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Full text of "L'illustration : journal universel"

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in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/lillustrationjou01pari 





L'ILLUSTRATION 



UM FREIIIER 



^Tlars. Avril, liai. Juin, Juillet. Août 



1843 






J.-J. DUBOGHET, ÉDITEUR 






1^ 




MARVILLE 






— \\ roi.uM'iiit: I. 



uii'., m i: iiVMimrt: , -J. 




r<^^f^ 



mf.. 



Il y a six mois, en ioiulaiii ce iiouvoaii journal, nous avons dil quel était notre hiil. 



Nos espérances étaient hardies : elles n'ont pas été déçues : nous n'avons que des {jràces 
à rendre au puhlic. Il est certain (jue sans ses encourafjements prompts et soutenus, il eût 
été malheureux d'avoir entrepris cet ouvra{;e, téméraire de le poursuivre : un froid accueil 
eût été presque un arrêt de mort. Au contraire, en récompensant , en quelque sorte, à 
l'avance , nos intentions et nos efforts, le public nous a inspiré la conOance et donné la 
force nécessaire pour lutter avec avantaj^e contre de nombreux obstacles, que nous 
sommes maintenant assurés de vaincre. Nous n'avons plus à douter de l'avenir. A défaut de tous les autres motifs 
(|ui nous stimulent, la reconnaissance seule nous commanderait de redoubler de zèle et de nous montrer en tons 
[loints dijjnes d'un succès que nous savons bien devoir surtout à la bienveillance de nos lecteurs. 

De jour en jour plus exercée, plus habile à accomplir ses promesses, l'Illustration sera véritablement ce (|ue, 
dès le principe, nous avions voulu qu'elle fût, un vaste annuaire où seront laconlés et liyurés, à leurs dates, tous 
les faits que l'histoire contemporaine enregistre dans ses annales : événements politiques, cérémonies publiques. 
jjrandes fêtes nationales, désastres fameux, bruits de la ville, morts illustres, biographies coutempoiaines . 
représentations théâtrales, découvertes utiles, expositions des arts et de l'industrie, publications nouvelles, faits 
jjlorieux de l'armée, modes, types, scènes populaires, etc., etc. L'Illistration sera, en un mot, un miroir 
fidèle où viendra se rélléchir, dans toute son activité merveilleuse et son a{>,itation si variée, la vie de la société au 
dix-neuvième siècle. Que l'on imagine l'intérêt de curiosité et l'utilité même qu'offrirait aujourd'hui un recueil 
de ce genre, s'il avait été créé il y a plusieurs siècles et continué jusqu'à ce jour! Combien les descriptions écrites, 
même les meilleures, sont pâles, inanimées, toujours incomplètes et difficiles à comprendre, en comparaison 
de la représentation même des choses! On le répète depuis longtemps : « Les choses qui arii\ent a l'esprit par 
l'oreille sont moins faciles à retenir que celles qui lui arrivent pai- les yeux. >> 

S('i;iiiiis iriil;inl aiiiinos demissa per aurcin 
yiiain qiiœ smit oculis sulijpcia lidolibiis 



^ 



Ces vers d'Horace peuvent servir d'épigraphe à l'Illustration : ils contiennent en germe la pensée même de celte 
combinaison de texte et de gravure qui, après avoir obtenu un si grand succès dans les livres, devait toi ou lard 
ètie mise en application par la presse périodique. L'art de la gravure sur bois est arrivé à réaliser tous les avan- 
tages que le poète altiibuait aux reiireseiilations du théâtre. 



I" Si-plcmlirc ISI.1 







T/^[iL[i ©[la ©[^/a^yi^ia. 



AltCllEOLOUIF.. 

Ecruulcment du Beffroi ilo Valcncicimos 1)7 

Façade loslaurée du temple de Uendenih 141) 

Ruines de Karnac Id. 

Nuliieiiiie dos envii'ons de l'Iiilie d'il 

Minarci d' Vloxaiidiic Id. 

Feiiiiiic de la ll;issc-i:L'y|ilc Id. 

Fcuiiiii's l'L'x |iiiciiiies uflVaiil des rafraicliissc- 
uieiils aVui idicil Id. 

Inlciiciir ili> la Miis;|uée de Morislan, auCaire. Id. 

Culieiiidiillusiniiiiiorard. — (Juenouilleen buis, 
represeiilanl dilÏLTenls sujets 21() 

Collecliun Dusouimcrard — Miroir de toilette. Id. 
Id. Couteau en ivoire, 
représentant le sacrifice d'Abraham Id. 

Collection Dusnm.ncrard. — Aiguière d'étain. Id. 
Id. Etricr de Fran- 
çois I" Id^ 

Collection Dusoinmerard. — Vue de la galerie. 217 

Les Marbres de Magnésie et de Thossalonliiue 
sur l'Esplanade du Louvre 2'<y 

La CoiniHc 04 



C Ait TES ET PI, AXS. 



idlMIl 



elle Hei- 



riaii de l'appartonicul 

ncfeltcr 

Carte générale de l'Algéiie 

Carte de la Guadeloupe 

Carte de l'Aroliipel de la Soiielé 

Plan de la Fointe-à-PiIre 

Carte d'une partie des limites orientales des 

Etals-Unis et du Canada 

Carte d'Haïti 

Ontc des Chemins de fei' de France 

l'Ian de la Chand)re des Députes 

Carte du Chcmiu de fer de l'aris à Orléans 

Id. Paris à liouen 

Plan du Palais des Thermes et de l'Ilolcl de 

Cluny 

Carte du Port d' Alger 

Plan du Port d'Alger 

Travaux du port d'Alger ; 1"' plan 

M. 2" plan 

Huit plans partiels des Fortifications de Paris. . 
Plan i-'cncral Id. 

Treize plans partiels Id. 200. 

Plan de la Salle des Séances île la tllianduv des 



Plan de la Smala 

Une 'J'eiiuiih, plan partiel des Fortifications.. 

Plan du t:hàleau de Vineennes 

Irrigations. Ilï. 1 et 2 — Conduites d'eau le 
long des llaiics <li'S nionlagni'S 

Irrigations, lig. ;!. — Condniles d'eau sous 
les roules, au-dessus et au-dessous des ca- 
naux 

Irrigations, lig. 4. — Balardeau de chômage. . 

CAniCATUnES. 



Paris au crayon , caricature par fiiandville. . . 2!) 

Ouverture du ^iusée, le 15 mais lo 

Les Buses Graves, six vignettes O.i 

L'n dandy, deux vimicttes 70 

La Coméie T 77 

CaricaUni's parlSerlal, ipialorzc viguellcs 173 

Grande \ icioirc rcmporlce sur saint' Méilard.. 3.14 
Une sciMie des l'ctites Hlisèivs de la f'ic hii- 

muiiic. par r.randvillc 3.'53 

tu Tiroir difficile 3S'i 



CONCEBTS. 

Grande salle de la Sorbonne. — Séance générale 

de l'Orphéon 

Salle des Concerts du Conservatoire 

Salle de Concerts de la rue de la Victoire 



EXPOSITION DES ARTS ET DE L'IMDUSTRIE. 

Exposition de la Société des Amis des Arts au 

Louvre. 28 

Salon de 4S43. — 1" vue du Salon carré B6 

Id. 2" vue Id 57 

Vente de la galerie Aguado 68 

Salondel843.— Vucdela Galeriede sculpture. 09 
Id. Le Colin-.Vlaillard , iiar M. 

Giraud 88 

Salon de 1843. — Port de Boulogne, par M. Isa- 

Saloii de 1843. — La Science, par M. Desbœufs. Id. 

Id. LesCondoltieri,pariM. Baron. 89 

Id. Les Crêpes, par M. Giraud.. 120 

Id. Posada navarraise, par M. Le- 

Icux 1-21 

Salon de 18'43. — Translation de la sainte case 
de la \' ierae , p;u' Devéria 184 

Salon de IS'iS. — L'Enfant et le Chien, groupe 
en marbre, par Maindron Id. 

Salon de 1843. — Dn Convoi de blessés, par 
Chailet 1S5 

Salon de I8i3. — l'n Ménestrel, par Couture. . Id. 
Id. Statue de Duquosne, petit 
modèle, par Dantan aine Id . 

Galerie des licaux-Arts, au bazar Bonne-Nou- 
velle. — Galerie Bonne-Nouvelle l'JO 

Galerie des Beaux-Arts.— Châtiment des quatre 
pinuels dans les colonies, par M. Marcel 
Verdicr 197 

Galerie des Beaux-Arts. — Un Bénitier, iwr ma- 
demoiselle de Fauveau Id. 

Exposition de l'Académie de;i'Industric, à l'O- 
ranaerie des Tuileries 241 

Sculpiurcs chinoises exposées au Musée du 
Louvre 33(5 

Statue de Lapérouse , exposée dans la cour du 
Louvre 401 

FLEURONS, CUI,S-IIE-I.A11PE, ORNEMENTS. 

Un courrier 3 

Attributs de musiipie 7 

ritre de la romance intitulée f'«c /'7ei/)- 8 

Frontispice des œuvres de Shakspeare 15 

Attributs des halles lO 

1<I. des beaux-arts 2S 

1(1. des mathématiques 80 

Titre de la romance intitulée Tmit iiinii Amnur. 100 

\ iL'm-llc (les cluMMJns de fer 123 

'id. dcllcurs 150 

Allrilmls des licaux-arls 1S3 

\ ii;nello di' la /'liinmlnnic, chansonnelte 187 

Mtrilmls diamaliques. '. 203 

Télé de la musique intitulée O.S'((/i;(an« Hostia. 228 

V iirneilc eu tète de la Nécrologie 2!ll 

Id . du Courrier de Paris o2'2 

M. desThéàlres XW 

lil. des \muscmcnls des Sciences. 3.i0 
Id. du Imli.'iMi liililioL-raphique... 35l) 
1.1. de la dislrilmliondVsl'rix. 2 vi- 
gnettes .■îSl)-.")!)0 



iiorti(i.i.ti;rf.. 



Fleur du PtuiJnwnia impevitdit 
Id. de VUncidium papilio 



Différentes fleurs et vases en terre cuite de 
M. Follet 18.) 

Pelargonivvi Ztimpa ou CarlUiimm Id. 

Fruits conserves et légumes de .larnin, etc.... Id. 

Exposition des produits de l'Horticulture, à 
l'Oraniïerie de la Chambre des Pairs ISl 

Brassia 'Cawini Id. 

Tuteur anglais pour les Kosiers 323 

Kosier mainicnu par le Tuteur anglais 324 

Rosiers pyramidaux du jardin botanique d'E- 
dimbourg I>1. 

MÉCANIQUES, MACHINES. 

Appaiejldu sauvetage du Télémurjuc, à Quille- 
beuf 4 

Clavier typographique de MM. Youiig et Del- 
cambre 00 

Clavier typographique du capitaine Rosen- 
borg. — Fig. j"', machine à composer (d 

Clavier typographique du capitaine Rosen- 
borg. — Fig. 2', machine a distribuer Id. 

Machine à vapeur aérienne de M. Henson , 
4 IIeuics 81 et 82 

Appareil Rouillet 9J 

Machini' di' M. Arnoux pour transporter les 
ililiiTcncis sur les chemins de fer (la voiture 
sunlevcu) 269 

Machine de M Arnoux pour placer les di- 
ligences sur les chemins de fer (l'opération 
terminée ) Id . 

Airiërc du bàliment à vapeur l'.Irchimède. . . 2!)o 

llcliccs suivant le système de Réunie Id. 

Arrière du Nupolénn. — Hélice 290 

Hélice du Napoléon. — Vue de différents côtés. Id. 

Plan du Napoléon Id . 

Coupe Id Id. 

Le Napoléon , goélette à hélice 297 

Chemin de fer aluiospliéritiue, fig. 1. — Eléva- 
tion d nu convoi en marche sur un chemiu 
de fer atninspln'ricpie. 405 

Chcmm de fer alinosphéricpie, fig. 2. — Plan 
du chemin dr l'cr atmosphérique et Vue de la 
soupa[H' d'entrcc /'. Id. 

Chemin de fer atmosphérique, fig. 3. — Coupe 
longitudinale suivant l'axe du tube de propul- 
sion Id. 

Chemin de fer alinospliériipie, lig. 4. — Coupe 
|ierpendiciilaire au tube et \ ue de face du 
chariot après le passage du piston voyageur. Id. 

Clicniin de fer alinu>phcri(|uc, fig. 5. — Détails 
d'assciiilil;iL'c >W la simpapi- hindtiidiiialc G 
avccIcluli.Ml.' pnipulsiun Id. 

Chemin de l'cr ainiosplicriquc, lig. 0. — Sec- 
tion lrall^vcl■salc dans le tube, après lepassase 
delaligcniclalliqnc '. . Id. 

Chemin de fer atmosphcricpie, lig. 7. — Sec- 
lion transversale dans le tube |H'nilaiil le piis- 
sage de la tige méliilliquc Id. 

nEnAii.i.F.s. 

Décorations militaires des tniupes indiïènes de 
rinde 3 

Médaille coumiiMiiorative île l'inauguration des 
chemins de fer de Parisa Orléans el à Rouen. 150 

.lelou de présence des inainlencui's des Jeux 
finraux 23il 

Médaille en l'honneur de .M. de Lesse[>s i\Z 



Toilelleirhivc! 
Toilette de ma 
Orfèvrerie . . . , 



Costumes d'hommes jiar Ilumann. — Coiffures 

de printemps TO 

Amazone de Ilumann — OmbrclIc-tTdvachc de 

Verdier 15S 

Modes à lu vieille 14'i 

Mantelel .a la vieille. — Costumes d'enfants. — 

Chariot hygiénique 170 

Toilettes de campagne 192 

Costume de promenade. — Ombrelle douairière. 2I>S 

Costume d'intérieur. — Robe de chambre... 22'i 

Ameublement. — Salon Louis XV 24 J 

Chapeau de madame Alexandrinc — Habit 

de H umann 2. 

Toilette du matin 27i 

Toilette d'été iSS 

Toilettes divr-i>es 3.0 

t:lia|»',,n d,' ciépe blanc 3.-.2 

\ icux Ijijniiv. iiois dessins ;1<>S 

Toilette du malin 3S'i 

Orfèvrerie. — \asc commandé â M. Morcl |>ar 

l'empereur de Russie, |K)ur prix de coui-scs. . .40tl 
Orfèvrerie. — Modèle d'elR'c pour le corps di- 

plomatiipie Id. 

Cosiumes de chasse 416 

PORTRAITS. 

Bruat, gouverneur des lies Marquises 

Madame la duchesse d'Orléans cl le comlc de 

Henri Clay . Daniel Webster, John Caihuun, 

hommes d'Etat américains 17 

Abd-el-Kader 21 

M'Naughten Il 

Le général de La Moricicre 37 

Es[iarlero 4'i 

La reine Pomare 49 

M. Casimir Delavianc 54 

F. Halevy Id. 

M. de I.ainarline (i.) 

Madame Grisi 71 

Lablache Id. 

louis Carier S7 

MM. de Boulogne, Deguerry, Combalol U.S 

MM. l.acordaire. île UaviL-naii, Cœur l(,y 

M. le inarcciMd coinlo dKÎIon ||-> 

licivcr, pnsidciil de la république d'Ilaïli 113 

M."i;liaix-d'i;st-\iigc. hàioimier de l'ordre des 

avocats de Paris . 117 

Le colonel l^ivaignac, Muslapha-bcn-Isjuafl,le 

colonel Jiisuf ... 1 2 i 

Portrait en pied de Monrose I3J 

M Sau/ti. président de la Chambre des Depulis 132 
M Sliau -1 elelivre, président Je ta Chiimbro 

des Communes Id. 

