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Full text of "L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture & description du daulphin, & de plusieurs autres de son espece"

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HARVARD UNIVERSITY. 




LIBRARY 



OF THE 

MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY 



LiBRARY OF 

SAMUEL GARMAN 



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SEP 6 1928 



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SEP 6 192B 



L'hiftoirc naturelle des 

ESTRANÔES POISSONS 
MARINS, 

AVEC LA VRAIE PEINCTVRE 
èr defcriftion duDaulj^hin^b'de 
j^ujieurs autres de fort ejj^ece^ 

Obferuee par Pierre B elon du Mans. 




Ovl^hJ^€itoC(X0iQy y à^\çi Tnlv^VXfi^ 



AVEC PRIVILEGE. 
A PARIS. 

Dcrimprimeriede Regnaud Chaudière. 
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EIS TON AlAESïMflTATON KAÏ 

Vi^xfjLTffôJccTov Kv§tov Kcc§<Aivçchiûv Tov kno Toi 

t|?, (ths 7r^osx<riQÇQ ivJiv kvw TfcAfecrft;. 

AD DOMINVM ODDONEM CALL 

^niumCaJlcllmeumCardmlcmfClaudijCalicrij 

tyj^o^raphi bexajlichotJ. 

Si ')^okcrum mtura placetjucundaquefcitu èfl 
Quadru^edumque omnes leSlh doÛa iuuat: 

Qui natale folum dorfo j^remit o^cjucra Dclfhin^ 
Quijucfrtto ^^arius mer^itur lonio^ 

No« erit extorris'.ledjub te numine dcxter 
Proderit^^ yducres ftadruj^cdcffte ter et. 



> 




Amonlcigneur môfieurleReuerendif^ 

SIME CARDINAL DE CHAS* 
TILLON, LIBERAL 
Mecems des hommes Jludkus^ , i, 
entière ^rojj^erité. 

O N S E I G N EVK, metmuant en ce 
loijirju^uel iefuis a prejent par^ojlre heni- 
gnitéiouijfant^ après auoirdefcriften nojlre 
langue y les choses mémorables, ôr les richeffes 
de la terre deplufieurs pays ejïranoes ou tay 
ejléy Ç/ la fertilité de diuerfes mersJont'\>ous 
aue:^\eu plusieurs pourtraiïls^^ defjuels il yous a pieu me ouir 
parler: ^fâchant bien jueyous n aue:^plus grand plaifir^ que d'em 
ployer le temps couenahle, a entendre les chofes qui font extraites 
de ïtntime coonoiffance des hifloires naturelles: & que donne:^^:: 
luntiers quelques heures du iour après les repas^ a deuifer àr ouir 
des propos d'érudition qui ne trauaillent point l'ef^mî: Apres que 
tay confideréMue\ous ej}ie:<J'ouuerain admirateur des chofes prin 
fes de tantiquité:&' que les Princes de ce temps la.ont efle:^fi eu- 
rieus de faire retirer les^^raies effigies des chofes qutls auoient 
propofe faire engrauer en leurs medalles,qu ils nont iamais permis 
quony aitfeinïi'^ne fauljepeinïïure^ainsfe fonteffcrcerde re^ 
couurer les plus excellcts ouUriers quils pouuoient trouuer^ & auffi 
quils nefparonoient rien a enuoiergents expre:^en diuerfes parties 
du monde,pour chercher les chofes dont ils^ouloient auoir le por^ 
traiïl contrefait au \if: Et que tay cogneu que les ejfioies des 
Daulphins qui font maintenant grauees en toutes les efpecesdes 
monnoies modernes^nontnon plus â^ajfinité aucc le naturel, que 
de commun aucc C€lles^quon')poitgrauees esfïatucs ou es monoies 

A 2. antiques. 



' antiques.lemefuistnisendehuoir^de'Vous rendre les '\^raiespein^ 
^uresdes Dauli^hins^r étirées tant du naturel quedel'antique^auj 
quellesie ri ay rien adioujie d'artijice^ne diminué ^non j^lus quony 
a trouuc: afin de les ypus p-efenter mais non fans '\^ous en faire 
demonflrationuartay auffi efcrij^t toute l'hijloire quiappartierA 
ala nature du Daulf hindou tay pareillement adioujlè plufteurs 
autres fîmes des animaiils qui font de fon efi^eceiafn que'\ous 
aiâtfvecijïcchafque chojej^ar le menuet aye lieu de ^ouuoir mieuls 
vrouuerque iene me fuis pas trompé par erreurycnj^renatl^n wur 
tautreXaquelk hijloire il m'afemblé bon mettre en noflre langue^ 
deftrant quefoubs Noflre authoritc^a laquelle ie lay dedié^plus de 
verfonnesen eufjent plaifir.Yous fuppliant Monfeigneurjiarece- 
uoirde mefmeyifage^quil \ousapleureceuoirïautheur Jiicelle^ 
quandilfefl prejentèa^ous. 



Préface. 




O M B I E N que entre lesautheurs 
Grecs, Ariftote, Porphyre, & Elian 
aient efcript plufieurs limes de la na- 
ture des animauls:Oppian,despoir^ 
fons: Nicander, des ferpents; & que 
Pline entreles Latins,les aitindifFe^: 
remmentquafi touts recueillis ca,& la, tant des def^: 
fusdiéts, que de plufieurs autres autheurs, qui les 
auoient obfèruez par lôg vfage: Toutes fois ie n'ay 
laiffé d'en élire le jfèul Daulphin entre touts ceuls 
dont iay eu la cognoiffance ,en les cherchant 
fur les lieux de leur naifrance,duquel l'ay mis la défi 
cription & peindure a part : & y ay adiouftè ce 
qu'il ma femblé necelTaire a l'explication de toute 
l'hiftoire de fa nature: veu mefmemcnt qu'il n'y a 
iamais eu loy,tant fufl rigoreufe,qui deffendifl: qu'ô 
ne peuft biê adioufler vne chofe raifonable, a ce qui 
auroit efte defîa inuenté. Et cognoifTant qu'il n efl 
animal plus vulgaire, ne plus commun en la me^ 
moire des hommes,qu efl le Daulphin: & que tou^ 
tesfois il ne f^eft trouué homme qui le cognoifre:i'ay 
entrepris d'en bailler les viues images , & de faire 
qu'il foitcogneu de touts. Laquelle chofe ie prêtes 
faire par les vrais portraids^&parlcs obferuations 
que i en ay faides: non pas feulement de luy, mais 
aufTi de plufieurs efpeces de fon'genre,touts lefquels 
i ay amplement defcripts en deus liures , dont ie 

A3. propofè 



propofe que le premier monftrera toutes les patries 
tant de fà peindture exterieure,que de toutes les au- 
tres de fon genre.En après le fécond fera veoir tou^ 
tes autres choies, qui concernent les parties intérieur 
res,par leurs anatomies,& peïdrures d'icelles. Oultre 
plusafinqucaiant confuté lesmonftres qu on ajs 
uoit autre fois imaginé pour les peindtures 
des Daulphins , en noz monnoiesje 
puilfe môftrer que les portraidts 
qui en ont efte faiâ:s,{oiét to* 
talement fauls:&: aiant lieu 
de pouuoir prouuer que 
iay mislavraye peinéïus: 
re des Daulphis a la clar 
té des hômes,vn chaG 
chun fè perfuade de 
les auoiralaverité. 




4 

Le premier liure de l'hiftoire naturelle 

DES ESTRANGES POISSONS 

marins, auec la vraie peindureSc toute la 

defcription des parties extérieures du 

Daulphin^Scplufieurs autres defo 

efpece, 
Ohfemcj^ar P ierrc Belon du Matjs. 

Cfiapitre premier. 

AINTENANT que i'ay trouué iuftc 
occafiô de parler du Daulphin,ô^ des autres 
poiflôs deiÔ efpece-.rachâtbié qu'il ioitvn 
poiflbn qui tient le Iccptre en la mer,ô<:qu ô 
luy ait donné le kcond heu es armoiries en 
France;&:auflî qu'il loit en dignité, le pre- 
mier après les fleurs de lils: ieme fuis mis 
en délibération de défaire amplement toute Thiftoire qui luy 
conuient, fuiuant vne particulière obferuation de toutes fes par^ 
ties,tant extérieures que intérieures: defcriuant fidellement tou* 
tes choies qui doibuent eftre hbrement defcriptes, fans y adiou- 
fter ne diminuer choie que Nature ne luy ait dôné^laquellenous 
cognoiiTons (i bénigne a tout cequ elle produicl^qu elle n'oublie 
iamais de bailler le douaire aux chofes tel qu elle voit iuftemenc 
appartenir a ce qu'elle ha engendré. Mais comme pour le iour- 
d hui ie voy que lesautheurs modernesqui fe mettent a defcri- 
re la nature des animauls ou des plates quils ne cognoiifent pas, 
me lemblent eflre femblables aux chantres de vieilles chanfons, 
qui ne chantent que par vfage,fans auoir la fcience de m ufique: 
Tout ainfi ie n'ay propofé de m amufer aucunement a leurs ra^ 
mas,neaufl'i aus fables qui en ont efté faictes . Car ie m'en rapor- 
terayacequeles principauls autheurs anciens en ont efcripr, 
defquelsilraefuffiraprendrerauthoritéenpreuuede ce queié 
-efcriray;veu mefmement qu'ils ont eu fi grand foing en mettât 
les chofes par efcript,qu ils n'ont rien laiifé en arrière, tellement 
que ce que Ion en didl a^res euls; ^'principalement Ariftote, 
' touchant 



PREMIER LIVRE 



touchant ce qui appartient a la principale defcriptiô de Thiftoire 
ne ioit que vne répétition difte plufieurs fois. Auflïquine les 
enfuit de bien pres,n ha pas grand chofe a dire qui fbit nouuelle. 
Voila donc coip.ment les modernes qui ont cheminé par les pas 
des antiques,qui fe font mis a traifter de la nature des animauls 
quilsnont pas veu, n'en peuuent dire finon ce qu'ils en ont 
trouué es liures des autres Dont plufieurs pour le iourd'huy ont 
faict des ramas de toutes chofes mal a propos, en prenant indif- 
féremment des autheurs,tât de ceuls qui en ont menti, comme 
des autres qui en ont efcript a la vérité. E t comr^i il eft a prefup- 
poferque touts n'aient pas entendu la vérité delà choie qu'ils 
ont efcripte,auiîîiî les modernes qui ont marché par leurs pas, 
ne^'ont entendue,il leur auroit efté impoffible de fcauoir difrin- 
guéries marques mal efcriptes, de celles qui en ont efté did: es 
alaverité.Ienaydoncpasfailliendifant que tout ce qu'ils en 
efcriuent;neftqueredicle,qui nha rien d'afleurance fermée 
ftable.Et pour en monftrer vne pour exemple^ ie prendrayle 
Daulphin,& les autres poilïons de fon efpece. Il n'y a cellui de 
ceuls qui efcriuent de (à nature,qui ne mette qu'il ait vn aguillô 
deifus fon dos:&: toutesfois ie maintiens quil n en ha point. Dot 
vient l'erreur qui ha trompetant de gents, fînon qu'il n'yaeu 
encorperfonnequifefoit mis en debuoir de lobferuer^ Voila 
donc comment l'vn enfuit l'autre en toutes notes.Maisieefpere 
fpecifier cefte chofe plus au lôg,quâd i'en parleray en fon propre 
chap.prefuppofât qu Vn chafcû face du mieuls qu il luy foit pof- 
liblejSc aufli quefexcufe foit par tout tolerable: veu mefmemeC 
que touts homes femettêt en debuoir de faire du mieuls qu'ils 
peuuêt.Parquoy fâchât que raagerenouueIletout,ôc aufl^ique 
no^ voies .]uafi toutes chofes fe châger de iour en iour,i ay efcript 
vndifcours particulier touchant ceci, qui aw parauant n'a efté 
efcript deperfonne. Et cequeiepretensfaire, neft autîre chofe, 
finon que ie vueil enfeigner la vraie perfpedliue du Daulphin,&: 
aufti en bailler la peind:ure , laiifant toutes prolixitez inutile^;' 
mais au furplus n'oubliant rien de quoy ie me foye peu fouuenir 
des notes qui luy conuienent fingulierementta fin que ayât mis 
8: expofé toutes les parties extérieures &: intérieures, félon que 
ie les ay obferuees en diuerfe^ contrées du monde; vnchafcun 

fe puifle 



DÇSPOISSOKSMARIKS. y 

(ê puiflTc perfuader,quc ie n aye rien efcript^chofc que moy mef* 
menelayeveue. 

ComSkn fie te DaHffdin ntjoitpas cojntH des Trancois pur tef^toH* 

tejfois iis t'ont en commHn^/faje^mais itnejlpas nommé ^drfon nom 

propre. Chapitre 1 1, 

(^R pour ne m'efloigner d'auâtagedemon entreprile,quieft 

que ie puifle môftrer qu'il ne Ibit poit veu de poilfô plus cô* 

mun par les poiifonneries qu eft leDaulphinnedi toutefois,pour 

ce qu il n'a pas retenu ion antique appellation,que Ton ne trouue 

perionnequilepuiflebiencognoiftre. Mais comme lefortper- 

met les choles^lc^ François en n y peniant point, ôc ne fâchants 

point que c'eft luyjlont conllitué en fi grand honneur,qu'ils luy 

ont baillé le titre du Roy des poiilons, tant de la mer, que des 

lacs Se riuieres.Oulcreplus ils 1 ont tant eftimé;qu'ils lont mis le 

fécond après les fleurs de Iils, tellement qu'ils lontportraicl en 

toutes les efpeces des monnoyes d or, d argent, ôc de cuyure, 3c 

peinctures d armoines,d'eftandards,& banieres. 

Q«e Te DaHlj^kinfoitfoHHtrain es repas des lErancois es ionrs md^resi 
mais iùneptnfentgasjHtJoit Cny, d'autant jh lia vjurpé te nom 
d\n autre. Chapitre 111. 

T^'Auâtagc ils ont voulu qu'il retint aufl'i la réputation du pre- 
mier heu entre to^ autres poiflôs qui fôt apportez delà mer. 
Car apportez a la poilfonnerie, toutsont conlènti qu'ils folent 
feulement dédiez pour eflre prefentez au repas des plus riches, 
ou bien a ceuls qui ont le moyen de faire vn peu plus grande def 
penfe:car les délicats qui ont le palais plus friandj ont eftimé ef- 
tre le plus delicieus qu on puiflè trouuer '^r ^^ *ner. Mais les Frâ- 
çois ignorants leurs ncheiles, de ne cognoiiVants pas que c ell 
luy,ne le fcauent exprimer,{înon que par vn mot qu'ils ont em* 
prunte' d eftrangc pàis,lequel ie deciareray tantoft.Mais comble 
qu'il ne foii Appelle i)au!phin, il ne laiiTe pas pourtant d'obtenir 
le premier lieu en toutes fortes. Et pour polder de ceuls es mains 
Wdquels il tombe pour la première fois,encore qu'ils foient des 
p lus ruftiques de tout le nuage de l'Oceâ, pour cela il ne demeu- 
rera pas pour euls:8c encore qu ils ayent couftume d eftre nour- 
ris des poilTons prins en leur contrée, ce neantmoins ils nele mâ- 
gcrontpas,fâchants bien que telle viande ne conuient a leur na- 

B, turc; 



PREMIERLiVRE 

ture:Car pour y auoir plus grand gain,ils le feront porter aus viU 
les de terre fcrme,Ie voulais confacrer quafi corne choie vouée, 
a ceuls qui ont plus d argent en leurs bourfes pour en acheter. Et 
encoresquonen puiffe bien recouurer, fcauoireft qu'il ne foit 
tant rare de loymefme, toutesfois Ton excellence le fait lembler 
pretieusôc principalement Cils l'apportent aus iours maigres: 
efquels iours on nefaiâ: feftins ne nopces, qu'on puifle vanter 
auou-eftéiumptueusjfion n'y a mangé du Daulphin: non pas 
que les Francoys lecognoiflent &:lenommentde telledictiô de 
Daulphin,mais comme i'ay deiîa dict, touts 1 appellent dvne 
voix eftrange qui n'eft pas Frâcoy{e,mais empruntée des eftran- 
giers.Voyla donc comme le Daulphm refte en toutes qualitez 
en fon entier,excepté qu'on luy a mué fon nom. Car comme ic 
diray ci après faifant diftindrion de fon gère par les efpeces, i! eft 
impropremét nômé enFrâcoys. Vray eft que ceuls qui le nômêt 
plus propremêt que les autres^l'appellent vne Oye.Mais pour ce 
ce que nom n'eft affes entendu, i en parleray par après générale- 
ment & plus amplement. 

Q^if nj ait j«e Us ()ommes de U nti^îon Latine qni matent (f«Da«fp6i«,€r 
jHC Us nations du ^ais du Unant en mandent ancnnement Chapitre III I. 

A près que i'ay dict que le Daulphin foit fîngulier es délices de 
•" noflre natiô,ie n'ay^voulu palier oultre;fds y adioufter ce que 
l'en aytrouué es autres paisiqui ierabien propos contraire tou- 
chant ce poinét.Car comme il foit délicat entre les Francoys, 5C 
qu'il tienne le premier lieu entre les poiflons, les eftrangiers ne 
pourrôt lire cefte claufule fans f en emerueiller,veu mefmemet 
que toutes les nations du leuanteftiment vne chofe cruelle, & 
a euls abominable, d'outrager vn Daulphin, 3c par confequent 
ils labftiennent du tout dén manger. Etcommenceray par les 
Grecs,de(quels la fuperftition eft accreue entre eulsplus grande 
qu elle ne fut iamais,&: principalement touchât le boire 8c le ma 
ger.Car encore pour leiourd'hui, ils fabftiennent entièrement 
tout le temps de leurs quarefmes de manger poiflfon qui ait fâg 
auifi ne vouldroyent goufter de la chair du Daulphin, quand ils 
debueroient mourir de faim. Et quand on leur en demande la 
raifon , ils ne fcauent alléguer finon qu'ils tiennent cela par 
v(àge^ fuiuant les fables dont ie parleray cy après . Et a mon 

aduis 



DES POISSONS MARIN «. 6 

aduis/uiuant ce que nous en trouuons par ercript;ie croy que les 
anciens Grecs ne les ayent iamais pourchaûez en la mer, pour les 
manger. Plufieurs des anciens autheurs^aulfi Epimenides &:Hliâ, 
onc elcript que les Grecs les tenoyent iacrez,comme auiii furent 
confacrez a Neptune.C ell de la que touts les habitats du riuage 
de la nier,a la coile d'Afie,de quelque religion qu'ils loyent,n en 
mangent non plus que ceuls des nues de la mer Ionique ^ Adri- 
atique,ne aufl i vne bonne partie de la mer Méditerranée, de pa* 
rcillement de la mer Pontique;auec touts les autres qui (ont re- 
ftez du parti des Gïqcs^Sc nations qui n obeilfent pas a 1 egliieRô 
maine,commeSercaliès,Erclauons,Vallacques,Dalmaies,Rnl- 

fiens,Albanois;&: principalement ceuls qui habitent atis riuages 
des mers,tantduPonc Euxin,que de 1 Adriatique. Lelquels lui' 
uants la religionGrequepenleroient auoir leur confcience gran- 
dement chargee^l'ils auoyent tué vn Daulphin^car il n'y a cciluy 
d'entre euls^qui ne lâche raconter Thiiloire d Arion, comme li 
c'elloit vne ctiofe qui tuft aduenue de noltre têps. Et pource que 
en trafFiquant il leurcôuientquafi touliours etlre lur mer, ils 
ont le commun parler tant ancique touliours en leurs memoi 
res,de ceuls qui ont did: auoir expérimenté que le Daulphin loit 
milericordieulsjck' qu'il taille laimer, pource que le Daulphin 
aime ceuls qui (ont tombez en la mer^de la meime amourcôme 
fi ceuls qui iont tombez les aaoïent aimez auant quilsy tom- 
ballent.Pour cela ils ne permetront iamais les laiiler nayet; ains 
les metttont lur leur dos, ôclcs conduiront luiqucs au nuage. 
C eft la raiion qui a induicl les Grecs de les auoir anciennement 
nommez Philantropos de nom GreC;qui lignifie ami de Thom^ 
mciSc luiuant letqueiles hiftoires,ils 1 abltiennent de les ofFenkr. 
Plufieurs poètes 3c hiftoriens ont elcript beaucoup de fables des 
Daulphinsjdelquelles ne pretens elcrire/inon en Tendroicf qui 
mêlera neceiiaireala prouue du propos que tiendray . Voyla 
quant aus Giecs,<3<: autres qui enluiuent leur religion. 

Que toHts Us Maf)omeUJlcSynt mandent j^oint dn DaHi2liiny&- 

la raison j^OHTjHojiUie font. Chapitre V. 

•r-\'Auantage il ya plufieurs autres natios qui n en mâgent poit, 
-^-^mais lis ne le fôt pas fans raifô.C eir que toutes les natiôs qui 
cnfuiuent la loy de Mahometh^commeles Turcs, Arabes, Egy- 

B.z. p tiens. 



PREMIER LIVRE 

ptîcns;Pcrfes,SyricnS)Ont opinion que la chair duDauIphin leur 
foitdefFendue,d autant qu elle relTemblc a celle d Vn porceau.Ec 
que le porceau eftant détendu en leur loy, femblablemenc tiénêt 
que telle chair du Daulphin leur foit détendue: auili neuman* 
gent ils point. 

Kaifon ^QHVjHoy (es iHifsfaSjlknntnt de mander dn Da«fp6w.CfiafitreVI. 

-J-. Ncas pareil les luifs en quelque part de la terre qu'ils foient, 
xl ne mâgent point leDauIphm^ne des autres poiiTôs qui foyent 
de Ces efpcces.Car quand a eulsqui font obferuateurs des côman- 
dements de Moyle, il ne leur eft licite de manger poillbn qui ne 
ayt des efcailles.Par ainii ils ne pourroient manger du Daulphin 
fis tranfgreffer leurs comm.andements: auffi n'en mangent ils 
poït, car il n ha point defcailles, 

Pre««epar dcmonjlration^fie Ces Itatkns non^hs ceuù jHÎfont 
tn Urrefirme^jHc cents jni Sa ne mandent j^oint daDanij^kn^ 
Éitent ans rinages, Cafipitre VU. 

T'A Y défia nommé beaucoup de nations , qui ne mangent 
point du Daulphin^ne auffi des autres quiluy Ibnt iemblables, 
deiquelles nations ie n ay rien efcript touchant IeDaulphin;que 
moymefme ne laye entendu en eftant en leur pals, SCâuiXi 
cogneu par expérience. Mais pour ne parler de fi loing,ie puis di- 
re lèmblablement,qu'il y a plufieurs gents en Italie,qui n'en veu 
lent point manger. laydict raifon vray femblable pourquoy 
toutes les autres nations n'en mangent point: mais a cefte ciie 
n en aypoint,ny ne fcay pourquoy ils le font, finon que pour e- 
xemple,i'ay efté long temps coullumierde defcendrepar eaue 
dePadoue;me partant touts les iœudisau foir, &: félon la cou- 
ftumedupais,ôc m'eftantembarquédeiTuslaBrête^alIant toute 
nuift le bateau fe trouuoit a Venile le vendredi matin; ou iede* 
mouroie tout le iour,obieruant les poiiTons qu'on auoit apportez 
de touts codez au marchétauiTi y aiant efté refidêt les quarefmes 
cntiers,ay louuent demandé a touts les pefcheurs fils vendoiêt 
iamaisdu Daulphin,mais touts m'ont afïèuré qu'ils n'auoiét fou 
uenancequeiamais ils euifentveuvnfeul Daulphin appoité a 
Venife,ne qu*on y en euft iamais védu. Et qu'il ne ioit vray,mô- 
(îeurDaniel Barbar^ IVn des pP dodes gétik homes deVenife, 

maintenât 



DES POÏSS ON J MARINS. 7 

niaintenât ambaflfadeur en Angleterre efleu d'AquiIee,qui a en- 
tretenu a (es gaigesl efpace de huict ans vn trefexpert peintre no 
me meiTer Plinio,le tailant leulement befongner la plus part du 
temps aus peinclures de toutes eipeces de poiiibns, retirant tant 
ceulsdelan^er Adriatrque;quedela Méditerranée, &:desfleu- 
UCS&: lacs de toute Italie: 3c lequel il a fi bien faid: befongner, 
qu il ha le portraict contretaid: au naturel des viues images non 
leulement de ceuls qui ont elles apportez au marché ou es poit 
iôneries de Venife:mais aufli des autres qui luy ont eftés finguli- 
erement enuoiez des ports 3c plages d'ElclauonieJefquelIes pein 
cbures font beaucoup plus de trois cêts de copte faicljScdefquel* 
les par fa bonté ledit meiièi* Daniel Barbar us, m a oclroié taire 
retirer au pinceau celles que i ay voulu choifir; mais en toutes, il 
nV auoit point de peincluredeDaulphin.Voila donc comme ie 
prouue par demonftration qu on nepelche point des Daulphins 
en la mer Adriatique. Car fi Ion y en pefchoit^il efl: auiïi a croire 
que monfieur Daniel Barbarus,en euft eu le portraiél en Tes pein 
(i:tures. Ceuls de Napîes m'ont alTeuré le femblable de leur ville, 
&:aufl'ideMiiîîne;&: deCenes, comme aulTi ceuls de toutes les 
autres groflès villes qui font fituees auriuage fur les ports des 
mers du contour d'italiexom me auffi les autres quifôt enterre 
ferme,5cmermementaiiomme.Car vn trefcauât médecin no- 
me maiftre Gilbert,Flament 3c homme curieus de recouurer les 
pand: ures des animauls,m a aiTeuré que en tout le temps &efpa 
ce de dix ansjil ne veit onc apporter q Vn feul Daulphin a la poif 
fonnerieJeq jel encor ne fut pas mangé : car il ne fe trouua per- 
fonne qui envoulut acheter,finô quelque peu d eftrâgers:& qu'il 
en acheta^pour anoirlagrefle, &Iesoirementsdela tefte, qu'il 
garde en Ion cabinet. Nous auons encore plu fleurs autres beauls 
exemples qui font de ce temps ci.Car les habitants de la ville de 
Rimini en Italie,au riuagede la mer Adriatique, trouuerent vn 
Daulphin n a.pas long temps;q.ni eftoit demouré a fec fans eauc 
delïusle fablon, a vn quart de lieue de leur ville^lequel ils firent 
charger dedens vn chariot tout en vie,6c l'amenèrent a Rimini, 
ou il-vefquit trois iours. Etlileft vrayce qu'ils menontdicl, 
ceuls qui [amenèrent gaignerent vne grande lom me d'argent a 
le môitrer.Car chafcû qui le vouloir veoir,bailIoit quelque pièce 

B.3. d'ar 



PREMIERLIVRE 



d'argent-Lamefurequils moftroient delà longueur^eftoitpres 
d vne aulne &: demie.6^ touceffois iamais houime ne tafta de la 
chair.Car ils n ont point dviage d'en mangerifinon qu'ils lefer- 
uirent de fa grefie.Et pour en laifler niemoire,ils purgerêt les of- 
fements de la tefte,laquelle ils gardent encore auec fa queue pen 
due au dellus de la porte de la ville,qui eft la pchaine du port.au- 
quel lieu il y auoit i efcaille dVne tortue, dot ils en ont côtrefaiâ: 
vn monftre, mettant la telle deuant,6c la queue derrière: de pour 
autant que ie ici retirer le portraid: des oflemêts de ladicte tefte, 
ie 1 ay faiclreprefenter en ce lieu auec la peinéture des Daulphfs, 
corne Ion pourra veoir ci après quâd ie parleray des intérieures 
parties de la tefte du Daulphî.Iauoye tout ceci a dire en prouue 
que les I taliens n'aient acouftumé de manger du Daulph^n, de 
laquelle choleilmeféblequ'ilfuftitpour cefte heure,dece que 
i en ay dict. 

Q«e [çs Hommei des j^ais du Lemnt fenjent jHefoitfhsjrande 
crnanhè d'offenjtrvn Dflnfpliirt^jHe cfe twer vn f)omme:& fiiU 
ront en^rande vénération, Cfiapicre VIII. 

T A Y voulu adioufter d'auantage,qu'il n'y a aucû des pefcbeu^s 
-*-Turcs,Grecz,Efclauons; Albanois, 3c autres gents qui fuiuent 
la religiô Greque;qui fe mette iamais en effort de faire mal a vn 
Daulphin-.mais ils ont de couftume;que quand aucû d entre euls 
ont pris vn Daulphin dedens les rets^ils prennent bon augure,6c 
encore que leDaulphin euft faiél dommage aus retz,ils ont grâd 
paour de luy faire mâhdc le remettct en la mer, auec parolles de 
faincletéjcn dilant des prieres;ôceftimants que quand ils ne leur 
feront violence;cela leur pourraprofîcer en autre cemps.Car cel- 
luy d entre euls qui fe pourrra raifonnablement vanter qu'il ait 
donné liberté par dix fois a vn Daulphin^péfera en acquérir gra- 
de louange entre fes compaignons.Et a ce les meut vne commu 
ne raifon que i'ay défia par ci deuant efcripte.C eft qu'il n'y a cel 
luy d entre euls;quin ait opinion,quequand ils leroicnt en vne 
extrémité a la mercyde la mer,ou que leur nauire feroit froiflee 
contre les rochiers;Ou autrement brifeeou batue centre les va- 
gues des horribles tempeftes delà mer,ou bien qu'il fuft ieéVéen 
leaueparla malice de fes compaignons,comme fut Anon, que 
lesDauIphinsqu'ilauroitautrefoisdeliurezde captiuité; enre- 

côpêfe 



DES POISSONS MARINS. 8 

compenfe luy fauneroyent la vie. Et oultre ce que i'ay did,enGo 
redure vne autre opinion non feulement entre les Grecs^niais 
aufil entre quelque partie des italiens, &^ principalement entre 
les mariniersVenitiens,que fil y auoit quelcû en leur nauire qui 
euft tué vn Daulphin,6^ la nauire fe trouuoit fur la mer efbran* 
lee de la tépefte^touts les Daulphins qui feroient la au tour, vié^ 
droient faire périr leur nauire,pour fe véger de celluy qui auroit 
commis vn.tel crime.Par cela ils craignent de leur traire mal, de 
paour que cela ne leur aduienneCar comme ils voyent les Daul 
phins accompaigner les nauires en la mer, principalement quâd 
il faid: grande fortune,tout ainfi le bruit eft quils donneroient 
ayde a vnchafcunafeiauuer.ee font les raiions pourquoy plu* 
fleurs nations ne veuUent point faire d'oultr âge aus Daulphins, 
ôc par conlequent i abltiennent de les manger. 

QHe_grandtfartk des liommes de ta religion Latîneyau contraire 
des Grecs yTHrcSy& lHifs,jont ^(usfriats de la cfjairdu DflnfpÊf 
fte de nu( autre foijfon. Ckaptre IX, 

M Aisceulsqui font de la religion Latine, moins fcrupuleus 
quelesiufdicts,tantde ceulsqui habitent au riuage de l'O* 
ceân,que de bonne partie des autres qui font en la mer Méditer- 
ranée, ne fontpointcouftumiers défaire telles difficukez; ains 
comme i'ay défia diftjilsl'appetent plus que nul qui foit entre 
touts les autres poilTons.Et par cela il n'en y a point d'autre qui 
vienne a fi hault pris par les poiflonneries. Car en quelque temps 
de Tannée qu'il foit apporté au marché, il hatoufiours fa valeur 
en hault pris;car on n'a point faift diftirftion du têps en quoy 
il eft en faiibn.Et ce qui a faiét qu'il ait retenu fa dignité eftanc 
eogneu,a efté le hault pris en quoy font mis les grands ieigneurs 
qui fêle fontrelèruer, parcepoinâ:L:Iieireque eftantfi com- 
mun comme il eft,&: n eftan t pas cogneu pour Daulphin, i ay eu 
dueil de le veoir reueftu d Vn nom fi barbare.Et maintenant que 
iaypropoféluyrendrefonnom ancien, fâchant bien que ceft 
haulte çntreprife,que de vouloir deftruirevn nom ia long téps 
vfiirpéja fin de ne troubler lefperit de ceuls^qui pour le com men 
cernent pourrbht trouuer que cela foit trop dur,i ay cherché les 
moyens pour le rendre plus facile a leur digeftion. Mais auant 
que ie procède plus auant a fon hiftoire^ilma fem blé n'en dire 

d'auanta# 



PREMIER LIVRE 



d'auantage,queie n aye premièrement expoféd ou viet la caufc 
qull ait mué ce nom deDaulphin^^ qu on l'ait lurnommé d Vn 
autrc.Car quand au Daulphin,il relie toujours en Ton entier,^: 
encore qu on n aie continué a le nommer Daulphin, ôc qu'il ait 
emprunté le nom dVnautre,qu on luy a baillé indécemment, 
touceffois i efpere en dire la railbn prelentement. 

La caujc fOHTjHoy U Daut^Ùn a pii v» nom èarÉarc en 
France, CSaptrc X. 

/^'Eft que quand les pefcheursde noftre natio ont pris vn Daul 
^^phin en leurs riuages en plaine mer, ignorants ion nom Fra* 
cois,^ ne le fâchants exprimer par le nom ancien,ils luy en ont 
baillé vn barbare,qu'ils auoient apprins des eilrangiers. £c les e . 
ftrangers lu y inuenterent vn nom comme ie diray.Car eftant li- 
bre a toutes natiôsd'impofer les nos aux choses qui leur eftoiét 
vulgaires^quand elles n en auoient point; ils les cherchoyent le 
mieuls a propos qu'ils pouuoient inuenter ; correfpondants a la 
choie nommee:commeil eft aduenu a ce Daulphin.Car mefme- 
mentquànd^ils ont veu ce poiflbn donc ils auoient IViage, eftâc 
haché en pieces,eftre fêblable a la chair dVn porceau; ils luy ont 
voulu bailler vne diction correspondante a cela,a fin qu'il tmt le 
nom de la choie a laquelle il relîembIoit,luy baillant ion etymo- 
logie de la mer 8c du porceau.Ce furent premièrement les hom - 
mes qui tiénent le langage du basAlleman;,&:nYapointdefauI 
te qu ils n'ayent eu celle appellation auant les François; comme 
ie puis bien prouuer par le nom qu'il retient pour le lourdhuy: 
& comme ainfi foitquilnefoitpasFrancois^auflielliIemprun 
té du bas Allemâ. Car d Vne voix commune nous le nommons 
duMarfouin. Mais Marfouineftce langage François ^^Vérita- 
blement iecroy qu'il n'y a celluyqui ne fâche bien que non. Et 
pource que peu de gents fcauent qu'il foit AIleman,&: qu'il ligni 
fie porceau de mer,ie l'ay voulu expofer ainfi; c'eflquemerou 
meer en leur lâguage, fignifie en François la mer: &: cheuein ou 
fauinfignifievnporceau-.tellement que quand loncôioinél ces 
deus dic^lions enfemble,on prononce mer fouin; mais les Fran* 
coisdientmarfouin,qui eft a dire porceau de mer. 

Que Us Bretons BrUonnants nommants fe DjinhUin, aient 
enjHiujvntmiJmeetjmob^e. C6<3|pitrc XI. 

Les 



DES POISSONS MARINS. 



