tant de blessures qu'il en mourut [4082]. 

Les bourgeois, voyant la prouesse du Maréchal, reprirent 
courage : ils courent s'armer ; les femmes sortent des maisons 
avec des haches, des bâtons, des massues, et achèvent la déroute 
de leurs ennemis. Quand la ville eut été ainsi délivrée par le 

1. Expression habituelle pour désigner un grand fracas : 

Qu'en n'i oïsl nés Damedieu tonant. 

{La mort Aymeri, v. 4068.) 

2. De la chaussée d'Eu, mentionnée dans la phrase suivante, au nord- 
est de la ville; ce devait être un pont jeté sur un fossé. 

3. Le pont de la Béthune, par lequel ils étaient entrés dans la ville. 

4. On voit que nous sommes ici en pleine fantaisie. Le poète raconte 
un tournoi et non une action de guerre. 

5. On s'explique mal que Guillaume entrât chez lui alors que le com- 
bat était loin d'être terminé. 



li73-4] PAIX ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET D'ANGLETERRE. \9 

seigneur de Tancarville et par les siens, tous furent unanimes 
à déclarer que l'honneur de la journée devait être attribué au 
Maréchal. Les Français en rendirent témoignage, eux qui 
auparavant faisaient peu de cas de lui [^^06]. 

Ce jour-là, le Chambellan tint grande cour. On fit un festin 
magnifique où tout le monde fut admis. Chacun porta honneur 
au Chambellan, sans qui la ville eût été rendue et brûlée, car 
le connétable, en Tabandonnant vilainement, l'avait livrée au 
pillage. On se racontait ce qu'on avait vu en cette journée, et on 
disait que le Maréchal avait tenu tête à tous ses adversaires, 
combattant pour délivrer la ville et non pour gagnera Sur ce, 
Guillaume de Mandeville, qui n'était pas encore comte 2, dit : 
« Maréchal, donnez-moi un don. — Volontiers, quoi ? — Une 
« croupière, ou, à défaut, un vieux collier. — Mais jamais je 
a n'en eus de ma vie, » répondit le Maréchal. — « Maréchal, que 
« dites- vous? Vous en avez bien eu quarante ou soixante, et 
a vous me refusez pour si peu ! » Tous se mirent à rire, com- 
prenant ce que le seigneur de Mandeville voulait dire^ [^K>0]. 

Les barons s'interposèrent entre les deux rois et réussirent à 
rétablir la paix"*. Le Chambellan et sa mesnie revinrent à Tan- 
carville. Il fut convenu que les chevaliers iraient chercher for- 
tune où bon leur semblerait. Cela ne convenait guère au Maré- 
chal, qui avait eu son cheval tué sous lui, et a qui il ne restait 
plus que son palefroi. Le Chambellan se montra peu généreux 
envers lui. Il fut réduit à vendre un manteau qu'il avait eu 
quand il fut armé chevalier. Il n'en put tirer que vingt-deux 
sous de monnaie angevine, avec lesquels il acheta un roncin^, 

1. Gagner^ c'était faire des prisonaiers qu'on mettait à rançon, ou 
prendre des chevaux. 

2. Voy. p. 17, n. l. 

3. Il voulait dire que le maréchal aurait pu, s'il l'avait voulu, se faire 
tout un assortiment d'objets de sellerie aux dépens des chevaliers qu'il 
avait vaincus. 

4. Une Irêve, selon le texte (v. 1166); mais on voit par ce qui suit 
qu'il s'agit d'une paix et non d'une simple trêve. La paix à laquelle il 
est fait ici allusion n'eut pas lieu immédiatement après l'afl'aire de Neuf- 
châtel, comme il semble résulter du poème : elle fut conclue, entre Tours 
et Amboise, le 30 septembre 1174 (voy. Rob. de Torigni, éd. Delisle, 
JI, 53). 

5. 11 est nécessaire de conserver ici le mol du texte, faute d'un terme 



20 TOURNOI ENTRE SAINTE-JAMMES ET VALENNES. [1174 

qu'il employa à porter ses armes. Et ce fût le premier roncln 
qui fut employé à cet usage [^200]. 

La nouvelle se répandit partout qu'on allait donner une quin- 
tainc* entre Saint-Jame et Valennes'. On annonça quinze jours 
d'avance que les Angevins, les Manceaux, les Poitevins, les 
Bretons tournoieraient ce jour-là contre les Français, les Nor- 
mands et les Anglais. Lorsque la nouvelle fut parvenue à Tan- 
carville, le Chambellan se prépara à porter les armes à cette 
occasion [^2-17]. 

La salle se remplit de chevaliers qui se disposaient à aller au 
tournoi, mais le Maréchal n'avait aucun moyen de s'y rendre. 
Il en devint pensif. Le seigneur de Tancarvillelui dit : « A quoi 
« pensez- vous, Maréchal? — Sire, je n'ai point de cheval. — 
« Ne vous tourmentez pas, vous en aurez. » Le Maréchal, se 
fiant à sa parole, le remercia. Toute la nuit, les chevaliers font 
rouler leurs hauberts, frotter leurs chausses, préparer leurs 
armures et l'équipement de leurs chevaux. Le lendemain matin, 
ils se mirent en mouvement et se groupèrent sur la place. Le 
Chambellan y fit mener de bons destriers pour donner à ses 
chevaliers. La distribution se fît, et le Maréchal fut oublié. Il en 
fit la remarque. Le Chambellan lui exprima ses regrets et l'as- 
sura qu'à tout prix il lui procurerait un cheval. Il restait en 
eflet un cheval grand, fort et rapide, mais qui était si indomp- 
table qu'on ne pouvait pas le brider. On l'amena ; le Maréchal 
le monta sans s'appuyer du coude et lui donna de l'éperon. Le 
cheval partit plus vite qu'un émerillon. Impossible de le rete- 

exactement correspondant en français moderne. Le roncin était un che- 
val de charge; voy. Du Gange, RUNaNus. 

1. La quintaine, qui prend son nom de la via quintanaj réservée aux 
exercices militaires, dans les camps romains, est au moyen âge un jeu 
consistant à frapper de la lance un mannequin placé sur un pivot; voy. 
la septième dissertation de Du Gange sur l'histoire de saint Louis et 
cf. ma traduction de Girart de Roussillon, p. 1, note 2. On va voir qu'ici 
il s'agit plutôt d'un tournoi. 

2. li y a un Valennes dans la Sarthe, arr. de Saint- Galais, cant. de 
Vibraye. Si c'est le lieu ici désigné, on pourrait corriger le Seint Jame 
du texte en Seint[e] Jamme (le vers se lirait : Qu'entre Seint\e\ Jame...)-, 
ce serait Sainte-Jarame-sur-Sarthe {Sancta Gemma), arr. du Mans, cant. 
de Ballon. 



1174J LE MARÉCHAL Y PREND DES HOMMES ET DES CHEVAUX. 21 

nir. On lui aurait mis quinze freins qu'on ne l'eût pas arrêté. 
Le Maréchal s'avisa de lui allonger de trois bons doigts la bride, 
de façon que le mors lui descendît jusque sur les dents. Il s'en 
trouva bien. Le cheval ainsi bridé se laissait tourner en une 
demi-acre de terre ^ comme l'animal le plus doux du monde 
[^302]. 

Le jour du tournoi, les chevaliers se tinrent devant leurs 
refuges^ jusqu'au moment où ils furent armés, puis ils che- 
vauchèrent par pelotons, en rangs serrés et sans désordre. Et 
sachez que devant les lices on ne fit pas de joutes avec conven- 
tions^. La chance était de tout perdre ou de tout gagner. Le 
Chambellan se tint en arrière. Quarante chevaliers ou plus sui- 
vaient sa bannière. Le roi d'Ecosse était présent avec une suite 
nombreuse'*. LeMaréchal se lança sur sire Philippe de Valognes^, 
chevalier bel et élancé, le saisit par le frein et l'entraîna de 
force hors du tournoi. Puis, ayant pris sa fiance, il rentra dans 
la mêlée et fit successivement deux nouveaux prisonniers. 
Gomme il faisait descendre de cheval le second, un chevalier 
s'approcha de lui, disant : « Puisque je suis à la prise, je dois 

1 . L'acre anglaise était au moyen âge un espace beaucoup moindre que 
de nos jours ; voy. Du Cange, agra. 

2. H sera question plus loin encore (v. 3249) de ces lieux de refuge 
(recès) qui étaient ou fortifiés ou protégés par une convention, de sorte 
que les chevaliers du tournoi y trouvaient un abri. H est parlé en d'autres 
poèmes encore de ces recès. Ainsi, dans le Roman de Sone de Nausay on 
voit Sone rentrer au recet pour y changer d'armes (Scheler, Notice et 
extraits de deux mss. français de la bibliothèque de Turin, Bruxelles, 
1867, p. 45). 

3. Voy. le vocabulaire au mot plaidelces. 

4. Guillaume le Lion, roi d'Ecosse, avait envahi l'Angleterre en 1174. 
Fait prisonnier, il avait été emprisonné à Caen, puis à Falaise (Ben. 
Peterb., I, 74 ; Rog. de Howd., II, 65). Il dut, pour obtenir sa liberté, faire 
hommage au roi Henri II par le traité de Falaise (août 1174. Ben. Peterb., 
I, 96; Rog. de Howd., II, 80). C'est sans doute peu après ce traité qu'eut 
lieu le tournoi où nous le voyons paraître. 

5. Philippe de Valognes fut l'un des otages donnés au roi Henri II par 
Guillaume, roi d'Ecosse, lors du traité de Falaise (Fien. Peterb., I, 98; 
Rog. de Howd., H, 80). Il fut chambrier du roi d'Ecosse. Il est mentionné 
avec cette qualité, en 1212, dans un document publié par Cole, Vocu- 
ments Uluslrative of english hisiory in the thirteent/i and fourteenth 
centuries (London, 1844), p. 234. 



{2 TOURNOI ENTRE SAINT-BRICE ET BOUERE. 

« avoir part au cheval. » Le Maréchal y consentit. Il le regretta 
ensuite, mais ne s'en démentit pas [-1362]. 

Dieu est sage et courtoise II a bientôt fait de venir en aide 
à ceux qui se fient en lui. Ce matin, le Maréchal était pauvre en 
deniers et en chevaux. Le voilà maintenant bien pourvu de 
palefrois, de roncins, de sommiers. Le tournoi fini, tous félici- 
tèrent le Maréchal et lui firent meilleure mine que devant : 
« Tant as, tant vaus et tant je t'aime^ » [-1380]. 

Peu après se répandit la nouvelle d'un tournoi entre Saint- 
Brice et Bouere^. Le Chambellan n'y alla point. Le Maréchal, 
toutefois, lui demanda congé de s'y rendre. « Vous n'y arrive- 
« rez pas à temps , » lui dit celui-ci. « Songez qu'il y a trois 
« grandes journées de chemin. — S'il plaît à Dieu, j'y arriverai 
a bien, sans vous causer aucun dérangement. — Allez, et que 
a Dieu vous conduise ! Ce n'est pas moi qui vous en empêche- 
« rai. » Le Maréchal arriva au moment où les chevaliers s'ar- 
maient. Il descendit en hâte, se fit armer et remonta. Il eut 
bientôt fait d'abattre un chevalier. Mais à ce moment survinrent 
cinq chevaliers qui le saisirent au frein. Ils eurent beau le tirer 
et le frapper, il réussit à se délivrer d'eux, mais ils lui tour- 
nèrent son heaume sens devant derrière, de telle façon qu'il ne 
put Tarracher qu'en brisant un des lacs^. Comme il se donnait 

1. Cf. V. 5465 : Molt est Dex puissant et corteiz. L'idée que Dieu est 
courtois a été fréquemment exprimée dans notre ancienne poésie : Cur- 
teis est Deus ki tut créa, dit, au début de son œuvre, Roau d'Arundel, 
traducteur en vers de la lettre de Prêtre-Jean (Notices et extraits des mss., 
XXXIV, I, 231). C'était une locution toute faite, qui a été parodiée : 
MuU [par] est diables curteis est le premier vers d'un poème satirique 
sur les états du monde (Romania, lY, 388}. 

2. C'est par ce proverbe que l'auteur des Moralités des philosophes 
(traduction du Moralium dogma philosophorum de Guillaume de Couches 
faite au xiii* siècle) rend ce vers d'Horace... quia tanti quantuvi habeas 
sis (Serm., I, i, 68; ch. zxxix du Moralium dogma). D'autres exemples 
du même proverbe ont été indiqués au t. I, dans la noie du v. 1380. 

3. Dans le texte Boeles (v. 1382) en rime avec noveles. Saint-Brice et 
Bouere sont deux localités voisines situées dans l'arrondissement de 
Cliàteau-Gonlicr (Mayenne). Je dois à M. Longnon cette identitication, à 
laquelle on ne peut rien objecter sinon que les documents anciens ])orlent 
constamment Boeria^ Boere, Boyre, et non Boeles (L. Maître, Dict. topogr. 
de la Mayenne). 

4. On sait que le heaume était lacé à la ventaille. 



LE MARÉCHAL OBTIENT LE PRIX DU TOURNOI. 23 

un peu d'air, vinrent à passer deux chevaliers de marque qui 
l'avaient vu à l'œuvre, sire Bon-Abbé de Rougé* et Jean de 
Subligni^. a Messire Jean, » dit le premier, « qui est ce che- 
a valier qui se sert si bien de ses armes ? — C'est Guillaume le 
« Maréchal. Il n'y a pas d'homme plus loyal. Son écu est de 
a Tancarville. — Certes, » reprit Bon-Abbé, « la troupe dont 
« il est le chef doit gagner en valeur et en hardiesse » [^482]. 

Le Maréchal, qui les entendit, se réjouit en son cœur. 11 
remit son heaume et rentra dans la mêlée, où il fit de tels 
exploits qu'on lui donna sans conteste le prix du tournoi [i 500]. 

Puis il mena si belle vie que plusieurs furent jaloux de lui. 
Il erra 3 en tournois et en guerres, par tous les pays où un 
chevalier peut conquérir honneur. Sa renommée se répandit 
en France, dans le Pays d'aval, en Hainaut, en Flandre. Il n'y 
a, en Bretagne et en Normandie, prud'homme qui ne parle de 
lui avec éloge. Sa vaillance est réputée en Anjou, dans le Maine, 
en Aquitaine. Le désir lui vint de retourner en Angleterre, où 
il était né, pour revoir sa famille. Lorsque le vent fut favo- 
rable, il prit congé du Chambellan [4532]. En le lui accordant, 
celui-ci l'engagea à revenir au plus tôt, car l'Angleterre n'était 
un bon pays que pour des vavasseurs ou pour des gens qui 
n'ont cure d'errer. Mais, ceux qui aimaient la vie de chevalier 
errant et les tournois, on avait coutume de les envoyer en Bre- 

1. Rougé (dans le texte Rogi), ch.-l. de cant. de l'arr. de Châteaubriant. 
Ce seigneur breton est mentionné par Robert de Torigni, A l'année 1173, 
et lit, en 1183, une donation à l'abbaye de Mellerai (voy. Rob. de Tori- 
gni, éd. Delisle, II, 45, note 6). 

2. Subligni, arr. d'Avranches, cant. de la Haye-Pesnel; Soleingni dans 
le texte (r. 1466), Soligneium et Suligneium dans les documents du 
XII' siècle. La forme première doit être Sulliniacus, qui a donné Suli- 
gni, Sulegni, puis Subligni, dans l'Yonne (voy. Quantin, Dict. topogr. 
de l'Yonne). — Johannes de « Suligneio » ou « Soligneio » figure en des 
documents divers compris entre 1153 et 1175 {Rob. de Torigni, éd. Delisle, 

II, 298, 308; Delisle, Magni rotuli scaccarii Normannix fragment 

tum, dans les Mém. de la Soc. des ant. de Normandie, 2" série, t. VI, 
2' partie, p. xxvij, tir. à part, p. 35). H fut probablement l'un des cbe- 
Vdliers du jeune roi Henri, car il figure comme témoin dans une charte 
de ce princ^î en faveur de Chrisl-Church, Cantorbery, (jui parait être de 
1175 (Musée bril., Cotl. charters VI, 1). 

3. Comme un chevalier errant. 



24 IL SE REND EN ANGLETERRE AUPRÈS DE PATRICE. [1168 

tagne ou en Normandie S ou partout où on fait des tournois. 
Voilà comme il faut faire quand on veut acquérir le prix des 
armes. Le Maréchal sut reconnaître que le Chambellan avait 
raison [4550]. 

Il eut bon vent pour passer la mer. 11 traversa Surrey et le 
Hampshire et demanda des nouvelles du bon comte de Salis- 
bury. On lui apprit qu'il était à Saiisbury, de retour de 
la cour. Il se rendit auprès de lui et fut bien accueilli parce 
qu'il était homme vaillant et fils de sa sœur. Je ne sais com- 
bien il y séjourna, mais le roi Henri se hâta de traverser la 
mer, parce que les Poitevins s'étaient révoltés contre lui et rava- 
geaient sa terre, détruisant tout ce qu'ils trouvaient en dehors 
des châteaux 2. De tout temps, les Poitevins furent rebelles 
envers leurs seigneurs : on le voit encore de nos jours^ [-1580]. 

Le roi manda par brefs ses comtes, ses vicomtes, ses barons, 

1 . La Normandie était le pays où les joutes et les tournois étaient le 
plus en honneur : 

Ce dient cil de Normendie 

Que si bêle chevalerie 

N'a el siècle que de jouster. 
{L'Aire périlleux, v. 2149-51, dans Archiv f. d. Studium d. neueren 
Sprachen, XLII, 168.) 

2. La succession des événements est ici entièrement intervertie. C'est 
en janvier 1168 que Henri II marcha contre les Poitevins (Eylon, Court, 
household and itinerary of Henry II, p. 112). Quant à la question de 
savoir s'il traversa la mer à cet effet ou s'il était déjà sur le continent, 
voy. ci-après, p. 25, note 1. 

3. Plus loin encore (vv. 12545 et suiv.) le poète insiste sur cette idée. 
Les Poitevins avaient au moyen âge la réputation d'être peu fidèles à 
leurs seigneurs. J'ai réuni à ce propos dans une note des Notices et 
Extraits des manuscrits (XXXIV, {"* partie, p. 222) un cerUin nombre de 
témoignages. En voici d'autres. Guillaume Le Breton {PhiL, VI, 358) : 

At Picti, quibus est lidei mulatio semper. 

Grata comes 

et ailleurs (VllI, 451) : 

Nec Plctos conslringit amor nec Protea nexus. 
Voir aussi Raoul de Houdenc, Songe d'enfer, vv. 62-88 {Scheler, Trou- 
vères belges, II, 78-9). 

Lorsque le poète dit qu'encore à l'heure actuelle on est témoin du manque 
de foi des Poitevins, il fait peut-être allusion à la reddition de la Rochelle 
au roi de France, en 1224, qui faisait dire à Mathieu de Paris : « innata 
Piclavensibus proditio! » {Chron. maj., éd. Luard, III, 84). 



H 68] IL ACCOMPAGNE PATRICE EN POITOU. 25 

ses châtelains et leur confia la garde de sa terre. Ceux-ci lui 
furent fidèles. Il partit, emmenant avec lui sa femme et des 
barons choisis, entre lesquels le comte Patrice. Ce fut grand 
deuil et grand dommage. Le lignage du comte en pleure encore. 
Guillaume le Maréchal suivit son oncle qui le chérissait et 
repassa la mer avec lui [4600]. 

Le roi débarqua àBarfleur^ en Normandie, se rendit à Gaen, 
à Lisieux, à Rouen, puis, en traversant le Maine et l'Anjou, il 
arriva en Poitou pour y poursuivre ses ennemis qui lui avaient 
pris et dévasté sa terre. Il mit la reine sous la garde du comte 
Patrice et des siens. Le comte accepta; mais il n'avait pas de 
sauf-conduit. Les Poitevins lui tendirent un guet-apens. Geof- 
froi de Lusignan était le sire de cette race qui jamais ne con- 
sentit à garder foi ni hommage à aucun seigneur ni à supporter 
aucun joug. Toujours il y eut du poil du loup ^ [i 268]. Quand le 
comte Patrice vit la troupe de Geoffroi armée, tandis que ses 
hommes étaient sans armes ^, il comprit que la partie n'était pas 
égale. Pourtant il ne voulut pas fuir. Il envoya la reine au château '' 
et demanda son chevaF; mais celui-ci était trop loin : il ne put 
ni ravoir quand il en avait tant besoin ni être armé à temps. 
Désarmé, il leur courait sus, monté sur son palefroi, quand son 
cheval arriva. Ses compagnons ne le suivirent pas, car ils 
étaient en train de s'armer. C'est chose trop pénible à conter. 
Comme il montait sur son cheval, avant qu'il fût bien assis 
entre les arçons, un traître, un assassin, le frappa d'un épieu 
par derrière à travers le corps. 11 mourut sur place, pour le 
malheur des siens ^ [4652]. 

1. Barfleur, arr. de Valognes, petit port de mer à l'extrémité orientale 
du Cotentin. — On n'a d'ailleurs aucune preuve que le roi Henri II soit 
venu d'Angleterre au moment de l'insurrection des Poitevins. D'après les 
données historiques connues jusqu'à ce jour, le roi aurait séjourné sur 
le continent depuis le mois de mars 1166; la reine toutefois serait venue 
le rejoindre à la fin de 1167, voy. Eyton, Court, household and itinerary 
of Henry II, p. 92, 112. 

2. Voy. lou, au vocabulaire. 

3. Il s'agit des annes défensives, heaume et haubert, (]u'on mettait au 
moment du combat. 

4. Quel château? 

5. Son cheval de bataille; il était monté sur un palefroi. 

6. Le meurtre du comte Patrice eut lieu en 1 168, « circa octavas Pas- 



Î6 LE COMTE PATRICE TUÉ PAR LES POITEVINS. [1168 

Quand le Maréchal vit tomber son oncle, il pensa perdre le 
sens, de n'avoir pu être à temps sur celui qui avait tué le comte. 
Armé seulement d'un haubert^ il courut sus; d'un épieu il 
frappa le premier qu'il rencontra et le porta à terre. Jamais 
lion affamé ne fut plus acharné à sa proie. Tous ceux qu'il 
rencontre devant lui, il les met à honte. 11 eût tiré de la mort 
du comte une vengeance éclatante, mais ils Tattaquèrent avec 
leurs épieux, tuant son cheval sous lui. Une fois à terre, il 
ne perdit pas courage : comme il n'avait plus mo^en de leur 
échapper, ils se mirent plus de soixante sur lui, cherchant 
à le prendre. Mais lui, ne s'eiïrayanl pas, s'adossa à une haie, 

f chœ, dolo Pictavensium, » nous dit Robert de Torigni (éd. Déllsle, II, 5), 
c'est-à-dire vers le 7 avril de cette année (le 27 mars, selon Eyton, p. 113). 
Nous savons aussi par le même historien que le roi Henri avait en effet 
laissé la reine Éléonore sous la garde du comte de Salisbury (ibid., 4). 
Mais il est beaucoup moins sûr que Geoffroi de Lusignan ait pris part 
au meurtre, comme notre auteur semble l'insinuer ici. On vient de voir 
que Robert de Torigni incrimine en général les Poitevins; Gervais de 
Cantorbery (éd. Stubbs, I, 205; Bouquet, XIII, 130 b) n'en dit pas plus : 
« Comes Patricius Saresberiensis..., a Pictavensibus occisus est, qui a 
< rege Anglorum defecerunt; » Raoul de Dicet (éd. Stubbs, I, 331 ; Bou- 
quet, XIII, 187 d) est encore plus vague : « Comes Patricius in Aquilania, 
princeps roilitiai régis Anglorum, lancea confossus obiit. » Deux histo- 
riens, Roger de Howden et Benoit de Peterborough, imputent le meurtre 
de Patrice non pas, comme ici, à Geoffroi de Lusignan, mais à son frère 
Gui, celui qui, plus tard, fut roi de Jérusalem. Roger : c Eodem anno 
Gwido de Leszennan inlerfecit Patricium comitem Salesbiriensem redeun- 
tem in peregrinatione a Sancto Jacobo u (éd. Stubbs, I, 273 ; Bouquet, 
XIII, 208 c). On ne voit pas comment Patrice aurait pu se rendre à Saint- 
Jacques de Compostelle au moment où la garde de la reine venait de 
lui être confiée. Benoit mentionne le meurtre à l'année 1185, à propos de 
Baudouin le Lépreux, roi de Jérusalem, et l'attribue non pas à Geffroi, 
mais à son frère Gui : t Praedictus rex leprosus multos habebat secum 
milites, inter quos erat quidam miles nomine Gwido de Lezinan, frater 
Gaufridi de Lezinan, qui (Gwido) Patricium comitem Salesbiriensem, 
teropore hostilitatis quœ erat inter regem Anglia) et suos in Pictavia, 
occiderat » (éd. Stubbs, I, 3'i3). — Remarquons du reste que le poète 
ne dit pas que Geoffroi ait été le meurtrier de Patrice : il lui laisse cepen- 
dant une certaine part de responsabilité en le plaçant à la tête de la 
trou|)e de Poitevins qui surprit Patrice. Plus loin (v. 6458), il place dans 
la bouche de Geoffroi une déclaration dont le sens est que le Maréchal se 
trompe en le considérant comme le meurtrier de son oncle. 
1. C'est-à-dire n'ayant pas le heaume. 



1168] LE MARÉCHAL BLESSÉ ET PRISONNIER. 27 

de façon à n'avoir à se garder que par devant, et il leur dit : 
« Vienne avant qui voudra essayer sa force ! » Chacun s'efforce 
de le tuer ou de le prendre, et lui plus encore de se défendre. 
Il flt si bien qu'il tua six de leurs chevaux [^690]. 

Il y eut grande bataille devant Guillaume, qui leur tenait tête 
comme le sanglier aux chiens. On ne fût pas arrivé à le prendre, 
si un chevalier n'eût franchi la haie et ne l'eût frappé par der- 
rière, au travers de la haie, d'un épieu à la cuisse. Alors ils 
s'emparèrent de sa personne, et, s'ils avaient su qui il était, le 
moins qu'ils lui eussent fait eût été de le tuer. Le sang jaillit 
avec force lorsqu'on eut retiré l'épieu de la blessure. La terre 
en fut ensanglantée au point qu'on pouvait le suivre à la trace. 
On le mdTita sur une jument qui allait le trot. Ceux qui l'avaient 
pris étaient de si méchantes gens qu'ils se souciaient peu de ses 
aises. Au contraire, ils préféraient qu'il souffrît. Pourquoi? 
Pour qu'il fût plus disposé à se racheter. Voilà comme sont 
traités les prisonniers quand ils sont tombés en mauvaises 
mains. N'ayant pas de quoi bander ses plaies, il prit les cordons 
de ses braies et s'en banda comme il put. Il se procura un peu 
d'étoupe pour panser ses plaies. Mais ses braies furent bientôt 
remplies de sang, et, personne ne venant à son aide, il lui fallut 
les laver [4737]. 

Personne ne s'occupait de lui. Ceux qui l'avaient fait prison- 
nier le menaient à sauts et à cahots par des pays couverts, 
comme gens défiants, car, là où ils passaient la nuit, ils n'avaient 
pas de sauf-conduit, et dès Taube ils repartaient sans retard. 
Ils savaient bien que, si le roi avait pu les prendre, tout Tordu 
monde ne l'aurait pas empêché de les justicier. Une nuit qu'ils 
étaient logés chez un de leurs meilleurs amis, une dame regarda 
Guillaume et demanda qui il était. On lui conta la mésaventure 
du comte Patrice, et on lui dit que la chose dont le blessé avait 
le plus besoin c'était des étoupes pour ses plaies. La dame prit 
un pain, en enleva la mie, le remplit de bonnes étoupes de lin 
et le lui envoya. Guillaume dut alors faire le chirurgien, car 
Hippocrate etGalien, (jui surent faire de bons emplâtres, ne lui 
vinrent point en aide [nt)2]. 

Une nuit, ceux qui le menaient ainsi de lieu en lieu s'étaient 
réfugiés en un endroit où étaient réunis beaucoup de chevaliers 



28 IL EST DÉLIVRÉ PAR LA REINE ALIÉNOR. [1168 

et d'écuyers qui se livraient à divers jeux. Plusieurs jetaient 
la pierre'. Guillaume, prié de s'y essayer, consent à prendre 
part à ce jeu, malgré sa blessure. Il lance la pierre un pied et 
demi plus loin que le plus fort de tous. Mais, de TefTort qull 
flt, ses plaies, nouvellement fermées, crevèrent. Il eut d'autant 
plus de peine à guérir qu'il était contraint de chevaucher nuit 
et jour sans repos. Il lui fallut monter tantôt une jument, 
tantôt un âne, tantôt un cheval écorché. Cependant il ne tarda 
pas à guérir [4858]. 

Je n'en finirais pas si je voulais vous conter la guerre de 
GeofTroi de Lusignan et du roi. Qu'il suffise de dire que la reine 
(Aliénor) donna, quand elle le put, des otages pour le Maré- 
chal, qui avait tant souffert prisonnier. Quand il eut été délivré 
et livré à la reine, il se trouva bien heureux. La reine, en 
femme vaillante et courtoise qu'elle était, lui fit donner che- 
vaux, armes et deniers et riches vêtements. Lui de son côté ne 
se laissa pas aller à la paresse, mais il se rendit en divers pays 
pour chercher aventure. Souvent il s'en revenait riche, mais il 
n'était pas avare, et il savait si bien dépenser ce qu'il avait 
gagné^ que tous ceux qui venaient à lui se tenaient pour satis- 
faits. Sa prouesse, sa valeur, sa largesse grandirent tellement 
que rois, reines, ducs, comtes l'avaient en grande estime 
[4904]. 

Vers ce temps, le roi, ayant terminé sa guerre en Poitou, revint 
en Angleterre 2. Il fît couronner son fils [Henri] à Londres^. Je 
ne parlerai ni de ses barons qui assistèrent au couronnement, 
ni des dons qui furent distribués en ce jour, car ce n'est pas de 

1. Jeter la pierre on, comme on disait aussi, « ruer la pierre » était 
un jeu sur lequel les témoignages abondent (voy. Doon de Mayence, 
p. 283-4; Charles le Chauve, dans Hist. littéraire, XXVI, 102). Plus tard, 
en Angleterre, on se plaisait à jeter une barre ou un marteau (voy. 
J. Slrutt, Sports and pastimes of the people of England, liv. II, ch. ii, 
p. 75 de l'édition de 1834). 

2. Dans les tournois. 

3. Le roi Henri II débarqua à Portsmouth le 3 mars 1170, après avoir 
passé quatre ans sur le continent (Ey ton, p. 135). A ce moment la guerre 
de Poitou était terminée depuis deux ans. 

4. Le couronnement du fils aîné de Henri II eut lieu à Westminster, 
le 14 juin 1170 (Eyton, p. 138). 



1170] LE JEUNE ROI EST CONFIÉ A SA GARDE. 29 

mon sujet. Je dirai seulement que le roi n'eut pas une heu- 
reuse idée lorsqu'il contraignit ses barons à prêter hommage à 
son ûh*. Il vint un jour où volontiers il eût défait ce qu'il 
avait fait. Mais souvent on fait chose dont on se repent. Nul ne 
sait ce qui lui pend à l'œil [^934]. 

Le roi choisit à son fils pour compagnons les chevaliers les 
plus éprouvés du royaume, entre autres le Maréchal, qu^il char- 
gea spécialement de le garder et de le former^. Le jeune roi criit 
rapidement en prix et en honneur. Il fut réputé le plus beau 
entre tous les princes chrétiens ou païens. En ce temps, il n'y 
avait point de guerre. Guillaume mena le jeune roi en mainte 
terre, là où il y avait des tournois, et lui apprit le métier des 
armes. On voyagea beaucoup ef on dépensa de même. Quand 
le jeune prince se vit sans argent, il le fit savoir à son père. 
Celui-ci trouva que son fils était trop dépensier. Il ne manqua 
pas de gens pour dire au roi que son fils, mal dirigé par les 
gens de son entourage, finirait par le ruiner. Henri II crut les 
mauvaises langues qui abondent dans les cours et manda à 
son fils qu'il ne pouvait subvenir plus longtemps à ses lar- 
gesses. Le jeune roi fut très surpris. Plusieurs lui conseillèrent 
de se déclarer contre son père et de le contraindre par la force 
à lui accorder ce qu'il demandait. D'autres essayèrent de l'en 
détourner, lui remontrant que ce serait mal. Le diable suscita 
des paroles amères entre le fils et le père, si bien qu'ils se 
brouillèrent. La guerre s'ensuivit, dont maints gentilshommes 
moururent, maints châteaux et maintes terres furent ruinés^ 
[20^6]. 

1. • In crastino aulem hujus consecrationis fecit rex Wlllelmum regem 
Scotiœ et David fratrem suum et omnes comités et barones et francos 
tenentes regni sui devenire homines novi régis filii sui, et fecit eos super 
sanclorum relliquias jurare illi ligantias et (idelitates contra omnes homi- 
nes, saiva lidelitate sua » (Ben. Peterb., I, 6). 

2. On peut dresser une liste approximative des chevaliers qui formaient 
l'entourage habituel du jeune roi en relevant les noms des témoins qui 
figurent ordinairement dans les chartes en petit nombre que nous avons 
de lui. On trouvera ce relevé dans l'introduction. 

3. La cause première de la brouille paraît avoir été celle-ci : le roi 
Henri, ayant (lancé son troisième (ils, Jean, à la (ille du comte de Mau- 



30 BROUILLE ENTRE HENRI 11 ET SON FILS. [1173 

Un grand nombre de comtes el de barons se rallièrent au 
jeune roi, dont ils étaient les hommes liges. Henri II cependant 
chevaucha, avec une armée nombreuse, contre son fils et vint à 
Tours. Là il apprit qui étaient ceux qui avaient pris le parti de 
son flls<. De Bayonne à Chinon, il n'y avait haut homme qui ne 
fût du nombre. Le roi en fut très irrité et demanda où était 
son fils. On lui répondit qu'il était vers la frontière d'Anjou, 
soit à Vendôme, soit à Troo^ [2036]. 

Lorsque le jeune roi apprit que son père venait pour le sur- 
prendre et qu'il allait l'assiéger 3, il prit conseil de ses hommes. 
Les lâches conseillèrent la fuite, les prud'hommes furent d'un 
avis contraire. Ils remontrèrent qu'il serait honteux de battre 
en retraite sans s'être défendus. Tous se tinrent à ce conseil. 
On invite ensuite le jeune roi à se faire armer chevalier. Il y 
consentit, disant qu'il choisirait pour lui ceindre Tépée le meilleur 

Tienne, voulut lui donner certains fiefs situés en Anjou, ce à quoi le jeune 
roi s'opposa, supportant avec peine, dit Benoit de Peterborough (Stubbs, 
I, 41), que son père ne lui eiit concédé aucune terre en propre. Il lui 
avait en effet demandé, par le conseil du roi de France, soit la Norman- 
die, soit l'Angleterre, soit l'Anjou, et, n'ayant pu obtenir cette concession, 
il cherchait depuis lors l'occasion de se séparer de son père (cf. Miss 
K. Norgate, England under the Angevin Kings, II, 131 et suiv.). 

1. Benoit de Peterborough (Stubbs, I, 45-6} donne la liste de ceux qui 
avaient embrassé la cause du jeune roi et qu'il qualifie de traîtres. Parmi 
eux figure a Willelmus Marescallus. » 

2. Arr. de Vendôme, cant. de Montoire. Ce que nous savons des mou- 
vements du jeune roi à cette époque est résumé et discuté par Miss Nor- 
gate (II, 134, note). Nous savons que le 20 mars le jeune roi était à 
Chinon. 

3. Le poète nous dira plus loin que cette poursuite n*eut pas lieu 
(v. 2108). Du reste, B. de Peterborough ne fait aucune mention d'un 
séjour du roi Henri II à Tours ni de l'intention qui lui est ici prêtée de 
venir assiéger son fils. Il dit seulement (I, 45) que le roi venait de tenir 
cour à Alençon lorsque la révolte éclata. D'après l'itinéraire dressé par 
M. Eyton, la succession des séjours du roi d'Angleterre est celle-ci ; 
8 avril (1173), Alençon; avril à juillet, Rouen (sauf peut-être un court 
voyage en Angleterre); 6 août, Couches; 8 août, Breteuil (Eure); 9 août, 
Verneuii (Eure); 10 août, Damville (Eure); le reste du mois, Rouen, 
Tinchebrai (Orne); Dol (Ille-et^ Vilaine); septembre, le Mans et Gisors; 
novembre, Anjou ; 30 novembre, le roi prend Vendôme ; 25 décembre, le 
roi tient sa cour à Caen. 



1173] LE JEUNE ROI ARMÉ CHEVALIER PAR LE MARÉCHAL. 31 

chevalier qui onques fût. Lorsque l'épée lui eut été apportée, il 
la présenta au Maréchal, lui disant : « Beau sire, je veux rece- 
« voir cet honneur de Dieu et de vous. » Le Maréchal lui cei- 
gnit l'épée de grand cœur et le baisa, priant Dieu de le main- 
tenir en grande prouesse et en honneur, comme il fit en effet 
[2096]. 

Seigneurs, tel fut le grand honneur que Dieu fit en ce jour au 
Maréchal. En présence de comtes, de barons, de chevaliers por- 
tant les plus hauts noms, il ceignit l'épée au roi d'Angleterre ^ 
Et pourtant il ne possédait pas un sillon de terre ni rien autre 
que sa chevalerie. Beaucoup en conçurent de l'envie, mais ils 
n^osèrent pas le manifester. Cependant le père ne se montra 
pas. Le fils alla trouver le roi de France et lui mit sous les yeux 
sa misère, comme il avait déjà fait auparavant. Je vous expli- 
querai comment il fut roi avant d'être chevalier. Le père, vou- 
lant honorer son fils, aurait désiré que le roi de France le fit 
chevalier. Quand le roi de France connut rembarras où se 
trouvait le jeune Henri, il lui envoya plusieurs des plus renom- 
més chevaliers français^, entre autres le preux comte de Cler- 
mont3, Pierre de Gourtenai, le frère du roi de France '*, le bon 

1. Nous n'ayons aucun autre témoignage sur les circonstances dans 
lesquelles le jeune roi fut armé che^ralier. 

2. Comme il a été dit dans la note sur le v. 2122 (t. i;, l'explication qu'on 
attend semble incomplète. On ne nous dit pas pourquoi le roi de France 
n'a pas armé chevalier le fils du roi d'Angleterre. La raison est probable- 
ment que l'adoubement eut lieu à l'iraproviste et pour ainsi dire sous 
le coup de la nécessité, puisqu'on s'attendait à une attaque de la part 
de Henri IL Mais le récit du poète est mal disposé. Il semble, à pre- 
mière lecture, que le jeune Henri se soit rendu auprès du roi Louis VII 
après son adoubement, et on verra au contraire que celte visite doit 
avoir eu lieu avant, puisque les chevaliers envoyés par le roi de France, 
à la suite de l'entrevue du jeune roi et de Louis VII, étaient présents ^ 
la cérémonie de l'adoubement et conçurent de l'envie en voyant le Maré- 
chal conférer la chevalerie au jeune roi. 

3. Raoul, comte de Clermont, connétable de France, mort à Sainl-Jean- 
d'Acre en 1191; voy. Lépinois, Recherches sur l'ancien comté et les comtes 
de Clermont en Beauvoisis, p. 335-53; Luçay, Le comte de Clermont en 
Beauvaisis (1878), p. 18-28. 

4. Le plus jeune des frères de Louis VII. 



32 TRAIT DU COMTE DE NANTES. [1173 

Rarrois * , le seigneur de Montmorency ' [2i 39] . 11 serai t fastidieux 
de les nommer tous, mais je veux vous dire pourquoi j'ai fait 
mention ici de ces chevaliers d'élite qui furent présents à la 
chevalerie du jeune roi : c'est parce qu'ils envièrent au Maréchal 
rhonneur qui lui fut fait en ce jour [21 30]. 

Mais je m'aperçois que j'ai oublié de vous conter un trait du 
comte de Nantes^, qui avait tant de bonnes qualités. Quand la 

1. II s'agit de Guillaume II des Barres, mentionné plus loin avec son fils, 
qai portait le même nom, comme celui < qui par bien faire, sanz dotance, 
Sormonta loz les boens de France » (?. 4501-2). Il est appelé en divers 
textes « le Barrois » tout court, p. ex. dans la Chronique du ménestrel 
de Reims (éd. de Wailly, gg58, 100, 109, 114), Barrensis egues ou baro 
dans la Phillppide de Guillaume le Breton. Il mourut en 1233, et on a 
publié le rouleau qui fut, après son décès, envoyé à de nombreuses 
églises par les religieuses de Fontaines-les-Nonnains, diocèse de Meaux 
(Grésy, Étude historique et paléographique sur le rouleau mortuaire 
de Guillaume des Barres. Paris, 1865, in-fol.; Delisle, Rouleaux des morts 
du IX' au XV' siècle, p. 407-420). Il prit part aux guerres de Philippe- 
Auguste contre Henri II et contre son fils Richard. Il se distingua à la 
troisième croisade et surtout à Bouvines (Guillaume le Breton, Philip- 
pide, XI, passim). Il ne faut pas toutefois, comme l'ont fait certains éru- 
dits, lui attribuer les exploits de son fils. C'est celui-ci, né après 1181 et 
mort après 1248, qui, à la bataille de Muret (1213), commandait en second, 
sous Simon de Montfort, son frère utérin, la petite armée des croisés 
(voy. mon édition de la Chanson de la croisade contre les Albigeois, II, 
163, note 5). L'histoire de ces deux personnages a été retracée dans la 
Notice généalogique sur Jean des Barres de M. Grésy {Mém. de la Soc. 
des Antiquaires de France, nouv. série, X, 227 et suiv.). — Le surnom 
a des Barres » parait tirer son origine d'un fief ainsi nommé ayant fait 
partie de la paroisse de Charny, Seine-et-Marne; voy, Longnon, Livre 
des vassaux, p. 353. 

2. Bouchard V, mort en 1189; Du Chesne, Hist. delà maison de Mont- 
morency, p. 113 et suiv.; Art de vérifier les dates, II, 64G. 

3. Ce personnage, appelé plus loin (v. 2198) « comte de Bretagne, » est 
Eude, vicomte de Porhoet, qui avait épousé la fille de Conan III (dit te 
Gros), duc de Bretagne, et qui fut efifectivement duc de Bretagne de 1148 
à 1156, après la mort de son beau-père. Il est qualifié de cornes par 
R. de Torigni (éd. Delisle, II, 42), et prend en diverses chartes le môme 
titre et aussi celui de c dux Britannorum, » ou « dux Britanniae » (R. de 
Torigni, l. L, note 4; A. de la Borderie, Recueil d'actes inédits des ducs 
et princes de Bretagne, n" 45, 46). Nous savons par R. de Torigni {l. L) 
qu'il était du parti opposé à Henri II, avec qui il avait en antérieure- 



1173] LES PARTISANS DU JEUNE ROI SONT RUINÉS. 33 

nouvelle se fut répandue que le roi s^avançaiL contre son fils, 
chacun, ne voulant pas se laisser surprendre, s'empressa de 
s'armer. Mais le bon comte se mit en selle tout désarmé, et, sans 
aide de personne, endossa son haubert. On lui demanda pourquoi 
il ne s'était pas armé avant de monter : « C'est que, » dit-il, 
a celui qui, en cas de surprise, est revêtu de ses armes a plus de 
« chances d'être pris, si son cheval n'est pas tout près de lui, 
a que s'il est monté, et j'ai vu maint homme tué ou fait prison- 
« nier en ces circonstances » [2^87]. 

Je reviens à ma matière. La guerre du fils et du père fut si 
cruelle et si désastreuse que les partisans du jeune roi en furent 
honnis : ils y perdirent leurs héritages. Maints châteaux, maintes 
cités furent ruinés, maints prud'hommes qui n'y étaient pour 
rien furent par suite tués, exilés ou réduits à la misère pour 
cette maudite faction. On voit encore en plusieurs lieux les 
traces de la guerre. En Normandie, en Angleterre ^ en Anjou, 
en Poitou, dans le Maine, dans le duché d'Aquitaine, il y a des 
châteaux ruinés qui ne furent et ne seront jamais relevés. Ainsi 
passe l'orgueil du monde [2222]. 

Le fils eut Tappui du roi de France, et néanmoins ni lui ni 
ses partisans ne réussirent à gagner plein pied de terre sur le 
roi d'Angleterre. Il y eut beaucoup de paroles orgueilleuses et 
de vanteries, mais à la fin les partisans du jeune roi se trou- 
vèrent en si mauvais point que, pour la plupart, ils n'auraient 
pas eu de quoi donner à un mendiant. Ils firent des dettes qu'ils 
ne purent payer. Quand Targent manque, l'orgueil tombe. Qui 
s'est élevé par la richesse est honni quand il devient pauvre. 
Bientôt il leur fallut engager ou vendre leurs armes, leurs che- 
vaux, leurs bêtes de somme. Ils n'avaient pas d'autre ressource, 
et ils n'auraient pas trouvé un ami pour leur donner asile une 
seule nuit. Et sachez que les plus hauts barons de France leur 
tournaient le dos, gagnés par le roi d'Angleterre, qui leur 

menl de graves démôlés (voy. Eyton, Court, household and ilinerary of 
Henry 11, p. 113, n. 5, et p. 157, n. 1). 

l. L'auteur fait allusion à la guerre que les Anglais restés fidèles A 
Henri II eurent à soutenir contre le roi d'Ecosse Guillaume le Lion et 
contre les partisans du jeune roi, notamment contre Hugues Bigot, comte 
de Norfolk. 

III 3 



34 PHILIPPE-AUGUSTE ABANDONNE LE JEUNE ROI. [1174 

oignait les paumes ^ Nous avons su el vu nous-mêmes que le 
roi de France, sur qui le fils comptait, finit par se lasser de tant 
de dépenses, et ne voulut plus s'engager autant qu'il avait 
fait. Les oreilles lui en cornèrent, car il ne manquait pas de 
gens pour lui reprocher son entreprise. 11 avait assiégé Rouen, 
mais sans succès [2290]. 11 avait été à Verneuil, mais n'en avait 
obtenu ni hommage ni aucun avantage 2. On lui remontra que 
cette guerre était sans profit pour personne et qu'il n'y pouvait 
gagner que le blâme. 11 consentit, d'accord avec le jeune roi, 
à faire à Henri II des ouvertures de paix. On envoya donc au 
vieux roi l'archevêque de Reims, accompagné d'un évéque, d'un 
abbé et d'un templier^. Ces sages personnes trouvèrent le roi 
d'Angleterre entre Conches et Verneuil [2327]. Après échange de 
salutations, ils exposèrent brièvement leur message. « Mais, » 
dit le roi, « qui réparera les dommages qu'on m'a causés 
« dans cette guerre? — Sire, vous ne devez pas faire sentir 
« votre colère à votre fils ni à ceux qui étaient avec lui, mais 

1. C'est ce que dit Robert de Torigai : < Rex autera Uenricus senior, 
qui muitos de baronibus FraaciâB obérâtes habebat, et magais obsequiis et 
donis eos sibi i'ainiliares i'ecerat... » (1174, éd. Delisle, 11, 50). 

2. La succession des faits n'est pas rigoureusement observée. C'est en 
juillet 1174 que le roi de France assiégea Rouen. li fut contraint de lever 
le siège le 14 août suivant (Ben. de Pelerb., éd. Stubbs, I, 74-75 ; la date du 
il août adoptée par Ëyton, p. 184, est peu vraisemblable). Le siège de 
Verneuil (cb.-l. de cant. de l'arr. d'Ëvreux) eut lieu une année plus tôt. 
Il fut mis après le 24 juin 1173, selon Robert de Torigni (éd. Delisle, H, 
39); vers le G juillet, selon Ben. de Peterborough (éd. Stubbs, 1, 49). Ce 
dernier raconte en détail comment Verneuil fut occupé et incendié par 
Louis Vif, qui fut bientôt obligé de battre en retraite devant le roi d'An- 
gleterre (voy. notamment p. 53-54). — On remarquera que l'auteur ne dit 
rien de la prise de Neufcbàtel par le jeune roi et par ses frères, aidés du 
comte de Flandres et du comte de Boulogne. Cette affaire, qui eut lieu en 
juillet 1173, a été contée plus baut, v. 815-1106, d'une façon aussi inexacte 
que confuse et tout à fait hors de sa place chronologique. Voy. ci-dessus, 
p. 16, noie 2. 

3. Le récit des négociations entre Henri II el le roi de France doit être 
accueilli avec réserve. Selon B. de Peterborough, les envoyés de Louis VII 
auraient été i'archevéque de Sens et Thibaut de Blois. 11 y aurait eu une 
première entrevue à Gisors, le 8 septembre 1174, et une seconde, à la lin 
du même moi», entre Tours et Amboise (éd. Stubbs, I, 76-77); cf. Eyton, 
p. 185; K. Norgate, I, 165. 



4174-75] LA PAIX EST RÉTABLIE. 35 

« le châtiment doit porter sur ceux qui l'ont conseillé. — Par 
« mon chef! ainsi sera-t-il, » reprit le roi; « eux et leurs héri- 
« tiers s^en ressentiront à tout jamais. » Je ne sais ce qui se 
passa dans le conseil ; toujours est-il que la paix fut faite, le 
fils rentrant en grâce auprès de son père^ 11 fut convenu que 
les partisans du jeune roi seraient tenus quittes^. Ils étaient 
d'ailleurs ruinés 3. Ils pouvaient sans inconvénient plaider en 
cour, n'ayant plus rien à perdre. Ceux qui avaient fait naître 
la querelle purent bien se vanter d'avoir trouvé ce qu'ils cher- 
chaient. Dès lors ils furent mal vus en cour : on les y tenait à 
l'écart quand ils y avaient à faire [2384]. 

La guerre finie, le roi Henri revint en Angleterre avec son 
fils^. Pendant près d'un an-^ ils s'y reposèrent, passant le temps 
en plaids^, en chasses ou en tournois. Le jeune roi se lassa bien- 
tôt de cette vie. Lui et ses compagnons auraient préféré voyager. 
Long repos pour un jeune homme, c'est la honte ^. Il alla trou- 
ver son père et lui fit connaître son désir. Le roi l'approuva, lui 

1. D'après R. de Torigni, la réconcllialion eut lieu vers Pâques (15 avril) 
1175 (éd. Delisle, II, 55); mais elle est cerlaioement antérieure. B. de 
Peterborough la place au 30 sept. 1174 (éd. Stubbs, II, 77-78); voir Eyton, 
p. 185. 

2. Cela est un peu vague. Le traité, inséré dans la Chronique de B. de 
Peterborough (voy. I, 79), détermine avec précision les divers cas dans 
lesquels pouvaient se trouver les partisans du jeune roi. 

3. Une chronique française des rois d'Angleterre, que j'ai publiée il y a 
quelques années, dit que, le roi de France s'étant entremis pour la paix, 
Henri II pardonna à son iils, < mes il abati les mesons et les chasleus 
et trencba les bois a cels par qui il avoit si fetement esré contre son 
père » {lyotices et extraits des mss., XXXII, 2* partie, p. 71). 

4. Ce ne fut pas sans peine que le jeune roi se décida (avril 1 175) à 
revenir auprès de son père : voy. B. de Peterborough, I, 82. 

5. Henri II et son hls le jeune roi s'embarquèrent à Barlleur le 8 ou le 
y mai 1175, et c'est le 19 avril de l'année suivante que le jeune Henri s'em- 
barqua à Porchester pour la Normandie (Eyton, p. 190 et 202). 

G. Ici et en quelques autres passages (voir le vocabulaire aux mots plai- 
delces^ plaid{e\ierf plaidier) le verbe plaidier paraît être un terme 
spécial s'appliquant à des tournois réglés par des conditions qui en dimi- 
nuaient les dangers et aussi l'intérêt. 
7. Lonc sejor honist giemble homme (v. 2402). 

C'est à l'idée qu'exprime le hls de l'empereur de Constantinople dans 
OUgès : 

Ne s'acordent pas bien ansanble 

Repus et los, si com moi sanble (vv. 157-8). 



36 LE JEUNE ROI SE REND EN FLANDRE. [1176 

donna congé, et le recommanda toutparliculièrement à Guillaume 
le Maréchal. Le jeune roi et sa suite se dirigèrent vers Douvres et, 
s'étant embarqués, abordèrent à Wissant* [2438]. Ils y passèrent 
la nuit et s'informèrent du comte de Flandre. On leur dit qu'il 
étaità Arras. Jls l'y trouvèrent en efifet. Le comte fit bon accueil 
au jeune roi, comme il convenait, puisqu'ils étaient cousins*. 
Il le mena par ses châteaux, par ses cités, et lui fit rendre des 
honneurs royaux. Ils apprirent alors qu'il devait y avoir un 
grand tournoi entre Gournai et Ressons^ [2473]. Le jeune roi fut 
heureux de cette nouvelle et dit que, s'il pouvait se procurer des 
armes et des chevaux, il se rendrait volontiers à ce tournoi. Le 
comte lui ditqu'il se ferait un plaisir de lui fournir ce qui serait 
nécessaire*. Quand le roi arriva au lieu du tournoi, il était si 
richement équipé qu'on aurait eu peine à apprécier la valeur de 
son armure et de son attirail. Et sachez qu'il n'avait pas l'air 
emprunté [2496]. 
De notre côté, les pelotons se tinrent serrés en bataille; ceux 

'.*i.' Arr. de Boulogne, cant. de Marquise. C'était le port le plus fréquenté 
pour aller de France en Angleterre et réciproquement. Voy. la XXVII» dis- 
sertation de Du Cange sur l'Histoire de saint Louis. 

2. Philippe d'Alsace, comte de Flandre (tll91), était ûls de Sibile d'Anjou, 
fille de Foulque V d'Anjou, aïeul de Henri II. — Les historiens ne font 
aucune mention précise d'une visite du jeune roi au comte de Flandre. 
Toutefois, Gautier Map, écrivain contemporain, fournit incidemment un 
témoignage intéressant. Il nous dit qu'avant d'avoir atteint sa vingtième 
année, c'est-à-dire avant 1176, il s'était rendu auprès du comte de Flandre, 
se mettant en quelque sorte sous sa direction. Voici le texte : t Ante- 
quara esset annorum xx", matrem nostram et suam Angliam eiivit, seque 
Philippo Flandrensium comiti... dédit, quatinus instrui mereretur ab ipso, 
ipsumquc prœlegit dominum ; nec injuste, quoniam omnium hujus tem- 
poris principum, excepto nostro (Henri II), strenuissimus est armis et 
regimine » {De nugis curialium, p. 138 de l'édition donnée par la Cam- 
den Society). Ce séjour en Flandres doit en efifet avoir eu lieu à l'époque 
indiquée par Gautier Map, car, en mai 1177, Philippe de Flandre partit 
pour la Palestine (B. de Peterb., I, 159). — D'une manière plus générale, 
Philippe Mousket dit, en parlant du jeune roi : c Si venoit touraoier en 
Flandres » (v. 18863). 

3. Ressons, arr. de Compiègne, ch.-l. du canton dans lequel est situé 
Gournai. 

4. On peut rappeler à ce propos que le comte Philippe de Flandre 
avait la réputation d'être très généreux : t ... plus qu'Alixandre | Fu 
larges et preus et hardis, » noas dit Ph. Mousket (v. 19267-8}. 



H76] ACCOMPAGNÉ DU MARÉCHAL IL COURT LES TOURNOIS. 37 

du côté opposé, au contraire, dédaigneux de se former, vinrent en 
désordre jusque sur la bataille du jeune roi. Ils furent reçus chau- 
dement : il y eut échange de coups de massues et d'épées, et les 
assaillants, qui avaient attaqué orgueilleusement, sans se tenir 
ensemble, furent repoussés. Le Maréchal, laissant le roi, se jeta 
sur un peloton qui se retirait au pas, et, frappant dans le tas, désar- 
çonna un chevalier -, puis il reconduisit les autres à grands coups. 
Toutefois, une troupe fondit sur lui et Tobligea de se rabattre 
sur la bataille du jeune roi, qui lui fit des reproches de l'avoir 
quitté, a Sire, » reprit le Maréchal, « je ne savais pas que vous 
a vouliez être meilleur chevalier que vos ancêtres. Puisque c^est 
a à cela que vous visez,. désormais je m'efforcerai de vous y 
« aider » [2562]. 

Le jeune roi erra bien ainsi un an et demi avec sa suite, mais 
il eut cette mauvaise chance que dans tous les tournois auxquels 
il prit part il eut le dessous, et que ses hommes furent battus et 
repoussés. Pourtant il avait une troupe choisie et désireuse de 
bien faire. Tout le monde s'en étonnait. Un jour ils arrivèrent 
en un lieu où Normands et Anglais étaient groupés pour tour- 
noier contre les Français. Ces derniers les regardèrent et mani- 
festèrent grande joie, comme s'ils les tenaient déjà. Les hommes 
du jeune roi tinrent conseil et résolurent de se bien défendre. 
D'avance, dans leurs logis, les Français se partageaient les 
harnais et les esterlins des Anglais. Mais ils ne les avaient pas 
encore [2606]. Le Maréchal se tenait aux côtés du jeune roi, prêta 
le défendre, de sorte que, par crainte des grands coups qu'il 
savait donner, personne n'osait approcher. Cette fois, les 
hommes du jeune roi ne perdirent rien, mais gagnèrent sur 
leurs adversaires. Et depuis lors il en fut de même dans toutes 
les rencontres. Le Maréchal eut la récompense que méritait son 
courage. U devint sire et maître de son seigneur. Et c'était bien 
légitime, puisqu'il relevait dans la prouesse [2636]. 

Ce fut le jeune roi qui raviva la chevalerie, qui était morte 
ou peu s'en faut. Il fut Phuis, l'entrée, la porte par où elle 
revint-, il fut son porte -bannière. En ce temps, les hauts 
hommes ne faisaient rien pour les jeunes gens ; il donna 
l'exemple de retenir à soi les bons. Et, quand les hauts hommes 
le virent s'attacher tous les bons, ils admirèrent sa sagesse, et 



38 LE JEUNE ROI RELÈVE LA CHEVALERIE. [1176-80 

se mirent à son exemple à retenir les bons chevaliers pour 
remettre en son droit point chevalerie qui n'y était plus. Le comte 
de Flandre [2667] fit do même, et ainsi on donnait aux jeune» 
hommes vaillants des chevaux, des armes, de l'argent, des terres, 
de bons revenus. Acluellement, au contraire, les hauts hommes 
nous ont de nouveau emprisonné chevalerie et largesse, si bien 
que la vie de chevalier errant et les tournois sont abandonnés 
pour les plaids. Mais, s'il plait à Dieu, le roi Henri < redonnera 
au monde la joie et le rire [2695]. Puisse Dieu confondre ceux qui 
lui donnèrent mauvais conseils ! C'est par lui que nous espérons 
retirer largesse de sa prison. Et Dieu nous donne de voir se 
réaliser les prophéties de Merlin annonçant ce qui devait avenir 
des rois d'Angleterre, ainsi que je le trouve écrit dans le Brut^, 
Dieu veuille que le roi d'Angleterre recouvre la terre quMl doit 
avoir et qui a été vendue par trahison 3. Mais, s'il plaît à Dieu, 
elle ne sera pas perdue [27^2]. 

Revenons maintenant à notre histoire. Parlons encore du comte 
Philippe de Flandre, qui, par son sens, s'élevait au-dessus de 
tous ses contemporains. Toutes les fois que le jeune roi entrait 
en un tournoi avec une troupe nombreuse rangée sous sa ban- 
nière, le comte se tenait à l'écart, attendant que les combattants 
fussent lassés et en désordre. Quand il voyait son avantage, il 
se jetait à la traverse. Là il y avait maint chevalier abattu, pris 
ou fait prisonnier sur parole. C'est ainsi qu'il servait le roi. 
Celui-ci s'en aperçut. Un jour, il feignit de ne pas prendre part 
au tournoi. Puis, quand on s'y attendait le moins, il s'écria : 



1. Henri III. Le poète composait vers 1225. 

2. Allusion à quelqu'une des prophéties contenues dans le livre VII de 
Vffistoria Brittonum de Geofi'roi de Monmouth. Ce ne doit pas être celle 
qu'avait en vue Mathieu de Paris, qui identifie Henri III avec le < Lynx 
penetrans omnia, quœ ruinde propriœ gentis imminebit. Fer iilam enim 
utraraque insulam amittet Neustria et pristina dignitate spoliabilur » 
{Chron. maj., éd. Luard, I, 208; cf. IV, 511 ; V, 451). Notre auteur doit 
avoir choisi quelque prophétie plus favorable, par exemple celles qui font 
suite au passage cité, où on lit des passages tels que celui-ci : c Pax erit 
in tempore suo, et ubertate glebcB multiplicabuntur segetes » (liv. VU, 
ch. m). 

3. Allusion aux pertes territoriales de la couronne d'Angleterre sous 
Jean Sans-Terre. 



1176-80J TOURNOI ENTRE ANET ET SOREL. 39 

« A eux ! Dieu aide ! » et les royaux coururent sus aux gens du 
comte de Flandre. Ceux-ci ne purent se défendre et n'osèrent 
pas les attendre. On vit alors gonfanons et bannières choir dans 
la boue et maints chevaux fuir à l'aventure. C'est ainsi que les 
royaux les mirent en fuite, faisant beaucoup de gain^ Cette 
attaque fut faite par le conseil du Maréchal. Depuis lors, le jeune 
roi eut toujours recours à cette ruse [2772]. 

Ensuite, un tournoi eut lieu entre Anet et SoreP. Il n^y eut 
chevalier errant, pourvu quMl en fût informé, qui ne se mît en 
devoir d'y venir. Tous les chevaliers de France, de Flandre, de 
Brie, de Champagne, s'y rendirent^ d'autre part, les Normands 
avec les Bretons, les Anglais, les Manceaux, les Angevins et 
aussi les Poitevins avec leur seigneur le jeune roi, qui avait 
su leur inspirer une telle confiance quMls ne redoutaient per- 
sonne. Les Français vinrent en grand désordre et avec tant 
d'impétuosité que leurs pelotons s'entre-heurtèrent. Les royaux, 
à ce moment, les chargèrent si durement qu'ils percèrent leur 
ligne. Quand la bataille du roi arriva, ils étaient déjà en fuite. 
La poursuite fut si vive que le roi resta seul en arrière avec le 
Maréchal. Ils trouvèrent dans une rue monseigneur Simon de 
Neauphle^, qui leur barrait le passage avec trois cents sergents 
de pied armés d'arcs, de piques, de guisarmes [2834]. « Nous 
a n'y passerons pas, » dit le roi, « et il ne faut pas songer à 
a revenir sur nos pas. — 11 n'y a qu'à leur courir sus, » répon- 
dit le Maréchal. Les sergents, les voyant arriver, ouvrirent leurs 
rangs, n'osant pas les attendre, et le Maréchal saisit Simon par 
la bride. Il l'emmena, le roi le suivant par derrière. Le Maréchal 
ne regardait pas derrière lui, quand, une gouttière basse s'étant 
trouvée sur le passage, le chevalier s'y tint suspendu. Le roi le 

1. Gagner est l'expression habituelle pour « prendre des chevaux dans 
un tournoi. » Chevaliers prent, chevaus gaaingne est un vers qu'on lit 
en plus d'une description de tournois (voy. Flamenca^ note du v. 1696). 

2. Anet, ch.-l. de cant. de l'arr. de Dreux; Sorel-Moussel, cant. d'Anet. 

3. Neauphle-le-ChÂteau, arr. de Rambouillet, cant. de Muntfort- 
l'Amaury. Les seigneurs de Neauphie iM)rlenl tous le nom de Simon. 
Celui dont il s'agit ici est vraisemblablement le « Simon dominus Nielfe » 
dont un acte scellé, des environs de l'an 1180, ligure dans le cartulaircde 
l'abbaye des Vaux-tle-Cernai, n° LVlll de l'édition de MM. L. Merlet et 
A. Moutié, ou peut-être son père. 



40 TOURNOI A PLEURS. [1176-80 

vil, mais ne dit mot. Le Maréchal arriva au lieu où étaient les 
bagages, tenant toujours en main le cheval. « Prenez ce cheva- 
« lier, » dit-il à un écuyer. « Quel chevalier? » fit le roi. « Quel 
« chevalier? mais celui que je mène. — Mais vous ne l'avez 
« pas. — Où donc est-il ? — Il est resté pendant à une gout- 
« tière. » Le Maréchal se retourna et rit beaucoup de ce bon tour. 
On en parla longtemps [2874]. 

Peu après, on annonça un tournoi à Pleurs*. Le jeune roi n'y 
alla pas, à cause de la distance, mais, avec sa permission, le 
Maréchal s'y rendit, accompagné d'un seul chevalier. Parmi les 
hauts hommes qui assistèrent à ce tournoi, on cite le duc de 
Bourgogne^, Philippe, le bon comte de Flandre 3, les comtes de 
Clermont et de Beaumont '*, Jacques d'Avesnes*, le comte Thi- 
baut ^ le bon Bar^ois^ Gui de GhâtillonS [2921]. Du reste, il n'y 
eut, en toute France, en Flandres, dans les Pays-Bas, homme dési- 
reux de gagner le prix des armes qui ne se fût rendu à ce tour- 
noi. Le pays fourmillait de monde. C'est là que vous auriez vu 
éperonner par la campagne des chevaux de Lombardie et de 
Sicile! On aurait peine à décrire les riches armures des cheva- 
liers des deux parties [2940]. 

Le Maréchal excita l'admiration de tous par la force et l'adresse 



1. Dans le texte, Pleiere, en latin Plaiotrum (Longnon, Dictionnaire 
topographique de la Marne)^ Pleurs, qu'on devrait écrire Pleure, forme 
usitée anciennement, est une comro. de l'arr. d'Ëpernay, cant. de Sézanne. 

2. Hugues III, de 1162 à 1193. 

3. Voy. ci-dessus, p. 36, note 2. 

4. Raoul I", comte de Clermont, f 1191 (voy. ci-dessus, p. 31, note 3), 
et Mathieu III, de 1 174 à 1208. 

5. Ce seigneur est surtout connu par la guerre qu'il eut à soutenir en 
1174 contre le comte de Flandre Philippe, avec qui, du reste, il se récon- 
cilia bientôt {Art de ver. les dates, III, 11). Il prit part à la troisième 
croisade, où il se distingua par sa vaillance. Il mourut en combattant 
(sept. 1191); voy. Ambroise, Hist. de la guerre sainte, v. 6637-67. 

6. Thibaut V, comte de Blois et de Chartres depuis 1152, sénéchal de 
France depuis 1154 (d'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Cham- 
pagne, III, 96-98), qui mourut à la croisade en 1191. 

7. Voy. ci-dessus, p. 32. 

8. Gui de Châtillon, seigneur de Monjay, second fils de Gui II de Châ- 
tillon (t vers 1170). Il mourut devant Acre en 1191. Voy. A. du Chesne, 
Hist. de la maison de Chastillon-sur-Marne, p. 40. 



1176-80] GRAND HONNEUR FAIT AU MARÉCHAL. 41 

qu'il déploya dans ce tournoi. Il ne se préoccupait pas de gain, 
mais, ce qui vaut mieux, il acquit honneur ^ [30'(2]. 

Tandis que les chevaliers étaient encore réunis, après le 
tournoi, les uns demandant des nouvelles de leurs parents ou 
amis qui avaient été faits prisonniers, les autres cherchant l'ar- 
gent de leur rançon ou des répondants, une dame de haut prix 
fit présenter un magnifique brochet au duc de Bourgogne. 
Celui-ci, pour honorer la dame, le fit porter au comte de 
Flandre qui à son tour l'envoya au comte de Glermont, lequel 
l'offrit au comte Thibaut [306-1]. Et ainsi chacun de ceux qui 
le recevaient l'adressait à un autre. Finalement le comte de 
Flandre, qui avait par- dessus tous le renom de courtoisie 
et de sagesse, proposa de l'adresser au plus preux des che- 
valiers, à Guillaume le Maréchal 2, ce qui fut accepté avec 
empressement. On députa deux chevaliers pour le lui présenter. 
Ils se mirent en route, un écuyer marchant devant eux avec le 
brochet. Ils le trouvèrent à la forge, la tête sur l'enclume, tan- 
dis que le forgeron, à Faide de ses tenailles et de ses marteaux, 
lui arrachait son heaume, faussé et enfoncé jusqu'au col. Quand 
le heaume eut été à grand'peine retiré, les chevaliers prirent la 
parole et présentèrent le brochet. Le Maréchal le reçut avec 
modestie, protestant qu'il devait cet honneur non à son mérite, 
mais à la bienveillance naturelle de ceux qui le lui avaient fait. 
Les deux chevaliers, ayant accompli leur mission, contèrent en 
quelle situation ils avaient trouvé le Maréchal, ce qui excita une 
grande admiration [3^64]. 

Cette histoire est difficile à conter. Personne n'aurait assez de 
mémoire pour la dire tout entière ; dix même n'en viendraient 
pas à bout. Pour moi, je ne m'en fais pas maître; je conte ce 
que j'en ai appris [3n3]. 

1. Celte idée, qui revient plus d'une fois dans le poème, est presque 
un lieu commun des descriptions de tournois. On lit dans Érec (éd. Fœrs- 
ter, ▼. 2215-8) : 

Erec ne voloit pas antandre 
A cheval n'a chevalier prandre, 
Mes a joster et a bien feire, 
Por ce que sa proesce apeire. 

2. Il y a dans le texte : « Or faisons du brochet un cygne, et envoyons 
le au plus digne. 1 C'est qu'en effet le cygne était, ainsi que le paon, 
considéré comme un oiseau noble. 



4Î TOURNOI A BU. [1176-80 

Il y eut à Eu, en Normandie, un riche tournoi, dont la nou- 
velle fut portée en France, en Hainaut, en Flandre, en Bour- 
gogne, en Poitou, en Touraine, en Anjou, en Normandie, en 
Bretagne. Les jeunes gens qui ambitionnaient le prix des armes 
s'y rendirent de toutes parts [3^94], 

Le jeune roi s'y trouva avec au moins cent des meilleurs che- 
valiers qu'on pût trouver. Il ne regardait point à la dépense 
quand il s'agissait d'un chevalier vaillant. Aussi avait-il, par sa 
largesse et ses autres qualités, surpassé tous les princes de son 
temps. Du côté opposé étaient les Français, les Bourguignons, 
les Flamands, les Hainuyers [32^2]. Au premier engagement, 
le Maréchal abattit Mathieu de Walincourt' et lui prit son che- 
val. Mathieu vint prier le jeune roi, qui s'armait, de le lui faire 
rendre. Le jeune roi, qui ne savait refuser personne, dit au 
Maréchal de le lui rendre; ce qu'il fit. Mais, dans la même 
journée, il le regagna [3238]. 

Ce grand tournoi eut lieu devant le château, près des lices. 
Le comte de Flandre avait par-devers lui, outre les chevaliers, 
de nombreux sergents qui eussent écrasé nos gens s'ils n'avaient 
eu leur refuge^ près d'eux et n'avaient su se bien garder. Mathieu 
de Walincourt s'y présenta de nouveau et y rencontra le Maré- 
chal, qui l'abattit à terre et lui reprit le cheval, qu'il gagna 
ainsi pour la seconde fois dans la même journée. Il rentra 
ensuite dans la mêlée. A la fin de la journée, ceux qui avaient 
gagné firent conduire leurs prises chez eux, et ceux qui avaient 
perdu cherchèrent des cautions ou donnèrent des gages [3300]. 

Une fois désarmés, les hauts hommes se groupèrent autour 
du jeune roi pour converser, selon l'usage. Survint Mathieu de 
Walincourt, qui dans ses deux rencontres avec le Maréchal avait 
eu le dessous. Ayant salué le roi, il le pria de lui faire rendre 
son cheval. Le roi, étonné, fait venir le Maréchal et lui reproche 
d'avoir tant tardé à lui obéir. « Sire, » dit le Maréchal, « je 
« lui ai rendu son cheval dès ce matin. — C'est vrai, » reprend 

t. Walincourt, arr. de Cambrai, cant. de Clari. Sur la famille de Walin- 
court, voy. Colliete, Mémoires pour servir à l'histoire de la province de 
Vermandois (Paris, 1771-2), H, 79 et suiv., et Éra. Molinier, Étude sur la 
vie d'Arnoul d'Audrehem, dans les Mémoires présentés à l'Acad. des 
inscr. et bellei4eitresy 2« série (Antiq. de la France), t. VJ, 1"^ partie, p. 6. 

2. Voy. p. 21, note 2. 



1176-80] LE MARÉCHAL S'ASSOCIE AVEC ROGER DE GAUGI. 43 

Mathieu, « mais depuis vous me l'avez repris et vous l'avez. — 
a Vous ne savez pas, » dit le Maréchal, « si je Pai encore ou si 
« je Tai donné. Mais vous serez récompensé de ce que vous 
« m'avez fait jadis à un tournoi. Vous aviez gagné sur moi un 
« cheval ^ De hauts hommes vous prièrent de me le rendre; 
« vous n'y consentîtes point. Actuellement je vous rends la 
a pareille. — Sire, » répondit Mathieu, « vous n'aviez pas encore la 
« réputation que vous avez maintenant. — Eh bien! si j'étais 
« alors méprisé, vous êtes maintenant en moindre prix qu'au- 
« trefois. D'après votre propre jugement, je ne dois pas vous 
« rendre votre cheval. » On rit beaucoup de cette repartie, et le 
Maréchal emmena son cheval [3366]. 

Ce ne fut pas tout : le même jour, le Maréchal prit de ses 
mains dix chevaliers et gagna douze chevaux, dont un (celui de 
Mathieu) par deux fois. A cette époque, un chevalier de la mes- 
nie du jeune roi, qu'on appelait Roger de Gaugi ^, lui demanda 
d'être son compagnon 3. C'était un homme preux, hardi, entre- 
prenant, adroit, mais un peu trop porté au gain. Le Maréchal, 
sachant qu'il était bon chevalier, lui accorda sa compagnie. 
Pendant deux ans ils coururent les tournois, faisant à eux deux 
plus de gain que six ou huit des autres. Je ne parle point en l'air -, 
je me fonde sur les écritures des clercs [3446]. W^igain, le clerc 
de la cuisine'* et d'autres ont prouvé par écrit qu'entre la Pen- 

1. Remarquons que le poète ne nous a rien dit de cet incident. 

2. Ce personnage est mentionné plus loin parmi les chevaliers flamands 
qui faisaient partie de la « mesnie » du jeune roi (v. 4583). — Il y a, dans 
les Rotuli litterarum patentium, I, 33 (1203), un sauf-conduit accordé 
par le roi à c Rogerius de Gaugi. » Il fut l'un des conseillers du roi Jean ; 
voy. plus loin la note sur le v. 13229. 

3. Le compagnonnage, ou, comme on disait autrefois, la compagnie, 
est une association entre deux personnes du même rang ou qui du moins 
le deviennent par l'eftet de l'alliance qu'ils ont contractée. M. J. Flacli a 
consacré plusieurs chapitres à cette sorte d'institution, qu'il rattache au 
comitat germanique, Les origines de l'ancienne France, II, 431 et suiv. 
(liv. m, chap. ii-viii). Ces chapitres avaient déjà paru partiellement, sous 
ce litre : le Compagnonnage dans les chansons de geste, dans les Études 
romanes dédiées à G. Paris (Paris, 1891), p. 140-180. 

4. Le jeune roi avait certainement un clerc de ce nom. On lit en ellet, 
dans un rôle de 1182 cité par Eytoa (p. 248) : < lu passagio episcopi de 
Sancto David et abbatis de Dereford et Wigani clerici régis filii régis, 
47 8. per brève régis. » — Sur l'office du clerc de la cuisine, on lit dans 



44 LE MARÉCHAL AU TOURNOI DE JOIGNI. [i 180 (?) 

tecôleet le carême* ils prirent cent trois chevaliers, sans parler 
des chevaux et des équipements que les comptables n'inscri- 
vaient pas [3424]. 

Peu après eut lieu un tournoi à Joigni. Ije jeune roi ne 8*y 
rendit point, mais le Maréchal y alla. Une fois arrivés, les che- 
valiers s'armèrent et se rendirent dans un lieu voisin de la ville, 
où ils mirent pied à terre en attendant leurs adversaires. La 
comtesse^, accompagnée de dames et de demoiselles, vint les y 
rejoindre. On se mit à danser au son d'une chanson que chanta 
le Maréchal. Lorsqu'il eut fini, un jeune ménestrel, nouvelle- 
ment fait héraut d'armes, se mit à chanter une chanson nou- 
velle, dont le refrain était : « Maréchal, donnez-moi un bon 
a cheval !» A ce moment, les plus pressés des chevaliers du parti 
opposé commençaient à arriver. Sans dire un mot à personne, le 
Maréchal sortit de la ronde, monta à cheval, et, s'étant dirigé 
vers eux, H désarçonna le premier quMl rencontra et donna son 
cheval au petit héraut. Gelui-ci revint à la danse en disant à 
tous : <t Voyez quel cheval ! c'est le Maréchal qui me l'a donné ! » 
Plusieurs s'en émerveillèrent, qui le croyaient encore dans la 
ronde. Tous, chevaliers et dames, dirent que c'était le plus bel 
exploit qu'on eût jamais vu dans un tournoi [3520]. 

Les chevaliers remirent le heaume et lacèrent la ventaille 
lorsquHls virent leurs adversaires s'avancer en ligne. Ils com- 
battirent en rangs serrés et eurent l'avantage. Le Maréchal eut 
le prix du tournoi, et il eut aussi sa part du gain, mais il la dis- 
tribua largement aux croisés et aux prisonniers, et tint pour 

Fleta, liv. Il, chap. xviii (!'• et 2« édit. de J. Selden, Londres, 1647 
et 1685, p. 80) : c OfQcium clerici coquiosB est deaarios recipere de gar- 
deroba pro officiis emptoris, poletriœ, salsariae, aulaB et camerœ et scu- 
telrise, et creditoribus satisfacere competenter. » 

1. Malheureusement on ne nous dit pas de quelle année. Ce devait être 
vers 1180. 

1. La date de ce tournoi ne nous étant pas connue, on peut hésiter entre 
Aelis, femme de Rainant (ou Rainarl) IV, comte de Joigny, lequel mourut 
au plus tard en 1179 {Art de vérifier les dates, II, 596), et une autre 
Aelis, femme de Guillaume I, successeur de Rainant, dès 1179 au moins. 
Cette dernière était fille de Pierre I de Courtenai et petite-fille du roi 
Louis VII. Elle eut deux fils de son époux et fut séparée de lui pour 
cause de parenté. Voy. du Bouchet, Hist. généal. de la maison royale de 
Cowrienay^ p. 16. 



1180 {?)] TOURNOI ENTRE MAINÏENON ET NOGENT-LE-ROI. 45 

quittes plusieurs des chevaliers qu'il avait pris, ce qui fut hau- 
tement apprécié [3562]. 

Le Maréchal revint auprès de son seigneur le jeune roi. 
Celui-ci n^avait pas son pareil pour les prouesses et pour la 
libéralité. Artus ni Alexandre ne firent pas autant de bien en si 
peu de temps. Si Dieu avait permis quMl vécût, il les eût dépas- 
sés en prouesse et en valeur. 11 avait su grouper autour de lui 
tant de vaillants chevaliers que ni empereur, ni roi, ni comte n'en 
eut autant ^ Il eut le choix entre les jeunes hommes de France, 
de Flandres, de Champagne. Il ne marchandait pas avec eux, 
mais il savait si bien faire quMls devenaient siens. Dans les 
tournois, il chargeait si puissamment avec sa troupe que ceux 
de l'autre part, fussent-ils supérieurs en nombre, étaient bien- 
tôt mis en désordre. H arrivait souvent que les hommes du pre- 
mier rang avaient tout balayé devant eux, de sorte que le roi 
n'avait plus où lérir. Il allait alors se jeter dans quelque troupe 
étrangère^dont il avait grand'peine à se dépêtrer. Mais le Maréchal 
était toujours là pour le tirer d'affaire au moment où on allait 
le faire prisonnier. C'est par de tels services qu^il s'était rendu 
cher au roi [3642]. 

Aux octaves de la Pentecôte, un grand tournoi eut lieu entre 
Maintenons et Nogent^. Le jeune roi s'y rendit, comme aussi le 
comte Philippe de Flandre, le comte de Boulogne ^ et le comte 

1. Cf. plus haut, p. 37-8. — Giraud de Barri, qui ne tarit pas d'éloges 
sur le jeune roi, dit à peu près la même chose : « Ad hoc etiam tam 
electa militia tamque eleganli stipatus fuerat, quanta nec nostris diebus 
nec aote uni adhaerens homini vel visa est usquam vel audita. Praeter 
alios quippe multos qui inler optimos maximi fuerunt taies el tam elec- 
tos, tanquam Macedo secundus, habebat de familia centum vel plures, 
quorum quisque lorneamentum quodiibet, ad quod probandarum virium 
causa undique forlissimi, tanquam ex condicto, viri militares conlluebanl, 
corporis sui valore confidebat » {De princ. instr.^ II; Bouquet, XVIII, 
131bc; g. Cambr. opéra, VIII, 174). 

2. Maintenon, ch.-l. de cant. de l'arr. de Chartres. 

3. Nogent-le-Roi, ch.-i. de cant. de l'arr. de Dreux, à 8 kil. au nord- 
ouest de Maintenon. 

4. Ce comte de Boulogne devait être l'un des trois premiers maris qu'eut 
successivement Ida comtesse de Boulogne, et dont aucun ne vécut long- 
temps, puisque le troisième mourut en 1180 {Arl de ver. les dates, il, 
765), el qu'elle en épousa un quatrième, Renaut de Damraarlin, en UDl; 
voir plus loin la note du v. 8617. 



46 RKNAUT DR NKVERS FAIT PRISONNIER. [H80(?) 

de Clermont* [3695]. Les jeunes commencèrent la lutte dès la 
veille du tournoi. Les hauts barons ne parurent pas à ces vêpres, 
mais y envoyèrent de leurs hommes. Il arriva que sire Renaut 
de Nevers^ prit deux des compagnons du roi [372<]. On pria 
le roi de les réclamer. Celui-ci y consentit, non sans hésitation, 
car il avait refusé d'admettre Renaut de Nevers au nombre de 
ses chevaliers, et à son tour il craignait un refus. En effet, 
Renaut lui fit répondre qu'il continuerait à prendre sur lui tout 
ce qu'il pourrait, et qu'il l'engageait à agir de même à son égard. 
Le jeune roi fut irrité et pria ses chevaliers de faire tous leurs 
efforts pour prendre Renaut de Nevers. Plusieurs aussitôt 
jurèrent que le lendemain Renaut serait pris, o Et vous, Maré- 
« chai, » demanda le roi, « qu'en dites-vous? — Sire, » reprit 
le Maréchal, qui n'était pas vantard, « puisqu'il a dit qu'il 
« prendrait sur nous tout ce qu'il pourrait, je m'estimerai 
« heureux si je puis sauver de lui mon cheval et mon harnais » 
[3776]. 

Le tournoi eut lieu le lendemain. Le comte de Glermont fut 
abattu, et ce fut à grand'peine qu'on parvint à le tirer de la 
presse. Le Maréchal chercha dans la foule jusqu'à ce qu'il eût 
trouvé Renaut de Nevers : il le saisit, et, le tirant avec force, 
il le fit passer par-dessus le col de son cheval et, bon gré mal 
gré, remporta jusqu'au roi. « Sire, » dit-il, « voici messire Renaut 
« que je vous donne. — Votre merci, » dit le roi; « maintenant 
a je ne suis plus inquiet d'avoir mes hommes et encore du sien. 
« Vous m'avez servi cette fois et mainte autre à mon gré I » 
[3843]. 

Notre histoire me conduit à parler d'un tournoi qui eut lieu 
entre Anet et SoreP, et que je ne devrais pas oublier, car je 
le vis, et il m'en souvient bien. Je crois qu'il n'y eut onques 
plus grand. Du Poitou jusqu'au Pays d'aval ^ il n'y eut chevalier 
désireux d'accroître son prix qui n'y vint. Toutefois le jeune 
roi n'y alla pas, mais sa mesnie s'y rendit avec le Maréchal. 

1. Voy. ci-dessus, p. 31, note 3. 

2. Sans doute Renaut, seigneur de Decise, fils de Guillaume in et frère 
de Guillaume IV, comte de Nevers. Il mourut au siège d'Acre en 1191 
{Art de vér. les dates, II, 563). 

3. Voir ci-dessus, p. 39, note 2. 

4. Voir ci-après, p. 51, note 1. 



1180 (?)] TOURNOI ENTRE ANET ET SOREL. 47 

Avant leur arrivée, les Français étaient les plus forts; mais, 
lorsque les gens du roi furent entrés en ligne, il leur fallut 
tourner le dos. Plusieurs d'entre eux se réfugièrent sur une 
vieille motte fermée d'un hérisson tout à l'entour. Ils firent 
monter leurs chevaux après eux et les attachèrent au hérisson, 
n'ayant pas le loisir de les faire entrer. Le Maréchal fit une 
grande prouesse. Il mit pied à terre et donna son cheval à gar- 
der, monta à la motte, prit deux chevaux et les fit descendre 
jusque dans le fossé, au pied de la motte, puis leur fit remon- 
ter la contre-escarpe. A ce moment survinrent deux chevaliers, 
qui, le voyant lassé, crurent avoir trouvé une bonne aubaine et 
lui enlevèrent de force les deux chevaux. Il ne se défendit pas 
beaucoup, parce qu'il les connaissait bien et savait qu'il rentre- 
rait en possession de son bien malgré eux. iMais, s'il avait été 
à cheval, les choses se fussent passées autrement. L'un était 
Pierre de Leschans^ quant à l'autre, j'ignore son nom [3983]. 
Le Maréchal, s'étant remis en selle, se dirigea vers une grange 
où plusieurs chevaliers étaient assiégés par des adversaires en 
nombre supérieur. Se voyant sur le point d'être pris, ils offrirent 
au Maréchal de se rendre à lui. — « Qui ètes-vous? » leur 
demanda-t-il. — « Nous sommes des chevaliers formant com- 
« pagnie. — Vos noms? — Florent de Hangest^ et Louis d'Ar- 
« celles^ [40i7]. Nous sommes quinze chevaliers; recevez-nous 

1. Ce personnage, qui reparaîtra plus loin (v. 4510), dans une liste de 
chevaliers français, est probablement le même qu'un « Petrus Lieschans » 
qui fut fait prisonnier par le roi Richard au combat de Gisors, le 28 sep- 
tembre 1198 (Roger deHowd., IV, 56). Il ne doit pas être confondu avec 
un ( Petrus Lascans » qui reçut un don du roi Richard la première année 
de son règne (Uunter, The Great roll of the pipe for the first year of 
Richard /, p. 40). 

2. Hangest-en-Santerre, arr. de Montdidier, cant. de Moreuil. Plusieurs 
seigneurs de ce lieu ont porté le nom de Florenz ou Florent, en latin 
Florencius; voy. D. Bouquet, XXIII, 647 d, 656 f, 657 d. Un sceau de 
Florent de Hangest, appendu à un acte de 1223, est publié dans la Collec- 
tion de sceaux de Douël d'Arcq, n" 2358. 

3. Il s'agit très probablement du Louis d'Arcelles qui est mentionné 
plusieurs fois dans le Livre des vassaux du comte de Champagne et de 
Brie, publié par M. Longnon (n" 2377, 2502, 2560). M. Longnon identilie 
dubitalivemeat Arcelles avec Aizelles, Aisne, arr. de Laon, cant. de 
Craonne. C'est sans doute le môme qui est mentionné par Ben. de Peler- 



48 MAUVAIS PROCÉDÉ DE PIERRE DE LESCHANS. [H80(?) 

a pour prisonniers. Nousaimons mieux, puisque nous en sommes 
« réduits là, que ce que nous possédons soit à vous qu'à ceux 
« qui nous tiennent assiégés. » Le Maréchal accepta ; mais ceux 
qui comptaient les prendre no l'entendirent pas ainsi et dirent 
qu'ils ne leur échapperaient pas et que le Maréchal commettait 
une grande inconvenance. Mais celui-ci leur répondit de t«lle 
sorte que, ne se souciant pas de se battre avec lui, ils se reti- 
rèrent. Les chevaliers assiégés sortirent sans dommage, grâce 
au Maréchal, à qui ils offrirent, comme ils le devaient, de se 
rendre prisonniers. Le Maréchal n'accepta point et les déclara 
quittes. Ils le remercièrent et l'assurèrent qu'ils seraient en tout 
lieu à sa disposition [4074]. 

Le Maréchal rentra chez lui, se fit désarmer, monta sur un 
palefroi et se rendit à l'hôtel duBarrois\ qui était l'oncle de ce 
Pierre de Leschans dont il avait à se plaindre. A son arrivée, 
tout le monde lui fit bon accueil, et messire Guillaume lui-même 
se leva pour le recevoir. Le Maréchal lui exposa sa plainte. Le 
Barrois fut très surpris. « Qui vous a traité ainsi? un homme 
a de rien! Si c'était un autre qui me l'eût conté, je ne l'eusse 
« pas cru, mais je le crois dès que vous me le dites. » On 
manda aussitôt Pierre de Leschans, qui se fût bien dispensé 
de venir, s'il avait pu. Son oncle lui fit de vifs reproches. 11 
commença par nier. Mais Guillaume des Barres, sans tenir 
compte de ses dénégations, lui donna l'ordre de rendre le cheval. 
Alors Pierre fit venir une bête de somme à lui, dont le poil était 
semblable à celui du cheval pris au Maréchal ; mais pour le reste 
c'était une vieille bête, maigre, fourbue et tout écorchée. « Maré- 
« chai, » dit le Barrois, « est-ce là votre cheval? le reconnaissez- 
« vous? — Je le connais bien, mais ce n'est pas le mien; voyez, 
« c'est un vieux sommier qu'il a eu pendant plus de cinq ans ! » 
Le Barrois s'irrita et menaça son neveu de se séparer de lui. 
Celui-ci se décida alors à rendre le cheval qu'il avait pris. Sur 
ce, quelques amis de Pierre de Leschans prièrent le Maréchal 

borough, soas le nom de c Lodovicas de Arseles, » parmi les cheTaliers 
morts à la croisade de 1191 (éd. Stubbs, II, 148). Je ne sais s'il faut Tiden- 
lifier avec un c Ludovicus de Arcello » qui figure dans un rôle anglais de 
1189-90 {The Great roll of the pipe for the first year of Richard I, p. 15). 
1. Guillaume des Barres le père. 

» 



TOURNOI A ÉPERNON. 49 

de lui faire don de la moitié du cheval. Le Maréchal y consentit. 
Un autre proposa alors de le jouer aux dés, ce qui fut encore 
accepté. Pierre jeta neuf, le Maréchal onze, et le cheval lui resta 
[4^96]. 

On pria le Maréchal de rester, mais il voulait recouvrer son 
autre cheval. Il se remit donc en route et se dirigea vers la 
demeure de celui qui l'avait. C'était un chevalier de la suite d'un 
haut baron de France dont j'ignore le nom. Lorsque le Maréchal 
entra, tout le monde lui fit grand accueil, sauf celui qui avait 
pris le cheval. Il fît sa réclamation, et ce seigneur lui fit rendre 
immédiatement son bien. C'était une bête superbe, qui valait 
bien plus de trente livres. On pria le Maréchal d'offrir la moitié 
du cheval à celui qui Pavait pris ou de le jouer aux dés. 11 
répondit qu'il ferait comme on voudrait. Mais Tautre, qui venait 
d'apprendre l'heureux coup de dés du Maréchal, préféra le par- 
tage, a Voulez-vous, » dit-il, « que d^abord je l'estime? — 
a Faites, » dit le Maréchal. — « Le cheval vaut quatorze livres, 
a — Soit. Alors le cheval est à moi ; voici vos sept livres. » 
Celui qui avait estimé faussement fut bien attrapé, car il ne 
pensait pas que le Maréchal fût pourvu d'argent comptant. Le 
cheval valait bien quarante livres. Ce fut très bien fait. Qui tout 
convoite tout perd' [4274]. 

Après ce tournoi, il y en eut un autre à Épernon^. Les hauts 
hommes s'y rendirent de mainte terre, car, ainsi que je vous 
Tai dit^, à l'exemple du jeune roi, chacun travaillait à faire 
fleurir la chevalerie, qui actuellement est presque morte, car 
les chiens, les oiseaux'*, les plaids ^ font tant qu'elle ne peut plus 
se maintenir. Avarice pousse les seigneurs à garder leur argent. 
Je n'ose dire ce que j'en pense, mais nous verrons encore le 
temps, si le roi Henric peut tenir sa terre en paix, où clievale- 

1. Proverbe fréquemment employé; voy. Le Roux de Lincy, le Livre 
des proverbes, 2* éd., II, 274, 407, 482, 488. 

2. Eure-et-Loir, cant. de Maintenoii, arr. de Chartres. 

3. Voy. plus haut, p. 37-8 et 45, note l. 

4. La chasse à l'oiseau. 

5. Voir ci-dessus, p. 35, note 6. 

6. Le roi Henri III. 

m 4 



50 TOURNOI A ËPËRNON. 

rie, prouesse, vaillance, largesse sortiront par sa porte*. Alors 
avarice sera morte [ABi 8]. 

Le Maréchal se rendit à Épernon, mais le jeune roi n'y vint 
pas. Quant aux autres, j'ignore leurs noms, ne les ayant pas 
trouvés dans l'histoire. Les hauts hommes venus pour le tour- 
noi étaient logés par la ville. Selon la coutume, ils allaient le 
soir se visiter les uns les autres. C'est un bel usage, digne de 
gens sages et courtois. Le Maréchal alla chez le comte Thibaut^, 
monté sur un cheval de prix, mais il n'avait amené personne 
pour le garder. Il le confia à un jeune garçon quMl rencontra là. 
Il descendit, et le garçon monta à sa place. Lorsque le Maréchal 
entra, on lui fit tous les honneurs, et on ne tint plus compte des 
autres, tant il était renommé. Gomme les valets apportaient le 
vin, un vagabond s'approcha du cheval et tira à terre le garçon 
en le frappant. Celui-ci cria aussitôt : « Maréchal, on m'enlève 
« votre cheval! » Le Maréchal aussitôt quitta la compagnie sans 
prendre congé et courut à l'endroit où il avait laissé son cheval. 
Il le trouva parti. On ne voyait goutte, mais il put suivre le 
voleur au bruit que faisaient les sabots du cheval sur la pierre 
dure. Le vagabond tourna dans une rue de traverse et se cacha 
dans l'ombre d'une charrette chargée de branchages. Tant que 
le cheval resta tranquille, le Maréchal, n'entendant plus rien, 
ne sut où le chercher, mais bientôt l'animal se mit à gratter du 
pied doucement. Guillaume se dirigea de ce côté, et, frappant le 
vagabond d'un bâton qu'il tenait, il lui fit sauter un œil hors de 
la tête. On accourut au bruit, et on voulut pendre le larron. 
Mais le Maréchal s'y opposa. « Par mon chef, » dit-il, « mon 
« cheval ne sera pas cause de sa mort. Il a assez de mal, car il 
a a l'un des sourcils cassé et un œil hors de la tête. Je ne veux 
a pas lui en faire davantage » [4430]. 

Je ne parlerai pas plus longuement de ce tournoi, parce que 
celui qui m'a fourni la matière ne m'en a pas dit plus. Mais 



1. Plus haut, V. 2642, il a été dit que le jeune roi était la porte par 
laquelle chevalerie revint dans le monde. 

2. Sans doute Thibaut V, comle de Blois et de Chartres, déjà raenUonné 
au V. 2917 (ci-dessus, p. 40, note 6). 



TOURNOI A LAGNl-SUR-MARNE. 51 

voici qu'une autre tâche m'est imposée, qui allonge mon œuvre 
et en augmente la difficulté. Aussi me faut-il abréger çà et là, 
de peur que l'histoire ennuie ceux qui l'entendent conter. Il 
n'y a clerc, d'ici à Montoire^ qui ne se sentît en peine d'avoir 
à mettre en rime tous les noms quMl faut énumérer [4449]. 

A Lagni -sur-Marne fut pris un tournoi tel qu'on n'en vit jamais, 
ni avant ni après [4459]. Le jeune roi et le comte de Flandres s'y 
rendirent. Avec ce dernier étaient les Flamands, les Hainuyers, 
ceux du pays d'avaP et les Tiois^. Il n'y avait si bon chevalier 
jusqu'aux montagnes de Mont-Joux* qu'il n'eût cherché à avoir 
[4472]. Le jeune roi avait sa mesnie, dont grand était le renom. 
Je vais vous dire les noms de ceux qui en faisaient partie, 
comme ils m'ont été nommés par des témoins oculaires'^ [4480]. 

1. S'agit-il de Montoire, arr. de Vendôme? C'est une ville qui n'avait 
pas assez de célébrité pour entrer, comme ici, dans une locution en 
quelque sorte proverbiale. Le poète a peut-être pensé au Montoire, ville 
d'Espagne, probablement, où, dans le roman de Floire et Blanche fleur, le 
jeune Floire est envoyé pour y faire son éducation (éd. Du Méril, pp. 9, 
14, 33). 

2. Dans le texte Avalterre (v. 4468). On a déjà rencontré ce nom p. 23 
(v. 1518). On pourrait traduire par « Pays-Bas, » mais il faudrait étendre 
la portée de cette domination jusqu'à Cologne, comme fait Du Cange, 
sous AvALTKRR^, Car Philippe Mousket (v. 21849) nous apprend que les 
Avalais avaient pour cri de guerre Cologne, et l'on sait que la partie du 
diocèse de Cologne qui était située sur la rive droite du Rhin s'appelait 
en allemand Avalgaw (voy. la Table des noms de Raoul de Cambrai, 
éd. de la Société des anciens textes français, sous Avalois). Les Avolois 
sont distingués des Tiois et des Hollandais par le Reclus de Molliens 
{Roman de Carité, couplet xxv). D'autre part, un texte des Chroniques 
de Saint-Denis cité par Du Cange [l. l.) montre qu'Utrecht était en Aval- 
terre. Ce pays devait donc comprendre tout le cours inférieur du Rhin. 
En tout cas, c'est à tort qa'Avalterre est interprétée par Auslrasic dans 
le dictionnaire de M. Godefroy. 

3. Par cette expression on désigne le plus souvent les habitants des 
Pays-Bas, et certains textes (par exemple la Clianson de la croisade albi- 
geoise, V. 285; Gir. de Roussillon, g 200 de ma traduction) distinguent 
les Tiois des Allemands; mais ici les Tiois, étant mentionnés à c<Mé des 
Flamands et de t ceux d'Avaltcrre, » ne peuvent être que des Allemands. 

4. On sait que Monl-Joux {Mons Jovis) est le nom ancien du Grand- 
Saint-Bernard. 

5. L'auteur alTlrme de nouveau plus loin (vv. 4750 et suiv.) (lue tous 



53 TOURNOI DE LAGNl-SUR-MÀRNE. 

Je nommerai d'abord les Français. Il est juste qu'ils aient la 
première place, pour leur valeur et pour l'honneur de leur 
pays'. Je commencerai par ceux qui portaient bannière. 

Il y eut le comte Robert de Dreux ^ ; sire Simon de Rochefort^ ; 
Guillaume des Barres, le premier^. Ceux-là portaient bannière. 
Ensuite Guillaume, ûls du premier Guillaume des Barres; 
Simon, son frère ^ ; Pierre de Leschans*^; Amauri de Meulan^; 

les chevaliers par lui énumérés étaient à la solde du jeune roi. Mais il 
est assurôment fort invraisemblable que les comtes de Dreux et de Sois- 
sons, par exemple, et Guillaume des Barres aient fait partie de la mesnie 
du jeune roi. Il est à croire que le poète a véritablement eu sous les 
yeux un rôle (voy. v. 4539) des chevaliers qui se rendirent au tournoi de 
Lagny, mais que l'idée de les ranger sous la bannière du jeune roi lui 
appartient en propre. 

1. Cet hommage à la supériorité reconnue de la chevalerie française 
est d'autant plus remarquable que l'auteur est un partisan déterminé des 
Anglais. II y aurait bien d'autres témoignages du môme genre à recueillir, 
celui-ci, par exemple, de Giraud de Barri : « Slrenua Francorum militia, 
cujus etiam hodie muiidum universum exsuperat gloria 9 {Opéra, VIII, 
p. 318). 

2. À cette époque, il n'y a d'autre Robert comte de Dreux que Robert, 
fils de Louis VI. Il fut comte de Dreux de 1132 ou 1137 jusqu'en 1184, 
époque où il se démit de son comté en faveur de son lils également 
appelé Robert, et mourut en 1188. Il ne serait pas impossible que le poète 
eût donné par anticipation le titre de comte de Dreux au iils. C'est en 
tout cas du fils qu'il est question plus loin aux vers 7513, 7673, 7735. 
Un des deux Robert avait visité l'Angleterre, nous ne savons à quelle 
époque, mais sa visite est mentionnée par Giraud de Barri, De principis 
instructione, II, ii (G. Cambr. opéra, VIII, 158). 

3. Simon de Rochefort-en-Yveline, cant. de Dourdan, arr. de Ram- 
bouillet. Le Cartulaire de N.-D. des Vaux-de-Cernay renferme des 
chartes de lui datées de 1177 environ à 1180 (n" XLVII-XLIX et LVI). 
Est-ce le même qui est mentionné dans deux actes placés vers 1140 par 
l'éditeur du Cartulaire du prieuré de Notre-Dame de Longpont (n" XI 
et XII) ? 

4. Ci-dessus, note de la p. 32. 

5. Sans doute Simon de Montfort, celui qui fut tué au siège de Tou- 
louse, le 25 juin 1218. Il était frère utérin du second Guillaume des Barres, 
car sa mère Amicie de Montfort avait épousé en secondes noces le pre- 
mier Guillaume des Barres. 

6. Voy. plus haut, p. 47. 

7. Amauri, vicomte de Meulan, mort après 1183, Art de vér. les dates^ 
II, 696. 



CHEVALIERS FRANÇAIS. 53 

Milon de Châlons et son frère Macaire ^; Adam de Melun^; 
EudeduPlessis3[45n]; Thibaut de Vallangoujard^; Guillaume 
de Bouri^ ; Herman de Brie<^; Etienne de la Tour^ [4^25]; le 
pauvre Wanchier^; Gorin de Saint-Servin ; GeofFroi de Vienne^; 

1. Milon et Macaire de Châlons figurent en divers actes de la fin du 
XII" siècle ; voy. Longnon, Livre des vassaux du comte de Champagne, 
à la table des noms de personnes, pp. 293 et 298. Il ne paraît pas qu'on 
ait su jusqu'à présent que ces deux hommes étaient frères. 

2. Adam I", vicomte de Melun; voy. Du Bouchet, Hist. de la maison 
de Courienay, p. 205. 

3. II y a, dans le Livre des vassaux du comté de Champagne, un 
« Oude deu Plessié » (n- 789) parmi les fiefs de la châtellenie de Meaux, 
et un « Odes ou Oudes dou Plaissié » (n»' 1166 et 1260), parmi les (icfs 
de la châtellenie d'Oulchi-le-Château, arr, de Soissons. Dans le premier 
cas le surnom est identifié par M. Longnon avec le Plessis-Placy, arr. 
de Meaux, dans le second, avec le Plessis-Huleu, arr. de Soissons. 

4. Vallangoujard, arr. de Pontoise, cant. de l'Isle-Adam. Ce Thibaut 
fut du nombre des chevaliers de l'armée royale que Richard Cœur-de- 
Lion fit prisonniers à Gisors, le 28 septembre 1198 (Rog. de Ilowden, IV, 
56). On a de lui plusieurs actes, depuis 1165 jusqu'à 1206, année qui 
paraît être celle où il mourut. Voy. Aymar de Manneville, De l'état des 
terres et des personnes dans la paroisse d'Amblainville, Beauvais, 1890, 
pp. 8, 77, 79, 82, 84, 89. 

5. Bouri, arr. de Beauvais, cant. de Chaumont. Un acte scellé de Guil- 
laume de Bouri, non daté, mais qui paraît avoir été rédigé vers 1180, 
est mentionné dans la Collection de Sceaux de DouUt d'Arcq, sous le 
n' 1513. « Guillaume de Borriz » figure dans VEstoire de la guerre sainte 
d'Arabroise, v. 6172. 

6. Hemianz est douteux; on peut aussi bien lire Uerniauz (voy. la 
note du v. 4523), qui, du reste, n'est pas une forme satisfaisante. La cor- 
rection Trie, proposée en note au lieu de Brie, aurait l'avantage de rat- 
tacher ce personnage à la région d'où étaient originaires Thibaut de Val- 
langoujard et Guillaume de Bouri (Trie-la-Ville ou Trie-Château, arr. de 
Beauvais, cant. de Chaumont). Mais, à cette époque, on ne connaît que 
Mathieu de Trie et Jean de Trie. 

7. La Tour ou Bois-Lual, comm. d'Eaubonne, cant. de Montmorency. 
Le fief d'Etienne de la Tour figure dans le cartulaire de Philippe- 
Auguste parmi les fiefs dépendant du roi, section de la châtellenie de 
Pontoise; voy. Bouquet, XXIII, 62!) c. 

8. Je n'ai rien trouvé sur ce chevalier ni sur le suivant. 

9. Marne, arr. de Saînte-Menehould. Un personnage de ce nom ligure 
dans le Livre des vassaux du comté de Champagne, éd. Longnon, n" 1573. 



54 TOURNOI DE LAGNI-SUR-MARNE. 

Robert de Bouvresso^ Le comle de Soissons^ y vint aussi. Il 
aurait dû être nommé en premier lieu, car il portait bannière. 
Je Tai nommé en dernier parce que je Tai trouvé ainsi dans 
l'écrit. J^ai énuméré les Français, maintenant je passe aux Fla- 
mands [4542]. 

Baudouin de Béthune^; Guillaume de Gaieu^; Âleaume de 
Fontaine'^; Eustache de Neuville®-, Eustachede Ganteleu^; En- 

1. Arr. de Beau vais, cant. de Formerie. 

2. Conon, neveu d'Yves de Nesles, à qui il succéda en 1178, ou son frère 
Raoul de Nesle, comte de Soissons de 1 180 à 1*237. 

3. Ce |)er8onnage, qui reparaîtra souvent dans l'histoire, était, comme 
on le verra plus loin (vv. 6265-9 et 6285-8), fils de l'avoué de Béthune 
(Robert V, dit le Roux, en même temps avoué d'Arras). C'était son troi- 
sième fils. Il se mit au service de Richard au temps où celui-ci n'était 
encore que comte de Poitiers; il l'accompagna à la croisade et fut pri- 
sonnier avec lui en Allemagne; voy. plus loin la note du vers 10128. 
En 1 194, Richard lui donna en mariage Ilawis, comtesse d'Aumale et de 
Ilolderness, qui avait déjà eu deux époux (Guillaume de Mandeville, 
t 1190, et Guillaume de Fortibus, f 1194). Il mourut en 1211 (Mathieu 
de Paris, Chron. maj., II, 533; Hist. des ducs de Normandie^ éd. de la 
Soc. de l'hist. de Fr., p. 115). Voy. A. du Chesne, fTis^. de la maison de 
Béthune, p. 149 et suiv. 

4. Arr. d'Abbeville, cant. de Saint-Valéri. Il accompagna en Terre- 
Sainte le roi Richard, qui paraît l'avoir eu en grande affection. C'est pour 
lui que Pierre de Beauvais traduisit en prose française, au commence- 
ment du xiii^ siècle, la légende du Voyage de Charlemagne à Constanti- 
nople. Il combattit contre Philippe-Auguste à Bouvines et, ayant été fait 
prisonnier, recouvra bientôt sa liberté moyennant rançon. Voy. G. Paris, 
Romania, XXI, 248, et la Table de VEstoire de la guerre sainte. 

5. Fontaine-sur-Somme, arr. d'Abbeville, canl. d'Hallencourt. « Alelmus 
de Fontanis » est l'un des témoins de la charte de coutume concédée 
aux habitants d'Abbeville en 1194 par Jean, comte de.Ponthieu (Teulet, 
Layettes du Trésor y I, 141). 

6. Neuville, Pas-de-Calais, arr. et cant. de Montreuil?En 1199, nn 
Eustache de Neuville contribue à la capture du comte de Namur (Rigord, 
g 128, éd. Fr. Delaborde). Le même personnage reparaît plus loin, 
V. 8623. Il y a au Trésor des chartes une obligation d'Eustache de Neu- 
ville père et fils envers le roi de France, 1214 (Teulet, Layettes du Tré- 
sor, n' 1107; Dclislc, Catal. des actes de Philippe-Auguste, n* 1545). 
Eustache de Neuville est enregistré, dans les rôles de Philippe-Auguste, 
l»armi les « vavassores » qui doivent au roi le service militaire {Scripta 
de feodis, etc., dans Bouquet, XXIII, 683 k). Il reparaît plus loin dans 
les mêmes rôles parmi les chevaliers d'Arras (685 l). 

7. Pas-de-Calais, arr. de Saint-Pol, cant. d'Auxi-le-Château. c Eusta- 



CHEVALIERS FLAMANDS. 55 

gerran de Fiennes ^ [4563]. Ceux-là portèrent bannière. Voici les 
autres : Hue de Malaunoi^; Raoul de Plomquet^; Baudouin 
de Garon'*; Hue de Hamelincourt ^ ; Gardon de Fressene- 



chiasde Cantelou » est l'un des garants d'une convention passée en 1195 
entre Guillaume I", archevêque de Reims, et la comtesse de Flandre 
Mathilde (Teulet, Layettes, n" 428). 

1. Arr. de Boulogne, cant. de Guignes. Il s'agit probablement d'Enger- 
ran de Fiennes, second fils d'Eustache de Fiennes dit le Vieux [senex], 
qui fonda l'abbaye de Beaulieu, près de Boulogne-sur-Mer, 11 suivit à 
la croisade le comte de Flandres et y mourut. Voir Lambert d'Ardres, 
ch. XI (Pertz, Mon., XXIV, 581). 

2. Probablement Malanoi, Pas-de-Calais, comm. de Bourecq, arr. de 
Béthune, cant. de Norrent-Fontes. En 1204, « Hugo de Malo-Alneto » est 
l'un des témoins qui garantissent au nom du roi de France l'observation 
des articles de la capitulation de Rouen (Teulet, Layettes du Trésor, 
n' 716, I, 252). En 1209, le même jurait à Philippe-Auguste de l'aider 
contre toute personne, sauf la dame de Lillers et le comte de Flandres 
{ibid., n" 880; Delisle, Catal. des actes de Philippe- Auguste, n° 1132). 
Lillers est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Béthune, très 
voisin de Malanoi. C'est probablement le même personnage qui est men- 
tionné par les historiens dans le récit de la bataille de Bouvines ; voy. 
la table des œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, éd. Fr. Dela- 
borde, sous Hugues de Malaunay. 

3. < Radulphus Ploqueti » est témoin à l'acte de la capitulation de 
Rouen mentionné dans la note précédente. Il y paraît, comme ici, à côté 
de Hugues de Malaunai. « Hugo de Malo Alneto » et « Radulfus Plonquet » 
sont enregistrés à côté l'un de l'autre parmi les vavasseurs qui doivent 
le service militaire au roi de France {Scripta de feodis, etc. dans Bou- 
quet, XXIII, 683 k), et de même, plus loin, parmi les « milites Atrc- 
batenses » {ibid., 685 l). Ces deux chevaliers sont encore nommés 
ensemble parmi ceux qui, en 1215, accompagnèrent Louis, fils de Phi- 
lippe-Auguste, dans son expédition en Angleterre : « En la nef Looys 
entra... et Hues de Malaunoi et Raous Plomkès et pluisor autre cheva- 
lier » (Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, éd. de la 
Soc. de l'hist. de France, p. 166). 

4. Il devint plus tard l'un des chevaliers de Richard Cœur-de-Lion, 
qu'il suivit à la croisade. Ambroise, (|ui l'appelle « Baudowins li Carons, » 
dit de lui : c Compainz iert le rei d'Eiigleterrc » {Estoirc de la guerre 
sainte, v. 6429). Il se distingua dans les luttes contre les Sariazins; voy. 
le même poème, vv. 9991 et suiv. 

5. Hamclincourt, arr. d'Arras, cant. de Croisilles. Le même chevalier 
reparaît pluB loin, vv. 6671, 6821, comme compagnon du Maréchal, .h* lu* 



56 TOURNOI DE LAGNISUR-MARNE. 

ville*; Eustache de Campagne'-, Rogier de GaugP; Robert de 
Beaurain^; Baudouin d'Etrepi*; Baudouin de Wartemberge; 
Rogier de Hardeincourt*; Guillaume de Poternes^; Guizelin de 
Wartemberge [4605]. 

Présentement nous nommerons les Anglais. Et d'abord Guil- 
laume le Maréchal, puis Robert Fils-Gautier^-, le comte David, 



sais si c'est lui ou son fils qui se distingua sous Philippe-Auguste (uotam- 
ment en 1188 et en 1199) dans les guerres contre les Anglais; voy. la Phî- 
lippide de Guillaume le Breton, III, 452, 551, 581, et Rigord, g 128 
(éd. Fr. Delaborde). « Hugo de Hamelicurte » est au nombre des « vayas- 
sores » qui doivent le service militaire à Philippe-Auguste [Scripta de 
feodis, etc., liouquet, XXIII, 683 k). Le sceau de Hugues de Hameliucourt 
est décrit dans Demay, Inventaire des sceaux de la Flandre, n" 1005 
et 1006. Il est appendu à deux chartes, l'une de 1194, l'autre de 1218. 

1. Arr. d'Abbeville, cant. d'AuIt. 

2. Champaigne, dans le texte. Sans doute une des localités du Pas-de- 
Calais qui portent le nom de Campagne. 

3. Voy. ci-dessus, p. 43, n. 2. 

4. Arr. de Cambrai, cant. de Solesmes? 

5. Serait-ce Étrepi, Marne, cant. de Thieblemont? On s'étonne de Toir 
un personnage portant ce surnom prendre place parmi des chevaliers fla- 
mands. D'autre part, un « Alardus de Strepi » est témoin, en 1210, à un 
acte de Philippe !•"", marquis de Namur, passé à Valenciennes (Teulet, 
Layettes, n" 952). C'est plutôt dans celte région qu'il faudrait chercher 
l'origine de notre Baudouin. Peut-être y a-t-il lieu de corriger Crequi 
(Pas-de-Calais). Il y a dans les rôles de Philippe-Auguste, parmi les 
chevaliers du comte de Saint-Pol, un c Balduinus de Crequi » (Bouquet, 
XXIII, 685 l). 

6. Sans nul doute le t Rodiers » ou t Rogiers de Herdecort » men- 
tionné dans le poème d'Ambroise sur la troisième croisade parmi les 
compagnons du roi Richard (vv. 1415, 4727), appelé « Rogerus de Har- 
decort » ou de Hardcncourt dans la version latine publiée sous le litre 
à' Itinerarium régis Ricardi (éd. Stubbs, pp. 186 et 217). C'est Hardcn- 
court, Eure, cant. de Pacy-sur-Eure. 

7. Ce chevalier et le suivant me sont inconnus. 

8. « Robertus fîlius Walteri » parait dans un grand nombre de docu- 
ments du temps de Richard et de Jean. Voy. les Botuli curie régis, 
Rolls and records of the court held before the King's justiciars from the 
iixth ijear of King Itichard I (Londres, 1835, deux vol. in-8*) à la table. 
Plus tard, on le voit possédant des terres dans le comté de Cambridge ; 
voy. les Fines sive pedes finium sive finales concordiœ in curia Régis, 



CHEVALIERS ANGLAIS. 57 

portant bannière*; Robert de Londres^; Simon de Marès^; 
Robert de Wanci; Walter d'Ely ^ ; Guillaume Fils-Roger^; 
Roger de la Borne ; Guillaume Revel ; Ansel le Maréchal ^' ; 

éd. Hunier (Londres, 1835), p. 285. Voy., du reste, Dugdale, BaronagCy 
I, 218. 

1. David, comte de Huntingdon, frère de Guillaume, roi d'Ecosse. 
En 1 170, il avait fait hommage au jeune roi (Ben. Peterb. , I, 6), et, en 1 173, 
celui-ci lui avait accordé le comté de Huntingdon et celui de Cambridge 
{ibid., I, 45). 

2. < Robertusde Lundres » est mentionné parmi les partisans du jeune 
roi en 1173 (Ben. Peterb., I, 48). 

3. «Simo de Marisco » est témoin à une charte par laquelle le jeune 
roi concède à maître Gautier de Coutances, « clerico Domini régis patris 
mei, » une maison, sise à Rouen sur le Grand-Pont. Cette charte, passée 
à Westminster, se trouve en original aux archives de la Seine-Inférieure. 
Elle est, transcrite dans le Cartulaire de l'Église de Rouen, mêmes 
archives (communication de M. Delisle). Elle doit être antérieure à la 
révolte du jeune roi, en 1173, à laquelle Simon de Mares prit part (Ben. 
Peterb., I, 46). 

4. Dans les rôles de l'Échiquier de Normandie, à l'année 1195, ce che- 
valier et le précédent (ou du moins deux personnes portant les mêmes 
noms) reçoivent une allocation pour avoir gardé et conduit de Rouen à 
Chinon la fille du comte de Bretagne et celle du souverain de Cypre 
(Isaac Comnène) : « In expensis et robis filie comilis Britannie et tille 
« imperatoris Cypri et famille sue, et Roberli de Wancie et Walleri de 
« Ely qui eas custodiebant et ducebant, dum fuerunt apud Rothomagum 
c et in itinere a Rothomago usque Chinon » (Stapleton, Magni rot. 
scacc. Normannix, ï, 154). Un Robert de Wanci figure en 1200 dans un 
rôle de l'Échiquier de Normandie (Stapleton, Magni rot. scacc. Norman- 
niœ, II, clxiij) et est témoin à divers actes du roi Jean passés en 1200 à 
Pont-Audemer et en Angleterre {Rot. Chart., I, 34 a, 35 b, 42 b, 54 a, 
65 b, 81 b, 82 a). Il est à noter que Walter d'Ely figure, comme témoin, 
à côté de Robert de Wanci, dans quatre de ces actes (/. /., 34 a, 35 b, 
05 b). Ces deux chevaliers étaient donc inséparables. — Wanci est vrai- 
semblablement Wanchi-Capval, arr. de Neufchâtel, cant. de Londinières, 
Seioe-Inférieure. 

5. « Willelmus filius Rogeri » est témoin, avec Guillaume le Maréchal 
cl plusieurs autres, à une charte du jeune roi, passée à Argentan, pro- 
bablement en 1177, en faveur de l'abbaye de Waltham (Eyton, p. 219). 
Vers la même date, il obtient, moyennant finance payée au roi, Ilocton et 
Horlorp, comté de Norlhampton (Madox, Hist. and antiq. of the Exche- 
quer, 2* éd., I, 211). 

6. Frère du héros du poème-, voy. plus haut, p. 8. 



58 TOURNOI DE LAGNI-SUR-MARNE. 

Richard do Berkeley <; Jean de Saint-Michel; Robert le Bre- 
ton^. Voilà pour les Anglais [4644]. 

C'est maintenant le tour des Normands, qui n'étaient pas 
endormis au temps du jeune roi. Ils étaient grain alors, et 
maintenant ils sont paille. Depuis la mort du roi Richard 
aucune seigneurie ne leur a profité. Parlons d'abord des che- 
valiers bannerets. Le comte d'Eu, Henri, qui malheureusement 
vécut peu 3; Robert d'Estouteville^ ; Jean de Préaux et ses frères 

1. Le ms. porte Ricart, en abrégé (v. 4630), mais il faut probablement 
corriger Rogier : il y eut en effet plusieurs Rogiers de Berkeley, depuis le 
temps de la Conquête, dont l'un vivait au temps de Henri II et de Richard 
(Dugdale, Baronage of England, I, 350), tandis qu'on ne connaît aucun 
Richard de Berkeley. 

2. Un ( Robertus Brito » est témoin à une charte de Henri II, le 
25 décembre 1173 (Eyton, p. 177, n. 2). 

3. Henri II, comte d'Eu, mourut en 1183. Voy. ci-dessus, p. 15, note 4. 

4. Eslouleville, arr. de Rouen, cant. de Buchy. Robert d'Estouteville 
est témoin, en 1158, à une charte de Henri II donnée à Newcastle- 
upon-Tyne (Eyton, p. 33). Il paraît avoir exercé l'office de juge itinérant 
en 1168 (Eyton, p. 145). 11 fut nommé vicomte du comté d'York en 1170 
(Dugdale, Baronage, I, 455). Lors de la révolte du jeune roi en 1173, il 
resta fidèle à Henri II (Ben. Peterb,, I, 51, note, et 65). Il fut témoin à 
diverses chartes de Henri II données en Normandie en 1173 (Eyton, 
pp. 174, 177). Il était, en avril 1174, gardien des châteaux de Knares- 
borough (Yorkshire) et d'Appleby (Westmoreland), qui furent pris à celle 
date par David, frère du roi d'Ecosse (Eyton, p. 178). Il était à celte 
époque vicomte du comté d'York (ibid., p. 179, note 1). Il prit part, en 
juillet 1174, à la capture du roi d'Ecosse Guillaume (ibid., p. 180). En 
décembre 1174, il était en Normandie avec le roi (ibid., 187); de 1175 4 
1177, il est en Angleterre (ibid., 192, 203, 209, 212). En 1180, nous le 
retrouvons en Normandie (ibid., 233). 11 suit le roi dans ses pérégrina- 
tions. Il est témoin à une charte royale, à Ivry, en février 1181 (ibid., 
239). Il retourne avec le roi en Angleterre en août 1181 (ibid., 241). Il 
possédait en Normandie des charges importantes (ce qui explique qu'il 
soit classé dans le poème avec les seigneurs normands, bien qu'il fût 
plutôt anglais). Il eut la ferme de la prévôté de Lillebonne, de 1175 à 
1180 (Stapleton, Magni roi. scacc. Norm.y I, cix); celle de Lions-la- 
Forêt en 1179 et 1180 (ibid., cxij). Il fut, en 1180, gardien des châteaux 
de Lions-la-Forét et d'Arqués (ibid., cxiij, cxxiv; cf. Eylon, p. 233, n. 4). 
11 mourut probablement en décembre 1184 (Eyton, p. 340). Il résulte des 
dates indiquées plus haut que le tournoi auquel il prit part doit avoir 
eu lieu en 1180 ou dans les premiers mois de 1181, puisque en août de 
cette dernière année il était revenu en Angleterre. Il est possible que les 



CHEVALIERS NORMANDS. 59 

Pierre, Roger, Guillaume, Engerran^^ Reinaud de Vasson- 
ville ^ ; Girard Talebot ^ ; les deux frères Guillaume et Robert 



premières des mentions relevées dans cette note se réfèrent au père de 
notre Robert d'Estouteville, le nom de Robert ayant été porté par plu- 
sieurs membres de la même famille. Un c Robertus de Estutevilla » 
figure dans les rôles des fiefs de Philippe-Auguste, parmi les seigneurs 
qui ne sont pas Tenus relever leurs fiefs et n'ont pas envoyé d'excuses, 
« qui non venerunt nec aliquid dixerunt » (Bouquet, XXIII, 698 o). 

1. Préaux, arr. de Rouen, cant. de Darnetal. Jean, Pierre et Guillaume 
de Préaux seront encore mentionnés dans la suite du poème. En 1188, 
Pierre de Préaux et ses frères combattirent avec les Anglais contre les 
troupes de Philippe-Auguste (Guill. le Breton, 1. III, vv. 220, 570 et suiv.); 
Jean, Pierre et Guillaume prirent part à la troisième croisade parmi les 
chevaliers de Richard. Guillaume y fui fait prisonnier, puis racheté à 
grand prix par le roi (?oy. la table de VEstoire de la guerre sainte, d'Am- 
broise, aux noms Guillaume, Jehan et Pierre). Jean de Préaux fut l'un 
des chevaliers qui se portèrent caution pour Jean Sans-Terre de l'obser- 
vation du traité du Goulet, conclu entre ce dernier et Philippe-Auguste 
(mai 1200, Delisle, Catal. des actes de Philippe- Auguste, n" 610). Pierre 
de Préaux scella de son sceau, le 1" juin 1204, la capitulation de Rouen 
(Delisle, Catal., n* 828; Teulet, Layettes du Trésor, n" 716). Jean et Guil- 
laume de Préaux sont au nombre des chevaliers qui, le 13 novembre 1205, 
déclarèrent les droits dont jouissaient le duc et les barons de Normandie 
dans leurs rapports avec le clergé sous la domination anglaise (Delisle, 
Catal., n" 961; Teulet, Layettes, n" 785). Roger et Engerran paraissent 
avoir joué un rôle moins important. Roger est témoin à deux chartes de 
Richard : Westminster, 10 novembre 1189 (Madox, Formulare anglica- 
num, n' xcv); Cantorbéry, 30 novembre 1189 {Palxogr. Soc, n* 195). 

2. Arr. de Dieppe, cant. de Tûtes. 

3. Partisan du jeune roi en 1173 (Ben. Peterb., I, 46). — M. Delisle 
me signale diverses chartes (non datées) du jeune roi, conservées dans 
les archives de la Seine-Inférieure, où G. Talebot paraît comme témoin 
avec Guillaume le Maréchal, Guillaume de Dive, Robert de Tresgoz, 
Adam d'Iquebeuf, personnages qui seront nommés plus loin ; de plus, une 
charte du môme, conservée aux Archives nationales (L 1603), dont les 
témoins sont : Thomas de Coulonces, G. Talebot, Robert de Tresgoz, 
Jean de Préaux, Adam d'Iquebeuf, Guillaume de Tinteniac et Juel « de 
• Maene, » ce dernier nom étant le seul qui ne figure pas dans le poème. 
En 1188, il est témoin à un acte de Henri II (Eyton, p. 288, n. 3). Plus 
tard, sous Richard, G. Talebot devint un personnage important. Il ligure, 
en 1190, parmi les garants du traité de Richard avec Tancrède (lien. 
Pelerb., II, 134), et c'est à lui que le même roi confie le gouvcrnenuMil 
de Cypre, en 1190. Un Geraldus Talebot est mentionné dans le nérrologc 
du prieuré de Longueville (arr. de Dieppe) (Bouquet, XXllI, 438 c). 



60 TOURNOI DE LAGNI-SUR-MARNE. 

de Touberville* ; Adam d'Iquebeuf, Jean Maie-Herbe^-, Robert 
de Tresgoz^; Henri de Longchamps*; Thomas et Hue de 

1. c Willelmas de Trubevilla » est témoin, en 1195, avec Guillaume le 
Maréchal, à une charte de Richard Cœur-de-Lion concernant l'abbaye de 
Jumièges (Delisle, Cartul. normand, n" 225, note). Il figure au nombre 
des feudatalres du roi pour le comté de Clères, arr. de Rouen, ch.-l. de 
cant. (Bouquet, XXIII, 708 c). Je ne trouve aucune mention d'un Robert 
de Touberville. Peut-être faut-il corriger Raoul. Il y eut un t Radulfus 
de Trubevilla » (éd. Trahevilla) ({m\ fit au prieuré de Longueville (arr.de 
Dieppe) une donation mentionnée dans une bulle de 1178 {CarttUaire du 
prieuré de la Charité-sur-Loire ^ p. p. R. de Lespinasse, p. 20). Un person- 
nage du même nom était fermier de Gavrai (arr. de Coutances) en 1203 
(Stapleton, Magni rot. scacc, II, ccxxx). — Touberville était un territoire 
comprenant les paroisses de la Trinité et de Saint-Ouen de Touberville, 
de Caumont et de Bourg-Achard (Eure). Voy. les articles concernant ces 
localités dans les Mémoires de M, Aug. Le Prévost pour servir à l'hist. 
du dép. de l'Eure. 

2. Arr. de Rouen, cant. de Clères. Partisan du jeune roi en 1173 (Ben. 
Peterb., I, 46), il paraît avoir été au nombre des familiers du jeune roi; 
le poète l'accusera plus loin d'avoir tramé une conspiration dans l'inten- 
tion de rendre le Maréchal odieux au jeune roi. 

3. Témoin en 1156 à un acte de Guillaume, troisième fils de Geoflfroi 
d'Anjou et frère de Henri II (Stapleton, Magni rot. scacc, II, ccxv, note), 
et, en 1175, à un acte du roi Henri II passé en Angleterre (Eyton, p. 196). 

4. Manche, arr. de Saint-Lô, cant. de Tessi. L'orthographe administra- 
tive de ce nom est Troisgots. L'auteur semble avoir considéré Tresgoz 
comme un surnom, car ailleurs encore le même personnage est appelé 
t Robert Tresgoz ou Tresgot, » sans la préposition. Cependant il n'est 
pas douteux qu'il s'agit de Robert de Tresgots (Robertus de Tresgorcé), 
qui fut au nombre des partisans du jeune roi lors de la rébellion de 1173 
(Ben. Peterb., I, 46), et qui paraît comme témoin en plusieurs de ses 
chartes (ci-dessus, p. 59, note 3). En 1191, il est garde des maisons du roi 
à Clarendon {Fac-similés of national manuscripts, I, planche XIV). En 
1195, Robert de Tresgoz est bailli de Cotenlin (Stapleton, I, clxxiv). 
En 1197, il est témoin au traité entre Richard et le comte de Flandres 
(Rymer, Fœdera, I, 30). Robert Tresgoz ou de Tresgoz parait, en 
diverses occasions, dans les actes du roi Jean (voy. les tables des divers 
recueils de rôles) jusqu'en 1212. C'est probablement vers cette époque 
qu'il mourut. En 1218, Philippe-Auguste disposa de l'usufruit des terres 
qui lui avaient appartenu en Normandie (Delisle, Catal. des actes de 
Philippe-Auguste, n' 1856). 

5. Longchamps, Eure, cant. d'Étrépagni. Henri de Longchamps est 
mentionné en 1198 dans les rôles de l'Échiquier de Normandie (Stapleton, 
II, clxiij). 



CHEVALIERS ANGEVINS. 61 

Goulonces*; Raoul de Hamars^; Robert Chaperon; Guillaume 
de Dive^; Robert de Buisson^; Robert de la Mare^; Guillaume 
le Gras^; Roger et Pierre de Boudeville' ; Alexandre d'Arsic«; 
Alexandre Malconduit [4723]. 
Voici maintenant les Angevins : Jaquelin de Maillé; Har- 



1. Coulonces, Calvados, cant. de Vire. « Thomas de Culuncis » figure, 
en 1173, parmi les adhéreals du jeune roi (Ben. Peterb., I, 45). Une 
charte sans date de Hue de Coulonces, dans laquelle Thomas de Cou- 
lonces figure comme témoin, est analysée dans Léchaudé d'Anisy, II, 124. 
Elle est passée en présence de l'évêque de Bayeux Henri (1105-1205). — 
Thomas de Coulonces est encore témoin à un acte rédigé vers 1172 en 
présence du roi Henri II (Delisle, Robert de Thorigni, II, 306 ; pièce non 
mentionnée par Eyton). En 1197, Hue de Coulonces est témoin au traité 
entre Richard et le comte de Flandres (Rymer, Fœdera, 1,30; cf. Staple- 
ton, Magni rot. scacc, II, 74, note). Il est au nombre des seigneurs 
normands qui, en 1205, attestèrent les droits que les rois d'Angleterre 
avaient eus en Normandie (Teulet, Layettes^ w" 785). 

2. Hamars, arr. de Caen, cant. d'Évreci. Ce personnage sera présenté 
un peu plus loin comme l'un des familiers du jeune roi; voy. vv. 5176 
et suiv. 

3. Dives, arr. de Pont-l'Évôque, cant. de Dozulé. « Willelmus de Diva » 
est, en 1173, l'un des adhérents du jeune roi (Ben. Peterb., I, 46). 
Cf. ci-dessus, p. 59, note. Il était mort en 1186 (Eyton, p. 319). 

4. « Robertus Bussun » est, en 1173, l'un des partisans du jeune roi 
(Ben. Peterb., I, 46). Il est témoin à l'acte de 1156 mentionné plus haut, 
p. 60, note 3. 

5. Une charte de ce personnage est imprimée dans Madox (Formulare 
anglicanum, n" ccccxxvi). Il avait un frère appelé Guillaume de la Mare, 
sur lequel voir plus loin, v. 7521 et la note. 

6. Probablement le t Willelmus Crassus » ou « Grassus », nommé 
sénéchal de Normandie en avril 1203 {Rot. litt. pat., I, 33 6; cf. Staple- 
ton, Magni rot. scacc, II, cclxiv). Il remplissait sans doute des fonc- 
tions avant cette époque (voy. Rot. litt. pat., I, 22, 28 b), mais j'ignore 
lesquelles. 

7. Saint-Hélène-Boudeville, arr. d'Yvetot, cant. de Valmont, ou Boude- 
ville, même arr., cant. de Doudeville. 

8. Quoique le texte porte « Alixandre d'Arsic, » ce personnage doit 
certainement être identifié avec le chevalier appelé dans le poème d'Ain- 
broise sur la troisième croisade Alixandre Arsis, au cas sujet (v. 10i85). 
n mourut en 1201 {Rotuli de libérale, p. 24). Un Robertus Arsic, très 
vraisemblablement de la même famille, vivait sous Jean Sans-Terre {Rot. 
litt. pat., 1, 189 b). 



62 LE JEUNE ROI PREND PART AU TOURNOI. 

douin de Fougère'; Gaufroi de Brulon^; Robert de Bloc 3; 
Guillaume de Tinleniac^; Geofroi Fils-Hamon* [4747]. 

Les chevaliers du jeune roi, à Lagni, furent au nombre de 
quatre-vingts. En réalité, le jeune roi en avait bien davantage à 
sa solde, car chaque chevalier portant bannière recevait vingt- 
cinq sous par jour pour chacun des hommes qu'il menait avec 
lui*^. On se demande où on pouvait trouver tout cet argent. Et, 
comme il y avait quinze bannerets, je puis vous garantir qu'ils 
étaient bien deux cents chevaliers et plus qui vivaient du jeune 
roi [4776]. 