Don Carlos 101 

Théodore Colocotroni Ifti 

Polirait en pied du duo de Susscx Id. 

le prince do .MMteniicli 177 

M. MiL-nel I!3 

M. Daûiiou, di-céile le 19 juin 1S40.,, l!)i 

I e ri'ncral Kosas, le eénéral Oribc 2ii.t 

Misiiv-sFiT .". 2t)S 

I l.unnx...': 209 

! OConnell 22.> 

Le docteur Clialincrs, le docteur Piisey 2ri 

Timoieo I laaiilio el Williams Richards, eiivoyo 

des lies Sandwich. 2Vi 

Le lieulcnaiil-gencral l^hanganiier 25? 

Alexis Bouvaixl 2.>ii 

Dona Francisca de Brairanco, princossc de Join- 

ville '. 2.S7 

Don "iVdro II. cmiH-reur du BK-sil, frère de la 

princesse de Joinville Id . 

Doua Juanaria, s;iur de la princesse de Join- 
ville M. 



\ 1 



INDI-X. 



irei lu 



'ili' le 15 juin 



Thninirc, cisPli 

l.ailvSalc • • -i'S 

.lolin Suiïlcton Buplev. baron Lyndliursl, graiiil- 

ohancelicr d'AiiL-lolciTC 2S() 

M. I>ii>i(|iiici'. l'hiiMclior ilo France, prcslduiil 

■ lirs T(l. 

r •>jjuln 18i3 291 

ind, déccdoe le "25 juin 

Id. 

Porlrail on pii'd du livre Charles d'UgnIsanli 
reli;:ien\ du MhmI-I ;irmc'l 

S;u 'I llidiunnann. ,|it,mI,' 

rurlr.iil .'U pieil .lu .In. .l'iii 



de la c;iia 
.KiIl.i .Murray, ,|r. 
.Madeuioiselle l.eii. 

•ISiS... 



Le Mar 
Ma.laiiM^I.. 
I.e ï.'ii.'iMl 
El-Nl.vaii,: 

l'orlr; 

Ainu.'.l 1... 
Leiuar.vl,,, 
Mendizabal 



Il Si.li-.'l-M' 

.l.'l.. 



iiillel 1S']3 
, par Ualïel 



nia- \iui; 



, D.jua 



ii.mI .1 I l-AlMiiidi 

ha, Ii.^ .I|. Tunis 

i i;'i..aii.l 

, eK-uiinislre des l'inanei 



3J'i 
3U5 
3u7 
311 
32S 
337 
3'iU 
... Id. 
. .. 3uy 
. . 3Sd 



];s- 



paL-nc 

.• ^t'Hélai Priin, comle de Reuss 



FKOBLËnES D'ECHECS. 



Ciripic Olympique — Les Clowns anglais.... 2'i8 

Vaudeville. — Lnïsn, I" aelc : l.oïsa, madame 
Doelic ; Ernest de Kerviu , l.aferriérc 301 

Opéra. — OEdipc ù Cohue, 3' acle : OEdipe, 
I.evasseur; l'olynioc, Massol; Antigonc, ma- 
dame Uorus. . . ". 331 

Opéra. — La Pvi-i, ballet lanlaslique, 1" acle : 
mademoiselle Carlolta Gris! el Petipa. — 2' 
acte . |)asde l'Abeille, mademoiselle Carlolta 
Grisi 33-2 

Variétés. — Les Contrebandiers, ballet espa- 
gnol 333 

Porte Saint-Martin. — I.énore, lin du 3' aele : 
VVilhclm de Lutzow, Clarence; la comtesse 
Diane de Valberg, mademoiselle KIotz; le 
vieux strélitz, Raucourt 3i.S 

Vaudeville. — Madame Barhe-Bleuc , deux 
scènes . 1'^' et 2° acte W- 

Tliéàtre-Fraiicais. — Les Demoiselles de Saint- 
Cyr : lin du 1 " acte 337 

Théàtrc-Françtiis, — Les Demoiselles de Suint- 
Cyv : mademoiselle l'icssis, Charlolte de 
Meiran Id. 

Tlicàlre Français. — Les Demoiselles de Saint- 
C,/r .■ Itcgnier, Uuboulloy Id . 

ïlicàtre-FraiH.-ais. — Les Demoiselles de Saint- 
Ci/r : Finiiin.Saint-lli'reui Id 

riicàtre-Framais. — Les Demoiselles de Sainl- 
Ci/r : 3' acle, mademoiselle Anaïs, Louise 
Mauclair 1'' • 

Théâtre Ue la Gaieté. — La Folle de la Cité : 
mademoiselle Georees 3S8 



REIIUS. 



Ii; _3) _/,s,_r,'i, — SO, — >.)l), — ll'2,— 12-i,— 
i vi, — 1 iiO, — 1 /li, - l!f2. — -2.1^, - •22'i, — •2'itl, 
— •25(i,—27'2,— es i,-3 1^,-3 >.l, — 33(\—.i.>-2, 
-36S,-3Si.— 4JU,-41(i. 



SCÈNES DE I.',lE«ÉniE. 



rreiU. 



. 21 
. 37 

. 12'4 

. 123 
. Id. 
. Id. 



\ral)es irréguliers. 

Retour à Chei'chell —Passage d'un 

Passage dans un délile 

Ane de Mascara 

Tenles arabes 

A ui- <\r M..slauan.Mii 

Epi^.i.l.' .l'un.' ia//ia, par des réguliers d'Abd- 
cl-Ka.l.r, sur d.'s Arabes soumis 2'21 

\ ne d.' C.ill.i, pics ijinslantine 252 

Prive ,1e la Smala 233 

Mort .lu L'.Miéial Miislaplia-hcn-lsmael Id. 

Caclicl ilAb.l-el-Ka.ler Id. 

Drapeaux arabes enlevés en iiiéiiie Iciiips ipiela 
Smala, et déposes aux Invalides, le l'^juil- 
lel IS'i3 311) 

SCÉKES DHAKIATIQUES. 

Palais-Royal. — Les Deux Anes 13 

Théâtre-Français. — les Hiiriirares : licier, 
inl.> .le l'ié.leri.- Ilarliennisse, en iiieiiilianl : 
ina.l.nn.n-.'ll.- ILniain, inl.. .1.' R.'i:iiia; iiia- 



SCÉWES DES TRIBUWAL'X. 

Pn.X'i'S lie M'Naii;:liten. Cour criiiiiiielle 
traie de Londres 

\ ue de la cour d'assises du Biabant, aRru\f 
( Procès Sirey ) 



TIPES ET SCEKES POPl I./\IIIES, 



Promenade du ISiruf Gras 1 '2 

In al'licheur 13 

Une voiture de masques r>2 

Le dernier Bal masqué de l'Opéra 53 

Entrée de la sixième chambre de police correc- 
tionnelle S5 

Le Paradis du théâtre des Funambules 93 

Longchainp.— L'Obélisque et les Champs-Ely- 



. lO'i 

lus 

12J 
l'i8 
IV.) 



\\r 



.■.l.'.l.'dll 



alilln 



S.enc .lu ileini.'iiie acle ; liarberousse se fait 
reconnaître; Geoffroy, rôle d'Olbcrt; Reau- 
vallel. rôle de .lob 25 

Opéra. — f'/mi/ci- A'/. — Troisième acle : Le 

Corlege 40 

Cinquième acle, dernière décoration : ma- 
ilaui.' Sloliz, rôle d'Odette; Barroilhct, rôle 

de Charles VI 41 

Madame Dorus, rûlcd'Isabeaii ; Dupiez, rôle 

du dauphin 42 

\'arielés. — Un Mariaqe mi Tambour 55 

V audeville. — La Niairclle l'sycliù : Bardoii 
cl madame Tlienard Id. 

Thcitr.'-Ilalieii — l ne scène de Don l'asr/uale. 

deuxième acte 72 

Gymnase. — Une scène de Georges et 'l'hérèse: 

mademoiselle Julienne '.)2 

Palais-lloyal — Costume du rôle principal dans 

le vaudeville Mademoiselle Dèjuzel au Sr- 

ruil Id. 

Cirque-Olympique — LcsSauleurs maiocaius Id. 
Phili[)pe le piestidigitaleur, au Bazar Bonne- 

iN.juvelle 93 

V ari.'t.'s. — Les Danseurs espagnols 111) 

Tli.'.ilr.'-i'iaii.ais— 1 n.' scène C\f -I udith : iiia- 

.l.'in.jis.'ll,' Ha.h.'l, lùle de Judith; Beauval- 
l..-l,n-.le,Mlol.,piieriie J36 

A'aiid.'vill.' — Pne scène à'Hermanee : mes- 
ilaiiies l'Ii.iiar.l el Page, inesdeinoiselles St- 
Mar.- et Caslcllan Id. 

Opeia-C.iiniqiie. — Une scène du l'iiits d'A- 
mour : Audran, rôle du comte de Salisbury; 
iiia.lame Thillon, rôle de Géraldine; m.ade- 
moiselle Darcicr, rôle du page 137 

Odeon. — /.î/creci; .• Brute, Bocaiic; Lucrèce, 
madame Dorval .' 1 fis 

Dernière scène de Lucrèce 1,1 

Palais-Koyal. — Voyage entre Ciel et Terre.. . 109 

1.1. — Les Canuts Id. 

Gymnase.— Le .Métier à laJacquart: Bouffé 
el Klein . Id. 

Puric-Saiiil-Marlin —Mademoiselle de La Val- 
libre : scène du troisième acte 1811 

Palais Royal. — La Fille de Figaro; (piatrième 
acle : mademoiselle Farcrueil el madame Per- 
non : 204 

L' Incendia di Babyloniu : scène lA'^' du premier 
"cte 21 j 

Opi'ra-Comupie. — Luc scène A'Ant,éli/jue et 
■^Ird'ir ". 237 

Cinpi,' -dlyinpi.pie. — AurioL — L'Équilibre 
d.'s l,.,iiieilles 24S 

(ir.pic-Oiympiipie. —AurioL — L'Êcpiilibre îles 
'liiiises- Id. 



Longehamp. — Une scène de Longchamp . 
Les vrais Débardeurs, dessin de Daiimier 
Divertisseinentsdiil"iiiaiaii\Cliaiiips KIvs.' 
Id. le lVM.l\,iiili.-V.. 

Les Plaisirs des Champs-Elvsces. — L'Attelage 

de Chèvres ." 231 

Les Plaisirs des Champs-Elysées.— Le Pesage. 232 
Id. " Le Dyna- 

momèlre Id . 

Les Plaisirs des Champs-Elysées. — Le Physi- 
cien ■. -233 

I cv Plaisirs des Champs-Elysées. — Les Chan- 

li'iir-. ambulants Id. 

l'èle de C.urbeil. — Scène de saltimbanques. . . 2()'i 
Fcte de Saint-Germain. — Jeu du Tnurniquet. Id. 

Id. Jeu du Baquet 265 

Fêle de Nanlcrre. — Conduite de la Rosière a la 

mairie Id. 

Fête de Nanlerrc. — Couronnement de la Uo- 

sbre Id. 

Fêle de Nanleric. — Jeu des Ciscau\ Id. 

Dépari île la pelite propriété pour la campagne. 270 

Dé|iarl de la haute el moyenne classe Id. 

Le (.rieur de Séraphin 2/8 

Scène d'insurrection à Barcelone M3 

Entrée du Bal de Sceaux 3lfi 

Bal de Sceaux Id. 

Promenade de Gavant , le eèant de Douai , 

U juillet ' .' 317 

Un Aleeting 3"21 

Annivei'sairedes Fêles de Juillet. — Distribu- 
tions de secours par les bureaux de Charité. 344 
Foire de Beaucaire. — Gitanos , marchands 

d'.'ines 343 

Foire de Beaucaire — Pré Sainte-Madeleine. . Id. 

Les Badauds 36J 

La Pleine Fan 361 

Orateur appelant I.' p.'iiple a ^o prononcer .... 373 
A'illag.'.iis espagn.ils l'nyaiil .levant Van Ilalen. Id. 
l ne scène d.' l'iiinunciamiento a Séville. .... 3!*3 



VAIIIETES. 



Translation de l'Epéed'AustcrlitzauvInvaliili^s, 

deux vignettes 44 

Voyage ou il vous Plaira 47 

Le "Rat Amoureux 58 

La Vengeance des Trépassés.nouvelle.l" scène. 73 

Un autre Monde '. 7i) 

Méthode Wilhem M. 

La Vengeance des Tré|nssés , 2" scène Hi) 

Une vue des Alpes bernoises !i5 

La ViiiL'.-aii.e .h's Tréj assès, .3' sinHie 105 

Le dinianelie .le^ Baineaux. — Portail laleral de 

Saml-l nslaelii- 108 

lue l'i.'.lnali.ni a Sriinl-Riieh 409' AI;i 

Mariai'.' .le la pniii esse Cleiiienline 117 M. 

La V|.ni;.'aii.a'.l,'slrepass.'s,4'-scéne 121 \ i 

Slalue l'ipiesirc de ^apulèon 127 

\ ente puhliiiue au profil de la Guadeloupe dans 

la Salle de la Heine, au Palais-Uoyal l'29 

La Vengeance des Trépassés, 5' scène 137 

Charles-Marlel écrasant les Sarrasins 143 

Les Aventures de Jean-Paul Chopparl, deux 

vignettes id. 

La .Silint-Philippe — Prcsenlalion du Corps di- 
plomatique 1 55 



La Saint-Philippe. — Sérénade de tambours 

dans la cour des Tuileries 146 

La Saint-Philippe. — Salves d'artillerie aux In- 
valides I'i7 

Le Jardin-des-Plantcs, groupes d'animaux, 

quatre vitrnetles 139 

Balaill.Ml.'sî'yraini.les Id. 

Aiiiii versai IV du o mai 16J 

La Comédie liuiiuiine de .M. de Balzac, deux 

vignettes 175 

Voyages en Zigzag, ou Excursions d'un pen- 
sionnat en vacances, trois vues des cantons 

suisses et deux vigiieltes 191 

Napoléon adoré dans un temple chinois 192 

Une scène du Tourbillon de Neige, nouvelle. . 2111 
La Cour du Grand-Din-, imiivelle, 1'° scène. . . 213 

La Galvanograpliic, iivis vi^'iielles 236 

Le Livre des Petits Lnranls, .lix vignettes 239 

La Cour ilu Graii.LDii.', 2 s.ene •24.-) 

Fal.li'Ml.' Flurian. — Lis .l.'iix Voyageurs... 2-).t 
1..' Maj..r Aii'-p.'.li, ii.invcll.'. — Le major Ans- 
pe.li , mademoiselle Giiniiaril et le chevalier 

de Palissandre 2()4 

Tombeau de Jacques de Rourgoin dans l'église 

de Saint-Spire a Corbcil 263 

Tombeau de messire Aymon, comte de Corbeil, 

dans l'église de Saint-Spire, a Corbcil 26'i 

Berceau du roi de Home 2liS 

Psyché donnée à l'impératrice Marie- Louise 

par la ville de Paris Id . 

Di'tails du miroir donne par la ville de Paris a 

Maii.-Lonise ! bl. 