LES Bretons auffi,n en exceptant non plus ceuls de L'armer 
que les autres de L'arguet,ne ceuls qui font Bretons Breton- 
nanLS,non plus que ceuls qui font furnommez Bretons Gallots, 
toutsenleurlanguage,ôcdvne voix commune l'appellent du 
Morhouchj&mefmementilsontenuoyécenom la lufquesen 
quelques endroicts ou Ion parle François, tellement que le Mar* 
fouin perd fon nom,&: fe change en Morhouch des la ville d'An- 
giers,de Nantes;ôc autres villes voifines des Bretons,ou Ion par* 
le Francois:ôc le nomment du Morho;qui eft nom fîgnifiant ce 
que i ay di(5t en Alleman;Correfpondant en François au porceau 
de mer.Car mor en Breton, eft a dire mer; houch eft a dire 'por- 
ceau, en forte que ceftedidionMorhofignifie autant que Pop 
ceau de mer. 

Que le Daulj^hin (oit appelle en Kn^eterre 
de la mefme fîrnijjcatwn fujdt^e en ianoua^e 
Anglais. Chap. XII. 

T ES Anglois ont fuyui cefte mefme etymoIogie,Ie nom mâts 
•*^en leur vulgaire Porc pifch-.ainfi quelauons ouy nommer e- 
fiants en la ville de Londres. Et traduicl demot a mot, aurecit 
de plufteurs Icauants médecins Anglois,&r entre autres de mon* 
fieur lo. Watfon,qui fingulierement entre les autres eft diligent 
a la contemplation de telles chofes, lignifie la mefme choie que 
iay di(5ledes autres nations. 

Que aucljuefauh nom que le Daulphin tien^ 
mes autres natms^toutesfois elles le nomment 
en leur languaçe^maïs les Irancoisle noment 
en clament Chap. XIII. 

T ESFrâcoismefemblentrauoirnômélepIusmal quetouts. 
-■-^Car combien que cefte voix,Porceau de mer,ainfî prononcée 
en noftre langue^Â: en Latin Porcus marinus,conuiéne a vn au' 
trepoiflbnquau Daulphin,comme ie diray cy après: toutesfois 
il eft plus tolerable aus autres nations qui le nom ment en leur la 
guaige vulgaire;que aus François le nommant de nom eftrâgier. 

C. Les 



Q. 



PREMIER LIVRE 

Les Anglois le nomment en leur language, ^les Bretons auflïs 
mais les François le nomment dvn nom empruntédu langua*^ 
gedeflamentou bas Aile man, 

Queks Latins mcfmcs ont j^lus de mil ansyj'é 
de ce nom en leurs cjcri^ts^ iuyuant U'^ul^ai^ 
re^^our exprimer le Miarjouin. 

c^. XI m. 

VI vouldroit tourner ce no de Marfouin,& le rendre Latin, 
,on lappelleroit Marjio ^najt maris Jits, Ou ii nous le prononciôs 
Murfouin^ouMarrouî on lappelleroit Mur tyo,ou Ivior iyo.Car 
meirnementonliél diuerlemenc toutes ces deus diclrionsen 
Pline, qui au neufieime chapitre du neufielme liure,a deicrit vn 
poiiïon qu'il nomme Turfioen celle manière. Dd^bmomm ju 
mititudincm SJaèenty fti vocantHr Tdtjyoncs, Les autres exemplai-» 
res ont Torlyones.Et qui auroit changé le T, a vne M, Ion pro- 
nonceroit Muriyones; ou Moriyones, quileroit a dire Murio^ 
ins;Ou Moriouins. Orcequeles Latmî ont appelle Turiyo, ou 
Toriyo,ie prouueray bien quelesGrecs Tayent nômé Phoc^na. 
Laquelle choie Theodorus Gaza n a pas ignoré^lequel tournant 
Anilotede Grec enLatin^areceu celte diCtiôTirlyo,pourlaGre 
que Phocsena,(uyuant 1 auchorité de Pline. Car tout ce quePlme 
aefcript de Tnrjjonty Anftote l'auoitdK!:!: rfe Pboc<e«fl. Nous parle 
ronsdeceP6oc<en«ou Marfouinplus amplement en (on propre 
chapitre. Parquoy ie retourneray a mon Daulphin. 

Quela^oix de Daulj^hirî^refle en la mémoire 
des hommes^ 7nais quil ne foit '^oint de ^oijjon 
quon comoijje ^our Daidvhin* 

Chap. X V. 

•p T combien que le Daulphin ell: indifcrettement nômé Mar^ 
•*-'fouin,&: bec dOyc: ie nedi pas qu'il n'y ait vne voix de DauU 
phin,qui refte imprimée en la mémoire des hommes^delaquel* 
le touts fe louuiennent, Se le Icauent nommer 8c cognoitlre en 
peindure de es armoiries;^^ es monnoyes tant d'or que d argent, 

ou 



DES JPOISJONS MARIN S. lO 

OU ilcûfouliemenc reprefentc.Sieilcepourcant,qucquideman 
deroic a toucs les peicheurs qui lonc en la grande mer occidenta- 
le ie lis cognoilienc quelque poiilon nommé Daulphm; toucs af- 
ieureroient que non. ^i eit il couteltois befoing qu il ibic vn poif 
fon cenàt le nô de DauIphin.Et i il y en ell quelqu vn, il tauIc par 
côfequent qu il tbit cogneu,<3c que lou celuy que l'ay dicl^ou biê 
vnautre.Et a fin de eipiucher celle propofition par le menu,&de 
la prouuer par euidente demonllration;i ay voulu propoler quel 
que contradichon. 

Afcauoirjîl ejl point d'autre j^otffon a mi le nom de 
, Uauiphin couint mmismau MarjotiWyjurnom^ 
mé vne Oje. Cbav, XVI, 



\70ulant prouuer par demonftration que le fufdict Marfouin 
nom aie vue Oye,ioic le vray Daulphm, fuppolant premie- 
remeac vne côtradidciô par moymelmes,en après i auray deux 
choies a coniiderer. C elt a icauoir ou qu il fauit que le me met- 
te en ertorc 6c deouoir de prouuer que c elt celuy que le di:ou bié 
chercner i' il l'en crouuera point d autre queceituyciqui puiile 
obtenir le nom du Daulphm. La contradiction par moy luppo- 
fee eit telW.Ie poie le cas qu'on ne me veuille concéder, que ce 
foit luy,mais cocalemét co tredire a tout ce que i en ay dictilca- 
uoirettquon nie que le Marfouin qui eft nommé Bec dOye, 
puiiie etire celuy que les anciens ont encendu pour Daulphin,6^ 
que mon Oye ou Marfouin ne conuienne non plus auec les pein 
cturesquona anciennement faicles des Daulphinsjqu auec cel 
les qui nous (ont reprefêtees par les modernes; 6i femblablemêt 
qu'il ne côuienne en rien auec la defcriptiô des anciens. Aquoy 
ie reipondray pertinemment. 

AjcauoirÇîlefcj^oint prâi de Daulj/hin en lagran^ 
de mer Oceane. Cfcap. X V I !• 

A Vant querefpondrea cequei ay fufdicijiedemanderay pre- 
^^mierementiilyatefmoignagedequclque aucheur, que la 
grand mer Oceane ne nourniie des Daulphins.Lbn me reipon- 

Cz. dra 



PREMIERLiVRE 

dra ouy^jOU non.Et fi l'on didl que ouy^auffi fauldra il par confe^ 
quenc conf eflfer qu'on en puifle bien pefcherquelquesfois, tout 
ainfi qu'on taict des autres grands poiffons qui y font, veu mcù 
mernentqu'ony pefche de grandes Balaines, de grands Chaul 
drons,de grades Ondres. Si Ion me diél qu'on n y en petche poic 
auiïï tàult il dire qu il ny en ait point.Car il eft manifeile que tou 
tesibrtesdegrandspoiironsyibntprinfes& pefchees. Etlilbn 
yen prend,qubn me face dire par quelquonquesqu on vouldra 
choifîr des mariniers &: pefcheursqui hament la mer, ou par 
ceuls qui vendent les poiilons esgroifes villes, tant des nuages, 
que de terre ferme,de quelle forme eft celluy qu'ilsveulent enten 
dreque ce loitle Daulphin. Délia ne peult onraifonnablement 
mer quil n y aie vn poiiîon naiflant en la grand mer,qui f apppel 
le Da ulphm. Voila quant a 1 vn des fuldicls poincts.Mais li 1 on 
ne trouue perfonne de ceuls que i ay fuldid-, qui ait fouuenance 
dauoiriamais veu vnpoiHonquif appellaftdu nô deDaulphin, 
&: que l'entreprenne de le trouuer^alors cetera a moy den cher^ 
cher vn,lequel ie trouueray bien toft Mais fi onvouloit dire qu'il 
nyeneuftpoint,ilmeiemblequ'on ne feroit pas peu de tort a 
noftre grande mer Oceane nourrice de toutes les efpeces de poif 
fonsjleftimanttant fterile &: infertile quelle ne produife point; 
de Daulphin^Iequel on eftime le Roy des poilfons.le croy toute- 
fois qu'il n'eft homme qui vueille nierqu elle n'en produite. Et fi 
elle en produicl;auiri nouslefaultil cognoiftre. Mais cômefay 
di6l,ayant changé leur nom ancien, toutsles nomment Bec de 
Oyesjou Marfouins, comme i efpere bien prouuer par ci après, 
Voyia que i'a uoye a relpondre a ce que fay did: par ci deuant. 
le ne me arrefteray maintenant gueres fur la première qucftion 
ce fera quand i'en baïUerayla peincture.Car comme il foitmani 
fefte que noz Marfouins qui font furnommez Becs d'OyesjCon 
uiennent en toutes fortes auec les notes qui lurent iadis efcri- 
ptes du Daulphin,laquelle chofe le pretens prouuer en les delcrt 
uant, 5c conférant leur defcription tant de l'extérieure que de 
Tintcrieure partie:ie palferay oulcre, laiflfanta conférer ce qui a 
cfté efcript par Iesanciens,iufquesa la defcription du Daulphin^ 
que ie remets aux chapitres a ce propres. 

Que 



DES POISSONS MARINS» 



II 



Que les i^mïlres i^cuuent àoncr telle curuitc me leur 
j^iaijlaus Daulj^hws.jans leur faire rien perdre de la 
naifueji^ure du naturel. Chap. XVIII. 

QVant ell a ce que l'Oye, ou maiTouin,ne conuienne auec les 
peinclures qui ont efté faicfles anciennement des Daulphis, 
qu'on a graué es monnoyes antiques: Auantque procéder plus 
oultre a toucher cepoinctici, ilmefaultpreluppofcr qu'on co- 
gnoiffe bien le poiflon dont ic vueil parIer,fcauoir ell le Marfou- 
inqu'on afurnomniéOye:&:auiriquon fâche bien quels font 
les portraicïts des Daulphins qui font retirez fur les medalles, 3c 
ftatues,antiques,efquelles les Daulphins iont repre(entez:car les 
vns y font courbeZ; &: Vuultez en arc, &: les autres y font touts 
droicls:de(quels i'ay taïc^ retirer les portraicls, tant des vns que 
des autres,a fin de monftrer que cela ne prouient finon de Tindu 
ftriedu peinclre^qui le peultdiuerfifier felô que bon luy femble, 
ou qu'il plaift a celui qui les faid: retirer:côme lô peulc vcoir par 
cefte preféte figure reciree dVne âtique peîfture d vne ftatue cô* 
trefaicle auprès du natureljlaquelle toute courbée qu elleeftoit, 
n auoit rien perdu de la fymmetrie de lavraie proportion qui eft 
requife a la grolTeur de longueur du Daulphin. 



Yray Portraiïl dyn Daulj^hin courhé/etiïéde ïantic^ue 




Cj. Que 



PREMIER LtVRB 

Queks Daulj^bm m foientVoutc^^nç mrhc^no 
fins en la mer aucjar terre. Uocf.-^îX, 

VAj bievoulu toucher vn poincl: de la courbure desDauIphins: 
Car quant a euls;ils ne tont pas courbez,coinme on les mec en 
peî6lure,atn eil auili trouuéqueAnilote ne autre autheur ancié 
digne d eltre creu,qai ait onc eicnpt que les Daulphîs ioyét vou 
cez.Et côbien qiie i^imecJcOuide ont aict aor/o rep.ao^ce n eitpas a 
dire que tout le corpz loïc vouté,car il n y ha que le dos;L erreur 
vient dont ledirayiCeftqu on les apperçoic louuent iaulteren 
lairS^ qu'en iauitac leur iault n eit pa^ de i'eiUncer en 1 air droicl: 
contreinontjueauiiideretumber aroici: a ou ils iont iortis,com 
me font les Pel4mides,(i^ies Tonsimaisc eit que quand ils vien^ 
nenrhorsdela mer,poulie2 de grande roideur,en le dardant im* 
peLueuleinent;iis fortent la ceite la preiniere:<Sc quand ils retunci* 
benc,ilsvontmoultIoing delenaroicl dotiisiontiilus^teileméc 
qu ils retiâbent li droicts lur le bout de la tQitCy que leurs queues 
demeurée quelque temps horsl eaue.htpource qu on a veu, que 
leur iault ha taict la peripectiue d vn demy cercle;l6 a cuidé qae 
celle rôdeur prouin t de la torme de leur coips:mais cela ciï tauls. 
Et qu il ne ioit vray, toit pris vn ballon pour exemple; ôc qu vn 
homme le lecle de h poinclre du pied en 1 air,(S^ q j il vienne com 
ber fur 1 a utre bout: ceuls qui ièrôt loing,! auront veu prédre vn 
tel tour dedemy cercle, qu il aura lemblé que le baiton meime 
ait elle courbé. £t fi les Daulphins eitoiét courbez en la mer^auf" 
li le feroient ils en terre quand ils y iont apportez. Ceci ioïc dicl: 
touchant de fa curuité. Les peinclres les peuuent bien peindre 
courbez^S^ leur peuuent faire retenir leur nayfue iigure:mais tou 
teffois qui veult parler du natureUl n efl nuilemét courbé: choie 
queiepourrayprouuer par moult grand nombre de Daulphins 
portraicls en plufieurs medalles fort antiques,tanc en or;argent, 
qu'en cuyure:qu il a pieu a monfieur le treforier GroUier me mô 
itrer,eiquelles Iont reprefentez lesDaulphins;,dont la plus grade 
parcie Iont touts droicls^comme nature les ha produids. 



DES POISSONS MARINS^ 12, 

Que les Dauifhins rej^refente^^es medalles antiaues^ cona 
wennent de ^omïï em^oinïiauec le ^OYtraiïl duMayfouin 
jurnommé Bec dOye. ^ Chap. X X. 

"CNallegant les medalles ou fayveu les Daulphins portraifts, 
ie ne precens pomc enicigner,ne rendre la raifon pourquoy 15 
y ait graué ou peinél: les Daulphins: comme quâd i'allegue pour 
tefmoignage celles de moniîeur le trelorier Grollier,hôme fingu- 
lieremenc diligent a chercher les choies antiques, &: deplusgrâ 
de bonté de nature a les communiquer:mais pour mettre deuat 
les yeuis la naifue figure du Daulphiu, qui en touts poinfts con* 
uient auec le portraicl que i ay faict retirer quand l'ay reprefen- 
té les Maribuins iurnommez becs d'Oyes.Parquoy fils conuié- 
nent enlemble,nous aurons rai(on de conclure que ibit vne mef 
me chole.Car baillant la figure de TOye, il n y a celluy qui ne la 
puiilè conférer auec le naturel apporté de-la mer-^ou il ne ieroit 
trouué eftre ion vray portraicbjil y auroit occafion de me repreu 
dre.Lequelportraici cte 1 Ovepuis mis en côparailon auec ceuls 
qui ionc retirez de 1 antique, monftrent al œil qu ils aient ellez 
retirez touts deux dVn melme patron. 

Que les Ancien 5 auîbeurs^approuucnî que les Damphins 

aient ejle graue:^ es monnotcs ant'ujues. Ch^p. XXL 

1^ >l Ais quant a celles des medalles^. ie croy qu'il n'y a celuy qui 

•*-^-* ne les vueille bien approuuer pour peincture^' deDaulphins. 

Car qui le vouldroit nier, il leroit facile de le prouuer par Tautho- 

rite de Ariftote ôc des autres anciens auchcurs:veu mefmement 

que les Taretins long temps auant la grandeur des Romains a- 

uoyent défia faicl: grauer ks Daulphins en leurs monnoyes, 

en mémoire de Taras fils de Neptune^lequel on feincl auoir eilié 

mué par les autres dieux en vn Daulphin.Dc la vient que Taras 

fils de Neptune loit portraiâ: iur vn Dauîphin ,en la manière de 

ceuls qui ibnt acheual, tenants le Dauîphin bridé,lecôduiiât 

la ou ilveult. Voila quant aus Daulphins portraidses mônoyes 

desTarencins.SemblabIcmentleRoy Aiïs auoitvn Dauîphin 

graué en les monnoyes,Icquelportoit vn petit garion deifus Iba 

dos. AulTi eft il allez approuuc queTite V'e(pa(iâ auoit en ics de* 

unes 



PREMIER LIVRE 



uifes 5^ medalles le Daulphin entortillé autour de l'Ancre, figni" 
fiant ce que diioitîe prouerbe ancien dAugufte Caefar, lejhna 
Untè. Car cônie il n elt oyieau en rair,ne vire d'arbalefte qui ioic 
plus impetueule,nequipuiire aller plus vifte que le Daulphin;6c 
qu'il n'eft choie plus tarde de qui retienne mieuls que faiét l'An* 
cre;toutainlîcesdeux Ancre6^ Daulphin airemblez enfemble 
eftant de nature contrairejlignifient quelques tempérance. Voila 
quant aux Daulphins qui on efté porcraicts es medalles de Tice 
Yeipaiîen,leiquelles nous auons veu ou i ay dift.Nous auôs aut' 
fibienveu les medalles de ClaudiusCselarauec Neptune tenant 
vn Trident,allis delTus vn poiiïon,qui ha bié la femblance dVn 
Daulphin mais le croy que n eft cellui que les autheurs nômerct 
Orca, duquel ie baïUeray la peinCture par ci apres.Pline parlât de 
cepoilion^racôpte entièrement toute Thiftoire faiétc par Claudia 
us Csefar^lequei eftant au port de Oftia, qu'il failbit redifFier, en 
print vne;dont il feit fpeétacle au peuple Romain.6<: croy que il 
i ait faid: retirer en (es medalles,&: que ce ioit elle qu'on y voit 
portraiâ:e,5<: non pas vn Daulphin:i en parleray plus amplemêt 
a la fin de ce liure en defcriuant le poiffon nomme Orca.D'auan- 
tage nous auons veu le portraiét des Daulphins qui (ont es mô* 
noyés d Augufte,&Ruifus,Tyberc ôcDomicienSc Vittellius^qui 
font toutes Latines.Mais encore oultre les Latines mon dit fieur 
en a des Greques, qui me femblent beaucoup mieuls obferuees 
que les Latines:& celles qui font les plus antiques,fôt les mieuls 
ciabourees,delquelles font retirez ces prefents portraid:s. 
Yray j^ortraitl du Daulphin retire d^naantij^uc mcdaU 

le de monficur le Trefotier Grollier. 




■mm^^ 




DES POISSONS MARIN 9. T3 

LcsDaulphinsfontnaifucmentrcprefentezen ccfte figure au f- 
ficfteile dvnecrefantiquemedalle, laquelle mondid: lieurefti- 
me eftre Creque.ll n y a poinét d efcnpture autour,au(ïi elle ne 
cft pas en forme plane en la Superficie du côcour, comme les au 
très medalles,mais eft rôde par les bords,&: ha deux petites orcil 
les.C'eftcequeiauoyeadire touchât les effigies des Daulphins 
que nous auons veus grauez fur diueries elpeces de monnoyes 
antiques;toutes lefquellcs conuiennentauec les peinc^uresdc 
nollrcBecd'Oye. 

Que quelques >«i aient eu opmon que ÏLJ\uYgeon fujl 
leDaulphwimais j^utljoit tout le cotraircChaj^.x X I !• 

TEvoyqueplufieursdeceulsqui font admirateurs des chofes 
nacurtilei,^^ qui onc grand plailir en regardant de plus près aus 
choies memorâL)ies,le compiaignantsquaii en euls meimcs, de 
ne veoir aucun poiiibn en trance obtenir le nom du Daulphin, 
de ne pouuancs luger lequel ce pourroit ertre,le font efforcez le- 
lonrimaginationquilsenauoientconceue, de maintenir q'uil 
n v^^^^ point d autre qu'on cogneull,a qui le nom de Daulphin 
pêuit mieuls conuenir qu a rtiturgeon,6:ain{i i'eftâts totalemét 
periUadez que TElturgeô debuoit eilre appelle Daulphin,rôt at 
terme eflrevray.Quat a ce point,leur opiniô cil aiiee a côfuter:3C 
pour ce taire ne vued qu vne merquex ell que nul poifTon peult 
eitre appelléDaulphî,! il n a la queue en manière de lune en croif 
fantiparquoy filEikurgeoneiloit le Daulphin, aufllifauldroit il 
qu il euft la queue en lune.C'eft vne mcrque que touts ceuls qui 
ont elcript du Daulphin^ont mis en memoire,defquels il me luf 
fit en prendre pour exemple en tefmoignagevn feul Ouide, le^ 
quel parlant des nautôniers Tyrrheniens; lelquels il feindl eftre 
tranfmuez en Daulphins,dicl: 

^ Falcata noHijjima cauda eji^ 
Qmiia dimiduJinHdntHY cornua iMttdC. 
Or l'Efturgeon n'ha pas la queue en lune;aufli n eft ce pas a luy a 
qui le Daulphin conuient, le ne vueil pas parler de 1 Efturgeon 
plus amplementjfinon que pour monftrer que nous n ayons pas 
ignoré quel il eft,ac aufTi pour môftrer qu'en auôsla peîclure. Et 

D. l'ay 



p REMI E R Livre 



Tay voulu faire mettre ici,a fin que ceuls qui eftoien t en cefte o- 
pinion,Ia changent auec vne meilIeure.Ceque ie nomme Eftur- 
geon^a Bordeaux eft nommé du Creac. Etcombienque TEftur' 
geon croiffe en longueur exceffiue, comme eftoit cellui qui fut 
apporté au Roy Francoisa Montargis,lequel eftoit long de dix- 
huiCl pieds,ce néant moins il n eftoit pas Daulphm pour cela. 

La'\fYuie j^anihre de lEJlurocon. 




Que j^lujleurs aient eflimé que ïkâano.qui ejl moult ^randpoif 
fon,n:urri au Pau ejïoit le Daul^hin^ Cr qutl fait tout le con» 

traire^ Chap. X ^ 1 1 1. 

TL nyaceluyquiaitleu FhiftoireduDauIphin qui ne fâche bic 

quilaitle nez fort long. Et pource que Ion trouue vn poiflbn 
nommé Adano en la riuiere du Pau de moult grande corpuléce, 
beaucoup plus grand que 1 Efturgeon;&: qui eft du genre del £- 
fturgeonjplufieurs ignorants le n nom ancien, ont eu opinion 
quec'eftoit leDauIphin: mais il l'appelle Attitns Et a fin que 
quelque autre ne penfaft que ce fuft vn Daulphin, ienay auiïî 
voulu bailler la peincflure auec fon vray nom. lenenbailleray 
pas la defcription en ce lieu, d'autant qu'il ne fe peult référer en 
rien qui ioitdes efpecesdu Daulphin.Etnay baillé lapeincT:ure 
finon pour tefmoignage contre les faulfcs opinions qu'on auoit 
du Dauphin. 

LavortraiBuredu fufdi^ voijjon de defme ureecradcur^ 

nourri en la riuiere du P^w, nommé Attilus», 




D E s P o'iS SO NS M A^ 1 KS, I4. 

Que le Tort.encor quiljoit dtf grande corfulence^ & (^uil 
ait la cjueue en Lune^ il ejl toute jjois aidèrent au DauU 
fbin. Chap. XXiin. 

CEmblablement le Ton eftant moult grâd poiflbn,aiant quel- 
que léblance auecIeDaulphin, ha dôné occafiô a plufieur:» qui 
ne lecognoilîoyentpasjdelefoupfonnerpour Daulphin. Mais 
a fin d en ofter [erreur,! en ay voulu bailler la peinéture,ô^ au de* 
meurant n y mettant rien de la dclcription> car le ne prêtés met 
trechofepar efcrit en celiure,quineconuienneaIexierieure^&: 
intérieure hilloire du Daulphin. 

La j^einïlure du Ton. 




Que le nom de lAarfouin (onuienne aj^lui'urs poijfons^ 

Jelon la communie appellation '\>uk air e ytr la ration pour 

quoy le Daulphin fe nomme '\?ne Oyç^Chap. X X V, 



/n. 



A Yantpropoféde n'oublierriendeced^i appartient a Thiftoi 
■^^redu Daulphin, ie ne puis bonnement* ce faire fans y com- 
prendre maintenant les autres poiiTon qui font de mcfme efpe* 
ce,Iefquelsdoibuet eftre nombrez en fon genre. CarTappellatiô 
du nom de Marfouin eft generalle a plufieurs poiflbns. Parquoy 
ayant mon principal poind pour but qui eft de bailler la vraye 

Dx. peindu/ 



PREMIER LIVRE 



pein(flure du Daulphin comme nature la produid/ansluy ad- 
louHer note ou merque qui Ibit artificielle;Ou diminuer, &: a fin 
de prouuer que celuy qui entre les eipeces des Marlouins eft nô- 
mé vne Oye,loit le Daulphin^il fauldra premièrement entédre, 
que nous auons deux poiUons aflèz communs, ôc qui font quafi 
apportez touts les vendredis aux marchez des poiiionneries des 
groflês villes,&: principalement de Paris,refl'emblants 1 Vn a i'au» 
tre;indifteremenc nommez Marfouins.Mais entre eulsilyena 
IVn qui particulieremét eft nôméBec d'Oye,ouOye;lequel n eft 
pas du tout fi cômun qu'eft l'autre efpece: qui pour auoir le nez 
plus lôg,ha trouué diftinftiô d auec lautreMarlouî. Et côme les 
Geneuois ont nôméle Singe de mer Pe/ce pada, pource qu'ils luy 
veoiêt fa queue faidre a la manière dVne efpee platte:femblable- 
met Ô^ par argumét pareil le Daulphin'aiât le nez lôg, ha prins le 
nom d vne Oye.Et le poiflb nôméXipÉwi qui ha le nez lôg'cômc 
vne efpee d'armes, dont il ha gaigné ion appellation GrequeSc 
Latine,fcblablement ha efté nôme a Marfeiîle &a Gènes le poif- 
fon Empereur Jedi a Gènes eftre nommé Empereur,a la diffère 
ce des fufdicls Singes de mer,qui ontvne queue moule lôgue c5 
me vne longue efpee platte,par cela ils lappellent Pejceffadaydccn 
Frâcoispoiflbn a lefpee, Mais le Xip6i«/, auquel les François onc 
veu porter le nez fi long,a efté par euls nommé Héron de mer, 
Aufli pour ce qu'il y ha vne des efpeces du fufdicl: Marfouin,qui 
ha le nez long a la faqon d Vne Oye,féblabIement ils font nômé 
vneOye. Vojla que i'auois a dire de la iuldide Oye de de ce qui 
ha meu les Fracois a luy'^auoir baillé ce nô. Geft vne note infalli- 
blerpour fcauoir biê diftïguer IVn d auec fautre.Sc de laquelle A* 
riftote au iiif.des parties ha faift mention. Car il ha diét en ceft 
cndroift la que le Daulphin ha le bec lôg6crôd,Q^« ro/îr>f Drfpfitno 
rH(di t il)/lr«HHra tereti ac tcnHifityfadlèJddi m oris fiafttn no pote/}. Voila 
quât a la première efpece des Marfouîs & la principale de toutes 
les autres^carc'eft celuy qui eft le vray Daulphin. L'autre efpece 
de Marfouin, diét en Grec P6oc<e»a, en Latin Torjyo^ 8c duquel la 
cognoiflance eft plus vulgairc^ac qui tient leVray nom de Mat 
fouin eft"femblablemét|appellé marfouin comme lautre deffus 
did,naianten toutes fortes autre furnom François » Encor y a 

vne 



DESPOXSSONSMARIKS. I^ 

vne autre tierce efpece de Marfouin,dont i ay femblablemêc re* 
tiré la peind:ure,quieftvnpoiironqueienay pas veu fouuenc 
trouue en commun vlage.Et pource que i en bailleray la defcri- 
ption ailleurs enlemble auec la peincture,iay remis toutes cho* 
les a les Ipecifier en leur chapitre.Cefte elpece ell feulement dif- 
férente en grandeur aus deux premières, &: en quelques autres 
particulières merques & pource que ie diray toutes les ditferéces 
des trois en leurs particuliers chapitre ic ceileray den parler pre* 
fentement car il tault queie baille premièrement leurs diftincli- 
ons par noms propres. 

La dijlin^ion de leur nom^b' que tOye (oit le Daulfhin 
ôr que le Marfouinjoit de (on genre. Cha^. X X V I . 

PVisdoncquiIellainfi,queIesDauIphins& les Phocenesfôt 
communeement nommez Marfouins, &: qu'il ^^neft aucun 
poiflbn que nous cognoiflbns pour Daulphin que les fufdiéls, ôc 
qu'il n'y en a aucun de touts les autres qui luftement puifle tenir 
le nom de Daulphin que le Bec d'Oye, il ma femblé bon après 
que i en ay baillé des portraiéls retirez delantique, pour confé- 
rer auec 1 Oye;en bailler confequemment la peinclure^ n en fai- 
fanc autre difcours que cellui que iay-^peu obferuer^fans faire a- 
mas des efcripts de rautruy,finon en tanc que le m'en feruiray a 
quelque propos qui puilîe élire feât a la diftind:ion des fufdictes 
efpeces.Car nommantleDaulphin,ilfauIdraentédre del'Oye. 
l'aymieuls aimé retenir la diction du Daulphin tant ancienne, 
quele nommer du nom de Bec d'Oye. £ta fin que le nom du 
Marfouin ne foit confus, ieIeicriray,pour exprimer le poiflbn 
que i ay dnfl eftre nommé en Latin Mtr/jo,ou TirJjo^dcPfioc£na en 
Grec&ainfiparcepoinct on n engendrera point deconfufion 
aus efpeces. 

Quil ne foit moderne de >eo/r ïen^auerie des Dauïj^hm 
fur les monnoies. Cha^. X X V 1 1. 

A Près que i ay fuffifamment parié des Daulphins qui font por- 
traits es monnoyes antiques,i ay voulu confequément par- 

Dj. 1er 



\ 



PREMIERLIVRE 

f 

1er de ccuisqu on voitgraués es monnoies mocîernes,de(queIs il 
cil tout manifeftequela peinclurecneft faulfc.Dôcquesceneft 
pas choie moderne de veoir les Daulphins recirez en peinfture 
6<r en armoyries.enleignes^ou fculptures à.t% monnoies,^: autres 
engraueureS)en toutes efpeces de metauls. Car des le temps des 
plus anciens Troyens, Telemachus qui fut fils d'Vlyiîes (ainfi 
que Guido de Colona a efcript en Thilloire de Troie) portoit vn 
Daulphin peincl en Ion ei'cu,en Ihôneur de celui qui lauoit fau 
ué du péril deJamer.Etcômei'aydid: de Taras qui tut lôgtéps 
aùanc la puifiance des Romains,lcsTarentins lauoyent retiré en 
leurs armoiries ô^monnoyes. A theneusautheur Grec& Valtur 
nus cie reÉM5 BrttonKm efcriuent que Cselar donna vn Daulphin au 
feigneurduDaulphmépourles armes, en rémunération de ce 
qu il luy auoit aydé en Tes guerres cotre les Gaulois, ie n'en diray 
autre raifonfinon que Caefarnignorant pas la nature du Daul- 
phin; ne aufl'i le cœur dudid: feigneur,Ietrouua digne qu il por- 
tail vn Daulphî pour armes Et tout ainfi que le Daulphin ha dô . 
né nom a la région qui eft maintenant nomméele Daulphiné, 
pareillement le Daulphmé ha donné nom au fils aifné deFrance. 
Et en luy donnant ce nom, aufli elle luy ha baillé vn Daulphin 
pour armoyries,defqueIIes armoyries ie ne pretens aucunement 
parler, finon d autant que le Daulphin Dent le premier lieu es ar- 
WkÇ,% en icelIeSc auiTrque monfieur maiftrelean le Feron,n'a rien 
obmis touchant ceci,qu il ne lait amplement efcript en fes H- 
ures d'armoyries. 

Qutks ^dnïïixm moderijes des DaulphitiSy ne tiennent 
rien du naturel ains remefentent V« monjl e de mer. 

Chap. XX VI II. 

CI les Princes modernes faifâts engrauer les Daulphins en leurs 
monnoyes,ou bien peindre en leus armoyriesjeuflent eu aufli 
grand fomg de laiifer mémoire d euls a la pofterité,comme cu- 
rent ceuls que i'ay ici deflus nommez,iIs euflent enfuyui de plus 
près la vraie peincture duDaulphin,&: l'euffent faid: reprefenter 
au naturel dont il eft moult efloigné.Car au lieu de le reprefenter 
on a mis vn monftre en peinâ:ure,qui ne fut iamais veu, auquel 
on bict porter des efcailles,&: plufieurs areftes crénelées par def- 

(us 



DES POISSONS MARINS^ I< 

1 

fus le àoZfSc aus deux codez des ouyes,& plufieurs barbes pendâ 
tes par dellbubs la gorge,cochees a la façon d Vne crclle de Coq: 
choies tocalemenctauiles&eftranges a cepoilTon,& qui mêlé' 
blenc eftre moms leantes,qu il ne leroit conuenable a la dignité 
duPrince,veumeimementqubneneuft bien facilement peu 
recouurer la peincture.CarCcommei'ay délia did:) il n y ha ha* 
bitant au nuage de la mer Adriatique ou Méditerranée, qui en* 
corepourleiourd'huy neretiennel antique appellation de Daul 
phin.lefcay bien donc vient la taulce.C elt qu ilelt aduenu en fa 
peinclure tout ainfî comme a ceuls qui faifoyent peindre les Ai* 
gles de l'Empire.Car comme les peinctres Ibnc curieuls de mon- 
Itrer leur artifice;&: de faire mieuls apparoir les traifts de la peiiv 
fture,auffi ont ils adiouilé quelques ornements a ceft Aigle pour 
la faire mieuls complaire a la veue;attendu mefmement que les 
pemd-res f eftudient de bien remplir le champ de couleurs. La*, 
quellechofeaeftédefilong temps continuée, que cela eftnon 
ièulement es peindures des Algies enformeplane,maisaulfi es 
graueuresjtant lur bois;marbres,que metailEc tellemét leur ont 
delguifé les teftes;Ô<: faicl diueriemét retourner les plumes;qu el 
les ne retiennent quafî plus rien de 1 Aigle. 

Quelle raifm ont eu lespeinïlres de def^uiferleDaulj^hiff^ 
&" luy faire perdre Ja forme. Cbaj^, XX LX. 

