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Full text of "L'histoire naturelle, éclaircie dans une de ses parties principales, l'ornithologie, qui traite des oiseaux de terre, de mer et de riviere, tant de nos climats que des pays étrangers"

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University of Illinois Urbana-Champaign 



http://www.archive.org/details/lhistoirenaturelOOrayj 



LHISTOIRE NATURELLE 

É C L A I R C I E 
DANS UNE DE SES PARTIES PRINCIPALES , 

L'ORNI THOL OGIE, 

o u 

TRAITE DES OISEAUX. 



PLI. 




Décrie a Jfo/isc'u/rieiir *^| 
Fair c/e France f/iera/tir 
OLTin'crneur 



/e J)iic Je i/iei^rei/J'c , 



c/e jParis Sec 



<2. 



5^-*-^^-^ 



LHISTOIRE NATURELLE. 

É C L A I R C I E 
DANS UNE DE SES PARTIES PRINCIPALES, 

L O R N I T H O L O G I E, 

QUI TRAITE 

D ES O I S EAUX 

DE TERRE, DE MER ET DE RIVIERE, 

TANT DE NOS CLIMATS QUE DES PAYS ÉTR-ANGERS. 

Ouvrage traduit du Latin du Synopjîs avium de Ray , augmenté d'un 
grand nombre de defcriptions &: de remarques hiftoriques fur le carac- 
tère des Oifeaux , leur înduftrie 6c leurs rufes. 

Par M, SALERNEy Docteur en Médecine a Orléans^ Correfpondant 
de V Académie Royale des Sciences. 

Enrichi de trente- une Figures defîînées d'après nature. 



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A PARIS, 

Chez DEBURE Père , Libraire , Quai des Auguftins , à l'Image 

Saint Paul. 



M. D C C. L X V I I. 
AVEC APPROBATION, ET PRIVILEGE DU ROI 



R9-l^ 



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A MONSEIGNEUR 

LE DUC DE CHEVREUSE^ 

PAIR DE FRANCE, 

CHEVALIER DESORDRES DU ROI, 

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE SES ARMÉES; 
COLONEL GÉNÉRAL DES DRAGONS, 

<:OUVERNEUR ET LIEUTENANT GÉNÉRAL POUR SA MAJESTÉ 
DE LA VILLE , PREVOTE ET VICOMTE DE PARIS. 



M 



ONSEIQNEUR, 



La MouR êdairè que tout le monde vous connoît pour 
les Sciences & les beaux Ans m'a engagé à vous préfemer 
cet Ouvrage. Je ne m'y fuis déterminé quaprls m' être ajjiiré 



vj E P I T R E. 

par de bons témoignages , qud n était pas indigne de paraître 
fous la proteclion d'un Nom auffi illuflre que le vôtre, 
J'ejpere que ce fera une puijfante recommandation pour 
lui auprls du Public Littéraire. 



Je fuis , avec un très profond reJpeBy 



MONSEIGNEUR 



Votre très humble & très obéiiTanc 
■ Serviteur Debure Père. 



AVERTISSEMENT. 

o u s les Savants connoiffenc le mérite des Ouvrages de 
Jean Ray. Ce fameux Naturalise Anglois fut toute fa vie oc- 
cupé de l'Hiftoire Naturelle ; & après avoir donné au Public 
l'Ornithologie de Willughby, fon intime ami, il fit un excel- 
lent Abrégé de l'Hiftoire Naturelle des Oifeaux. Cet Ouvrage , 
compofé avec beaucoup de méthode èc de précifion , eft eftimé 
de tous les ConnoilTeurs en cette partie. L'Auteur a rangé les 
Oifeaux dans un nouvel ordre : il a établi des caractères tout- 
à-fait propres à les faire connoître ; ôc les defcriptions qu'il en 
donne font bien détaillées de fort exactes. Tel eft le jugement 
que les Savants en ce genre ont porté du travail de Ray. 

Le fond de l'Ouvrage que nous prcfcntoiis aujourd'hui au 
Public , eft une traduction de celui de Ray. Le favant Traduc- 
teur a joint au travail de l'Auteur Anglois les remarques &: les 
obfervations les plus curieufes de nos meilleurs Ornithologiftes, 
c'eft-à-dire de Belon , (ÏAldrovandus , de Willughby ,^ Olina ^ 
de Klein , de Gefner , de Linnxus , ècc. Il a auffi tiré parti de ce 
qui avoit rapport à fon objet dans les Hiftoires de du Halde y du. 
Tertre , & des autres Voyageurs : il a profité des remarques qui 
fe trouvent foit dans nos Journaux , foit dans nos meilleurs 
Dictionnaires. D'ailleurs fort verfé lui-même dans cette partie 
de l'Hiftoire Naturelle, intime ami & dans une correfpondance 
très étroite avec le célèbre M. deRéaumur , comme on le verra 
dans plufieurs endroits de cet Ouvrage , il a mêlé {ç.s propres 
Obfervations à celles des Auteurs que nous venons de nommer. 
Le Lecteur les trouvera pleines de recherches curieufes 6c d'une 
critique fort éclairée. 

Aux différents articles de l'excellent Abrégé de Ray ^ le Tra- 
ducteur a inféré dans l'ordre qui leur convcnoit les articles des 
Oifeaux étrangers qui fe trouvent dans un Appendice à la fuite 
de l'Ouvrage du même Ray. Ces articles , tirés des "^''oyages de 
Jean A^â'wAojf' Flamand , du P. du. Tertre _, du P. Jean-Eufebe 
Nieremberg'ius , de François Hernande\ , de Marcgrave ^ des 
Manufcrits du Dodteur Hans-Sloane , & de Jacques Petiver y 
comprennent les Oifeaux des Ifles Antilles de l'Amérique, ceux 
du Brefil , du Mexique , de l'Jfle de la Jamaïque &. deMadrall\ 
qu'on appelle autrement le Fort Saint Gccrgc. 



vii,' ArERTISSEMENT. 

Le Lcdleur trouvera dans l'Ouvrage que nous publions , ht 
dclcription de plus de deux cents Oileaux qui avoient échappé 
aux recherches de Ray ; phifieurs traits hiftoriques fur les mœurs 
& rindullrie des Oileaux ; plulieurs delcriptions intéreflantes 
fur la llru6bure admirable de leurs nids. Auiîi l'Ouvrage de l'Au- 
teur Anglois ne contient-il pas deux cents pages /«-8°, tandis 
que celui-ci en a près de quatre cent cinquante grand in-^°. 

Pour rendre cet Ouvrage plus utile , le Traducteur a ajouté à 
la fin de chaque defcription d'Oifeaux, le nom qu'on leur donne, 
foit dans les différents Royaumes de l'Europe, foit dans les autres 
parties du Monde , foit enfin dans nos Provinces de France ; & 
nous avons tenu compte de ces difiércntcs dénominations dans 
la Table alphabétique qui termine cet Ouvrage. Par ce moyen 
le Lecteur ^ en quelque Pays qu'il fe tranfporte , trouvera dans 
cette Table &: dans l'Ouvrage les noms des Oileaux dont il en- 
tendra parler , ou qu'il voudra demander aux gens du Pays, 

Ce Livre eft orné de trente-une Planches , qui rcpréfentent 
la figure de cent Oifeaux. Ces Planches font lupérieuremenc 
exécutées par un des plus habiles Artiftes que nous ayons en ce 
genre. On auroit pu les multiplier; mais cela n'auroit fait qu'aug- 
menter le prix du Livre : on s'eft contenté de donner les Oifeaux 
les plus curieux & les plus remarquables de chaque efpece. Ils ont 
TOUS été deffinés &: gravés d'après nature. On voit par ces détails 
que rien n'a été négligé pour perfectionner cet Ouvrage ; ôc nous 
pouvons alTurerque cette nouvelle partie d'Hiftoire Naturelle, 
qui fait un Volume de même format que la Conchyliologie & 
rOry£tologie de M. d'Argenville , ne déparera pas ces deux Ou- 
vrages, fi elle ne les furpaffe en beauté comme en utilité. 

Comme les Planches les mieux gravées ne fauroient marquer 
parfaitement les couleurs naturelles des objets qu'elles rcpréfen- 
tent , le Libraire avertit les Amateurs èc les Curieux, qu'il a fait 
colorier d'après nature un petit nombre d'Exemplaires des Plan- 
ches de cet Ouvrage : on y verra les Oifeaux avec toute la beauté, 
la vivacité & les différentes nuances de leurs couleurs. Ces Plan- 
ches font peintes &: coloriées d'après nature, avec le plus grand 
foin. Chaque Exemplaire ainfi peint & colorié fe vendra i 50 liv. 
relié magnifiquement en maroquin. 

Le même Libraire a encore quelques Exemplaires de la Con- 
chyliologie , dont les Planches font peintes éc coloriées , VoL 
i/;-4". relié en très beau maroquin, du prix de 240 liv. 



TABLE 



ES 



TABLE 



DES CHAPITRES ET DES ARTICLES, 



I 



III 

Chapitre IL 



Chapitre IV. 



NTRODUCTION, pag. i 

Chapitre Premier. Des grands Oifcaux de Proie diurnes ^ 5 

Article Premier. Des Aigles , ibid. 

Article II. Des Vautours^ 8 

Art*icle III. Des Eperviers généreux a longues ailes ^ qu'on. 

a coutume de drejjer pour la Fauconnerie^ 1 1 

Des Oifeaux de Proie diurnes plus petits ^ à 

longues ailes jfauv âges & plus lâches ^ que 

les Fauconniers négligent , i c^ 

Chapitre III. Des Oifeaux de Proie a ailes plus courtes que 

la queue , ou qui n'atteignent pas h beaucoup 
près l'extrémité de la queue ^ lorfqu' elles font 
pliées ou ajuflées , x6 

Des petits Oifeaux de Proie étrangers & ano- 
maux ou irréguliers ^ qu'on appelle Manu- 
codiatcs à Oifeaux de Paradis, 33 

Des Oifeaux de Proie nocturnes _, 4-7 

Des Hiboux a oreilles ou cornus , ibid. 

Des Hiboux fans oreilles ^ cq 

Des Oifeaux de nuit irréguliers , de la couleur 
du Coucou _, a bouche de Martinet , appelles 
Crapauds-Volants oi/ Tette-Chevrcs , 57 
Chapitre VU. Des Oifeaux a bec & à ongles crochus frugivo- 
res ^ c'efi-a-dire quife nourrifjent de grains ^ 
oudesVQno(\nc\.s , 61 

Des grands Perroquets dits Alacaos & Cocka^ 
toons _, 6z 

Des Perroquets de moyenne grandeur _, dits en. 
Anglais Parrots ù Poppinjays , 63 

Des grands Perroquets , ou des Perroquets de 
moyenne grandeur de Marcgrave ^ 6 S 

Des petits Perroquets , 6^ 

Des petits Perroquets de Marcgrave , que les 
Brafiliens appellent Tui ^ ù les Anglois Par- 
rakeets j -71 

Chapitre VIII. Des Oifeaux les plus grands a bec plus droit ou 

h 



Chapitre 
Article 
Article 

Chapitre 



V. 

I. 
II. 

Vï. 



Article 

Article 

Article 

Article 
Article 



I. 
II. 
III. 

W. 
V. 



T AB 



Chapitre IX. 

. Article I. 

Article IL 

Article III. 

Article IV. 

Article V. 

Chapitre X. 

Chapitre XI. 
Article I. 
Article II. 

Article III. 

Article IV- 

Chapitre XIT. 
Chapitre XIII. 

Article I. 

Article II. 

Article III. 

Chapitre XIV. 

Article I. 

Article II. 

Article III. 

Article IV. 

Article V. 

Article VI. 

Article VII. 

Chapitre XV. 



LE DES CHAPITRES 

moins crochu , finguliers ù incapables de vo- 
ler , a caufc de la majje de leur corps ^ ù de 
leurs ailes trop courtes , pag. ~j6 

Des Oifeaux a bec plus droit y ù d'abord des 
plus grands qui ont le bec gros ^ un peu long 
& droit j 8 I 

Des Oifeaux du genre Corbin , 83 

Du genre des Pies , 92. 

Des Pics , I o I 

De certains Oifeaux qui ont de l'affinité avec 
les Pics j 109 

Des Pics improprement dits , ou des Oifeaux 
qui ont quelque affinité avec les Pics ^ 113 
Des Oifeaux terrejires qui fréquentent les eaux ^ 
a bec long , mangeurs de Poiffions , 1 1 z 
Du genre des P an les , ou da Folailles , i zy 
De la Volaille domejlique & privée ^ ibid. 

De la grande Volaille fauvage qui fe nourrit 
de plantes ù de baies a fourcils rouges comme 
l'écarlate _, 135 

De la petite Volaille qui n'a les fourcils ni nus 
ni rouges , 141 

De la Volaille qui n'a point de doigt pojié- 
rieur _, 151 

Du genre des Pigeons ^ 1^6 

Du genre des Grives , 166 

Des Grives proprement dites , ibid. 

Des Aie rie s y 175 

Des Etourncaux ù Oifeaux du même genre j 

181 

Des petits Oifeaux , 187 

Des petits Oifeaux a bec menu j, ibid. 

Du genre des Hirondelles ^ 197 

Des Méfanges , 209 

Des Hochequeues y 2. 1 8 

Des Vitrées _, 2. ^ i 

De divers petits Oifeaux a queue d'une feule 

couleur j z z 7 

Des plus petits Oifeaux étrangers décrits par 

Marcgrave & par d'autres , Z4<j 

Des Oifeaux de moyenne grandeur a bec gros 

ù fort y ' 151 



ETDESARTICLES. kî 

Chapitre XVI. Des petits Oifeaux du Brejîl qui ont de l'affi- 
nité avec le Moineau ou Le Pinçon j P' ^ 7 3 
Chapitre XVTI. Des plus petits Oifeaux a gros bec , 278 
Chapitre XVIII. Des Oifeaux qui ont un tubercule ou une émi- 

nence dure a la mâchoire fupérieure j 291 
Chapitre XIX. Des Oifeaux aquatiques , & d'abord des Oi- 
feaux a pieds fendus qui fe tiennent autour 
des eaux , fans néanmoins y nager j 299 
Article I. Des plus grands Oifeaux aquatiques fiftgu- 
liers y ou d'un genre particulier , ibid. 

Article II. Des Oifeaux aquatiques à pieds fendus , qui 
dévorent les Poiffons ^ les Grenouilles & 
les Serpents , 3 04 

Article III. Du genre des Hérons ^ 308 

Article IV- Des Oifeaux aquatiques a pieds fendus ^ de 
moyenne grandeur , & des petits _, 319 

Premièrement , de ceux a bec très long ù recourbé ^ ibid. 

Secondement _, des Oifeaux aquatiques à bec très long ù 

3^3 
Des Oifeaux aquatiques a bec de moyenne 

longueur _, 331 

Des Oifeaux aquatiques a pieds fendus & et 
bec court j qui vivent d'Infecles , 541 

Des Oifeaux a pieds fendus qui nagent dans 
les eaux; ^ premièrement des Poules d'eau ^ 
dont les doigts ne font liés d'aucune mem- 
brane y 350 

Article VIII. Des Oifeaux aquatiques à pieds fendus y dont 

les doigts font accrus de membranes , 356' 

Chapitre XX. Des Oifeaux aquatiques palmipèdes ,0 d'abord 

de ceux a bec étroit , 359 

Article I. Des Palmipèdes a jambes longues y ibid. 

Article II. Des Oifeaux aquatiques palmipèdes a jambes 
plus courtes ; & premièrement de ceux qui 
n'ont que trois doigts y 3 <j 3 

Article III. Des Oifeaux palmipèdes a quatre doigts y b 
dont tous les doigts font liés enfemble par 
des membranes , 3 6^9 

Article IV- Des Oifeaux palmipèdes a quatre doigts y qui 
ont le doigt de derrière détaché ; ù d'abord 
de ceux qui ont le bec droit , étroit y aigu y les 
ailes courtes y & qui plongent y appelles 

Plongeons, 375 

bij 



droit y 




Article 


V. 


Article 


VI. 


Article 


VII. 



xij TABLEDES CHAPITRES. 

Article V. D^^ Oifeaux palmipèdes a bec étroit ^ aigu ù non 
crochu _, a longues ailes , & qui volent aifément , 
nommés en Latin Lari , en Anglais Guis ou 
Se.i-Mews , ù quelquefois Sea-Cobs ; en Fran- 
çois Goislands ou Mouettes , pag. 382 
Premièrement 3 des Goislands a trois doigts , ou qui n'ont point 
de doigt de derrière , ibid. 
Secondement ^ des Goislands a quatre doigts , ou qui ont un doigt 
de derrière , 385 
Article VI- Des Oifeaux palmipèdes a bec crochu par le bout y 
& non dentelé y 398 
Article VII. Des Oifeaux palmipèdes a bec étroit , crochu par 
le bout ù dentelé , ou des Plongeons dits en 
Latin Mergi , 400 
Article VIII. Des Oifeaux palmipèdes a large bec & plus 
grands , VU du genre des Oies , 404 
Article IX. Des Oifeaux palmipèdes â large bec ^de moindre 
volume , ou du genre des Canards , 413 
Premièrement , des Canards de mer , ibid. 
Secondement , des Canards de rivières qui fréquentent princi^ 
paiement les eaux douces ^ 417 
Troifiémement y des Canards étrangers du Brefl^ 43 <> 
Quatrièmement ^ des Canards domefliques ^ 437 



Fin de la Table des Chapitres 6c des Articles. 



De l'Imprimerie de DIDOT^ rue Pavée, 1767. 



APPROBATION. 



J 



'ai lu par ordre de Monfeigneur le Chancelier un Manufcrit intitulé 
VHifloire Naturelle écla'ucie dans une dcjes parties principales , l'Ornithologie. 
Cet Ouvrage étant une traduifllon du Synopfis avium de Ray , augmentée 
de recherches critiques & d'obfervations curieufes fur THiftoire des Oifeaux 
de nos climats , je crois que l'impreilioa pourra en être utile aux Amateurs de 
cette partie importante de l'Hilloire Naturelle. A Paris ce 1 6 Juillet i-Ci. 

DEMOURS. 



PRIVILEGE DU ROI. 

JLjOUIS , PAR LA GRACE DE DiEU , Rol DE FrANCE ET DE NaVARRE : 

A nos amés & féaux Confeillers les Gens tenant nos Cours de Parlement , 
Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand-Confeil , Prévôt de 
Paris , Baillifs , Sénéchaux , leurs Lieutenants Civils , & autres nos Jufticiers 
qu'il appartiendra , Salut. Notre amé le Sieur Debure Père , Libraire à 
Paris , nous a fait expofer qu'il defireroit faire réimprimer & donner au Pu- 
blic des Ouvrages qui ont pour titre : Enumeratio FoJJilium ; H.jhire Natu- 
relle éclaircie dans trois de Jes principales parties , la Conchdiologie , COriclho- 
logie , V Ornithologie^ avec Planches en taille-douce ; Abrégé de la Vie des plus 
fameux Peintres, avec leurs Portraits gravés en taille- douce ; les Voyages Pit' 
torefques de Paris & de fes environs , avec Figures en taille-douce , par AL d'Ar- 
genville , Maître des Comptes ; Tableau des Maladies ; Manuel de Charité ; 
Defcription abrégée des Plantes Ufuelles employées dans le Manuel de Charité j 
Cours de Médecine Pratique , par M. Aniault de Noblevllle, Docteur en Méde- 
cine ; s'il nous plaifoit lui accorder nos Lettres de Privilège pour ce néceflai- 
res. A ces causes , voulant favorablement traiter l'Expofant , nous lui avons 
permis & permettons par ces Préfentes de fiire réimprimer lefdirs Ouvrages 
autant de fois que bonlui femblera , de les vendre , faue vendre &c débiter par- 
tout notre Royaume , pendant le temps de qumze années confécutives , à 
compter du jour de la date des Préfentes. Faifons défenfes à tous Imprimeurs , 
Libraires , & autres perfonnes de quelque qualité iSc condition qu elles foient, 
d'en introduire de réimprellîon étrangère dans aucun lieu de notre obéiffance j 
comme auffi de réimprimer , faire réimprimer , vendre ■ faire vendre , débiter 
ni contrefaire lefdits Ouvrages , ni d'en faire aucun Extrait , fous quelque 
prétexte que ce puiffe être , fans la permillion exprefle &: par écrit dudit Ex- 
pofant , ou de celui qui aura droit de lui , à peine de confilcation des Exem- 
plaires contrefaits , de trois mille livres d'amende contre chacun des contreve- 
nants , dont un tiers à Nous , un tiers à 1 Hôtel- Dieu de Paris , & 1 autre tiers 
audit Expofint , ou à ceux qui auront droit de lui , & de tous dépens , dom- 
mages & intérêts \ à la charge que ces Préfentes feront enregiftrées tout au 
long fur le Regiftre de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris, 
dans trois moisde la date d icelles \ que la réimpreOîon defdits Ouvrages fera 
faite dans notre Royaume , & non ailleurs , en beau papier & beaux caraéte- 



tes y conformément aux Règlements de la Librairie , Se notamment i celui 
du 10 Avril 1715 , à peine de déchéance du préfent Privilège j qu'avant de 
les expofer en vente , les Imprimés qui auront iervi de Copie a la réimprellion 
defdits Ouvrages , feront remis dans le même état où l'Approbation y aura été 
donnée , es mains de notre très cher & féal Chevalier Chancelier de France > 
le Sieur de Lamoignon , & qu'il en fera enluite remis deux Exemplaires de 
chacun dans notre Bibliothèque publique , un dans celle de notre Château du 
Louvre , un dans celle dudit Sieur de Lamoignon , Se un dans celle de notre 
très cher & féal Chevalier Vice- Chancelier , Garde des Sceaux de France , le 
Sieur de Maupeou j le tout à peine de nullité des Préfentes : du contenu def- 
quelles vous mandons Se enjoignons de faire jouir ledit Expofant & fes ayans- 
caufe , pleinement & paifiblement , fans fouffiir qu'il leur loit fait aucun trou- 
ble ou empêchement. Voulons que la Copie des Préfentes , qui fera imprimée 
tout au long au commencement ou à la nn defdits Ouvrages, foit tenue pour 
dùement lignifiée , & qu'aux Copies collationnées par l'un de nos amés &C 
féaux ConfeiUers-Secrétaires , foi foit ajoutée comme à l'Original. Comman- 
dons au premier notre Huilîier ou Sergent fur ce requis , de faire pour l'exécu- 
tion dicelles tous aétes requis & nécelfaires , fans demander autre permiflîon , 
& nonobftant clameur de haro , Charte Normande , Se Lettres à ce contraires. 
Car tel eil notre plaifir. Donné à Paris le dix huitième jour du mois de Juin, 
l'an de Grâce mil fept cent foixante-fix , & de notre Règne le cinquante-uniè- 
me. Par le Roi en fon Confeil , L E B E G U E. 

Regljiré fur le RegWre XVI de la Chambre Royale & Syndicale des Librai- 
res & Imprimeurs de Paris y N°. 801 , fol. 484, conjormément au Règlement 
de l^i-i' A Paris ce premier Juillet lyfî^. GANEAU , Syndic. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 

SUR LES OISEAUX. 



J7 LANCHE 7 , Portugais jaune , Ufei Perroquet jaune. 

PI. 8 , Perroquet vQn,ajoute\, ou Qui juba Tui. 

Page 125, voye'^ PI. 1 1 , Fig. 4 , ///. Fig. j . 

Pag. 1 5 G , à l'article Caille des Philippines , ajoute\ , V. PI. 13. Fig. j . 

PI. 10, au'lieu de i. Pie grivelée , 3 . Grand Pic noir , lij. 3 . Pie grivelée o^ 

Cairenoix , 2. Grand Pic noir. 
Pi. 1 1 , Fig. I , Toucan, ajoute^, ou Pie du Brefil. 
PI. 1 1 , Fig. } , Caflique jaune , ajoute-^ , ou Jupujuba. 
PI. II, Fig. 4 , Mérope , ajoute\ , ou Guêpier j & à la page 1 24 , au-lieu de 

Fig. 3,/,/ Fig. 4. 
PI. 14, Fig. I , Pigeon bleu de Madagafcar , ajoute\ , ou Mena-Rabou. 
PI. 15, Fig. j j 1 Erourneau à aîles rouges, ajoute^ , OU de la Louifiane. 
PI. 17, Fig. 3 , Grimpereau vert , ajoute:^, ou Japacani. 
PL 2 1 , Fig. I , Bihoreau , ajoute^, ou petit Hcron cendré. 
PI. 22 , Fig. I , Courlis rouge & gris , ajontei ' Guara ou Coiulis du BrefJ. 
Pag. 374 , ligne dernière , a/cutc:;Pl. 27 , Fig. i. 
Pag. 3 99 , ligne 1 9 , ajouu'i , V. PI. 29 , Fig. 4. 
PI. 3 o j Fig. 3 , Vingeon , ajoute^ , ou Morillon. 



AVIS AU RELIEUR 

POUR PLACER LES PLANCHES. 



X LANCHE PREMIERE , Frontifpice , vis-à,-vis le Titre. 
Planche II . 

Planches m &; IV 
Planche V 
Planches ^T & VU 
Planche VIII 
Planche IX . 
Planche X 
Planches XI & XII 
Planche XIII 
Planche XIV 
Planche XV 
Planche XVI 
Planche XVII 
Planches XVIII &c XIX 
Planche XX 
Planche XXI 
Planche XXH 
Planche XXIII 
Planches XXIV & XXV 
Planche XXVI 
Planche XXVII 
Planche XXVIH 
Planche XXIX 
Planche XXX 
Planche XXXI 



pag- 



II 

47 
61 

71 

77 

93 

109 

127 

175 

187 

222 
250 
299 

304 

3Î9 

331 

355 

3^5 

375 
381 

397 
403 

425 

440 



HISTOIRE 




HISTOIRE 



N A T U R E I. T. E 



DES OISEAUX. 



■Bv^BBaawffiaEAwava 



I N 



TRODUCTION. 



\^ u o I Q u E bien des Auteurs aient traité des Oifeaux , nous ne 
lommcs pas encore, à beaucoup près , parvenus au point de les 
connoitre tous ; 6c parmi la multitude de ceux que nous con- 
noillons , combien y en a-t-il qui n'ont été décrits que très- 
imparfaitement par des Voyageurs qui n'étoient rien moins que 
Naturalises ? 

Depuis Ariftote & Pline , qu'on peut appeller à jufte titre les 
Pères de l'Hiftoire Naturelle , les meilleurs Ornithologues qui 
foient venus à ma connoiflance , font Pierre Belon du Mans , 
Conrad Gefner de Zurich, Ulyfle Aldrovandus de Bologne , 
Jonfton , Olina , Willughby & Ray , Derham , Edwards ,'Ca- 
tesby , 6c M. Linnxus , dont le nom feul fait l'éloge. 

Pour procéder avec ordre , je me fuis particulièrement attaché 
à l'excellenc Abrégé de Jean Ray , le plus célèbre des Naturalises 
Anglois ; 6c quant aux étymologies françoifes , j'ai eu recours 
fur-tout au Diclionnaire Etymologique de Ménage, Au-rcSc , 
outre qu'il y a bon nombre de mots dont il cft comme impoilibic 



2 Histoire Naturelle 

de découvrir l'origine , je n'ignore pas que l'art des étymologies 
eft l'arc des conjectures, &: qu'en général il enfante plus d'erreurs 
que de vérités. 

Avant que d'entamer l'Hiftoire abrégée des Oifeaux , je crois 
qu'il ne fera pas hors de propos , pour éviter les redites , de dé- 
buter par l'expofition des différents cris , par lefquels on peut les 
reconnoître. 

L'Aigle &; la Grue glapiflent ou trompettent; la Cigogne cra- 
quette ou claquettc , de même que le Torcol fie le Traquer; le 
Pélican brait comme un Ane ; le Cygne &; l'Oie en colère fifflent 
comme u n Serpent , & le Jars jargonne ; le Paon braille ou craillc ; 
le Coq-d'Indc glougloute ou glouglote , fie femble aboyei- ; la 
Poule d'Inde fie le Poulet piaulent; feCoq caquette ou coquette, 
&c chante coquelicais ou coquericot ; la Poule clolTe ou gloulTe 
quand elle a des petits. Se dir coco<iaft<„ 4u.ind elle a pondu; la. 
Perdrix cacabe ; la Caille chante courcalihat , courcaillet, car- 
caillet ou carcaillot ; le Canard cajole , fie la Cane cancane ; la 
Poule d'Eau fie la Canepetiere pettent; le Chat-Huant hue ; la 
Frefaie criiTe ou friflonne ; la Chouette dit toutou , goût ou 
gouayon; le Pigeon fie le Crapaud-volant rocoulent ou roucou- 
lent ; la Tourterelle gémit ; le Geai graille ; le Merle, la Grive 
dite Mauvis , le Roffignol , la Fauvette èc le Serin chantent mé- 
lodieufement au printemps , fie l'hiver ils gringottent ; la Pie 
agalle , le Corbeau ^ les Corneilles croallent ; le Coucou , les 
Courlis , le Loriot , la Puput , le Tire -arrache , les Vitrées, 
l'Alouette dite Cugelier , le Francolin de le Tarin , s'appellent 
parleur nom ; le Pinçon , le Roffignol de Muraille èc le Roitelet 
dit Chanteur , répètent lui , huit, ou tuit ; le Sanfonnet , le Tor- 
clîcpot , le Bouvreuil fie la Linotte, fifflent comme l'Homme; le 
Vcrdier dittiti, ou zizi; la Hochequeue curu,ou quiri ; la groiFe 
Méfange quiquicu , ou fils de Dieu ; le Guêpier grulgruru , ou 
urubul ; le Pluvier huichuit ; le Vanneau dixhuit ; l'Alouette 
tirelire, fie adieu Dieu ; le Piverd pluplui , ou pleupleu ; les Grives 
grigri ; le Moineau guillcri, ou pillcri ; l'Hirondelle commune 
gazouille ; le Perroquet parle comme l'Homme ; le Bruant hen- 
nit; le Râle de Genêt coaxe comme la Grenouille, la Gorge- 
rouge roffignole; le Chardonneret fifflotc ; les Mouettes criail- 
lent; les petites Méfanges tintent ; le Roitelet crête imite le cri 
de la Sauterelle ; la Barge èc la Bécaiïïne chevrotent; le Butor 
mugit, ou beugle commeunTaureau; la Pie-Gricfche contrefait 
les cris des petits Oifeaux. 

Mais s'il fe trouve du vrai dans plufieurs de ces fortes de déno- 



DEsOîSEAUX. 5 

minationSjil faut convenir qu'il y a fouvent bien Je l'imagina- 
tion. C'eft ainfi qu'en Orléanois le Pinçon eft nommé Riche- 
Prieur ^ parcequ'on lui fait dire , Je fuis le fils d'un riche Prieur; 
tandis qu'en Normandie on lui fait dire : Qu'efi-ce qui veut venir 
a Saint Symphorien ? C'eft ainfi qu'on s'imagine que la groire 
Méfange dit. Comme il te fait fais lui , on fils de Dieu. Les Solo- 
gnots prétendent que la grolTc Mélange dit, Que de petits, & que 
la petite Méfange bleue lui répond , tout drus ; la Puput mâle. 
Boute boute ^ 6c la femelle , Fi qui put ; la Caille , Paye tes dettes; 
le Rollignol de muraille. Huis clos ; que l'Alouette commune 
bénit & prie Dieu en montant, & qu'elle maudit 6c jure en def- 
cendant. C'eft auifi que des Payfans effrénés ont inventé , d'après 
le chant du Roilignol franc & duRollîgnol de Rivière, nommé 
ici Tire-arrache _, des Chanfons obfcènes qu'il n'cft pas permis de 
répétci. En un iuul il on eiV du chant des Oifeaux , comme du 
fon à.çs Cloches, auxquelles on fait dire tout ce qu'on veut. 



CHAPITRE PREMIER. 

Des grands Oifeaux de Proie diurnes. 

Article Premier. 
Des Aigles, 

J_/ES A I G L E s différent des autres Oifeaux de Proie en général, 
tant par leur grandeur infigne que par leur caradere farouche , 
qui ne fauroit s'apprivoifer aifément , & en particulier des Vau- 
tours, par leur générofité & par leur bec ; car dans les Vautours, 
félon l'obfcrvation de Gefner , le bec ne fe recourbe pas immé- 
diatement à fa naifTance , mais après s'être maintenu droit l'ef- 
pace de deux doigts ou d'un demi-palme. 

Les efpeces d'A ig l e s connues font les fuivantes. 

I ". Le grand Aigle Royal , Aquila Stellaris , Chryfaetos ^ 
Bclon. Aldrov. Jonft. Ray Synopf Aquila Germana , Gefn. 
Aquila Regalis , Schw. Falco cerâ luteâ _, pcdibus lanatis , cor-' 
pore rufo ^ Linn. C'eft le plus grand des Aigles ; & il furpaifc 

Aij 



4 Histoire Naturelle 

l'Oie en grandeur. Il fe dillinguc des autres par la couleur fauve 
de tout Ion corps , ôc de l'elpcce qui fuit par la couleur brune de 
toute la queue, &; en ce qu'il a les jambes revêtues de plumes 
julqu'aux pieds. Celui d'Aldrovandus pcfoit douze livres. 

La delcription de M. Linnceus cft un peu différente de celle de 
Ray. Selon lui , le corps de notre Aigle eft de couleur de terre 
cuite, antérieurement plus roufsntre, poftérieurement plus noi- 
râtre : il a la queue rouffe,avec des taches blanchâtres clair-fe- 
mées ; les jambes laineufes, avec des doigts jauncs,& des lerres de 
la longueur des doigts ; le bec court, avec une pointe crochue 
noire; les mouftaches formées par des foies, audeffus defquelles 
efb une cire jaune où font des narines fituées en travers. Il pond 
quatre œufs d'une couvée. 

Pline dit que l'Aigle ne fait éclorre à la fois que deux Aiglons, 
& qu'il fe défait de l'un des deux pour n'avuir pas la peine de les 
nourrir ; ce qu'il a tiré d'Ariftote , qui avoit dit de l'Aigle avant 
lui , qu'il pond trois œufs, fait éclorre deux petits , & n'en élevé 
qu'un , fuivant ces mots paffés comme en proverbe : Edit terna , 
excluait binos , educat unum. Quoique ce foit beaucoup pour un 
Aigle d'élever quatre ou trois petits à la fois , il paroît que M. Lin- 
nxus a raifon, s'il en faut croire le témoignage d'un ami qui m'a 
affuré avoir trouvé en Auvergne un nid d'Aigle fufpendu entre 
deux rochers , où il y avoit trois Aiglons déjà forts. 

Le n\ot Aigle vient du latin Aquila. On l'appelle Chryfa'étos ^ 
parceque fes plumes font touffes ou de couleur d'or, & Stellaris ^ 
parcequ'elles font parfemées de taches dont on a comparé la blan- 
cheur à celle des étoiles , félon le Dicliounaire Encyclopédique. 
On appelle encore l'Aigle le Roi des Oifeaux ÔC de l'Air , à caufe 
de fa nobleffe & de fa fierté naturelle. 

Il eft faux qu'il y ait une inimitié ou antipathie entre l'Aigle 
& le Roitelet ; que l'Aigle meure de faim ,• parcequ'à la longue la 
partie fupérieure de fon bec fe recourbe jufqu'à ne pouvoir plus 
s'ouvrir ; que l'Aigle contraigne fes petits de regarder fixement le 
Soleil , & qu'il les chaffe comme des bâtards , s'ils clignent les 
yeux faute d'en pouvoir foutenir l'éclat; que l'Aigle ne touche 
jamais aux corps morts ; que les Aigles affamés fe m^angent les 
uns les autres, &; qu'ils s'accouplent quelquefois avec l'Epervier, 
mais fans daigner enfuite couver les œufs qui en proviennent. 

2°. L'Aigle fauve ou dorcc , à cjucuc ceinte d'un anneau 
blanc , Aquila fulva , feu Chryfaétos , caudâ annula albo cinclâ. 
Ray^Synopf L'an 1 66^ , on trouva un nid d'Aigle fauve dans une 
Forêt près de la rivière de Dervant , fur le territoire de Derby ea 



DEsOlSEAUX. y 

Angleterre ; il étoit compofé de grands bâtons , dont un bouc 
étoit appuyé fur la pointe d'un rocher , 6c l'autre fur deux bou- 
leaux; ks bâtons étoient couverts de joncs , les joncs de bruyère, 
& la bruyère d'autres joncs. Il n'y avoit dans ce nid qu'un Aiglon 
avec un œuf clair , 6c à coté de l'Aiglon les cadavres d'un Agneau, 
d'un Lièvre & de trois petits de Coq de Bruyère. Le nid quar- 
ré , large cie 6 kj pieds , étoit plat &: uni , (ans aucun creux au 
milieu. L'Aiglon prefque adulte , Se prêt à s'envoler , avoit la 
figure d'un Autour ou d'un Hobereau, avec un dos noirâtre comme 
celui de Jean-le-Blanc. Il étoit prefque du poids d'une Oie , 6c 
avoit les jambes revêtues de plumes jufqu'aux pieds, avec un an- 
neau ou une ceinture blanche à la queue. 

On ne voit point ces deux premiers Aigles, que je fâche, dans 
tout l'Orléanois ; ils ont bien neuf pieds de vol , au lieu que le 
fuivant ii'en a que fcpi. 

3 °. L'A I G L E de Mer , dit Orfraie , HalLeëtus , feu OJfifra- 
ga. R^Y Syno^i. H ai i j-'aus , Ç\xc Aquila Alarina ^ Gcfn. C'clt le 
Nifus des Anciens , félon quelques-uns. Les Anglois l'appellent 
tke Ofprey. L'Orfraie fait louvent un grand dégât de poilTong 
dans nos Rivières & dans nos Etangs : mais il eft abfolumcnt fiux 
qu'elle ait un pied plat & les doigts garnis de membranes comme 
l'Oie ou tout autre Oifeau palmipède , & l'autre divifé à la façon 
des Oifeaux de Proie , comme le Vulgaire fe l'eft perfuadé. M. 
Klein dit qu'elle fe jette avec impétuoïité&:furles Oifeaux & fur 
les Poiflons ; & que pour s'élever de l'eau plus aifément avec fa 
proie , la Nature lui a un peu joint par une membrane les doigts 
de la main gauche. Elle mérite d'être comptée parmi les Aigles 
pour fa grandeur infigne. Voye\ Planche r. Figure i. 

Cette forte d'Aigle fait fon nid fur les plus hauts chênes , & un 
nid extrêmement large , oii elle ne pond que deux œufs fore 
gros, tout ronds ôc très-pefants , d'un blanc fale. Il y a quelques 
années qu'on en trouva un dans le Parc de Chambord. J'ai en- 
voyé les deux œufs à M-. de Réaumur : mais on ne put détacher 
le nid. L'année dernière on en dénicha un nid à Saint Laurent- 
des-Eaux , dans le Bois de Briou , où il n'y avoit qu'un Aiglon , 
que le Maître des Poftes du lieu a fait élever. On a tué à Belle- 
garde dans la Forêt d'Orléans , une Orfraie qui pendant la nuit 
pêchoic tous les plus gros brochets d'un Etang qui appartenoit 
ci-devant à M. le Duc d'Antin. Une aucreaété tuée depuis peu 
à Sencly en Sologne , dans le moment qu'elle emportoit une 
grolFe carpe en plein jour. 

C'ell une ancienne opinion j/iu'on trouve dans les aires ou nids 



6 Histoire Naturelle 

d'Aigles la Pierre d'Aigle fl vantée , que les Grecs appellent pour 
cette raif on A'étites. On a prétendu encore que quand les autres 
Aigles abandonnoient leurs petits , l'Orfraie le chargeoit de les 
élever, & que ces petits devenus grands dévoroient leurs père &: 
mère nourriciers. Il y a bien d'autres rêveries lemblables fur le 
compte des Aigles. L'Orfraie a les jambes plus courtes que tout 
autre Oileau de Proie. Ses ongles font ronds, au lieu que ceux 
des autres iont ordinairement un peu plats. 

Selon Gcfner , les Bourguignons appellent l'Orfraie Crot- 
Pccherot , c'eft-à-dire , Corbeau Pêcheur , le comparant au Cor- 
moran pour fon habileté à pêcher. Dalechamp dans fes Notes fur 
Pline , dit que V Ojjifragus des Anciens s'appelle en françois Fre- 
neau _, Bris' os ôc Bif. Le premier de ces noms vient apparemment 
du grec Phtnè , qui eft le nom qu'Ariftote donne à notre Aigle. 
Le iecond répond parfaitempiit au mot latin Ojjtfraga. Pour le 
mot Bif y je ne fais d'où il vient, à moins qu'il ne foitdit pour 
Bœuf, vu la pefanteur & la force avec laquelle l'Orfraie tombe 
fur le Poiiron. Ce qu'il y a de certain, c'eft que quand elle s'abat 
fur un Etang pour faifir la proie , elle fait un bruit qui paroît ter- 
rible , fur-tout la nuit. On trouve le terme d' Ojjifrague dans nos 
vieux Auteurs François , quelquefois Ojfraye ou Ophraye , &C 
même Osfraye. En Sologne on l'appelle communément Aigle 
Pêckcrejfe ou Pêcheufe ; quelques-uns Orfroye pour Orfraie ^ èc 
par corruption Naufrage , & ils eftiment fon crau , qui eft fon 
cri naturel, pour être d'un mauvais prélage. Cet oileau n'eft pas 
commun , èc l'on n'en voit jamais qu'une paire dans une Forêt. 

4^^. L'Ai G L E noir oi-dmz'ne yMe/an.eëtos feu Aquila J^aleria^ 
Ray Synopf. Sa grandeur eft le double de celle du Corbeau ; fa 
tête, fon col , fa poitrine font noirs. Il porte entre les deux épaules 
une grande tache triangulaire d'un blanc rousfâtre, & une pla- 
que blanche tranfverfale aux ailes. Les fexes varient beaucoup 
en couleurs tant dans cette efpece que dans les autres Aigles. 

On l'appelle en grec Melan/éws , à caufe de fa couleur noire, 
& en latin Valeria y quafi viribus valens , à caufe de fa force. 
Auffi eft-ce le plus brave des Aigles , quoique le plus petit. 

Les Anciens ont écrit que l'Aigle n'étoit jamais frappé de la 
foudre : la raifon en eft qu'il s'élève par fon vol au-delfus des nues 
& des lieux où fe forme la foudre. L'Aigle, comme tous les grands 
Oifeaux , eft trente jours à couver ; au-lieu que les Oifeaux de 
Proie ôc autres de grandeur médiocre , comme le Milan & la 
Poule, ne couvent que vingt jours. Selon M. l'Abbé Nollct, le 
terme de l'incubation naturelle eft de vingt-un jours. L'Aigle & 



DEsOlSEAUX. 7 

prefque tous les Oifeaux qui ont les ongles ci-ochus , chaflent hors 
du nid leurs petits, quand ils font aflèz forts pour voler; après 
quoi ils ne s'en embarrailcnt plus ; fouvent même ils les chaiîenc 
bien loin , craignant de manquer de nourriture. 

5 ^. La grolîe B ON d r É e blanche , Pyg^rgus Albicilla Ga\x, 
quibufdam Hinnularia , Ray Synopf. Falco cerâ flavâ , rcclrkibus 
albis _, verjus apices nigris , Linn. Elle cède en grandeur à l'Aigle 
Royal, dont elle diffère encore par la couleur jaune du bec Se des 
pieds, par celle de la tête, qui eft blanchâtre ou grisâtre, ôc par 
celle de la queue, qui eft en tout ou à moitié blanche. Ray a 
trouvé que i'Oifeau peloit huit livres Se demie. Celui qu' Akirovan- 
dus décrit étoit beaucoup moindre , &: différent pour la couleur. 

Selon M. Linna:us , cet Oifeau habite par-tout dans les Forêts 
de la Suéde ; fon corps eft de couleur de terre cuite ; les plumes 
de la trtc &i du rnl lont pointues , avec un bord blanchâtre ou 
pâle; le ventre brun; les grolles plumes des aileo noii-cs en dehors, 
& blanches en dedans , parmi lelquclles il y en a douze qui font 
blanches vers le bout , & noires en dehors ; les jambes, le bec &: 
la cire jaunes. Sa grandeur eft celle d'une Oie. La femelle eft plus 
blanchâtre. 

6°, Le Faucon de Marais, ou le Buzard des Anglois, 
Morphnos , feu Balbufardus Anglorum , Ray Synopf. Falco ^ cul 
pedes arulei , cyanopoda dlxeris. Gefn. Falco pedibus ceraquc 
CdruUis , corporc fuprafufco , capite albo. Linn. Ray n'en dit que 
deux mots. Selon M. Linnxus , il a la cire du bec bleuâtre , 
l'iris des yeux jaune , les narines oblongues, les pieds bleuâtres, 
le doigt extérieur comme reculé en arrière , le corps brun en 
deffus, excepté la tête qui eft blanche ; toutledeflous du corps 
blanc, les ongles rondelets en deffous II habite parmi les rofeaux 
le long des eaux ; il pond à chaque fois quatre œufs blancs, gros, 
elliptiques ou ovalaires. Il fe nourrit de Poiffons. 

Gefner dit que cet Oifeau le trouve en Suilie dans plufieurs en- 
droits, & qu'il fait fon nid dans certains Rochers près des eaux, 
ou dans des Vallées profondes. Il ajoute qu'on peut l'apprivoifer 
£i s'en lervir dans la Fauconnerie. 

7°. Ray met encore au rang des Aigles quatre Oifeaux de 
Proie , dont deux font tirés de Marcgrave , Se les deux autres 
d'Aldrovandus. Il finit par remarquer que le dernier dit Oiipe- 
largus , Fercnopteros feu Gypdétos Aldrov. dont Aldrovandus 
propofe trois efpeces ou variétés , ne mérite pas d'être compté 
parmi les Aigles , tant à caufe de falâcheté > qu'à cauie de la figure 
de fon bec 6c de fes pieds.. 



s Histoire Naturelle 

8°. L'Aigle Malabar.-ïI cft également beau & rare ; fa tête, 
fon co! &; toute la poitrine font couverts de plumes très blanches 
plus longues que iarges,dontla tige & la côte font d'un beau noir 
de jais. Tout le refte du corps eft couleur de raaron luftré, moins 
foncé fous les ailes que dellus. Les fix premières plumes de l'aîle 
font noires au bout ; la peau autour du bec eft bleuâtre ; le bout 
du bec eft jaune tirant fur le vcrd ; les pieds font jaunes, les on- 
gles noirs. Cet animal a le regard perçant ; il eft de la grofteur 
d'un Faucon : c'eft une efpece de Divinité adorée par les Mala- 
barcs. On en trouve auiîidans le Royaume de Vifapour, ôcfurles 



terres du Grand Mogol 



Article Second. 
Des Kamours. 

J_jES marques caradériftiques des Va u t o u r s , par lefquelles 
ils difterent des autres Oifeaux de Proie, particulièrement des 
Aigles, font, i°. que leur bec ne fe recourbe pas immédiatement 
à fa naiilance, mais après s'être maintenu droit pendant l'efpace 
de deux doigts. 2°. Qu'ils font plus lâches que l'Aigle, &: qu'ils 
fe nourrilTènt de cadavres, dont les Aigles s'abftiennent [a) ; 
néanmoins ils ne vivent pas feulement de cadavres , mais ils 
prennent auffi des Oifeaux vivans , des Chevreaux , des Lièvres 
& des Faons. 3°. Qu'ils ont le col prefque fans plumes. 4°. Qu'ils 
volent par troupes , félon l'obfervation de Belon ; ce qui ne con- 
vient qu'aux feuls Vautours entre les Oifeaux de Proie diurnes. 
5°. Qu'ils ont un jabot pendant comme un fac devant l'eftomac. 
6°. Que la femelle ne furpalTe point le mâle en grandeur , contre 
la coutume des Oifeaux de rapine. 7°. Que la partie des aîles cou- 
chée fur le corps eft toute couverte d'un doux duvet; ce qui eft 
particulier au fcul Vautour entre les Oifeaux de Proie. 8°. Que le 
Vautour a fous la gorge un efpace de la largeur d'un palme , qui 
n'eft pas tant revêtu de plumes que de poils fort relfemblans à 
ceux d'un Veau. Mais d'avoir les jambes couvertes de plumes juf- 
qu'aux pieds , par où Belon croit que les Vautours fe diftinguent 
des autres Oifeaux carnaciers , c'eft un caraclerc qui n'eft ni 

(a) Ceci irefl pas fans exception ; car nous favons que l'Orfraie mange dans le befoin des 
Poiffons morts. Du-refte k fait elt ablolumcut vrai pour des cadavres humains. 

commun 



DEsOlSEAUX. 9 

commun à tous les Vautours , ni propre à eux feuls. V. PL z. 
u". z. 

Belon & Gefncr propofent lîx efpeces de Vautours. i°. Le 
Vautour gris ou cendré. 2°. Le Vautour noir. Belon ne donne 
aucune delcription compictte , ni les fignes caradbériftiques de ces 
deux efpeces ; il n'en donne que des figures toutes nues. 3°. Le 
Vautour châtain: il a les plumes des aîles & de la queue noires, 
celles de la tête un peu courtes ; la queue courte , eu égard aux 
aîles qui font très longues: les jambes, toutes couvertes de plumes 
jufqu'aux doigts, (ont aufli peu longues. 4°. Le Vautour à Lièvre 
de Gefncr , dont la couleur eft d'un noirâtre luilant, 6c les pieds 
jaunes ; étant debout ou allis , il drcile fur fa tête une crête qui le 
fait paroîtrc comme cornu ; mais elle ne paroît point quand il 
vole. Cet Oifeau, plus petit que le fuivant , n'a pas la poitrine (î 
fauve. 5°. T,e Vautour doré du même Gefncr, qui a tout le deilous 
du corps roux , mais d'une couleur moins foncée vers la queue ; 
le dos noir, les aîles & la queue brunes , les doigts des pieds bruns 
ou de couleur de corne. Il eft de la grandeur d'un Aigle. 6°. Le 
Vautoui blanc, que Belon dit être le même que le cendré. 7°. Le 
Vautour fauve , qui reflemble au Vautour châtain de Belon. Il a 
le dos & les aîles fauves ; la queue courte à proportion des aîles , 
en quoi il a du rapport avec le dernier ; le bec noir, crochu à fon 
extrémité ; la tête &: le col jufqu'à la poitrine , comme aulîî le 
milieu de la poitrine , dénués de plumes , &: revêtus d'un duvet 
blanc , court , mou 6c épais ; les yeux hagards avec des iris fafra- 
jiées; le col, vers le dos, entouré de petites plumes beaucoup plus 
longues que les autres. 8°. Le Vautour du Brefd ou du Mexique, 
qui eft l'Urubu de Marcgrave. Il eft de la grandeur du Corbeau; 
il a la queue longue , &: les aîles encore plus ; le plumage noir 
par-tout le corps ; la tête petite , &: le bec affez long. Sa chair pue 
comme un cadavre ; car il fe nourrit aufli de cadavres. C'eft un 
Oifeau dégoûtant, toujours maigre , jamais loul. Il vole comme 
le Milan. Selon M. Hans-SIoane , très do^le Naturalifte , il n'at- 
taque point d'animaux vivans, mais il ne vit que de corps morts. 
5)°. Le grand & énorme Oifeau du Chili, nommé Cuntur , paroît 
être du genre des Vautours. Il a treize pieds de vol. Garcilaflo de 
laVcga lui en donne jufqu'à feize. La Nature lui a refufé les 
ferres ou griffes crochues qu'elle a accordées à l'Aigle : mais elle 
lui a donné un bec alTez fort pour percer la peau d'un Bœuf, & 
pour lui déchirer les entrailles. Deux joints enfcmble ofent atta- 
quer &; dévorer une Vache ou un Taureau. Ils attaquent même 
les hommes , 6c tuent des enfans de dix ou de douze ans ; leur 

B 



lo Histoire Naturelle 

plumage eft blanc 6c noir comme celui de la Pie; ils ont fur T^ 
tète une crête unie comme un rafoir , & non pas en façon de 
fcie comme celles de nos Poules. Quand ils s'abattent fur la 
terre , ils font par l'agitation de leurs aîles un fi terrible bruit , 
qu'il rend un homme ou fourd ou étonné. 

Selon M. Klein , le Cuntur ^ dit Condor par les Efpagnols, eft 
le Gryphon ; & c'eft apparemment auHi le Ruch de Marc-Paul 
Vénitien, qui eft de taille &: de Force à enlever en l'air avec {qs 
ferres un Eléphant , qu'il laifle tomber enfuite pour le tuer ôc le 
dévorer ; ce qui eft une exagération manifeftement outrée. 

Le mot Vaultour ou Vautour vient de Kultur. Selon Pierre 
Borel, 5c)/tfr^/ fignifie quelquefois un Vautour, venant de Kul~ 
tur, comme qui diroit Voltcrel. 

En l'année 1719, M. Deradin , beau-pere de M. Dulac , tua 
à fon Château de Mylourdin , ParoifPf rie Saint Martin d'Abar, 
un Oifcau qui pefoit dix-huit livres , & qui avoit dix-huit pieds 
devol. Il voloit depuis quelques jours autour d'un Etang. Il fut 
percé de deux balles fous l'aîle. Il avoit le delfus du corps bigarré 
de noir , de gris & de blanc , bc le deflbus du ventre rouge 
comme de l'écarlate. Ses plumes étoient frifées. On le mangea 
tant au Château de Mylourdin qu'à Châteauneuf-fur-Loire. Il 
fut trouvé dur , & fa chair fentoit un peu le marécage. J'ai vu & 
examiné une des moindres plumes de fes aîles : elle eft plus grofte 
que la plus grofle plume de Cygne. Cet Oifeau fingulier femble- 
roit être le Cuntur. 

Les Vautours font leurs aires ou nids dans les Monts Pyré- 
nées. Il eft très faux qu'il n'y ait que des femelles parmi eux ; 
qu'ils le percent la poitrine pour nourrir Icurspetits de leur propre 
lang, ou pour les guérir quand ils font blclTes ; & qu'ils fentent 
le carnage d'une Bataille trois jours avant qu'elle le donne. 

Tous les jours, dit M. Raulin dans fon Traité des Maladies oc- 
cafionnées par les promptes èc fréquentes variations de l'air, nous 
voyons par des expériences parlantes, que les moindres émana- 
tions des corps font en état de remplir un efpace immenfc. 
L'odeur du romarin fe fait fentir fur les Côtes d'Efpagne jufqu'à 
quarante lieues dans la Mer. On fcnt d'auili loin l'odeur de la 
canelle, quand on approche de l'Ide de Ceylan dans les Indes 
Orientales. M. le Chevalier Digby rapporte que des Vautours 
font venus de deux ou trois cens lieues à Todeur des corps morts 
qui étoient reftés fur la terre après une fmglante Bataille. Mais 
n'en déplaife à ces Meffieurs , ceci paroît viiiblement exagéré : 
credat Judaus Apclla j non ego. 




T>^.ri'-uu ci t^riZVi" for ^V.irii/u'f 



I . .4uj'/r t/r JTcr 2 ■ (r/;i//J fui/hu/r 



r>Es Oiseaux. 



II 



Article Troisième. 

Des Eperviers généreux à longues ailes , qiion a coutume, 
de drejjer pour la Fauconnerie, 

\j N compte parmi les Eperviers les Oifeaux fuivants. 

I °. Le F A u c o N étranger noir. Celui que décrit Aldrovandus 
avoit le fommet de la tête plat hL afl-aille \ le bec d'un beau bleu , 
avec une cire d'un jaune foncé :, la tête , le derrière du col , le 
dos, les aîles, brunes &: prefque noires ; la poitrine , le ventre ÔC 
les cuifies blanches, p.ii-l'cméec t{e lignes noires tranfverfales, un 
peu larges ; la queue moins brune , barrée de noir en criivers ; les 
jambes &; les pieds jaunes ôc courts. Il y en a un autre étranger qui 
ne difi-ere de celui-ci que parce qu'il eil cendré. 

z°. Le Faucon facré ou le Sacre. Le mâle eft nommé Sacret. 
C'efi: le plus grand de tous les Faucons après le Gertaut. Il eft de 
la couleur du Milan , couleur qui tient le milieu entre le roux & 
la couleur de fuie; il a les jambes courtes , les doigts bleus , le bec 
de même, le corps longuet, les ailes & la queue longues. 

3°. Le Gerfaut. Il eft aflez diftingué de tous les autres 
Faucons par fa leule grandeur , qui approche de celle de l'Aigle, 
quoiqu'il ne manque pas d^autres fignes caracbériftiques. Il a le 
fommet de la tête plat , le bec bleu , ainfi que les jambes &; les 
pieds ; le plumage blanc par-tout le corps , mais les plumes du 
dos & des aîles marquées d'une tache noire en forme de cœur; 
la queue un peu courte , bigarrée de marques noires tranfverfa- 
les ; la gorge, la poitrine & le ventre teints d'une blancheur pure. 
Il eft ennemi principalement des Grues 6c des Fierons. 

J'ai appris de M. deRéaumur , qu'il étoit mort depuis peu à la 
Fauconnerie du Roi à Verfailles , un Gerfaut tout blanc d'une 
grande beauté & très rare. Cet Oifeau , digne d'être regretté , 
étoit extrêmement brave & adroit ; il t'omboit de haut fur un 
Lièvre , & avec fes deux mains il le jettoit au loin roide mort , en 
lui cafTant les reins d'un feul coup. Ceci s'accorde avec le témoi- 
gnage de M. Andcrfon , qui dans fon Hiftoire Naturelle de 
î'Iîlande & du Groenland , obferve que tous les ans on y acheté 
bien chéries Faucons blancs pour leRoideDannemarck, comme 
étant les plus braves 6c les plus adroits. Cet animal fe précipite 

B ij 



12 Histoire Naturelle 

fur fa proie avec une force extrême , ôc l'afTomme d'un coup Ac 
poitrine. J'en ai vu un prèsdejuvify, au paiffige du Roi pour Fon- 
tainebleau , fondre fur un Lièvre avec tant de force, qu'il le calFa 
la cuilTc , le l'cnfoni^a dans le corps , 6c périt fur la place , mais 
fans quitter de fes ferres le Lièvre, qu'on trouva mort fous lui. 

Le mot depAULCON ou Faucon , vient de Falco ; & celui 
de Gerfault ou Gerfaut , dit auiTi Ruffault, de Gyrfalcoon Gy- 
rofalcus , comme qui àîxKoit F aucoti-K autour i car Gyrcn Alle- 
mand fignitîe un Vautour. 

4°. Le Faucon de Montagne. Il eft plus petit que le Fau- 
con Etranger ; il a le fommet de la tête enfaîté ou un peu élevé ; 
le bec gros , court , noir , avec une cire jaune ; le corps tané, & 
\qs pieds fafranés. 

5°. Le Faucon Gentil ou Noble. Il difFere fort peu du Fau- 
con Etranger & de celui d'Allcma-guLc , foit pour la forme du 
corps , foit pour le naturel ; de forte qu'il n'y a qu'un Faucon- 
nier des plus clairvoyans & des plus exercés dans l'Art, qui puiiTe 
les distinguer. 

6°. Le Faucon bofTu. Il a été ainfl nommé, parcequc fa tête 
paroît à peine devant la naiirance des aîles , à caufe de fon peu 
d'étendue , lorfqu'il les arrange fur les deux côtés du dos ; de 
manière qu'il femble porter une boife. Les Auteurs Anglois qui 
ont écrit de la Fauconnerie , tiennent notre Faucon bofîu &c le 
Faucon étranger pour le même, fe fervant de ces deux noms in- 
diftincftement. 

7°. Le Faucon blanc. Il eft fuffifamment diftingué des autres 
efpeces par la couleur blanche de tout le corps & des aîles. Il 
n'eft pas cependant toujours exadlement blanc ; quelquefois il 
porte, fur-tout à la queue, des taches d'un jaune pâle qu'on n'ap- 
perçoit qu'en le regardant de près ; iç^s yeux , la membrane qui 
entoure fon bec , & ^ts pieds font jaunes ; il a les ongles noirs , & 
le bec d'un blanc bleuâtre. 

8°. Les Faucons de Rocher & d'Arbre , dits en latin Z/r/^o- 
falco i^Dendro falco. Nous ne trouvons fur ces Faucons rien qui 
foit digne de remarque. Albert le Grand fait le premier de moyen- 
ne grandeur 6^ vigueur , entre le Faucon étranger & le boflu. 
Nous avons dans Gefner une ample defcription'du dernier, que 
Willughby croit convenir à l'Autour. 

9°. Le Faucon de Tunis ou de Barbarie. Celui que les Anglois 
appel lent ainfi, eft plus petit que les autres du même genre. Belon 
dit qu'il approche de la grandeur & de la forme du Lanier. 

I o''. Le F A u co N rouge ou rougcâtre. Aldrovandus en parle 



t) E s O I s E A U X. I ,^ 



} 



<î'après Albert le Grand : mais nous doutons s'il y a dans la Na- 
ture une telle efpece diftinguée de toutes les autres. 

11°. Les Faucons d'Inde rouges d'Aldrovandus. L'un de ces 
Faucons , qu'il prenoit pour la femelle, étoit plus grand, &: avoit 
le fommet de la tête large & prefque plat ; le bec cendré , avec 
unecire jaune; tout le delTus du corps cendré, tirant fur le brun. 
Du coin extérieur des yeux partoit une tache longue, teinte de 
la même couleur que la poitrine ; la poitrine , & prefque tout le 
defTous du corps étoient d'un rouge de cinnabre clair , t-i. la partie 
antérieure femée de quelques taches cendrées. L'autre , pré- 
tendu mâle, étoit plus petit ; il avoit la couleur rouge en deirous 
plus foncée; le dos & le deiFus du corps entièrement noirs. 

I i°. Le Faucon d'Inde crête. Il approche de l'Autour en gran- 
deur : il a la tête platte , noire , ornée d'une crête fendue en 
deux , qui pend en arrière ; le col roucre -, Iq poitrine & le ventre 
bigarrés de blanc & de noir , entremêlés de lignes tranfverfales 
fort belles &: luifantcs; l'iris des yeux jaune ; le bec d'un bleu 
obfcur , & prefque noir , fur-tout vers la pointe , car la bafe cfl 
couverte d'une membrane jaune ; les jambes revêtues de plumes 
jufqu'aux pieds ; les pieds jaunes , &; les ongles ou ferres très noi- 
res ; les petits rangs des plumes de l'a'ile à franges blanchâtres ; 
la queue variée alternativement de raies noires &: cendrées , du 
refte noirâtre. 

Le Faucon de Caïenne elï gros comme un Chapon : tout fon 
corps eft d'un très beau noir lufbré tirant fur le violet , à l'excep- 
tion de la partie inférieure du ventre &; des cuifîes, qui eft d'un 
blanc de neige. Il a le bec jaune , les yeux entourés d'une peau 
rouge-vif; le col dans fa partie antérieure depuis le bec jufqu'à 
la poitrine, eft fans plumes, & couvert d'une peau rouge-vif; les 
parties latérales du col le long de cette peau font couvertes de pe- 
tites plumes longues & menues, dont les poils ou barbes blanches 
&: noires font l'cfFet de cheveux qui grifonnent ; fes jambes font 
rouge-vif, armées d'ongles noirs très forts, très pointus & cro- 
chus ; fa queue eft compofée de dix plumes longues de neuf à dix 
pouces ; fes ailes très fortes s'étendent jufqu'à la moitié de la 
queue ; la racine de fes plumes eft d'un brun foncé : il a l'air hardi 
& le regard perçant. 

II y a encore plufieurs Faucons étrangers connus , entr'autres 
celui de la Baie d'Hudfon , qui eft brun mêlé de gris , gros 
comme une Corneille , qui fc nourrit de perdrix blanches. Le 
Faucon étoile, qui reflcmble au Faucon pèlerin par la taille & la 
figure , dont le delKis eft brun parfemé d'étoiles , Se le deftous 



14 Histoire Naturelle 

varié de noir & de blanc ; fesyeux font de couleur d'or ; fes pieds 
bleus azurés ; il tait Ion nid fur les arbres les plus élevés des mon- 
tagnes. Nous avons auffi le Faucon des Ifles Antilles , qui ell un 
peu plus gros que le nôtre , mais dont les ferres font bien plus 
fortes ; il eil tout brun, èc fe nourrit de Grives , de Tourterelles , 
& quelquefois de Serpents. 

En général les Faucons volent rapidement. Gaiïendi parlant 
de la durée & de la rapidité du vol de certains Oifeaux , dit qu'à 
Fontainebleau un Faucon s'étant emporté après une Canepetiere 
le 24 de Mars , fut pris le lendemain à Malte : le Grand-Maître 
ayant reconnu les Armes que portoit l'Oifeau , le renvoya au Roi 
Henri H , qui régnoit pour lors. 

13°. Le Lanier, dont le mâle ou le Tiercelet eft appelle La- 
ncret, Lanarius Gallorum. Aldrov. Falco pedibv<: rnfhroque caeru- 
leis , maculis albis rti.gr Ifque longitudinalibus . Linn. Ses marques 
caradtérifliques font d'avoir le bec ôc les jambes avec les pieds 
bleus , les plumes antérieures variées de blanc &; de noir , avec 
des taches qui ne font pas difpofées de travers comme dans les 
Faucons , mais longitudinalement. Tout le defTus du corps eft 
brun ; le deflous des ailes piqueté de marques rondes &. femées 
fur la fuperlicie comme de petites pièces de monnoie. Le Lanier 
i-efte perpétuellement en France. Malgré cela je ne me fouviens 
pas d'en avoir jamais vu. M. Linna;us en donne une courte def- 
cription en ces termes : Il a le dos &: les ailes de couleur de 
rouille de fer , la tête 8c tout le corps en defTous gris-blanc, avec 
des taches noires longitudinales, la queue longue avec des ta- 
ches blanches oppofées ; les jambes revêtues de plumes à plus de 
moitié ; les pieds bleus ; le bec bleuâtre ; ce qui montre qu'il eft 
fort diftingué du Lanier d'Italie. 

Le mot de Lanier eft très ancien dans notre Langue ; il a été 
formé, à ce qu'on prétend , du mot latin Laniare , déchirer; 
Lanarius , quaii Laniarius ^ à laniandis Gallinis. Le mâle eft 
appelle Laneret j comme qui diroit petit Lanier ; c'cft le Tierce- 
let du Lanier : car il fautobferver que l'on donne en Fauconnerie 
& en Autourferie le nom de Formes aux femelles des Oifeaux de 
Proie, qui étant plus grandes , plus fortes & plus hardies que les 
mâles , font donner le nom à l'efpcce , & celui de Tiercelets aux 
mâles, parce qu'ils font d'un tiers plus petits que les femelles ; ce 
qui eft fingulier , mais qui n'eft pourtant pas fans exception, 
comme il fe voit dans la Creflerellc , dans l'Emérillon & dans les 
Pies-Grieches , dont le mâle & la femelle font à-peu-près d'égale 
groiTeur. 



DES Oiseaux. 15 

Le Lanier ou Lafnier s'appelle en Savoye Lanoy. 

14°. Le Hobereau , Subbuieo Bcllonu & Alarovanâi ^Hzy 
Synopi. En anglois ikd Hobby. 11 fe diftingue des précédenis par 
ix petitelle ; mais il a du rapport avec le Buzard des Anglois , 
rEmërillon, la Creflerclle & les Pies-Grieches , parles appen- 
dices angulaires qui fe rencontrent des deux côtés à la mâchoire 
fupërieure du bec \ il mérite d'être appelle XEpcrvicrow ItFrc^ 
neur d'Alouettes , parcequ'il en eft le mortel ennemi. Or la Na- 
ture infpire à l'Alouette tant de frayeur à la vue de cet ennemi, 
que pour l'éviter clic ne craint pas de s'enfuir entre les bras de 
l'homme même , ou dans la voiture qui le porte , quoique cet 
afyle foit peu sûr pour elle. Le Hobereau a le bec bleu ; mais fes 
jambes &fes pieds fontjaunes. Le fommec de la tête eft entre noir 
Se tauve, avec deux taches blanches fur le col ; les plumes du ven- 
tre font brunes dans le milieu , &. blanchâtres lur les bords ; les 
ailes bien mouchetées en defious ; tout le <ios , la queue & les 
aîles paroifTent noires en deirus; &: en delTous la queue eft fort 
bigarrée de taches ronfles tranfverfales, mêlées entre les noires ; 
les plumes qui couvrent les cuiflcs, 6l qu'on nomme les jambiè- 
res, font plus enfumées qu'en nul autre endroit. C'eft un Oileau 
de Leure , &; non de poing ; auffi eft-il du nombre de ceux qui 
volent haut, comme les Faucons & le Lanier. Après l'Emérillon, 
il eft le plus petit des Oifeaux de Fauconnerie. Il accompagne 
d'ordinaire les Chafleurs, en volant par deflus leurs têtes , pour 
fe failir de quelque petit Oifeau que les Chiens font lever. 

Selon Mezerai , dans une Note marginale fur la première Edi- 
tion des Origines de Ménage, au mot Hobereau, ce nom vient de 
Hobe , qui eft une forte de Milan de couleur fauve ; & Hobe- 
reau , c'eft comme un petit Milan. Il y a pîaifn-, dit-il , de voir 
les femmes & les enfansen plufieurs Provinces du Royaume deçà; 
la Loire , qui voyant cet Oifeau voler autour de leurs maifons 
pour enlever leurs Poulfns, crient en battant des mains, hobe , 
hobe , hobe , hobe. Pierre Borel dans ^es Antiquités Gauîoilcs, dit 
qu'o^^rou hober veut dire fe mouvoir ou remuer, & en ce fens 
Hobereau fignifieroit un Oifeau de Proie qui eft toujours en mou- 
vement. Je trouve que l'Oifeau appelle vulgairement en Orléa- 
nolsfol Oifeau , ôc ailleurs Emouchet , Tiercelet ou Tercelet , fe 
nomme en Saintonge Hobereau ,Hobreau ,Haubereau ou Obe- 
reau , aurrement Fouquette , Falquet ou Fauchet , comme qui 
diroit petit Faucon ou Fauconneau. Mais il eft différent du Mou- 
chetde Belon , qui dit qu'on appelle McuchetXç. mâle ou le Tier- 
celet de l'Epervicr , parcequ'il a ics plumes de deiTous le ventre 



ou 



i6 Histoire Naturelle 

fort mouchetées par le travers. Ceft un fpc£tacle afTeZ réjouif- 
fant de voir notre Hobereau fe battre en l'air avec des Pies ou 
des Corneilles , qui font tous les efforts imaginables pour l'at- 
trapper , en le mettant pour ainli dire entre deux feux , mais inu- 
tilement ; car il vole avec bien plus d'aifance qu'elles ; &C quand 
il eil: las de cette efpecc de jeu , il prend le large , ôc les laiiîe en 
un moment loin derrière lui, 

1 5°. L'Emerillon , yEfalon Bellonii à Aldrovandi , Ray Sy- 
nopf. En Anglois the Merlin ; en Italien Smtriglio. Ceft le plus 
petit de tous les Oifcaux de ce genre , n'étant gueres plus grand 
qu'un Merle ; mais il eft courageux & hardi. Il a le bec bleu, un 
collier à la nuque du col d'un blanc jaunâtre; le dos varié de 
couleurs de rouille de fer 8c noirâtre-bleue ; le delTous du corps 
d'un blanc rouillé avec des taches noires rouillées : elles ne font 
pas tranfverfales , mais elles tendent en enbas de la tête vers la 
queue. Belon dit que le mâle CC la tcmelle font d'égale grofleur. 
On m'en a adrelfé une paire , d'Aubigny en Berry , fous le nom 
d'Arvilions , qui ne ditféroicnt que par le plumage , plus beau 
dans le mâle que dans la femelle. On remarque qu'il reffemble au 
Faucon par la ftruclure du corps & par le plumage. Il fait la 
chaflc aux Alouettes , aux Pigeons & aux Perdrix. Il va toujours 
feul comme le Buzard. En Sologne on l'appelle Fouetteux , par- 
ce qu'il femble fouetter le Pigeon &: la Perdrix en les pourfuivant 
à tire d'aîles. En Bretagne on l'appelle vulgairement Fouette^ 
Merle , comme qui diroit Fouetteur ou Chalfeur de Merles , 
parce qu'il leur fait la guerre. Il eft vif &: hardi. 

Le mot François FCmérillon y Eménllon , Smerlin Se Loyette , 
félon Cotgrave, paroit avoir donné naiflance au \.-\n\\Smer'illus , 
à l'Anglois Merlin ^ & à l'Italien Smerlo ou Smeriglio. Quant à 
l'origine propre du mot Emérillon & Loyette , j'avouerai fran- 
chement qu'elle m'eft inconnue , à moins qu'on ne la tire du 
Grec ALfalon. 

Si l'on en croit la plupart des Chafleurs de ce Pays-ci , il y a- 
plus de quinze fortes d'Emérillons : mais comme les meilleurs 
Ornithologues n'en font aucune mention , il y a lieu de douter 
du témoignage de nos ChafTeurs , qui d'ordinaire s'appliquent 
plus à détruire les divers Oifeaux de Proie qu'à les connoître ( a ), 

Mais ce qui eft caufe que les ChalFeurs multiplient 11 fort 
la quantité des Eménllons, c'cft qu'ils nomment Emérillon tout 

f (a) M. Briffbn ne décrit que quatre Emcrillons ; le nôtre ; celui des Antilles qu'il ne croit 
l'as être d'une cfpcce diiRrentc du nôtre j celui de la Caroline, & celui de Saint-Domingue, 

Oifeau 



\ 



D E s O I s E A y X.. 17 

Ôireau de Proie qui eft au delTous de la Bufe; au lieu qu'ils 
nomment Bondrée tout ce qui eft au delTus , 6c jurqu'à la Eufe 
même. Il y a une forte d'Oifeau de Proie que nos Beaucerons 
appellent un Paffetier ou Preneur de Pafles, parce qu'il eft l'en- 
nemi déclaré des Moineaux ou Paftes : c'eft apparemment une 
efpece d'Emérillon. 

16°. La Ckesserelle, Tinnunculus ^feu Cenchris Aldrovan- 
di j Ray Synopf. Falco pcdùbus cerâque flavis , dorfo rufefcente , 
peclorc maadis longitudinalibus fufcis ^ caudâ rotundatâ , Linn. 
En Anglois theKeflrell y en Italien Fotdvcnto. Elle eft de la gran- 
deur d'un Pigeon ; fa tête eft cendrée , variée de petites lignes 
noires \ le defliis du corps roux avec des taches noires au bout des 
plumes , jufqu'au croupion , qui eft cendré ; le deftous du corps 
pareillement roux avec des lignes noires tirées fuivant la longueur 
des plumes. Elle fait comixie un éventail en agitant fes ailes ians 
fortir de la même place. Les Anglois dreflent alTez fouvent des 
CrelTerelles pour la Chaflc , à la manière des autres OifeavTX de 
Proie. Selon Gefner , on appelle cet Oifeau Cenchris ou Milia- 
fia j parce qu'il eft marqué de points noirs reflcmblants à du 
Millet. M. Linnxus obfcrve que la femelle reflemble en tout au 
mâle ; mais que la couleur de la queue eft bien différente. Il 
ajoute que la Crefferelle habite dans les tours &; dans les murail- 
les fort élevées , &: qu'elle pond à la fois quatre œufs blanchâ- 
tres , femés de taches rougeâtres fréquentes. J'en ai pris trois cou- 
vées où il y avoit cinq œufs dans chacune. On en a trouvé jufqu'à 
fept. Cet Oifeau ne fait point de nid , & dépofc fes œufs fur la 
pierre nue, à moins qu'il ne s'y trouve par hafard quelques ordu- 
res, Ariftote dit que fes œufs font rouges comme du vermillon : 
mais le rouge de ceux que j'ai vus étoit fale & obfcur, 6c il y en 
avoit quelques-uns qui n'étoient rougeâtres qu'au gros bout. Nos 
Chaffeurs de Sologne connoiffent une autre forte de Creflerclle 
qu'ils appellent Jaune, &: dont j'ai vu deux œufs plus jaunes que 
rouges, trouvés dans un nid de Pie. Cette Crefterelle jaune eft 
rare , & quelquefois elle fe bat généreufement contre Jean le 
Blanc, qui, quoique plus fort , eft fouvent obligé de lui céder. 
On les a vus s'accrocher enfemble en l'air , &: tomber de la forte 
par terre comme une motte ou une pierre. Les CrelTerelles font 
fur-tout la guerre aux Souris , aux Rats & aux Mulots. Il eft faux 
qu'elles foient amies des Pigeons , & qu'elles les protègent contre 
l'Epervier ou l'Emérillon ; au contraire elles les mangent quand 
elles peuvent les attraper ; Se il eft arrivé plus d'une fois à Or- 
léans , où ces Oifeaux font communs dans la plupart des Tours , 



i8 H1ST01R.E Naturelle 

que des Pigeons de Volière occupés à m.inger dans une cour, 
ont été alTIiillis par une Creflereiîe tombée à plomb au milieu 
d'eux. Quand la CrelTerelle a mangé un Rat, elle revomit après 
la digeftion la peau pelotonnée en forme de pilule. Apparem- 
ment que les autres Oifeaux de Proie en font autant. 

On a prétendu que la CrelTerelle dans un temps de difette, 
lorsqu'elle ne trouve point de proie pour fes petits , en tue quel- 
qu'un d'entr'eux pour le donner à manger aux autres : mais cela 
ne fe confirme pas. Les petits au bout de quelques jours com- 
mencent par fe couvrir d'un petit duvet blanc reflemblantàde la 
laine fine ; de forte qu'en cet état on les prendroit pour de petits 
agneaux au premier afpecl. Devenus aflfèz grands &c forts pour 
prendre l'ellbr , le père & la mère les chalTent hors du nid , èc les 
pouflent même peu-à-peu de delHis les toits en l'air : mais ce pre- 
mier coup d'ed^ii efl- quelcjuefoia fatal aux petits , qui ne pouvant 
pas encore voler fe laiflent tomber par terre , où ils font pris par 
les Hommes ou par les Animaux. Or ce que font les Creirerelles 
pour obliger leurs^ petits à aller chercher leur vie eux-mêmes, 
les autres Oifeaux de Proie, tant diurnes que nocturnes , le font 
auflî. 

On l'a nommée CreJJerelle , Crécerelle , Crécelle , Cercelle ^ 
Cercerelle y Quercerelle , à raifon de fon cri. A Orléans on l'ap- 
pelle Ecrejfelle ; en Sologne Me\y ,• & à Châlons-fur-Marne 
Rabaillet , par la même raifon ; à Troyes en Champagne Emé- 
rillon ; en Provence Ratier ; en Touraine Pitriou ; & à Saumur 
Pitri , du mot latin Accipiter. Les Beaucerons l'appelient Prc' 
neur ou Endormeur de Mulots. 




DES Oiseaux. 



19 



CHAPITRE SECOND. 

Des Oifiaux de Proie diurnes plus petits , à 
longues ailes y fauvages ôCplus lâches , que les 
Fauconniers négligent. 



E ce nombre font , 

1°. La Bus E ou le BuiAiv.r> orcJinairc; Buteo vulgaris ,fivc 
Triorches ^ Ray Synopf. Falco cerâ pedibufque luteis , aorfofufco, 
pecîore pallido ^ maculis longuudinalibus fufcis , Linn. Les mar- 
ques caraitériftiques de cet Oileau font , la couleur du dos d'un 
tanné noirâtre, avec des taches quelquefois blanches fur les fé- 
condes plumes des aîlcs ; celle de la poitrine d'un blanc jaunâtre, 
avec des taches oblongues d'un rouge obfcur fur chaque plume , 
qui ne font pas fituées en travers, mais qui tendent en enbas ; le 
bec nu d'un bleu noirâtre , dont la bafe eft couverte d'une peau 
nue jaune qu'on appelle Cire ^ apparemment à caufe de fa cou- 
leur. Cet Oiieau eft ennemi déclaré des Lapins. 

Voici la defcription qu'en fait M. Linnxus : La Bufe eft de la 
grandeur de la Poule ; elle a le bec & les ongles noirs , la cire & 
les pieds jaunes. Tout l'Oifeau eft brun en defTus par la tête &: le 
col , ayant les bords des ailes tannés ; mais en dclTous d'un blanc 
jaunâtre , avec des taches longitudinales brunes , dont les pofté- 
rieures font prefque en forme de cœur; l'iris des yeux eft blan- 
châtre , & la membrane clignotante bleuâtre ; les grandes plumes 
des aîles font noirâtres , inférieurement blanches par le côté in- 
térieur ; les quatre premières fans bandes , les autres avec des 
bandes plus obfcures,c'eft-à-dire, la cinquième & la fîxieme au 
côté intérieur , extérieurement £c intérieurement. Les plumes de 
la queue font d'un noir cendré , égales avec plufieurs bandes 
obfcurcs , plus apparentes en defliis , tannées par la pointe , blan- 
ches en deffbus vers la bafe. Ses œufs font blancs, femés de quel- 
ques grandes taches roufsâtrcs. 

La Bufe, qui eft la Bondrée ordinaire desOrléanois, dépeuple 
les Garennes 6c les balTes-cours i elle ne pond ordinairement que 



zo Histoire Naturelle 

trois œufs pour une feule couvée; mais on prétend qu'elle en faîc 
quelquefois jufqu'à cinq, toujours en nombre impair. On a cru 
fauirement que cet Oifeau avoit trois teiticulcs , tandis que tous 
les autres n'en ont que deux. Aldrovandus dit les y avoir trouvés 
après Ariftote fie Pline. Si l'on en croit Belon , c'cft le Sacre ou 
plutôt le Sacret , qui cft le; Biiteo Triorches des Anciens. Sa Bufe 
cil le Percnopterus , qu'il confond avec VOnpelargus. La Bufe a 
toujours palle pour être lâche &: couarde; elle a toujours faim, 
& crie fans cefle. Ce qu'elle a de bon , c'eft qu'au défaut d'autre 
nourriture elle prend les Mulots 6c les Taupes. C'cft apparem- 
ment ce qu'on appelle en Bourgogne un Fauchot ; en Langue- 
doc & à Nantes une CoJJarde ; ailleurs un CaJJard ,\.\ne Buftnne ^ 
ou une Bondrée-Buft ; en Savoie un Boufantow Boufat. Dans le 
Dictionnaire François-Anglois de Cotgrave, vlw Hua , un Bu~ 
teau ou Bruthier. En Normandie on l'appelle vulgairement une 
Hwux. 

Le mot Bufe ou Bu\e , Bufard , Buifard ou. Busard ^ paroît 
venir de Buteo ; peut-être celui de Boudrée ou Bondrée en vient- 
il auffi. Selon M. le Duchat, les Dauphinois appellent la Bufe 
Bourrel , comme qui diroit Bourreau , à caufe que la Bufe eft le 
bourreau de la Volaille. M. Huet , Evêquc d'Avranches , dit que 
Busard eu. un augmentatif de Bufe, qui vient de l'Arabe Ba\on^ 
Faucon, Epervier. D'autres veulent que ce mot ne fignitîe autre 
chofe qu'un Oifeau de couleur bufe ou bife,c'c{t-à-dire, brune oii 
noirâtre. 

z°. Le BuZARD à Mouches, Buteo Apivorus , five Vefpivo- 
rus , Ray Synopi. Falco pedibus feminudis flavis , cerâ nigrâ , 
capite cinereo , caudxfafciâ cinereâ , apice alho , Linn. En Anglois 
the Honey-BuT^ard j c'eft-à-dire , Buzard à Miel. Il diffère du 
Buzard ordinaire par la cire ou membrane noirâtre quieft àla 
bafe du bec ; par fa tête cendrée ; par l'iris des yeux jaune ; par 
fes pieds plus courts & plus gros ; par fa queue plus longue ; par 
la zone ou la bande cendrée traniverfale qu'il a aux aîles &: à la 
queue. Il vit la plupart du temps d'infe6tes , & il nourrit fes petits 
de nymphes de Guêpes. 

Selon M. Lxnnxus , il a le bec noir ; la cire noire ridée ; Tins 
àcs yeux faffranéc; la tête cendrée; le dos d'un rougc-brun ou 
tanné ; les plumes de la queue blanches au bout , avec une ligne 
noire en travers , puis une large bande cendrée ^ la poitrine & le 
bas du ventre blancs, avec des taches noirâtres ; les pieds jaunes, 
ïl habite dans les forêts de la Suéde. Ses œufs font cendrés, avec 
des taches obfcures. Le même M. Liuna^us dit que c'eft \Accw 



DEsOlSEÀUX. 2î 

j>her palumbarius d'Eléazar Albin. Il y a pourtant grande difFé- 
rence entre vivre de Mouches à Miel ou de Guêpes , &; manger 
des Palombes ou Pigeons ramiers. 

3°. Le BuzARD des Anglois , Balbuf ardus Anglorum , Ha- 
lUëtus Aldrovandi ^ Ray Synopf. En Anglois the Bald-Bu^^^ard , 
c'eft-à-dire , Buzard chauve , autrement the Sca-Eagle. , c'elt-à- 
dire, Aigle de Mer ; en Suédois Fisk-Orn^ c'eft-à-dire. Aigle Pê- 
cheule. Il dillere du Buzard ordinaire par le derrière de la tête , 
qui eft blanc , & qui le fait paroître comme chauve ; par le poids 
&; la grandeur, en quoi il le lurpalTe ; par la longueur des aîles; 
par le doigt extérieur du pied reculé ou flexible en arrière ; par 
les appendices ou avances angulaires qui font à la mâchoire fu- 
péricure du bec ; par fa nourriture, qui confiftc en Poilîons. 

Mais comment le docle Ray , qui eft d'une fi grande exactitude 
dans tout le refte de Ion Abrégé Méthodique des Oifeaux , fait-il 
ici un double emploi d'un feul 5c même Oifeau ? Car c'eft fans 
doute le même nommé ci-deffus Morphnos _, & ici HalLt'étus , 
qu'il a mis au rang des Aigles , & ici parmi les Bufes. Je ferois 
alFez porté à croire que le Buzard chauve des Anglois fe trouve 
dans rOrléanois , 8c que c'eft celui que l'on tua en 1748 fur la 
Loire , près de la Chapelle de S. Mefmin, lorfqu'il enlevoit un 
PoilTon , &: qui fut préienté le lendemain à M. de Réaumur. Feu 
M. l'Abbé Menon , digne élevé d'un fi grand Maître , l'embau- 
ma fur le champ , le drelFa fur fon piédeftal , 6c dans cette atti- 
tude M. de Réaumur l'admira comme un Oifeau fier & digne de 
figurer parmi les Aigles. Nous nous étions imaginés d'abord que 
c'étoit là la véritable Bondrée : mais ce Savant nous fit obferver 
que ce ne pouvoit pas être la Bondrée ou Boudrée de Belon , 
puifqu'elle ne vit point de Poifl^on ; ni même une Bufe, attendu 
que la Bufe a une avance ou efpece d'auvent au dellus de l'œil , 
qui fait la partie fupérieure de chaque orbite ; au lieu que notre 
prétendue Bondrée de la Loire n'a qu'un demi-auvent en cet 
endroit. Quoi qu'il en foit , je ne trouve point dans Wilîughby 
ni dans Ray la dcfcription de la Boudrée de Belon. Peut-être 
n'eft-ce qu'une variété de la Bufe ordinaire ; car Belon dit que 
la Bufe eit de la couleur d'un Aigle noir , & qu'elle diffère de la 
Boudrée, qui eft cendrée. Il ajoute qu'elle n'a point la cjueue 
fourchue, non plus que la Bufe , & qu'en volant elle bat fouvcnc 
des ailes commic clic ; que quand elle vole en l'air , elle paroît 
blanche par delTus , à caufe de la tache blanche qu'elle a fur cha- 
que aîle ; mais que perchée elle paroît cendrée-noirâtre; que fa 
queue eft fcmblable eu couleur à c<;lie du Fraucoi.iii , étant mar- 



^^ Histoire Naturelle 

quecée ; que fes jambes font courtes , &: pas totalement ton- 
des, leurs cotés écaillés 6c de couleur jaune; que fon bec eft 
court , noir par le bout &: crochu , mais que l'endroit des 
narines eft jaune. Or toutes ces marques peuvent convenir à 
la Bufe commune ; &, en ce cas là il ne feroit point étonnant de 
ne pas trouver la Boudrée de Belon dans l'Abrégé de Ray. Lors 
donc que j'ai appelle ci-delFus le Pygargus des Grecs , grolFe 
Bondréc blanche , je ne me fuis fervi de cette dénomination que 
parce que je n'en lavois point d'autre. Il en faut dire autant de 
quelques autres termes aulîî impropres que j'ai été obligé d'em- 
ployer , faute d'en connoître de meilleurs. En un mot il peut fe 
rencontrer dans les Bules plufieurs variétés en fait de couleurs, 
& d'autres accidents , comme il s'en rencontre dans les Aigles. 

Au refte, foit que la Bondrée foit une efpece diftérente de la 
Bufe , ce que j'ni Àe la peliic à croire , Ibit que la Bondrée & la 
Bufe ne falTent qu'un feul ôc même Oifeau , ce que je croirois 
plus volontiers , Ménage avoue qu'il ne fait pas d'oîx vient le 
mot de Bondrée ou Boudrée ; car Cotgrave dit l'un & l'autre , 
quoique Belon dife uniquement Boudrée ou Goiran. Le mot 
Goiran peut venir de Gutturanus , à caufe de fa grofTe gorge , 
félon M. le Duchat , d'après Ménage. Rabelais dit Bondrée. Or 
comme la Bondrée ou Boudrée, félon Belon, eft de la grofteur 
d'une Poule , & que l'hiver elle devient exceffivement graire, je 
m'imagine, dit M. le Duchat, que fon nom pourroit bien venir 
de Ponderata , Pondcrata Bondrea ; &: comme on lit Bondrée 
& Boudrée , il fe peut que l'un & l'autre foieat bons, &: qu'on 
ait dit Boudrée de Ponderata ^ comme Touzelle de Tonfclla , 
Convent &; Couvent de Conventus. M. le Duchat pourroit bien 
fe tromper dans fon étymologie , quoiqu'elle ait quelque chofe 
de fpécieux : il auroit même pu s'appuyer du mot Savoyard Pon- 
drai ^ qui approche beaucoup de celui de Bondrée ; car c'eft ainfi 
qu'on l'appelle en Savoie. A Orléans on dit d'une femme dodue, 
que c'eft une groiïe Bondrée. Je penfe que notre Bondrée ou 
Bufe commune eft encore ce qu'on appelle en Berry du côté 
d'Ifloudun , un Llvot ; en Anjou un Huau ou une HuajJ^e ; ail- 
leurs \xnHuet , un Aubrier ou Aubier , quoique l'on donne auflî 
quelques-uns de ces noms au Milan. Le mal eft, que dans toutes 
les Sciences la multiplicité des noms ne fait fouvent que charger 
la mémoire , ôc jetter de la confulîon dans les idées. 

4°. La B u s E ou le B u z A R D de Marais , Milvus druginofus 
Aldrovandi , Cirais Bellonii , Ray Synopf. Falco cerâ luteo- 
viridi _, pedibus luteis , corporc ferrugineo ^ vcrnce fulvo j Linn. 



DES Oiseaux. 23 

en Anglois the Moor-BuT^ard. Il doit fe rapporter pîutct aux 
Buies" qu'aux Milans , vu qu'il n'a pas la queue fourchue, qui eil 
la marque caractériftique du Milan. Il eft , tant en delius qu'en 
delîous, de couleur tannée, excepté le lommet de la tête, qui ell: 
d'un fauve blanchâtre ; il dillere encore des Oiicaux congénè- 
res , ou qui font du même genre , par fa grandeur inférieure à 
celle de la Bufe ordinaire, par fes pieds longs, déliés, jaunes. 

M. Linn.TUS dit, d'après RudbecJ?. , que cet Oileau a le corps 
couleur de terre cuite, avec des taches noires longitudinales à la 
tête , au col, à la poitrine ; les grandes plumes des ailes r.oires, 
& celles du fécond ordre tannées •, la queue couleur de terre 
cuite ; les cuiHt'S de même couleur que la queue , avec des taches 
noires irrégulieres ; les jambes couvertes de plumes bigarrées de 
taches longitudinales i les doigts reflemblants à de la corne; le 
bec d'un noir bleu. 

Je fuis convaincu que c'eft cet Oifeau qui a été tué dernière- 
ment par le Sieur Galluet, Garde chez M. d'Imbercourt à la 
Jonchere , & que M. Regnoul a embaumé pour envoyer à M. de 
Réaumur. Il eft rare dans l'Orléanois, & très difficile à appro- 
cher. Le Sieur Galluet dit que c'eft une cipece de Bondrée qui eft 
toujours le long des marécages , qui couche dans les joncs. Il ne 
vit que de PoilFons , 6c emporte fouvent à fes ferres les plus 
grofles carpes. On le voit rarement fe percher fur les arbres. Il 
relTemble beaucoup au Milan noir de Eelon ; &: Cotgrave appelle 
Huan , Hua ,Huau, une forte de Milan noir dont la queue n'eft 
pas fourchue. Je ne crois pas que Ray ait raifon de le prendre 
pour le Circus ou le Fauperdrieiix de Belon, qui dit que ce der- 
nier fait fon nid au fommet des hauts arbres dans les plaines 
d'Auvergne , le long des Clapiers, où il fait grand dégât de 
Lapins ; ce qui ne paroît pas convenir à notre Buzard de Marais. 

5°. Jean le Blanc, Pygargus Accip'iter ,fubbuteo Turneri , 
Ray Synopf. en Anglois thc Ring-tail y c'eft-à-dire , Queue blan- 
che ; & le mâle Hen-Harrou ou Hen-Harrier ^ c'cft-à-dire , Ra- 
vifleur de Poules. Il diffère des autres Oifeaux de ce genre par 
Ion croupion blanc, d'où lui vient le nom de Pygargus en Grec , 
&: par un collier de plumes redreirécs autour des oreilles , qui 
lui ceint la tête comme une couronne. 

M. LinncEus ne parle point de cet Oifeau , apparemment qu'il 
ne fe trouve point en Suéde. Il eft alfez commun dans ce Pays- 
ci , fur-tout en Sologne , où il fait fon nid par terre entre les 
Bruyères à balais, qu'on appelle vulgairement des Bremailles. Il 
pond à la fois pour l'ordinaire trois œufs d'un blanc fale , tirant 



24 Histoire Naturelle 

hn l'ardoifé. La femelle cft toute cendrée , plus gtande que le 
mâle, qui eft plus léger , & plus blanc , fur-tout au croupion ; fa 
queue eft fort longue, & fcs jambes iont fines &: d'un jaune fort 
agréable. Si l'on en croit les Patres de Sologne , on peut le drefler 
à la Chaflc , &: il y eft fort adroit. Il n'y a que la femelle qui 
couve, cC pendant la couvaifon le mâle lui fournit force gibier, 
le laillant tomber perpendiculairement de haut à côté d'elle , èc 
toujours à fa portée , lans s'abattre; manœuvre qu'il exécute pa- 
reillement pour élever fes petits. Mais peut-être qu'il change de 
méthode dans ce dernier cas ; &; ce qui me le perfuadcroit, c'eft 
le rapport d'un ChalTeur, reconnu véridique , qui nous a alTuré 
d'après fa propre expérience, qu'il s'abat pour leur apporter de 
la nourriture , laquelle confifte en Cailles , Perdrix , Grives , 
Alouettes & Lézards verts , ayant rué un jour d'un leul coup de 
tufil la merc &c les petits , lorfqu'ellc leur apportoit la provifion. 
Ce qu'il y a de certain , c'eft qu'il vole ordinairement bas. Son 
cri eft une efpece de fifRement. 

Belon l'appelle J<?a/2 le Blanc , ou Oifeau de Saint-Martin _, & 
Cotgrave Jan , Jean , ou Jehan le Blanc , ôc Oifeau de Saint 
Martin ; ce qui eft la même chofe. Ménage obfcrve à ce fujet 
qu'on a donné àicertains Animaux des noms propres d'Hommes 
ou de Saints , & c'eft une vérité dont nous trouvons plufieurs 
preuves dans l'Hiftoire des Oifeaux. Quelques-uns ont encore 
nommé Jean le Blanc Chevalier blanche-queue , peut-être à caufe 
qu'il eft un peu haut monté fur les jambes, 

6°. Le Milan , Milvus , Ray Synopf Falco cerâflavâ , caudâ 
forcipatâ ^ corpore ferruginco y capite albidiore , Linn. en Anglois 
the Glead ; en Italien Nibbio ou Milvio. La marque caraâ:érifti- 
que qui fuffit feule pour le diftinguer aifément de toutes les ef- 
peces d'Oifeaux de Rapine , eft la queue fourchue ; de forte qu'il 
n'eft pas befoin d'en chercher d'autres : elle eft cependant agréa- 
blement colorée , ainfi que tout le rcfte du corps. Il eft ennemi 
déclaré des Poulets & des Canetons. Il fe balance en l'air \c% 
ailes étendues ; & même fans agiter que rarement ou point du 
tour les aîlcs , il plane ou fc laillc couler d'un mouvement tran- 
quille & comime infenfiblc. Selon M. Linnarus , le Milan a le 
corps tanné deffus & deflous ; les plumes du dos & des ailes ont 
une tache noire au milieu , & font blanches vers la bafe ; il a 
celles de la tête pareillement blanches, pointues, avec une tige 
noire , &: les extrémités blanchâtres ; la poitrine & les cuifTes 
revêtues de longues plumes tannées à tige noire ; les dix premiè- 
res plumes des aîles font toutes blanches en delTous , les cinq 

premières 



DES Ois EAUX. iy 

premières noires en delTus , &: les cinq autres noires tannées ; les 
dix fuivantesi noirâtres en defTus à pointes tannées , cendrées en 
deflbus avec des bandes noirâtres ; la queue longue , fourchue, 
rouire , dont la première grande plume eft noirâtre en defiusà 
ion bord extérieur ; les pieds font jaunes , ôc les ongles noirs ; il 
a aulîî le bec noir, avec une cu'e jaune. Le Milan eft commuxa 
par-tout en Suéde. 

Le Milan a la vue perçante ; il excelle pour le vol , & fe cache 
dans les nues ; il fe précipite fur fa proie avec tant de rapidité , 
qu'on en a vu , dit Bclon , avoir fiifi des morceaux de poumons 
de Bœuf jettes en l'air , avant qu'ils fulTcnt tombés par terre. Il 
pond deux œufs à la fois pour l'ordinaire, quelquefois trois , tc 
l'es petits éclofent au bout de vingt jours d'incubation. On a dit 
que la première année le Milan ne goûtoit rien de mort, par au- 
dace ou fierté ; que la féconde année 11 ne mangeoit rien de 
vivant , par crainte , &: que la troificme il le lailîoit mourir de 
faim : maisç'eft un conte pur. Cet Oifeau eft aftez commun dans 
le Bois de Briou , près de S. Laurent des Eaux , où il fait fon nid 
fur les plus hauts Chênes. On l'y nomme un Hua. J'en ai envoyé 
deux nids à M. de Réaumur , dans l'un defquels il n'y avoit qu'un 
œuf, & dans l'autre un œuf, avec un petit Milan ou Hua nou- 
vellement éclos, &; un Caneton encore frais. 

Belon l'appelle Milan ^ Huau, Efcouflc , diftingualit le Milan 
Tloyal , qui eft le commun , d'avec le Milan noir. Or Milan 
vient de Milvus ou Milvius j Huau ou Hua , Efcoufle ou Ecouf- 
fic y viennent de fon cri naturel. Jadis on diloit Milion pour 
Milan. En Champagne on le nomme Chauche-Poule ou Choche- 
Poule , parce qu'en s'abattant fur les Poules il femble vouloir les 
chocher ou cocher, comme fait le Coq. 

7°. Le Milan du Bki.sil, Milvus Bra/ilienjîs, Caracara dic~ 
tus j Gaviaon Lujîtanis Marcgravii , Ray Synopf. Il eft de la 
grandeur de notre Milan ; il a la queue longue de neuf doigts ; 
les ailes de quatorze, fans cependant atteindre encore au bout de 
la queue ; la couleur de tout le corps roufle, avec de petits points 
fclancs & jaunes ; la queue eft bigarrée de blanc & de brun. Il a la 
tête d'un Epervier , le bec crochu , médiocrement grand, noir; 
ies pieds jaunes , armés d'ongles ou de ferres femilunaires noires. 



•^...^p 



o 



z6 Histoire Naturelle 



CHAPITRE TROISIEME. 

Des Oifeaux de Proie à ailes plus courtes que la 
queue , ou qui n atteignent pas à beaucoup près 
r extrémité de la queue , lorfqu' elles font pliées 
ou ajuflées. 

±\ o u s ne connoiflons que deux cf^jcccs Je ce genre outre leS 
Pics-Grieches ; favoir , 

1°. L'Autour , Accipiter Palumbarius Aldrovandi ô aliorum^ 
Aflur Gallorum _, Ray Synopf. En Anglois the Goskawk. Il diffère 
del'Epervier par fon infigne grandeur , en quoi il furpaiîe la Bufe 
ordinaire. Tout le defTus de fon corps eft brun, de la couleur de 
la Bufe , & le delfous blanc, très joliment bigarré par de petites 
lignes noires fîtuées en travers, preffees & ondoyantes. 

L'Autour eft bien plus grand que fon mâle ou Tiercelet. C'eft 
un bel Oifeau de Poing , & bon pour la Chafle quand il eft bierî 
dreflé. Ariftote l'appelle Hierax Afterias _, Belon Accipiter S te l- 
laris ; les Italiens Aflore ou AJiuro. De-là s'eft formé le mot Auf- 
tour ou Autour. M. Linn^eus n'en fait aucune mention j ce qui 
prouve qu'il ne fe rencontre point en Suéde. 

2°. L'Epervier , Fringillarius Accipiter ^ Recentiorum Nifus 
& Spatyerius , Ray Synopf Falco cerâ viridi , pedibus flavis _» 
peclore albo ., undulistranfverjisfufcis ,cauda fufca^fafciis nigri^ 
cantibus ^ Linn. En Italien Sparaviere ; en Anglois the Sparrou- 
Hawk. Son mâle s'appelle en François Moufchet ou Moucheté à 
raifon de fon plumage madré ou moucheté. Il eft de la grandeur 
d'un Pigeon ; il a le delFus du corps brun , & le deflous varié de 
petites lignes tranfverfales fréquentes , blanches & brunes , ou 
tannées ondoyantes ; les aîles courtes , ce qui le diftingue de 
tous les Oifeaux de Proie ci-deflus mentionnés , excepté le pré- 
cédent ; fa queue eft longue, diftinguée par des bandes tranfver- 
fales ou des barres noirâtres. Il fait du dégât parmi les Pigeons. 

M. Linna:us en fait une très courte dcf cription en ces termes : 
Sa queue eft brune , traverfée de cinq bandes noires i fa poitrine. 



D E s O I s E A U X. iy 

îe bas du ventre ôc le cou font blancs en dclTous , ondes de pe- 
tites lignes brunes ; le dos & le corps en deflus bruns ; les pieds 
jaunes ; la cire verte. Il habite dans les anciennes tours, Se par- 
tout ailleurs en Suéde. 

Willughby dit qu'il pond à la fois cinq œufs blancs , & que 
vers le bout moufle ces œufs font couronnés de taches fanguincs. 
Il ajoute que cet Oifeau ne vit que d'Oifcaux , & qu'il ne touche 
f oint aux Scarabées ni aux autres Infectes. 

Comme j'ai eu un Epervier vivant dans mon Cabinet , j'ai 
remarqué avec furprife fcs grands yeux jaunes pleins de feu, & 
fitués prefqu'au fommet de la tête, fes hautes jambes, & fon 
ventre efflanqué , qui femble collé à l'épine du dos \ ce qui le fait 
paroître un peu boflli. 

Ariftote dit que l'Epervier ne mange jamais le cœur de l'Oi- 
feau qu'il a attrapé, ôc qu'un a obfewé cela dans la Grive même. 
La vérité eft que le cœur étant la partie la plus dure , il n'y a que 
la faim qui le lui fafle manger. On a débité cent fois comme un 
fait avéré , qu'en hiver l'Epervier prend le foir un Moineau qu'il 
met fous fon ventre pour fe tenir plus chaud pendant la nuit, 
& que par reconnoiflance il le lâche le lendemain matin. Tout 
ceci eft beau pour le dilcours. 

Le mot François Epervier , Eprevieron Efparvier , eft ancien 
dans notre Langue , & pourroit bien avoir donné naillance au 
mot Latin des Modernes , Sparvenus. On l'a nommé Accipiter 
F ringillarius , parce qu'il aime palîionnément les Pinçons. 

3°. La Grande Pie-Grieche , Laniusi^xi Collurio cinereus 
major , Ray Synopf Ampclis cxrulefcens , alis caudâque nigri- 
cantibus. Linn. En Italien Falconello ou Ga-{\uola ; en Anglois 
the MaitagajJ'e. Elle eft de la grandeur du Merle , d'une couleur 
cendrée, excepté les ailes &Tes grofles plumes de la queue, qui 
font variées de blanc & de noir, & une ligne noire, qui com- 
mençant à l'ouverture de la bouche des deux côtés , pafle par les 
yeux au derrière de la tête. On la drefle quelquefois à la chafle 
des petits Oifeaux. 

M. Linnarus eft court dans fa defcription. La grande Pie- 
Grieche eft , dit-il , de la grandeur d'un Merle ; elle a la tête 6c 
le dos d'un gris bleuâtre; la couleur eft plus pâle à la poitrine, 
au bas du ventre &; au cou en deflbus ; cependant le haut de la 
poitrine eft un peu onde. On voit une ligne noire qui va du bec 
par les yeux vers les oreilles ; la queue eft non-e , mais les princi- 
pales plumes en font blanches par le bout , & les dernières ou 

D.j 



:8 Histoire Naturelle 

les plus extérieures font plus courtes &: plus blanchâtres. CeC 
Qileau tient un certain milieu entre les Eperviers, les Corbeaux 
& les Moineaux. Les Fauconniers s'en fervent pour découvrir les 
Faucons. 

La Pie-Griecke eft de la plus petite efpece de Laniers. Dans le 
mâle la gorge, la poitrine, le ventre, les cuilfes 6c le delîous de 
la queue lont d'un blanc plus clair que dans la femelle. Durant 
le jour elle fe perche prefque toujours fur le haut d'un arbre ou 
d'un buillon , d'où elle s'abat fréquemment par terre pour pren- 
dre de la nourriture, puis fe relevé incontinent. Elle vit de toutes 
fortes d'miedies, qu'elle a foin, quand elle en a trop, d'attacher 
aux épines des arbres ou arbrilîeaux , de peur d'en manquer dans 
le befoin ; elle répète fouvent houln houin , comme fi elle 
aboyoit ; elle fait pour l'ordinaire fix petits fi différents du père 6C 
de la mère , qu'ils n'en approchent pi-eft^uc pas , H ce n'eft par le 
bec , les jambes ôC les piecls ; fa voix eft uniforme l'hiver & l'au- 
tomne ; le printemps & l'été elle attire à elle les petits Oifeaux 
pour les prendre, en imitant leur ramage. En cage elle demeure 
muette. On la prend ailément en hiver ; car elle a accoutumé de 
fe jetter fur l'Oifeau qu'on a mis dans un trébucher. Olina dit 
qu'elle vit quatre ou cinq ans. Il y a des Laboureurs qui la confi- 
rmèrent, parce qu'elle détruit les Souris, les Rats, les Taupes 2i les 
Mulots. 

La Pie-Grieche a été ainfi nommée de Pica Gneca _, comme 
qui diroit Pie de Grèce _, ou Pie Grecque ; car anciennement oa 
difoit Grégeois y Grieu ou G riais , pour Grec. D'autres dérivent 
Griefche ou Grieche du mot Grec Agria , qui veut dire Sauvage ,• 
auffi l'a-t-on nommée quelquefois Pie de Montagnes ou de'Buif- 
fons. En Sologne on l'appelle Pie-Grieche folle , Calouajfe on 
Coloua£e y MalûuaJJe ou AmalouaJJe ; en Périgord AgeaJJe ou 
Ajace BoiJJeliere ; en Picardie Agaffe Cruelle ; en Berry Darna- 
gaffe j Pie- Ajace ou Crajace ; à Nantes Pie-Croi ; à Vci'dun une 
Craouille ou AgaJJe-CraouillaJfe. On la nomme encore Pie- 
Grieche blanche. A Saint- Ay au deffous d'Orléans , Pie Gruelle, 
Ces diverfes dénominations font tirées ou de la figure de fon 
bec , ou de fa méchanceté , ou de fa refi"emblance avec la Pie 
ordinaire , qu'on appelle en certains Pays AgaJJe , Agace , ou 
Ajace y OuaJJle. 

4°.. La PETITE Pie-Grieche rousse, Lanius TTîinor rufus ^ 
feu tenius- Aldrovandi y^xy Synopf. Ampelis dorfo grifeo, macula 
adoculos longitudinali. Linn. Elle a le dos roux , mais le croupi ow 



DEsOlSEAUX. Z^ 

Cendré , ainfi que la tête ; une large ligne noire s'étend du bec 
par les yeux au-delà des oreilles ; la gorge &. la poitrine lonc- 
blanches. 

Selon M. Linnxus , elle eft de la grandeur du Pivoine ; fort 
bec eft conique en forme de couteau ; fa mâchoire fupérieure 
plus longue , étant des deux côtés échancrée par la pointe ; elle a 
la tête & le croupion blanchâtres ; le dos d'un gris ou roux tirant 
fur la couleur de terre cuite; le ventre, depuis la gorge jufqu'à 
la pointe ànfiernum ou bréchet , & les cotés du corps , d'un rou- 
geâtre mêlé de blanc ; le refle blanc : elle a une ligne noire qui 
part du front ou de la bafe du bec , & pafle par les yeux aux 
oreilles , & au deflus une moindre ligne blanche ; fix grandes 
plumes de l'aîle noirâtres font très légèrement blanches à la 
bafe , ce qui fait la tache blanche des ailes : elle a les plumes de 
la queue noires, mais toutes blanches depuis la bafe jufqu'au 
milieu , ainfî qu'aux pointes extérieures , excepté les quatre in- 
termédiaires , qui font tout-à-fait noires ; les pieds noirs , de 
rnême que le bec ; les plumes qui couvrent les narines , noires ; 
le fond du gofier blanc; la langue fendue en deux, découpée, èc 
par conféquent ce n'eft point une efpece de Vitrée ou de Hoche- 
aueue. La femelle eft d'une couleur différente du mâle ; elle 
pond à la fois fix œufs blancs, entourés vers le gros bout d'un 
cercle brun-roufsâtre. 

Cette petite Pie-Gricche , dite aufli Pie-Griecke gr'ift de Belon, 
a le même génie que la grande ; elle a , comme elle , plufieurs 
noms qui conviennent également à l'une ôc à l'autre ; car on. 
l'appelle ^f^/Ve' Pie-Agajfe ou Ajace ^ Jaque ne-Dame ; en Savoie 
Arnéat ou Renégat ^ Pie Efcrayere ou Pie Criarde , Pie An- 
crouelle ; parce que , félon Aldrovandus , elle s'attache tellement 
aux troncs des arbres qu'elle y eft comme ancrée. Cotgrave die 
encore Pie Engroule ou Engrouee , Pie Matagajfe ou Matta- 
gajfe , comme qui diroit Pie Meurtrière. Quant à ce qu' Aldro- 
vandus ajoute que le mot François Pie-Grieche ne fignifie pas la 
même chofe que Pie Grecque , comme Gefner fe l'imagine, mais 
Pie grisâtre ou d'un gris blanchâtre, il eft le feul de fon avis. Il 
a mieux rencontré en difant qu'il y a dans les Pies-Grieches une 
grande diverfité de couleurs , & que le figne caraclériftique de 
ces Oifeaux eft d'avoir des deux côtés du bec trois poils en forme 
de barbe. 

5°. La PETITE Pie-Grieche -èio, k^^^y. ^ Lanius minor^lineis 
albis nigris femiçircularibus variegatus j Ray Synopf Cette 



30 Histoire Naturelle 

efpece n'a point cette ligne noire qui part des deux côtés du bec 
en traverfant par les yeux. 

Mais ici M. Linnxus obferve que cette dernière eft la femelle 
de la précédente , 6c qu'entr'autres différences dans le plumage, 
le mâle a les plumes de la queue noires à la baie, & blanches à 
la pointe ; au-lieu que la femelle les a grifes à la marge, ôc blan- 
ches au bout, les quatre du milieu étant fans tache. 

6°. La PETITE Pie-Grieche GRISATRE, Latiius minor cine~ 
rafcens feu Rufo - cinereus cum macula in fcapulis alba j Ray 
Synojpf En Anglois thc Wood-Chat^ parce qu'elle hante dans les 
brolTailles. 

Toutes les Pies-Grieckes , dit Ray en finiflant ce Chapitre, 
ont le bec d'une longueur médiocre, un peu droit , crochu feu- 
lement à l'extrémité , & de petites barbes ou foies noirâtres au- 
tour du bec : en outre la mâchoire lupérieure a près de fa courbure 
deux appendices anguleufes qui s'appuient fur la mâchoire infé- 
rieure , où il n'y a nulles cavités pour les recevoir, comme dans 
le Hobereau 6c la Crefferelle. J'ai fouvent obfervé toutes les va- 
riétés ci-deflus alléguées ; je n'oferois pourtant affirmer avec 
affurance que ce foient réellement autant d'efpeces diftindlcs , 
fâchant combien les fexes dans ce genre d'Oifeaux différent en- 
tr'eux par la couleur. 

M. Frifch , dans fon Traité Allemand des Oifeaux , compte 
trois fortes de Pies-Grieckes ; favoir la grande, la moyenne èc la 
petite. Il ne dit prefque rien des deux premières ; mais il parle 
avec complaifance de la dernière , & voici quelques-unes des 
fîngularités qu'il rapporte à fon fujet. Cet Oifeau fe nourrit 
d'Infe(f};es , ou de jeunes Oifeaux qui font encore dans le nid ; il 
tue ces derniers en tenant leur cou long-temps dans fon bec , 
jufqu'à ce qu'ils foient étouffés ; après quoi il les mange , en 
commençant par tirer la cervelle &c les yeux , parce que c'eft ce 
qu'il aime le mieux. Au défaut de petits Oifeaux , il mange des 
Infectes , fur-tout des Sauterelles & des Scarabées , qu'il ronge 
par petits morceaux. Quand il eft raffafié , il fiche les reftes avec 
fon bec à des épines. Il conferve même ces manières en cage , 
attachant fes reftes entre les ofiers de la cage. Comme il a la tête 
fort groffe à proportion du corps , on le nomme en Allemand 
Greffe Tête ou Tête de Bœuf. Lorfqu'il mange un gros morceau 
de chair qu'il ne peut pas avaler en une feule fois, il fc met fur 
une patte , & prend le morceau avec l'autre ferre , dont il fait 
ufage comme d'une main. Une de ces Pies mange par jour en 



DES Oiseaux. 31 

C^ge un rognon d'Agneau. Elles s'apparient au mois de Mai ; 
alors les mâles font li lafcifs , qu'ils font des faucs furprenants 
dans les cages : quelquefois même ils tombent roides morts de 
deflus leurs bâtons. Le chant de cet Oifeau eft extraordinaire ôc 
fort varié. Or il ne fait cela que pour attirer l'Oifeau dont il 
contrefait le chant ; alors il fond dcirus. C'eft dans le temps de 
s'apparier qu'il varie le mieux fon chant. C'eft un vrai fmge qui 
veut contrefaire tous les fifflements , tous les fons. Si l'on fe met 
à compter de l'argent à minuit , en faifant fonner ce métal , il 
commence auilî-tôt à chanter. Il fait connoître où eft fon nid ; 
car dès qu'on en approche , il jette des cris horribles qui refTem- 
blent fort à ceux de la Pie. Comme ces Oifeaux ont le gozier 
large , ils peuvent avaler de gros morceaux à la fois ; & quand 
ils en ont fucé le jus , ils les rendent fous la forme de longues 
pilules, de même que le? nutres Oifeaux de Proie rejettent les os 
& les plumes ou les peaux , & les Alcyons les arrêtes des petits 
Poiflons. Notre petùe Pie-Grieche s'en va d'Allemagne dans les 
Pays chauds , comme les autres Oifeaux de Paiîage; &; quand le 
temps de s'en aller eft venu , fl elle eft en cage , elle vole &: fe 
débat , fur-tout dans la nuit , jufqu'à fe cafter la tête, & s'arra- 
cher les plumes. 

En Normandie on neconnoît gueres les deux dernières efpeces 
de Pies-Grieches , & même la première y eft réputée Oifeau de 
Paftage : aufTi eft-il bien rare d'y en voir pendant l'hiver. 

7°. Pie-Grieche de CaÏenne , Lanius maculatus. Cet Oi- 
feau eft de la grofTeur d'un Merle : fa tête &; fa queue font noires ; 
fa gorge , les plumes du deftbus de l'aîle , font blanches ; tout 
le refte du coi-ps , tant deftiis que deftbus , eft cendré clair, mar- 
queté de petites lignes noires ; il a le bec rougeâtre , noir par le 
bout. Cette Pie fe nourrit d'înfedtes 6c de petits Oifeaux. Il y en 
a une autre qui eft jaune. 

On trouve en Afrique &; dans les Indes plufteurs autres Pies- 
Grieches y dont il ne paroît pas que les Ornithologiftes ayent eu 
aucune connoiftance , mais qui n'en font pas moins remarqua- 
bles, foit pour la diff'érence des groftcurs, foit pour la variété des 
couleurs. Le Sénégal en fournit fur-tout deux; l'une grife , grofte 
comme un Merle, dont la tête eft noire, & le refte du corps d'un 
gris plus foncé deflus que deftous : elle a en deftiis quelques ta- 
ches rouftes, ôc une bande blanche de chaque côté delà tête, 
qui traverfe l'œuil , ôc femble le couper. L'autre eft de la grolFeur 
d'une moyenne grive j le haut de fa tête eft roux \ toutle refte 



3 2 Histoire Naturelle 

tiu corps en dclîus , les aîlcs Se la queue font noirs; mais la gorge 
5cle detlous du corps font d'un rouge élégant. K. PL 3. Fïg. i . 

Aladagaicar ell aulli très-abondante en Oileaux de cette eïpcce. 

Le Bruia en ell une; elle n'ell: pas plus grollc qu'un Moineau, 
cendrée en delllis , blanche en delîous, avec la gorge noire. La 
féconde , que les Habitans appellent Schet-Be _, eft de grolTeur 
de Merle ; la tête eft d'un vert changeant, le relie de ion corps 
roux en deflus, & d'un blanc fale en delTous. La troiiiemc, qu'ils 
appellent Vanga , eft un peu plus grolTc que le Merle; le devant 
de fa tête , &: tout le dciVous du corps , font blancs ; le deilus , 
depuis l'occiput jufqu'à la queue , eft d'un noir verdatre : elle fe 
nourrit de fruits , & fiffle allez agréablement. La quatrième , 
qu'ils appellent Tcha-Chcn-Be, eft de même grofteur ; elle a la tête 
blanche; tout le refte du corps eft en deftus vert foncé, ôc blanc 
en defTous. Les Naturels du Pays en diftinguent une autre toute 
femblable à celle-ci , mais plus petite , que je ferois tenté de croire 
être la même, mais d'âge différent. La cinquième, qu'ils nom- 
ment Tcha-Ckerc-Dac , eft d'un beau bleu célefte en deftus , & 
d'un blanc de neige en deffous ; le tour du bec eft de plumes 
jioires , ainfi que le fouet des aîles ; (es yeux ont l'iris rouge. La 
femelle eft d'un bleu pâle ôc fombr^. Cet Oifeau vit d'Inleclcs , 
iôc eft commun dans l'Ifle. 

A Bengale on en trouve une qui a la queue fourchue, & dont 
le bleu eft changeant & pourpré , ou noir , lelon les afpeéls diffé- 
rents. On en voit encore une autre toute noire, excepté au ventre 
& au deffous de la queue, qui font blancs. Elle a l'iris jaune, & 
eft grolfe comme un Etourneau. On y en voit aulîi de rouffes ôc 
de brunes. 

La Pie-Griecke de Manille aux Philippines , appellée Langnl- 
J^angnaien , eft de la grofteur d'un Rollignol ; fon bec eft blanc; 
tout le deffus du corps eft noir, à l'exception du croupion, qui eft" 
blanc, ainfi que la poitrine ôc le ventre; fes yeux font couleur de 
verre. Celle de l'Ifle de Luçon , nommée Cabeçoté ^ eft en deffus 
gris brun , & blanc file en deftbus. 

La Pie-Gneche de Canada eft de groffeur de Puput ; elle eft 
en deffus d'un brun mêlé de roux , & cendrée en deffous ; toutes 
les plumes de fes aîles ôc de fa queue font bordées de blanc ; elle 
eft hupée. 

CHAPITRE 



DES Oiseaux. 35 



CHAPITRE QUATRIEME, 

Des petits Oifeaux de Proie étrangers & 

anomaux ou irréguliers , qu'on appelle 

Manucodiates ÔC Oifeaux de Paradis. 

J.L ell confiant, par le rapport de Témoins oculaires. Se par 
l'infpe^lion de ces Oifeaux entiers , qu'ils ne font point fans 
pieds , comme on fe l'étoit autrefois faulîcment perfuadé. Ces 
Oifeaux de Paradis , dit Bontius , loin de manquer de pieds , ou 
de fe nourrir d'air , ont des pieds armés d'ongles ou de ferres 
recourbées &: fort pointues , pour aller à la chafTe des petits 
Oifeaux , des Bruans, des Pinçons, &c d'autres femblables, qu'ils 
dévorent cnfuite, comme les autres Oifeaux de Rapine. Il n'efl 
pas plus vrai de dire qu'on ne les trouve que morts, vu qu'ils fe 
perchent fur les arbres , & que les Habitans des Molucques les 
percent à coups de flèches. Delà vient auill qu'à raifon de leur 
vol rapide, les Indiens les appellent Hirondelles des Molucques. 

Or ces Oifeaux font très-beaux à voir, Se différents de tous les 
autres par la forme Sl la fituation fmguliere des plumes; car il 
naît des côtés de leur poitrine un grand nombre de fort longues 
plumes , qui ont jufqu'à quinze pouces de long , & font très 
foyeufes. Les plus courtes jouent l'égrette, & font d'un jaune 
d'or mêlé de maron glacé. Les plus longues font blanches , ÔC 
fîniffent par une teinte de brun vineux. K. PL 3. Fig. 1. 

Ces plumes vont un peu par-delà la queue , & fe répaiident 
au large : de plus il en eft quelques-uns , du croupion defquels 
partent deux tuyaux de plumes dénués de duvet , qui palTcnt de 
beaucoup les autres plumes , & dont l'extrémité fe termine par 
des barbes d'un vert foncé 6c changeant. 

Aldrovandus çn décrit cinq efpeces , à quoi Clufius ôc Marc- 
grave en ajoutent plufîcurs autres. 

Le premier de ces Oifeaux égaloit prefque l'hirondelle pour la 
grandeur &: la forme du corps, ayant le plumage de la tête rclui- 
lant de couleur d'or le plus pur, & celui du menton d'un bleu 
vert éclatant comme de la loiç ; les plumes des ailes d'un brua 

E 



54 Histoire Naturelle 

brillant entre noir & roux ; celles du refte du corps d'un fauve 
tirant fur le roux. Il avoir pour crête deux plumes noires. 

Le fécond étoit bien difierent des autres , en ce qu'il avoir au 
croupion deux plumes, qui excédoient les autres de la longueur 
de deux palmes ; la langue rougeâtre , longuette, pointue, affez 
femblable à celle des Pics. Il n'avoit point ces deux très longues 
plumes de la queue. Il difîeroit auffi beaucoup de tous les autres 
par la couleur des principales plumes. 

Le troifieme cil; appelle Hippomanucodiate , à raifon de fa lon- 
gueur infigne de vingt-{cpt pouces depuis le commencement du 
h^c jufqu'au bout de la queue. Il avoit le bec crochu; la couleur 
de tout le corps blanche , excepté le cou &: le ventre , qui étoicnc 
châtains ; le fommet delà tête tanné, de façon que la couleur 
tannée étoit fuivie de jaune , Se le jaune de vert. 

Le quatrième étoit huppé , ayant le bec très long, noir, cro- 
chu ; les plumes de la tête , du cou Se des aîles étoient noirâtres ;. 
la huppe étoit haute de trois doigts , roide , jaune près de la 
nuque, compofée comme de foies. 

Le cinquième , ou le commun d'Aldrovandus & de Gefner , 
étoit fort reffemblant au quatrième , fuion qu'il n'avoit point de 
huppe , & que fon bec étoit courbe & petit ou menu à fa partie 
inférieure. 

Le fîxieme , que Marcgrave appelle le Roi des Manucodiates _, 
égaloit une hirondelle pour la grandeur du corps, ayant la tête 
&: les yeux petits ; le bec droit èc pointu ; les pieds allez gros ; les 
griffes en forme de croiffant ou crochues ; les plumes près du bec 
femblables à du velours , mêlées fupérieurement de vert bc de 
brun, inférieurement noires ; le cou doré en delfus, luifant en 
deffbus, &; d'un vert doré ; la poitrine d'un brun foncé ; le relie 
du corps , les aîles 6c la queue d'un brun élégant ; de longues 
plumes qui naiffoient des côtés , étoient dorées près de leur naif- 
fance , & le refte d'un blanc jaunâtre. Il avoit pour crête deux 
plumes fort longues dorées à leur naiirance , recourbées vers leur 
extrémité , & d'un brun obfcur. 

Le feptieme , qui eft le fécond Manucodiate de Marcgrave , 
furpaffoit une Hirondelle en grandeur. Il avoit la tête applatie, 
des yeux très petits, de la grandeur d'un grain de millet ; le bec 
femblable à celui du précédent. A là nailFance du bec il étoit 
orné de petites plumes fort noires rclîemblantcs à du velours ; 
toute la gorge & le bas du cou jufqu'aux yeux & aux tempes , 
étoient revêtus de plumes loyeufcs d'un vert doré, &: lu!{antcs;il 
avoit le delTus delà tête orné déplumes pareillementfoyeufes,d'un 



DES Oiseaux.' ^j 

jaune obfcur , mais plus dures au toucher ; le cou entouré de 
plumes courtes , foyeufes , d'un doré luifant; les plumes du dos 
d'un jaune doré aulli luilant , intérieurement d'un blanc brun 
clair ; les aîles &C la queue brunes. 

Ces deux defcriptions de Marcgrave n'appartiennent qu'à un 
fcul de unique Oifeau , ou du moins à deux Oif eaux fort lembla- 
bles , &c elles s'accordent en bien des chofes avec la première 
d'Aldrovandus. 

Le huitième, qui eft I'Oiseau de Paradis de la grande 
efpece de Clufius, ne diflere gueres du précédent ; de force que 
je le crois abfolument le même , ayant le l'ommec de la zète de- 
puis le bec jufqu'aux yeux, Se le cou revêtus de plumes ioyeufes 
jaunes fupérieurement, ôc brunes inférieurement. 

Le neuvième, qui eft TOiseau de Paradis de la petite 
efpece du mêmcClufitvs, paioît le même que le premier de Marc- 
grave ; cependant fa gorge étoit revêtue de plumes vertes, lui- 
fantes à la façon du premier d'Aldrovandus. 

Le dixième, qui eft le Roi des Oiseaux de Paradis de la 
grande efpece de Clufius, étoit plus petit que les autres Manuco- 
diates. Les aîles étoient beaucoup plus longues que tout le corps 
de rOifeau ; le bec blanc , long d'un pouce , orné à fa partie infé- 
rieure d'unduvetrouge-pourpré,reflemblant à du velGurs,comme 
aulîî toute la partie antérieure de la tête ; la moitié de la tête 
autour des yeux étoit piquetée de petites taches noires ; le cou 
avec la poitrine couvert de plumes d'un noir foncé comme du 
velours: prefque tout le defllis du corps , le dos, les aîles & là 
queue , étoient uniformes , d'un jaune-brun ; fous la poitrine 
rOifeau étoit orné d'une efpece de collier noir , large du petit 
doigt , terminé par une petite bande tranfverfale d'un vert doré 
changeant; les plumes du ventre blanches , mais les plus proches 
de l'aîle noires , terminées auffi de vert doré ; les pennes de la 
queue menues , noires , fans barbe dans toute leur longueur , 
excepté vers la tige , contournées en rond à leur extrémité ; elles 
y font ornées par un côté d'un duvet très fin, reluifant, d'un 
vert-foncé en defTus , & brun en delTous. Ce petit Oifeau n'a 
point aux côtés cette touffe de grandes plumes que portent les 
autres. V. PL 3. Fig. 3. 

Au-refte il y a deux genres d'Oifeaux de Paradis , au rapport 
de Clufius; l'un, des plus grands, qui font auffi les plus élégants,& 
qu'on ne trouve que dans rifle Arou ; l'autre , des plus petits &: des 
moins élégants, que produifenc les Ifles Papoue s, v6\{vc\ç.s de l'Ifle 



3<3 Histoire Naturelle 

Cilolo. Ceux-ci n'ont point de ces très longs filets qui partent du 
croupion, &; dont l'autre genre e(t pourvu. 

On dit que l'un & l'autre genre ont leur Roi particulier , &C 
différent pour la couleur , qui vole perpétuellement en l'air au 
deflus des autres. 

Ajoutez encore TOiseau de Paradis de Céilan, dît Ma- 
nucodiata Zeilanica , caudâ longijfimâ forcipatâ bipenni , ïValu- 
hora Zeilanenjlhus , id ejl GoJJypium furens , Muf.Leyd. Celui- 
ci eft mis par plulieurs Ornithologiftes dans la clafle des Trou- 
piales. 

M. Klein dans Ton Prodrome de l'Hiftoire des Oifeaux , penfe 
à-peu-près comme Ray fur le compte des Oifeaux de Paradis , 
qu'il met au rang des Pies ; bc voici comme il s'en exprime, 
Aldrovandus eft de ceux qui ont cru que l'Oifeau de Paradis n'a 
point de pieds ; de forte qu'il a maltraité Antonio Pigafette , qui 
le premier apporta un Manucodiate en Europe , pour avoir dit 
qu'il avoit des pieds. Bien des gens débitent cette fable , en, 
ajoutant que la femelle pond fes œufs fur le dos du mâle, où elle 
les couve, &;que ces fortes d'Oifeaux ne vivent que d'air comme 
le Caméléon. Il eft certain qu'ils ont des doigts, des griffes & 
des pieds entiers , aflcz forts pour fe faifir des petits Oifeaux à la 
manière des Eperviers , &: le bec aftez ferme pour vivre comme 
les Pies, non-feulement de fruits, mais auffi d'Oifeaux ; fur quoi 
l'on n'a qu'à confulter Jean de Laët, Marcgrave, Clufius, Wor- 
mius &; Bontius. L'Oifeau de Paradis eft même placé ordinaire- 
ment parmi les Faucons , parce qu'il a le bec & les griffes crochus 
& bien affilés, pour pouvoir attraper 8c dévorer les petits Oifeaux, 
comme les autres Oifeaux de Proie. Mais qu'il eft difficile aux 
gens amateurs du faux merveilleux, & préfomptueux, de fe défaire 
de leurs préjugés ! Malheureufement l'Hiftoire Naturelle eft rem- 
plie de pareils menfonges, comme s'il étoit permis de fe jouer à 
fon gré , & d'en impofer dans les matières de Phyfique. 

Je me fouviens à cette occafion d'avoir vu à Paris dans le 
magnifique Cabinet de feu M. Bonnier de la Molfon , une demi- 
douzaine d'Oifeaux de Paradis bien confervés , & tous plus fin- 
guliers les uns que les autres pour le plumage. La plupart avoient 
àcs pieds, & étoient même haut enjambés à-peu-près comme 
nos Chapons ; mais il y en avoit quelques-uns fans pieds , &: il 
fembloit qu'ils n'en avoient jamais eu , tant leslndiens font adroits 
à les leur couper pour les vendre plus cher, en augmentant le 
merveilleux ; car il ne faut pas croire fur cet article Vigneul 



D E s O I s E A U x; ^y 

Marville dans Tes Mélanges d'Hiftoire & de Littérature. L'Oifeau 
de Paradis qu'on trouve, dit-il , dans l'Amérique , femble être le 
chef-d'œuvre des animaux. Cet Oifcau n'eft gueres plus gros que 
le petit doigt de la maiii ; il a le plus beau plumage qu'on puilTe 
voir ; les couleurs en font d'un vif admirable. Comme ceux qu'on 
trouve morts aux pieds des arbres n'ont point de jambes , quel- 
ques Naturalifles ont publié que cet Oifeau étoit privé de cette 
partie fî néceilaire à tous les animaux ; mais la vérité eft que les 
Fourmis ne manquent jamais quand elles en rencontrent , de 
commencer par leur manger les jambes , &C c'eft ce qui fait que 
ceux qu'on envoie embaumés en Europe paroiflent n'en avoir 
jamais eu. On en trouve à Paris dans les Cabinets des Curieux , 
qui ont confervé toute la beauté des couleurs de leurs plumes. 

Il y a quelque chofe de vrai dans ce pafTage de Vigneul Mar- 
ville ; mais pour une vérité plufieurs erreurs; 6c c'eft ici le cas de 
dire avec les Italiens, yè non è vero ^ è ben trovato. Les Rois des 
Ifles Molucques font grand cas des Oifcaux de Paradis ; &; en 
portant leurs plumes fur eux , ils fe croient invulnérables au 
combat. L'Oifeau de Paradis a été ainfi nommé , moins pour fa 
beauté , que parce qu'on ignoroit oit il nailloit , d'oii il vcnoit, 
& où il fe retiroit. Or dire que cet Oifeau vit de la rofée du 
Ciel, fans pieds, & fans jamais fe pofer à terre qu'à la mort, c'eft 
une impofture des Prêtres Mahométans , qui ont voulu faire 
accroire aux Rois des Molucques , que le Manucodiata _, c'eft-à- 
dire, Oifeau de Dieu , venoit de leur Paradis. 

Ray fait un article féparé de trois efpeces d'Oifeaux de Rapine, 
qu'on trouve dans l'Hiftoire Naturelle des Ifles Antilles de l'Amé- 
rique, par le Père du Tertre, &; par Rochefort. 

Le premier eft le Mansfeny, cfpece de petit Aigle qui ne 
furpaUè pas le Faucon en grandeur , & n'a pas tant de cœur que 
l'Aigle d'Orinoque ; car il ne fait la guerre qu'aux Oifeaux foi- 
blcs ôcfans défenfe, tels que les Grives , les Hirondelles de Mer,. 
les Alouettes de Mer, les Ramiers , les Tourterelles. Il fe nourrie 
auffi de Serpents & de Lézards. 

Le fécond, le Pêcheur, qui reffembleen tout au précédent, 
fmon qu'il a des plumes blanches au ventre , & noires au fommet 
de la tête. Il ne le jette que fur les Poiftous , flms s'attaquer aux 
Animaux à quatre pîeds , ni aux Oifeaux. 

Le troifieme , I'Emérillon nommé Grigri à caufe de fon 
cri. Il n'eft gueres plus grand qu'une Grive; il a tout le defîus du 
corps roux, piqueté de taches noires ; le delfous blanc , bigarré 



3S Histoire Naturelle 

d'hermine. Il fait la guerre ordinairement aux petits Lézards , 
èc quelquefois aux petits pouiîlns. 

Nous mettrons encore ici , d'après Ray , le Coucou parmi les 
Oifeaux de Rapine diurnes, ou qui ne volent que de jour. Nos 
Oifeleurs Bolonois , dit Aldrovandus , affirment unanimement 
qu'il fc trouve des Coucous plus grands , èc d'autres plus petits ; 
qu'en outre il y a de deux fortes de grands Coucous , mais qui ne 
font diftingués entr'eux que par la différence des couleurs , dc 
que les plus petits ne différent en rien des plus grands que par la 
grandeur. Aldrovandus donne les figures des deux plus grands : 
mais il n'a jamais vu le plus petit. Le premier d' Aldrovandus 
diflere de notre Coucou ordinaire par la figure du bec , qui 
refîemble à celui du Pigeon ramier , attendu que le bec du 
nôtre rclTcmble plutôt au bec de la Grive ou du Merle ; de plus, 
par des lip-ncs tranfverfiles interrompues à la poitrine & au ven- 
tre ; au-lieu que dans le nôtre elles font entières &: continues. 

Le Coucou ordinaire , Cuculus noflras , Icu Aldrovand'i fccun- 
du , Ray Synopf. Cuculus reciricibus nigncandbus punciis albis. 
Linn. En Grec Coccyx; en Italien CucuLoow Cuccolo ; enAnglois 
the Cuckow ; en Allemand Kukuc ; en Elpagnol Cucl'ilLo. Il a le 
bec &; les ongles plus petits & plus foibles que tous les autres 
Oifeaux de Proie. Ses marques caradbériftiques font les narines 
rondes , éminentes au delTus de la fuperficie du bec , telles que 
nous n'en avons jamais oblervé jufqu'ici de pareilles dans aucun 
autre Oifeau. On dit qu'il gobe les œufs des autres Oifeaux, ou 
qu'il mange feulement leurs petits encore tendres , dans le nid ; 
& voilà pourquoi l'on croit qu'à la fin de l'été , que cette nour- 
riture lui manque , il s'engourdit &: s'endort. Mais nous avons 
trouvé dans les ventricules d'un Coucou dilTéqué des Chenilles 
& d'autres Infe6tes, 6c il eft très certain que les petits Oifeaux 
nourrilTent d'Infeclcs les petits du Coucou. Ce n'eft donc pas 
faute de nourriture qu'il fe cache, ou qu'il fe tranfporte ailleurs, 
quelle que foit la raifon qui le porte à le faire ; c'eft peut-être 
parce qu'il ne fauroit endurer le froid de l'hiver. 

Dans celui que nous avons obfervé en l'an KJ93 (c'eft tou- 
jours Ray qui parle ), le deflous du corps étoit blanchâtre , avec 
quelque teinture de jaune , bigarré par des lignes tranfverfales 
noirâtres , plus fréquentes à la gorge & au haut de la poitrine , 
plus clair femées inférieurement, à la manière des Eperviers ; le 
bas du ventre n'avoir point de ces fortes de lignes. Tout le dcfTlis 
du corps, avec la tête &: les ailes , étoit très joliment madré de 



DES Oiseaux. 39 

lignes fauves & noires fituées tranfverfalement ; au fommec de 
la tête on voyoit quelques lignes blanches , ôc même les extrémi- 
tés des plumes au bas du dosiur le croupion étoient pareillement 
blanches; le bord intérieur des plumes extérieures de l'aîle étoit 
piqueté de taches blaiiches un peu grandeSjtranfverfales ; la queue 
fort longue , variée de traits noirs èc fauves en travers , &C dé- 
taches blanches vers le tuyau & les bords extérieurs des plumes, 
étoit compofée de huit maïcrefTcs plumes , dont les deux du mi- 
lieu étoient les plus longues , Se les extérieures plus courtes de 
part & d'autre. Il avoir les jambes très courtes , èc voilées de 
plumes jufqu'aux pieds ; les pieds foibles , jaunâtres , avec des 
ongles prefque de même couleur; quatre doigts , dont les deux 
extérieurs étoient poftérieurs ou iitués en arrière, ceux du milieu 
en devant ; les intérieurs étoient plus courts &C plus petits que les 
extérieurs ; ( il fembleroit par cette expofition , que le Coucou 
auroit lix doigts, fuivant la reflexion de JVI. Thomas) il avoir une 
ouverture de bouche ample, & la bouche falFranée en dedans. 

2°. Le Coucou des Indes, Cuculus Indiens. Muf. Leyd. 

M. Linnarus fait aulîi une ample defcription du Coucou dans 
les termes fuivants : Celui que j'ai examiné en 1731 avoitla tête 
obfcurément blanchâtre , ainh que le cou & tout le dos, entre- 
mêlée par-ci par-là de plumes griles ; le cou en defTous de couleur 
cendrée ondée , mêlée de jaune ; le croupion de la même cou- 
leur que le dos , mais plus claire ; le ventre blanchâtre, avec des 
lignes en travers d'un brun noirâtre ; les plumes pareillement 
blanchâtres fous la queue , mais encore plus blanches; la queue 
alfez longue par rapport au corps , compofée de dix plumes noi- 
râtres, à pointes blanches, lefquelles d'un côté ôc au milieu font 
tachées de blanc ; les aîles longues, d'un brun noirâtre en delTus, 
obfcurément blanchâtres en deifous, avec de petites lignes blan- 
ches en travers , dont les maîtrefTes plumes font noirâtres ; le bec 
un peu recourbé , dont la mâchoire fupérieure plus longue eft 
noire, &: l'inférieure plus pâle verdâtre ; les narines larges , fail- 
lantes, nues ; les jambes en partie couvertes antérieurement, & 
jaunes, ainfi que les pieds; la langue en forme de flèche platte; 
deux doigts en devant , & autant en arrière. C'étoit une femelle, 
dans le corps de laquelle il y avoit deux œufs de la grolTeur d'un 
gros pois , éc dont le ventricule étoit plein de Chenilles velues. 

En 1733 le mâle m.e parut fem.blable en tout au précédent; 
mais il en différoit par le bec , revêtu à l'angle de la bouche d'une 
membrane jaune, lâche & molle , comme dans les jeunes Moi- 
neaux. Il avoitla tête cendrée ou blanchâtre, fans aucunes taches 



40 Histoire Naturelle 

gnfcs , comme auffi le dos , qui pofé néanmoins dans une certaine 
lituation vers la lumière , reluiloit ; tout le cou , même en deflous , 
blanchâtre lans taches ; le ventre plus oblcur que dans le précé- 
dent, jaunâtre (ous la queue ; les pieds jaunes. 

En 1734 un autre avoit la tête , le dos, èc tout le deflus du 
corps blanchâtre , dont chaque plume étoit d'un gris-noir , ter- 
minée à fa pointe par une petite ligne blanche, & le difque ou 
le champ piqueté d'une ou deux bandes de couleur de terre cuite; 
les maîtrelFcs plumes de l'aile d'un gris-noir, marquées de fepc 
taches blanches, ou d'un plus grand nombre; la gorge noirâtre; 
le cou & la poitrine en delîbus blanchâtres , avec des lignes en 
travers cendrées-blanches ; le ventre blanc ; les plumes de la queue 
noires , variées de taches blanches &; couleur de terre cuite plus 
cbfcure; les plumes lupérieures de la queue qui font en recouvre- 
ment , de la couleur du dos , les inférieures blanches , avec des 
taches noires ; les jambes à demi-nues, ainfi que les pieds, de les 
ongles jaunes ; le bec noir , jaune en dedans ; la langue entière, 
& non fendue en deux. Il fut tué en chantant. 

La femelle a des lignes brunes aux côtés du cou, que le mâle 
n'a point. 

Les Coucous variant pour la couleur; mais je fuis encore in- 
certain fi cela dépend du lexe j de l'âge ou de l'efpece. 

Le Coucou eft: fréquent en Suéde ; il eft élevé communément 
par la Hochequeue blanche ordinaire. 

Ces defcriptions de M. Linnxus font très fîdelles , mais elles 
ne font pas luffifantes. J'ai envoyé l'année dernière un Coucou 
tué dans une charmille près d'Orléans , qu'on auroit pris pour 
le plus bel Emérillon , tant fon plumage étoit joliment madré. 
C'étoit pourtant une femelle, &. la bigarrure de fon plumage eft 
fans doute la raifon pourquoi l'on a cru de tout temps que le Cou- 
cou fe changeoit en Emérillon ou en Epervier, &; réciproque- 
ment. J'en ai vu deux autres tout femblables en apparence , & 
qui approchoient beaucoup d'un Pigeon bifet , tant pour la 
figure que pour le plumage, quoique l'un fût mâle, &: l'autre fe- 
melle. Cette dernière avoit deux œufs dans le corps bien formés ; 
ce qui montre que le Coucou femelle pond au moins deux œufs 
chaque année, mais toujours dans deux différents nids. On dit 
proverbialement d'un gourmand , qu'il ava/e comme un Coucou; 
& en effet , le Coucou eft grand mangeur , & a le gozier fort 
large. Mais pourquoi dit-on auffi d'un homme maigre qu'il eft fcc 
comme un Coucou? Car on remarque qu'en automne le Coucou 
eft fort gras, & eftimé comme un bon manger, fur-tout quand il 

eft 



DES Oiseaux. 41 

cft jeune. J'en ai fait l'efTai , &; j'ai trouvé cet Oifeau fondant Se 
d'un goût approchant de celui d'un Râle de genêt. 