\nins,inriiN .l.'s .Sciences, quatre figures 272 

I a.l\ .^ali' dans la prison de Caboul 2/3 

l;aii;n.'iir laisanl prendre la lame 277 

Clianil.iv il.'s Pairs. — La Pliil.isopbie dévoi- 
lant la Venl.'.p.'inliir.Mlu plaf.ai.l de la Bi- 

l.iii.liie.pi,., pur Ui.'ssner -27!) 

I lianiliiv ,lrs Pans — 1 llivl.iiiv, p.'iiilui'e du 

plalun.l M.' la r.il.liMili..|u.-.par UiessinT Id. 

\ .iv.iiivs .ai /ii;/ai;, .ni Ix.iiiM.piis .liin (mmi- 
smnnat en vacances, onze vignettes ; vues et 

scènes diverses 2S4-S3-Sy 

Alain ïauchc de l'iinpéralrice Joséphine 292 

Une I T.nsiillalion de Mademoiselle l.cnorinand. Id. 

I c Majur \iisp.Tli . ï'- scène 293 

Nuiiv.'lli's .lu Mus.iim d'histoire naturelle. — 

l.el.-ii 1 r.iiL'.'is 302 

Nouvelli's lin Mon nm d'hisloire naturelle. — 

La Gcii.'ite llcrii.v Id. 

Histoire de >a|iol,ou. — RalaiUe des Pyra- 
mides 303 

Collection des types, etc. — Grenadier a cheval. Id . 

Sept vignettes des OFuvres de Molière 319 

Nouvelles du Muséiun d'histoire naturelle. — 
Lion d'Arabie envoyé par le docteur Clot- 

Bev ■. 3'2'i 

Nouvelles du Muséum d'histoire naturelle. — 
Gui'pard d'Abyssinic (invoyè par le docteur 

i;iot-Bcy 323 

Nouvelles" du Muséum d'hisloire nalurelle. — 

Civellcs M- 

Nouvelles du Muséum d'histoire naturelle. — 

Paradoxure Pougonié. Id . 

Santa-Anna et son aide-de-cainp Arista 337 

Saiwurs-Ponipiers. — Costume de service 339 

1,1. Granile tenue 3'i() 

Id. Attributs Id. 

kl. LeSinistre Id. 

Id. Alanuuvre.le l'èclielle a 

crochets 3'i1 

Sapeurs-Pompiers. — A[)pareil Paulin Id . 

Id . .Maniruvre du sac de sau- 
vetage l<i • 

Monument l'Icvc a la mémoire de Georges 

Farcy, place du Carrousel 344 

Galerie" souterraine des tombeaux sous la Co- 
lonne de JuiUel Id. 

Aventures de Don i,)uicholle, six vignettes 351 

Ascension forcée du jeune Guèrin, a Nantes, le 

16 juillet 1843 352 

Ferme galloise pillée et incendiée pendant la 

nuil par les Rébeccaites 333 

Une scène de la nouvelle intitulée : L'ne Sur- 
prise de Nuil 359 

Marghcrila Pusterla. — Chapitre V', huit sra- 

vures 36':i-64-r)5 

1 es Automates de M. Stevenard. — L'Escamo- 
teur; le Joueur de Fli'ile; le Magicien 372 

Mareherila Pusterla. — Chapitre II, cinq gra- 
vures 37!i-80-«1 

I es [irisonniers s' échappant de la Force 3SS 

Le Lizard et le réloce 38li 

Alariherita Pusterla. — Chapitre III , quatorze 

gravures 39 'i-93-9f)-97 

Problème de dessin 400-416 

Soldais du Texas 404 

la Tache au collet 4j7 

AlaraherilaPuslcrla. — Chapitre lA', treize era- 

vilres 410-^1-12-13 

Gil Blas, trois vignettes 415 

Amusements des Sciences, une gravure 416 



77 
Id. 
Id. 
Id. 
1-28 
Id. 



A'ue de la Seine el du pont des Saints-Pères. — 
Titre du Journal 

on ilii GiiiiviTiieur dos lies Marquises... 

M.iiiuin.'nl «le \l..liére 

\ m- .l.'niiill.'li.Mif 

Maison de iiiademoiselle Heinefellcr, a Bruxel- 

Chambrc où est mort M. Sirey 

Hôtel de l'Europe à Orléans 

Heslruclion de la Pointe-à-Pilre 

Aue de la grande rade, d'une partie de la ville 

avant le désastre, el de la soufrière 

Bal de l'Hôtel-de-Villc 

A'uc de la baie de Papè-Ili, a Taïti 



\ue de l'Entrée extérieure du tunnel de \a Ta 

mise 

Vue du Grand Escalier du tunnel 

Vue de l'Extrémité inférieure du lunnel 

Vue des deux voûtes du lunnel 

Omnibus nouveau modèle 

1(1. vu jKir derrière 

Salle des séances de la Cbamîjre des Disputés. 133 
Chemin de fer d'Orléans. — Vue de l'embarca- 
dère de Paris 151 

Chemin de fer d'OrliJans. — Vue de la passe- 
relle [irès du château de Trousseau Id. 

Chemin de fer d'Oiléans — Passage sous la 

roule de terre, à la Cour de France 152 

Chemin de fer d'Orléans. — Viaduc en face de 

Villemoisson. Id. 

Chemin de 1er d'Orléans. — Viaduc sur la ri- 
vière de l'Orge, en face de Villemoisson 153 

(diemin de fer d'Orléans. — Débarcadère à Or- 
léans Id. 

Chemin de fer de Paris à Kouen. ^Rôtissage 

du liipiil' a Maisons 154 

Cheiniii .II' 1er .le Paris à Rouen. — Transport 

du b.eiiï.l.v.Mipé Id. 

Chemin de lenlc Paris à Rouen. — Repas des 

ouvriers a Maisons 155 

Chemin de fer de Paris à Rouen. — \ oitiire des 

princes, vue de profil Id. 

Chemin de fer de Paris a Kouen. — Vue inlé- 

ricure de la voilure des princes 1 oG 

Chemin de fer de Paris a Rouen. — Pont de 

Alaisons Id. 

Chemin de fer de Paris à Rouen. — Tunnel de 

Rolleboisc 1 37 

Chemin de fer de Paris à Rouen. — Tunnel de 

Tourville M- 

Vue du théâtre du Havre avant l'incendie ilii 

2S avril 18/|3 Ki» 

ll.Mi'l Pan. II. 'a li.iiirges, habité par don Carlos. 161 

CiMiisrs.li' hai.'s au Cliamiwle-Mars 164 

IVsv: ■sj.,.-Uys Id. 

Tiaitement du i-lieval après la course Id. 

Chapelle de Notre-Daine-des-Flainmes, à Bcl- 

levue 16l> 

Intérieur de la Sucrerie de betteraves de Chà- 
teau-Fravé, près Villeneuve-Saint-Georges, 

1" vue.". 1*1 

Intérieur de la sucrerie de betteraves de Chà- 
leau-Fravé, près Villeneuvc-Saint-Georees, 

2Mue."..... 172 

Hôtel Lambert , voûte de la grande galerie , 

1" vue 193 

Hôtel Lambert, voûte de la grande galerie, 

2' vue Id. 

Hôtel Lamberl, intérieur de la cour 196 

Id. vue prise du quai Id. 

Courses de Chantilly 2J0 

Id. Lvon. .". 201 

Ane de Montevideo, capitale de la rèpubUque 

orientale de l'iruguay 205 

faux de Versailles. — Fontaine du Poinl-du- 

Jour ■ 211 

Eaux de Versailles. — Bassin de Saturne ou de 

l'Hiver Id. 

Eaux de Versailles. — Pii'ce du Drason 212 

Id. Char d'Apollon Id. 

Id. AvenueduTapis-\crt.. 213 

Restaurant Ledoyen (Champs-Elysées) 234 

Vue de l'île d'H'oiioloulou dans l'archipel ha- 
waiien 244 

A'ue extérieure du Cirque N'allouai des Champs- 
Elysées 

A'ue intérieure du Cirque National des Champs- 
Elysées 249 

A'ue de la ville de Cork, en Irlande 260 

Cour intérieure du château de Dublin Id. 

Hôtel des Postes, à Dublin 261 

Les Bains du Havre 276 

Id. de Dieppe 277 

Id de Bouloene-sur-AIer Id. 

Salle des séances de" la Chambre des Pairs. .... 28 1 
A'ue extérieure de la nouvelle Eglise Lulhc- 

ricnne à Paris 2SS 

Tombeau de Casimir Pèricr 2ii2 

Id . Garnicr-Pagès "293 

Aue extérieure de la maison ou est mort le duc 

d'Orléans 307 

Char funèbre du duc d'Orléans 3JS 

Décoration extérieure de Péglise Noire-Dame. Id. 
Décoration intérieure id. Id. 

Esriise de Dreux ''i- 

Chapelle Sainl Ferdinand, a Sablonville, inau- 

ïurée le 1 1 juillel 1843 Id . 

Viie de Bani'l.iii.' i-l ,1.' Montjouii'h 312 

Le Fort .In \l.nil-\ al.'rien 314 

Vue de la Salle de T Institut 32!) 

Sainl-Germain. — A ue du Jardin et de l'établis- 
semenl de Concerts de M. Gallois, au pavillon 

Henri IV 256 

Saint-Germain. — Vue du Cabinet en rocaille, 
avec sculptures altribuées à Jean Goujon, 

dans le pavillon Henri IV Id . 

Entr. V .l.'s Bains l),'lii.'nv, quai .l'Orsav 3611 

\ ne inl.'n.'Uiv.l.'s liaiiis ll.'li:;iiv, .piai .l'Orsav. 361 

.\,niv,ile P.,rl.' .l.-l ll.'ipilal.l.' la (liante 372 

\ ne lie rElablisscmenl iheinial d'Eiighien 376 

I auv-Bonnes Id . 

l'Ialilissement thermal de Bareges bl. 



2'i8 



Ean\ .le Baenères de Liichon. 
l.aiix .II' Hainèr.'s.le Bisorre . 

1 .'S Kaii\ .In M..iil-n.irê 

Mais. .11 .111 est n.' (rConnell. . . 
Le Fort de Sainl-Jcan d'Ulloa, 
Camps d'instruction 
lan,près Rennes 



... 377 

kl. 

Id. 

383 

Vèra-Cruz . . 404 
Vue du camp de Plé- 
41.8 



Camps" d'instruction — Tentes de soldais kl. 

Id. Manteau d'armes el 

ïuérite de paille Id. 

Caïnps d'instruction. — Camp de Plélan , en 

Rrelairne. — Grandes manœuvres 409 



INDKX 



T^[BLi ©la /ai^iraeLEio 



Aradcmie des Sciences morales et politiques. 

— F.loee (le M . I launou par M . Mignct 193 

\cadt'miê des Sciences. — Compte-rendu des 

travaux dcimis le commencement de l'an- 
née 217-23'i--258 

.académie de; l'Industrie. — Exixisilion de juin 

lS'i3, a l'oranL'eric des Tuileries 241 

Acadcmie Française. — Séance publique du 
jeudi 29 juillet 1S43, présidée par .M. Flou- 

reris. ilirrcii'ur 321) 

Amnsciiicnls ilcs .'-l'icnces. — rrolilèrnes a ré- 
soudic I U2-20S-224-2'it)-25(i-2/2-2SS-32d-33G- 
36S-3S4-4IIII-4JG. 

Agriculture. — Des Irrigations 37'i 

Aiimcd-Pacha, bey de l'unis 3(i!) 

.Inyi'liquc et Méjor. — Opéra-tiomiiiuc 237 

Anniversaire du 5 Mai KiO 

Anniversaire de la Délivrance d'Orléans Kio 

Annivei'saire de Juillet. — Les Fêles polili(|ues. 343 
Ascension du ballon de .M. Kirsch emportant 

un enfant 332 

Assassinat de M. Drummond par M'Nauglilcn. 

— Les assassins des ministres anglais, etc ... (i 
.hsassin de Boyvin (^V). — Lucrèce à Poi- 
tiers. — Gymnase 247 

Automates de' M. Stevenard (Les) 372 

.tulrr l'urt du W»6/e (f). — Palais-ltoyal... 33:i 
liiiiserpar lu fcnctre [Le). —Gymnase"... . 387 

Bal de l'Opéra (le). — La Mi-Carcme 32 

Bàlimcnls a Hélice —Essais au Havre. — Le 

Xapiilnii,. ïiiéicitc â hélice 295 

Beffroi (Ecrijuicmont du vieux) de Valcn- 

cienncs 97 

Bœuf-Gras (Promenade du) 1] 

Bonaparte en Suisse. — Théâtre de Lau- 
sanne • 300 

Bugeaud (M. le maréchal) 383 

Buflelin commercial. — .Mercuriales . . 16-32-48-6'i 

Burgraves { Les) . — Théàtro-Fiançais 23 

Caisses d'Epargne (Des) 102 

Camps d'instruction. — Camp de Lyon. — Canq) 

de Bretagne 407 

Caricatures par Berlal 173 

Caumartin (.\I.) et >1. Sirey 4-1 16 

Ce qu'annonçait la Comète 81 

Chaix-d'Est-Anee (M.) 116 

Chambre féerie (La). — Un Péclié. — "N'au- 

deville i.l 

Cha{)clle Saint-Ferdinand (La), à Sablonville. — 

Anniversaire du 13 Juillet 307 

Charles f^I. — Opéra 3U-54 

Chemins de fer en France (Les) 123 

Chemins de fer. — Médaille frappée à l'occa- 
sion de la loi du 11 juin 1842 laJ 

Chemins de fer. — Inaiii^oraliini du chemin de 

fer de Paris à Orlc:iiis 2 iii;ii IS'i3) loJ 

Chenu'ns de fer. — InaUL-uralinn du chemin de- 

fer de Paris a Bcmeii (3 mai 1843) 15'i 

Chemins di' fer .ilmosphérique 4 .4 

Clmiiiiiiiic niiisii-ale 7-71-101 

Circonstances atténuantes (Des) 86 

Ciniue des Champs-Elysées (Le). — Auriol. — 

Les Clowns anglais 2'i7 

Claviers typographiiiucs (Des) 3!) 

Comète (La) 6'i 

CommissairePriseur (Le) 1 23 

Contemporains illustres (Biographie des) 17 

Concours aux Ecoles spéciales 307 

Contrebandiers (Les). — Variétés 33 i 

Correspondance. — Réponses 30-22 i-32J- 352 

Correspondance. — Lettre d'un abonne sur 

les inrcu.lics d.' llii'àliv 170 

Courrier il.' l'ans. ;i.)-.>l-66 83-'jy-11.5-129-16l- 

r,i)-\ <J4-2.)y-2ai-242-2 )7-27S-2S9-3u3-322-3:iS- 

3.53-370-380-41)1. 

Cours scientifiques 13J-3C2 

Courses au Champ-de-Mars l'i'i 

Courses du Champ-de-.^lars lii'i 

Courses. — Courses de Bordeaux. — Courses de 

Chantilly. — Courses d<- Lvon 2J0 

Cour du Grand-Duc (La).— Nouvelle. 213-2:î0-2'i3 



Cuisines (Les). — ^'ariéles I SS 

Curé (Le) .Médecin. — Nouvelle 2-2> 

Danseurs espagnols (1 es) 116 

Demoiselles de Saint-Cyr (I es). — Tliéàlrc- 

Français 34'/ 

Dernier Bal de l'IIôtel-de-Ville (Lej 31) 

Description de la machine à vapeur aérienne de 

M. Ilensim ,S3 

Détails sur le Désastre de la Pointe-a-Pitrc 3'i 

Deux .Ines(f^s). — PalaisHoyal 13 

Doux .Mariiuises(Les). — (.omi:Au: 282-207 

Deux Sœurs (Les). Gymnase 333 

Distribution des Prix de l'.\cadémie des Jeux 

Floraux 231 

Distribution des Prix du grand concours 3S!) 