T> E femblable occafion a efté defgaiie le Daulphin côme l'Ai' 
•^^glejlequelcombié que nature lauoitfabriquéjfansluy auoir 
donné beaucoup d'ornements de beaulcé,rayant (eulement com 
pofé tout d Vne venuecomme vne chenille, couuert d Vne peau 
polie rel'emblant quelque cuir,rans elcailles,n aiât point d'autres 
belles couleurs qu on voit en plufieurs autres poifTons, de n aian t 
rien que du noir ôcdu blanc.Ce neantmoins les peind:res de leur 
authoritéluy ont adiouilé quelque chofe de leur artifice,Ie reti* 
rants en portraidrore, eftimaiîts que fils fuyuoient le naturel, la 
peind:ureenleroitmalplaifanteala veue. Ceft la raifon pour- 
quoy ilsluyont changé la figure, tellement qu'il ne retient note 
quelconque qui le puifle attribuer au naturel;^: n ha merque fur 
foy en quelque forte que ce foit^qui ne foit 6uUe: ou bien il le 

fauk 



PREMIER tïVRg 



fault prendre pour vnmonflre contrefait a plaifir, quineft en 
eftre,&:qui nefutiamaisveu d'aucun. Eftant donc li aduancé 
en ces monftresjievueilmonftrer que toutes manières de gents 
ont indifFerément permisqu on leur aie portraici des monilres, 
qui iamais ne furent,ne font^nc ne feront • 

Quon ait grandement ahufé en peignant Us foijfons fur 
lescartes^ijr que ï^gnoran'c des bommtsjoit caufe que^lu 
fteurs mojlres de mer aient ejlé faulfement j^ortratâsjas 
aucun iu^ement. Chap, XXX. 

T 'Euident erreur de plufieurs hommes ignorants Tarcifice de 
nature ne me permet paflèr oulcre (as m eirnouuoir,8^ les tou 
cherdeleur témérité. Nell ce pa^vnetaulce digne de reprehen*^ 
fion,de les veoir mettre cane de monilres marins en peinélure/ 
fansauoirdilcretion^Inconilantselpi'is, que ne coniîderent ils 
qu'il Y a perfection en naturel V oulants donc peindre 3c reprefen 
ter les choies naturci!es,ne pouez mieuis faire que fuyure le na* 
turel.Et fi ils ignorent la chofe pourquoy la feignent ils? Qui eft 
cautè de (i grand erreur,(inon leur folie' Qii on voie les peincf u- 
res es cartes marines,combien leurs monftre> font eîloignez du 
naturel.O quels eftrangespoill'ons marins: Qui eft celuy qui ne 
fâche bien que les noms des anima uls terrelues eurent ancienne 
ment leur appellation tant enCreceque aiUejrsauanc les maris. 
Par cela la plus grande partie des poufons marins prindrent le 
nom des animaulsterreilres.EtftuItainfi entendre que les ma» 
rins eurent le nom des terreftres,mais que ce fut par quelque ac 
cidét.Qui eft celui qui ne cognoiife bien leLieure terreftrerquel- 
lefimilitùdehailaueclemarin^Nouslauons veu&r maniétant 
en la mer,que dehors,mais il n'a aucune femblace auec le terre* 
ftre.SemblablementlcRegnardde merqu ail de commun auec 
celuy de la terre^nulle certainemet^finon au gouft,&: en couleur. 
Auni leSingcdcmer&le terreftre ont bien quelques merques 
qui les font eftrecommuns^mais au refte ils ne le reiTêblenc pas. 
D auantage qui eft celuy qui ne fâche cognoiftre fOurs de la ter 
tc^.ôc touteffois qui luy môftreroitrOurs de la mer,il auroit beau 
fonger auant qu'il deuinaft fon nom,car il eft femblable a vn ho* 



mar, 



D ES r OIS SO NS M A R l'N s. i-j 

,niar,finon qu'il n ha point de forces, non plus que la faultcrelle 
de mer que ceuls de Marfcille nomment vne Langufte» Oultrc 
plusiecroy quilny ait home qui necognoiflevnChiendemer, 
car il retient ion nom par touce la France: &c touceffois il ne rclTé- 
ble pas a vn Chien terrellre.Quant a ce point, ie n entens pas de 
ceuls qui de noftre cognoilTance furenc mis es eilangs de t ontai 
nebIeau;&:deChantilli,quicuoientroutlepoiiron deTeilâg, tel- 
lement que moniteur le Conneftable,fuc concraincl: de les taire 
tuer a coups de craid:s,&: d arquebules,mals ie parle de ceuls qui 
font communs par noz poiilonneries, qu'on nomme vulgai- 
rement Chiens de mer,&: defquels nous auôs encor pour le lour . 
d'huy toutes les quatre clpeces quedei'criuit Ariftote,&: qui Ibnt 
cogneus par les marchez desvilles.Mais non par nom propre car 
ceuls qiiil nomme ^^inacts^ Nérides^ Caniculas, cncovQs quel* 
les foient toutes apportées delà mer^toutelfois on ne les diitin- 
gue point a Pans, Rouen,ne es autres villesdeFOceanxommea 
Marlèille car Nebndej ou bien Himnit font appellees Nifîbles, 
enprouenral,&: CanicHUynPAumb,dC Stdians vnCat, quieft 
cequbnnommevneRôuifetteiauiïieftcele Chat de mer, que 
toutsfcaueitcognoiilre, de ^^inaces &: font nommez Elgullats. 
EtieHomarneitcepasIeLion delamer^ Etie Mulet demer, 
encor qu on le nôme de ce nom Ia,il n'ha aucune merque cômu 
ne auec le terrertre^non plus qu Vn Afne ha auec le Merlus:car le 
Merlus eft l'Aiiie de mer,mais entendez que ce foit le Latin-.car 
AJçUhs eft vn Merlus: 3c qui tourneroit AjeUnsy on le nomme» 
roitvn Alnede mer. lecroy véritablement que lî le vouloye 
procéder oultre,que i en trouueroye encor a nombrer deux fois 
autaiit defdiéls pcifTons en la merque i'en ay défia nommé, les- 
quels retiennent leurs noms des belles terreftres a quatre pieds. 
Et au refte pour n eftre point diftraiél fi loing delà matière que ie ^ 
pretenstrai6ter,mais touchant legieremét plufieurs qui tiénent 
leurs nos desoyfeaux,côme font Corbeaux, Merles,Hlourneaux, 
Griues,HirondeIles,Milans;Grues,CigaIles,a^ plufieurs autres fé 
blables qui (ont nommez du nom d'oyfeaux éc autres beftes ter- 
reftres,comme aulfi ceuls qui ont trouuéleurs nomsdes chofes 
a quoy ils relTembloiet comme eft celuy qui a le nom dVne che- 
niÛe ou fcalme nomme Sj^Urma que ceuls de Marfeille nommêt 

E, pesefcomc 



f RHMIER LI VK E 



pcs cfcomc ou bien des fignes ceIcftes,SoIeiI, Lunc,EftoiIIes: ou 
des f ruids qui font fur terre^côme Concôbres;Raifins,&Orties 
demcr:cle(quelsiemetaismaintenant,remettant aies fpecifier 
ailleurs en chafque chapitre particulier. Touts lefquels nos leur 
ont efté baillez pour quelque occafion.Car les accidents font eau 
fe de cekrLes autres retiennent les noms de leur demeure,côme 
ceuls qui habitent entre les rocs & lieux pierreux, on les a nô* 
niez faxatilles.Les autres ont efté nommez des noms,ou ils font 
leur reiîdence-.comme ceuls qui fréquentent les riuages font ap- 
pelles Littora(es, au contraire des autres, qui fe tiénen t en la profô 
demer,quiontnom Pefiyij. Les autres ont leur nom des mala 
dies donc lepras ou lelepris en fait foy, ou leprades,qui vault 
quafi autant que qui diroit^ Pforades . c'eft vn poiffon ainiî ap^ 
pelle pource que la couleur de fonefcaïUeeft femblablc a ceuls 
qui ont la maladie nommée Piora, qu'on nomme en François 
lemalfâinftMain.TelIemanieredepoiiTona Paris eft appelle 
vne vieille Jly en a encor d'autres qui ont la couleur fi élégante, 
qu'il n'y a papegault nepaon qui l'ait plus viue,ne plus belle.Et (î 
Ion a nommé quelquefois vn poiifon de ce nom de Paon ou Pa- 
pegault, ce n eft pas a dire pourtant,qu'ildoibuerefembler vn 
monftre en la mer qui fuft de la forme dVn Paon terreftre. Vn 
poiiîbn d'excellente beauté fut quelques fois apporté par fingu* 
larité a vn grand perfonnage a Paris,que ie ne vueil nommer,Ie 
quel pource que touts levoiants d vne couleur li exquife,le nom- 
moient Daulphin,maisc'eftoitvn poiflfon faxatile nommé vn 
Paon, lequel ceuls de Marfeille appellct vn Roquau,& a Gènes 
Lagione,a Rome Papagallo, aVenife Lambena. le l'appelle 
Paon car ie trouue que les autheurs Latins l'ont appelle Pauo 
vn qu'ils auoient retenu du Grec, a la différence du merle qui 
eft nommé Co(rifos,mais pour ce que les noms fufdicts font dij 
uerfement attribuez aus faxatilles comme auSanut,a la Tanche 
de mer ou Phicis a la Canadclle,a la Cannerellc, a la Dôfelle c'eft 
a dire Iulis qu'on nomme Zigurelle,&:au pic ou piuert,5cque les 
Romains font diftindiô duPapegault au Paon:&: qu'on ne fuiâ: 
point fi exaftement cefte differencea Venife, i'en ay bien vou- 
lu bailler la peinfture. 

Le 



DBf POISSONS MARIN S. 

Le^ortraiH du Paon de mer. 



iB 




TI n y a pcrfônc qui ne cognoiife bien la Viue,queles Grecs ont 
autres fois nommée Dragon de merj& encor maintenant elle 
eft nommée en Latin de ce nom Ia:&: toutelfois elle nerefembic 
en rien au Dragon,{lnon aucunement en couleur. Ceuls qui ne 
lauoient pas entendu,nous pdgnoient des Dragons faicls a plai* 
fir,tels que font ceuls que nous voions côtrefaiéts auec des raies 
defguifeesja la façon dVn ferpent volant. 
Il y a encor plufieurs autres poiflbns, qui ne tiennent finon que 
bien peu de la tache qu'on leur attribue des chofes dont ils tien- 
nent les noms. Quelle fimilitude de Citdara ou Harpe ha Citdarusy 
pour eftre ainfi nommé,& dédié au Dieu Apolio: Les vns le nô 
ment Cantarnsûes autres, comme a Marfeilîe encor pour le iour^ 
d'huy,le nomment Pc/ce catttc«a.Il ne fcait chanter, ôcnha la fi- 
militude de vaifTeau corne fon nom en Italien le porte, car tout 
ainfi qu'ils le nomment vna cantara aullî nomment ils vn vaif- 
feau a tenir du vin, vnCantaro, Maisquât aus Francoys ne ia- 
chants ne d' Apolio, ne deCantarolenommét vneBremmede 
mer,ala fimilitude dVne Bremmed eaue douIce.Car le voiants 
ainfi large,ilsluy ont baillé ce nom la qu'ils fcauoient de l'autre 
a qui il eft moult femblable.LesRomainsIe nommentZaphile, 
ceuls de Gènes vna tan ua & les François vne Bremme de mer: 
du quel poifTon la prefente eft la vraie peinclure. 



£.2. 



Le 



' v" ' 



P R E^M r t ^ 1 I- V RE 

Le mif^ortmiB de Cîthàm'\^^airm€nt 

Bremme de mer. 



nomme 




Qui vouidroit diligêment chercher raifé pourquoy noftre Brè- 
me de mer ha efté nommée CitSatHs^k n'en fcaurois autre chofe 
qu'en dire,finon quelle ait des lignes le long defes efcaillesala 
manière d Vn poiffon nommé Sflfpa.-lefquelles peuuent reprefen* 
ter quelque femblance des cordes tendues en long, reflemblant 
la harpe d'ApoUo.Ceci Toit dict par manière d'acquit en paflan t, 
d'autant qu'il me feroit difFicile d'en trouuer autre raifon a dire. 
Mais pour ce que cepoiflbnCttÉarwi a quelque affinité en didion 
auect)ira&auflri qu'il y ait vn autre poiffon qui efl particulière- 
ment nommé de ce nom,iI m'a femblé bon en toucher quelque 
mot &: en bailler la peinfture.Car la Harpe &:la Lyre dont ces 
deux poiflfons ont pris leur appellation,eflants inflruments de 
mufîque différents l'vn a l'autre^que les Grecs ont aufïi nommé 
feparement,a fin que l'affinité du vocable de Citfjara &Lyra ne 
trôpafl: le lefteur,prenant l'vn pour rautre,i'ay aulTi baillé la peï- 
fture du poifTon nommé Lyra. Lequel fut ainfî nommé pource 
qu'il ha le nez a la façon d'vne Lyre inflru ment mufxcal. Ceuls 
de M arfeille rappellent Malarmat^quafî mararmat.Ceuls de Ce 
nés le nomment Pefarmato,6c véritablement c eft a bon droi<5f , 
car iPeif tellemèt armé tout autour du corps d'efcailles poiârues, 
qu'il féble eftre tout d bs.C'eft la caufe pourquoy on luy habaillé 

le 



DES POISSONS MARINS. 



19 



le nom de HoCofieos, II eft fi rare a Venife, qu'ils n'en voient poït 
du tout: 8c fi fréquent a Romeiqu'ils Font touts les iours en leur 
poifTonnerie^S^ le nôment Pejce/orc6<ijcar il ha le bec long&: four^ 
chu comme vnefourchetau refteileftféblablea vnGournault, 
Tumbe,ou Rouget.Et ce que nous appelles Gournauts ouRou- 
getSjIes Romains les appellent Capons. Par ainfi Paulus louius 
clcriuant des poiflonsRomains,a mis ceftuyci auec le Capô,c'eft 
a dire Gournault.Repen«nt«r(dit il)£^ a(i\ Ca^oneSytiui Sifurcata fiétnt 
rojlray & dorfHtnoJJhis fjHamis armatutnyiiHo s incinère Caj^ctinm pjcatorcs 
l]^Ji mans effc tejlantHr, Y oih tout ce qui en a efté efcript,finon que 
on l'a aufli mis au nombre de ceuls qui font quelque fon ou voix 
quand on les pefche. 

La j^tinïïure du j^oijjon nomme Ljm. 




Que nature ne produit rien en quelj^ue élément jae ce [oit, 

quelle ne ^ouruoye ^premièrement a ce cjutlfault four le nourri 

riri^qu^nc chojcrare^encor cruelle joitinutile.ejï toufmn 

ejïimee. Chap. XXXI. 

\fAis pour parler des chofes que nous eftimôs admirables en 
^ nature,nous les trouuôs plus rares d'autant qu elles nous fôt 
moins communes: 5c par confequent elles en font d'autant plus 

- E3. eftimees 



PREMIER X.XVRS 



eftimecs.Car côme ainfi foit que nous voiôs quelques cnà*oi(fl:s 
non feulement en la terre^mais aufli en touts autres éléments ou 
nature produiit quelque choie particulière qu ô ne Icauroit trou 
uer aiileurs,tembiablement les hommes la reçoipuêt d vne parti- 
cularité Ipeciale^attr ibuàt tel douaire a la vertu lingulicre du lieu 
qui l'a produicle:&:pour exemple mettât les mines de diuers me* 
tauls ou Ole diueries efpeces de pierrencs,qui ne le trouuent qu e 
vn endroictjles hom mes le reterét a ce que i en ay ia dit,comme 
auili les Serpents produits es defertSjClquels combien que la ter 
retoit fterilepour autres animaux terreltres, touteltois nature 
leur a dôné abôdant pafturage a leur nourriture;en forte que qui 
les tranfporteroit ailleurs ou la terre leroit fertille pour autres a- 
nimaux^touteifois on la trouueroit fterile 5cmal confonâte a leur 
naturel.Pareillementlamereil en quelques parts tertiledvne 
hcrbe,qui ne croift point aiUeurs-.auifi nourrift elle quelque poif- 
fon qu on ne voit point autre part. Pour exemple de quoy ic 
prens le Scarus;lequel ie n ay iamais trouué es nuages de Crète, 
linon en celle partie qui regarde le leuantxar la mer n engendre 
point de 1 herbe dont il fe nourrift iînon en ceft endroict la. Auf 
li la mer produid: vn Serpent qui n eft pas terreftre,mais eft Ser 
pent de mer, lequel le di eftre li rare,qu'il elt peu de gents qui le 
aient veu. Et pource qu'il eft rarement prins en toutes mers, il 
ma femblé eftre tant plus digne d'eftrc adioufté en ce lieu. S il e* 
ftoit des eipeces des poiiïbns que i'ay defcripts par le menu;ie le 
defcriroye femblablement . Mais le mettant ici comme chote 
hors de mon propoS;il me fuffit d enfeigner par fa peinéture, que 
c eft luy dont Ariftote ha parlé en le nommant Serpent de mer. 
Et a dire la verité,encor qu'il ioit bon a manger comme vnCon» 
gre,ou vne Murène, Anguille, Lamproie;&: Gallee, touteffois le 
commun peuple le voiant Rapprochant du Serpent terreftre, 
tha en horreur, comme f'il n eftoit pas poiflbn, 3c faicl: difficulté 
d'en menger,Iequel i ay faiét peindre en rafeau,car autrement le 
n eulfe fceu exprimer ia longueur. 

La j^ein?iurc 



OIS POISSONS MARINS* 

Laj^ein^ure du Scrj^cntdc mer. 



ftO 




Que le nom de Marfouin nefignife fmon Morceau de mu 
6* ^uele Porc marin nefoitj^as lepijjon (jue nous appelles 
Marfouin. Chap. XXX II. 

T)Ource que i'auoye au parauant efcrit, que ce mot Marfouin 
rendu en noftre îâgue,ne fignifie autre chofe qu Vn Porc ma 
rin,& qu'il y auoit d autres poiiTons en la mer auxquels il conue* 
noitjil ma iemblé necelTaire d en bailler la peincîlure;en prouue 
de ce que i en ay deiîa diâ-.Mais le nom de Porc marin n'ha pas 
efté confiant &arrefté a vn Teul poiflfonxar plufieurs ont obtenu 
ce nom félon diuerfesregionsxomme eft aducnu a Conftâtino* 
ble en nommant rHippopotamus,que les vns nômoyct le Porc 
marin,Ies autres le Bœuf marin.Semblablemét Nicander efcrit 
au liures des lâgues,que le Congre, Si celuy qu'ils nômoyêt Gril 
luSjC'eft a dire vne Lotte de mer, eftoit appelle Porc marin. le le 
puys auffi prouuer,par ce que Pline a efcript du ^flrio,difant ces 
mots In Dan»«6io JiaHoextra6tt«r;porc«romfln«ojimtfûm«i.Les Ve* 

niciês 



PREMIER LIVRE 



3 

niciens ont auiTi vn poiflbn en commune appelladon,qu'iIs nom 
mentvneporcelecce diminutif de porceau; laquelle eft de moin 
dre corpulence que r£ilurgeon,6ccroy que ibit lepoiiTô qui an/ 
cienn e ment eftoit nommé Aapenjer. car ie nencognois point 
d'autre qui loit en forme triâgle quecefte porcellette la.Pluiîeurs 
autres nations ont aulfi des poiilons quils nomment du nom de 
TruyepCommeaMilamilsontvnpeticpoiiTon lemblable a la 
Scardola que les Milanois(parlants leur vulgairè)le prononcent 
vne Trueue qui eft a dire vneTruie. Pareillement les MarieiUois 
en ont auiii vn qu ils nomment vneTruega^c'eft a dire vne truie 
qui eft le mefme poiflbn que ceuls de Gcncs nomment vn rotu- 
lo,3c a Veniiepelce fan Piero;3c a Paris vneDoree.Doree i entes 
a la différence de celle qui eft nômee A«rat«,laquelle Ton ne voit 
point aParis.Straboauflinômanc les poilTons duNiIenhaappel 
lé vn ?orcHs Ce poiflon nomméPorc marin n a point efté autre- 
ment exprimé desGrecs,lînoii en cât que Anftoce en ha cogneu 
vn qu'il ha nommé Aper,c eft a dire Porc fauuage,ou Sanglier,le 
quel il nomme en fa langue Hys,c eft a dire >wi, de en Franco ys 
Porceau,duquel i'ay auflï voulu bailler la peindure. 

Le portrait duj^oijj'on nommé A^cr^autrmcnt nomméle 
Sanglier. 




Ce San- 



t>ES POISSONS MARINS, 2,1 

Ce Sanglier icy n'ha pas les efcailles comme ont les autres poit 
lbns:carilhafapeaulirucie,quonenpourroitpolir du bois, co- 
rne I ô tâiét de la peau des RoulIettes,des Smges marîs,des chiês 
desLamies,6cAmies,&:Regnards de mer .Car mefmemét lepoif 
ion que quelques vns auoientpar cideuâtdefcriptpour Aper,efl: 
le Regnart de mer.Ce Sanglier eft vn poiilon aflez hardi a corn* 
batre les ennemiSjCar en oulcre ce qu'iïha bônes déts^dc Fefcorce 
durequalicommecuir,ilha auflides aguillôs deifus Ion doz,qui 
font tort al'pres toobuftei.il ha les ouies cachées dedens,comme 
la Murene^qui fut vne caufe que le pciafle quant ie le trouuay la 
première tbis, que ce tuft ÏExocttHs, mais lay depuis trouué £x#- 
occtHs qui ell femblable a Gims, Ce Porc fâglier icj eft rare a trou 
uer;parquoy 1 auons feulement veu pédu eseglites répIi de bour 
re;CommeaRagonic. Au relie, celte pemcturea efté retiré du 
naturel;dontienay voulu nonplus parler qu'il a efté befoing de 
dire pour faire entendre qu il auoit no Aper,c'eft a dire Porc iau' 
uage,duquel la grandeur vient a eftre en comparaifon a laCarpe. 
Il m'a femblé que il me côuenoit bailler toutes les luidicles peï- 
ctures pour demonftrer Terreur de ceuls qui peignoient des mô* 
ftres contrefai<!:h a plailir. Or lailTant ces môttres contrefaicfs 
a plaifir,auec les inuenteurs de tels portraicts faicts fans coniide 
raaon,ieretourneray prendre mon propos que fauoye enconv 
mencé,pourfuiuant Thiftoire du Daulphin. 

Qu'onha attahué j^lujieursmcrjuesau Daulphirjyqui 
fontfaulfes. Cha^. X X X 1 1 1 . 

Ç Vyuant le propos de ce qui ha efté fa^ulfemêt attribué auDaul» 
phin,ilrefte que ie déclare quelques notes,en fon extérieure 
pcuiclure^qui luy ont fabuleuiementeftéadiugees,a fin que quel 
que autre ne les enfuyue.Et pource que ie les ay obferuées de bie 
pres,&: regardé attentiuemenCj&: que ie n'ay onc trouué vne tel- 
le note qu'eft celle que aucuns luy ont voulu attribuer, iefay bié 
bien voulu declarer,a fin de la reprouuer.C'ell que quelques vns 
veulent qu'il ait vn aguillon caché dedens fon fouireau enlar- 
refte qui eft deftus ton doz,ô:que d'icelle il tue leCrocodile dedés 
leNili&aulfiquelepetitgarfondlaflb quilaimoit tant, le rua 

F. par 



PREMIER. Livre 



par erreur/' eftant picqué du fufdid aguillon en tumbant deflus 
3c r enconrrant l'efpinequ il le ficha dedens le corps. Lelquelles 
choies ionc diAcs fans con{îderacion,qui fentent plus la table 
q' je q uelque apparéce de vericé. ie ne nie pas qu'il ne puiflè eftre 
vray,couchanc Ion amour &: celle du pecicgarlbn de laflb: mais 
il il epeuk eftre vray qu'il y ait vn aguillon lur Ion dos; car Aru 
ftocc n en ha onc parlé ôc luy qui en ha el'cnpt fi amplement, ne 
leuilpas laifle en arrière,! il y en euft eu quelqu vn : Se auili que 
1 expérience en tait foy,veu mefmement quenvne telle difficul 
té^l'œilen peult donner ceitificatiô quâd Ion ha la choie deuant 
foy. lenepuisauiriconuenirauecplufieursquiontelcript que 
les Daulphins faultants par la mer,tont vn prciage annonceanc 
la tempeile aduenir.Ceci ioit diâ: iauluant 1 honneur de ceuls a 
qui il ell deu. Mais il me femble qu ils le lont trompez en ce cas 
la.Car i ay expreflement oblerue mainteftois en plalieurs voya* 
ges;que les Daulphins alloient aulfi bien auec le vent^que contre 
le vcnt^Sc qu'ils (e monllroient aulfi bien quâd la mer eft eimeue 
en tempefte;que quand elle ell tranquille 3c ians vent, chofe qui 
appert quand les Daulphins iemonitrent en l'air pour relpirer 
hors l'eaue^laq uelle chofe ils fôt auffi bien après le mauuais tcps, 
que durant la tempefte,&: femblablement aulfi bien deuât corn* 
meapres,car les Daulphins nepeuuentviure en la mer fans rel- 
pirer. 

Quilfoit\ray que ïesDaulj^hws aydentgrandement aus 

j^efchcurs jui pejchcnt a la traîne^ Cha]^. X X X 1 1 1 L 

QVant aus autres hiftoires fabuleufes qui ont efté récitées des 
Daulphins, le n'en euflepas efcript vn mot,fiie ne les auoyc 
ouy n'a gueres racôpter en Grece.Car le commun peuple en rc* 
tient encore pour leiourd'huyplufieursqui ont efté ancienne* 
ment racôptees, ôC qu'on trouue maintenantefcriptes. Et tou- 
chant celle qui a efté dicle^quils donnent grand fecours a 
ceuls qui peichent le poiflbn,&: qu'il leur ayden ta le mettre de* 
dens les rets, &: en recompanfe quïls participent du butin qui 
cftdeparty entre euls. Quant au premier, ie trouue bien qu il 
ioit vray fembIable,maisCcommeiediray cy apres^Celaaduiét 

par 



DESPOISSONSMARlKr. z^ 

par accident, de laquelle chofe ie puis porter tefmoignagedc 
î auoir veu en plufieurs lieux,& diuers pons, de pljges cic la mer. 
le me l'uys trouué en compaignies de pluiieurs gents que ic 
pourroyc bien nommer, &: entre autres de Bénigne de Villars 
appoticairedeDiion, qui dvneobler uation exprefle auons eu 
fouuenteitoisplailir en pluiieurs IflesdiEiclâuonnie& de Grè- 
ce, regardants venir les Daulphins de plame mer, quelquefois 
en compâignie,les autres fois deux a deux. Car ils Tacoupknc 
malle ôc femelle, fans le lailler iamais Ivn Fautre, &:n allants 
pointfeul a ieul. Lefquels en faifant la challè en la Ipacieulc 
campaignede lamer.4presquedVne grande induft ne ils ont 
reduicl:s pluiieurs petits poiflbns des lieux delcouuerts en la mer 
6<:contraiclns&:lerrez en quelque deftroicf, ou es endroiéts de 
la mer qui ne font pasparfonds, cognoillants les eftres des riua- 
ges; a lors entrent auec vneimpetuofité lur celle mulcitude,ils 
le paiiient indifféremment tant de 1 vn que de lautre.Et ii ils le 
trouuentdedens quelques compaigneesdeSelenns, oudeSar- 
dines,d autant qu elles ibnt fi efpeces qu elles f entrecouchent en 
la mer, ils en font fi grand degail, n'en mangeants que la te- 
fle^neraifantseftime du refte des corps. Qui eit choie quonco- 
gnoift a les trouuer flottants fur Teaue, en grande multitude ou 
bien deiecl ez es nuages en grand nombre . Mais les autres 
paouurespoiiîbns'quiisontainfireduid:spar les deilroiéf s, en 
lontfieipouuentez delarriueedes Daulphms i><: tant craintifs 
de leur impetueuls aflault,qu'ils le trouuent mal aiîèurez en leur 
propre element.Et en cherchant leur falut en vn autre^ils ie met 
tent encore en vn plus grand danger.Car fâchants qu il n y a ef- 
poirdefefauluerenleaue^ilsfaukentenrair, ou ils nepcuuenc 
guère longuement refter.A lors en les voit recheoir fi dru en la 
merjqu il lemble proprement que ce foit pluye tombât du ciel. 
Mais pour cela encore ne font ils pas fauluez,d autant que les oy- 
feaulx qui fuyuent les Daulphins a grands bandes,foijc tout ain- 
fi en leur endroict comme font les chalTeurs a lendroid: de FEf- 
menllon.Car les chafleurs auec vne grande troupe de chiens cou 
rantsjchaliântsaulieureparla campaigne,dônent louuent moy- 
en a lEfmerillon&:Hobreauquilesfuyt;deferepaiftredesalou 
ettes^ petits oyfeaux que les chiens contraignent de i efleuer de 

F.i. terre. 



PREMIER LIVRE 



tcrrc,IefqueIlesapperceuatsrefmerillonqui lesattent/e fentâts 
combacuesdedeuxneceliiteZjlVne des chiens;&: 1 autre deleur 
ennemi capical^aimerjcmieuls chercher lalut entre les ïambes 
des cheuauls^ou bien (c rendre en la gueuUe des chiens,que d ex* 
perimêter la merci de cjsluy duquel elles nefperétquelamort. 
iiemblabiement les poiflons craignants les Daulphins, cfperenc 
fe (àuluer en rair,mais lesoyieaux que les Grecs nomerentLaro^ 
les Latins G«ma,&:les François Mouettes, 3c les autres nommez 
Carnios^ ouCaniards^quiluiuêtlesDaulphins a grades bandes, 
cognoiflants leur effect (auflfi font ils caufes de les enfeignencar 
quelque part que les Daulphmsaillentj{efdiâ:s oyfeajx voilent 
touliours au deirus)dei'cendent de roydeur i^ur toute la multitu- 
de de ce poiflbnefpouuanté,quimieulsauoit aimé (émettre en 
leur milericorde,que d eflay er celle du Daulphin qui le va pour- 
chaflant par la mer.Mais eltant tourmenté de toutes parts,fuiâts 
les deux inconuenients& cherchât fon dernier refuge tel que na* 
tureluy aapprins,il ferenge au riuage de la menou encore pour 
la tierce fbisjil tombe'en plus grande neceifité qu'au parauât.Car 
il fe donne en la puiflance de c eluy lequel il ne peult fuir, eftant 
fi eftonné de la paour qu'il ha eu,que mefmement il (e laifle pré* 
dre auec la main,ou bien demeure pris es rets.Voyla comment 
les Daulphins errants par la mer vagabons, maintenant ça main 
tenantla,&commençantsdu matin, vont celle part ou ils ont 
contlituéleftape de leur defieuner.Tout ainfi font ils de leur dit 
ner,& finablement font le femblable de leur ioupper:par ainfi ils 
fontquafitoutleiouren pourchas. Ceft laraifonpourquoy ils 
font tant aimez des pefcheurs, pource qu'ils ameinent le poiflo 
de toutes parts iufques dedens leurs rets. Auffi en ont ils recom- 
penfe-.car les pefcheurs ne leur font iamais mal. Et encor fils les 
trouuent prins en leurs filets, il leur donnent lib*.rté. le ne vueil 
cntendreque cela fe face en toutes mers, mais principallemcnt 
en Grèce &: autres lieux ou les habitants ne mangent point de 
Daulphin, 

Que 



DES POISSONS MARINS, if 

Que nctUYC nha j^ermis aus DaulphinSyde j^raidre Ithrea 
ment les autres j^oijjons^j'ils nejont iouincT^a la renuerje, 

Chap. XXX y. 

QVand les Daulphins pourfuyuent les autres petits poiffons 
près du nuage^il eft moult facilede les veoir peCcher.Car en 
prenant le poiflbn pour le manger,il eft neceflaire qu'ils fe réuer- 
lènr,<&: a lors leur ventre apparoift blanc a ceuls qui les regardét, 
leiquels on peultveoir clairement. CarleDaulphin eftantdcfi 
groile corpulcce qu'ô le peultveoir de biélo]g,& que après quo 
1 aveu fe lacer hors leaue pour prédre I air,puis rétrer en la mer,le 
Daulphin qui au parauant apparoiflbitnoir/e tourne incontinêt 
en blancheur: mais celle blancheur prouient de Ion vétre;lequel 
on peult bié veoir des nauires iufques la bas au parfôd de la mer. 
Et mefmemêt il nefe pourroit repaiftre,f ilnet'erenuerfoit deff^ 
refchine,qui eft vne note que Ariftotc ha expreflement efcriptc 
auhuictiefmeliurederhiftoire^&auquatrieimc des parties des 
animauls. Et pour parler au vray de ce renuerfement du Daul- 
phin,apres y auoir regardé expreflement; y cherchant quelque 
raifon,obferuant toutes choies: ie voy touts les autres animauls 
non pas feulement les terreftres^^mais aufliles poiiTons^auoir vne 
grande elpace&: cauitéenleursgueulles,queienay point trou- 
uee es Daulphins': veumefmementque les mufcles qu'ils ont 
pardedenslepalaisenlabouche,&:par la force defquels eft fer 
mé&ouuertleconduicîtdelafirtulequilhafurfatefte; ne luy 
permettét a caufe de leur grofl'eur,auoir le palais caué ou voûté: 
defquels ie parleray plus amplemêt au fecôd liure en Tinterieu- 
re anatomie.Mais pourcequ il rn a femblé que cefte merque ap 
partenoit en ce lieu,ie lay bien voulu amener; pour la difticulcc 
de la leçon qui eft en Pline Se Ariftote.Et me fcmble qu'il n'y au* 
roit aucune difficulté es mots de Plineparlant ainfi du Daulphî, 
YetodjjimHtn omnium animadum non Jolkm marinomm Dclj^ditîHSyJtdocjor 
yoCncrÇyacrior ufoiacniji multum injra rojtrum os iidforetfmedio petiè in "ven 
tre^nHlins fiJciumccUritatem dus tnaderctyjed ajftrt moramj^roHidentiana* 
tur^ifiia nifî reJufini^atjHe connerfi^non cûrrtpiH«t:pourueu qu'on enté 
dift bien ce qu'il veult dire par cesparolks; car quand il dit,acfti/i 
/ F 3. multii 



PR EMI ER LIVRE 



mnCtum infra roJlrHtn o^ iffi/oret^me^fiopen: in ventre. Il doibt eftrc en- 
tendu de l'on efl:omach,car venter en Pline eft fouuenc mis fvo 
yentricH ioiàxoicqu on peult prouuer deplufteurs autres paffages. 
Et qu'il Ibit vray,ce meihieaucheur auiiurehuiclielme,chapicre 
vingt ôcvn ha eicript en celle ionciCromcas AJît6iopw^erterat,vel«t< 
cxcaneinj^à^He concertos, omnia dennè4sfran^mteSfj^ronnHJfie demrata co* 
/icienteiVCrttrc.Oultreplus audixneufieimeliure chapitre ciquief 
me il dit ces parollesiCtfoiJafw^rei ac Un es j^UnbHs modis extjhmmty^Hi 
ferficiènmano ventrenon jHeantyJednonintHtnejcant.Vcter auilien quel 
ques autres autheurs eft leu pour le ventricule. NiacroSins 6atHma(^ 
hure Teptieime chapitre quacrierme,ercnt en cefte manière: Ve»^ 
tris duojHnt orijidaK^nQrnJHj^enHs ersÙH rectpu d^Horata^ù^ inJoiiem\fentrif 
recodHuHiceftjiomachHSfjHij^aterfamiiias dici mernity^naji otnne animai joim 
^H^ernans.inferiHsvero dimijjH^inujHnis adtacentib^ inJeritHv&cll netaulc 
dôc pas entédre que Ariftote ne Pline veuillét dire que le Daul* 
hin ait la bouche deiloubs quaiî au milieu duvetre:mais qu'il 1 ait 
bié auât deiloubs le bec,qualî au milieu de rellomach:ô<: mefme 
met Ariftote au vii;^delhlftoire ha eicript que touts les poiliôs 
du gère chartilagineux,& touts autres qui ont grade corpulence, 
côme laBaleine,&: lesDaulphîs,neprénent poit iespoilios,qu ils 
ne Ibiét reueriez.CVtem fiJcibusQiiâ i[)ca£tHra minornm ^afrote a^itHv 
ore,vtJoCent meare,Atcartiia^ind,& Dd^hni,& omnes c^iacti ^eneris rtJH* 
j^nati cornpHt,()a^ét enî osjnbur.vnde fit^vt T^tncnin minores facitins Dojjint 
enaderedc ne voy aucune difticulté en ce palîage, qui nepuill'e bic 
conuenir a noftre intention ;c eft a dire que les Daulphins ont la 
bouche au dedens de la partie de la gorge,&: qu elle ibit de la par 
tie du defloubs.Cefte chofe Te peult tacilemeiit prouuer ,par vnc 
railon qu'il adioufte puis après au quatrieime hure des parties, 
parlant du Daulphm en celle iorte . Q«uruam mam cnm rofirnm tori 
JtrHEiHrateretiactcnHifityfaakJcindi in ons ÉaèitMw non potdf. Cela di' 
foit Ariftote conformemét a ce que l'ay défia efcript: fcauoir eft 
quelesDaulphïs ne peuuêt predrele poiflb l ils ne Ibnt réuerlez. 
Et en rédat la railb,diâ: qu'ils ont le bec grefle &r rôd en lôgueur, 
Parquoynefe peult bônementouurir en forme de bouche. 