Frifch met le Coucou au rang des Pics, parce qu'il fe nourrit 
de Vers de même qu'un Pic , &C qu'il a, comme les Pics, deux 
doigts devant , &i autant derrière. Mais, ajoute M. Klein, il y 
a bien d'autres Oifcaux qui vivent pareillement des Infedies qu'ils 
vont prendre fur les arbres ; & quant au cara(Slere des pieds, il 
cft commun aulîi aux Perroquets. Que fi le bec du Coucou eft 
différent du bec du Perroquet , il ne l'eft pas moins du bec du 
Pic , fait en manière de coin. D'ailleurs la nourriture eft fort 
trompeufe , fi l'on vouloir s'en fervir pour établir les genres des 
Oifeaux. Le même Frifch nous a donné une Hiftoire du Coucou, 
d'après la propre expérience. J'y ajouterai la mienne, dit tou- 
jours M. Klein. Etant écolier , à l'âge de feize ans, je trouvai 
dans notre jardin un nid de Fauvette, avec un feul œuf, qui 
paroiffoit trop gros & fuppofé. Ayant raconté ce phénomène à 
mon père , il me détendit de l'ôter , parce que c'étoit peut-être 
un œuf de Coucou : ce qui fc trouva vrai ; car l'œuf refta Icul, èc 
il en lortit un Coucou. Enfin quand l'Oifcau fut en plumes, je 
le mis avec le nid dans une cagc_, que je lailKii au même lieu au 
jardin. Peu de jours après , je trouvai le matin la Fauvette cm- 
barraffée entre les barreaux de la cage , dont le Coucou tenoit la 
tête & le cou dans fon gozier , les ailes de la Fauvette arrêtées 
par dehors l'ayant empêché de l'avaler. Dans cet état je tranf- 
portai la cage avec les Oifeaux^au Collège expérimental dePhy- 
lique du célèbre M. Gottfchcd, qui nous fai(oit entendre que la 
Fauvette ayant coutume de nourrir fes petits avec une ou deux 
Chenilles vertes , le Coucou qui a une large avaloire , èc qui cft 
toujours affamé , fentant plutôt à fon palais la tête de Ca. mère 
nourricière que la mince nourriture qu'elle lui apporte , la faific 
&; la preffe ; ce qui eft caufe que le Coucou , plus fot &: plus 
gourmand que fils ingrat, tue &c dévore fa mère, &c peut-être 
auifi l'on pcre nourricier, C'eft à la vérité le fcul cas que j'aye vu : 
mais qui ofera le traiter de conte ridicule avec le bon homme 
Frifch? 

J'en crois M. Klein fur fa parole : néanmoins , fi je ne me fuis 
point trompé , j'ai vu deux nids de Traquer, dans l'un defquels 
il y avoit cinq œufs de Traquer & un œuf de Coucou, qui étoit 
tout bleu comme les autres, mais plus gros du double ; & dans 
l'autre deux œufs de Traquer &ç un œuf de Coucou. M. de Réau- 
mur a douté de la vérité du fait , tant parce que ces deux œufs 
prétendus de Coucou ne lui paroiffoient pas allez gros , que 

F 



41 Histoire Naturelle 

parce qu'ils reilembloient trop pour la couleur à ceux du petit 
Oiicau. Or il lui fembloit que le Traquer pourroit pondre un œuf 
monftrueux , comme il arrive à la Poule. Cependant s'il en faut 
croire le rapport d'un Habitant de la Sologne, qui afîure en. 
avoir vu bon nombre en la vie , l'œuf du Coucou eit tout bleu, 
&c d'une groiTeur médiocre. Pour ce qui cft de l'alFertion d'un 
autre Solognot , qui dit que la femelle du Coucou pond fon œuf 
précifément de la même couleur que ceux du nid qu'elle adopte, 
c'eftunechofe incompréhcnfible. Il cft pourtant vrai que l'on m'a 
apporté dans un nid de Linotte , un œuf qui étoit de la même 
grofleurqueces bleus trouvés dans le nid duTraquet : mais M. de 
Réaumur, qui le trouva encore trop menu pour un œuf de Cou- 
cou , fut bien éloigné de pcnfer que ce dernier fait fût vrai. 

Quoi qu'il en foit,il paroît coiiftanc que la femelle du Cou- 
cou choifit de préférence pour y pondre , les nids bas des petits 
Oifeaux qui vivent d'Infe£tes , tels que les Vitrées , les Hoche- 
queues, les Verdiers , les Fauvettes , la petite Alouette de Pré , 
la Bunette , la Gorge-Rouge , &C autres femblables ; que le petit 
Coucou une fois éclos , renverfe par terre les petits du nid , 6c 
qu'il fe fait nourrir des mois entiers par fes père èi. mère nourri- 
ciers; que bien loin de les manger , il les fuit par-tout , en criant 
& demandant toujours de nouvelle nourriture , à quoi le père & 
la mère ont toutes les peines du monde à fuffîre ; & qu'enfin de- 
venu grand, il s'accoutume à chercher lui-même fa vie, qui con- 
fiée fur-tout en Chenilles velues. Depuis peu le R. P. Dom le 
Feuvre , Chartreux , dont je ferois ici l'éloge , fi j'étois moins 
avant dans fes bonnes grâces que je ne fuis, a bien voulu fe char- 
ger du foin d'élever un jeune Coucou pris à la glu, avec quelques 
Chenilles &: beaucoup de Vers de terre : mais foit par ennui 
d'avoir perdu fa liberté , foit par défaut d'aliments convenables, 
il eft mort étique au bout d'un mois. Il eft à remarquer qu'il n'a 
point bu penaant tout ce temps-là. Je l'ai ouvert , & je lui ai 
trouvé , comme M. de Réaumur m'en avoir averti, d'après M. 
HérilTant, l'un de fes Elevés, l'edomac grand, plus membra- 
neux que charnu , adhérant à toutes les parties du ventre par de 
fines membranes intermédiaires. 

Frifch dit qu'il n'y a que le mâle qui crie. Coucou. Ceci efl con- 
forme au témoignage de nos Solognots, qui foutiennent que la 
femelle ne fait que margouiller , &: qu'au printemps elle eft fou- 
vent pourfuivie de plufieurs mâles , qui fe battent à-peu-près 
com.me des Chiens qui courent après une Chienne chaude; car 
ils dilent que les Coucous ne s'apparient point, non plus que les 



DES Oiseaux. 4? 

Cailles , -les Faifands & les Volailles. Ils ajoutent que le Coucou 
femelle gobe au moins un oeuf du nid où elle veut pondre : mais 
c'eft encore là un de ces faits dont il cft permis de douter , jufcju'à 
un plus ample éclairciirement. Le même Frifch nourrillbit fon 
jeune Coucou, d'abord avec des Vers à Soie, au défaut d'autres 
Chenilles èc de Papillons , qu'il avaloit tout entiers ; puis avec 
du foie de Mouton , coupé en forme de Chenilles , &c un peu 
humecté , quand il n'étoit plus affez frais. Il filloitlui donner la 
becquée. Du-rcfte il ne buvoic pas , mais il ieccuoit toutes les 
gouttes d'eau avant que d'avaler. Il vola enfin de lui-même lur 
les Vers vivants &: remuants ; mais il lailToit là ceux qui étoient 
morts. Lorfqué i\\ mangeaille étoit tropféche, il buvoit un peu; 
mais il le faifoit d'une façon fi gênée qu'on voyoit bien que c'étoit 
par contrainte. A la fin il ceiTa aufîi de crier. Ce lont les rognons 
de Mouton qu'il aime le mieux. Le Coucou n'cft donc pas un 
Epervier , dit toujours Frifch ; il ne l'eft pas de fa nature ; il a 
bien les pattes jaunes comme l'Epervier ; mais il n'a point les 
ferres d'un Oifeau de Proie : fon bec n'eft pas courbé ; 6c loin de 
dévorer fa mère 6c fes petits frères , il ne fait point de mal aux 
autres Oifeaux. Je l'ai vu jouer plufieurs fois avec la mcrc , voler 
même après elle; ce qui a trompé bien des gens, dans l'idée 
qu'on avoit que c'étoit un Epervier. On n'a point fait attention 
à ce que cette petite Fauvette fait fouvent à l'égard du Coucou ; 
autrement on en auroit tiré des conclufions plus railonnables ; 
car il n'y a point de petit Oileau qui vole ainfi après l'Epervier, 
fon ennemi , 6c qui joue avec lui. Il n'y a donc point de fens 
dans les proverbes qu'on a faits anciennement là-defîus , tel que 
celui-ci : C'e/i un ingrat Coucou; non plus que dans la compa- 
railon qu'on en a fiite avec un adultère; -car c'eft la femelle. Se 
non pas le mâle , qui pond un œuf dans un niei étranger. Les 
jeunes Coucous font fort différents des vieux , de n'ont pas la 
couleur qu'ils rapportent de leur quartier d'hiver , parce qu'il 
faut que ces jeunes Coucous mangent autant quand les jours (ont 
courts que quand ils font longs ; & c'eft une grande incommodité 
l'hiver de leur en donner autant avant le jour, & le foir aulîî 
avant dans la nuit qu'ils en prendroicnt s'ils étoient en liberté. 
Il faut donc qu'ils aillent dans un quartier d'hiver, oii ils puiflcnc 
trouver à manger auifi long-temps que durent chez nous les longs 
jours en été. 

On voit parce raifonnement de Frifch , qu'il n'cft pas de l'avis 
de ceux qui penfent que le Coucou le déplume l'hiver pour pafl'er 
la mauvaifc laifon dans un creux d'arbre , au milieu d'un tas de 

F ij 



44 Histoire Naturelle 

bled qu'il a ramaflé , quoiqu'il n'y ait point de Pays où l'on ne 
foie bercé de pareilles hilloires. A les entendre , c'cft fur-tout 
dans la bûche de Noël qu'on prétend trouver les Coucous ren- 
fermés. Que dirons-nous donc du lyftême de M. Klein, qui pré- 
tend que le Coucou , les Rollignols , les Fauvettes , les Cigo- 
gnes , le Crapaud-Volant , les Cailles , les Râles , &: autres Oi- 
ieaux qu'on a crus paflagers , font feulement erratiques, c'eft-à- 
dire , que fans quitter l'ÊurvOpe pour palier en Afrique , ils lavent 
. fe cacher dans des retraites le long des rivages pleins de brollail- 
les , dans des vallons , dans des arbres creux , dans des cavernes , 
oii ils trouvent de quoi vivre , ou du moins un abri tiède oii ils 
furmontent la faim par un iommeil profond, d'autant plus que 
la Caille èc le Râle font trop pefants , &C ont le vol trop court 
pour pouvoir franchir les Alpes en pailant en Afrique, comme 
le veut Belon ? Il efl: pourtant d'expérience que les Oiicaux de 
Pftfîage quittent nos climats froids pour aller chercher d'autres 
climats chauds ; car fans parler ici des Relations uniformes de 
tant de Voyageurs qui difent en avoir vu des Navires tout cou- 
verts , nous favons que depuis peu un Chevalier de Malte, Cor- 
refpondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris , lui a 
écrit qu'à Malte on prend tous les ans en automne nombre d'Oi- 
feaux pafTagers , notamment des Roffignols de des Coucous. 

Outre notre Coucou, M. Klein en ajoute fept autres dans fon 
Catalogue raifonné ; fçavoir, i°. le Coucou de la Caroline ; i**. 
le Coucou aux aîles dorées , qui eft le grand Pivert aux aîles d'or 
deCatcsby ; 3°. le Coucou du Brefd, ou l'Aracari de Marcgrave; 
4". le Coucou d'Andaloulie; 5^^. le Coucou noir Indien de Ben- 
gale ; 6°. le Coucou bigarré de Bengale; 7°. le grand Coucou 
de la Jamaïque. 

Celui de la Caroline n'eft gueres plus gros qu'un Merle ; tout 
le defîus de fon corps eft olivâtre , tout le delTous blanc ; les plu- 
mes de fa queue augmentent à mefure qu'elles approchent du 
milieu. Cet Oifeau eft fort folitaire, & vit au fond des forêts. 

Celui d'Andaloulie eft un peu plus gros, a la tête bleuâtre, 
huppée ; une raie noire lui part du bec , coupe l'œuil ,& vient fe 
réunir derrière la tête ; tout le dcflus de fon corps eft brun , 6c 
tout le deftbus eft roux. 

Celui de Bengale , gros comme une Grive , a le bec rouge, & 
tout le corps d'un noir glacé de violet. Il diffère de celui de 
l'Inde, en ce que celui-ci eft beaucoup plus gros, &; d'un noir 
luftré onde de vert. Le bigarré eft roux en deflus , blanc en 
deffous , tacheté de brun , Se a le bec jaunâtre. Le bigarré de 



DEsOlSEAUX. 4J 

Caïenne tout au contraire eft brun tirant lur le vert , tacheté de 
roux. 

Le Coucou de la Jamaïque ne diffère prefque pas pour la cou- 
leur de la groifeur, de celui de la Caroline. Il ne faut pas le con- 
fondre cependant avec le Coucou à long bec , qui , plus gros &c 
plus délié , efT prefque de la même couleur , mais dont le bec effc 
du double de longueur. 

Il en eft beaucoup d'autres que les Auteurs n'ont point décrits, 
£c qui annoncent une très grande variété dans cette efpece. 

Celui de Caïenne eft petit, mais d'un beau maron pourpré. 

Celui de Alindanao aux Philippines , approche de la grolFeur 
de la Tourterelle ; il a tout le deifus du corps & la queue d'un 
brun tirant fur l'or vert, marqueté de blanc & de roux. Se tout 
le deflous du corps &C des aîlcs blanc^ftrié de noir. 

Celui de Malabar, Ra/e de Pontichéry, Cuil des Malais, eft 
en defTus tout cendré-noir, piqueté de blanc , de en deflous tout 
blanc , bigarré tranlverfalemcnt de taches gnfcs, & a l'iris oran- 
ger. Ce Coucou eft honoré par les Idolâtres du Pays, comme une 
efpece de Divinité. 

Madagafcar en nourrit auflî plufieurs efpeces ; favoir , i°. le 
Coucou huppé , qui en deflus eft cendré-vert , en defl^ous de 
couleur vinciife; fcs ailes , ainfi que les grandes plumes de ù\ 
queue, font d'un vert-clair, glacé de bleu éc de violet , félon la 
différence des afpecls ; l'iris de [es yeux eft rouge-pâle. 2°. Le 
Coucou bleu , qui eft plus foncé deflus que deflous ; fcs aîlcs 
varient de vert ôc de violet; fa queue eft bleue glacée d'un violet 
éclatant;ririsdefonœuil eft rouge. Les Naturels l'appellent Tait- 
Sou. Il fe nourrit de fruits. /^. PI. 4. Fig. i . 3 °. Le grand Coucou , 
qu'ils appellent Vouroug-Driou , eft gros comme un Ramier; il 
a tout le deflus cuivré , mêlé d'acier éclatant , & tout le deflous 
gris-blanc ; fcs pieds font rouges. Cet Oifeau fc nourrit particu- 
lièrement de noix. Sa femelle eft brune en deffus , & rouffe en 
deflous, toute tachetée de noir ; fes ailes font verdâtres, doublées 
de blanc-fale, piqueté de noir: elle eft de la groffeur du mâle. 

On dit que le Coucou eft haï de tous les Oifeaux, parce qu'il 
va pondre au nid des autres: mais c'cft uneafl^z mauvaife raifon; 
car fi cela étoit , trouveroit-il tant de mères affeélionnées qui le 
nourriffent avec tant de foin & fi long-temps ? Aldrovandus , 
Jonfton , Olina , &; tant d'autres bons Auteurs, aflurent que le 
Coucou fe tient caché pendant l'hiver , &: qu'alors il fe déplume. 
Willughby avoue qu'on ne fait pas encore ce qu'il devient dans 



4^ Histoire Naturelle 

cette Hiifon ; mais comme il eft , dit-il , très-avéré qu'il y a plufieurs 
efpeces d'Oifeaux de PalFage qui changent de climats lelon les 
Pliions , pourquoi le Coucou ne feroit-il pas la même chofe ? 
Olina ne lui donne que quatre ou cinq ans de vie. Scaliger dans 
Tes Commentaires fur l'Hiftoire des Animaux d'Ariltote , dit 
qu'il y a de certains Oifeaux qui ne s'apparient jamais, mais qui 
auili-tôt après l'accouplement s'en vont d'un autre coté, ou font 
chafles par la femelle , tels par exemple que le Coucou. Ceci eft 
conforme à ce qui a été dit plus haut. Autrefois les Latins appel- 
loient Cuculus , Cocu , le mari qui eft infidèle à fa femme; mais 
aujourd'hui c'eft tout le contraire. 

Quant à l'étymologie, le nom de Coucou , Cocon , Coquu , ou 
Cocu , Coux , vient comme Cuculus èc Coccyx , du cri naturel de 
rOifeau. En Provence on l'appelle un Coudiou. Nos Solognots 
nomment le jeune Coucou un Coucouat ; ce qui a beaucoup de 
rapport au mot des Italiens , qui appellent le nid du Coucou 
Cuccouaîa , ou Cuocouâia. Il (croit à fouhaiter que toutes les dé- 
nominations des Oifeaux fullent auffi fimplcs que celles du Cou- 
cou; on ne feroit pas fi fouvent expofé à confefTer fon ignorance, 
&: à dire avec le favant Abbé Ménage : Je ne fais d'oii vient tel 
mot. 

Avant de finir cet Article , je crois devoir fiiire mention de 
trois Oifeaux qui paroiirent avoir grande affinité avec le Coucou : 
le premier eft de groiïcur d'Alouette , a le bec &; les pattes du 
Coucou ; le ventre blanc ; le dcfTus du corps noir , jafpé de 
blanc ; la poitrine &; les côtés du cou blancs & noirs ; la gorge 
& le fommet de la tête rou^e. 

Le fécond a les pieds du Coucou , mais le bec droit , bi. du 
double de longueur; tout fon corps eft cendré en defllis , gris- 
blanc en delFous ; les plumes des flancs font roulFes , ainfi que 
celles qui recouvrent le haut &C les côtés de la cuifte. Les plumes 
de la queue font noires , tachetées de blanc vers l'extrémité : celles 
du milieu font les plus longues ; les autres diminuent proportion- 
nellement : on le nomme Colivicou à Saint-Domingue & aux 
Antilles. Il eft de la grolTcur & de la forme de la Pie ordinaire ; 
il fe nourrit comme les Coucous, & a , comme eux, l'eftomac 
membraneux. /^. PL 4. Fig. 3. 

Le troifieme eft le Barbu, ainfi nommé, parce qu'il a des poils 
roides & noirs au bec : il eft plus gros qu'un Moineau ; il a le bec 
gros, fort, un peu applati ; & on le mcttroit au rang des gros 
becs , s'il n'avoit pas deux doigts devant , ôc deux derrière ; ce 




J i]>iai>u cL' jîla({at7a<rcar. 2./],i/-hi tL;^' r/ii/!ni'i/h\<'. .'. L i'/ii'u\ni 



TI.JM 




De^^ine ct^ravé par '•'^arftn^i . 



DEsOlSEAUX. 47 

qui le rapproche desCoucous. Celui des Indes Orientales a le deflus 
de la tête rouge , & une bande tranfverfale fur la poitrine ; les 
joues & la gorge jaunes; le refte de la tête & du cou vert ; tout le 
deiïbus du corps jaune-fale, tacheté de vert; tout le deiliis du 
corps ôc des ailes jaune-pâle. /^. PL 4. Fig. 2. 



CHAPITRE CINQUIEME. 

Des Olfeaux de Proie nociurnes, 

J. L s différent des Oifeaux de Proie diurnes, par la grandeur de 
la tête & des yeux , de parce qu'ils cherchent leur vie de nuit. On 
pourroit les nommer Nyclalopes , parce qu'ils voient mieux de 
nuit que de jour. 



Article Premier. 

Des Hiboux à oreilles , ou cornus, 

I®. JLiE GRAND Duc,5«^o, Ray Synopf. Bubo primus ^ Gefn. 
Strix capite aurito^ corpore rufo, lÀnn. ; en Grec Byas ; en Italien 
Bufo , Gufo j Barbagianni ; en Allemand Uku , Huhan ; en An- 
glois the great Horn-Owl ^ ou EagU-Owl ^ c'eft-à-dire , le grand 
Hibou à cornes , ou l'Aigle-Hibou ; en Suédois Uf. Il eft de la 
grandeur d'un Aigle ; il aies pieds velus jufqu'aux ferres; l'iris 
des yeux d'un rouge-jaunâtre; la couleur de tout le corps tannée, 
ou d'un brun-roux , femblable à celle du Butor, avec de longues 
raies noires qui tendent en enbas par le milieu ou le champ des 
plumes, ôc des lignes tranfvcrfalcs le long du ventre. J^. PL 5, 
/z«. I. 

Aldrovandus en propofe trois efpcces: la première égaloit une 
Oie ou Aigle. La féconde différoit de celle de Gcfner, ou de la 
première , par fes cuilTes, plus grêles au defliis du genou; par la 



4^ Histoire Naturelle 

couleur fauve ou d'un gris-tanné de tout le corps ; par la poitrine, 
joliment bariolée de taches noirâtres longitudinales, à la façon 
des Eperviers; mais les couleurs du dos n'y répondoient pas. La 
troilieme efpece d'Aldrovandus s'accorde en tout point avec la 
icconde, excepté par les jambes, qu'elle a moins velues, mais 
foiblcs , de même que les pieds. 

Selon M. Linnxus , le grand Duc eft de la grandeur de l'Oie 
domeftique. Il a le corps de couleur de terre cuite, tirant fur le 
roux , femé de petites lignes , toutes fituées en travers , ondées, 
noires , èc de plus grandes aulli noires , mais longitudinales ; la 



queue plus longue que les ailes, avec des bandes d'une couleur 
fale; les aîles parfemées de taches noires ; les jambes & les pieds 
revêtus d'une efpece de laine épaiffe , comme le lièvre ; le bec 



noir , revêtu à la bafe de foies en guife de dentelures. 

Cet Oifeau eft très fort, dit M. Klein; fouvent il fait beau- 
coup de tapage parmi des milliei-s de Corneilles , qui en hiver 
s'emparent la nuit des toits de nos greniers. Nous ne comptons 
que trois efpeces de Hiboux connues pour avoir des cornes ; 
Jonfton en a compilé fix. 

Le grand Duc a un cri effrayant; il fait fon nid dans les rochers 
les plus inacceliibles ; il prend non-ieulement les petits Oiieaux, 
mais même des Lapins & des Lièvres comme l'Aigle. Il n'y a 
point d'animal, félon Aldrovandus , qui amaffe autant de proie 
que le grand Duc, fur-tout quand il a des petits ; de forte qu'il 
profite beaucoup à un Chaffeur qui a découvert fon nid, &; qui 
lui dérobe une bonne partie de ia chafie , tandis qu'il eft aux 
champs , ayant foin feulement d'en laifler allez pour nourrir les 
petits. C'eft fans contredit le plus grand de tous les Oifeaux noc- 
turnes. Olina dit qu'on chaffe aux grands Oifeaux avec le grand 
Duc , & aux petits Oifeaux avec la Chouette. Il s'eft imaginé 
avec Pline , que les petits des Hiboux fortoient de l'œuf par la 
queue : mais Albert le Grand & Aldrovandus le nient formelle- 
ment. Ce dernier remarque que chaque plume des oreilles cor- 
nues peut fe mouvoir féparémcnt , & que les Hiboux ont les 
trous des oreilles proprement dites très-amples , 6c recouverts 
d'un opercule ou couvercle de peau qui nait de la partie inté- 
rieure près des yeux , & penche en arrière. 

Selon M. Klein , les Hiboux ont la tête plaifamment faite entre 
tous les autres Oifeaux. Dans l'oreille externe , qui approche de 
celle de l'homme , les cavités font oppofées ; car la concavité de 
l'oreille droite eft placée au plus bas lieu , ayant à l'oppofite une 
autre fofle triangulaire : le contraire fe voit à l'oreille gauche ; 

de 



DEsOlSEAUX. 4^ 

de forte que l'une paroît faite pour recevoir le fon des lieux bas , 
&: l'autre pour le recevoir d'en haut. On pourroic juftemenc com- 
parer les couvercles de plumes des oreilles externes avec ceux 
des ouïes des Poilîons ; les deux mâchoires du bec font mobiles , 
ôc la fupérieuie a de part & d'autre des mulcles notables qui 
l'éloignent 5c l'approchent de l'inférieure. L'un des mufcles ad- 
ducteurs d'un coté venant de la partie occipitale , finit au palais 
par une expanfion tendineufe. Les Hiboux prennent de nuit , 
jufqu'au point du jour , divers Oifeaux grands èc petits , qui 
dorment , Se même des Corneilles , des Loirs , des Rats , des 
Souris. Ils font craquer fortement leur bec , vu la mobilité des 
deux mâchoires , foufflant à pleine gorge. Quelques-uns icni- 
blént être cornus par les plumes dreiîées près des oreilles , ou des 
yeux, 6c des narines. D'autres préfentent une face de vieille , 
comme cmbéguinée de coëffe de nuit. 

Les Hiboux imitent les Bouffons ; ils font des geftes folâtres 
& allez plaifmts. C'étoient , chez les Anciens , des Oii'eaux de 
mauvais augure; & ils regardoient comme un funefte préfage , 
quand un Hibou fe montroit dans une Ville en plein jour. On 
eft aujourd'hui revenu de ces imaginations. 

Le grand Duc pouffe une voix iemblable à celle d'un homme 
tranfi de froid; fa voir, kiiku ou houhou : delà les difîérents noms 
qu'on lui donne , de même qu'au petit Duc & au Hibou commun. 
On V a^^^ÛIq grand Duc , à caufc de fa grandeur, & parce qu'on a 
cru fauffemcnt qu'il fervoit de guide ou de conducteur aux Oi- 
feaux de Paffige : mais ce feroit affurémenc un bien mauvais 
conducleur. On le nomme encore grand Chat-Huant ou Hibou 
a cornes ou cornu , à caufe des oreilles de plumes qu'il porte des 
deux côtés au fommct de la tête , Se qui lui font comme deux 
cornes. Cotgrave l'appelle Barbaïan , du mot Italien Barbagianni^ 
de les Provençaux une Petuve. 

2°. Le GS.AND Duc du Brefd , Bubo Brajilienjîs Marcgravii^ 
jacurutu dicla^ Ray Synopf II eft fi femblable au nôtre, que je 
ne crains point de dire que c'eft le même. 

3". Le MOYEN Duc, Otus five Noclua aurita , Afio Latinis 
Plinio , Ray Synopf Ulula- Afio , Klein. Strix capite. aurito , 
pennisjex , Linn. en Anglois the Horn-Owl ; en Suédois Horn- 
Uggla ; en Grec Ooios , c'eft-à-dire. Hibou à oreilles ; en Italien 
Duco cornuio. On Tappelle Hibou à oreilles , ou Hibou cornu, à 
caufe des petites plumes qui débordent fur fa tête, femblablcs à 
des cornes ou à des oreilles. Il eft rare en Angleterre. Il habite 
dans les forêts , dans des arbres creux , U. dans des maifons 

G 



jo Histoire Naturelle 

clérertes. On en trouve beaucoup dans les montagnes d'Auver- 
gne. Il efl: auilî commun en Sologne que le grand Duc y eft rare, 
11 ne diflere de ce dernier que par la grandeur. 

On l'appelle en Latin Afio , toit à caul'e de fesoreilles de plu- 
mes, drellees comme des oreilles d'Ane, foit à caule de la voix, qui 
imite le braire de l'Ane : en Vr^^ncols moyeti Duc ^commc tenant le 
milieu entre le grand Duc 6i le plus petit; quelquefois Hibou ou 
Chdt-Huant cornu ordinaire ; en Gafcogne Ducquet ou Tuquety 
c'eft-à-dire, petit Duc ; en Sologne Chat-Huant de Bruercs ou 
Bruyères , parce qu'il cherche ordinairement fa vie dans Icsbre- 
mailles ou les bruyères communes ; ailleurs Cloudet, à raifon de 
fon cri, qui eft cloud on clout , qu'il répète continuellement la 
nuit, plus rarementle jour; quelquefois Chat-Huant d* Auver- 
gne , ou Chavant fauve ; car les Solognots difent plus fouvent 
Chavant que Chat-Huani. 

M. Linna:us fait mention d'un autre Hibou cornu à corps blan- 
châtre , qu'il appelle Hibou de Scandinavie ; il habite dans les 
montagnes de Lapponie, &. égale en grandeur un Coq d'Inde. 

4°. Le PETIT Hibou cornu , Scops Aldrovandi , Ray Synopf. 
Ulula , Scops auritus^ Klein. C'eft prefque le plus petit de tous 
les Oifeaux de Rapine no£turnes. Ce qu'on appelle les oreilles ou 
les cornes , n'eft compofé que d'une feule plume. On peut le 
novciïtiC'L petit Chat-Huant a cornettes. 



Article Second. 

T)es Hiboux Jans oreilles. 

ï**. i_jA Fresaie , Aluco mlnor Aldrovandi , Ray Synopf. 
Ulula fiammeata , Gefn. en Anglois the Commonwhite Ov'l ^ ou 
the Church-Owl ; c'eft-à-dire , Hibou blanc commun, ou Hibou 
d'Egiife. Les Anglois l'appellent Hibou blanc, à caufe de la cou- 
leur blanche qui domine dans fon plumage, quoiqu'il foit agréa- 
blement bariolé par des taches 6c de petites lignes fauves. 

M. Linnxus n'en parle point, parce qu'apparemment il ne 
fe trouve point en Suéde. Cet Oifeau eft comniun à Orléans 
dans les Tours & les Clochers ; il ne fait point de nid, ôc pond 
à la fois cinq œufs très oblongs , & blancs comme des œufs de 



DES Oiseaux. jr 

Ramier. Le jour il relire dans fon trou , dormant &c ronflant 
comme un lionime ; lur le loir il vient de temps en temps au 
bord du trou , pour voir s'il tait encore jour ; &: quand la nuit 
eft venue, il s'envole en culbutant , comme font quelquefois les 
Pigeons; ce qui a fans doute donné lieu aux Normands de dire 
que cet Oifeau vole en l'air, renverlé , &L les pieds en haut : mais 
ils fe trompent en cela ; car tout Oileau vole les pieds en bas, 
comme tout poiiîon nage lur le ventre. On trouve dans fon trou 
des pelottes , dont quelques-unes font groiles comme des œufs 
de Poule , &c qu'on croit être fes excréments : mais Ces excré- 
ments font blancs & liquides comme ceux des Oileaux de Proie, 
&L ces pelottes ne font autre choie que les reftes des aliments 
confiftants en peaux , en poils , en plumes &. en os ; le tout 
artiftement enveloppé comme dans une bourfe , qu'il a la facilité 
de rejettcr par en haut, après la digeftion des chairs; car en p-é- 
iiéral les Hiboux ont le gozier très large , &C ils avalent de gros 
morceaux de viande tout entiers , comme un Rat , une Souris , 
un Oifeau. Ainfi la Nature induftrieufe arrange en peloton dans 
leur eftomac les os & les autres matières grollieres, qu'ils revo- 
milîent enluite, de même que l'Alcyon &: tous les Oifeaux qui 
avalent des Poilfons entiers , rejettent par le bec les arrêtes & 
les vertèbres de ces PoiiFons digérés. Les Hiboux volent de tra- 
vers , comme fi le vent les emportoit, mais il mollem.ent qu'on 
ne les entend point voler. Je connois un ChalTeur qui étant un 
jour càl'affiit, eut une frayeur horrible en entendant huer unChat- 
Huant fur fa tête. L'efpece de Hibou dont il s'agit ici eft le plus 
beau des Oifeaux de nuit pour le plumage. Belon le nomme /e^zV 
Chat-Huant plombé , à caufe des taches qu'il a au bas du ventre; 
fon bec eft blanchâtre & court, fort crochu ; les yeux font tout 
noirs & très-enfoncés ; de forte que quand il dort on ne lui voit 
ni les yeux ni le bec. Il a une forte de fraife ou de bavette autour 
du cou , Se fa face eft comme couverte d'un voile. On a repris 
Belon d'avoir changé d'avis fur Ion compte , &: d'avoir dans la 
fuite pris le Crapaud- Volant pour la véritable Frefaie. 

Le nom de Frefaie vient du Latin Pr.efaga , fuivant Ménage, 
à caufe que cet Oifeau pafle pour être de mauvais augure , ou 
bien de ce qu'il a comme une fraile de plumes autour du cou. 
Ce qui appuie la première étymologie , c'eft que les Poitevins 
difent encore aujourd'hui Frefaie ^ovn Frefaie, èc les Gafcons 
Brefague. On l'appelle encore Effraye , à raifon de fon cri ef- 
frayant ; à Orléans Orfraie ou Orfraie , par corruption pour 
Effraie ; car le mot Orfraie ou Orfroie nç convient qu'à l'Aigle 

Gij 



U. Jf ILL ua 



ji Histoire Naturelle 

Pêcheufe, dite en Latin OJfifraga. Comme notre Frefaie eft de 
mauvais préface aux yeux du vulgaire, on la nomme en certains 
Pays la Bête , ou VOifeau de la Mon, parce qu'on s'imagine que 
quand elle pafle- lur une maifon où il y a quelque malade , eu 
criant Chiou, qui eft ion cri ordinaire , c'eft ligne de mort: mais 
à Orléans , où l'on eft accoutumé à entendre ce cri prétendu 
effrayant , &: cela à toutes les heures de la nuit, on ne s'en foucie 
nullement. Ailleurs elle porte le nom de Dame , apparemment 
à caufe de fa fraife & de ion voile. En Guyenne c'eft un Frefaco ; 
à Vendôme un Chouan ; d'autres l'appellent Corbeau de nuit, &C 
difent que c'eft le vrai Nyclicorax de l'Ecriture ; Cotgrave £c 
Eléazar Albin la nomment encore Lucheran. On le nomme au- 
trement Hibou d'Eglife , de Tour ou de Clocher. 

z°. Le Hibou ou Chat-Hu ant commun , Strix Aldrovandi^ 
Ray Synopf. Ulula-Strix , Strix cinerea, Klein. Strix capite Uviy 
corpore ferrugineo , oculorum iridibus atris , remigibus primoribus 
Je rrati s, L'inn. en Anglois the common brown orlvi-Owl, Screech- 
Owl ; en Allemand Braune. Il diffère de la Frefaie par la couleur 
plus obfcure de fon plumage, varié de tanné & de noirâtre, en 
ee que la plume la plus extérieure de l'aîle eft petite , & plus 
courte d'un palme que la troifieme 6c la quatrième ; la féconde, 
plus courte d'un doigt que la troifieme ; la quatrième &. la cin- 
quième , les plus longues de toutes ; au lieu que dans la Frefaie 
îa féconde & la troifieme font les plus longues, & la plus exté- 
rieure eft plus courte à peine d'un demi-doigt que l'une &; l'autre» 

Selon la defcription de M. Linnarus , il eft de la grandeur d'une 
Poule , à peu de chofe près ; il a la couleur du dos , de la queue &C 
des aîles grife, la tête tachetée de gris-blanc Se de noir ; derrière 
les oreilles un fegment de cercle noir, compofé de plumes d'une 
ftruclure finguliere ; des taches blanches aux côtés du dos & fur 
Jcs plumes des aîles du fécond rang ; les trois premières plumes 
de l'aîle infcnfiblement plus courtes , & en forme de fcie au bord 
extérieur, font toutes grifes depuis la première jufqu'à la vingt- 
quatrième , avec des bandes larges , brunes ; les plumes de la 
queue font grisâtres , avec cinq bandes brunâtres , excepté les 
deux du milieu ; il a le bas du ventre blanchâtre , avec des taches 
oblongues , grifes & noires ; fcs pieds font auffi blanchâtres, avec 
des points noirâtres. Il habite dans les creux des arbres, /^. PL 5, 

\.ts Auteurs ne difent rien de fon nid ni de Ces œufs. Si l'on 
en croit les Solognots , il ne pond ordinairement à la fois que 
trois œufs blanchâtres ^ & en ce cas-là le nid de Hibou prétendu 



DEsOlSEAUX. J3 

véritable , trouvé dans la Tour de Beaugency avec fix œufs, 
feroit plutôt un nid de CrelFerelle, d'autant plus que ces œufs 
avoient la forme & la couleur des œufs de la Creflerelle. 

Le Hibou poufl^la nuit , fur-tqut quand il gelé , une voix ter- 
rible qui fait peur aux femmes & aux enfants : delà vient qu'on 
l'a nommé en Latin Strixa. Jiridendo _, quoique le mot 5mjc foit, 
félon M. Linnxus , un mot générique qui convient également à 
toutes les efpeces de Hiboux. On l'appelle auffi une Dame , à 
caufe du voile ou de la gorgerette qu'il a autour du col , de même 
que la Frefiiie; en Sologne Chavant ou Chatmiant commun ,^o\xx: 
Chat-Huant , qu'on écrivoit autrefois Chahuhan; en Champagne 
le Trembleur , parce qu'il crie comme en frilTonnant, ou trem- 
blant de froid. Or Hibou _, Huau , Huet , Huot^ Hulot , qui 
fignifient la même chofe , femblent venir de la même fource. M. 
Jault les dérive de l'ancien Franc Huwo ,• & peut-être, ajoute- 
t-il, que notre mot Huau, & l'ancien Franc i/z/wo , ont été faits 
tous deux par onomatopée du cri du Hibou , que nous appelions 
auffi par cette raifon Chat-Huant ; car Hu dans les Coutumes 
iignifie cri, huée. Le Latin Ulula, l'Anglo-Saxon 6^/^, l'Anglois 
Ow/j l'Allemand ^^^/^j font des noms du Hibou, formés pareil- 
lement du cri lugubre de cet Oifeau. Selon d'autres , Hibou vient 
deHic Bubo j de huer ed un vieux mot François qui fignitie crier; 
d'où nous appelions le Hibou Chat-Huant , c'eft- à-dire , Chat 
criant ou hurlant , à caufe qu'il a la tête femblable à celle d'un 
Chat , qu'il fe nourrit de Souris comme les Chats , èc qu'il jette 
un très vilain cri, une voix lugubre. Le Roman de la Rofe l'ap- 
pelle //^^o;^J &; Prophète de mal-adventure ; en Picardie Hulotte ; à 
Orléans on dit proverbialement, maigre comme un Huau , pour 
dire maigre comme un Hibou ; &: en effet cet Oifeau eft ordinai- 
rement très maigre. Je connois des Particuliers qui font grand cas 
de ces fortes d'Oifeaux, & qui défendent à leurs gens de les tuer, 
parce qu'ils ont remarqué qu'ils détruifent les Rats & les Souris 
mieux que tous les Chats du monde. 

Willughby remarque que les Hiboux cornus ont aux pieds 
trois doigts devant, & un derrière \ mais que le plus petit Hibou 
cornu &. les autres Hiboux non cornus ont , comme le Pivert &: 
le Perroquet , deux doigts devant , & autant derrière. Il faut 
noter, dit M. Klein, que les Hiboux ont les pieds irréguliers; 
car quand ils fe perchent pour fe repofer , ils placent en arrière le 
doigt extérieur, qui n'cft pas proprement antérieur , mais plutôt 
latéral , &: ils l'étcndent en devant quand ils veulent failirleur 
proie, Ainfi il cil plus à propos de dire que les Hiboux ont des 



s 4 Histoire Naturelle 

pieds d'une ftrudure llnguliere , tels qu'en a le Martinet Pê- 
cheur, que de dire qu'ils ont aux pieds deux doigts devant, èc 
autant derrière. 

3°. Le Hibou gris ou cendkÉ, Smx Cinerea ^forthUlula 
Aldrovandi ^ Ray Synopf. en Anglois the Grey Owl. Il diffère du 
précédent , en ce qu'il ell gris ou cendré, au lieu que l'autre ell 
brun ; en ce que le gris a de longues taches fur la poitrine , que 
l'autre n'a point, & que le voile intérieur d'autour de la tête cil 
varié feulement de brun Se de blanc. 

Je foupçonne que ce Hibou cendré cft une variété du précé- 
dent, qui dépend de l'agc ou du (exe ; d'autant plus que les Au- 
teurs ne nous apprennent point en quoi la femelle diffère du 
mâle , & que d'ailleurs M. Klein nous avertit qu'il y a quelques 
variétés. 

4°. La Chouette , Nocîua parva , Aucuparia j fîve Noclua 
minor , Klein ; en Anglois the Little Owl ; en Allemand ^c/zt?/^ 
fielt ^ HauJJ-Eule. M. Klein n'en donne point de defcription. Je 
ne reconnois point non plus notre Chouette commune parmi les 
iîx efpeces de Strix qui le trouvent dans M. Linnxus , outre les 
précédentes , ni parmi les trois qui relient dans Ray. Je doute 
même que ce foit celle de M. Klein. 

Ce qu'il y a de certain , c'eft que notre Chouette Orléanoife 
ed la Chevêche de Belon , qui dit qu'elle ell plus petite que le 
Hibou commun , mais plus grande que la Huette ou Hulotte, Il 
ajoute que fes jambes font pattues, fes pieds pelus , èc fes doigts 
mi-partis, ayant deux ongles derrière, & deux devant; que fa 
queue n'eftgueres longue; qu'elle e(l totalement tachée de blanc 
& de gris , ayant la tête fort groffe; que fes yeux fort grands , 
font noirs au milieu, &; jaunes tout alentour, c'eft-à-dire , en 
cette partie que les Latins appellent Viris de l'œuil ; le deffus de la 
tête eft comme enfoncé , ce qui provient de l'arrangement des 
plumes. J'ai été long-temps fans favoir ce que c'étoit que la 
Huette ou Hulotte de Belon : mais actuellement je fuis perfuadé 
que c'elt le plus petit Duc ou le petit Hibou cornu qui eft \cScops 
d'Aldrovandus. 

Notre Chouette s'appelle en Grec Glaux ; en Latin Noclua 
:five Ulula vulgaris ; en Italien Nottola ou Nottula. Elle fait la 
guerre aux Rats , aux Mulots , aux Scarabées ou Efcarbots , comme 
Hannetons èc autres. Les Laboureurs en Sologne font grand cas 
de cet Oifeau , en ce qu'il détruit quantité de Mulots ; & c'cil 
pour lui donner plus de facilité à les prendre, qu'ils ont l'atten- 
tion de planter çà ôc là dans les fèigles en herbe des charniers ou 



desOiseàux. j^ 

bâtons, afin qu'elle pullFe fe pofer deilbs , ^y faire le guet. En 
Avril on l'eniend crier jour & nuit gour , èc ce cri eft fort doux. 
Quand il veut pleuvoir , elle change de cri j alors elle dit ^oyo«. 
Elle habite dans des arbres creux ; elle ne fait point de nid , & 
pond à la fois trois œuis tout blancs , parfaitement ronds , & 
gros comme des œuls de Pigeon ramier ; de forte qu'on eft 
étonné de voir des œufs fi gros fortir d'un Oifeau qui eft d'une 
taille il modique. On a cru taufi^ement que la Chouette étoit la 
femelle du Hibou commun. Olina dit qu'elle vit huit à neuf ans ; 
cela peut être vrai : mais il fe trompe lourdement quand il avance 
qu'elle couve les deux derniers mois de l'hiver. Jonfton dit, 
d'après Ariftote & Pline , qu'elle fait quatre petits. On m'a ap- 
porté à la vérité un nid de Chouette ou il y avoit quatre œufs ; 
mais d'ordinaire elle n'en pond que trois d'une couvée ; àc d'ail- 
leurs quand elle pondroit quatre œufs à la fois , on ne pourroit 
pas en conclure qu'elle tait quatre petits , attendu que dans un 
nid tous les œufs n'ëclofeuc pas. La Chouette va de nuit, rare- 
ment de jour; car il n'eft pas vrai de dire qu'elle foit abl'olumenc 
aveugle de jour. Il y a une chafTe aux petits Oifeaux qui eft afTez 
divertiirante ; c'eft ce qu'on appelle la Pipée, paice qu'on pipe 
fur le foir , pour imiter le cri de la Chouette , & attrapper les 
Oifeaux à la glu. Jonfton dit que lorfqu'elle eft une fois rafïa- 
fiée, elle peut fe pafler de manger pendant trois jours , êc même 
qu'elle ne le trouve point incommodée d'une abftinence de neuf 
. jours. Il eft conftant que les Oifeaux de Proie peuvent foutenir 
une longue diette. J'ai gardé vivante une Crefierelle frns rien 
manger pendant feize jours , &. M. Hériflant a fait jeûner un. 
Coucou pendant douze jours. Le Père Hardouin dans fes Notes 
fur Pline , dit que le cri naturel de la Chouette eft tou tou : aufli 
les Grecs modernes l'ont-ils appellée Tutoo. Il n'eft pas vrai que 
le Roitelet ou la Corneille cafTe les œufs de la Chouette, &: que 
le Moineau la défende contre les attaques des autres Oifeaux. 
Sur quoi, je vous prie , feroit fondée l'inimitié des premie'S, 
& l'amitié du dernier ? La Chouette fe défend en fe couchant 
fur le dos , & préfentant àtts griffes comme les autres Hiboux , à 
la manière des Chats. Pline dit, d'après un ancien, qu'elle a neuf 
fortes de voix. Il paroît qu'on a confondu enfcmble les cris de 
piufieurs efpeces de Hiboux , & que c'eft ce qui a occafionné la 
confufion des noms. 

Les Solognots appellent notre Chouette Chevêche , mais plus 
communément Chivoche , prononçant la pénultième brève , 
auquel cas il ne faudroit pas écrire Chevêche ou Chevefchc j 



j;6 Histoire Natup>.elle 

quelquefois Caboche y apparemment comme qui diroit GroJJ'c- 
Têtc , ou bien Gouttière y à caufc de fon cri ordinaire Goût y 5c 
fes petits Ckavochats j ailleurs Omette ; en Picardie Cauë ou 
Cauctte ; aux environs d'Aix en Provence , Machotte ; à Avignon 
Machette , Civette _, Souette ou Zoette ; à Saint Laurent des Eaux , 
prèsBaugency, Graillon. Cotgrave le nomme encore Grimauld^ 
Gnmaud ou Grimaude. On difoit jadis Choue pour Chouette. On 
voit que la plupart de ces dénominations font formées par ono- 
matopée, ou du cri de l'Oifeau. 

5°. La PETITE Chouette ou Chi.y eche , No clu a mi no r ^ 
Ray Synopf. Elle diffère des autres Oifeaux de Proie nocturnes 
par fa petitelle, vu qu'elle eft plus petite qu'un Merle, ôc qu'elle 
n'excède pas beaucoup une Alouette en grandeur. On la trouve 
dans les forêts d'Autriclie, mais rarement. Elle eft plus commune 
en Italie. ^ 

Je me perfuade que c'efl ici lo. Noclua parva aucuparia àc M.. 
Klein , d'autant que Ray l'appelle en Anglois the Littlc Owl ^ 
c'eft-à-dire , la petite Chouette ou le petit Hibou. 

6°. La Chouette du Brésil, Noctua Brafdienfs , Cabure 
dicla Marcgravii , Ray Synopf. Elle eft de la grandeur d'une 
Grive de Vigne ; elle a le bec èc l'iris des yeux jaunes ; les jambes 
courtes , velues ; les ongles noirs ; la queue large , de couleur 
d'ombre claire , ondée de blanc ; tout le deflus du corps j la tête , 
le dos , les aîles pareillement de couleur d'ombre claire, bariolé 
de taches blanches très petites à la tête & au cou , plus grandes 
aux aîles ; la poitrine £c le ventre font blanchâtres , variés de 
taches d'ombre claire. 

7°. Il y a quelques années qu'on m'apporta de la Sologne un 
petit Hibou différent de tous ceux que j'ai vus jufqu'ici , &; qui 
peut-être n'a point encore été décrit. Il pefoit en tout une demi- 
livre ; il avoir un pied trois pouces de longueur , depuis le bout 
du bec jufqu'au bout des aîles ; le bec très court ; la langue platte 
& fendue en deux à fon extrémité ; le demi-bec fupérieur cro- 
chu , ôc qui paffoit l'inférieur de quelques lignes , noirâtre ; de 
larges oreilles bordées d'une fraife bariolée de blanc & de roufsâ- 
tre, de même que le fommet de la tête ; le contour de la bafe du 
bec &: des yeux plus blanc ; tout le deffus du corps noirâtre ou 
brun , mêlé de fauve ; la queue longue d'un demi-pied , compo- 
lée de douze plumes prcfque égales , le ventre ; le defTous des 
aîles &: de la queue d'un afTez beau blanc , traverfé néanmoins de 
marques noirâtres vers le bord extérieur des plumes de la queue ; 
vingt-quatre grandes plumes à chaque aîle ; les pieds fort courts , 

comme 



DEsOlSEAUX. 57 

comme les jambes , velus jufqu'à la naiflance des griiTes , qui 
étoient de couleur de corne brunâtre , très-affilées^ crochues ; 
le vol de trois pieds ; le corps petit, mais bien gras. 

On pourroit peut-être l'appeller Ulula live Nocîua minor ^ 
dorfo ferruginco , ventre albido. M. de Fontenette a apporté de 
la Louifiane un Hibou de la même grollcur du précédent, mais 
tout blanc de lait, parfemé dcfTus &; dellous de petits points 
Boirs qui font une bigarrure très-agréable. En général il refte 
encore de quoi glaner dans l'Hiftoirc des Oiicaux de nuit, ôC 
quelque cliofe de nouveau à en dire. 



CHAPITP^E SIXIEME. 

Des Oifèaux de nuit irréguliers , de la couleur 
du Coucou , à bouche de Martinet , appelles 
Crapauds- Volants ou Tette-Chevres, 

I*. JL/E Crapaud-Volant ouïe Tette-Chevre ordinaire, 
Caprimulgus nojîras vulgaris ù Aldrovandi , Ray Syno^i. H irundo 
caudâ .equabili , Capnmulga ,K\c\n. Hirundo caudâ intégra , orc 
fetis ciliato j Linn. : en Grec Aigothelas ; en Italien Caprirnulgo^ 
Calcabotto ; en Anglois the Fern-Owl , Goat Suckïng-Owl , or 
N'ight jar ; en Allemand Hère ou Pfajfe ; en Rufiien Leleck. 
Ceft un très bel Oifpau, plus reffemblant à un Coucou qu'à uii 
Hibou , par la figure du corps & par le plumage. Il a le bec très 
petit , noir; une grande bouche; les pieds courts , déliés; ce qui 
le diftingue fuffiiamment de tous les autres Oileaux de nuit. 
Nous avons trouvé dans fon cftomac des graines & des Scara- 
bées. Ceft enfin un Oifeau fingulier, à la vérité nocfturne, mais 
qui n'a aucun rapport avec les Oileaux de Proie: (.\ tête eft grande 
à proportion du corps, mais bien plus petite que dans les autres 
Oifeaux de nuit. Il fe trouve dans pluiieurs forêts en Angleterre. 
^. P/. 5. /î°. 3. 

MM. Linnxus &; Klein le comptent parm.i les Hirondelles , 
comme a fait Ariftote. M, Linnxus le décrit ainlî : Il efl de la 

H 



jS Histoire Naturelle 

grandeur d'un Coucou ; il a le corps blanchâtre en deflus , tacheté 
de noir, de Manc ôc de brun ondes , & délicatement entremê- 
lés , femés de petites taches noires longitudinales ; le bas du 
ventre couleur de terre cuite pâle , à ondulations noires plus 
épaiflcs ; la poitrine femée des mêmes ondulations, mais moin- 
dres ; la tête grande à proportion du corps ; les oreilles amples ; 
le bec menu , applati, modiquement recourbé , noir; les pieds 
petits, velus , dont le doigt du milieu cft plus long du double ; 
la queue longue , entière ; dix plumes à la queue ; toutes les 
Çcnnes lâches , molles , égales ; l'ongle du doigt du milieu eft à 
ion bord intérieur coché d'écaillés en forme de peigne. Ce qu'il 
y a de singulier dans cet Oifeau , ce font des mouftachcs au bord 
de la mâchoire lupérieure , compofées de huit foies roides qui 
débordent, afin qu'il puifle plus aifément attrapper les Phalènes 
ou Papillons de nuit, &c autres Infedles ; fon vaile gozicr eft dix 
fois plus ample que l'ouverture du bec, comme dans les Oifeaux 
du même genre ; fes narines font laillantes , cylindriques ; il a 
une langue très petite, très pointue, très entière , attachée au 
palais ; le crâne tranfparent ; la tête grande , avec de grandes 
oreilles qui ne débordent pourtant pas, & de grands veux; ce 
qui lui eft commun avec les autres Oifeaux de nuit ; l'ongle du 
milieu écaillé. Le mâle a prcfqu'au m.ilieu de la féconde &c de la 
troifieme pennes de l'aîle une grande tache blanche, que la fe- 
melle n'a point; de plus dans le mâle les extrémités des deux 
premières plumes de la queue font blanches. Il habite par-tout 
dans la Suéde ; il vole dans la nuit, àc fe fait aifément recon- 
noître par fon roCoulement continuel. 

Le Crapaud-Volant ne fait point de nid ; il pond feulement 
deux œufs à la fois , oblongs , blanchâtres , tachetés de brun , 
iur le fable nud , tur de la mouffe, ou fur quelques feuilles de 
chêne féches qui fe trouvent là par hazard , dans les bois mon- 
tagneux. M. de Réaumur a vu un nid de Crapaud- Volant où iî 
y avoit trois œufs , d'oii il eft éclos trois petits. Les petits eiî 
éclofant font couverts de duvet comme des pouflins. il dort ou 
fe tient tranquille pendant le jour ; Se quand le foleil eft couché 
il commence à crier, èc ce cri eft aflez doux ; puis il vole çà Si là 
dans des claires voies , le bec béant pouc prendre les Mouches , 
les Scarabées & autres Infectes volants ; de temps en temps il fait 
claquer fes aîles en volant, à-pcu-près comme les Pigeons. Al- 
drovandus dit que cet Oifeau eft rare en France & en Allema- 
gne ; mais il fe trompe. Gefner obferve que Belon a eu tort de 



DEsOlSEAUX. 59 

confondre la véritable Frelaic , qui eft une forte de Hibou, avec 
le Tctte-Chevre , qui cft tout différent. Il chaffe fur-tout le foir 
& le matin ; il vole ordinairement bas ; & comme il a de grandes 
aîles , on le tue fort aifément. Il y a des Chalfeurs qui l'eilimcnt 
comme un fort bon manger , principalement en Août &c Septem- 
bre. Il s'en va de bonne heure ; car après la mi-Septem.bre on 
n'en voit gueres , en quoi il s'accorde encore avec le Martinet. 
En Bourgogne on le tue pour le manger , quoique quelques 
ChaiTeurs du Pays l'appellent Chaffe-Crapaud ; car ils difent 
qu'il fait la challe aux Grenouilles 2v aux Crapauds. Ceft appa- 
remment dans cette même idée que les Italiens l'ont nommé 
Ca/caèotto , cei\-k-dïve , Foule-Crapaud : mais cela ne paroît pas 
avoir été confirmé par l'expérience. Ariftote [':i^^cl\cAigorke/as, 
c'eft-à-dire, Teae-Ckevre , parce qu'on s'eft faullement im.aginé 
que , comme un Voleur de nuit , il entroitdans les étables pour 
y tetter les Chèvres , au détriment des Bergers , attendu que les 
Chèvres tettées devenoient aveugles, &: que Itur lait tar^iroit en 
conféquence. Cette erreur a été copiée par Pline, Turner, Gef- 
ner, &; par d'autres favants Naturaliftes. Il y a des gens qui di- 
fent avoir trouvé de petits Oifeaux morts auprès du nid du Cra- 
paud-Volant , & que c'eft un Oifeau de Proie: mais il ne paroît 
pas plus carnalHer que les Martinets. J'en ai ouvert quelques- 
uns, &: je n'ai apperçu dans leur ellomac que des relies dTn- 
fectes , notamment de grollcs Mouches jaunes , de des Fouille- 
Merdes. 

On l'a nommé jadis Caprimu/ge ou Tette-Ckevre , par la rai- 
fon que nous en avons donnée ci-deilus ; en Saintonge 6c à 
Loudun on l'appelle encore aujourd'hui Frefaie _, &: il y eft re- 
gardé comme un Oifeau de mauvais augure; ce qui aura fins 
doute trompé Belon. De plus les Saintongeois croient qu'il 
couve fes œuts uniquement des yeux, comme l'Autruche. Son 
nom le plus généralement ufité eft celui de Crapaud-Volant , 
qui lui a été donné apparemment à caufe de fon gozier afFreux 
ou démefurémcnt grand : mais il ne faut pas le confondre avec 
un autre Volatile qu'on appelle à Paris Crapaud-Kolant , & qui 
au printemps poulie vers le foir une voix très forte , femblable à 
celle d'un Crapaud. Or cette dernière efpece de Crapaud-Vo- 
lant, qui peut-être n'a jamais été connue des Naturaliftes, &C 
qui ne le trouve point ailleurs, que je fâche , m'a parurclTcmbler 
à une grande Chauve-Souris par l'es ailes membraneufes ' auquel 
cas je ne le compterois pas parmi les Oifeaux. Il eft bien vrai 

Hij 



6o HisTOiP, E Naturelle' 

qu'AIJrovandus prétend que Bclon a eu raiion de mettre l<t 
Chauve-Souris entre les Oiieaux , parce qu'elle a ce qui carac- 
ténic principalement TOifeau ; lavoir deux pieds ôc deux ailes : 
mais on peut lui répondre avec Ray , qucila Chauve-Souris doit 
être féparée de la clafle des Oifeaux , parce qu'elle n'a ni bec ai 
plumes, qui font deux chofes eflentielles à tout Oifeau, outre 
qu'elle n'eft point ovipare ; ce qui n'eft pas moins elFentiel. 
Pour revenir à notre Caprimulgus ou Crapaud- J^o/ant ordinan'ey 
les Solognots le nomment vulgairement Chaucke-B ranche ou 
Ckotke-Bra7iche , parce qu'il femble chochcr ou cocher la bran- 
che fur laquelle il fe rcpofe , comm.e le Coq coche la Poule ; 
d'autant plus qu'il ne fe perche pas lur une branche en travers, 
mais pour l'ordinaire fuivant fa longueur. Aullî cet Oiicau ayant 
les jambes foibles & très courtes , refte-t-il tout le jour accroupi, 
&; dans l'attitude d'un Oifeau qui couve. A Checy près d'Or- 
léans , les Vignerons l'appellent Coucou rouge ; & en elFet il .a 
beaucoup d'affinité avec le Coucou par Ion port extérieur. 

2°, Le Tette-Chevre d'Amérique, Caprimulgus Ame ri ca- 
Pius , Ibijau Brafdienjibus , Noitibo Lujitanis Marcgravii , Ray 
Synopf. Il eft de la grandeur d'une Hirondelle ; il a la tête large 
ôc applatie ; les yeux grands , dont la pupille ou prunelle eft ellip- 
tique ou ovalaire ; l'iris jaunâtre ; le bec très petit ; la bouche 
très-ample ; la langue fort petite ; les jambes blanches , petites ; 
l'ongle du doigt du milieu comme dentelé ; le delTus du corps 
noirâtre , femé de petits points blancs ; les plumes dans toute la 
partie inférieure du corps mêlées de blanc & de noir , comme 
dans l'Epervier. On en trouve encore une efpece de la grandeur 
d'une Chouette. 

3°. Le PETIT Tette-Chevre du Brefil, Guiraquerea Brafi- 
lienfis ad Caprimulgum accedens Marcgravii ^ Ray Synopf II eft 
de la grandeur d'une Alouette ; il approche du précédent par la 
figure de la tête , des yeux , de la bouche & du bec ; il a de 
groiTes foies aux côtés du bec ; les aîlcs longues , mais la queue 
beaucoup plus longue encore; au lieu que dans le précédent les 
ailes atteignent prefque jufqu'à l'extrémité de la queue. Il y a 
deux plumes à la queue qui paflent les autres pour la longueur. 
Tout l'Oifeau eft d'un brun-cendré , avec des taches d'un jaune 
obfcur , ou mêlées de blanchâtre , comme dans l'Epervier. Au- 
tour du cou, derrière la tête , il a un collier doré obfcurément ; 
les jambes cendrées ou brunes. On peut voir le refte de la def- 
cription dans Marcgrave : mais ceci fuffira pour le diftinguer. 




-Zfe.VW^ et iTUie r.ir . ihu-fri.-t 



j. GranJ Dur _' L Ihil-hua/it'. 3 l'i'Hc dici'/v 



DES Oiseaux. éi 

L'Auteur ne dit point fi ces Oifeaux font nocturnes ou non , 
quoiqu'ils reflemblent exadement à notre Crapaud-A^olant par 
leur port extérieur : mais comme les Tctte-Chevres & les Marti- 
nets ont beaucoup de rcircmblance , il faut examiner fi ces Oi- 
feaux du Brefil ne font pas plutôt du genre des Martinets. Ce 
qu'il y a de certain , c'eft que la figure de leurs pieds ne répond 
pas à celle des pieds du Martinet. 



CHAPITRE SEPTIEME. 

Des Oifeaux à bec ôC à ongles crochus frugivo- 
res ,cefl-à-dire , quife nourrijjent de grains , 
ou des Perroquets. 

,1 jEs Perroquets ont la tête fort grande ; le bec &; le crâr?c 
durs ; un très beau plumage ; les ongles crochus ; £c aux pieds 
deux doigts devant, fie autant derrière. En grimpant ils fe fer- 
vent de leur bec comme d'un hameçon ou crochet pour foulever 
le corps ; leur langue eft large , icmblable à une graine de courge , 
fuivant la remarque de Scaliger. Ils étoient autrefois célèbres 
pour imiter la parole. Dans tous les Perroquets que j'ai obfervés 
jufqu'ici , les narines fe font trouvées rondes , fituées à la partie 
fupérieure de la mâchoire d'enhaut près de la plume , fie voilînes 
l'une de l'autre. 

Les Perroquets, eu égard à la grandeur, peuvent fe divifer 
en trois genres ; favoir en Perroquets très grands, en médiocres, 
fie en petits. Les plus grands font pareils en grandeur à notre Cor- 
beau, ou même à un Chapon bien engraifTé. Us ont la queue fort 
longue , fie les Anglois les appellent Macaos fie Cockatoons. Les 
moyens ou médiocres , fie les plus communs , font égaux à un 
Pigeon , ou un peu plus grands ou plus petits, à queue courte, 
dits en Anglois Parrots fie Poppinjays. Les plus petits font de la 
grandeur d'un Merle ou d'une Alouette , à queue très longue, 
nommés en Anglois Perokeets , en Italien Pcroqucto. 



6z Histoire Naturelle 



Article Trémie r. 

Des grands Perroquets dits Macaos & Cockatoons, 

i". JLfE GRAND Perroquet bleu , Pfntacus maximus Cyano' 
Croceus Aldrovandi ^Ararauna Brafilienjîbus Marcgravii , Canidc 
Lcrii ^ RaySynopr. Il ell de la grandcui" d'un Chapon bien en- 
graiiré , de la longueur de deux coudées ; il a le bec ftoir, fort 
long j une peau autour des yeux bariolée de plumes noires \ le 
fommet de la tête plat Se vert ; la gorge comme ceinte d'un col- 
lier noir ; tout le defTous du corps lafFrané , & le delfus d'un 
beau bleu; la queue longue de dix-huit pouces; les cuilTes très 
courtes ; les jambes &; les pieds bruns, avec des ongles noirs. 

C'eft le bel Aras ou Arras bleu , allez commun dans Paris. 
V. PL 6. n\ 1. 

z". Le GRAND Perroquet rouge , Pfittacus maximus alter 
Aldrovandi , Ray Synopl. 11 eft de la même grandeur &; longueur 
que le précédent ; il a le bec plus court , la mâchoire fupérieure 
blanche , l'inférieure noire ; la région des yeux &; les tempes 
blanches ; tout le corps , le commencement des ailes , & toute la 
queue , du plus beau rouge-ponceau, comme aulîl les maîtrelTes 
plumes des aîles à leur partie intérieure ; mais à leur partie exté- 
rieure elles font d'un bleu foncé , de même que la partie infé- 
rieure du croupion; les plumes du fécond rang font jaunes, à 
bords rouges, ornées à la pointe comme d'un petit œuil bleu ;il a 
les jambes courtes 6c les pieds bruns. 

Dans le Perroquet de cette forte que nous avons obfervé à 
Londres, les aîles & la queue étoient de couleur devermillonj 
variées de bleu & de jaune ; les deux plumes du milieu de la 
queue excédoient de beaucoup les autres en longueur , liniiîant 
en pointes aiguës, de couleur bleue. 

C'ell: le gros Aras rouge le plus commun dans Paris chez les 
Seigneurs. On le lailfe ordinairement en liberté voler ç.à & là , 
parce qu'il fe prive aifément , & qu'il revient au logis. Son bec elt 
d'une force extrême ; il cafle un noyau de pêche. 

3°. L'Araracanga deMarcgraveneparoît pas différent du 



D E s O I s E A U X. ^3 

précédent ; car la plupart des marques s'accordent : il en diffère 
en ce que les aîlcs font à moitié couvertes de plumes vertes, 6c 
que la dernière moitié eft bleue. 

4°. Le Maracana des Brafdiens de Marcgrave eft une ef- 
pcce de Perroquet, mais plus grande; les plumes de tout le corps 
font d'un gris-bleuâtre. 11 crie comme le Perroquet; il aime les 
fruits, fur-tout le Murucuïa. Marcgrave n'en dit rien de plus. 

5°. Autre Maracana qui eft une petite efpece d'Aras ou de 
Macao ; car il eft de la figure d'un Aras , ayant comme l'Aras 
une queue longue , le bec noir, & la peau d'autour des yeux 
blanche , piquetée de noir ; la tête, le cou èc les aîlcs d'un vert 
foncé ; le fommet de la tête feulement plus clair ôc bleuâtre; les 
aîles & la queue vertes en deflus , bleues en deflous ; mais les 
extrémités des plumes font d'un bleu obfcur. A la nailîance de 
chaque aîlc il y a une tache couleur de vermillon, ôc une autre 
brune au deflus delà nailTance du bec. 

Clufuis dans fes Exotiques décrit d'autres efpecçs de grands 
Perroquets. 



Article Second. 

Des Perroquets de moyenne grandeur , dits en Anglols 
Parrots & Poppinjays. 

\°. J_jE Perroquet blanc crété , Pjîttacus albus criflatus 
Aldrovandi , Ray Synopf II fe diftingue ailément des autres Per- 
roquets par la couleur blanche de tout fon corps , par la crête 
qu'il porte fur fa tête , par ia queue rcdreflée , par ia grandeur 
pareille à celle d'un bon Pigeon de volière, & par fes pieds jau- 
nâtres. Ce Perroquet fe nomme Cacatoès : il vient des Moluc- 
ques. /^. PL 6. Fig. i . 

Ce Perroquet eft rare, & d'une fmguliere beauté. M. Chauve- 
lin , ancien Garde des Sceaux , en avoit un que tout Orléans a 
vu lors de fon féjour en cette Ville. 

On trouve encore aux Molucques deux autres Cacatoès. Le 
premier , de la groflcur du précédent , a le deflîous des ailes & de 
la queue couleur de foufre, & porte une huppe jaune. Le lecond. 
eft de la groiTcur d'un Arras , a les plumes d'un blanc nuancé 



<?4 Histoire Naturelle 

d'une teîntecouleur de chair ; fii huppe cft oranger foncé , tirant 
fur le rouge ; les phimes qui la recouvrent font blanches , nuan- 
cées de couleur de chair. 

Le Cacatoès des Philippines eft de la groffeur d'un Perroquet or- 
dinaire ; il eft tout blanc en deflus : lous les aîles il cft foufré. Il 
i'eft aullî fous la queue , avec mélange de jaune , tirant fur l'oran- 
ger-vif Sa crête, qui n'a que deux pouces , eft mêlée d'oranger 
cju'on ne découvre que lorlqu'il la levé. 

Dans l'Inde on voit un autre Cacatoès de la grofTeur & de la 
couleur du précédent , dont la crête eft plus longue, mais com- 
polée de plumes étroites, placées derrière la tête, èc relevées en 
pointes comme la crête du Vaneau. Cet Oiieau eft vivant à Paris. 
Si l'on en croit quelques Hiftoriens & Voyageurs , ces Oifeaux 
font leur nid dans les angles des fenêtres , & fous les toits comme 
les Hirondelles. Mais je ne cautionne pas cette obfervation , n'y 
en ayant que fort peu qui Payent dit. 

2.°. LcPerroquet vert à aîlesrougeâtrcs, Pjlnacus viridis^ 
alarum cojîâfupernâ rubcnte ,Aldrovandi y^z-)'S^i\o^(.\\ eft égal en 
grandeur au précédent, il a le bec iupérieurement noir au bout, 
puis bleuâtre, du refte rougeâtr^^ , &C inférieurement blanc; l'iris 
dçs yeux faftranée ; le fommet de la tête jaune ; le refte du corps 
verdâtre, plus foncé en deflus, plus clair en deflous; la partiefu- 
périeure des ailes rouge ; la queue un peu courte : intérieure- 
ment il A aux cotés une belle tache rouge longitudinale , 6c 
fupérieurement une autre qui eft jaunâtre ; lès jambes & fes pieds 
font cendrés. 

Cette efpece eft chez nous la plus fréquente de toutes. Dans 
ceux que j'ai décrits à Londres il y avoit un cercle blanc autour 
des yeux , & une appendice des deux côtés à la mâchoire iupé- 
rieure du bec , à quoi répondoit une coche ou crenelure à la 
mâchoire inférieure. 

Ce Perroquet eft audl rare à Paris qu'il eft commun à Londres, 
à moins que ce ne foit le vert commun. 

3°. Le Perroquet à bec bariolé , Pfittacus Poikilorhynchos 
Aldrovandi , Ray Synopf. Son bec cft à la partie fupérieure d'un 
vert-bleu , fur les côtés couleur d'ochre ; à l'extrémité marqué 
d'une tache blanche tranfverfalc; à fa "partie inférieure il eft çà & 
là de couleur plombée, & jaunâtre dans le milieu. Il a le fommet 
de la tête doré , le refte du corps vert, plus obfcur en deflus, plus 
clair en deflous; les aîles & la queue vertes , mêlées d'améthyfte 
ou de bleuâtre , de noir , de vermillon oblcur, d'écarlate &: de 
jaune ; les jambes courtes; les pieds plombés , 2c les ongles noirs. 

4^Le 



DEsOlSEAUX, 6^ 

4°. Le Perroquet vert à bec noir, Pfittacus viiidis mela- 
7iorhynchos Âldrovandi ^ R.ay Synopi. A la naiffance du bec, au 
fommet de la tête &; Tous la gorge il a une couleur bleue tirant 
furie vert; tout le defTus du corps d'un vert foncé ; feulement le 
gros de l'aile à l'endroit où elle eft attachée au corps , efl d'un 
rouge écarlate , comme auili les extrémités des maîtrelles plumes ; 
il a le deflous du corps jaune , &: d'un jaune-vert ; le croupion 
écarlate inférieurement. 

5". Le Perroquet a tête blanche , Pfittacus leucoce- 
phalus Aldrovandi ^ Ray Synopf II a le bec &. la partie de la tête 
contiguë au bec blancs; la gorge & le delTus des aîles en haut 
d'un rouge de cinnabre ; le milieu de la poitrine &. l'entre-deux 
des cuifles d'un rouge-oblcur ; la nuque , le cou , le dos, les aîles 
6c le defîlis du croupion d'un vert foncé ; la poitrine &; les cuifTes 
d'un vert plus clair. On pourroit appeller ce Perroquet le Bi- 
garré , à cau(e de la multiplicité de les couleurs ; car il en a de 
fept fortes : mais la couleur principale eft la verte. 

6°. Le Perroquet rouge-bleu , Pfittacus verfcolor Çq\x 
erythrocyaneus Aldrovandi ^ Ray Synopf. Il a le bec moins 
grand que les précédents, noirâtre ; la tête , le cou &: la poitrine 
bleus ; le fommet de la tête jaune ; la région des yeux blanchâ- 
tre ; le ventre vert; le croupion jaune ; le haut du dos d'un bleu 
clair ; les plumes du fécond rang des aîles fcmécs de vert , de 
jaune &: de couleur de rofe. 

7°. Le Perroquet gris ou bleuâtre , Pfittacus cinereus 
(c\x fubcxruleus Aldrovandi _, Ray Synopf. Il eft de la grandeur 
d'un Pigeon de volière; il a le bec noir; la couleur de tout le 
corps cendrée-obfcure ; la queue rouge , de couleur de cinnabre 
ou de vermillon , fort courte , & excédant à peine le bout des 
aîles; les yeux entourés d'une peau nue & blanche. Nous en avons 
vu plufieurs de cette forte à Londres. 

Ce Perroquet eft des plus communs par toute la France. Il eft 
très familier ; il fiffle & parle comme un homme fans criailler , 
comme font ordinairement les Perroquets verts. Il eft facile à 
nourrir; il mange de tout. On l'appelle vulgairement un Jacob ^ 
parce qu'il prononce volontiers ce nom. Ce Perroquet eft fort & 
vigoureux; il vit long-temps. On en voit un à Orléans, qui eft 
âgé de foixante-douze ans au moins, & qui eft encore gai. 

Il y en a de cette efpece qui par fucced-on de temps devien- 
nent jafp:'s de blnnc Û. couleur de rofe. Je ferois allez dilpolé à 
croire que ce changement vient de quelque altération dans l'ani- 
mal , cauiée ou par les maladies ou par l'âge , parce qu'on y rc- 



66 Histoire Naturelle 

marque des nuances progreffives; les uns n'ayant que fort peu de 
couleur de roie , èc d'autres étant prefque entièrement de cette 
couleur. 

8°. Le Perroquet rouge & BLAtiC, Pjîaacus erythroleu- 
cos Aldrovandi y Ray Synopf. Il égale ou même furpalTe en gran- 
deur les Arras , mais il a la queue courte ; tout le corps d'un blanc 
obfcur ou fale , de manière qu'il paroît cendré ; le bec noir ; la 
partie poftérieure du dos, le croupion , toute la queue & les maî- 
trelîes plumes des ailes teintes en vermillon. 

9°. Le Perroquet écarlate du Levant , Pfutacus cocci- 
neus Orientalis , alis ex viridi & nigro variis , Ray Synopf. Il 
iurpalTe le Merle en grandeur ; il a tout le corps écarlate ; les 
plumes du fécond rang des aîles vertes; les maîtrelFcs plumes 
noires , .\ barbes extérieures vertes , inférieurement d'un rouge 
cramoili ; le côté des aîles jaune ; la queue jaune dans fa plus 
bafle moitié , fupérieurement d'un jaune-vert; les jambes ceintes 
au defTus des genoux d'un anneau de plumes vertes ; le bec jaune, 
de même que l'iris des yeux ; les jambes très courtes , noires. Nous 
avons vu à Londres ce Perroquet, qui y avoit été apporté des 
Indes Orientales , où on le connoît fous le nom de Lory. 

Le Lory des Molucques eft gros comme une Tourterelle : il 
cft deflus comme deffbus d'un rouge vif; le milieu du dos &: le 
pli de l'aîle font variés de jaune nuancé de vert; fes jambes font 
vertes. Il a dans l'aîle un peu de violet , de vert foncé ôc de noir; 
fon bec eft rouge ; l'iris oranger ; les pieds bruns, f^. PL 7. 
Fig. I. 

Le Lory Malabare eft de la grofleur du précédent, d'un 
rouge auffi vif en totalité , à l'exception de la tête , qui eft cou- 
verte d'une calotte noire qui fe termine en arrière par un beau 
violet; fes jarretières font bleues; fes aîles vertes, doublées en 
partie de jaune & en partie de noir. 

Le Lory de Jolo eft de même grofieur ; le devant de fa tête , 
fes joues, fa poitrine , la partie fupérieure du dos, font d'un bleu 
tirant fur le violet ; le derrière de la tête eft rouge-clair ; le refte 
du corps eft d'un beau rouge mêlé de brun, de vert foncé & de 
noir ; la queue eft d'un rouge & d'un vert-brun ; les deux plumes 
du milieu de fa queue font plus longues que les latérales ; le 
jaret eft violet ; l'iris oranger. 

Le Lory des Berbices eft gros comme une Perdrix ; il a la 
tête & tout le delTus du corps d'un fuperbe cramoili ; toute la 
poitrine & le ventre font d'un beau violet; la tête paroît comme 
féparée du dos par une ligne violette qui vient latéralement fe 



DEsOlSEAUX. (yj 

joindre au violet de la poitrine, 6c paroît former le collier d'un 
tablier de Cordonnier ; Tes plumes fcapulaircs lont d'un beau 
bleu ; fes ailes vertes & rouges , ainfi que (a queue : il a le bec 
noir & très fort ; l'iris de les yeux eft couleur d'or. 

Le LoRY des Philippines cil: de même groiTeur ; tout le dciïus 
de fa tête eft noir ; la partie fupérieure du dos , la poitrine , le 
ventre , le dellous de la queue & le jaret font d'un beau bleu 
tirant fur le violet ; les aîles font vertes : tout le refte du corps en 
delTus , les cuifîes , la queue, font d'un beau rouge vif; l'iris eil 



oranger 



io°. Le PETIT Perroquet vert d'Ethiopie , P/z^^^cz/^ ^:.'-. 
■fillus viridis (&thiopicus Clufii , Ray Synopf II ell de la grandeur 
du Pinçon ; il a tout le corps vert, plus clair au ventre, plus 
foncé au dos ; les grandes plumes des aîles d'un vert plus foncé 
d'un côté , brunes de l'autre &; par tout le delTus ; les plumes de 
la queue à l'endroit oii elles font attachées au croupion, teintes 
d'une couleur jaune-verte , puis d'un rouge élégant , enfuite de 
noir , enfin de vert; les petites plumes du fommet de la tête au 
dciTus du bec, & de toute la gorge, d'un beau rouge fleuri; le 
bec gros 6c ferme , rougeâtre ; les jambes à peine longues d'un 
demi-pouce, cendrées ; les ongles blancs & allez longs. 

Lorfqu'il mange , il ne tient pas fa nourriture d'un pied , comme 
font les autres Perroquets , mais il la prend par petits morceaux 
avec fon bec. 

Il eft à remarquer que les femelles venant à vieillir ne veulent 
plus manger qu'à peine , à moins que le mâle ne leur donne la 
becquée , après avoir retenu quelque tems la nourriture dans 
fon jabot , de la même façon que les Pigeonneaux ont accoutumé 
d'être nourris par leur mère. 

11°. Le BEAU Perroquet vert-bleu, Pfittacus elegans 
Clufii exot'icorum ^ Ray Synopf. Il eft de la grandeur d'un Pigeon; 
il a le cou 8c la poitrine d'un plumage bigarré , de couleur rou- 
geâtre, 6c à la fin d'un bleu très-élégant: quand il fe met en 
colère , il dreffe fes plumes de manière qu'il paroît en quelque 
forte crête. Il a les plumes du ventre prefque de même couleur , 
cependant parfemées de brun ; celles du dos vertes ; les grandes 
plumes des aîles bleuâtres; la queue verte. 



liî 



^S Histoire Naturelle 



Article Troisième. 

Des grands Perroquets , ou des Verroquets de moyenne 
grandeur de Marcgrave. 

i". L'Ajuruccrau. Ilaàlatêce,auddrusdubec,unedpece 
de petire mitre élégamment bleue ; la gorge , les cotés de la 
téce , & fa partie fupérieure d'un beau jaune ; tout le corps d'un 
vert-gai ; les plumes aux extrémités des ailes moitié noires , 
moitié faffranées , en partie bleues auffi à l'extrémité , en partie 
vertes cà & là ; la queue verte, mais quand il l'étend elle eft iran- 
gée de noir, de rouge, de bleu ; le bec d'un gns-brun; les pieds 
cendres ; l'iris des yeux dorée. 

Le fécond eft femblable au premier, un peu autrement coloré; 
caria petite mitre qui eft fur fa tête eft jaune mêlée de blanc , 
dun jaune-clair au deffiis des veux 6c à la poitrine ; autour de la 
partie funérieure du bec eft une tache de couleur de vert de 
mer. 

3°. L'Ajurucl'RUCa. Sa petite mitre eft mêlée de bleu & 
d'un peu de noir , & au milieu eft une tache jaune ; à la gorge il 
V a une tache bleue ; la poitrine , les ailes & le dos font d'un 
vert foncé ; les extrémités des ailes & la queue lont d'un vert plus 
clair ; les pointes des maîtrcfles plumes de l'aile font jaunes & 
rouges , mêlées d'un bleu obfcur ; le bec fupérieurement cendre, 
eft noir aux extrémités. 

4°. Le Paragua eft un Perroquet noir , qui a la poitrine, le 
dos & le ventre antérieur confidérablement rouges ; l'iris des 
yeux rouge ; le bec & les pieds d'un cendré-obfcur. 

5°. LeTARABE eft plus grand que le précédent; il a la tête, 
la poitrine & le commencement des ailes rouges , &: le refte vert; 
le bec & les pieds d'un gris-fale. 

6°. L'Ajurucatinga eft de la grandeur d'un médiocre Pou- 
let, de couleur verte ; il a les veux rouges , & autour des veux une 
peau blanche , comme la plupart des Perroquets ; le bec & les 
jambes blanches ; la queue longue. 

7°. L'Ajurupara s'accorde en toutes chofes avec le précé- 
dent ; mais il eft plus petit. 



D Z s O I s E A U X. 69 

8°.I1 fsat ajouter à cette clalTe le Kila^il , Perroquet de Min- 
daaao , JÛe Philippine. Il a la tête verte en devant, bleue en ar- 
rière : te - ■ : -- : : "r 5 deiTus Se delTcus eli vert-tendre ; le croupion 
bleu ; k- _ .:_:.. _ .-in:es de? ~':lz^ font très agréablement jalpees 
de vert , de rous , de bleu . ir ; le bec eft d'un bel incarnat ; 

il eft fort rare. Se de la groùcur d'un Perroquet ordinaire. 

9-. Le PïKROQUïT JAUXE , efpcce d'Amazone : il a riris 
couleur de feu; tout le corps d'un très beau jonquille : quand il 
déploie fes ailes & fa queue , on remarque dans quelques-unes 
de leurs grandes plumes quelques taches de rouge éclatant; Ion 
becêcfesf! t blancs. Cet Oifeaa oiteêc- le- 

ment. J'en :.. . vivant qui etoit très ^:_--. ^quiar: ._:le 

Portugais treî diftinctement. L eft de la groîTeur des Perroquets 
ordinaires. /^. PL -. n°. 2. 



A R. T I C L E Q •. A T P. I Z M E. 

Des vî:.: Perroquets. 

i*^- X-«E ?ZTiT Pi /-HT A COI.J-II.K , Pjûmcus wrqiuuus , 

^îacrouros ArmqïwriimAldrovandi , RaySynopf. Sa longueur eft 
c - pouces & demi ; il a le bec couleur de vermillon ; l'iris 

t.- -- •' -:; tout r? decc ^rte, plusfoncëeea 

de-J;i? , ; _ . :re z- _ . fon c , -int d'un collier cou- 

leur de vermili c : uel va fe rendre une ligne noire qui naît du 

'■ ' ' rieur lous ie menton ; les plumes les plus extérieures des 
i^:--2 -cnr à leur partie fupérieure diftinguées ^^ ; '-.arque 
rouse. 

La VtKKZCSE A coLLîEa. , de llfîe de Bourbon , eft moitié 
Je Que la Perruche ordinaire ; elle eft toute verte , avec 

-fe,endel^ '^ mêlé de bien Se 

- , , ^_. la gorge -..- . ,. :2 une tache noire 

qui s étend en long - . bec inférieur ; fon ventre eft vert 

tirant fur le jaune. ^, P/. 7. zt**. 3. 

La p '^- même • "^ '; - -. -erte,a 

vr.e - : ....:efurc.. rouze, 

C; - çns ; : . . très longue. 

La ï'iâJLUCEZ i>£3 Philippjkïs 2 la tête d'un bleu-vioîet ; 



jQ Histoire Naturelle 

tour le dcflus du corps vert-clair ; les côtés du cou jaunes; le mi- 
lieu jaune-vert, ainfi que tout le dcllous du corps ; ion bec fupé- 
ricur jaune ; le crochet & le bec inférieur cendré-clair; les pieds 
bleuâtres ; les ongles gris. 

i". Le PETIT Perroquet a longue queue tout ven^PJït- 
tacus minor Macroures , totus viridis Aldrovandi , Ray Synopl. Il 
ii'eft pas plus grand en tout qu'une Grive ; il a le bec rouge; les 
pieds Se les jambes rougeâtres , ou de couleur de chair, contre 
la coutume de tous les autres Perroquets ; l'iris des yeux faffra- 
née. 

Ces petits Perroquets qu'on appelle Perriques dans les Ifles 
Françoiles d'Amérique, aiment à s'entendre nommer Cathot ^ ôc 
c'eft le nom que les Femmes leur donnent ordinairement. 

3°, Le Perroquet a longue queue du Japon , PJîttacus 
erythrocklorus Macrouros Japonicus Aldrovandi , Ray Synopf. 
Aldrovandus a décrit celui-ci d'après la figure. 

4°. Le PETIT Perroquet crête , Pjittacus erythrochloros 
cri flatu s Aldrovandi y Ray Synopf. Il avoir les ailes , la queue & 
la crête de couleur rouge ; le refte du corps vert: il refTembloit 
au Perroquet crête par la crête , qui étoit compofée de fix plu- 
mes , trois grandes & trois petites ; l'iris des yeux étoit rouge. 

5°. Le petit Perroquet de Bontius , Pjittacus parvus 
Bontii ^Kaj Synopf. Il eft de la grandeur d'une Alouette; il a le 
bec gris, de même que la gorge; l'iris des yeux argentée; il dreffe 
les plumes du fommet de la tête en façon de belle crête ; le ventre 
inférieur , la tête , le cou & la queue font fupérieurement d'un 
beau rouge ; la poitrine & les plumes inférieures de la queue font 
couleur de rofe-claire , & fimlFent très élégamment en une cou- 
leur verte mêlée de blanc & de vert ; les aîles font principale- 
ment vertes, entremêlées de plumes rougeâtres, dont la moitié 
cft bigarrée çà & là de couleur jaune ÔL de rofe. 



As 

if^/ XS-T-X- Vft^ 




J ■ L 07y . 9. .Po7^hijau^ jaune . 3 , Peryniche- a Collier 








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DEsOlSEAUX. 71 



Article Cinquième. 

Des petits Perroquets de Marcgrave , que les Brafillens 
appellent Tui , & les Anglais Parrakeets. 

1°. J-jE premier eft de la grandeur d'une Hirondelle; fa couleur 
eft totalement verte ; fon bec eft noir. 

i°. Le Tui Apute juba. Il eft pareil au premier, & il a la 
même couleur aux plumes des ailes & au bec. Il en diffère par 
un petit cercle de plumes jaunes autour des yeux , & par une 
grande tache de plumes de couleur orangée fur la tête. 

3°. Le TuiTiRicA.Ils font plus grands que ceux de Guinée; 
ils ont la même couleur que le précédent; le bec de couleur in- 
carnate ; les pieds bleuâtres. 

4°. La quatrième efpece eft de la grandeur d'un Etourneau ; 
de la même couleur que la féconde , mais elle a la queue plus 
courte. 

5°. Le Jendaya. Il eft de la grandeur d'un Merle ; il a le bec 
& les jambes noires ; l'iris des yeux dorée ; la tête, le cou & la 
poitrine jaunes; le dos , les ailes Ôc la queue vertes, mêlées d'ou- 
tre-mer. 

6**. Le TuiETE. Il eft de la grandeur d'une Alouette ; il a la 
queue totalement d'un vert-clair , mais le commencement des 
ailes d'un bleu exquis ; les bords de toutes les plumes des aîles 
bleus ; au dos à la naiftance de la queue, il y a auffi une tache 
bleue ; le bec eft incarnat; la queue eft contre la règle ordinaire 
de ce genre d'Oifeaux ; ainft il appartient plutôt au fécond 



genre. 



7°. Le Tuip ARA des Topinambous. Il eft de la grandeur d'une 
Alouette , totalement d'un vert-clair , comme le précédent; il a 
le bec pareillement incarnat , & les jambes grifes ; la queue aufîi 
plus courte. Il en diffère par une tache au front près de la naif- 
lance du bec, laquelle eft fémilunaire, & de couleur de vermil- 
lon. Il y en a encore une autre de couleur jaune au milieu de 
chaque aîle inférieurement. Il fait fon nid dans des fourmilières 
abandonnées des Fourmis , qui fe trouvent dans les arbres. 

8°. L'Anaca du Brefd. Il eft de la grandeur d'une Alouette ; 



yr Histoire Naturelle 

il a le bec brun ; fur la tête un plumage de couleur rougeâtre, & 
brune autour des yeux ; la gorge cendrée; la partie fupérieurc du 
cou &C les cotés verts ; le ventre d'un brun roufsiure ; le dos 
vert , avec une tache d'un brun-clau- , ainfi que la queue ; au 
commencement des ailes eft une tache ou frange fanguine ; le 
relie des ailes eft vert , & l'extrémité en eft de couleur d'un vert 
de mer ; les jambes fupérieurement revêtues de plumes vertes, 
&; inférieurement d'une peau cendrée, avec des ongles noirâ- 
tres. 

Le CouLACissi , petit Perroquet des Philippines, de la grof- 
feur d'un Moineau-Franc. Il eft vert, plus éclatant defltis , plus 
tendre deflous ; le devant de la tête près la racine du bec , la 
gorge , la partie fupérieure de la poitrine , & les plumes qui 
recouvrent la queue en deiTus, font d'un beau rouge-foncé. Il y 
en a dans la même efpece qui font entièrement verts , à l'ex- 
ception des plumes qui recouvrent la queue , lefquelles font 



rouges 



La Perruche de Java , qu'on trouve auflî en Guinée & au 
Brefd , d'où elle a pris allez communément en France le nom 
de Moineau du Brelîl , eft grolTc comme une Alouette ; fon bec, 
Ton front, fes joues &c le haut de fa gorge font d'un oranger-vif 
dans le mâle, pâle dans la femelle ; tout fon corps eft en deifous 
d'un beau vert-clair , en defliis d'un vert plus foncé ; fon crou- 
pion eft d'un bleu éclatant; les grandes plumes de fa queue, qui 
eft courte , lont mêlées de rouge èi. de noir-écarlate , terminé 
de vert; le pli de l'aile eft noir, mêlé de violet; les plumes de 
les aîles lont d'un vert foncé en dehors, d'un brun minime en 
dedans ; le deflous de l'aile d'un vert éteint , tirant fur le gris ; 
fes yeux font noirs ; fes pieds gris. Cet Oifeau ne parle point , 
aime à être accouplé , vit en Europe , même au nord de la 
France : mais quand l'un des deux meurt, rarement l'autre, qui 
devient trifte &: taciturne, lui furvit long-temps. Ils ont quel- 
quefois pondu en France; mais je n'ai jamais entendu dire que 
leurs œufs ayent éclos. 

On trouve encore à Caïenne une jolie Perruche de la grofleur 
du Merle, dont le bec eft noir, l'iris aurore; le dcfTous de fon 
bec eft bleu célefte; le deflus bleu ardoifé; le refte de la rête 
brun ; le bas du cou bleu ardoiié ; tout le delTus du corps & de 
la queue vert éclatant ; toute la gorge brune, avec un bordé 
aurore à chaque plume ; ce qui forme un total écaillé : elle a le 
pli de l'aile couleur de feu ; le refte de l'aile bleu , tout le deffous 
du corps vert éclatant; le milieu du ventre liias veiné de brun ; 

fur 



D E s O I s E A U X. y» 

fur le milieu de la queue une ligne longitudinale lilas ; Se le 
delTous de la queue , qui ell: plus courte que celle des Perruches, 
d'un brun-rouge, tirant lur le maron; les pieds & les ongles noirs. 
r. PL 8. Fig. 1. 

9°. Le Qui Jus a Tui. 11 eft de la grandeur duTuipara, tout 
jaune , mais l'extrémité des ailes eft d'un vert oblcur ^ il a le bec 
gris , les j amibes de couleur incarnate. 

La plupart des Oileaux de ce genre font d'une couleur verte ; 
ils ont aullî la queue très longue ; ce qui fait que les lixieme cC 
feptieme efpeces de Marcgrave appartiennent plutôt au genre 
moven, nonobftant la grandeur, àcaule de leurs queues courtes. 
r.'P/.S.n". I. 

On trouve en Guinée un petit Perroquet de la grofleur d'une 
Grive , qui peut encore entrer dans cette clalTe. lia le delTus de 
la tête gris- brun , les joues gris-clair argenté; tout le deiTus du 
corps Se des ailes vert de pré ; les grandes plumes de la queue 
vert-brun ; le pli de l'aile citron-clair ; le col vert-clair , qui fe 
termine en pointe au brichet ; les parties latérales de la poitrine, 
& tout le ventre , ainlî que les parties fupérieures de la cuilTe , 
font d'un bel oranger ; la jarretière eft verte ; l'iris jaune-foncée. 

13°. L'Ani des Brsfdicns , P/inaco congencr Anî Br.jfî/ienfîum 
Marcgravii j Ray Synopi. Ceft un Oileau de la grandeur d'une 
Grive de vignes , totalement noir pour le plumage , par les ailes , 
le bec, les veux & les pieds. Il porte fa queue redrelîée, longue 
dellx doigts. Il aie bec haut, large, long d'un doigt ou un peu 
plus; la partie inférieure prefque droite ; la fupérieure haute , 
large , de figure lémilunaire & comprimée ; de lorte qu'il a la 
pointe prefque lupérieurement; les jambes Se les pieds font comme 
ceux des Perroquets. Il eft fréquent dans les forets. 

Cet Oileau eft d'un brun-noirâtre tirant fur la couleur mini- 
me ;fes plumes lailTent appercevoir une nuance de vert très 
obfcur ; toutes (es plumes font bordées d'un gris cendré très 
fombre. Il eft connu fous le nom de Bouc de Tabac ^ ou Bout de 
Petun.V.Pl.^.Fig.i. 

Il en eft un autre de même efpece & plus grand , qui eft en 
totalité d'un noir réfléchiflant le violet , avant l'extrémité de 
chaque plume bordée d'un vert-foncé , & fa queue longue d'en- 
viron neuf pouces , couleur de bel acier poli &: de roletre fon- 
dus enfemble , &: rendant une couleur de violet glacé. 

Il eft à remarquer que prefque tous les Perroquets ont les 
jambes courtes & menues , contre la coutume de la plupart des 
Oil'caux de Proie à terres crochues. 

K 



74 Histoire Naturelle 

J'aurois pu me dirpenler de traduire ici , d'après l'Abrégé Mé- 
thodique de Ray , les delcriptions de tant de Perroquets difFé- 
rents. Je m'y fuis trouvé engagé par la beauté de la plupart 
d'entr'cux ^ outre qu'ils ont encore reçu de la Nature le privilège 
lingulier de pouvoir converler avec l'homme , l'amufer &. lui 
tenir compagnie ; car tout le monde connoît la docilité de ces 
Oifeaux, & la facilité qu'ils ont de répéter ce qu'on leur a appris. 
On en raconte des hiftoires furprenantes. Quelquefois leur trop 
grand babil calle la tête , &: devient à charge. Frifch dit qu'il 
n'y a que les mâles qui apprennent à parler &c à fiffler, de même 
que parmi les Oifeaux de ce Pays-ci , & que par cette raifon. 
perfonne ne s'avife d'apporter des femelles des Indes; mais ce- 
pendant nous voyons allez fouvent en France des Perroquets 
femelles qui jafcnt, qui fifflent , & qui font même quelquefois 
des œufs fans mâles. Les Perroquets aiment fur-tout les femmes 
& les cnfans , non-feulement à caufe de leurs carrclTcs, mais auffi 
parce que la voix des femmes Se des enfans approche beaucoup 
plus de la voix naturelle des Perroquets, que celle des hommes. 
Olina dit que le Perroquet vit des vingt ans , &C même plus. 
Furetiere obferve qu'Olina auroit bien pu lui donner jufqu'à 
cinquante ou foixante ans de vie, fans rien dire de trop : & en 
cfFct , f uivant les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences 
de Paris , on a vu à Florence, chez la Grande -Duchefle , un 
Perroquet qui a vécu près de cent vingt années. Ce n'eft peut- 
être pas le plus long terme de la vie de ces animaux ; mais au 
moins eft-il sûr par cet exemple , qu'ils peuvent aller jufques- 
là. Il femblc qu'il auroit pourtant été à fouhaiter qu'on eût mar- 
qué précilément quelle eft l'efpece de Perroquet qui a fourni 
une 11 longue carrière ; car ils ne font pas tous d'égale force. Ce 
qu'il y a de certain , c'eft que félon le célèbre Chancelier Bacon, 
l'on trouve plus d'Oifeaux qui vivent long-temps que de Qua- 
drupèdes, comme l'Aigle, le Vautour , le Milan , le Pélican, 
le Corbeau , la Corneille , le Cygne , l'Oie , la Cigogne , la 
Grue , l'Ibis , le Perroquet , le Pigeon ramier , &cc , quoiqu'ils 
foient de moindre volume , & en leur état de perfection dans 
l'efpace d'un an. Frifch attelle qu'il lui en efl mort un chez lui 
âgé de quarante ans. Il ajoute que plufieurs meurent faute de 
femelles, fur-tout s'ils entendent leur voix. Ils périilcnt quelque- 
fois de mal caduc. M. de la Chambre , dans fon Difcours de 
l'amitié & de la haine qui fe trouvent entre les Animaux , re- 
marque que Julcs-Céfar Scaligcr avoir une étrange démangeai- 
fon de contredire , de que c'cll par ce principe qu'il a foutenu que 



DEsOlSEAUX. yy 

le Perroquet eft une très laide bête , à caufe de fon bec , de Ces 
jambes , de fa langue , ôc de la couleur brune &C cendrée de fori 
plumage , tandis que tout le monde loue la beauté de cet Oifeau. 
Mais pourquoi biamer fi fort Scaliger ? Ne iait-on pas que les 
goûts font différents, & qu'on ne dilpute point des goûts ? Pour 
moi j'avoue que je penfe à-peu-près comme Scaliger fur le 
compte du Perroquet. A la vérité fon plumage efl beau pour 
l'ordinaire : mais il me lemble que fon bec èc fes jambes n'ont 
rien de beau. Il fait pitié quand il monte ou defcend , encore 
plus quand il veut marcher. 

La manière dont nos Caraïbes fauvages , naturels des Mes , 
dit le Père Labat , Jacobin, dans fon nouveau Voyage aux liles 
de l'Amérique , prennent les Perroquets , eil trop ingénieufe pour 
ne pas l'écrire. Je ne parle pas des petits qu'ils prennent dans le 
nid , mais des grands. Ils obfervent fur le foir les arbres où il s'en 
perche le plus grand nombre ; &: quand la nuit eft venue , ils 
portent aux environs de l'arbre des charbons allumés , fur lef- 
quels ils mettent de la gomme avec du piment vert. Cela fait une 
fumée épaifle qui étourdit de telle forte ces pauvres animaux , 
qu'ils tombent à terre comme s'ils étoient ivres ou à demi-morts; 
ils les prennent alors , leur lient les pieds & les ailes , Se les font 
revenir en leur jettant de l'eau fur la tête. Quand les arbres (ont 
trop hauts pour que la fumée y puille arriver , & taire l'cffec 
qu'ils prétendent , ils accommodent des couis au bout de quel- 
ques grands rofeaux ou de quelques longues perches ; ils y met- 
tent du feu , de la gomme & du piment ; ils les approchent le 
plus qu'ils peuvent des Oifeaux , èc les enivrent encore plus faci- 
lement. Pour les apprivoifer &; les rendre traitables , ils ne font 
que les lailTer jeûner pendant quelque temps ; de quand ils jugent 
qu'ils ont bien faim , ils leur prélentent à manger : s'ils mordent 
& qu'ils fe montrent trop revêches , ils leur foufflent la fumée 
du tabac au bec ; ce qui les étourdit de telle manière qu'ils ou- 
blient prefque auffi-tôt leur naturel fauvage ; ils s'accoutument 
à voir les hommes , à s'en lailler toucher , & deviennent en peu 
de temps tout-à-fait privés ; ils leur apprennent même à parler. 

Le Perroquet trouve un poifon dans le perfil , fur-tout dans 
l'amande amere , comme la plupart des animaux. Il s'appelle en 
Grec Pfittacé ou Pfutacos ; en Latin Pfittacus ; en Italien Papa- 
gallo ; en Allemand Papegey. Nous appelions en François les 
plus grands Perroquets Arras ou Aras , Canidés ou Canives , qui 
ont la langue trop épaifle pour pouvoir prononcer, l^es Perro- 
quets de moyenne grandeur , qui daxis les illcs Antilles de l'Amé- 

Kij 



jG Histoire Naturelle 

riquc volent par troupes comme nos Etourneaux , &: que les 
Chalîeurs du Pays mettent au rang du Gibier , font nommés 
proprement Perroquets ; & les plus petits , Perriques ^ &: par 
corruption Perruches. 

Or les mots Arras ou Aras , Canidés ou Can'ives _, font In- 
diens ; Perroquet eft un diminutif de Perrot ou Pierrot ^ dimi- 
nutif de Pierre ; car , félon Ménage , nous avons donné des 
noms d'hommes aux animaux : c'eft ainfi que nous avons appelle 
un Etourneau Sanfonnet ; une Pie Margot ; un Corbeau Colas ; 
un Geai Richard ; un Cygne Godard ; un Ane Martin ; un Singe 
Robert ; un Bélier Robin ; un Ecureuil Fouquet ; une Chèvre 
Jeanne. Ce qu'il y a de certain , c'eft que les Anglois appellent 
le Perroquet Parrot , qu'ils prononcent Perrot ^èc que nous di- 
fons fouvent nous-mêmes Perrot pour Perroquet. On appelloic 
jadis cet Oifeau Papegay ou Papeguay , Papegau ou Papegaut. 
Aldrovandus nous apprend que le nom de Papegay lui a été 
donné , parce qu'il eft comme le Pape ou le Roi des Oifeaux , 
par fa beauté & par fon inftindb merveilleux , ou parce qu'il eft 
digne d'être offert au Pape , à caufe de cette même beauté. Quant 
au mot Perrique _, c'eft un diminutif de Perroquet , fi l'on en croit 
M. l'Abbé Prevoft dans fon Manuel Lexique : mais je crois 
plutôt que c'eft un mot Indien. Il y en a qui appellent la femelle 
du Perroquet Perrotte ou Perroquette. 



CHAPITRE HUITIEME. 

Des Oifeaux les plus grands à bec plus droit ou 
moins crochu , fingnlicrs SC incapables de 
voler , à caufe de la maffe de leur corps , & de 
leurs ailes trop courtes, 

1°. L^'AvTKvcRi.^Struthio-CameIus five Struthio, Ray Synopf. 
en Italien Strut^o , Stru-^^olo ; en Anglois the Ofirich ; en Alle- 
mand Straus ou Struts. C'eft le plus grand de tous les Oifeaux ^ 
excepté peut-être le feul Emeu , qui , quoiqu'il lui cède beaucoup 
pour la hauteur , lui eft cependant égal pour le volume. L'Au- 




/ Pcrroifiu't KtJ 2 l\iiU' IWnu-he à c/û/uh' t.ir/irtA' c/r iayi'n/u- . '^ /^c'n/ iù f^ànt 



DES Oiseaux. y^ 

truche fe diftingue fuffifiimmcnt de tous les autres Oifeaux par 
fa tête, qui eft petite, enfoncée , &C prelque femblable à celle 
del'Oie ; par Ion pied fendu en deux , comme l'a le Chameau, 
de par la forme de (es plumes , qui iont compofées de villofités 
ou d'une forte de duvet crêpé &C divifé. Elle pond des œufs 
très gros , qui pefent quelquefois quinze livres , & qui étant 
cachés dans le fable font uniquement , à ce qu'on dit , couvés 
par la chaleur du foleil. 

Pline dit que l'Autruche furpalTe en grandeur un Cavalier 
monté à cheval , quand elle drelle le cou autant qu'elle peut. 11 
ajoute qu'elle eft naturellement chauve. Selon Jonfton , l'Au- 
truche eft le feul de tous les Oifeaux qui ait des paupières deflus 
& delTous comme l'homme , &. des cils ou poils à la paupière 
fupérieure ; fon dos , dont les plumes très noires dans le mâle , 
& brunes dans la femelle , relîcmblent à de la laine par leur 
molîefle , eft fi large qu'elle pourroit porter un enfant ; les plu- 
mes de la queue Iont blanchâtres dans le mâle , èc un peu brunes 
dans la femelle ; fes cuiiFcs reflemblent alFez à celles de l'homme ; 
elle a le bec court , large , pointu ; elle n'a prelque point de cer- 
velle; quand elle a la tête cachée derrière un arbre ou un buif- 
fon, elle ie croit en iurcté ; elle aime les lieux déferts d'Afrique 
& d'Arabie. Quelquefois on en trouve une fi grande multitude 
à la fois, qu'elles forment de loin comme un Elcadron de Cava- 
lerie. Eliendit qu'elle pond jufqu'à quatre-vingts œufs d'une feule 
couvée ; qu'ils font îi gros que plufieurs perfonnes peuvent fe 
raflafier d'un feul œuf; mais c'eft une exagération des plus ou- 
trées. Belon dit feulement qu'elle pond plus d'œufs que tout 
autre Oifeau ; &c il nous apprend que ceux que l'on voit pendus 
dans les Bibliothèques & dans les Cabinets des Curieux , font 
fouvent des œufs de Crocodile , au lieu d'œufs d'Autruche. Le 
même Belon dit que les œufs d'Autruche font quelquefois fi gros 
qu'ils pourroient contenir une pinte de liqueur, èi. qu'ils ont la 
coque aflez épailTe pour fervir de vafe à boire. Les uns ont 
avancé que l'Autruche ne pouvant couver fes œufs à caufe de fa 
pefanteur, les couvoit uniquement des yeux; d'autres, qu'elle 
les abandonne dans le fable , & que c'eft le foleil qui les échauffe 
& les fait éclore. Mais M. l'Abbé de la Caille , Membre de l'Aca- 
démie Royale des Sciences, a écrit du Cap de Bonne-Efpérance , 
où il a été envoyé pour prendre la parallaxe de la lune , que 
dans les déferts de l'Afrique l'Autruche ne couve [es œufs que 
pendant la nuit ; au lieu qu'aux environs du Cap de Bonne- 
Efpérance, oii il fait moins chaud , elles les couve le jour & la. 



§7 Histoire Naturelle 

nuit, comme l'avoit ioupçonné M. de Réaumur. L'Autruche ne 
vole point ; mais elle court très vite , étendant les ailes comme 
des voiles que le vent enfle. Quant au nombre des œufs , M. de 
Réaumur ne lui en donne pas plus de douze à la fois. C'eft 
faulFcment qu'on a dit que l'Autruche fait difcerner par inftin£t 
les bons œufs qu'elle a pondus d'avec les mauvais , &c qu'elle 
abandonne ceux-ci pour ne s'attacher qu'à ceux-là. D'autres 
avancent avec autant de fauffeté , qu'elle range Ces œufs tous à la 
file , de manière que ne pouvant les embraller tous , la chaleur 
fe communique de l'un à l'autre. Le lavant Samuel Bochart , 
dans fon Hiero-{oïcon , a réfuté toutes ces erreurs. On a dit aufli 
que cet Oifeau étoit naturellement fourd : mais je ne crois pas 
plus cette furdité que celles du Coq de bruyères ôc de la Grive 
de vignes. L'Autruche a les yeux gros & noirs , femblables à 
ceux du Chameau. Les Africains ôc les Arabes mangent de la 
chair d'Autruche ; mais elle étoit défendue dans l'ancienne Loi ; 
&, félon Bochart, la raifon pour laquelle Moïfe défendit aux 
Hébreux de manger de l'Autruche, c'eft parce qu'elle dévore 
tout ce qu'elle trouve , outre que fa chair Se {ç^s œufs font un 
aliment très greffier Se difficile à digérer. Les Arabes difenc 
qu elle ne boit jamais. Elle a un air bête ôc ftupide : elle avale 
des pierres , & même du fer , mais elle ne les digère pas. M. 
Perrault , de l'Académie des Sciences , a fait avaler à une Au- 
truche qu'il devoir voir difTéquer , une pièce de monnoye de 
cuivre boflee, 6c il vit , après la diirecbion , que les caradteres 
de la partie concave étoient tout entiers , 6c ceux de la partie 
convexe rongés & efFacés ; ce qui montre la force du frotte- 
ment , & en même-temps la vérité de l'excellent Mémoire que 
M. de Réaumur a lu à l'Académie , où il fait voir par des expé- 
riences multipliées , qu'il y a dans les Oifeaux de trois fortes 
d'eftomacs ; favoir des eftomacs membraneux , qui digèrent par 
leur feul diflolvant ; des eftomacs mufculeux ou charnus , qui 
digèrent par la feule trituration , 6c des eftomacs qui tiennent 
de l'un ôc de l'autre. Or le gézier ou l'eftomac charnu de l'Au- 
truche a une extrême force de broiement. 

Aldrovandus dit que les Grecs Se les Latins ont appelle l'Au- 
truche Sinah'w-Camelas , parce qu'elle reftemble en quelque 
forte au Chameau par la longueur de fon cou Se de fes jambes : 
mais que comme pfufieurs parties de l'Oifeau ; favoir le bec , les 
yeux, la tête Se les jambes, relTemblent plus à l'Oie qu'au Cha- 
meau , on pourroit plutôt Tappellcr Chenocamelus que Struihio- 
camdus. Notre mot Auflruchc ou Autruche vient de Siruihoca- 



DES Oiseaux. ^9 

melus j ou plutôt , félon Nicot , de Struchocamelus. Il y a des 
Auteurs qui ont fait dire à Hérodote qu'il y a des Autruches 
fouterraines , & qui fe font donné la torture pour lavoir ce que 
c'étoit. Mais c'eft faute d'entendre ce Père de l'Hiftoire , à qui 
l'on a fait dire bien d'autres bêtiles aulli mal-à-propos. Pour 
l'entendre , il faut favoir qu'Hérodote diftingue de trois fortes 
de Strouthos , qui font , i". le Strouthos aquatique ou marin , 
c'eft-à-dire , le PollFon plat nommé Plyc ; i°. le Strouthos aérien, 
ou le petit Strouthos , qui efb notre Momeau ; 5°. enfin le grand 
Strouthos , le Strouthos d'Arabie ou de Lybie , le Strouthos ter- 
reftre , ou qui ne s'élève point de terre , Se c'eft notre Au- 
truche. 

Quant à ce que les Ornithologues difent que cet Oifeau s'ac- 
couple à reculons comme le Chameau, ils me permettront d'en 
douter , comme je doute que les Hirondelles s'accouplent de la 
même façon , malgré l'autorité d'Ariftote &: de tous fes Co- 
piftes. 

2°. L'Autruche d'Amérique , S truthio-Camelus America^ 
nus y Nhanduguacu B rajllienjîbus , Ema Lujltanis Marcgravii , 
Ray Synopf. Struthio-N othus , Klein : en Allemand StrauJJ-Baf- 
tard. Elle eft un peu plus petite que la précédente , &: plus fem- 
blable à VEmeu ou au Cajouara^nh. l'Autruche; car elle a quatre 
doigts au pied, trois devant , 6c un derrière qui eft gros 6c rond; 
une queue non crêtée comme dans la précédente , mais des plu- 
mes grifes , étendues fur le dos jufqu'à l'anus ; la tête d'une 
Oie , comme la vraie Autruche. Les Crebles l'appellent Thouyou. 
Selon M. Klein , elle a trois doigts en devant, les ongles 
noirs , gros , moulTes , & à la place du doigt poftérieur un corps 
arrondi, gros , & dur à la plante du pied ; ce qui fait qu'elle ne 
peut marcher que difficilement fur un plancher uni ; fon bec eft 
relTemblant à celui de l'Autruche d'Afrique. C'eft un Oileau de 
même purement terreftre. Ce qu'il y a d'étonnant dans ces Oi- 
feaux rufés , c'eft que non-feulement ils échappent aux Chiens 
de chafle , mais même qu'en étendant une des ailes ils dirigent 
tellement leur courfe à droite Se à gauche , qu'ils éludent les traits 
des Sauvages , félon Pifon ; leurs plumes font grifes par tout le 
corps ; ils n'ont prcfque point de queue, ni de ces crêtes ou 
plumes flottantes à la queue ; leur corps eft ovale. Or fuivanc 
cette defcription , il paroit clairement que cet Oiieau ne peut 
point fe rapporter à la première famille des Autruches : mais 
pour la grandeur il va immédiatement après elles. 

3°. Le Casouar, EmeuicM Emc Aldrovandi ^ Cliifà , Nie- 



2o Histoire Naturelle 

rembergii i Emeu , vulgo Cafoaris Bondi; Emeu , quibufdam 
diclas Cafearlus JVormii , Ray Synopf. ; en Anglois ihe Caf- 
fowaty ; en Allemand Cajuar. Cet Oileau a une langue ; une 
couronne de corne au milieu de la tête ; la tête &: le cou nus, 
ou plutôt revêtus de poils clairfemés ; la peau de couleur bleue- 
purpurine, excepté leulement la partie inférieure du derrière du 
cou , qui eft couleur de vermillon ; antérieurement au bas du 
cou pendent iur la poitrine deux petits lobes de chair nus. 
L'ouverture du bec eft très-ample ; le bec long de près de quatre 
doigts , de grofleur médiocre, droit ; il a les jambes grolles , fortes, 
plus c&urtes que celles de l'Autruche ; trois doigts au pied, tous 
en devant ; car il n'a point de doigt de derrière. Il a quelques 
ébauches d'ailes plutôt que de véritables ailes, avec feulement 
cinq petits tuyaux ronds de plumes, femblables à des tuyaux de 
Porc-épic, avec des ailerons fans plumes, ouufés par le frotte- 
ment ; point de queue ; le corps grand , pareil à celui d'une 
Autruche , revêtu de plumes brunes ou noirâtres , d'un tilFu 
lâche, qui de loinfemblent être plutôt des poils que des plumes. 
Cet Oifeau s'apprivoifc aifément. Il habite les Indes Orientales. 
Il a fous la poitrine un cal ou durillon comme le Chameau, fur 
quoi il s'appuie bi fe couche en le repofant. 

Selon M. Klein, fon bec caréné ou laillant a plus de cinq 
pouces de longueur ; il eft médiocrement gros , un peu crochu 
à fon extrémité; il a la bouche amole ; une crête ou excrefcence 
de tête, grofle, de corne liiTe, non anguleufe ; des plumes loyeu- 
fes & eipacées , avec une peau d'un bleu purpurin, qui joue fur 
la tête & fur le cou ; il n'a point de queue ; Ces aîles font très 
courtes; fes plumes foyeufes fe terminent ordinairement en deux 
ou trois pointes flexibles. Clufius a fort bien décrit le mâle & la 
femelle en ces termes : Le delFous du bec eft en quelque forte 
formé en croilTiint , &; le delKis , depuis la fente jufqu'à la poin- 
te , eft long de cinq pouces ; il a au deiïous du bec comme 
deux barbes membraneufes ; les pieds non fendus en deux , mais 
munis de trois doigts , fans éperon , à la manière des pieds de 
l'Outarde. 

Je me fou viens d'avoir vu cet Oifeau fmgulier vivant dans 
Paris , à la Foire Saint Germain. 

4". Le Cygne ou Coq étranger, Cygnus cucullatus Nie- 
rembergii ; Gallus gallinaceus peregrinus Cïufii ^Dronte Bondi ^ 
Ray Synopf : en Anglois die Dodo. Il fe trouve dans l'Ifle Mau- 
rice. Il eft de grandeur moyenne , entre l'Autruche &; le Coq- 
d'Inde ; il a la tête grande , couverte d'une membrane qui 

relFemblc 



DEsOlSEAUX. 8r 

rcflcmble à un coqucluchon ; de grands yeux noirs ; le bec très 
long & fort, d'un bleu blanchâtre, excepté les extrémités, dont 
l'inférieure eft noirâtre , & la fupérieure jaunâtre ; une large 
bouche ; le corps gras , rond , qui elt vêtu de plumes molles 6c 
grifes pareilles à celles de l'Autruche ; des deux cotés au lieu des 
maîtreifes plumes de l'aîle , il a de petites ailes garnies déplumes 
d'un jaune-cendré , Se derrière le croupion , au lieu de queue , 
cinq petites plumes crépues de la même couleur ; fes jambes font 
jaunâtres, allez grofles , mais fort courtes ; il a quatre doigts au 
pied; ils font folides, longs, comme écailleux , munis d'autant 
d'ongles noirs &: forts. Au refte cet Oifeau eft lent dans fon allu- 
re , èc ftupide ; il fe laifle prendre facilement par les Challeurs. 
Voilà ce qu'en dit Bontius. 



CHAPITRE NEUVIEME. 

Des Oifeaux à bec plus droit , ôC d'abord des 
plus grands qui ont le bec gros , un peu long 
se droit, 

V>ES Oifeaux fe nourrilTcnt indiftinttement d'Infecles 5c de 
grains : il y en a aufîî quelques-uns qui font carnalliers , fur- 
tout avides de charognes , ou bien ils ne vivent que d'Infedles, 
Les premiers font ou prcfquc d'une feule couleur noirâtre , &C 
c'eft le Genre Corbln , dit ainfi du Corbeau , qui eft un Oifeau 
très connu , & le plus grand de ce genre dans l'Europe ; ou de 
diverfes couleurs , èc babillards , que nous nommons Pies , à 
caule de la Pie , qui eft un Oifeau des plus communs. Les der- 
niers font tous d'une feule &: même famille , 6c on les nomme 
Pics. 

Il eft cependant à remarquer que quand nous aflurons que 
tous les Pics ne vivent que d'Infecles , nous entendons les Oi- 
feaux nommés proprement ainfi ; car il y en a quelques-uns que 
nous avons rapportés à ce genre , en prenant dans un fens 
étendu le nom de Pics pour tous les Oifeaux qui grimpent éga- 



8i Histoire Naturelle 

lemeiic aux arbres , lefquels fe nourrifTenc encore de grains ^ 
comme par exemple le Torchepot , le Pic de muraille ,èLc. 

Quant aux Pics proprement dits , ils font diftingués de tous 
les autres genres d'Oifeaux par plufieurs marques infignes ; 
1°. par le bec droit , dur , robulte , anguleux , propre pour percer 
les arbres ; 2°. par une langue très longue , ronde, terminée en 
épine oflcufe , pointue , roide , dentelée des deux côtés , pour 
piquer les Vermilfcaux , les Artifons , les Fourmis & autres In- 
lecies : langue qu'ils peuvent tirer fort loin , & retirer à leur 
gré , par le moyen de deux cartilages bc de deux mufcles , en 
quoi il y a un merveilleux artifice; 3°. par des jambes courtes , 
mais fort robuftes , pour grimper aux arbres , & s'y attacher 
plus fermement , tandis qu'ils percent des trous; 4°. par les 
doigts de leurs pieds ; ils en ont deux en devant , & autant en 
arrière , pour le même ufage; 5°, par une queue roide bc un peu 
dure , fléchie même en enbas , afin qu'ils s'appuient deflus, 6c 
qu'ils fe foutiennent par cet appui en grimpant ; ce qui fait que 
l'extrémité de ces plumes eft fort fouvent rompue &; ufée : or 
cette queue eft compofée feulement de dix plvimes; ce qui con- 
vient à peu d'autres Oifeaux. 6°. Ils n'ont point d'appendices aux 
inteftins, ou d'inteftin cxcum; ce qui eft particulier à ce genre, 
&: qui ne convient à aucun autre Oifeau, que nous fâchions, 
£c entre les Quadrupèdes au feul genre des Fouines; ce que je 
ne fivois pas encore , lorfque je publiai l'Ornithologie de M. 
Willughby. 7°. Ils vivent uniquement d'Infe£tes , comme nous 
l'avons déjà remarqué. 

Entre ces figncs diftinclifs , le premier & le cinquième ne 
conviennent gueres au Torcol , qu'il faut néanmoins abfolumenc 
mettre au rang de ces Oifeaux , à caufe des autres fignes. 




D E s O I s E A U X. §3 

Article Premier. 
Des Oijeaux du genre Corhin. 

X-/ ES marques caradcnfaques de ce genre font le bec grand , 
gros , droit ou modiquement courbé ; ils vivent indiilindtement 
de chair , d'Infedes ÔC de grains ; quelques-uns même de ces 
Oifeaux font uniquement carnaffiers , le nourriflant principale- 
ment de charognes ; ce qui fait que quelques Auteurs les appel- 
lent demi-carnaffiers , comme le Corbeau & la Corneille; les 
autres font frugivores ou mangeurs de grains, comme le Freux. 

1°. Le Corbeau , Corvus , Ray Synopf. Corvus Jimpliciter , 
Klein. Corvus ater , dorfo C£rulefcentc , Lin. : en Grec Corax ; 
en Italien Corvo ; en Anglois thc Raven ; e^ Allemand Rabe. 
C'eft le plus grand en ce genre; il eft par-tout de couleur noire, 
avec un certain bleu reluifant; il déchire &: dévore très fouvent 
des Agneaux nouveaux-nés. D'abord il leur arrache les yeux à 
coups de bec. Bien plus , il attaque aulFi les Oifeaux , 6c quel- 
ques-uns l'inftruifent à la chalTe. On croit qu'il vit fort long- 
temps. 

Selon M. Linna:us, il eft de la grandeur d'un Coq ; tout fon 
corps eft noir, ayant le dos un peu bleuâtre; il a vingt grandes 
plumes à chaque aîle , dont les deux premières font un peu plus 
courtes que les autres ; les plumes de la queue font égales. Il 
habite dans des forêts épailTes ; il fait fon nid lur les branches 
des arbres , fur-tout des fapins ; il fent avec une étonnante faga- 
cité les charognes, quoique très-éloignées. Les Suédois, qui 
l'appellent Korp , l'eftiment un Oifeau facré , & perfonne n'ofe 
le tuer. Dans les Provinces méridionales de Suéde, il vole en 
hauteur quand le Ciel eft ferein , & il jette un cri fmgulicr qui 
fe fait entendre très loin , Se ce cri eft Clons. 

M. Klein dit avoir vu un Corbeau blanc. On dit que la 
Norvège ôc l'Iflande en nourriftent de cette forte ; mais comme 
l'Iflande a auiïï des Corbeaux très noirs , il faut com.pter les 
blancs parmi les chofes rares. J'ai obfervé , ajoute M. Klein , 
une Corneille blanche près de Lubeck, & des Pics blanches en 
Siléfie & à Drefde. Jean Caïus a vu en 1 548 dans le Duché de 

Lij 



§4 Histoire Naturelle 

Cumberland deux Corbeaux blancs tirés du même nid , &C 
drclîés à la chaire comme des Eperviers. 

M. de Réaumur a vu auffi une Corneille blanche trouvée 
dans le nid , en fa Terre de Réaumur dans le bas Poitou. 

Le Corbeau a le bec fort gros , un peu voûté Se crochu au 
bout, tout noir , tranchant par les bords , 6c barbu à la naifTan- 
ce ; la langue large à la pointe , arrondie à la racine , noire ; les 
yeux d'un noir luifant ; fes plumes fervent à faire des touches 
pour le Clavecin & l'Epinette ; fa chair ne vaut rien à manger; 
mais fes petits fe mangent. Bclon dit qu'il eft défendu en An- 
gleterre , fous peine de groiîe amende , de tuer les Corbeaux , à 
caufe qu'ils mangent des charognes &c des PoiiFons jettes fur le 
rivage de la Mer , qui autrement pourroient empuantir l'air. Il 
a le gofier très large , & la facilité de revomir les os qu'il a ava- 
lés. On s'eft faufTement imaginé que les Corbeaux s'accouploient 
par le bec. Ce qui a donné lieu à cette opinion , c'eft qu'ils fe 
baifent comme font les Pigeons dans le temps de l'amour. Selon 
Willughby , le Corbeau a le vol de quatre pieds ; il pefe trente- 
quatre onces , &: il pond à la fois quatre , cinq , & quelquefois 
fix œufs d'un vert-bleu pâle Se tacheté de noir , plus gros que 
ceux de la Corneille. Son nid eft très gros Se profond ; il le fiit 
fur le fommet des plus hauts arbres , Se quand il a fait choix d'un 
chêne il ne le quitte point. Ils vont ordinairement deux à deux ; 
Se où il y a une paire de Corbeaux , les Corneilles n'oferoient s'y 
établir. Quand leurs petits font grands Se en état de voler, ils 
Jes chafTent hors du nid. Se même du Pays, voulant fe maintenir 
dans un canton qui ait aiïez d'étendue pour les nourrir. On a 
remarqué, dit M. Andcrfon , dans plufieurs petites Ifles fituées 
aux environs de l'Iflande , principalement dans celles qui ne 
font pas habitées , que fur chacune il ne fe trouve qu'une feule 
couple de vieux Corbeaux, qui s'étant emparés de tout le diftricH: 
s'y maintiennent de force. Ils attaquent les autres Corbeaux qui 
veulent s'y établir , Se ne les quittent qu'après les avoir chafles 
de leurs Etats. Les Aigles en font autant. 

Jonfton dit que leurs mœurs font admirables , qu'ils vivent 
cnfemble des trente à quarante ans , gardant fidèlement les loix 
du mariage. Se que l'un des deux étant mort, l'autre demeure 
veuf le refte de fes jours. On dit la même chofe des Corneilles , 
des Pigeons ramiers Se des Tourterelles ; mais cela n'en eft pas 
plus vrai. Le Corbeau peut apprendre à parler ; il prononce, par 
exemple, fort bien Co/as , Se c'eft ainfi que le vulgaire le nomme, 
Albert le Grand dit , je ne fais fur quelle autorité , que dans une 



DEsOlSEAUX. Sj- 

Ville de France appellée Corbeil , un Corbeau vécut plus de cent 
ans. Il ajoute qu'il y en avoit un à Erfort qui déroboit de l'ar- 
genterie , & alloit la cacher fous une pierre. C'eft aulli ce que 
font les Corneilles 6c les Pies. 

La longue vie du Corbeau eft fabuleufe, félon Scaliger. Cet 
Oifeau n'entre point fur nos tables , Se cependant il eft très 
rare. 

Selon Corgrave , on appelle Corbinet le cri des Corbeaux Se 
des Corneilles. Le mot Corbeau , jadis Corbin , en Guyenne Ef- 
corbeau , vient de Corvus. On nomme Corbillats les petits du 
Corbeau, autrement Corbillarts , comme Cornillarts ou Cornil- 
lats , & même Cornillons ceux de la Corneille, &; Piats ceux de 
la Pie. 

2°. La Corneille commune , Cornix , Ray Synopf Cornix 
nigra , Klem : en Grec Corôné ; en Italien Cornice ou Gracchia; 
en Anglois tke Common Crow. Elle eft carnalfiere , & fe nourrit 
ordinairement de charognes ; cependant faute de charognes elle 
ne laifle pas aufîi de ravager les bleds. Elle eft de moitié plus 
petite que le Corbeau ; du refte elle lui retremble fort. 

AI. Linna'us n'en parle point , parce qu'apparemment elle ne 
fe trouve point en Suéde ; ce qui eft allez étonnant. M. Klein 
remarque auffi qu'elle paroît rarement en Prufle. La Corneille 
a le bec, les jambes & tout le corps très noirs ; la bafe du bec eft 
couverte de poils ou de barbes comme dans le Corbeau. Ariftote 
a raifon de dire qu'elle mange de tout. Elle fait d'ordinaire cinq 
œufs d'une feule ponte. Il n'y a que la femelle qui couve, & pen- 
dant l'incubation ou la couvaifon le maie a grand foin de lui 
apporter à manger. On a cru fauiîcm.ent que les petits étoient 
abandonnés par le père & la mère jufqu'à ce qu'ils commen- 
çaffent à fe revêtir de plumes. Il n'eft pa£-moins faux que quand 
ils font devenus vieux , les jeunes les nourriirent par une jufte 
reconnoiflance , ainfî que la Cigogne, la Pie , la Puput, le Vau- 
tour & le Guêpier, qu'on a propoiés aux hommes pour modèles 
de l'amour & de l'aiîiftance que l'on doit à fes père & mère. On 
dit que la Corneille vit neuf âges d'homme ; qu'elle fert de guide 
aux Cigognes quand elles palîent les mers ; qu'elle cafte les œufs 
de la Chouette fon ennemie; qu'elle gagne la lèpre quand elle 
touche à une charogne mangée à moitié par le Loup ; qu'elle fe 
joint au Héron pour fe battre contre la Belette &; le Renard; 
qu'elle eft malade dans le folftice d'été; que fes petits fortent de 
l'œuf par la queue : mais ce font de purs contes faits à plaiiir. On 



s 6 Histoire Naturelle 

n'a pas plus de raifon de croire que la Corneille eft la femelle du 
Corbeau. 

Selon Willughby, la Corneille commune pefe dix onces; elle 
a dix-huit doigts éc demi de longueur, 6c deux pieds &c autant 
de doigts de largeur, les aîles étendues ; elle pond à la fois 
quatre ou cinq œufs, femblablcs à ceux du Corbeau, mais plus 
petits. 

Les Anciens difent que la beauté a été donnée au Paon, la 
force à l'Aigle, l'augure au Corbeau &c au Pivert , & les fmiftres 
préfagcs à la Corneille. Cicéron dit dans fon Traité de la Divi- 
nation , que les préfages du Corbeau étoient heureux du côté 
droit , èc ceux de la Corneille du côté gauche. Quelle mifere ! 

On a imaginé, dit M. de Réaumur en parlant des Abeilles, 
une efpcce de chalTe aux Corneilles allez plaifante ; on leur met 
de l'appas dans un cornet de papier, rempli en partie, ou au 
moins enduit de glu. La Corneille qui donne dans le piège qu'on 
lui a tendu, qui va pour prendre le morceau qui lui eft offert, 
fe fait une coëffe du cornet, &: une coëlTe qui lui couvre les 
yeux , & dont elle ne iait point fe débarraffer. Elle s'élève alors 
en l'air à perte de vue , &: l'on affure qu'elle s'élève jufqu'à ce. 
qu'elle tombe fans force , & prefque morte. 

C'eft un amufement qu'il eft ailé de fe procurer en hiver , lorf- 
que la terre eft toute couverte de neige , & que ces Oifeaux (ont 
affamés. 

Il y en a qui appellent notre Corneille la Corbine , pour la 
diftinguer des autres. En Saintonge , en Touraine &. ailleurs , on 
la nomme une Grole ou Grolle ; en Bourbonnois une Aiyrolle ; 
en Sologne , du côté de Romorantin , une Couale ; en Berry 
Couar ; en Auvergne un Couas ; en Piedmont une CrouaJJe ou 
Croace. Ces divers no^fis ont été formés de fon cri , comme le 
Grola ou Grolla des Italiens. Quelques-uns lui donnent auffi le 
nom de petit Corbeau , à caufe de iii reffemblance avec le vrai 
Corbeau. M. Jault , dans la nouvelle édition qu'il nous a donnée 
du Diiflionnaire Etymologique de Ménage , dit que les Proven- 
çaux &; les Marchands de Marfeille qui font dans les Echelles du 
Levant , appellent les Corneilles des Grailles ; ce qui marque 
infailliblement que ce mot vient de Graculus ; car, comme M. 
Ménage l'a fait voir dans fes Aménités de Droit , le mot Gracu- 
lus ne fignifîe pas un Geai, mais une Corneille. Adrien Junius , 
dans fon Nomenclatorew huit Lanp-ues, nomme aulîî Graille en 
François le mot Latin Cornix ; il y joint même Graillât ^ dimi- 



DEsOlSEAUX. S7 

nutif de Graille ^ comme ComiculaXt'ii de Cornlx. Pierre Boiel 
dit aufli une Graule , pour Grolk ; une Graie , Graille ou 
Agraille ; ce qu'il fait venir du mot Latin Garrula , parce que 
la Corneille eft babillarde. 

3°. Le Freux, Cornix frugilega , RaySynopf. Corvus ater , 
Linn. : en Grec Spennologos ; en Anglois the Rook ; en Alle- 
mand Roocke ou Rouch ,• en Suédois Roka. Il paroît refTembler 
à la Corneille commune ; mais il en diflere par plufieurs endroits ; 
par la grandeur , il eft plus grand que la Corneille ; par la cou- 
leur du bec, il eft blanchâtre à fa racine ; ce qui vient de ce qu'en 
piquant de temps à autre fon bec profondément dans la terre , 
pour en tirer de petites racines ou des Infectes, il ufe les plumes 
qui naiffent autour de fa racine, & y met la peau à nu; par 
l'éclat de fon plumage , qui eft d'un pourpre-bleu ; en ce qu'il 
eft Oifeau de Compagnie , &c qu'il ne vole pas feulement en 
troupe , mais qu'il fait fon nid de même ; enfin en ce qu'il vit 
la plupart du temps de grains. 

M. LinniEus die qu'il habite dans les Provinces maritimes mé- 
ridionales de Suéde ; qu'il fait fon nid fur les arbres , & que c'eft 
un Oifeau nuifible aux bleds. 

Selon Belon , il a le bec gros , long , droit , pointu par le bout , 
& jaune ; il s'en fert comme d'un pic ; il va en troupe plus que 
la Corneille ordinaire , & il ne mange point de charogne ; il ne 
hante jamais le rivage des Rivières, ne vivant que de ce qu'il 
trouve dans les terres labourables ; au lieu que les Corneilles 
communes ne volent guère que deux à deux , ou tout au plus 
une douzaine enfemble, aimant les rivages, ôc vivant de toutes 
fortes d'immondices. C'cft l'Oifeau le plus commun que nous 
ayons, couvrant quelquefois toute une forêt, & faifant grand 
bruit par fes croafTements. Le Freux n'eft pas mauvais à manger, 
étant gros comme une petite Poule ; mais fa chair eft noire ôc 
vilaine. Les gens de la campagne difent qu'il fait unefoupe ex- 
cellente. Ses petits font très bons. 

J'avois cru jufqu'ici , fur la foi de Belon , que le Freux avoit 
le bec jaune , & c'eft de cette manière que je l'avois indiqué à 
plufieurs Chafteurs qui ne le connoifloicnt point fur mon indi- 
cation : mais toutes réflexions faites , 2^ après avoir examiné 
nombre de Corneilles dans les terres enfemencécs de la Beauce , 
j'ai reconnu que ft le bec de cet Oifeau paroît jaunâtre de loin, 
ce n'cft que parce qu'il eft fouvent crotté ou couvert d'un enduit 
de terre pkis ou moins féchc. 

Aldrovandus prétend que Belon a eu tort d'appeller Gracculus 



88 Histoire Naturelle 

cette efpece de Corneille , attendu que le vrai Gracculus eft le 
Choucas ou la plus petite Corneille.' 

Le Freux _, lelon Willughby , pefe dix-neuf onces ; il a vingt 
ooigts de longueur , &L le vol de trente-huit doigts ; fes œuts 
font iemblablcs à ceux du véritable Corbeau, mais plus petits , 
femés de plus grandes taches , fur-tout au gros bout. 

Le mot Freux, que quelques-uns appellent ^ro//^è Corneille ^ 
vient de Frugilega ou Frugivora. On trouve aulîi écrit Freu ou 
Freus. Il y en a qui donnent à cette Corneille les mêmes déno- 
minations qu'à la Corneille commune. Elle eft nommée le 
F rayon dans un Livre intitulé le Miroir de la Fauconnerie. 

4°. La Corneille mantelée , Cornix cinerea frugilega , 
Ray Synopf. Cornix varia , Geln. Corvus capite , gulâ , alis 
caudâque nigris , trunco cinerafcente , Linn. : en Anglois the 
Royflon-crow. Sa tête , fa gorge jufqu'au fiernum ou bréchet , 
& ies aîles , font noires ; le refte du corps eft cendré. Quelques- 
uns l'appellent Corneille marine ou de mer. Elle eft fréquente 
dans la plaine voifuie du Bourg de Royfton & ailleurs , dans le 
territoire de Cambridge , fur-tout en hiver. Nous lui avons 
trouvé l'eftomac rempli de froment , d'orge 6c d'autres grains. 

Selon M. Linna:us, fa tête , fa gorge , fes aîles , fa queue , fes 
pieds ôc fon bec font noirs ; tout le refte eft cendré ; depuis la 
gorge jufqu'au milieu du cou en deftous , elle eft noire ; elle pond 
quatre œufs à la fois. Elle habite dans les bois ou bocages , 
communément dans les aunaies ; elle mange des Infectes 6c 
diverfes charognes ; elle vole par troupe ; elle fe nourrit auffi de 
chenilles : de-là vient qu'elle purge les pâturages &L les prés de 
la vermine qui confume le foin : elle annonce d'avance la tem- 
pête future 5c les vents dans les lieux maritimes ; elle mange 
encore des coquillages & des têtes de Grenouilles. 

M. Klein dit que l'hiver, dans la bafle Saxe, une multitude 
innombrable de ces Corneilles affiégcnt les greniers durant la nuit, 
en criant de toutes leurs forces ; mais que louvent elles e;i^font 
chaffées par les gros Hiboux , qui y font un grand tapage. 

On l'appelle Corneille mantelée _, parce qu'elle eft noire & 
grife , comme fi elle étoit vêtue d'un Manteau; quelques-uns la • 
nomment la mamelle ; d'autres la Bedeaude _, à cauie de fa robe 
de deux couleurs ; le Aleunier ou la Meunière , pour la même 
raifon , ou X^. Jacobine ; autrement Corneille fauvage , Corneille 
d'hiver , èc par dérifion Rojfignol d'hiver , parce qu'elle vient 
nous annoncer l'hiver , comme le Roffignol nous annonce le 
printemps ; car elle ne fait point fon nid dans ce Pays-ci ; elle 

nous 



DEsOlSEAUX. 89 

nous quitte aux premières chaleurs du printemps , èc revient 
chez nous tous les ans vers la fin de l'automne , pour y palier tout 
l'hiver , cherchant fa vie dans nos campagnes, près des Bourgs 
de des Villages , &c en particulier dans les fientes des animaux le 
long des grands chemins. 

Willughby remarque que la Corneille mantelée pefe vingt- 
deux onces ; qu'elle cil longue de vingt doigts , Se que Tes ailes 
étendues ont trente-neuf doigts de largeur. 

5°. La PETITE Corneille , dite Choucas, Monedula five 
Lupus Aldrovandi y Ray Synopl. Cornix garrula , Klein. Corvus 
frontc nigrâ, occipite incano , corpore fufco , alis caudaque ni gris ^ 
Linn. : en Grec Coloios owLucos; en Italien Monacchia , Cutta; 
en Anglois the Jack-Daw ; en Allemand Dohle ou Tkole ; en 
Suédois Kaja. Elle ell plus petite que la Corneille commune ; la 
partie poftérieure de la tête, jufqu'au milieu du corps, eft gri- 
sâtre , comme auiîi la poitrine & le ventre ; le refte du corps eft 
noir, avec une lueur bleue; mais le haut de la tête l'eft davan- 
tage. Cet Oifeau a la tête grande à proportion du corps ; ce qui 
dénote un génie fin Se adroit. 

Selon Al. Linnxus, le bec , le front, la gorge, les aîles , la 
queue & les pieds lont noirs ; le derrière de la tête Se le cou cen- 
drés ; l'iris àcs yeux blanche ; le dos noirâtre ; la poitrine ôc le 
bas du ventre d'un gris-obfcur. 

Willughby dit que cet Oifeau pefe neuf onces & demie; que 
la longueur de fon corps , depuis le bout du bec jufqu'au bout de 
la queue , eft de quatorze doigts , 6c la largeur des deux ailes 
étendues de vingt-huit doigts £c demi. 

Il eft commun dans certains cantons , & rare dans d'autres. 
Ces pi'étendus Corbeaux , qui nichent en fi grande quantité fur 
i'Eglife de Saint Julien du Mans, ce qui a été regardé comme 
Un phénomène furprenant, & a donné lieu à àcs queftions & à 
des réponfes en forme de dififertations, imprimées dans le Mer- 
cure de France, ne font autre chofe que des Choucas qui s'at- 
troupent volontiers , & affectionnent certaines tours préférablc- 
ment à d'autres, pour y loger toute l'année. On voit fouvent plus 
de cent nids de Choucas dans une feule Tour : mais on ne les 
voit point faire leur nid dans des trous d'arbres , comme le veut 
Albert le Grand. 

C'eft le Gracculus des Anciens , & la petite Corneille voîeufe 
d'Horace. 'Lç.s Latins l'ont nommée Monedula , comme qui diroit 
Monetula y à caufe que le naturel de cet Oifeau eft de voler de la 
monnoie , comme or ôc argent : voilà pourquoi l'on dit en pro- 

M 



90 Histoire Naturelle 

verbe , voleur ou larron comme une Chouette. Pline tourne la 
chofe à fon honneur ; car il dit qu'elle a montré aux hommes à 
fcmer le bled , par le foin qu'elle a de le cacher en terre pour fa 
provifion. On l'appelle ordinairement Chouca , Choucas ^ Chocas^ 
Chucas , Chlcas i Chouette , Chuette , Chouchette , Chouquette , 
Chuquette ; fie ces divers noms lui ont été donnés par onomato- 
pée , c'eft-à-dire , à raifon de fon cri naturel. Quelques-uns la 
nomment Cornillat , Cornilleau ou Cornillon , comme qui diroic 
petite Corneille. Selon Cotgrave, elle eft encore appellée Gai, 
pour Geai, parce que c'eft le Gracculus , ou le Geai de la Fable ; 
Chue en Savoyc ; & en Picardie Caiié , Cauette ou Cauvette. En 
balTe Normandie on appelle vulgairement nos Choucas des Fau- 
vettes , apparemment pour Cauvettes, à la manière des Picards. 

6°. Le Choucas a bec rouge , Coracias , Pyrrhocorax etiam 
dicla y Ray Synopf. Cornix rojiro pedibufque rubris , Klein ; en 
Italien T accola ; en Anglois the Cornish-Chough. Il eft aflezdif- 
tingué par la couleur rouge de fon bec, non-feulement du pré- 
cédent , mais aulli de tous les autres Oileaux de ce genre ; de 
forte qu'il n'eft pas befoin d'ajouter d'autres fignes caraélérifti- 
ques , quoique nous n'en manquions pas. Il fréquente principa- 
lement les rochers & les côtes maritimes , non-feulement dans 
la Province de Cornouaille, mais encore dans le Pays de Galles. 
Le Corbeau fiuvage de Gefner s'accorde en tout avec notre 
Choucas , excepté pour la grandeur. V. PL 9. Fig. 2. 

Selon Willughby , le màlc pefe treize onces , &: la femelle 
douze onces & demie : l'Oifeau depuis le bout du bec jufqu'au 
bout.de la queue, a dix-fept doigts de longueur; & la largeur de 
fcs aîles étendues eft de trente-trois doigts &: demi. 

Il fréquente les montagnes, & il eft commun dans les Alpes: 
mais il ne defcend prefque jamais dans le plat-pays ; il eft noir 
comme un Merle , mais plus gros &: plus criard. Il fait fon nid 
dans les creux des rochers , où il ne pond à la fois que trois œufs. 
II mange de tout , mais principalement du grain. Il n'y a guéris 
que les pauvres gens qui en mangent, quoique fes petits ne Ibienfi 
pas mauvais. Olina dit qu'on le nourrit dans les volières pour fa 
beauté ; & Belon, qu'il s'apprivoife aflcz aifément ; qu'on peut 
même lui apprendre à parler , &; que fon cri , qui eft un peu 
importun, fe fait entendre de bien loin. En effet, j'en ai vu deux 
à Paris , dans le Fauxbourg Saint Germain des Prés , qui éroient 
fort privés, qui vivoient de bonne intelligence avec les Pigeons 
de volière , allant & venant parmi eux. 

Le mot Pyrrhocorax eft purement Grec, & fignifie Corbeau 



DES Oiseaux. 5I 

rouge i auflî a-t-il les yeux , le bec & \qs pieds d'un beau rouge 
orangé. On l'appelle en François Chouca ou Choucas a bec ù pieds 
rouges , Chucas de rocher ou des Alpes , Choucas de montagnes ^ 
Choquar dans le Vallais , petit Chucas ou Chouette rouge. 

7°. Le Corbeau des Indes, Corvus Indicus Bontii ^ Ray 
Synopf. Il rcflemble à notre Corbeau par le bec ; mais aux tem- 
pes il elt piqueté comme les Pintades. Il a la tête fie le cou ornés 
de plumes noirâtres ; les pieds & les ongles forts. Il difl-ere de 
nos Corbeaux pour le caractère , en ce qu'il ne fe nourrit point 
de charogne, mais principalement de noix mufcadcs , dont il faic 
un dégât confidérable. Sa chair eft délicate. 

8°. Le Corbeau Indien , dit Rhinocéros , Corvus Indicus 
cornutus y Ç^w Rhinocéros avis Bontii ; Rhinocéros avis Aldrovan- 
di ; Topau Wormii Muf. Ray Synopf. Il iurpalFe de beaucoup en 
grandeur notre Corbeau d'Europe ; fon bec eft énorme à pro- 
portion du corps. 

Jean NieuhofF le décrit fous le nom de Jagervogel : mais 
comme je n'entends pas bien la Langue Flamande , je renvoie 
le Le£beur au Livre de Nieuhoff. 

Il paroît qu'il y a différentes efpeces de cet Oifeau; car nous 
avons vu trois becs de cette forte II différents pour la forme, 
qu'ils ne pouvoient être d'un feul ôc même Oileau. On en trou- 
vera les figures dans l'Ornithologie de M. Willughby , oii le Lec- 
teur doit recourir ; car on ne fauroit les décrire fans un long 
verbiage fort difficile à comprendre. Cet Oifeau aux Iflcs Phi- 
lippines efb appelle Calao ; il ell gros comme un Coq, fon corps 
eft gris-brun. Cet animal s'apprivoife , 6c détruit les Rats 6c les 
Souris dans les maifons. /^. PL 9. Fig. 3. 