Don Carlos Kil 

lK)n Juan ( Note prélinunairesur la fin de) . . . ISti 

Don Juan. - Chant dix-septième 186-198 

Endiellissements de Paris. — .Nouvelle l'orle de 

l'Hôpital de la Charité .371 

Erlon ( .Notice biographique sur M. le maréchal 

comte d'j 112 

Erratum 416 

Fspartcro 10-43 

Etablissement d'une Ecole des Arts et Métiers a 

;23 
376 

2jS 



Eté du Parisien (1.) 273 

Etrangers célèbres à Paris. — Mistress Fry .... 

Eludes sur Lucrèce. (Premières refirésentàtions 
des pièces de théâtre hisii>iii|iii>; 

Eulalie Pantois. — AmiIiil'ii-I .(pMiii|iie 

Femmes françaises auteurs dramatiques 

Fcmmecompromi.se (Lu). — Quand V.imour 
s'en va. — Vaudeville 

Fétcs de la Saint-Philippe (Les) 

Fêtes des Environs de Paris.— La Fcte de Saint- 
Spire a Corheil. — La Fcte de Saint-Germain. 
La Fêle de Nanlerre. — Le Bal de Sceaux. 263- 

Féte ciiininiMiale de Douai 

FUIr de F,„„rn 7.«). —Palais-Royal.. 

Foire de Bcaiicairi' fl.a) 

Folle de lu Citv iLu). — Gaieté 

Franccsca. — Gymnase 

Frontières du Maine (Les) 

Funambules (Le Paradis des) 

Gaïffer et le Succès. — Odéon 

Galerie des Beaux-Arts au bazar Bonne-Nou- 
velle 

Galvanographie (De la) 

Georges et Thérèse. — Gymnase 

Gouverneur (le) des iles Marquises 

Grandes Eaux de Versailles (Les) 

Haïti (Mouvement insurrectionnel .a) 

Hermunce — Vaudeville 

Histoire du Monument élevé à Molière 

Homme de l'util:' L'\.— Palais-Koval 

Horliculluiv Urvued') ". .. 75-18J- 

Hôlel Lambert Mise en vente de 1') 

Iles Hawaii (Sandwich). — Dépulation au roi 
des Français 

Inauguration d'une nouvelle Eglise l.utérienne 
à Paris 

Incendie du théâtre du Havre 

Jérôme Paturot (Un chapitre inédit des .Mé- 
moires de; 

Jeune et la Fieille Garde (La). — Variétés . . . 

Jeune Lapin et le Renard Le). — Fable 

Judith. — Tlic;,irc Fr.iiiiMis 

Kollowratb-I lMll^l^lll-l^i le comte,, ministre 
de l'Intérieur iii \nlrh lu' 

Lamartine (M de , pucic ci uraleur 

Lcita ou la Pi'ri. Iiallrl raiilasliqiie. — Opéra. 

/,c/io/-e. — Poric-Saiiil-Martin 

Lizard ( Le) coule par le I éloce 

Locomotion aérienne ( Lettre sur la) 

l.ongchainp 

Louis Carrer. — G. Berchet. (Poètes italiens 

contemporains) 8:)- 

Lucrèce. — Odéon 134 

Mademoiselle Dèjazet au Sérail. — Palais- 
Roval 



Mademoiselle de Larallière.—Voni'-Sil-'SlaHin. 18S 
Mademoiselle Jiose, — La famiile Jieoneciilc. 

— L'Hameçon de Phénix. — Odeon 203 

Madame Barbe-Bleue. — \ audevillc 347 

.Mai (Le mois de) 233 

Maison oii est né 0'0)nncll 3S;> 

Major Ans|H'ch (Le,. —Nouvelle 261 --.'93 

Manuscrits de Napoléon. — Lettres sur la Corse 

a M. l'abbé Raynal 22-38-70-16» 

.Marbres (l.esj cle .Magnésie et de Tliessalonique 

sur l'Esplanade du Louvre 28J 

.Marcellangi- (Affaire) — Rejet du |K)urvoi de 

Jacipics Besson 6 

Margherila Pusierla. — Koman.. 363-379-394-410 

Mariage au Tambour [Le). — \ ariétés Tt:y 

.Mariage de la princesse Clémentine 117 

Marocains [Les). — Cirquc-Olympiquc 91 

Marquis de i/uinsc sous [Le). — Loisa — Vau- 



deville. 

Martin Zurbai 
Ma\imc Mlle; 



contre V. llueo . 



Mcdaillcc 

M.'ClillL'S ( 

M.Mri.iu'vs 

Mnirniirl 

Mcllermcl 

Met 

Met: 



300 

311-373-390 
7 



I honneur de M. de Lcsscps 313 

I Irlande Les) 321 



l^>;ilc 273 

\r |irii..,. dej 177 

L ne soirée chez le prince de) 17S 

« lu Jucquart [Le). — Gymnase 169 

et la Quenouille ( Le). —' N'arictcs 247 



.Miscellanées. — Exi)osition de la Soeiélé des 

Amis des Arts ... . 28 

Miscellanées. — L'Habit et le Moine 75 

M'Nauïhten. — Montelv. — Les Burgrares. . 21 
Modes.' 16-32-'i8-S0-9'l-J28-144-l76-192-22'i-24U- 

?.58-272-2S8-32d-33i-368-3Si-'il6. 
Mujurs parisiemies. — Ce i|n'il v a dans une 

goutte d'huile .' 406 

Montély (Affaire; 7 

Montevideo et Buenos-Ayres. — Les derniers 

évi'nemcnts .' ' 2J4 

^lonumenl de .Molière (Le). — Poëmc couronné 

par l'Académie Française 32S 

Mouvements religieux. — Le Schisme d'Ecosse. 

— Le docteur Pusey 213 

Nécrologie. — Théodore Colocolroni. — Le duc 

de Sussex 165 

Nécrologie. — Lacroix 20;> 

Id. Bouvard 256 

Id. Thouiire 268 

Id. John .Muiray. — Mademoiselle 

Lcnormand ". '. 2iH 

Nécrologie. — Samuel Hahnemann 303 

Id. J.-P. Cortot SSe 

Notre But 1 

Notre-Danie-des-Flammes , (Chapelle de) à Belle- 
vue. — Anniversaire du 8 mai 166 

Nouvelles diverses 3 

yourelle I^sgclié [La). — Aaudeville Oo 

Nouvelles du Muséum d'histoire naturelle. — 

Animaux récemment aiTivés 3jl-^2'i 

Mourelles a lu Main [ Les). — Variet(=S 3s7 

Observations météoroloïiques, S0-96-I76-23.-29J- 
338. 

OEdipe à Colone (Reprise d'). — Opéra 3.30 

Ogresse [L'). — Palais-Royal 387 

Omnibus nouveau modèle.' 128 

0/1 ne s'avise jamais de tout. — Opéra-Co- 
mique 170 

Orfèvrerie. — \'ase commande par remi)ereur 
de Russie. — Modèle d'épée pour le corps 

diplomaticiue 400 

Oi lians la duchesse d' 9 

oiplienii L : 72 

(lu vert 01-e il il I unnel de la Tamise 77 

Palais des Thermes (Le , l'Hôtel de Cluny, la 

Collection Dusommerard 213 

Paris au crayon 29 

Id. au bord de Peau 119-360 

Peinture sur lave de \'olvic i De la) 268 

Id. sur lave émaiUce (De lai 402 

Perle de Morluix , La .—Les Deux Mulipieri. 
— Gaieté 217 



Petits et la Grands Les] — Thcàlre-Fran- 

Çais 203 

Petites Misères Je la yie humaine {Les,. — 

Vaudeville ' 333 

Phllip|)c (L'escamoteur) y-j 

Phrênohgie ( La , . — ChansoDDCUe. Paroles de 
M. Durandaii, ninsii|ue de M. C. Iléi|uet. . . 1S7 

Plaisirs des Cliam|>s-Elvs<-cs Ixs) 231 

Pointe-a-PiIre Plan de'la). . ." 51 

Police corrctiionnclle ! La) So 

Premier Avril _ g^ 

Promenade sur les Fortilications de Paris, 2^9-266- 

Problème de dcs-in 400-416 

PuHs d'.tmour I U, — Opèra-Comiquc 136 

ouèlcur du .Mo[il-<:arinel le 3ji 

Rat Amoureux Le .— Om\e 5s 

Récapitulation des lApositioDS au Louvre de- 
puis 18t0 4/, 

Recrutement en France (Le) -251 

Ruuillet Le procédé. '. in) 

Kéouverture du Musée roval '...'.'.'.... 33 i 

KévoluiiohS du Mcxii|ue. '— Le ircnéral .Santa- 

„ Anna. " 3 ,5.4^,3 

Revue algérienne I8-37-121-2I9-25J-301-34S 

Sacchini 33^ 

Salnl-tyr. — A-proiios rélros|)cclir Jj(i 

Salle de concerts de la rue de la \ ictolrc — 
Concerts de M. le prince île la Mosrowa — 
Oi"a/u/ui«A/o«/«i, musique de Paleslrina. 2'7 

Salon de 1.843 44-o<i-68-SVI20-IS.i 

Sa|)eur-Pompier iLc Z3J 

Sauvetage du Télémaqve ...'. \ 

Sirey (Procès . — Cour d'assises du Brabanl. 4-116 

.'■tadstiipie. — Mont-dc-Piélé de Paris I3<j 

Statue de suinte Claire (ta). — Gaieté 91 

Slatuede La|iérouse, i)ar .M. Raesi lui 

Sucres , Les 7. 9ii-i3J-17.) 

Sur l'éloquence de la chaire au dix-ncuv;c:nc 

siècle iu7 

Sur le progrès de l'idée morale daDS l'histoire 

de l'humanité )s2 

Taili (La France et l'dc) 4>» 

Id. (Histoire et deseription séosrapliiquc de 

rarclii|)el de) " . .'. 5.» 

] Id. et l'Angleterre... |14 

I Tombeau x de Casimir Périer et de Caniicr-Pagès 

j au Pèrc-I achaise .'. . 212 

I Translation de l'Ëpeed'Austerlitz aux Invalides. 4Î 
; Transport <les diligences ordinaires sur les chts 

I mins de fer 209 

1 ToiirliiHon de Neige 'le). — Nouvelle russe, ira- 

I duite de Puuschkin 20) 

Tout mon .4mour. — Romance. Musique de 
I .M. Flotow;paroles deM Eugène de Lonlay. JUO 
j Tremblement île terre aux Antilles. — Deslruc- 

I tion de la Poinle-a-PiIre 33 

Troubles en Irlande 223-25;» 

Id. dans le Pays de Galles. — Les Rébcc- 

I caites ". 3.S3 

I Ln Re|>.is homérique »i7 

, Un Tour de Boulette. — Odéon 91 

Vu mot sur I Université 9.8 

: Lue Fleur. — Romance. Musique de madame 
j \iardot; i)aroles de .M. Edouard Tun|uely.. S 

' Une Visite a la Chambre des Députes 131 

Id. a la Chambre des Pairs 279 

Une Mort. — Nouvelle 341 

Une Surprise de .Nuit — Episode militaire.. . . 237 
Université. — Chronii|uc des Cours publics. . .14-42 

Vente de la Galerie Aguado 67 

Venseancc des Tré|)assès ll.a). — Nouvelle. 73- 
S9-IOô-lîl-137-l()6-IS2. 

V iardol-Garcla ( Madame ) â Vienne Hl 

Foyaçe entre Ciel et Terre. — Les Canuts. — 

1 Palais-Royal ni!» 

Aovase en Zi^zas 2N '1 



i[yLL[ET[![K] IBiiL!l©©ia^'PlH]flCiyiE= 



BE.4l;.1L-ARTS. 

Manuel d'archiiecturc, par Daniel Rainée 

Los Miisi'cs d'Espagne, d'Angleterre et de Bel- 
gicjuc, par Louis Viai'Jot 

I.ITTIiKATCnE.- nOM.llVS.— CRITIQUE. 
POESIE. 

Voyage oii il vous plaira 

Transeundo,. poésies, par E. de Chaniburc . . . 
Jack-o-lanterii ou le Feu follet , par F. Cooper. 
Contes fantastiques d'Hoffmann 



Tableau historique et critique de la poésie fran- 
çaise et du théâtre IVaneais au \\v siècle, 
par Sainte-Beuve ' 

Fables , par \ ieimcl . 



Obéion .'par W ielaiid .- Id. 

l n autre Mnnde, par Grandville Id. 

Poésies irAiiioiiieiici.iuarrè 1 10 

Rimes héroïques, par A. Barbier Id. 

Jérôme Paturot à la recherche d'une position 

sociale et politique 1V2 

Lettres de la Reine de Navarre Id . 

Fables de S. Lavalette Id . 

Bruits du Siècle, [wr Léon Magnicr Kl . 



I Bluelles, par V. de lonlay 

Chants <lc l'INil. par Louis Dclattre. 

78 Le Hachvch 

94 Histoire philosophique et littéraire du Tlièàtrc- 



FYaiieais. par 11. Lucas 

llistiiiiv liiiiiairc >lu .Maine, par Haiin-au. . 

I es lleriiici '^ llielniis, |)ar K. Souvestre 

1 ssiisd'hisloiie lilleraire, |)arGeruzc7. 

Cours de Littérature, par Géruzc/. 

l.csRuesde Paris 

Etrusques, par Busoni Id 

Les Derniers Jours de l'Empire, iwr Charles de 



. t'A Lc.ix Mois d'eino'.ions , |>ar madame Louis*- 

. 190 1 Colet 

. 1(1. I Scilla e Oriddi , |>ar F. Wey 

Les Algut«;, [xiesic^ . |)ar E. île Buurran 

Goctheet Kettina, traduit parSékistien Albin.. 
23S I Cataloaue des l.ivit» delà bibliotheipic de M. 

Id. \ ioïlet I e Duc 

270 Lettres de lord Chesicriicld, irad. |iar A. Rcnec. 

Id. Lucrèce, |>ar PonsanI 

Id, Le Barreau, |iarOs. Pinard 

Poésies, |)ar madame Bayle-MonillarJ 

Les Poésies de Charles d'Orléans 



.Massas. 



28 "> Je:inne d'Arc, par A. Dumas 



INDEX. 



VOV*«ES. 

Impressions J'un louriste en Russie et en AUc- 

liiagne , par P. Albert 2Ub 

La Russie en 1839 , par le marquis de Cuslme. 222 
L'Allemagne agricole , industrielle et politique , _ 

par Jacquemin •('/ 

Voyages en ZiL'/.ag. par Topffer. . ........... ^^4 

Otaïti, liisloire cl enciuêle, par H. Lutteroth.. 2>o 
Guide du voyageur en France, parG. deSanit- 

Fargcau j- V,' ' • ^ 

Histoire et Descripliun de la commune de Meu- 

doii, par P. Robert • • • • • W- 

Mexique, Guatemala, par Larenaudiere ; Pérou 

et Bolivie, par F. Lacroix f-w 

Souvenirs d'un Voyagea Munich, parLusson. . ill 

ÉCOMOMIE POLITIQUE. 