Que nature n'a baillé legoper au Daul^hin^oukre la coujlume des 
autres poijjonsfâs raifon^mais quejoit tant j^ourfafaté^que pour 
lefalut des autres. Chap. XXXVl. 



DESPOISSONSMARINS. j. 

ARiftotc au iiif .liure des parties,parlant des poiiTôs Se prîcipa- 
kmétclu Daulphin dict ces motsitunt & ons éjcrimma.Aliii eni 
os antcfi ponû ejt.Aiin mji a |?art4;jMpiiia;VtDe/pÉmii,&carti/<yineo flcnert. 
QH:^obn bd.c nijicOHtrjanjH^inAHiyabii coTrifere ne^ucm.QHodnathra non 
ttiQdbJalHtis^ratia^c^urcntfijcihJtaJJi \idttHr(^dû ^mmjtjt tjia coutrtHnt 
mora i«terce(lit,j»i^ |>t/cii t^nt mjettatHrytuaaere pojfjitiîïrf omnifl id^cnus ra* 
toinapijLiu viHHt^VtmttAmne himisJHa àthoraumahiditaté cxlIu ait. Qhii 
tmmjaciiiHi tflperét^breHtperîmcdit^jfltietatcfenrét. jHotii^ tttâ ^HHrojtrH 
tOTH jirHtiuru tentirc tcnmJit^jaKiieJcmdiin otu habnunÔDOUJï,ht auviij* 
hure de lhilloire:C<tieni j^ijcibns ca^Hura niinorû aJrotcaujitHr oje,vtJofét 
tneart. At CuwU^inà,& Dtifbifti,G omnes CdLtacti^eneris rejHpinaU corripi* 
mtMbéc enlm gsjnbbir, \natjit^-\,t ptriculh natioitifactitHs fvjjmt tnaàtrc, 
AltojHtn paMti admoûnJeruarentHr q^ni^yz jhh Delphmi ccUntas^at^He idtn* 
dijacH'tus miratjfe xiàtatuuhn cesl\eux Ariftotehafaieldelcriptiô 
corieipôdéte en coûtes qualitez a noftreEec d oye^cômeie prou 
ueray par fô anacomiej^: principalement en delcriuâc celle delà 
gorgequ il a moule eftroicte.Ce que nature ha exprefleniét vou- 
lu taire,pour le ialuc des autres poiflbns.Car pendât le temps que 
les Daulphms iè renuerienc,les poiflons qu ils pourchalïent ont 
ef pace de fuir; tellement que par ce moien ils elchappent^Autre^ 
ment fi cela n eltoitjil ne l'en laulueroitpasvn de leurs gueulles, 
veu melmement que leur villelfe eft quafi incomparable: 
Et que leur appétit de manger eft quali infatiable Mais nature la 
faiét aulii pour leur pioiit, a fin qu ils ne fe rempliiTent par trop 
en deuoraneardemment.Car fils eufl'entpeu prendre facilemét 
les autres poiflbnS;ils n euflent pas long téps veicu^mais ils le fuf 
fentinconunentgaftezdcgourmandile, enfe faouUanc oultre 
railon.Etauiïinepeuuentils pas facilement prendre le poiflon, 
pource quik ont le bec long &: rond &: délié, qui ne (epeult pas 
aifemeuc ouurir en vne ample efpace de gueule. Et quand ils ont 
grand faim 8c font haftez de pouriuiure quelque poiflbn iufques 
bien bas en la profôdité de la mer^ne pouu^ats plus long temps 
fe contenir leans i'ans rt'fpirer,ils fe dardent fi vifte pour retour- 
ner trou uerl air, ils vont plus roide que ne hiftvne ftefchc 
d efcochéedVn arc par vn fortbr^s.Et n y ha point de fàulte que 
ilsne feflancentmoulthaulc en l'air en iàultant^mais quanta ce 

que 



PREMIER LIVRE 



que Ariftotehadictqu'ilsfaultentpardeflfuslesm^sdes grolTes 
nauiresiilpeukeftrevray, car autrement il ne leuft paselcript. 
Toutefrbis ie n ay onc aperceu qu'ils faultafTêt fi hauît.LesDaul 
phins tôt toufiours en perpétuel mouuemêt,en forte qu ils near 
relient iamais en vneplace^&: mefmement dormants a la ren- 
uerfcjdefce ndent petit a petit iufques a tant qu'ils trouuêt terre 
au parfonddelamenlefquels lorsfe refueillants,puis de tref* 
grande roideur viennent a mont pour refpirer en lair^Sc fe r en^ 
dormants,font plufieurs fois le lemblable. 

Quela\^ijlcjje des Daulfhins,ne leur j^rouih j^as de leurs 
aifles comme aus autres voijjons^^ me le foijjon nommé 
Kmiaface de grandes cruaultc7;^u DauLhî^y quand il 
en peult ejîre le matjhe, Cha^. X X X V 1 1. 

'TOutainfiquele Daulphin eft le plus vifte de touts les au- 
tres poiffons de la mer^aufl'i eft il le plus hardy;&dc faiftil les 
maiftrife quafi touts,car aulTi eft il leur fuperieur. Nonobftât ce* 
Ia,il ne lailîe pas d auoir quelques ennemis qui luy font fafchetic 
& guerre mortelle,&:dei'quels il eft quelques fois vaincu:&: prin- 
cipalement dVnnommeAwia, lequel le defchirecruellemét de 
{es dentSjquand il peult auoir lauantage fur luy,car fi par fortu* 
ne vne bande de Amies le rencontrent fil ne le gaigne a fuir; el- 
les mettent toutes la dent deflus,&ainfi le tenants cnfemble de 
toutes parts reifemblent vne bouUe ronde rouUant par la mer,iul 
ques a tant qu'il foit tout en pieces.Car auffi elles lucent tout fon 
fang comme faift vne Sanfue. C eft a bon droid: qu'on ha iugé 
les Daulphins eftre les animauls qui furpaftènt touts autres en vi 
fteire,non feulement ceuls qui font en la mer, mais auiïi touts 
autres qui font fur terre:&: en l'airjcar mefmement Ariftote dit 
CH auoir entendu merueille &:chofes incroiables.Lefquelles i'ay 
veu moy mefme eftant fur diuers genres devailfcaux de marine, 
&:en plufieursmers,efquels il nous falloitnauigeren paifantdV- 
ncifle ou bien d Vn pais en vn autrerou nous auons veu les Daul 
phins aller plus vifteque ne faifoit noftre vaiifeaUjaiant la voile 
defployeeauecventen pouppe,cn forte qu'il gaignoit de viftefte 
toufiours deuant nous. Le Daulphin en nageant n eft pas aydé 

delà 



DES POISSONS MARIN S. 1$ 

delà grandeurdesalHes, comme les autres poiflbns: maisil eft 
{euleméc aidé de la peiaceur de fô corps, car les ailles ou pin nés 
qu il ha;fôt moult perites au regard de la proportiô de ion grâd 
corps,qui eft moult gros de lourd ôc pefanc ôc touteIfois,il n y ha 
oy(eauenrairquivolle(îvifte,quil va enlamer. le puis donc 
prouuer ;que ce ne (ont pas les grandes ai(les,qui dônent la grâd 
viftefle aux gros poiflons,car fi cela eftoicvrayjes Hirondelles^ôc 
les Milans de mer,{èroient plus vides que les Daulphins,car dV* 
ne de leurs ailles I on en couuriroit bien raifJedVn Daulphin, ôc 
touteftbis les Daulphins auec leurs petites ailles, font les plus vi* 
ftes des poiflbns. 

« 

Que les hijloires anciennement raccj^tees des Daulphins^ 
font encor^our le iourd'huj en la mémoire des hommes ^es 
j^ais du Uuant^^uajl comme fî elles ejloientfrefchement fat 
ïics depuis huiïl tours. Chai^. X X X V 1 1 1 . 

TL rcfte encor quelque point a dire des hiftoires qu'on auoit an- 
ciennemét récitées desDaulphins,dôtplufieursrontpourrhcu 
re prefente racomptees par les habitants du pais d'Albanie &:£!- 
clauoniejoulondicl quelles furent fa ides en forte quil nya 
celui pour le iourdhuy qui ne les fâche raconter, comme fil n'y 
auoit pas vn mois qu elles en ont elle faicles.Cholc que nous {ca 
uonseftrevrayeparlerecitdeshabitancsderifle de Corfula, &: 
de ceuls des riuages de Grèce Se d'Albanie,ou il n y ha paifât qui 
ne fâche racôpter Thiftoire de celui Daulphin quivenoit prendre 
la mengeaille es mains des gents du pais,6<: adiouftent d auanta* 
gcqueplufieurs d'entre euls qui font encor viuants l'ont manié, 
tancileftoitpriué:&:quilportoit fur fondos ceuls qui ailoienc 
nouer en la mer/e io uant auec euls,&: qu'il aimoit fur tout a fe 
cfbatre auec quelques ieunes garfôs:&aufli qu'il aidoit grâdemct 
aux mariniers a pefcherimais qu'il auoit efté tué il n y ha pas lôg 
temps,8c pour mieuls affermer la chofe, on les oit dire en cefte 
maniere.Que le paillartquiluy auoit faicl oultrage^ futnague* 
res mis en quartiers,meurtrideftrange manière. Voila quant a 
Ivne des fables ou pour mieuls dire hiftoire tât anciéne qui fera 

C. toufiours 



F R E M I E R L IV R E 

toufiours moderne en ce pais la, tant que le monde fera en 
élire. Laucre de celui qui aimoitvn entât, 6<:leporcoitdeflusf5 
dos,fe iouant auec luy par la mer,&: puis le rapportoic au riuage, 
de Taimoit (î ardemmenc,que a quelque heure du iour 3c quelque 
loing qu il fuft,quand l'entant venoit au riuage ÔC lappelloit, m- 
continent le Daulphin fe rendoit la,{è prefentant a luy pour le rc 
cepuoir fur (on dos,ôc le mener iufques en pleine mer felbatant 
ôc de la le ramener quand il plaifoit al enfant. Toutes lefquelles 
chofes ôeplufieurs autres femblables tant anciennes,font récitées 
de frerche menaoire par les paifants deGrece Se £iclauonie,com 
meficelaeftoitaduenudenoftretemps, S^toutelfois elles ont 
ia efté efcriptes plus de treze cêts ans ha.Quâta toutes autres fé 
blables ie n'en vueil efcrire autre chofe.Car qui les vouldra enté-- 
dre;pourra veoir les autheurs qui les ont efcriptes. 

Q^e/e5 habitants du Proj^ontidc ejlimcnt coudes DauU 
vhinsfount vajjams de la mer Medtterrame au i^ont E«- 
xitîy&juil leur joit j^lus tolerahle Vture lon^ temps hors 
l'eau juc dedéslamer fans jprendrehaleine.C.xXXlX* 

T'Ay ouy que les Grecs qui demeurent au riuage du Proponti- 
de difoient qu'ils cognoiflent que les Daulphins font paiiagers 
a la manière des autres poifions;fcauoir eft qu'ils fe partent touts 
les ans en quelque faifon de fan, venants de la merMediterranee 
paifants par 1 Hellefponc &: le Propontide,5<: delà fe rendants au 
Pont Euxin^dedens lequel ils font vn certain temps auantfen 
reCourner.Et que quand le temps leur ha apprins qu'il eft faifon 
de reuenir,Iors chafcun Cen retourne dont il eftoit party. Dienc 
d'auantage qu ils cognoiiïenc deux diftindions 3c différences de 
Daulphins: fcauoir eft des grands, &: des petits. Toutes lefquel 
les chofes Ariftote a mon aduis ha voulu entendre;efcriuancque 
les Daulphins de Pont font moult petits, 3c qu'il n'y a point de 
autres beftes maléfiques aux poiflbns en Pont que le Daulphin & 
leMarfouin:&:quelesplusgrandsDaulphinsfont bienauant au 
profond du Pont Euxin.Parquoy mefemble qu'il veultenten* 
dre que les vnspuiffenteftrc nommez les plus grands;les autres 

dre 



DES P OIS SO NS M A R IN s. X^ 

^es moindres.Les Daulphins ont cela de particulier, qu'ils aimet 
afaprocherdesnauires,&:Ies maruiiers lesvoiants venir, ^fonc 
quelque bruic^ de les iîtienc, a fin que les Daulphins aiants ente 
dulelon,reftentpluslong temps au tour du nauire. Eticeuls 
Daulphins f approchants,on les oit faire vn grand bruiâ: en for^ 
tant hors la merpcn ied:antle vent qu'ils auoientlôg temps con^ 
tenu en leurs poulmons'rlequel bruit ils font par le conduicf de 
leur fiftule .Ils entrent quelques fois, en leaue doulce:ou ils fe peu 
uenc bien contenir vne efpace de temps;&:viure despoiflbns des 
nuieres ou ellangs,commeen la mer; touteffois l'on voit ordi^ 
nairement qu ils n'y demeurétpas long temps. Entre autres cho 
fes qui font les plus notables du Daulphin ceft, qu'il luy feroic 
plus tolerable de viure long temps en laireftant fur terre fans a* 
uoir mal,quedeftre détenu en la merlans prendre haleinejtelle* 
ment que ibuuentleiDaulphins qu on ha prins es retS;demeurét 
fnffoquez en 1 eau par faulce d air,car ils ne peuuét viure fans re- 
lpirer;non plus que touts autres poiiions quiontpoulmons. 
Que vbjîeurs choies nommées de croire nommaient ^rts 

leur a^-^ellation du Daulphin. Cha^. xL- 

A Vant que de mettre fin a ce mien difcours touchant la narra* 
tion de la nature du Daulphin;i'ay bien voulu adioufter vn 
poît que i auoyelailfé en arrière qui debuoit eftre efcript au cha*' 
pitre des antiques engraueures àcs Daulphins . C eft que Wiix^s 
portoit leffigie dvn Daulphin engraué en fon cachet: &:aufri 
portoit le Daulphin portraid en fou efcu,enl honneur de celui 
quiauoit faulue ion fils TberemacÉwi quieftoittumbéenla mer 
f ellant mis delloubs luy,rauoit amené iufques au riuage.Uy eut 
anciénement vneefpecedevaiifeauque les Romains nômoiéc 
de nô propre Delp6m«i dot ils fe feruoient en leurs repas, du quel 
Pline a eicript,en parlât des tables antiques en celle manière DtL 
fknos^HinismilièHsJejîtrciis m itéras cm^tos, CGracfms habnit. le croy 
que fuifent tels vaiiieaulsdontvfentlespanetiersdii Roy 6c des 
Princes lefquels il nomment vulgairement Nauires . Les pa- 
fticiersauffi en quelques parts en ont de féblables qu'ils appdîét 
gardemâger,lefquelles me léblét tenir quelque choie cela torme 
duDaulphî^&rquetels nauires eftoiét les Daulphis des Romais. 

G,2 Semblable^ 



PREMIER LIVRE 



duDauIphî&: que telles nauires eftoiêt lesDauIphîs des Romaîs. 
SembUblementleDaulphin ha donné nom avne herbe qui an* 
ciennemenc eftoit nommée Derpfimiofticarles fueilles d'icelle her* 
be luy reiïembIoiet;remblablement il ha aufli donné nom a vne 
mafle mo jlt pelante,qui elloit de terou de plomb, faiâre a la fi- 
milicuded Vn Daulphin,a la quelle les François ont mué le nom 
car telle malle eft maintenant nommée vn Saulmon. Si nous 
croions a l'interprète d A riftophanes c eftoit vnegrofle malTede 
plomb ou de fer, aianc figure de Daulphin qu'on pendoit a Tante 
ne du nauire, quand l'on liuroit la bataille l'ur mer,laquelle maf 
fe on laiflbic tomber dedens la nauire des ennemis,pour le faire, 
aller en fôd.Et telle manière de nâuire Thucydide nômoitDefpfii 
»op6oro,ccftadircnauireportantDaulphî.Séblablemêtilhadon 
né le nô'a la région qui maintenât eft nommée Daulphiné. Au* 
cunsonteu quelque apparence de railon,dauoirnôméleDaul 
phin du nom de Pompiln^jCar il accompaigne voluntiers les naui- 
res,comme faiét le Daulphin. Touteiïois Ariftote delcriuant, 
Pom^Uns feparement du Daulphin,monfl:re bien que leDauIphin 
ne le Marfouin ne foient pas Pompifwi duquel ie ne vueil point 
parler dauantage,car il me luffic dauoir touché ce poinél,pour 
faire entendre que ?ompir«i foit vn autre poilfonque le Daul- 
phin. 

Dejcri^tm des extérieures j^ardes duDaulphw. ChcJ^.X L. 

A Près qje i'ay long téps pourchafle toute l'hiftoire de ce qui fe 
doibt dire duDauIphï,il ma féblé eftre téps de retourner pré 
dre mon principal propos u commencé, 3c prendre les fuldi- 
<5les efpeces de Marlbuins chaicun a part foy, a fin de tellement 
les fpecifier qu'elles (oient entendues. lay di(5t que celuy qui eft 
le plus communément apporté delà mer^&quin'hapasle nez 
long)eftoit celuy que ie vueil entendre par le nom deMarfouin : 
& que celuy qui ha le nez long,appellé des Francoys vnOye,foic 
le Daulphin,duquel levueil premièrement donner la defcriptiô, 
tancdumallequedela fcmelle,a fin que chalque note exteriea* 
reloitdiligem ment examinee,prenant les parties de fon corps a 
part en les confiderant diligemment.Et cômenc^ant par lagrof- 

leur, 



DES POISSONS MARINS. 27 

feurja plus commune qui foitveuees Daulphins, c'eft autant 
quVn homme peulccomprendrededensfesbras,Jesembraiianc 
au trauers du corps.La longueur eft autant ou quelque peu mois 
qu vnhommepeulLmefuteren eftendant les bras, touchant la 
queue dvne des mams,&: de Tautre a la tefte, aiant le corps du 
Daulphin appuie contre fa poidrine- Voyla lacômune gradeur 
&Ia plus vulgaire qu on veoit ordinairement en noz becsd Oyes. 
La grandeur de la corpulence du Daulphin haefte exprimée en 
comparaitbndu Herondemerxar Ariftotea laiflepar efcnpr, 
que lepoillon nommé Xij^kins ou Gladinsy que les François appel* 
lent vn Héron de mer,croift quelquefois lufques a telle corpulen 
ce,qu il deuient plus grand que nefaid:le Daulphin. Et pourcc 
que nous cognoiiîons bien quel poiifon eftleHeron de mer;aufli 
par confequentdeuons nouseftrealTeurezdela gradeur du Daul 
phin.Leplusgrandquefayeoncveu,futapporté a Rouen lan 
mil cinq cents cinquante;au mois de luiller, duquel icbferuay 
la grandeur.La lune de fa queue auoit en Tinterualle d Vne des 
cornes a lautre^plusdVn pied &: demy. Car elle contenoit trois 
fois autant que ma main feftend en longueur de lextremitédu 
poulceôcdu petitdoigtrceftadiretroispaulmes :refpeffeurde 
ion corps embraflee auec vne corde,puis mefcree, auoit fix pat 1 
mes. Sa longueur eftoit autant qu Vn homme peult atteindre des 
deux mains eftendant les bras.Sonbeccommenceant de la ou 
il eftoit camus,eftoit longdVnepaulmetôc commenceantdont 
il eftoit fendu, il auoit vnepaulme5^ demye.ll auoit vnbô pied 
en louuerture de fô bec:Et eftant vuidé de ics intérieures parties 
comme on Tauoit apporté,il poifoitbien trois cents liures. aufli 
vncheual a peine Tauoit peu apporter depuis le Haure de grâce 
a Rouen. Les Daulphins n ont que trois ailles en tout, dont vne 
feule eft eileuee deflus leur dos,laquelle demeure toufiours en vn 
mefme haulteur,car ils ne la peuuent baiflér: ne haulfer a la ma- 
nière des aultres poifl'ons. Vray eft qu'ils la tournent bien ça Se la 
versles coftez. Les deus autres aifles qu'ils ont, vnedechafque 
cofte,(ituees aflez près delà tefte, me femblent eftre bien pe* 
cites mifesen'comparaifon a la proportion de leurs corps. NatU' 
ren ha armé leDaulphin d'armures exterieures;&fi(domine ou 

G.3. commande 



PRE MIER LIVRE 



commande aux autres^c eft par faveitu,5enon par force d'armes. 
Car en tout ce qu'il ha pour nayre aux autres,ou le deffendre^fôt 
{culementlesdencs.il ha fa peau cotalemau lubrique &:gliliâte 
comme aufli touts autres poiiïons nombrez es efpeces de fon gé 
recelia direCet^cea JleiHanselcailles;&:halaqueue contre la 
reigle 3c couftume des autres poilfons^ lefquels (uyuant la forme 
deleurcorpsquieftpIaCjlaportenc a la mttme manière; mais le 
Daulphin la porte oblique comme font les oyieauls. Car vn oy^ 
fcau eilant de forme ronde en longueur,ô^ volant en Tair^en eftê- 
dantfaqueue;ilvfed'icelle comme dvngouuernail, 6<:ien ferc 
pour fe toulager en volant,chofe que nous pouuons veoir es Mil 
lans Hirondelles ôc es Creiferelles,qui te tiennent long temps en 
l'air en vn mefme endroicl fe fouitenants de leur queues éc des 
aifles/ans point fe remuer . Mais puis fe voulants darder vont 
comme vne tiefchc; aiancs retiré leurs ailles, lefquelles ils ne 
remuent point,fe gouuernants feulement de la queue , ils vont 
àWnc villelfe incomparable.Semblablement les L)aulphinS;aiâts 
la queue obIique,nagent feulement de la pefanteur de leur corps 
fans pomc y trauailler leurs aiiles,mais feulement leur fuffit eftre 
aidez delà queue qui conduyfe le corps. Laquelle ils ont compaf 
feea la façon d vncroiflant,non pas du tout en vray façon de Lu 
ne com me les Tons. Car ils ont d auantage quelques autres en^ 
taiIIeures.Ladicte queue leur baille vne trefgrand force en nou* 
antjCar elle eftrobufte.Tellement qu'on pourroit dire que leur 
queue les fouftient en l'eau quafi en balance, comme la queue 
des oyfeaux en fair.Le Daulphin ha les yeulx fort petits , veu la 
grandeur de fon corps . Il peult ciller a la manière des beftes ter^ 
reftres amenant la paupière pour couurir la prunelle des yeulx. 
Les conduicls de Ion ouye iont fi petits que n y apparoift aucu 
necognoiilancedepertuys,fi Ion n'y regarde exaclemcnt. Celuy 
qui les vouldroit trouuer;les cherche en cefte maniere:qu'il com 
mence au coing de rœilj&fuyue de droidte ligne allant vers les 
aifiesj&illes trouuera diftants a (ix doigts de l'œil. Et filpred 
vnbrin de paille, & choififlë la partie déliée a laquelle eft atta* 
ché leipi, de la fiche dedens les conduisis de louyeduDauI 
phin, 3c puis trenche la chair auec vn coufteau fuyuant la 

paille, 



DESPOISSONSMARINS, ^g 

paille, il voirra décliner les conduits acofté contrebas^ &:fe 
eflargir quelque peu au dedens; de finablement paruenir aux 
os picncfdXydc entrer dedens le teft. Les conduiéls pour odo- 
rer, quelque diligence qu on lâche faire,ne font apparoiflants 
finon es pecitSjnouuellemenc naiz, comme d Vn mois ou de 
deux mois. Car commenceants a deuenir grands.lls perdent 
cela .On les voit auffi en ceuls qu'on a tiré de la matricejlef- 
quels ont des petits poils blancs comme barbeaux,de chafque 
collé de la partie de deilus la machoueredenhault,mais ils lot 
durs; lelquels trenches a la racine, 3c fuyuis auec le coufteau, 
fontveus le inierer es extremitez de certains nerfs efquelsils fe 
terminent.ïouts les autres poillons ont des ouyes, qui font ou- 
uertures par les deux coftez. Mais le Daulphin n en ha point.Car 
comme nature luy ha nyé cela,elle luy ha baïUévne fl ulte, au cô- 
duid deifus la tellcr droidement entre les deux yeulx, par la 
quelle flufte ou tuyau il refpire 6c af pire en lair^.&riefte leau; 3c 
tait bruit. LeDaulphin eft efpois par le milieu au trauers du corps 
a la manière dVnretournouerdeguantier, car il fe termine de 
chafque collé en fe agreflifant&: diminuant en agu, tant de la 
pa rtie de la telle que de la queue,il ha le nez longjrond,^: droiél^ 
Ion dos eft de couleur plombée tirant fur le noir. Jl eft blâc 
par dcftbubs le ventre. Les aides qu'il ha de chafque cofte6c 
ia queue^& I arreftede deflus fondos lont moult noires. Ses déts 
font de compte faiél cent foixante en tout , moult poin- 
tues 3c rondes, en longueur difpofees par ordre, quarante 
en chafque coftédelamafchouereidefquelles celles qui font 
de la partie dembasjfont plus petites que celles qui font en 
la mafchouere d'enhault, laquelle malchouere eft continuée 
d'vn feul os.Si eft ce qu'il y ha bien apparoiiîance de quelque 
petite feparation. Mais par dedens elle monftre eftre d'vn feul 
osa la manière de celle d'vn Crocodil.le, en laquelle les quatre 
vingts dents qui ylont,defcendentiuftement6c fe rencontrent 
en fe inférant dedens les autres de la mafchouere d'en bas. Il ha 
quafi la langue a deliure;Comme eft celle d'vn porccau:mais el- 
le eft en ce differête,qu'elle eft couchée au bord par le deuât,a la 
manière des lâgues desCygnes,Oies,ou autresoyfeaux de riuiei e 

La 



PREMI EK LIVRE 



La dijfcrence exUricure du Daulj^hin d'entre le m^jle &• 
la femelle. Chap^ X L 1 1. 

A Presquei'ay defcript IesexterieurespartiesduOaulphin,qui 
conuiennenc tant au malle qu a la teinelle:il refte qus ie met 
te la différence de IVn a laucredilcernant le maÛe de la femelle, 
car il y a quelques merques entreeuls deux airezmanitetles qui 
lesleparenteuidément.Ceilqueles Daulphins malien, ont vne 
ouuerture par le milieu du vécre,en laquelle le recire le fourreau 
de leur membre honceuli*,qui eft enclos la dedésdeqaeloa peult 
tirer hors en le prenant par le bout:& quand on le tire bien fort, 
il Ibrt hors moult gros:&: ha plus de huict poulces de long. H ha 
encorvn autre petit pertuis au deilbubs, qui eft le conduictde 
rcxcrement;lequel eft beaucoup plus bas vers la queue. iVlais la 
femelle n'ha point de telle ouuerture au milieu du ventre, (înon 
qu elle en ha vne plus bas que celle du mafle,qui eft le pertuis de 
la nature,ioignaht lequel vn peu au deilbubs eft léblablemen t le 
pertuis de l'excrément, feparé comme es animaulsterreftres. 
Ceft vne note infallible qui diftingue extérieurement le malle Je 
la femelle. laydefia baillé les portraiéts du Daulphin retirez de 
I'antique,ainfi quelesyauoyetrouuégrauez,comme es ftatues 
de medalles des repubiiques&empeieurs tels qu'ils les y auoycnt 
faicl portraire.Confequemment il m'ha femblé raifonnable,d c 
donner vn retiré du naturel contrefaict au vif:lquelnous auons 
faiél faire en Paris,de telle peinéture que iouurier induftrieuls 
maiftre François Perier,aianc le poilfôn dcuan t les yeulx ;ha reti 
rédefonpinceau.Laquellepeincture de Daulphin monftree a 
toucs viuantscognoiilâtsle becd Oye,que Ibit ion naifporcraict 
ôc croyqu'ilne IctrouuerahSms qui ne laduouepour telle. 

Le yraj j^ortrai^ du Daulfhin. 




DESPOISSONSMARINS. Zp 

Vejcription du MarfouWy& la différence de Vhoca^^ 
de Phocœtia. Chap, X L I 1 1 1 . 

T) Our n'engédrer confufi6,es chofes que i ay defcriptcs duDaul 
-*" phin^auec celles que l'eicriray duMarlouiU;! ay bienvoulu cô 
ferer IVn auec I autre,car leDaulphin n'ha rien qui ne puifie auili 
bien conuenir aus autres efpeccs de Marfouins, tant du malle 
que de la femelle:^ n eftoit que celuy qui eft vraiement appelle 
Marfouin,c'eft a dire Pkoc^nay n ha pas le nez fi Iong,il feroit qua^ 
fifemblableau Daulphin.Maispource que ?(>oc£na eft vn nom 
moult prochain de Pbjcfl, 3c toutelfois Pboca, eft vn aultre ani' 
mal,appellé en François Veau de mer,ou bien Veau marin,de la 

Î)eau duquel l'on faid: les ceindlures de cuir pelu,ie l'ay bien vou 
u nommer en ce lieu;a fin querafFinité des appellations de p6o* 
M & ?()ocxna n abufaft perfonne.C eft donca Pboa Ha a qui le nom 
de Marfouin eft proprement deu,& qui eft beaucoup plus com 
munque neft TOyeou Daulphin:auflîeil: il généralement le 
mieuls cogneu par les poiflonneries des viUes^Sc principalement 
deParis.rayveufouuente(foisaduenir qu'on yen ha apporté 
quatreou cinq pour vnvendredy,mais cela neft pas ordinaire: 
car telle chofe aduiétl vne fois plus l'autre fois moîs.Aufl^i il y a 
vn temps auquel les Marfi^uins font pefchez plus fréquents. car 
Ion en voit plus au printemps qu'en autre lailon, plus en yuer 
qu'en autônej&: plus en automne,qu'enefté: fi eft ce qu'on en 
veoit quafi en toutes faifôsrmais mois en efté qu'en nulle autre. 
Et pour cinq Marfouins qu'on y apportera, a peine l'on yvoirra 
vnDaulphinouOye. Caries Daulphinslont pefchezplus rare- 
ment quelesMarfouins^Or voulant exadtemêtdeicripreleMar- 
fouin,il ne me fera difficile après auoir delbripc leDaulphin,car il 
eft de mefme corpulence, qu'eft leDaulphin: n eftoit qu'il eft 
quelque peu moindre.Il eft brun deflus le dos tirant fur la cou* 
leur celefte,mais il eft blanc deflbubs le ventre.Il n ha qu vne ha- 
refte ou aelle deflus le dos, il en ha deux,vne de chafque cofte,& 
ha la queue tournée en croiifant. Toutes lelquelles aelles, queue 
6c harefte,font de couleur noiraftre,a la propre manière de celles 
du Daulphin.U ha le nez moucequafi comme arrondi. Somme 

H. que 



PREMIERllVRE 

que fon extérieure defcriprion,conuienc en toutes merques auec 
celle deFOye. Qaant aux yeulx&: autres conduids dodorer,& 
refpirer,&au conduidde l'excremêtacdela nature de la femel- 
Ie,a<: du membre honteux du maÛe,&: toute la refte des parties 
extérieures reffemblent a:jDauIphin,5c pour le faire brief,ie pre- 
cens quela prefentepeindrurelereprefenteraau naturel. 

Le vortraiH du Marjouin. 




A Riftote aufixiefme&rhuidiefmederhiftoire; haparléaifez 
amplement de ce Marlouin, lequel il ha nôbré entre les paif" 
fons CiStaceos c eft a dire qui font de gr*jnde corpulence,&: qui rê- 
det leurs petits en vie^-St qu'iUit du laid: com me les Daulphîns» 
Pareillement Pline parlant de T )rfione jou T irfione^ qui cA adiré 
Marfouindicl qu'ils lontlemblables aux Daulphins: mais quel- 
que peu plus rigoureux, maltaifancs ala manière que les chiens 
de mer font de leurs becs,naiflants en la merde Pont. Celaaef- 
cript Pli.de noftreMarfouF,raiâtpourIa plus grad partie traduiét 
d'Arillote . Mais pour Hocxna il ha tourné Tirfjo ou Tnrfyoy 
nous auonschangé vne lettre difants -M.3r/JyopourT^rjpyo .Les 
Veniciens ont vne femblable diélion pour exprimer le plus 
petit poiflon qui iepefcheen la mer,lequel pource qu'il eft de pe- 
tite ftature,U n'a point defingulienma'sdvne voix pluriele ils 
le nomment Uarfjonïi lequel petit poiflon ceuls de Marleille nô* 
ment Qéajonu Et pource que telle manière de petit poiiïon ne le 
voit point par deça;ie ne fâche point quel nom François il obti- 
enne entre nous. 

Dcfcription 



DESPOISSONSMARINS, 30 

Defcri^tm $\n autre ejj^ecc dtMarJouin jurnommi\nc 
OudïC. Cha^. X L V. 

A lantacheuétouterexterieureanatomie du Daulphin Se du 
Marlbuin,auanc que procéder a 1 inteneuie partiCjii m a lem 
bléconuenable de comniencer a delcnpie,! extérieure peinélu* 
red vne tierce eipece ae Marlouin;commei'ay promlsaaqLelle 
iâj faicl: por traire au naturel, lâchât bien que iapeiriélurepeulc 
mieuls reprefenter les choies a 1 œil en vn inft antique ne tont les 
elcripts en longue elpace de temps. Elle fut trouuee dedens i'Oce- 
an,&rpefchte au nuage du Treport^quiellvnhaure enlacofte 
de Normandie,ô<: tut apporté par charoy a Pans. Ce fuc 1 vn des 
plus grands poillons que i euile onc veu.Ie vueil prendre celluy* 
cienl:by,quetoutspoiiionsqui ont quelque iîmilitude auec le 
Maribuin,ioient indifferenirr. ent appeliez Marlbuins.Car encor 
qu'il fuft particulièrement nomme de quelques vns du pais vne 
Oudre;{îeft ce que généralement touts autres en le voiant lap* 
pelloientduiMaribuin.Onlenuoyadu Treportallioftelde Ne- 
uersa Paris,& ceuls quilenuoyoïentle nommoient du Marfou* 
in,comme nous auonsveupar les lettres qu'ils efcripuoient au 
ûiaiftre d hoiteI,ne vi'ants d autre nom,iinon qu ils diioient luy 
enuoyer vn Marlouin. Mais ceuls qui lauoienc amené, &:pluli- 
eurs autres qui le venoient veoir, le nommoientvneOudre,ou 
vn Neutre,les autres vne Ouette.MaispourcequeOuetteeilvn 
nom quifcmbleeftrediminutifdVneOyej&:rOye eft le nom du 
Daulphin,ilmefemblequele nomdOuette luy (éroit donné 
mal a propos-.car il eft quatre ou cinq fois plus grand que n eft le 
Daulphin. Somme que les appellations les plus communes e- 
ftoientde la nommer vneOudre,&Oudre en François eft a di^ 
Vtetjquieft vneefpece de vaifleau a mettre quelque liqueur, 
foit eau, vin;Ouhuille, comme font les boucs, &: peauls de 
chieures,efquellesrhuille nous eft apportée en temps de qua- 
refme du Languedoc en France; mais te lexpoferay cy après, 
quant i'auray mis la defcription de ce poifion. 
Et pour commencer a le defcripre par fa grandeur, plufîeurs 
iugeoient qu'il eftoit pefant de plusdehuiél cents liures. 