Outre le jeune roi, on vit à ce tournoi dix-neuf comtes et le 
duc de Bourgogne. On estima à trois mille ou environ le nombre 
des chevaliers qui s'y rendirent. La plaine disparaissait sous 
les combattants. Les troupes chevauchèrent les unes contre 
les autres; les lances brisées tombaient à terre en si grand 
nombre que les chevaux pouvaient à peine charger. Le tour- 

1. Fougère, canl. et arr. de Baugé. < Harduinus de Fugerai » est, en 
1173, l'un des partisans du jeune roi (Ben. Peterb., I, 46). 

2. « Gaufridus de BruUon » est, en 1173, l'un des partisans du jeune roi 
(Ben. Peterb., I, 46). II fut blessé à l'affaire du Mans (voy. plus loin, 
vv. 8388, 8424). Quant au lieu d'où il tirait son nom, c'est probablement 
Brûlon, château et ferme de la commune de Saint-Laurent-des-Mortiers, 
Mayenne, cant. de Bierné, arr. de Château-Gonlier. Le Dictionnaire 
topographique de la Mayenne de M. L. Maître ne donne pour cette loca- 
lité aucune forme ancienne, mais M. André Joubert signale un Gervasius 
de Bruslonio, vers 1160, dans le cartulaire de l'abbaye de Ronceray d'An- 
gers, et de nombreux membres de la même famille du xiv* au xvi* siècle 
{Recherches épigraphiques; le Mausolée de Catherine de Chivré; l'En- 
feu des Gaultier de Brullon. Laval, 1883). 11 y a deux éditions, toutes 
deux de 1883, de cette brochure, qui est extraite des Procès-verbaux et 
documents de la commission histor, et archéol. de la Mayenne, t. II 
(1880-81); voy. p. 20 de la première et p. 28 de la seconde. 

3. Faut-il ridentifier avec un Rodbertus de Ble, partisan du jeune roi 
en 1173 (Ben. Peterb., 1, 45)? 

4. Tinteniac, ch,-l. de cant. de l'arr. de Saint-Malo. « Willelmus de 
c Tintiniac » est, en 1173, l'un des partisans du jeune roi (Ben. Peterb., 
I, 46). 

5. c Gaufridus filius Hamonis » figure à côté du précédent sur la liste 
des partisans du jeune roi en 1173. 

6. Traduit d'après la correction fort hypothétique proposée au v. 4765. 



IL EST SECOURU PAR LE MARÉCHAL. 63 

noi fut très bon, avant même que le roi ni le comte y prissent 
part^ [48^9]. 

La terre trembla lorsque le jeune roi donna l'ordre de char- 
ger. Le comte se tint à part, attendant un moment favorable. 
Les hommes du jeune roi chargèrent avec tant dMmpétuosité 
que celui-ci se trouva seul en arrière tandis que le parti opposé 
fuyait en désordre à travers les vignes ^. Voyant sur la droite 
une bataille de quarante chevaliers environ, il leur courut sus 
et brisa sa lance dans le choc. Il fut aussitôt entouré, lorsque le 
Maréchal, qui le suivait toujours de près, vint à la rescousse 
avec Guillaume de Préaux. Celui-ci avait été fait prisonnier^ le 
jour même et s'était séparé de sa troupe; il avait toutefois 
revêtu un haubert sous sa cotte et portait un chapeau de fer, 
sans autres armes. Tous deux saisirent le cheval du roi et réus- 
sirent à le tirer de la mêlée. Tandis que le roi couvrait de son 
bouclier Guillaume de Préaux, le Maréchal frappait de grands 
coups. Toutefois le roi perdit son heaume, qui lui fut arraché 
de force [4906]. 

Le comte de Flandres se réjouit lorsqu'il entendit crier dans 
la mêlée la bannière du jeune roi. Il courut sur sa troupe déjà 
fatiguée. Au premier choc, il la mit en déroute et lui donna la 
chasse. Le comte Geoffroi couvrit la retraite, faisant volte-face 
à diverses reprises et désarçonnant plusieurs de ceux qui le 
poursuivaient, mais personne ne le secondait, de sorte qu'il ne 
pouvait se maintenir en place [4926]. 

Mais avant la déconfiture se produisit un incident que je vais 
rapporter comme je le trouve écrit. Gomme le roi se retirait, 

1. Les seuls comtes qui aient été nommés jusqu'ici comme ayant pris 
part au tournoi sont les comtes de Flandres (v. 4465), de Dreux (4489) et 
de Soissons (4535). Il est évident toutefois que l'auteur a en vue le plus 
jeune fils de Henri II, Geoffroi, duc de Bretagne, qui n'a pas encore été 
annoncé, mais qui sera nommé plus loin (vv. 4841, 4919). 

2. Le récit est confus et en une certaine mesure contradictoire. Pour 
que le roi, qui avait donné l'ordre de charger, se soit trouvé seul en 
arrière, il faut qu'il ait été bien mauvais cavalier. Puis le comte de Bre- 
tagne, qui, d'après le v. 4823, se réserve, au moment de la cliarge, est 
représenté plus loin (v. 4841) comme se trouvant bien en avant du 
jeune roi. 

3. U devait être prisonnier sur parole. 



64 NOUVEAU TOURNOI A ÉPERNON. 

messire Herlin de Vanci, sénéchal du comle de Flandres*, qui 
avait avec lui en réserve bien trente chevaliers, fut informé 
que le jeune roi se trouvait dans une position critique et pou- 
vait être pris facilement. Aussitôt lui et les siens se mirent à 
sa poursuite. Mais le Maréchal se porta contre eux. 11 y brisa 
sa lance et faillit être désarçonné^. Toutefois, il se défendit si 
bien qu'il échappa et le roi aussi. Ceux qui furent présents à 
cette affaire dirent que jamais chevaliers n'avaient mieux com- 
battu [4970]. 

Je ne sais point par le menu ce qui arriva dans tous les tour- 
nois qui eurent lieu, et il serait malaisé de le savoir, car on 
tournoiait presque chaque quinzaine, mais je veux vous parler 
d'un tournoi qui fut tenu à Épernon^ après celui de Lagni. 
Flamands, Français, Bourguignons, Champenois, Normands, 
Bretons, Angevins, Poitevins s'y rendirent. Le jeune roi n'y 
fut pas ; mais beaucoup de ses chevaliers y vinrent 11 n'y eut 
pas de longs préliminaires. Aussitôt qu'on fut arrivé au lieu 
désigné, on se courut sus, les lances baissées. Le Maréchal et 
Pierre de Préaux '^ attaquèrent vivement les Bourguignons, qui 
étaient nombreux. Il y en eut plus de quatre qui s'acharnèrent 
sur le Maréchal, espérant le prendre. Mais celui-ci savait se 
défendre. Son cheval ne bougeait pas, malgré les coups : il eût 
fallu lui donner de Téperon pour le faire marcher. Guillaume 
Mauvesin^ [5049], prisonnier depuis le matin, leur dit qu'ils 

1. Parmi les témoins d'acles de Philippe de Flandres, datés de 1176 
et 1189, on voit figurer Uellinus de Wavrin^ Dapifer (A. Du Cbesne, 
Uist. générale de la maison de Béthune, Preuves, pp. 40, 49). Dans 
d'autres actes (i&W., pp. 42, 43), Hellinus Dapifer, sans surnom. Il 
mourut de la peste au siège de Sain t-Jean-d 'Acre. 

2. C'est du moins ce qui semble résulter du contexte. Il y a une lacune 
entre les vers 4955 et 4956. 

3. C'est le second tenu en ce lieu. Voy. p. 50. 

4. Voir ci-dessus, p. 59. 

5. Guillaume Mauvesin appartenait probablement à une famille de l'Ile- 
de-France qui possédait des fiefs dans le pays de Mantes et dans le Vexin 
français. Un Guillaume de Mauvesin exempta, en 1171, l'abbaye de 
Fécamp du droit de péage sur le vin à Mantes (Moutié, Chevreuse, dans 
les Mémoires et documents p.p. la Soc, arch. de Rambouillet, III (1876), 
235). — Un « Guillelmus Malus vicinus » figure dans les rôles des fiefs 
de Philippe-Auguste, parmi les chevaliers de la seigneurie de Manies 
(Bouquet, XXIIl, 638 m). 



LARGESSE EXCESSI\T DU JEUNE ROI. 65 

perdaient leur peine, que le xMaréchal était de force à se défendre 
indéfiniment contre eux tous. Enfin une troupe de Normands 
vint à la rescousse, et les Bourguignons eurent le dessous [5039]. 

Le Maréchal revint auprès de son seigneur qui Paimait de 
grand amour. Le jeune roi continua à errer par mainte terre 
pour conquérir honneur et prix. 11 ne se lassait pas de donner. 
Il ne savait rien refuser. En lui s'unissaient toutes les qualités 
qui forment gentillesse. Vous savez bien que Gentillesse fut 
élevée dans l'hôtel de Largesse. — - Et où demeure Largesse ? 
— Où? dans le cœur du jeune roi. C'est là qu'elle demeura 
tant qu'il vécut. Mais à sa mortelle perdit son héritage et resta 
veuve sans douaire. Il est certain que le jeune roi faisait par- 
tout où il venait de telles dépenses qu'au départ il ne savait 
comment en sortira On faisait le compte des dettes et on disait : 
a Monseigneur n'a pas d'argent ici, mais vous aurez la somme 
« avant un mois. — Par ma foi I » disaient les bourgeois, « si 
« le Maréchal nous donne sa garantie, c'est comme si nous 
a étions payés » [5094]. 

Voyez quel honneur et quelle grâce Dieu fît au Maréchal. On 
ne tenait nul compte en ces circonstances des comtes, des barons 
ni des vavasseurs, et lui, qui n'avait ni terre ni rente, pouvait 
tout arranger, grâce à sa bonne réputation. Mais Envie, qui 
mettrait le feu à sa maison pour brûler celle de son voisin, qui 
a chassé Adam du Paradis, qui a fait tuer Abel par Gaïn, Envie 
s'attaqua au Maréchal. Ceux à qui il avait fait le plus de bien et 
qu'il avait introduits à la cour imaginèrent une mortelle calom- 
nie pour le faire haïr du jeune roi [5U^]. Je sais bien qui furent 
les auteurs de cette trahison, mais tous ne peuvent être nommés 
ici : il y a encore des personnes de leur hgnée qui m'en sau- 
raient mauvais gré. Adam d'iquebcuf^ fut un de ceux qui con- 
trouvèrent ces dires mensongers et infâmes. De mauvais vase, 

1. Cf. plus haut, p. 20, el plus loin, p. 69. D'après Robert de Torigni 
(année 1182-1183, éd. Dellsle, II, 120), le jeune roi recevait aunuelleinent 
de son père 15,000 livres d'Angers et davantage, eu valeur iulriusècjue 
environ 354,000 fr. et eu valeur relative entre deux et trois millions 
(cf. Delisle, Bibl. de l'Éc. des ch., 2» série, t. V, p. 288). c Sed hoc parum 
erat ad explendam latitudinem cordis ejus, » ajoute le chroniqueur. 

2. Voy. p. 60, note 2. 

m 5 



66 DES TRAITRES ESSAIENT DE PERDRE 

mauvais boire. Ttiomas de GouloncesS qui n'était bon qu'à 
celte cuisine, y mit bien deux onces de son sel. Ils furent cinq 
à cette affaire. Je me suis gardé de nommer trois d'entre eux -, 
leurs noms se retrouveront plus loin^ [5462]. 

Ils n'osèrent pas présenter eux-mêmes l'accusation traîtresse 
qu'ils avaient inventée : ils savaient bien qu'on ne les en eût 
pas crus. Aussi résolurent-ils d'employer un intermédiaire. Ils 
s'adressèrent à Raoul de Hamars^, qui voyait fréquemment le 
roi et qu'ils savaient n'être pas en bons termes avec le Maré- 
chal. L'un d'eux lui parla ainsi : « Entendez-moi, sire Raoul, 
t Nous ne pouvons assez nous étonner de la renommée de Guil- 
« laume le Maréchal, qui se donne pour si preux et si vaillant 
t qu'il s'est placé au-dessus de tous les chevaliers de l'hôtel du 
« roi. Il n'y a céans comte ni baron qui puisse se mettre à côté 
« de lui ni que le roi consente à écouter. Nous sommes tous 
« humiliés de voir un Anglais s'élever au-dessus de nous. En 
« France, en Normandie et partout, il n'est question que de lui. 
« Et savez-vous d'où vient tout ce fracas ? Simplement de ce que 
« Henri le Norrois^, dès que le roi éperonne^, se met à crier : 
a « Ça ! Dieu aide au Maréchal ! » [5226]. Chacun se serre autour 
« de lui, et il y a une telle presse que personne ne peut étendre 
« la main ; tandis que lui, pour prendre chevaux et chevaliers, il 
« lui suffît d'ouvrir les mains et de saisir ceux qui sont devant 
a lui. Dès que Henri crie, personne ne fait plus attention au roi. 
a Voilà d'où vient sa chevalerie; voilà comment il gagne l'ar- 
« gent avec lequel il se fait tant de bons amis, tandis que nous 
« sommes mis arrière. Ce n'est pas encore cela qui nous cour- 
a rouce le plus. Mais c'est pure vérité qu'il est l'amant de la 
« reine ^. C'est grand malheur et grand dommage. Si le roi le 

1. Voy. p. 61, note 1. 

2. Il est possible qu'ils soient en effet nommés plus loin, mais rien ne 
les désigne spécialement à notre attention. 

3. Voy. p. 61, note 2. 

4. Norreis, Norrois est un surnom fréquent dans les documents 
anglais du moyen âge. Il désigne originairement un homme du nord de 
l'Angleterre. Un « Henricus le Norreis, » qu'il serait téméraire d'identi- 
fier avec celui-ci, figure en divers actes du commencement du xiii' siècle; 
voy. Romania, XI, 40. 

5. Dans les tournois. 

6. Le fils aîné de Henri II avait époasé en 1160, étant âgé de cinq ans. 



LE MARÉCHAL DANS L'ESPRIT DU JEUNE ROI. 67 

« savait, nous serions bientôt vengés de lui-, mais nous ne 
« savons personne qui puisse mieux que vous le dire. C'est 
« pourquoi nous vous prions, beau sire, de lui faire connaître 
t cet outrage » [5252]. 

Quand Raoul vit où tendait ce langage, il repoussa avec 
indignation la proposition qui lui était faite. Les traîtres affec- 
tèrent de sourire, prétendant n'avoir aucune mauvaise inten- 
tion à l'égard du Maréchal, et prièrent Raoul de Hamars de leur 
garder le secret. Celui-ci le leur promit. Toutefois, Pierre de 
Préaux eut vent de la trahison [5295]. Il en parla au Maréchal, 
sans toutefois lui nommer les traîtres, l'engageant à prévenir 
le roi. Guillaume répondit qu'il aurait honte de se défendre d'une 
pareille imputation ; il préférait garder le silence, persuadé que 
la vérité finirait par se découvrir [5326]. 

Pierre se tut. Mais les traîtres ne renoncèrent pas à leur pro- 
jet. Ils s'adressèrent à un jeune homme appelé Raoul Farci 
[5367], qui jouissait de la faveur du roi, et le décidèrent, après 
ravoir fait boire, à porter leur dénonciation au roi, s'engageant 
à l'appuyer de leur témoignage. Le roi, d'abord, se montra 
incrédule; mais le valet lui dit : « Sire, je trouverai cinq che- 
« valiers qui en porteront témoignage » [5418]. Les chevaliers 
furent mandés et confirmèrent le dire du jeune homme. Le roi 
fut profondément troublé et ne parla plus au Maréchal [5426]. 

Le Maréchal comprit alors que Pierre de Préaux lui avait dit 
vrai. Le roi lui fit bien voir qu'il le haïssait de tout son cœur. On 
ne tarda pas à s'apercevoir que le Maréchal n'était plus aussi en 
faveur que par le passé, mais personne ne savait, sauf le roi, 
lui et les traîtres, la cause de ce refroidissement. Les hommes 
sages en étaient peines, et leur confiance en le roi en était ébran- 
lée [5448]. 

Le Maréchal souffrait de la mine que lui faisait le roi, sans 
qu'il y eût faute de sa part; mais il se fiait en Dieu qui délivre 
ceux que l'on afflige à tort. Il en supportait mieux sa peine. Il 

Marguerite, fille de Louis VII, née en 1157. Aucun historien ne fait allu- 
sion à l'accusation calomnieuse dont il est ici question. Au commence- 
ment de l'année 1183, le jeune roi envoya sa femme à Philippe-Auguste, 
ei, depuis lors, il ne la revit plus, étant mort le H juin de cette année, 
mais les chroniqueurs n'assignent aucune c^ase à l'éloignement de la reine. 



68 LE MARÉCHAL AU TOURNOI DE GOURNAL 

lui souvenait de sainte Suzanne \ de Daniel mis, sans jugement, 
dans la fosse aux lions [54 G3], des trois rois que Dieu avertit 
de retourner dans leur pays sans revoir Hérode^, le félon roi 
qui fît massacrer les Innocents par milliers. 11 s'éloigna de son 
seigneur, mais il n'y perdit pas. Dieu merci! il trouva assez de 
personnes disposées à Taccueillir et à lui faire honneur. Sur ces 
entrefaites, on annonça un tournoi entre Gournai et Ressons'. 
Le jeune roi se prépara pour y aller, mais il fut surpris de 
l'absence du Maréchal. 11 le fit chercher et lui envoya l'ordre de 
se rendre à Gournai [5506]. Le Maréchal obéit. Ce tournoi eut 
lieu tout près de l'Avent^ De toutes parts, on s'y rendit. Le 
jeune roi venait d'arriver avec sa bannière. Il était encore 
auprès des lices lorsqu'il vit venir le Maréchal, tout armé, le 
heaume lacé. Il n'avait pas l'air d'un homme qu'on poursuit ou 
qui songe à la fuite; on voyait qu'il était capable de faire un 
grand effort en bataille. Et il le montra bien, comme l'histoire 
le conte. Quand le roi entra dans la mêlée, la lutte s'enforça de 
son côté. C'est qu'en effet lui et sa gent se comportaient vail- 
lamment, tellement que les autres se pelotonnaient devant eux. 
Quant au Maréchal, il excitait l'admiration de tous. Ses amis 
s'en réjouissaient, mais cela ne plaisait point à ceux qui, par 
envie, l'avaient brouillé avec le jeune roi [5560]. 

Ce jour-là, il ne chercha pas à faire des prisonniers, mais il 
garda son seigneur si bien que deux fois il le déUvra de ceux 
qui le tenaient par le frein. Le jeune roi et sa troupe eurent le 
prix du tournoi. Les Flamands y eurent du gain et de la perte. 
Bourguignons, Français, Normands, Anglais s'y distinguèrent, 
mais, par une heureuse aventure, il n'y eut déroute d'aucune 
part. On se sépara d'un commun accord. Tous furent unanimes 
à louer la grande prouesse du Maréchal, à qui, des deux parts, 
on donna le prix du tournoi [5592]. 

1. La Suzanne de la Bible a été considérée au moyen âge comme une 
sainte. Les chapitres xiii à xiv du livre de Daniel ont été traduits en 
prose française, sous le litre de « Vie de sainte Suzanne » ; voy. Bull, 
de la Soc. des anc. textes français, 1885, p. 65. 

2. Matti., II, 12. 

3. Voy. ci-dessus, p. 36. 

4. En 1182; on verra un peu plus loin que cette année même, à Noël, 
le roi tint cour à Caen, événement dont la date est connue. 



H 82] LE MARÉCH.'a S'ÉLOIGNE DU JEUNE ROL 69 

Avant de se séparer, les hauts barons se réunirent pour s'en- 
tretenir ensemble. Le bon comte de Flandres dit au roi, qui 
était la beauté et la fleur de tous les princes chrétiens et la fon- 
taine de largesse : « Beau cousin, quand on peut, à un prix 
« quelconque, avoir un chevalier de la valeur du Maréchal, 
a ici présent, ce n^est sens ni prouesse de le laisser partir. » Le 
roi garda le silence, rougissant de honte, et le Maréchal aussi 
était honteux et contrarié. Le comte n'en parla plus. On se 
sépara, chacun tirant de son côté. Lorsque le roi s'éloigna, 
aucune parole ne fut échangée entre lui et le Maréchal. Ce der- 
nier prit congé de ses compagnons et s'en alla par un autre 
chemin, accompagné d'un ami compatissant [5636]. 

Quand ses ennemis surent que le roi Pavait mandé à ce tour- 
noi, ils dirent qu'il ne pouvait se passer de lui. « Il s'en passera 
« bien, » reprit l'un d'eux. « Quand le père^ saura cette aflaire, 
a il ne sera pas tenté de rire. Honni soit qui ne la lui découvre ! 
a — Voire, voire, » dirent-ils, « c'est ce qu'il nous faut faire. 
« De la sorte, il ne sera plus reçu à la cour ni aimé d'aucun des 
« deux rois. » Ils allèrent donc trouver le père du jeune roi à 
Rouen^ et lui firent connaître le grief que son fils avait contre 
le Maréchal. Lorsque son père en fut informé, il n'en fut pas 
autrement fâché, sinon à cause de la honte; car, du reste, il 
trouvait que les compagnons de son fils l'entraînaient à de 
grandes dépenses, et il eut bien voulu voir partir les meilleurs 
d'entre eux [5668]. 

Les traîtres peuvent se réjouir. Ils croient que jamais le 
Maréchal ne reviendra à la cour. Mais la vérité se fera jour, et 
ils seront honnis et avilis, tandis que le Maréchal sera plus que 
jamais en faveur, comme l'or qui brille davantage après avoir 
été passé au feu [5692]. 

A la Noël, le roi Henri tint à Gaen la fête la plus brillante 
qu'il eût jamais célébrée en Normandie^. On y vint de lointains 

1. Le roi Henri H. 

2. On sait que le roi Henri H passa les derniers mois de l'année 11S2 
en Normandie (Eyton, p. 248), mais on n'a aucun renseignement sur ses 
séjours. 

3. En 1182 (1183 chez Ben. Pclerb., I, 291, qui commence Tannée à 
Noël; cf. Eyton, p. 249). Gautier Map (/)c nugis curialium, p. 23*?} 



70 COUR PLÉNIÈRE TENUE A CAEN. [1182 

pays. De Saint-Mathieu* jusqu'à l'empire, d'Aix-la- Chapelle 
jusqu'en Gascogne, d'Aiguës -Mortes' à Cologne la fête fut 
annoncée [57^0]. 

Le Maréchal s'y rendit. Il voulait savoir si la vérité s'était 
fait jour, si enfin son seigneur reconnaissait qu'on Tavait 
trompé. Il fut accueilli avec joie par les hauts hommes qui se 
trouvaient là, mais sa présence troubla ses ennemis, qui crai- 
gnaient de voir leur trahison découverte. Ils ne s'approchaient 
guère de lui, mais ils le faisaient épier pour savoir ce qu'il 
dirait et s'il chercherait à se disculper auprès du roi. C'est là 
ce qu'ils redoutaient le plus, sachant bien qu'aucun d'eux ne 
serait disposé à accepter la bataille [5748]. 

Quand le Maréchal se fut assuré qu'ils avaient fait parvenir 
leurs calomnies jusqu'au roi Henri le père, il voulut que tous 
fussent en état de juger si ce dont on l'accusait était vérité ou 
mensonge. Plein de courroux et de dépit, il se présenta au jeune 
roi son seigneur et lui dit : « Sire, qu'il vous plaise de m'en- 
« tendre. On vous a fait croire que j'avais commis une laide 
a trahison. En présence de mon seigneur votre père, des 
« comtes, des barons, des vicomtes, des châtelains, des vavas- 
« seurs qui sont ici, je suis prêt à soutenir que je ne me suis 
« jamais rendu coupable d'aucune trahison envers vous. Enten- 
« dez comme je veux me défendre. Viennent vos garants. Avec 
a l'aide de Dieu, je suis prêt à combattre, moi seul contre les 

donne sur la splendeur de cette fête des renseignements qui concordent 
en générai avec ceux du poème. Il conte même une réclamation faite a?ec 
éclat, au moment du banquet, par le grand chambrier Guillaume de 
Tancarvilie (ci-dessus, p. 13, n. 5). Mais nulle part il n'est question de 
la scène que le poète va nous conter en détail. 

1 . Saint-Mathieu, comm. de Plougouvelin, à la pointe du Finistère ; en 
latin du moyen âge, S. Maiheus de flnibus terre (Ben. Peterb., II, 116). 
Au milieu du xv* siècle, Gilles le Bouvier, déterminant l'étendue du 
royaume de France, prend ce même lieu comme point de départ : c Cedit 
royaulme... a de large .xvi. journées, c'est assavoir, depuis Saint-Mahieu 
de Fine-Poterne en Bretaigne jusques a Lyon sur le Rosne. » Cité par 
M. A. Longnon, les Limites de La France et l'étendue de la domination 
anglaise à l'époque de la mission de Jeanne d'Arc, dans la Revue des 
Questions historiques, t. XVIII (1875), p. 445; tirage à part, p. 2. 

2. Restitution conjecturale ; voy. la note du v. 5708. 



1182] LE MARÉCHAL Y DÉFIE SES CALOMNIATELTIS. 71 

« trois plus forts. La bataille durera trois jours. Si du premier 
a je ne puis me défendre, faites-moi pendre sur-le-champ. Si 
« je suis vainqueur, je veux que le lendemain on me livre au 
« second. Si j'ai le dessous, qu'on me pende ! et de même si je 
« suis vaincu par le troisième. » Le roi répondit : « Maréchal, 
a je n'ai cure de votre bataille; je n'accepte pas votre escondit\ 
a — Sire, ceux qui m'ont accusé sont ici. D'où vient qu'aucun 
« d'eux ne parle? Ils m'ont pourtant bien entendu ! Sire, écou- 
« tez une autre proposition. Faites couper un des doigts de ma 
a main droite, celui que vous voudrez, et que le plus fort 
a d'entre eux se désigne lui-même pour me combattre. S'il peut 
« me rendre recréant, faites de moi comme on fait d'un traître 
a prouvé. Vous pouvez bien voir maintenant, beau sire, que 
« mauvaise langue ose dire ce qu'elle ne saurait prouver. Quand 
a je ne puis trouver merci, alors que j'offre plus que raison, 
a c'est que vous ne cherchez qu'un prétexte pour m'éloigner. 
a En présence de tous ces barons, il me faudra prendre congé 
a de vous. Je n'attendrai pas plus longtemps » [5844]. Puis, se 
tournant vers le roi Henri le père : « Sire, je vous prie de faire 
a paraître à mon sujet la grande franchise que je crois être en 
a vous. Je vous demande un sauf-conduit, jusqu'à ce que je 
« sois hors de votre terre. Je ne veux pas vous demander davan- 
« lage, car vous me faites bien entendre que votre cour m'est 
« hostile, contre raison et loi de terre 2. Il me faut aller chercher 
a ailleurs un meilleur séjour où je puisse vivre, quand ici je ne 
a puis me délivrer de l'accusation fausse dont on me charge, 
a alors qu'aucun de mes accusateurs n'ose lever la tête. Voilà 
a ce qu'on permet pour me faire tort. Mais il me plaît, puis- 
« qu'on me refuse le droit, que ce soit en présence d'une telle 
« assemblée » [5832]. 
Le vieux roi vit bien qu'il ne parlait point à mots couverts^; 

1. Je conserve le terme de l'original. C'est un mot qui n'a plus de cor- 
respondant en français actuel : < protestation, défense, » ou tout autre 
équivalent, ne rendrait pas pleinement lidée. 

2. La loi du pays, expression qui parait propre au droit anglo-normand. 
Voir lei de terre, au vocabulaire. 

3. Mot à mot, si ma conjecture est fondée (v. 5834), « qu'il ne parlait 
point gaiois ni langage inintelligible. » 



72 IL QUITTE LA COUR SANS OBTENIR JUSTICE. [1183 

il lui donna un sauf-conduit pour se rendre, lui et les siens, en 
Perche, à Mortagne [5840]. Il s'en va; puisse Dieu le conduire! 
Il n'avait pas Tapparence d'un homme qui fuit ni d'un cheva- 
lier qui a peur. Tel l'insulte aujourd'hui dont on ne tient 
guère compte. Mais le jour viendra où tous ceux-là seront hon- 
nis à leur tour. 11 est droit qu'ils aient ce qu'ils ont cherché 
[5848]. 

Les traîtres sont arrivés à leurs fins. Ils se réjouissent dans 
la pensée que le Maréchal est à tout jamais éloigné de la cour. 
Ils disent, les mauvais, les faux : « Que fera-t-il? Son prix 
« sera bien abaissé. Tout le gain ne sera plus pour lui. On 
a n'entendra plus Henri le Norrois s'écrier : « Ça! Dieu aide 
« au Maréchal! » On ne parlait que de lui, et, maintes fois, 
« nous en avons souffert. Maintenant, son orgueil et sa pré- 
(i somption sont abattus » [5878]. 

Baudouin de Béthune, qui n'aimait guère leur clique, apprit 
comme ils se réjouissaient ouvertement de leur succès, faisant 
ainsi apparaître leur trahison aux yeux de tous, et il en éprouva 
une vive douleur. Il fit rédiger en un bref toutes leurs paroles 
et le fit porter au Maréchal [5905]. Celui-ci reçut la lettre, se la 
fit lire par un clerc et sourit [5922]. 

Quand on apprit en France, en Champagne, en Flandre, l'in- 
jure qui avait été faite au Maréchal, et comme il avait en vain 
offert de se disculper, il n'y eut comte ni haut baron qui ne 
s'eff'orçât d'attirer à soi le Maréchal. Le comte de Flandre, tout 
premier, le duc de Bourgogne, l'avoué de Béthune* et bien 
d'autres lui envoyèrent des messagers à cet efl'et [5960]. 

1. Robert V, ayoaé d'Arras, appelé advocattis de Bethunia par Guil- 
laume de Tyr (liv. XXI, ch. xv et xvii, p. 1029 et 1033 de l'édition publiée 
par l'Académie des inscriplions et belles-lettres); sa souscription dans les 
chartes est ainsi conçue : « S. Roberti advocati Bethuniensis. » Son his- 
toire est contée en grand détail par A. du Chesne, Ilist. généal. de la 
maison de Béthune (Paris, 1639, in-fol.), p. 121 et suiv. 11 mourut à 
Sutri, en Italie, alors qu'il se rendait à la croisade. La chronique dite de 
l'anonyme de Béthune énumère ses cinq fils {Histoire littéraire de la 
France^ XXXII, 222), dont le troisième était, comme on l'a dit plus haut 
(p. 53, n. 3), Baudouin de Béthune, plus tard comte d'Aumale, en présence 
de qui a lieu la conversation ici rapportée. Le cinquième fut le trouvère 
Cuene ou Conon de Béthune. Il eut aussi deux filles : Clémence de Béthune, 



1183] TOURNOI ENTRE RESSONS ET GOURNAI. 73 

Entre temps, il acheta à la foire de Lagni un cheval de prix 
qu'il ne paya que trente livres. 11 ne l'aurait pas revendu pour 
quarante ni même, à ce que j'ai ouï dire, pour cinquante. Il 
eut alors deux bons chevaux avec lesquels il pouvait se présen- 
ter partout [5972]. 

Vingt jours après la Noël, un nouveau tournoi fut assigné 
entre Ressons et Gournai^ Les barons, qui avaient envoyé à 
la recherche du Maréchal et ne Tavaient pas trouvé, étaient fort 
en peine de lui. Ils le virent arriver au tournoi en riche appa- 
reil. On aurait eu peine à estimer la valeur de son équipage. 
C'était chose à laquelle il mettait volontiers cure. Le comte de 
Saint-PoP l'aperçut et, Payant reconnu à son écu, courut après 
lui. Ils se saluèrent et s'embrassèrent. Le comte lui dit : « Je 
a vous demande de me permettre d'être avec vous dans ce tour- 
a noi. — Beau sire, » reprit le Maréchal, « ce n'est pas vous 
a qui serez avec moi, c'est moi qui serai avec vous, autant que 
a j'en aurai la force. — Cinq cents mercis, » fit le comte; « vous 
a ne sauriez mieux dire » [60^6]. Les Flamands furent avec les 
Picards, les Brabançons, les Tiois^, les Lorrains et le comte de 
Flandre. Le duc de Bourgogne vint avec les Bourguignons, les 
Champenois, les Français, les Normands, les Bretons, les Ange- 
vins. Le comte de Saint-Pol s'arma avec trente chevaliers. 
Mais il se trouva qu'ayant distribué ses chevaux, il n'avait plus 
sur quoi monter. Le Maréchal, l'ayant appris, lui dit : « Sire, 
<c j'ai deux bons chevaux. Je vous prie comme faveur que vous 
a veuillez bien tournoier sur celui des deux qu'il vous plaira. » 
Le comte accepta, et sachez qu'il ne prit pas le plus mauvais 
[6047]. 

Le tournoi commenç^a, mais il ne ressembla point à celui qui 
précédemment avait été tenu au même lieu, et jamais il n'y eut 
tant de fer et de bois employés en une journée^ Les prélimi- 

qui épousa Baudouin, châtelain de Bourbourg, et Mahaut de Bélliune, 
deux fois mariée. On verra [dus loin (p. 75, v. 6268) que Robert de 
Béthune offrit l'une d'elles au Maréchal. 

1. C'est le troisième tournoi j\ cette place; voy. pp. 36 et 68. 

2. Hugues IV de Saint-Pol, 1174-1205, Art de vér. les dates, II, 77i-5. 

3. Voy. p. 51, n. 3. 

4. II est singulier que la m<^me idée est exprimée, et précisément dans 
les mêmes termes, dans le récit du deuxième tournoi de Gournai (v. 55iO), 



74 LE MARÉCHAL REFUSE DES OFFRES BRILLANTES. [1183 

naires* durèrent peu de temps. Lorsque les escadrons s'entre- 
heurtèrent, il y eut tant de lances brisées que les chevaux 
avaient peine à avancer. On tournoya sur place, et le fracas fut 
tel qu'on n'eût pas entendu Dieu tonner 2. Le comte de Saint- 
Pol fut pris par le frein, mais le Maréchal vint à la rescousse 
et le délivra de plus de sept chevaliers qui l'emmenaient [6084]. 
On aurait vu mainte bannière traîner dans la fange et fouler 
maint chevalier abattu à terre. On dit que c'est entre les pieds 
des chevaux qu'il faut chercher les braves. Certes, les couards 
ne se risqueront pas dans la presse : ils auraient trop peur 
d'avoir du mal. Le comte de Saint-Pol fut pris de nouveau; ses 
gens ne savaient ce qu'il était devenu, mais le Maréchal le déli- 
vra encore [6^40]. Après le tournoi, les hauts hommes s'assem- 
blèrent sur le lieu de la rencontre. Le comte de Flandre et le duc 
[de Bourgogne] envoyèrent chercher le Maréchal et déclarèrent 
qu'il l'avait emporté sur tous ceux du tournoi [6454]. Chacun 
désire l'avoir. Le comte de Flandre et le duc [de Bourgogne] lui 
offrent cinq cents livres de rente. L'avoué de Béthune veut lui 
donner une ville et cinq cents livres de terre ^. Jacques d'Avesnes 
lui offre une ville, trois cents livres et la haute main sur tout ce 
qu'il possède. Mais le Maréchal les remercia'*. Il ne voulut pour 
le moment accepter aucun engagement, ayant d'abord l'inten- 
tion de se rendre en pèlerinage aux Trois rois de Cologne. 
Jacques d'Avesnes s'offrit à l'accompagner, et ils y allèrent 
ensemble à grande joie [6492]. 

La renommée apporta à la cour du jeune roi la nouvelle du 
tournoi de Ressons. « Et qui l'a fait le mieux? » demanda alors 

par rapport au premier tournoi tenu au môme endroit. Il n'est pourtant 
guère probable que cette répétition soit l'œuvre du copiste. 

1. Les començailles (v. 6057); voy. le vocabulaire. 

2. Locution fréquemment employée en pareille circonstance dans les 
poèmes du moyen âge. 

3. Voy. page suivante, n. 1. 

4. Bien que le poète alOrme que le Maréchal refusa toutes les offres 
qui lui furent faites (vv. 6171-73), il est certain cependant qu'il posséda 
des biens en Flandre jusqu'en 1200, époque où il les échangea avec Bau- 
douin, comte de Guines, pour des terres situées en Angleterre. L'acte du 
roi Jean, qui confirme cet échange, est daté du 20 avril 1200 {Rot, chart., 
I, 46fl). 



4183] BROUILLE ENTRE LES FILS DU ROI. 75 

Baudouin de Béthune à un jeune homme qui en venait. « Qui? 
a certes, tous témoignèrent que le Maréchal l'emporta sur tous. 
« — Je ne vous crois pas. Dites- vous que ce fut le Maréchal? 
« — Mais certainement, ce fut le jugement unanime. — Tu ne 
« dis pas la vérité, » reprenait Baudouin, « ce ne fut pas le 
« Maréchal ; Tas-tu vu de tes yeux ? — Assurément. — Mais 
« n'as-tu pas vu Henri le Norrois le suivre et crier avant et 
« arrière : « Ça! Dieu aide au Maréchal? » — Non, sire : il 
a n'y était pas. — Pas possible I Mais alors le Maréchal est donc 
« capable de faire chevalerie par lui-même? — Ha! sire, que 
« dites- vous ? c'est un des meilleurs chevaliers du monde » [6236]. 
Cette parole fut agréable à Baudouin. H fit appeler plusieurs 
des chevaliers qui se trouvaient là, de ceux même qui n'aimaient 
pas le Maréchal, et fit raconter au jeune valet ce qu'il avait vu. 
Survint alors un chevalier qui avait assisté au tournoi et qui 
confirma de tout point le dire du jeune homme et le compléta. 
Il conta les propositions qui avaient été faites au Maréchal, 
disant notamment que l'avoué de Béthune lui avait offert mille 
livres de rente et sa fille en mariage ^ Baudouin dit alors : « Dieu ! 
a quel honneur c'eût été pour ma sœur de l'avoir pour mari ! 
« Puisse Dieu, qui protège les bons, le venger de ceux qui lui 
oc ont fait un mal immérité ! » Ces paroles ne firent point plai- 
sir aux ennemis du Maréchal, qui craignaient de le voir revenir 
en honneur et en puissance grâce à son sens et à sa prouesse 
[6298]. 

Le Maréchal passa ensuite quelque temps en France, les 
hauts hommes du pays s'estimant heureux quand ils pouvaient 
l'avoir avec eux. Le carême suivant, la brouille se mit entre les 
trois frères. Le jeune roi et Geofi*roi de Bretagne se séparèrent 
de leur père mécontents. Ils étaient irrités de le voir soutenir 
leur frère le comte de Poitiers, qui maltraitait les plus hauts 
hommes de la terre. Ceux-ci s'en plaignirent au jeune roi, décla- 
rant qu'ils aimaient mieux être avec lui qu'avec le comte Richard , 
qui était pour eux un mauvais seigneur ^ [6328]. Le jeune roi 

1. Le poète n'est point d'accord avec lui-même, à moins qu'il y ait 
quelque faute de texte; voy. page précédente et la note des v. 6164-5. 

2. Le dissentiment entre le jeune roi et Richard se manifesta d'abord A 
la cour de Caen, décrite plus haut. Richard avait commencé par refuser de 
faire hommage à son frère aine; et, lorsqu'il s'y était décidé, sur l'insis- 



76 LE ROI PREND PARTI POUR RICHARD, [H83 

et lecomle GeofTroi firent à leur père des observations au sujet 
de la conduite de Richard. « Que nous importe? » leur répon- 
dit le roi. « Je lui ai donné la terre de tous ceux qui lui feront 
« la guerre. Je ne puis que l'approuver s'il réussit à rabaisser 
« leur orgueil. — Ils ont été longtemps mes hommes, » reprit 
le jeune roi, « et je ne puis Souffrir qu'ils soient maltraités. 
« 11 est droit que je leur vienne en aide. — Aidez-les donc, » 
dit le père, « je vous le permets ^ » C'est dans ces termes 
qu'ils se séparèrent [6346]. 

Ses fils se rendirent à Limoges*, où ils rassemblèrent des 
troupes, chevaliers, sergents, routiers. Les hauts barons du 
pays, qui détestaient le comte de Poitiers, y affluèrent, désireux 
de le combattre et d'abaisser son orgueil. Le père, voyant la 
guerre commencer entre les frères, se hâta de rassembler une 
armée, à la tête de laquelle il chevaucha vers Limoges^. Mais, 
avant qu'il arrivât, le jeune roi avait eu le temps de mander 
son frère le comte de Bretagne^, qui avait une bonne compa- 



tance du roi Henri II, le jeune roi, à son tour, avait refusé de le rece- 
voir. Il est d'ailleurs exact que les seigneurs poitevins avaient oflfert leur 
hommage au jeune roi, ayant gravement à se plaindre de Richard : 
« Dicebant enim quod nullo modo amplius terrara de Ricardo tenere vole- 
c bant, imponentes ei quod ipse malus erat omnibus, suis pejor, pessi- 
c mus sibi. Mulieres namque et filias et cognatas liberorum hominum 
c suorum vi rapiebat et concubinas illas faciebat; et, postquam in eis 
c libidinis suae ardorem extinierat, tradebat eas militibus suis ad mere- 
« tricanduro. His et multis aliis injuriis populum suum affîciebat » (Ben. 
Peterb., I, 292). 

1. Cf. Ben. Peterb., I, 293 : « Dominus vero rex pater eorum per 
aliquantum temporis spatium permisit eos inter se dimicare. t 

2. Le jeune roi se rendit en effet en Poitou et à Limoges, mais Geof- 
froi alla en Bretagne, où il rassembla des troupes, notamment des Bra- 
bançons (Ben. Peterb., I, 292-3). Du reste, le poète se rectifiera quelques 
vers plus loin. 

3. Henri II arriva devant Limoges en février 1183 avec peu de monde : 
< cum paucis admodum Lemovicas venit » (Gaufr. Vos., Bouquet, XVIII, 
213 d). Mais, bientôt après, vers le i*' mars, il réunit une armée suffi- 
sante pour assiéger la ville (ibid., 215 d). Toutefois il n'y séjourna pas, 
car le 8 mars il était à Poitiers. C'est seulement le 17 avril qu'on le 
retrouve devant Limoges (Eyton, p. 250). 

4. Il ne s'était donc pas rendu à Limoges avec le jeune roi. D'après 
Jaufré du Vigeois, il arriva à Limoges peu après le 25 mars 1183 (Bou- 
quet, xyuij 213 g). 



1183] ET ASSIÈGE LE JEUNE ROI DANS LIMOGES. 77 

gnie de chevaliers, et, de son côté, il fit venir ses hommes ^ 
d'Anjou, de France, de Normandie, de Flandre. Ces derniers, 
étant arrivés à Limoges, se rendirent au château avec leur sei- 
gneur. Ceux du dehors^, les ayant vus entrer, leur mirent le 
siège, faisant garder toutes issues. Le jeune roi tint alors con- 
seil avec trois des siens, le comte de Bretagne, le seigneur de 
Lusignan^ et Rogier de Gaugi^ [64U]. 

Le comte de Bretagne dit à son frère qu'un seul homme était 
capable de les conseiller, à savoir Guillaume le Maréchal. Geof- 
froi de Lusignan ajouta que les accusations portées contre le 
Maréchal étaient calomnieuses , offrant môme de le prouver par 
le combat judiciaire. « Et pourtant, » dit-il en terminant, « le 
a Maréchal ne m^aime guère, car il croit que c'est moi qui ai 
a tué son oncle, ce qui est tout à fait faux^ » [6458]. 

Voyez comme Dieu, qui veille sur les bons et à qui rien 
n'est caché, a bientôt fait de découvrir la trahison ! Celui qui 
avait ourdi le complot était alors sénéchal du roi et maître de 
son hôtel ^. Il vint au roi, qui tenait conseil, sans y avoir été 
appelé et lui dit : « Sire, le roi votre père vous a assiégé en ce 
a château. Je suis son homme-lige. Je n'ose plus rester avec 
« vous etje viens vous prier de me donner congé de me rendre 
« auprès de votre père, comme je le dois. — Voyez le traître, » 
s'écria le roi, a il montre bien à la fin comme il a calomnié le 
a Maréchal, le meilleur de mes hommes !» Et il allait le frap- 
per de son épée, lorsque son frère arrêta son bras : « Ne souil- 

1. c Ses bachilers » (v. 6391), sans doute les jeunes chevaliers à sa 
solde qui avaient couru les tournois avec lui. 

2. Le roi Henri II et les siens. J. du Vigeois dit en effet que le père 
était dans la ville et le fils dans le château (Bouquet, XVIII, 215 de). 

3. GeofFroi de Lusignan, déjà mentionné plus haut, p. 25. 

4. Ci-dessus, p. 43, note 2. 

5. Voy. ci-dessus, p. 26, note. 

6. On a vu plus haut (p. 65) qu'ils étaient cinq, dont deux ont été 
nommés. Nous ne savons pas qui était alors sénéchal du jeune roi. Parmi 
les témoins d'un acte de ce prince confirmant les privilèges et posses- 
sions de Christ Church, Cantorbery, (igure un < Petrus lilius Guidonis, 
dapifer; • mais cet acte (Musée brit.. Coït, charters, VI, 1) paraît ôtro 
de 1175, et on n'a aucune raison de croire que le même personnage ait 
encore été en fonctions huit ans plus tard. Il paraît comme témoin dans 
an acte de 1181 (Eyton, p. 243), mais sans qualilication. 



78 L'TNNOCKNCB DU MARÉCHAL EST RECONNUE. [1183 

a lez pas VOS mains du sang de ce traître, mais chassez-le. > 
Ce qui fut fait [6512]. Le roi, désormais convaincu de l'innocence 
du Maréclial, fit appeler Raoul, fils de Godefroi, son chambellan * , 
le plus fidèle de ses serviteurs, et lui commanda de se mettre à 
la recherche du Maréchal et de l'amener*. Raoul se mit en 
roule : il parcourut maint pays sans apprendre aucune nouvelle 
de celui qu'il cherchait. D s'en revenait tout fatigué lorsqu'il le 
rencontra [6561]. Ils s'embrassèrent, et Raoul remplit son mes- 
sage. Le Maréchal fut heureux d'apprendre que la trahison était 
dévoilée, et il en remercia Dieu. « J'arrive de Cologne, t> dit-il, 
et où j'ai accompli un pèlerinage aux Trois rois, afin que Dieu, 
« par leur mérite, voulût bien me délivrer du blâme qu'on fai- 
« sait peser sur moi. » Puis, ayant assuré Raoul qu'il viendrait 
le plus tôt qu'il pourrait, il se rendit auprès du roi de France 
et lui conta que le jeune roi, ayant reconnu son innocence, 
l'avait mandé auprès de lui [6618]. Le roi de France s'en 
réjouit 3 et lui fit ses offres de service. Le Maréchal le remer- 
cia et lui demanda de lui donner des lettres pour le roi Henri 
le père, afin qu'il pût, sans encourir la malveillance de celui-ci, 
se rendre auprès de son seigneur le jeune roi. « Vous les aurez, » 
dit le roi Philippe, « et, si le roi d'Angleterre n'en tient pas 
a compte, on pourra croire que c'est lui qui a imaginé cette 
« affaire pour vous éloigner^ » [6640]. 

Le Maréchal obtint les lettres qu'il désirait, non seulement 
du roi de France, mais encore de l'archevêque de Reims ^ et du 



1. Ce Raoul fut ensuite chambellan de Richard !•', et c'est en celte 
qualité qu'il est mentionné par les historiens. Richard lui confia la garde 
de l'empereur Isaac Comnène, en 1191, et il mourut à Tripoli la même 
année (Ben. Peterb., II, 167, 173). 

2. Le poète perd de vue l'histoire de la lutte entre le jeune roi et son 
père, lutte sur laquelle, du reste, il paraît avoir eu peu d'informations. 

3. Le poète ne parait pas avoir su que la femme du jeune roi, injuste- 
ment accusée, on l'a vu plus haut, d'une intrigue avec le Maréchal, se 
trouvait justement à cette époque auprès du roi de France son frère 
(voy. ci-dessus, p. 67, note). S'il l'avait su, il aurait sans doute prêté à 
Philippe-Auguste des paroles moins banales. 

4. Il faut se rappeler que le roi d'Angleterre ne voyait pas d'un bon 
œil la présence du Maréchal auprès de son fils (cf. p. 69). 

5. Guillaume aux Blanches-Mains, archevêque de Reims depuis 1176, 



1183] IL EST RAPPELÉ AUPRÈS DU JEUNE ROL 79 

comte Robert^ du comte Thibaut^. Le roi d'Angleterre accorda 
volontiers ce qu'on lui demandait et envoya au Maréchal des 
lettres pour l'autoriser à se rendre auprès de son seigneur. J'ai 
même entendu dire quil avait permis au Maréchal de lui faire 
la guerre, l'assurant de ne pas lui en savoir mauvais gré [6664]. 
Les gens du jeune roi se rendirent de toutes parts auprès de 
lui. Le Maréchal, Baudouin de Béthune et Hue de Hamelincourt^, 
tous trois compagnons, se donnèrent rendez-vous à Montmirail 
en Brie, un mercredi [6676]. Gomme le Maréchal se dirigeait de 
ce côté, il lui prit envie de dormir. Il se coucha sur le bord de 
la route, tandis que son écuyer, Eustache de Bertrimont '% resté 
seul avec lui, abattait les freins des chevaux et les laissait 
paître. Gomme le Maréchal dormait, vinrent à passer sur la route 
un homme et une femme, tous deux de belle figure et montés 
sur de grands palefrois bien ambiants. Ils avaient beaucoup de 
bagage troussé sur leurs palefrois et allaient grand train. Au 
moment où ils passaient près du Maréchal, la femme dit à voix 
basse : « Ah Dieu! que je suis lasse! » Le Maréchal se réveilla 
et demanda ce que c'était : « Sire, » répondit Eustache, « c'est 
« un homme et une femme qui vont grande allure. Ils ont un 
« riche équipage. — Mets le frein, car je veux savoir d'où ils 
a viennent, où ils vont et qui ils sont. » Il monta aussitôt, 
mais, dans sa précipitation, il oublia de prendre son épée. 
Ayant atteint les voyageurs, il prit l'homme par la manche de 
sa chape et lui demanda qui il était. « Sire, » répondit l'autre, 

cardinal depuis 1179, raort en 1202. 11 était frère de Thibaud, comte de 
Biois, qui va être nommé, et d'Adèle de Champagne, mère de Philippe- 
Auguste, par conséquent oncle de ce dernier. Il fut chargé à deux 
reprises du gouvernement des états du roi, d'abord en 1185, avec son 
frère Thibaut de Blois, puis, avec sa mère la reine Adèle, pendant la croi- 
sade (1190-91). 

1. Robert, comte de Dreux; voy. ci-dessus, p. 52,"iiote 2. 

2. Thibaut V, comte de Blois, raort à la croisade, en 1191. 

3. Voy. ci-dessus, p. 55, note 5. 

4. Bertrimont, arr. de Dieppe, cant. de Tôles. Cet Eustache paraît <^lre 
resté attaché à la maison du Maréchal, après avoir cessé d'être son écuycr. 
Il figure, avec Jean d'Erlée, qui paraît l'avoir remplacé comme écuycr, 
parmi les témoins de l'acte par leciuel G. le Maréchal fonda, vers 1212, 
le monastère de Dowiskyr, dans le comté de Killkcnuy ; voy. Gilbert, Fac- 
similés of national manuscripis of Ireland, II, pi. lxix. 



80 AVENTURE DU CLERC ET DE LA DAME. [1183 

que cette question ennuyait, « je suis un homme. — Par ma 
« tête, » dit le Maréchal, « je vois bien que vous n'êtes pas un 
« animal I » L^autre se dégagea et mit la main à Tépée. « Vous 
« cherchez une querelle ? » dit le Maréchal , « vous Taurez. 
« Euslache, vite mon épée ! » LMnconnu se hâta de gagner du 
terrain, mais le Maréchal le rejoignit et le saisit par le chape- 
ron, le tirant si brusquement qu'il le décoiffa, et alors on vit 
que c'était le plus beau moine qu'on pût trouver jusqu'à 
Cologne, a Ha ! » dit le Maréchal, « je vous cherchais. Qui êtes- 
« vous et qui est cette femme? » Tout honteux, le moine avoua 
que la femme était sa maîtresse, qu'il l'avait enlevée de son 
pays et que, présentement, ils se rendaient à l'étranger. « Dites- 
tt moi, ma belle, » dit le Maréchal, « qui êtes-vous et de quelle 
a famille ? — Sire, » répondit en pleurant la jeune femme, a je 
a suis de Flandre, sœur de monseigneur Raoul de Lens. — Belle, 
« vous n'êtes pas raisonnable. Je vous engage à laisser cette 
a folie, et je vous réconcilierai avec votre frère que je connais 
a bien. — Sire, jamais plus on ne me verra dans un pays où 
a je sois connue. — Au moins, » dit le Maréchal, « puisque 
« c'est ainsi, avez- vous de l'argent pour vivre? » Le moine leva 
le pan de sa chape, en détacha une grosse ceinture : « Certes, » 
fit-il, a voici tout notre argent. Il y a quarante-huit livres. — 
tt Et qu'en ferez-vous, bel ami ? Gomment comptez-vous vivre 
« avec cet argent ? — Je vais vous le dire. Je n'ai pas l'inten- 
« tion de les changer, mais je les placerai dans quelque ville 
a étrangère, et nous vivrons du revenu. — A usure! » dit le 
Maréchal. « Par le glaive Dieu ! cela ne se fera pas. Prenez les 
a deniers, Eustache ! Puisque vous ne voulez pas revenir au 
« bien, allez : que le diable vous conduise ! » Le Maréchal vint 
à Thôtel : il y trouva le seigneur Baudouin et Hue de Hamelin- 
court [6821], qui accoururent au-devant de lui et lui firent joie, 
en disant : a Maréchal, vous êtes en retard -, vous nous faites jeû- 
a ner. — Seigneurs, ne le regrettez pas. J'ai fait un gain dont 
a vous aurez votre part. Eustache, les deniers! » Eustache jeta 
l'argent devant eux. Le Maréchal leur dit : « Tenez, voilà pour 
« acquitter vos gages M — Maréchal, d'où vient cet argent? 

t. Pour dégager les objets donnés en nantissement, pour payer vos 
dettes. 



1183] MORT DU JEUNE ROI. 81 

— Prenez patience, je vous le dirai tout à l'heure. » On man- 
gea joyeusement; on fit le compte des deniers, qui montèrent en 
effet à quarante-huit livres. Alors le Maréchal leur narra de 
point en point comment il avait eu cet argent. « Par la bouche 
a Dieu, » s'exclama messire Hue, « vous avez été trop bon de 
« leur laisser leurs palefrois et leur bagage. Ça, mon cheval ! 
« car, par ma foi, je veux qu'ils aient affaire à moi ! » Mais le 
Maréchal le retint [6864]. 

Us arrivèrent enfin auprès du jeune roi \ qui les reçut à grand 
honneur. Mais la Fortune, qui est changeante, se tourna contre 
eux. Elle mit oisiveté et paresse à la place de chevalerie. 
Largesse fut délaissée^, et le monde perdit sa lumière. Le jeune 
roi tomba malade. Je vous parlerai de la bonne repen tance 
qu'il manifesta au moment de la mort. Après avoir fait son 
testament, il dit : « Maréchal, vous m'avez toujours été loyal et 
a fidèle. Je vous lègue ma croix, vous priant de la porter au 
a Saint Sépulcre. Vous acquitterez mon vœu envers Dieu 3. » 
Le Maréchal le lui promit. Le roi se pâma et on crut que c'était 
fini. Mais la mort cruelle ne le tenait pas quitte. Il revint à lui 
et demanda que son corps fût porté à Notre-Dame de Rouent 
Il pria ceux qui l'entouraient d'implorer pour lui la merci 
de son père. Puis, leur disant adieu, il mourut. Dieu ait son 
âme en garde! [6984], 

11 mourut à Martel ^. Les barons le portèrent à son père. De 

1. Le jeune roi n'était plus à Limoges; il devait être à Uzerche ou 
déjà à Martel, où il devait mourir. Voir, pour les derniers actes de sa vie, 
Mifts K. Norgate, England under the Angevin hings, II, 226-8. 

2. Mot à mot « tomba dans la condition d'orpheline. » Plus haut, Lar- 
gesse est présentée comme l'épouse du jeune roi. 

3. « Sabbali hora secunda ungitur; iterum peccata confilens, propalam 
Tiaticum percepit; humero suo cruceni imponi petiit, quam in chlamyde 
sua carissimus ejus Guillelmus Mareschaux ad sepulchrum Domini, \i<-e 
ipsius, delaturum se spopondit » (Jaufré du Vigcois, dans Bouquet, XVIII, 
217 c). 

4. Voy. Rob. de Torigni, éd. Delisle, II, 121, et la note 1. 

5. Lot, ch.-l. de cant. de l'arr. de Gourdon. — Le jeune roi mourut le 
11 juin 1183; voy. Rob. de Torigni, éd. Delisle, II, 120; Ben. Pelcrb., 
1, 301. Sur la mort de ce prince, voy. surtout Giraud de Barri, De prin- 
cipis insiruclione, II, viii (Bouquet, XVIII, 130 u; Opéra, VIII, 172-3). 
Le même historien rapporte encore {III, xxviii; Opéra, VIII, 307) que le 

III 6 



82 LE MARÉCHAL EST SAISI POUR UNE DETTE [1183 

raflliction que celui-ci éprouva, il n'est pas besoin de parler. 
Cœur ne peut mentir S la nature s'y oppose. Quand le corps fut 
embaumé, oint et enseveli, on le conduisit hors du château^ 
[6999]. 

Sur ces entrefaites, il arriva que Sanche', un riche routier, à 
qui le jeune roi devait beaucoup d'argent, s'avisa d'une ruse 
singulière pour se faire payer. U s'approcha du Maréchal et mit 
la main au frein de son cheval. « Maréchal, » dit-il, « vous êtes 
« pris. Je vous emmène. — Pourquoi ? » répondit le Maréchal. 
— « Pourquoi? c'est pour que vous me rendiez Targent que votre 
a seigneur me devait. Je n'ai pas envie de le perdre; mais toute- 
« fois je vous ferai une concession, et, pour cent marcs, vous en 
« serez quitte. — Que dites-vous? Ce serait amer pour moi, qui 
« suis un pauvre bachelier^, sans un sillon de terre. Certes, je ne 
« saurais où les trouver. Mais je vous fiancerai loyalement de me 
« rendre en votre prison le jour que vous m'assignerez » [7037]. 
Sanche accepta, et le Maréchal, accompagnant le corps du jeune 
roi, se rendit auprès du père, à qui la nouvelle de la mort de 
son fils fut amère, car c'était l'être qu'il aimait le plus. Mais il 
avait une telle énergie que, quelle que fût la nouvelle, son visage 
ne trahissait point ses impressions. Le Maréchal, plein de tris- 
tesse, lui conta la maladie de son fils, son repentir et la rési- 
gnation avec laquelle il avait accepté ses souffrances. « Dieu 
« veuille qu'il soit sauvé ! » dit le roi simplement, dissimulant 
sa douleur. « Que ferai-je? » reprit le Maréchal. « Vous con- 
« duirez votre seigneur jusqu'à Rouen. — Sire, c'est impossible. 
« Je me suis engagé à me rendre prisonnier à Sanche, à qui 

jeune roi mourut, comme plus tard son père et son frère Geoffroi, d'une 
fièvre aiguë (febre acuta). Il y a peu à tirer du Sermo de morte et sepul- 
tura Henrici régis junioris de Thomas Agnel, archidiacre de Wells, qui 
est publié à la suite du Chronicon anglicanum de Raoul de Coggesbail, 
éd. Stevenson (colL du Maître des rôles), p. 265-72. 

1. C'est un proverbe; voy. Le Roux de Lincy, Livre des prov.f II, 474, 

2. Le château de Martel, d'où le corps, l'auteur vient de le dire, fut 
porté au père. Celui-ci se trouvait encore à Limoges au moment de la 
mort du jeune roi. 

3. Probablement le c Sanctus de Salvaniaco » que mentionne ie prieur 
du Vigeois (Bouquet, XVllI, 214 b). 

4. Au sens d'hummc non marié. 



1183] DÛ JEUNE ROI. IL EST DÉLIVRÉ. 83 

a votre fils devait beaucoup d'argent. J'en serais quitte pour 
« cent marcs. » Le roi appela Joubert de Pressigni * , qui avait 
sur lui beaucoup d'influence, et lui ordonna d'aller trouver 
Sanche et de lui dire d'accorder un répit au Maréchal. Jouberl 
s'y rendit avec le Maréchal. Celui-ci cependant était soucieux. 
Joubert lui en demanda la cause. « J'ai bien raison d'être sou- 
« cieux, » répondit le Maréchal, « tant à cause de la mort de mon 
seigneur que pour cette dette que je ne suis pas en état de 
« payer. — Maréchal, celui qui vous délivrerait de cette dette, 
a lui en sauriez-vous gré? — Bien certainement, si c'était pos- 
« sible. — Remettez- vous-en à moi , » reprit Joubert. « Du 
« moment que vous n'avez pas reçu cet argent, il n'est pas juste 
a de vous le faire payer. Laissez-moi arranger l'affaire. » Jou- 
bert dit à Sanche que le roi prenait la dette sur lui. « Très 
« bien, » dit Sanche. « Me dites-vous cela de la part du roi ? — 
« Oui certes. — Eh bien, c'est convenu » [7^ 22]. Quelque temps 
après, Sanche se présenta au roi et lui demanda ses cent marcs. 
Le roi crut que c'était une erreur. « Quels cent marcs ? » dit-il. 
a Ceux que vous vous êtes engagé à me rendre pour le Maré- 
« chai. — On vous a trompé, » dit le roi 5 « je n'ai rien dit de 
« tel; j^ai seulement demandé un répit. « Sanche, contrarié, 
rapporta les paroles de Joubert. On fit venir Joubert. Celui-ci 
prétendit avoir compris que le roi avait consenti à se charger 
de la dette. « Soit! » dit le roi, « je l'accorde. Mon fils m'en a 
a coûté bien d'autres, et plût à Dieu qu'il me coûtât encore ! » 
Et les larmes lui coulaient des yeux [7^55]. 

En se rendant à Rouen, le cortège s'arrêta au Mans. Les cha- 
noines de l'église ^ s'emparèrent du corps et Tenterrèrent dans 
leur église. Ceux de Rouen eurent grand'peine à en obtenir la 

1. Il y a deux Pressigni dans Indre-et-Loire et un dans les Deux- 
Sèvres. Ce Joubert est témoin à un acte de Richard, comte de Poitiers, 
qui parait être de 1175 (Teulet, Layettes du Trésor des chartes, n" 280), 
et à un acte de Henri II que Teulet [Layettes du Trésor des chartes, n" 35G) 
date à tout hasard de 1189, et qui doit ôtre des environs de Pâques 1181, 
époque où Henri H était à Chinon (Eyton, p. 23*J). 

2. Saint-Julien. Cette tentative A l'effet d'accaparer le corps du jouno 
roi est mentionnée par les historiens; voy. Rob. de Tor., éd. Dciisic, 11, 
121; le Ohron. Rothomag. (Labbe, Bibl., 1, 369; Bouquet, XVIIÎ, 357 de); 
Ben. Pelerb., I, 303. 



84 . IL SE REND EN TERRE SAINTE, [1184 

restilution ' . On fil dans la haute église de Rouen le service con- 
venable^. Il fui» à bon droit, regretté. Le comte de Flandres en 
mena grand deuil [lilÂ], 

Ainsi va le monde. Il fallut que les jeunes hommes qui vou- 
laient acquérir honneur se remissent à courir le pays. Le 
Maréchal se rendit, avec Baudouin de Bélhune et Hue de Hame- 
lincourt, à un tournoi qui avait lieu en Normandie, près de 
Saint-Pierre-sur-Dive. Ils venaient de se mettre à table lorsque 
ceux du parti opposé commencèrent le tournoi et refoulèrent les 
nôtres^ jusque dans le village. Il arriva qu'au retour l'un des 
leurs fit une chute et ne put se relever, car il s'était cassé un 
membre. Le Maréchal sortit, le prit vigoureusement dans ses 
bras et le porta tout armé à l'hôtel, disant aux siens : a Tenez, 
tt c'est pour acquitter vos gages ^! » On obligea le prisonnier à 
donner fiance [7232]. 

Le Maréchal était croisé. Par suite on lui donnait, plus volon- 
tiers qu'à aucun autre, de riches dons et de Fargent*. C'était 
bien raison. Désireux de ne pas retarder plus longtemps son 
pèlerinage, il alla prendre congé du roi. Le roi le lui donna, 
mais en lui recommandant de se hâter de revenir, car il voulait 
le retenir à son service. En même temps, comme garantie, il 
prit de lui deux bons chevaux. Le Maréchal y consentit et le roi 
lui fit donner cent livres d'angevins pour son pèlerinage. Mais 
chacun de ses chevaux valait déjà les cent livres [7258]. 

Le Maréchal se rendit en Angleterre pour prendre congé de 
ses amis, de ses sœurs ^, de toute sa famille. Quand il vint chez 
Robert de Pont-de-l' Arche ^, sa sœur lui dit : « J'ai cinq filles 

1. Il y eut des menaces de violence et le roi dut intervenir pour faire 
respecter la volonté de son fils ; voy. Rob. de Tor. et Ben. Peterb. 

2. Le 22 juillet {Chron. Rothomag., l. L). 

3. Par ( les nôtres, » l'auteur entend les Normands et les Anglais. 

4. Voy. p. 80, note. 

5. L'usage de faire aux croisés des libéralités est attesté par de nom- 
breux textes. Dans le roman d'Amadas et Ydoine, par exemple, on voit 
un croisé s'approcher d^Amadas, qui vient de prendre un cheval dans un 
tournoi, et le lui demander (éd. Hippeau, p. 150-151). 

6. On a vu plus haut (p. 8) qu'il avait deux sœurs. 

7. Probablement l'époux d'une de ses sœurs, un Normand établi en 
Angleterre qui appartenait vraisemblablement à la famille du Guillaume 



1185-7] Y RESTE DEUX ANS ET REVIENT EN NORMANDIE. 85 

« à marier. Qui leur viendra en aide ? -— Sœur, si ce n'était pour 
« elle et pour mes autres amis, jamais je ne serais venu au 
« pays^ » [7274]. 

Le Maréchal demeura deux ans en Syrie. Il y fit tant de 
prouesses qu'aucun homme, même en sept ans, n'en fît autant. 
On les conte et on les contera encore en maint lieu devant les 
honnêtes gens. Je ne vous en ai dit que la somme 2, parce que je 
n'en ai pas été témoin et je n'ai pu trouver personne qui ait su 
m'en dire seulement la moitié [7287]. 

En quittant la Terre sainte, il alla prendre congé du roi 
Gui^, de ses gens, du Temple et de l'Hôpital. Ils furent tous 
affligés de son départ. Je ne vous dirai rien de son retour ni 
des lieux où il s'arrêta, car personne n'a su m'en rien dire et 
ce n'est pas de mon sujet. Il trouva le roi à Lyons^. Celui-ci fut 
heureux de le voir revenir sain et sauf. Il le retint dans sa 



de Pont-de-l'Arche dont il est question dans les Gesfa Sfephani, éd. How- 
lett, pp. 7, 97. Une charte de Henri II, en faveur du prieuré de Plymplon 
(Devonshire), fut passée en 1184 (?) à la requête de Robert de Pont-de- 
l'Arche (Eyton, p. 259). 

1. Lacune? Voir la note du v. 7274. 

2. L'auteur n'en a môme rien dit du tout, ce qui donne à croire qu'une 
partie du récit a été omise par le copiste. 

3. Le retour de Guillaume le Maréchal est donc postérieur à l'avène- 
ment de Gui de Lusignan, qui fut couronné à la mi-septembre 1186. Ce 
prince fut fait prisonnier à la bataille de Tibériade, le 4 juillet 1187, et ne 
fut délivré que le 28 septembre suivant. On verra un peu plus loin que 
le Maréchal était déjà revenu quand on apprit ce désastre. Son départ 
de Terre sainte dut par conséquent avoir lieu à la lin de l'année 118G 
ou au commencement de 1187. Nous pouvons môme préciser davantage. 
Eq effet, d'après l'itinéraire dressé par M. Eyton, le roi Henri aurait 
séjourné en Angleterre du 10 juin 1184 au 16 avril 1185, puis du 27 avril 
1186 au 27 février 1187. Il était à Aumale au commencement de mars 
1187. Si donc c'est bien en Normandie, à Lyons-la-Forét, que le Maré- 
chal le trouva, comme il est dit plus loin, cette rencontre doit avoir eu 
lieu aux environs de cette date. 

4. Lyons- la-Forêt, ch.-l. de canl. de l'arr. des Andelys. On n'a pas 
d'autre témoignage sur la présence du roi d'Angleterre à Lyons vers celte 
épo<iuft. Le dernier séjour du roi en re lieu est placé par M. Kylon (p. 25;{) 
aux environs d'f>clobre 1184; mais cette attribution est conjecturale, la 
charte que le roi donna en ce lieu étant, comme du reste tous les actes 
du même roi, dépourvue de date. 



86 GUERRE AVEC LE ROI DE FRANCE. [H88 

megnieel le mit au nombre de ses conseillers. Puis il lui donna 
la demoiselle do Liancastre*, qui était fort riche, avec son fief. 
Le Maréchal la tint en grand honneur et la garda de déshon- 
neur, comme sa chère amie, sauf qu'il ne l'épousa pas^ [73^8]. 

Peu après arriva la nouvelle que la vraie croix était perdue', 
en môme temps que la terre où Dieu s'incarna en la Vierge. Les 
deux rois* eurent une entrevue, et, s'étant embrassés en signe 
de concorde, ils se croisèrent. La croisade fut si grande qu'il n'y 
eut en France, en Normandie, en Bretagne, en Angleterre, en 
Flandre, dans les Pays-Bas, en Bourgogne, en Poitou, en Gas- 
cogne, en Anjou, homme de valeur qui n'abandonnât femme et 
enfants pour se croiser [7339]. Le roi se rendit en Angleterre' 
pour préparer son départ, mais trahison et envie l'en empê- 
chèrent, car le roi de France l'attaqua. Je ne veux point m 'étendre 
sur celte matière, je dirai seulement qu'il prit Ghâteauroux *. 
Il ne pouvait se rassasier de lui faire du mal. Les héritiers s'en 
ressentent encore [7358]. 

A cette nouvelle, le roi Henri d'Angleterre réunit une armée 
considérable et passa en Normandie^. Alors commença une 

1. Helwis, fille de Guillaume de Lancastre, baron de Kendal, sénéchal 
de Henri II, mort, sans héritier mâle, en 1184 {Monasticon anglicanum, 
nouv. éd., VI, 909; cf. Dugdale, The baronage of England, I, 421). 

2. Je traduis littéralement, sans hasarder aucune conjecture sur les 
rapports du Maréchal et de celte demoiselle, qui plus tard (voy. ▼. 9380) 
fut donnée à un autre, le Maréchal recevant en échange la demoiselle de 
Striguil, qu'il épousa et qui lui apporta un fief très considérable. 

3. Elle fut prise à la bataille de Tibériade du 4 juillet 1187. La nou- 
velle de ce désastre parvint en Occident vers le !•' novembre, selon 
Giraud de Barri, De principis instructione, III, v (Bouquet, XVIII, 
144 c; G. Cambr. opéra, VIII, 239). 

4. Henri II et Philippe-Auguste. L'entrevue eut lieu entre Gisors et Trie, 
du 13 au 21 janvier 1188; Ben. Peterb., II, 30; Raoul de Dicet, éd. Stubbs, 
II, 51 ; cf. Eyton, p. 283. 

5. Le 30 janvier 1188 (Eyton, p. 284). 11 dut emmener avec loi le 
Maréchal, car celui-ci est témoin à deux actes royaux passés en Angle- 
terre, l'un à Geddington (Northampton), en février 1188 (Eyton, p. 285), 
l'autre en Wiltshire, pendant le printemps ou l'été de 1188 (Eyton, 
p. 288). 

6. Le 16 juin 1188, selon Raoul de Dicet (éd. Stubbs, II, 55); cf. Ben. 
Peterb., II, 39. 

7. Henri débarqua à Barfleur le 11 juillet 1188 (Eyton, p. 289). 



1 



1188] PROPOSITION D'UN COMBAT EN CHAMP CLOS. 87 

grande guerre et le pays fut ravagé. Enfin, une entrevue des 
deux rois eut lieu à Gisors ^ [7369]. Je ne sais ce qu'ils se dirent, 
car ils ne m'appelèrent pas à leur conseil, mais, ce que j'ai ouï 
conter, c'est qu'ils ne purent arriver à s'accorder. On allait se 
séparer, chacun demeurant libre d'agir au mieux de ses inté- 
rêts^, quand un chevalier proposa, pour éviter l'effusion du 
sang 3, de vider la querelle par un combat auquel prendraient 
part de chaque côté quatre chevaliers. L'idée fut agréée, car ceux 
qui s'étaient vantés le plus forf* gardaient le silence [7408]. 

Il arriva sur ces entrefaites qu'un chevalier de France peu 
courtois se mit à tourner les Gallois^ en ridicule. L'un d'eux 
perdit patience et lui envoya une flèche dans la tête. Celui-ci, 
ayant encore le trait dans la plaie, vint se plaindre au roi de 
France. Le roi fut très irrité et s'éloigna, avec les siens, jusqu'à 
Ghaumont^ [7436]. Puis, le lendemain, il revint à Gisors avec 
ses barons et ses communes armées, tous le heaume en tête et 
en ordre de bataille [7446]. 

Le roi d'Angleterre fit alors armer ses gens dans Gisors, puis 
il sortit de la ville, la laissant sous bonne garde, et vint se pla- 
cer en face les Français; la rivière^ séparait les deux armées. 
Le roi de France commanda à Guillaume de Garlande^ et à Dreu 



1. Raoul de Dicet (Stubbs, II, 55) place cette entrevue au 16 août; 
cf. Eyton, p. 289. 

2. C'est-à-dire de faire la guerre à l'autre. 

3. C'est toujours l'argumenl qui est mis en avant en pareil cas dans les 
romans où les propositions de ce genre sonl plus fréquentes que dans 
l'histoire réelle. Ainsi dans Éracle (éd. Lœselh, vv. 5593-5594) : 

Mieuz est qu'uns sens voist a martire 
Que tante gent i muire a dueil. 

4. Qui s'étaient vantés de leurs exploits futurs, en cas de guerre. 

5. Soit à cause de leur langage, soit à cause de leurs manières un peu 
primitives:... GaLoissonttuil par nature, \ Plus fol que bestes en pasture, 
dit un chevalier dans le Perceval de Chrétien de Troyes. — Dès le com- 
mencement de l'année 1187, Henri II avait loué des mercenaires gallois; 
voy. Eyton, p. 278. 

6. Chaumont-en-Vexin, Oise, à quelques kilomètres est de Gisors. 

7. L'Epte. 

8. Guillaume de Garlande devait en effet accompagner le roi. Un peu 
plus tard, dans la même année, nous savons qu'il avait la garde de 
Mantes (G. Le Breton, Philippide, III, 245). Il accompagna Philippe- 
Auguste en Terre sainte (Ambroise, L'Esloire de la guerre sainle, vv. 453, 



88 LE ROI D'ANGLETERRE PREND CONSEIL. [1188 

de Mello* d'aller trouver le roi d'Angleterre et de lui dire qu'il 
était prêt à accepter la bataille dans les conditions proposées. 
Les deux chevaliers furent introduits auprès du roi d'Angleterre 
et lui dirent : « Sire, le roi vous mande qu'il veut avoir la 
a bataille. Les quatre chevaliers qui combattront contre les 
« vôtres sont le comte de Flandre, le comte de Giermont^, le 
« comte Robert de Dreux ^ et enfin moi-même, Dreu de Mello. 
« Présentement je nommerai vos quatre champions. Ce seront 
« Guillaume fils Raoul*, Guillaume de La Mare^, Richard de 
« Villequier*^ et Richard d'Argences^ » [7528]. 

6183). De nombreux renseignements sur ce personnage ont été groupés 
par M. Longnon, Livre des vassaux, p. 278. 

1. Mello, Oise, cant. de Creil. C'est le t Melloticus héros » de la Phi- 
lippide (ill, 451). Il fut connétable de 1193 à 1218 (Delisle, Cat. des actes 
de Philippe- Auguste, p. lxxxv). 

2. Voy. ci-dessus, p. 31, note 3. 

3. Ci-dessus, p. 52, note 2. 

4. On verra plus loin (v. 7600) qu'il est récusé comme trop âgé. En 
1170, il est témoin à un acte royal (Eyton, p. 136). II était dès lors shé- 
rif des comtes de Nottingham et Derby (ibid., p. 337). En 1174, 1175, 
1176, il exerça les fonctions de juge errant (ibid., p. 185, 193, 194, note; 
Ben. Peterb., I, 107). En 1178, il est nommé sénéchal de Normandie 
(Eyton, p. 222). Il occupait encore cette charge à l'époque de sa mort, en 
1200 (Stapleton, Magni Rot. Scacc. Normanniœ, II, ccxix). Il eut maille 
à partir avec Philippe-Auguste en 1191 ; voy. Ben. Peterb., II, 236. Il est 
superflu de citer tous les actes de Richard où il figure ; on peut voir Teu- 
let. Layettes du Trésor des chartes, n" 361, 369, 500. 

5. Peut-être celui qui fut en 1180 et années suivantes bailli d'Auge 
(Stapleton, Magni Rot. Scacc, I, cxxvii), en 1184 châtelain d'Alençon 
et de la Roche-Mabile (ibid., cxxxvi), en 1195 bailli de Pont-Audemer 
(ibid., cliij). Il est témoin, avec Richard de Villequier qui suit, à un acte 
de Richard I" qui doit appartenir à la fin de l'année 1189 ou au commen- 
cement de l'année suivante (publié par Teulet, Layettes du Trésor 
des chartes, n" 361). — Je ne sais s'il faut l'identifier avec le Guillaume de 
la Mare qui, entre 1171 et 1183, fit une donation à l'abbaye de Brueme 
(comté d'Oxford), Round, Ancient charters, n" 45 (Pipe Roll Soc, X), 
Madox, Formulare anglicanuni, n' cccclx, et qui était, comme on le voit 
par cet acte, frère de Robert de la Mare mentionné au v. 4707. 

6. Villequier, Seine-Inférieure, canton de Caudebec. Richard de Ville- 
quier, ( qui rechanle {ou rechane?) enlor l'eschequier » (v. 7526), est 
probablement l'individu de ce nom qui est mentionné comme collecteur 
d'une taille à Falaise, en 1 183, dans les grands rôles de l'échiquier de Nor- 
mandie (Stapleton, I, clxxij). Il est encore mentionné dans les mêmes 
rôles en 1203 (ibid., xxxvij). Voir la note précédente et celle qui suit. 

7. Argences, Calvados, canton de Troarn. Ce Richard est encore un 



1188] LE MARÉCHAL DONNE SON AVIS. 89 

Quand le roi Henri vit que le roi de France se moquait de lui, 
il fut très irrité, et cependant, comme un homme sage, il répon- 
dit aux messagers : « Seigneurs, j'en parlerai à mes barons et 
« je ferai ce qu'ils me conseilleront, mais il se peut que 
a leur avis ne soit pas conforme au vôtre. » Puis il demanda 
conseil à ses hommes. Il y avait là de hauts barons ; personne 
ne dit mot. Le roi répéta sa demande sans plus de succès. Il 
finit par s'irriter. « Par les yeux de Dieu\ » s'écria-L-il, «je n'ai 
« jamais vu chose pareille. Vous êtes mes conseillers et vous 
« me refusez vos conseils! » Le Maréchal vit que le roi était 
courroucé; il lui parla ainsi, comme homme sage : « Sire, » 
dit-il, « s'il vous plaisait, et si cela ne déplaisait pas aux hommes 
« de haut rang qui sont ici, je dirais ce que je ferais. — Parlez, » 
dit le roi, « puisque les autres ne veulent pas s^en mêler. — 
« Sire, volontiers. Sauf votre approbation et celle de vos autres 
« hommes, dès que le roi de France propose la bataille, il faut 
« l'accepter. Mais demandez-lui en quelle cour elle aura lieu, 
« car si c'était en la vôtre, et si nous apercevions que les nôtres 
a eussent le dessous, nous ne manquerions pas de venir à leur 
« aide. Il en serait de même si la bataille était en la sienne : 
a les parents et amis de ses chevaliers, qui sont des hauts 
a hommes de France, les secourraient, et ainsi le droit serait 
a faussé^. Mais que la bataille ait lieu dans la cour de Tempe- 
ce reur ou dans celle du roi de Navarre ou du roi d'Aragon. 
« Quant à choisir vos chevaliers, ce n'est point son affaire, vous 



fonctionnaire de l'ordre flnancier; voy. les index de Stapleton. Il est men- 
tionné, avec Richard de Villequier, dans un acte passé à Rouen en 1205 
(Teulel, Layettes, n" 785, p. 297 b). — Les noms de ces quatre person- 
nages sont accompagnés dans le poème de qualifications plus ou moins 
facétieuses qui montrent que la proposition n'était pas faite sérieusement. 

1. Nous savons par Giraud de Rarri que le roi Henri et son fils Richard 
avaient la mauvaise habitude de jurer « per oculos » ou « per j^orgiam 
Dei; » voy. Giraldi Cambrensis opéra (collection du Maître des rôles), II, 
161 ; IV, 39, 222. Giraud fait remarquer ailleurs {Opéra, VIII, 318-319) 
qu'au contraire les rois de France s'abstenaient de tels serments. 

2. Cette proposition singulière montre que l'auteur du poème, sinon 
celui de la proposition, avait lu les chansons de geste, où on voit en cilel 
les parents d'un combattant en péril se précipiter dans le cliam|) [)our le 
secourir. Voir par exemple Aie d'Avignon, p. 20. 



90 LE MARECHAL ENVOYÉ AU ROI DE FRANCE. [1188 

« les choisirez vous-même. Guillaume fils Raoul est preux et sage, 
« mais il a passé l'âge, Guillaume de la Mare est mal portant, 
« Richard de Villequier goutteux et Richard d'Argences a la fièvre 
« quarte. Mais c'est à vous, et non à lui, de choisir vos cham- 
a pions. Vous prendrez le bon comte Guillaume de Mandeville*, 
« puis moi, puis Jean de Fresnai(?)^ et Osbert de Rouvrai* 
« [76^ 6]. — Maréchal, vous avez bien parlé, » dit le roi. Le comte 
de Poitiers réclama, prêta s'offenser d'avoir été laissé de côté. 
Mais le Maréchal fit justement observer qu'il serait excessif d'en- 
gager dans cette affaire l'héritier du royaume. Le roi approuva 
le Maréchal et le chargea, lui et Guillaume de Mandeville, de 
porter ses propositions au roi de France [7644]. Les chevaliers 
français venus comme messagers les conduisirent. Ils traver- 
sèrent la ville et allèrent jusqu'à la barbacane. Là, Dreu de 
Mello les pria d'attendre un peu, jusqu'à ce qu'il eût parlé au 
roi de France et appris s'il consentirait à les recevoir. Celui-ci, 
en effet, refusa de les voir et envoya le comte Thibaut et les 
comtes de Dreux et de Flandre pour conférer avec eux et savoir 
quel message ils apportaient [7680]. Le Maréchal leur dit : a Nous 
« n'avons pas à vous dire notre message. C'est au roi, et non à 
« vous, que nous sommes envoyés. » Toutefois, sur l'invitation 
de Guillaume de Mandeville, il consentit à parler. Quand il eut 
fini, le comte de Flandre sourit et dit : « Par la bouche de 
a Dieu'*, Maréchal, je ne suis pas assez fou pour me battre avec 

1. Voir ci-dessQs, p. 17. 

2. Le texte porte (v. 7615) Seeneis, en rime avec Rovreis, Mais comme 
Rovreis est sûrement pour Rovrei^ actnellement Rouvrai, il est nécessaire 
que la rime correspondante offre la même finale, latin -etum. Les noms 
de lieux formés avec ce suffixe ne sont pas très nombreux, et Freesnei est 
celui qui se rapproche le plus de la leçon du texte. La forme ancienne 
est plutôt Fresnei, cependant Freesnei se rencontre plus loin (w. 8790 
et 8887). Un Jean de Fresnai est mentionné au temps du roi Jean par 
Stapleton, Magni Rot. Scacc. Norm., II, lxix et cxxiv. 

3. Rouvrai, Seine-Inférieure, arr. de Neufcbàtel. Cet Osbert de Rou- 
vrai est probablement celui à qui, en 1204, Guillaume le Maréchal remit 
les châteaux de Longueville et de Meulers (Seine-Inférieure), pour être 
rendus plus tard au roi de France (Delisle, Cat. des actes de Philippe- 
Auguste y n'^lS; Teulet, Layettes du Trésor des chartes, n»715; cl. Sta- 
pleton, Magni Rot. Scacc. Norm., II, cxxxviii). 

4. Il y a dans le texte : « Par le banque Deu », forme qui n'est pas 



1188] LES FRANÇAIS COUPENT L'ORME DE GISORS. 91 

« VOUS, quoi qu'on puisse me dire, car je ne fais pas le métier de 
« champion. — Sire, » répondit le Maréchal, « je désire savoir 
a ce^flue le roi de France dira de nos propositions et quelle 
a réponse nous devrons rapporter à notre seigneur. » Les comtes 
allèrent trouver le roi qui repoussa les propositions avec colère * 
[7724]. 

Le comte de Mandeville et le Maréchal revinrent auprès du 
roi Henri et lui rendirent compte de leur message 2. Le roi de 
France, qui était irrité, donna ordre à ses gens d'aller à la bar- 
bacane et de repousser à l'intérieur ceux qui se tenaient, par 
bravade, en dehors. Robert de Dreux et les siens les chargèrent 
aussitôt lances baissées. Mais il y avait là de bons sergents qui 
les reçurent à la pointe des épieux. Les assaillants y perdirent 
beaucoup de leurs chevaux. Guillaume des Barres y fut pris par 
le frein et retenu longtemps, mais enfin il fut délivré par ses 
hommes^. Nombre de ribauds qui faisaient les fiers restèrent 
sur le terrain meurtris et moulus. Par deux fois les Français 
revinrent à la charge, mais les nôtres leur tinrent tête, sans 
subir aucune perte [7762]. 

habituelle dans le ms. du poème {boche, v. 6855) et qui doit être considérée 
comme une imitation du langage picard que pariait le comte de Flandres. 

1. J'interprète d'après le sens général, car le texte est ici peu sûr; voy. 
les noies des vers 7724 et 7726. 

2. Raoul de Dicel ne parle point de ce message. Il se borne à dire que 
les deux rois eurent, à partir du 16 août, une entrevue qui dura trois 
jours et n'amena aucun résultat, puis il passe immédiatement à l'histoire 
de l'orme coupé, que le poète va nous raconter (éd. Stubbs, II, 55). Les 
historiens français, Rigord et Guillaume Le Breton, ne savent rien non 
plus de cette ambassade. Dans Ben. Peterb. (II, 45), à la vérité, on 
voit Henri II envoyer à Philippe des messagers au nombre desquels figure 
Guillaume le Maréchal, mais les circonstances sont tout autres que dans 
le poème : le Maréchal accompagne non pas le comte de Mandeville, mais 
l'archevêque de Rouen et l'évoque d'Évreux ; puis l'ambassade a pour 
objet de demander au roi de France la réparation des torts par lui cau- 
sés; enfin elle a lieu avant l'entrevue de Gisors. 

3. Ben. Peterb. (II, 46) place, après l'ambassade dont il a été parlé dans 
la note |»récédente, un combat, près de Manies, où Guillaume des Barres 
aurait été pris par Richard et, quoique prisonnier sur parole, se serait 
échappé. Ce récit prend place avant l'entrevue de Gisors. Guillaume Le 
Breton nous montre G. des Barres combattant contre Richard {Philippide, 



92 LE ROI DE FRANCE SE RETIRE. [1188 

Le roi de France se retira, fort irrité, avec ses troupes. Hors 
la ville il y avait un orme rond, verdoyant et beau qui donnait 
en été un ombrage agréable. Les hommes du roi, par stupidité, 
le découpèrent pièce à pièce. C'est ainsi quMls prouvèrent leur 
prouesse ^ Le roi de Franco en eut déplaisir; il dit tout haut 
que c'était une honte pour la couronne de France. « Suis-je donc 
« venu, » disait-il, « pour faire le bûcheron? » [7778]. 

Le roi de France s'éloigna. Il rentra en France et licencia son 
armée. Lorsque le Maréchal Papprit, il alla trouver le roi Henri 
et lui dit : « Sire, le roi de France a congédié ses troupes, qui 
« maintenant se dispersent. Je vous engage à faire de même, 
a mais en même temps dites-leur secrètement de revenir vers 
« nous à une date que vous leur fixerez. Vous ferez une telle 
« chevauchée sur la terre du roi de France quMl en aura plus de 
a dommage que nous de notre arbre «. — Par les yeux de Dieu ! » 
répondit le roi, « Maréchal, vous me donnez un bon conseil, 
a Ainsi sera-t-il fait » [7802]. l\ commanda à ses gens de se 



m, 431, 487) après l'entrevue de Gisors, après même la destruction de 
l'orme, dont notre auteur n'a pas encore parlé. 

1. Cet exploit des Français a été noté par la plupart des historiens, 
mais c'est Guillaume Le Breton qui le raconte avec le plus de détail en 
cherchant à le motiver {Philippide, III, 102 et suiv.). Cet arbre magni- 
fique abritait les Anglais, qui, bien à l'ombre, se moquaient des Français 
qui grillaient au soleil. En outre, le roi d'Angleterre avait fait cercler de 
fer le tronc de cet arbre, et, en manière de défi, il y avait fait mettre une 
inscription dont le sens était que, de même que cet arbre ne pouvait être 
abattu, ainsi il serait impossible aux Français de rien gagner sur les 
Anglais. On conçoit l'irritation des Français. — On n'a pas encore remar- 
qué que le récit de la destruction de l'orme de Gisors et du combat qui 
eut lieu ensuite a été raconté, selon toute apparence d'après la Philip- 
pide, par le Ménestrel de Reims, qui, entre les nombreuses libertés 
qu'il s'est permises, a pris celle de placer toute cette histoire au temps où 
Richard était roi, après son retour de captivité; voy. éd. de la Société 
de l'Hisl. de France, § 97 et suiv. 

2. Dans la Philippide, c'est Richard qui conseille à son père de dévas- 
ter la terre du roi de France. Mais il n'est pas question de licencier en 
apparence les troupes pour les réunir un peu plus tard sur un autre 
point. La chevauchée a lieu le lendemain même du départ de Philippe. 
Cependant, c'est bien de la même entreprise qu'il s'agit de part et d'autre, 
car, dans les deux récits, on part de Paci-sur-Eure {P/Ulippide, III, 



1188] CHEVAUCHÉE DU ROI D'ANGLETERRE. 93 

rassembler à Paci * un jour spécifié. Ils obéirent, et au jour fixé 
le roi Henri se mit en marche avec une nombreuse chevalerie el 
de bons sergents disposés à tout ravager. Ils brûlèrent tout le 
pays jusqu'à Mantes, par Tordre du roi^. Le roi de France était 
à Mantes. Il lui fut douloureux de voir détruire sa terre, d'au- 
tant plus qu'il n'avait que peu de monde. Il sortit cependant ; il 
y eut de bonnes rencontres où chacun fit de son mieux. Il y eut 
des chevaliers abattus et pris, d'autres furent contusionnés^. 
Mais je neveux pas dire ceux qui, parmi les chevaliers de France, 
furent pris. Le roi d'Angleterre détruisit, du côté de BrevaP, 
tout ce qu'il put atteindre. Puis, le soir, il alla coucher à Ivri^, 
ayant fait beaucoup de butin. Le lendemain, il dit à son fils, le 
comte de Poitiers : « Richard, nous avons bien vengé notre 
a orme. Tout cela je l'ai fait par le conseil du Maréchal » [7852]. 
Le comte de Poitiers conseilla à son père de rester en Nor- 
mandie à guerroyer, tandis que lui-même se dirigerait vers 
Poitiers et vers Ghàteauroux, pour attirer de ce côté le roi de 
France. Ainsi fut fait. Ils continuèrent à batailler jusque vers 
l'hiver, alors que la froidure tombe de l'air et que les Français 
haïssent la guerre. Le roi d'Angleterre se rendit à Ghinon^, qui 

193) et on se dirige vers Mantes. Notons, comme conflrmation de notre 
poème (v. 7780-7781), que, selon la chronique en prose de Guillaume Le 
Breton (éd. Delaborde, § 45), Philippe-Auguste avait déjà licencié en 
partie son armée. 

1. Paci-sur-Eure, ch.-l. de cant. de l'arr. d'Évreux. 

2. Voir rénumération des lieux incendiés dans la Philippide, HI, 199 
et suiv. 

3. Il n'y a jamais de morts dans ces rencontres. 

4. Brechierval, v. 7836; Brehierval, Philippe Mousket, v. 18081. Bre- 
▼al, arr. de Mantes, cant. de Bonnières. 

5. Arr. d'Évreux, cant. de Saint-André. Le séjour du roi Henri en ce lieu 
est fixé par Ben. Peterb. (II, 46) au mercredi 31 août (cf. Eylon, p. 289). Cet 
auteur ajoute, en accord avec notre poème : « Comes Ricardus profectus 
est in Berriam, promittens régi patri suo quod bene et fideliter ei sorvi- 
ret. » Mais une divergence se manifeste aussitôt après, car c'est quelque 
temps après que Ben. Peterb. (II, 47), place l'entrevue de Gisors et la 
destruction de l'orme. En quoi cet historien est certainement dans l'erreur, 
car l'entrevue de Gisors est du 10 août, par conséquent antérieure au 
séjour à Ivri; voy. ci-dessus, p. 91, n. 2, et cf. Miss Norgate, II, 253, n. 2. 

6. Jusqu'ici on ne connaissait pas de séjour du roi Henri ù Chinon entre 
Pâques 1181 et la fin de juin 118<J. 



94 LE MARÉCHilL ATTAQUE MONTMIRAIL. [1188 

lire son nom de Quei* [7878]. Là une maladie le prit, qui le tint 
longtemps. Il appela son sénéchal ^ et Guillaume le Maréchal, et 
leur donna l'ordre de chevaucher vers Montmirail ^, dévastant 
et brûlant tout sur leur passage. Le Maréchal partit avec le 
sénéchal; ils arrivèrent près de Montmirail en une nuit et un 
jour, ravageant les environs. Au nombre de près de deux mille, 
tant chevaliers que sergents, ils assiégèrent la ville. Us ne tar- 
dèrent pas à y entrer de vive force, ceux qui la défendaient se 
retirant dans le château. Sire Richard de Clifford* vint au Maré- 
chal et lui dit : « Beau sire, que faites- vous ici? 11 y a là-dedans 
« un bel engagement ; vous ne devriez pas y manquer. » Le 
Maréchal demanda son écu, que Jean d'Erlée* lui apporta, et 
entra dans la ville [7954]. Mais ceux du parti opposé étaient 
partis et s'étaient retirés dans le château. Dix d'entre eux à pied 
et un à cheval s'étaient arrêtés de front sur le pont qui était en 
pente raide à la montée et à la descente®. Le fossé, taillé dans 
le roc, était profond de dix toises. Celui qui y serait tombé une 
fois n'y serait pas tombé une seconde. Le Maréchal n'y flt point 
attention, il se lança au galop sur la montée du pont. Ceux qui 
le défendaient Fattendirent de pied ferme, et, présentant leurs 
épieux, en frappèrent le cheval au poitrail. Le cheval tourna sur 



1. Le célèbre sénéchal d'Arthur. Il faut écrire, au v. 7878, Quei, avec 
une capitale; cf. Wace, Brut, v. 13403-13406 : 

Kex, qui estoit a mort navrés, 
Fu dedens Chinon enterrés, 
Qu'il fist et compassa Chinon, 
Et de Kex reçut il le nom. 

2. Probablement Etienne de Marçai, sénéchal d'Anjou, dont il sera ques* 
tion plus loin ; voy. page suivante. 

3. Sarthe, arr. de Maraers. Il n'est question nulle part, à ma connais- 
sance, de celte expédition contre Montmirail, qui d'ailleurs ne paraît pas 
avoir eu de résultat. 

4. Second fils de Gautier de Glifford (Herefordshire), et frère de la belle 
Rosemonde, la favorite de Henri II (Dugdale, Baronage of England^ 
I, 335). 

5. C'est la première fois que nous voyons paraître dans le poème ce 
personnage, qui était alors l'écuyer du Maréchal et qui le suivit partout 
et fournit la plupart des informations d'après lesquelles le poème a été 
rédigé; voy. l'introductioa. 

G. C'était un pont en dos d'âne. 



1188] IL REVIENT AUPRÈS DU ROI. 95 

place et redescendit la pente sans plus de dommage. Les hommes 
du Maréchal, qui étaient dans la rue, en eurent grande joie, car 
si le cheval avait dévié de deux doigts il serait tombé de toute 
la hauteur dans le fossés Hue de Hardeincourt ^ et Bau- 
douin de Béthune coururent à lui encore tout émus et le blâ- 
mèrent de sa témérité. « Vous ne savez pas, » leur dit-il, 
a pourquoi j'ai agi ainsi : parmi eux se trouvait un chevalier 
« monté, et, si j'avais pu le saisir par le frein, je l'aurais emmené 
a avec moi bon gré mal gré, car, à la descente du pont, il n'au- 
« rait pu revenir en arrière. — Eh bien I » reprit Baudouin, «je 
« suis bien sûr qu'Etienne de Marçai, le sénéchal d'Anjou^, ne 
« se serait pas risqué de la sorte pour si peu. — Non, certes, » 
flt Hue de Hardeincourt, « pas même pour le fief d'Angers. » 
Plusieurs s'avancèrent jusqu'à la tète du pont, mais ils trou- 
vèrent de la résistance. Des hommes et des chevaux furent bles- 
sés, mais, Dieu merci. Je Maréchal n'eut rien. La nuit, ils cou- 
chèrent à Ghàteaudun [8032]. Jean d'Erlée était alors écuyer du 
Maréchal; il découvrit le chevaP et vit les blessures faites par 
les épieux. On compta jusqu'à sept plaies, mais c'étaient des 

1. Le pont, comme la plupart des anciens ponts, n'avait pas de parapets. 

2. Parent de Rogier de Hardeincourt, mentionné plus haut (p. 56, n. 6). 

3. Le même qui est appelé Stephanus Turonensis ou de Turonibus 
par Ben. Peterb. (II, 9, 67, 71), identifié à tort par M. Stubbs (II, 71) avec 
le chevalier anglais Etienne de Turnham, erreur qu'a relevée M. Eyton 
(p. 297, n. 2); Stephanus de Marzai dans Richard de Devizes. Il tirait 
son surnom de Marçai, cant. de Richelieu, arr. de Chinon. C'est ce qu'a 
établi M. Marchegay, faisant remarquer qu'Etienne avait un frère appelé 
Reinaut de Vou ; or, Vou, dans l'arr. de Loches, n'est pas fort éloigné de 
Marçai {Bibl. de l'Éc. des ch., XXXVI, 439). Etienne de Marçai est le 
fondateur de l'hôpital Saint-Jean d'Angers (C. Port, Invent, des arch. 
anc. de l'hôpital Saint-Jean, 1870, in-4% p. iv, et le même, Dicl. de 
Maine-et-Loire, Margay [Etienne deJ). C'est lui qui avait la garde du tré- 
sor de Henri II, à Chinon, que Richard enleva de vive force en 1187 (lien. 
Peterb., II, 9, où l'édition porte : t Stephano Tirconensi, au lieu de 
Turonensi »). On verra plus loin (note sur le v. 9204) que Richard, à son 
avènement, le traita comme un voleur. Etienne ne tarda pas cependant 
à rentrer en faveur, car il accompagna le roi en Palestine. Il mourut, 
selon toute apparence, au commencement de l'an 1200 (G. Dubois, Bibl. 
de VÉc. des ch.^ XXXII, 100, n. 3, où le surnom est écrit à tort Marthay). 
Il est remarquable que le poète parle généralement de lui avec défaveur. 

4. Qui était sans doute couvert d'une housse. 



96 ENTREVUE DE BONMOULINS. [1188-9 

blessures légères. Ils revinrent auprès du roi Henri qui les féli- 
cita de leur chevauchée [8048]. 

Je ne puis pas conter tous les événements par le menu : je 
craindrais d'ennuyer. Je puis dire toutefois qu'on conclut une 
trêve qui dura tout l'hiver. Le Maréclial se donna beaucoup de 
peine pour amener la paix, mais ni lui ni ceux qui s'en mêlèrent 
n'y réussirent. Cet hiver le roi Henri fut malade. 11 séjourna 
longtemps au Mans', jusqu'au moment où ils prirent un parle- 
ment, à l'octave de Pâques, entre Moulins et Soligni^ [8070]. 

Entre temps, Convoitise, qui attise tous les autres vices, inspira 
au roi de France une vilaine entreprise qui fut par la suite nui- 
sible à tous les héritiers de la couronne d'Angleterre, car par 
cela il leur enleva leur terre. Le roi de France fit savoir au 
comte de Poitiers que, s'il se rangeait de son côté, il lui donne- 
rait en propre la Touraine, l'Anjou, le Maine. Celui-ci Ten crut, 
pour son malheur, et de ce fait devint son homme. Mais le roi 
de France ne tint pas sa promesse, et c'est ainsi quMl servit tous 
les fils du roi d'Angleterre à tour de rôle. L'un après l'autre il les 
engeigna tellement que le père et les trois fils et enfin le quatrième 
périrent par son engin ^. Mais ce n'est pas ici le moment d'en par- 
ler j on le verra bien dans la suite pour chacun d'eux [81^4]. 



1. Le poème peut servir ici à compléter l'itiaéraire dressé par M. Eytoa. 
On savait seulement que le roi Henri était à Saumur le 25 décembre 1188, 
et que sa présence était constatée au Mans pendant les premiers jours 
de féTrier et à la fin de mars 1189 (Eyton, p. 293-4). 

2. Moulius-la-Marche et Soligni-la-Trappe, Orne, arr. de Mortagne. Plus 
loin {v. 8118), le poète fixe le lieu de l'entrevue à Bonmoulins, tout près 
de ces deux localités. Cette conférence est rapportée par les chroniqueurs 
latins (Ben. Peterb., II, 50; R. de Dicet, II, 57), non pas comme ici à 
l'octave de Pâques (18 avril 1189), mais au vendredi 18 novembre 1188 
(Eyton, p. 29i). Ces mêmes historiens disent qu'à cette conférence la trêve 
fut prorogée jusqu'à la Saint-Hilaire (13 janvier 1189). C'est la trêve dont 
il est question dans le poème quelques vers plus haut. 

3. Il est abusif de rendre Philippe-Auguste responsable de la mort de 
Henri H, du jeune roi Henri et de Jean sans Terre, qui moururent de 
maladie, de Geofi'roi de Bretagne, qui fut tué dans un tournoi, et de 
Richard, qui fut tué d'une flèche au siège de Chalus. Cependant, c'est 
une idée qui parait avoir été répandue en Angleterre; voy. la vision que 
rapporte Giraud de Barri, De insiructione principis, III, xxviii (G, 
Cambr. opéra, VIII, 308). 



1 



1189] RUPTURE DES NÉGOCIATIONS. 97 

Présentement, il me faut parler de l'entrevue qui eut lieu 
entre Soligni et Moulins, tout près de Bonmoulins'. Le roi 
d'Angleterre, s'y étant rendu, vit arriver son fils Richard avec le 
roi de France. 11 sut bien alors qu'il était trahi. Toutefois, il ne 
le laissa pas paraître; mais il dit à son fils : « Richard, d'où 
« venez- vous? — Beau sire, j'avais rejoint sur la route le roi 
a de France. Il me parut qu'il était mal, dès que j'étais si près 
a de lui, de l'éviter. C'est en vue de la paix que je suis venu 
« jusqu'ici avec lui. — C'est bien, Richard, s'il en est ainsi, » 
fit le père, « mais je ne le crois pas. Prenez garde qu'il y ait 
a autre chose » [8146]. 

Les deux rois et leurs conseillers délibérèrent ensemble. Ils 
étaient près de s'entendre sur les conditions de la paix, quand 
le roi de France prit à part notre roi et lui demanda de céder à 
Richard, avec le Poitou, la Touraine, le Maine et TAnjou. 
« Est-ce là le conseil que vous me donnez? » dit le roi Henri. 
— Oui vraiment. — Je vois que vous désirez son avancement ; 
a mais c'est que je ne suis pas prêt d'accorder 2. » Sur ce les 
deux rois se séparèrent. Tels y eut que cette rupture affligea, 
mais ceux qui haïssent la paix et aiment la guerre s'en réjouirent. 
Ainsi se termina la conférence; ainsi recommença la guerre qui 
de longtemps ne prit fin [8188]. 

Richard, le comte de Poitiers, partit, sans prendre congé, à 
rinsu de son père^. Le roi Henri en fut peiné : « Oh ! » dit-il, 
a je m'y attendais. Mes enfants ne feront jamais rien de bien, 
a Ils causeront ma perte et la leur. Toujours ils m'ont fait du 
« mal. » U appela le Maréchal et ceux de ses hommes en qui 

1. Bonmoulins est dans le canton de Moulins-la-Marche. L'entrevue 
eut lieu « prope Bonsmulins, » selon Raoul de Dicet, l. c. 

2. D'après ce que nous savons, soit par Ben. Peterb., soit par R. de 
Dicet, il ne parait pas que telle ail été la cause du diflerend entre les 
deux rois. Ce qui se rapproche le |)lus de la proposition faite ici par Phi- 
lippe, c'est le fait rapporté par Ben. Peterb. (II, 50), qu'à la conférence 
de Bonraoulins Richard lit hommage au roi de France pour la Norman- 
die, le Poitou, l'Anjou, le Maine, le Berry, le Toulousain et pour tous ses 
fiefs sis outre-mer; voir Miss Norgale, England under the Angevin 
Kingt, II, 2j5. 

3. D'après Gervais de Cantorbery (éd. Slubbs, I, 436), Richard se serait 
retiré en compagnie du roi de France. 

m 7 



98 DÉPART SOUDAIN DE RICHARD. [1189 

il avait le plus de confiance, et leur demanda conseil. Le Maré- 
chal fut d'avis d'envoyer à la recherche de Richard et de le 
mettre en demeure de revenir aussitôt, ou de dire pourquoi il 
était ainsi parti sans en faire savoir le molif. « Maréchal, » 
reprit le roi, « vous et Bertrand de Verdun* vous accomplirez 
« ce message » [K227]. Le Maréchal se mit en route avec Ber- 
trand de Verdun, qui fut toujours plein de loyauté et de droi- 
ture. A midi, ils arrivèrent à Amboise, où le comte avait passé 

1. Ce personnage tirait probablement son surnom de Verdun, écart de 
la commune de Vessey (Manche, cant. de Pontorson). Il est mentionné à 
plusieurs reprises par Benoit de Peterborough : d'abord au nombre des 
seigneurs anglais et normands qui restèrent fidèles à Henri II lors de la 
révolte de son fils aîné, en 1173 (Stubbs, I, 51, note); puis parmi les 
juges errants (I, 107} ; il avait dans son ressort plusieurs comtés de l'ouest. 
En 1177, le roi d'Angleterre le chargea, avec deux autres de ses familiers, 
d'une mission en Espagne (ibid., I, 157; cf. Eyton, p. 212). Enfin, il accom- 
pagna Richard à la croisade; le roi lui confia la garde de Saint-Jean- 
d'Acre le 21 août 1191 (II, 190), et il mourut à Jaffa un an après (II, 
149-150); cf. Monasticon anglicanum, nouv. éd., V, 661. D'après 
Jordan Fantosme, il combattit contre le comte David (voir ci-dessus, 
p. 57, n. 1) lors de la chevauchée de celui-ci en Angleterre, en 1174 
(éd. Fr. Michel, à la suite de la chronique de Benoît, v. 1114, 1127; 
éd. R. Howlelt, dans Chronicles of ihe reigns of StepheUf Henry II and 
Richard 1, III, 298). Il fut témoin à un acte passé à A'^alogne, le 8 décembre 
1174, dans lequel est inséré le traité de paix entre Guillaume, roi d'Ecosse, 
et Henri II (Eyton, p. 186), et à plusieurs autres actes des années sui- 
vantes (Eyton, p. 198, 201, 210, 233, 234, 241, 245, 246, 254, 287). — B. de 
Verdun exerça les fonctions de shérif dans les comtés de Leicester et de 
Warwick depuis 1170 au moins jusqu'en 1185 [Calendar of documents 
relating to Ireland^ I, n" 10, 32, 72), puis dans le comté de Chester [Wid., 
n"' 81, 82). Il fut ensuite sénéchal d'Irlande; voy. The Song of Dermot 
and ihe Earl..., edited by G. FI. Orpen (Oxford, 1892), noie sur le v. 2610. 
— Un Bertrand de Verdun est mentionné dans le Très ancien couiu- 
mier de Normandie, ch. lxi. M. Joseph Tardif l'a identifié avec celui 
qui accompagna Richard en Terre sainte et y mourut, et lui a consacré 
une notice rédigée principalement d'après des souscriptions de chartes, 
où les fonctions remplies par le personnage ne sont point indiquées {Cou- 
tumiers de Normandie, I, 106-107). L'identité paraît très probable, mais 
n'est pas évidente. D'après les témoignages recueillis par M. J. Tardif, 
on voit que Bertrand de Verdun était tenancier de l'abbaye du Mont- 
Saint-Michel. Il figure en des documents concernant ce monastère (Rob. 
de Torigni, éd. Delisle, II, 241, 288, 298, 308). C'e»t ce qui fait supposer 
qu'il devait tirer son surnom d'un lieu voisin du Mont-Saint-Michel. 



il89] LE ROI HENRI SE PRÉPARE A LA GUERRE. 99 

la nuit. Mais il était trop tard. Ils apprirent de Thôte que 
Richard et les siens étaient partis dès le matin et que ce serait 
peine perdue d'essayer de le rejoindre. Pendant la nuit, il avait 
fait faire au moins 200 lettres. On ne l'avait jamais vu si anxieux 
de convoquer ses adhérents par toute sa terre [8254]. 

Le Maréchal fit prévenir aussitôt le père de la trahison que 
son fils préparait contre lui, puis il alla attendre à Tours le roi, 
qui s'empressa de l'y rejoindre ^ Le roi Henri se plaignit amè- 
rement, devant ses barons, de la conduite de Richard et envoya 
demander du secours en Angleterre. Il donna ordre écrit à 
Raoul de Glanville^, qui était justice d'Angleterre, de convo- 
quer nominativement ses hauts hommes et ses barons et de 
tâcher de venir à lui avec le trésor [8284]. Après cela, le roi 
chevaucha avec beaucoup de peine jusqu'au Dorât 3, où il ne 
séjourna pas longtemps. Puis, n'y ayant rien fait, il se rendit à 
Ghinon, d'où il revint au Mans^. Là, il fut pris d'une maladie 
qui lui dura tout le carême^. C'est là que vinrent le rejoindre 

1. M.*Eyton (p. 294) place dubitativement entre le l'^etle 20 mars 1189 
une charte de Henri II passée à Tours et à laquelle sont témoins Raoul 
de Glanville (voir la note suivante) et le sénéchal d'Anjou Etienne; mais 
c'est plus probablement vers la fin d'avril que le roi se trouvait à Tours. 

2. Dans le ms. (v. 8275) Rad^ abréviation de RadiUfns. Mais le nom 
latin est Ranulfus. Il est appelé Randulf dans la chronique de Jordan 
Fantôme (éd. Fr. Michel, vv. 1562, 1713, etc.). Ce personnage, qui tirait 
probablement son surnom du village de Glanville, cant. de Pont-lÉvôque, 
fut nommé justice, ou grand juge d'Angleterre, en 1180, succédant à 
Richard de Lacy. il fut en toute circonstance le serviteur lidèle et habile 
de Henri II, comme ensuite de Richard, qu'il accompagna à la croisade. 
II mourut à Acre avant le 21 octobre 1190. On trouvera une bonne notice 
sur ce personnage dans le Dictionary of national biography, sous 
Glanville (Ranulf de). 

3. Ch.-l. de cant. de l'arr. de Bellac, Haute- Vienne. On n'a pas d'autre 
mention du passage du roi Henri au Dorât. On se demande ce (fu'il y 
était allé faire. 

4. On n'a pas non plus de témoignage sur un séjour du roi HenriàChi- 
non à cette époque. Sa présence au Mans est attestée à différentes dates 
de l'année 1189 : l"-3 février, 20 mars, l'J mai (Eyton, 294-21)5). 

5. L'auteur paraît avoir oublié qu'il a déjà fait mention plus haut de 
celte maladie qui obligea le roi à séjourneT au Mans jusqu'à l'octave de 
Pâques, date de son entrevue avec le roi de France (ci-dessus, |). 9G). 
C'est en réalité pendant le carême de l'année 1189 (P<iques étant le 



100 IL ENVOIE DES MESSAGES AU ROT DE FRANCE. [ii89 

les hauts barons qui avaient été mandés. Hubert Gautier ^ qui 
était clerc de Raoul de Glanvilie, y vint à la place de son sei- 
gneur, qui était malade^. C'est alors que le roi promit au Maré- 
chal la pucelle de Striguil ' pour le récompenser de ses services, 
ordonnant à Hubert Gautier de le faire entrer en possession de 
la dame et de la terre dès son retour en Angleterre [8309]. 
Quand le roi fut rétabli, il fit venir le Maréchal et l'archidiacre 
de Hereford^, et leur dit de se rendre auprès du roi de France 

9 avril ) qae la maladie se déclara, au témoignage de Giraud de Barri 
(III, xiii) : c Elapsa igitur liieme, martio sequente rex Ànglorum apos- 
« teroate, quod ei circa pudenda ex acutis humoribus ialumuerat et jam 
c in iistulam conversura fuerat, Cenomannis graviter accubuit > {OperOy 
Vlil, 259). 

1. Successivement doyen d'York (1186), évéque de Salisbury (sep- 
tembre 1189) et archevêque de Cantorbéry (novembre 1193), il mourut le 
13 juillet 1205. Sa tante élait la femme de Ranulf de Glanvilie. C'était 
un très habile jurisconsulte. Il était en effet le second de Ranulf de Glan- 
vilie, qu'il remplaça en 1193 dans la fonction de justice d'Angleterre; 
voir sur ce personnage la notice de Miss Norgate dans le Dictionary of 
national biography. 

2. Ce dut être en mai, car le 24 avril 1189 Hubert Gautier siégeait c in 
« curia Régis » à Westminster (Eyton, p. 298). 

3. Striguil ou Strigul est l'ancien nom de Chepstow, Monmouthshire, 
sur la rive droite de la Severn. Les ruines du château de Striguil existent 
encore, sur une hauteur qui domine la Wye, près du confluent de cette 
rivière avec la Severn; voir Ormerod, Slrigulensia , archœological 
memoirs relating to the district adjacent to the confluence of the Severn 
and IheWye [not published] (London, 1861, in-8«), et spécialement p. 64 
et suiv., le mémoire intitulé c On the idenlity of the norman Estnghoiél 
of the Domesday survey, with the later and présent Chepstow » (c'est 
la réimpression partielle d'un mémoire imprimé dans V Arcfixologia, 
XXIX, 25-31). L'auteur montre que Chepstow est proprement le nom de 
la ville, el Striguil celui du château. Voir aussi J. Fitchelt Marsh, Annals 
of Chepstow Castle, front the Conquest to the Révolution (Exeler, 1883). 
Isabelle de Striguil, qui épousa le Maréchal en 1189, était la fille de 
Richard Fils-Gilbert, surnommé Strongbow, qui mourut en 1176. On trou- 
vera sa généalogie dans Stapleton, Magni rot. scacc. Norm., II, cxxxix; 
G. E. Cfokaine], The complète Peerage, art. Pbmbroke; cf. J. H. Round, 
Feudal England (London, 1895), p. 523. A la mort de Richard, le roi 
avait saisi sa terre (Ben. Peterb., I, 125). 

4. L'archidiacre Raoul, que le roi d'Angleterre avait envoyé au-devant 
des légats du pape à leur arrivée en Angleterre, le 1" janvier 1187 (Ben. 
Peterb., II, 4). Ce personnage est témoin à une charte du roi qui parait 
avoir été passée à Alençon vers le mois de janvier 1188 (Eyton, 284). 



1189] ENTREVUE DE LA FERTÉ- BERNARD. 101 

avec des propositions de paix' [8321]. Ces deux messagers 
allèrent à Paris, où ils trouvèrent le roi de France. Mais le 
comte de Poitiers les avait prévenus, en envoyant à Pliilippe des 
hommes habiles qui les entravèrent et les empêchèrent de rien 
conclure avec le roi. Guillaume de Longchamps, qui était si 
rusé^, se trouvait là. Ils revinrent auprès du roi d'Angleterre et 
lui rendirent compte de leur mission. Le roi vit bien alors qu'il 
n'y avait plus qu'à se battre. Il demanda conseil à ses barons, 
mais nul ne sut lui dire ce qu'il y avait à faire. Il fit alors 
fortifier la cité du Mans, réparer et redresser les fossés et 
abattre les maisons qui étaient placées trop près des portes et 
nuisaient à l'établissement des fossés. Les choses allèrent ainsi 
jusqu'à la Pentecôte^ [8344]. A cette époque, le roi de France, 
voulant tromper le roi Henri et lui nuire, prit avec lui un ren- 
dez-vous entre la Ferté-Bernard et Nogent-le-Rotrou ^ Des deux 
parts, on s'y rendit à cheval et en armes. Les Français y eurent 
une attitude hautaine; le comte de Poitiers y vint en force^ et 
se rangea, avec le roi de France, contre son père. Cette confé- 
rence n'aboutit point; on se sépara sans avoir rien décidé. Le 
roi d'Angleterre partit de la Ferté très mécontent. Il y laissa, 

1. Nous n'avons pas d'autre témoignage sur cette négociation. 

2. Chancelier de Richard comme comte de Poitiers et comme roi d'An- 
gleterre, fait évêque d'ÉIy le 6 janvier 1190. Il fut l'un des grands juges 
à qui Richard, à son départ pour la croisade, laissa le gouvernement de 
l'Angleterre. Il mourut le 31 janvier 1197. Les historiens sont à peu près 
unanimes à blâmer son orgueil et son ambition. Giraud de Barri notam- 
ment l'attaque violemment en plusieurs de ses écrits. Cependant, son 
éloge a été fait en vers rythmiques par un contemporain {Annuaire-Bul- 
letin de la Société de l'histoire de France, 1885, p. 128). On peut voir sur 
Guillaume de Longchamp la notice de Miss Norgate dans le Dictionary 
of national biography^ Longchamp. 

3. 28 mai 1189. 

4. De même dans Ben. Peterb., II, 66 : « Adveniente Pentecoste. » II 
y a quelque divergence chez les historiens anglais; voir Eyton, p. 295, 
n. 4. Les historiens français Rigord et Guillaume Le Breton ne font pas 
mention de cette conférence; cependant, ces auteurs (Rigord, g 63; Philip- 
pide, III, vv. 631-639) disent que Richard, n'ayant pu obtenir de son père 
la remise de son épouse, sœur de Philippe-Auguste, avait fini par s'allier 
à ce dernier contre son père. Or, cette réclamation, dont noire poète, 
soucieux de l'honneur du roi Henri, ne parle pas, fil précisément l'objet 
de l'entrevue de la Ferté; voir Miss Norgate, II, 257. 



402 COMMENCEMENT DES HOSTILITES. [1489 

en qualité de connolable, Roger Torel, homme vaillanl^ [8360]. 
Puis il se rendit à Balon', tandis que le roi de France assié- 
geait la Ferté, qu'il prit. Roger Torel fit ce qu'il put pour 
défendre le château, mais il y fut fait prisonnier de vive force', 
ce qui fut considéré comme fort honorable pour lui. Le roi Henri 
quitta Balon, suivi de près par le roi de France, qui occupa la 
place sans résistance, y séjourna quatre jours et de là se rendit 
à Montfort-le-Rotrou*, qui ne fut pas défendu [8380]. 

Le roi d'Angleterre était au Mans, se voyant avec douleur 
enlever sa terre. 11 appela à lui le Maréchal, Gaufroi de Brulon^, 
Pierre Fils-Gui* et sire Robert de Souville [8389], qui était 
maréchal de l'hôteF, et les chargea d'aller reconnaître l'armée 

1. Inconnu d'ailleurs. 

2. Arr. du Mans, et au nord de cette ville. Ce séjour du roi Henri à 
Balon, au commencement de juin 1189, n'est constaté qu'ici. 

3. Ce château fut en eflFet pris de force {» Castro vi fracto, » Philip' 
pide, III, 645). 

4. Ch.-l. de cant. de l'arr. du Mans. L'ordre des faits est un peu diffé- 
rent ciiez Ben. Peterb. : « Et sic, fmito colloquio, Philippus rex Franciœ 
« inde recedens, cepit Feritatera Bernardi, deinde Montem Fortem, deinde 
c Malum Stabulum [Bonnétable), deinde Bellum Monlem, deinde Balun *, 
( ubi trium dierum moram post captionem iilara fecit » (II, 67). Dans Raoul 
de Dicet la succession des faits est un peu différente, mais, cependant, la 
prise de Montfort précède celle de Balon, comme chez Ben. Peterb. : 
« Rex Francorum et comes... intra paucos dies Feritatem predictam, Mon- 
< tem Fortem, Baalum, Bellum Montem... occupa verunt > (II, 62-63). 

5. Voir ci-dessus, p. 62, n. 2. 

6. Probablement le « Petrus filius Guidonis > qui, vers 1175, est qua- 
lilié de sénéchal {Dapifer, du jeune roi ; voir ci-dessus, p. 77, n. 6). C'est 
sans doute aussi le même a Petrus Widonis », sans qualification, qui, en 
1176, s'embarqua à Southampton pour la Normandie sur un navire frété 
par le roi d'Angleterre (Eylon, p. 206, n.) et qui est témoin à un acte royal 
passé à Winchester, probablement en septembre 1181 (ibid., p. 243). 

7. Ce nom, qui reparaît plus loin, est-il corrompu ? Aucun personnage 
ainsi nommé ne parait au nombre des ofDciers de la cour de Henri II. Le 
maréchal de l'hôtel était distinct du maréchal du roi d'Angleterre (voy. 

* Bonnétable est situé entre Balon et Beauraont-sur-Sarthe. Il faudrait 
donc admettre que Philippe aurait passé auprès de Balon sans le prendre, 
se serait emparé de Beaumont et serait revenu sur ses pas pour saisir 
Balon. Il est à supposer que le roi aura pris Bonnétable, puis Balon, puis 
enfin Beaumont, et se sera, au retour, daqs sa marche sur le Mans, 
arrêté à Balon. 



1189] RECONNAISSANCE DIRIGÉE PAR LE MARÉCHAL. 103 

du roi de France. Ils se revêtirent le lendemain malin de leur 
armure de linge* pour être plus légers, et passèrent FHuisne^. 
Il faisait un brouillard épais qui gênait la reconnaissance quMl s 
avaient à faire. Ils allèrent jusqu'au moment où ils se rencon- 
trèrent avec les coureurs ennemis. La partie ne leur parut pas 
égale. Ils montèrent sur leurs chevaux^, prirent leurs écus et 
leurs lances et se mirent en retraite au pas. Robert de Souville 
dit alors au Maréchal : « Sire, si vous le voulez bien, j'irai faire 
« savoir au roi avec quelles forces le roi de France marche 
« contre lui. — Non, » dit le Maréchal, « cela ne servirait à rien, 
a Mais je vais aller voir avec Gaufroi de Brulon quels gens ce 
« sont là et comment ils se comportent » [8426]. Et, ayant gravi 
un tertre, ils virent toute l'ost du roi de France passer si près 
qu'on aurait pu l'atteindre d'un trait d'arbalète. Ils revinrent 
vers les leurs, et alors Robert de Souville offrit de nouveau 
d'aller annoncer au roi ce qu'ils avaient vu ; mais le Maréchal 
s'y opposa encore, a Ah! » dit alors Gaufroi de Brulon, 
a quel dommage qu'Eumenidus n'ait pas eu un messager 
« tel que vous. Vous lui auriez été bien utile ''! » Les chevaliers 
se mirent à rire [8450]. Gaufroi de Brulon proposa au Maré- 

Du Cange, Marescallus aul^b). L'office de maréchal du roi ou grand 
maréchal était héréditaire dans la famille de Guillaume le Maréchal et 
était tenu à cette époque par Jean, frère aîné du héros du poème. 

1. Par opposition à l'armure de fer, le haubert. 

2. D'après le poème, le roi de France devait être en dernier lieu à Mont- 
fort, qui est sur la rive droite de l'Huisne, comme le Mans, de sorte 
qu'une reconnaissance partant du Mans pouvait rencontrer l'ennemi sans 
passer cette rivière. Mais Ben. Peterb. nous dit que le roi de France avait 
feint de se diriger sur Tours (/ingens se Turonim iturum, II, 67), ce qui 
suppose qu'il avait passé l'Huisne, et les éclaireursde Henri II durent en 
faire autant. 

3. Étaient-ils jusqu'à ce moment sur des palefrois? ou avaient-ils mis 
pied à terre? 

4. Dans la partie du roman d'Alexandre qui est connue sous le nom de 
Fuerre (fourrage) de Cadres, Emenidus et ses hommes sont attaqués par 
des forces supérieures. Emenidus prie vainement ses hommes les uns 
après les autres d'aller demander du secours à Alexandre. Tous s'y 
refusent, considérant comme ignominieux de déserter le champ de 
bataille; voir mon Histoire de la légende d'Alexandre, H, 155. Emeni- 
dui, et non pas comme ici Eumenidus^ est la leçon des mss. du roman 
d'Alexandre. 



lO'i MESURES PRISES POUR LA DÉPENSE DU MANS. [1189 

chai de charger les coureurs, qui étaient tout près. « Avant 
<i quMls puissent être secourus, » dit-il, « nous leur prendrions 
« leurs roncins*. »> Le Maréchal fut d'un avis contraire, faisant 
remarquer qu'il ne fallait pas fatiguer inutilement les chevaux 
pour gagner vingt ou trente roncins dont on n'avait pas besoin. 
Ils revinrent au Mans et rapportèrent au roi ce qu'ils avaient 
vu [8478]. 

Le roi sortit de la ville avec ses barons. 11 fit rompre le pont 
de THuisne et enfoncer des pieux dans les gués pour qu'on ne 
pût y passer ni à pied ni à cheval. 11 ne croyait pas quMI y eût 
aucun autre gué. Sur ces entrefaites ils aperçurent de l'autre coté 
de l'eau le roi de France qui s'avançait à la tête de toutes ses forces. 
Il fit tendre les pavillons près d'un bois appelé le Parc', à un 
trait d'arc de la rivière, pour passer la nuit [8500]. Le Maréchal 
conseilla au roi de rentrer, pour faire reposer les chevaux. Ce 
qui fut fait. Ils allèrent en ville et il fut décidé que, si le roi de 
France venait de ce côté, on incendierait les faubourgs [85-15]. 
Le lendemain, on fit chanter la messe de bon matin, car on 
redoutait la grande ost du roi de France. Le Maréchal s'arma. Le 
roi, au contraire, sortit désarmé par une porte en aval, du côté 
de la Maison-Dieu 3 [8523]. 11 dit au Maréchal : « Désarmez- 
« vous; pourquoi étes-vous armé? — S'il vous plaît, » répon- 
dit le Maréchal, « je préfère être ainsi. Mes armes ne me gênent 
a pas et je ne veux pas les quitter avant de savoir quel faix nous 
« aurons à supporter aujourd'hui. Nous ne savons pas ce qu'ils 
({ voudront faire. — S'il en est ainsi, » reprit le roi, « vous ne 



1. 11 faut conserver ce terme de l'ancienne langue qui désigne un che- 
val de qualité inférieure, car on va voir l'auteur opposer les roncins aux 
chevaux proprement dits. 

2. Ce bois, qui devait être un reste de l'ancienne forêt du Mans on de 
Longaunai, n'existe plus. Le nom même a disparu. 

3. Établissement fondé par Henri II, vers 1180, au sud du Mans, vers 
Pontlieue, sous le nom Maison-Dieu de Coefort {de Cauda forti); voir 
Th. Cauvin, Recherches sur les établissements de charité et d'instruction 
publique du diocèse du Mans (1825), p. 19. C'est maintenant une caserne. 
La porte en aval, par où sortit le roi, est celle qu'on nommait la c Vieille 
porte ». Voy. le mémoire de M. l'abbé Ledru, intitulé Prise du Mans par 
Philippe-Auguste, le \2juin 1189, dans La province du Maine^ recueil 
mensuel, IV (1896), 8. 



H89] LES FRANÇAIS PASSENT L'HUISNE A GUÉ. 105 

« viendrez pas avec moi ! » Il fit désarmer son fils le comte Jean, 
en qui il avait toute confiance, ainsi que Girard Talebot^, Robert 
de Tresgoz^ et Gaufroi de Brulon^. Ils dépassèrent la Maison- 
Dieu et là tinrent conseil. Ils virent bientôt l'avant-garde du roi 
de France chevauchant dans la direction du pont que l'on 
avait rompu. On ne croyait pas qu'il y eût un gué à cet endroit, 
mais, ayant sondé avec leurs lances, les Français trouvèrent le 
meilleur gué du monde*. Gela déconcerta nos gens. « Sire, » 
dit Robert de Tresgoz [8564], « voici venir leurs chevaliers. » 
Girard Talebot courut sur un chevalier qui galopait en avant 
des autres et lui brisa sa lance sur Técu. Richard Fils-Herbert^ 
fit de même avec un autre chevalier [8584]. 

Le Maréchal, aussitôt, demanda son heaume à Jean d'Erlée, 
disant que ceux qui étaient désarmés devaient bien le regretter. 
Jean lui ayant lacé son heaume, le Maréchal se mit en défense 
devant la porte, si bien que les Français qui vinrent le frapper 
ne purent rien gagner sur lui. Ceux qui se trouvaient sur la 
porte et sur la bretèche criaient : « Çà, Dieu, aide au Maré- 
« chai ! » Alors vinrent à la rescousse Baudouin de Béthune, 
Hue de Malaunoi*, Renaut de Dammartin, qui devint comte 
de Boulogne^, Hue de Hamelincourt ^, Eustache de Neuville^, 
EustachedeCanteleu^^, Raoul dePlomquet^\ Pierre Mauvesin^'^ 

1. Voir p. 59, n. 3. 

2. Voir p. 60, n. 4. 

3. En donnant aux siens l'ordre de se désarmer, le roi montrait qu'il 
Toulait à tout prix éviter la lutte; voir encore ci-après, p. 106, n. 2. 

4. Celte circonstance n'est point mentionnée ailleurs. Seulement Rigord 
(g 66) et G. Le Breton {Philippide, III, 693-699) rapportent que Philippe- 
Auguste trouva par le même procédé un gué dans la Loire, auprès de 
Tours. 

5. Un frère de celui qui est appelé plus loin Reinaut Fils-Herbert 
(TV. 9386, 9405)? 

6. Voir p. 55, n. 2. 

7. En 1191, par son mariage avec Ida, comtesse de Boulogne. Il mou- 
rut en 1227 (Art. de vér. les dates, II, 765). 

8. Voir p. 55, n. 5. 

9. Voir p. 54, o. 6. 

10. Voir p. 54, n. 7. 

11. Voir p. 55, n. 3. 

12. Un c Petrus Malusvicinus » parait en plusieurs actes de la fin du 



106 COMBAT DEVANT LE MANS. [1189 

[8628]. Ils sorlirenl par la porte et une forte mêlée commença. 
André de Ghauvigni^ l'un des plus renommés chevaliers du 
comte de Poitiers, se dirige vers les nôtres. Là, vous auriez vu 
grand bris de lances, grand choc des épées d'acier sur les 
heaumes. Nos gens furent ramenés en arrière. Hue de Malau- 
noi fut abattu avec son cheval dans le fossé de la ville. Mais le 
Maréchal, avec Baudouin et Renaut de Dammartin [8652], les 
repoussèrent d'un trait d'arc. Dans la mêlée, le Maréchal fit pri- 
sonnier sire André de Ghauvigni et l'amena jusqu'à la porte. 
Mais, là, une pierre jetée du haut de la bretèche atteignit sire 
André et lui brisa le bras. En même temps, une autre pierre 
frappa son cheval, qui se cabra, se dégagea de son frein et s'en- 
fuit avec sire André, blessé mais délivré. Le Maréchal rentra 
dans la mêlée et prit deux chevaliers, dont il tint les freins d'une 
main; mais ceux-ci détachèrent les freins et lui échappèrent. 
Jean d'Erlée, à qui les freins furent remis par le Maréchal, en 
porte témoignage [8694]. 

Il arriva que le cheval du Maréchal se blessa en posant le pied 
sur un des morceaux de lances qui gisaient à terre. Le Maréchal 
prit aussitôt par le frein un des chevaliers du comte de Poitiers, 
Heimeri Odart, né de Loudun [87'I0], qu'il emmena de force 
jusqu'à la porte. D rencontra le roi d'Angleterre tout désarmé 
qui lui dit : « Maréchal, votre bonne chevalerie pourrait nous 
« nuire aujourd'hui, car aucune de nos autres portes n'est si 
a bien défendue que celle-ci ^. Nous pourrions y avoir dommage. 



xn* siècle et du commencement da xiii* (Delisle, Cat. des actes de Ph.- 
Aiig.y n" 512, 632, 693 a, 1455), mais ît était, déjà avant la prise de la 
Normandie, homme de Philippe-Auguste, et par suite peut difficilement 
être identifié avec celui qui figure ici. 

1 . Chauvigni, ch.-l. de cant. de Tarr. de MontmorilloD. Cet André est 
celui à qui Richard donna l'héritière du comté de Châteauroux ; voir plus 
loin, V. 9392. Il accompagna Richard à la croisade et s'y distingua ; voir 
YEstoiredela Terre sainte, à la table des noms. Il figure en de nombreux 
documents : en 1196, Teulet, Layettes du Trésor des chartes, n" 431 
(DeUsle, Catal. des actes de Philippe- Auguste, n''464); en 1199, Teulet, 
n" 499, 504 (Delisle, n« 567), 508, 516; en 1200, Teulet, n- 578, 579 
(Delisle, n* 615). Son sceau est décrit dans Douët d'Arcq, Inventaire des 
sceaux, n* 1818. 