9°. La Corneille blanche. Elle eft un peu plus grolTe que 
le Geai de France , d'un blanc-fale ; elle a l'iris rouge , le bec 
& les pieds blancs comme le relie du corps. Il y en a une vivante 
à Paris , oii elle a été apportée de l'Iflande. 

10°. Le Corbeau jaspé de blanc & de noir. Il eft gros 
comme un Coq , efl jafpé de plumes blanches , noires &; grifes- 
brunes ; fon bec , fes jambes , fes pieds & fes ongles même font 
aufli jafpés de blanc & de noir. Il a été apporté de l'Ifle de Ferroë 
en Dannemarck par le Capitaine Tureau. 

Le PETIT Corbeau du Cap de Bonne-Efpérance. Il eft gros 
comme un Merle, tout noir ; les plumes de fa tête & de fon cou, 
longues 6c étroites , forment une efpece de cravate lorfqu'il les 
redrefTe i il porte à la racine du bec encre les narines , une demi- 

Mij 



pi Histoire Naturelle 

douzaine dccrins noirs , longs d'environ quatre pouces. V. P/. 9: 
Fi g. I. 

M. Klein fait mention de plufieurs Corneilles étrangères que 
nous ne connoifTons pas. 



Article Second. 
Du genre des Pies. 



,".L, 



A Pie , Pica varia caudata , feu fvnplicitcr Pica , Ray 
Synopf. Pica Rufiicorum vulgaris , Klein. Corvus caudâ cuntifor- 
77z/j Linn. : en Grec Kitta ; en Italien Gagera ; en Anglois tkc 
Magpye ou Pianet; en Allemand Aglafier ou. Alefier ; en Sué- 
dois Skata. Elle diffère des Oifeaux congénères ou du même gen- 
re, par Ton plumage varié de blanc & de noir; par la forme iin- 
guliere de fa queue , dont les plumes du milieu font les plus lon- 
gues , &L les autres infcnfiblement plus courtes par ordre ou fym- 
métrie , jufqu'aux dernicres ; par fon nid fupérieurement cou- 
vert d'épines de tous les cotés : il y a feulement un trou au 

A / 

cote. 

Selon M. Linnxus , la Pie a la tête , le cou, le dos , le crou- 
pion , l'anus , les cuiffes , le bec ôc les pieds noirs ; la poitrine , 
les côtés , les plumes du fécond rang de la bafe des aîles blan- 
ches ; les dix premières plumes de l'ailc noires au côté extérieur, 
blanches au côté intérieur ; les autres noires , extérieurement 
foyeufes-bleuâtres ; la queue en forme de coin , de la longueur 
du corps , dont les plumes pliées enfembles font toutes vifibles 
en deflus foyeufes-verdâtres. Elle habite dans les arbres près des 
maifons, &. eft très commune par tout le Royaume de Suéde, à 
l'exception de la feule Laponie. Elle b.uit fon nid avec artifice , 
& pond pour l'ordinaire fept œufs à la fois. Elle ne doit pas être 
diftinguéc du genre des Corbeaux. 

M. Klein obferve que les Latins l'ont nommée Pica, comme 
qui diroit Picla , en ôtant le ; , à caufe de la variété des couleurs 
de fon plumage ; qu'elle approche de fort près du genre Corbin 
par le bec , par les pieds & par les ongles , & que le favant Lin- 
na'us n'a pas mal fait d'affocier les Pies aux Corbeaux ; que néan- 




Dc^,.-:nt- .-J 1-/-MY /'^' ■ 'fu.- ù/iii 



j. &r6eau ciiCa^ c/e l'u/uwEdver^anc^z, ComeU/e à Sec roiiije ■ 3 . Ca/ae 



DES Oiseaux; 9^ 

jmoins il ne faut pas les confondre avec les Corneilles , donc 
elles fe diftinguent lur-tout par leur longue queue, & en ce que 
les Pies ont les aîles courtes ; au-lieu que les Corbeaux 6c les 
Corneilles ont ordinairement les aîles longues. 

Belon dit que fi l'on ôtoit les plumes blanches à la Pie, elle 
feroit toute femblable à la Corneille : il ajoute qu'elle fait environ 
neuf ou dix œufs ; qu'elle a cela de particulier qu'elle devient 
chauve tous les ans dans la mue ; qu'on la trouve en tout Pays , 
& qu'elle mange de tout. 

La Pie a beaucoup d'inftincft ; elle parle comme l'homme 
quand on l'inftruit , &: a beaucoup de babil ; mais pour qu'elle 
parle bien , il faut qu'elle foit en cage; de-là vient le proverbe, 
jafer comme une Pie. Quand elle eft loule, elle va cacher adroi- 
tement les provifions ; quoique libre &c à la campagne, elle fait 
des amas ou provifions de vivres , par exemple, de noix; & fi en 
chemin il lui en échappe une du bec , elle fait bien l'aller ramafler 
à terre. Cela fe voit tous les jours, pour peu qu'on y fafle atten- 
tion. Or il n'eft pas plus difficile de croire que le Geai fait de 
même des provifions ae glands, de noix , 6^ d'autres vivres. La Pie 
a beaucoup de mémioire ; elle eft voleufe , & il faut s'en méfier. 
On en raconte bien des hiftoires. Elle eft carnafferc, & détruit 
force gibier, même les Lapreaux. Si l'on en croit les Oifeliers , 
on diftingue dans la Pie , le Geai & l'Etourncau , le mâle de la 
femelle par la langue noire : mais on s'y trompe tous les jours. 
La Nouvelle Maifon Ruftique dit que dans la Pic le mâle fe 
connoît en ce qu'il a des plumes bleues fur le croupion. Wor- 
mius en a eu une toute blanche. Il y a plufieurs années qu'à 
quelques lieues d'Orléans on en prit en Sologne une aufli toute 
blanche , à l'exception d'une feule plume noire au milieu d'une 
des aîles. J'ai envoyé pour la curiofité cette Pie à M. de Réaumur. 

Selon Wilkighby , la Pie pcfe huit à neuf onces ; fa longueur 
eft de dix-huit doigts ; elle pond cinq ou fix œufs d'une feule 
ponte, quelquefois fept , plus petits que ceux du Corbeau , plus 
pâles ,,&; femés de taches plus fréquentes. Jean Liébault dit que 
les Pies & les Moineaux couvent alternativement. 

La Pie aime qu'on l'appelle Margot, & elle le prononce bien. 
Ses petits , nommés Piats , font aflcz bons à manger. La Pie 
marche en fautant , & remue la queue à la manière des Hoche- 
queues; elle change de voix comme elle veut , & contrefait aifé- 
ment les cris de divers animaux. Suivant le rapport des ChaiFcurs, 
la Pie gobe les œufs dans les nids des Oifeaux, Scen mange les 
petits 5 de même que la Corneille. 



94 Histoire Naturelle 

En Picardie , en Gafcogne ôc en Bourgogne , on nomme la 
Pic Agace ou AgaJ[Jc ; en Poitou , en Périgord & en Angoumois, 
Ajace i en Bretagne Agace. Selon Pierre Borel , on difoic an- 
ciennement Agache , 6c agacier ou agacer veut dire quereller^ 
harceler ; d'où vient le mot Agache ou Agace ^ à caufe que la Pie 
cft un Oiicau Carnalîier, & qui criaille fort. Ménage dit qu'il 
vient à'acaciare , agaller ou agacer, parce que les Pies font co- 
lères. M. Bochart croyoit qu'il avoit été dit par tranfpofition de 
lettres de V Kr^hc Ay^aggo , qui lignifie la même chofe. Mais félon 
M. Huet , on difoit autrefois AgaJJe pour Agathe , comme Ma-- 
cieu pour Matthieu , Macé pour Matthias. On a donc nommé la 
Pie Agathe ou Margot ^ comme le Ge.2à Richard ^ l'Etourneau 
Sanfonnet , l'Ane Henri , Martin ou Baudet , de Baldefhis , 
diminutif de i?a/^«j , nom propre d'homme; &Là'AgaJJe^àa.i\s 
la fignification de Pie on a fait agajfer. J'aimerois mieux dire que 
le mot AgaJJe ou Agajfer q^ formé du bruit que font les Pies , 
lorfque découvrant quelque animal qu'elles n'ont point accou- 
tumé de voir , elles criaillent après lui. La Pie agace ou décèle 
le Cerf par Ion cri. On trouve dans la balFe Latinité Ajacia^onn 
lignifier une Pic. On dit encore en Normandie que les Oifeaux 
agacent , pour marquer les cris qu'ils font quand on approche de 
leur nid ; ce qu'on appelle ailleurs maudir. Or tout cela femble 
venir du cri naturel de la Pie , fans aller chercher fi loin fon éty- 
mologie , ni dériver , comme font quelques-uns , le nom à'Agajfe 
de l'Italien Ga\-^a ou Ga'^'^era , qui fignifie la même chofe , & 
femble avoir été formé de même par onomatopée. En Sologne 
on l'appelle une Ouajfe , & les Solognots difent que cela peut 
venir du mot Ouaille , qui veut dire une Brebis, parce que la Pie 
monte lur la Brebis comme fur le Cochon , avec cette différence 
que le Cochon aime la Pie , parce qu'elle le gratte & lui ôtefa 
vermine ; au lieu que la Brebis hait la Pie , parce qu'elle la bec- 
queté &; lui arrache la laine. Selon Cotgrave , on la nomme 
encore Dame , Jaquette ou Jaguette. 

2°. Le G^Ki ^Pica glandaria ,^'X^ Synopf. Corvus variegatus ^ 
teclricibus alarum cxruleis , lineis tranfverfis albis nigrifque, Linn. : 
en Italien Ghiandaia ; en Anglois the Jay ; en Allemand Holt^" 
Heher ou Marcolfus ; en Suédois Noetskika. Il a les plumes diz 
fommet de la tête variées de blanc & de noir ; la couleur du dos 
roufl'e , avec quelque teinture de bleu. Mais la marque frappante 
par laquelle il diffère des autres Oifeaux de ce genre, eu égard 
à la couleur , ce font ces petites plumes très belles qui fe trouvent 
à la bafe de l'aîle, bariolées de lignes tranfverfalcs bleues , fort 



DES Oiseaux. 9j 

jolies , blanches èc noires , qui couvrent les quinze premières 
grandes plumes. Il dévore non-feulement des glands, mais auffi 
des fèves nouvelles qui ne font pas encore tout-à-fait mûres, ôc 
des cerifes dont il elt très-avide; 

Selon M. Linnxus , il a la tête d'un gris-tanné ; les épaules, la 
poitrine & le bas du ventre tannés ; le front tanné-blanchatre 
avec des taches noires longitudinales ; une tache noire lous les 
yeux derrière le bec ; la gorge blanche dans quelques-uns ; les 
grandes plumes des ailes noires ; mais les fept premières font en 
grande partie blanches à leur bord extérieur , ôc les trois fuivan- 
tes d'un blanc de neige au côté extérieur depuis la bafe jufqu'au 
deflTus du milieu ; tout le refte noir , dont cinq font plus longues 
que les autres ; les plumes du fécond rang font bleues au côté 
extérieur , avec des lignes noires en travers ; il a la queue noire, 
avec des plumes blanches en recouvrement; le bec noir, avec 
des mouftaches de part &c d'autre , compofées de cinq ou fix foies 
noires ; la langue membrancufe , fendue en deux. 11 habite com- 
munément dans les chênes. Dans une couvée de cinq on en a 
trouvé deux blancs , dans les ailes defquels on apperçoit une 
légère teinture de ce bleu-quadrillé qui orne l'aîle des autres. Il 
y en a un au Jardin du Roi. 

Willughby dit que le Geai pefe fept onces ; que fa longueur 
eft de quatorze doigts, èc l'étendue de fes ailes de vingt-un 
doigts & demi ; il ajoute que la femelle n'eO: que peu ou point 
différente du mâle ; ce qui fait qu'on les dilHngue très malaifé- 
ment l'un de l'autre. 

Belon obferve que le Geai a le bec tant foit peu recourbé , fore 
& large jufqu'à avaler des glands tout entiers comme le Pigeon 
ramier ; la langue fourchue ; la queue un peu longue , compofée 
de douze plumes noires. Quand il veut, il redrefle tellement fes 
plumes fur fa tête qu'on s'imagineroit que c'eft une huppe. Les 
Payfans difent qu'il eft fujet à tomber du mal caduc , lur-tout 
quand il a été déniché dans un poirier , & cependant ils en 
mangent autant qu'ils en peuvent attrapper. Les Geais s'aiment 
beaucoup l'un l'autre ; lorfqu'on a blefle un jeune Geai , fi on 
le fait crier en le mettant fous le pied ou autrement , tous les 
autres viennent à fon fecours , & donnent au Chafîcur tout le 
loifir de les tuer : mais on a remarqué que les vieux foufirent 
tout fans crier. Une chofe qu'on ne trouve en aucun autre Oi- 
leau , c'eft qu'il a les côtés des aîles marqués de belles taches 
azurées qui font en travers. CetOifeau eft naturellement larron 
comme la Pie , 6c fe plaît à cacher ce qu'il a dérobé. Frifch dit 



^6 Histoire Naturelle 

que le Geai eft carnafllcr de même que les Pies & les Corbeaux ; 
que non-feulemeat il mange les petits Oifeaux dans les nids , 
mais qu'il (e jette même lur ceux qui fe -prennent à la glu ou 
dans des filets , ou bien au trébuchet ; qu'il mange de tout en 
cage , £c que fouvent il y vit jufqu'à dix ans ; qu'il mange ordinai- 
rement des glands ; qu'il cherche aufli les noifettes mûres des bois , 
& qu'il cache loit dans des faules creux , Toit dans d'autres arbres 
oii il y a de la terre , ce qu'il ne peut pas manger, afin de pou- 
voir le retrouver l'hiver dans des temps de difette; que quand il 
ïippcrçoit un Renard , ou quelque Oileau de Proie , il a un cri 
particulier qui s'entend de loin , par lequel il fait venir ceux de 
ion efpece , èc qu'on le prend aifémentà la pipée, en contre- 
faifant le cri de la Chouette ; que fa chair elt dure ; mais que 
lorfqu'on la fait un peu bouillir , puis rôtir , elle prend un aflez 
bon goût , & approche de celui d'une Oie rôtie. M. Klein dit 
que c'ell un Oileau élégant , madré 6c gai , qui ne celTe de jafer 
£c de contrefaire ce qu'il entend , c]ui s'étant farci de gland en 
met en réferve dans des creux d'arbres , &; qu'il fe laiiïe prendre 
comme les Grives , à l'appas des cormes qu'il aime. Autant le 
Geai eft beau & propre en liberté , autant il eft vilain en cage 
pour l'ordinaire ; de-là eft venu le mot , fuie comme un Geai. 

Les mots Geai , Jai , Jayon ou Gayon , viennent de Gains 
pour Hilaris ^ à caufe de fon caquet , qui eft une marque de 
gaieté ; Se en effet , la joie eft babillarde , félon Ménage; d'au- 
tres les font venir du Grec Gaioo , fe réjouir ; d'autres difent 
fîmplemcnt qu'on l'appelle Geai , comme qui diroit Gai ; en 
Guyenne & en Picardie, on dit Gai ou Guai^S^-ceik ainfi qu'il eft 
écrit dans Calepin; à Verdun un Jacques , comme en Champa- 
gne , où il eft encore nommé un Gautereau ; en Orléanois un 
Jacuta , un Geta , un je n'ai pas , par une froide allufion au mot 
f'ai ; vulgairement un Richard, que les Picards pro.noncent Ri- 
card ; en Bretagne & en Anjou on dit auffi Ricard. Selon le Dic- 
tionnaire de Trévoux, on l'appelle en quelques Provinces Gau- 
trot ou Vautrot ; ce qui autorile l'étymologie de Karius , plu- 
fieurs Ecrivains Latins modernes ayant appelle le Geai Pica 
varia , à caufe de fon caquet & de la diverîité de fes couleurs. 
C'eft le Garrulus des Modernes, ainfi nommé, comme qui diroit 
le Jafeur. 

3°. Le Geai de Strasbourg , G arrulus Argentoratenjls Al~ 
drovandi _, Ray Synopf. Cornix cxrulea , Gefn. Corvus dorfo fan- 
guineo , remi gibus m gris , rectricibus viridibus _, Linn. en Anglois 
ihe Roller i en Allemand Blaue Raacle ou Teutscker Papegey ^ 

c'eft- 



D E s O I s E A U X." 9-7 

c eft-à-dire , Corneille bleue ou Perroquet d' Allemagne ou Ral- 
lier. Il eft d'un très beau plumage ; il a la poitrine &: le ventre 
d'un bleu-blanchatre ; le croupion & les petites plumes de l'aîle 
teintes d'un bleu agréable; la tête d'un bleu tirant fur le vert- 
obfcur ; les grandes plumes des ailes & de la queue mêlées de 
bleu , de noir & de blanc. Les marques fmgulieres dans cet Oi- 
feau font, 1°. des tubercules ou verrues nues aux yeux ; 1". la 
figure de la queue , dont les plumes les plus extérieures des deux 
côtés font plus longues que les autres ; 3°. les doigts divifés juf- 
qu'au fond ; 4°. fa langue , qui a fculem.ent deux appendices 
fourchues. K. PL 10. Fig. i. 

Nous ne croyons pas que la Pic de Mer, décrite par Aldro- 
vandus au Chapitre 16 du Livre 12 de fon Ornithologie, loit 
différente de notre Geai de Strasbourg , quoique les couleurs ne 
s'y accordent pas ; peut-être qu'Aldrovandus a fait fa defcriptioii 
à l'infpection de la Figure gravée. 

La Corneille bleue de Gelner nous paroît aufli être le même 
Oifeau que le Geai de Strasbourg; nous n'affirmons pourtant 
rien. 

Selon M. LinncTus , c'e^ l'Oifeau le plus beau & le plus bril- 
lant de tous les Oifeaux de Suéde ; fbn dos ell: d'un rouge-lan- 
guin ; il a les grandes plumes des aîles noires , & les plumes de 
la queue vertes ; la bafe des aîles bleue , Se le difque vert. Il ha- 
bite dans plufieurs Provinces méridionales de la Suéde. 

M. Klein dit que le defTus du corps eft d'un rouge-foncé; 
qu'au temps de la moillon il fe met fur les tas de froment , fe 
nourriffant de grains &; d'Infecles répandus dans les champs ; 
que fes petits fientent dans le nid , d'oii leur font venus des noms 
diffamants ; quec'eft le plus varié de tous les Oileaux d'Europe ; 
ce qui lui a mérité le nom de Perroquet ; que hors le temps de 
la moiffon il fe nourrit lui 6c fes petits de baies fauvages &: de 
différents Infe£les. 

Belon ne l'a point connu. Selon Frifch , il fait fon nid dans 
les bois où il y a beaucoup de bouleaux , &; c'eft pour cela qu'on 
l'appelle Geai de Bouleau ; il prend fa belle couleur bleue dans 
fa féconde année ; il vole par bandes en automne comme les 
Pies & les Corneilles ; on le voit même fouvent avec ces der- 
nières dans les terres labourées , fur-tout dans celles qui font pro- 
ches des bouleaux, où il cherche des Vers , de petites graines ou 
racines, ëc des grains nouvellement femés. Plufieurs Chafleurs le 
tuent pour le faire rôtir; &: comme fa chair cft fort tendre , il a 
de cette fxcon le coût de la Tourterelle. On le nomme encore 

N 



98 Histoire Naturelle 

Geai bleu y Pie ou Corneille bleue , Corbeau bleu , Corneille dt 
grains ^Perroquet d'Europe ou d'y^//(?OTû^7ze; ordinairement Geai 
de Strasbourg y parce qu'il fe trouve aux environs de Strasbourg. 

\.cs Auteurs ne parlent point de ies œufs. Jonflon dit feule- 
ment qu'il fait fon nid d'excréments humains, comme le Put- 
put. Al. de Réaumur avoir plufieurs Oifeaux de cette efpece bien 
confervés. Il s'en trouve quelquefois en Sologne , du côté de 
Romorantin , même en toutes laiions , à ce qu'on m'a afluré ; 
ce qui me feroit croire qu'il y fait fon nid : mais jufqu'ici per- 
fonne ne m'a pu dire l'avoir trouvé. L'an palTé il en fut tué un 
au-delà de Clery , que M. Roze , Aubergifte de ce Bourg , m'en- 
voya tout frais; & j'avoue que je n'ai jamais rien vu de plus beau 
en fait d'Oifeaux. 

4°. La Pie de Perse, Pica Perjîca Aldrovandi , Ray Synopf. 
Aldrovandus a décrit cet Oifeau d'après la Figure ; ôc comme les 
marques qu'il en rapporte ne font d'aucune importance ; lavoir 
Je bec blanchâtre ; l'iris des yeux blanche ; les pieds bleuâtres ; 
les plumes des aîl-es du fécond ordre, le croupion , & les pre- 
mières plumes de la queue jaunes ; j'avoue que je ne fais pas 
quelle forte d'Oifeau c'ell, à moins de le ranger dans la clafîe des 
Troupiales. 

5°. Le Casse-Noix, Caryocatacles Gefneri&L Turneri ^^aj 
Synopf. Pica nucifraga ^ Klein. Corvus cinereus , caudâ alifque 
nigris , Linn. Il eft d'une grandeur moyenne , entre le Merle 6c 
la Pie; il a le bec noir , fort , femblable à celui àts Pics; tout le 
corps _, tant en defTous qu'en deffus , d'un roux-brun , très-joli- 
ment piqueté de taches blanches triangulaires , excepté la tête ; 
il eft blanc entre les yeux & le bec ; au defTous de l'anus, les plu- 
mes qui font fous la queue font auffi très blanches; fa voix eft 
femblable à celle de la Pie. V. PL i o. Fig. 2. 

M. Klein l'appelle en Allemand Nus\brecher ; ce qui répond 
au mot Latin nucifragus. J'en connois, dit-il , deux variétés plu- 
tôt que deux efpeces : l'un a tout le corps bariolé de taches bru- 
nes &; blanchâtres , à la façon d'un Etourneau ; le bec fort angu- 
leux; la langue de la Corneille, &un peu divifée comme celle 
de toutes les Pies , mais plus longue : l'autre qui eft plus petit , à la 
langue très courte , comme placée dans le gozier , terminée aux 
angles des mâchoires, & plus fendue; le bec long de près de deux 
pouces , uiipeu rond , & la mâchoire fupérieure plus longue. Le 
premier cafle en perfcdion les avelines , & l'autre les perce ; tous 
deux fe nourriftcnt de difterentcs baies fauvages , & même d'în- 
fecles. Ils font leur nid dans des creux d'arbres ; & dans l'au- 



DEsOlSEAUX. c^^ 

tomne ils y font des provillons de noifettes 6c de glands , de même 
que le Geai. 

Frifch dit que comme il fe tient principalement dans les forêts 
de fapins, de qu'il tire fa principale nourriture des amandes des 
pommes de fapin , on l'a nommé Pie de fapin piquetée ou gri- 
velée. Il ne laille pourtant pas , ajoute-t-il , de manger des glands 
& des noifettes comme notre Geai , dont il a au refte toutes les 
qualités naturelles. A l'égard du nom qu'il porte encore de Geai 
de Turquie , ce n'eft pas qu'il le trouve plus en Turquie qu'ail- 
leurs: mais c'eil le Peuple qui l'a nommé de la forte; car il donne 
volontiers un nom de Pays étranger à tout ce qu'il ne voit pas 
fouvent, ou qu'il ne connoît pas. On pourroit donc également 
l'appeller Geai d'Italie , Geai d' Afrique. Quelques-uns le nom- 
ment Geai du Limoufin ou à'Efpagne ; d'autres Corbeau de Bre- 
tagne ; en Franche-Comté Geai d'Auvergne. C'eft le Piquereau 
des Savoyards. 

On ne connoît point ccz Oifeau dans notre Orléanois. Le Ré- 
vérend Père Dom Vifiteur de la Chartreufe d'Orléans m'en a 
donné un parfaitement bien embaumé par le Chartreux de Nan- 
cy , je l'ai envoyé à M. de Réaumur. Dom Viiiteur m'a appris 
en même-temps que les Auvergnats le nomment vulgairement 
CaJJe-Alaigne _, comme qui diroit Cajje-Noifette ou CaJJe- Ave- 
line ; qu'il fe trouve auffi en Lorraine ôc en Bretagne; que comme 
il fait tort aux arbres en les perçant comme fait le Pivert, les 
Gardes le tuent tant qu'ils peuvent. Du-refte c'eft un bel Oifeau. 

M. Linnarus fc contente de dire que notre Cafîe-Noix s'ap- 
pelle en Suédois Noet-wecka ou Noet-kraka ; qu'il habite dans le 
Smoland ou la Gothie méridionale , Province de Suéde , ôC 
qu'il eft rare ailleurs. 

Quant à la defcription du Geai de Bohême , Ray dit qu'il la 
renvoie parmi les petits Oifeaux à bec gros & fort , au genre def- 
quels il femble plutôt appartenir qu'à celui des Pies. 

6°. La Pie ou Rollier des Indes , Pica caudata indica _, feu 
Japonenjîs Aldrovandi , Ray Synopf Elle a le bec ôc les pieds 
rouges ; la tête &. le cou bleus ; la poitrine & le ventre blancs : 
mais qu'eft-ce que cela dit ? 

7°. Le Geai bouffon des Indes , Mimas feu Picus garrulus 
Indicus y Ray Synopf. Charleton dit qu'il n'eft pas fort différent 
du Geai ordinaire , mais qu'il eft beaucoup plus petit. Que peut- 
on en conclure ? 

S**. Le Geai bleu eft gros comme un Etourneau ; fon bec eft 

Nij 



lûo Histoire Naturelle 

noir ; une belle huppe bleue lui couronne toute la tête ; tout le 
defTus de fon corps eft bleu ; le dcilous eft d'un bleu très pâle , 
tirant fur le blanc ; le ventre gris ; les ailes quadrillées de bleu 
blanc & noir ; la queue bleue en dcfTus , coupée tranfverfale- 
ment de bandes noires , & blanc-fale en dellous On le trouve à 
la Louiliane & dans toute la partie du Miciiîipi. La femelle a les 
couleurs moins vives ôc moins foncées. 

9". Le Geai ou Rollier. des Philippines eft de la groflcur 
du Geai ordinaire ; il eft luperbe par la variété 6c le tranchant 
des couleurs. Sa tête eft aigue-marine ; le delTus du cou violet ; 
le dcfliis du dos & des aîles vert & olive changeant j il a le bas du 
dos &C le croupion bleus &; verts; les barbes des plumes des joues 
£c de la gorge d'un beau violet , èi. leur tige blanche; la poitrine 
violette ; le ventre £c les cuiftes aigue-marine; le defTus des ailes 
& de la queue bleu-foncé , aigue-marine & noir , mêlé d'un bleu 
très vif; la tige de toutes ces plumes eft noir-jais dans fa lon- 
gueur ; l'iris eft blanche ; le bec noir. 

10°. Le Geai ou Rolliek de la Chine , appelle Roi des 
Bois , eft de la grofleur du précédent ; tovit le defliis de la tête 
& du corps eft vert-tendre ; les parties latérales de la tête font 
noires ; le deflous des aîles eft gris ; le dcffus olive Se vert fondus 
cnfemble , mêlés de maron. Cet Oifeau eft rare ; on l'appelle à 
Canton Sau-ta-Hoang. 

Ray ne fait point ici mention de la Pie du Brefil , dite Toucan^ 
•qui eft d'une grandeur moyenne entre la Pie ordinaite & le 
Merle; fon bec eft énorme à proportion du corps, mais tranfpa- 
rent , & d'uiie extrême légèreté , jaunâtre , dentelé en forme de 
fcie. André Thevet dit qu'elle fe nourrit de poivre. Ray la compte 
parmi les Oifeaux qui eut de l'affinité avec les Pics , comme on 
le verra plus bas. 



«k.^/ ^K--\^'>(, V*aâ 

T 



DES Oiseaux. 



loi 



Article Troisième. 
' Des Pics, 



..L 



E Pic noir , Picus niger maximus , Ray Synopf. P'icus 
niger, vertlce cocclneo ,\Ànn. : en Anglois the Great Black Wood" 
pécher ; en Allemand Schwart\-Spechi ; en Suédois Spillkraoka. 
11 eft fuffifamment diftingué des autres Oiieaux du même genre, 
par fa grandeur infîgne, par la couleur noire de tout fon corps , 
à l'exception de la tête , qui jufqu'aux narines eft teinte d'une 
très belle couleur de vermillon. P^. PL lo. Fig. 3. 

Selon M. Linna'us , il a tout le corps noir , 6c depuis la bafe 
du bec jufqu'au derrière de la tête, une tache oblonguc rouge ; le 
bec &: les pieds gris-bleuâtres. Il habite en Suéde dans les vieux 
arbres fecs. 

M. Klein dit que le maie , fuîvant l'âge , a le derrière de la 
tête plus ou moins rouge ; mais que la femelle eft toute noire. 

Selon Frifch , c'eft le plus grand des Pics , & il en a toutes les 
propriétés ; il hait ordinairement fon nid dans les trembles ou les 
peupliers , & fon nid eft large & profond. Il donne de fi furieux 
coups de bec , qu'on l'entend d'aulli loin qu'une hache ; les plumes 
rouges de fa tête defcendent plus bas fur la nuque du cou dans 
quelques-uns de ces Oifcaux , que dans d'autres ; ce qui diftingue 
les vieux mâles ; car les femelles n'ont rien de rouge,ou n'en ont que 
fort peu à la nuque ; les mâles peuvent drefter un peu ces plumes 
rouges fur leur tête , &: en faire comme une crête de Coq. Il eft 
vraifemblable qu'il s'en va l'hiver, parce que les vers de bois dont 
il fe nourrit rcftent cachés , &; qu'on ne voit point alors de 
fourmis. En effet , on netrouve aucun Pic chez nous en hiver ; &: 
s'il en refte quelques-uns ici , il y a des Auteurs qui difent qu'ils 
fe nourriftent des amandes de pefTc ou de fapin. 

Voilà ce qu'en dit Frifch. La raifon qu'il apporte del'abfence 
du Pic noir pendant l'hiver , n'eft rien moins quefolide; autre- 
ment il faudroit dire que tous les Pics s'en vont. Le Pic noir ne 
fe trouve point en Normandie, ni aux environs de Paris , noi:v 
plus que dans notre Orléanois. 

2°. Le Pivert, Picus viridis, Ray Syno^C Picus viridis , 



I0^ Histoire Naturelle 

vertice coccineo ^Lmn. : en Aiiglois the green Woodpeckcr; en Alle- 
mand Grun-Speckt ; en Suédois Wcdknarr ou Groenfpik. Cette 
efpece fe diftingue ailément par ia grandeur , qui furpaffe celle 
des autres, &; par fa couleur verte. 

3°. Le GRAND Pivert , Picus viridls major feu maximus 
Bellonii , Ray Synopf. Il eft beaucoup plus grand que le Pivert 
ordinaire. Ray lui attribue un bec courbé, contre la coutume des 
autres Pics ; cependant des pieds fcmblables ; enfin différentes 
taches aux ailes, telles qu'on en voit aulîi dans les autres , mais 
qui différent pour la couleur. 

Il paroît que Ray s'cft trompé ici, en diftinguant le grand Pi- 
vert de Belon d'avec le Pivert ordinaire. Frifch , M. Linn^eus ôc 
M. Klein n'en font qu'une feule ôc même efpece. 

Selon M. LinnaeuSjle Pivert varie par le fommet de fa tête, qui 
eft rouge, tantôt avec des taches noires , tantôt avec des taches 
blanches , & tantôt fans taches. Il a le bec pointu , applati , ôc fa 
mâchoire fupérieure carénée , triangulaire ; les narines oblou- 
gues , couvertes deioies; la langue cylindrique , à pointe aiguë, 
tendineufe , retirée en arrière dans une tunique cylindrique ; la 
tête ôc le cou blanchâtres , avec des points noirâtres , qui font 
plus noirs aux mâchoires. Se difpofés par lignes ; le fommet delà 
tête rouge, compofédeplufieurs taches cendrées à pointes rouges 
ou fanguines , & fous l'ouverture de la bouche une ligne rouge 
de part & d'autre ; le dos , avec les plumes des aîles du fécond 
rang, vert depuis le milieu jufqu'au bout de la queue ; les plumes 
du fécond ordre jaunes-vertes ; le ventre blanc , femé de taches 
noires tranfverfales, ondées de vert ; les grandes plumes des aîles 
noires en delTus, avecdes taches blanches, & noirâtres en dclTous, 
avec des taches blanchâtres rangées par étages ; la queue noirâ- 
tre , avec un mélange d'un vert-fale vers la bafe. Voilà la def- 
çription de la femelle. 

Le mâle diffère de la femelle en ce que les tempes &: la région 
des yeux font noires , la gorge blanche , la poitrine & le ventre 
verdâtres , bigarrés par ondes. Il habite dans les arbres les plus 
fecs. 

Frifch dit qu'il n'y a que les mâles qui ayent du rouge fur la 
tête , & que les femelles n'y en ont pas. M. Klein dit la même 
chofe : mais ils fe trompent. Les petits ont le defTus de la tête 
rouge, même dans le nid. Frifch fe trompe encore, quand il dit 
que fes œufs font nombreux. Il ajoute que le Pivert fait ravage 
pendant l'hiver dans les ruches des Abeilles , fur-tout dans celles 
qui font faites de paille i qu'il vole par bonds, s'élevant d'abord 



DES Oiseaux. 105 

un peu au deflus de la ligne droite qu'il veut fuivre, puis fc plon- 
geant un peu au deflous de cette ligne ; que par-là Ion vol fait un 
arc confidérable ; ce qui n'empêche pas qu'il ne puifle francliir 
de grandes plaines en volant. 

hQs bouts des plumes de la queue du Pivert font comme ufés 
£c roides , parce qu'il s'en fert pour s'appuyer quand il perce le 
bois : mais la queue du Torcol elî plus longue fie mollette ; fie au- 
lieu que prefque tous les autres Oifeaux ont douze plumes à la 
queue , le Pivert n'y en a que dix. Bclon a tort de lui donner un 
bec courbé ; car tout le genre des Pics a le bec droit , excepté le 
petit Grimpcreau. Le Pivert ne vaut rien à manger; cependant 
on le mange en Italie, fie l'on airure que pendant prefque tout 
l'hiver S^ en automne, on en vend à Bologne au Marché. On dit 
que le Pivert ayant donné quelques coups de bec à un arbre, va 
auffi-tôt de l'autre côté voir s'il eft percé ; mais s'il tourne autour 
de l'arbre, c'eft plutôt pour y prendre leslnfeâ:es qu'il a réveillés 
& mis en mouvement. On doit rendre cette juftice à Pline, qu'il 
n'a pas ajouté foi à l'opinion du vulgaire, qui eft que le Pivert, 
par le moyen d'une herbe, fait lauter avec bruit ce qu'on a en- 
foncé dans Ion trou. L'expérience en a été tentée plufieurs fois 
fans fuccès. Aldrovandus dit que le Pivert fait fept à huit petits 
d'une feule couvée ; cependant j'en ai déniché des nids où il n'y 
en avoit que quatre. J'aime mieux m'en tenir à ce qu'avance 
Willughby ; favoir qu'il fait cinq ou fix petits à la fois. 11 ajoute 
qu'il fe pofe à terre plus fouvent que les autres Pics , pour y cher- 
cher fa vie. La langue du Pivert eft fort longue. Ce n'eft pas , dit 
Frifch, comme le penfcnt quelques-uns, afin qu'elle puifle entrer 
bien avant dans les trous des arbres , pour en tirer les Vers de 
bois; car les Scarabées de bois pofent un œuf fur le bois pourri 
ou fur l'écorce d'un arbre vermoulu ou vieux; cet œuf devient un 
Ver fans pieds qui ronge le bois jufqu'à ce qu'il foit grand. Quand 
Je temps de fa transformation de Ver en Scarabée eft venu , il fe 
fait en rongeant vers l'écorce une place aflez grande pour lui , 
d'où il fort par le trou qui fe voit en dehors, 6e dans lequel il n'y 
a par conféquent plus rien pour le Pivert : mais la fin pour la- 
quelle il a une langue fi longue, eft pour qu'il puilTe prendre fa 
nourriture dans des fourmilières. Il va becqueter un peu dans le 
tas , 6e met les fourmis en mouvement; enfuite il tire fa langue 
aufîi loin qu'il peut, ii. lorfqu'elle eft toute couverte de fourmis, 
il la retire ; ce qu'il répète jufqu'à ce qu'il foit raflafié. On peut 
obferver , après Derham , que la langue du Pivert a une pointe 



104 Histoire Naturelle 

aiguë en guife ou en façon de corne barbue , Se qu'à fon extré- 
mité , ou plutôt à fa baie, elle eft enduite d'une matière gluante. 

M. Deslandcs, dans fon Ellai fur la Marine des Anciens , die 
que peu d'arbres font capables de fournir des bols de quarante 
pieds de long fans nœuds , fans trous de Pivert , tels qu'il les faut 
pour des rames; èc à cette occafion il ajoute en note marginale, 
que le Pivert fe fert de fa langue comme d'une tarriere pour per- 
cer les plus gros arbres ; il la porte, dit-il , fort loin hors de fon 
bec ; elle tient à l'os hyoïde. Cette langue eft une efpece de lame 
ofTeufe, roulée en quelque forte comme un refîbrt démontre, 
èc qui en fe dépliant permet à l'Oifcau de l'étendre extrêmement 
loin , ôc pour ainfi dire de la pointiller. Mais n'en déplaife à M. 
Deslandes , qui jouit de la réputation d'un bon Phyficien , je doute 
fort que la langue du Pivert puifle jamais percer les plus gros ar- 
bres ; s'il le fait , c'eft plutôt à grands coups de bec , comme il eft 
aifé de s'en convaincre. Le Pivert fait dans un arbre un trou Ci 
rond qu'il fembleroit l'avoir arrondi au compas. Aulfi les Grecs 
l'ont-ils appelle Dendrocolaptès _, c'eft -à-dire , Perceur d'arbres 
ou Doleur de trous. 

Le nom de Pic-vcrd , Pivert ou P'iverd , vient de P'icus viridis; 
en Italien Pico verde ; comme Pic-Man , Pimard ou Pïeurnan ^ 
vient de Picus Alartlus ; on l'appelle autrement Pic-jaune ; en 
Poitou un Picoffeau ; en Périgord un Picotât ; en Guyenne un 
Bivai ; en Picardie Becquebo ; à Metz Bachebo , c'efl-à-dire, 
Befchebois ou Becquebois. Ray dit que c'étoit le Pluvid avis des 
Anciens, ou l'Oifeau de la pluie, & que les Anglois le nomment 
aufli Rain-fowl dans le même fens , parce qu'on croit qu'il an- 
nonce de la pluie quand il crie plus fort &; plus fréquemment 
que de coutume. En Sologne le vulgaire l'appelle pour cette raifon 
V Avocat des Meuniers, Les Bûcherons de la forêt d'Orléans lui 
donnent quelquefois le nom de Poulain a l'Hermitage , parce 
qu'il femble hennir comme un Poulain. D'autres l'appellent un 
Pleupleu y parce qu'il crie naturellement /'/«/-^/«/ on pleu-pleu ^ 
& c'eft peut-être fur fon cri qu'on s'eft avifé de dire qu'il promet- 
toit de la pluie. Ce qu'il y a de certain, c'eft qu'au premier prin- 
temps il crie à tout moment par le plus beau temps du monde. 
Quelquefois aufli il vole à tire d'ailes en criant de toutes fes for- 
ces , lorfqu'il eft pourfuivi par quelque Oifeau de Proie. Chez les 
Romains il étoit confacré au Dieu Mars, &; c'eft de-là que lui ell: 
venu le nom de Picus Mart i us , comme qui d'ivoit Pic de Mars. 
Jules-Céfar Scaliger dit que le Pivert s'accoutume à parler comme 

l'homme j 



DES Oiseaux. 10/ 

l'homme ; mais qu'il parle moins proprement, plus rarement, 
& prononce moins de thofes à la fois que la Pie. Si l'on en croit 
Albert le Grand, il parle quelquefois en perfedlion. De nos 
jours nous ne voyons point qu'on apprenne à parler au Pivert , 
ni à aucun des Pics. Cotgrave appelle encore le Piven E/jpec ^ Se 
c'eft le nom vulgaire qu'on lui donne en Normandie. 

4°. L'Epeische, Picus varius major^ Ray Synopf. Picus dif- 
color ^ Klein. Picus albo nigroque varicgatus , vertice nigro , rec- 
tricibus tribus latcralibus utrinque albefcenùbus ,\Ann. : en Italien 
Pigo^o ; en Anglois the Greater SpottedWood pcckcr or Wit~ 
"wall ; en Allemand G rosier Bunt-Specht ; en Suédois Gyllen- 
ranna. Il eft noir , joliment piqueté de taches blanches. On voit 
dans le mâle , au defTous du fommet de la tête , un très beau 
trait de vermillon. Les deux fexes font fous la queue , teints d'une 
couleur ponceau ou de vermillon. Il eft égal au Merle en gran- 
deur , ou un peu plus grand. Il fe nourrit d'Artiions êc d'autres 
Infectes. 

Selon M. Linnxus, il a la mâchoire fupérieure du bec caré- 
née , aiguë , avec des côtés anguleux , &; la pointe du bec appla- 
tie ; la langue très longue , dont la pointe eft menue oflcufe ; la 
tête noire ; le front pâle , les tempes blanches ; la noirceur s'étend 
depuis le bec jufqu'à la nuque. Le mâle eft au derrière de la tête 
marqué de taches en écarlate ; le cou , du côté du dos , eft blanc 
dans fon milieu ; les grandes plumes de l'aîle font noires de parc 
&. d'autre, avec des taches blanches depuis la troifieme jufqu'à 
la fîxieme ; les plumes de la queue noires , c'eft-à-dire , les dix 
premières, & même les trois premières font blanchâtres des deux 
côtés ; la queue eft écarlate en delTous. Il habite à la campagne 
dans les arbres de la Suéde. 

Frifch n'en dit prefque rien. C'eft , dit-il , des couleurs diffé- 
rentes de fon plumage qu'on lui a donné le nom de Pic bigarré: 
il n'a pas feulement du rouge fur la nuque du cou , mais aulfi fous 
la queue. Il eft de la troifieme grandeur entre les Pics, & le tient 
dans les bois touffus & épais j du-refte il eft en tout femblable 
aux précédents. 

Il fait fon nid comme les autres Pics , dans un trou d'arbre 
pourri; fon cri reffemble à celui d'une Perrique ; il grimpe avec 
beaucoup d'aifance , non-feulement en hauteur, mais encore la 
tête en bas , &; par deflous les branches mêmes, ayant le corps 
renverfé , comme font les autres Pics. C'eft un bel Oifeau. Il eft 
rare de trouver fon nid ; auffi eft-il fin ; & quand il appcrçoit 
quelqu'un , il fe tient caché derrière une branche fans dire mot. 

O 



io6 Histoire Naturelle 

On l'appelle Epeifcht , Efpeiche , Epeiche ou Eptche , Pic 
rouge ou a cul-rouge , Pic rouliier , Pic midré _, ou noir & blanc. 
Les mots Efpecow Efpeiche , ik. Icmblables, viennent de l'Alle- 
mand Specht. 

y°. Le Pic DE MURAILLE , OU plutôt le PETIT Pic bigarré , 
Picus varius minor , Ray Synopf. ; en Anglois the leffer Spotted 
Woodspite or Hickwall ; en Allemand Fleiner Bunt-Specht. 
Picus difcolor minor. Klein. Picus alho nigroque varius , reclri- 
cibus tribus lateralibus apice albo variegatis. Linn. Il reflemble au 
précédent en figure & en couleur ; mais il eft beaucoup plus petit. 
Cet Oileau fait un certain craquement clair qui fc peut entendre 
de loin , foit avec fon bec fourré dans une fente d'arbre , & agité 
rapidement çà & là, foit par une percuffion très fréquente. 

Selon M. Linnxus , il efb femblable au précédent , mais plus 
petit; fa tête eft ornée d'une grande tache de couleur écarlate, 
qui s'étend antérieurement entre les yeux ; le derrière de la tête 
a une tache noire , triangulaire , qui ne s'étend point jufqu'au 
bec ; la gorge &: le cou en deflous font blancs , de même que la 
poitrine ; les tempes font d'un blanc-cendré ; la queue noire , 
fourchue ; les dix plumes de la queue font noires , mais variées à 
la pointe de blanc &: de noir , 6c brunes en delTous ; il eft rouge 
par deftbusla queue; il a les aîles noires, & les premières grandes 
plumes de part & d'autre piquetées de taches blanches depuis la 
troifieme jufqu'à la fixieme. Il habite par-tout en Suéde avec le 
précédent. ^ 

Frifch dit qu'il eft inconnu à la plus grande partie du monde _, 
& qu'il a eu bien de la peine à l'avoir; ce qui fuppofe qu'il eft 
rare en Allemagne. On ne le connoît point non plus dans TOr- 
léanois ; mais cependant il fe trouve quelquefois en Sologne 6c 
dans le Berry , à ce que m'ont afTuré des ConnoifTeurs. Je n'ai 
jamais eu l'occafion de le voir. On ne le connoît point en Nor- 
jn-andie. 

Belon dit qu'il s'attache fur-tout aux murs des tours , & qu'il 
y cherche des VermiiTeaux dans les crevafles ; qu'il eft un peu 
plus gros que notre Moineau domeftique , & prefque de la grof- 
feur d'un Etourneau ; qu'il a le bec oblong , mince , noir ; la queue 
courte; les doigts des pieds longs, trois en devant , & un qui 
fert de talon ; qu'il remue toujours les aîles en volant , &: qu'il ne 
refte point en place; qu'il niche dans les trous des murailles, ôc 
qu'il poufte une voix aftez douce. 

Il vit d'Araignées & d'autres menus Infeâ:es. On le nomme 
pic de muraille ou dç mur ^ Pic d'Auvergne j petit Pic bigarré 



DES Oiseaux. 107 

ou grivclé j Ternicr , Efchelene ou Eckelette , petit Cul-rouge. 
Notez que Ray Se M, Linna:us entendent par le petit Pic bigarré 
une efpece de Pic différente du Pic de muraille ^ qui par la diipo- 
fition ou la ftruclure de les doigts n'eft pas proprement du genre 
des Pics, comme nous le verrons par la fuite. 

G°. Le PLUS PETIT Vxc^YGK^'i.i.^Picus varius tertius , om^ 
n'ium minimus , Ray Synopl. Picus albo nigroquevarius , reclrici^ 
bus tribus lateralibus femimgris ^ Linn. Il a des cercles ou anneaux 
aux plumes par tout le corps , dont l'un eft blanc , & l'autre noir. 
Il eft un peu plus petit que notre Moineau domeftique; il égale 
prefque la gorge-rouge en chair; il a les pieds petits, mais les on- 
gles longs. 

Suivant la defcription de M. Linnxus , il eft de la grandeur 
d'un Moineau ; il a la tête noire entre les yeux vers la nuque du 
cou , par une petite ligne qui joint le derrière du cou à la tête ; le 
fommet de la tête entre les deux yeux blanc ou de couleur écar- 
late ; le front gris ; la gorge , la poitrine , le bas du ventre gris ; 
une tache blanche au deffus des yeux ; les tempes grifes; les ailes 
noires , avec fix rangées de taches blanchâtres ; les plumes de la 
queue noires , c'eft-à-dirc, la quatrième & la cinquième ; les trois 
premières font à demi-noires, avec quelques taches de même 
couleur. Il habite en Suéde avec le précédent. 

Frifch ne parle point de ce petit Pic tacheté ou grivelé. Appa- 
remment qu'il ne fe trouve point aux environs de Berlin , ni 
ni même dans toute l'Allemagne. On ne le connoît point en 
France. 

7°. Le Pic GRIVELÉ DU Bresil, Picus varius Brajllienjîs 
Ipecu diclus Marcgravii , Ray Synopf II eft de la grandeur d'un 
Pigeon ; fa tête eft ornée de plumes de couleur de cinnabre, 6c 
crêtée; il a le cou noir deffus & deffous , avec une ligne blanche 
qui s'étend jufqu'au dos de chaque côté ; les ailes noires en 
deffus, blanches en deffous; la queue noire; le ventre & les 
cuiffes noires & blanches ; le bec femblable à celui des Pics, avec 
lequel il perce les écorces des arbres. 

8°. Le ToRCOL , lynx five Torquilla, Ray Synopf Picus Tor^ 
quilla , Klein. Cuculus fubgrifea maculata , reciricibus nigris 
fafciis undulatis y Linn. : en Grec lynx ; en Italien Kerticilla 
ou Tortocollo ; en Anglois the IVryneck'^ en Allemand TVd/i^r- 
hals-{ ou Drekhals\ ; en Suédois Gioektyta. 11 diffère des précé- 
dents , I °. par le bec plus mince & plus foible ; car il ne fe creufc 
point, comme eux, un trou dans le bois folide, mais il faitfon 
nid dans des arbres creux 6c pourris ; 2°. par une queue plus 

Oij 



io8 Histoire Naturelle 

molle , ou moins roidc; 3°. en ce qu'il contourne la tête & la 
roule fur les épaules d'une façon rifible; d'où lui vient le nom de 
Torcol. Il eft joliment piqueté de couleurs variées & élégantes ; 
de forte que c'eft un fort bel Oifeau. Il ne furpalTc pas l'Alouette 
en grandeur. 

M. Linnxus dit qu'il habite en Suéde au printemps; qu'il a les 
maîtreflcs plumes des aîles brunes , avec des bandes tannées 
égales , au nombre de fix à fept au côté extérieur ; dix plumes de 
la queue égales , femées de pointes noirâtres , avec quatre ou 
cinq bandes noires ondées. 

Selon Willughby , il pefe une once ; il eft long de fept doigts 
&C demi , & l'étendue de fcs aîles eft d'onze doigts ; il ne vit que 
de fourmis qu'il perce très promptement avec la pointe de fa 
langue, fans jamais y toucher avec le bec, d'après l'obfervatioii 
de Gcfner, qui dit en avoir nourri pendant fix à fept jours en 
cage , uniquement de fourmis. Il pondhuit ou neuf œufs à la fois. 
Sa voix imite la flûte, félon quelques-uns, & le cri de la cigale,felon 
d'autres. Il eft difficile à apprivoifer; il fouffre impatiemment l'ap- 
proche de l'homme ; fi on le tient dans la main , il tourne la tête à 
droite £c à gauche comme un ferpent. Quand jl veut,ou qu'il fc met 
en colère , il drefle les plumes de fa tête comme les Pics à tête 
rouge , en étendant fa queue. Ariftote dit que le Torcol eft un peu 
plus gros qu'un Pinçon ; qu'il a le bec pointu & noir-plombé , 
les ongles grands, ôc la voix perçante; la pointe de la langue car- 
xilagineufe , fi aiguë & fi forte qu'elle perceroit la peau d'un 
homme comme une fine aiguille ou une épingle. Selon Belon , 
le mâle fe diftingue aifément de la femelle en ce qu'il eft plus 
rougeâtre, & qu'il a l'eftomac plus jaune ; au-lieu que la femelle 
approche du gris-cendré. Ilfe tient volontiers dans les forêts où il 
y a beaucoup de bois pourri 6c de fourmilières. Il ne fait point 
de nid , & pond comme le Pivert , dans un arbre creux fur du 
bois vermoulu. 

On l'appelle en François Torcol ou Torcou , Torcollet , Tor- 
coij Turcot y Tercot, comme qui diroit Tourne-cou , en Provence 
un Fourmillet ou Tire-langue _, & en Saintonge Grand' Langue. 

9°. Le Pic jaune de Perse, Picus luteus Cyanopus Perjîcus 
Aldrovandi _, Ray Synopf II ne difFere prefque pas du Pivert 
pour la grandeur ; cependant il a la tête 6c le cou plus gros , & le 
bec plus long , tanné , ainfi que le defTus du corps ; les pieds 
bleuâtres ; les ongles noirs ; tout le refte jaune. C'eft un Oifeau 
étranger qui vient de Perfe , 5c qui eft probablement le Trou- 
j)iale. 




]. Lreai lÙ i^rircurluuinj. 2. Pic cjrivelec C> ■ Ora/id PIl IVoir 



DES Oiseaux; 109 

îo^. On en trouve un au Cap de Bonne-Efpérance, dont le 
defTus de le derrière de la tête font d'un très beau rouge ; les 
aîles font d'un vert-citron; le dos jaune-oranger i la queue noi- 
re, le tout glacé. Se tout le defTous grivelé. 

1 1 °. La Guyane en fournit un brun-foncé , tirant fur le maron, 
tacheté d'un gris mêlé d'une légère teinte de vert & de roux; 
fa tête aigrettée , eft de couleur de bois; le bas du dos & le 
croupion font d'un vert d'eau , 6c fa queue eft noire : il eft un 
peu moins gros que notre Pivert ordinaire. 

12°. Le PETIT Pic de Saint-Domingue eft de la grofleur 
d'un Moineau-franc , de couleur d'olive-pâle ; toutes fes plumes 
font piquetées de blanc & de noir depuis la gorge jufqu'à l'anus. 
Celles qui recouvrent les aîles font légèrement jafpées vers le 
bout d'un blanc-jaunâtre ; les grandes de la queue le font de 
noir ; fa tête & le deflus du cou font d'un beau vermillon. 

Tous ces Oifeaux au-refte varient en groiFeur ôc en couleur , 
félon les climats. 



Article Quatrième. 

JDe certains Oifeaux étrangers qui otit de V affinité avec 

les Pics. 

t**. La Pie du Brésil, Pica Brafilica Aldrovandi , Ray 
Synopf Tucana five Toucan Brafilienfibus Marcgravu i Xochite- 
nacatl Mexicanis Nierembergii ; Avis piperivora nonnullis. Il 
faut rapporter cet Oifeau au genre des Pics, & non pas à celui 
des Pies , comme le veut Aldrovandus , à caufe de la difpofition 
ou ftrudture de {&s doigts , laquelle eft femblable à celle des 
Pics. En effet, il a deux doigts fitués en devant , & autant en 
arrière, ôc il fe creufe un trou dans un arbre pour y faire fon 
nid. Il eft de grandeur moyenne entre la Pie & le Merle. Il difFere 
de tous les autres Oifeaux connus jufqu'ici , par fon bec, qui eft 
plus grand que tout le refte du corps. Sa tête femble logée de- 
dans ; fes yeux font à la racine du bec, qui eft dentelé , de cou- 
leur f ouffl-ée , de la longueur d'un pouce dans toute fa circonfé- 
rence. Cette ligne fouftrée fe continue tout le long de la partie 



iio Histoire Naturelle 

fupéneure ou la crête du bec , qui eft un peu applatle fur les 
deux faces, lefqucUes font rouges ; l'extrémité du bec fupérieur 
eft pointue , crochue &:fouftrée ; la partie intérieure eft rouge- 
vif, ainfi que la langue , qui a la figure d'une plume ; tout fon 
corps eft noir, à l'exception de la poitrine &: de la gorge, qui 
vers le cou eft blanche , enluite fouft'rée, puis jonquille , & enfin 
couleur de feu vif. On en voit dont la très grande partie de la 
poitrine eft jonquille ; ce qui feroit croire que le blanc de fa 
gorge &: de la poitrine fe changent en jaune par gradation , à 
meiure qu'il avance en âge , ou qu'il s'éloigne de la mue ; le tour 
de l'anus fous la queue eft couleur de feu ; le deffiis du crou- 
pion eft d'un jaune-verdâtre dans la longueur de deux doigts. 
Il y en a qui l'ont rouge comme l'anus ; ce qui feroit foupçonner 
aulfi un changement de couleur dans cette partie. On le nomme 
3.\xS\Predica[ore , par le bruit qu'il fait avec fa langue. Il fe nour- 
rit ordinairement de fruits , vient à la voix lorfqu'il eft appri- 
voifé , ce à quoi on réufiit facilement; alors il mange tout ce 
qu'on lui préfente. 

D'autres Toucans ont le bec abfolument noir , fans dentelure, 
&. la racine du bec d'un gris de cendre-clair. Ces Oifeaux varient 
en grofleur, & il y en a d'aulîi forts que des ramiers. J^. PL ii. 
Fig. I. 

M. Klein n'en dit rien , non plus que Frifch. 

2°. L'Akacar.1 , Arax:an Brafilienfibus Marcgravii ; Cochi- 
tenacatl , item Xochïtenacatl altéra Hernande\ Niercmbergii , 
Ray Synopf Son bec eft plus petit que celui du Toucan; la mâ- 
choire fupéricure eft dans quelques-uns toute blanche , &. dans 
d'autres diftinguée par une ligne noire à la fommité, fuivant fa 
longueur ; l'inférieure noire ; du-refte il lui eft tout femblable. 
Il reflemble plutôt à la Pie par fon plumage , qu'au Pic. 

3°. Le Jacamaciri , JacamaciriBrafilienfium Marcgravii 3 
Ray Synopf. Il a à chaque pied deux doigts fitués antérieure- 
ment , &: autant poftérieurement ; les extérieurs font plus longs 
du double que les intérieurs à la manière des Pics ; ce qui fait 
que nous comptons avec raifon cet Oifeau parmi les Pics. Il a 
encore du rapport avec les Pics par fon bec droit, aigu, noir. 
Il eft de la grandeur de l'Alouette ; il a les àîles courtes ; tout 
le deflus du corps de couleur verte , mêlée d'une couleur dorée 
ôc de feu ; de forte qu'il eft d'un brillant merveilleux ; le deflous 
d'un jaune-obfcur; le cou entouré d'un anneau vert. 

4°. Le CuRUCUi , Curucui Brafilienfibus Marcgravii , Ray 
Synopf Nous le mettons avifli après les Pics , à caufe d'un arran- 



DES Oiseaux. m 

gement pareil des doigts. Il eft de la grandeur de la Pie ; il a le 
bec court , un peu large , ioufFré ; l'iris des yeux dorée ; les jam- 
bes courtes , couvertes de plumes prelque julqu'aux pieds; toute 
la poitrine &; le ventre inférieur d'un très beau vermillon ; le 
dos &c le delTus de la queue d'un bleu àc d'une couleur de feu- 
ëcarlate , tirant fur le vert ; le bord de la queue noir , &: en 
delTous des plumes blanches ondées élégamment de noir en 
travers ; les aîles bariolées de différentes couleurs , d'abord 
verte , blanchâtre au milieu , noirâtre à l'extrémité. Par rapport 
aux couleurs il reffemble plus aux Perroquets qu'aux Pics. 

Dans la Guyane on en voit un autre dont la tête 6c la poi- 
trine font d'un beau violet-glacé, tirant fur l'acier poli ; le- 
ventre d'un jaune tendre; le dcffous de la queue blanc ; tout le 
deffus du dos & la queue d'un vert-foncé très brillant; les aîles 
cuivre-rofette , dont toutes les plumes font d'un tiffu fort fin ; 
l'iris eft d'un bleu célefte. /^. FI. 1 1. Fig. i. 

5°. Le GuiRA AcANGATARA, Guifa Acangatura Brafilien- 
fiwn Marcgravii i Ray Synopf. Il a un rapport exa£t avec les Pics 
par la iîtuation de fes doigts, &: prefque par le nombre des plu- 
mes de la queue. Il eft de la grandeur de la Pie ; il a le bec un 
peu crochu , obfcurément jaunâtre ; l'iris des yeux brune ; toute 
la tête couverte de plumes brunes au milieu, fuivant leur lon- 
gueur près du tuyau , & jaunâtres fur les côtés comme la crête; 
le cou & les aîles au contraire font revêtues de plumes jaunâ- 
tres dans le milieu, & brunes fur les côtés; il a tout le ventre, 
le dos , excepté les aîles , les cuiffes fupérieurement , & la naif- 
fance des aîles , d'un blanc tirant fur le jaunâtre-pâle; la queue 
compofée de huit plumes ; le bas des cuiffes d'un vert de mer. 

6°. Le GuiRA Tangeima , Guira Tangeima Brafilienjîum 
Marcgravii j, feu Ficus nidum fufpendcns y Ray Synopf. Cet Oi~ 
fcau , connu lous le nom de Troupiale , mérite ce nom par 
deffus les autres ; car nous n'en connoiffons point d'autre qui 
fufpende fon nid , à proprement parler. Il eft égal à la Pie; il a 
la tête petite , le bec droit , pointu , noir , long d'un doigt ; les 
pieds correfpondants par la fituation des doigts aux pieds des 
autres Oifeaux ; la tête Se la partie inférieure du cou très noires , 
& la partie fupérieure d'un bleu célefte jufqu'au commencement 
d.u dos ; toute la queue noire ; les aîles lont aulîi très noires , 
mais elles ont dans le milieu, fuivant leur longueur, une tache 
blanche; le refte du corps eft d'un bleu célefte ; les jambes font 
bleuâtres. Ces Oifeaux conftruifent des nids admirables de figure 



m Histoire Naturelle 

cylindrique , tilKis fort artiftement de branchages , qu'ils fuf- 
pendenc en grand nombre aux extrémités des branches. 

7°. Le JuPUJUBA , Jupujuba feu Japu Brafilienfium Marcgra- 
vii j Ray Synopl. Cet Oileau , connu lous le nom de Caffique 
jaune j ell de la même figure que le précédent , & fait fon nid 
de la même façon. Il a la queue un peu plus courte ; tout le 
corps d'un plumage très noir ; une tache jaune , longue d'un 
doigt , au milieu de chaque aîle. Il eft tout jaune à l'extrémité 
du dos & près de l'anus ; il a la queue inférieurement jaune de- 
puis fa nailTancc jufqu'au milieu, &: le refte noir; fupérieure- 
ment toute noire , avec feulement des plumes latérales jaunes 
jufqu'au milieu ; les jambes & les pieds noirs ; le bec de couleur 
fouffi-ée ; l'iris des yeux couleur de laphir. f^. PL 1 1 . Fig. 3 . Son 
nid compofé d'herbe féche , de poils de Cheval ou de Cochon 
entremêlés , eft de couleur brune , de figure d*une cucurbite 
étroite , avec fon alembic. Ces nids pendent aux dernières ou à 
l'extrémité des plus petites branches des arbres. Par cet artifice 
rOifeau met fes œufs &; fes petits à couvert des Singes. 

Il en eft un autre appelle CaJJlque rouge _, parce que fon crou- 
pion & le bas du dos font d'un beau rouge ; tout le refte du corps 
eft noir de velours ; 6c un troifieme , qu'on peut nommer Caffî- 
que brun , a tout le corps brun tirant fur le noir; le deftbus de la 
queue jaune-tendre ; le croupion & le deflus de la queue tirant 
fur la lie de vin. Les Indiens l'appellent Quïacaïgou. Il habite 
dans les endroits fourrés ou pleins d'eau , 6c parle comme le 
Geai. Ces Oifeaux fe trouvent au Brefil & dans la Guyane. 

8°. Ray fait encore mention de quatre Pics des Indes , confer- 
vés dans le Cabinet d'Hiftoire Naturelle de Leyde , mais donc ij 
ne donne que les phrafes. 




E. T IC L E 



DES Oiseaux. 



"5 



Article Cinquième. 

Des Pics improprement dits , ou des Olfeaux qui ont 
quelque iiffinlté avec les Pics. 

1°. JL/E Pic de muraille, Picus murarius Aldrovandi ,'Rzy 
Synopf. Il cft prcfque de la grofleur d'un Etounieau; il aie bec 
oblong, menu, noir ; la tête, le cou & le dos cendrés ; la poi- 
trine blanchâtre ; les aîles en partie cendrées , 6c en partie 
rouges ; la queue courte ; les longues plumes des aîles , le bas 
du dos , le ventre èc les jambes qui font courtes à la manière des 
Pics , noirs ; les doigts font longs ; il en a trois devant , & un 
derrière qui fcrt de talon. Le maie a la partie antérieure de la 
tête , la gorge &: la partie fupéricure de la poitrine noires. 

On l'appelle Picus muranus ou muralis , c'eft-à-dire , Pic de 
mur ou de muraille ^ parce que comme les Pics s'attachent aux 
arbres , il s'attache fur-tout aux murs , oii il va chercher des 
Vermifleaux dans les crevalTcs. Il niche dans les trous des ar- 
bres. Bclon remarque que cet Oifeau remue toujours les aîles 
■en volant , & qu'il ne fait ce que c'eft que de s'arrêter en un 
même endroit. Le même Auteur ajoute qu'il pouiTe une voix 
alTez douce , & qu'il fc nourrit d'Araignées èc d'autres Infectes. 
On dit qu'il fe trouve en Angleterre ; mais nous ne l'y avons pas 
encore apperçu. M. Linna-us ni M. Klein n'en font aucune 
mention, non plus que Frifch; ce qui eft une preuve qu'on ne 
Je connoît ni en Suéde , ni en Allemagne. On le nomme encore 
Pic d'Auvergne , à caufe qu'il cft commun dans cette Provin- 
ce ; autrement Ternier , peut-être du mot Latin Ternarius ou 
Ternus , parce qu'il eft le troifiemc des Pics dans Belon ; ou 
Efchelctte , à caufe de la facilité à grimper le long des murs ou 
à.cs arbres. 

Notez que j'ai ci-delTus attribué mal-à-propos au petit Pic 
bigarré des dénominations qui appartiennent à notre Pic de mu- 
raille. 

z^. Le Moineau de joncs ou de roseaux, Junco Aldro^ 
yandi , Cinclus Turneri , Ray Synopf : en Anglois ihe greater 
Reed-Sparrow , c'eft-à-dire , le grand Moineau de rofcaux. Il 



114 Histoire Naturelle 

approche de la Grive pour la grandeur. Il a le bec grand , long 
d'un doigt, brun , un peu recourbé ; la bouche ou le dedans du 
bec lafîrané ; la gorge , la poitrine &L le ventre blancs , avec un 
peu de jaune , principalement autour de l'anus. Tout le deiïus du 
corps eft d'un brun ou d'un gris-cendré tirant fur le jaune, avec 
une ligne blanchâtre au deilus des yeux. Les petites plumes qui 
recouvrent en deflous les racines des grandes plumes des aîles 
font jaunes ; les pennes de la queue roides comme dans les Pics. 
La force des jambes eft ce qu'il y a de plus remarquable dans 
cetOifeau. Il eft toujours dans les rofeaux , 6c chante beaucoup 
& agréablement ; il s'attache aux rofeaux de la même manière 
que le Pivert aux branches des arbres ; & c'eft auffi particulière- 
ment pour cette railon que nous l'avons rapporté à ce genre. 

Je préfume que c'eft notre Tire-arrache , nommé Halcyon 
vocal ou chanteur par Belon ( M. Klein eft du même avis ) , ôc que 
les plus habiles Ornithologues ont méconnu, comme II cet Oi- 
feau ne fe trouvoit qu'en France. Je m'imagine auifi que c'eft ce 
que Frifch appelle le Bruant ou le Moineau de rofeaux ; en Alle- 
mand Ried-Spa-{y c'eft-à-dire , Moineau de joncs. Voici ce que 
cet Auteur en dit en peu de mots : Par le bec , il appartient au 
genre des Bruants, de-là vient qu'il eft nommé en certains lieux 
Bruant de marais ; il vit toujours dans les herbes des marais, 
dans les joncs ou dans les rofeaux ; il s'apprivoife en chambre ; il 
mange du chencvis ; il luit l'appât des Bruants , &: fe prend fcul à 
la chafte des Oifeaux, Son chant n'eft pas défagréable , fur-tout 
quand on l'entend rarement &: peu de temps ; car le cri du Moi- 
neau eft toujours mêlé dans fon chant. M. Klein le compte parmi 
les Pies-Griechcs , & afture qu'il mange comme elles les petits 
Oifeaux qu'il peut attraper : cependant ayant eu occafion d'en 
dilfequer plufieurs , je ne leur ai trouvé dans l'eftomac que des 
reftcs de Mouches &: d'Efcarbots de marais. La Figure qu'en a 
donnée Belon n'eft pas aficz relfemblante. Il paffe comme le 
Roli'gnol franc , les jours & les nuits à chanter dans les rofeaux ; 
& Belon paroît fî enchanté de fa belle voix , qu'il n'héfite point 
à préférer fon chant à tout autre. Selon lui , Ariftophane plus 
ancien qu'Ariftote , a exprimé fon chant par ces mots qu'on lit 
dans fa Comédie des Oifeaux : 

Hue , hue , hue , hue ^ 

Toro , toro y toro , toro , torotînx ^ 

Ciccabau , Ciccabau , 

Toro y toro ^ toro y tolililinx. 



DES Oiseaux. iij 

Le même Belon dit qu'cnrr'aurics accents on entend dans ce 
chant toro , tret , fuis , huy , tret. Quant à ce qu'il ajoute que 
les Pay(ans accoutumés à l'entendre ont tellement retenu loa 
chant, qu'ils en ont fait des chanfons fi impudiques à la pronon- 
ciation , qu'il ne feroit pas permis de les écrire , pas même de les 
penfer, fuion à gens effrénés ; j'ai queftionné bien des gens de ce 
Pays-ci, qui ne m'ont pas paru être inftruits de cesoblcénités, 
ioit qu'ils loieiat moins méchants que ceux du Maine , dont veut 
parler Belon, foit qu'ils n'y ayent pas fait attention , tandis qu'en 
Sologne on trouve des Payfans qui ne font que trop inftruits de 
pareilles obfcénités tirées du chant du Rolîîgnol franc. Notre 
Tire-Arrache n'eit point connu aux environs de Paris , ni en 
Normandie. Dans l'Orléanois les Meuniers trouvent fon chant 
importun 6c difgracieux. Son nid eft un chef-d'œuvre ; il con- 
tient ordinairement cinq œufs de la couleur &C de la grofleur de 
ceux du Moineau-franc. Il eft le plus fouvent lié artiftement au- 
tour de trois rofeaux à balais , & quelquefois auih autour de 
trois brins de chanvre dans ks chenevicres qui font lur le bord 
•des ruiifeaux. 

Belon appelle cet Oifeau Halcyon vocal ou Chanteur , pour 
lediftinguer du Martin-Pêcheur, qu'il nomme, d'après Arifto- 
te, Halcyon muet ^ c'eft-à-dire, qui ne chante point; autrement 
RouJlJerolle ^ à caufe de fa couleur roufte , ou Roucherolle , parce 
qu'il fe plaît dans les rouches ou rofeaux ; voilà pourquoi on 
l'appelle encore Rouckeur ^ Rouckette ou Rouchelette ; RoJJignol 
de rivière j tant à caufe de fon chant, qu'à caufe de fon pluma- 
ge , qui refTemble beaucoup à celui du Roflignol franc ; en Or- 
léanois ordinairement Tire-Arrache , quelquefois Raille , Cou^ 
rakin ou Karakin , Couraquet'y Caricara , Craccrac , ou Cracra^ 
Criccrac ; Etroppe ou Etreppe , tous mots faits par onomatopée , 
ou tirés de fon chant. Dans le bas Maine on l'appelle encore 
Roujfette ou Belle de nuit ; en Périgord Calandre. 

3°. Le PETIT Moineau de roseaux , RaJJer arundinaceus 
minor , an Cannevarola Aldrovandi ? Ficedula Cannabina Olinx y 
Ray Synopf II eft égal au RolTignol de muraille, ou tant foit peu 
plus petit ; il vit dans les rofeaux , & chante perpétuellement 
perché fur ces rofeaux ; il ne diflcre gueres du précédent pour 
les couleurs , finon qu'il a plus de vert d.ans fon plumage. Le bec 
&. les pieds de ce petit Oifeau font beaucoup plus grands que ne 
fembleroit le comporter la grandeur de fon corps. Il eft commun 
en Flandre parmi les rofeaux. 

Je penferois volontiers que c'eft ce petit Oifeau des Marais 

Pij 



Ji6 Histoire Naturelle 

que Bclon appelle en Latin ï^elia^Halea on jE'/^û ^ &: en Fran- 
çois Rojjekt ou Ro\eUt. Voici ce qu'il en dit en deux mots ; Nous 
avons connu un Oilillon de la grandeur d'une petite Méfange , 
bigarré de divcrfes belles couleurs , lequel le tenant dans les 
roieaux en lieu marécageux , s'élevoit incontinent en l'air en 
chantant, & aullî-tôt retomboit à bas , en cela contraire à l'Hal- 
cyon vocal , qui demeure coi en chantant. Dès que nous le 
vîmes , nous foupçonnâmes que c'étoit celui qu'Ariîlote enten- 
doit par Helca. Les Allemands le voyant hanter les lieux humi- 
des parmi les laules , le nomment Vuidcrlc , ou bien parce qu'il 
chante fiins fin i^ilT^tl ; &. à dire la vérité , c'eft une efpece de 
petit Halcyon vocal. 

Je luis aulli porté à croire que c'eft l'Oifeau que les Vignerons 
qui habitent lur les bords de la Mauve de Mcung appellent 
Aroiichdette , & qui fe trouve aux mêmes endroits que le Tire- 
Arrache , failant Ion nid dans le même goût parmi les rofeaux 
ou rouches. C'eft peut-être ce que les Solognots nomment Ber- 
geronnette d'Etang , & M. Gaudefroy Ckiffiette. Or le mot de 
Rouche le [te ou diÂrouchelette , comme prononcent nos Payfans, 
eft un diminutif de celui de Rouchette , qu'on a donné à l'Alcyon 
chanteur de Belon , plus connu dans tout l'Orléanois fous le 
nom de Tire-Arrachc j qui ne lui convient pas mal à caufe de 
Ion chant. 

4°. L'Atototl d'Amérique , Atototl five Avis aquatilis 
Hernande\y Ray Synopf. Il eft de la grandeur & de la figure d'un 
Moineau ; il a le bec noir , les pieds fauves ou jaunâtres ; le 
deflbus du corps blanc , & le deflus varié de jaune , de blanc 6c 
de noir. Il vit dans les joncs 6c les rofeaux, où il élevé fes petits. 

C'eft peut-être le même Oifeau que notre Moineau <à collier, 
qui niche dans les rofeaux, & que nous décrirons plus bas. 

Il eft décrit en fécond lieu au Chapitre 1 6 du même Ouvrage , 
fous le nom àAtototloquichhl , & l'on y dit qu'il chante opiniâ- 
trement depuis le lever du foleil jufqu'à fon coucher , avec un 
gazouillement qui imite le cri des Rats. 

5°. Le ToRCHEPOT , Sitta feu Picus cincreus Aldrovandi , Ray 
Synopf Sitta reclricibus fufcis , quatuor margine apiceque albis , 
quinta apice cana , Llnn. Il a le delTus du corps cendré , &: le 
deiFous roux ; une ligne large noire tirée du bec par les yeux vers 
le cou ; le bec droit , triangulaire , fort. Il fe nourrit non-feule- 
ment d'Infe£lcs, mais auOi de noix qu'il perce &: ouvre fort adroi- 
tement avec fon bec. Il grimpe fur les arbres à la manière des 
Pics. 



DES Oiseaux. 117 

M. Linnxus dit que les Suédois le nomment Noetwaecka ou 
Noetpacka ; ce qui répond au mot Anglois the Nuthatch ou Nut- 
jobbtr j comme qui diroit CaJJe-noix. Il ajoute qu'en Suéde il 
habite fur les toits des maifons , dans les niutailles , £c dans les 
troncs des arbres. 

Suivant la deicription qu'il en donne , le Torchepot a le bec 
conique fait en forme d'alêne ; la langue découpée à fon extré- 
mité ; la tête cendrée , marquée longitudinalement d'une ligne 
noire de la largeur du bec, depuis les narines julqu'à la nuque ; 
le cou , le dos , les plumes des aîles du fécond ordre fupérieures 
& le croupion cendrés ; la gorge , la poitrine ôc l'abdomen 
blancs ; les plumes inférieures de la queue , qui font en recou- 
vrement, ôc les cotés du ventre , iont teints de taches tannées 
& blanches , il a dix-fcpt pennes cendrées , les fix premières 
blanches depuis la bafe julqu'à près du quart ; les petites plumes 
de defTous l'aile d'un blanc-cendré, avec une tache noire; la 
queue entière ; douze plumes à la queue , dont les quatre der- 
nières font marquées d'une tache blanche qui coupe la pointe 
verticalement juiqu'à la moitié ; deux du fécond rang brunes , 
blanchâtres feulement par le bout, &: cependant deux moyennes 
totalement blanchâtres. 

Frifch remarque que cet Oifeau n'a ni les plumes de la queue 
faites en pointe , ni le bec en forme de coin comme les vrais 
Pics ; qu'il fe nourrit des Infedtes qu'il trouve entre l'écorce des 
arbres ; que fon bec eft allez fort pour faire un trou dans les ar- 
bres pourris , &. s'y conftruire un nid , &: qu'on l'entend fouvenc 
crier de même que les autres Pics. 

Belon dit que le Torchepot n'a point les doigts mi-partis 
comme le Pivert , l'Epeifche &: le Torcol , que le mâle châtie fa 
femelle quand elle fait mal fon devoir, ou qu'il en eft mécon- 
tent; & que quand ils font léparés ou éloignés l'un de l'autre, 
il l'appelle en criant guiri j guiri. C'eft le fymbole des bons mé- 



nages. 



Willughby nous apprend que l'cftomac du Torchepot eft 
mufculeux , & qu'à peine cet Oifeau pefe une once ; qu'il eft 
long de fix doigts ; qu'il a la queue courte ; qu'à peine elle a 
deux doigts , bc qu'elle eft compofée de douze plumes. Selon 
lui , il ne vit pas feulement d'Inlcdies , mais auffi de noix ou de 
noifettes qu'il met en réferve pour l'hiver; t<. quand il a faim , 
c'eft un plaifir de voir comment il fait mettre dans une fente 
d'arbre la noifctte , pour la percer enfuite en frappant dcflus de 



ii8 Histoire Naturelle 

toutes fcs forces , 6c comment après avoir percé la coque il en 
tire l'amande. 

On l'appelle le plus fouvent Torchcpot _, parce qu'il fait à 
l'entrée de Ton trou un torchis avec une dextérité mervelUeufe , 
comme feroit un Maçon ; auiîi le nomme-t-on en Lorraine le 
Maçon ou Pic-Maçon ; en Normandie Torchepot ou Percepot y 
jadis Chaujfepot , iclon Cotgravc ; quelquefois le Dos-bleu ou 
le Pic-bleu , à caufe de fon plumage ardoifé ou bleuâtre en 
dclTus ; Tape-Bois ou Becque-Bois cendré ; à IlToudun Cendril- 
le i ailleurs Cajfe-Noix ou CaJJe-Noifcne j grand Grimpereaui 
en Picardie G rimpard ow Grimpant. 

Quoique les Auteurs dilent qu'il fiit beaucoup de petits , 
l'expérience montre qu'il n'en fait ordinairement que fept à la 
fois. 

Il eft encore à remarquer que quand la femelle couve , fi l'on 
fourre dans fon trou un hameçon ou une baguette , elle fe met 
en colère, s'enfle; &: pour épouvanter l'ennemi, elle fiffle comme 
fi c'étoit une Vipère ou un Serpent ; ce que font pareillement 
les Méfanges : elle eft même tellement attachée à fes œufs 
qu'elle fe lailTera plutôt arracher les plumes que d'en fortir. 

6°. Le PETIT Grimpereau, Ct/Yy^/a , Ray Synopf. Ccnkias, 
Ccnhius , Reptatrix , Belon. Les Anglois l'appellent the Cree- 
per^Z<. les Suédois Krypare ; ce qui répond à notre mot Fran- 
çois. Il s'attache aux troncs &: aux branches des arbres , oii il 
grimpe à la manière des Pics. Il fe diftingue de tous les autres 
Oifeaux de ce genre par fa petitelTe &; par fon bec fait en croiflant. 
Les plumes de fa queue font très longues, pointues, & roides 
comme dans les Pics ; le dclTus de fon corps eft fauve , 5c le 
dcflous blanchâtre. Il habite dans les troncs des arbres. 

M. Linnxus le décrit ainlî : Il aie bec délié , voûté, applati; 
le corps , le dos &. la queue en deirus gris, femés de taches noirâ- 
tres & blanchâtres ; le corps £c la queue blanchâtres en deiïbus ; 
la queue longue, roide, étroite, en forme de coin, avec des 
pennes aiguës , d'un gris-brun , dont le bord extérieur ell plus 
pâle ; le croupion jaunâtre ; l'ongle poftérieur de la longueur 
d'un travers de doigt , eft le plus long de tous ; les grandes plu- 
mes des ailes font brunes, avec une tache blanchâtre tranfverfile 
dans le milieu, depuis la quatrième jufqu'à la quatorzième ; les 
mêmes plumes depuis la première jufqu'à la vingt -troifieme , 
font infenfiblemcnt plus courtes ; il a la langue cartilagincufe, 
pointue , voûtée ; les narines à demi recouvertes ians poils. 



DES Oiseaux. ir^ 

Frifch dit qu'il eft auffi petit que le Roitelet ; que les plumes 
de fa queue vont en pointe, & font fermes comme dans les 
Pics ; qu'il a les ongles extraordinairement longs pour un lî 
petit Oifcau ; ce qui lui fert à fe tenir ferme fur l'écorce des 
arbres où il cherche fa vie en courant tout à l'entour, èc qu'il fe 
défend centre le Torchepot quand celui-ci vient devant fon 
trou. Il n'ell jamais en repos que quand il dort ; il eft lier èc 
hardi; fa voix eft claire & s'entend d'aflez loin ; il habite toute 
l'année parmi nous comme les autres Pics. Tous les Ornitholo- 
gues avancent qu'il fait jufqu'à vingt petits d'une couvée , quoi- 
qu'il n'en hifle pas plus que le Torchepot. Il niche pour l'ordi- 
naire dans des arbres pourris. Son nid eft hâtif. 

On l'appelle petit Grimpereau , Gnmpreau , Grimpeur ou 
Gnmpeux ^ Grimpet ou Gnmperet , Grimpard ou Grimpant , 
pour le diftinguer du Torchepot ; ailleurs Gravifon ou Gravif- 
0)n , Gravijjeur ou G ravi (jet , petit Gravaudeur , parce qu'il 
gravit ou grimpe perpétuellement fur les arbres. On pourroit le 
nommer petit Pic gris , ou petit Becquebois : on le nomme en 
quelques endroits P/ocAt?/ ou Grimpelet ; ailleurs Afourmilliou ^ 
tant parce qu'il pioche ou becquette l'écorce des arbres,quc parce 
qu'il mange les Fourmis qui s'y trouvent; en Berry Rat Bernard; 
quelquefois Bœuf par ironie , de même que les Roitelets : en 
Provence un Reteiro ; en Poitou un Gravelet ; en Saintonge 
petit Pic ou Picajjon. 

7°. La Huppe , Upupa y Ray Synopf. : en Grec Epops ; en 
Italien Pupola ou Upega ; en Anglois the Hoop ou Hoopof ; en 
Suédois Popp. La belfe crête que cet Oifeau porte fur la tête , 
compofée d'un double rang de plumes , qui s'étend depuis le 
bec jufqu'à la nuque du cou, bc qu'il peutdicirer & abaifter à 
fon gré , pourroit fuffire pour le caradlérifer. La Huppe approche 
du Vanneau pour la grandeur. Ariftote entre les Anciens , & 
quelques-uns d'entre les Modernes, difent qu'elle fait fon nid 
principalement de fente humaine : elle a du rapport avec les 
Pics par les plumes de fa queue, qui font au nombre de dix , par 
l'abfence des appendices intefcinalcs ou du boyau caecum , & par 
les rangées tranfverfales des taches aux ailes ; mais elle en dif- 
fère fufiifammcnt par d'autres marques, f^. PL 12. Fig. i. Elle 
vit d'Infciftes ; mais nous ne favons pas fi elle fe nourrit audi de 
raifms & d'.utrcs fruits, comme quelques Anciens l'ont avancé. 
Scion M. Linna'us , la Huppe habite dans les forêts les plus 
vaftes de Ir. Suéde, s'appellant par Ion propre nom; ce qui la 
fait aifcmcntrcconnokre. Les gens de la campagne en Suéde la 



îio Histoire Naturelle 

regardent comme un préfagc de guerre. Elle pond deux œufs 
cendrés dans le creux des arbres. KUe a le bec noirâtre , un peu 
droit , applari , angulaire , pointu ; une crête double compolée 
déplumes plus longues que le bec , de couleur teftacée , dont les 
pointes font noires ; le cou Se la poitrine jaunâtres; les dix pre- 
mières pennes des aîles noires, &c blanches vers la bafe ; le dos 
mêlé de noir & de jaune ; le croupion blanc ; la queue noire, 
avec une ligne blanche en travers ; l'abdomen blanchâtre ; les 
pieds un peu purpurins. 

Frifch dit qu'on pourroit bien mettre la Huppe dans le genre 
des BécalTes , à caufe de la longueur de fon bec , & l'appeller 
Béca[fe d'arbre ; qu'elle cherche tout l'été des Infectes dans toutes 
fortes d'excréments d'homme 6c de bête ; que c'eft de-là, & prin- 
cipalement des excréments humains , qu'elle porte en Allemand 
le nom de Coq merdeux ou puant; que comme elle fait fon nid 
dans des arbres creux de même que les Pics , elle peut auffi s'at- 
tacher à l'écorce des arbres , & courir tout autour ; qu'elle cher- 
che les fourmilières pour en tirer les œufs avec fon long bec ; 
qu'elle aime les lieux lolitaires , cequifiit qu'on ne trouve pas 
fouvent fon nid; Se qu'enfin quand on l'a trouvé, perfonne n'ofe- 
roit en approcher à caule de fa mauvaife odeur 6c du dégoût 
qu'on a de fes petits. 

. Suivant Willughby , la Huppe pefe trois onces ; fa longueur eft 
de douze doigts , 6c la largeur de les aîles de dix-neuf doigts ; 
fa crête eft compofée de vingt-quatre ou vingt-fix plumes. 

Bclon dit que la Huppe a les jambes courtes , le bec long , un 
peu voûté, 6c une langue fort petite ; que fi l'on étend la queue, 
on y verra des plumes blanches qui font un croilTant ; que fon 
vol eft femblable à celui du Vanneau , 6c qu'elle poufle un cri 
enroué qu'on entend néanmoins de bien loin. Il ajoute que fa 
chair ne vaut rien à manger ; 6c cependant nos Chafl'eurs fou- 
tiennent , pour l'avoir éprouvé , que dans l'automne elle devient 
graiïe i>c un Oifcau exquis au goût , qui même vaut mieux que 
la Caille , pourvu qu'on ait l'attention de lui couper la tête 
quand elle eft encore chaude , parce qu'autrement fa chair fenti- 
roit trop le mufc. 

On a prétendu que la femelle étoit toujours plus grande que 
le mâle ; mais cela ne s'accorde point avec l'expérience. Selon 
Olaiis Magnus, X'x Huppe a guerre avec l'Hirondelle, le Pivert 
6c le Choucas ; elle fait fon nid dans les levées des marais; étant 
apprivoilée , elle donne la chafle aux mouches dont elle purge la 
maifon , ainfi que des Souris ; elle annonce la pluie par fon 

gémillement 



DES Oiseaux. m 

gémiflement comme le, Pivert. Si l'on en croit les Anciens, la 
Pie , la Huppe , le Vautour , la Cigogne èc le Guêpier font des 
modèles pour les hommes de l'amour, aulli-bien que de l'allif- 
tance qu'on doit .à Ces père &C mère. 

Suivant l'opinion commune , la Huppe fait fon nid de fienre 
humaine. Il y en a qui dilent que le plus louvent elle le fait de 
fiente de Loup , de Renard ou de Chien ; quelquefois de Che- 
val ou de Mulet : mais de plufieurs nids que j'ai eu occalion de 
voir , je n'en ai trouvé aucun qui contînt la moindre fiente. Ce 
qu'il y a de certain, c'eil que Ion nid &: les petits puent comme 
charogne : néanmoins cette puanteur des petits n'eit que fuperfi- 
cielle ; car ils font fort bons à manger , même en fortant du 
nid. Il n'elt pas vrai non plus , comme le dit M. Linnxus, que 
cet Oifeau ne pond que deux œufs , vu qu'il en pond quatre 
pour l'ordinaire. Ces œufs lont allongés & menus, à proportion 
de rOifeau , qui paroît au-refte plus gros qu'il n'elt en effet. 
Les œufs font pofés lur le bois pourri ou liir la vermoulure des 
arbres oii elle fait fa ponte ; & comme l'on y trouve plulieurs 
Scarabées morts , M. Thomas en tire ces deux conféquences ; 
1°. que cesinfecles morts lont la caufe de la puanteur qu'on fent 
dans le trou oii elle pond , & de la matière qu'on en tire ; 2°. qu'à 
parler ftrictement, cet Oilcau ne fait point de nid. 

La Huppe eft un Oifeau luperbe: voilà pourquoi les Italiens, 
entr'autres dénominations , l'ont appellée Ga/Io delParadifo , 
ou Coq du Paradis. Les mots de Huppe , Putput , Pupui on 
Pupu y &i par corruption Pepu ou Pipu, Lupoge , jadis Pupe , 
félon Calepin , paroiflent venir du mot Latin Upupa , plutôt 
que de la puanteur de fon nid ; &: le nom Grec Epops , de 
même que le Latin Upupa, a été formé par onomatopée, comme 
les noms de la plupart des Oiieaux , à raifon de fon cri naturel. 
Ménage dit qu'il eft hors de doute que le mot de Huppe ligni- 
fiant une tou£c de plumes fur la tête , a été dit à caufe de l'Oi- 
feau appelle Huppe, qui a fur la tête cette touffe de plumes, 
& que Belon s'eft tout-à-fait trompé en dilant que l'Oifcau avoit 
pris fon nom de fa huppe. Quelques-uns l'appellent i?o^/r3o^/r, 
à caufe de fon cri ; d'autres Robin , parce qu'elle fcmble bêler 
comm.e un Mouton. Il y en a qui l'ont nommée Coq d'été , tant 
parce qu'elle a quelque rapport avec le Coq par fa crête , que 
parce que c'eit un Oifeau de paffage qui nous arrive au prin- 
temps. Le mot de Lupoge ou Lupeee vient , félon toutes les ap- 
parences , de l'Italien Upega. 

<2 



m Histoire Naturell 



CHAPITRE DIXIEME. 

Des Oifeaux terreftres qui fréquentent les eaux y 
à bec long , ÔC mangeurs de Poijfons, 

i**. i_jE Martin Pécheur., Ifpida ^ an vcterum Alcyon , Ray 
Synopf. Ifpida npfiras j Klein. King-fifcher _, five Pifcator regalis^ 
Charlet. Halcedo muta , Belon. Mart'inus Pifcator ^ Halcyon flu- 
viatilis vcl rlpafia ^ Halcedo major. Pïumbino j uccello di Sancla 
Maria ^ Pefcatore del Re , Olin. Il eft plus petit qu'un Merle; iî 
a le bec long de deux doigts , gros , fort , droit , pointu , noir ; 
le dedans de la bouche falÎTané ; un très beau plumage ; le fom- 
met de la tête d'un noir-vcrdâtre , avec des taches bleues en 
travers; le dos d'une couleur fort belle, c'eft-à-dire, d'un bleu 
clair-luifant ; la poitrine , le bas du ventre , les cotés &: les plu- 
xaes de delTous les aîles roufles; le milieu du ventre d'un roux- 
blanchâtre ; des taches roufles ou d'un blanc-rouflatre entre les 
narines & les yeux, même au-delà des yeux; la queue longue 
d'un doigt & demi feulement; les jambes très courtes ; les pieds 
d'une ftru£bure finguliere ; car le doigt extérieur s'attache à celui 
du milieu par trois jointures , & l'intérieur par une feule : or le 
doigt intérieur ell le plus petit, & plus court de moitié que celui 
du milieu ; l'extérieur eft prefque égal à celui du milieu , & le 
poftérieur un peu plus grand que l'intérieur ; fon eftomac eft 
grand èc lâche comme dans les Oifeaux carnaffiers , plein d'arrê- 
tés & d'écaillés de Poiffons. Il fait fon nid dans les trous des bords 
des rivières. 

Si l'on en croit M. Klein , le Martin Pêcheurs les pieds conf- 
truits comme le Perroquet , ayant deux doigts en devant , ôC, 
autant en arrière. 

Willughby dit qu'il pefe une once un quart ; qu'il efl long de 
fépt doigts ; que ion vol eft d'onze doigts; qu'il a le bec long 
d'environ deux doigts ; que fa CTaifle eft roufle; qu'il fait à la fois^ 
cinq petits, & quelquefois jufqu'à neuf, félon Gefner, dans un 
trou profond d'une demi-aune, le long du bord d'une rivière. 



DES Oiseaux. 115 

Cet Oifeau ne fe trouve point en Suéde , puifque M. Linnxus 
n'en parle point : au contraire il parle du Guêpier , qui ne Te 
trouve point en France, de qui eft même aflez rare en Italie. 

On ne connoît point aujourd'hui l'Alcyon des Anciens , & ce 
qu'ils racontent de l'Oifeau & de fon nid lent la fable. 11 n'eft 
pas vrai non plus que le nid du Martin-Pêcheur foit conftruit d'ar- 
rêtés de Poillbns artiftement arrangées , comme il eft repréfenté 
dans les Ephémérides d'Allemagne. Il ne fait point de nid , & il 
pond ordinairement fept œufs d'une feule couvée. Les arrêtes ÔC 
les écailles des Poiflons qu'il mange ne l'cmbarraircnt point ; il fait 
les faire fortir de fon eftomac comme les Oileaux de Proie favent 
faire fortir du leur les plumes qui tenoient aux chairs qu'ils ont ava- 
lées. On a die faullement qu'il habitoit en hiver les rivages de 
l'Océan , Se en été les bords des rivières ou des étangs ; car il 
n'eft point paflager. 

On a donné bien des noms à cet Oifeau. On l'appelle Martin 
•ou Martinet Pêcheur , pour le diftinguer du grand Martinet , qui 
eft une efpece d'Hirondelle ; Alcyon commun , grand Alcyon , ou 
Alcyon muet ^ pour le diftinguer de la Rouflcrolle, que nous ap- 
pelions ici Tire-Arrache ^ & que Bclon nomme Alcyon chan- 
teur ; cependant M. Gaudefroy , Médecin d'Orléans, dit dans 
fes Manufcrits fur les Oifeaux , qu'il l'a entendu chanter agréa- 
blement fur la Loire, comme Lucien l'avoit obfervé avant lui : 
mais on nous permettra d'en douter julqu'à ce que nous l'ayons 
entendu nous-mêmes. Les Italiens l'ont nommé Oifeau de Pa- 
radis ou de Notre-Dame , à caufe de fa beauté , ou le Pêcheur 
par excellence. 11 s'appelle en Normandie Oifeau de Saint Mar-' 
tin ^ parce qu'on s'eft plu à donner des noms de Saints aux ani- 
maux. On le nomme autrement Drapier ^ parce qu'on prétend 
qu'étant defTéché & fufpendu dans une garderobe , il préferve 
les habits de toutes fortes de vermines. On l'appelle encore 
Artre , parce que , comme dit Belon , il chafle des étofies &. pel- 
leteries les Artes , Artifons , Teignes & Vers des Scarabées. On 
lui donne aufîi les noms de vert Pêcheur ,Pêche-Martin , Pêche- 
Veron ou Pique- f^eron , Merle d'aiguë ou Merle d'eau , Merle 
ou Me rie t bleu , Pêche-PoiJJon ou l' Oifeau Pêcheur ; en Limoufn 
il s'appelle Merle Picheret ; ailleurs AlerlePefcheret , Pivert bleuy 
Pivert d'eau ou de rivière , V Enfant bleu ou V Oifeau bleu ; 
autour de Paris Mounier , dit pour Meunier , parce qu'il fe plaît 
auprès des moulins à eau ; Tartariu par onomatopée , à caufe de 
fon cri ; en Lorraine Pockery ; les Mariniers de Loire l'appellent 
encore aujourd'hui Alcyon ou Vircvcnt^ parce qu'ils s'imaginent 



114 Histoire Naturelle 

qu'il tourne au vent comme une girouette : mais , fclon Willugh- 
by, c'eft une imagination du vulgaire , que cet Oileau rufpcndu 
par le bec à un til dans une chambre , tourne toujours la poitrine 
du côté du vent. C'eft encore une faufTeté de dire qu'il fent le 
mufc , èc qu'étant pendu en l'air ou mis dans un garde-meuble , 
fes plumes muent tous les ans comme fur un corps vivant. Le 
Dituionnaire de Trévoux dit que les Alatelots nomment notre 
Alcyon le Puant , non pas que cet Oifeau pue , mais parce qu'il 
fent, dif ent-ils , le mauvais temps. J'avoue que je ne comprends 
îTueres mieux la raifon de cette dénomination , que la dénomi- 
nation même. 

2°. Le Jaguacati Guacu , Ifpidji affinis Jaguacati Guacu 
Marcgravii , Ray Synopf II eft de la grandeur d'une Grive de 
vigne , de la figure du Pivert; il a le bec du Martin-Pêcheur, 
mais plus long d'un pouce ; les jambes très courtes , noires; entre 
les doigts de devant les deux extérieurs courts à la vérité ; mais 
le troifieme , qui eft l'intérieur, beaucoup plus court & plus éloi- 
gné ; tout le deiTus du corps de couleur tannée & luilanre, avec 
un collier blanc autour du cou ; le dedous du corps blanc , &: 
proche des yeux une tache blanche. 

3°. Le Guêpier , Merops lîve Apiafier ^ Ray Synopf Ifpida , 
Linn. Il reflemble au Martinet Pêcheur par la figure ; il eft de la 
grandeur d'un Merle , ou un peu plus grand ; il a le bec fort 
reiTemblant à celui du Martin-Pêcheur, finon qu'il eft un peu 
plus recourbé; la conformation des pieds toute femblable à celle 
du même Oifeau ; le lommet de la tête d'une couleur rouire ; la 
nuque du cou &; les épaules vertes , avec quelque mélange de 
rouge ; une marque noire des deux côtés, qui s'étend depuis les 
angles de la bouche , en paftant par les yeux , jufqu'au-dclà des 
oreilles, &: fous le menton une marque jaune contiguë à la pré- 
cédente; la poitrine &: tout le ventre bleus; la queue longue d'un 
palme , dont les plumes du milieu s'avancetit plus loin que les 
autres ; l'eftomac plutôt membraneux que mufculeux , rempli 
d'Elcarbots & d'autres Infeâes. Il fe nourrit d'Abeilles & d'autres 
Inle£les volants. Nous foupçonnons qu'il mange aulli duPoifion, 
à caufe de l'exafte reiremblance qu'il a avec le Martinet Pêcheur 
dans toutes fes parties , tant internes qu'externes. Il fe trouve en 
Italie , & au rapport de Belon il eft très commun dans l'îlle de 
Crète. V. PL 1 1 . Fig. 3 . 

M. Linnarus dit qu'il habite en Suéde près des rivages de la 
Mer, mais rarement. Il le décrit ainfi en peu de mots : Le Guê- 
pier a le dos verdâtre j le ventre teint de blanc Sc de bleu ; uxte 



DES Oiseaux. iiy 

tAcîie jaune au menton , laquelle va jufqu'aux oreilles; l'iris des 
yeux rouge ; la queue entière. Le mâle le dillingue de la femelle 
par une tache longue qui couvre l'œuil. 

Cet Oifeau eft long d'onze doigts & demi , & Ton vol cft de 
dix-huit doigts. Olina l'appelle Merope , Graulo , Lupo ddi'Api, 
c'eft-à-dire , le Loup des Abeilles ; les Anglois le nomment the 
Beceater , comme qui diroit Mangeur de Mouches a miel, Beloa, 
dit qu'il reilemble au Perroquet pour le plumage ; qu'il ie fait 
entendre de loin en criant grul gruruurubul , & qu'il a cela de 
particulier , qu'il vole à reculons. Le nom de Guêpier lui vient 
de ce qu'il mange les Guêpes ainll que les Abeilles. 

4°. Autre Guêpier , Merops alter(c\\ Meropi congencr AldrO" 
yandi ^ Ray Synopf. Il a le corps un peu plus long & plus gros 
que le précédent ; le bec plus rcflcmblant à une faucille ; la 
tête & preique tout le deflous du corps jaunâtre ; le dos châtain, 
mêlé néanmoins de vert &; de jaune près du croupion. Voyez le 
refte de la dcfcription dans Aldrovandus , qui l'a décrit d'après 
une Figure. 11 a du rapport avec le Guêpier par la figure de Ton 
bec & par des taches noires qui paflent par les yeux des deux 
cotes de la tête. 

5°. Le GuiRA-GuAiNUMBi des Topinamboux, Ifpidx feu 
Meropi- ajjviïs , Gulra-Guainumbl Brafilienfibus Tupinambis 
Marcgravii ^ Ray Synopf. Son corps plumé n'eft pas plus grand 
qu'une Grive de vigne , quoique revêtu de fes plumes il paroifle 
égaler un Pigeon. Il a le bec noir, long de deux doigts , dentelé 
en manière de fcie des deux cc)tés , en dcffus & en deflous ; les 
jambes courtes, noires ; une conformation des pieds &: des doigs, 
qui répond à celle du Martinet Pêcheur : mais fa queue en dif- 
fère beaucoup ; car elle eft très longue , & les deux plumes du 
milieu n'ont point de barbes dans la longueur de deux doigts , 
mais aux extrémités elles reprennent des barbes dans l'efpace de 
deux doigts. Tout le corps eft d'un plumage fort élégant ; car 
cet Oifeau porte fur la tête une efpece de mitre , compolée de 
plumes de couleur de faphir , marquée dans fon milieu d'une 
tache noire. Il a les iris des yeux jaunes , &; une tache noire au 
defl^ous des yeux; tout le delFous du corps eft d'un jaune-oblcur , 
ôc tout le deffus d'une couleur verte. Au milieu du cou inférieu- 
rement il porte , comme une marque cara(flérifl:ique , trois ou 
quatre petites plumes noires, entourées d'autres de couleur de 
faphu- , lefquelles forment une certaine tache. K. PL 1 1. Fig. i. 
6°. Le Mautinet Pécheur du Mexique, Ifp:da Mexicanuy 



ii6 Histoire Naturelle 

Hoxocanauhdi dicta Hernand. Ray Synopf. Il n'eft pas fort diffé- 
rent de notre Martin-Pêcheur , iinon qu'il porte une grande 
crête qui tire fur le bleu céleftc. 

Au-reftc le Martin-Pêcheur varie en grofleur 5c en couleur 
félon les lieux. 

7°. Celui du Cap de Bonne-Efpérance eft plus gros qu'un 
Merle j fa tête eft gris de perle ; tout le delTus de fon corps eft 
fauve; le deflus bleu tirant fur l'aiguë marine; les aîles& ledeflus 
de la queue font d'un vert-bleuàtre ; le delTous de la queue eft 
cendré ; fon bec a près de quatre pouces de long. 

8°. Aux Antilles il s'en trouve un qui eft un peu moins grand , 
dont la tête eft verte ; le corps vert en deflus ; le cou blanc ; les 
aîles vertes , jafpées de blanc , & tout le defTus du corps maron. 

9°. Aux Illes Philippines on en trouve un autre un peu moins 
gros que le précédent , qui eft tout jafpé de blanc &: de noir , 
qu'ils appellent Martin Echiquier. On en voit un tout femblable 
en Guinée, mais qui eft aigrette de noir. 

io°. Le Martin-Pécheur des Moluques eft comme le pré- 
cédent , de la grofTeur d'un Etourneau ; la tête &; fon corps font 
d'un bleu-vif; il a le dos brun ; tout le dcflbus de fon corps & les 
aîles bleus ; fa queue eft blanche , tachetée de bleu : il difiere de 
tous les autres , en ce que les deux plumes du milieu de la queue 
font beaucoup plus longues que les autres, &: que dans toute leur 
longueur elles font moins fournies de barbes qu'au bout où elles 
forment une toufte. 

11°. Le Martin-Pêcheur de Caïenne eft gros comme un 
Moineau ; il eft tout vert-canard ; aie cou blanc , la poitrine 
maron, le ventre blanc. J'en ai vu deux fcmblables, à cette dif- 
férence près, que dans l'un le blanc du ventre étoit tacheté de 
vert-canard. K. PL 1 1. Fig. 4. 

1 1°. Celui de l'Ifle de France eft gros comme un Etourneau ; 
fa tête , fon cou , le haut du dos , font maron ; fon dos , fes aîles , 
fa queue , font jigue marine brillant ; le milieu de l'aîle dans fa 
longueur, ôc le fouet de l'aîle , font noirs. 

13°. Le Martin-Pêcheur de Gorée eft de la grofTeur du 
Roitelet ; les côtés de fa tête font lilas ôc maron; il a le dos d'un 
bleu éclatant ; les aîles brunes ; le defTous du corps maron. Je 
fcrois tenté de croire que c'eft le Todier ; au-moins en differe-t-il 
très peu. 

14". On en trouve un au Royaume de Juida , qui a la tête , le 
cou , le haut du dos , la poitrine, le ventre gris-brun ; le bas- 




J)eu-Krzn£ et Grave 



I If/i^YW . 2. iJuira - <juaiuni/'i . i^ pcUt^lIa/iuiPcy/u'ii/- . ^ . IbJuv ■ 




Jetf,.'tn^ ,•/ Ch-itpgear -^drkmi . 



-L loitca/i . -2 C )u'iic'ii(. o Cao\^^up{<' . ^ Meropo- 



D E s O I s E A U X. 117 

ventre maron ; le dos ,1a queue & les ailes aiguë marine glacée ; le 
fouet de l'aîle noir , ainli que toutes les plumes qui recouvrent 
les aîles. 

15°. On y en voit auffi un autre d'un gris-fale , dont les aîles 
font d'un Bleu -tendre, le dos èc la queue d'un bleu plus vif, 
avec une gorge grife piquetée de noir , & la tête couronnée 
d'une cfpece d'aigrette d'un gris-cendré. 

1 6°. Un petit Oil'eau qui approche beaucoup du Martin-Pê- 
cheur eft le Todier ; Ion bec eft un peu plus applati & moins 
pointu ; on l'appelle à Saint-Domingue Perroquet de Terre. Il eft 
tout vert en dcirus; fa gorge & fes flancs font couleur de rofe ; 
tout le defTous d'ailleurs ell blanc. K. PL 11. Fig.à^. 

Le Royaume de Juida en nourrit un tout femblable , dont les 
aîles font brunes , les joues couleur de lilas , & dont tout le dos 
& le croupion font du bleu le plus riche & le plus brillant. 

Ray fait encore mention de trois autres efpeces d'Alcyons des 
Indes , tirées du Cabinet de Leyde \ mais dont il ne nous donne 
aucune defcription. 



CHAPITRE ONZIEME. 

T)u genre des Poules , ou des Volailles. 

^■^i— ■ I ,.»■■■ I I ■■ I I II !■ j rl 

Article Premier. 

De la Volaille domejlique & privée. 

\_j E genre d'Oifeaux diffère de tous les autres par des marques 
notables. U a , 1°. k bec court, fort &: un peu recourbé , pour 
ramaffer les grains dont il fc nourrit principalement ; 2°. un 
eftomac fourni de gros mufcles, pour brifer ces grains , à l'aide 
des petites pierres qu'il avale ; 3°. le corps gros & pefant, chargé 
de beaucoup de chair; 4°. les aîles courtes &; concaves; ce qui 
fait que ces Oifeaux ne fauroicnt voler bien haut, i?v qu'ils fonc 



ii8 Histoire Naturelle 

de courtes volées; 5°. des intcftins cœcum très longs; 6". la chair 
blanche , fur-tout celle des mulclcs de la poitrine , laquelle blan- 
cheur fc montre plus manifcllcment après la cuilfon; ce qui eft 
une marque caraclérillique de ce genre : c'eft aufli une preuve 
que fa chair eft très faine &: d'un très bon iuc ; 7°. ils font beau- 
coup de petits ; 8". ces Oifeaux font leur nid à terre, parce que 
les petits récemment éclos ne lont point nourris par les mères; 
mais qu'étant revêtus d'un duvet épais ils fuivcnt leur mère en 
courant ça Se là , ôc ramafTant leur nourriture avec le bec ; ^°. ils 
aiment à le poudrer. 

1°. Le Coq bc la Poule domestique , Gallus Gallinaceus ù 
Gallina domejiica , Ray Synopf. Gallus cauda comprejja afcen- 
dentc^ Linn. 11 eft inutile d'en parler au long , vu que ce font des 
Oifeaux domeftiques & très connus. En Angleterre & ailleurs on 
élevé leurs principales variétés ; favoir , 1°. les Poules huppées ; 
1°. les Poules naines a. jambes très courtes ; 3°. les Poules /ans 
queue ni croupion , qu'Aldrovandus appelle Poules Perfannes ; 
4°, les Poules frif ces , qui ont les plumes réfléchies vers la tête j 
5°. les Poules négre£es. 

Il y a autant de fortes de Chapons qu'il y a de fortes de Coqs ; 
ils n'en difl-erent que par la cailration ; ils ont néanmoins les 
plumes du cou & de la tête plus longues , ainfi que celles de la 
queue , &. leurs éperons croillcnt davantage : ils ont aulTi la voix 
plus balle 6c plus enrouée. 

Le fexe eft ici bien diftincl. Le mâle eft fuperbe par fa belle 
crête rouge , par les longues plumes flottantes en forme de cri- 
nière fur Ion cou , par la queue roufiue &: redreflee , & par fes 
éperons. Il eft auili lafcif que courageux. C'eft l'horloge vivante 
àes gens de la campagne , ^ fon chant s'entend de tort loin. Il 
aime finguliérement fes Poules , & fi-tôt qu'il trouve quelque 
chofe à manger il les appelle. Il les invite à pondre en fe couchant 
dans le même panier ; mais il eft faux qu'il ponde lui-même àes 
œufs, commelc croit le vulgaire. Ménage dit que Cocatiis f gnilîe 
un Bafilic , parce qu'on croit que le Baflic naît de l'auf d'un 
Coq. Il ajoute qu'il y a une Rue à Paris appelle la E,ue Cocatris y 
laquelle apparemment aura été appelléedcla forre , parce qu'il 
y àvoit en certe Rue une mailon où pcndoitpour Enfeignc un 
Bafilic. On a loutenu que le Lion avoit peur du Coq, ÔC lur-touc 
d'un Coq blanc. L'expérience y eft contraire, 

Le mot de Cocq , Coq ou Coc vient , fcfcn Ménnge , du vieux 
mot Latin Coccus , comme Soc vient de Sulcus. \Ju Ancien dit 
<^ue le Coq a été aiufi nomme à cauic de fa crête rouge , parce 

que 



2 



DES Oiseaux. 119 

que Coccum fignifie de la graine propre pour rougir , d'oii vient 
Cochenille. Je croirois pluroc que Coq vient du cri naturel de 
l'Oifeau. Selon M. le Duchac , le mot François Coc ou Coq ^ de - 
même que le mot Anglois Cock^ vient du Saxon Coc , qui figniiie 
la même choie. Le Coq s'appelle encore Gau , Geau ou Jau , 
Gai , ou Gog , tous mots dérivés de Gallus. Un petit Coq s'ap- 
pelle Cochet ; jadis à Orléans Q^uoy ou Cocher. 

Le mot de Poule ^ jadis Poulie , vient de Pulla , pris pour 
Gallina anciennement , à ce que dit Ménage. On l'appelle quel- 
quefois Gaiine ou Geliine _, de Gallina ; Gelinette ou Gelinotte 
éprend pour une Poularde ou jeune Poule , mais le plus fcuvent 
pour une Poule fauvage. En Picardie on dit Glaine ou Gleine 
pour Geline. L'amour de la Poule pour fes petits eft admirable. 

Quant au mot eie Chapon , que les Picards prononcent Capon^ 
il vient du Latin Capus _, ou plutôt de l'Italien' Capone. Le jeune 
Chapon s'appelle Chaponneau ou Heftoudeau , Haitoudeau , Huf- 
taudeau , Hetaudeau , Hutaudeau , Hautoudeau. M. le Duchat , 
dans Tes Notes fur Rabelais , nous apprend que le mot ancien 
Hautondeau ou Hutaudeau fignifie un Chaponneau gras &; bien 
conditionné : mais qu'à Metz, où le patois a confervé la plupart 
de nos anciens mots, ce mot fignifie un grand Poulet, auquel 
on a lailîe les lombes , quoiqu'on lui ait coupé la crête & les 
ergots pour le faire paroitre Chapon ; & qu'on les appelle ainfi , 
parce que ne valant pas la peine d'être nourris de bon bled 
comme les vrais Chapons qu'on veut engraiiler , on ne leur 
donne que des Hotons ou Hautons , c'eft-à-dire , de ces petites 
goufTes qu'on ôte du bled. On appelle Cocâtrc un Coq mal cha- 
ponné. 

1°. Le Paon , Pavo y Grxcis racoç , Ray Synopf Pavo caudâ 
longâ y Linn. Il eft remarquable par fa longue queue pleine 
d'yeux brillants , &: facile à diftinguer de tous les autres Oifeaux. 
Il a fur la tête un panache formé par des crins qui relTemblent à 
des arbuftes , comme dit Pline. Il varie quelquefois en couleur, 
& il y a des Paons blancs qui font fort eftimés pour leur rareté. 

M. Klein remarque qu'autrefois le Pcon étoit réfervé aux 
Rois ; mais qu'aujourd'hui il eft commun chez les gens de la 
campagne aifés. Il fait du dégât aux maiions &: aux jardins; il 
rompt la tête par fon cri importun. Au-refte c'eft le plus beau 
des Oileaux connus ; aulîî a-t-on dit de lui qu'il a le plumage 
d'un Ange , les pieds ou la démarche d'un Larron , & la voix du 
Diable. 

Angélus ejî pennis ^ pedcLatro , voce Gchcnnus. 

R 



ijo Histoire Naturelle 

On connoît qu'il eft en amour , quand il fe mire dans fa' 
queue, & qu'il l'épanouit en forme de roue. 

La Paone ou Paonesse , pour apprendre à Ces petits à jucher 
fur les arbres , les prend l'un après l'autre lur les épaules, ôcles 
y porte. 

Selon quelques-uns , le Paon peut vivre jufqu'à cent ans , 8c 
Willughby dit qu'il n'a pas de peine à le croire. Il eft fi glorieux , 
que la fierté a pafle en proverbe. L'Orateur Hortenfe lut le pre- 
mier des Romains qui tua le Paon pour en manger , &: depuis 
lui on a trouvé que c'étoit un mets exquis : cependant la chair 
eft dure & coriace, lî elle n'eft bien mortifiée. Gybert Longolius 
dans fon Dialogue fur les Oifeaux , avance que les Paons font 
devenus blancs à force de contempler la neige en Norvège Sc 
dans les Pays feptentrionaux , où il n'eft nullement rare , félon 
cet Auteur , de voir des Corbeaux , des Choucas , des Pies , des 
Merles, des Moineaux, des Ramiers &C des Etourneaux blancs. 
Mais cette raifon ne paroît pas folide; car nous voyons quelque- 
fois ici de ces Oifeaux tout blancs, quoiqu'ils n'ayent jamais 
contemplé les neiges de la Norwége. Il faut remarquer que dans 
les Paons blancs, il en eft qui ont les barbes des grandes plumes 
vertes ôc or , & au bout de ces plumes des yeux bleus qui percent 
à travers le blanc. 

Le mot de Paon vient du Latin Pavone , ablatif de Pavo ; les 
Italiens l'appellent auffi Pavone ; la femelle Pavona ou Pavo- 
ne^-^a , d'où nous avons faitP^o/ze ou Paonejfe ; &. le petit Paon 
Pavoncmo ou Pavonino y d'où vient Paoneau , qu'on prononce 
Paneau. On a nommé le Paon XOlfeau de Médie ou de Perfe y 
parce que le Paon , ainfi que la Poule domcftique, a été pre- 
mièrement apporté de la Perfe en Grèce , puis de la Grèce en 
Italie; plus communément VOifeau de Junon ^ parce que, fui- 
vant la Fable, la Déefte Junon attacha les yeux d'Argus à la 
queue du Paon. 

Le Paon de Guinée , que d'autres nomment Impériale Se 
T)amoifelle { la Demoifelle de Num'idie ) eft noir, félon M. Ger- 
faint, 6c à peu-près de la groiïeur d'un Poulet d'Inde. Il a les 
pattes & le cou longs , & marche fiérement.Il a des plumes vio- 
lettes à la queue, ôcdeuxhoupcsfurlatête qui le rendent magni- 
fique ; celle de devant eft d'un plumage noir &; fort fin; celle 
de derrière la tête eft d'un poil long , épais , & d'une couleur 
d'aurore. 

II faut rappeller ici ce que j'ji dit ailleurs de cet Oifeau ftngu» 
lier. 



DES Oiseaux. 131 

3°. Le Coq d'Inde , Gallo-Pavo feu Avis Nmnidica ù Me- 
leagris quibufdam , Ray Synopf. Meleagris , Linn. 6c Klein. 
Pavo Gallus ^ Gallus Indicus & Gallina Indica five Af ricana 
nonnidlis. Il étale fa queue en rond à la manière du Paon. Il a 
le cou & la tête dénués de plumes , ôc feulement couverts d'une 
peau rouge ou purpurine. On voit paroitre au fommet de fa tête 
une crête ou caroncule rouge , que le m.ale peut étendre ou 
abaiiTer au delfous du bec. Cet Oifeau n'a point d'éperons aux 
jambes , &; le mâle fe diftingue de la femelle par une efpece de 
barbe de foie qu'il porte au haut de la poitrine. 

Cet Oifeau , non plus que le précédent, n'eft peint natif 
d'Angleterre , ni même de l'Europe, mais il eft étranger, ayant 
été apporté chez nous des Indes ou de l'Afrique. Mais comme 
ce font des Oifeamc domelliques Se privés qui fupportent ailé- 
ment nos hivers, &: que les gens de la campagne élèvent par- 
tout pour le profit , &; qu'il y a long-temps qu'ils ont été ap- 
portés ici , nous pouvons avec raiion les compter parmi nos Vo- 
lailles. 

M. Linnxus dit qu'il nous eft venu de l'Amérique fcptentrio- 
nale , oii il eft toujours noir, & que le mâle a la poitrine barbue. 
M. Klein remarque auifi que c'ell fiurfcm-cnî qu'on a dit que le 
Coq d'Inde nous étoit venu premièrement de Turquie , vu qu'il 
a plutôt été apporté des Indes en Turquie. Il v a des gens , dit 
Chardin , qui croient que cet Oifeau vient des Indes Orienta- 
les , à caufe de fon nom de Coq d'Inde ; mais il n'y en a point 
du tout. Il faut qu'il foit venu des Indes Occidentales, à moins 
qu'on ne l'ait appelle Coq d'Inde à caufe qu'étant plus grand que 
les Coqs ordinaires il reiFcmble en ceci aux Coqs des Indes, qui 
font plus grands que les Coqs ordinaires de tous les autres Pays. 
Le Père du Tertre nous apprend aulîi que les Poules d'Inde font 
dans toutes les Illes Antilles de l'Amérique comme dans leur lieu 
natal. 

Ménage prétend que Scaliger s'eft trompé quand il a cru que 
les Poules d'Inde ont été ainfi appellées , parce qu'elles nous ont 
été apportées des Indes. Il foutient que c'a été parce que les 
François ont donné ce nom d'Inde à pluficurs choies apportées 
en France des Pays étrangers ; mais il ne dit point de quel Pays 
elles {ont venues. 

Longolius prétend de fon coté que c'eft à tort qu'on a donné 
au Coq d'Inde le nom de Paon des Indes , parce qu'il n'a du Paon 
que l'élévation de fa queue qu'il étend dans la colère. Il ajoute 
que la Poule d'Inde n'a fur la tête qu'une peau charnue qui de- 



132- Histoire Naturelle 

vient tantôt bleuâtre , tantôt pâle , &c tantôt vermeille comme 
une rofe , félon (es pallions. En effet, les Coqs d'Inde font extiê- 
inemcnt colères, &c s'élèvent fièrement, témoins l'enflure de leur 
cou èc leur cri , quoiqu'au-relle leur voix f oit plaintive &C ridi- 
cule. Ces animaux s'encouragent &; Ce défendent mutuellement. 
On en a vu quelquefois une troupe entourer un Lièvre dans fon 
gîte , &L tâcher de le tuer à coups de bec. 

Le Coq d'Inde en colère femble aboyer comme un Chien ; la 
Poule d'Lide a la voix d'une Poule , &: les petits Dindons ou 
Dindonneaux piaulent comme les Poulets ou Pouiîins. Quand le 
mâle eft vieux, il lui vient à la poitrine une barbe de foies qui lui 
eft particulière ; les jeunes n'en ont point , non plus que les fe- 
melles. Cotgrave nomme le Coq d'Inde Paon d'Inde ou Dmdar. 
Pour abréger , on dit fouvent un Dinde ou une Dinde , ôc à 
Orléans une Dine par corruption. Le petit s'appelle Dindon , 
Dindonneau ou Poulet d'Inde , fuivant l'âge. La Poule d'Inde cfl: 
une excellente couveufe; elle fe lailîeroit plutôt mourir de faira 
que de fortir de deflus (es œufs ; il fiut l'en ôter de force ; elle peut 
couver à la fois un bon nombre d'oeufs de Poules domeftiques ; & 
quand les pouiïïns (ont éclos, c'ell: un plaifir de voir avec quelle at- 
tention &: quelle vigilance elle les conduit , les défend contre leurs 
ennemis , &. les ramafle fous (es aîles dans un temps froid oi? plu- 
vieux. On n'admire pas moins comment ces petits entendent ce 
que veulent dire les divers cris de leur mère putative. Ses œufs 
font bariolés Ôc fort beaux. Les Solognots font à ce fujet une re- 
marque fînguliere que je n'ai pas encore eu occalion de vérifier ; 
c'cft que li la Poule d'Inde fait une (econde ponte qu'ils appellent 
chaplis y fes œufs ne font plus bariolés ni piquetés de rouge, mais 
tout blancs comme ceux de la Poule commune. Le Coq d'Inde 
jie pafle pas pour avoir beaucoup d'inftinct ; on le regarde même 
comme (impie &: bête , jufqucs-là que fa bêtife a pafTé en pro- 
verbe. 

4°. Le Coq d'Inde sauvage , Gallo-Pavo fylvefiris Nov.t 
^/zjcr//.e j Ray Synopf II eft plus noir que le Coq d'Inde ordinaire, 
&: il en diffère conlidérablement, (inon en autre chofe, du moins 
en grandeur ; car il y en a , dit Joffelin dans fes Raretés de la Nou- 
velle Angleterre, qui pefent des quarante ,- & même des foixante 
livres. Il alFurc encore avoir vu &; mangé"d'un Dinde, qui plumé 
& vuidé approchoit du poids de trente livres. 

5^*. Le MiTU du Bredl , Mitu vel Mu tu Brafilienfium Marc- 
gravii , Tepetototl Ilernand. Ray Synopf II eft , dit Marcgrave , 
du genre des Faifans ^ les Efpagnols le tiennent aufli pour Fai- 



DES Oiseaux, ijj 

fan. Pour nous , eu égard à la propriété qu'il a d'épanouir fa 
queue en roue , à la grandeur &. à la couleur , nous le rangeons 
plutôt avec le Paon èc le Coq d'Inde. Il eft plus grand qu'un Coq 
ordinaire ; il a le plumage noir par tout le corps, excepté lous le 
ventre, oîi il eft d'une couleur brune; & fes plumesfur la tête, au 
cou & à la poitrine, le difputent au velours noir. Il a au fommec 
de la tête des plumes noires pliées en forme d'une petite mitre 
très platte, de forte que qui nel'auroit jamais vue pourroit à peine 
la reconnoître ; & quand il fe met en colère ou autrement, il 
redrefîe ces plumes à fon gré en manière de crête. Son bec eft 
comme dans ce genre d'Oileaux, recourbé , long d'un doigt Sc 
demi , d'une couleur incarnate fort belle, cependant blanchâtre 
vers le bout. Il fe perche volontiers en haut comme les Coqs 
d'Inde , &. grimpe utr les arbres comme eux. Au-refte c'eft un 
animal doux &; ami de l'homme. 

6°. Le Pauxi , Pau xi Nierembergii _, Gallina Indica Aldro- 
vandi , Ray Synopf. C'eft une variété du précédent ; car il ne 
diflere du Mitu de Marcgrave prefqu'cn rien autre choie que par 
le tubercule bleu en forme de poire qu'il porte à la racine du bec. 
C'eft une queftion de favoir s'il dift'ere du précédent pour l'ci- 
pece , ou feulement pour le fexe. 

7°. LeMiTUPORANGA, Mituporanga Marcgrav'n^ G al lus aliùs 
Jndicus Aldrovaiidi , Ray Synopf. Il a le bec moins haut ôc moins 
en croiflant que le Mitu : fon bec eft noir à l'extrémité ; mais 
tout le refte eft revêtu d'une peau faftranée comme celle qu'il a 
autour des yeux; la tête &C le cou font d'un plumage très noir, 
luilant comme du velours , & au fommet de la tête il a des 
plumes crêtécs Se contournées en forme de limaçon jufqu'au 
commencement du cou ; il peut les dreflcr en crête frifée ; le 
rcfte du corps eft noir , entremêlé d'un peu de vert ; il a des 
plumes blanches autour de l'anus , &: les jambes d'un gris-cendré. 
C'eft le Hoco de la Martinique. 

8°. Autre efpece de Coq d'Iade , Gallus ïndictis alius Aldro- 
vandi _, Ray Synopf. Il a un tubercule en forme de cerife à la mâ- 
choire fupérieure du bec ; en quoi il diffère du précédent Si du 
Coq d'Inde ordinaire. 

9*^. La Pintade, Gallus & Gallina Guineenfis _, Ray Synopf. 
Alecîor Guineenfis _, Klein. Elle égale en grandeur la Poule do- 
mcftiquc ; cependant elle a le cou plus long Se plus menu , appro- 
chant de la Perdrix pour la figure du corps. Sa couleur eft d'un 
gris-noirâtre , variée par-tout de taches blanches. Elle a le cou 
entouré d'un collier noir , Se la tête rougeâtre ; elle porte im- 



134 Histoire Naturelle 

plantée fur le milieu de la tête une corne dure d'un brun-roux ; 
au dcllous des yeux les mâchoires font bleues lans plumes, & au 
dellous des mâchoires il y a des appendices rouges. Meilleurs les 
Académiciens de Paris obfervent que ces appendices ou barbil- 
lons tiennent <à la mâchoire lupérieurc , & non à l'inférieure 
comme dans les Poules ordinaires , & que les femelles les ont 
rouges , &c les mâles bleus ; ce qui peut fer vir à diftinguer les lexes. 

On dit que ces Oifcaux vont par compagnies , &c qu'ils élèvent 
leurs petits en commun , même ceux qui ne leur appartiennent 
pas. Melfieurs les Académiciens de Paris prouvent par de torts 
arguments que les Pintades font les Méléagrides des Anciens. 

La Poule Pintade cft un fort bel Oifeau , & eftimée comme 
un mets exquis. Belon dit que leur voix ell femblable à celle des 
Poules communes ; qu'elles lont fécondes , & fort loigneules 
de nourrir leurs petits. Ce qu'il y a de certain, c'eft que ces Oi- 
fcaux ont un cri perçant qui incommode; ils lont colères, 6c 
.liment à fe battre avec les autres volailles. M. Linnarus n'en 
parle point parmi les Oifcaux domeiliqucs de balle-cour ; ce qui 
me fait croire qu'on ne les connoît point en Suéde. Peut-être 
que ce Pays-là ell trop froid pour qu'on puifTe les y élever. 

On l'appelle Pintade ou Peintade ; en Anglois Pintado , 
comme qui diroit Poule peinte ou mouchetée de blanc &: de noir ; 
autrement Poule d' Afrique _, de Numidie ^ de Barbarie , ou de 
Guinée , de Mauritanie ^ de Tunis _, de Pharaon ou à' Egypte _, 
parce qu'elle nous vient de ces Pays-là. Cotgrave l'appelle aulii 
Guy nette pour cette raifon ; Méléagride , parce que , félon la 
Fable j les fœurs de Méléagre furent changées en ces Oilcaux. 
Belon la nomme encore Perdrix des terres neuves. Le vulgaire dit 
Pintarde par corruption. Le petit de la Poule Pintade s'appelle 
Pintadeau. Ses œufs font aulll peints &; marquetés de blanc fie 
de noir comme fon plumage. 

io°. La Poule sauvage du Brcfil , Gallina fylvefiris Ma- 
cucagua Brajilienfibus Marcgravii , Ray Synopf. Elle efl: de la 
grandeur de notre Poule commune ; elle a le bec noir, le corps 
gros ; elle eft fans queue ; elle a le talon rond comme l'Autru- 
che ; les ongles moulTcs , gris ; toute la tête &: le cou piquetés 
d'un jaune-obfcur & de noir ; le delîous de la gorge blanchâtre ; 
la poitrine, le ventre &; le dos d'un gris-cendré ; les aîlcs de 
couleur d'ombre par-tout , ondées de noir , excepté les grandes 
plumes de Taîle qui font totalement noires ; fes pieds font bleus. 
C'eft un Oifeau fort charnu ; il court fur la terre ; car fes pieds 
ne font pas propres pour monter lur les arbres. 



DES Oiseaux. 13^ 



Article Second. 

De la grande Volaille fauv âge qui Je nourrit de plantes & 
de bayes àjburcils rouges comme Vécarlaie. 

1". LE GRAND Coq de Bruyère, Urogallus feu Tetrao 
major Aldrovandi , Ray Synopf. Lagopus maximus ,K.\c\n. Tetrao 
rcclncibus extenoribus fubbrevwrihus , alarum baji alba macula , 
Linn. Il approche du Coq d'Inde par la grandeur. L'Angleterre 
ne poflede point cet Oifeau : mais on dit qu'il le trouve en Ir- 
lande. 

Selon M. Linnxus , le mâle eft gris femé d'un grand nombre 
de petites lignes brunes ; il a les ailes tannées & parfemées des 
mêmes lignes ; la poitrine d'un vert luifant antérieurement , du- 
refte variée de noir &: de blanc ; dix-huit pennes à la queue , 
dont les latérales font infenfiblement plus courtes, toutes noires, 
tachetées de blanc dans le milieu ; les plus grandes plumes des 
aîles font noires; mais la féconde, la troifieme, la quatrième, la 
cinquième & la fixieme font blanches à leur bord extérieur ; il a 
les aîles blanches en dcfîous , &; cette blancheur débordant fur 
les aîles caufe la tache blanche. 

Le nnâle, dit "Willughby , pcfe quarante-huit onces ; il a vingt- 
trois doigts de longueur , & la femelle dix-neuf. Le vol du mâle 
eft de trente-quatre doigts , &: celui de la femelle de trente-un. 
Mais ceci doit plutôt s'entendre du petit Coq de Bruyère que du 
grand. 

Si l'on en croit le Dicflionnairc de Trévoux, cet Oifeau vomit 
fon fperme par le bec lorfqu'il eft en amour, 6c il appelle fcs fe- 
melles avec de grands cris, ainfi que le Coq domeftique lorfqu'il 
trouve du grain ; quand elles font arrivées, elles ramaflent avec 
leur bec le fperme que le mâle a vomi , & l'avalent. C'eft de 
cette manière qu'elles conçoivent. Le malc ne laifte pourtant pas 
de les cocher cnfuite les unes après les autres , en fe jouante en 
les carreftant , comme pour donner de la force à la fcmence 
qu'elles ont avalée , fans avoir d'autre commerce avec elles. 

On fcnt bien que ceci eft un conte fait à plaifir. Il n'cft pas plus 
vrai qu'ils s'accouplent par le bec. Ce Coq a une crête qu'il drtfte 



1 ^6 Histoire Naturelle 

quand il baifTe la tête, ou qu'il le met en colère. Les Chaireurs 
difent qu'il ell: fourd dans le temps de l'amour, &: qu'il n'entend 
pas alors le plus fort coup de fufil : mais la railon pourquoi il 
n'entend point le bruit du fulil , c'eil qu'il perche iur les plus 
hauts arbres, ^ que fon cri étant très fort il s'étourdit lui-même; 
car il fc foit entendre d'une demi-lieue. M. Klein l'appelle Lago- 
pus , c'efl:-à-dir£ , Pied de Lièvre , parce qu'il a les jambes revê- 
tues de plumes brunes jufqu'aux doigts des pieds. CetOiieau eft 
rare en France ; il fe trouve en Lorraine, en SuilTc &: dans les 
Alpes ; il cft fort recherché &; très cher , à caufe de fon goût 
exquis ; il pafTe pour un manger de Roi. On prérend que (a chair 
a trois fortes de goût , je veux dire le goût du Bœuf, de la Per- 
drix bc du Faiian. 

On l'appelle Coq de Bruyère , parce qu'il fe plaît dans les 
bruyères , fur-tout dans une bruyère des Alpes, dite Baccifere , 
c'efi-à-dire , qui porte des baies , fruits dont il eft tort avide ; 
autrement Coq de bois , ou de montagne , Coq des Alpes Gwfau- 
vage , Coq de Gênes ou de Limoges , Coq joli i Orhan , félon Li- 
nocier ; F ai fan noir des Alpes ou de montagne i Faifan bruyant 
ou bruant. 

1°. Le PETIT Coq de Bruyère , Tttrao feu Urogcdlus minor, 
Ray Synopf Grygallus minor live Tetrix Nemejlani , Aldrovandi. 
Tetrao remigibus fecundariis a medio bafin verjus albis , caudâ 
bifurcâ , Linn. Dans cette efpece le mâle eft tout noir, & la 
femelle de couleur de Bécaflc ou de Perdrix grife : aullîdans la 
partie fcptentrionale de l'Angleterre le mâle eft appelle Coq 
noir _, & la femelle Foule grife. Cet Oifeau approche de la Poule 
pour la grandeur ; il eft commun iur la pente des plus hautes 
montagnes ; il defcend quelquefois auffi dans les plaines , &; fe 
trouve dans les bruyères les plus balTcs. 

Selon M. Linna;us, les Lappons l'appellent Orrar , & les Sué- 
dois Orrc ; il habite par-tout dans les forêts de la Suéde , prin- 
cipalement dans les Nordelles , ou les Provinces du nord de ce 
Royaume ; au printemps il appelle les feu"' elles dans les champs 
& dans les bruyères. Les plumes de la queue font noires dans le 
mâle , &: les trois extérieures de chaque coté font recourbées en 
dehors ; ainlî la queue eft fourchue. Les grandes plumes des ailes 
iont noirâtres ; mais celles du fécond ordre (ont blanches depuis 
labafe jutqu'au milieu, comme aulTi leurs extrémités: celles qui 
recouvrent inférieurement les pennes des aîles & de la queue 
font blanches , & le dos eft noir. 

Son cri naturel eft Frau^o^i en Allemand fignifie une femme. 

Olaûs 



B E s Oiseaux; 137 

OLiiîs Magnus dit que dans le Nord ces Oifcaux demeurent deux 
ou trois mois cachés fous la neige , èc qu'on les y prend aux col- 
lets. Feu M. le Maréchal de Saxe en avoit fait venir pluiieurs 
douzaines de Suéde pour fa Ménagerie de Chambord : mais ils 
y ont tellement dépéri , qu'à fa mort il n'en reftoit que peu de 
vivants. Gefner , qui a été fuivi par Aldrovandus , prévenu de 
l'idée que dans tous les genres d'animaux le mâle lurpafle tou- 
jours la femelle par la variété des couleurs & par la beauté , s'eil 
trompé en ce qu'il a pris à l'égard de nos deux Coqs de bruyère , 
le grand de le petit, un fexc différent pour une difîérente cfpece; 
& par-là de deux elpcces il en a fait quatre. 

3°. Autre efpece de Perdrix blanche , Lagopus altéra Plinil , 
Ray Synopf Si ce n'eft pas la même que le Francolin d' Aldro- 
vandus & des Italiens , du-moins elle lui reflemble. Dans la par- 
tie feptentrionale de l'Angleterre on appelle différemment le 
mâle , la femelle, & les petits. Cet Oifcau eft prefque de moitié 
plus grand que la Perdrix , & fon plumage approche beaucoup de 
celui de la Bécaire ; mais il eft plus rougeâtre : il aime les f om- 
mets des plus hautes montagnes ; il ne defcend point dans les 
plaines , rarement même fur le penchant des montagnes. Il eft 
commun dans les montagnes du Nord ; on le trouve aulîi dans le 
Pays de Galles. 

M. Klein dit que le mâle eft rouge , & qu'il porte une crête 
fur la tête : ainfi il diftingue viiiblement cette efpece de Lagopus 
du Lagopus ordinaire , qui elt la Perdrix blanche de Savoie , 6c 
dont nous parlerons bien-tôt ; cependant M. Linn.xus confond 
les deux enfemble. Il paroît que Belon n'a connu ni le petit Coq 
àe bruyère, ni les Lagopus , puifqu'il n'en fait aucune mention. 

4°. Le Francolin , Auagen Aldrovafidi , Francolino italo- 
rum ^ Ray Synopf. Selon Aldrovandus , il approche du Faifan 
pour la grandeur &; dans tout le port extérieur. Olinaditque 
pour la figure &: la proportion du corps il reflemble à la Perdrix 
grife , oc qu'il la furpafle un peu en grandeur. Je foupçonnc que 
cet Oifeau eft le même que le précédent : mais le lieu natal me 
fait obftacle; car Aldrovandus atrure que fon Francolin fe trouve 
abondamment dans les montagnes de la Sicile, qui eft un Pays 
chaud ; au-lieu que le nôtre habite les fommcts des plus hautes 
montagnes des Pays feptentrionaux. Mais on peut répondre à 
cela que le fommet du Mont Etna en Sicile n'eft pas plus chaud 
que nos montagnes, puifqu'il conferve long-temps la neige. Si le 
Francolin a la tête crêtée , comme Aldrovandus le décrit , 6c les 
pieds nus , félon que le dépeigncut Aldrovandus &: Olina , ce 

S 



i?8 Histoire Naturelle 

ne peut pas être notre Oifcau , lequel a les pieds revêtus de plu- 
mes jufqu'aux ongles , comme l'on voit dans l'Ornithologie de 
Willughby. 

Gel ner le nomme Gelinette fauvage ^Perdrix de montagne. 
Bclon dit qu'il eft femblable à la Canepetiere ; fa chair eft blan- 
che &; très vantée. Il vit ordinairement de grains & de fruits. On 
le trouve fur les Monts Pyrénées , en Auvergne , 6c lur les Al- 
pes. Il chante en liberté, ôc s'appelle par fon nom : mais en cage 
il ne dit mot. Selon Olina, il y en a beaucoup en Barbarie au- 
près de Tunis , & c'ell: pour cela qu'on appelle le Francolin 
Perdrix de Barbarie. Il ne fe trouve point en Suéde , &: M. Lin- 
na:us n'en fait aucune mention : mais il cil alTez furprenant 
qu'un il bel Oifeau n'ait point été connu de M. Klein. Rabelais 
l'appelle Francoly. Je trouve dans Cotgravc Francoly y Fran- 
coule de Francourle. C'cft une corruption du mot Italien Fran- 
colino. 

5°. La Perdrix blanche de Savoie , Lagopus avis Al- 
drovandi , Rhœtis Rabolane dicta , Perdrix alba Sabaudis ^ Ray 
Synopf Tetrao reclricibus albis ^ intermediis nigris apice albis , 
Linn. La couleur de tout le corps eft blanche comme neige dans 
cet Oifcau , excepté la queue qui eft noirâtre ; elle a néanmoins 
les plumes du milieu blanches. Les fourcils font rouges, &; les 
pieds couverts de plumes jufqu'aux ongles ; d'oii lui vient le 
nom de Lagopus , c'eft-à-dire , Pied de Lièvre. Il eft fi femblable 
en tout , à l'exception de la couleur , à l'Oifeau que j'ai nommé 
autre efpece de Lagopus , qu'on peut douter avec raifon s'il en 
diffère réellement, ou feulement par certains accidents. De bons 
Auteurs penfent que c'eft le même Oifeau. Les Italiens les ap- 
pellent auifi l'un û. l'autre Francolin. 

Je m'imagine que le Lagopus altéra de Gefner ne dilîcre aucu- 
nement du précédent , vu que tout s'y rapporte , excepté quel- 
ques taches à la tête & au defTus du corps. 

Selon M. Linnxus, notre Perdrix blanche habite dans les fo- 
rêts des Nordelles en Suéde , principalement dans celles de la 
Lapponie. Elle varie en grandeur , étant beaucoup plus petite 
dans les Alpes ; elle varie auiîi en couleur ; elle elt blanche en 
hiver, &; jaunâtre en été; elle a les plumes delà queue blanches; 
mais la huitième & la neuvième font tout-à-fait noires, quoique 
blanches au bout. Les grandes plumes des ailes font pareillement 
blanches. 

On l'appelle Perdrix blanche de Savoie , des montagnes de 
Suijfe j des Alpes ^ ou des Ardennes. En Savoie on la nomme 



DES Oiseaux. ij9 

Arbenne. Sa chair cft toute diiFérentc de celle du Francolin ordi- 
naire; car elle eft toute noire , &; ne vaut rien à manger. Aulîi 
les Chaiïeurs en SuilTe &: ailleurs n'en font-ils aucun cas. 

<j°. La Gelinotte, Gallina Corylorum^ Germanis Ha^lehun^ 
Gefncro Attagen , Ray Synopf. Lagopus Corylorum , Klein. Te- 
trao rcclricibus cinereis^punciis nigns ^fajaa lata nigra , exceptis 
intermediis duabus , Linn. Elle approche de la grandeur d'ujic 
Poule ; elle a \çs jambes nues en devant jufqu'à Ta moitié feule- 
ment, & en arrière jufqu'aux articulations des pieds; les doigts 
extérieurs avec àç.s bords dentelés qui débordent des deux côtés; 
tout le ventre blanchâtre , avec des taches noires qui occupent 
le milieu des plumes , tantôt une à chaque, &: tantôt deux ou 
trois marques tranfverfales ; le menton eft très noir dans le mâle, 
avec une ligne blanche qui entoure la noirceur ; la tête , le dos 
& le croupion font gris, d'une couleur qui tire fur celle de la Per- 
drix ; les aîles variées de roux , de blanc 6c de noir. Nous en 
avons vu à Nuremberg qui étoient expofées en vente au Marché 
à la Volaille. 

Tous les Oifeaux de ce genre , Coqs de bruyère , Perdrix blan- 
ches j Francolins , Gelinottes , fe nourrilîent pendant l'été de 
baies de myrtilles , de bruyères , de mûres de buiflôn , &: de 
framboifes; &: pendant l'hiver de lommités de bruyère , de fapin , 
£c d'autres arbres ou arbuftes toujours verts , comme nous l'avons 
reconnu en leur ouvrant l'eftomac. Mais comme les Gelinottes 
fréquentent auffi les forêts non montagneufes , elles ufent peut- 
être d'un autre genre de vivre, mangeant ordinairement les cha- 
tons des coudriers , félon que l'aflure Albert le Grand, d'où elles 
paroilîcnt même avoir pris leur nom Latin. 

M. Linnarus dit que la Gelinotte habite particulièrement parmi 
les Bouleaux, dont elle mange les chatons. Voici la defcription 
qu'il en donne : Le mâle a la tête &; le cou gris , avec de petites 
lignes brunes en travers ; la gorge noire ; fous les yeux vers les 
oreilles une tache blanche oblongue qui part du bec ; les aîles 
tannées en dehors avec des taches noires; le dos cendré avec des 
points noirs; le bas du ventre blanc avec de grandes taches d'un 
brun-tanné en forme de cœur ; douze plumes à la queue lonc 
cendrées, piquetées de noir ; favoir la troifieme , la quatrième , 
la cinquième , la fixicme , la fcptieme , la dixième , la onzième , 
la douzième , la treizième , la quatorzième , la quinzième & la 
feizicme, avec une large bande noire vers le bout, 6c blanches 
par la pointe; mais la huitième ôc la neuvième font lans tache ni 
bande, 

Si] 



140 HisToi?. E Naturelle 

La tcmeilc a le clos blanchâtre avec des taches longitudinales 
Boiics, &;lc relie du dos antéricurcmcnL cendré depuis la tête, 
avec des lignes brunes tranfverfales ; les ailes en delliis vers la 
bafc tachetées de tanné 6c de noir; les dix premières plumes des 
ailes cendrées , dont les iept premières (ont griles à leur bord 
antérieur , &c les autres non ; les dix plumes du fécond ordre 
cendrées , femées du côté antérieur de taches tannées claires ; 
"nais la huitième, la neuvième &c la dixième font fans taches; la 
gorge noire , ôc les tempes blanchâtres ; fcize plumes à la queue 
îont tachetées tranfverfalement de gris Ôc de noir , entourées 
toutes d'une bande noire vers le bout, excepté les deux du milieu. 

Selon Gefner , fa chair , qui eft très vantée pour les tables , eft 
teinte de quatre couleurs différentes. Albert le Grand dit feule- 
ment qu'elle eft noire en dehors , èc blanche en dedans. Quand 
une compagnie de Gelinottes s'envole à la lois , le bruit de leur 
vol fait trembler le plus hardi ChalUnir qui n'y eft pas accoutumé. 