H.2. Qui 



PREMIER LIVRE 



Qui le mefuroitauxpasencheminât,onIuyen trouuoit trois: 
ni dis mefuréplus ieurement 5c plus iufteméc,il auoit neuf pieds 
ôcd^myll eitoïc lî.gros par le trauers du corps,que deux homes 
fe tenants parles mainsapemereuHenticeuembralTer. Mais m 
ftemét empoigné par le trauers du corps auecvne corde,puis me- 
iuree,elleauoiclepc pieds: & depuis le nombril du poillon qu'il 
ha au milieu du ventre;iulquesa 1 efpine du dos en trauers,il ha- 
uoit trois pieds&: demi. La lune de l'a queue entre les el'paces des 
cornes,auoit demie aulne.Cefte eft la delcription d vn bien grâd 
poifl'onJeqael toutelïbis prins aux rets,n a non plus de force que 
auroitvn autre petit poiilon;&: principalement lî la queue eil 
empeftree:car il ha les aelles moult petites pour la grandeur de la 
corpulence:& eilant prins,n aiant point de lecoulie a iby darder, 
par cela il demeure aiïbibli,n'aiant plus de force a le remuerai ne 
pourroitaufiieflrelonguement envie pris dedens les rets^qu'il 
nemouruftluffoquépar faukedair, non plus que touts ancres 
poiiionsquiontpoulmons;Comme Veaux de mer, Tortues de 
mer,Rats d eau;Maribuins,Baleines,Lutres,Caftors,DauIphins, 
Chauldrons.Celui duquel le parle maintenât,efl:Orca, il ha le nez 
beaucoup plus camus ôc mouce que n ha le Daulphin: de pource 
quil ell de plus grand corpuléce,auiïi ha il fon bec ou nez beau- 
coup plusgros^maisleDaulphin 1 ha bie pluseftenduenlôgueur: 
car combien qu il loit de moindre corpulence,touterfois il ha le 
nez pIuslôg.La malchouered embas de ceft Orca^eft plus lôgue 
que celle de defifus^rondej^c moult charnue.Les deux aelles donc 
il en ha vne de chafque cofté, dont il fe lert pour nager,me fem- 
blent plus petites,qu'il ne conuient a la proportion de la grâdeur 
de fon corps. Lliarefte qu'il ha deiîus fon dos^eft efleuee droicle 
ÔC petite au regard du demeurant. Tout ce poiiTon femble eftre 
entièrement couuert de quelque cuir côme le Daulphin Se Mar- 
foum:auiïieftiI fans efcailles ,noir fur le dos, & blanc delToubs 
le vencre.Il eft: de forme toute ronde en longueur,gros parle mi' 
lieu du corps,8c eft: eftxoict en diminuant par les deux bouts, cô- 
me eft vn pot alantique^ou vn fufeau panzu. Il ha les yeuls 
moult petits^entre lefquels deflus le fommet de la tefte,eft le cô- 
duid delà fiftule,par laquelle il infpireôc expire. Sa langue ncft 

entière 



DES POISSONS MARI N J# 2J^ 

entièrement libre,& efl: femblable a celle d Vn Daulphin. L'en- 
droidde fa gorge par le dehors aux baffes narines de la langue, 
efl: gros comme pourroit eft:re a ceuls qui ont vn fécond mentô. 
Les deux petits pertuis de ion ouye^encor qu'ils foient moult e* 
ftroicls comme auDaulphin , touteffois ils apparoiffent quelque 
peu.La mafchoueredede(loubseilfipefante,qudle tumbed a- 
uec celle d enhault,quant le poiffon ell dellLs le ventre 3c luy tiét 
la gueuIleouuerte,quieft fort bien armée de bonnes dents. Au 
lurplus,quant eftdece que nous pouuons efcripre de Ton exte 
rieureanatomie,ie puis dire qu'il eil en toutes notes correfpon- 
dant auDaulphin,exceptéqu il eft quatre ou cinq fois plus grâd. 
Tellementque iepenlbyeaucômécementquecefullvn Daul 
phin,d'autant que le n'y crouuoye différence finon envne excef 
lîuegrâdeur.Vray eftqueiay trouué quelques particulières cho 
fesqueiayobferueeSjleiquellesm ontenieignéqueceftuici foit 
particulièrement de l'on genre;differentauDaulphin.Mais pour 
ce que i'ay toufiours eu la couftume,que en Tendroict ou i'auoie 
difficulté des animauls qui fereflembloient^de leur regarderies 
dents,apres diligente inipeftion ôc côfideratiô de celles deOrca, 
f ay cogneu l'eu idente différence d entre luy & le Daulphin. Car 
le Daulphin ha iuftement autant de dents en vnc des mafchoue- 
re, comme ceftui ci en ha en toutes les deux, ou bien di- 
ray mieulx, qu il ha autant de dents en IVn cofté de la maf- 
chouere,que ceftuyci en ha en toute vne entière Laquelle cho* 
Ce i'ay facilement peu expérimenter a l'œiLcar nous Tauons cô. 
feree a rencontre des malchoueres des Daulphins que nous gar- 
dons de long temps: maintenant les mafchoueresauec les dents 
du fufdi<5t Orca,ia netcoyez 3c deicharnez font chez monfieur 
le garde de féaux Bcrtrandulefquelles dents nous auons compté 
eftre quarante en chafque mafchouere,ne côprenant point qua- 
tre petits rudimencs qui font deuant, &: les plus groffes font au 
nôbre de vingc de chafque cofté des mafchoueres,qui font mou 
ces,mais celles du derrierefont poinftues II y en ha en tout qua- 
tre vingts^moult blanches,longues en rond,di{pofees par ordre, 
diftantesrvncdelautrecommeau Daulphin. L'os de la m af- 
chouere d ébas eft quelque peuvoultéôceft lôg d Vn pied&demy. 
L'ouuerture de ia gueulle n'eft guère plus fendue qu'eft celle du 

H.3. Daul 



P R E M I E R L I V R F 

Daulphin,niais touteffois il ha biê la gueuUe plus large.La figure 
de fa queue approche plus de celle du Daulphinquedu Marlbuî, 
toutelFois elles fe reliemblent toutes troisCe poillon n'ha pas feu 
lementefté veu pour vncoupjcar il adulent quelques foisqu'o 
en prend d autres i'emblables Se de plus grands,mais li rarement 
que en dix ans a peine en fera pris vne douzaine en tout le riua- 
ge.ll ne refte rien a defcrire de (on extérieure peicture,finôque 
celuydôtieparlemauenât,eftoit femelle, qui auoitvn petit de^ 
des levctie,lequel pour lors n'eiloit encor pas paruenu a lufte grâ 
deur,carc'elloitau commencement de may,rail cinq cents cin 
quanteS^ vn, touteffois il eftoit défia fi grand, qu'il auoit deux 
coudées de long.qui eft vray argument que ce poifibn fuft en ef» 
pece différent au Daulphin,6c Marfouin.Cefle femelle auoit dcJ 
mamelles,vnedechafquecofl:é,qui eftoient moult manifeftes, 
tellement qu'il ha efté libre a vn chafcun de les veoir, defquelles 
lespetits bouts eftoient cachez dedens vne fente, mais on les ti- 
roit facilement hors de ladicle'fente quand on les pinfoit auec 
les ongles:non pas que le bout de la tétine euft vne tefte comme 
ha vn autre animal terreftre,mais feulement vn petit bout délié, 
duquel les petits Oudreauxtettent le laicl des mamellesjquifôt 
cachezcôme ie diray en defcriuâtfô intérieure anatomie. Voila 
ceque i auoye a dire touchât l'extérieur de ce moult grâd poiiTôj 
qui ha efté (peéfacle au peuple de Paris,car ils ie venoient veoira 
rhoftel de Neuers par grande fingularité. 

Dîfcoursprinsdesautheurs^îouchafJt ce qu'ils ont efcript 

du foïjjon nomme Orca. Cha^, X L V 1 1 1. 

T'Auoye défia defcript ce poiffon auantl'auoir nommé de nom 

antique:mais après que i eus long temps fongé deffus, & que ic 

trouuaytantdemerquesquilemediftinguoient du Marfouin, 

Chauldron,&:Daulphin,iefongeoye quelle antique appellation 

il pourroi t obtenir.Defia n eftcepas Pri/îe^ ou Pri/^i^ : car il eft ma 

nifeftequc le poifton que les François nomment vn Chauldron 

eft Vri^ts . Lequel ie n ay point voulu defcripred auantage en ce 

lieu(combic qu'il euft peu conuenira ceftematiere3pourceque 

ic n'en auoye point la peinture. Aufli neftce pas PIry/eter, car 

il faultCf il eft vray cequ on en efcript)qu'il foit plus grand poit 

fon que ceftuycî.Mrj's quand i'Qixs enquis,particulierement des 



D E s P os I s O N s M A R I N 5. ^z 

noms que ceuls qui l'auoient amenéluy bailloicnt 8c que i eu en 
tendu que plufieurs le nommoient vn Oudre, les autres vn Ou- 
tre (vray elt comm^ i ay diét, que généralement le cômun po - 
pulairele nommoient Marfouin)5c lâchant bien que vne Oudre 
tient 1 appellation d Vn vailîeau a contenir de l'eaue ou du vm: 8c 
aufliqueorcatientlenomdVnvaiifeauen Latin fignifiât quafî 
la melme chofe que fai<ft vne Oudre,il ne ma efté trop difticile 
deluycrouuer vne appellation ancique:veumetmement que la 
propre appellation francoife me I a enfeigné.Ie Fauoye delcript 
ignoranc ion nom ancien: 8c n ay rien adioufté depuis en la de- 
Icription,finon ce mot Orcata fin que il ie faïUoye ea le nommât 
de ce nom ancien,fa defcription demeure entière, pour celuy au 
quel il apparciendra.Touceslesnoresdece poiflbn me contor^ 
téc a le nommer Orca, ilfutainfi nomme des anciês,pource qu'il 
reifembloit a vn long vafe, queles anciens nommoyent Orca, le- 
quel auoit deux bouts,ouextremitezeftroictes;&:eftoit gros 8c 
rond par le milieu. Voila quant a la defcription duvaie,dont il ha 
gaignéce nom. Mais quant a la defcription dudid: poilfon réci- 
tée par les anciens,ietfouueaulTiqu elle ioit correfpondante en 
toutes merques a 1 Oudre.Car PlmedicT: qu'il ne peult eftre pro- 
prement reprefencé ou defcript finôd Vne groife malïe dechair 
aiant cruelles dencs:& que fonefchine elt comme le dos dVn 
bateau renuerfémonllranc la carenne. EtquVn tel poiflbn fut 
veuauportd'Oftiealabouchedu TybrerS^ qu'il futcôbatu par 
l'Empereur Claudius^qui eftoit lors a Oilie pour y faire édifier le 
port.Maintenant l'on peult iuger^que les medalles de Claudius 
C^far, efquelles il feift portraire vn Neptune aflis deflus vn poif- 
fon tenant vn trident en la main, aient vne Orque ou Oudre, 8c 
que ce neioitpasvnDaulphinquonyveoit portraict: auflli la 
peinclure retire plus a vne Oudre qua vnDauIphin. Cepoilibn 
dict Pline,auoit (uiuy des cuirs du nauire qui verioit des Gaulles 
qui Teftoit peri,&deîquels f eftât repeu plulieurs iours a OAiCj il 
fefljoit faiftvn canal dedês le lable^ou feillô dot il ne pouuoit for 
tir,ne retourner en la mer:&: ainfi deieclé au riuage;il demeura a 
lec;&:luy apparoifloit feulemêt le dos corne la caréné dVn bateau 
renuerféj&queles louldards de l'Empereur luy coururent fus 
auec leurs picques 8c le tuèrent; 8c qu'il en teift celle fois vn 

fpectacle 



PREMIER LIVRE 



{peftaclc au f)euple Romain. Qui vouidra en veoir d'auantage, 
3c aufli de la guerre cruelle qui eil entre elle ScIqs Baleines,lii^e le 
cinquiefme liured'Opian,& le neufiefme dePline,car ie ne veuil 
racôptcr toute l'hiftoire: il me fuffit d en auoir eicript ce qui me 
peultferuiraprouuer cequei*en prctens efcrire.Etauant proce* 
der a fon intérieure partie;apres que ie lay defcrite par le menu, 
ilmafembléconrequêmenteftretêpsdenbaïUer le porcrai^fl. 

La peinture de l'Oudre^jUc les Latins nomment Orcaou 
Orcynum. 




a'aiantrien oublié a dcfcrireence premier liure de ce qui apparu 
tient a ï extérieure peinïlure du Daulphin^ & des autres que fay 
peurecouurer qui font de fon efpece^tl m'a femhlé ejlre temps de 
faire jin^^ dç commencer a ce qui rejie a efcrire des parties intesf 
rieur es. 

lin du premier liure. 



Le fécond liure de 

L'HISTOIRE NATVRELLE DES 
ESTRANGES POISSONS 
MARINS, 

AVEC LA VRAIE PEINCTVRE 

& defcription des j^arties intérieures JuDaulphin, 

& plujieurs autres àeion cfvece^ 

Obferuee par Pierre B elon du Mans. 




s' < ■■.■',: 



w"K ht*- f--i r^.s 



wlo^XiJ^&UiiJLQioy Y «^A<i'''ftlt/Nf'(/;^f<j 



A mbiireigncur monïîeur le réuereni 

DISSIME CARDINAL DE CHASTIL* 
L O Njiiheral Mecœms des hommes ^uàieuh,mîiere profj^erité. 

MOnjehtieur^aiantJîHi le premier liure^au^uel tayamiplefi 
mentjj^ecijié^ce qui aj^particnt a ïcxterricuYe defcription 
tant du Daulfhin^^ue de plujîcurs autres j^oijjons de fon ejpecei 
èr haïlle lej^ortraiïl de beaucoup d' autres Jejq^uels taj fatïï reti^ 
rerdu naturel ^ainft qucles ay trouue^a prvpoiypàur prouuerce 
me tauoye entrepris de \ous\erijier:maîntcnant iaypropolédeja 
crire en ce fécond liure^les parties interieures^dej^uelles te haileray 
les^rayesejfioies^en prtuue de ce c^ue ten dtrayipuis après fadioua 
jleray feulement quelque petit nombre d'autres peirtciurcs des poif 
fons conuenables a cefie matière y car combien que taje grand no^ 
bre d'autres portraiïlSylejquels'\?ous aue^^^eus^touteffois ie ny en 
mettray nonplus que ie trouuerray conuenir a ce que ten efcriray^ 
craignât quejttenmettoye en ce lieu mal apropos^ne le trouuifjies 
tnauuais'Mumefmementqueles referue a'^ous les fpecifier en 
autre language^ &* auffi en faire ainft quil V(?«5 plaira le me 
commander. 



^7rif\A:i '' W^l) 




34 

De raffinité qui cft es parties intérieur 

RES DE LOÏE OV DAVLPHIN ET 
du Marjouin (onf crées les ^^nes auec les autres, Chaj^.l. 

S tit ia arriué a la defcriptiô des intérieures parties du 
Daulphin&des autres pouiôs de iô elpece,il m a lem 
biccitre côuenable de cômêcer par la diih action des 
{encraïUesduDaulphin^côteiees auec leMarionin. Car 
tOv4C rticiuquc les trois poiliôs quel aydelius diclsontgradattinx 
té en 1 exterieur,auiii 1 ont ils en 1 intérieur: qu i eit choie bic eui» 
dêcca qui les veuk obLeruer. Et côme ils onc quelques particulie 
res diltaicliôs parle dehors,toutainli les ont ils par le aeaés.Mais 
a fin d expoier toutes choies lepl^ luccictemét qu il me iera pof- 
lîble,ie prédray chalque partie a pariby en faiiàc côparaifô ce Iv 
ne a lautre.Et pour n eicrire tat de redictes^il fault eiitédre que ce 
quiconuiental vn,pcuItauliiconuenir a lautre. Les entiaïUes 
du Marlbum ionc k^eneralement plus robuile^ que ne iont celles 
de 1 Oyc ou Dauiphimcar le Daulphin ha les incelhns moult tra 
giles,^ greiles au r^jjardduMariouin.Lafiftuledel Oyequien* 
tre au conduict de Jeiius ia ceitC; ell moins aduancee 1 eans que 
n eft celle durvianouin.Toats deux ont les poulmons de iemhla 
ble id(iOii de en ce ditterents aux poulmons humams^qu ils n ont 
que deux lobes ou pîeces,iVn a dextre, 1 autre a ieneitieentre lef 
queiseit ie cœur,ieinblable a celuy de inôme^ excepté que Thô 
me eilant vn animal qui le tient touliours droict 1 ha pei.du def 
(oubs,mais le Daulphi ô<:iVlanouin;eilats a dét,l onc droiciemêc 
entre les deux pièces ouLobes des poulmôs:6c lecœurde lOye 
ou Daulphm, encor qu'il ibit dvn poilibn ians coinparaiion 
plus petit que le Mariouin , ii ell ce qu il iera plus grand ôc plus 
rond que cel jy dû grand Mariouin, voire tuit le NLrlbuin trois 
fois pl^ grâd que n eit TOye. Le foyc de tours deux,n eft finô d û 
pitce ncn plus que cil ceiuy de l'homme, aulli e(l il lemblabie a 
celui derhommemaisles petits l'ont quelque peu plus diuilc 
qjenontles grâds.Larattede tous deuxjn eit toute env nemaf 
le, mais cil etparle ça,& la,contreleromach attachée a de pe* 
tits ligaments>&: toutelfois celuy de 1 Oudre n eit iinô d vne pie 
ceronde,^ larattedu Daulphin eit plus grande que n ell celle 

Aa.i. du 



LESECONDUVRE 

du Marfouin.Ettoutainfi quelOyehalebec long, auflihailla 
langue de melmeunais le Marfouin a qui le nez n eft pas long, 
auiiî n ha il pas la langue (î longue.Les langues de toucs les deux, 
ne ibnc pas du tout a deliure,parquoy Anitote did: que le Daul- 
phinpourroit bien faire quelque bruit, comme font les muets: 
maispourcequ'il n ha pas la langue du tout defiiee Se deliure,ne 
aulii lesleures;il ne pourroit pronôcer vnevoix articulee.Ie croy 
bien qu'il la pulile aduancer entre les dents,niais non pas la tirer 
ïuiques hors de la bouche.ElIe eft léblable a la laguedVn animal 
terreilre^&: principalement dVn porceau,neftoitqu elle eft fran^ 
gee par le bord.La langue de TOudre ne Teft iinon vn petit par le 
bout de deuant H refte encor a dire vne merque infalhble qui les 
diftingue par le membre honteux:car le membre du Marlouin, 
eftantmort,eft aufli gros 6c grand;qu eft celui dVn homme en 
vie quand ill ha tendu^ voire des plus gros qu on fâche trouuer: 
mais rOye^ne Thagueres plus gros queftle poulce, &:nepafle 
pas huic^ ou neuf doigts en longueur. Touts deux Tont poincfu 
com me ont les chiens,& auffi ont les genitoires qui font longs ca 
chez au dedens,gros comme vnœufde poulie, ôc font cartiiagi' 
neux a l'extremité.Touts deux ont le pertuis de lagueuUe moule 
eftroiâ:e:donciemetuys fouuenteffoisefmerueillé commet ils 
pouuoient aualler de fi gros poiflbndot ils fe paiifent, mais com 
me lay défia dicbjilfault qu'ils fe reniierfent en les prenant, ou 
bien qu ils fe renuerfent en leau pour aller gaigner le poillbn qui 
naturedcmentfenfuyt au fond vers terre, a celle fin de trouuer 
les algues Se autres bagages a le cacher dedens. Mais le Daulphin 
qui n àualleiamais vn poiiîbn au rebourS;faduance pour le pren- 
dre par la tefte,laquelle il met la première dedens fon gofier,&co 
lequemment l'aualle dedens ion eftomach. Ceft vne chofe que 
i ay facilement cogneu en plufieurs Daulphins &:Marfouins que 
iaylouuentelfoisouuerts,efquels iay trouuay plufieurs poil- 
fons que ie ne penfois pas qu on les euft trouuez en lOcean. 
Car le Daulphin 8: le Marfouin auallants indifteremment 
toutes efpeces de poiffôs envie touts entiers, ont leftomach fore 
calleux Scdur par le dedens,& bié muni,contre les iniures des ha- 
reftes des poiifonsqu 'ils a^rallent comme Viues,Scorpiôs,Sargs, 
Perches,Pourpres,Orphics,Cafîèrons,Seiches,Côgres, Mullets^ 

Rougets 



DES POISSONS MARINS. 35" 

Rougets,&autres femblables qui ont fortes hareftes.Lequel efto* 
macheftlcblableaceluydVn porceau, mais il eft quelque peu 
plus long:6c qui le vouidroic remplir de liqueur, &: le croiftre en 
leftendant^il contiendroit facilement trois quartes d'eau: qui ne 
efl pas chofe difficile a croire, car mefmementceuls de la mer 
Maieur ou Pont Euxin^enuoientles Cauiars rouges 6c noirs a Cô 
llantinoble dedens les eftomachs des Efturgeôs:ô<: ceuls de Min^ 
grclie n aiants vlage de pots ou vaiikaulx de bois, remplifîent les 
pances des animaux de leur beure,roitde vaches ou brebis,qu on 
apporte vendre a Côftâtinoble. Voila quât a la Pâcecu eftomach 
duDauIphin de Marfouin;auqueI iOmcntHtn qu'on nome en Fran* 
coys la Taye,eft attach ee au irbnd, comme elle eft es autres ani- 
mauls:6c couure quafi touts les inteftins qui font defloubs, mais 
elle n eft guère gralîe^ôc eft fort fimple,6c moult déliée. Le ventre 
inférieur du Daulphin^Sc Marfouin;Ou font ks inteftins,eft fcpa 
ré par Iediaphragme;de celuy d enhault.Leur cœur eft enuelcpé 
dedens le Pericarc/twmauecvne bien grande quantité d'eau clere 
enfermée leans-.lequel ha deux aureilles, de deux ventricules , de 
pour le faire brief;il eft en toutes fortes iéblable au cœur humai 
Pareillement les poulmonsfepenuent enfler de vent, filsfont 
foufflez parlafiftuleou fluftequi eftattachee aFhcibîere ou ar^ 
tere-.laquelle eft en ce difteréte a celle de touts autres, qu'elle foit 
a deliure.Le Larinx duDaulphî que les Erancois nomment la Lu 
ette;eft longue comme vn petit tuiau que nous voions feruir de 
anches aux cornemuies.auiii eft elle fichée en fon conduicl de la 
mefme manière quelefdiclstuiaux font fichez en leurs boiftes. 
Car la fufdicf eLuette ou e^tgictis qui ferme le conduicl:,eft faide 
a la manière de deux petites charnuresdela groiieur Scquafide 
la façon de deux demîesnoix,tellement qu'il n y a aucune paitici 
pation de conduicl a refpirer entrant en la bouche comme es au 
très animauls.Car poféque tout autre animaÎ6v4'hcme fe eftoup 
pentle nez;ils ne laiftent pour cela aafpirerpai'laboucheScauf-» 
fî refpirer,mais il n aduient pas ainfi au Daulphin;Car le côduict 
qui va a fespoulmons,n eft aucunement percé en lendrcicT: du 
çofier,ainshafeullementvne cauitédeffus le front , au dedens, 
feparee en Tos d Vn petit entredeux qui eft pource que cefte hftu 

Aa.3. le* 



/ 



LISECOKDLIVRC 

le cartilagincufe Cca va inférer dedcns les deux diâ:cs pièces ou 
1 jbes de> poalmoas.c eil par icclle qa il taie bruire 1 eau en refpi- 
rant,car li la leclé en Tair de treigrande roideur en iaulcanc hors 
delà mer. 

Afcauoirftlc Daul^hm &* Marjouin portants hors ïeau 
\icnmnc en l'air vour rcjmrcr^ou pur ajj^ircr. Chap. 1 1 . 

X'Ay longcêps efté en doubtevoiatleDaulphi&Marfouinvenir 
en 1 air l'cauoir iils venoiéc aipirer ou refpirer .El côme ceuls qui 
nouct eiitre deux eaux, ont alpire auàtiè même en l'eau, ocré* 
plirleuripoalmôsde vêt, toucainfiiepeuitairede touts autres 
animauix de mer qui ont poulmonsjcoiu me Veaux, lorcues, 
Mariouins,d<: Dauiphins,qu ils viennent en 1 air pouralpirer ôc 
reprendre leur haleme. Mais il tàuk dire qu ils y viennenc pour 
taue coucs les deux;car après qu'ils ont cite long temps en la mer 
fans prendre haieine,lacnoie qu ils font la première eit de icéter 
hors celuivêcqu ils auoiét porte en la mer,car fortàts horsjon les 
oic bruyte en ledant du vent ôc de l'eau en rair,&: fault ioabdain 
qu'ils eu repreniieut d autie,car il n y en ha pouu en la merj tel* 
lementquequiauroitiiévndeidiélsanimauisaufond de leau, 
il ieroit mcoutinét fuiroqué par faulte dhaieine . V Oila quât aux 
inllruments de la rerpirati6,(S<:pourquoy 1 onveoit tels aiumaux 
fc monllrer hors 1 eau ii iouuent.Mais encor y ha vn autre poîct 
digne de plus grande contemplation, qui gift en lanatomie du 
Daulphin,^: autres poilibns cetacees,qui ne peuk etb e deichifrc 
(ans admiration de nature,cômeiedii'ay en ce fuyuât chapitre. 

Que leDaulj^hin ne je veult repaijlrefwon tourné a la rh 
uerje en prenant l autre poiffon Chap. 111. 

r^E poincl monftrelegrandfoingdenaturequ'ellehadesani' 
maulsqudleprodui(i;t,ceftqueou les autres animauls ont 
lartere encontre la gorge,ceftuyci y a le go(ier:qui eft vne chofc 
qu on peult facilemeutapperceuoir en luy fendant les maichouc 
resauecvncourteaujâciuyuant iufquesaleilomich. Taronne 
trouuera point de pércuis qui refponde alarcerecomme Ion 
veoic es autres quiontpoulmôs.Ceilceque Arittoteauoit vou- 
lu 



oejpoisjonsmarins. 3^ 

lu entendre quand il efcript,que les Daulphins ont la gueulle au 
dedens de lendroicl: du reuers. 8c fi :1s l'ont de la partie de la rcn 
ucrfe,aufl'i faulc il fils veulent manger^qu'ils foientrêuerfez.Auf 
fi did: il,Oi infïlxiarufuj^ina Defp6i«i haknty^HumoSrem niJicottHtrjirefH' 
pi«ent«r,dfomcorhpe7C«ej«e««t. C'eftla vraye railbn qui rendies 
Daulphins contraints de ferenuerfer, en mangeant 5^ prenant 
leur proye en la mer. 

Dclanatomlc desintejlins & autres j^cirtieswîcrieures du 

Daulphin £r Marfmirî. Chi:i^\ 1 1 1 1. 

T ES foies de ces deux,5^ autres féblables, touchent le diaphrag- 
mejaufli lot ils dciioubs la partie du dehors, ôc ébraflêtlefto' 
machparde(lus,&:lemunillcwdetouts coftez: lequel eft entêdu 
en longueur. Leur tjrùr«i,'p 6 nômevneCaillette enFrâcois^pour 
cequeles villageoiles pienncnc latourneureen telles Caillettes 
dôt elles font cailler I^ur laicl:leqael Pjlorus eft fi grâd, qu'il con- 
tient quafi la tierce partie d'autant; comme faiftleftomach, & 
aulîieltlongquafi de demy pied. Les autres inteftins fuiuants 
celiuyla,commeeitleie:«Hi«m,i^ IclUon font repliez en maints 
deftourSjCommenousvoionsesfrafesdeveau. Et celuy qui eft 
nom me dscHm^ned point crouué entre les inteftins duMarfouin 
&Daulphin^&Ieintertin, ou eft le pertuys de 1 excrementqui 
eft nommé ReEÏMm; eft contre la reigle des autres animaux pl^ 
grefteau Daulphin^quenefonttoutsles autres in teftins;& tou^ 
teftois il debueroit eftre plus gros 3c plus large.Ils defcédent d'en 
haultIelôgderefpinetoutdroicl,fansfe deftourner nulle part. 
Toutslefquelsinteftinr^fontainfi attaches au dos par la liaifon 
des veines meferaiques,&: par ks ligamcts,&: par les tuniques du 
Pcritone«w,en forte que fi on les deftache d vn l'eu! endroift ou el- 
les Te ntretiennen réelles le peuuent enleuer toutes enféble. Leurs 
veines font inférées par les extremitez au tour des inteftins: qui 
vôtfe terminera la groflèveinenommee Porte :Iaquelle leur eft 
moult apparente Se plus grolTe que le doigt.Npus y auons comp 
té douze coftes de chafque coftéjn'y comprenant point les claui 
cules^ne les autres courtes nom ces les faulfes coftes, fur lefquel- 
1 es la veine Axi^os eft couchée au cofté droiél moult apparente^ 
de feftend en plufîcurs rameaux en chafcune des veines ou elle fc 
va terminer. D«s 



LE SECOND LIVRE 

Comparaijon des mamelles au Daul^hin contre celles 
de touts autres ammauls.Defi^uels les \hs les ont en 
la j^oi'tîrinej es autres le long du^ctrCyles autres aus ey 
nés. Chap. V* 

ÇEtnblablement auiTi eft veue la veine caue^c eft a dire la veine 
creuie^quiibitdufoie^Iaquelleilha enflée plus groHe que le 
doigt,plaîne de fang^eilendue le long du dos : laquelle puis le de^ 
parc en rameaux^ÔC monte par le derrière du membre honteux 
delà femelle,6c va porter 1 aliment tant en la matrice que aux 
mamelles ou le taicl le laictideiquelles mamelles, ie parleray cy 
après plus amplement. Leurs rongnons font gros de chafque co- 
fté 3c IpongieuXjleiquels i'eftimoye au parauant élire les mamel 
lesanaisles mamelles font cachées delîoubs la peau entre les 
muicles de lepigaftre le long du ventre,il eft facile a les trouuer 
incontinent,!! Ion fuit le petit bout exterieur:car enuirondVne 
paulme loing des bouts des cetins;il y ha vne charnure ou carun 
cule,quirell:endenlong,côpofee dVne chair molle,fpongieufe 
ÔC rouge;qui reçoit le fang,tant des veines de la poictnnepque de 
celles des eines; lequel nature yconuertienlai(5l.LeDaulphin 
de Marfouin Se pluiieurs autres poiflbns qui ont poulmons, n'ont 
quedeux bouts es mamelles:mais nature ne Iha pas faict fans 
raifon.car comme nous voions la femme enfanter le plus fouuét 
vn feul au couptauflfi nature ne luy ha donné que deux tecins,ra 
chant bien qu'ils peuuentfuftire a vn (cul. Semblablement les 
autres animauls aquatiques ou terreftres qui n'ont quVn petit a 
la fois,n ont eu affaire de pluficurs mamelles; defquels il y en ha 
qui les portent en la poicT:rine,côme iont les chauues fouris,que 
Pline auoit au parauant efcript,laquelle choie lay n agueres trou 
uéeftrevraye par leurs anatorniestaictes dedens la grande Py- 
ramyded'Aegypte,&:dedensleLabyrinthedeCrcte.carfay veu 
Jes mères baillants a teter a leurs peti ts de leurs mamelles du lait 
qu elles ont en la poiétrine. Vne chofe qiji ma femblé digne de 
grande admiration en elles,eft qu'elles ne font point nid. Car el- 
les fe pendét en l'air de leurs crochets des aelles,en allaiârats leurs 



DES POISSONS MARINS. 37 

petits qui font remblablement pendus aux pierres des voultes. 
Les Singes pareillement ont des mamelles en la poiclnne.Cc 
qu'on ha aufl i efcript des Sphinges.Mais les autres animauls qui 
ont grand nombre de petits a nourrir,comme Taulpes,SdgIiers, 
HerilionSjPorcs efpis,ô<: autres lemblables ont eu belbing de plu 
fieurs bouts es mamelles,ldquelles font eftendues le long du ven 
tre,comme nous voions es chicnnes.Les autres qui ne nourriiiét 
quVn petit a la fois,comme Girafes nommées en Latin Cbameio- 
pardflÛ5;i:lcphants,Chameauts,Iuments>Chamois,Boucseilains 
n ot eu affaire que de deux bouts. Touteffois les tettes de to'-^ les 
fuidicls animauls font eminents au dehors. Mais ils font cachez 
au Daulphin de moultgrand induftried autant qu'ils participct 
de lartitice dont ha vie nature en les deiiuidicls.Car leur polui 
on eft comme font les tettes de ceuis qui portent pluiieurs anu 
mauls,qui les ont lelongdesmulclesderEpigaltreou Abdomen 
finonqu ils font cachez deiloubs la peau. Mais les bouts des tet 
tes du Daulphï que les Latins nôment Pafiiiasj 8c que les Fracois 
champeftres appellenc traions.ont leur fituation a la manière des 
animauls a quatre pieds; qui ne rendentqu Vn petita la i:ois, let- 
quels nature luy ha cachez au dedens;pour la difcômodité qu ils 
cuflent faiâ: au poiilbn,f ils euffent efté dehors, d'autan t quç cela 
cuft efté empefchement a la vifteiîe. Les vretercs du Daul' 
font veues manifeftes defcendre en la veicie tant des malles que 
desfemelles:laquelle vefcieeit auffi grande comme celle de la 
Grenoille de mer. Nous fauons enfice de emplie, ou nous auons 
trouué quelle contient vnechopined eau. Ne les Daulphins ne 
la relie des autres de leur genre, nont point de fiel, qui me 
femble chofe eftrange:car melmement en mangeant expreliee- 
ment de leur ii}teflin nommé P;yiorws,lequel eft celuyquienuoie 
les excréments au fieI,nous 1 auons trouué amer, comme fil euft 
efté participant de quelque amertume de fiel: de toutetfois ne 1 c- 
ftomach,nel autre inteltind après nauoient point ce gouft la, 
neauffiIefoie,lequel quand il eft bien accouftré^eft temblablc 
enlaueurôcaugouftdu foye dVn porceau: de de quelque en- 
droid: qu'on en fâche mangcr,il n'eft point trouac amer.Si eft ce 
queie fiel fert grandement atouts animauls qui ont fang, &:eft 

k. grand 



LE SECOND Livre 



grand chofe quele Daulpbin qui eft vn animal tant fanguin, 
n'en ait point,niais nature luy ha baillé quelque autre voye pour 
luy repurger le mauuais lang.Les autres animauls qui n'ont poït 
deiangjnontauiTi pointdeiroyeSc par coniequent nontpoint 
deficl.Conibienqueles Daulphinsôc Marfoums digèrent toutes 
les hareftes des poiffons qu'ils a uallent,le(quelles ils conibmmêc 
en reftomach,v jire les plus dures efpines de hareftes des poiiTôs, 
touteffois ils ne digerét lamais 3c ne confômêt les pierres qui fôt 
trouueeses celles: car nous leur en auons iouuenteftois trouué 
auec les excréments dedens le droict boyau,qui elloient preftes a 
mettre horSjSC touteffois elles eftoient demourees toutes entie* 
res,côme Cymdi£ySjnodotides,Tri^Utes^3Câuttes pierres léblables.lls 
ont les inceftîs mal aifez a nettoier pour mâger:(i eft ce qu'on ne 
lesieftepasaParistcarlontrouue aifez de perfonncs friâdes qui 
les achettent ^ de les habillent pour manger délicatement. 