De la puissance américaine, par le major G . Tell 

Poussin • • • • • ■ •'" 

Rapport de la Commission du travaU des enlants 

dans les manufactures • '•» 

Essais de politique industrielle , par M. Cheva- 
lier ; • ■ • *•■' 

Economistes financiers du dix-huitième siècle. 94 

Colonisation de l'Algérie, par Enfantin Id . 

Des Monls-de-Piélé , par A Blaize lit» 

De la Création de la Richesse, parSchnitzler.. . Id. 

Histoire et Description des Voies de Communi- 

tion aux Etals-Lnis , par M. Chevalier 142 

Journal des Economistes Id- 

Des Chemins de fer, par le comte Daru ibh 

I.ÉGISI,*TIOW. — POI-lTlflUE. 

Traité du droit inlernational privé, par B.-F. 
Fœlix 30 



CodecivilderempircdeRussie.parV. Foucher. 31 ! 
LaResponsabililiMlcsLiiiiiistrcs, par R. Molil.. 46 

Théorie du Jiirv, |i;ir (hidol 62 

Les Annales du l'iiilcii.ciil IVançais MO ; 

Loi Salique, par Pardessus 174 

De l'organisation el des attributions des conseils ^ \ 

généraux , par Dumesnil 2S2 

Des sociétés civiles et commerciales, par Trop- i 

long 'il'i 

HISTOIRE. — mÉMOlilES. 

liisloire de la Pologne, de Rœpell 46 

Id. Colonne Infâme, de Manzoni. . . Id. 

La Cour d'Angleterre sous les maisons de Nassau 
et de Hanovre, par Henneage Jesse Id. 

Adresses et Messages des présidents des Etats- 
Unis M- 

Histoire de France, par Henri Marlin 78 

Id. l'Irlande indigène el saxonne, par 
O'Connell '8-174 

Histoire des Invasions des Sarrasins en Italie, 
par César Famin 94 

Histoire des Etals-Généraux, par A. C. Thibau- 
deau 110 

Histoire de la Chambre des Communes, par 
Townsend W • 

Histoire des Etats européens (Belgique et Hol- 
lande), par le vicomte de Beaumonl-Vassy. . 126 

Histoire de l'Algérie ancienne et moderne, par 
Galiberl Id ■ 

Mémoires de Charles-Henri, chevalier de Lang. Id. 

Précis de l'histoire de l'indouslan Id. 

Napoléon el Mario-Louisr, par M. le baron de 



Me 



158 



Le M le eiicliaiilr, par V. lleuis Id. 

Histoire universelle, de C. Canlu 174 



Histoire des comtes de Flandre, par F.. Le Glay. 2(16 

Le génie du dix-neuviéme siècle, par E. AUetz. Id. 

Histoire de la Vendée militaire, par Crétineau- 

Joly 238 

Notices et Mémoires historiques, parMignet. . 270 

La Guerre des Vêpres siciliennes , de Michcle 

Amari 318 

Les Conslilutions des Jésuites 350 

Essai sur les Légendes pieuses du Moyen-Age, 

par Maury 36() 

OEuvres choisies de Napoléon Id. 

Vies des hommes illustres de Plutar(|ue, tra- 
duction nouvelle, par Alexis Pierron 382 

Histoire civile , morale et monumentale de 

Paris, par Bclin cl Pujol Id. 

Les Jésuites, par Michelet et Quinet Id. 

GÉOGRAPHIE. — TOIAGES. 

La Polynésie et les Iles Marquises, par Louis 

Rcybaud 30 

Voyage au pôle sud el dans l'Océanie, par Du- 

mont d'UrviUe Id. 

Les Marbres de Xanthe, par Charles Fellows. 46 
La Vie rurale et privée de l'Allemagne, par 

Howitt Id . 

Colonies étrangères et Haïti, par V. Schœl- 

cher- 62 

Voyages de la Commission scientifique du 

Nord, par P. Gaimard Id . 

Iles Marquises et Nouka-Riva, par Vinccndon- 

Dumoulin et Desgras 78 

Voyage en Bulgarie, pai Blanqui 110 

Voyages dans le Yucatan, par Norman et Sté- 

phens 126 

Panorama d'Egypte et de Nubie, par Horeau. 140 
Notice statistique sur la Guyane française — 142 



Itinéraire de la Suisse, par Adolphe Joannc . . 158 

Océanie, par D. de Rienzi 174 

Les Colonies françaises, par Scha'Icher 190 

PniEOSOPUIE. - CHORALE. — ÉDUCATION. 

La science do la Vie, par Valéry 78 

Des Eléments de l'Etat, par Segretain I. 

Essai sur l'Education du peuple, par Willm. . . 174 
Etudes sur les Réformateurs ou Socialistes mo- 
dernes, par L. Rcybaud 190 

Exposition raisonnée de la Doctrine philoso- 
phique de M. de Lamennais, par Segretain. . 2il6 

OEuvres de Spinosa, par E. Saissel . . .'. 2S(> 

OEuvres philosophiques du père André 414 

SCIE\CES. 

Lin Million de Faits 62 

Histoire naturelle de l'Homnic, par Prichard.. . Id . 

Collection de tableaux polytechniques, par 
Blum Id. 

Rapport annuel sur les progrès de la chimie, 
par Bcrzélius 9'i 

De l'Idiotie chez les enfants, par Voisin Id. 

Histoire des sciences naturelles, par Cuvier. . . 126 

L'Agriculture de l'Allemagne, par T. Jac- 
quemin 15.S 

De l'emploi de l'aimant dans le traitement des 
maladies.par Mouzin Id. 

Cours élémentaire d'histoire naturelle, par 
Milne Edwards, A de Jussicuet Beudant. . . 206 

Lettres sur l'Euplioriinétrie, par Varcmbey. . . 318 

Leçons élémentaires de botanique , de E. Le 
Maout 334 

Histoire de la Chimie, par Hoefer 39S 




L'ILLUSTRATION, 



r^is uîîiTEivssi,, 




Ab. pour Paris. — 3 mois, 8 fr. - 6 mois, 16 fr. - Un an, 30 fr N° 1. VOL. I. SAMEDI i MARS 18i3. 

Prix de cliaquo N", 75 c. — La collection mensuelle br., 2 fr. 75. 



Sureaux, rue de Seine, 33. 



.\b. pour les Dép. — 3 mois, 9 fr. — 6 
pour l'étranger. — 10 



15, 17 fr. 



n an . 32 It. 
— 40 



SOMM.VIRE. 

Notre but. — Le Gouverneur des îles Marquises. — Le Curé médecin, 
nouvelle. — Nouvelles diverses. — Décorations militaires des troupes 
indigènes de l'Inde. — Monument de Molière. — Sauvetage du Té'é- 
maque. — Revue des Tribunaux ; M. Catimartin, M. Sirey. — .\ssassinat 
.le M. Drunimond. — .affaire Marcdlange. — AITaire Montély. — 
M"'- Maxime et M. V. Hugo. — Chronique musicale. — Une Fleur, 
romance, par M""- Pauline ViarJot-Garcia. —La Duchesse d'Or- 
léans. — Esparlero. — Promenade du Bœuf-Gras. — Revue des 
Théâtres. — Chronique des Cours publics. — Annonces. — Manus- 
crits de Napoléon. — Modes. — Bulletin commercial et Mercuriales. 
— Rébus. 



IWOTKIi: DUT. 

Puisque le goût du siècle a relevé le mot tVIllusl ration, pre- 
iious-le! nous nous en servirons pour caractériser un nouveau 
mode de la presse nouvelliste. 

Ce que veut ardemment le public aujourd'hui , ce qu'il de- 
mande avant tout le reste, c'est d'être mis aussi clairement que 
possible au courant de ce qui se passe. Les journaux sont-ils en 
état de satisfaire ce désir avec les récits courts et incomplets 
auxquels il< sont naturellement obligés de s'en tenir? C'est ce 
qui ne paraît pas. Ils ne parviennent le plus souvent à faire en- 
tendre les clioses que vaguement , tandis qu'il faudrait si bien 
les entendre que chacun s'imaginât les avoir vues. N'y a-t-il donc 
aucun moyen dont la presse puisse s'enrichir, pour mieux attein- 
dre son but sur ce point? Oui, il y en a un ; c'est un moyen an- 
cien , loiig-lemps négligé, mais héroïque, et c'est de ce moyen 
ijue nous pi'itendons nous servir : lecteur, vous venez de nom- 
mer la giaviiri' sur bois. 

L'essor extraordinaire qu'a pris depuis quelques années l'em- 
ploi de ce genre d'illustration semble l'indice il un immense ave- 
nir. L'imprimerie n'a plus seulement pour fonction de multi- 
plier les textes : on lui demande de peindre en même temps 
qu'elle écrit. Les livres ne parlent plus qu'à moitié, si le génie 
lie l'artiste, s'inspirant de celui de l'écrivain, ne nous traduit 
leurs récits en brillantes images; et l'on dirait qu'il en est désor- 
mais de toulc lit(ii;iliiii' descriptive comme de cille du tliétUre, 
que l'on ne coiiiiait bien qu'après l'avoir vu ■ lepifseiitée. Pour- 
quoi donc celte association si lieunnise du dessin avec les signes 
ordinairesdu langage ne séteiuli^iil-elle pas hors des bornes dans 
lesquelles elle s'est contenue jii.si|ii'iii:' Pourquoi ne ferait-elle 
pas irruption hors des livres? Ce mouvement n'est-il pas même 
déjà commencé par les recueils désignés sous le nom de Pittores- 
ques? JNous ne faisons doue que le continuer en lui imprimant 
ici une ntuivelle direction; et en nous hasardant à lui ouvrir la 
carrière du nouvellisme, nous ne doutons pas de réussir, car il 
est évident que nulle part il n'est susceptible de porter de meil- 
leurs fruits. 

Les recueils pittoresques ne sont au fond que des livres compo- 
sés d'articles varies , et publiés feuille à feuille. C'est donc sur 
un terrain tout différent et vierge jusqu'à ce jour que nous pré- 
tendons nous placer. Puisque la bibliolhè(|ue pittoresque est 
fondée, et que la librairie n'a plus à cet égard que des iierfeclion- 
nements matériels à chercher, fondons d'un autre cùté du nou- 
veau , et ayons désormais des joinnaux qui sachent frapper les 
yeux par les formes séduisantes de l'art. 

Quelqu'un s'étonnera-t-il? S'inquiétera-t-on de s.ivoir com- 
ment nous espérons soutenir un tel programun'? Nous deman- 
dera-t-on sur quels chapitres un journal a besoin d'illustra- 
tion? Penscra-t-on que nous allons être réduits aux monmnents, 
aux sujets généraux d'instruction, au nlnispectif, l'I ipi'en dili- 
nitive nous ne serons différenciés que par les dimensions du for- 
mat des recueils du même genre qui existent déjà.' Il nous est 
trop facile de répondre. 

Toutes les nouvelles de la politique, de la guerre, de l'indus- 
trie, des mceurs, du théâtre, des beaux -arts, de la mode dans le 
costume et dans raineulileinent , sont de mitre ressort. Qu'on se 
fasse idée de tout i r qu iiitruiiie de dessins de toute espèce un tel 
bagage. Loin de ciaindiv la disette, nous ciaindrions plutôt l'en- 
combrement et la surcharge. 



La [ilupart du ti>mps il est impossible, en lisant un journal, de ; 
se faire une idée nette de ce dont il est question, parce qu'il se- 
rait iwcessairc |ioiir cela d'avoir sous les yeux une carte géogra- 
[ihiqiie et ipi il sera't trop long d'en chercher une. Que l'on m'im- 
prime dix colonnes sur les terrains en litige entre l'Angleterre 
et les Ktats-Unis , j'aurai plutijt compris avec dix lignes, si l'on a 
eu soin d'y accoler une carte précise du pays. Cette carte est la 
pièce essentielle du procès , et faute de la [losséder, tout demeure 
confus. Il faut en dire autant de toutes les nouvelles politiques 
ipii se rapportent à des contrées éloignées. Qui ferait profession 
d'être assez versé dans la géographie pour suivre sans dil'liculté, 
sur les récils abrégés des journaux, les mouvements des armées 
de l'Afghanistan, dans l'Inde, dans la Chine, dans le Caucase, 
même dans l'Algérie? Nous compléterons donc notre texte par 
des cartes toutes les fois que les cartes lui seront utiles. Voilà un 
genre d'illustration dont personne ne contesteia la convenance : 
mais ce n'est pas assez; les cartes ont par elles-mêmes quelque 
chose de trop sec et de trop peu vivant. Au moyen de ciirrespon- 
dances, et, quand il le faudra, de voyages, nous les soutiendrons 
par les vues des villes, des marches d'armées, des llollis , des ba- 
tailles. Qui n'éprouvera une joie plus vive en voyant les faits 
d'armes de nos frères d'Algérie retracés d'après nature, au milieu 
de ces sauvages montagnes, devant ces hordes barbares , au pied 
de ces ruines romaines , qu'en les lisant simplement dans les 
bulletins? 

La Biographie nous offre une large scène. Nous voulons qu'a- 
vant peu il n'y ait pas en Europe un seul personnage , ministre, 
orateur, poète , général , d'un nom capable, ti quelque titre que ce 
soit, de retentir dans le public, qui n'ait payé à notre journal le 
tribut de son portrait. Qui ne sait que l'on comprend mieux le 
langage et les actions d'un homme quand on a vu ses traits? C'est 
un instinct de notre nature qu'il nous semble avoir un commen- 
cement de coiinaissaiice avec les gens, du jour où nous connaissons 
leur li;;iire. .Mr-uie nous entendons ne [iiiiiit nous lioinei aux ligu- 
res isolées, et les scènes souvent si passiiiniiees et si \i\esiles as- 
semblées délibérantes, non-seulement en liaiice, ma-s en lispa- 
gne , en Angleterre , partout où la conduite otiicielle des Etats se 
marque à la vue, ces étonnants meetings de la démocratie d'outre- 
mer, enlin toutes les grandes cérémonies publiques ou religieuses, 
auront leur i)lace toutes les fois que l'occasion en sera digne. 

Arrivons tout de suite au théâtre : ici notre affaire, au lieu 
d'analyser simplement les pièces, est de les peindre. Costumes des 
acteurs, groupes et décorations dans les scènes principales, bal- 
lets, danseuses, tout ce qui appartient à cet art où la jouissance 
des yeux tient une si grande place; Français, Opéras, Cirque- 
Olympique, petits thetUres, tout et de toutes parts viemira se 
rélléchir dans nos comptes-rendus , et nous tâcherons de les il- 
lustier si bien , (pie les théâtres, s'il se peut , soient forcés de nous 
faire reprot^be de nous mettre en concmrence avec eux , en don- 
nant d'après eux à nos lecteurs de vrais spectacles dans un fau- 
teuil. 

On pense bien que nous ne nous ferons pas faide d'introduire 
aussi nos lecteurs aux expositituis de peintme : c'est la ipu' nous 
triompherons, ^ous ne nous contenterons pis de donner , comme 
les autres journaux, des jugements tout mis, auxipn Is rimmense 
majorité du public, celui de l'étranger et des dé|)artements , n'a 
le plus souvent rien à voir ni à entendre. A côte du jugement , 
nous aurons soin de donner les pièces sur lesquelles il se fonde : 
et, sans avoir besoin de se déplacer, tout le monde pourra se 
faire au moins une iilee générale des morceaux <pii, chaque an- 
née, attirent le plus l'atlention. 