La Gelinotte mâle pefe plus d'une livre ; la longueur eft de 
c]uinze doigts, & l'étendue de les aîles cie vingt-deux doigts. 

Les Italiens l'appellent Gallinaccia , èc les François Gelinotte, 
Gelinctte fauvage , Gelinette de bois ou ^ Ardctines _, comme qui 
diroit petite Poule ou Poulette fauvage. 

7°. La Perdrix de Dkuks ^Perdix DamafcenaBellonii , 
quam Aldrovandus Lagopodem alteram Plin'n exiflimat , Ray 
Synopf Elle eft plus petite que la Perdrix grife, & reflemble à Ivi 
BécaUe par la couleur du dos £c du cou ; les ailes à l'endroit oii 
elles tiennent au corps font couvertes de plumes blanches, brunes 
bL fauves: mais les dix principales plumes Iont cendrées; la partie 
intérieure des aîles &c le ventre font blanchâtres ; elle a fur la 
poitrine un collier compofé de couleurs rouge , fauve ôc jaune ; 
les jambes font revêtues de plumes comme la Perdrix blanche de 
Savoie. Belon ne dit point li elle a les fourcils rouges , nus ou 
non. /^. PI. 13. Fi g. I. 

C'eft la Syroperdix des Grecs & des Latins , comme qui diroic 
Perdrix de Syrie. M. Klein la met au rang des Perdrix j quoiqu'elle 
ait les pieds pattus. 

8°. La Gelinotte de Canada , qui eft de la grofteur ordi- 
naire, eft en dellus variée en totalité de roux-noir & brun, & en 
dcffous toute noire ". la femelle eft moins foncée, ayant un peu 
de blanc-fale mêlé dans fes couleurs; leurs yeux font entourés de 
mamelons rouges, & leurs pattes couvertes de plumes gris-brun 
jufqu'aux ongles. Cet Oifeau mange des pignons de fapin. 

5". Vers la Baie d'Hudfon on en trouve une beaucoup plus 



DES Oiseaux. 141 

froiTe, qui diiferc peu delà précédente pour la couleur, mais qui 
aux deux côtés de la poitrine porte une toufFc de longues plumes 
noires excédant les autres en longueur , bordées d'un vert bril- 
lant; fa queue, qui eft longue ÔC arrondie, eft jafpée comme 
celle du Tette-Chevre, & travcrfée de bandes noires. Ellefe nour- 
rit comme la précédente. 



Article Troisième.' 

De la petite Volaille fauvage qui na les Jour cils ni nus 

ni rous:es, 

1°. jLjE Faisan, Phafianus , Ray Synopf. Il eft un peu plus 
petit que la Poule, &;d'un très beau plumage. Il ic diftingue ailé- 
ment de tous les autres Oifeaux de ce genre par la longueur &: la 
figure de fa queue ; car les plumes du milieu font les plus lon- 
gues , & les autres de chaque côté plus courtes par étage jufqu'aux 
dernières. Dans le mâle les yeux font entourés largement d'une 
couleur rouge- écarlate. Il vit dans les forêts. 

C'efl: un Oifeau fort connu. M. Klein dit qu'a£luellement on 
l'élcve en Pruiîe , &: qu'il y en a une grande quantité en Bohême, 
Il ne fe trouve point en Suéde. Le Coq Faifan eft d'une beauté 
exquife; la Poule Failande eft moins belle en tout que le mâle. 
Il y en a de tout blancs. Longolius dit que quand on a appri- 
voifé un Faifan avec une Poule domeftique , il en provient des 
œufs tachetés de points noirs , beaucoup plus beaux que les œufs 
de Poule ordinaires ; Se que les petits qui écloient de ces œufs ne 
font pas à la vérité tout-à-fait femblables aux vrais Faifans, mais 
qu'on pourroit s'y tromper. Il ajoute que les femelles venues des 
mêmes œufs feront, fi on les accouple avec leur père, des Faifans 
parfaits à la première ou à la féconde couvée. Selon Olina , la 
Poule Faifande pond ordinairement à la fois depuis dix jufqu'à 
quinze œufs ; le Faifan vit aufli long-temps qu'une Poule ordi- 
naire, &; pcfe le plus fouvcnt depuis deux livres & demie jufqu'à 
trois. Sa queue eft longue de trente-deux pouces. Ils font l'amour 
en Mars & Avril. Un mâle fuffit à deux femelles, llsfe nourrif- 
fent de grains , de fcmences 2c de baies ; ils aiment fur-tout 



i4i Histoire Naturelle 

l'avoine. Quand cetOifcau a la tête cachée j il fe croit en fureté ; 
fon vol eft lent , 5c fait beaucoup de bruit. Sa chair eft excellente : 
mais comme elle eil un peu dure &c compacte , il faut qu'elle foit 
mortifiée ou fxKandée. On peut le garder long-temps , iur-tout 
dans un temps froid. Le Faifan aime à fe rouler dans la pouf- 
fîere ; autrement il feroit mangé de Poux. Les mâles fe bat- 
tent. 

Un Curé de Sologne, habile Chaiïeur , & que j'ai tout lieu de 
croire véridique , m'a allure qu'un jour étant Vicaire à Marly 
prèsdeVerlailles, il tira un coup de fufil fur une troupe de Cor- 
neilles acharnées après une charogne de Cheval, avec quelques 
autres Oileaux qui lui parurent extraordinaires , au milieu de la 
neige dont la terre étoit couverte, A peine eut-il lâché fon coup, 
qu'il y courut : mais quelle fut fa furprile de voir qu'il avoir tué 
autant de Faifans que de Corneilles ! Ce fait , quoique fingulier , 
ne me paroît pas impolîible; car nous voyons tous les jours nos 
Poules domelbiques manger avidement de la viande , notam- 
ment les tripes de la Volaille qu'on jette fur le fumier. 

Le Phaifan ou Faifan , en Italien Faglano ; en Allemand Fa- 
fahn ; en Anglois Phcafant ; en Latin Phafianus^ qui vient du 
Grec Phafianos ^ a été nommé ainfi de Phajis , Fleuve de la 
Colchidc. Cotgrave dit Faifant pour le Coq , Faifanc pour la 
Poule , ^ Faifanneau pour le petit. Aujourd'hui on écnt Phai- 
fan , plus communément Faifan , F aifande ,F aifandtau. A Lou- 
dun les Chaffeurs nomment la femelle une FaiT^e ou Faife. 

z". Le Faisan du Brésil, Phafianus Brafdienfis ,Jdcupema 
diclus Marcgravii j Coxolidi Hernand. Ray Synopl. Il eft un peu 
plus petit que notre Poule domcftique. Il a la queue longue & 
large d'un pied ; les jambes longues. Tout l'Oifeau elt d'un plu- 
mage noir , mêlé de quelque chofe de brun. Il peut drefler les 
plumes de fa tête en forme de crête ; &: ces plumes noires font 
environnées d'autres plumes blanches. Il a la gorge nue de la 
longueur d'un doigt &; demi , & couverte d'une peau rouge ; le 
deflous du corps & la moitié poftérieure des aîlcs bigarrés de 
petites plumes blanches & noires ; le haut des jambes & la queue 
font noirs ; les pieds d'un beau rouge. Il tire Ion nom de fon cri 
Jacu Jacu, 

Dans l'Hiftoire Naturelle des ïflcs Antilles , du P. du Tertre, 
je trouve un certain Oifeau décrit fous le nom de Phaifan en ces 
termes : C'eft: un fort bel Oifeau , de la grandeur d'un Chapon , 
mais élevé fur des jambes plus longues, comme le Paon ; il a le 
cou beaucoup plus long que le Coq ordinaire. Son bec 6c fa tête 



DES Oiseaux. 14.^ 

approchent de ceux du Corbeau ; le cou Se la poitrine font d'un 
bleu-luifant qui n'cft pas moins beau que dans le Paon ; tout le 
dos eft d'un gris-brun; les ailes, 6c la queue qui eft allez courte, 
font noires. 

Lorfqu'on apprivoife cet Oifeau , il fe rend aifément le maître 
des autres Volailles, fe jcttant fur les Coqs d'Inde, furies Coqs 
& les Poules domeiHques , les chafîant à coups de bec , quel- 
quefois même les tuant. 

Le cri de cet Oifeau , qui eft Caracara _, me fait foupçonner 
que c'eft l'Oifeau de Proie que Marcgrave a décrit fous ce nom , 
vu que celui-ci paroït féroce &C carnalîier , aflaillant &; tuant les 
Oifeaux domcftiques. 

Le CoxoLiTLi d'Hcrnandcz , qui eft de la grandeur d'un 
Coq d'Inde , 6c de couleur fauve, diffère du Jacupcma : cepen- 
dant il nous paroït être un Oileau de la même efpcce. 

L'OcocoLiN ou la Perdrix de montagne d'Hernandez eft 
plus grande que la Perdrix de notre Pays ; elle a le bec & les 
pieds d'un rouge-blanchatre ; tout le corps de couleur brune , 
pâle & fauve ; les ailes grifes en deiîous , noirâtres en deflus , 
femées de taches blanches &: fauves , comme aulîi la tête & le 
cou. 

Le Faisan des Antilles , qu'on y appelle Catrakas , eft 
gros comme la Bertavelle , mais plus haut fur fes jambes : fa tête 
eft brune ; tout le deflus du corps olive ; le delTous brun , à l'ex- 
ception du delFous de la queue , qui eft maron. 

Depuis quelques années nous voyons fe naturalifer en France, 
&. s'y multiplier deux autres Faifans , qui ont été apportés de la 
Chine, & qui font de toute beauté. Le premier fur-tout, qu'on 
appelle Coq doré ^ n'eft pas tout-à-fait fî gros que le nôtre ; il a 
la taille plus déliée 6c plus fine ; il porte fur la tête une huppe 
aurore , coupée de noir , qu'il relevé 6c qui le coéfte admirable- 
ment; fes joues font fans plumes 6: couleur de chair; les plumes 
de fon cou font d'un beau vert-doré, 6c lui retombent fur le dos 
comme celles de nos Coqs ; le dos bc le croupion font de couleur 
d'or 6c de rouge-éclatant ; les plumes des aîles font maron-bleu 
foncé 6c violet ; celles de la queue font maron 6c noir variés ; 
tout le deflx)us du corps eft écarlate , ainft que la gorge ; il a l'iris 
couleur d'or, le bec 6c les pieds jaunes; la femelle de cet Oifeau, 
qui eft plus petite , eft brune, rouflc , grife jafpées enfemble, 6c 
n'a d'ailleurs rien de remarquable. V. PL 13. Fig 1. 

Le fécond , beaucoup plus gros , eft coëfFé comime le premier, 
mais de plumes noires-pourprées 6c glacées; tout le deflus de fon 



il 44 Histoire Naturelle 

corps eft de même couleur; touc le delFous eft d'un beau blanc 
femé de lignes noires qui font une cipece de pecit deuil très 
agréable ; les pieds font rouges ; l'iris elt jaune. Ils s'apprivoilent 
comme les nôtres , &c vivent de même. Le Failan couronné des 
Indes eft un Oifeau majeftueux par le grand panache qu'il porte 
derrière la tête ; il eft tout bicu-cendré , Se vers la queue d'un 
beau maron. 

Nous ne ferons qu'indiquer le Faifan du Tibet , Oifcau très 
rare qu'on n'a jamais vu en France. 11 eft aulii bleu-cendré; mais 
les plumes de dclllis le corps fe terminent par des yeux comme 
celles de la queue du Paon. 11 eft gros comme une Pintade. 

On trouve dans la Caftille d'Or un Oileau que nous plaçons 
ici , moins à caufe de Ion genre qu'à caule de Ion nom de Coq 
des roches , que les Naturels du Pays lui donnent. Il eft de la 
grolîeur d'un Pigeon , &: porte fur la tête une crête de plumes 
nnes & ferrées qui forment la roue ; fon plumage en totalité eft 
oranger-vif & décidé ; les plumes de fon dos & de la queue pa- 
roiiFent coupées par le bout tranlverfalement. Ces dernières (ont 
brunes , bordées d'oranger ; celles des ailes lont brunes & blan- 
châtres par le bout : il a la première plume de l'aîle fans prefque 
de barbe par le bout , 6c les autres ont leurs barbes très longues ; 
fon bec &, fes pieds (ont jaunes : il habite iur les rochers. 

La femelle de cet Oifeau eft grile , avec quelques nuances 
toutefois qui la diftinguent de nos Failandes : mais elle a ceci de 
fort extraordinaire , que lorfqu'elle a pondu pendant quelques 
années, ôc qu'elle vientàceirer de pondre, (qs couleurs changent 
à la première mue , & elle prend toutes celles du mâle , fa crête 
aurore, fa cravatte,fon poitrail rouge-vif, ion croupion jaune, 
& fa queue. Cette métamorphole s'eft fait remarquer nouvelle- 
ment dans une Faifande de cette elpece, élevée dans une Maifon 
Royale ; ce qui a paru fi fingulier , qu'on s'eft informé auiîi-tôt 
de ce qui fe palToit dans celles de Verfailles ; à quoi on m'a alîuré 
qu'il avoit été répondu qu'elles éprouvoient la même révolution 
dans leur plumage. Cependant celle que j'ai vue n'a pas dans les 
aîles ce bleu d'acier qu'on remarque dans le mâle ; mais peut-être 
que fon changement n'eft pas encore achevé. Il y a même lieu de 
le croire , parce qu'au foleil fous certains afpeifls on y remarque 
du bleu. Il eft à obfcrver encore que le mâle ne paroît plus vou- 
loir fouflrir fa femelle , & qu'il ne la pourfuit que pour la battre. 

J'ai eu occafion de voir à Orléans le Failan du Brefil renfermé 
dans la même cage avec deux Pintades. Ce Faifan eft plus grand 
que le nôtre : mais il n'en approche pas pour la beauté du plumage. 

3°. La 



DES Oiseaux. i4y 

3°. La Perprix grise , Perdix cinerea Aldrovandi , Ray 
Synopr. Tctrao macula nuda cocdnea pone oculos , rcclncibus fcr- 
rugineis , Linn. Elle efi: un peu plus grande qu'un Pigeon, d'un 
gris-roux-jaunâtre , avec des taches roulFes ou rouges cranfveria- 
\.es fur les côtés; elle a la queue courte ; elle fe nourrit ordinaire- 
ment de Fourmis &C d'œufs de Fourmis, ou plutôt de leurs chry- 
falides ; & lorlqu'clle ell devenue grande , elle vit de froment tC 
d'autres grains. 

Selon M. Linnaîus, la femelle a le deffiis de la têfe gris, femé 
de points blanchâtres oblongs ; les narines couvertes d'une écaille ; 
tine tache d'écarlate mammelonnée derrière l'œuil ; la paupière 
inférieure blanchâtre ; la poitrine cendrée , ondée de lignes très 
fines j le dos gris , avec des taches linéaires ondées-brunes j les 
plumes des ailes qui font en recouvrement grifes, avec des taches 
brunâtres, Se une tige blanche; vingt-deux grandes plumes à l'aîle 
font d'un gris-noir, avec des bandes pâles ; elle a une grande tache 
brune ^nfiernum ; le ventre blanc ; feize plumes à la queue tan- 
nées ; les jambes jaunes ; la gorge & la région des fourcils & du 
front rouîtes. Le mâle diffère de la femelle par une tache noire au 
Jlcrnum. 

La Perdrix grife mâle, qu'on appelle auffi le Coq , pefe qua- 
torze onces un quart, & la femelle treize onces &C demie. Depuis 
le bout du bec julqu'au bout de la queue, fa longueur eft de douze 
doigts trois quarts ; l'étendue de les ailes de vingt doigts. Le bec 
eft brun dans les jeunes; il blanchit avec l'âge. Le maie a fur la 
poitrine une tache rouffe-noirâtre demi-circulaire, en forme de 
fer à Cheval. La queue , compofée de douze plumes , eft longue 
de trois doigts & demi. La femelle pond d'une couvée quinze , 
feize à dix-huit œufs. 

Aldrovandus prouve que le mâle de la Perdrix ne couve 
point ; ôc par conféquent tout ce que les Pères , tant Grecs que 
Latins , ont dit fur la Perdrix , eft contraire à l'expérience. Il eft 
certain que les Pères de l'Eglifc ont avancé bien des chofes plus 
curieufes que véritables : par exemple. Saint Ambroife dans fon 
Hexameron , &; plufieurs autres qui l'ont fuivi , difent que la 
Perdrix femelle dérobe les œufs d'une autre, ôc les couve : mais 
qu'à mefure qu'ils font éclos les petits s'en vont, & que s'ils en- 
teiident la voix de celle qui les a pondus , ils la fuivent ccmm.e 
leur mcre naturelle , & abandonnent la couve ufe qui fait mal 
contrefaire la vraie mère. Ceci eft incomprehenfible, dit Samuel 
Bochart ; Se fi cela étoit , les Oileaux auroienr un inflinct que 
n'ont point les petits des autres animaux , pas même les hommes ; 

T 



1^6 Histoire Naturelle 

aurremenc ®dipe n'auroic pas tué (on père ians le connoître. Oit 
a débité encore bien d'autres fables fur le compte des Perdrix ; 
iavoir, i°. que le mâle calle les œuts pour jouir plus à l'aife de 
fa femelle , qui fe cache pour cette raifon ; i". que les mâles au 
défaut de femelles fe cochent mutuellement ; 3". que la femelle 
conçoit des œufs féconds fans accouplement , Ci le vent lui vient 
du coté du mâle ; 4°. que la femelle cherche l'accouplement , 
même en couvant ; 5°. que le mâle vaincu n'ofe jamais repa- 
roître devant fli femelle ; 6°. que fouvent la Perdrix fe renverfe 
en fe couvrant de mottes ou de pailles, pour éluder l'Oifeleur; 
& autres contes lemblables , qui ne méritent pas d'être réfutés» 
Ce qu'il y a de certain , c'eft que les mâles fe battent quelquetois 
vigoureulement , fur-tout dans le temps de l'amour; aulîi fai- 
foit-on autrefois des combats de Perdrix , de Cailles & de Coqs. 
La Perdrix eft rulée , &; fe traîne par terre pour fauver fcs petits. 
Mais il y a beaucoup d'autres Oifeaux qui voyant venir le Chaf- 
ieur proche de leur nid, contrefont les eftropics, èc fuient len- 
tement comme s'ils n'en pouvoient plus , abufant ainii le Chaileur 
julqu'à ce qu'il foit éloigné de leur nid : alors ils s'envolent , &C 
lauvent ainfi leurs petits. 

Au printemps les perdrix volent deux à deux : étant appariées 
ou accouplées, & le refte de l'année elles vont par compagnies. 

Le nom de Perdrix eft Grec &: Latin , avec peu de change- 
ment. Le Pt-oman de la Rofe dit Perdis ; & en effet, félon M. le 
Duchat , nos Anciens prononcoient Perdis au lieu de Perdrix. 
Notre Perdrix grile, dite en Anglois the common Partridge ^ ou 
la Perdrix commune ; en Italien Starna , comme qui diroit Avis 
externa i aind que l'appelle Pline; en Guyenne une Tride , a 
encore plulleurs autres noms. On la nomme Perdrix des champs , 
Perdrix grieche , Perdrix grignette ou gringette y Perdrix goa- 
che ou gouafche y ou. gouefche , par corruption ^owï griecke ; èc 
ces derniers noms, dont les Etymologiiles ne parlent point, font 
peut-être comme qui diroit Perdrix grecque ou Perdrix grifette. 
Elle s'appelle la Rafcle vers Montpellier, félon Cotgrave ; quel- 
quefois même Perdrix privée ou domejiiqiie ^ par oppofition à 
la BécaiFe , dite Perdix rujlica ou Perdrix fauvage. Le petit de la 
Perdrix eft nom.mé Perdreau , &; par corruption Perdriau ^ qu'on 
trouve dans Cotgrave. 

4°. La Perdrix de Damas , différente de celle de Eelon , 
Perdix Damafcena Aldrovandi , Ray Synopf Elle eft beaucoup 
plus petite que la précédente , ôc a le bec plus long ; du-refte elle 
lui reffemble fore. 



DES O r S E A tj X. 147 

5°. La Perdrix du Brésil , Perdix Brafiliana Jambu dicla 
Pijonls j Ray Synopf. Il s'en trouve deux cfpeccs dans les forées 
A'oihnes des bords de la Mer; les unes plus petites que les nôtres, 
& les autres pareilles aux nôtres ; les unes &; les autres font d'un 
plumage fauve-foncé par tout le corps, mais mêlé &. cacheté de 
brun. 

6°. La Perdrix rouge , Perdix rufa Aldrovandi ^ Italls & 
Crjecis Coturnice feu Cocurno , Ray Synopf, Tctrao reciticibus 
cinereis fuperiore mcdictate hincinde rufis , Linn. Perdix Grdca 
feu rufa major , Belon. Elle a la tête , le cou , le dos & le crou- 
pion cendrés ; les mâchoires au dcfious des yeux , & le mcntoa 
julqu'au milieu de la gorge , font blancs : cependant on voit une 
petite tache noire à l'angle même de la mâchoire inférieure. Cec 
efpacc blanc eft ceint d'un collier noir qui commence par les 
narines , àc s'étend au deilus des yeux. La région du jabot eft 
cendrée ; la poitrine inférieurement d'un jaune-roux clair ; les 
pieds font rouges. Cette efpece de Perdrix eft inconnue & étran- 
gère à l'Angleterre : on dit pourtant qu'elle fe trouve dans no» 
Ifles de Jerley & de Guernefey. Elle eft d'un cara(2;ere plus dou„ 
que la Perdrix grife , bc s'apprivoilc facilement. La Perdrix rouge 
de Belon diffère confidérablement, du-moins pour la grandeur, 
de la Perdrix rouge, commune en Italie & en France , puifquc 
Belon écrit qu'elle eft le double de la grife , tandis que la Per- 
drix rouge commune n'eft pas même de moitié plus grande que 
la grife. C'eft fans doute celle que nous appelions Bertavelle , 
commune dans le Dauphiné & fur les Alpes. 

La Perdrix rouge , dit M. Linna;us , d'après Willughby , a le 
bec & les pieds rouges ; la tête , le cou , le dos , le croupion , les 
cuiftes cendrés; le bas du cou teint de couleur vineufe; la gorge 
blanche; une tache noire à l'angle inférieur de la mâchoire inté- 
rieure ; un collier noir prolongé au dcflus des yeux , qui entoure 
cette blancheur ; le jabot au delFous de la langue cendré ; la 
poitrine d'un jaune-roux ; cinq plumes de la queue de chaque 
côté font roulFcs dans leur moitié fupérieure , ôc cendrées dans 
l'inférieure ; le reftc eft cendré. 

La Perdrix rouge mâle pcfe treize onces ; fa longueur eft de 
dix-huit doigts , &. l'étendue de (es aîles de vingt-deux doigts. 

Il fe trouve en Berry ôc en Sologne des compagnies entières de 
Perdrix rouges toutes blanches, excepté fur le lommet de la tête; 
mais d'un blanc-fale tirant un peu iurle jaunâtre. C'eft une agréa- 
ble variété. J'en ai envoyé deux fcmblables à M. de Réaumur , 
qui les a trouvées curieufes. 

Tij 



14^ Histoire Naturelle 

Selon robfervatlon des Chafl'eurs , la Perdrix rouge ne reile 
point au même lieu, comme fait la grife ; elle eft vagabonde; 
elle pond jufqu'à dix-huit œufs à la première ponte. On prétend 
auili qu'il y a deux fortes de Perdrix rouges ; l'une permanente , 
qui eft fort grolTc , &i l'autre paflagere, qui eft plus petite; ainfi. 
que deux fortes de Perdrix grilcs ; l'une plus groflc , qui vole mal , 
éc l'autre qui s'envole très loin à chaque fois qu'elle s'enlève; on 
la nomme Roquette. Mais on pourroit peut-être douter de la vé- 
rité de cette obfcrvation, attendu que les plus iavants Ornitho- 
logues ne comptent que deux fortes de Perdrix connues dans ce 
Pays-ci ; favoir la rouge & la grife. On remarque que la Perdrix 
rouge perche quelquefois fur les plus hauts arbres ; ce qui met le 
Chien èl le Chalîeur en défaut. On vante beaucoup la chair de la 
Perdrix rouge pour les tables, quoiqu'au jugement des Connoil- 
feurs elle ait moins de goût &C de fumet que celle de la Perdrix 
grife. 

Il y a en Dauphiné une forte de grofTe Perdrix rouge que les 
gens du Pays appellent Bartavelle ou Bertavelle , &; que M. de 
Réaumur elHme difl-erente de la notre. M. Tx^bbé Prcvoll: dit 
feulement dans fon Manuel Lexiqne , que la Bartavelle efc une 
efpece de Perdrix qui fe trouve dans le Dauphiné , &: dont on 
fait beaucoup de cas. 

La Perdrix rouge s'appelle autrement Perdrix Grecque , grojje 
Perdrix , Perdrix a bec & pieds rouges ; Pernijfe , de rirahen 
Pernifa ou Pernice ; Perdrix Graille , G aille , Gaye ou Gaule ^ 
félon Bclon & Cotgrave , peut-être comme qui diroit Perdix 
Gallica eu Perdrix Gauloife. Ménage dit que dans le Gâtinois 
on appelle les Perdrix rouges Perdrix Griefchcs ; èc nous tenons, 
continue-t-il , en Anjou , que ce fut René, Roi de Sicile , qui les 
apporta en Anjou , èc qu'on les lui avoir envoyées de Grèce. Pour 
les Perdrix grifes , elles font anciennes en France ; les François 
les orit reçues des P.omains , & les Romains ne les connoiiloient 
que du temps des guerres entre Othon &: Vitellius , comme nous 
l'apprenons de Pline ; Se c'evt pour cela que , félon la conjecture 
des Savans , elles furent appellées Externe. Or il eft à remarquer 
que Ménage prétend que le mot Gricfcke veut dire de Grèce. 

7°. La Caille , Coturnix , Ray Synopf. Tetrao pedibus nudis, 
corpore grifeo maculato , Unea fuperciUcriim alha , Linn. Elle ne 
diffère gueres de la Perdrix par la figure du corps , ni même par 
la couleur : mais elle eft prefque du double plus petite ; elle a la 
queue fort courte ; elle fe nourrit de froment, Ceft un Oileau de 
paiTagc. 



DES Oiseaux, 14^ 

Selon M. Linnxus , la Caille a les paupières rouges ; les pieds 
d'un jaune-pale ; tout le corps couvert de plumes marquées d'une 
ligne jaune iur la tige ; ces plumes iont de couleur de terre cuite 
à l'extrémité , avec des points noirs ; elle a une ligne pâle longi- 
tudinale au deflus des yeux; la poitrine èc le cou de couleur de 
terre cuite pâle , avec des taches moufles Se folitaires des deux 
cotés de chaque plume ; le bas du ventre blanchâtre ; les grandes 
plumes extérieures de l'aîle brunes , ôc les intérieures plus pâles , 
avec des taches de couleur de terre cuite claire au coté extérieur ; 
les plumes de la queue brunes , à tige blanche , iemécs de points 
de couleur de terre cuite en travers ; une plaque large ôc longue, 
noirâtre fous la mâchoire inférieure. 

Belon dit que les hommes ont inventé certains petits inftru- 
ments de cuir & d'os nommés Courcaillets ,(\Vi\ peuvent exprimer 
la voix- de la Caille , laquelle entendant le Courcaillet penfe 
que c'eft la femelle , & voulant la venir trouver tombe dans 
les filets. Or cet inftrument a été ainfi appelle de la voix de la 
Caille femelle qu'il imite. A Rouen ÔC ailleurs en Normandie, 011 
dit Carcaillot. 

Ariitote nous dit que les Cailles reviennent au printemps flins 
guides ; mais que quand elles s'en vont elles en ont jufqu'à 
quatre , dont les uns s'ennuyant du chemin s'amulent fur la 
route , & les autres plus confiants vont jufqu'au bout. Il y en a 
qui veulent que les Cailles faffent quatre nichées par an; favoir 
deux dans le Pays qu'elles vont chercher , &; deux dans celui où 
elles retournent. Il ne faut donc pas s'étonner, dit Jonfton ^'s'il 
V a tant de Cailles , Se iî ceux qui en prennent une au mois de 
Mai détruifent refpérance de plus d'une centaine. Leur voix efl: 
connue de tout le monde ; elles commencent à chanter dès le 
commencement du mois d'Avril. 

La chair de la Caille eft excellente ; cependant il y a des per- 
fonnes qui n'en veulent point manger , parce que cet Oifeau efl: 
fujct à tomber du mal caduc, & qu'il mange de l'ellébore. Nous 
ne croyons rien de femblable. 

La Caille eft pefante ; elle vole bas &: afl"ez mal , tenant Tes 
pieds pendants comme un Oileau aquatique. Si l'on en croit 
Albert le Grand , il y a peu de femelles parmi les Cailles , &: c'eft 
ce qui fait que plufieurs mâles pourluivent une même femelle 
dans !e temps de l'amour. Aldrovandus dit que la Caille trouble 
l'eau ii-tot qu'elle a bu , comme font le Chameau & l'Eléphanc 
avant de boire, La Caille femble obrcrver une certaine melure 



ijo Histoire Naturelle 

dans fou chant ; clic dit ordinaircmenc crois fois Carcaillot à 
chaque rcprifc. Autrefois on faifoit des combats de Cailles, 6c 
les maies les plus courageux fe vendoient bien cher. 

Le docte M. Huet , Evêque d'Avranches , donne une étymo- 
logle du mot de Caille , qui paroît allez linguliere. Selon lui , les 
couleurs du plumage de cetOifeau repréfentent des écailles, 6c 
c'cll de-là qu'il a pris ion nom ; mais n'efl-il pas plus naturel de 
le faire venir , ainii que le mot Anglois die Quail , de l'Italien 
Quaglia^cYdï vient lui-même du Latin Qualea ^Quaquila ^ Quif- 
quUa , ou Quifcula ? 

Le petit s'appelle Cailleteau. 

8°. La Caille des Indes , Coturnix Indica Bontii jR^ySy- 
nopf. Elle s'apprivoife comme les Poules ; les mâles font comme 
les Coqs , très enclins à le battre ; elle répond fort à la Caille 
commune par la couleur de Ion plumage : mais elle a le bec un 
peu plus long. Elle chante par intervalles comme fait la nôtre ; 
mais fon chant ell tout différent , &i approche du mugiiremenc 
du Butor. Elle eft d'une nature très froide , 5c n'excède pas la 
grandeur du Pigeon ou de la Tourterelle. 

La Caille des PHiLippiNES,appellée par les Indiens Povot, 
n'eft pas plus grofle qu'une Allouette ; elfe a tout le deflus du 
corps brun &c noir ; le bas du cou blanc ; la gorge noire ; la poi- 
trine de la queue maron, & elle forme en total un très joliOi- 
leau. Elle fe nourrit de grain ôc de la petite pointe du premier 
vert. 

La Caille aigrettée de la Côte d'Efpagnc en Amérique eft un 
eu plus grofle que la nôtre : elle porte fur la tête une huppe fauve 
ongue èi étroite ; fa tête & fa gorge font de même couleur : le 
refte du corps deifus & deflbus eft jafpé de jaune , roux , blanc 
oL noir. Elle eft commune au Mexique. 

9°. Le Râle de Genêt, Onygometra Aldrovandi , an 
Ralliis terreftris ? Crex Ar'iflotelis ex vocis fimilitud'ine , Ray Sy- 
nopf. Onygometra alis rufo-ferrugineis , Linn. Il a le corps ap- 
plati fur les côtés, & femblable à ceux des Poules d'eau ; les jam- 
bes longues ôc nues au deflus du genou ; la queue courte ; le bec 
longuet ; &: par toutes ces marques il a du rapport avec les Oi- 
feaux aquatiques. Sa couleur eft teftacée, Se fort femblable à celle 
de la Caille ; d'où lui vient fon nom , ôC celui d'un Oifeau àcs 
Philippines , qu'on appelle Fiklin. 

Il eft rare en Angleterre. Turner ne l'a vu ni entendu qu'en 
Northumberland ; niais le Dodeur Tancrede Robinfon nous a 



r, 



DES Oiseaux. iji 

rappofté qu"il avoit fouvcnt pris des Râles de Genêt dans la 
partie feptentrionale de la Province d'Yorck. Il fe trouve fré- 
quemment en Irlande. 

M. Linnarus dit qu'en Suéde il habite l'été parmi les herbes 
dans les prés les plus fertiles , où on l'entend crier continuelle- 
ment d'une voix aiguë , crex crex. Il ajoute que cet Oifeau efb 
très commun à Uplal , fie qu'il mange des Vers de terre. Voici 
la defc: iption q en donne : Le Raie de Genêt eft de la gran- 
deur d'une Pie ; il a la tête très petite à proportion du corps ; 
la tête , le cou , le dos &: la queue teitacés ou de couleur de terre 
cuite , avec des taches noires un peu grandes ; car chaque plume 
ell nou-e , & a le bord par-tout de couleur de terre cuite ; les 
grandes plumes de l'aîle & de la queue tannées deiîus &: deilous ; 
la gorge bi une tache derrière les yeux font blanchâtres; la poi- 
trine ell grife ; le bas du ventre & les côtés lont tannés avec des 
taches brunes ou de couleur brûlée , ondes de blanc , ainfi que 
la queue en delious ; les cuiires nues au defTas des genoux , livi- 
des ; 11 n'a point de jabot ; le bec fuiué des deux côtés à fa bafe , 
eft livide ; il a les narines oblongues, percées de part en part; les 
yeux noirs , dont la prunelle eft rouisâtre ; les ailes plus rouiîes 
en deiTous qu'en dehors. Quand il marche , il s'appuie à peine 
fur le pouce ou le doigt poilérieur ; il fe prend diflîcilemenc , 
quoiqu'on l'entende facilement. 

Son caraclere confillie dans un bec qui eft: prefque comme celui 
de la Poule , dans les narines percées d'outre en outre, dans une 
langue entière , 6c dans des pieds à quatre doigts plus longs que 
le bec. 

M. Linn^us eft: ordinairement très exa£l dans fes defcriptions; 
mais je ne comprends pas conunent il a pu dire que notre Râle 
eft: de la grandeur d'une Pie. Il faut qu'il y ait abfolument en cet 
endroit une faute d'impreffion. 

Le Râle de Genêt pefe cinq onces un tiers ; il eft; long d'onze 
doigts & demi ; l'étendue de fes ailes eft: de dix-neuf doigts. Il a 
de la peine à s'envoler ; auin vole-t-il mal , fe tenant les pieds 
pendants comme un Oifeau d'eau. Il coaxe tout d'une tirade 
comme la petite Grenouille des haies , qu'on appelle vulgaire- 
ment Grenouille de Saint Martin , Il les Chafleurs y font quel- 
quefois trompés. S'il voie mal, en récompenfe il court fort vite, 
d'où vient le proverbe courir comme un Râle. Sa chair eft: exquife, 
&; bien plus eftimée que celle du Râle d'eau. Je ne connois aucun 
Auteur qui ait parlé du nid de notre Pvâle ; car perfonne ne fait 
où il le fait. On n'en voit ici que vers l'automne, fie il y eft tou- 



1)1 Histoire Naturelle 

jours rra-e. Alors les Râles font tous égaux, ôcl'oia ne peut diftiii 
guer les jeunes d'avec les vieux. 

On croit que le Raie, dit en Anglois Raill , du Latin Rallas , 
a été aind appelle par onomatopée, ou à caufe de Ion cri. Ilidore 
a remarqué que plufieurs OHeaux avolent pris leur dénomina- 
tion de leur voix ; ce qui eft très vrai. Willughby infinue qu'on 
l'a peut-être nommé Rallus ou Grallus , parce qu'il eil monté 
comme fur des échafles, & qu'il court très légèrement, ou comme 
qui diroit Regalis , parce que c'ell un régal de Roi : mais je m'en 
tiens à la première étymologie , qui eft plus naturelle. On lui a 
donné le nom de Rafle , Râle , ou Rallc rouge , ou Ralle de Ge- 
nêt ,x-xnz à caufe de la couleur rouflc, qu'à caufe qu'il aime beau- 
coup la graine de genêt. Aulh le trouve-t-on volontiers dans les 
genêtieres. On l'appelle encore Râle de terre ou de buiJJ'on ', par 
oppoiîtion au Râle d'eau ; Roi des Cailles , en Italien il Re délie 
Quaoiie , parce qu'on s'eft imaginé qu'il écoit le conducteur des 
Cailles ; autrement Mère des Cailles , Caille-Mere ou Mere- 
Caille ; ce qui répond au mot Grec &: Latin Ortygometra. Selon 
Aldrovandus , on ne l'appelle pas Ortygometra , parce qu'il ferc 
de guide aux Cailles , mais parce qu'il eft plus grand que les 
Cailles , 6c comme leur mère. 



Article Quatrième. 
De la Volaille qui n'a point de doigt pojlincur. 



1°. L'Oi 



>UTARDE , Otis feu Tarda avisAldrovandi,^^^ Synopf. 
Elle fe diftingue fuffifamment de tous les autres Oifeaux de ce 
genre , par fa grandeur remarquable , qui égale celle du Coq 
d'Inde , & en ce qu'elle n'a que trois doigts , étant fans doigt 
poftérieur ; d'ailleurs elle eft d'un vol lent, &: s'élève difficile- 
ment de terre. Elle a la tête & le cou cendrés , le ventre blanc , 
& le dos varié de lignes tranfverfales noires ôc roulTes. Elle fe 
trouve dans les campagnes fpacicufes du territoire de Cambridge, 
autour des Bourgs de Marché-Neuf & de Royfton, & , à ce que 
j'apprends , dans la plaine de Salisbury, 6c ailleurs dans des lieux 
vaftes & découverts. 

L'Outarde a le bec fore Se robufte j la langue en fcie des deux 

côtés ; 



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DES Oiseaux, ly^ 

côtés ; la pointe ou l'extrémité de la langue dure Se ofleufc ; le 
conduit auditif 11 large , qu'on y pourroit introduire le bout du 
doigt ; la racine des plumes rouge ou de couleur de rofe. Son vol 
elt court ôc lent. Elle hait autant le Renard èc le Chien, qu'elle 
aime le Cheval : elle fuit les eaux &c les rivières ; jamais elle ne fc 
perche fur les arbres ; elle pond & couve dans les bleds. Selon 
AIdrovandus , on ne voit point d'Outardes en Italie , à moins 
qu'elles n'y loient apportées par quelque tourbillon de vent. 
Vers l'automne elles s'amalFent par bandes dans les plaines, loin 
des Villes. Il n'cft pas vrai , comme l'avance Pline, qu'elles s'en 
aillent avec les Cailles. Elles Te nourrifient de grains &c d'herbes ; 
elles aiment les feuilles de navets ; £c , félon Longolius , elles rem- 
pliiTent leur eftomac de raves. Belon remarque que l'Outarde 
relFemble lî fort à la Canepctiere , qu'il n'y a point de dilTcrence 
entr'elles , finon en grandeur. On eftime beaucoup ia chair , 
quoiqu'un peu dure. On prétend y trouver cinq fortes de goûts , 
notamment fur la poitrine, qui eft très charnue. Une jeune Ou- 
tarde , qu'on appelle Outardeau ou Biftardeau , pafî'c pour un 
manger de Roi. L'Outarde le voit bien rarement dans notre Or- 
léanois , &i feulement en hiver dans les tem.ps de neige : mais 
elle eft commune dans les vaftcs plaines du Poitou , ainfi que 
dans celles de la Champagne Pouilleule. On pourroit ajouter à 
fcs autres marques caractériftiqucs , qu'elle a les ongles fort 
courts , de caves en deffous. L'Outarde eft pefante ; M. de Réau- 
mur en a eu une qui pefoit dix-huit à dix-neuf livres. 

L'Outarde, dit M. Klein , eft un Oifeau élégant, afTcz connu 
dans notre Pays , fort nuifible aux légumes en automne &C en 
hiver ; elle a la tête Se le cou cendrés ; le ventre blanc ; le dos 
bariolé de lignes tranfverfales roulFes & noires. Le mâle fait la 
roue avec fa queue comme le Coq d'Inde dans le tem.ps de 
l'amour. La femelle ne pond que deux œufs à la fois , communé- 
ment dans un champ d'avoine qu'elle peut furmontcr avec fon 
long cou , tandis qu'elle les couve. Lorlqu'ellefoupçonne qu'on 
veut les" lui dérober, elle les tranfporte fous fcs aîles dans un 
autre endroit. Quand elle fe met en colère , elle enfle la peau 
qui lui pend tant foit peu au deilbus du bec. Le maie a un cer- 
cle de plumes un peu longues autour de la tête. Nos Outardes 
ditFcrcnt en quelque chofe de celles d'Angleterre & de France. 

Un Particulier incapable de vouloir en impofer, m'a raconté 
qu'un jour que la campagne étoit toute couverte de neigea: de 
frim.ats , un de fes Domeftiques trouva le matin une trentaine 
d'Outardes à moitié gelées , qu'il amena à la maifon, les prenant 

V 



i5'4 Histoire Naturelle 

pour des Dindons qu'on avoic lalfle coucher dehors. Quand ces 
Oileaux furent dégelés , cjuelle agréable lurprife de voir que 
c'étoient des Outardes ! Cell un fait alFez hngulier , mais qui eft 
arrivé plus d'une lois. 

Denis, dans Ton Hiftoirc d'Amérique, dit que l'Outarde ne 
pond que de deux ans en deux ans , & que l'année qu'elle ne 
pond point elle le déplume ; qu'elle ne pond qu'à quatre ans, &C 
qu'elle fait quinze à feize œufs dans des Illcs ou des marécages à 
terre , 6c quelquefois fur des arbres. Il ajoute que les Outardeaux 
éclos le mettent fur le dos de leur père , qui les porte à l'eau, ôc 
que la nuit la mère les ramené à terre pour les couver. 

Cette relation de Denis m'embarrafloit : mais j'ai appris de 
M. de Réaumur , qu'à Québec & aux environs les Canadiens 
appellent Outarde une forte d'Oie noire ôc blanche , qu'on 
nomme communément Oie de Canada. 

Le mot Outarde , Ofiarde , Otarde _, Houtarde j Blflarde , 
dite autrefois Ofcerelle , en Italien S tarda ^ Ottarda , en Anglois 
the Buflard , vient , iclon quelques-uns, d'Avis tarda , cC , lelon 
d'autres , à' Anfer tardus ; car on difoit anciennement Oue pour 
Oie. Albert le Grand l'appelle Biflarda , parce qu'elle fait deux 
fauts quand elle commence à s'envoler. On la nomme aulli eu 
Poitou ôc en Champagne un Bitard ^ & le petit xxnBitardeau, 
dit ailleurs Outardtau ^ Ofiardeau ou Otardeau. Mais je penfe 
que le mot à' Outarde a été formé du Grec 6c du Latin Otis èc 
Tarda. 

z". La Canepetiere , Anas campe/Iris _, Canepeticre Gallo- 
rum, feu Tetrax Bellonii ^ Aldrovandi , Ray Synopl. Tarda nana^ 
Klein. Elle paroît être la même que le Stella Avis d'Aldrovan- 
dus ; elle eft fort femblable à l'Outarde , mais plus petite du dou- 
ble. Nous avons vu cet Oifeau en vente au Marché de Modcne 
en Italie , &: nous l'avons décrit pour lors. Si l'on veut voir plus 
au long l'hiftoire de cet Oifeau , on n'a qu'à confultcr Eelon ôc 
Aldrovandus. 

Willughby dit que la Canepeticre ne fe trouve qu'en France, 
&; qu'elle n'y eft pas commune. Je la crois , ajoute-t-il , une 
efpece d'Outarde , vu qu'elle n'a que trois doigts aux pieds 
comme l'Outarde & le Pluvier ; elle vole bas 6c aflez rapide- 
ment ; & quand elle s'abat , elle court très vite. 

La Canepeticre ne fe trouve point en Suéde non plus que 
l'Outarde ; car M. Linnarus ne îx\t aucune mention de ces deux 
Oifeaux. M. Klein dit feulement avoir eu la Canepeticre femelle 
en 1737. Selon lui, elle furpalTc pour la beauté du plumage 



DES Oiseaux. îj-j 

l'Outarde femelle , & pour la faveur de fa chair la femelle du 
petit Coq de bruvcre ; fes œufs font aulii d'un très bon goût. 

La Canepetiere eil alfez commune en Beauce dans les terres 
pierreufes éc maigres. On ne la voit jamais autour des eaux. Elle 
elt paflagere ; elle arrive ici vers la mi-Avril, & s'en va aux ap- 
proches de l'hiver ; elle vit uniquement d'ïnfe£les, excepté qu'au 
printemps elle mange quelquefois les feuilles les plus tendres du 
laiteron ; elle ne commence à. crier qu'au mois de Mai , fur-tout 
la nuit. Ces Oifeaux ne s'apparient point , &: un mâle fuflït à p!u- 
iîeurs femelles. Dans le temps de l'amour les mâles fc battent 
vigoureulement , 5c fe rendent maîtres chacun d'un certain dif- 
trict. Ils ont chacun leur repaire, c'eft-à-dire , une place nette ôc 
battue comme l'aire d'une grange ; leur cri eft Brout ou Prout ^ 
& ce cri s'entend de fort loin. Ils ne fc laiflent point approcher 
des Chaffeurs ; ils font toujours aux aguets fur une hauteur dans 
les avoines , jamais dans les feigles ni dans les froments. La fe- 
melle pond dans le mois de Juin trois œufs à la fois fort beaux, 
d'un vert luifant, &: rarement cinq. Le mâle eft fupcrbe , &; la 
femelle a des couleurs particulières qui la rendent aulii très belle : 
elle promené fes petits comiTie une Poule. Ces petits ne com- 
mencent à voler que vers la mi-Août. Quand ils entendent du 
bruit, ils fe tapiflènt , £c fe lailTeroient plutôt écrafer fous les 
pieds des hommes ou des animaux , que de remuer de la place. 
On prend les mâles au piège , en les attirant avec une femelle 
empaillée dont on imite le cri. Quand ces Oiieaux font près de 
nous quitter , ils fe raflemiblent par troupes , &: alors ils font tous 
femblables. Il y en a toujours un qui fait fentinelle ; & s'il s'en- 
vole , tous les autres en font de même. La chair en eft noire , 
mais exquife. 

Belon appelle cet Olfeau Canepetiere j & , félon quelques-uns. 
Olive ; en Berry Canepetrolle ; en Beauce Canepetrace ^ & le petit 
Petraceau , par corruption Canepoitrace ou Poitraceau. Quant à 
l'étymologie , on le nomme Canepetiere ou Canepetrace-, premiè- 
rement parce qu'il reftcmble en quelque chofe à un Canard fau- 
vage , & qu'il vole comme lui; fccondement, parce qu'il fc plaît 
parmi les pierres. 11 y en a qui penfent que ce nom lui vient de ce 
qu'il paîtrit fon aire ou fon repaire. D'autres difcnt que c'eft 
parce qu'il pette : mais je préfère la première étymologie , d'au- 
tant plus que les Orléanois appellent le petit Moineau de nui- 
raille , dit Friquet , un Pétrac ou Pétrat , parce qu'il niche dans 
les pierres des vieux murs. Ils appellent auili pardérifion un Vi- 
gneron Pétrat, çzi'ce qu'il tourne les pierres en labourant la vigne, 

Vij 



ij6 Histoire Naturelle 



CHAPITRE DOUZIEME. 

Du genre des Pigeons, 

J_j E S marques communes des Oilcciux du genre des Pigeons 
font, la figure particulière du corps qui reffembie à celle du Cou- 
cou ; les jambes courtes ; les ailes fort longues ; le vol rapide ; le 
bec droit, étroit, longuet; la voix gémiilante ; deux oeufs feu- 
lement à chaque ponte, mais pontes fouvcnt répétées dans l'an- 
née. Ils dégorgent de leur jabot la nourriture dans le bec de 
leurs petits : ils le font par une fagc précaution de la Nature , 
afin que la nourriture macérée &; ramollie dans le jabot foit plus 
facilement digérée dans l'eftomac des petits ; car la nourriture 
des Pio;eons fe tire de Erraines , de léo-umes ôc de femenccs dures. 
De plus , tous les Pigeons que nous avons obfervés jufqu'ici ont 
les pieds rouges. Il n'y a que le Picidp'inima du Brefd qui ait les 
pieds blanchâtres , félon Marcgrave. Dans le genre des Pigeons le 
tnTilc & la femelle fe relèvent pour couver. 

1°. Le Pigeon commun ou domestique , Columba domejiica 
feu vulgaris , Wi^içiqa ( Periftcra Grxcis ) Ray Synopf. Sa cou- 
leur eft ordinairement bleue ou d'un gris-bleu , avec des plumes 
pourprées ou d'un rouge éclatant au cou , qui varie fuivant fes 
diverfes expofitions à la lumière. Il a le bas du dos blanc au deflus 
du croupion ; la queue oblongue , qui ne s'étend pourtant pas 
beaucoup au-delà des ailes. Son corps pcfe une livre. 

On élevé en Angleterre différentes eipeccs de Pigeons domef- 
tiques ; frvoir , i°. les grands Pigeons domeftiques, que les Ita- 
liens appellent Tronfi &L Aflurnellati , & les Anglois Runts. Ces 
Pigeons ne varient pas moins en couleurs que les domeftiques 
communs. Ils différent auffi en grandeur; car tantôt plus grands, 
prefque égaux à des Poules , ils font d'un vol plus lent; 6c tantôt 
plus petits , ils ont plus d'agilité ôc le vol plus rapide. 2°. Les 
groffcs Gorges , que les Anglois fie les Flamands appellent Crop- 
pers ; parce qu'ils enflent prodigieufcment leur jabot en y atti- 
rant l'air ; de iorte qu'il devient plus grand que tout le refte du 
corps. 3''. Les Trembleurs à large queue , ainfi nommés parce 
quïls remuent prefque continuellement la tête 6c le cou de côté 



DES Oiseaux. 157 

& d'autre , & à caufe du nombre des plumes de leur queue , 
qu'on dit n'être pas moindre de vingt-fix. Quandilsfe promènent, 
ils tiennent ordinairement la queue rcdrelTée à la manière des 
Poules. 4°. Les Trcmblcurs a queue étroite on pointue. 5°. Les 
MeJJagers ou Courlers , pareils ou plus petits que les Pigeons 
communs , d'une couleur bleue-toncce ou noirâtre. Ils ont des 
yeux d'Epervier , entourés d'un large cercle de peau nue, tubé- 
reufe ou relevée en bolîe , furfuracée ou farineufe , blanchâtre ; 
la mâchoire fupérieure du bec eft auffi recouverte d'une double 
croûte oblongue de cette peau fongueufe, qui s'étend depuis la 
tête jufqu'au-delà du milieu du bec. On le lert de ces fortes de 
Pigeons pour porter des lettres çà 6c là. 6°. Les Jacobins eu les 
Encoqueluchonnés _, que les Anglois appellent Jacobines , &: les 
Flamands Cappers , parce qu'ils ont fur le chignon du cou de 
petites plumes réHéchics en haut qui leur ceignent le derrière de 
la tête, en manière de coqueluchon de Moine. Ils ont le bec 
court , & les iris des yeux de couleur de perles. 7''. Les Pip-eons 
de Barbarie ou de Numidie , qui ont le bec très court Se gros 
comme celui du Pivoine, ôc les yeux entourés d'un lari'^e cercle 
de peau nue tubéreufe-furfuracée , commue les Meflagers. 8". Les 
Batteurs , qui en volant battent des ailes 11 fortement , qu'ils 
furpafîenr le bruit de deux planches frappées l'une contre l'autre. 
9°. Les Culbutans , qui font petits & de diflerentes couleurs; ils 
font en volant par les airs des mouvements étonnants , & des 
culbutes comme une boule qui roule. 10°. Les Heaumes , qui 
portent comme un cafque ; ils ont toujours la tête , la queue & 
les grandes plumes des ailes d'une couleur difi-erente de celle du 
relie du corps. 1 1°. Les Chevaliers j qui font des bâtards venus 
d'un père ou d'une mère à groiîe gorge, & d'un Mcflagcr , qui 
par conféquent tiennent de l'un &: de l'autre , comme il paroic 
par les tubérofités de leur bec & parleur gorge enflée. 1 1°. Les 
Turcs ^ qui ont les yeux grands Se noirs, du-refle femblables aux 
Pigeons de Barbarie. 

■Il y a encore bien d'autres variétés parmi les Pigeons de volière. 
Nous avons ici des Amateurs en ce genre qui n'épargnent rien 
pour avoir les Pigeons les plus rares. Ils pouiTent lur ce point la 
curiofité , pour ne pas dire la folie , aulTi loin que les Romains du 
temps de Pline. 

Les Pigeons ne font à chaque ponte que deux œufs tout blancs 
pour l'ordinaire , dont l'un produit un mâle, Se l'autre une fe- 
melle. C'eft ordinairement dans l'après-dinée que la femel'e 
pond. Il faut pour chaque œuf un nouvel acccuplcmcnt. Dès 



ijS Histoire Naturelle 

qu'elle a pondu Tes deux œufs , elle fe mec incontinent à les cou- 
ver ; de laçon que pendant quinze jours complets, fans compter 
les deux jours qu'elle a mis pour la ponce , elle couve depuis 
trois ou quatre heures du foir jufqu'au lendemain matin vers les 
neuf à dix heures, que le mâle prend fa place juiqu'à quatre 
heures après midi. Pendant ce temps-là la temelle va chercher à 
manger , &c fe repofer ; puis elle revient à l'heure dite pour relever 
ion mâle , qui lui cède la place jufqu'au lendemain; & ainfi de 
fuite, jufqu'à ce que les petits éclofent, lelquels ouvrent eux- 
mêmes la coque de l'œuf par le coté , ou vers le milieu , qui eft 
l'endroit le plus fragile. La mère leur aide à fortir : fouvent même 
la perfonne qui en prend foin fait cet office avec une épingle ou 
un curedent. Les deux Pigeonneaux une fois éclos n'ont pas 
befoin de manger pendant trois ou quatre jours. La mère les 
couve feulement durant ces quatre jours, excepté pour quelques 
moments qu'elle va prendre de la nourriture ; cnfuite le père & la 
mcre leur foufflent ou dégorgent, une, deux ou trois fois par jour, 
une nourriture déjà à demi digérée; de forte que le père louffle 
ia femelle, & la mère le mâle, du-moins le plus ordinairement , 
fuivant les obfervations répétées des Amateurs de Pigeons. 

Galien fe moque de ceux qui difent que les Pigeons n'ont point 
de fiel. Leur fécondité eft merveilleufe ; ils font jufqu'à douze 
couvées par an. Ariftote & Pline ne leur donnent que huit ans 
de vie ; Albert le Grand donne vingt ans de vie aux Pigeons do- 
meftiques ; Athénée les fait vivre jufqu'à trente ans. Selon Jonf- 
ton, on en a vu un qui a vécu vingt-deux ans , toujours fécond, 
excepté la dernière année. Ils font d'un tempérament très chaud. 
Le meilleur fecret pour les accoutumer eft de les bien nourrir. La 
rapidité de leur vol eft admirable. Tout le monde fait l'ufage 
qu'on fait des Pigeons & des Pigeonneaux pour la cuifine. 

Le Pigeon domeftique s'appelle encore Pigeon privé , Pigeon 
mignon , Pigeon de volière ou de Colombier ; en Picardie Coulon, 
jadis Colomb ou Coulomb , pour Colombe. Quelques-uns nom- 
ment la femelle une Pigeonne. Pigeon Cauchois veut dire un gros 
Pigeon du Pays de Caux en Normandie. Le mot Pigeon &c Pi- 
geonneau , en Italien Piccione Se Piccioncino j en Anglois the 
common Pigeon , vient du Latin Pipio _, qui fignifie la même 
chofe. 

2°. La Tourterelle , Turtur , Gr.ecis Tq^uyàv ( Trugon) , 
Ray Synopf Columba Turtur ^ Klein. Elle eft plus petite que le 
Pigeon domeftique ou commun ; mais elle n'en diffère gueres 
poui; la couleur. Sa gorge eft teinte d'une belle couleur viiicufe , 



DES Oiseaux. ij-^ 

& les cotés du cou font très joliment ornés de petites plumes 
blanches au bout , èc du-refte noires ; elles lui font une eipece de 
collier. 

C'eft le plus petit & en même-temps le plus délicat des Pi- 
geons. Selon Olina, la Tourterelle vit huit ou dix ans, &: félon 
d'autres juiqu'à quinze, fur-tout le mâle. Elle fait fon nid de bois 
fcc fur les arbres à ditiérentcs hauteurs ; fon nid eft tout plat 
comme une alîiette. Elle ne pond d'ordinaire à la fois que deux 
œufs tout blancs , dont l'un produit un mâle , & l'autre une fe- 
melle. Sa chafteté a paffé en proverbe. On a dit que li l'une des 
deux m.curt, l'autre ne convole point à de fécondes noces ; 
qu'elle vole ieule le refte de fes jours , ne faifant plus que gémir; 
qu'elle ne fe perche plus fur des branches vertes , 8c qu'elle ne 
veut plus boire d'eau claire : mais l'cîcpérience apprend le con- 
traire. Ce qu'il y a de vrai, c'eft qu'elle aime naturellement les 
lieux lablonneux, folitaires & montagneux. Cependant elle s'ap- 
privoife facilement ; elle aime beaucoup le millet. Il y a des 
Tourterelles toutes blanches , iur-tout dans les Pays feprentrio- 
naux. On le plaît à en élever dans des volières. C'eft domm.age 
que fon cri plaintif &: continuel (oit i\ importun. Pline appelle 
les Tourterelles Trimefires , comime Ci elles ne demeuroient chez 
nous que trois mois. On pourroit bien les appeller Semejircs ^ 
puifqu'elles reftent ici fix mois de l'année. 

La Tourterelle , en Italien Tortola ou Tortora ; en Anglois 
tjie Turde-Dove , fe nomme autrement Tourte , Tounourellc , 
Tonorelle y Torterelle ^ Tunerelle , Tunurelle ou T unre lie , tous 
mots qui viennent du Latin Turtur ; 6c Tunur, ainli que le mot 
Grec Trugôn ^ a été formé par onomatopée , à raifon de fon gé- 
miflement. Le petit de la Tourterelle s'appelle Tourtereau. 

3". La Tourterelle des Indes , Turtur Indicus Aldrovandi, 
Ray Synopf La femelle eft toute blanche , excepté les pieds qui 
font rouges , & le bec qui eft noirârre. Le mâle eft d'un roux- 
clair. Elle a la même grandeur 6c la même voix que la Tourterelle 
de notre Pays ; l'iris des yeux fafÎTanée ou de couleur de vermil- 
lon ; fon cou eft tout entouré d'un collier mince 6c noir. 

4°. Autre Tourterelle des Indes, Turtur Indicus feu Co- 
cof^in Herncnd. Niererîjbcrgii , Ray Synopf. Elle eft.un peu plus 
grande que notre Moineau ; elle a tout le corps brun en delTus, 
chaque plume étant néanmoins entourée de noir ; les parties an- 
térieures des ailes en partie noires , mais pour la. plus grande 
partie un peu fauves ; le bout de la queue mêlé de blanc 6c de 
brun ; le plumage qui couvre le bas du corps eft blanc , mais 



i(50 HisTOîP. E Naturelle 

terminé par des lignes noires; elle a la tête petite , ôcle bec noir. 
Le Cocotli d'Hernandcz cft le même Oifeau. 

J°. La PETITE TOUKTERELLE DESBaRBADES, TurtUf Bur- 

badenfis minimus y Ray Synopf. Elle ell: de la grandeur d'une 
Alouette , &. le même Oifeau que le précédent , ou du-moins 
très femblable. Bien plus, la defcription du petit Pigeon fauvage 
du Brelil lui convient prelqu en tout ; de forte que je foupçonne 
que ces trois font un feul &; même Oileau. 

(•>°. Le PETIT Pigeon sauvage du Brésil, Columba fyl- 
vejlns minima Brajiiiaijîs , Picuipinima Marcgravii , Ray Synopf. 
II efl un peu plus grand qu'une Alouette, il a le bec brun , fem- 
blable à celui du Pigeon, & l'iris des yeux de couleur d'or; tout 
le dellus du corps eit d'un cendré-oblcur ou livide , & les bords 
de chaque plume font noirâtres en forme de croiflant; les gran- 
des plumes des ailes paroillent roulîes en volant; la queue eft 
d'un gris-brun ; les plumes du ventre font blanches à bords bruns 
en forme de croiflant , ôc les pieds blanchâtres contre la coutume 
des autres Pigeons. 

-/°. Le Pigeon sauvage de l'Isle de Saint Thomas, 
Columba Sylvcflris ex Infula S. Thom^ Marcgravii , Ray Sy- 
nopf. Il ed de la grandeur i>c de la figure de nos Pigeons; mais il 
a le bec crochu en delfus , de couleur bleue dans toute fa moitié 
antérieure , mêlée d'un peu de blanc & de jaune , & fanguine 
dans fa moitié poftérieure ; l'iris des yeux ell: bleue ; tout le corps 
d'un plumage vert comme certains Perroquets ; les grandes plu- 
XTies des aîlcs font d'un vert-brunâtre , comme auHîle bout de la 
queue ; il a des plumes jaunes lous l'anus 6c la queue; les jambes 
bi. les pieds joliment fafFranés. 

8°. Le Pigeon Biset , Columba Livia Gefneri ^ Ariflotell 
X\:Xii'Xc, ( Peltias ) Ray Synopf II eft fort relTemblant en apparence 
au Pigeon domeftique , mais un peu plus petit. Son plumage eft 
par-tout cendré , &; noirâtre au bout de la queue. Voyez le refte 
de la defcription dans Gefner. 11 paroît diiïerer du Pigeon dit 
î^inago y particulièrement par fa petitefle. C'efb une quellion de 
favoir fi ce n'eft pas le même que notre Pigeon de roche. 

Selon Jonfton , le Bilet a le plumage par-tout grisâtre ; les 
quatre plus longues plumes de l'aile cendrées ; celles du milieu 
moitié grifes & moitié noirâtres au bout , & les dernières vers le 
dos roufsâtres. Il vit de grains & de glands ; il niche dans des ar- 
bres creux &; dans les murailles des Eglifes. Il ell pafTager, & fa 
chair ell: préférée à celle du Ramier , comme étant plus tendre. 
Bclon dit auffi qu'il y a de la différence entre les Bifets & les 

Figeons 



DES Oiseaux. i6i 

Pigeons fuyards, les premiers étant paflagers comme les Tour- 
terelles. Il y en a qui prétendent que le Pigeon fuyard , de 
fuie ou de colombier , qu'on nomme autrement Pigeon bifet 
commun de nos campagnes, ne difl-ere du biletdont nous par- 
lons , qu'en ce que le premier eft privé , de le dernier fauvagc ; 
ce qui paroît fort vrailemblable. 

Le Pigeon bifet ou bizet, dit auffi Coulon bifet , a été nommé 
de la forte , parce que fon plumage eft de couleur bile ou plom- 
bée ; à quoi répond le nom Latin Livia ^ comme qui diroit Co- 
lumba Livida. On l'appelle autrement Croifeau , félon Belon ; 
peut-être comme qui diroit Croifé ^ à caufe des bandes noires ou 
brunes qui croifcnt fcs ailes Se fa queue. Gclncr le dérive des 
creux ou cavernes oii il niche. 

M. Linna;us ne fait point mention de notre Pigeon bifet , 
parce qu'apparemment il ne fe trouve point en Suéde, 

5)". Le Pigeon ramier, Palumbus torquatus , ^-j.aociÀriJio' 
teli aliifque Grxcis ( Phajfa ) ^ feptentrionalibus Anglis Cushat ^ 
Ray Synopf. Columba collo utrinque albo j pont macula fufca ^ 
Linn. Il diffère du Pigeon commun £>: àcs autres cfpcces de 
Pigeons par fa grandeur & par des taches blanches, placées aux 
deux côtés du cou comme un collier. Il fréquente les forêts, 6c 
fait fon nid fur les arbres. 

Le Ramier eft le premier des Pigeons fauvagcs ; il approche de 
la Poule pour la grandeur Se la grolTeur ; il ne rocoulc que quand 
il eft en amour; il eft extrêmement lauvage, & fe déplaît ren- 
fermé , quoique dans un lieu fpacieux. Belon ne le croit pas 
paflager ; & en ciFet nous les voyons voler par troupes en hiver. 
Le même Auteur dit qu'on les attrape au charivari , &; que tan- 
dis que le bruit les retient de peur , les Chaireurs les tirent. Il 
ajoute qu'on leur a quelquefois trouvé l'eftomac rempli defraifes. 
Ils aiment les fèves , l'efpeautre &: le gland. On croit qu'ils peu- 
vent vivre jufqu'à quarante ans. La chair du Ramier eft cftimée ; 
cependant elle eft un peu dure ; celle du petit , qu'on appelle 
Ramereau , eft plus tendre 6c plus délicate. Chomel dans fon 
Diclionnaire Economique , confond mal-à-propos le Pigeon 
ramier avec le Bifet. Selon Olina , le Ramier ne tait que deux 
œufs &; qu'une couvée par an ; il couve pendant deux femaines 
entières. Cet Oifeau eft fort beau. 

Il pefe , dit Willughby , vingt onces & demie ; fa longueur eft 
de dix-huit doigts _, &: fon vol de trente. Il a vingt-quatre grandes 
plumes à chaque aile ; fa queue longue de fepc doigts, eft com- 
poféc de douze plumes. 

X 



1^1 Histoire Naturelle 

M. Linnarus prétend que la Tourterelle commune n'eft qu'une 
variété du Pigeon ramier. La tache, dit-il , que ces Oifeaux ont 
au dos , la grandeur , la ligure , le ion de la voix, me perfuadent 
que c'ert la même efpece. L'illuftrc Auteur nous permettra d'en 
douter. 

Nos Poulaillers d'Orléans achètent en Bcrry Se en Sologne , 
dans la fiiilon des nids, une quantité confidérable de Tourte- 
reaux, qu'ils foufflent eux-mêmes avec la bouche, lesengraiirant 
de millet en moins de quinze jours, pour les porter enfuite à 
Paris ; ils engraiflcnt de même les ramereaux. Ils y portent aufîi 
des Pigeons bifets , & d'autres Pigeons qu'ils appellent des Pof- 
tes. Ces derniers font , ielon eux , des Pigeons de colombier de- 
venus fuyards ou vagabonds, qui nichent tantôt dans un endroit 
& tantôt dans un autre , dans des Eglifes, dans des tours, dans 
des murailles de vieux Châteaux, ou dans des rochers. 

Il y a des gens qui diftinguent de deux fortes de Ramiers ; favoir 
le Ramier ordinaire , Se le grand Ramier dit Palombe , qu'on 
eflime davantage pour les tables. Nous ne connoifTons point ces 
difiércnccs. Les Solognots dilent , mais fans fondement , que 
quand on a découvert un nid de Ramier, on doit être alTuré qu'il 
y a dans le voifînage un nid d'Eménllon , parce que l'Eméril- 
]on protège le Ramier contre les infukes des autres Oifeaux de 
Proie, 

Le Ramier, dit autrement Coidon ou Pigeon ramier , en Pi- 
cardie Manfard on Manfan , èc Pkavier félon Cotgravc , a été 
aiiafî nommé à Ramis arborum , ou àc Ramarius félon Ménage, 
à caufe que cette forte de Pigeons perche fur les branches des 
arbres ; ce que les autres ne font pas. On l'appelle en Périgord 
Palomb ou Pigeon fauvage. 

Le Ramier varie félon les différents lieux. Celui desMoluques; 
cft de groffeur ordinaire : fa tête , fon cou &c tout le dcflous du 
corps font d'un blanc mêlé de couleur vineufe ; tout le dcflus eft 
d'un beau vert-doré changeant. Les Hollandois le déteftent , 
parce qu'outre qu'il cft très friand de mnfcades, il va encore 
vomir dans les Ifles voifmes celles qu'il a mis de trop dans fon 
jabot ; ce qui les oblige à en faire faire tous les ans la viiite , 
pour en arracher les plants nouveaux. On l'appelle Balid. 

Il y a un autreRamier appelle à Amboine OifeauRoyal, dcqn'i en 
mérite le nom par fa beauté : fa gorge &: fa poitrine font pourpres ; 
le dcffusdu corps &: des ailes cft vert-doré éclatant &i changeant 
félon les différents reflets de lumière ; il a quelques taches de 
blanc & un cendré-tendre répandu fur les aîies ; le croupion & 



DES Oiseaux. i6^ 

îa queue donnent à fes couleurs un ton unique ; Ton bec &: fes 
pieds iont rouges. 

10°. Le Pigeon sauvage ou des bois, Oenas five Kinago^ 
(Si'.'oit; , riêAê/àç ( Oinas _, Peleïas)^ Ray Synopf. Il égale ou même 
lurpafiè en grandeur le Pigeon ordinaire ; il lui rellemble par la 
figure du corps , Se n'en diflcre gueres pour la couleur ; il a le 
cou d'un plumage bariolé, d'un pourpre ou d'un vert très écla- 
tant , 6c même plusluifant que le velours, félon qu'il eft diffé- 
remment expofé à la lumière ; la poitrine & les ailes d'une 
couleur purpurine ou vineule ; d'oii lui vient fou nom Grec ôc 
Latin ; il a lur chaque aile une double tache noire. 

M. Linnxus , qui l'appelle Columba cerulcfccns , collo ?iiudo , 
macula duplici alarum nigricante , dit qu'il habite dans les bois 
en Suéde , fréquentant les champs ; & il ajoute enluite qu'il ne 
doute point que toutes les variétés des Pigeons domeftiqucs que 
nos Curieux élèvent nefoient venues de ce Pigeon fiuvage. Mais 
M. Klein en doute, Se nous croyonspouvoir en douter comme lui. 

Aldrovandus dit qu'il eft bien plus grand que le Biicr. Selon 
lui , le Kinago des Latins , ou \ Oenas des Grecs , appelle Vi- 
nitorcula par Jofeph Scaliger , foit parce qu'on le prend dans le 
temps des vendanges , foit parce qu'il a la couleur du raifin noir 
en maturité , a le bec rouge comme du vermillon , long comme 
celui du Pigeon domeftique , pointu au bout ; toute la tête , le 
ventre & les ailes cendrés , excepté les grandes plumes de l'aîle , 
qui font noirâtres &; d'une grandeur confidérable ; le dciîus du 
cou vert , entremêlé de plumes noires ; la queue vers le croupion 
cendrée, du-refte noire ; les pieds rouges , & les ongles noirs. La 
femelle a le bec moins rouge , & les pieds plus pâles. 

Linocier &: quelques autres confondent notre Pigeon fauvagc 
avec VAlchata des Arabes , qu'on appelle Angel aux environs de 
Montpellier. Mais ce dernier , félon M. Klein , doit être rangé 
au nombre des Perdrix plutôt qu'entre les Pigeons , vu qu'il a la 
forme ôc le caractère de la Perdrix. 

11°. Le Pigeon de roche , Columba rupicola , Ray Synopi' 
Il a le corps petit , &; le plumage de couleur cendrée. Il eft com- 
mun dans les rochers qui font fur les côtes de la mer. 

Les Anglois l'appellent thc Rock-Pidgeon , c'eft-à-dire , Pi- 
geon de roche ou de rocher , parce qu'il y niche. Cotgrave le nom- 
me pour cela Rocheraye : mais il le contond avec le Bifet , &C 
peut-être avec raifon ; car quoiqu'on ait appelle le premier Ru- 
picola y en Italien Saffolo , & le fécond Turricola^ cela ne fuffic 
pas pour conftituer deux efpeces diftindes. 



if54 Histoire Naturelle 

11''. Le Pigeon du Mexique, Co/umùa AlexicanaUîo'doû 
dicLi Htniand. Ray Synopf. 11 a le ventre & la poitrine d'un fauve- 
clair ; tout le delHis du corps brun , & fcmé de taches noires ; le 
dell'ous des aîles & de la queue cendré. 

13°. Les GROS Pigeons du Mexique, Columb.e Mexicatiit 
montant maximj! , Ray Svnopl. Us iont égaux à nos Pigeons do- 
jTieftiques , de couleur purpurine ; ils ont les épaules blanches, 
le bec èc les pieds rouges comme de l'écarlate. On les appelle 
aufîi dans le Pays Hoilotl. 

14°. Le Pigeon sauvage brun du Mexique, Columba. 
fylvejiris permis fufcis ^ Cehoilotl Mexicanis^ Ray Synopl. Il a le 
plumage brun , excepté à la poitrine & au bout des aîles , qui 
font blanches t<. pâles ; l'iris des yeux d'un rouge-écarlate. 

15°. Autre efpece de Pigeon sauvage du Mexique, Co- 
lumb.e jylvcfiris Jpecies , Tlacahoilotl Mexicanis , Ray Synopf. 
Cette efpece eil en quelque lorte femblable à ce qu'on appelle 
Pigeons d'Arabie ; elle a le bec recourbé , médiocre ce rouge ; le 
deifus du corps &: <\qs ailes rouge, & le delfus bleu. 

16°. Le petitPigeon de la Jamaïque, Columba mi?ior Ja- 
maycenfis , ventre candido D. Sloane , Ray Synopf. Il a neuf doigts 
de longueur , & feize de largeur ; le bec loneuet; l'iris des yeux 
blanche ; le fommet de la tête & tout le deflous du corps blanc ; 
le delfus du cou varié de bleu &. de rouge ; le dos & les aîles d'un 
brun tirant fur le pourpre, avec quelque teinture de rouge ; la 
queue bleue avec une ligne blanche au bout. On le trouve au mois 
de Janvier dans les favannes ou les pleines campagnes de la Ja- 
maïque, &; l'on en fait cas fur les tables. 

17°. Le Pigeon a queue marquée d'une bande , Columba 
caiidâ fafciâ notatâ D. Sloane , Ray Synopf. Depuis le bout du 
bec juîqu'au bout de la queue , il eft long de quinze pouces , &: 
large de vingt dans fon vol ; il a le bec court , relevé de deux tu- 
tercules à la bafe & autour des narines ; l'iris des yeux rouge 
comme l'écarlate ; la queue longue de quatre ou cinq doigts ; le 
corps gris ; la tête , le cou & la poitrine d'un plumage purpurin ; 
le ventre blanchâtre ; le dcfllis du cou d'un vert-pourpré luifant 
bc changeant; le dos &: la queue d'un bleu-pâle ^excepté une 
bande noire tranfverfale ; les aîles brunes. ^ 

1 8°. Le petit Pigeon a tfte blanche de la Jamaïque , 
Columba minor cavité albo D. Sloane , Ray Synopf Sa longueur 
eil" d'onze doigts , & fi largeur de dix-huit. Il a le bec long d'un 
demi-pouce , rouge & tuberculeux à la bafe, blanc au delfous des 
narines , Cj^ui font oblongucs ; le fommet de la tête blanc ; le 



DES Oiseaux. i^y 

dclfus du cou eft varié de bleu ou de vert-luifant , & tout le 
corps en outre d'un bleu-foncé. Oviédo dit qu'il eft commun 
en Èfpagne , oii il devient plus grand. M. Sloane foupçonne que 
c'eft le même que notre Pigeon fauvage dit Oenas ou K'uiago : 
mais les marques n'y répondent point ; car ce dernier n'a pas le 
fommet de la tête blanc. 

19°. LcMÉna-Rabou. On trouve à Madagafcar un Pigeon 
qui n'eft pas plus gros qu'une Tourterelle ordinaire , dont tout 
le corps en dclTus comme en dcflous eft d'un bleu-foncé tirant 
fur le violet, à l'exception des grandes plumes de la queue, qui 
font bleues SC couleur de feu ; le tour des yeux , dont l'iris eft 
fapliir , eft entouré d'une peau vermeille ; le bec eft noir, jaune 
par le bout ; fes pieds font aufli jaunes. On l'appelle dans l'Iile 
Souningo-Ména-Rabou. f^.Pl. i/^.Fig. i. 

zo*'. La Tourterelle de Batavia eft grofte comme un 
Etôurneau : fa tête & fon cou font gris de perle j la gorge jon- 
quille ; derrière la tête vers la nuque, elle porte une grande 
tache ronde d'un beau pourprc-toncé ; tout le dcftiis du corps eft 
d'un beau vert-vif; les plumes du dclVous de la queue fon d'un 
rouge-ponceau ; les petites qui les recouvrent , &: les parties la- 
térales du croupion en dcflous , font jonquilles , 6c tout le dcfius 
du corps des aîles 6i de la queue eft vert Se or fondus enlcmble. 
Elle a les pieds couleur de chair ; le bec noir; la pointe du bec 
[aunâtre ; l'iris couleur de jacinthe ; ce qui fait en total un très 
bel Oifeau. Elle a le gémifl^ement de la Tourterelle ordinaire, & 
s'apprivoife aflez aifément. J^. PL 14. Fig. z. 

2 1°. La Tourterelle d'Amboine cit verte & or, 6c fous un 
autre afpedt elle paroît d'un rouge pointillé 6c étincelant d'or ; 
c'eft un des plus beaux Oifeaux qu'on pulife voir pour la fonte 6c 
réclat des couleurs. 



T 



i66 Histoire Naturelle 



CHAPITRE TREIZIEME. 

Du genre des Grives, 

J_jES marques caraclériftiqucs de ce genre d'Oifeaux font, la 
grandeur moyenne entre les Pigeons Se les Alouettes ; le bec de 
longueur èc de groffeur médiocres , modiquement recourbé en 
bas, la bouche jaune en dedans ; la queue longue ; le vivre tiré 
indifbinclement des baies & des Infectes. Or il y a trois efpeces 
ou genres fubalternes de cette forte d'Oifeaux , qui font les Gri- 
ves, les Merles de les Etourneaux. 



Article 



R E M I E R. 



Des Grives proprement dites. 

i®. J_,A' GROSSE Grive de Guy , Turdus vifcivorus major ^ 
Ray Synopf Turdus vifcivorus maximus , feu Turdela , Klein. 
Elle a la poitrine tachetée comme les autres Grives , mais de 
taches plus grandes ; elle furpaife de beaucoup en grandeur la 
petite Grive de Guy , avec laquelle elle a du rapport pour les 
couleurs. Sa chair eft moins délicate que celle des autres Oifeaux 
du même genre. En hiver elle fe nourrit des baies du houx. 

La grofle Grive , dit Frifch , a pris fon nom des baies de guy 
dont elle fait fon aliment, quoiqu'elle mange auiïi d'autres baies: 
mais pendant l'hiver elle n'en trouve pas d'autres que celles de 
guy. Elle eft prcfqu'aulîi grofle qu'une Tourterelle , quand elle a 
acquis toute fa grolfeur. Le guy eft un arbufte qui croît fur d'au- 
tres arbres vieux &: moulTus , &. qui porte des baies qui entrent 
dans la compofition de la glu. On croie généralement que quand 
cette Grive a avalé ces baies , &; qu'elle rend fes excréments lur 
un autre arbre, il en vient cette plante qui les porte; ce qui a 
donné occafion au Proverbe Latin , Turdus fibi ipfc malum caca:. 



DES Oiseaux. iGy 

qu'on applique à ceux qui font caufe eux-mêmes de leur propre 
perte. Il cft vrnifemblable que cette Grive peut contribuer à cette 
tranfplantation. Mais pourquoi veut-on que ce loit par fon ex- 
crément ? Ne peut-elle pas auiîi porter des baies dans Ion bec, & 
les garder pour un autre temps -, comme fait le Geai qui fait pro- 
vifion de noifettcs & de glands ? Comnie on ne trouve pas beau- 
coup de guv dans les grands bois , &: que quelques-unes de ces 
Grives palTent Thiver chez nous , celles qui veulent y refter cher- 
chent dès l'automne des endroits oii il y ait alfez de guy \ elles 
gardent ces arbres de telle manière qu'elles n'en laiffcnt appro- 
cher aucun Oifeau ; mais elles pourfuivent vivement ceux qui s'y 
préfentcnt , ce qui cft fouvent la caufe de leur perte ; car les Oi- 
îdeurs qui remarquent ces endroits , mettent un trébuchet fur 
une cage où il y a une grofle Grive vivante ; & dès que la Grive 
fauvage voit ou entend celle qui eft dans la cage , elle vient pour 
la becqueter , &: fe prend. Il n'eft pas aifé de diftinguer le mâle 
de la femelle : cependant les jeunes mâles font faciles à recon- 
noître , parce qu'ils commencent bien-tôt à ramager. Quand 
cette forte de Grive vient dans un endroit oii il y a des myrtes , 
elle en mange les baies. C'eft pour cette railon qu'on l'appelle en 
François \ Oifeau de Meurtc ouïe Tourd, en Latin Tardas. Le 
plus communément elle eft nommée grojje Grive. Le nom de 
Calendre ou Calandre yO^^ quelques-uns lui donnent, ne lui con- 
vient pas. 

Bel on avoit fait cette dernière remarque avant Frifch, 
^^oici la defcription qu'en donne M. Klein : On appelle cette 
forte de Grive Turdela, comme qui diroit^ro//è Grive. Elle eft 
un peu au delTous de la Pie ; c'eft le plus grand des Oifeaux de 
ce genre; elle a le bec & les pieds d'un brun-jaunâtre; les ongles 
noirâtres ; le cou & le ventre femés de diverfes petites écailles 
blanchâtres , & de jaunes plus rares ; les aîles & le dos de cou- 
leur brune ; la bouche & la peau du bec intermédiaire font d'un 
rouge-pâle. Frifch femble nier que cet Oifeau rende par l'anus 
les baies du guy qui végète dans l'écorce des arbres : mais il n'a 
aucune raifon d'en douter , quoiqu'elle puifte aufll les porter avec 
fon bec, 6c les y déoofcr. Nous lavons que le guy cft une plante 
parafite , & que fes baies ne féjournent pas long-temps dans le 
jabot &: les inteftins des Oifeaux , mais qu'elles lont rendues 
tout entières comme des femences fort gluantes , afin qu'elles 
puificnt végéter incontinent. Cette Grive n'eft pas fi bien ac- 
cœuillie fur lîos tables , parce que fa chair eft de difficile digef- 
tion. 



i68 Histoire Naturelle 

La grofTc Grive rcfte toute Tannce en France, même dans nos 
Provinces ieptcntrionales. Elle ne fe trouve point en Suéde , 
puilque M. Linna;us ncn fait aucune mention. Elle tait Ton nid 
de bonne heure , de prefqu aufli-tôt que le Merle , de moulle de 
poirier ou de pommier en grande partie, &i pond ordinairement 
quatre œufs grivelés. 

Bclon l'appelle grande Grive ou Siferre. Selon Cotgrave 5"/- 
ftrre ell un mot Lyonnois. En Anjou on la non\m.Q J ocajje ou 
Jacode i en Champagne Grive de Brou pour Grive de Guy; en 
Provence une Tondre ; en Auvergne Grive Provençale ; en Sa- 
voie une G dlonniere , du mot Gillon , qui veut dire Guy dans le 
Langage Savoyard; à Paris une Calandre ; en Périgord une Trie i 
en Orléanois une Traye , qu'on prononce Trage ; en Sologne 
une Traue ^ une Truye , une Treue ^ ou un Trau. Cotgrave l'ap- 
pelle Tourdelle ou Traye ^ ôc par conféquent cette dernière dé- 
nomination eft fort ancienne dans notre Langue ; quelques-uns 
la nomment Trictrac ou Treiche ; en Suille une Traîne ; en Pi- 
cardie Chacha , Chiachia ou Giagia ; en Italie Gafotto , Tordo 
maggiore , ou Tordela. Or ces diverfes appellations viennent foit 
de fa nourriture, foit de fon nom Latin , foit de la grandeur, 
ou enfin de fa voix qui eft rauque & rude. Cependant Bclon re- 
marque qu'on la nourrit en cage à caufe qu'elle chante aflcz plai- 
famment , &: même qu'elle peut apprendre à parler. Aulli Pline 
nous dit-il qu'Agrippine avoit une Grive qui contrcfailoit les 
paroles de tous ceux qu'elle entendoit. Les gens de la campagne 
difent que c'eft figne de beau temps , quand elle chante le foir 
vers le coucher du foleil, 

2°. La PETITE Gkive de Guy, Turdus vifcivorus minor , 
{txx fvnpUciter diclus , K/>jAn ( Kichlé) , Ray Synopf. Turdus mu- 
ficus in aldjjlmis , Klein. Turdus alis fubtus ferrugineis , lineâ 
fupra oculos albicanie , Linn. Elle eil: femblable à la précédente , 
mais plus petite. Entre les Oifeaux , fa chair eft la plus vantée, au 
jugement de Martial. Elle enduit intérieurement ion nid, &, pond 
fes œufs fur la boue toute nue. Au printemps elle chante parfai- 
tement bien , étant perchée fur les arbres. 

Selon M. Linna:us , elle habite en Suéde dans les bois où il 
y a beaucoup d'érables, au lommet delquels elle chante par ex- 
cellence ; elle fait fon nid au milieu des arbrilTeaux ou des haies , 
& pond fîx œufs d'un bleu-vert , avec différentes taches noires. 
Quant à fa defcription , elle a tout le delTus du corps d'un gr;s- 
brun ; une ligne blanche droite tirée depuis le bec jufqu'au delFus 
des yeux ; la poitrine d'un jaune-palc, avec des taches brunes; le 

ventre 



DES Oiseaux. i6^ 

ventre blanc , avec quelques taches ; la queue moufTe, à peine 
fourchue ; les narines à demi couvertes ; la langue fendue en 
deux à fon extrémité ; le bec noir , jaunâtre à la bafc ; les plu- 
mes de la queue brunes , (ans taches de de même couleur ; les 
petites plumes qui font en recouvrement fous la queue , blan- 
ches ; les grandes plumes des ailes lont brunes , roufsatres au 
coté intérieur vers la bafe ; &c les petites plumes en recouvre- . 
ment fous l'aîle, font tannées. 

Frifch dit qu'on nomme cetOifeau Grive rouge , parce qu'il efl 
d'un beau rouge fous les aîles , èc que cette couleur s'étend beau- 
coup dcdciTous en dehors des aîles ; cette Grive fait du dégât dans 
les vignes en automne , èc pour cette raifon elle eft appellée 
Grive de vigne. Le mâle a une bande blanchâtre fur les yeux. 
Ces fortes de Grives pailent en grandes bandes chez nous ; elles 
viennent d'ailleurs , &: s'en vont ailleurs. Leur aliment efb prel- 
que le même que celui des autres Grives; elles mangent de toutes 
fortes de baies, auffi-bien les baies rouges de l'épine blanche que 
d'autres , parce qu elles ont la couleur de celles du forbier ; elles 
voient bien la couleur des crins de Cheval dont on fiit des collets, 
& ne s'y prennent pas aifément,quand ils font blancs. Les François 
nomment cette Grive Mauviette , de l'Italien Malvi\io. Quel- 
ques Allemands l'appellent la Demi-Grive _, parce qu'elle eft de 
moitié moins grofle que la Grive de gui. 

Cette defcription de Frifch n'eft pas tout-à-fait exacte ; car il 
paroît confondre enfemble deux grives de vignes , une perma- 
jiente, & l'autre paffagcre. 

Ce qu'il y a de vrai , c'eft que la Grive de vigne dont il s'agit 
ici rcfte toute l'année chez nous , & qu'elle fait fon nid dans nos 
bois taillis. Il eft très vrai auiîi qu'elle chante à merveille au 
printemps. Son chant eft fort & extrêmement varié. Quelque- 
fois elle chante aufîi en Août , même en Septembre : aulfi ai-jc 
trouvé un nid de Grive de vigne ou de Mauvis , dont les petits 
n'étoient pas encore éclos dans les premiers jours du mois de 
Septembre. Il n'y avoir que trois œufs , parce que c'étoit appa- 
remment une troifieme ponte. M. Linnxus dit qu'elle fait fiX 
oeufs à chaque ponte : cependant il eft très rare qu'elle en faffc 
plus de cinq à la fois , &. il n'y a pas d'apparence que les Grives 
foient moins fécondes en France qu'en Suéde. Ces Grives font 
très avides de raifin , & s'en rempliilentextraordinairement. On 
s'eft imaginé que la Grive étoit fourde , Se , félon Jonfton , on 
dit proverbialement , yèwrt/ comme une Grive: mais on s'eil 
trompé i il faut àiiïc foui comme une Grive. Notre Grive eft un 

Y 



lyo Histoire Naturelle 

Oileau exquis dans le temps des vendanges. On en a toujours 
fait grand cas. Belon oblerve à cette oecalion que les Grecs &c les 
Romains , tout au contraire de nous , fliiioient beaucoup plus 
de cas du PoilFon que de la chair des Oifcaux ; èc que c'eit la 
raifon pour quoi ils ont peu parlé des Oifeaux, excepté de quel- 
ques-uns dont ils mangeoient plus volontiers , comme des Gri- 
ves, des Francolins , Se autres femblablcs. 

Belon appelle cette efçccc dcGnvc Mauvis ^ Grivette^ T rafle ^ 
ou Touret. On l'appelle encore petite Grive , Grive commune , 
ou Grive de vigne , petit Tourd ; &; , félon Corgrave , Oifeau 
Dunette j Tourdre , Grive Sifalle. Mais fon nom le plus commua 
cft celui de Mauvis , que les uns font mafculin Se les autres fé- 
minin ; car on dit le Mauvis ou la Mauvis, & par un diminutif 
Mauviette. On confond mal-à-propos fous ce dernier nom les 
Alouettes & d'autres elpcces de petits Oifeaux qui fe mangent 
en hiver à Paris. Jean Bruyéiùnus, dans fon Traité des Aliments^ 
croit que la grofTe Grive de guy a été appellée en François Mau- 
vis , comme qui diroit Malvifcus : mais il fe trompe. Ccû; la 
Grive de vigne qu'on doit appeller Mauvis. Les Anglois l'appel- 
lent the Mavis. Or , félon Ménage , Mauvis vient de l'Italieri 
Malvigio ; { le Dictionnaire de Vénéroni dit Malviccio ou Mal- 
vi^^o ) qui peut avoir été fait de Malus , à caufe du mal que 
font les Mauvis en mangeant les raifins. C'eft apparemment cette 
même Grive qu'on nomme en Suilîe Vendangette , comme qui 
à^ixo\z petite Grive de vendanges ou Vendangeufe. 

3°. La LiTORNE , Turdus pilaris , Ray Synopf, Turdus tri" 
chas j Charlet. Turdus reclricibus nigris , cxtimis margine intc- 
riore apice albicantibus , capite cano , Linn. C'eft un Oileau de 
paflage , qui vient en hiver chez nous. Cette efpece de Grive eft 
un peu plus grande que la précédente ; elle a la tête, le cou £c 
le croupion cendrés, &; le dos d'un roux-foncé; une tache noire, 
qui àç:s deux côtés s'étend depuis le bec jufqu'aux yeux. Sa chair 
eft eftimée fur les tables. Les Litornes volent par bandes. 

M. Linnxus dit que la Litorne habite dans les forêts de la 
Suéde , où elle fait fon nid fur les plus grands arbres , &: qu'elle 
mange des baies de genièvre. Il ajoute qu'un Marchand de Vin 
en avoit élevé une qui buvoit du vin dans le verre avec les Hô- 
tes ; que la tête lui devint chauve ; mais qu'enfuire renfcrméç 
dans une cage pendant un an , & ne buvant plus de vin , elle fe 
rempluma à la tête. Selon lui , la Litorne eft de la grandeur d'un 
Merle ; elle a le deffus de la tête &: la région du croupion blan- 
châtres ; le dos £v les plumes en recoavremcnt àe.^ ailes d'un brun 



DES Oiseaux. 171 

tanné; les grandes plumes des aîles & de la queue brunes; la 
poitrine depuis la gorge juCquàu flernum un peu tannée, Icmée 
de taclies noires , dont les plus proehes de la gorge (ont oblon- 
gues 6c plus petites , & les plus proches dnjiernum plus larges ; 
le ventre blanc , avec quelques taches brunes ; le bec un peu 
convexe ; la mâchoire uipérieure à peine plus longue que l'in- 
férieure , avec une peinte noire, échancrée des deux côtés ; la 
mâchoire inférieure jaune pour la plus grande partie ; les narines 
ovales ; la langue cartilagineufe, en forme de tléche , fendue en. 
deux ; une tache noirâtre entre les yeux oC le bec ; la queue 
fourchue ; les plumes en recouvrement des aîles blanches en 
deilous; les grandes plumes des ailes noirâtres, à bord extérieur 
grisâtre ; les plumes de la queue noires , à bord extérieur & inté- 
rieur blanchâtre vers le bout ; fes pieds font noirâtres. 

Selon M. Klein, elle ell plus grande que le Merle; elle a le 
bec jaunâtre, noirâtre au bout ; le cou &: le bas du dos bleuâtres, 
femés de points noirs ; le refte du dos roux ; la poitrine & le bas 
du cou grivelés , comme dans la grolTe Grive de guy ; l'intérieur 
des ailes èc le ventre blanchâtres ; les pieds bruns ; les plumes des 
aîles d'un brun-noiratre ; la queue noire. La plupart font paila- 
geres ; mais il y en a beaucoup qui refirent, èc qui font leur nid 
en Prufle. Pendant tout l'hiver nous en mangeons qu'on apporte 
des forêts près de Dantzic. 

Frifch l'appelle Grive de Genévrier. Cette Grive , dit-il , ne 
fait pas fon nid chez nous. On ne la voit point durant tout l'été; 
mais elle va couver plus loin vers le Nord , où il y a quantité 
de genévriers: puis elle revient par grandes bandes avec les jeunes 
en automne ; elle trouve notre Pays plus chaud & moins cou- 
vert de neige que ceux où elle a fait fon nid. La chair de cette 
Grive eft d'un bon goût, à caufe de la nourriture dont elle ufe la 
plus grande partie de l'année , c'eft-à-dire , des baies de gené- 
vrier ; &; c'eft pour cette raifon qu'elle eft fort eilimée dans tous 
les Pays où elle va ; car les autres Grives ne mangent de ces 
baies que quelquefois. Elle n'a point de chant, mais feulement 
un fifflement, dont on fe fert pour amorcer celles de fon efpece. 
Ainfi le mâle &: la femelle fervent également pour la chafle de 
cet Oifeau. La plus grande différence qu'il y a entre celle-ci ëC 
les autres efpeces , vient de la couleur jaune de leurs pattes. 
Ariftote appelle cet Oifeau Trichas , ce que Gaza a rendu par le 
mot Latin Pilaris , parce qu'on la prcnoit dès ce temps-là aux 
collets. 

La Litorne fe nomme en Picardie Colombajjej 5c en Orléanois 

Yij 



lyi Histoire Naturelle 

Chacha ^ à caufe de Ton cri , qui ne change point ; félon quel- 
ques-uns Clacla ou Fiafia ^ par la même raifon , &: félon Belon, 
Oifcau de Nerte pour Oifeau de Myrte ou de Meurte ; en Sa- 
voie Genévriere. Mais ces deux dernières dénominations pour- 
voient également convenir à toutes les Grives ; car elles aiment 
toutes les graines de myrte, de genièvre, de lierre, defureau, 
de houx , d'épine blanche , de troefne même , & de guy. Le mot 
de Litorne vient peut-être de ce que cette Grive ne vole pas 
droit, mais en tournant cà &: là. 

4°. La Gkive rouge , Tardas iliacus , five Illas aut TylaSy. 
Ray Synopf Elle égale en grandeur notre Mauvis , fie lui rclîcm- 
ble prefque en tout ; elle en difl-ere uniquement par fa poitrine,, 
moins tachetée , & par fes ailes teintes en deffbus d'une couleur 
rouge-orangée. C'eil encore un Oifeau de pallage , qui va par 
bandes , & qui arrive ici avec la Litorne. 

Frifch n'a point connu cette efpece de Grive , &; M. Linnarus 
a tort de la confondre avec la Grive commune , appelléc Maa- 
vis. Selon M. Klein , elle eft plus grande que la Mauvis ; elle a 
le dellous des aîles jaunâtre , ou plutôt blanchâtre , mêlé d'un 
peu de rouge ; la mâchoire fupérieure brune _, & l'inférieure jau- 
nâtre ; le dos moins brun , & la poitrine bariolé d'une couleur 
plus claire que la Mauvis ; elle n'a point de ligne blanchâtre au 
deflus des yeux. Prefque tous les Auteurs la confondent mal-à- 
propos avec notre Mauvis. 

La Grive dont nous parlons ne fait point fon nid chez nous , 
non plus que la Litorne. Frifch ioupçonne qu'il peut fe faire des 
Grives métives ou bâtardes par le mélange d'une efpece avec 
une autre : mais cela n'eft peut-être jamais arrivé depuis que le 
monde eft monde , & n'arrivera jamais. 

En Orléanois on nomme communément celle-ci la Rofelle 
ou Rouelle , peut-être à caufe de fon rouge-orangé ou couleur de 
rofe ; ailleurs Grive Champenoife ou Grive des Ardennes ; en 
Savoie Grive de vendange , parce qu'elle arrive dans le temps des 
vendanges , & qu'elle fait du dégât dans les vignes, ainfi que la 
Grive de vigne commune. En Sologne on appelle les Rofelles 
des Tris. Selon Willughby , la chair de la Rofelle eft moins déli- ' 
cate que celle de notre Mauvis, parce qu'elle eft un peu amere, 
d;. miême que celles de la Traie & de la Litorne. En Suifle on la 
nomme un Sifflear. 

Quant au nom générique de 6^ Wve, Ménage dit que peut-être 
ce mot a été fait par onomatopéeduchant de cet Oifeau, lequel, 
félon Ariftote , a un chant aigu & clair ; 6c en effet , ces mots 



DES Oiseaux. 175 

tri tri ovigrl gri ne repréfcntent pas mal le cri que font les Gri- 
ves. Mais j'aime mieux, ajoute-t-il , le tirer du plumage grivelé 
de rOileau, 

5°. La PETITE Grive d'Amérique, Turdus Americanus 
mi no r y canorus , ex cinerco albus ^ non maculatus j[,Ray Synopf. 
Niërembergius l'appelle , d'après Hernandez , CencontlatclLi y 
ç'eft-à-dire , Oifeau a quatre cents langues , parce qu'elle con- 
trefait toutes fortes de chants. Elle ne furpalTe point l'Etourneau 
en grandeur ; elle a le delîous du corps blanchâtre, & le defTus 
brun , le tout entremêlé de plumes noires & blanchâtres , fur- 
tout vers la queue & la tête. On la garde en cage comme une 
merveille de la Nature , pour le plailu- de l'entendre; elle l'em- 
porte de beaucoup fur le îlollignol , pat la douceur & la flexibi- 
lité de fon goficr ; elle le contente de toute forte de nourriture; 
elle aime les Pays chauds, &: fupporte les Pays tempérés. 

Cette Grive ne fe laifTe pourtant pas ailément apprivoifer, ou 
emprifonner en cage ; elle fe trouve dans prefque toute l'Améri- 
que. M. Sloane notre bon ami l'a obfervée &; décrite dans l'Iflc 
de la Jamaïque. 

6°. La Tamatia du Brésil , Tamatia Brafilienjis Marc- 
gravii , Ray Synopf. Elle eft de la grandeur d'une Alouette, 
toute piquetée de taches noires, comme la petite Grive ; elle a le 
ventre blanchâtre , fcmé de taches brunes ; la gorge èc le cou 
jaunâtres; le bec long, rouge, dont la mâchoire fupérieure eft 
plus allongée. Elle n'a point de queue. La tête eft grofle à pro- 
portion du corps , de même que le bec. 

C'eft un Oifeau fingulier, que nous avons rapporté au genre 
des Grives à caufe de la grandeur &; de les taches femblables. 

Au-refte les marques de la Grive proprement dite font , la 
couleur cendrée au dos, la poitrine tachetée : celles du Merle 
font , la couleur fimple par tout le corps ou dans fa plus grande 
partie , Se noirâtre dans la plupart des efpeces ; celles de l'Etour- 
neau ôc de fes femblables font , le bec plus large &. plus applati 
qu'aux Grives ou aux Merles. 

7°. La Grive de Ceyi.an , Turdus Reylanicus auriculatus , 
Hellaleniia Zeylanenjlum. Muf. Lcyd. 

On ne fait rien de cet Oifeau. 

8°. La GpvIVE du Sénégal. Elle eft de la grofTeur des nôtres ; 
les grandes plumes des ailes & de la queue font noires : elle a la 
tête & tout le defTus du corps jafpés d'un beau vcrt-piftache, 5C 
de noir ; la gorge pourpre. C'eft une efpece de Cottinga, 



174 Histoire Naturelle 

9°. La Grive de Rio Janeiro cit de la groflcur des nôtres; 
elle ei\ en dcflus d'un bleu-glacé , jalpé de noir, en dcflous d'un 
pourpre-éclatanc , parlemé de taches d'un bel oranger ; le haut de 
la poitrine eft traverfé d'une bande bleue ; ce qui la fait appeller 
Cotùnga , ou Grive au cordon bleu ; les grandes plumes des ailes 
& de la queue font d'un noir de velours. /^. PL 14. Fi g. 3. 

A Caïenne il y en a deux autres qui reflcmblent à celle-ci par- 
faitement , à cette différence , que l'une n'a pas ces taches d'un, 
bel oranger , 6s: que l'autre n'a pas ce cordon bleu qui partage le 
cou de la poitrine. 

iô°. La Grive des Maynas,ou de la Rivière des Ama- 
2,ONES , eft groffe comme laMauvis ; c'ell une autre efpece de 
Cottinga. Elle eft: toute d'un vert-céladon éclatant 6c glacé ; ce 
qui fait que fous un autre afpecl elle paroît d'un beau bleu- 
azuré ; elle a les plumes de la queue, 6c les grandes des aîles noi- 
ïes , bordées de bleu dans la partie intérieure. 

11°. La PETITE Grive de Madagascar eft delà groflcur 
d'une Caille : elle eft toute noire ; l'extrémité des plumes de la 
tête , du deflus Se du dcflous du corps , eft bordée de citron. 

On voit encore une autre efpece de Cottinga ou Grive , dont 
le corps 6c les aîles font couleur de maron-foncé, jafpé de noir; 
la poitrine 6c le ventre d'un beau couleur de ccrife vif; fa tête 
eft furmontée d'une huppe d'un carmin-éclatant 6c glacé. Ou 
ignore d'où elle vient ; mais fa rareté 6c le trenchant de fes cou- 
leurs en font un des plus beaux Oifeaux qu'on puifle voir. Elle 
eft de la grolTeur d'une Alouette. 





Jigij\rùu et ûrm'i par Afàràml 

[PiijeûnbleucL'Jfddaqa^rarcLlaFelùâTourte/r/kdeSahn'ui 3. C\'lliium /^/cii à Col'i^ 



DES Oiseaux, 175 

Article Second, 

Des Merles. 

ï°. l_jE Merle commun, Merula vutgaris y Koaav(poç Grj:ds 
( CoJJuphos ) Ray Synopf. Tardas niger ^ Klein. Tardas ater , 
rofiro palpcbrifqae jalvis j Linn. Mtrula nigra, Belon. Il le dil^ 
tingue des autres Oifeaux par fa couleur noire en tout, &: par 
Ion bec jaune. Ceft un Oifeau folitaire , comme l'indique le 
nom de Merula ^ & fort amateur du chant. 

M. Linnxus dit qu'il habite dans les bois épais de la Suéde , 
dans les gcnévriercs , & dans les jardins négligés. Il ajoute qu'il a 
le bec jaune ; le bord des paupières jaune ; les pieds noirs-bruns ; 
la couleur de tout le corps noire ; mais vingt-quatre grandes plu- 
mes de l'aîle font brunes. 

Selon Frifch , l'efpece de ^îerle la plus connue en Allemagne 
cft celle dont le mâle eft noir, avec un bec jaune couleur de 
cire; mais la femelle eft toute différente , &: quelques-uns la 
prennent pour un Oifeau d'une autre efpece. Le chant de cet 
Oifeau n'eft pas défagréable quand on l'entend dans un bois où 
Il y a un écho, ou dans une vallée. Il commence à chanter dès 
que la neige eft à peine fondue. Ce qu'il a appris une fois , il le 
conferve toute fi vie. Il m.ange de toutes fortes de baies &: d'In- 
fecles. Son nid eft rarement à la hauteur d'un homme. Il com- 
mence à couver dès le mois d'Avril. Quelques-uns croient qu'il 
y en a beaucoup qui paffent l'hiver chez nous ( en Pruffe) ; car il 
n'eft pas vraifemblable qu'ils aillent dans un Pays chaud fort 
éloigné; autrement ils y feroicnt leur nid, &: rameneroient avec 
eux des jeunes , ce que perfonne ne peut affurcr : 6v même ils 
refteroient dans ce Pays-là. 

Le Merle fait ordinairement fon nid dans l'épine blanche ; il 
le conftruit de terre & de mouffe commune ; il le fait creux, en 
façon d'écuelle, & pond quatre on cinq œufs bleuâtres, femés de 
taches brunes. Au bout d'un an le bec du m.ale devient couleur 
de buis. La femelle a le fien jaunâtre, feulement en deffous , & 
noirâtre en dcffus. En cage il chante quelquefois plus de fix mois 
eie l'année. La chair des vieux Merles eft amere ,. fur-tout ca 



ij6 Histoire Naturelle 

hiver : mais celle des jeunes cngraillés de raifins dans le temps de 
la vendange, efl fore bonne à manger, £c n'a point d'amertume. 
Il eft rare de voir des Merles blancs ; & cependant on peut dire 
qu'il n'y a gueres de Pays où il ne s'en trouve , quoiqu'ils foient 
plus communs dans le Nord. 

Les Solognots difent que la raifon pour quoi le Merle ne vit pas 
long-temps , c'eft parce qu'il a coutume de dormir le cul au vent ; 
tout au contraire des autres Oifeaux qui tournent toujours la 
tête du côté du vent pour dormir , afin que leurs plumes ne 
foient point dérangées , &i qu'ainfi ils aycnt moins froid durant 
la nuit. Mais cette obicrvation nous eft iurpccte. 

Un curieux Obfervatcur en Ornithologie , dit qu'ayant mis 
deux Merles mâle &; femelle dans une grande volière au fond de 
fon jardin , oii il y avoit un if en pyramide , il fuivit leurs procé- 
dés. D'abord ils poferent de la moufle pour bafe de leur nid ; 
puis ils répandirentfur cette bafe la pouffiere dont ils avoient rem- 
pli leur gofier, & piétinant dans l'eau pour le mouiller les pieds, 
ils la détrempèrent ; ce qu'ils continuèrent de faire couche par 
couche. La femelle couva feule fes œufs , étant nourrie foigneu- 
fementpar le mâle; les petits éclos, ils leur donnoientdes Vers de 
terre coupés par morceaux , ayant l'attention d'aller recevoir la 
fiente que chaque petit rendoit après avoir avalé la becquée. 
Cette fiente fcrvoit en partie de nourriture au père &; à la mère. 
Ils firent ainfi quatre couvées dans l'année : mais ils mangèrent 
les deux dernières. L'Oblcrvatcur a vu le mâle tuer fes petits l'un 
après l'autre , & les donner à manger à fa femelle : d'oii il con- 
clut que c'eft là la railon pour quoi les Merles étant d féconds , 
font néanmoins peu communs en comparaifon des Grives &: des 
Alouettes. Mais il nous permettra d'obferver à notre tour que ce 
fait paroît Ci extraordinaire & Ci contraire aux loix de la Natnre, 
qu'on n'en fauroit rien conclure pour le général. 

Il yen a qui prétendent qu'il y a deux lorte5 de Merles ; favoir 
le Merle ordinaire ou commun , qui fait fon nid à une certaine 
hauteur fur des arbres ou arbrilfeaux ; 6cle Merle terrier , qui fait 
le fien tout bas & contre terre. Mais cette diftin6tion n'eft pas 
fondée. J'ai vu le même Merle , voyant qu'un Chat lui avoit 
mangé fes deux premières couvées dans le nid fait au pied d'une 
haie , en faire un troifieme fur un pommier , à la hauteur d'en- 
viron huit pieds. Le Merle aime à être feul, ainfi que la Gorge- 
rouge & la Paiflc folitaire. 

Le mot de Merle , & par corruption Mejle , en Guyenne un 
Merla:^ en Picardie Mierlc ou Normelc , en Allemand Meerle , 

cil 



DES Oiseaux. * 177 

en Italien Mérula , Mcrla ou Mcrlo , vient du Latin Aierida. La 
femelle s'appelle Metiejje ; en Lorraine Merlette. A Sainc-Ay 
près d'Orléans on appelle la Merlefle une Merluche. Les Solo- 
gnots nomment le jeune Merle un Merlot ou Mcrleau. 

2°. Le Merle a collier. , Merula Torquata , Ray Synopf. 
Turdus nigncans,roJlroflavefcente, torque albo , Lin n.- Il égale ou 
TurpalTe en grandeur le Merle commun ; il a le deiTus du corps 
d'un brun-noirâtre ; un collier blanc au bas du gofier , large d'un 
doigt , fait en forme de croilîant. Il fe trouve en Angleterre dans 
les lieux montagneux des Provinces de Derbishire & d'Yorck. 

M. Linnarus dit qu'il habite dans les bois montagneux de la 
Suéde. Suivant fa defcription, il a le bec jaunâtre à pointe noire; 
Ja couleur du corps noire ; un anneau blanc qui lui ceint le cou ; 
les huit premières plumes de l'aîle marquées d'une petite ligne 
blanche au côté extérieur ; le bas du ventre , les cuiflcs Se le 
croupion couverts de plumes ceintes d'une petite ligne blan- 
châtre. 

Selon M. Klein , toute la partie fupérieure du bec efl brune , 
& l'inférieure jaunâtre. Il a entre le cou t<. la poitrine en dcifcus, 
un collier blanc , large de deux doigts , partagé par la moicié^- 

Frilch l'appelle Merle au collier , ou Grive au bouclier. Selon 
lui , le nom de Merle au collier dit trop ; car il n'a pas un anneau 
entier autour du cou : cet anneau ne s'étend pas plus loin que la 
poitrine , &: fait à peine le demi-tour ; enforte qu'il reiïcmble au 
collier ou haulTecol d'un Officier. Quant à la femelle , elle a aulîi 
une cravate, mais d'un blanc fort fale, à moins qu'elle ne foie 
un peu jaune. On prend ce Merle avec les Grives , & l'on n'en 
voit point chez nous pendant l'été. Ainfi l'on ne fait rien ni de 
fon nid, ni de fon chant. Il vit des mêmes alimcns que les Grives 
&: le Merle commun. 

Le Merle à collier efl: un peu plus grand que le Merle ordi- 
naire. On en a tué dans le fort de l'été , ik: l'on a trouvé fon nid 
en Sologne & dans la forêt d'Orléans, fait comme celui du Merle 
ordinaire , & contenant cinq œufs de même grofleur & couleur 
que ceux de notre Merle noir. On m'a alTuré qu'il fait fon nid 
contre terre , ou au pied d'un buiflon. Dans le temps de la ven- 
dange il devient très gras à force de manger du railin; alors il efl; 
excellent. Sa chair m'a du-moins fcmblé auiîi délicate que celle 
de la Grive la plus fine. 

Le Merle à collier s'appelle encore Merle terrier ou buijjonniery 
Merle de montagne ; en Oriéanois Merle gris , Aie rie d Efpagne 
ou de Savoie ; autrement Torcol noir , à caufc de fon collier. 

Z 



17S Histoire Naturelle 

3°. Le Merle de kochi.k, A^ferula faxati/Js ^ R^iySynoitC. 
Tardas nigricans _, rojiro flavefcente , torque fafco ^ Linn. Il eft 
lemblable au précédent ; mais il n'a point de collier. Nous en 
avons vu plulieurs aux lieux montagneux de la Province de 
Derbishire près le ViU'ige d'Hatherfodge dans des rochers ef- 
carpés, d'où l'on tire des meules de moulin. Il eft fréquent fur 
les hautes montagnes de Carnarvanshire fie de Merionetshire au 
Pays de Galles , où il fe nomme Merle de roche , comme aufli 
en Irlande. J'ai quelquefois douté fi cet Oifeau eft diftingué du 
précédent pour l'efpece , ou feulement pour le fexe ; 6c je ne 
luis pas encore entièrement fatisfait là-dcflus. 

M. Linna:us fe contente de dire qu'il habite dans les forêts 
des montagnes de la Suéde. Frifch &: M. Klein n'en font aucune 
mention. 

4°. La Paisse solitaire , Pajferfolitanas diclus^ Ray Sy- 
iiopf. Elle eft de la grandeur & de la figure du Merle ; elle a une 
tête grande à proportion du corps. Le mâle a par-tout un plu- 
mage bleu , ou d'un bleu-pourpre éclatant. La femelle eft d'un 
gris-noirâtre. Tout le dcfTous du corps eft élégamment peint de 
lignes tranfverfales grifes, noires, blanchâtres , joliment ondées. 
Elle a le bec un peu plus grand que celui de la grive , noirâtre ; 
les jambes , les pieds & les ongles noirs , moindres que dans les 
Oifeaux du même genre. 

Olina en a donné une très bonne figure fous le nom de Paffera 
folitaria , où il repréfente cet Oifeau de la grandeur du Merle , 
tigré ou moucheté de noir & de cendré comme un Etourneau. 
Frifch &: M. Linnxus n'en difent rien. Il y en a aulîi un aux Phi- 
lippines gros comme une Alouette , qui eft ardoifé tirant fur le 
bleu ; le dellous eft roux-foncé. Il chante très mélodieufemcnt. 
Sa femelle eft de gris-brun piqueté de blanc. 

Selon Belon , cet Oifeau fait fon nid dans des rochers folitai- 
res ; il eft ordinairement fcul , excepté dans le temp? de l'amour, 
& rarement le voit-on dans le plat-pays ou dans les vallées ; il eft 
commun en Italie; à Milan & à Gênes on le vend bien cher , à 
caufe de fon chant clair & harmonieux , qui approche de celui de 
l'Alouette. Il eft néanmoins aftez commun en Italie. François I 
en avoir en cage , & en aimoit le chant autant que celui de tout 
autre Oifeau ; il chante la nuit comme le jour , fur-tout à la lu- 
mière. Il y a des gens qui croient que c'eft le Paffer folitarius 
dont parle David. 

Olina dit que la Paifte folitaire bien foignée vit huit à dix 
ans. 



DES Oiseaux. 179 

On l'a nommé Paijfe ^ P^^ff^ ^^ Pajfcrcau folitairc y parce 
qu'il fe plaît dans la folitude ou à vivre feul ; en Savoie PaJJerat 
foi L taire. 

5°. Le Merle bleu, Cyanos feu cxrulea avis Bdlonii , Ray 
Synopf. Il eft femblablc au Merle , mais un peu plus petit , d'un 
plumage bleu par tout le corps. Il fait fon nidauxlommets des 
montagnes, comme Belon l'a obfervé dans les Ifles de Crête, de 
Cithérée , de Corfou , d'Alzante bi deNégrepont. Il iie fe trouve 
m en France, ni en Italie. 

Belon ajoute que cet Oifeau fe tient près de Ragufe en Efcla- 
vonie; qu'il ell criard; qu'il ne defcend gueres dans la plaine 
pour y prendre fi nourriture ; qu'il fait jufqu'à cinq petits ; qu'il 
cfl aufli bon à manger que le Merle noir , 6c qu'il vole beau- 
coup mieux ; enfin que la nourriture eft la même que celle du 
Merle ordinaire. 

Frifch le nomme Merle rouge à tête bleue. Selon lui , cet Oi- 
feau eft peu connu en Allemagne ; il fiffle en partie ; du-refte 
fon chant relfemble à celui de la Fauvette ; il commence dès 
avant le jour , & annonce l'approche de l'aurore par de petits 
fiiïlcments clairs ; il fifHe de même vers le coucher du foleil ; il 
fait fon nid au haut des maifons dans les trous des bois qui les 
foutiennent ; il fe nourrit de Vers ; en cage on le nourrit comme 
le Roflignol , quoiqu'il puifle manger de tout. Gcfner dit qu'il 
habite dans le Tirol auprès d'Infpruck ; qu'il fait fon nid dans 
les trous profonds des plus hauts rochers , te qu'il fe vend cher, 
<à caufe de fon chant. Le mâle eft bien plus beau que la femelle. 
Quand on approche de cet Oifeau vers minuit avec de la lumière, 
il fe met à fiffler. Pendant le jour il fiffle tout bas. Sa couleur 
devient moins vive en hiver. 

M. Klein dit, d'après Edward, que cet Oifeau, qu'il appelle 
-comme Frifch , Turdus Ruber cyaneo capite ^ a le cou, le dos ôc 
les ailes d'un bleu tirant fur le rouge, bigarrés de noir ; la poi- 
trine , le bas du ventre & la queue de couleur orangée ; le bec bc 
les pieds noirs. Il ajoute qu'on ne peut pas l'appeller Paffereau 
foiitaire ^ comme fait Ed^Kard , mais bien Grive bleue chantante. 
On le nomme Cottinga au Brefil , où il eft commun. Mais je ne 
vois pas pourquoi il finit par dire quccetOiicau eft douteux, à 
moins qu'il ne veuille dire qu'il eft douteux fi le Merle bleu de 
Frifch & d'Edward eft le même que celui de Belon. 

6°. Le Merle bleu des Indes , Cya;zoi/;z^/c<3:j Ray Synopf. 
Il eft de la grandeur de l'Alouette commune ; il a le bec droit , 

Z ij 



i8o Histoire Naturelle 

pointu ; le plumage bleu par tout le corps ; la queue longue. 
Nous l'avons vu léché dans un Cabinet. Celle peut-être le même 
que le précédent, ou le Merle bleu, n°. 5. 

7°. Le Merle d'eau , Mcrula aquatica , Ray Synopf. Sa gran- 
deur eft un peu au deiîous du Merle commun ; il a le dos noi- 
râtre avec un mélange de gris , &: la poitrine blanche comme 
neige. Il fréquente les eaux, &; pêche du poiilon ; iLeft afTez 
commun dans les lieux montagneux & feptentrionaux de la 
Principauté de Galles. Quoiqu'il rellcmblc aux Oifeaux terref- 
tres par tout fbn port extérieur & parla ftrudure de fes pieds, 
cependant il fe plonge quelquefois fous l'eau. 

J'ai appris d'un Chalîeur qu'il fe trouve en Auvergne un Oi- 
feau qu'on nomme Merle d'eau. Il a le collier blanc ; le plumage 
noir ; le bec allongé comme celui du Merle ordinaire , & la 
queue courte. Il fe repofe fur une pierre le long d'un ruilTeau; 
& quand il apperçoit quelqu'un , il le plonge dans l'eau , comnie 
fait le Martinet Pêcheur. On le mange les jours maigres. Je ioup- 
çonne que c'eft le même Oifeau dont Ray parle ici. 

8°. Le Merle du Brésil , Menda Brafilica Bellonii & Al- 
drovandi , Ray Synopf La couleur de tout fon corps, fi vous en 
exceptez la queue & les ailes , qui font noires , eft d'un rouge 
fi vif , qu'elle furpailb tout autre rouge. Il a la queue longue ; 
les pieds & les jambes noires ; le bec court comme dans le Moi- 
neau. Nous avons vu dans le Cabinet de Tradefcant un Oifeau 
des Indes rouge à queue oblongue, &; prefque de la grandeur de 
notre Mauvis. 

5)°. Le Merle couleur, de rose, Aîerula rofeaAldrovandi^ 
Ray Synopf Les Oifeleurs , dit Aldrovandus , l'appellent Etour- 
neau de mer , &; peut-être avec raifon , quoiqu'il ne loit point 
moucheté. Il eii un peu plus petit que le Merle ; il a le dos , la 
poitrine & le delFus des ailes couleur de rofe ou de chair ; la tête 
huppée; les ailes & la queue noires ; le bec noir à fi bafe , & 
du-rcfte incarnat ; fes pieds font prefque faffranés. II paroît dans 
nos champs , ajoute l'Auteur , &: fe plaît dans le fumier. 

10°. LeMERLE DES Indes noir et rouge, Merulaîndica 
peclore cinnabarino : an Jacapu Marcgravii ? Ray Synopf Nous 
avons vu fa peau fourrée dans le Cabinet de Tradefcant. Il étoit 
de la grandeur & de la figure du Merle ordinaire ; il avoit tout 
le dell'us du corps noir, & feulement les bords des plumes autour 
du croupion gris ou blanchâtres ; la poitriiie d'un rouge écarlate; 
le bec du Merle , la queue longue , femblable aulfi à celle de notre 



DES Oiseaux. i8î 

Merle noir. Le Jacapu de Marcgrave reflemble fort à cet Oifeau, 
Il ce n'eft pas le mêine, 

1 1°. Le Merle de deux couleurs , Mcrula bicolor Aldro- 
vandi j Ray Synopf. Cet Oifeau eft bigarré principalement de 
deux couleurs; favoir de brun ôc de jaune-rougeâtre. 

12°. Aldrovandus fait mention de deux autres fortes de 
Merle , qu'il appelle MeruLe Congénères , & dont on peut con- 
fulter la defcription dans fon Ornithologie : mais il n'a vu le 
premier qu'en figure , &: le dernier qu'après la mort. 

1 3". Le Merle de Siam. Il eft de la grolleur du nôtre; tout 
fon corps eft vert-canard foncé ; fa queue eft longue, 6c les deux 
plumes du milieu ont environ huit à neuf pouces de long. 

14°. Le Merle du Cap de Bonne-Espérance a la tête cou- 
verte de plumes longues^; étroites, qui font une efpece de huppe 
lorfqu'il les relevé. Le delTus de fon corps eft brun ; le delTous eft , 
ainfi que la tête , noir- violet ; le bas-ventre & le dcflus de la 
queue font d'un blanc-fale ; le deftous de la queue eft d'un beau 



rou^e 



15°. Le Merle des Philippines eft de grofteur ordinaire; 
tout fon corps eft brun-tanné ; il a la tête couverte de plumes 
noires, longues & étroites, qui forment une huppe; les yeux font 
entourés d'une peau fans plumes, qiii fait une clpece de triangle. 

\G°. Le Merle chauve des Philippines, on on l'appelle 
Coulin. Il eft de grofteur ordinaire ; fon corps eft brun ; fon dos 
gris-argenté ; fa tête eft fans plumes des côtés ; il en a iculemcnt 
de fort courtes au milieu , qui commencent à la racine du bec , 
gagnent le fommct, &. forment un fillon qui s'élargit à mefure 
qu'il approche de l'occiput & du cou. K. PL i 5. Fig. 2. 

17°. Le Mainate eft plus gros que le Merle; toute la moitié 
fupérieure du corps , tant deflus que delFous , eft d'un noir-vio- 
let ; le refte du corps eft d'un noir tirant fur le vert ; quelques 
plum.es des aîlcs font coupées de blanc tranfverfalement ; le bec 
eft rouge. On l'appelle Merle a bandelettes, parce qu'il a derrière 
les yeux deux appendices charnus très jaunes dans le mâle , plus 
pâles dans la femelle , qui fe portent vers le derrière de la tête , 
laquelle dans toutes les parties que n'occupent pas les bandelet- 
tes, eft recouverte de plumes très courtes, f-^. PL 15. Fig. i . Cet 
Oifeau eft très vif , fort friand de fruits , comme cerifes & raifins: 
lorfqu'on les lui préfente l'envie de les avoir lui fait pouftèr de 
petits cris qui reftcmblent parfaitement au vagiftcment d'un petit 
enfant : il s'apprivoife aifémenr. On le trouve fur-tout dans l'Iflc 
de Hainan, & dans toute la prefqu'Ifle au-delà du Gange. 



i8i HisToiP. E Naturelle 

i8°. Le Merle cuivré d'Afrique eft de la grofleur du 
Merle ordinaire : fa tête , Ion cou , la gorge , fa poitrine Se (on 
ventre font d'un violet d'acier poli , fort éclatant ^ fon dos eft 
vert-cuivré ; fes ailes font couleur de rofette, 6c la queue couleur 
d'acier poli , eil longue comme le corps. Cet Oifeau fe trouve au 
Sénégal , dans la Guinée ÔC dans le Royaume de Juida. Il mange 
des fruits &i des Infcdes. 



Article Troisième. 

Des Etourneaux 6" des Oifeaux du même genre. 

1°. Ij'Etourneau , Sturnus Aldrovandi ^ aliorum , -^ird^ Gr£~ 
c'is ( Pfar ) , Ray Synop. Sturnus rojiroflavefcente , corpore nigro , 
punclis albis , Linn. Sturnus pratorum vulgaris , Klein. Il a le 
bec plus large 5c plus applati que les Grives ou les Merles , en 
quoi il diffère principalement de ces Oifeaux , auxquels il rciTcm- 
ble d'ailleurs pour la grandeur & la figure; il a les bouts des plu- 
mes au cou & au dos jaunâtres dans le mâle , £c blanchâtres dans 
la femelle; du-refte elles font noirâtres , avec un certain bleu ou 
pourpre luifant, entremêlé de vert, fuivant les diverfes expofî- 
tions à la lumière. On prétend qu'il fe nourrit feulement d'In- 
feftes ou de chair ^ & non de baies. 

Selon M. Linna:us, il habite en Suéde dans les creux des arbres 
où il fait fon nid ; il vole par troupes ; il fe retire après le milieu 
de l'été dans les plaines de la Scanie. Il y a peu d'efpcces de ce 
genre en Europe ; mais il y en a un nombre prefque infini dans 
les deux Indes. Enfuite l'Auteur décrit amfi notre Etourneau : Il 
a le bec droit, anguleux &: applati, un peu moufle, jaunâtre; le 
corps noir, avec les bouts des plumes blanchâtres ; les narines à 
demi recouvertes d'une petite écaille ; l'ongle poftérieur des pieds 
plus grand; les grandes plumes des aîles noirâtres, ayant le bord 
extérieur de couleur de terre cuite , mais fale ; la queue entière ; 
les plumes de la queue noires, avec un bord extérieur grisâtre; 
la lano-ue fendue en deux. 

Le plumage de l'Etourneau efl joliment piqueté : le bec lui 
devient jaune-orangé en vieilliflant comme au Merle ; le mâle 
fe diftingue d'avec la femelle par la langue , le mâle l'ayant 



DES Oiseaux. 183 

pointue par le bout , 6c la femelle fourchue. De plus , le mâle a 
l'œuil noir , &: la femelle une petite maille dans le blanc de l'œuil. 
Quand les Oifeleurs en ont pris un en vie , ils lui attachent aux 
jambes un long fil bien englué; puis ils le lâchent. Cet Oifeau 
fe mêlant parmi une troupe d'Etourneaux , en englue plulieurs, 
qui tombent à terre avec lui. Il mange de tout ; fa chair cil: noire, 
maifn-e ôc amcre ; cependant clic n'ell pas lî mauvaife après la 
vendange ; car il aime le raifin , fi l'on en croit la plupart des 
ChaiTeurs. Il vole rapidement ; il fiffle agréablement en cage , & 
eil fort familier ; il apprend même des airs , &c à parler. Aldro- 
vandus dit que le Chien a la chair de l'Etourneau en horreur , 
de même que celle de la BécafTe &; d'autres Oifeaux qui fcntenc 
le fauvagin. Cardan obfcrve que fa chair devient plus délicate, 
fi l'on a l'attenrion de lui couper la tête dès qu'il eft pris ou tué. 
Selon Olina , l'Etourneau vit cinq ou fix ans. Il ne fait pas tant 
de petits à la fois qu'on fe l'imagine ; il en fait rarement Icpt. Ses 
œufs font bleuâtres, approchants de ceux du Merle. 

Le mot d'Etourneau , jadis Eftorneau , en Anglois Stare ou 
Starling, en Italien Sturno , Storno ou Stornello , vient, fclon 
Ménage , du Latin Sturnellits, ànrànxxûiàcSturnus. On le nomme 
vulgairement Sanfonnct _, comme qui àiiroit petit Samfon. Cot- 
grave écrit Chanfonet ou Sanfonet. En Savoie on l'appelle EJier- 
ncau ou Etcrncau , de en Guyenne un Tourne! j en Périgorci un 
EJhurneL 

2°. L'Etourneau des Indes, Sturnus Indicus Bontii , Ray 
Synopf. Il reflemble à notre Etourneau par ion plumage bleu- 
célefte ou d'un bleu-obfcur piqueté de gris ; mais il porte fur la 
tête une crête jaune , èc fa tête eil revêtue de plumes noires 6c 
mollettes comme du velours. Il imite la voix de l'homme bien 
plus exadlemcnt que le Perroquet. 

3°. Le Merle de rocher , Merula faxatilis Aldrovandi , 
Ruticilla major Olins. , Turdus inarinus F lorentinis ^ Ray Synopi. 
Turdus reclricibus rufis , duabus intermedïis cinereis fafcia nigri- 
came , proxima apice c'tnerea , Linn. Il eft égal &: femblable à 
l'Etourneau ; il a le bec noir ; les pieds d'un brun-plombé ; le 
menton un peu blanchâtre ; le cicflbus du corps varié de blanchâ- 
tre, de noir &; de jaunâtre ; la tête £c le dos bruns ou noirâtres , 
dont les bouts des plumes font cendrés; la queue roufTe ou fauve; 
ce qui eft la marque caraclériftique de cet Oifeau. Au-refte les 
couleurs différent beaucoup dans le mâle & la femelle. Il eft 
affcz commun en Italie. Nous en avons vu aulîi à Vienne en Au- 
rriche. 



184 Histoire Naturelle 

Cet Oifcau , dit M. Linna:us , habite en Suéde dans les bois 
d'Erables , fur-tout dans le fond de la Lapponic , où il ell; très 
hardi , jufques-là que fouvent il nous cnlevoit notre dîner de- 
vant nous. Quant à fa defcription , il a le bec noir, gros, court, 
un peu triangulaire ; les narines ovales , couvertes de foies ; la 
tête brune ; le dos d'un gris-pdie, dont les plumes ont des bar- 
bes efpacécs &C non contiguës ; dix-huit grandes plumes de i'aîle 
brunes , d'un roux teftacé à la bafe ; &c les plumes antérieures 
cjul font en recouvrement d'un roux-teftacé ou couleur de terre 
cuite ; les trois premières grandes plumes de chaque aîle font 
plus courtes par degrés ; la queue eft de la longueur du corps , en- 
tière , rouge-teftacée , excepté les deux plumes du milieu , qui 
font cendrées , avec une bande noirâtre ; celle qui fuit immédia- 
tement des deux côtés, efl: cendrée au bout j 6c la plus proche 
de celle-ci à peine cendrée par le bout ; les plumes de la queue 
en recouvrement font roulles-teftacécs ; les côtés font auffi tefta- 
cés ; il a les pieds noirs , dont le doigt pollérieur eft fort , & l'on- 
gle plus grand ; tous les ongles applatis, échancrés au milieu en 
dedans ; le bout du bec échancré des deux côtés ; la langue eft 
aullî échancrée, à lobes tendus ou fourchus. 

4°. Autre Etourneau des Indes , Sturnus Indiens Alufxi 
Lcydenjis , Ray Synopf. On ne fait rien de cet Oileau. 

5°. L'Etoub-neau de la Louisiane, qu'on pourroit plutôt 
mettre au rang des Troupialcs, eft plus petit que l'Etourneau or- 
dinaire; il eft tout noir , à l'exception des ailes, dont l'épaule eft 
d'un très beau rouge ; pluficurs fous ce rouge ont des plumes ca- 
ndies. Quelques-uns parmi eux ont la tête blanche. Ils vivent 
également de grains ôc d'Infcdes. V. PL 15. Fig. 3. 

6". L'Etourneau blanc eft d'un blanc-fale, & peut-être 
n'eft-ce qu'une variation de l'efpece ordinaire, fi l'on en juge par 
ion bec , Ces pattes , fa grofleur fie la forme de fes plumes , fur-tout 
de celles du cou &; du dos , qui laiflent appercevoir une teinte de 
la piqueture de l'Etourneau ordinaire. 

7°. L'Etourneau du Cap de Bonne-Espérance a la tête, 
la gorge & tout le deffîis du corps d'un noir-luftré ; les joues & 
tout le deftbus du corps blancs ; les plumes de fa tête ^ celles du 
cou font longues & étroites. 

8°. Le Loriot , Galbula feu Picus nidum fufpendens Aldro- 
vandi , Onolus Alberto , Chloreus Ariftotelis ex fenteruiâ Aldro- 
vandi ^ ïcierus Pl'inii eidem , Ray Synopf. Titrdus aureus , Icu 
Merula aurea ^ Klein. II eft tant foit peu plus grand que les Gri- 
ves \ il a le bec de la Grive , mais plus grand , plus long , ôc f ougc ; 

les 



DES Oiseaux. 18/ 

les pieds plombés , outre les aîles &C la queue , qui font noirâtres 
pour la plus grande partie. Le mâle eil par tout le corps d'une 
très belle couleur jaune ; de forte qu'il le difpute avec les Oifeaux 
d'Amérique pour l'élégance èc l'éclat des couleurs. Il fe trouve 
en Allemagne 6c en Italie. Il a du rapport avec les Grives £c les 
Merles par la figure du bec èc de tout le corps , comme aulli par 
la grandeur ëc le genre de vie. 

Selon M. Klein , Schvenkfeld dit que c'eft une forte de Pic de 
la grandeur du Merle ; mais c'eft plutôt une Grive en tout point. 
Il a le bec antérieurement jaune , poitérieurement d'un rouge 
vermeil ; le tronc de couleur d'or , & les aîles d'un bleu tirant fur 
le brun ; les pieds bleuâtres; les ongles d'un brun rougfâtrc. La 
langue fendue en deux ne fauroit convertir cet Oifeau en Pic. Il 
fufpend fon nid aux branches des arbres ; &L pour cela ce n'eft pas 
un Pic. Il chante d'une voix claire comme avec une flûte , 6c il 
varie fon chant. Il aime fur-tout avec pallion les cerifcs. 

M. Linna;us n'en parle point : apparemment qu'il ne fe trouve 
point en Suéde. 

Frifch dit qu'on appelle le Loriot en Allemand Byrole ou By- 
roh y autrement Pyrotd\ lelon M. Klein , Y Oifeau de Pentecôte ^ 
V Oifeau de cerifes ^ ou le Alangeur de cerifcs. Frifch ajoure que 
les jeunes font femblables à )a femelle, 6Î: que les mâles ne de- 
viennent pas jaunes pendant le peu de temps qu'ils relient chez 
nous, mais dans les lieux oii ils pailcnt l'hiver. Selon le même 
Auteur , le Loriot mange des baies delorbier comme les Grives» 
Si-tôt qu'il arrive chez nous , il commence par faire dans les bois 
touffus fon nid , qui a quelque chofe de fingulier ; il eft ajufté 6c 
fufpendu entre les branches ; il a environ la longueur d'un em- 
pan ; il fe courbe en haut comme par un cou court ; de forte que 
rOifeau peut y entrer fans qu'il y tombe de pluie ; il n'eft fait que 
de toiles d'araignées ôc de dépouilles de chenilles formées en 
petits nœuds liés enfemble avec un gazon jaune 6c menu , fur- 
tout aux deux petites branches en forme de fourches, 6c à la cour- 
bure du cou. Le dedans eft fait des mêmes matières que le dehors, 
ainfi que le fond fur lequel font pofés les œufs ; il fait deux à 
trois petits, 6c deux couvées Tune après l'autre. C'eft le premier 
Oifeau qui s'en va de chez nous. On ne fauroit le confervcr en 
cage que très difficilement. Dans les Pays-Bas il eft appelle OU- 
merles _, c'eft-à-dire , Merle d'or ^ ou Merle doré ^ comme ailleurs 
Grive jaune ou Grive dorée. 

Ce que dit ici Frifch , tant fur la conftrucbion du nid que fur 

Aa 



i8(> Histoire Naturelle 

le nombre des petits du Loriot , n'efl: pas tout-à-fait exa<!l ; car 
Ton nid cft plutôt fait de laine que de toiles d'araignées ou de 
dépouilles de Chenilles , & il contient d'ordinaire quatre œufs. 
Pline avance faullement que le Loriot fe pend par les pieds pour 
dormir plus furement. Il aime non-leulement les guignes &c les 
cerifes , mais aulîi les figues. Selon les uns , fon nid relTemble à 
un gobelet ; lelon d'autres , à un encenfoir ou à un faladier , ou 
bien aux bourfes d'un Bélier. Il s'engraliFe beaucoup, & f<\ chair 
cft fort délicate & fucculente , à-peu-près comme celle de la 
Grive de vigne. 

On pourroit ajouter que ce que l'Auteur dit ici de la fituation 
du nid n'eft pas plus exa£t , en avançant que le nid fe courbe en 
haut comme par un cou court, de forte que l'Oifeau peut y en- 
trer fîins qu'il y tombe de pluie. De-plus , ajoute M. Thomas, 
s'il ne tom.be point de pluie dans le nid du Loriot , ce n'eft pas 
parce qu'il fe courbe en haut comme par un cou court , mais 
parce que ce nid eft fitu.é en pente à l'extrémité d'une fourche 
couverte de beaucoup de feuilles, dont la convexité &;lafîtua- 
tion oblique doivent occafionner l'écoulement de la pluie hors 
du nid. 

6°. L'Oiseau Impérial de la Chine eft auffi une efpece de 
Loriot ou de Merle doré ; il eft d'un très beau jonquille, à l'ex- 
ception de la tête , dont le derrière eft traverfé d'une bande 
noire. 

7°. Le Merle doré de Pontichery ne diffère de celui-ci 
& de notre Loriot qu'en ce qu'il a toute la tête noire. 

Le Loriot , dit en Italien Regalbulo ou Rigogolo , en Alle- 
mand Gold-DroJJel ou Gold-Mecrlc y c'eft-à-dire. Grive dorée 
ou Merle doré ^ s'appelle enBerry Lourïot ; ailleurs Zo^^/-/o^^ ou 
Loujîou y Loriol ; jadis Lorion , &c félon Cotgrave Auriou ou Au^ 
riol ; en quelques endroits de la forêt d'Orléans Piloriot ou 
Oriol ; en Provence un Oriot ou Orio;en Szintonge Becjigue i 
en Bretagne Merle doré i à Troyes en Champagne Courpeîidu , 
ou Court-pendu , apparemment à raifon de fon nid; en plufieurs 
endroits de la France, Compère Loriot. Il y en a qui l'appellent 
Loufot , & qui s'imaginent que dans fon chant il dit Loufot- 
bonne-Merife. Bclon dit aufli que cet Oifeau a été appelle Lo- 
riot^ parce qu'il fcmble crier Compère Loriot. Léon Trippault 
dans fon Celt-Hellénifme ., dit la même chofe. Scaliger dérive ce 
mot du Latin Aureolus. Ménage le dérive de Cklorio , ou de Lu-^ 
ridus. Si j'avois à choifir, je préférerois l'étymologie de Ménage; 




Dcur rau* ctGrazeparMirtat^t 

i.Mainal& . 2 .JHerh. chauve ou Couh?v. 3.Etamvira7L a m/^Jroiu^etr au TraiivuiL 



DES Oiseaux. 187 

car on le nomme en Grec XA^ç/^v ( Chlorion ) , à c.iufe de fa 
couleur jaune , de en ôtant la première lettre du mot Grec on 
trouve Lorion. A Fay près d'Orléans on l'appelle un Bllorot. Je 
ibupçonne que c'eft le belOifeau jaune qu'on nomme la Zurro/z/ze 
du côté d'Abbeville. 



CHAPITRE QUATORZIEME. 
TDcs petits Oifcaux, 

J 'Appelle petits Oifcaux ouOifiUons tous les Oifeaux plus petits 
que les Grives , qu'on peut en général divifer en Oifeaux à bec 
menu ou effilé , qui ont des becs déliés, foibles, & longuets pour 
la plupart; &; en Oifeaux à gros bec , qui ont des becs courts, 
gros , durs &c forts. Les premiers fe nourriiTent principalement 
d'Infcifles ou de fruits mous ; & les derniers, de femences ou de 
graines plus dures 6c féches. 



Article rREMiER. 

Des petits Oifeaux à bec menu. 

Il en efl: de plufieurs fortes ; & d'abord fe préfentent les Alouct^ 
les y dont les marques caraétériftiques font le talon ou l'ongle du 
doigt poftérieur , qui eft fort long , une couleur teftacée ou de 
terre cuite; ajoutez qu'ils chantent en s'envolant de bas en haut. 
Leurs efpeces font, 

1°. L'Alouette commune , Alauda vulgaris ^ RaySynopf. 
Alauda cxliptta , non crïjlata , venice piano , Klein. Alauda rec- 
tr'icibus extimis duabus extrorfum longitudinalitcr albis , interme- 
dus interiori latere ferrugineis ,lÀnn. Son plumage eft varié de 
couleur de terre cuite &; de noir ; les plumes font tout autour d'un 
cendré-roux, &; noires dans le milieu \ la queue eft longue. Cet 
Oifeau fait fon nid à terre. 

Aaij 



i88 Histoire Naturelle 

AI. Linnxus , après avoir dit qu'elle vole &c habite continuel- 
lement dans les champs en chantant Ton Tirelire , la décrit en 
CCS termes : L'Alouette commune a le bec convexe Se délié ; les 
mâchoires à-pcu-près égales ; la langue en flèche, membraneufe 
à ion extrémité , pointue & fourchue ; l'ongle de derrière plus 
long que l'ongle du milieu , eft droit; les ongles latéraux font 
recourbés; celui du milieu ell aflez grand ; la queue fourchue; 
clic a douze plumes à la queue ^ &. dix-huit aux ailes , dont les 
quatre antérieures font à-peu-près égales ; tout le corps d'un 
brun couleur de terre cuite , les plumes étant brunes à bord ex- 
térieur teftacé-pâle ; le bas du ventre blanchâtre ; les grandes 
plum.cs des aîles brunes ; les plumes de la queue noires , mais la 
première ou la plus extérieure ell: blanche à bord intérieur brun , 
& la féconde brune à bord extérieur longitudinalement blanc ; 
les premières plumes des aîles entières, &: celles du fécond ordre 
échancrées à pointes d'un blanc-fale ; les plumes de la queue font 
brunes comme celles des aîles, mais il y en a deux de chaque coté 
qui font blanches longitudinalement. 

Selon Frilch, le principal caractère diftin£lif des Alouettes efl: 
l'ongle du talon plus ou moins long 6c droit. Elles ont un éperon 
comme les anciens Cavaliers en avoient à leurs bottes , afin que 
leurs pieds ayant une bafe plus large , puilTent mieux courir dans 
Jes terres labourées. La courbure de l'oncle de derrière ne leur 
clr pas néceilaire, parce que la plupart des Alouettes ne perchent 
point. Mais celles qui perchent ont l'ongle un peu recourbé , ou- 
bien elles fe pofent fur de grofles branches, où il n'eft pas néccf- 
faire qu'elles fe cramponnent. Elles ont une couleur peu diflé-- 
rente Tune de l'autre, &; avec cette couleur elles ne peuvent pas 
îiifément être apperçues des Oifeaux de Proie. Les mâles aiment 
à voler haut, quand ils veulent s'accoupler , & qu'ils cherchent 
une femelle. C'efl: pour cela qu'en volant ils font toujours un 
cercle plus ou moins grand , uiivant qu'il y en a peu ou beau- 
coup de refpece dans les environs. Les mâles chantent non-feu- 
ïement afin que les femelles les voient dans ce haut vol , mais 
encore afin qu'elles les entendent. 

Quant à notre Alouette des champs , il eft vraifemblable, a joute 
Frifch , que fon nom Allemand Lerche lui vient de fon chant, 
qui femble de loin faire entendre comme Liri leri. Elle fe tient 
dans les terres labourées, &; fait fon nid dans celles qui font en- 
femencées. Quelques-uns l'appellent pour cette raifon y^/owcr/^' 
de grains. C'tft un des principaux Oifeaux , tant à caufe de la 
beauté de fva chaiit naturel àc de l'aptitude qu'elle a pour ap- 



DES Oiseaux. 189 

prendre quelque chofe de celui des autres , qu'à caufe de fa chair , 
qui ei\ d'un bon goût. C'cft aulfi un des premiers qu'on entend 
au printemps ; elle chante pendant long-temps. On peut l'appri- 
voiler jufqu'à la faire tenir lur la main nue, ou bien la faire pro- 
mener fur la table , ôc manger au plat. Elle n'avale pas d'abord 
ia mangeaille , mais elle la goûte avec la langue. Si vous lui 
donnez du chcncvi tout pur à manger , elle deviendra bientôt 
toute noire. En Allemagne elles s'aflcmblent avant la S. Michel , 
& s'en vont: elles ne viennent à aucune amorce ; comme elles 
aiment à rcfter enfemble , elles s'entr'appellent inceffammenten 
volant. Dans le mois d'Avril elles commencent à faire leur nid 
jufqu'au mois d'Août, 6c en font deux fois l'année. Les petits 
courent bientôt hors du nid , & relient fort loin l'un de l'autre , 
atin qu'ils ne pûifTcnt pas fi facilement être pris par les Oifeaux 
de Proie , ou par d'autres animaux. La mcrc voltigeant alors au 
delTus des grains , entend bien vite les petits cris qu'ils ne fonc 
que rarement. Les mâles font un peu plus bruns que les femelles , 
qui reftent plus rougeâtres. 