Que toute ïanatomie du ccrueau du Dml^hirj^ conuienm 
en toutes fesj^arties auec ccluy de ïhomme. Chap. VI» 

T A chofe de cefte anatomie du Dauiphin qui nous a efté la pP 
admirable &iébléartificielle,eft le cerueauÂ: fes parties, car 
les nerfs qui vôt deux a deux, qu on appelle les fept coniugatiôs. 
lot beaucoup pl^apparétes es Daulph[s,qu ils ne fontes noftres 
mefmes.Et auiïi quâd los de iô teft eft defcouuert de (a peau de 
deifusjil féble propremét'eftre le teft d Vn homme-.car qui auroit 
couppé le bec alOyeou auMarfouî,le teft en reftcroicrôd,lequeI 
regardé de toutes parts par le deuât&r par Je dernere;par la fûmité 
8c par les têples,on le trouueroit mieuls reflébler a celui de 1 hom 
me,quenul autre teft quô lâche choifirde to^ autres animauls: 
car il ha les mefmes fucures^qu'a le teft de Phômep&entre autres 
notes les plus inlîgnes (ôt les os pierreux,nômez Ltt6ojdi;defquels 
il'en a vn de chafque cofte,&:au deiToubs duquel le nerf de 1 ouie 
entre au dedens du teft .Ces os font ineganls.:^ durs côme pierres 
creufes ou encauez par le dedens.Iay parlé par cy deuant des fuf 
difts nerfs, qui fe rendent es conduicîs delbuye, lefquels font 
ficftroiétsespetits^qubnnelespeultgueres bien veoir. Car en 

tant 



DES POISSONS MARINS. 38 

tant que nature luy ha nyé les aureilles,elleluy ha baille ces pe- 
tits tious. Son cerueau ed enclos de les méninges ou mein- 
branes,quiionc fore robultes.Les ventricules ôcies deftours du 
cerueau,iont correipoadâts a celuy del hôme,& ha ainii la polte 
rieure partie lèparee de celle du deuant, deiibubs lequel cerueau 
les productions des nerts tant Optid, scoucoidts y Adenci, que 
Iesautres,lortent a couples hors le teft,lesvns par 1 antérieure par 
tie du cerueau,pour venir aux naleauxjôc aux yeulxjôca la lâgue: 
les autres par les coftez, qui iè referét aux ouy es 6c aux côduicls 
de la ièxteconiugation. 1 outs leiquels lont veus percer les me* 
njnges du teit .ht d'autant qu'il elt moult i'anguin> les veines dc 
artères y lont veues plus apparétes.Or après que i ay ampleméc 
delcnpt 1 intérieure de extérieure anatomie du teit du DaulphF, 
Icauoir elt de la ceruelleôc des os, 1 uyuât ce que f ay par cy deuât 
promis.l en baille maintenant la peincturedaquelie le tey premi 
remenc porcraire en Italie fur celle qui eft deiius la porte de lavil- 
le de Riminijiaçoit que nous I euilions au parauant veue a Rem 
me chez maiftreGilbcrt,&: a Bologne la graiie chez C£Jar Odoneo 
medecins:toutelfois nous en auons aufli a Pans en nollre puiflâ' 
ccpqu vn chalcù pourra voir côforme a celle preiénce peinct ure, 

Lej^ortrai^î des ojfemcnts de U tejlc d\^ Daulfhirf. 




Compa- 



LESECONDLIVRE 

Comparaison faiïleâcla nourriture des j^ctitsDaulj^hins^esycn^ 
très de leurs meres^auec ceile des ammauls terreJlres.Cbaj^. VII. 

T ES Daulphins neles Marfouins 3c touts autres poiflbns Ceta 
cees de leur crpece;que nous auons peu obieruer, ne portent 
point plus dVnpecit a latois.ttcroyquenacureneleuraitvou 
lu permettre autrement.Car les petits ionc dix moys en leurs vé* 
tres,ou ils deuiennent moult grands,tcllement que quand ils en 
iortent hors,ils iont deiia d vne inuiicee grandeur, ht il les Daul* 
phinsenporcoientdeux au coup,iltauldroit qu'ils ne creuiient 
pas 11 grands dedens la matnce,car elle en feroit crop remplie^ 3c 
n y auroit iuffilante eipace dedens le ventre des mères pour les 
comprendre-.veumelmementqu elles les rendent en vie defîa 
partaidh.Et encore que la matnceait deux cornes^couceftois cU 
les font aflez occupées dvn ieul Daulphineau. L'vne des cornes 
de la matrice n eft pas fi grande que l'autre.La queue duDaulphi 
neau ell quelque peu recourbée dedens la petite corne de la ma* 
trice;ôc aufli la lecondine ou tunique en laquelle eft enuelopéle 
petit,laquelleles Grecs nomment chwrion, les François 1 arrière 
faisjha vne longuepartiecôme vne queue pcndante,qui eft repli* 
ce iniques au fod delà luldi(5le petite corncLaquellelort hors la 
matrice auec le pecit,quâd d eft paruenu au terme de la lufte grâ 
deur,Hlle cftcompoiee d vneinfinitéde rameaux;deveines,li- 
gamencs,nerfs;& arteres^tellement qu elle iemble eftre quelque 
mêbrane iaignàte moult elpoille-.touts les vailleauls deflus dicts 
don telle eft tiilue,vontfe référer de l'vn a laucre, iniques a tant 
quils ibientparuenuzen vn corps compoié de quatre rameaux 
qui eft nommé Vracb«5, auquel les François nonc encor point 
trouué de nom propre a 1 exprimer,finon que en quelques lieux 
côme auMaine,ils 1 appellent laTnppe du nombril^les autres la 
corde;laquelle tnppe ou corde va ie inl'erer dedens les membres 
inteneurs du petit, par le nombril Les vns entren t dVn cofté;& 
les autres de lautre.Car en tant que le nombril eft colloque au 
milieu du corps,l vne partie du dictl: VracfiHs defcend contre bas. 
Sclautre partie monte contrenont/cauoir eft que la moitié va 
finir luftementen vne coche entre les lobes ou lopins du foye,af- 
lez près de la veine caue;3c nommeeméc baillent le nourriflèmet 

du 



DES POISSONS MARINS. 39 

du fang &refprit Vital; AnimaI,&NatureI;prouenantdela me* 
rc^enucyéleansparleldids ligaméts tantaucœur,aucerueau, 
8^membresprincipauls,qu'autoye.Cen'eftdonc pas merueille 
fiks douleurs des matrices que nous nommons la mère, l'ont fi 
vehemétes, veu qu elles ont li grade familiarité &: cômunicatiô 
auec les plus nobles parties de tout le corps^ôcaulli que toucs 
les corps font grandement tranfpirables, attendu que les petits ' 
melmes infpirent de afpirét dedés les fecôdines es vétres de leurs 
meres.Et pour prouuer celle chofe.Qu on tuevn animal pregnâc 
de loubdain qu on ouure la poid:rine de Ton petit; Ton voirra re- 
muer les poulmons&: Ion cœur.Touchant ce poindl ic nauray 
pasfaulcede telmoing de lauoirveu en vn Chameau delaifle 
Ibubsfachargeenvne plaine d'Arabie au voiage de monlîeur 
le Baron de Fumet gentilhomme de la chambre du Roy,en des- 
cendant a la ville nommée le Tor du mont Sinai au riuage de la 
Mer Rouge.Ie n'ay point eu de Daulphî en vie qui fuft pregnât 
pour experimétercelâ,touteHois le Daulphin ha toutes ces mer- 
queSjmaisilvitenautreelement.Orlcfang enuoyé au foyeeft 
diilnbué leans 3c a leftomach de aux inteftins,ou il eft cuict par 
la chaleur du foye:&: entre par lexcremité des va ks en chafque 
partie interieure,tellement que toutes font nourries du fang ex* 
terieur;qiie leur enuoie la matrice par la communication de la 
fecondine.Et encore qu'il n'entre par la bouche en leftomach, 
&:delaauxinteftins,{ieftcequ'iln'yapartiede dedens quifoit 
oyleufe,car Ion trouue mefmementledroict boyau, autrement 
nommé le gras boyau,cn quelque temps qu'on le regarder touf* 
iourspleinde lexcrement prouenant du iang,dont le petit eft 
nourri.Car comme il reçoit du fang extérieur dont il eft nourri, 
lequel ilnepeuIttoutdigerer,par conlequent ilfault qu'il fen 
face de l'excrement^rduquel quand il eft fuperflu, le petit len def 
charge en la fecôdine> comme Ion peult veoir chafque fois qu o 
vient a rouurir,6een ce temps la le lufdiét drcicl boyau nommé 
ReH«m inttjïinHyquc i'ay dicl eftre le plus petit es inteftins des pc* 
res,ilcftk plus gros es enfants. Voila quant a IVndes rameaux 
de VracÉMi qui monte au foye. L'autre partie des rameaux defêd 
en bas,6: fe vient lemblablement inférer dedens la veine caue, 
en tenant la vefcie tendue contre mont,6c diftribue de cela quil 



LE SECOND LIVRE 

r le 

porte tant aux veines des eynes que aux nerfs Sc artères^ jpour , 

naurniTeaient de coûtes les partiei i ncerieures. Au milieu de g^ 
quatre vaiiieauls,il y a vn conduict qui ie va rendre leans en vn^ 
membrane nommée des anciens a mmoi y laquelle eftrobuiteÂ: 
claire,mais elle n eft pas du corps de la tunique du Chignon autre- 
ment dict la fecondme.Car auiii ed elle par la partie de dedens, 
compoiee de deux pellicules enfermée auec le pecit dedens la fe* 
condine;eiquelles cil contenu vne liqueur reilemolant a leaU; li- 
non qu elle cil vn peu plus vuqueufe,a^ y en a quancicé ielon Ica 
ge du petit:car quand il ha lix moyspn y trouue bien vne quar- 
te de liqueur.reuilè péfé que ce i^uit eité ibn excremét de iVnne, 
n euil cité queie me fuys trouué a la tin du moys de tepcembre 
&:d octobre en diuerfes contrées 3c a pluùeurs i:ois a les obieruer, 
auquel temps les DaulphuieauX(&: Mariouineauxeitoient encor 
fi petits en leurs vetres,qu a peine pouuoienc iL auoir la groiTeur 
dvnenoiXySctouceffoisilsauoient deiîa ceite liqueur, auquel 
temps la {econdme ou cSoûrion elloit bien proportionnée a la grâ- 
deur des petits,car confequêmenc elle l'augmente ôc croiil quât 
&: quant euls.Ecamiî iuyuantle temps en portant leurs petits du 
rât rhyuer,prm:itemps,>3^ bonne partie de 1 eité^les rendent avne 
parfaicle grandeur:tellementqu ils les peuuenc garder dix mois. 
Et en cela le vucd bien conforter le dire d^Ariitote. Tay obferué 
en plufieurs Marioums 3c Daulphins ce que i ay dic% car durant 
l'hyuer leurs pecits lot ii petits^qu ils ne iôt guère > pl^ grosqu'ell 
vn barbeau:&: touteitois ils ont deiîa grande quantité de liqueur 
claire dedens 1 A mmoi:(5<: auprimtemps citants fort proches de 
leur iu(legrandeur,ils en ont plus grande quantité: 3C confeque- 
menti eilé enfuyuant citants paruenuz a terme, les femelles lot 
trouuees deliures,6c les petits qu'elles ont mis hors en la mer,inca 
pablesdeie paiftredeulsmelmesimourroientdefaim, n'eltoit 
que nature po jruoiant a tout ce quelle produit, aianrfoingde 
les nourrir,hadônédeux mamelles a /a mere,dôtles petits bouts 
(ont de chafque cofté avn poulce lomg de leur membre hôteux, 
mais ils font cachez au dedens,^: le per tuis qui les cache eft com 
me vne fente en la peau eitendu en longueur : lefquels les petits 
tettenccommevn autre animal terreftre. Ariftote hadict tou- 
tes ces choies çn moins de paroUes, car il efcript qu'ils por t et dix 

mois 



DESPOISSONSMARINS." 40 

niois,6^ qu'ils vont deux a deux mafle & femelle. Vn paflTage en 
Pline m a leaiblédoijbcabIe,quandil eicripc qu ils Tacouplent 
au printemps. A^wnt(dic il) vere coniH^ia.Et fi ainà e(loit5]l fauldroit 
pour les laiions que i ay dicles^qu'ils enfancallent en y uer. Mais 
les autres exêpia:res de i^line ont, A^Hnt/erè cotHjia. Et c]uand ores 
on liroit vere,peult eftre que ce mot n eCt polt nom, ains aduerbe 
verè.De moy lâchant qu ils Pacouplent deux a deux &qu ils ne 
fe laiiient point IVn lautre,ie ofer^y peni'er qu ils habitent indif- 
féremment félon leur affection comme aulU fort plufieurs au- 
tres animauis.Ou bien volant quilsont vn temps député par na 
tureafengroirer&aentanternîme iemble que lene fauldray 
point en dilanc qu ils f engroflent en la fin del erté,ou(cômedit 
Ariftote)en A utône Caccouplàts malle 6c femell e;ôc fe mettâts 
leventredelVncontreceluyderautre, ala manière des hom* 
mesiqui eft vne chofe qu on a aufll efcript des Ours. Reprenant 
maintenant les choies de plus loing,aiant par cy deuât parlé des 
membres honteuls des mailesjil refte a parler de Tanatomie de la 
matrice des femelles;ô<: de leurs petits, & comme ilsfont con* 
tenus dedens VEm^rjûn-xâr après que i'ay trouué que lesDauIphîs 
commençoient des lautône a auoir forme défia gros comme V' 
ne noix, &: qu'en yuer ils eftoient de la grofieur d Vn Carpion , de 
ainfi voûtez leans:5^ que au prim temps ils font défia fi gros qu o 
ne les peult empoigner des deux mains: &qu'en elle ils loient 
paruenus a quelque defmefuree grâdeur telle qu on n eftimeroit 
pas:il ma femblé en bailler la peinclure,tant des petits que delà 
matrice,lefquels eftoient au f)arauant enfermez dvne tunique 
quefayfouuêtnômeelecondine, laquelle après l'auoir rompue 
i ay couché le petit defius,&: faicf peindre ainfi attaché par le nô^ 
bril;Commelepre(ent portraicl demonftre.Ce que l'ay nommé 
tunique, les François le nomment larriere faix,delaquelle(com 
me f ay ciit)rvne des parties entre en l'autre corne de la matrice. 
Le petit eft trouué creu leans en yuer de la grofleur d'un Carpiô, 
alors il ha fa queuerempheaplat,maisfurla fin du primtemps 
il Tha quafi en cercle lunéi&hal harefte de deflus,couchee contre 
le dos'&fi c'eft vn mafkjvn petit bout du mébre hôteux luy fort 
hors;3c fi c eft vne femelle,le mebre feminî apparoift fort euidét. 



LE SECOND LIVRE 



Ils ont aufll les aelles couchées contrele corps. Les mafles oultre 
le percuis de Texcrenienc en ont vn autre au defïoubs:IequeI per- 
mis neft point trouué es plus grâds;&:encor que iaye voulu luy 
ure lediâ: conduicV, ie n ay fceu Icauoir quelle part il va;car il fe 
départ incontinent en deux rameaux. Les petits oncvne merque 
itîemorable,qui eftvn enleignemét de leur iens d'odorer,ceftque 
aux deux coftez delà leure d enhault afTez près de l'extrémité du 
b€C;ils ont des poils de barbe, qui (ortent hors la peau alTezlon* 
guettes;&: durs comme Ibye de cheual'.lefquels poils ne font pas 
en IVn comme en lautre.Car l'Oudre en ha quatre de chafque co 
fté,mais le Marfouin n'en ha que deux.Suyuant ce que i ay pro-» 
mis bailler la figure d vn petit auec fa matrice,i'ay bié voulu pre* 
mierement dire,que tout le portraid ainfi que ie le baille,eft nô* 
mé£mÉryo;car aîfi eft nômee toute la matrice entière auec le petit. 

La j^miiurc dcl' Embryon à\n Marfouin. 




DES POISSONS MARINS. 4I 

T E petit eft en peinture deflus le CSoûri^ityOu t uniquc,ou larric 
re taix, eftenau fur la matrice, ainfi qml ha cfté trouué de* 
denslVne des cornes, auquel VVracijHsciï attaché au nombril. 
Les telticules delà femelle lont de chafque cofté defloubs les cor^ 
nesdela matnce.Les vreteres de la femelle (ont de chafque co- 
de de la veicie,qui eil peincle fur le col de la matrice. Voyla vne 
brietue explication de ce que l'œil veolt extérieurement. 

E xfltcation de ce ^uc la ju^dtïlci^cinciun contilt intcrieun 
rmcnt. Chap. VIII. 

l 'Ay défia didt que les membres honteux des Marfouins mafles 
auoientplus d Vne paulme en longueur: fcauoireft autant que 
comprend lexcremité dupoulceô^dupecitdoigt; quiaucremét 
eft la meiure de douze doigts :& que les mebres desDaulphîs n e> 
ftoienc pas li lourds ne gros;6c qu lis n auoiét point plus de huiâ: 
doigts de longueur:par conlequenc auififault il croire que les fe 
mclles des fuldiéts; aient membre correlpondant 6eproportion- 
néauxmailes:&:queles Marfouines;aienc autre côdulél que les 
Daulphines.Voulanc donc maintenant pourfuyure d'ordre a nô 
mer chafque chofe de la iufdid:epeinâ:ure,ie commenceray au 
premier conduict de la nature,lequel eft fort fpatieux par dedés, 
mais rentrée en eft trôcee de rides qui la font eftrecir: de combiê 
quelaDaulphînefoit blâchedelîoubs levétre, (i^eft ce qu elle ha 
le conduicl honteuxnoir a lêuirô, Se a vnpoulceloing aux deux 
coftez,ily a deux petits trous fendus en lôgueur,quilôt les trous 
des mamelles;6<: au deffoubs de la fufdiâre bouche hôceufejcôtre 
bas,eft le pertuis de Icxcremet, qui eft fort rôd 3c petit au regard 
du defl uldicl qui eft tédu en lôg:to l'étree de ce deif^ dit côduiâ: 
hôteux il y a quelq; petite pellicule ou reifort^qui péd de la partie 
d'enhault,laquelle le ne vueil nômer en Francois^côbien qu'elle 
ait nompropre,cariIefthonteux:laquelIe cachele conduidrde 
IVrine venant de la vefcie.Entrant quelque peu au dedens l'on 
trouue deux callofitez ou durtez des deux coftez quelque peu ef 
leuees correfpondantes aux hymenes, lefquelles tiennent le per- 
tuys du conduit honteux renfermé La capacité de ce conduid: 
de la fcmelle,par le d€dens,eft longue de quinze doigts de Tin ter 
' '" ' L. ualle 



LESEcoND Livre 

ualleoudiftancedervneentreeou bouche a l'autre: fcauoir eft 
de celle du dehors a l'autre qui eft interieure.ElIe eft fort tiflue de 
rides,quilatiênenreftrecie,a^ eft moult blâche par le dedens,auf 
fi qui veult,elle feftcnd en telle largeur, qu on y pourroit faire 
entrer vn œuf par l'extérieure entrée honteufe^ôcle conduyre 
fans le rompre iufques a l'autre féconde entree,laquelle eft la pre* 
miere clofture, entrant par le dedens en la matrice . Cefte fécon- 
de entrée eft moult eftroicle,^^ pour la bien veoir,il fault la regar 
der par le dedens de la matrice, alors on trouue changement de 
couleur :car ou celle fubfdidre capacité confiftoit en blancheur, 
alors elle prend fin ou la féconde entrée commence, & la elle 
eft compofee auffi d Vne cheuelure, qui eft faiéte des extremi * 
tcz de plufieurs veines &: artères, qui font de diuerfes couleurs^ 
comme noires,rouges,blanches;bleués,grifes;fe touchants IVne 
a lautre.C'eft la que commence celle fecôde capacité qui feftéd 
en la matrice,dedens laquelle le petit eft enclos auecla fecondi* 
ne.La matrice eft embraifee pardeflbubs de touts coftez dvnc 
infinie cheuelure de veines,qui fe terminent par les bouts de tou 
tes parts en ladiclematrice,lefqueIlesfortentdesrameauls delà 
veine caue,par le derrière du membre honteuxj&fuyuêt parles 
coftez montantcontremont,&:fe infèrent parledelfoubs fur la 
matrice. Mais le petit eft leans enuelopé de fa fecondine, laquel- 
le fort quant Scquant Iuy,dedês laquelle il eft totalement en tour- 
né de toutesparts.C'eft vne notequi ne conuient pas a touts ani* 
mauls qui rendent leurs petits en vie,ne melmement auxpoif- 
fons cartilagineux.Car les R.l3itte/,que les François nomment An- 
ges de mer,& les Rouifettes de les Chiens de mer , rendent leurs 
petits en vie;lefquels ne font pas enuelopez de tuniques,mais feu 
lement font conioinfts de VVracèus par le nombril a la matrice: 
nous auonstrouué telle foisqu'vn chien de mer de petite corpu- 
lence en porte vnze d vne ventrée, mais difpofez en forte que 
latefte en fort la premiere:chofecômunea toutsanimauls. 

Que pkfîeurs animauh renient leurs petitsfansfecondineSy 
mais mils auoient efléforme':^enoeufs en la matrice.Cha.IX. 

QVant a ceuls qui font ainfi attachez a la matrice par le nôbril 
fans 



DES POIS SO N$ M AR IN s. 4X 

fans tunique,il fault entendre qu ils aiét premierem et efte leans 

creezenœuf:&rpuis delà petit a petit prénenc leurs formesdedés 
les ventres,dontalaparfinfontprodui(5ls lespetits,kfquels en- 
apres les mères mettent hors toutsnuds fans lecondine. Voyia 
quant aux poiflbns cartilagineux qui en naiflantlont exclos las 
aucun enueloppement.Mais des terreflres laSalmandre rend les 
petits en vieia parfaiéls;6<: qui Icauent chemmer des Theure rnef 
me qu'ils ronthors;&:dequarâteoucinquâtequellerend, ilny 
en a pas vn éuelopé de tunique,nô pl^ que les petits de la V ipere, 
laquelle réd aulîi lès petits en vie, l'as lecôdinesxar les petits fu- 
rent premièrement en œuf en la matnce,mais a les elclorre elle 
les réd lâs tuniques;CÔme maiftrc Pierre Geodô,tre(expert appo 
ticaire,ha vcntablemét obferué.La Chauuefouris auffi, rend les 
petits en vie (as tunique:ce que ne fôt les Rats,Souris,Taulpçs, 
ôc autres a qui elle eft iéblable.Les Infecles auffi corne font Pha* 
Iangiôs,&: hfcherbotS;CÔçoîpuentféblablemét les œufs en leurs 
ventres,dont puis eft procréé l'animal lans tunique,lequel ils gar 
dent ia parfaiét loubs leurs poidrrines.Mais le Daulphin,leChaul 
dron,l'Oudre;le Veau de mer,&: la Baleine,ne font pas ainfi:ains 
font leurs couches lans l'aide de cculs qui relieuent les petits, 3c 
toutes fois il ne laifle a fortir grande qualité de fang du nombril 
du petitqu^ilsenfantent^s^ principalement quand ils lèparét les 
tuniques ou fecôdines. Et fault neceflàirement après que le petit 
a efté rendu hors la matrice de la Daulphine, que la mère luy fe* 
parelafecondmeauecles dents,&:laluycouppe^ ieparedunô' 
briI;Com me auflî font touts autres animauU a quatre pieds, ainfi 
qu'ils font apprins de nature.Iauoyaceflé de parler des veines 
qui fortent du corps de la veine caue, 3c entrent par les eynes en 
la matrice,quifontcellesqui baillent la nourriture au petit; la* 
quelle nourriture luy eft premieremét cômuniquee par le raoy^ 
en de fa tunique: carelle eft comme vne efponge humide, la- 
quelle appliquée a vneautre,la rend humeélee, tellement que de 
lamatrice,lenourriffemêtpeuIt facilement paifer a la lecôdine, 
laquelle n'eft aufli qu Vne malle de vcines,non plus qu eft la ma* 
trice.Ceci ne foit trouué difficile car toutes fe rédent a YVracf)Hs, 
quieft vn (eul corps ou fe referêt toutes autres Lgatures de la fecô 
dineafon nombril. La matrice des Daulphins eft cochée a la 

L.2. fum* 



L E StC ON D LIVRE 

fummité;Car elle ha deux cornes qui feretreciflent contre bas,Ief 
quelles fontvoultees de chafque cofté a la manière dvn arc tédu; 
^ccroyque naturerafaidl pour donner lieu a ieitomach; 3c a 
chafque corne il y avn genitoire,qui fonc deux en nombre^beau- 
coup moïdres que ceuls qu o veoic es ma{les,leiquels enuoiét vn 
conduid de chaique cofté qui i'e réd aux paraftaces, pour porter 
la lemence laquelle ils ne rendent pas en la matrice; car lesyaif* 
ieaux la conduisent dedens la capacité du membre honteux de 
la icmdkfdc non pas en la matrice/cauoir eft entre les deux CO' 
duids ou ouuertures du membre hôteux^que l'ay délia delcript, 
mais plus près de celle de la matrice que delautreexterieure.La^ 
quelle choie fe peult prouuer,comme ie diray cy après : mais il 
tauit premièrement entendre que c eft la raiionpourquoy quâd 
les femelles ont conceu,encor que la iemcnce foit entrée par lou 
uerture de leur matrice, & que la matrice foit ii eitroictement 
fermée durât qu elles lont grolTes^qu'il n y entrcroit ne fortiroit 
de leans choie qui fuft de la groiïeur d Vne poincf e d'elguiUe de^ 
Iie,touteffoiseftantsain{ipregnantes elles ne laiflent pourtant a 
ied:er leur iémence 3c la mettre hors par le membre hôteux que 
iaydidquandellesf accouplent auec le malle^tout ainfi côme 
quand elles n'eftoiêt pas grollés.Or fi cela eft vray que la matrice 
loit ii eftroidrement fermée quand elles font groffesjauiïi fault il 
quil Ibit vray que leur femence ne pâlie pas par dedens la matri 
ce,car elle y demeureroit enfermée auecje petit: mais comme 
i ay dict;la femence des femelles fuiuant le conduid des parafta 
tes,paffe par les coftez de la macrice,&:eft rendue a l'entrée de de 
des la capacité du mébrehonteuX;lequelpuisnerempefchepoïc 
de fortir.Ceci foit entendu de toutes efpeces d animauls.Mais le 
petit Daulphin^ou autres de fon efpece,eftant en la matrice^por^ 
te plus fur 1 Vne corne que fur lau tre,laquelle eft plus fpatieufeSc 
large que n eft l'a utre qui eft vuyde, 

D'\n Marjouineau trouué au Centre de Ja merCy lequel 
vource quil ejïoitft^Yand^futj^rcfcntc au Roy Irancoys. 

Chap. X. 

TEneveuI palïeroultre fans cfcrire vne chofe notable que i'ay 

ouy 



DES POISSONS MARINS. 43 

ouyracompter touchant le Marfouin.Cefl: qu'il foit aduenu a 
vn niaiiue à iioitel de chez le Koy-jd'auoir trouuévn fi grâdMar 
foum deaei)s le ventre de la mère, qu il ne le peut veoir finô par 
grand admiration, parquoy il le trouua d autant plus digne de le 
taire veoir au Roy irrancoys, lequel tut fi grand admirateur des 
œuures dénature, qu il voulorc expreiiéent qu'on luy prelentaft 
toufiours quelque choie ue nouueau; auiii on lc luy preieri'- 
ta onc choie tant fuit petite,qu il ne 1 eilimail grandement,& v 
fait de grande libéralité a ceiuy quilaluyprelentoit. Mais après 
quileut veuvniigrandpoilionquonauoittrouué auvétredû 
Mario uiii; alors il commanda qu on luy appellaft ceuls delquels 
il attendoit en auoir certain iugement,mais ils furent d-opinion 
toucha ntcecy^queleMaribuinlauoitâinfiauallérdifants que les 
poiiTons fe mengeoient IVn lautCe> non lâchants que les Mar- 
iouins portaflènt leurs petits iî grands j6^ qu'ils les rendiilent en 
vie .Or ceftefoislaon auoitauiii amené vnpoiflon Chauldron 
quant ôcleMaribuin,lequel.Chauidron il voulut veoir départir 
en piecesj ôi le bailler aux Souilles de la garde; car il n'en voulut 
pas manger.Toutes lelquelles chofesie n ay pas veu moimefme, 
mais ceci me fut dict en regardant ouunr vn Marlouin a fain<5t 
Germain en laie, preients les JUcuicrs^dc quelques maiftres d ho- 
ftel,quidilbientenauoir trouuévne cinquantaine de petits en 
leurs vies es ventres de leurs mères: mais qu ils n'ont ibuuenance 
d'en auoir onc trouuué plus d'vn petit au coup.Semblablement 
nous auôs toufiours eu ioing derecouurer les petits de ceuls qu'ô 
apportoitaux halles aParis, car la couftume eft de lesénuoyer ie* 
iâerenlariuiere.Enforte que nous enaions eu telles fois qua- 
tre a vn iour de vendredy,du moys de May . Mais ïe n'en . 
{ceu onc veoir plus dVn a la fois, combien queie feroye bien 
d'opinion qu'ils en peuuent auoir deux, comme Ariftotei'ha 
cfcript . Voyla touchant le nombre despetits que le Daulphin, 
3c Marfouin portent en leurs matrices. 

Defcrij^tion de tinterieure anatotnie âc tOudre,(^uc les La 
tins nomment Or ca. ^^ . -.. Ckap. Xj, 



j-t-* jk.> 



^ fin de diftinguer chafque chofe en fon chapitre particulier, 

L.j. après 



LESECOKDLIVRE 

après que i'ay baillé l'anatomie interieure,& tout le difcours tant 
du Daulphm que du Marfouin;! ay bienvoulu bailler lanatomie 
intérieure du luldicT: grand Marlouin que i ay nommé vne Ou- 
dre,dontiay défia defcriptlexterieure.Hc fault noter que lanato 
mie intérieure du Daulphin,du Marfouin^&rderOudreeftfem* 
blableen toutes choles.Et en regardant exactement, ôc cherchât 
quelque merque qui les difcernaft,ie n ay trouué ditferéce aucu* 
ne,finon en la ratte,que lOudre ha dVne feule piece:&: la langue 
qu'elle n'ha pas cochee,finonvn petit par le bout. Cela efttout 
arrefté ôc manifefte^que iamais toutes ces efpeces, ne font leurs 
petitsqu'en temps d efté:car oulcre que Arillote hommeverita- 
ble nous 1 ha afleuré,nousrauonsauliï trouué par experienccjfui 
uantrobferuationquenousenauonsfaicliournellement. Il ne 
refte rien diniîgne a defcripre de TOudre finon, quilluy ad* 
uient (comme auflî au Marlouin; Daulphin;& Baleme)d'auoir 
la gueule eftroide;^: le conduit delà gorge depuis la langue luf" 
ques a 1 eftomach de la partie du reuers,c eft a dire quele tuiau de 
l'artère eft entre deux:tellemcnt qu'elle ha la gueule de la partie 
dureuers:auflifaultilquelleferenuerieala manieredela Balei* 
ne,6c des autres poiiTôs qui ont pouImon.Onluy trouua diuèrfes 
fortes de poifl'ons dedensTeftomach^cômeRayes^Gournaux, 3c 
Viues. Semblablementauoitle foyc fans fiel,&: mefmes poul- 
mons & diaphragme que le Dau[phin:&: fi grande quantité dm* 
teftins^que a peine y en auroit il autant en vn bœu t 

Qutl ny aitpint de dijferencc en la defcrij^tion delà ma 
tricc du Daulphin^auec celle de l'Oudreou Orca. CXI. 

Te nefcriray autre chofede fa matrice,en tâtquei'ayfaidrpeî» 
dre celle duMarfouin,a laquelle celle de TOudre eft lemblable. 
Touteffois i ay aufTi bié voulu faire peîdre le petit Oudreau delï^ 
fa tunique ioignât la mere;ainfi que le peinétre induftrieux mai* 
ftre François perier la veu hors de fa matrice>ou le petit eft quel- 
que peu rephé,toutainfiqu eft celuy du Daulphin: il ha quatre 
petits poils de barbe de chafque collé des leures. Les Marlouine^ 
aux n'en ont que deux:& touteffois nul des grands ha cefte chofe 

la, 



DESPOISSONSMARINS.' 44 

Ia;&:mefmcmentAriflote Cefinenieille, que il n'y ait aucune 
apparence des conduits du fens d'odorer es Daulphins:Ie(quels 
touteftbis odorent foigneufement,laquelIe chofe ie puis aufli bié 
référer au Marfouin&Oudre. Les fufdiéls poils tumbentaux 
Oudreaux en croiflant:& quand ils ont pafle demy an, il ne leur 
en demeure aucun veftige,ne de poil, ne de pertuys. Les petits 
Oudreaux font beaucoup plus camus que ne font les mères: car 
deïorcequ'ils font camus;ilsontvne coche enfoncée dedens le 
frônt.Oultrelafecondineencor ha vne petite pellicule déliée, 
qui eft la première peau dont ils fôt couuerts,laquelle eft moult 
délicate 6c tendre &: polie: car celle qui eft par delfus le dos, ne 
eft finon^vneconfufion déveines treffees. Et les ligaments de fa 
fecondine,qui font attachez au nombriljfôtmarquettezdequel* 
quesafperitiez, comme Til y auoit des petites perles femees par 
deflus:lefquels fontauifiau Daulphin,ôc au Marfouin. 