2. Il est manifeste que le roi d'Angleterre avait vu avec déplaisir la 



1189] HENRI FAIT INCENDIER LE FAUBOURG. 107 

« — Sire, » répondit le Maréchal, « s'ils entraient, ce serait 
« fôcheux. Il sera fait selon votre plaisir, mais, pour le moment, 
a voici un chevalier prisonnier que je vous amène. — Maréchal, 
a prenez soin vous-même de le faire désarmer et garder » 
[8732]. 

Le Maréchal mit pied à terre et monta sur le cheval qu'il avait 
pris avec le chevalier, et il envoya ce dernier à son hôtel. Puis il 
alla avec le roi, qui fit mettre le feu au faubourg, en dehors de 
la cité ^ Le roi de France fit tendre des pavillons de Pautre côté 
de la rivière^, se réjouissant de voir le faubourg en feu [8748]. 
Le roi se retira par la cité avec le Maréchal. Ils virent une 

lutte s'engager; cf. les mots soulignés dans le passage de Giraud de 
Barri cité à la note suivante. 

1. Il avait été décidé en conseil (on l'a vu plus haut, vv. 8512-8516) 
que, si le roi de France s'approchait du Mans, on mettrait le feu au fau- 
bourg. Les historiens ne sont pas entièrement d'accord sur les circons- 
tances de cet événement. Voici ce que dit Raoul de Dicet : « In crastino 
c Sancti Barnabae (12 juin 1189) veheraens ignis a parte régis Anglorum 
« injectus intra modicum temporis suburbana consumpsit » (Bouquet, XVII, 
623a ; Stubbs, II, 63). Selon Ben. Peterb. (II, 67), l'incendie aurait été allumé 
par ordre d'Etienne de Marçai, sénéchal d'Anjou. Giraud de Barri, dont 
le récit confirme celui du poète, dit positivement que le roi Henri fit 
mettre le feu au faubourg, croyant ainsi réussir à barrer le passage aux 
Français et mettre fin au combat déjà engagé. Du faubourg, l'incendie, 
poussé par le vent, gagna la cité : « Cum igitur, egredienlibus urbanis, 
c hostiles acies utrimque concurrere jam pararent et in primis, nondum 
« tamen consertis omnino viribus, conlligendo quasi prœliorum prœludia 
facerent, rex Anglorum, ut erat Martios congressus, quoad potuit, sem- 
a per eviians, suos intra mœnia revocando, suburbium totum... ne vel 
« urbi oflicere vel hosli proficere possel, igné apposito comburi jussit. 
« Ventus autem... vira flammeam ignis edacis in urbera illico interiorem 
a transportavit ; statimque in tantam violentiam raultis in urbe locis 
€ ignis excrevit, ut rex quantocius cum suis exire urbemque relinquere, 
c mullis una cum urbe per maturationem amissis, compuisi fuissent* » 
{De principis instr., III, xxiv; Opéra, VIII, 283). 

2. L'Huisne. L'expression du texte « outre l'ewe, de l'autre part, » peut 
s'entendre en deux sens. C'est probablement de l'autre côté par rapport 
à la direction d'où le roi de France venait, c'est-à-dire sur la rive droite, 
tout près du Mans. On a vu plus haut (p. 104) que les Français avaient 
trouTé un gué pour passer la rivière. 

* Corr. compulsus fuerit ? 



108 LES ANGLAIS SE RETIRENT VERS FRESNAI. [1189 

femme qui pleurait amèrement en tirant ses meubles hors de sa 
maison en flammes. Le Maréchal flt descendre ses écuyers pour 
l'aider, et lui-même mit pied à terre pour la secourir, étant com- 
patissant par nature. Il prit une couette de plume qui était 
enflammée par dessous; il en sortit une fumée épaisse qui péné- 
tra dans son heaume, et Tincommoda tellement qu'il fut obligé 
de l'enlever [8772]. 

Quand le roi vint en la cité, l'incendie y entra avec lui *. La 
ville prit feu en trois ou quatre endroits, tellement que ceux qui 
étaient avec lui ne purent l'éteindre. Ils y renoncèrent et s'en 
allèrent. Le roi envoya dans le faubourg chercher le comte de 
Mandeville [8782]. On prit conseil et la retraite fut décidée. Tous 
s'acheminèrent vers Fresnai ^. Le Maréchal sortit du faubourg 
avec eux, cheminant seul ^, tout désarmé, car il n'avait que son 
pourpoint *. Lorsque les gens de l'ost [de France] virent que le 
roi [d'Angleterre] abandonnait la ville, ils s'en réjouirent et leur 
donnèrent la chasse [8801]. Le comte de Poitiers monta à che- 
val, n'ayant d'autre armure que son pourpoint. Un chapeau de 

1. Je traduis les vers 8776-8777 conformément aux corrections propo- 
sées en note. Le texte du ms. porte que, lorsque le roi vint en la cité, 
le feu entra avec lui dans le faubourg {la ville signifie le faubourg dis- 
tinct de la cité, cf. v. 8742). Mais c'est évidemment l'inverse qu'il faut 
entendre : l'incendie allumé dans le faubourg gagna ensuite la ville; 
cf. d'ailleurs le passage cité plus haut de G. de Barri. 

2. Fresnai-sur-Sarthe, arr. de Mamers, entre le Mans et Alençon, à une 
quinzaine de kilomètres au sud-ouest de cette dernière ville. Ce lieu est 
appelé Frenellœ par G. de Barri : « Rex nocle eadem se apud Frenellas 
c suscepit et mane Andegaviam inde transivit » {De principis instr., III, 
XXV ; Opéra, VIII, 286; cf. Vita Galfredi, dans G. Cambr. opéra, IV, 
369). Je doute que Giraud de Barri ait eu en vue Fresnai-sur-Sarthe, car 
cette localité est tout à l'opposé de la roule du Mans à Angers. M. Eyton 
(p. 296) dit « Frenelles, » mais il n'y a pas de lieu ainsi nommé dans la 
région. Stubbs (édit. de Roger de Howden, II, Ixiij, n. 5) et Miss Norgate 
(II, 262) se décident pour la Fresnaye (ch.-l. de cant de l'arr. de Maroers), 
qui est trop au nord. Fresnai-sur-Sarthe, anciennement Fresnai-le- 
Vicomte, était un lieu fortifié ; voy. Revue historique et archéologique 
du Maine, XIX (1886), 27. 

3. En arrière des autres, comme on le verra par l'épisode qui suit. 

4. On a vu plus haut qu'au contraire le Maréchal avait son haubert et 
son heaume et on ne voit pas à quel moment il aurait quitté ses armes 
défensives. Peut-être y a-t-il une lacune dans ce qui précède. 



H89] LE MARÉCHAL PROTÈGE LA RETRAITE. 109 

fer sur la tête, il se mit à la poursuite des fuyards. Il les attei- 
gnit, mais d'autres les joignirent avant lui, car Philippe de 
Colombiers * , l'un des hommes de sa megnie, renommé pour les 
armes, alla frapper violemment en Técu un chevalier. A cette 
vue, Guillaume des Roches^, qui s^en allait avec le roi, revint 
en arrière et brisa une lance avec Philippe. Le comte de Poi- 
tiers accourut, s' écriant : a Guillaume, c'est folie de vous arrê- 
« ter. Vous perdez votre temps; reprenez votre chemin! » Le 
Maréchal se dirigea aussitôt vers le comte Richard, qui, le 
voyant approcher, lui cria : « Par les jambes Dieu^! Maréchal, 
« ne me tuez pas ; ce serait mal : je suis tout désarmé. — Non, 
a que le Diable vous tue ! » répondit le Maréchal, « car moi je 
« ne vous tuerai point; » et, frappant de sa lance le cheval, il 
l'abattit mort, et le comte tomba à terre [8849]. Ce fut un beau 
coup et qui sauva ceux qui battaient en retraite, car autrement 
ils eussent été pris ou tués^ Déjà chevaliers et sergents accou- 
raient, lorsque le comte Richard se releva en disant : « Arrê- 
« tez! ou vous êtes tous perdus. » Ils s^arrêtèrent subitement. 



1. Probablement le fils de celui qui est menlionné au commencement 
du poème. Il figure comme témoin en plusieurs actes de Richard ; voir 
p. 3, n. 2. 

2. Personnage qui devint plus tard célèbre comme sénéchal d'Anjou, 
du Maine et de Touraine (depuis 1199). Il contribua pour une grande part, 
comme on le verra plus loin (vv. 12409 et suiv.), au succès de l'expédi- 
tion qui aboutit à la levée du siège de Mirebeau et à la prise d'Arlur, en 
1202. 11 combattit les Albigeois en 1209 et en 1219; voir Chanson de la 
croisade, édit. de la Société de l'histoire de France, II, 459. Il mourut 
en 1222. Son histoire a été écrite en détail jusqu'à l'année 1204 par 
M. G. Dubois, Bibliothèque de l'École des chartes, XXX, 377; XXXII, 88; 
XXXIV, 502; cf. Beautemps-Beaupré, Coutumes et institutions de l'An- 
jou et du Maine, 2' partie, I, 286 et suiv. Mais, jusqu'à l'année 1190, 
époque de son mariage avec Marguerite de Sablé, on n'avait sur lui à peu 
près aucun renseignement. On ignorait notamment qu'il eût été au nombre 
des chevaliers de Henri II. 

3. Cf. ci-dessus, p. 89, n. 1. 

4. Cet incident est noté par G. de Barri, qui, toutefois, ne fait aucune 
mention du Maréchal : « Cessante vero demum persequentium instanlia 
« per corailis Pictavensis casum, equo ejusdem militari lancea perfosso, 
c rex nocle eadem se apud Frenellas suscepit » {De principis instr., 111, 
XXV ; Opéra, VI 11, 286). 



4I0 LE ROI DE FRANCE PREND LA TOUR DU MANS. [1189 

En cette poursuite, Philippe de Colombiers fut fait prisonnier 
par Baudouin de Vernon, Tun des hommes du roi [8869]. 

Tandis que le roi s'en allait à Fresnai, le roi de France entrait 
dans la cité du Mans et assiégeait la tour. Il y prit sire Guil- 
laume de Silii, qui se défendit vaillamment, mais vainement, 
sinon que son prix s'en accrut*. Le roi [d'Angleterre] coucha 
cette nuit à Fresnai [8887]. Ses gens, qui, pleins de terreur, 
s'en allèrent à qui jmieux à Alençon ^. Le Maréchal eut ordre 

1. Cette tour, qui était située au nord de la ville, tint pendant trois 
jours après la fuite du roi Henri, c'est-à-dire jusqu'au 15 juin, selon Ben. 
Peterb., II, 08 ; jusqu'au 22, selon Raoul de Dicet, II, 63. Miss Norgate (II, 
203, n. 3) concilie ces deux dates, en supposant qu'il y eut deux sièges; 
que Benoit a en vue le siège du château, ancien palais comtal situé près 
de la cathédrale, et que Raoul parle du siège de la tour située au nord 
de la ville. Mais cette distinction est inadmissible. La tour, détruite entre 
1617 et 1619, qu'on appelait Tour Orbrindelle, ou Orbendelle, Tour 
royale, Tour du Mam, faisait partie du château; voy. E. Hucher, Études 
sur l'histoire et les monuments de la Sarihe (Le Mans et Paris, 1856), 
p. 27; G. Fleury, la Tour Orbrindelle et le Mont-Barbet, dans la Revue 
historique et archéologique du Maine, XXIX (1891), 137-154 et 279-303. 
Il est donc évident que les deux récits se rapportent à la même 
affaire, quoique les détails donnés de part et d'autre soient très diffé- 
rents. Rigord, qui, du reste, se trompe en plaçant la prise de la tour du 
Mans après l'arrivée de Henri II à Chinon, donne quelques détails sur le 
siège : c ... et Cenomannis reversus, turrim forlissimam et bene muni- 
( tam, adductis minariis quos semper secum ducebat, de sub terra 
« murum suffodientes, cum multo labore cepit » (§ 66). — Quant à Guil- 
laume de Silli, les historiens ne font de lui aucune mention et il ne paraît 
pas dans la liste des barons de Sillé dressée par M. Hucher dans sa 
Notice sur Sillé-le-Guillaume. Il faut dire que cette liste ne donne 
aucun nom pour les années 1120 à 1190 (Hucher, Études sur l'histoire 
et sur les monuments de la Sarthe, p. 177). Notre Guillaume n'est pro- 
bablement pas différent de Guillaume de 5<//6 (Sillé-le-Guillaume, Sarthe), 
qui parait en 1 169 dans un accord concernant le monastère de la Couture 
{Cartulaire de la Couture, p. 23). C'est sans doute aussi le même qui, en 
1210, se porte garant, avec plusieurs autres seigneurs, de la fidélité de 
Raoul, vicomte de Beaumont (Beaumonl-le- Vicomte, Sarthe), envers Phi- 
lippe-Auguste (Delisle, Catal. des actes de Philippe- Auguste, n* 1223). 

2. Selon la Philippide (III, 652-655), le roi Henri lui-même se serait 
enfui jusqu'à Alençon : 

, Dat sua terga fuge, nec luraina flectere rétro 

Audet 

Donec Alançonis tuta se clausit in arc6. 



4189] HENRI MALADE A CHINON. il! 

d'y aller ^ avec le connétable. Il avait bien avec lui cinquante 
compagnons ou plus. Il trouva là les barons de Normandie qui 
venaient droit au roi, mais que la grande force de l'ost du roi 
de France faisait hésiter à pousser plus avant. Le roi alla ensuite 
coucher çi Sainte-Suzanne ^ [8907], mais sa maladie, qui aug- 
mentait de jour en jour, ne lui laissait aucun repos. De là, il 
s'en alla à Ghinon^, où on lui apporta la nouvelle que le roi de 
France était à Tours, dont il s'était emparé''. Il manda alors 
par lettre au Maréchal de venir à lui avec les hommes de sa 
bannière, sans amener les autres. Le Maréchal obéit. On lui fit 
grande fête à son arrivée. « Maréchal, avez-vous entendu dire 
« que le roi de France a pris Tours ? — Oui, sire, c'est la vérité. 
« L'orgueil de France vous cause un grand dommage » [8934]. 
Sur ces entrefaites, un messager vint au roi, de la part du 
comte de Flandre, de l'archevêque de Reims et d'autres amis 
qu'il avait à la cour de France, lui faisant savoir que le roi Phi- 

1. 11 n'est pas très sûr que ce soit à Alençon que le Maréchal ait eu 
ordre de se rendre; le texte n'est pas sûr; voir la note du v. 8894. 

2. Ch.-l. de cant. de l'arr. de Laval, à 25 kilomètres environ au sud- 
ouest de Fresnai. C'était un lieu fortifié {Revue hisi. et arch. du Maine^ 
XXIX, 147-149). Ce séjour du roi d'Angleterre entre Fresnai et Chinon 
n'est indiqué nulle part ailleurs. 

3. Ben. Peterb. (II, 68) n'indique aucune station du roi d'Angleterre 
entre le Mans et Chinon. Giraud de Barri {De principis instr., III, xxv; 
Opéra, VIII, 286; Vita Galfredi Eboracensis, I, lv; Opéra, IV, 369) le 
fait passer par Frenellas (voir ci-dessus, p. 108, n. 2), l'Anjou (« Ande- 
f viam inde transivit w), Savigniacum et Saumur. On ne voit pas de 
quel Savigni ou Savigné il peut élre question. On pourrait donc pro- 
poser de corriger Sarrigniacum, Sarrigné, canton d'Angers, mais il est 
plus probable que G. de Barri aura interverti Savigniacum et Saumur, 
et qu'il s'agit de Savigni, Indre-et-I^oire, cant. de Chinon, entre celte ville 
et Saumur. L'itinéraire, jusqu'ici très obscur, du roi d'Angleterre entre sa 
fuite du Mans et son arrivée à Chinon paraît devoir être établi, d'après 
le poème, comme suit : le Mans (12 juin), Fresnai-sur-Sarthe (12 et 
13 juin), Sainte-Suzanne (13 ou 14 juin), Saumur et Savigni, d'après G. de 
Barri, mais en transposant l'ordre de ces deux séjours (seconde quinzaine 
de juin), enfin Chinon (fin de juin). Le poète n'indique aucun arr<^t enln^ 
Sainte- Suzanne et Chinon, mais la distance entre ces deux localités étant 
de plus de 100 kilomètres n'a pu élre franchie en moins de trois ou quatre 
étapes. 

4. La prise de Tours aurait eu liou le 23 juin selon Rigord (g 06), le 
3 juillet selon Ben. Peterb. (II, 6D). 



\\î CONFÉRENCE DES DEUX ROIS PRÈS DE TOURS. [1189 

lippe désirait avoir une entrevue avec lui entre Tours et Azai*. 
Le roi demanda conseil au Maréchal, qui l'engagea à s'en rap- 
porter à l'opinion de ses barons. Ceux-ci lui conseillèrent d'y 
aller. Il s'y rendit au jour fixé, et y arriva avant le roi de 
France. Il descendit chez les Templiers [8957] , et, là, attendit le roi 
Philippe'-*. La maladie s'aggrava et lui causa dMntolérables dou- 
leurs : « Maréchal, » dit-il, « un mal cruel m'a pris d'abord au 
t talon, puis il a gagné les pieds, et ensuite les jambes. Main- 
a tenant, il a envahi tout le corps et me cause des cuissons 
« partout. » Le Maréchal vit que le roi, par la force du mal, 
devenait rouge et puis noir^. Il en fut dolent et l'engagea à se 
reposer un peu. On le coucha dans un lit [8984]. 

Le roi de France, étant arrivé, demanda ce qu'était devenu 
le roi Henri. On lui répondit qu'il était très malade, qu'il avait 
perdu l'appétit et devait rester couché, ne pouvant se tenir ni 
debout ni assis. Le comte Richard, loin de le plaindre, disait 
que c'était une feinte^. Ses amis lui mandèrent derechef de 
venir à tout prix. Il fit un effort et se mit en route, disant au 
Maréchal : « Maréchal, si vous pouvez me tirer d'ici, faites-le. 
« Je ferai, quoi qu'il m'en coûte, toutes les concessions possibles 
« pour pouvoir m'en aller. Mais je vous dis certainement 
« qu'ensuite, si je vis assez, je les rassasierai de ma guerre, et 
a la terre me restera. — Sire, » répondit le Maréchal, « j'y 
a ferai mon possible » [90^2]. 

Les deux rois s'assemblèrent*. Les hauts hommes qui étaient 

1. Azai-le-Rideau, ch.-l. de cant. de l'arr. de Chinon. Cf. Giraad de 
Barri, De princ. instr.^ III, xxv {Opéra, VIII, 286-7). 

2. L'endroit ici indiqué, qui devait être situé entre Tours et Azai, ne 
peut être que la commanderie de Ballan, à huit kilomètres environ au 
sud-ouest de Tours, sur la route d'Azai. 

3. Ces symptômes paraissent être ceux de la gangrène sèche. On a vu 
plus haut (p. 99, note 5) qu'un ulcère s'était produit. 

4. Giraud de Barri dit de même : « Francorum autem rex et comes 
c Pictavensis, huic infirmitati fidem non habentes, quin Immo fictum 
a potius seu frustaturium, solito ejusdem de more, putantes... » {De 
princ. instr., III, xxv; Opéra, VIII, 286). 

5. Le lieu de l'entrevue est nommé par 6. Le Breton : « Urbe Turonica 
« capta, factum est colloquium inter eos, in loco qui dicitur Columba- 
c rium » (§ 49). Columbarium (ou Columbare, dans la Philippide du 
même, III, 737) est Colombier, comm. de Villandri, cant. de Tours, à 



1189] HENRI APPREND LA TRAHISON DE SON FILS JEAN. l!3 

là virent bien que le roi Henri était très souffrant. Le roi de 
France s'en aperçut aussi, et, ayant demandé une chape, 
l'invita à s'asseoira Mais le roi d'Angleterre refusa, disant qu'il 
ne s'assiérait pas, mais qu'il voulait savoir ce qu'on lui récla- 
mait et pourquoi on lui prenait sa terre. J^ignore quelles furent 
les paroles échangées 2. Mais, à la fin, ils prirent trêve et se 
séparèrent. Ils ne devaient plus se revoir. Je ne sais quelles 
conventions furent faites, sinon qu'au sujet des empris^ ils 
décidèrent que chacun communiquerait en secret à Tautre la 
liste des siens [9038]. 

Le roi Henri se rendit à Ghinon'', où il tomim pour ne plus 
se relever. Il voulut avoir les noms de ceux qui s^étaient enga- 
gés contre lui. Il envoya donc maître Roger Malchael% qui 
alors était son garde du sceau, au roi de France, à Tours, pour 
lui demander la liste promise. Maître Roger se rendit à Tours, 

quelques kilomètres à l'ouest de Ballan. L'entrevue eut lieu le 4 juillet 
(voy. Eyton, p. 296-7; Rigord, éd. de la Soc. de l'hist. de Fr., I, 96, 
note 2). 

1. On sait qu'on s'asseyait souvent, à défaut de sièges, sur un man- 
teau plié. 

2. Les conditions imposées par Philippe et acceptées par Henri II sont 
enregistrées par Ben. Peterb., Raoul de Dicet, Roger de Howden, 
Mathieu de Paris, à leur date (cf. Delisle, Caial. des actes de Philippe- 
Auguste, n» 240, et Miss Norgate, II, 266). 

3. Les empris sont ceux qui s'étaient engagés dans l'un ou l'autre 
parti. Il y a dans le traité, mentionné à la note précédente, un article 
sur ce sujet : « Et nullus baronum vel miles qui in hac guerra a rege 
« Angliae recessit el ad comitem Ricardum venit de cetero redibit ad 
« regem Angliœ, nisi in ultimo mense, ante motionem régis versus Jerusa- 
« lem » (Ben. Peterb., II, 70). 

4. Sans doute le 4 juillet, immédiatement après l'entrevue avec le roi 
de France. 

5. c Rogerius Malus Catulus » {Calulus est la traduction exacte de 
l'anc. fr. chael) est connu comme vice-chancelier de Richard depuis 
mars 1191. Il péril dans un naufrage en mai de la même année; voy. Ben. 
Peterb., II, 140, noie 2; Rog. de Ilowden, IH, 106; cf. Edw. Foss., The 
Judges of England, I, 396. Il appartenait vraisemblablement à une famille 
Malcael ou Malchael, établie aux environs de Valognes, et dont plusieurs 
membres ligurent en des documents de la fin du xii» siècle et du xiii«. 
C'est à un Maucael que l'on attribue, avec toute j)robabilité, la rédaction 
du Coulumier de Normandie ; voy. J. Tardif, Coutumiers de Normandie, 
Il (1896), p. cxxvii et suiv. 

III 8 



114 MORT DE HENRI II. [1189 

ot il écrivit les noms de tous ceux qui s'étaient engagés à aider 
le roi de France dans sa guerre contre le roi d'Angleterre. 
A son retour, le roi Henri lui demanda les noms : « Sire, » 
répondit-ii en soupirant, o le premier qui est ici inscrit, c'est 
« le comte Jean, votre fils » [9078]. 

Quand le roi Henri entendit que l'être qu'il aimait le mieux 
au monde le trahissait, il ne put que dire : « Vous en avez dit 
« assez* ! » Il se retourna dans son lit; il eut le frisson, le 
sang se troubla, son teint noircit. La douleur lui fit perdre la 
mémoire, l'ouïe et la vue. Il souffrit ainsi jusqu'au troisième 
jour. [1 parlait, mais on ne pouvait bien comprendre ce qu'il 
disait. Le sang lui figea sur le cœur 2. Finalement, la mort lui 
creva le cœur, et un jet de sang coagulé lui sortit par le nez et 
par la bouche. Sa mort causa une grande douleur à tous ceux qui 
étaient avec lui. Je vous dirai brièvement qu'il lui avint, à sa 
mort, ce qui jamais n'était arrivé à si haut homme : c'est qu'on 
n'eut pas de quoi le couvrir. Il demeura si pauvre, si délaissé, 
quMl n'eut sur lui ni linge ni laine ^ [9112]. 

C'est ainsi que Fortune fit tomber de si haut si bas un homme 
si puissant, un roi si honoré, si redouté. On a bien raison de 
dire que « mort n'a ami^. » Ceux qui étaient autour de lui et 
qui devaient le garder, quand ils le virent mort, prirent chacun 
pour soi ce qu'ils avaient en garde. Bien fol est celui qui, sen- 
tant la mort approcher, se fie en la canaille pour garder son 
bien : mieux vaut le distribuer, de façon que Dieu y ait part, 

1. La même scène, ou à peu près, se retrouve dans Giraud de Barri, 
mais autrement amenée. Giraud suppose (ce qui ne paraît pas exact) qne 
les noms des eïïipris se trouvaient dans l'instrument môme du traité de 
paix, de sorte qu'il n'est pas question de la mission de Roger Malchael : 
( Et cum nomina illorum scripta in cedula legi audiret, primumqae 
« omnium Johannis, filii sui nomen legeretur, tanquam extra se factus 
a et consternatus, stratu quo recubabat statim in sessionem exsurgens 
« et acriler circumspiciens : Verumne est, inquit, quod Johannes, cor 
a meum, quem prae (iliis omnibus magis dilexi, cujusque promotionis 
c causa bec omnia mala sustinui, a me discessit? » (lil, xxv; Bouquet, 
XVIII, 154; Opéra, VIII, 295). Giraud prête ensuite à Henri quelques 
paroles empreintes d'un violent découragement. 

2. A partir du 4 juillet. Henri II mourut le 6. 

3. Voy. la note 1 de la page suivante. 

4. Voy., au tome I, la note du v. 9126. 



1189] CUPIDITÉ DE SES SERVITEURS. 115 

avant d'être saisi par la mort [9137]. Quand les pillards eurent 
pillé ses habits, ses joyaux, son argent, le roi d'Angleterre 
resta aussi nu qu'au moment de sa naissance, sauf qu'il garda 
ses braies et sa chemise. Lorsque la nouvelle de sa fin se fut 
répandue, les hauts hommes se réunirent autour de son corps, 
et parmi eux le Maréchal. Ils furent grandement affligés de sa 
mort, et eurent honte de le voir ainsi dépouillé. Faux et cruels 
furent ceux qui ne lui laissèrent pas même une couverture. Mes- 
sire Guillaume Trihan^ arriva l'un des premiers : il eut honte 
de ce qu'il vit et couvrit le roi de son manteau de biffe^ [9161]. 
Le Maréchal fit venir les prud'hommes et les clercs. Alors le 
défunt fut enseveli comme roi. Pendant la nuit, il fut veillé hono- 
rablement. Le lendemain, les barons qui tenaient terre de lui 
arrivèrent. Au bout du pont^, se tenaient quantité de pauvres, 
qui attendaient qu'on leur fît quelque aumône. Mais il n'y avait 
pas d'argent. Le Maréchal, incontinent, dit à Etienne de Marçai 
[9178] : « Sénéchal, il faut se procurer des deniers. Voici le roi 
« d^Angleterre mort, il serait juste de donner à ces pauvres 
c gens quelque chose de ce qu'il possédait. Il n^a plus besoin 
a de rien autre. » Etienne répondit : « Beau sire cher, je n'ai, 
« en vérité, pas un denier à lui. — Sire, » reprit le Maréchal, « si 
« vous n'avez pas de ses deniers, vous en avez assez des vôtres, que 
a vous avez amassés à son service. Par lui vous avez eu mainte 
« richesse et maint bien. — Maréchal, cela n'est rien; je n'ai 
« souvenir d'avoir aucun argent à lui ou à moi. Croyez-m'en. » 
Il fallut en passer par là, car celui qui répondait ainsi avait 
caché l'argent ^ [9204]. C'est ainsi que celui qui, de son vivant, 

1. Ce personnage nous est inconnu. L'acte pieux pour lequel il est ici 
mentionné est attribué par Giraud de Barri {De princ. insir., III, xxviii) 
à un c puer quidam » : « Corpus autem in area cum exponeretur, adeo 
f rapacitati omnes, ut in illo fieri soient articulo, cortimuniter indulse- 
« nint, ut corpus nudum absque amictu quolibet aliquandiu reliquerc- 
c tur; donec puer quidam accurrens, palllo suo modico ac tcnui, de 
f pilo contexte, quasi soient «estivo terapore juvenes uti, vix genua 
« vêlante, corporis, quoad potuit, nuda contexit » (Bouquet, XIX, 137 d; 
Opéra, VIII, 304). 

2. Voy. ce mot au glossaire du t. II. 

3. Chinon est sur la Vienne. 

4. Cette remarque du poète justifie la mesure que le roi Richard prit 



416 TRANSPORT DU CORPS A FONTEVRAULT. [H89 

possédait tout, se trouva dans le dénuement. Les pauvres, qui 
étaient venus de maints villages des environs, furent déçus 
dans leur attente, car il est d^usage à la mort des rois de faire 
de larges aumônes [92U]. 

Le corps du roi, revêtu des ornements royaux, fut porté, par 
le Maréchal et les barons, de Ghinon à Fontevrault*. Dieu, qui 
peut tout, rend à chacun selon ses mérites. Vous le verrez tout 
à l'heure*. Quand le corps fut arrivé à Fontevrault, les dames 
du monastère vinrent au-devant en grande procession et le 
reçurent comme leur seigneur, qui leur avait fait maint hon- 
neur, et comme doit être reçu un si haut roi. Elles le veillèrent 
la nuit, et plusieurs d'entre elles pleuraient à chaudes larmes, 
priant Dieu d'avoir merci du roi Henri [9244]. 

Entre-tant, on manda au comte de Poitiers que le roi, son 
père, était mort. Je n'ai pas cherché à savoir s'il en fut affligé 
ou s'il s'en réjouit. Les barons, restés fidèles au roi Henri, 
s'assemblèrent et dirent : « Le comte va bientôt venir. Nous 
a sera-t-il favorable ou non, à nous qui avons soutenu son père 
« contre lui? H pourra nous en garder rancune. — Il fera 
« comme il lui plaira, » dirent les plus nombreux. « Certes, ce 
a n'est pas pour lui que Dieu, qui protège les bons, nous fera 
« défaut. Et, d'ailleurs, le monde ne lui appartient pas tout 
a entier. Nous saurons bien sortir de ses domaines. S'il nous 
« faut changer de seigneur. Dieu nous conduira. Mais nous 
a craignons pour le Maréchal, qui lui a tué son cheval sous lui. 

à l'égard d'Etienne de Marçai aussitôt après la mort de Henri. Nous 
savons en effet que l'un de ses premiers soins fut de le faire emprison- 
ner. « Ilaque, sepulto rege, praediclus cornes Pictavensis statira injecit 
« manus in Stephanum de Turonis, senescallum Andegaviœ, et mittens 
« eum in carcerem, gravibus compedibus et manicis ferreis catenatum, 
c exigebat castella {corr. catella?) et thesauros régis patris sui, quos ipse 
« in custodia habuit » (Ben. Peterb., II, 71 ; cf. Rog. de Howden, III, 3). 
M. Beautemps-Beaupré a cherché ailleurs la cause de l'animosité de Richard 
contre Etienne de Marçai; voy. Coût, et instit. de l'Anjou et du Maine, 
2" partie, I, llb-l. Quoi qu'il en soit, il paraît qu'il rentra en grâce auprès 
du roi, car, trois ans après, on le retrouve avec lui en Terre-Sainte. 

t. Le lendemain de sa mort (Ben. Peterb., II, 71). 

2. Le poète veut dire probablement que le Maréchal fut récompensé de 
sa loyauté envers le roi. 



1189] ARRIVEE DU COMTE RICHARD. 117 

a II peut savoir toutefois qu'aussi longtemps que nous aurons 
« des chevaux, des armes, des vêtements, des deniers, il y en 
« aura pour lui, et largement. — Seigneurs, » dit le Maréchal, 
« je lui ai tué son cheval, c^est la vérité, et je ne le regrette pas. 
a Pour vos offres, je vous en remercie, mais il me serait pénible 
a de prendre vos dons, si je n'étais sûr de pouvoir vous les 
« rendre. Depuis que j'ai été fait chevalier. Dieu, par sa merci, 
a m'a fait de si grands biens, que j'ai confiance en lui pour 
a l'avenir. Il en sera à sa volonté » [9290]. 

Tandis qu'ils parlaient ainsi, ils virent venir le comte de 
Poitiers'. Je vous affirme qu'en sa démarche on ne voyait 
paraître rien qui témoignât s'il éprouvait joie ou tristesse, 
chagrin, courroux ou satisfaction. Il s'arrêta devant le corps, 
puis alla du côté de la tête et demeura longuement pensif, sans 
mot dire^. Ensuite, il fit venir le Maréchal et monseigneur Mau- 
rice de Graon^, ces deux-là seulement entre ceux qui avaient 



1. D'après Ben. Peterb. (II, 71), le comte de Poitiers serait venu 
au-devant du corps de son père et l'aurait rencontré avant l'arrivée à 
Fontevrault. Mais G. de Barri (III, xxviii ; Opéra, VIII, 305) est d'ac- 
cord avec le poème. 

2. Ben. Peterb., G. de Barri (/. L), Roger de Howden (Stubbs, II, 
367), Mathieu de Paris (Chron. maj., éd. Luard, II, 344-5) affirment que, 
lorsque Richard approcha du corps de son père, le sang coula des 
narines du roi défunt, « ac si, » dit Ben. Peterb., « indignaretur spiritus 
« ejus de adventu illius. » C'était une croyance répandue que l'eftusion 
du sang après la mort dénonçait la présence du meurtrier (voy. Histoire 
littéraire, XXX, 249; Gorra, Studi di critica letieraria, p. 347). 

3. Craon, Mayenne, arr. de Château-Gontier. Il s'agit ici de Maurice II 
de Craon, qui fut très mêlé à l'histoire de Henri II depuis environ 1158. 
Il se rendit en Terre-Sainte en 1191, et mourut en 1196. Il fut, en son 
temps, tenu en grande réputation, non seulement en raison de son rang, 
mais pour ses qualités d'homme courtois et môme, peut-être, pour ses 
mérites littéraires, car il composait des chansons d'amour, dont une au 
moins nous est parvenue. Il est le héros d'un poème chevalere.sque 
allemand, qui a certainement une source française; voy. G. Paris, dans 
liomania, XXIII, 466 et suiv. Ce personnage a été l'objet de plusieurs 
notices; la dernière, et la plus nourrie de faits, est celle qu'on peut lire 
dans Bertrand de Broussillon et P. de Farcy, La Maison de Craon, 1050- 
1480, élude historique accompagnée du cariulaire de Craon, I (1893), 
71 et suiv. Les pages 08 à 120 contiennent l'analyse ou le texte des actes 
émanant de ce seigneur ou le concernant. Celte notice est faite à peu près 



i 18 ENTRETIEN DE RICHARD ET DU MARÉCHAL. [1189 

soutenu son père. Ils vinrent à lui près du corps. Il leur dit : 
« Montez', allons dehors. » Et ils sortirent ensemble. Une fois 
dehors, ils se groupèrent, et le comte dit : « Maréchal, l'autre 
« jour vous avez voulu me tuer, et vous l'auriez fait si je 
« n'avais, de mon bras, détourné votre lance. — Sire, je n'ai 
« jamais eu l'intention de vous tuer ni n'y ai mis mon effort, 
« car je suis encore assez fort pour diriger ma lance étant armé, 
« à plus forte raison alors que j'étais désarmé', et il m'eût été 
tt aussi facile de frapper votre corps que celui de votre cheval. 
« Si je l'ai tué, je ne crois pas avoir mal fait, et je ne m'en 
« repens point. — Maréchal, » reprit le comte, « je vous le 
a pardonne et ne vous en garde pas rancune [9341]. — Grand 
a merci, beau doux sire; mais je n'ai jamais voulu votre mort. » 
Ainsi répondit le Maréchal, qui onques ne voulut mentir. Puis 
le comte dit : « Je veux que vous et Gilebert Pi part ^ alliez 
tt aussitôt en Angleterre et veilliez à la garde de ma terre et à mes 
« autres affaires ainsi qu'il convient, de sorte que nous ayons 
« lieu d'être satisfaits lorsque nous nous y rendrons. Je m'en 
« vais. Demain je reviendrai et ferai ensevelir le roi mon père 
« avec les honneurs qui sont dus à un si haut homme » [9360]. 
Le chancelier rappela alors au comte que le roi avait donné 
au Maréchal la demoiselle de StriguiH. « Par les jambes Dieu! » 

uniquement avec des actes ; les mentions fournies par les chroniqueurs, 
notamment par Ben. Peterb., I, 192 (année 11T7), 248 (1180), 298(1183), 
n'ont pas été utilisées. 

1. Montez à cheval? 

2. Voy. la note du v. 9332. 

3. Gilebert Plparl fut shérif d'Essex, 1168-70, de Gloucesler, 1170-71, 
deHereford, 1172-74, juge errant, 1176 et 1179, shérif de Chester, 1181-82 
(Calendar of doc. reîat. to Ireland, n" 8, 17, 62, 66; Ben. Peterb., I, 
108; Roger de Howden, II, 88 et 191; cf. Eyton, p. 199, 226, 228). Nous 
le voyons ensuite garde du château d'Ëxmes (arr. Argentan) en 1180 
(Stapleton, Magni rot. scacc. Norm., I, xij, xcvj, cxxxij). Il mourut en 
1191 à Brindisi (Ben. Peterb., II, 150). Sur sa famille et sa descendance, 
voy. Dugdale, Baronage of England^ II, 8. 

4. Voy. ci-dessus, p. 100. — Les donations ou conûrmations qui sont ici 
mentionnées sont partiellement énumérées par Ben. Peterb. (II, 73), selon 
qui elles eurent lieu à Rouen, le 20 juillet 1189 ou le jour suivant, lorsque 
Richard eut été reconnu comme duc de Normandie, en présence de l'ar- 
chevêque Gautier de Coutances et des évéques et barons du duché, et 
non pas, comme ici, avant les obsèques du roi Henri. 



1189] OBSÈQUES DU ROI HENRI II. 119 

dit le comte, « il ne la lui a pas donnée, il la lui a seulement 
a promise, mais je la lui donne gratuitement, elle et la terre. » 
Tous Ten remercièrent. Puis le chancelier déclara que le roi 
avait donné l'héritière de Châteauroux à Baudouin de Béthune, 
celle de J^ancastre, que le Maréchal avait en garde, à Gilebert 
fils Rainfroi^ ; celle qu'avait ce dernier à Renaut fils Herbert 2; 
enfin il avait donné Lillebonne à Renaut de Dammartin^. Le 
comte répondit ; « J'ai donné à André de Ghauvigni Ghâteau- 
« roux et l'héritière^; mais que Baudouin soit sans inquiétude, 
« je lui donnerai telle chose dont il sera satisfait. Pour Renaut 
a de Dammartin et Gilebert fils Rainfroi [940^], je confirme 
a les dons qui leur ont été faits par mon père; de même pour 
« Renaut fils Herbert, à qui je ferai plus de bien encore que 
a mon père ne lui en a fait. » Sur ce, ils se séparèrent. Le len- 
demain, le roi d'Angleterre fut mis en terre avec honneur. Mais 
il se trouva, lorsqu^on l'eut revêtu des insignes royaux, qu'il 
n'eut pas une couronne aussi riche qu'il convenait. On n'avait 

1. Plus exactement « Gilebert fils de Roger fils Rainfroi. » Ben. 
Peterb., II, 73 : « Concessit... Gilleberto (ilio Rogeri filii Rainfrei fiiiam 
Willelmi de Lancastre, dapifero régis patris sui. » Guillaume de Lancastre, 
sénéchal du roi Henri II, mourut en 1184 ; voy. Monasticon anglicanum, 
V, 909. Roger fils Rainfroi était juge errant en 117G (Ben. Peterb., I, 
107). n vivait encore en 1191 (Ben. Peterb., II, 223; cf. Edw. Foss, The 
Judges of England, I, 364-366). Son fils, Gilbert fils Rainfroi (car il est 
ainsi nommé dans les actes comme dans le poème), est témoin à un assez 
grand nombre de chartes du roi Henri depuis 1180. La dernière où il figure 
fut passée à Chinon le 5 juillet 1189, la veille de la mort du roi {Monas- 
ticon anglicanum, Vil, 920 ; cf. Eyton, p. 97). Il y est qualifié de sénéchal 
{dapifer). Il épousa, en eflet, vers l'époque ici indiquée, Helwis, fille de 
Guillaume de Lancastre (Dugdale, Baronage, I, 421-422). Il paraît en 
divers documents du temps de Richard I"; par exemple, dans les Pedes 
finium de la septième année de Richard (1195, Pipe Roll Soc, XVII, n" 70). 

2. Renaut fils Herbert était fils de Herbert fils Herbert ; voy. Dugdale, 
Baronage, 1, 624. 

3. Renaut de Dammartin possédait en effet Lillebonne, qu'il se réserva 
lorsqu'il donna à Philippe Hurepel, fils de Philippe-Auguste, époux de sa 
fille Malhilde, ses terres du pays de Caux (acte de mai 1210, dans Teulet, 
Layettes du Trésor, n" 925-926 ; cf. Delisle, Cat. des actes de Philippe- 
Auguste, n" 1217-1218). 

4. 11 devint par suite homme du roi de France, à qui le roi Jean lui 
enjoignit de prêter hommage (Bouquet, XVIII, 88, note g; Rot. chart.,1, 
%A, lettre du 23 mai 1200; cf. Raynal, Hist. du Berry, II, 101). 



iîO DÉPART DU MARÉCHAL POUR L'ANGLETERRE. [1189 

pas non plus d^anneau à lui passer au doigt*. Mais Hue de 
Samford^, qui était son valet, apporta un précieux anneau, 
disant que le roi le lui avait donné à garder récemment et que 
c'était tout ce qu'il avait de lui [9432]. 

Quand les obsèques furent terminées, chacun rentra chez soi 
ou se rendit à ses affaires. Le Maréchal et Gilebert Piparfr 
allèrent coucher à Mouliherne^, et de là, à grandes journées, 
se dirigèrent vers l'Angleterre. Le comte de Poitiers alla coucher 
à Saumur [9446]. 

Le Maréchal et les siens s'acheminèrent par le Maine, par la 
Normandie, jusque dans le pays de Gaux, pour saisir la terre 
et l'héritière que le roi lui avait données''. Ils couchèrent à 



1. Cf. G. de Barri (XIII, xxxviii; OperOy VIII, 305) : « In crastino 
vero, cum ante altare principale corpus sépultures traditur {corr. trade- 
retur) vix annulus digito, vix sceptrura manui, vix capiti corona, sicut 
decuit, quia de aurifrigio quodam {corr. quedam) veteri inventa fuit, 
vix uUa prorsus insignia regalia, nisi per emendicata demum suffragia, 
eaque minus congruentia, suppeliere. > 

2. 11 est difQcile d'identifler ce Hue de Samford, qui ne figure pas, à ma 
connaissance, dans les actes de Henri II. Peut-être était-il frère d'un Tho- 
mas de Samford, homme du Maréchal au temps du roi Jean, qui parait 
plus loin (vv. 13362, 13400, 14327, 15246), et de Richard de Samford, qui 
était avec les Français, en 1217, à la bataille de Lincoln (v. 16977). Il y 
avait, en effet, au temps du roi Jean trois frères appelés Hue, Thomas et 
Richard de Samford, comme on le voit par une lettre close de Jean : 
« Rex Thome de Samford... Mitlimus ad vos Hugonein de Samford, fra- 
trem vestrum... et mitlatis simul cum illis Ricardum de Samford, fra- 
trem vestrum ad nos... » {Rot. litt. claus., p. 133, 26 mai 1213). Hue de 
Samford est témoin à divers actes de Jean {Rot. chart., p. 188, 201) et à 
un acte de Guillaume le Maréchal en faveur du prieuré de Longueville, 
en 1200, où figure, en la même qualité, Jean d'Erlée. Je dois à 
M. J.-H. Round la connaissance de cet acte, dont l'original est conservé 
aux archives de la Seine-Inférieure. 

3. Arr. de Baugé, cant. de Longue, Maine-et-Loire. 

4. Cette héritière est, comme on l'a vu plus haut (p. 100), Isabelle, 
fille de Richard de Clare, comte de Striguil et de Pembroke. Elle avait, 
en effet, des biens dans le pays de Caux. Le chef-lieu de son fief était 
Longueville (arr. de Dieppe). Sa terre avait appartenu, au xi* siècle, à 
Gautier Giffard 1", qui prit une grande part à la conquête de l'Angleterre 
et fut créé comte de Buckingham avant 1071. Ce Gautier Giffard, qui 
mourut avant 1084, avait une fille appelée Rohais (ou plutôt Roaut, 
u Roaldes, » dans Ord. Vital, éd. Le Prévost, III, 344), qui épousa Richard 



H89] SON MARIAGE. 121 

Equiqueville ^ d'où il envoya retenir son passage à Dieppe. 
Après dîner, ils se hâtèrent d'aller au lieu d'embarquement. 
Ils sautèrent sur le pont [du bateau], à qui mieux mieux, avec 
tant de précipitation que le pont céda sous eux. Plusieurs se 
blessèrent en tombant; il y eut des membres brisés. Messire 
Gilebert Pipart y eut le bras cassé. Le Maréchal réussit à se 
retenir à un des supports du pont. Il se fit cependant à la jambe 
une blessure dont il souffrit longtemps. Il resta suspendu jus- 
qu'à ce qu'on vint le tirer de cette position, et il put continuer 
son voyage, tandis que Gilebert était obligé de rester, fort con- 
trarié de la blessure et de ce contretemps [9502]. 

Le Maréchal s'acquitta bien de la mission que le comte de 
Poitiers lui avait confiée. Il trouva la reine Alienor^ en liberté, à 
Winchester, et plus heureuse que devant^. Puis il se fit livrer 

fils Gilbert, comte de Clara, le bisaïeul de Richard de Clare, comte de 
Striguil et de Perabroke, père d'Isabelle. La descendance directe de Gau- 
tier Giffard I" s'éteignit avec son petit-fils Gautier Giffard III, mort en 
1164. Les biens de ce dernier furent alors partagés entre des collatéraux, 
au nombre desquels dut figurer le père d'Isabelle, Richard de Clare, qui, 
à partir de ce moment, paraît avoir pris le titre de comte de Buckingham 
(J.-E. Doyle, The officiai baronage of England, I, 252 ; III, 2). On ne 
sait pas exactement à quel moment eut lieu ce partage. Dugdalo {Baro- 
nage, I, 60 b) reste dans le vague. Stapleton {Magni rot. scacc. Norman- 
niœ, II, cxxxviii), dit que Gautier Giffard III étant mort sans enfants 
(1164), ses terres furent saisies par le roi Henri, mais que, plus tard, en 
1191, Guillaume le Maréchal paya au roi Richard un droit de deux mille 
marcs pour la moitié de cet héritage, spécialement pour les biens sis 
en Normandie, qu'il recueillit du chef de sa femme, tandis que l'autre 
moitié, consistant en terres situées en Angleterre, allait à Richard de 
Clare, comte de Hertford. On lit, en effet, dans le rôle de la pipe pour la 
deuxième année du règne de Richard : « Willelmus Marescallus rendit 
computum de .MM. marcis pro habenda medietate de terra comilis Gif- 
fardi » {Facsimiles of National manuscripts, part i [1865], fol. 17). On voit 
que, d'après le poème, Isabelle aurait été, antérieurement à son mariage, 
en possession de la partie de l'héritage de Gautier Giffard qui lui était 
réservée. 

1. Saint- Vaast-d'Équiqueville, arr. de Dieppe, cant. d'Envermeu. 

2. L'auteur ajoute « qui out le nom d'a/i et d'or. « Je ne sais comment 
entendre a/i. Est-ce une forme d'aZoi, alliage? L'auteur veut-il dire qu'en 
elle l'or (les bonnes qualités) n'éUiit pas sans alliage? Il n'aurait pas tort. 

3. C'est qu'en effet son mari la tenait en prison; voy. lien. Pelerb., 
II, 74. 11 se leurrait que la mission confiée par Richard au Maréchal ait 



122 COURONNEMENT DU ROI RICHARD. (M89 

la demoiselle de Slriguil, que Raoul de Glanville gardait à 
Londres. Mais ce ne fut pas sans peine qu'il l'obtint. Dès qu'il 
en fut saisi, il dit qu'il irait dans les terres de la demoiselle et 
que là il Tépouserait. Sur quoi son bute, Ricbard fils Reinier*, 
lui dit :• « Par mon chef! sire, vous ne l'épouserez point ailleurs 
« qu'ici. Vos noces auront lieu céans, et tout se passera si bien 
« qu'il n^y aura rien à redire. — Mais, » dit le Maréchal, « je 
a ne m'en suis point pourvu. — J'ai tout ce quMl faut, » dit 
l'hôte; « Dieu merci, nous sommes assez riches pour que vous 
« n'ayez point à y rien mettre du vôtre » [9536]. 

Sans plus tarder, le Maréchal épousa la belle, la bonne, la 
sage dame de haute naissance, de qui sont issus les enfants que 
Dieu a protégés, comme on voit 2. Les noces faites, le Maréchal 
emmena la dame chez sire Angueran d'Abernon à Stokes^, en 
un lieu paisible et agréable [9550]. 

Le comte Richard se rendit en Normandie. A Rouen, il ceignit 
répée ducale*. Il y eut là une riche assemblée do barons et de 
comtes. Le duc passa ensuite en Angleterre, où il fut reçu à 
grand honneur, comme devait Pêtre un si haut homme, car 

simplement consisté à la faire mettre en liberté; voy. Miss Norgate, 
II, 273. 

1. C'est l'un des deux premiers des vicomtes de Londres. Il fut élu à 
l'avènement de Richard ; voy. le Li^er de antiquis legibus, publié par 
Stapleton (Camden Society, 1846), p. 1. Pendant l'absence du roi Richard, 
il prit parti pour Jean contre Guillatime de Longchamp (Giraud de Barri, 
Opéra, IV, 369). 

2. Je ne sais si c'est à l'occasion de ce mariage que fut faite une 
dépense ainsi mentionnée dans le grand rôle de la pipe pour la première 
année du règne de Richard : « Et pro pannis filie comitis Ricardi de Stri- 
guil .ix. lib. et .xij. sol. et .j. den. » (The great Roll of ihe Pipe for 
the first year of the reign of king Richard ihe first, p. 223). — Le Maré- 
chal entra par ce mariage en possession des terres de Richard de Clare, 
le père de sa femme, et notamment des titres de comte de Striguil et de 
Pembroke. Néanmoins, ce n'est qu'à l'avènement du roi Jean, en 1199, 
qu'il fut investi solennellement du comté de Striguil; voy. Roger de 
Howden, IV, 90. 

3. Stokes-d'Abernon, Surrey, au sud-ouest de Londres. 

4. a Die sanctae Margaretœ, feria quinta, luna tertia, tertio decimo 
kalendas Augusti, suscepit gladium ducatus Normannise de altari Sanctœ 
Mariœ Rotomagensis » (Ben. Pelerb., II, 73). 



1189-90] BIENS DU MARÉCHAL EN IRLANDE. 123 

jamais depuis PAngleterre n'eut si bon maître. Il fut fait roi* 
à l'Assomption 2. On le reçut en grande procession à Saint-Paul. 
Les Juifs furent alors livrés à martyre^ [9572]. 

Le roi passa tout l'hiver en Angleterre. Il combla son frère 
Jean de bienfaits, qui ne lui furent pas rendus ; il lui donna 
quatre comtés et d'autres terres encore''. A cette occasion, le 
l^aréchal vint au roi et le pria de lui faire rendre par son frère 
Jean sa terre d'Irlande; et c'était justice, car elle avait été 
conquise par son ancêtre^. Le roi en parla à son frère, mais 
celui-ci ne se montra pas disposé à rendre la terre. Le roi insista, 
disant que c'était sa volonté. Jean consentit, mais il voulut 



1. On remarquera que jusqu'ici l'auteur appelle toujours Richard « le 
comte. » 

2. Date erronée. Le jour de l'Assomption, Richard fut reçu solennelle- 
ment à Winchester (Raoul de Dicet, éd. Slubbs, II, 69). Mais le couron- 
nement n'eut lieu que le 3 septembre. Cette cérémonie s'accomplit à 
Westminster et non pas à Saint-Paul, comme le poète semble l'indiquer. 
Guillaume le Maréchal y joua un rôle important : c'est lui qui portait le 
sceptre royal ; voy. Ben. Peterb., II, 79 et suiv. 

3. Il y eut en effet, à l'occasion du couronnement de Richard, un sou- 
lèvement contre les Juifs dont les historiens du temps font mention, 
notamment Ben. Peterb., II, 83-84 ; cf. Miss Norgate, II, 288-289. 

4. On trouvera l'énumération de ces libéralités, qui précédèrent le cou- 
ronnement, dans Ben. Peterb., II, 73, 78. 

5. En 1177, dans une assemblée tenue à Oxford, le roi Henri avait 
donné à son plus jeune fils Jean, alors âgé de onze ans, le titre de roi 
d'Irlande. Il avait divisé le pays, qui, pour la plus grande partie, était 
encore indépendant, en grands fiefs, qu'il répartit entre ses familiers, leur 
faisant jurer foi et hommage, pour ces terres éventuelles, à Jean et à lui- 
même (Ben. Peterb., I, 161-165; cf. Eylon, p. 214). Mais, lorsqu'en 1185 
Jean se rendit en Irlande à la tête d'une armée, il fut battu par les insu- 
laires et obligé de retourner en Angleterre, après avoir vu la plupart de 
ceux qu'il avait amenés avec lui passer du côté de ses adversaires (ibid., 
I, 339). Le pouvoir de Jean sur l'Irlande était donc à peu près nominal. 
Il n'y avait guère qu'une partie de l'Irlande qui pût, en une certaine 
mesure, être considérée comme conquise, c'était le Leinster, qui avait été 
occupé, à partir de 1170, par Richard de Clare, comte de Slriguil, sur- 
nommé Strongbow, celui même de qui le Maréchal venait d'épouser la 
fille et qu'il considère par suite comme son ancêtre. Sur l'histoire de 
Richard de Clare, voy. le Diclionary of national biogrophy, drl. Clahk 
[Richard de, ou Richard Stiio>gijow], où les sources sont indiquées avec 
exactitude. 



124 RIGHiOU) SE PRÉPARE [1190 

imposer comme condition que les terres qu'il avait concédées à 
ses hommes leur seraient maintenues. « C'est impossible! » 
reprit le roi ; « que lui resterait-il donc? vous avez donné toutes 
« les terres à vos hommes. » Jean insista pour qu'au moins la 
terre qu'il avait donnée au bouteiller Thibaut* lui fût laissée. 
Le roi y consentit, mais à condition que cette terre serait tenue 
en chef2 du Maréchal [9645], 

Les choses étant ainsi réglées, le Maréchal envoya en Irlande 
Renaut de Kedeville, un fourbe qui justifiait son nom, car tou- 
jours il le trompa 3 [9624], Le Maréchal ordonna à Renaut d'al- 
ler en Irlande pour prendre saisine de ses tènements. Renaut 
obéit. Dieu lui soit en aide s'il s'acquitta bien de sa mission ! 
J'ai une meilleure matière à traiter. Il me faut dire comment 
le roi Richard, du temps qu'il était en Angleterre, prépara sa 
flotte pour aller en Terre sainte [9640]. C'étaient de grandes 
nefs, à bords protégés, si bien garnies de bonne gent qu'elles ne 
redoutaient point les galées ennemies. Il y fit mettre en abon- 
dance or et argent, vair et gris, ustensiles, précieux vêtements, 
armes de toute sorte, des provisions telles que bacons, vin, 
froment, farine, biscuit, poivre, cumin, cire, épices, électuaire, 
boissons variées, galantines, sirops. Sire Robert de Sablé ^ et 

1. Thibaut le Bouteiller figure dans un document d'Irlande en 1199 
{Calendar of doc. relat. to Ireland, n" 108). Il mourut probablement 
vers 1225 {ibid., n» 1341). 

2. C'est-à-dire sans autre suzerain ; voy. au glossaire chief. 

3. L'auteur joue sur le surnom de cet individu, comme plus haut 
(p. 121, n. 2) sur le nom de la reine Alienor. Mais ici le jeu de mot est encore 
plus obscur {Veirement fu de Kedeville | Quer ioz diz le servi de gile, 
9623-9624), parce que le surnom même n'est pas sûr. Ce qui s'en rap- 
proche le plus, c'est Chefdeville : il y a plusieurs lieux de ce nom dans 
le Calvados et l'un notamment comm. de Somraervieu, arr. de Bayeux, 
qui, au xiii* siècle, est appelé Kep de ville (Hippeau, Dict topogr. du 
Calvados). On pourrait aussi songer à QuetiéviUe, Calvados, cant. de 
Mézidon, anciennement Ghetivilla, Ketelvilla, Keteuvilla (Hippeau, Dici. 
topogr. du Calvados), et Quetteville, cant. de Honfleur, anciennement 
Catevilla, Ketevilla {ibid.). Il y a un autre Quelteville dans la Manche, 
comm. de Helleville, arr. de Cherbourg, cant. des Pieux, et Quettreville, 
arr. de Coutances, cant. de Montmartin-sur-Mer. Le personnage dont il 
est ici question est d'ailleurs inconnu. 

4. Robert de Sablé, beau-père du sénéchal Guillaume des Roches, avail 
été l'un des partisans du jeune roi Henri contre Henri II en 1173 (Ben. 



ii90] A PASSER EN TERRE SAINTE. 125 

Girart de Ganville^ furent les chefs de cette flotte [9672]. 
Quand la flotte fut préparée, et avant qu'elle mît à la voile, 
le roi Richard donna rendez-vous au roi de France à Vézelay. 
Entre-tant, il institua justice en Angleterre, à tort ou à rai- 
son, Guillaume de Longchamp^, lui associant comme conseil- 
lers le Maréchal, Geoff'roi fils Pierre, Hue Bardou et Guillaume 

Peterb., II, 46, 47). Nous savons d'ailleurs qu'il fut en effet l'un des chefs 
de la flotte qui partit d'Angleterre à la fin de mars 1190 (Ben. Peterb., 
II, 115). Il fut toujours en grande faveur auprès de Richard. Après la 
troisième croisade, il entra dans l'ordre du Temple, dont il fut le grand 
maître de 1191 à 1196 {Art de vér. les dates, I, 519; Estoire de la guerre 
sainte, table, Robert de Sablé). 

1. Canville, Manche (arr. de Coutances), ou Seine-inférieure (arr. d'Yve- 
tot). Le poète a fait ici une confusion de noms. « Girardus de Camvilla » 
et « Ricardus de Camvilla » (le premier était fils du second) sont men- 
tionnés à côté l'un de l'autre parmi les barons qui assistèrent au couron- 
nement de Richard (Ben. Peterb., II, 80). Mais Girard resta en Angleterre 
comme shérif de Lincoln. Il eut même, en cette qualité, des démêlés 
avec Guillaume de Longchamp (Ben. Peterb., II, 207); Richard, au con- 
traire, se rendit en Terre sainte, où il mourut (Ben. Peterb., II, 149), et 
il fut, en effet, l'un des chefs de la flotte (Ben. Peterb., II, 115-116). 
Girard et Richard de Camville ont leurs notices dans le Dictionary of 
national biography, Camville. 

2. En décembre 1189, au moment de se rendre d'Angleterre en France, 
Richard nomma grand juge d'Angleterre Hugues de Puiset, évêque de 
Durbam, lui donnant comme conseillers le chancelier Guillaume de Long- 
champ, Guillaume le Maréchal, Hue Bardou, Geoffroi fils Pierre et 
Guillaume Brieguerre (Rog. de Howden, II, 28). Mais, un peu plus tard, 
en mars 1190, Guill. de Longchamp devint grand juge d'Angleterre, la 
juridiction de l'évêque de Durham étant limitée à la région septentrionale 
de l'Humber jusqu'à l'Ecosse (Ben. Peterb., II, 106; cf., au sujet de la 
rivalité de ces deux personnages, Miss Norgate, II, 291). Ben. Peterb. (II, 
158) semble vouloir dire que Guillaume le Maréchal et Geoffroi fils Pierre 
furent associés au gouvernement en 1191 seulement, lorsque le roi rem- 
plaça G. de Longchamp, comme grand juge, par l'archevêque de Rouen 
Gautier de Coutances ; mais c'est une erreur. La nomination de ces per- 
sonnages fut certainement faite par le roi avant son départ pour la croi- 
sade. La lettre écrite par Richard, le 23 février 1191, pour associer Gau- 
tier de Coutances au gouvernement, est adressée « Willelnio cancellario 
8U0, Gaufrido filio Pétri, Willelmo Marescallo et Hugoni Bardulfi et Wil- 
lelmo Briwere, apparibus » (Rad. de Dicelo, éd. Stubbs, II, 90), preuve 
que des lors Guillaume le Maréchal et les autres faisaient partie du gou- 
vernement, Ben. Peterb. se trompe encore lorsqu'il dit, au même endroit, 
que le roi Richard (en février 1191) envoya de Messine en Angleterre 



126 ASSEMBLÉE DE VÉZELAY. [1190 

Brieguerre\ Les trois derniers s'étaient croisés, mais, par 
ordre du roi, ils restèrent en Angleterre pour être les conseil- 
lers du chancelier, mais celui-ci ne voulut pas de leurs conseils 
[9698]. Le Maréchal n'était point croisé, ayant déjà été en Terre 
sainte pour son seigneur le jeune roi^. Le roi laissa en Nor- 
mandie, comme sénéchal, Guillaume fils RaouP, qui, par sa 
prudence, dépassa ses successeurs. Il n'en fut pas de même du 
chancelier, car, depuis le départ du roi, il ne se conforma en 
rien aux conseils du Maréchal et des autres barons que je vous 
ai nommés [9720]. 

Guillaume le Maréchal avec Gautier de Coutances. 11 est certain, au con- 
traire, que le Maréchal fut laissé en Angleterre. S'il avait été au nombre 
des messagers envoyés par les barons à Messine au roi Richard (voir plus 
loin), le poète n'eût pas manqué de le dire. En outre, la lettre précitée 
prouve que le Maréchal était resté en Angleterre. 

1. (Jeoffroi fils Pierre fait partie de la cour du roi dès janvier 1191, 
avec Hue Bardou, Guillaume le Maréchal, Guillaume Brieguerre et 
plusieurs autres; voy. Pedes finium, dans Pipe RoU Soc, XVII, n" 7, 
10, 11, 12, 16, 21, etc. Déjà, sous Henri II, il avait été témoin à un grand 
nombre d'actes royaux, depuis 1181, et il avait exercé les fonctions de 
juge en 1188 et 1189 (Eyton, p. 291, 298). Il fut créé comte d'Essex en 
1199, fut grand juge d'Angleterre depuis 1198 jusqu'à sa mort, en 1213 
(Mathieu de Paris, Chron. maj., II, 544). Il eut, dans les dernières années 
de sa vie, des démêlés avec le roi Jean ; voy. VHist. des ducs de Nor- 
mandie et des rois d'Angleterre, p. 115 et suiv. Mathieu de Paris fait de 
lui un pompeux éloge {Chron. maj., II, 558-559). Sa vie est contée en détail 
dans le Dictionary of national biography, Fitzpeter (Geofifrey). — Hue 
Bardou avait été sénéchal sous Henri II (Eyton, p. 239). Il fut l'un des 
hommes les plus considérables de la cour de Richard. Il mourut en 1203; 
voy. sa notice dans le Dictionary of national biography, Bardolf (Hugh). 
— Guillaume Brieguerre {Briware, Briwere, Bruere, dans les documents 
latins) avait épousé Yseut, fille de Hue Bardou (Stapletou, Magni rot. 
scacc. Normannix, II, lxxxi). La plus ancienne mention qu'on ait de ce 
personnage paraît se trouver dans un acte de Henri II qu'Eyton (p. 201) 
rapporte dubitativement à l'année 1176. H parait, avec le titre à& justice, 
dans un grand nombre d'accords prononcés par la cour du roi ; voy. la 
table des Pedes finium {Pipe Roll Soc, t. XVII), sous Briwkr. Il a son 
article dans le Dictionary of national biography, Brewer (William). 

2. Toutefois, il n'est pas douteux que le Maréchal accompagna Richard 
en France ou du moins vint l'y rejoindre, car il est témoin à plusieurs 
chartes royales de mars, avril, mai, juin et juillet 1190, toutes passées en 
France (voy. notamment Epist. cantuar., éd. Stubbs, p. 324; Teulet, 
LayeUes, n* 369, etc.). 

3. Il l'éUit depuis 1178; voy. p. 88, n. 4. 



4190] ARRIVÉE DU ROI A MESSINE. 127 

Les rois s'assemblèrent à Vézelay au terme fixé pour régler 
leurs affaires^ Je n'ai pas à vous conter leur voyage. Le roi 
d'Angleterre se rendit à Marseille, où il attendit sa flotte 2. De 
là, il cingla sur Messine, où il passa tout l'hiver. Le roi de 
France y vint après lui^. Il lui tint pauvre compagnie. Mais ce 
n'est pas le lieu d'en parler. Je reviens à ma matière [9742]. 

Le chancelier, qui était en même temps grand juge, eut des 
visées trop hautes. Il faisait des dépenses exagérées et s^en- 
tourait d'étrangers^. Il ne tendait qu'à être le seigneur reconnu 
de l'Angleterre. Finalement, les barons dévoués au roi s'assem- 
blèrent et désapprouvèrent sa conduite. « Vous perdez votre 
a temps, » leur répondit-il, « je ne ferai rien par votre conseil. » 
Le comte Jean en prit offense et cessa toutes relations avec lui 
[9762]. 

Les barons, revenus de Vézelay, où ils avaient accompagné 
le roi, s'aperçurent aussitôt des excès du chancelier, qui agis- 
sait à la fois comme chancelier, comme grand juge, comme 
légat* et comme roi. Il imposait partout ses lois, épuisait le 
trésor royal et grevait les abbayes où il se faisait recevoir comme 
seigneur 6. Les barons envoyèrent à ce propos un mémoire au 
roi, à Messine. Le chancelier, informé par ses espions, manda 

1. Le 4 juillet (Rigord, g 69; cf. Ben. Pelerb., II, 111). 

2. Ce n'est pas exact. La flotte arriva à Marseille le 22 août (Ben. Peterb., 
II, 124) ; mais le roi n'y était plus. Il en était parti le 7 et s'était rendu, 
en côtoyant la côte de Provence et d'Italie, à Palerme, où il arriva le 8 sep- 
tembre. C'est de là qu'il se rendit à Messine, où il débarqua le 23 sep-"* 
tembre (iôid., II, 115, 125). 

3. Richard arriva à Messine le 14 septembre; le roi de France l'y rejoi- 
gnit le 16. 

4. Il méprisait les Anglais. Ce trait de son caractère a été noté par G. de 
Barri, Opéra, IV, 424. 

5. Il éUit, en effet, légat depuis mars 1190. Ben. Peterb. (II, 108) dit 
à ce propos : « Aucloritate igitur legationis suée prœdictus Eliensis epis- 
copus et domini régis cancellarius et lotius Angliœ justitiarius clerum et 
populum opprimebat, confundens fasque ncfasque ; nec erat in regno qui 
ausus est resistere ei nec in vcrbo nec in opère. » 

6. < Auctoritate namque legationis suœ ad episcopos et abbatias et prio- 
ralus et ad alias religiosorum domus hospitaturus veniebat, in tanta super- 
fluitate hominum et equorum et canum et avium quod domus in qua una 
noctc hospitabatur yix infra annos très subséquentes in pristinum sta- 
tum redire posset » (Ben. Peterb., II, 214). 



iî8 LE ROI PRISONNffiR EN ALLEMAGNE. [1192 

de son côté au roi que son frère Jean, avec Taide des barons, 
cherchait à le dépouiller en trahison* [9788]. 

L'an suivant, les deux rois passèrent en Syrie, mais le roi 
de France arriva le premier devant Acre, tandis que le roi d'An- 
gleterre faisait la conquête de Cypre'. Après la prise d'Acre, 
le roi de France tomba malade et fut obligé de revenir en sa 
terre. On pense toutefois que c'était un prétexte et qu'il s'éloigna 
de Richard afin de lui nuire. Le roi d'Angleterre, qui était 
capable de grandes choses, aurait bien conquis la Terre sainte, 
si on l'y eût laissé, et les Sarrazins eussent été domptés. Mais 
la reine Alienor et le chancelier lui mandèrent que son frère 
Jean s'était allié contre lui avec le roi de France et qu'il ris- 
quait de perdre sa terre s'il ne s'en revenait promptement. Il 
conclut une trêve ^ et se mit en route. Mais, pendant le voyage, 
il fut pris*. La nouvelle de sa captivité parvint en Angleterre. 
Ce fut, pour la reine Alienor, une grande douleur, mais non pas 
pour son frère Jean [9822]. 

J'avais oublié de vous dire que, du temps que le roi était en 
Syrie, le chancelier lui manda qu'il perdait sa terre, que le 
comte Jean la voulait avoir, et que tous les barons s'y accordaient^. 

1. C'est en février 1191 que le roi Richard reçut le message des barons 
(Ben. Pelerb., 11, 157-158). Le fait que Guill. de Longchamp, informé de 
cette dénonciation, aurait de son côté écrit au roi, est fort vraisemblable, 
mais aucun autre témoignage ne l'atteste. 

2. Le roi de France arriva devant Acre le 20 avril ; Richard n*y arriva 
que le 8 juin. 

3. Le 2 septembre 1192 (Rog. de Howden, II, 184; R. de Coggeshall, édit. 
Stevenson, p. 52). Il partit d'Acre le 9 octobre. 

4. Par le duc Léopold d'Autriche (20 décembre 1192), qui le livra le 
23 mai suivant à l'empereur d'Allemagne. 

5. Le message dont il est ici question est certainement distinct de celui 
que le roi aurait, selon le poème (ci-dessus, note 1), reçu, étant à Messine, 
de Guillaume de Longchamp. On va voir que, dans le cas présent, les 
nouvelles sont apportées par un abbé, qui n'est pas autrement désigné. 
Il y a probablement lieu d'identilier ce message avec celui dont fut chargé, 
selon VEstoire de la guerre sainte, le prieur de Hereford, un peu après 
Pâques 1192 {Estoire, vv. 8519 et suiv.; Ilinerarium Ricardi, V, xxii). 
C'est par ce prieur, qui n'est probablement pas différent de l'abbé men- 
tionné ci-après dans le poème, que Richard apprit la déposition et la fuite 
du chancelier Guillaume. C^est à la suite de cette communication que 
Richard se décida à revenir en Angleterre. 



1191J DÉPOSITION DU CHANCELIER G. DE LONGCHAMP. 129 

a Gomment! » dit le roi, « sont-ils tous devenus ses hommes? 
« Je crois cependant que, parmi eux, il en est d^honnêtes. 
tt Abbé, vous qui m'apportez ce message, nommez- moi les prin- 
a cipaux de ceux qui se sont alliés à mon frère. — Sire, on cite 
a le Maréchal et plusieurs autres. — Le Maréchal! Par les 
«jambes Dieu! je pensais en vérité que le Maréchal était le 
« plus loyal chevalier de tout mon royaume. Je m'en fie à votre 
« loyauté. — Sire, » répondit l'abbé, « je me rétracte. Je vous 
a ai dit ce qu'on m'a commandé de dire. — Par les jambes 
« Dieu ! je crois bien que le Maréchal n'a jamais été fourbe » 
[9838]. 

Entretant, les hauts hommes d'Angleterre avaient chassé du 
pays le chancelier, par commun conseil, et nommé à sa place 
l'archevêque de Rouen Gautier ^ Celui-ci, élu grand juge, gou- 
verna la terre plus à droit que n'avait fait le chancelier. Il se 
conduisit sagement, par les conseils du Maréchal, des autres 
barons et de la reine. Le comte Jean aurait aussi voulu se faire 
écouter, mais Tarchevèque s'y refusa. Pourquoi ? parce qu'il se 
défiait de lui, voyant bien à quoi il tendait-^ [9882]. 

1. Gautier de Coutaoces. C'est le roi qui l'avait institué grand juge en 
place du chancelier Guillaume de Longchamp ; voy. plus haut, p. 125, 
note. Il est vrai que cette nomination était conditionnelle et ne devait 
avoir son plein effet, c'est-à-dire la destitution de Guillaume de Long- 
champ, qu'au cas où ce dernier aurait agi contrairement aux intérêts du 
roi. C'est le 8 octobre 1191, dans une assemblée tenue à Saint-Paul de 
Londres, que les lettres scellées du roi furent produites par l'archevêque 
de Rouen et par Guillaume le Maréchal. En conséquence, Guillaume de 
Longchamp fut privé de son olïïce de grand juge et remplacé en cette 
qualité par l'archevêque de Rouen (Ben. Peterb., II, 213). Au sujet d'une 
différence de rédaction assez caractéristique que présente cette lettre dans 
les textes qui nous en ont été conservés, voy. une longue note de 
M. Stubbs, dans Rog, de Howden, III, 9G. Le chancelier chercha à fuir 
sous un déguisement (Il octobre), mais il fut arrêté à Bermondsey, près 
Douvres. Peu après, il fut délivré par ordre de Jean et put quitter l'An- 
gleterre (Ben. Peterb., II, 215 et suiv.; Giraldi Cambr. opéra, IV, 411- 
412). Voy., pour tous ces événements, Stubbs, préface du tome III de son 
édition de Roger de Howden, p. lxxviu et suiv. 

2. Déjà, avant l'élection de Gautier, Guill. de Longchamp, avec Tassen- 
tiraenl de la reine et des barons, avait dû empêcher Jean de se rendre 
auprès du roi de France, qui, selon Ben. Peterb. (II, '236), lui avait pro- 
mis sa sœur Alice en mariage ((clIe (jue Riciiard avait refusée) et qui, 

III U 



130 RÉBELLION DU COMTE JEAN. [1198 

1 

Le comte Jeau, sachant son frère prisonnier en Allemagne, ' 
s'efforça d'usurper la terre. On ml bien comment il prit NoU 
tingbara' et forlitia Windsor a. L'archevêque et les barons qui 
tenaient pour le roi décidèrent d'assiéger cette ville. Ils man- 
dèrent au Maréchal de se rendre au siège, et il y vint sans délai, 
accompagné des seigneurs de la marche de Galles^, qui rele- 
vaient de lui et étaient dévoués au roi. Le grand juge et tous 
les barons allèrent, en grande procession, à sa rencontre et le 
reçurent avec joie. La reine Alienor lui lit également bon accueil 
[991 4J. Ils lui dirent qu'ils avaient juré de tenir la ville assiégée 
et l'invitèrent à prêter le même serment. Mais il s'en défendit. 
« Car, si le comte nous savait attachés à ce siège, il chevaucherait 

de plus, s'était engagé à le faire entrer en possessioa du royaume d'An- 
gleterre et des terres continentales qui en dépendaient. 

1. Les circonstances dans lesquelles Jean occupa Nottingham et un 
autre château, non mentionné ici, celui de Tickill (Yorkshire), ne sont 
pas pour nous parfaitement claires, parce que les historiens qui nous ont 
conté les dissensions entre le comte Jean et le chancelier Guili. de Long- 
champ sont en désaccord sur les dates et sur les faits ; voy., à ce propos, 
Stubbs, éd. de Roger de Howden, 111, 134-135, note, et préface, p. lvii, 
Lviii. £n tout cas, l'occupation de Nottingham par Jean eut lieu avant le 
gouvernement de Guill. de Longchamp, et probablement en avril 1191. 
Notons en passant que, selon le traité passé entre le comte Jean et Guillaume 
deLongchamp, en juillet 1191 (Rog. de Howden, II, 136), le comte aurait 
coniié au Maréchal la garde du château de Nottingham. Si cette condi- 
tion a été remplie, il est singulier que le poète ne mentionne point une 
circonstance qui avait de l'intérêt pour l'histoire de son héros. 

2. Le 11 octobre 1191, G. de Longchamp, après sa déposition de l'office 
de grand juge, avait rendu Windsor au comte Jean, selon Ben. Pelerb. 
(Il, 214), à Gautier de Coutances, selon Rog. de Howden {III, 141 ; cf. la 
préface de l'éditeur, p. lxxxii). Plus tard, en janvier 1193, Jean occupa 
Windsor et le château de Wallingfbrd (Rog. de Howden, III, 204), et c'est | 
peu après, en mars de la même année, qu'eut lieu le siège de Windsor 
par les barons (Rog. de Howden, III, 206). A la suite de ce siège, sur 
lequel le poème donne des détails qui ne nous sont pas connus d'ail- 
leurs, Windsor fut confié, avec deux autres places, à la garde de la reine 
Alienor (Rog. de Howden, III, 207) ; voy., pour ces événements, la pré- 
face du tome III de R. de Howden, p. xciii, xciv. 

3. Dans le texte c des marquis de Galles. » C'est depuis qu'il avait 
épousé la fille du comte de Striguil que le Maréchal avait parmi ses vas- 
saux des barons de la marche de Galles, du côté des comtés de Glouces- 
ter et de Moumouth. 



4193] DÉLIVRANCE DU ROI RICHARD. 131 

a par la terre et la ravagerait. Le mieux, à mon avis, est que 
« je reste ici avec mes gens jusqu'à ce que le château soit pris 
a ou rendu. Pendant ce temps, vous irez à la poursuite du 
« comte, et, sMl cause du désordre dans le pays, vous n'aurez 
a pas de peine à rabattre son orgueil, car il n'a pas assez de 
a monde pour se défendre contre vous, et vous serez soutenu 
« par les habitants. Ou, si vous le préférez, mes hommes et 
« moi nous marcherons contre lui, et je le combattrai et le 
« mènerai de telle sorte qu'il quittera le pays. » Son avis pré- 
valut, mais entretant, la garnison se rendit, sous condition 
d'avoir la vie et les membres saufs. Les assiégeants y placèrent 
un connétable, puis se rendirent à Marlborough, dont les défen- 
seurs ne tardèrent pas à se rendre^ [9964]. 

Cependant, la nouvelle se répandit que le roi allait être déli- 
vré moyennant rançon^. Ses ennemis s'en affligèrent et ses 
amis s'en réjouirent. Il en coûta plus de cent mille livres avant 
que le roi fût délivré. Les hauts hommes du pays s'imposèrent 
de grandes charges et s'engagèrent personnellement [9984]. En 
Angleterre, et par tout le reste du royaume, on prit le cin- 
quième des biens-meubles. On prit aussi les calices d'or et d'ar- 
gent'. Ceux-là donnèrent une grande preuve de leur dévoue- 
ment qui envoyèrent leurs enfants comme otages pour tirer le 
roi de prison. Il leur en sut grand gré. Il envoya à son peuple, 
en Normandie et en Angleterre, et particulièrement au Maré- 
chal, des lettres contenant le témoignage de sa reconnaissance. 



1. Marlborough ayait été concédé à Jean par Henri II en 1174 (Ben. 
Peterb., I, 78) et de nouveau par Richard en 1189 (ibid., II, 78). La prise 
de celte ville eut lieu à la suite d'une attaque dirigée par Hubert, arche- 
vêque de Cantorbéry, avant le retour du roi en Angleterre, en février 1194 
(Rog. de Howden, III, 237). Le poète se trompe donc eu plaçant cet évé- 
nement immédiatement après l'occupation de Windsor. 

2. Celte décision fut prise au congrès des princes allemands tenu à 
Worms le 5 juillet 1193. La rançon fut fixée à cent mille livres d'argent 
(R. de Dicet, II, 110). 

3. Voy., pour le détail des contributions ecclésiastiques, R. de Dicet, 
II, 110, et, en général, sur les conditions dans lesquelles les sommes 
nécessaires pour la rançon furent levées, Stubbs, préface de Rog. de 
Howden, IV, lxxxii et suiv.; Delisle, Bibl. de VÉc. des chartes, 2* série, 
V, 289. 



132 MORT DE JEAN LE MARÉCHAL. [1194 

11 manda à l'archevêque de Rouen de faire nommer à Tévêché 
d'Exeter Henri, le frère du bon Maréchal, qui s'était montré si 
loyal envers lui < [40008]. 

On envoya [en Allemagne] les otages et la moitié de la ran- 
çon, et le roi revint dans son royaume, où il était si vivement 
désiré^. Le Maréchal était alors à Striguil. En ce temps même, 
on lui fit savoir que monseigneur Jean, son frère ^, était mort. 
Il en eut telle douleur que peu s'en fallut que le cœur ne lui 
éclatât. Mais, Dieu merci, il reçut en même temps une nouvelle 
qui liii fut bien agréable, c'est que le roi d'Angleterre était 
arrivé en sa terre, libre et en bonne santé. On lui eût donné 
dix mille livres qu'il n'eût pas été aussi réconforté de la dou- 
leur qui l'oppressait. « A l'aide de Dieu ! » s'écria-t-il, « jamais 
a je n'eus douleur aussi grande que de la mort de mon frère, 
« mais la venue de mon seigneur m'apporte la plus efficace des 
a consolations. Je rends grâce à Dieu de l'adversité comme de 
t la prospérité qui me sont échues en si peu de temps. » 11 
envoya ses chevaliers à Marlborough * pour chercher le corps 
de son frère. Ils le portèrent à Girencesler'^, où ils se rencon- 
trèrent avec le Maréchal qui, de douleur, faillit se trouver mal. 
L'épouse du défunt, la fille de sire Adam de Port^, était venue 



1. Voy. ci-dessus, p. 8, note 5. 

2. Le roi Richard débarqua à Sandwich le 20 mars 1194 et fit son entrée 
à Londres le 23 (R. de Dicet, II, 114). 

3. Son frère aîné; voy. ci-dessus, p. 8. Il ne parait pas n'ayoir jamais 
eu qu'un rôle très effacé dans les affaires de son temps. On n'a du moins 
que peu de documents sur lui. Il n'est pas mentionné dans le livre d'Ey- 
ton sur Henri II. Il y a, dans le tome I des Rôles gascons publiés par 
Fr. Michel, un acte le concernant (n» 2256), qu'Eyton n'a pas connu. C'est 
la confirmation par Henri II d'un accord entre l'évéque de Hereford Robert 
Foliot et Jean le Maréchal au sujet de certaines |)ossessions. L'acte est 
daté de Feckenkam (Worcestershire). D'après les noms des témoins (qui 
sont en partie corrompus dans l'édition de Fr. Michel), cet acte pourrait 
être d'octobre 1175, époque où le roi séjourna à Feckenkam. 

4. On a vu plus haut, p. 7, n. 1, que Jean le Maréchal, le père, y avait 
sa résidence. 

5. Comté de Gloucester, tout près du Wiltshire, à 45 kil. environ au 
nord-ouest de Marlborough. Il y avait là une abbaye de chanoines régu- 
liers fondée par Henri l" {Monaslicon anglicanum, nouv. éd., VI, 175). 

6. Port-ea-Bessin, arr. de Bayeux, cant. de Ryes. On trouve dans 



H94] LE MARÉCHAL SE REND AUPRÈS DU ROL 133 

accompagner le corps. Le service fut fait magnifiquement dans 
réglise. Sur ces entrefaites, les messagers du roi vinrent cher- 
cber le Maréchal, qui ne put accompagner son frère à Bradens- 
tokes^ où le corps fut inhumé honorablement là où sont les 
tombeaux de ses ancêtres [-1 0076]. 

Le Maréchal se rendit auprès du roi, menant avec lui trois 
seulement de ses chevaliers, car les autres accompagnèrent le 
corps de son frère. 11 rencontra à Huntingdon son seigneur 
[le roi], qui l'accueillit avec honneur et lui fit plus d^amitiés 
qu'à aucun autre. Après manger, en présence de ses barons, le 
roi le remercia chaleureusement de ce qu'il avait fait pour lui 
garder son royaume. Il ajoute que Baudouin de Béthune avait 
contribué plus que personne à le faire sortir de prison ^ [i Oi 30]. 
« Sire, » dit le Maréchal, « Baudouin est loyal, et je vous pro- 
« mets sur ma tête qu'il vous servira toujours sans mollesse. 
« — Maréchal, » reprit alors Guillaume de l'Étang 3, « vous 



les documents administratifs d'assez nombreux témoignages sur ce per- 
sonnage qui fut marié trois fois, en dernier lieu avec une sœur de Guil- 
laume de Briouze. Ces témoignages ont été réunis par Stapleton, Magni 
rot. Scacc, I, clxi, clxii; cf. Edw. Foss, The Judges of England, II, 
107-9. Il faut ajouter qu'il est plusieurs fois mentionné dans la chronique 
de Jordan Fantosme (éd. Fr. Michel, vv. 1335, 1342, 1355, 1841, 1845). 
On ne savait point qu'il eût une fille mariée ou promise à Jean le Maréchal. 

1. Comté de Wilts, hundred de Kingsbridge, paroisse de Lyneham, 
entre Cirencester et Marlborough. Il y avait un prieuré de chanoines 
réguliers auquel le comte Patrice, allié de la famille du Maréchal, et le 
Maréchal lui-même avaient fait diverses donations. Voy. Monasiicon 
anglicanum, nouv. éd., VI, 339. 

2. Baudouin de Béthune (sur lequel voir ci-dessus, p. 54, note 3) avait 
été fait prisonnier en Allemagne en même temps que Richard, mais, 
rerois en liberté, il avait pu rentrer en Angleterre. Il était retourné en 
Allemagne avec Guillaume Brieguerre, au moment des négociations ])our 
la rançon du roi, avec qui il se rencontra à Worms (Rog. de Howdcn, 
III, 187-215). Il fut au nombre des otages donnés par Richard au duc 
d'Autriche et fut renvoyé en Angleterre pour hâter l'exécution des con- 
ventions passées entre Richard et le duc Léopold, ;\ un moment où ce 
dernier menaçait de mettre les otages ;\ mort si ces conventions ne 
recevaient pas un prompt accomplissemenl (ibid., 111, 275). 

3. Célail un des chevaliers de Richard qu'il accompagna en Terre sainte 
(Ambroise, Est. de la guêtre sainte, vv. G979, 11429). Il est témoin à 
divers actes, par exemple en 1100, à doux acles de la reine Alicnor 



m JEAN SI RETIRE AUPRÈS DU ROI DE FRANCE. [4*94 

« pouvez bien y mettre votre tête, car mainte fois il a engagé 
c la sienne pour votre service, contre ceux qui médisaient de 
« vous. Quand ils venaient vous décrier devant mon seigneur*, 
« il mettait sa tête en gage qu'ils mentaient » [^0^48]. 

Quand le comte Jean sut que son frère était délivré et qu'il 
revenait en sa terre, il n'osa point Tattendrc, mais il mit des 
garnisons dans les châteaux qu'il avait dégarnis, puis se rendit 
auprès du roi de France*. Celui-ci le retint auprès de lui, mais 
il ne put ou ne voulut tenir aucun de ses engagements et lui 
témoigna peu d'intérêt, se refusant à lui porter secours. Il se 
joua de lui de toute façon^. Je reviens à ma matière [-10^72]. 

Le roi partit de Marlborough^ à la tète d'une nombreuse 
armée et chevaucha droit à Nottingham, où les Norrois* avaient 
mis le siège depuis peu. A la nouvelle de l'arrivée du roi, ils se 

(Teulel, Layettes du Trésor, n" 489 et 508). Le roi Jean, en septembre 
1099, lui conflrme divers biens à Verneuil (Eure) et à Mortain (Staplelon, 
Rot. Scacc, II, ccxlviij). C'est probablement le même qui, en 1200, fut 
au nombre des ambassadenrs envoyés par le roi Jean au roi de Portugal 
poof loi demander sa fille en mariage (Raoul de Dicet, II, 170). 

1. Le jeune roi; cf. plus haut, p. 72. 

2. Cf. Guill. Le Breton, Philippide, IV, 428-9. 

3. Le traité d'alliance entre Jean et Philippe-Auguste est de janvier 
1194 (Dclisle, Catal. des actes de Ph.-Aug., n" 411; cf. Rigord, § 94). 
Jean s'empressa de faire répandre en Angleterre le bruit de son alliance 
avec le roi de France (Rog. de Howden, III, 236); toutefois, peu après, 
il fit massacrer en trahison la garnison d'Évreux (Guill. Le Breton, Chron., 
g 72; Phil.y IV, 449 et saiv.). Il se rendit ensuite en Angleterre {Pkil., 
IV, 471). 

4. Nous avons laissé en dernier lieu le roi Richard à Huntingdon 
(v. 10081), qui est beaucoup plus près de Nottingham où il se rendait 
que MarlboroDgh. Il est possible cependant que le roi soit d'abord allé 
à cette dernière Tille, qui, assiégée par l'archevêque de Cantorbéry, s'était 
rendue en février U94, mais cela n'est dit ni dans notre poème ni ail- 
leurs. La leçon Merleberge est d'ailleurs incertaine; p.-ê. faudrait-il 
substituer Hontendane (Huntingdon). 

5. On appelait iVorrols les habitants du nord de l'Angleterre; roy. Hisl. 
des dites de Normandie et des rois d'Angleterre, éd. Fr. Michel, p. 145; 
cf. ci-dessus, p. 60, note 4. Mais, au temps de la guerre des barons, ce nom 
fut appliqué d'une façon générale aux barons révoltés; voy. Liber de anti- 
quis legibus (Camden Society), p. 201. Nottingham était assiégé par David, 
frère du roi d'Ecosse, Ranuif, comte de Chester, et Guillaume, comte de Fer- 
rers(Rog. de Ilowden, III, 237). Le roi arriva devant celte ville le 25 mars 



il 94] SIÈGE ET REDDITION DE NOTTINGHAM. 135 

rendirent au-devant de lui et lui firent grand accueil. Richard 
se logea dans la maison la plus rapprochée du château pour 
inspirer plus de crainte aux assiégés. Aussitôt qu'il eut mangé, 
il fit commencer l'attaque. Vêtu d'un simple jaseran% un cha- 
peau de fer sur la tête, il s'avança jusqu'à la porte du château, 
précédé de gens qui portaient devant lui des targes fortes et 
larges. Il occupa la première enceinte, et, bientôt après, la 
barbacane. Il y eut de nombreux blessés parmi les défenseurs 
du château. A la nuit on se sépara. La garnison mit le feu à la 
porte et à la barbacane^. Quand le roi l'apprit, il s'en réjouit 
[^0234]. 

Le lendemain, nos gens parlementèrent avec les défenseurs 
et leur dirent que c'était folie de tenir contre le roi d'Angle- 
terre. Geux-ei répondirent qu'ils ne pouvaient croire que le roi 
fut revenu. Ils demandèrent à s'en assurer, ce qui leur fut 
accordé. Us envoyèrent donc un chevalier appelé sire Foucher de 
Grendon^ et avec lui Henri Rossel [40255]. Ceux-ci reconnurent 
le roi, et par suite, le château fut rendu ^. Les prisonniers furent 
mieux traités que ce qu'ils espéraient, car ils avaient peur pour 
leurs membres. Mais le roi se montra plein de miséricorde et se 
contenta de les mettre à rançon^ [40288J. 

Le lendemain, après la messe, le chancelier s demanda à 
Gautier de Lacy^ de faire hommage au roi pour sa terre d'ir- 

(ibid., 238). Les détails qui suivent sur la part qu'il prit à l'attaque sont 
nouveaux. 

1. Cotte de maille légère; le mot est dans Liltré. 

2. On ne voit pas pourquoi les assiégés auraient ainsi détruit leurs 
défenses. Selon Roger de Howden (III, 239), ce sont les assiégeants qui 
auraient mis le feu. 

3. Grendon est un nom de lieu assez fréquent (Buckingham, Northamp- 
ton, Warwick, etc.). Roger de Howden dit bien que les connétables du 
château envoyèrent < duos ex sociis ad videndum regem » (III, 240), 
mais il ne les nomme pas. 

4. Le 27 mars. 

5. Mais, d'après R. de Coggeshall (éd. Stevenson, p. 63), la rançon 
fut chère. 

6. Hubert Gautier, archevêque de Cantorbéry, dont la présence h Nol- 
lingham est en effet constatée (Rog. de Howden, III, 239, 240), mais les 
historiens ne font pas mention de la scène qui suit. 

7. Fils de Hugues de Lacy qui, sous Henri H, en 1170, obtint la con- 



136 RICHARD SE REND EN NORMANDIE. [H94 

lande. Gautier obéit. Puis le chancelier demanda au Maréchal de 
faire de même. Mais celui-ci refusa. « Ce serait félonie, » dit-il 
au roi. « J'ai fait hommage à votre frère pour la terre que je 
« tiens de lui^ — Le Maréchal a raison, » dit le roi, et tous les 
barons l'approuvèrent. Le chancelier répondit avec mauvaise 
humeur : « Vous plantez vigne*. — Plantez vigne ou jardin, 
« si vous le voulez, » reprit le Maréchal, « mais je vous dis que 
o si un homme quel qu'il fût voulait avoir l'Irlande, jMrais me 
« ranger du côté de celui à qui j'ai fait hommage. J'ai servi 
« loyalement mon seigneur le roi, ici présent, de la terre que je 
« tiens de lui, de sorte que je suis sans crainte » [-10340]. 

De là le roi se rendit à Winchester, où il voulut se faire cou- 
ronner'. Puis il se prépara à passer en Normandie. Il s'em- 
barqua à Porlsmouth^ et aborda à Barfleur, en Cotentin. Il se 
dirigea sur Caen, par Bayeux, pressé d'arriver à Verneuil* que 
le roi de France tenait assiégé®. Il s'arrêta pour manger et cou- 
cher à Lisieux, chez Jean d'Alençon [i0366]^. Après le repas, il 

cession de toute la terre de Meath, en Irlande, et mourut assassiné en 
1 186 ; voir G. H. Orpen, The song ofDermot, notes sur les vers 2606 et 2728 ; 
Dictionary of nat. Biography, Lacy (Hugh de). Cet Hugues eut deux 
fils, l'un nommé Gautier, l'autre appelé Hugues comme son père. Gautier 
de Lacy figure dans les documents dès le règne de Richard I" pour la 
rançon de qui il paya, en 1194, une somme de cinquante livres, dix shil- 
lings. Il mourut en 1241. Voy. Dugdale, Baronage of England, l, 97, et 
le Dictionary of nat. Biography, Lacy (Walter de). 

1. Voy. ci-dessus, p. 123-4. Toutefois le poème ne dit pas positive- 
ment que le Maréchal eût fait hommage à Jean pour sa terre d'Irlande. 

2. J'ignore le sens exact de cette expression. Voy. au vocab. vigne. 

3. Ce second couronnement (pour le premier, voy. p. 123, n. 2) eut 
lieu le 17 avril (Rog. de Howden, III, 247). En se faisant ainsi couronner 
une seconde fois, Richard faisait revivre un ancien usage formellement 
abandonné depuis 1158. Sur les motifs qui ont pu le déterminer à faire 
procéder à cette solennité, on peut voir Stubbs, note au passage cité de 
Roger de Howden, et Miss Norgate, II, 330-1. 

4. Il y était le 24 avril, date d'une charte où le Maréchal figure comme 
témoin, qui est publiée dans Round, Ancient charters^ n* 62 {Pipe Roll 
Soc., t. X). 

5. Verneuil-sur-Avre, ch.-l. de cant. tout au sud du dép. de l'Eure. 

6. D'après Roger de Howden (III, 251), Richard s'embarqua à Ports- 
mouth le 12 mai et se hâta d'aller à Verneuil, que le roi de France quitta, 
le 28 mai, à la nouvelle de l'approche du roi d'Angleterre. 

7. Jean d'Alençon était archidiacre de Lisieux depuis 1185. II exerça, 



1194] IL SE RÉCONCILIE AVEC SON FRÈRE JEAN. 137 

voulut reposer un peu, mais le souci que lui donnait le siège de 
Verneuil l'en empêcha. Voici qu'entre Jean d^Alençon, l'air 
affligé et préoccupé. « Pourquoi fais-tu cette mine? » lui dit le 
roi. a Tu as vu mon frère Jean; ne mens pas. Il a tort d'avoir 
« peur. Qu'il vienne sans crainte. Il est mon frère. S'il est vrai 
a qu'il a agi follement, je ne le lui reprocherai pas. Mais quant 
« à ceux qui Tout poussé, ils ont déjà eu leur récompense ou 
« ils l'auront plus tard. » Jean fut amené. Il se jeta aux pieds 
de son frère, qui le releva avec bonté en lui disant : a Jean, 
« n'ayez crainte, vous êtes un enfant, vous avez été en mau- 
« vaise garde. Ceux qui vous ont conseillé le paieront. Levez- 
a vous, allez manger. » Et, s'adressant à Jean d'Alençon : 
a Qu'y a-t-il à manger? » demanda-t-il. A ce moment on lui 
apporta un saumon comme présent. Il le fit aussitôt mettre à 
cuire pour son frère ^ [10419]. 

Mais j'avais oublié de vous conter quelle fête on fît de toute 
part au roi lorsqu'il arriva en Normandie. Il ne pouvait avancer 
sans qu'il y eût autour de lui si grande presse de gens mani- 
festant leur joie par des danses et des rondes, qu'on n'aurait pu 
jeter une pomme sans qu'elle fût tombée sur quelqu'un avant 
de toucher la terre. Partout sonnaient les cloches. Vieux et 
jeunes venaient en longues processions, chantant : « Dieu est 
« venu avec sa puissance. Bientôt s'en ira le roi de France » 
[10452]. 

Le roi Richard vint à Chambrais^, où il dîna chez Jean 

pendant une partie de l'année 1190, la fonction de vice-chancelier. Il 
paraît avec ce titre en plusieurs chartes de Richard données en Nonnandie 
de janvier à juillet de cette année. Rocher Malchael (ci-dessus, p. 113, 
n. 3) paraît l'avoir remplacé dans cet oITice. Voy. Stapleton, Magni rot. 
Scacc. Norm., I, clvij, cixix, clxx; Edvv. Foss, The Judges of England, 
I, 337-8; Beautemps-Beaupré, Coutumes et institutions de l'Anjou et du 
Maine, 2* partie, I, 227. 

1. Selon R. de Dicet (II, 114), la rencontre de Richard avec son frère eut 
lieu ( apud Bruis t (Brix, Manche). Chez Rog. de Ilowden (III, 252), la 
réconciliation de Jean avec Richard i»rend place après la lovée du siège 
de Verneuil par Phili|)pe-Auguste, mais les circonstances de cette récoti- 
cilialion ne sont pas indiquées, l'hislorien se bornant à dire «lu'ellc eut 
lieu par l'entremise de la reine Alienor. Le séjour de Richard à Lisicux 
n'est pas mentionné ailleurs ({uc dans le poème. 

2. Maintenant (depuis 17i2) Broglic, ch.-l. de canl. do l'arr. de Bornai. 



438 IL DÉLIVRE VERNEUIL ASSIÉGÉ. [H94 

Le Roux, de là il se rendit, cette môme nuit, à Laigle*. Le len- 
demain il alla à TubœuP, et, au mépris du roi de France, il fit 
entrer dans VerneuiF des chevaliers, des sergents et des arbalé- 
triers, qui le défendirent vaillamment. Jusqu'à ce moment 
Verneuil avait été défendu par sire Guillaume de Mortemer^ 
qui s'y était bravement comporté, étant nuit et jour aux cré- 
neaux, d'où il faisait tirer des carreaux enflammés sur ïœt du 
roi de France. Sire Pierre de la Rivière sortait souvent du châ- 
teau, et, monté sur un cheval de Lombardie, allait à Tubœuf 
auprès du roi et savait rentrer au château sans se laisser 
prendre [^0490]. 

Le roi, qui était fort habile, fit tant qu'il ferma les passages 
par où les vivres arrivaient au roi de France, et par suite 
celui-ci dut lever le siège*. 11 n'était pas encore bien loin que 
le roi Richard entra dans Verneuil lance baissée. Jamais on ne 
vit joie comparable à celle que firent les défenseurs du château 

1. Orne, arr. de Mortagne, à une vingtaine de kilomètres au sud de 
Chambrais. 

2. Canton de Laigie, sur la route qni mène à Verneuil. — Ces mouve- 
ments de Richard ne sont point mentionnés ailleurs. 

3. Verneuil- sur-Avre, arr. d'Évreux. 

4. Mortemer, Seine-Inférieure, arr. et cant. de Neufchâtel. Guillaume 
de Mortemer était gardien (custos) du château de Verneuil (Stapleton, 
Magni rot. Scacc. Norm., II, Ij). En 1202, il était bailli de la Loode 
(cant. d'Ëlbeuf) et de Caux et de plus l'un des connétables du château 
d'Arqués {ibid.y cclx; Rot. litt. pat., I, 22). On Terra plus loin (v. 12052) 
qu'il défendit Arques contre Philippe-Auguste. Il figure en un grand 
nombre d'actes au temps de Richard et de son successeur {ibid.j xxxv, 
xxxvij, Iv, etc.). En 1204, il devint homme du roi de France et figure 
en cette qualité dans un acte de 1205 (Delisle, Cotai, des actes de 
Ph.-Aug.j n" 961 ; Teulet, Layettes du Trésor, n* 785). Son sceau, 
appendu à cet acte, est décrit dans VInventaire des sceaux de Douet 
d'Arcq sous le n* 2987. En 1214, il combattit à Bouvines aux côtés de 
Philippe- Auguste (Guill. Le Breton, Chron.y g 184; éd. de la Soc. de 
l'hist. de France, p. 272). L'année suivante il obtint du roi Jean un sauf- 
conduit pour aller en pèlerinage en Angleterre à Saint-Edmond et au 
tombeau de saint Thomas de Cantorbéry. 

5. D'après les historiens, soit français soit anglais, c'est à la nouvelle 
de l'occupation d'Évreux par le comte Jean (voy. la note 2 de la p. sui- 
vante) que le roi de France aurait levé le siège de Verneuil le 28 mai 
(llog. de llowden, III, 252; Raoul de Dicet, II, tl5). 



1494] RICHARD A BEAUMONT-LE -ROGER ET A ÉVREUX. 139 

et Richard lorsqu'ils se rencontrèrent. Le roi ne cessait de les 
baiser un à un et de leur faire des promesses. Son armée s'ac- 
crut alors à tel point que plus de vingt mille de ses gens durent 
se loger hors la ville. Il divisa l'ost en deux parties et se dirigea 
vers Beaumont-le-Roger ^ [^05^5]. 

Le comte Jean mit le siège devant Évreux, qu'il prit le len- 
demain de son arrivée 2. Quand Richard eut pris Beaumont, qui 
s'était soulevé contre lui, il fit brûler et abattre la tour 3. Puis 
il se rendit à Évreux [40525] et mit garnison dans le château. 
De là il s'en vint à Pont-de-l' Arche, dont il fit promptement 
refaire le pont; sous Elbeuf, en aval, il fortifia la roche d'Ori- 
val^ Ensuite il alla à VaudreuiP [40534], où le roi de France 
vint d'un autre côté. Ils convinrent d'une entrevue, mais les 
Français firent une chose indigne, car, tandis que les rois con- 
féraient, ils continuèrent à miner le château jusqu'à ce qu'ils 
l'eurent abattu. Ce fut une trahison couarde. Quand le roi 
entendit le mur s'écrouler, il jura « parles jambes Dieu » qu'il 
y aurait encore à cette occasion des selles renversées « [4 0546]. 

1. Eure, anr. de Bernai. 

2. Gain. Le Breton rapporte que le comte Jean aurait pris la ville en 
trahison et fait massacrer ses défenseurs [Chron., g 72; Phil., IV, 460 et 
suiv.). Rigord (§ 96) parle de la prise d'Évreux par les Normands et du 
massacre d'une partie de ses défenseurs, mais ne fait aucune mention 
de la trahison reprochée au comte Jean par Guill. Le Breton. 

3. f Interea Ricardns... Bellum Montem, castrum videlicet munilissi- 
mum super fluvium Ridulam situm, recuperavit et quasdam alius muni- 
tione» » (Guill. Le Breton, Chron., g 74; cf. Phil., IV, 526). La prise de 
Beaumont-le-Roger par Richard eut lieu en juin 1194. 

4. Cant. d'EJbeuf, à quelques kilomètres en aval de cette Tille, snr la 
rive gauche de la Seine. 

5. Localité formant actuellement deux paroisses et deux communes : 
Notre-Dame-du-Vaudreuil et Saint-Cyr-du-Vaudreuil, sur la rive gauche 
de l'Eure, dans le canton de Pont-de-l'Arche. 

6. Cf. Rog. de Howden, lil, 301 : « Quadam die ante subversionem 
castclli de Valle Rodoli, praîdieli reges venerunt ad colloquium prope 
castcllum illud, et dum colloquerentur cecidil magna pars murorum cas- 
tclli per suffossores régis Franciœ. Quod rex Angliaî videns, relicto col- 
loquio, iinpetam fecit in exercitum régis Francia}, et rex Franciaî cum suis 
versus c»l in fugam... » Les historiens franc^ais placent cette destruction 
après l'expiration de la trc^vc qui avait été conclue pour un an le 23 juillet 
llî)4, ce qui enlève à l'allain' le caractère qui lai est ici assigné. Ce qui 



440 DÉFAITE DE PHILIPPE-AUGUSTE PRÈS VENDOME. [1194 

Le roi de France parti, Richard se mit à réparer le cliâteau. 
Il reçut de nombreux renforts d'Angleterre, de Gascogne, de 
Poitou, du Maine, d'Anjou et d'ailleurs. Alors commença la 
grande guerre où les Français eurent le dessous. Il fit tant qu'il 
ne tarda pas à recouvrer une grande partie de ses châteaux. Ce 
serait trop long à conter par le menu, mais il est juste qu'on 
entende comment il fit à Portejoie' le pont par lequel ses gens 
passèrent outre-Seine et comment il fortifia Tîle d'Andeli, d'où 
il commandait toute la marche^, et comment les deux armées 
se trouvèrent près l'une de l'autre à Vendôme^ [40582]. Le roi 
de France, ayant appris que le roi d'Angleterre se préparait à le 
jeter hors de sa terre, s'empressa de s'en aller sans avertir ses 
gens. Ceux-ci le voyant partir en firent autant. Nos gens s'ar- 
mèrent et se mirent à leur poursuite. Le roi Richard commanda 
au Maréchal de veiller sur sa propre personne et d'empêcher 
les hommes de courir en désordre*. Puis il chargea lui-même à 



paraît certain c'est que le démantèlement de Yaudreuil par Philippe- 
Auguste eut lieu en juillet 1195 (Rigord, § 102). Un an avant le roi de 
France avait fait lever le siège mis devant Vaudreuil par le comte Jean 
et le comte d'Arundel (Rigord, § 100). Le poème aura confondu les deux 
affaires. 

1. Cant. de Pont-de-l'Arche, rive gauche de la Seine. 

2. Selon les historiens français (Guill. Le Breton, Chron., ? 111 ; Phil., 
V, 70 et suiv.), c'est en temps de trêve et en violant les conventions de 
cette trêve que Richard aurait établi sur la Seine, non pas un seul 
pont, mais plusieurs pour passer de la rive gauche aux Iles et de là sur 
la rive droite et fortifier l'île d'Andeli. Il y a dans les Magni rot. Scacc. 
Norm., II, 310, des comptes relatifs à ces ponts. Voy. les notes de 
M. Delaborde sur Guill. Le Breton, I, 208, note 4. Quant à la construc- 
tion d'un fort dans l'île d'Andeli, elle eut lieu en 1196 (Delaborde, ibid., 
noie 2; cf. Rog. de Howden, IV, 14). 

3. La chronologie de notre auteur laisse à désirer. L'affaire dont il va 
parler est celle de Freteval (arr. de Vendôme, cant. de Morée) où Phi- 
lippe-Auguste fut battu et perdit son trésor et ses archives; voy. pour 
plus de détails Rog. de Howden, III, 255-6. Elle eut lieu au commence- 
ment de juillet 1194, probablement le 3 (Delaborde, note sur le g 100 de 
Rigord), bien avant la fortification de l'île d'Andeli. 

4. L'auteur définit mal la mission du Maréchal qui consistait, comme 
on va le voir, à commander un corps de soutien destiné à servir de 
réserve pour le cas où les Français auraient fait un retour oflfensif contre 
les Anglais qui les poursuivaient. 



H96] RICHARD PREND VIERZON. 141 

la tête de ses escadrons. On aurait peine à conter le riche butin 
dont les Français les gratifièrent, pavillons, étoffes d'écarlate 
et de soie, vaisselle, argent monnayé, chevaux, palefrois, etc. 
Mais je vous assure que le Maréchal ni les siens ne songèrent 
pas au gain, s'occupant uniquement de garder l'ost. A son 
retour de la poursuite, le roi rencontra le Maréchal, et l'engagea 
à revenir sur ses pas. « Car, » dit-il, « je vois bien que ceux qui 
a fuient^ n'ont pas envie de faire volte-face. — Je ne retour- 
« nerai pas encore, » répondit le Maréchal, « car nos gens sont 
« encore en chasse^, et si nous retournions, les Français qui 
« ne vous aiment guère pourraient bien se jeter sur eux. » 11 
attendit donc que tous les coureurs fussent revenus, et, les 
ayant fait mettre devant lui, il chevaucha derrière eux, faisant 
l'arrière-garde [^(0662]. 

Le soir, chacun se vantait de son butin et de ses exploits. 
« Le Maréchal Ta mieux fait que vous tous, » dit le roi. « C'est 
« lui qui nous eût secourus au besoin, et c'est pourquoi j^estime 
a qu'il a fait plus que nous tous. Quand on a une bonne réserve, 
« on ne craint pas ses ennemis » [^0676]. 

Après ces événements, le roi partit de Normandie pour 
aller assiéger Vierzon^, où il fit un butin considérable. On sait 
qui y entra le premier. Le Maréchal y fut avec lui. Le roi 
Richard l'envoya au comte de Flandres^, au comle Renaut de 
Boulogne , fils du comte de Dammartin, qui devinrent ses 
hommes, ayant à se plaindre de Torgueil du roi de France*. 

1. Les Français. 

2. Cherchant à faire des prisonniers ou du butin. On voit que le Maré- 
chal était à la tôte d'une troupe de soutien. 

3. Ch.-l. de cant., arr. de Bourges. Cet événement eut lieu vers la Jin 
de juin 119G; voy. Rigord, § 113; G. Le Breton, Phil., V, 83. — 11 est 
à remarquer que l'auteur ne dit à peu près rien de ce que lit le Maré- 
chal en 1195 et en 1196. Nous savons qu'il était en Angleterre au prin- 
temps de 1196, car il assista, le G avril de cette année, à un accord 
conclu devant la cour du roi siégeant à Westminster {Pedes finium, dans 
Pipe Roll Soc, t. XVII, n' IM). 

4. Cette mission n'est point mentionnée ailleurs. 

5. Cf. Rigord, g 115, et Rog. de Ilowden, IV, 19, 20. Ce dernier dit 
que par ses libéralités le roi Richard avait attiré à lui les plus puissants 
seigneurs de France, ce dont nous avons la preuve par Renaut de Bou- 
logne, qui reçut en effet, en 1197, des dons importants du roi d'Angle- 



ut ENTREVUE DES DEUX ROIS. [{{91 

Celui-ci en fut très affligé * . Il eut une entrevue avec le roi d'An- 
gleterre entre Vernon et Boutavant^ [40703]. Le roi d'Angle- 
terre s'y rendit accompagné des comtes de Boulogne et de 
Flandre. Le roi de France s'en montra fort irrité. « Sire, » 
dit-il à Richard, « où menez-vous ces gens-là? C'est avec vous 
« seul que j'ai pris rendez-vous. — Sire, » répondit le roi d'An- 
gleterre, « vous leur enlevez leur terre aussi bien qu'à moi. Ils 
« sont mes empris^, et sachez bien que vous aurez la guerre 
« tant que vous nous prendrez nos terres. » Le roi de France 
partit plein de colère ^ De leur côté, les deux comtes prirent 
congé du roi Richard et s'en allèrent en leur terre, pour se pré- 
parer à la guerre [40744]. 

terre (Stapleton, Magni rot. Scacc. Norm., Il, xv, cxxxm). Le traité 
d'alliance entre Richard et le comte de Flandres est de juillet 1197; il 
est imprimé dans Rymer, Fœdera, l, 67-8 féd. Holmes, I, 30). Le comte 
de Flandres était venu en Normandie à celte occasion; voy. Stapleton, 
Magni rot. Scacc, II, Ixxiij. 

1. Non sans raison, car l'année précédente, en juin 1196, le comte de 
Flandre et le comte de Boulogne s'étaient engagés à aider Philippe- 
Auguste envers et contre tous (Delisle, Catal. des actes de Ph,»Àug., 
n" 497 et 499). 

2. Boutavanl est un fort que Richard avait élevé dans l'IIe-aux-Bœufs, 
entre les Àndelis et Vernon, selon Le Prévost, Dict. des anc. noms de 
lieux du dép. de l'Eure, p. 67, dont l'opinion a été adoptée par le mar- 
quis de Blosseville dans son Dict. topogr. de l'Eure. Mais, d'après Sta- 
pleton, Magni rot. Scacc. Norm., 1, xliij, ccxxiij, ce château aurait été 
construit sur le territoire de Portmort (cant. des Andelis), par conséquent 
sur la rive droite de la Seine et à peu de distance de i'Ile-aax-Bœufs. Il 
fut détruit en 1202 par Philippe-Auguste (Rigord, § 138). 

3. Cf., sur le sens de ce mot, ci-dessus, p. 113, note 3. 

4. Il est assez difficile de savoir si l'entrevue des deux rois eut lieu 
dans les circonstances ici indiquées. Ni Rigord ni G. Le Breton n'en 
parlent. Quant à Rog. de Howden, il la conte tout autrement. Selon cet 
historien, le comte de Flandres avait mis le siège devant Arras. Philippe- 
Auguste étant venu au secours de cette ville à la tête d'une armée, le 
comte s'était retiré. Le roi lui avait alors demandé de quitter le parti de 
Richard, ce à quoi le comte s'était refusé. A celte occasion aurait eu 
lieu l'entrevue des deux rois, qui est ainsi rapportée : < £t quia cornes 
t Flandriae contra pactum quod cum rege Angiiae fecerat venire ooluit, 
« cepit coUoquium inler regem FranciâB et regem Angliœ, feria quarta 
< post festum Ëxaltationis Sanctœ Crucis (17 septembre), inter Gwaillun 
c [Gaillon] et Andeli » {IV, 21). Rien sur l'entrevue même. 



1197] LE MARÉCHAL AUPRÈS DU COMTE DE FLANDRE. 143 

Le roi d'Angleterre choisit parmi ses meilleurs chevaliers 
ceux qu'il voulait envoyer aux comtes ^ Il désigna en premier 
lieu Guillaume le Maréchal, qui ne se faisait jamais prier quand il 
s'agissait d une entreprise utile, Pierre de Préaux^ vaillant che- 
valier, sire Alain Basset^ et sire Jean le Maréchal^ [^0763]. Les 
comtes les reçurent à grande joie. Le comte de Flandre se mit 
en marche à la tête d'une grande armée, et menant avec lui ses 
flères communes, pour reprendre un château^ que lui avait en- 
levé celui qui savait l'art d'acquérir facilement les châteaux^. Le 
roi de France partit aussitôt avec des troupes nombreuses pour 
aller au secours de la place. Le comte tint conseil avec ses barons. 
Ceux du pays furent d'avis de fiiire des lices avec les chars que 
les gens des communes avaient amenés en grand nombre. On met- 
trait au dedans les gens des communes, et les chevaliers iraient 
au dehors jouter avec le roi de France à la grâce de Dieu ['l 0810]. 

1. Il n'est pas nécessaire de supposer une lacune entre cet alinéa et le 
précédent (voir t. I, note du v. 10744) : Richard envoie aux comtes de 
Flandre et de Boulogne quelques-uns de ses hommes les plus sûrs pour 
les aider à résister au roi de France. 

2. Voy. ci-dessus, p. 59, note 1. 

3. Alain Basset fut un des fidèles du roi Jean. Il figure comme témoin 
dans plusieurs actes importants, notamment dans le traité avec le comte 
de Flandre, ci-dessus mentionné, p. 141, note 5 (voy. Stapleton, Magni 
rot. Scacc.j II, liiiv, note) et parmi les témoins de la réédition de la 
Grande Charte, en 1216 (Stubbs, Select charters, 4" éd., p. 340; Teulet, 
Layettes du Trésor des chartes, W 1194). Il se distingua à la bataille de 
Lincoln (ci-après, v. 16821). Il fut un de ceux qui, en 1220, furent 
envoyés au roi de F'rance pour obtenir une prolongation de trêve {Ifist. 
des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 207). De 1217 à 1229, 
il remplit les fonctions de sheriff du comté de Rulland. Il mourut vers le 
mois d'octobre 1232. Voy. Edw. Foss, The Judges of England, 11, 218-8, 
et le Bictionary of nat. Biography. Il avait deux frères, Gilbert et Tho- 
mas, dont le second est nommé plus loin dans le poème. 

4. Le (ils aîné de Jean le Maréchal, dont la mort a été contée plus haut 
(p. 132), par conséquent le neveu du héros du poème. Il fut créé Maré- 
chal d'Irlande en 1207 (Sweetman, Calendar of doc. rel. to Jreland, 
D* 353). Il mourut en 1234. 

5. Ce château n'étant pas désigné par son nom, et les circonstances (|ui 
suivent ne nous étant pas connues d'ailleurs, nous ne pouvons savoir s'il 
s'agit d'Arras ou de ({uclque autre ville fortifiée. 

6. L'auteur veut peut-être dire par là que Philippe-Auguste avait cou- 
tume d'acheter ceux à qui la garde des châteaux était confiée. 



144 LE ROI DE FRANCE SE RETIRE DEVANT L'OST. [H97 

Le Maréchal fut d'un avis contraire. Il lui parut que ce serait 
faiblesse d'agir ainsi. Par lui, il ne compterait ni sur les com- 
munes ni sur aucune fortification, mais on irait livrer bataille 
en plein champ, sans pensée de retraite. On rangerait les chars 
devant la ville pour empêcher les assiégés de sortir et d'atta- 
quer les communes, et le lendemain on se présenterait en ordre 
de bataille pour attendre l'ennemi en plein champ [40840]. 

Tous les hauts hommes qui se trouvaient là donnèrent leur 
assentiment à Tavis du Maréchal et le louèrent grandement. Ge fut 
un grand honneur pour lui, qui n'était pas de leur terre [40852]. 

Le lendemain, selon ce qui avait été décidé sur l'avis du 
Maréchal, les chevaliers en armes et les communes sortirent', 
prêts à livrer bataille. Le roi de France, apprenant par ses 
espions que l'ost de Flandre lui offrait le combat, en fut très 
ennuyé. Il rassembla son conseil et, suivant l'avis qui lui fut 
donné, il battit en retraite en homme sage. Ge fut pour l'ost de 
Flandre une grande joie. On délibéra en conseil d'envoyer des 
messagers au roi d'Angleterre pour lui annoncer l'état des 
choses. On fit choix de Jean le Maréchal, qu'on accompagna 
jusqu'à la mer 2. Jean voyagea par mer et par terre et finit par 
atteindre le roi Richard, qu'il trouva en la marche de France le 
lendemain du jour où il avait pris Gourcelles^ [40909]. On 
sait que cet événement eut lieu à la Saint-Pierre engoule- 
août\ Jean le Maréchal annonça au roi comment le roi de France 
s'était retiré sans se faire prier. Le lendemain de la Saint-Pierre &, 

1. Du camp retranché, selon toute vraisemblance. 

2. Il n'est plus question de Guillaume le Maréchal depuis le conseil de 
guerre conté plus haut jusqu'à la prise de Milli (v. 11123 et suiv.). Cepen- 
dant il était revenu auprès du roi dès le 15 juin au moins, car il est à 
cette date témoin d'une charte de Richard donnée au château de la 
Roche-d'Andeli (Round, Ancient charters, n» 66, Pipe roll Soc, t. X). — 
Le 22 août, il est témoin d'une autre charte royale donnée à la Roche- 
d'Orival [ibid., n* 68). 

3. Courcelles-lez-Gisors, Oise, cant. de Chaumont. 

4. Cette date (1" août) ne paraît pas exacte; Rigord (g 122) fixe la 
prise de Courcelles à la veille de la Saint-Michel, c'est-à-dire au 28 sep- 
tembre, et Rog. de Howden (IV, 55) au dimanche 27 septembre. 

5. Le combat de Gisors que le poète va conter eut lieu en effet le 
lendemain de la prise de Courcelles, mais, par conséquent (voir la note 
précédente), à la fin de septembre : le 28, selon Rog. de Howden. 



H98] DÉFAITE DES FRANÇAIS PRÈS DE GISORS. 145 

Richard apprit avec joie que le roi de France chevauchait en 
hâte vers Gisors [>I0928]. Il s'empressa de monter à cheval avec 
ses gens; il passa la rivière^ sous Dangu^ et envoya en recon- 
naissance Marcadé^ et sire Hugue de Gorni '*, chevalier sage et 
hardi qui connaissait bien le pays, car il y était né [^0938]. 

Après un examen superficiel, Marcadé revint dire à Richard 
que le roi de France chevauchait vers Gisors à la tête d'une 
armée considérable. Mais Hugues de Gorni dit qu'à son estime 
la troupe ennemie n'était pas nombreuse, et il exhorta le roi à 
l'attaquer. Richard les fit retourner vers le gué avec Jean de 
Préaux, homme preux et vaillant, et galopa vers une hauteur, 
d*où il reconnut l'ost du roi de France. 11 n'en fit pas grand 
cas et appela ses hommes, qui se hâtèrent de venir à lui. 
Sans attendre que tout son monde fût réuni, il commanda la 
charge, et lui-même courut sur eux comme le lion afi'amé sur 
sa proie. Les Français furent déconfits, mis en déroute et beau- 
coup restèrent prisonniers. Sans la grande poussière qu'il fai- 
sait, car c'était en été, et sans le destin, qui ne permet pas ce 
qui ne doit pas être^, le roi de France eût été pris. Il fut pour- 
chassé jusqu'à Gisors, où il trouva un refuge [1^023]. 

Parmi les prisonniers, il y eut beaucoup des chevaliers fran- 
çais les plus renommés. On sait assez ce qui arrive en pareil 
cas : quand arrive la déconfiture, les plus vaillants sont der- 
rière; les autres, prenant soin de leur propre personne, s'en- 



1. L'Epie. 

2. Arr. des Andelis, cant. de Gisors. 

3. C'est la forme adoptée par le poète ; Marcadé rime avecDe (?. 1 1265). 
La vraie forme est Mercadier, en latin Mercaderius. C'était un routier 
célèbre qui fut longtemps au service de Richard et le suivit de près 
dans la tombe. Voy. le mémoire que Géraud lui a consacré, Bibl. de l'Éc. 
des ch., 1" série, III, 417 et suiv. 

4. Comi est une petite commune du canton des Andelis. 

5. L'idée païenne que nul ne peut échapper à sa destinée est courante 
aa moyen âge : Mas so qu'es a venir no pot om pas muder [Chanson 
delà crois, albig., v. 2481), et dans le roman de Jaufré (v. 6761) : Qui pot 
s'aventura fugir? De môme dans Ciperis de Vignevaux, cité par Le Roux 
de Lincy, Livre des prov., II, 25'J : 

Ce qui doit advenir, on ne puet nullement 
Destourner qu'il n'advienne, ce dit on bien souvent, 
m 10 



i46 PHILIPPE RENTRE EN FRANCE. [H98 | 

ftiient le cou tendu. Il arriva que le roi de France tomba dans i 
un gué. Un sien clerc, fils de Guillaume de Mello*, le releva, I 
aidé d'autres, qui vinrent finalement à son secours^ [-14038]. 

1. Guillaume de Mello était frère de Dreu de Mello, sur lequel Toy. 
plus haut, p. 88, note 1. Il est ainsi qualifié dans un acte de 1216 (Delisle, 
Catal. des actes de Ph.-Aug.f n» 1641). Il avait pris part à la croisade 
de 1190 (Rigord, gg 56, 72; Ambroise, Estoire de la guerre sainte, 
vv. 4541, 6185; Rog. de Howden, III, 123). Nous le retrouverons mep- 
tionné plus loin (v. 11269). Nous n'avons pas d'informations sur le clerc, 
fils de Guillaume de Mello, qui repêcha le roi Philippe, mais un GuH-" 
lelmus de Merloto juvenis^ probablement son frère, fut fait prisonnier 
dans ce combat (Rigord, g 122). 

2. Nous avons sur le combat de Gisors des renseignements de sources 
diverses qui se contredisent sur des points importants. Selon les histo- 
riens français, Philippe-Auguste se serait trouvé, à l'improviste, en face 
d'une armée anglaise très supérieure en nombre et aurait dû se frayer, 
les armes à la main, un passage jusqu'à Gisors, en laissant toutefois un 
grand nombre des siens aux mains de l'ennemi (Rigord, g 122; Guill. 
Le Breton, Chron., g 93). Dans la Philippide, (V, 365), Guill. Le Breton 
affirme que le roi de France venait de licencier une partie de son armée. 
Ces historiens ne sont du reste pas d'accord entre eux sur l'évaluation 
des forces dont Philippe-Auguste disposait. Le récit du Ménestrel de 
Reims (éd. de Wailly, gg 109-114) est à peine historique, cependant il con- 
firme, ce que l'on sait d'ailleurs, que les Français furent surpris dans 
leur marche et eurent à peine le temps de se mettre en défense. L'as- 
sertion du Ménestrel, que le roi de France se serait enfui vers Gisors, 
faisant revêtir ses armes à Alain de Rouci, qui fut fait prisonnier, 
n'est pas non plus dénuée de vraisemblance, d'autant plus qu'Alain de 
Rouci fut en efi'et pris par les Anglais (Rigord, g 122). Les historiens 
anglais (Rog. de Howden, Raoul de Coggeshall) sont plus précis. Ils ont 
fait usage d'une lettre circulaire, adressée par Richard en Angleterre, 
qui donnait des détails exacts et notamment la liste des prisonniers; 
voy. la noie suivante. Rog. de Howden conte, de même que le poème, 
mais en précisant le lieu, que Philippe faillit se noyer dans l'Epie (IV, 56) : 
« Cum ascendisset pontem villae de Gysorz, fractus est pons pro multi- 
« tudine intranlium, et ipse rex Francie cecidit in rivera de Ethe, et 
c bibit ex ea, et, nisi celerius extraheretur, submersus in ea fuisset. » 
Quant à la date, on a vu que le poète plaçait le combat de Gisors au 
2 août, mais il est difficile de savoir si, dans sa pensée, ce jour appar- 
tient à Tannée 1197 ou à l'année 1198. Rigord et Rog. de Howden sont 
d'accord pour fixer cet événement à la fin de septembre 1198 (ci-dessus, 
p. 144, notes 4 et 5), et il est difficile de révoquer en doute leur témoi- 
gnage; cependant on verra plus loin (p. 148, note) que celle date sou- 
lève quelques difficultés. 



1198] LA GUERRE CONTINUE. 147 

Une fois tiré de l'eau, le roi de France ne resta pas dans 
Gisors, bien que ce fût un fort château, de peur d'y être assiégé. 
Quand le renard se laisse terrer, il n'est pas sûr de pouvoir 
s'échapper. Aussi le roi Philippe s'erapressa-t-il de rentrer en 
France. Le roi Richard retourna avec sa gent à la Roche-dWn- 
deli, menant avec lui comme prisonniers quatre-vingt-onze des 
chevaliers du roi de France \ sans parler des gens de moindre 
importance. Depuis lors, en toutes les guerres, trente des nôtres 
n'hésitaient pas à courir sur quarante Français, et il n'en avait 
pas été ainsi auparavant ^ ['l \ 068]. C'est que les hommes qui ont 
un bon seigneur gagnent en prouesse et en valeur. Le roi 
Richard élevait les bons et rabaissait les mauvais. Puisse le roi 
Henri^ faire de même, inspirant aux siens vaillance et har- 
diesse, afin de recouvrer un jour ce qui est sien et leur [\ i 084] ! 

La guerre continua après l'affaire de Gisors. Elle dura long- 
temps et dure encore, mais je ne puis en conter toutes les 
aventures une à une, et ce n'est pas de mon sujet. Le roi était 
à Gournai [^-HOe]. Il donna ordre à ses hommes, chevaliers, 
sergents, routiers de se rassembler à Gerberoi^ Puis il che- 
vaucha vers Milli^ -, tandis que Marcadé se dirigeait sur Semilli*' , 

1. Richard, écrivant de Dangu le 30 sept, (sans date d'année) à l'évéque 
de Durham, fixe à cent le nombre des prisonniers. 11 joint à sa lettre les 
noms des principaux d'entre eux : « Quorum nomina majorum vobis mit- 
tiroas, et aliorum vobis mittemus cum eos viderimus, quia Marcha- 
deus habuit usque ad .xxx. quos non vidimus. » C'est cette première 
liste, peut-être la seule qui ait élé dressée, que Rog. de Howden a intro- 
duite dans son récit (IV, 56). Elle contient quarante-trois noms, entre 
lesquels figurent quelques-uns des chevaliers mentionnés en d'autres 
occasions par notre poème, à savoir : Petrus Lieschans (le Pierre de 
Leschans sur lequel voy. ci-dessus, p. 47, noie 1), Theobaldus de Walan- 
gugardun (ci-dessus, p. 53, note 4), WUlelmus de Merlou (voyez la note 
précédente). Guill. Le Breton évalue le nombre des chevaliers faits pri- 
sonniers à 90 (Chron., g 93), ou 92 {Phil., V, 428), Vllist. des ducs de 
Normandie et des rois d'A ngleterre (p. 89) à 96 ou 95 (selon les manus- 
crits). La concordance entre ces chiffres est remarquable. 

2. En plus d'un endroit, l'auteur a constaté la supériorité qu'on recon- 
naissait aux Français; voy. ci-dessus, pp. 37 et 52. 

3. Henri III. L'auteur a déjà exprimé le même souhait (ci-dessus, p. 38). 

4. Arr. de Beauvais, cant. de Songeons. 

5. Arr. de Beauvais, cant. de Marseillc-le-Petit. 

6. Semilli paraît être un nom corrompu (car il ne peut s'agir de Saint- 



148 LE ROI RICHARD [1198 

Richard attaqua Milli àl'improviste. Les assiégés se défendirent 
de leur mieux, repoussant les assaillants avec des pieux, des 
carreaux, des fourches, des fléaux. Ils renversèrent dans le fossé 
une échelle chargée de chevaliers et de sergents, qui presque 
tous furent blessés ou estropiés. Un chevalier de Galles, sire 
Gautier de Kidomore^ [-1^52], y eut la cuisse brisée. Les 

Pierre de Semilli, Manche). Il ne manque pas, dans celle région, de 
noms en i qui pourraient prendre place ici (par exemple Savigni, Savi- 
gnies, cant. de Beau?ais). Mais ce passage soulève d'autres difficultés. 
Ici l'auteur dislingue deux expéditions; l'une, dirigée parle roi Richard, 
aboutit à la prise de Milli, l'autre, conduite par le routier Marcadé, au 
cours de laquelle, comme on le verra plus loin (p. 150), l'évoque de Beau- 
vais et Guill. de Mello sont faits prisonniers. Chez Rog. de Howden (IV, 
16), ces deux expéditions sont conduites par le comte Jean et par Mar- 
cadé (le roi Richard n'y ligure pas), et elles sont placées à l'année 1196, 
au 14 des calendes de juin, feria secunda. Mais, comme on l'a déjà remar- 
qué (Brial, Histor. de France, XVII, 579; Géraud, BibL de l École des 
chartes, III, 428, n. 3), c'est en 1197 que le 14 des calendes de juin (19 mai) 
tomba un lundi; en 1196, celait un dimanche. Il est donc certain que 
Rog. de Howden a mal placé le paragraphe relatif à celte affaire. D'ail- 
leurs, la prise de l'évoque de Beauvais et de G. de Mello est correctement 
placée au 14 des calendes de juin 1197 par R. de Dicet (II, 152). Rigord 
(§ 123), sans donner de date précise, place cet événement en 1198, erreur 
relevée par M. Delaborde, p. 143. Le môme historien, dans son récit qui 
est très sommaire, s'écarte à la fois de Rog. de Howden et de notre 
poème, mais plus du premier que du second. Selon lui, il n'y aurait eu 
qu'une seule expédition, conduite par Richard accompagné de Marcadé et 
de ses routiers; il ne fait point mention du comte Jean. Une dernière 
question que soulève ce passage est de savoir si l'expédition, unique ou 
double, qui aboulit à la prise de Milli et à la capture de Tévéque de 
Beauvais, eut lieu avant ou après l'affaire de Courcelles et de Gisors. 
Selon notre poème, d'accord sur ce point avec Rigord, elle est posté- 
rieure ; selon Rog. de Howden et R. de Dicet, elle est antérieure. Si l'on 
admet la première hypothèse et si l'on tient pour assuré que l'évéque de 
Beauvais fut fait prisonnier le 19 mai 1197, il faut de toute nécessité 
reporter à une date antérieure la prise de Courcelles et le combat de 
Gisors que Rigord et Rog. de Howden placent à la fin de septembre 
1198. De plus, quel que soit l'ordre dans lequel se sont produits ces deux 
faits de guerre, il semble difficile de placer à la fin de septembre 1198 
l'affaire de Courcelles et de Gisors, s'il est vrai, comme l'assure le poète 
d'accord avec Roger de Wendover (voir plus loin, p. 152, note), que, dès 
le mois d'août de la môme année, le roi de France négociait afin d'obte- 
nir une trêve par l'entremise de la cour de Rome. 
1. Probablement le même qu'un chevalier gallois appelé Gautier d^Es- 



1198] ATTAQUE ET PREND MILLI. 149 

assaillants commencèrent à se retirer. Mais un chevalier fla- 
mand, sire Gui de la Bruyère, était resté sur une échelle. Les 
défenseurs de la ville le tenaient par le cou avec une fourche, 
de sorte quMl ne pouvait s'aider d'aucune de ses mains. Le Maré- 
chal se tenait, tout armé, sur la douve du fossé. Il fut saisi 
de pitié en voyant la pénible situation de ce chevalier, et, sau- 
tant dans le fossé, il grimpa du côté opposé, l'épée à la main. 
Arrivé à l'échelle, il se mit à frapper à droite et à gauche de tels 
coups sur ceux qui tenaient le chevalier et voulaient le tuer 
qu'ils s'enfuirent et lui abandonnèrent le créneau. Le roi, ayant 
vu le Maréchal monter à Tassant, voulut l'imiter, mais les hauts 
hommes qui étaient présents Ten empêchèrent. Le Maréchal 
une fois entré, nos gens reprirent ardeur et crièrent ensemble : 
a Le château est pris : courons aider le Maréchal! » et ils cou- 
rurent assaillir les créneaux. Ce jeu ne plut pas à sire Guillaume 
de Monceaux ['l 1 206], le connétable du château, qui courut droit 
au Maréchal. Mais celui-ci, qui s'était délivré de ses autres 
adversaires, lui donna un tel coup qu'il lui fendit le heaume 
et la coiffe et lui entama la chair. Guillaume de Monceaux tomba 
tout étourdi et incapable de se mouvoir. Le Maréchal, qui 
était lassé et avait fait plus que sa part, s'assit sur lui pour le 
garder. Les autres entrèrent à sa suite et le roi avec eux. Les 
assiégeants firent un butin considérable et les assiégés perdirent 
tout. Le roi eut pour sa part, comme il le devait, le château et 
l'approvisionnement. Le Maréchal vint à lui, tenant par la 
main le chevalier quMl avait pris. « Voici, » lui dit-il, « un 
a prisonnier que je vous amenée — Sire Maréchal, » dit le 
roi, a il ne convient pas à un homme de votre importance 
« de se risquer en de telles entreprises. Laissez cela aux jeunes 
« bacheliers qui ont à faire leur carrière. Quant au chevalier 
« que vous avez pris, fût-il d'une valeur cent fois plus grande, 
« je vous le donne; vous l'avez bien mérité. Je vous en fais 
« gardien et maître. » Le Maréchal l'en remercia ^ [44204]. 

cudemore, dont le passage par Barlleur est signalé en 1180 (Stapleton, 
JUagni rot. Scacc. Nomi., I, clxxv). 