M. Klein fe contente de remarquer que l'éperon d'une Alouette 
de plufieurs années eft très long , ôc que fon bec eft un peu 
jaune. 

En hiver les Alouettes communes volent par bandes , & en 
été deux à deux. Ceft une forte de proverbe , qu'elles changent 
de constitution fuivant le changement des vents. On prétend 
que quand le vent du midi foume , elles maigriiïent , &; qu'elles 
s'engrailfent par un vent du nord , fur-tout dans un temps de 
brouillards épais. On recherche beaucoup la chair des Alouettes, 
fc dans certains endroits où elles font communes , on en fait des 
pâtés exquis qui font fort en vogue , témoins ceux de Pithiviers. 
Auffi en prend-on une grande quantité durant l'hiver dans la 
Beauce èc dans le Gâtinois, à moins que la neige neféjournc 
long-temps fur la terre , &; que le froid ne foit excellif L'Alouette 
commune vole très haut, Hc à perte de vue , demeurant long- 
temps en l'air , & y faifant beaucoup de chemin , toujours en 
chantant ; elle excelle pour le chant. Le Sieur du Bartas , au cin- 
quième jour de fa Semaine , a exprimé ainfi le chant de cet Oi- 
feau : 

La gentille Alouette avec fon tirelire 

Tire lire alire , ù tirelirant tire 

Vers la voûte du Ciel : puis fon vol vers ce lieu 

Vire j & dejire dire adieu Dieu , adieu 



190 Histoire Naturelle 

Selon Willughby , elle pefe une demi-once ; elle eft longue de 
fix doigts un quart ; Ton vol ell de dix doigts un quart , & elle 
pond quatre ou cinq œufs à la fois. Olina dit qu'elle vit huit à 
dix ans. Si l'on en croit nos Vignerons Orléanois , le mâle fe dif- 
tingue de la femelle par la longueur de l'ergot de derrière. Si cet 
ergot palTc le genou de l'Oifcau , c'cft un mâle ; ôc s'il ne le pafTe 
pas , c'eft une femelle. 

Le nom générique à' Alouette , en Guyenne Louette , jadis 
Alavette ^ Làiette ou Layette , vient à^Alaudetta , diminutif 
d'Alauda , d'où nous avons fait Aloue , qui fe trouve dans nos 
vieux Poètes François , comme Villon Se Alain Charrier , félon 
Ménage. "Alouette, Iclon Dom Lirtjn, Vivant Bénédictin , vient 
du Celtique Alaud ou Alaude , dont les Latins le font fervis , en 
lui donnant la terminaifon Latine Alauda. Dans la fuite ce mot 
Gaulois s'eft un peu altéré j car on a dit Aloue , puis Alouette ; 
qui eft un diminutif. 

Quant à notre Alouette commune ou ordinaire, elle s'appelle 
en Italien Lodola non Capelluta, c'cll-à-dire. Alouette non ctêtéc 
ou huppée ,• en Anglois the common Field - Lark ; en Suédois 
Laerka ; en Provençal une Coquillade , vulgairement Alouette 
des champs ou des plaines. 

2°. Le CuGELiER , Alauda arhorea , Tottovilla Olinx ^ Ray 
Synopf. Alauda reclncibus fufc'is , prima oblique dimidiato-alba y 
fecunda macula cuneiformi alba, Linn. Cette elpece diffère de la 
précédente & des autres , 1°. parce qu'elle eft plus petite , ayant 
le corps plus court cc plus gros ; 1°. en ce que les plumes exté- 
rieures de la queue font blanchâtres à leurs fommités ; 3°. par fa 
voix ou fon chant , qui imite celui des Merles ; 4°. par un cercle 
de plumes blanchâtres qui ceignent la tête comme une couronne, 
depuis unœuil jufqu'à l'autre; 5°. en ce que la dernière plume de 
l'aîle eft beaucoup plus courte que la féconde , tandis qu'elle eft 
à-peu-près égale à celle-ci dans l'Alouette commune ; 6°. en ce 
qu'elle perche fur les arbres , au-lieu que la précédente fe repofe 
d'ordinaire à terre. 

M. Linnxus dit qu'elle habite en Suéde fur les arbres _, & qu'elle 
voltige çà £c là par bandes en chantant. Suivant fa defcription , 
elle a le bec noir en deflus ; tout le corps en defTus gris-brun ta- 
cheté ; les grandes plumes des aîles & de la queue brunes ; le cou 
jaunâtre par dcfTous, avec des taches brunes; la poitrine Se le bas 
du ventre blanchâtres ; les plumes de la queue brunes, mais dont 
la première eft à moitié blanche obliquement ; au-licu que tout 
le bout en eft blanc , & cette blancheur eft plus étroite vers le 



DES Oiseaux. 191 

bord extéiieur ; la fcconde plume de la queue a au bout une 
tache blanche en forme de coin ; l'éperon eft de la longueur du 
doigt. 

M. Klein femble confondre le Cugclier avec la petite Alouette 
de pré , quoique ces deux fortes d'Alouettes foient bien diffé- 
rentes l'une de f'autre. Il paroît aullî que Willughby & Ray ont 
confondu la Tottovilla d'Olina, que j'eflime être notre Cuge- 
lier , avec la vraie Calandre. Frifch n'a point connu notre Cu- 
gelier, quoiqu'il parle de fcpt efpeccs d'Alouettes. 

Selon Willughby, notre Tottovilla pefc une once un quart; fa 
longueur eft de fîx doigts & demi , & fon vol de douze doigts 6c 
demi ; elle a dix-huit plumes à chaque aile , &; la queue longue 
de deux doigts , compofée de douze plumes. 

Le Cugelier eft rare en Normandie &: aux environs de Paris ; 
auffi ne l'y connoît-on point du tout : cependant il mérite bien 
d'être connu. Cet Oifcau commence à chanter dès le commen- 
cement du mois de Février , & nos Vignerons Orléanois difent 
proverbialement : A la mi-Février , fait fon nid le Cugelier.W efb 
fî plein de chant , qu'il ne ceiïe de chanter jour &; nuit , foit en 
l'air , foit perché lur un arbre. Sa voix eft douce & flûtée comme 
un flageolet. Il chante en cage comme à la campagne; mais on 
ne fe donne pas la peine de l'élever ici comme l'on fait à Nantes- 
C'eft la girouette vivante des Solognots ; & en effet il chante 
volontiers , ayant le bec tourné du côté du vent. C'eft même une 
annonce de pluie , s'il chante avec plus de force que de coutume. 

Vénéroni s'cft frompé comme bien d'autres , en appcllant 
notre Alouette de pré Tottovilla. Il paroît certain que la Totto- 
villa d'Olina n'eft autre que le Cugelier des Orléanois. Il porte 
différents noms , tous tirés de fon chant ; à Orléans Cugelier ou 
Cujelier ; en Sologne Cockelivier ou Cockelirteu , Piénu^Flu- 
teur ou Flûteux , Alouette Flûteufe , Lutheux , Turlut ou Tur- 
lutoire^ Mufette; ailleurs T relus ou Cotrelus ; en Saintonge Cou- 
trioux ; à Nantes Alouette Calandre j & vulgairement par corrup- 
tion Efcarlande. 

3°. L'Alouette de vk'É , Alauda pratorum Aldrovandi ^'R:3?j 
Synopf. Alauda lineolâ fuperciliorum albâ , reclricibus duabus 
extimis introrfum albis , Linn. Elle eft prefque de moitié plus 
petite que l'Alouette commune, plus verte, & moins agréable- 
ment colorée. Elle fe perche aulîi fur les arbres. 

M. Linnarus la décrit de cette forte : Elle a le deffus du corps, 
comme auffi la tête , le dos , les plumes de l'aîle qui font en re- 
couvrement , 2c la poitrine j tachetés de gris-brun ; le ventre 



19 i Histoire Naturelle 

blanchâtre ; une petite ligne blanche au dcflus des yeux ; les 
grandes plumes des aîles brunes ; les pieds ôc le bec pales ; l'on- 
gle de derrière long &C droit ; les plumes de la queue égales, noi- 
râtres , excepté les deux premières ou les plus extérieures de 
chaque côté , qui à leur bord intérieur font blanches longitudi- 
nalcmcnt. 

Selon Frifcli, elle a le cri de l'Alouette des champs ; elle monte 
<le même en l'air jufqu'à perte de vue , mais fans chanter; elle 
fiit aulfi un cercle beaucoup plus grand , en montant ain(i pour 
chercher une compagne , afin qu'elle puiiTe voir ôc entendre de 
plus loin ; car cette elpece d'Alouette ne fe trouve pas en grande 
quantité. Elle vit dans les places vertes &: dans les prairies, de 
routes fortes de Vers 6c d'Infe(fles rampants. Mais en automne 
elle s'en va, principalement dans le temps de la moilTon. Comme 
fon chant n'efl: qu'un fimple cri , on ne la met pas en cage. Le 
mouvement de fi queue la rend femblable aux hochequeues. 

Willughby dit qu'elle pefe à peine une once ; qu'elle a un demi- 
pied de longueur , Si le vol de dix doigts un quart. 

La femelle du Coucou pond volontiers dans le nid de cette 
Alouette. 

On l'appelle petùe Alouette^ Alouette de bois ou de bruyères , 
Alouette bâtarde , Alouette folle , Alouette percheufe ; en Beauce 
Alouette Bretonne ; en Sologne Tique , Kique ou Akiki ; en Pro- 
vence Bedouide j félon Belon , Cotgrave &; nos vieux Diction- 
naires, i^ar/wz/I-j Falloppe ou Faloppe. Ménage avoue que l'ori- 
gine du mot de Farlouje ou Falloppe ne lui eft pas connue. Selon 
M. le Duchat , Farloufe eft peut-être une corruption de Prati 
Alauda. Comme on a appelle, dit-il , cet Oifcau Farloufe ^ cela 
me perfuade qu'on a dit auffi Farloue , qui le fera formé de Prati 
Alauda , Prati Alauda , Pralauda _, Fralauda , Farloue , Se enfuite 
Farloufe. Mais il nous fera permis d'obferver que cette étymolo- 
gie femble tirée de trop loin ; Si fans aller chercher fi loin , ne 
feroit-il pas plus naturel de dire que ces mots Farloufe , Falloppe 
ou Faloppe , viennent du chant de l'Oifeau , ainfi que la plupart 
de fes autres dénominations ? Car l'Alouette de pré chante afTez 
plaifamment. Sa manière eft de fe percher au haut d'un arbre , 
.d'où elle s'élève en l'air perpendiculairement , puis retombe, & 
ainG mille fois le jour , toujours chantant pour lors , ëc tenant 
fes jambes pendantes. On l'appelle encore Alouette buiffonniere , 
parce qu'elle fait quelquefois fon nid au pied d'un buiffon , ou 
fur le bord d'un fofle. Ce nid eft bien caché , 6c contient ordinai- 
xemenc cinq œufs rougeâtres fort jolis, 

4°. Le 



DES Oiseaux» 193 

4*. LeCocHEVis ouI'Alouette HUPPÉE,.4/a«^a cr//?tzM;;ziZ/or, 
Ray Synopr. Alauda capitata crifiata viarum , Klein. Plus grand 
que l'Alouette commune , il a le bec plus grand & plus long ; la 
tête crêtée;lacrêtecompofée de fcpt,de huit, ou même de dix à 
douze petites plumes ; la couleur du dos moins belle , & moins 
tachetée que dans l'Alouette commune ; la queue plus courte. 
Il ne s'envole pas il fréquemment en haut; &; quand il s'eft élevé 
en l'air , il n'y refte pas fi long-temps. Enfin il ne vole pas pat 
bandes comme l'Alouette ordinaire. ï^. PL 1 6. Fig. i . 

M. Linnacus n'en dit rien, apparemment parce que cet Oifeau 
ne fe trouve point en Suéde. M. Klein fe contente de dire que 
dans le milieu de l'hiver il fe rencontre fouvent dans les Villages 
& le long des chemins , parmi les Moineaux Se les Verdiers. 
Frifch oblerve que le Cochevis Te perche quelquefois fur les ar- 
bres ; ce que l'Alouette des champs ne fait jamais. Selon cet 
Auteur , Ion chant eft fi agréable qu'il peut en dilpurer la préé- 
minence aux principaux Oifeaux j il fe fait quelquefois entendre 
pendant la nuit , &: il a toujours quantité de changements dans 
fon chant; il commence dès le mois de Février,, &: ne finit point 
avant la Saint Jean ; il chante même encore en automne dans le 
temps qu'il s'en va. D'abord il eft ailé de le garder en cage; mais 
il devient toujours plus difficile à y conferver dans la fuite. Les 
œufs de Fourmis font ce qu'il aime le mieux. Il fait fon nid fur 
la terre 6c lous des genévriers quand cela fe peut ; il en fait deux 
fois l'année; il monte auiîi haut que l'Alouette des champs , tou- 
jours en chantant ; mais il fait des cercles beaucoup plus grands; 
car il n'y a pas tant de Cochevis que d'Alouettes communes. 
Celles-ci peuvent donc trouver une femelle dans un plus petit 
cercle ; au-lieu qu'il faut que le Cochevis l'étende davantage. 
Vers l'automne on le prend à la chafle des Oifeaux , parce qu'il 
fuit l'amorce, ou bien au filet pendant la nuit. 

Le Cochevis eft hâtif à faire fon nid; il ne pond à la fois que 
quatre œufs, dont il ne vient d'ordinaire que trois petits. Chez 
nous il refte l'hiver ; il fréquente les grands chemins, cherchant 
du grain ou de l'avoine dans la fiente des Chevaux ; il fe laifle 
volontiers approcher de bien près ; puis il s'envole en chantant. 
Ils vont ordinairement deux à deux. Le mâle &; la femelle le 
rcflemblent infiniment. Albert le Grand dit avoir expérimenté 
qu'il devient aveugle la neuvième année. Cette expérience paroît 
difficile à faire , s'il eft vrai , comme l'aflure Frifch , qu'il ne vit 
gueres plus d'un an en cage. 

Selon Willughby , le Cochevis a le bec long de près d'un doigt, 

Bb 



194 Histoire Naturelle 

& les plumes de fa crête , qu'il peut élever ou abaiiïer à Ton gré, 
longues de près d'un demi-doigt ; diX-huit grandes plumes à 
chaque aile ; Se la queue longue de plus de deux doigts, compo- 
fée de douze plumes. 

Le Cochevis s'appelle encore en Latiii Galcrita ; en Italien 
Lodola Capdluta; en Allemand Hcubd-Ltrche ; en Anglois tht 
Crejied Lark ; dans le Périgord Kerdauge ; en Provence & en 
Orléanois Calandre ; en Bcrry Alouette crêiée ; en Sologne 
Alouette duppée pour Alouette huppée ; en Bcauce Alouette cor- 
nue ou Alouette de chemin ; ailleurs Alouette de Brie _, jadis Ga- 
lente , fclon Cotgravc ; quelquefois aulîi Alouette d'arbres , 
Alouette de vignes _, ou grojfe Alouette. Ménage dit que le Co- 
chevis cfi: ainfi nommé de Coq ou Coc , Sl de Kis , qui fignifie 
viflige. Cochevis _, c'cft J^tfage de Coq , à caufc qu'il a une crête 
comme un Coq. 

5*^. La PETITE Alouette vivvvi^, Alauda criftataminor , 
Ray Synopf. Elle cft bc-'.iicoup plus petite que l'Alouette com- 
mune ; mais elle a une huppe un peu longue à proportion de la 
petitcfle de Ton corps ; les pieds rouges , ôc, la couleur de tout le 
corps plus approchante du brun. 

Nous ne connoifTons point ce petit Cochevis ; Frifch n'en fait 
aucune mention, non plus que Melîieurs Linnxus & Klein. 

6°. La PETITE Alouette des champs , Alauda minor cam- 

peftris D. Jejjop , Ray Synopf. Elle diffère de l'Alouette de pré , 

i". en ce qu'elle eft un peu plus grande; i°. moins verte ; 3°. par 

fes pieds plus pâles ; 4°. par fes éperons, qui font beaucoup plus 

cou'-ts. 

Cette efpcce d'Alouette nous efl: pareillement inconnue, ainfi 
que les fuivantes. 

7°. La PLUS petite Alouette , Alauda minima Locufi^c voce. 
Locujlella D. Johnfon , Ray Synopf. Elle eft plus petite que le 
Roitelet commun ; d'un pluir.ageen dcffus jaune-brunâtre, avec 
des taches noirâtres, & en dcffous d'un blanc-jaunâtre. Elle fe 
perche fur le fommet d'une petite branche d'épine , où tenant 
fon corps redrefle , fon bec ouvert , èc (es ailes un peu étendues , 
clic crie comme une Sauterelle, mais plus fortement. Elle porte 
la marque la plus caiactériftiquc des Alouettes, &c qui eft com- 
mune à toutes; favoir l'épeion ou l'ongle très long du doigt 
poftérieur. 

8°. L'Alouette des Indes, Alauda Indlca MufA Leyden- 
jls , Ray Synopf. 

On ne lait rien de cette forte d'Alouette érrangcre. 



DES Oiseaux. i^j 

f)**. La Spipolette , Spipolctta Florcnùtiis , Tordinos venc- 
lis , Ray Synopf. Elle ell plus petite que les Alouettes , & pa- 
reille à un Bec figue ; elle a le bec grêle , droit , pointu , très 
noir ; les pieds pareillement noirs ; l'éperon ou l'ongle de der- 
rière fort long , à la manière des Alouettes ; le deflus du corps 
cendré , avec quelque mélange de vert ; la gorge , la poitrine 
& le ventre tantôt blanchâtres , &; tantôt d'un beau jaune ; mais 
la poitrine toujours plus foncée que la gorge ôc le ventre , £c 
tachetée. Elle diffère des autres Oileaux par la longueur de 
l'éperon , &: des autres Alouettes par la couleur noire de Ion bec 
lôc de les pieds. 

Je m'étois d'abord imaginé que ce pouvoit être la petite efpecc 
que Frifch nomme Alouette pipeufc j à caufe de loji cri ; mais il 
n'y a gueres d'apparence. 

io°. LaGiAROLE, Giarola Aidrovandi ^Ray Synoff. Elleeft 
<le la grandeur d'une Alouette ; elle a le bec rougeatre, jaunâtre 
en dedans & fur les bords; elle relFemble parfaitement à la Caille 
ou à la Bécafle par le delfus du corps. La nuque du cou eft 
ceinte de plumes blanchâtres fur leurs bords, comme d'une cou- 
ronne. Elle a le ventre blanc ; la queue longue à peine d'un 
pouce , compofée de petites plumes très étroites ; elle eft: étroite 
elle-même ; fes pieds font couleur de chair , avec des éperons 
d'Alouette. Elle s'accorde prelque en tout avec la Tottovilla. 
d'Olina , excepté par la couleur des plumes de la queue. 

Ray ne dit rien de l'Alouette de neige qui paroît en Allemagne 
quand il a neigé , ni de l'Alouette blanche , dont parle Frifch, 
ni de la noire, qu'on trouve en Angleterre. Mais ce qui m'étonne 
bien autrement, c'eil: de voir que ces célèbres Auteurs ne faflcnc 
aucune mention de la vraie Calandre de Belon Se d'Olina , 
comme fi c'étoit un Oifeau inconnu ou imaginaire. Cependant 
Belon nous apprend qu'elle approche d'un Etourneau pour la 
grandeur, ayant le cou mince à l'endroit oii fes longues plumes 
fe joignent à la tête , & le bec plus gros ; qu'elle fe nourrit de 
grains un peu durs ; qu'elle réjouit admirablement par l'harmo- 
nie de fa voix ceux qui l'entendent ; qu'elle contretait à mer- 
veille toutes les voix des Oifeaux , &: qu'étant en cage elle pafTe 
à peine une heure dans la journée fans chanter. Selon Olina , la 
Calandre , qu'on nomme en Latin Calandra ou Chalandra à 
Calando , parce qu'ayant pris fon ton haut elle va toujours eu 
l'affolbliflant , en Italien Calandra ou Lodola Maggiore , a un 
peu au delTous du cou un cercle de plumes noires comme ua 

Bbij 



19^5 Histoire Naturelle 

collier ; la tête plus large que la Grive , à laquelle elle refTemblc 
pour le corfage ; le bec plus court ^ plus gros , mais les jambes 
& les doif^ts de même ftru£lurc que les autres Alouettes. Le 
maie eft plus gros que la femelle , & a plus de noir autour du 
cou. Celles de la couvée du mois d'Août lont les meilleures pour 
nourrir en cage. La Calandre fait d'un couvée quatre ou cinq 
œufs dans un nid pofé à terre, comme font les autres Alouettes 
dans les grains : elle eft auffi bonne à manger que les autres ; 
elle vit quatre à cinq ans. 

On ne la connoît point dans l'Orléanois , à moins que ce ne 
foit l'efpece que les Habitans de Seiche-Briere , dans la Forêt 
d'Orléans , appellent Alouette de bruyère , & qu'ils difent être 
gralFe en automne , & prefquc grofle comme une Grive de 
vigne , à laquelle elle ne le cède guercs en bonté. La vraie Ca- 
landre de Belon ôc d'Olina vient d'Italie. 

Belon dit que les Parifiens fe trompent en appellant Calandre 
la plus grofle efpece de Grive, & que la vraie Calandre eft une 
efpece de grofle Alouette. Mais Belon fe trompe auHi , dit Mé- 
nage , de dériver le mot Frani^ois Calandre , du Grec KoçocTaAoç 
( Corudalos ) : il vient du Latin inufité Calandra. Les Grecs d'au- 
jourd'hui ufent encore du mot Calandra , pour exprimer cette 
efpece d'Alouette. La Rue de la Calandre à Paris a pris fon nom 
d'une Calandre qui y pendoit pour Enfeigne. 

On trouve écrit Calandre , Calendre ou Kalandrc. 




DES Oiseaux. 



197 



Article Second. 

Du genre des Hirondelles. 

J_jEs marques caracftériftiques des Hirondelles font, la tête 
grande ; le bec court ; l'ouverture de la bouche ample , pour 
attrapper plus facilement les Mouches 6c les autres Infectes en 
volant ; les aîles très longues , & le vol rapide , pour les pour- 
fuivre plus vivement ; les pieds courts ÔC petits, car elles ne mar- 
chent gueres ; la queue longue & fourchue , pour fléchir & re- 
tourner le corps plus promptemcnt ; les œufs blancs. Durant 
l'hiver qu'il ne fe trouve point d'Infe6tes voltigeant en l'air _, ou 
elles fe cachent dans des louterrains, ou elles s'en vont dans des 
Pays lointains. Nous avons obfervé quatre efpeces d'Hirondelles. 
1°. L'Hirondelle domestique, Hirundo domeflica^ Ray 
Synopf Hirundo rcclncibus _, excepta pari intimo , albâ macula 
notatis , Linn. Elle a le deiTus du corps d'un bleu-foncé, ou d'un 
noir-pourpré luifant ; au fommet de la tête 6c fous le menton , 
une tache blanchâtre obfcurément fanguine ; la poitrine , le 
ventre 6c le deiFous des ailes blanchâtres, avec quelque rougeur ; 
la queue très fourchue , ornée d'une ligne tranlverfale de taches 
blanches. Nous avons trouvé des Scarabées dans fon eftomac 
dilléqué. Elle fait fon nid dans les cheminées. K. PL 1 6. Fig. 2. 
M. Linna:us décrit ainfi le mâle : Il a le corps en deffus d'un 
noir-bleu luifant; le ventre, la poitrine , 6c les plumes inférieures 
des aîles qui font en recouvrement , blanches ; le front 6c la gorge 
bruns; le cou bleuâtre en deflous; les grandes plumes des aîles 
noires, dont les neuf premières font infenfiblement plus longues 
à mefure qu'elles approchent du bout ; mais celles du fécond 
ordre font d'autant plus longues , qu'elles approchent davantage 
du corps ; elles font échancrées ; la queue eft noire , fourchue; 
on voit douze plumes à la queue; les dernières font les plus lon- 
gues; chacune de ces plumes eft marquée d'une tache blanche, 
excepté les deux fixiemes du milieu ; le bec très petit , applati ; 
le gozier ample ^ jaune ; les narmes ovales, nues; la langue 
fendue en deux , pointue ; les pieds nus. 

M. Klein fc contente de dire que l'Hirondelle domeftique eft 



I9S 



Histoire Nàturell 



toute blanche pai- deirous julqu'au bec; qu'elle aies pieds blancs, 
couverts de duvet , èc qu'elle conftruit l'on nid de bouc ^ lai:is y 
mêler aucun brin de paille. 

Cette defcription donnée par M. Klein , eft fort courte ; mais 
toute courte qu'elle eft , elle pèche à plulieurs égards, comme 
l'on peut s'en aflurer à la lîmple inlpection. 

Selon Frifch , qui n'ell pas non plus toujours exa6t, cette Hi- 
rondelle fait le plus fouvcnt Ion nid au dedans des mailons, où 
il ne va pas beaucoup de monde qui l'interrompe , ou bien dans 
des endroits oii les Chats , les Rats & d'autres animaux de Proie 
ne peuvent pas aller. C'eft dans les cheminées des étages les plus 
hauts qu'elle pofe contre les murailles de petits morceaux de bois, 
pour fondement de fon nid. Lorique dans les Villes ou dans les 
campagnes elle ne fauroit entrer dans les maifons , & fous les 
toits , elle fait fon nid en dehors , &: l'attache aux murailles fous 
la pointe des pignons : elle le bâtit de chaume , de foin &: de 
paille , en prenant toujours une becquetée de boue avec chaque 
brin de chaume, afin de mieux lier le tout enfemble. Quelquefois 
on voit ce chaume qui pend du nid. Elle lie fon ouvrage comme 
un Maçon. Quand le nid efl bien uni &. bien battu en dedans , 
elle y apporte des plumes , 6c toutes fortes de matières molles. Il 
refte à demi ouvert par le haut , parce qu'étant dans une maifon 
il ne peut y tomber de pluie. Elle couve deux fois l'année ; la 
première fois , cinq ou fix œufs , & la féconde quatre ou cinq. 
Lorfque les Hirondelles de la première couvée s'envolent, elles 
cherchent dans le voifuiage un étang, une mare, ou quelqu'autre 
endroit où il y ait beaucoup de rofeaux ; elles y palfent les nuits , 
parce qu'il n'y a aucun ennemi de nuit qui puifle y venir. Les 
rofeaux épais les garantiflent aullî de la pluie, du-moins de façon 
que le plus fort ne tombe pas fur elles ; car elles ne s'embar- 
raflent pas d'un peu d'humidité. Quand les Hirondelles s'apper- 
çoivent que quelque animal veut s'approcher de leur nid , ou 
qu'elles voient un Oifeau de Proie en l'air, elles font un cri par- 
ticulier pour avertir leurs petits, & volent témérairement autour 
de cet Oifeau. Il n'y a point d'Hirondelle qui ait un cri ou ga- 
zouillement plus approchant du chant que l'Hirondelle domelH- 
que , quoique fon cri ne foit compofé que d'environ trois clefs 
de mufique , &: d'une finale grafleyée qui va à la quatrième. 
C'eft principalement de grand matin dans les longs jours , 
qu'elle chante ainfi , mais elle ennuie bientôt par fa monotonie. 
Quand il n'y a point d'Infc£lcs dans l'air, elle vole autour &; tout 
près des maifons , ôc prend les Araignées qui y font dans leurs 



DES Oiseaux. 199 

toiles ; ou Ci elle volt des Infedes dans des fofles d'eau croupif- 
faiite, dans des étangs ou dans des viviers, elle vole tout près de 
la furface de l'eau , &L y cherche fa nourriture. Elle chafle ces 
Infectes avec le vent de l'es ailes , & trempe fa queue dans l'eau 
où elle voit qu'elle les peut mieux prendre. Ce font de toutes les 
Hirondelles celles qui s'en vont le plus tard j elles s'aflemblcnt 
auparavant à un étang , ou dans les vignes lur les échalas, ôc 
partent en filence le matin dans de beaux jours. 

Ariftote dit que (i l'on crevé les yeux aux petits de l'Hirondelle 
quand ils font encore bien foibles &; récemment éclos , ils fe 
guériiTent 6crecouvrentenfuitelafacultéde voir. Elien remarque 
que leur éducation s'exécute avec une admirable équité delà part 
du père 5c delà mère; car ils commencent par le plus âgé, êc finif- 
fcnt par le dernier ; celui qui ayant reçu la becquée a changé de 
place , ne reçoit plus rien jufqu'à ce qu'il y foit retourné. Pline 
avance que toutes les femelles des Oileaux le laifTent couvrir par 
le mâle; mais que les Hirondelles s'accouplent queue à queue. Il 
faudroit l'avoir vu pour le croire. 

Il fe trouve quelquefois des Hirondelles blanches. Aldrovan- 
dus dit en avoir vu plufieurs , ôc il nous apprend que fi l'on veut 
en faire naître de blanches , il n'y a qu'à frotter les œuts d'huile 
d'olive , tandis que la mère les couve. Cette recette ne parole 
pas trop sure. Quoi qu'il en foit , les Hirondelles blanches font 
fort rares dans ce Pays-ci , èc je n'en ai jamais vu qu'une feule, 
qui me fut envoyée de Saint-Lo en balle-Normandie, pour le 
Cabinet de M. de Réaumur. 

Les Hirondelles font des Oifeaux de paflage qui difparoilTent 
à la fin de rautomne,pairent l'hiver dans des climats plus chauds, 
&c reviennent toujours aux m.êmes endroits. Telle avoit été la 
croyance de tous les Naturaliftcs jufqu'à ces derniers temps , 
qu'on a prétendu que la plupart des Hirondelles reftent aux lieux 
où elles font nées, fur-tout dans les Pays feptentrionaux. Pline 
penfoit pourtant que les Hirondelles n'alloient pas loin; car il 
dit, Hirundines in vicina abeunt. Nous pourrions à ce fujet allé^ 
guer le témoignage de nombre d'Auteurs refpeiSlables : mais nous 
nous bornerons à quelques-uns des plus modernes. 

Le Père du Tertre dans fcn Hiftoire des Antilles, a (Tu re que 
les Hirondelles font auffi rares dans ces lilcs en hiver , qu'elles le 
font en France ; il ne nie pas que celles qui font fort proches des 
Pays chauds y paflent , mais non pas celles qui en font fort éloi- 
gnées , comme on le croit vulgairement. îl rapporte à cette oc- 
calion un pailagc d'Ariflore, ou il parole que ce Philofophe avoir 



200 Histoire Naturelle 

lamêmcpenfëequelui , c'cft-à-dirc , que IcsOifeaux fe retirent 
cil hiver dans des lieux lolitaires , dans des grottes & dans les 
fentes des rochers. En eflet , ajoute M. Colonne, Gentilhomme 
Romain , dans Ton Hiftoue Naturelle de l'Univers , j'ai remar- 
qué plufieurs fois à Rome , qu'à peine le ioleil paroifloit-ii en 
hiver , ôc rcndoit-il l'air un peu doux , qu'on entendoit chanter 
le Roitelet. Or comme cet animal ell lî petit qu'il n'y a point d'ap- 
parence qu'il pût pafTer en Atrique , il eft plus fenfé de croire 
qu'il ëtoit caché dans que'que trou , foit de muraille, foit d'ar- 
bres , comme la plupart des autres petits Oifeaux. On fait auffi 
que les Coucous ôc quelques autres Oifeaux fe retirent dans le 
creux des arbres. Je me fouviens à cette occafion d'avoir été pré- 
fent chez un de mes amis, lorfque peu de temps après qu'on eût 
mis une bûche dans le feu , & qu'elle commença à brûler , un 
Coucou qui étoit dans le creux de cette partie d'arbre, fe fit en- 
tendre en chantant Coucou , Coucou ; ce qui parut non-feulement 
étonnant , mais donna même occafion aux malins d'en rire , 
parce que cet homme étoit le mari d'une très belle femme , &; au 
lurplus bien courtifée. 

Mais on fent à merveille que ce font là de pures gentillefles , 
& non pas des raifons folidcs. 

Nous avons , dit M. Bruhier dans fon Livre àes Enterrements 
ti Embaumements précipités , l'exemple confiant , malgré l'in- 
crédulité de M. l'Abbé Desfontaines , d'une infinité d'Oifeaux 
qui font pendant des mois entiers dans un état de mort appa- 
rente. 

Olaûs Magnus , Archevêque d'Upfal , dans fon Hiftoire Sep- 
tentrionale , dit qu'on tire des Hirondelles qui forment enfemblc 
comme un paquet , hors de l'eau où elles s'étoient plongés dans 
les rofeaux , après s'être attachées bec à bec , aîle contre aîle , 
patte contre patte. 

Il falloit, ajoute Frifch , qui n'eft nullement de cet avis , ex- 
pliquer comment cela fe pouvoit faire. J'ai pris quelques Hiron- 
delles vivantes ; je leur ai attaché quelque chofe à la patte peu 
de temps avant leur départ, comme un anneau , un fil rouge avec 
une couleur détrempée dans l'eau. Or il eft certaiii que la cou- 
leur s'en feroit paflée , fi elles étoient ràftées quelque temps dans 
l'eau. Néanmoins ces Hirondelles revinrent au printemps fuivant 
à leur nid , avec leur fil rouge aux pattes. D'ailleurs fi les Hiron- 
delles reftent pendant l'huer tant de mois fous l'eau, comment 
refpirent-elles alors ? Car elles n'ont point d'ouies ni de poumons 
feniblables à ceux des PoilTons. Si l'on répondoit qu'elles y vivent 

comme 



DES Oiseaux. loi 

comme font les enfants dans le ventre de leur mère, où eft leur 
trou ovale par lequel le fang peut circuler fans le fecours de l'air 
extérieur. Ces Oifeaux reviennent d'un lieu où ils avoient les 
choies nécellaires à la vie , & la commodité de voler; car leurs 
plumes (ont bien unies. Les Hirondelles iont belles quand elles 
reparoilîent ; leur embonpoint n'a pas diminué ; la faim ne les a 
pas affoiblies ; elles s'accouplent aulR-tôt, èc font leur nid: mais 
elles ne reviennent jamais avec des jeunes. Leur quartier d'hiver 
n'eft donc pas un Pays où elles puillent couver une fois ou àcuK 
comme elles font chez nous. 

Au-refte les fentiments font partagés , & M. Klein dans fa. 
Dilîertation lur les Oifeaux de paiîagc , fe montre fort difpofé à 
croire que les Hirondelles paflent l'hiver les unes fous l'eau , 5c 
les autres dans des fouterrains. 

Le Journal de Trévoux du mois de Septembre 1749 , dans 
l'Extrait d'un Voyage de la Baie de Hudlon , traduit de l'Anglois 
de M. Henri Ellis , s'exprime en ces termes : M. Ellis confirme 
que les Infectes ôc les petits Oifeaux ramalTés en pelotons dor- 
ment engourdis tout l'hiver dans des grottes, dans des trous , 
dans des fonds de mer, de lac ou de rivière, d'où ils éclofcnt au 
printemps. On s'étoit moqué du Père Kircher , qui l'avoit dit des 
Hirondelles de des Martinets , qu'on croit paiPer les mers. La 
Société Royale de Londres a vérifié le fait il y a long-temps. 

Dans une fi grande contrariété d'opinions , nous fommes 
obligés de fufpendre notre jugement, ju{cu'.\ ce que M. de Réau- 
mur daigne nous apprendre ce qu'il en faut croire. En attendant 
fon bel Ouvrage fur les Oifeaux , qui malhcureufement ne paroî- 
rra peut-être jamais , voici à-pcu-près ce que penfe là-defPus cet 
incomparable Naturalifte. Conmie je lui avois expofé i'obferva- 
tion d'un Curieux , mais fujet à caution , touchant des Hiron- 
delles trouvées l'hiver en peloton dans les Carrières de Vitry près 
de Paris , il me fit cette réponfe : Je voudrois bien avoir vu avec 
celui qui vous l'a appris, ces paquets d'Hirondelles engourdies, 
tirées pendant l'hiver des Carrières de "^^itry. Des faits analogues 
à celui-ci font rapportés par trop de gens pour qu'on doive ofer 
les nier : mais ils font trop contre la règle ordinaire, pour qu'oii 
doive les croire. Il en refte un défir de les voir. Il feroit pourtant 
moins étrange de voir tirer des pelotons d'Hirondelles d'une 
Carrière , que d'en voir tirer de dcfibus la glace. M. le Grand 
Maréchal de Pologne, qui m'en a promis , ne m'a point encore 
envoyé des pclottcs d'Hirondelles tirées de dclPous la glace , quoi- 
qu'il n'ait gueres moins d'envie de m'en procurer , que j'en ai de 

C c 



202, Histoire Naturelle 

les voir. L'AmbafTiidcLir du Roi de Sardaigne m'en a annoncé 
de plus proches de cette efpecc ; il prétend qu'il y en a en Pied- 
mont: mais il lui relie à m'en convaincre. 

Le mot d'Hirondelle , dite en Grec ;^5A/cr&)'v ( Kclidôn ) ; en 
Italien Rondine ou Rondinella ; en Anglois Swallow ; jadis en 
François Hcronddlc , Harondelle , Aronddlc , Aronde ou Eron- 
<z'e; j &: le petit Hirondeau , Arondeau ou ArondeUt , félon quel- 
ques-uns Hirondelleau , vient du Latin Hirundo , ou plutôt du 
diminutif inufité , Hirundinella. Quanta notre Hirondelle do- 
mefliquc, on l'appelle aufli Hirondelle de cheminée ou de mai- 
Jon , Hirondelle commune ou ordinaire^ & en Anglois tke conimon 
or Ckimney-Swallow ; ce qui lignifie la même chofe, 

2°. Le PETIT MARTINET , Hirundo rufiica live agreflis Vlinii , 
Ray Synopf. Hirundo dorfo nigro cxrulefcente , reclricibus imma- 
culatis , Linn. Il a la tête platte &: enfoncée comme l'Hirondelle 
domeftique ; le delFus du corps à-peu-près auiîî de la même cou- 
leur qu'elle, mais plus obfcure & moins luifmte; le deifous du 
corps blanc comme neige ; la queue , dont les plumes extéiieurcs 
n'excèdent pas tant en longueur les voilines , eft moins fourchue. 
Il fait fon nid fous les ravalements des toits & aux fenêtres y. 
jamais dans les cheminées ; fon nid n'eft ni héinifphérique ni 
tour ouvert fupéricuremcnt comme celui de l'Hirondelle de che- 
minée , mais il eft ovale , recouvert en delfus ; il a leulement ua 
trou rond au côté , par où l'Oifeau entre £c fore. 

M. Linnarus décrit ainfi notre petit Martinet : Il a le bec noir, 
court , applati ; les narines nues ; le corps noir en delllis ; mais 
la tête &. le dos font d'un noir-bleuâtre par deffus , noirs entre 
les yeux &: le bec ; Jes grandes plumes des ailes font brunes , les 
premières pointues , Si celles du fécond ordre échancrées ; il a à 
la queue douze plumes brunes , dont les extérieures font infcnfî- 
blement plus longues ; le croupion , la gorge , la poitrine , le 
ventre & les plumes inférieures de la queue , en recouvrement ,. 
font blancs; les pieds revêtus d'un duvet blanc ; la langue échan- 
créc. 

Selon Frifch , cette efpece d'Hirondelle vient au printemps 
après la précédente ; car la précédente vole plus bas , & trouve 
plutôt de quoi fe nourrir. Comme celles-ci font leur nid hors des 
maifons, fous quelques omemens qui s'avancent en dehors, fous 
Je bord d'une fenêtre, fous une corniche & d'autres avancements 
du dehors , on peut les appelîcr Hirondelles du dehors des mai- 
fons ; ou bien comme il y a plus de ces fortes de maifons dans 
les Villes que dans les campagnes , on pourroit les nommer Hi- 



DES Oiseaux.' zo* 

^tondellcs de Ville. L'endroit de la maifon où elles font leur nid 
eft celui où le nid peut fe couvrir en haut £c en bas , ou à côté ; 
elles font au-rcftc une paroi de boue à un côté du bâtiment oii 
la pluie ne donne pas beaucoup , ôc elles laifTent au haut du nid 
une ouverture à demi ronde pour entrer ôc fortir. Les Moineaux 
s'emparent fouvent de leur nid. On les entend alors faire de 
grands cris , de même que quand on s'en approche un peu : elles 
en font fur le champ un autre. Les mâles chantent rarement ; 
mais leur chant cft plus agréable que celui des Hirondelles de 
cheminées. Elles couvent deux fois l'année. Les petits rendent 
les premières crottes dans le nid , étant comme enfermées dans 
une petite peau : mais le père 8c la mère les ôtent du nid avec leur 
bec , &; les jettent quelquefois fur le chapeau ou fur la tête de 
ceux qui pafTent. Quand les petits deviennent grands , ils fe 
tournent & fe vuident de façon que leur ordure tombe hors du 
nid. Il faut que le père & la mère nettoycnt long-temps leurs 
petits, parce qu'ils ne lauroient fe vuidcr comme les autres, à 
caufe de la peritefle du trou ; & ils continuent de les nourrir 
long-temps après qu'ils font fortis du nid, avant qu'ils fe puif- 
fent iiourrir eux-mêmes; ce qui fc fait dans le même ordre que 
dans le nid, atîn qu'il n'y en ait aucun qui ait moins que les au- 
tres. Ces Hirondelles s'en vont plutôt que celles de cheminées , 
peu de temps après la grande efpece , parce qu'elles trouvent 
encore de quoi fe nourrir dans l'air. 

Cette dernière obfervation de Frifch ne s'accorde pas avec ce 
que nous voyons ici ; car les petits Martinets partent les derniers, 
peu de temps après l'Hirondelle domeftique , & deux mois après 
les grands Martinets. 

On appelle cette Hirondelle petit Martinet ^ par oppofition 
au Martinet commun , appelle grand Martinet ; autrement Mar- 
tinet a cul-blanc , Hirondelle ou Cublatic de fenêtre ; aux envi- 
rons d'Aix en Provence Rabirolle ; en Anglois ihe Martin or 
Martlet. 

3°. L'Hirondelle de rivage, Hirundo riparia Aldrovan* 
di ^ Ray Svnopf. Hirundo miner terrei coloris , Klein. Hirundo 
cinerea , gulâ abdomineque albis ^ Linn. Elle ed la plus petite 
dans le genre des Hirondelles ; elle difFere de la précédente en 
ce qu'elle n'a pas le croupion blanc comme elle ; elle a les pieds 
nus , & non couverts de plumes jufqu'aux ongles comme la 
précédente ; elle fait fon nid dans les trous des rivages. 

Selon M. Linnxus , elle habite fous terre dans les rivages cf- 
carpés , ou dans les précipices fablonneux , où elle crcufe des 

C c i j 



2,04 Histoire Naturelle 

cavités horifontales & profondes. Elle cft toute cendrée par le 
corps &c aux grandes plumes des aîles 6c de la queue ; elle a feu- 
lement la gorge & le ventre blancs. 

M. Klein dit auHi qu'elle creufe des cavités profondes tranf- 
verfalement dans les rivages efcarpés , 6c qu'elle y paffc l'hiver : 
mais cette dernière circonftance n'ell: pas conforme à l'expé- 
rience; autrement la race en fcroit bientôt noyée &L détruite le 
long de notre Rivière de Loire par les inondations , qui dans la 
faifon des nids font périr un grand nombre a œufs. 

Comme ces Hirondelles , dit Frifch , font de véritables Hiron- 
delles aquatiques , c'elt-à-dire , qui fe nourriilent dans l'eau, èC 
fur-tout dans les eaux croupiflantes , dans les fofles ou fortes 
dont les bords font aflez hauts , elles ont foin auffi-tôt qu'elles 
arrivent au printemps , lorfqu'il n'y a plus de froid ni de gelée à 
craindre , ae choifir un bord efcarpé ; elles y font un trou avec 
leurs pieds èc leur bec dans un endroit oii il n'y puifle rien tomber 
d'en haut; ni rien monter d'en bas. Ce trou a le plus fouvent une 
demi-aune de profondeur , afin que ni les Hiboux pendant la 
nuit, ni les autres Oifeaux de Proie, ne puiiïent y atteindre avec 
leurs ferres. Le nid eft aflez fpacieux. On trouve principalement 
plufieurs de ces trous dans les grandes folles de terre grafle où 
l'on a laiiré des bords un peu hauts, 6c où il y a de l'eau qui refte 
au fond ; car il y a toujours de nouvelles efpeccs d'Infe£les qui 
y volent , & qui fervent à nourrir cet Oifeau ; &c même dans les 
bords de pierres & dans les fofTés des lieux fortifiés qui ont de 
l'eau , elles trouvent bientôt des fentes où elles peuvent fe 
fourrer Se faire leur nid. Les petits de ces Hirondelles de terre, 
font incommodés dans le nid par les poux de Chiens , qui font 
fur leur corps auili gros que des lentilles , èc qui s'attachent à la 
peau par devant; de forte qu'ils paroiflent en dehors à travers les 
plumes. Comme les Infe6les d'eau difparoilTent bien vite à la 
fin de l'automne , à caufe du froid qu'ils fentent fur la terre , 
cette efpece d'Hirondelle s'en va auiTi bientôt , de même que la 
grande efpece , di. ne couve qu'une fois l'année dans notre Pays. 
On pourroit encore, continue Frifch, ajouter deux Oifeaux à 
cette fous-divifion des Hirondelles , à caufe de la reflemblance 
qu'ils ont avec elles. C'eft , i°. le Caprimulgus des Anciens , dit 
le Berger de jour en Allemand : mais il fe trouve de la clafTe des 
Oifeaux de nuit dans cet Ouvrage. Le fécond eft l'Hirondelle de 
mer , qui eft une efpece de Mouette ou de Larus , qui fera mife 
ici parmi les Oifeaux aquatiques , à caufe qu'il fe tient toujours, 
ou prefque toujours fur l'eau. 



DES Oiseaux: loy 

M. le Comte de Vendeuil dit que les Hirondeaux de cette 
cipece valent des Ortolans. 

L'Hirondelle de rivage , de terre ou de rocher , s'appelle en- 
core Hirondelle d'eau _, Argatïle ou Ergatile j & quelquefois 
petit Martinet _, de même que le précédent ; à Nantes Motte- 
reau , apparemment parce qu'elle niche dans les mottes des ri- 
vages ; à Saint- Ay près d'Orléans , on nomme ces fortes d'Hi- 
rondelles des Carreaux , peut-être à cauie qu'elles font leur nid 
dans des Carrières fur les bords de la Loire. Cotgrave l'appelle 
aufli Battemare comme la Lavandière. 

4°. Le GRAND Martinet , Hirundo apus y Ray Synopf. 
Hirundo muraria j faxatilis , Ç\st fpeluncaris , Klein. Hirundo 
nigra tota , gulâ albicante ^ Linn. Ceft la plus grande des Hiron- 
delles de notre Pays. Cette efpece a la tête fort grande, &. une 
ouverture de bouche énorme ; le bec très petit , foible , en quoi 
elle a du rapport avec le Crapaud-volant; tout le corps noir, avec 
quelque teinture de vert , excepté une tache blanchâtre fous le 
menton ; les jambes très courtes ; les pieds très menus , d'une 
ftructure fmguliere , & telle que nous n'en avons jamais oblervé 
de pareille dans aucun autre Oifcau ; car les doigts font tous 
quatre en devant ; & dans le petit doigt il n'y a qu'un olTelet. 
Dans les trois autres doigts _, il n'y a , contre la règle de tous les 
autres Oifeaux , que deux oiîelets , dont l'un eft très court , Sc 
l'autre plus long. Comme cet Oifeau a les ailes fort longues , ôc 
\ts jambes très courtes , il a de la peine à s'élever de terre. 

Jules Scaliger affure avoir vu un Martinet de la grandeur d'une 
Buze, mais entièrement lemblable aux autres ; néanmoins avec 
des jambes , des griffes 2c un bec crochu , propres pour la proie 
& pour le combat. 

Quant à l'Hirondelle de mer d'Aldrovandus , elle n'eft pas de 
ce genre , mais de celui des Larus. 

Le grand Martinet , dit M. Linnxus, d'après Belon , habite 
dans les tours , dans les clochers des Eglifes , dans les arcades 
des ponts , & même dans les bois & les creux des arbres. Les 
enfants de l'Ille de Candie percent une Cigale par le milieu du 
corps avec une épingle recourbée comme un hameçon, en tenant 
à la main le bout du fil. La Cigale , quoique percée de la forte , 
ne lailTe pas de voltiger en l'air , &: le Martinet l'appercevant 
fond defîus avec impctuofité , & l'avale avec l'épingle qui le re^ 
tient pris. On prend de la même fliçon le Guêpier. 

Selon Frifch , la grande Hirondelle d'un noir de fume'e fe 
nomme en Grec A'Vaç ( Apous ) , Se en Latin Apus y à caufe qu'elle 



io6 Histoire Naturelle 

retire fort fes pieds lorfqu elle vole , &c qu'elle les cache dans Tes 
plumes de telle forte qu'on n'en appcrçoit point , afin que l'air 
ne puifTe pas pénétrer le moins du monde jufqu'à fon corps , ni 
empêcher la rapiditç^dc fon vol. Ses jambes font d'ailleurs alfez 
longues pour qu'elle puiile fe fulpcndre , & entrer , comme en 
rampant, dans des trous. Mais quand elle fe pofc à terre , elle ne 
fauroit s'élever en l'air, parce que fes ailes lont trop longues & 
trop étroites pour qu'elle puiflc alors prendre afîcz d'air pour le 
firire. Ses ongles font pointus, 6v fes nerfs forts, afin qu'elle puifTe 
fe tenir ferme fur le bois Se fur la pierre. Ses jambes font couver- 
tes de petites plumes rcilcmblantes à de la laine. Elle fait fon nid 
dans des murailles èi. dans des trous que les Maçons ont lailTés 
ouverts. C'eft pour cette railon qu'en été elles volent par petites 
troupes , fouvent fur le foir avec de grands cris , devant ces fortes 
de murailles , pour voir s'il y a des endroits où elles puiflent paflcr 
la nuit , & faire leur nid. Comme cela fe iait ordinairement au- 
près des Eglifcs, quelques-uns les nomment Hironddles d'EgU- 
fes. Elles conftruifent leur nid de chaumes légers , & de plumes 
que le vent challe dans l'air , y entremêlant des aîles de Scarabées 
qu'elles y apportent , parce qu'elles ne fe nourriflent que d'in- 
fectes volants. Elles font depuis quatre julqu'à cinq petits ; elles 
ne couvent qu'une fois l'année, à caufe qu'elles viennent tard. 
Se qu'elles s'en vont de bonne heure. L'InfciSte qui incommode 
les jeunes & les vieilles Hirondelles s'appelle le Ricin aîlé ; c'eft 
un gros poux volant femblable à un poux de Brebis. On en trouve 
aulli fous la queue des Chevaux , & fous leur ventre entre les 
çuifîes. Si l'on nomme encore cette Hirondelle Hirondelle de 
rocher ou de rivage , c'eft parce qu'elle niche dans les trous des 
rochers ou des pierres des rivages. Quand elle trouve beaucoup à 
manger quelque part , Se qu'elle n'y trouve point de rochers* 
mais feulement des bois , elle entre aulfi dans les trous des chênes. 
Son bec eft court &: foible comme dans toutes les Hirondelles , 
parce qu'elles n'ont rien à briler ni à tenir avec force. Mais l'ou- 
verture de fon bec eft fort grande , afin qu'elle puifTe dans fon 
vol rapide prendre les Infectes en l'ouvrant , de manière qu'il lui 
fcroit impoiîible de prendre une Mouche avec la pointe 6c le côtç 
de fon bec , comme font les Fauvettes tant grandes que petites. 
Sa prunelle eft groffe , afin que les objets la puilTent frapper , 
malgré le mouvement rapide désinfectes volants, & celui même 
de fon vol, la lumière tombant avec force fur fes gros yeux. Ces 
Hirondelles ont ks paupières doubles , & pourvues de quelques 
plumes fur le front qui leur fervent de fourciis. 



DES Oiseau :m. 207 

On ne peut nier qu'il n'y ait bien du vrai dans cet article. Mais 
on pourvoit peut-être douter de certains faits qui paroillent fup- 
pofés ou préfumés par Frifch. Oii a-t-ii vu , par exemple , ks 
Martinets faire leur nid avec des brins de pailles, des plumes èc 
des aîles de Scarabées ? Oii a-t-il trouvé qu'ils font quatre à cinq 
petits d'une couvée ? Nous avons reconnu par expérience que 
cette efpece d'Hirondelle ne fait point de nid , mais qu'elle s'cni- 

Eare des nids de Moineaux , &c qu'elle ne pond que trois œufs 
lancs oblongs , dont il n'éclot pour l'ordinaire que deux petits. 
Il n'ell: pas vrai non plus que le Martinet pofé à terre ne puifFc 
plus abfolument fe relever ; j'ai éprouvé le contraire. D'abord il 
court en rampant fur la terre oli il a été pofé ; puis il s'élève in- 
fenliblement en l'air. 

On a prétendu que les Martinets décampolent tous les ans 
dans les huit premiers jours du mois d'Août. Je les ai pourtant" 
vus encore , mais à la vérité en petit nombre , jufqu'au 1 6 d'Août. 
La vérité eft qu'ils partent dès le commencement de ce mois pour 
l'ordinaire , uir-tout s'il vient à tomber une abondance de pluie 
froide , ou des orages confidérablcs. Ils reviennent au printemps 
avec les petits Martinets , quelquefois plus de quinze jours après 
les Hirondelles de cheminées. 

Quand le grand Martinet faifit quelque chofe avec fes griiTes, 
il eft difficile de l'en arracher. On en a pris quelquefois deux qui 
ëtoient accrochés eniemble. 11 a environ neuf pouces de lon- 
gueur depuis le bout du bec jufqu'au bout des aîles oui excédent 
la queue d'un pouce : fes aîles déployées ont dix -huit pouces de 
longueur; chaque aîle efc compofée de dix-huit grandes plumes, 
£c la queue fourchue de douze ; fes pieds n'ont que deux pouces 
de longueur , & les quatre doigts du pied font à-pcu~près fur la 
même ligne; de forte que l'intérieur eft le plus petit, l'extérieur 
eft foible, &: les deux du milieu font aflez égaux. Les pieds font 
velus jufqu'aux doigts , excepté en arrière depuis le genou. Le 
mâle Se la femelle fe refiemblent fi parfaitement, qu'il eft comme 
impoflible de les diftinguer à l'extérieur. Cet Oifeau a au fond 
du gofier «n aniple jabot où il amafte une provifîon de Mouche* 
èc de Moucherons pour ies petits. 

Le grand Martinet s'appelle autrement grande Hirondelle ou 
Hirondelle noire , Martelet , AUrion , Moutardier ; Arbalétrier 
vers Avignon; aux environs d'Aix en Provence Faulcillette ; 
en Cham.pagne G typhon, ou Griffon. Or félon Ménage, quel- 
ques-uns fe figurent que nous l'avons nommé Martinet ^ 
parce qu'il arrive à la fin du mois de Mars , 6c qu'il s'en va avant 



loS Histoire Naturelle 

la Saint Martin. On fcnt aflez que cette étymologie ne vaut rien. 
On l'appelle ainlî , comme qui diro'it petit Martin _, parce qu'oa 
s'eft plu à donner des noms d'hommes ou de Saints à certains 
animaux. Ses autres dénominations viennent on de la rapidité 
de fon vol , ou de la rapacité de Tes grifFcs. 

5°. L'HiR-ONDELLE d'AmÉp^ique, HiruTido Amencana ,Brd- 
fiiienfibus Tapera dicla , Andorinha Lufitanis , Ray Synopf. Elle 
a la grandeur , le vol ôc le bec de l'Hirondelle ; la bouche ample, 
qu'elle peut ouvrir par-delà les yeux comme le grand Ibijau , en 
quoi elle a du rapport avec notre Martinet ; elle en a aulii par la 
longueur des aîles qui vont jufqu'au bout de la queue ; tout le 
deflus du corps ell: de couleur brune mêlée de gris ; la gorge & 
la poitrine font d'un gris mêlé de blanc i le ventre eft blanc. Elle 
diffère peu de notre grand Martinet. 

6°. L'Hirondelle de la Chine , Hirundo Sinenjîs nido 
eduli Bontii ^ Ray Synopf. Sur la cote maritime de la Chine il y 
a , dit Bontius , ae petits Oifeaux de divcrlcs couleurs, de l'ef- 
pece des Hirondelles , Icfquels dans un certain temps de l'année 
oii ils font en amour , fe rendent du plat-pays à la mer fur les 
rochers, 8c ramaflent parmi l'écume de la mer qui baigne la bafc 
àcs rochers, une certaine matière tenace dont ils bâtiffent leurs 
nids , pour y pondre des œufs , Se faire éclore des petits. Au-relle 
\ç^s Chinois vont dans les Indes vendre ces nids détachés des ro- 
chers en grande quantité ; car ces nids font les délices des gour- 
mands , qui les dévorent délayés dans du bouillon de Poule ou 
de Mouton , & les préfèrent de beaucoup aux huîtres , aux cham- 
çignons , 5c à tous les autres ragoûts. 

Nous avons vu quelquefois de ces fortes de nids dans \ts Ca- 
binets des Curieux. Ils font , luivant la dcfcription de Wormius, 
de figure hémifphérique , de la grofieur d'un œuf d'Oie, &: d'une 
fubfbance qui rciremble à l'ichthyocolle, c'eft-à-dire , à la colle 
de PoilTon. 

M. Colonne , dans fon Hiuoirc Naturelle de l'Univers , parle 
de ces nids un peu différemment. On trouve , dit cet Auteur, dans 
quelques Ifles près des Côtes de la Cochinchine, de certains Oi- 
feaux gros comme des Hirondelles , qui font un nid qui mérite 
attention , le formant du fuc gommeux des aromates les plus 
exquis. Ils font petits , très propres , & prefque tranfparcnts 
comme le verre. La manière de fe fervir de ces nids dont on fait 
grand cas, cft de les faire tremper une nuit dans l'eau chaude, 
qui les diffout ; 6c l'on s'en fert alors pour affnifonner toutes les 
fauces de chair & de poillon ; ce qui leur donne l'odeur oi le goiit 



DES Oiseaux. 2,09 

de tous les aromates de l'Orient. On en mange aufïï en forme de 
potage. On les tranfporte par-tout. 

L'Hirondelle de Saint-Domingue a tout le corps d'un noir- 
luftré, tirant fur l'acier poli ; le ventre &: le deiïous de la queue 
font blancs ; elle imite le chant de l'Alouette. 

Celles de Caïenne &C d'Afrique font aufli en defTus d'un noir 
d'acier poli : mais la première a tout le deflous gris-brun ; la fé- 
conde l'a tout roux. 

Les Martinets de Saint-Domingue & de la Caroline reffem- 
blent aux nôtres en grolFcur ; le premier eft tout noir, êc le fé- 
cond tout violet. 



RTICLE IROISIEME. 



Des Méfanges. 

V^Es petits Oifeaux , appelles par Ariftote A'/^/^aAo/ [Aigui- 
thaloi ) , ont le bec noir & court, mais néaiimoins plus grand que 
les autres Oifeaux à bec menu , à proportion du corps. Ils habi- 
tent ordinairement autour des arbres , ôc fe nourriircnr principa- 
lement des Infectes qu'ils y trouvent ; ils font leur nid dans les 
trous de ces arbres, d'oii leur vient peut-être le nom Anglois Tit- 
moufe. Turner dit qu'ils vivent aulfi de chenevis , oc de noix qu'ils 
percent avec le bec. Toutes les Méfanges ont les pieds de cou- 
leur plombée , excepté la Méfange à longue queue , qui eft un 
Oileau d'un genre particulier , bien difirércnt des autres Mé- 
fanges. 

Nous avons obfervé en Angleterre cinq efpeces de Méfanges. 

1°. La GROSSE MÉSANGE , Fringillago feu Parus major , Ray 
Synopf Parus cap'ite nigro , temporibus albis , nuchâ lutta , Linn, 
Elle eft de la grandeur d'un Pinçon ; elle a la tête & le menton 
noirs , avec une tache blanche remarquable aux deux mâchoires, 
& entourée de noir; le refte du delTus du corps d'un vert- jaunâ- 
tre , excepté le croupion qui eft bleuâtre ; le defTous du corps 
jaune , & les pieds plombés. 

M. Linnxus , après avoir dit qu'elle habite en Suéde parmi les 
aulnes, la décrit ainfi ; Elle a le corps noir, luifant ; les tempes 
blanches au dclTous des yeux j le menton noir , & cette noirceur 

Dd 



zia Histoire Naturelle 

fc joint fous les tempes à la tache de la tête , tandis que la tache 
de la gorge trace une ligne droite, noire vers la poitrine Se le 
ventre ; la nuque du cou jaune ; les épaules d'un jaune-vert ; la 

f)oitrine & le ventre jaunes; les aîles &: la queue blaiichâtrcs ; 
es grandes plumes des aîles noirâtres , dont le bord extérieur clt 
plus pâle , excepté celui de la première ; une ligne blanche tranf- 
verfale qui pafTe par l'aîle obliquement ; la première plume de la 
queue blanche longitudinalcment en dehors; mais la fixieme de 
chaque coté eft bleuâtre ; les autres font bleuâtres longitudina- 
lcment en dehors, & noirâtres en dedans. 

Frifch parle de ilx fortes de Aléianges. Scion lui , quand les 
Méfanges n'ont que du chencvis dans leur cage, elles deviennent 
bientôt aveugles pour trop becqueter ; ainfi il faut le leur broyer, 
La plupart des Méfanges mangent aulfi de la viande , èc c'eft ce 
qui eft caufe qu'elles volent fur les cadavres. Dans nos maifons 
elles mangent de la plus grande partie de nos alifnents ; elles- 
aiment particulièrement les noifettes. Plufieurs même s'en fer- 
vent pour les prendre avec des Méfangeres. En automne la plus 
grande partie de leurs aliments dans les bois font toutes fortes 
d'Infe(5les volants & rampants qu'elles prennent entre les écorces 
& diins les fentes des arbres. Elles peuvent grimper le long dc 
autour des troncs des arbres comme les Pics ; elles goûtent leur 
manger avec la langue , & ne l'avalent pas d'abord ; elles ne 
durent pas long-temps en cage. On les nourrit auflî avec des 
Limaçons , du fromage nouvellement caillé , ôc des œufs de 
Fourmis. 

La Méfange charbonnière , dit toujours Frifch , eft la plus 
groiFe ; elle a pris fon nom des bandes & des taches noires qu'elle 
a fur le corps. Quelques-uns la nomment en Allemand Spiegel- 
Mcife , ou Méfange a miroir , à caufc des taches blanches & 
jaunes qu'elle a parmi les autres. D'autres l'appellent Méfangc- 
Pinçon , à caufe de la reflemblance de fon cri avec le Pinçon. Les 
mâles ont une bande noii-e plus longue que les femelles , qui 
s'étend en deflous le long du ventre. Cela les fait encore nommer 
Méfanges brûlées : mais le nom de Méfange charbonnière eft le 
plus connu, comme auffi le plus ancien , puifqu'elle l'a de même 
en François. Cette grande efpece eft véritablement un Oifeau de 
Proie, 6c elle mange de la viande; elle vole avant toutes hs 
autres fur les cadavres , fur les corps pendus &c roués. Lorfqu'elle 
en voit quelques-unes de fon efpece même , & de plus petites 
qui, font malades èc foibles, elle Ibs pourjfuit, & leur tire le cer- 
veau hors tie la tête à coups de bcc- 

ha 



DES Oiseaux. iii 

Olina appelle notre grolTe Méfange Spernuwola , ParuJJola , 
Tejla Mora, Cincinpotola ; il dit qu'elle pond d'une couvée huit 
ou neuf œuts dans le creux des arbres; qu'elle eft la plus eftimée 
des Méfanges pour le chant; qu'elle vit quatre à cinq ans ; que Ton 
cri ennuie èc fatigue allez fouvent ; que la Mélange eft un Oi- 
feau courageux qui défend fcs petits des autres Oifeaux avec 
beaucoup de hardieile ; que les Mélanges volent par troupes de 
iix ou de fcpt , &: quelquefois davantage. 

Scion Willughby , elle pelé à peine une once ; elle eft longue 
d'un demi-pied ; fon vol eft de neuf pouces ; (a langue large , 
terminée par quatre filets ; fa queue longue de deux doigts ôc 
demi ; elle a dix-huit grandes plumes à chaque aîle , outre l'ex- 
térieure , qui eft la plus courte, &; douze plumes à la queue. 

La grollc Alé-^ange ou AIc-{enge , Méfange , Méfenge , Ma-' 
renge , Méfangere ou Mufangere , félon Cotgrave ; en Savoie 
Maïeif:^e ou Maycnche , autrement Lardere ; en Provence Bc- 
\enge ; en Poitou Ccndrillc y comme en Saintonge &: en Berry ; 
en Bourbonnois Croque-Abeille ; en Picardie Mefmgle ou Me^ 
fengle ; en Sologne Arderellt ou Arderolle , & par corruption 
Ardt\elle ; ailleurs Charbonnier , Pinconnée ou F inçonniere ; s'ap- 
pelle vulgairement Méfange Nonneue , comme qui diroit^<?/'/Ve 
Nonne ou Religieufe, parce qu'elle femble porter une guimpe au- 
tour de fa tête. Cotgrave la nomme encore Moinoton on peut 
Moine. Ses autres noms lui viennent ou de fi couleur cendrée ea 
deftus, ou de ce que cet Oifeau eft ennemi des Abeilles, ou de 
ce que les Méfanges aiment le lard ou la graifle ; car on leur 
donne du fuif pour leur adoucir la gorge, & les faire chanter plus 
agréablement ; ou bien de ce qu'elles font actives &; pleines d'ar- 
deur. En Berry &; en Sologne les gens de la campagne difcnt que 
la grofte Mélange ou Arderelle change de cri félon les temps ; 
& quelques-uns l'appellent le Patron des Maréchaux , à caufe 
qu'elle répète fouvent fon Tititi , comme fi elle frappolt fur une 
enclume, iur-tout quand il doit venir du froid ou delà gelée. 
C'cft apparemment pour la même raifon qu'aux environs d'Aix 
en Provence les gens de la campagne la nomment le Serrurier. 
Pour ce qui eft du mot de Méfange , le Père Lahbe croit que cet 
Oifeau a été ainfi appelle à caufe du mélange de fcs plumes; mais 
il n'a pas en cela bien rencontré, félon Ménage, qui le fait 
venir de V A\\cv\\:inà Mcfenke. Si l'on en croit M. Jault, d'après 
Wachtcr, les Allemands appellent cet Oifeau Meife , les Fla- 
mands Mees ; les Anglo-Saxons difoient Alafe : or ces mots oni; 

D d ij 



2.11 Histoire Naturelle 

beaucoup de reiremblance avec le Grec inufité Muoç (Mcios) 
Parvus i di. il y a apparence que la Méfangc a été ainfi nommée 
à cauic de fa pedceile. Aufll les Suédois i'appellcnt-ils Tetm, & 
les Anglois Titmoufe , vraifemblablement du Grec TJT^oç ( Tut- 
Ûios) Parvus. Cette dernière étymologie nous paroit plus favante, 
mais moins naturelle que celle de Ménage. C'eft apparemment 
ce que le Roman de la Rôle appelle àcs LardclUs ou Lardcrcllts , 
peut-être parce que ces Oilcaux aiment le lard , le fuif ou la 
graille. 

2°, La MÉSANGE A TETE NOIRE , Pariis ater Gefneri , Ray 
Synopf. Parus Carbonarius minor ^ Klein. Parus capite nigro , 
verticc albo , dorfo clnereo , peclore albo , Linn. Elle a la tête noire, 
avec une tache blanche au derrière de la tête \ le dos d'un gris- 
vert ; le croupion plus vert ; les pieds plombes. Elle fe diftingue 
allez de la précédente par fa petitefle. 

Selon M. Linnccus, elle habite en Suéde dans les aulnaies; 
elle a la tête noire depuis le bec jufqu'à la nuque du cou , &: blan- 
che ?u fommet; la région à\i Jlernum noire ; la poitrine ôc le bas 
du ventre blanchâtres; le dos 6c le croupion cendrés; dix-iept 
grandes plumes brunes aux ailes, mais blanches à leur bord inté- 
rieur ; douze plumes brunes à la queue; les pieds bleuâtres. 

La petite Méfange charbonnière, dit Frifch , eft femblable à 
la précédente, excepté qu'elle n'eft pas fi grofle. Quelques-uns la 
nomment Méfange de fapin , parce qu'elle fe tient dans les bois 
de fapins plus que les autres Méf anges. Le nom àe Méfange de 
bois j que d'autres lui donnent , -n'eft pas fî propre à la faire dif- 
tinguer ; car les autres Méfanges habitent aufîi dans les bois. 

Selon Willughby , cetre Méfange pefe deux gros ; fa longueur 
eft de quatre doigts un quart , 6c fon vol de fept doigts. Elle a dix- 
huit grandes plumes à chaque aîle ; la queue longue d'un doigt 
trois quarts , compofée de douze plumes. 

Il y en a qui l'appellent \ç. petit Charbonnier j elle rcfîemble 
beaucoup à la Fauvette à tête noire. 

3". La MÉSANGE DE MARAIS, Parus paluftris Gefneri ^ Ray 
Synopf. Parus fufcus , cinereus , paliifriy , atricapillus , Klein. 
Parus capite nigro , temporibus albis , dorfo cinerco , Linn. Elle a 
la tête noire ; les mâchoires blanches; le dos verdâtre ; les pieds 
plombés. Elle diffère de la précédente, i°. en ce qu'elle eft plus 
grande ; i'*. par fi queue plus longue ; 3°. parce qu'elle n'a point 
de tache blanche au derrière de la tête ; 4°. en ce qu'elle a le 
defTousdu corps plus blanc; 5°. en ce qu'elle a moins de noir fous 



DES Oiseaux. ii^ 

le menton ; 6". en ce qu'elle n'a abfoîument point de taches blan- 
ches aux extrémités des plumes des ailes qui font en recouvre- 
ment. 

Sel,on M. Linnaeus , les Suédois l'appellent Entita , ou Tom- 
linge ,• elle habite en Suéde dans les genévrieres ; elle a la tête 
noire depuis le bec jufqu'à la nuque du cou au deflus des yeux; 
les tempes blanches au dellous des yeux ; le corps cendré en 
deflus , & d'un blanc cendré en dcflous ; cependant toutes les 
plumes font noires , montrant à leurs pointes la feule couleur 
vifiblc ; les grandes plumes des aîles noirâtres ; les plumes de la 
queue, tant grandes que petites, de la même couleur que le dos ; 
le bec noir ; les pieds plombés ; la première plume de la queue 
blanche à fon bord extérieur. 

C'eft appareniment l'efpece que Frifch v^^êXt petite Méfange 
nonntttc ou cendrée. Selon lui, elle mange du chêne vis comme les 
autres : mais elle a tant de prévoyance, qu'elle en prend plus d'un 
grain dans fon bec lorfqu'elle en trouve ; elle les cache dans 
quelque endroit, d'oii elle les tire enfuite pour les becqueter 6c 
les manger l'un après l'autre. Elle mange auffi des graines de fo- 
leil , ôc avec le bec elle perce toutes les goufles des graines ; elle 
fe nourrit encore de pavot &; autres graines femblables. Les Mé- 
fanges font au-refte de quelque utilité dans les jardins, parce 
qu'en becquetant les toiles des Chenilles d'hiver qui lont foie 
haut, 6c qu'on ne peut pas voir aifément à caufe des feuilles qui 
\f^s couvrent , elles mangent les jeunes Chenilles qui en fortcnt. 

Selon Willughby , elle pefe plus de trois gros ; elle eft longue 
de quatre doigts &: demi ; Ion vol cfl de huit doigts ; clic a la 
queue longue de plus de deux doigts , compolée de douze plumes 
égales en longueur , & dix-huit grandes plumes à chaque aile. 

Je n'ai jamais vu cette Méfinge de marais, &: je ne fâche pas 
que perfonne la connoilTe aux environs de Paris , ni dans l'Or- 
léanois, ni même en Normandie. 

4°. La MÉSANGE BLEUE _, Parus cxruleus, Ray Synopf Parus 
Cdruleus montanus, Klein. Parus remigibus cxrulefcentibus , prima 
marg'ine exteriore alha , vertice cxruleo , Linn. La marque carac- 
tériftique qui la fait diftingucr des autres Méfanges, cil la cou- 
leur azurée de fa tête, entourée d'un cercle blanc comme d'une 
petite couronne. Il y a une ligne noire qui pafle par les yeux , eia 
prenant depuis 'e bec jufqu'au derrière de la tête. Le dos cft d'un 
jaunc-vc^dàtre ; tout le deifous du corps eft jaunâtre j les pieds 
font plombés. 



114 Histoire Naturelle 

Suivant la defcripcion de M. Linnxus , qui nous apprend que 
les Suédois appellent la petite Mélange bleue Blomees^ûlc a le 
front blanc ; le iommct de la tête bleu ; les tempes blanches ; une 
ligne qui partant du bec , £c pallant par les yeux, forme vers la 
nuque du cou une tache bleuâtre tout autour du cou, puis va 
former la tache noirâtre de la gorge; la poitrine & les côtés jau- 
nâtres ; le bas du ventre blanchâtre ; les plumes des ailes en re- 
couvrement font bleuâtres , mais blanches aux extrémités ; les 
grandes plumes des ailes noirâtres , mais bleuâtres à leur bord 
extérieur , dont onze lont blanches à leur bord extérieur ; le cou 
blanchâtre en delllis ; le dos verdâtre ; les pieds noirs. 

M. Klein dit que c'eft la plus petite des Méfanges ; en quoi il 
fe trompe. C'eft à cette occalion qu'il fait la remarque fuivantc. 
Toutes les Méfanges fe nourrllFent de graines & de difl-iérentes 
viandes comme les Rats : ceux-ci les rongent avec les dents , ôc 
les Méfanges en becquetant les divifent avec la pointe de leur 
bec ; elles rongent même les chandelles dans les poêles. Quicon- 
que veut avoir les fqueletes des petits Oileaux , n'a qu'à fe fervir 
des Méfanges ; mais il faudra préalablement ôter au petit Oifeau 
la plus grande partie de la chair & la cervelle. 

Selon Frilch , fon nom lui vient de fa couleur, & elle eft de 
la même nature que la Méfange charbonnière ou la grofle Mé- 
fange ; elle vole auiïi avec elle , ôc , comme quelques-uns l'ont 
remarqué , toujours devant elle ; tellement que quand il vient 
une Méfange bleue, les Oifeleurs peuvent conclure qu'ils verront 
bien-tôt la charbonnière. Elle meurt bien vite en cage , & dure lî 
peu de temps , qu'on ne lauroit s'en fervir pour en attraper d'au- 
tres. Il n'eft pas aifé de diftinguer le mâle de la femelle ; il n'y a 
que fa couleur un peu plus vive qui puille nous le défigner. 

Un Allemand amateur d'Oifeaux , m'a appris que dans fon 
Pays on appelle notre Mélange bleue Melmeife, c'eft-à-dire , 
Méfange fariniere ou Oifeau de farine , à caufe qu'elle mange 
volontiers de la farine. 

Selon "Willughby , elle pefe trois gros ; fi longueur eft de 
quatre doigts & demi , &: fon vol de huit doigts ; elle a dix-huit 
plumes à chaque aîle, & douze à la queue. 

Quelques-uns prétendent qu'elle fait à la fois jufqu'à vingt- 
deux petits ; mais ce nombre eft exorbitamment exagéré : elle 
ne pond pour l'ordinaire d'une couvée que huit à dix œufs un 
peu oblongs, d'un blanc-laie piqueté de rouge j pofés immédia- 
tement fur de la bourre. 



DES Oiseaux. 21 j 

La Méfange ou Marcfige bleue j autrement dite Méfange a 
tête de faïence , s'appelle en Berrj petite Cendrille bleue , êc en 
Sologne petite Arderelle ou Arderolle bleue. 

5°. La MÉSANGE A LONGUE QUEUE, PcruS CduddtUS ^ Rav 

Synopf. Parus nidumfufpendens , Klein. Parus vertice albo , caudâ 
corpore Icngiore , Linn. Elle a le fommet de la tête blanchàtte ; 
le cou noir ; les mâchoires èc la gorge blanches ; une ligne noire 
&. large , qui s'étend des deux côtés depuis le bec jufqu'au der- 
rière de la tête au delTus des yeux ; mais il n'eft pas befoin de 
chercher curieufement les marques caractériftiques de ce petit 
Oifeau. La figure de fa queue , lemblable à celle de la Pie, lliffit 
pour fa diftincbion ; car les plumes extérieures font les plus cour- 
tes , & les autres de chaque côté fucceirivement plus longues 
julqu'à celles du milieu, qui font les plus longues de toutes j ce 
qui fait une différence ou un excès notable. La queue eft fore 
longue à proportion de la grandeur de l'Oifeau ; les pieds font 
noirâtres. K. PL 16. Fig. 3. Elle fait fon nid comme le Roite- 
let commun , voûté par deffus , & la voûte cft conftruitc de la 
même matière &; dans le même goût que le refle du nid ; elle n'y 
laiffe qu'un petit trou au côté , par oii elle entre &: fort. Ceft de 
tous les petits Oifeaux celui qui pond le plus grand nombre 
d'oeufs. 

M. LinnaEUS dit qu'elle habite en Suéde dans les aulnaies , 6c 
il la décrit de cette forte : Elle a la tête très légèrement velue Si 
blanche, ainfi que la poitrine ; le ventre incarnat; la queue lon- 
gue & noire ; les ailes bigarrées de bleu, de noir Ik. de blanc ; le 
pli d'entre le cou & le dos noir ; le dos brun , avec des taches 
noires. Cet Oifeau eft très beau. 

Entre fes différentes dénominations, la plus ridicule allufion 
de toutes, félon Frifch, eft de l'appel 1er AfiZ/zc/^^^dPod/ej comme 
font les enfants de la campagne. Elle refte volontiers dans les 
lieux marécageux & fur les canaux , d'où vient qu'on lui a auflî 
donné le nom de Méfange de marais ou de rofeaux _, ou bien de 
Méfange de montagne , lorfqu'il y a dans ces marais des monta- 
gnes ou elle (e tient ; elle s'approche la dernière des maifons ; ce 
qui l'a fait encore nommer Méfange de neige. Sa longue queue 
l'empêche de pouvoir frire fon nid dans des creux d'arbres , de 
même que les autres Mélanges : mais elle attache un nid oblong 
à une branche d'arbre. 

Selon Willughby , la Méfange à longue queue fait dix ou 
douze petits d'une couvée ; fon nid eft ingénieufement conftruit, 
£c dans le goût de celui du Roitelet commun. 



zi6 Histoire Naturelle 

Il y en a qui pi-écendcnt qu'elle pond à la fois jufqu'à vingt 
ceufs Se plus ; mais je n'ai jamais trouvé dans ion nid plus de 
quatorze œufs. Ce nid eft hâtif, & peut palier à jufte titre pour 
un chef-d'œuvre; il ell prelque tout rond comme une boule , èc 
delà vient apparemment que nos pcrcs l'ont nommé Boutar ^ 
Tclon Cotgrave. Cette efpcce de Méfange a le corps très court 
& très menu ; mais en récompcnle (a queue eft ii longue qu'étant 
repliée le long du dos , elle excède la tête de deux doigts. Souvent 
on croit tenir l'Oilcau, quoiqu'on n'en tienne que la queue, 6c 
l'on eft étonné de voir qu'il s'eft envolé laillant fa queue feule- 
ment dans la main. 

La Mélange à longue queue ou à la longue queue , s'appelle 
vulgairement P et d -fa- queue ^ ôc par corruption en Orléanois, 
Perche-a~queue ou Perchaqueue , à monis qu'on n'entende par- 
la un Oiicau qui a la queue longue comme une perche ; ailleurs 
Mourier ou le petit Charbonnier ; en Saintonge & en Anjou, 
Queue de Poêlon ou Queue de Poêle ; en Verdunois T) émoi f elle ; 
cw quelques lieux de la Sologne Fourreau , à caufe que fon nid 
relFemble à un petit four ; d'oii vient que les gens de la campagne 
l'appellent auili Gueule de four. 

6°. La MÉSANGE HUPPÉE, Paru S crifatus Aldrovandi , Ray 
Synopf. Parus capite criftato , Linn. Elle a le fommet de la tête 
noir, ôc les franges des plumes blanches. Sa crête s'élève prefque 
à la hauteur d'un doigt. Il n'cft pas befoin d'apporter d'autres 
fîgnes qui la caratStérifent, 

Selon M. Linna:us , elle a le dos d'un brun-cendré ; les aîles 
& la queue d'un noir-cendré ; le ventre blanc , avec des plumes 
noires en dedans ; la tête ornée à fon fommet de plumes plus 
longues & plus redreflees. Cette tête eft d'une couleur mêlée de 
blanc &; de noir; car les plumes font noires , avec des extrémités 
blanches. Elle aies plumes de la crête plus grandes que les autres; 
une noirceur derrière les yeux ; une grande tache noire à la gorge; 
un collier noir ; les pieds bleus. 

Frifch n'en dit que deux mots. Selon lui , la Méfange huppée 
eft auflî appellée Méfange co'éffée y Méfange a bouquet ou a pa- 
nache. On ne la trouve que folitaire dans les bois de fapins ; elle 
ne va point par bandes comme les autres Méfanges; on ne fau- 
roit la garder en cage : auffi n'eft-elle pas bien connue. 

Selon Willughby , fa crête eft prefque haute d'un doigt ; elle 
pefe deux gros èc demi ; fa longueur eft de cinq doigts , & fon vol 
de huit doigts un quart; elle a dix-huit grandes plumes à chaque 

aîle , 



DES Oiseaux. 2,17 

aîle , & douze à la queue, qui eil longue de deux doigts ; fon bec 
eft long d'un demi-doigr. 

Belon ne fait aucune mention de notte Méfange huppée , 
crêtée ou chaperonnée; elle eft allez rare, quoiqu'elle faile Beau- 
coup de petits d'une couvée. On la trouve f n Normandie : mais 
on ne la connoît ni dans l'Orléanois , ni aux environs de 
Paris. Il paroît donc qu'elle le plaît dans les Pays froids. Wil- 
lughby avoue pourtant qu'il ne l'a jamais vue. 

7°. La MÉSANGE DES Indes , Parus Indiens Aldrovandi ^ Ray 
Synopf. Elle femble fort approcher de notre groife Méfange , 
quoiqu'elle n'ait pas fa tache noire; t'out Ion plumage eft princi- 
palement compolé de trois couleurs ; (livoir de bleu , de blanc 
& de noir : il faut en excepter les yeux , dont l'iris eft jaune. Elle 
a le fommet de la tête 6c tout le cou d'un bleu-clair ; tout le 
dclTous du corps blanc ; les ailes bleues , de même que la queue, 
qui égale tout le corps en longueur ; les grandes plumes des 
ailes font d'un bleu plus toncé , & celles qui font en recouvre- 
ment d'un bleu plus clair. Mais cet Oileau m'eft fufpecb. Je pcnfe 
qu'Aldrovandus l'a décrit d'après la figure. Cette Méfange a les 
pieds très noirs 6c petits ; en quoi elle dilFere des autres Mé- 
langes. 

8°. La MÉSANGE BARBUE , Parus barbants ou Pa£erculus 
anaidinaceus. Les Efpagnols l'appellent Parofolino barbato délie 
paludi. Cet Oifcau eft fort délié ; fes ailes font courtes ; fa tête 
eil: gris-de-perle ; fon corps en delTus eft roux , en delfous cendré- 
clair; au deifus des yeux il a des plumes noires, longues & étroi- 
tes , qui figurent comme une elpece de barbe ; les plumes de fa 
queue font longues , & celles du milieu plus que les autres- 
F. PL iG.Fig 4. 

9". Celle de la Virginie & de la Caroline eft olivâtre en defTus, 
jaune en defTous , avec le ventre 6i le dcfTous de la queue blancs ; 
elle fe nourrit d'Infc£tes , fur-tout de ceux qui vont fur les fa- 
pins. Il en eft une autre qui ne diftere de celle-ci que parce 
qu'elle a le defTus de la tête d'un très beau rouge. On la trouve 
a« Canada. 



^^ 



Ee 



N 



2,i8 Histoire Naturelle 

Article Quatrième. 

Des Hochequeues. 

\_^Es fortes d'Oifeaux ont la queue fort longue , & ils la re- 
muent prefque continuellement; d'oii leur vient leur nom. Elles 
habitent principalement autour des eaux. Il ne s'en trouve chez 
nous que deux efpeces. 

1°. La Hochequeue coMMUNE,Afor<2a7/aa/^a,RaySynopf. 
Sylvia peclore nigro , Klein. Motacilla ^ Culicilega , Sufurada , 
Belon. Motacilla peclore nigro , Linn. Elle a le corps bigarré de 
blanc & de noir , ou de cendré. 

Selon M. Linnxus , les Suédois l'appellent ^^r/a ; elle habite 
par-tout en Suéde , & pond fix œufs blancs , femés de taches 
brunes preflees ; elle a la tête noire depuis le lommet jufqu'à la 
nuque ; le front , les côtés de la tête &: la gorge blancs ; le cou 
marqué en dellbus depuis la gorge ]v\(c^\i .\\x jîernum d'une grande 
tache noire; le dos blanchâtre; la poitrine & le ventre blancs, 
avec un mélange de gris ; les ailes brunes , dont les cinq premiè- 
res font plus longues & entières ; mais les fuivantes , c'eft-à- 
dire , depuis la fixieme jufqu'à la quatorzième , font prefque 
égales, moufles, échancrées ; la quinzième, qui eft plus lon- 
gue , & la feizieme , font blanches à leur bord antérieur ; les 
l^lumes de la queue font égales &: brunes ; les deux premières 
iont à moitié blanches obliquement vers le bout ; la troifieme , 
la quatrième 6c la cinquième brunes , fans taches ; la fixieme , 
plus étroite &: plus pointue, a le bord extérieur blanc longitudi- 
nalement dans quelques individus ; elle a les jambes & les pieds 
noirs ; l'ongle poftérieur des pieds eft le plus grand ; le bec 
menu , noir , avec des mâchoires à-peu-près égales , dont la fu- 
périeure eft échancrée des deux côtés ; les narines oblongues , 
nues ; la langue en forme de flèche membraneufe , avec une 
pointe lacérée en plufieurs petites foies. 

La Hochequeue commune , dite en Grec YiviTroXoycç { Cnipo- 
logos), en Italien 5^//amza , Cutrettola^ Bovarina , DGdin\in- 
■zpla j Codatrcmola , a plufieurs autres noms. On l'appelle ca 



DES Oiseaux. 119 

Provence Vaccerono ; en Guyenne PéringUo ; en Saintonge 
Battajajje ; en Gafcogne Battiquoue ; en Poitou Baquoue ; en 
Picardie Semeur ; à Nantes &c autour d'Orléans Bergeronnette ou 
Trachéite ; ailleurs Battequeue ^ Battecul , Battemare j BatteleJfivCy 
Hochecul, HauJJequeue , Branlequeue , Guignequeue ; aux envi- 
rons d'Aix en Provence Guignequoye ; tous noms qui viennent, 
ainfî que fon nom Latin MotaciLla ^ du branlement perpétuel de 
fa queue. Mais Ton nom le plus commun en François , eft celui 
de Lavandière , loit , comme dit Belon , parce qu'elle eft fort 
commune aux bords des ruifleaux , où elle remue toujours La 
queue , en hochant le derrière comme une Lavandière qui bat 
fon linge , foit parce qu'elle tient compagnie aux Lavandières 
fur les rivages. 11 y a des Payfans qui l'appellent ^^^/Ve Margot y 
à caufe qu'elle eft noire & blanche comme la Pic. Cotgrave la 
nomme encore MotaciLle ^ en francifant le mot Latin , ècEn^ 
gane-PaJire. Or il remarque à cette occafion , qu'en Languedo- 
cien enganer veut dire tromper , fruftrer. Scroit-ce parce que la 
Hochequeue en s'abattant dans un troupeau de Moutons ou de 
Beftiaux , trompe les Pâtres , les Bergers bc les Bergères , qui 
s'imaginent pouvoir l'attraper, d'autant plus qu'occupée alors à 
gober les Mouches &; autres petits LifcCtes volants qui fuivent 
ces animaux , elle fe laiflc approcher de très près ? De-là vient 
aufîî le mot de Bergeronnette , qui eft un diminutif de l'inufité 
Bergeronne _, dit pour Berge rette , Bergerotte , ou Bergerollc , 
c'eft-à-dire , petite Bergère. 

1°. La Hochequeue jaune, Motacillafiava , Ray Synopf. 
Sylviafiava , Klein. Motacllla peclore abdotnineque fiavo , rcciri- 
cibus duabus exterioribus dimidio.to oblique albis., Linn. Elle a le 
deflous du corps jaune, mais la poitrine plusobfcurc; le delFus 
du corps obfcurément verdâtre , & le milieu du dos noirâtre ; le 
fommet de la tête d'un vert-jaunâtre ; du-rcfte elle a du rapport 
avec la précédente pour la grandeur & pour la figure , ainh que 
pour le branlement prefquc continuel de la queue. 

Selon M. Linnarus , elle habite par-tout en Suéde dans les 
haies ; elle fait fon nid dans les bleds , &: pond cinq œufs femés 
de taches & de petites lignes brunes. Elle a la gorge, la poitrine 
& le bas du ventre d'un jaune-foncé en dclfous depuis le bec 
jufqu'à la queue ; la tête blanchâtre en deflus , avec un mélange 
de vert ; le croupion vert ; une ligne blanche qui pafle du bec par 
les yeux ; les aîles brunes; les cinq premières plumes des ailes 
plus longues , plus pointues , infenfiblcment plus courtes ; les 
fuivantcs , depuis la fixieme jufqu'à la quatorzième , égales , 

Eeij 



220 Histoire Naturelle 

moiiilcs , plus courtes , échancrécs ; la quinzicme , femblablc en 
grandeur i<c en figure à la cinquième ; mais la leizieme, qui cft 
de la longueur de la première , eft blanche à fon bord intérieur; 
les plumes de la queue lont égales, d'un brun-noirâtre; les deux 
premières l'ont à moitié blanches obliquement vers le bout, mais 
la troilicme eft à peine blanchâtre à fa pointe antérieurement ; les 
autres , favoir la quatrième , la cinquième èc la fixieme, font 
d'un noii'-brun , fans taches ; elle a le bec noir & pointu comme 
une alêne ; la langue aulli pointue ^ & divifée en quatre ou cinq 
foies ; les pieds bruns , dont l'ongle poftérieur eft du double plus 
long que tous les autres. 

M. Klein ne dit rien de particulier de nos deux Hochequeues, 
& Frifch n'en dit que deux mots. Selon ce dernier Auteur , la 
Hochequeue blanche & noire cft la plus commune ; elle aime à 
fe tenir auprès des eaux , comme aulii près des lieux où il y a des 
maifons & des bâtiments , parce qu'elle trouve à s'y nourrir de 
pîuficurs ordures des hommes 6c des animaux. La Hochequeue 
jaune refte plutôt dans les vallées , èc près des ruifleaux. On la 
voit près des beftiaux fur le faule. Ces Oifeaux n'ont qu'un cri 
fmiple; ils chantent rarement , & ce n'eft que vers le temps qu'ils 
veulent s'apparier. Ils font leur nid dans des trous , ou îous des 
toits, ou bien dans des branches jettées par terre. Ilsdilparoiflent 
bien tard en automne , &c reparoifl'ent au printemps , auffi-tôt 
qu'il y a des Mouches dans l'air. 

On l'appelle coinmiinéïnent Bergeronnetie /aune ^ on Hoche- 
queue Jaune des prés. 

3°. La HocHKQUEUE CENDPvÉE, Motacillu cinerea , anflava 
altéra Aldrovandi ? Ray Synopf Elle eft de la grandeur de la Ho- 
chequeue ordinaire; mais elle a la voix plus aiguë &; plus criarde; 
le defTus du corps cendré ; la tête un peu brunâtre ; le menton & 
la gorge variés de blanc cl de cendré ; la poitrine & le ventre 
d'un blanc-jaunâtre ; le croupion d'un jaune-foncé tout autour. 
Les Hochequeues fréquentent les rivières pierreufeSj & fe nour- 
rifTent d'Infectes aquatiques. 

Mclîîcurs Linna;us ôi Klein ne font aucune mention de la Ho- 
chequeue cendrée, non plus que Frifch. Elle fe trouve dans l'Or- 
léanois , fur-tout en Sologne, & dans l'hiver elle vient fur les 
maifons & dans les jardins de la Ville, où elle fe faitaffez en- 
tendre par Ion cri perçant. Un Connoiiïeur habile prétend que 
c'eft la vraie Bergeronnette qm. petite Bergère , attendu qu'elle fuir 
particulièrement ks Moutons, en faiiant.de temps à autre de 
petites volées. 



DES Oiseaux, zh 

Nous ne devons pas oublier la Berjonette de Madrass , 
Ray Synopf. Elle cil; touie noire ; elle a un peu clc blanc dans 
J'aîle; (on ventre & le deflous de Ta queue font blancs. La femelle 
de cet Oifcau eft cendrée. 

4°. Le Jamacaii , Jamacaii. Brafdïenfmm Marcgravii , Ray 
Synopf. C'eil le Carouge ou le Baltimore du Brefil. Il ell de la 
grandeur d'une Alouette ; il a la queue longue de près de quatre 
doigts ; la tête petite ; le bec long d'un doigt , droit , noir , bleuâtre 
inférieuremcnt près de ù\ naiflance ; la tête noire , comme auffi 
le cou inférieuremcnt, mais fupérieurement jaune ; tous le dos, 
îa poitrine bi le bas du ventre jaunes ; les ailes noires , avec une 
tache blanche dans le milieu; la queue noire ; les pieds bruns-: 
& c'eft à caufe de la longueur de la queue & de la couleur du 
plumage , aflez approchante , que nous avons mis cet Oifeau au 
rang des Hochequeues ; mais nous ne favons fi nous avons eu 
railon , vu que Marcgrave ne dit rien du lieu où il habite , de 
(a façon de vivre , ni du branlement de fa queue. V^. PL 16. 
Fig. 5. 

Le Carouge ou Baltimore du Brésil fait fon nid de joncs 
très fins & très déliés. Ce nid a la forme d'un panier à faire cou- 
ver des ferins , & n'eft point attaché à des branches d'arbres , mais 
il eft appliqué fur quelque grande feuille, & lur tout lur celle 
du bananier. Pour cet effet cet Oifeau fait fortir du bord du nid, 
à différents endroits , de très longs filets de joncs qu'il fait paffer 
& repaffer à travers la feuille , en embraffant fes nervures & les 
bords de fon nid alternativement ; enforte que le nid reffemble 
à un godet ou petit panier creux & affez profond , fui pendu à^ 
une feuille. 



*^-5èA JStï.'<- ^-^^ 

%■ 



111 Histoire Naturelle 

Article Cinquième. 

Des Vitrées. 

I j E S fignes carailériftiques des Vitrées font les pieds noirs , 
comme auffi le bec ; Se la queue de deux couleurs ^ les plumes 
extérieures de la queue font blanches. 

1°. Le Cul-blanc commum, (Enanthe Çivc f^itiflora ^ Ray 
Synopf. Sylvia buccïs nigris , Klein. Motacilla dorfo cano ,fronte 
albâ, ocuLorum regionibus nigris , Linn. Il furpaflb en grandeur 
le Moineau ; il a la tête Se le dos de couleur cendrée, avec 
quelque mélange de rouge ; le croupion blanc au dcllus de la 
queue ; tout le ventre teint d'un rouge-clair ; la poitrine plus 
rouge ; une ligne blanche qui s'étend par dellus les yeux juiqu'au 
derrière de la tête ; &; au delTus des yeux on voit dans les mâles 
une trace ou marque noire depuis les angles de la bouche juf- 
qu'aux oreilles ; le bec , les pieds , &: les ongles lont noirs. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde entre les pierres , & 
pond fix œufs bleuâtres, femés de points bruns clairlemés. Il eft 
de la grandeur du Bruant ; il a la bouche , les poils du bec, les 
pieds, les ongles ôc le gozier noirs; la tête &: le dos cendrés, 
ou blanchâtres ; cependant le dos eft verdâtre vers le croupion ; 
le bas du ventre blanc ; le front blanchâtre ; une ligne large 
noire , qui du bec paife par les yeux aux oreilles ; une tache 
blanche au deiîus des yeux dans le mâle ; la gorge &; le cou en 
deflous d'un blanc très légèrement jaunâtre; toutes les grandes 

Elûmes des ailes brunes , fans taches ; les plumes de la queue 
runes depuis le milieu jufques vers le bout, blanches vers la 
bafe ; cependant la blancheur eft plus longue que la noirceur; 
mais la fixieme 6-C la fcptieme plumes du milieu ont une noirceur 
plus longue que la blancheur ; le croupion blanc des deux côtés. 
Nous en avons vu , ajoute l'Auteur , une variété à ailes noires, 
qui avoir les plumes des aîlcs du fécond ordre blanches au bout. 

Dans le temps de la moiflon &; vers l'automne , cet Oifeaii 
s'engrailTe fort de Scarabées & des autres Infeclcs qu'il trouve , 
&. c'cil un manger exquis , comparable à l'Ortolan : aulfi l'ap- 




l,jilûii€lt^ hupée a.Hir^onJelle 3. Me^ran^e a longue ^îieue ^ . MÀran^e harkù' â.3aItiJ>'^ 



DES Oiseaux. iij 

pelle-t-on quelquefois Ortolan ^ quoique improprement. II ne 
vole point haut , ôc Ion vol eft court ; il fuit volontiers les La- 
boureurs , pour manger les Vers de terre 6c autres vermines que 
la charrue a découverts. Il fait cinq à fix petits fous une motte 
de terre , fous une pierre , dans le pas d'un Bœuf, félon Belon, 
ou au pied d'une mazurc. Il cft faux qu'il diiparoilfe ou fe cache 
pendant la canicule , comme l'a dit Pline , d'après Ariftote. 

Selon Willughby , fa queue eft longue de deux doigts ôc demi, 
compofée de douze plumes ^ &; fon bec long de plus d'un demi- 
doigt. 

On l'appelle en Grec & en Latin (Enanthc ; en Italien Culo- 
hianco , & en Anglois /^^/^zVe- T'a//, c'eft-à- dire , Cul-blanc 
comme en François , à caufe de la blancheur des plumes de fon 
croupion; en Sologne Traîne-Charrue ^ Garde-Charrue , Tour-, 
ne-motte , CaJJe-tnotte , ou Motteux ; Trotte-chemin aux environs 
de Romorcntin ; en Beauce Art'ille _, Arguille , Motterelle , èc 
par corruption Motte\elle y èc fcs petits Mottereaux ; ailleurs 
Rocul. Le nom générique des Oifeaux de cette famille cft Ki- 
trec 3 Vitrac y ou Kitroc ; ce qui cft une pure onomatopée , à 
rajfon de leur cri. Cotgrave nomme notre Cul-blanc Vitrée ou 
Blanculet. 

a°. Autre "^^ITREC , (S-nanthe altéra Aldrovandi ^ Ray Synopf. 
Il eft plus petit que le précédent , mais plus grand qu'un Moi- 
neau ; il a tout le plumage , excepté les grandes plumes des aîles, 
qui font noires à bords jaunes j d'un roux- jaunâtre , plus foncé 
au dos , plus clair à la poitrine ; & derrière les yeux une tache 
oblongue noire, de figure en quelque forte fcmilunaire. 

Je loupçonne que ce Vitrée , dont M. Linnxus ni M. Klein 
ne font aucune mention , eft la femelle du Cul-blanc commun. 

3°. Le ViTREC DE Bruyère , (Enanthe fecunda noflra feu 
Rubuola , Ray Synopf. Il eft de la grandeur d'une Hochequeue ; 
il a le defllis du corps de couleur de feuille de vigne morte, varié 
de taches noires , arrangées de fuite ; le ventre blanchâtre, avec 
quelque teinture de roux ; les cotés & le haut de la poitrine d'un 
roux-jaune; deux taches blanches notables à chaque aîlc. Il fe 
diftingue du Traquct , principalement par les lignes fuivants : 
i". en ce que le deflus du corps eft plus agréablement coloré, 
les plumes en étant noites au milieu , le long de la tige , avec 
d.es bords blancs ; z°. en ce qu'il a à chaque aile deux taches 
blanches ; 3°. en ce que le bas de la queue eft blanc ; 4°. en ce 
que les petites plumes de la queue, tant deflus que deflbus^ 
pafTent la moitié de la queue , dont elles cachent entièrement loi 



2.14 Histoire Natorelle 

blancheur ; 5". en ce que des marques blanches s'étendent de- 
puis le bec jufqu au derrière de la tête. Il a le bec , les pieds &c les 



ongles noirs. 



Belon n'en die rien , non plus que Mcflieurs Linnxus èc 
Klein. Cet Oiieau cft pourtant un des plus communs de la cam- 
paj^nc. Il abonde en Sologne dans les bruyères Se les genévrieres. 
On peut l'élever en cage , mais il ne dit mot. Son nid eft affez 
bien ajullré , &C fes œufs font d'un beau bleu. Le Coucou pond 
fouvent dans fon nid. 

Il s'appelle en Anglois tke Whin-Ckat ; à Nantes Crechet ; à 
Orléans Kitrac-Souchet ; Se en Sologne Floquet , à caufe de fon 
cri. 

A^. Le Traquet , (Ënanths noflra ténia ^ Mufcicapa ténia 
Aldrovandi , Rubetra Bellonii , Ray Synopf. Motacdla nigricanSy 
fupercilïis albis , macula alarum alba , gulaflavefcente, Linn. Il 
eft de la grandeur d'une Linote ; il a la tête noire, ainfi que le 
cou ; une tache blanche des deux côtés ; de forte qu'il lemble 
avoir un collier ; le milieu du dos noir, dont les bords des plu- 
mes font fauves, & une tache blanche iur le croupion; la poi- 
trine fauve, ou d'un jaune-rouge ; le ventre blanc , avec quel- 
ques rougeurs ; une tache blanche voifuie du dos, qui orne chaque 
aile dans les deux lexes ; ce qui lait la principale marque de cet 
Oifeau ; le bec & les pieds noirs, de même que les ongles ; ce 
qui eft une marque commune à tous les Vitrées. Il fe trouve aux 
iieux montagneux de la Province de Derbishire en Ancrleterre. 

Selon M. Linnxus, il a le bec noir ; la tête brune ; une ligne 
blanche qui pafîe des narines par les yeux, & fous laquelle il y a 
une bande noire ; la gorge blanche ; le cou & la poitrine un peu 
tannés en deflous ; le bas du ventre blanc ;' le dos &le croupion 
d'un plumage brun, gris Iur les bords; aux ailes une grande tache 
blanche, noire en dehors; les grandes plumes des aîles brunes, 
dont les huit premières font blanches au bord poftérieur & à la 
bafe; les plumes de la queue brunes, blanches depuis le milieu 
jufques vers la bafe , excepté les deux du milieu , qui font tout- 
à-fait brunes ; la dernière plume de la queue blanche au bord 
extérieur prefque jufqu'au bout. Il eft de la grandeur du Moi- 
neau. 

M. Linnxus finit cette defcription par obferver que le précé- 
dent diffère à peine de celui-ci. Mais il nous permettra d'oblcr- 
vcr à notre tour, que le Kitrac-Souchet eft tout différent du 
Tnxquet. 
Bclon dit que cet Oifeau n'eft point pafïager ; que le mâle a le 

dcffus 



DES Oiseaux. iij 

JefTus de la tête , de la queue &. des aîles noir ; & que la femelle 
a le ventre blanc , le dos îk: le delliis du cou cendré , auffi-bien 
que la tête , & une ligne blanche à travers les aîles. Selon lui , 
le Traquet hoche ou remue continuellement les aîles ; il eft plus 
petit qu'un Pinçon ; il n'approche point des Villages ni des che- 
mins -j il aime la lolitude , <6c on le voit voler par bandes, leule- 
ment quand il ell appliqué à élever les petits. Il fait fon nid avec 
tant d'adrelTe , qu'on trouve bien difficilement par où il entre , 
& par où il fort. 

Le Traquet chante aiTcz bien, &; a des tons qui approchent 
beaucoup de ceux du Tire- Arrache. Le mâle refTemble au Moi- 
neau de muraille , appelle Friquet ; la femelle eft d'un plumage 
bien diflérent. Ils reltent ici l'hiver , & vont prefque toujours 
accouplés. Le nid de cet Oifeau eft bien fait ; il contient ordi- 
nairement cinq œufs bleus , un peu piquetés de rouge au gros 
bout. On trouve quelquelois un jeune Coucou dans fon nid. 

Le Traquet de Manille eft d'un noir-violet en delTus, en deftous 
d'un blanc-fale; fa tête elt de même couleur ; fes aîles font mê- 
lées de blanc-fale & de violet ; fa queue eft verte ôc noire : il eft 
plus gros que le traquet ordmaire. 

Dans la même partie des lildcs on en trouve un autre qui eft 
violet-noir , & maron , avec une tache blanche fur les aîles ; le 
d-cflous de fa queue eft maron. 

On peut ranger dans la même clalTe un autre Oifeau de 
même forme , mais plus petit , dont le mâle eft tout noir-brun , 
à l'exception du deflus & du deftous de la queue , qui font 
blancs ; & la femelle d'un roux-clair. Ils ont au coin du bec de 
petits poils roides qui reviennent en devant. 

Celui de Madagafcar eft tout noir en deftus ; en defl»us fi 
poitrine eft roufte, &: tout le refte blanc. 

Le Traquet d'Italie a tout le corps blanc-roufsâtrc j les aîles 
noires ; le croupion & la queue blancs ; les deux plumes du mi- 
lieu de la queue & les joues noires. Il eft commun aux environs 
de Rome. 

Le Traquet , ainfi nommé parce qu'il remue fins cefle comme 
un traquet de moulin, s'appelle encore Groulardow Croulard , 
Tarier , Thyon ; en Lorraine Semel ou Scîticliro ; en Provence 
une BoufcarU ; en Baflc-Normandie un Criquet ; ailleurs une 
Roncette ; ce qui répond au mot Grec Bâtis, &C au Latin Rubc- 
tra ; en Orléanois le /^i'/r^c ordinaire, 

.5°.Le ViTREC DE MONTAGNE, (Etianthc nofira qiiurta ^moti- 
ticola j Coldfinch Germanis dicla j Ray Synopf II a le ventre 



ii6 Histoire Naturelle 

blanc , & la poitrine d'un jaune-brun ; la tête &; le dos d'un brutî 
ou vert-cendré ; les plumes de la queue qui font en recouvre- 
ment, noires ; les grandes plumes des ailes auffi noires , mais 
toutes, depuis la cinquième , blanches vers le fond j le bec noir, 
applati 6v prcfque triangulaire ; les pieds noirs. 

M. Klein ne parle point de cette efpecc de Vitrée , non plus 
que M. Linnarus : apparemment qu'il ne fe trouve ni en Allema- 
gne ni en Suéde. Il fe trouve dans notre Sologne; mais il paroîc 
qu'il n'y eft pas commun. Je n'en ai encore vu qu'un feul , que 
j'ai envoyé fous le nom de Vitrac blanc de Sologne , à M. de 
Réaumur , qui au premier afpe£t le prenoit pour le Vitrac Sou- 
cliet. 

6°. Le ViTREC A MENTON "Èl-X^c ^ FiccduLe affinis ^an Spi" 
pola prima Aldrovandi ? Ray Synopf. Il eft de la grandeur du 
Becfigue , mais il a le corps plus allongé ; le defTus du corps d'un 
roux-cendré ; le fommet de la tête plus cendré; le menton blanc, 
d'où vient fon nom; la gorge d'un blanc-rouge ; la poitrine 6c le 
bas du ventre rougeâtres ; le bec en defTus noirâtre , en defTous 
blanc ; la bouche jaune en dedans. Il diffère de la feptieme efpece 
de Becfigue d'Aldrovandus, en ce que celle-ci a toute la queue 
d'une feule couleur , & que dans notre Vitrée les plumes exté- 
rieures de la queue font blanches. 

Les Anglois l'appellent the IVhite-Throat ^ c'efk-à-dire , Mcn^ 
ton blanc. Nous ne le connoifTons point. 

7°. Le Bouvier , Mufcicapa prima Aldrovandi , Boarina Bo- 
nonienfibus , Ray Synopf. C'efl un petit Oifeau oblong , à bec pa- 
reillement oblong , d'un brun-roufsâtre ; il a tout le defTus du 
corps varié de plombé , de cendré & de jaunâtre ; le defTous 
blanchâtre; la poitrine parfemée de taches noires; les ailes bi- 
garrées de noir-jaunâtre &; de blanc; les jambes ôc les pieds noi- 
râtres. 

Je ferois fort porté à croire que cet Oifeau eft ce qu'on ap- 
pelle ici Becfigue , &: par corruption Becquefi ou Becquafi, Oi- 
feau allongé qui vient vers la vendange , & qui eft fort gras : 
auffi Tappelle-t-on en Périgord le GraJJ'et ou le petit Ortolan ; en 
Savoie, en Dauphiné & dans le Lyonnois , une Venette. Ce qu'il 
y a de certain , c'cft que ce Becfigue n'eft point le Becfigue ou la 
RoulTette de Belon. 

Le Dicftionnaire de Trévoux nous dit que le Pipet y en Latin 
Spipola , eft un Oifeau dont il y a plufîeurs efpeces , & que la 
rroifieme efpece s'appelle Boarinus en Latin , à caufe qu'il fuit 
volontiers les Bœufs; êc dans un autre endroit il ajoute, ^Oi^y/Vr^ 



DES Oiseaux. 117 

Oifeau gobeur de Mouches , Mufcicapus ^ Boarinus dictas. Cet 
Oifeau luit les Bœuls &: les Vaches , à caufe des Mouches qu'il 
trouve à leur fuite , & delà on lui a donné le nom de Bouvier, 
Il y en a encore une autre efpece nommée en quelques endroits 
Borin. Le mal eft que tout ceci n'apprend rien. 



Article dixième. 

De divers petits Oijeaux à queue d'une feule couleur. 

1°. Le Gobe-Mouche , Stoparola Aldrovandi _, five perjîmilis 
Avicula , Ray Synopf. Il reiTcmble au petit Moineau femelle en 
grandeur &: en couleur, mais il a le corps plus long &: plus menu. 
Tout le delFus du corps ell cendré ou brun , c'elt-à-dire , d'un 
gris de Souris ; cependant la tête eft femée de taches noires au 
lommet , comme l'a fort bien remarqué Aldrovandus. Il a le 
deflous du corps blanc ; la gorge &: les côtés un peu roufsâtres ; 
toute la ^queue brune; les grandes plumes des ailes noirâtres,, 
mais les bords des plumes intérieures font jaunes ; le bec droit, 
noir , un peu large 6c applati près des narines ; la mâchoire fupé- 
rieure, qui fuivant fa longueur s'élève en angle , d'oii vient que 
le bec paroît triangulaire ; cette mâchoire , un peu plus longue 
que l'inférieure , ell crochue par le bout ; l'ouverture de la bou- 
che ample ; la bouche jaune en dedans ; les pieds petits, noirs , 
comme le remarque encore Aldrovandus. On lui trouve dans 
l'eftomac des Scarabées &: des Mouches \ il fréquente en été les 
jardins d'Angleterre. Son bec eft fait pour prendre des Mouches. 
Dans les petits le dos eft bigarré de taches blanches & noires. 
Nous avons décrit au long ce petit Oifeau , afin que tout Ob- 
fervateur attentif puiffe aifement le diftinguer de tous les autres. 
Je ne trouve point cet Oifeau dans Selon , ni dans Meifieurs 
Linnarus & Klein. On ne le connoît point à Paris , ni à Orléans, 
quoiqu'il y foit fort commun. Quelquefois même il fait fon nid 
dans un Abricotier en efpalicr _, ou dans le mur d'un jardin. Il 
pond d'une couvée quatre à cinq œufs. Il ne vit que de Mouches 
&: de Coudns , ou d'autres petits Infectes volants. Il palle d'un 
arbre à l'autre pour attraper {a proie, &: en lattrapant il fait cla- 

Ffij 



/iiS Histoire Naturelle 

quer fon bec. Son cri eft rude & aflez feinblable au bruit que fait 
la iime d'un Serrurier. Ceft un Oifcau de paffagc qui arrive ici 
des derniers , & qui en part des premiers. Il n'a aucune beauté 
dans fon plumage. 

Le GoB£-MoucHE huppé de la Martinique porte une 
petite huppe noire lur la tête. A l'égard du corps , il ell brun en 
aefTus , cendré en defTous. 

On y en trouve un autre fans huppe , qui a tout le delTus du 
corps brun-foncé ; le refte de l'Oifeau eft cendré. 

Ceux de Madagafcar & du Cap de Bonne-Efpérance font 
huppés; leur tête eft d'un noir tirant fur le vert-foncé ; les uns 
ont le corps blanc , jafpé de noir en defTus ; les autres tout le 
corps canelle-foncé ; mais tous ont les grandes plumes de l'aîle 
blanches , Se deux plumes à la queue longues & étroites, dont 
la côte eft noir d'ivoire , & les barbes blanches ; ils oîit l'oeuil 
jaune , èc le tour de la paupière blanc. P^. PL 17. Fig. i. 

Je l'appelle Gobe-Mouche ou Preneur de Mouches ; ce qui 
répond au mot Latin Alufcicapa ou Mufcipeta. Il mérite bien. 
ce nom , &: Aldrovandus le compte parmi les Pigliamofche des 
Italiens , avec jufte raifon. En Normandie les gens de la campa- 
gne le nomment Coureur de B'ibets ^ c'eft-à-dire , Coureur ou 
Preneur de Coufins ; car les Normands appellent les Coufins des 
Bibeti _, apparemment parce que ces Infe£les fucent ôc boivent 
le fang de l'homme. Il y en a qui l'appellent Aragne , Araigne , 
ou Araignée ^ tant parce qu'il fait fon nid en partie de toiles 
d'Araignées, que parce qu'il mange ces Infectes. 

2°. Le Rossignol franc, Lufcinia feu Philomela ^ A'hcT&iV 
( AèdonjRay Synopf. Motacilla ruffo cinerea, genuum annulis 
cinereis , Linn. Cet Olfeau , dit en Anglois the Nightingale , 
comme qui diroit Chanteur de nuit, a acquis fon nom de fon 
chant noiflurne, 6c a été fort connu dans tous les fieclcs. Mais 
ceux qui l'ont fouvent entendu chanter pendant la nuit, &qui 
connoiftent le mieux fa voix , ignorent néanmoins pour la plu- 
part la figure de l'Oifeau. Il eft de la grandeur d'un Chardonne- 
ret ou d'un Rolîignol de muraille; il aie corps un peu long-, fans 
être remarquable par aucune variété de couleurs , ou par fa 
beauté ; il a tout le defTus du corps fauve-clair , avec quelque 
mélange de vert, comme dans laMauvis; la queue d'une cou- 
leur fauve plus foncée , comme le Rolîignol de muraille ; tout 
le ventre blanchâtre ; le plumage de la poitrine, de la gorge èc 
du dclFous des aîles , pltis obfcur , mêlé de vert; le bec noiratrc^j 



DES Oiseaux. 22.9 

les pieds de couleur de chair obfcure ; la bouche jaune en dedans 
comme celle des Grives. 

Selon M. Linnxus, il Te trouve en Suéde dans les bois ; il a le 
defïus du corps d'une couleur teftacée-brune , qui devient plus 
roufsâtre aux ailes , & encore plus à la queue ; la gorge , la poi- 
trine & le ventre cendrés ; la queue blanchâtre en deflous , les 
cuilîcs blanches ; les genoux comme entourés d'anneaux cen- 
drés. 

Cet Oifeau prend un fingulier plaifir à chanter ; il fait varier 
fon chant de tant de façons qu'il ne fait jamais deux accords ni 
deux tirades qui foient pareilles. Autant de fois qu'il reprend 
fon haleine , autant de fois il change de tons 6c de mefure , & 
l'on peut aifurer qu'à chaque reprife il chante un nouveau Motet, 
On diroit qu'il polTede à fond la Mufique , dont le charme confifte 
dans une mélodieufe variété de tons & d'accords; auffi nos 
Poètes l'appellent-ilsle Chantre aîlé de la Nature. La femelle ne 
chante point , quoiqu'en difent pluficurs Auteurs , tant anciens 
que modernes ; & les petits qu'on élevé à la brochette , ne chan- 
tent jamais auHi bien que ceux de la campagne. Nous ne crai- 
gnons point d'être démentis fur ce point par de bons Obfcrva- 
teurs. Au-refte cette même obfervation avoir déjà été faite avant 
nous. Pierre Gyllius , favant Naturalifte , dont Belon eft accufé 
d'avoir pillé les Manufcrits , dit formellement dans fes Remar- 
ques fur l'Hiftoire des Animaux d'Elien, que leRolIignol apprend 
à chanter à fes petits , &L que fi l'on en prend qui ne fâchent point 
encore chanter , ils chanteront plus mal en cage que d'autres , 
parce qu'ils ont été féparés avant le temps d'avec leurs père &, 
mère , qui leur fervent de Maîtres. 

Catesby dit quelque part que les Oifeaux des Indes font beau- 
coup plus beaux que ceux d'Europe, mais qu'ils n'en approchent 
pas pour le chant. Bien des Voyageurs alTurent la même chofe. 
Mais nous croyons que cette aiïertion eit trop générale , & 
qu'elle auroit befoin d'une explication; car, i°. nous tenons 
d'un Médecin établi à Québec , que notre Roflignol fe trouve en 
Canada comme ici dans fa faifon. 2°. Nous avons vu ci-dc(îiis 
une Grive d'Amérique qui l'emporte fur le Roffgnol , même 
par la variété &. l'harmonie de fon chant. 

Le Roflignol ne chante jamais mieux que dans le fdence de la 
nuit ; c'eft alors qu'il déploie toute l'étendue de fa voix , & qu'on 
ne fe lalfe point de l'entendre 6c de l'admirer. Ce que Gefner ra- 
conte fur la foi d'un ami , de la ficilité du Rolîignol à retenir 2c 



x^o Histoire Naturelle 

répéter de longs difcours , tient tellement du prodige , que nous 
n'en croyons rien. Wiilughby dit que le Rollîgnol pefe une once , 
&C qu'il pond cinq ou lix œufs à la fois, (a) 

Le Rossignol de Madagascar , appelle par les ïnfulaires 
Fûudi'jala , a la tête rouiîe , la gorge blanche , la poitrine fauve \ 
tout le refte du corps brun , mêlé de vert-olivâtre. 

Philoméle eft un mot Grec qui iignifîe ami du chant & de la 
mélodie. Les Poètes donnent ce nom au Rolîignol ; & ils racon- 
tent l'Hiftoire de Philoméle &de Progné, deux fœurs, filles de 
Térée, qui furent changées , la première en Rolîignol , & la fé- 
conde en Hirondelle. On l'appelle Rolîignol franc ou Chanteur, 
ou Rolîignol des bois , pour le diftintruer du Roffignol de mu- 
raille. Quant a Ion étymologie , les lentmienis font partagés, 
Belon dit que cet Oifcau a été nommé Rolîignol de fa couleur 
roufle : mais Ménage prétend que Belon fe trompe , &; qu'il 
vient plutôt du Latin Lufània , qui vient de Lu/eus , parce que 
le Rolîignol clignote des yeux. Il eft dit aulFi dans la nouvelle 
édition du Dictionnaire Etymologique de Ménage , que Lufci- 
niola vient de lufcus , louche , à caufe que les yeux du Rolîi- 
gnol femblent être de travers. Cette raifon ne vaut rien ; car le 
RolFignol a les yeux très beaux ôc forts droits. Au-relte Rojjignol 
paroît venir de Lufclniola , par un léger changement, ainli que 
ritalien RoJJîgnuolo , quoiqu'Olina dife , comme Belon , qu'il 
vient de fa couleur roulle. On trouve dans Cotgrave Rouffîgnol 
èc Rofcignol ; & même Rojjignolet , pour un jeune Rolîignol. Y,\\ 
Provence on dit un RouJJlgnot ou RouJJigneau ; & c'eft de cette 
dernière façon qu'il fe trouve écrit dans le Roman de la Rofc. Il 
y en a qui appellent la femelle du Rolîignol une RojJignoU ou 
RoJJignolette. 

3°. La Gorge rouge , Rubecula Cive Erithacus Aldrovandi , 
'E\l^cty.oç Arifiotelis , Ray Synopf. Sylvia fylvatica , Klein. Mo- 
tacilla grifea j ^"^^ pecloreque fulvis , Linn. Cet Oiicau étant 
très connu prefque par toute la terre , & nommé ainli de fa poi- 
trine rougeâtre , n'a pas bcfoin d'une plus ample defcription. 
Tout le delTus de fon corps eft d'un gris-vert commejians les 
Grives. En hiver il entre jufques dans les maifons , pour y cher- 
cher jfa nourriture , comme ami Se familier avec les hommes. 

(a) Ceux qui voudront élever des Roffignols , confulteront le Traité du Roflîgnol franc 
ou chanteur , contenant la manière de le prendre au fiiet , de le nourrir facilement en cage, 
& d'en avoir le chant pendant toute l'année ; Ouvrage accompagné de Remarques utiles &C 
eurieufes fur la nature de cet Oifcau. On trouve ce Traire ehei Dsburc pcre , Quai des AU' 
guftjns , à l'jyjiage S. Paul. 



DES Oiseaux. 131 

Selon M. Linnxus , la Gorge-rouge habite dans les arbres 
feuillus le long des marais en Suéde , chantant très bien. Elle eft 
d'un jaune-roux depuis le bec ^\i[<:[\i3.\x/îernum ; elle a le dos , les 
aîles & la queue gris ; le ventre blanchâtre ; l'ongle de derrière 
plus long que les autres ; les grandes plumes des aîles & de la 
queue d'un cendré-brun ; mais fix de celles qui font en recouvre- 
ment ont des taches tannées au bout ; la queue égale ; le bec &C 
les pieds bruns. 

Pendant l'été , dit Frifch, cet Oifeau eft feul dans les bois , dans 
les buifTons èc dans les lieux enfcmencés, parce qu'il n'en foufFre 
pas aifément d'autres autour de lui. Quand une fois il a pris 
pofleffion d'une place , il pourfuit tous les autres Oifeaux de fa 
grolFeur qui y viennent ; tellement que le nom d'Enthacus que 
lui ont donné les Grecs, s'accorde fort à fon naturel ; aufli a-t-il 
pafle en proverbe , una arbor non capit duos Enthacos , c'eft-à- 
dire , que deux Gorges-rouges ne peuvent pas demeurer dans 
un même buiiîon. Quand on enferme avec cet Oifeau d'autres 
Oifeaux de fa grolfeur dans une même cage , il les perfécute avec 
rufe , les frappant fous les aîles quand ils les lèvent , &: fur la 
poitrine vis-à-vis du cœur; Se il en tue bientôt quelques-uns^ ou 
les rend malades , fur-tout s'ils font encore jeunes. Tous les pe- 
tits Oifeaux connoifTent la Gorge-rouge, & la fuient tout d'abord. 
Elle-aime à faire fon nid dans les arbres creux. Sa nourriture en 
été eft toutes fortes d'Infectes tant volants que rampants, prin- 
cipalement les œufs de Fourmis. Mais en automne lorfque cette 
nourriture cefte , on la trouve dans les huilions qui portent de 
petites baies, & dans les jardins, où l'on peut la prendre aifé- 
ment. Quand on la laifle voler dans un poêle , elle prend bientôt 
toutes les Mouches qui peuvent y refter de l'été. On connoîc 
les mâles à la vivacité de la couleur rouge de leur poitrine , 6c 
ils chantent bien vite dans une cage à Roilignol , s'il y a feule- 
ment à peine quelques femaines qu'ils s'en font envolés du nid, 
mais d'une manière fort douce ôc fort agréable. En automne on 
les nourrit avec des œufs de Fourmis ; &: quand on n'en peut 
plus avoir, avec du cœur de Bœuf coupé bien menu. Se mêlé 
avec un peu de graine de Pavot blanc, ou avec des Vers de fi- 
rine de même que le Roflignol , 6c même quelquefois avec un 
peu de fine farine de froment , humectée d'un peu de bon lait. 

Selon Willughby , la Gorge-rouge pefe demi-once ; fa lon- 
gueur eft d'un demi-pied, 6c fon vol de neuf pouces ou douze 
jdoigts ; fa queue eft longue de deux doigts 6c demi , compolée 
de douze plumes^ Elle pratique quelquefois un long veftibule à- 



231 Histoire Naturelle 

fon nid , donc elle ferme l'extrémité avec des feuilles , quand 
elle va chercher la nourriture. C'eil; , dit Willughby , ce que j'ai 
obfervé étant encore jeune , quoique je ne nie pas qu'elle ne 
puilîe le conftruire autrement. 

J'ai trouvé bien des nids de Gorge-rouge ; mais je n'y ai jamais 
remarque cette forte de veftibule dont parle ici Willughby. J'ai 
feulement obfervé que quelquefois fon nid eft extrêmement 
caché par une elpcce de rideau de moufle qui fe trouve au devant 
tout naturellement. J'ai m»ême trouvé un jeune Coucou dans le 
nid de cet Oifc-au. 

Selon Olina, le m.ile fe diftingue de la femelle parfes pieds 
plus noirs, & par certains poils ou petites barbes qu'il a aux deux 
côtés du bec. Cet Oifeau vit en cage quatre ou cinq ans , 6c quel- 
quefois plus, fuivant le foin qu'on en prend. 

La Gorge-rouge chante harmonieufcment en automne &; aux 
approches de l'hiver ; les gens de la campagne prédiient même 
par fon chant le temps qu'il doit faire ; car ii elle chante au pied 
d'une haie , c'eft figne de pluie ; fî au contraire elle chante per- 
chée fur le fommet d'un arbre , elle annonce du beau temps. La 
Gorge-rouge eft un Oifeau qui n'épargne pas fes lemblables en 
cage ; car ii l'on en met plufieurs enfemble dans une volière, la 
plus forte tue la plus foible , comme font aufli les Méfanges &; la 
Pafle-bufe. Les Anciens s'étoient fauflTemcnt imaginés que le 
Roffienol fe chaneeoit en Gorge-rou^e , la Fauvette à tête noire 
en Becfigue , 6c le Coucou en Epervier. 

La Gorge-rouge fait un mets excellent en autom.ne ; mais il y 
a bien des Pays où l'on ne connoît point ce mers. Tous les ans 
on en mange une quantité prodigieufe dans la Lorraine. Auffi 
la nouvelle Maifon Ruftique nous apprend-elle que les Rouges- 
gorges font moins exquifes aux environs de Paris , à caufe de la 
féchereflTe de la terre fablonneufe , que dans la Lorraine èc le 
Pays MelTm , oli elles font très délicates Sc d'un goût aulii exquis 
que l'Ortolan. 

Belon obfervé avec raifon que la Gorge-rouge n'a pas propre- 
ment la gorge ou la poitrine rouge, mais d'un jaune-orangé. 

On la nomme néanmoins Gor^e-rouire ou Poitrine-rouge 
dans prefque toutes les Langues ; en Latin Rubecula _, 6c félon 
Scaliger Rubinus ; en Italien Petdrojfo ; en Allemand Roth- 
Brufl ; en Anglois thc Rcbin-Rcd-Brcafl , ou Ruddock ; en Sué- 
dois Rots^el ; en François Gorge-rcuge ou Rouge-gorge , Roiige- 
hourfe , Cou-rouge , Rubeline ; en Anjou Rubiettt ou Rubiane , 
^ dans le Maine Riibicnne , félon Ménage ; en Auvergne Jaunari 

en 



r. 



DES Oiseaux. 133 

eu Provence Cul-rouJfet-Bernard ; en Saintonge Ru£e ou Bijfe; 
en Péiigord la Panchotte ; en Normandie Bérée j Ôc non pas 
Berce , comme écrit le Di6lionnaire de Trévoux ; en Bretagne 
Ripe , RuJJ'e , Vachette , ou Rojjignol d'hiver ; en Guyenne 
Moureau ou Rufche ; en Poitou Ruche ; en Sologne Reuche ou 
Ruche i à SandiUon près d'Orléans; Marion la Reuche; en Pi- 
cardie Foireufe _, Frayeufe ou Frilleufe ; en Savoie Roy Paian ; 
à Mezieres près de Cléry , Agoupy ; à Saumur Gadille , Qua- 
drille , Gadrille ou Gagrille ; ailleurs Roupie ; en Orléanois , 
félon quelques Payfans , Mifere ou Bonhomme Mifere , autre- 
ment la Pauvreté ; autour de Paris petit Coq d'Inde. Or la plu- 
part de ces dénominations viennent de ce qu'en hiver cet Oifeau 
cft comme tranfi de froid , au-lieu qu'en été il eft fier. D'autres 
l'appellent encore Rojjignol de haie ou à! automne , &c Becjigue. 
Pour ce qui eft du mot Roupie , Belon dit que l'on appelle quel- 
que part une Gorge-rouge Roupie , parce qu'on )a voit venir aux 
Villes & Villages lorfque les Roupies pendent au nez des per- 
fonncs : mais Belon le trompe, dit Ménage; car elle a été ap- 
ellée Roupie de Rubia. Je crois pourtant que Ménage fe trompe 
ui-même , & que Belon a raifon ; car RuJJ'e , Rufche ou Ruche y 
èc Gadille y fignifient une Roupie. 

4°. La Gorge-rouge des Indes , Rubecula Indica Muf.ù 
Leydenfis , Ray Synopf. On ne iait rien de cet Oifeau. Le P. 
Feuillée Minime , dans le premier Volume de fon Journal des 
Obfervations Phyhques , donne la defcription d'un Oiieau des 
Indes Occidentales, ■x^^tWi Erithacus five Chloris Eriihacoides. 
î°. Le Rossignol de muraille, /?«wa7/a,$3/:/K.f^o:ç ( Phoi- 
nicouros) Grxcis , Ray Synopf Sylvia Ruticilla , Klein. Mota- 
cilla gulâ nigrâ , ahdomine rufo , capite dorfoque cano , Linn. Il a 
la poitrine, le deflous des aîlcs , le croupion &: la queue rouflcs; 
le bas du ventre blanc ; la tête, le cou & le dos teints d'une cou- 
leur plombée ; le fommet de la tête en devant orné d'une tache 
blanche remarquable ; la gorge &; les mâchoires au delFous des 
yeux noires ; le bec &: les pieds noirs ; la bouche jaune en de- 
dans. 

Gefner & Aldrovandus décrivent encore trois autres cfpeces 
de Roffignols de muraille; favoir, i°. \c Ruticilla tertia Aldro- 
vandiy dont la defcription faite par Gefner s'accorde exactement 
avec celle que nous venons de faire du Rollignol de muraille or- 
dinaire ; 2°. le RotschTcntzcl de Gefner^ ainfidit de fa queue 
rougeâtre, décrit d'après la figure; 5°. le WegMccklin de Stras- 
bourg, qui a le haut de la poitrine bleu , 2c le bas d'un jaune- 

Gg 



234 Histoire Naturelle 

roufs.^tre ; le ventre cendré; les jambes brunes ; le menton brim 
& bitrarré. 

Selon M. Linna-us , le Roffignol de muraille habite en Suéde 
dans les arbres feuillus, failant ion nid dans les creux des arbres 
& des murailles, ôc chantant fort bien; il a la poitrine j le crou- 
pion Se la queue roux ; la tête , le cou & le dos cendrés; le front 
blanc ; la gorge & les mâchoires noires au dcflous des yeux ; 
deux plumes du milieu de la queue brunes. La femelle a la tête 
& le cou cendrés , &c la poitrine plus pâle ; le bas du ventre 
blanc , & les grandes plumes des ailes brunes. 

Frifch dit que c'eft le noir de la gorge qui diftingue cet Oi- 
feau des autres Oileaux à poitrine rouge , qui vivent aufli de 
Vers. Sa queue rouge le met du nombre des Oifeaux à queue 
rouge. Il chante fort haut fur les maifons & fur les toits dans les 
Villes , ou fur le haut des arbres à la campagne. Souvent fon ra- 
mage n'eft qu'une clef fort longue qui a environ cinq notes , 
dont la première eft la plus longue , avec des tons bas. Il com- 
mence à chanter dès le mois de Mars , & fon chant eft enfuite 
fort agréable. Il fait Ion nid fous de petits toits, proche des jar- 
dms , dans des endroits oii il ne va ni Rats ni Souris ; quelque- 
fois il le fait au milieu d'un foliveau. C'eft principalement la 
marque blanche prefque ronde qu'il a au front j qui le diftingue 
des autres Oifeaux à queue rouge. 

Willughby dit qu'il pefe une demi-once , &: que fon vol eft de 
neuf pouces ou douze doigts. 

Selon Jonfton , il pond deux ou trois œufs , & l'on a quel- 
quefois trouvé un jeune Coucou dans fon nid. Mais ceci n'cft 
rien moins que fondé ; car i°. il fait cinq à fix petits d'une cou- 
vée ; 2°. il n'y a nulle apparence que jamais la femelle du Cou- 
cou aille pondre dans fon nid. 

Il pafle tout l'été chez nous , &; même il refte ici jufqu'à la fin 
de l'automne,. Charleton foupçonne qu'il pourroit bien fe cacher 
dans les trous des murs , Se y dormir tout l'hiver jufqu'au retour 
du printemps. Nous ne faurions être de fon avis. Selon Olina , 
il vit fix ou fcpt ans. 

Cette efpece de Rofl^gnol tire fes diverfes dénominations de 
fa couleur ou de fon habitation. On l'appelle en Grec & en Latin 
Phœnicurus , Ruticilla , ou Punidlla _, félon Scaliger ; en Italieia 
Cod'roJJo ou Rojjlgnuolo di Muraglic ; en Anglois the Redflan j 
en Suédois Roedfl/en ; en François Roffigno/ de muraille ou de 
TTiUr ^. Rojfignol bâtard ; à Loudun & à Rouen Cul-rouge ; à N<^r~ 
àim Rouge-queue i en Provence Cul-rouJJlt i en Baile-Normau.- 



DES Oiseaux. i^j 

^ic'Falle rouge ou Prêtrot ; en Anjou petit Prêtre ou Clerc , 
Efcalandre i en Suifle Rojfignol de roc ou de rocher ; en plulîeurs 
endroits RoJJïgnol baillet , pour Rollîgnol paillet , à railbn de fa 
couleur rouile ou rougeatre ; c'eft ainli qu'on difoit autrefois vin 
baillet pour vin clairet ou rouge-pâlc. Mais , félon la penléc de 
Ménage , ce feroit un diminutif de Bai. On a dit Badius pour 
Baius , Bai; de Badius on a fait les diminutifs Badiolus & Ba- 
diolettus , duquel Badiolettus nous avons fait Baillet. Nicot &: 
Cotgrave difent qu'on nomme Cheval baillet , un Cheval qui a 
une marque ou une étoile blanche au front. Il paroît donc que 
c'eft dans le même fens qu'on aura dit Rollîgnol baillet , & dans 
ce cas-là les deux étymologies précédentes ne feroient pas les 
véritables. 

6°. La Passe-buse , Cunuca Eliot £ ^ an Magnanina Aldro- 
vandi ? Ray Synopf. Motacilla fupra fufca _, fubtus exalbida , 
macula pone oculos grifeâ ^ Linn. Elle ell prefque de la grandeur 
d'une Gorge-rouge ; elle a le defllis du corps varié de noir & de 
roux-fale, ion plumage étant noirâtre au milieu de chaque plu- 
me vers la tige , & d'un roux-fale à l'extérieur ; la tête & le cou 
un peu grisâtres , dont les taches du milieu font plus obfcures ; 
le bas du dos au defllis du croupion un peu verdatre &: dcititué 
de taches ; le deiTous du corps cendré ou plombé , &: cependant 
le bas du ventre blanchâtre. En général cet Oifeau eft de couleur 
de terre ôc fale; &: comme il a quelque reflcmblance avec le Moi- 
neau femelle , on l'a nommé Alotneau de haie. Ses œufs font 
teints d'une belle couleur bleue. 

Selon M. Linnxus,laPafl^e-bufe habite en Suéde, fur-tout dans 
les terres argileufes , pondant des œufs cendrés avec des taches 
tannées. 

Mais M. Linnarus fe trompe ici ; car cet Oifeau pond ordinai- 
rement cinq œufs tout bleus , &: de la plus grande beauté , comme 
Ray l'a fort bien remarqué. 

Frifch n'en dit que deux mots. Quelques-uns , dit-il , nom- 
ment cet Oifeau la Fauvette noire y à caufe que de loin il paroît 
noir par les taches d'un brun obfcur qu'il a. Son chant eft un peu 
criailleur. Le Coucou fait volontiers un œuf dans Ion nid. Quand 
un Chat ou quelqu'autre animal s'approche du nid de la Pafle- 
bufe , elle l'en éloigne en badinant avec lui fur la terre ; parce que 
le Chat la fuit en rcmpant, & veut la prendre : mais quand elle 
en eft bien loin , elle le laifle. 

Le chant de la Paflx-bufe eft court, mais aflcz plaifant; clic 
fait fon nid de bonne heure dans les buiilons , iur-tout dans les 



1^6 Histoire Naturelle 

liaies féchcs , qu'elle préfère pour cela aux haies vives. Le Cou- 
cou aime beaucoup à pondre Ion œuf dans fon nid. Ceft la vraie 
Curruca des Anciens , félon Ellote , Auteur d'un Dictionnaire 
Anglois. Auin Juvénal appelle-t-il de ce nom un mari trop com- 
plaifant pour fa femme , fi^ qui en eft la duppe. Belon l'appelle 
Pajfer rubi ,à\vitrcsPaJJerfepianus ; en Anglois tke Hedge-Spar- 
row ; ce qui lignifie la même chofe ; en Suédois Kruka ; en Fran- 
çois petit Mouchât ou Moufcket , Moineau de haie _, Gobe-Mou- 
che , Moucherolle ou Aloucheris ; en Berry Bufette ; en Orléanois 
Pajft-bufe ; en Anjou Pajfe ou P aijje-buijjonmere ; en Norman- 
die Bunette ou Beunette _, peut-être pour Brunette , qui fe trouve 
dans Cotgrave ; en Saintonge Bifje-Morellc ; dans le Pays Nan- 
tois Moineau ou PaiJJe de haie , Rojijfelotte ou Brunette ; à Paris 
Grifette _, Roitffette ou RouJJelette ; en Sologne Pied de pot ,2."^- 
paremment à caufe de fa couleur; ailleurs Mari cocu , félon Cot- 
grave ; en Périgord une PaJJe fourde. Il y en a qui l'appellent 
petite Pajfe privée , apparemment à caufe qu'elle eft allez fami ■ 
liere, fe tenant volontiers dans les haies des jardins, & autour 
des maifons. 

7°. Le Becfigue , Ficedula feptima Aldrovandi , Pettichaps 
Eboracenfibus yBeccajigo Italis^-x^ Synopf, Motacilla gulâ viref- 
cente-cinerea _, artubus fufcis ^fubtus flavefcens , abdomine albido^ 
Linn. Il eft de la grandeur d'une Linote ; il a le corps un peu 
court ; la tête , le dos , les ailes 6c la queue d'un cendré , ou , 
comme d'autres veulent , d'un brun-vert ; tout le defî'ous du 
corps blanc ou argenté \ la poitrine feulement plus obfcure, avec 
quelque teinture de jaune ; le bec noirâtre , & les pieds bleuâ- 
tres. Ce petit Oifeau n'cft prefque remarquable par aucune dî- 
verlîté de couleurs. Je lui ai trouvé dans l'cftomac ouvert des 
pépins de raifms & d'autres femences. 

Selon M. Linnceus , il habite en Suéde dans les arbres , c'eft 
peut-être la femelle de la précédente ; il a le corps cendré en 
defTus, &; d'un gris-blanchâtre en defTous ; la gorge blanche ; 
les ailes clofes tannées en defTus ; les grandes plumes des aîles 
tannées à leur bord extérieur ; les plumes de la queue égales, ou 
les extérieures un peu plus courtes , toutes brunes ; mais la pre- 
mière en dehors eft pâle, & la féconde pâle à fon extrémité ; les 
autres font <à peine manifeftement pâles. 

Dans un autre , qui eft peut-être le mâle , la couleur eft cen- 
drée , mais plus^ d'un cendré-jaunâtre. 

Nous ne connoiflbns point ici ce Becfigue , Se nous ne devons 
pas en être furpris ^ car gn Italie & dans nos Provinces méridio- 



DES Oiseaux. ■i3y 

«aies , on a^^cWe Fice^iul^ ou Becfigues, non-feulement toutes 
les diiFérentes efpeccs de Fauvettes , mais aufli prefque tous les 
petits Oifeaux à bec menu ou effilé , ôc même quelques autres à 
bec gros & court comme le Bouvreuil. Au-refte on ne peut dif- 
convenir que cette clafle ne foit fort étendue &c fort variée , 
félon la différence des climats dans lefquels ces Oifeaux naif- 
fent; les uns ayant des couleurs très brillantes , d'autres très {im- 
pies ; les uns étant garnis de longues plumes à la queue, d'autres 
n'en ayant point ; ceux-ci ayant des huppes , ceux-là étant fans 
huppes : mais le caractère , les inclinations , la forme du corps , 
& fur-tout du bec, ne permettent gueres de s'y méprendre. D'ail- 
leurs leurs couleurs font affez douces & tendres ; & à l'exception 
de trois ou quatre, & notamment de celui de Surinam, dont 
les couleurs font très tranchantes , les autres pour la plupart font 
olives deffus , 6i jaunes deflous ; les autres gris , plus ou moins 
bruns delîus , èc blancs deffous ; d'autres enfin bleus, avec les 
aîles noires, ne différant gueres entr'eux que par quelque peu de 
noir que ceux-ci ont fur la tête , &. quelque peu de blanc 
que ceux-là ont fous le ventre. 

8°. La Fauvette a tête noire , Atricapilla fîve Ficedula 
Aldrovandi , lii}tstX)ç &C MiAai.vx.o^v;poç Grxcis ( Sucalis èc Aie/an- 
coruphos ) , Ray Synopf. Sylvia atricapilla , Klein. Motacilla tef- 
tacea , fubtus fubcincrea , pileo obfcuro , Linn. C'eft un petit Oi- 
feau qui a le fommet de la tête noir , d'où lui vient fon nom ; le 
cou cendré , & tout le dos d'un vert-obfcur ; la poitrine d'un 
cendré-clair ; le bas du ventre d'un blanc-jaunâtre; le bec noir, 
plus menu que celui de la Méfange , & les pieds plombés. 

Selon M. Linnxus , elle habite en Suéde , fur-tout en Scanie. 
Le mâle a le fommet de la tête noirâtre ; le dos couleur de terre 
cuite, & le deffous du corps cendré, La femelle a le fommet de 
la tête d'un jaune-roufsâtre , ainli que tout le corps , qui eft d'un 
blanchâtre clair en deffous. 

Frifch la nomme Fauvette gris-de-fouris , & voici ce qu'il en 
dit en peu de mots : Comme cet Oifeau approche de bien près du 
Roffignol par la beauté de fon chant, on peut l'appellerle/^q/Tz'^/îC'/ 
bâtard. Son chant n'eft pourtant pas fi fort ; il n'a point de clefs 
<jui durent fi long-temps, ni tant de changements. Ce chant dure 
jufqucs dans le mois de Juin. Son manger, qui confifte en Mou- 
ches ôc en Vers , lui fait faire fon nid dans les jardins. Quand il 
a plu , cette Fauvette paffe légèrement fur les herbes encore 
mouillées , &: fe baigne ainfi, 

Frifch fait enfuitc mention de quatre autres Fauvettes i favoii' 



13? Histoire Naturelle 

deux grandes Se deux petites , fans compter la Palle-bufe , qu'il met 
aulii parmi les Fauvettes. Mais pour les déilgner il fe contente de 
renvoyer le Lecteur à fes Figures enluminées ; èc il remarque à 
cette occaiîon que ces Oifeaux font peu connus par leur figure 
dans la plupart des Auteurs , &c que l'article des Fauvettes eit ua 
des plus obfcurs de l'Hiftoire des Oileaux ; en quoi Frifch a bien 
raiion ; car quoique Belon parle de la Fauvette noire ou brune, 
qui clt notre Fauvette à tête noire , 6c de la Fauvette roulTe qu'il 
appelle mal-à-propos Troglodytes y il n'a rien dit des autres efpe- 
ces de Fauvettes. Cependant elles font bien connues dans l'Or- 
léanois : ainfi l'on appelle à Orléans la Fauvette roufle de Belon, 
Triplent ou Atriplette , Triplont ou Atriplone ; on trouve dans 
quelques Livres T répille pour Fauvette commune ; ailleurs Fau- 
vette babillards ; en Sologne Eterpe ; en Saintonge Gorgette ; à 
Nantes GroJJe^gorge , Gorgette ou Meurier^ parce qu'elle enfle 
la gorge enchantant, & qu'elle aime les mûres des haies. C'eft 
auiii apparemment ce que la nouvelle Maiion Ruftique nomme 
Mûrier blanc ; en Anjou Tréplojfe ; en Normandie Fauvette a 
gorge blanche , autrement Gorgerette. 