Enfin, la vie coiiiante lourmille d'événements ipii tombent 
sous notre loi : nous ne |iailoiis pas de l'extraordinaire, les cho- 
ses de tous les jours nous suflisent, et il n'y en a malheureuse- 
ment que trop, soit dans les affaires judiciaires, soit ilans un 
catalogue désigné dans les journaux sous le nom de faits di- 
vers, qui, par leur importance désastreuse, demandent que le 
crayon les reproduise exactement à l'esprit. Qui n'aurait voulu 
planer un instant à vol d'oiseau sur tant de grandes villes en 
proie, ces dernières années, a l'incendie? qui n'aurait été curieux 
de la vue de ce terrible niione renqili.ssant la plaine de Tarascoii 
comme un lac en mouvement, ou transformant Lyon en une Vi>- 
nise? qui ne voudrait se repriLseuter la nier durant ces oura- 
gans furieux dont tous les poris gémissent , les vaisseaux à la 
cote, les sauvetages, les désolations des rivages? Et com- 
ment tout indiquer ici? Les voyages de découvertes, les scènes 



des pays lointains , les colonies, les ateliers remaripiables, mêmf 
les chemins de fer qui vont s'ouvrir, et dont nous suivrons avec 
soin la construction sur les points où elle présentera aux regards 
quelque chose soit de singulier, soit de grandiose. 

Nous terminerons notre programme par un mot sur les modes. 
11 ne s'agit pas seulement de celles du cistume, que nous ne ne- 
gl'g rons cependant pas : il s'agit aussi |)our nous de ces mode» 
d'ameublement ipii tiennent de si près a l'art et qui ont porte si 
haut la gloire de la France; bronzerie, carrosserie, ébénisterie , 
orfèvrerie, bijouterie, toutes ces branches brillantes de l'indus- 
trie parisienne occuperont dans nos colonnes la place qui leur est 
due, et nous sei virons peut être à accélérer la dispersion dans le 
monde de ces innombrables essaims de formes riches , elega ites, 
destinées à l'embellissement de tant d'usages de la v ie , et qui 
étendent sur le monde l'empire de notre patrie comme il s'y e-t 
longtemps étendu par la seule forme du langage. 

En voilà assez pour marquer ce que nous voulons faire, et peut- 
être pour inspirer le désir de le voir. Concluons donc cette préface, 
et commençons notre u'uvre en priant le public, qui vient d'en 
entrevoir les dillicultés, de ne point s'etonm-r si nous ne nous éle- 
vons que progressivement à la hauteur du service nouveau ipir 
nous ue craignons pas d'embrasser. 



Eie (liouTernenr dcB îles MarqulHOM. 




(Le capitaine Brual , gouverneur îles îles .Manpiises.) 

-Armand Brual. né en .\Is;icc . doit avoir de quarant»- 
cm\ à ipiaranlo-six an*. H entra au service en txtl, a boid 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



ilu vaisseau-écolo de Brest , où il fut remarqué par sa har- 
diesse, qui devint proverbiale. 

En 1813, il s embarqua sous les ordres du commandant 
Bouvet, puis fit une campagne à Copenhague, au Brésil et 
aux Antilles, sur lé brick le Hussard. 

Quelques mois après son retour (1817), il s'embarqua sur 
la corvette l'Espoi-aiice, qui tint trois ans la station du Le- 
vant. Il se signala dans un incendie et dans un coup de vent, 
où il se jeta à la put (lour sauver un homme; ce qui lui 
valut d'être mis deux lois a l'ordre du jour par le capitaine 
de vaisseau Grivel, aujourd'hui vice-amiral. A la fin de cette 
campagne, il passa enseigne, et fut l'un des premiers pro- 
mus des écoles. 

Divers embarquements se succédèrent alors pour lui (1 8 1 9 
à 182i) sur le Conquérant, le Foudroyant, enfin sur la fré- 
gate la Diane, où il resta trois ans comme officier de ma- 
nœuvre ; il alla ainsi des stations de Terre-Neuve à celle du 
Sénégal . Dans cette dernière, il se jelii de nouveau à la mer pour 
sauver un homme, et ne fut lui-même sauvé miraculeusement 
qu'après avoir lutté deux heures et demie contre les vagues. 

En 1824, il s'embarqua sur la corvette la Diligente, comme 
officier de manœuvre, pour une laborieuse campagne dans 
la mer du Sud, et contribua activement à la prise du pirate 
le Quinlanilla, qui avait fait tant de dommages au com- 
merce de toutes les nations. Il fut fait, au retour, lieutenant 
de vaisseau, à la demande de l'amiral Rosamel. Il fut de- 
mandé alors par le capitaine de vaisseau Labrelonnière , et 
embarqué sur le Breslaiv comme officier de manœuvre. 

Il était en 1827 sur le Breslaw, à Navarin ; c'est le vais- 
seau qu'il montait qui dégagea l'amiral russe et força un 
vaisseau qui combattait l'Albion de couper ses câbles et de 
se jeter à la côte. Le feu de ce vaisseau fit aussi couler la 
frégate que montait l'amiral turc, ainsi qu'une autre frégate. 
Bruat fut décoré pour sa conduite dans ce combat. 

L'année suivante, il fut mis à l'ordre du jour pour être 
allé sonder jusque sous les canons du château de Morée, et 
il obtint le conunandement du brick le Silène 

Ce fut sur ce brick qu'il alla croiser jusque sous les forts 
d'Alger, et exécuter de nombreuses prises même en vue du 
port; ce fut également alors qu'en suivant le commandant 
d'Assigny, qui montait le brick l'Aventure, il fit naufrage sur 
les côtes d'Afrique. Sur les 200 hommes qui formaient l'é- 
quipage des deux bricks, 1 10 furent massacrés. Les preuves 
de dévouement que donnèrent les deux officiers sont con- 
nues. Parvenus à Alger après mille dangers et mille souf- 
frances, ils refusèrent le logement que le dey leur avait fait 
otïrir chez les consuls d'.\ngleterre et de Sardaigne, et ne 
voulurent pas quitter leurs hommes. C'est à leur énergie et 
leur dévouement que l'on dut la conservation des équipages 
échappés au fer des Bédouins. Cet épisode de la campagne 
d'.4lger a acquis une juste célébrité. 

Dans le cours de sa captivité, le capitaine Bruat trouva 
moyen de faire parvenir à l'amiral Dnperré une note sur 
l'état et les ressources de la place; M. de Bourmont , à qui 
elle fut transmise, félicita publiquement le capitaine de cet 
acte patriotique, qui l'exposait à de graves dangers. 

Depuis 1830, la carrière militaire du capitaine Bruat est 
des plus actives. En 1830, il obtint le commandement du 
brick le PaUnure , celui du brick le Grenadier en 1832, 
en I83;j celui du brick /<• Ducouédic, qui accompagna dans 
le Levant la frégate l'Iplii/jénie, montée par le prince do 
.loinville. Dans cette traversée, le bâtiment ayant été dé- 
juàté de son grand mât et du petit mât de hune durant la 
nuit, il répara ces grosses avaries sous vergues en trois fois 
vingt-quatre heures. Il fut ensuite attaché à la station de 
Lisbonne sous les ordres du capitaine Turpin , et c'est dans 
le Tage qu'au mois de mai 1838 il reçut sa nomination de 
capitaine de vaisseau, passa sous les ordres do l'amiral 
Lalande, à bord du vaisseau l'Iêna,et devint son capitaine 
de pavillon. 

C'est en cette qualité qu'il commanda ce vaisseau de 
92 canons pendant deux ans, et qu'il prit part à cette belle 
campagne du Levant, où nous avons montré l'escadre la plus 
exercée et la plus imposante que la France ait eue depuis 
la paix. L'exercice à feu fut poussé à bord de l'Iéna à un 
tel degré d'habileté pratique, qu'on parvint à y tirer plus 
d'un coup do canon à la minute. Les manœuvres, les évolu- 
tions d'escadre, furent remarquées même des Anglais. 

Par suite du rappel de l'amiral Lalande, le capitaine 
Bruat passa sur le vaisseau le Triton, et fit partie de l'es- 
cadre d'évolutions aux ordres de l'amiral Ilugon. Dans une 
sortie d'hiver, le Triton reçut un terrible coup de vent qui 
dispersa l'escadre, alors composée de cin(| vaisseaux et une 
frégate. Il y eut presque à tous les bords de graves avaries ; 
mais le Triton, dont la coque était vii'ille, et dont les répa- 
^i^lions dataient de loin, fut en danger. Il eut six pieds 



d'eau dans sa cale, et les pompes suffisaient à peine à étan- 
chcr cette voie; ce ne fut pourtant qu'après une lutte de 
plusieurs jours, et après s'être aperçu que les liaisons du 
bâtiment soulfraient beaucoup, que le capitaine Bruat se 
décida à relâcher à Cagliari, où il se répara promptement, 
et revint à Toulon en compagnie du vaisseau le Neptune. 

En juillet 1841, il quitta le commandement du vaisseau, 
et fit partie du conseil des travaux de la marine. C'est pen- 
dant qu'il était à ce poste qu'on l'a appelé au gouverne- 
ment des iles Marquises et au commandement do la subdi- 
vision navale. 

Pendant les courts séjours qu'il a faits à terre, M. Bruat 
fut attaché comme aide-de-camp à MM. les amiraux de 
Rigny et Duperré, ministres de la marine. 



M. Bruat emporte avec lui une maison en bois qu'il fera 
monter à son arrivée aux îles Marquises. Cette maison, que 
le ministre de la marine a fait construire par M. Potter, 
entrepreneur, est couverte en zinc; elle se compose d'un 
rez-de-chaussée et d'un premier étage, au rez-de-chaussée, 
auquel on parvient par un perron de six maiches, vestibule, 
antichambre, bureau, cabinet de travail, salle à manger, 
salon de réception, salle de billard; au premier étage, 
chambres , cabinets , et pour l'habitation personnelle du 
gouverneur et de sa famille. 

Ce bâtiment, dont nous donnons ici le dessin, a 18 mè- 
tres de longueur en façade, 17 de profondeur et 12 d'élé- 
vation. 




(Maison en bois con.struite à Paris et qui doit être transportée aux lies Marquises.) 



E>e Cure iné<I<?cin. 

.NOUVELLE. 



11 y a quelques années, je passais dans un petjt village 
de la" Bretagne ; j'étais seul et à pied , c'était un dimanche ; 
l'horloge de l'église sonnait midi, les cloches annonçaient la 
fin du service, et je me trouvais sur la petite place en face 
même du porche ; la porte ouverte laissait voir les cierges 
allumés, le prêtre à l'autel et les paysans à genoux : Dieu 
est l'hôte naturel du voyageur fatigué; j'entrai. Au moment 
même, le prêtre qui officiait, et dont je n'avais vu d'abord 
que les cheveux blancs, se retourne vers les assistants, et 
me montre une belle figure d'octogénaire; il semblait ému, 
et dit d'une voix légèrement troublée : 

« Mes amis, il y a aujourd'hui cinquante ans que j'ai été 
ordonné prêtre ; je dirai la messe demain pour remercier 
Dieu de m'avoirsi long-temps gardé à son service; si vous 
pouvez y venir tous, venez, vous me ferez plaisir. Après 
la messe, on distribuera chez moi du pain blanc toute la 
journée aux pauvres qui se présenteront. » 

Étais-je disposé à l'attendrissement par une solitude de 
quelques semaines? je ne sais, mais l'imprévu de cette allo- 
cution, l'âge de ce curé, l'accent de sa voix, me causèrent 
une émotion assez vive : ce qui m'entourait vint y ajouter 
enc(îre ; un murmure réprimé par la sainteté du lieu, mais 
rendu plus touchant par la contrainte même, sortit de toutes 
les bouches ; il s'échangea, entre ce vieillard et cette popu- 
lation, des regards d'enfants et de père..., et je me promis 
bien de rester jusqu'à la cérémonie du lendemain. 

Après l'office, mêlé aux paysans qui sortaient, j'appris que 
ce prêtre avait quatre-vingt-deux ans ; que , né à Nantes 
d'une famille riche, et porté par elle vers les plus hauts 
honneurs ecclésiastiques, il n'avait voulu être que curé de 
village, curé de ce village, parce qu'il n'en connaissait ni 
de plus pauvre ni de plus petit, et que sa fortune pourrait 
suffire à tous les habitants. Il était là depuis cinquante ans, 
et, depuis cinquante ans, pas une larme qu'il n'eut essuyée, 
pas une joie" qu'il n'eût consacrée, pas un seul auquel il 
n'eût dit courage ou bien tant mieux: c'est lui qui avait 
enseveli les aieux, élevé les pères, reçu les enfants; toutes 
les portes qui mènent à Dieu , depuis le baptême jusqu'à 
l'extrême onction, c'est lui qui les leur avait ouvertes. Il 
n'était pas le curé, il était l'aïeul de cette population. 

Ce fut donc pour moi une joie sincère, quand , le soir, 
me promenant sur la place, je vis cet homme vénérable, qui 
avait appris que j'étais voyageur, s'approcher de moi en 
m'offranl l'hospitalité. Dormir sous ce toit qui avait abrité 
tant de vertueuses pensées, me semblait une bonne prépa- 
ration pour la journée du lendemain , et j'attendis avec im- 
patience cette cérémonie, dont le nom même, que je venais 
d'apprendre, excitait ma curiosité; ce nom, en effet, est 



plein de charme, et cette fête est une des plus na'nes et des 
plus poétiques de la religion chrétienne. Pour peindre tout 
ce qu'il y a de tendre et d'intime dans l'union de l'homme 
avec la Di\inité, l'Église a emprunté leur lan.'age aux affec- 
tions humaines ; le prêtre est l'époux, l'Église est l'épouse ; 
et lorsque cinquante ans se sont écoulés dans cette union 
céleste , chose bien rare , quoiqu'un seul des époux puisse 
mourir, la religion a sa fête de réjouissance comme le monde, 
elle célèbre la cinquantaine, et cette cinquantaine s'appelle 
le mariage du curé. 

Le lendemain donc, dès le matin, j'entendis frapper au 
presbytère, et je vis entrer d'abord cinq ou six prêtres des 
villages environnants, i)uis des paysans chargés de fleurs. 
Le vieux curé était dans sa chambre et les attendait; ils v 
montèrent, j'y montai avec eux; nous le trouvâmes assis 
sur un fauteuil en bois de chêne, sa belle chevelure disposée 
avec som, son visage tout brillant d'une saine fraicheur, son 
corps couvert d'un vêtement noir, réservé pour ce jour. Il 
nous accueillit par un signe de tête, et les paysans avant, 
selon l'usage, parsemé toute la chambre de branches fleuries, 
la cérémonie de la parure commença. C'était l'image fidèle 
des mariages humains, et tout ce qui se passe de délicat, de 
gracieux, autour des jeunes fiancés, transporté ainsi dans 
celte austère union et auprès de cette vieillesse vénérable, 
tirait un charme infini de ce désaccord même. Les six prê- 
tres figuraient les assistants du mariage ; comme ceux-ci , ils 
portaient le costume des fiançailles : une étole blanche , une 
chasuble blanche aussi, un surplis nouveau; ils s'appro- 
chèrent du vieillard, qui se leva, et se nùrent en devoir de 
l'habiller ; 1 un prit la chape, l'autre prit le surplis, et lui, 
souriant avec des larmes dans les yeux, il les laissait làire, se 
prêtant naïvement à tous ces apprêts, et donnant à ce spec- 
tacle, (|ui fera sourire peut-être, lui donnant tin caractère 
touchant par sa candeur octogénaire. 