Comment la chair du Marfouin ejl dijïinguce de celle du 
Daulj^hin^^afcauoir quelle eJl la meilleure. Cba. XI I^ 

. ' \" 

T ES vi uendiers de autres gents qui voient iournellement trén^ ; 
cher lesOyesou Daulphins,& les Marfouinses poiflbneries, 
fcauent bien lequel des deux eft le plus requis pour eftre le mciU 
leur a manger.Et combien que les mterieures parties des deux 
comme font les trîppes,foye)poulmon;&: le cœur,ne foyent pas. 
eu gouft fi différents qu eft la chair, touteffoisauant elcripre le 
gouft d'entre leurs chairs ievueil premièrement donner vne par 
ticuliere note qui diftinguera IVne de l'autre quand ils ferôt veus 
trenchez defifusTeftal en pièces. C'eft que le Daulphin ou Oye 
n eft pas fi gras qu eft le Marfouin. Et pour autant que le Daul- 
phin n eft pas fi gras,aufli eft de meilleur gouft,&: beaucoup plus 
profitable ôc plus deledrable que n eft le Marfouin.Par cela ceuls- 
qui font couftumiers de veoir fouuent touts les deux 6c en ache- 
ter, prennent plus voluntiersdu Daulphin ou Oyé que du Mar^ 
fouin,fuyuant leprouerbe François qui dit,queks plus maigres 
poiflons font les meilleurs;c'eft a dire que ceuls qui Ibnc naturel* 

lemêt 



i.E SECOND LIVRE 



lement grâS;ne font pas fi bons que ceuls qui font naturellemét 
maigres.iVlaisqu vnMariouinouauaepoiflon gras de nature, 
exténué ôc amaigri foie bon,cela n encens le pas,ains de to^ poif- 
fons de quelque nature quilsloient les plus gras en leur eipcce 
(ont touliours les msiUeurs.Celî: allez parlé dVnc celle viande 
cooimeeil celle du IVlarlbmn ^ du Dauiphm,doncie me cimer 
ueille corn mène elle, foie deuenuetanc cliere,qu il ny aie que les 
grands leigneurs qui en puiiTencauoirj6CCouceiiois il n y ha au* 
theur qui aie iamais dicl qu'on en mengealt anciennement. 

Que les anciens nauoient j^oint accoujhmé de mander du 
Daulj^bin^ Chaj^. Xi I II. 

QV onlifeles efcriptsdesautheursanciens,tant des Philofo- 
phes de auifî naedecins, que des tnodernes,&: fi Ion en erouue 
quelqu u qui ait iamais elcripc,qu on aie anciennemenc mâgé de 
la chair du Daulphin,ne qu elle fuftiamais mangée de leur ceps, 
ie (uys concenc qu'on ne me croie pas . Galien ha bien efcript, 
que les grands poiifons démènent meilleurs d eftre falez, 3c qu'ô 
pourroicbien manger du Daulphin,mais non pas qu on en mâ^ 
geafl:,au(fi pour bienlelouer,c'eftvne viande qui feroïc pluftoft 
a laiUer en U mer qu a élire mife en IVfage des homes, car met 
mement ne les Loups ne les Regnards affamez nauroient cure 
d en màger,encor qu'ils deuffenc mourir de faim, chofe que nc^ 
auons crouué eftre vraie aux riuages du Pont Euxm, ou nous en 
auons veu vn mort,qui demeuroit ians eftre mangé.Et croy que 
fi les oyfeaux de belles fauuages euiTenC eu cure d en manger, on 
ne l'cuft pas crouué la CouC entier.Ec Couteffois il eft au gouft des 
François le plus délicieux de coucsautres poiiTons: Se monce a fi 
hàulc prisdéeaillé de vendu en pieccs,que fouuenccffois vn (eul fc 
ra vendu plus de cinquante efcuts,aulu il n'y ha aucun autre poif 
jfon a qui Ton f çfforce de faire meilleure faulfe qu a luy,ne regar^ 
dant point a la defpefe qu'on y faicl pour la faire bonne ie feroie 
bien d opinion que de n en manger point feroit pourle meilleur. 



DES POISSONS MARINS. 



45 



Que l'artifce des hommes pijje excufer le default de na» 

ture,^ donner bonne grâce au mauuaisgoujï desj^oijjons. 

Cha^. X V. 

QVyuâtcecy,ievcuI racompter combien lartifice des homes 
peuk adioufter a naturercar les paoures mariniers &:petcheurs, 
aiants pris des poiflbns quid euls mefmcs font de faueur ingra- 
te;CommeibntIesefpecesde Chiens nommez en Latin GaUif 
ou pluiîeurs autres cartilagineux; comme Lamiay A^mia^ôc ceft ui ci 
quei ay icy portraicl nomméZyena,ou LiStiiaiils leur (cauent fai 
revne faulce fi propre,que la faueur de la faulce furpafl'e la faueur 
ingrate du poilTon, laquelle leurofte la mauuaife odeur, Scies 
rend delecïables:&: tout ainfi que les plurielles font telles faulces 
au ec bonnes Mufcades>Girofles,Macis,&: Canelle battu e,Bf;ur 
re,Succre,Vin aigre^Pain rofti:Iefquelles choies le s cuifiniers a- 
faiiônentfi bien au Marfouin,queencor qu'il fentift leRegnard 
efcorché^touteffoisils le rendrôt dVn gouft plus friâd,S<r d vne fa 
ueur plus exquife que ne font lesRougets,Barbez,ou Lâproyes, 
Aufli les paoures gents n'aiants point tantdechofes a corn- 
mandement,aiants tant feulement des aux& des noix, qu'ils 
battent auec du painSc delhuille,&:du vin aigre;ils feront vne 
faulce a leur poiiTon^qu'ils rendront a leur appétit fi delicicufe 
qu'on n'en peuk mâger,fi non par grande fingularité:&: telle ma 
niere de faulce eft généralement cogneue de touts pefcheurs, 
qu'ils nomment vulgairement de TAillade. 

Lefortraiï} de Libella cjue lesGrecs noment Zi^^^na, êr 
les Romains ^na BaleJlciyCeJl a dire^ne arbalejlre. 




; '. L E S E C O N D L I V R E 

TL fut vn temps qu on auoit accouftuméde iecler les deux ael- 
les ou bras 3c les cjueues des Daulphins,&: Martouins,ou bié les 
attacher aux portes:mals ie ne Icay quelle nouueaucé ha inuenté 
que maintenaton lespreFere a toutes les autres parties du corps, 
choie que l'ay apprîle a Roué:car ceuls qui ont ie droicl des poif 
ionneries,apres qu'ils ont tâict dehurer les Daulphins aux poiffô 
nieres :elles leur raportent les trois pièces pour leur droict, qui 
1 ont les deux aelles (i^ la queue. 
De lanatomic des os du Daîdj^hin^Marjouw^b' Oudre.C.XYî. 

l 'Ay efcript tout lexterieur^ l'intérieur de lanatomie du Daul 
phin,Maribuî;(3cOudre.Il refle a parler quelque chofe de leurs 
os.ll nie louuiêc auoir trouué vn Schelete tout entier dVn DauL 
phin^au riuageduBo/jpÊore Ommeriw^, celle tois que nous eftions 
allez auec moniieur Gtiïi«5,veoir quelle latitude il auoit en ce de* 
ftroit d vne nue a 1 autre:lequel schcUtos ou compaclion des ofle- 
ments^ofté qu'on n'y trouue point les oflements des lambes^ileil 
i!emblableaceluyderhomme;5^ypeulton difccrner vingt ac 
quatre groffes vertèbres: dont celles qui defcendent iuiques bien 
près du pertuys de 1 excrement,(bnt percées en icelle part^ou eft 
la mouelle quidelcend depuis le teft le long de lelpine du dos. 
Mais les autres vertèbres qui deicendent iniques a 1 extrémité de 
la queue;ibnt feulement comme fréquentes petites rouelles ron 
des^attachez les vncs contre les autres fans eflre percées. Aufli la' 
queue eft ieulement compoiee d'vne matière nerueuie lans au- 
tres oiiements. Mais les aelles ou bras des deux coftezdu Daul^ 
phin^encor qu'ils foient courts^iî ell ce qu'ils ont touts les mef* 
mesollementsdelhomme.raydKflpar cy deuant combien il 
ha des coltes^i'adioufteray qu'il ha les os du ilernô pP approchâts 
de 1 humam^que les animauls aquatre pieds. Au lurplus il ha les o 
moplatesquiiontappellees en François les palettes. Aufll ha les 
clauicules,quifepeuuent bien recognoiftred auec les autres olîe 
ments.Etconfequemmentlbsdu coude y eil trouué (eul,com- 
me il efl en nous,(5<: en après \cR.aiius 5c Vtna côioind-s enfemble, 
dont 1 vn eft plus grand;6^ lautre plus petit, tout ainiî comme il 
efteshommes.IlhaaulHvnemaineiiargieencinc] doigts: & ef 
quels doigts,lô trouue les articulatiôs:&: cômenc^ant au poulce^lo 

y 



DES. POISSONS MARINS. 4(5 

y trouue.deux os,au fécond d après trois:au maiftre doigt qui dl 
le plus iongde touts les aucres,il y en ha quacre;&: a lautrea après 
trois;ô<:au petit vn.5emblablemenc on luy trouuelesosdespon 
gnets mCarj^o^àu dedens ae la main.l ay parié des oliements ae U 
telte,donti'aybailiélapeinclure:&:ma lemblé auoir laCiitaict 
aiant deichitré i'uccinctement l'anatomie de ces os. --i 

(^eUsuauivbmsjomtpnspbJtojiparba:<^rt ^ue de 

vropos délibérerez de la mamere de lespcjcher.C^ VII. 
l 'Ay defcript ailleurs plufieurs manières de pefcher les poiiions 
quei'ayoblerueesauPropontide,leiqueilesiay miles en dei* 
"cripuant les iîngularitez des pais eitranges. Maintenant ie veul 
feulement parler de la manière qu'on ha accouftumé dvier en 
petchant les Daulphms en noftre mer^lefquels lont pris plus ibu- 
uentpartortunequeparaguetxar adirela verité,ies poilionni- 
ers qui tendent les filets de propos délibéré pour prendre les au* 
très poilîonsjn eiperent pas que les Daulphins y viennent trap' 
perpourleprendre:6ctouteitoislesDàuiphinslontplusiouuent 
pris par telle manière que autrement. Voila quanta y ne manière 
de les peicher.Les Daulphins citants contrainé^s delortir iou* 
uent pour prendre 1 air,&:puys retournants en la mer a leur pailu 
re,(ont guettez des mariniers.car incontinent queles mariniers 
les ont veu approcher de leur vaiiieau,ils le préparent iur le bord 
du nauire auec des Harpons,attédants queles Daulphins &:Mar- 
fouins retournent prendre 1 air vers le vaiiîeau ;alors ils les liitlec 
a fin de les faire approcher plus pres.Et fi les marin iersles veoient 
a leur auantage;ayants le Harpon cHcuéjtenu du bras dextre en 
I air;auec bô pied bô œil^ils dardét le Harpô: lequel eit attache a 
vnecordclleiôguedepl^devingtou tréte aulnes,a fin qu elle lui 
lie auec Je Harpô quât 8c quât le Daulphl: 3c quand le Daulphin 
qu'ils aurôt atteint ieradefccdu^bié bas;&iera preft de retourner 
côtremôt, alors les mariniers petit a petit retiras leur ccrdelie^rat 
tiré^iulques au bord du nauire;6cibubdain qu'il y eil , ils ôt quel 
ques fourches recrocheçs,defquelles ils le tiret dedens lé i^àulre. 
Çeflecordelle ainij longue attachée au Harpon, lert que quaiid 
ils lont atteint deilus le dos>qui eft beaucoup moi, ils 1 an- 
crent fi auât ,en forte que le Harpô y demeure fiché, M.2.« 



I 
I 



L B SEC OH D t I VRE 



Car il ha les arrefts des deux coftez, quincfortentpasaifecmêt. 
Toutcffois fi le harpon n eftoic attaché a fi longue corde,le Daul 
phinfe tentant frappé,de la vifteffe qu'il delloge, ildefchireroit 
pluftoft fachair,qu'iIn'erchapaft.Et pour cuiter la première vio 
îence 3c fecoufle,on lattrerapc auec tel artifice. Ce que nous no' 
mons Harpon, les Italiens l'appellent vna Dtij^dinicra . Lesmari^ 
niers qui vont en voiage loingtain, en portent expreflement en 
leurs nauires pour lancer indifféremment fur toutes efpeces de 
poiflbnsCef^îceei.Et côbiê que i'ay diâ: que les Italiens ne mâgent 
point de Daulphin,i entens du commun peuple, qui aiant d au^ 
très chofes a commandement , n'eftimc rien la chair du Daul- 
phin ou Marfouin. Mais les gents de marine,eftants fiir mer en 
leurs vaifleauls,& principalement fur nauires qui ne touchét ter^ 
requafi pas en vn mois ou deux vne fois^n'auroient efgard a ma 
ger d Vn Regnard de mer,côbié qu il eft du plus mauuais gouft 
qu o fâche poît trouuer en la mer,du quel la prelete eft la figare. 

VeirjHure du Regnard de tner^ 




Voila donc vne manière dcpefcher les Daulphinsauharpon. 
, L'autre manière dpnt i ay parlé,eft qu'ils fcnuroullent & cm- 

peftrent 



DES P OIS s O N s M Altl NS. 47 

peftrent quelques fois dedens lesfillets qu'on auoit tendu a pren* 
dre les Celerîs &Harcs,&rautres poiifôs Téblables; tellemct que'ne 
fe pouuants deffairc, demeurent prins en cefteforte. On les frap- 
pe quelques fois de larbaleftre, & delarqueboufe en la mer, ôc 
auflî auec des picques:mais ils ne viennent pas en la puiffancc de 
ceuls qui les ont frappez-.Iaquelle chofe eft aufli faicîe rarement 
8c fe faicl en temps calmelors que les mariniers font deloifir,nc 
fâchants a quoy f amufer ne palTer le temps. 

Qu'Ô nefalle k Marjouin ^Daulfhîfmo en îrace. C^ XVIII» 

"Cntreles falures frâcoifesdes poifTôs Cetacees necognoyque 
•*^laBaleine,leMarfouï 3c fOye.'dôt no^ayôs quelque vlage,def 
quels il n'y a point es autres pais duLeuât,mais ils en ont d autres 
a lefchâge^dôt auflî no^ n auôs point dViage.i^iftote ha entédu, 
que les poiifôs nômez enLatin Cetacet,fôt ceuls qui font de gran* 
de corpulence de qui rendent leurs petits en vieitouteffoisles au* 
très Grecs ne Font pas du tout enfuyui en ce dernier poindts 
car le trouuc que lepoiflbn nômé lcf)tyocolU,3c aufli Lifcfta ou bié 
iiy^tna,dc le Ton,comme les Rouflettes 3c les Chiens de mer,6nt 
efténommez Cetacees. Dont les vendeurs de tels grands poif* 
fons,comme eft laTonnine^ont efté nommez Cetanj;qui indiff^î 
rcmment vendent toutes efpeces depoiflonv fallez en leurs boa 
çtiques. Les Marfouins &: Daulphmspeuuentbien eftre efcor* 
chezpour en garder la peau iufques a quelques annees:chofe que 
1 ay expérimentée eftre vraie, dont mefmement monfieur Ron^ 
delet médecin de Monfeigneur le Cardinal de Tournon^docleur 
régent de Montpellier ne me deldira pas:car luy qui fur touts au- 
tres perfonnages eft diligent a recouurer les peinc'tures des poil- 
fons,&:qui en ha ia afl'emblé près de mille différées, lequel côbien 
qu'il cuft veu plufieus autres Marfouins , 3c en euft les portraicls 
touteffois il eut plaifir deveoir ceftuy la ainiî rempli que ielui fei 
vcoir. l'auoyea dire ceci duDaulphi,Marfouî,&: Oudre^en prou 
uedes peinétures des Daulphins que i'ay maintenu,&:maintiea- 
dray eftre lesvraies.Quatal'anatomie queiaydefcripteieveul 
bien faire entendre ne l'auoirfaicle en cachettes, ains lauoirfai- 
âepubliquement,ranpa](féau Collège de médecine, lors que 

M.j, mon* 



LE SECOND LIVRE 



Monfîsur Goupillifoit leDiofcoride ea Grec, auec moult fré- 
quence crefgrand audicoire,^ iaqaeUe anacornie^iiiita vne 
tîcude de plutieurs (cauancs eiboliers médecins : 5c m aiieure 
qu'il ne l'en crouuera vn de ccAs qui eltoienc preiécs; qui ne die 
que le ne i'aye monih'ee beaucoup plui» par le menu que ne lay 
deibnpce en ce preieac liure. Parqaoy ayanc auiii coucné les pnn 
cipauls poincti",c>e acLieué ce que i auoye a deicriprc; i ay icy poié 
pour faire fin. 

Yray j)orcratci dcHip^o^otaniAS auec toute (a deJcri^tio^Cj^l^. 

t N deicripuantle Daulphin^iay promu queie comprendray 
quelques autres annriauls^qui ie repèrent a vn genre de ceuts 
qui lont nommez Cecacees:i*cauoir eit de ceuls qui loue de gran* 
de corpaience;8c enfancenc leurs pecits en vie:deiquels le crouue 
que iHi^po^joWfîiJii en eil 1 vn.Car li elt vn animai du gère de ceuls 
quifont nommez Afrtjfcbia, cell adiré qui viuenc en cours les 
deux elemencsic'etl a Icauoir en reau,ô<:t"ur la cerre.le le veul dôc 
defcripreauec leDaulphîn^pourceque leDaulphin etl animal 
aquacique,conuenanc en ce auec rHtppu^uta:ti«5,qu'ii ne puiiîe vi* 
urelôg tépspl6géenieau,qull nelutcôuiénepareiUeméclorcir 
pour refpirer enl air:mais 1 iriij^j^oj^otamHs ha cela de parciculier dif 
terécau Daulphin,qu'il ell animal aiàc quatre picds,& viuac lôg 
téps fur cerre,ce que ne faicl pas le Dauiphm. Parquoy faifâcfin, 
metaifatdu Daulphi^ie prédray l'Hippop^tamn^. LHi^popotawHi 
eft vnno,queIesLatîsoncépruncédesGrecs^ne ligniiiâc aucre 
chofequVnCheual de riuiere: lequel lamais les Lacmsnevou- 
luréc Courner en leur lâgue,aîs lot coulîours retenu; féblablemêc 
a leur imitatiô en le delcriuât,ie reciédray la mefme dictiôGre- 
que d'Hippo^ûtamHsidixqud les aut heurs ont parlé tât diuerlemet, 
qu ils ne côuiénêt enfébleen ledefcriuât.EttoucainfîquelaLou 
tre;&: le Veau mann,le Caftor,&le Crocodille fe peuuéc tenir lôg 
têps en Vcàu,dc pluslôguemet en terre, féblablem et aullVfai^ le 
Htp|>opotam«i.Quâtaux defufdicls;cef6t animaulselcjuéls il n'y a 
di&iculté aucune,maisellecft moult grande en l'Hippopotam^ii-.du 
quel iepretés bailler lavraie peic'ture.Car no^ l'auôs veu en vielle 
quel auoitdefia demeuré hors 1 eau l'efpace de deux ou trois ans 
las point y rentrer,felô ce que nous en auôs peu entédre de ceuls 



del'hippopotamvs 48 

qui en auoiét le gouuernemêt.Pline a efcript que JAarcns Scmms 
tult le premier qui le monitraaRome.Pôpeeaulîi triûphâtdes 
Egvptiés en kit ipeélacle au peuple Romain. Di^n eicric,que D, 
An^ujtHs triûphàt delà Reyne Lieo^atraycn teit auiiileièblable.Les 
anciens aucheurs,qui ont defcriptlHippopotflmwj^nel ontpasdef- 
cript fort amplemét:mais ont elté côtents de TauGir pallé legie^ 
remét:^n y a periône d'ctre euls qui en ait eicript plus a la venté 
que Anftotedequel la ibit qu il eult peu lire la dei'criptiô de ÏHi^* 
jpopotam»5 en Hérodote en yne autre maniereitouteltois ilTa nn- 
ie autrement queii a faic5l Hérodote. De moy le 1 eicriray n ai 
ant eigard a autre choie, fi nô a ce que 1 en ay veu.t t pour demô^ 
ftrer la grâdeur de celuy que i ay veu>il tauk premiercmct luppo 
ier qu o voie vn porceau bié gras^bien nQurn,biê trappe, de aiiez 
hault,qui ait cômevne telle de vache i'âs corne s: laquelle ibit de 
niefme la relie du corps. Ce porceau dônera la peripecliue d vn 
Hippoporflmwi.Car ÏHij^pj^otamns ell couuert d vne peau quicôuient 
auec celle du porceau, tât en couleur qu ê autres notes, l'entés vn 
porceau domeftique qui n'eft pas noir.Mais ÏHivj^Q^otamHs a la te- 
lle fi enorme«Sv'grofle,6<:la gueule fi grade quâd il i'ouure;que mef 
me le Liô baillât n ê approche aucunemêc.tellemét qu'ô y mec- 
troit facilementvn globe pl^ gros que n eft la telle d'vn hôme,ou 
autre choie iéblable.ll ha les naieaus enfler çôme ceuls d^ûBeuf: 
aufl^i paiil il l'herbea la moded Vn Bœut^ouCheual.-ll ha les le- 
ures fi eminétescS: efleuees,tât celles de delT^quc les autres de dei* 
foubs,qu'il en apparoifl:,tout cam^,ioinâ: qu il ha le frôt bic bas, 
alamanieredei'Orca.Ilhalesdctsde cheual faides de meihie 
façô,bîê fortes de lôgues hors des maicfaoueres,quî ne lot pas ay* 
gues,côme es animauls qui viuêt de chair:car il vit des rouleaux 
fie ^cânes de iuccre&fueilles de l'herbe de Papier, llha les yeulx 
moult grands corne les yeux dVn Bœuf.liha la langue du tout- 
a deliure-.mais le ne fcay quelle grade voix ii tait.Bic eft vray que 
Hérodote ha eicrit qu'il hénit cômevn cheûàhie lui ay l'eulemêc 
ouy faire quelque voix du gofier ouurât fa gorge. Il ha la queue 
courterôdeScgrolTecômed vne Tortue ou Porceau. SeS'aarei!le&' 
eftoient courtes comme celles d Vn Ours,ronci€s,3c me fem- 
ble auffi qu'il auoit les pieds ainfi que font ceuls dvn porceau. 



LUS ECO ND LIVRE 



qui n efloient pas beaucoup diftinguees, voila quât a rextcrieurc 
peinCture de 1 Htppopotawwi.Nous n'auons rien a dire de Tinterieu 
re:car auiiine Tauons nous pas eu en noftrepuilfancepourle pou 
uoiranaComifer.Au demeurant il me lemble que ceuls qui ont 
penlé que Htpfopotam»i fuft vn animal terrible ôc cruel,fe l'oient 
trompezrcar nous Tauons veu tant douls qu'il n ha les hommes 
en horreurpams lesTuit amiablement:& auUi eft il tant pacifique 
de aiiéa dompcer,qu'il ne Telforcede mordreXe vulgaire des Ita 
hens,&: principalement de ceuls qui (ont refidents aConftancino 
ble,le nomment en leur langage ie Bo marin;cdl a dire le Bœuf 
de mer.Car comme l'ay deUa dicl,il ha la telle comme vnBœuf 
(ans cornes:mâis les Turcs ôc les Grecs le nommants en leur là' 
guage;ont vne diction qui lignifie autant que fi nous difionspor 
ceau de mer:car il ha le corps deporceau . C eil l'vne des belles 
qui ell en Conilantinoble,que les eftrangers qui viennent la^ ap* 
pètent le plus a veoir:mais il n y ha perlonne de touts ceuls a qui 
i'ayeoncpirlé;qui me l'ait nommée Hippo^otamxi. Et combien 
qu'il y ait vn lieu en Conftâti noble moule voifin del Hippodro- 
me,lur le chemin de Saméle Sophie,auquel font gardées les be* 
lies cruellcj,ou nous auôs veu des Lynces ou Onces,des Tygres 
desLions>des Liepards,des Ours,des Loups: lelquels les Mores 
gouuernent,ne le taignants de les manier non plus que nous fe- 
rions vn^chat priué. routelïbis ils n ont rHippopotamxi en ce lieu 
Ia>mais ailleurs en vn lieu qu'ils nôment le Palais de Conftâtin: 
auquel lieu font monftrez les Elephants.Quand quelque eftrâ- 
ger vientla pour veoir ledid: Hipp o|>oum«j, on ieluy moallre dô* 
nant quelque pièce d'argent.Ils le font fortir de (on ellable fans e 
ftrc lié;&r lans auoir aucune crainte qu il morde. Alors fes gou- 
uerneurs voulâts plaire d'auâtage a ceîuy a qui ils le font yeoir,ils 
le font bailler quelque telle de chous cabus,ou quelque pièce de 
melon,ou quelque pongnee d'herbe,ou bien du pain,lequel ils ti- 
ennent en l'air en le monllrant a iHij^foptamus: mais luy qui en- 
tent qu on luy veult faire ouurir la'gueulle.auffi l'ouure fi grade, 
que la telle dVn Lion bailIant,pourroit trouuer place leans. En 
après Ion gouuerneur luy ieclecela qu il luy auoit monllré,com 
me qui le ledteroit en vn grand facdaquelle chofe ÏHij^ioiotamHs 

maf- 



DE l'h IP X»0 P O T A MV $• 49 

mafche,puis laualle. Voila que iauoye a dire de YHlijo^^tmHs 
quei'ayveuenvie. 

Que Arijïote ne conment vas auec les autres autheurs qui 
ont efcrtj^t de l'Hi^j^o^otamus. Cfc^p.XX. 

^ T a fin que quelqu yn nepenfaftpasqueietne foye trompé 
en prenant celuy que iay nommé pour vn HippopctamHs; 3c 
qu'il fuil vn autre,6<: m'allegaft Hérodote le plus ancien de tours 
les Hiftoriens,qui dit que [ Hippogotatms eft grand côme vn grâd 
Bœuf,aiant queue de Cheual:5c que iHippopotamHi dont ie parle, 
n'ait pas cela:ou iuyuat les merques de Diodore qui elcript qu il 
ne îoit guère moindre en grandeur que de iept pieds Se de- 
my; &: qull ait quatre pieds, defquels I ongle etl tendu corn* 
me celle d vnBœut,trois dents de chai'que coité,les oreilles hault 
cÛcacz^Sc plus apparentes que de nulle autre befte fauuage, 6c la 
queueSilehennillementfemblableaucheual: 6^que celuy que 
i'ay cy dellus eicript^ne conuienne pas non plus auec ceJuy d He 
rodote que de Diodore : a cela ie refpondray, que i ay amené 
les merques bien notables que Ariftote ha eicriptcs touchant 
rH(ppopotflm«i:auec lequel pourront conùenir celles que î'ay efcri* 
tes du Bœufou Porc marin de Conftantinoble: car Ariftote ne 
veultpasqueles Hippopotames aient le corps plufgrand que les 
AÎriQSidc aufli n'entent pas qu'ils ioientdu toutiigrandsiquieft 
vne moult répugnante note aux efcripts des Hilloriens. Dauan» 
tage;il veult qu'ils ayent la queue de Porceau,&: les dents de San- 
glier,qui çlt iemblablement contraire aux ibbldids.Voyla donc 
comment il y a grande controaerle entre leurs eicnpts,5c qu'ils y 

ne conuiennent pas enfemble.Mais quant a moy;ie meretireray • • 

toufiours d auec Ariftote.Et voulant bailler la vraie peincture de 
rHtppopotaff)«5,ie la veul prouuer par les anciennes ftatues des£gy 
ptiens,6cRomaîs,ou blé par les antiques medallesdesEmpereurs 
Romains^elquelles les figures des Hippopotames l'ont lî exacte- 
ment reprefentees en Porphyre,en marbre,en cuyure, en or, Bc 
argent;que facilement en les regardant)! on cognoiftra euideni- 

Ni ■* ment 



L E SBC ON D LIVRE 



ment toutel habitude de rHip^opotamHi,qui conuient auecceluy 
que 1 ay veu en vie a Conftancmoble. Aulli eit il mal aiié a croire 
que quand les anciens onc taict li grande deipenù en la portrai- 
Cture de celte befte^la tailanc grauer iur niarbre, qu ils ne 1 aient 
faicl veoirau graueunik legraucur en taiiiit iondebuoir, n'a peu 
moins taire que de la repreienterau naturel. Gi: npaintenanc (i , 
celles qui font grauees es marbres ôc en Poi phyre,iont correlpô ^ 
dancesaux autres qui font lur cuyurene dira ion pas; que ce ioit 
ivne rneimechofeôemblablement il les figures grauees lur me. 
tal de marbre conuiennent auec celle que nous auonsveue envie, 
pareillement ne conclurons nous pas, que ce foit vne merhie 
choie? 

Que les Komaws anciennement j^eignoicnt des fleuues 

eu riuieres^ alîmitatwn des Egy*^'iien,^,^our exprimer 

leurs richtijeSy^ me l Hî^pi^otamus eji n^rejemé en la 

jïatue du biil de Beiuedery a ikommc. Cbaj^. XXL 

TE puis prouuer par plufieurs âtiques ftatues 8c graueures, &prî- 
cipalcmêt par celle tac iniîgne6<:anciéne du iNilquieit mainte 
nant a Rome au lardin de Bdueder,que Inij^j^oj^otam^ydont le par 
lee[tlevrayHip2JO£otflm«i.CaranciénemétlesRomaïs voalas laif 
fer mémoire d euls a la pofterité; 3c luy exprimâcs les richeiies, 
failoiet entailler de treigrâdes itatues qui repreiêcoiéc les fieuues 
lelquelles choies ils auoiencappnnfe,desEgyptiés,qui n ont la 
fertilité en leur pais linon par le bénéfice du iNil: leiquels le re* 
prefentants taifoientle portraiâ: d vnGeât qui elpàdoïc de leau, 
aiant autour deluyplulieurs petits enfâtsiufques au nombre de 
treze,en ligne des treze coudées de fa crue,ô<: deiquels le trezief* 
mecoronneibncornucopie.Maisles Romains voubncs repre- 
lenter le Tybre faiioient faire entailler la figure d Vn tref- 
grand Géant qui auoic vne longue cheuelure, ô^auiïi vne fore 
longue barbe, quaiî comme limonneufe,ainfî allïie tenant vn 
cornucopie en là maintpar laquelle ilsvouloient lignifier fertilité 
Se abundancedetouts biens6<: grande félicité: laquelle chofe 
ils ne faifoientpas feulement dVne feule riuierc^mais auifide 

touts 



DE L H I P P O P O T A M V S. 



50 



to^,autrcs cômedu Rhï;du Pau,du Tybrc,&: du NiI.IIs faifoict 
le Tybre accoudé deilus vne Louue allaictant Kemus 3c Romnlus* 
Mais le Nil eft accoudé delïus vn Sphynge,& par la baie de la pi- 
erre ily a plulieurs Hippopotames, Crocodiles, Ichneumons, ôc 
Ibis, coûts en Iculpture , aufquelles pemctures ie veul adiou* 
fier autant de foy, comme li iauoye lanimal prefent: car il 
faulceihmer que quand les Princes Romains les faiioient por- 
traire;q'ils auoiétrHippopotame prefent. Il y ha encor plufieurs 
autres Iculptures danimauls en la lubrdiclc pierre: mais l'ay 
feulement fan5l retirer vn Hippopotame delà mefme figure quil 
cft deilus la pierre de marbre, tenant vn Crocodile par la 
queue eftant en leau, du quel ceftecy eft le portraid:. 

Le voYtYdiïi de la fgure^ retiré de lajlatue du Ni/, du 
iardin de Beluedcr au j^alais du Pape a Rome. 

Chap. XX II, 



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LE stc ON D Livre 

\/OyIa donc quant à la figure de rHippopoUmwi retiré des mar^ 
^ bres trefantiqueSjduquel les tailleurs voulants enluyuir le na 
turel pour le plailiî* de leur prince,ont fort biê oblerué toutes ces 
parties, lefquels n ont rien oublié qu'on y fâche defirer: corn me 
Ion peult veoir regardant les aureilles,les yeux,les narines, les le- 
ures,les dents,Ie col^les iarets,le dos,les coftezjle ventre,la queue 
les iambes.Somme toute la refte de ceftui animal,n'eft rien dif- 
férente dauec celuy qu'on voit a Conftantinoble; dont ie puys 
faire foy,mais non ians autheur.Car vn nommé laques Gaflot, 
elcriuant quelque petit difcours du voiage de Conftan tinoble,en 
tre autres choies qu'il ha ekript de Conftantinoble, ha touché 
ceftebefte en quelque petite claufulej duquel les propres mots 
font commefenfuyt.il y a aufli(dit il) plufieurs Heuxen Con- 
ftatinoble,ou Ion môftre beaucoup de beftes lauuageSjLiepards 
Ours, Afnes fauuages, Autruches,en quantité,auffi vne certaine 
befte,queles vus appellent vn Porc marin, les autre s Bœuf ma- 
rin;mais ie ne veoy point qu'il reffemble ny a Ivn ny a lautre, de 
en vérité ceft la plus villaineôc laide befte que ie vey onc, Ton 
dit qu elle a efté apportée du Nil. Tout cela diloitCaiiot del Hip 
popotame;non pas(comme i ay di<5l)qu ils fâchent aConftanti- 
noble le nommer dvn nom ancien,mais ils le nomment félon 
ce qu'ils en peuuentveoiralœil. 

Que j^iii fleurs Emj^ereurs^ayent anciennement faiïî ora^ 
uer diucrfes ef^eces de hejîes en leurs tnedalles^ &* que en* 
tre autres on y ^?eoit la jigure de ÏHi^i^o^otamus. 

Cha^. XXIII. 
A Près que i'ay baillé la figure de VHifp^otamns retiré du mar^ 
bre,ie veulconiequem ment en bailler quelque autre retirée 
de lorjlaquellerFmpereur Adrien auoit faicl engrauer en vnc 
medalle^en laquelle eft contenu toute Ihiftoire du Nil tout ainfi 
commeenceiledeBeluedera Rome. Mais pource que ieneveui 
defcrire nelesfleuues,neles ftatues,ie retourneray a mon Hippo* 
potflmMi,lequelmonfieurletreforicr Grollier m a permis retirer 
dVne de ics antiques medalles dW,dont il ha grand nombre^ de 
duquel la figure que i'ay retirée eft totalement lemblablea celle 

que 



DE L H IP P OP OT AM VS. 



51 



que iauoyc défia au parauant faict retirer des marbres de Rome, 
laquelle eft tout ainfi en ladide medalle comme on la veoit en la 
prefente peind:ure.L'Htppopotam«ieft ainfi tout droid: entre les iâ* 
besdelaftatue qui reprelente le Nil, lequel nhaquelesiam- 
besjde derrière dedens reau:8<: eftoient fans articulatiôs en la me^ 
dalle,maisieluy en ayfaici peindre, fuiuant la peindure delà 
ftatue de Rome. La ftatue qui tient le cornucopie,n eft pas pein- 
éle félon qu'on ha accouftumé de peindre le Nil,car elle ha le vi 
fage d'Adrien. Le CrocodiIIeeftaudeflbubsdela ftatue comme 
plongé dedens le Nil.Voila quant a l'Hippopotame que nous a* 
uons retiré de la medalle de mondiâ: fieur le treforier Grollier,Ic^ 
quel en ha encor plufieurs autres en argent Se en cuiure, efqueU 
les font pareillement reprefentez les Hippopotames en peincfVu* 
rè,mais il me fuflfiten auoir faid: retirer la figure delVnCjqui cô* 
uient aufli auec la beftequi eft a Côftantinoble que i ay défia det 
crîpte:parquoy il me femblen'auoir point failly dePauoir defcri 
te foubs le nom del Hippopotame.Séblablementoultre les mar* 
bres 3c monnoies,aufli en auons nous veu es Obelifquesjqui n'a* 
uoient rien de difterance auec les trois que nous auons défia def* 
çriptcs. 

PortraiB Je l'Hip^opotatnus à\ne ar^ti^ue medalle de 
rEmpercur Adrien ^rauee enor^retiré d\nedesm£dalles 
de monJitUY le treforier Grollier.. 