Mais outre ces deux efpeces de Fauvettes, les gens de la cam- 
pagne diftinguent encore , i°. une forte de Fauvette allongée 
roufsâtre, fous le nom de Triplette ou à' Atriplette bouvière ^ que 
quelques-uns confondent avec la Fauvette Bretonne y dite auifi 
Fauvette bouvière ^ laquelle fait volontiers fon nid dans les char- 
milles , & dont le chant approche de celui de la Fauvette à tête 
noire ; 2°. la Dringue noire , qui a le plumage plus brun, le corps 
plus gros que les autres Fauvettes ; le bec plus crochu parle bout, 
& le ramage plus approchant de celui de la Triplette ou Fauvette 
■bxihillarde , laquelle fait comme elle fon nid dans Les buiflons. 
^^'La petite Dringue , dite Dringue jaune , qui a la voix plus 
foible , & qui chante mal , mais dont le nid eft fott joli , &; 
relTemble beaucoup à celui du Chardonneret. 

Pour revenir à notre Fauvette à tête noire. Il connue de tout 
le monde pour la beauté de fon chant , elle pefe , félon Wil- 
lughby , une demi-once ; elle eft longue d'un demi-pied , Se fon 
A'ol a neuf pouces ou douze doigts d'étendue ; elle a dix-huic 
grandes plumes à chaque aîle , èL douze à la queue , qui eft lon- 
gue d'un peu plus de deux doigts. On dit , ajoute Willughby, 
que les vieilles au commencement de l'automne fe changent en 
BecfigueSjCnchangeajitde voix êc de couleur; ce que je ne crois 
point. 

Cette Fauvette fait fon nid dans les buiffons , dans les char- 



DES Oiseaux. 139 

milles , quelquefois même dans de jeunes maroniers d'Inde à 
huit ou neuf pieds de hauteur. Son nid cîï. bien ajufté , 5c revêtu 
de crin en dedans ; elle pond d'une couvée quatre à cinq œufs, 
dont le fond eit d'un blanc de lait, femé de taches brunes-rouf- 
sâtres. Nous avorxsici le Sieur AoulTeau, Coutelier , qui le plaît 
à élever des Fauvettes , & qui y réulTit à merveille , leur appre- 
nant avec la bouche différents airs. Selon lui , il y en a de deux 
fortes ; favoir la Fauvette des bois & celle des jardins : la pre- 
mière cft plus petite que l'autre , àc plus fujette à la goutte. Il 
leur fait une pâtée avec de la mie de pain , du chenevis broyé , & 
un peu de perlil haché y le tout humecté avec de l'eau , quand 
elles font encore jeunes ; mais quand elles favent une fois man- 
ger feules , on n'a que faire d'humecter leur mangeaille ; il faut 
alors leur mettre féparément leur pot à boire. Après la mue , 
c'eft-à-dire , au mois d'Août , elles prennent leur couleur natu- 
relle , & leur tête devient noire en deffus. Vers le temps de leur 
pafTage , elles s'agitent &. fe tourmentent beaucoup dans la cage, 
fur-tout pendant la nuit ; alors il en périt beaucoup. Quand elles 
ont plufîeurs années , elles ne fe tourmentent plus. Il en a con- 
fervé une neuf ans en cage. Scion Olina , la Fauvette vie cinq à 
fix ans , lî elle eit bien foignée. 

La Fauvette à tête noire , dite en Italien te/ia negra ou Capi- 
néra ; en Provençal Tejia negra ou Capo negro ; en Anglois thc 
Black-Cap ; s'appelle encore en François Fauvette ou T répille 
franche , grande Fauvette ; en Berry Bufette a tête noire ; en Pé- 
rigord la Gamache. Il y en a qui nomrhent le mâle Fauvet , 6c 
la femelle Fauvette. On trouve dans Cotgrave Faulveret pour 
Fauvette. Quant au mot de Fauvette , Belon remarque qu'il y a 
des gens qui penfent qu'il faut dire Fauvette , à raifon de la cou- 
leur fauve ; mais , félon lui , l'étymologie de Troglodytes des 
Anciens , enfeigne le contraire , &. il faut dire Fovette à Foveis^ 
L'origine que Belon refaite cft la véritable , dit Ménage. C'eft 
aulfi la penfée de M. l'Abbé Prevoft dans fon Manuel Lexique ;. 
il y eft dit que la Fauvette eft un petit Oifeau qui tire lur le faave, 
d'où lui vient fon nom. 

9°. Le Roitelet crÊté , Regulus crijîatus Aldrovandi , Tro- 
chilus Plinio & Arifloteli , cui ù n^-a2\^ç, & ^clgi?.-vç ,Ray SynopC 
Nlotacilla remi gibus fecundariis exteriore margine fiavis ^ média 
nigris. Il eft aifez diftingué des autres petits Oifeaux par fâ pe- 
titefte & par fa tache falïranée ou écarlate-claire très agréable au 
fommet de la tête, qu'on appelle crête. Il a tout le cou & le dos 
d'un vert-obfcur-jâunâtre ; la poitrine 6c le ventre d'une couleur 



o 



i^-o Histoire Naturelle 

verte qui tire fur le blanc. Je lui ai trouvé reftomac plein dln- 
fc6les. Il fe tient fur le haut des arbres , particulièrement des 
chênes. Il n'ell pas rare en Angleterre. 

Selon M. Liunxus , il habite en Suéde fur les arbres affez fré- 
quemment i &c c'eft le plus petitfdes Oifeaux de notre Pays. Il a 
le corps d'un gris-verdâtre en deflus , & plus clair en delTous ; les 
grandes plumes des ailes brunes , dont les cinq premières iont à 
peine jaunâtres à leur bord extérieur; Se les autres, depuis la 
îîxieme jufquà la feizieme , noires au milieu du bord extérieur; 
êi du milieu en dehors , jaunes-verdâtres: elles font toutes blan- 
châtres au bord poftérieur , ôc même par le bout , depuis la dou- 
zième jufqu'à la feizieme. Le Roitelet a le bec pointu comme une 
alêne, & noir ; la langue lacérée au bout ; l'ongle de derrière 
plus grand que les autres. Le mâle a fur le fommet de la tête une 
grande tache jaune , dorée dans le milieu , &c noire fur les côtés. 

Frifch le nomme Roitelet de haie d'automne. Selon lui , c'eft le 
vrai Roitelet des Anciens ; car il a un bouquet de plumes de 
diverfes couleurs fur la tête , qui lui fait comme une couronne. 
Plufieurs le nomment en France & dans les Pays voifins le petit 
Coq doré ^ en faifant comparaifon de l'ornement de fa tête avec 
une crête de Coq. Il fe tient dans les hauts bois de fapins. Les 
Oifeleurs l'y prennent quelquefois .à l'amorce des Méfinges. 
Quand il vient dans les jardins, il fe glilTe dans les arbrifTeaux 
& les broffailles ; ce qui le rend plus difficile à appercevoir. Si 
on le tire avec de la cendrée, on le met en pièces ; 6c il pafle à 
travers les filets des Oifeleurs. Quand on veut l'avoir par curio- 
fité, il faut le tirer avec du fable. La femelle a aulh une crête 
jaune , mais d'un j.aune plus pâle. 

Olina dit qu'on appelle cet Oifeau en Latin Regaliolus &: Re- 
gulus crifiatus j ftivce qu'il eft le plus petit des Roitelets, & que 
c'eft à celui-ci que convient proprement le titre de Reattino ou 
de Roitelet, ayant fur la tête un rang de plumes de couleur de 
fouci, avec quelques autres plumes plus pâles, 6c d'autres noires; 
ce qui le fait paroître comme couronné. Voilà pourquoi on l'ap- 
pelle en Tofcane Fior rancio ou Fleur de Souci , parce que fa 
crête reffemble à du iouci. Au-refte il a le corps de couleur ver- 
dâtre , mêlée de jaune comme le Becfigue , excepté la queue & 
les ailes ; une petite tache blanche au delFus de l'œuil ; la poitrine 
& la gorge d'un blanc-fale ; le ventre d'un blanc plus clair ; les 
ailes & la queue plus obfcures que le croupion , avec quelques 
nuances d'un blanc-obfcur à leur naiffance & dans le milieu, 
comme aux aîles du Pinçon ; le bec très menu , droit ôc noir. 

Il 



DES Oiseaux.. z4i 

Il ne chante point, mais il fait un cri qui eft plutôt une piaillerie 
qu'un chant. 

Selon Willughby , il ne pcfe pas plus d'un gros ; fa longueur 
eft de quatre doigts un quart , &. fon vol eft d'un peu plus de fix 
doigts ; fa queue eft compofée de douze plumes , &. longue d'un 
-doigt 8c demi. Ce qu'on raconte de fon inimitié avec l'Aigle eft 
un conte pur. Aldrovandus dit qu'il pond fix ou lept œufs qui 
neiont pas plus gros que des pois. 

Le Roitelet crête ou huppé eft commun en Sologne & aux 
environs d'Orléans,fur-tout en automne &; en hiver; car on cefle 
de le voir dès le premier printemps. On prétend qu'd s'en va 
pour lors , & qu'il ne fait point fon nid dans ce Pays-ci. L'hivec 
ces Oifeaux vont ordinairement deux à deux , grimpant le long; 
des branches des arbuftes dans les haies , ou le perchant lur les 
fommets des chênes 6c des ormes , dans un mouvement prelque 
continuel , comme font les Méfanges. Leur cri rcllemblc à celui 
de la Sauterelle, Si-tôt qu'ils s'envolent , ils s'entr'appellent &C 
ne fe quittent jamais; apparemment qu'ils (ont toujours accou- 
plés mâle & femelle. Ils ne craignent point l'homme , & ils s'en 
laiftent approcher jufqu'à les toucher quelquefois du bout de la 
canne. 

Belon l'appelle Poul à caufe de fa petiteflc , Sou/de , Soucie 
ou Sourcicle , à caufe de fa crête ; félon quelques-uns , Soulfic , 
Souci ou Fleur de Souci ; en Orléanois Sucet ou petit Sucet , peut- 
être pour Souciet i ailleurs Suet , (&uil de Bœuf on petit Bceuf; 
à Fay au delfus d'Orléans , BiJJourdet. Les Anglois le nomment 
the Golden-Crown'dwren , c'eft-à-dire , Roitelet couronné d'or y 
ou Syvîgw , c'eft-à-dire , Méfange a tête dorée. 

io°. Le Roitelet non crÊté , Regulus non crifiatus Aldro-> 
vandi , an Afilus Bellonii ? An Luteola. Turneri ? Ray Synopf. 
Trochilus capite Levi y Klein. Motacilla cinereo-virefcens , fubtus 
flavefcens , fuperciliis luteis , Linn. Il n'a point de nom propre 
en Anglois , que je fâche ; on l'y nomme feulement le petit Oi- 
feau jaune ; il eft tantfoit peu plus grand que le Roitelet crête i 
il a tout le deftus du corps d'un brun ou d'un cendré-verdâtre , 
excepté les aîles 6c la queue ; 6c le dciTous du corps , favoir la 
gorge, la poitrine 6c le ventre , font blancs , avec une légère 
teinture de vert ; du-refte tirant fur le jaune. Il fe tient ordinai- 
rement parmi les faules, fe gliflant continuellement à travers les 
arbres 6c les arbuftes, èc il chante d'une voix qui imite le cri de 
h. Sauterelle. Ces fortes d'OUeaux varient pour les couleurs j 

Hh 



14^ Histoire Naturelle 

car les uns font d'un vert ou d'un jaune plus clair, & d'autres 
plus foncés. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans les fauflaies , & il 
pond cinq œufs blancs, fcmés de taches rouges; il a le corps d'un 
brun-ccndré-verdàtre ; une ligne jaunâtre qui va des narines 
par dclîus les yeux au derrière de la tête ; le dcflbus du corps 
d'un blanc- jaunâtre; les plumes inférieures des aîles qui font en 
recouvrement , d'un vert-jaunâtre ; les grandes plumes des aîles, 
brunes à bord verdâtre ; les plumes de la queue femblablcs aux 
•grandes plumes des aîles , comme dit Willughby. 

Frifch l'appelle Serin de faujjaie ^ ou la plus petite Fauvette. 
Selon lui , cet Oifeau a un chant mêlé de pluilevirs changements, 
èc un peu criard. Il fait fon nid dans les builîons épais des jar- 
dins : mais les petits font fouvent la proie de leurs ennemis. Il 
reiTemble par fa couleur au Serin ou au Tarin. 

Olinaditque le Roitelet j dit en Latin Regulus noncriflatus , 
& en Tofcane Lui _, a les mêmes couleurs que le Regaliolo ou 
Fior rancio , excepté qu'il n'a point une tache jaune fur la tête. 
Selon lui , il ne chante point, mais il poulî'e un cri comme s'il 
fe plaignoit , lequel paroît exprimer fon nom. C'eft un petit Oi- 
ieau très foible ; de forte qu'il arrive quelquefois qu'en lui jet- 
tant une motte de terre fur l'arbre où il fe tient , on le fait tom- 
ber. Il fe nourrit de même que les Roitelets d'iriver. On les prend 
tous les trois à la pipée. 

Selon Willughby , il pefe deux gros ; fi longueur eft: de cinq 
doigts , Se fon vol de fcpt doigts. 

Notre Roitelet non crête eit vraiment VAfilus de Belon , qui 
rappelle en François Chanteur on Chantre , & avec raifon ; car 
ce petit Oifeau varie infiniment fon chant , èc même ce chant 
n'ell; pas défagréable : ainfi Olina a tort de dire qu'il ne chante 
pomt. Ray n'a peut-être pas plus de raifon de comparer fon chant 
a celui de la Sauterelle. C'eft un des premiers OJfeaux qui nous 
annoncent le retour du printemps ; je l'ai entendu chanter plus 
de trois femaines avant le Rolîignol franc. Il eft auffi un des der- 
niers à nous quitter aux approches de l'iiiver ; en quoi il imite 
le Pruycr. Il ne pond pour l'ordinaire que cinq à fix œufs ; mais 
on peut le faire pondre à volonté , parce qu'il eft tellement atta- 
ché à fon nid qu'il ne l'abandonne que très difficilement. Un de 
mes amis m'a raconté qu'un jour ayant trouvé le nid de cet Oi- 
feau , il lui fit pondre jufqu'à trente œufs l'un après l'autre, en 
lui ôtant tous les jours fon œuf , à mefure qu'il écoit pondu; après 



DES Oiseaux. 14^ 

quoi il en eut pitié , èc lui en laiOTa aflez pour couver. En effet , 
dit M. Colonne , il eft remarquable que plus on ôtc d'œufs aux 
Oifeaux tant fiiuvages que domeftiques , plus ils s'efforcent d'en 
faire pour en réparer la perte. Ainli la Poule fait plus d'œufs 
quand on lui en ôce , que lorlqu'on lui laifTe ce qu'elle a fait. 
M. Lifter, en levant les œufs d'une Hirondelle àmefure qu'elle 
pondoit , elle en fit julqu'à dix-neuf, quoiqu'elle n'enfafle d'or- 
dinaire que quatre ou cinq au plus. 

Le Roitelet non crête s'appelle Chanteur ou Chantre ; en Lor- 
raine Choph ; à Bellegarde dans la Forêt d'Orléans , Chophti ou 
Chofti ; en Sologne Frelot ou F relotte ^ Chaufoiir , Bouchcfoury 
Fouillet , Toute-vive ; à Orléans Vetti-vetto ou Toli-tolo ; en 
Normandie Pouillot ou Pouliot ; tous noms qui lui viennent de 
fon chant , de fon nid , ou de fa taille. 

1 1°. Le Roitelet commun , PaJJer troglodytes Aldrovandi , 
Turnero & Bellonio perperam Regulus , Ray Synopf. Motacilla 
grifea , alis nigro cinereoque undulatis , Linn. Il a la tête , le cou 
& le dos d'un bai-brun ; les ailes , la queue & le dos bariolés de 
lignes tranfverfales noirâtres ; le milieu de la poitrine plus blanc, 
avec des lignes noires tranfverfales inférieurement & fur les 
côtés. Il tient la plupart du temps fi queue redreffée. K. PL 17. 
Fig. 2. Son nid eft fait de moufTe ; il a la figure d'un œuf drefïe 
fur un de fes bouts , & fon ouverture pour entrer &: fortir eft pla- 
cée au côté. 

Selon M. Linnxus , il habite rarement en Suéde ; il fait fon nid 
fur terre & dans les haies. L'Oifcau eft châtain en defTCis , plus 
pâle en delTous; il a le bas du ventre onde par de petites lignes 
brunes tranfverfales ; la queue entière ; les aîlcs d'un cendré- 
noirâtre , ondées de noir. 

Fritch l'appelle Roitelet de neige , ou Roitelet de haie d'hiver. 
Selon lui , les Anciens racontent bien des fables fur cet Oifeau. 
11 a différents noms. Le nom Latin Trochilus, c'cft-à-dire, Cok- 
reur,^ fon nom A\\cn\:in'i Zouin-Schlupfry^ , c'cft-à-dire, Oi- 
feau qui fe gli/fe dans les haies , font conformes à fa nature : 
mais celui de Roitelet ne lui convient pas , &; il eft plus conve- 
nable au premier dont nous avons parlé , à caufe de l'ornement 
qu'il a fur la tête en manière de couronne. Comme le Roitelet 
couronné fe glifTe aulli dans les brofTailles ou buiffons , on peut 
lui lailTer le nom de Roitelet de haie : mais celui d'hiver ^ que 
nous fommes fort peu de temps fans voir pendant l'hiver , fera 
appelle Roitelet d'hiver non couronné. Sur la fin de l'automne ôc 
au commencement de l'hiver , il cherche encore dans les mu- 

Hhij 



^44 Histoire Naturelle 

railles des Vers èc des Araignées. On l'entend Se on le voit encore 
quand il y a peu de temps qu'il a neigé; ce qui le fait nommer 
Roitelet de neige par quelques-uns. Loriqu'il chante , le fon de fa 
voix eftfi fort &; li agréable qu'on louhaite toujours de l'entendre 
plus fouvcnc &: plus long-temps. Son nid a quelque choie de par- 
riculier. Il fait plus de petits que les autres petits Oifeaux, mais 
pas tant que la Méfange. Il fe prend comme les Méfanges. Il vit 
quelque temps dans les chambres : mais il fe perd à la tîn, fans 
qu'on s'apperçoive comment il s'en va. 

Olina dit qu'il chante prefque toute l'année, mais pa.rticulié- 
rement au mois de Mai, qui ell: le temps où il a coutume de faire 
fcs petits. Selon lui il pond à la fois , c'eft-à-dire, pour une cou- 
vée , cinq ou fix œufs , & quelquefois plus; puis il recommence 
au mois d'Août. Il vit trois à quatre ans. 

J'ai vu des gens qui prétendoicnt que cet Oifeau fait jufqu'à 
vingt petits d'une feule couvée : mais ceci eft contraire à l'expé- 
rience. Nous ne voyons pas non plus dans ce Pays-ci qa'il re- 
commence à faire des petits au mois d'Août , comme l'avance 
Olina. 

Selon Willughby , il pcfe trois gros ; fa longueur eft de quatre 
doiçts & demi , i^ fon vol de fix doio;ts & demi ; il a dix-huit 
grandes plunacs à chaque aile , & la queue compolee de douze 
plumes. Il pond neuf ou dix œufs à la fois , &: même quelque- 
fois davantage : en quoi Willughby fe trompe. 

Je connois un Amateur d'Oifcaux qui lait élever ou nourrir 
dans une cage fliite exprès notre Roitelet avec du pain d'œuillec 
émié qu'il tire de Strasbourg , où l'on fait beaucoup d'huile 
d'œuilfet, c'eft-à-dire ^ de pavot noir. Il en a qui chantent en 
cage comme à la campagne , même au cœur de l'hiver. Il y a des 
Provinces oii les gens de la campagne fe font un fcrupule de 
toucher à fon nid , ainfi qu'à celui du précédent. Quelques Au- 
teurs ont rapporté comme une merveille , que le Roitelet mis à 
la broche devant le feu tourne de lui-même, lur-tout li la broche 
eft de bois de coudrier ; mais c'eft que quand la partie de l'Oi- 
feau tournée du côté du feu eft rôtie , l'autre qui ne l'eft pas def- 
cend , parce qu'elle eft plus pefantc , outre que la broche elle- 
même fe tourmente ; Se ainfi il n'eft pas étonnant que l'Oifcau 
tourne. 

Les Anglois le nomment the common Wren , c'eft-à-dire , le 
Hoitclet commun. Tout le monde le connoit fous ce nom. On 
l'appelle en Provence Roi de bédelet ; en Poitou Quionquion ;. 
en Saintonge Roi bouti j à Nantes Béiuchon ou Bertaud ; en 



DES Oiseaux. 14^ 

Guyenne Arrepii ; en Normandie Rebctrer , fclon le Diction- 
naire de Trévoux , ou plutôt Rebetrin , lelon Cotgrave Rebetre ; 
en Sologne Roibery , Robcry ou Roablt ; en Anjou Bérlchon ou 
Roi Benaud , &: Iclon Cotgrave i?w Bertrand , Bénchot ou Ber- 
chot^ Beurichon ; ailleurs Bourichon ou Burichon , Bœuf de Dieu , 
Oifeau béni , Béruchet ou Béruchon , Pa(J^ereau troglodyte , feloa 
le Dictionnaire de Trévoux ; à Orléans Ratillon ou Ratereau , 
comme qui diroit petit Rat ^ par un diminutif de i^aro/z ; peut- 
être auili pour Roitillon ; car ici on appelle un petit Roi ou un 
Roitelet Roitillon ; en Bourgogne Roi de froidure ou Fourre- 
buiffon i ailleurs petit Roi ; en Savoie petit Roi Patan ; félon 
Ménage, les Anciens diloicnt Burrus pour Rufus : de Burrus on 
a fait Burricus ou Burrichus i de Burrichus on a formé le dimi- 
nutif 5«rnVAzo , dont nous avons fait Beurrichon ou Burrichon , 
pour Roitelet ^ à caule de la couleur rouisâtre de cet Oileau ,. 
qu'on appelle auiîi Beurnchot. Selon le même Auteur , on dit 
proverbialement qu'un homme ou une femme font réfolus comme 
Berthaud , pour fignitier qu'ils font hardis & entreprenants ; ce 
qui fe dit par corruption au-lieu de Barthole , fameux Jurifcon- 
fulte , qui donnoit de promptes rélolutions fur toutes les diffi- 
cultés de Droit qu'on lui propoloit. Or c'eft apparemment dans 
le même fens qu'on appelle notre Roitelet Roi Bertaud ou Ber- 
thaud , parce qu'il eft extrêmement hardi &: réfolu ; à moins 
qu'on ne veudle dire que Bertaud fignifie ici Courtaut ; car orr 
dit bertauder un Cheval , pour l'écourter ; ce petit Oifeau tenant 
fa queue redrellée comme font les Chevaux écourtés. Il y a des 
gens qui appellent Roitelette la femelle du Roitelet. En Périgord 
on le nomme Rebenet. 

Aldrovandus & les autres Ornithologues ont décrit plulîeurs 
autres petits Oileaux qui doivent fe rapporter à cette clafTe : mais 
Ray avoue qu'il ne les connoît point , du-moins fous les noms 
qu'ils leur ont donnés. 



^-ê^ 



m-^P 



%^6 Histoire Naturell 



Article Septie 



M E. 



Des plus petits Olfeaux étrangers décrits par Nlarcgrave 

& par d'autres. 

ï". i^E CoLiBKï^ Guainumèi Alarcgravii ; Guaiminibi Joann. 
de Latt ; Gouambuch Lerio & Thcveto ; Tomineio Jofeph. a 
Coflz ; OurlJJia , id cft _, Radius folis fivc Tomineio Clujli ; 
HoitT^itT^il Hernand. Ray Synopf. C'eft le plus petit de tous les 
Oifeaux. II diffère de tous les autres petits Oifeaux par fa petitefle 
5c par, les couleurs brillantes de Ion plumage , qui furpaiTent 
l'éclat de la foie la plus belle , de l'or &: de tout autre métal. 
On dit qu'il remue les ailes avec tant de rapidité , qu'on ne fau- 
roitappercevoir Ton mouvement; on ajoute qu'en volant il fait 
un certain bourdonnement comme un Bourdon ou uneMouche 
à miel , &; qu'il pafle d'un lieu à un autre fi promptement que 
très fouvent il échappe à la vue. 

On prétend que ces Oifeaux fe nourriflent de miel , de roféc, 
&; du fuc des fleurs , qu'ils fucent avec leur langue , qui eft très 
longue & propre à cela , en fe tenant long-temps fufpendus & 
comme immobiles en l'air par le balancement de leurs aîles. Mais 
comme ils ont un eftomac mufculeux , nous croyons plutôt qu'ils 
vivent de Mouches & d'autres Infectes. Je trouve dans plufieurs 
Livres que ces petits Oifeaux dorment pendant tout l'hiver , ^ 
qu'ils relient alors comme engourdis &; à demi-morts. On en 
croira ce qu'on voudra. Pour moi je n'en crois rien, vu que dans 
les Pays oii il fe trouve une grande abondance de ces petits Oi- 
feaux , il ne fait prefque point d'hiver , & que Marcgrave écrit 
qu'on les trouve en grand nombre dans les forêts pendant toute 
l'année. 

François Hernandez en décrit fept cfpeces , Si Marcgrave 
neuf, toutes plus belles les unes que les autres , &; de diverfcs 
grandeurs. La dcfcription en fcroit d'un détail immenfe ^ &; il ne 
rendroit jamais les beautés qui s'offrent aux yeux. Cependant ils 
méritent trop par leurs couleurs magnifiques Se leur forme iîn- 
gulierc , pour n'en pas décrire quelques-uns. 

I °. Le grand Colibri , qui eft de Caïenne , eft de la grofTeur du 



DES Oiseaux. 147 

Roitelet, mais délié d.ins fa taille , &L très allongé. Ceft un des 
plus fuperbes Oifcaux pour l'éclat des couleurs. Sa gorge cft d'un, 
vert glacé d'or, jouant l'émeraude ou la topaze, félon les afpe^ls; 
fa poitrine & fon ventre , ainfi que fes cotés, font d'un rouge &; 
or vifs & glacés, qui rendent l'éclat de l'efcarboucle ; le dos eft 
rouge Se or matte ; les deux plumes du milieu de la queue font 
longues , étroites , &; d'une efpece de violet glacé. P^. Pi. i j. 
Fig. 4. Cet Oifeau , ainfi que ceux de fon efpece , a les jambes 
très courtes , armées d'ergots très pointus ; la langue divifée en 
deux vers le bout eft très déliée & très longue , pour puifer au 
fond du calice des fleurs, dont elle fuce le fuc ielon les uns, mais 
où elle va prendre les petits Infecles qui s'y trouvent, ielon d'au- 
tres : pour cela les cornes de l'os hyoïde ne vont pas fe terminer 
derrière les oreilles comme dans beaucoup d'autres Oifeaux : mais 
fe prolongeant plus loin encore que dans le Pic-bois , dont le mé- 
chanifme eft le même , elles fe portent derrière la tête , & s'ap- 
prochent de chaque côté de la première vertèbre du cou : elles fe 
prolongent en montant fur le milieu de la tête de derrière en de- 
vant, le long d'une fmuofité faite pour les recevoir, &: viennent 
toutes deux fe perdre par des filaments en partie oileux Se en 
partie cartilagineux dans la narine gauche de l'Oifeau ; enforte 
que dans les vibrations de la langue ces deux cornes ont le jeu 
d'une fpirale, ôc la portent fort loin hors du bec , qui eft un peu 
arcqué. 

2°. Le Colibri de Surinam a tout le deflus du corps vert 
& or; la gorge vert d'émeraude ; la poitrine d'un bleu glacé d'or 
très éclatant ; le bec droit ; ce qui fait que quelques Auteurs 
l'appellent Oifeau mouche , voulant par cette différence diftin- 
guerl'un de l'autre. 

3°. Le Colibri du Mexique eft totalement d'un bleu très 
vif & très brillant. 

4°. Le Colibri des Moluques a la tête & le cou jaunes ; la 
poitrine rouge; le deftiis du corps cendré, &: celui des ailes noir; 
le ventre & le delTous de la queue verts. 

5°. L'Oiseau Mouche du Brésil a le corps vert piqueté 
d'or ; le delTus de fa tête eft d'un rouge de rubis ; fa gorge & fa 
poitrine fous un afpcct font verts, 6c lous l'autre topaze ; le deflous 
de fa queue eft maron luftré ; fon bec eft droit. 

6°. L'Oiseau Mouche huppé eft vert & or mat fur le dos, 
gris-cendré en dcffous ; fa queue tire fur le violet, & il porte fur 
la tête une mitre ou aigrette qui réfiéchit le rouge, le vert & l'or 
les plus éclatans. Il a le bec droit. J^. PL 1 7. Fig. 5 , 



148 Histoire Naturelle 

7°. Le Colibri de Saint-Domingue aie deffus du corps &. 
de la tête d'un velouté noir, tirant fur le violet ; le croupion , la 
queue èc les aîlcs vert &: or ; le fouet de l'aîle violet ; la gorge 6c 
la poitrine d'un cramoifi velouté ; le ventre noir : fon bec eft 
courbé en faulx. 

8°. Le Colibri de la Louisiane eft très petit; il eft vert Se 
.or mat en deflus , &c porte à la gorge une petite tache étincelante 
comme le feu de l'elcarboucle ; fa femelle a le delTous du corps 
blanc-laie : Ion bec eft droit. 

9°. Le Colibri de la Jamaïque eft en deflus vert èc or mat : 
mais tout le deifous eft d'un vert d'émeraude très brillant. 

Le plus petit Oifeau Mouche eft de la grolîcur d'une aveline : 
fon corps eft brun piqueté d'or en dcllus,& blanc-iale en dellbus. 

Le Colibri, dit M. Colonne, vit de la roiée & du miel des 
fleurs. On rapporte que lorfque les fleurs viennent à manquer, 
il manque &; meurt avec elles : cependant cette mort n'eft qu'un 
long fommeil , puilqu'on ajoute que par un inftincl naturel il va 
ficher fon bec , qui eft fort pointu, aux arbres de pins qui difti- 
lent la poix , oii il refte ainlî attaché fans mouvement pendant 
l'efpace de flx mois , &c jufqu'à ce que les fleurs nouvelles foient 
revenues. Il fe réveille alors ôc reflulcite , fe nourriflant comme 
il avoit coutume de faire auparavant; ce qu'il continue (le même 
tous les ans. Ce fait eft raconté par plufieurs Auteurs, èc entr'au- 
tres par Hcrnandcz , qui alla aux Lidcs par ordre de Philippe II, 
pour faire l'Hiftoire Naturelle de ces Pays-là , lequel aflure que 
cela eft très véritable. Quant à moi , je croirois volontiers que ce 
petit Oifeau s'attache ainfi aux arbres , oii il dort comme les Mar- 
mottes &C plufieurs autres animaux qui ne paroiirent point en 
hiver ; èc au furplus que la fève des arbres oii ces Oifeaux fichent 
leur bec peut leur fournir quelque peu d'aliment fuffilant pour 
les faire fubfifter ; car de croire qu'un animal véritablement mort 
puiire rcflufcitcr comme on le dit , la cliofe n'eft pas facile à 
croire , 6c il leroit même ridicule de fe l'imaginer poilible. Ce 
qui me confirme dans mon opinion, c'eft que le Père du Tertre 
rapporte , en faifint la dcfcription de ce joli animal , qu'il ne fait 
pas au vrai fi ce qu'on en dit eft fort exacl : mais il ajoute qu'un 
jour il en trouva un qui avoit le bec piqué dans l'écorce d'un 
arbre , &c que l'ayant pris avec les doigts , l'Oifeau fit un effort 
fi brufquement qu'il lui fit peur, & lui échappa des mains ; ce qui 
fait voir que cet animal n'eft pas mort , &i que ce n'eft feulement 
qu'un afloupiflicment. Ce favant Religieux nous en donne encore 
une conviction plus parfaite par ces paroles : On dit mille autres 

rêveries , 



DES Oiseaux. %^.^ 

rêveries j auxquelles Je ne veux pas m' arrêter : ni moi non plus; 
je cherche la vérité autant que je puis , èc à détromper , s'il eft 
poilible , ceux qui font trop crédules. 

Le Colibri ou Colubri s'appelle autrement V Oifeau-Mouche, 
J'en ai vu un fur Ton nid pôle fur une branche d'arbre , dans le 
magnifique Cabinet de feu M. Bonnier de la Mollon. Il feroit 
curieux de voir dans celui de M. de Réaumur les différentes ef- 
peces de Colibri qui lui ont été envoyées des deux Indes. 

I o°. LeGviKA-GVACV-Blc.KABA,Guira-guacu-l^eraèa Brafilien- 
fibus Marcgravii , Ray Synopf. Il eft de la grandeur du Char- 
donneret ; il a le bas du cou , le dos &. l'extrémité du ventre 
jaunes-dorés ; le deffus de la tête & du cou , la moitié antérieure 
du dos , les ailes & la queue d'un vert-clair ; une grande tache 
noire lous la gorge jufqu'aux yeux ; le bec droit , pointu , jaune , 
un peu noirâtre en deffus ; les jambes &: les pieds bruns. 

I i°.LeGuiRA-coEiVEBA, Guira-coerebd Brafilienfibus Marc- 
gravii j Ray Synopf II eft de la grandeur du Pinçon ; il a le bec 
noir , pointu, &: un peu recourbé en bas; une petite mitre fur la 
tête , compofée de plumes d'une couleur de vert de mer ; le refte 
de la tête & tout le dclFous du corps , avec la moitié poftérieure 
du dos, revêtus de plumes bleues tirant fur le blanc de lait ; une 
ligne large bleue qui paffe tranfverfalement de la poitrine par 
la naiffance des ailes au dos ; tout le deffus du cou , avec la 
moitié antérieure du dos d'un plumage profondément noir, 
reffemblant à du velours; la queue noire, longue d'un doigt 6c 
demi; les ailes grandes, jaunâtres dans leur moitié latérale , &; 
prefque toutes jaunes en deffous ; les pieds couleur de cinnabre. 

1 1°. Le Japacani , Japacani Brafilienfibus Marcgravii , Ray 
Synopf II eft de la grandeur du Bemtere ; il a le bec oblong , 
noir, un peu recourbé en bas ; les yeux dorés; la tête noirâtre; 
le refte du corps en deffus mêlé d'ombre èc de noir ; la queue 
noirâtre en deffus , &; blanche en deffous ; tout le deffous du 
corps mêlé de blanc & de jaune, cannelé par des lignes tranfver- 
fales noirâtres ; les jambes brunes. Cet Oifeau , ainlî que le pré- 
cédent , font appelles par la plupart des Naturaliftes Grimpe- 
/■^a«x, claffe fort étendue & fort riche en couleurs. Ces Oifeaux 
j ont pour marque caraâ:ériftique d'avoir le bec courbé comme 
\ les Colibris , mais les pattes grêles & longues ; au-lieu que les 
Colibris les ont très courtes. On en voit un à Caïenne dont le 
bec fupérieur eft noir ; celui de deffous blanc ; la tête d'un noit 
de velours , èi. tout le corps deffus 6c deffous vert d'émeraude 
glacé. /^. PL 17. Fig. 3. 

li 



I^o Histoire Naturelle 

13°. Le Tangara , Tangara Brafdienfibus Marcgravii y Ray 
Synopf. Il eft de la grandeur du Pinçon ; il a le bec droit , un 
peu gros , noir ; le pieds d'un gris-brun; une tache noire au 
îleirus de la naiflance du bec ; toute la tête & le cou verts ; le 
commencement du dos entouré de plumes très noires comme 
<i'un collier; le refte du dos jaune ; tout le bas du ventre d'une 
couleur bleuâtre exquife ; les aîles noires , 5c leurs extrémités 
latérales bleues; le commencement des ailes d'un vert de mer 
extérieurement ; les plumes des épaules qui tombent fur le dos 
en partie jaunes; la queue longue d'un doigt & demi , compoléc 
de plumes noires , dont les extrémités latérales font bleues. 

On peut joindre à cette claile le Tangara du Pérou, dont 
le corps ell d'un beau vert en delTus, & d'un bleu-vif en dcflous ; 
la tête d'un beau maron , & le pli de l'aile jonquille : il eft plus 
petit que le Moineau. 

Le Tangara de Saint-Domingue eft tout brun, tacheté 
de blanc-fille , & il eft de la grollcair du Moineau-franc. 

Celui de Caïenne a la tête vert-pill:ache ; le cou Scie dos 
d'un noir de velours, ainfi que la queue; le croupion rouge-vif 
& brillant ; la gorge violette ; le deflbus du corps d'un bleu-écla- 
tant ; le pli de l'aile aiguë marine. Il eft connu dans ce Conti- 
nent fous le nom de Paver. K. PL i 8. Fig. 2. 

Il s en. trouve une autre efpece nommée Manakin , de la 
grandeur du Moineau , qui a le bec d'un jaune-brun , un peu 
large , pointu ; le plumage de la tête d'un beau vermillon , d'un 
beau jaune , ou d'un beau blanc ; le refte du corps , avec les aîles 
& la queue, d'un noir luifant ; la queue courte : le haut des jam- 
bes blanc , avec une tache oblongue de vermillon au côté exté- 
rieur ; les pieds cendrés. 

14°. Le QuAUH CHi CHIL , Quauh chi chil feu Avicula capitis 
rubei Hernand. Ray Synopf II eft un peu plus grand que le Coli- 
bri , blanchâtre en deflous , verdâtre mêlé de brun en dcftlis; il 
a la tête couleur d'écarlate ; le bec &. les pieds noirs. C'eft ua 
Oifeau qui chante bien. 







I>e^JW^ et Grave pin-^^Iartàwt 



DES OiSEAtJX: 



^St 



CHAPITRE QUINZIEME. 

Des Oifeaux de moyenne grandeur à bec gros^ 

ôC fort. 

ï°. J_/E Geai de Bohême , Garrulus Bohémiens Aldrovandl ^ 
Ray Syiiopf. Ampelis remi gibus quibufdam apice membranaceo 
terminads _, Linn. Celui que M. Lifter a vu tuer d'un coup de 
fufil à Yorck , égaloic prelque la Grive en grandeur ; il avoit au 
bout des ailes quatre ou cinq petites pointes couleur d'écarlate, 
nues; au bout de la queue un large bord jaune comme de l'écorce 
de citron , d'où lui vient fon nom Allemand : du-refte il reflem- 
ble en grande partie pour la couleur à une Pie-Grieche. Ajou--^ 
tez , d'après Aldrovandus , qu'il a le bec très noir , de la gran- 
deur de celui du Moineau ; la tête ornée comme le Cochevis d'une 
crête qui penche en arrière , de couleur châtain-clair vers le bec, 
& en arrière gris-brun. V^. PL 1 8. Fig. i. J'ai cru devoir rappor- 
ter ici cet Oileau plutôt que parmi les Geais , à caufe de ia pe- 
titefle & de la grofTeur de fon bec , quoiqu'Aldrovandus dife 
qu'il fe nourrit de fruits ,& qu'il aime fur-tout les raifins; au-lieu 
que les Oifeaux de ce genre aiment mieux les femences. Je ne 
ferai donc le procès à perfonne fur cet article. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans les forêts ; il a le 
bec noir, convexe; la mâchoire fupérieure plus longue , recour- 
bée , &. les deux mâchoires échancrées au bout de part & d'autre; 
la langue cartilagineufe , pointue , fendue en deux ; la tête tan- 
née , avec des plumes plus longues vers la nuque ; une ligne 
blanche au coin de la bouche ; tout le corps cendré , mais plus 
châtain vers la tête ; la gorge & les tempes noires, de même que 
les plumes qui recouvrent les narines , le bec , les pieds , les 
grandes plumes des ailes & de la queue; les plumes inférieures 
de la queue qui font en recouvrement, grifes, ainfi que le front 
& le delTous des yeux dans quelques-uns ; il eft crête quand il 
redreffe les plus longues plumes de fa tête ; il a les plumes de la 
queue noires , égales , jaunes par le bout , & rougeâtres par la 
tige; les plumes de la queue qui font en recouvrement, lafFra- 
nécs-brunes , ou cendrées en deffus , & tannées en dcflous ; les 

' li ij 



"iji Histoire Naturelle 

grandes plumes des aîles noires , dont les quatre premières font 
antérieurement blanclies par le bout , &. les quatre Suivantes , 
c'eft-à-dire , depuis la cinquième julqu'à la huitième, antérieu- 
rement d'un blanc-jaunâtre parle bout; les dixième, onzième, 
douzième , treizième , quinzième & feizieme antérieurement 
blanches à leur extrémité ; la dix-feptieme &c la dix-huitieme 
fans taches ; mais les onzième , douzième , treizième , quator- 
zième , quinzième & feizieme, terminées par une petite mem- 
brane oblongue, couleur d'écarlate ; les plumes des aîles en re- 
couvrement noires , dont les plus grandes antérieures ont les ex- 
trémités blanches. 

Frifch l'appelle Queue de foie ou Grive de Bohême. Selon lui , 
on n'a pas eiicore donné de nom convenable à cet Oifeau. Quel- 
ques Auteurs Latins le nomment Graculus ou Garrulus Bohe- 
micus : il n'a pourtant rien qui le puifl'e faire appcller ainfi. Son 
cri n'eft qu'un pur croaffement qu'il ne fait que quand il s'envole. 
Il y en a qui regardent l'arrivée trop nombreufe de ces Oifeaux 
comme un prodige avant^coureur de la guerre. D'autres gens 
limples le nomment V Oifeau de la Pejie. Il ne fait pas fon nid 
en Bohême, comme la plupart des habitants l'aiTurcnt ; mais il y 
vient de contrées encore plus éloignées vers le Nord. Lorfqu'ils 
pafTent par la Saxe , on les y nomme Queue de foie ; cela n'arrive 
pas fouvent en plufieurs années, quoique quelques-uns penfent 
qu'ils viennent tous les dix ans : mais qui eft-ce qui l'a écrit dans 
le Calendrier ? Nous mettons cet Oifeau parmi les Grives , i°. 
parce qu'il fe nourrit des mêmes chofes que les Grives dans fon 
pafTage , & qu'il mange volontiers de toutes fortes de baies ;• 
1°. parce qu'il vient chez nous en même-temps que ces Oifeaux; 
3°. parce qu'on le prend avec les Grives , mais en plus grande 
quantité , attendu qu'il forme comme des nuées en l'air quand il 
s'en va d'ici ; 4°. parce que fa chair eft de même goût que celle.' 
de la Grive; 5°. enfin parce qu'il eft de la grofTcur d'une Grive 
rouge. Les petites pointes qu'on voit à fix ou fept de fcs plumes 
derrière les grandes font fort fingulieres, 1°. à caufe de leur cou- 
leur rouge-cramoifi ; 2". à caufe de leur figure , qui par fa bigar- 
rure relTemble fort à un fer de pique; ce qui peut bien n'avoir 
pas peu contribué à la fuperftition de la prophétie de la guerre; 
3°. à caufe de la matière ; car ce ne font pas des plumes , &; cet 
Oifeau n'en a aucune , mais des cartilages fubtils à la pointe du. 
tuyau de la plume. Quelques-uns ont de fcmblables petites poin- 
tes rouges aux plumes de la queue. Les mâles différent peu des 
femelles, fi ce n'eft que quelques-uns ont des pointes rouges un 



DES Oiseaux, zj5 

J)eu plus viribles ; ce qui peut encore faire diftin^uer les vieux 
des jeunes. Cet Oifeau s'apprivoife bien-tôt dans Tes chambres ; 
il refte auffi en cage ; lorlqu'ii vole , il dreiïe fa crête. Comme 
ils font fort étourdis , on les prend en quantité. Ils font encore 
aifés à tirer , parce qu'ils fe perchent près les uns des autres. 

J'ai erand reeret , me difoit l'illuftre M. de Réaumur dans 
ime lettre datée de Paris le 28 Avril 175 i , de ne vous pouvoir 
donner le plaifir de voir un joli Oilcau qui m'eft arrivé vivant 
depuis huit à dix jours ; c'cft le Geai de Bohême. Il y en a une 
defcription fort étendue dans le Dictionnaire de Trévoux , au 
mot de Geai. Il a une huppe qu'il tait jouer comme le Catacoy 
fait jouer la lienne. Il fcmble vêtu de foie. Il a à chaque aîle lept 
à huit plumes dont les bouts font terminés par des palettes de 
couleur de cinnabrc. Ces palettes font de corne comme le tuyau 
de la plume; elles n'ont aucun veftige de barbe ; leur tiflu cft 
continu. Il m'a été envoyé de Dreidc. On dit qu'il ne paroit en 
Allemagne que tous les fept ans. De quatre qu'on m'avoit en- 
voyés, un feul eft refté en vie ; un eft mort le jour de fon arri- 
vée ; celui que j'ai fe porte très bien. Cet Oifeau niche près de 
Petersbourg. On l'a aulîi à Québec , d'où il m'en eft venu plu- 
fieurs. On l'y appelle Recollet , à caufe de fa huppe qui imite un 
froc. A la Caroline il eft nommé le Jafeur : mais s'il jafe , c'eft 
bien bas. Un pot de chambre ne lui feroit pas inutile ; il aime la 
propreté ; il fait toutes fes ordures dans le même endroit. On le 
nourrit aifément ; il mange du pain , des carottes cuites , des baies 
de genièvre. Sec. 

On ne trouve point ce bel Oifeau dans notre Orléanois : ce- 
pendant il y a quelques années qu'il en fut tué un à Marcilly 
près la Ferté-Lowendhal. Depuis peu on en a pris quatre, qui 
dans le fort de l'hiver s'étoient réfugiés dans un colombier en 
Beauce. 

1°. Le Grosbec ordinaire , Coccothraujîes vulgaris ^ Ray 
Synopf. Loxia Lineâ alarum duplici alhâ , Linn. Il a la tête, mais 
fur-tout le bec plus grand que ne femble le comporter la groflcur 
de fon corps ; d'où lui cil: venu fon nom Anglois the GroJJe- 
Beak; ainii il n'eft pas bcfoin d'autre marque cara6tériftique. 
On le voit rarement en Angleterre , fie il n'y paroît jamais qu'en 
hiver. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans les lieux plantés 
de pins ; il mange les fcmcnces & les noyaux les plus durs ; & 
comme le Bcc-croifé fe nourrit de la femence des pommes de 
fapin , de même celui-ci aime la femence des pommes de pin. Il 



1/4 Histoire Naturelle 

a le dos & la poitrine rouges , de manière cependant que toutes 
les plumes font cendrées Se rouges au bord extérieur ^ le ventre 
cendré ; les aîles noirâtres , avec deux lignes obliques blanchâ- 
tres ; la queue noirâtre, le bec conique ; la mâchou-e fupérieure 
plus longue, recourbée, plus ample que l'inférieure; la langue 
entière ; les narines recouvertes de plumes noires ; les pieds 
noirs. 

Frifcli l'appelle Pinçon de cerifes ou Pinçon a gros bec. Comme 
cet Oileau , dit-il, peut cafl'er les noyaux de cerifes avec Ton bec, 
& les manger , il cft appelle Pinçon de cerifes par bien des gens. 
Il perd beaucoup de cerifes; car il laiiTe lous l'arbre la chair qu'il 
a réparée du noyau , & choifit les plus mûres. On le nomme 
encore plus communément Mangeur de noyaux ; &c k caufe de 
fon gros bec , quelques-uns lui donnent le nom de Gros-bec. On 
le voit rarement en cage, quoiqu'il pût bien s'y garder. Il mange 
du chenevis ; 6c ne chante pas d'une manière délagréable. Lorf^ 
que les cerifes font pafTées , il mange de toutes fortes de grai- 
nes , & en automne les fruits du hêtre. Il fait aulfi fes petits dans 
les bois de hêtres, èc peut mettre fon nid oii il veut, même dans 
les builTons : cependant il eft aiié à trouver. Les Oifeleurs le 
trouvent par-tout en automne , &; il leur eft facile de le prendre. 
Quand il refte l'hiver dans notre Pays , il le nourrit entr'autres 
chofes de graines de charmes, qui aulîi dures que des noyaux de 
cerifes , ont en dedans un petit noyau huileux. On ne fauroit 
l'apparier avec une ferine ; peut-être que fon bec l'épouvante, 
ou que les carefTes qu'il lui fait avec fon bec ne font pas polies. 

Selon Willughby , il pefe une once trois quarts ; la longueur 
eft de fcpt doigts &c demi , èc fon vol de douze doigts &; demi ; il 
a dix-huit plumes à chaque aîle , £c la queue longue d'un peu plus 
de deux doigts , compofée de douze plumes égales. On dit , ajoute 
"Willughby , qu'il fait fon nid dans un creux d'arbre , Se qu'il 
pond à la fois cinq ou fix œufs. 

Le Gros-bec pince cruellement. Il fait fon nid comme le Pin- 
-çon ordinaire fur un arbre , Se non pas dans un creux. Il a un cri 
difgracieux, & Belon a raifon de dire qu'on le garde rarement 
en cage , parce qu'il ne dit mot, ou qu'il chante mal. Il eft aflez 
bon à manger. 

On l'appelle en Italien Frufone ^ Frifone ou Frofone , félon 
Olina ; en François Gros-bec ou Pinçon a gros bec ; dans le Maine 
Pinçon Royal ; en Picardie Groffe-téte ; en Sologne Malouajfe 
on Amalouajfe gare , Pinçon maillé ou Ebourgeonneux ^ de même 
que le Bouvreuil ; en Champagne CaJJe-rognon, CaJJe-noix ou 



DES Oiseaux. ijj 

CaJJe-noyau ; en Saintonge Gros Pinçon ou Pinçon d'Efpagne. 
Gefner dit qu'on l'appelle en François C hoche-pic rre^^Qox.g'c^vQ 
Coche-pierre. En Périgord Dur-Bec. 

3°. Le Gros-bec des Indes , Coccothraujles Indica Mur.d 
Leydenjis ., Ray Synopf. C'cll: une qucftion de favoir s'il eft dif- 
férent du luivant. 

4°. Le Gros-bec des Indes crête , Coccothraujles Indica 
crijiata Aldrovandi , Ray Synopf. Il eft égal au Merle, ou un peu 
plus petit ; il a un collier noir qui lui entoure les yeux &: le bec ; 
or fon bec eft femblable à celui du Gros-bec ordinaire, ou un pciî 
plus court ; il a la tête ornée d'une crête faite en pointe , qu'il 
remue fouvent , tant vers le bec que vers la queue ; tout le corps 
d'une très belle couleur d'écarlate, plus claire à la tête Se à la 
queue. 

Frifch le nomme le Pinçon huppé des Indes. Comme cet Oi- 
feau, dit-il , a beaucoup de rapport au Pinçon de cerifes, il peut 
bien être mis parmi les Pinçons. 11 reflemble au Pinçon à gros- 
bec par Ion bec , par fa grofl'eur & par fa barbe noire; mais il eri 
diffère par fa couleur, par fa coëfFe ou crête , &; principalement 
par fon chant, qui reflemble à celui du Rofîignol , 6c qui eft trop 
fort quand on l'entend de près. Cet Oifcau nous eft apporté des 
Indes , & fe vend cher ; de forte qu'on ne peut l'entendre que 
quelquefois dans les Cours des Princes. 

Les Anglois l'appellent aufîi the Kirginian Nighdngale ^c'e^z- 
à-dire, leRoilignol de Virginie. Le Capitaine Robert Lade, dans 
fes Voyages en Afie, en Afrique &: en Amérique, dit qu'on trouve 
aux environs de Kera-Crux un Oifcau qu'on nomme Cardinal , 
parce qu'il eft tcut-à-fait rouge ; qu'il s'apprivoife facilement ; 
que fon ramage eft délicieux , 6c qu'il apprend aufîi à fifflei' 
comme le Serin de Canarie. 

En 1751 j'ai eu occafion de voir ici ce bel Oifeau vivant ,, 
deftiné pour M. d'Argenfon , Miniftre de la Guerre. Tout Or- 
léans l'a vu & admiré. On le nomme le Cardinal , èc il eft bien 
nommé. Il eft hardi , fort &C vigoureux , un peu plus gros que 
notre Gros-bec ordinaire. Il vit de grains , fur-tout de millet. Il 
s'étoit malheurcufement échappé de fa cage : mais on fut afTez' 
heureux pour le reprendre au trébuchet. Il cric rarement, & fou 
eri n'a rien de gracieux. 

5". Le Bruant , Chloris Aldrovandi , Ray Synopf. Fringilla 
remi gibus primorihus andcè luteis , reclricibus tribus lateraUbu& 
bafiluteis , Linn. Il eft plus grand que le Moineau domeftique ,. 
mais plus petit que le Gros-bec i il a le bec femblable à celui de 



1^6 Histoire Naturelle 

ce dernier, de figure d'entonnoir, mais beaucoup plus petit; le 
delFus du corps vert ; la poitrine d'un jaune-vert; le ventre blanc. 
Il fait fon nid dans les haies. Il fc nourrit de graines de raves, de 
chardons , de bardane , &; plus volontiers encore de chenevis. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans les haies , 6c fait à 
la fois fix œufs femés de taches fanguines. Il a le bec conique; 
la langue entière , charnue ; le corps cendré-teftacé , plus jaune 
en delîous ; mais celui du mâle eft vert en été , avec le bas du 
ventre jaune ; les ailes &C la queue noires ; les fcpt premières 
grandes plumes des aîles antérieurement jaunes , plus jaunes 
vers la partie inférieure , toutes blanchâtres en arrière ; les trois 
premières plumes de la queue de chaque coté jaunes du milieu 
vers la bafc, noirâtres vers le bout ; mais les trois fuivantes font 
noirâtres , avec leur bord extérieur jaunâtre ; le mâle a la poitrine 
jaune. 

Comme cet Oifeau , dit Frifch , s'approche fi fort des maifons 
pendant l'hiver , qu'il vient avec les Moineaux devant les gre- 
niers & les granges , èc qu'il entre même dedans , il paroît que 
c'eft un Oileau de maifon , ainfi que le marque (on nom Alle- 
mand. On le nomme encore Oifeau jaune , Bruant doré , Moi- 
neau faffrané. Bruant d'Orge, ou Mangeur de Millet, C'efb prin- 
cipalement le dcflous du bec qui le diftingue; il l'a un peu courbé 
vers le bout & en tranchant. Son chant eft envu-on de fix notes 
ou tons fur une clef; le dernier de ces tons eft affoibli Se allongé. 
Il commence à chanter à la fin de Février; il dure long-temps en 
cage ; on peut l'y nourrir avec de l'avoine. Quand il eft jeune _, il 
peut apprendre quelques tons des Pinçons £c des Serins de Cana- 
ries , fi on le met avec eux. Il peut aulli fiire des bâtards avec les 
Serins. Son nid fe trouve le plus fouvent fur la terre , ou fur un 
builîon ou un arbriffeaubas. Lorfqu'on s'en approche , il hait con- 
noître fa crainte par un cri particulier, &C par-là il fait fouvent 
trouver fon nid II va avec les Pinçons , mais il ne fort pas du 
Pays. 

Selon Willughby , il pefe un peu plus d'une once; fa longueur 
eft de Çvk doigts 6c demi , & fon vol de dix doigts 6c demi ; il a le 
bec long d'un demi-doigt; il pond d'une couvée cinq ou fix œufs, 
prefque longs du doigt , d'un vert-pâle , avec des taches fangui- 
nes , principalement au grçs bout. La femelle a les couleurs moins 
vives. 

Il ne fait jamais fon nid par terre , comme l'avance Frifch , 
mais uniquement fur un arbre ou un arbrifleau. Quand on dit 
que le fang du Bruant 6c de la Linote ne fe mêlent point enfemble, 

c'eft 



DES Oiseaux. ij-y 

c'efl: peut-être , dit le Père Hardouin , d'après M. de la Cham- 
bre, que l'un ell plus gras que l'autre. 

Belon dit qu'on l'a nommé Bruant avec raifon , parce qu'au 
vol &: au chant il femble bruire. On l'appelle aulli Bréant ou 
Bréan , Bruyant ou Bruyan , Verdun _, P crdelin , Vcrdercule , 
Kerdcrc ; Kcrdricr ou FaiLlcrct , lelon François Fortin dans les 
Rufcs innocentes ; en Saintonge Kerdoie. 

6°. Le Bouvreuil , Rubialla feu Pyrrkula Aldrovandi , Ray 
Synopi. Loxiaartubus nigris , tecincibui Cuud.e rcm'igumque pof~ 
teriorum albis , Linn. Il a la tête grande ; le fommet de la tête 
noir. Le mâle eft orne d'une très belle couleur de vermillon à la 
poitrine , à la gorge & aux mâchoires jufqu'aux yeux. Il a le 
delTus du corps cendré ou bleu , avec quelque teinte de rou^c. Il 
fe nourrit très volontiers du bourgeon des arbres, &: par-ià il 
fait un tortconlîdérable aux Jardiniers. K. PL i8. Fig. ^. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans les bois ; il mange 
avidement les boutons des arbres qui commencent à paroltre ; 
il s'apprivoile aifement , tk; quand on l'inlcruit il chante admira- 
blement bien. On a vu le maie tenir long-temps dans la bouche 
une araignée qu'il avoir prile , puis la donner à fa femelle. Le 
maie a la tête noire ^ les tempes, la gorge, la poitrine 6c le ventre 
rouges ; le cou & le dos d'un bleu-cendré ; la queue entière , 
noire , bleuâtre en detîus ; le croupion blanc deflhs £c dellbus ; 
le bec noir, très gros, bollu des deux cotés; les deux mâchoires 
mobiles ; la langue entière ; les narines larges , recouvertes de 
petites loies ; les ailes noires , avec une ligne tranlveriale blan- 
châtre ; feize grandes plumes des ailes noires , blanches vers le 
bord intérieur ; douze plumes à la queue, noires fins taches ; les 
plumes de l'aile qui font en recouvrement noirâtres , mais blan- 
ches au bout, depuis la neuvième julqu à la leizieme. 

La femelle a la tête noire jul'qu'aux yeux ; la gorge noire; les 
aîles noires, blanches en deflbus , comme auilî la queue; le crou- 
pion blanc , êc la région de derrière les cuifies pareillement blan- 
che ; le dos cendré ; la bafe de la queue blanche en dellusSc en 
deflbus ; le bec très court , très gros , 6c convexe de tous cotés ; 
la langue ovale , charnue, diviféepar filaments à Ion extrémité; 
le deflbus du corps depuis les veux jufqu'aux cuifles cendré ; les 
grandes plumes des ailes 6c de la queue noires ; celles qui recou- 
vrent les grandes plumes pollérieures des aîles 6c de la queue , 
blanches par le bout. 

Frifch l'appelle Pinçon à poitrine rouge ou enf^nglantéc. Le 
haut de la tcte , dit-il , qui ell noir dans le mâle 6c la femelle, 

Kk 



ijS Histoire Naturelle 

les fait paroître comme ayant un bonnet noir. La femelle n*a pas 
la poitrine rouge , Se fcmble être d'une autre efpece. Avant qu'il 
mue pour la première fois , il fiffle ou gazouille quelques parties 
de fon chant , mais doucement. Il y a peu de perfonnes qui fâ- 
chent où il va faire Ces petits l'été. D'abord que le froid vient ^ il 
pafle dans d'autres contrées. Il mange de toutes fortes de baies ôc 
de grains ^ comme chenevis , millet , graine de rave , fruits de 
hêtre & d'autres femblables. Le mâle devient quelquefois en cage 
peu à peu d'un noir de charbon comme les Corbeaux. Quelques- 
uns attribuent cela au chenevis , quand on lui en donne conti- 
nuellement : il l'aime néanmoins tant qu'il le choifit parmi toute 
autre graine ; mais quand il mue , il reprend fa première couleur 
rouge. Dans les commencements qu'il eft enfermé , il faut lui 
mettre à manger fi abondamment qu'il marche deflus : autre- 
ment plufieurs meurent de faim , quoique ce ne foit pas un Oi- 
feau délicat. Il faut obferver cette règle de jetter à manger comme 
par monceaux à l'égard de quantité d'autres Oifeaux fauvages , 
quand on veut leur apprendre à manger, & les nourrir. D'ail- 
leurs c'eft de tous les Pinçons l'Oifeau le plus facile à apprivoifcr. 
Si l'on fait attention à fa grofleur , on en trouve de trois efpeces: 
mais il relie à faire un meilleur examen pour reconnoître (i cette 
différence eft accidentelle , ôc fi ce n'eft que le Pays , la bonne 
ou la mauvaife nourriture, qui en eft caule. Quand on veut ap- 
parier une Serine avec un de ces Pinçons à poitrine rouge , il faut 
en prendre la plus petite efpece. On paflera une année entière 
fans le lailFer approcher de la Serine, ni manger avec elle dans 
le même vaifTeau. C'eft la feule manière de les accoutumer l'un 
avec l'autre. 

Selon Olina , le Bouvreuil dit en Italien Cinfolotto , ou Mo- 
nach'ino , eft un très bel Oifeau ; il fait fon nid dans les haies , 6c 
pond quatre œufs d'une couvée. On peut le faire couver en cage, 
La femelle ne chante pas moins que le mâle; ce qui eft fmgulier. 
Il vit cinq à fix ans. 

On ne remarque point ici les variétés dont parle Frifch. Cet 
Oifeau refte chez nous toute l'année. On m'a apporté une fe- 
melle vivante, prife fur fon nid, oii il y avoit huit œufs. Je fus 
fâché qu'on eût pris une fi bonne pondeufe. Ordinairement il 
fait cinq à fix petits d'une couvée. Il aime à faire fon nid dans 
l'épine blanche. J'en ai trouvé un fur un frêne dans un bois 
taillis. On a dit que le Bouvreuil faifoit jufqu'à dix-huit petits 
à la fois ; ce qui efî très faux. Cet Oifeau eft allez rare dans l'Or- 
léanois. Son corps eft court 6c ramafîé ; d'où vient que quelques- 



DES Oiseaux. ij^ 

uns l'appellent Tapon. Il a dix-huit grandes plumes à chaque 
aîle -y la queue longue de deux doigts , &c conipoiée de douze 
plumes. 

Le Bouvreuil s'appelle en Provence une Pive ; en Berry une 
Pivane ; en Lorraine un Pion ou une Pione ; en Picardie Cho~ 
part ou Grojje Tête noire ; en Saintonge Pinçon d'Auvergne ; 
en Sologne Bœuf on Pinçon maillé ; en Anjou f^rai Bouvreuil ; 
en Baile-Normandie Bouvreux ou Bourgeonnier ; ailleurs Sif- 
fieur _, F tuteur , G routard , Bouvier ^ Pinçon rouge , Prêtre ; 
Perroquet de France _, EcoJJonneux , Ebourgeonneur ou Ebour- 
geonneux ; félon la nouvelle Mailon Ruftiquc , Bouvreur-Ebour- 
geonneux ; de fclon François Fortin dans les Rufcs innocentes , 
Rojfignot Moret ; à Paris Pivoine. Furetiere dit ta Pivoine j 
mais à tort ; il faut dire le Pivoine pour l'Oif eau , ècla Pivoine 
pour la Plante de ce nom. Or , félon Ménage , Pivoine dans la 
lignification d'un Oifeau a été fait de Pavonia _, à caufe de la 
reilemblance de cet Oileau à un Paon par le cou , par la poitrine 
& par le ventre. Cette étymologie ne paroît pas fondée. Il feroic 
peut-être plus naturel de dire que notre Bouvreuil a été appelle 
Pivoine à caufe de ù\ poitrine rouge , qui relFemble à la fleur de 
la Pivoine , dite en Latin Pœonia de Pœon , fameux Médecin 
Grec , qui le premier fit la découverte de cette Plante. Il y en a 
qui l'appellent une Civière ^ parce que fon gazouillement naturel 
eft rude comme le bruit que pourroit faire une roue de civière ou 
de brouette mal graiffée. 

7°. Le Bouvreuil d'Amérique , Rubicilla Americana , 
Guira Tirica Brajilienfibus Marcgravii ; Ray Synopf. Il eft de 
la grandeur de l'Alouette; il a le bec brun en deifus , blanc ou 
incarnat en defTous ^ les jambes cendrées; toute la tête , la gorge 
& la partie inférieure & moyenne du cou d'une couleur finguine 
exquife ; les yeux bleuâtres ; les côtés du cou , toute la poitrine 
&; le bas du ventre blancs; le cou noirâtre en dclFus, avec un peu 
de blanc mêlé parmi ; le dos & le commencement des aîles giis ; 
le refte noir, comme aulii la queue ; les bords latéraux des ailes 
blancs. On l'appelle Cardinal Dominicain. Il vient communé- 
ment de la Louifianc. 

8°. Le Bec-Croisé , Loxia , Ray Synopf Loxia feu Curvi- 
ro/?/-a,Charlct. Loxia rofiroforficato , Linn. On dit qu'il change 
par trois fois de couleur dans l'année; il a le bec recourbé des 
deux côtés , contre la règle de tous les autres Oifeaux , les mâ- 
choires fe croifant vers la fommité. V. PL iS. Fig. 4. C'eft 
un Oiieau très voracc ; il aime le chenevis de les amandes des 

Kkij 



i^o Histoire Naturelle 

pommes de fapin. On dit que d'un ou de deux coups de bec il 
fend lur le champ par la moitié une pomme entière, pour en 
manger les amandes. Il vient quelquefois, mais rarement en An- 
gleterre pendant l'automne ; il ne refte pourtant , ni ne fait fon 
iiid chez nous. 

Selon M. Linna:us , il habite en Suéde dans les forêts de fa- 
pins , fe nourriflant des pommes de fapin ; il commence par dé- 
tacher de l'arbre avec Ion bec les pommes autant qu'il en trouve ; 
J3uis il les prend chacune à part , les tenant à fes pieds comme 
fait le Perroquet ou l'Ecureuil ; &c en rompant chaque écaille 
avec les cifeaux de fon bec , il cherche les femences. Ce qu'il y a 
de fingulier , c'eft qu'il refTcmble parfaitement à une pomme de 
fapin pour la grandeur & la couleur ; enforte qu'il paroît par la 
ftruclure de Ion bec avoir été créé pour ne manger que les aman- 
des des pommes de fapin , quoiqu'il puifTe auiîi manger du che- 
nevis &c des baies de genièvre. La force de ce petit Oifeau eft 
admirable ; il abat en peu de temps &c aifément des morceaux de 
bois, gros comme le doigt. Il a auiîi la mâchoire fupérieure mo- 
bile , comme les Oifeaux du même genre ; la queue & les ailes 
cendrées ; les grandes plumes des aîles &c de la queue noires en 
dclTus ; la poitrine, les côtés du ventre , àc les lombes font jaunes 
dans la femelle , 6c fauves dans le mâle ; le ventre eft blanchâtre ; 
le dos & la tête font d'un gris-foufré dans la femelle , & fauve 
dans le mâle ; les deux mâchoires du bec pointues , obliques , 
avancées en croix ; & la langue entière. 

Cet Oifeau , dit Frifch , a été nommé Bec-Croifé ^ à caufe 
c|ue les deux pointes de fon bec étant recourbées l'une vers l'autre 
fe croifcnt , quand il le tient fermé : en plufieurs endroits il eft 
appelle Bec-Courbé ; bien entendu qu'on doit défigner par ce 
nom un petit Oifeau ; autrement ce nom lui feroit fort impro- 
pre , parce qu'il y en a plufieurs parmi les grands qui ont le bec 
courbé : ou bien il faudroit dire, Bec-courbé par en haut à par en 
bas ; car il n'y en a point d'autre qui l'ait de cette forte. Quel- 
ques-uns l'appellent le Perroquet d'Allemagne , parce qu'il fe 
fufpend par le bec dans fa cage , & qu'il eft rare qu'il grimpe 
autrement tout autour. Si cet Oifeau & le Pinçon à gros bec 
avoient un beau chant , il faudroit apparier ces deux efpeces , 
pour voir fi l'on en pourroit avoir des bâtards ; car ils s'accom- 
modent fort bien enfemble , à caufe de leur gros bec. Or la Na- 
ture a pourvu celui-ci de cette manière de bec , à caufe de fon 
aliment principal ; c'eft afin qu'il puifle enlever les écailles des 
pommes de fapin , & en tirer enfiiite plus commodément les 



DES Oiseaux. i6i 

pignons qui font dedans, pour les manger. Il met la partie courbe 
du deirous de Ion bec lous chaque écaille , &: la brife avec la 
partie courbe de deiKis. Dans quelques-uns de ces Oifeaux la 
pointe de la partie inférieure du bec va à la courbure d'en haut 
par la droite ; dans d'autres , c'eil par la gauche. Il fait fon nid 
dans le plus épais des branches du iapin, èc l'affermit avec de la 
poix. Sa manière de grimper , 6c Ion bec crochu font fort com- 
modes pour tirer cette poix de l'écorce de l'arbre. Quand ce nid 
eft tout couvert de neige, il ne s'humecle pas, ni ne fe dérange 
pas facilement de fa place. Ainfi cet Oifeau ne quitte plus notre 
Pays. Il couve dès le mois de Janvier ; car dans les mois de Février 
& de Mars on en prend de jeunes qu'on peut reconnoître comme 
tous les autres jeunes Oifeaux , à leur bec jaune. La couleur du 
maie , qui eft arrivé à fon dernier terme d'accroiflcment , eft 
rougeâtre , ou d'un vert mêlé de rouge : mais cette couleur rouge 
leur pafle comme aux Linotes, lorfqu'ils font en cage , 6c la cou- 
leur verte , qui eft la plus conftante dans les jeunes & dans les 
vieux , leur rcfte. Ils vivent long-temps en cage. On les nourrit 
de chenevis pilé ; èc cette graine contribue à leur faire pafter 
bien-tôt la couleur rouge. Comme fon chant n'eft pas beau, 6c 
que fa couleur fe paffe vite , on ne le prend guercs que pour le 
manger. Aulîî fa chair eft-elle d'un bon goût. L'Epervier &: le 
Faucon le prennent fort aifément , à caule de la lenteur de fon 
voJ, 

Aldrovandus dit qu'il eft nommé par quelques-uns Demi- 
Perroquet ^ parce qu'étant mis en cage il fe feit de fon bec pour 
grimper à la façon des Perroquets. Ce qui m'étonne le plus , 
ajoute-t-il , dans cet Oifeau , c'eft qu'il chante l'hiver , tandis 
que tout eft glacé de froid , & que les autres Oifeaux font muets. 
Au contraire l'été il ne dit mot , tandis que les autres chantent : 
or il chante affez joliment. Il eft commun en Allemagne & en 
Suéde. Quelquefois il en vient à foifon dans la partie occidentale 
de l'Angleterre, oii ils ravagent les jardins & les vergers , félon 
Willughhy. 

On dit qu'il en vient quelques-uns en hiver dans le Maine & 
en Anjou , avec la Corneille emmantclée , &c qu'on les y prend 
aifément fous le nom de Bouvreuil du Nord ou à^ Allemagne. Il 
ne vient jamais en Sologne ni dans l'Orléanois ; &; en effet il n'y 
a point affez de fapins pour l'y attirer. 

Pline avance que le Loxia fort de l'œuf par la queue ; ce qui 
paroît vraifemblable à Aldrovandus , parce que s'il fortoit ou 
éclofoit à la façon des autres Oifeaux , il en ferait empêché par 



z6^ Histoire Naturelle 

le croifement de Ion bec ; ou plutôt difons , ajoute ce dernier, 
qu'ii fort ainlî , parce que naillant prefque au milieu de l'iiiver , 
s'il iorcoit par la têce, la chaleur animale feroit fulFoquée par 
l'incicmence de l'air. Mais ce font là de pures imaginations. 

p°. Le Moineau franc, Paf/er dome/iicuslr^ii^ 03 {Stvon- 
thos ) , Ray Synopf. Fringilla rtmigïbus reclricibufque fufcis , 
gutâ nigrâ y tcmporibus fcrrug'ineis , Linn. Cet Oileau , affez 
connu de tout le monde par fon feul nom , eft de couleur de 
terre cuite. Le mâle a la tête d'un brun-cendré, le menton noir, 
& au deirus des yeux deux petites taches blanches des deux côtés. 
On le dit très lubrique , &: de courte vie. Il fe nourrit très volon- 
tiers de froment ; d'où vient qu'il fait du dégât parmi les moif- 
fons. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans les jardins 6c le 
long des maifons. Il a le dos de couleur de terre cuite-fale ; la 
tête blanchâtre en defTus ; la gorge noire ; le ventre blanchâtre ; 
les grandes plumes des ailes brunes ; la queue fourchue. Le mâle 
,ell brun auprès des oreilles , & la femelle y eft blanchâtre. 

Peut-être que le Moineau de montagne d'Aldrovandus n'eit 
.qu'une variété du Moineau domeftique. Voici la defcription qu'il 
en fait : Il a la tête d'un bai-brun ; le dos varié de pâle &. de noir ; 
le croupion d'un vert-cendré ; la gorge noire ; la poitrine & le 
bas du ventre blanchâtres ; les grandes plumes des aîles brunes, 
jaunâtres au bord extérieur, à peu-près égales ; les plumes de la 
queue , qui eft entière , font brunes ; les plumes qui recouvrent 
les ailes à double rang , font de la même couleur que les grandes 
plumes , à pointes blanches pour la plus grande partie ; il a les 
pieds pâles. 

Le Moineau de maifon , dit Frifch , fait fon nid trois fois l'an- 
née. Quand il eft jeune , on peut lui apprendre le cri de quelques 
Oifeaux, 6c quelque chofe du chant de ceux qui font auprès de 
lui. Comme cet Oifeau fe tient plus que les autres devant les 
hommes fur la terre &; dans les Villes, il eft aulu plus connu que 
les autres Oifeaux : mais il eft extrêmement incommode , parce 
qu'il fait tort aux grains auiîi-bien à la campagne que dans les 
granges & dans les greniers. Il fe multiplie beaucoup, & n'épar- 
gne pas les jardins. 11 eft nourri l'hiver t<. l'été par le même Père 
de famille , & il fait entendre fon cri importun depuis le com- 
mencement du printemps jufques dans le plus grand froid de 
l'hiver ; car il crie d'une manière particulière. Quand plufîeurs 
mâles pourfuivent une feule femelle, elle fe défend alors à grands 
coups de bec ; enforte que fouvcnt ils tombent par terre tout 



DES Oiseaux. 163 

étourdis , & que quelques-uns font pris par les Chats. Ils font 
toujours inappariés mâle & femelle ; car aulîî-tot que la femelle 
a fouffert l'accouplement de fon mâle , elle ne le fouffire plus. 
On peut cliiHnguer leurs cris quand ils s'accouplent pour pon- 
dre ; quand ils avertifTent leurs petits de ne pas fe faire entendre , 
de peur de fe découvrir ; e^uand ils voient près d'eux un ennemi , 
comme un Chat , un Oifeau de Proie , un Hibou ; quand ils 
volent par compagnie à la campagne ; quand ils marquent leur 
colère l'un contre l'autre , ou qu'ils fentent de la douleur. En 
plufieurs endroits on oblige les gens de la campagne à en livrer 
un certain nombre de têtes , afin qu'ils ne fe multiplient pas 
trop. Ils font rufés , &; ils remarquent bien-tôt tous \§§ pièges 
qu'on leur tend : ainfi il faut les laifTer tranquilles long-temps 
auparavant, lorfqu'on veut les prendre aux filets. Quelques-uns 
n'en veulent point manger , parce qu'ils penfent que ces Oifeaux 
tombent du mal caduc : d'autres en mangent , mais ils leur ôtent 
la tête. C'eft une imagination fans fondement. Le Moineau eft 
gras , quand il eft jeune , 8c qu'il ne cherche pas encore à s'ac- 
coupler ; car alors fa cupidité lafcivc ne le laillb pas croître. 

Le Moineau d'arbres, ajoute Frifch , n'a pas d'autre différence 
du Moineau de Maifons , que de refter dans les buiftons fe dans 
les arbres. Il fait fon nid dans les trous d'arbres de jardin & de 
bois ; il ne fe multiplie pas beaucoup, parce qu'il a plus d'enne- 
mis dans les bois , & plus d'incommodités à fouffrir ; car on le 
trouve fouvent pendant le froid mort dans les trous d'arbres. Il 
n'a qu'un cri, qui eft encore différent de celui des Moineaux qui 
vivent dans les maifons. Ceux qui effayent de fiire des bâtards 
des Oifeaux , affurent qu'il s'apparie auiîî avec la Serine de Ca- 
naries. 

Les Moineaux marchent en fautillant. Ils s'emparent quelque- 
fois des nids d'Hirondelles à cul-blanc. Ils font deux ou trois 
couvées par an. Il y a de ces Oifeaux tout blancs. Ils font très 
lafcifs. Aldrovandus dit en avoir vu un qui en moins d'une heure 
cocha vingt fois fa femelle , étant prêt à la cocher davantage, fi 
elle n'avoit pas changé de place. On a dit il y a long-temps , que 
les mâles ne vivoient que deux ans. Scaliger croit cette opinion 
vraifemblablc; car , félon lui, on cherche peu à en prendre; on 
en prend réellement fort peu ; ils font très féconds , &; néan- 
moins la quantité n'en eft pas grande. Aldrovandus leur donne 
jufqu'à quatre ans de vie , vu que les Pigeons , tout lafcifs qu'ils 
font , vivent jufqu'à feize ans &C plus. Ce qu'il y a de certain , 
c'eft qu'on a vu des Moineaux , tant mâles que femelles , vivre 



i<j4- Histoire Naturelle 

en cage pendant huit ans. Richcict die, d'après Olina , que le 
Moineau vit neuf à dix ans. Les jeunes Moineaux font fort aifés 
à apprivoifer , èc allez amufants. On met contre les maifons des 
pots , qu'on appelle ici Pots à pajje , pour que les Moineaux y 
FalFent leur nid. Le Moineau fait un grand dégât de Mouches à 
miel , fur-tout quand il a des petits. On l'accufe auffi de faire du 
ravage dans les colombiers, parce qu'il tue les Pigeonneaux , en 
leur crevant le gézier avec fon bec , pour manger le grain qui 
eft dedans. En Beauce il fait volontiers fon nid dans les puits. 

Le Moineau domeftique ou de maifons s'appelle en Italien 
Pajjara ou Pajfera nojirale ; en Anglois the Houfe-Sparrow ; en 
Suédois Graojparf ; en Allemand ^S/'^r/z/z^ ou ^'^û/:^. Schv enk- 
feld dérive le mot Latin PaJJer \ padendo ^ parce qu'il tombe du 
mal caduc. Laurent Joubert dit aulîi qu'on appelle le mal caduc 
en Gafcogne, Lou mau de Las PaJJeras , c'cft -à-dire , le mal des 
Moineaux ou Pallereaux, parce qu'ils y fontfujets. On nomme 
cet Oifeau en Provence Pajferon ; en Saintonge Paffiere ; en 
Guyenne un PaJJ'erat ; en Languedoc un Parât ; en Picardie un 
Pierrot on Moinet ; à Paris un Pierrot ; à Nantes Pai£e ou PaiJ^ 
ferelle ; en Baffe-Normandie Grand ou Gros Pillery ou Guille- 
ry ; ailleurs MoiJJon ou Mouijfon ^ Moucet , Paijje ^ PaJJe ou 
PaffereaUj gros Moineau , Moineau commun ou ordinaire y franc 
Moineau ou Moineau franc. On diloit autrefois Moinel pour 
Moineau. Quant au mot de Moineau f A vient, félon Belon, de 
Moine y parce que fa couleur grife &: enfumée le fait relFembler 
à plufîeurs Moines. Pierre Borel le fait venir du mot Grec Msi'oV 
( Monos ) Solitaire ; d'où vient aulîi , félon lui , le mot de Moine. 
M. l'Abbé Prévoft , dans fon Manuel Lexique , eft de ce dernier 
fentiment. Moineau, dit-il, eft le nom d'un petit Oifeau gris 
fort commun en France : on a remarqué que les Moineaux vivent 
neuf à dix ans ; & comme l'Ecriture leur donne le nom de Soli- 
taires .^ il paroît que Moineau vient comme Moine du mot Grec 
qui lignifie Seul. 

Outre le Moineau domeftique , Aldrovandus repréfente & 
décrit feize efpeces de Moineaux , oîi font compris les Aioineaux 
des Indesd longue queue _, le Moineau a lafoulcie ou a collier àe. 
Belon , le Moineau de montagne , & le fuivant. 

io°. Le Moineau friquet , Paffer pufillus. in juglandibus 
degens Bellonii y Friguet Gallis diclus y omnium minimus , Ray 
Synopf. Ray fe contente de le nommer fans en donner aucune 
dcfcription. Frifch n'en dit rien , non plus que Meilleurs Lin- 
nxus & Klein. Apparemment que cet Oifeau fi comm.un en 

France 



DES Oiseaux: i6y 

France ne fe trouve ni en Allemagne ni en Suéde , ni même en 
Angleterre. Il y en a qui le coniondent avec le Pajj'era Maitu- 
gia d'Olina, qui eft le Païfcr ftuLuis bvnonicnfium , le Pallercau 
fou des Italiens : mais ils ic trompent ; car ce dernier a tout le 
corps d'une couleur jaunâtre , femé par-tout de taches rouills 
oblongucs , qui delcendent de haut en bas. 

Notre Aioineau Friquet a cinq pouces de longueur, depuis le 
bout du bec juiqu'.iu bout de la queue , & le bec droit, un peu 
gros, noir, long d'un doigt ; tout le dellus de la tête roux ; le 
deflus du cou C^ des épaules mêlé de fauve & de noir, avec 
deux raies tranlverfales blanchâtres , féparées d'un travers de 
doigt à chaque aile ; le dos & la queue un peu fauves j la queue 
longue de deux pouces, compofée de douze plumes égales ; le 
menton & la gorge noirs, bordés de blanc ; la poitrine un peu 
roufsâtre fur les cotés ; le ventre & l'entre-deux des cullFes blan- 
châtres ; les jambes fines , blondes , de même que les doigts &; 
les ongles, qui font pointus, mais médiocrement crochus; les 
ailes courtes , qui n'excèdent gueres la naiiïance de la queue ; 
chaque aile compofée de dix-huit grandes plumes ; le vol de 
fept pouces 6c demi. 

Le Friquet paflc pour être le plus petit des Moineaux ; il a un 
naturel moins féroce que le gros Moineau , & il n'aime pas tant 
à fe battre. Il vit comme lui de grains & de légumes. Le mâle eft 
moins aifé à diftinguer de la ieiiTeile , que dans la première ef- 
pecc. Il a auili beaucoup d'amour pour fes petits , 6c un tempéra- 
ment fort chaud, cochant fa femelle cent fois en une heure, fî 
l'on en croit certains Obfervateurs. Voilà pourquoi il ne vit pas 
long-temps : cependant Gybcrt Longolius dit que le Moineau 
Friquet Vit plus long-temps que le Moineau franc , dont la na- 
ture eft plus lubrique. On ne fe donne gueres la peine d'élever 
fes petits , parce qu'ils font moins dociles que ceux du Moineau 
franc ; car ces derniers le font au deiïus de tous les autres Oi- 
feaux ; de forte qu'ils répondent à la voix de celui qui les appelle, 
& qu'on en a vu revenir d'une lieue loin. Il fait fon nid dans les 
creux des arbres , notamment dans le noyer & dans les faulcs , 
mais fur-tout dans les crevaftcs ou lézardes des vieilles murailles. 
Comme il eft plus petit & plus foible que le Moineau domcfti- 
que,il n'ofefe mêler parmi les bandes de Francs-Moineaux. Il eft 
alî'ez rufé, &. ne le lailfe pas prendre aifément. Il refte chez nous 
toute l'année, &:il réfifte aux hivers les plus violents. 

On l'appelle en Guyenne un Tchouet ; en Provence PaJJeron. 
de muraille y en Saintongc Pajfierc folk ; ailleurs Moineau de 



z66 Histoire Naturelle 

mur ou de muraille y petit Moineau j Moineau fauvage , Moineau. 
de noyer , petit Pa£ereau ou PaJJeteau ; en Anjou PaiJ/e de 
faule i à Nantes le Saulet ; à Paris Friquet ou Friguet , Moi- 
neau Friquet ; à Orléans Pétrat ou Péirac , bc par corruption 
Poitrat y ou Pitrar félon Cotgrave , qui dit formellement que 
c'eft un mot Orléanois. Or , félon Ménage , Friguet ou Friquet 
vient de Fntillus _, cornet à jouer aux dez , peut-être à caufe de 
fon mouvement. Mais cette étymologie ne vaut rien. On l'ap- 
pelle Friquet à Paris , & en BafTe-Nrmandie petit Pillery ou 
Guillery y à caufe de fon cri. Quant au mot Pétrat ou Pétrar , il 
vient, l'uivant toutes \q^s apparences , de Petra , pierre , à caufe 
qu'il niche dans les pierres ou dans les murailles. On dit prover- 
bialement à Orléans , gai comme un Pajjaeau. 

1 1°. Le Pinçon commun , Fringilla , Ray Synopf. Fringilla 
artubus nigris , remigibus utrinque albis , tribus primis im.macu- 
latis j reclricibus duabus oblique albis y Linn. Il eft tant foit peu 
plus petit qu'un Moineau ; il a la queue aflez longue. Le mâle 
a la tête bleuâtre ; mais ce qui eft contigu aux narines eft noirâ- 
tre ; le dos roux , avec un mélange de cendré ou de vert; la poi- 
trine rougeâtre ; le ventre blanchâtre fous la queue. Il fait fon nid 
dans les haies, & il eft très commun chez nous en Angleterre, 

Selon M. LinUcXus , il habite par-tout en Suéde _, faifant fon 
nid dans des arbrifteaux. La femelle s'en va l'hiver, mais le mâle 
refte. Il difFere de la femelle par fa poitrine rougeâtre; il a le bec 
plombé ; la tête blanchâtre ; la partie poftérieure du dos d'un 
cendré-vert , &: l'antérieure grife ; le tour àcs yeux , la gorge, la 
poitrine ôi les côtés tannés ; le cou ceint de la même couleur 
rougeâtre ; les ailes noires , avec une triple tache blanche , la 
première au pli de l'aile , la féconde au milieu des plumes qui 
font en recouvrement, & la troifieme , qui eft la plus petite, aux 
grandes plumes des ailes au deflous de la précédente ; les plumes 
des ailes en recouvrement noires , avec les extrémités blanches , 
comme elles le font à la bafe ; toutes les grandes plumes des ailes 
noirâtres, mais blanches au côté intérieur , principalement vers 
la bafe; toutes, à l'exception des trois premières, marquées d'une 
tache blanche vers la bafe au côté extérieur ; les plumes du fécond 
ordre marquées auffi au cote extérieur d'une ligne blanche ou 
jaunâtre au delFus du mùlieu ; les plumes de la queue prcfque 
égales , noires , dont les deux extérieures ont une tache oblique 
blanche, plus grande à la dernière plume; mais la paire du mi- 
lieu eft cendrée. 

La femelle a le bec plombé ; tout le corps d'un cendré-verdâtre 



DES Oiseaux. iG-j 

en deiïiis , blanchâtre en deflous \ les grandes plumes des aîles 
noirâtres ; toutes , excepté les trois premières , blanches des deux 
côtés à la bafe , Se blanchâtres au bord intérieur ; la queue four- 
chue ; les plumes de la queue noirâtres , dont la paire du milieu 
efb verdâtre ; mais les deux dernières ont vers le bout une tache 
blanche oblique en forme de coin. Dans ces plumes , l'extérieure 
eft la plus grande. 

Frilch l'appelle Pinçon de hêtre. Le nom Allemand de Finck , 
dit-il , lui a été donné de Ion cri , qui eil Pinck ou Binck. C'eft 
de-là auffi que dans la baffe Latinité il a été nommé Pincio , 
en François Pinçon _, ôc en Bohémien Penkena. Nous y avons 
ajouté ici le mot de hêtre , parce que plufieurs le nomment ainfi, 
ôc que fon cri ne fufîit pas pour le diftinguer ; car la Mélange 
charbonnière a prefque le même cri ; ce qui la fait appeller Mé- 
fange-P inçon. Ordinairement on le nomme feulement P/;zcc>;7, 
fans addition : mais il eft nommé ici Pinçon de hêtre , parce qu'il 
aime à le cacher dans cet arbre. Quand la glandée va bien , 5c 
qu'on y chalFe les Cochons pour les engrailler, les Pinçons volent 
cil les Cochons ont fouillé ôc mangé , parce qu'ils y trouvent 
toujours quelque chofe pour leur nourriture. Lorlquc cet Oifcaii 
craint l'orage ou la pluie , il a un certain cri que quelques-uns 
nomment en Allemand Schircke. Son chant eft court ; il n'a 
qu'environ douze notes compofécs de trois parties. La conclu- 
fîon de fon chant eft ce qu'il a de plus beau. Il imite quelque- 
fois en cage le chant du Roffignol , & celui du Serin de Cana- 
ries. Dans les bois il fait fon nid un peu haut : mais dans les jar- 
dins il le fait quelquefois à la hauteur d'un homme , entre les 
branches épaiifes des pommiers; de façon néanmoins qu'on pafle 
fouvent auprès fans l'appercevoir. Quand le Pinçon voit que 
rOifeau de Proie vient à lui , il a une manière particulière de 
lui échapper : il replie fa tête fous fon corps , préfente & étend 
fa queue tout droit en haut. Alors l'Oifeau de Proie ne le re- 
connoît plus bien , ou s'il le prend , il ne fiifit dans fes ferres 
que les plumes de fa queue. En cage on le nourrit avec du che- 
nevis ou de la graine de chardon ; il aime à fe baigner. Lorfqu'il 
eft encore jeune, on peut i'apprivoifer de manière qu'en certain 
temps de l'année il s'en va 8c revient. Quand on veut en avoir 
des bâtards , il n'en faut mettre qu'une paire ou deux dans une 
chambre ; car ils font fort jaloux , £c ils fc pourfuivent l'un l'autre. 
Après la Saint Michel , le Pinçon s'en va dans d'autres Pays où 
la neige ne l'empêche pas de chercher fa nourriture. Il en refte 

Ll ij 



i68 Histoire Naturelle 

pourtant plufîcurs chez nous pendant l'hiver , & ils viennent 
dans les Villages devant les granges , avec les Moineaux 6c les 
Bruans. Leur recour eft dans le mois de Mars; ôc ce qui prouve 
qu'ils viennent alors du Nord , c'eft qu'ils ont fouvent avec eux 
des Pinçons blancs. 

Selon Willughby , le Pinçon ne pefe pas une once en tout ; fa 
queue eft fourchue ; il a dix-huit grandes plumes à chaque aîle ; 
la queue longue de deux doigts èc demi , compofée de douze 
plumes. 

Le Pinçon fait cinq ou fix petits d'une couvée , & fon nid eft 
un chef-d'œuvre. Olina dit qu'il pond quatre à cinq œufs ; qu'il 
eft (ujet à devenir aveugle ; qu'il vit fcpt ou huit ans ; que la fe- 
melle a la tête plus petite, & qu'elle eft moins colorée que le 
mâle , particulièrement à la poitrine. Selon lui , le Pinçon coure 
& menu chante mieux qu'un autre plus long & plus gros. 

Cet Oifeau eft fort gai , 8c annonce des premiers le retour du 
printemps. Son chant ell alFcz plaifant , &; lelon M. Eckard , ci- 
devant Commandant des PrifonniersHollandois à Orléans, on 
diftingue dans les Pays-Bas cinq à fix fortes de Pinçons qui ont 
chacun des tons & des phrafes plus ou moins longues ; & en 
Hollande on va les prendre au loin , comme l'on fait ici pour les 
Rolîignols. 

Belon dit d'après Ariftote, que le Pinçon cherche en hiver les 
lieux froids ^ & en été les lieux chauds : mais Aldrovandus ii'eft 
pas tout-à-fait de cet avis. Il veut bien croire que le Pinçon aime 
le froid , mais un froid modéré; car on remarque c|ue quand l'hi- 
ver couvre la terre de glace & de neige, il s'en trouve il incom- 
modé qu'à peine peut-il voler, &; que quelquefois il fe lailTe 
prendre à la main. Le même Auteur ajoute que le Pinçon eft un 
Oifeau de pallage , & qu'excepté quelques-uns qui reftcnt dans 
l'Italie, les autres fe retirent, à ce que l'on croit , en SullFe vers 
la fin de l'hiver , pour revenir enfuite par bandes dans l'automne. 
En France nous ne remarquons point que les Pinçons tant mâles 
que femelles fallent de pareilles tranfmigrations. 

Le Pinçon s'appelle en Italien Fringuello ; en Anglois thc 
Ckaffinck ; en Suédois Fincke ou Bofinck ; en Provence Quinçon. 
ou Quinfon ; en Guyenne Pinçard ; en Picardie Pinchard; ea 
Normandie Pinchon ou Glaumet ; ailleurs Grinfon, GuinfonovL 
Frinfon, félon Cotgrave ; à Orléans MV\.Huit ^nn Pichot, un 
Guignât y & communément un Riche-Prieur ; tous noms qui 
viennent de fon chant, ou du Latin Pincio, félon le GlofTaire de; 



DES Oiseaux; ^6<) 

Duc.iiïge : cependant Belon dérive Pinçon de pincer , parce qu'il 
pince quelquefois les doigts jufqu'au iang.Il y en a qui appelienc 
la femelle une Pinçonne. 

1 2°. Le Pinçon de montagne , Ftingilla montana feu Mon- 
tifringilla y O'pocTr'iO^^ Arijlotelis ( Orofpizè ), RaySynopf Frin- 
gllla hy berna , Klein. Fringilla alarum bajifubtusflavijjlma, Linn , 
Il a le delFus du corps jufqu'au milieu du dos de la couleur d'un 
Etourneau , d'un noir luilant , avec les bords des plumes roux- 
cendrés ; le bas du dos autour du croupion , blanc ; la gorge d'un 
jaune-roux; la poitrine blanche; les plumes derrière l'anus rouf- 
sâtres ; le plumage fous la baie ou le pli de l'aile, d'un très beau 
jaune, orangé en delTus ; les grandes plumes des ailes noires, 
marquées d'une tache blanche ; le bec noir. Il a le poids 6c la 
grandeur du précédent. 

Selon M. Linnorus , il habile en Suéde dans les bois d'érables. 
Le mâle eft noir en dellus , ayant les bords des plumes tannés- 
fales ; le bas du ventre blanc ; la poitrine fauve-tannée ou oran- 
gée , comme auffi la bafe des ailes en dehors , laquelle eft d'un 
jaune très foncé en deiïbus; le deffous de l'anus tanné-fale ; les 
grandes plumes des ailes noires , avec un bord extérieur blan- 
châtre , dont la quatrième ôc les fuivantes font à moitié blanches 
vers la bafe au côté extérieur ; les plumes de la queue font noires ; 
mais il y en a onze de blanches au côté ou bord extérieur, fur- 
tout vers la bafe ; le doigt de derrière eft à peine plus long que 
celui du milieu. 

La femelle eft brune où le mâle eft blanchâtre , & elle eft cen- 
drée oii il eft roux; elle eft encore d'une couleur jaunâtre-gaie 
fous la bafe de l'aile , mais d'une couleur tannée-fale derrière 
l'anus ; les plumes de la queue ^ des ailes font femblables à celles 
du mâle. 

Frifch l'appelle auflî Pinçon de montagne. On n'a , dit-il , que 
peu de connoiflanccs à donner de ce Pinçon. Son cri le fait nom- 
mer le T rembleur à.2.\\s le Marquifat de Brandebourg, îl lait fou- 
vent fon cri tremblant , ôc même bien avant dans la nuit. On ne 
lui a pas encore reconnu d'autre chant en Allemagne : peut-être 
en a-t-il un plus beau quand il fiit fcs petits. Comme c'eft des 
montagnes qu'il commence à venir chez nous en automne , 
qu'il eft toujours avec les Pinçons, & que d'ailleurs il s'en va dans 
les montagnes du Nord &: clans d'autres , nous lui avons donné 
le nom de Pinçon de montagne , qu'il a auffi chez d'autres Peuples, 
& qu'on a préféré à plulîeurs autres. La première année c^ue les 



i-jo Histoire Naturelle 

jeunes maies viennent chez nous , ils ne font pas fi noirs , & 
n'ont pas un fi beau jaune fous les aîles que quand ils reviennent 
dans la fuite. La chair de cet Oifeau eft un peu amere , & il elt 
connu pour avoir cette amertume , parce qu'on en prend plus 
que de quantité d'autres Oifeaux. Lorique quelques-uns pafl'ent 
l'hiver chez nous , ils s'en vont au premier printemps ; car ils ne 
font pas leur nid chez nous , autant que nous en avons l'expé- 
rience. 

Le Pinçon de montagne vient de même en France l'autom- 
ne ^ &c s'en va aulîi-tôt après l'hiver. On l'cftime pour Ion plu- 
mage ; mais en cage il ne dit prefque rien. On remarque feule- 
ment qu'il imite quelquefois les cris des autres Oifeaux, princi- 
palement des Moineaux ; ce qui ne lui donne aucun agrément. 
Scion Olina , c'eft un Oifeau de pallage qui vient en Italie dans 
le froid; fa nourriture eft du panis 6c du chenevis ; il vit quatre 
ou cinq ans ; fon chant eft court & peu diftincl. Cet Oifeau fe 
voit aftez rarement dans la Campagne de Rome. 

On le nomme en Italien Fringucllo montano ; en Allemand 
Tannen-Finck ; en Anglois tke Bramble ou Brambiing _, ou 
Mountain Finch ; en Suédois Norrquint ; en Savoie Quinçon d& 
montagne ; en Sologne Ardennet ou Pinçon des Ardennes ; à 
Paris Pinçon d' Ardenne ; ailleurs Pinçon de montagne ^ Pinçon 
snontain ou Montan j quelquefois même Paijje ou Moineau de 
bois , félon Belon ; à Orléans & dans les environs Pichot mon- 
dain ou Pichot de mer. François Fortin , dans fes Rules innocen- 
tes j l'appelle Ebourgeonneau ou Pinçon d'Artois. 

13°. Le GRAND Pinçon DE montagne , Montifringilla 
calcaribus A laud £ ^(cn major , Ray Synopf. Il égale en grandeur 
l'Alouette commune ; il a le fommet de la tête d'un fauve ou 
d'un brun-roufsârre , prefque châtain ; le deflus du cou , la poi- 
trine , le croupion & les cotés aulli roufsatres ; le refte du dellbus 
du corps blanc; le delTus du corps joliment bigarré de noir & de 
roux-cendré , le milieu de chaque plume étant noir , &: les côtés 
d'un cendré-roux ; le deflfus des aîles 6c le bas du dos plus rouf- 
satres ; les aîles noires , avec une tache blanche ou un large ef- 
pace blanc au milieu ; le bec jaune, noirâtre au bout; les pieds 
& les ongles très noirs , dont le poftérieur eft fort long comme 
dans les Alouettes ; cC cette feule marque fuffit pour fa diftinc- 
tion. 

Cet Oifeau fe rencontre, mais rarement , dans nos montagnes 
feptentrionales d'Angleterre. M. Willughby en a tué un dans le 



DES Oiseaux. z-ji 

territoire de Lincoln. On en prend une affez grande quantité 
près d'Yorck dans le fort de l'hiver. 

M. Linn^us dit qu'il habite fur les rivages & dans les plaines 
de Scanie, oii les Habitants l'appellent 5iod?/aerc^a, c'eiL-à-dire, 
Alouette de neige. Selon lui , il eft très femblable à l'Alouette de 
neige ou de Lapponie _, mais plus petit & d'une couleur plus 
teftacée , comme eft cette Alouette en été ; il en diffère pour 
le lieu. Airifî , ajoute M. Linna:us, je propofe à d'autres ce même 
Oifcau pour l'examiner plus à fond ; ce n'eft peut-être qu'une 
Tariété de l'Alouette de neige que j'appelle Alauda remigibus 
albis _, primoribus extrorfhm n'igris , reclncibiis nigns , laterali- 
bus tribus albis. Jean Lèche établit que c'eft la même efpece que 
la précédente Alouette. 

Nous ne connoiflons point cette forte de Pinçon ou d'Alouette 
dans ce Pays-ci, 

14°. Le Cardinal pouRPRE-FONcÉ.Satête,foncou &tout 
fon corps font d'un pourpre-foncé & brillant ou luftré ; le dos 
feulement eft plus foncé encore , & eft proprement noir-pour- 
pré ; la queue Se les ailes font d'un noir de velours. On le trouve 
à Caïenne. 

1 5°. Le ToucNAM-CouRRi a le deiTus de la tête jonquille ; 
tout le corps en deffus jaune , jafpé de brun ; les joues ôc la gorge 
brunes; le bas du cou & la poitrine jaunes ; le ventre & les jam- 
bes font d'un blanc-falc. Cet Oifeau vient des Philippines. 

Le nid de cet Oifeau eft des plus curieux , tant pour la forme 
que pour l'utilité qui en réfulte. Il eft de joncs &: de nervures de 
feuilles très artiftement entrelacées : fa longueur eft d'environ 
deux pieds , formée en cylindre de près de deux pouces de 
diamètre dans la partie fupérieure & inférieure. Amefurequ'il 
approche du milieu, la partie fupérieure va en s'élargiflant, 
cnforte que fon milieu a plus de quatre pouces de diamètre, ou 
d'un pied de circonférence ; ce qui diminue en proportion à 
mefure qu'il s'éloigne du milieu pour gagner la partie inférieure, 
imitant aftez un fufeau de Fileufe ou une cornemufc. La partie 
fupérieure par laquelle il eft fufpendu embraffe fortement l'ex- 
trémité d'une branche de palmier à la longueur d'environ cinq 
pouces ; le milieu ou le ventre contient dans fa capacité un petit 
fabot ou panier formé du même jonc que les parois avec lefquels 
il fait corps , & dont il occupe intérieurement la moitié. Ce lit 
cil rOifeau dépofe fes œufs , eft comme un bénitier appliqué 
contre un mur , ou mieux encore un panier à faire couver des 



272, Histoire Naturelle 

Pigeons. Il entre èc fort par la partie inférieure , qui eft un Canal 
toujours de même matière, long de cinq à i\x pouces , large de 
deux de diamètre environ à Ion oritice , èc s'élargiflant à mefure 
qu'il monte vers le milieu. 11 paroît évident que cet Oileau n'ayant 
plus le jeu des ailes lorfqu'il entre dans Ton nid, y monte en grim- 
pant. Sa couvée par ce moyen clt à couvert des Serpents &c autres 
reptiles, qui ne p^cuvent pénétrer dans l'intérieur du nid , &: des 
Singes , qui ne peuvent arriver jufqu'à lui , attendu la louplefle 
des feuilles auxquelles il eft lufpendu. 

16". Le Cardinal des Philippines ala tête, le cou & tout 
le dclîous du corps rouge, èc les aîles olive, jafpées de noir; quel- 
ques-uns n'ont de rouge que jufqu'à la poitrine ; le ventre eft 
blanc-falc. Peut-être eft-ce la dilierence des âges qui fait cette 
variété. 

17°. Le Gros-bec du Cap de Bonne-Espérance eft gros 
comme une Alouette : fa tête , tout le deflous de fon corps , la 
partie fupérieure du dos, &c la queue font d'un noir - velouté ; 
ion croupion eft jonquille, ôc fes aîles jafpées d'olive &: de noir. 
K PL ic,.Fig. î. 

18°. Le Gros-bec du Canada a tout le defTus du corps 
jafpé de brun-blanc &; rouge-cerile , & en deflous tout couleur 
de cerife ; le bec très gros èc cendré. La femelle n'a point de 
rouge. Cet Oifeau en Canada eft connu fous le nom de Bon-' 
vrcuiL 




S^ 






CHAPITRE 



DES Oiseaux. 173 



CHAPITRE SEIZIEME. 

Des petits Oifeaux du B refît qui ont de t affinité 
avec le Moineau o\xle Pinçon, 

1°. Le Tijepiranga , Tijepiranga fecundafpecies Marcgra^ 
vii y Ray Synopf. Il ell de la grandeur du Moineau ; il a le plu- 
mage par tout le corps d'un cendré-bleuâtre ; les ailes appro- 
chantes en quelque forte de la couleur de vert de mer; blanchâtre 
fous le ventre ; les jambes, & le bec qui eft femblable à celui du 
Pinçon , font cendrés, 

z°. Le GuiRANHEEMGATU , Guimnheemgatu Marcgravii , 
Ray Synopf II eil de la grandeur du Moineau ; il a le dcflus de 
la tête 6c la gorge jaunes; le refte du deilous du corps jaune; les 
aîles bariolées de verdcître , de jaune & de brun ; les jambes 
brunes: il chante fort bien, de même que le Pinçon. Ces Oi- 
feaux pourroient fe rapporter aux Moineaux, comme nous les y 
avons rapportés dans rOrnithologic de M. de Willughby. 

3°. Le Sayacu , Sayacu Brafiiunfibus Marcgravii , Ray Sy- 
nopf. Il eft de la grandeur du Pinçon ; il eft par tout le corps 
d'une couleur mêlée de cendré &: de vert de mer, luifante fur le 
dos ; il a le bec & les yeux noirs. 

4°. Le GuiR APEREA , Guiraperea Brajïlienjlbus Marcgravii , 
Ray Synopf II eft de la grandeur d'une Alouette ; il a le bec 
court , un peu gros , noirâtre ; le dcflus du corps & le bas du 
ventre obfcurément jaunes ; le refte du deftbus du corps noir; la 
queue & les aîles brunes ou noirâtres, d'un vert de mer à l'ex- 
trémité latérale ; les pieds d'un cendré-obfcur. 

5°. LeTijEGUACU , Tijeguacu Paroara Brafilienfibus Marc- 
gravii y Ray Synopf II eft de la grandeur d'une AlouetffiË; il a le 
bec court, gros , brun , blanchâtre en delfous ; le deflfus de la 
tête, la gorge & le bas du cou fanguins dans le mâle, jaunes 
dans la femelle, mais piquetés de finguin ; le refte du deflus du 
corps cendré ; les plumes des aîles & de la queue brunes à bords 
blanchâtres ; les côtés du cou ôc le deilous du corps blancs ; les 
pieds bruns. 

Mm 



174 Histoire Naturelle 

6°. Le Chardonneret, Cardudis^ an Xçt;ffoAi/Tç«ç ( Cliryfo- 
mitrês ) Ariftotelis ? Axai/Vç ( Acanthis ) rtcendonbus Grxcis , 
Ray Synopf. Fringilla Jovis _, Klein. Fringilla rcmigibus antror- 
fum luteis _, extima immaculata ^ rcclricwus duabus extimis toto 
rd'iquifque apice albis ^ Linn. Il a le bec de figure conique , 
blanchâtre ; il eft plus petit qu'un Moineau. Il a le fommet de la 
tête noir ; les mâchoires blanches ; le derrière de la tête auffi 
blanchâtre ; une large ligne noire , qui allant du fommet de la 
tête prefque jufqu'au cou , termine la blancheur ; la bafe du bec 
entourée d'un anneau écarlate ; une marque noire qui s'étend 
des deux cotés depuis les yeux jufqu'au bec ; le cou &: la partie 
antérieure du dos d'un roux-fauve ou cendré ; le croupion , la 
poitrine & les côtés de la même couleur , mais plus claire; le 
ventre blanc ; les ailes ôc la queue noires ; cependant les bouts 
des principales plumes font blancs aux aîles 6c à la queue; les 
ailes ornées d'une très belle marque jaune tranfverfale ; ce qui a 
mérité à cet Oifeau le nom de Porte-mitre d'or. Il fe nourrit l'hi- 
ver de graines de chardons. 

Cet Oifeau blanchit quelquefois. Il en eft un à qui il ne refte 
que quelques plumes jaunes aux ailes , &; dont tout le refte eft 
blanc , quoiqu'il ait été de la couleur ordinaire pendant plufieurs 
années. V. PL \<).Fig. i. 

Selon M. Linnxus, il habite en Suéde dans les genévrieres; 
il a le bec blanchâtre à pointe noire ; la tête près du bec fangui- 
ne ; le fommet de la tête noir ; les tempes teftacées ; les aîles 
noires , avec les extrémités blanches , & une grande tache jaune 
tranfverfale au milieu de chaque aile ; les grandes plumes des 
aîles noires, dont la première eft toute noire ; les fuivantes , de- 
puis deux julqu'à dix, noires , jaunes antérieurement ; & les 
autres , depuis onze jufqu'à treize, blanches antérieurement; les 
plumes de la queue noires , dont la dernière des deux côtés eft 
blanche au milieu , &; les autres blanches parle bout- 

Frifch le nomme Pinçon de chardons. Cet Oifeau , dit-il , a été 
nommé Pinçon de Chardons , à caufe qu'il mange les graines des 
têtes d^ chardons , quoiqu'il en mange encore d'autres. C'eft 
pour cela qu'on l'a nommé aulîi Chardonneret en François , Se 
en Latiii x^c-duelis. Ordinairement on l'appelle en Allemand 
Stieglif^ ou Diefiel-Finck _, à caufe des chardons piquants fur 
Icfqucls il fc plaît. Il chante en cage d'une voix perçante qui le 
fait diftinguer de tous les autres Oifeaux ; il chante même en 
hiver dans un Poêle. Le Serin de Canaries s'apparie volontiers 
avec le Chardonneret , 5i ils font des petits enfcmble. On peut le 



DES Oiseaux. z-j$ 

nourrir long-temps avec du chenevis ; mais quand il a été en- 
fermé pendant quelques années, il eft fujetau mal caduc; parce 
que le chenevis l'engraifle, & excite en lui l'envie de s'accoupler. 
Le Chardonneret vole auUi fur le grand tréfile, ôc en mange la 
graine ; ce qui l'a fait nommer par quelques-uns le Trefflitr. Il 
va becqueter les têtes de pavot pour en tirer la graine , de même 
que celle de la laitue. Il fait Ion nid fur les arbres , fur-tout 
dans les lieux oii il y a beaucoup de chardons & de diverics 
fortes de graines qui tombent fur terre après l'hiver , ou qui 
relient dans leurs enveloppes fur de vieilles tiges. Le mal caduc 
lui vient fouvent d'un tort petit Ver qu'il a dans la cuilFe. Ce 
Ver eft quelquefois très long , angulaire , & logé entre la peau 
& la chair. Quelquefois le Ver fort de lui-même dehors , en fai- 
fanr une ouverture ; quelquefois l'Cit-au l'en tire avec Ion bec , 
quand il peut le faifu-. 

Le Chardonneret s'apprivoife bien vîte; il apprend à tirer fon 
eau, ou à laurer iur une roue dans fr cage , à y monter & à en 
delcendre en volant. Ce n'eil pas d'aujourd'hui qu'on alfujettit 
les petits Oileaux à la galère pour l'amulement. Cardan en fait 
mention dans fon Traité de Karietate Rerum. On prend , dit- 
il , un Chardonneret qu'on attache par un fil à un dcmxi-ccrcle 
de boiS tiché dans une planche de miroir, mettant au deilbusun 
autre demi-cercle plus grand , pour qu'il puilTe monter & def- 
cendre. On iufpend deux petits féaux au demi-cercle d'en haut; 
dans l'un on met le manger , &. dans l'autre le bon-e ; de forte 
que l'un ne fauroit baiffer fans tirer l'autre en haut. On admire 
l'induftrie de l'Oifeau , qui jufques-là n'avoit pas eu beloin de 
faire cette manœuvre pour vivre. 

Selon Willughby , le Chardonneret pefe une demi-once ; il a 
fix doigts & demi de longueur, & le vol de neuf doigts un quart; 
la queue longue de deux doigts , &: compofce de douze plumes. 

Le Chardonneret peut vivre jufqu'à vingt ans. Selon Olina , 
il vit dix à quinze ans , fuivant la fanté qu'il a naturellement, èc 
le foin qu'on en prend. Cardan fait mention d'un Chardonneret 
qui vécut treize ans , èc Jonfton dit qu'on en a vu un <à Mayence 
qui avoit vingt-trois ans palTés , à qui l'on rognoit tous les ans 
le bec Se les ongles, afin qu'il pût manger & boire. Cet Oi/eau 
chante en tout temps , mais fur-tout lorfqu'il fent approcher 
d'autres Chardonnerets. Ils volent par bandes en automne &: ca 
hiver , quelquefois jufqu'à près de deux mille. On diftingue le 
mâle d'avec la femelle, en ce qu'il a le tour du bec àc les épaules 
noires ; au-lieu que la femelle a le tour du bec &: les épaules 

M m ij 



ijS Histoire Naturelle 

brunes. Bclon dit qu'il fait communément huit petits , & qu'il 
place fon nid dans les buiirons ôc les épines , quelquefois fur un 
arbre dans un bois taillis ; Si cela trois fois l'an , en Mai , en Juin 
& en Août. Mais nous n'avons pas remarqué que cet Oifcau fût 
Il fécond. Son nid cft petit , rond ôc fait dans la dernière per- 
fed:ion ; il ne contient pour l'ordinaire que cinq à fix œufs. Si 
l'on prend au trébuchet le père & la mère , pour les mettre en 
cage avec leurs petits , ils deviennent fur le champ familiers , 
oublient leur captivité , & ne fongent qu'à élever leurs petits 
Comme s'ils jouiiïbient d'une pleine liberté. Enfin le Chardon- 
neret efl un charmant Oifeau qui mérite d'être compté parmi les 
Oifcaux de la plus rare beauté. On en a vu de tout noirs fans 
aucune tache. 

Nos Oifeleurs Orléanois diftinguent de quatre fortes de Char- 
donnerets; favoir.> i°. le Quatrain ^ qui n'a que quatre plumer 
blanches à la queue ; i°. le Sixain j qui en a fix , 6c qui étant 
Je plus gros de tous , efb le feul propre à apparier avec une Se- 
rine ; 3°. le Ken-pré , qui a du vert au gros de l'aîle ; 4°. le Char- 
bonnier j qui a la barbe noire ; c'eft le plus petit de tous. Il a le 
corps plus gris , mais il eft le plus plein de chant. Il y a même 
des gens qui en admettent une cinquième forte , qu'ils appellent 
des Huitains , lefqucls ont huit plumes blanches à la queue. 
Tous ces différents Chardonnerets fe trouvent dans le même 
nid; les Sixains font les plus eftimés ; après les Sixains font les 
Quatrains ; puis les Deux. Le nombre pair défigne le mâle. 

J'ai vu à Paris un joli Mulet forti d'un Chardonneret & d'une 
Serine , lequel chantoit prefque continuellement , & avoit un 
chant fi femblable à celui du Roitelet commun , que les gens les 
plus attentifs auroient pu s'y tromper, s'il avoit eu un peu moins 
de force. 

Le Chardonneret s'appelle en Italien Cardello 3 Cardellino oa 
Carduello ; en Anglois the Gold-Finch ou Thijile-Finch , c'eft-à- 
dire , Pinçon doré ou Pinçon de chardons i en Suédois Stiglit^a; 
en Provence une Cardaline ; en Périgord un Cardelino ; en 
Guyenne un Cardinal; en Savoie Charderaulat ; ailleurs Char- 
donnet , Chardcronnet ^ Chardonneau, Chardrier ; en Picardie un 
Cadoreu. On nomme Grifet un jeune Chardonneret qui eft 
encore gris , & qui n'a pas encore pris fon rouge ni fon jaune- 
vif Il y en a qui appellent la femelle une Chardonnerette ou Char- 
donnette. 

7°. Autre forte de Chardonneret , Cardueli Congener Aldro- 
vandi j Ray Synopf II cft plus grand que notre Chardonneret; 



DES Oiseaux. 177 

il a le bec entouré d'une petite bande de couleur fafFranée ; les 
ailes plus noires que dans les autres ; 6l ce qu'il y a de jaune en 
eux , eft prefque pâle dans celui-ci. C'eft peut-être quelque ef- 
pece bâtarde. 

S°, L'AcATECHiCHiCTLi , AcatechicJiiclli feu Avis confricans 
fc ad arundines Hernand. , Ray Synopf. Il eft un peu plus petit 
que le Chardonneret , d'un brun-verdâtre en defliis, d'un blanc- 
pâle en delTous ; il chante comme notre Chardonneret , ôc ufe 
d'aliments femblables. 

9°. Le Co2,TOTOTL , Co\tototl feu Avis pallida Mexicana 
Hernand. , Rav Synopf. Il eft de la o-randeur d'un Serin de Ca- 
nanes , tout jaune , excepte néanmoins les extrémités des ailes , 
qui font noires. Il imite le Chardonneret pour le chant. 

10°. L'EvÊQUE eft un Moineau de Caïenne plus gros que le 
Pinçon ; fa tête, fon cou £c tout le dclTous de fon corps font d'un 
gris-bleuâtre , ainfi que le delTus ; le pli de l'aîle tire fur le vio- 
let ; l'aîle eft noire d'un coté , bleue de l'autre , nuancée de vert. 
Il a la queue d'un bleu-foncé. J^. PL 19. Fig. 3. 

1 1°. Le AIoiNEAu DE NEIGE fc trouvc dans la Norwege & le 
Canada : fa tête eft gris-cendré ; fon dos gris-jafpé de brun; le 
defliis de la queue bc une partie de l'aîle font noirs , & tout le 
defTous du corps eft d'un blanc de neige. Il eft de la grofleur du 
Moineau ordinaire. 

1 2°. Le Pape , Moineau de la Louifiane , a la tête & le cou ' 
bleus ; le tour des yeux rouge ; le dos verdâtre ; tout le delTous 
du corps rouge ; l'aîle brune , recouverte de violet , la queue 
brune. La femelle , qui reflemble à celle d'un Moineau-franc , 
n'a point de rouge. 

13°. Le Cardinal du Brésil eft un peu plus gros que le 
Moineau-franc ; fes ailes &: fa queue font noires ; tout le refte 
du corps eft du plus beau rouge-ponceau ; le dos feulement eft 
plus foncé que la poitrine. Il n'eft pas huppé ; la bafe de Ion bec 
inférieur eft blanche. 

L'Afrique offre auifi plufîeurs Gros-becs fort intéreffants par 
leur variété. 

14°. Le Gros-bec noir à poitrine couleur de feu. CetOifeau 
a le delTus de la tête 6c du cou jaune : il eft noir dans le refte du 
corps. Il eft gros comme le Pinçon Royal, a la queue longue, & 
le bec gros & court comme le Bouvreuil : d'autres le placent, 
peut-être plus vraifemblablcment, parmi les Pies-Griechcs. 

15°. Le Gros-bec rouge, qu'on peut appellcr Cardinal , a 
le devant de la tête noir ; les ailes mêlées de noir &; de gris-fale : 
la partie inférieure de la poitrine 6c le ventre noirs ; tout le refte 



i-j% Histoire Naturelle 

du corps defTus ôc delîous , la tête ôc la queue , font d'un rouge- 
vif; fon bec ell un peu plus pointu par l'extrémité que celui du 
Bouvreuil. Il eft gros comme le Moineau ordinaire. 

1 6°. Le Gros-bec gris-perlé. Il eft gros comme le Roitelet; 
fa tête & le defTus de fon corps font noirs \ le delTous eft brun, 
mêlé vers les cuilTes II la queue, de blanc & de noir, qui font une 
jafpure fort agréable. Tous ces Oifeaux vivent de grain , ôc ont 
un ramage que l'art rend mélodieux- 

17°. Le Gros-bec noir. Celui-ci, gros comme un RoiTîgnol, 
eft tout noir ; le noir de la têcc & de la poitrine paroît velouté ; 
celui des ailes eft mêlé d'un peu de brun ; la partie fupérieure de 
fon dos eft jaune-foncé ; fa queue eft auili longue que fon corps ; 
les plumes qui la compofent augmentent par gradation ; enforte 
que celles du milieu font d'un tiers plus longues que les exté- 
rieures ; fon iris eft d'un jaune-foncé ; il a les ongles noirs Sc 
longs. On trouve ces quatre Gros-becs dans le Royaume de Juda 
en Afrique , & quelquefois au Sénégal. 



CHAPITRE DIX-SEPTIEME. 
JDcs plus petits Oifeaux à gros bec. 

lES marques caraibériftiqucs de la Linote font , 1°. la gran- 
deur au delîous des Pincions ; 1°. la couleu'" variée de cendré 8>C 
de brun ; 3". la queue un peu fourchue ; 4°. les dernières plumes 
de la queue blanches, feulement aux bords; 5°. le chant très 
doux. 

1°. La LiNOTE coMMV^E y Linaria vulgaris y Ray Synopf. 
Elle a la tête bigarrée de cendré & de noir; le dos mêlé de noir 
& de roux ; la poitrine blanchâtre ; le bas du ventre jaunâtre 
autour de l'anus ; la région du jabot ou le bas de la gorge d'un 
très beau rouge , avec des franges de plumes jaunes , ou d'un 
jaune roux. Elle fe nourrit de graine de lin , d'où vient fon nom ; 
comme aufli de chenevis , de graine de chardon , d'alpifte &C de 
millet , d'où vient que quelques-uns l'appellent en Latin Milia" 
ria. La couleur de fes pieds eft d'un brun-foncé ou noirâtre. 

Medieurs Linnccus èc Klein ne font aucune mention de la 
Linote commune , comme ii elle ne fe trouvoit ni en Suéde ni 
çn Allemagne. Cependant Frifch l'appelle Linote à gorge rouge. 



DES Oiseaux. 2.79 

Scion lui , quelques Allemands la nomment auffi Pinçon de lin. 
Cefb la plus belle de toutes les Linotes ; elle apprend à liffler des 
clianfons , & peut imiter le ton du flageolet, [a] On trouve ion 
nid dans les genévriers & dans d'autres arbrilTeaux, ou dans des 
builTons ; elle préfère le chenevis à toute autre mangeaille : mais 
quand on veut la conferver long-temps , il faut lui donner de la 
graine de rave , ou de la farine d'avoine. Le chenevis l'engraiflc 
trop , ôc la graine de pavot la rend bien-tôt aveugle. Qu'on lui 
donne ce qu'on voudra , elle ne conferve pas long-temps fa cou- 
leur rouge en cage ; cette couleur diminue èc devient jaune. La 
Linote aime à fe baigner , ou à répandre du lable fur elle ; elle 
dégorge à fes petits la nourriture dans le gozier , comme quan- 
tité d'Oifeaux qui fe nourriflent de grains. Ceux qui fe plaifenc 
à tirer des bâtards des Oifeaux , peuvent avoir un plaiiir fingu- 
lier dans ceux de notre Linote à gorge ou à poitrine rouge. On 
l'apparie avec une Serine blanche quand on l'a bien apprjvoifée , 
& de telle forte qu'elle s'envole hors de la chambre & revienne. 
La Serine fait enfuite fon nid dans un buiflon ou dans un ar- 
briiîeau du voifinage , & ramené les petits qu'elle a eus de la Li- 
note mâle devant les fenêtres. Ces bâtards ont la couleur blanche 
de la mère , & quelques taches rouges du père, principalement 
fur la tête. Ces petits font d'une très grande beauté pour leur 
couleur blanche. 

Nous voyons quelquefois dans ce Pays-ci des Linotes blan- 
ches , comme l'on y voit des Perdrix blanches , des Moineaux 
blancs , & même des Merles blancs. M. Cahu , Médecin à Ro- 
morentin. Capitale de la Sologne, m'a écrit un fait particulier 
à ce fu jet, par une lettre en date du 26 Septembre 1752. Je vou- 
drois , dit-il , avoir à ma difpofition deux Linotes d'un plumage 
fîngulier, qu'un Curé de mes amis poifede ; ce feroit un préfent 
que je ne diflxrerois pas à vous faire. Au mois de Juin dernier il 
prit dans fon jardin un nid de Linote , oii il en vit une blanche 
comme la neige, parmi quatre autres d'un plumage ordinaire. 
Vous pouvez bien croire qu'il mit tous fes foins à l'élever , & il 
y réullit ; elle vit encore fans la moindre tache dans fon pkuna- 
ge, ayant le bec rougeâtre & les yeux rouges. Sur la fin du mois 
de Juillet, il prit encore le nid du même pcrc &: de la même mcre 
à moins de quatre pas de diftance du lieu où avoir été le pre- 
mier , 6c il y trouva encore une Linote blanche , à la différence 

{a) La Linote imite difficilement le ton du flageolet, & d'Iiabilcs Oifcleurs m'ont a/Turé 
n'avoir pu xéu^n à en inftruire avec cet inftrumcnt : mais en réconipcufc elle apprend fort 
biea à la bouchç. 



iSo Histoire Naturelle 

que cette dernière a un petit fer à cheval à la gorge de couleur 
aurore , & la tête piquetée de même. 

Selon Willughby , qui compte quatre efpeces de Linotcs , la 
Linote commune pclc une once ; ùi longueur eft d'un demi-pied, 
&c Ton vol de dix doigts ; clic a le bec long d'un demi-doigt , ôc 
la langue comme tranchée. Olina dit que la Linote vit cinq à fix 
ans ; mais Willughby allure avoir vu une Linote qui avoit été 
nourrie en cage au moins pendant quatorze ans , fans montrer 
encore aucun ligne de langueur ni de vieillcfTe : auffi n'eil-il pas 
rare d'en voir de quatorze , de feize , de dix-huit ans. Or il n'eft 
pas douteux que ces Oifeaux jouiil'ant de leur liberté , & s'exer- 
çant à chercher leur vie, doivent vivre beaucoup plus long-temps 
qu'étant enfermés dans des cages. Le même Auteur remarque 
que le chenevis rend les Oifeaux qui s'en nourriiTent fi gras, qu'il 
les fait mourir , ou leur ote la gaieté du chant. 

La Linote a la voiX fort douce, &c elle eft très docile: mais 
il y a du choix à faire. A Paris ôc à Orléans on n'eftime que la Li- 
note de vigne , & nullement la Linote de bois. Il y a pourtant 
des Amateurs qui préfèrent celle des bois comme étant plus forte 
èc ayant la poitrine plus rouge que celle de vigne. D'autres per- 
ionnes trouvent cette diftinclion allez inutile , vu que les Linotes 
élevées à la brochette n'ont point la poitrine rouge comme celles 
de la campagne , & que d'ailleurs la Linote de vigne ne fait pas 
une efpece particulière différente de la Linote de bois. En effet, 
on ne connoit gucres dans ce Pays-ci qu'une efpece de Linote, 
qu'on nomme tantôt Linote de vigne , & tantôt Linote de bois, 
fuivant les lieux qu'elle habite. Se oii elle fait fon nid. Cependai:ic 
nos Oifcleurs Orléanois diftinguent de quatre fortes de Lino- 
tes ; favoir , i°. la grande Linote blonde , qui a la poitrine d'un 
rouge-pâle; elle approche du Bruant pour la grandeur, s'élève 
très ailément à la brochette, & fait fon nid plus volontiers dans 
les bruyères , dans les bois taillis & dans les haies , que par-tout 
ailleurs, mais elle chante mal; i°. \-x petite Linote roujje , dite 
proprement Linote de vigne , parce qu'elle aime à y faire fon 
nid ; elle a la poitrine d'un rouge- vif ; elle chante le mieux de 
toutes , mais elle elt difficile à élever ; 3°. la petite Linote grife , 
qui a auiîi du rouge à la poitrine , mais un rouge-pale comme la 
grande Linote blonde ; elle s'élève aifément, fie chante mieux 
que la première , mais moins bien que la leconde ; 4^. enfin la 
petite Linote de pajjage , dite vulgairement Raguenet ^ qui vient 
ici avec le Tarin ; elle a le dcffus de la tête rouge , mais elle cft 
&ffez rare , 6c chante mal. Ce qu'il y a de certain , c'eft qu'en 

hiver 



DES Oiseaux. i8i 

Biver nous ne voyons ici qu'une feule efpece de Linote. On en 
prend alors par milliers, quand la terre eit couverte de neige ; elles 
l'ont maigres, d'égale grofl'eur , ôc le mâle a la poitrine marquée 
d'un rouge-pâle qui elt bien difîerent de ces points rouges-vifs 
qu'on y remarque dans les trois autres faifons. 

La Linote aime beaucoup la graine de loleil , & l'on prétend 
qu'il n'y a rien au dellus de cette graine pour la rendre privée & 
familière. Elle fait un nid fort propre , & qui approche de celui 
du Pinçon ou du Chardonneret; elle pond d'une couvée cinq à 
fîx œufs d'un blanc de lait , femés de taches roulTcs-bruncs. 

La Linote s'appelle en Italien Faganello ou Fanello ; en An- 
glois the common Laine f^ en Allemand H.aenff,ing ; en Auvergne 
Linette^ èc par corruption Z^^/ze^rt^ comme en Berry ; en Guyenne 
Ninone i en Picardie & en Normandie un Lïnot ^ comme auffi en 
Anjou & au Maine. La Linote , dit Belon, a été ainfi nommée 
ou pour la lemence du lin , dont elle a la couleur , ou pour 
ce qu'elle le mange en herbe. D'autres aiment mieux faire venir 
fon nom du mot Laine ^ 6c dire Lainote , d'autant qu'elle rem- 
bourre fort bien fon nid de laine. C'eft à celle-ci , ajoute Belon, 
que nous nous arrêtons. Jules Scaliger a fuivi l'opinion de ceux 
qui ont cru que la Linote avoit été ainlî appcllée à caufe qu'elle 
vit de graine de lin ; & le favant Abbé Ménage eft du même 
avis. D'autres enfin penient que la Linote a pris fon nom, ou 
de ce qu'elle vit de lin , ou de ce qu'elle habite dans les linieres. 
Selon M. l'Abbé Prevoft dans fon Manuel Lexique , Linot eft le 
nom d'un petit Oifeau dont le chant naturel eft fort agréable ; 
on le nourrit en cage , & on lui apprend facilement à fiftîcr avec 
une juftefTe & une douceur admirable. La femelle fe nomme 
Linote. On dit proverbialement d'un homme de peu defens, que 
c'eft une tête de Linot. Le Linot ovi la Linote eft un Oifeau, die 
de Brieux , qui a la tête fort petite ; & ceux qui l'ont telle ont 
ordinairement peu de cervelle & d'efprit. On appelle en Anjou 
les Linotes à gorge rouge des Alarfoleaux _, du mois de Mars 
auquel elles naifTent ; on y appelle du même nom les Cochons 
qui font nés en ce mois là , félon Ménasie. 

i". La GRANDE Linote rouge , Linaria rubra major ^ Ray 
Synopf. Fringilld remigibus nigris , primoribus margine utroque. 
albis , reclricibus nigris utroque margine albis , Linn. Elle eft un 
peu plus petite que la précédente, & remarquable par la couleur 
rouge , quoique moins éclatante , du lommct de fa tête. Sa poi- 
trine eft teinte de couleur rougeâtre. 

Selon M. Linnarus, elle habite en Suéde dans les bois taiîuJj, 

Nu 



iSi Histoire Naturelle 

elle a la tête cendrée ; le dos gris ; le corps pâle en deflous ; Iîc 
poitrine &C le fommet de la tête fanguinolents dans le mâle ; les- 
grandes plumes des aîles noires , dont les neuf premières font 
blanches par les deux bords , & celles du fécond ordre brunes à 
leur bord ^Intérieur , & blanches par le bout ; la queue fourchue; 
les plumes de la queue noires , blanches aux deux bords , excepté 
iîx qui font brunes par le bord. La femelle n'a point de tache 
fanguinc au fommet de la tête , ni à la poitrine. 

M. Klein dit que c'cll un Oifeau très connu. Nous ne le con- 
noillons pourtant point dans ce Pays-ci. Frifch l'appelle Linote 
h. tête rouge. Cette Linote, dit-il , relfemble à la Linote à poitrine 
rouge ; mais elle ell: plus petite , èc ne chante pas. Le rouge de la 
Linote à poitrine rouge ell: plus exquis fur la poitrine que lur fa 
tête, & celui de la notre l'cll; plus (ur la tête que fur la poitrine. 
La couleur de fes côtés a quelque chofe d'approchant de celle du 
Tarin ; c'eil: pour cette raifon qu'on la nomme aulîi ailleurs le 
Tarin de mer ; car clic ell: étrangère chez nous , & l'on croit 
qu'elle vient d'au-delà de la mer. Elle arrive feulement une fois 
au bout de quelques années ; c'eft en automme dans les mois 
d'Octobre &: de Novembre , &: elle s'en va dans les mois de Jan- 
vier &; de Février. Ces Linotcs font dans ces temps-là rafTem- 
blécs en fi grande quantité , qu'on en prend cent ou plus à la 
fois. Quand on n'a aucun de ces Oifeaux à leur donner pour 
amorce , on peut fe fervir du Tarin. On peut auffi les prendre 
avec des gluaux. Notre Linote s'apprivoife comme le Tarin 6c le 
Serin, & on les apparie enfemble pour avoir des bâtards. 

3°. La PETITE Linote rouge, Linaria rubra minor , Ray 
Synopf Fringilla remigibus reclricibufque fufcis margine obfoletè 
pallido , Litura alarum albida y Linn. Elle eft plus petite que la 
précédente ; elle a le devant de la tête orné d'une couleur de 
vermillon luifintc. Elle diflere de la précédente, i°. en ce qu'elle 
eft plus petite, comme nous venons de le dire; 2°. en ce qu'elle 
a le bec plus petit & plus pointu ; 3°. en ce que la femelle a quel- 
que rapport avec le mâle par la couleur rouge du fommet de la 
tête ; au-lieu que la femelle de l'efpece précédente n'a point cette 
marque ; 4°. en ce que fes pieds font plus noirs ; 5°. en ce que 
les bords des plumes de la queue font nlus étroitement blanchâ- 
tres ; G°. en ce que les plumes des ailes du fécond ordre font 
blanchâtres , & qu'elles forment une ligne blanche tranfverfale 
aux aîles ; enfin 7°. en ce que cet Oifeau va par troupes , & non 
pas l'autre. 

Selon M. Linnxus , elle habite en Suéde dans les aunaies. Le 



DES Oiseaux. 185 

mâle diffère de la femelle par fa poitrine & par le fommec de fa 
tête de couleur fanguine ; il a le corps cendré , tirant fur le brun 
èc le blanc paflé ou fale ; le front de couleur écarlate luifante ; 
les grandes plumes de la queue brunes, à bord pâle Se terne; les 
grandes plumes des aîles font brunes , à bord extérieur pâle ôc 
terne ; les plumes qui lont en recouvrement forment une raie 
tranlverfale blanchâtre aux ailes. 

Cette efpece de Linote le trouve en Sologne ; elles arrivent par 
bandes en automne , & s'en vont au premier printemps ; elle eft 
pleine de chant, mais d'un chant qui n'a rien de gracieux. A Paris 
les Oiieliers du Quai de la Vieille Ferraille l'appellent dibaret 
ou Boutc-en-train j à Orléans Raguenet. C'eft apparemment le 
Picaveret de Belon , d'après lequel le Dictionnaire de Trévoux 
dit que c'eft un Oifeau fi femblable à la Linote , qu'il eft prefque 
impollible de le d'ftinguer. On l'appelle en Anglois the LeJ]er 
Red-Headed Linntt^ c'ei'c-à-dire , petite Linote a tête rouge ; en 
Allemand Zit^cherlcin ; en Suédois Graofiska. 

4°. La Linote de montagne , Z/;7arza OTO/zm/za , Ray Sy- 
nopf Linariafdra ,faxatilis , Klein. Elle eft plus grande du dou- 
ble que la précédente ; elle a le bec lemblable , c'elt-à-dire , beau- 
coup plus petit à proportion du corps que celle de la féconde 
efpece ; fa couleur eft celle de la Linote commune ; le croupion 
feulement brille d'une très belle couleur de vermillon ; elle a la 
queue fort longue ; les bords de toutes fes plumes, tant intérieurs 
qu'extérieurs, blancs, excepté les deux du milieu. 

M. Linnarus n'en dit rien , parce qu'elle ne fe trouve point eil 
Suéde. M. Klein dit qu'elle n'a point de rouge , & qu'au-rcfte 
elle eft totalement femblable à la grande Linote rouge. Selon 
lui , elles chantent toutes les deux par excellence , &: font éga- 
lement dociles au flageolet, quoique M. Zorn, dans une Lettre 
à M. Bruckmann , touchant les Oifeaux d'Allemagne , prérende 
montrer qu'il n'y a qu'une feule efpece de Linote. La Linote 
rouge a le fommet de la tête &; la poitrine rouges comme l'écar- 
late; mais la Linote de montagne n'a point ce rouge ; ôc cette 
dernière , ajoute M. Klein, furpafte à mon gré la première poul- 
ie chant. 

Frifch ne parle point de la Linote de montagne ; car il n'y a 
pas d'apparence que ce foit celle qu'il appelle Linote a gorge jau- 
nâtre ^^ qu'il dit être l'cfpece la plus commune en Allemagne , 
mais qui eft paflagcrc , & qui n'a point de chant qu'on puille 
entendre en cage. C'eft encore moins celle qu'il novnmc Linote 
grife. Cette dernière , dit-il, apprend à filïlcr toutes fortes d'airs 

Nnij 



184 Histoire Naturelle 

proportionnés à fon gozicr , comme la Linote à poitrine rouge; 
mais elle ne le fait pas avec tant d'agrément. On pourroit Toup- 
çonner que c'cft une Linote à poitrine rouge , dont la couleur 
rouge eft oalTéc : mais il n'y a point d'Oifeau qui perde fcs belles 
couleurs , tandis qu'il eft en liberté ; c'cft feulement quand il eft 
enfermé. De-plus , lorfque la Linote à poitrine rouge perd fa 
Couleur , elle ne la perd pas entièrement ; elle ne fait que devenir 
jaunâtre , 3c il refte toujours des traces où elle étoit rouge : mais 
on ne trouve rien de femblablc à la Linote grilc. C'eft eiïeiStive- 
mcnt une autre efpece qu'on voit plus louvcnt que les autres ; 
car elle fait fon nid èc chante dans les jardins. C'eft principale- 
ment fur le foir qu'elle fait entendre fon chant ; èc par-là il en 
eft plus agréable , parce que les Oifeaux qui chantent ne le font 
point pour la plupart dans ce temps-là. On la prend avec les 
Pinçons &c d'autres Linotes en automne &C au printemps. Elle 
s'en va de même & revient : mais on la revoit de fort bonne 
heuie. 

5°. Le Serin vert d'Europe , Spinus five Ligurhius Aldro- 
vandi , Ray Synopf. Fr'ingilla remiglbiis nicdio Luteis , primis 
quatuor immaculatis , rtclricibus duabus extimis ^reliquifque apice 
albis y Linn. Il a la tête noire, le delTus du corps vert; cependant 
\çs tuyaux des plumes noirciftent au dos ; le croupion eft d'un 
vert-jaunâtre ; la gorge & la poitrine ont la même couleur , mais 
plus pâle ; il a le ventre blanc ; les plumes jaunâtres fous la 
queue , piquetées de taches brunes oblongues le long de la tige; 
les aîles marquées d'une plaque tranfverfale jaune. On le nourrit 
dans les cages pour fon chant ; les deux plumes du milieu de la, 
queue font noires ; & les autres font plus d'à-moitié d'un très 
beau jaune, avec des fommités noires. 

Selon M. LinUcXus , il habite en Suéde dans les genévrieres. Il 
a le corps cendré- jaune en deftus ; de forte que toutes les plumes 
font cendrées intérieurement , & jaunes extérieurement , avec 
une tache noirâtre ; le corps cendré-blanc en deftbus , avec une 
tache noirâtre à chaque plume; la gorge d'un blanc-jaunâtre; 
les grandes plumes des aîles noires, jaunes antérieurement autour 
de la bafe, & blanchâtres poftéricurement ; puis une tache jaune 
à l'aile , mais les quatre premières plumes font toutes noires ; X^ts 
plumes de la queue font jaunes , avec des extrémités noires, mais 
toutes les dernières de chaque côté ^ & les deux du milieu font 
toutes noires. 

On ne connoît point dans l'Orléanois cette forte de Serin, 
que les Anglois appellent tke. Siskin , &; les Suédois Siska ou 



DES Oiseaux. iSj 

Groenfiska. Frifch n'en fait aucune mention , non plus que M. 
Klein. 

6°. Le Serin de Canaries , Pajfer Cananenfts , Ray Sy- 
nopf. Pajfer Canarius , Klein. FringiLla roflro corporeque albi- 
cante ^ rcclncibus remigibufqud virefcentibus , Linn. 11 ell: de la 
grandeur de la Méfange commune ; il a le bec blanc , petit , 
pointu ; les pennes des ailes Se de la queue toutes vertes. Il ap- 
proche beaucoup du précédent & du Tarin, fînon qu'il eft un 
peu plus grand. Le mâle dificre de la femelle , en ce qu'il a la 
poitrine , le ventre & la partie lupérieure de la tête qui avoiiine 
le bec, plus jaunes. 

M. Linnxus dit qu'il habite dans les Ifles Canaries ou Fortu- 
nées ; qu'on l'élevé en cage, quoiqu'étranger d'origine par rap- 
port à nous , & qu'il fe nourrit d'alpifte & de chenevis. 

Selon Frifch , le Serin de Canaries cft en eftime parmi nous , 
quoiqu'il ne foit ni dans nos champs ni dans nos bois. Il a tant 
de rapport avec les petits Oifeaux à gros bec , qu'on peut avoir 
des bâtards de la plupart d'entr'eux avec lui ; car la Serine eit 
ici comme le cuivre entre les métaux ; c'efb une véritable Vénus. 
Julqu'ici il n'y a point d'Oifeau étranger en Allemagne qui foit 
plus connu par-là. Comme le Serin eft venu des Ifles Canaries en 
Europe, on lui a donné en Allemand le nom à'Oifeau de Ca- 
naries ; èc le plaifir qu'il a à manger du fucre des Canaries , eft 
encore une preuve qu'il en vient. 11 y a en Italie une efpece d'Oi- 
feau qui eft celle qui approche de plus près de celle des Serins de 
Canaries, & qu'on appelle en Allemand //nv/z^w///. Sa forme,- 
fa couleur , fon aliment, & même fon chant, font les mêmes 
que ceux du Serin de Canaries. Il y a feulement cette différence , 
que fon chant n'eft ni fi beau ni iî clair, & qu'il a le corps un peu 
plus petit. Cela fait que quelques-uns doutent avec raifon li en 
appariant le Serin d'Italie avec celui de Canaries , les petits feront 
mulets ou inféconds ; car s'ils ne font différents que par les cir- 
conftances extérieures , & nullement en efpece , ils doivent auffi 
s'apparier fans violence. Les couleurs les plus ordinaires des Se- 
rins de Canaries font, i°. d'être auili verdàtres que le Tarin; 
2°. d'un jaune parfaitement citron ; 3°. entièrement blanchâ- 
tres ; 4°. variés ou panachés , & fur-tout brunâtres ; 5°. de ref- 
fembler aux bâtards du Chardonneret. 

Le Serin pond cinq à fix œufs d'une couvée. Ordinairement 
c'eft la temclle qui fe charge feule de la couvailon , & le mâle, 
quand il eft bon , a foin de lui porter à manger ; car il y en a qui 
ne prennent pas ce foin ; de forte que la femelle eft obligée de 



iS6 Histoire Naturelle 

quitter Ton nid de temps à autre pour ficnter 6c pour prendre de .^ 
la nourrituix. Il n'cil: prclquc point de Pays en Europe où l'on ne 
fe tallb un amufemcnt des Icrnis. Non-feulement on les fait cou- 
ver enfemble mâle &L lemelle dans des volières , mais on les ac- 
couple encore avec d'autres Oileaux d'un genre approchant, 
pour en tirer des bâtards qu'on nomme vulgairement des Adulées. 
Ces Mulets ont pour l'ordmaire la tête &c la queue du père , Se le 
corps de la mère ; mais ils font tous inféconds , félon Fri(ch. M. 
Carraud m'a afluré avoir vu à Orléans une Serine grife qui 
s'étoit échappée de fa volière, s'accoupler avec un Moineau , ôC 
faire dans un pot à palFc fa couvée , qu'elle amena à bien. J'ai va 
a Paris un Chat qui tous les matins, à l'ordre de fa Maîtrelfc, 
miauloit pour appcller le Serin qu'elle avoit accoutumé à ce ma- 
nège ; on ouvroit la cage, & le Serin voloit fur la tête du Chat, 
où il chantoit a gorge déployée; puis le Chat baiiolt l'Oileau , 
& l'on donnoit à déjeuner à l'un &; à l'autre. Les Amateurs de 
Serins ont obfervé que la femelle pond toujours Ion œuf fur les 
iix heures du matin, &c jamais au-delà de lept heures , à moins 
qu'elle ne foit malade , ou que l'œuf ne puilTe fortir à caufe de fa 
groffeur , ou parce qu'il eft fans coque , comme il arrive quel- 
quefois ; èc alors il faut lui aider à accoucher ; ce qui fait un ac- 
couchement laborieux. Ils ont pareillement remarqué que les 
petits éclofent à la même heure que les œufs ont été pondus. Le 
Serin a la voix tort claire ; il chante admirablement bien , ôC 
, fcs phrafes font très longues; il eft extrêmement familier, ôc 
ijjuand on l'inftruit dans la plus tendre jeunelFe il apprend aifé- 
ment des airs de flageolet 6c de Serinette, qu'on ell charmé de 
lui entendre répéter. 

Selon Olina , le Serin vit depuis dix jufqu'à quinze ans, fi l'on 
çn a bien foin. On en a vu vivre jufqu'à dix-huit ans. 