Cependant, tandis que ceci se passait dans la maison de 
l'époux, on préparait et on parait aussi la fiancée.... l'église. 
Dès le matin, les habitants lavaient habillée de blanc pour 
ainsi dire; des draps semés de fleurs couvraient les murs : 
les parois intérieures, l'autel, le clocher même, étaient en- 
tourés de guirlandes; de l'église jusqu'au iiresbytère s'é- 
tendait un chemin tout jonché de branches d'ébéniers et de 
lilas, et de chaque côté de celte voie, s'échelonnant sur les 
divers plans du terrain et couvrant la place entière, toute la 
population du village, toute en habit de fête, toute les yeux 
fixés sur la demeure du curé; les malades mêmes s'y étaient 
fait transporter, et, comme sur le passage des apôtres, on 
voyait là des paralytiques, des aveugles, des mourants, que 
n'y amenait cependant pas l'espoir de la guérison. Tout 



L ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL 



étant prêt, et la cloche de l'église ayant donné le signal, le 
vieillard quitta la maison nuptiale, les prêtres se rangèrent 
autour de lui , et au milieu de ce saint cortège, il traversa 
la petite prairie qui menait au village, d'un pas sûr. et 
chantant d'une voix ferme les saints cantiques. Il se croyait 
maitro de lui-même ; mais quand, au di'tour du sentier, il 
vit tout à cou|) la |)lac(' si remplie.... (|uand il vil tout cet 
aspect de fêle, quand il aperçut celte iietite église, seul but 
de tous ses pas depuis cinquante ans, où il avait tant prié, 
tant espéré, tant aimé Dieu et les hommes, et qui, elle 
aussi, s'était embellie pour le recevoir, son cœur se troubla, 
SCS jaiiili('< lléchirent, et il arriva déjà ému à l'église. L'of- 
lirc ciiiiiiiKMiça.... c'était une messe d'actions de grâces.... 
et la siiiiic gravité du rituel, la présence de son Dieu, com- 
mençaient à raffermir son âme..., quand soudain, au mo- 
ment du Salularis, lorsque tout faisait silence.... soudain, 
dis-je, d'un des bas-côtés do l'église qui formait une sorte 
de chapelle.... partit, s'élança un chœur de voix qui avaient 
toute la pureté des voix célestes et toute l'émotion des voix 
humaines; le vieux prêtre se retourna vivement; ce chant 
n'était pas celui de l'olïice, ce chant lui était inconnu.... Il 
fixe SCS regards sur l'enfoncement un peu sombre.... debout, 
vêtues de robes blanches, huit jeunes fdles chantaient; il 
les regarde, c'étaient de nobles demoiselles des châteaux 
environnants, qui étaient venues, quelques-unes de deux 
lieues, pour ce jour, avaient appris un chant composé à 
dessein pour celte cérémonie, cl venaient offrir au vieillard 
qui les dirigeait ce qu'elles avaient de plus pur, leurs voix 
de dix-huii ans.... Ce fut le dernier coup : ébranlé déjà ()ar 
tant d'émotions réprimées, frai)pé par cette joie imprévue, 
l'octogénaire perdit sa force sur lui-même ; il chercha de la 
mam le fauteuil placé près de l'autel , s'y laissa tomber.... 
et ses mains ayant couvert son visage, ses larmes s'échap- 
pèrent avec force. On interrompit le service; il ne pouvait 
le continuer ; à quatre-vingts ans le bonheur est une fatigue 
cl (luelqucfois un danger; on le porta dans la sacristie, et 
l'on lit écouler de l'église la population attristée et inquiète. 
Pendant les premiers moments, il fut agité d'un trenible- 
meut qui nous faisait peur, mais, peu à peu, de bons soins 
et de douces paroles l'ayant calmé, il demanda (ju'on lui 
laissât prendre un peu de repos. Les ecclésiastiques sor- 
tirent pour aller porter de ses nouvelles aux habitants qui 
se pressaient à la porte de l'église , et il ne resta que moi 
auprès de lui. 

Un magnifique soleil de juin éclairait la campagne, il me 
lit ouvrir la fenêtre.... s'assit en face , et bientôt je vis ses 
paupières se fermer, sa tête s'abaissa , et un sommeil pur 
comme son âme, profond comme le silence qui nous entou- 
rait, descendit sur lui. 

Alors se passa une de ces scènes que l'on voit , que l'on 
sent, mais que l'on ne décrit pas plus qu'on ne les oublie. 

La sacristie avait une porte et une fenêtre donnant toutes 
deux sur une verte prairie qui descendait, par une pente 
douce, jusqu'à un large ruisseau d'eau vive; j'avais ouvert 
la porte et je m'étais rais sur le seuil, regardant la prairie, 
et gardant le vieillard. Après quelques instants écoulés , je 
vois poindre , au bas de la pente , deux jeunes fdles qui 
avaient traversé le ruisseau sur une planche , espérant sa- 
voir si leur vieil ami se trouvait mieux ; je leur fis signe 
qu'il reposait , et de s'éloigner ; mais alors , derrière ces 
deux sœurs, arrivèrent trois jeunes femmes pressées de la 
même inquiétude , puis des jeunes gens , puis des vieil- 
lards... tous s approchant pas à pas, et promettant le 
silence par leurs gestes. Je les maintenais à quelque dis- 
tance... ; (( Il dort, mes amis, il dort. — Nous ne le réveille- 
rons pas, laissez-nous approcher de la fenêtre... permettez- 
nous de le voir dormir... » J'accordai la fenêtre; et voilà 
tous ces visages qui se collent au grillage de la croisée , 
toutes ces têtes qui s'échelonnent les unes au-dessus des 
autres, toutes immobiles, silencieuses, ne vivant que pour 
regarder. De nouveaux venus étaient arrivés , qui avaient 
autant de titres que les premiers (ils l'aimaient), il fallut 
céder aussi le seuil de la porte; je me mis en dedans au 
lieu d'être en dehors, et l'embrasure se remplit comme la 
croisée. Cependant la foule augmentait par derrière , et 
pressait ceux qui étaient devant ; une des plus avancées 
franchit le seuil et vient se coller à côté de moi , contre la 
muraille : « V'ous ne m'attendiez pas , me dit-elle tout 
bas .. » Bientôt une seconde suit qui fait reculer la pre- 
mière , puis une troisième , puis peu à peu se glissa le long 
des parois toute une rangée de jeunes filles qui se faisaient 
bien minces pour laisser plus d'intervalle entre elles et lui. 
Un second cercle s'ajouta bientôt au premier ; le vieillard 
dormait toujours, et une de ses mains pendait le long du 
fauteuil ; la chaleur avait donné à ses joues un coloris plus 
vif; sur son front presque chauve s'élevaient de lé.gères 
gouttelettes de sueur qui brillaient dans ses rares cheveux 
blancs ; un sourire de bonheur errait sur ses lèvres comme 
s'il eût revu la cérémonie du malin. A ce moment, poussée 
par un besoin irrésistible de respect et de tendresse , la 
jeune fille qui était la plus proche de lui met un genou en 
terre ; ce mouvement se couununique à tous les assistants , 
et en une seconde , tous ces fronts s'abaissèrent, tous ces 
genoux se plièrent lentement en silence , et formèrent au- 
tour du vieillard un cercle d'enfants inclinés et appelant 
sa bénédiction... S'éleva-t-il alors quelque bruit qui arriva 
jusqu'à son oreille? s'échappa-t-il de toutes ces âmes qui 
volaient vers la sienne une émanation , un souffle , je no 
sais quoi d'insaisissable qui alla le trouver jusqu'au sein du 
sommeil "?... qui peut le dire? Mais à cet instant, un soupir 
sortit de sa poitrine , sa respiration qui était un peu hâtée 
se ralentit; ses lèvres cntr'ouvertes s'agitèrent, et peu à 
peu , soulevant le poids qui les oppressait , ses yeux s'ou- 
vrirent lentement. Oh ! que fut ce premier re.gard jeté au- 
tour do lui ? Étonné, stupéfait, il ne comprenait pas ; il n'o- 
sait pas remuer; il croyait rêver encore! Enfin, ses idées se 
rassemblent ; il s'appuie sur les bras de son fauteuil , et 
se lève. Un rayon de soleil , qui traverse alors la fenêtre , 



tombe sur lui et l'enveloppe tout entier d'une lumière qui 
semblait divine ; ses mains tremblantes se dressèrent au- 
dessus de toutes ces têtes penchées , et retombèrent bientôt 
sur elles avec sa bénéaiclion et ses larmes.... Sa vie avait 
sa réconqiense. 

On ne voulut pas qu'il retournât dans sa maison , on 
l'y porta , et tout le jour se passa dans des plaisirs 
([ue créa sa générosité et que sanctifia sa présence. Le 
soir venu, la fête terminée, nous rentrâmes au presbytère 
avec mon brave curé, et j'étais assis devant la fenêtre ou- 
verte, regardant la nuit toute brillante d'étoiles, livré aux 
émotions nouvelles pour moi do cette journée..., et me tai- 
sant, quand il s'approcha de moi et il dit, en me frappant 
sur l'épaule : A quoi donc pensez-vous, mon jeune hôte? — 
Je pensais, lui dis-je, à votre vie, qui s'est écoulée comme 
cette lune s'avance dans le ciel, calme, pure, sans un souffle 
do vent, sans un nuage. 

— Sans un nuage! sans un nuage! me dit-il en souriant; 
si ma vie est un astre, c'est un astre qui s'est bien obscurci 
un moment. 

— Comment cela ? Vous n'êtes jamais sorti de ce village. 

— J'en suis sorti |)endant trois mois; et dans ces trois 
mois, j'ai été médecin... célèbre... et guillotiné. 

— Guillotiné! 

— i)u moins à ce que prétend plus d'un brave homme a 
Nantes : je no le crois pas tout-à-fait, malgré cela ; nuiis ils 
le soutiennent. 

— Racontez-moi cette histoire. 

— Je le veux bien , mon jeune ami. Et si jamais vous la 
racontez à votre tour, vous pouvez l'intituier le Médecin 
malgré lui. Je commence : 

Pendant la Terreur, je fus dénoncé au tribunal révolu- 
tionnaire, et des soldats vinrent jusqu'ici |)our me prendre; 
mais averti par mes chers paysans et même défendu par 
eux , j'eus le temps de m'enfuir. J'arrive à Nantes ; on 
m'avait indiqué une maison cachée dans un faubourg de 
cette ville , à la porte de la campagne, et habitée par une 
pauvre jeune femme, mère de deux enfants. J'y prends une 
petite chambre, et, pour éviter mémo le soupçon du mystère, 
j'écrivis au-dessus de ma porte . Aubrij, médi'cin. Un de mes 
amis m'avait prêté un diplôme. Mon étiquette me semblait 
une carte de sûreté, et je m'endormis trancpiille : je comp- 
tais sans les clients. E. Legouvé. 

' [La suite à la prochaine livraison.) 



1%'onvellea diverses. 




SiissE. — La Suisse entre dans uno|ihase nouvelle. En sui- 
vant la rotation prescrite par le pacte fédéral entre les trois 
cantons directeurs, Zurich, Berne et Lucerne , la direction 
desaflaires fédérales se trouve pour deux années, à partir 
du U'' janvier ISl.'î, confiée au conseil d'état du canton de 
Lucerne. C'est a Lucerne que se réunira la diète, et c'est le 
chef du gouvernement de ce canton (|ui en sera le prési- 
dent. Or, le canton de Lucerne , (|ui , ainsi que Berne et 
Zurich, était au nombre des cantons radicaux , a subi ré- 
cemment une contre-révolution ; le clergé catholique y a 
repris tout l'ascendant qu'il avait perdu, et le nonce du 
|)ape, qui avait quitté le canton pour s'établira Schwitz, 
est rentré dans Lucerne. Ces faits, qui seraient sans impor- 
tance s'ils n'avaient d'innuence que sur ce canton , acquiè- 
rent de la gravité à cause de la situation nouvelle de Lu- 
cerne, chef du gouvernement fédéral. Berne par ses opinions 
et ses tendances politiques, Zurich par ses croyances reli- 
gieuses, seront en méfiance , et de cette situation délicate 
peuvent sortir de grands périls pour la Suisse, agitée par de 
profondes divisions. 

Geiûne vient de voir encore la sédition troubler ses 
murs. Le grand conseil était occu|)é à délibérer, à l'Hôtel- 
de-Ville , sur un projet de loi , cpiand ime émeute a éclaté : 
heureusement elle a été bientôt reprimée. 11 y a une frac- 
tion de parti à Genève qui semble ne pas comprendre que 
le premier devoir des hommes qui se disent les amis par 
excellence de la liberté, est de se soumettre à la volonté de 
la majorité exprimée par les voies légales. 

.Angleterre. — La conduite habile du ministère de sir 
Robert dans l'Inde et à la Chine l'a affermi et lui assure un 
long avenir; ses forces et son autorité morale ont été dou- 
blées. Le traité avec la Chine va ouvrir au commerce et à 
l'industrie du Hoyaume-Uni des débouchés nouveaux. La 
Russie, la Hollande et les États-Unis profiteront des avan- 
tages que l'Angleterre a conquis , car l'Anglelerro est de 



toutes les nations du monde celle qui redi.iile le moins la 
conc^jrrencc. 

Un traité vient d être conclu entre la Russu • ( l'Angle- 
terre. Les avis sont partagés sur les avantages qui- peuvent 
s'en promettre les deux états contractants ! et les rapports 
qui en résulteront jMJur eux. Les uns ont vu dans ce traité 
la preuve d'une liaison de plus en plus intime entre la Rust- 
sie et l'Angleterre; à les entendre, une profonde pensée po- 
litique se cache sous une convention commerciale, et la 
l(u.ssic n'aurait dérogé à ses principes administratifs c|ue 
[Hjur complaire à l'Angleterre et la détacher tout a fait de 
l'alliance française. D..utres, au contraire, n'ont vu dans 
cettt! convention qu'un acl" fort insigniriant , un |i<'til traité 
de navigation. Ce trait4!', il fst vrai, ne modifie pas les tarifs, 
et n'offre pas à l'Angleterre un débouché nouveau; mais il 
permet aux négociants et aux industriels anglais de s'éta- 
blir en Russie, d y apporter des capitaux, cl! pour une na- 
tion aussi habile el aussi entreprenante que r.\nglelerre , 
c'est un grand avantage, auquel la Ru.-isie ne saurait prc^- 
tendre. 

Le Parlement anglais s'est réuni. D'alwrd les discussions 
qui s'y sont élevées n'ont pas eu un grand intérêt. Elles ont 
seulement fait connaître que tout n'est pas fini entre l'An- 
gleterre et les États-Unis , au sujet du droit de visite. La 
()remière ne veut |>as renoncer au droit au'elle s'arioge de 
visiter tout navire en pleine mer. [Kiur s assurer de la na- 
tionalité du pavillon. Les États-Unis soutiennent . au con- 
traire , qu'en pleine mer aucun navire n'a droit de polie«- 
sur un autre navire, et que celui qui se permet d'aborder 
un bâtiment, malgré le pavillon dont il se couvre, donne 
droit légitime de plainte, et agit à ses risques et [)érils. 

La motion de lord Hovick sur la crise qui, dans le milieu 
de l'année dernière, a dt'solé les districts manufacturiers, a 
engagé le combat entre le ministère, ou plutôt sir Robert 
Peel et les radicaux. Cet homme d'état, (|ui garde dans s<.»> 
paroles une prudente mesure , parait s'elTorcer de tenir 
dans son administration un sage milieu entre les tories 
exagérés et les whigs. Il a terminé un éloquent discours par 
des paroles qui semblent indiquer, de la part du gouverne- 
ment anglais, le désir de maintenir entre la France et la 
Grande-Bretagne une bonne et honorable intelligence. 