1. On a vu plus haut (p. 107) le Maréchal présenter de même à Henri II 
un prisonnier qu'il venait de faire. 

2. Tous ces détails sur la prise de Milli sont nouveaux. 



iSO L'ÉVÉQUE DE BEAUVAIS FAIT PRISONNIER. [1198 

Sur ces entrefaites arriva Marcadé, qui avait eu la chance 
de prendre ce jour-là Tévêque de Beauvais et avec lui sire 
Guillaume de Mello^ 11 y avait nombre d'autres prisonniers 
que les routiers menaient liés ensemble, la hartau cou, comme 
des lévriers en laisse. 11 y en avait tant dans la ville qu'on ne 
savait où poser le pied. Marcadé présenta au roi son évêque, 
qui lui avait fait une guerre acharnée et souvent lui avait 
ravagé sa terre. Le roi en eut grande joie, car sachez que c'était 
un des hommes qu'il haïssait le plus. 11 le lui fit bien voir, car 
il le mit en dure prison 2. L'ost était dans la joie, tant pour les 
prisonniers que pour la prise du château. Certains dirent que 
c'était une faute de ne pas prendre Beauvais, maintenant sans 
défense^. Le roi calma leur impatience et revint à Gournai, où 
il fît le partage de ce butin [11305]. 

La guerre dura tant que le roi fut en vie'*. Les Français lui 
voulaient du mal, mais ils ne réussirent pas à prendre le des- 
sus, malgré leurs efforts répétés. La guerre dura si longtemps, 
avec des chances diverses, que le roi de France se fatigua, car 
tout ce qu'il dépensait était en pure perte. Le roi Richard le 
tenait si court qu'il ne savait comment se retourner : toujours 
il le trouvait devant lui. Les Français finirent par en avoir 

1. Le père ou le fils? L'un et Tautre, selon Rog. de Howden (IV, 16) : 
c Willelmus de Merlou et filius ejus. » On a vu plus haut (p. 146, n. 1) 
que, selou Rigord (§ 122), le liis, t Guillelmus de Merloto juvenis, > aurait 
été pris antérieurement à Courcelles. Mais la question est précisément 
de savoir si l'affaire de Courcelles est antérieure ou postérieure à la cap- 
ture de l'évêque de Beauvais et de Guillaume de Mello; voy. ci-dessus, 
p. 148, note. 

2. il parait en effet que Richard traita l'évêque avec beaucoup de 
dureté. Des réclamations furent adressées par de hauts dignitaires ecclé- 
siastiques (voy. les lettres publiées par M. Wattenbach, Neues Archiv, 
VI, 173 et suiv.), et la cour de Rome intervint sans succès. On trouvera 
plus loin (p. 154) un dernier écho de ces réclamations dans la tentative 
faite en faveur de l'évêque par le cardinal Pierre de Capoue lors de son 
entrevue avec Richard. 

3. Parce que l'évoque était prisonnier de Richard. 

4. Les vers 11311-11726 ont été publiés par avance dans le Bulletin 
lie la Société de l'histoire de France, année 1882, p. 252 et suiv. A cette 
occasion, j'ai fait ressortir l'importance de ce morceau qui, sans parler 
de son mérite littéraire, révèle plusieurs faits inconnus d'ailleurs. 



1198] LE ROI DE FRANCE CHERCHE A NÉGOCIER. 151 

assez, et beaucoup se rendirent au roi Richard, dont le roi de 
France eut grand ennuie Finalement, il manda secrètement 
ses barons pour prendre conseil. On lui dit : « Si vous ne trai- 
« tez par l'intermédiaire de la cour de Rome, vous ne vous en 
a tirerez pas » [^-1354]. 

Le roi de France était fin et plus rusé qu'un renard. Il com- 
prit bien qu'il n'y avait rien autre à faire. Il appela un de ses 
clercs et lui bailla les reliques sans lesquelles à Rome on ne 
réussit point, car toujours il convient d'oindre les paumes à la 
cour de Rome. Il n'est pas besoin d'y chanter d'autres psaumes. 
Les reliques de saint Rufin et de saint Albin, qui sont des bons 
martyrs de Rome, y ont grande puissance 2. Autrement, tout 

1. Richard avait acheté le concours de plusieurs des principaux vas- 
saux de Philippe-Auguste, notamment du comte de Flandre (R. de Dicet, 
IV, 152, 153, 158; cf. Rymer, I, 67-8). 

2. Il y a ici un jeu de mots qui a eu le plus grand succès au moyen 
âge. Saint Rufin et saint Albin personnifient l'or rouge et l'argent blanc. 
On disait plaisamment dès le xii« siècle : 

Presulis Albini seu martyris ossa Rufini 
Rome quisquis habet vertere cuncta valet. 
Ce distique est cité au commencement du xiii° siècle dans les sermons 
sur les épîtres du dimanche de l'Anglais Eude de Cherilon (ms. de Tou- 
louse, n» 252, fol. 169 b), où le copiste a eu soin d'ajouter, à côté à' Al- 
bini, € scil. slerlingi », et à côté de Rufini, « scil. aurei », On le trouve 
encore dans la chronique du frère Mineur italien Salimbene {Giornale 
storico délia lelieratura italiana, I, 416); chez Albert de Beham, archi- 
diacre de Passau (éd Hœfler, p. 72) ; dans un manuscrit du xii" siècle 
conservé à Munich {Anzeiger f. Kunde d. deutsdien Vorzeit, année 1873, 
col. 101); dans un manuscrit du xiii° siècle conservé à Saint-Omer [Notices 
et extraits des mss., XXXI, Impartie, 122). G. Bucheler les a recueillis dans 
sa rvwjioXoyCa (Coloniœ, 1639, p. 216). La même facétie a été au moyen âge 
l'objet d'allusions sans nombre. Ainsi dans les Carmina burana (p. 15) : 
Doctores apostolici 
Et judices catholici 
Quidam colunt Albinum 
Et diligunt Rufinum. 
Garnier de Pont-Sainte-Maxence, dans sa vie de Thomas de Cantorbéry 
(éd. Ilippeau, p. 81), emploie dans le même sens les noms de Sorel et de 
Blanchart : 

Li reis {Henri II) ert riches hocm, sages e de grant arl, 
Sont bien que r^rdonal sunt pernant e Lumbârt, 



16t INTERVENTION DE LA COUR DE ROME. [1198 

ce que peuvent dire lois ni légistes ne vaut une pomme. Telle 
est leur coutume, et quiconque n'est pas muni de ce genre de 
reliques a de la peine à passer leur porte [^-1372]. 

Ils* décidèrent en consistoire de faire quelque chose pour le 
roi de France : ils lui enverraient un cardinal qui lui ferait sa 
besogne bien et sans délai. Celui qui vint eut nom maître 
Pierre* [-1^379]; c'était un homme rusé et trompeur et artifi- 
cieux en son langage. Il avait été à une école où on lui avait 
appris la manière de tourner les choses sens devant derrière. 
A son arrivée en France, le cardinal fut reçu avec grandes 
démonstrations de joie par le roi et par tous ses barons, car on 
voyait que c'était un homme rusé et habile. Le roi lui fit con- 
naître l'état de ses affaires et se mit entièrement entre ses 
mains. Le cardinal l'engagea à conclure la paix ou à prendre 
une longue trêve. Le roi s'en tint à son avis, voyant bien qu'il 
le fallait [44406]. 

Il envoya donc au roi d'Angleterre des messagers courtois et 



Coveitus simt d'aveir plus que vilein d'essart. 
Li reis ad dons privez, Sorel e dant Blanchart : 
Tost funt del boen malveis e del hardi cuart. 
On faisait des plaisanteries du môme genre sur saint Marc. 

1. Les cardinaux présidés par le pape. 

2. Pierre de Capoue. — Rigord (g 125) et Guillaume Le Breton (CAron., 
§ 95} sont complètement muets sur les démarches faites par le roi Phi- 
lippe-Auguste auprès de la cour de Rome et laissent croire que l'interven- 
tion du pape aurait été spontanée. Roger de Wendover, au contraire, 
nous dit, comme le poète, que Philippe envoya secrètement des messa- 
gers au pape pour lui demander son intercession, aûn de pouvoir, une 
fois libre du côté de Richard, aller délivrer la terre sainte. Il fait aussi 
allusion aux présents du roi, lorsqu'il dit : « Innocentius... plus pretio 
« quam precibus inductus, misil Petrum de Capua cardinalem ut pacem 
( inter reges memoratos reformaret. » J'ai rapporté en entier, dans le 
Bull, de la Soc. de Vhist. de France (1882, pp. 247-8), le récit détaillé 
de Roger de Wendover concernant ces négociations. — La bulle qui 
annonce l'arrivée du cardinal est imprimée parmi les lettres d'Inno- 
cent m, éd. Migne, I, 310, lib. I, episl. 336 (Polthast, Regesta, n° 347), et 
dans Rog. de Howden, IV, 73). Elle est du 15 août 1198. Cf. les lettres 
345 et 351 du môme livre d'Innocent III (n" 348 et 351 de Potthast). 
D'après Rigord (g 125), Pierre de Capoue serait arrivé en France aux 
environs de Noël 1198. 



1198] LE CARDINAL PIERRE DE CAPOUE. 153 

habiles pour lui demander une entrevue entre le Goulet* et 
Vernon [>H418]. Le roi Richard y consentit. Il se rendit au 
Goulet, accompagné de ses barons, n'ayant aucune autre pré- 
tention que de ravoir sa terre [-('1424]. 

Le roi Philippe, le rusé, qui savait bien faire l'orgueilleux, 
ne daigna pas venir à Tentrevue. Il s^en dispensa pour faire 
l'important. Le roi Richard attendit longtemps et vit bien que 
Philippe, par outrecuidance, ne viendrait pas. Mais le légat, 
qui était plein d'artifice et de détours, y vint pour lui. Il était 
plus jaune que pied d'escoufle. Il fit le saint homme, le bon 
apôtre, lorsqu'il fut en présence du roi Richard. Il le salua au 
nom de Dieu et de la cour de Rome, qui avait pour lui l'amour 
et l'estime dus à un fils de sainte Église, et le roi Richard à son 
tour le salua respectueusement comme cardinal et père spiri- 
tuel. « Sire, » dit le cardinal, « je viens de la part du roi de 
« France, qui est, ce me semble^ plein de bon vouloir et dési- 
« rerait vivement faire la paix, si c'est aussi votre désir. — 
a Gomment faire une paix durable? Je réclame ce qui m'a été 
a pris; et quand le roi m'aura ressaisi de ma terre, je l'en ser- 
€ virai loyalement et le tiendrai quitte des dommages qu'il 
a m'a causés et du serment quMl n'a pas tenu de ne faire aucun 
« mal en ma terre ni à mes hommes, lorsqu'il serait revenu en 
« France^, jusqu'au quarantième jour après mon retour. Je le 
« tiendrai quitte de tout cela et ne lui en parlerai jamais s'il a 
a vraiment le désir de faire paix. Mais autrement, beau sire, 
« il n'y a pas de paix possible entre nous [^11486]. — Sire, » 
répondit maître Pierre, « je n'oserais pas vous promettre cela, 
a Personne ne pourrait le décider à rendre tout ce qu'il a pris. 
« Son conseil n'en est pas d'avis et ne l'y engagera jamais. 



1. Le Goulet, comm. de Saint-Pierre d'Autils, cant. de Vernon. Selon 
Rog. de Howden (IV, 79-80), il y aurait eu, le jour de la Saint-Hilaire 
(13 janvier 1199), entre Andeli et Vernon, une entrevue des deux rois, 
Philippe sur la rive, à cheval, et Richard parlant du bateau sur lequel il 
était venu. Dans cette entrevue, les deux rois auraient simplement pris 
jour pour l'entretien dans lequel la trêve fut prise par l'entremise du 
légat. Mais on va voir que, d'après le poète, le légat ne réussit point 
à lai tout seul à obtenir cette trêve. 

2. Après la croisade. 



\b\ ENTREVUE DE RICHARD ET DU CARDINAL. [1198 

a — Alors, Dieu vous garde! Il ne tiendra pas ma terre en 
« paix tant que je pourrai monter à cheval; vous pouvez bien 
a l'en assurer. — Ha! sire, » dit le cardinal, « c'est grand 
tt péché qu'il y ait si grande guerre entre vous deux. Ce sera la 
« perte de la sainte terre de Jérusalem. Pour Dieu ! soyez 
a modéré, afin qu'elle soit reconquise, car, si on n'agit pas, 
a elle sera en mauvais point. Elle ne tardera pas à être prise 
a et dévastée, et la chrétienté sera perdue ! » Le roi s'inclina 
et dit : « Si on avait laissé ma terre en paix, s'il ne m'avait 
u pas fallu revenir, toute la terre des Syriens serait délivrée des 
« païens ^ Mais le roi de France a si mal agi envers moi ! C'est 
« par son conseil que j'ai été retenu en prison 2. Il a cherché 
a et cherche encore à me dépouiller de mes biens héréditaires, 
a Mais, s'il plait à Dieu, il n'y réussira pas » [44524]. 

Le cardinal aborda un autre sujet : « Sire, écoutez-moi. Ce 
a serait un grand bienfait si une longue trêve pouvait être prise 
tt entre vous deux, dans de telles conditions que personne ne 
a fût en perte. — Si on pouvait faire la trêve de façon que je n'y 
tt perde rien, j'en serais très désireux, et je la concéderais à tout 
« jamais. Dites en quelle forme. — Sire, » reprit le cardinal, 
« on ne peut pas avoir tout ce qu'on voudrait. Que chacun 
a garde ce qu'il a et que la trêve soit jurée dans ces conditions, 
tt — Jamais! » dit le roi, « qu'est-ce que vous dites? Vous 
a revenez sur ce que vous m'avez dit. Il est laid pour un pru- 
« d'homme de se dédire, de mentir, de tricher. Est-ce que vous 
a voulez me mettre dedans^? Il a mes châteaux et ma terre, et 
« vous venez ici me demander de les lui abandonner quitte- 
« ment! Ce n'est pas de mon vivant qu'une pareille trêve sera 
a mise en écrit! — Grâce! pour Dieu, grâce! beau sire, » reprit 
le cardinal; « il devrait bien vous souvenir de la terre d'outre- 
« mer aujourd'hui sans défense. — Je l'aurais bien défendue, 
a quand celui qui maintenant fait ce qu'il peut pour me nuire 
tt m'a forcé d'en revenir. Mais, pour que vous ne me croyiez 

1. C'est ce que le poète a déjà dit plus haut, vv. 9803 et suiv. 

2. Cette accusation repose sur des conjectures assez probables, mais 
non sur des faits avérés. 

3. « Vendre la briche; » expression empruntée à un jeu qui n'existe 
plus et par conséquent intraduisible. Voy. briche au vocabulaire. 



1198] RUPTURE DE LA CONFERENCE. 155 

« pas trop exigeant, j'accorderai la trêve pour cinq ans, à la 
« condition qu'il aura mes châteaux en gage, mais qu'en dehors 
« il ne tiendra pas un pied de mon héritage [^4575]. — Beau 
a sire, je l'accepte dans ces conditions, car on ne peut mieux 
« dire. Mais actuellement la cour de Rome vous requiert de lui 
a rendre un sien homme que vous tenez en votre prison à grand 
a tort et contre droit. — Je le tiens? certes non pas! — Sire, 
a ne vous en défendez pas. C'est l'évêque de Beauvais qui est en 
a la garde de Rome. Il n'est pas permis de retenir ainsi un homme 
« oint et sacré. — Par mon chef ! il est bien plutôt désacré et 
a faux chrétien, » dit le roi. « Ce n'est pas comme évêque qu'il 
a a été pris, mais comme chevalier, tout armé, le heaume lacé. 
« Est-ce pour cela que vous êtes venu? Don Gouillard', vous 
a n'êtes pas habile. Certes, si vous n'étiez chargé d'un message, 
a ce n'est pas la cour de Rome qui vous garantirait d'une raclée 
« que vous pourriez montrer au pape en souvenir de moi ! Le 
« pape me croit donc fou? Je sais bien qu'il s'est moqué de 
a moi, quand je le priai de me venir en aide lorsque je fus fait 
a prisonnier, étant au service de Dieu. Jl n'a pas daigné s'en 
« occuper^. Et voilà qu'il me réclame un brigand, un tyran, un 
a incendiaire qui ne faisait que dévaster ma terre nuit et jour! 
a Fuyez de ci, sire traître, menteur, tricheur, simoniaque. 
« Faites en sorte que je ne vous trouve plus jamais sur mon 
« chemin» [^^1622]! 

Le légat partit sur-le-champ. Il lui lardait d'être dehors, et, 
pour sa croix, il n'y serait pas retourné; il aurait craint d'y 
laisser ses génitoires^. Il remonta sur sa bête et courut sans 
s'arrêter jusqu'au roi de France. Les Français furent tout sur- 
pris de le voir arriver si agité. Il dit au roi : « Il n'est pas 
« débonnaire le roi à qui vous avez à faire : il est plus fier 
a qu'un lion. Et cependant je l'avais amené à mes vues, car il 
« avait accordé la trêve pour cinq ans, et il ne restait qu'à 

1. Voy. le vocabulaire au mot coillard. 

2. Il faut pourtant remarquer qu'à l'époque où Richard était prisonnier, 
Innocent III n'était pas encore j)ape. 

3. La castration était une peine qu'au moyen âge on appliquait fréquem- 
ment aux membres du clergé ; voy. ma traduction de Girart de Houssil- 
Ion, 'i 4G2 et la note, Jordan Fantôme, éd. Fr. Michel, v. 170'2, etc. 



156 L'ARCHEVÊQUE DE REIMS ENVOYÉ A RICHARD. [H99 

« échanger la poignée de mains, quand je lui réclamai Tévêque 
« de Beauvais : il devint aussitôt furieux, s'emporta contre 
« moi et me regarda avec de tels yeux que je m'attendais à le 
« voir se jeter sur moi. » Plusieurs des Français se mirent 
à rire et se dirent l'un à l'autre : « Le roi Richard n'est pas une 
a chèvre; il ne s'effraie pas aisément. Il compte bien venger ses 
« pertes » [4^654]. 

Le roi Richard entra dans sa chambre tout soufflant de colère, 
comme un sanglier blessé, et fit fermer les huis. Personne n'eût 
osé frapper à sa porte, lorsque le Maréchal survint, une baguette 
à la main. Il appela à haute voix et on s'empressa de lui ouvrir. 
11 dit au roi : « Vous ne devriez pas vous irriter pour si peu. 
« 11 en faudrait plutôt rire, car vous avez tout gagné. Vous 
« voyez bien que le roi de France est à bout; qu'il en est réduit 
a à vous demander paix ou trêve. Prenez donc la terre qui nous 
a appartient et laissez-lui les châteaux en gage jusqu'à un 
a autre passage'. Quand il ne pourra rien tirer de la terre et 
a qu'il lui faudra entretenir les châteaux à ses frais, cela lui 
« semblera aussi dur qu'une guerre. C'est ainsi que les choses 
a se passeront. Je vous garantis qu'ils reviendront demain » 
[^^688]. 

Le légat fit savoir au roi de France qu'il pourrait obtenir une 
trêve à condition de tenir les châteaux en gage, mais de laisser 
la terre au roi Richard. Sinon c'était la guerre. Les barons de 
France furent d'avis que cette trêve devait être acceptée. Ce fut 
aussi l'opinion du légat, qui toutefois refusa énergiquement de 
retourner vers le roi d'Angleterre et demanda qu'on envoyât 
quelque autre à sa place; il ne voulait pas mourir encore. Le 
bon archevêque de Reims ^ s'y rendit accompagné de gens sages. 
Le roi était en sa chapelle où on lui chantait la messe de la 
Trinité; Il alla au-devant de l'archevêque. Ils se firent récipro- 
quement bon accueil, et, par l'intervention de l'archevêque, la 
trêve fut mise en écrit comme il avait été convenu, à la grande 



1. Passage outre-raer, croisade. 

2. Guillaume aux blanches mains ; cf. ci-dessus, p. 78, n. 5. — L'échec 
du cardinal P. de Capoue et l'interyention de l'archevêque de Reims ne 
sont mentionnés par aucun autre historien. 



1199] LA TRÊVE EST CONCLUE. 157 

satisfaction du roi de France et aussi des Français qui faisaient 
la guerre contre leur gré^ [-(4726]. 

En quittant le lieu de l'entrevue, le roi d'Angleterre manda 
Guillaume le Queu^ et ses routiers, et leur dit de serrer de 
près les garnisons des châteaux et de les empêcher de rien 
prendre en son fief hors des châteaux. Ils s'en acquittèrent si 
bien que les Français n^osaient pas prendre de l'eau à la fon- 
taine hors de Baudemont^. Guillaume cependant percevait 
devant Gisors les redevances accoutumées, sans se soucier de 
la garnison du château [^-1744]. 

Ainsi resta la terre; mais Fortune, qui abat également les 
bons et les mauvais, ne voulut pas laisser longtemps les choses 
en cet état, et elle causa au monde une perte irréparable. Le 
roi Richard se rendit en Limousin, où le vicomte lui enlevait 
de vive force ses châteaux'*. Plût à Dieu que tous ceux qui lui 

1. Nous ne possédons pas l'acte de cette trêve. Tout ce que nous en 
savions jusqu'ici, c'est qu elle devait durer cinq ans à partir de la Sainl- 
Hilaire (13 janvier) 1191), « rébus et tenemenlis sic se habentibus ex 
utraque parte ut lune erat » (Rog. de Howden, IV, 80). Elle fut approuvée 
par le pape Innocent, qui s'eflorça de la convertir en paix; voy. ses 
lettres du 26 mars 1199 (Migne, I, 553; Polthast, n" 645), du 30 mars 
(Migne, I, 554; Pottbasl, n* 651) et du l" avril (Migne, I, 552; Polthast, 
n» 653). 

2. Guillaume le Queu était depuis longtemps au service du roi Richard. 
Celui-ci, par acte passé à Tours le 27 juin 1 190, lui avait concédé certains 
revenus à Niort (Teulet, Layettes du Trésor, n" 369). Parmi les témoins 
de cet acte figure Guillaume le Maréchal. C'est lui encore que Rog. de 
Howden (IV, 78) mentionne à l'année 1198, le qualifiant de « serviens 
Ricardi régis in custodiendo castellum de Leuns », et qui avait fait pri- 
sonniers quatre-vingts sergents à cheval et quarante sergents à pied du 
roi de France. Ce t castellum de Leuns » est Lyons-Ia-Forôt, arr. des 
Andelis. Nous savons d'ailleurs que Guillaume le Queu en était châte- 
lain à cette époque (Stapleton, Magni rot- Scacc. Norm., II, ccxij, 
ccxiij). — Peu de temps après les événements ici rapportés, le roi Jean 
faisait à Guillaume le Queu concession en fief de ses revenus de Niort 
{Layettes du Trésor, n" 597; acte du 1" septembre 1200, où G. le Maré- 
chal (igure encore comme témoin). 

3. Beaudemont, dans le Dictionnaire de» postes, cant. d'Ecos, arr. des 
Andelis. 

4. H y a dans le texte chasteals, que j'ai proposé dubitativement en 
note de remplacer par c/ia^e^ (v. 11755). C'est qu'en effet le motif de l'ex- 
pédition où Richard devait trouver la mort n'était pas que le vicomte de 



158 MORT DE RICHARD. [il 99 

en donnèrent le conseil eussent été écorchés vifs ! 11 alla assiéger 
Nontron' [^^59], mais il n'y fut pas longtemps, car un satan, 
un traître, ministre du diable^, lui décocha du haut du château 
un carreau envenimé, et blessa mortellement le meilleur prince 
du monde'. Je ne parlerai pas plus longtemps de sa mort, dont 
le monde souffre encore : le sujet est trop douloureux. Aussitôt 
qu'il se sentit frappé, il pensa quMl n'y survivrait pas. 11 flt en- 
voyer au Maréchal ses lettres munies d'un sceau pendant, lui fai- 
sant connaître son état et le chargeant de garder la tour de Rouen 
et son trésor qui y était enfermé. Il enjoignit au messager d'être 
prudent et de ne faire connaître la nouvelle à personne, sinon à 
ceux vers qui il était envoyé. Le messager se rendit droit à Vau- 
dreuil où se trouvait le Maréchal, avec d'autres hommes pour 
juger un débat entre Engeugier* de Bohon et sire Raoul d'Ar- 
dene [i i 799] ^. Le messager communiqua les nouvelles au Maré- 

Limoges eût enlevé aucun château à son suzerain ; on sait qu'un trésor 
considérable ayant été trouvé dans la terre du vicomte, celui-ci s'était 
contenté d'en offrir une partie à Richard, gardant le reste pour lui, mais 
que le roi avait refusé, prétendant avoir le tout en sa qualité de sei- 
gneur (Rog. de Howden, IV, 82). Mais chatets ne s'appliquerait pas très 
bien à un trésor, et le verbe desforcer qui précède appelle plutôt chastels 
que chatels. Il est vraisemblable que le poète igoorait le motif de l'expé- 
dition du roi. 

1. Nontron (Dordogne); le ms. porte Lautron ou Lauiren, l'identifica- 
tion est douteuse, Nontron était en latin Nantronum. Peut-être fau- 
drait-il corriger la leçon du ms. en Lantron. Mais ce qui augmente la 
difficulté c'est que tous les historiens s'accordent à dire que Richard fut 
blessé mortellement devant Chàlus {Castrum Lucii, Rigord, § 126; Calax, 
Guill. Le Breton, § 98; Philippide, V, 495; Chaluz, Rog. de Howden, 
IV, 82; R. deDicet, II, 166). 

2. Berlran de Gourdon selon Rog. de Howden (IV, 82), t Petrus Basi- 
lius » selon R. de Dicet (il, 166). 

3. Richard reçut le coup dont il devait mourir le 26 mars; voy. les 
textes cités par Miss Norgate, Aiigevin Kings^ II, 382, n. 4. 

4. Ce nom a été conservé par une paroisse qui appartenait à la famille 
de Bohon, La Chapelle-^B/vw^er (Manche, arr. de Saint-LÔ, cant. de 
Marigni), en-Juger, selon l'orthographe administrative. 

5. Cette circonstance, en elle-même dénuée d'intérêt, nous permet de 
constater avec quelle exactitude le poète était renseigné. Nous possédons 
en effet l'accord qui mit fin au procès ici indiqué. Il fut passé à Vau- 
dreuil, et est exactement daté du jour où le messager envoyé par Richard 
a pu arriver auprès du Maréchal, c'est-à-dire du 7 avril. Richard, blessé 



4199] LE MARÉCHAL ET L'ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY. 159 

chai seulement et à Tarchevêque [de Gantorbéry^]. Trois jours 
après 2 on apprit la mort de Richard, le roi preux, courtois, large, 
qui, sMI avait vécu, aurait conquis tout le prix de ce monde, 
comme aussi la seigneurie des Sarrasins et des Chrétiens. Aujour- 
d'hui son pouvoir se serait étendu partout, sauf sur le royaume 
de France, qu'il ne songeait pas à abaisser, mais qu'il voulait 
laisser en paix. Thierri en apporta la nouvelle la veille de Pâques 
fleuries 3 ['US 36]. Le Maréchal allait se coucher-, il se faisait 
déchausser quand elle lui parvint. Il remonta ses chausses, se 
rhabilla promptement et se rendit au Pré^ chez l'archevêque, 
qui s'étonna de cette visite tardive et se douta bien de ce qu'il 
allait apprendre. « Ah ! » s'écria-t-il, « le roi est mort ! Quel 
a espoir nous reste-t-il? Aucun, car, après lui, je ne vois per- 
a sonne qui puisse défendre le royaume. Je m'attends à voir 
a les Français nous courir sus, sans que personne puisse leur 



mortellement quelques jours auparavant, mourut le 6. Il est analysé par 
Stapleton, Magnirot. Scacc. Norm., H, xxxv. Par cet acte Engeugier de 
Bobun, membre d'une grande famille du Cotentin (Saint-André et Saint- 
Georges de Bobon, cant. de Carentan), abandonne à Raoul d'Ardene cer- 
tains biens sis en Angleterre. Raoul d'Ardene était bailli de Pont-Aude- 
mer (Stapleton, loc. cit.) et avait été juge errant en 1189 (Edw. Foss, 
Judges ofEngland, I, 338-40). Les témoins de cet acte sont des personnages 
considérables, G. Hubert, archevêque de Cantorbery, Savari, évoque de 
Bath, Guillaume le Maréchal, Jean et Pierre de Préaux, Guillaume de 
Mortemer et quelques autres. 

1. L'archevêque dont il s'agit ici n'étant pas spécifié, on pourrait sup- 
poser qu'il s'agit de celui de Rouen, Gautier de Goutances, mais d'abord 
il n'est pas probable que Richard, qui avait eu de graves démêlés avec ce 
prélat, lui eût envoyé un message spécial : l'archevêque de Cantorbery 
semble mieux indiqué par son importance politique; en outre, on a vu 
à la note précédente et on verra dans une note de la page suivante que 
l'archevêque de Cantorbery se trouvait en Normandie au moment de 
la mort de Richard. 

2. Par conséquent le 10, l'acte mentionné à la note précédente étant 
du 7. 

3. La veille du dimanche des Rameaux tombait en effet le 10 avril. 

4. Le « Pré » désigne sans doute le prieuré de Nolre-Dame-du-Pré, ou 
de Bonne-Nouvelle, situé sur la rive gauche de la Seine, dans le faubourg 
de Saint-bever. F^es entrailles de Henri 1" y étaient déposées. Cette mai- 
son reçut divers bienfaits des rois d'Angleterre ducs de Normandie ; voy. 
Du Monsticr, Neuslria piQt p. 611; Gallia christiana, XI, 239. 



160 AVÈNEMENT DE JEAN. [H99 

a résister. — Il faudrait, » dit le Maréchal, « nous hâter 
« d'élire son successeur. — A mon avis, nous devrions choisir 
« Arthur. — Ha! sire, «reprit le Maréchal, «ce serait mal. Arthur 
a a de mauvais conseillers* ; il est ombrageux et orgueilleux. Si 
« nous le mettons à notre tête, il nous causera des ennuis, 
a car il n'aime pas les Anglais'*. Mais voyez le comte Jean. En 
a conscience, c'est le plus prochain hoir de la terre de son père 
« et de son frère. » L'archevêque répondit : « Maréchal, le 
a voulez-vous ainsi? — Oui, sire, car c'est raison; le fils est 
« plus près de la terre de son père que le neveu 3. — Maré- 
« chai, il en sera selon votre désir, mais je vous dis que 
« jamais d'aucune chose que vous ayez faite vous n'aurez eu 
« tant de repentira — Soit, mais toutefois c'est mon avis » 
[4^908]. 

Le Maréchal envoya en Angleterre pour saisir la terre*. Ce 
fut Jean d'Erlée qu'il chargea de cette mission. L'archevêque 
resta en Normandie avec le Maréchal, qui agissait d'accord avec 
lui, l'ayant toujours trouvé loyal ^. Le comte Jean vint les trou- 
ver, et, au plus tôt qu'ils purent, ils le firent duc^. Les Nor- 
mands le reconnurent, mais il n^en fut pas de même des Gas- 

1. Le jeune duc de Bretagne avait été en 1196 confié à la garde du roi 
de France (G. Le Breton, PhiL, V, 162-7). 

2. C'est ainsi que j'interprète « cels de la terre » (11890). 

3. Arthur, petit-fils de Henri II, était neveu de Richard. 

4. Le poète, qui écrivait après le règne de Jean, pouvait, sans crainte 
d'erreur, prêter à l'archevêque des paroles prophétiques. Il est loin 
d'être prouvé, du reste, que le choix du successeur de Richard ait 
dépendu de la volonté du Maréchal et de l'archevêque de Canlorbéry, 
comme le suppose le poète. Il paraît même que Richard, avant de mou- 
rir, aurait désigné Jean comme son successeur et lui aurait fait d'avance 
prêter serment de fidélité par ceux de ses hommes qu'il avait auprès 
de lui (Rog. de Howden, IV, 83). 

5. L'auteur continue à donner trop d'importance au rôle de son héros. 
Voy. la note suivante. 

6. Cette assertion est contredite par Roger de Howden : c Defuncto 
« Richardo rege Angliae, Johannes comes Moretonii, frater ejus, moram 
c faciens in Normannia, statim misit in Angliam Hubertum Cantuarien- 
« sem archiepiscopum et Willelmum Marescallum, comitem de Striguil, 
c ad pacem Angliae servandam, una cum Gaufrido filio Pétri, justitiario 
c Angliae, et aliis baronibus regni » (IV, 86). 

7. Duc de Normandie, à Rouen, le 25 avril 1199. 



il99J EXPÉDITION EN GASCOGNE. 161 

cons, des Limousins, des Poitevins, des Angevins, des Bretons*. 
Le duc Jean vit bien qu'il n'était rien pour eux. 11 se rendit en 
cette région et leur flt de grandes concessions pour se les atta- 
cher. Mais il eut à s'en repentir, car ils ne lui en surent aucun 
gré et lui flrent mainte fois de l'opposition ['HO/iO]. 

Jean passa la mer^ et se fit couronner à Londres^. A cette 
occasion il fut fait de riches présents. On le dit; je n^y étais 
pas. Puis, aussitôt qu'il le put, il revint arrière-* et fil hom- 
mage au roi de France, comme c'était son devoir^. Mais celui-ci 
ne lui fut pas fidèle seigneur et lui fit du mal toute sa vie. 11 se 
rendit ensuite en Poitou. L'archevêque de Bordeaux vint au-de- 
vant de lui avec ses barons. Là il se sépara de sa femme ^ [1 1 959]. 
Mais on dit que ce divorce eut pour lui de funestes conséquences. 
Ce n'est pas le lieu de dire comment. 11 mena grand ost en 
Gascogne et y remporta des succès^. 11 y fit grand butin, et. 



1. Les barons d'Anjou, de Maine, de Touraine, réunis à Angers le jour 
de Pâques 1199, avaient reconnu Arthur (Rog. de Howden, IV, 86). 

2. Il débarqua à Shorehain le 25 mai (Rog. de Howden, IV, 89). 

3. Le jour de l'Ascension, 27 mai; le Maréchal assista au couronnement 
(Rog. de Howden, IV, 90). 

4. Jean revint en Normandie vers le 20 juin (Rog. de Howden, IV, 32); 
le Maréchal l'accompagna sûrement, car il était avec lui à Shoreham, où 
sans doute eut lieu l'embarquement, le 20 juin (Rot. Chart., p. 79 b), et le 
29 il était à Orival {ibid., 51 b). 

5. Mais c'est ce qu'il ne fit pas. Dès son arrivée en Normandie, Jean 
conclut ou prorogea une trêve avec le roi de France du 24 juin au 
16 août. Du 16 au 18 juin il y eut des négociations et finalement une 
entrevue des deux rois, où Philippe se plaignit précisément de ce que 
Jean ne lui avait pas fait hommage et manifesta des exigences auxquelles 
Jean se refusa (Rog. de Howden, IV, 93-5). C'est seulement en mai 1200 
qu'un traité fut conclu entre les deux rois (Delisle, Catal. des actes de 
Ph.-Aug., n" 604-13; Duffus Hardy, Rot. lilt. pat., p. xlv). 

6. Le poète ne dit pas que le divorce fut prononcé par l'archevêque 
de Bordeaux, mais il le laisse entendre. C'est du reste ce que dit posi- 
tivement Rog. de Howden (IV, 119). Voir, pour les circonstances et la 
date de ce divorce, qui sont indiquées diversement par les historiens. 
Miss K. Norgate, Angevin Kings, 11, 398. 

7. Nous sommes très peu renseignés sur cette expédition A laquelle 
Rog. de Howden consacre deux lignes : c ... profectus est in Aquitaniam 
cum exercitu magno, sed non est invenlus qui el resisteret » (IV, 119). 
Il y a aussi une brève mention -à rc sujet dans les Annales S. Edmundi 

m W 



462 - JEAN ÉPOUSE [iîOO 

s'il avait été sage, il en eût été riche pour longtemps [^4968]*. 

Le Maréchal dit : « Je me réjouis du gain, dussé-je n'en pas 
a profiter. Que je participe ou non au vôtre, je veux que vous 
a ayez part au mien, et je vous offre cinq cents marcs qu'on m'a 
« donnés en ce pays. Dieu veuille que j'en sois récompensé! 
€ — Vraiment, Maréchal, » reprit le roi, « vous n'êtes pas inté- 
« ressé. Vous serez bien récompensé de votre don. » C'est ainsi 
qu'il le remercia, mais, quant à la récompense, je n'en ai pas 
entendu parler 2 [4^982]. 

C'est alors que la fille du comte d'Angoulême fut enlevée par 
celui-ci au comte de la Marche^. La nouvelle en vint à la cour; 



{Memorials of St Edmund's Abbey, II, 8, Collection da Maître des rôles). 
On voit, dans l'itinéraire dressé par Th. D. Hardy, que Jean voyagea en 
Poitou et en Aquitaine pendant les mois de juillet et d'août 1200. Le Maré- 
chal l'accompagna, car il fut témoin à plusieurs des actes royaux passés 
pendant ces deux mois (Rot. chart., pp. 72-75). Le 3 septembre il était 
avec le roi à La Suze, près du Mans {Rot. chart., p. 75). Ensuite il se 
rendit probablement dans quelqu'une de ses terres, car il ne paraît plus 
dans les actes jusqu'en mars 1201, époque où il était en Angleterre {Rot. 
chart., p. 91 b, 92, etc.). 

1. La scène qui suit est assez mal amenée. C'est ce qui m'a conduit à 
supposer ici (v. 11968) une lacune. 

2. C'est cependant à cette époque que le roi donna au Maréchal la 
collation à l'abbaye de Netley par acte daté de la Réole, 16 août 1200 
{Rot. chart. i I, 74 b; cf. D. Hardy, Syllabus of Rymer's FœderUf 
3 août 1200). 

3. Le comte d'Angoulême Adémar avait donné sa fille Isabelle à Hugues 
le Brun, comte de la Marche. Les deux futurs époux s'étaient acceptés, 
per verba de presenti, et Hugues attendait seulement pour faire célé- 
brer son mariage que la jeune fille fût nubile, lorsqu'Adémar, à l'insti- 
gation du roi de France, selon les historiens anglais (Rog. de Howden, 
IV, 119), et au mépris de ses engagements, enleva par ruse sa tille à 
Hugues pour la donner à Jean. Cet acte de mauvaise foi irrita contre 
Jean plusieurs des seigneurs du pays qui passèrent au roi de France 
(Rigord, g 138). C'est ce à quoi fait allusion le poète un peu plus loin. 
Jean, cependant, avait envoyé une ambassade à Lisbonne pour demander 
la fille du roi de Portugal. Sans se préoccuper de l'embarras dans lequel 
allaient se trouver ses messagers et avant leur retour, il épousa la fille du 
comte d'Angoulême. Ce mariage eut lieu le 24 août 1200 {Ann. S. Ed- 
mundi, dans les Memorials of St Edmund's Abbey, II, 8). L'acte par 
lequel le roi Jean constitue un douaire à sa nouvelle épouse est du 30 août 
{RoL chart., I, 74). 



1200-1202] ISABELLE D'ANGOULÉME. 163 

elle plut aux uns et déplut aux autres. Le comte de la Marche 
se retira très irrité avec les siens. On savait bien qu'il y avait 
à cette assemblée des personnes qui avaient aidé à ce larcin. Je 
ne puis rendre un compte détaillé de toutes les affaires, mais 
ce fut là l'origine de la guerre dans laquelle le roi perdit la 
terre. Le roi prit la demoiselle, l'épousa et la fit proclamer 
reine d'Angleterre. Elle fut couronnée à Londres^ [42004]. 

Le roi Jean revint ensuite en Normandie avec ses barons et 
la reine^. Mais il ne se passa pas longtemps sans qu'il fût 
attaqué par le roi Philippe. La guerre dura longtemps. Enfln 
ils eurent une entrevue, où la paix fut conclue. Afin d'en assu- 
rer le maintien, il fut convenu que Jean donnerait sa nièce, la 
fille du roi d'Espagne, à Louis ^ [12018]. Ainsi fut fait, mais les 
prétentions du roi de France n'en restèrent pas moins ce qu'elles 
étaient. Toujours il fit ce qu'il avait en tête. Il serait trop long 
de vous conter les conventions qui eurent lieu entre lui et le 
roi Jean. Plus celui-ci faisait de concessions et plus l'autre 
se montrait intraitable. Je ne puis vous faire le compte des 
sommes que par plusieurs fois il lui donna ; le roi de France le 
récompensait en cherchant prétexte pour lui faire la guerre. Il 

t. Le 8 octobre 1200 (Rog. de Howden, IV, 139). 

2. A la fin de mai 1201 (Rog. de Howden, IV, 164). Quelques jours aupa- 
ravant il avait envoyé Guillaume le Maréchal et Roger de Laci en Nor- 
mandie avec des soudoyers (ibid., IV, 163). Le 9 juin 1201, le Maréchal 
se trouvait à l'île d'Andeli avec le roi Jean (Rot. de libérale, p. 15). 

3. Les faits ne sont pas présentés d'une façon bien exacte. Aussitôt 
arrivé en Normandie, Jean eut une entrevue, à Andeli, avec le roi de 
France, à qui, peu de jours après, il rendit visite à Paris. Cette visite 
aurait en lieu le 31 mai 1201, selon Uigord (§ 135). Mais cette date doit 
être inexacte, car d'après l'itinéraire dressé par Th. D. Hardy, Jean passa 
en Normandie tout le mois de juin et n'aurait été à Paris que le 1" juil- 
let et les jours suivants (le 19 il est à Alençon). Le Maréchal était avec 
lui à Paris le l*' juillet (Rot. de libérale^ p. 18). Mais la paix dont il est ici 
question ne peut être que celle de mai 1200, mentionnée plus haul, p. 161, 
note 5, où en effet est stipulé le mariage de Blanche de Caslille, nièce 
de Jean, avec Louis, (ils aîné de Philipi)e-Augu8le. Il est singulier 
que, chez Rog. de Howden, ce trailé de paix, bien que daté fort exacte- 
ment de mai 1200, soit inséré à l'année 1201 (IV, 148), ce qui est précisé- 
ment l'erreur que commet ici le poète. Le mariage de Blanche de Cas- 
lille avec Loais, fils da roi de France, avait déjà été projeté du vivant 
de Richard; voy. Rog. de Howden, IV, 81. 



164 ARTHUR PRIS A MIREBEAU. [1202 

lui fit tout le mal qu'il put. Il mit le siège devant Arques \ 
mais malgré ses engins il no put entamer la tour, vaillamment 
défendue par Guillaume de Mortemer^ et par ses compagnons. 
Si je voulais tout dire, il me faudrait trop sortir de mon sujet 
[12058]. 

Il faut pourtant que je dise que le roi Jean se rendit avec de 
nombreuses troupes à Mirebeau^, où sa mère était assiégée. 
S'il avait tardé, elle eût été prise. Il la délivra, et dans le combat 
plusieurs de ses plus grands ennemis furent faits prisonniers^ 
Arthur, qui était venu là par mauvais conseil, y fut pris et 
tenu en dure prison [-12104]. Le roi eût alors mis fin à la 
guerre, sans le mauvais destin et sans l'orgueil dont il ne se 
défit jamais et qui toujours rabaissa. 11 fut très satisfait de son 
expédition : il avait fait une si riche prise que Porgueil des 
Poitevins, des Bretons et des Angevins fut abattu. Un moine 
partit de là, et, voyageant nuit et jour, parvint jusqu'au Maré- 
chal qui était à Englesqueville^, ayant auprès de lui le bon 
comte de Salisbury^, celui qui de largesse fait sa mère et qui a 
prouesse pour porte-bannière, et le bon comte de Varenne*. 

1. Rigord, § 138. Arques doit avoir été assiégé en juillet 1202, puisque 
le siège fat levé à la nouvelle de la prise d'Arthur à Mirebeau, qui eut 
lieu le 1" août de cette année. 

2. Voy. plus haut, p. 138, note 4. 

3. Ch.-l. de cant. de l'arr. de Poitiers. 

4. Les Poitevins se laissèrent surprendre; voy. le récit de l'Hist. des 
ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (Société de l'Hist. de France), 
pp. 94-5. 

5. Par le conseil de Philippe. 

6. 1\ y a dans le Calvados et dans la Seine-Inférieure plusieurs lieux du 
nom d'Englesqueville ou Anglesqueville. Il s'agit probablement ici d'Angles- 
queville-sur-Saanes, cant. de Tôtes, qui est assez près de Longueville, 
où le Maréchal avait, par sa femme, d'importantes propriétés (voy. 
p. 120, note 4). Le Maréchal séjourna sur le continent, et presque cons- 
tamment en Normandie, depuis juin 1201 jusqu'au commencement de 
décembre 1203. 

7. Guillaume Longuespée, fils naturel de Henri II, devenu comte de 
Salisbury par sa femme en 1196 (Rog. de Howden, IV, 13). Il mourut 
en 1226. Voir l'article qui lui est consacré dans le Dict. of nat. Bio- 
graphy, sous Longespée. 

8. Peut-être Hamelin Plantegenet, fils naturel de GeofiFroi V, comte 
d'Anjou, devenu comte de Varenne et de Surrey par son mariage avec 



1202] LA NOUVELLE EN VIENT AU MARÉCHAL. 165 

Le moine dit courtoisement son message, annonçant la prise 
d'Arthur, de Geoffroi de Lusignan, du comte de la Marche, de 
Savari de Mauléon et des autres hauts hommes qui tenaient 
pour Arthur^ [I2^58J. Le Maréchal se réjouit fort et dit au 
moine : « Vous irez porter cette nouvelle en Tost de France, au 
a comte d'Eu^, à Arques, pour lui faire plaisir. — Sire, » dit 
le moine, « je vous demande grâce. Si j'y vais, il sera si furieux 
a qu'il pourrait bien me faire tuer. Envoyez un autre que moi. 
ce — Moine, ne cherchez pas d'excuses : c'est vous qui irez. Il 
a n'est pas d'usage en ce pays-ci de tuer les messagers. Allez 
a tôt; vous le trouverez en l'ost » [4 2^1 82]. 

Le moine alla grand train à Arques et communiqua au comte 

Isabelle de Varenne, fille de Guillaume, comte de Varenne et de Surrey, 
et veuve de Guillaume de Blois (fils du roi Étieune de Biois), comte de 
Mortain et de Boulogne. Ce Hamelin Plantegenet mourut en 1202, préci- 
sément dans l'année à laquelle se rapportent les événements ici racontés 
(Dugdale, Baronage of England, 1, 76). Ce peut être aussi son fils et 
successeur, Guillaume, qui figure plus loin dans le poème. Varenne était 
un fief dépendant de Bellencombre (arr. de Dieppe). 

1. Il y a dans le tome I des Rotuli litteraruîn pateniium de nombreux 
actes, du mois d'août 1202, relatifs aux prisonniers faits par le roi Jean 
à Mirebeau. Th. D. Hardy en a traduit un certain nombre dans son 
introduction, p. x-xi. On sait par Roger de Wendover (1, 315) et par 
d'autres historiens que ces prisonniers furent traités avec cruauté. Plu- 
sieurs seraient morts de faim dans le château de Corfe. M. G. Dubois a 
groupé les renseignements qu'on possède sur ce sujet dans ses Recherches 
sur Guillaume des Roches (Bibl. de l'Éc. des chartes, XXXIi, 141-5). On 
remarquera que le poète garde le silence sur ces circonstances comme sur 
le sort du jeune Arthur. 

2. Raoul d'Exoudun, seigneur de Melle en Poitou, devenu comte d'Eu 
par son mariage avec Alice, fille de Henri, comte d'Eu. 11 était frère de 
Hugues IX le Brun, comte de la Marche, à qui Jean avait enlevé sa fian- 
cée. Il tirait son surnom d'Exoudun (Deux-Sèvres) et non dissoudun 
(Indre), bien qu'il soit appelé « Radulfus de Issotidun » par Rog. de 
Howden (IV, 161). M. Delisle [Bibl. de l'Éc. des chartes, 4" série, H, 517, 
537) a rectifié diverses erreurs commises au sujet de ce personnage par 
les auteurs de l'Art de vérifier les dates. En 1201, le roi Jean, selon Rog. 
de Howden (IV, 161), avait essayé de le dépouiller de son château de 
Driencourl (Neufchàlel en Bray), ou même le lui aurait enlevé selon G. Le 
Breton {Phit., Vï, 07-9); cf. Staplelon, Magni rot. scacc. yorm., Il, 
ccxxij-ccxxiij. Il mourut an mois d'avril ou de mai 1210 (Delisle, loc. 
cit., p. 516). 



166 LE ROI DE FRANCE LÈVE LB SIÉOB D'ARQUES. [1202 

d'Eu les nouvelles de Poitou. Celui-ci, qui les attendait tout 
autres, changea de couleur et demeura silencieux. li alla se cou- 
cher, tout soucieux, dans sa tente, ne sachant que faire, car il 
ne voulait redire à personne ce qu'il venait d'entendre [^2205]. 

Tandis qu'il était ainsi plongé dans ces pénibles réflexions, 
des lettres adressées au roi de France apportèrent la nouvelle, 
qui bientôt se répandit dans tout l'ost. Le roi fut très peiné et 
dit que jamais si grand malheur ne lui était arrivé. Et, pourtant, 
son retour de Jérusalem avait été plus malheureux encore, et 
on l'en avait assez blâmé ! Sans plus tarder, il fît détendre ses 
tentes et mettre en pièces ses engins, à la grande joie des assié- 
gés^ Chevaliers et sergents s'armèrent et firent une bellearrière- 
garde, comme s'ils avaient à craindre d'être poursuivis [42240]. 
Cependant, les comtes ^ apprirent par leurs espions la levée du 
siège, ce qui leur fit grand plaisir. Ils se mirent aussitôt en 
route, armés de leurs armures d'étoffe, pour épier Tost qui s'en 
allait en rangs serrés, car les Français, lorsqu'ils se voient obli- 
gés de battre en retraite, le font avec beaucoup d'ordre. Les trois 
comtes, suivis d'une troupe nombreuse, se hâtèrent et arrivèrent 
bientôt en vue de l'ost. Les Français, qui avaient bonne arrière- 
garde, ne s'en inquiétèrent point. On alla prévenir le roi. 
Celui-ci reconnut de loin le Maréchal et les deux autres comtes. 
tt Ils ne savent guère ce que je pense, » dit-il, « mais bientôt 
a ils le sauront, s'ils ne rebroussent chemin. » Il fît venir Guil- 
laume des Barres^ et lui dit: « Prenez avec vous trois cents 
a chevaliers et suivez cette vallée, de façon à n'être pas aperçus 
tt d'eux avant de les aborder. Si vous pouviez prendre un des 
« trois, nous aurions en échange quelqu'un de nos meilleurs 
« amis » [42288]. 

Le Barrois fit ce que le roi lui avait commandé. Il prit trois 
cents chevaliers et chargea les comtes à l'improviste. Mais, 

1. On savait par divers historiens (Roger de Wendover, Rigord, G. Le 
Breton, ÏHist. des ducs de Norm.) que le roi de France avait levé le 
siège d'Arqués à la nouvelle de la prise de Mirebeau, mais les détails qui 
suivent sur la retraite des Français ne se trouvent point ailleurs. 

2. Le Maréchal (comte de Pembroke), le comte de Salisbury et le comte 
de Varenne. 

3. Voy. p. 32, note 1. 



1202] BRILLANTE RÉCEPTION DU MARÉCHAL A ROUEN. 167 

ceux-ci, voyant que, désarmés, ils ne pouvaient lutter contre 
des hommes armés, tournèrent le dos et se dirigèrent vers 
Rouen, ayant acheminé devant eux leurs hommes et leurs 
bagages, tandis que le Barrois retournait vers le roi [^2320]. 

Le bruit de la venue des trois comtes s'étant répandu dans 
Rouen, les principaux habitants vinrent au-devant d'eux, à che- 
val, a Seigneurs, » dit le Maréchal à ses compagnons, « si vous 
a voulez avoir ce soir un bon souper, laissez-moi parler le pre- 
« mier et vous Taurez. » Les citoyens de Rouen saluèrent en 
premier le Maréchal et les autres après. « Sire, » dit Mathieu le 
Gros, qui était alors maire de Rouen \ « de quel côté s'en va le 
a roi de France ? Nous avons craint qu'il vînt assiéger notre 
a seigneur. — Le roi de France, » reprit le Maréchal, « est près 
a d'ici. Nous ne voulons pas que la ville soit sans défense, et 
« c'est pourquoi nous sommes venus ici avec nos gens. » Les 
bourgeois les remercièrent vivement et se mirent entièrement à 
leur disposition. Les comtes entrèrent dans la ville, s'instal- 
lèrent en un hôtel et firent préparer leur repas. Alors, les bour- 
geois leur envoyèrent de leurs meilleurs vins, qui girofle, qui 
épicé, puis des fruits, poires, pommes, noisettes. Le Maréchal 
ne s'était pas trompé dans ses prévisions [^2404]. 

C'est par le conseil de Guillaume des Roches que le roi Jean 
avait entrepris de secourir Mirebeau, et c'est par lui qu'il y avait 
réussi. Pour rien au monde il ne s^y fût décidé sans Guillaume 
des Roches, qui, plus tard, n'eut pas à se louer de ce quMl avait 
fait. Et, sachez-le bien, quoi qu'on puisse vous dire, celui qui, 
dans l'une et l'autre armée, fit le plus d'exploits chevaleresques, 
ce fut Guillaume des Roches, car il eut, à la porte de Mirebeau, 
trois chevaux tués sous lui, et, pourtant, il ne cessa pas de com- 
battre, faisant dégager la voie devant lui 2. C'est par lui que 



1. Mathieu le Gros figure, en 1195 et en 1199-1200, sur la liste des 
maires de Rouen dressée par Chéruel, Ilist. de Rouen pendant l'époque 
communale, I, 3G0-1. Il n"y (igure pas en 1202, mais celle lisle n'est pas 
trè» sûre pour le commencement du xiii" siècle. Il prêta plus d'une fois des 
sommes importantes au roi Jean. Voy. Hot. litt.pat., 1, 15 b (28 juillet 12(12), 
30 a (27 mai 1203), etc. 

2. Le texte ajoute : qu'il n'avait pas la paix jurée. Le |)oèle veut-il 
dire que G. des Roches n'était pas au nombre des barons qui avaieul 



168 GUILLAUME DES ROCHES ET LE ROI JEAN. [1202 

furent pris ceux qui servaient pour Arthur contre le roi Jean ' 
[42436]. u ti 

La victoire ayant été obtenue par le conseil et parTaction de 
Guillaume des Roches, le roi Jean aurait dû lui en être recon- 
naissant, mais il n'y pensa pas, ou peut-être ne le voulut-il pas. 
Guillaume le prit à part et lui dit : « Sire, je vous rappelle les 
« conventions qui ont eu lieu entre nous, il y a déjà grand temps, 
t Le roi Philippe avait promis à ma dame'^, à son fils et à leurs 
« amis et à moi, que, si nous nous rangions de son côté, il don- 
a neraità mon seigneur ^ le Poitou, la Gascogne, le xMaine, l'An- 
« jou. Sire, ainsi fut-il convenu, et par suite nous embrassâmes 
a son parti. Le roi de France vint à Ballon* et l'assiégea [42463]. 
« Quand le moment fut venu de le rendre à mon seigneur, il 
a nous fit savoir qu'il aimait mieux le garder pour lui. Alors, je 
a vis qu'il n'y avait aucun fond à faire sur les promesses du 
a roi de France. La nuit, je vins vous trouver à Bourg-le-Roi *, 

juré ao roi de France de ne pas lui faire la guerre? Cette interprétation 
soulève quelque difliculté. 

1. Le rôle que le poète proie ici à G. des Roches dans la préparation 
et dans l'action est nouveau ; il n'y a rien de tel chez les autres histo- 
riens. C'est ce que M. Beautemps-Beaupré a mis en lumière dans une 
note de ses Coutumes et institutions de l'Anjou et du Maine, 2* partie, 
III, 241-7. 

2. Constance, veuve de Geofiroi de Bretagne et mère d'Arthur. 

3. Arthur. 

4. En octobre 1199. Les mots « vint à Ballon » manquent dans le 
texte, mais la restitution est absolument certaine, ayant été faite à l'aide 
du passage de Rog. de Howden qui suit : « Mense vero octobris rex Fran- 
« ciœ cepit castellum de Balun quod Gaufridus de Burelun custodiebat, 
« et subvertil illud. Quod cum Willelmus de Rupibus, princeps exercibus 
t Arturi, vidissel, grave tulit, et plurimura increpavit regem Franciœ, 
( dicens quod ita non convenerat inter illum et dominum suum Artnrum. 
« Cui rex Franciœ respondit quod propter Arturum dominum suum non 
« dimilteret facere voluntatem suam de adquisitis suis » (IV, 96). On peut 
ici encore constater combien le poète était exactement informé. 

5. Le poème porte Bore la reine (en rime avec fine) ; toutefois, il ne 
peut s'agir que de Bourg-le-Roi, Sarthe, arr. de Mamers, cant. de Saint- 
Paterne, qui n'est pas éloigné de Ballon, et où il y avait un château fort, 
▼oy. Revue histor. et archéol. du Maine, XXIV (1888). Nous n'avons pas la 
preuve que Jean ait séjourné à Bourg-le-Roi au temps de la prise de Bal- 
Ion (oct. 1199), mais il y était le mois précédent (12-17 sept.), et pour 
octobre et novembre 1 199 son itinéraire, qui est assez incomplet, nous le 



1202] JEAN MANQUE A LA PAROLE DONNÉE. 169 

« OÙ VOUS étiez en pauvre état et sans amis, et j'eus avec vous 
« un entrelien seul à seul. Là, vous me promîtes et me jurâtes 
« que, si je vous faisais avoir l'Anjou, le Maine, le Poitou, et de 
a plus mon seigneur et ma dame, de façon que nous fussions 
a tous bons amis, vous agiriez en tout par mon conseil. — Oui, » 
reprit le roi, « je vous ai dit cela, mais Arthur s'est si mal conduit 

a envers moi, comme vous l'avez vu ^ — Sire, vous ne savez 

a pas s'il Ta fait de lui-même ou par le conseil d'autrui. Certes, 
a il ne l'a pas fait de son propre mouvement. Mais laissez-moi 
a m"'entremettre et j'espère arranger les choses à votre gré. — 
a Vous dites bien, je vous l'accorde. Venez à Ghinon avec moi 
« [-12498]. » Messire Guillaume l'en crut et y alla, maisTorgueil 
qui aveuglait le roi ne cessa de croître, il ne put entendre rai- 
son et en perdit raffection des barons du pays avant même d'être 
revenu en Angleterre. Et, quand il fut à Ghinon 2, il tint ses pri- 
sonniers si laidement que ceux qui étaient avec lui et qui assis- 
taient à cette cruauté en eurent honte. Sire Guillaume lui rappela 
les conventions. Le roi lui dit de ne pas s'en offenser et de venir 
avec lui au Mans^. Guillaume le crut, mais l'orgueil du roi 
grandissait toujours et Tempèchait d'entendre raison [^2D20]. 
Le roi ne tint aucune des promesses qu'il avait faites à GuiU 



montre au Mans (8-11 oct.) et à Alençon (3 nov.). —Il est vrai que Bore 
la reine est assuré par la rime et que, pour admettre Bore le roi, il 
faut supposer que le poète a fait erreur sur la forme du nom ou l'a modi- 
fiée arbitrairement. M. Beautemps-Beaupré {Coutumes et institutions de 
l'Anjou et du Maine, 2" partie, III, 244) préfère avoir recours à une 
autre hypothèse : c^est que ce « Bourg-la-Reine pourrait bien être l'hôtel 
« qu'aurait eu au Mans, soit la reine Alienor, soit la femme de Jean. » 11 
semble, toutefois, peu vraisemblable qu'un hôtel ait été qualifié de 
c bourg. » 

1. La phrase reste suspendue; voy. la note du v. 12489. Cette démarche 
du sénéchal d'Anjou en faveur d'Arthur et des autres prisonniers est, 
en somme, confirmée par G. Le Breton, selon qui G. des Roches aurait 
fait jurer à Jean, avant l'affaire de Mirebcau, de ne transporter aucun de 
ses prisonniers au nord de la Loire et de traiter son neveu avec bien- 
veillance {Phil., VI, 411 et suiv.). 

2. Nous savons par l'itinéraire dressé par sir Th. Duffus Hardy que le roi 
Jean séjourna à Chinon après l'affaire de Mircbeau, du 4 au (» août 1202. 

3. Le roi se rendit au Mans, en (piiltanl Cliinon, le 7 août; puis il 
séjourna à Alençon du 8 au 10, et nous le retrouvons au Mans du 13 au l'J. 



170 IL EST ABANDONNÉ PAR LES POITEVINS [1202 

laume des Roches. Celui-ci le lui fil payer, en se tournant du 
côté du roi de France*. Il en coûta à Jean de ne l'avoir pas 
cru. C'est par Guillaume des Roches qu'il perdit plus tard 
l'Anjou, le Maine, le Poitou. Les Poitevins cajolèrent si bien 
le roi, lui promettant d^ètre avec lui et de le servir, qu'il 
consentit à prendre leurs fiances et leurs otages. Mais ils ne 
tinrent guère leurs promesses. Quand le roi accepta les sûretés 
et les otages de GeofTroi de Lusignan, il n'agit point sagement. 
Il se laissa enjôler par leurs paroles, si bien que tous les prison- 
niers furent délivrés, sauf Savari de Mauléon qu'il tint long- 
temps en sa prison * [^2544]. 

Quand les Poitevins furent délivrés, ils firent aussitôt ce qu'ils 
devaient faire. Et que devaient-ils faire? Tromper leur sei- 
gneur et s'attacher à des seigneuries étrangères. C'est ce qu'ils 
font toujours^ [12550]. Le roi se rendit en Normandie^ et il 
trouva sa terre en proie à la guerre. Les Français, nuit et jour, 
la ravageaient avec la connivence des tournés qui s'étaient ral- 
liés à eux. Chose tournée est corrompue et propre à tout faire 
tourner. Par suite, les tournés doivent sentir le tourné. De cette 
corruption Dieu a si bien gardé les nôtres ^ que jamais il ne 
sera chanté une mauvaise chanson^ de tournée qu'ils aient faite 
[12568]. 

1. Le roi d'Angleterre avait commencé par lui enlever la dignité de 
sénéchal d'Anjou (voy. G. Dubois, Bibl. de VÉc. des chartes, XXXIV 
(1873), 513). Les circonstances qui amenèrent Guillaume des Roches à 
abandonner le parti du roi d'Angleterre ont été mises en pleine lumière, 
à l'aide du poème, par M. Beautemps-Beaupré dans la note citée plus 
haut, p. 167, n. 3. 

2. c Longtemps » doit être entendu en un sens relatif, car Savari de 
Mauléon fut délivré en août 1204 (voy. Rot. litl. pat., I, 446). La liste de 
ses otages est insérée à l'année 1205 (tôid., 55 b). Bientôt, dès janvier 
1206, il était sénéchal de Poitou {ihid., 58 a). — La Chronique des ducs 
de Normandie et des rois d'Angleterre (Soc. de l'hist. de Fr.) fait, en 
termes différents, à peu près les mêmes observations que notre poète au 
sujet de Guillaume des Roches et des barons poitevins (p. 95-6). 

3. Cf. p. 24, note 2. 

4. L'itinéraire du roi Jean nous le montre à Alençon le 29 septembre. 
Avant cette date, le dernier séjour constaté est à Saumur, le 16 et le 17 
du même mois. 

5. Les Anglais. 

6. C'est le mot de Rolant. 



1202] ET PAR LE COMTE ROBERT D'ALENÇON. 171 

Le roi allait par Normandie; mais ne croyez pas qu'il suivît 
le droit chemin : il avait trop peur des tournés. Quand il quittait 
VerneuiH, il passait par Laigle 2, ou par BreteuiP, par Lisieux, 
par Caen, par Bonneville^, pour aller à Rouen ^. Quand on ne 
sait de qui on doit se défier, on se défie de tout le monde [^ 2584]. 

Il arriva en ce temps que la reine était à Ghinon, en la marche 
des Poitevins, des Bretons, des Angevins, qui, volontiers, 
reussent enlevée du château. On le fit savoir au roi, qui se mit 
en marche à la tête d'une troupe nombreuse en partie compo- 
sée de routiers. Mais savez- vous pourquoi il ne pouvait se con- 
cilier l'amour de ses gens? C'est que Louvrecaire^ les maltrai- 
tait, pillant comme en pays ennemi. Gela n'est encore rien, 
mais, s^il leur enlevait leurs femmes ou leurs filles, il n'y avait 
aucune réparation à attendre. Le roi se rendit de Séez à Alen- 
çon^, où il ne séjourna que le temps de diner avec le comte 
Robert^, qui, ce jour même, fit une grande honte, car, après 
que le roi lui eut donné de l'argent et l'eut baisé sur la bouche, 
il l'abandonna pour se donner au roi de France, à qui, en cette 
môme journée, il fit hommage^. Puis il livra sa ville aux Fran- 
çais [42619]. 

1. Le roi Jean est à Verneuil (ch.-l. de cant., arr. d'Évreux), du 7 au 
10 octobre. 

2. Ch.-I. de cant., arr. de Mortagne. 

3. Breteuii-sur-Iton, ch.-l. de cant., arr. d'Évreux. 

4. Bonneville-sur-Touque, cant. de Pont-1'Évéque, ou Bonneville-Aptot, 
arr. de Pont-Auderaer, cant. de Montfort-sur-Risle. C'est, dans les deux 
cas, un chemin impossible. La rime aura obligé l'auteur à intervertir 
Lisieux et Caen. 

5. Jean est à Rouen le 15 et le 16 octobre. 

6. Lovrekaire (v. 12598) n'est peut-être pas une forme correcte. En tout 
cas, il s'agit du routier bien connu qui est appelé Lupescarius ou Lupes- 
caire en des lettres du roi Jean, par lesquelles il est ordonné de lui accor- 
der toute protection à lui et à son butin : « Quod salvo conducatis pre- 
f dam dilecti nostri Lupescar' (Lupescarii) per Normanniam et homines 
« ipsius Lupescar' predam ducentes » (10 déc. 1202; Bot. litt. pat., I, 
21 b; cf. 24 a). On trouve Lupeskeire et Lopecaire dans les Bot. Norm., 
pp. 118, 120. Guill. Le Breton {Phil., VII, 832; VIII, 17) latinise son nom 
en Lupicarus. M. Fr. Delabordc (j). 182) suppose que la forme vulgaire 
était Lou Pescaire. Cela est fort contestable. 

7. Le roi passa par Alençon le 20 octobre; le lendemain il était au Mans. 

8. Robert III, comte d'Aiençon (1191-1217). 

9. Il aurait donc fait hommage à Philippe-Auguste le 20 oct. 1202, 



172 IL CHERCHE A NÉGOCIER AVEC LE ROI DE FRANCE. [1202-3 

Le roi n'étail pas encore arrivé au Mans qu^on lui annonça la 
trahison du comte et l'entrée des Français dans Alençon. 11 se 
répandit en lamentations et on eut beaucoup de peine à le cal- 
mer. On ne savait quel conseil lui donner, car il ne se fiait en 
personne. En effet, la route de Chinon et toute la contrée envi- 
ronnante étaient occupées par ses ennemis, qui eussent été bien 
aises de mettre la main sur lui. N'osant aller en avant, il se dis- 
posait à retourner sur ses pas, lorsque sire Pierre de Préaux * , par 
un coup d'audace, amena la reine au Mans [1 2648]. Le roi lui en 
sut bon gré. Puis il quitta le Mans, satisfait, car il avait ce qu'il 
désirait. Il ne s'en revint pas par Alençon. Il n'aurait pu y passer 
sans lutte. 11 chercha ailleurs un passage. C'est par Mamers et 
par le Bellêmois^ qu'il revint à sa terre, à ses châteaux, à ses 
cités, dont il avait encore assez pour être riche s'il avait pu les 
tenir en paix, mais celui ^ qui voulait tout tirer à lui Ten empê- 
cha. Le manque d'amis et d'argent a nui à bien du monde 
[12672]. 

Le roi de France vint à Couches et Tassiégea^. Le roi Jean 
lui envoya le Maréchal avec mission de négocier la paix à tout 
prix. Mais le roi Philippe, qui voulait tout avoir, souleva tant 
de difficultés que le Maréchal vit bien qu'il n'y fallait pas son- 
ger. Il lui dit alors : « Beau sire, je voudrais bien savoir, s'il 
a vous plaisait de me le dire, pourquoi les traîtres, qui, autre- 
a fois, en France, étaient traités ignominieusement, brûlés, mis 
« en pièces, traînés^, y sont maintenant si enracinés qu'ils sont 

époque pour laquelle les mouvements du roi de France ne sont pas 
connus. 

1. Voy. p. 59, note 1. 

2. D'après l'itinéraire dressé par sir Th. D. Hardy, le roi Jean passa 
tout le mois de novembre tant à Saumur qu'à ChJnon. On n'a de lui 
aucun acte passé à Mamers. 

3. Le roi de France. 

4. Philippe-Auguste prit en 1203 Couches, Andeli et Le Vaudreuil (voy. 
Rigord, § 140). R. de Coggeshall (éd. Stevenson, p. 143-4) et Mathieu 
de Paris [Chron. maj.. Il, 482) parlent de la prise des deux dernières de 
ces places, mais ne disent rien de Conches. Les tentatives de négocia- 
lions exposées plus loin ne sont point mentionnées ailleurs. 

5. Cf. ce passage de Girart de Roussillon (§ 520 de ma traduction) : « La 
c théologie et les auteurs nous montrent quelle justice on doit faire d'un 



4203] INCENDIE A ROUEN. 173 

a tous seigneurs et maîtres. — Par foi ! » répondit le roi, « c'est 
a bien naturel : c'est niaintenant un marchandage. Il en est d'eux 
a comme des torchas qu'on jette dans les latrines quand on s'en 
« est servi. » Le Maréchal n'en demanda pas davantage. 11 prit 
congé du roi et se rendit à Falaise, où était le roi % à qui il ren- 
dit compte de sa mission [>I2704]. 

Le roi s'en revint droit à Rouen 2. Il arriva en ce temps que 
la ville fut incendiée et que le feu prit à la tour^ et l'eût détruite 
de fond en comble si Etienne de Longchamp^ qui y était empri- 
sonné, ne s'était mis à éteindre le feu. Elle fut sauvée grâce à 
lui. Un de ses amis le dit au roi, qui lui en sut gré. On parla 
alors de sa délivrance [12720]...^. 

f traître. Oq doit l'écarteler avec des chevaux, le brûler sur le bûcher, 
c et là où sa cendre tombe il ne croît plus d'herbe et le labour reste inu- 
c tile ; les arbres et la verdure y dépérissent, n 

1. Le roi Jean séjourna à Falaise du 30 janvier au 1" février. 

2. La présence du roi est constatée à Rouen du 3 au 19 février. 

3. Une grande partie de la ville de Rouen brûla en octobre 1200 (Ché- 
ruel, Hist. de Rouen pendant l'époque communale, I, 79, 80). Est-ce à 
cet incendie que l'auteur fait allusion ? 

4. Etienne de Longchamp fut l'un des otages donnés à Philippe-Auguste 
par Richard lors du traité de juillet 1193 (Rog. de Howden, III, 220). Il 
avait été sénéchal de Richard, qu'il accompagna en Palestine [L'Estoire de 
la guerre sainte, vv. 9318, 10075, 10488). Il avait des possessions en 
Angleterre et en Normandie et fut, au commencement du règne de Jean, 
sénéchal de cette province (Stubbs, préface du t. III de Rog. de Howden, 
p. XL, note 1 ; Slapieton, Magni rot. scacc. Nurm., I, cxlj, II, cxj, cxij, 
cxiv-cxvij). Après la conquête de la Normandie, en 1204, il passa au ser- 
vice du roi de France (Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug., n°" 961, 
1446). Eniin, il combattit à Bouvines dans les rangs de l'armée française 
et y fut tué aux côtés du roi (G. Le Breton, Chronique, ^ 192j. On ne 
savait pas jusqu'ici qu'il eût été emprisonné dans la tour de Rouen. Les 
mentions qu'on trouve sur lui dans les documents de l'administration 
anglaise (mentions relevées par Slaplelon, op. cit.), ne font aucune allu- 
sion à cette circonstance. Quelle qu'eût été la cause de ce trailemenl, 
Etienne doit être sorti de prison un peu avant l'époque qu'indique le 
poète, car en juillet 1202 le roi lui fit payer 100 livres angevines, et le 
23 novembre de la môme année il lui Ht rendre une terre (Hardy, Rot. 
Norm., p. 58 et 113). Il dut, lors de sa délivrance, donner ses deux fils 
en otage. L'un et l'autre lui furent rendus successivement par lettres 
patentes du G septembre et du 28 novembre 1204 {Rot. litt. pal., I, 45 a, 
48 a). 

5. Il parait évident qu'il y a ici une lacune. Suit un dialogue (vv. 12721- 



474 JEAN ERRE PAR LA NORMANDIE. [1203 

Le lendemain, le roi se fît conduire secrèlement, en barque, 
au Pré, chez les moines deGrandmont* [42756]. Ses gens, ne le 
trouvant pas dans sa chambre, montèrent à cheval, passèrent le 
pont, le suivirent vers Bonneville^, par Trianon^, qu'il lit fer- 
mer. Il eût mieux fait de faire fortifier Beaumont, Brionne ou 
Montfort^ [42769]; le pays eût été plus fort, et par là il aurait 
donné à entendre qu'il avait l'intention de se défendre. Il se ren- 
dit ensuite à Lisieux, puis, faisant un détour, il alla à Breteuil', 
en passant par Chambrais®, de là à Verneuil^ et finalement il 

12742), entre le Blaréchal el le roi, dont le rapport avec ce qui précède et 
ce qui suit est, en raison de cette lacune, très obscur. C'est ici qu'aurait 
pu ôlre placé le récit des tentatives que le roi Jean fit pour secourir 
Château-Gaillard, assiégé par le roi de France depuis le 1" septembre 
1203 (Rigord, g 141), et pris, à la suite d'un siège long et pénible, le 
6 mars de l'année suivante. Selon Guill. Le Breton, en sa Philippide (VII, 
144 et suiv.), ces tentatives auraient été dirigées par le Maréchal. Il faut 
toutefois remarquer que le môme Guill. Le Breton ne fait, dans sa chro- 
nique en prose (gg 123, 124), aucune mention du Maréchal, dont le nom 
est également passé sous silence par les autres historiens qui ont parlé 
du siège de Château-Gaillard. Raoul de Coggeshall va même jusqu'à dire 
que le roi Jean n'apporta aucun secours aux assiégés (nuUum prœsidium 
ferre obsessis volente), parce qu'il craignait d'être trahi par les siens (éd. 
Stevenson, p. 144). 

1. Au sud de Rouen, rive gauche de la Seine (voy. p. 159, note 4). 

2. Bonneville-sur-Touque, cant. de Pont-l'Évêque. Il y avait un château 
où, comme on le verra plus loin, le roi Jean aimait mieux résider que dans 
le village môme. 

3. On voit par l'itinéraire dressé par D. Hardy que Jean séjourna à Tria- 
non à diverses reprises pendant l'année 1203, en dernier lieu du 4 au 
6 novembre. Ce lieu n'a pas été identifié par D. Hardy. C'est sans doute 
le hameau de ce nom qui fait partie de la commune de Saint-Benoît d'He- 
berlot, cant. de Blangi, arr. de Pont-l'Évôque, car, le 7 novembre de la 
môme année, le roi Jean, qui, la veille, était à Trianon, séjourna à 
Hebertot. 11 y a, toutefois, près de là, dans la commune de Quetteville, 
un autre Trianon. 

4. Ces trois localités sont sur la Risie : Beaumont- le-Roger (ch.-l. de 
cant., arr. de Bernai) au sud; plus au nord Brionne (ch.-l. de cant., arr. 
de Bernai), et enfin Montfort-sur-Risle (ch.-l. de cant., arr. de Pont- 
Audemer). 

5. Ch.-l. de cant., arr. d'Évreux, au sud-ouest de cette dernière ville. 

6. Maintenant Broglie, ch.-l. de cant., arr. de Bernai, à mi-chemin 
entre Lisieux et Breteuil. 

7. Ch.-l. de cant., arr. d'Évreux, à une douzaine de kilomètres an sud 
de Breteuil. 



1203] IL SE RÉFUGIE EN ANGLETERRE. 175 

revint à Rouen. Ce n'était pas le droit chemin, mais l'autre lui 
semblait dangereux, car il y eût rencontré ses ennemis [^2782]. 

Il séjourna peu à Rouen et annonça son intention d'aller en 
Angleterre pour demander conseil et aide à ses barons ; puis il 
reviendrait promptement. Mais, comme il emmenait avec lui la 
reine, beaucoup craignaient qu'il y restât trop longtemps. Il eut 
bientôt fait ses préparatifs, car il avait envoyé d^avance et en 
secret son charroi. De Rouen, il alla coucher à Bonneviile ^ , dans 
le château, non pas dans le village, car il redoutait une trahison 
[12800]. On l'avait, en effet, averti que la plupart de ses barons 
s'étaient engagés par serment à le livrer au roi de France. Il ne 
faisait pas semblant de le savoir, mais il se tenait éloigné d'eux. 
Il dit au Maréchal et à ceux en qui il avait le plus de confiance 
de se lever le matin avant le jour. Ainsi fut fait, et le roi était 
parti sans prendre congé, quand on le croyait encore endormi. 
Lorsqu'on s'aperçut de son départ, il était déjà à sept lieues de 
là. Il se rendit à Bayeux, par Gaen^, faisant ce jour-là plus de 
vingt lieues, et des lieues bessinaises, plus longues que les 
lieues françaises. Il se dirigea ensuite vers Barfleur^. Là, plu- 
sieurs de ceux qui l'avaient escorté prirent congé de lui '\ On 
voyait bien qu'il n'y avait pas à compter sur un prompt retour 
[12828]. 

Il débarqua à Portsmouth. Quand il fut arrivé en Angle- 

1. Jean est à Rouen du 9 au 12 novembre ; le 12 et le 13 il est à Bon- 
neviile (Bonneville-sur-Touque, cant. de Pont-l'Évôque); le 15 et le 16 
à Caen. 

2. Ici nous ne sommes plus d'accord avec l'itinéraire dressé par Th. D. 
Hardy. Il ne paraît pas que le roi se soit rendu directement à Bayeux. 
De Caen, où il séjourna le 15 et le 16 novembre, il alla au Plessis-Gri- 
moull (arr. de Vire, cant. d'AuInay), où nous le trouvons le 18, puis le 
même jour à Domfront, où il séjourna jusqu'au 21 ; là, iJ se rendit à Vire, 
où sa présence est constatée du 21 au 23. C'est probablement du 24 au 
25 qu'il passa par Bayeux, car aucun séjour n'est marqué dans l'itinéraire 
pour ces deux jours-là, et, à partir du 26 jusqu'au jour de son dépari 
pour l'Angleterre, nous le trouvons en Cotentin, à Montfarville, à Sainte- 
Mère- l'Église, de nouveau à Montfarville, puis à Gonneville, à Cher- 
bourg, et enfin, le 5 décembre, à Barfleur. 

3. Le roi Jean est à Barfleur le î) décembre et le 7 à Portsmouth. 

4. De ce nombre ne fut pas le Maréchal : le roi l'emmena avec lui : 



476 LE COMTE DE LEICESTER ET LE MARÉCHAL [i204 

terre, ses hommes le reçurent à grand honneur, comme il con- 
venait. Mais je n'en dirai pas davantage présentement, car je ne 
sais pas bien la matière et je dois attendre qu'on me l'ait contée 
[^2838]. 

Il avait confié Rouen à Pierre de Préaux, et les autres châteaux 
à qui bon lui avait semblé. Mais il n'était pas en Angleterre 
depuis longtemps, quand les gardiens de ses châteaux lui man- 
dèrent de Normandie qu'il eût à pourvoir à la défense de sa terre, 
car le roi de France prenait tous les châteaux où il venait. Il n'y 
avait pas de temps à perdre. Le roi envoya en Normandie Tarche- 
vôque de Gantorbéry, le Maréchal et le comte Robert de Leices- 
ter* [-12857]. Ils arrivèrent à Rouen et de là se transportèrent au 
Bec, où ils trouvèrent le roi de France^. Ils lui exposèrent cour- 
toisement leur message, mais le roi ne voulut consentir à rien 
de ce qu'ils lui demandaient et leur dit que ceux qui lui feraient 
hommage à un terme fixé tiendraient leur terre de lui. Par la 
suite, bien des larmes furent versées par ceux qui ne s^étaient 
pas décidés à temps. Quand le comte de Leicester et le Maréchal 

c Puis passa mer et vint en Angleterre, et enmena o lui Bauduin de 
c Biethune, qui cuens estoit d'Aubemalle, et Guillaume le Mareschal, qui 
c cuens estoit de Pembourc : ces deus amoit il moût et creoit, car il 
« estoi[enlt preudome » {Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angle- 
terre, p. 97). 

1. Robert, quatrième comte de Leicester depuis 1191 et appelé du vivant 
de son père Robert de Breteuil (Ben. Peterb., II, 156), combattit contre 
Philippe-Auguste en 1 194 et fut fait prisonnier (Rog. de Howden, III, 253-4 ; 
Rigord, g 97). Il dut, pour recouvrer sa liberté, payer une forte rançon 
et abandonner au roi son château de Paci-sur-Eure (Rog. de Howden, III, 
278, IV, 5 ; Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug., n" 466 à 473 ; Staple- 
ton, Magni rot. scacc. Norm., I, cxlij). Il avait encore d'autres biens en 
Normandie qui furent conûsqués par Philippe-Auguste après la conquête 
de cette province (Delisle, Gâtai, des actes de Ph-Aug., n' 887). Il mou- 
rut en 1204, probablement le 20 octobre (Bémont, Simon de Mont fort, 
comte de Leicester, p. 2, note 3). On trouvera quelques autres détails sur 
ce personnage dans G. W. Watson, The ancient earls of Leicester, 
mémoire publié dans The Genealogist, année 1894. 

2. Cette ambassade est placée en avril 1204 par R. de Coggeshall (éd. 
Stevenson, p. 144). Pendant les mois d'avril et de mai le comte de Lei- 
cester et le Maréchal ne figurent comme témoins sur aucun acte royal. 
On verra à la note suivante que le Maréchal traita avec le roi de France 
dans la seconde quinzaine de mai. 



1204-5] NÉGOCIENT AVEC LE ROI DE FRANCE. 177 

virent que le roi de France l'avait ainsi résolu, ils prirent con- 
seil entre eux et décidèrent qu'ils lui offriraient une forte somme 
pour avoir répit jusqu'au jour où on saurait si la terre devait 
être perdue ou gardée. Ils vinrent donc au roi et lui don- 
nèrent chacun cinq cents marcs d^argent pour avoir terme 
jusqu'à un an et un jour, sous condition qu'ils lui feraient 
hommage*, si, dans Tannée, le roi Jean ne pouvait recouvrer 
la terre. Cette convention faite, ils revinrent en Angleterre. 
C'est alors que le roi de France mit le siège devant Rouen ^, 
sur la rive opposée, comme vous l'avez ouï et vu [12904]. 
Sire Pierre de Préaux, qui voulait rester loyal, manda au roi, 
en Angleterre, que, s'il ne secourait sa terre, il l'aurait bien- 
tôt perdue^. Qu'il sût bien que, de Bayeux à Anet\ il n'y avait 
château ni cité dont les habitants ne fussent convenus avec 
le roi de France de se rendre à lui dès quMl aurait pris 
Rouen. Cette ville perdue, il n'aurait plus rien en Normandie 
[12920]. 

Le roi eut vite pris son parti. Il fit sans retard convoquer son 
est pour aller droit à Portsmouth^. Mais beaucoup de ceux qui 
étaient appelés se firent attendre, alors qu'il n'y avait pas de 
temps à perdre. Tandis que le chien fait son affaire, le loup se 

t. L'engagement de Guillaume le Maréchal nous est parvenu. Il est 
publié dans les Layettes du Trésor des chartes sous le n" 715. M. Delisle 
{Catal. des actes de Ph.-Aug., n° 818) l'analyse ainsi : « 1204, du 15 au 
a 31 mai, Lisieux. — G. le Maréchal, comte de Pembroke, s'engage à 
c livrer à Philippe-Auguste le château d'Orbec ; il confiera à Osbert de 
f Rouvrai les châteaux de Longueville et de Meulers pour les remettre au 
« roi à la prochaine fête de Saint-Jean ; il donne cinq cents marcs d'ar- 
€ genl afin d'avoir un an de répit pour faire sa soumission. » Sur Osbert 
de Rouvrai, voy. ci-dessus, p. 90, n. 3. 

2. Philippe-Auguste tint le siège devant Rouen pendant une partie de 
mai et de juin; voy. Catal. des actes de Ph.-Aug.^ n" 819 à 831 ; cf. Ché- 
ruel, Hist. de Rouen pendant l'époque communale^ I, 87 et suiv. 

3. Le l"^ juin 1204, Pierre de Préaux s'engageait à rendre la ville au 
roi de France un mois plus tard, si, dans l'intervalle, le roi Jean ne l'avait 
pas secourue. L'acte est dans les Layettes du Trésor, n* 716 (Delisle, 
Catal. des actes de Ph.-Aug,, n* 827). 

4. Eure-et-Loir, arr. de Dreux. 

5. Jean séjourna à Portsmouth ou dans les environs (Winchester, Por- 
chester, Southwick, Southampton, etc.) du 5 au 22 mai 1204. 

III 12 



478 LE MARÉCHAL FAIT HOMMAGE AU ROI DE FRANCE. [1205 

sauvée Le roi de France prit possession de Rouen. Les choses 
en restèrent là jusqu'au carême. A ce moment le roi Jean 
envoya des messagers si secrètement que l'archevêque' ne 
sut rien du genre de paix qu'il projetait. Le Maréchal fut 
chargé du message avec Hugues de Wells [42945], qui alors 
portail le sceau du roi 3. H dit au roi : « Sire, je n'ai point 
« sûreté de paix, et le terme qui m'a été accordé pour ma terre 
« de Normandie va échoir. Si je ne fais hommage au roi [de 
« France], j'en soutTrirai grand dommage. Comment faire? » — 
Le roi répondit : « Je vous sais si loyal que vous ne pourriez, 
« à aucun prix, éloigner votre cœur de moi. Je veux bien que 
« vous lui fassiez hommage. Je ne veux pas faire que vous 
« n'ayez pas de quoi me servir, car je sais bien que plus vous 
« aurez de terre et mieux vous me servirez » [42966]. 

Les messagers trouvèrent le roi de France à Gompiègne* et 
s'acquittèrent de leur mission. Cette fois, le roi accepta leurs 
propositions et leur donna rendez-vous de ce jour en huit, à 
Anet, car il avait rassemblé son ost pour aller assiéger Caen. 
« Maréchal, » dit-il, « vous vous rappelez la convention faite 
« entre nous. Le terme approche. Vous pourriez avoir dommage 
a si avant vous ne me faites hommage. » Le Maréchal lui fit 
hommage sur-le-champ^. Puis ils se rendirent à Anet au jour 

1. C'est l'ancien proverbe : c Tandis que le chien cliie le loap se sauve » 
{Proverbes communs. Lyon, 1539). 

2. L'archevêque de Cantorbéry (voir plus bas). 

3. Hugues, archidiacre de Wells, est souvent qualifié par le roi de 
« clericus noster », et il fut sans doute plus d'une fois chargé de mis- 
sions. Ainsi, le 30 janvier 1204, le roi Jean ordonne aux barons de l'Échi- 
quier de rembourser à trois personnes dénommées dans l'acte une somme 
de 300 marcs par elles avancées à Hugues de Wells, t Hugoni de Wellis, 
« clerico nostro, transfretanti in Normanniam, in servicium nostrum » 
{Rot. lut. claus., I, 38 à). Il devint évéque de Lincoln en 1209. 

4. Le roi de France était à Corapiègne entre le 10 et le 30 avril 1205 
(Delisle, Gâtai., p. cvij). 

5. L'acte de cet hommage ne nous est pas parvenu. H doit être posté- 
rieur de moins d'un an à l'engagement du Maréchal mentionné ci-dessus 
(p. 177, n. 1), et par conséquent on peut le rapporter au commencement 
de l'année 1205. Or, entre le 13 février et le 31 mai 1205, le Maréchal 
ne figure comme témoin à aucun acte royal, le roi Jean étant alors en 
Angleterre. C'est donc dans cet intervalle, et probablement en mars ou 



1205] MÉCONTENTEMENT DU ROI JEAN. 179 

fixé^ Mais l'accord ne fut pas conclu, par suite d'une opposi- 
tion peu justifiée [12994], 

L'archevêque de Gantorbéry fut informé du message. Il fut 
irrité de ce que le roi avait agi sans son conseil, el il ne lui fal- 
lut pas longtemps pour détruire ce qui avait été fait. Il manda 
au comte de Boulogne^, par Raoul d'Ardene^, que les messa- 
gers n'avaient nulle qualité pour faire la paix. Le comte Renaut 
transmit la nouvelle au roi de France, qui, au lieu du rendez- 
vous, dit au Maréchal : « Maréchal, je m'étonne que vous 
a m'ayez fait des ouvertures, quand vous n'aviez aucun pou- 
ce voir pour traiter de la paix. » Ainsi furent rompues les négo- 
ciations. Les messagers revinrent en Angleterre tout déconfits. 
Le roi, cependant, alla mettre le siège devant Gaen '*. Raoul dWr- 
dene, de son côté, prit les devants et arriva avant eux auprès 
du roi d^ Angleterre. 11 lui dit que ses messagers avaient mal 
agi à son égard et que le Maréchal avait fait hommage et juré 
fidélité au roi de France contre lui [13038]. 

Voyez quelle indignité! Celui qui avait, par sa trahison, 
empêché la paix, s'arrangea de telle sorte que le roi le crut, 
tandis que ceux qui auraient fait la paix, sll ne les en avait 
empêchés, n^obtinrent aucune créance. Quand les messagers 
revinrent, le roi leur fit mauvaise mine à tort, car, s'ils 
avaient échoué dans leur mission, ce n'était point leur faute. 
Le roi dit au Maréchal : « Je sais que vous avez fait hom- 
« mage lige au roi de France contre moi et à mon désavan- 
« lage. — Sire, » répondit le Maréchal, « qui vous a dit telles 
« paroles en a menti. Je n^ai rien fait contre vous^ et ce que j'ai 
« fait, je l'ai fait par voire congé : vous-même m'avez dit de 
a faire hommage au roi de France plutôt que de perdre ma 

avril, que le Maréchal fit hommage au roi de France. On a vu à la note 
précédente que ce dernier était à Cornpiègne en avril. 

1. La présence de Philippe-Auguste à Anet est constatée à une époque 
comprise entre le 10 avril et le 31 octobre (Delisle, Catal., p. cvij). 

2. Renaut de Dammarlin (voy. plus haut, p. 105, note 7). 

3. Sur ce personnage, voy. plus haut, p. 158, note 5. 

4. Cette indication paraît être hors de son lieu, car la prise de Caen est 
antérieure à la capitulation de Rouen, qui eut lieu à la fin de juin 1201 
(Rigord, g 142; G. Le Breton, Cliron., g 130; Phil., VIII, 22; R. de Cog- 
geshall, p. Kjô). 



480 LE MARÉCHAL REFUSE D'ACCOMPAGNER [1205 

« terre. — Par Dieu, » reprit le roi, « il n'en est rien. Je 
o vous en donne le démenti et je veux en avoir jugement de 
a mes barons. — Je ne refuse pas le jugement, sire; au con- 
Œ traire, je le désire, car je ne fus onques déloyal, et c^est mal 
« se défendre que de décliner un jugement loyal. » Par suite, 
le Maréchal fut longtemps mal vu du roi, sans avoir rien fait 
pour le mériter [13090]. 

Peu après, le roi fit convoquer son armée. Ses hommes se 
rassemblèrent à Portsmouth pour aller en Poitou ^ L'archevêque 
[de Gantorbéry] se réjouit de voir la mine que le roi faisait au 
Maréchal, car il était jaloux de lui. Il advint un jour que le roi, 
accompagné d'une suite nombreuse, se rendit au havre et s^as- 
sit devant la grande mer 2. Puis il fît venir le Maréchal et lui 
demanda pourquoi il avait fait alliance contre lui avec le roi de 
France. Le xMaréchal fit la même réponse que devant, et le roi 
lui infligea le même démenti. Le Maréchal ôta son chapeau et 
dit : « Sire, je vous dis encore que j'ai agi avec voire permis- 
« sion. » — Et le roi dit : « Je vous en donne le démenti ; mais 
a je prendrai encore patience ; vous viendrez avec moi en Poi- 
« tou, c'est ma volonté, pour reconquérir mon héritage contre 
a le roi de France, à qui vous fîtes hommage. — Ah ! sire, » 
s'écria le Maréchal, « grâce pour Dieu ! ce serait mal, puisque 
a je suis son homme. — Or, entendez, seigneurs, » dit le roi, 
« voilà une parole qu'il ne démentira pas. Vous voyez se décou- 
a vrir son œuvre, puisqu'il dit qu'il est homme du roi de France 
a et qu'il ne me suivra pas! — Sire, je ne fus jamais faux-, 
« et il n'y a si vaillant homme en votre terre contre qui je ne 
« sois prêt à me défendre, s'il voulait prouver que j'aie jamais 
a mal agi envers vous. — Par les dents de Dieu ! ce que vous 
« dites ne signifie rien. Je veux un jugement rendu par mes 



1. Au commeacement de juin 1205. Pendant les quinze premiers jours 
de ce mois, le roi séjourna soit à Portsmoulh, soit dans les environs. 
Mathieu de Paris {Chron. maj., II, 494) place la préparation de l'expédi- 
tion projetée (mais non accomplie) vers les ides de juillet. Sir Th. D. 
Hardy propose avec raison de substituer juin à juillet (RoL litt. pat.., 
I, xlvj). 

2. Le poète ne savait pas qu'à Portsmouth on ne peut avoir devant soi 
la grande mer, dont on est séparé par Plie de Wight. 



1205J LE ROI JEAN EN POITOU. 181 

a barons. — Je ne refuse pas et n'ai jamais refusé le jugement; 
a je suis prêt à Pentendre. » Alors il releva la tête, et, mettant 
son doigt à son front, il dit : « Seigneurs, regardez-moi. Je 
a suis pour vous tous un exemple. Faites attention au roi : ce 
a qu'il pense faire de moi, il vous le fera à tous, et pis encore s'il 
a le peut » [^13474]. Le roi s'irrita de plus en plus et jura qu'il 
voulait avoir jugement des barons présents. Ceux-ci se regar- 
dèrent les uns les autres et se retirèrent en arrière. « C'est 
« assez, » dit le roi. « Par les dents de Dieu! je vois bien 
« qu'aucun de mes barons n'est avec moi. Je sais à quoi m'en 
« tenir. Je m'entretiendrai en particulier de cette trahison avec 
a mes bacheliers^ » [^3^90]. 

Le roi s'éloigna et se tint à part. Le Maréchal, affligé, se leva 
pour prendre conseil au sujet de cette affaire. Mais je vous dis 
en vérité qu'il n'y eut baron assez hardi pour venir lui parler, 
sauf Henri Fils Gerout^ et Jean d'Erlée. Le roi le remarqua et 
dit : a Les choses vont à mon gré. Voilà le Maréchal richement 
« accompagné! De tous ceux qu'il avait coutume d'avoir à son 
« conseil », il n'a plus que Henri Fils Gerout et Jean le 
a Rogneux"*. Maintenant, seigneurs bacheliers, dites-moi, sans 
« tarder, votre avis sur cette affaire. » H y en eut qui dirent : 
« Comment un homme qui refuse en pareille circonstance de 
« venir avec vous peut-il encore tenir terre de vous? Nous 
a disons quMl ne le peut pas. l\ n'y a pas d'excuse possible. » 
Et Jean de Bassingbourn^ [-13229] dit : « Quiconque fait défaut 
« à son seigneur ne peut plus tenir terre. » Alors le bon Bau- 

1 . Les c bachelers » du roi étaient des jeunes gens non encore parve- 
nus à la dignité de chevalier, n'ayant point de terres, étant par consé- 
quent bien plus dans la dépendance du roi que ses barons. Il n'y a 
aucun moyen de rendre cette signification en français moderne; c'est 
pourquoi je conserve le mot du texte en lui donnant la forme actuelle. 

2. Henri Fils Gerout était un des chevaliers du roi. Il figure comme 
témoin en des actes de 1200, 1212 {liot. chart., I, 39 o, 186 a, 188 a). Il 
accompagna le roi dans son expédition d'Irlande en 1210 [Rotuli de libé- 
rale, 184, 187, 203, 217, 226). C'était l'un des fidèles du Maréchal qui 
l'eut auprès de lui à ses derniers moments (v. 17916). 

3. « Conseil » veut dire entretien privé. 
\. Jean d'Erlée. 

5. Bassingboum, comté de Cambridge. C'est à lui que le roi Jean confia 



182 JEAN EXIGE EN OTAGE LE FILS AÎNÉ DU MARÉCHAL. [1205 

douin* dit une parole qui agréa au plus grand nombre : a Tai- 
« sez-vous, sire sans héritage^. Il n'apparlienl ni à vous ni à 
« moi de juger en cour un chevalier de la valeur du Maréchal. 
« Il n'y a en lout ce champ homme assez hardi pour prouver' 
« quMl ait forfait envers le roi » [-13244]. 

Quand le roi vit qu'il ne pouvait faire la preuve ni par baron 
ni par bachelier'*, il se leva et alla se mettre à table. 11 réfléchit 
ensuite aux moyens de nuire au Maréchal. Il essaya de trouver 
un homme qui consentît à le déûer, mais personne n'osa s'y 
risquer [^3256]. 

Il y eut divers pourparlers dans lesquels l'archevêque s'op- 
posa énergiquement à l'expédition ^. Puis, quand le roi vit que, 
malgré tous ses efforts, il ne pouvait nuire au Maréchal, il recom- 
mença à lui faire bonne mine, comme s'il n'eût point de ran- 
cune. Mais toutefois il voulut avoir en otage son fils aîné*. Le 

en 1207 la garde du château de Corfe {Rot. Utt. pat., I, 74 a) et en 1212 
celle du château de Hertford [ihid.j 94 h), etc. Il existe d'assez nom- 
breuses lettres du roi Jean concernant ce personnage qu'on voit figurer 
comme témoin dans les actes royaux depuis 1205 [Rot. chart.., 150 a); 
Rog. de Wendover (II, 60; cf. Math, de Paris, Chron. maj., II, 533) le 
mentionne avec Roger de Gaugi (ci-dessus, p. 43, note 2) et Gérard 
d'Athée (ci-après, p. 188, note 4) parmi les conseillers les plus funestes 
{nequissimos) du roi Jean. 

1. Baudouin de Béthune, comte d'Aumale; cf. p. 54, note 3. 

2. Traduit d'après la correction proposée en note (v. 13237). 

3. Par le duel. 

4. C'est-à-dire ni par le jugement de la cour des barons ni par le duel. 

5. Cf. Rog. de Wendover (II, 9-10) : € Eodem anno 1205 circa Pente- 
t costen, rex Johannes congregavit exercitum grandem, quasi mare tran- 
« siturus, et, prohibente sibi Cantuareni archiepiscopo et aliis muUis, 
« apud Portesmuthe navium multitudinem copiosam coadunarî fecit; 
c deinde rex cum parvo comitatu, idibus julii, naves ascendit, et velis 
« patentibus Neptuno se committens, mutato consilio, die tertio apud 
a Stodlandt juxtaWarrham(Trarc/ia»i, Dorset) applicuit. Reversus autem 
c rex cepit de comitibus, baronibus, militibus et viris religiosis pecuniam 
( infinitam, occasiones pretendens quod nollent ipsum sequi ad partes 
« transmarinas, ut hœreditatem amissam recuperaret. » Nous savons 
d'ailleurs, par Raoul de Coggeshall (éd. Stevenson, p. 152), que Guillaume 
le Maréchal s'unit à l'archevêque de Cantorbéry pour dissuader Jean de 
son expédition. 

6. Guillaume, celui qui succéda aux titres et dignités de son père. Il 
paraît n'avoir été délivré qu'en août 1212 {Rot. lUt. pat., I, 94 b). 



1206] EXPEDITION DU ROI EN POITOU. 183 

Maréchal, qui n'avait aucune mauvaise intention, y consentit. 
Gomme dit le proverbe : « Qui son doigt lie sain, sain le délie ^ » 
[43278]. 

L'année suivante^, à la Pentecôte ^, le roi s'occupa activement 
de réunir une grande ost à Portsmouth. Il n'y séjourna que 
peu de temps et passa en Poitou'', laissant sa terre en garde à 
ses meilleurs chevaliers, parmi lesquels était le Maréchal, sur 
la loyauté de qui il pouvait compter [^3294]. 

En Poitou, il eut cette fois des succès, car il y reconquit 
nombre de châteaux, de bourgs, de lieux fortifiés, et leva des 
contributions^. A la Saint-Michel^ il revint, fut bien accueilli 
des siens et pendant longtemps parcourut toute l'Angleterre,, se 
livrant à la chasse dans ses grandes forêts^. Il arriva ensuite 
que le Maréchal lui demanda congé d'aller en Irlande, en ses 
vastes terres qu'il n'avait jamais vues^. Le roi n'y consentit 
qu'à regret; maintes fois déjà le Maréchal le lui avait demandé, 
et toujours le roi avait refusé [43320]. 

1. Cf. Le Roux de Lincy, Livre des proverbes, II, 407. 

2. Le poète passe sous silence les événements de la (in de l'année 1205 
et des premiers mois de 1206. A la date du 30 novembre 1205, le Maré- 
chal fut chargé avec l'évéque de Durham et plusieurs autres personnages 
d'accompaî^ner le roi d'Ecosse Guillaume, se rendant avec sauf-conduit 
à York pour avoir une entrevue avec le roi {Rot. liti. pat., 1, 56). 

3. En 1206, la Pentecôte tomba le 21 mai. 

4. Le roi séjourna en Hampshire, à Porchester, à Winchester, à Sou- 
thamptOD, à Bishopsloke, etc., du 8 au 28 mai 1206. Puis il se ren- 
dit dans l'île de Wight, et, le l" juin, s'embarqua à Yarmoulh pour la 
Rochelle, où sa présence est «ignalée le 8 et le 9 du même mois. II par- 
courut la Saintonge, le Poitou, l'Anjou jusqu'au 25 novembre, date où il 
était dans l'île de Sein; le 13 décembre suivant, il était à Beer-Regis, en 
Dorset. 

5. Cf. VHist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 108. 

6. 29 septembre; mais cette date n'est pas exacte; voy. ci-dessus la 
note 4. 

7. C'est ce que confirme VIHst. des ducs de Normandie et des rois 
d'Angleterre : « Or oies quel vie li rois Jebans mena, puis (jue il fu 
a repairiés en Angleterre. Toute s'enlente torna a déduire son cors : bois 
« et rivières antoit et moult l'en plaisoit li déduis » (éd. de la Soc. de 
l'hist. de France, p. 109). 

8. Ce n'est pas sûr. C'est en l'an 1200 que le Maréchal fonda l'abbaye 
de Tintern, sur la ccMe d'Irlande, dans le comté de Wcxford. Or, celle 



184 DÉPART DU MARÉCHAL POUR L'IRLANDE. [1206-7 

Entrelanl le roi éprouva une perte dont il ne sentit pas tout 
d'abord la gravité. L'archevêque [de Gantorbéry] mourut et 
aussi le bon comte de Leicester *. Vers le même temps, le Maré- 
chal maria sa fllie avec Hugues, fils du comte Roger Bigot*. Ce 
fut un mariage dont les deux familles eurent lieu de se réjouir 
[13348]. 

Vers le carême, après avoir marié sa fille, le Maréchal se 
dirigea vers l'Irlande^. Quand le roi vit qu'il parlait, il se 
repentit de lui avoir permis d'aller en Irlande. Il se mit à cher- 
cher comment il pourrait l'en empêcher. Il donna ordre à Tho- 
mas de Samford^ d'aller le trouver et de lui demander son 
second fils à titre d'otage. Thomas rejoignit le Maréchal à Stri- 
guiP [13371] et lui exposa son message. Le Maréchal prit 
conseil avec la comtesse et avec ses barons, qui l'engagèrent à 



abbaye, appelée aussi Monasterium de Voto, fut fondée en exécution 
d'un vœu que le Maréchal avait fait pendant une tempête, dans le pas- 
sage d'Angleterre en Irlande {Annales d'Irlande, à l'année 1200, dans 
les Chartularies of Si Mary's Abbey, Dublin, II, 308). 

1. Ces événenments sont placés un peu trop tard, car Hubert Gautier, 
archevêque de Cantorbéry, mourut le 29 juin 1205, et Robert de Leices- 
ter plus tôt encore, le 20 octobre 1204; voy. ci-dessus, p. 176, note 1. 

2. Mathilde, ou Maheut, fille aînée du Maréchal, épousa en premières 
noces Hugues Bigot, comte de Norfolk (f 1225), et, en secondes, Jean 
de Varenne, comte de Surrey. 

3. Il alla d'abord, comme on va le voir, à Striguil. L'époque de son 
départ de la cour du roi pourrait être fixée exactement en notant le 
moment où il cesse de paraître comme témoin dans les chartes royales. 
Malheureusement, le rôle des chartes de la huitième année de Jean (de 
l'Ascension 1206 à l'Ascension 1207) est perdu. Le 19 février 1207, le roi 
accorda des lettres de protection au Maréchal « quamdiu fuerit in Hiber- 
nia per licentiam nostram » (Rot. litt. pat., I, 69 a). Henri Huesé (ci-des- 
sous, p. 186) et Jean d'Erlée, qui accompagnaient le Maréchal, reçurent 
des lettres patentes dans la même forme. 

4. Thomas de Samford (il y a en Angleterre plusieurs lieux du nom de 
Samford ou Sampford) figure, comme témoin ou comme chargé de diverses 
missions, en un très grand nombre d'actes du roi Jean; voy. notamment 
les tables des Botuli chartarum et des Roiuli litterarum patentium. Il 
paraît à diverses reprises dans la suite du poème. Il était, très proba- 
blement, frère de Hugues de Samford mentionné plus haut; voy. p. 120, 
note 2. 

5. Voy. p. 100, note 3. 



1207] LE ROI LE RAPPELLE EN ANGLETERRE. 185 

ne point envoyer son fils. Le Maréchal fut d'un avis contraire, 
et, prenant Thomas par la main, il lui dit : « Sire, j'enverrai 
a de bon gré tous mes enfants au roi s'il le désire. Mais, pour 
« Pamour de Dieu, qu'a-t-il contre moi? » Sire Thomas répon- 
dit que le roi ne désirait rien tant que l'empêcher d'aller en 
Irlande, et qu'il ne lui en avait donné la permission qu'à 
contre-cœur. — « Par Dieu ! » dit le Maréchal, « bon gré mal 
a gré, j'irai en Irlande, puisqu'il m'en a donné la permission. » 
Et, dès le lendemain, ayant envoyé au roi son fils Richard, il 
s'embarqua [13420]. Quand il fut en sa terre, la plupart de ses 
hommes l'accueillirent à grand honneur, mais il y eut tels qui 
furent affligés de sa venue. En ce temps, l'office de justice royal 
d'Irlande était tenu par Meilier\ l'un de ses hommes; celui-là 
fut très contrarié de la venue de son seigneur. Il manda au roi 
que, s'il permettait au Maréchal de résider longtemps en Irlande, 
ce serait à son détriment. Le roi envoya au Maréchal l'ordre de 
venir en Angleterre et d'amener avec lui Meilier [13446]. 

Le Maréchal prit sur cette affaire le conseil de ses hommes, 
qui lui firent part de leurs craintes. Ils pensaient que le roi le 
mandait pour son mal plutôt que pour son bien. Le Maréchal 
était bien convaincu que, lui parti, il y aurait discorde et guerre 
entre ses gens. Il confia à Jourdain de Sauqueville ^ la garde 

1. Meilier (dans les documents latins MeUerius, Meilerus, Maylerus filius 
Henrici) était le flls d'un certain c Henricus filius Régis, » dont la mère 
était Nesta, fille de Rhys ab Tewdur, prince de la Galle du Sud, et dont 
le père était le roi Henri P' (Giraud de Barri, Opéra, I, 58; cf. V, 
c et cj). Il fut au nombre des aventuriers normands ou anglais qui, en 
1169, s'établirent de vive force en Irlande. Giraud de Barri le représente 
comme un homme brave et entreprenant, mais ambitieux et cherchant à 
se faire valoir {Expugn. Hib., I, iv). Il est, i\ maintes reprises, célébré 
pour sa vaillance dans le poème de Dermot (éd. Orpen, vv. 765, 1945-8, 
2001-4, 3424 et suiv.). Il fut nommé grand juge d'Irlande vers octobre 1200 
{Hot. chart., I, 98 6/ Calendar of doc. rel. to Ireland, n" 133) et resta 
en fondions jusqu'en 1208. Il mourut en 1220 (Orpen, note sur le v. 447 
du Song of Dermot). On n'avait jusqu'à présent aucune information sur 
sa lutte contre le Maréchal. 

2. Ce chevalier tirait" son nom de Sauqueville (cant. d'Offranville, arr. 
de Dieppe). Il y avait un cha|)itre dans lequel, selon un acte de 1201, 
émané de Gautier, archevêque de Rouen, Jourdain de Sau(|uevillc avait 
fondé deux prébendes (Toussaints Duplessis, Description de la Haute- 



186 LE MARÉCHAL LAISSE SA TERRE ET SA FEMME [1207 

d'une grande partie de sa terre, depuis le Pas de Baligauran* 
jusqu'à Dublin [4347^]. Puis il chargea Jean d'Erlée de lui 
garder Ocancelei ' et Ossory ^. Jean d'Erlée s'excusa, disant que 
c^était trop pour lui, mais qu'il aiderait de tout son pouvoir 
celui à qui celte baillie serait confiée. « Vous la prendrez, » dit 
le Maréchal, « et je laisserai avec vous Etienne d'Évreux, mon 
« cousin \ Je vous laisserai Reinfrei Fils Paien* et sept des che- 
« valiers que j'ai amenés, car je n'emmènerai avec moi que le 
« seul Henri Huesé®. Je vous commande d'agir en toutes choses 
« selon le conseil de Gaufrei Fils Robert^ , de Gautier Porcel ^ et de 

Normandie, I, 167). Il paraît s'être établi en Irlande vers la fin du xii* s., 
et y construisit un château, près de Carlingford, comté de Louth, où 
le roi Jean séjourna le 12 juillet 1210. En 1211, le roi Jean lui accorda le 
droit d'établir un marché à Sauqueville {Rot. chatt., I, 91 b). Plusieurs 
actes le concernant et compris entre les années 1210 et 1221 sont analy- 
sés dans le Calendar of doc. rel. to Ireland, I (1875); voy. la table de 
cet ouvrage. Il figure comme témoin en plusieurs des actes que le Mare- 
chai passa en Irlande. 

1. Baligauran est actuellement Gowran, chef- lieu d'une ancienne 
baronnie dans le comté de Kilkennî; voy. une note de M. Orpen, The 
Sang of Dermot, p. 328. 

2. La province appelée dans le poème sur la conquête de l'Irlande 
Okencelath {The Song of Dermot, éd. by G. H. Orpen, vv. 886, 1742, 
1785, etc.), en ancien irlandais Ui Ceinnsealaigh. C'était une contrée de 
l'Irlande qui comprenait tout le comté de Wexford et une partie des 
comtés de Wicklow et de Carlow ; voy. the Song of Dermot, p. 327. 

3. Ancienne division de l'Irlande correspondant au comté de Kilkenni 
et à une partie du Queen's County. 

4. Etienne d'Évreux était neveu d'Etienne de Longchamp (Rot. chart., 
1, 156 a; Stapleton, Magni rot. scacc. Norm., II, cxiv). Il avait des 
biens en Angleterre, dans le comté de Hereford {Rot. litt. pat., I, 91 a, 
147 b; Rot. litt. clam., 294, 346 b), et en Irlande, dans le comté de Wex- 
ford (Chartularies ofSt Mary's Abbey, Dublin, II, 183). Il figure comme 
témoin en plusieurs actes passés en Irlande {ibid., II, 174-7). 

5. Je ne trouve pas ce nom dans les documents du temps. Peut-être 
faut-il lire Raoul, comme au v. 13749. 

6. L'un de ceux qui avaient accompagné le Maréchal en Irlande ; voy. 
p. 184, n. 3. Son nom est écrit dans les documents tantôt Hose {Rot. de 
obi., p. 167), Untùt Huese {ibid., p. 500). 

7. Il était établi en Irlande depuis 1199 au moins {Calendar of doc. 
rel. to Ireland, n- 103, 179, 226, 287). On le voit figurer parmi les 
témoins de diverses chartes du Maréchal passées en Irlande. 

8. Témoin à divers actes émanant du Maréchal, par exemple à l'acte de 



1207] EN GARDE A SES HOMMES. 187 

a Thomas^ Fils Antoine [13510]. Maillard, mon porte-enseigne, 
a restera aussi. » Jean d'Erlée lui conseilla de prendre otages de 
ses barons. Mais le Maréchal s'y refusa énergiquement. 11 convo- 
qua ses hommes, qui s'empressèrent de répondre à son appel. Au 
jour dit, ils s'assemblèrent à Kilkenni [13529]. Le Maréchal leur 
dit : a Seigneurs, voici la comtesse, que je vous amène par la 
a main, la fille du comte qui vous a tous fieffés lorsqu'il eut 
a conquis la terre ^. Elle reste parmi vous enceinte. Jusqu'à 
tt tant que Dieu me ramène, je vous prie tous de la garder fîdè- 
a lement, car c'est votre dame, et je n'ai rien de la terre sinon 
« par elle. » Ils lui promirent de le bien faire, mais il y eut tels 
qui manquèrent à leur parole [13548]. 

Le comte prit congé de ses hommes. Il se hâta de passer le 
bras de mer. Il'aborda le jour de la Saint-Michel-^ et se hâta de se 
rendre en Angleterre ^ Meilier, homme sans foi, traversa de son 
côté, mais avant de partir il commanda à ses gens de faire tout 
le mal possible à la terre du Maréchal, aussitôt après son 
départ. Ainsi firent-ils la semaine qui suivit la fète^. Le premier 
dimanche, ils incendièrent les granges du comte à la Nouvelle 
ville® et tuèrent vingt de ses hommes. Puis ils poussèrent le 
butin devant eux. C'est ainsi que commença la guerre [13574]. 

Cependant le Maréchal, qui ne connaissait encore rien de la 
trahison préparée par Meilier, se présenta au roi, et Meilier fit 



fondation du monastère de Dowiskyr, vers 1212 (Gilbert, Facsimiles of 
national mss. of Ireland, II, pi. lxix). On le retrouve plus tard séné- 
chal de Leicester [Calendar of doc. rel. to Ireland, n* 873). 

1. Le ms. porte Tonin, mais c'est une erreur. H ne peut être question 
que de Thomas Fils Antoine, qui possédait en Irlande des biens consi- 
dérables, et à qui, en 1215, le roi conlia la garde du comté de Waterford 
et de plusieurs châteaux (Calendar of doc. rel. to Ireland, n* 576). 11 
mourut au commencement de l'année 1229 {ibid., n» 1689). 

2. Richard de Clare, comte de Pembroke (ci-dessus, p. 100, note 3, et 
p. 120, note 4). 

3. 29 septembre. 

4. 11 avait abordé en Galles, d'où il se rendit en Angleterre. 

5. La Saint-Michel. 

6. Newtown-Barry, comté de Wexford. Il y a plusieurs autres localités 
appelées Newlown en Irlande, deux notamment en Meath, mais il est 
plus probable qu'il s'agit de Newtown-Barry. 



188 LE MARÉCHAL SE PRÉSENTE AU ROL [1207-8 

de même*. Le roi fit bonne mine à celui-ci, et mauvaise au 
MaréchaP. C'est en ce temps que Guillaume de Briouze*, 
jusque-là très bien vu du roi, eut une brouille avec lui. Un 
jour, après dîner, le roi se trouvait en sa chambre avec Girard 
d'Athée*, Meilier et ses principaux conseillers. On en vint à 

1. Meilier était à la cour du roi, en Angleterre, du 8 au U novembre 1207, 
car il est témoin à divers actes royaux passés le 8, le 12 et le 14 de ce 
mois {Rot. m. pat., I, 77 a; Rot. chart., I, 171 b, 172 a, 173 a, 174 a), 
mais il ne figure en celte qualité dans aucun acte postérieur. Antérieure- 
ment, pour le trouver comme témoin, il faut remonter à l'an 1200. 

2. Le Maréchal n'arriva probablement à la cour du roi qu'après Meilier, 
car c'est au 25 janvier 1208, à Guildford, qu'il parait pour la première 
fois comme témoin d'un acte royal {Rot. chart., I, 175 a). Il est témoin 
ensuite à des actes du 12 février et du 7 au 19 mars de la même année 
{ibid., 175 b, 176 a, 178 a). Puis on ne le voit plus reparaître de l'année. 
Quant aux années suivantes, on sait que les rôles des années 11, 12, 13 
de Jean sont perdus. Entre le 25 janvier et le 12 mars se place un acte 
important pour l'histoire du Maréchal. C'est une lettre close du roi à 
Meilier (7 mars) pour annoncer à celui-ci que, le 5 mars, Guillaume le Maré- 
chal s'est présenté à lui spontanément, à Bristol, disposé à se soumettre 
à sa volonté. En conséquence, le roi invite Meilier à maintenir la paix et 
à s'opposer à toutes incursions qui pourraient être faites sur les terres 
du comte Maréchal {Rot. litt. clans., I, 105; Calendar of doc. rel. to 
Ireland, n» 375). 

3. Briouze-Saint-Gervais , Orne, arr. d'Argentan. Il était beau-frère 
d'Adam du Port, dont une fille avait épousé Jean le Maréchal, frère de 
Guillaume le Maréchal (ci-dessus, p. 132, note 6). Il avait marié sa fille 
Marguerite à Gautier de Laci, qui avait des terres considérables en 
Irlande (Stapleton, Magni rot. scacc. Norm., II, Ixx; et ci -après, 
v. 14180-3). La persécution que lui fit endurer Jean sera plus loin l'objet 
d'une note (v. 14156). Actuellement, il ne s'agit que de déterminer le 
moment où la rupture éclata. Ce dut être à la fin de décembre 1207 ou 
au début de l'année 1208, car il figure pour la dernière fois comme 
témoin à un acte royal dans une charte donnée à Windsor le 26 dé- 
cembre 1207 {Rot. chart., I, 175 a). 

4. Girard d'Athée {d'AtieSy dans notre poème, de Athées ou de Aihiis 
dans les documents latins) était, en 1201, lieutenant de Robert de Turn- 
ham, sénéchal d'Anjou {Cart. de l'abbaye de VUleloin, Bibl. nat., 
lat. 17129, p. 22; cf. Bibl. de l'Éc. des chartes, XXXII, 120-1). Il fut 
nommé sénéchal de Tours le 24 août 1202 {Rot. litt. pat., I, 17 a). Le 
30 mars 1203 il reçut la garde du château de la Guierche {ibid., 27 a). Il 
défendit Loches, en 1205, contre le roi de France, y fut pris et dut payer 
une rançon considérable (G. Le Breton, Chron.., '^, 134; Fhil., VIII, 



1208] IL EST TRAHI PAR MEILIER, JUGE D'IRLANDE. 189 

parler du Maréchal et de Guillaume de Briouze, qui étaient liés 
d'amitié [-13598]. Meilier se mit en avant et dit que, si le roi lui 
permettait de retourner en Irlande, il se faisait fort de les lui 
rendre prisonniers l'un et l'autre à Londres. 11 lui demandait 
seulement d'appeler en Angleterre tous ceux qui tenaient terre 
de lui. Le roi donna aussitôt ordre à son chancelier d'expédier 
à tous ses hommes d'Irlande, et nommément à Jean d'Erlée, à 
Etienne d'Évreux et à Jean de Sauqueville, des lettres portant 
commandement de venir à lui dans les quinze jours suivant la 
réception des dites lettres, sous peine de perdre leurs terres 
d'Angleterre ^ [13654]. 

Les lettres furent scellées et remises à Thomas Blouet^. Puis 
itfeilier prit congé du roi pour s'en aller en Irlande. Le Maréchal 
l'apprit. Il vint au roi et lui demanda la permission de partir. 
Le roi refusa. Meilier eut bon vent; il passa heureusement, et il 
se trouva que, de la Saint-Michel à la Chandeleur, aucune nef, 

418-34; R. de Coggeshali, éd. Stevenson, p. 146 et 152). Au mois de mai 
1206, le roi Jean agissait, par l'intermédiaire du Temple, en vue de sa 
délivrance {Rot. litt. pat., I, 65 a). Il reçut la garde du château de Glou- 
cester le 5 janvier 1208 {ibid., 78 b), la garde de l'évéché de Balh le 
18 mars suivant {ibid., 80 a). I^ même année, le 23 mai, il fut nommé 
shérif de Hereford {ibid., 83 b). Le 21 septembre, il fut autorisé par le 
roi à conclure avec les hommes de Guillaume de Briouze une conven- 
tion par laquelle ceux-ci, abandonnant le service de leur seigneur, 
devinrent hommes du roi {ibid., 86 b). Serviteur dévoué de Jean, il 
paraît s'être attiré l'inimitié des barons anglais. Dans les Capitula pré- 
sentés par eux au roi le 15 juin 1215 et acceptés par celui-ci se lit un 
article ainsi conçu : « Ut rex amoveat penitus de balliva parentes et 
f totam sequelam Gerardi de Atyes, quod de cetero bailliam non habeant » 
(art. 40 ; Stubbs, Select charters, p. 294 ; Bémont, Charles des libertés 
anglaises, p. 20). — Ce Girard tirait son surnom d'Athée, cant. de Bléré, 
arr. de Tours, et était de basse extraction au témoignage de Guillaume 
Le Breton : 

Servus et a servis oriundus utroque parente, 
Cul satis obscurus ortum dédit Athia pagus. 

{Phil., VIII, 419-20.) 

1. On ne trouve nulle part trace de ces lettres. 

2. Chevalier qui figure de 1209 à 1227 en plusieurs documents relatifs 
à l'Irlande {Calendar of doc. rel. to Ireland, n" 392, 403, 422, 4^18, 452, 
1303, 1367, 1504). Sa sœur avait épousé Dermot Magarthy, roi de Cork 
{ibid., n- 766). 



190 MBILIER RETOURNE EN IRLANDE. [1208 

sauf la sienne, ne réussit à faire la traversée '. C'est ainsi que 
les mauvais sont parfois plus favorisés que les bons. A son 
arrivée, Meiiier trouva la terre en tout autre état que ce qu'il 
attendait et apprit avec honte que plusieurs de ses chevaliers 
étaient en prison par leur méfait [43692]. 

Alors Meiiier réunit en parlement les hommes du comte*. Là 
Thomas Blonet leur bailla à chacun les lettres du roi. Lors- 
qu'elles eurent été lues, ils se tirèrent à part et, les ayant fait 
relire, ils demeurèrent convaincus que le roi cherchait à déshé- 
riter leur seigneur. Ils prirent alors conseil entre eux et, sur 
l'avis de Jean d'Erlée et d'Etienne d'Évreux, ils décidèrent 
qu'ils resteraient en Irlande pour défendre la terre du comte 
Maréchal. Jourdain de Sauqueville proposa d'avertir le comte 
d'Ulster^ et Raoul Fils Paien^ [43749], et de leur demander 
leur concours en faveur du Maréchal. Ces résolutions prises, 
les uns et les autres se retirèrent du parlement le mieux qu'ils 
purent. Quand Thomas Blouet leur demanda ce qu'ils avaient 
l'intention de faire au sujet du mandement royal, ils répondirent 
qu'ils feraient pour le mieux [43762]. 

Ensuite ils chargèrent Jourdain de Sauqueville d'aller deman- 
der au comte d'Ulster son appui. Jourdain y alla, et le comte 
s'empressa de venir, conduisant soixante-cinq chevaliers, deux 

1. On a Yu plus haut (p. 188) que Meiiier était à la cour du roi du 8 
au 14 novembre 1207. Il dut quitter l'Angleterre vers le temps où le 
Maréchal se présentait au roi, c'est-à-dire en janvier 1208, en tout cas, 
comme on vient de le voir, avant la Chandeleur (2 février). 

2. La désignation plus ou moins précise du lieu est donnée dans le 
texte (v. 13697), mais le passage est corrompu. 

3. Weluestire, v. 13748, en rime avec dire. Dans le poème de la con- 
quête de l'Irlande, c'est Uluestere, Uuluestere {The Song of Dermot, 
éd. Orpen, vv. 1756, 2733). Le comte ici désigné est Hugues de Laci, 
comte d'Ulster depuis 1204, par don royal, après que Jean de Courci, son 
prédécesseur, eut été pris en trahison et livré au roi d'Angleterre (Rog. 
de Howden, IV, 176; Annales d'Irlande y dans Chartularies of St 
Mary' s Abbey, II, 308-9). 

4. Ce personnage est vraisemblablement le même que le Reinfrei Fils 
Paien mentionné plus haut, v. 13496. < Radulfus Filius Pain » figure 
comme témoin dans une charte de Guillaume le Maréchal (OAartu- 
laries of St Mary' s Abbey, II, 139). Dans ie même acte paraît un « Roge- 
rius Filius Pain. > 



1208] LE MARÉCHAL FORCÉ DE RESTER EN ANGLETERRE. 191 

cents sergents et mille hommes de pied. Je ne veux pas racon- 
ter leurs exploits : qu'il suffise de dire qu'ils firent à Meilier ce 
que celui-ci aurait voulu faire au Maréchal, car ils dévastèrent 
ses terres [13786]. 

Le Maréchal cependant parcourait l'Angleterre en tous les sens 
à la suite du roi Ml ne savait rien du tort que Meilier lui causait, 
ni le roi non plus. Le roi lui faisait très mauvaise mine, à 
l'étonnement de toute la cour, et par suite personne n'osait 
lui parler. Un jour, le roi sortait de Guildford^; il appela à 
lui le Maréchal qui marchait à sa suite et lui dit : « Maréchal, 
a avez- vous de bonnes nouvelles d'Irlande? — Non, sire, » 
répondit le Maréchal. — « Je vous en donnerai, » reprit le roi 
en riant. « La comtesse était à Kilkenni [13810]. Jean d'Erlée 
« sortit, au bruit d'une mêlée, avec Etienne d'Évreux et tous 
a les chevaliers de la garnison, de sorte qu'il n'y resta que des 
« sergents. Lorsqu'ils se furent éloignés d'environ deux lieues, 
« Meilier survint et assiégea la comtesse. Celle-ci, se voyant en 
« danger d'être prise, fit descendre un homme par les créneaux 
« pour annoncer à Jean d'Erlée qu'elle était assiégée dans Kil- 
« kenni [1 3827]. Il était près de nuit. Jean d'Erlée et les siens cou- 
« chèrent à Odo^, et le lendemain, de bon matin, ils s'armèrent 
a et allèrent combattre Meilier, qui fut pris avec plusieurs de 
a ses chevaliers. Etienne d'Evreux fut tué et Raoul Fils Paien 
« aussi, et Jean d'Erlée fut blessé, m'a-t-on dit, et mourut le 
« jour même; toutefois, l'honneur du combat vous est resté. » 

1. Il suffit de jeter un coup d'œil sur l'itinéraire dressé par D. Hardy 
pour voir que le roi Jean passait rarement plus de huit jours consécutifs 
dans le même endroit. 

2. Vers cette époque, le roi séjourna deux fois à Guildford : le 27 et le 
28 décembre 1207, et du 25 au 27 janvier de l'année suivante. Le Maré- 
chal fut témoin à un acte passé dans cette ville le 25 janvier 1208 {Rot. 
c/i., I, 175 a). Ensuite on le voit paraître comme témoin en plusieurs 
actes du 6 au 20 mars, à Bristol, à Luggershall, à Marlborough, à Cla- 
rendon {Rot. litt. pat., I, 19 b; Ilot, ch., I, 175 b, 176 a). 

3. Odo^ V. 13833 ; Odoth dans le poème sur la conquête de l'Irlande, 
v. 2051, maintenant Idouch, au nord-ouest de Kilkenni. 

4. Prenlegast, dans le texte, mais Pendergast ou Pendregast dans le 
poème sur la conquête de l'Irlande {passim). L'éditeur de ce poème, 
M. Orpen, remarque {The Hong of Dermot, p. 265, note sur le v. 455) que 



192 IL APPREND QUE SES HOBiMES ONT VAINCU MEILIER. [1208 

Le Maréchal répondit : « Certes, beau sire, c'est grand dom- 
« mage des chevaliers. Us étaient vos hommes, et celte affaire 
« est d'autant plus regrettable. — J'en penserai, » dit le roi 
[^3852]. 

Le Maréchal se retira. Il réfléchit longuement et s'étonna que 
tout cela fût arrivé sans qu'il en eût été informé. Le carême 
vint avant qu'on pût passer d'Irlande en Angleterre. Quand 
enfin la traversée devint possible, le roi reçut les nouvelles et 
apprit que son juge, vaincu et fait prisonnier, avait été obligé 
de faire la paix avec la comtesse et ses gens et de donner en 
otage son fils pour sauver sa terre, que Philippe de Prendergast, 
se soumettant au jugement de la cour, avait donné son fils en 
otage*, et que les autres avaient fait de même, donnant fils 
ou frère en otage. Le roi fut très affligé de ces nouvelles. Le 
Maréchal, qui les reçut en même temps, en fut au contraire 
très joyeux, et il en rendit grâce à Dieu. Il se présenta au 
roi, sans faire paraître en rien qu'il eût reçu d'aussi bonnes 
nouvelles. Le roi l'appela, et, dissimulant ses sentiments, il 
lui fil meilleure mine qu'avant. Puis il lui demanda s'il avait 
reçu des nouvelles d'Irlande [43908]. — « Non, sire, » dit le 
Maréchal. — « Eh bien! je vous en donnerai, et de bonnes, car 
« je veux que vous en ayez joie. La comtesse et vos gens vont 
a bien. » El il lui conla point par point le succès de ses hommes. 
Le Maréchal écouta, tout comme s'il n'avait rien su. Puis il 
répondit sagement et avec mesure : « Sire, j'en remercie Dieu-, 
« mais je ne croyais pas avoir d'ennemi en Irlande le jour que 

Prendergast est le nom d'un faubourg de Haverfordwest, comté de Pem- 
broke. Giraud de Barri {Opéra, V, 231) écrit Prendelgast. Philippe de 
Prendergast, iils de Maurice de Prendergast, l'un des aventuriers anglais 
qui s'établirent en Irlande sous Henri II, avait des terres dans le Kinsel- 
lagh {The Song of Dermot, v. 2826). Il épousa une tille de Robert de 
Quency {ibid., v. 2819 ; cf. la note, p. 299). On trouvera, dans le Calen- 
dar of doc. rel. to Ireland, un grand nombre d'actes le concernant ou 
dans lesquels il figure comme témoin, de 1207 à 1221, sous les n" 329, 
339, 340, 342-5, etc. 

1. Philippe de Prendergast avait deux fils, Gerold et David, qui furent, 
l'un après l'autre, otages de Guillaume le Maréchal, mais plus tard (1214- 
1215), et, à ce qu'il semble, en d'autres circonstances que celles dont il 
est ici question {Rot. lilt. pat., 1, 123 a, 144 a). 



1208] SON RETOUR EN IRLANDE. 193 

« j'en suis parti. » Dès lors, le roi lui fit bonne mine, et tous 
les hommes de la cour le traitèrent avec amitié et honneur 
[-13930]. 

Quand le Maréchal eut longuement suivi le roi et ses gens, 
il lui demanda congé de retourner en Irlande ^ L'ayant obtenu, 
il partit. C'est en ce carême que l'Angleterre fut mise en inter- 
dit^, ce qui mit le pays en grand trouble. Le Maréchal aborda 
à Glasscarrick 3 un lieu couvert de forêts. Ses gens vinrent 
au-devant de lui. Jean d'Erlée se présenta vêtu d'un hauber- 
geon. Le Maréchal s'en étonna. « Ne sommes-nous pas en 
« paix? » demanda-t-il. — « Sire, tous ne l'observent pas, » 
répondit-il finement. C'est ainsi que paria Renard^ [^3960]. 