Les ïfles Canaries font les mêmes que les Anciens connoifToient 
fous le nom dlfles Fortunées. Les Efpagnols en font préfente- 
ment les maîtres. Il s'y fait un commerce confidérable de Serins, 
qui du nom de ces Ifles où ils fe trouvent en quantité ont pris 
celui de Serins de Canaries ; & c'eft à caufe de ce commerce que 
les Habitants cultivent l'orzy^//^ ou Va/pi fie , plante dont la graine 
eil propre à la nourriture de ces petits Oifcaux. 

Tout le monde fait qu'on fe fert ordinairement de la Morge- 
line , qu'on nomme à Paris Mouron , pour rétablir l'appétit des 
Serins de Canaries , des Chardonnerets Se des autres petits Oi- 
feaux qu'on nourrit dans des cages. On a vu des Serines chanrer 
comme le mâie^ mais c'eil un phénomène des plus rares. Lorf- 



DES Oiseaux. 187 

qu'un Serin fort de fa cage , & qu'il s'envole dans un jardin où 
il y a des arbres , les Moineaux &: les autres petits Oifeaux du 
voifiiiage qui l'apperçoivent courent aufli-tôt après lui , fans néaii- 
jnoins lui taire de mal. On vante beaucoup la graine de chicorée 
fauvage pour ragoûter les Serins malades. 

M. Hervieux a fait un excellent Traité fur les Serins de Cana- 
ries. Selon cet Auteur, on peut bien dire fans trop avancer, que 
le nom de Serin vient de Sirène ; Sc ce nom lui a été donné à 
caufc que cet Oifeau a le chant auili mélodieux que ces Sirènes 
dont les charmes, perdoient les hommes ; au-lieu que les Serins ne 
fe fervent de leur gofier que pour délalîer l'efprit de l'homme , le 
récréer innocemment , lans le déranger de fes devoirs. Belon 
l'avoir dit avant lui en ces termes : Le Serin a tiré fon nom de 
l'excellence de fon chant ; car comme l'on dit que les Sirènes en- 
dormoient les Mariniers de la douceur de leurs chanfons , de 
même cet Oifeau chante à ravir bc à charmer les coeurs. 

On l'appelle en Italien Canario ou Pa£era di Canaria ; ei% 
Anglois the. Canary Bird ; en Suédois Canarie-Fogel , c'eft-à- 
dire, Oifeau de Canaries ; en François Serin de Canaries, Oifeau 
de Canaries , Canari y Canarin d' Ef pagne _, Pajfe de Canaries ; 
Scenicle ou Seniclc j Cerifin , Cinit , Cedrin ou Cerin _, iclou 
Cotgrave. 

7°. Le Tarin , Citrinella feu Thraupis , Verzellino Ronui ^ 
Citril Vienne , Ray Synopf. Il difl'ere du Serin commun que j'ai 
nommé Serin vert d'Europe , & du Serin d'Italie, i °. par fon cou 
cendré ; i°. par le deflbus de fon corps , qui eft tout vert; 3". par 
fa queue un peu fourchue ; 4°. parce qu'il n'a aucune tache aux 
côtés. Il fe trouve fréquemment aux environs de Rome. 

Cet Oifeau ne fe rencontre point en Suéde. Aulîi M. Linna:us 
n'en fait aucune mention. 

Frifch le met au rang des Linotes , & l'appelle Linote verte. 
Cette Linote verte, dit-il, peut devenir fort privée. Comme 
c'eft un Oifeau qui veut toujours boire , on peut l'accoutumer à 
tirer en haut le vaiflcau où il boit , de même que le Chardonne- 
ret. Elle commence à s'en aller dans le mois d'Oclobre ; elle fait 
alors du dégât dans les jardins. Dans le mois de Décembre on 
n'en voit plus, mais elle revient dans le mois de Février. Sans 
doute que pendant le froid ces Linotes reftent dans des contrées 
chnudes ou dans des lieux humides où il y a des fourccs d'eau 
chaude, dont elles peuvent boire incciîamment, & où elles trou- 
vent des graines de bouleau & d'aune à manger. On les prend 
aux gluaux dans les prairies ai. dans les endroits où il y a beau- 



288 Histoire Naturelle 

coup d'aunes , & où l'on voit de temps en temps des fofles d'eatt 
croupllFante. Ou peut en prendre beaucoup <à la fois avec un 
filet , en les y attirant par le moyen du chanvre battu. Cet Oi- 
feau mange en cage du chenevis : mais cela le rend bien-tôt trop 
gras &c aveugle. Son chant n'efb pas défagréable , lorfqu'il eil: 
dans fil perfeiflion : mais à la fin il devient criailleur 6c incom- 
mode. Quelques-uns difent qu'on n'a jamais trouvé Ton nid; 
mais c'elt qu'il le fait dans des endroits ou peu de perfonnes vont 
en chercher ; qu'entre ceux qui y vont dans cette intention , per- 
fonne n'en cherche un fi petit ^ de que quand on le trouve on ne 
s'apperçoit pas que c'eft un nid de Linote verte. Il faut croire 
que cela eft caufe que la plupart ne le connoifTent pas. Ceux qui 
voudront voir fon nid , peuvent l'apparier avec une femelle de 
ion efpecc dans une chambre , ou avec une femelle de Serin de 
Canaries. 

Nos Oifeleurs Orléanois conviennent aufli qu'il eft comme 
inoui que quelqu'un ait découvert le nid du Tarin; cependant 
ils préfument qu'il en refte quelques-uns dans le Pays qui font 
leur nid le long du Loiret dans les aunes où ils fe plailent beau- 
coup , d'autant plus qu'ils en prennent quelquefois aux gluaux 
ou au trébuchet qui font encore tout jaunes, M. Colombeau m'a 
allure en avoir trouvé un nid où il y avoir cinq œufs , à la Blan- 
chiiFerie de M. Hery de la Salle. Le Tarin aime fort la graine 
d'aune. Il arrive par bandes en automne , & s'en va de même au 
premier printemps. On prétend qu'il aime le froid , 5c que trou- 
vant notre climat trop chaud, il va faire fes petits en Piedmont 
&: dans les montagnes des Alpes ou des Pyrénées. Voilà pour- 
quoi quelques-uns le nomment Tarin de montagne. Le maie fe 
diftingue de la femelle par fa couleur plus vive , ôc par un peu de 
noir qu'il a fur la tête. Belon dit qu'il ne touche point à la ver- 
mine , non plus que le Chardonneret, & qu'il ne fait gueres que 
fept à huit petits à la fois. Mais en général Belon eft peu au fait 
du nombre des œufs que chaque Oifeau peut poiidre pour une 
couvée. Ainfi il faut fe tenir en garde fur ce qu'il avance par rap- 
port aux nids des Oifeaux , quoique ce foit d'ailleurs un Auteur 
fort exacl , & fans contredit un des plus habiles Ornithologues. 
Jonfton , qui n'eft prefque qu'un Compilateur, copie Belon trop 
fidèlement la plupart du temps, 6c fait par conféquentles mêmes 
fautes que lui au fujct des nids. 

Selon Olina , le Tarin vit quatre à cinq ans. Il l'appelle en Cx 
Langue J^ei"[ellino ou Kerdarino. Nous le nommons en François 
communément Tarin ^ quelquefois Tcrin ou Tirin j à caufe de • 

fon 



DES Oiseaux. 189 

Ton cri naturel. Bcloa dit que le Tarin eft ainfi appelle , parce 
qu'il iemble dire en chantant tarin carin. Richclet avance que 
les Oifeliers de Paris ôc ceux qui parlent bien , dilent Terin , & 
que c'eil le plus doux ôc le plus sûr. Mais je ne fuis pas de fbn 
avis , dit Ménage ; le bel ufagc ell: pour Tarin j & je mets en fait 
qu'aucun Auteur n'a jamais écrit Terin. En matière de Langues, 
il f^ut fuivre l'ulage. Il y en a qui appellent la femelle une Ta- 
rine. 

8°. Le Serin d'Italie, Scrinus Gefneri , Vienne Aujlr'iJt 
Hirngrill Aidrovandi^ Ray Synopf. Il a le dos un peu roux, dont 
le milieu des plumes ell noir ; la tête jaune ; le croupion d'un 
beau vert-jaunàtre \ la poitrine d'un jaune-vert; le ventre blanc; 
les côtés variés de taches noires oblongues ; le bec plus court & 
plus fort que celui du Tarin , & pointu à fon extrémité. 

Le Serin vert d'Europe diffère du Tarin Se du Serin d'Italie , 
1°. par le corps tant foit peu plus grand; 2°. par le bec plus long ; 
-3°. par fa tête noire; 4°. parla queue plus courte &; jaune plus 
d'à-moitié ; 5°. par une plaque jaune aux ailes. 

Nous ne conroiffons que de nom le Serin d'Italie. Il ne fe 
trouve ni dans Frilch ni dans MM. Linnarus & Klein, 

9°. L'AmadavadÉe,, Avicuia Amadavadxa rofiro Fringill.e ^ 
calcaribus Alaudd , Ray Synopf CetOifeau furpaffc à peine en 
grandeur le Roitelet crête ; il a le bec du Pinçon , rouge , &: la 
mâchoire fupéricure noire en dcffus ; le deffus du corps brun , Se 
d'un vermillon obfcur autour du croupion ; les grandes plumes 
des ailes noires , comme auili celles de la queue , dont celles du 
milieu font plus longues , &: les extérieures plus courtes par or- 
dre ; de petites taches blanches rondes aux grandes plumes ^cs 
ailes &: à celles qui font en recouvrement , plus dans les unes , 
& moins dans les autres ; la poitrine ôc le ventre noirâtres ; les 
pieds blancs. 

Cet Oifeau nous eft auffi inconnu que les deux fuivants. 

10°. La Pétrone , Petronia marina Bononienjibus dicta , 
(&nanthji congener Aldrovandi ^ Ray Synopf. Cet Oifeau fe dif- 
tingue de tous les autres petits Oifeaux , i°. parce qu'il a vers le 
milieu de la gorge une très belle tache jaune ; 2°. parce que 
toutes les plumes de la queue font au bord intérieur marquées 
d'une tache ronde blanche immédiatement fur le bout, d'ailleurs 
noirâtres , quoique les extrémités des bords foient verdâtres ; 
3°. il fc diftingue de l'Ortolan par une marque très certaine ; 
c'cft qu'il a le bec beaucoup plus grand 5c plus vert, égal au bec 
du Bruant. 

Oo 



zcfo Histoire Naturelle 

1 1". Le Teitei , Teitei Brajilienfbus Marcgravii , R.iy Sy- 
nopf. Il cft de la grandeur de la Gorge-rouge ; il a le bec court ,. 
un peu gros , noir ; tout le dcflus du corps noir , avec un pour- 
pre ou bleu-luifant ; tout le dellous du corps jaune; une tache 
jaune derrière les narines à la nailTance du demi-bec fupéricur ;. 
les jambes èc les pieds bruns. La couleur de la femelle eft toute 
verte. 

12°. Le Bengali gris eft de la grofTcur du Roitelet; il a 
tout le corps brun ; la queue noire; la poitrine &: le ventre gris- 
blanc onde de rouge, &c une tache derouge-vif aux joues. Son 
bec cft rouge. V. PL 19. Fi g. 4. 

13°. Le PETIT Moineau du Sénégal cft de la groftcur du 
précédent ; le deftus de fa tête & tout le dcflous du corps font 
rouges ; le delTus eft brun nuancé de fouge ; le bec eft auffi rouge. 

14°. Le petit Moineau du Cap de Bonne-Espérance eft 
gris-iale en deflus , gris-perlé en delFous, avec une teinte rouge- 
tendre , & le ventre rouge. Cet Oifeau eft très joliment bigaré 
deflus & deflbus de petites raies brunes qui coupent & font for- 
tir le gris. Il eft de la grofleur du précédent. Son bec 6c fes joues 
font rouges. 

15°. Le Maïa eft un petit Oifeau de la Chine de la grofleur des 
précédents, dont la tête eft blanche, la poitrine brune, le ventre 
noir, tout le defliis du corps maron , la queue de même , mais 
plus luftrée ; il a le bec gros &: court. 

On trouve en Guinée un petit Oifeau d'une belle couleur de 
maron ; il a la gorge & le ventre noirs , le croupion bleu- écla- 
tant ; fes joues font du plus beau gris de lin ; le tour de fes yeux 
eft rouge j fa queue noiix i fon bec rouge : il eft plus petit qu'une 
Linote. 



%é{^ 






DES Oiseaux. 



2.91 



CHAPITRE DIX-HUITIEME. 

Des Olfcaux qui ont un tubercule ou une éminence 
dure à la mâchoire fupérieure» 

I °. l_j E Proyer. j Embcri-^a alba Gefntri , Alaud.e congener 
Aldrovandi. An Calandra ejufdem à Bellonii ? Ccnchramus Bel- 
lonii , Ray Synopf. FringilLa grifea nigro macalata y Linn. Il cil 
plus grand que l'AIoucttc commune, d'une couleur qui en ap- 
proche beaucoup , ou plutôt de couleur de terre ; il a le ir^enton , 
la poitrine & le ventre d'un jaune-blanchâtre ; des taches noires 
obiongues à la gorge ; le bec un peu grand, avec un gros tuber- 
cule à la mâchoire lupéricure ; les cotés de la mâchoire inférieure 
plus hauts que de coutume, en forme d'angle. V. FI. 19. Fig. 5. 
Selon M. Linnxus, il habite en Suéde dans les champs & les 
terres labourées de la Scanie; il a le bec du Verdict jaune, mais 
plus grand ; le dos tanné & tacheté de noir, dont les taches 
font pointues; les grandes plumes des ailes noirâtres, avec un 
bord extérieur blanchâtre; les grandes plumes de la queue d'un 
noir-brun , avec un bord blanchâtre; le cou & la poitrine blan- 
châtres, avec des taches linéaires noires. 

Je foupçonne que c'eft le grand Bruant grisâtre de Frifch , qui 
le met immédiatement après l'Ortolan , fe contentant de ren- 
voyer à la Figure , fans en donner la defcription ; & la raifon 
qu'il en apporte , c'eft qu'on le voit rarement en Allemagne. 
Notre Proyer n'eft certainement point la Calandre de Belon , 
comme l'a foupçonne Ray. 

Selon Belon , le Proyer cft plus grand que le Cochevis; il a le 
doigt de derrière long ; il aime l'orge & le millet; il vit dans les 
prairies; il fait fon nid dans les champs fcmés d'avoine & de 
millet ; il fait fix petits ; fa voix ou fon cri naturel ell dnertirte- 
rii-{ i lorfqu'il vole , il laifle pendre fes jambes , contre la cou- 
tume des autres Oifcaux de terre. 

Willughby dit qu'il pefe une once & demie ; que Cn longueur 
cft defept doigts un quart , & fon vol de onze doigts &: demi ; 

Oo ij 



z^z Histoire Naturelle 

qu'il a le bec grand , avec un tubercule confidérable à la mâ- 
choire fupérieurc , pour cafler le grain , & la queue longue de 
trois doigts un quart. 

Le Proycr cft ordinairement gras 6c bon à manger. Il y a des 
Chafleurs qui l'cftimentprefque autant que le véritable Ortslan. 
II eft allé à tuer, parce qu'il eft pefant , & qu'il vole mal. En 
cage il s'engraifle li fort qu'il y meurt de gras-fondu. Quand il eft 
enfermé, il ne dit mot. Dans la campagne il fe fait entendre aa 
loin ; fon chant eft rude & difgracieux ; il répète continuelle- 
ment la même chanfon , compofée d'une feule phrafe. On a die 
qu'il fervoit de guide à la Caille dans fon paiTage. C'eft une pure 
conjeclure. Il nous quitte fort tard, & revient au premier prin- 
temps de très bonne heure. Il en rcfte cependant quelques-uns 
en hiver; car j'en ai vu à Orléans qu'on avoit pris aux collets 
parmi des Vcrdiers , vers la fin de Janvier , par un temps de neige. 
Il fe plaît non-fculcment dans les prés , mais auiîi dans les luzer- 
nes &c les fainfoins. Vers le temps de la moiilon il va par bandes 
comme les Moineaux , ôc fait ravage dans les grains , notamment 
dans les avoines. 

Cet Oifeau a bien des noms , la plupart tirés des prés oii il 
habite, 6c les autres de fon cri naturel. On l'appelle en Italien 
Stril/oiio ; en Anglois the Bunnng ; en Suédois Kornlaercka ; 
en Allemand Knipper ; en François Proycr , Pruyer ^Preytr ; 
à Paris Perier ; en Provence Tanareggio ; en Saintonge Tritri 
ou Coutrioux ; en Bcrry Torlot , Terlot ou Trelot ; à Nantes 6c 
au Maine Ortolan ; en Périgord Benari ; en Sologne Coqiiedri&y 
Caquedrie ou Cocodr'ille ; ailleurs Prée , Tirteriit^^ Titerif{ , 
Terif{ , Triifj[^ ^ Treillis ou Trillis , Pétrir:^ ou Patatrit\ , Pe- 
titri^ , Péteux ou Petrat _, Cricri _, Bineri , gros Kerdier _, oa 
J^erdat de pré. 

2°. Le Verdier jaune , Emberi\aflava Gefneri , Hortula- 
niis Bellonii , Lutex alterum genus Aldrovandi , Chloris feu Liitea 
Ariflotelis Turneri , Ray Synopf. Fringilla reclricibus nigricantir- 
bus^ extimis duabus lateft mteriore alba acuminata macula jh\nn. 
Il eft égal au Pinçon commun. Il fe connoît facilement par fa 
couleur jaune & par la figure finguliere de fon bec; le milieu des 
plumes qui couvrent le dos di les épaules eft noirâtre , &; les 
bords en font d'un vert-roufsâtre. Il fait fon nid par terre. 

Selon M. Linnxus , il habite par-tout en Suéde , & fait fon nid 
un- terre dans les prés ; il a le corps d'un gris-jaune ; la tête jaune ; 
les plumes de la queue, noirâtres , dont deux latérales ont d-ss 



DES O î S E A U X, l^î- 

dieux côtés les extrémités bLanches en dedans ; le croupion tanné ; 
le corps jaune en deflbus ; la mâchoire lupérieure noire, & l'in- 
férieure pâle, 

Frilch le nomme Pinçon vert ou Verdier y à caufe de fa cou- 
leur verte. Cet Oifeau , dit-il, fe fait entendre avec une fuite ex- 
traordinaire de deux voix , comme appellant de côté & d'autre. 
D'ailleurs fon chant cft fort court ; mais il n'eft pas défagréa- 
ble, & il devient meilleur quand on le fait venir d'un mâle Ver- 
dier &c d'une femelle de Serin de Canaries. Il fait fon nid dans les 
broflailles des grands bois épai^ , 5c dans les builfons. Il mange de 
toutes fortes de graines , éc même des baies de genièvre : mais 
en cage c'eft le chencvis qu'il aime le mieux. Quelques-uns 
croient qu'il y en a de trois (ortcs pour la grofleur ; mais cela n'a 
pas encore été aflez examiné ; car que l'un foit un peu plus gros 
ou plus jaune que l'autre , ce n'eft qu'une différence accidentelle 
de Pays , d'âge , de nourriture, & d'autres circonftances. 

Willughby dit qu'il pefe une once un huitième ; que fa lon- 
gueur efl de fîx doigts èc demi ; qu'il a le bec long de la moitié 
du doigt, & la langue plus courte que dans les autres petits 
Oifeaux , terminée en filaments ; que la femelle eft plus pâle ou 
moins jaune ; qu'il a la queue longue de trois doigts , èc com- 
pofée de douze plumes. , 

Selon Olina , le Verdier vit cinq à fix ans : il pond à la fois 
quatre à cinq œufs, dont le fond eft d'un blanc-file femé de 
taches &C de raies noires comme de l'encre. En cage il ne dit 
prefque mot ; & s'il eft trop cxpofé aux rayons du foleil , il de- 
vient aveugle comme le Pinçon commun. Pendant l'hiver , fur- 
tout quand la neige couvre la terre , il s'approche des maifons 
pour vivre , volant par bandes avec les Pinçons : mais dans le 
refte de l'année il fréquente les bois. 

Le Verdier jaune ou commun s'appelle en Italien Kerdone ; 
en Allemand Ged-Embrit^ ou Aemmerling ; en Anglois tke 
Yel/ow Hammer ; en Suédois Groening ou. Gohpinck; en Pro- 
vence Verddat ; en Poitou Verdoyé ; en Périgord le Verdau- 
■ ge i en Guyenne Bardéaut ; en Languedoc Verdale ; en Baffe- 
Normandie Verdrie ; en Sologne Kcrdat ou Verdin g & par 
corruption Kerdrin ou Kred'm ; en Savoie Verdeyre ; en Picar- 
die Vtrdiere ; ailleurs Kerdrier , Serrant , Verdon ou Vert- 
montant ; félon François Fortin dans (es Rufes innocentes, Ver- 
drier huijjonnier. Belon dit que l'Oifcau que les François nom- 
ment Verdier n'eft pas de couleur verte, mais de couleur jaune 
tirant fur le vert j ce qui eft vrai. Le nom Grec C/^/om veut dire- 



1^4 Histoire Naturelle 

jaune- verdoyant. Ariftote die que le Verdier eft ainfi appelle, 
parce que fon eftomac ell pâle comme l'ochre. Pline n'en a point 
fait mention. Quant au mot Kerdier ou Kerdrier _, il vient du 
Latin inulité Viridanus. Il y en a qui appellent la femelle une 
f^crdiere. 

3°. Le Moineau de roseaux , Pajfer Torquatus in arundi- 
netis nidificans , an PaJJ'er arundmaceus Turntn Aldrovando ? 
Ray Synopl. Pajjer aquaûcus leu Sckxniclos j Gefn. Fringdla 
capite nigro , maxillis rufis , torque albo j corpore rufo-n'igricante^ 
Linn, Il eft de la grandeur du Pinçon ; il a du rapport avec les 
précédents par le bec ; il a la tête noire ; les mâchoires autour 
des yeux roulFes ; le cou entouré d'un collier blanc , e]ui s'étend 
des deux cotés jufqu'aux angles de la bouche; le menton cC la 
gorge noirs ; la poitrine & le milieu du ventre blanchâtres ; les 
plumes du dos & les plumes des ailes qui font en recouvrement , 
bigarrées de roux 6c de noirâtre ; le croupion roux , mêlé de cen- 
dré ; les pieds d'une couleur de chair, tirant lur le noirâtre. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans les rofcaux ; il a 
le bec , le defliis de la tête , des yeux ôc des oreilles , la gorge 2c 
la poitrine noirs ; une couleur blanche aux côtés de la tête 5c 
autour de la noirceur de la tête ; la nuque du cou cendrée-pâle; 
le dos ôc le deflus du cou tachetés de noir ; les grandes plumes 
des ailes noires, avec le bord extérieur tanné ; les grandes plu- 
mes de la queue noires , dont fix ont le bord cendré , mais deux 
blanches dans tout le côté extérieur ôc dans la moitié du côté 
intérieur ; la deuxième eft blanche par le bout du côté intérieur; 
le croupion cendré ; le bas du ventre blanc. 

Je ne trouve point cet Oifeau dans Belon, ni dans Frifch. Il 
n'eft pourtant pas rare , du-moins en Berry & en Sologne. Il 
reflemble beaucoup à un Moineau au premier afpect : mais 
quand on l'examine de plus près , on lui trouve le corps plus 
lefte &: plus allongé , les couleurs plus vives , fur-tout aux épau- 
les , & le bec plus reftemblant à celui du Verdier. Son chant eft 
peu de chofe. Il fait fon nid dans les rofcaux des étangs & des 
ruifteaux. En hiver quand la terre eft couverte de neige , il fe 
inêle avec les Verdiers 6c les Pinçons. 

En Berry les gens de la campagne le nomment vulgairement 
Alui ou Àlii _, à caufe de fon cri naturel. On pourroit l'appeller 
Moineau de rofcaux a collier blanc. Les Anglois l'appellent the 
Reed-Sparrow , 6c les Suédois Saejfparf; ce qui fignifie la même 
chofe ; à Préfort Se fur la Mauve de Meung , les Vignerons le 
comment un PigneuXj à raifon de fon cri Pign j Pign. 



DES Oiseaux. i^j 

4"^. Le Verdier a sonnette, Luta primum Genus Aldro- 
yandi , C'irlus eidem dicta y Zivolo Olinx a voce zi zi quam fre- 
qucnnjjlnic repetit ^ Ray Synopf. li cfl: de la grandeur du Moi- 
neau ;-ii: a le bec court Ù. gros j la poitrine & le ventre Jaunâtres, 
femés de taches brunes ; tout le dciîus du corps de couleur de 
terre cuire , tirant fur le brun. Le mâle a plus de jaune (ur la tête 
ôc autour du cou. 

Cet Oifeau ne fe trouve point en Suéde ; aufli M. Linnxus- 
n'en a-t-il rien dit , non plus que Bclon , quoiqu'il foit très com- 
mun en France. Frifch le nomme Pinçon gris : mais il n'en dit 
que deux mots. Il paroît feulement , par le peu qu'il en dit , que 
ce Verdier n'cft pas commun en Allemagne. Olina remarque 
qu'il porte à la gorge une cravate femblable à celle du Moi- 
neau , mais plus petite ; qu'il fe tient ordinairement par terre , 
pour y chercher des graines, & qu'on lui trouve pour cette raifon 
le bec crotté ; qu'il va par bandes , &: fouvent à la compagnie des 
Pinçons , dont il imite le chant en partie ; qu'il cft aiîcz fmiple , 
& qu'il fe prend plus aifément que le Pinçon ; qu'il fe nourrit 
d'orge , de millet Se de panis; qu'il eft lujet au mal caduc, ik; 
qu'il vit environ fix ans. Aldrovandus diftingue ce Verdier du 
Verdier jaune , &: avec jufte raiion : cependant Wilîughby dit 
qu'il ne fait pas trop fi c'cft une efpece réellement diftindle. 

On trouve alTez fouvent dans fon nid un jeune Coucou. Nos 
Orléanois difent qu'il fait toujours fon nid lur la terre , 6c même 
dans la terre; au-lieu que le Verdier jaune commun fait le fiea 
dans un buiiïbn , toujours un peu élevé au deflus déterre. 

Il s'appelle en Italien Zivolo ou Zigolo ; en Allemand Zir- 
lammer ou F tttammer ; à Paris Verdier a lafonnette ; en Nor- 
mandie Bribri , à caufe de fon cri T[iy^i ou cici , qu'il répète con- 
tinuellement , imitant le fon d'un grelot ou d'une clochette ; en 
Orléanois Verdier terrier ou terreux , Verdier buijjonnier ; en 
Sologne Trotte-chemin , à caufe qu'il court allez vite quand il 
veut s'enfuir ; Chômer , Chaumet ou Chaumeret , félon quelques- 
uns , parce qu'il fe plaît dans les chaumes, où il s'cngraifle beau- 
coup ; de façon qu'il fait un afTez bon manger. 

Suivant le Dictionnaire de Trévoux , il y a trois efpeces d'Em- 
berizes; favoir, i°. l'Emberize blanche, à caufe de fon ventre 
blanchâtre; i°. l'Emberize de pré ; 3°. l'Emberize jaune. Mais 
outre que le terme d'Emberife ou Emberize eft forgé, l'Emberize 
blanche 6c l'Emberize de pré font une feule & même efpece , 
qui eft notre Proycr. 

5°. Autre forte de Verdier a sonnette, Cirlus ftuhiis Al- 
drovandi j Ray Synopf II eft égale pour la grandeur &C pour la 



%^6 Histoire Naturelle 

figure aux Verdiers décrits ci-delTus ; il a le deflus de la tête Sc 
tout le dos tanné , fcmé de taches noires allez amples ; tout le 
delîbus du corps pareillement tanné ; les grandes plumes des 
aîles ôc la queue noirâtres , avec des bords tannés ; quelques 
taches blanches aux aîles. 

Nous ne connoiflons point cette forte de Verdict qu'Aldro- 
vandus appelle Fou , à caule de fa fimplicité. Belon , Frilcli , 
JVIM. Linna;us èc Klein n'en difent rien. 

(j°. L'Ortolan , Honulanus Aldrovandi ^ Kcnetis Tordino 
a maculis conjlmilibus , Ray Synopf. Emberi^a miliaria pinguef- 
cens _, Klein. Fnngilla ranigibus nigris ^ priniis tribus marginc 
albidis y rcciricibus nigris ^ iatcralibus duabus extrorfum aLbis , 
Linn. Il eft égal & Semblable au Verdier jaune \ il a le bec court, 
rougeâtre dans le mâle ; la gorge Se la poitrine cendrées ; le refte 
du deÛous du corps jufqu'à la queue , roux ; le croupion plus 
roux. Les mâles ont la poitrine roulsatre; une tache jaune fous le 
bec ; la tête cendrée-verte ; le milieu des plumes qui couvrent le 
dos , noir ; les parties extérieures de ces plumes ou rouflcs ou 
cendrées-vertes. 

Il diffère du Moineau à collier décrit ci-delfus, i°. par le lieu 
qu'il habite , vu que le Moineau à collier ie tient pour l'ordi- 
naire parmi les rofeaux ; z°. par la couleur ; car l'Ortolan elT: plus 
roux, &; n'a point de collier ; de plus il a fous la gorge une tache 
jaune que n'a point le Moineau de rofeaux. 

Aldrovandus propofe iix efpeces ou variétés de cet Oifeau ; 
favoir, i°. l'Ortolan jaune , qui a les extrémités des grandes plu- 
mes de l'aile blanches ; 2°. l'Ortolan tout blanc; 3°.unOileau 
congénère ou approchant de l'Ortobn , qui a la tête d'un cen- 
dré-jaunâtre ; le cou cendré , piqueté de taches noires ; le ventre, 
les jambes & les pieds tout fafl-ranés ; 4°. l'Ortolan à cou vert, 
qui a le bec rougeâtre , les jambes cendrées , ôc qui du-refte eft 
noirâtre ; 5°. l'Ortolan blanchâtre , qui a aulîi tout le corps plus 
pâle; 6°. l'Ortolan approchant du Pipet ou Spipola ^ qui a le 
tec longuet, les pieds bruns , tout le corps brunâtre , la-poitrine 
Se les extrémités des aîles blanches. Mais ce dernier Oifeau ayant 
le bec longuet appartient au genre des petits Oifeaux à bec 
menu. 

Selon M. Linnarus , l'Ortolan habite en Suéde, faifant fa 
tranfmigration au mois de Mars ; il a le corps varié de noir & de 
teftacé ; un cercle pâle autour des yeux ; le cou verdâtre ; le 
ventre teftacé ; la gorge jaune ; la poitrine pâle ; feize grandes 
plun^cs aux aîles, poires , dont les trois premières iont blanches 

par 



DES Oiseaux. 197 

par le bord ; douze grandes plumes à la queue , noires , dont 
deux de chaque coté font blanches en dehors. 

Fnfch le nomme Bruant gras. Quelques-uns , dit-il , penfent 
que cet Oifeau ne Te trouve qu'en Italie ; que c'eft de-là qu'on, 
l'apporte , èc qu'on l'engraille chez nous. Mais il fait aulli fes 
petits chez nous , & on le prend à la chafle aux Pinçons , comme 
les Pinçons mêmes. Ouand on veut les en^rrailler , on terme les 
fenêtres ; on met une lanterne dans la place ou ils font , ann 
qu'ils ne diftinguent ni le jour ni la nuit , &c qu'ils ne puiiFent 
que voir. On les lailFe courir ou voler dans cette chambre , ÔC 
on leur jette abondamment de l'avoine &, du millet. On peut 
engrailler les Bruants dorés ou communs de la même manière. 
Le Bruant doré eft même un Ortolan , fi l'on en excepte la for- 
me extérieure , & quelques couleurs; & l'on ne fait pas trop 
pourquoi celui-ci a la préférence pour la table. Si l'on garde 
l'Ortolan en cage , on lui reconnoîtra au printemps le chant du 
Bruant. Il a même ceci de plus que le Bruant , qu'il chante la 
nuit. 

Nous avons auffî reconnu par expérience , que l'Ortolan 
chante la nuit , &c que fon chant a quelque chofc de doux. H 
aime palîionnément le millet. Il eft délicieux à manger, fur-tout 
quand il eft jeune &; gras. Il vit jufqu'à quatre ans, félon Olina , 
éc il chante agréablement. Les Ortolans arrivent en Avril comme 
les Cailles , & s'en vont vers l'automne. Ils ne font point leur 
nid dans ce Pays-ci. Selon Dalechamp , Varron dit qu'il y a des 
Oifeaux qui font appelles Miliarix Aves , parce qu'ils volent 
par troupes fur le miUct, & qu'ils s'en cngraillent. Ce font ceux 
qu'on appelle communément Jardiniers , qui s'engraiirent fi 
fort en les nourriiranr de millet en cage , qu'enfin la graiife les 
étoufFe ; ou fi on les tue , il femble que tout l'Oifcau ne fi^it 
qu'un morceau de graifie. Les Oifeleurs à Lyon les nourriflent 
pour les banquets , & les vendent bien cher. Gr ce qu'on nomme 
ici des Jardiniers , font apparemment nos Ortolans , qui font 
très communs en Lombardie & dans nos Provinces méridicna- 
les de France. Tour le monde fait aflez combien ces Oifeaux 
font exquis , & recherchés pour les tables des Grands. On en 
prend quelquefois au filet ou aux gluaux autour de Paris , iur- 
tout en automne. 

- Selon Wiilughby , l'Ortolan a fcpt doigts de longueur , &: plus 
de dix doigts de vol ; le bec long à peine d'un demi-doigt; dix- 
huit grandes plumes à chaque aile , comme dans prefque tous 

Pp 



198 Histoire Naturelle 

les petits Oife.iux; la queue longue de près de trois doigts, 8c 
compofée de douze plumes j la véficule du fiel petite , 5c le fiei 
jaune. 

L'Ortolan s'appelle en Italien Onolano ou Berluccio ; en Al- 
lemand Ortolan , de même qu'en François. Or le mot Ortolan. 
ou Honolan vient du Latin Hortulanus ^ à quoi répond celui de 
Jardinier . parce que cet Oifeau fe plaît dans les jardins où l'on 
feme du millet. En Languedoc on le nomme Benaris ou Benarî. 
Ménage dit que l'origine de ce mot ne lui eft pas connue. Dans 
Je Dictionnaire de la Langue Tolofaine , imprimé à la luite du 
Goudouli , on lit Benarrie , èc non Btnari , dit M. le Duchat. 
Ne feroit-ce point par corruption du mot Bien-nourri qu'on 
auroit ainfl appelle l'Ortolan , à caufe de la grailTe naturelle à 
cet Oifeau ? On dit en commun proverbe d'un enfant dodu 6c 
bien nourri, qu'il eft gras comme un Ortolan. Mais il nous pa- 
roît que cette étymologie n'a rien de naturel. Ne feroit-il pas 
plus lîmple de dire que le mot de Benari a été formé par ono- 
matopée , c'eft-à-dire , d'après le cri de l'Oifeau ? C'eft ainfi ^ue 
dans rOrléanois il y a des Payfans qui appellent le ^^erdier jaune 
Bineris ou Bineri ^\ raifon de fon cri naturel , qui eft à-peu-près 
le même que celui de l'Ortolan. 



/ 




l. G7-ou-Bec du Cap de hone e^p ^. i/uv^domrel 3- l'Ei'èipte . ^ . Hencjali raye 

J" . Proyer . 




1 Cre<zi dî' Bo/ic'inc a,. Pc 



ai'er oiiTa/u/at-ti 3.Bouvremï ^.Bec craij-e 



DES Oiseaux. 



2^9 



CHAPITRE DIX-NEUVIEME. 

Des Oifeaux aquatiques, ÔC d abord des Oifeaux 
à pieds fendus quife tiennent autour des eaux , 
Jans néanmoins y nager. 



Article rREMiER, 

JDes plus grands Oljeaux aquatiques Jîngullers , ou d'un 

genre pardculier. 

i". l_j A Grue , Crus ^ Ti'^uvoç ( Gueranos), Ray Synopf. Crus 
nojiras , Klein. Ardea vertict papillofo ,lS\nn. Ccft le plus grand 
des Oifeaux d'Europe dans le genre des Oifeaux aquatiques à 
pieds fendus ; clic a le cou &: les jambes très longues ; la queue 
très courte ; la couleur cendrée ; le fommet de la tète revêtu de 
poils plutôt que de plumes ; au derrière de la tête une plaque eii 
forme de croiflant nue ou couverte de poils clairfemés , rougeâ- 
tre; deux larges lignes blanches, une à chaque œuil^qui tendant 
en arrière fe réuniflent au fommet d'une tache triangulaire cen- 
drée , fituée à la partie fupérieure du cou au dclTous de la demi- 
lune , & fe continuent enfuite vers la poitrine ; la gorge &: les 
côtés du cou font noirs ; la trachée-artere entre dans \cjiernum 
où elle fe réHéch-t diverfement, comme dans le Cygne {auvage. 
On en trouve en hiver de grandes bandes dans les marais de Lin- 
coln &; de Cambrigde. Elle eft d'une chair afTez favoureufe ôc 
faine ; car elle ne vit pas de PoilTons , mais de grains. 

Selon M. Linnarus , elle habite par-tout en Suéde dans les 
campagnes un peu humides i elle a le corps cendré ; les grandes 

Ppij 



500 Histoire Naturelle 

plumes des ailes noires ; le front noir ; le derrière de la tête noir ;. 
Je fommet de la tête couronné de mammelons de couleur écar- 
late ; la queue noirâtre ; les cuilTcs à demi-nues ; les pieds noirs ; 
le bec droit &c vert. 

Ici Frifch nous abandonne entièrement , Ton Hiftoire étant 
reftée incomplette; ce qui nous fait un grand tort. 

La Grue , dit M. Klein , ell un Oifeau fuperbe : elle marche 
avec gravité , fans néanmoins être trop férieufe ; elle eft au con- 
traire alTez plailante ; car elle court , faute , lance en l'air des 
pierres & des copeaux , qu'elle fait femblant de recevoir enfuite 
dans fon bec. On raconte bien deschofes fur fa vigilance ; ce- 
pendant ce n'eft pas une qualité qui lui foit particulière , puifque 
tous les Oifc.aux de compagnie veillent aux infultes qu'on pour- 
roit leur faire. Elle fait fon nid dans les lieux marécageux , où. 
l'accès efl difficile. Or la Grue diffère du Héron , i °. par la gran- 
deur , en quoi elle le furpafic ; i°. par l'ongle du doigt du mi- 
lieu , qui n'efl nullement dentelé; 3°. par le bec plus court; 
4°. par fon eflomac mufculeux ; 5°. par la mcrvcilleufe circon- 
volution de fa trachée-artere. 

Willughby dit que la Grue pcfe quelquefois dix livres ; que fa 
longueur eft de près de cinq pieds , & fon bec d'environ quatre 
doigts ; que fes aîles font très amples , ayant chacune vingt- 
quatre grandes plumes ; que fa queue efl courte &C compofée de 
douze plumes principales. 

Jonfton dit, d'après Strabon , que ce qu'Ariltote &L Pline rap- 
portent des combats des Grues avec les Pygmées , eft entière- 
ment fabuleux. Les Grues ne font que deux œufs d'une couvée. 
On en a gardé qui ont vécu quarante ans. Il eft faux , dit Jonf- 
ton , que les Grues prennent des pierres dans leur bec pour pafTer 
le Mont Taurus , qui eft plein d'Aigles ; mais elles prennent cette 
précaution contre le vent, ou pour fonder la terre ou l'eau quand 
elles font lafîes. Si l'on en croit les Anciens , les Grues ont leur 
Capitaine , qu'elles choififTcnr entre les plus vieilles , auffi-bien 
que les Flambans. Belon dit que les Pluviers ont auffi le leur, 
que l'on nomme VAppelkur ; car comme ils s'écartent la nuit, 
celui-ci les appelle au matin , pour voler de compagnie; & au- 
tant de bandes qu'il s'en trouve , chacune a le fien particulier, 
qu'ils reconnoilTent fi cxaûement qu'un Pluvier d'une bande ne 
fuit point l'Appelleur qui eft le chef d'une autre, quoiqu'elles 
foient mêlées enfemble. Or quoiqu'il ait la voix plus grofle que 
tes autres, il eft vraifemblable qu'il n'eft pas de diverfe efpcce ,, 



DES Oiseaux. 301 

lie différant des autres ni en grandeur ni en plumage ; de forte 
qu'à l'imitation des Grues, ceit peut-être par l'âge qu'ils le choi- 
fiffent , comme ayant le plus d'expérience. 

Ces hiftoires font belles , mais peu fondées. 

Les Grues font hautes comme un homme quand elles lèvent 
la tête ; pofées par terre , elles ont beaucoup de peine à s'élever: 
mais quand elles font à une certaine hauteur , elles volent avec 
aifance ôc affez rapidement. Souvent elles font à perte de vue , 
formant toujours un triangle dans leur vol, & l'on prétend que 
la bafe du triangle qu'elles font en volant eft poulféc comme un 
vaifTeau l'eft par la pouppe,à la faveur des vents. Les Grues 
paffent deux fois l'année, au printemps du couchant au levant, 
&: en automne du levant au couchant. Autrefois on en faifoit 
cas dans les repas, & Plutarque nous apprend qu'on leur crevoit 
ou coufoit les yeux pour les engraifler : cependant leur chair eft 
noire , dure de fibreufe, 

La Grue fe fait entendre de fort loin par fon cri. Selon d'ha- 
biles Anatomiftes , dans la plupart des Oifeaux de rivière qui 
ont une voix très forte, la trachée-artere réfonne ; mais c'eft que 
la glotte eft' dans eux placée au bas de la trachée-artere. 

C'eft une choie remarquable , que le nom de cet Oifeau eft 
à -peu -près le même en différentes Langues ; en Grec c'eft 
Ti\civoç i en Latin G rus ; en Italien Grû ou Grue ; en François 
Grue ; en Gallois Garan ; en Anglo-Saxon Cran ou Crozn ; en 
Anglois Crâne ; en Suédois Trana ; en Allemand Krane ou 
Kranich ; en Flamand Kran ; en Hébreu Agour , félon Bochart. 
Il y a apparence que les noms Teutoniqucs ont été faits du mot 
Grec. La Grue s'appelle en Provençal un Para ; le petit eft 
nommé en François un Gruau. Les Poètes l'appellent rO//£'t2/^ 
de Palamede , parce qu'on dit qu'il apprit des Grues à la guerre 
de Troye , les quatre lettres Grecques 4 ? ^ 5"î Tordre d'une ar- 
mée rangée en bataille, £c le mot du Guet. 

2°. La Grue des Indes , Grus îndica _, Ray Synopf Elle eft 
plus petite que la précédente ; de la même couleur cendrée; elle 
a le bec plus long. La principale différence eft que le deffus de 
la tête , depuis le bec juiqu'au fommet , eft marqué d'une peau 
* rabot<^fe. rouge, couverte de poils clairfemés. Nous l'avons vue 
dans rOifellerie du Roi au Parc de Saint- James. C'eft . j(i jene 
me trompe , le ToquilcoyotlAe. François Hernandez. 

3°, La Gr.ue des Baléares, Grus Balcarica Aldrovandi ^ 
Ray Synopf Quelques-uns , &; peut-être avec plus de raifon, U 



301 Histoire Naturelle 

regardent comme une forte de Paon ; car , de l'aveu même d'Al- 
diovandus, elle imite iS: la voix 6c les manières du Paon. Elle 
rellcmble à la Cigogne par la figure du corps, quoiqu'elle ait le 
bec plus court , non-leulcment que la Cigogne, mais aulii que la 
Grue. Elle porte une crête ronde fur la tête , compofée de foies 
épailîcs , fcmblablcs à des loies de Porc , répandues çà &; là, de 
la couleur des piquans du Hcrilfon commun. Elle a aux deux 
mâchoires une tache blanche , terminée par une ligne rouge à la 
partie f upérieurc. Les petites plumes des ailes font blanches ; du- 
reftc tout l'Oifeau eft noir. Une excroilTance rouge comme une 
manière de barbe ou de fanon , lui pend des deux côtés fous le 
bec. Ses jambes lont longues. Ces Grues fe trouvent dans les 
Pays voifins du Cap-Vert. Nous en avons vu aulîi à la Ména- 
gerie du Roi. C'efb ÏOifeau Royal des Naturaliftes François. 
f^.Pl. 20. Flg. I. 

Belon femble confondre la Grue des Baléares avec une efpece 
de Héron qui habite les rochers & les collines voifines des riva- 
ges , Se qu'il nomme Bihoreau ou Roupeau. Ce dernier a le bec 
noir-luifint , médiocrement long , & le fommet de la tête orné 
de trois plumes blanches, longues &: déliées ,qui font un fort bel 
eflet. Il e(l: afTez rare dans l'Oriéanois ; cependant il y a quelques 
années qu'on en a tué deux près d'Orléans ; l'un à Saint-Cyr , 6c 
l'autre à Meung. Celui-ci fut mangé rôti par le ChalTeur , qui en 
trouva la chair noire , fort dure 6c huileuf e. 

4°. Le Jabiru , Jabiru Brafilienjium Marcgravii , Belgis Ne- 
gro , Ray Synopf. Il furpalfe le Cigne en grandeur ; il a le cou 
gros 6c long de quatorze doigts; le bec noir, droit , recourbé in- 
fenfiblement vers l'extrémité fupérieure , long de onze doigts, 
large de deux doigts 6c demi ; il n'a point de langue. Ses jambes 
ont deux pieds de longueur; elles font noirâtres , nues au defTus 
des genoux. Tout l'Oifeau eft blanj comme un Cygne ; il a le 
cou prefque tout nu , dont la moitié avec la tête eft couverte 
d'une peau noire, ôc le refte eft blanc. J'ai vu pluficurs fois le bec 
de cet Oifeau dans les Cabinets des Curieux. 

5°. Le Jabiru Guacu , Jabiru Guacu Petiguaribus , Nhandu 
Apoi Tupin -mbis , Scurvogel Belgis , Ray Synopf. Il a> le bec* 
grand , long de fept doigts 6c demi ; il n'a point de langue ; il 
porte fur le fommet de la tête une mitre offeufe de couleur blan- 
che , mêlée de cendré. Il a la tête 6c la moitié du cou, qui eft 
long de dix doigts , nues , couvertes d'une peau-écaillcufe-ccn- 
drée. Ji eft de la grandeur d'une Cigogne. Sa qutue eft courte , 



DES Oiseaux. 305 

noire ; les grandes plumes des ailes font auffi noires ; du-refle touc 
rOifeau ell blanc. Des plumes un peu longues lui pendent du 
cou ; il a les jambes longues. 

6°. Le Cariama , Cariama Brajîlienjlbus Marcgravii ^ Ray 
Synopf. Il eft de la grandeur du Héron ; il porte fur la tête, à la 
naiflance du bec , une crête de plumes, noire, mêlée de cen- 
dré ; il a le bec court , d'un jaunc-oblcur tirant fur le brun ; l'iris 
des yeux de couleur d'or ; les jambes longues ; tout le corps re- 
vêtu d'un plumage grisou cendré, onde de brun, comme dans 
les Faucons ; les extrémités des ailes ôc la queue brunes , ondées 
de jaune-obfcur & de gris ; la queue rabattue ; le cri du Coq- 
d'Inde. Il approche de la Grue des Baléares. 

7°. L'Anhima , Anhima Braplienjium Marcgravii ^ Ray Sy- 
nopf. Il eft plus grand qu'un Cygne , du genre des Oifeaux de 
Proie ; il a le bec noir , un peu crochu ; l'iris des yeux dorée ; il 
porte fur la tête , près de la naiirance du bec , une corne redref- 
fee , recourbée en devant , longue de deux doigts , ronde , blan- 
châtre. Il a des ailes très-amples , ôc l'on voit à la partie anté- 
rieure de chaque aile deux cornes droites , triangulaires , qui 
naifTent de l'os même ; le fommet de la tête bariolé de plumes 
blanches & noires ; la gorge 6c la partie fupérieure du cou noirâ- 
tres ; la moitié inférieure du cou &; la poitrine , bigarrées de plu- 
mes blanches , noires & cendrées ; le bas du ventre blanc ; le 
dos èc les côtés , avec la queue Se les ailes , noirs , à l'exception de 
l'extrémité des bords. 

8°. La Demoiselle ou Grue deNumidie eft de lagrofleur 
de la Grue ordinaire. Elle a tout le corps cendré-bleuâtre ; fa tête 
& fa gorge tirent fur le cendré-noir; le bas du cou eft garni de 
plumes noires, longues & étroites comme celles du Héron; elles 
lui retombent fur la poitrine; au coin des yeux il a une touffe de 
plumes blanches très fines & très étroites, pendantes, qui fe por- 
tent en devant , & flottent au gré du vent. Ses yeux font d'un 
rouge- vif. Cet Oifcau paroît danfer en marchant, y. PL zo- 
Fig, 2. 



^S^ 



304 Histoire Naturelle 



Article Second. 

Des Oîfeaux aquatiques à pieds fendus , qui dévorent les 
Poijfons j les Grenouilles & les Serpents. 

1°. l_iA Cigogne blanche , Ciconla alba ^ ria'Aaç^oç (Pelai*-. 
gos ) Gr.ecis , Ray Synopf. Ardea alba ^ remigibus nigris y Linn. 
On la voit quelquefois , mais rarement , fur nos Côtes ; elle ne 
fait point fon nid chez nous. M. Tancrede Robinfon aflure avoir 
vu fouvent des Cigognes perchées fur les Eglifes des Cathédra- 
les. Elle eft plus grande que le Héron gris , mais fon cou ell plus 
court ôc plus gros. Elle a la tête , le cou , la partie antérieure du 
corps 6c le ventre blancs; le croupion &. les parties inférieures 
des plumes de l'aîle noirs ; ce qui fait que quand les ailes tous 
lefquelles eft cachée une queue blanche très courte , font pliées , 
la partie inférieure du dos paroît noire ; le bec & les pitds rou- 
ges comme du vermillon; les ongles larges, femblables à ceux 
de l'homme. Elle fait fouvent craquer fon bec , en appliquant les 
deux mâchoires l'une contre l'autre. Elle mange volontiers des 
Grenouilles & des Limaçons terreftres. On dit aulîi qu'elle dé- 
vore les Serpents. 

Selon M. Linnxus , elle habite en Gothic , 6c principalement 
en Scanie; elle fait fon nid fur les toits des maifons,lur les tours, 
6c lur les arbres élevés dont on a coupé la cime ; elle mange des 
Grenouilles , des Serpents, mais non pas des Crapauds. Elle a la 
tête,lecou,le ventre 6c la queue blancs ; les grandes plumes des 
ailes noires ; le bec 6c les pieds rouges. Son corps paroît blanc 
en grande partie. 

C'eft VHibis blanc à'YLéxoàotQ. Cette Cigogne eft la feule qui 
fe trouve dans ce Pays-ci ; mais elle ne fait que paiTer au prin- 
temps 6c en automne. Quelquefois on en voit qui rcftent dans la 
Sologne en été ; mais elles n'y font jamais leur nid. J'avois déjà , 
dit M. de Réaumur au fujet de celle que je lui ai envoyée , la 
Cigogne brune 6c la Cigogne blanche à pattes noires 6c bec noir : 
mais cette belle Cigogne à pattes 6c bec rouges me manquoit. 

C'eft 



Pi 







//.■ ,*/ i'^nife var . ffa/^ù/iet 



I Oùt-eau Raya/ ou Lr/uc /hi/eaire 2 Ih'i/wwv/A' Je .Yn/iin/n' 



DES Oiseaux. 30/ 

Ceft un Oifeau qui figure à piélent très bien dans mes Cabi- 
nets , de qui y méritoit bien une place. 

On s'clt tauflcment imaginé que les Cigognes n'aimoient que 
les Etats Républicains. Belon dit qu'aux approches de l'hiver 
elles fe retirent en Egypte &L en Ethiopie , ôc qu'il y en a vu 
beaucoup dans les mois de Septembre èc d'0£tobre. Du temps 
de Pline on ailuroit que la Cigogne n'avoit point de langue : 
mais elle en a une , qui eft à la vérité très courte oC un peu rouge. 
Elle pond pour l'ordinaite quatre oeufs gros comme ceux de 
l'Ole , & les couve durant trente jours ; elle s'apprivoife aifé- 
ment , &c n'abandonne point la maifon de fon Maître ; dans un 
jardin elle fait merveille , en le nettoyant de toutes fortes d'In- 
fecles. En Hollande de dans les Pays-Bas les Cigognes fe promè- 
nent hardiment dans les rues , comme fi elles favoient qu'il n'eft 
pas permis de leur faire aucun mal. On les regarde comme le 
bonheur d'une maifon ; & pour leur donner plus de facilité à 
bâtir leur nid fur les cheminées , on y met une roue de carofle 
ou de charrette. Aufli arrive-t-il quelquefois qu'il tombe du haut 
de la cheminée une Couleuvre ou un autre Serpent que l'Oilcau 
apportoit à fes petits. Si quelque Etranger s'avifoit d'en tuer, il 
courroit rifque d'être lapidé par la populace. Pline dit auffi 
qu'en ThelTalie c'étoit un crime digne de mort de tuer une Ci- 
gogne, &; qu'on portoit contre le meurtrier la même peine que 
contre un homicide. On ne remarque point que les jeunes Cigo- 
gnes nourrifîent &: portent fur leur dos leurs parens devenus 
vieux , quoique cette opinion ait été fort accréditée. La Cigogne 
a la chair dure &L fibreufe : cependant il y a des Chalîcurs qui en 
font cas. Cet Oifeau a un reflort admirable dans le jarret. 

Le mot de Cigogne ou Cicogne _, dite en Italien Cigogna ou 
Cicogna ; en Allemand Storch ; en Anglois Stork ; en Suédois 
Storck ; jadis en François Cigongne. ou Cigoigne _, Ciccngne ou 
Clcoignc y vient du Latin Ciconia. Le petit de la Cigogne fe 
nomme Cigogneau ou Cicogneau ; quelquefois Sigogfiat ou Ci- 
cognat ; Cigoigneau ou Cicoigneau , ôc même Cigoneau ou Ci- 
concau , félon Cotgrave. 

1°. La Cigogne noire , Ciconia nigra ^ RaySynopf. Ardea 
fufca , pecîore & cauda nigra , roftro ù pedibus fub-viridibus , 
Rudb. Ardea nigra , peclore abdomineque albo , Linn. Elle eft 
égale à la précédente ; elle a le cou , la tcte , le dos &: les ailes 
d'un noir luifant, avec quelque mélange de vert, d'une cou- 
leur femblable à celle qui fe voit dans le Cormoran ; le ventre , 
U poitrine 5c les côtés blancs j le bec vert, comnie auHi les 

Qq 



)o6 Histoire Naturelle 

jambes , qui font nues aux genoux. Mais Jean Faber , dans Tes 
Notes fur les Animaux de la Nouvelle Efpagne , dit que cet Oi- 
feau a le tour des yeux, tout le bec , les jambes &c les pieds d'une 
couleur rouf;e très agréable qui relTcmble au minium des An- 
ciens , ou à notre cinabre ; en quoi fa Cigogne noire eft dilïe- 
rente de celle que nous avons vue & décrite à Francfort. Peut- 
être que la nôtre étoit encore jeune. Elle fait craquer fon bec 
comme la précédente.. 

M. Linnxus dit qu'elle habite, mais rarement , en Suéde dans- 
le Smoland ou la Gothic méridionale. Selon lui , elle eft de la 
grandeur des Oifeaux du même genre ; elle a le delTus du corps 
noir, ëz. le deflous blanc ; la tête , le cou ]uCqu:iu fie rnu m , le 
dos , les ailes èc la queue noirs ; la poitrine &: le ventre blancs j 
les cuillcs à demi-nues & vertes , ainfî que le bec. 

Selon M. Klein , la Cigogne noire habite en Pologne , en 
Lithuanie & enPrulle, dans les lieux retirés , marécageux , &: 
elle fait fon nid dans les forêts reculées; elle eft plus petite que 
la Cigogne blanche ; elle a le bec èc les pieds fanguins , que 
Willughby dit mal-à-propos être verts comme le bec. J'en ai 
nourri une pendant quelques années dans mon jardin , ajoute 
notre Auteur. La Figure d'Eléazar Albinus ne repréfente point 
cet Oifeau avec fes couleurs naturelles, 

Belon dit auili qu'il y a des Cigognes noires fort communes 
en Lorraine , lefquelles ont le bec & les jambes rouges , & le 
corps noir , à l'exception du ventre qui eft blanc. 

La Cigogne noire eft extrêmement rare dans ce Pays-ci. M. 
Carraud père , l'un des plus habiles Chalîeurs de la Province, en. 
a tué une du côté de Bellegarde , dans la forêt d'Orléans. Cette 
Cigogne eft reftée pendant plufieurs années attachée à la porte 
de feu AL de Brouville, rue de la Levrette. Tout Orléans l'a vue 
avec furprife; car on ne fe fouvenoit pas d'y avoir jamais rien vu 
de f emblable. 

Si l'on en croit Pierre Gyllius , les Cigognes font des Oifeaux 
de palîage , mais non pas toutes ; du-moins cela eft douteux, 
Plufieurs ont été tirées à fec comme mortes par les Pêcheurs ; 
elles étoient jointes enfemble , ayant le bec fourré dans l'anus 
les unes des autres ; & après avoir été réchauffées dans les 
bains , elles revinrent à elles. C'eft Campofulgofus qui affirme 
que ceci eft arrivé en Lorraine l'an 14(^7. 

3°. La Cigogne d'Amérique, Ciconia Americana^ Maguari 
BrafiUenfibus Marcgravii , Ray Synopf Elle reffemble à la Ci- 
gogne par la figure & par la grandeur , en partie auffi par la: 



DES Oiseaux. 307 

couleur ; elle a les pieds rouges de même que notre Cigogne ; 
la queue pareillement courte 6»: blanche ; la tête, le cou &: tout 
le corps revêtus de plumes très blanches ; les ailes couvertes à 
leur nailTance de plumes blanches,, mais noires près du dos ; de 
forte,jque le vert reluit à travers la noirceur ; le bec depuis fa 
naiflance jufqu'au milieu , ert d'un vert-jaunâtre ; du-reftc d'un 
bleu-cendré. Elle fait craquer ion bec comme notre Cigogne 
blanche. 

4°. L'Ibis d'Egypte , 3is nigra Bellonii , Ray Synopf. Il a 
le corps d'un Courlis de mer, ou un peu plus petit; la tête du 
Cormoran ; le bec plus gros que le pouce à fa naiflance , mais 
pointu par le bout , un peu courbé £c voi'.té , tout rouge, comme 
aulfi les jambes , qui font longues fie femblables à celles du Bu- 
tor ; le cou nuili oblong comme un Héron. ■ 

Cet Oifeau eft très utile aux Egyptiens pour détruire les Ser- 
pents , les S.iurerellcs &: les Chenilles , dont cette région eft par- 
ticulièrement inicltée. 

L'Ibis efl; une efpece de Cigogne noire , qui paflle pour avoir 
appris aux hommes l'ufage des lavements, parce que quand il fc 
fent trop conil:ipé, il fe feringue de l'eau du Nil dans l'anus avec 
fon bec. C'eft apparemment pour cette railon que la célèbre 
Ecole de Médecine de Paris a adopté cet Oilcau d^ns les armes. 

Le Héron , le Pélican &; la Cigogne , dit M. de la Chambre 
dans fon Difcours de l'Am.itié &c de la Haine qui fe trouvent 
«ntre les Animaux, ont cela de commun, qu'ils aiment leurs 
petits jufqu'à ce point là , que s'ils n'ont rien pour les nourrir , 
ils rejettent de leur eftomac les aliments qu'ils ont avalés , pour 
les fuftenter. Il s'eft même trouvé des Cigognes qui fe font lan- 
cées dans les flammes , ne pouvant fauver leurs petits qui fe brû- 
loient. Mais l'amour du Vautour envers les fieris eft encore plus 
admirable, s'il eft vrai qu'il demeure quatre mois à terre pour 
les garder , n'ayant point d'autre foin que de ks nourrir ; & que 
il les vivres viennent à leur manquer, il fe pique la cuifle, afin 
de leur faire boire le fang qui en fort ; ce que les Peintres ont at- 
tribué au Pélican. 

Il feroitàfouhaiter que nous fuffions à portée de pouvoir véri- 
fier ces fortes d'obiervations. 



Qqij 



308 Histoire Naturelle 



Article Troisième. 
Du genre des Hérons. 

jLes i^/ro/^^ mangent du Poiflon ; d'où vient qu'ils font miir- 
«is de becs longs, forts &: pointus , pour frapper les Poiflons ; 
qu'ils ont les jambes fort longues , pour entrer plus avant dans 
l'eau ; les doigts très longs , fur-tout celui de derrière, pour pou- 
voir fe tenir plus fermes dans les rivières; les ongles forts & 
crochus , dont celui du milieu eil: dentelé au coté intérieur, pour 
retenir avec plus de fermeté les Anguilles & les autres corps glif- 
fants. Mais la marque la plus certaine des Hérons , par laquelle 
ils fe diftinguent de tous les autres Oifeaux , c'eft l'inteftin cœ- 
cum 3 qui cft unique dans eux comme dans les Quadrupèdes ; au 
lieu que la plupart des autres Oifeaux l'ont double. 

1°. Le GRAND Héron cendré , Ardea clnerea major ^ e'o«-- 
iS'.o-, { Erodios ) , Ray Synqpf Ardea crijlâ dependente , Linn. Il a le 
fommct de la tête blanc ; une longue crête noire qui lui pend au 
aen-iere de la tête ; la gorge blanche, très joliment piquetée de 
taches noires; la couleur de tout le corps variée de cendré, de 
blanc , de noir , de jaunâtre ; entre ces couleurs , c'eft la cen- 
drée qui domine. Il perche fur les arbres , & il y fait fon nid. Il a 
le bec d'un vert-jaunâtre ; les jambes &: les pieds verts. Il fe re- 
pofe ayant la tête ramenée entre les épaules , & le cou tort. H 
fe nourrit principalement de Poiflons &: de Grenouilles, fins 
néanmoins rebuter les herbes ; car en ayant difl^équé un , nous 
lui avons trouvé dans l'eftomac de la lentille de marais. 

Quant à la troifieme cfpece de Héron cendré d'Aldrovandus, 
comme elle n'a aucune marque caradériftique , par laquelle on 
puilfe la difl:inguer furement du grand Héron cendré , on n'a 
qu'a confulter fa defcription entière dans cet Auteur , ou dans 
l'Ornithologie de M. 'Willughby. 

M. Linnxus dit qu'il habite en Suéde le long des rivages àcs 
eaux j &; qu'il fait fon nid fur les arbres. Enfmte il le décrit de 
cette forte : Il a le bec applati ^ pointu ; la mâchoire fupérieure 
iioire , l'inférieure incarnate ; une petite crête noire pendante ; 
une tache blanchâtre des deux côtés entre les yeux Scie bec; la 



DES Oiseaux. ^09 

gorge blanche ; le deflus du cou èi. le dos d'un bleu-grisâtre ; le 
deflbus du cou blanchâtre , piqueté de taches noires longitudi- 
nales ; la poitrine & le ventre blanchâtres ; les cuiiîes jaunâ^ 
très ; vingt-quatre grandes plumes noires à chaque aîle ; la queue 
grisâtre, compofée de douze grandes plumes ; les cuifles à demi- 
nues, d'un cendré-incarnat; les pieds noirâtres ; l'ongle du doigt 
du milieu dentelé en dehors; le doigt le plus extérieur attaché 
au doigt du milieu. 

Selon Willughby , le Héron pefe quatre livres ; il eft long de 
trente-huit doigts & demi; il a une crête noire, haute de quatre 
doigts &; demi ; environ vingt-neuf plumes à chaque aîle ; la 
queue longue de fept doigts, compofée de douze pennes ; le cou 
compofé de dix-huit vertèbres , de les œufs d'un bleu-vert-pâle. 

Quelques-uns difent qu'il fait fon nid de bois fec à-peu-près 
dans le goût de celui de la Pie , fur le iommet des plus hauts ar- 
bres ; qu'il ne pond à la fois que deux gros œufs d'un blanc-ver- 
d.itre , & que le mâle couve alternativement avec la femelle. 
Éelon dit auiii que les Hérons nichent fur les arbres les plus hauts 
aflez près des rivières , tant en Angleterre qu'en France , parce 
qu'ils nourrilTent leurs petits de PoilTons; &C comme piufieurs de 
ces Poilfons leur échappent àc tombent par terre , on s'imagine 
qu'ils font tombés du Ciel avec la pluie. Il ajoute que François I, 
Roi de France , en avoir de fi apprivoifés , qu'ils alloient cher- 
cher leur nourriture. Se puis revenoient dans leur héronniere. Le 
Héron a les bords du bec dentelés en forme de fcie , pour mieux 
retenir les Poiflons. Il eft en butte à tous les Oifeaux de Proie. 
Richelct dit que le Héron eft fort bon à manger. Je connois des 
gens d'aftez bon goût qui trouvent cet Oifeau pallablement bon, 
quand il eft rôti, & préalablement écorché. Nos Solognots aflu- 
rcnt , d'après leur expérience , que le Héron commun a fept fiels 
ou amers répandus fur le corps, qu'il faut ôter avant de le faire 
cuire , parce qu'autrement fa chair leroit trop amere ; Se que fon 
foie , comme celui du Loup , a autant de lobes ou de feuillets 
que l'Oifeau a d'années. Ils ajoutent que l'efpeçe de Héron qu'on 
nomme Butor n'a que cinq fiels , qu'il faut pareillement ôter 
pour le manger. La chair des Hérons eft fort huileufe ^ dc fenc 
le Poilfon ; auffi en détruifent-ils confidérablement. Il y a quel- 
ques années qu'un Chalfeur ayant tiré fur un Kéron perché au 
haut d'un arbre le long de la Loire , celui-ci laifta tomber une 
Aiofe toute fraîche , que le Chaffeur trouva excellente. 

Si l'on en croit M. Colonne, que nous avons déjà cité plu- 
iîcurs fois , rOifeau Ardée ( ou le Héron ) eft ainfi appelle , à caufe 



3IO Histoire Naturelle 

-que quand il cil: attaqué par unOifeau de Proie, non-feulc- 
iiicnt il fe défend avec beaucoup d'ardeur &L de vivacité, parce 
qu'il a beaucoup de courage ; mais quand il ne peut plus le dé- 
fendre , ôc que les forces lui manquent , alors il préfente le der- 
rière à fon ennemi , & lance fur lui fes excrémçnts , qui font 
très gluants & (i chauds qu'en peu de temps ils brûlent & con- 
fument les plumes de fon adverfaiic , comme fi elles avoient 
pafïë par le feu. 

Il cil dit dans la Nouvelle Maifon Ruftiquc de Liger, que les 
Hérons fouffrent beaucoup , tant mâles que femelles , à faire 
leurs petits , &; pour les mettre au monde : mais outre que l'ex- 
preffion ell linguliere , le fait n'eft rien moins que certain. J'en 
dis autant de l'alTertion de ceux qui prétendent que le Héron 
gris, tant qu'il eft occupé k élever fes petits , ne fe repofe jamais 
à terre , 6c que quand il les a élevés il ne quitte plus la terre. 

Le Héron gris ou cendré, dit en Italien Airone ou Aghirone ; 
en Allemand Rcihcl ou Heergans ; en Anglois tke common Héron 
ou Creficd Héron , c'eft-à-dire , Héron commun ou Héron crtté ; 
en Suédois Haeger ; s'appelle en Provence un Gabian ; en Sa- 
voie Heyron j en Périgord Pêche-Bernard ; en Sologne Aigron^ 
& par corruption Aiglon ; ce qui répond au mot Italien. Or 
félon Ménage , Héron vient à'Eroduis. Le petit du Héron fe 
nomme Héronneau. Héronniere eft le nid ou l'aire du Héron. 
Cotgrave écrit Ha'iron , Haironneau & Haironniere. 

z°. Le PETIT HÉRON CENDRÉ , Ardea cinerea minor ^ Ger- 
manis Nyclicorax , Ray Synopf II eft beaucoup plus petit que le 
précédent ; il a le cou plus court ; le dos & le fommet de la tête 
noirs ; le cou cendré ; la gorge & le ventre jaunâtres ; le bec 
noir; une ligne blanche qui s'étend depuis le bec jufqu'aux 
yeux ; trois plumes comme des foies , longues de cinq doigts , 
qui lui pendent au derrière de la tête ; les aîlcs &: la queue cen- 
drées ; les pieds d'un jaune-verdatre. On l'appelle Bihoreau , 
Roupeau èc Corbeau de nuit _, parce que de nuit il crie d'une 
voix difcordante , bc comme s'il vouloit vomir. /^. PL 21. 

M. Linnarus n'en fait aucune mention, parce qu'apparemment 
il ne fe trouve point en Suéde. On le connoît dans la Sologne ; 
mais il y eft beaucoup plus rare que le grand Héron gris. 

3°. Le GRAND HÉRON BLANC , Ardcu alhd major , Ray Sy- 
nopf Ardea alba tota , capite Uvi , Linn. Il diffère du grand 
Héron cendré , 1°. par la couleur de tout le corps , qui eft blan- 
che comme neige ; 2", par la grandeur , en quoi il cède au prc- 



DES Oiseaux, ^ir 

tnier ; 3°. par la queue un peu moins longue que celle du grand 
Héron cendré ; 4". en ce qu'il n'a point de crête. M. Johnlbn l'a 
obfervé en Angleterre. 

Selon M. Linnxus , il habite en Scanie ; il efb tout blanc 
comme neige ; il n'a point de crête , &: il a le bec jaune. Wil- 
lugby dit qu'il pefe quarante onces ; qu'il a quarante doigts de 
longueur, &: le vol de foixante-deux doigts & demi; la queue 
longue de lix doigts &. demi; environ vingt-lcpt plumes à chaque 
aîle, & douze à la queue , qui eft longue de fix doigts & demi. 
Les Orléanois ne connoilFent point cette efpece de Héron. Les 
Vénitiens la nomment Gar-^a , & les François Aigrette. Ceux-ci 
l'ont ainfî appelléc, dit Belon , à caufe de l'aigreur de la voix , 
qui eft beaucoup plus puilFante que celle du Héron commun. Les 
Italiens la nomm.ent Agroti. Nous donnons à favoir , ajoute Mé- 
nage, s'ils l'ont prifi.^ de nous, ou fi nous l'avons prife d'eux. Ces 
deux étymologics de Belon font indubitables : &; cependant le 
Père Labbe dérive Aigrette (ïArdea; Ardea , Aire , Airon ; puis 
Airette ou Aigrette , à'Ardeola : ce font Tes termes. Julcs-Céfar 
Scaliger a écrit Egrette. Selon M. Huet , Evêque d'Avranchcs, 
Aigrette s'eft dit par corruption pour Aiglette. Cette dernière 
étymologic n'eft pas naturelle ; il faut s'en tenir à celle de Belon. 

4°. Le PETIT HÉRON BLANC , Ardea alba minor y feu Gar- 
\etta Gefneri ù Aldrovandi _, Ray Synopf. Il diffère du précé- 
dent , en ce qu'il eft beaucoup plus petit , &: qu'il a une crête 
que l'autre n'a point ; c'eft une efpece d'aigrette. 

M. Linna:us n'en dit rien , non plus que M. Klein, 

5°. Autre PETIT HÉiiON blanc , Ardea alba minor ^ te.rtia 
Aldrovandi , Ray Synopf. Il eft plus petit que le précédent , mais 
plus charnu ; il a le fommet de la tête & le dcffus du cou fiiffra- 
nés , la poitrine de même , mais d'une couleur plus claire; le cou 
plus court que les autres Hérons. 

6°. Le HÉRON A PIEDS ROUGES OU Crabier roux , Ardea 
Hdmatopiis , feu Cirris Virgilii Scaligero Aldrovandi , Ray Sy- 
nopf. C'eft prefque le plus petit des Hérons ; il a le cou fort / 
court ; prefque tout le corps d'une couleur faftranée tirant fur le 
châtain , plus foncée en deffous , phis claire en deffus & fur les 
aîlcs ; la queue fi petite qu'il femble n'en point avoir ; le bec 
proche de la tête d'un bleu-vert , noir au bout ; les jambes ôc 
les pieds d'un rouge- foncé. 

Nous ne connoilTons pas plus ce Héron que les deux précé- 
dents, &: les trois luivants. 

7**, Le Sguacco ou Crabier jAvm y Ardea quam Sguaao- 



311 Histoire Naturelle 

vocant in vallibus diclis Malalbergi Aldrovando j Ray Synopf. Il 
a la tête huppée ; le bec court, mais robufte \ une grandeur pa- 
reille à celle des précédents ; la couleur d'un jaune-tanné ; toute 
la tête & le cou variés de jaune , de blanc &. de noir \ le dclTous 
du ventre blanchâtre , de même que la queue & la meilleure 
partie des ailes. A la Caroline on en trouve un tout bleu, aigrette; 
& aux Antilles un vert &. un veft piqueté. K. PL x i . Fig. i. 

8°. La Squaïotte ou le Crabier , Ardea vulgb Squaiotta 
d'icla Malalbergi Aldrovando ^ Ray Synopf. Elle a le bec jaune, 
noirâtre au bout ; la queue courte , & les pieds verts; une huppe 
fur la tête , compofée de trente plumes , dont celles du milieu 
font blanches , Se celles des extrémités noires. Elle a aulîî fur le 
dos de ces fortes de plumes élégantes, de couleur rongeâtre, à 
racines blanches; c'eft une efpece d'aigrette. Cet Oifeau le nourrit 
d'Ecreviffes. 

9". Autre PETIT HÉRON A BEC EN FAUCILLE, Ardeu minor 
alia rojiro arcuato Aldrovandi , Ray Synopf. Il a le cou blanchâr- 
tre, ainfi que la poitrine, laquelle eft parfemée de taches noires 
qui defcendent en bas comme dans le Héron commun. Tout le 
refte de l'Oifeau eft d'une couleur grife-cendrée , plus claire en 
defTous , plus foncée en deflus. 

lo*^. Le Butor , Ardea Jiellaris , Ray Synopf Ardea flellaris 
minor ^ fîve Ocnus , Aldrov, Ardea vertice nigro ^peclore pallido^ 
maculis longitudinalibus nigricantibus , Linn. Il a tout le corps 
bigarré de roux & de noir , pu plutôt roux-bariolé de mouche- 
tures &; de raies noires ; les pieds verts ; le bec gros à fi bafe , 
aminci peu à peu en pointe aiguë. Les Anglois feptentrionaux 
le nomment the Mire-Drum , à caufe de fon mugiflement , qui 
peut s'entendre de loin. Ariftote l'appelle O'zvoç ( Ocnos), c'ell- 
à-dire , le PareJJ^eux , & cela à jufle titre par rapport à fa parefle 
&; à fon vol lent. Il fe tient caché dans les joncs & les rofeaux. 
Cet Oifeau fe diftingue fuffifamment de tous les autres Oifeaux 
qui nous font connus , par fon cri qui rciremble au mugiflement 
d'un Taureau. Il eft de la grandeur du Héron crris ordinaire. 

Selon M. Linnazus , il habite en Suéde le long des eaux ; il a 
le bec long, convexe, d'un noir-palfé ; les narines oblongues, 
recouvertes d'une valvule du côté fupérieur, d'où part un canal 
qui va rendre au bout du bec ; la langue étroite , pointue , trian- 
gulaire ; les cuilTes à demi-nues , d'un vert-clair ; les ongles légér- 
rement voûtés , dont celui de derrière eft plus long que les au- 
tres; vingt-deux grandes plumes à chaque aile ; douze pennes 
moulîcs à la queue; le dcfTus du corps d'une couleur rouflc- 

teftacée , 



DES O I S E A 1/ x; '515 

teftacée avec des caches oblongues tranfverfiilcs , &: le defTous 
de couleur plus claire, avec des taches longitudinales ; la cou- 
leur de la tête préfeiitée à la lumière , noire depuis le bec iuf- 
qu'au cou. 

Willughby dit que le Butor a vingt-neuf doigts de longueur 
depuis le bout du bec julqu'au bout de la queue ; qu'il ne meugle 
que quand il eft en amour ; qu'il fait fon nid à terre , &c qu'il 
pond à la fois cinq œufs alFez ronds, blancs-cendrés ou verdâ- 
tres. Il ajoute que dans l'automne les Bu ors ont accoutumé de 
s'envoler en haut dans les airs, après le coucher du Soleil, mon- 
tant en fpirale,jurqu'à ce qu'on ne les voie plus; 5c que pendant 
ce temps-là ils pouflent une voix fmgulicre qui ne reiremble 
nullement à un mugiflement ; que c'ell apparemment l'Oifeau 
qu'on appelle en Angleterre Nyclicorax ; car le Butor mugit auilî 
Ja nuit. 

Gefner afTure avoir trouvé douze œufs dans fon nid entrelacé 
de rofeaux ; & que le Butor approche tellement de la couleur 
à^s rofeaux , qu'à peine peut-on l'y appercevoir. Selon Belon , il 
fait fon nid de branchages lur le fommct des arbres , &; il pond 
quatre œufs. Ce qu'il y a de certain , c'cft que le nid de cet Oi- 
feau efb extrêmement difficile à trouver , parce qu'il le fait dans 
des endroits marécageux inaccelîibles. 

Quoique l'amitié dût être égale , dit M. de la Chambre, entre 
les deux Xçy.Qs , néanmoins elle a été partagée inégalement à l'un 
& à l'autre ; car l'amitié du mâle envers la femelle efb plus forte 
que celle de la femelle envers le mâle ; 6c l'amitié de la femelle 
envers fes petits eft plus violente que celle que le mâle a pour 
eux. Chacun d'eux a donc été pourvu de l'inclination propor- 
tionnée à la fonction qu'il doit faire , le mâle pour engendrer 
comme première & principale caufe , &: la femelle pour élever 
fcs petits. Cela néanmoins a (es exceptions ; car la femelle du 
Butor eft plus amoureufe que le mâle ; c'eft elle qui le follicite, 
& qui l'excite à l'amour par les fréquentes vifites qu'elle lui fait , 
&; par l'abondance des vivres qu'elle lui apporte , étant fi pa- 
reflèux qu'il fc laiiTeroit mourir de faim fans le foin qu'elle en 
prend. Ces irrégularités viennent du tempérament. Il y a des 
coqs qui tont naturellement fi efféminés , qu'ils font & fouffrenc 
la plupart des chofcs qui ne conviennent qu'à la poule; ils cou- 
vent les œuts; ils ont foin des poullîns; ils ont les mêmes accents 
dont la Poule fe fert quand elle conduit fes pouffins ; enfin ils fe 
laiffentcouvrirpar les autres, ôcfemblent avoir oublié qu'ils font 
les mâles. Or ceu ne peut venir que du défaut de la chaleur qui eit 

Rr 



5t4 Histoire Naturelle 

propre à ce fexe. Plut<irquc dit que la femelle de l'Alcyon aime 
tellement Ton pair , qu'elle ne l'abandonne jamais. Se que quand 
la vieillefle l'a rendu foible ôc pelant , elle le porte èi. le nourrit. 
Mais pourquoi ne dit-on pas auffi cela du mâle ; car , à les voir , 
©n n'en peut diftinguer le fexe ? Il eft donc vraifemblable que 
cette amitié eft mutuelle , & que réciproquement ils fe rendent 
ces devoirs l'un à l'autre. On ne peut pas dire la même chofe du 
Butor ; car il eft certain que toute l'amitié qui fe trouve en cette 
cfpece eft renfermée dans la femelle; c'eft elle feule qui va cher- 
cher fon pair , qui le nourrit , qui lui fait l'amour êc qui élevé 
fes petits ; enfin il n'y a qu'elle qui ait foin de fa famille & de 
fon ménage ; &i. l'on pourroit dire que c'eft la plus fage femme 
du plus heureux mari qui foit entre les animaux. 

Ne croiroit-on pas , à entendre parler fi affirmativement M. de 
la Chambre des amours du Butor , qu'il a été témoin oculaire 
de tout ce qu'il avance ; de cependant tout fon difcours n'eft 
qu'un joli Roman. 

On a dit faufTement que le Butor avoit trois tefticules. Nos 
Beaucerons , qui habitent le long de la Conie , obfervent fuper- 
ftiticufement le cri de cet Oifeau. Ils s'imaginent qu'il annonce 
la cherté des vivres , notamment du froment ; de forte que le 
bled augmente de prix à proportion du nombre des mugifTements 
cju'il poulie de fuite. Il eft rare qu'il mugifle fept fois lans inter- 
ruption. En l'année 1753 ils ont été fort contents de lui, parce 
qu'il n'a beuglé que trois fois de fuite. Ils difent aulfi qu'il change 
de couleur avec les rofeaux ; qu'au printemps il eft vert comme 
un Perroquet , & qu'alors il ne vole pomt, fe tenant tranquille 
au milieu des joncs & des rouches ; au-licu que fur la fin de l'au- 
tomne fon plumage prend une couleur de feuille morte , qu'il 
garde tout l'hiver. M^is c'eft une pure imagination. 

Le Butor fe nomme en Italien Trombone ; en Allemand Rohr- 
trum ou Meerrind i en Anglois thc Bittour ou Bittern; en Sué- 
dois Roerdrum ; en Poitou Buhor ; en Bretagne Gallerand ou 
Galerand ; k Bcllegarde dans la Forêt d'Orléans Behors ; en 
Berry ci. en Sologne Bihour ; en Gafcogne le PareJJeux ;2Lï\\cnïS 
Las-d'aller ; Bihor , Biitour ou Bïtour ^ Taureau d'étang on de 
rivière j Boeuf de marais , Héron étoile ; quelques-uns le nom- 
ment d'un nom corrompu Pittouir, félon Belon ; RouJJeau , félon 
Cotgrave ; un Hou , félon quelques Payfans Orléanois. Or ces 
diverfes dénominations viennent de fon cri , de fa couleur, o\x 
de fon naturel. Quant au mot de Butor , quelques-uns difent 
qu'il vient du Latin inufité Mugitaurus j comme qui diroit 



DES Oiseaux: ^i^ 

Magiens T auras _, ou Taureau mugijjant: d'autres, comme le 
Père Labbe fie Nicoc , le dérivent à Boatu Taurino ^ ou à Bove & 
Tauro j comme qui diroit Bos-Taurus ou Botaurus; ce qui re- 
vient au même. Et en effet , le Butor beugle comme un Taureau 
ou un Bœuf, en fourrant fon bec dans l'eau. 

11°. Le PETIT Butor , Ardex Jidlaris tcnium genus Aldro" 
vandi j Ray Synopf. Cette efpece de Butor , envoyé d'Epidaure 
à Aldrovandus , étoit par tout le corps de la même couleur \ 
favoir roufsâtre , mais plus en deffus qu'en deffous. 

Nous ne connoiffons point cette forte de Butor , à moins que 
ce ne foit l'efpece rare &c curieufe qui fe trouve en Sologne , ôC 
<]u'on pourroit , ce femble , appeller Ardeola m'inor , ou Ardea. 
Jiellaris minima , comme étant le plus petit des Hérons étoiles 
'que nous connoilFions. J'en ai envoyé deux à M. de Réaumur. Il 
fe trouva trois Brochetons dans l'eftomac du premier ; ce qui eft 
étonnant pour un fi petit corps. Nos Solognots donnent à cet 
Oifeau un nom lingulier ; ils l'appellent un Quoimeau ^ &i par 
corruption Quoimiau ou Quoamiau , parce que quand il couve 
fes œufs , fon attitude repréfente , félon eux , un de ces pots à 
deux anfes qu'ils appellent ainli. 

On trouve dans la Suiffc un Héron appelle Blongios ; il a le 
cou piqueté de noir , & les ailes blanches. 

I ^°. Le GRAND Butor , Ardea Jiellaris major feu rubra Al- 
drovandi ^ Ray Synopf. Il paroît que c'eft une efpece bâtarde ou 
métive entre le Héron étoile ordinaire &; le grand Héron cen- 
dré , quoiqu'elle approche plus de ce dernier ; ainfi on pourroic 
le nommer avec plus de raifon , Ardea cinerea peclore & lateribus 
ruffis y Héron cendré à poitrine &; côtés roux. Son dos eft d'un 
gris plus foncé ; il a aux épaules des foies un peu longues , rouffes ; 
les petites plumes qui recouvrent le deffous de l'aîle font rouffes ; 
les cuiffes d'un blanc-roux ; des deux cotés de la poitrine on voit 
de larges plaques rouffes , au milieu defquclles il y a aux côtés du 
cou une large ligne noire ; le bas du cou eft roux. Du-refte il a 
du rapport avec le Héron cendré. 

Je m'étois d'abord imaginé que ce grand Butor dont parle ici 
Ray , d'après Aldrovandus, étoit le même que celui que j'ai en- 
voyé à M. de Réaumur , Se que ce favant Naturaliftc trouva réel- 
lement différent en grandeur & en couleur du Butor ordinaire. 
Seroit-il pofTible que notre Butor variât ainfi de grandeur Se de 
couleur ? Je croirois plutôt qu'il y a trois efpeces de Butor ou de 
Héron étoile; favoir le grand, qui eft très rare dans ce Pays-ci ; 
le moyen ou le commun , que tous nos Chaffcurs connoiffcnt^ 6c 

Rrij 



*3i6 Histoire Naturelle 

ïe petit , que nos Solognots nomment Quoimeau. Nous {«lurons 
à quoi nous en tenir , s'il arrive jamais , pour l'honneur ik: l'ac- 
croiflement de l'Ornithologie , que nous ayons la fatisfa6tion de 
voir paroître l'Hiftoire des Oifcaux promife par M. de Réaumur. 

13°. Le Soco , Soco BrafdUnfibus Marcgrav'ii , Ray Synopf. 
ïl paroît relTembler au Héron par tout Ton port extérieur ; il eft 
<le la grandeur d'un petit Héron ; il a la queue courte ; la tête ^ 
le cou revêtus de quelques plumes brunes marquetées de petits 
points noirs ; le ventre de même; enfin le dcfîbus des aîles varié 
oe noir 6c de blanc. 

14°. Le Cocoi , A'-dea Brafdienjis Cocoi dicla Marcgravii y 
Ray Synopf. Il eft de la grandeur d'une Cigogne ; il a le bec long 
de lîx doigts ; l'iris des yeux dorée ; les paupières cendrées ; la 
gorge & tout le cou blancs ; le fommet de la tête & les côtés 
noirs , mêlés de cendré ; une jolie crête de même couleur, d'où 
pendent en arrière deux plumes élégantes , longues de cinq 
doigts &: demi, d'un noir-cendré ; le devant du cou tacheté , fui- 
vant fa longueur, de plumes mêlées de noir &; de cendré ; à la 
partie antérieure &: inférieure du cou , on voit des plumes élé- 
gantes, longues, blanches , déliées, pendantes ( cendrées fur le 
dos), que les Habitants ont coutume de porter à leurs bonnets; 
le refte du delîùs du corps , le dos , les aîles &: la queue , font d'une 
couleur cendrée-claire. 

15°. Le HÉRON DU Brésil a bec dentelé, Ardea Brajl- 
lienjis roflro ferrato , cinerex fimilis Marcgravii , Ray Synopf. 11 
cft égal au Canard domeftique, ou plus grand; il a la moitié an- 
térieure du bec , tant en dclfus qu'en deflous , doublement den- 
telée , longue de quatre doigts & demi; l'iris des yeux dorée; 
toute la tête 6c le defliis du cou revêtus de plumes un peu lon- 
gues , d'un jaune-pâle, ondées de noir ; le bas du cou , la poi- 
trine & le bas du ventre blancs , ondes de brun ; le dos & les^ 
aîles bruns, ondes de jaune ; les grandes plumes des aîles mêlées 
également de noir &; de cendré , avec les extrémités blanches j 
\qs plumes de la queue traverfées de lignes blanches. 

16°. LeGuiRATiNGA, Guirannga Brafdicnfibus , Gar^aLu- 
fitanis 3 Ardex fpecies Marcgravii , Ray Synopf II eft de la gran- 
deur &: de la figure du Héron blanc; il a le bec droit, pointu ^ 
jaune, long de quatre doigts; tout le corps d'un plumage très 
blanc , &; le cou couvert de plumes blanches fort élégantes. Cet 
Oifeau ne diffère prefque en rien , finon en grandeur , de notre 
grand Héron blanc d'Europe, 

17°. Le petit Héron pu Brésil , Ardeola Brafdienjîs 



DES Oiseaux. ^ly 

Maf-cgravii , Ray Synopf. Il égale à peine un Pigeon en gran- 
deur ; il a le cou long de lept doigts; une peau à la bafe du bec 
de couleur fouve ; le defllis de la tête d'une couleur d'acier poli, 
femé d'un brun-pâle ; tout le cou , la poitrine & le bas du ventre 
comme bariolé de blanc 6c de gris-cendré ; le dos noir , & en 
partie d'une couleur d'acier tirant iur le brun , mêlé de plumes 
de couleur de cire; les pennes des ailes longues, verdâtres, avec 
une tache blanche au bout ; le refte du defliis du corps élégament 
bigarré de brun , de couleur d'acier poli , de couleur de cire 3i 
de gris-cendré ; les pieds de couleur fauve. 

Tous ces Hérons ont le bec long, droit, pointu , jaune en 
deiïbus à fa naiflance , ou d'un jaune tirant fur le vert , noir par 
le bout ; le haut des cuiflcs jufqu'à la moitié nu ; l'iris des yeux 
dorée ; la queue courte , & qui ne s'étend pas au-delà des aîLes. 

1 8°. Le HÉRON NOIR , Ardcx congcncr Aldrovandi , feu nïgra^ 
Ray Synopf. Quoiqu'il ait le cou beaucoup plus court que le 
Héron , il lui relTemble cependant pour le refte. Sa couleur eft 
par-tout uniforme , noirâtre , à l'exception du cou , qui eiT: en- 
touré d'un collier blanc, & du bec qui eft jaune , 6c marqué au 
bout d'une tache noire tant en delfus qu'en deflous. 

19°. Le PETIT HÉRON BIGARRÉ , Ardcolu littoralïs variegata 
Mufdi Leydenjîs , Ray Synopf. 

Toutes ces efpeces de Hérons nous font étrangères ; èc nous 
n'en pouvons rien dire , non plus que des deux luivantes. 

20°. Le HoACTON , Xoxoukqui Hoaclli , Hoaclon ,{t\\ ArdeCL 
cinerea minor Mexicana cr'iflata j Ray Synopf. Sa crête eft com- 
pofée de fept plumes rougeâtres. Il a tiré fon nom de fa voix ; 
car il crie hoho. Il a le bec dentelé en forme de fcie , noir, félon. 
Hernandcz. 

21°. Le PETIT HÉRON BLANC DU MEXIQUE , Atdea Mcxi- 
cana minima candidijjima _, Hoif{ila\tatl dicla Hernande\ , Ray 
Synopf. Il a le bec rouge, jaune à fa naiilance; les pieds pâles » 
& les jambes rougeâtres. 

22°. La Cuiller , Spatule ou Palette , PlateaCivePele- 
canus Aldrovandi , Leucorodius feu Albardeola aliis , Belgis Le- 
pelaer , Ray Synopf. Anas rojlro piano , apice dilaiato roîundato^ 
que , Linn. Cet Oifeau a tout le corps de couleur très blanche 
comme le Cygne; la figure du bec platte 6c déprimée, dilatée 
près du bout prefque circulaircmcnt en manière de Cuiller; ce 
qui joint à fa grandeur infignc, qui furpalle le Héron cendré ou 
commun, le diftingue fuffilament de tous les autres Oifeaux- | 

M. Liunazus le met dans le genre des Canards , quoiqu'il ait 



5iS Histoire Naturelle 

les pieds fendus. Selon lui , il habite en été , mais rarement , dans 
la Bothnie occidentale &: dans la Lapponie ; il eft tout blanc ; il 
a le cou très long; le bec long , tout plat en dellus &c en defTous 
comme une lame de couteau , dilaté vers le bout en figure ar- 
rondie. 

La Cuiller eft extrêmement rare dans ce Pays-ci. On en tua 
une près de Chartres il y a quelques années. Elle vit de Poiflons, 
de Grenouilles , de Serpents , même d'herbes vertes des marais , 
& de racines de rofeaux; elle fait fon nid fur le haut des arbres , 
& pond quatre œufs d'une couvée. Les Anglois font cas de fa 
chair , fur-tout des jeunes , pour la table. Gefner dit que celle 
dont il goûta lui parut allez femblable à de la chair d'Oie. 

M. Klein la met au rang des Oifeaux à bec irrégulier qu'il ap- 
pelle Anomalorojler. Selon lui , Albinus a mal peint cet Ôifeau , 
parce que Willughby ne l'a pas bien décrit; car au-lieu d'avoir le 
bec jaune , il a le bec & les pieds noirs, comme Willughbyl'in- 
lînue lui-même des Adultes. J'ai eu , ajoute-t-il , l'Oifeau vivant, 
^ui étoit tout blanc comme neige, excepté le bec & les pieds. 

La Cuiller s'appelle en Italien Beccaroveglia ; en Allemand 
Pélican ; en Anglois the Pellicane ou Spoonb'ill j en Suédois 
Pckkan ; en Ruiîe Calpetre ; en François Pale^ P ailette ou Pa- 
lette , Poche y Cuiller ^ Pochecuiller , Truble , Truelle , Spatule 
ou Efpatule ; tous noms dérivés de la forme de fon bec. Ce n'çft 
pas-là cependant la Cuiller proprement dite : la véritable eft une 
efpece de Pélican appelle au Brefd Saouakou , qui a le bec large 
d'un pouce & demi , long d'environ trois , creux comme une 
cuiller , & qui au bout du bec fupérieur a un crochet; enforte 
<jue fon bec reftemble à une cuiller couverte. 

23°. La Cuiller ou Palette du Mexique , Tlauhquechul 
feu Platea Mexicana Hernande\ Nierembergio , Ray Synopf. 
Elle eft femblable en apparence à la précédente , mais elle a pref- 
que tout le corps d'une très-belle couleur d'écarlate , ou d'un 
blanc-rougeâtre; la tête prefque nue &; blanchâtre, avec prefque 
tout le cou & une partie de la poitrine ; &c une bande noire un 
peu large, qui diftingue la tête du cou ; le bec large, ôc fur la fin 
arrondi 6c cendré. 

24°. La Pale du Brésil, ou la Spatule couleur de rose, 
Platea Brafilienfis Aiaia dicla , Lujitanis Colherado Marcgravii , 
Ray Synopf. Elle eft de la grandeur d'une Oie, ôc de la figure de 
la Pale ou Cuiller d'Europe ; toute blanche, mais au dos &: aux 
aîles d'une couleur incarnate-claire-luifantc. Elle a le bec blanc. 
Elle paroit être U mêipe que la précédente. /^, PL i i , Fig. 3 , 







Jralulc 



DES Oiseaux. 



319 



i«(k 



Article Quatrième. 

Des Oifeaux aquatiques à pieds fendus , de moyenni^ 
grandeur , (S* des petits. 

Premièrement , de ceux a bec très long ù recourbé. 

1°. L E Courlis de mer , Numenius Cive Arcuata major ,>B-3.^ 
Synopf. Numenius rojlro arcuato , alis ni gris , maculis niveis ^ 
pedibus cdrulefcennbus ^ Liiin. Il approche du Faifan en gran- 
deur ; (on plumage efb varié de grisâtre &; de noir. Il pafle pour 
avoir une chair délicate. Il fe trouve fur les rivages fablonneux 
de la mer. 

Selon M. Linna:us , il habite en Suéde dans les marais ; ïl aies 
pieds d'un brun tirant fur le bleuâtre; le bec en arc ou voûté, 
noirâtre, très long; les premières grandes plumes des ailes noi- 
res , & celles du fécond ordre tachetées de blanc ; le ventre te le 
croupion blancs ; le plumage du corps noirâtre, mais à bord 
cendré-roufsâtre fur le dos , blanchâtre à la poitrine , 6c blanc- 
roufsâtre à la gorge. L'Oifeau que Rudbeck appelle Arquata feu 
Numenius médius , ou Courlis moyen , eft la femelle de celui-ci, 
quoiqu'il repréfente par fa couleur comme un autre Oifeau , 
dont la tête, le cou 6c la poitrine font d'un gris-clair , avec des 
taches brunes longitudinales ; les cuiffcs à demi nues , bleues ; 
6c les plumes du dos noires , avec des taches grifes. 

M. Klein dit qu'il préfage la tempête. Selon Willughby , il 
pefe vingt-huit onces ; il a vingt-trois doigts 6c demi de lon- 
gueur, 6c le vol de plus de quarante doigts. Quant à la bonté 6C 
à la faveur de fa chair, il tient fans contredit la première place 
entre les Oifeaux aquatiques. Le mâle eft un peu plus petit que 
la femelle. Mais Belon bc Jonfton difent tout le contraire , 6c 
que le plumage de la femelle tire plus fur le noir que celui du 
mâle. On n'a pas à beaucoup près à Orléans une idée fi avanta- 
geufe de la chair de notre Courlis ; on n'y en fait prefque aucun 
cas , ^2. peine fc vend-il au marché. Voilà pourquoi nos Pou- 
lailleres n'aiment point à s'en charger : cependant Belon avoic 



^10 Histoire Naturelle 

dit avant Willughby , que le Courlis de mer étoit apprêté pou^ 
les grands feftins comme un Oileau de renom. 

J'ai vu un Courlis qui avoit le plumage de la tête , du cou , 
des épaules , du dos &c du ventre , d'un roux-tanné ; 6c le relie 
du corps d'un blanc-fale. D'abord je l'avois pris pour la femelle : 
mais M. de Réaumur m'a fait l'honneur de m'en écrire en ces 
termes : Le plumage d'un des deux Courlis de mer que j'ai reçus 
de vous eft très-fuigulier ; celui de l'autre eft le plumage ordi- 
naire aux Courlis de mer ou de rivière. Comme j'en avois plu- 
sieurs qui relTembloient à ce dernier, je n'ai pas cru en pouvoir 
faire un meilleur ulage que de le manger. 11 a été trouvé excel- 
lent ; & j'en ai été furpris , parce que des Courlis que j'ai voulu 
manger fur nos Côtes de Poitou m'avoient paru très mauvais , 
très fecs , èc fentant beaucoup le marécage. Ce goût ne domine 
Apparemment que dans ceux qui vivent au bord de la mer. D'ail- 
leurs le vôtre étoit très gras. Je ne penfe point que la différence 
des couleurs qui étoit entre l'un èc l'autre , foit une marque de 
différence de fexe. J'en ai vu dans le Poitou des milliers , & je 
n'en ai jamais vu que de gris. 11 y a donc toute apparence que le 
Courlis fur les plumes duquel le blanc domine , eil: une fingula- 
rité dans fon eipece , comme le font dans les leurs la Pie blan- 
che & la Bécalîe blanche que je vous dois , comme le font des 
Merles blancs 6c des Corbeaux blancs. 

La figure de fon beç repréfente la Lune dans fon Croiffant , 
ou une faiicille ; il a environ huit doigts de longueur; fa langue 
eft très courte en comparaifon d'un bec fi long, &: rcffemble à 
vine flèche. Cet Oifeau vit de toutes fortes de Vers. 11 vole par 
bandes ; il crie fur-tout le foir &c la nuit , comme prefque tous 
les Oifeaux aquatiques. Selon Jonfton , il pond quatre œufs au 
mois d'Avril , gros comme des œufs de Poule. Mais nous avons 
tout lieu de cr-aire qu'il n'en pond que deux , àe même que le 
Courlis de terre ; & cela fur le fable tout nu , ou dans le pas d'un 
Bœuf, le long de la Loire. 11 s'en trouve aulîi fur les bords de la 
Seine, notamment dans le bois de Boulogne, fur-tout dans les 
fables du bois taillis qui eft entre la Porte Maillot ÔC le Château 
de Madrid. 

Notre Courlis de mer , d'eau , de rivière ou de marais , à bec 
courbé, voûté, arqué, en croiffant ou en demi-lune, en faucille, 
dit pour cette raifon en Grec èc en Latin Numenius , Arqiiata 
ci: Arcuata ; en Italien Tarlino ou Terlino ; en Allemand B mâ- 
cher ; en Anglois the Curlew ; a aufli divers noms en Fran- 
çois. On l'appelle en Poitou Turlu ou Corbigeau ; en Bretagne 
~ ' Corbegeaii. 



DES Oiseaux: 311 

Corbegeau ou Corbichet ; en Picardie Turlui ou Courleru ; en 
Bourgogne Curlu ou Turluitn Bafle-Normandie Corlui ^ Corlcu. 
ou Corlu; ailleurs Courlis ou Courli , Courlieu^ Corlieu , Corlis, 
Courlu , Caroli , Chariot , grand Courlis ; à la Ménagerie de 
Verfailles BécaJJ'e de mer; tous noms qui viennent ou de la figure 
de Ton bec ou de Ton cri naturel ; car il le nomme lui-même , félon 
quelques-uns , Courlive ou Courlique. Rabelais dit Corbigcau ou 
Francourlis. 

^°. Le PETIT Courlis , Arquata minornojlras , Venetiis Ta- 
raniolo , Ray Synopf. Numenius mïnor , Klein. Numenius rojiro 
arcuato ^ dorjfo maculis fufcis rhomboïdalibus , pedibus cjtrulefcen- 
tibus ^ Linn. Il fe trouve fréquemment dans les lieux fablonneux 
vers les embouchures du Téiin ; il eft plus petit de moitié que le 
précédent ; il a le bec plus court d'un doigt au-moins ; le fommet 
de la tête d'un brun-foncé fans taches ; le dos blanc quand il eft 
couvert de fes ailes, 6c en général tout le corps plus obfcur ou 
plus brun. 

Je ne doute nullement que le petit Courlis de Gefner , dit 
Gallinula phoeopus altéra feu Arquata mïnor y ne foit le même 
que le nôtre, vu que les noms 6c les defcriptions s'y accordent. 

Cet Oifeau , dit M. Lin na:us, habite en Suéde dans les marais. 
Il a le bec fort voûté, noir ; les pieds bleuâtres ; la tête , le cou 
& la poitrine avec des taches longitudinales pointues , Se les in- 
férieures comme en croiirant; le ventre blanc ; des taches dif- 
tindles derrière les cuifles ; la queue cendrée, avec des bandes 
brunes; \its grandes plumes des aîles noirâtres. 

La femelle que j'ai eue de M. Lèche , ajoute M. Linnarus , m'a 
fourni la defcription fuivante : Elle a vingt-fix grandes plumes 
noires à chaque aîle, dont la première eft blanche par la tige; les 
cinq premières font noires par le bout & au côté extérieur ; la 
fîxieme Scies fuivantes font noires non-feulement au côtéexté-- 
rieur, mais aulli au côté intérieur, avec ^^^ taches blanches de- 
puis la cinquième jufqu'à la douzième ; elle a quatorze grandes 
plumes à la queue , avec huit bandes pâles , Se autant qui font 
plus foncées alternativement; le croupion blanc, avec des lignes 
noirâtres ; la tête d'un cendré-clair , dont les tiges des plumes 
font plus obfcurcs , Se d'un brun-cendré en dclTus. 

Nous ne connoiftons point ce petit Courlis dans l'Orléanois, 
ScBclon n'en dit rien, non plus que du fuivant. 

3°. Le Fauconneau ou Faulxconneau ,Falcinellus Gef- 
neri & Aldrovandi , Ray Synopf Numenius fubaqui lus , Klein. Il 
relfemblc pour la grandeur Se prcfquc en tout au Héron ; il a la 



jii Histoire Naturelle 

tête , le cou , le dos , la poitrine , le ventre , les cuifles , &. le crou- 
pion d'un bai tirant fur le brun, mais le cou &c la poitrine femés 
de quelques taches brunes un peu oblongues ; au milieu du dos 
une tache d'un vert-foncé, comme foiit aulîi les ailes 6c la queue; 
le bec noirâtre, fort long , & antérieurement en forme de fau- 
cille ; les pieds de la couleur du bec. Il approche de l'Ibis. On le 
trouve fréquemment en Italie. 

4°. Le CuRiCACA , Curicaca Brafilicnfium Marcgravii , Ma- 
farino Lufuatûs j Ray Synopf II eft femblable à notre Courlis de 
mer, & de la grandeur d'une Oie; il a les pieds rouges ; le bec re- 
courbé , long de fix doigts, de couleur de feu tirant fur le brun ; 
la tête &; le cou d'un plumage blanc mêlé de jaune; une peau 
noire autour des yeux & fous la gorge ; tout le corps noir , ex- 
cepté le dos , la tête & le ventre , où le plumage eft cendré- 
obfcur ; & au milieu des aîles des plumes blanches mêlées de 
grisâtres , comme dans les Cigognes, 

5°. L'AcACALOTL , Acacalotl feu Corvus aquaticus Hernandeii 
Nierembergio ^ Ray Synopf II a le bec courbé en forme d'arc , 
bleu, long de deux palmes; la tête &: le cou d'un plumage brun, 
blanc &: vert , un peu jaunâtre ; les plumes inférieures orunes , 
entremêlées de rouges , &: les fupérleures rougeâtres , noirâtres , 
vertes & luifantes pêle-mêle. Depuis les angles externes des yeux 
jufqu'au bec, dans l'cfpace d'un pouce , la peau eft lifte fans plu- 
mes, & d'un blanc-verdâtre. 

6°. Le GuARA ou Courlis du Brésil, Guara Brajilienfibus 
Marcgravii , Numenius Indicus Clufii Exotic. , Ray Synopf II eft 
de la grandeur du grand Héron blanc ; il a le bec de la figure 
d'un poignard Polonois , long & recourbé ; les jambes longues 
& menues , d'un blanc-gris , de même que le bec ; tout le corps 
d'une belle couleur écarlâte; les grandes plumes des aîles ayant 
feulement les extrémités noires. L'Oifeau de Clufius avoir les 
jambes & le bec jaunâtres prefque comme de l'ochre. Quand il 
ne fait que d'éclore , il eft de couleur noirâtre , & peu à peu il 
acquiert avec l'âge cette couleur d'écarlate _, qui , contre l'ordi- 
naire des Oifcaux , eft bien plus éclatante dans la femelle que 
dans le mâle. K. PL iz. Fig. i. 

7". Le GuARAUNA , Guarauna Brafdicnfibus Marcgravii y 
Ray Synopf. Il eft de la grandeur du Jacu; il a le bec droit, un 
peu incliné en enbas , jaune , brun par le bout ; tout le corps 
d'un plumage brun mêlé de beaucoup d'ombre ; la tête Se le cou 
piquetés de blanc , comme dans le Jacu. 



OEs Oiseaux: 



52.5 



Secondement , des O'ifeaux aquatiques à bec trh lom 



& droit. 



1°. La BÉCASSE , Scolopax , Gallinago maxima , Ray SynopH 
Numenius rofiri apice Uvi , capite l'inca utrinque nigra , reclnci- 
bus nigris apice albis , Linn. Elle eft tant foit peu plus petite que 
la Perdrix ; elle a le dclFus du corps varié de roux , de noir & de 
cendré , d'un très bel af pe£b ; la poitrine & le ventre cendrés , 
avec des lignes brunes en travers. Elle vient chez nous en au- 
tomne , &• y refbe pendant tout l'hiver. Au premier printemps 
elle s'en va. Elle fréquente principalement les bois humides ôc 
les petits ruiilcaux le long des haies. Quelques-unes délaiflees 
par leurs compagnes, font leur nid Scieurs petits chez nous. Elle 
pafTe pour avoir une chair délicate , ôc l'on en vante (ur-to_ut les 
cuilîes. Cet Oifeau a le renom d'être ftupide ; de forte qu'en 
Anglois le mot de Bécafle fe prend proverbialement pour ftu- 
pide. 

Selon M. Linnarus , elle habite en Suéde dans des lieux favo- 
rables , allant 6c revenant continuellement pendant la nuit, fans 
s'écarter de fa route. Pendant l'hiver les Bécaflcs habitent en An- 
gleterre , d'oii elles fe retirent au printemps étant appariées. La 
Bécafle a le corps gris en deflus , avec des raies noires tranfver- 
lales ôc des taches de même couleur femées çà 6c là ; tout le 
deflx)us blanchâtre, avec des lignes noires ; la queue très courte, 
dont les grandes plumes font noires , grisâtres en dclFus par le 
bout , & blanches comme neige en dcflous ; le bord latéral exté- 
rieur de ces mêmes plumes de couleur de terre cuite bigarrée ; 
une ligne noire qui s'étend depuis le bec jufqu'aux yeux ; le bec 
droit , plus long du double que les doigts des pieds , fillonné 
des deux côtés ; le fommet de la tête lifle , & la mâchoire fupé- 
rieure plus allongée ; \çs pieds cendrés , couverts jufqu'aux ge- 
noux ; le ventre tacheté comme le refte du corps. 

La BécalFe , dit Belon , eft le plus fot &: le plus niais des Oi- 
feaux ; elle vit l'été fur les hautes montagnes des Alpes , des Py- 
rénées , d'Auvergne ; & l'hiver dans les plaines , oii elle defcend 
à caufc que les montagnes font couvertes de neige. Delà vient 
que nous commençons à en voir dès le commencement du froid, 
parce qu'elles cherchent les fontaines chaudes, où elles trouvent 
des Vers ; le jour elles aiment les lieux couverts , &. la nuit les 
lieux découverts. LcFrancoHn, la Canepctiere & la Bécafle fc 

Ss ij 



5i4 Histoire Naturelle 

reflemblent fort pour la couleur du plumage , qui eft d'un gris- 
tanné. La chair de la Bécafle efl: eftimée des Connoiffeurs , &C 
c'efl pour cela que cet Oifcau fe vend 11 chèrement dans le temps 
ciu il nous vient voir. On ne la vuide point , non plus que le 
Pluvier , à caufe qu'elle fait peu d'excréments. 

Selon Willughby , la BécalTe a le bec long de trois doigts ; 
elle a treize doigts Se demi de longueur , &; le vol de vingt-fix 
doigts ; vingt-trois grandes plumes à chaque aîle ; la queue lon- 
gue d'un peu plus de trois doigts , ôc compofée de douze plumes. 
Le mâle pefe dix onces, &:la femelle onze onces £c demie. Ses 
ceufs font oblongs, d'un rouge-pâle, femés de taches foncées, 

Jonfton dit que la Bécafle récompenfe par la vélocité de fa 
courfe la foiblefle ou la lenteur de fon vol ; que quand les Oi- 
feleurs croient qu'elle cft tout près d'eux , ils trouvent fouvent 
qu'elle en eft déjà bien loin ; qu'elle a les yeux grands , mais 
mauvaife vue , & qu'ainfi l'on croit qu'elle cherche fa nourri- 
ture par l'odorat plutôt que par les yeux. Il y a des Chafleurs qui 
prétendent qu'elle n'oferoit voler haut ni parmi les arbres , à 
caufe qu'elle ne voit point devant elle non plus que le Lièvre. 

J'ai envoyé à M. de Réaumur une Bécafle prefque toute blan- 
che, & d'une beauté rare. /^. PL 21. Fig. 2. 

La Bécafl^e fe nomme en Hébreu Kore ; en Italien Galli' 
naccia ou Beccaccia ; en Allemand Berg-Schnepffe ; en Anglois 
the Wood-Cock ; en Suédois Morkulla ; en Picardie dans le Bou- 
lonois Vuidecoc ; en Normandie Kit de Coq ; en Guyenne Bec- 
cade ; en Saintonge & en Poitou Acée ou AJfée. Or le mot Fran- 
çois BécaJJe _, qu'on écrivoit aulîi anciennement BéquaJJe , vient 
de la longueur du bec de cet Oifeau. C'cft par la même raifon 
que les Grecs l'ont nommée Scolopax ; & pour ce qui eft du nom 
Latin Gallinago ou Perdix rujlica ^ il vient de fa reflTemblance 
avec une Poule ou avec une Perdrix. Le mot Picard Viiidecoc ou 
yidecocq , &; le Normand F'it de Coq , s'eft formé par corrup- 
tion de l'Anglois Wood-Cock , qui eft compofé de Wood ^ qui 
lignifie Bois ^ & de Cock , qui veut dire un Coq , comme qui di- 
roit Coq de bois. Ainfi Aldrovandus n'a pas eu raifon de dire 
qu'on avoit peut-être nommé la BécaflTe Vit-de-Coq ., à caufe 
que fon bec reiremble aux parties génitales du Coq. A l'égard 
du mot Acée , il vient du Latin inuCité Acceia , & celui-ci de 
Acus j Aiguille , à caufe du long bec de cet Oifeau , félon Pierre 
Borel. On l'appelle encore grande Bccaffe , par oppofirion aux 
fuivantcs , &; le petit BécaJJeau. Cotgrave la nomme A£ée ^ Bec- 
dajfc ou Sotart. 



DES Oiseaux, ^ij 

a". La BÉCASSINE , GalUnago minor , Ray Synopf. Scolopax 
média , Klein, Numen'ius capite lineis quatuor jufcis longitudi- 
nalïbus _, rojlri apicc tubcrculofo , femoribus feminudis , Linn. 
JElle eft plus petite du double que la Bécafle, dont elle diffère 
peu pour la couleur, mais plus agréablement colorée fur le dos, 
le plumage des épaules étant varié de noir ôcde roufsâtre, avec 
un mélange de Satin vert. La poitrine &; le ventre font prefque 
tout blancs. Elle fe tient dans les lieux marécageux & le long des 
ruilTeaux. 

Selon M. Linnxus , elle habite en Suéde dans les joncs des 
marais. Elle a la tête d'une couleur tcftacée-pâle , avec quatre 
lignes brunes longitudinales , dont les extérieures paiïent par 
les yeux ; le cou gris , avec des taches brunes ; \q fternum de le 
ventre blancs ; les ailes d'un noir-cendré , dont les pennes iont 
noirâtres , le bord extérieur étant longitudinalem.ent tcllacé- 

Eâle , & le difque piqueté ; la queue courte , de couleur tellacée- 
igarrée en dedans , blanchâtre par le bout ; les cuilTes à demi 
nues ; le doigt poftérieur muni d'une feule articulation très cour- 
te, mais celui du milieu eft delà longueur de la jambe ; le bec 
pâle, très-long, extérieurement noir _, garni au bout de points 
inégaux, creulés; les plumes des aîles du fécond ordre blanchâ- 
tres par le bout , avec une ligne blanche tranfverfale j puis quand 
les ailes font pliées, une ligne latérale blanche, 

Willu^hby dit que la Bécaffine pefe quatre onces ; que fa lon- 
gueur eft de onze doigts ôi demi , & fon vol de fept doigts &C 
demi ; que fa queue eft compoféc de douze plumes ; qu'il eri 
refte en Angleterre tout l'été , èc qu'elle fait fon nid dans les ma- 
récages , pondant à la fois quatre ou cinq œufs. Il ajoute que 
cet Oifeau eft fi pareffeux à fe lever , que quelquefois il fe laille 
plutôt écrafer par le Chafleur. 

La Bécaffine fe nomme en Italien Beccajfino ; en Allemand 
Duppel-Schnepffe ; en Anglois the Snipe ou Snite ; en Suédois 
Woldsnaeppa i en Picardie Beccajfaigne ; félon Bclon^pente Bé- 
cajfe _, Bécaffeau ou Bécajjon. 

3*^. Le BicoT , GalUnago minima feu ténia Bellonii , Ray 
Synopf II eft plus petit du double que la Bécaffine ; d'où vient 
que les François l'appellent Deux-pour-un. Il a le croupion de 
couleur bleue-purpurine luifante , très femblable à celle qui fe 
remarque fur le dos de l'Etourneau ; &. les plumes des épaules 
d'une couleur bleue-luifante à leur bord intérieur, mais fans 
aucun mélange de pourpre. 

M. Linnarus ne parle point de notre Bécot , parce qu'apparcm- 



^t6 Histoire Naturelle 

ment il ne fe trouve point en Suéde. J'avois cru d'abord que 
c étoit l'cipeçe de Bécallînc que M. Klein appelle Scolopax ^ qua 
Capella cœlefiis Auclorum ^ a voce Capram imitante , Mec ^ Mec, 
Mec y &C dont il donne quelques particularités ; favoir_, que c'eft 
le gibier des gros Seigneurs ; que cet Oifeau ell très connu èc 
très délicat ; qu'il vole très rapidement & fi haut , qu'on peut 
bien l'entendre , mais non l'appercevoir ; qu'en dcfcendant il 
tombe de l'air comme un trait d'arbalète dans les lieux maréca- 
geux ; &c je me trouvois d'autant mieux fondé à le penfer , que 
nos ChafTeurs ont fait les mêmes remarques fur le Bécot dont 
n us parlons. Mais il faut que ce foit une autre forte de Bécaffine 
qui nous eft inconnue, vu que l'Auteur fait mention en parti- 
culier de notre Bécot. 

Si l'on en croit certains ChalTeurs , il y a deux fortes de Bé- 
caflcs , deux fortes de Bécaihnes , & deux fortes de Bécots , lef- 
quelles différent entr'elles affcz confidérablement en grandeur, 
pour mériter une diftin6lion. Mais apparemment que Willughby 
èc Ray n'ont pas jugé à propos de les différencier. 

Bclon dit que la plus petite Bécaiîîne s'appelle Deux-pour-un, 
parce que deux de cette efpece fe vendent le prix d'une Bécafline. 

Le Bécot ou Béquot , dit en Anglois the Gid , Jack-Snipe ou 
Judcock , le nomme aulîi en Picardie dans le Boulonnois un Ha- 
nipon ^ &C dans l'Orléanois Becquerolle , Becqueriolle , Boucque- 
queriolle ou Boucriollt. Nos Poulaillers l'appellent quelquefois 
petite Boucriolle , pour la dilHnguer de la Bécafline qu'ils nom-f 
ment fimplement Boucriolle. La plupart de nos Chaffcurs l'appel-^ 
lent Foucault. Quant au mot de Boucqueriolle ou Boucriolle , il 
vient de ce que ces Oifeaux fembleiit bêler comme un Bouc ou 
une Chèvre. 

4°. La Barge , Barge feu jEgocephalus Bellonii , Fedoa Gef- 
neri , Ray Synopf Elle eft femblable & égale à la Bécaffe , ou 
tant foit peu plus grande. Elle a la tête d'un roux-cendré, le 
milieu des plumes étant noir; le dos bigarré de roux , de noir Sc 
de blanchâtre, le milieu des plumes étant noir, fie les bords d'un 
blanc-roufsâtre ; la poitrine d'un blanc-fale , piqueté de lignes 
noires tranfverfales dans le mâle. Dans l'Oifeau que j'ai décrit, 
le croupion ou le bas du dos étoit marqué d'une tache blanche 
triangulaire , dont le fommet regarde la tête. Elle fe tient fur les 
rivages fablonneux de la mer , où elle cherche fa vie, 

Belon dit que la Barge cfl femblable au Courlis, mais plus pe- 
tite, ayant le bec moins long, ôç non voûté; ÔC qu'en France 
«lie fait les délices des tables. 



DES Oiseaux. ^i^ 

Les Anglois l'appellent the Yarwkelp ou Yarwlp. Nous ne 
connoifTons cet OTeau que de nom , ainfi que les ciois fuivants. 
M. Klein avoue que la Barge ne lui eft point aiTez connue; 5c 
M. Linnarus n'en dit rien. 

5°. Seconde efpece de Barge , Fedoa nojira fecunda feu 7*0- 
tanus Aldrovandi _, Ray Synopf. Elle a le croupion entouré d'un 
cercle blanc, comme dans l'Epervier que nous appelions Jean-le- 
Blanc. Elle difFerc de la précédente , i°. par la couleur de la 
queue, dont les plumes font bariolées de raies tranfverfales blan- 
ches & noires alternativement dans la première, tandis que dans 
celle-ci les plumes extérieures font blanches en bas & extérieu- 
rement, les intérieures noires de plus en plus , &: les deux du mi- 
lieu entièrement noires ; 2". par la couleur du dos &; du defliis 
du corps , qui eft variée dans celle-ci , & uniforme dans la pré- 
cédente ; 3°. par la grandeur, en quoi la précédente l'emporte 
fur celle-ci. On l'appelle en Anglois the. Godwit ou Stone-Plover. 

6°. Troifieme efpece de Barge , Fcdoa noflra tcriia , the Stonc- 
Curlew Cornubienjlhus , Ray Synopf. Elle diffère des précédentes 
en ce qu'elle a le bec plus court &; plus menu que les deux autres. 

MM. Linnceus ôc Klein ne font aucune mention de ces deux 
dernières efpeces. 

7°. La Pie de mer ou I'Huitrier , Hoematopus Bellonii , 
Pica Marina Gallorum ù Anglorum , Ray Synopf. Hœmatopus , 
Linn. Elle a le bec long de trois pouces , rouge, de même que les 
pieds , applati fur les côtés. Elle n'a point de doigt poftérieur. La 
couleur de tout le corps eft variée de blanc 6c de noir , d'où lui 
vient le nom de Pie. Elle fe nourrit de Patelles, pour le renver- 
fement defquelles la Nature lui a donné un bec fort commode. 
Elle fe trouve fréquemment fur les rivages occidentaux de la 
mer. 

Selon M. Linnxus , elle habite le long des rivage de la mer , 
fur-tout dans l'Ille de Gothland. Elle a le bec rouge ou faneuin , 
plus long que la tête, applati, fur-tout à la pointe, qui eft en 
forme de coin ; les narines oblongues , percées à jour; les pau- 
pières nues, avec un cercle d'écarlate; l'iris rouge, êc la prunelle 
noire ; la tête &: le cou ]\.\((:[\x:\w Jiernum , le dos jufqu'au milieu , 
& les ailes fupérieurement , font aulli noirs ; la poitrine _, le ven- 
tre , le dos poftérieurement, & les plumes de la queue qui font 
en recouvrement des deux côtés , font blancs ; elle a les grandes 
plumes de la queue blanches, noires depuis le milieu jufqu'au 
bout ; les grandes plumes des ailes noires , avec une ligne blan- 
che au milieu de la tige , ÔC le côté intérieur des plumes blanc ; 



jiS Histoire Naturelle 

les plumes du fécond ordre noires , blanches vers la bafe Sc au 
bord; les plumes bâtardes quifont en recouvrement, blanches; 
les cuifîes à demi nues ; les pieds incarnats à trois doigtis. 

Willughby dit qu'elle eit de la grandeur d'une Pie; qu'elle 
pefe dix-huit onces ; que la longueur eft de dix-huit doigts , ôc 
Ion bec long de trois doigts. 

De tous les Oifeaux , dit Belon dans fcs Obfervations , dont 
nous avons eu connoifl'ance, nous n'en avons vu aucun qui n'eût 
quatre doigts aux pieds, excepté le Pluvier , le Guillemot , la 
Canepetiere , V Outarde Hc la Pie de mer. Ce dernier Oifeau eft 
rare à voir en nos rivages , quoiqu'on l'y ait quelquefois vu. 11 eft 
de la taille d'une Aigrette ; il a les aîles comme une Mouette , 
& le corfage d'un Flambant ; le bec long de quatre doigts comme 
la Bécafle, d'oii quelques-uns l'ont nommé Bécajje de mer. Elle 
n'a pas le bec rond , mais applati & aigu par le bout , un peu 
noir à l'extrémité ; car tout le refte eft rouge. Toute la tête èc le 
cou font noirs , & tout le deflus des ailes blanc en travers , d'où 
elle a été nommée Pie. Elle eft blanche fous les aîles 6c le ventre; 
fa queue eft noire par le bout , longue comme celle du Canard. 
Elle a deux orteils ou doigts qui fe tiennent enfemble ; celui qui 
eft en dedans eft féparé. Elle n'a point d'ergot de derrière. Elle a 
les pieds délicats Se mous , & non fecs 6c durs comme les autres; 
la jambe longue de trois doigts ; les ongles des doigts voûtés 
comme les Outardes. Sa chair eft dure ôc de mauvais goût;fon 
gozier eft grand , large & robufte. 

La Pie ou BécaJJt de mer fe nomme en Anglois the Sea-Pie i 
en Danois Kielder ; en Suédois Marspitt ou. Strandskjura. 

8°. LcgrandPluvier., Pluvialis major Aldrovandi , Limofa 
V^enetorum Gefnero ;'\tcvn Glottis eidem ù Baltnero,Ka.y SynopC. 
Numenius pedibus vircfccntibus , urrkopygio albo , remigibus 
lineis albis fufcifque undulatis , Linn. 11 a le bec noir, long de 
deux doigts & demi ; le deiliis du corps varié de brun &L de gri- 
sâtre ; tout le deftbus du corps blanc , comme aulîi le bas du dos 
ou le croupion ; la queue bigarrée de lignes blanches & de bru- 
nes , alternativement ondées ; les jambes très longues , d'une 
couleur moyenne entre le vert & le livide. M. Johnfon , notre 
ami particulier, mort depuis peu, très habile dans route l'Hiftoire 
Naturelle , a obfervé cet Oifeau fur les côtes maritimes de l'Evê- 
ché de Dundee. 

Selon M. Linnreus, les Suédois le nomment Glutt; il habite 
en Suéde dans les marais; il a les pieds de couleur plombée; le 
ventre blanc ; la poitrine gàfe; le dos revêtu de plumes noires, 

grifcs 



DES O 1 S E A XJ -t: 319 

grifes au bord , & blanches par le bout ; le bec noir , rouge à la 
bafe de la mâchoire inférieure. 

Cet Oifeau eft très rare dans TOrléanois ; cependant j'en ai 
envoyé deux tués en Sologne, le mâle &c la femelle, à M. de 
Réaum.ur, fous le nom de grand Chevalier , ne le connoiilant 
pas alors fous d'autre nom. Ils étoient l'un & l'autre fort bien 
confervés d'abord; mais il s'y mit enfuite de ces Vers rongeurs 
que M. Linnxus appelle à jufte titre lesDcitrucceursdesOifeaux, 
& le fupplice des Ornithologues. 

9**. Le GRAND Chevalier onVY.cnKSSE ^ H imanwpus Plinii 
Aldrovando , Ray Synopf. Il a tout le deiïbus du corps blanchâ- 
tre , & le delFus noirâtre; cependant il a lur le deftus du cou des 
taches noires qui vont de haut en bas ; les jambes & les cuifTes 
font d'une meiveilleufe longueur , fort grêles &; foibles , d'autant 
plus foibles pour marcher, que les pieds n'ont point de doigt de 
derrière , &; que les doigts antérieurs font courts à proportion de 
la longueur des pieds ; les pieds &. les jambes rouges , &: les on- 
gles noirs; le bec noir , long d'un palme 2c davantage. V. PL xz. 

M. Linnarusn'en dit rien. Mais M. Klein, après avoir dit que 
les Allemands l'appellent Riemen-Bein , & les Flamands Ma-' 
thoen ^ & que le mot Grec Himantopus peut fe rendre en Latin 
par Loripas j dénomination qui lui convient à caufe de la flexi- 
bihté de fcs jambes _, qui plient comme une lanière , nous ap- 
prend enfuite , que Sibbaldus a fort bien décrit cet Oifeau de la 
manière luivante : Il furpalle peu le Vanneau pour la grandeur 
du tronc. Sa longueur depuis le fommet de la tête julqu'à l'ex- 
trémité du doigt du milieu , ell de vingt pouces ; il a le bec 
droit, long de deux pouces & demi ; le cou long de trois pou- 
ces ; la hauteur des jambes depuis le tronc jufqu'à l'ongle du 
doigt du milieu , de douze pouces ; tout le bec noirâtre , lillonné 
intérieurenient des deux cotés ; la langue blanchâtre , courte , 
terminée en pointe ; la tête & le deflous du cou blancs ; le dos 
& les ailes noirs , avec un peu de verdâtre entremêlé ; le dcflus 
de la queue & du cou d'un blanc-cendré ; tout le deflous du 
corps blanc; les jambes de couleur fanguine, ainfi que les doigts, 
dont celui du milieu efl: joint avec l'extérieur par une membrane 
très courte. L'Oifeau paroît moins fait pour le vol que pour la 
courfe , à caufe de la longueur & de la fincfle de fes jambes oc 
de fes pieds. Il eft faux que la mâchoire inférieure foit fixe , &: 
quela fupérieure foit la feule mobile , comme Oppicn l'a avancé 
de cet Oifeau. Au-reftc la figure qu'en donne Sibbaldus péchç. 

Tt 



330 Histoire Naturelle 

groilîérement , en ce qu'elle repréfeiice deux doigts en devant, 
ik: un en arrière. Sa principale nourriture conftfte en Mouches. 
Cet Oifeau , dit le Comte de Marligli , paroît propre non-feule- 
ment pour la courfe , mais auiii pour le vol ; car fes ailes font ii 
longues qu'elles excédent la queue de deux doigts au-moins. Le 
Comte de Marfigli a bien repréfenté les doigts , quoique trop 
forts , de même que les jambes & les cuiires. 

Il n'eft point d'Oifeau , dit Belon , qui ait de fi longues jambes 
pour la grandeur du corps ; car ayant le corps d'un Pigeon , fes 
jambes ont une coudée de long. Il ne faut pas confondre ïHi- 
mantopus avec XHxmantopus ,• ils n'ont à la vérité l'un 6c l'autre 
que trois doigts ; mais le premier eft un Oifeau de rivière , ôc 
l'autre de mer. Les Habitants du Duché d'Urbin le nomment 
Merlo aquaiolo grande _, c'eft-à-dire , grand Merle d'eau _, à la 
différence d'un autre qui cft fimplcment nomtné Merlo aquaiolo. 
On pourroit l'appeller \c grand Chevalier d'halle. Il convient en 
tout avec le Chevalier , ayant les ailes noires & compaffées 
comme celles de la grande Hirondelle. On en a mangé à la table 
de Monfeigneur le Cardinal de Tournon , lorfqu'il faifoit féjour 
dans le Duché d'Urbin. ■ 
, Ce grand Chevalier ne fe trouve point dans l'Orléanois. 

10°. Le Crex d'Egypte , Crex Bellonii , Ray Synopf II eft 
haut monté fur fes jambes comme un Chevalier , mais un peu 
plus grand , quoique plus petit qu'un Courlis de mer ; il a aufli 
le bec long & noir, de même que les jambes ôc toute la tête ; le 
cou , le dos & la poitrine blancs ; le refte du delTus du corps ti- 
rant fur le cendré ; les aîles noirâtres , coupées tranfverfalement 
par une ligne blanche de chaque côté. Belon a vu cet Oifeau le 
long du Nil , & il conje6lure que c'eft le Crex d'Ariftote , parce 
qu'en criant il répète fouvent crex j crex. Cet Oifeau eft une ef- 
pece de Barge. 

1 1°. Le Chevalier rouge , Totanus alter., an Totanus Gef- 
neri Aldrovando ? An Callidrys rubra Bellonii ? Ray Synopf II 
a les pieds d'un jaune-rouge ; le bec un peu plus court que le 
grand Pluvier décrit ci-deffus ; le cou ôc la tête d'un brun-cen- 
dré , avec une ligne blanche au deflus des yeux. Du-refte il fe 
rapporte au grand Pluvier , & peut-être qu'il n'en diffère que par 
le fcxe. Le Chevalier rouge de Belon dilFere de celui-ci , en ce 
que le plumage du cou , du deffous des aîles & du croupion cft 
cendré , &; qu'il y a aux deux tempes deux taches noires qui om- 
bragent les fourcils , lefquels font eux-mêmes marqués d'une tache 
blanche. 




• •^■'-r 



i. Cour/i/ rouge ^ . Cour/y d^ta/i^ 3. J3eca^ro-e />/a/zc/ic^ ■ 4. l'icnasj-c 



DES Oiseaux. ^^i 

Je ne trouve point notre Chevalier rouge dans M. Linnxus , 
non plus que dans M. Klein. Cet Oifeau eft bien différent du 
grand Pluvier, & Ray a tort de foupçonner qu'il n'en difFere que 

Î>ar le fexc. Selon Belon , les François voyant un petit Oifeau de 
a taille d'un Pigeon , haut monté fur fes jambes , comme s'il 
étoit à cheval , l'ont nommé Chevalier. Son bec 6c fes jambes 
font de couleur rouge ; ce qui mohtre bien que c'eft un Oifeau 
aquatique. Il a les deux doigts de dehors liés d'une membrane 
qui les fépare du doigt intérieur. Le doigt de derrière eft fort 
petit. Un iî petit corps monté fur de Ci hautes échafles chemine 
gaiement èc court fort légèrement. Il hante lès prairies & les 
bords des rivières , & il fe tient communément dans l'eau juf- 
qu'aux cuiffes. Sa chair eft d'un bon goût , & on le vante pour le 
plus délicieux d'entre tous les Oifeaux de fon ordre. 

Le Chevalier rouge eft rare dans ce Pays-ci. C'eft un fort joli 
Oifeau. J'en ai envoyé un à M. de Réaumur. 



Article Cinquième. 

JDes Oifeaux aquatiques à bec de moyenne longueur, 

1°. J_jE BÉCASSON AUX PIEDS KOVGI.S ^ Totanus G efne ri ; 
item Gallimda erythropus major ejufdem _, Ray Synopf. Tringa 
roftro nigro , bajirubrâ , pedibus coccineis , Linn. Il eft plus petit 
que le Vanneau , & approche du Pluvier. Il a le deftiis du 
corps d'un brun-cendré ou verdâtre ; la gorge variée de blanc 
&: de noir, avec des lignes noires tirées fuivant la longueur des 
plumes ; le deflbus du corps blanc ; la queue & les plumes qui 
en font les plus proches bigarrées par compartiments de lignes 
blanches & noires tranfverfales ; le bec long de deux doigts , 
rouge à fa nailTance , noirâtre vers l'extrémité ; les pieds d'un 
beau rouge , avec de petits ongles noirs. Il fe trouve fréquem- 
ment par-tout en Angleterre fur les rivages fablonneux de la 
mer. 

Selon M. Linn^Eus , il habite en Suéde le long des marais. Il 
a les cuiftes à demi nues , &L les plantes des pieds un peu formées 
en main ouverte ; la queue blanchâtre , ondée de noir en tra- 

Ttij 



'^^t Histoire Naturelle 

vers , les pennes extérieures des aîles noirâtres , dont la onzième 
&; les fuivantes jufqu'à la vingt-unième , font blanches j le dos 
d'un noir-cendré racheté , comme aulli la rête & le cou ; la poi- 
trnie blanche , avec des taches noires ; le bas du ventre blanc ; le 
bec plus long que la tête, pointu comme une alêne, lifle ôc 
poli. 

Cet Oifeau, que les Anglois appellent tke Red-Shank ou Pool- 
Snipe, cil aulii rare que le Chevalier rouge dans l'Orléanois. 
On en a tué un dernièrement en Sologne : M. le Normand, le 
cadet l'a donné à Mademcifelle de Madieres , dont le goût 
dillingué pour l'Hiftoire Naturelle , & en particulier pour l'Or- 
nithologie , eft airez connu de tout le monde à Orléans. 

2*'. La Gambette, efpece de Chevalier rouge , Gambetta AU 
drovandi , Ray Synopf. Elle a de l'affinité avec le précédent ; 
elle eft tant foit peu plus petite que le Vanneau ; elle a le defTus 
du corps ci'un brun-cendré ou gris , de la couleur des Canes ou 
du Courlis de mer; les pieds Scies jambes longues , jaunes; les 
ongles noirs; le bec plus court que n'eft celui du précédent, du-' 
refte femblable pour la couleur; la queue longue d'un demi- 
palme _, que les ailes pliées excédent & cachent. 

Nous ne connoiflons point cet Oifeau , & il n'en eft fait aucune 
mention dans M. Linnxus , ni dans M. Klein. 

3°. L'Oiseau de combat , ou Paon de mer , Avis Pugnax 
Aldrovandi y Ray Synopf. Tringa facie papillis granulads mlni- 
7nis carncis , roflro pedibufquc rubris ^ LInn. Le maie eft nommé 
en Anglois ihe Rujf'e , par rapport à un collier de longues plumes 
qui entoure fa gorge au dcHous de la tête, & la fe.melle ihtReeve^ 
Cet Oîleau a le bec femblable à celui du précédent , auquel l'Oi- 
feau même réponci en grandeur ; il pefe cinq onces. Il y a dans 
les mâles une merveilleufe diverfité de couleurs ; cnforte qu'on, 
n'en trouve pas deux qui fe rcll'emblent en tout l'un à l'autre. On 
dit qu'après la mue au milieu de l'été ils font rous feniblables. 
Les mâles aiment fort à fe battre , & ne ceilent point le combat 
■que l'un ne foit tué par l'autre. Le defTus du corps dans les fe- 
melles eft varié de gris , de blanc &: de noir ; tout le deifous eft 
bLinchâtre. Ils font leur nid en été dans les marais de Lincoln. 

r.pi. 23. /'.^.i. 

Selon M. Linnarus , il fe nomme en Suédois Bruskcne ; il ha- 
bite par-tout en Suéde, principalement dar-s la Scanie. Il aie 
dos de couleur de terre cuite , avec des taches noires-bleuâti'cs- 
luilantcs ; les ailes cendrées en deflus, &: blanches en dclîous.. la 
poitrine blanchâtre , tachetée de plumes noires; le venu-e blanc ; 



CES Oiseaux. ^^f 

la queue brune , avec des bandes pales ; la cinquième penne de 
l'aîle de chaque coté bigarrée de noir 6c de blanc ; les pieds rou- 
ges , avec le doigt de derrière ; les plumes du cou longues , blan- 
ches dans le mâle; la face pariemée d'une infinité de petits mam- 
melons charnus ; dans d'autres les trois pennes du niiiieu de la 
queue font tachetées de roux , & le rell:e elt brun. 

L'Oifeau de combat, dit Willugby, eft long de quinze doigts; 
il a la queue longue de trois doigts. Les femelles font un peu 
plus petites que les mâles; elles ne fe battent prefque jamais, 
& ne changent point de couleur. Le maie a fous la gorge un col- 
lier de longues plumes, tantôt blanc , tantôt jaune, ou noir ou 
gris , quelquefois d'un noir-bleuâtre & luifant comme de la foie. 
Ils viennent au printemps fur les Cotes de Flandres. On dit qu'a- 
lors il y a beaucoup plus de mâles que de femelles, &; qu'ils ne 
celîent point de fe battre jufqu'à ce qu'il y en ait afîez de tués , 
pour que le nombre des furvivants foit égal à celui des femelles. 
Les femelles n'ont jamais de collier, non plus que les mâles après 
la mue. Qumid les plumes commiencent à leur tomber, il leur 
vient des tubercules jaunâtres autour des yeux Se de la tête. 

Selon le Dictionnaire Unlverfel de Trévoux , Kcmper-kens 
eft le nom. que l'on donne dans les Pays-Bas à plulieurs Oifeaux 
de combat , &; qui fignifie Pugnaces. Ces Oifeaux fréquentent 
les eaux , &: font très remarquables tant pour la diverfité de leurs 
pennages , que pour leurs étranges figures & façons de faire, en- 
tièrement difîerentes de celles des autres Oifeaux. \.ç% Kcmper^ 
^f«.v viennent des Pays feptentrionaux , £c arrivent dans les Pays- 
Bas au mois de Mai. On remarque qu'ils fbnt toujours à leur 
arrivée beaucoup plus de mâles que de femelles: c'efb ce qui 1cm- 
ble les inciter à un combat tellement opiniâtre , qu'ils ne fe quit- 
tent jamais qu'ils ne fe foicnt tués les uns les autres, jufqu'à ce 
qu'ils fe trouvent d'un nombre égal aux femelles , afin qu'ils fe 
puifTcnt apparier &. faire leurs petits, lefquels auffi-tot qu'ils font 
grandelets & en état de pouvoir voler , s'en vont tous enfemble, 
avec leurs pères &: mères , au Pays d'où les pères font venus ; & ce 
qui eft de plus digne d'admiration , c'efl: qu'ils font prefque tous 
d'une figure &; d'un pcnnage diflemblable, comme le montre 
Aldrovandi , qui en décrit de huit efpeces différentes. 

Nous ne voyons jamais de ces Oifeaux finguliers dans l'Or- 
léanois. Pour en voir , il faut aller à la Ménagerie du Roi à ^^er- 
faillcs. 

4°. Le CouKLis DE TERRE , (Ëdicnemus Bellonii , Charadrius 
Cefneri Aicirovando jB.Ay Synopf. Gavia rojiro virefccnte^conico^ 



J34 Histoire Naturelle 

acuto j Klein. Cet Oifeau eft un peu grand ; il pei'e une livre & 
demie ; il a le bec droit , long de deux doigts , pointu par le 
bout , noir jufqu'aux narines , jaune en deirous ; une plaque nue, 
d'un jaune-vert , ious les yeux ; les pieds jaunes, lans doigt de 
derrière ; les jambes au deflous des genoux fort grofles , d'où 
vient que Belon le nomme (Edicnemus ; fa couleur eft très fem- 
blable à ccWe du Courlis de mer ; ce qui fait que les habitants de 
Norfolck , chez qui il fe trouve aux environs de Thetford , V^.^- 
•Çe\\e.ntSwne-Curlew ^ c'eft-à-dire , Courlis de terre o\x de pierre. 
Belon l'a d'abord obfervé en Angleterre. 

En effet , Belon dit qu'étant en Angleterre il vit première- 
ment fon (Ëdicncmus , qu'il nomme en François Ofiardeau pour 
Outardeau , parce qu'il lui a trouvé quelque reflemblance avec 
une Outarde ; mais que l'ayant depuis retrouvé en nos contrées j 
& l'ayant montré à des Connoillèurs , il n'a pu apprendre fon 
propre nom. C'ell un Oifeau, ajoute-t-il ^ qui fait (es petits bien 
tard ; car nous en avons encore trouvé qui ne favoient pas voler 
à la fin d'Oâ:obre. Il eft prefque de la grolTeur ou grandeur d'un 
Courlis. Ses jambes longues nous invitoient à le mettre entre les 
Oileaux de rivière , & principalement lui voyant les cuilTes nues; 
toutefois les doigts de ies pieds courts nous en empêchoient , èc 
nous induiloient à le mettre du nombre des Oifeaux terreftres 
de campagne. 

Nous fommes ici de l'avis de Belon ; & au-Iieu de ranger notre 
Courlis parmi les Oiieaux aquatiques, nous le rangerions plus 
volontiers avec l'Outarde & la Canepetiere. Nous voulons bien 
croire avec Aldrovandus, que VŒdicnemus de Belon eft le même 
que le Charadrios de Geiner , & que ce dernier a eu tort de le 
nommer Charadrios ou Charadrius ; mais il nous femble qu' Al- 
drovandus a eu tort lui-même de prétendre que cet Oifeau de- 
voir être mis au rang des Oifeaux aquatiques. 

Charleton , qui en certains endroits de fon Onomaflicon Zoi- 
con j fe donne pour un alFez bon ChafTeur, avoue que notre 
Courlis lui eft abfolument inconnu. M. Linnxus n'en fait au- 
cune mention , parce qu'apparemment il ne fe trouve point ea 
Suéde, 

Ce Courlis eft très commun en France, notamment en Beri*y, 
en Sologne &: en Beauce. Nos Beaucerons ne connoiiTent même 
que cette forte de Courlis , 6c voici une parrie de leurs obferva- 
tions à ce fujet. Le mâle 6c la femelle crient également Courlis , 
fur-tout le foir & pendant la nuit , temps auquel ils s'approchent 
des Villages , .& rodent autour des maifons. Comme ces Oifeaux 



DES Oiseaux. ^^y 

courentlégerement,& qu'ils battent la campagne avec vîteflepour 
y chercher leur vie , on les appelle en Beauce des Arpenteurs. Les 
mâles poursuivent les femelles dans la faifon de l'amour ; quand 
ils font accouplés , le mâle &: la fcm*lle vont enfemble; oc lors- 
que la femelle couve , le mâle lui tient compagnie , ou s'en éloi- 
gne peu. Quand les petits font éclos , ils les promènent l'un ÔC 
l'autre. La mère leur montre la nourriture qui leur eft propre , à 
melure qu'elle en trouve. Ils ne vivent que d'Infeftcs , comme 
Sauterelles , Grillons , Courtilliercs , de même que la Canepe- 
trace ; car ces Oifeaux font un peu carnafliers. Les Courlis an- 
noncent le vent &: la pluie. Comme ils volent plus de nuit que 
de jour, ils fe répandent alors çà Si là dans la campagne , en 
criant de toutes leurs forces lur les hauteurs. Cet Oifeau ne va 
jaipais à l'eau ; il n'aime que la terre , &. une terre grouetteufe 
ou pierreufe , une terre feche &. maigre , comme fait la Canepe- 
trace. Delà vient qu'en Beauce on appelle une mauvaifc terre , 
une terre a Courlis. Le Courlis ne pond que deux œufs à la fois 
fur la terre toute nue , on au milieu d'un cercle de cailloux. Les 
petits font long-temps fans pouvoir voler ; il leur faut pour cela 
de la pluie de Septembre. Us font alors un bon manger. Us s'en 
vont vers la S. Martin. Us s'attroupent dans ce temps-là comme 
pour un rendez-vous, à la voix d'un feul qui les appelle , jufqu'au 
nombre de trois à quatre cents. Us partent enfuite tous enfemble 
pendant la nuit. Us reviennent de bonne heure , c'eft-à-dire , vers 
Ja Notre-Dame de Mars, félon que la faifon eft plus ou moins 
commode. Dès qu'ils font arrivés . on les entend crier. Us annon- 
cent le retour du printemps. Us prononcent curlu ou turlu dif- 
tin6tement , & leur voix reflemble à une flûte douce. 