N3. Pendant 



r 



LE SECOND LIVRE 

^Endânt le temps que nous auons elle en Egypte en lavillc du 
Ciyre,ie incerroguay plulieurs ùl y auoii aucune nouuelle de 
ceCiieual de riuiere ou H fj^o^outn^u .mais ils n'é ont de relie que 
la fable en leur mémoire. Qjelqaes vus reciéaant celle melrne 
qa on en haeicnpc ancieauemcuCjicaaoïr qu il eit rorc cernble^: 
cruel, de qui! faille faire des roiies pour le prendre; touteitois la* 
mais home ne ma icej due a lavencé qu il en aitveu d'autre que 
celuyque i ay deiCric.Celuj qui cà a Conilâcinoble>tuc pris encre 
la Ville qui eit mamtenanc nomcele Saec^ 5c le Cayre:a^ meimes 
ceuls du Saet I apporterêc au Càjcc au i5acha,ou iLdemeura quel 
ques iepmames attendant qu on I enuoyroïc a Conltâtmoble par 
mer.Ceiaeftcôformeace^que Kmeea lia etcrit. Car il dit qu il 
cft pris au deil us du ^aet^enire ks lurildicliôs d Egypte. le croy 
que c eft le meime heu ou anciennement turent piins les autres 
que wif^rcHs Sca^rns teit porter a Ko me. 

De la naiure de l'Hippopotamits. Chap, X X I 1 1 1, 

QVât a ce qui ell de la nature de ÏHip'^opUmus^ ie n ay nô plus 
a e.i efcrire que ce qui en ha eité deiia dit par les anciés. C eft 
qu'il ie départ la nuicl duNiI,ou il ha demeuré caché tout le lour 
8C va aux bleds qu'il paiil toute nuicl:mais il chemine a recullôs 
a fin que par telle aituce Ion ne cognoiîie polt les pas. Au (urplus 
Ion ha elcripcqu il a eili noit^e Inaulre ôc enleigneur en quel* 
que partie de me Jecine;C eil a icauoir en la phieoocomie, de la- 
quelle il eil mue Jteur;car quand il i cit par trop engreilé par le 
{aoulerou[tremelure,il viencaiariu^ du NiIjiS^iatrouuatquel* 
quesCicots oj troncs des cannes qu'on y a tailiees,choiiîc les pl^ 
agues qu'il peult,6c le picquant certaine veine delà ïambe, ie taie 
faigner:5ca. rcs qu il ha allez laigné;il reiloupe la plaie d e limon. 
Les cuirs des Hyppopocames eitoient bien requis le temps palïe 
pour faire des falades ôc boucliers: car ils eiloi^nc impénétrables 
aux fleichesÂ: aux efpieusjdonc les eiclaues des Ethiopiens en a* 
uoient grâdgaing>d autant qu'ils en apportoient beaucoup /édre 
aux foires qu'on tenoit en vue ville des Frogloditcs nômee A- 
duIiton.Les médecins n ont faicl grande mciition,qu il fuit gri- 
dément requis enlVfage de médecine. Vray eft que quelques 

par- 



D E l'hi P POP OT A M VS. ^1 

parties deceftebedeont efté en vfagC; côme font Tes tefticules, 
de fa greiie^LqUwile guarit les fiebures; côme aufli faict la fumée 
deie5e:%crements:6^aulîiLnpouidiede ion cuir bruflé ganfloit 
les taches ou viiage & de toucle corps. i auoye ia fini la delcriptiô 
de ceft Hi^^oijotamiis^lovs que tiouuay monfieur de Codognac var 
lecdechambiedu Roy,qui venoicdeConftantinoble,lcquel me 
dift que le l'ubidid anui:iai eilou n agueres niort:& me dift auflî 
luyuantvndoubte que lauoyc; qu'il auoit les pieds coir^fpon^ 
dancsauxpiedsdVneiorcuc, ex: ia queue relTembloit piieuls a 
celle d vne Tortue, qu a celle d vn porceau:au pari us qiViI eftoit 
enqueiquesmerques participâtauec la nature de laïortue d'eau. 

lin de l'H^'j^o^otamus. 

D\rî ^etit poijjon duProj^ontUe fort aâmhcMcy ^ qui 
entre toms autres ej] d cjïran^ nature. Cha^XXY, 

'U Ntre touts les animauls que i aye onc faidl peindreiceluy qui 
ma iemblé le plus digne d'eftre adioufté auec les peindtures 
des Daulphins,eii: ce peut iÀaminsyOu Nautonnier. Car oultre ce 
quil eft rare, aulïi ell il deflrange nature5cadmirable,&pour 
aurantquiliefièmblea vnnauirc,ilha efté nommé de touts en 
toutes langues Kautonnier. Si les Grecs &: Latins n'en auoient 
afl'ez amplemét efcrit,ie le vouldroyeentieremei: défaire, mais 
fera ailleurs m ieuls apropos.Carmaintenâtqùeiayadioufté la 
figure de ce prelènt petit poiflbn;iI fullira que i en eicriue brief- 
uemêt,8c que ie face entendre qu'ô le trouue aufii bien en la mer 
Méditerranée, que en la mer du Propontide , 6: qu'il eft auifi 
trouue en la mer Adriatique aux riuagesd'£fclauônie(S<: duFriol. 
Car monfieur maiftre lehan de Rochefort éloquent P hilofophe 
& excellent médecin de la maifon des Rocheforts deBlais,le me 
feift veoir la première fois a Padoue,Iequei luy auoit efté enuoyé 
par vn fien amy de M uggia^qui eft vne ville en Friol , au riuage 
delà mer Adriatique, Mais depuis ie me fuis trouue a enveoir de 
ceuls qu on auoit pefchez en la mer Méditerranée car aufli adui^ 

ent 



LE SECOND LIVRE 



cntilquonentrouue quelqucffois comme a Miffîne 8c a Na- 
ples,ouencorpourleiourd'huylonenpourroitvoir des coquil- 
les au logis du capitaine nomméGuifchard;IequeI eftant n'a pas 
long temps gênerai des galleres de Sicile^vnfien (ouldard en (c 
pourrnenant par les nuages luy en apporta vn en vie. Nous auôs 
ouy (on appellation vulgaire que luy ont baillé les Italiens, qui 
le nommoient MofcaroloMàis MoJcaroCo ou MHjcardino eflnom qui 
eft deu a vn autre nommé O/tttjr^i. Vray eft que comme Ojmylus 
haodeurde mufc,aurfi ha ce N<;Htif«i,parquoy les habitats du'far 
de Miliine le nômét en leur vuIgaire^«Jcardj»o.ll ha lefcorce té* 
dre&:fubrilecôme papier, toute faifte a petits raiôs:lô appelle cela 
eftre ftrié oucânelé.Elle n eft pas de fi exquife couleur d'argét,cô 
me eft vne autre efpece de coquille qui 1 uy reflemble, de laquel- 
le eftoient faicls les vaifleaux qu on nômoit Mnrrljina vafa, & qui 
eft appelleeen François coquille de Nacre de perle;Ou bien grof- 
le Porcelaine mais elle eft de couleur tirant fur le Iaict,moult biê 
reluilance,de laquelle la prefentc eft Ta vraie pemcture. 

Portrûicldu Nautilksjeçiuel Plwc nome Po^ilusou Nau^lius. 




DVNÀVTILVS ^^ 

P Lie rerêble a vn nauire qui anciénement eftoit noméAcatiô, 
vaifTeau plus com mun en la mer du Propontide qu il n eftoit 
ailleurs.^Htw»H5 parlât de cefte cfpece de côche,ra defcnpte cô 
me il la veit auPropontide,elle ha vne enfonfure proprement cô* 
me vn nauire,&:Iadid:e enfonfure eft ce qu on nomme la caréné: 
a laquelle enfonfure ou carenne Ion ha couftume d'attacher les 
aix du nauire aux deux coftez.Il femble que ladifte coquille foit 
de trois piecesjlcauoir eft que 1 enfonfure foit leparee des deux 
coftez. Mais cela n eft que de finduftriedenacurexarelle eftd v 
ne feule piece,toute a beauls petits raions.Elle porte la proue de* 
uant^comme faiét vn nauire: ÔC la pouppe derriere,ain{î retour- 
née en rondeur de compas,comme eftoit celle efpece de nauire 
qui auoit nom Acationxefte coquille eft toute cochée aux bords, 
6<:ieroitqua(î de forme ronde; Il elle n auoit ou uerture par Teiv 
droiclou fe nourrit fon animal. Sa grandeur nefurpaHepoint|v' 
nepaulme:careftendant la main delf^fon elcorce par lalôgueur, 
les extremitcz du poulce 3c du petit doigt pourront bien arriuer 
auxextremitez de la coqmlie.llia fault manier doulcement:car 
elle eft tragile. Voila quât a la coquille. Mais quand le poiifô lent 
le remps douls,& la mer fans tempefte, lors il fort hors de la mer 
auec fa coquille,& vient felbatre fur leaUjle ventre contremont: 
qui eft choie moult admirable en nature^qui n eft cômune a nul 
autre.Il laiiTe vne efpacevuide, fâchant que la coquille en fera 
plus legiere,a fin que mettant hors & eftendant vne membrane 
ou pellicule qu'il ha,5cd'icellefailantvoile,laquelle il renforce 
auec deux de les iambes ou cirresjlvne deçà 1 autre dela^ il ait le 
plaifir qu'il prêtent eftant poulie legiere ment du vent par deflus 
leau.Il ha quatre iambesdechafquecoftéjdefquelles deux tien* 
nent la voile dreiree,&: les autres luy leruent d auirons 3c de gou 
uernail,ô<: a le voir Ion diroit proprement que c eft vn nauire.S il 
fentquelqueperilemmentjtant des oyfeaux nommez Lari, qui 
eftantsenlairluyfontlaguereecommear£xocetM5, ou bien les 
autres appeliez Caniards de mer,alors il retourne fa coquille qui 
auoit le ventre contremont,&: la remplit d eau,& fe retire dedés, 
pour retourner trouuer le fond de la mer. Et fa aiant tourné la co 
jquillefur fon dos,il retient puis la vraie façon d'vn Limas. 

O. D\ne 



LE S ECOKD LIVRE 

D\ne autre cojuille j^refjue femhlabk au biautilus, iont 
anciennement on faijoit Us j^lus beauls^ajes .jueujfent les 
Romains en^^fa^e. Cha^. XXVI. 

TA comparaifon que i'ay naguère faide de mon CN'^îwtifo^, a la 
grand coquille de Porcelaine^m'a baillé occafion delà defcri- 
re.hlleeil autrement nommée Coquille de Nacre de perle: lU'a- 
uoy c au parauant foupfonnee eftre celle a qui le nom de J^ami'i? 
deuft conuenir.Mais depuis aiant trouué le JV^rtHtilw, ie niefuys 
mis en eitbrc,de trouuervn nom ancien a la fuiciicle Coquille 
de Porcelaine,qui ne m'a efté chok moule difficile, veu melme' 
ment que le commun peuple la nommé vulgaireméc groiie Por 
celaine^a la différence des petites. Delquell es 1 appellation neft 
pas moderne.Car ie trouuedesautheursquienont taict métiô> 
expreifeles nômâtsenLatîPûrcefiio»e5:deiquellesles medecïs ont 
quelque vfage^comme on peult veoir en 1 autheur des Pâdeftes 
éc au Nicolas. Cela ma faid: autrefois penfer que les ouuriers euf 
fentlïnduftriedelesfcauûiraccouftrerpour en faire ces beaus 
vafes que nous nommons de Porcelaine. Or ces Coquilles que 
i'ay dit eftre nommées Porcelaines,font moult petites,aiâts quel 
que affinité auec celles qui ont nom JA.HriceSy & JAnrex eft a dire 
P«rpra,quiferefentde M«rrl?a.Parquoy fâchant que lesvaifl'eaus 
qui anciennement f appelloient J^nnhina, furpafloient touts au- 
tres en excellence de beauté ô^ en pris lefquels touteftois eftoiét 
naturels:fachant auflï que ceuls que nous nommons de Porcelai 
ne font arcificiels-Iay bien oié penfer que les vafes vulgairement 
nommez Porcelaine ne foient pas vraiement Mnrrkna, Car mht^ 
rkina me femble retenir quelque affinité auec Mnrexydc aufli la di* 
£tion de Mwrex le relent ie ne icay quoy de la Porcelaine. Par 
quoy ie ne pourroie concéder que les vailfeauls de Porcelaine ar- 
tificiels fa léls de terre^puiifent obtenir ce nom antique,tant infî- 
gne ^ excellent de M«rr/?ma -vajaivnâis trop bien que les valès 
Faidls de la fubfdiiftegroiïê Porcelaine ou Coquille de Nacre de 
Perle,le pourroient obtenincar c eftoient d'elles que tels vafes ef- 
toientfaicls.il yhavnc autre efpece de Coquille moult grofle, 
pefante,5c lourde^que lesvns nôment improprementPorcelane. 

De 



DE I A C O a V I L L E DE P O R C E I L A I N E. 54 

Deceften'entensiepas;neaufll[desvignolsdont ceuls du Brefil 
font les patenoltres,i:e auili des Nacres ou tneres de perles, qui 
rerfemblcntalercailledvnehuiftre,neauliide plufieurs autres 
qui tont nommez Nacres de perles. Mais ientens de ces belles 
Coquilles,rondes 3c caues,taicles en manière de nauire,tant luy- 
fantes ^ polices, dont la couleur ell plus excellente ëc exquiie, 
que n eil la naitue couleur des perles:6^ la deiquelles mcfmemét 
Iplendeur taicl: apparoiftre vn arc en ciel; d vne Infinité de cou' 
leurs reluil'antes qui (e retcrent es yeulx de ceux qui les côtéplêt. 
dont iellime. que les vaiileauls qui en turêtanciennemêttaicls, 
prindrent ceite appellation de MHnhma, d'autant qu'ils tenoienc 
quelques merques de la couleur de MnreK qui elt a due Purj^nra. 
Mais leveoy maintenant vne manière de vailleauls que ie croy 
eftredel inuention moderne qaalicorrei pondants aux antiques 
nommez en vulgaire vaiiieauis de Porcelaine; Sccroy bien que 
leur nom moderne fe reiente quelque choie de lantique appeila* 
tion de Mundina^Ccs vaies de Porcelaine lot les plus célèbres qu o 
veoit pour le iourd nuy.Lei'quels (ont en ce différents aux anciés 
que ceuls ci l'ont artificiels;6^1es autres nô.Ietrouue que les vaif- 
leauls de Porcelaine font faid:s la plulpart de la pierre nommée 
Moroc{):f)Hs, ouLeiico^rûffit^ :de laquelle les Egyptiés le ieruoient an* 
ciennement a blanchir leurs linges: mais ils en ont tourné 1 via* 
ge a donner les couuertures 3c enduîCls ou reueftemêts aux lubf- 
diclsvaiiîeauls.Et combien qu'il y ait de telle pierre au pais Vi' 
cétin,au territoire Venitiê auprès de la tour Roulfc; qu'on porte 
asaffo,ôcdela par lé lac de guarde pour diftnbuer es villes d Italie, 
dont ils fôt les couuertures des fubfdicls vafes dePorcelaines tou 
teffoisil ny ha nulle comparaifon d excellence d buurage aux 
vaifleauls de Porcelaine faicls en Italie,auec ceuls qu on hiét en 
Azamie&: Egypte;, lefquels font tranlparcnts 3c excellents en 
beaulté^ôcdont nous icauons que la pièce pour petite qu elle foit 
eft vendue au Caire deux ducats,com me eft vne efcuelleou vn 
plat.Il y en ha au Caire q ui y ont cfté apportez de Azamie, c eft a 
direAiîirie <S<:dilentqu on en faiét auliï en Inde:dont vne grade 
aiguière ou coquemarteft vendu cinq ducats la pièce. Si eft ce 
qu'ils font vaifleauls mal côuenants a mettre au feu. Tels vafes 
font artificiels faiéts decequeiay dicl. Mais les vafes dont V' 

O.r. ioient 



LESECONDiiVRE 

foient les Romains; eftoient naturels, naiants autre artifice de 
rouurier;finon belle polliffurei&renchaflement de la Coquille. 
Or pource que i'ay entrepris d'expliquer cette chofe, de la prou^ 
uerparlapeinélure,^: parlesvafesquonenfaid:,ilm'a femblé 
bon ne palier ouitre que premier ie n'en baille leur defcription 
queieprendraydePimeScconfequemmentleportaiâ:. Si l'en- 
treprenoye deicrire toute rhiftoire des vaifleauls de Porcelaine, 
i'entreroye en vn grâd Labyrinthe hors de mô propos,dont le ne 
pourroyeayteementlortir.Parquoyie finiray des vaifleauls de 
Porcelame,ôc prendray a parler des vaifleauls deM«rrfo«a,que i'ay 
défia diftingué des vaifleauls dePorcelaine^delquels Pline ha am 
plemêt efchpt au fecôd chap.du xxxvij liure, dôt il me fufl:it en 
toucher legierement quelque petit mot en prouue de ce que ié 
ay défia parlé. Au lieu defl'us allégué Phne dic^,qu on n'en auoic 
encor point veu a Rome auant la viftoire Afiatique de Pompée 
lequel en dédia premieremét fix de (on triûphe a Jupiter . Mais 
tantoil après par ex cellencechafque grand teigneur en voulut 
auoir.Il en dict beaucoup d'auâtage,que ie laiflfe a caufe de brief- 
ueté:touteftois l'ay bien voulu adiouiter ce qu'il en elcript fur la 
fin du chapitre.Ceft que tels vaifleauls eftoient apportez du pais 
dbrienta Rome,&qubnyentrouuoit en plufieurs endroicts, 
mais grandement au roiaulme des Parthes, &: principalement 
en Carmanie.L on cftime(dit il)qu'fls foient procrées Ibubs ter- 
redû humeur elpefl'ie par la chaleur. Leur grandeur n'excède ia 
mais les petitsGardemâgers, 3c peu louuét,(ont fi ei'pes qu'eftvn 
vailTeau a boire.Ces vaifl'eauls(dit il)ont fplendeur fans force, 3c 
plus toft niceur qnefplendeur.Maisladiuerfité des couleurs les 
faiéteftreeneftinTe&rhaultpris, l'cauoir eft de taches fe chan- 
geants en circuit de couleur de pourpre 3c blancheur, 3c tierce- 
ment dvneviue&:enflammeecouleur encre les deux, comme 
par pourpre furpaflant la rougeur,ou blanchiflant en couleur de 
lairf. Aucuns louent principalementen euls les extremitez, 3è 
quelques reuerberacion de couleurs,telles qu'on voit en Tare en 
ciel;c'eft a dire celefte.Les taches grafles ou efpeflies y (ont plaifâ 
tesimais la tranfparence on palle couleur y eft vicieuie, 3c aufli 
les inequalitez 3c verrues non eminentes^mais plates,comme es 

corps. 



DE LA COQ.VILLE DE P O R C E L t A I N E. 



S9 



corps.IIs ont auflfi quelque louenge en l'odeur. Cela dicl: Pline, 
lenedipasquonnepuifl'ebienappellerlesiubfdifts vafes Por^ 
celaine-.niais il les faulc diftinguer,les nômant vaiflèaulsdc Por- 
celaine annques,a la différence des vaifleaulsde Porcelaine mo* 
dernes.Car ceuls que nous auôs pour le iourd'huyjfont vaiffeauls 
faiélsdeterre,queies Lacins nomment FiStfia:ceque neftoient 
les vafes de Porcelaine des antiques,comme il appert en vn paf' 
fagedePlineauliurecrentccinq,chapitredouzielme, duquel il 
ma femblé conuenable mettre les mots Latins. Vttefftjii (dit il) 
inirinâiatHjHoccJçjhrtiis condidit fatinam^ cHifacicnd^fomax in camps 
exxdificata erâtK^Honiam eb fentcnit UxHria^'vt ethmfiBiÙa flnris conjïéty 
jHàm M«rr6ma.Ce partage de Pline eft grandement a noter, car par 
iceluy appert que Munnina n'^ftoient point faicls de tetrejque les 
Latins dientHt^i^wt&neantmoins ceuls qui afferment les vafes 
vulgairement appeliez de Porcclaine,eftre ceuls que les anciens 
nommoieritMMrrl5ma,ne fcauroient nier que lefdiftsvafes auiour 
d'huy nommez dé Pbrcelaine,ne (oient iiSîiUa^ c'eft a dire faifts 
deterre.Iecroyquequiyouldra regarder de bien près a la Co^ 
quille dont ie baille le portrai6t,trouucra toutes les merques que 
i ay n agueres efcriptesde Mwrr6ina,par quoy il me femble nefail 
lir point en nommant-^^i^rrÉa Concka de nom antique,la Coquille 
dont icy eft le portraicV. 

Portraiïi de la Coquille^ \ulgairefnent nommée grojjc 

Porcclla'we^ouçrand Coquille de Nacre de verle. 

P 




T 



able des noms propres contenant feu^ 

LEMENT LES CHOSES PLVS 
notables de ce prcfent liure. 

A 



Acipenfer fo. zo 

Acation fo, 53 

Adano fo. 15 

Adulicon fo. 51 

Aigles de l'empire fo, 16 

Alouccces fo.21 

Albanois tiennent la religion Gre* 

que fo. 6 dCi^ 

Amia lenncmy capital du Daul- 

phin fo. 21. 24 & 45" 

Amnios ou cft contenu vne liqueur 

en la fecondine du Dauiphin 

fo.3P 
Amphibia animalia fo. 47 

Anguille fo. i^ 

Anacomie du Dauiphin fo. ^6 
Anges de mer fo. 4 1 

Aper poifTon^c'eftadire porc fan? 

g lier fo. 20&21 

ApoUo Cirharœdus fo.iS- 

Arbalellrcpoiflbn fo- 4^ 

Arabes ne mangent point de Daul 

phin fo. y 

Arion fauué de péril de la mer^ar 

vn Dauiphin fo. 7 

Armes du Roy Afis fo.fiz 

Aine de mer fo. 17 

Afpre artère ou fiflet du Dauiphin 

fo. 3)- 
Atheneus fo. 15 

Actilus poiflTon du Pau fo. 15 

Aurataelt différent a noftre dorec 

fo. 20 

B 

Baleine fo. lo. 30 32 42 45 Se 47 
Barbeau fo. 3^ 

Balçfta fo-45 



Bec d'Oie fo, la 
Bénigne de villars appoticaire de 

Difgeon fo.zz 

Bomarin fo. 48 

Bofphorus cimmerius fo. 4 § 

Bœuf marin fo* zo 

Boucs fo. 30 

Bretons fo, ^ 

Bremmedcmer fo. 18 

Bremmc d'eau douice fo. i8 



Cauiar rouge de carpe 
Caniar noir d'£fturgcon 
Cabafonî 



Canicula 

Carulos 

Canadelle 

Canarelle 

Cantarus. 

Cantena 

Caftor 

Capon 

Carpion 

Coniards 

Cajfar 

Cetacees 



fo.3f 
fo. 3^ 

fo.2P 

fo. 7 

fo.2t 
fo.17 

fo. 17 

fo.18 

fo.i8 

fo.5o&47 

fo. 19 

fo.48 

fo. 2X 
fo. 1^ 

fo. ijSc^f 

fo.47 

fo. 2Z 

fo. 17 

fo.37 



Cetarij 

ChafTe des Daulphins 

Cheuille ou fcalme 

Chamas 

Chauldron fo. 57.10 31 4^ & 47 

Chien de mer fo. 17. aS & 41 

Chorion du Dauiphin fo. 3 8 

Cigales fo. 17 

Cithara fo. ij 

Citharus fo.jg 

Claudius fo.^x 



TA 

Cleopatrî fo.48 

Coqu lile de Nacre de perle fo. y i 
Congre fo. 5i> ÔC zo 

Concombre de mer fo. 17 

Corbeaux de mer fo. 17 

CoiViphos fo. 17 

CorluU ifle fo. 25" 

Coiiiugation des nerfs du cerueau 

duDaulphin fo. 37 

Crocodile fo.47&5'o 

Curiolice du R oy François fo. 43 
Daulphin pris a Rimini fo. 7 

Daulphin roy des poiflbns fo.4 
Daimares cieanenc le parcy des 

Grecs fo. y 

Daniel Barbarus gentilhomme Ve 

nicien fo. 7 

Daulphin voulcé ou courbé fo. 11 
Daulphmé fo, 1$ ÔCi6 

Dau phm vignote fo. 16 

Daulphin pallàgers fo. 24 

Delphmion herbe fo. z5 

Delphinophoron fo. z6 

Dcfcriptiondu Daulphin fo. z6 
Delcription del'Hippopo. fo.48 
Delcnption du Marlouiu fo. zp 
Defcnption d'Orca fo, 3iJ 

Delphiniera fo. 4^ 

Diaphragme du Daulphin fo. 35* 
Diodore fo. 4p 

Donfellc fo. 17 

Dorio repando,DeIphinu$ fo.io 
Dorce fo. 20 

Dragon fo. iS 

Draco fo. 18 

E 

Egyptiens fo. 

Eguliats fo. 17 

Eléphants fo.48 

Embrion du Daulphin fo,4o ^41 
Epïgaftredu Dauiphia fo.37 

Ellrangespoiflbns fo.i^ 

Elclâuôs viuécaiaCreque.f.5&25 



Efturgeon 

Elloille 

EimeriUon 

Eilomach du Daulphin 

Eilourneauis de mer 

Exocetus 

E 

Feftina lentè 

François Perier peinâ:rc 

G 
Galei 
Gac 

Gallee 

Cauia ou moutte 



ij 20&35 
fo. 17 

fo. 22 
to.3^ 

fo. 17 
fo,&yj 

fo. 12 
fo.28 

fo.45- 
fo. 17 
fo. ip 

fo. 22 

Gardemanger fo. 25 

Geneuois fo» ^4 
Genitoires des femelles fo. 42 
Gilbert médecin de Rome fo. 7 

Girafes fo. 7 

Glinos fo.2i 

Gournault fo. ip 

Gofier du Daulphin fo. 3 y 
Grande coquille de pocelaine f. 53 

Grue de mer fo, 17 

Griues fo. 17 

C ni lus fo. 20 

Grenoille de mer fo. 37 

Grofle porcelaine fo. 5 2 

GuidodeColona f.i^ 

H 

Harpe fo. 18 

Harpons fo. ^6 

Hérodote fo. 4)- 

Héron de mer foi4 
Hippopotamus fo. zoôcyi 

H irondelles de mer fo. 2 5 

Hobreau fo. 22 

Homar f. 17 

Hololleos fo. ip 

Hys fo. 20 

H y menées £41 



luifs 



fo, j 



> 



TAB 

loânct Watroti fcauant médecin 
Anglois . fo.p 

MonfieurM.Iean.IcFeron fo.i^ 
lulis. fo.17 

Inteftins du Daulphia fo.j^ 

Ichriocolla fo'47 

Ichneumon fo.5.0 

lehan de Rochefort fo.51 

Ibis fo-^o 

Inueteur de lafcignee Hip. fo.j't 

L 
Latins moins fcrupuleus que le s 
Grecs fo. S 

Laros fo.z2/ 

L'angoufte fo«53 

Labyrinthe de Crète fo.3^ 

Laggione fo.17 

Lambcna fo.iy 

Lamproiç fo.i^ 

Lamia tb.^s ^ 45 

Larinx du Daulphin fo.35 

Lelepris fo.17 

Leucographis fo«54 

L'hiftoirc d'Arion fo. j" 

Limats de mer . fo.yj 

Lieure marin fo.id^ 

Lion de mer fo.17 

Littorales ou de riuage fo.17 

Lyra fo.i8&i^ 

Libella 45 ^47 

Lynces fo.48 

Liepards fo.48 

Loy de moyfc fo»/ 

Lotte de mer fo.20 

Loutre. fo.3o&47 

Lune,poifron de mer fo.17 

M 

MaiftrePierreGeodon apoti.fo.42 
Mario fo. 20 

Matrice du Daulphin fo.40 &41 
Mararmat fo.i8 

Malarmat fo.iç 



LE 

Mahometiftes ne mangent point 
deDauIphinnedePorc fo.£> 
Mangreliie fo»35 

Marmiers Veniciens fo.iJ 

Marlouin n'eft pas dicVion Fran- 
co ife fo.8 
Marfioni petit poiflbn fo.2p 
Marfyo fo.9 
Mamelles du Daulphin fo.36 
Merfouin,ou Murfouin fo.^ & 10 
Medalles antiques contenants les 
Daulphms fo.ii 
Merlus fo.17 
Merle de mer fo,i7 
Miflinc fo.yi 
Milan de mer fo.2/ 
Mille peinCtures de poifTons aflem 
blees par M. R odelec fo. 47 
Mofcarolo ou Mulcarolo fo ji 
Mofcardmoou Muicardmo fo-Xi 
Monfieur Goupil medccm fo.47 
Morho ou Moihou /b.p 
Mafchouere dVae OrcachezM. 
le garde de féaux Bertrand! 

fo.31 
Morochthus pierre fo->'4 

M.Scaurus fo.48 

Muggia ville en'^Friol fo.3-2 

Muict de mer fo.17 

Murène n'eft pas Lamproie fo.ip 
Murrhlna vala fo.52/3&j'4 
Murex fo.y3 ^ 54 

Mutianus fo.yj 

Murrhaconcha fo.i'5&54 

N 

Nautilus fo.j'2 53 ÔCS4 

Nauronnier fo.52 

Nacre de perles fs-5253 ^54 
Ncbrides Galei fo.17 

Nets des efchanfons de paneterie 
de chez les princes fo.z6 
NifToles fo.17 



i 



TABLE 



Obelifqucs ou font grauczles ima 
^es dcsHippopocamcsfo.^i 
Omcntum du Daulphin fo.55 
Onces fo.4S 

Oudre & Ouettç fo.io & $0 

Orties de mer fo.17 

Orca fo.3x 

Oflements du Daulphin fo.45 
Ofmylus fo.5i 

Ours de mer fo. 16 

Oye de mer ou Daulphin £0*5 Se 

P 

Paraftates des Daulphincs fo. 41 
Papilles ou trayons des mamelles 
de la Daulphine fo. 3)- & 37 
Palumb fo. ij 

Papegault de mer fo.iy 

Paon de mer fo.17 & 18 

Pelce força fo. 19 

Peîdures depoilTons deM. Daniel 
Barbarus Patriarche d'Aquileefo.7 
Pefce armato fo.18 

Pelce fan Petro fo. 20 

Perfes font Mahômetifles fo ^ 
Pelchcurs du Leuanc fo. 7 

Pelamides fo. 11 

Pefce Ipada fo.14 

Petrus Gillius fo, 45 

Pes efcome fo. 17 

Pericardion du Daulphin fo. 35 
Pelagij,ou de plaine mer fo. 17 
Phileter fo. 31 

Philantropos fo. $ 

Phoca ou veau de mer fo. 2^ 

PhocacnaouMarfouin fo. p 14 & 

Phycis ou Tenchc de mer fo. 17 
Phalangions fo 42 

Pic de mer,ou Pîùerd fo. 1 7 

Pierre Geodon appoticairc fo.42 
Pompilus fo. 25&^2 



Porc pos ou Porcpifch 

Porceau de mer fo. 

Poiflon Empereur 

Porcelaine 

Porcelette 

Porcellioncs 

Porcus 

Portraid du Daulphin 

Portraiâ: de Orca 

Proucrbe d'AugufteCaefar 

Priltes 

Priftis 

Pforon 

Pyramide d'Egypte 



fo. 9 
P&20 
fo.14 
fo.53 
fo. zo 
fo. ;$ 
fo. 20 
fo. 29 
fo. 32 

fo. 12 

fo. 31 
fo. 17 
fo. 3^ 



Raifinsdcmer fo.17 

Raies defguifees fo. itf 

Rats (i'eau fo. 30 

RattcdePOrca fo. 43 

Rehgion des Mahometîdés fo.5' 
Regnarddemer fo. 1^,25 &4^ 
Remus fo.4^ 

Romulus fo. 50 

Rhines fo. 41 

Riuieredu Pau fo. 13 

Rouget fo.19 

Roufl'ettc fo. 17 2 1 41 & 47 

Roquau fo. 17 

Rotulo fo. 20 

Rougnons du Daulphin fo. 3 6 
Ruliiensobeiflcnt a refglifc Gre- 
que fo. s 



Saet ville d'Egypte fo. 51 

Salmandrc fo.42 

Sardines fo. 22 

Sauterelle de mer fo. 17 

Sanglier poiflon du flcuue Achclo 
us fo. 20 

Saxatiles fo. 17 

Saulmont d cflain ou de p/omb fo. 
2 6 P3. 



Sanuc fo>Tp 

Scaurus fo. ip 

Salpa fo. i8 

Scclecos du Dauîphîfi* f 4/ 

Scardola fo. 

Serpent de mer fo. f p Se 10 

Serpensccrreftres fo. ip 

Scrcallcs font de la foy Grequc.f. $ 
Selenns to. 20 & 47 

Singe de mer fo.14. 15&11 

Synediae to. 2.7 

Synodontides fo. 37 

Soleil fo. 17 

Sphiraena fo.i7 

Spmaces Caleî fo. 

Sphinges . fo. 37&yo 

ScaruesduOauIphin fo.fo 

Statues Egyptiennes fo. 4P 

Statues Komames fô. 4P 

Steilaris fo. 17 

Superftition des Grecs fo. $ 

Sus fo. 10 

Syriens f.y 

T 

Tarentinj fo. ix & 15 

Taras fo^iz Ôc if 

Tanches de mer f o. 1 8 

Tanua fo.18 

Telemachus fo. ij & 2 (> 

Telle du Daulphia to.^S 

Tygrcs ^ fo. 48 

TiteVerpaHen fo. 12 

Toys fo.iiôc 14. 



' A B L E 

Torlyo fo.Ï4 8:2p 

Tortues fo. 30 

Troglodytes fo. 51 
Trippç du nombril du Daulphin 

fo.38^3P 

Traîne fo. 21 

Troiens fo. is 

Truie fo. 20 

Trueuc îfo. 20 

Truega fo. 20 

TrigUtcs fo»37 

Turco fo. p 

Tumbc fo. ip 

V 

Vaiffeau nommé Dciphinus fo. ±6 
Valt^urnus fo. / 

ViiiVts £o.isSc2.6 

Viue fo. 18 

Veau de mer fo. 2PÔC47 

Vter fo. 30 

Veines du Daulphin fo. 3^ 

Vreteres du Daulphin fo. 37 

Vclcic du Daulphin fo. 37 Se 40 
Vrachus 3*»39 Se 41 

Voiage de monfieur le Baron de* 

funct par Arabie dcferte 
Vipère fo.42 

Vertèbres du Daulphin f. 4^ 
Vignois fo. J4 

z 

Zigurelle fo.17 

Zaphile,ouZaphirus fo. i8 

Zigena ou Libella fo.,4y Se 47 



■ ^ 

FAVLTES ADVENVES A L'IMPRESSION". 

Au nsufierme fueiUetchap.xv.oa il y ha que la voix du Daulphî 
Iiiezqjelenô du Daulphui Au xv.tuwiliccchap.xvij pour len- 
graueaehièzien^raueuie.Auxv) fueilkc cha.xxx.ouily ha ne 
pouuesjifeznepwuucc. Auxvjjtueil.hgnederniereouii yache 
n1Ilehie2chciiilk.au xix.f.ch.ip.xxx|.poarrareau hfez circuit. 
Au xxx;. f. chap.penukuiie pour nacines liiez racine. 



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