Ils cheminèrent, parlant ensemble. Jourdain de Sauqueville et 
Jean d'Erlée lui contèrent la trahison. Sur ces entrefaites, ils 
virent venir deux barons, Philippe de Prendergast et David de 
la Roche'*. Ils saluèrent le comte comme hommes flatteurs qu'ils 
étaient, et il leur rendit leur salut ironiquement, disant : « Dieu 
« vous sauve, si c'est droit. — Sire, c'est droit, car nous 
a sommes deux de vos loyaux hommes. — Ce n'est pas ce 
« que vous avez montré, » dit le Maréchal, « on le sait au bourg 
« et à la campagne. — Non certes, » reprirent ensemble Jourdain 
de Sauqueville et Jean d'Erlée [13985]. « Ils ont assez fait 
« paraître leur fausseté. » Ils demandèrent alors merci en pleu- 
rant, et le comte leur pardonna. Le lendemain, nombre de gens 

1. Il était encore en Angleterre le 6 mars 1208, époque où il fut témoin 
à un acte royal passé à Bristol {Rot. litt. pat., I, 79 6). 

2. 23 mars 1208 (Roger de Wendover, II, 46; Mathieu de Paris, Chron. 
maj., II, 522). 

3. Ms. Glaskant, faute de copiste pour Glaskaric ou une forme ana- 
logue. Glasscarrick, selon l'orthographe actuelle, est un village de la côte 
du comté de Weiford. 

4. Allusion à la fable du Pigeon et du Renard, qui est courante au 
moyen âge et qui est à peu près celle du Coq et du Renard de La Fon- 
taine (II, xv). J'ai comparé diverses rédactions de cette fable dans mon 
commentaire sur les Contes de Bozon, p. 255, g 61. 

5. David de la Roche (en latin de Rupe) est un baron qui figure en 
d'assez nombreux actes relatifs à l'Irlande, de 1207 à 1235; voir la table 
du Cal. ofdoc. rel. io Ireland, sous Rupe et sous Roche. Dans plusieurs, 
il est placé comme témoin à cùté de Philippe de Prendergast {ibid., 
n«» 339, 340, 356). 

III 13 



494 IL PARDONNE A SKS ENNEMIS. [1208 

se présentèrent au Maréchal qui avaient agi contre lui. La 
comtesse vint aussi, très joyeuse de retrouver son mari. 
Comme on allait se mettre à table, entra un chevalier, Haï 
du Val [44027], qui avait fait beaucoup de mal, et qui pro- 
testa de sa loyauté, invoquant le témoignage de Jean d'Ëriée. 
« Gela ne vous servira de rien, » répondit celui-ci, « car je 
a puis dire en vérité que, dans toute la terre, il n'y a pire 
Œ traître que vous. » Les chevaliers qui étaient là se mirent à rire, 
et le comte s'assit à table en disant : « Sire Jean, celui-là a eu 
« tort de s'en remettre à votre jugement, car je vois bien qu'il 
« n'a rien à y gagner » [4 4066]. 

Le comte Maréchal se rendit à Kilkenni avec la comtesse et 
les barons. Il y eut grande joie par la contrée et plusieurs lui 
firent bon accueil, qui, dans leur cœur, n'en pensaient rien. 
Ceux qui avaient méfait contre lui se crurent perdus, et, tout 
tremblants et en larmes, vinrent lui demander merci. Le Maré- 
chal, qui était miséricordieux, en eut pitié et leur rendit à tous 
leurs otages, sauf à Meilier, qui avait été la racine de tout le 
mal. La comtesse n'en fut pas contente, car ils lui avaient causé 
bien des tourments. Certes, si son époux l'en avait crue, il en 
eût tiré cruelle vengeance [444 00]. 

Le comte, qui était courtois et sage, remercia chaudement sa 
bonne gent qui l'avait servi loyalement. Peu de temps après, le 
roi envoya en Irlande l'évêque de Norwich comme grand juge^ 
Meilier eut honte de sa conduite et vint en pleurant implorer la 
merci du Maréchal. Il transigea avec lui en lui abandonnant 

1. Nous n'avons pas la date de la nomination de Jean, évoque de Nor- 
wich, comme grand juge d'Irlande en remplacement de Meilier. Ce chan- 
gement doit avoir eu lieu en 1209. Le dernier acte royal où Meilier soit 
encore qualifié de < justicîarius noster i> est du 19 juin 1208 {Rot. litt. 
pat, I, 846; Cal. ofrel. to Irel., n* 385). Le même Meilier est qualifié 
de ( quondam justiciarius Hibernie » à la date du 9 février 1210 {Rotuli 
de libérale ac de misés et prestitis, p. 149; Cal. of doc. rel. to IreL, 
n» 398). C'est à la fin de 1208 ou en 1209 qu'il a été remplacé. On sait que 
les rôles des lettres royales nous font défaut pour la onzième année du roi 
Jean, commençant à l'Ascension 1209. L'évoque de Norwich était sûre- 
ment en Irlande le 2 janvier 1210 (Cai., etc., n* 396) et sans doute déjà 
depuis quelque temps. Il exerça les fonctions de juge d'Irlande jusqu'en 
1213; son successeur, Henry, archevêque de Dublin, fut nommé le 
23 juillet 1213. Il moamt en 1214. 



4210] GUILLAUME DE BRIOUZE PERSÉCLTÉ PAR LE ROL 195 

son château de Donmas, à titre d'héritage, et, après son décès % 
toute la terre qu'il possédait. Certes, il pouvait bien le faire, 
car il n'avait nul héritier dont il fût certain, n'ayant jamais eu 
d'épouse 2 [U436]. 

Après cela, Fortune, qui se montre souvent cruelle envers 
ceux qu'elle a favorisés, fit tourner un tour à sa roue et fit sen- 
tir sa rigueur à Guillaume de Briouze [^14^43]. Le roi, qui si 
longtemps avait été bienveillant pour lui, changea de conduite 
à son égard. Tout accord devint impossible et ce prud'homme 
fut exilé. Ce fut grande douleur et grand péché. Je ne sais 
quelle fut la cause de ce revirement, et, si je le savais, il ne 
m'appartiendrait point de le dire^. Il le prit en telle haine que 

1. « Castrum de Damas, Dunmas, Dumath » (voir les tables des 
divers recueils de rôles, où, du reste, ce nom n'est pas identifié), en 
irlandais Dumach ou Caislen na Dumach, en anglais Dougli Castle, 
comté de Clare, sur la rivière d'Oina, à quelques kilomètres à l'ouest 
d'Ennystimon {Annals of the Kingdom of Ireland, by the Four 
Malien, éd. by J. O'Donovan, II, 853, note n). — On verra plus loin 
(VF. 14330 et suiv.) que, en 1210, le Maréchal fut contraint de remettre 
ce château, à titre de gage, au roi Jean. Le Maréchal ne rentra en posses- 
sion de son château que cinq ou six ans plus tard. Il y a dans les Rôles 
des lettres patentes plusieurs actes de 1215 et 1216(1, 153 &, 154 a, 161 &, 
180a, 184a; cf. Cal., etc., n" 644, 647, 664, 684-5) portant injonction de 
faire remettre ce château au Maréchal. 

2. Ceci n'est point exact : nous savons par Giraud de Barri {Expugna- 
iio Hibernica, II, xxiii, dans Opéra, V, 356) qu'il avait épousé une nièce 
de Hugues de Laci vers 1182. Toutefois, à l'époque où Giraud écrivait la 
lettre au roi Jean qui sert d'introduction à la seconde édition de VEx- 
pugnatio Hibernica, en 1209 ou 1210, Meilier n'avait pas d'enfants légi- 
times (iôid., 409). Il avait un (ils qui paraît en divers documents, depuis 
1207 {Cal., etc., n" 310, 314), et qui s'appelait aussi Meilier, mais c'était 
sans doute un fils naturel. 

3. Nous sommes mieux renseignés que le poète et nous n'avons pas 
les mêmes raisons que lui pour dissimuler nos informations qui, tirées 
de sources différentes, se complètent et se contrôlent. Le roi a pris soin 
de nous transmettre, au sujet de sa querelle avec Guillaume de Briouze, 
une relation, qui a été analysée par M. Sweetman dans le Cal. of doc. 
tel. io Ireland, n° 408, et, plus brièvement, par M. Blain, dans le Cal. 
of doc. rel. to Scotland (Edimbourg, 1881), n» 680. Selon cet exposé, 
G. de Briouze devait au roi de fortes sommes sur ses terres d'Irlande. 
Le roi fit saisir ses biens du pays de Galles par Gérard d'Athée, bailli 
pour le roi en Galles. Mathilde, sa femme, et plusieurs de ses parents 
intercédèrent auprès du roi, et Guillaume lui-môme, s'étant présenté au 



196 IL SE RÉFUGIE EN IRLANDE AUPRÂS DU MARÉCHAL. [1240 

Guillaume ne pul résisler à la guerre quMl lui faisait. 11 se 
réfugia quelque temps en Galles, mais, n'osant pas se fiera ses 
gens, il dut se résigner à s'embarquer en plein hiver. Trois 
jours et trois nuits il vogua avec sa femme et ses enfants. Il 
arriva, par une tempête violente, près de la terre d'Irlande 
[141 72]. Ceux qui étaient à terre s'attendaient à les voir se noyer. 
Son but était de joindre Gautier de Laci, son gendre% auprès de 
qui il espérait trouver un reftige-, mais le flot le poussa jusqu'à 
Wicklowoù le comte Maréchal séjournait alors [141 87]. Celui-ci, 
apprenant la venue de Guillaume, alla au-devant de lui et le 

roi, à Hereford, céda ses châteaux de Galles en garantie de sa dette, 
donna hypothèque sur ses biens en Angleterre et s'engagea à remettre des 
otages, parmi lesquels un de ses fils. Mais il ne tint pas sa promesse, 
essaya de reprendre ses châteaux et brûla la moitié de la Tille de Leo- 
roinster, tuant plusieurs des hommes du roi. Puis il s'enfuit en Irlande 
avec sa femme et ses (ils, où il fut reçu par Guillaume le Maréchal et 
par Gautier et Hugues de Laci (ce que le poète conte plus loin). Le roi 
rassembla son armée, et, s'étant rendu à Pembroke, se disposa à passer 
en Irlande. G. de Briouze vint le trouver et lui offrit 40,000 marcs pour 
avoir la paix. Le roi, avant d'accepter, lui enjoignit de l'accompagner en 
Irlande, où Mathilde était restée. G. de Briouze refusa. Mathilde, cepen- 
dant, apprenant l'arrivée du roi, voulut fuir en Ecosse avec ses enfants 
et Hugues de Laci. Elle fut prise avec sa fille et son fils par un chef de 
Galway, Duncan de Carrick, qui la livra au roi, alors qu'il était au siège 
de Carrickfergus. Mathilde offrit au roi une rançon de 50,000 marcs, 
mais, l'arrangement conclu, elle dut déclarer qu'elle n'avait pas cette 
somme. Le roi termine en déclarant G. de Briouze banni (outlaw), selon 
la loi d'Angleterre. Ce document, qui n'est pas daté, doit avoir été écrit 
en août 1210. Il est vraisemblable que Jean, selon son habitude, n'a pas dit 
toute la vérité. Selon Roger de Wendover (II, 48-9) et Mathieu de Paris 
{Chron. maj.y II, 523-4), Jean, après la publication de l'interdit, aurait 
craint que le pape en vînt à délier ses sujets du serment de fidélité, et 
aurait cru prudent d'exiger des principaux d'entre eux la remise d'otages. 
G. de Briouze s'y serait refusé, et sa femme, Mathilde, aurait dit, en un 
moment d'emportement : <c Je ne livrerai pas mes enfants au roi qui a 
t tué son neveu Arthur. » Ces paroles, rapportées au roi, auraient été la 
cause de son irritation contre G. de Briouze et sa femme. On verra plus 
loin (p. 197, note 5) comment il traita cette dernière. — A propos de l'ac- 
cusation portée par Mathilde contre le roi Jean, il est à noter que, selon 
G. Le Breton (PhiL, VI, 480), G. de Briouze avait refusé d'être complice 
de l'assassinat d'Arthur. 

1. Gautier de Laci avait épousé Marguerite, fille de Guillaume de 
Briouze; voir Dici. ofnal. biogr., XXXI, 391 b. 



1210] EXPÉDITION DU ROI EN IRLANDE. 197 

recueillit de bon cœur, lui, sa femme et ses enfants. Pendant 
vingt jours il l'hébergea [-14 4 98]. 

Quand l'évêque, qui était grand juge et seigneur de la terre, 
rapprit, il lui manda sur un ton arrogant qu'il avait hébergé le 
traître du roi, et lui enjoignit de le lui livrer sans délai. Le 
Maréchal répondit aux messagers : « Je n'ai pas de traître ici. 
a J'ai hébergé monseigneur Guillaume comme je le devais, d'au- 
a tant mieux que j'ignorais que le roi eût aucun grief contre 
« lui. Et, dès que je l'ai hébergé, je ferais une trahison si je 
a vous le livrais. Je le conduirai en sûreté jusqu'à ce qu'il soit 
a hors de ma terre. L'évêque ne doit pas me demander ce qui 
« serait pour moi une cause de reproche. » Il conduisit en effet 
Guillaume de Briouze jusqu'à Gautier de Laci [-14232]. 

L'évêque ressentit vivement le refus du Maréchal. Il s'em- 
pressa de faire savoir ces nouvelles au roi, qui en fut très irrité, 
et manda aussitôt au Maréchal de venir à lui. Celui-ci obéit. 
Peu après son arrivée, le roi fit rassembler son ost pour passer 
en Irlande ^ A la Pentecôte^, il vint à Pembroke, et, à la Saint- 
Jean après, il arrivait à Kilkenni^, où on lui fît un riche accueil, 
car toute l'ost vécut ce jour-là aux frais du comte. De là le roi 
se rendit à Dublin *, puis il alla assiéger Carrickfergus^ [-1 4270]. 
Le château était fort et en état de défense. Toutefois, par peur, 

1. On trouvera la liste des chevaliers qui accompagnèrent le roi dans 
le Rotulus de presiito de l'année 1210 {Rotuli de libérale ac de misis et 
prestitis, p. 176, 179, 180, etc.). 

2. Ce jour-là (6 juin 1210) et les jours suivants, le roi était, non pas 
précisément à Pembroke, mais à Cross-on-the-Sea, tout à côté. 

3. Le 16 juin, Jean est encore à Cross-on-the-Sea; c'est sans doute ce 
jour-là ou le jour suivant qu'il s'embarqua, puisque le 20 il est en 
Irlande, à Crook près de Waterford, d'où, en passant par Newbridge et 
Thomastown, il arriva le 23 à Kilkenni. 

4. Il y séjourna du 28 au 30 juin. 

5. Ulster, comté d'Antrim. Le roi y fut du 19 au 28 juillet. VHist. 
des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (p. 1 12-4) nous apprend 
que Mathilde, ses enfants et Hugues de Laci (frère cadet de Gautier de 
Laci) étaient à Carrickfergus lorsque le roi vint l'assiéger, mais qu'ils 
s'enfuirent en l'île de Man d'où ils passèrent a en la lierre de Gauvoie », 
c'est-à-dire en Galloway, à 1 extrémité sud-ouest de l'Ecosse. Tandis que 
Hugues de Laci réussissait à s'échapper, Mathilde et son (ils furent livrés 
au roi Jean qui les fit mourir de faim. Cf. les Annales de Waverley, à 
l'année 1210 {Annales monasdci, 11, 265, coll. du Maître des rôles). 



i98 ACCUSATIONS DU ROI CONTRE LE BÏARÉCHAL. [1210 

ceux qui Toccupaient le rendirent. Le roi y mit une forte gar- 
nison et revint à Dublin*. Là, en présence des barons de la 
région, il accusa le Maréchal, lui reprochant d'avoir donné asile 
à son ennemi mortel. Le comte répondit sur-le-champ : « Sire, 
« j'ai hébergé mon seigneur qui avait abordé sous mon château, 
tt Si j'ai eu soin de lui quand il était misérable, vous ne devez 
« pas le prendre en mauvaise part. Je ne croyais rien faire de 
a mal, puisqu'il était mon ami et mon seigneur et que j'igno- 
« rais que vous eussiez rien contre lui. Vous étiez bien ensemble 
a lorsque je partis d'Angleterre pour venir ici. Si maintenant 
« personne, sauf vous, veut dire qu'il y a plus, je suis prêt à 
« me défendre selon le jugement de votre cour. » Aucun des 
barons ne bougea; autrement le roi l'eût volontiers fait passer 
en jugement, bien qu'il n'eût rien fait pour cela [-14318]. 

Le roi, voyant qu'il ne pouvait pas faire plus, fut fort irrité. 
Il lui demanda en otages Gaufrei Fils Robert, Jourdain de Sau- 
queville, Thomas de Samford, Jean d'Erlée, Gautier Porcel et 
son château de Donmas^ [14330]. Le comte répondit : « Vous 
a avez mes fils en otages et tous mes châteaux d'Angleterre. Si 
a vous voulez mes châteaux et mes fertés d'Irlande, je vous en 
tt baillerai autant que vous voudrez, comme aussi les fils de 
« mes vavasseurs. Ainsi peut agir qui n'a pas de mauvaises 
tt intentions. » Le roi rentra dans sa chambre et rapporta ces 
paroles aux siens. Ceux-ci lui représentèrent que l'offre du Maré- 
chal était grande et qu'assurément il ne pouvait pas avoir 
intention de mal faire. Le roi prit avec lui l'évêquedeNorwich, 
le comte de Winchester 3, le connétable de Ghester'', Pierre Fils 

1. Après avoir quitté Carrickfergus, le roi s'arrêta en divers lieux, 
entre autres à Drogheda, et séjourna à Dublin du 18 au 24 août. 

2. Cf. ci-dessus, p. 195, note 1. 

3. Sahier {Saherus, Seherus) de Quincy figure en de nombreux actes 
royaux avec le titre de comte de Winchester depuis 1207; cf. Dugdale, 
Baronage, I, 686 b. L'auteur de VHist. des ducs de ISormandie et des rois 
d'Angleterre, qui l'appelle « Sohiers de Quinci, » dit qu'il fut blâmé pour 
avoir rendu trop facilement le château de Vaudreuil, assiégé par Philippe- 
Auguste en 1203 (éd. de la Soc. de l'Hist. de Fr., p. 97). 11 fut un des 
barons qui, en 1216, furent envoyés à Louis, fils de Philippe-Auguste, 
pour lui offrir la couronne d'Angleterre (Rog. de Wendover, II, 173), 

4. Roger de Laci, connétable de Chester, défendit énergiquement, en 



1210] IL EXIGE DES OTAGES. 199 

Herbert S et fit savoir par eux au Maréchal qu'il ne voulait pas 
avoir d'autres otages que les hommes dont il lui avait parlé. 
De ceux-là le comte n'avait auprès de lui que deux, Gautier 
Porcel et Jean d'Erlée [-14366]. Il leur demanda leur consente- 
ment qu'ils accordèrent sans hésiter. Le comte remit donc au 
roi son château en gage et ses otages devant la cour assemblée. 
Mais le roi, qui était insatiable dans ses demandes, exigea 
encore des pleiges à prendre parmi les autres barons que le 
Maréchal avait amenés. Ceux que le roi voulut avoir consen- 
tirent, excepté un seul, David de la Roche [14402], qui refusa 
net, disant que le Maréchal avait eu des torts envers lui et que 
par conséquent il n'était pas tenu de le pleiger. Le Maréchal dit 
alors : « Pour Dieu! sire, écoutez-moi. Demandez à ces barons 
« si jamais j'ai fait tort à David, qui, en cette circonstance, 
« refuse de me pleiger. » Et le roi le demanda aux barons. 
Ceux-ci répondirent unanimement que jamais ils n'avaient ouï 
dire que le Maréchal lui eût en rien méfait. David fut couvert 
de confusion [14428]. 

Lors de la remise des otages, il arriva que sire Pierre Fils 
Herbert cherchait une place pour s'asseoir. Ceux qui étaient 
près de David se levèrent pour lui faire place. Mais il leur dit : 
a Seigneurs, pour rien au monde je ne m'asseoirais auprès du 
a traître qui a failli à son seigneur. » Cette parole fut approu- 
vée de la plupart de ceux qui l'entendirent [14444]. 

Le roi mit séparément ses otages en garde : Jourdain à Glou- 
cester, Thomas à Winchester, Jean à Nottingham, où il eut à 
souffrir assez de misères, Gaufrei à Hereford. Ce dernier tomba 
malade en sa prison et n'en sortit que mort, Gautier Porcel fut 
confié en garde à Pierre Fils Herbert, de qui il n'eut qu'à se 
louer. Pendant près d'un an les otages furent en prison, bien à 

1203, contre Philippe-Auguste, la Roche-d'Andeli (Rog. de Wendover, I, 
318), et fut pris, en mars de l'année suivante, dans une sortie. Il mou- 
rut en 1211 (ibid., II, 58). Voir Dict. of nat. biogr., XXXI, 388. 

1. Chevalier du roi Jean qui paraît comme témoin dans un très grand 
nombre d'actes royaux depuis 120i. Il avait des biens en Galles (liof, 
lut pat., I, 86 6, QJ6). Rog. de Wendover (II, 60; cf. Math, de Paris, 
Chron. maj., H, 533) le mentionne parmi les conseillers « iniquissimos » 
du roi Jean, dont il abandonna toutefois le parti. H iigure dans le préam- 
bule de la Grande Charte (1215); voir Dugdale, Baronage, 1, 624. 



200 GUERRE CONTRE LLEWELYN. [1212-3 

tort, car celui pour qui ils s'étaient mis en celte situation 
n'avait rien fait de mal [444721. 

C'est alors que commença la guerre entre le roi et Llewelyn*. 
Le roi manda alors le Maréchal envers qui il s'était montré si 
peu bienveillant. Il lui rendit ses otages sans beaucoup se faire 
prier ^, car c'était sa coutume de tenir ses prud'hommes éloignés 
de lui Jusqu'au moment où il avait besoin d'eux. Mais Tinstant 
de la délivrance arriva trop tard pour Gaufrei Fils Robert [i 4486]. 

La guerre terminée, le Maréchal demanda congé d'aller en 
Irlande, et il l'obtint. Tandis qu'il y séjournait, le roi de 
France fit préparer sa flotte pour envahir l'Angleterre, à laquelle 
il portait envie et qui lui avait été promise 3. A cette nouvelle, 

1. Il s'agit sans doute de l'expédition de Jean dans la Galle do Nord, 
qui dura du 8 juillet au 15 août 1211 (Rog. de WendoTer, II, 58; Math, de 
Paris, Chron. maj., II, 531). Nous n'avons du reste aucune preuve que 
le Maréchal y ait pris part, en dehors de l'assertion du poème. Il y a 
bien, dans le Cal. of doc. rel. to Ireland, n* 435, une lettre par laquelle 
le roi enjoint au Maréchal d'être auprès de lui à Chester, le 19 août, à la 
tête de 200 chevaliers ; mais cette lettre est attribuée par l'auteur du 
Calendar à l'année 1212, où, en efiet, le roi Jean entreprit contre les 
Gallois une nouvelle expédition qui n'aboutit point (voy. Rog. de Wen- 
dover, II, 61; Math, de Paris, Chron. maj., II, 534; Raoul de Cogge- 
shall, p. 164-5). — Philippe-Auguste avait fait alliance avec Llewelyn, 
comme le prouve une lettre de ce dernier, malheureusement sans date, 
mais qu'on s'accorde à rapporter en 1212, qui est conservée en original 
au Trésor des chartes et qui a été publiée dans D. Bouquet, XYIII, 168, 
note, et dans les Layettes du Trésor, n* 1032 (Delisle, Catal. des actes 
de Ph.-Aug., n» 1416). 

2. Les quatre otages mentionnés ci-dessus, mais non pas ses fils, 
livrés au roi antérieurement (p. 182, 185), qui restèrent sous la main du 
roi (voy. plus loin). 

3. Par le pape Innocent III, à la suite d'une entrevue avec Etienne de 
Langton, qui s'était plaint à lui de la persécution que Jean exerçait 
contre le clergé d'Angleterre; voy. Rog. de Wendover, II, 63. C'est dans 
une assemblée tenue à Soissons le 8 avril 1213 que les barons de France 
promirent à Philippe-Auguste leur aide pour l'expédition projetée (G. Le 
Breton, Chron., g 165 ; Phil., IX, 160 et suiv.). Mais les visées du roi 
de France sur l'Angleterre remontaient plus haut (voy. la note de 
M. Delaborde, Œuvres de Eigord et de G. Le Breton, I, 245-6 ; cf. des 
actes relatifs à cette expédition dans Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug., 
n'* 1437-9). Le roi de France était, en mai 1213, à Boulogne, où sa flotte 
était assemblée, lorsque diverses circonstances, la soumission de Jean au 



1213] GUERRE AVEC LE ROI DE FRANCE. 201 

le roi Jean manda ses barons et leur demanda conseil. Il n'y 
en eut aucun qui sût donner un bon avis. L'un d'entre eux dit 
alors que Thomme le plus honnête et le plus capable de donner 
conseil en cette circonstance n'était pas présent : c'était Guil- 
laume le Maréchal, et il serait à propos de l'envoyer quérir. Le 
roi y consentit, et tout d'abord il jugea convenable de délivrer 
les deux fils du comte qu'il avait depuis longtemps en otages S 
ce qui fut approuvé de tous [14532]. 

Le roi fît alors venir Jean d'Erlée à Londres et lui confia la 
garde des deux fils du Maréchal qu'il avait eus jusque-là en 
otages^; de plus il le nomma maréchal de son hôtel. Jean 
d'Erlée le remercia et lui fit toutefois remarquer que ces deux 
baillies donneraient assez à faire à deux prud'hommes. Sur 
quoi le roi se ravisant bailla l'un des enfants à Thomas de 
Samford [14574]. 

Ensuite le roi envoya Jean d'Erlée en Irlande avec mission 
de faire savoir au Maréchal quMl eût à venir à lui sans aucun 
délai. Le Maréchal, voyant qu'il s'agissait d'une affaire impor- 
tante, s'empressa de venir, comme prud'homme doit faire, et 
sans rancune, car toujours il aima loyauté. Le roi, heureux de 



pape et la défectioa du comte de Flandres, l'amenèrent à renoncer à son 
entreprise ; voir la chronique de G. Le Breton, g 169, et la note de M. Dela- 
borde, p. 250. 

1. On va voir que les fils du Maréchal furent, non pas seulement déli- 
vrés, c'est-à-dire rendus à leur père, mais confiés en garde à l'un des che- 
valiers du Maréchal, Jean d'Erlée. 

2. Il avait l'aîné depuis 120G (ci-dessus, p. 182) et le second depuis 1207 
(p. 185). — Il y a, dans les rôles des lettres closes, une lettre sans date de 
Jean au Maréchal, que M. Sweetman {Cal., n» 444) suppose avoir été écrite 
en octobre 1212, dans laquelle le roi invite le Maréchal à rester en 
Irlande et lui propose de confier la garde de son fils (Guillaume) soit à 
Jean d'Erlée, soit à tout autre que le Maréchal préférera. Le roi ajoute 
(répondant sans doute à une lettre du Maréchal) qu'il n'a pas, comme 
le suppose le Maréchal, l'intention d'envoyer ledit fils en Poitou (Rot. 
lut. claus., I, 1326). — 11 est à noter que, par lettres patentes du 20 août 
1212, le roi avait mandé à Robert Fils Roger, jusque-là garde de Guil- 
laume, fils du Maréchal, de remettre ce jeune homme entre les mains de 
Guillaume, comte de Varenne, de l'archidiacre de Durham et de Philippe 
d'Alcot (/îot. lut pat., I, 94 6). 



202 DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANÇAISE. [1213 

le voir, lui demanda conseil et le Maréchal lui conseilla de con- 
voquer tous ses hommes^ [44598], 

Le roi fit aussitôt rassembler son ost sur le mont de Bran- 
don'. Puis il se rapprocha de Douvres^. Alors, selon le conseil 
du Maréchal, du comte de Boulogne, du comte de Salisbury, de 
Geoffroi fils Pierre, le loyal juge^, une grande expédition fut 
entreprise. Il prépara sa flotte en vue de détruire celle que le 
roi de France avait rassemblée à Dam' [44644]. Onques flotte 
n'éprouva un tel désastre [que celle du roi de France]. Le 
comte de Salisbury l'incendia sous ses yeux. Le roi de France 
éprouva une grande amertume quand il la vit ainsi brûler. On 
eût dit que la mer était en flammes® [44632]. 

Le comte de Salisbury et les siens emmenèrent avec eux un 
grand nombre de navires chargés de vivres, malgré les Fran- 
çais. Onques il ne vint de France en Angleterre si grand butin 
depuis le temps d'Arthur. Le roi Philippe fit, dans son dépit, 
brûler le reste de sa flotte. Puis, sans plus attendre, il s'en alla 

1. Le Maréchal dut arriver dans le commencement de mai. Il est 
témoin à divers actes royaux passés à Wingham (Kent) du 15 au 31 de 
ce mois {Rot. chart., 1926, 193 a). Le 21 juillet le roi mande au grand 
juge d'Irlande de protéger la terre et les biens du Maréchal retenu en 
Angleterre pour son service {Cal. of doc. rel. to Ireland, n* 465). 

2. Brandon, en Suffolk, sur la Liltle-Ouse. Aucun séjour de Jean en ce 
lieu n'est mentionné dans l'itinéraire dressé par D. Hardy. 

3. Jean est à Douvres les 13, 28 et 29 mai 1213. Pendant tout ce mois 
on constate sa présence en différents lieux du voisinage, dans le comté 
de Kent. 

4. Voy. p. 126, note 1. 

5. Flandre occidentale, à quelques kilomètres au nord-est de Bruges. 

6. La source la plus détaillée est VHist. des dites de Normandie et des 
rois d'Angleterre, éd. de la Soc. de l'Hist. de Fr., p. 130 et suiv.; cf. G. Le 
Breton, Chron., g 170, et la note de M. Delaborde, p. 252. Les troupes 
commandées par le comte de Salisbury, frère du roi Jean, et le comte 
de Boulogne partirent de Douvres le 28 mai 1213 et le 30 s'emparèrent 
d'environ 400 navires qui étaient à flot; ceux qui étaient à sec, sur la 
rive, restèrent à l'abri de leurs attaques (cf. toutefois Math, de Paris, 
Chron. maj., II, 549, selon qui une centaine de ces navires furent 
incendiés). Le roi de France, qui assiégeait Gand, accourut en toute hâte 
le f juin et mit les Anglais en fuite. Puis il brûla la ville de Dam et les 
navires qui lui restaient. 



1213] EXPÉDITION DU ROI JEAN EN POITOU. 203 

avec sa grande ost mise en déroute^ [14648]. Le comte de Salis- 
bury cingla vers Angleterre, mais, avant d'aborder, il eut à 
soufifrir une grande tempête. Les nefs n'arrivèrent pas ensemble, 
mais, ballottées par la tourmente, elles furent entraînées jus- 
qu'en Northumberland^. Mais, grâce à Dieu, ceux qui les 
montaient échappèrent sains et saufs [14658]. 

Le roi d'Angleterre se réjouit de ces nouvelles et rendit 
grâce à Notre Seigneur de Thonneur qu'il lui avait fait. S'il lui 
avait rendu la pareille en bonnes actions, il eût agi sagement. 
Mais c'est ce qu'il ne fit pas, et ce fut grand dommage. Le roi 
passa dans le pays l'été et l'hiver, en joie et en paix, jusqu'au 
carême suivant. Alors le Maréchal et les hauts hommes lui 
conseillèrent de faire une expédition en Poitou [14675]. Il ras- 
sembla aussitôt son ost et s'embarqua^. Il se croyait assuré 
d'obtenir ce qu'il cherchait, car les comtes de Flandres et de 
Boulogne étaient ses alliés'' [14690]. Il les mit ensemble et leur 
adjoignit son frère le comte de SalisburyS. Mais il ne faut pas 

1. Cela n'est point exact, le roi de ^ance au contraire chassa les 
Anglais; voir la note précédente. 

2. Selon VHist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (p. 134) 
les comtes de Salisbury et de Boulogne s'arrêtèrent d'abord dans l'ile de 
Walcheren, « et Hues de Boves et Jehans li lils Huon et toute la navie 
c s'en repairierent en Engletierre ; si orent si grant tormente que a paines 
c que il ne furent tout perellié. » 

3. Le roi Jean partit de Yarmouth (lie de Wight) le 9 février 1214. Il 
arriva à la Rochelle le 15 du même mois, veille du premier dimanche de 
Carême. Ces dates résultent de l'itinéraire dressé par D. Hardy. Math. 
de Paris place le départ de Jean le 2 février et son arrivée à la Rochelle 
le 8 {Chron. maj., II, 572). 

4. Dans le texte « sis empris ». C'est du reste l'expression qu'emploie 
le comte Ferrand de Flandres dans l'acte par lequel il s'allie avec Jean : 
« Notum sit... quod ego Ferrandus Flandrie et Hanoie comes, imprisius 
« sum karissimi domini mei J. Dei gratia régis Anglorum, etc., contra 
« Philippum regem Francie et Ludowicum filium suum... » L'acte est 
daté de Gand, 1213 {Rot. chart., I, 197 a). Peu après la rédaction de cet 
acte, le comte Ferrand se rendit en Angleterre; pour les détails de sa 
réception par le roi Jean, voir Hist. des dtics de Normandie et des rois 
d'Angleterre, p. 139-40. 

5. Celui-ci se rendit en effet en Flandre avec le comte de Boulogne et 
y prit part à diverses chevauchées {Hist. des ducs de Normandie et des 
rois d'Angleterre, p. 141). 



204 BATAILLE DE BOUVINES. [1214 

oublier de dire que, avant de s'embarquer, il laissa la terre sous 
la garde du Maréchal et d'autres barons. Le Maréchal lui bailla 
autant de ses chevaliers qu'il en voulut. Mais toujours la poche 
sent le hareng* et le bon vase garde l'odeur du bon vin*. Le 
roi voulut emmener avec lui Richard, le fils du Maréchal, bien 
que celui-ci lui représentât que l'enfant était encore trop jeune 
pour aller en lointain pays. Le roi ne voulut pas en démordre, 
mais ensuite il s'en repentit, car Richard tomba malade et fail- 
lit mourir. C'eût été grand dommage, mais enfin il guérit. 
Nous n'avons pas à conter les succès qu'obtint le roi : ce n'est 
pas de notre sujet. Finalement il revint en Angleterre^ [-14732]. 
On sait comment les trois comtes de Flandres, de Boulogne 
et de Salisbury firent une grande entreprise qui échoua, mais 
non par leur faute. Ils allèrent au-devant de l'empereur, qui 
vint en grande hâte, n'ayant pas avec lui le quart de son 
monde. Le roi de France, apprenant son arrivée, fiit inquiet. Il 
craignit d'être surpris. Les Français n'avaient pas envie de se 
battre et se seraient volontiers retirés pendant la nuit sMls en 
avaient eu le loisir. On le fit savoir à l'empereur. « S'ils s'en 
« vont, » dit le comte de Boulogne, « je m'en réjouis, car 
« alors ils nous laissent la terre et nous aurons moins de peine 
« à la conquérir. Nous la rendrons à l'empereur et au roi d'An- 
« gleterre notre seigneur. — Vous lui enlevez honneur et 
« terre en nous empêchant de combattre, » dit Hugues de 
Boves'*. a 11 est plus difficile d'agir que de parler*, Hugues 

1. Proverbe dont Le Roux de Lincy (1, 177) ne donne que des exemples 
beaucoup plus récents. 

2. Ce proverbe rappelle le vers d'Horace (I Epist, ii, 69) : 

Quo semel est imbuta recens servabit odorem 

Testa diu. 
On disait aussi : « Tel vaisseau tel vin » (Le Roux de Lincy, II, 224), et 
inversement : « De malveis vaissel raalvais beivre » {Hist. de Guillaume 
le Maréchal, v. 5154). 

3. Le roi s'embarqua à la Rochelle le 2 octobre 1214 et nous le retrou- 
vons à Dartmouth le 15 du même mois. 

4. Voy. sur ce personnage Du Chesne, Hist. des maisons de Guines, 
d'Ardres, de Gand et de Coucy, p. 246, et la table des Œuvres de Rigord 
et de GuUl. Le Breton, éd. Delaborde. Il mourut dans un naufrage en 
septembre 1215 [Œuvres de Rigord, etc., II, 51, note 4). 

5. Je traduis en plaçant dans la bouche du comte ce proverbe {Plus a 



1214] ROBERT DE DREUX PRIS A NANTES. 205 

« de Boves, » reprit le comte, « ce n'est pas vous qui prendrez 
« place entre les vaillants quand on en viendra aux mains. A 
a ce moment-là vous saurez bien vous tirer d'affaire, car vous 
« êtes peureux, et moi je serai mort ou pris plutôt que de 
« lâcher pied vilainement' » [-14786]. 

On sait comment les alliés furent déconfits. Ils attaquèrent 
en trop petit nombre, car ils n'avaient pas le quart des hommes 
qu'eurent les Français ce jour-là. Si Tempereur avait attendu 
jusqu'au lendemain, grand honneur lui serait advenu. Mais ce 
n'est pas mon sujet. Les trois comtes y furent faits prisonniers, 
et l'empereur eût été pris ou tué si le comte de Salisbury ne 
l'avait fait partir. Le comte lui-même fut pris, comme aussi 
Thomas Malesmains^, qui, en ce jour, se conduisit vaillamment 
[14820]. 

Je ne veux pas dire que ces événements se soient passés 
après le retour du roi en Angleterre^ : j'avais oublié de vous 
conter, mais Terreur n'est pas grande, que Robert de Dreux 

en faire que en dire, notre proverbe t dire et faire sont deux ») que 
dans l'édition j'avais attribué à Hugues de Boves. 

1. Cette altercation entre le comte de Boulogne et Hugues de Boves est 
rapportée par tous les chroniqueurs; voy. la note de M. DeJaborde sur 
le g 195 de la Chronique de Rigord. La réponse du comte de Boulogne 
est presque partout la même; Guill. Le Breton, Ghron. : « Tu fugies tan- 
c quam formidolosus ; ego autem sub periculo mei capitis pugnabo, et 
« remanebo captus vel interfectus. » Ph. Mousket (vv. 21643-5) : 

Et g'iere mors u pris sans faille, 

Comme preudome a la bataille ; 

Mdis vous en parlirés fuiant. 
Le Ménestrel de Reims, éd. de Wailly, g 277 : o Certes, vous i avez 
« menti comme mauvais traîtres que vous iesles ; et bien d^ez dire 
« tels paroles... Et bien sachiez que se la bataille est, je i serai ou 
« morz ou pris ; et vous en fuirez comme mauvais recreanz et failliz. » 

2. Seigneur normand établi en Angleterre après 1204, qui figure en 
divers actes du temps du roi Jean (Stapleton, Magni Rot. scacc. Norm., 
n, xlv-xlviij, note; Rot. litt. pat., 1 h, 89 6, 1906, 195 6). Il est inscrit sur 
la liste des prisonniers faits à Bouviues sous la rubrique t redditi vel 
« hostagiali, » avec cette note : « Rex dédit istum Ingerranno de Cor- 
« cellis pro redemptione sua » (Bouquet, XVII, 101 d). 

3. Le retour du roi, qui eut lieu deux mois après la bataille de Bou- 
vines, a été conté plus haut. 



206 OUBRRE DBS BARONS. [1214 

avait été pris dans une charge au pont de Nantes*. On sait 
qu'à la suite de la défaite ou les trois comtes avaient été faits 
prisonniers il fut conclu une trève^, qui autrement n'eût jamais 
été consentie. Le roi Jean revint en Angleterre après la conclusion 
de la trêve. C'est alors que commença, entre lui et les barons, une 
guerre qui dura jusqu'à sa mort. Il avait fait tort à tels qui s'al- 
lièrent contre lui, et dont l'exemple fut suivi par des barons à 
qui il n^avait en rien méfait. Presque tous lui coururent sus. 
Mais ce n'est pas le lieu de parler de ces querelles où des deux 
côtés il y eut excès. On ne pourrait se figurer, si on ne l'avait 
ouï ou vu, le mal qui fut fait de part et d'autre [14859]. 

Je veux parler présentement des enfants du Maréchal. Onques 
meilleurs rejetons ne naquirent d'un chevalier et d'une dame. 
Je dirai leurs noms, car cela est de mon sujet. Le premier fils 
eut nom Guillaume. Il n'y eut onques en ce royaume personne 
qui ait eu autant à cœur de bien faire. C'est lui qui, après son 
père, fut comte. Richard, qui vint après [14883], eut en lui 
prouesse, sens, beauté, bonnes mœurs, noblesse^. Le troisième 
fut Gilbert, qui fut clerc et renommé pour son sens et ses bonnes 
mœurs ^ Le quatrième eut nom Gautier [14893], mais il n'était 
pas encore chevalier au temps où je fis ce livre. On disait déjà 
que, sMl pouvait vivre, il serait homme de bien, car il y mon- 
trait de bonnes dispositions^. Le cinquième des fils fut appelé 

1. Robert III, comte de Dreux, fils de Robert II (sur lequel voy. p. 52, 
note 2). Il avait chargé imprudenimeat les geas du roi de France (cf. G. Le 
Breton, Chron.y g 172, et Ui&t. des ducs de Normandie et des rois 
d' Angleterre t p. 143). Il fut plus tard échangé pour Guillaume de Salis- 
bury (G. Le Breton, Chron., g 200; cf. la note de M. Delaborde). 

2. Une trêve de cinq ans (Chinon, 18 sept. 1214 ; Delisle, CattU. des 
actes de Ph.-Aug., n* 1506). 

3. Guillaume le Maréchal, deuxième comte de Pembroke (f 1231), et 
Richard, son frère, qui lui succéda comme comte de Pembroke (f 1234), 
ont des notices étendues dans le Dict. of nat. biogr., XXXVI, 223, 233. 

4. Il avait en effet été élevé pour l'état ecclésiastique, mais il ne parait 
avoir reçu que les ordres mineurs. Il succéda, comme quatrième comte 
de Pembroke, à son frère Richard, en 1234, et mourut en 1241 d'une chute 
de cheval. Voir sur ce personnage une brève notice à la fin de la biogra- 
phie du premier Guillaume le Maréchal , dans le Bictionary of nat. 
biography, XXXVI, 231. 

5. Il fut le cinquième comte de Pembroke, ayant succédé à son frère 



LES ENFANTS DU MARÉCHAL. 207 

Ansel [44899]. Il était très bien fait de sa personne et avenant 
en toutes choses. Dieu lui donne prospérité ' ! Voilà pour les cinq 
fils : il serait trop long de dire les grandes qualités qui furent 
en eux [i4940]. Parlons maintenant des cinq filles dans Tordre 
de leur naissance. La première eut nom Mahaut [4 4947]. Dieu 
mit en elle sens, largesse, beauté, noblesse et tout le bien 
qu'une gentille femme doit avoir. Son père la maria à sire 
Hugues de Bigot, qui fut comte après son père 2. Isabel, qui 
aurait pu s'appeler « vis a bel^ », épousa le comte de Glouces- 
ter*. Puis vint Sibille, que son père donna au fils du comte de 
Ferrières^ Eve [44944] fut donnée à Guillaume Fils Reinaut, 
seigneur de Briouze'^. La dernière, Jeanne, restait à marier à la 
mort de son père. Ce fut son frère ^ qui la maria, et il s'en 

Gilbert en 1241. Il mourut, sans postérité, comme ses frères, en 1245. 
Voir le Dict. nf nat. biography. 

1. Il mourut peu de semaines après son frère Gautier, à qui il avait 
succédé comme sixième comte de Perobroke. Il ne laissa pas d'enfants, 
et avec lui s'éteignit la descendance mâle du premier comte de Pembroke. 

2. Ci-dessus, p. 184, note 2. Hugues Bigot succéda, comme comte de 
Norfolk, à son père, Roger Bigot, en 1221, et mourut en 1225. Il est évi- 
dent qu'il vivait encore au temps où l'auteur composait son poème. 

3. Il y a là un jeu de mots que le copiste ne paraît pas avoir compris, car 
le texte (voy. la note du v. 14934) est corrompu. Cette interprétation par 
à peu près du nom d'Isabelle (en ancien français Isabel) devait être 
d'usage courant. Dans le roman de l'Escoufle, la belle Aélis, parlant à une 
jeune fille ainsi nommée, lui dit : 

Si m'ait Diex, cis nons est biax : 

S'en devés Dieu grant guerredon. 

Quant il, et de vie et de non. 

Vos a soufert a estre bêle. (vv. 5298-5301). 

4. Gilbert de Clare, comte de Hertford par son père et de Gloucesler 
par sa mère. Le mariage eut lieu en 1217. Gilbert mourut en 1229 ou 
1230 (Dugdale, Baronage, I, 211 ; cf. Dict. of nat. biogr., X, 378). Isabel 
épousa ensuite (1231) un lils puîné du roi Jean, Richard de Cornouailles, 
qui fut empereur des Romains (élu en 1257, f 1272). Elle mourut en 1239 
(Dugdale, ibid.). 

5. Guillaume III de Ferrières (en anglais Ferrers ou Ferrars), comte 
de Derby à la mort de son père, en 12i8. Il mourut en 1254 (Dugdale, I, 2G2). 

6. Mort en 1229 (Dugdale, I, 418 a). Son père, Reinaut de Briouze, 
mort en 1221, était fils du Guillaume de Briouze que persécuta le roi 
Jean (ci-dessus, p. 195). 

7. Guillaume, l'atné des frères. 



208 MARIAGE DU FILS AÎNÉ. 

acquitta bien, car il la donna au seigneur de Montchensi, Garia^ 
[^4956]. 

On voit par ce que je viens de dire que de bon arbre vient 
bon fruit. Les enfants portent témoignage de la bonté de leurs 
parents. 

Le père s'occupa de marier son fils aîné. Il savait que Bau- 
douin, le comte d'Aumale, avait une fille unique. Les deux 
pères en parlèrent ensemble et le mariage fut décidé. Le comte 
Baudouin donnait à sa fille, sous réserve de l'autorisation 
royale, toute sa terre soit en Angleterre soit ailleurs [U980]. 
Ce mariage fut approuvé de tous. Quand les deux comtes 
eurent terminé leurs arrangements, ils se rendirent auprès du 
roi le priant de les ratifier et de leur en faire faire une charte. 
Le roi y consentit, et tout ce qui avait été convenu fut mis en 
la charte [^ 5000] 2. 

Ainsi fut conclu le mariage. Mais les deux époux ne vécurent 
pas longtemps ensemble. La mort gloutonne qui tout dévore 



1. Dugdale, qui fait mention de ce mariage d'après le chroniqueur Jean 
deTinemouth, dit que Jeanne était la seconde fille du Maréchal (Barona^c, 
I, 561 b) et il la nomme aussi en second dans son énumération des filles 
du Maréchal (I, 6026; cf. Monasticon Ànglicanum, p. 726 b), mais il se 
trompe. L'époque où eut lieu le mariage, ce qui pourrait servir à dater 
cette partie du poème, ne nous est pas connue. 

2. Celte charte nous est parvenue. Elle est imprimée dans les Rot. 
chart., I, 1126, 113 a. Baudouin donne à sa fille Alice tous ses biens 
situés en Angleterre, mais il n'est pas question des biens qu'il possédait 
en Normandie et en Flandres. On y remarque cette clause singulière : 
« Si conligerit Aeliciam predictam decedere, predictus Willelmus, filius 
c predicli Willelmi comitis, alteram filiam predicti Balduini comitis, si 
c Deus eam ei dederit, habebit in uxorem cum predicto maritagio. Si 
< vero de predicto Willelmo, filio predicti Willelmi comitis, huraaniter 
« contigerit, Ricardus junior filius suus habebit predictam filiam cura 
« predicto maritagio. » Cette clause, qui resta sans effet puisque les deux 
fiancés vécurent assez pour être unis, montre assez que l'arrangement 
constaté par la charte est bien antérieur au mariage. En effet, l'acte est 
de novembre 1203. A cette date, le fils aîné du Maréchal pouvait avoir 
une douzaine d'années, et la fille unique de Baudouin, marié vers 1195 
(Stapleton, Magni roi. scacc. Norm., I, clvij), pouvait en avoir six 
ou sept. Le mariage paraît avoir été célébré en 1214 {Dict. ofnat. biogr., 
XXXVI, 233). 



1215] RÉVOLTE DES BARONS CONTRE LE ROL 209 

courut SUS à la dame et la prit. Elle mourut sans que rien pût 
lui venir en aide^ [15012]. 

Il me faut passer rapidement sur la guerre qui éclata entre 
le roi et ses barons, car il y eut trop de circonstances qui ne 
sont pas belles à conter. Il pourrait m^en arriver mal. Les barons, 
s'étant ligués, vinrent au roi et lui réclamèrent leurs franchises 2. 
Il refusa; alors ils lui firent savoir que, s'ils n'obtenaient pas 
leurs franchises, ils se détacheraient de son service et lui 
feraient tout le mal possible. Ils tinrent leur parole et se ren- 
dirent à Londres pour agir contre lui^. Mais sachez bien que le 
Maréchal ne prit aucune part à ce mouvement. Il s'affligea des 
excès auxquels on s'était laissé entraîner de part et d'autre et ne 
fut pour rien dans l'arrangement conclu entre les barons et les 
citoyens de Londres*. Les barons, s'étant réunis à Londres, 
envoyèrent des messagers pour demander Louis, fils du roi de 
France, qu'ils avaient l'intention de faire roi d'Angleterre. C'était 
une foUe. Avant que Louis fût venu, le roi assiégea Rochester^ 
[15072]. Il y dépensa beaucoup d'argent avant de s'en emparer. 
Dalla à Douvres par mer 6. Pourquoi par mer plutôt que parterre, 

1. Probablement en 1215 (art. précité du Dict. of nat. biogr., XXXVI, 
233). Guillaume, fils aîné du Maréchal et après lui comte de Pembroke, 
épousa en secondes noces (avril 1224) Éléonore, fille du roi Jean (Dugdale, 

I, 003 a; Dict. of. nat. biogr., XXX VI, 234 6). 

2. Le poète fait allusion aux propositions des barons assemblés en 
armes à Brackley (Northarapton) le lundi après l'octave de Pâques (20 avril 
1215); voir Rog. de Wendover, II, 115, Matb. de Paris, II, 585-6. 

3. Londres ouvrit ses portes aux barons révoltés le 24 mai 1215 (Rog. 
de Wendover, II, 116; Math, de Paris, Ghron. maj., II, 587). 

4. En effet, le Maréchal fut l'un des pleiges du roi envers les barons, 
quand ceux-ci, lors de la cour tenue par le roi à Worcester, à Noël 1214, 
présentèrent pour la première fois leurs réclamations (Rog. de Wendover, 

II, 113; Math, de Paris, Chron. maj., II, 584). Ensuite, après l'assem- 
blée de Brackley, il fut, ainsi que l'archevêque de Cantorbéry, chargé 
par le roi de négocier avec les barons (Rog. de Wendover, II, 115; Math. 
de Paris, Ckron. maj., II, 585). C'est plus tard seulement, après l'entrée 
des barons dans Londres, qu'il se rallia à ces derniers. Par suite, il 
figura, dans le préambule de la Grande charte, en tête des barons par 
le conseil de qui celte charte est octroyée (15 juin 1215). 

5. Cf. la note 2 de la page suivante. 

6. Le 22 août 1215, le roi est à Wareham (Dorset), à l'extrémité occi- 
dentale du havre de Poole. Il dut partir de là pour Douvres, c^ir, le 28, 

III U 



210 DESCENTE DE LOUIS EN ANGLETERRE. (1215 

je n'ai pas à le dire, car ce n'est pas de mon sujet. Alors il fit 
venir des Flamands, chevaliers et sergents, qui ne pensaient 
qu'au butin et s'occupaient moins de l'aider en sa guerre que 
de dévaster sa terre '. En cinq semaines il eut dépensé tout son 
trésor. C'est ce qui doit arriver : qui dépense sans rien gagner 
et s'associe à de mauvaises gens est bientôt à sec. Finalement 
ilprit Roche8ter2[45096]. 

uîLes Londoniens firent venir Louis, qui longtemps fut maître 
du pays^. Il prit Farnham, Winchester, Porchester, Southamp- 
ton*. Les ribauds de France y burent maint tonneau [de vin]. 
Ils disaient, dans leur jactance, que l'Angleterre était à eux, et 
que les Anglais, n'ayant aucun droit sur le pays, n'avaient 
qu'à l'évacuer. Ces vautances furent sans effet. J'en vis par la 
suite manger aux chiens une centaine que les Anglais tuèrent 
entre Winchester et Romsey^ [45^42]. C'est ainsi que ceux- 
là gardèrent la terre. En plusieurs lieux d'Angleterre on en fit 
autant ou pis, au témoignage de Willekin de Vaus* [-15446]. 

nous le retrouvons à Sandwich, sur la côte du Kent, et, du l** au 22 sep- 
tembre, il est à Douvres, sauf deux courts séjours à Cantorbéry. 

1. Math, de Paris [Ghron. maj., II, 622) parle défavorablement de ces 
mercenaires, ajoutant pour les qualifier quelques mots assez durs au 
récit de Roger de Wendover (II, 147). 

2. Rochester fut pris le jour de la Saint-André (30 novembre) après 
trois mois de siège (Rog. de Wendover, II, 150 ; Math, de Paris, II, 625). 
Le roi se tint à Rochester du 13 octobre au 6 décembre 1215. 

3. Louis, fils de Philippe-Auguste, débarqua à Stonar (Kent) le 21 mai 
1216 (Rog. de Wendover, II, 180; cf. Math, de Paris, II, 653). Les habi- 
tants de Londres le reçurent à grande joie (Rog. de Wendover, II, 181). 

4. Cette marche victorieuse de Louis est contée avec détail par l'au- 
teur de XHist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 172-4. 

5. Village situé à une quinzaine de kilomètres au sud-onest de Win- 
chester, entre Southampton et Saiisbury. 

6. Ce personnage nous est connu par l'Hist. des ducs de Normandie 
et des rois d'Angleterre, qui le mentionne en ces termes : « Es Wans 

< {lisez Waus) ot .j. siergant, qui, par sa proece, fu moût sires de Wan- 
€ dois {lisez Waudois). Chil guerroia moût puis as gens Looys. Apielés 

< estoit Willekins de Kasingehem, mais li François l'apeloient Willekin 
a des Wans (Waus), qui ne sorent nommer Kasingehem. Moll fu puis chil 
c renommés {lisez redoutés?) en l'ost Looys » (éd. de la Soc. de l'Hist. 
de Fr., p. 181). Plus loin (p. 189), la même chronique nous montre ce 
Willekin incendiant les loges des Français qui assiégeaient Douvres. 



12161 LE MARÉCHAL RESTE FIDÈLE AU ROI. 211 

Quand le roi n^eut plus d^argent, la plupart de ceux qui le 
servaient pour leurs gages s'en allèrent avec ce qu'ils avaient 
gagné. Le Maréchal, toutefois, resta avec lui dans la mauvaise 
fortune, le servant fidèlement comme son seigneur et son roi. 
Depuis ce moment jusqu'à sa mort, il ne le quitta pas. Et, du 
reste, toujours il se comporta envers le roi comme un homme 
loyal quoi que celui-ci lui pût faire [15138]. 

Cependant, la guerre se prolongeant, le roi perdit beaucoup 
de sa terre. Finalement, il se dirigea vers Lindsey^ En che- 
min il fut pris de la maladie dont il mourut. Force lui fut de 
s'arrêter à Newark^. Avec lui étaient l'évêque de Winchester 3, 
Jean de Monmouth'', Gautier de Glifford^, sire Rogier^, Jean 

Vous ou Waus, pays dont il tirait son surnom, en anglais the Weald, 
est le nom d'une région, autrefois sauvage et peu habitée, qui forme le sud- 
ouest de Kent et s'étend jusqu'en Sussex; voir, sur les limites, assez 
mal définies, de ce territoire, Edw. Hasted, The History and topogra- 
phical survey of the county of Kent, in-fol., I, cxxxiv. On peut se 
demander si ce Willekin de Kasinghem ou de Waus n'est pas le même 
qu'un certain « Willelmus » qui, au témoignage de Roger de Wendover 
(II, 182; cf. Math, de Paris, II, 655), aurait, à la même époque et dans 
la môme région, résisté énergiquement aux attaques de Louis : « Deiude 
< [Lodowicus] progrediens, Sulhsexam, cum villis et munitionibus, polen- 
« ter obtinuit, ubi juvenis quidam, Willelmus [Math, de Paris ajoute 
« de Colingeham) nomine, Lodowico iidelitalem facere contemnens, con- 
« gregatis ad mille sagittariis, loca déserta et nemorosa {c^est le Weald) 
a guibus illa abundabat regio, petivit, atque toto hostilitatis tempore, 
( Francigenis nimis infestus, multa ex eis millia interfecit. » 

1. Probablement Lindsey en Sulfolk. On n'a aucune autre mention d'un 
séjour du roi Jean en ce lieu. 

2. D'après l'itinéraire dressé par Th. DufTus Hardy, le roi arriva à 
Newark upon Trent (Nottingham) le 16 octobre 1216. Il y mourut dans la 
iftiitdu 18 au 19 octobre; cf. Rog. de Wendover, II, 196; Math, de Paris, 
II, 668 ; Hist. des dites de Norm. et des rois d'Angl., 180. 

3. Pierre, dont il sera souvent question plus loin, et qui, après la mort 
de Jean, prit une grande part au gouvernement de l'Angleterre. 

4. L'un des exécuteurs testamentaires du roi Jean. Il remplit des fonc- 
lions importantes sous Henri III et mourut vers 1247. Il a sa notice dans 
le Dict. ofnat. Biogr., XXXVIIl, 177. 

5. Gautier de Clififord, qui, en 1233, s'unit à Richard le Maréchal (le 
second fils de Guillaume), et à d'autres seigneurs du pays de Galles, 
contre Henri III (Rog. de Wendover, III, 54; Math, de Paris, III, 247). 

6. Rogier de Gaugi ? Voir ci-dessus, p. 43, n. 2. Après la mort de Jean, 



212 MORT DU ROI JEAN. [1216 

le Maréchal et nombre d'aulres hommes de haut rang. Tous 
furent profondément aflligés [45466]. 

Sentant la maladie augmenter, le roi Jean manda ses fidèles 
et leur dit : <c Seigneurs, il me faut mourir ; je ne puis résister 
« à ce mal. Pour Dieu, priez le Maréchal de me pardonner les 
« torts que je lui ai faits, et dont je me repens pleinement. 
« Toujours il m'a servi loyalement; jamais il n'a agi contre 
a moi, quoi que j'aie pu lui faire ou lui dire. Pour Dieu, sei- 
« gneurs, priez-le de me le pardonner ! Et comme je suis plus 
a sûr de sa loyauté que de celle d'aucun autre, je vous prie de 
a lui confier la garde de mon fils, qui ne réussira jamais à tenir 
« terre, sinon par lui' » [-15190]. 

Ainsi parle le roi. La mort impitoyable s'attaqua à lui si vio- 
lemment que bientôt elle l'eut réduit à Timpuissance. Du moins 
il mourut repentant. Son corps fut porté à Worcester^ [15206]. 

Le Maréchal fut affligé, quand il apprit la mort du roi. Il 
quitta Gloucester pour aller au-devant du corps qu'on portait 
à Worcester. La bière était escortée par le légat Gualon et par 
de nombreux clercs et chevaliers. On fit un riche service, 
comme il convenait à un roi. Là fut accomplie la prophétie de 
Merlin, disant qu'il reposerait entre les souverains. Et ce fut 
la vérité, car il gît entre saint Wulstan et un autre corps saint ^ 
[15228]. 

il eut la garde du château de Newark, où le roi était mort ; voir Hist. 
des ducs de Norm., p. 181. 

1. a Ânçois k'ii morust maada il a Guillaume le Mareschal, le comte 
< de Pembroc, que il meloit Henri son ainsné ûli en la garde Diu et en 
c la soie, et por Diu li pria qu'il raesist conseil en son afaire » {Hist. 
des ducs de Norm., p. 180). 

2. C'est le vœu qu'il avait exprimé en mourant : c Deo et sancto Vul- 
( stano animam meam commendo » (Rog. de Wendover, II, 196). Son 
tombeau se voit encore dans le chœur de la cathédrale de Worcester, 
mais il n'est plus à sa place originaire; voy. Valenline Green, An accoutU 
of the discovery of ihe body of King John in the Cathedral church of 
Worcester, july 17, 1797. London and Worcester, 1797, in-4* (8 pages). 

3. La môme remarque fut faite par d'autres. Le chroniqueur Th. Wikes 
s'exprime ainsi : « Corpus ejus inde delatum usque Wigorn, in ecclesia 
conventuali monachorum honorifice tumulatum est inter feretra sancti 
« Wulstani et sancti Oswaldi. Quamobrem vere bruti Britones fabulan- 
c tur ridicule fabellas vanas Merlini, quas, falso tamen, prophetias arbi- 



1216] CONSEIL TENU A GLOUCESTER. 213 

Le roi enterré, les hauts hommes se rendirent à Gloucester 
et y convoquèrent le comte de Ghester< et les partisans du défunt 
roi. S'étant réunis en conseil, ils délibérèrent d'envoyer Tho- 
mas de Samford^ à Devizes^ pour en ramener le fils du roi et 
tous ceux qui étaient avec lui. Le Maréchal se rendit au-devant 
d'eux et les rejoignit en dehors de Malmesbury dans la plaine 
[45257]. Là était Raoul de Saint- Sanson'', qui était le gou- 
verneur du jeune prince et le portait dans ses bras''. L'enfant, 
bien appris, salua le Maréchal, et lui dit : « Sire, soyez le bien- 
a venu ! Je me rends à Dieu et à vous. Puisse Dieu vous faire 
a la grâce de nous bien garder ! » Le Maréchal répondit : « Sire, 
a sur mon âme, je ne négligerai rien pour vous servir en bonne 
a foi tant que j'en aurai la force. » Tous fondirent en larmes, 
le Maréchal comme les autres. Puis ils se remirent en route pour 
Gloucester [45286]. 

Là ils délibérèrent sur la question de savoir si on attendrait 
le comte de Ghesler ou si on procéderait sans lui. Les uns 
furent d'avis d'attendre, les autres conseillèrent de couronner 
le roi promptement, car nul ne sait ce qui lui pend à l'œil. 
Ce dernier conseil prévalut^. Puis on se demanda qui ferait le roi 
chevalier. « Qui? » dit quelqu'un, « sinon celui qui entre mille 



« trantur, in eo fuisse complétas, dicentis quod inter sanctos collocabi- 
< tur » (Gale, Hist. anglic. script., II, 38; Annales monastici, IV, 59, 
coll. du Maître des rôles). Cf. Galfridi de Monemuta Vita Merlini^ 
publiée par Fr. Michel et Th. Wright (Paris, 1837), p. xxxrii. Toutefois 
cette prophétie ne se trouve pas parmi celles que Geoifroi de Monmouth 
a enregistrées dans le quatrième livre de son Historia Briionum. 

1. Raoul de Blondeville, quatrième comte de Chester en 1181, qui 
raourut en 1232 (Dugdale, I, 41, et Dict. of nat. biogr., V, 267). 

2. Ci-dessus, p. 184, n. 4. 

3. Ville du comté de Wilts. 

4. Saint-Sanson-La Ferlé, arr. de Neufchâtel, cant. de Forges, ou 
Saint-Sanson-du-Bon-Fossé, arr. de Saint-LA, cant. de Canisi. — « Rad. 
de Sanclo Sansone » est qualifié de serviens régis dans des lettres closes 
du 17 mai 1218 {Rot. litt. dans., I, 362 a). Il figure en d'autres lettres 
du même recueil : voir la table. 

5. Le jeune Henri avait alors neuf ans. 

6. Cependant Rog, de Wendover, II, 197 (cf. Math, de Paris, III, 1), 
mentionne le comte de Chester au nombre de ceux qui assistèrent au 
couronnement. 



214 COURONNEMENT DE HENRI III. [1216 

a mériterait plus que tous cet honneur? C'est Guillaume le 
a Maréchal, celui qui a ceint l'épée au jeune roi ^ Nul de nous 
« n'arrive à sa hauteur. C'est lui qui doit ceindre l'épée à celui-ci, 
« et ainsi il aura fait deux rois chevaliers. » Tous se rangèrent 
à cet avis. On revêtit l'enfant de vêtements royaux faits à sa 
taille : ce fut un beau petit chevalier. Les hauts hommes qui 
étaient présents le portèrent au moutier. De grands dons furent 
distribués lorsqu'il fut oint et couronné. Le légat Gualon 
chanta la messe et le couronna, assisté des évêques qui étaient 
là réunis 2 [4 5332]. 

Quand il fut oint et sacré et que le service fut achevé, les 
chevaliers portèrent l'enfant en leurs bras, notamment Philippe 
d'Aubigni ctRicharddeFerrières^. Plusieurs autres y tendirent 
les mains qui ne furent pas d'un grand secours. On le porta 
dans sa chambre où on lui mit d'autres vêtements moins lourds. 
A ce moment, comme on allait se mettre à table, vint une 
mauvaise nouvelle. Un messager, plus fol que sage, dit au 
Maréchal, devant tout le monde, que son château de Goodrich^ 

1. Voy. ci-dessus, p. 51. 

2. Le 28 octobre 1216. 

3. Rog. de Wendover (l. l.) cite, parmiles personnes présentes au cou- 
ronnement, Philippe d'Aubigni et Guillaume (non pas Richard) de Fer- 
rières. Philippe d'Aubigni tut un personnage considérable sous Jean et 
sous Henri III. Il figure, dans le préambule de la Grande charte (1215), 
parmi les conseillers du roi. Il était, depuis 1212, gardien des îles de la 
Manche, titre qu'il conserva sous Henri III, jusque vers 1220 ou 1221 
(J. Havet, dans Bibliothèque de VÉcole des chartes^ XXXVII, 190, ou 
Œuvres de Julien Havet, II, 388). Dès le commencement du règne, et 
plus encore après la mort du Maréchal, il fut l'un des conseillers les 
plus intimes du jeune roi. Mathieu de Paris, parlant de lui à l'occasion 
de son départ pour la Terre sainte, en 1222, le qualifie de « miles stre- 
« nuus ac morum honestate commendabilis, regisque Anglorum magister 
« et eruditor fidelissimus » (III, 67). Il mourut en 1236 (Math, de Paris, 
III, 375), en Terre sainte, où il était retourné. Son épitaphe a été retrou- 
vée à Jérusalem en 1867; voir à ce propos une note de J. Havet, dans 
la Revue critique du 9 sept. 1876 (p. 173), reproduite dans les Œuvres de 
Julien Havet, II, 438. L'histoire de sa famille est dans Dugdale, Baro- 
nage of England, I, 115. 

4. Dans le ms., le nom de ce château est écrit ge dus (v. 15355), forme 
inintelligible et visiblement corrompue, puisque la rime correspondante 
{asis) exige une finale en is. Il faut certainement corriger Godri$^ c'est- 



1216] LA GARDE DU ROI EST OFFERTE AU MARÉCHAL. 215 

avait été assiégé la veille [^15356], et que son connétable 
lui demandait du secours. Le Maréchal y envoya aussitôt des 
chevaliers, des sergents, des arbalétriers. Plusieurs de ceux 
qui étaient présents considérèrent que cet événement, le jour 
même du couronnement, était de mauvais augure [-15372]. 

Les hauts hommes vinrent au Maréchal et le prièrent de se 
charger de la garde du roi. « Je ne puis, » répondit-il. « Je 
« n'ai plus la force nécessaire pour une telle baillie. Je suis 
a trop vieux. Il faut donner cette charge à un autre. Attendez 
« que le comte de Ghester soit arrivé. » On s'en tint là pour 
cette nuit et chacun rentra chez soi [-15400]. 

Le Maréchal, rentré au château * , appela en conseil Jean le 
MaréchaP, Raoul Musart^ et Jean d'Erlée, et leur dit : « Ces 
« gens-là voudraient que je prisse la garde du roi et le gou- 
a vernement du royaume. Mais c'est une lourde charge et je 
« veux d'abord me régler sur votre avis. » Jean le Maréchal et 
Raoul Musart lui conseillèrent d'accepter. « Vous serez en état, » 
lui disait ce dernier, « d'avancer vos hommes et d'autres 
« encore, et nous qui sommes ici. » Jean d'Erlée, au contraire, 
l'en dissuada, lui remontrant que c'était une lourde charge 
pour un homme affaibli par l'âge; que d'ailleurs le roi ayant 
peu d'argent, c'est à lui Maréchal qu'on s'adresserait, et qu'il 
aurait par suite beaucoup de peine et de tourment. « Atten- 
« dons la venue du comte [de Ghester], » reprit le Maréchal; 
tt nous aurons meilleur conseil, et allons nous coucher. 
« Dieu y mette conseil et paix ! » [^5464]. 

Le lendemain, après la messe, le comte de Ghester arriva. 
11 salua le roi qui reçut son hommage et celui des autres barons. 
Plusieurs de ceux qui vinrent avec le comte trouvèrent incon- 
venant qu'on ne l'eût pas attendu pour couronner le roi. Mais 



à-dire Goodrich, village situé dans le sud du comté de Hereford, entre 
Ro88 et Monmoulh. On y voit encore les ruines d'un ancien château qui 
appartenait en effet au Maréchal. Un acte royal, passé en sa présence le 
28 septembre 1218, est daté de ce château {liot. litt. claiis., p. 370 a). 

1. Au château de Gloucester. 

2. Son neveu. 

3. Raoul Musart fut nommé gardien du château de Gloucester le 8 juil- 
let 1215 {Hot. lut. pat., I, 148^; cf. 193 6). 



216 LE MARÉCHAL HÉSITE ET ENFIN ACCEPTE. [1216 

le comte leur imposa silence, disant qu'on avait bien fait de 
procéder au couronnement sans retard. On se forma alors en 
conseil et on délibéra sur le cboix de celui à qui serait confiée 
la garde du roi et du royaume. L'évèque de Winchester* demanda 
à Alain Basset* son avis [45497]. « Par ma foi! » répondit 
celui-ci, « je ne vois que le Maréchal ou le comte de Ghester. 
— Certes, Seigneurs, » reprit le Maréchal, « je ne puis accep- 
« ter une si haute mission. Je suis trop faible. J'ai passé quatre- 
« vingts ans. Mais vous, comte de Ghester, chargez- vous-en, 
a et, tant que je vivrai, je vous serai en aide de tout mon pou- 
« voir. Vous ne me saurez rien commander que je ne le fasse 
a tant que Dieu m'en donnera la force. — Non certes, Maré- 
« chai, » dit le comte, « cela ne se peut. Vous êtes si bon che- 
« valier, si prudhomme, si redouté, si aimé et si sage qu'on 
« vous tient pour un des meilleurs chevaliers du monde. Je 
« vous le dis en toute loyauté, c'est vous qui devez être choisi, 
a Je vous servirai et j'accomplirai, selon mon pouvoir, toutes 
« les besognes que vous voudrez me commander » [45536]. 

Alors le légat prit à part en une chambre le Maréchal, avec 
le comte de Ghester, l'évèque de Winchester et une partie des 
hauts hommes, et ils recommencèrent à délibérer. Mais ils ne 
seraient point arrivés à vaincre la résistance du Maréchal, si le 
légat ne l'avait prié de prendre la baillie en rémission et en 
pardon de ses péchés. A cette condition, il lui en donnait devant 
Dieu l'absolution. « Au nom de Dieu, » dit le Maréchal, « si à 
« ce prix je suis absous de mes péchés, cette baillie me con- 
« vient, et je la prendrai, bien qu'elle me pèse » [45558]. 

Le légat la lui remit, et le bon Maréchal reçut à la fois le roi 
et la baillie^. Il s'en acquitta bien tant qu'il vécut, mais nous 
le perdîmes trop tôt pour le bonheur de l'Angleterre [45564]. 

Quand le Maréchal eut pris la baillie du royaume, il parla 
ainsi * : « Seigneurs, voyez le roi jeune et tendre. Je ne pour- 

1. Il semble qu'il ait exercé les fonctions de président. 

2. Voy. p. 143, n. 3. 

3. C'est-à-dire la garde ou la tutelle du roi et le gouTernement du 
royaume. Son titre officiel était régis rector (ou custos) et regni (Rog. de 
Wend., II, 208, 211, etc.). Le roi l'appelle « rectorem nostrom et regni 
nostri » (Rymer, Fœdera, éd. de La Haye, I, 75). 

4. Le Maréchal s'adresse probablement au comte de Chester, à l'évèque 



1216] IL SE DECIDE A RESISTER ENERGIQUEMENT. 217 

a rais entreprendre de le mener avec moi par la terre. Et je ne 
a puis séjourner dans le même lieu, car il me faudra aller par 
a les marches du royaume, afm de les garder. C'est pourquoi 
a je vous demande de désigner un prudhomme à qui le jeune 
a roi sera confié. — Que ce soit à votre volonté, sire ! » dit le 
légat, « vous saurez le remettre en bonnes mains. » Sur quoi 
le Maréchal confia Tenfant à l'évêque de Winchester [15610]. 

Quand on apprit que le Maréchal avait la garde du roi et celle 
du royaume, la joie fut universelle. « Dieu nous protège, » 
disait-on, a car il n'est personne en Angleterre qui soit capable 
« de s'acquitter aussi bien de cette charge » [15620]. 

Le Maréchal réunit en conseil les trois fidèles amis qu'il avait 
consultés la veille, et leur dit : « Conseillez-moi, car par la foi 
a que je vous dois, je me vois entrer dans une mer sans fond 
« ni rive. Puisse Dieu me venir en aide ! On m'a confié un gou- 
« vernement presque désespéré. L'enfant n'a pas d'argent, et 
« moi je suis homme de grand âge. » En disant ces paroles, 
les larmes lui vinrent aux yeux, et les autres pleurèrent aussi, 
par pitié, a Oui, » dit Jean d'Erlée, qui avait compris sa pen- 
sée, a vous avez entrepris une besogne qui doit être accomplie 
« à tout prix. Mais quand nous serons au bout, je vous dis que, 
« même en mettant les choses au pis, il n'en peut résulter que 
« grand honneur. Admettons que tous vos partisans passent à 
a Louis, qu'ils lui rendent tous les châteaux, à ce point que 
« vous ne puissiez trouver refuge nulle part en Angleterre et 
« que, poursuivi par Louis, vous soyez obligé de quitter le pays 
« et de chercher un asile en Irlande : ce sera encore un grand 
« honneur. Et puisque la pire alternative est si honorable, la 
« plus favorable vous vaudra à la fois grand honneur et grande 
« joie. Jamais aucun homme n'aura conquis tel honneur en 
« terre. — Par le glaive Dieu! » dit le comte, a ce conseil est 
a vrai et bon; il me va si droit au cœur que si tous l'abandon- 
« naient, savez-vous ce que je ferai ? Je le porterais sur mes 
« épaules, jambe deçà, jambe delà, d'île en île, de terre en 
« terre, et je ne lui manquerais pas, si même il me fallait mon- 
de Winchester et au cardinal, qui ont été mentionnés plus haut. Mais le 
leite ne le dit pas, ce qui donne à croire qu'il y a ici une lacune do 
quelques vers ; voir la note du v. 15580. 



2! 8 LOUIS ENTRE EN POSSESSION [1216 

a dier mon pain ! — Vous ne pouvez mieux dire, et Dieu sera 
« avec vous, » répondirent ses amis. « Maintenant, » conclut 
le Maréchal, « allons nous coucher, et que Dieu y mette conseil 
« et aide, lui qui vient au secours de ceux qui veulent faire le 
« bien et se conduisent loyalement » [45708]. 

Le roi et les siens quittèrent Gloucester et se rendirent à 
BristoP. Là se trouvait Savari de Mauléon, qui se présenta au 
roi et lui demanda la permission de se rendre en sa terre ^. En 
ce temps-là, Louis tenait Hertford assiégé. Les défenseurs du 
château, n'attendant aucun secours, demandèrent à Louis une 
trêve de vingt jours. Il la leur accorda, à condition qu'on lui 
rendrait Berkhampstead et Hertford^. Il entra en possession 

1. On voit par les Notuli litterarum clausarum que le roi et le Maré- 
chal quittèrent Gloucester le 2 ou le 3 novembre. Ils se rendirent à Tew- 
kesbury (3 nov.) et séjournèrent à Bristol du 13 au 20 novembre. De là 
ils retournèrent à Gloucester, d'où sont datées des lettres du 22 novembre 
au 9 décembre. Ensuite on les trouve à Devizes, puis à Gloucester. 
D'après Rog. de Wendover (II, 204; cf. Math, de Paris, III, 11), le roi, 
le Maréchal et le légat se trouvaient à Bristol le jour de Noël 1216 (1217 
selon le style suivi par ces historiens); cela n'est pas impossible, toute- 
fois, le Maréchal était à Gloucester le 24 et le 28 décembre, d'après les 
Rot. litt. claus., I, 295. 

2. En Poitou. De là il se rendit en Terre sainte, et prit part à la croi- 
sade de Damiette, où il arriva en septembre 1218; voir la Prise de Ba- 
miette, relation provençale inédite^ dans la Bibl. de l'École des chartes^ 
XXXVIII, 561, noie sur la ligne 495, et cf. Wilken, Gesch. d. Kreuzzugey 
VI, 214, note 16. Pendant les dernières années du règne de Jean, il avait 
été gardien du château de Bristol. L'Hist. des ducs de Normandie et des 
rois d'Angleterre dit (p. 181) qu'il était parti pour le Poitou avant la 
mort du roi Jean. 

3. Rog. de Wendover, suivi par Math, de Paris, rapporte les faits 
autrement. Selon cet historien, la ville de Hertford, assiégée par Louis 
du 11 novembre au 6 décembre, se rendit, les défenseurs conservant leurs 
bagages et leurs armes (II, 200; cf. Math, de Paris, III, 5). Il n'est pas 
question de trêve. De Hertford Louis se rendit à Berkhampstead (à l'ex- 
trémité occidentale du comté de Hertford), qui se rendit par ordre du roi, 
« ex prœcepto régis », le 20 déc. (Rog. de Wendover, II, 200-1 ; cf. Math, 
de Paris, III, 6). VHist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre 
énumère (p. 182) les divers châteaux pris par Louis, mais ne fait, non 
plus que Rog. de Wendover, aucune mention de la trêve. Cependant, on 
sait par d'autres témoignages qu'une trêve fut en effet conclue dans les 
circonstances qu'indique le poème; voir la chronique du chanoine de 



1217] DE PLUSIEURS CHATEAUX D'ANGLETERRE. 219 

de ces deux places. Peu après le grand juge ^ et sire Faukes^, 
avec de nombreux barons, se rendirent auprès du roi à Bristol 
[45734]. 

La trêve expirée, ceux qui avaient la garde de Hertford en 
prirent une autre de vingt jours sans consulter le Maréchal. 
Ce fut une faute. Ils livrèrent deux forts châteaux : Norwich 
et Orford^, et ainsi Louis se trouva saisi de quatre châteaux. 
Mais il n'observa pas la trêve comme il s'y était engagé'*. Les 
Français, orgueilleux comme toujours^, ne le lui permirent pas. 
Alors il prit conseil d'aller en France^. Quand le Maréchal vit 

Barnwell, dans Walter de Coventry, II, 234 (coll. du Maître des rôles), 
et cf. Petit-Dutaillis, Éttide sur la vie et le règne de Louis VIII, p. 139, 
note. Quant à la date que Rog. de Wendover assigne au siège de Hert- 
ford, elle est confirmée par le fait qu'on a publié une charte de Louis 
datée du siège de Hertford, le 21 novembre 1216 (Archxologia, XXII, 
426-428). 

1. Hubert de Burgh, qui défendait Douvres assiégé par Louis. Il était 
justice d'Angleterre depuis 1215. Voir une longue notice sur ce person- 
nage dans le Dicl. of nat. biogr., VII, 315. 

2. Faukes de Breauté est appelé dans les actes latins Falkesius, Fau- 
kesiuSj rarement Falco (voir les tables des divers recueils de rôles), dans 
la chronique de Roger de Wendover Falcasius. La forme Faukes est 
garantie par la rime avec auques (vv. 15731-2). Bréaulé est un village 
de la Seine-Inférieure. L'Histoire des ducs de ISormandie et des rois 
d'Angleterre dit de lui : « Cil Foukes ot esté povres sergans au roi 
« (Jean) ; tins fu a un chevalier de Normendie, de soignant, mais puis 
f siervi il tant le roi et tant crut ses afaires que il fu puis uns des 
< riches homes d'Engletierre. Petis fu de cors, mais moût fu vail- 
c lans; puis tint il .vij. contées en ses mains » (p. 173). Ces comtés 
sont, comme on le voit par la même chronique (p. 181), ceux de Nor- 
tharopton, Oiford, Buckingham, Hertford, Bedford, Cambridge et enfin 
l'Ile de Wight, qui ne formait pas un comté entier. Voir, sur cet aventu- 
rier, Dict. ofnat. biogr., VI, 247. 

3. Suffolk, autrefois port de mer d'une certaine importance; peu à peu 
la mer s'est retirée et la ville est tombée en décadence. Norwich et 
Orford furent rendus à Louis dans les premiers jours de janvier 1217 
(Walter de Coventry, II, 235). 

4. Celte assertion est contestée ; voir Petil-Dutaillis, Étude sur la vie 
et le règne de Louis VIII, p. 141. 

5. C'est le reproche habituel ; voy. Chanson de la croisade contre les 
Albigeois, II, 351, note 2. 

6. D'après Rog. de Wendover (II, 206; cf. Math, de Paris, III, 13), 
Louis, averti que, s'il ne quittait pas l'Angleterre, l'eicommunication pro- 



220 LOUIS EST BLOQUÉ A WINCHELSEA [lî!7 

qu'il n'observait pas la trêve, il résolut de ne pas l'observer 
non plus [^5760]. 

Le Maréchal rassembla tous les hommes loyaux qui tenaient 
pour le roi et se rendit à GhertseyV Louis, de son côté, se 
rendit à Winchelsea^, où il n'eut pas la facilité de s'embar- 
quer avec sa suite, car il trouva la route de mer fermée. Le 
Maréchal, s'étant consulté avec les siens, fit occuper la ville 
de Rye3 par Philippe d'Aubigni et une troupe suffisante de 
chevaliers et de sergents [^5790]. Puis il envoya par dehors^ 
une flotte bien équipée. Ensuite il chevaucha vers Louis, et le 
tint si serré que celui-ci ne savait plus de quel côté tourner, 
ayant d*un côté le Maréchal, de Tautre Philippe d'Aubigni, qui 



noncée contre lui par le légat serait confirmée par le pape, quitta TAn- 
gleterre, pendant le carême, après avoir conclu une trêve qui devait 
durer un mois après Pâques. C'est alors, en mars 1217, que plusieurs sei- 
gneurs anglais, entre autres Guillaume de Salisbury et le fils aloé du 
Maréchal, quittèrent le parti de Louis pour celui du roi (Walter de Coven- 
try, II, 235). Les actes de soumission de ces personnages nous sont par- 
venus; voir Petit-Dutaillis, ouvr. cité, p. 144, note. 

1. Surrey, au sud-ouest de Londres, sur la Tamise. D'après la suite 
des événements c'est en février que le Maréchal se serait rendu à Chert- 
sey. Il est vrai que son itinéraire, tel qu'on peut le dresser d'après les 
chartes, ne mentionne aucun séjour dans cette localité à l'époque indi- 
quée, mais du 22 au 25 le Maréchal était à Reading {Rot. lilt. claus., 
p. 298) et le 27 nous le trouvons à Dorking. Il a dû presque inévitable- 
ment passer le 26 à Chertsey, qui était sur sa route. 

2. Sussex, à deux kilomètres de la mer; WîJichenesel, dans le texte, 
forme qui se trouve aussi dans le roman d'Ëustache le Moine (èdit. Fr. 
Michel, V. 1932, Vincenesel) et que l'éditeur explique bizarrement 
(p. 108) par Viticent, help. 

3. Sussex, l'un des c cinq ports », à l'est et tout près de Winchelsea. 
11 est établi, par des actes inédits que cite M. Petit-Outaillis (p. 142, 
note), que les troupes royales occupèrent Rye, abandonné par les Fran- 
çais, vers la fin de février. M. Petit ajoute toutefois : c Les récits con- 
tenus dans VHist. de Guill. le Maréchal (v. 15771 à 15869) où le plan de 
ce guet-apens (?) est attribué au comte de Pembroke, dans les Annales 
de Dunstaple (p. 48) et de Worcester (p. 407) et dans les chron. de Mail- 
ros (p. 130) et de Lavercost (p. 25) sont plus ou moins fantaisistes. » 
Aucune preuve n'est donnée à l'appui de cette opinion, qui, au moins en 
ce qui concerne notre poème, ne paraît pas fondée. 

4. Devant Winchelsea. 



1217] PAR TERRE ET PAR MER. 221 

lui tuait beaucoup de monde, et devant lui la flotte ^ En outre, 
Willekin de Waus^ le harcelait et fit couper la tête à beaucoup 
des siens [15808]. 

Ainsi serré de près, Louis perdit bien un millier des siens 
qui périrent par l'épée, sans confession^. La troupe des ribauds 
qui se vantaient de conquérir l'Angleterre y fut presque détruite. 
Ce ne fut pas dommage. Là furent pris deux riches vavasseurs 
qui avaient quitté Louis pour retourner dans leur terre, un 
Guillaume de Pont - de -P Arche ^ et Jean Fils Hugues^, et, 
avec eux, plusieurs autres Anglais qui encore maintenant sont 
hais pour leur conduite. Louis aurait été pris s^ll n'avait été 
secouru par Fortune, qui est malveillante pour les hoirs d'An- 
gleterre, et leur enlève de force leur terre ^ ! Oiez comme For- 
tune est forte et comme elle soutient ceux pour qui elle a pris 
parti! Sur ces entrefaites arriva sire Hugues Tacon^ [15850], 

1. On peut admettre que ce plan ait été conçu par le Maréchal, qui 
était alors la principale autorité du royaume, mais il ne paraît pas qu'il 
ait pris une part très active aux opérations, car le 27 février il était à 
Dorking et, dès le 7 mars, nous le trouvons à Farnham, en Surrey, sur 
la limite de Hampshire (Rot. litt. claus., p. 299). Entre ces deux dates, 
ses mouvements ne nous sont pas connus. C'est dans cet intervalle qu'il 
a dû opérer contre les Français. 

2. Voir p. 210, note 6. 

3. Ce qui était regardé comme une malédiction; voir, par ex., Chan- 
son de la croisade des Albigeois, vv. 8465, 8478, 8537. 

4. f Guillaume » est une correction probable (voir la note du v. 15828). 
Le texte porte Alsemen, forme évidemment corrompue. Un « Willelmus 
c de Ponte Arche » figure en de nombreux documents du temps ; voir la 
table des Roi. litt. claus. Ayant fait sa soumission au roi, ses terres lui 
furent rendues par lettres du 10 août 1217 {Roi. litt. claus., I, 318). 

5. Jean Fils Hugues paraît devoir être identifié avec un « Johannes 
f Filius Hugonis » qui, par lettres royales du 24 juillet 1217 {Rot. litt. 
claus., I, 316 à), fut remis en saisine de la terre qui lui avait été enlevée 
lorsqu'il s'était retiré (vraisemblablement en 1215 ou en 1216) de la foi et 
du service du roi. 

6. Le poète écrivait peu d'années après la mort du Maréchal. 

7. Hugues Tacon d'Aubigni figure en plusieurs actes de Philippe- 
Auguste (Delisle, Cat. des actes de Philippe-Auguste, n"' 1542 (1215), 
1588 (1215), 1763 (1217). Il tirait probablement son surnom d'Aubigni- 
en-Artois, Pas-de-Calais, car sur son sceau (Douët d'Arcq, Collection de 
sceaux, n» 3666), il prend le titre de < dominus de Orriviila. » Orvillc 
est dans l'arrondissement d'Arras. L'Uist. des ducs de Normandie et des 



222 IL EST DÉLIVKÉ PAR UNE FLOTTE FRANÇAISE [1217 

qui était notre ennemi. Il amena une grande flotte au secours 
de Louis et, forçant le passage, l'emmena en France. Mais tout 
d^abord nous devons vous conter comment il détruisit notre 
flotte et comment Louis vint, avec une nombreuse chevalerie, 
à Rye *. Les gens du roi qui occupaient cette ville reconnurent 
qu'ils ne pouvaient la défendre, leurs adversaires étant au 
nombre de plus de trois mille, et l'évacuèrent. Louis poursuivit 
sa route vers Douvres, où il s'embarqua ^ [-1 5867]. 

rois d'Angleterre le nomme à direrses reprises parmi les partisans de 
Louis et le qualifie (p. 161) de « uns des barons de Flandres. » 

1. Le poète semble annoncer un récit qui, en fait, manque. Y a-l-il une 
lacune? Nous ne voyons nulle part que la flotte anglaise ail été détruite, 
mais il est vrai qu'elle fut obligée de se retirer devant la flotte française 
venue de Douvres. Voir le récit de VHist. des ducs de Normandie ana- 
lysé dans la note qui suit. 

2. La date de son départ ne peut être déterminée avec une parfaite 
exactitude. Rog. de Wendover (II, 206; cf. Math, de Paris, III, 13) dit 
que Louis passa la mer « tempore quadragesimali, > c'est-à-dire vers le 
milieu de février, le dimanche de la quadragésime tombant, en 1217, le 
12 février ; mais, si on combine un passage de VHist. des ducs de Nor- 
mandie et des rois d'Angleterre où le retour de Louis est fixé au 22 avril, 
avec un passage du poème (v. 16034) où son absence est fixée à sept 
semaines et cinq jours, on est conduit à placer son départ vers le 27 février; 
voir ci-après, p. 225, note 5. Celte dale coïncide approximativement avec 
celle que Walter de Coventry (II, 236) assigne au départ de Louis, qu'il 
place € ante mediam quadragesimam. » En ce qui concerne les circons- 
tances de ce départ, Rog. de Wendover ne fait aucune allusion aux diffi- 
cultés qu'éprouva Louis à quitter l'Angleterre. Mais {'Uist. des ducs de 
Normandie et des rois d'Angleterre (p. 183-187) fait un récit qui, en 
somme, s'accorde avec le poème, bien que différent dans les détails : 
Louis se rend à Winchelsea (= poème, 15768) ; les bourgeois de cette 
ville brisent leurs moulins, et, s'étant embarqués sur des navires, vont 
rejoindre Philippe d'Aubigni à Rye. Louis et les siens sont en grande 
détresse à Winchelsea, n'ayant pas les moyens de moudre leur blé. De 
Londres viennent à leur secours plusieurs seigneurs français, entre 
autres Hugues Tacon (= poème, 15850). Ils s'arrêtent à Romney (Kent), 
d'où ils envoient des messagers en Boulonnais, avec mission de rassem- 
bler une flotte pour venir au secours de Louis. Celte flotte aborde à 
Douvres, où, pendant quinze jours, elle est retenue par des vents con- 
traires. Enfin, elle peut mettre à la voile et aborde à Winchelsea, après 
avoir forcé à la retraite les navires anglais qui barraient le passage. Louis 
s'empare de Rye (= poème, 15860), où il trouve des vivres dont il avait 
grand besoin, et de là part pour la France, où il séjourne jusqu'après 



1217] ET RETOURNE EN FRANCE. 223 

Quand le Maréchal sut que Louis était retourné en son pays, 
il se dirigea vers Shoreham * , et y séjourna une nuit. Le len- 
demain, comme il s'en éloignait, il rencontra en son chemin le 
jeune Maréchal^ et Guillaume de Salisbury, qui s'aimaient 
comme frères 3. Ils se rendirent tous ensemble à Knep* qui se 
rendit aussitôt [^15888]. 

Le lendemain, le jeune Maréchal et le comte de Salisbury 
allèrent à Winchester, dont ils assiégèrent le château, tandis 
que le Maréchal père allait, avec une partie des hauts hommes, 
mettre le siège à Farnham. Le jeune Maréchal et le comte de 
Salisbury prirent leurs logements à La Hyde^ et assiégèrent 
la cité de Winchester. Le premier jour ils firent peu de besogne, 
mais le second jour ils donnèrent l'assaut. Ce jour-là le Maré- 
chal père leur fit dire de venir le rejoindre sans retard^. Ils y 
allèrent, mais ils rencontrèrent à Alresford^ des messagers qui 
leur annoncèrent la prise du château^. A cette nouvelle, les 

Pâques. D'après celle chronique, Louis se serait embarqué pour la France 
sur la flolle de secours ; d'après le poème (15868), il serait allé s'embar- 
quer à Douvres, ce qui semble moins naturel. 

1. Sussex. C'est un petit port situé à quelques kilomètres à l'ouest de 
Brighton, qui n'existait pas en ce temps-là. 

2. Guillaume, le liis aîné du Maréchal. 

3. Le poète ne dit pas que jusqu'à ce moment le jeune Guillaume et le 
comte de Salisbury avaient tenu le parti de Louis : a En celé demeure 
f que Looys fist en France empira moult sa besoigne en Angletierre, car 
c Guillaumes Longhe-Espée, li cuens de Salesbieres, se lorna encontre 
a lui deviers le joTene roi son neveu, et Guillaumes li jovenes Mares- 
t cbaus et pluiseur autre » {Hist. des ducs de Normandie et des rois 
d'Angleterre, p. 187). Devenu roi, Louis garda rancune au jeune Maré- 
chal de cette défection, et, en 1224, ce seigneur ayant été envoyé en 
ambassade auprès de lui, il refusa de le recevoir, le considérant comme 
coupable de trahison (Liber de antiquis legibus [Camden Society), p. 205). 

4. Knepp Castle (La Kenape, dans le texte, v. 15886), Sussex; lieu 
appelé dans les documents Gnappe, Knappe, La Cnappe, voir l'index 
de» Hot. lut. pat. Knepp Castle est à une quinzaine de kil. au nord de 
Shoreham, entre ce port et Farnham où se rendait le Maréchal. 

5. Hyde abbey, ou New Minsler, monastère de Bénédictins à Winches- 
ter; voir Mon. anglic., new. éd.. Il, 427. 

- 6. Devant Faroham. 

7. Alresford esta peu de distance de Winchester, sur la route qui mène 
à Farnham. Le texte porte la leçon inintelligible Aurefobest (v. 15914). 

8. La prise de Farnham par les Anglais est relatée dans VHist. des ducs 



224 LES ANGLAIS PRENNENT WINCHESTER, [1217 

deux comtes revinrent sur leurs pas en bon ordre, recomman- 
dant à leurs gens de se bien garder, de peur d'être surpris par 
les assiégés [45924]. 

Cependant, la garnison des châteaux [de Winchester] \ voyant 
Fost des Anglais partie, fit une sortie, pilla la ville et y mit le 
feu, parce que les habitants avaient donné asile à leurs enne- 
mis. Ils ne purent cependant faire tout ce qu'ils voulaient, car 
l'ost revint si subitement qu'ils furent obligés de rentrer dans 
leurs châteaux. Mais le malheur fut que les habitants du fau- 
bourg* s'accordèrent avec la garnison du château, ce qui leur 
coûta cher. Le comte de Salisbury assiégea et prit le plus petit 
des deux châteaux. Le jeune Maréchal assiégea le plus grand 
et, pendant huit jours, le serra de si près que les défenseurs 
n'osaient ni se reposer ni se dégarnir de leurs armes [4 5954]. 

Le comte de Salisbury ayant pris de force Tun des châteaux, 
il se hâta de venir aider le jeune Maréchal, et tous deux firent 
de tels efforts que la garnison ne tarda pas à se décourager. 
Sur ces entrefaites arriva le Maréchal père avec si grand ost 
que la campagne et la ville en furent remplies. Les défenseurs 
du château virent bien qu'ils ne pourraient résister longtemps 
[45975]. 

Lorsque le Maréchal père fut arrivé, on tint conseil, et il fut 
décidé que le jeune Maréchal et le comte de Salisbury iraient 
assiéger Southampton^. Winchester entretant se rendit, et 

de Normandie et des rois d'Angleterre, qui ne dit rien du Maréchal à 
cette occasion. Mais nous Toyons par la même chronique que cet é?éne- 
ment eut lieu alors que Louis était encore en France, d'où il ne revint 
qu'après Pâques, c'est-à-dire après le 26 mars. Or, nous avons un assez 
grand nombre d'actes qui constatent la présence du Maréchal à Farn- 
ham du 7 au 12 mars. C'est donc vers cette époque que cette ville fut 
prise. 

1. On verra plus loin qu'il y avait à Winchester deux châteaux. L'un, 
le plus fort, avait été construit par Guillaume le Conquérant; l'antre 
appartenait à l'évêque. 

2. J'interprète ainsi l'expression du texte : < La vile defors les murs » 
(V. 15943). 

3. D'après la correction proposée au v. 15986. Southampton est, en 
effet, mentionné par l'Hist. des ducs de Norm. et des rois d'Angl. (p. 189) 
avec Winchester, Marlborough et Montsorel (il sera question plus loin de 
ces deux dernières places) au nombre des châteaux repris par les Anglais. 



1217] SOUTHAMPTON, ROCHESTER ET MARLBOROUGH. 225 

on y fît un si grand butin que les pauvres qui voulurent prendre 
devinrent riches de Tavoir de leurs ennemis ^ De leur côté, les 
deux comtes ne tardèrent pas à s'emparer du château [de Sou- 
thampton], et, y ayant mis un connétable, ils revinrent à Win- 
chester [^ 6002]. 

Alors le Maréchal envoya sire Philippe d'Aubigni prendre 
Rochester^. Ge fut bientôt fait, et Philippe revint à Winchester. 
Peu après, le jeune Maréchal vint à son père et lui demanda la 
permission d'aller assiéger Marlborough, ce qui lui fut accordé, 
le père restant à Winchester [16026]. 

Selon l'écrit^, ce fut le premier vendredi après Pâques'* que 
le jeune Maréchal mit le siège à Marlborough et réussit à le 
prendre, mais ce ne fut pas sans peine [16033]. 

Après une absence de sept semaines et cinq jours, Louis 
revint en Angleterre avec une nombreuse et fière armée ^. Avant 

1. Le texte parle du butin qui fut fait à la prise de la ville, sans dire 
toutefois que celte ville fut Winchester. Il est probable qu'il manque 
quelques vers après le v. 15990. La prise de Winchester dut avoir lieu 
dans la seconde quinzaine de mars, car le Maréchal est témoin à un grand 
nombre d'actes royaux passés à Winchester du 14 mars au 25 avril. 
W. de Coventry (Stubbs, II, 336) dit seulement que Marlborough, Farn- 
ham, les châteaux de Winchester et de Chichester furent repris par les 
Royaux après le départ de Louis pour la France. 

2. On a vu plus haut, p. 209 (v. 15072-96), que le roi Jean avait repris 
Rochester sur les rebelles ; mais Louis s'en était emparé de nouveau 
{Hi$t. des ducs de Norm. et des rois d'Angl., p. 171). 

3. Le poète se réfère au récit qu'il a mis en vers. De même plus haut 
(v. 15909) : « Tant me fait li escriz entendre. » 

4. Le 31 mars. 

5. Nous savons par VHist. des ducs de Norm. (p. 188) que Louis s'em- 
barqua à Calais « le venredi devant le mois de Pasques. » Le texte de 
l'édition porte « devant le jour », mais il faut substituer au mot jour 
le mot mois qui est donné en variante. Pâques tomba, en 1217, le 26 mars. 
Il est de toute impossibilité que Louis se soit embarqué le vendredi saint, 
24 mars, date que donnerait le texte de l'édition, mais la substitution 
très légitime de mois h jour fixe la date de l'embarquement de Louis au 
vendredi de la quatrième semaine après Pâques (mot à mot « le ven- 
dredi avant l'achèvement du mois qui suivit Pâques •), c'est-à-dire au 
vendredi 21 avril. Dès lors, la concordance des dates et des événements 
est parfaite. C'est vers celte date qu'expirait la trêve, qui, on la vu plus 
haut (p. 219, note 6), devait durer jusqu'à la fin du mois suivant Pâques. 
Parti le 21 avril, Louis débarqua à Sandwich le lendemain 22. La date 

III 15 



226 LOUIS REVIENT EN ANGLETERRE. [1217 

ce moment, les châtelains S qui ne savaient rien de sa venue, 
se rendirent, la vie sauve. Le Maréchal fut contrarié du retour 
de Louis. Il fit démanteler tous les châteaux qu'il avait pris, 
sauf Farnham. Quand ceux qui avaient rendu Marlborough 
apprirent Tarrivée de Louis, ils furent honteux de ce qu'ils 
avaient fait [46054]. 

Lorsque Louis eut appris que les châteaux dont il se croyait 
maître s'étafent rendus, il ne fut pas content. Ayant rassemblé 
un grand nombre de charretiers, de sergents, d'arbalétriers et 
de ribauds, il passa par Farnham, sans s'arrêter à en faire le 
siège ^, et vint droit à Winchester. En peu de temps, il eut remis 
en état la tour et les hauts murs, à pierre et à chaux, et fait 
réparer les brèches. Il laissa dans la place le comte de Nevers, 
qui était orgueilleux et cruel, avec une forte garnison*. Celui-ci 
commit par la suite divers excès qui lui furent reprochés, mais 
je ne veux pas en parler [16084]. 

En quittant Winchester, Louis divisa sa grande armée en 
deux corps. Avec l'un il alla assiéger Douvres, et il envoya 
l'autre à Montsorel, que les comtes de Ghester et de Ferrières 
tenaient assiégé^. Ceux-ci, croyant que Louis en personne 

du départ de Louis pour l'Angleterre est fixée par d'antres témoignages 
au 22 avril, ce qui est une différence insignifiante ; voir Petit-Dutaillis, 
p. 146, note 2, qui, du reste, n'a pas remarqué que la leçon « devant le 
jour de Pasques » devait être corrigée d'après la variante donnée au bas 
de la page. Si le chiure de sept semaines et cinq jours donné par le 
poème est exact, et il n'y a guère lieu de le révoquer en doute, Louis 
avait dû quitter l'Angleterre le 27 février. 

1. De Marlborough. 

2. L'Hist. des ducs de Norm. et des rois d'Angl. (p. 190) dit que Loois 
attaqua, sans succès, le château de Farnham. Cette tentative aurait eu 
lieu le jeudi 27 avril : < L'endemain, au joesdi, vint Loys a Farnehem 
f que il trova garni encontre lui... Et quant Loys vint à Fernehera, il 
< fist assaillir le castel. Si fu tantost li premiers bailes pris, mais li cas- 
c tiaus n'ot garde » (p. 190). 

3. Le comte de Nevers était venu rejoindre Louis en Angleterre le 
lendemain (23 avril) de l'arrivée de celui-ci (Hist., p. 189). Selon la même 
chronique Louis séjourna à Winchester, dirigeant la réparation des rem- 
parts, du dimanche 30 avril au jeudi jour de l'Ascension (4 mai). 

4. Louis se rendit d'abord à Londres, d'où il se dirigea vers Douvres, 
dont il commença le siège le 12 mai (« le vendredi devant le Pente- 
couste. » Hist., p. 192). Le poète est sans doute dans l'erreur quand il 



1217] LE MARÉCHAL PREND UNE DÉCISION ÉNERGIQUE. 227 

venait sur eux , levèrent le siège et se retirèrent à Nottingham ^ 
Les Français, ayant délivré Montsorel, se dirigèrent vers Lin- 
coln, dont ils voulaient assiéger le château ^ [^6^U1. 

Quand le Maréchal sut que le siège de Montsorel était levé, 
il en fut très affligé. Il ne fut pas moins contrarié d'apprendre 
que les Français s'étaient rendus à Lincoln et que Louis n^était 
pas avec eux. Il se trouvait à Northampton avec les Royaux 
l'a vaut- veille delà Pentecôte 3. Dieu leur conseilla une merveil- 
leuse entreprise, dont il leur vint grand bien et honneur. Écou- 
tez comment cela advint [^6^30]. 

Or, écoutez ; prêtez l'oreille ! Vous entendrez comment Dieu 
conseilla le prudhomme qui avait été élu entre tous ! « Oiez 
a francs chevaliers loyaux ! » dit Guillaume le Maréchal. « Quand, 
« pour maintenir notre prix, pour défendre nous-mêmes, nos 
« femmes, nos enfants, nos amis, notre terre, pour conquérir 
« haute honneur, pour la paix de sainte Église que nos enne- 
« mis ont enfrainte, pour avoir pardon de nos péchés \ nous sou- 
« tenons le faix des armes, veillez à ce qu'il n'y ait parmi vous 
a aucun lâche ! Une partie de nos ennemis se sont mis dans 
« Lincoln pour assiéger notre château, mais ils n'y sont pas 



dit que la division de l'armée française en deux corps eut lieu au départ 
de Winchester. Elle eut lieu plus tôt, à Farnharn, selon l'Histoire (p. 190). 
Selon Rog. de Wend. (II, 209), la colonne qui alla délivrer Montsorel fut 
formée à Londres. 

1. On trouvera plus de détails sur la levée du siège de Montsorel [Mount- 
Sorrell, Leicesler) dans Rog. de Wend., II, 211 (cf. Matth. Par., III, 17) et 
dans V Histoire, p. 190-191. L'expédition qui lit lever le siège avait à sa 
tôle le comte de Winchester et celui du Perche. Elle dut arriver le 3 mai 
devant Montsorel. 

2. Le château de Lincoln était à ce moment assiégé par une troupe de 
partisans de Louis. Le siège avait" commencé vers le milieu du carême 
(Waller de Coventry, II, 236). C'est à la requête des assiégeants, impuis- 
sants à réduire le château, que les Français, après avoir fait lever le 
siège de Montsorel, se rendirent à Lincoln (Rog. de Wend., II, 211; Hist., 
p. 194). 

3. Le 13 mai. Le Maréchal est témoin à des actes passés k cette date 
à Northampton. Les quatre jours précédents, il était à Oxford; voy. liot. 
m. dans., I, 308 b. 

4. La guerre contre Louis était assimilée à une croisade contre les 
infidèles. 



228 IL EXHORTE LES ROYAUX [1217 

« tous, et Louis est ailleurs. Ses partisans ont fait une folie en 
« venant ici. Nous serons bien mous si nous ne prenons ven- 
« geance de ceux qui sont venus de France pour nous dépouil- 
« 1er de nos héritages. Ils veulent notre perte. Pour Dieu, fai- 
« sons un grand effort, car, si nous avons la victoire, nous 
« aurons accru notre honneur et défendu notre franchise et 
« celle de notre lignage. Dieu veut que nous nous défendions. 
a Leur ost étant divisée, nous la vaincrons plus facilement que 
a si elle était réunie. Vous voyez tous qu'il nous faut ouvrir la 
a voie au fer et à Tacier. Plus de menaces, mais courons leur 
« sus! Dieu nous donne l'occasion de nous venger » [16^9^]. 

Ces paroles les enflammèrent, et, pleins d'ardeur, ils se 
mirent en marche. Le mercredi de la Pentecôte' ils chevau- 
chèrent jusqu'à Newark où ils passèrent la nuit*. Le jeudi 
ils se reposèrent. Les Normands de l'armée vinrent trouver le 
jeune Maréchal et lui dirent : « Beau sire, vous êtes né en Nor- 
a mandie. Vous savez que les Normands ont le droit de frapper 
« les premiers coups en bataille ; gardez-vous de le laisser péri- 
« mer^. » Mais le comte de Ghester déclara que, s'il n'avait pas 
la première bataille, il ne prendrait pas part à l'action. Le 
Maréchal et les siens, pour éviter la discorde, lui accordèrent 
ce qu'il demandait, sans préjudice du droit des Normands 
[46224]. 

Cette affaire arrangée, le légat leur donna l'absolution et 
excommunia les gens de France ^ Puis il se rendit à Nottin- 

1.17maL 

2. Us y passèrent trois jours, au rapport de Rog. de Wendover (II, 212), 
ce qui est exact, si on compte le jour de l'arrivée et celui du départ. 
Nous avons vu plus haut (p. 227) que le Maréchal se trouvait le 13 à 
Northampton. Nous savons {Rot. litt. clam., U, 308 b) qu'il était le 16 à 
Oakham, à mi-chemin entre Northampton et Newark. Le poème nous 
apprend que l'armée conduite par le Maréchal arriva le mercredi 17 à 
Newark et en repartit (voy. plus loin) le vendredi 19. 

3. On considérait comme un grand honneur le privilège de porter les 
premiers coups en bataille. Dans Girart de Roussillon (g 671 de ma tra- 
duction), ce droit est attribué aux Bretons. J'ignore sur quelle autorité se 
fondait la réclamation des Normands. Dans le roman de L'Escoufle 
(vv. 846-9) un seigneur normand demande pour ses hommes la faveur de 
porter les premiers coups, mais il ne la réclame pas comme un droit. 

4. Cf. Rog. de Wendover, II, 213. 



1217] ET MARCHE SUR LINCOLN. 229 

gham. L'ost se mit en marche pour Torksey^ où elle passa la 
nuit. Le lendemain, qui était un samedi^, ils s'armèrent et 
ordonnèrent leurs batailles. Le comte de Chester eut la pre- 
mière. Vint ensuite le Maréchal avec ses fils. Le bon comte de 
Salisbury eut la troisième bataille et Tévêque de Winchester la 
quatrième [-1626'!]. Quand Post eut été comptée, on n'y trouva 

1. Torksey (dans le ms. Cortesie, par erreur, pour Torkesie) est un 
village du Lincolnshire situé sur le Trent, à environ quinze kilomètres 
au nord-ouest de Lincoln et à vingt-quatre kilomètres au nord de Newark. 
C'était autrefois une ville d'une certaine importance (Freeman, Norman 
Conquesi, IV, 217). Au lieu d'aller directement de Newark à Lincoln, ces 
deux villes n'étant séparées que par une dislance de vingt-cinq kilomètres 
environ, le Maréchal jugea à propos, pour des motifs stratégiques, de 
prendre une voie détournée. En procédant ainsi, il abordait Lincoln du 
côté ouest ou nord- ouest, quand les Français devaient s'attendre à le voir 
venir par le sud-ouest. En outre, il tournait le Fossdyke, canal antique 
qui couvrait la ville du côté du sud et mettait en communication le 
Wilham, rivière qui passe à Lincoln, avec le Trent. Selon Roger de 
Wendover (II, 213), les Anglais, après avoir quitté Newark, se seraient 
arrêtés la nuit, non pas à Torksey, mais à Stow, village situé à quelques 
kilomètres au nord-est de Torksey (voy. Pegge, Account of the hatUe of 
Lincoln, dans \' Archxologia, VIII (1787), p. 201). L'esquisse ci-jointe 
permettra de se rendre compte de la marche des troupes royales. 




20 mai. 



230 IL PREND SES DISPOSITÎONS EN VUE DE L'ATTAQUE. [1247 

que 406 chevaliers et 317 arbalétriers * . Ils étaient peu nombreux, 
mais ils avaient belle contenance. Quand ils furent en ligne, le 
Maréchal leur adressa une harangue en homme qui savait par- 
ler : « Ceux qui saisissent nos terres et nos biens sont là en 
« votre main. Ils sont à nous, si cœur et hardiesse ne nous font 
« défaut. Si nous mourons dans cette entreprise, Dieu qui sait 
a distinguer les bons nous mettra en son paradis, et si nous 
a remportons la victoire, nous aurons conquis une gloire 
a durable pour nous et nos lignages. Vous savez d'ailleurs 
« qu'ils sont excommuniés; ceux d'entre eux qui succomberont 
tt iront droit en enfer. C'est Dieu qui les a mis en notre pou- 
« voir. Courons-leur sus! Le moment est venu » [463^0]. 

Après avoir ainsi parlé, le Maréchal remit le commandement 
des arbalétriers au bon évêque de Winchester, Pierre, qui s*y 

entendait^, leur recommandant de ^ et de se tenir en ligne 

étendue pour tuer les chevaux des Français lorsqu'ils charge- 
raient*. Il commanda ensuite à deux cents sergents de se tenir 
prêts à tuer leurs propres chevaux pour servir de barrières en 
cas de besoin. Tous ceux à qui le comte parla ainsi manifes- 
tèrent une grande joie ; ils étaient aussi gais que s'il s'était agi 
d'un tournoi [i 6334]. 

A Lincoln, les Français étaient au nombre de 6^-1 chevaliers 
avec un millier d'hommes de pied, sans parler des Anglais qui 
tenaient leur parti. De là sortirent Simon de Poissi*, le comte 

1. Cf. plus loin V. 17025. — Rog. de Wendover (II, 212) donne des 
chiffres un peu différents : 400 chevaliers, environ, et 250 arbalétriers. 
Mais il ajoute : < Servientes quoque et équités tôt et taies adfuerunt inna- 
(( meri quod vices militum possent, pro necessitate, supplere. » 

2. Il était, selon Rog. de Wendover (II, 212), « in opère martio era- 
( ditus. » 

3. Les vers 16319-20 paraissent corrompus, mais la correction proposée 
en note, dont le sens serait que les arbalétriers devaient viser les Fran- 
çais à la tête, est fort douteuse et s'accorde mal avec la recommandation 
qui suit. 

4. En étendant leur front, les arbalétriers augmentaient l'espace qu'ils 
pouvaient couvrir par leur tir. 

5. Simon de Poissi était un chevalier français à qui Louis avait donné 
le château de Cambridge {Hist. des ducs de Norm., p. 182). On possède 
d'assez nombreux actes émanés de lui ou le concernant; voy. Delisle, 
Cat. des actes de Ph.-Aug., 1008 (1206), 1404 (1212 ou 1213), 1405 (id.), 



1217] LES FRANÇAIS SE RENFERMENT DANS LINCOLN. 231 

du Perche et celui de Winchester pour reconnaître l'armée 
royale. Ils revinrent ayant constaté qu'elle avait belle appa- 
rence. Onques en nulle terre on n'avait vu troupe mieux équi- 
pée ni mieux préparée à la guerre^ [16352]. 

D'après le rapport qui leur fut fait, les Français se renfer- 
mèrent dans la ville et dirent que les Royaux n'étaient pas en 
état de les y assaillir, malgré les airs qu'ils se donnaient, et 
qu'ils devraient battre en retraite. Mais, ajoutaient-ils, les 
Royaux ne s'en iraient pas tranquillement sans avoir affaire à 
eux, d'autant plus que leurs chevaux étaient las de marcher 
nuit et jour. Sur ce dernier point, les Français avaient raison, 
et toutefois Tarmée royale se dirigea hardiement vers la ville. 
Le Maréchal leur adressa une nouvelle harangue leur disant 
que c'était pour eux un premier succès de voir les Français, 
ordinairement les premiers au tournois, se cacher derrière les 
murs [16400]. 

Seigneurs, ici, je ne sais plus que dire, car ceux qui me 
fournissent la matière ne sont pas d'accord, et je ne puis pas 
obéir à chacun. Je perdrais la droite voie et mériterais moins 
d'être cru. Il ne faut pas introduire de mensonges en vraie his- 
toire. Quand le Maréchal sut que les Français s'étaient retirés 
dans la ville, il donna ordre à Jean le Maréchal, son neveu, 
d'aller au château s'informer de l'état des assiégés. Sire Jean 
s'acquitta" bien de sa mission, et, comme il approchait du châ- 
teau, sire Geffrei de Sériant ^ vint au-devant de lui et lui mon- 



1888 (1219), 2191 (1223). Deux sceaux de lui ou de son flls sont décrits 
dans Douët d'Arcq, Collection de sceaux, n"' 3258, 3259 (actes de 1229 
et de 1230). Guillaume Le Breton, dans sa chronique (§ 223), l'appelle 
Simo Pissianita. 

1. R. de Wendover (II, 214) donne plus de détails sur cette reconnais- 
sance. Il dit notamment que les Français, trompés par le nombre des 
bannières, s'exagérèrent reffectif des combattants, et, par suite, renon- 
cèrent à attendre les Royaux en rase campagne. 

2. Geflfrei de Sériant (dans les documents latins de Serlande ou de 
Serlaundé) était, depuis les dernières années du règne de Jean, gardien 
du château de Salvata, dans le comté de Northampton, lieu (juc sir 
Th. Duflus Hardy n'a pas réussi à identifier {Itin. of kmg John, dans les 
Hot. lut. pat., I). On trouvera de nombreuses mentions de ce personnage 
dans les divers recueils d'actes des rois Jean et Henri III. 



232 L'ÉVÉQUE DE WINCHESTER ENTRE DANS LE CHATEAU [1217 

Ira une entrée par laquelle on pourrait passer sans opposition ^ 
Jean se mit au retour, et, en son chemin, des Français qui 
étaient aux aguets lui coururent sus. Il ne s^effraya pas et les 
aborda avec tant de hardiesse qu'ils s'enfuirent. Les ayant ainsi 
repoussés, il vint retrouver son oncle et lui conta ce qu'il avait 
feit [46457]. 

L^évêque de Winchester alla en reconnaissance avec une 
troupe d'arbalétriers. Il leur dit de l'attendre et pénétra dans le 
château avec un seul sergent. A l'entrée, il rencontra sire Gef- 
frei de Sériant. Il vit les murs et les maisons abattus par les 
pierrières. On l'engagea à se mettre à l'abri, à cause des man- 
gonneaux et des pierrières qui brisaient tout aux alentours, et 
il entra dans la tour où il trouva la bonne dame à qui apparte- 
nait le château et qui le défendait de son mieux*. La dame se 
réjouit fort de la venue de l'évêque qui la réconforta par les 
nouvelles qu'il lui donna. L'évêque ne s'y arrêta pas longtemps : 
il sortit à pied, par une poterne, dans la ville, et, comme il l'exa- 
minait, il vit une vieille porte qui avait fait communiquer le châ- 
teau et la ville, mais qu'on avait murée anciennement. Il la fît 
abattre pour faire une entrée à l'ost^. L'évêque rejoignit les 



1. Sans doute la porte de l'ouest, maintenant murée. 

2. Le château de Lincoln < estoit en la garde d'une dame que on ape- 
« loit madame Nichole, qui le devoit garder par iretage, et elle le garda 
c molt loiaument » {Hist. des ducs de Norm., p. 182). C'était Nicole de la 
Haie (de Haia), veuve de Gérard de Canville (sur lequel voy. plus haut, 
p. 125). Celui-ci avait obtenu de Jean la garde du château de Lincoln, 
alors que Richard était en Palestine. [1 en fut dépossédé au retour du roi, 
mais il l'obtint de nouveau à l'avènement de Jean. Il mourut vers 1215. 
Sa veuve fui récompensée de l'énergie dont elle avait fait preuve pendant 
le siège de Lincoln par le don de terres confisquées sur Guillaume de 
Huntingtield, partisan de Louis (voy. Dict. of nat. Biography, art. Can- 
ville [Gerald of]). Des lettres en date du 26 novembre 1217 l'avaient 
autorisée à lever une aide sur ses chevaliers et tenanciers libres pour 
payer les dettes qu'elle avait contractées pendant le siège {Rot. lilt. claus., 
p. 34^1). M. Petit-Dutaillis a publié sur Nicole de la Haie une notice 
substantielle dans les Mélanges Julien Havet (Paris, Leroux, 1895), 
p. 371-380. 

3. Le texte est obscur, probablement par la faute de l'auteur, qui sans 
doute ne connaissait pas la topographie de Lincoln et a pu mal com- 
prendre les renseignements qui lui ont été fournis. Il faut, pour se 



1217] ET VA RECONNAITRE LA VILLE. 233 

siens, qui vinrent au-devant de lui en chantant comme si déjà 
ils avaient la victoire. L'évêque leur dit en riant quMl fallait lui 
réserver la maison de l'évêque, puis qu'il y avait préparé l'en- 

rendre compte des difficultés que présente ce passage, se former une 
idée nette de ce qu'était Lincoln au moyen âge. La ville se composait de 
deux parties encore maintenant suffisamment distinctes : la ville haute, 
correspondant à l'antique Lindum des Romains, et la ville basse, qui s'éten- 
dait jusqu'à la rivière (le Witham) et jusqu'au Foss Dyke. Actuelle- 
ment, la ville s'étend au sud bien au delà de celte limite et englobe 
Saint-Mary-le-Wigford dont il sera question plus loin. La ville haute a la 
forme d'un carré; on a retrouvé en maint endroit la trace des murs 
romains qui l'entouraient. L'angle sud-ouest de ce carré est occupé par 
le château bâti par Guillaume le Conquérant et dont la superficie inté- 
rieure est d'environ 32,000 mètres carrés; l'angle sud-est contient la 
cathédrale et ses dépendances. Entre le château et la cathédrale, il y a 
une place, Castle Hill (c'est maintenant un square), et une rue qui se 
dirige du nord au sud, Bail gâte. La ville haute, moins le château, s'ap- 
pelait autrefois le Bail. Pour la topographie de l'ancien Lincoln, on peut 
consulter un recueil de mémoires publiés sous le titre de Memoirs illus- 
traiive of the history and antiguities of the county and city of Lincoln^ 
communicated to the annual meeting of the Archxological Institute of 
Great Britain and Ireland held at Lincoln, july 1848 (London, 1850, 
in-S") ; voir surtout p. 3 (mémoire sur l'ancien palais épiscopal) et p. 280 
(mémoire sur le château de Lincoln). Il y a dans ce volume un plan de 
Lincoln et un plan de Lindum Colonia. Maintenant, reprenons le texte. 
L'auteur nous montre l'évoque de Winchester entrant dans le château 
(v. 16475), sans doute par la porte de l'ouest, maintenant murée, qui 
donnait sur la campagne, les Français se tenaient dans la ville basse et 
dans la partie de la ville haute où était la cathédrale, d'où ils lançaient 
dans l'enceinte du château des pierres qui détruisaient les maisons 
construites dans cette enceinte (v. 16481 et suiv.), mais ils n'avaient pas 
songé à investir la place du côté de l'ouest, par où les Royaux arrivaient. 
L'évéque entra dans la tour ou donjon où était la châtelaine ; cette tour 
était au sud-ouest du château ; elle existe encore. Il en sortit bientôt « par 

< un postiz > (v. 16500). Ce « postiz, » qui mettait en communication le 
château avec l'extérieur, n'était certainement pas pratiqué dans le don- 
jon : on en verrait la trace. Ce n'est pas non plus la porte orientale du 
château qui donne sur Castle Hill et qui n'aurait pas été qualifiée de 
« postiz. » Celte poterne se trouvait probablement dans une tour, actuel- 
lement détruite, qui existait entre le donjon et la porte orientale, au sud- 
est du château {Memoirs, etc., p. 289). Quoi qu'il en soit, une fois entré 
dans la ville, l'évoque découvre une porte de grande antiquité, « qui les 

< murs de la cité joigneit avec cels del chastel » (v. 16500-7). On ne 
comprend pas bien comment une porte peut joindre deux murs. H ne 



284 FAUKES DE BRÉAUTÉ ATTAQUE ET EST REPOUSSÉ. [1217 

trée par où ses gens entreraient ^ Quand les gens de Faukes 
entendirent ces paroles, ils envahirent la ville, mais ils furent 
laidement repoussés par ceux du dedans^ [16540]. 

L'évêquc dit au Maréchal : « Ils n'ont pas trouvé l'entrée non 
a défendue à laquelle je pensais. Il y a là une brèche que l'en- 
a nemi ne connaît pas. Venez, je vous y mènerai. — Par le 
a glaive Dieu! ça mon heaume, » répondit le Maréchal. « Sire, » 
reprit l'évêque, « il ne faut pas donner l'assaut si précipitam- 
a ment, mais souffrez que deux hommes de chacune de nos 
« batailles aillent reconnaître les abords de la tour, et nous agi- 
« rons selon leur rapport » [16566]. 

Le Maréchal y consentit et se mit en marche. L'évêque de 
Winchester choisit dix hommes, deux par bataille, avec les- 
quels il alla reconnaître. Ils rencontrèrent en chemin les sergents 
qui avaient lâché pied honteusement ^ et les maltraitèrent. Le 
Maréchal cria aux siens : « Chargez ! ils seront bientôt vaincus. 

peut pas s'agir d'une porte du château, puîsqu'au moment on l'évêque 
fait cette découverte il est déjà hors du château. C'était donc une porte 
pratiquée dans un des murs de la cité. Mais nous ne voyons pas qu'il y 
eût entre le château et la cité d'autre mur que celui du château. Il pou- 
vait bien y avoir un mur devant la cathédrale, en face la porte orientale 
du château, et autour du palais épiscopal, situé au sud de la cathédrale, 
et il semble en effet, d'après ce qui suit (v. 16528 et suiv.), que la porte 
débloquée donnait accès à ce palais, mais on ne s'explique pas comment 
les Royaux auraient pu, sans être inquiétés, y percer une ouverture. La 
difficulté est la même si on suppose que la porte murée était pratiquée 
dans le mur occidental de la ville basse, au pied du château, et, de plus, 
on ne voit pas quel avantage les Royaux auraient eu à conduire leur 
attaque de ce côté. 

1. Ces paroles donneraient à croire que la porte murée était pratiquée 
dans le mur du palais épiscopal. 

2. L'attaque dirigée par Faukes de Bréauté est contée par Rog. de Wen- 
dover (II, 215-6) avec plus de détails. Ayant pénétré dans le château avec 
les arbalétriers, il fit de là pleuvoir une grêle de traits sur les Français ; 
puis il fit une sortie dans la ville : entouré par des troupes supérieures en 
nombre, il fut fait prisonnier, mais, peu après, les arbalétriers réussirent 
à le délivrer. Pendant ce temps, le reste de l'armée royale pénétrait par la 
porte du nord. Si les choses se sont ainsi passées, l'attaque dirigée par 
Faukes, bien qu'ayant été repoussée, servit du moins à créer une diver- 
sion utile. 

3. Sans doute ceux que conduisait Faukes de Bréauté (voy. plus haut). 

4. Il y a probablement ici une lacune (voy. la note du v. 16576). 



1217] LE MARal ET LES SIENS CHARGENT IMPÉTUEUSEMENT. 235 

« Honni soit qui tardera plus. » L^évêque lui dit : « Sire, atten- 
a dez vos hommes. Il est plus sur d'y aller tous ensemble ; nos 
« ennemis nous craindront davantage. » Le Maréchal ne voulut 
pas l'entendre. Plus vif qu'un émerillon, il éperonna son che- 
val, et tous ceux qui étaient avec lui s'enhardirent à sa vue. 11 
fallut qu'un valet lui Ht apercevoir qu'il n'avait pas son heaume. 
Il dit au jeune Maréchal : « Attendez-moi ici jusqu'à ce que 
« j'aie pris mon heaume » [16604]. 

Quand il eut la tête armée, il parut beau entre tous et léger 
comme un oiseau. Il éperonna le cheval. Un lion affamé n'est 
pas plus rapide à fondre sur sa proie que le Maréchal lorsqu'il 
courut sur ses ennemis. Il pénétra dans la presse à la profon- 
deur de trois lances, dispersant ses adversaires et les mettant 
en déroute. L'évêque le suivait, criant : « Ça! Dieu aide au 
« Maréchal ^ ! » J'oubliais de vous dire qu'à l'arrivée des nôtres 
Je plus habile de ceux qui manœuvraient les pierrières de l'en- 
nemi fut tué. C'était celui qui tirait sur la tour. Voyant arriver 
nos chevaliers, il crut que c'étaient les hommes de son parti. 
Son animation redoubla ; il mit une pierre dans la pierrière, et, 
comme il disait é-l ils lui coupèrent la tête [16642]. 

Le jeune Maréchal fît bien paraître qu'il ne voulait pas rester 
en arrière, car sa bannière se montrait toujours au premier 
rang. Il était entré dans la cité par la brèche au moment où le 
Maréchal faisait lacer son heaume. Ceux de la ville étaient plus 
nombreux que les assaillants, mais il les chargea si énergique- 
ment qu'en peu de temps beaucoup d'entre eux furent abattus. 
Avant la Qn de la lutte, les Français eurent le dessous. Le 
Maréchal père et son fils les mirent par force en retraite. Le 
premier, accompagné du comte de Salisbury (à qui Dieu octroie 
pardon de ses péchés^!), tourna à droite, laissant à gauche un 
moutier*. Ils trouvèrent là une grande partie des Français très 

1. C'était, semble-t-il, le cri de guerre du Maréchal; cf., plus haut, 
▼V. 5862, 6226. 
ï. Le cri qu'il poussait en tendant sa machine. 

3. Ce vœu semble indiquer qu'au moment où le poète composait, Guil- 
laume Longuépée était récemment décédé. Or, il mourut au commence- 
ment de l'année 1226 (Rog. de Wcndovcr, II, 297 ; Math, de Paris, III, 104). 

4. Ce moutier, dont il sera de nouveau question plus loin, ne peut être 
que la cathédrale située tout près du château. 



236 LE COMTE DU PERCHE EST TUÉ. [1217 

effrayés. L'un d'eux, Robert de Ropelai^ brisa sa lance contre 
le comte de Salisbury [46694], mais le Maréchal lui donna un 
tel coup entre les épaules qu'il faillit l'abattre. Robert se laissa 
glisser de son cheval et s'alla cacher. Continuant leur chemin, 
ils trouvèrent le comte du Perche, qui, entouré de ses gens, se 
défendait devant le moutier [46709]. 

Il y eut là beaucoup de gens blessés, contusionnés ou faits 
prisonniers. Plusieurs des nôtres aussi furent maltraités, car 
personne ne songeait à se rendre à merci; tous voulaient la 
bataille. Le comte du Perche fit maint exploit. Le Maréchal vit 
que les Français faisaient reculer ses gens du haut en bas de la 
colline; il s'avança vers le comte et prit son cheval par le frein. 
Mais, à ce moment, il était déjà blessé mortellement d'un coup 
d epieu dont sire Reinal Croc ^ l'avait frappé par l'œillère [4 6740]. 
Il saisit cependant à deux mains son épée et en porta trois coups 
au Maréchal, qui en garda la marque sur son heaume. Mais, 
aussitôt après, il chancela et tomba de son cheval. Quand le 
Maréchal le vit tomber, il crut qu'il avait simplement perdu 
connaissance et donna ordre à Guillaume de Montigni ^ de lui 
ôter son heaume. Quant ce fut fait, on vit qu'il était mort^. Ce 
fut grande douleur qu'il mourut ainsi [46768]. 

1. Ropley, Hampshire? Un « Robertus de Roppelé » figure, en 1214, 
parmi les témoins de la charte du roi Jean relative à la trêve conclue 
avec Philippe-Auguste, en septembre 1214 (Teulet, Layettes du Trésor 
des chartes, I, 406 b). On a beaucoup d'actes le concernant ; voir la table 
des Rot. lut. claus., I. Il est mentionné par Rog. de Wendover (II, 217; 
cf. Math, de Paris, III, 22) au nombre des prisonniers faits à Lincoln. 
Il avait pourtant été un des fidèles de Jean, car il figure au nombre des 
conseillers de ce prince dans le préambule de la Grande charte. 

2. Il n'est dit nulle part ailleurs que l'auteur de la mort du comte ait 
été ce Reinal Croc. Mais le même personnage est mentionné par Rog. de 
"Wendover comme l'un des deux seuls combattants de l'armée royale qui 
aient succombé dans cette bataille : c Reginaldus etiam cognomento Cro- 
< eus, miles de farailia Fulcasii (Faukes de Bréauté), vir strenuus, ibi 
« interfectus est et apud abbatiam de Crocstune honorifîce sepaltus » 
(Rog. de Wendover, II, 217 ; cf. Math, de Paris, III, 23). 

3. Il y a plusieurs lieux du nom de Montigni dans le Calvados. Il 
s'agit probablement ici de Guillaume de Montigni, fils de Richard, qui 
figure dans les Magni rot. scacc. Norm. (Stapleton, II, 130). 

4. Le poète ajoute (16766-7) que le comte du Perche mourut lorsqu'on 
lui retira la lame de l'œil. Mais cette assertion est en contradiction avec 



12171 LES FRANÇAIS SONT MIS EN DÉROUTE. 237 

Quand les Français virent que, malgré leur nombre, ils ne 
pouvaient plus tenir contre l'attaque vigoureuse de nos gens, ils 
descendirent par une rue à gauche et se dirigèrent vers Wig- 
ford<. Ils y trouvèrent, à leur grand contentement, une partie 
de leurs gens, avec lesquels ils se rallièrent pour recommencer 
la lutte. Mais ils eussent mieux fait de s'en éloigner, comme 
firent tels d'entre eux. Regardant vers leur droite, ils virent, à 
leur grand déplaisir, le comte de Ghester et sa bonne gent^ 
[46788]. 

Les Français et les Anglais de leur parti s'avancèrent bien 
rangés en montant la pente. Mais, avant qu'ils fussent au haut, 
ils rencontrèrent nos gens qui débouchaient entre 1 église ^ et le 
château et les ramenèrent en arrière par une charge vigou- 
reuse''. A ce moment, Alain Basset et son frère Thomas^, sui- 
vis de leurs hommes, les prirent par derrière. Lorsqu'ils se 
virent ainsi entourés, ils furent bien ébahis, et n'eurent de 
répit que lorsqu'ils furent arrivés au pont de Wigford^^. Là, ils 
se trouvèrent sur la terre molle', et il ne fut pas besoin d^aller 
loin pour trouver chevalerie^, car quiconque voulut s'en mêler 

ce qui précède, puisque le comte n'avait apparemment pas une lame 
d'acier dans l'œil au moment où il porta trois coups successifs au Maré- 
chal. Les détails que le poème donne sur la mort du comte du Perche 
sont en partie nouveaux (cf. Rog. de Wendover, II, 216 ; Math, de Paris, 
III, 21-2). Guillaume Le Breton {Chron., g 223 ; PhiL, XII, 708) et VHist. 
des ducs de Norm. (p. 194) se bornent à une simple mention. 

1. Les Français durent se retirer vers la ville basse, par Steep Hill et 
High Street, ce qui les amenait en effet à Wigford, quartier situé au sud 
de la ville, sur la rive gauche de la rivière. Saint-Mary-le-Wigford est 
tout près de la station du Great-Northern. 