Le Courlis a les jambes groiïcs & robuftes , fur-tout les ge- 
noux ; la tête grolTe & comme quarrée ; les yeux grands , èi. l'iris 
jaune ; il a l'air fbupide , & il l'cft cfi"e£livem.ent. Si on le met 
courir dans une chambre , il va donner tête bailTée contre les 
pieds d'une table, d'un bureau, ou d'une chaife , faifant effort 
à plufieurs reprifes pour vaincre cet obftacle , fans avoir l'inftindt 
ou l'adreffc de fauter par deffus le bâton, ou de fe détourner de 
fon chemin à droite ou à gauche. U ne ferme point les yeux y 
quoiqu'on lui faffe peur avec la main. U a le gozier large, le 
bec mollaffe , & jaune à fa bafe , comme iî c'étoit un jeune Oi- 
feau. 

M. Boulanger de Chaumont le nomme grand Courlis ; mais 
cette dénomination convient mieux au Courlis de mer. U s'ap- 
pelle Courlis ou Corlis commun ^Courlis de terre ^ Corlieu » Corlui^ 



33^ Histoire Naturelle 

Curlu y Turlu , Tudui , Courlique ou Courlive , à raifon de fort 
cri ; Courlis-Caillo , à caufc qu'il fe pl.iîc dans les cailloux. Il y a 
des Chalîeurs qui nomment le jeune Courlis un Couriijjeau. 

5°. Le Canuti , Canuti Avis , id ell, Knot Lincobiitnfibus ; 
an Pilvenckegen Aldrovandi ? An CalLidrys nigra Bellon'n ? Ray 
Synopf. Tringa cinerea , rtmigibus fecundariis baji totaliter albis^ 
reclricibus quatuor med'iis immaculatis , Linn. Il pefe deux onces 
&; demie; il a la tête Se le dos d'un cendré-brun ; une ligne tranfl 
verflile blanche fur les aîles ; le bec noir , long d'un doigt & 
demi ; Jes pieds verdàtres ; les ongles noirs. Sa chair ell déli- 
cieufe. 

Selon M. Linnarus, il habite en Suéde le long des eaux où il 
court, remuant continuellement la queue comme la Lavandière. 
Il efb prefque de la grandeur d'un Etourneau ; il a la tête , le dos 
&: le cou ondes de brun , de noir Se de gris, le bas du ventre, la 
poitrine, la gorge & le dellous du cou blancs ; vingt pennes à 
chaque aîle brunes , les premières blanches derrière au milieu , 
celles du fécond ordre blanches au milieu totalement ou des deux 
côtés, avec les extrémités blanches ; mais ces extrémités (ont 
moins manifeflemcnt blanches dans les premières ; les grandes 
plumes de la queue brunes, dont les quatre premières font bigar- 
rées de blanc ; mais la cinquième & la fixieme, ou les quatre du 
milieu font abfolumcnt (ans blancheur , &: tachetées de gris ; le 
bec brun , un peu plus long que la tête ; les pieds grisâtres , à 
quatre doigts, dont le dernier efb attaché à celui du milieu par 
la plus bafle articulation; les cuiffes à demi nues ; le delFous des 
ailes peint de quatre bandes blanches ; les plumes de l'aîle fupé- 
rieures en recouvrement , fur-tout les premières , blanchâtres par 
le bout ; les fix premières grandes plumes àes aîles dentelées au 
bord extérieur vers le bout ; une tache blanche fur les yeux ; huit 
petites dents à la bafe de la langue ; & dans le gozier plufieurs 
petites dents qui regardent en arrière. 

Cet Oifeau nous cil: totalement inconnu, ainft que les fui- 
vants. 

6°. Le BâcASSiN , Tringa minor ; an C indus fecundus feu mi- 
nor Aldrovandi ? Gallinula Hypoleucos Gefneri , Ray Synopf. 
Tringa roflro Levi , corpore dnerco lituris nigris , fubtus albo , 
Linn. 11 approche du poids de deux onces; il aie milieu du cou 
grisâtre; du-refte tout ledeilus du corps efb d'un brun-verdâtre, 
agréablement bigarré de lignes plus obfcures tranfverfales ; la 
tête plus pâle , avec àcs lignes qui ne font pas tranfverfales aux 
piumes , mais tirées fuivant la longueur du tuyau ; les côtés _, la 

poitrine 



DES Oiseaux. 357 

poitrine & le ventre blancs ; le deflus du bec d'un brun-noirâtre , 
& le delTous blanchâtre ; les pieds pâles-verdatres. Il le trouve 
aux lieux maritimes. 

Selon M. Linnxus , les Suédois Iqjiomment Snaeppa , 6c les 
Genevois Bécaffln. Il habite en Suéde le long des Lacs. C'cffc 
peut-être le même Oifcau appelle Strandfutare en Wcftmanie , 
lequel habite fur les rivages lablonneux de Kallftrander ; il a le 
bout du bec lilTe ; les pieds &: le bec livides , à peine plus longs 
que la tête ; la tête , le derrière du cou , le dos , les aîies , le crou- 
pion & tout le deffus du corps cendrés , avec des raies & des 
ondes brunes ; la gorge , le bas du ventre , les cuilTes Se l'anus 
blancs ; le dcflous du cou blanc , avec des lignes longitudinales 
brunâtres ; la uxieme de la leptieme pennes de la queue cen- 
drées , avec des ondes d'un brun-palFé ; la cinquième & la hui- 
tième cendrées fans taches ; la quatrième & la neuvième blan- 
ches par le bout , du-reite cendrées fie ondées d'un brun-paflé ; 
la première, la troifîeme , la dixième , la onzième , & la dou- 
zième blanches par le bout , ôc variées de bandes blanches 6c 
brunes ; mais la onzième &: la douzième font blanches par tout 
le coté extérieur ; les grandes plumes des aîles brunes , dont la 
première eft lans tache ; la féconde 6c les fuivantes jufqu'à la 
dixième brunes , avec une tache brune au coté intérieur ; la on- 
zième 6c les fuivantes jufqu'à la vingtième ^ brunes , avec une 
tache blanche qui couvre les deux cotés ; la quinzième , la fei- 
zieme , la dix-lcptieme , la dix-huitieme , la dix-neuvieme & la 
vingtième blanches par le bout , fans aucune petite ligne ondée 
en dciTous ; le dernier doigt attaché à celui du milieu; une ligne 
blanche au delTus des yeux. 

Ray dit que les Habitants d'Yorck l'appellent thc Sand^ 
Piper. 

7°. Autre efpece deBÉcASSiN, Tringa Aldrovandi , Cinclus 
Bellonli j Ray Synopf Tringa roflri apice punclato , pedihus 
livido-virefcentibus y dorfo fufco-viridi nitido^ Linn. Elle égale le 
Merle en grandeur , ou même le furpailc ; elle a le delîus du 
corps d'un brun-vcrdâtre luifant comme de la foie ; les épaules, 
les grandes pennes des ailes les plus proches du corps, 6c la 
plupart de celles qui les recouvrent , piquetées de blanc fur les 
bords; le croupion blanc comme neige ; la gorge blanche , avec 
des taches brunes ; la poitrine 6c tout le ventre d'un blanc de 
neige ; !c bec long d'un doigt &i demi , d'un vcrt-obicur , droit , 
applati fur le^ côtés; les pieds d'une couleur Uvide-vcrdâtre; les 

Vv 



338 MisToiRE Naturelle 

ongles noirs ; la fauirc aîle intérieure noirâtre , fort joliment 
piquetée de lignes blanches obliques qui le réuniflcnt au tuyau 
en angle obtus. 

Selon M. Linnxus, les Suédois la nomment Horsgjoek. Elle 
habite en Suéde le long des rofeaux èi. fur les bords des ruiflcaux 
ou des rivières ; elle a le bec noir ; les jambes de couleur plom- 
bée ; le deflus du corps brun ; le deflbus des aîles noir , avec des 
lignes blanches-ondées ; le ventre blanc ; le cou tacheté ; la 
queue avec des taches en travers ; les grandes pennes de la 
queue , la première de chaque côté , totalement blanches ; les 
deux autres avec une tache blanche près du bout ; la troifieme 
de chaque côté avec une raie blanche non loin du bout ; la qua- 
trième avec deux raies; la cinquième avec deux raies ôc demie; 
la lixieme avec quatre raies. 

C'eil: peut-être ce qu'on appelle à Vannes en Bretagne Bé- 
caffine de mer ^ &c en Poitou Tyranfon ou Tirançon. 

8°. Troifieme efpece de BÉcassin , Tringa ténia Aldrovandiy 
Giaroncello ù Pinirolo Italis dicta ^ Ray Synopf. Celle-ci a le bec 
beaucoup plus noir &: un peu plus court que la précédente ; le 
même port extérieur , horiTiis quelque variété de couleurs ; car 
quoique l'une & l'autre foient d'un brun-châtain , principale- 
.ment fur la tête, le cou , le dos &: les aîles , la précédente a plus 
de brun dans toutes ces parties, & celle-ci plus de châtain. 

M. Linna:us n'en fait aucune mention , non plus que des fui- 
vantes. 

9°. Le RoTk-NUSSEL , Gallinula melampus Gefnero Aldrovan- 
di y RotknuJJel Baltnero , Ray Synopf. CetOifeau eft d'une cou- 
leur roulTc ou rougeâtre , avec des taches brunes au cou & au- 
tour des yeux. Il a le corps brun, avec certaines taches de cou- 
leur fale ; les aîles marquées de taches blanches ; le bec & les 
pieds noirs. Il paroît différent de l'Oifeau qu'Aldrovandus dé- 
crit pour celui-ci fous le nom de Giarola. Voyez la defcription. 

10°. Le Matkern, efpece de Porphirio ou Poule sul- 
tane , Gallinula erythra Gefnero , quam Germani Matkern va- 
cant 3 MatkneltT^el Baltnero ^ Ray Synopf. Quoique tout fon corps 
foit prefque rougeâtre , excepté le ventre qui efb blanchâtre , 
tirant furie roufsâtre, &; les jambes grifes-cendrées, cependant 
ce rouge eft plus foncé fur le dos , &: entremêlé de taches noires, 
plus clair fur quelques pennes des aîles, dont les plus longues 
approchent de la couleur du crayon rouge. Il y a au delTous du 
cou quelques points blanchâtres. Le bec eft noirâtre mêlé de 



rouge. 



DES Oiseaux. 339 

î 1°. Le Sanderling ou Maubesche grise , Arenâria nof- 
tra , id eji Sanderling , aliis Curwillet ^ Ray Synopf. Il furpafle 
un peu en grandeur le Bécaffin ; il a le bec long d'un doigt , 
droit, noir , grêle , fcmblable à celui de la BécalTe ; les jambes , 
les pieds , les ongles noirs ; & ce qui eft particulièrement nota- 
ble , il n'a point de doigt de derrière ; la tête petite ; tout le 
deflus du corps agréablement varié de noir & de blanc ou de 
cendré; le ventre & le deflous des aîles plus blancs que neip-e ; 
une ligne blanche tranfvcrlale qui fe voit fur les aîles étendues 
fupérieurement , &: qui efb attachée aux bouts des plumes du fé- 
cond ordre. Ces Oifeaux fe tiennent fur les rivages fablonneux 
de la mer, & volent par bandes. Le Sanderling n'ayant que trois 
doigts , eft facile à diftinguer des autres. 

J'ai lieu de penfer que c'eftl'Oifeau qu'on appelle Credo fur la 
Loire , à caufe de fon cri. Il vient ici avec la Guignette au mois 
de Mai , &; pond fept œufs grivelés fur le fable tout nu. 

12°. Le DuNLiN , Dunlin ftptentrionalium Anglorum D. 
Johnfon^ Ray Sinopf II a le milieu du ventre noirâtre, onde de 
blanc ; tout le deflias du corps roux , marqueté par-tout de ta- 
ches noires un peu grandes , avec peu de blanc ; le bec & les 
pieds noirs ; le doigt de derrière très court. Il eft égal à un Bécot. 
Ceft une queftion de favoir fi cet Oifeau n'eft pas le même que 
le fuivant. 

13°. L'Alouette de u-ek ,Cinchis prior Aldrovandi; Sckœ- 
niclos icnjunco Bcllonii , quam Galli Alaudam marinam vocant ^ 
Ray Synopf Elle eft égale à l'Alouette commune , ou tant foie 
peu plus petite ; elle a la figure d'une Bécafline ; le bec aulîî 
femblable , mais noir , & long d'un doigt un quart ; les pieds 
bruns ou d'un noir-verdatre ; le deflus du corps , excepté les 
grandes pennes des aîles & les plumes en recouvrement du pre- 
mier ordre , cendré ou roux , varié de taches noires au milieu des 
plumes. Dans cet Oifeau &; dans les précédents du même genre, 
les aîles iont longues , &: atteignent jufqu'au bout de la queue 
quand elles font pliées. Elle a les principales pennes des aîles 
blanches à la partie inférieure , où elles font cachées par les plu- 
mes qui les recouvrent; du-refte brunes. Ces fortes d'Alouettes 
fe tiennent pour l'ordinaire le long des rivages de la mer, ^. vo- 
lent^ar bandes. 

Willughby dit que l'Alouette de mer pefe environ deux onces, 
& que la longueur de fon corps depuis le bout du bec jusqu'au 
bouc de la queue , eft d'un peu plus de huit doigts. On la nomme 

y V ij 



34^ Histoire Naturelle 

en Anglois thcStint _, &: dans le Comté de SufTex Ox-Eye. Selon 
Bclon, elle hoche ou remue fans celle la queue. 

14°. La GuiGNETTE , Cinclus urtius Aldrovandi y Ray Sy- 
nopf. Elle eft de la même couleur , de la même figure & de la 
même conformation que la précédente , finon qu'elle a la queue 
blanche , & ornée de lignes noires qui la coupent en travers : 
mais elle en diffère par le bec ; car au-lieu que la précédente l'a 
prefque égal , celle-ci a le fien un peu gros à (a naiflance , puis 
infcnfiblement aminci de plus en plus. Elle a auffi les jambes un 
peu plus longues & plus grolTes. 

La Guignette ne fait point de nid, non plus que le Credo ; 
elle pond pour l'ordinaire trois œufs à fond jaunâtre-luifant , 
picotés de points bruns-roufsâtres, plus gros que ne femble com- 
porter la grandeur de l'Oifeau ; ce qui s'obferve pareillement 
dans les autres Oifeaux aquatiques. Nous avons eu occafion de 
remarquer qu'il y a un allez grand nombre d'Oifeaux qui ne font 
point de nid , & quelques-uns qui pondent fur des pierres. C'eft 
ainfî , lelon M. de Réaumur , que la Demoifelle de Numidie , 
qui tient du Héron , pond fur la pierre toute nue. La Guignette 
ell eftimée pour avoir la chair délicate , fur-tout en automne , 
où elles volent par bandes. Si l'on en tue une d'un coup de fufil , 
les autres viennent voltiger autour du Chafleur , comme pour 
fauver leur compagne ; quand elles s'envolent , elles s'appellent 
mutuellement en rafant la furface de l'eau; ôc quand elles mar- 
chent le long de l'eau , elles remuent la queue. Si la Guignette 
ii'eft que démontée , elle nage avec aflez de facilité , ayant les 
trois doigts de devant munis d'une petite membrane, qui eft plus 
confidérable entre le doigt extérieur & le doigt du milieu. La 
nuit on les entend crier fur les grèves & dans les iiles ; car, comme 
l'obferve Willughby,prefque tous les Oifeaux aquatiques font noc- 
turnes. Lemâle & la femelle ferefîemblentfi fort, qu'il eft comme 
impoilible de les diftinguer à l'extérieur. Il eft afTez étonnant que 
Belon n'ait fait aucune mention d'un Oifeau fi commun. 

La Guignette s'appelle en Anjou & autour de Paris Cul-blanc 
d'eau : il ne faut pas néanmoins la confondre avec le vrai 
Cublanc , qui fe trouve aulTi le long de la Loire Se fur les étangs 
en Sologne, dont il femble que Wiïlughby n'a donné ni la figure 
ni la defcription. Or le vrai Cublanc d'eau pafTe ici pour être un 
mets encore plus délicat que la Guignette. Rabelais dit Guy nette 
au-lieu de Guignette , & la plupart de nos Chalfeurs difcnt 
comme lui. A Verdun en Dunois , on l'appelle Blanc-Culet. A 



DES Oiseaux. 341 

Sully les enfants nomment nos Guignettes des i^o/e«,à caufe de 
leur manière de voler au defTus de l'eau. Quant au mot de Gui- 
gne ne ou Guy nette , je m'imagine qu'il vient du cri naturel de 
rOifeau plutôt que de la manière d'obferver le Chafleur. 

15°. Le Chiquatli , Chiquatli fîve Nociua Hernand. , Ray 
Synopf. Il eft égal à notre Bécaiïe ; il a le bec long, menu &; noi- 
râtre ; les parties inférieures du corps pâles , avec quelques plumes 
noires entremêlées autour du cou ; tout le refte du corps mélangé 
de brun,, de jaune èc de cendré ; l'iris des yeux jaune. Il fe tient 
fur les montagnes , Se eil terreftre. 



Article Sixième. 

Des Oifiaux aquatiques à pieds fendus & à bec court , qui 

vivent d'injecies, 

ï°. J_iE Vanneau , Capella five Vannellus , Ray Synopf. 
Gavia vulgatis , Klein. Tr'inga cri fia dependente , peclore nigro ^ 
Linn. Cet Oifeau eft très connu , fie fe trouve par-tout. Il cil: de 
la grandeur d'un Pigeon doineftique ; il a le bec court , droit , 
long d'un doigt; la tête ornée d'une crête ; le corps paré de belles 
couleurs ; la tête noire au deflus de la crête, de même que la 
gorge &; le haut de la poitrine , où cette couleur rcpréfente la 
moitié d'un collier ou un croilTiint ; les mâchoires blanches , 
comme auffi le ventre &; la poitrine ; un plumage d'un beau bai- 
brun fous la queue ; le milieu du dos &: les plumes des épaules 
d'un vert-luifant agréable ; une tache rougeâtre des deux côtés 
Je long des aîles ; les plumes qui recouvrent le dciîus des aîles 
joliment variées de pourpre, de bleu & de vert; celles dedciîous, 
blanches. Il fe trouve dans les lieux marécageux &: aquatiques ; 
il fait fon nid par terre dans les endroits champêtres plus fecs. 

r.pi. i^.Fig. 1. 

Selon M. Linnarus , il habite en Suéde par-tout dans les prés 
bas. Le mâle a la tête noire en deflus , avec de longues plumes 
qui pendent en arrière en façon de crête ; la gorge noire en bas 
vers le cou ; le haut de la poitrine noir ; les tempes blanches ; le 
delFus du cou cendré ; le dos reluifant de brun , de bleu , de vert 



342- Histoire Naturelle 

&; de tanné ; la poitrine blanche ; le delTus des ailes de la même 
couleur que le cou , mais plus bleu ; vingt-quatre grandes pennes 
noires à chaque aile , dont les cinq premières font blanchâtres 
par le bout , Se celles du fécond ordre vers la bafe ; la queue en- 
tière ; douze grandes pennes à la queue blanches , noires dans 
leur moitié extérieure , pâles par les bouts , dont l'extérieure eft 
blanche , excepté une tache noire près du bout ; les plumes de 
la queue en recouvrement tannées en dehors & en dclFous ; le 
bec noir; les narines oblongucs , percées à jour; les pieds rou- 
ges. Le mâle a la gorge noire, de la femelle l'a blanche. Dans 
le mâle la première penne de la queue eft blanche, avec une 
tache noire vers le bout ; & dans la femelle elle eft toute 
blanche. 

Willughby dit qu'il pefe huit onces ; que fa longueur eft de 
treize doigts & demi , & fon vol de trente-un doigts ; que fa 
crête eft compofée de vingt plumes , & qu'il pond à la fois 
quatre ou cinq œufs d'un jaune-fale , femés de fréquentes taches 
noires ; qu'il fait fon nid par terre en plain champ &: à décou- 
vert. Il ajoute que les petits étant éclos èc couverts de poil fol- 
let, quittent le nid pour fuivre la mère çà èc là. 

Selon Belon , le "^^anneau prend les Mouches en volant, 
comme font les Hirondelles & la Pie de mer; en été il vole 
feul, èc en hiver par grandes bandes; il vole rapidement, 5c 
fait en volant un allez grand bruit qui rellemble à celui que 
produit un van , d'oii lui vient fon nom. Il a coutume de volti- 
ger tout autour de fon nid, èc de le déceler par ics cris réitérés. 
Entre les Oifeaux qui portent huppe , nous ne connoilTons que 
le Vanneau , le Bihoreau , la Putput , le Paon , le Cochevis , 
l'Aigle, le Héron , le Roitelet crête , certaines elpeccs de Poules 
domeftiques , &;c. Les François en font les délices de leurs ta- 
bles , & quelquefois il fe vend auih cher qu'un Lièvre. Il devient 
fi gras , qu'on croiroit qu'il auroit été engraifle exprès. On ne le 
vuide point pour le manger, ainfi que la plupart des Oifeaux les 
' plus délicieux. On en prend en Beauce une grande quantité. Les 
Anglois en nourriflent dans leurs jardins pour dépeupler les 
Vers : & en effet ^ pour exterminer les Chenilles , les Vers , les 
Fourmis &c autres Infeétes malfaifants, il n'y a qu'à lâcher dans 
un jardin quelques Vanneaux ou quelques Pluviers , après leur 
avoir lié les aîles , ou leur avoir ôté les plus grandes pennes des 
aîles ; vous les verrez travailler du matin au foir à tenir la place 
nette. 

Le Vanneau eft un des plus beaux Oifeaux que nous connoif- 



DES Oiseaux. 3^}.; 

fions. Il s'apprivoife aifément ; il coure très légèrement ; il a 
l'œuil grand 6c hardi ; fa crête lui donne beaucoup de grâce. Il 
ne craint point les Chats, ou du-moins li-tôt qu'il en appcrçoit 
un , il le fait fuir par ion cri perçant ; il crie iur-tout la nuit. A 
Paris on l'eftime encore aujourd'hui comme un mets délicieux ; 
delà le proverbe ufité , que (jui n'a jamais mangé J^anneau , n'a 
jamais mangé bon morceau. Cependant il y a bien des gens qui 
l'eftiment moins que le Pluvier. En Hollande on fait grand cas 
Acs œufs de Vanneau pour la délicateffe ; enforte que dans la 
primeur un œuf de Vanneau y iera quelquefois vendu jufqu'à 
une piftole. Les Solognots en font auffi de fort bonnes omelettes. 

Le Vanneau fe nomme en Italien Pavonœllo ; en Allemand 
Kywitt ; en Anglois tke Lap^ving ou Tewit ; en Suédois Wipa 
ou Kowipa ; en François Kanncr eau ^Vanneau ou Jeanne i^^^qXow 
Cotgrave , autrement Dixhuit ou Papechieu ; en Picardie dans 
le Boulonois , Overgne ; en Sologne une Karinelle ; jadis Paon 
célefle ou petit Paon fauvage. On lui a donné en Latin le nom 
de Capella ^ parce qu'il lemble dire a/? ou xx , qui lignifie Chè- 
vre , ou parce qu'il a le cri d'une Chèvre. Albert le Grand le 
traite de Sot , attribuanr à bêtife d'aller au devant de l'honime 
quand il a fon nid , & de le déceler ainfi. Les diverfes dénomi- 
nations qu'il a en différentes Langues lui viennent ou de fon 
cri , ou de fa reffemblance avec le Paon commun : auffi Ménage 
préfumc-t-il , d'après Belon , que cet Oifeau a été nommé Kan- 
neau , comme qui diroit Paoneau. Il y en a qui l'appellent Jaco- 
bin j à caufe de fon plumage noir & blanc. 

2°. Le Pluvier doré, Pluvialis viridis ^^zy S^no^i. Gavia 
viridis jYAc'm. Charadrius nigro lutefcentequevariegato , peciore 
concolore ^ Linn. Il eft de la grandeur du Vanneau ; il a tout le 
defTus du corps noir , agréablement parfemé de taches fréquen- 
tes d'un jaune-verdâtre ; de telle forte que le milieu de chaque 
plume cft noirâtre , & que les bords en font piquetés tout autour 
de taches jaunes-verdâtrcs ; le bec droit, noir, long d'un doigt; 
la poitrine variée de brun & d'un jaune-verdâtre ; le ventre 
blanc ; les pieds noirs. Dc-plus il n'a point de doigt poftérieur ; 
ce qui fufht pour le diftinguer des autres Oifeaux de même genre. 
Sa chair pall'e pour être très délicate, ainfi que celle du fuivant. 

Selon M. Linn^EUs, il habite en Suéde dans la Dalécarlie orien- 
tale , près Aqs montagnes de cette Province , &: dans les plaines 
de l'Ifle d'Oeland. Il cfb de la grandeur d'un Pigeon ; il a le defTus 
du corps noirâtre , femé de petites taches ovales teftacées Se 
tracées fur le bord de chaque plume ; la gorge blanchâtre ; le. 



3 44 Histoire Naturelle 

(Icllous du cou depuis la goi-gc ']uf(]u'a.uj2ernum^ tacheté de tcf- 
tacé de de brun ; la poitrine &: le ventre blancs ; la queue entiè- 
re, compofée de douze pennes brunes, bigarrées de taches tcf- 
tacées j les grandes plumes des aîles noires-brunes, avec le bord 
des extrémités blanchâtre; les plumes des aîles en recouvrement 
noires-brunes , blanches par les bouts ; le dellous des aîles blanc; 
les cuilles à demi-nues , cendrées ; le doigt extérieur lié d'une 
încmbrane à la première articulation. 

Nous avons décrit , ajoute M. Linnxus , un autre Pluvier 
doré de la manière fuivante : Il avoit le corps d'un vert-jaune, 
avec des taches noires Scbranchues fur le dos ; la poitrine bigarrée 
d'uii jaune-vert ; le ventre blanc ; les grandes pennes des aîles 
brunes , dont les neuf premières étoient blanchâtres au milieu de 
la tige ; la cinquième ÔC les fuivantes blanchâtre extérieurement 
à la bafe. 

M. Klein obferve que les figures qu'en ont données M. le 
Comte de Marfigli &; Eléazar Albinus , ne valent rien. Selon lui, 
tous les Pluviers ont la tête moins belle que les autres Oifeaux, 
& elle paroit un peu ftupidc au jugement des Phyiionomilles. 
Cet Oileau a le cou court, & la tête grande à proportion du 
corps, êc les yeux grands. Il eftfolitairedans les lieux bas & dans 
les prés. Il a tout le corps de couleur de fuie , jolimenc tigré par 
une infinité de taches d'un vert-jaune. Les grandes pennes des 
aîles font noirârres , celle du milieu étant frangée de blanc ; ôc 
dans le mâle le deffous du corps eft très noir. 

Le Pluvier doré ell un fort bel Oifeau. Il cit aflcz commun en 
Sologne. Sa chair eft cflimée des François comme un mets friand, 
mais non pas préférable au Chapon , comme le dit Aldrovandus. 
On s'eft imaginé faufTcment que le Pluvier vivoit de roféc , 
parce qu'on ne lui trouve aucun excrément dans les intcftins. Il 
le nourrit comme le Vanneau , de Vers & d'Elcarbots. Albert le 
Grand avoit déjà réfuté l'opinion vulgaire, qui eft que les Plu- 
viers vivent uniquement d'air. Si l'on ne trouve , dit-il , jamais 
rien dans le ventre du Pluvier , la raifon en eft , que cet Oifeau 
n'a que l'inteftin jejuninn , dans lequel il ne fe trouve jamais 
rien , comme cela s'obferve dans plufieurs autres animaux. Le 
Pluvier va feul la nuit; mais le jour il vole de compagnie en fui- 
vant l'Appelleur , félon le rapport des Chafleurs. C'efl un Oi- 
feau de paflage qui s'en va d'ici au printemps , & qui ne fiiit 
peint fon nid chez nous. 

Le Pluvier vert ou doré fe nomme en lt:i\lea Piviere ou Pi- 
vicro verde i en Allemand Grucnçr Gybic{ y Pardcl ^ Pulvicrow 

Pulros i 



DES Oiseaux. j4j 

Pulros ; en Anglois the Green P lover ; en Suédois Aokerhoena, 
& en Lappon Huai ; en Guyenne Plubay ; en Poitou Pivier ; 
en Picardie Plouvier. Bclon die que le Pluvier a été ainfi ap- 
pelle j parce qu'on le prend plus ailement dans un temps plu- 
vieux qu'en tout autre temps. Je crois plutôt , ajoute Ménage , 
que c'ert à caufe qu'il aime la pluie. On prétend que la Ville de 
Piviers , qu'on appelle autrement Pluviers ou Pithiviers , ca- 
pitale de la Province du Gatinois , a pris fon nom du grand 
nombre de Pluviers qui fe trouvent aux environs de cette Ville. 

3°. Le Pluvier gris , Pluvialis cinerea^^z^ Synopf. Gavia 
leu Pluvialis cinerea , Klein. Tringa n'igro-fufca fubtus alba , 
roflro nigro j pedibus virefcentibus , Linn. La chair de celui-ci 
n'eft pas moins eftimée que celle du précédent. Il a le bec noir, 
plus long que le doigt; les pieds d'une couleur verdâtre-fale; la 
tête , le dos , \cs plumes des aîles qui font en recouvrement, noi- 
râtres , avec \ç.s extrémités d'un cendré-verdâtre ; le menton 
blanc ; la gorge marquetée de taches oblongues brunes ; la poi- 
trine , le ventre & les cuifTes blanches ; la queue bariolée de raies 
tranfverfales blanches &; noires. Il eft pareil au précédent pour 
la grandeur. 

Selon M. Linna:us _, il habite en Suéde dans la Scanie. Il a le 
bec noir ; les pieds d'un vert-cendré , avec des découpures tranf- 
verfales ; vingt-quatre grandes pennes à chaque aile , dont la 
première eft blanche par la tige ; la deuxième , la troifieme & la 
quatrième plus noires , 5c les autres plus brunes ; toutes blan- 
ches , fur-tout au bord des extrémités ; les plumes en recouvre- 
ment marquées en outre de taches tranfverfales ; douze o;randcs 
plumes à la queue , blanches, avec des lignes tranfverfales bru- 
nes, diftantcs l'une de l'autre , excepté les deux du milieu , oii 
les lignes font plus larges &: plus proches \ le corps d'un noir- 
brun ; la poitrine , le bas du ventre , 6c le croupion blancs ; la 
tête & le cou femés de petites taches noires 6c cendrées , à ce 
que dit M. Lèche , qui appelle ce Pluvier Tringa Augufli 
menjis. 

M. Klein dit qu'il eft bigarré de noir, de jaune & de cendré ; 
qu'il a au deflous du cou des taches noires oblongues; que l'er- 
got de derrière n'eft qu'un petit ongle à peine fenfible , ôc qu'il 
a le bec d'un noir-rougcâtre. 

Il y a des Chaflcurs qui prétendent que le Pluvier vert ou 
doré , 6c le Pluvier gris ou cendré , lont le même Oifcau qui 
change de plumage félon l'âge ou la faifon ; mais ils fe trompent. 
Ce qu'il y a de^bien vrai, c'eft que le Pluvier gris eft très rare 

Xx 



54<^ Histoire Naturelle 

dans rOrlëanois, de qu'on n'en voit prefque jamais à Orléans au 
Marciié à la Volaille. 

Notre Pluvier gris , dit en Anglois tke Grey Plover ^c^ le 
Pardalus d'Ariftote, félon Aldrovandus ; les Italiens l'appellent 
Pluvier de montagne. Ses petits le nomment en particulier Guil- 
lemets : or Guillemot ou Guillot eft un diminutif de Guillaume. 

4°. Le Pluvier aigrette d'Afrique , qui mérite place ici,. 
eft de la groifeur ordinaire ; il a le dcllous & le defliis de la tête 
qui fe termine en huppe , d'un beau noir ; les cotés de la tête &: 
tout le defTus du corps gris ; le deflous du corps blanc-roufsâtrc; 
un croilFant noir fur le ventre ^ les ailes noires & blanches , &: 
un ergot noir au pli de chaque aîlc. On le trouve au SénégaL 
Nctus eft le fcul Naturalifte qui paroiife en avoir parlé. V^. PI. 1 3 . 

5°. Le GuiGNARD , Morinellus Anglorum , Ray Synopf. Ga- 
via Alonnellus j Klein. Charadrius peclore ferrugineo , lineâ albâ 
tranfverfâ collum peaufque dijlinguente , Linn. Il eft prefque de 
la couleur du Pluvier gris , mais beaucoup plus petit que lui , vu 
qu'il ne pefe que quatre onces : en outre il n'a point de doigt 
poftérieur, comme le précédent. Il paife pour un Oifcau fore 
niais , & pour fe laiflcr prendre par des minauderies , jufques-là 
que fa bêtife eft paflee en proverbe. Il a le bec des Pluviers , 
droit, noir , prefque long comme le doigt; la tête agréablement 
bigarrée de taches blanches & noires ; le dos varié de cendré bc 
de noirâtre , dont chaque plume eft noirâtre au milieu vers la 
tige , & grisâtre le long des bords ; le croupion ôc le cou plus 
grisâtres ; la poitrine & le deftbus des ailes d'un jaunâtre-fale , 
& le ventre blanchâtre. 

Ces Oifeaux , dit M. Lifter , quittent deux fois l'année , en 
Avril &; en Août, les lieux marécageux, & fe retirent par ban- 
des dans les champs montagneux. Or la caufe de leur tranfmigra- 
tion dépend de leur nourriture ; car alors ils y vont chercher les 
aliments qui leur font convenables ; & pour m'en aflurer , j'en ai 
ouvert pluficurs, auxquels j'ai trouvé dans l'eftomac certains 
petits Scarabées noirâtres , des Vers & de petits Limaçons tcr- 
reftres. 

Scion M. LinncEus, il habite dans la Dalécarlie orientale. II a 
le cou & le dos d'une couleur cendrée-claire ; la poitrine tannée, 
avec une ligne tranfverfale blanche , tirée fur une ligne noire à 
la bafe du Jiernum ; le ventre noirâtre, dont cependant chaque 
plume eft blanchâtre intérieurement ; la gorge blanche ; la queue 
cendrée , avec un bord blanc ; les ailes plus pâles en deftous^ une 



DES Oiseaux. 347 

ligne blanche qui entoure la tête à la racine du bec ; le doi^^t 
extérieur attaché à celui du milieu par une petite membrane ; les 
grandes pennes de la queue brunes , dont les trois premières 
font blanches au bout , & les autres à peine blanchâtres au bord 
du bout ; la tête noirâtre en delFus ; le bec èc les pieds noirs. Le 
mâle eft noir vers les cuifTes ; il eft de la grandeur d'une Grive. 

Le Guignard ell: une forte de petit Pluvier , dont la chair eft 
en grande eftime, èc pafle pour un des mets les plus délicats. On 
a cru que c'étoit un Oileau particulier au Pays Chartrain; mais 
il fe trouve ailleurs non-ieulement en Beauce , mais auffi dans 
d'autres Provinces de France. Il eft fi gras , qu'il fouffi-e difficile- 
ment le tranfport; 6c en général tout Oileau de marécage , ou 
qui vit dans les lieux humides , a une chair huileufe qui ne veut 
point être gardée. La femelle ne difleredu mâle,que parce qu'elle 
a la poitrine moins tannée, &C le ventre moins noir ; de forte que 
le fer à cheval eft moins fenfible dans la femelle eue dans le 
mâle. Ces Oifeaux viennent au coup de fufil , voltigeant autour 
duChafîcur; & quand on en a tué un,on rue ordinairement toute 
la bande. On n'en voit ni l'été ni l'hiver. Ils ne viennent en 
Beauce qu'au printemps &C en automne. On y en voit jufqu'au 
I 5 ae Mal. Us font toujours chers. 

Le Guignard, félon le Dictionnaire de Trévoux, s'amufe à 
regarder £c à confidérer fi attentivement ce que fait l'Oifelcur , 
qu'il fe lailîc couvrir par un autre homme avec un filet : appa- 
remment qu'il a été nommé Guignard à caufe qu'il regarde ce 
que l'on fait dans la campagne ; ce qui eft expliqué par le mot 
^'C'XXïco'xs guigner , comm.e qui diroit regarder de côté , fans Faire 
femblant de rien , ni de pcnfer à ce que l'on regarde. Mais s'il en 
faut croire le dode Ménage , cet Oifeau a été ainfi appelle d'un 
nommé Jean Guignard, Bourgeois de Chartres, qui le premier 
en reconnut la délicateftc en 1 541. Il s'en trouve auiïi aux envi- 
rons d'Amiens , oîi on les appelle Sirots. Je trouve dans la Nou- 
velle Maifon Ruftique du Sieur Liger, entre les Oifeaux aquati- 
ques , les Syriots ou Grifettes. Or ces Syriots font apparemment 
les mêmes que les Sirots des Picards ; & cependant on y diftin- 
Çue formellement les Svriots des Guiirnards de Eeauce. Au-refte 
je m'en tiens volontiers à ce qu'en dit Ménage , d'autant plus 
que j'ai reconnu dans cette Maifon Ruftique plufieurs erreurs en 
fait d'Ornithologie. C'eft ainfi qu'elle diftingue mal-à-propos 
les Sanfonncts des Erourneaux. Il y a denChalFeurs qui diient 
Gu'iiiard ^ ^ même on trouve éc';!t Gulnare : m.ais l'ufage eft 
pour Guignard. M. Boulanger de Chauixiont die qu'on l'appelle 

Xxij 



34^ Histoire Naturelle 

en Nonnandie Petite de Terre. Le mot Latin Morinellus veut 
à\i-e petit Sot. Les Allemands le nomment Morinelle ou Mornelly 
& les Anglois thc Dottercll ; ce qui figniiîe la même cliofe. 

6°. Le GuiGNARD DE MER , Morinellus marinus D. Brown y 
an Cinclus Turneri ? Ray Synopf. Nous avons vu cet Oifeau lur 
les Côtes de Cornouaille. Il a le bec droit , noir , long d'un doigt _, 
diminuant infenfiblcment de grolFeur depuis la bafe jufqu'à la 
pointe, qui eft aiguë; ce bec un peu enfoncé , cft plus ferme 
que dans le genre des Bécaiiines ; tout le dcfllis du corps , ex- 
cepté le milieu du dos , qui eft blanc , & le haut de la poitrine » 
font de couleur brune, avec le milieu des plumes noir ou d'un 
noir-pourpré , les bords cendrés ou d'un roux-blanchâtre ; tout 
Je delîous du corps, à la réferve de la poitrine , eft blanc comme 
neige ; il a une tache noire tranfverlale grande , au croupion 
même ; une tache blanche fur les aîles près de la jointure du bras 
avec le coude ; la moitié inférieure des pennes de la queue blan- 
che j & la moitié fupérieure noire ; les jambes courtes , de cou- 
leur fiffranéc. 

Je ne trouve point cet Oifeau dans M. Linnrcus , ni dans M, 
Klein. Les Anglois le nomment tht Turn-Stone ou Sea-Dotte- 
rell. 

7°. L'Alouette de mer des Anglois, Charadrius Cwe Hia- 
ticula ^Ray Synopf Gavia Littoralis , Klein. Charadrius peclore 
ni gro ^ fronce nigricante , lineolâ albâ ^ verticefufco , Linn.EUe 
furpafle un peu en grandeur l'Alouette commune ; elle a le bec 
plus court que le doigt, jaune-doré dans fa moitié inférieure , 
noir en deflus ; la bafe du bec entourée d'un petit cercle noir, 
qui s'étend en(uite depuis les angles de la bouche par les yeux , 
julqu'aux oreilles , & palFe enfin par le milieu de la tête tranf- 
verlalemcnt , failant tout le tour d'une ligne large ou d'une ban- 
delette blanche , tirée du coin intérieur d'un œull au coin inté- 
rieur de l'autre; le derrière de la tête cendré ; le menton blanc ; 
le cou ceint d'un double collier, dont le fupérieur eft blanc, &: 
l'inférieur noir; le dos &: les petites plumes des aîles en recouvre- 
ment cendrés ; la poitrine & le ventre blancs ; les aîles noires , 
avec une longue ligne blanche en travers ; les pieds d'un jaune- 
pâle , &; les ongles noirs. Elle n'a point de doigt de derrière. Cet 
Oifeau eft le petit Pluvier à collier. 

Ce petit Oifeau eft commun à l'Amérique Se à l'Europe : 
Marcgrave le décrit fous le nom de Matuitui. 

Selon M. Linnxus,cette Alouette habite par-tout en Suéde fur les 
rivages, &: fe trouve fréquemment dans les Alpes de la Lapponie. 



DES Oiseaux. z^^ 

Elle a le bec fafFrané , noir au bout ; la tête de couleur cendrée- 
brune ; le front noirâtre , avec une ligne blanche tranfverfale ; 
les tempes plus obfcures ; la gorge 6c le cou blancs , puis une 
grande tache noire jufqu'auyZtfrww/Tz ,• le dos , les aîles &c la queue 
cendrés; le ventre & la poitrine blancs; les pieds jaunes, mais 
fauves dans l'autre fcxc ; les grandes pennes des aîles brunes , 
dont la première eft blanche par la tige , &c la cinquième , la 
fixieme , la fepticme , la huitième , & la neuvième lont blanches 
par le bout ; les grandes pennes de la queue brunes, mais la fixie- 
me de chaque coté fans tache ; la troilieme , la quatrième ôc la 
cinquième blanches par le bout ; la deuxième de chaque coté 
blanche par le bout Ik. au côté extérieur ; mais la première de 
chaque côté eft tout-à-fait blanche , avec une tache brune. 

M. Klein dit qu'elle eft à- peu-près de moitié plus grande que 
l'Alouette huppée , 5c qu'elle fe cache dans des cavernes le long 
des rivages. 

Les Allemands l'appellent See~Lerche , Se les Anglois ihe Sea- 
Lark j c'eft-à-dire , Alouette de mer ; les Suédois Strandpïpare , 
& les Lappons Pago. 

8°. L'Oiseau de joncs , Junco prima Aldrovandl , Ray Sy- 
nopf. Il eft de la grandeur d'un Moineau ; il a le bec noir , creufé 
en forme de canal , dur , crochu par le bout ; le delTus de la tête , 
la nuque du cou Se le ventre châtains ; le delFous du cou &; la 
poitrine blanchâtres ; le reftc du corps d'un brun tirant fur le 
noir. 

MM. LinniEus &; Klein n'en font aucune mention. Je foup- 
çonne que ce pourroic être l'Oifeau de rivière que Cotgravc 
nomme Hicart. , 






&rf^ k''-.-^-.!<l "Wifcji 



^^^ 



330 Histoire Naturelle 



Article Septième. 

Des O [féaux à pieds fendus qui nagent dans les eaux ; 
à premièrement des Poules deau , dont les doigts ne 
Jont liés d'aucune membrane, 

J_/ES marques caraélériftiqucs des Poules d'eau font, la tête 
petite ; le bec court 6c médiocrement recourbé ; le corps prefque 
ramalîé , grêle 6c applati fur les côtés ; les ailes un peu courtes , 
concaves , &: femblablcs à celles de la volaille ; la queue fort 
courte; les jambes longues ; les doigts très longs; le vol court. 

1°. La Poule d'eau commune, Gallinula Chloropus major 
Aldrovandi _, Ray Synopf Le mâle pefoit quinze onces , ôc la 
femelle douze. CetOifeau aie bec lonç d'un doiirt; la mâchoire 
inférieure jufqu'au coin de la bouche , d'un blanc-jaunâtre , puis 
rougeâtre; la mâchoire fupérieure moins jaunâtre au bout, mais 
rouge par les narines à l'extrémité de la plaque ronde qui cft iur 
le fommet de la tête ; de forte qu'à l'endroit où finit le rouge du 
bec on peut en détacher la plaque comme un morceau de cire 
appliqué dcflus ; les pieds verdâtrcs ; une ligne blanche qui 
prend dès la naiffance de l'aile , Se en parcourt toute la lon- 
gueur jufqu'au bout ; le dos & les plumes des ailes qui font en 
recouvrement , d'une couleur approchante du tanné ; le rcfle du 
delTus du corps noirâtre; la poitrine plombée; le ventre grisâ- 
tre ; des plumes blanches fous la queue , que l'Oifeau dreflant 
fouvent la queue , fait voir en nageant ; les jambes marquées 
d'une tache rouge au deflus des genoux. 

M. Klein ne dit rien de notre Poule d'eau ordinaire, non plus 
que M. Linnxus. Il eft aflez étonnant qu'elle ne fe trouve point 
en Suéde. 

Tout le monde connoît la Poule d'eau. Elle fait fon nid d'afTez 
bonne heure dans les rofeaux fur les étangs ou fur les ruiffeaux. 
Ses petits vont à l'eau dès qu'ils font éclos , & fuivent leur mère. 
Elle crie la nuit comme le jour. On peut l'apprivoifer aifément ; 
elle mange de tout ; elle eft fort prompte à la courfe ; elle fe 
montre hardie au point qu'elle ne craint ni Chien ni Chat; 6c II 



DES Oiseaux. 3j'i 

une Poule domeftique emporte quelque chofe dans fon bec _, elle 
lui monte fur le dos , &c lui arrache le morceau du bec. 

La Poule d'eau commune s'appelle en Anglois ihe Common 
Water-hen ou Morc-hen ; en Provence Poule d'aiguë ; Pou- 
lette d'eau ou grand Râle j félon Belon ; Cotée ou Gelinette 
d'eau , fclon Corgrave. 

z°. Le Râle d'eau , Rallus aquaticus Aldrovandi ; Ortygo- 
metra Bellonii ; Gallinula Chloropus altéra Aldrovandi ^ forte 
etiam Gallinula ferica ej ufdcm ,^2.-^ Synopl. Semblable à la Poule 
d'eau commune , mais plus petit , il cfl plus grand que la Caille; 
il a le bec plus long du double que la précédente , applati fur les 
côtés, rougeâtrc en dclTous vers la tête , 6c noirâtre en delFus ; 
une chauveté fort petite ôc à peine vifiblc; tout le deffus du corps 
varié de noirâtre & de jaune-fale ou d'olivâtre ; le menton 
blanc ; la gorge roufsatre , avec un mélange de cendré ; la poi- 
trine plus cendrée , mais avec une marque blanche dans fon mi- 
lieu ; le deflbus de la queue blanc , comme dans la précédente. 
Mais les marques les plus remarquables &; comme caractérifti- 
ques de cetOifeau font des plumes noires aux cuilles & aux côtés, 
agréablement bigarrées de lignes blanches tranfverlales ; une 
ligne blanche le long de la bafe de l'aile, comme dans la Poule 
d'eau ; les pieds de couleur de chair plus obicure. Il court très 
rapidement, & fe cache le long du bord des eaux. Il marche plu- 
tôt qu'il ne nage dans l'eau. 

M. Klein dit qu'il a le corps menu & comme applati , ainfi que 
le râle de genêt ; la tête petite , & le bec comme les Oifeaux de 
combat ; feize pouces de longueur depuis le bout du bec jufqu'au 
bout des ongles , & douze jufqu'au bout de la queue. Il ajoute 
que ces Oifeaux habitent principalemenr fur les étangs où croît 
le nénuphar, fur les feuilles duquel ils courent comme des Loirs, 
&; même franchilTent d'une courfe légère l'eau claire par inter- 
valles. 

M. Linnxus n'en parle point , parce qu'apparemment il ne fc 
trouve pas en Suéde. 

Selon Willughby , fa longueur depuis le bout du bec jufqu'au 
bout de la queue , efi: de douze doigts , vC fon vol de feize. Il a 
la véficule du fiel grande , longue , recourbée ; le pore biliaire 
grand ; le ventricule mufculeux , &; de longues appendices rem- 
plies d'excréments. Il vole les pieds pendants. 

Le Râle d'eau fe nomme en Allemand S ckwart-^er ; qw An2\o\s 
tke Water Rail j a Bilcock ou Brook-Ou-{ell ; en François i?a/e 
noir ou commun. Selon Belon , Ralle aquatique. Roi & Mère des 



5J1 Histoire Naturelle 

Cailles , comme s'il en étoit le conducteur dans leur pafHige. 
Mais comme il a le vol très coure , & qu'il eft bientôt pns en 
pays découvert, il ne pourroit être qu'un fort mauvais conduc- 
teur. De-plus comment voudroit-on qu'il ie mît à la conduite des 
Cailles , puilqu'il refte chez nous l'hiver ? 11 y a donc tout lieu de 
penfer que notre Râle d'eau n'eft pas YOrtygometra des Anciens, 
à moins qu'on ne veuille dire qu'il mérite par fa taille le nom 
de Roi ou de Mère des Cailles. 

3", Le PETIT Râle d'eau , Gallinula Chloropus altéra Al- 
drovandi j Ray Synopi. Il a beaucoup de rapport avec le précé- 
dent , dont il diflere en ce que fon bec eft jaunâtre dans une cer- 
taine étendue deflus Se dellous ; en ce qu'il a le cou &c la tête 
jioirâtrcs ; le dos châtain , ainlî que le deflus des aîles , 6c les 
jambes verdâtres. Néanmoins je crois que c'cft la mime efpece, 
qui en eft peut-être diflerente feulement pour le fexe ; car dans 
ce genre d'Oifeaux les jambes différent en couleur félon la di- 
verfité du fexe. 

Il paroît bien que Ray n'a jamais eu occafion de voir notre 
petit Râle d'eau ; car s'il l'avoit vu , il auroit aifément reconnu 
la difl-erence fpécifique qu'il y a entre celui-ci &; le précédent. 
CetOifeau n'efl: pas commun dans l'Orléanois , &: il eît rare d'en 
voir à Orléans au Marché à la Volaille. L'année dernière un 
Poulailler m'en apporta un de Beauce , qui avoir été pris vivant 
fous un tas de chaume alTez loin de la Conie. Il eft encore a£tucl- 
lement plein de vie à la Chartreufe d'Orléans , dans la Cellule 
du R. P. Dom Pierre le Feuvre , qui le nourrit de millet, après 
lui avoir donné uniquement pendant quelque temps de l'Ome- 
lette fans fel. Il eft familier 6c fort joli. 

Le petit Râle d'eau a le bec droit , modique , &; bien différent 
de celui du Râle d'eau ordinaire , orné à fa bafe d'un cercle jaune- 
orangé ; la poitrine agréablement piquetée de blanc 6c de brun, 
ainfi que les côtés , à-peu-près comme une Poule pintade; 6c aux 
tempes une marque roufsâtre ; le doigt de derrière court à pro- 
portion des autres, placé un peu haut, lequel fe tourne beau- 
coup en dedans quand l'Oifeau marche. 11 court très-vîte, ôc 
Icvc fort les jambes en marchant. 11 vole mal, 6c donne au Chaf- 
feur tout le îoifn- de l'ajufter. On fait cas de fa chair en Normanr 
die , où il eft très commun en automne dans certaines vallées le 
long des ruilFeaux. On prétend qu'il refte toute l'année en Beauce 
le long de la Conie, 6c qu'il y fait fon nid comme le Râle ordi- 
naire , fous les fouches des aunes 6c des faules , où il eft fort diffi- 
cile de ie dénicher. 

On 



DES Oiseaux. 353 

On appelle en Normandie cette efpece de Râle Marouette ou 
Coquant^ èc ailleurs Cocoin , peut-être à caufe de Ion cri ; quel- 
ques-uns le nomment i?(i7i? de pré , parce qu'il Te plaît dans les 
prés bas ; &: nos Poulailleres d'Orléans /"e/zV Râle d'eau _, parce 
qu'il eft effectivement plus petit que le Râle d'eau commun. 

Dom le Feuvre auroit bien fouhaité pouvoir apparier le ficn 
dans la fai(on des nids avec une temelle de Ton efpece ; mais 
comme il n'e/l guère poiliblc d'en trouver , il vouloir lubftituer 
à celle-ci une Caille femelle. On lui en a donné une qu'on 
croyoit effeftivement telle , mais qui malheureufemcnt s'eft 
trouvée mâle. Cela n'a pas empêché que Ion Râle ne lui ait fait 
amitié ; il en eft devenu plus gai que de coutume; il s'eft mis à 
chanter le foir , Se fur-tout dansla nuit, à diverles rcprifes, comme 
l'on s'en eft aiFuré en féqueftrant la Caille. Or fon chant imite 
celui de la Caille , quoiqu'il ait quelque choie de plus rude. 

4°. Le Râle d'eau soyeux, Gallinula ferica Gefneri Al- 
drovando , Ray Synopl. Il eft très joliment bigarré de noir &: de 
roux prefque par tout le corps , finon que Ion ventre eft blanc. 
Sa couleur noire reluit comme du velours. Ses jambes font hautes 
&: brunes , &: les doigts fort longs. C'eft une queftion de favoir 
'il eft différent du Râle d'eau de Belon. 

5°. La Grinette , Poliopus Gallinula minor Aldrovandi , 
Gnnetta Italis , Alediolani Gillerdinc ; an GaUinula alla Chlo- 
ropus Fulicx Jimilis Bcllon'ii Aldrovando ? Ray Synopf. C'eft le 
plus petit de tous les Râles que nous ayons vus jufqu'ici ; il relîem- 
ble prefque pour la couleur au Râle d'eau ordinaire, finon qu'on 
voit au milieu du dos entre les aîles , une raie noire parfemée de 
taches blanches , laquelle eft accompagnée de deux autres raies 
voifines qui font de chaque côté fur les plumes des aîles en re- 
couvrement. Il y aàlabafe de l'aîle une ligne blanche qui s'étend 
depuis les épaules jufqu'au bout de la penne extérieure, com.mc 
dans la Poule d'eau commune ^ dont il eft diftingué par (;i pc- 
titeffe , comm.e il l'eft du Râle ordinaire , tant par fa petite taille 
que par fon bec plus court , quoiqu'il leur relîemble d'ailleurs 
pour la figure. 

6". Le Râle aux pieds jaunes, GaUinula Ochropus major 
Gefnero Aldrovand'i , Ray Synopi. Il a le bec jaune ^ ainfi que 
les pieds. Il paroît dans ion plumage fept couleurs diftinctes , 
comme la figure enluminée le f,iit voir. On peut voir le refte de 
la defcription dans Gefncr. 

7°. Le Wyjjkernel ou la Marquette, GaUinula ochra 
C^fmri j quam Gcrmani Wynkcrncl appdlant Aldrovando , Ray 

Yy 



354 Histoire Naturelle 

Synopf. Il a prefcjuc couc le corps de couleur verdâtre, mais fale 
èc oblcure , plus brune en dclTous ; la tête , le cou , la poitrine 
èc les aîlcs marquetés de points 6c de taches blanches ; la queue 
en partie blanchâtre; le bec en partie noirâtre, 6c en partie d'un 
rouge-ponccau ; les jambes jaunes. 

Je ne trouve point ces différentes efpcces de Râles décrites 
dans M. Linnxus , ni nommées dans M. Klein. 

8". Le Jacana , Galllnula Brajllienfibus Jacana. d'icla Marc- 
gravii y Ray Synopf. Il cft de la grandeur d'un Pigeon ; il a les 
jambes d'un jaune tirant fur le vert; le doigt de derrière d'une 
longueur értorme ; la queue courte ; le dos , les ailes & le ventre 
variés de vert &: de noir ; le cou & la poitrine d'une couleur chan- 
geante , telle qu'il s'en voit au cou des Paons ou de certains Pi- 
geons ; le deiîous de la queue blanc ; le bec du plus beau ver- 
millon depuis le commencement jufqu'au milieu , du-refle jaune- 
verdâtre ; la tête couverte d'une manière de coëffe membraneufe 
ronde , de couleur de Turquoife. 

9°. L'Aguapecaca , Jacana armé ou Chirurgien, Gal- 
linula Brajilienfis Aguapecaca dicla Marcgravii ^ Ray Synopf. Il 
cft pareil au précédent en figure &; en grandeur; mais il en diffère 
par \cs aîles , qui font d'une couleur plus brunâtre. Il n'a point 
de mitre fur la tête, mais il a fur chaque aile une petite corne 
dreffée, avec laquelle il fe défend, f^. P/. 23. Fig.4.. 

io°.-Troifîeme efpece de Râle du Brésil , GallïnulaBra'- 
Jîlienjîs ténia Marcgravii , Ray Synopf II reflemble aux deux 
précédents pour la figure & pour la grandeur ; il a tout le deffus 
du corps brun , excepté les aîles qui font vertes , avec les extré- 
mités brunes ;^ le delTous du corps pareillement brun ; le bec 
droit , faffrané , avec une petite peau rouffc à fa naiffance & à la 
partie antérieure de la tête ; une petite corne jaune, fcmblable 
à celle du précédent , à la partie antérieure de chaque aile. 

11°. Quatrième efpece de Râle du Brésil , Gallinula 
Brajîlienfis qiiarta Marcgravii , Ray Synopf. Il efl: de la même 
figure que les autres ; il a le bec jaune ; une petite mitre cutanée 
rougeâtre au front, près de la naiffance du bec ; toute la tête, le 
cou & le delfous du corps noir ; le deffus roux ou d'un brun clair, 
à l'exception des aîles ; les grandes pennes des aîles d'un vert de 
mer , avec les extrémités noires ; les pieds cendrés ; une petite 
corne très pointue , faffranée à la partie antérieure de chaque 
aîle. 

iz°. LcTamatia, Gallivula aquadca , Tamatia Brafdienp- 
bus Marcgravii :, Ray Synopf II a la tête 6c les yeux grands, mar- 




i.Paon cù niiT 2./ii/ie<7i/ 3. Plaimr J<yre/h^ it a/yne ^.Jariuia oit Chirunju 



DEsOlSEAUX. 33-5 

chîint le dos & le cou courbés ; le bec long de deux doigts, 
d'abord large comme celui d'un Canard, mais pointu antérieu- 
rement ; la mâchoire fupérieurc noire ^ èc l'inférieure jaunâtre ; 
hs pieds èc les doigrs qui font longs comme dans les Pvâlcs, d'un 
vert-jaunâtre ; la tête noire ; le refle du corps brun , avec quel- 
ques plumes blanchâtres mêlées fur le ventre. 

1 3°. Le PoRPHYKiON , Porpkyrio ^R^y Synode. Il eft du genre 
des Râles, iî les Figures enluminées ne nous trompent point; 
car nous n'avons jamais vu l'Oileau lui-même , non plus que 
Gefner èc Aldrovandus. Il a tout le corps bleu ; la partie moyenne 
du bout de la queue d'une couleur cendrée-blanchâtre ; lebec 
&. les jambes d'un pourpre-éclatant; le bec gros èc applati fur les 
deux faces , èi. les doigts des pieds, ainfi que le talon , qui font 
tous très déliés , d'une longueur exceilive. Cet Oifeau efb connu 
fous le nom de Poule. Sultane. K. PL 24. Fig. i. 

14°. Le QuACHiLTO, Quachilto five Porpkyrio Americanus 
Hernande\ Niertmbcrgii , Ray Synopf. Il chante pendant la nuit 
comme le Coq ; il a le plumage d'un pourpre-noir, avec quel- 
ques plumes blanchâtres mêlées parmi ; le bec pale au com- 
mencement , &: rougeâtre quand rOilcau eft devenu grand ; une 
plaque chauve autour de la bafe du bec. Il reiTemble à la Ju~ 
délie ; il a les jambes d'une couleur jaune-verdâtre. Se l'iris des 
yeux jaune. C'eft une autre efpece de Poule fultane. 

1 5". Le Râle d'Italie , Rallus Italorum Aldrovando ^ Ray 
Synopf. Il difiere de la Judelle , en ce qu'il a plus de blanc aux 
ailes &: autour des yeux. Il a le bec noir ; les jambes verdâtres ; 
des membranes moins découpées entre les doigts ; il n'a nulle 
plaque chauve , autant que je puis conje6lurer d'après la Figure, 
dit Gefner. On ne fait rien de plus de cet Oifeau. 

16°. L'AcoLiN , Acolin feu Coturnix aquatilis Mexicana 
Hernand, Ray Synopf. C'eft une efpece de Râle d'eau. 




yij 



3/6 Histoire Naturelle 



Article Huitième. 

Des Olfeaux aquatiques a pieds fendus , dont les doigta 
font accrus de membranes. 

1°. l_jA JuDELLE, Fulica j Ray Synopf. Fulica Recentiorum , 
Klein. Fulica fronte calvâ jiquali , Linn. Elle cil plus grande que 
la Poule d'eau, ordinaire ; elle pefe vingt-quatre onces ; elle efl: 
noire par tout le corps ; d'une couleur néanmoins plus claire ôC 
plombée à la poitrine &: au ventre. Elle a le bec long d'un doigt 
& demi , d'une couleur bleue tirant fur le blanc ; un morceau de 
chair mou , lifTe , rond, qui s'élève du bec au fommet de la tête, 
& qu'on appelle chauveté ; les pieds bleus ou d'un brun-vert; des 
membi-anes circulaires pendantes aux articulations des doigts. 
Cet Oifeau nage prcfque toujours dans les eaux. 

Selon M. Linnarus , elle habite en Suéde dans les eaux. Elle n 
le defliis du corps noir, & le deiïbusd'un noir-cendré; la poitrine 
piquetée de couleur grisâtre-ondée ; le bec de couleur de chan-, 
court ; le front chauve, d'un blanc-incarnat; les narines oblon- 
gues; la mâchoire fupérieure plus longue , aiguë , droite; la 
queue très courte; les pieds longs, à quatre doigts aigus ,avec 
des membranes latérales. Je laiffe^à d'autres , ajoute M. Linnarus, 
qui en auront la facilité , à juger fi cet Oifeau ne devroit pas 
plutôt être rapporté à la clafle des Volailles; car je ne l'ai exa- 
miné qu'une fois , il y a déjà long-temps. 

Elle pefe, félon M. Klein , vingt-quatre onces ; elle a les mem- 
branes des doigts très larges ; le bec fort, pointu , blanc ; le doigt 
de derrière frangé d'une fimple membrane ; une plaque chauve 
fur le bec. Robergius a obfervé une fingularité aux côtes de cet 
Oifeau ; car elles font doubles , êcles apophyfcs oiTeufes fe croi- 
fent. Le même Auteur nous apprend qu'on l'appelle en Latin 
Fulica^ à caufe de fa couleur de fuie ; en Allemand Rohr-henne t. 
Wajfer-hun , ou Pfaffe ; en Anglois thc Coot j o\x Bald Coou 
Les Suédois la nomment Blaos-Klaocka. 

^Willughby dit auffi qu'elle pefe vingt-quatre onces ; qu'elle a 
feize doigts de longueur ; le bec long d'un doigt ôc demi ; la 



DES Oiseaux. 357 

queue longue de deux doigts , compofée de douze pennes ; que 
fon nid elt flottant lur l'eau , qui l'élevé &C l'abailTe entre les 
rofeaux qui le retiennent ; que rarement elle fe perche fur les 
arbres. 

2°, La GR AN DE JuDELLE , Fulica major Bdlonii ^ Gallls Ma- 
croule. Foulque ve/ Diable de mer 5 Ray Synopf. Elle fe plonge 
fans celle dans les eaux douces ; & fa couleur noire eft fi par- 
faite, qu'elle fembleroit avoir été appliquée fur fes plumes avec 
le pinceau. La tache blanche de la tête ell plus large dans celle- 
ci que dans la précédente ; elle eft auifi un peu plus grande qu'elle 
de corps. Elle ramené à elle fes jambes en volant, £ca les doigts 
larges , léparés les uns des autres , comme la précédente. K. PL 
^^.Flg. 2. ^ 

Selon M. Klein , elle eft plus grande que la première ; elle a 
la plaque chauve plus ample , 6c le plumage d'une couleur de 
Corbeau, luiiante; ou plutôt ce font des variétés de la même 
e/pece. 

M. Linnarus ne dit rien de la Macroule; peut-être a-t-il jugé, 
comme M. Klein , que ce n'étoit qu'une variété de la précé- 
dente. 

La Judelle dont il s'agit ici eft commune en Sologne & du 
côté de Chateaudun. On la mange en maigre, & fa chair eft 
cftimée. Elle eft remarquable par la marque blanche qu'elle 
porte fur le front, &; par les doigts de fes pieds, ornés de mem- 
branes coupées en feftons. Son nid eft conftruir de grillages de 
joncs artiftement arrangés. Selon le Sieur Guignard , Fermier 
de l'Etang de'^'^erdes en Dunois , &: habile ChalTeur, la Judelle 
ne craint point l'Oifeau de Proie j elle lui préfente les griffes , 
& fe défend à merveille contre fes ennemis. Elle fait pour l'or- 
dinaire deux nids ; l'un pour couver fes œufs , & l'autre pour 
recevoir fes petits. Si-tôt qu'ils font éclos , ils vont à l'eau , & 
l'ancien nid qui a fervi à les couver ne iert point à les loger du- 
rant la nuit. Le mâle fe charge de les conduire çà 6c là dans 
l'eau, pour y chercher leur vie, tandis que la femelle conftruit 
un nouveau nid avec le même artifice que le premier. Elle pond 
jufqu'à onze œufs d'une couvée. Le père a loin de promener les 
petits nouvellement éclos , pendant que la mère achevé de cou- 
ver les autres œufs qui reftent .à éclore. Quelquefois il enrefte 
encore deux ou trois à éclore trois jours après que les premiers 
font éclos. Les Judelleaux ont en naillant le bec & la tête rouges ; 
mais cette couleur rouge fe paflc infcnfiblement. Quand la Ju- 
delle n'a rien de meilleur à offrir à fes petits , elle plonge au fond 



^8 Histoire Naturelle 

de l'eau , 6c en arrache avec fon bec le grand jonc éiiX.Scirpus , 
dont la racine ell blanche comme celle du porreau. Elle donne 
cette racine à fucer à fes petits. Les Judelleaux vivent aulîi de 
Moucherons , de Vers , & d'autres lnfe£tcs aquatiques. Les Ju- 
delles font pallagercs. Il eft à préfumer qu'elles vont palier l'hiver 
dans des climats plus chauds , d'où elles reviennent par bandes 
dans le même temps que les Cailles ôc les autres Oifeaux de 
paflagc. 

La Judelle fe nomme en Italien Folcga ou Folaga ; en Fran- 
çois, félon Bclon , grande Poule (Veau^ Foulque^ Fcucque ^Fou- 
que ou Foulcre , Diable de mer ou Diable d'eau , Jodtlle , Jou- 
durde j Belleque , Macroule ; en Champagne Afort//^; à Nantes 
Jo\elle ; à Orléans Judelle ^ ainfi qu'en Bcrry & en Sologne. Or 
la plupart de ces noms lui viennent du mot Latin Fulïca, ou de 
fa couleur noire-foncée. Selon Ménage , Foulque vient de Fuli- 
ca y èc Ful'ica vient de Fullgo ( Suie ) , parce qu'elle eft noire. 
Quant au mot de Jodelle ou Judelle , perfonne que je fâche ne 
nous en a donné l'étymologie , excepté M. le Duchat dans la 
nouvelle Edition du Di£lionnaire Etymologique de Ménage. 
Selon lui , Jodelct , nom de famille £c fobriquct , eft un diminu- 
tif corrompu de Jeudy , nom propre. Jodelle , autre nom de 
famille, eft le fimple de Jodelet ^ lequel vient pareillement de 
Jeudy. Mais cette étymologie ne nous paroît pas fatisfaifante , 
quoique nous n'en ayons pas de meilleur à donner. Il y a des 
cantons oii l'on nomme notre Judelle Macreufe , quoiqu'elle foit 
bien différente de la Macreufe ordinaire ; d'où il paroît que les 
mots de Macroule & de Macreufe ont la même étymologie. Refte 
à favoir quelle elle eft. Seroit-ce parce que ces Oifeaux fe man- 
gent en maigre ? 

3°. La Judelle du Mexique , Fulic£ Mexican.e altéra fpe- 
cies Yohoalcoachillin dicla Hernand. Ray Synopf. Elle reffemble 
en tout aux précédentes, excepté par la couleur, qui en deffous, 
autour de la tête & du cou , eft rougeâtre , & en deffus pâle- 
verdâtre , avec un mélange de bleu &; de jaune. Son bec eft blanc 
comme neige , 6c jaune proche du bout. 



^^ 



©Es Oiseaux, 



f9 



CHAPITRE VINGTIEME. 

Des Oifcaiix aquatiques palmipèdes , &d abord 
de ceux à bec étroit. 



Article Premier. 
Des Palmipèdes à jambes longues. 



L 



/AvocETTE , Recurvirojlra 3 Avofetta Italorum ^ RaySy- 
nopf. Plotus Recurvirofier , Klein. Recurvirofira albo nigroque 
varia , Linn. Elle furpafle le Vanneau en grandeur ; elle a tout 
le defîous du corps blanc comme neige , & le defTus en partie 
blanc ôc en partie noir ; toute la queue blanche ; les jambes très 
longues , d'un beau bleu , nues jufqu'à trois doigts au defTus des 
genoux ; le bec noir , menu , long de trois doigts & demi , d'une 
figure finguliere, réfiéchi en haut ; en quoi elle difFerc de tous 
les autres Oifeaux que nous avons vus julqu'ici. Elle eft afTez 
commune fur les Cotes d'Angleterre y principalement fur les 
Cotes orientales, f^. PL 24. Fig. 3 . 

Selon M, Linna:us , elle habite en Suéde à la pointe méri- 
dionale de rifle d'Oeland. Elle a le corps blanc, mais le delFus 
de la tête , le cou , les côtés du dos 6c les ailes noires ; le crou- 
pion court, noir ; les grandes pennes des ailes plus longues vers 
la pointe, plus courtes vers la bafe, dont les huit premières font 
noires , mais blanches vers la bafe , dans cette proportion que 
plus elles font courtes , plus elles font blanches; de forte que la 
huitième ell marquée d'une tache noire nu bout feulement, ôc 
que toutes les autres grandes plumes font blanches ; les plumes 
en recouvrement blanches , excepté les cinq premières , qui font 
noires par le bout ; les grandes pennes de la queue très courtes , 



i6o Histoire Naturelle 

blanches ; les pieds bleuâtres , plus longs que la queue du double 
ou du triple , entièrement en palme , ayant le doigt poftërieur 
très petit , Se les ongles noirs ; les cuifles à demi nues ; une petite 
tache blanche au deilbus Se au deflus de l'œuil des deux cotés ; 
le bec noir , enfoncé & applati prefque comme du cuir ^ très 
pointu comme une alêne, recourbé vers le haut , nullement roi- 
de, plus long du triple que la tête, membraneux à fa pointe ; les 
narines oblongues , percées à jour. 

L'Avocctte , dit M. Klein , pefc neuf onces douze gros ; elle 
a la tête circulaire ; le bec noir , fcmblable à une faucille ren- 
verfée , ou à un fabre de Turquie ; le ventre blanc , ainfi que la 
queue j qui eft longue de trois doigts & demi ; tout le rcfte 
blanc & noir; les pieds d'un bleu-noirâtre; les trois doigts de 
devant liés enfembie ; le doigt de derrière court 5c iîmple. Elle 
a le cri du Râle de genêt , 5c dit crek , crek. 

L'Avocette eft très rare dans l'Orléanois ; un ChalTcur en tua 
trois il y a quelques années à Châteauneuf-fur-Loire : mais les 
ayant montrées à plufieurs perfonnes du lieu , on les trouva fi 
extraordinaires qu'on ne fe (ouvenoit pas d'en avoir jamais vu. 
Au contraire rien n'eft plus commun iur les Cotes du Bas-Poitou, 
^ dans la faifon des nids les Payfans en prennent les œufs par 
milliers, pour les manger. Quand on la fait lever de deflus fon 
nid , elle contrefait l'eftropié autant & plus que tout autre Oi- 
feau. Belon n'a point connu cet Oifeau. 

L'Avocette ou le Bcc-renvcrfé fe nomme en Italien Avofetta^ 
Spiniago d'Acqua , Beccarella ou Becco-ftorto ,• en Allemand 
Schabbel Schnabcl ; en Suédois Skjaerjiaecka. Linocier dans fon 
Hiftoire des Oifeaux l'appelle Gerferole. 

1°. Le Flammant ou Flambant , Phxnicopterus , Gallis 
Flammant , Ray Synopf. Il a le cou & les jambes très longues ; 
le bec un peu large , d'une figure fniguliere &: extraordinaire; 
favon- la mâchoire fupérieure recourbée , enfoncée , dentelée; ôC 
l'inférieure plus épaifle , noirâtre à fon extrémité, du-refte d'un 
bleu-oblcur ; le cou &; le corps blanc ; les grandes pennes des 
ailes noires ; les plumes des aîles qui font en recouvrement , 
d'une très belle couleur de feu , d'oii lui vient fon nom. On en 
voit dont le corps eft rouge deflus & dclTous , mais affez ordi- 
nairement d'un rouge moins vif que celui des aîJes. Je croirois 
ceux-ci d'une efpece différente , parce qu'ils font régulièrement 
plus petits. Il fe trouve en hiver fur les rivages de la Gaule Nar- 
bonnoife ; ce qui fait qu'on en prend aiTez fouvenr aux environs 
de Martigues en Provence , & de Montpellier en Languedoc. Il 

fc 



DES Oiseaux. 361 

fè trouve aufTi en Aménque autour des Ifles Antilles ou des Ca- 
raïbes , témoins Hernandez , Rochefort & du Tertre. K. PL z 5. 
Fig. I. 

Selon les Voyageurs , le Flammant a le bec fait en forme de 
cuiller, le cou fort long, les jambes fi hautes, que le coips eft 
élevé de terre d'environ trois pieds. On ne rencontre gucrcs ces 
Oifeaux qu'en troupe ; ils ont l'ouie & l'odorat (î fubtils , qu'ils 
éventent de loin les Chafleurs ô: les armes à feu. Pour éviter 
d'être furpris , ils fe pofent volontiers en des lieux découverts , 
& au milieu des marécages , d'où ils puiflcnt appercevoir de 
loin leurs ennemis ; &: il y en a toujours un de la bande qui fait 
le guet, tandis que les autres fouillent dans l'eau pour y cher- 
cher leur nourriture : aulli-tôt qu'il entend le moindre bruit, ou 
qu'il apperçoit un homme , il prend l'clTor, en jettant un cri qui 
lert de lignai aux autres pour le fuivre. Quand les Chafleurs 
veulent abattre de ces Oifeaux , ils fe mettent au dcflTous du 
vent , afin que l'odeur de la poudre ne leur foit pas fi facilement 
portée ; puis ils fe couvrent d'un cuir de Bœuf, & marchent fur 
leurs mains pour contrefaire cet animal , jufqu'à ce qu'ils ioicnt 
à portée de tnxr leur coup ; &: par cette rulc ces Oifeaux qui font 
accoutumés <à voir des Bœufs lauvagcs qui dclcendent des mon- 
tagnes pour venir aux abreuvoirs , deviennent la proie des Chaf- 
feurs. Ils font gras , & ont la chair allez délicate. On conferve 
leur peau qui cil couverte d'un duvet mou , pour être employée 
aux mêmes ufages que celles du Cygne &: du Vautour. 

Le Flambant ne fe trouve point dans les Pays du Nord : auflî 
M. Linnarus n'en fait-il aucune mention. Belon n'en a rien dit 
non plus : il s'en trouve pourtant non-leulement près de Nar- 
bonne & de Montpellier , comme le remarque fort bien Ray , 
mais encore fur les bords du Rhône \ & c'eft delà qu'on en a en- 
voyé à M. de Réaumur. 

Le Phœnicopterus , dit M. James dans fon Didionnaire Uni- 
verfel de Médecine , eft: le nom d'unOifeau dont il eft: fouvent 
parlé dans les Anciens , qui étoient fort friands de fa langue &C 
de fon cerveau. Je ne fâche point que perfonne ait connoifTance 
de cet Oifeau : mais , à en juger par la dérivation , il devoit 
avoir les ailes rouges. Or il paroît étonnant que M. James n'ait 
pas confulté Willughby là-deflus. En général fon Didionnaire 
eft bon ôc bien fait ; mais on peut dire , fans vouloir flétrir la 
réputation dont il jouit, que l'Ornithologie n'eft: pas fon beau 
côté. M. Lémcry appelle notre Phénicoptcre i^/^/r^a/z on Flam- 
boyant : on le nomme plutôt Flammanc ou Flambant. Il fe nomme 

Z z 



:i6t Histoire Naturelle 

en Italien Fiamingo ; en Efpagnol Flamenco ; en Anglois îhe 
Flamingo ; en Grec & en Latin Phoenicopterus , à quoi répond 
le nom François. Or félon Ménage , le Flammant ou Flambant 
cil ainfî appelle de la couleur de les plumes , qui eft d'un rouge- 
cramoifi comme flambant. 

Le Flambant eft extrêmement rare dans l'Orléanois. Il y a 
environ dix ans , fuivant le rapport de M. des Mazures , très 
habile ChafTeur , qu'il en fut tué un à Sully fur la Loire. On le 
trouva fort bon rôti. 

3°. Le Trochile ou Coureur , Trochilus vulgb Corrifa 
Aldrovandi , Ray Synopf. Il a les jambes les plus longues d'entre 
les Palmipèdes , excepté le Flammant 8c l'Avocette ; ce qui eft 
caufe qu'il eft léger à la courfe; le plumage bariolé ; le bec droit, 
jaune , noir au bout ; la bouche grande ; l'iris des yeux blanche 
tirant fur le bai-brun , ayant un double cercle; le deflous du. 
corps jufqu'au ventre blanchâtre ; la queue couverte de deux 
pennes blanches , dont les extrémités font noires; tout le delfus 
du corps de couleur prefque tannée. 

Belon n'en parle point , non plus que MM. Linna^us & Klein.. 
C'eft rOifeau aquatique qu'on a dit nettoyer les dents du Cro- 
codile , quand il dort fur les bords du Nil ; mais qu'on a pris 
mal-à-propos pour le Roitelet , fans doute à caufe de la reflem- 
biance du nom Grec & Latin, 




\- 



DES Oiseaux. 3(35 



ARTICLE Second. 

Des Oijeaux aquatiques palmipèdes a jambes plus 
courtes , & premièrement de ceux qui n'ont que trois 
doiorts. 

o 

X ou s les Palmipèdes, à l'exception des trois précédents , ont 
les jambes courtes , revêtues de plumes jufqu'à la deuxième arti- 
culation ; les doigts de derrière courts ; le doigt de devant exté- 
rieur plus court que l'intérieur ; le croupion moins relevé que les 
autres Oifeaux. 

I*', Le Penguin ou Pinguin j Penguin Nantis nojlratibus , 
qiut Goifugel Hoicri ejje videtur ; an Penguin Batavorum , feu 
Anfer Magellanicus CLufu? RaySynopf. Flautus pinguis , Klein. 
Alca roftri fulcis oclo ^ macula albâ ante oculum^L'mn. Il appro- 
che de l'Oie domeftique pour la grandeur , 6i , félon Clufius , il 
le furpalTe. Il a le dclfus du corps noir , èc le dcflous blanc ; le 
cou comme entouré d'un collier de plumes blanches , félon Clu- 
fius ; les ailes très petites , Se qui ne paroilTent pas propres pour 
voler. Clufius dit même qu'il n'a point d'aîles, mais à leur place 
deux ailerons de peau , pendants aux côtés comme des moignons, 
toutefois couverts de plumes. Son bec eft femblable à celui de 
VAlka , mais plus long &; plus large, noir, applati fur les côtés , 
iîllonné vers l'extrémité de fept ou huit raies obliques à la mâ- 
choire fupérieure , oc de dix à la mâchoire inférieure , qui même 
forme un angle en bas : mais il n'y a point de lignes blanches à 
fon bec comme il y en a à celui de VAlka, Une ligne blanche 
s'étend des deux côtés depuis le bec jufqu'aux yeux. Il n'a point 
de doigt de derrière : cependant Clufius le rcpréfente avec ce 
doi^t , mais mal-à-propos , à mon avis, vu qu'il paroît dé- 
crire le même Oifeau que le nôtre. Celui qu'Olaiis Wormius a 
nourri chez lui pendant quelques mois , avoit un cercle blanc 
au delTus des yeux , lequel reflcmbloit à une paire de lunettes. 
Ses aîles n'avoient pas non plus la forme que Clufius a exprimée; 
car elles étoient un peu plus larges, avec une bordure blanche. 
L'Oifeau de Worniius avoit été apporté des Iflcs de Féro , &: celui 

Zzij 



3 ^4 HfsfôIRE NAfURELLE 

de Clufius des Iflcs du Détroit de Magellan; or ces Iflcs font fi 
éloignées les unes des autres , 6c fituées dans des régions fi dit- 
férentes , qu'il n'eft gueres croyable que le même Oifeau s'y 
trouve. Celui que nous avons décrit a été vu fec dans le Tréfor 
de la Société Royale de Londres , 6c dans le Cabinet de Jean 
Tradefcant , &: il a plus de rapport à l'Oifeau de Clulius qu'à 
celui de Tormius , fi toutefois ces Oifeaux font différents. 
V.Pl. l'i-Fig. z. 

M. Linnanis n'en donne point de defcription ; il fe contente 
de dire qu'il habite rarement dans la mer de Nor\( ége. Selon M, 
Klein , on le nomme Pinguin pxrce qu'il s'cngraifl'e fort. Il a une 
grande bouche ; le bec long , courbé en devant , avec une émi- 
nence à la mâchoire inférieure ; une tache blanche devant les 
yeux ; un collier blanc au cou ; la tête Se le dos d'un plumage 
noir comme du velours ; le ventre blanc ; les ailes courtes, faites 
de peau , pendantes comme deux bras , couvertes de plumes 
étroites & foyeufes. Il fait fur les rivages des trous où il habite. 
M. Pyrard trouva dans une Ifle déferre peu éloignée de l'Ifle 
à'Anubone _, une fî grande multitude de. ces Oifeaux , qu'il ne 
pouvoit faire un pas fans fouler aux pieds leurs nids. De Laët, 
qui le premier leur a impofé le nom qu'ils portent , en trouva 
auiîî dans la Nouvelle France. Il s'en trouve encore dans d'autres 
Ifles de l'Amérique. 

Je n'ai point vu cet Oifeau fîngulier dans les magnifiques Ca- 
binets de feu M. Bonnier de la Moflon. Je ne penfe pas non plus 
qu'il foit dans ceux de M. de Réaumur , encore moins dans ceux 
du Jardin du Roi. 

Le Penguin fe nomme en Allemand Fettgans , 6c en Danois 
Carfahl. Clufius l'appelle VOie de Magellan , ou Magellanique^ 

z°. Le Plongeon de mer , Mergus Bellonii Aldrovaîido , 
Ray Synopf II paroît être le même Oifeau que le fuivant ; il fe 
trouve fur les Côtes de l'Ifle de Candie , où les gens du Pays l'ap- 
pellent Utamania ; il difFere du fuivant par fa grandeur, qui eft 
pareille à celle de la Sarcelle , 6c par la couleur du bec , qui ell 
noir en defTus 6c blanc en deiTous. 

3°. L'Alque , Alca Hoieri Clufio Wormii Muf Ray Synopf. 
Plautus tonfor , Klein. Alca rofiri fulcis quatuor^ lineâ utrinquc 
albâ a rofiro ad oculos , Linn. Il eft plus petit qu'un Canard do- 
meftique. Il a tout le delTus du corps noir , 6c le deflTous blanc 
jufqu'à l'endroit où il plonge dans l'eau ; ce qui eft commun 
auiïi aux Oifeaux de ce genre; le bec long de deux doigts , très 
noir, applati ^étroit; la mâchoire fupérieure crochue par le bout,. 



Fl.zs. 




Déif-ji/ié é^ Orm>e par jllarù/i^t 



I ,I^la/?iant z . Pi/ujia/i 




I Fouit' Sulta/ie 2 Fouu/u-e .3 . ^-Jvr^ettc^^ '• 



DES Oiseaux. ^éj 

creufée en travers de deux filions , quelquefois de trois , dont le 
plus proche de la tête , qui paiïe prefque au-delà du bec , cft 
blanc. De-plus il y a une ligne blanche, étroite, qui s%end de- 
puis les deux yeux jufqu'au coin du bec fupérieuremcnt. Les 
œufs font comme dans tous les Oileaux de ce genre , plus gros 
que ne femble compoi-ier la groflcur du corps. Us pondent, cou- 
vent & élèvent leurs petits fur des rochers inaccellibles & fur des 
pentes cfcarpées dans plufieurs Ifles fituécs vers la partie occi- 
dentale de l'Angleterre. On ignore jufqu'ici où ils vont paiTcr 
l'hiver. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans l'Ifle de Gothland, 
& dans celle de Bonden en Antrermanic. Il eft de la grandeur 
d'une Corneille ; il a tout le delliis du corps noir , &:lc dcflous , 
la poitrine , le bas du ventre & les plumes inférieures des ailes 
qui font en recouvrement , blancs ; les onze premières grandes 
pennes des ailes noires , 6c quinze du fécond ordre noires, blan- 
ches par les bouts ; une ligne blanche qui s'étend des deux cotés 
depuis les yeux jufqu'au bord fupérieur du bec ; les pieds noirs à 
trois doigts en palme ; le bec en rafoir très moufle, noir, fiUon- 
né en travers de quatre raies à la mâchoire fupérieure, mais de 
deux feulement à la mâchoire inférieure , dont la féconde ell 
blanche; l'extrémité de la mâchoire fupérieure recourbée. Il ne 
pond qu'un œuf. 

Il eft , dit M. Klein, plus petit de moitié que le Pinguin ; il a 
le defTus du corps noir , &; le dcflous jufqu'à la moitié du cou 
blanc ; la gorge rougcâtre ; les extrémités des grandes pennes des 
aîles blanches; le bec noir, long de deux doigts, applati des 
deux cotés ; la mâchoire fupérieure réfléchie à fon extrémité. Il 
a du rapport avec le Plongeon de l'Ifle de Candie , dont parle 
Belon ; mais ce Savant s'cfl: trompé, en difant quecetOifeaueft 
le feul entre les Palmipèdes qui n'ait point de doigt poftéricur. 

Cet Oifeau , que nous ne connoUfons que de nom , comme 
tous les autres de ce genre , s'appelle en Allemand ScheermeJJer 
Schnaehkr ; en Anglois , félon les diflerentcs contrées , tht Ra- 
-{or-Bill y Auk , ou Murre ; en l'Ifle de Gothland Tord , Se en 
Angermanie TordmuU. Au Canada , d'oix il a été envoyé depuis 
peu, on l'appelle Marmette de mer. 

4°. Le LoM\( I E ou Gu ill emot , Lomwia infulji Farrx Hoieri^ 
Ray Synopf. Plautus roflro larino , Klein. Il eft: femblable au 
précédent , mais plus grand. Il a le defllis du corps feulement 
d'un noir-cendré plutôt que noir. Il en diflcre principalcmcnc 
par le bec , qui efl: long de près de trois doigts , droit , un peu 



^66 Histoire Naturelle 

rond , pointu , Sc noir par-tout. Il vit avec les Alques &c les Lan- 
des , failant fcs petits de la même façon & aux mêmes lieux. Ce- 
pcndaiiiil eft plus ftupidc, &: fe prend plus facilement qu'eux. 

Selon M. Klein , il a le corps ovale , comme prcfque tous les 
Oifeaux du même genre ; la tête , le cou , le dos èc les pieds d'un 
noir-brun ; le tronc blanc en deilous ; la queue à peine longue 
de deux doigts; le bec femblable à celui des Goislands, noir, 
avec une ligne jaune à la racine de la mâchoire fupéricure, dont 
la couleur a coutume de varier. On le nomme en Anglois Guil- 
lemot , terme qui fignifie un Oifeau à qui l'on peut facilement eu 
impofcr. Or tous les Oifeaux de cette famille font fort ftupides. 
F. PI. x6.Fig.^. 

M. Linnxus n'en fait aucune mention , parce qu'apparem- 
ment il ne fe trouve point en Suéde. 

Le Lomwie s'appelle en AUeniand Alewen- Schnabel. Selon 
Ray, les Gallois le nomment the Gulllem ; les Habitants du Du- 
ché de Northumberland a Guillemot ou Sea-hen ,• ceux du Comté 
d' Yorck a Skout , &; ceux de la Province de Cornouaille a Kid- 
daw. 

5". Le LuNDE , Anas arcîica Clufli , Pica marina vel Frater- 
cula Gefneri Aldrovando ; Feroenjibus Lunda Wormii Muf. Ray 
Synopf. Plautus arclicus , Klein. Alca rojlri fulcis quatuor , ocu~ 
lorum regione temporibufque albis ^ Linn. Il eft plus petit que le 
Canard domeftique. Il a le bec court, large, applati fur les côtés, 
c'eft-à-dire , d'une manière oppolée à la forme du bec des Ca- 
nards , triangulaire , de deux couleurs , livide vers la tête , ôc 
rouge vers le bout , creufé de trois filions ; favoir un fur la partie 
livide , & deux fur la partie rouge; les pieds rouges, & fitués en 
arrière , de façon que l'Oifeau marche prefque dioit ; le delFous 
du corps noir , excepté la tête & le cou , & le delTus blanc ; le 
fommet de la tête noir; la gorge entourée d'un collier noir , qui 
prend depuis le fommet de la tête ; les mâchoires, le menton , 
les côtés de la tête depuis fon fommet jufqu'au collier fufdit, 
blancs ou d'une couleur cendrée-pâle ; de forte que les yeux & 
les oreilles font renfermés dans ces efpaces blancs. C'eft le Ma- 
careux j appelle au Canada Perroquet de mer , à caufe fans doute 
de fon bec aquilin. K. PL 16. Fig. 2. 

Tous ces Oifeaux ont les aîles petites , compofées de pennes 
courtes ; &: néanmoins au moyen d'une agitation très prompte 
des aîles , ils volent fort vite près de la furface de la mer. Bien 
plus , les Oifeaux dont nous venons de parler , l'Oie de Bau, 
iîc peut-être aufTi les autres du même genre , ne pondent qu'un 



DES Oiseaux. 367 

ceuf à la fois , & n'élèvent qu'un feul petit. Mais cet œuf unique 
eft extrêmement gros à proportion de la grandeur du corps de 
rOifeau , comme nous l'avons déjà dit. 

Selon M. Linna:us , il habite dans les rochers 6c les précipices 
des montagnes de la mer Atlantique , fur-tout dans les Ifles , 
attendu qu'il ne fauroit pêcher que quand la mer eft calme. Il fait 
fon nid comme le Pinguin èc l'Alque, fur le rocher tout nu , ne 
faifant qu'un feul œuf à la fois , comme tous les Oifeaux de ce 
genre. 11 a le bec plus applati que celui du précédent ; la mâ- 
choire fupérieure non crochue ; & le bord de fcs mâchoires ne 
s'avance pas au deffbus des yeux par un prolongement un peu 
long, comme dans le précédent. 

Albinus , dit M. Klein , donne mal-à-propos à cet Oifeau un 
doigt poftéricur. Il eft de la grandeur d'un Canard ; il a le bec 
court, triangulaire; ce bec eft revêtu à fa racine d'une peau dure,, 
comme dans le Perroquet,grife ou jaunâtre, rouge au bout,creufé 
de trois filions ; les yeux jaunes. Quelques-uns ont les pieds jau- 
nâtreSjOU d'un rouge-vermeil. Ils paroilTentmalredreiTés fur leurs 
jambes, ayant les pieds reculés vers l'anus. Il n'a point de doigt 
poftérieur, comme Clufius , Wormius 6c Willughby en.avertil- 
fent avec raifon. Il a les joues ou les côtés de la tête tout blancs, 
ovales ; la partie lupérieure du tronc noire ; la poitrine èc le 
ventre blancs ; les ailes petites; la queue longue de deux doigts, 
noire. Cet Oifeau eft un Oifeau de palTIige en Angleterre. 

Les Allemands le nomment IVeisbaci ou Buttelnafc. Selon 
Ray , il ne manque pas de noms Anglois ; car les Gallois fepten- 
trionaux l'appellent Puffin , & les méridionaux Gulden-head , 
Botdenofe èc Hdcgug. Les Anglois feptentrionaux vers l'embou- 
chure de la rivière de Tefe , Coulterneb ou Counterneb ; aux en- 
virons de Scarboroug , A Mullet ; les Habitants du Duché de 
Cornouaille , A Pope. 

6°. Le Pigeon du Groenland , Columba Groenlandica 
Hollandls , Ray Synopf. Plautus Columbarius , Klein. Colymbus 
pedibus tridaclylis palmatis _, Linn. Je ne vois pas pourquoi cet 
Oifeau a été nommé Pigeon ^ fi ce n'eft peut-être à cauie de fa 
grandeur , pareille à celle du Pigeon. Il a fur le deftus de chaque 
aîle une ample tache blanche ; le dcflous des aîles blanc ; du- 
refte il eft tout noir comme la Judclle. Son bec eft plus long que 
celui du précédent , non applati fur les côtés, pointu , un peu 
recourbé , & éminent par le bout. Je me perfuade que c'eft la 
Tourterelle de rille de Baft", à caufe de la convenance du nom, 
Frédéric Martens , Hambourgeois , dit que cet Oifeau a été 



368 Histoire Naturelle 

nommé Pigeon par les Matelots , à caufe qu'il dit />//?/ comme 
les Pigeonneaux. Ils plongent beaucoup , &; peuvent durer long- 
temps fous l'eau. Ils ne volent point par bandes , mais ordinai- 
rement deux à deux , rarement feul à feul. Leur vol eft fembla- 
ble à celui des Perdrix ; car ils remuent très promptement les 
aîles , & ne s'envolent point en hauteur, mais feulement un peu 
au delTus de la furface de la mer , comme les autres Oifeaux de 
ce genre. Ils font leur nid fur les rochers , non-feulement dans 
le Groenland, mais aullî dans le Spitzberg, Pays très froid, ôc 
condamné à des neiges perpétuelles , vu qu'il eft à peine diftanc 
de dix degrés du Pôle boréal. 

Selon M. Linna:us , il habite fur les Côtes de l'Ille de Goth- 
land ; il fait fon nid dans les rochers en un lieu peu élevé. Il pond 
deux œufs. Il eft plus petit qu'une Poule domeftique ; il a tout 
le corps noir , excepté les plumes des aîles en recouvrement qui 
font blanches ; ce qui fait une grande tache blanche aux aîles; 
le bec pointu comme une alêne , modiquement applati, prefque 
lèmblablcàcelui d'une Poule, noir,dont la mâchoire fupérieure 
eft plus longue &; recourbée à fon extrémité ; la queue courte ; 
les pieds rouges, à trois doigts , en palme , pofés derrière l'équi- 
libre ; les jambes coupantes des deux côtés. Il marche le corps 
l'edjefte. Ceft George Wallerius qui a communiqué ces obfer-? 
vations à M. Linnxus. 

Le mâle , dit M. Klein, eft noir ; il a le bec d'un noir-bleuâtre; 
les yeux noirs dans un cercle jaune ; les pennes de la queue blan- 
ches , inêlées de cendré. La femelle a le ventre blanc & cendré; 
les plumes des aîles en recouvrement noires , ainfi que le dos en- 
tier; le cou & la tête piquetés de blanc; les grandes pennes des 
aîles à moitié brunes , frangées de noir. Le mâle a les pieds rou- 
ges , 6c la femelle les a gris. On dit qu'en hiver ils changent de 
couleurs. Ils couvent au-moins deux oeufs comme les Pigeons. Ils 
fè trouvent fur les Côtes d'Ecofle & de la Principauté de Galles, 
LesAnglois l'appellent the Greailand-Dow ,o\x Sea-Turtle ; 
les Suédois Sjoe-orre ou Grisla ; les Habitants de l'Ifle de Goth- 
land GrylU ou Grande ; & ceux de l'Ifle d'Ocland , Aile. Il eft 
de la clafte des Gitillemocs 6c du Lçmwie. 



Article 



DES Oiseaux. 369 



Article Troisième. 

Des O'ifeaux palmipèdes à quatre doigts , & dont tous les 
doigts font liés enfemble par des membranes, 

^°- JLj E PÉLICAN , Onocrotalus fivc Pelecanus Aldrovandi , Ray 
Synopf. Plancus GuLo , Klein. Il eft beaucoup plus grand que la 
plus grande Oie , pareil au Cygne , ou même il lui eft fupérieur en 
grandeur. Il a tçut le corps blanc; le cou néanmoins jaunâtre, 
& les tuyaux des plumes du dos noirâtres ; les plumes en recou- 
vrement de la queue & des aîles , d'un brun-grisâtre , comme 
dans \qs Oies; le bec vers la tête, de couleur plombée, jaunâ- 
tre par le bout; la mâchoire fupérieure large ôc enfoncée, re- 
courbée à Ton extrémité ; l'inférieure comme deux longues côtes 
jointes à une extrémité par l'cntremife d'une membrane épaifle 
ou d'une peau jaune qu'on nomme Bourfc ^ qu'il retire quel- 
quefois tellement vers le bec , qu'elle n'elt prefque plus vifible , 
& qu'il lailFe enfuite fe dilater au point qu'elle eft capable de 
contenir plufieurs livres d'eau , même jufqu'à trente. Il n'a point 
de langue. Les narines font rondes , lituées à la partie fupérieure 
du bec , près des plumes de la tête. Il a au fommet de la tête 
certaines plumes élevées qui lui font une manière de crête. 
F. PL xG.Fig. I. 

Ce qu'il y a de fingulier en cet Oifcau , félon A'idrovandus , 
c'eft que 'îo.s os tranfparents & folidcs font abfolument dépour- 
vus de moelle. Du Tertre dit qu'ils font creux, & cependant 
fans moelle. 

Les Pélicans fe trouvent abondamment dans les Indes orien- 
tales & dans l'Amérique méridionale. Ils fe trouvoient autrefois 
en Italie près de Ravennc, au rapport de Martial. Us pèchent 
feulement le matin &; le foir ; ils reftent tranquilles pendant 
tout le jour. Quoique palmipèdes , & d'une groffeur très confî- 
dérable , ils perchent fur les arbres , 8c y font leur nid , fuivant 
le témoignage de du Tertre dans fon Hiftoire Naturelle des 
Ifles Antilles, comme font auffi, félon notre propre expérience , 
les Cormorans , &; peut-être les autres Oifcaux de ce genre. 

Aaa 



37^ Histoire Naturelle 

On peut confultcr dans les Notes de Jean Faber fur les Ani- 
maux de la Nouvelle Efpagne , par Recchi, la figure &c la def- 
cription du Pélican dentelé du Mexique. Pour moi , j'ai de la 
peine à croire que cette forte de Pélican à bec dentelé exifte ^ 
vu qu'aucun Ecrivain de l'Hiftoire Naturelle d'Amérique n'ea 
fait mention , excepté François Hernandez. 

M. Linnxus ne dit rien de notre Pélican, parce qu'il ne fe 
trouve point en Suéde. 

Selon M. Klein , on l'a nommé Onocrotale , parce que four- 
rant fon cou dans l'eau , 6c y foufflant , il imite par le craque- 
ment de ion bec le braire d'un Ane. Il y a deux variétés d'Ono- 
crotales ; favoir le blanc & le brun. Le blanc depuis le bout du 
bec jufqu'aux ongles , a foixante doigts de longueur , & le bec 
de quatorze doigts ; la mâchoire fupérieure large & enfoncée ; 
ce qui a fait dire au Père Feuillée qu'il a le bec en forme de 
cuiller ; la mâchoire inférieure fourchue vers la tête, à laquelle 
pend une peau épailTe jaunâtre, étendue comme un fac fous la. 
gorge; la mâchoire fupérieure crochue à fon extrémité ; le cou 
un peu jaunâtre ; le dos noirâtre; les aîlcs &: la queue cendrées ; 
tout le rcfte blanc. Le Comte de Marfigli a reprélenté la tête du 
Pélican dans fa grandeur naturelle, ainli que fon fac, la trachée» 
artère, l'œfophage, l'cftomac & les intcftins longs de trois cents 
doigts, avec l'inteftin cœcum double , 6c les os des jambes très 
forts. Le Pélican de Gefner pefoit vingt-quatre livres douze 
onces ; ceux d'Aldrovandus pefoicnt , l'un dix-huit livres , 5c 
l'autre vingt-cinq. Faber a vu avec étoniiemenr un homme de 
grande taille fourrer toute la tête dans le gofier d'un Pélican , 
en lui ouvrant largement le bec. Comme il n'a point de langue , 
c'eft par l'organe du feul larynx qu'il brait comme un Ane. On 
dit que ces Olfeaux vivent des quarante à cinquante ans. 

Belon dit qu'il avale les huîtres avec leurs écailles , &: que 
«juand elles font ouvertes dans fon jabot par la chaleur , il les 
revomit , &; fépare la chair de la coquille. On a vu un homme 
botté faire entrer fes jambes jufqu'au genou dans le gofier d'un 
Pélican, puis l'en retirer. Ces Oifeaux volent tantôt feuls, tantôt 
par bandes; & lorfqu'ils volent , ils font du bruit avec leurs ailes.. 
Leur trachée-artere eft d'une ftru£turc finguliere. On a dit que 
îe Pélican avoit un amour extraordinaire pour {es petits , juf- 
qu'à fe faire mourir pour leur confcrver la vie : delà vient que les 
Peintres nous le repréfentent fe perçant la poitrine avec fon bec, 
pour rappeller fes petits à la vie, en leur dçnnanc de fon propre 
îang. Mais cela eft fabuleux,. 



DES Oiseaux. 371 

Le Pélican des Philippines eft tout jafpé de blanc & de gris ; 
il eft moins grand que le Pélican ordinaire , qui regardé de près 
( au-moins ii l'on en juge par celui de la Ménagerie du Roi à 
Verfailles), paroît moins tirer fur le jaune que fur le beau couleur 
de chair , ou même fur le couleur de rofe-tendre. Ses pieds font 
fort courts par proportion avec fon corps. 

Le Pélican le nomme en Allemand Krop-gans ou Ohn- Vo- 
gel i en Anglois thc Pclecane ; en Savoie Couttreuft ; en Amé- 
rique Grand-Gojîer ; ailleurs Livane ^ Onocrotal ^ ielon Cotgra- 
ve ; quelquefois par corruption Poilican ou Polican. 

2°. L'Oie de Bass ; AnferBaffanus , Ray Synopf EUeeftde 
la grandeur d'une Oie commune. Elle a le bec droit , long , obfcu- 
rément cendré , un peu recourbé par le bout , muni des deux 
côtés près du crochet d'une petite appendice qui eft comme une 
dent ; la bouche grande ; point de narines ; la langue petite ; la 
bouche noire en dedans ; les mâchoires du bec dentelées. La 
couleur dans les adultes &; les vieilles eft par-tout blanche , à 
l'exception des plus grandes pennes des ailes , qui font noirâ- 
tres , & du fommet de la tête , qui jaunit avec l'âge : les ailes 
font très longues ; enforte que quand elle eft tombée par terre 
elle ne peut le relever qu'avec peine. Son bec lupérieur eft de 
deux pieces;enforte qu'elle peut rouvrir,quoique les deux pointes 
fe touchent. Elles font tous les ans leur nid en grand nombre 
dans rifle de Bafl", fituée au milieu de la Barre d'Edimbourg, 
fur des rochers , £c nulle part ailleurs que je fâche , dans la 
Grande Bretagne. 

Selon M. Klein , cet Oifeau a foixante-douze doigts de vol , 
& c'eft à caufe de fes longues aîles & de fes pieds courts qu'il ne 
fauroit s'élever de terre en l'air ; il a le bec droit & long. Ils arri- 
vent au printemps, fie ils nefe retirent point avant l'automne. Ils 
font leur nid non-feulemcnt dans l'Ifle de Bafl^, mais encore 
dans d'autres Ifles du Nord. 

M. Linnaeus n'en parle point, parce qu'il ne fe trouve pas en 
Suéde. 

Il fe nomme en Allemand BaJ/aner ou Schottschc-gans ; en 
Anglois the Soland Goofe. 

3°. Le Cormoran , Corvus aquaticus , Ray Synopf Plancus 
co rvu s ,K\en\. Pelecanus fubtus albicans ^reclricibus quatuordecim^ 
Linn. Il eft un peu plus petit qu'une Oie. Il a le dclTus du corps 
brun-luifant,avec une certaine teinte obfcure de vert; la poitrine 
&;le ventre blanchâtres,2c quelquefois noir-verdâtre en totalité; 
la queue plus longue que dans les autres genres d'oifcaux palnù- 

Aaaij 



5 72' Histoire Naturelle 

pcdes ; le bec long de trois doigts 6c demi , crochu par le boue j- 
la langue petite , fie prcfque nulle ; point de narines ^ les jambes 
fortes , très courtes. 

Outre la grandeur , il difFere encore du fuivant , en ce que la 
bafe de fon bec ell revêtue d'une membrane ou d'une peau nue 
jaunâtre, à peu-près de la même façon que dans le Cygne fau- 
vage. Il fc perche fur les arbres , & y fait fon nid. 

Selon M. Linnxus , il habite en Suéde dans les rochers de la 
mer, £c il fe repofe fur les arbres. Il eft de la grandeur de l'Oie. 
Il a tout le corps noir ; le devant de la tête marqué de petites li- 
gnes blanchâtres longitudinales ; la région des yeux & de la 
gorge cendrée ; le bec blanchâtre , fans dents , droit, de couleur 
tellacée-noire _, pointu &L crochu à l'extrémité ; les pieds noirs à 
quatre doigts qui font liés tous enfemble. 

Le Cormoran , dit M. Klein d'après Sch^'enkfel'd , a le defTus 
du corps noirâtre , ou de couleur de terre mêlée d'un peu de 
jaune ; la poitrine & le ventre blanchâtres ; les extrémités des 
grandes pennes des aîlcs cendrées ; le bec long, recourbé vers le 
bout, avec un crochet très aigu ; les yeux très proches de l'angle 
de la bouche; les pieds & les ongles noirs. Il naît du crâne au 
derrière de la tête un oifelet long de trois doigts , mince , un peu 
large , qui depuis fa naiffance s'amincit infenfiblement en une 
pointe aiguë, &: s'implante dans les mufclcs du cou ^ tel enfin 
<]u'il ne nous eft pas encore arrivé jufqu'ici d'en voir de pareil 
dans aucun autre Oifeau. Il eft docile pour la pêche. 

On admire avec quelle adrefle le Cormoran rejette en l'air le 
Poilîon qu'il a pris. Il fait le faire retomber dans fon bec la tête 
devant, pour lui faire coucher fes nageoires, qvii s'arrêteroient 
au palTage dans un autre fens. On apprivoife cet Oifeau : on lui 
met au bas du cou un anneau de fer , pour arrêter dans la poche 
de fon large Mfier les Poiflons qu'il avale. L'Oifeau bouclé de 
cette forte , ie met en quête , & remplit fa poche ; il la vuide 
cnfuite , ^ remet toute fa capture à fon Maître, qui l'anime à 
bien faire, en lui en délivrant une légère part. 

"Willughby dit qu'il a environ trente grandes pennes à chaque- 
aile , &; la queue longue d'un palme Sc demi , compofée de qua- 
torze pennes. 

Le Cormoran fe nomme en Italien Corvo marino ; en Alle- 
mand See-lFaJJer-Rabe ; en Anglois the Cormorant ; en Suédois 
Hafs-Tjaeder ; en Bourgogne Crot Pefcherot , félon Gefner ; 
ailleurs Corbeau Pécheur ^ Corbeau marin ou C or marin ^ Corbin 
ou Corbeau d'étang ou aquatique ^ Corbat ou Corbeau Fefcheret j. 



DES Oiseaux; 375 

Corbeau d'eau ou de mer , Cormorant ^ Cormarant ^ Courmaran ou 
Corman j Dauphin ^ fcloii Cotgrave. 

4°. Le PETIT Cormoran , Corvus aquaticus minor ^ Graculus 
palmipes diclus , Ray Synopf, Plancus corvus minor aquaticus , 
Klein. Pelecanus fubtus fufcus , reclricibus duodecim ^ Linii, Il 
diffère du précédent, i°. par {a grandeur, en quoi il lui cède 
beaucoup; 2°. par la couleur du ventre , qui eft brune dans celui- 
ci , & blanchâtre dans celui-là; 3°. par le nombre des pennes 
de la queue , qui font feulement au nombre de douze dans celui- 
ci, tandis qu'il y en a quatorze dans celui-là; 4°. en ce que la 
peau de la bafe du bec n'eft pas fi nue dans celui-ci que dans celui- 
là , ni de la même couleur jaune ; 5°. enfin par la fineffe &; la 
longueur du bec , qui s'étend julqu'à quatre doigts , quoique 
rOifeau foit plus petit. Il le trouve dans la mer qui baigne les 
Cotes de Cornouaille , dans la Mer d'Irlande , &; ailleurs. Il fait 
fon nid en Hollande fur les arbres , avec plufieurs autres Oifeaux 
aquatiques. 

Selon M. Linnarus, il habite en Suéde aux lieux maritimes, 
& fait fon nid fur les arbres. Il a tout le corps, comme auffi la 
gorge , le bec & les pieds du précédent ; mais depuis la gorge 
jufqu'aux cuiffes , il a le deffous du corps piqueté de taches tef- 
tacées-blanchatres. 

Il furpalTe peu , dit M. Klein , le Canard ordinaire en gran- 
deur ; il a le bec droit , arrondi en longueur , crochu par le bout ; 
ledelîiisdu corps noir, &le deiîous de couleur de paille; le tronc 
rougeâtre en deffus , gris en deffous, blanc fous le menton. Il 
fait fon nid fur les arbres comme le précédent. Il fc trouve auiîi 
en Pruffe. 

Le petit Cormoran fe nomme en Allemand Seetraehe ou See- 
heher ; en Angiois the Shagge ; 6c dans le nord d'Angleterre thc 
Crâne. 

5°. Le SuLE, Sida H oie ri Clufio , Anferi Baffano affinis , fi 
non eadem , Ray Synopf II diffère de l'Oie de Baff par la pointe 
de fon bec , par fi couleur noire autour des yeux, par la fineffe 
de fcs jambes , &; par la couleur noire des pennes du milieu de la 
queue. Du-refte il lui reffemble. 

MM. Linnceus & Klein n'en difent rien. 

La Frégate j autre cfpece de Suie , de Fou, ou d'Oie de 
Baff, Robikorcados Todos negros de Oviedo ^ èc encore Fregata 
avis Rochefortio <& du Tertre , Ray Synopf Cet Oifeau a le bec dit 
Fou , mais très crochu. Il eft de la groffcur du Cormoran ; les 
cûles étendues il a environ fept pieds bi. demi ou huit pieds de 



3 74 Histoire Naturelle 

vol ; fcs pieds font noirs ôc forts courts ;fi queue eft fourchue; 
le deirous de fon corps cil noir; le dellus de la tête, du cou, du 
corps , des ailes , de la queue, eft d'un vert-cuivré , tirant fur la 
couleur de rofette ; fa gorgceft une peau rouge lans plumes. Cet 
Oifeau s'écarte très loin en mer , oii il vit de PoilTons. On le trouve 
en différents endroits de l'Amérique méridionale , au Cap de 
Bonne-Efpérance, de àl'Ifle de l'Afccndon, d'oiiil a été apporté 
il y a quelques années en France. /^. PI. 27. Fig. 1. 

<j°. L'Oiseau des Tropiques , appelle aulli Paille en cul, 
à. caufe des deux longues plumes qu'il a au milieu de la queue , 
Avis T ropicorum noflratibus nantis , Ray Synopf. Plancus Tro- 
picus y Klein. Il eft de la grandeur d'un Canard; il a le bec rouge, 
long de deux doigts, un peu recourbé, pointu ; le ventre blanc; 
le dos blanc, très joliment bigarré de petites lignes tranfverfales 
noires-ondées ; les grandes pennes des ailes en partie blanches , 
& en partie noires ; la queue compof ée feulement de dix plumes 
ordinaires , longues d'environ trois doigts , au milieu defquelles 
font deux pennes très longues ; favoir de dix-huit doigts , étroi- 
tes, aiguës , fi l'on peut s'en rapporter , foit à la peau fourrée de 
rOifeau , foit à ceux qui l'ont envoyée. Nous l'avons vue dans le 
Cabinet de la Société Royale de Londres. 

Du Tertre fait les pieds de cet Oifeau de la couleur du bec , 
c'eft-à-dire, rouges comme du corail ; mais dans l'Oifeau lec que 
nous avons décrit , les jambes étoient blanches , ôc les pieds 
noirs. Il eft nommé \ Oifeau des Tropiques , parce qu'il ne fe 
trouve point ailleurs qu'entre les Cercles Tropiques ; en quoi il 
diffère de tous les autres Lares ou Goislands. 

M. Klein penfe que cet Oifeau eft le Larus Leucomelanos caudâ 
longijfimâ bipenni du P. Feuillée. Selon lui, il eft de la hauteur 
d'un Canard ; il a le bec rouge , long de deux doigts , aigu Se 
crochu , avec deux lignes noires depuis le coin de la bouche juf- 
qu'à la nuque du cou ; le deffiis du dos blanc , avec des lignes 
tranfverfales noires ; le ventre blanc comme neige; les aîlcs lon- 
gues ; les pieds noirs ; les jambes blanches. Catesby le rcpréfente 
avec le bec &; les pieds rouges. 

Les Allemands le nomment Tropic-Vogel 3 &C les Anglois t/ia 
Tropick Bird , c'eft-à-dire , l'Oifeau des Tropiques, comme en 
François. On le nomme autrement Paille ou Fétu en cul. 

Il y en a une autre efpcce plus petite , qui n'eft pas jafpée, dont 
la poitrine & le ventre font d'un blanc-argenté. On en a aulli vu 
chez M. de Réaumur un fauve , avec une bande noire tranfverfale 
fur les joues, 



PI. ^6 




^e^o'in^ €£ Gravé t>ar^£iritn^ . ~. 



DES Oiseaux; 37^ 

7". L'Anhinga , Anhinga Brafilienfibus Tupinamhis Marc- 
gravii , Ray Synopf. Ccft une efpece de Plongeon de mer. Il eft 
de la grandeur d'un Canard. Il a le bec droit , aigu , dentelé des 
deux côtés d'un double rang de dents ; la tête petite ; le cou 
menu , long d'un pied ; les jambes courtes ; ledelfus de la tête 
& du cou d'une couleur grife-jaunâtre ; le deflous & la goro-e 
gris ; le refte du deflous du corps argenté ; le commencement du 
dos d'un plumage brun , mais dont chaque plume a dans fon 
milieu une tache oblonguc d'un blanc-jaune-pâle , de forte qu'il 
paroît piqueté ; le refte du dos noir ; les grandes pennes des aîles 
noires , fuivies d'un rang de plumes noires d'un côté , & grifes de 
l'autre ; les jambes 6c les pieds de couleur grife tirant fur le jau- 
nâtre-obfcur. 



Article Quatrième. 

Des Oifeaux palmipèdes a quatre doigts , qui ont le doigt 
de derrière détaché ; & d^ abord de ceux qui ont le bec 
droit , étroit , aigu , les aîles courtes , & qui plongent , 
appelles Plongeons. 



JLj e s Plongeons ont le bec étroit , droit , aigu ; la tête petite , 
ainfi que les aîles ; les pieds fitués en arrière près de la queue , 
pour nager 6c plonger avec plus d'aifance ; les jambes larges, 
plattes i les ongles larges , femblables à ceux de l'homme. Leurs 
doigts ont fur les côtés des membranes étendues dans quelques- 
uns ; & dans d'autres ils font liés enfemble par des membranes. 

\°. Le GRAND PxoNGEON CENDRE, Colymbus cinercus ma- 
jor , Ray Synopf. La figure que M. Brown m'en a envoyée repré- 
fcnte la tête crêtée. 

Ray ne donne point la dcfcription de cette forte de Plon- 
geon. Nous ne le connoiflons point, &MM. Linnxus & Klein 
n'en font aucune mention. On l'appelle enAnglois the Great 
Ash-Coloured Diver , bn Doucher. 

2°. Le Plongeon de rivière , Colymbus major crifiatus & 
cornums ^ Ray Synopf. Colymbus pedibus lobato-divifis , capite. 
mgro, Lïnn. Il eft crête ôc cornu, ayant des plumes éniinentes 



57^ Histoire Naturelle 

liirlc Tommct de la tête de fur le dcirus du cou , noires fupérieu- 
rcmcnt , rouflcs aux côtés ; il a le menton & le contour des yeux 
blancs , avoilinës d'une couleur roulTe ; la poitrine Se le ventre 
blancs , teints de roux ; les ailes brunes ; les petites plumes des 
ailes blanches ; le dos noirâtre , mêlé de cendré. M. Jeiîop m'a 
envoyé du territoire d'Yorck la peau de l'Oifeau qu'il avoit tué. 
L'Acitli d'Hcrnandez diffère peu de celui-ci. 11 leroit, dit-il , ab- 
iolument le même , fi la tête n'étoit pas ornée d'une plus grande 



crête. 



Scion M. Linnarus , il habite en Suéde dans la mer. Il a une 
crête fendue en deux ; la tête fafFranée ; une cravate noire émi- 
iicnte au deflus des autres plumes; une tache blanche fourchue 
à chaque aîle. 

Il a , dit M. Klein , des plumes crêtécs qui débordent autour 
du fommct de la tête èc du dcffus du cou ; les jambes étendues lé 
long du ventre prefqu'en arrière , plus propres à nager qu'à mar- 
cher , & les cullFes cachées dans le ventre. Or nous nous fommes 
déjà plaints plufieurs fois de ce qu'on repréfente les Plongeons 
debout & marchant droit comme l'homme , vu que fuivant la 
plainte d'Aldrovandus la connoilTance des Oifeaux aquatiques 
eft enveloppée d'alTez épailFcs ténèbres. 

Jonfton dit que le Plongeon de rivière eft de la grandeur d'un 
Canard; qu'il a le bec long, rouge & dentelé ; qu'il fcmble avoir 
une crête noire au fommet de la tête , compofée de plumes 
oblongues qui lui pendent par derrière , èc qu'il élevé ou abaifîe 
à fon gré , quand il fe fâche ou qu'il s'égaye ; qu'il a une voix 
aftreufe , mais utile pour fa confervation ; qu'il n'a point de 
queue ni de croupion ; que fcs aîles font petites à proportion du 
corps , & fes plumes comme du duvet ; les doigts féparés l'un de 
l'autre, mais larges; les jambes poftérieurement comme une fcie; 
le foie tendre ; les inteftins grêles différents de ceux des autres 
Oifeaux ; que fi on le f urprend dans une eau baffe , il ne fauroic 
s'élever en l'air qu'avec peine ; qu'il fait fon nid près de la terre 
dans quelque gazon de marais ; ce qui efl copié de Belon. 

II eft tout aquatique ; il marche & vole mal : mais en récom- 
penfe il plonge fi promptement, qn'ilfejoue en quelque forte 
du Chaffeur. On en a vu qui ont bravé jufqu'à vingt coups de 
fufil. Il faut les attaquer de plufieurs côtés à la fois ; car tandis 
qu'ils font occupés à regarder d'un côté ^ on les ajufte de l'autre. 
Notre grand Plongeon de rivière fe nomme en Italien Sperga 
ou Lu-ar , félon Belon ; en Allemand Ein Teucher ; en Anglois 
thz Greater CrjifledJ^iycrj en Savoie Loere ; kOûé^ns Lpquoere i 

en 



DES Oiseaux. 377 

en Sologne Cane cornue ; jadis XOuric , du mot Gret Ourïa , 
latin if é en Uria. 

3°. Le PETIT Plongeon , Colymbus five Podicipes minor , 
Ray Synopf. Colymbus pcdibus lobato-divifis ^ capite rufo , Linn, 
Il eft lemblable a la Sarcelle pour la figure , mais prelque d'un 
tiers plus petit. Il a le dos brun , &: le ventre argenté; le menton 
blanc ; la poitrine plus obicure que le ventre. Celui que nous 
avons ouvert avoit l'eftomac rempli d'herbe. Belon dit qu'il fe 
nourrit très volontiers de Poiflbns. Cet Oifeau eft une efpece de 
Grèbe qui approche de celui de Genève. 

Ces trois efpeces de Plongeons n'ont point abfolument de 
queue. 

Selon M. Linna:us , le petit Plongeon habite en Suéde dans la 
mer. Il pond quatre à cinq œufs. Il a les oreilles brunes ; la tête 
noire ; le cou brun ; le bec pointu ; l'iris rouge ; une crête dou- 
ble , comporée de plumes noires étroites ; un collier étendu , 
mais reflcrré par le dos , plus grand fur les côtés , fendu en deux 
fous la gorge , noirâtre par les bords , du-refte tanné ; les pieds 
hors de l'équilibre ; les jambes en arrière , avec un double bord 
,-dentclé ; trois doigts à demi membraneux Se fendus , excepté le 
petit doigt de derrière qui efl fans ongle ; le fommet de la tête 
brun ; la gorge brune, comme aulli le deffusdu corps e bas du 
ventre , la gorge , les oreilles , bc les yeux vers le bec , blancs ; 
les grandes peni:ies des ailes depuis la douzième jufqu'à la vingt- 
fixieme , blanches ; le cou antérieurement jaunâtre. 

Le mâle eft noir par la tête & le cou. Il lui dcfcend des yeux 
en bas vers le cou, une ligne tannée de plumes plus longues. Il 
a le dos noirâtre ; les premières pennes des aîles noires , qui plus 
elles font intérieures , plus elles font blanches au côté intérieur ; 
les plumes du fécond ordre blanches ; le deiTous des aîles tanné ; 
prefque point de queue ; le bec noir. 

La femelle eft toute grife par le bec , le cou ^ le dos ; elle a les 
grandes pennes des aîles un peu plus noirâtres , 6c celles du fé- 
cond ordre à peine blanches. 

Une autre avoit le delTus de la tête noirâtre ; la gorge au 
defîous des yeux & au commencement du cou blanche ; le cou 
& la poitrine antérieurement tannés ; le dos brun ; point de 
queue ; les pennes des aîles du fécond ordre blanches ; les pieds 
à quatre doigts ; les jambes en arrière doublement dentelées. 

Il fait un nid qui nage dans l'eau même de la mer, néanmoins 
dans des détroits , ôc couve fes œufs dans fon nid toujours na- 

Bbb 



57S Histoire Naturelle 

gcant , comme me l'a afluré notre ami Rudbcck, ajoute M. LiîV 
narus. 

Le petit Plongeon a la plume comme un duvet ou poil follec 
très attaché à la peau. Comme il a les pieds poiés en arrière, il 
marche prefque droit comme l'homme , S>L cependant plus vite 
qu'on ne croiroit d'abord : mais il marche rarement. En récom- 
penfc il cft très habile à nager &i. à plonger. On obferve que 
quand il veut s'échapper loin du ChalTeur, il va fous l'eau plus 
de deux portées de fufil fans reparoître : & en effet ces Oifeaux 
peuvent vivre ou durer fous l'eau jufqu'à un quart d'heure ; es 
qui n'eft pas difficile à comprendre , quand on fait que leur tra- 
chéc-artere à l'endroit oii elle le divife en bronches , devient 
offeufe , &c y forme une poche remplie d'air. Il en eft de même 
dans les Canards. Notre petit Plongeon porte bien fa tête ; il 
reffemble beaucoup à un Oifon nouvellement éclos. On peut 
l'apprivoifer. Il y en a une grande quantité dans le Loiret , fur- 
tout vers fon embouchure.. Quelquefois les Pêcheurs en prennent 
dans leurs filets. C'eft par ce moyen que j'en ai envoyé un tout 
vivant à M. de Réaumui , qui l'a nourri pendant quelque temps. 
11 efl: confiant que cet Oileau ne quitte point le Pays , & qu'il ne 
va point à la mer pour y faire fes petits , comme le penfent les 
Pêcheurs du Loiret. Tous les jours on en trouve des nids fur les 
étangs en Sologne & ailleurs. J'ai moi-mcme été témoin de l'in- 
duftrie de l'Oifeau fur l'Etang de Vcrdes en Dunois. Quand il 
voit qu'on approche de fon nid , il fe hâte de recouvrir fes œufs 
d'herbe verte, puis plonge dans l'eau. Suivant M. dcRéaumur, 
il le Plongeon couvre ainii fes œufs , c'eft moins pour les dérober 
à la vue des hommes , que pour les maintenir chaudement. Son 
nid eft flottant fur l'eau , de façon néanmoins qu'il eft en quel- 
que forte retenu entre les joncs & les rofeaux. Ce nid s'imbibe 
d'eau, & devient par-là plus pefant; mais l'Oifeau fait y ajouter 
de temps en temps de nouvelles hauffes , jufqu'à ce que les petits 
ioient éclos. Alors le nid eft très pefant, & gros comme une pe- 
tite botte de foin. Belon n'en ayoit probablement jamais vu ; il 
fe contente de dire que le Plongeon fait fon nid contre terre 
dans quelque motte herbue en un marais 6c en un lieu difficile à 
trouver. Aldrovandus èc Jonfton l'ont copié mot pour mot. 

Il eft à remarquer que- nous n'avons en François qu'un mot 
pour exprimer les différentes fortes de Plongeons , tant de mer 
que de rivière ; au-lieu que les Latins en ont deux. Ils diftinguent 
les Plongeons nommés Colymbi du mot Grec Columbân ^ qu.i 



DES Oiseaux. 379 

iîgnîfie plonger & nager fous l'eau comme font les Plongeurs 
pendant un efpace de temps alTez confidérable , d'avec les Plon- 
geons nommés Mergi , qui plongent pour attraper leur proie, 
puis remontent incontinent à la furface de l'eau. Cette remarque 
eft tirée de M. Klein. 

Dans le Traité de l'Exiflence &: de la Sagefle de Dieu par Ray, 
traduit en François , les Plongeons iont appelles des Lamptids. 
Ce terme m'eft abfolument nouveau. 

Le petit Plongeon d'étang ou de rivière fc nomme en Italien 
Trapa\orola ; en Allemand Sch\varf{ Teucherlcin ; en Anglois 
thc Didapper , Dipper , Dobchick , Doucker _, ou Small Looti ,• 
en Suédois Fiorna ; en François Cajlagneux ou Zoucet ^ félon 
Belon ; jadis Plonger ; à Angoulême Ripoton ^ petit Colymbe , 
Colimb ou Colin ^ lelon Cotgrave. 

4°, Le GRAND Plongeon a queue , connu au nord du Ca- 
nada fous le nom de Huakt , Colymbus maximus caudatus y 
Mergus maximus Farrenfls llve arclicus Cliifii ^ Ray Synopf. Co- 
lymbus pedibus palmatis indivifis y Linn. Il approche de l'Oie 
pour la grandeur. Il a la figure du corps un peu longue ; la queue 
ronde ; la tête petite ; tout le defTus de couleur brune ou ccn- 
dréc-obfcure , piquetée de taches blanches plus rares au cou , 
plus fréquentes au dos , chaque plume étant marquée de deux 
taches blanches proche du bout des deux côtés ; la gorge &; le 
deffous du cou blanchâtres ; la poitrine & le ventre blancs. Dans 
un autre Oifeau la tête étoit noire , ainfi que le cou , au niilieii 
duquel il y avoir un collier blanc , large d'un doigt, compolé de 
petits points blancs fréquents. Peut-être que c'étoit un mâle. Il 
vient quelquefois en Angleterre pouffe par la rigueur de l'hiver. 
Selon M. Linnxus , il habite par-tout en Suéde dans les lacs ; 
il fait fon nid fur le rivage , &: pond deux œuis. Il eft prelque de 
la grandeur d'une Oie. Il a tout le corps blanc en deffous , noir- 
oiidé de points blancs &: noirs en dcfllis ; la tête &; le cou blan- 
châtres ; une tache en forme de bouclier , noire-rougeâtre depuis 
la gorge jufqu'au Jiernum. Le cuir de l'Oilcau eft très tenace : 
delà vient qu'il fert à faire des fourreaux de piftolets , &: pour 
couvrir des bonnets d'hiver. J'ai vu , ajoute M. Linnxus, un de 
ces cuirs préparé , qui montre agréablement les mfcrtions des 
plumes par fes pores troués , oii les plumes font difpofées en quin- 
conce comme des arbres dans un champ pour tenir moins de 
place, &; autour de chaque plume principale douze moindres 
plumes en quarré. J'ai vu une variété , c'cft-à-dire , un autre Oi- 
iiau qui avoir la tête 6c les cotés du cou cendrés ; le dellus du 

Bbbij 



5^0 Histoire Naturelle 

cou Cerné de petites lignes blanches ôc noires ; le dos brun , fanâ> 
points blancs ; la poitrine antérieurement tachetée de cendré 
èc de blanc. 

Selon M. Klein , il pcfe trois livres quatre onces. 

Ray l'appelle en Anglois îke Greatejï tailed DivER,ou LooN^ 
Se le diftingue fpécialement du Plongeon que les Norvégiens 
nomment Lumme : mais M. Linna'us confond les deux en un , 
Se dit que les Lappons l'appellent Lom ^ &: les Suédois Lomm. 

j°. Le PETIT Plongeon noir et blanc, Mergulus mela- 
nolcucos roflro acmo brevi D. Brown _, Ray Synopf. Mergus capite 
grifeo crifid deflituto ^ Linn. Il a le bec court , modiquement re- 
courbé ; tout le delTus du corps noirâtre , à l'exception d'une li- 
gne blanche tranfverfale lur les ailes ; le menton, la gorge Se la. 
poitrine jufqu'au milieu du ventre , blancs. Il eft palmipède Se à 
queue. La Figure ne repréfente point de doigt poftérieur. 

Selon M. Linnxus , il habite fur les Côtes de la Suéde. Il a la 
tête de couleur fale ou à demi rouiTe ; la mâchoire inférieure Sc 
la gorge blanches ; le ventre Se la poitrine blancs ; le dos cendré- 
noirâtre ; les pieds de couleur fale; la tache des aîles noire , blan* 
che devant Se derrière» 

6°. Le GRAND Plongeon d'Aldrov andus , ou la Grèbe, 
Colymbus major Aldrovandi , Ray Synopf. Cet Oifeau , que nous 
avons vu plufieurs fois dans nos voyages d'outre-mer , diffère 
peu du petit Plongeon de rivière , fi l'on en excepte la grandeur, 
qui eft le double de la fienne; enforte qu'il n'a pas beloin d'une 
nouvelle defcription. C'efl la Grebc du Lac de Genève. V. Pl'^ 
27. Fig. 3. _ _ 

7°. Le Lumme , Colymbus arclicus Lumme Wormio diclus ,. 
Ray Synopf. Il diffère du grand Plongeon à queue , qui fait la 
quatrième efpece ci-defîus , en ce qu'il efl plus petit, c'efk-à- 
dire , de la grandeur d'un Canard ; en ce que dans le premier il 
y a moins de taches à la nuque du cou. Se plus au dos; au-lieu 
que dans celui-ci il y a moins de taches au dos , Se plus à la nuque 
du cou ; en ce que dans le premier chaque plume a deux taches ,. 
Se que dans celui-ci chaque plume n'a qu'une tache , outre qu'il 
eft ceint d'une tache quarrée noire fous le cou , dont les plumes- 
font par-tout bigarrées de blanc Sc de noir. 

Le Lumme de Frédéric Martens eft un Oifeau différent de 
celui-ci , Se approche de plus près de notre cinquième efpece de 



Plonçcon 



Selon M. Klein , il eft commun en Norwége, en Iflande Se en 
Lapponie ; très fouvent même il vient en Pruffe, Or le mot de 



DES Oiseaux. 3S1 

Loom ou Lumme fignifie inhabile à marcher , ou qui boite en 
marchant. 

L'Oifeau appelle Lumme y dit M, Anderfon , eft beau & de la 
grofleur d'une Ole , ayant le bec étroit & noir , & de petites 
ailes. Les œufs de ces Oifeaux font d'un jaune-verdatre, ôc ta- 
chetés de noir 6c de brun, comme le font ordinairement ceux 
des Oifeaux fauvages qui habitent les eaux douces ; ce qui par fa 
iingularité peut mériter l'attention des Naturaliftes. Ils ont la 
coquille beaucoup plus épailfe que n'eft celle des œufs des Oi- 
feaux terreftres, vraifcmblablement tantà caufe de la rigueur du 
climat &; du voifniage de la mer , que pour mieux conlerver la 
chaleur pendant qu'ils font couvés , dans l'intervalle qu'ils 
rcftent découverts , la femelle étant obligée d'aller chercher la 
nourriture au loin. Le Comte de Marfigli obferve à l'égard des 
œufs des Oifeaux aquatiques , qu'ils renferment beaucoup plus 
de blanc que ceux des Oifeaux terrertres, parce qu'il faut beau- 
coup plus de temps au fœtus pour parvenir à fa maturité , à caufe 
de l'humidité & du froid dont il eft continuellement environné, 
& que par conféquent il a befoin d'une grande quantité de blanc, 
«jui eft fa nourriture dans l'œuf. 

8°. Le PLUS GRAND Plongeon de Gesner , Colymhus ma- 
ximus Gefneri , Ray Synopf. Ce Plongeon , qui eft plus grand 
qu'une Oie , fe prend dans le Lac d'Acron. Il a le deflous du 
corps blanc , & le delfus cendré ôc noir. J'avoue que j'ignore s'il 
eft diftin^ué de la quatrième efpece dont il eft parlé plus haut. 
M, Johnfon dit avoir vu en Angleterre un Oifeau de cette forte 
fans aucune tache au dos, qu'il ne croit pas néanmoins diiFérenc 
de la quatrième elpece. 



^Ë. m^ S'4 



"^^mjr 






Si Histoire Naturell 



Article Cinquième. 

Des Oifeaux palmipèdes a bec étroit ^ aigu y & non crochu^ 
à longues ailes, & qui volent aifément, nommés en Latin 
Lari , en Anglois Guis ou Sea-Mews , & quelquefois 
Sea-Cobsj en François Goislands ou Mouecces. 

J_j ES marques caraâ;ériftiques des Goislands ou Mouettes font 
le bec fort, oblong , étroit , aigu , & un peu recourbé à fon ex- 
trémité , cependant plus droit dans les moindres efpeces ; les na- 
rines oblongues ; les aîles aufli oblongues , £c fortes ; les pieds 
petits ; le corps très léger revêtu de beaucoup déplumes épaifles ; 
ils font criards , portés à voler, affamés. Se mangeurs de Poilfons, 

Premièrement j des Goislands a trois doigts j ou qui n'ont point de 

doigt de derrière. 

1°. Le SÉNATEUR , Raths-Herr , id eft Senator Friderici Mar- 
cens , Ray Synopf C'cft un Oifeau du Spitzberg , à bec étroit , 
pointu , menu , noir ; à pieds noirs , 6c à trois doigts ; car il n'a 
point de doigt poftérieur. Il a tout le corps blanc comme un 
Cygne ; les aîles longues ; la queue auffi un peu longue , large 
comme dans les Goislands. Il furpafle la neige même par fa 
blancheur : en un mot , c'eft un Oifeau fort beau. Il ne nage pas 
volontiers dans l'eau ; mais il refte plutôt fur la terre féche. Il 
eft ordinairement folitaire; cependant on en voit voler de gran- 
des bandes enfemble pour attraper leur proie. 

MM. Linnxus & Klein ne font aucune mention de cet Oi- 
feau , non plus que des deux fuivants. 

2°. Le Chasse-Merde ou Stercoraire , Strundt-jager ^ 
id eft KûTT-oo^'çî/ç ( Coprotherès ) , Ray Synopf. C'eft encore un 
Oifeau du Spitzberg, décrit &; dépeint par Frédéric Martens. Il 
a le bec un peu mouiTe & recourbé , noir ; les pieds à trois doigts, 
autant que l'Auteur a pu s'en reflouvenir ; les jambes peu lon- 
gues i la queue comme dans les autres Goislands , dont néan- 



DES Oiseaux: 38^ 

moins une plume remarquable s'étend en longueui: plus que 
toutes les autres ; le fommet de la tête noir ; le cou entouré d'un 
collier obfcurément jaune ; le refte du deHUs du corps brun ou 
gris-cendré , &: le dclTous blanc. On peut voir à l'Aiticle du 
Goisland cendré de Belon , pourquoi il s'appelle Strundt-jager. 

D'abord j'avois cru que M. Linna;us ne parloit point de cet 
Oifeau , non plus que du précédent : mais j'ai trouvé qu'il le 
nommoit Sterna recincibus maximis nigris. Selon lui , c'eft VAvis 
Norvagica Kyuffwa vel Tjufva Muf. Dan. Truen feu Fur Bar- 
thol. Les Suédois l'appellent SwartlaJJe , & ceux d'Angermanie 
Labben. Il habite en Angermanie, en Finmarkie & ailleurs près 
de la mer. Il a la tête noire au delTus des yeux ; la poitrine blan- 
châtre; le dos brun ; les deux pennes delà queue les plus lon- 
gues, noires. 

3°. Le BoURGUEMESTRE , Burgher-Meifter Spif^bergen^s 
Friderici Martcns , Ray Synopf. Il reflemble prefque en tout à 
notre grand Goisland cendré , excepté qu'il n'a point de doigt de 
derrière. 

Le Pétrel ou Oiseau de Tempête , dont Ray ne parle pas, 
eft un Oifeau fingulicr qui mérite place ici , & une defcriptiou 
particulière. Il y en a pluiieurs qui différent en grofleur &; en 
couleur. 

Le plus petit, que les Anglois nomment P^rr^r//, qui eft le 
Stromfinck de Clufms , le Procellarius de Plaute, le petit Pierrot 
d'Edwards , & le Pinçon de mer de Catesby , n'eft pas plus gros 
qu'une Alouette. Il eft noir par defflis ; tout le defîous eft brun, 
jnêlé d'un peu de blanc; les plumes du delFus de fa queue , qui 
îi environ deux pouces de long , font blanches; fes narines font 
deux cylindres couchés l'un à côté de l'autre fur le bec fupé- 
rieur, depuis fa racine jufqu'à fa partie moyenne ; fes pieds font 
membraneux & noirs ; fes ailes fermées font d'un demi-pouce 
plus longues que la queue. Il fait fon nid dans les rochers des 
mers du Nord , où on le ttouve ejuelquefois fort loin de terre. 
Quand on eft menacé d'un gros temps , il s'abrite près des vaif- 
feaux ; fi le vent eft fupportable , il fc contente de fe pofer fur 
les eaux. 

Il en eft un autre qu'on trouve auffi dans les mers d'Italie, qui 
eft de même grofleur , qui peut-être ne diffère du premier que 
par la couleur. Son dos eft noir-ondé de bleu-pourpré ; fa tête eft 
prefque entièrement bleue , ainfi que le jabot &: les côtés. Sous 
les différents afpecls, elle réfléchit un peu de violet £^ de noir ; 
le delTus de fon cou eft vert ôi pourpre , changeant comme celui 



384 Histoire Naturelle 

des Paons & des Pigeons ; le fommct des aîles & le croupioA 
font mouchetés de blanc ; tout le rcile eft noir. U a les jambes 
courtes & fans plumes ; fon talon n'cfb qu'un onglet ; fcs trois 
autres doigts font joints par une membrane noire chagrinée ôc 
fort fine ; fon bec cil cylindrique ; celui de delîus elt crochu par 
le bout , èc celui de deifous elt moulfe &C comme tronqué. 11 a 
le regard très vif & très alTuré , &i les narines comme le précé- 
dent. Cet Ôifeau fe nourrit de Poiilon , habite la furface de la 
mer , Se paroît étranger à la terre ; au-moins perfonne ne dit 
l'avoir jamais apperçu lur les Côtes. Sa préfence eft un préfage 
certain de tem-pête prochaine , quoique le ciel, l'air ôc la mer ne 
paroiiîent pas l'annoncer, &: foient très fcreins. Alors il ne vole 
pas un à un, mais tous ceux qui font à la vue d'un vailFeau ( èc 
ils le voient de loin ) fe réunilTent. Quoi qu'en puiilcnt penfcr 
ceux qui aiment le merveilleux , je crois qu'on peut expliquer 
phyfiquement de quelle manière ces Oifeaux prévoient la tem- 
pête, li faut obierver que ce petit Oifeau a les aîles très longues 
en proportion avec le corps : auffi en un inftant il s'élève à perte 
de vue , ou s'éloigne au large , au point qu'on ne peut plus l'ap- 
percevoir : or cette même étendue d'ailes , fi favorable en un. 
temps ferein , quand le vent eft violent en devient le jouet , èc 
fouvent la vl£lime. Tant que l'air efl: calme, il vole très haut ; 
vient-il à fe charger , il plane fur la furface oii il nage ; quelque- 
fois même il eft obligé de s'abandonner au roulis des eaux , & 
de céder à l'effort des vagues. Cela pofé , cet Oileau , qui ei\ fort 
vite , fentant l'air chargé , cherche un air plus libre j devance par 
fa rapidité la tempête, qui ordinairement le fuit de près : trouve- 
t-il un vaifTeau , il fe porte à la proue , pour fe mettre à l'abri du 
vent , en fuit tous les mouvements , tant que la tempête dure , 
êc en cherchant fa fureté avertit les Matelots de pourvoir à la 
leur. 

Il en eft encore deux autres ; l'un totalement gris-cendré , 
qu'on trouve alfez volontiers fur le Banc de Terre-Neuve , fe 
nomme le grand Pierrot; l'autre , qui fe voit dans le Danne- 
marck , eft tout blanc , excepté le dos , qui eft gris-cendré. On 
l'appelle dans l'Ille Ferroe Haffen ou Equus marlnus. Tous 
deux font environ de la grolfeur d'un Canard ordinaire. 

I.C Damier , Albatros de Klein, Proceiiaria Capenjîs de Lin- 
ncEus , Pierrot tacheté d'Edwarts , & luivant le même Natura- 
liile Pentado du Cap de Bonne-Elpérance, eft auffi une efpece de 
Procellaria y plus commun vers ce Cap que par-tout ailleurs. Il 
eft de la ÇTrolfcur d'une bonne Sarcelle ; tout le deifous du corps 

eft 



DES Oiseaux. ^8j 

eil blanc , Se tout le dcflus jafj>é de blanc & de noir par petites 
taches , qui s'élargiflent à melurc qu'elles approchent du crou- 
pion. Ces taches noires fe portent même jufques fous les ailes des 
deux côtés de la poitrine. Sa tête eft noire , ainfi que le delloua 
du bec , ou la partie fupérieure de la gorge ; fes aîles font un 
■ peu plus longues que fa queue ; & lorfqu'elles font fermées , 
elles paroilTent plus noires que jafpées. Il fe nourrit de Poiflbns^ 
eft fort vite au vol. La partie inférieure de fon bec eft renverfée 
par le bout , pour recevoir le crochet qui termine la partie fu - 
périeure. Comme il habite le Cap de Bonne-Efpérance , autre- 
ment Cap Tourmente , oii la mer eft très agitée , il n'eft pas éton- 
nant qu'il vole au devant des vaifleaux, &: que, comiric l'Oifeau 
de tempête _, il avertifle des gros temps. J^. PL z8. Fig. i. 

N'allez pas cependant confondre cet Albatros avec celui que 
Linn^us appelle Oifeau dcDiomede ^ Avis Diomedea,U- Edwards 
AlbatroJJ. Quoiqu'ils ayentle même nom , la même forme de bec, 
qu'ils foient tridaclyles , qu'ils ayent les mêmes inclinations , le 
même genre de vie, & qu'ils le trouvent dans les mêmes parages ; 
cependant ils difl-erent très fort en couleur & en grolTcur. Celui-ci 
eft énorme pour la taille : il eft plus gros que le Pélican ou Onocro- 
tale \ il a dix , douze , ôc quelquefois quatorze pieds de vol ; le bec 
gros, fort , crochu , d'un blanc-file tirant fur le jaune de l'ivoire, 
dont il a le poli , long de fix pouces ; les narines cylindriques 
comme le Damier , d'un pouce de long , couchées le long de la 
partie fupérieure du bec : fa tête &: tout le cou , le deflbus du 
corps Se des aîles, font blancs \ fon dos eft blanc ^ (emé de lignes 
noires étroites , dirigées en tout fens, qui font une jolie jafpure ; 
le defliis des aîles eft noir , mêlé de blanc &: d'un peu de roux; 
fes pieds n'ont que trois doigts, liés d'une membrane jaunâtre,8c 
ils ont quatre pouces 5c plus de large. Il a les jambes courtes , ôc 
fe nourrit ordinairement de Baleines échouées : au-moins éft- 
ce fur leur corps qu'on le voit ordinairement. Quelques per- 
fonnes , à caufe de fa groflcur , fa couleur £c fa voracité , l'ont 
confondu avec le Codor Cuntur ou Mouton , mais à tort. Il pa- 
roît que ces deux Oifeaux ne fe refîemblent point. Il a été ap- 
porté du Cap de Bonne-Efpéranee. Il eft croyable qu'oii le trou- 
veroit aufli dans les mers du Nord. V^. PL 28. Fig. 2. 

Secondement j des Goislands a quatre doigts _, ou qui ont un doigt 

de derrière. 

1°. Le GRAND GoiSLAND NOIK ET BLANC, Larus maximus 

Ccc 



j^6 Histoire Naturelle 

ex albo (& nigro feu cxruleo nigricante varius , Marimis ingens- 
Clufii , Ray Synopf. Il cil prcfque de la grandeur d'une Oie. Il a 
le bec jaune , applati lur les cotés , un peu crochu à fon extré- 
mité ; la mâchoire inférieure , vers la pointe torme en d