2. Il y a ici (vv. 16789-16806) un dialogue entre le Maréchal et son fils 
aîné qui se rattache mal à ce qui précède ; peut-être y a-t-il une lacune 
entre les vv. 16788 et 16789. 

3. La cathédrale. 

4. Les Français étaient donc remontés vers le château par le chemin 
qu'ils avaient suivi dans leur mouvement de retraite. 

5. Voy. ci-dessus, p. 143, note 3. 

6. Sûrement High Bridge, pont très ancien sur le Witham, au sud de la 
ville, et traversé par High Street. 

7. L'auteur paraît vouloir dire qu'avant ce moment ils avaient che- 
vauché sur la terre battue dans les rues de Lincoln. 

8. L'occasion de faire acte de chevalier. 



2$8 DE NOMBREUX CHEVALIERS FRANÇAIS [1247 

en eût plein les mains. Ce n'était pas le moment des défis qu*on 
se porte le soir à l'hôtel * , on avait autre chose à faire. On com- 
battit tellement de part et d'autre que les plus forts en furent 
lassés 2 [i6SÂi], 

Guillaume Bloët^, le porte-bannière du jeune Maréchal, char- 
gea avec tant d'impétuosité qu'il tomba par-dessus le pont, 
avec son cheval. Mais il se releva bientôt. La lutte ne continua 
pas longtemps du côté des Français, qui naguères se vantaient 
de chasser d'Angleterre les Anglais [^6932]. 

Là fut pris Sahier de Quinci, comte de Winchester^, sire 
Robert Fils Gautier^, sire Robert de Quinci et plusieurs 
autres^. Le reste prit la fuite en descendant la rue qui conduit 
à l'HôpitaF. Le chemin leur parut pénible à parcourir jusqu'à 

1. Cette expression rappelle les « vautances de l'ostel » du y. 907. 

2. J'omets un long déTeloppement sur les conditions et les mérites de 
la chevalerie. 

3. il était frère d'un Roland Bloët dont il sera question plus loin 
(v. 17766). Il obtint, en 1218, moyennant finance, la garde de la terre de 
Roger de Meisy, qui avait été confiée à son frère Roland par le roi Jean 
{Rot. litt. clans., I, 294 6, 335, 354). Un Guillaume Bloët figure dans 
une pièce publiée par Madox, Formulare anglicanum, n" 298. 

4. Voy., sur ce personnage, Dugdale, Baronage, I, 686-7. On suppose 
que le surnom de la famille était tiré de Cuincby-lez-Ia-Bassée, arr. de 
Bétbune, canl. de Cambrin. 

5. Un personnage du môme nom paraît, dans une liste de chevaliers 
anglais, au v. 4615 (ci-dessus, p. 56, n. 8), mais il est douteux que ce soit 
le même. Celui-ci figure comme témoin, après le comte de Winchester 
(comme ici), dans une charte de Louis, datée du 21 novembre 1216, qui 
a été mentionnée plus haut, p. 219. Le roi Jean l'avait nommé gardien 
du château de Herlford en 1202 (Rot. litt, pat., I, 17 6). 

6. Deux listes plus étendues des prisonniers faits à Lincoln ont été 
données l'une par Rog. de Wendover (II, 217; cf. Math, de Paris, III, 22), 
l'autre par l'auteur de VHist. des dites de Norm.^ p. 194. Robert de Quinci, 
qui était fils de Sahier de Quinci, comte de Winchester, n'est pas nommé 
dans la première ; mais on lit dans la seconde : a Li cuens de Winciestre 
« fu pris et Robiers ses fils, ki moût fu biaus bacelers. » Robert était le fils 
aîné du comte de Winchester. Tous deux moururent en 1220, le fils avant 
le père. Voy. Math, de Paris, III, 60, et l'addition du manuscrit C, publiée 
en note, où il est dit en parlant de Robert « quo non, ut creditur, fuit 
( in mundo miles speciosior », ce qui est à rapprocher du témoignage 
précité de ÏHist. des ducs de Normandie. 

7. L'hôpital des Saints-Innocents (Dugdale, Mona&ticon, VI, 627), situé 
hors la ville, près de la porte dont il va être question. 



1217] SONT FAITS PRISONNIERS. 239 

la porte*. Là il leur arriva une mésaventure. Une vache avait 
pénétré sur le pont-levis et obstruait le passage. Les fuyards la 
tuèrent, mais cependant plusieurs chevaliers furent pris comme 
si on les avait livrés^. Quand la porte fut brisée, on vit s'en- 
fuir Simon de Poissi et le châtelain d'Arras^ [>I6961]. Tous 
ceux qui réussirent à s'échapper avaient une telle peur qu'il leur 
semblait que les buissons étaient tout pleins de maréchaux. Ils 
ne s'arrêtèrent nulle part. On le vit bien au pont de Hollande*, 
qui était brisé : ils tuèrent leurs chevaux afm de faire un pont sur 
lequel ils passèrent, tant ils avaient hâte de traverser [16976]. 
Quand sire Richard de Samford^ vit que les Français fuyaient, 

1. Bargate, à rextrémité méridionale de la ville. Lincoln s'étend en lon- 
gueur du nord au sud ; il y a plus de deux kilomètres du château à Bargate. 

2. Cet accident est rapporté autrement par Rog. de Wendover, Selon 
cet auteur (II, 216-7; cf. Math, de Paris, III, 22), le fléau de la porte se 
fermait automatiquement après chaque ouverture, de sorte que les che- 
valiers étaient obligés de descendre de cheval l'un après l'autre pour le 
faire basculer et ouvrir la porte. — La porte dont il est ici question était 
sûrement Great Bargate, à l'extrémité sud de High Street. Elle commu- 
nique avec un pont qui passe sur un fossé dont le nom est Sincil dyke 
et qui, en réalité, n'est qu'un bras de la rivière Witham. 

3. Le poète ajoute au sujet du châtelain d'Arras : « Celui qui vint 
c chasser les rats aux dames qui vinrent à Londres pour se rendre à eux 
< (aux Français); » plaisanterie peu claire qui a son origine dans un jeu 
de mots sur le nom d'Arras. On sait que cette ville portait trois rats 
dans ses armes. « De cels d'outremer n'en eschaperent que trois haut 
« home : de ces trois fu li uns Symons de Poissi, et li aultres Hues H 
« castelains d'Arras et li tiers Wistasses de Merlingehem, qui connes- 
« tables estoit de Boulenois. » Hist. des ducs de Norm., p. 195. 

4. Holland est le nom d'un district du Lincolnshire qui forme la partie 
sud-est de ce comté. Le pont de Hollande, actuellement Bridgend, est 
situé dans la paroisse de Horbling, entre ce village et Donington, sur la 
chaussée connue sous le nom de Holland Road, à la limite du Kesleven 
(l'un des districts du comté de Lincoln) et du Holland. Toute cette 
région était autrefois un vaste marais. L'ancien nom de Bridgend était 
Holland's Priory. 

5. Richard de Samford, probablement frère de Hue de Samford, men- 
tionné plus haut V. 9'i22 (ci-dessus, p. 120), fut au nombre des chevaliers 
qui, lors du traité avec Louis, furent rétablis dans les possessions qu'ils 
avaient avant la guerre. On trouvera dans les Rot. litt. claus. (I, 321 b) 
des lettres datées de Kingston en septembre 1217, et adressées au vicomte 
de Lincoln à ce sujet. — Il y a dans le Formulare awjLicanum de 
Madox (n* cxlii) une convention entre Richard de Samford et un ccr- 



240 CONSEIL TENU PAR LES ROYAUX A LINCOLN. [1217 

il prit sa femme devant lui pour la sauver. Un chevalier lui 
cria : « Laissez-la, vous ne l'emporterez pas. » Aussitôt, il la 
mit à terre doucement, et, se retournant contre le chevalier, il 
le désarçonna d'un coup d'épieu dans la poitrine, puis il reprit 
sa femme et la sauva [-16990]. 

Le bon évêque de Winchester, Pierre des Roches, qui en ce 
jour sut si bien diriger nos gens, fit de nombreux prisonniers. 
Lui et les siens firent un gain considérable. Mais celui qui 
gagna le plus ce fut Jean le Maréchal, le pieux, le loyal. Il prit 
sept barons portant bannière et plusieurs des chevaliers qui 
les accompagnaient [17020], 

Gomme je vous ai dit précédemment ^ les chevaliers qui 
tenaient le parti du roi n'étaient que quatre cent six, tandis que 
du côté opposé il y en avait six cent onze. Et pourtant ce furent 
ces derniers qui eurent le dessous. Ainsi advient à ceux qui 
combattent contre Dieu^ [17030]. 

Quand le Maréchal et les siens eurent défait leurs ennemis 
et fait prisonniers les principaux d'entre eux, on prit conseil 
sur la conduite à tenir. Les opinions furent partagées. Plu- 
sieurs furent d'avis d'aller assiéger Londres; d'autres dirent 
qu'ils iraient à Douvres pour contraindre Louis à lever le siège 
de cette ville. Le Maréchal, qui avait plus d'expérience, leur 
conseilla d'emmener leurs prisonniers, de leur faire prendre 
des engagements^ et leur assigna un rendez- vous, à jour 
nommé, à Ghertsey^. Il manda au légat de venir à cette assem- 

tain Benoît Pernaz où est nommée la femme de Richard. Elle s'appelait 
Mathilde de Bayeux. L'acte est de 1199. Il s'agit peut-être du père de 
celui qui ûgure dans le poème. 

1. Voy. p. 229-230. 

2. Il faut se souvenir que Louis et ses partisans avaient été excommu- 
niés par le légat (voy. p. 228). 

3. On voit que le Maréchal désirait ne pas compromettre par de nou- 
velles entreprises les succès obtenus et qu'il tendait par-dessus tout à 
faire la paix. R. de Wend., II, 219 (cf. Math, de Paris, III, 24) : 
( Omnibus igilur in hune raodum consummalis, precepit Willelmus 
« Marescallus castellanis omnibus ut cum prisonibus suis redirent ad 
(( propria, eosque sub arcta servarent custodia donec de illis régis volua- 
( tatem audirent. » 

4. Yoy. p. 220, n. 1. Le Maréchal est à Ghertsey ou dans les environs 
du 6 au 23 juin. 



1217] PHIL.-AUG. ET BLANCHE PRÉPARENT DES RENFORTS. 241 

blée, où on devait délibérer sur les mesures à prendre pour la 
défense du royaume [47068]. 

Louis fut très affligé quand il apprit que sa gent avait été si 
complètement battue à Lincoln ^ et que le comte du Perche y 
avait perdu la vie. Quittant le siège de Douvres, il se rendit à 
Londres au plus vite, craignant que cette ville fût enlevée par 
les Royaux, de vive force ou par surprise, et il envoya demander 
du secours en France [47084]. 

Quand le roi Philippe apprit la défaite des siens, il en fut 
désolé et demanda si le roi Jean était mort^. a Oui, » lui 
répondit-on, « son fils est déjà couronné, et le Maréchal s'est 
« voué à sa défense. — Alors, nous n'avons rien à gagner en 
« Angleterre. La terre est perdue pour Louis, et, dans peu, lui 
« et ses partisans en seront chassés, puisque le Maréchal s'en 
mêle^ » [47408]. 

Ainsi parla-t-il, puis il prépara Penvoi en Angleterre de 
troupes nombreuses qui auraient secouru son fils et lui 
auraient facilité la conquête du royaume si elles avaient pu y 
aborder. Mais Dieu ne le permit pas. Sa femme ^ parcourut 

1. Selon le texte imprimé de VHist. des dites de Norm., p. 195, la nou- 
velle de la défaite de Lincoln serait parvenue à Louis < le joesdi apriès 
« la Pentecouste. » Il y a là une erreur évidente, qui du* reste a déjà été 
faite à la page précédente où elle est corrigée par une variante donnée en 
note : Pentecouste a été écrit au lieu de Trinité. C'est le 25 mai. 

2. C'est peu probable. Le roi Jean était mort depuis sept mois; Phi- 
lippe ne pouvait guère l'ignorer. 

3. Ces paroles de Philippe-Auguste sont assurément d'une authenticité 
contestable. Elles ont toutefois beaucoup plus de vraisemblance que celles 
que lui prête dans la môme circonstance Mathieu de Paris. Selon cet 
écrivain, quand le roi eut appris la situation critique où se trouvait son 
fils, il aurait dit : i Nonne adhuc vivit W. Marescallus? » et, sur la 
réponse affirmative qui lui fut faite, il aurait repris : « Non ergo timeo 
f de filio meo. » Le chroniqueur ajoute : t unde W. Marescallus post 
« hœc semper notatus fuit de proditione » (III, 25-6). Cette petite scène 
a été intercalée par Mathieu dans le récit de R. de Wendover. Si elle n'est 
pas de pure invention, elle ne peut se fonder que sur un malentendu. 
La loyauté du Maréchal était proverbiale et n'a jamais été suspectée par 
les contemporains. Mais les bruits calomnieux dont Mathieu de Paris 
s'est fait l'écho se répandirent bientôt après sa mort; voy. Petit-Dutail- 
Jis, Étude, p. 170, note. 

4. Blanche de Castille, femme de Louis. On sait d'ailleurs qu'elle 

III 16 



242 LE MARÉCHAL SE REND VERS LA MER [1247 

toute la France pour avoir des secours en hommes et en argent. 
Elle 8*y employa si énergiquement que, si tous ceux qu'elle 
avait assemblés étaient venus en armes à Londres, ils auraient 
conquis tout le royaume [47^24]. 

Le Maréchal fut 1res perplexe. Le roi était jeune et sans 
argent. Le plus grand nombre des seigneurs avaient pris parti 
pour Louis. Enfln, les barons les plus éminents de France arri- 
vaient pour conquérir la terre. C'étaient sire Robert de Gourte- 
nai^ sire Raoul de la Tournelle^, Guillaume des Barres. Il y 
avait aussi Eustache le Moine, qui ne fut jamais en retard pour 
mal faire ^. Il avait pris le commandement de la flotte, mais ce 

déploya une grande activité pour venir en aide à son époux ; voy. R. de 
Wend., II, 221 ; Hist. des ducs de Norm., p. 198, et les curieuses paroles 
que lui prête le Ménestrel de Reiras, éd. N. de Wailly, g 301. Cf. E. Ber- 
ger, Hist. de Blanche de CastiUe, p. 28. 

1. Robert de Courtenai, seigneur de Champignelles (Yonne), bouteiller 
de France depuis 1223. Il prit part à la croisade contre les Albigeois 
(voy. ma traduction du poème de la croisade albigeoise, p. 80, n. 1). Il 
accompagna Tbibaut, comte de Champagne, dans son expédition outre 
mer et y mourut en 1239 (Alb. de Trois-Font., dans Bouquet, XXI, 625 h); 
cf. Du Bouchet, Hist. généal. de la maison de Courtenay, p. 109-117. 

2. c Radulphus de Tornella » figure comme caution de Robert de 
Courtenai dans un acte de novembre 1217 (Bouquet, XVII, 107 a; Delisle, 
Catal. des actes de Ph.-Àug., n" 1788). On verra plus loin (v. 17416) 
qu'il était sur la nef d'Eustacbe le Moine. 

3. On sait que cet aventurier avait été au service du roi Jean et que 
partout il s'était signalé par sa cruauté et sa fourberie. Il a été composé 
sur lui, peu après sa mort, un poème, qui parait incomplet dans le seul 
ms. qu'on en possède, et qui a été publié en 1834 par Fr. Michel. Cet édi- 
teur a réuni sans beaucoup d'ordre, dans sa préface, la plupart des 
témoignages historiques (tirés de chroniques et de chartes) qu'on pos- 
sède sur ce personnage. Ces divers documents n'ont pas encore été mis 
en œuvre. Une nouvelle édition du poème, parue récemment en Alle- 
magne, n'ajoute rien à ce qu'on savait par la préface de Fr. Michel 
(voy. Romania, XXI, 279), et le poème lui-même n'a pas encore été 
étudié avec critique. L'Hist. des ducs de Norm. confirme le récit de 
notre poème et y ajoute quelques détails : c En la nef Eustache le 
« Moine entra Robiers de Courtenay et Wistasses li Moines o lui et 
f Raous de la Tourniele, li boins chevaliers, qui puis fu ocis el service 
« Diu devant la cité de Toulouse, et Guillaumes des Bares, le boin 
c chevalier et le bien entechié... > (p. 200-201). Le roman d'EusUche 
le Moine, qui raconte très sommairement le combat naval dans lequel 
Eustache trouva la mort dit aussi (v. 2267) que Raoul de la Tournelle 



i217] POUR ORGANISER LA DÉFENSE. 243 

jour-là fut celui de sa fêie\ car le même jour il eut la tête cou- 
pée. Il y avait bien d'autres hommes que nous ne savons nom- 
mer, n'ayant appris les noms que de ceux qui furent faits 
prisonniers [-17466]. 

Le Maréchal se dirigea promptement vers la mer avec ce 
quMl put rassembler de monde 2. Il manda les mariniers des 
Cinq ports, et, à force de dons et de promesses, il les décida à 
aller à la rencontre des Français. Les mariniers eurent confiance 
en lui et se rassemblèrent à Sandwich. Là ils firent tous les 
préparatifs nécessaires pour abattre l'orgueil des Français 
[47496]. 

Le Maréchal se hâta de venir au rivage avec les siens, car il 
était très désireux de se mesurer avec les Français, mais on ne 
le laissa pas embarquer. On lui remontra qu'il devait rester à 
terre, car, si par aventure il était tué ou pris, qui défendrait 
ensuite le pays ? [4 724 0]. 

Le Maréchal fit tant qu'il eut bientôt vingt-deux nefs armées. 
Il avait promis aux mariniers de les indemniser des pertes 
qu'ils pourraient faire avec les nefs qu'ils prendraient. Les 
mariniers s'engagèrent envers lui par serment, mais ils se 
plaignirent des torts qu'ils avaient eus à souffrir de la part du 
roi Jean qui les avait mis en servage. Quand ils virent appro- 
cher la grande flotte des Français, ils allèrent à sa rencontre, 
comme ils s'y étaient engagés. Mais, n'ayant pas de chef, ils 
furent saisis de peur, et, tout éperdus, abandonnèrent leurs 
nefs, voiles dressées, pour se réfugier dans leurs chaloupes 
[47243]. Le Maréchal, toutefois, réussit, par ses exhortations, 
à les remettre dans la bonne voie, leur remontrant qu'ils étaient 
accompagnés de bons chevaUers et de bons sergents, que lui- 
même se serait volontiers aventuré avec eux, si ses hommes le 
lui avaient permis. Car, si cette flotte parvenait à aborder, c'en 
serait fait de l'Angleterre^ [47260]. 

était avec Eustache; mais ses autres compagnons n'y sont pas mentionnés. 
Voir aussi la chronique de Meliose, dans Bouquet, XIX, 2G1 c. 

1. On fêle les saints le jour anniversaire de leur mort. 

2. Le Maréchal était à Oxford dans la première quinzaine d'août. Le 
14 il est à ReadiDg, le 16 à Farnham, d'où il dut se diriger vers Sand- 
wich, où il se trouvait le 24 {Rot. litt. claus., p. 317 6 à 320 a). 

3. Il semble que le poète ait eu à sa disposition deux récits qu'il n a pas 



544 APPROCHE DE LA FLOTTE FRANÇAISE. [1217 

A la fête de Saint-Barthélemi (24 août), le Maréchal se rendit 
à Sandwich à la tête d'une nombreuse armée. Il avait les che- 
valiers de son fils, Richard le fils du roi Jean, le comte de Va- 
renne \ Philippe d'Aubigni^ et nombre de vaillants jeunes 
hommes. Ils passèrent la nuit près de Gantorbéry, et, de bonne 
heure, ils se mirent en route pour Sandwich. Le temps était 
clair : on pouvait voir de loin en mer. Ils aperçurent la flotte 
ennemie qui s'avançait, serrée et alignée comme pour une 
bataille rangée. Devant voguait la nef d'Eustache le Moine qui 
les conduisait. xMais, ce jour-là, il mourut sans confession. Il y 
avait bien trois cents nefs dans cette flotte [17294]. 

Le Maréchal ne perdit pas de temps. Il fit embarquer son 
monde, et lui-même se fût mis en mer si on ne l'en eût empe- 



sa fondre, car il va recommencer le récit de la bataille navale sans la 
rattacher à la première action qu'il vient de conter et dans laquelle les 
Anglais auraient éprouvé un moment de panique. En réalité, il paraît 
bien que les marins anglais furent d'abord eflFrayés en voyant combien la 
flotte française était supérieure à la leur. C'est ce que constate Roger de 
Wendover : t ... Piralœ régis Anglorum, ex obliquo venientes, recensitae 
c sunt in parte adversa naves quater vigenti; quapropter timuerunt bel- 
(( lum conserere cum navibus paucis, quse, inter galeias et naves alias, 
« numerum quadragenarium non excesserunt ; sed tandem de casu qui 
« apud Lincolniam acciderat, in quo pauci de multis triumpharunt, ani- 
€ mati (c'est ce que dit le Maréchal, vv. 17316 et suiv.), audactera tergo 
« irruerunt in hostes » (II, 221). Il est du reste fort naturel qu'il ait cir- 
culé, au lendemain même des événements, des récits plus ou moins 
divergents d'une victoire aussi éclatante. Mathieu de Paris nous en four- 
nit la preuve. On sait que cet historien reproduit jusqu'à l'an 1Z35, dans 
sa grande chronique, les Flores historiarum de Roger de Wendover, se 
bornant à intercaler çà et là quelques mots ou quelques lignes de son 
cru. Or, à la suite du récit de Roger, Mathieu insère (III, 28-29) un récit 
différent de la bataille, où l'initiative de l'attaque est attribuée à Hubert 
du Bourg (qui eut certainement une grande part dans la direction du 
combat), tandis que le Maréchal est représenté s'opposant à toute offen- 
sive sur mer. 

1. Guillaume, comte de Varenne et de Surrey, fils de Hamelin de 
Varenne, sur lequel voy. plus haut, p. 164, note 8. Il eut la garde de divers 
châteaux, et notamment, depuis 1216, celle des Cinq ports. En 1225, il 
épousa, en secondes noces, Maude, fille du Maréchal, veuve de Hugues 
Bigot, comte de Norfolk (ci-dessus, p. 207, note 2). Il mourut en 1240 
(Dugdale, Baronage of England, I, 77). 

2. Voy. p. 214, note 3. 



1217] LA FLOTTE ANGLAISE VA A SA RENCONTRE. 245 

ché. Le grand juge d'Angleterre, Hubert, s'embarqua sur une 
belle nef bien armée ^ ; Richard, le fils du roi Jean, fit de même 
[-17308]. La veille, des sergents du Maréchal y avaient pris 
place. Les autres garnirent leurs nefs comme ils purent. Le 
Maréchal se tenait près d'eux, les encourageant à bien faire : 
« Seigneurs, vous devez avoir en mémoire que Dieu nous a 
« accordé à terre une première victoire sur les Français^. Voici 
a qu'ils reviennent en Angleterre pour nous enlever le royaume, 
a Mais Dieu a sur mer comme sur terre le pouvoir d'aider les 
a bons, et cette fois encore il aidera les siens. Vous tenez le 
a bon bout; vous triompherez des ennemis de Dieu » [17328]. 

Ils cinglèrent droit à marée montante. Les Français les virent 
sortir du havre et les méprisèrent. Ils carguèrent leurs voiles 
en disant : « Ce n'est que de la piétaille; il n'y a parmi eux 
<c aucun chevalier. Ils sont à nous. C'est une heureuse fortune 
a qui nous les envoie. Ils ne sauront nous résister. C'est eux qui 
a paieront nos frais. Nous les mènerons avec nous à Londres, 
« ou sinon ils pécheront les flondres^ dans la mer. » Ils par- 
laient ainsi, se souvenant de la mésaventure qui récemment 
était avenue aux nôtres en pareille circonstance^. Ils voyaient 
du reste que nos gens n'avaient que peu de navires. La nef de 
sire Hubert du Bourg s'avança au-devant des autres comme 
pour attaquer [17356]. Mais elle passa outre à toutes voiles 
sans engager le combat. Les ribauds français, pleins de bra- 
vade, se mirent à crier : « La hart! la hart! a Mais finalement 
ils furent acculés en l'angle^ et noyés [17364]. 

La grande nef de Bayonne, où était le trésor du roi^, devança 

1. Il parait bien que ce fut aux habiles dispositions prises par Hubert 
do Bourg que les Royaux durent leur victoire; voy. l'article très appro- 
fondi du Dictionary of National hiography sur ce personnage, notam- 
ment p. 316. 

2. A Lincoln. 

3. Sorte de poisson plat; Toy. ce mot au glossaire. 

4. L'auteur fait probablement allusion à l'arrivée à Douvres d'une 
flotte française peu de jours après la bataille de Lincoln. La Hotte 
anglaise avait tenté de s'opposer au débarquement, mais sans succès 
(voy. VHist. des ducs de Norm., p. 195-6). 

5. Locution fréquente empruntée au jeu d'échecs. 

6. Le trésor envoyé par le roi Philippe-Auguste (voy. Récits d'un 
ménestrel de Reims, éd. de Wailly, g 302). 



246 BUSTACHB LE MOINE EST PRIS ET TUÉ. [1217 

les autres. C'est dans celle-là que se trouvaient les hauts 
hommes ci-devant nommés. Il y avait aussi le châtelain de 
Saint-Omer* et le comte de Blois^. Sire Richard, le fils du roi 
Jean, se dirigea vers cette nef pour l'attaquer. Mais il fit peu 
de besogne jusqu'au moment où il fut rejoint par la coge' qui 
portait les sergents. Le bâtiment, étant peu chargé, était haut 
sur l'eau, tandis que la nef du Moine était basse au point que 
peu s'en fallait que l'eau y entrât. Elle portait le trébuchet et 
les chevaux de prix envoyés à Louis. Ceux qui étaient dans la 
coge avaient de grands pots pleins de chaux qu'ils lancèrent de 
haut sur la nef du Moine pour aveugler ceux qui la montaient* 
[n404]. 

Renaut Paien de Guernesey, un vaillant sergent, sauta de la 
coge en la nef. En tombant, il renversa Guillaume des Barres 
et Robert de Gourtenai et fit faire trois tours à Raoul de la 
Tournelle^. Il attaqua ce dernier si vivement qu'il finit par le 
faire prisonnier. Après Renaut sauta Thibaut et les autres 

1. Guillaume Y, châtelain de Saiat-Omer depuis 1192 environ jusqu'en 
1247 (voy. Giry, Les Châtelains de Saint-Omer, dans la Bibl. de lÉc. 
des chartes, XXXV, 350). 

2. Thibaut VT, comte de Blois et de Chartres depuis 1205, mort en 
MX^ [Art de vérifier les dates, II, 622). Sa participation à cette expédi- 
tion est attestée par un des continuateurs de Guillaume de Tyr {Hist. 
occid. des croisades, II, 321), et par les Récits d'un ménestrel de Reims 
(éd. de Wailly, § 295). D'après ce dernier ouvrage, ce personnage, dési- 
gné par son titre de comte de Chartres, aurait fait partie de la première 
expédition de Louis, ce qui n'est pas exact. 

3. Voy. ce mot au glossaire. 

4; Les détails du combat varient selon les historiens, mais le strata- 
gème consistant à jeter sur l'adversaire de la chaux en poudre est conté 
en divers récits (R. de Wend., Il, 222; Hist. des ducs de Norm., p. 201-2 j 
le Roman d'Eustache le Moine, vv. 2290 et suiv.). Il était en quelque 
sorte classique. Dans le dernier chapitre du De re militari veterum de 
Gilles de Rome, on lit : « In navali bello bec est cautela adhibenda seu 
« altendenda ut de calce alba pulverisata habeant raulta vasa plena, que 
« ex alto sunt proicienda in naves hostium, quibus ex impetu projectis 
« et fractis, elevatur pulvis ... et subintrat hostium oculos, et adeo offen- 
« dit eos, ut quasi videre non possint » (Hahn, Collectio monumentdrum 
veterum ac recentium ineditorum, I, 67). 

5. On savait, par le Roman d'Eustache le Moine (v. 1268), que Raoul 
de la ïournelle (sur lequel voy. ci-dessus, p. 242, note 2) était dans la 
nef d'Eustache. 



1217] DÉROUTE DE LA FLOTTE FRANÇAISE. 247 

ensuite. Tous ceux de la nef furent pris. Eustache offrit, pour 
sauver sa vie, dix mille marcs, mais ce fut en vain. Il trouva 
son maître. Il y eut un nommé Etienne de Winchelsea, qui lui 
rappela les misères qu'il lui avait faites sur terre et sur mer et 
qui lui donna à choisir : avoir la tête coupée sur le trébuchet 
ou sur le bord de la nef. Alors on lui coupa la tête^ Il y avait 
dans la nef trente-deux chevaliers auxquels on en aurait fait 
autant si les chevaliers anglais ne Pavaient empêché. Et ils y 
eurent beaucoup de peine [17462]. 

Quand cette grande nef eut été prise, les nôtres se compor- 
tèrent avec tant de courage que les Français se mirent à la 
retraite. Notre flotte leur fit la conduite et les mit en déroute. 
Quand ils prenaient une nef, ils ne manquaient pas de tuer 
tous ceux qu'ils y trouvaient, et ils les jetaient aux poissons, 
n'y laissant en vie qu'un ou deux hommes, parfois trois. On 
les poursuivit ainsi jusqu'auprès de Calais [17482]. Il y eut tel 
qui crut tirer à lui, avec un croc, une bonne couverture d'écar- 
late, quand ce n'était que du sang figé. D'après les témoins de 
l'affaire, nous pouvons dire qu'il y eut bien quatre mille 
hommes tués, sans compter ceux qui sautèrent en la mer et se 
noyèrent. Je n'y fus pas, et je n'en prends pas la responsabi- 
lité^. Le monde méprise ceux qui s'écartent de leur sujet pour 
conter des choses fausses ou oiseuses [17500]. 

La bataille terminée, nos gens revinrent à terre, rapportant 
leur butin, qui était fort considérable. JVIessire Hubert avait 

1. € Et Wistasses li Moines ot la tieste trenchée, si ii trencha un maron- 
c niers que on apieloit Estievene Trave (var. Grave) qui longhement ot 
« esté a lui » (HisL des ducs de Nonii., p. 202). Le même nom, sous la 
forme d' t Estefne Crabbe, » est donné par le Polistorie de Jea'i de Can- 
torbéry, chronique française compilée à Canlorbéry après 1313 et qui 
contient, particulièrement en ce qui concerne la bataille de Sandwich, 
beaucoup de fables (voy., sur celte chronique, Histoire littéraire, 
XXVIII, 480-6). Fr. Michel en a extrait {Roman d'Eustache le Moine, 
p. xxxvj) le passage qui concerne cette bataille. Selon R. de Wend. (II, 
222), ce serait Richard, fils naturel du roi Jean, qui aurait lui-môme coupé 
la tête à Eustache. 

2. Notre auteur agit prudemment en ne prenant point la responsabilité 
de cette évaluation peut-être exagérée. Il est certain toutefois que les 
pertes subies par les Français furent très considérables (voy. R. de 
Wend., II, 222 ; Hist. des ducs de Norm., p. 202). 



248 PARTAGE DU BUTIN. [iîM 

pris deux nefs. Certains navires avaient fait un tel gain que les 
mariniers distribuaient les deniers à pleines écuelles. Le Maré- 
clial ordonna que le partage fût fait de manière à donner toute 
satisfaction aux mariniers. Puis il décida qu'avec la part réser- 
vée on fonderait un hôpital en l'honneur de saint Barthélemi, qui 
en ce jour leur avait donné la victoire*. Les mariniers firent 
son commandement et fondèrent la maison renommée où sont 
hébergés et entretenus les pauvres de Dieu^ [^7540]. 

il fallait voir, le lendemain, les mariniers aller et venir 
vêtus d'écarlate et de soie, et se vantant à qui mieux mieux : 
a Ma robe en vaut deux, » disait l'un. — « Bah! » reprenait un 
autre, « la mienne est toute de cisemus^, cote et surcot, man- 
« leau et chappe. Il n'y a meilleure jusqu'à Alep. — Et la 
a mienne, disait un troisième, elle est toute d'hermine et bor- 
« dée d'or. » Et tandis qu'ils se provoquaient de la sorte, les 
autres tiraient des navires les provisions, viande, vin, blé, 
ustensiles de fer et d'acier, dont tout le pays profita [-17568]. 

Quand le Maréchal eut achevé le partage des richesses 
trouvées dans les nefs conquises, on conduisit à Douvres les 
prisonniers français, trente -deux chevaliers^, tous hauts 
hommes'^. On les confia au grand juge [>I7576]. 

1. Voy. plus haut, p. 244. 

2. Fr. Michel a groupé, dans une longue note de son introduction au 
Roman d'Eustache le Moine (p. xxiviij et suiv.), les données fournies 
par les historiens modernes sur la fondation de l'hôpital de Saint-Barlhé- 
iemi à Sandwich, hôpital qui existe encore. Selon certains d'entre eux, 
il aurait été fondé en 1190; aucun ne rapporte cette fondation à la 
bataille navale gagnée par les Anglais le 24 août, jour de la Saint-Barthé- 
lemi. Mais Fr. Michel a cité également un long passage du Polistorie de 
Jean de Cantorbéry, où il est déclaré formellement que l'hôpital fut 
fondé en mémoire de la bataille du 24 août. En présence du témoignage 
concordant et contemporain fourni par le poème, il ne peut subsister 
aucun doute sur ce point. 

3. Sorte de marmotte (le souslic), dont la fourrure était précieuse; 
voy. Du Cange, Cisimds. 

4. C'est le nombre des chevaliers pris dans la nef de Bayonne, que 
montait Eustache le Moine (v. 17458). 

5. Si, comme le poète semble l'indiquer, le Maréchal accompagna les 
prisonniers à Douvres, il dut se trouver dans cette ville entre le 30 août 
et le 4 ou le 5 septembre. En effet, il était à Sandwich le 28 août et à 
Cantorbéry le 29 {Rot. lUt. claus., I, 320). Ensuite on le trouve à Cherl- 



1217] NÉGOCIATIONS AVEC LOUIS EN VUE DE LA PAIX. 249 

Louis apprit bientôt à Londres la défaite de ceux qui étaient 
venus lui porter secours \ et il en fut très affligé. La même 
nouvelle ne tarda pas à se répandre en France. Le roi Philippe, 
craignant que son fils vînt à être pris ou livré, rassembla ses 
conseillers et leur dit : « Seigneurs, ne l'avais-je pas dit, que 
« si le Maréchal se mêlait de cette affaire, Louis et son entre- 
« prise seraient ruinés? Maintenant, que me conseillez-vous de 
«c faire? » L'avis du conseil fut qu'il fallait mander à Louis de 
revenir à tout prix. L'ordre fut envoyé à Louis secrètement. 
Celui-ci le reçut et n'en fit pas semblant [17626]. 

Le Maréchal et les siens, le comte de Varenne aussi, quit- 
tèrent Douvres^. Peu après, Louis résolut, après avoir pris con- 
seil des siens, de demander une entrevue au Maréchal. Celui-ci 
tint conseil à ce sujet avec les partisans du roi. Tels d'entre 
eux, qui s'étaient tenus loin de la mer au moment du danger, 
parlèrent avec hauteur : « Nous n'avons que faire d'entrer en 
a conférence avec Louis, » disaient-ils, « mais allons assiéger 
a Londres. » Les hommes sages qui étaient présents tinrent un 
langage plus modéré, et conseillèrent au Maréchal de tout faire 
pour débarrasser la terre des Français: de n'y point épargner 
l'argent, car ils l'aideraient de tout leur pouvoir. Le Maréchal 
suivit le conseil et consentit à l'entrevue demandée par Louis. 
Tout cela ne se fit pas en un jour-, il y eut plusieurs réunions^, 
et on n'arriva pas sans peine à se mettre d'accord. Les Fran- 
çais firent en sorte que leurs partisans anglais fussent tenus à 
l'écart des négociations''. Finalement, il fut décidé que Louis 

8ey (Surrey) le 6 septembre et jours suivants (ibid.). C'est dans l'inter- 
valle qu'il dut se rendre à Douvres. 

1. Le surlendemain de la bataille, le samedi 26 août, selon ['Hist. des 
ducs de Norm., p. 202. 

2. Pour la date, voy. p. 248, note 5. 

3. D'après VHist. des ducs de Norm., p. 202, les négociations auraient 
commencé, du côté de Louis, dès le 28 août. Cette chronique est le 
document qui fournit le plus de détails sur les préliminaires de l'accord 
par suite duquel Louis dut renoncer à ses prétentions sur l'Angleterre. 

4. Ils ne furent cependant pas sacriliés. Le traité de paix spéciHa que 
leurs châteaux, leurs biens, leurs droits leur seraient rendus. Il y a dans 
les liot. lut. claus. une quantité d'actes réintégrant dans leurs possessions 
les Anglais qui avaient pris le parti de Louis. Du reste le poète va le dire 
à la tin du paragraphe. 



250 DÉPART DE LOUIS POUR LA FRANCE. [1217 

quitterait le pays, qu'il recevrait, en compensation, une grande 
somme d'argent*, et, qu'avant tout, il serait absous. On s'as- 
sembla, pour conclure l'accord, dans une île, vers Kingston*, 
mais le légat no voulut consentir à donner l'absolution à Louis 
qu'à la condition qu'il se présenterait nu-pieds, en vêtements 
de laine, sans chemise. Les Français obtinrent enfin qu'il vien- 
drait avec sa cote par-dessus les vêtements de laine ^. L'abso- 
lution prononcée, on prit jour pour reconduire Louis jusqu'à 
Douvres^. Il avait été convenu que les Anglais qui avaient pris 
parti pour Louis recouvreraient leurs terres, sauf ceux qui les 
avaient vendues ou cédées pour leur rançon [-17726]. 

Louis parti*, le Maréchal prit soin de placer dans les châ- 
teaux royaux des gardiens; mais j'avais oublié de vous dire 
que, lorsque la trêve eut été conclue, Louis avait mandé à ses 
hommes. Français, Écossais, Gallois, Anglais, de l'observer. 
Tous l'observèrent en effet, sauf Morgan de Gaerleon*, qui fit 
la guerre au Maréchal, tellement que Llewelyn ^ lui manda 

1. 15,000 marcs selon G. Le Breton (I, 314), 17,000 selon l'Hist. des 
ducs de Norm., p. 204. Voy. Pelit-Dulaillis, Étude, p. 176. 

2. Kingston-upon-Thames, rive droite de la Tamise. Selon VEist. des 
ducs de Norm., l'accord aurait été conclu dans l'île en question le mardi 
5 septembre, et l'absolution de Louis et des siens aurait été prononcée 
au même lieu le lendemain (p. 204-5). Le traité (Rymer, I, 74) est du 
11 septembre. — Selon R. de Wend. (II, 224; cf. Math, de Paris, III, 
30), les conférences auraient eu lieu près de Staines, à l'ouest de Kings- 
ton, en remontant la Tamise. On pourrait concilier ces deux témoignages 
en supposant que les conférences commencèrent à Staines et que la paix 
fut définitivement conclue à Kingston. Il y a dans la Tamise, entre 
Kingston et Staines, plusieurs îles, et il n'est pas possible de déterminer 
celle où le traité fut conclu. On voit par les Rot. liit. claus. que le 
Maréchal était à Cherlsey, sur la rive droite de la Tamise, du 6 au 
10 septembre; puis, du 13 au 19, on le trouve à Kingston. 

3. Les historiens ne font pas mention de cette humiliante condition ; 
voy. les textes cités par M. Petit-Dutailiis, Étude, p. 172. 

4. Louis s'embarqua vers la Saint-Michel, 29 septembre (voy. G. de 
Coventry, II, 239). 

5. Le départ de Louis eut lieu vers la Saint-Michel (29 septembre) 
selon W. de Coventry, II, 239. 

6. Monmouthshire, sur l'Usk. 

7. Il y eut en novembre 1217 des négociations à la suite desquelles 
Llewelyn fit hommage au roi; voy. dans Rymer (p. 75) un sauf-conduit 



1217] GUERRE DU MARÉCHAL AVEC MORGAN DE CAERLEON. 251 

par Guillaume de Goleville' d'avoir à observer la paix. Mais 
Morgan n'en fit rien. Il répondit que tant que le Maréchal tien- 
drait un pied de sa terre, il ne cesserait pas de lui faire la 
guerre. Il le dit et ne s'en dédit point, car ce fut pendant la 
trêve de Louis que sire Rollant Bloët^ fut tué, ainsi que Gau- 
tier 3... et Robert de Colombiers et de sept autres gentilshommes 
[47772]. Morgan ne cessa, après le départ de Louis, de guer- 
royer. Mais l'année suivante, après la Saint-Michel, il subit un 
échec sensible, car le baiUi du Maréchal, ayant mandé ses 
hommes et ses amis, assiégea Gaerleon et le prit^ La guerre 
dura longtemps après et le pays en souffrit. Pour y mettre fin, 
un parlement fut convoqué à Worcester. Les archevêques et 
les évêques y furent mandés. Le légat Gualon y vint, et aussi 
Llewelyn de Galles, et nombre de comtes et barons dont 
j'ignore les noms. Dans ce conseil, Llewelyn demanda au roi, 
avec l'appui du comte de Ghester et de l'évêque de Winchester, 
de rendre à Morgan, son cousin, les terres que le Maréchal lui 
avait enlevées de force et ne voulait pas lui restituer, contrai- 
rement aux termes de la paix portant que chacun devait 
reprendre ses possessions telles qu'il les avait avant la guerre 

Le Maréchal prit conseil de ses hommes, tout disposé à 
rendre la terre si c'était Tavis des siens. Mais, au contraire, ils 

donné à ce prince le 18 novembre pour venir faire hommage au roi, et, 
à la date du 18 février 1218, un acte relatif à la môme affaire. En mars 
1218 {ibid.), Llewelyn rappelle qu'il s'est engagé, à Worcester, à remettre 
au légat Galon, pour le roi, les châteaux de Caermarthen et de Cardigan, 
et à décider les seigneurs gallois à faire hommage au roi. 

1. Ce personnage, souvent mentionné dans les rôles, avait pris le parti 
de Louis, car il fut fait prisonnier à Lincoln (R. de Wend., II, 217). 

2. Ce chevalier était l'un des fldèles du roi Jean qui lui avait confié la 
garde de Knep Castle, et lui ordonna ensuite de le brûler, par lettres du 
13 juin 1216 {Rot. litt. pat., p. 187). Il était frère de Guillaume Blœt, 
mentionné plus haut, v. 16915. 

3. Le nom est corrompu : € Wat. et muni, » v. 17768. 

4. On lit dans le Brut y Tywysogion (collection du Maître des rôles), 
à l'année 1217, que le Maréchal attaqua Caerleon et s'en empara, parce 
que les Gallois (Morgan n'est pas nommé) se refusaient à observer la 
trêve conclue par Louis. La chronologie de cette chronique est peu sûre; 
le fait peut s'être passé en 1218 comme l'indique le poème. 



252 LE MARÉCHAL TOMBE MALADE. [1218 

lui montrèrent qu'il avait droit de la garder. Le Maréchal confla 
la défense de sa cause à un des siens qui savait bien parler. 
Celui-ci vint au roi et lui parla ainsi : a Écoutez, cher sire, ce 
a que mon seigneur veut vous dire. Mon seigneur vous montre 
« que la demande de Morgan est mal fondée. Lorsque Louis 
« donna ordre à ses partisans d'observer la trêve, Morgan s'y 
« refusa. Il ne voulut pas y être compris. Le Maréchal peut 
« prouver que c'est pendant celte trêve que Morgan lui a tué 
a plusieurs chevaliers. Il a brûlé vingt-deux églises, ravagé la 
« terre, tellement qu'il a, pour ce fait, encouru l'excommuni- 
« cation. Il n'est besoin de prouver rien autre » [-17864]. 

L'assemblée donna raison au Maréchal ; la terre et le château 
de Caerleon lui restèrent acquis, avec toutes les dépendances ^ 
Alors le parlement se sépara [-17872]. 

Je ne veux pas entreprendre de dire tout ce qui se fut fait en 
ce parlement^, ce n'est pas de mon sujet, mais je vous en dirai 
l'époque. Il se tint un an ^ après le départ de Louis à la Saint- 
MicheP. A. la Chandeleur, le Maréchal fut pris du mal dont il 
mourut [1 7883]. Il se rendit à cheval, malgré son mal, à la Tour 
de Londres^. Des médecins vinrent de diverses parts le visiter, 
mais ils ne réussirent guère à le soulager. Il resta couché jus- 

1. Il ne semble pas pourtant que le diflférend ait été dès lors terminé. 
H durait encore, ou du moins avait recommencé, en 1220, époque où on 
voit Morgan de Caerleon constituer deux atournés chargés de soutenir sa 
cause contre Guillaume le Maréchal (flls du grand Maréchal) devant la 
cour du roi (Rot. litt. claus., p. 436 6). 

2. Selon toute apparence, il y a ici une lacune. Le parlement auquel 
l'auteur fait allusion ne doit pas être celui de Worcester, mais c'est plus 
probablement celui qui fut tenu à Londres, < post festum Sancti Michae- 
« lis, » selon les Annales de Waverley (éd. Luard, II, 220), c'est-à-dire 
au commencement d'octobre 1218. A cette date, le Maréchal était à West- 
minster. Le 6 octobre, nous le trouvons à Dunstaple, mais, du 9 du même 
mois jusqu'au 10 novembre, il résida sans interruption à Westminster 
{Rot. litt. claus., I, 370-372 6, 380 6-381 6). 

3. Traduit selon la correction proposée à la note du v. 17879. 

4. Le texte semble indiquer que ce parlement dura jusqu'à la Chande- 
leur (2 février), mais cela paraît invraisemblable. 

5. Du 16 janvier au 24 février, le Maréchal est témoin à un grand 
nombre d'actes datés de Westminster. Puis, le 7 mars et jours suivants, 
nous le retrouvons à la Tour de Londres. 



1219] LE MARÉCHAL SE DÉMET DE LA RÉGENCE. 253 

qu'au Garême% la comtesse étant avec lui. Quand il vit son 
mal augmenter, il manda son fils^ et ses gens et leur parla 
comme il le savait faire. Il les réconforta de son mieux, et, 
selon le conseil qui lui fut donné, il fît à loisir son testament 
[-17907]. Il appela auprès de lui son fils et Henri Fils Gerout^, 
et leur ordonna de le faire transporter sans retard à Cavers- 
ham, en son manoir. 11 ne voulait pas rester plus longtemps 
dans une ville malsaine. Il lui semblait que chez lui il suppor- 
terait plus aisément son mal; et, si l'heure de sa mort était 
arrivée, il aimait mieux mourir chez lui qu'ailleurs. On prépara 
des bateaux dans l'un desquels on l'installa confortablement. 
La comtesse prit place en un autre. Ils naviguèrent douce- 
ment jusqu'à Gaversham'*. C'est à cette époque que le légat 
Galon se dirigea vers les iVlpes^. Il fut remplacé par Pandolfe'^. 

Alors fut tenu un concile, qui eut lieu à Reading, à cause de 
la maladie du comte. Le roi, le légat, le grand juge y assis- 
tèrent et beaucoup d'autres barons^ [4 7948]. 

Quand ils furent tous réunis, le comte fît prier le roi, le légat, 
les comtes, de venir auprès de lui, car il désirait s^entretenir 
avec eux. Ils s'empressèrent de se rendre à son appel. Après 
avoir échangé des saints, ils s'assirent autour de lui. 11 s'adressa 
au roi et lui dit : « Beau doux sire, quand la mort frappa 
a votre père, le légat Galon se rendit à Gloucester avec les 

1. Le dimanche de la Quadragésime tombait en 1219 le 24 février. C'est 
au plus lot à cette date (voy. la note précédente) que le Maréchal se ren- 
dit à la Tour de Londres. 

2. Son fils atné, Guillaume. 

3. Voy. ci-dessus, p. 181, note 2. 

4. Ce voyage dura plusieurs jours. Le Maréchal est encore à la Tour 
le 15 mars, mais le 24 nous le retrouvons à Caversham {Rot. litt. clam., 
p. 389 b). 

5. Mongiu (v. 17939) ; c'est le Grand-Saint-Bernard, l'un des passages 
les plus fréquentés pour aller en Italie. 

6. C'est environ six mois avant l'arrivée du Maréchal à Caversham 
qu'eut lieu le remplacement de Galon par Pandolfe. La lettre du pape 
Honorius III, qui nomma ce dernier légat du saint-siège en Angleterre, 
est du 12 septembre 1218 {Ilonorii III regesta, éd. Pressulti, n* 1G21; 
Potthast, n* 5905). Cf. dans Pressutti, n* 1609, une lettre du 1" sep- 
tembre ayant le même objet. 

7. Je ne trouve rien dans les historieDS sur ce concile tenu à Reading. 



254 L'ÉV. DE WINCHESTER RÉCLAME LA GARDE DU ROI. [1219 

« principaux des barons qui tenaient pour vous, et là, par la 
« volonté de Dieu, vous fôtes couronné. On vous confia à ma 
a garde. Je vous ai loyalement servi, défendant votre terre qui, 
« dans ce moment, était difficile à garder. Je vous servirais 
« encore s'il plaisait à Dieu que j'en eusse la force. Mais il ne 
« lui plait plus que je reste en ce monde, vous le voyez tous. 
« C'est pourquoi il conviendrait que vos barons fissent choix 
Œ d'un homme qui vous garderait, vous et le royaume, à la 
« satisfaction de Dieu et du monde. Puisse Dieu vous donner 
« d'avoir un maître qui vous fasse honneur! » [17992]. 

L'évéque de Winchester se leva et dit : « Écoutez! le 
« royaume vous a été confié, Maréchal, je le reconnais, mais 
« c'est à moi que le roi a été baillé. — Jamais, » répondit 
le Maréchal. « Sire évêque, c'est une parole malséante et que 
« vous ne devriez pas dire. Vous fûtes témoin des faits. Il n'y 
a a pas encore si longtemps que vous me priâtes, les larmes 
a aux yeux, vous et le bon comte de Ghester, de prendre la 
« garde du roi et du royaume à la fois. Vous êtes oublieux, ce 
a me semble. Le légat s'y employa activement et me pria tant 
a que, pour vous tous, je reçus le roi et le royaume. Il est vrai 
a seulement qu'après avoir reçu le roi, je vous le baillai à gar- 
« der parce qu'il était trop jeune pour voyager » [18018]. 

Ensuite, le Maréchal, qui souffrait beaucoup, s'adressa au 
légat et lui dit : « Allez-vous-en ; emmenez le roi avec vous, et 
a demain, s'il vous plaît, revenez ici. Je délibérerai avec mon 
« fils et mes hommes. Je tâcherai de faire le meilleur choix, et 
a que Dieu veuille y donner conseil^ ! » [18028]. 

Ils prirent congé et s'en allèrent, menant avec eux le roi. Le 
lendemain matin, il fit demander son fils, la comtesse, sire 
Jean le Maréchal et ceux de ses hommes en qui il avait le plus 
de confiance, et il leur dit : « Seigneurs, j'ai repensé à ce que 
« nous disions hier, au choix d'un gardien pour le roi. Il n'y a 
« pas de pays où les gens soient aussi divisés de sentiments 

1. Voy. ci-dessus, p. 216-7. L'évoque de Winchester n'était en eflfet 
gardien du roi que par délégation. Dans les actes royaux, le Maréchal est 
toujours qualitié de « rector noster et regni nostri »; chez Rog. de 
Wend. a régis et regni nostri rector » (II, 2'Z3). Cf. p. 216, note 3. 



1219] LE MARÉCHAL CONFIE LE ROI AU LÉGAT. 255 

a qu'en Angleterre. Si je baillais le roi aux uns, les autres 
a seraient jaloux. C'est pourquoi j'ai décidé, sauf votre avis, 
« de le confier à Dieu et au pape, et spécialement au légat à 
a leur place. On ne saurait me blâmer raisonnablement de ce 
« choix, car si, au point où nous sommes, la terre n'est pas 
« défendue par le pape, je ne sais vraiment pas qui la défendra. » 
Tous se rangèrent à son avis [48062]. 

A ce moment le roi entra, accompagné du légat et des autres 
hauts hommes, tous le cœur serré par l'angoisse. Le iVIaréchal 
se souleva, et, s'appuyant sur son coude, il prit le roi par la 
main, et, devant tous, il dit au légat : a Sire, j'ai longuement 
a pensé à ce dont nous avons parlé hier. Je veux bailler ici, en 
« présence de tous, le roi à Dieu, au pape et à vous qui le 
« représentez. » Puis, s'adressant au roi : « Sire, je prie Dieu, 
a si jamais j'ai fait chose qui lui ait été agréable, de vous faire 
« la grâce d'être homme de bien; Et sMl arrivait que vous dus- 
« siez suivre l'exemple de quelque ancêtre félon \ je prie Dieu 
a de ne pas vous accorder une longue vie. — Amen, » répondit 
le roi. Les assistants se levèrent et prirent congé [48090]. 

Le comte dit à Jean le Maréchal : « Dites de ma part à mon 
a fils qu'il aille bailler le roi au légat, en présence des barons. » 
Il ne voulait pas qu'on pût dire que cet acte eût été accompli 
comme par arrangement privé. Le fils alla prendre le roi par la 
main et le présenta devant tous au légat. L'évêque de Win- 
chester s'avança aussitôt et prit le roi par la tête. Mais le jeune 
Maréchal lui dit : « Sire évêque, laissez; vos efforts seraient 
« vains. Je ferai ce que mon père m'a ordonné. » Le légat se 
courrouça contre l'évêque et reçut l'enfant comme il l'avait déjà 
fait une première fois. Puis il revint auprès de son père et de 
sa mère, et leur conta l'acte outrecuidant de l'évêque [48148]. 

Le lendemain, il plut au Maréchal de mander sa gent devant 
lui. Il dit à la comtesse 2... : « Seigneurs, grâce à Dieu, qu'il me 
« feille vivre ou mourir, je puis me vanter d'être maintenant 
tt délivré d'un lourd fardeau. Il serait bon que je finisse mon 
a testament et que je prisse soin de mon âme, car le corps est 

1. Allusion probable à Jean son f)ère. 
1. Lacune (voy. la note du v. 18123). 



256 IL PARTAGE SES BIENS ET DONNE DES INSTRUCTIONS [1219 

« en aventure. C'est le moment de me débarrasser de toutes 
« choses terrestres et de penser aux choses célestes. » Alors, il 
s'occupa de ses enfants et leur partagea sa terre, selon son 
intention. Il dit : « Seigneurs, l'un de mes fils, AnseP, n'a rien 
« en ce partage, et pourtant il m'est bien cher. SMl vit assez 
« pour devenir chevalier, bien qu'il n'ait point de terre, il 
a trouvera, pourvu qu'il le mérite, qui Taimera et qui lui fera 
a grand honneur, plus qu'à nul autre. Dieu lui donne prouesse 
a et savoir. » — « Ah ! sire, » dit Jean d'Erlée, « vous ne 
« ferez pas cela. Donnez-lui de votre argent au moins de quoi 
« payer la ferrure de ses chevaux ! » Le Maréchal, sans se faire 
prier davantage, lui octroya cent quarante livrées de terre pour 
son entretien. Puis il dit : « Maintenant, je me sens libre. Je 
a n'ai d'inquiétude que pour ma fille Jeanne. Si de mon vivant 
« je l'avais bien mariée, mon âme en serait plus à aise. Je veux 
« qu'elle ait trente livrées de terre et deux cents marcs pour 
a l'aider à vivre jusqu'à tant que Dieu prenne soin d'elle^ » 
[^8^68]. 

Quand il eut distribué ses biens, il dit à Jean d'Erlée : 
a Allez à votre baillie. Je suis inquiet au sujet de mes hommes 
a qui sont en 3..., et aussi de votre fils, qui, mal conseillé, pour- 
« rait se risquer dans une expédition où nos gens auraient à 
a souffrir. Allez-y sans retard, mon mal s'aggrave. Au retour, 
a vous m'apporterez deux draps de soie que j'ai confiés à 
« Etienne [d'Évreux]^ Mais surtout hâtez-vous de revenir. » 
Jean d'Erlée accomplit fidèlement sa mission, allant à grandes 
journées. A son retour, le comte, dont la maladie s'était aggra- 
vée, lui demanda des nouvelles de ses gens. « Ils vont bien, 
« Dieu merci ! » répondit-il, « et voici les draps de soie que je 
a devais vous apporter. » Le comte les prit et dit à Henri Fils 
Gerout : « Henri, regardez les beaux draps. — Certainement, 

1. Voy. p. 207, note 1. 

2. Jeanne se maria après la mort de son père ; voy. cMessas, p. 208, 
note 1. 

3. 11 y a ici un nom corrompu {v. 18174). Il s'agit probablement de 
quelque localité du pays de Galles, où le Maréchal avait de grands biens 
et de turbulents vassaux. 

4. Ci-dessus, p. 186, note 4. 



1219] EN VUE DE SES OBSÈQUES. 257 

a sire, mais ils paraissent un peu passés, si j'y vois bien. — 
« Dépliez-les, » reprit le comte, « nous nous en rendrons mieux 
a compte. » Et, quand les draps furent dépliés, ils eurent très 
belle apparence. Le Maréchal, ayant appelé auprès de lui son 
fils et ses chevaliers, leur dit : « Seigneurs, regardez ici. Ces 
« draps, je les ai depuis trente ans. Je les ai apportés avec moi 
« lorsque je revins d'outre-mer ^ pour servir à l'usage auquel 
« je les destine, c'est-à-dire à être étendus sur moi lorsque je 
« serai mis en terre. — Sire, » dit son fils, « nous ne savons 
« en quel lieu vous voulez reposer. — Beau fils, je vous le 
a dirai. Lorsque je fus outre-mer, dès ce moment je donnai 
« mon corps au Temple pour y avoir ma sépulture. Sachez que 
«je leur donnerai Opledane^, rùon bon manoir. Je le veux 
« ainsi, et j'aurai ma sépulture au Temple, car j'en ai fait le 
a vœu » [^8242]. 

11 dit ensuite à Jean d'Erlée : « Prenez ces draps. Quand je 
« serai mort, mettez-les sur moi; vous en couvrirez la bière 
« où je serai porté. S'il fait de la neige ou du mauvais temps, 
« vous achèterez du bureau gris, que vous mettrez sur les draps 
« afin de les protéger contre les intempéries; et quand je serai 
a enterré, vous donnerez les draps aux frères de la maison 
« pour qu'ils en fassent ce qu'il leur plaira3 » [48260]. 

Quand il eut ainsi parlé, son fils se mit à pleurer tendre- 
ment. Aussi pleurèrent tous les chevaliers qui étaient là, et les 
valets et les sergents, et tous ceux de sa maison. Son fils sortit, 
et, ayant appelé les chevaliers, il leur dit qu'il fallait veiller son 
père, de façon qu'il y eût toujours trois chevaliers auprès de 

1. Le Maréchal revint de terre sainte au commencement de Tannée 1187 
(ci-dessus, p. 83, noie 3). 

2. Serait-ce Upleadon, comté de Gloucester, et au nord de celte ville? 
On trouvera dans le Monasticon anglicanum (VI, 821 a et 843 a) deux 
donations du comte de Pembroke au Temple, mais dans aucune il n'est 
fait mention du lieu ici indiqué. La seconde de ces donations doit dater 
de la maladie du comte, car l'abbé de Nutley, qui assistait à ses der- 
niers moments, y apparaît comme témoin. 

3. C'était l'usage que le drap, généralement de soie ou d'une étoffe 
précieuse, qui avait servi à recouvrir le corps fût laissé en don À l'église 
où se faisait le service. Voy. les exemples cités dans Du Gange, sous 

PiLLLIDM, V, 37, col. 1. 

m 17 



258 IL PREND LE MANTEAU DU TEMPLE. [1Î19 

lui. Lui-même veillerait la nuit avec Jean d'Erlée et Thomas 
Basset*; les autres feraient la veille de jour, trois à la fois, à 
tour do rôle. Tant que le comte vécut, son fils ne manqua pas 
une seule nuit de le veiller [\ 834 4]. 

Le lendemain, le comte fit venir ses hommes et son aumô- 
nier, frère Gefl'rei, qui était templier, et fit faire ses lettres*. 
Puis il manda frère Aimeri de Sainte-More, qui était maître du 
Temple et homme sage, de haute religion. Il envoya ensuite 
son testament, scellé de son sceau et des sceaux de sa femme 
et de son fils, à l'archevêque 3, au légat, qui alors était régent*, 
et aux évêques de Winchester et de Salisbury, les priant d'être 
ses exécuteurs testamentaires, et de joindre leurs sceaux à son 
testament. Ils le firent volontiers et excommunièrent tous 
ceux qui viendraient à rencontre. Puis ils le lui renvoyèrent, 
désirant qu'il le vît avant de mourir [48350]. 

Sur ces entrefaites se présenta frère Aimeri de Sainte-More. 
Le Maréchal rappela la comtesse et ses hommes : « Il y a, » 
dit-il, « longtemps que je me suis donné au Temple. Actuelle- 
« ment, je vais m'y rendre. » Puis il dit à son aumônier Geffrei 
de lui aller quérir son manteau dans sa garde-robe. Ce manteau 
il l'avait fait faire un an auparavant, mais personne n'en savait 
rien [48366]. Le comte dit alors à la comtesse : « Belle amie, 
a vous allez me baiser, mais ce sera la dernière fois. » Elle 
s'avança et le baisa. Tous deux pleurèrent, comme aussi les braves 
gens qui étaient présents. Le comte fit étendre aussitôt le man- 
teau devant lui. Il fallut entraîner au dehors la comtesse et ses 
filles qui se désolaient et que personne ne pouvait réconforter 
[48386]. 

Frère Aimeri dit alors : « Maréchal, il m'est agréable que 
a vous vous rendiez à Dieu. Il vous a accordé en ce siècle une 
a grande faveur, c'est que vous ne vous éloigniez point de lui 
« ni de sa compagnie. Il vous le montre dans la vie et dans la 
« mort. Dans le monde, vous avez eu tel honneur qu'aucun 

1. Frère d'Alain et de Gilbert Basset; voy. p. 143, note 3. 

2. Quelles lettres? Y a-t-il une lacune? 

3. De Cantorbéry. 

4. Dans le texte c maître >. On a tu plus haut que le Maréchal loi 
avait remis la garde du roi et du royaume. 

iii 



1219] SA MALADIE S'AGGRAVE. 259 

« chevalier ne l'eut plus grand, pour la prouesse, le sens, la 
a loyauté. Quand Dieu vous a ainsi concédé sa grâce, vous pou- 
« vez être assuré qu'à la fin il a voulu vous avoir. Vous quittez 
« le siècle honorablement. Vous fûtes bon, et bon vous en sor- 
ti tez. Je vais aller à Londres pour agir selon vos intentions » 
[18406]. 

Frère Aimeri se mit en route. Dès son arrivée à Londres, une 
maladie le prit dont il mourut. Mais en mourant il demanda 
à être enterré devant la croix du moutier « auprès du bon 
« chevalier, frère Guillaume le Maréchal, qui s'acquit en terre 
« un si grand nom par sa prouesse, et qui maintenant veut 
« Tacquérir dans les cieux. J'ai beaucoup aimé sa compagnie 
a en ce monde, et je désire reposer auprès de lui. Que Dieu 
a nous donne sa compagnie en la vie céleste ! » [1 8426]. 

Lorsqu'il fut mort, la nouvelle en fut portée à Gaversham, 
où elle causa une grande douleur. On la cacha au Maréchal, de 
peur d'aggraver son état. Les chevaliers de son entourage 
dirent : « C'est bien la preuve que Dieu aime le comte : frère 
« Aimeri est allé prendre sa place au ciel près de celle qui est 
« réservée au comte, de même qu'il a voulu reposer en terre 
« près de lui » [18439]. 

Que vous dirais-je de plus ? La maladie du comte s'aggrava 
au point qu'il en perdit le boire et le manger. Il s'affaiblissait 
constamment, la nature ne pouvant ouvrer en lui. Une pouvait 
plus rien manger, sinon des mousserons. Celui qui le soignait 
émiettait le pain, pour qu'il en mangeât sans s'en apercevoir. 
Il demeura en cet état pendant les quinze jours qui précédèrent 
sa mort. Un jour, comme il était couché en son lit, soutenu 
par Henri Fils Gerout, ayant autour de lui ses chevaliers, tous 
en grande douleur pour le mal (|u'ils lui voyaient souffrir, sire 
Henri lui dit : a Sire, il faut penser à votre salut. La mort 
« ne respecte personne, et les clercs nous apprennent que per- 
a sonne ne sera sauvé s'il ne rend ce qu'il a pris » [18478]. Le 
« Maréchal lui répondit : « Henri, écoutez-moi un peu. Les clercs 
sont trop durs pour nous. Ils nous rasent de trop près. 
« J'ai pris cinq cents chevaliers dont je me suis attribué les 
« armes, les chevaux et tout l'attirail. Si pour cela le royaume 
« de Dieu m'est interdit, il n'y a rien à faire, car je ne pourrais 



260 SES FILLES VIENNENT LE VOIR. [1219 

« pas les rendre. Je ne puis faire plus pour Dieu que de me rendre 
« à lui, repentant de toutes mes faules. A moins que les clercs 
« veuillent ma perte complète, ils doivent s'abstenir de me 
« poursuivre davantage. Ou leur argument est faux, ou per- 
a sonne ne peut être sauvé. — Sire, » dit Jean d'Erlée, « c'est 
« la vérité. Et, je vous le garantis, vous n'avez guère de voisin 
« qui, à ses derniers jours, puisse en dire autant » [18500]. 

Le lendemain, ses filles vinrent le voir. Elles furent bien 
déconcertées quand elles le virent si malade. Elles ne venaient 
pas toutes ensemble chaque jour^ ; mais ce jour-là vinrent 
Madame Mahaut la Bigote*, la comtesse de Gloucester', dame 
Ève^ etdameSibille*, toutes menant grande douleur, et Jeanne, 
qui plus d'une fois se pâma, et c^était bien naturel, car elle était 
encore sans conseil, mais celui à qui son père la laissa sut bien 
la conseiller^ [18523]. 

Le fîls^ du Maréchal était assis auprès de son père. Il y avait 
là une grande assemblée de chevaliers. Le Maréchal appela Jean 
d'Erlée et lui dit : « Je vais vous dire une chose bien extraor- 
« dinaire. — Dites, sire, pourvu que cela ne vous fatigue pas. 
« — Je ne sais d'où cela vient, mais il y a bien trois ans ou plus 
« que je n'eus si grande envie de chanter comme j'ai depuis trois 
« jours*. — Sire, chantez si vous le pouvez, » répondit Jean. 
a La nature reprendrait en vous, et ce serait une bonne chose, 
« car l'appétit vous reviendrait. — Taisez-vous, » répondit le 
comte, « cela ne me vaudrait rien. On me prendrait pour un 
« fou. » Il ne voulut pas chanter, et il ne le pouvait pas. Henri 
Fils Gerout lui conseilla de faire venir ses filles. « Elles vous 
« chanteront quelque chose, et cela vous réconfortera. » On 
les manda et elles vinrent. « Chantez la première, Mahaut, » 
dit le comte. Elle n'en avait pas envie, cependant elle le fît pour 

1. De peur de le fatiguer. 

2. La femme de Hugues Bigot; Yoy. ci-dessus, p. 184, note 2. 

3. Isabel; voy. p. 207, note 4. 

4. Femme de Guillaume de Briouze; ci-dessus, p. 207, note 6. 

5. Femme de Guillaume de Ferrières ; voy. p. 207, note 5. 

6. Guillaume, l'aîné des fils du Maréchal, la maria; voy. p. 208, notel. 

7. C'est toujours le fils aîné qui est ainsi désigné. 

8. On a vu plus haut, p. 44 (t. 3477 et suiv.}, que le Maréchal savait 
chanter. 



12i9J IL LES PRIE DE CHANTER DEVANT LUI. 261 

plaire à son père, et dit un couplet de chanson d'une voix 
simple et douce. « Jeanne, ctiantez à votre tour. » Elle dit un 
couplet de rotruenge', mais elle le fit timidement. « N'ayez pas 
« Tair honteuse quand vous chantez, » reprit le comte. « Ce 
« n*est pas ainsi que vous arriverez à bien chanter. » Et il se 
mit à montrer comme elle devait faire. Quand elles eurent 
chanté, il leur dit : « Filles, allez à Jésus-Christ. Je le prie 
« de vous avoir en garde. » Quand elles furent parties , se 
rendant auprès de leur mère, il fît venir son fils et lui donna 
des instructions pour le jour de ses obsèques, lui recomman- 
dant de se tenir tout près de lui, lors de l'entrée du cortège à 
Londres, et de distribuer largement Targent aux pauvres. Il lui 
enjoignit aussi de donner, ce jour-là, à cent pauvres, nourriture, 
vêtements et chaussures [i 8G08]. 

Tout cela étant réglé, se présenta l'abbé de Nutley^, qui reve- 
nait de son chapitre. Il fut le bien venu. C'était un chanoine 
noir de Tordre d'Arrouaise^. Il observait fidèlement la règle, 

1. Pièce à refrain; voy. Romania, XIX, 36-40. 

2. Nutley ou Park Crendon, dans le comté de Buckingham, à peu de 
distance de Caversham, où résidait en ce moment le Maréchal. C'était un 
prieuré de chanoines réguliers de saint Augustin fondé en 1162. Guillaume 
le Maréchal avait obtenu, par charle du roi Jean (16 août 1201, la Réole), 
la collation du bâton pastoral de ce prieuré. Le prieur en fonctions en 
1219 se nommait Edouard (Monasiicon Anglicanum, VI, 277-9), 

3. Le prieuré de Nutley ne figure pas au nombre des congrégations 
affiliées à l'ordre d'Arrouaise que Gosse énumère dans son Histoire de 
l'abbaye et de l'ancienne congrégation des chanoines réguliers d'Arrou- 
aise (Lille, 1786), 2' partie, ch. m. Mais il est visible que cet auteur 
n'a eu sur les établissements religieux de l'étranger, où était suivie la 
règle d'Arrouaise, que des renseignements très incomplets. Rien i\auto- 
rise à révoquer en doute l'assertion du poème, dès que l'on sait que les 
religieux de Nutley suivaient, comme ceux d'Arrouaise, la règle de saint 
Augustin. L'abbé de Nutley, est-il dit ici, revenait du chapitre. Nous 
savons que le chapitre général de l'ordre d'Arrouaise se tenait à la Saint- 
Mathieu (24 février). Une lettre du pape Innocent III (9 décembre 1201) 
invite le» archevêques, évéques, abbés et chanoines d'Irlande qui sui- 
vaient l'ordre d'Arrouaise à y envoyer un ou deux délégués (Gosse, 
p. 430). L'époque de l'année où se tenait ce chapitre concorde assez 
bien avec le moment où l'abbé de Nulley, revenant d'Arrouaise, visita 
le Maréchal. Cette visite doit en effet être placée au commencement de 
mai, puisque le Maréchal mourut le 14 de ce mois. 



262 IL EST VISITÉ PAR L'ABBÉ DE NUTLEY. [1249 

en saint homme qu'il était, et avait grand soin de son abbaye. 
Il vint au comte, et, Payant salué, il lui dit : « Sire, j'ai parlé 
« à notre souverain abbé* et aux frères de notre ordre. Je les ai 
« entretenus en chapitre de votre maladie, et leur ai demandé de 
« vous donner part en leurs bienfaits^ et de prier pour vous tant 
a que l'ordre durera. L'abbé me dit qu'il vous connaissait pour 
a homme de bien et de grande valeur, et qu'il vous recevait 
a volontiers comme participant à tous les bienfaits de l'ordre. 
« Voici les lettres scellées du sceau de l'abbé qui attestent cette 
« décision. — Mille fois merci, répondit l'e comte. C'est un grand 
a bien que vous m'avez fait, et vous en serez récompensés, car, 
« si vous avez pensé à moi, je ne vous ai pas oubliés non plus. 
a J'ai légué cinquante marcs à votre maison. J'ai fait pareil don 
« à chacune des abbayes de ma terre qui sont outre-mer', et à 
« chacun des chapitres j'ai laissé dix marcs; car je veux avoir 
« part en leurs biens, à perpétuité. » L'abbé répondit les larmes 
aux yeux : « Sire, vous avez richement fait les choses, et Dieu, 
« j'en ai la certitude, le vous rendra avec usure dans la gloire 
« du Paradis » [48670]. 

Le lendemain, son fils et beaucoup de ses gens se trouvaient 
auprès de lui. Jean d'Erlée lui demanda ce qu'il voulait faire 
des robes fourrées qui étaient gardées dans la maison. Le comte 
n'entendit pas bien ce que Jean d'Erlée disait. Mais le clerc 
Philippe dit à haute voix : a Sire, il y a là quantité de belles 
a robes d'écarlate et de vair toutes neuves, et au moins quatre- 
« vingts fourrures de cisemus''. On en pourrait tirer beaucoup 
a d'argent pour acquitter vos péchés. — Taisez-vous, mauvais 
a homme, » dit le comte, a j'ai plus qu'assez de vos conseils; 

1. L'abbé d'Arrouaise était à ce moment Jean II (1209-1224); voy. 
Gosse, Hist. d'Arrouaise^ p. 152-3. 

2. AdmeUre quelqu'un en ses bienfaits ou en son bienfait, c'était, pour 
les personnes vouées à la vie religieuse, lui donner part aux mérites de 
leurs prières et de leurs bonnes œuvres. Cette expression est très fré- 
quente au moyen âge. Du Gange : « Benbfactum, socielas monachica qua 
(( qnis particeps fit orationum et bonorum operum monasterii. » 

3. Le Maréchal veut-il parler des terres de Normandie, qu'il tenait du 
chef de sa femme (voy. p. 120, note 4, et 177, note 1), ou de sa terre 
d'Irlande? 

4. Voy. ci-dessus, p. 248, note 3. 



i2i9] IL FAIT DISTRIBUER DES ROBES A SES CHEVALIERS. 263 

« je ne veux plus vous écouter. Ce sera bientôt la Pentecôte^ ; 
« mes chevaliers ont droit à leurs robes ; ce sera la dernière 
« fois que je les leur donnerai, et voilà que vous cherchez à 
a m'enjôler ! » Puis, il dit : « Venez ici, Jean d'Erlée. Je vous 
a commande de faire la distribution des robes; et s'il n'y en a 
a pas pour tout le monde, envoyez-en chercher à Londres, car 
a je ne veux pas que par ma faute personne ait lieu de se 
a plaindre. » Puis il dit à son fils : « Beau fils, je vous prie de 
« prendre congé pour moi à tous ceux qui ne sont pas présents 
« ici et qui m'ont bien servi. Qu'ils aient de Dieu et de moi 
« grâces et merci » [48723]. 

Les robes furent distribuées en telle manière que chacun des 
chevaliers de sa megnie eut la sienne. Quant aux vêtements 
qui restèrent, ils furent donnés aux pauvres gens. On y passa 
la nuit. Le flls du Maréchal et ceux qui étaient avec lui ne se 
couchèrent pas. Le lendemain, ils furent remplacés auprès du 
Maréchal, mais ils ne dormirent guère, tant ils étaient inquiets 
et affligés [48746]. 

La journée dont je vous parle fut celle du lundi avant l'As- 
cension^. Le fils s'agenouilla devant son père et lui dit: « Sire, 
a pour l'amour de Jésus-Christ, mangez quelque chose, cela 
tt vous ferait du bien. — Eh bien ! » dit-il, « je mangerai autant 
« que je pourrai. » Il s'assit, et un chevaher le soutint. Quand 
la nappe fut placée devant lui, il dit à Jean d^Erlée : a Écou- 
« tez-moi. Voyez-vous ce que je vois? — Sire, je ne sais. 
a — Par mon chef! Je vois deux hommes blancs, l'un à ma 
a droite, l'autre à ma gauche. Jamais je ne vis si beaux en nul 
a lieu. — Sire, ce sont des compagnons que Dieu vous envoie, 
a pour vous mener dans le droit chemin. » Et le comte dit : 
a Béni soit Dieu notre Seigneur, qui, jusqu'en ce moment, me 
a donne sa grâce ! » Sire Jean ne demanda pas au Maréchal qui 
étaient ces hommes, car il pensait bien avoir le temps de le 
faire plus tard. Mais, depuis, il regretta toujours de ne pas 
l'avoir demandé^ [48784]. 



1. En 1219, la Pentecôte tombait le 26 mai. 

2. Le 13 mai. 

3. C'était une croyance répandue au moyen âge que l'âme, avant de se 



264 IL A UNE SYNCOPE. [4219 

Toute la soirée, la maladie ne cessa d'empirer. Le jeune 
Maréchal veilla la nuit. Le lendemain, qui était le mardi avant 
l'Ascension ^ il revint, vers l'heure de midi, avec les chevaliers. 
Le comte s'était tourné vers le mur et reposait paisiblement. 
Croyant qu*il dormait, le jeune Maréchal fit faire silence. Je ne 
sais si le comte l'entendit, mais il s'éveilla et dit: a Qui est là?» 
Jean d'Erlée dit : « C'est moi, Jean d'Erlée. — C'est vous Jean ? 
« — Oui, sire. — Je ne puis m'endormir. — Comment pour- 
« riez-vous dormir, quand, depuis plus de quinze jours, vous 
a n'avez rien pris ?» — Le comte fit un mouvement pour se 
tourner, et alors les grandes douleurs de la mort le saisirent 
[^8828]. Il dit : « Jean, hâtez-vous d'ouvrir portes et fenêtres; 
a faites venir la comtesse et les chevaliers, car je me meurs ; 
a je ne puis plus attendre, et je voudrais prendre congé d'eux. » 
Jean se leva, fit ce qui lui était demandé et prit entre ses bras 
le comte qui s'évanouit. Revenu à lui, le Maréchal dit : « Jean, 
« ai-je donc perdu connaissance? — Oui, sire. — Je ne vous 
tt ai jamais vu si emprunté ! Pourquoi n'avez- vous pas pris de 
« cette eau de rosé et ne m'en avez- vous pas arrosé le visage', 
a afin que j'eusse le loisir de parler à ces braves gens, car je 
« ne le ferai* pas longuement? » Jean s'empressa de prendre 
l'eau de rose, qui était dans une fiole, et lui en arrosa le visage, 
car il pâlissait par l'angoisse de la mort [-18864]. 

Le jeune Maréchal et la comtesse s'approchèrent, ainsi que 
tous les chevaliers, et le comte leur dit : « Je me meurs, je 

séparer du corps, pouvait avoir la vision du sort qui lui était réservé. 
Ainsi on lit au commencement de la légende latine du Purgatoire de saint 
Patrice (Colgan, Acta Sanctorum veteris et tnajoris Scoiix seu Hiber- 
nix. Lovanii, 1647, II, 273 ; cf. Ed. Mail, dans les Romanische Forschun- 
gen, VI, 144) : « la multis enim exemplis quae proponit [papa Gregorius], 
( ad exitum animarum, augelorum bonorum sive malorum praesentiam 
« adesse dicil; qui animas pro merilis vel ad tormenta pertrahant, vel 
c ad requiem perducant. Sed et ipsas animas, adhuc in corpore positas, 
< ante exitum multa aliquando de his quœ ventura sunt super eas, sive 
« ex responsione conscienliae interioris, sive per revelationes factas, 
c prsBscisse fatetur. » 

1. 14 mai. 

2. L'eau de rose était employée en lotions comme fortifiant; voy. 
Roman de la Violette, éd. Fr. Michel, p. 120. Cf. Le Grand d'Aussy, Bût. 
de la vie privée des Français, éd. Roquefort (1815), II, 244. 



1219] IL MEURT. 265 

a VOUS recommande à Dieu. Je ne puis plus être avec vous, 
« je ne puis me défendre de la mort. » Le fils vint s'asseoir 
auprès de Jean d'Erlée; il prit son père dans ses bras et pleura 
silencieusement. On mit devant le Maréchal une croix; il l'adora 
et pria Dieu de lui accorder une bonne fin. L'abbé de Nulley 
entra avec de nombreux religieux. Mais le comte, appuyé 
sur son fils, ne parlait plus. Tandis que tous se laissaient aller 
à la douleur, un valet accourut auprès de Jean d'Erlée et, lui 
touchant le bras, lui annonça que l'abbé de Reading demandait 
la permission d'entrer [189^2]. Jean ne Tentendit point, car il 
avait Tesprit ailleurs, et il repoussa le jeune homme. Mais le 
comte Tavait entendu, il ouvrit les yeux et fit signe à Jean de 
faire venir l'abbé. « Sire, » dit l'abbé, quand on l'eut introduit, 
« le légat, qui était la nuit dernière à Girencester, vous salue. 
« Il vous mande par moi que cette nuit il eut une vision à votre 
« sujet. Il en eut tant d'angoisse qu'il m'a commandé de venir 
« en hâte ici pour vous en faire part. Le légat vous mande que 
« Dieu a donné à saint Pierre et à tous les papes après lui le 
M pouvoir de lier et délier tous les pécheurs. En vertu de ce 
« pouvoir, qui lui a été délégué par le pape, il vous absout de 
€ tous les péchés que vous avez commis depuis votre nais- 
« sance et dont vous vous êtes confessé*. » Le comte se tourna 
vers lui, joignit les mains et s'inclina [18956]. 

Depuis le commencemçnt de sa maladie, le Maréchal s'était 
confessé tous les huit jours. L'abbé de Reading, assisté de celui 
de Nutley et d'autres religieux, prononça l'absolution. Quand 
il fut absous, le Maréchal joignit les mains et adora la croix. 
Puis Dieu fit de lui sa volonté comme il fait des hommes bons 
qu'il lui plaît de rappeler à lui. Prions Dieu qu'il le mette en la 
gloire du Paradis avec ses amis [18978]. 

Ainsi mourut le Maréchal. Nous croyons que son âme est en 
la compagnie de Dieu, parce qu'il fut bon dans sa vie et dans 
la mort. Son corps fut enseveli avec honneur, comme il conve- 
nait pour un tel homme 2. Puis, avant que le corps fût porté 



1. Il s'agit de l'absolution pontificale, comportant indulgence plénière. 

2. 11 fut cousu dans un cuir de taureau, à ce que rap|)orte Math, de 
Paris, sous l'année 1245 {Chron. maj., éd. Luard, IV, 495). 



266 SES OBSÈQUES. [1219 

hors de l'enceinte, [l'abbé de Reading*] dit la messe dans la 
riche chapelle fondée par le Maréchal. Pendant la messe, on 
remarqua que la comtesse ne pouvait se soutenir, tant elle était 
épuisée par la douleur et par les veilles. Elle et son fils don- 
nèrent à l'abbaye de Readingcent sous de rente pour participer 
aux bienfaits de la maison. Cette donation fut faite lorsque le 
corps fut déposé dans l'abbaye. De là on le transporta à Staines^ 
[^9004]. Là il fut rejoint par le comte de Varenne^ et par le 
comte Guillaume d'Essex^, célèbre par sa largesse. Le comte 
Robert de Ver'^ y vint aussi avec le comte de Gloucester^, et 
beaucoup de hauts barons, d'évêques et d'abbés, qui tous mani- 
festèrent une grande douleur quand ils virent mort le Maréchal. 
A Londres était l'archevêque^ avec un évêque* et un nombreux 
clergé. Par ordre de rarchevèque, on fit la veillée du corps en 
grande pompe, avec chant et riche luminaire. Le lendemain le 
corps fut enterré, devant la croix, auprès de frère Aimeri de 
Sainte-More, comme le comte l'avait ordonné^ [49046], 

1. RestitotioD conjecturale. Par suite d'une lacune (voy. la note du 
V. 18990), le nom de celui qui dit la messe manque dans le texte. 

2. Comté de Middlesex, sur la rive gauche de la Tamise, à mi-chemin 
entre Reading et Londres. 

3. Guillaume, comte de Varenne et de Surrey; voy. ci-dessus, p. 244, 
note 1. 

4. Guillaume de Mandeville, souvent appelé Fils Pierre, succéda comme 
comte d'Essex à son frère Geoffroi, tué en 1216 dans un tournoi (Rog. 
de Wend., II, 176). Il prit part à la révolte des barons contre Jean et ne 
fit sa soumission qu'après la mort de ce roi. Il mourut en 1227 (Rog. de 
Wend., II, 317). Cf. Dugdale, Baronage of England, I, 706. 

5. Robert de Ver, comte d'Oxford, d'une famille dans laquelle l'office 
de grand chambellan était héréditaire, 11 succéda à son frère Aubri de 
Ver en 1214. Il fut l'un des vingt-cinq barons nommés pour veiller à 
l'observation des articles de la Grande Charte et prit part à la révolte 
contre Jean. Il mourut en 1221 (Dugdale, Baronage of England^ I, 190). 

6. Gilbert de Clare, l'un des gendres du Maréchal; il avait épousé 
Isabel, la seconde de ses filles; voy. p. 207, note 4. 

7. Sans doute l'archevêque de Cantorbéry, Etienne Langton. 

8. Probablement celui de Londres, Guillaume de Sainte-Marie. 

9. On montre actuellement dans l'église du Temple, à Londres, la 
tombe du Maréchal. Ce serait, dit-on, la première à droite en entrant 
(par conséquent du côté sud) des huit tombes disposées deux par denx, 
qui sont placées dans le centre de la nef, des deux côtés du chemin qui 



1219] LARGESSES AUX PAUVRES. 267 

Quand les messes furent chantées, l'archevêque, assisté de 
révêque et de nombreux religieux, archidiacres et chanoines, 
fît le service de l'enterrement d'une manière si noble que tous 
en furent satisfaits et remercièrent Dieu des honneurs qu'il 
avait faits au Maréchal pendant le cours de sa longue vie et à sa 
mort. Devant la tombe, l'archevêque prit la parole et dit : 
oc Voyez ce que vaut la vie du monde. Quand on est mort, on 
« n'est plus qu'un peu de terre. Voilà ce qui reste du meilleur 
« chevalier qui ait jamais vécu. C'est là que vous en viendrez 
« tous. Chacun meurt à son jour. Nous avons ici notre miroir, 
a vous comme moi. Que chacun dise sa patenôtre pour que 
« Dieu reçoive en sa gloire ce chrétien et le mette en la com- 
« pagnie de ses fidèles comme nous croyons qu'il l'a mérité ! » 
[19084]. 

Quand le corps eut été mis en terre, ceux qui avaient été 
chargés de la distribution des aumônes eurent soin qu'elle fût 
faite équitablement. Elle eut lieu à Westminster, parce que, 
dans Londres, la place n'eût pas suffi, tant les pauvres étaient 
nombreux. Tous eurent part à la distribution, et il se trouva 
que, lorsque tous furent satisfaits, il ne resta plus ni denier ni 
pain. Quant aux robes, après que cent pauvres eurent reçu 
chacun la sienne, il s'en trouva trois de reste [19106]. 

La nouvelle de la mort du Maréchal ne tarda pas à se répandre. 
Elle parvint bientôt au roi de France, qui alors se trouvait en 
Gâtinais^ avec toute sa cour. Le roi dit au messager : « Attends 

condait au chœur. Elle a été plusieurs fois dessinée, par exemple dans 
Stothard, Monumental effigies (1817), pi. 26 et 27. Mais ceUe tradition 
est contestable. Déjà, au siècle dernier, Goujçli {Sepulchral Monuments 
in Great Britain, 1786, 1, 50) disait qu'on ne pouvait identifier les tombes. 
De plus, on n'a pu tenir compte, dans les attributions qu'on en a 
faites à divers personnages, de la circonstance révélée par le poème, 
que l'une d'elles devait être celle du frère Aimeri. Pour la bibliographie 
des ouvrages et dissertations où il est question des tombes du Temple, 
on peut voir The Temple Church and Chapel of 5' Anne, etc., an his- 
iorical record and guide by T. Henry Baylis, second edit., Loodon, 
1895, in- 12. 

1. Le Maréchal étant mort le 14 mai, la nouvelle de sa mort a dû par* 
fenir au roi de France vers la fin du même mois. On n'avait jusqu'à 
préseot aucune Dotion précise sur les séjours de Philippe-Auguste entre 



268 OPINION DU ROI DE FRANCE SUR LE MARECHAL. [1219 

« un peu, avant de parler, que Richard le Maréchal^ ait pris 
t son repas avec les autres, car tu le verras bien affligé. » 

Quand les nappes furent ôtées, ceux qui avaient servi se 
mirent à table*. Cependant, le roi Philippe prit à part Guillaume 
des Barres', qui était assisprès de lui, et lui dit : « Avez-vous 
« entendu ce qu'il m'a dit? — Qu'a-t-il dit, sire? — Que le 
« Maréchal, qui était si prud'homme et si loyal, était enterré. 
« — Quel Maréchal? — Celui d'Angleterre, Guillaume, qui fut 
« preux et sage. — Certes, sire, c'est grand dommage, car, en 
« notre temps, il n'y eut meilleur chevalier ni plus vaillant 
€ homme de guerre. — Que dites-vous? — Je dis que je n'ai 
« jamais vu en ma vie aucun homme meilleur que celui-là. 
« Je ne puis pas dire plus. — Certes, » reprit le roi, « vous 
« avez dit là une grande parole. Et, en vérité, le Maréchal fut 
« l'homme le plus loyal que j'aie jamais connu. » Sire Jean de 
Rouvrai * dit à son tour : « Sire, je dis que ce fut le plus sage 
« chevalier qui ait vécu de notre temps. — Dieu ! qu'il est né 
e sous une heureuse étoile celui de qui on porte un tel témoi- 

avril et octobre 1219; voy. L. Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug.y 
p. Gix. Le roi était probablement à Nemours ou à Montargis, où nous 
savons qu'il séjourna à diverses reprises. 

1. Il paraît donc que Richard, le second fils du Maréchal (voy. ci-dessus, 
p. 206, n. 3), se trouvait en 1219 à la cour de Philippe-Auguste, circons- 
tance dont on n'a aucune autre trace. On a vu plus haut que, dans les 
derniers jours de sa vie, lorsqu'il se préparait à la mort en son manoir 
de Caversham, le Maréchal n'avait auprès de lui, d'après le poème, qu'un 
seul de ses fils, qui n'est pas nommé, mais qui ne peut avoir été que 
l'aîné; entre les autres fils, un seul, Ansel, le plus jeune, est désigné 
nominativement à l'occasion du testament (ci-dessus, p. 256). 

2. Selon l'usage, le roi et les principaux barons mangeaient les pre- 
miers; les jeunes hommes qui avaient servi mangeaient ensuite. 

3. Voy. ci-dessus, p. 32, note 1. 

4. Jean de Rouvrai figure fréquemment dans les actes de Philippe- 
Auguste depuis 1197 jusqu'en 1219; voy. Delisle, Catal. des actes de 
Phil.'Aug., n" 513, 819, 881, 914, 961, 990, 1887. Il est l'un des auteurs 
et des témoins de la capitulation de Rouen en 1204 (Teulet, Layettes du 
Trésor, n" 716). Il fut nommé bailli de Caux après la conquête de la 
Normandie, en 1204 (Stapleton, Magni Rot. Scacc, II, cxxxii). Il était 
aux côtés de Philippe-Auguste à la bataille de Bouvines {Chron. de Guill. 
U Breton, g 184, éd. Fr. Delaborde, p. 272). Il y a en France beau- 
coup de Rouvrai, Rouvroi; nous ne savons duquel il tirait son surnom. 



4219] ÉPILOGUE SUR LA COMPOSITION DU POÈME. 269 

« gnage après sa mort ! Quel encouragement pour tous les pru- 
« d'hommes qui connaîtront sa vie ! » [^9^64], 

Ici se termine l'iiistoire du comte Maréclial\ qui, en tous 
lieux où elle sera entendue, devra être écoutée avec amour et 
joie. Il convient maintenant de mentionner tous ceux qui ont 
pris part à ce livre, pour qu'on sache, en l'entendant lire, qui 
fut celui qui en a fourni la matière, qui l'a fait faire, qui en a 
fait les frais. D'abord sera nommé le bon fils du Maréchal, le 
comte Guillaume, renommé par ses belles actions. De bon arbre 
vient bon fruit. Quand on lui conseilla de faire écrire l'histoire 
de son père, il n'eut point de cesse qu'elle fût faite. On le voit 
bien maintenant, et on le verra plus encore. Celui qui a fourni 
la matière jusqu'à complet achèvement, Dieu en soit loué! fît 
bien voir qu'il aimait son seigneur. C'est Jean d'Erlée qui y a 
mis son coeur, sa pensée, son argent, et on en voit maintenant 
le résultat. Bonne amour se prouve en tous bienfaits; certes, 
ce n'est pas mensonge, car Jean, qui a fait et composé ce livre, 
en a bien donné la preuve. Et que Dieu, qui donne aux bons la 
récompense de leurs bonnes actions, veuille bien accorder la 
joie du paradis à ceux qui ont pris part à cette œuvre! [19200]. 

Quand les enfants du Maréchal, les frères et les sœurs, sau- 
ront que le bon Maréchal, leur frère Guillaume, a fait faire, en 
rhonneur de leur père, une œuvre telle que celle-ci, ils en 
seront t'ouchés jusqu'au fond du cœur. Et Dieu leur en donne 
la joie ! Je sais bien qu'ils se réjouiront de ce livre, quand ils 
l'entendront lire et qu'ils verront tout le bien qui est dit de 
leur père. 

Ici finit l'histoire du comte. Que Dieu veuille donner à son 
âme une place en la gloire éternelle parmi ses anges ! 

1. Cornes Marescallus, c'est le litre habituel du Maréchal dans les 
actes, depuis l'époque (20 avril 1200) où la fonction de maréchal d'Angle- 
terre lui fut conférée. 



^ 



TABLE* 



Abernon, Angueran d' — . 

Acre 9791, 9795. 

Adam d'Iquebeuf (Ikebou, Ike- 
6eu), chevalier normand, 4685 
(note), 5149. 

Adam de Melun (j¥e/ëun), cheva- 
lier français, 4515 (note). 

Adam de Port 10062 (note). 

Aimeri {Eimeri, Hiemeri) de 
Sainte-More, maître du Tem- 
ple, 18324, 18352^ 18388, 
18407, 18429, 18436, 19046. 

Aix-la-Chapelle 5707. 

AlainBassetl0761 (note), 15497, 
16821. 

Albin, saint —, martyr, 11366 
(note). 

Alençon 8892, 12607, 12625, 
12657. 

— , Jean d' — , Robert, comte 

Alep (Halape) 17554. 

Alexandre le Grand {Alissandré) 
3576. 

Alexandre d'Arsic, chevalier 
normand, 4719 (note). 

Alexandre Malconduit, cheva- 
lier normand, 4723. 

Aliéner, reine d'Angleterre, 
1616, 1634, 1876, 1913, 9507 
(note), 9807, 9821, 9875, 9911, 
12063, 12586. 

Allemagne 9884. 

Alresford (Aurfobest) 15914 
(note). 



Amauri de Meulan, chevalier 

français, 4511 (note). 
Ambofse {Ambaise) 8238. 
Andeli, l'île d'— fortifiée 10579, 

La Roche d'— 11054. 
André de Ghauvigni (Chavein- 

gni) 8633 (note), 8662, 9392. 
Anet 2822, 12910, 12976, 12990, 

tournois à — 2774, 3889. 
Angeran, Angueran. 
Angers (Angieus) 8023. 
Angevins 2785, 6028, 6373, 

11926, 12114, 12588, 14636; 

liste de chevaliers — 4728. 
Anglais (Engleis) 1212, 2579, 

2785 ; chevaliers anglais au 

tournoi de Lagni-sur-Marne, 

4608. 
Angleterre (Engleterre) 24, 39, 

125, 1527, 2216, 2393, 2405, 

etc.; les tournois n'y étaient 

pas en usage, 1537. 
Angoulôme (Engolesme) ^ le 

comte d'— (Adémar), sa fille 

Isabelle mariée au roi Jean, 

11984 (note). 
Angueran (Ange7^an) d' Abernon 

9548. 
Anjou 1523, 1609, 2035, 2217, 

3188,6389,7336,8094,10502, 

12458, 12481, 12529. 
Ansel {Anseal, Ansel) le Maré- 
chal, frère de Guillaume le 

Maréchal, 387, 4637. 
Ansel, cinquième fils de Guil- 



1. Les notes indiquées entre ( ) sont celles du troisième volume. 



272 



TABLE. 



laume le Maréchal, 14899 
(note), 18141. 

Aquitaine 1524, 2218. 

Aragon 7593. 

Arcelies, Louis d' — . 

Ardene, Raoul d' — . 

Argences, Richard d* — . 

Arques (Arches) 812, 12044, 
12169, 12185. 

Arras 2446, 2449, 4560; le châ- 
telaind'— 16961. 

Arrouaise {Aroaise) 18613. 

Arsic, Alexandre d' — . 

Arthur, fils de Geoffroi, comte 
de Bretagne, proposé par l'ar- 
chevêque do Gantorbéry pour 
succéder à Richard, 11882; 
pris à Mirebeau, 12150, 12434; 
Philippe -Auguste lui avait 
promis le Poitou, la Gasco- 

?ne, le Maine et l'Anjou, 
2457 ; le roi Jean s'était en- 
gagé envers Guillaume des 
Roches à le traiter avec bien- 
veillance, 12480. 

Arthur (Artus, Artur)^ héros, 
breton, 3576, 14640. 

Arundel,le comte d'— , 527 (note) . 

Athée, Girard d* — . 

Aubigni, Guillaume d' — , voy. 

. Arundel, Philippe d'—- . 

Aumale {Aubemarle), le comte 
d' — , voy. Baudouin de Bé- 
thune. 

Aurfobest, Alresford. 

Avalterre, voy. Pays d'Aval. 

Avesnes, Jacques d' — . 

Azai [-ie-RideauJ 8944. 

Baioes, Bayeux. 

Baione, Bayonne. 

Baligauran 13470 (note). 

Balon 8361, 8371, 12463. 

Baone, Bayonne. 

Barbe/lu , Barbe/leu , Barbefloe, 

Barfleur. 
Bardou, Hue — . 
Barfleur ( Barbe/lu , Barbefloe, 

Barbe/ku), 1604, 10354, 12823. 
Barres, Guillaume des — . 
Barrois, le —, voy. Guillaume 

des Barres. 



Basset, Alain —, Thomas — . 

Bassingbourn { Basingeborne) , 
Jean de — . 

Baudouin {Baudevin) IX, comte 
de Flandre, 10689, 10787, 
10813. 

Baudouin de Béthune, cheva- 
lier flamand, comte d'Aumale 
depuis 1 1 94 ; assiste au tournoi 
de Lagni- sur- Marne, 4543 
(note) ; prend le parti du Maré- 
chal calomnié, 5879, 6203, 
10143, 13233; l'accompagne 
au tournoi de Saint-Pierre- 
sur-Dive, 7197, à l'afiaire de 
Montmirail, 7998, à celle du 
Mans, 8609, 8651 ; promesse 
que lui a faite le roi Richard, 
9378, 9396; contribue à la 
délivrance du roi Richard, 
10121 ; engage sa fille au fils 
aine du Maréchal, 14968. 

— de Garon [Karon)^ chevalier 
flamand, 4571 (note). 

— d'Etrepi, chevalier flamand, 
4591 (note). 

— de Vernon, homme du roi 
Henri H, 8868. 

— de Wartemberge, chevalier 
flamand, 4595. 

Baugé? [Baugie] 3386. 

Baugenci 2140. 

Bayeux [Baioes, Baieues) 10355, 
12819, 12910. 

Bayonne {Baione, Baone) 2028; 
nef de — 17366. 

Beaumont, le comte de — (Ma- 
thieu ni) 2914 (note). 

Beaumont-le-Roger {Bealmont) 
10515, 10518, 12769. 

Beaurain (Bealreim)^ Robert de 

Beau vais 11291 ; Tévêque de — , 
pris par Marcadé, 11267, ré- 
clamé, sans succès, au roi 
Richard par le légat, 11579, 
11642. 

Beauvaisis (Bealveisin) 11119. 

Bec, le — 12861. 

Belièmois (Belesmeis)^\e — 12661. 

Berkeley (Berkelai)^ Richard de 



TABLE. 



273 



Berkhampstead ( Berkamestou- 
de), place cédée à Louis de 
France, 15727. 

Bernard de Saint- Valeri (Ga- 
leri) 836 (note). 

Bertrand de Verdun, l'un des 
compagnons du Maréchal, 
8226 (note). 

Bertrimont, Eustache de — . 

Béthune, Baudouin de — . 

—, l'avoué de — (Robert V), 
5955 (note) ; offre au Maré- 
chal cinq cents livres de terre, 
6163; lui offre sa fille en 
mariage, 6265. 

Bigot, Hugues — , Roger — . 

Blaye (Blaive), Tor de— 16880. 

Bloc, Robert de — . 

Bloët, Guillaume —, Rollant 
— , Thomas — . 

Blois, le ct«de— (Thibaut VI), 

{)ris par les Anglais dans 
a nef d'Eustache Le Moine, 

17375 (note). 
Boeles, Bouere. 
Bohon, Engeuj^ier de — . 
Boloingne, Boulogne. 
Bon-Abbé de Rougé {Boens Abes 

de Rogi)^ chevalier breton, 

1465 (note), 1468, 1479. 
Bondevile, Boudeville. 
Bonneville-sur-Touque 12578 

(note), 12766 (note), 12798. 
Bonsmoulins {Bo[n]smolins) 812 

(note), 8118 (note). 
Borri, Bouri. 
Botavant, Boutavant. 
Boudeville {Bondevile)^ Pierre de 

— , Roger de — . 
Bouere [Boeles)^ tournoi à — 

1382. 
Boulogne (Boloingne)^ Mathieu 

de — , Renaut, comte de — . 
Bourg, Hubert du — . 
Bourg- le- Roi (Bore la reine) 

12472 (note). 
Bourgogne {Borgoingne) 3187. 
— , le duc de — (Hugues HI), 

2909 (note), 3045, 4780, 5953, 

6023, 6162, 6264. 
Bourguignons 3212, 5035, 5575, 

6025. 

Ul 



Bouri {Borri), Guillaume de — . 
Boutavant {Botavant). château, 

10703 (note). 
Bouvresse {Bouvreche), Robert 

de — . 
Boves, Hue de — . 
Brabançons {Braibençon) 6021 . 
Bradenstokes (Bradesnestokes) 

10071 (note). 
Braiouse, Briouze. 
Brechierval, Bréval. 
Bretagne {Brutaingne, Bretain- 

gne) 1521, 1543, 3189, 10563. 

— (Bretaigne), le comte de — 
(Eude, vicomte de Porhoet), 
2191; qualifié de comte de 
Nantes, 2153 (note). 

Breteuil {Bretoil) 12775 (note). 

Bretons, 2784, 6028, 11927, 
12114, 12588. 

Bréval {Brechierval) 7838 (note). 

Brie 2781 ; Herman de — . 

Brieguerre, Guillaume — . 

Brien de Wallingford {Walîn-' 
gofort), partisan de l'impéra- 
trice Mathilde, 228 (note). 

Brionne [Brione] 12769. 

Briouze {Braiose)^ Guillaume 
de — . 

Bristol {Bristou) 15712, 15730. 

Brulon {Bruslou), Gaufroi de — . 

Brutaingne, Bretagne. 

Bruyère, Gui de la — . 

Buisson, Robert de — . 

Gaen {Caam, Chaan, Caëm, 
Caën) 1605,5694 (note), 10355, 
12577, 12819, 12978, 13026. 

Gaerleon {Carlion) 17869; Mor- 
gan de — . 

Gaieu (Kaieu), Guillaume de — . 

Calais {Cales) 17482. 

Campagne, Eustache de — . 

Cantorbery {Canlorbire) 17274. 

— l'archevêque de — (Hubert 
Gautier), reçoit, on môme 
temps que le Maréchal, la 
nouvelle c^ue le roi Richard 
est blesse, 11805 (note); 
séjourne au Pré, à Rouen, 
11845; délibère avec le Ma- 
réchal sur la succession au 

18 



274 



TABLE. 



trône et propose de faire élire 
Arthur, 11880; négocie avec 
Philippe- Auguste, 12854; ja- 
loux du Maréchal, 12995, 
13099; opposé à une expédi- 
tion du roi en Poitou, 13258. 
( Etienne Langton) préside aux 
obsèques du Marécnal, 19049. 

Ganville. Girart de — . 

Gardon ae Fresseneville {Frets- 
senvile) 4579. 

Car lion, Gaerleon. 

Garon (Karon), Baudouin de — . 

Garrickfergus (Kenofergus)^ châ- 
teau d'Irlande assiégé par le 
roi Jean, 14270. 

Gaux, pays de — 9455. 

Gaversham (Cavresham) 17919, 
17959. 

G er teste, Ghertsey. 

Ces, Seez. 

Ceszire, Sicile. 

Ghâlons, Macaire de — , Milon 
de — . 

Ghambellan, le — {H Chamber- 
lenz)^ Guillaume de Tancar- 
ville, chambellan de Norman- 
die, cousin-germain de Jean 
le Maréchal, premier du nom, 
749 (note); on lui envoie Guil- 
laume le Maréchal, 744, qu'il 
appelle son neveu, 793; il 
l'arme chevalier à Drincourt, 
821 ; défend Drincourt, 867 ; 
tient cour, 1108; revient à 
Tancarville, 1168; se montre 

f)eu généreux envers Guil- 
aume le Maréchal, 1182; se 
prépare pour aller à un tour- 
noi, 1215; donne un cheval à 
Guillaume le Maréchal, 1261 ; 
mène au tournoi 40 cheva- 
liers, 1314; donne congé au 
Maréchal de retourner en An- 
gleterre, mais l'engage à n'y 
pas séjourner, 1533; men- 
tionné, 1374, 1387. 

Ghambrais {Cliambreis, Cham- 
breies) 10453 (note), 12775. 

Ghampagne 2781, 3589, 5926. 

Ghampenois 6025. 

Ghaperon, Robert — . 



Ghâteandun (Chasteldun) 8032. 
Ghàteauroux {Chastel Raol)^ pris 

par Philippn-Auguste, 7355 ; 

mentionné, 7859. L'héritière 

de — 9375, 9394. 
Ghaumont [-en-Voxin] 7436. 
Ghauvigni (Chaveingni)^ André 

de—, 
Ghertsey (Certesie) 15767 (note), 

17061. 
Ghester, le comte de — (Raoul 

de Blondeville) 15235 (note), 

15288, 15466, 15503, 15521, 

15539, 16093; commande la 

première bataille à l'attaque 

de Lincoln, 16215, 16247, 

16786; mentionné 17805, 

19005. 
—, [Roger de La ci] connétable 

de — 14358 (note). 
Chinon 2028, 7877, 8290, 8911, 

9039, 9221, 12498, 12507, 

12586, 12637. 
Cholonces, Goulonces. 
Girencester 10056 (note), 18927. 
Glermont (Oise), 2140. 
—, le comte de — (Raoul) 2130 

(note), 2913, 3058, 3695, 3782, 

3857,3877, 7511. 
Glitford, Gautier de — , Richard 

de — . 
Clive 4701, faute du ms. pour 

Dtve. 
Goleville, Guillaume de — . 
Gologne 6750; le tombeau des 

Trois Rois à — 6177, 6590. 
Golombiers, Philippe de —, Ro- 
bert de — . 
Gompiègne 12970. 
Gonches 2327, 12675. 
Corceles, Gourcelles. 
Corin {Qorin) de Saint-Servin, 

chevalier français, 4529. 
Gorni, Hue de — . 
Gotentin 10354. 
Goulonces [Cholonces)^ Hue de 

— , Thomas de — . 
Gourcelles ( Corceles ) 10909 

(note). 
Gourtenai, Pierre de — , Robert 

de — . 
Graon, Maurice de — . 



TABLE. 



275 



Croc, Reinal — . 
Gypre, conquise par Richard, 
'9794. 

Dammartin, Renaut de — . 

Dangu 10931. 

David, comte de Huntingdon, 

4619 (note). 
David de la Roche 13971 (note), 

14402, 14438. 
Devizes 15247. 
Dieppe 3386, 9467, 9471. 
Dive, Guillaume de — . 
Diveline, Dublin. 
Donmas, château en Irlande, 

14129 (note), 14330, 14377. 
Dorât, Le — 8287. 
Douvre [Dovre, Douvre) 2436, 

3956, 14604, 15076, 15869, 

17049, 17572, 17590, 17629, 

17719. 
Dreu de Mello [Drieu, Droon de 

A/eWow)7477 (note), 7516,7657. 
Dreux, Robert, comte de — . 
Drincourt [Drincort) 815 (note). 
Dublin ( Duveline , Diveline) 

13471, 14268, 14282. 

Eccestre, Exeter. 
Ecossais {Escoz) 17744. 
Ecosse {Escoce) 14655. 
— , le roi d'— 1319 (note). 
Eimeri, Aimeri. 
Elheuï [Welleboef) 10531. 
Éléonore de Guyenne, femme 

de Henri II, voy. Ahenor. 
Ely, Walter d'— . 
Empire, 1'— 5706. 
Engerran de Fiennes 4559 (note) . 
— de Préaux 4671 (note). 
Engeugier de Bohon 11798 

(note). 
Engleterre, Angleterre. 
Englesqueville 12136 (note). 
Engolesme, Angoulême. 
Épernon (Esparlon), tournoi à 

— 4284, 4319. 
Equecestre, Exeter. 
Equiqueville (Eskekevile) 9465 

(note). 
Erlée, Jean d' — . 
Eskekevile, Equiqueville. 



Espagne, chevaux d'— 2933. 

Es'parlon, Épernon. 

Essex [Essesse]^ Guillaume, 
comte d' — . 

Estaines, Staines. 

Estevene, Estiemble^ Etienne, 

Estokes, Stokes. 

Estouteville, Robert d' — . 

Estrigoil, Striguil. 

Estroburges, Shrewsbury. 

Etienne [Estiemble, Estenne), 
roi d'Angleterre, 23, 44, 134; 
marche au secours de Win- 
chester assiégé par l'impéra- 
trice Mathilde, 181 ; fait sa- 
voir à Jean le Maréchal qu'il 
se propose de l'attaquer, 285; 
allié au comte Patrice, 365; 
assiège Newbury, 400; fait 
donner l'assaut, 427 ; accorde 
une trêve à Jean le Maréchal 
à condition d'avoir son fils 
Guillaume en otage, 487; 
épargne à deux reprises l'en- 
fant qu'on voulait faire mou- 
rir, 556, 587 ; joue avec lui, 
609 ; est fait prisonnier à Lin- 
coln, 681 ; échangé contre le 
comte de Gloucester, 694 (III, 
13, note 1); sa mort, 738. 

— d'Evreux (Estiemble, Estevene, 
Estiene d'Evreues)^ cousin 
du Maréchal, 13490 (note), 
13635, 13733, 13813, 13839, 
18185. 

— {Estevne) de Longchamp, sé- 
néchal de Normandie, 12712 
(note). 

— de Marçai (Estiene de Mar^ 
chai, Marzai), sénéchal d'An- 
jou, 8018 (note), 9178, 9188. 

— {Estevene) de la Tour, cheva- 
lier français, 4525 (note). 

— (Estienhle) de Winchelsoa, 
marin anglais, 17439. 

Eu {Ou, Eu)^ tournoi à — 3182, 
3197 ; la chaussée d' — 942. 

— Henri, comte d'— . 

—, le comte d'— (Raoul d'Exou- 
dun), 12168 (note), 12187, 
12193. 

Eude du Plessis (Odo del Plais- 



276 



TABLE. 



5t^), chevalier français, 4517 
(note). 

Eumenidus, l'un des lieute- 
nants d'Alexandre le Grand, 
personnage cité d'après le Ro- 
man d'Alexandre, 84''i6 (note). 

Eustaclie de Bertrimont, écuyer 
du Maréchal, 6681 (note), 
6686, 6703, 6737, 6808, 6830. 

— de Campagne {Champaigne)^ 
chevalier flamand, 4581. 

— de Ganteleu, chevalier fla- 
mand, 4557 (note), 8625. 

— le Moine, pirate au service 
de Louis de France, 17155 
(note), 17290 ; sa mort, 17455. 

— de Neuville, chevalier fla- 
mand, 4553 (note), 8623. 

Eve, quatrième fille du Maré- 
chal, 14941, 18517. 

Évreux [Evreues) 4490, 10517, 
10525. 

—, Etienne d'— . 

Exeter (Eccestre, Equecestre) 394, 
1005. 

Falaise 7193 (restitué par con- 
jecture), 12703. 

Farci, Raoul — -. 

Farnham ( Ferneham ) , 1 51 00, 
16050, 16065. 

Faukes [de Bréauté], chevalier 
normand au service des rois 
Jean et Henri III, 15731 
(note), 16535. 

Ferneham, Farnham. 

Ferrières, le fils du comte de — , 
gendre du Maréchal, 14940. 

— , Richard de — . 

Ferté[-Bernard] la —, entrevue 
de Henri II et de Philippe 
dans cette ville, 8348, 8358. 

Feugerei, Fougère. 

Fiennes, Engerran de — . - 

Fils Antoine, Tonin — . 

Fils Gautier, Robert — . 

Fils Gerout, Henri — . 

Fils Godefroi, Raoul — . 

Fils Gui, Pierre — . 

Fils Hamon, Geoifroi — . 

Fils Henri, Meilier — . 



Fils Herbert, Pierre — , Renaut 
— , Richard — . 

Fils Hugues, Jean — . 

Fils Paien, Raoul— ,Reinfrei—. 

Fils Pierre, Geofroi — . 

Fils Rainant, Guillaume — . 

Fils Rainfroi, Gilebert — . 

Fils Raoul, Guillaume — . 

Fils Reinaut, Guillaume — . 

Fils Renier, Richard — . 

Fils Robert, Gaufrei — . 

Fils Roger, Guillaume — . 

Flamands {Flamenc, Flamanc) 
3212, 4467, 4981, 5574, 6019, 
6374 ; chevaliers flamands au 
tournoi de Lagni-sur-Marne, 
4543-4606; soudoyers fla- 
mands en Angleterre, 15081. 

Flandre (toujours au pluriel, 
Flandres) 1059, 1519, 2463, 
2780, 2925, 3186, 3589, 5926, 
6390, 7334, 10873, 10891, 
14831. 

—, comte de — , voy. Baudouin, 
Philippe. 

—, le comte de — (Ferrand) 
14736. 

Florent de Hangest (Florence de 
Hangie) 4016 (note). 

Fontevrault [Frontevalt)^ abbaye 
où le corps du roi Henri fut 
transporté, 9223, 9229, 9450. 

Fortune, la roue de — 355, 
14137. 

Foucher de Grendon {Grendone), 
chevaUer anglais, 10254. 

Fougère, Hardouin de — . 

Français 1211, 2580-1, 2599, 
2620, 3212, 5575, 6026, 8601, 
11067, 11341; nommés, par 
honneur, en premier lieu dans 
une énumération de chevaliers 
de divers pays 4481 (note); 
n'aiment pas à faire la guerre 
en hiver 7875; qualifiés d'or- 
gueilleux 15750 (note). 

France 1518, 2780, 2924, 3186, 
3589, 5958, 6388, 7332; dis- 
tincte de la Normandie 11051. 

Freissenvile, Fresseneville. 

Freschiennes 4560. 

Fresnai, Jean de — . 



TABLE. 



277 



Fresnai [-sur-Sarthe] (Freerneie, 
Freesnei, Fraisnei) 8790, 8878, 
8887. 

Fresseneville, Gardon de — . 

Frontevalt, Fontevrault. 

Gaditer [Gadefer] des Larriz 
1004, héros du Roman d'A- 
lexandre, 

Galien, médecin grec, 1790. 

Galles, les marquis de — ac- 
compagnent le Maréchal au 
siège de Windsor, 9903 ; Guil- 
laume de Briouze séjourne 
en -, 14161. 

Gallois [Waleis] 17744; tournés 
en ridicule par un chevalier 
français 7412. 

Garene, Garenne, Varenne. 

Garin de Montchensi {Montche- 
nesi)^ gendre du Àlaréchal, 
14954. 

Garlande, Guillaume de — . 

Gascogne 5707, 7336, 10561, 
11963, 11458. 

Gascons, hostiles au roi Jean, 
11925. 

Gâtinais [Gastinei] 19115. 

Gaufrei (Gaufrei, Guifrei) Fils 
Robert, homme du Maré- 
chal, 13505 (note), 14325, 
14459, 14484, 14610. 

Gaufroi de Brulon [Guifrei de 
Bruslou)^ chevalier angevin, 
4735 (note), 8386, 8424,8451, 
8547. 

Gaugi, Roger de — . 

Gautier, Hubert — . 

Gautier de Glifford (Wat[i]er de 
Cliforl) 15158 (note). 

Gautier {Gaticr) de Goutances, 
archevêque de Rouen, grand 
juge d'Angleterre, 9865 (note), 
9897, 10003. 

Gautier de Kidomore (d'Escude- 
more?) 11152 (note). 

— {Wall., Gai t.) de Laci, gen- 
dre de Guillaume do Briouze, 
10298 (note), 10303, 14181, 
14231. 

— {Guatier) le Maréchal, (ils de 
la première femme de Jean le 



Maréchal, premier du nom, 
79. 
Gautier le Maréchal, quatrième 
fils du Maréchal, 14893 (note). 

— Porcel 13507 (note), 14329, 
14366, 14378, 14387, 14463. 

Geffrei de Sériant, chevalier 
anglais, 16428 (note), 16477. 

Geffrei [Geifrei)^ templier, au- 
mônier du Maréchal, 18319, 
18359. 

Geoffroi, comte de Bretagne, 
troisième fils de Henri H, 
4818, 4841, 4919, 6314, 6330, 
6385, 6412, 6419. 

— [Guifrei] Fils Hamon, che- 
valier angevin, 4747. 

— [Guifrei) Fils Pierre, conseil- 
lier du grand juge d'Angle- 
terre, 9691 (HI", 126, note 1). 

— [Gefreis, Guifrei) de Lusi- 
gnan 1623, 1860, 6413, 6435, 
6517, 12152, 12538. 

— de Vienne (Guifreis de Viane)^ 
chevalier français, 4531 (note). 

Gerberoi (Gerbesrei)\{i{^Z (note). 
Geudefort, Guildford. 
Gilebert Fils Rainfroi 9380 
(note), 9388, 9401. 

— le Maréchal, fils de la pre- 
mière femme de Jean le Ma- 
réchal, premier du nom, 78. 

— le Maréchal, fils du Maré- 
chal, 14889 (note). 

— Pipart 9348 (note), 9440, 
9481, 9499. 

Girard d'Athée (d'Aties), 13591 
(note), 13611. 

— de Ganville 9671 (note). 

— Talebot 4677 (note), 8545, 
8567, 8570, 8577. 

Gisors 7369, 7437, 7445, 7459, 

10928, 11023, 11041, 11086. 
Glanville, Raoul de — . 
Gliisscarrick [Glaskant), village 

d'Irlande, 13941. 
Gloucester [Glocceatre] 14455, 

15210,15232-3-6,15241,15286. 
— , le comte de — (Kobort), 

échange contre le roi Etienne, 

694 (note). 



278 



TABLE. 



Gloucester, le comte de — (Gil- 
bert do Glare), gendre du 
Maréchal, 14936 (note), 190H. 

Goodrich (ms. gedus, faute pour 
Godris)^ château appartenant 
au Maréchal, 15355 (note). 

Goulet (Golet), le — 11412 
(note), 11419, 11421. 

Gournai {Gornei, Gornat)^ tour- 
nois près de — 2473, 5492, 
5506, 5976 ; le roi Richard à 
— 11106, 11302. 

Grendon (Grendone)^ Foucher 
de—. 

Gualon {Wales, Gualon)^ légat 
du pape, 15214^ 15329 ; décide 
le Maréchal a accepter la 
garde du royaume, 15547; 
absout Louis, 17703; assiste 
au parlement de Worcester 
(mars 1218), 17793; quitte 
l'Angleterre, 17938. 

Guatier^ Gautier. 

Gui de la Bruyère, chevalier 
flamand, 11160. 

— [de Luzignan], roi de Jéru- 
salem, 7290. 

Guildford {Geudefort) 13801. 
Guillaume d'Aubigni, comte 
d'Arundel, voy. Arundel. 

— des Barres, le père [le Bar- 
rois, le Barrier, cil des Barres, 
WilL des Barres), 2135 (note), 
2919, 4043, 4083, 4097, 4106, 
4499, 7751, 12277, 12289, 
12309. 

— des Barres, le fils (Willeimes), 
4505, 17151, 17411. 

— (Willeme) Bloet, porte-ban- 
nière du jeune Maréchal, 
16914 (note). 

— de Bouri {Guill. de Borri), 
chevalier français, 4521. 

— {Will.) Brieguerre, conseiller 
du grand juge d'Angleterre, 
9693 (note). 

— de Briouze {Will. de Braiose) 
13586 (note); ami du Maré- 
chal, 13597; beau-père de 
Gautier deLaci, 14183 (note) ; 
persécuté par le roi, 14143 
(il, 195, note 3); obligé de 



Îuitter le pays de Galles, 
4161 ; se réfugie en Irlande 
où il est accueilli par le Ma- 
réchal, 14187. 
Guillaume de Gaieu (Willaume 
de Kaieu), chevalier flamand, 
4548 (note). 

— de Goleville 17752 (note). 

— de Dive ( WilL de Clive), che- 
valier normand, 4701 (note). 

— comte d'Essex ( Willeme d'Es- 
sesse) 19007 (note). 

— (GuilL, WilL) FiU Raoul, 
sénéchal de Normandie, 7519 
(note), 7599, 9711. 

— Fils Reinaut, gendre du Ma- 
réchal, 14943 (note). 

— {Will.) Fils Roger, chevalier 
anglais, 4631 (note). 

— {Will.) de Garlande, cheva- 
lier français, 7476 (note). 

— {Will.) de la Mare, chevalier 
normand ou anglais, 7521 
(note), 7603. 

— {Will.) le Gras, chevalier 
normand, 4713 (note). 

— (Guill.) le Queu, chevalier 
au service du roi Richard, 
11 728, (note). 

— de l'Étang (W^î//. de VEstanc), 
chevalier au service du roi 
Richard, 10138 (note). 

— de Longchamp ( WilL de Lonc- 
Camp) 8327 (note), institué 
grand juge d'Angleterre, 9685 
(note). 

— de Mandeville (Mandevile, 
Magnevile, Manevile), comte 
d'Essex, 862-3 (note), 1142, 
7612, 7687, 7725, 8782. 

— (Willeme, Willelme, Wil- 
lielme, Willeume, ViÛeaume, 
Guillaume , Guilleaume ) le 
Maréchal, comte de Striguil 
et de Pembroke, deuxième 
fils de Jean le Maréchal et de 
Sibile, sœur du comte Pa- 
trice, appelé ordinairement 
li Maresclials, depuis le v. 869 
(1173), et parfois, dans la se- 
conde moitié du poème, li 
cuens Mareschals, 12123, ou, 



simplement, H cuens, 13551, 
14067, 17950, 18091, etc. Sa 
naissance, 383. Fut le plus 
prud'homme du royaume en 
son temps, 16-7, 384-6. Don- 
né en otage au roi Etienne, 
487; faillit être mis à mort, 
lors du siège de Newbu- 
ry, 519, mais le roi Etienne 
a pitié de lui et l'épargne, 
531. Joue aux « cheva- 
liers » avec le roi, 607. De- 
vient grand et fort, 715. 
Envoyé par son père en Nor- 
mandie au chambellan Guil- 
laume de Tancarville, 743. 
Reste huit (ms. « vingt ») 
ans écuyer, 772. Est tourné 
en dérision par ses compa- 
gnons, parce qu'il ne faisait 
que manger et dormir, 774. 
Armé chevalier à Drincourt 
(Neufchâtel-en-Bray), 817. 
Ses exploits au combat de 
Drincourt, 909. Son che- 
val ayant été tué, il est obli- 
gé de vendre son manteau 
pour s'acheter un roncin, 
1196. Dompte un cheval ré- 
tif qui lui CvSt donné par le 
Chambellan, 1277. Se dis- 
tingue dans les tournois (voy. 
Tournois). Retourne en An- 
gleterre, 1526. Est bien ac- 
cueilli par le comte Patrice 
de Salisbury, son oncle, 1559. 
Revient en France (1168), 
1597. Est blessé en cherchant 
à venger la mort de son oncle, 
tué par les Poitevins, 1701. 
Emmené prisonnier, il souffre 
beaucoup de misères, n'ayant 

fas de quoi bander ses plaies, 
725. Une dame lui vient en 
aide et lui envoie des étoupes, 
1784. La reine Aliénor le dé- 
livre de prison et lui donne 
armes, vêtements et chevaux, 
1864. Le roi Henri lui conlic; 
la garde du jeune roi, sou iils 
aîné (1170), 1939. Il arme 
chevalier le jeune roi, à la 



TABLE. 279 

demande de celui-ci, 2084. 
La paix rétablie entre le père 
et le fils, il se rend en Angle- 
terre avec le jeune roi, 2385. 
Il accompagne ce dernier au- 
près du comte de Flandres, 
2443, et le suit en plusieurs 
tournois, où il se distingue, 
2471. Accepte pour compa- 
gnon Roger de Gaugi, 3403 (no- 
te). Aeuxdeux ils font un gain 
considérable, 3420. A Joigni, 
il a le prix du tournoi, 3556. 
Au tournoi de Maintenon, il 
fait prisonnier le comte Re- 
naut de Nevers, 3828. Au 
tournoi dAnet, il a une que- 
relle avec Pierre de Leschans, 
qui lui avait volé un cheval, 
3965, et obtient réparation, 
4083. Au tournoi d'Epernon, 
il fait grâce à un larron qui 
lui avait volé son cheval, 4423. 
Se porte garant des dettes du 
jeune roi, 5088. Des envieux 
veulent faire tort au Maré- 
chal, 5127. Ils complotent de 
faire croire au jeune roi que 
le Maréchal était l'amant de 
la reine, 5244. Le Maréchal 
est tenu à l'écart par le roi, 
qui ne lui parle plus, 5423. 
Cependant, il se rend, par 
son ordre, à Gournai, oii 
devait avoir lieu un tournoi, 
5505. Par deux fois il lui 
porte secours, quand on al- 
lait le faire prisonnier, 5564. 
11 est loué par le comte de 
Flandres en présence du roi, 
qui ne dit mot, 5601. Le roi 
et lui se séparent et vont cha- 
cun de leur côté, 5624. Ses 
ennemis font croire au roi 
Henri II leurs calomnies, 
5653. Le Maréchal se rend 
à la cour tenue îi Caen par 
Henri II (Noël liS2l, 5715. 
n'adressant au roi ; il proteste 
contre les imputations dont 
il est l'objet et oll're d'en 
prouver la fausseté par le 



^0 



TABLE. 



combat judiciaire, 5763. Lo 
roi repousse sa demande, 
5789. Le Maréchal quitte la 
cour avec un sauf-conduit du 
roi, 5838. Ses ennemis triom- 

Shent, 5849. Il est informé 
e leurs intrigues par une 
lettre de Baudouin de Bé- 
thune, 5898. Les plus hauts 
seigneurs lui font des offres 
magnifiques, 5841. Il se rend 
à un tournoi qui eut lieu entre 
Gournai et Ressons, 5988, 
où il s'associe avec le comte 
de Saint-Pol, 5995. Il le dé- 
livre de ceux qui allaient le 
faire prisonnier, 6126. Les 
seigneurs lui renouvellent 
leurs offres, qu'il n'accepte 
pas, 6157. Il se rend en pèle- 
rinage aux Trois-Rois, à Co- 
logne, 6176. Il fait un séjour 
en France, 6302. Le jeune 
roi, assiégé dans Limoges par 
son père, se décide à rappe- 
ler auprès de lui le Marécnal 
(février 1183), 6533. Le Ma- 
réchal va prendre congé du 
roi de France et lui demande 
des lettres de sauf-conduit 
pour Henri II, 6607. Il ob- 
tient également des lettres 
de l'archevêque de Reims, 
du comte Robert [de Dreux], 
du comte Thibaut [de Blois], 
6644. Il se met en route 
pour rejoindre le jeune roi, 
6669. Il rencontre en chemin 
un moine, qui cheminait avec 
une jeune femme qu'il avait 
enlevée, et les dépouille de 
leur argent, 6677. Il arrive 
auprès du jeune roi, 6866. 
Celui-ci tombe malade, 6881. 
Il fait son testament et charge 
le Maréchal d'aller à sa place 
en Terre sainte, 6891. Le 
jeune roi mort (juin 1183), un 
routier appelé Sanchele prend 
à partie pour obtenir le paie- 
ment d'une dette contractée 
par le défunt, 7003. Le Maré- 



chal est chargé par Henri II 
d'accompagner jusqu'à Rouen 
le corps du jeune roi, 7066. 
Chemin faisant, il trouve 
moyen de faire payer par le 
roi la dette réclamée par 
Sanche, 7151. Il prend part à 
un tournoi près de Saint- 
Pierre-sur-Dive, 7192. Il se 
prépareàalleren Terre sainte, 
7239. Mais d'abord il se rend 
en Angleterre pour prendre 
congé de sa famille, 7259. Il 
reste deux ans en Syrie et y 
accomplit maintes prouesses 
sur lesquelles l'auteur n'a pu 
obtenir de renseignements 
précis, 7275. A son retour, 
il joint lo roi à Lyons [-la-Fo- 
rôt], 7302, qui lui fait bon 
accueil et lui donne la demoi- 
selle de Lancastre avec son 
fief, 7312. Il conseille le roi, 
lors de sa guerre avec Phi- 
lippe-Auguste (1188), 7559, 
7784. Il est chargé d'un mes- 
sage pour le roi de France, 
7641. Par ordre du roi, il at- 
taque Montmirail (Sarthe), 
7885. Trait d'audace, 7954. Il 
est envoyé par le roi auprès 
de Richard, comte de Poitiers, 
qu'il ne réussit pas à joindre, 
8225. Le roi, en récompense 
de ses services, lui promet la 
demoiselle de Striguil, 8303. 
Il est envoyé à Paris auprès 
de Philippe- Auguste pour 
traiter de la paix, 8314. Par 
ordre du roi, il va, auprès du 
Mans , reconnaître l'armée 
française, 8383. Il se bat 
contre les Français, 8601, et 
prend successivement plu- 
sieurs chevaliers qui, sauf un, 
réussissent à lui échapper, 
8662, 8688, 8704. Il arrête la 
poursuite des Français en 
tuant à Richard de Poitiers 
son cheval, 8845. Le roi, gra- 
vement malade, fait venir le 
Maréchal et s'entretient avec 



lui, 8915, 89'j7, 9000. Après 
la mort du roi, il insiste vai- 
nement auprès du sénéchal 
Etienne de Marçai pour 
qu'on fasse l'aumône aux 
pauvres, 9177. Le Maréchal 
et les barons portent le corps 
de Ghinon à Fontevrault, 
9221. Entrevue du Maréclial 
et du comte de Poitiers, 9291. 
Le comte le charge de se 
rendre en Angleterre avec Gi- 
lebert Pipart pour prendre 
possession de la garde du 
pays, 9347. Le Maréchal, se 
rendant en Angleterre, s'ar- 
rête dans le pays de Gaux 
pour y prendre possession de 
la terre et de l'héritière (L«a- 
belle de Glare) qui lui avaient 
été données, 9455. Il s'em- 
barque à Dieppe et se blesse 
en sautant dans le bateau, 
9471. Arrivé en Angleterre, 
il obtient, non sans peine, 
possession d'Isabelle , qui 
était en la garde de Raoul 
de Glanville, 9513. Il l'épouse 
à Londres, 9537, et l'emmène 
à Stokes (Surrey) chez An- 
gueran d'Abernon. Il se fait 
rendre, par l'entremise du 
roi Richard, ses terres d'Ir- 
lande (du chef de sa femme) 
que le comte Jean (frère de 
Richard) détenait, 9581. Il 
est institué par Richard, par- 
tant pour la Groisade, comme 
conseiller de Guillaume de 
Longchamp, grand juge d'An- 
gleterre, 9688. Il se rend, 
avec ses hommes du pays de 
Galles, devant Windsor, oc- 
cupé par le comte Jean, 9900. 
Le Maréchal apprend , le 
même jour, le retour de Ri- 
chard, délivré de prison, et 
la mort de son frère Jean le 
Maréchal, 10018. Il se rend à 
rappel (lu roi, qu'il rencontre 
à tluntingdon, 10081. Le roi 
lui sait gré de sa loyauté et 



TABLE. 281 

de son dévouement, 10091. 
Le Maréchal, invité à faire 
hommage au roi pour ses 
terres d'Irlande, s'y refuse, 
alléguant qu'il est déjà, pour 
ces terres, homme du comte 
Jean, 10305. A l'affaire de 
Vendôme (1194), il reste en 
réserve avec les siens, tandis 
que l'armée de Richard pille 
le camp français, 10631. Il 
prend part au "siège de Vier- 
zon (1196), 10686. Il est en- 
voyé par le roi au comte de 
Flandre et à Renaut de Bou- 
logne (M 97), 10688, qui vin- 
rent prêter hommage au roi. 
Ces deux comtes étant retour- 
nés dans leurs terres, le Ma- 
réchal est de nouveau envoyé 
près d'eux pour les aider dans 
leur guerre contre le roi de 
France, 10751. Il conseille le 
comte de Flandres, 10811. 
Ses exploits au siège de Mil- 
li (1198), 11169. Il conseille 
le roi au sujet de sa guerre 
avec Philippe-Auguste (1199), 
11670. Il reçoit à Vaudreuil 
la lettre annonçant que Ri- 
chard était blessé et le nom- 
mant gardien de la tour de 
Rouen (7 avril 1199), 11791. 
Trois jours après, il reçoit la 
nouvelle de la mort du roi, 
11818. Il délibère avec l'ar- 
chevêque sur la succession au 
trône et est d'avis d'élire Jean, 
11877. Il envoie en Angle- 
terre Jean d'Erléepour saisir 
la terre, 11909. Le Maréchal 
donne cinq cents marcs au 
roi Jean, 11969. Il reçoit, à 
Englesqueville, la nouvelle de 
la prise d'Arthur à Mirebeau 
(août 1202), 12136. Il la fait 
transmettre au comte d'Eu, 
qui assiégeait Arques, l.?l()8. 
Avec le comte de Salisbiiry 
et le comte de Vareniie, il 
suit la retraite des Français, 
12250. Mais, sur le point 



282 



TABLE. 



d'être attaqués par des forces 
supérieures, ils Font volte-face 
et se dirigent vers Rouen, 
12296. Les citoyens de Rouen 
les traitent magnifiquement, 
12374. Le Maréchal est en- 
voyé par le roi auprès de 
§ Philippe-Auguste, qui assié- 
eait Couches, pour deman- 
er la paix, 12677. Il échoue 
dans sa mission, 12686. Il 
suit le roi en Angleterre, 
12826 (note). Il fait partie de 
l'ambassade envoyée à Phi- 
lippe-Auguste par le roi 
(avril 1204), 12854. Menacé de 
voir sa terre de Normandie 
confisquée, il donne au roi de 
France cinq cents marcs pour 
avoir un répit d'un an, après 
lequel il devra, ou lui faire 
hommage, ou perdre sa terre, 
12889. Revenu en Angle- 
terre, il est de nouveau en- 
voyé à Philippe-Auguste pour 
traiter de la paix, 12939, 
avec permission de lui faire 
hommage, 12961. Il fait son 
hommage, 12989. L'arche- 
vêque de Gantorbéry entrave 
la négociation, 13003. Le roi 
reproche au Maréchal d'avoir 
fait hommage au roi de 
France, 13061, et, depuis ce 
jour, l'a en défaveur, 13088. 
Le Maréchal refuse d'accom- 

Îjagner le roi en Poitou contre 
e roi de France (1205), 13139. 
Il est tenu à l'écart par les 
barons, sauf Henri Fils Ge- 
rout et Jean d'Erlée, 13198. 
Il est défendu par Baudouin 
de Béthune, 13233. Il est 
obligé de donner en otage son 
fils aîné au roi, 13272. Il reste 
en Angleterre tandis que le 
roi va en Poitou (1206), 13289. 
Il demande au roi la permis- 
sion de se rendre en Irlande 
et l'obtient non sans peine, 
13311. Il marie sa fille aî- 
née à Hugues, fils du comte 



Roger Bigot, 13336. Il part 
pour l'Irlande (février 1207), 
après avoir donné son second 
fils en otage au roi, 13350. 
Le grand juge d'Irlande, Mei- 
lier, voit avec déplaisir la 
venue du Maréchal, 13432. 
A son instigation, le roi or- 
donne au Maréchal et à Mei- 
lier de venir en Angleterre, 
13443. Le Maréchal confie la 
garde de sa terre à Jourdain 
de Sauqueville, 13464, et à 
Jean d'Erlée, 13473. Il ras- 
semble les barons irlandais à 
Kilkenni et leur laisse sa 
femme en garde, 13527. Il 
quitte l'Irlande et arrive en 
Angleterre à la Saint-Michel, 
13553. Le roi le reçoit mal, 
tandis qu'il fait bon 'accueil à 
Meilier, venu en même temps, 
13582. Apprenant que Meilier 
était autorisé par le roi à re- 
tourner en Irlande, il de- 
mande au roi la permission 
de faire de même, 13663. Elle 
lui est refusée, 13670. Pen- 
dant que Meilier cherche à 
lui nuire en Irlande, le Maré- 
chal suit le roi de place en 
place, 13787. Le roi se plait 
a lui donner de fausses nou- 
velles sur les événements d'Ir- 
lande, 13801. Le Maréchal 
reçoit enfin des nouvelles fa- 
vorables, 13893. Le roi, dès 
lors, lui fait bonne mine, 
13905. Il obtient enfin la per- 
mission de repartir pour l'Ir- 
lande (fin de mars 1208), 
13935. A son arrivée, il ap- 
prend les attaques qui ont été 
dirigées contre sa terre, 1 3961 . 
Il pardonne à certains de ses 
hommes qui avaient agi contre 
lui, 14013. Il rend les otages 
que ses partisans s'étaient 
fait donner en son absence, 
14087. 11 pardonne à Meilier, 
qui compose avec lui en don- 
nant son château de Doumas, 



14123. Il donne asile à Guil- 
laume de Briouze, fugitif, 
14193. Il est, à ce propos, 
pris à partie par l'évêque de 
Norwich, grand juge d'Ir- 
lande, 14199. Sans s'arrêter 
aux remontrances de l'évêque, 
il conduit G. de Briouze chez 
Gautier de Laci, 14230. Il est 
rappelé en Angleterre par le 
roi, 14241. Il repart bientôt 
pour l'Irlande avec le roi, 
14257. A Kilkenni (23-4 juin 
1210), il entretient l'armée à 
ses frais, 14261. Le roi lui re- 
proche d'avoir donné asile à 
Guillaume de Briouze et se 
fait livrer des otages, 14286. 
Le Maréchal l'accompa^îne en 
Galles, lors de la guerre contre 
Llewelyn (juillet-août 1211), 
14475. Il revient en Irlande, 
14488. Le roi lui rend ses 
deux fils qu'il avait en otages, 
les confiant à Jean d'Erlée et 
à Thomas de Samford, 14533. 
Le Maréchal est rappelé en 
Angleterre par le roi (1213), 
14579. Il est au nombre de 
ceux qui conseillent au roi 
de faire une expédition en 
Poitou (février 1214), 14674. 
Contrairement au désir du 
Maréchal, le roi emmène avec 
lui Richard, le second fils de 
celui-ci, 14708. Enumération 
des enfants du Maréchal, 
14860. Le Maréchal ne prend 
aucune part à la révolte des 
barons (1215), 15053. Il sort 
le roi loyalement, 15122. Le 
roi mort (18 octobre 1216), il 
accompagne son corps à Wor- 
cester, 15212. Il se rend au- 
devant du jeune Henri, fils 
du roi défunt, et le rencontre 
à Malmesbury, 15257. Il 
l'arme chevalier, 1532L II 
apprend (28 octobre) que son 
chiUeau de Goodrich est as- 
siégé et y envoie du secours, 
15355. (Jn lui olTre la garde 



TABLE. 283 

du roi mineur, 15376. Il prend 
à ce sujet conseil de ses 
hommes, 15401. Il résiste 
longtemps aux prières des 
barons, 15505. Il accepte en- 
fin, sur l'insistance du légat 
qui le prie de recevoir la 
garde du roi et du royaume 
en rémission de ses péchés, 
15555. Toutefois, il se dé- 
charge de la garde du roi 
sur l'évêque de Winchester, 
15604. Il prend de nouveau 
conseil avec ses hommes, 
15627. Il s'engage à défendre 
jusqu'à la dernière extrémité 
les droits du roi contre les 
barons révoltés et contre Louis 
de France, 15688. Il forme 
une armée des partisans du 
roi et se rend à Ghertsey, 
d'où il harcèle l'armée de 
Louis, 15761. Louis parti 
pour le Continent, il se joint 
à son fils Guillaume et prend 
le château de Knep, 15872. 
Puis il assiège et prend Farn- 
hara, 15901. Il arrive avec de 
nombreuses troupes au siège 
de Winchester, 15967 (cf. III, 
265, note t). Il envoie occuper 
Rochester, 16003. Apprenant 
le retour de Louis en Angle- 
terre (21 ou 22 avril 1217), il 
fait démanteler tous les châ- 
teaux qu'il avait pris, sauf 
Farnham, 16045. Il décide 
d'attaquer les Français, qui 



1217), 16119. Il harangue ses 
hommes, 16137. Il conduit la 
seconde bataille, 16250. Il 
harangue de nouveau les 
troupes, 16273. Il donne ses 
ordres à l'évoque de Win- 
chester, 16315. Il prononce 
une troisième harangue, 
16381. Il envoie son neveu 
Jean en reconnaissance, 
lô'llS. 11 charge avec in]i)é- 
tuosité, 16592. Il frappe Ro- 
bert de Ropelai, 16694. Il 



284 



TABLE. 



prend le comte du Perche par 
le frein, 16733. Après la vic- 
toire, il assigne rendez-vous 
à ses hommes à Ghertsey, 
i7061. Il apprend avec in- 
quiétude que le roi de France 
préparait une armée pour se- 
courir son fils, 17125. Il se 
rend au bord de la mer et dé- 
cide les mariniers des Cinq 
ports à armer une flotte pour 
aller à la rencontre de la flotte 
française, 17167. Lui-même 
s'y serait embarqué si on ne 
l'avait empêché, 17197, 17297. 
Il exhorte les mariniers à 
bien faire (24 août), 17316. 
La flotte française mise en 
déroute, le Maréchal préside 
au partage du butin, 17515, 
et ordonne qu'une part sera 
réservée pour fonder un hô- 

Èital en l'honneur de saint 
iarthèlemy, 17527. Il entame 
des négociations avec Louis 
et conclut la paix à des con- 
ditions très modérées, 17642. 
Louis parti, il place des gar- 
diens dans les châteaux du 
roi, 17727. Morgan de Gaer- 
léon fait la guerre au Maré- 
chal, prétendant que celui-ci 
occupait induement sa terre, 
17748. Un parlement tenu à 
Worcester décide que la terre 
contestée doit rester au Ma- 
réchal, 17868. Le Maréchal 
tombe malade (2 février 1219), 
17881. Il se rend à la Tour de 
Londres, 17886. Se sentant 
plus mal, il se fait transpor- 
ter en bateau à son manoir 
de Gaversham, 17917. Il fait 
venir auprès de lui le roi, le 
légat Pandolfe et les princi- 
paux seigneurs, 17950. Il 
adresse au roi un discours et 
réfute l'évêque de Winches- 
ter, qui prétendait que la 
garde du roi lui avait été 
donnée, 17963. Il les fait re- 
venir le lendemain et confie 



au pape et au légat la garde 
du roi, 18038. Ses exhorta- 
tions au roi, 18078. Il par- 
tage ses biens entre ses en- 
fants, 18136. Puis il envoie 
Jean d'Erlee en Galles (?), 
avec mission de lui rapporter 
deux pièces de soie, 18171. 
Jean revenu, il déploie l'étofife 
et la fait admirer à ses 
hommes, leur disant qu'il 
l'avait rapportée d'outre-mer 
pour être posée sur son corps, 
18203. Il recommande, en 
cas do pluie, de faire placer 
sur ces précieuses étoffes de 
la bure grise, pour qu'elles ne 
soient pas détériorées, 18251. 
Il scelle son testament et le 
fait envoyer à l'archevêque 
de Gantorbérv, au légat, aux 
évoques de Winchester et de 
Salisbury, ses exécuteurs tes- 
tamentaires, les priant d'y 
apposer leurs sceaux, 18327. 
Il fait venir frère Aimeri de 
Sainte-More, maître du Tem- 
ple, et en sa présence se 
donne au Temple et se fait 
apporter le manteau de Tem- 
plier qu'il avait fait faire un 
an auparavant, 18351. Il fait 
ses adieux à la comtesse, 
18367. Il s'affaiblit de plus 
en plus, 18444. L'un de ses 
hommes lui ayant dit que, 
selon les clercs, on ne pou- 
vait faire son salut qu'à con- 
dition de rendre ce qu'on 
avait pris, il répond que les 
clercs sont trop avides et qu'il 
lui est bien impossible de 
rendre tout ce qu il a enlevé 
auxnombreux chevaliersqu'il 
a faits prisonniers, 18480. Il 
fait venir ses filles et leur dit 
de chanter devant lui, 18561. 
Il donne des instructions à 
son fils pour ses obsèques, 
18593. Il reçoit la visite de 
l'abbé de NÛtley, 18610. On 
lui demande ce qu'il faut faire 



TABLE. 



285 



des robes de fourrure qu'il 
avait en réserve, et un clerc 
présent reniarque qu'il y au- 
rait de quoi racheter bien des 
péchés; le Maréchal s'indigne 
et ordonne de distribuer ces 
fourrures à ses chevaliers, 
18695. Il a une vision, 18762. 
Il a une syncope, 18829. Les 
abbés de Reading et de Nut- 
ley lui donnent l'absolution, 
18965. Le comte se signe, 
joint les mains et meurt, 
18968. Son corps est porté à 
Reading, 18999, puis à Stai- 
nes, 19004, et enfin à Londres, 
où sontcélébréessesobsèques, 
19028. Il est enterré [au Tem- 
ple], à côté de frère Aimeri 
de Sainte-More, 19045. Guil- 
laume des Barres et le roi 
Philippe, apprenant la nou- 
velle de sa mort, font son 
éloge, 19136. 
Guillaume le Maréchal, tils aîné 
du précédent. Sa naissance, 
14873. Donné en otage au roi 
Jean, 13272. Goniié à Jean 
d'Erlée, 14538. Épouse la fille 
de Baudouin de Bothune, 
comte d'Aumale, 14976 (note). 
Avec le comte de Salisbury il 
prend Knepp Gastle, 15879, 
et assiège les châteaux de 
Winchester, 15895. Prend 
Southampton(?), 15992. As- 
siège et prend Marlborough, 
16013, 16032. Il prend part, 
avec son père, à la bataille de 
Lincoln, 16250, 16643, 16675, 
16789. Est chargé, par son 
père, de remettre le jeune 
Henri III à la garde du légat, 
18092. Assiste son père on 
sa dernière maladie, 18214, 
18269. A fait faire le présont 
livre sur son père, 19203. 

— Mauvoisin {WiU. Malvcsin, 
âiaulvesin)y chevalier fran- 
çais, 5019 (note), 5041. 

— de Mello {WiU. de Merlou), 



chevalier français, 11036 
(note), 11269 (note). 
Guillaume de Monceaux {WiU. 
de Monceals)^ chevalier fran- 
çais, connétable du château 
de Milli, 11206. 

— [Willcme) de Montigni, che- 
valier anglais, 16757 (note). 

— {WiU.) de Mortemer, cheva- 
lier normand, 10476, 12052. 

— [WiU.) de Poternes, cheva- 
lier flamand, 4601. 

— de Préaux (WiUiaumes de 
Preials)^ chevalier normand, 
4671 (note), 4871, 4889,4895. 

— de Pont-de-1'Arche 15828 
(note). 

— {WiU.) Revel, chevalier an- 
glais, 4635. 

— {WiU.) des Roches. Combat 
pour le roi Henri, dans la re- 
traite du Mans, 8817 (note). 
Conseille au roi Jean l'at- 
taque de Mirebeau, 12409. 
A trois chevaux tués sous lui 
dans cette attaque, 12425. 
Après la victoire, il rappelle 
à Jean ses promesses et inter- 
cède en faveur du jeune Ar- 
thur et des autres prisonniers 
de Mirebeau, 12437. Voyant 
que le roi ne tenait pas ses 
promesses, il le quitte et se 
met au service du roi de 
France, 12526 (note). Il fait 
perdre au roi l'Anjou , le 
Maine et le Poitou, 12529. 

— de Salisbury {H qucns de Sa- 
lesbere, W. cil de Salcsbin)^ 
fils naturel de Henri IL Ac- 
compagne le Maréchal, 12124 
(note), 12269. Conseille le roi 
Jean, son frère, 14609. Brûle 
la tlotte française (1213), 14621 
(note). Envoyé en Flandre 
(1214), 14693 (note), 14737. 
Décide l'empereur à s'éloi- 
gner du champ de Itataille [do 
BouvinesJ, 14804. Est fait pri- 
sonnier, 14815. Prend Knojjp, 
15883 (note). Assiège les chà- 



286 



TABLE. 



teaui de Winchester, 45892. 
Prend le petit château, 15944. 
Prend Southampton(?), 15986. 
Revient à Winchester, 16002. 
Cîombat à Lincoln, 16690. 
Guillaume (Will.) de Silli dé- 
fend la tour du Mans contre 
Philippe- Auguste, 8881. 

— de Tinténiac ( Will. de Tin- 
tiniac)^ chevîilier angevin, 
4743 (note). 

— de Touberville (Will. de Tru- 
blevile)^ chevalier normand, 
4681-2 (note). 

— {Will.) de Trihan recouvre 
de son manteau le corps du 
roi Henri, 9157. 

Guizelin de Wartemberge, che- 
valier flamand, 4605. 

Haï du Val, chevalier irlandais, 
14027, 14038. 

R8iina.ui [Hiennau, Henau) 1519, 
3185. 

Halape, Alep. 

Hamars, Raoul de — . 

Hamelincourt, Hue de — . 

Hampshire (Hantsire) 1553. 

Hangest [Hangie), Florent de — . 

Hanoeis, Hennuyers. 

Hardeincourt, Hugues de —, 
Roger de — . 

Hardouin de Fougère (Feugerei)^ 
chevalier angevin, 4733 (note). 

Heimeri Odart, chevalier du 
comte de Poitiers, 8707. 

Hennuyers [Henueis, Hanoeis)^ 
chevaliers —, 3212, 4467. 

Henri H, roi d'Angleterre (1154- 
1189). Son couronnement, 
739. En guerre avec Louis VH 
(1173), 805. Fait une expédi- 
tion contrôles Poitevins(1168), 
1566 (note). Fait couronner 
Henri, son fils aîné (1170), 
1911, et oblige les barons à 
faire hommage au nouveau 
roi, 1927 (note). Il le confie à 
la garde de Guillaume le Ma- 
réchal, 1943. Il trouve que 
son fils est trop dépensier, 
1974, et le lui fait savoir, 



1991. Il marche contre son 
fils révolté, 2023. Il détache 
de son fils les barons de 
France, en leur donnant de 
l'argent, 2264 (note). Il reçoit 
entre Couches et Verneuil les 
messagers du roi de France 
charges de propositions de 
paix, 2325. Il pardonne à son 
fils, mais non a ses partisans, 
2352. Il permet à son fils de 
voyager sur le continent ac- 
compagné du Maréchal, 2422. 
On lui fait croire que le Ma- 
réchal a séduit la femme du 
jeune roi, 5656. Il tient cour 
à Gaen (Noël 1182), 5693. Il 
repousse la proposition du 
Maréchal, qui demande à se 
justifier par le duel, 5789. Il 
donne au Maréchal un sauf- 
conduit, 5838. Il permet au 
jeune roi de faire la guerre à 
son frère Richard, 6344. Il 
l'assiège dans Limoges, 6379. 
Il apprend sa mort avec dou- 
leur (1183), 6991. Il paie une 
dette de son fils, 7151. Il voit 
le Maréchal à Lyons-la-Fo- 
rêt et le reçoit au nombre de 
ses chevaliers, 7302. Il lui 
donne la demoiselle de Lan- 
castre et son fief, 7312. Il se 
prépare à la croisade, 7345. 
Attaqué par Philippe-Au- 
guste, il se rend en Norman- 
die, 7364. Entrevue avec le 
roi de France à Gisors, 7368. 
Il met en délibération la pro- 
position faite par le roi de 
France d'un combat entre 
quatre Français et quatre An- 
glais, 7535. t^hilippe parti, le 
roi Henri convoque ses hom- 
mes à Paci[-sur-EureJ en vue 
d'une chevauchée, 7804. Il 
ravage le pays jusqu'à Man- 
tes, 7818. Tombe malade à 
Ghinon, 7877. Envoie le Ma- 
réchal attaquer Montmirail, 
7882. Gonclut une trêve avec 



le roi de France, 8052. Est 
malade au Mans (février 1 189) , 
8065. Entrevue avec le roi de 
France entre Moulins [-la- 
Marche] et Soligni (18 avril 
1189), 8068, 8115. Les négo- 
ciations sont rompues et la 
guerre recommence, 8174. Il 
envoie le Maréchal et Ber- 
trand deVerdun à la recherche 
de son fils Richard, 8225. 11 se 
plaint amèrement de ses fils, 
8198, 8269. Se rend au Dorât 
et à Ghinon, 8287. Malade au 
Mans pendant tout le carême 
(1189), 8292. Promet au Ma- 
réchal la demoiselle de Stri- 
guil (Isabelle de Clare), 8303. 
Envoie le Maréchal et l'archi- 
diacre de Hereford à Philippe- 
Auguste pour demander la 
paix, 8314. Entrevue des deux 
rois entre la Ferté[- Ber- 
nard] et Nogent[-le-Rotrou], 
8345. Il est attaqué au Mans 
par Philippe- Auguste, 8381. 
Fait mettre le feu aux fau- 
bourgs de la ville, 8740. Se 
retire sur Fresnai, 8790 (note), 
8871. De là il va à Samte-Su- 
zanne, 8907 (note), et à Ghi- 
non, 8911. Se rend, bien que 
malade, à une entrevue fixée 
par le roi de France entre 
Tours et Azai[-le-Rideau], 
8953. La trêve prise, 9031, il 
se rend à Ghinon, où il se 
couche pour ne plus se rele- 
ver, 9039. Il se fait donner la 
liste de ceux qui s'étaient en- 
gagés avec le roi de France 
contre lui, 9051. Il apprend 
avec douleur que le nom qui 
figure en tête de la liste est 
celui de Jean, son fils bion- 
aimé, 9076. Il meurt deux 
jours après, 9092. Scènes de 
pillage après sa mort, 9128. 
Son corps est porté de Ghi- 
non à Fontevrault. où ont 
lieu les obsèques, 9222. 
Henri, fils aîné de Henri U, ap- 



TABLE. 287 

pelé ordinairement « le jeune 
roi. » Gouronné roi (1170), 
1911. Les barons anglais lui 
font hommage par ordre du 
roi son père, 1927. Gonfié à 
la garde de Guillaume le Ma- 
réchal, 1943. Il est le plus 
beau de tous les princes du 
monde, 1956, 3646. Gourt les 
tournois avec le Maréchal, 
1960. Mal conseillé, il se ré- 
volte contre son père, qui lui 
reprochait ses grandes lar- 
gesses, 1997. Armé chevalier 
par le Maréchal, 2097. Se 
rend auprès du roi de France, 
2109. Gelui-ci lui vient en 
aide, 2225. Il est finalement 
obligé de se soumettre, et, 
par l'entremise du roi de 
France, il fait la paix avec 
son père, 2362. Va en Angle- 
terre (1175) et y reste près 
d'un an, 2385. Obtient de 
son père la permission de se 
rendre sur le continent, 2409. 
Il part, accompagné du Ma- 
réchal, 2436. Il se présente, à 
Arras, au comte de Flandre, 
2447. Il prend part au tour- 
noi de Gournai, 2473, et à 
plusieurs autres, où il a le 
dessous, 2568. ^lais, dans la 
suite, grâce à la vaillance du 
Maréchal, il remporte des 
succès, 2628. Il ravive la che- 
valerie, 2640. G'est de lui que 
les hauts hommes prirent 
exemple de retenir à leur 
solde les bons chevaliers, 
2664. Le jeune roi au tournoi 
d'Eu, 3197; au tournoi de 
Maintenon, 3687 ; au tournoi 
de Lagni[-sur-Marne], 4461, 
où il conduit quatre-vingts 
chevaliers d'élite, 4753; il est 
délivré par le Maréchal quand 
il allait être pris, 4S67. Il fait 
beaucoup de dettes, 5075. On 
lui fait croire que le Maré- 
chal avait séduit sa femme, 
5407. Il le tient à l'écart, 



288 



TABLE. 



&423. Toutefois, il lui fait 
dire de venir le rejoindre à 
Gournai, où devait avoir lieu 
un tournoi, 5504. Par deux 
fois il est secouru par le Ma- 
réchal au moment oh il allait 
être pris, 5564. Il quitte la 
ville sans dire un mot au Ma- 
réchal, 5627. Il se brouille de 
nouveau avec son père, 6329. 
Il est assiégé par celui-ci, avec 
son frère Geoffroi, à Limoges, 
6350. On lui conseille de faire 
revenir le Maréchal, 6420. Il 
reconnaît que les accusations 
portées contre lui étaient 
fausses, 6481. Il envoie à sa 
recherche, 6527. Il appelle à 
lui tous ses hommes, 6665. 
Il tombe malade et fait son 
testament, 6880. Il charge le 
Maréchal d'aller pour lui en 
pèlerinage au Saint Sépulcre, 
6896. Sa mort (11 juin 1183), 
6985. Il laisse une dette que 
son père finit par payer, 7005, 
7151. On porte son corps au 
Mans, où il est enterré une 
première fois, 7159, puis à 
Rouen, où il est enterré dans 
la cathédrale, 7165. 
Henri III, roi d'Angleterre, est 
à Devizes au moment de la 
mort de son père, 15247. Pre- 
mière entrevue avec le Maré- 
chal, 15265. Fait chevalier 
par le Maréchal, 15314. Cou- 
ronné (28 octobre 1216), 15328. 
Confié à la garde du Maré- 
chal, 15559, qui le remet 
à l'évèque de Winchester, 
15609. Confié par le Maréchal 
mourantau légat, 18067. Espé- 
rancesqueplaceen lui l'auteur 
dupoème, 2693, 4312,11079. 

— [de Blois], évêque do "Win- 
chester, 657. 

—, comte d'Eu, 827 (note), 4655. 

— Fils Gerout, chevalier, l'un 
des fidèles du Maréchal, 13201 
(note), 13212, 17916, 18204, 
18461, 18554. 



Henri Fils Meilier, 13878. 

— Huesé, l'un des fidèles du 
Maréchal, 13502 (note). 

— de Longchamps, chevalier 
normand, 4695 (note). 

— le Maréchal, quatrième fils 
de Jean le Maréchal, premier 
du nom, évêque d'Exeter, 389 
(note), 10005. 

-— le Norrois (Norreis, Nosreis)^ 
héraut d'armes, 5222 (note), 
5227, 5235, 5859, 5892, 6222. 

— Rossel, chevalier anglais, 
10255. 

Henueis, Hennuyers. 

Hereford [Herefort] 14459; l'ar- 
chidiacre de — 8315 (note). 

Herefort, Hertford. 

Herlin de Vanci, sénéchal de 
Flandre, 4936 (note), 4941, 
4947. 

Herman {Hermanz) de Brie 
(Trie?) 4523 (note). 

Hertford (Hereford) 15719, 15727 
(note). 

Hide, Ilyde. 

Hiennau, Hainaut. 

Hippocrate {Ypocras) 1790. 

Hollande, le pont de — 16972 
(note). 

Hondendone, Huntingdon. 

Hôpital (Ospital), V — à Jérusa- 
lem 7292. 

— de Saint-Barthélemi, à Sand- 
wich, 17528. 

— (Hospital), r — [des Saints- 
Innocents], à Lincoln, 16942. 

Hubert du Bourg [Bure), grand 
juge d'Angleterre, 17303 (no- 
te), 17354, 17505, 17576. 

— Gautier [Waltier)^ clerc de 
Raoul de Glanville, puis ar- 
chevêque de Cantorbéry et 
chancelier d'Angleterre, 8299 
(note), 8307, 10295 (note).Voir 
Cantorbéry, l'archevêque de 

Hue" Bardou 9692 (HI, 126, 
note 1). 

— de Coulonces ((//wioncw), che- 
valier normand, 4697 (note). 

— de Hamelincourt [Hamelein' 



TABLE. 



289 



cort, Hamelincort), chevalior 
flamand, compagnon du Ma- 
réchal, 4575 (note), 6671, 
6822, 7199, 8621. 
Hue de Hardeincourt [Hardein- 
cort, Herdeincort), compagnon 
du Maréchal, 7997, 8022. 

— de Malaunoi {Malalnei)^ che- 
valier flamand, 4567 (note), 
8615, 8646. 

— de Samford, valet de Hen- 
ri H, 9422 (note). 

Huesé, Henri — . 

Hugues, fils de Roger Bigot, 

gendre du Maréchal, 13343 

(note), 14926 (note). 
Hugues {Hue) de Boves 14775 

(note), 14777. 

— (Hue, Hug., Huon) de Gorni, 
chevalier normand, 10935, 
10945, 10955. 

— [Hue) Tacon 15850 (note). 

— de Wells (Hue de Welles), 
garde du sceau royal, 12941 
(note). 

Huisne (Voingne; au v. 8404 
Wilengne est probablement 
une mauvaise leçon pour 
Vuengne)^ rivière, 8404, 8484. 

Huntington (^onc^nrfone) 10081. 

Hyde (Hide), la — 15904 (note). 

Ikebou, I(juebeuf. 

Impératrice, 1'—, Mathilde. 

Iquebeuf, Adam d' — . 

Irlande 9585, 9626, 10300, 
10333, 13313, 13353, 13361, 
13377, 13422, 13665, 13863, 
13869, 13934, 14172, 14180, 
14254, 14488, 14491, 14599. 

Isabel (Ysabel)^ deuxième iille 
du Maréchal, mariée au comte 
de Gloucester, 14935 (note), 
18515. 

Ivri (Yvri) 7840. 

Jacques (Jake) d'Avesnes 2915 
(note) ; ses ofi'res au Maréchal, 
6167, 6273; l'accompagne à 
un pèlerinace, 6179. 

Jaquelin de Maillé iJakelins de 

III 



Mailli) , chevaUer angevin, 
4729. 
Jean, quatrième fils de Henri II, 
comte de Mortain, puis roi 
d'Angleterre (1199). Est avec 
son père au Mans (1189), 8543. 
Ligué avec le roi de France 
contre son père, 9078. Re- 
çoit de son frère Richard des 
bienfaits dont il lui fut peu 
reconnaissant, 9575. Est obli- 
gé de rendre au Maréchal la 
terre que celui-ci possédait 
en Irlande, 9589. Est en dé- 
saccord avec le chancelier 
Guillaume de Longchamp, 
9759. Il est accusé par ce der- 
nier de cherchera usurper le 
pouvoir, 9831. Il inspire de 
la défiance à Gautier, arche- 
vêque de Rouen, 9877. Il 
s'empare de Nottingham et 
fortifie Windsor, 9890, 9892. 
Au retour de son frère en 
Angleterre, il se réfugie au- 
près du roi de France, 10162. 
Vient à Richard, qui lui par- 
donne, 10384. Assiège Évreux, 
10517 (note). Proposé par le 
Maréchal, contre l'avis de 
l'archevêque de Gantorbéry, 
pour succéder à Richard, 
11892. Fait duc de Norman- 
die (25 avril 1199), 11923. 
Rencontre de l'opposition en 
Gascogne, en Limousin, en 
Poitou, en Anjou et en Bre- 
tagne, 11924. Gouronné roi 
d'Angleterre (27 mai), 11943. 
Fait hommage au roi de 
France, 11948. Il divorce, 
11959. Mène une armée en 
Gascogne, 11963. Épouse la 
fille du comte d'Angoulême, 
qui était promise au comte de 
la Marche, 11983. En guerre 
avec le roi de France, 12008. 
Prend Arthur à Mirebeau, 
12100. Guillaume des Roches, 
par le conseil de qui il avait 
obtenu ce succès, lui rappelle 
les engagements pris de trai- 

19 



290 



TABLE. 



ter avec bienveillance les pri- 
sonniers, 12437. Jean, man- 
quant à sa parole, les traita 
avec une telle cruauté oue «es 
homnnes en eurent nonte, 
12507. Ihir suite, il perdit 
l'Anjou, le Maine et le Poi- 
tou, 12529. Il se rend en 
Normandie, que les Français 
avaient envahie, 12552. Il al- 
lait de ville en ville, crai- 
gnant d'être trahi, 12569. Il 
est abandonné par le comte 
Robert [d'Alencon], qui s'al- 
lie au roi de F^rance, 12610. 
Il envoie le Maréchal auprès 
du roi de France pour deman- 
der la paix, 12676. Ses pro- 
positions repoussées, il fuit 
par la Normandie, 12752. Il 
part pour l'Angleterre (dé- 
cembre 1203), 12829. 11 en- 
voie des messagers au roi de 
France, 12854. il fait assem- 
bler son ost à Portsmouth 
(mai 1204), 12921. 11 autorise 
le Maréchal à faire hommage 
au roi de France, 12958; puis 
il le lui reproche, 13061, 
13111, et lui parle en termes 
outrageants, 13207. Il renonce 
à passer sur le Continent, 
13257. Il se fait donner en 
otage le fils aîné du Maréchal, 
13272. Il se rend en Poitou 
avec l'ost (juin 1206), 13279. 
Son retour en Angleterre, 
13302. Il autorise, à regret, 
le Maréchal à se rendre en 
Irlande, 13317. Il lui prend 
son second fils comme otage, 
13366. Le Maréchal parti, il 
lui mande de revenir, 13443. 
Il persécute Guillaume de 
Briouze, 13586. Il favorise les 
desseins de Meilier, le grand 
juge d'Irlande, qui cherchait 
à dépouiller le Maréchal de 
sa terre, 13625. Il se plaît à 
donner au Maréchal de fausses 
nouvelles sur l'état de ses 
affaires en Irlande, 13801. 



Apprenant que le Maréchal a 
reçu des nouvelles favorables, 
il lui fait bonne mine, 13905. 
Il lui donne congé de retour- 
ner en Irlande (12U8), 139^. 
U envoie en Irlande l'évêque 
de Norwich, en Qualité de 
grand juge, 14119. Il contraint 
Guillaume de Briouzo à s'exi- 
ler d'Angleterre, 44151. Il 
rappelle en Angleterre le Ma- 
réchal, qui lui avait donné 
asile, 14240. Il passe en Ir- 
lande avec le Maréchal (juin 
1210), 1425. Il séjourne à 
Kilkenni avec son armée, aux 
frais de ce dernier, 14262. Il 

frend Garrickfergus, 14270. 
l reproche au Maréchal l'ai- 
de donnée à Guillaume de 
Briouze, 14286, et exige de 
lui des otages, 14322. En 
guerre avec Llevvelyn, il man- 
de le Maréchal et lui rend ses 
otages (1212), 14473. Menacé 
par le roi de France qui pré- 

{ tarait une flotte pour envahir 
'Angleterre (1213), on lui 
conseille de faire venir le 
Maréchal, 14492. Il remet les 
deux fils de celui-ci à la garde 
de Jean d'Erlée, 14533. Il fait 
venir d'Irlande le Maréchal, 
14579. Il assemble son ost 
sur le mont de Brandon, 
14601. Se rend en Poitou 
(février 1214), 14677, emme- 
nant avec lui Richard, fils du 
Maréchal, 14708. Revient en 
Angleterre (octobre 1214), 
14840. Révolte des barons 
anglais (1215), 14842, 15031. 
Le roi assiège Rochester, 
15072. Appelle à lui des mer- 
cenaires flamands, 15081. 
Prise de Rochester, 15096. Il 
se dirige vers Lindsey, 15144. 
Malade à Newark, 15152. 
Demande pardon au Maré- 
chal de ses torts envers lui, 
15174. Sa mort, 15191. En- 
terré à Worcester, 15206. 



TABLE. 



291 



Laisse un mauvais souvenir, 
17229. 
Jean d'Alencon, archidiacre de 
Lisieux, 10367 (note), 10376. 

— de Bassingbourn (Basinge- 
bome)^ chevalier du roi Jean, 
13227 (note). 

— d'Erlée (Erlée le plus sou- 
vent, Erlie en rime, 11914, 
14081), écuyer, puis l'un des 
chevaliers du Maréchal et son 
homme de confiance. Est 
récuyer du Maréchal au com- 
bat de Montmirail (1188), 
7948, 8033; au combat du 
Mans, 8587, 8593, 8692. En- 
voyé en Angleterre après la 
mort de Richard, 11914. 
Chargé par le Maréchal de la 
garde d'une partie de sa terre 
d'Irlande, 13473. Mandé par 
le roi Jean, 13633. Reçoit le 
Maréchal revenant en Irlande, 
13949, et l'informe de ce qui 
s'est passé en son absence, 
13965, 13985, 13990, 14049. 
Pris par le roi comme otage 
du Maréchal, 14328, 14373. 
Reste en otage à Nottingham, 
14457. Reçoit en garde l'un 
des fils du" Maréchal, 14534, 
14569. Conseille au Maréchal 
de ne point accepter la garde 
du royaume, 15446. Assiste 
le Maréchal dans sa dernière 
maladie, 18149. Se rend en 
Galles, par ordre du Maréchal, 
pour chercher des draps de 
soie que celui-ci veut utiliser 
pour ses obsèques, 18171. 
Keçoit les dernières recom- 
mandations du Maréchal, 
18243. Veille pendant la nuit 
le Maréchal, 18306, 18677. 
Ses entretiens avec lui, 18528, 
18680, 18708, 18760, 18816. 
Fournit la matière du poème, 
19185. 

— de Fresnai (Seeneis), cheva- 
lier normand, 7615 (note). 

— Fils Hugues (Hue), 15829 
(note). 



Jean le Roux (le Ros), habitant 
de Chambrais, 10455. 

— Maie-Herbe, chevalier nor- 
mand, 4690 (note). 

— le Maréchal, père de Guil- 
laume; sénéchal d'Angleterre, 
39; plus renommé par sa lar- 
gesse que par sa richesse, 33. 
Prend le parti de l'impéra- 
trice Mathilde, 45. Entretient 
à ses frais trois cents cheva- 
liers, 52. A, de sa première 
femme, deux fils, Gilebert et 
Gautier, 78-9; les perd, 90. 
En guerre avec Patrice, comte 
de balisbury, 146 (note). Ac- 
compagne l'impératrice au 
siège de Winchester, 168. 
Protège la retraite de la reine 
sur Ludgershall, 197. Fait 
face à l'ennemi au gué de 
Wherwell, 237. Se réfugie 
dans un moutier où il est 
blessé, 243. Se rend à pied à 
Marlboroagh, 273. Surprend 
une troupe de royaux entre 
Winchester et Ludgershall, 
et les met en déroute, 302. 
Répudie sa femme pour épou- 
ser la sœur du comte Patrice, 
avec qui il fait la paix, 370. 
Il a quatre fils et deux filles 
de cette seconde femme, 381. 
Donne Guillaume, le second 
de ses fils, en otage au roi 
Etienne, qui assiégeait New- 
bury, 487. Sa réponse à ceux 
qui lui annoncent que son 
fils sera mis à mort si la ville 
n'est pas rendue, 509. Il en- 
voie son fils Guillaume au 
chambellan de Normandie, 
Guillaume de Tancarville, 
743. 

— le Maréchal, fils du précé- 
dent, frère aîné de Guillaume 
le Maréchal. Sa naissance, 
381; sa mort, 10022 (note); 
enterré à Bradenstokes, 10071. 

— le Maréchal, fils du précé- 
dent, neveu de Guillaume le 
Maréchal. Accompagne son 



Î92 



TABLE. 



oncle auprès des comtes de 
Flandre et de Boulogne (il 97), 
10763 (note); chargé d'un 
message pour le roi Richard, 
10901. Présent aux derniers 
moments du roi Jean, 15161 ; 
se distingue à la bataille de 
Lincoln, 16418,16423,16451, 
17014: est l'un des conseil- 
lers ae son oncle, 15404, 
18034. 
Jean de Monmouth (Monemue)^ 
15156 (note). 

— de Préaux (Preials)^ cheva- 
lier normand, 4662 (note), 
10963, 10987. 

— de Rouvrai (Rovrei), cheva- 
lier français, 19153 (note). 

— de Saint-Michel, chevalier 
anglais, 4641. 

— de Seeneis, voy. Jean de 
Fresnai. 

— de Subligni {Soleingni)^ che- 
valier normand, 1466 (note), 
1475. 

Jeanne (Johane)^ cinquième fille 
du Maréchal, 14947 (note), 
18159, 18519, 18571. 

Jérusalem 12219. 

Joigni [Joheingni]^ tournoi à — 
3431 ; château de — 3439. 

Jordan, Jourdain. 

Joubert de Pressigni {Jousbert de 
Priseingni)y homme de Hen- 
ri II, 7075, 7088, 7099, 7141. 

Jourdain de Sauqueville {Jo?'- 
dan de Sankevile)^ homme du 
Maréchal, 13464 (note), 13639, 
13963, 13984, 14326, 14455. 

Juifs, persécutés à l'avènement 
de Richard, 9571 (note). 

Kaieu, Gaieu. 
Kedeville, Renaut de — . 
Kenape, la — ; Knepp. 
Kenofergus, Carrikfergus. 
Kilkenni (Kilquenni) 13529, 

14067, 14259. 
Kingston (Quingeslone) 17702 

(note). 
Knepp [La Kenape) 15886 (note). 



Laci, Gautier de — . Voy. aussi 
Ghester, le connétable de — , 
et Ulsler, le comte d' — . 

Lagni-sur-Marne (Leingni sor 
Marne), tournoi à — 4457, 
4751 ; foire de — 5962. 

Laiffle 12576 (note). 

La Mare, Guillaume de — . 

Lancastre, la demoiselle de — 

iHelvis, fille de Guillaume de 
jancastre) donnée au Maré- 
chal, 7312 (note); sa chère 
amie, 7316; donnée à Gile- 
bert Fils Rainfroi,9382 (note). 

Lautron, Nontron. 

Le Breton, Robert — . 

Légats pontificaux, voy. Gua- 
lon, Pandolfe, Pierre [de 
Gapoue]. 

Le Gras, Guillaume — . 

Le Gros, Mathieu — . 

Leicester {Leicestre), Robert 
comte de — . 

Lens, Raoul de — . 

Leschans, Pierre de — . 

Lesingnan, Lezingnan, Lusi- 
gnan. 

L'Etang {l'Estanc)^ Guillaume 
de — . 

Liewelin, Llewelyn. 

Lillebone {Lundelbone) 9390. 

Limoges 6357, 6379, 6393, 16108. 

Limousin {Limozin) 11753. 

Limousins {Limozin) 11925. 

Lincoln 680 (note), 16111, 16120, 
16154, 16870, 17072, 17089. 

Lindsey {Lindesie) 15144 (note). 

Lisieux (Lisieues, Usines) 160é, 
10365, 12577, 12773. 

Lïuns, Lyons. 

Llewelyn (Liewelin, Lewelins)^ 
chef gallois, 14474, 17751, 
17794, 17803, 17807. 

Loeïs, Louis. 

Loherens, Lorrains. 

Lombardie, chevaux de — 1503, 
2935, 10485, 10968. 

Londoniens (Londreis) 15097. 

Londres 1918, 9516, 11943, 
13606, 15052, 15061, 16963, 
17044, 17077, 17123, 17343, 
17580, 17654, 17886; qualifiée 



TABLE. 



293 



de € ville », 17921, 18409, 
18598, 18713, 19028, 19030, 
19091; la Tour de—, 17886. 

— Robert de — ;. 
Longchamp, Etienne de — , 

Guillaume de — . 

Longchamps, Henri de — . 

Lorrains {Loherens)^ 6021. 

Lotegaresale, Lothegaresale, Lud- 
gershall. 

Loudun, ou plutôt Loudunois 
{Losduneis), 8710. 

Louis [Louis) ^ roi de France 
(Louis VII), en guerre avec 
Henri II, 806; envoie les 
meilleurs chevaliers de France 
au jeune roi, 2123. Assiège 
vainement Rouen , 2289 (note). 
Il est blâmé d'avoir soutenu 
le fils contre le père, 2295. 
Envoie des messagers à Hen- 
ri n en vue de la paix, 2321. 

Louis [Loeïs)^ fils du roi de 
France. Appelé par les ba- 
rons anglais (1215), 15063. 
Prend Farnham, Winches- 
ter, Porchester, Southamp- 
ton, 15100. Assiège Hert- 
ford (1216), 15719. Accorde 
deux trêves successives aux 
Royaux, 15724, 15735. Se dis- 
pose à partir pour la France, 
15752, 15768. Quoique serré 
de près par les Anglais, il 
s'embarque à Douvres (1217), 
15869. Il revient en Angle- 
terre, 16034. Se rend à Win- 
chester, 16068, puis à Dou- 
vres, 16089. Informé de la 
défaite des siens à Lincoln, 
il lève le siège de Douvres et 
se rend à Londres, 17069. Né- 
gocieavec le Maréchal, 17634, 
Se soumet à la cérémonie hu- 
miliante d'une absolution pu- 
blique par le légat, 17704. 
S'embaraue à Douvres, 17719. 

— [Loéis) d'Arcelles, chevalier 
champenois, 4017 (note). 

Louvrecaire (Lovrekaire)^ rou- 
tier au service du roi .lean, 
12598 (note). 



Ludgershall (Lotegaresale, Lothe- 
garesale), 199 (note), 234, 283. 

Lundelbone, Lillebonne. 

Luzignan (Lezingnam), Geofroi 
de — . 

Lyons (Liuns) 7302 (note). 

Maante, Mante. 

Macaire de Ghâlons, chevalier 

français, 4514 (note). 
Magneville, Mandeville. 
Maheut, fille aînée du Maréchal, 

mariée à Hugues Bigot, 13343, 

14916; visite son père malade, 

18509, 18561. 
— , Mathilde (l'impératrice). 
Maillard, porte -enseigne du 

Maréchal, 13511. 
Maillé [Mailli), Jaquelin de — . 
Maine {Meine, Mainne, Maigne). 

le — 1523, 1609, 2217, 8094, 

8166, 9453, 10562, 12458, 

12482 [la Maingne), 12530. 
Maintenon [Mestenon), tournoi 

entre — et Nogent, 3681. 
Maison Dieu, la — , au Mans, 

8523 (note), 8550. 
Malaunoi [Malalnei] y Hue de 

Malchael, Roger — . 
Malconduit, Alexandre — . 
Maie-Herbe, Jean — . 
Malesmains, Thomas — . 
Mallïon, Mauléon. 
Malmesbury (Mammesberre). 

15257. 
Mamers, 12661. 
Mammesberre, Malmesbury. 
Manceaux {Mansel), 2785. 
Mandeville [Magneviie, Mane- 

vile), Guillaume de — . 
Mans, le — 4672, 8067, 8291, 

8381,8471,8476,8879,12516, 

12621, 12648, 12653. 
Mansel, Manceaux. 
Mante (Maante) 7819,7821. 
Marcadé, routier au service de 

Richard, 10933 (note), 10939, 

11265, 11277. 
Marrai (Marchai, Marzai), 

Ktienne de — . 
Marche, le comte de la — (Hu- 



294 



TABLE. 



gués le Brun), 11986-9, 
ÎH53. 

Maréchal, Ansel le —, Gautier 
le —, GUebert le —, Guil- 
laume le —, Henri le — , 
Jeaa le —, Richard le — . 

Mares, Simon de — . 

Marlborough (Merleberge) 276, 
9961, 10050, 10177, 16016, 
16031. 

Marseille 9732. 

Martel 6985 (note). 

Marzai, Marçai. 

Mathieu, comte de Boulogne, 
au combat de Drincourt 857 
(note), assiste à un tournoi 
3691. 

Mathieu le Gros 12349 (note). 

— de Walincourt {Waleuncori, 
Waleincort, \yfl/encor<), cheva- 
lier flamand, 3215 (note), 3256, 
3309. 

Mathilde [Maheut] 47, ordinai- 
rement appelée l'Impératrice 
(/'emperem), fille de Henri !•', 
roi d'Angleterre, veuve de 
Henri V, empereur d'Alle- 
magne, épouse de Geoffroi V 
Plantagenet, comte d'Anjou 
et duc de Normandie, mère de 
Henri II, duc de Normandie, 
roi d'Angleterre; en guerre 
avec le roi Etienne, 41; a 
l'appui de Jean le Maréchal, 
45; assiège Winchester, 168; 
lève le siège et se retire à 
Ludgershall, 197. Mentionnée 
477. 

Mauléon {Mallion) ^ Savari de 

Maurice de Craon {Moriz de 
Creon) 9307 (note). 

Mauvesin, Pierre — . 

Mauvoisin. Guillaume — . 

Meilier Fils Henri, grand juge 
d'Irlande. Est l'ennemi du 
Maréchal, dont il était vas- 
sal, 13430 (note); décide le 
roi à rappeler le Maréchal en 
Angleterre, 13437; se rend 
lui-même en Angleterre, 
13554 ; ordonne à ses hommes 



de faire la guerre aux hommes 
du Maréchal, 13557; est bien 
reçu par le roi, 13582; tra- 
vaille, avec l'assentiment du 
roi, à ruiner le Maréchal, 
13615; retourne en Irlande, 
13671; est battu par les 
hommes du Maréchal, 13783, 
13872; est obligé, pour faire 
la paix avec le Maréchal, de lui 
livrer son château de Doumas, 
14123. 

Mellent, Meulan. 

Mello {Merlou)^ Dreu de — , 
Guillaume de — . 

Melun [Meleûn]^ Adam de — . 

Merabel, Mirebeau. 

Merleberge, Marlborough. 

Merlin, ses prophéties, 2703, 
15222. 

Merlou, Mello. 

Messine (Meschines) 9736, 9777. 

Mestenon, Main tenon. 

Meulan [Mellent)^ Amauri de — . 

Milli 1H17 (note), 11124. 

Milon de Ghâlons, chevalier 
français, 4513 (note). 

Mirebeau (Merabel, Mirabel) 
12060 (note), 11145, 12411. 

Moliherne, Mouliherne. 

Molins, Moulins[-la-Marche]. 

Monceaux (A/oncea/5),Guillaume 
de — . 

Monmouth (Monemue)^ Jean 
de — . 

Montchensi {Montchenesi)^ Ga- 
rin de — . 

Montfort-le-Rotrou (le Retrot) 
8377 (note). 

Montfort [ - sur- Risle ] 12769 
(note). 

Montigni, Guillaume de — . 

Mont-Joux (Monigieu, Mongiu) 
2900, 4470, 17939. 

Montmirail (Monmyrail) 7887 
(note). 

Montmirail-en-Brie (Montme- 

rals-en-lirie) 6674. 
Montmorenci, le seigneur de 
— (Bouchard V) 2139 (note). 
Montoire (Montorie) 4444 (note). 
Montsorel 16092, 16117. 



TABLE. 



295 



Morgan de Caerleon {Carlïon) 

17748, 17763, 17777, 17808, 

17838. 
Moriz de Greon, Maurice de 

Graon. 
Mortagne {Moretaingne) 5840. 
Mortemer, Guillaume de — . 
Mouliherne (Moliherne) 9441. 
Moulins[- la- Marche] {Molins) 

8070 (note), 8117. 
Musart, Raoul — . 

Nantes, le pont de — 14826. 
Navarre 7593. 

Neauphle(i^ëau/îe), Simon de — . 
Neubére, Newbury. 
Neuville, Eustache de — . 
Nevers, le comte de — 16079 

(note). 
— , Renaut de — . 
Newark [upon Trent] {Newer) 

15152 (note), 16201. 
Newbury {Neubere) 399. 
Newent(identification douteuse, 

ms. nendre went) 18174. 
Newer, Newark. 
Nicole, Lincoln. 
[Nicole de la Haie], gardienne 

du château de Lincoln, 16491 

(note). 
Nogent[-le-Roi], tournoi entre 

Maintenon et — 3681. 
Nogent[-le-Rotrou] 8348. 
Nontron (Lautron) 11759 (note). 
Norhantone, Northampton. 
Norhumbcrlande, Northumber- 

land. 
Normandie {Normandie, Nor- 

mendie) 25, 745, 1521, 1543, 

3182, 3189, 5218, 5697, 6388, 

7190, 7332, 7364, 8902, 9453, 

9998, 10350, 10432, 10578, 

12005, 12552. 
Normands 989, 1212, 2579, 

2783, 5035, 5576, 6027,0373; 

chevaliers — au tournoi de 

Lagni-sur-Marne, 4645. 
Norrois {Nosreis) 10181 (note). 
Norrois, Henri le — . 
Northampton {Norfiantone) 

16125. 



Northumberland {Norhumber- 

lande) 14655. 
Norwicn(yVorDî2) 15741 ; 1 evêque 

de —, grand juge d'Irlande, 

14120 (note). 
Notelée, Nutley. 
Nottingham [Nothingaham, No- 

tinguehan, Nothingue/iam) 

9890 (note), 10180, 14457, 

16105, 16236. 
Nouvelle ville {Novele vile) 

13569 (note). 
Nutley {Notelée)^ Tabbé de — 

18610 (note), 18884. 

Ocancelei (Okanceleie) 13475 

(note). 
Odart, Heimeri — . 
Odo, lieu en Irlande, 13833 

(note). 
Odo del Plaissié, Eudes du 

Plessis. 
Okanceleie, Ocancelei. 
Opledane (Upleadon?) 18239. 
Orford {Orofort, corrigé en Ore- 

fort) 15741 (note). 
Orival, la roche d'— 10532 

(note). 
Orléans {Orliens) 4490. 
Osbert de Rouvrai {Hovreis) 

7616 (note). 
Osory {Oserie) 13475 (note). 
Ou, Eu. 

Paci [-sur-Eure] 7805 (note), 
7811. 

Paien, Renaut — . 

Pandolfe, légat du pape, 17940, 
17953, 18064, 18095, 18112, 
18926. 

Parc, le — 8499. 

Paris 2132, 8322. 

Parthenai 2132. 

Patrice, comte de Salisbury {Pa- 
triz de Salesbire)^ fait la guerre 
à Jean le Maréchal, 146 (no- 
te) ; a le dessous, 344 ; s'ac- 
corde avec Jean le Maréchal 
et lui donne sa s(eur Sibile 
en mariage, 372; fait bon ac- 
cueil à Guillaume le Maré- 
chal, son neveu, 1559 ; accom- 



Î96 



TABLE. 



le Henri II en Poitou 
(1168), 1592; est chargé par 
lui d escorter la reine, 1615; 
est tué par les Poitevins, 1648 
(note). 

Pays d'aval (Avalterre, Avau- 
terre) 1518, 2925, 3893. 4468 
(note). 

Peissi, Poissi. 

Peitevin, Poitevins. 

Pembroke (Pembroc) 14256. 

Perche, le — 5840. 

— le comte du — 16343, 16704, 
16725; sa mort, 16738. 

Philippe [ - Auguste ] , roi de 
France. Accorde au Maré- 
chal des lettres de sauf-con- 
duit pour le roi Henri II 
(1183), 6633. A une entrevue 
avec Henri II, et tous deux 
prennent la croix (H88), 7327 
(note). Fait la guerre à Hen- 
ri II et lui enlevé Ghàteau- 
roux, 7351. Entrevue avec 
Henri II à Gisors, 7368 (note). 
Il lui fait proposer de vider 
leur querelle par un combat 
auquel prendraient part de 
chaque côté quatre cheva- 
liers, 7475. Cette proposition 
n'aboutit pas, et Philippe fait 
attaquer Gisors, 7729. Il est 
repoussé, 7760. Il retourne 
en France, 7779. Fait alliance 
avec Richard, 8089. A une 
entrevue entre Soligni et 
Moulins, où il conduit Ri- 
chard (1189), 8115. Conseille 
à Henri II de donner à Ri- 
chard le Poitou, laTouraine, 
le Maine et l'Anjou, 8164. 
Repousse les propositions de 
paix du roi Henri, 8328. Il 
provoque une nouvelle entre- 
vue avec le roi d'Angleterre 
entre la Ferté[-Bernard] et 
Nogentf-le-Rotrou], 8345. Il 
prend la Ferté, 8364 (note), et 
Montfort - le - Rotrou , 8377 
(note). Il assiste à l'incendie 
du faubourg du Mans, 8745. 
Il occupe le Mans et en prend 



de vive force la tour, 8879 
(note). Il occupe Tours, 8913 
(note). 8a dernière entrevue 
avec Henri II, 8935. Conclut 
une trêve, 9031. 8e rencontre 
à Vezelai avec le roi Richard, 
9678, 9720. Se rend en Terre 
sainte, 9739. Aborde à Acre, 
9791. Y tombe malade, 9797. 
Revient en PVance pour agir 
contre Richard, 9800. 8'allie, 
à cet effet, avec Jean (frère 
de Richard), 9808. Accueille 
Jean, mais ne tient aucune 
des promesses qu'il lui avait 
faites, 10162. Assiège Ver- 
neuil, 10357. Entrevue avec 
Richard à Vaudreuil (1195), 
10534. Mis en fuite à Ven- 
dôme (H94), 10581. Entrevue 
avec Richard entre Vernon 
et Boutavant (1197), 10703. 
En guerre avec les comtes de 
Flandres et de Boulogne, 
10783. 8e retire, 10882. Che- 
vauche vers Gisors contre 
Richard (1198), 10924. Est 
battu et mis en fuite, 11006. 
Tombe à l'eau, au passage 
d'une rivière, et est sauvé par 
les siens, 11032. Rentre en 
France, 11051. Voyant qu'il 
avait le dessous, il se résout, 
sur le conseil des siens, à 
faire intervenir la cour de 
Rome, 11325. 8'entend avec 
le cardinal Pierre [de Ca- 
poue], qui lui est envoyé par 
Rome pour être l'intermé- 
diaire entre lui et Richard, 
11373. Demande une entre- 
vue à Richard, 11407, mais, 
au lieu de s'y rendre, y en- 
voie le cardinal (1199), 11425. 
Le cardinal ayant échoué 
dans sa démarche, le roi Phi- 
lippe obtient une trêve par 
l'entremise de l'archevêque 
de Reims, 11705. Après la 
mort de Richard, il reçoit 
l'hommage de Jean, 11948. 
Il lui fait la guerre, 12008. 



TABLE. 



297 



Les deux rois font la paix, la 
nièce de Jean devant épouser 
Louis, fils du roi de France 
(1200), 12012. Recommence 
ses attaques contre Jean, 
12031. Fait à Guillaume des 
Roches des promesses men- 
songères pour l'attirer à lui, 
12451. Assiège Arques (1202), 
12044. Lève le siège quand il 
apprend la victoire de Jean à 
Mirebeau, 12207. Essaie vai- 
nement de surprendre le Ma- 
réchal et les siens qui le sui- 
vaient dans son mouvement 
de retraite, 12268. Reçoit 
l'hommage de Robert d'Alen- 
çon, 12G15. Prend Gonches 
(1203), 12675. Dit au Maré- 
chal son opinion sur les 
traîtres, 12696. Reçoit, au 
Bec, le Maréchal et* Robert 
de Leicester, 12861. Entre en 
possession de Rouen (1204), 
12932. Reçoit l'hommage du 
Maréchal," 12989. Assiège 
Caen, 13026. Voit sa flotte 
détruite par les Anglais à 
Dam (1213), 14625. Victoire 
sur l'empereur et ses alliés 
(Bouvines), 14788. Apprend 
avec douleur la défaite des 
Français à Lincoln (1217), 
17085- Porte témoignage de 
la valeur du Maréchal, 17096, 
17610. Faitenvoyerdu secours 
à son fils Louis, 17109. Après 
la défaitede la flotte française, 
il mande à son fils, sur l'avis 
de son conseil, de revenir en 
France, 17617. Apprend la 
mort du Maréchal (1219), 
19113, et dit que c'était 
l'homme le plus loyal qu'il 
eût connu, 19149. 
Philippe, clerc, 18685. 

— d'Aubigni [Phelipes d'Au- 
beinqni) 15339 (note), 15785, 
15800, 16005, 17270. 

— de Colombiers, chevalier 
normand, f)artisan do l'impé- 
ratrice Mathildc, 179 (note). 



Philippe de Golombiers, fils du 
précédent, 8811 (note), 8866. 

— [Felipes, Phelipes) comte de 
Flandre. Sa renommée, 2465. 
Attaque Drincourt,834 (note). 
Fait bon accueil au jeune roi, 
2449. Le mène à un tournoi, 
2471 . S'efforce, à son exemple, 
de retenir à son service les 
meilleurs chevaliers, 2667. 
Sa tactique dans les tournois, 
2713. Se rend au tournoi de 
Pleurs, 2911. Manifeste son 
estime pour le Maréchal, 3064. 
Assiste au tournoi d'Eu, 3243 ; 
à celui de Maintenon, 3688; 
à celui de Lagni, 4465, 4908. 
Blâme le jeune roi de s'être 
séparé du Maréchal, 5601. 
Cherche à attirer à lui le Ma- 
réchal, 5947, 6157. Assiste au 
tournoi de Gournai, 6022. Sa 
douleur à la mort du jeune 
roi, 7173. Est avec le roi de 
France dans sa guerre contre 
Henri II (1188), 7510, 7674, 
7603, 8937. 

— de Prendergast [Prenlegast] 
13883 (note), 13970. 

— de Valognes [Valoingnes) 
1324 (note), 1334. 

Picards [Pohier] 60-20, 6374. 
Pierre fde Boudeville?], cheva- 
lier normand, 4718. 

— [de CapoueJ, légat du pape. 
Son entrevue avec le roi Ri- 
chard, 11373. 

— de Courtenai, frère du roi 
Louis VII, 2131. 

— Fils Gui, homme du roi 
Henri II, 8388 (note). 

— Fils Herbert, homme du roi 
Jean, 14359 (note), 14432, 
14465. 

— de la Rivière, chevalier du 
roi Richard, 10481. 

— de Leschans, chevalier fran- 
çais, neveu de Guillaume des 
l^arres le père, 3977 (note), 
4087, 4117, 41(;8, 4510. 

— Mauvesin (Malvesins)^ cheva- 
lier du roi Henri II, 8628 (note). 



t98 



TABLE. 



Pierre de Préaux, chevaliernor- 
mand, 4669 (aote), 4994, 5005, 
5031, 5293, 10759, 12645, 
12840, 12905. 

— des Roches, évôaoe de Win- 
chester. Assiste a la mort du 
roi Jean, 15154 (note). La 
garde du jeune roi Henri lui 
est conKée par le Maréchal, 
15604. Il conduit la qua- 
trième « bataille » à l'at- 
taque de Lincoln, 16259. Les 
arbalétriers sont placés sous 
ses ordres, 16314. Va recon- 
naître la ville, 16467. Retient 
le Maréchal, trop pressé d'at- 
taquer, 16557, 16581. Fait 
des prisonniers, 16997. Agit 
comme mandataire de Llewe- 
lyn auprès du roi (le texte 
porte « le comte • au lieu de 
« l'evesque »), 17806. Pré- 
tend que la garde du roi 
lui a i'ié confiée par les ba- 
rons, 17993, et tente de l'u- 
surper, contre la volonté du 
Maréchal, 18103. Appose son 
sceau au testament du Maré- 
chal, 18336. 

Pipart, Gilebert — . 

Pleierre, Pleurs. 

Plessis {Plaissié), Eude du — . 

Pleurs {Pleierre), tournoi à — 
2879. 

Plomquet (Plomket, Plonquet), 
Raoul de — . 

Pohier, Picards. 

Poissi iPeissi), Simon de — . 

Poitevins (Peitevin)^ se révoltent 
contre Henri II, 1570; tou- 
jours rebelles contre leurs sei- 
gneurs, 1579 (note), 12545; 
mentionnés, 2786, 6027, 
12113, 12530, 12587. 

Poitiers (Peit[i]ers) 7857. 

— le comte de — . Voy. Richard. 
Poitou (Peitou) 1610, 1907, 

2217,3893,7335,8165, 10561, 
12167, 12457, 12482, 12530, 
13097, 13286, 13295, 14823. 
Pont-de-l'Arche 10528. 



Pont-de-l'Arche, Guillaume du 
— , Robert du — . 

Ponthieu [Ponti]^ le comte de 
— 835 (note). 

Porcel, Gautier — . 

Porchester {Porecestre) 15101. 

Port, Adam de — . 

Portejoie 11576 (note). 

Portsmouth {Portesmues) 10352, 
12830, 12923, 13096, 13284. 

Poternes, Guillaume de — . 

Pré, le —, près Rouen, 12756. 

Préaux {Preials, Preals), Enger- 
ran de — , Guillaume de — , 
Jean de — , Pierre de — , Ro- 
ger de — . 

Prendergast {Prenlegast), Phi- 
lippe de — . 

Pressigni {Priseingni)^ Joubert 
de — . 

Qorin, Corin. 

Quel, sénéchal d'Arthur, le 

héros breton, 7878 (note). 
Quenci, Quinci. 
Queu, Guillaume le — . 
Quinci, Robert de —, Sahier 

de — . 
Quingestone, Kingston. 

Radignes, Reading. 

Ranvol, Renaut. 

Raoul d'Ardene, chevalier nor- 
mand, 11799 (note), 13006, 
13029. 

— Farci, favori du jeune roi, 
5367. 

— Fils Godefroi, chambellan 
du jeune roi, 6528 (note), 
6553, 6569, 6599. 

— Fils Paien, 13749 (note), 
13840. 

— de Glanville, grand juge 
d'Angleterre, 8275 (note), 
8300,9515. , 

— de Hamars, chevalier nor- 
mand, 4699 (note), 5176, 
5255. 

— de Lens 6773. 

— Musart, chevalier anglais, 
15406, 15433. 

— de Plomquet {PUmiket, Pion- 



TABLE. 



299 



çwei), chevalier flamand, 4569, 
8627. 
Raoul de Saint-Sanson, gouver- 
neur du jeune Henri III, 1 5261 
(note). 

— de la Tournelle, chevalier 
français, 17147 (note), 17416. 

Reading [Radignes, Radingnes)^ 
conseil tenu à — 17943, do- 
nation à l'abbaye de — 18999 ; 
le corps du Maréchal y est tem- 
porairement déposé, 19002. 

— l'abbé de — 18912, 18963. 
Reims, l'archevêque de — 

(Henri de France) , 2322 ; (Guil- 
laume aux Blanches-Mains), 
6644 (note), 8938, 11705. 

Reinal Croc 16741 (note). 

Reinfrei Fils Paien (le même 
que Raoul Fils Paien?) 13496 
(note). 

Renaut {Renaît, Reinalt) de 
Dammartin, comte de Bou- 
logne, 8617 (note), 8652, 9389 
(note), 9400, 10692, 13007, 
13013, 14607, 14736. 

— {Renaît) Fils Herbert, che- 
valier anglais, 9386 (note), 
9405. 

— {Ranvol, Reinalt) de Kede- 
ville, homme du Maréchal, 
9622, 9626, 9629. 

— {Renaît) deNevers 3720 (note). 

— Paien de Guernesey {Gerne- 
ste) 17405. 

— de Vassonville [Reinalz) 4675. 
Ressons {Résous)^ tournois près 

de — 2473 (note), 5492, 5976, 
6196. 

Revel, Guillaume — . 

Richard, second fils de Henri II, 
comte de Poitiers, puis roi 
d'Angleterre (1189). En dé- 
saccord avec ses frères Henri 
et Geoffroi, ^17. Maltraite 
les hommes de sa terre, 6319, 
Secouru par son père (1183), 
6367. Est d'abord avec son 

fȏre dans la guerre contre 
Philippe- Auguste (1188), 
761 î). Sn rond à Château roux, 
7853. 8'allie au roi de France, 



8089. Vient avec celui-ci à 
l'entrevue de Bonmoulins 
(1189), 8127. Quitte son père 
sans prendre congé, 8189. 
Mande ses hommes par toute 
sa terre, 8247. Empêche les 
négociations tentées par Hen- 
ri Il en vue de la paix, 8323. 
Assiste à l'entrevue de la 
Ferté-Bernard, 8348. Pour- 
suit son père, qui se retirait 
du Mans, 8803. Son cheval 
est tué par le Maréchal, 8845. 
Son entrevue avec le Maré- 
chal après la mort du roi, 
9304. Envoie le Maréchal en 
Angleterre, 9347. Fait di- 
verses donations à ses cheva- 
liers, 9392. Investi à Rouen 
du duché de Normandie, 9555 
Couronné à Saint-Paul de 
Londres, 9567 (note). Ses 
libéralités envers son frère 
Jean, 9575. Intervient entre 
celui-ci et le Maréchal, 9593. 
Se prépare à aller en terre 
sainte, 9637. Prend rendez- 
vous avec le roi de France, 
9675. Institue un conseil pour 
gouverner l'Angleterre en 
son absence, 9683. Se ren- 
contre avec Philippe-Auguste 
à Vezelai, 9723. S'embarque 
à Marseille, 9732. Passe l'hi- 
ver à Messine, 9736. Prend 
Cypre, 9794. Porte témoi- 
gnage de la lovauté du Maré- 
chal, 9845, 98o6. Fait prison- 
nier, 9820. Mis à rançon, 
9967. Revient en Angleterre 
(1194), 10012. Est rejoint à 
Iluntingdon parle Maréchal, 
à qui il adresse ses remercî- 
ments, 10081. Assiège et 
prend Nottingham, 10177. 
Donne raison au Maréchal, 
qui refusait de lui faire hom- 
mage pour sa terre d'Irlande, 
10319. Couronné de nouveau 
à Winchester, 10341 (note). 
S'embarque pour la Norman- 
die, 10352. Reçoit, à Lisieux, 



300 



TABLE. 



la visite de son frère Jean et 
lui pardonne ses méfaits, 
10376. Est partout bien ac- 
cueilli en Normandie, 10429. 
Passe par Chambrais, 10453, 
par Laigle, 10464, par Tu- 
bœuf, 10465. Secourt Ver- 
neuil assiégé par le roi de 
France, 10468. Prend Beau- 
mont-le-Roger, 10518 (note). 
A une entrevue à Vaudreuil 
avec le roi de France, 10534. 
Fortifie l'île d'Andeli, 10579 
(note). Met en déroute l'ost 
de France à Vendôme, 10581 
(note). Assiège et prend 
Vierzon (1196), 10680 (note). 
Envoie le Maréchal aux comtes 
de Flandre et de Boulogne, 
qui deviennent ses hommes, 
10688. Entrevue avec le roi 
de France entre Vernon et 
Boutavant(H97),10702(note). 
Envoie le Maréchal et plu- 
sieurs autres chevaliers aux 
comtes de Flandres et de 
Boulogne, 10745. Prend Gour- 
celles (1198), 10909 (note). 
Attaque et met en fuite le 
roi de France à Gisors, 10924. 
Retourne à la Roche d'An- 
deli, 11052. Séjourne à Gour- 
nai, 11106. Rassemble des 
troupes à Gerberoi, 11112. 
Chevauche vers Milli, 1H17, 
et s'en empare, 11240. Re- 
çoit l'évêque de Beauvais, 
fait prisonnier par Marcadé, 
11277. Entrevue avec le légat 
Pierre [de Capoue] (1199), 
11373. Se rend en Limousin, 
11753. Assiège Nontron et y 
est blessé à mort, 11759. En- 
voie au Maréchal des lettres 
par lesquelles il le fait gardien 
de la tour de Rouen, 11776. 
La nouvelle de sa mort est 
portée à Rouen, 11833. 

Richard d'Argences, chevalier 
normand, 7527 (note), 7605. 

— de Berkeley {Berkelai)^ che- 
valier anglais, 4639 (note). 



Richard de Clifford, chevalier 
anglais, 7940 (note). 

— de Ferrières {Ferriers)y che- 
valier anglais, 15340. 

— Fils Herbert, chevalier an- 
glais, 8575. 

— Fils Renier, l'hôte du Maré- 
chal à Londres, 9523 (notej. 

— , fils du roi Jean, 17268, 
17308, 17377. 

— le Maréchal, deuxième fils 
de Guillaume le Maréchal, 
14883 (note); remis au roi 
Jean à titre d'otage, 13366, 
13419; confié par le roi à 
Thomas de Samford, 14573; 
emmené par le roi en Poi- 
tou, où il faillit mourir de 
maladie, 14708; se trouvait à 
la cour de Philippe-Auguste 
au moment de la mort de son 
père, 19120. 

— de Samford, chevalier an- 
glais, partisan de Louis, 
16977 (note). 

— de Villequier, chevalier nor- 
mand, 7525 (note), 7604. 

Rivière, Pierre de la — . 
Robert, comte d'Alençon, 12610 
(note). 

— de Beaurain (Beàlreim)^ che- 
valier flamand, 4587. 

— de Bloc, chevalier angevin, 
4739. 

— de la Borne, chevalier an- 
glais, 4633. 

— de Bouvresse (Bouvreche)^ 
chevalier français, 4533. 

— de Buisson, 'chevalier nor- 
mand, 4703 (note). 

— Chaperon, chevalier nor- 
mand, 4700. 

— de Colombiers, chevalier an- 
glais, 17770. 

— de Courtenai, chevalier fran- 
çais, 17146 (note), 17414. 

— , comte de Dreux (fils de 
Louis VI?) 4489 (note), 6647. 

— , comte de Dreux (Robert II, 
fils du précédent) 7515, 7673, 
7735. 

— , comte de Dreux (Robert III, 



TABLE. 



301 



fils du précédent) 14827 
(note). 
Robert d'Estouteville, chevalier 
normand, 4657 (note). 

— Fils Gautier, chevalier an- 
glais, 461 5 (note), 16935 (note). 

— le Breton, chevalier anglais, 
4643 (note). 

— , comte de Leicester, 12857 
(note), 13327 (note). 

— de Londres, chevalier an- 
glais, 4621 (note). 

— de la Mare, chevalier nor- 
mand, 4707 (note). 

— du Pont de l'Arche, beau- 
frère du Maréchal (?), 7265 
(note). 

— de Quinci (Quenci) 16937 
(note). 

— de Ropelai, chevalier anglais, 
partisan de Louis de France, 
16686 (note). 

— de Sablé {Sabloil)^ l'un des 
chefs de la flotte de Richard, 
9670 (note). 

— de Sou vile {Sovile), maréchal 
de l'hôtel du roi, 8389, 8413, 
8439. 

— de Touberville (TrublevUle), 
chevalier normand , 4682 
(note). 

— de Tresgoz, chevalier nor- 
mand, 4693 (note), 8546, 
8564. 

— de \er, comte d'Oxford, 
19010 (note). 

— de Wanci, chevalier anglais, 
4625. 

Rochefort, Simon de — . 

Roches, Guillaume des — , 
Pierre des — . 

Rochester {Rouvecestre) 15072, 
15096, 16007-9. 

Roëem, Rouen. 

Roger de Boudeville ( Bonde- 
vile) ^ chevalier normand, 
4717. 

— Bigot, comte de Norfolk, 
13336. 

— de Gaugi, chevalier flamand 
de la mesnie du jeune roi, 
3385 (note), 4583, 6414, 
15159 (?). 



Roger de Hardeincourt, cheva- 
lier flamand, 4599 (note). 

— Malchaël, garde du sceau de 
Henri II, 9051 (note), 9059, 
9065, 9069. 

— de Préaux, chevalier nor- 
mand, 4669 (note). 

— Torel, connétable de la Ferté- 
Bernard, 8360, 8366. 

Rogi, Rougé. 

Rollant Bloët, chevalier anglais, 
17766 (note). 

Rome 6424, 18946, 19064; la 
cour de — 11352, 11363, 
11450. 

Ropelai, Robert de — . 

Rossel, Henri — . 

Rouen (/îoèm), Henri II à — 
1608, 5655. Le jeune roi en- 
terré à Notre-Dame de — 
6971, 7157, 7165. Le Maré- 
chal bien reçu parles citoyens 
de — 12318^ Grand incendie, 
12707. Le roi Jean à— 12705 
(note), 12783, 12797. Confié 
à la garde de Pierre de 
Préaux. 12840. Assiégé par 
Ph.-Aug. ,12902. Conventions 
faites avec Ph.-Aug. pour le 
cas où Rouen lui serait rendu, 
12912. Ph.-Aug. saisi de 
Rouen, 12932. Mentions, 
1605, 4672, 12578, 12860. La 
Tour de Rouen donnée en 
garde au Maréchal, 11781, 
11813, 11844. Etienne de 
Longchamp y est empri- 
sonné, 12713. 

Rougé {Rogi)^ Bon-Abbé de — . 

Rouvecestre, Rochester. 

Rouvrai (Rovreis, Rovrei), Jean 
de — , Osbert de — . 

Rye 15790 (note), 15860. 

Sablé (Sabloil)^ Robert de — . 
Sahier (Secliiers) de Quinci, 

comte de Winchester, 16933 

(note). 
Saint-Brice (Seint Briz), tournoi 

entre — et Bouere 1382 (note). 
Sainte-More, Aimeri de — . 
Sainte-Suzanne 8907 (note). 
Saint-Jacques (Seiîit Jame)^ 70. 



302 



TABLiT. 



Saint- Jame ( Sainte -Jamme- 
8ur-Sarthe ?), tournoi entre 
— et Valennes 1202 (note). 

Saint-Mathieu 5706 (note). 

Saint-Michel. Jean de — . 

Saint-Omer, le châtelain de — 
17374 (note). 

Saint-Paul, à Londres, 9569. 

Saint-Pierre-sur-Dive 7192. 

Saint-PoL le comte de — 5995 
(note), 6031, 6080, 6126. 

Saint-Sanson, Raoul de — . 

Saint-Servin, Gorin de — . 

Saint- Valeri, Bernard de — . 

Salisbury (Salesbires) 1558-9; 
l'évoque de — 18337. 

— {Salesbere, Salesbire)^ Guil- 
laume de — . 

-— , Patrice, comte de — . 
Samford, Hue de —, Richard 

de — , Thomas de — . 
Sanche (Seinces)^ riche routier, 

créancier du jeune roi, 7004, 

7023, 7038, 7078, 7115, 7126. 
Sandwich {Sanwiz) 17187, 

17265. 
Sarrazins 11827. 
Saumur 9446. 

Sauqueville, Jourdain de — . 
Savari de Mauléon {Savari, 

Saveri de Mallion) 12158, 

12543, 15713. 
Sechiers de Quenci, Sahier de 

Quinci. 
Seez (Ces) 12607. 
Seine 12755. 

Seint Galeri, Saint- Valeri. 
Semilli 11118 (note). 
Sépulcre, le Saint — 6897. 
Sériant, Geffrei de — . 
Sessons, Soissons. 
Shoreham (5or/iam)l 5875 (note). 
Shrewbury {Estroburges) 691. 
Sibille (Sibire)^ sœur de Patrice 

de Salisbury, seconde femme 

de Jean le Maréchal, premier 

du nom, 372, 624, 633. 

— (Sebire), troisième fille du 
Maréchal, mariée au fils du 
comte de Ferrières, 14937 
(note), 18517. 

Sicile {Ceszire). chevaux de — 
2935. 



Silli, Guillaume de — . 

Simon de Glermont, frère du 
comte Raoul de Glermont, 
3858. 

Simon de Mares, chevalier an- 
glais, 4623 (note). 

— [de Montfort], chevalier 
français, 4508 (note). 

— de Neauphle {Nëaufle), che- 
valier français, 2827. 

— de Poissi* (Peissi)^ partisan 
de Louis de France, 16342 
(note), 16960. 

— de Rochefort, chevalier fran- 
çais, 4495 (note). 

Soissons (Sessons) y le comte de 
— 4535 (note). 

Soleingni , 8oligni[-la-Trappe] 
et Subligni. 

Soligni[-la-Trappe] (Soleingni) 
8070 (note), 8117. 

Sorel, tournoi entre Anet et — 
2474 (note) ; autre tournoi au 
même lieu, 3889. 

Sorham, Shoreham. 

Southampton ( Suvhantone ) 
15101, 15986 (?). 

Souville, Robert de — . 

Stokes [d'Abernon] (Estokes) 
9549 (note). 

Striguil ( Estrigoil , Strigoil ) 
10018, 13371. 

^, la dame de — (Isabelle de 
Glare, comtesse de Striguil 
et de Pembroke, femme de 
Guillaume le Maréchal), ap- 
pelée souvent t la comtesse ». 
Promise au Maréchal par 
Henri H, 8303 (note). Donnée 
au Maréchal par Richard, 
9369. Remise par Raoul de 
Glanville au Maréchal, 9513. 
Épousée à Londres, 9537. 
Dissuade son mari de donner 
son second fils en otage au 
roi Jean, 13387. Gonfiée par 
son époux à la loyauté de 
ses hommes d'Irlande. 13532. 
Souffre de l'hostilité ae Mei- 
lier, 14097. Met son sceau au 
testament de son époux, 
18330. Reçoit les adieux de 
celui-ci à 'son lit de mort, 



TABLE. 



303 



18367. Assiste à ses derniers 
moments, 18865 Donne à 
l'abbaye de Reading cent 
sous de rente pour l'âme de 
son mari, 18997. Mentionnée, 
13821, 13875, 13915, 14021, 
14068. 

Subligni (Soleingni)^ Jean de — . 

Suite, Syrie. 

Sulïens, Syriens. 

Surrey (Surr[i]e) 1552. 

Susanne, sainte — 5458. 

Syrie {Sulie) nil, 7347, 9790, 
*9826. 

Syriens (Sulïens)^ la terre des 
— 11515. 

Tacon, Hugues — . 
Talebot, Girard — . 
Tancarville 765. Voy. Cham- 
bellan, le — . 
Temple, le — , à Jérusalem, 7290. 

— le — , à Londres 18234, 
18325, 18357. 

Templiers, les — (la comman- 
derie de Ballan, près Tours), 
8957 (note). 

Thibaut (Tiebauz), marin an- 
glais, 17425. 

Thibaut {Tiebans, Tiebaul, Tie- 
bault, Tiebalt)^ le comte — 
(Thibaut V, comte de Blois 
et de Chartres) 2917 (note), 
3061, 4042, 4342, 6649, 7671. 

— (Tiebaul) le bouteiller 9612 
(note). 

— de Vallangoujard {Tiebalz de 
Valengoujart), chevalier fran- 
çais, 4519 (note). 

Th'ierri (Tiesri)^ messager qui 
apporta la nouvelle de la 
mort de Richard, 11833. 

Thomas Basset, chevalier an- 
glais, 16822 (note), 18308. 

— Blouet {Dloët), messager du 
roi Jean, 13662 (note), 13700, 
13757. 

— de Coulonces (Cholonces, Co- 
lonzes)^ chevalier normand, 
4697 (note), 5155. 

— (ms. Tonin, par erreur) Fils 
Antoine, homme du Maré- 
chal, 13510 (note). 



Thomas Malesmains, chevalier 
normand fait prisonnier à 
Bouvines, 14818 (note). 

— de Samford, chargé d'un 
message par le roi Jean, 13362 
(note), 13385, 13400, 13409; 
otage pour le Maréchal, 14327, 
14456 ; chargé d'amener à 
Gloucester le jeune Henri HI, 
15246. 

Tiebauz, Tiebalz, Thibault. 

Tiesri, Thierri. 

Tinteniac (Tm^mmc), Guillaume 
de — . 

Tiois4468 (note), 6021. 

Torel, Roger — . 

Torksey [Torkesie] 16238. 

Toroingne, Torroigne, Touraine. 

Touberville {Trublevile), Guil- 
laume de —, Robert de — . 

Touraine (Toroingne, Torroigne) 
3188, 8904, 8166. 

Tournelle [Tornele]^ Raoul de 
la — . 

Tournois, voy. Anet, Bouere, 
Épernon, Eu, Gournai, Joi- 
gni, Lagni, Maintenon, No- 
gent, Pleurs, Ressons, Saint- 
Brice, Sainte-Jame, Sorel, 
Valennes. 

Tours [Tors) 2025, 8263, 8913, 
8929, 8944, 9054, 9060. 

Tresgoz, Robert de — . 

Trihan, Guillaume de — . 

Trois Rois, les — , à Cologne, 
5466, 6176, 6192. 

Troo [Trou) 2036 (note). 

Trublevile, Touberville. 

Tubœuf {Tueboef) 10465 (note), 
10487. 

Turcs {Turs) 12099. 

Ulster (Welueslire)^ le comte 
d' — (Hugues de Laci) 13748 
(note), 13765, 13770. 

Val, Haï du — . 

Val de Heoil, Vaudreuil. 

Valennes {Valeines)^ tournoi 

près de — 1202. 
Vallangoujard ( Valcngoujart), 

Thibaut de — . 
Valognes (Valoingnes), Philippe 

de — . 



304 



TABLE. 



Vanci, Herlin de — . 
Varenne [Garene, Garenne, Ga- 

reine), le comte de — 12129 

(note), 12271; son ai8(?) 17269 

(note), 17630, 19005. 
Varesvatle, Whprwell. 
Vassonville, Renaut de — . 
Vaudreuil {Val de Beoil, Val de 

Roeil) 10534, 11791. 
Vendôme 2036, 10582. 
Ver, Robert de -— . 
Verdun, Bertrand de — . 
Verneuil {Vernoil) 219{ (note), 

2327, 10357, 10369, 10499, 

12575, 12776. 
Vernon 10703, 11412. 
— , Baudouin de — . 
Vezelai ( Verzalai , Verzelay) 

9678, 9723. 
Vienne ( Viane), Geoffroi de — . 
Vierzon {Virson) 10680 (note). 
Viliequier, Richard de — . 
Virson, Vierzon. 
Voingne, Huisne. 
Volstam, Wulstan. 

Waleis, Gallois. 

Wales, Gualon. 

"Walincourr {Waleincort)^ Ma- 
thieu de — . 

"Wallingford [Walingofort)^ 
Brien de — . 

Walter d'Ely, chevalier anglais, 
4627 (note). 

Waltier, Gautier. 

Wanchier, chevalier français, 
4527. 

Wanci, Robert de — . 

Wartemberge, Guizelin de — . 

Watier, Gautier. 

Waus, Willekin de — . 

Wells [Welles), Hugues de — . 

Weluestire, Ulster. 

"Westminster [Westmostier] 
19089. 

Wherwell ( Varesvallé)^ 2 (note). 

Wicklow ( Winguengelou) 14186. 

Wigford ( Wikefort) 1 6775 (note) ; 
le pont de — 16828 (note). 



Wilekin (Wilikin), valet au 

service de Sibille, mère du 

Maréchal, 631. 
Wilenque, Huisne. 
Willaume, Willeime, Willeme, 

Willeume, Guillaume. 
Willekin de Waus 15116 (note), 

15805. 
Winchel8ea( W^mc/ienc5e/) 15769 

(note). 

— ( Winchesai)^ Etienne de — . 
Winchester {Vincestre^ Winces- 

tre), assiégé par l'impératrice 
Mathilde, lé8 ; secouru par 
le roi Etienne, 184, 268, 285, 
309. La reine Aliéner à — 
9509. Le roi Richard y est cou- 
ronné, 10341 (note). Pris par 
Louis de France, 15100. Les 
châteaux de — assiégés par 
Guillaume le Maréchal, le tils, 
et par le comte de Salisbury, 
15894. La ville de — pillée 
parles défenseurs du château, 
15928. Le plus petit des deux 
châteaux pris, 15944 ; le plus 
grand assiégé par le Maré- 
chal, 15982. Les fortifications 
de — réparées par Louis, 
16968. Mentionné 14456, 
16085. 

— le comte de —, voy. Sahier 
de Quinci. 

— l'évêque de — , voy. Pierre 
des Roches. 

Windsor {Windesores)^ occupé 
parle comte Jean (1 193), 9892 ; 
assiégé par les partisans de 
Richard, 9896; se rend, 9955. 

Winguengelou, Wicklow. 

Wirecestre, Worcester. 

Wissant (Wizant) 2438 (note). 

Worcester (Wirecestre, ms. 
mncesfre) 15206,15213,15231, 
17789. 

Ypocras, Hippocrate. 
Ysabel, Isabel. 
Yvri, Ivri. 



INTRODUCTION 



Guillaume le Maréchal mourut le 14 mai 1219 chargé 
d'ans et d'honneurs. Pendant environ quarante ans il avait 
joué un rôle d'abord modeste, comme il convenait à un 
simple chevalier, puis de plus en plus important, dans les 
affaires de son pays. Depuis la mort du roi Jean, en 1216, 
il avait, comme régent du royaume et gardien du jeune 
roi, exercé le pouvoir suprême en des circonstances profon- 
dément troublées, et s'était tiré avec honneur de diflScultés 
où la dynastie angevine avait failli sombrer. 

La biographie versifiée qui fut consacrée à sa mémoire 
peu d'années après sa mort n'est pas seulement un docu- 
ment historique de premier ordre et une œuvre littéraire de 
grande valeur, c'est encore le type le plus remarquable d'un 
genre dont il ne nous est parvenu que de rares spécimens. 
Il dut arriver fréquemment que les héritiers d'un homme 
qui avait illustré leur famille aient pris soin de conserver 
sa mémoire, en faisant écrire sa vie par un clerc ou par 
un de ces jongleurs qui fréquentaient les cours des sei- 
gneurs et vivaient de leurs libéralités. Ces récits biogra- 
phiques ont dû, à l'origine, lorsqu'on ne les écrivait pas 
en latin, prendre la forme de chansons de geste. Telle est 
sûrement l'origine de poèmes tels que Girart de Rous- 
sillon ou Raoul de Cambrai, sous leur forme la plus 
ancienne. Plus tard, lorsque les romans d'aventure eurent 
mis à la mode les vers octosyllabiques à rimes accouplées, 

a 



I[ INTRODUCTION. — I. 

les récits de ce genre furent rédigés dans la' forme des 
poèmes de Chrétien de Troyes ou de Gautier d'Arras. Et 
enfin, lorsqu'on trouva que les ornements de la poésie con- 
venaient mal à l'exposé de faits réels, on se mit à rédiger 
en prose ces sortes d'ouvrages. Quelle que fût la forme 
adoptée, les écrits composés dans un intérêt en quelque 
sorte familial n'avaient qu'une publicité restreinte. Après 
quelques générations on cessait de les lire; on ne prenait pas 
soin d'en faire de nouvelles copies, et ils tombaient dans 
l'oubli. Le livre de Joinville sur la vie de saint Louis n'est 
guère sorti, jusqu'au temps où il fut imprimé pour la pre- 
mière fois (1547), de la famille royale et de la famille de 
son auteur. Quoi de surprenant si de l'histoire de Guillaume 
le Maréchal, composée pour une famille dont la lignée mascu- 
line s'éteignit en 1245, il ne nous est parvenu qu'une seule 
copie? C'est aussi un manuscrit unique, et de plus incomplet, 
qui nous a conservé le poème sur la conquête de l'Irlande sous 
Henri II, où sont relatés les actes du roi irlandais Dermot, 
et vraisemblablement composé à la demande de sa petite- 
fille Isabelle de Clare, la femme de notre Guillaume le 
Maréchal*. Beaucoup de poèmes, nous ne devons pas en 
douter, ont été composés dans les mêmes conditions et se 
sont perdus pour le plus grand dommage des études histo- 
riques. 

Nous verrons plus loin par suite de quelles circonstances 
le manuscrit unique de l'Histoire de Guillaume le Maréchal 
est resté si longtemps inconnu et inutilisé. 

I. L'AuffeuR DE l'Histoire. Circonstances et date 

DE LA composition. 

Les derniers vers du poème forment une sorte d'épilogue 
1. C'est, du moins, ma conjecture; voy. Romania, XXI, 448. 



CIRCONSTANCES ET DATE DE LA COMPOSITION. m 

OÙ des renseignements précis nous sont donnés sur les cir- 
constances dans lesquelles l'ouvrage a été composé. Pour 
être précis, ces vers ne laissent pas de présenter sur un 
point important quelque obscurité. Il convient donc de 
transcrire ici tout le passage et de peser la valeur de 
chaque mot : 

Ci fine la vie del conle 

Mareschal, qui a tant se monte 

Qu'en toz lius ou ele iert oïe 
>I9I68 Deit estre amée et esjoîe. 

Tuit cil qui en ce se porvirent, 

Qui ceste estorie feire firent 

I de[i]vent estre amenteu, 
-19^72 Si qu'il seit o): e seii 

De cels qui [le] livre orrunt lire 

Qui fu qui dona la matire, 

Quil fist fère e qui tôt le cost 
-19476 En a soufert, que qu'il li cost. 

Li buens fiz iert avant nomez, 

Li cuens Willeme, renomez 

De bien fère, ce seivent tuit, 
494 80 Car de bone arbre vient buen fruit. 

Quant conseillié li fu por veir 

Nel la[i]ssast puis por nul aveir 

Qu'il ne fust fèz ; bien pert a ore 
49484 E plus i parra il encore. 

Bien i parut e nuit e jor 

Que cil ama molt son seignor 

Qui la matire en a portrète, 
494 88 Merci Dieu, tant qu^ele est bien fête : 

C'est Johan d'Erlée, por veir, 

Qui cuer e pensée et aveir 

I a mis, et il i pert bien, 

Cf. Round, The Commune of London and other Studies (Westmins- 
ter, Archibald Gonstabie and G°), p. 150. 



IV INTRODUCTION. — I. 

49492 De ce ne deit nus doter rien. 

Buen^ amors en toz biens se prueve; 

Certes, ce n'est mie conlrueve. 

Car Johans s'est bien esprové 
-19496 Qui cest livre a fèt e trové. 

Ë Dex, qui les biens gueredone 

As buens e tote joie done, 

Dont la joie de paradis (/*. 427 b) 

49200 A cels qui s'en sunt entrerais ! 

Quant [li] lignages, frère e suers, 

Orront ce, molt lor iert as cuers 

Que li buens Mareschas lor frère 
4 9204 Willemes a fet de lor père 

Feire tele uevre cum cestui. 

E Dex lor dount joie de lui, 

Car bien sai que molt s'esj orront 
49208 De cest [livre], quant il l'orront, 

Por les granz biens e por l'enor 

Qu'il orront de lor anseisori 

Ci fine del conte l'estorie ; 
49242 E Dex en perdurable glorie 

Dont que la sue ame soit mise 
Et entre ses angles assise I Amen. 

De ces vers se déduisent clairement les notions qui suivent : 
l'' Le poème fut composé à la demande de Guillaume le 
Maréchal, fils aîné du régent d'Angleterre et, après lui, 
comte de Pembroke. C'est ce fils aîné qui a fait faire Tou- 
vrage sans la participation de ses frères et sœurs (v. 19201- 
19205). 

2" L'idée première de cette composition n'appartient pas 
au fils aîné du Maréchal. Il a suivi un conseil qui lui était 
donné (v. 19181). L'auteur ne dit pas nettement qui fut, 
en cette occasion, le conseiller, mais on peut induire de 
l'ensemble du passage que ce fut le fidèle écuyer du Mare- 



CIRCONSTANCES ET DATE DE LA COMPOSITION. v 

chai, son compagnon dans la bonne comme dans la mau- 
vaise fortune, Jean d'Erlêe, dont la biographie sera esquis- 
sée dans le prochain chapitre. Lorsque l'auteur annonce 
l'intention de mentionner tous ceux qui ont pris part à la 
comppsition de l'histoire (v. 19169-76), il a certainement en 
vue le fils aîné du Maréchal et Jean d'Erlée, et peut-être 
une troisième personne, comme nous Talions voir. La part 
du premier a consisté à faire les frais de la composition : C'est 
sans doute lui « qui tôt le cost en a soufert » (v. 19175-6), 
c'est-à-dire qui a payé le rédacteur de l'ouvrage. Le 
second, pour sa part, a fourni la matière. C'est à Jean 
d'Erlée que se rapportent ces mots : * qui fu qui dona la 
matire » (v. 19174) et, plus loin, « qui la matire en a por- 
trète » (v. 19187). 

Jusqu'ici tout est assez clair, mais plus loin nous trou- 
vons deux vers qui soulèvent une difficulté : 

Car Johans s'est bien esprové 
Qui cest livre a fèl e Irové. 

« Fèt et trové » ne comporte pas deux interprétations ; 
il s'agit bien ici de la composition du poème, et alors se pose 
la question de savoir qui est ce Jean. Est-ce Jean d'Erlée, 
nommé un peu plus haut, ou est-ce un homonyme ? Si c'est 
Jean d'Erlée, ce personnage ne se serait pas borné à four- 
nir la matière du livre : il l'aurait lui-même mise en vers. 
Il serait entièrement l'auteur de l'Histoire. Cette interpré- 
tation me semble difficilement admissible. Sans refuser à 
Jean d'Erlée une part de collaboration considérable, puis- 
qu'il a fourni la matière du poème, probablement sous forme 
de mémoires écrits (nous verrons, en effet, plus loin que le 
poète s'est servi de notes écrites), je ne puis croire qu'il ait 
fait œuvre d'auteur au sens étroit du mot, en d'autres 



VI INTRODUCTION. — I. 

termes qu'il ait rédigé en vers la vie de Guillaume le Maré- 
chal. La perfection de la forme, la recherche de la versifi- 
cation, où abondent les rimes riches (soit léonines soit con- 
sonnantes) y et d'autres particularités, dénotent l'œuvre d'un 
trouvère de profession. Il n'y a pas lieu d'objecter que des 
seigneurs tels que Quene de Béthune, Guichart de Beaujeu, 
Thibaut de Champagne, Jean de Journi, ont composé des 
chansons ou même des poèmes. On sait bien que certains 
seigneurs s'entendirent à composer des poésies courtoises, des 
enseignements moraux. Mais, l'Histoire de Guillaume le 
Maréchal se présente dans de tout autres conditions : c'est un 
livre fait sur commande, c'est l'œuvre d'un professionnel, d'un 
trouvère qui composait moyennant une rétribution. Les vers 
qui ont été rapportés plus haut le font entendre. Nous y voyons 
que Guillaume, le fils aîné, a supporté « tout le coût » de 
l'œuvre (v. 19175). Il serait bien invraisemblable que Jean 
d'Erlée, à supposer qu'il eût été capable d'écrire un poème 
de plus de 19,000 vers, se fût fait payer par la famille 
de celui à qui il devait sa fortune et qui l'avait désigné 
comme l'un de ses exécuteurs testamentaires. Il y a plus, 
nous voyons que Jean d'Erlée a mis en cette œuvre « cuer 
et pensée et aveir » (v. 19190)*. Il a donc dépensé du sien, 
loin d'avoir reçu. Enfin, il y a au moins un passage où l'au- 
teur se donne pour ce qu'il est réellement, c'est-à-dire pour 
un trouvère qui vit de sa plume : 

\\K(S\ Quer nuls qui de trouver volt vivre 

Ne deit chose mètre en son livre 

Qui de dreite raison ne vienge 
\\\Qk N'[a la 2] matyre n'apartienge. 

1. Si l'on admettait que Jean d'Erlée est l'auteur du poème, 
on devrait corriger, au v. 19190, aveir en {s\aveir. 
1. Ou pourrait aussi suppléer sa aussi bien que la. 



CIRCONSTANCES ET DATE DE LA CO>fPOSITION. vu 

Je suis -donc porté à croire que le Jean mentionné au 
V. 19195 est distinct de Jean d'Erlée, que c'est un trouvère 
de profession, sur lequel, du reste, nous n'avons aucun ren- 
seignements 

Cherchons maintenant à déterminer l'époque de la com- 
position. 

Il est évident que Guillaume, fils aîné du Maréchal, et 
Jean d'Erlée vivaient encore lorsque fut écrit l'épilogue 
rapporté plus haut. Guillaume, second comte de Pembroke, 
mourut le 6 avril 1231 S et Jean d'Erlée décéda au plus 
tard dans la même année. Mais nous pouvons resserrer la 
date du poème dans de plus étroites limites. 

Le Maréchal étant mort le 14 mai 1219, il est bien pro- 
bable que l'idée de faire écrire son histoire fut suggérée et 
adoptée dès la même année. Mais il fallut un certain temps 
pour rassembler les matériaux, et un temps plus long pour 
les mettre en œuvre. Il est vraisemblable que la composi- 
tion fut surveillée par ceux qui l'avaient commandée, c'est- 
à-dire par le fils aîné du Maréchal et par Jean d'Erlée. Des 
corrections, des additions ont dû être faites, des suppléments 
d'informations ont pu être fournis au cours même de la 
rédaction, de sorte que l'ouvrage ne fut sans doute pas mené 
à bonne fin aussi rapidement que s'il s'était agi d'un roman 
d'aventures. Ce qui est certain c'est qu'il ne semble pas 
avoir été achevé avant 1226. C'est du moins ce qui résulte 
de certains passages. L'auteur, ayant conté les avantages 

i. L'auteur du roman de Rigomer s'appelle aussi Jehan tout 
court, sans addition de surnom. Je ne connais de ce poème que 
les vers cités dans V Histoire littéraire, XXX, 86 et suiv. Il ne 
me semble pas que son style soit le même que celui de l'auteur 
de notre poème. 

2. Dict. ofnal. Ihography, XXXVI, 223, 



viii INTRODUCTION. -- I. 

remportés par Richard F"" dans sa guerre contre Philippe- 
Auguste, s'exprime ainsi : 

4^085 Molt fu la guerre grant et forz 
Puis rasembié[e] de Gisorz, 
Mol[t] dura e unquor[€] dure. 

Ce dernier vers ne peut avoir été écrit qu'à un moment 
où la France et l'Angleterre étaient en guerre, c'est-à-dire 
pendant l'époque qui s'étend de 1224 à la trêve de Saint- 
Aubin-du-Gormier en 1231. Il semble qu'on puisse tirer la 
même conclusion des vers suivants : 

4342 Mais unquor vesrons lieu et tens, 

Si li reis Henri [s] d'Englelere 

Poeit en pais aveir sa terre 

Que chivaierie e proece 
4 34 6 E bonté de cuer et largesse 

S'en istreient parmi sa porte : 

Si serreit avarice morte. 

Pour le dire en passant, ces vers sont bien d'un trouvère 
de profession, aux yeux de qui la vertu qui l'emportait sur 
toutes les autres était la largesse. Une allusion, du reste 
assez vague, à un récent manque de foi des Poitevins envers 
leurs seigneurs semble se rapporter à un fait de Tan- 
née 1224 ^ 

Quelques synchronismes plus précis peuvent se tirer du 
passage où l'auteur nous parle des enfants du Maréchal 
(v. 14860 et suiv.). Il nous dit (v. 14933-6) que la 
seconde fille, Isabel, épousa le comte de Gloucester (Gilbert 
de Glare)^ Celui-ci mourut en 1229 ou 1230, et sa veuve 

1. V. 1580; voir ci-après, p. 24, note 3. 

2. En 1217. 



CIRCONSTANCES ET DATE DE LA COMPOSITION. ix 

se remaria l'année suivante à Richard de Cornouailles, plus 
tard empereur. L'auteur paraît l'ignorer, d'où l'on peut 
conclure qu'il écrivait avant 1229. Il paraît même cer- 
tain qu'il rédigeait cette partie du poème en 1225 au plus 
tard, car il sait que la fille aînée, Mahaut, épousa Hugues 
Bigot, « qui fut comte après son père » (v. 14928). Or, 
Hugues Bigot succéda à son père Roger en 1221 et mourut 
en 1225. Sa femme était remariée le 13 octobre de cette 
même année*. Le poète n'eût vraisemblablement pas man- 
qué de mentionner la mort de Hugues Bigot, s'il en avait 
été informé. Il y a, dans le même endroit du poème, une 
indication qui pourra, un jour, fournir un utile synchro- 
nisme, ce sont les vers (14947 et suiv.) où le poème nous 
apprend que Jeanne, la cinquième fille du Maréchal, n'était 
pas encore mariée lorsque son père mourut, et que, plus 
tard, son frère aîné la maria à Garin de Monchensi. 
Malheureusement, la date de ce mariage ne nous est pas 
connue. Le morceau sur les enfants du Maréchal paraît 
donc avoir été écrit dans la première partie de Tannée 1225 
au plus tard. Mais, plus loin, nous trouvons une indication 
un peu différente. Parlant du comte de Salisbury à la 
bataille de Lincoln, il souhaite que Dieu lui accorde le 
pardon de ses péchés (v. 16678-80). Donc le comte de 
Salisbury était mort récemment lorsque le poète formulait 
ce souhait. Or, nous savons qu'il mourut au commencement 
de l'année 12262. 

En résumé, on peut tenir pour établi que le poème a été 
achevé en 1226, et pour probable que sa rédaction a exigé 
plusieurs années de travail. Présentement, j'ai à dire k 
l'aide de quels éléments et dans quel esprit il a été rédigé. 

1. Rotuli litterarum clausarum, II, 82 6. 

2. Voir ci-après, p. 235, a. 3, et p. 241, n. 1. 



X INTRODUCTION. — I. 

L'Histoire du Maréchal a été rédigée d'après des mémoires 
écrits, seloD toute apparence, par Jean d*Erlée, pour servir 
de guide au versificateur, le Jean « qui ce livre a fait et 
trouvé », nommé au v. 19195. Ces mémoires ont certaine- 
ment été complétés, sur bien des points, par des renseigne- 
ments que l'auteur a pris la peine de recueillir dans le milieu 
où avait vécu son héros, probablement même par des obser- 
vations qu'il avait pu faire lui-même. L'auteur a donc eu 
trois sources d'information, ce qu'il est facile de prouver 
par quelques citations. Et d'abord il suivait, en beaucoup 
de cas, des mémoires écrits. Il le dit lui-même : 

SI com en l'estorie le truis. 3656, 4460, -16784. 
Mais nostre estorie me remenbre. 3885. 
Issi le trovons en l'estorie. -17534. 
Li escriz dit ce que je di. 46027. 
Tant me feit li escriz entendre. 45909. 

Cet « écrit » est ce que l'auteur appelle parfois sa matière, 
notamment dans les vers cités plus haut (v. 19174, 19187)*. 
Il s'y conforme religieusement. Assurément, il ne se fait pas 
faute d'ajouter à cette matière des renseignements pris d'ail- 
leurs, on le verra plus loin, et d'y intercaler des réflexions 
personnelles, mais il se garde d'introduire aucun dévelop- 
pement puisé dans sa propre imagination. Abordant le récit 
d'un tournoi qui eut lieu à Epernon, il s'excuse de ne point 
donner les noms de ceux qui y prirent part : 

Ge n^ai pas les nons en memorie, 
4328 Quer nés trovai pas en restorie. 

Et, à la fin du même récit, il dit, en forme de conclusion : 

Ne voii de cest tornei[e]ment 

1. Ailleurs matire est employé dans le sens général de matière, 
sujet. Voir les exemples de ce mot relevés dans le vocabulaire. 



CIRCONSTANCES ET DATE DE LA COMPOSITION. xi 

4432 Faire plus lune eonveiement, 
Que cil qui me dist la matire 
Ne me volt ci endreit plus dire. 

Dans son récit de la déroute des navires français, entre 
Sandwich et Calais, après avoir dit qu'on ne saurait éva- 
luer le nombre des Français qui furent noyés, il termine par 
ces vers : 

47496 Je n'i fu[i] pas; ci m'en descombre 

De dire ce que nuls ne seit, 

Kar li mondes despit et heit 

Celui qui lesse sa matire 
47500 Por mensonge et oisoses dire. 

Ici encore, matire signifie, non pas sujet en général, 
mais mémoire, information fournie par écrit. Notre auteur 
se conforme avec un tel scrupule à cette « matière » qu'il 
ne croit pas devoir modifier l'ordre selon lequel les faits lui 
ont été communiqués, alors même que certains récits lui 
paraissent intervertis. Ayant conté en grand détail le tour- 
noi de Lagni- sur-Marne, il se reprend en ces termes : 

Mais devant la desconfiture 
4928 I avint une autre aventure 
Qui deust estre devant dite ; 
Mais, si com ge la truis escrite^ 
La m'estuet dire mot a mot. 

J'ai dit tout à l'heure que le poète avait puisé ses infor- 
mations à plus d'une source. Il pouvait arriver que les ren- 
seignements ainsi obtenus fussent contradictoires. Tel fut le 
cas pour un épisode de la bataille de Lincoln. L'auteur 
n'hésite pas à nous faire part de son embarras : 

Seignor, ci ne covient plus dire, 
Car cil qui me douent matire 
Ne s'acordent pas toi a un, 



XII INTRODUCTION. ~ I. 

46404 Ne je ne puis pas a chascun 

Obeïr, car je me[s]fereie, 

Si'n perdreie ma dreite veie, 

Si en fereie meins a creire, 
46408 Car en estorie qui est veire 

Ne doit nus par reison mentir. 

Le souci qu'il apportait à compléter les renseignements 
fournis dans les mémoires qu'il appelle « l'histoire » ou 
« l'écrit » se manifeste en plus d'un endroit. Après avoir 
conté en grand détail un voyage du roi Richard, allant de 
Normandie en Angleterre, en passant par Rouen, Bonne- 
ville, Gaen, Bayeux, Barfleur et Portsmouth, il fait une sorte 
de pause et dit : 

Ci endroit ne voil or plus dire, 
42836 Quer ne sai pas bien la matire 
A combien ele fu montée 
Desqu'el me seit avant contée. 

Et, lorsque ses efforts ont été inutiles, il n'hésite pas à le 
confesser. C'est ainsi qu'il expédie en quelques vers le récit 
du séjour de son héros en Terre sainte, s'excusant de la briè- 
veté de son récit sur ce que les renseignements lui font 
défaut : 

7284 Ne vos [en] ai dit fors la some, 
Kar ge nés vi ne ge n'i fui, 
Ne ge ne puis trover nului 
Qui la meit[i]é m'en sace dire. 

Et, un peu plus loin (v. 7296-8), c'est pour le même 
motif qu'il passe rapidement sur le retour du Maréchal auprès 
du roi Henri II, en Normandie. 

Enfin, il est certain qu'en plusieurs circonstances, qu'il 
n'est pas possible de déterminer toutes avec sûreté, l'auteur 



CIRCONSTANCES ET DATE DE LA COMPOSITION. xiil 

nous a laissé un témoignage personnel, ayant assisté à 
quelques-uns des événements qu'il raconte. Il commence 
ainsi le récit d'un tournoi qui eut lieu entre Anet et Sorel : 

Mais nostre estorie me remenbre 
Ce que ge vi et bien me menbre... 
3888 D'un tornei[e]ment qui fu pris 
Entre Anet et Sorel adonques. 

Ce tournoi, dont la date ne peut être fixée, mais qui eut 
lieu probablement aux environs de 1180*, était donc men- 
tionné dans les notes fournies, mais, de plus, l'écrivain y 
avait assisté. De même, à propos d'un tournoi entre Ressons- 
sur-Matz et Gournai-sur-Aronde : 

S[i] i vindrent de mainte terre, 
Por pris e por enor conquere, 
Maint duc, maint conte, maint hait home-, 
5980 Mais de lor [nons] ne sei la some, 
Quer tans en i vi que nomer 
Nés savreie ne asomer. 

Si notre auteur fréquentait les tournois, sans doute en qua- 
lité de jongleur ou de héraut d'armes, il est bien permis de 
supposer que, dans la suite, il eut plus d'une occasion de 
voir celui qui devait un jour être son héros. Qu'il l'ait vu, 
et qu'il ait été frappé de sa belle prestance, à une époque 
où la fortune du Maréchal ne pouvait guère être prévue, 
c'est ce dont on ne peut douter en présence d'un témoi- 
gnage aussi positif que celui-ci : le jeune Guillaume était si 
bien formé, dit-il, que, s'il avait été sculpté par un artiste, 
il n'eût pas eu les membres si bien faits : 

720 Quer bien les vi c bien m'en menbre. 

. i. En tout cas, avant 1182, (îpoque où le Maréchal, comme on 
le verra plus loin, (Hait brouillé avec le jeune roi, son seigneur. 



XIV INTRODUCTION. — II. 

Ces témoignages se rapportent à une époque assez 
ancienne de la vie du Maréchal, ce qui donne à croire que 
Tauteur devait bien avoir une soixantaine d'années lorsqull 
commença son poème. Il est donc légitime de supposer que, 
pour beaucoup des événements qui appartiennent à une 
période plus récente, il était renseigné de première main. Il 
le dit expressément, du reste, au cours du récit très détaillé 
qu'il fait de l'expédition de Louis de France en Angleterre 
(1216), lorsqu'il parle des Français tués entre Winchester 
et Romney, qu'il a vus dévorés par les chiens (v. 15110). 

En terminant ce chapitre, une dernière observation : rien 
n'est emprunté aux chroniques. L'auteur a fait usage, en un 
cas très spécial qui sera indiqué plus loin, de documents 
écrits, mais ces documents, qui, d'ailleurs, ne nous sont pas 
parvenus, sont des pièces administratives. 

II. Jean d'Erlée. 

Somme toute, il y a lieu de croire que la plus grande par- 
tie des informations à l'aide desquelles le poème a été com- 
posé émane de Jean d'Erlée. Il est donc à propos d'esquisser 
l'histoire de ce personnage sur lequel le poème lui-même 
nous fournit d'abondants renseignements qu'il est facile de 
contrôler et de compléter à l'aide des documents diplo- 
matiques de tout genre qui abondent pour les règnes de 
Richard Cœur-de-Lion, de Jean et de Henri III. 

Erlée, forme assurée par de nombreuses rimes, n'est pas 
la seule forme usitée dans le poème. On trouve aussi Ertie 
en rime dans un passage qui sera cité plus loin (v. 11914). 
C'est maintenant Early, village de Berkshire, à peu de dis- 
tance de Reading, dans les documents latins Erleia, 
Erleya, Erleg\ Erlegh' . Jean d'Erlée (je lui conserve le 



JEAN D'ERLÉE. XV 

nom que le poète lui donne le plus ordinairement) est men- 
tionné pour la première fois, dans l'Histoire de Guillaume 
le Maréchal, en 1188, à propos d'une expédition faite par 
Guillaume contre Montmirail (Sarthe) par ordre du roi 
d'Angleterre, qui se tenait alors à Chinon, déjà souffrant de 
la maladie qui devait l'emporter quelques mois plus tard. 
On entre dans la ville : le Maréchal, averti par sire Richard 
de Clifford que la lutte est engagée dans les rues, demande 
son écu : 

7948 E Johan d'Erlée li porte 
Isnelement e volentiers, 
Qui lors esteit sis escuiers. 

Je suis porté à croire que les relations de Jean d'Erlée avec 
le Maréchal étaient alors de date récente. En 1183, ce der- 
nier avait pour écuyer Eustache de Bertrimont, qui fut plus 
tard l'un de ses chevaliers*. En 1185 et 1186, le Maréchal 
était en Terre sainte, et certainement Jean d'Erlée ne l'ac- 
compagnait pas, puisque le poète avoue, on l'a vu plus haut, 
que les renseignements lui faisaient défaut sur cette période 
de la vie de son héros. Toujours est-il que, depuis l'année 
1188, Jean d'Erlée paraît très fréquemment dans l'ou- 
vrage, ou comme acteur ou comme témoin. Ainsi, dans le 
combat qui eut lieu devant Le Mans entre Henri II et Phi- 
lippe-Auguste, Guillaume le Maréchal fit deux prisonniers, 
qui toutefois lui échappèrent, lui laissant dans la main les 
freins de leurs chevaux ; le poète dit alors : 

8692 Testemoingne Johan (TErlée 

A oui, cuit, li frein baillié furent. 
Quant cil le dienl quis rechurent 

1. Voir ci-après, p. 79, n. 4. Eustache de Bertrimont mourut 
probablement avant le Man'chai. 



XVI INTRODUCTION. — II. 

Corne d'oïe et de veue, 
8696 Dune deit la chose eslre creiie. 

Jean d'Erlée avait vu grandir sa situation en m^me 
temps que son patron s'élevait aux honneurs. Aussitôt que 
le Maréchal, alors gouverneur de Rouen, apprend la mort 
de Richard, il envoie en Angleterre pour saisir la terre au 
profit de Jean Sans-Terre, et ce fut Jean d'Erlée qu*il char- 
gea de cette importante mission : 

E si est dreiz que ge vos die 
Que mi sire Johan d'Erlie 
I ala, qui hastivement 
4 -194 6 En fist tôt son commandement. 

Quand le Maréchal est obligé de quitter ses possessions 
d'Irlande, qui étaient très considérables, pour obéir à un 
ordre du roi Jean, c'est à Jean d'Erlée qu'il en confie la 
garde (v. 13472 et suiv.). Lorsque le roi Jean, se défiant 
du Maréchal, voulut avoir des otages en garantie de sa 
fidélité, Jean d'Erlée fut l'un de ceux qu'il désigna. Celui-ci 
toutefois ne tarda pas à inspirer confiance au roi, qui, ayant 
pris en outre deux des fils du Maréchal comme otages, donna 
la garde de l'un d'eux à Jean d'Erlée, et créa celui-ci 
maréchal de son hôtel (v. 14537 et suiv.). Enfin Jean d'Erlée 
assista aux derniers moments du Maréchal ; c'est lui que le 
Maréchal chargea de recouvrir son cercueil avec une étoffe 
précieuse rapportée d'outre-mer à cet effet. C'est à lui qu'il 
confia ses dernières pensées. 

Jean d'Erlée paraît avoir été un homme modeste, ne 
cherchant pas à se mettre en avant, acceptant par dévoue- 
ment les missions qu'on lui confiait, et qu'il n'ambitionnait 
pas, ayant en vue, sur toutes choses, l'intérêt de son sei- 
gneur. Lorsque Guillaume lui remet la garde de ses vastes 



JEAN D'ERLÉE. xvii 

possessions en Irlande, il s'excuse tout d'abord sur son 
insuffisance; il prie son seigneur de choisir quelqu'autre 
personne, qu'il s'engage à seconder de tout son pouvoir. Il 
n'accepte que sur l'ordre positif de son maître (v. 13477 et 
suiv.). Et lorsque le roi Jean lui offre la garde des deux fils 
aînés du Maréchal, il proteste : il y a là, dit-il, assez à laire 
pour deux personnes (v. 14553 et suiv.). Plus tard, après la 
mort de Jean Sans-Terre, lorsque les seigneurs, restés fidèles 
au jeune Henri III, pressent le Maréchal de prendre la garde 
du prince et la régence du royaume, Jean d'Erlée, qui ne 
donne son avis que lorsque le Maréchal le lui demande, est 
le seul qui cherche à dissuader celui-ci d'accepter un fardeau 
trop lourd pour un homme de son âge (v. 15443 et suiv.). 
Certes, on n'accusera pas Jean d'Erlée d'avoir profité de l'oc- 
casion que lui offrait la composition d'une œuvre historique 
exécutée en partie sous sa direction, pour grandir son rôle. 
Si maintenant nous recherchons, parmi les documents 
diplomatiques, les actes qui concernent Jean d'Erlée ou dans 
lesquels il paraît comme témoin, nous en dégagerons des 
notions qui pourront servir à préciser certaines circons- 
tances de sa vie ; nous y verrons qu'il était en rapports fré- 
quents avec Guillaume le Maréchal, qu'il occupa, dans les 
dernières années du roi Jean et sous la régence du Maré- 
chal, des fonctions d'une certaine importance, nous y décou- 
vrirons la date approximative de sa mort, mais ces notions, 
éparses en bien des recueils de rôles ou de chartes, ne per- 
mettent point de se figurer le rôle qu'il a joué auprès du Maré- 
chal, et personne ne songerait à les recueillir, si Jean d'Er- 
lée n'avait été mis en évidence par la découverte du poème 
où il est représenté comme le fidèle compagnon de son sei- 
gneur pendant les trente dernières années de la vie de 
celui-ci. 

b 



XVIII INTRODUCTION. — II. 

Il y aurait peu d'intérêt à rassembler tous les témoignages 
qui nous sont parvenus sur Jean d'Erlée. La tâche serait, 
du reste, assez facile, puisque tous les recueils de rôles 
publiés par le Record office sont pourvus de tables. Il suf- 
fira de citer ici quelques-unes des mentions les plus carac- 
téristiques, afin de compléter les données du poème. 

Jean d'Erlée, qui, dès 1188, était, comme le poème nous 
l'apprend, Técuyer du Maréchal, avait des biens de famille 
dans le comté de Berks, à Early , à Reading, à Sunninghill*, 
et aussi dans Sommerset^ Sa fortune, liée à celle de son 
seigneur, grandit rapidement. Lorsque celui-ci, par son 
mariage avec Isabelle de Clare, fut entré en possession de 
terres considérables dans le pays de Caux^, Jean d'Erlée 
obtint sur ces terres certains revenus^ En 1215, lorsque le 
Maréchal, oubliant les injustices dont il avait eu à souffrir, 
donna son appui au roi Jean, abandonné de la plupart des 
barons, Jean d'Erlée fut l'objet des faveurs royales. Le roi 
lui accorda, à lui et à un autre chevalier^, la garde du comté 
de Devon. Deux ans plus tard, le Maréchal étant régent 
d'Angleterre, il fut récompensé de ses services par d'impor- 
tantes concessions®. Enfin, il fut avec David, abbé de 

1. Voir un accord de 1197, dans Feet of fines of the seventh and 
eighth years of Richard /, n® 122 {Pipe Roll Society, t. XX). 

2. Voir le Livre rouge de V Échiquier (édit. Hubert Hall, collec- 
tion du Maître des Rôles), I, 27 (1160-1, le « Johannes de Erlega » 
ici mentionné est, sans doute, le père de récuyer du Maréchal), 
80 (1194-5), 9547 (1210-2). Voir aussi The great roll of the Pipe for 
the first year of King Richard I (éd. J. Hunter, Londres, 1844), 
p. 147, 154. 

3. Voir ci-après, p. 120, n. 3. 

4. « Johannes de Erlie débet .c. libras de fine suo. » Magni 
rotuli scacc. Norm., édit. Stapleton, H, 442; cf. ibid., p. cxxxix. 

5. Henri de la Pomeraie. Voir Rot. litt. pat., p. 135; cf. Rot. 
litt. claus., I, p. 1156 et 199. 

6. Rot. litt. claus., I, p. 304 6, 344. 



é 

i 



JEAN LE MARÉCHAL ET L'ENFANCE DE GUILLAUME, xix 

Saint-Augustin de Bristol, et Henri Fils GeroutS l'un des 
exécuteurs testamentaires de son seigneur^ Il mourut, 
apparemment sans laisser de postérité, en 1230 ou 1231. 
Nous avons, en effet, un acte par lequel le roi Henri HI, 
dans la quinzième année de son règne (1231), met Henri 
d'Erlée, frère et héritier de Jean d'Erlée, en possession de 
l'héritage de ce dernier 3. 

Assurément, personne ne pouvait être mieux qualifié que 
lui pour diriger et surveiller la composition d'un ouvrage 
sur l'homme illustre dont il avait été, pendant plus de 
trente ans, le serviteur dévoué et le confident. 

ni. Examen du poème au point de vue historique. 

La valeur de l'Histoire de Guillaume le Maréchal, en tant 
que source historique, est considérable pour la période qui 
s'étend de 1186 environ à 1219, date de la mort du héros. 
C'est la période pour laquelle Jean d'Erlée a pu fournir un 
témoignage de première main; pour la partie antérieure, qui 
du reste est de moindre étendue, les données du poème sont 
moins sûres et appellent un contrôle constant. Je diviserai 

4. Sur lequel on peut voir ci-après p. 181, n. 2. 

2. Rot. lut. claus., I, p. GOl. 

3. f Henr. de Erlegh', frater et hères Johannis de Erleg', fincm 
fecit cum Rege per .xx. marcas pro relevio suo de terris quas 
idem Joh. de Rege tenait in caput, et que ipsum Henricum here- 
ditarie continguut, el inde cepit Rex liomagium ejus. Et mauda- 
tura est vicecomiti Sumorsot' quod, accepta securitate ab eodem 
Uenrico de predictis .xx. marcis Hegi reddcîiidis, eidcm Henrico 
pleaam saisinam habere faciat de omnibus terris que fuerunt ij)sius 
Johannis et que predictum lletiricum hereditarie contingunt in 
l)alliva sua, et de quibus idem Joliannes saisitus fuit die (|uo 
obiit... » (Excerpta e rotulis finiutn in Turri Londincnsi asservatis, 
cura Car. Hoborts, I [Londres, 1835J, 210.) 



XX INTRODUCTION. — III, § 4. 

cet examen en six paragraphes, intitulés respectivement : 
1" Jean le Maréchal et l'enfance de son fils Guillaume; 
2* Guillaume le Maréchal depuis sa chevalerie jusqu'à la 
mort du jeune roi (1183); 3** Guillaume depuis la mort du 
jeune roi jusqu'à l'avènement de Richard P'"(1189); 4** Guil- 
laume sous le règne de Richard P' (1189-1199); 5** Guil- 
laume sous le règne de Jean (1199-1216); 6** Guillaume 
régent d'Angleterre (1216- 1219). 

§ 1. Jean le Maréchal et V enfance de son fils Guil- 
laume (v. 1-714). — Cette partie du poème est confuse. 
Elle se compose de récits décousus. L'auteur, qui est mal 
informé et qui en a conscience, relie ces divers épisodes par 
des transitions qu'il fait aussi insignifiantes que possible, de 
peur de se compromettre en avançantdes faits incertains. Il est 
bien probable que les traditions relatives à Jean le Maréchal, à 
son fils Guillaume, à l'impératrice Mathilde, au roi Etienne, 
remontent à des conversations de Guillaume le Maréchal 
avec les hommes de son entourage, particulièrement avec 
Jean d'Erlée; mais, ces souvenirs qui avaient probablement 
subi, dans la mémoire du Maréchal, un commencement de 
transformation, n'ont pas été recueillis en ordre chronolo- 
gique, et l'auteur du poème, n'ayant pas les moyens de les 
classer convenablement, les a reproduits d'une façon incohé- 
rente. Mieux informés que lui, nous sommes en état de 
remettre chaque fait à sa place, et par suite nous pourrons 
tirer de ses récits certains éléments véritablement histo- 
riques. 

Il convient de distinguer dans les 714 premiers vers du 
poème trois groupes de traditions : 1**, v. 23-119 et 370- 
398, Jean le Maréchal et ses deux mariages. 2", v. 120-369, 
Jean le Maréchal partisan de l'impératrice Mathilde; siège 



JEAN LE MARÉCHAL ET L'ENFANCE DE GUILLAUME, xxi 

de Winchester ; retraite de l'impératrice sur Ludgershall ; 
guerre avec le comte Patrice. 3°, v. 399-714, siège de New- 
bury. 

1** Jean le Maréchal, ou, comme il est appelé ailleurs, 
Jean Fils Gilbert ^ était, selon notre poème, un baron plus 
renommé par sa largesse que par sa puissance. Nous savons 
d'ailleurs qu'il avait succédé à son père Gilbert dans l'office 
de Maréchal, concédé à celui-ci par Henri P'-. Cet office 
était héréditaire dans sa famille, en ordre de primogéniture, 
et devint un nom patronymique pour tous ses descendants. 
On ignorait qu'il eût été marié deux fois. Le poème nous 
apprend que de sa première femme, laquelle n'est pas nom- 
mée, il eut deux fils, Gilbert^ et Gautier. L'un d'eux mourut 
de maladie h Salisbury (v. 91) ; le second succomba à la 
douleur que lui causa la mort de son frère. La seconde 
femme de Jean était sœur du comte Patrice de Salisbury, 
celui qui fut tué en 1168 dans un guet-apens préparé par 
les Poitevins. Les circonstances qui amenèrent ce second 
mariage sont d'ordre politique. Le comte Patrice tenait 
pour le roi Etienne. Il fit une rude guerre au Maré- 
chal (v. 147). Une fois au moins il eut le dessous 
(v. 344), mais plus tard ce fut Jean qui eut « le pire 
jeu parti » (v. 369). Que fit Jean? Il répudia sa femme et 
épousa dame Sibile, sœur du comte Patrice. Il le fit, dit 

4. Paraît sous ce nom en trois chartes de l'impératrice, des 
années 1141, 1142, 1144-7 (Round, Geoffroy de Mandeville, London, 
1892, p. 171, 183, 234, 344 ; cf. Chronicles of the reigns of Stephni, 
Henri II and Richard I, edited by R. Howiett, III, xiv, xxxiv 
(collection du Maître des Rôles). 

2. Voir l'acte par lequel l'ofïice de maréchal de la cour du roi 
est concédé à Guillaume le Maréchal, dans Rotuli Chartanim, I, 
466 (20 avril 1200), où il est rappelé (juo Gilbert, i)éro de Jean le 
Maréchal, était maréchal du roi Henri I*"*. 

3. On remarquera que In premier né portait lo nom do sou 
grand-père, selon un usage qui est constaté d'ailleurs. 



XXII INTRODUCTION. — III, § 1. 

le poète, pour mettre fin à la guerre, et, depuis lors, l'amour 
et la concorde régnèrent entre eux tout le temps qu'ils 
vécurent (v. 375-7). Tous ces faits sont nouveaux et 
paraissent assurés. Us nous montrent qu'au milieu du 
xn* siècle des motifs de pur intérêt suffisaient à l'obtention 
du divorce, et que les adhérents de partis opposés ne se fai- 
saient pas scrupule de conclure entre eux des arrangements 
particuliers, au détriment même de la cause qu'ils avaient 
jusque-là défendue. On ne savait rien du second mariage de 
Jean, mais on savait que Patrice avait été élevé à la dignité 
de comte de Salisbury par l'impératrice Mathilde*. La 
faveur dont il fut l'objet de la part de celle qu'il avait éner- 
giquement combattue s'explique maintenant de la façon la 
plus naturelle. 

2'' Il est bien évident que notre auteur ne se rendait pas 
un compte bien exact des causes de la querelle entre l'impé- 
ratrice Mathilde, fille de Henri P»", et le comte Etienne de 
Blois, et qu'il en connaissait très mal les péripéties. Mais il 
ne cherche pas à nous faire illusion : au contraire, il con- 
fesse très franchement qu'il ne sait pas toutes les emprises 
du Maréchal (v. 124). Toutefois, il se montre assez rensei- 
gné sur un des épisodes importants de la guerre, la levée du 
siège de Winchester par l'impératrice et la retraite de 
celle-ci vers Ludgershall. C'est que Jean le Maréchal avait 
joué dans cette affaire un rôle important, protégeant, au 
risque de sa vie, la fuite de Mathilde. Le souvenir de ses 
exploits devait s'être conservé dans la famille. Si l'on 
retranche de son récit quelques erreurs, qui portent sur des 
circonstances accessoires^ on trouvera qu'il est, en somme, 
fort exact, puisqu'il ne fait que confirmer, par un témoi- 



\. Voir ci-après, p. 8, n. 2. 

2. Elles ont été relevées p. 3, n. 1, 



JEAN LE MARÉCHAL ET L'ENFANCE DE GUILLAUME, xxiii 

gnage tout à fait indépendant, et compléter des notions que 
nous possédions déjà par les chroniqueurs du temps. Sur un 
point, les causes de la levée du siège, où ces chroniqueurs 
sont en désaccord, notre poème se rapproche de l'un d'eux, 
le continuateur de Florenz de Worcester^ 

3° Le siège de Newbury ne nous était connu que par deux 
lignes de Henri de Huntingdon -, qui ont le mérite de fixer 
la date de cet événement. Notre auteur nous offre un récit 
complètement nouveau où le héros du poème, Guillaume le 
Maréchal, fait son entrée dans l'histoire. Afin d'obtenir une 
trêve, qui lui permettra de ravitailler la place assiégée, 
Jean le Maréchal livre en otage au roi Etienne, non pas 
son fils aîné (appelé Jean comme son père), mais son second 
fils, Guillaume, dont la vie paraissait moins précieuse. La 
ville une fois remise en état de défense, il ne fut plus question 
de la rendre. Le roi vit qu'il était joué, et la vie du jeune 
Guillaume fut en aventure. On le fit savoir au père. Celui-ci 
répondit qu'il se souciait peu de l'enfant, « car il avait 
encore les enclumes et les marteaux dont il forgerait de 
plus beaux » (v. 513-6). Il faut voir la suite dans le poème, 
comment le roi, cédant aux sollicitations de ses partisans, 
permit par deux fois que l'enfant fût mené au supplice, 
et comment à chaque fois, touché par les paroles naïves du 
petit innocent, il lui fit grâce de la vie, disant : Trop set 
bêles enfances dire (v. 560). Saisi de pitié et môme d'af- 
fection pour cet enfant, le roi le prit avec lui dans sa tente, 
et le poète nous le montre jouant avec lui à de petits jeux. 
Tout ce récit, très caractéristique des mœurs du temps et 
très émouvant, est fort bien présenté. U n'a rien que de très 
vraisemblable et s'accorde parfaitement avec ce que nous 

1. Voir p. 6, note. 

2. Voir p. y, n. 1 ; cf. Round, Goffrcif de Mandevillc, p. i30. 



XXIV INTRODUCTION. — III, § 1. 

savons du caractère d'Etienne. « Chil rois Estievenes », 
nous dit un ancien chroniqueur, « fu moût dous et moût 
deboinaires et moût piteus*. » Seulement, notre auteur, 
renseigné de première main sur tout ce qui touche Guil- 
laume le Maréchal, savait mal l'histoire du temps. Il ne 
nous dit pas comment finit le siège de Newbury *. Il paraît 
supposer que la ville fut délivrée à la suite du traité entre 
Mathilde et Etienne qui mit fin à la guerre, et il croit que 
ce traité fut conclu après la prise de Lincoln où le roi fut 
fait prisonnier. Or, l'afiaire de Lincoln est de onze ans anté- 
rieure au siège de Newbury, et, par conséquent, n'a rien à 
faire avec la conclusion du traité qui eut lieu en 1153, un an 
après la prise de Newbury 3. Pour être mal encadrés, les 
curieux souvenirs conservés par le poète n'en sont pas moins 
intéressants, non seulement en eux-mêmes, mais aussi parce 
qu'ils nous aident à déterminer approximativement la date 
de la naissance de Guillaume, sur laquelle nous n'avons 
pas de données bien concordantes. En 1216, à la mort du 
roi Jean, Guillaume le Maréchal, pressé de prendre la garde 
du jeune Henri III, encore en bas âge, se défend d'accepter 
cette charge, qu'il juge au-dessus de ses forces : Si ai 
quatre vinz ans passez, dit-il (v. 15510). Il serait donc 
né en 1136 au plus tard, et il aurait eu quinze ou seize ans 
lors du siège de Newbury, en 1152. Mais il est clair que les 
« belles enfances » qui lui valurent la pitié du roi Etienne 
conviennent bien plutôt à un enfant de six à huit ans. Et 
d'autre part, le mariage de Jean le Maréchal avec la sœur 
de Patrice est de 1141 au plus tôt, peut-être de 1142^ Or, 

1. Ci-après, p. 10, n. 3. 

2. Nous savons, par Henri de Huntingdon, que la ville fut prise 
par le roi. 

3. Voir ci-après, p. 13, n. 1. 

4. Voir p. 8, n. 2. 



JEAN LE MARÉCHAL ET L'ENFANCE DE GUILLAUME, xxv 

Guillaume n'est que le second des fils issus de ce mariage. 
II est donc probable qu'il naquit vers 1144, ce qui lui don- 
nerait huit ans en 1152; d'où il suit que, lorsqu'il s'attri- 
buait quatre-vingts ans passés en 1216, il se trompait sur 
son âge. 

Le poète nous dit qu'après la mort du roi Etienne et le 
couronnement de son successeur Henri II (19 déc. 1154), 
Jean le Maréchal envoya le jeune Guillaume à son cousin 
Guillaume de Tancarville, chambellan de Normandie*. Ici 
commence dans l'histoire du Maréchal une période de 
quelques années pendant lesquelles il ne semble pas qu'il se 
soit produit aucun événement marquant. 

§ 2. Guillaume le Maréchal depuis sa chevalerie 
jusqu'à la mort du jeune roi. — Une date qui mar- 
quait dans la vie d'un baron était celle de son adou- 
bement y de son admission dans l'ordre de la chevalerie. 
Cependant, notre poète n'a eu, sur la date de cet impor- 
tant événement, que des renseignements peu précis. On 
pourrait s'en étonner si on ne savait que les gens de ce 
temps (il faut, naturellement, mettre à part les clercs, 
habitués à plus de régularité) se préoccupaient peu de la 
chronologie, et se contentaient d'indications vagues fournies 
par des synchronismes avec d'autres événements. Guillaume 
le Maréchal ne date pas ses chartes, non plus, du reste, que 
son premier souverain, le roi Henri IL Voici ce que nous 
trouvons dans le poème concernant la chevalerie de Guil- 
laume. D'après le vers 772, il aurait été écuyer « bien 
vingt ans entiers ». Par conséquent, si même Guillaume était 
arrivé à Tancarville aussitôt après le couronnement de 
Henri II, c'est-à-dire dans les derniers jours de l'année 

1. Voir ci-aprÔ8, j). 13, u. 5. 



XXVI INTRODUCTION. — III, § i. 

1154 OU au commencement de l'an 1155, il n'aurait été 
adoubé qu'en 1174 ou 1175. Or, c'est là une conclusion 
que contredisent des faits certains. Le 14 juin 1170, Henri, 
fils aîné de Henri II, fut couronné roi. Peu après, son père 
désigna les chevaliers qui devaient être ses compagnons, au 
nombre desquels était Guillaume le Maréchal, à la garde de 
qui le jeune roi fut spécialement confié (v. 1939 et suiv.). 
Guillaume était donc chevalier en 1170, et non le pre- 
mier venu, puisqu'il était l'objet d'une désignation parti- 
culièrement honorable. Ce fut lui qui, en 1173, au début 
de la guerre entre le fils et le père, eut l'honneur d'adouber 
le jeune roi, alors âgé de dix-huit ans (v. 2084 et suiv.). 
Étant donc impossible que Guillaume soit resté vingt ans 
écuyer, j'ai proposé, au vers 772, de corriger t?m^ en vuitK 
Cette correction admise, la succession des faits se présente 
ainsi : Guillaume, confié aux soins du chambellan de Nor- 
mandie vers 1156, aurait été fait chevalier vers 1164, 
à l'âge de vingt ans environ-. Le poète nous dit que l'adou- 
bement du jeune Maréchal eut lieu à une cour tenue par le 
chambellan à Drincourt (v. 817) ; mais, comme la date de 
cette solennité ne nous est pas connue, il n'y a là aucun 
élément chronologique ^. 
Du temps qu'il était écuyer, le jeune Maréchal passait, 

1. Cf. ci-après, p. 14, n. 3. La forme vuit (huit) est fréquente 
dans le poème; voir par ex. v. 848. 

2. A cette époque, on était rarement armé chevaher avant vingt 
ans. Naturellement, il y a des exceptions, notamment lorsque le 
nouveau chevalier était de race royale. 

3. Immédiatement après la mention de cette cour, le poète 
passe au récit de la lutte qui eut lieu à Drincourt (maintenant 
Neufchàtel-en-Brai) entre les partisans du jeune roi et ceux du 
roi son père, et au cours du récit il semble indiquer que le Maré- 
chal était depuis peu chevalier (v. 872 et suiv.). Cette affaire eut 
lieu en 1173, mais l'auteur n'en savait rien, puisqu'ensuite il 
passe à des faits de 1168. 



LA CHEVALERIE DE GUILLAUME LE MARÉCHAL. XXMI 

parmi ses compagnons, pour une sorte de lourdaud, grand 
dormeur et gros mangeur. Mais le chambellan l'avait mieux 
jugé et pensait que le jeune Anglais ferait son chemin tout 
comme un autre, ce qu'il exprimait en disant : « Il saura 
bien tirer -fève de pot » (v. 792). Quand Guillaume com- 
mença -t- il à réaliser la bonne opinion qu'avait conçue 
de lui le seigneur de Tancarville? Ce serait au combat de 
Drincourt, si on prend les événements dans l'ordre où ils 
sont relatés; mais la chronologie de l'auteur est, dans 
cette partie du poème, fort irrégulière, et il est certain que 
Tafifaire de Drincourt n'est pas à sa placée L'ordre des évé- 
nements paraît être celui-ci : 

4^66. Guillaume armé chevalier (v. 8<5-2G). 

^^66-7. Tournois (v. ^20^-^525). 

>H 67-73. Guillaume se rend en Angleterre, d'où il revient en 
France avec le comte de Salisbury. Mort de celui-ci. Guillaume, 
fait prisonnier par les Poitevins, est délivré par la reine Aliénor. 
Couronnement du jeune roi, qui est confié par Henri II à la garde 
du Maréchal. Le jeune roi se révolte contre son père ; il est armé 
chevalier par Guillaume (v. -1526-2192). 

ias. Affaire de Drincourt (v. 827-1200). 

Les tournois, dont le récit occupe les vers 1201 à 1525, 
eurent certainement lieu très peu après l'adoubement de 
Guillaume et antérieurement au couronnement du jeune roi 
(juin 1170). Pour l'un de ces tournois, celui qui eut lieu 
entre Saint Jame, ou Sainte-Jamme-, et Valennes, le poème 
nous fournit une indication qui équivaut à une date. Nous 
y lisons, en effet, que le roi d'Ecosse y prit part (v. 1319). 
Or, nous savons que le roi d'Kcosse Guillaume visita, vers 



1. Voir la note précédente. 

2. Voir ci-après, p. 20, n. 2. 



XXVIII INTRODUCTION. — 111, § 2. 

septembre 1166, le roi Henri II, qui, à ce moment, parœu- 
rait la Bretagne et se rendait en pèlerinage au Mont Saint- 
Michel*. Ce dut être vers le même temps qu'il alla au tour- 
noi de Valennes*. 

Le récit de l'affaire de Drincourt, ou Neufchâtel-en-Brai, 
est certainement le morceau le plus embarrassant de tout le 
poème. Il n'y a aucun doute que ce combat fut l'un des épi- 
sodes de la guerre de 1173, entre Henri II et son fils, le 
jeune roi, appuyé des barons anglais, normands 3, français 
et par le roi de France. Il est donc étrange que le poète 
place ces événements avant l'expédition de Poitou, où 
Patrice de Salisbury trouva la mort (1168). Cet anachro- 
nisme constaté, on s'étonnera moins que l'auteur nous parle 
d'une guerre entre Henri II et Louis VII (v. 805-6) sans rien 
dire du jeune roi. Quant aux circonstances du récit, elles 
présentent assurément diverses invraisemblances et s'ac- 
cordent mal avec les témoignages des chroniqueurs du 
temps, mais eux-mêmes sont loin d'être d'accord ^ de sorte 
qu'il est impossible d'arriver à une connaissance assurée des 
détails de cette guerre. Ce qui paraît certain, c'est que les 
exploits de Guillaume à Drincourt ont été contés au poète, 
sans doute avec quelque exagération, par des gens qui ne 
savaient ni quand ni comment les faits s'étaient passés. 

1. Robert de Torigni, éd. Delisle, I, 362; cf. Eyton, Court, Hou- 
sehold and Itinerary of King Henri II (Londres, 1878), p. 97. 

2. Il faut donc considérer comme erronée la note (ci-après, 
p. 21, n. 4) où ce tournoi a été daté de 1174. Le roi d'Ecosse est 
venu deux fois sur le continent. 

3. La liste des barons anglais et normands qui prirent les armes 
contre Henri II est donnée par la chronique (Gesta régis Henrici 
secundi)^ qui fut transcrite par ordre de Benoît, abbé de Peterbo- 
rough, et que, pour plus de brièveté, je ciie sous le nom de cet 
abbé (éd. Stubbs, I, 45). 

4. K. Norgate, England under the Angevin Kings, II, 447, n. 3. 



LE MARÉCHAL CHEVALIER DU JEUNE ROI. xxix 

Ce qui est dit du meurtre du comte Patrice (v. 1623 et 
suiv.) paraît plus digne de foi. Il y a là des détails que rien 
ne nous autorise à révoquer en doute. Assurément, l'auteur 
s'avance trop en faisant peser sur Geoffroi de Lusignan la 
responsabilité d'un crime qui est attribué par des historiens 
du temps au frère de celui-ci, Gui de Lusignan'; mais il 
revient plus loin (v. 6458) sur ce que son assertion avait eu 
de trop absolu lorsqu'il fait dire à Geoffroi que le Maréclial 
se trompait en l'accusant d'avoir tué Patrice. 

Malgré l'incertitude de la chronologie, on peut dire que, 
depuis le récit du meurtre de Patrice, le poème prend un 
caractère de plus en plus historique. 

L'auteur nous conte comment Guillaume fut blessé et pris 
dans le guet-apens où Patrice trouva la mort, comment, 
fait prisonnier par les Poitevins, il fut enfin délivré par la 
reine Aliénor, qui donna pour lui des otages. Ces événe- 
ments, inconnus d'ailleurs, sont de l'année 1168. En 
quelques vers (v. 1892-1904), il nous apprend que Guil- 
laume alla chercher aventure en mainte terre, se faisant 
remarquer par la largesse avec laquelle il dépensait ce qu'il 
avait gagné dans les tournois. Nous arrivons ainsi au cou- 
ronnement du jeune roi Henri (1170), qui marque une date 
importante dans l'histoire du Maréchal. Henri 11 distingua 
le jeune Guillaume, déjà noté comme bon chevalier, et que 
d*ailleurs lui recommandait le souvenir des services rendus 
à sa cause par Jean le Maréchal. Il le plaça auprès du jeune 
roi « pour lui garder et enseigner » (v. 1915). Entre tous 
les chevaliers dont le roi d'Angleterre fit les compagnons de 
son fils, Guillaume est le seul nommé à cet endroit du poème. 
Mais il n'est pas impossible de reconstituer le j)ersonnel de 

\. Voir p. 20, note. 



XXX INTRODUCTION. — 111, § 2. 

la « mesnie » du jeune prince à l'aide des noms des témoins 
qui figurent dans ses chartes. Voici la liste, assurément 
bien imparfaite, que permettent d'établir ces documents, 
malheureusement trop rares * : 

Adam d'Iquebeuf *. Guillaume du Hommet*. 

Bertrand de Verdun'. — de Lanvalei^. 

GeofTroi Fils Hamon. — Maréchal. 

Girard Talebot *. — de Saint-Jean ^. 

Guillaume de Dive*. — de ïinteniac®. 

1. Je retranche de la liste des témoins les personnages ecclé- 
siastiques qui paraissent occasionnellement en cette qualité dans 
les chartes en question. 

2. Sur ce personnage, voir ci-après, p. 60, n. 2. 

3. Voir ci-après, p. 98, note. — On trouvera quelques rensei- 
gnements de plu« sur ce personnage dans Edw. Foss, The Judges 
of Englancl, I, 317-9. Il était fils de Norman de Verdun, qui 
avait, tant par lui-même que par sa femme, des biens dans les 
comtés de Leicester et de Warwick. Il fut marié deux fois. Il 
semble bien résulter de l'ensemble des données réunies par Edw. 
Foss que ce Bertrand de Verdun doit être distingué de celui qui 
paraît dans le Très ancien coutwnier de Normandie et dans plu- 
sieurs chartes concernant l'abbaye du Mont-Saint-Michel. 

4. Ci-après, p. 59, n. 3. 

5. Ci-après, p. 61, n. 3. 

6. Guillaume du Hommet succéda en 1180 à son père Richard 
dans l'office de connétable de Normandie. Voir Eyton, Court 
Household and Itinerary of King Henri II, p. 233 ; Stapleton, 
Magni rotuli scaccarii Normannie, 1, Ixxx, cxxxv, clxxiij ; II, Ivj, 
note, etc.; Delisle, Ghron. de Robert de Torigni, II, 34, n. 1. Il ne 
figure pas dans le poème. 

7. Normand qui est témoin à un grand nombre de chartes de 
Henri II. Voir la table du livre d'Eyton, sous Lanval; cf. Sta- 
pleton, ouvr. cité, II, clxxxiij. Ne figure pas dans le poème. 

8. Saint-Jean-le-Thomas (Manche). Voir Stapleton, I, xcviij ; 
Delisle, Ghron. de Robert de Torigni, II, 31, n. 2. Ne figure pas 
dans le poème. Témoin à de nombreuses chartes de Henri II. 
Voir la table d'Eyton, sous S» John. 

9. Ci-après, p. 62, n. 4. 



LE MARÉCHAL CHEVALIER DU JEUNE ROL xxxi 

Guillaume Fils Roger ^ . Henaut de Courlenai ^. 

Hugues de Oressi^. Richard de Ganville**^. 

Jean de Préaux ^. — de Luci ^ * . 

— de Subligni *. Robert, comte de Meulan ^^^ 
Juel de Mayenne ^. — de Tresgoz ^^^ 

Pierre d'Adeville^. Roger le Bigot ^^ 

— Fils Guion^. Simon de Mares '^. 
Raoul [Ranulfus] de Glan- Thomas Basset'^. 

ville*. Thomas de Goulonces^^. 

Cette liste ne peut être considérée comme complète, les 
chartes du jeune roi qui nous sont parvenues étant en petit 

1. Ci-après, p. 57, n. 5. 

2. Gardien de la Tour de Rouen en 1180 (Stapleton, I, cxj). 
Témoin à de nombreuses chartes de Henri II. Ne figure pas dans 
le poème. 

3. Ci-après, p. 59, n. 1. 

4. Ci-après, p. 23, n. 2. 

5. Voir Stapleton, II, Ixij, cxcix, ccxlix. Ne figure pas dans le 
poème. 

6. « Petrus de Adevilla » ne paraît que dans une charte du 
jeune roi en faveur de Christ Church, Cantorbéry, vers 1175 
(Musée brit., Cotton charters, YI, 1). 

7. « Petrus filius Guidonis » paraît avec le titre ded^zpZ/er dans 
l'acte mentionné à la note précédente. Voir ci-après, p. 77, n. 6. 

8. Ci-après, p. 99, n. 2. 

9. Témoin à de nombreux actes de Henri II. Ne figure pas dans 
le poème. 

10. Ci-après, p. 125, n. 1. 

11. Témoin à un acte de Henri II (Eyton, p. 239). 

12. Puissant seigneur qui fut l'un des partisans du jeune roi dans 
sa révolte de 1173. Il mourut en 1201. Il avait dïmportantes pos- 
sessions à Pont-Audemer (Le PnWost, Mémoires et notes pour 
servir à l'histoire du département de l'Eure, H, 550). — Il y a sur 
lui une longue notice dans ÏArt de vérifier les dates, IH, G94. 

13. Ci-après, p. 60, n. 'i. 

14. Ci-après, p. 184, n. 2. 

15. Ci-après, p. 57, n. 3. 

16. Ci-après, p. 143, n. 3. 

17. Ci-après, p. 61, n. 1. 



xxxii INTRODUCTION. — III, § 2. 

nombre. D'autre part, certains noms ne paraissant que dans 
une seule pièce, leur présence peut être accidentelle et ne 
suffît pas à prouver qu'ils aient fait partie de la maison du 
prince. Cependant, sous la réserve qu'impliquent ces obser- 
vations, on peut tenir que les chevaliers énumérés ci-dessus 
étaient, pour la plupart, les familiers du jeune roi. Douze 
d'entre eux sont inscrits sur la liste, conservée par Benoît de 
Peterborough, des barons qui, en 1173, soutinrent leur sei- 
gneur contre Henri II, à savoir : Adam d'Iquebeuf, Girard 
Talebot, Guillaume de Dive, Guillaume le Maréchal, 
Guillaume de Tinteniac, Guillaume Fils Roger, Jean de 
Préaux, Pierre d'Adeville, Robert de Meulan, Robert de 
Tresgoz, Simon de Mares, Thomas de Coulonces. Le nombre 
de ceux qui paraissent dans le poème est plus grand encore, 
comme on l'a vu par les notes. 

La liste dressée d'après les chartes du jeune Henri a, pour 
la critique du poème, un certain intérêt. On sait que les 
noms des témoins ne sont pas placés au hasard; ils sont 
rangés en ordre hiérarchique : en premier lieu les personnes 
ecclésiastiques, puis les comtes et les hauts fonctionnaires, 
enfin les simples barons. Or, nous voyons que Guillaume le 
Maréchal prend toujours place en tête des simples barons, 
ce qui indique bien qu'il avait, comme le dit le poète, un 
rang supérieur à celui des autres chevaliers *. 

1. Je ne connais que dix chartes du jeune roi, dont trois à Rouen 
(copie m'en a été communiquée par M. Dehsle) et trois au Musée 
britannique. Guillaume le Maréchal est témoin à cinq de ces 
actes : 

I. Traité du jeune roi avec son père (sept, ou oct. H74). Orig. 
au Musée britannique, Cotton charters, VII, 12; la liste des 
témoins est en partie enlevée par une déchirure; j'y ai vu, tou- 
tefois, le nom de Guillaume le Maréchal. 

IL Confirmation d'une donation à la maison du Mont-aux- 



LE MARÉCHAL CHEVALIER DU JEUNE ROI. xxxiil 

On peut dresser une liste approximative des chevaliers 
qui formaient, en quelque sorte, la « mesnie privée » du 
jeune roi, mais on conçoit que le nombre de ceux qu'il a pu 
avoir à sa solde a dû varier singulièrement selon les temps 
et particulièrement selon l'état de sa bourse. Ayant à conter 
un tournoi qui eut lieu à Lagni-sur-Marne aux environs de 
l'an 1180, le poète nous donne, d'après des témoins oculaires 
(v. 4477-8), les noms de tous les chevaliers du jeune roi qui 



Malades. Quevilli, près Rouen (non pas Chevaillec, comme dit 
Eyton, p. 158-9 et 487), vers décembre 1174. Témoins : Robert, 
comte de Meulan, et Guillaume le Maréchal. 

III. Confirmation de la donation faite à Gautier de Coutances, 
clerc du roi, par Henri II, de la chapellenie de Blie, Analyse 
dans Round, Calendar of doc. preserved in France (1899), n» 31. 

IV. Confirmation de la donation faite au même d'une maison 
sise sur le Grand-Pont, à Rouen. Cet acte et le précédent, 
datés l'un et l'autre de Westminster, doivent être de mai 1175, 
époque où la présence des doux rois, le père et le fils, est cons- 
tatée en ce lieu (Eyton, p. 190). Les indices fournis par les noms 
des témoins concordent avec cette date. C'est à tort que, ci-après, 
p. 57, n. 3, cette pièce a été indiquée comme antérieure à 1173. 
Analyse dans Round, Calendar, n^ 33. 

V. Charte concernant l'abbaye de Waltham. Argentan, vers 
septembre 1177 (Eyton, p. 218-9). 

Voici les listes des témoins aux actes III, IV et V : 

III. IV. V. 



Rie. Wint. ep. 
Gaufr. El. ep. 
WlLL. Marscallus. 
Gif. Talebot. 
Rob. de Tresgoz. 
Sim. de Marisco. 
Will. de Diva. 
Adam de Ikebuef. 



Rie. Wint. ep. 
Gaufr. El. ep. 
Will. de lluincl. 
Uogerus le liigot. 
Ran. de Glanvilla. 
WlI.L. Marescallijs. 
Gerardiis Talebot. 
Rob. de Tregoz. 
Adam do Ikebo. 
Simon de .Marisco. 



111 



Rie. Wint. ep. 
F. Sag. ep. 
H. Bai. ep. 
Wall, de Constanciis. 
Mag.OsbertusdeCamera. 
Nieolaus capell. 
Ran. de Glanvilla. 
Gaufr. (le Perlieo. 
Hugo (le Cressi. 
Gerardus d(; Canvilla. 
Will., régis c.qjell. 
Will. .Mahkscali.is. 
Will. Fil. Kogeri. 
c 



XXXIV INTRODUCTION. — III, § 2. 

y assistèrent. La liste, disposée méthodiquement, en est 
longue. J'y compte 20 Français, 20 Flamands, 14 Anglais, 
27 Normands, 6 Angevins ; en tout 87 ; mais il faut ajouter 
que chacun des chevaliers portant bannière était accompa- 
gné de plusieurs hommes, de sorte que, selon notre auteur 
(v. 4773), le nombre total des chevaliers à la solde du jeune 
roi s*élevait à 200 et plus^ Ce n'est pas sans raison que le 
poète se demande avec surprise où le jeune roi pouvait 
prendre l'argent qu'il dépensait ainsi (v. 4768). Il est cer- 
tain que Henri II, le vieil Henri, comme on l'appelait, en 
fournissait une bonne part, mais il est probable que le jeune 
Henri comptait un peu sur la chance des combats : si on per- 
dait de l'argent dans les tournois, on en pouvait gagner 
aussi. 

De 1170 à 1183, c'est-à-dire du couronnement du prince 
Henri à sa mort, les faits sur lesquels le poète s'étend peuvent 
être classés sous cinq chefs : 1° la guerre du fils contre son 
père (1173); 2° la réconciliation (1174); 3° une longue 
suite de tournois ; 4° une brouille passagère, causée par de 
faux bruits, entre le jeune roi et le Maréchal; 5** la seconde 
guerre contre Henri II, se terminant par la mort du jeune 
Henri. 

1° Ce que le poète nous a dit de la guerre de 1173 est 
assez vague. Écrivant cinquante ans après les événements, 
il n'eut, vraisemblablement, que des renseignements partiels, 
qu'il lui était impossible de relier convenablement. Nous 
avons vu qu'il avait placé beaucoup trop haut l'un des épi- 
sodes de cette guerre, l'affaire de Drincourt; il commet 



1. Notons en passant qu'on ne voit paraître, ni dans notre 
poème ni ailleurs, Bertrand de Born, le seigneur de Hautefort, 
qui, à en croire les anciennes biographies provençales, aurait joué 
un rôle important dans les querelles du jeune roi avec son père. 



LES TOURNOIS. xxxv 

d'autres erreurs qui ont été relevées en leur lieu*. Cepen- 
dant, il sait que l'une des causes de la guerre fut l'excessive 
prodigalité du jeune homme et le refus du père de subvenir 
plus longtemps à des dépenses exagérées. Il sait aussi que le 
jeune Henri fut abandonné par les seigneurs français, que le 
roi d'Angleterre avait achetés. Mais, ce qu'il tient par-des- 
sus tout à nous apprendre, c'est que Guillaume le Maréchal 
eut l'honneur d'armer chevalier son seigneur le jeune roi 
(v. 2084etsuiv.). 

2"" Rentré en grâce auprès de son père, le jeune prince se 
rendit en Angleterre avec le Maréchal et y resta environ un 
an 2. Mais il se lassa bientôt de la vie trop calme qu'on y 
menait, et repartit pour le continent, où il se mit de nouveau 
à courir les tournois. 

3° Du vers 2471 au vers 5094, il n'est question, dans le 
poème, que de tournois. Ces récits, en somme peu variés, 
pourront sembler monotones, et les historiens préféreront 
probablement les parties où l'auteur expose, sinon avec 
beaucoup d'ordre, du moins avec des détails nouveaux, les 
guerres et les négociations de Henri II ou de Richard avec 
Philippe- Auguste. Cette préférence se conçoit. Cependant, 
les tournois occupèrent, en France, une place si considé- 
rable dans la vie des hommes appartenant à la classe noble, 
que tout document qui nous apprend quelles en étaient les 
règles, ou du moins les usages, quelle influence ils avaient 
sur les mœurs, sur les conditions sociales, mérite d'être con- 
sidéré comme historique au premier chef. Et, à ce point de 
vue, les récits de tournois qui tiennent une si grande place 
dans l'Histoire de Guillaume le Maréchal offrent un intérêt 



1. P. 3'i, notes 2, 3, etc. 

2. Voir ci-après, p. 35, n, 



XXXVI INTRODUCTION. — III, § 2. 

réel, car ni les romans de chevalerie, ni les fableaux (où 
souvent il est question de tournois), ni les chroniques ne 
nous donnent une image aussi vivante de ce qu'étaient ces 
rencontres d'hommes armés, cherchant, comme à la guerre, 
à se renverser de cheval, à se faire des prisonniers, allant 
même parfois jusqu'à faire intervenir des troupes de gens de 
pied*. On trouvera dans notre poème nombre de détails 
curieux qui complètent utilement les célèbres dissertations 
de Du Gange sur le même sujet'-. 

Sous Henri II, ces exercices belliqueux n'étaient point 
pratiqués ni même, paraît-il, autorisés en Angleterre. C'est 
Richard qui, le premier, en 1194, accorda ou, plus exacte- 
ment, vendit la permission de tenir des tournois 3. Aussi, 
les jeunes chevaliers anglais qui voulaient se distinguer 
avaient-ils coutume de se rendre sur le continent. C'est le 
conseil que le chambellan de Tancarville donna à Guil- 
laume, lui faisant remarquer que l'Angleterre n'était pas un 
bon pays pour ceux qui voulaient « hanter chevalerie » 
(v. 1544). Guillaume profita de l'avis et s'en trouva bien. 

Les historiens du xn** siècle mentionnent rarement les tour- 



1. C'est ce qu'a bien mis en relief M. Jusserand dans la pre- 
mière de ses études sur les sports dans l'ancienne France [Hevue 
de Paris, 15 mai 1900), où il utilise comme principale source 
l'Histoire du Maréchal. 

2. Dissertations VI et VII sur l'Histoire de saint Louis, réim- 
primées à la suite du Glossarium medix et infimx latinitatis, 
éd. Henschel, VII, 2« partie, p. 23 et suiv. 

3. Roger de Howden (éd. Stubbs), III, 268 ; Raoul de Dicet 
(éd. Stubbs), II, 120. — Le poète dit cependant que le jeune roi, 
pendant son séjour en Angleterre, après sa réconciUation avec 
son père (1175-6), passa le temps en chasse et en tournois {Ou a 
bois ou a torneier, v. 2394). Mais, si torneier n'est pas une leçon 
fautive, il doit s'agir de tournois différents de ceux qui étaient en 
usage sur le continent. 



LES TOURNOIS. xxxvii 

nois et ne les décrivent jamais en détail. C'est par exception 
que Gilbert de Mons nous fait savoir qu'en 1175 on proclama 
un tournoi devant avoir lieu entre Soissons et Braine. Le 
comte de Hainaut, Baudouin V, s'y rendit avec 200 cheva- 
liers et 1 ,200 hommes de pied *. Le jeune roi n'y assista point ; 
il paraît n'avoir quitté l'Angleterre qu'à la fin de l'année 
1175^, et aucun de ceux auxquels il prit part, et sur les- 
quels le poète s'étend longuement, n'est connu d'ailleurs. 

Ces rencontres, à en juger par les descriptions de notre 
auteur, ne se distinguent guère des combats de cavalerie 
qui avaient lieu dans les guerres réelles. On se bat avec les 
armes ordinaires. Il n'est dit nulle part que les tranchants 
et les pointes fussent émoussés. Mais les chevaliers étaient 
si bien protégés par leurs armures qu'ils ne couraient guère 
que le risque d'être renversés de cheval et plus ou moins 
contusionnés. Du reste, le danger n'était guère plus grand à 
la guerre'*^. Les seules différences entre ces exercices et les 
combats véritables paraissent être celles-ci : 1" la rencontre 
a lieu à un endroit déterminé d'avance dans la proclama- 
tion; encore est-il à propos de remarquer que, dans les 
guerres réelles, beaucoup de combats ont été livrés dans des 
lieux fixés par une convention ; c'est ce qu'on appelait 
« bataille aramie » ; 2" lorsque le combat cesse, soit par 
la fuite d'un des partis en présence, soit d'un commun 
accord, une trêve existe virtuellement jusqu'à la reprise, 
qui, généralement, a lieu le lendemain, et les chevaliers se 
font des visites de courtoisie ; 3" le tournoi clos, les hauts 



{. Pertz, Script., XXI, 524-5. 

2. Voir ci-après, p. 36, n. 2. 

3. Il y a, dans le poème, plusieurs récits de combats sérieux. 
On y voit que les accidents mortels étaient extrêmement rares, 
du moins pour les chevaliers. 



XXXVIII INTRODUCTION. — III, § 2. 

hommes se réunissent et décernent le prix à celui qui s*est 
le plus distingué par sa vaillance*. 

Il ne semble pas qu'il ait existé aucune convention ten- 
dant à limiter la liberté des combattants, sinon, peut-être, 
dans le genre de lutte qualifiée, non sans une nuance de 
mépris, de « joutes de (ou à) plaidéïces^ , > et dont le carac- 
tère propre n'est pas clairement déterminé. La lutte a lieu 
eu rase campagne ; le terrain n'est pas circonscrit par des 
lices, comme cela aura lieu plus tard ; la poursuite peut, le 
cas échéant, amener les combattants à traverser des lieux 
habités (v. 2820 et suiv., 7207). Les lices, dont il est ques- 
tion en plus d'un endroit du poème (v. 1309, 3862, 5529), 
servaient de refuge, de recet aux chevaliers serrés de trop 
près. On n'hésite pas à amener sur le terrain des hommes de 
pied armés de piques, qui, du reste, ne sont pas d'un grand 
secours, car ils n'osent s'opposer au passage des cheva- 
liers, qui n'hésiteraient pas à les massacrer 3. Nous voyons 
les chevaliers s'attaquer soit en masse, soit en combat sin- 
gulier ; il n'est pas interdit de se mettre à plusieurs contre 
un seul (v. 1426 et suiv., 5008 et suiv.), fait qui, dans la 
suite, fut trouvé blâmable. On ne se fait pas scrupule de 
faire prisonnier un homme qui est manifestement hors d'état 
de se défendre. Au tournoi de Saint-Pierre-sur-Dive, un 
chevalier tombe et, s'étant brisé un membre, ne peut se 
relever. Le Maréchal, qui était à dîner, le voit, sort de la 
maison, le prend tout armé dans ses bras et le porte à ses 
compagnons en leur disant : « Tenez, voilà pour payer vos 
dettes. » Le malheureux est obligé de donner caution pour 
recouvrer sa liberté (v. 7209-32). On admettait, comme, du 

1. Voir V. 3013, 3301, 4083 et surtout 4331 et suiv. 

2. V. 1310 et 2502. Voir au vocabulaire plaideïces et ftlaidier. 

3. Voir V. 2827 et suiv., 3247; cf. page précédente. 



LES TOURNOIS. xxxix 

reste, à la guerre, que les prisonniers fussent provisoire- 
ment délivrés moyennant caution (fiance). Mais il paraît 
qu'on ne s'en fiait pas toujours à la parole du prisonnier, 
car nous voyons ceux qui étaient fianciez c'est-à-dire qui 
avaient donné leur parole, chercher des amis qui voulussent 
bien leur servir de cautions (v. 3029-31). Dans les romans 
de la Table ronde, il arrive souvent que le chevalier vaincu 
est prisonnier sur parole et doit se rendre, selon l'ordre qui 
lui est donné par le vainqueur, auprès du roi Arthur qui 
disposera de son sort. Ailleurs, le vaincu est tenu de se pré- 
senter à une dame qui, généralement, le délivre*. Ces usages 
courtois ne sont point observés dans les tournois où le Maré- 
chal gagnait, à la force du poignet, honneur et richesse, et, 
du moins, au xiif siècle et à plus forte raison au xif , ne 
sont attestés que par les romans. Les tournois étaient, en 
effet, par les prises qu'on y pouvait faire, un moyen de 
gagner ou de perdre de l'argent. Certains chevaliers en 
vivaient-, et Guillaume le Maréchal fut certainement, pen- 
dant sa jeunesse, l'un de ceux-là. 

Il ne faut pas s'étonner si l'Eglise condamnait les tour- 
nois^ et considérait comme illicites les gains qu'on y fai- 

1. Flamenca, v. 7731 et suiv., 7910 et suiv. 

2. Voir le fableau du chevaher qui, n'ayant « ne vigne ne 
terre », vivait de ce qu'il gagnait aux tournois, et se trouva 
réduit à la pauvreté lorsque ces jeux furent interdits (iMontaiglon 
et Raynaud, VI, 69). Cf. Histoire littéraire, XXX, 156. — Ber- 
tran de Born, dans l'un de ses sirventes [S'abrils]^ blâme les riches 
hommes qui suivent les tournois pour prendre leurs vavasseurs 
et se soucient peu du i)làmo, pourvu qu'ils emportent l'argent. Il 
trouve légitime cependant qu(i les soudoyers (c'est-à-diro les che- 
valiers sans terre qui se louaient) s'enrichissent de cette manière. 

3. Concile de Reims, 1131, canon xu (Labbe, Concilia, X, 
985-6), renouvelé en 1139 au deuxième concile de Latran, 
canon xiv (Labbe, X, 1006), on 1179 au troisième, canon xx 



XL INTRODUCTION. — 111, § 2. 

sait. Le Maréchal le savait sans doute, mais il ne le croyait 
pas ; la morale commune du temps était, sur ce point, en 
désaccord avec la morale ecclésiastique. On trouve, à ce 
propos, un passage bien curieux vers la fin du poème. Le 
vieux Maréchal est couché sur son lit de mort. L'un de ses 
fidèles, Henri Fils Gerout, agissant probablement à l'insti- 
gation d'un clerc qui avait à cœur le salut du Maréchal, dit 
à celui-ci : « Sire, il faut penser à votre salut. La mort ne 
« respecte personne, et les clercs nous apprennent que l'on 
< ne peut être sauvé si l'on ne restitue ce qu'on a pris > 
(v. 18469-78). — « Les clercs », répondit le moribond, 
« veulent nous raser de trop près. J'ai pris cinq cents che- 
« valiers, dont j'ai retenu les armes, les chevaux et tout 
« le harnois. Si pour cela le royaume de Dieu m'est interdit, 
« il n'y a que faire, car je ne pourrais le rendre... A moins 
« qu'ils veuillent ma perte complète, ils ne doivent pas me 
*< poursuivre davantage. Ou leur argument est faux, ou 
« personne ne peut être sauvé. » 

Nous n'avons pas à examiner quelle est la valeur de l'ar- 
gument du Maréchal. Assurément, il ne pouvait pas resti- 
tuer aux intéressés ce qu'il leur avait pris quarante ou 
cinquante ans auparavant. Seulement, les théologiens 
admettaient que la restitution pouvait être faite à l'Église. 
Retenons simplement l'aveu qu'il estimait à cinq cents le 
nombre des chevaliers pris par lui dans les tournois. Et 
cependant, en mainte occasion, il avait fait preuve de géné- 

(Labbe, X, 1449). Cf. Benoit de Peterborough, I, 226 ; Rog. de 
Howden, II, 176. — Jacques de Vitry, s'efforçant de détourner 
un chevalier de la fréquentation des tournois, montre que ces 
jeux cruels conduisent ceux qui s'y livrent à commettre les sept 
péchés capitaux {The exempta of Jacques de Vitry, edited by Th. Fr. 
Crano, 1890, p. 63). 



LES TOURNOIS. xli 

rosité, renvoyant indemnes certains de ses prisonniers'. 

Le Maréchal ne devait pas se tromper de beaucoup dans 
son évaluation. Dans un seul tournoi il avait pris dix che- 
valiers et douze chevaux (v. 3368 et suiv.). Du temps qu'il 
était le principal chevalier du jeune roi, il quittait de temps 
en temps son seigneur pour aller à des tournois où celui-ci, 
pour un motif quelconque, ne jugeait pas à propos de se 
rendre 2. Bien plus, il semble que notre héros avait arrangé 
sa participation aux tournois comme une affaire commer- 
ciale. Il s'était associé avec un certain Roger de Gaugi, che- 
valier flamand, qui parvint plus tard, sous le roi Jean, à 
une assez haute position 3, et, unissant leurs efforts, ils réali- 
sèrent des gains considérables^ Notre auteur, citant les 
écritures de Wigain, clerc de la cuisine du prince Henri ^, 
aflSrme que, dans l'espace de moins d'une année, de la Pen- 
tecôte au carême suivant, Guillaume et Roger prirent cent 
trois chevaliers, sans parler des chevaux et des équipements 
qui n'étaient pas marqués dans les* comptes (v. 3414 et 
suiv.). Ces détails sont nouveaux, la comptabilité du clerc 
Wigain ne nous ayant pas été conservée. 

Ces récits de tournois, qui ne laissent pas d'être un peu 

1. Voir V. 3650 et suiv., 4066 et suiv. 

2. Tournoi de Joigni (v. 3433) ; tournoi entre Anet et Sorel 
(v. 3898); tournoi d'Épernon (v. 4322); autre tournoi d'Épernon 
(v. 4985). A propos d'Épernon, on peut se demander, en compa- 
rant les deux récits, dont le premier est visiblement incomplet, si 
le poète n'a pas conté deux fois la même affaire. 

3. Voir ci-après, p. 43, n. 3. 

4. Il y a d'autres exemples de ces associations de chevaliers 
courant ensemble les tournois. C'est ainsi que, dans le Romaji de 
Flamenca, Guillaume de Ne vers et Archambaut de Bourbon 
« s'appareillent » ensemble. Voir v. 6999 et suiv. de la nouvelle 
édition. 

5. C'est la seule fois, sauf erreur, que l'auteur se réfère à des 
documents d'ordre diplomatique. 



XLii INTRODUCTION. — III, § 2. 

monotones, malgré la peine que se donne le poète pour 
varier son exposé, confirment en somme ce que nous savons 
d'ailleurs sur le même sujet, mais ils nous montrent les faits 
sous un aspect plus vivant, en faisant passer sous nos yeux 
toute une série de scènes où les mœurs et les sentiments des 
hauts liommes du temps sont dépeints au naturel. Gomme 
le Maréchal est toujours placé au premier plan, nous arri- 
vons peu à peu à comprendre comment, parti d'un rang 
modeste (il n'appartenait pas à une des grandes familles de 
l'Angleterre, et il n'était que le cadet de sa maison), il a pu 
arriver peu à peu à une position très élevée. Sa force phy- 
sique, sa belle prestance furent certainement le premier 
élément de sa fortune, mais son intelligence et son honnê- 
teté y contribuèrent aussi pour beaucoup. La partie du 
poème que nous étudions en ce moment fournit à cet égard 
quelques indices qu'il est bon de relever. 

Le jeune roi aimait les tournois, mais il ne semble pas 
y avoir, personnellement, remporté beaucoup de succès. 11 
était fort jeune, étant né en 1155, lorsqu'il commença à se 
livrer à ces exercices, en 1176, après sa réconciliation avec 
son père*. Peut-être n'avait-il pas encore la force physique 
nécessaire pour se défendre contre de robustes chevaliers. 
Aussi arriva-t-il que, dans ses premières rencontres, il reçut 
des coups et vit sa troupe mise en déroute (v. 2563 et suiv.). 
Le Maréchal prit l'habitude de se tenir auprès de son sei- 
gneur, et le défendit si bien que les Français trouvèrent 
dans les Anglais, qu'ils avaient jusqu'alors méprisés, de 
redoutables adversaires (v. 2607 et suiv.). Usant d'une tac- 
tique qu'il avait vue réussir au comte Philippe de Flandre, 
il conseilla au jeune roi d'attendre, pour charger, que les 

1. Ci-dessus, p. xxxv. 



LES TOURNOIS. xliii 

hommes du parti opposé fussent lassés et dispersés par l'ef- 
fort de la lutte (v. 2764 et suiv.). C'est ainsi qu'il arriva 
bientôt à prendre un grand ascendant sur son royal élève 
et qu'il devint, selon l'expression du poète, « sire et maître 
« de son seigneur » (v. 2634). En même temps, il s'enri- 
chissait, et, comme il avait la réputation de payer comp- 
tant, ce qui était rare à cette époque ' , son crédit était con- 
sidérable. Le jeune Henri, qui dépensait largement, était 
souvent hors d'état de payer ses dettes, quand il quittait 
une ville, et on n'était pas disposé, semble-t-il, à lui faire 
crédit. Mais le Maréchal intervenait. « Monseigneur n'a 
« pas d'argent pour l'instant, disait-il, mais aurez votre du 
« avant un mois » (v. 5088 et suiv.). Et sa parole suffisait. 
On avait confiance en lui, bien qu'il n'eût encore ni terre 
ni rente. 

Guillaume le Maréchal fut toujours fidèle à sa parole. 
C'était, dans toute la force du terme, un loyal chevalier. Il 
en avait le renom, et cette réputation n'était pas usurpée. 
Ce n'est pas qu'il fût, en certaines circonstances, très scru- 
puleux. L'idée qu'on se fait de la morale varie selon les 
temps. Nous serions tentés d'apprécier autrement que ses 
contemporains sa conduite à l'égard d'un clerc qui s'en- 
fuyait emmenant avec lui une jeune femme. L'aventure est 
joliment contée (v. 6677 et suiv.) . Guillaume, accompagné de 
son écuyer, Eustache de Bertrimont, revenait auprès du 
jeune roi, qu'il avait quitté en des circonstances qui seront 
exposées plus loin. Il rencontra sur sa route un jeune homme 
et une jeune femme de belle apparence, qui cheminaient 
montés sur leurs palefrois. L'envie lui prit de savoir qui ils 
étaient. Le jeune homme refuse d'abord de se faire connaître 

1. Voir, V. ^Vib et suiv., l'épisodo du clieval acheté et payé 
comptant par le Maréchal. 



XLiv INTRODUCTION. — III, § 2. 

et fait mine de mettre l'époe k la main. « Vous cherchez 
« une querelle, » dit le Maréchal, < vous l'aurez. > Et il 
demande h son écuyer de lui apporter son épée. L'inconnu 
veut fuir, mais le Maréchal le rejoint et le saisit si brusque- 
ment qu'il le décoiffe, et alors on vit que c'était « le plus 
« beau moine du monde >. Le malheureux est alors obligé 
d'avouer qu'il allait se réfugier à l'étranger avec la femme 
qu'il avait enlevée. « Dites-moi, ma belle, » dit le Maréchal, 
« qui êtes-vous, de quelle famille? » La pauvre femme 
répond en pleurant qu'elle est la sœur de monseigneur 
Raoul de Lens. — « Belle, » reprend le Maréchal, « vous 
« n'êtes pas raisonnable. Laissez cette folie et je vous racom- 
« modérai avec votre frère. » La dame s'y refuse : elle n'ose- 
rait se montrer dans son pays. « Mais, > dit le Maréchal au 
moine, « de quoi comptez-vous vivre ? Avez-vous de l'ar- 
« gent ?» Le moine montre sa bourse qui renfermait qua- 
rante-huit livres de deniers. « Je les placerai à intérêt, » 
dit-il, « et nous vivrons de la rente. — A usure ! » s'écrie le 
Maréchal, « à Dieu ne plaise ! Prenez les deniers, Eustache ! 
« et vous, allez au diable ! » Puis il rejoint ses compagnons 
et leur donne leur part de sa prise. 

Un juriste de notre temps trouverait une certaine ressem- 
blance entre l'acte de Guillaume et un vol à main armée. 
Mais l'honnête Maréchal crut sans doute faire œuvre pie en 
enlevant au moine un argent dont il eût fait mauvais usage. 

4? La faveur dont jouissait le Maréchal auprès du prince 
Henri, sa réputation parmi les hauts hommes qui fréquen- 
taient les tournois ne tardèrent pas à lui susciter des 
envieux. Des gens de son entourage machinèrent un com- 
plot odieux qui avait pour objet de le perdre dans l'esprit 
de son seigneur. On répandit le bruit qu'il était l'amant de 



BROUILLE DU MARÉCHAL ET DU JEUNE ROI. xlv 

la jeune reine. On disait aussi que sa renommée venait sur- 
tout de ce que, dès que le prince, ayant le Maréchal à ses 
côtés, entrait dans le tournoi, un certain héraut, nommé 
Henri le Norrois*, s'écriait : « Ça ! Dieu aide au Maréchal ! » 
Chacun se pressait autour de lui, et il n'avait qu'à étendre 
la main pour faire des prisonniers (v. 5221 et suiv.). Cette 
explication des succès du Maréchal est assez puérile, mais 
il n'est pas invraisemblable que le Maréchal ait cherché de 
bonne heure à se concilier la faveur des hérauts, qui contri- 
buaient certainement pour beaucoup à répandre le renom 
des chevaliers. Lors du tournoi de Joigni, un jeune héraut 
d'armes avait chanté une chanson qui avait pour refrain : 
« Maréchal, donnez-moi un bon cheval^ » Et le Maréchal, 
quittant la fête, était allé désarçonner un des chevaliers du 
parti opposé et avait ainsi contenté, à bon compte, le héraut. 
Après tout, si le Maréchal avait quelque peu recherché la 
faveur des jongleurs ou des hérauts d'armes, il n'aurait fait 
que suivre l'exemple des seigneurs de son temps soucieux de 
leur réputation. Les hérauts étaient les journalistes de 
l'époque, et il pouvait être avantageux de se concilier leurs 
bonnes grâces. A ce propos, il n'est pas inutile de dire que 
les hérauts apparaissent plus anciennement que ce que l'on 
pourrait croire, à s'en tenir aux textes signalés jusqu'ici ^ 
Ils sont aussi anciens que les tournois. Du reste, les hérauts 
jouaient aussi leur rôle dans les combats réels^ A l'origine, 

1. Voir ci-après, p. 66, n. 4. 

2. V. 3489. C'est la requête, exprimée d'une façon brillante 
par Peiro Vidal dans sa pièce Drogoman seiner, s'agues bon des- 
trier. Voir Romania, II, 423. 

3. Du Gange, heraldus et hiraudus; Littré, à l'historique de 
héraut; Godefroy, Complément, héraut. 

4. Un héraut paraît dans le récit du combat de Driucourt 
{v. 977 et suiv.). 



XLVI INTRODUCTION. — III, § 2. 

ils sont rangés parmi les gens de bas étage' ; mais peu à peu 
leur condition s'élève : ils ne se bornent plus à attirer, par 
leurs cris, l'attention sur les coups bien assénés*, et finissent 
par prendre rang dans la littérature. 

Le poète semble avoir été parfaitement renseigné sur les 
circonstances de la conspiration dont le Maréchal faillit être 
victime. Il sait que les auteurs de la calomnie étaient au 
nombre de cinq : il nomme deux d'entre eux, Adam d'Ique- 
beuf et Thomas de Goulonces, mais, prudemment, il se tait 
sur les trois autres, dont la lignée, nous dit-il, existait 
encore (v. 5147). Il nous expose en grand détail les pour- 
parlers des traîtres et leurs efforts pour faire parvenir leur 
accusation calomnieuse aux oreilles du jeune roi. Le pre- 
mier à qui ils s'adressent, Raoul de Hamars, repousse leur 
insinuation avec indignation ; mais un certain Raoul Farci, 
familier du jeune roi, accepte et dévoile au roi l'injure qui 
lui est faite par le Maréchal. Henri refuse d'y croire, mais 
Raoul lui dit : « Sire, je trouverai cinq chevaliers qui l'af- 
firmeront^ » (v. 5618). Et les cinq conspirateurs, appelés en 
témoignage, confirment son dire. Le jeune roi, qui ne paraît 
pas avoir été sujet aux accès d'emportement auxquels se 

i. Dans Mainet (Romania, IV, 324, v. 12) : 

Ancui s'en gaberoieni et garchon et hiraut. 

2. Chrétien de Troies dit, en parlant des mauvais (lâches) : 
*" Tuit s'en teisent, nés h hira 

Qui des vaillanz crie le ban 
Et les mauves giete en un van. 

[Chev. au lion, éd. Forster, v. 2204-6.) 
Cf. ce passage d'un ancien sermonnaire : « Histriones isti quos 
hyraudos vocamus, quando vident aliquem in armorum exercitio 
viriliter et strenue laborantem, clamare soient et dicere : Qui 
n'a cuer ici le preigne » (Bibl. nat., lat. 16951, fol. 4). 

3. C'est le mode de procédure adopté contre les voleurs dans le 
droit de l'époque mérovingienne. Voir Pertz, Leges, 1, 10. 



BROUILLE DU MARÉCHAL ET DU JEUNE ROI. xlvii 

laissait entraîner son frère Richard, ne fit point d'éclat, mais, 
quoique profondément troublé, il se contenta de tenir le 
Maréchal à l'écart et ne lui parla plus. 

Le Maréchal, qui avait été averti du complot, ne chercha 
pas l'occasion de s'expliquer avec son seigneur, et, s'en 
remettant à la grâce de Dieu, il quitta la cour et alla visi- 
ter ses amis, qui lui firent bon accueil. Cependant, un tour- 
noi ayant été proclamé à Gournai, il reçut du jeune roi 
l'ordre de s'y rendre. Il y alla, et, comme de coutume, il s'y 
comporta vaillamment, arrachant à deux reprises son sei- 
gneur aux mains de ceux qui allaient le faire prisonnier. 
Puis, le tournoi fini, il se retira sans qu'une parole eût été 
échangée entre eux. 

Les traîtres ne se tinrent pas pour satisfaits. Ils portèrent 
leur accusation k Henri II, qui était alors à Rouen. Il y a 
ici, dans le poème, une remarque intéressante, qui nous 
montre quelle était alors l'opinion du roi d'Angleterre sur 
le Maréchal. « Quand le père le sut, il n'en fut pas autre- 
« ment affligé, sinon pour la honte, car il lui était avis que 
« ceux qui entouraient son fils l'encourageaient à de grandes 
« dépenses, et il eût bien voulu voir partir les meilleurs d'entre 
« eux » (v. 5661-8). 

Peu de temps après, Henri II tint cour plénière à Caen 
(Noël 1182). Le Maréchal s'y rendit, et, fort de sa loyauté, 
dit au jeune roi, en présence du père et de nombreux 
barons, ce qu'il avait sur le cœur. C'est une scène de chan- 
son de geste. Le preux chevalier ne demande pas quelles 
preuves on apporte contre lui, il n'a pas recours à la pur- 
gation par serment, à la « desresne » : il prend résolument 
l'offensive et offre la bataille. Il l'offre avec des conditions 
singulières. 11 se battra trois jours de suite contre trois 
champions successifs. Si le i)remier, le second ou hi Iroi- 



xr.viii INTRODUCTION. — III, § 2. 

sième jour il est vaincu, qu'on le pende! — « Maréchal, » 
dit le jeune roi, « je n'ai cure de votre bataille. Je n'accepte 
« pas votre escondit. » C'est la scène de Horn devant le roi 
Hunlaf*. Le Maréchal ne se tient pas pour battu : il offre 
de combattre après qu'on lui aura coupé un doigt de la main 
droite. Voyant qu'il n'obtient pas de réponse, il demande 
un sauf-conduit au roi Henri II, et, l'ayant obtenu, il quitte 
le pays. 

Le Maréchal se rendit à un tournoi entre Gournai et Res- 
sons et s'y distingua comme de coutume. La nouvelle de sa 
disgrâce s'était répandue, mais on apprit en même temps 
qu'il ne lui avait pas été permis de se justifier. Aussi arriva- 
t-il que des offres magnifiques lui furent faites par de puis- 
sants seigneurs qui désiraient se l'attacher. Mais il les 
déclina et se rendit en pèlerinage au tombeau des Trois-Rois, 
à Cologne*. Entretant, la renommée portait le bruit de ses 
exploits à la cour du jeune roi. 

Peu de semaines après ces événements, la guerre éclata 
entre les fils du roi d'Angleterre. Le jeune roi Henri et son 
frère Geoffroi unirent leurs efforts contre Richard. Le père, 
qui, d'abord, avait paru autoriser la lutte 3, prit parti pour 
Richard et vint assiéger ses fils Henri et Geoffroi dans 
Limoges. C'est alors qu'on regretta l'absence du Maréchal. 
On conseilla au jeune roi de le rappeler, l'assurant que les 
accusations dont on avait fait tant de bruit étaient calom- 
nieuses. Le prince Henri y consentit d'autant plus volon- 



1. Horn et Rimel, v. 1927 et suiv. 

2. Les corps supposés des trois rois mages, apportés de Gonstao- 
tiaople à Milan, furent transférés à Cologne en H64 (K,-A. Mar- 
tin Hartmann, Ueber dus altspanische Dreikônigsspiel, Bautzen, 
1879, p. 78). 

3. Voir ci-après, p. 76, n. 1. 



MORT DU JEUNE ROI. XLIX 

tiers qu une circonstance imprévue venait de lui ouvrir les 
yeux. Son sénéchal, l'un des cinq chevaliers qui avaient 
témoigné contre le Maréchal, voyant le jeune roi assiégé, 
était venu lui demander congé, ne croyant pas pouvoir res- 
ter plus longtemps à son service. 

Le messager envoyé par le jeune roi trouva Guillaume 
revenant de Cologne et très disposé à rejoindre son seigneur. 
Mais le Maréchal était un homme d'ordre, qui aimait les 
situations régulières. Il n'hésitait pas à obéir aux ordres du 
jeune roi, mais il craignait d'encourir la malveillance du 
vieux roi. Aussi se rendit-il d'abord auprès de Philippe- 
Auguste, de qui il obtint des lettres de recommandation pour 
Henri II ^ Il en obtint aussi de l'archevêque de Reims et 
d'autres grands personnages. Il les envoya au roi, qui l'au- 
torisa par écrit à se rendre à l'appel de son seigneur. C'est 
alors seulement qu'il se dirigea vers Limoges, et c'est pen- 
dant ce voyage que lui arriva l'aventure rappelée plus haut 
(p. xLiii) avec le clerc fugitif. 

Le poème ne nous dit pas où le Maréchal rejoignit son sei- 
gneur, qui le reçut honorablement. Mais ce fut très certai- 
nement peu avaint la fin du jeune prince, qui mourut le 
il juin 1183, confiant à son ami fidèle la mission d'accom- 
plir pour lui le vœu qu'il avait formé d'aller en pèlerinage 
au Saint-Sépulcre (v. 6890). Dès lors, comme dit le poète. 
Chevalerie se changea en Paresse et Largesse devint orphe- 
line (v. 6874-8). 

C'est, en effet, par le nouvel essor qu'il donna à la che- 
valerie, par sa largesse envers les soudoyers qu'il attirait h 

1. Le Maréchal devait être connu personnellemenl du roi de 
Franco pour tenter une pareille démarche. Il l'avait vu iirobahle- 
ment à Hoims lors de rou couronnement Inov. HTD), ;ui(juol le 
jeune roi avait assisté avec une nombreuse suite (I^)b. de Tori- 
gni, éd. Delisle, II, •)()-!). 

m d 



L INTRODUCTION. ^ III, § 3. 

lui, que le jeune roi est resté célèbre. Les exagérations de la 
légende^ n'ajoutent rien à une réputation bien établie par 
l'histoire. Mais, ce que le poème ne nous dit pas et ce que 
nous savons d'ailleurs, notamment, par Jaufré de Vigeois» 
c'est que le prince Henri se procurait par les moyens les 
moins légitimes l'argent nécessaire à ses prodigalités. Placé, 
par son titre de roi, au-dessus de ses frères, 11 était moins 
riche qu'eux, n'ayant pas de vassaux à pressurer et ne pos- 
sédant guère d'autres revenus que les allocations que lui 
faisait son père. Il était roi sans terre. Aussi, bien que d'un 
caractère en somme assez doux, ne reculait-il pas, lorsque 
la nécessité le pressait, devant de véritables brigandages. 
Pendant les dernières semaines de sa vie, il avait (ce dont le 
poète ne nous dit rien, mais nous le savons par Jaufré de 
Vigeois), pillé Uzerche, Aix-sur-Vienne et le sanctuaire 
révéré de Rocamadour. Néanmoins, comme il avait su 
se concilier la laveur de ceux qui font les réputations, on 
exagéra de toute- façon ses mérites, on lui fit crédit de qua- 
lités qu'il n'avait pas, et il laissa un nom honoré 2. 

§ 3. De la mort du jeune roi à ravènement de 
Richard /"^ — Le jeune roi, malgré ses récentes rapines, 
ne laissait, à sa mort, que des dettes. Un de ses créanciers 

1. Voir les récits du Novellino, éd. Gualteruzzi (1575), nou- 
velles 19 et 20; éd. Biagi (Florence, 1880), nouvelles 23 et 24. 

2. Giraud de Barri nous a conservé quatre vers qui peuvent 
passer pour une épitaphe du jeune roi : 

Omnis honoris honos, décor et decus urbis et orbis, 

Militie splendor, gloria, lumen apex ; 
Julius ingenio, virtutibus Hector, Achilles 
Viribus, Augustus moribus, ore Paris. 

(Giraldi Cambrensis Opéra, I, 355, et VIII, 174.) 
La comparaison avec Achille est de trop. L'auteur de l'Histoire 
du Maréchal n^est pas tombé dans cet excès. 



LE MARÉCHAL EN TERRE SAINTE. li 

mit la main sur le Maréchal, qui s'était vraisemblablement, 
comme en d'autres occasions, porté garant pour son sei- 
gneur, bien que ne possédant pas, selon son expression, 
« un sillon de terre » (v. 7031). Le poème conte agréable- 
ment comment, grâce à un artifice à peine honnête qu'ima- 
gina un homme de confiance du roi, on réussit à faire payer 
par Henri II la dette de son fils. « Il m'en a coûté bien 
« d'autres, » dit le vieux roi attristé, « et plût à Dieu qu'il 
« me coûtât encore ! » (v. 7152-3). 

Après les obsèques du jeune Henri (22 juillet 1183), le 
Maréchal se remit à courir les tournois ; puis il se prépara à 
son voyage en Terre sainte. Il prit congé du roi d'Angleterre 
qui, désireux de le voir revenir et de l'attacher à son ser- 
vice, se fit remettre par lui, à titre de gage, deux bons che- 
vaux, lui faisant don, toutefois, de cent livres d'angevins 
pour son pèlerinage. 

La profession de croisé était lucrative : les dons afiiuaient. 
Le Maréchal, la bourse bien garnie, se rendit d'abord en 
Angleterre, où il prit congé des siens, puis il partit pour la 
Terre sainte. On a déjà dit plus haut que le poète manquait 
de renseignements sur cette période de l'histoire de son héros. 
Cependant, on a peine à croire qu'il en ait été absolument 
dépourvu. Aussi est-il permis de supposer qu'il y a ici une 
lacune dans Tunique manuscrit qui nous soit parvenu du 
poème*. 

C'est vers mars 1187 ' que Guillaume le Maréchal, revenu 
d'outre-mer, rejoignit, à Lyons-la-Forêt, Henri II, qui le 
prit à son service et le mit au nombre de ses conseillers. Le 
roi fit plus : il lui donna la garde d'une riche héritière, la 
demoiselle de Lancastre. Nous ne savons pas si ce fut un 

1. Voir la note sur le v. 7274. 

2. Voir ci-après, p. 85, n. 3. 



tn INTRODUCTION. — III, § 3. 

don gratuit ou si le Maréchal eut à payer au roi un droit 
(finis), les rôles des fines ne nous étant pas parvenus pour 
cette époque. Toujours est-il que le Maréchal ne l'épousa 
point, comme il en aurait eu le droit; « il la tint longtemps 
en grand honneur, comme sa chère amie », nous dit le poète 
(v. 7315-7). Il se réservait pour une plus belle occasion. 

Peu après le retour du Maréchal vint en Occident la nou- 
velle des désastres éprouvés en Palestine par les chrétiens. 
Les rois de France et d'Angleterre eurent une entrevue et 
prirent la croix. Henri II était retourné en Angleterre pour 
faire ses préparatifs, lorsque Philippe- Auguste lui enleva 
Châteauroux (juin 1188), d'où une guerre qui devait retar- 
der de deux ans la croisade. 

Si nous n'avions d'autres sources d'information que le 
poème, nous aurions assurément quelque peine à nous for- 
mer une idée claire de cette guerre, qui, un moment inter- 
rompue par une trêve, pendant l'hiver de 1188-9, ne prit 
fin qu'à la veille de la mort du roi Henri. Mais l'histoire de 
Guillaume le Maréchal n'est pas l'histoire de la rivalité des 
rois de France et d'Angleterre, quoiqu'elle y touche de fort 
près. Le poète se préoccupe surtout des épisodes où son 
héros joue un rôle, et c'est seulement par occasion qu'il 
conte les événements auxquels celui-ci n'est pas directement 
mêlé. Dans tous les cas, ses récits sont empreints d'une évi- 
dente sincérité ; ils ne sont pas toujours d'accord, quanta la 
succession des faits, avec ceux des historiens du temps, mais 
ces historiens eux-mêmes présentent bien des divergences*. 
Quant aux faits, le poète n'avance rien que le témoignage 
des écrivains contemporains nous conduise à révoquer en 
doute. Ainsi, le récit des pourparlers qui eurent lieu à 

1. Voir notamment ci-après, p. 91, n. 2 et 3. 



GUERRE DES DEUX ROIS. lui 

Gisors au mois d'août 1188, entre Henri II et Philippe- 
Auguste, est riche en détails qu'on ne trouve pas ailleurs, 
mais on comprend que, le Maréchal ayant pris part à ces 
négociations, le poète a dû avoir des informations particu- 
lières. Tout ce qu'on pourrait objecter, c'est que le rôle du 
Maréchal paraît exagéré : c'est lui qui conseille le roi d'An- 
gleterre (v. 7559 et suiv.), c'est lui qui, envoyé au roi de 
France, agit comme chef de mission (v. 7641 et suiv.). Mais 
il est facile de remettre les choses au point. Le poète est, 
naturellement, porté à mettre son héros au premier plan. 
Ce qui, du reste, inspire confiance en sa véracité, c'est la 
réserve dont il fait preuve dès qu'il se trouve en présence 
d'événements sur lesquels il était insuffisamment renseigné. 
Ainsi, il sait que les deux rois, accompagnés de leurs prin- 
cipaux barons, eurent une entrevue à Gisors, mais il ne 
prétend pas en savoir davantage. « Il y eut, dit-il, bien des 
« paroles échangées, mais je n'en sais pas toutes les parties, 

« Kar li rei ne cil qui i érent 
7380 « A lor consels ne m'apelérent. » 

Et plus loin, lors de l'entrevue de Colombier, près Tours : 
*( Ne sai les paroles parties » (v. 9029). Le poète n'est pas 
un narrateur sec : il se permet quelques développements litté- 
raires; mais jamais il n'invente pour combler les lacunes de 
son information. 

La guerre des deux rois met pour la première fois le nar- 
rateur en face d'événements politiques importants, et lui 
fournit l'occasion de laisser paraître son opinion sur ceux 
qui y tiennent les principaux rôles. A l'égard du roi de 
France, il n'est tenu à aucun ménagement; aussi ne se 
fait-il pas faute de relever — et les occasions ne manquent 
pas — tout ce qui peut donner lieu à une accusation de 



uv INTRODUCTION. — III, § 3. 

duplicité, de convoitise ou d'orgueil. Pour Henri II, pas 
plus, du reste, que pour le jeune roi, il n'a jamais une parole 
de blâme. Mais il est moins favorable à Richard. Déjà, lors- 
qu'il avait eu à expliquer comment était née la brouille 
entre le jeune roi et son père, il avait été amené à qualifier 
sévèrement la conduite du comte de Poitiers envers ses 
hommes (v. 6316 et suiv.). Il ne dissimule pas non plus les 
torts de ce prince dans la guerre de 1188, rejetant toute- 
fois, non sans raison du reste, une partie de la responsabilité 
sur le roi de France, qui avait excité Richard à prendre 
parti contre son père (v. 8089 et suiv.). Il met à ce propos 
dans la bouche du vieux roi une parole touchante et bien 
vraisemblable. Apprenant que Richard était contre lui, 
Henri U se serait écrié : « Oh! je le savais bien : mes 
« enfants ne feront jamais que du mal. Ils causeront ma 
« perte et la leur! » (v. 6198 et suiv.). 

Cependant, Guillaume le Maréchal grandissait dans l'es- 
time du roi. En mai 1189, déjà atteint de la maladie qui 
devait l'emporter deux mois plus tard, Henri II s'engageait 
à lui donner la demoiselle de Striguil (v. 8303 et suiv.), 
promesse qui ne fut accomplie que par son successeur. Puis 
il le chargeait d'aller, avec Raoul, archidiacre de Hereford, 
porter au roi de France des propositions de paix. La négo- 
ciation, contrecarrée par Richard et par son chancelier, 
Guillaume de Longchamp, n'aboutit pas, et Henri II, malade 
et d'ailleurs peu habile à la guerre, dut se résigner à la lutte. 
Il se défendit mollement, battant toujours en retraite devant 
son adversaire, évitant le plus possible de combattre. L'état 
d'esprit du malheureux prince, découragé, s'abandonnant 
lui-même, soupirant après le repos, agité par instants de 
mouvements de rage, est indiqué par le poète en quelques 
traits caractéristiques. Au Mans, que ses chevaliers tentent 



MORT DE HENRI IL LV 

malgré lui de se défendre, il fuit devant le roi de France et 
incendie la ville pour couvrir sa retraite. Ici, un curieux 
épisode : son fils Richard était au premier rang de ceux qui 
le poursuivaient. Le Maréchal fit volte-face. Le comte de 
Poitiers, le voyant se diriger vers lui, s'écrie : « Par les 
« jambes Dieu ! Maréchal, ne me tuez pas ; ce serait mal, je 
« suis désarmé ! — Non, je ne vous tuerai pas, » répond le 
Maréchal, « que le diable vous tue ! » (v. 8839 et suiv.). Et, 
de sa lance, il tua le cheval du comte de Poitiers, qui tomba. 
Ainsi fut arrêtée la poursuite. Ce n'est pas là une invention 
de poète : le fait est attesté par Giraut de Barri, qui, toute- 
fois, s'abstient de nommer l'auteur de cet exploit. Certaines 
parties du De principis instructione de cet écrivain gallois 
sont l'une des sources principales pour l'histoire du roi 
Henri pendant la triste période qui précéda sa fin ; il est 
remarquable que les deux auteurs, renseignés l'un et l'autre 
de première main, se complètent et se confirment mutuelle- 
ment, sans que rien autorise à supposer qu'il y ait eu emprunt 
d'aucune part. 

Puis vient le récit de la fin lamentable du roi Henri IL 
Battu sans s'être défendu, il reçoit du roi de France l'invi- 
tation, qui ressemblait à un ordre, de venir conférer avec 
lui aux environs de Tours. Bien que malade au point de 
pouvoir à peine se tenir debout ' , il accepte le rendez-vous 
et se rend chez les Templiers, à la commanderie de Balan. 
Et comme, au jour fixé, la maladie l'avait retenu à la 
chambre, son fils Richard dit que c'était une feinte. Enfin, 
au prix d'un dernier efîbrt, il se présente au roi de France 

1. D'après Giraut de Barri (De princ. instr., IH, xiii), il souf- 
frait d'une fistule à l'anus ; mais les détails donnés par le poète 
sur sa mort donnent à croire (|uc cette affection s'était compli- 
quée de quelque autre maladie. 



LVi INTRODUCTION. — III, § 3. 

et accepte sans discussion les conditions qui lui sont impo- 
sées. Mais une dernière douleur lui était réservée. Il fit 
demander la liste de ceux qui s'étaient ligués avec Richard 
et avec Philippe-Auguste. Le garde de son sceau, un Nor- 
mand appelé Roger Malchael, la lui apporta et lui dit en 
soupirant : « Sire, puisse Jésus-Christ me venir en aidel le 
« premier qui est ici écrit, c'est le comte Jean, votre fils. » 
Quand le roi entendit que l'être qu'il aimait le plus au 
monde le trahissait, il ne put que dire : « Vous en avez dit 
« assez. » Il se mit au lit, et le troisième jour il mourut dans 
de terribles souffrances (v. 9075 et suiv.). 

La mort du roi fut le signal d'une scène de pillage repous- 
sante que Giraut de Barri avait déjà résumée en quelques 
lignes ^ , mais qui est décrite ici avec une efi'ray ante préci- 
sion. Le Maréchal (v. 9177 et suiv.) intervint, sans succès, 
auprès du sénéchal Etienne de Marçai pour obtenir qu'une 
aumône fût faite aux pauvres accourus dans l'espoir de par- 
ticiper aux distributions qu'il était coutume de faire à la 
mort d'un grand personnage. Il y a là des détails singuliè- 
rement caractéristiques que nous ne connaissions pas parle 
menu, mais que deux lignes de Gervais de Cantorbéry per- 
mettaient déjà de soupçonner : « Rex Henricus.. . maie inter- 
iit .ij. nonas aprilis (6 juillet 1189) apud Ghinon, et apud 
Fontem Ebraudi miserabiliter sepultus est, ut ^ prae pudore 
régis y cetera taceam » (éd. Stubbs, I, 449). 

§ 4. Guillaume le Maréchal sous le règne de 
Richard /"^ — Le Maréchal se trouvait, à l'avènement de 
Richard, dans une position délicate, puisqu'il allait avoir 
pour roi celui qu'il avait combattu, qu'il avait humilié per- 
sonnellement lorsque, à la retraite du Mans, il l'avait abattu 

1 . De princ, instr., III, xxviii ; Gir. Cambr. opéra, VIII, 304. 



ENTREVUE DE RICHARD ET DU MARÉCHAL. LVil 

à terre en lui tuant son cheval. Le poète, sans intervenir 
dans le récit et par le simple jeu des personnages, a su rendre, 
avec une puissance singulière, les sentiments qui agitaient 
le Maréchal, les chevaliers de son entourage et le comte 
Richard. La scène est admirablement composée. Le corps du 
défunt roi est exposé à Fontevrault^ Le comte a été informé 
de la mort de son père. « Je n'ai pas cherché à savoir », dit 
le poète, « s'il en fut affligé ou s'il s'en réjouit » (v. 9248-95). 
Cependant, les chevaliers restés fidèles à Henri II s'étaient 
assemblés et échangeaient leurs idées sur le sort qui les 
attendait. Ils craignaient assez, naturellement, que le nou- 
veau roi ne leur fût pas favorable. « Mais, » disaient-ils, 
« Dieu, qui protège les bons, ne nous fera pas défaut. Le 
« monde ne lui appartient pas tout entier. S'il nous faut 
« changer de seigneur. Dieu nous conduira. Mais nous crai- 
« gnons pour le Maréchal, qui lui a tué son cheval sous lui. 
« Qu'il sache bien, toutefois, que, tant que nous aurons des 
« chevaux, des armes, des vêtements, des deniers, il y en 
« aura pour lui et largement. » — Le Maréchal les remer- 
cie : il lui serait pénible de recevoir sans être sûr de pou- 
voir rendre. Il met sa confiance en Dieu. A ce moment arrive 
le comte de Poitiers. Rien dans sa démarche, nous dit le 
poète, ne témoignait s'il éprouvait joie ou tristesse, cour- 
roux ou contentement. Il s'avança jusqu'auprès du corps de 
son père, resta longtemps pensif, puis, faisant signe au Maré- 
chal et à Maurice de Craon, il sortit avec eux. Ses premières 
paroles ne sont pas rassurantes : « Vous avez voulu me 

< tuer, dit-il au Maréchal, et vous l'auriez fait si, de mon 

< bras, je n'avais détourné votre lance. — Sire, répondit 

i. Il semble qu'il ait i\U\ |)lac«î dans une bière ouverte, puisque 
les historiens disent (jue le sauf^ coula des narines du l'eu roi 
lorsque Richard s'apjirocha (ci-après, p. 117, n. 2). 



LViii INTRODUCTION. — III, § 4. 

« celui-ci, je n'ai jamais voulu vous tuer, et, si je l'avaig 
« voulu, ce ne m'eût pas été plus difficile que de tuer votre 
« cheval. Cela, je Tai fait, et je ne m'en repens point. — Mare* 
« chai, je vous pardonne et ne vous en garde pas rancune » 
(v. 9319 et suiv.). Le Maréchal remercia, tout en mainte- 
nant sa protestation. Assurément, Richard ne s'était jamais 
mépris sur les intentions du Maréchal. Il savait bien qu'on 
ne tuait pas un personnage de son importance, mais il vou- 
lait se donner l'apparence d'user de générosité envers un 
homme dont il tenait à s'assurer les services. Toujours est-il 
qu'il le chargea d'aller, en son nom, avec Gilebert Pipart, 
saisir sa terre d'Angleterre, et lui confirma, gratuitement*, 
le don de la demoiselle de Striguil. 

Guillaume, avant de se rendre en Angleterre, alla, dans 
le pays de Caux, saisir, selon l'expression du poète (v. 9456), 
la terre et la fille qui lui avaient été données. Mais il ne put 
prendre à ce moment que la terre de Longueville, près 
Dieppe, partie importante, mais non la plus considérable des 
biens d'Isabelle de Clare. Quant à la demoiselle, qui était en 
Angleterre, il l'eut un peu plus tard. 

Nous ne savons pas exactement en quoi consistait la mis- 
sion donnée à Guillaume le Maréchal et à Gilebert Pipart ; 
le poète ne donne pas de détails. Il se peut qu'elle ait con- 
sisté simplement à confier à la reine Aliénor, que Henri II 
tenait enfermée, la régence du royaume jusqu'au couronne- 
ment de son fils Richard 2. Le Maréchal, sans perdre de 
temps, se fit livrer Isabelle de Clare, que Raoul de Glanville 

1. Mais je H doins tôt quitement | La meschine et le tenement 
(v. 9369-70). Cependanl, nous savons que le Maréchal eut à payer, 
en 1191, pour une partie au moins de ces biens, une somme de 
deux mille marcs. Voir ci-après, p. 121, note. 

2. Voir ci-après, p. 121, n. 3. 



MARIAGE DU MARÉCHAL. lix 

tenait en garde. Il eut, paraît-il, quelque peine à y parve- 
nir (a enviz li fu rendue, v. 9517). Mais il était tenace et 
entendait ses affaires. Une fois en possession de la demoi- 
selle, il ne se contenta pas de la garder « comme sa chère 
amie », ainsi qu'il avait fait pour la demoiselle de Lan- 
castre : il s'empressa de l'épouser et l'emmena à Stokes- 
d'Abernon, où il ne dut pas faire un long séjour, car, le 
3 septembre, il assistait au couronnement de Richard, à 
Westminster, et pendant tout le reste de l'année nous le 
voyons suivre la cour royale en différentes villes d'Angle- 
terre. Il profita de la présence de Richard pour se faire mettre 
en possession des terres d'Irlande qui faisaient partie de 
l'héritage de sa femme. Il y réussit, malgré la résistance du 
comte Jean (Jean Sans-Terre), qui les avait en garde, en 
sa qualité de roi d'Irlande* ; mais il dut lui faire hommage ^ 
Le Maréchal avait attendu pour se marier le bon moment, 
ou du moins une bonne occasion. Il pouvait paraître un peu 
mûr pour une jeune fille de dix- sept ans-^ puisqu'il en 
avait environ quarante-six, mais la diflerence d'âge ne 
l'empêcha pas de laisser après lui cinq fils et quatre filles^. 
Par son mariage, il devenait, lui simple cadet qui ne pos- 
sédait pas un sillon de terre, l'un des hommes les plus riches 
du royaume. Sa femme lui apportait la terre de Longueville, 
dans le pays de Caux, le château d'Orbec, près de Lisieux^, 

1. Voir ci-après, p. 123, n. 5. 

2. Cela est dit plus loin, v. 10316. 

3. Isabelle de Clare dut naître en 1172; son père avait épousé, 
en 1171, la fille du roi irlandais Dermot. Voir G. E. Cokaine, 
The complète Peerage, art. Pembroke, p. 198. 

^. Il en eutprohablemont davantage. On tenait peu de compte 
des enfants morts en bas àgo. 

5. Voir ci-après, p. 177, n. 1. On sait, d'ailleurs, quo le fief 
d'Orbec faisait |)artie dos biens d'Isabelle de Clare, femme de Guil- 
laume (Stapleton, Magni rot. Scacr. Norni., II, cxxxvii). 



LX INTRODUCTION. — III, § 4. 

Pembroke et Striguil (Ghepstow), avec le titre de comte S 
dans le pays de Galles, le château de Goodrich*, dans le 
comté de Hereford, et sans doute beaucoup de terres adja- 
centes; enfin, en Irlande, la plus grande partie du Leinster, 
c'est-à-dire un territoire correspondant à huit ou dix des 
comtés actuels^. Et cette immense richesse territoriale devait 
s'accroître encore lorsque le Maréchal hérita de son frère 
aîné, Jean, mort en 1194. 

La position de Guillaume dans l'État grandit aussi dès 
l'avènement de Richard. Il s'éleva rapidement aux plus 
hauts emplois. Déjà, dans la solennité du couronnement 
(3 septembre 1189), il avait porté le sceptre royal ^ tandis 
que le maréchal d'Angleterre, son frère Jean, portait les 
éperons d'or. Il participait dès lors à une fonction dont il 
devait, plus tard, devenir le titulaire. Lorsque Richard 
partit pour la croisade, il laissa le gouvernement à son chan- 
celier, Guillaume de Longchamp, nommé grand juge d'An- 
gleterre, et assisté d'un conseil composé de quatre barons, 
au nombre desquels était le Maréchal^. C'est sans doute à 
la même époque que ce dernier fut nommé shérif du comté 
de Lincoln, circonstance que le poème ne mentionne pas*. 
Mais Guillaume de Longchamp était un homme ambitieux 
et avide qui, par ses exactions, ne tarda à soulever contre 
lui une vive opposition''. Des plaintes furent adressées à 
Richard, alors à Messine, par les barons d'Angleterre. De 



1. Titre qu'il ne reçut ofiBciellement que plus tard, lors du cou- 
ronnement de Jean. Voir plus loin. 

2. Ci-après, p. 214, n. 4. 

3. Ci-après, p. 186. 

4. Ci-après, p. 123, n. 2. 

5. Ci-après, p. 125. 

6. Dugdale, Baronage, I, 601. 

7. Ci-après, p. 127. 



INTRIGUES DE JEAN SANS-TERRE. î.xi 

son côté, le chancelier écrivit au roi pour l'avertir que le 
comte Jean intriguait pour le dépouiller de sa terre et qu'il 
avait Tassentiraent des barons. Ses déclarations écrites 
furent complétées oralement par le messager porteur de sa 
lettre. Celui-ci n'hésita pas à désigner au roi le Maréchal 
comme étant l'un des barons qui le trahissaient*. Sur quoi 
le roi se récria : le Maréchal était l'homme le plus loyal du 
royaume. Le messager dut se rétracter. C'est alors que 
Richard résolut de revenir en Angleterre. On sait comment, 
au retour, il fut arrêté et retenu prisonnier par le duc d'Au- 
triche à l'instigation du roi de France, .selon l'opinion assez 
vraisemblable exprimée en un autre endroit de l'ouvrage". 
Le poète donne quelques renseignements assez sommaires, 
qui, toutefois, méritent d'être pris en considération, sur le 
gouvernement de Gautier de Coûta nces, substitué comme 
grand juge d'Angleterre à Guillaume de Longchamp, sur les 
tentatives d'usurpation de Jean Sans-Terre, sur les efforts 
des barons, de Guillaume le Maréchal en particulier, pour 
défendre les droits du roi absent. Il y a là quelques détails 
nouveaux et d'autant plus précieux que cette période de 
l'histoire d'Angleterre est assez obscure, les historiens du 
temps n'étant pas toujours d'accord entre eux sur l'ordre des 
événements 3. 

Le Maréchal apprit en même temps, le même jour, semble- 
t-il, la mort de son frère Jean et le retour en Anglet'^rre du 
roi Richard. Ce dut être vers la fin de mars"*. Le Maréclial, 



i. Ci-après, p. 128-9. 

2. V. H520. 

3. Voir notamment ci-après, p. 130, u. 1 et 2, et p. 131, n. 1. 

4. J'ai dit, p. 132, n. 2, d'après R. do Dicot, qiin Richard 
débarqua à Sandwich le 20 mars 1194 ; j'aurais dû ajouter (]ue, 
selon dervais de Gantorbf^ry (t'd. Stuhhs, I, 52'i), l'arrivée de 



LXii INTRODUCTION. - III, § 4. 

qui était alors à Striguil, ne put assister qu'à une partie des 
obsèques de son frère, pressé qu'il était d'aller à la rencontre 
du rof, qu'il rejoignit à Huntingdon (v. 10081). Ici le poète, 
s' écartant pour quelques instants de l'histoire de son héros, 
nous entretient du comte Jean, de ses intrigues avec le roi 
de France et du siège de Nottingham par Richard. Le châ- 
teau se rendit le 27 mars. Le lendemain, Guillaume fut 
requis par le chancelier, Guillaume de Longcharap*, qui, 
on l'a vu, avait, en une précédente occasion, cherché à lui 
nuire, de faire hommage au roi pour ses terres d'Irlande. Il 
s'y refusa en présence du roi, disant qu'il en avait déjà fait 
hommage au comte Jean. Ce refus dénotait, de la part du 
Maréchal, non seulement une loyauté qui ne fut jamais con- 
testée, mais un certain courage, car Jean Sans-Terre était à 
ce moment en état de révolte ouverte contre son frère aîné. Il 
s'était réfugié en France et avait conclu une alliance avec 
Philippe -Auguste 2. Richard approuva les scrupules du 
Maréchal. Jean n'en usa pas de même en une circonstance 
analogue, comme on le verra plus loin. 

Du reste, la révolte de Jean tirait à sa fin. Se sentant le 
plus faible, il ne devait pas tarder à demander un pardon qui 
lui fut généreusement accordé. En effet, Richard, ayant, en 
quelques semaines, à peu près rétabli l'ordre en Angleterre, 
s'embarqua pour la Normandie (12 mai 1194), que le roi 
de France avait envahie. Il était à Lisieux, chez Jean 
d'Alençon, archidiacre de l'église et son ancien vice-chan- 

Richard en Angleterre serait du 12 mars, ce qui, vu la suite des 
événements, est plus probable, 

1. C'est par erreur qu'il a été dit, p. 135, n. 6, que le chance- 
lier était Hubert Gautier. Celui-ci n'exerça jamais l'office de chan- 
celier, qui fut tenu jusqu'en 1195 par Guillaume de Longchamp. 
• 2. Ci-après, p. 134, n. 3. 



MISSION DU MARÉCHAL EN FLANDRE. lxiii 

celier, lorsque Jean se lit annoncer, et se jeta aux pieds de 
son frère, implorant son pardon, Richard l'accueillit avec 
bienveillance : « N'ayez crainte, » lui dit-il, « vous êtes un 
« enflant ; vous avez été en mauvaise garde. Ceux qui vous 
« ont conseillé le paieront. » Et il fit mettre au feu pour son 
frère un saumon qu'on venait de lui envoyer. La scène est 
jolie et vraisemblable. 

Depuis lors, et pendant quelques centaines de vers, il 
n*est question du Maréchal qu'incidemment. Nous n'y per- 
dons rien. Il accompagna Richard dans ses opérations 
militaires jusqu'au mois de juillet au moins, puisqu'il assis- 
tait à l'affaire de Freteval (vers le 3 juillet), où le roi de 
France fut mis en déroute. Il avait sans doute avec lui son 
fidèle Jean d'Erlée, et c'est probablement à celui-ci que nous 
sommes redevables des renseignements très précieux, bien 
que présentés avec assez peu d'ordre, que le poète nous a 
conservés sur la campagne de Richard en Normandie. 

Du combat de Freteval (juillet 1194), le poète passe à la 
prise de Vierzon (fin de juin 1 196) . Le Maréchal avait assisté 
à ces deux affaires ; il est probable que, dans l'intervalle, il 
n*avait été mêlé à aucun événement qui eût laissé trace dans 
la mémoire de ses contemporains^. Nous apprenons ensuite 
qu'il fut envoyé en mission auprès des comtes de Flandre 
et de Boulogne (v. 10688-93), qui devinrent hommes de 
Richard, au grand mécontentement de Philippe -Auguste 
(v. 10688-701). Enfin, on nous montre le roi d'Angleterre, 
accompagné de ces deux comtes, se rendant à une entrevue 
sollicitée par le roi de France. Naturellement, ce dernier se 



4. Ci-après, p. 140, n. 3. 

2. On verra dans l'Itinéraire qu'il dut faire un séjour on Anglo- 
terro au commencement de l'année 119G. 



LXIV INTRODUCTION. — III, § 4. 

montra fort irrité en voyant ses anciens vassaux avec son 
ennemi, et il partit indigne. 

Il n'est pas très facile de faire cadrer ces notions, en partie 
nouvelles, avec les renseignements que nous avons d'ail- 
leurs sur les mêmes événements. Il existe un traité d'alliance 
conclu entre le comte Jean, agissant avec l'assentiment 
de son frère Richard, et le comte Baudouin de Flandre. 
Cet acte, où le Maréchal figure comme témoin, est daté 
de Rouen, 8 septembre 1197^ Il n'y est pas question du 
comte de Boulogne, mais Baudouin de Flandre était pré- 
sent. Rien n'empêcherait, assurément, de placer la mis- 
sion du Maréchal soit à la fin de 1196, soit dans la pre- 
mière moitié de 11 97 2, sinon qu'il paraît bien douteux que 
cette mission lui ait été confiée. Nous possédons, en effet, 
un autre traité d'alliance, postérieur de quelques semaines 

1. « Apud Rothomagum, octavo die septembris, anno regni 
Richard! fratris mei octavo « (Martène, Thésaurus, I, 1158). Il 
est bien certain que Richard, ayant été couronné le 3 septembre 
1189, la huitième année de son règne, s'étend du 3 septembre 
1196 au 2 septembre 1197, ce qui nous amènerait à dater le traité 
du 8 septembre 1196. Mais il existe d'autres actes d'octobre 1197 
où le rédacteur a mis « anno octavo » au lieu d' c anno nono. » 
Je pense que c'est une simple erreur, le rédacteur ayant, par 
erreur, continué deux mois au delà du terme l'emploi d'octavo. 
Stapleton croit que dans ces actes on a suivi une autre manière 
de compter, en faisant durer l'année de Noël à Noël [Magnirotuli 
Scacc. Normannix, II, xxj, note, et Ixxiij). Quoi qu'il en soit, dans 
le cas présent il n'y a pas de doute, parce qu'au nombre des 
témoins paraît Eustache, élu d'Ely; or, Eustache ne prend ce 
titre qu'à partir d'août 1197; auparavant, il n'est que doyen de 
Salisbury. 

2. On verra, par l'itinéraire, que, pour les six premiers mois 
de 1197, nous n'avons que deux mentions assurées : le 22 avril 
et le 15 juin Guillaume est à Château-Gaillard. Mais entre ces 
deux dates et avant la première nous ignorons où il était. 



GUERRE EN FLANDRE. Lxv 

au précédents passé entre le roi d'Angleterre et le comte 
de Flandre, où il est expressément fait mention de trois 
chevaliers anglais envoyés à la cour de Baudouin. Or 
aucun de ces chevaliers n'est le Maréchal 2. On va voir que, 
selon le poème, celui-ci fut chargé, peu de temps après, 
d'une seconde mission en Flandre. Il se pourrait que l'au- 
teur, ayant entendu conter la même chose, avec des diffé- 
rences de détail, par deux personnes, ait cru que le Maré- 
chal avait été deux fois en Flandre. 

L'entrevue des deux rois n'ayant pas abouti, la guerre 
recommença entre Philippe- Auguste et Richard, celui-ci 
appuyé par ses nouveaux alliés les comtes de Flandre et de 
Boulogne. Le roi de France se trouva attaqué de deux côtés : 
Richard guerroyait en Normandie et en Vexin, les comtes 
de Flandre et de Boulogne vers les limites de leurs terres et 
du domaine royal. Le poète nous donne, sur cette seconde 
partie des opérations, certains renseignements nouveaux, 
qu'il est, par suite, assez difficile de contrôler : Richard 
envoie aux comtes de Flandre et de Boulogne Guillaume le 
Maréchal et son neveu Jean"^, Pierre de Préaux et Alain 
Basset. Ceux-ci arrivés, le comte de Flandre se met en 
marche, avec ses communes, pour reprendre un château 
(non désigné) que lui avait enlevé Philippe- Auguste. Mais 
le roi de France s'avance avec de nombreuses troupes. Un 
conseil de guerre est tenu, où prévaut l'avis du Maréchal 

1. Rymer, Fœdera, éd. Holmes, I, 30. Il n'est pas daté; Duf- 
fu8-Hardy {Syllabus) le place, avec toute vraisemblance, en 
octobre 1197. Cf. Stapleton, Magni rotuli Scacc. Norviannix, II, 
lixiv. 

2. Ce sont Baudouin, comte d'Aumale, Guillaume de Hond- 
schoote et Guillaume de l'Étang. 

3. Fils de son frère cadet Ansel, et non, comme il est dit 
p. 143, n. 4, de son frère aîné Jean, mort en 1194 sans enfants. 

m e 



Lxvi INTRODUCTION. — III, § 4. 

qui est d'offrir la bataille. Philippe-Auguste prend le parti 
le plus sage : il bat en retraite. La nouvelle en est portée à 
Richard qui la reçoit le l*"" août [1197]. 

On ne trouve pas trace de ces événements dans la pauvre 
chronique de Rigord, mais on les reconnaît, bien que pré- 
sentés sous un tout autre aspect, dans le récit de Roger de 
Howden, qui les place avant l'entrevue des deux rois*. La 
version du poème contient des détails précis que nous 
n'avons aucune raison de révoquer en doute. 

Suit le récit de la déroute du roi de France à Gisors, fait 
rapporté au 2 août d'une année qui n'est pas spécifiée, mais 
qui paraît être 1197 (v. 10924), tandis qu'il est placé par 
Roger de Howden et Rigord à la fin de septembre 1198*. 
Mais la chronologie de Rigord est peu sûre. A considérer la 
suite des événements, il semble bien probable que ce fut en 
1197 et non en 1198 qu'eut lieu l'affaire de Gisors^. 

Il y a aussi de l'incertitude sur la date de deux incursions, 
qui paraissent avoir été simultanées, dirigées l'une contre le 
château de MilliS en Beauvaisis, l'autre vers un lieu appelé 
Semilli (v. 16118) que je n'ai pas réussi à identifier. Notre 
poème est la source unique pour ces deux expéditions, dont 
la première fut dirigée par Richard lui-même. Le Maréchal 
s'y distingua. Il monta à l'assaut comme un simple sou- 
doyer et fit prisonnier le connétable du château. Quant à 
la seconde, qui fut conduite par le routier Marcadé^, bien 

i. Le récit de Roger est analysé ci-après, p. 142, n. 4. 

2. C'est d'après Roger de Howden que j'ai placé en marge, t. II, 
p. 28, la date 27 septembre 1198. 

3. C'est ce que j'ai déjà indiqué à la fin de la note de la p. 148. 

4. Il subsiste encore des ruines de ce château ; voir le Réper' 
toire archéologique de VOise, p. 53. 

5. Je conserve le nom adopté dans le poème ; ailleurs Mercade- 
rius, Merchaderius ; voir p. 145, n. 3. 



PRISE DE L'ÉVÉQUE DE BEAUVAIS. lxmi 

connu d'ailleurs, elle aurait abouti à la prise du comte- 
évêque de Beauvais, Philippe de Dreux. Ici encore, nous 
nous trouvons en présence de difficultés chronologiques qu'il 
n'est pas facile de résoudre. Tandis qu'ici, comme chez 
Rigord, la capture de l'évêque prend place après l'affaire 
de Gisors, selon les historiens anglais, elle serait antérieure *. 

L'évêque captif fut mis en « dure prison ». Nous le 
savions d'autre part. Mais, ce que nous apprenons par le 
poème, c'est qu'une réclamation intempestive présentée à 
Richard par un légat du pape, au cours d'une entrevue qui 
avait pour objet le rétablissement de la paix, faillit faire 
échouer la négociation. L'auteur, s'écartant, ce qui lui 
arrive bien rarement, de ce qu'il appelle sa matière, a 
introduit dans sa narration un épisode extrêmement inté- 
ressant, qui montre qu'il était exactement informé des 
événements du temps et qu'il avait beaucoup d'esprit. 

La guerre dura si longtemps, nous dit le poète, que le 
roi de France finit par s'en fatiguer, d'autant plus qu'il 
voyait certains de ses vassaux le quitter pour faire hom- 
mage à Richard. On lui conseilla de solliciter l'interven- 
tion de Rome. Il le fit, ayant soin de munir son ambassa- 
deur des reliques de saint Rufin et de saint Albin, « qui 
sont des bons martyrs de Rome, » comme il dit plaisam- 
ment (v. 11367), c'est-à-dire d'une quantité suffisante d'or 
rouge et d'argent blanc. Le pape ne résista pas à une 
requête si bien appuyée, et envoya au roi le cardinal Pierre 



1. Voir p. 148, note. H. Giraud, dans son mémoire sur le 
comte-évêque (voir IHbl. de l'École des chartes, V, 18-10), adopte 
la date fournie par les historiens anglais, comme il avait di-jà 
fait dans son mémoire sur Mercadior [Hibl. de l'École des chartes, 
III, 429), où, par inadvertance, il donne à l'évêque le nom de 
Henri. 



Lxvm INTRODUCTION. — III, § 4. 

de Capoue, que le poète, avant de le mettre en scène, a 
bien soin de décrire au physique et au moral. L'entrevue, 
à laquelle n'assistait aucune autre personne que Richard et 
le légat pontifical, est sans doute un peu arrangée; mais le 
récit que nous en fait le poète, et qui doit se fonder indirec- 
tement sur le rapport de l'un des interlocuteurs, est trop 
vraisemblable pour n'être pas vrai. L'entrevue commence 
par un échange de compliments; puis le cardinal fait part 
au roi du désir qu'éprouve Philippe-Auguste de voir une 
bonne paix mettre fin à la guerre. Le roi d'Angleterre pro- 
teste qu'il est dans les mêmes intentions, pourvu seulement 
qu'il soit remis en possession des terres qui lui ont été enle- 
vées. Même il tiendra Philippe quitte de tous les autres 
griefs qu'il pourrait faire valoir contre lui. Mais le cardinal 
craint que le roi de France ne se décide pas à rendre ce 
qu'il a pris; ses conseillers ne l'approuveraient pas. — 
« Alors, Dieu vous garde ! » dit Richard. « Tant que je 
« pourrai monter à cheval, il ne tiendra pas ma terre en 
« paix ! » Le cardinal a recours à un argument bien usé, 
et, dans le cas présent, assez mal choisi : il invoque l'inté- 
rêt de la sainte terre de Jérusalem qui pâtit du dissentiment 
des deux rois. Fort naturellement, Richard répond que ce 
sont précisément les intrigues du roi de France qui ont 
empêché la délivrance de la Terre sainte, en l'obligeant à 
revenir en Europe pour défendre ses possessions. Et il ter- 
mine en accusant formellement Philippe d'avoir été l'insti- 
gateur de son emprisonnement. Le cardinal insiste et finit 
par obtenir le consentement du roi à une trêve de cinq ans, 
pendant lesquels Philippe tiendrait en gage les châteaux 
normands dont il s'était rendu maître, mais n'occuperait, 
en dehors de ces châteaux, « pas plein pied de la terre. » 
Après quoi, le négociateur, qui avait, selon l'apparence, une 



ENTREVUE DE RICHARD ET DU CARDINAL PIERRE. LXIK 

mission particulière du pape, aborde un autre sujet, et 
demande à Richard, au nom de la cour de Rome, de rendre 
un saint homme d'église qu'il tient en prison. Etonnement 
de Richard, qui ne devine pas d'abord de qui il s'agit. — 
C'est l'évêque de Beauvais : « il est mal de garder un 
<< homme qui est oint et sacré. » Cette demande intempes- 
tive faillit tout gâter. Le roi s'emporta ; il accabla d'injures 
le misérable cardinal, et, pour un peu, il l'eût assommé. Le 
malheureux s'enfuit, craignant pour sa peau, et s'en alla 
conter à Philippe sa mésaventure, tandis que les chevaliers 
français riaient de sa mine effarée. Aussitôt après cette 
scène, le Maréchal entra dans la tente de Richard, qu'il 
trouva très excité, et le calma par de sages paroles. Le roi 
de France, sur l'avis de ses barons, accepta la trêve dans 
les conditions dictées par le roi d'Angleterre, mais, pour 
rien au monde, le cardinal n'aurait voulu reparaître devant 
Richard; aussi, envoya-t-on à sa place l'archevêque de 
Reims, Guillaume aux blanches mains, l'oncle du roi de 
France, qui termina la négociation, et ainsi fut conclue la 
trêve dite du Goulet (1199). 

Peu après, le 26 mars 1199, Richard fut blessé mortel- 
lement au cours d'une expédition en Limousin. Le poète 
raconte très sommairement les circonstances dans les- 
quelles le roi trouva la mort. Ce n'était pas de son sujet 
puisque, lors de cet événement, Guillaume le Maréchal était 
en Normandie. Il est à noter toutefois que le château qu'as- 
siégeait Richard, lorsqu'il fut frappé, est ici celui de Non- 
tron, et non pas Chàlus, comme il est dit ailleurs ^ Mais on 
doit surtout appeler l'attention sur une circonstance qui 
confirme ce que nous savions déjà de la minutieuse exacti- 

1. Ci-après, p. 158, n. 1. 



LXX INTRODUCTION. — III, § 4. 

tude de notre auteur. Lorsque Richard se sentit grièvement 
atteint, il envoya au Maréchal un messager porteur de 
lettres par lesquelles il le nommait gardien de la Tour de 
Rouen, où était enfermé son trésor. Le messager fit dili- 
gence; il trouva le Maréchal au Vaudreuil, siégeant comme 
juge d'un plaid entre Engeugier de Bohon et Raoul d'Ar- 
dene*. Or, Tacte qui mit fin à ce débat nous a été conservé; 
il est daté du 7 avril 1199^ L'envoyé de Richard dut arri- 
ver au Vaudreuil soit avant la rédaction de l'acte, puisque, 
d'après le poème, il trouva les barons réunis pour ouïr la 
cause, soit le jour même où l'acte fut écrit ; supposons que 
ce fut le 6 ou le 7. Si on considère que Richard fut blessé le 
26 mars, que le messager ne put, selon toute vraisemblance, 
se mettre en route que le lendemain ou le surlendemain, que la 
distance de Nontron ou Ghàlus au Vaudreuil est un peu supé- 
rieure à 400 kilomètres, on jugera sans doute que ce voyage 
a pu demander huit ou dix jours, ce qui correspond exacte- 
ment aux indications du poème. Richard mourut le 6 avril. 
La nouvelle de sa mort parvint à Rouen, où le Maréchal 
s'était transporté, le 10 au soir (v. 11836), par conséquent, 
en cinq jours seulement; mais on comprend qu'un message 
de cette importance ait été porté avec une rapidité excep- 
tionnelle. 

Lorsque la funeste nouvelle arriva, le Maréchal allait se 
mettre au lit. Il se rhabilla en hâte et courut à Notre-Dame- 
du-Pré, prieuré situé tout près de Rouen , où il savait trou- 
ver l'archevêque de Cantorbéry, Hubert Gautier, qui, en le 
voyant à cette heure tardive, devina le motif de sa visite 
et se répandit en lamentations. « Il faudrait, » dit le Maré- 

1. Actuellement Ardennes, village de la commune de Saint- 
Germain-la-Blanche-Herbe, cant. de Gaen (ouest). 

2. Ci-après, p. 158, n. 5. 



AVÈNEMENT DE JEAN SANS-TERRE. lxxi 

chai, « nous hâter d'élire son successeur. » L'archevêque 
proposa Arthur de Bretagne. Le Maréchal fut d'un autre 
avis; il se défiait d'Arthur, qui, disait-il, était mal con- 
seillé, et n'aimait pas « ceux de la terre, » c'est-à-dire les 
Anglais (v. 11890). Le comte Jean était l'héritier le plus 
proche, et c'est lui qu'il fallait choisir. — « Maréchal, » 
reprit l'archevêque, « ainsi soit-il; mais je vous dis que 
« jamais d'aucune chose que vous ayez faite vous n'aurez 
« eu autant de repentir » (v. 11900). 

Nous ne savons si les choses se sont passées comme le dit 
notre historien. Peut-être a-t-il cédé à la tentation de gran- 
dir le rôle de son héros ^ Ce qui est sûr, c'est qu'il avait 
de Jean Sans-Terre, comme au reste tous ses contempo- 
rains, une assez triste opinion. Prudemment, il l'insinue sous 
le couvert d'un homme de grande autorité. 

§ 5. Guillaume le Maréchal sous le règne de Jean. 
— La prophétie de l'archevêque de Cantorhéry devait se 
réaliser. Si Guillaume fut pour quelque chose dans l'élec- 
tion de Jean, il dut, plus d'une fois, le regretter. Aucune 
sympathie ne pouvait exister entre ces deux hommes. Le 
nouveau roi était aussi peu chevaleresque que possible. 
Fourbe par nature, il ne croyait pas à la loyauté d'autrui, 
et le Maréchal, qui pourtant lui resta toujours fidèle, eut, 
pendant des années, à soufiVir de sa malveillance. 

Le poète nous dit que le Maréchal, aussitôt après la mort 
de Hichard, envoya Jean d'Erlée en Angleterre pour saisir 
la terre. D'après Roger de Howden, le comte Jean, aussitôt 
son frère mort, aurait envoyé en Angleterre l'archevêque 
de Cantorbéry et Guillaume le Maréchal pour maintenir la 

1. Voir p. 160, n. 4. 



Lxxii INTRODUCTION. — III, § 5. 

paix, de concert avec le grand juge, Geoffroi Fils Pierre, 
et les autres barons du royaume*. Ces deux assertions, en 
apparence contradictoires, ne sont, cependant, pas inconci- 
liables. Il faut seulement les rapporter à deux moments suc- 
cessifs et tenir compte de certaines lacunes dans l'informa- 
tion de chacun des auteurs. Il est certain que le Maréchal 
resta en Normandie jusque vers la fin de mai. Roger n*a 
donc pas été tout à fait exact en disant que Jean Tavait 
envoyé en Angleterre aussitôt (staiim) après la mort de 
Richard. Le 21 mai, le Maréchal était à Dieppe*, se prépa- 
rant à partir pour l'Angleterre, où il devait assister, le 
27 mai, jour de l' Ascension, au couronnement de Jean^. Il 
repartit bientôt après pour le continent. Le 20 juin, nous le 
retrouvons, avec le roi, à Shoreham^ prêt à s'embarquer. 
Le 29 juin, il est à la Roche-d'Orival, et, le 1" juillet, à 
Rouen, toujours avec le roi. Le poète a ignoré ce court 
voyage du Maréchal en Angleterre; il ne parle, du reste, 
que très sommairement du couronnement auquel il n'avait 
pas assisté (v. 11945). On peut donc admettre que Jean 
d'Erlée est parti le premier, comme le dit le poète, et que 
le Maréchal est parti plus tard, comme le dit Roger de 
Howden. 

Pendant quelques années, — jusqu'en 1204 ou 1205, — 
le Maréchal paraît avoir été en grande faveur auprès du 
nouveau roi. Le jour de son couronnement, Jean lui octroya 
le titre de comte de StriguiP. Peu de temps après, il le 

1. Ci-après, p. 160, n. 6. 

2. Voir l'itinéraire, à l'appendice. 

3. Ci-après, p. 161, n. 3. 

4. Itinéraire. 

5. Roger de Howden, IV, 90; cf. les Annales de Winchester, 
dans Annales monastici, éd. Luard, II, 72 (Coll. du Maître des 
rôles). Le titre de comte de Pembroke dut lui être conféré avec 



LE MARÉCHAL EN FAVEUR AUPRÈS DU ROI. lxxiii 

nomma shérif du comté de GloucesterS et lui conféra l'of- 
fice de maréchal, vacant depuis la mort de Jean le Maré- 
chal, l'aîné de la famille'. Un peu plus tard, en 1201, il 
lui concéda des gardes fructueuses : celle du château de 
Cardigan 3, celle de la terre de Guillaume Pipart^ En juil- 
let et août 1200, il se fit accompagner par lui en Gascogne^, 
circonstance dont le poète fait mention en un passage qui, 
par suite d'une omission^, reste assez obscur. Depuis lors 
jusqu'au commencement de l'année 1206 , le Maréchal 
paraît avoir été presque constamment au service du roi, 
soit qu'il fût avec lui, ce qui est le cas le plu^ fréquent, soit 
qu'il accomplît quelque mission"^, de sorte que son itinéraire 
se confond, pour certaines années, avec celui du roi Jean. 

Le Maréchal n'accompagnait pas le roi au moment où 
Arthur de Bretagne fut fait prisonnier à Mirebeau, le 
V^ août 1202*. Il séjournait, nous le savons par le poème, 
à Anglesqueville (v. 12136), dans le pays de Caux, où il 
avait, par sa femme, d'importantes possessions. Il avait dû 

celui de comte de Striguil : « Willelmus Marescallus factus est 
cornes Pembrochiae » (Annales Camhrix, ad an. 1199; Coll. du 
Maître des rôles). Isabelle de Glare, femme de Guillaume, était 
comtesse de Striguil et de Pembroke, mais son mari ne pouvait 
prendre le titre de comte qu'eu vertu d'une investiture royale. 
Toutefois, il lui est attribué, à partir de son mariage, dans la 
Chronique dite de B. de Peterborough, mais c'est by courtesy. 
\. Dugdale, Baronage, I, 601. 

2. Botuli chart., p. 46 b. 

3. RotuLi de libérale, p. 27. 

4. Ibid., p. 71-72. 

5. Ci-après, p. 161, n. 7. 

6. Ci-après, p. 162, n. 1. 

7. Sauf pendant le temps compris entre septembre 1200 et les 
premiers jours de mars 1201, qu'il paraît avoir passé dans ses 
terres d'Irlande. Voir ci-aprè!*, p. 183, n. 8. 

8. Ci-après, p. 164. 



LXXiv INTRODUCTION. — III, § 5. 

quitter le roi vers la fin de juin et ne le rejoignit, à Argen- 
tan, que vers le 10 août ^ L'auteur ne nous dit rien de la fin 
mystérieuse d'Arthur. S'il avait, à ce sujet, des informa- 
tions, il a cru sans doute que la discrétion lui faisait un 
devoir de ne pas les divulguer. Mais nous devons lui savoir 
grè de s'être un peu écarté de son sujet pour nous faire con- 
naître les conventions qui avaient eu lieu entre le roi et Guil- 
laume des Roches avant la prise d'Arthur. Nous savions 
bien, par la Philippide de Guillaume Le Breton, que Guil- 
laume des Roches, avant l'attaque de Mirabeau, avait fait 
jurer à Jean de faire une paix amie avec Arthur et de ne 
transporter aucun de ses prisonniers au nord de la Loire; mais 
ici nous trouvons, sur ces conventions et sur le manque de 
foi de Jean, des détails bien autrement précis et assurés. Le 
poète affirme positivement que ce fut par le conseil de Guil- 
laume des Roches que l'expédition de Mirebeau fut entre- 
prise, que ce fut en partie grâce à sa vaillance qu'elle réus- 
sit^. Dans une scène émouvante, il nous montre le sénéchal 
d'Anjou retraçant à Jean les circonstances par lesquelles il 
a été amené à prendre parti contre Philippe- Auguste, mais 
à condition que les intérêts d'Arthur et de sa grand'mère 
Aliénor fussent sauvegardés, et lui rappelant ses promesses 
attestées par serment; tandis que Jean, fourbe à son ordi- 
naire, feint de se ranger à son avis pour ensuite lui man- 
quer de parole. « Guillaume des Roches, » ajoute le poète, 
« le lui fit payer en se tournant du côté du roi de France. Il 
« en coûta à Jean de ne pas l'avoir cru ; c'est par Guillaume 
« des Roches qu'il perdit plus tard l'Anjou, le Maine, le Poi- 
« tou. » Toute une page d'histoire nous est ainsi restituée. 
Le Maréchal ne paraît pas avoir pris une part bien active 

1. Voir l'itinéraire. 

2. Ci-après, p. 167. 



CONQUÊTE DE LA NORMANDIE PAR PHILIPPE-AUGUSTE, lxxv 

à la défense de la Normandie contre les attaques de Phi- 
lippe-Auguste. C'est que le roi Jean lui-même n'apporta 
point, à la défense de sa terre, l'énergie dont il fit preuve 
dans la répression des révoltes de ses sujets du Maine ou de 
l'Anjou. Il n'offrit à son actif et entreprenant adversaire 
qu'une résistance molle et intermittente, changeant à tout 
instant de résidence, de peur d'être trahi par les siens, lais- 
sant succomber, les uns après les autres, ses châteaux assié- 
gés, jusqu'au moment où, après une fuite éperdue par la 
Normandie, il s'embarqua pour l'Angleterre. Il arriva 
cependant une fois qu'il tenta de secourir Fun de ses châ- 
teaux, le plus important de tous, Château-Gaillard, cons- 
truit peu d'années auparavant, en une position très forte et 
selon les règles les plus récentes de la fortification, par 
Richard 1. Philippe-Auguste mit le siège devant Château- 
Gaillard en septembre 1203 et s'en rendit maître le 6 mars 
suivant -. Mais, avant d'attaquer le château, il l'avait blo- 
qué en s'emparant de divers postes avancés, et notamment de 
Radepont. C'est au cours de ces opérations préliminaires 
que Jean, au rapport de Guillaume Le Breton^, fit diriger, 
contre les Français, une attaque qui, du reste, ne réussit 
pas. Dans sa chronique, Guillaume Le Breton nous apprend 
que la troupe envoyée était composée de cotereaux, de rou- 
tiers et d'un petit nombre de chevaliers S mais il ne dit point 

\. Voir, sur cette remarqualtle construction, M. Dieulafoy, Le 
Château-Gaillard et Varchitccture militaire an Xllh siècle, dans les 
Mém. de VAcad. des inscr., t. XXXVI (1898). 

2. Rigord, § 141, éd. Delaborde, p. 159. 

3. Chronique, §§ 122 et 123, éd. Delaborde, p. 213; Philippide, 
1. VII. 

4. « Misit itaque cotarelios, sub profundo noctis sileutio, et 
ruptarios, cum paucis militibus, ad illos qui renianseraut ultra 
Sequanara » (éd. Delaborde, p. 214). 



Lxxvi INTRODUCTION. — III, § 5. 

par qui elle était commandée. Dans la Philippide, au con- 
traire, on voit le roi Jean adresser au Maréchal un pom- 
peux discours* et le charger de conduire l'attaque à la tête 
de trois cents chevaliers choisis, de trois mille hommes à 
cheval, de quatre mille hommes de pied et de la troupe du 
chef de routiers qu'en une autre occasion notre poète appelle 
Lovrekaire^. Ce deuxième récit m'inspire peu de confiance. 
Je n'y vois qu'une mauvaise amplification de l'exposé beau- 
couj) plus simple fait par le même Guillaume Le Breton dans 
sa chronique. Tandis que la chronique ne parle que des cote- 
reaux et routiers avec un petit nombre de chevaliers, la 
Philippide suppose l'emploi de tout un corps d'armée qui 
n'aurait pas eu moins de huit mille hommes, ce qui, pour 
une expédition de nuit, est simplement absurde. D'ailleurs, 
jamais Jean ne fut en état de mettre en ligne un nombre 
d'hommes aussi considérable. La présence du Maréchal à la 
tête de cette expédition, n'étant attestée que par la Philip- 
pide, peut être considérée comme très douteuse. S'il y avait 
pris part, il serait singulier que l'Histoire de Guillaume le 
Maréchal eût gardé le plus complet silence sur cet épisode, 
qui pourtant ne manquait pas d'importance. 

Le 5 ou le 6 décembre 1203, le roi s'embarqua à Bar- 
fleur pour l'Angleterre, emmenant avec lui le Maréchal •'^. 

1. Philippide, l. VII, v. 144 et suiv. : 

Ergo Marescallo cordis secreta revelans : 

« mihi consilii custos fidissime, dixit, 

« Accipe selectos équités, Guillelme, trecentos 

« Et famulos in equis tria miUia ; sume clientes 

« Mille quater pedites ; tecum Lupicarica rupta 

« Fac eat • 

2. V. 12598; voir ci-après, p. 171, n. 6. 

3. Gi-après, p. 175, n. 3 et 4. ' 



LE MARÉCHAL ET PHILIPPE-AUGUSTE. lxxvii 

Il promettait de revenir prochainement avec du renfort. Il 
n'en fit rien. Lorsqu'il fut informé que, faute de secours, 
Rouen et ses autres places fortifiées devraient bientôt 
ouvrir leurs portes à Philippe-Auguste (ce qui, du reste, 
était à prévoir), il envoya en Normandie (avril 1204) une 
mission composée de l'archevêque de Gantorbéry, du comte 
de Leicester et du Maréchal, afin de négocier avec le roi de 
France*. Le poète, sans entrer dans d'autres détails au sujet 
de l'objet de cette mission, nous dit que l'entrevue eut lieu 
au Bec* et que le roi de France repoussa les conditions qui 
lui étaient proposées. Mais il ajoute que Philippe-Auguste fit 
entendre aux négociateurs anglais que, s'ils ne lui faisaient 
hommage à un terme fixé pour leurs terres de Normandie, ils 
les perdraient. Ils se décidèrent alors à passer avec lui une 
convention. Moyennant paiement d'une somme de cinq cents 
marcs, ils obtinrent du roi un répit d'un an et un jour. Si, 
dans cet intervalle, le roi d'Angleterre ne réussissait pas à 
recouvrer sa terre, ils seraient tenus de faire hommage au 
roi de France. Ici, nous pouvons constater une fois de plus 
avec quelle exactitude l'auteur était informé de tout ce qui 
concernait l'histoire de son héros. Nous possédons l'acte qui 
constate cette convention entre Philippe -Auguste et le 
Maréchal; nous y voyons que ce dernier remet au roi ses 
châteaux de Normandie en gage et lui paie, pour l'obten- 
tion du répit d'un an, la somme de cinq cents marcs indi- 
quée dans le poème. L'acte est passé à Lisieux vers le 
milieu de mai de l'année 1204 -^ 

1. Ci-après, p. 176. 

2. Arr. de Bernai. On n'a point d'autre témoip^nai^'e sur le 
séjour de Philippe-Auguste au I3ec. 

3. Ci-a[)rès, p. 177, n. 1. Cet acte est daté à tort de !"205 |)ar 
Stapleton qui le mentionne, t. II, p. cxxxvni des Magni rotuli 
Scacc. Normannix. 



LXXTin INTRODUCTION. — III, § 5. 

Le Maréchal revint en Angleterre tandis que Philippe- 
Auguste assiégeait Rouen, qui ne tarda pas à capituler. Le 
roi Jean, cependant, rassemblait une armée à Portsmouth*. 
Mais il paraît que ses barons ne répondirent pas avec beau- 
coup d'empressement à son appel*. Le temps s'écoula, et 
l'idée d'une expédition, qui n'avait peut-être jamais été 
sérieusement projetée, fut abandonnée. Depuis son retour 
en Angleterre jusqu'au commencement de l'année 1205, le 
Maréchal semble avoir suivi, de place en place, la cour du 
roi, sauf pendant quelques semaines des mois de juillet, 
août, octobre et novembre 3. C'est sans doute à l'une de ces 
époques, où nous le perdons de vue, qu'il fit en Galles une 
expédition et s'empara de la petite ville de Kilgeran, dans 
le comté de Pembroke^. En février 1205, Jeali résolut d'en- 
voyer de nouveau une ambassade à Philippe- Auguste. Il en 
chargea, à l'insu de l'archevêque de Gantorbéry, le Maré- 
chal et l'archidiacre de Wells, qui était le garde de son 
sceau. Avant de partir, le comte de Striguil exposa au roi 
les conditions qui lui étaient imposées : « Je n'ai pas sûreté 
« de paix, » lui dit-il; « le terme approche où je perdrai 
« ma terre de Normandie sans espoir de la recouvrer, si je 
« ne fais hommage au roi de France. Que dois-je faire ? » 
Jean lui répondit qu'il avait pleine confiance en sa loyauté 
et qu'il consentait à ce qu'il fît hommage au roi Philippe 
(v. 12948 et suiv.). Le Maréchal s'exagéra-t-il la portée 

1. Mai 1204. Gi-après, p. 177, n. 5. 

2. Voir V. 12924 et suiv. 

3. Voir l'itinéraire. 

4. « Willelmus cornes Marescalius oppidum Kigerran primo 
impetu cepit, familiaribus Mailgonis (Maelgwn fils de Bhys), qui 
iilud observabaat iaermibus, abire dimissis » (Annales Cambrix, 
ad an. 1204; Coll. du Maître des rôles; cf. Brut y Tywysogion, 
p. 260, môme collection). 



BROUILLE DU MARÉCHAL ET DU ROI JEAN. lxxix 

des paroles du roi ? nous l'ignorons ; toujours est-il qu'il 
partit rassuré, et lorsque Philippe, qu'il trouva à Com- 
piègne, lui eut rappelé son engagement, il n'hésita pas à 
lui faire hommage*. Ce fut la cause d'une brouille qui dura 
plusieurs années entre lui et le roi Jean. 

L'archevêque de Gantorbéry avait appris que le roi négo- 
ciait en dehors de lui. Froissé de ce qu'il considérait comme 
un manque d'égards, il fit savoir à Philippe- Auguste, i)ar 
une voie indirecte, que le Maréchal et l'archidiacre de 
Wells n'avaient nulle qualité pour traiter de la paix. Le 
roi de France rompit aussitôt les négociations et les messa- 
gers revinrent en Angleterre tout déconfits^. Jean leur fit mau- 
vais accueil et reprocha aigrement au Maréchal d'avoir fait 
hommage contre lui au roi de France. Et, lorsque Guillaume 
lui répondit qu'il l'avait fait avec son autorisation, Jean lui 
opposa un démenti et le menaça du jugement des barons. 
Le comte répondit qu'il s'y soumettait de plein gré. Peu 
après, le roi, ayant rassemblé à Portsmouth des troupes pour 
passer en Poitou et combattre le roi de France, somma le 
Maréchal de l'accompagner. Gelui-ci refusa. Fureur de 
Jean, qui de nouveau veut le faire juger par les barons 
présents. Geux-ci se regardent et restent silencieux. Le roi 
se tourne du côté de ceux qu'il appelait ses bacheliers et 
leur demande conseil, ce qui était une manière de les exci- 
ter à provoquer le Maréchal en duel. Mais il ne réussit pas 
mieux. Voyant enfin qu'il ne pouvait rien contre un homme 

\. Ci-après, p. 178, n. 5. Cet hommage permit à Cuillaume de 
garder jusqu'à sa mort ses biens de Normandie et dr les trans- 
mettre à son (ils aîné, comme on le voit j)ar un acte de celui-ci 
daté de juin 1220 (Delisle, Cataloijue des actes de Phili})pr-Au(juslv, 
Qo 1971). 

2. Au mois de mai. On voit, par l'itinéraire, que le :]\ mai le 
Maréchal était à Porchester. 



Lxxx INTRODUCTION. — III, § 5. 

aussi universellement respecté, il recommença à lui faire 
bonne mine, lui prenant toutefois son fils aîné à titre d'otage 
(v. 13272). Ce ne fut que l'année suivante qu'il fit son expé- 
dition en Poitou, et cette fois il n'insista pas pour se faire 
accompagner du Maréchal. Il le laissa en Angleterre, lui 
confiant même, ainsi qu'à d'autres chevaliers, la garde du 
pays*. 

Il revint en Angleterre au mois de décembre 1206, après 
une absence d'un peu plus de six mois. Le Maréchal lui 
demanda la permission d'aller en Irlande visiter les vastes 
terres qu'il y possédait par sa femme et qu'il n'avait jamais 
vues 2. Le roi y consentit à grand'peine, soit que réellement 
il eût besoin de ses services, soit que, défiant par nature, 
il craignit de lui voir prendre en Irlande une trop grande 
position. Il avait déjà son fils aîné à titre d'otage, il lui prit 
encore le second (v. 13419). Enfin, au mois de février, le 
Maréchal passa en Irlande. Les difficultés qu'il y rencontra, 
et qui, pour la plupart, lui furent suscitées par le roi Jean, 
ont fourni à notre auteur assez de matière pour qu'il n'ait 
pas cru utile d'allonger son récit en nous renseignant sur 
l'étendue des possessions du Maréchal 3, sur ses rapports 
avec ses vassaux, sur l'état de l'Irlande au commencement 
du XIII® siècle. Certes, il nous eût été précieux de trouver 
ici, sur ceux qu'on appelait les « Irois sauvages ^ » quelques 

1. Les paroles du poète (v. 13289 et suiv.) sont assez vagues. 
Nous ne savons pas très bien quelle part d'autorité fut attribuée 
au Marécbal. 

2. C'est du moins ce qu'affirme l'auteur; mais voir ci-après, 
p. 183, n. 8. 

3. Nous savons seulement qu'elles devaient comprendre une 
grande partie du sud-ouest de l'Irlande. 

4. Voir Débat des hérauts d'armes de France et d'Angleterre, § 54, 
et la note, p. 138 (Soc. des ancieus textes français). 



LE MARÉCHAL EN IRLANDE. Lxxxi 

observations du genre de celles que fit, au x\f siècle, le 
poète Edmond Speaser. Mais l'historien du Maréchal n'avait 
sans doute jamais été en Irlande, et Jean d'Erlée, qui avait 
accompagné son seigneur, et qui, pour un temps, avait gou- 
verné à sa place, n'était sans doute pas curieux d'ethnogra- 
phie. Quoi qu'il en soit, le poète ne fait aucune mention des 
luttes que le comte de Pembroke eut à soutenir contre les 
naturels de l'île, et dont nous ne connaissons pas les causes. 
Particulièrement, nous savons par Mathieu de Paris qu'il 
enleva à l'évêque de Ferns, Irlandais de nation, deux 
manoirs, et qu'ayant refusé de les rendre, sous prétexte qu'il 
les avait pris en temps de guerre, il encourut l'excommuni- 
cation, dont il dédaigna de se faire relever^ Mais nous igno- 
rons quand et dans quelles circonstances eut lieu cette 
guerre. A lire le poème, il semblerait que l'Irlande, ou du 
moins la partie du sud-est, où étaient les vastes domaines 
du Maréchal, n'ait été habitée que par des Anglais qui, du 
reste, ne cessaient de se quereller. A peine arrivé en Irlande, 
le Maréchal se trouva en conflit avec le grand juge Meilier. 
L'histoire de ces démêlés, d'où sortit une guerre véritable, 



1. « Memoratus ilaque Willelmus, utpote beiUcosus et strenuus, 
dictas Marescallus, quasi Martis senescallus, dum ia Hybernia, 
stragi iateadfins et inceadio, terras sibi adquireret spatiosas, a 
quodam sanctç episcopo duo maneria ad suam ecclesiam perti- 
iientia, violenter et injuriose surripere, et subrepta sibi usurpaudo 
pFcesumpsit, quasi justo titulo, quia ia guerra adquisita, possidero. 
Episcopus igitur, post fréquentes admonitiones, in ipsum comitem 
procaciter respondentem, et contumaciter ia peccato suo dicta 
maaeria retiaentem, seatentiaui excommunicatioais aon imaie- 
rito fulguravit » (Ckronica majora, éd. Luard, IV, 492). Uu peu 
plus loin, Mathieu de Paris aous appreod que cet évù(}uo était 
l évoque de Feras. Mais comme INWêque doat il s'agit (Albiaus) 
occupa le siège do Feras de 118G à 1223, nous ae pouvous guère 
parvenir à dater cet événement. 

m / 



Lxxxii INTRODUCTION. — III, § 5. 

occupe environ 700 vers du poème*. C'est un récit entière- 
ment nouveau, dans lequel peuvent trouver leur place divers 
documents diplomatiques connus antérieurement, mais dont 
la portée exacte n'apparaît que grâce au poème, car là seu- 
lement est clairement indiquée la position relative du Maré- 
chal, de Meilier et du roi Jean. 

Il est facile de comprendre que Meilier, jusque-là tout- 
puissant en Irlande, ait vu avec déplaisir l'arrivée d'un 
haut homme dont l'autorité ne pouvait manquer de contre- 
balancer la sienne. Aussi s'efforça-t-il de l'éloigner. Il obtint 
facilement du roi Jean, déjà mal disposé à l'égard du Maré- 
chal, le rappel de celui-ci en Angleterre. Lui-même fut rap- 
pelé en même temps, mais, en partant, il ordonna à ses 
hommes de ravager la terre du Maréchal et de faire tout le 
mal possible à ceux qui la gardaient. Il fut obéi : on incen- 
dia quelques granges appartenant au Maréchal, on tua 
quelques-uns de ses hommes, mais finalement l'entreprise 
de Meilier échoua misérablement 2. Cependant, le comte de 
Pembroke et Meilier, chacun de son côté, s'étaient embar- 
qués pour l'Angleterre. Le premier aborda en Galles le 
29 septembre 1207 3. Il ne paraît pas s'être pressé de se 
rendre auprès du roi. Il est probable qu'il séjourna à Cheps- 
towou dans quelqu'autre de ses châteaux du pays de Galles. 
Le 20 novembre, il était à BristoH. C'est seulement le 
25 janvier que nous constatons sa présence à la cour du 
roi^, où Meilier l'avait certainement devancé, bien que le 



1. V. 13429-14136. 

2. Gela résulte du rapprochement des vers 13565-13572 et 
13679-13692. 

3. V. 13558. 

4. Voir l'Itinéraire. 

5. Ci-après, p. 188, n. 2. 



I 



QUERELLE AVEC MEILIER. LXXXiii 

poème ne le dise pas^ Peut-être le Maréchal retarda-t-il sa 
visite au roi pour ne pas se rencontrer avec son adver- 
saire; en quoi il eut tort, car celui-ci profita de son absence 
pour lui nuire. Vers le même temps commença la querelle 
du roi Jean avec Guillaume de Briouze, dont la famille était 
alliée à celle du Maréchale Meilier se fit fort de les amener 
prisonniers l'un et l'autre, pourvu que le roi lui permît de 
retourner en Irlande et rappelât en Angleterre ses hommes 
d'Irlande, au nombre desquels étaient, naturellement, les 
hommes du Maréchal, notamment Jean d'Erlée, Etienne 
d*Évreux, Jean de Sauqueville. Le roi fit expédier ses lettres 
en conséquence et Meilier partit pour l'Irlande. Le comte se 
présenta alors au roi et lui demanda, lui aussi, la permission 
de retourner en Irlande. Elle lui fut refusée. Il séjourna 
donc en Angleterre, suivant le roi de place en place, jusqu'à 
la fin de mars 12083. 

Ici, un trait bien caractéristique, que nous n'avons aucune 
raison de révoquer en doute et qui, même inexact, montre 
quelle opinion les contemporains avaient de Jean. Il arriva 
que, par suite des mauvais temps, aucune nef, sauf celle de 
Meilier, ne put faire la traversée entre l'Angleterre et l'Ir- 
lande de la Saint-Michel 1207 (29 septembre) à la Chande- 
leur 1208 (2 février). On était, à la cour du roi, sans nou- 
velles des événements d'Irlande. C'est dans ces circonstances 
que Jean se plut à faire connaître au Maréchal les péripé- 
ties d'un combat entre ses partisans et ceux de Meilier, dans 
lequel Jean d'Erlée et plusieurs des fidèles du Maréchal 
auraient été tués ou blessés. « C'est grand dommage de ces 
« chevaliers, car ils étaient vos hommes, » répondit le 



1. Voir ci-après, p. 188, n. 1. 

2. Voir ci-après, p. 188, n. 3. 

3. Voir ci-après, p. 191, ii. 2. 



Lxxxiv INTRODUCTION. — III, § 5. 

comte. Mais il ne pouvait comprendre par quelle voie ces 
mauvaises nouvelles étaient parvenues au roi. 

Il apprit bientôt qu'elles étaient imaginaires. Au com- 
mencement du carême* la traversée devint possible, et des 
nouvelles d'Irlande furent transmises simultanément au roi 
et au comte. Elles étaient très favorables à ce dernier. Les 
hommes du Maréchal, s'étant concertés, avaient éludé l'ordre 
de revenir en Angleterre-, et, aidés de Hugues de Laci, 
comte d'Ulster, avaient ravagé la terre de Meilier. Le roi, 
dès lors, changea de conduite à l'égard du Maréchal, il lui 
fit bonne mine et lui donna la .permission de retourner en 
Irlande. Le comte s'empressa d'en profiter, et, revenu parmi 
les siens, il se montra miséricordieux envers ceux qui 
l'avaient attaqué. Meilier dut, toutefois, lui abandonner un 
de ses châteaux et lui laisser, après son décès, sa terre en 
héritage ^. 

Le Maréchal passa sans doute en Irlande la fin de Tan- 
née 1208 et l'année 1209. C'est peut-être à cette époque 
qu'il eut avec ses voisins, et particulièrement avec l'évèque 
de Ferns, les démêlés dont il a été parlé plus haut^. Nous ne 
saurions l'affirmer. 11 y a ici comme une page blanche dans 
l'Histoire du Maréchal^. 

En 1210, il se trouva mêlé à la querelle de Guillaume de 
Briouze. Ce dernier, fuyant la colère de Jean, s'était embar- 
qué pour l'Irlande avec sa femme et ses enfants, en plein 
hiver ^, espérant trouver un asile auprès de Gautier de Laci, 

1. Fin de février. 

2. V. 43704 et suiv. 

3. V. 13763 et suiv. 

4. P. LXXXI. 

5. D'autant plus que les rôles des lettres patentes et des chartes 
font défaut pour les années 11, 12 et 13 du roi Jean. Pour les 
lettres closes, il nous manque les années 10, 11, 12. 

6. Au commencement de l'année 1210. 



EXPEDITION DU ROI JEAN EN IRLANDE. lxxxv 

son gendre. Jeté par la tempête sur la rive d'Irlande, auprès 
de Wicklow, où se trouvait le Maréchal, il avait été recueilli 
par ce dernier. Sommé par le grand juge d'Irlande (Jean, 
évêque de Norwich, qui avait succédé en cette qualité à 
Meilier) de lui livrer « le traître du roi », le comte refusa et 
conduisit Guillaume k Gautier de Laci. Le roi, irrité, manda 
le Maréchal auprès de lui ; puis, ayant rassemblé son ost, il 
passa en Irlande. Le 24 juin, il était à Kilkenni, sur les 
terres du Maréchal, qui eut, ce jour-là, à nourrir toute l'ar- 
mée royale (v. 14259-63). Après avoir pris Carrickfergus, 
Jean se rendit à Dublin, et là, en présence des barons assem- 
blés, il reprocha au comte d'avoir donné asile à son mortel 
ennemi. Le comte se défendit en disant qu'à ce moment il 
ignorait les griefs du roi contre Guillaume de Briouze. * Au 
< surplus, » dit-il en terminant, « si personne, sauf vous, y 
« trouve à redire, je suis prêt à me défendre au jugement de 
« la cour. » Personne ne dit mot, et cette fois encore Jean^ 
qui, volontiers, l'eût fait passer en jugement, dut ronger son 
frein. Toutefois, il lui réclama de nouveaux otages, bien 
qu'il eût déjà ses deux fils aînés et plusieurs de ses châteaux. 

La persécution que Guillaume de Briouze et les siens 
eurent à souffrir de la part de Jean était connue par divers 
documents qui sont cités dans les notes de la traduction ^ 
mais le poème nous fournit sur cette affaire un utile supplé- 
ment d'informations. 

En 1211 ou peut-être 1212 •^ le comte de Pembroke dut 
accompagner le roi dans une expédition en Galles. A cette 
occasion, les otages qu'il avait dû fournir lui furent rendus. 
Puis il revint en Irlande, mais il n'y séjourna pas long- 

1. Cf. plus haut, p. Lxxix. 

2. Voir notamment p. 195, n. 3, et p. 197, n. 5. 

3. Voir ci-après, p. 201, n. \. 



LXXXVi INTRODUCTION. — III, § 5. 

temps. Au commencement de Tannée 1213, Philippe- Auguste 
préparait une expédition contre l'Angleterre. On conseilla 
au roi Jean d'appeler à lui le Maréchal, comme l'homme le 
plus capable de donner un bon avis. Le roi le fit; mais, 
d'abord, pour effacer la trace des différends passés, il lui 
rendit ses deux fils, ou, du moins, il les remit en garde à 
Jean d'Erlée, qu'il nomma, par surcroît, maréchal de son 
hôtel (v. 14546). Depuis lors, le comte paraît avoir été l'un 
des principaux conseillers du roi. 

Le poète raconte sommairement la destruction de la flotte 
française à Dam(v. 14605 et suiv.), l'expédition de Jean en 
Poitou en 1214 (v. 14672 et suiv.), la bataille de Bouvines 
(v. 14733 et suiv.). Il ne s'étend pas sur ces événements, 
qui, comme il le dit en un endroit (v. 14730), n'appar- 
tiennent pas à son sujet. C'est aussi en quelques mots qu'il 
annonce la lutte des barons contre le roi. Il a des origines 
de ce différend une conception très simple et, du reste, en 
grande partie exacte. « Le roi, dit-il, avait fait tort à tels 
« qui se liguèrent contre lui, et d'autres les suivirent à qui 
« il n'avait en rien méfait » (v. 14847-50). Ni ici ni plus 
loin il n'est question de la grande assemblée tenue à Saint- 
Albans par Geoffroi Fils Pierre, ni de la grande Charte, à 
laquelle, bien certainement, ni lui ni ses contemporains 
n'attribuaient l'importance que cet acte célèbre a prise aux 
yeux de la postérité. L'auteur interrompt un instant son 
récit pour nous entretenir des cinq fils et des cinq filles du 
Maréchal et du mariage de l'aîné des fils avec la fille de 
Baudouin de Béthune, comte d'Aumale (v. 14860-15022) ^ 
puis il revient à la guerre des barons. Ce qu'il en dit n'est 

1. Nous avons vu plus haut (p. ix) que des faits notés par le 
poète dans cette incidence ressortaient quelques données pou- 
vant servir à déterminer l'époque où le poème fut composé. 



LA GUERRE DES BARONS. Lxxxvii 

ni très précis ni très neuf, soit que les renseignements lui 
aient fait défaut et qu'il ait été obligé de s'en tenir à des sou- 
venirs personnels devenus un peu confus, soit aussi qu'il ait 
craint de donner trop de détails sur une période profondé- 
ment troublée, où des hommes qu'il avait à ménager se 
trouvèrent rangés en des partis opposés. 11 est probable que 
ces deux causes ont agi dans une mesure variable. Que l'au- 
teur n'ait pas dit tout ce qu'il savait, c'est ce dont on ne 
saurait douter en présence de son propre témoignage : « Mais 
« il me faut passer rapidement (trespasser^) sur la guerre 
< qui eut lieu en Angleterre entre le roi et ses barons, car il 
« y eut trop de circonstances qui ne sont pas belles à con- 
« ter. // pourrait m'en arriver mal » (v. 15031-6). Nous 
possédons heureusement, pour les derniers temps du règne 
de Jean, plusieurs bonnes chroniques, et, de plus, il nous est 
parvenu un nombre considérable de documents diploma- 
tiques auxquels l'auteur de l'Histoire du Maréchal ne pou- 
vait avoir accès, de sorte qu'en somme nous connaissons