— Les afTaires d'Orient en sont toujours au même point. 
La révolte de Syrie n'est point aiwisée. Les Druses ont [larii 
vouloir se concerter contre l'ennemi commun . mais n'ont 
pu s'entendre. Les Turcs ayant échoué dans leurs attaque^. 
ont recours à la corruption'et à la ruse, et cherchent a divi- 
ser leurs ennemis. Le divan et la diplomatie euroiiéenne 
luttent toujours de finesse, de souplesse et d'insistance. 

—Les journaux anglaisent beaucoup loué le gouverneur- 
général de l'Inde d'avoir créé un nouvel ordre dhonneur 
pour décorer les Indiens auxiliaires qui, disent les mêmes 




(Décorations militaires des troupes indigènes de l'Inde 

journaux , « se sont généralement si bien conduits durant 
nos derniers triomphes. » Il y a cependant des victoires qi 
ne doivent insiiirer que des regrets aux vainqueurs ; rarmc 
anglaise a-t-elle beaucoup à si> glorifier des alTreuses repri>- 
saiîles qu'elle a exercées sur les' Afghans, de la dévastation 
des villes s;ms défense, du massacre des populations désiir- 
mées? Ces actes ont été blâmés au sein même du Parlemei.i 
anglais, et pourtant le gouvernement s<'mble vouloir 
consacrer le souvenir en créant, tout exprès pour les vai 
queurs de Caboul, une sorte de Légion-d'honneur. 

— Les journaux ont donné ces jours-ci la description 
d'une mappemonde chinoise, qui a un mètre de hauteur 
sur (J7 centimètres, et la Chine occupe seule les trois quarts 
et demi de cette surface. Tout à fait dans un coin est reli^ 
^uoe une petite mer où l'on voit quatre iles dune dimcn- 



L ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



sion tres-exiç;ue, ce sont la France , l'Angleterre , le Por- 
tugal et l'Afrique ; un peu plus loin est la Hollande , plus 
grande à elle seule que tous les pays que nous venons de 
nommer. 

France. — Par suite des travaux qui s'exécutent aux In- 
valides pour le monument de l'Empereur , l'on a fermé la 
grande arcade qui conduit de l'église sous le dôme. Sur cette 
cloison, les décorateurs viennent de construire un rétable 
immense en carton, composé de deux ordres d'architecture. 
Au milieu de ce rétable on a figuré l'apothéose de saint Louis, 
patron de l'église des Invalides. 

— On nous communique la lettre suivante , adressée à 
l'un des souscripteurs pour le monument de Molière : 

c( Vous me demandez , mon cher ami , où en est le mo- 
nument de Molière, pour lequel vous avez souscrit, et dont 
vous vous étonnez de ne plus entendre parler. Ne pouvant 
supposer qu'on l'ait inauguré à huis clos, vous me deman- 
dez comment il se fait que la ville de Paris , avec ses res- 
sources , une souscription considérable et un subside de 
cent mille Irancs voté par les Chambres, ne soit pas venue 
à bout, en cinq ans de temps, d'achever un ouvrage, ma- 
tériellement parlant , de si peu d'importance , surtout lors- 
qu'on le compare à l'Hôtel-de-Ville, que nous avons vu sor- 
tir de terre comme par enchantement. A cela, mon ami , je 
vous répondrai que la Ville n'a pas tant de tort que vous le 
pourriez croire ; que les travaux, en ce qui concerne l'archi- 
tecte, sont complètement terminés, mais que le retard dont 
vous vous plaignez a été attribué à l'un des sculpteurs qui, 
sur les instances quelque peu comminatoires du préfet de 
la Seine ou du ministre de l'Intérieur, s'est engagé à livrer 
sa statue vers le commencement de l'été ; j'ajouterai que 
l'inauguration en aura lieu , ou le 4 juin , date de la pre- 
mière représentation du Misanthrope, ou le 5 août, date de 
celle du Tartufe. En attendant cet heureux moment, il en est 
du monument de Molière comme de l'achèvement du Lou- 
vre, comme de l'hôtel de Breteuil, rue de Rivoli, comme de 
la place du Carrousel, comme de timt d'autres monuments 
ou places qui jouissent du privilège d'irriter ou d'humilier 
journellement le bourgeois de Paris. On ne peut aujour- 
d'hui approcher du futur monument de Molière qu'à dis- 
tance très-respectueuse, défendu qu'il est par les débris de 
l'ancienne fontaine, par une barricade de pavés , par une 
fortification en planches et par un ruisseau d'un cours des 
plus irréguliers, et fort peu limpide. Ne pouvant vous don- 
ner une idée juste de ce que sera ce monument, je vous 
envoie , par la voie de notre nouveau journal, celui que la 
population parisienne a le loisir de contempler depuis le 




Ltat actuel du niunuuaiit itt Molmt , rue de Richchtu 



commencement des travaux. Vous savez seulement qu'au 
théâtre on n'aime pas à voir longtemps le rideau baissé , et 
que lorsque l'entr 'acte dure trop longtemps, le public s'impa- 
tiente et finit par siffler. » 



fiiaavetage du Tëlêmaque. 

La Seine se jette dans l'Océan à 40 kilomètres environ du 
Havre-de-Oâce , à l'extrémité d'une vaste baie qui se ré- 
trécit peu à peu en prenant la forme d'un entonnoir. La pe- 
tite ville de Quillebœuf (1,344 liabitants), habitée principa- 
lement par des pilotes et par des pécheurs, et située en 
face du village du Tancarville , domine sur la rive saurhe 
l'embouchure de fleuve. La barre de /lot dp la Seine offre 
un.siiectacle curieux. Quand la mer monte, elle refoule avec 
une force extraordinaire les eaux de la Seine, qui, ne pou- 
vani p'uj descendre, s'élèvent de plusieurs mètres dans leur 



lit jusqu'au delà de Rouen. A la marée descendante, au con- 
traire, le fleuve se précipite si impétueusement dans la mer, 
que, quand un navire a le malheur de toucher sur un banc 
de sable , il est immédiatement submergé. Les naufrages 
sont d'autant plus fréquents dans ce passage dangereux et 
difficile, que les nombreux bancs de sable qui l'obstruent 
changent souvent de position à chaque marée; aussi, en 
descendant ou en remontant la Seine, tous les touristes re- 
marquent-ils de distance en dislance des mâts de navires 
submergés , élevant encore leur tête chancelante au-dessus 
du niveau du fleuve. 

Le ■K'' janvier 1790, deux bâtiments, une goélette et un 
brick, quittèrent Rouen pour se rendre à Brest. Le brick 
venait d'être réparé et allongé; son nom primitif le Téléma- 
que avait été changé ; il devait s'appeler désormais te Quin- 
lanadoine. A peine ces deux bâtiments furent-ils partis , 
que les autorités de Rouen donnèrent l'ordre de les arrêter, 
car le bruit s'était répandu qu'ils renfermaient des valeurs 
considérables appartenant, soit à la famille royale, soit à des 
émigrés de la noblesse et du clergé. La goélette fut prise 
dans la Seine, et on saisit à bord l'argenterie de la famille 
royale. Quant au TèUmaque, il échappa d'abord à toutes les' 
poursuites, mais, le 3 janvier, il échoua sur un banc de sa- 
ble en voulant passer la barre de flotde la Seine, à 120 mè- 
tres du quai de Quillebœuf, et bientôtil fut presque entière- 
ment couvert parles sables. 

A la nouvelle de ce naufrage, le gouvernement fit par- 
tir de Cherbourg trois cents hommes , sous la conduite 
d'un ingénieur en chef qui avait pour mission de relever 
/(' Télémaque ; mais après trois mois de travaux inutiles, on 




(Sau\etage tlu JVIeniaque devant Quilleliuuf, lig. I.) 

abandonna cette entreprise. Depuis 1790 jusqu'en 1843, de 
nouvelles tentatives, aussi infructueuses que la première , 
ont été faites par diverses sociétés, qui se sont ruinées 
sans obtenir aucun résultat satisfaisant. Nous parlerons 
seulement des plus récentes, de celles de M. Magnv et de 
M. Taylor. 

Une brochure publiée en 184"2 évalue à 80 millions les 
richesses qui doivent être englouties dans le Télémaque ; 
mais cette estimation ne repose sur aucune donnée cer- 
taine. Quelques personnes encore vivantes affirment seule- 
ment avoir entendu dire que des caisses remplies d'un mé- 
tal fort lourd et garnies de cercles en fer [lar un tonnelier de 
Rouen furent embarquées pendant la nuit du 1"' janvier 
1790 à bord du navire naufragé... On a parlé aussi, mais 
vaguement, de 2,500,000 fr en espèces appartenant à 
Louis XVI , de l'argenterie des abbayes de Jumiéges et de 
Saint-George , etc. ; cependant nul fait positif n'est venu 
jusqu'à ce jour confirmer ces bruits, qui, comme toutes les 
nouvelles de ce genre, ont dû s'embellir en vieillissant. 

Le l"^' août 1837, par un arrêté composé de douze arti- 
cles et signé de six membres du conseil d'administration de 
la marine , du vice-amiral secrétaire o'État Rosamel , et du 
commissaire de l'inscription à Honfleur , le ministre de la 
Marine accorda à M. Magny le privilège de travailler pen- 
dant trois années au sauvetage du Télémaque. En cas de 
réussite , M. Magny devait avoir pour sa part quatre cin- 
quièmes de la cargaison , l'autre cinquième étant réservé 
par l'Etat pour la "caisse des invalides de la marine. Plus 
tard ce privdége fut prolongé de trois années. Après avoir 
dépensé 65,000 fr., M. Magny renonça à ses espérances. 
En 1841, M. David, ex-associé de M. Magny, tenta de nou- 
veau le sauvetage à ses frais; on croit même qu'il déplaça 
le navire de quelques mètres; mais il ne fut pas plus heu- 
reux que M. Magny. Enfin, le 19 juin 1842, M. Taylor forma 
une société en commandite, au capitale de 200,000 fr. divisé 
en 2,000 actions de 100 fr. chacune , et il proposa à ses 
actionnaires d'employer des moyens nouveaux pour retirer 
des sables où ils étaient enfouis les 80 millions de francs 
embarqués à bord du Télémaque. 

.lusqu'a cette époque , en effet , on s'était servi du pro- 
cédé suivant ; on ancrait au-dessus du bâtiment naufragé 
des chalands, grands bâtiments plats de six cents tonneaux, 
servant au transport des marchandises sur la rivière , puis 
on passait autour de sa coque des chaînes ((ue l'on attachait 
à bord des chalands, dans l'espérance qu'elles soulèveraient 
/(' Télémaque à la marée montante; mais les chaînes, mal 
ajustées d'ailleurs, et ne supportant pas un poids égal , se 
rompaient l'une après l'autre dès que la mer commençait à 
monter; en conséquence, M. Taylor adopta le nouveau 
système de sauvetage que représente la planche placée ci- 
dessous. 

On planta d'abord tout autour du Télémaque d'énormes 
pilotis; puis, après avoir établi sur ces pilotis un échafau- 
dage solide , on passa des chaînes sous la coque du navire 



dans laquelle on enfonça en outre un certain nombre de 
barres de fer ; ces chaînes et ces barres de fer furent ensuite 
amarrées à une espèce de pont mobile , qu'on exhaussa in- 
sensiblement à l'aide de moyens mécaniques. En soulevant 
ce pont , on devait nécessairement soulever le Télémaque , 
puisqu'il y était solidement attaché. Au mois de décembre 
dernier, on l'avait ainsi amené jusqu'à fleur d'eau ; mai» 
le mauvais temps , la crainte des glaces, et surtout le 




(Sauvetage du 'lt'tcMia<|ue, (i 



manque d'argent forcèrent M. Taylor à cesser ces in- 
téressants travaux. On redescendit le Télémaque sur la 
couche de sable où il avait reposé pendant plus de cin- 
quante ans . et on le débarrassa de tous ses liens. Les pi- 
lotis sont seuls restés debout à la place où on les a plantés. 
Poursuivi par ses créanciers, M. Taylor s'enfuit à Lon- 
dres. Il paraît qu'il a trouvé de l'argent , car il vient de 
revenir en France , et il annonce la reprise des travaux de 
sauvetage pour le mois de mars prochain. On nous assure 
qu'il a renoncé au moyen dont nous avons donné la des- 
cription, et qu'il se propose d'employer désormais des appa- 
reils de plongeurs récemment inventés en Angleterre; au 
lieu d'enlever le Télémaque et de le conOuire à terre , on le 

dépècera au fond de la mer. et on en retirera tout ce 

([u'il contient. 



Reine des Tribunaux. 

Bei.gioie. — M. C.AiMAiiTiN ET M. SiREV. — Lc 20 no- 
vembre 1842, un événement déplorable se passait à une 
heure du matin, dans la maison n" 1 1 de la rue des Hiron- 
delles à Bruxelles, habitée par mademoiselle Catinka Heine- 
fetter, artiste de l'Académie royale de musique. 




(.Maison île M"' Heiiicfetter, rue des Hiioiulelles, a liiuxetles. 



L'ILLUSTRATION, .lOLRNAL INIVERSEL 



Voici, suivant une version dont nous ne pouvons garantir 
la parfaite exactitude , les circonstances de ce drame : 

Un jeune avocat du barreau de Paris, M. Caumarlin , ar- 
rivé à Bruxelles depuis (Hielques heures, s'était rendu, 
le 19 novembre, chez mademoiselle Catinka Heincfetter, à 
laquelle il venait faire une réclamation importante. Made- 
moiselle Heinefetter chantait ce soir-là au concert de M. La- 



borde. M. Caumartin attendit son retour. — A onze heures 
mademoiselle Heinefetter rentra, accompagnée de plusieurs 
personnes qu'elle avait invitées à souper. Elle offrit à 
M. Caumartin de lui faire mettre un couvert, mais celui-ci 
refusa, sous prétexte qu'il était fatigué et resta assis, pen- 
dant tout le temps que dura le souper, auprès du poêle placé 
dans la cheminée. 



1 




(Plan de l'appartement de Mademoiselle Heinefetter.) 

A Endroit où le meurtre a été commis. — B Endroit où M"' lleinetctter prétend avoir tu retirer le stylet de 
la plaie par Caumartin. — C Tache de sang. Endroit où Sirey a rendu le dernier soupir. — a M"" Heinefetter 

— 6 M. Sirey. — c U-" B. — rf M"" J. — e M™' de K. — / M. D de Liège. — M de Liège. — 

A M. L. — i Guéridon où étaient placés des objets de fantaisie. — j Place qu'occupait M. Caumartin pen- 
dant le souper. — k Poêle. — t Cheminée. — m Causeuse. — n Divan. — o Gu" 
houteilles et \erres vides. — p Piano droit de M"' H. — q Lit. ^ r Cheminée. — s Divi 

— 7; Lit — T Divan. 



A minuit et quelques minutes, les convives .sp retirèrent. 
Mademoiselle Heinefetter et sa dame de compaguii' quittè- 
rent le salon , ou M. Caumartin resta seul avec M. Sirey, k- 
fils du jurisconsulte de ce nom, et M. Milurd de Lavillette. 
son ami. ToutàcoupM. Sirey, qui, le matin même, avait faii 
à mademoiselle Catinka Heinefetter un cadeau de la valeui 
de 1,700 fr., et qui avait occupé la place d'honneur a son 
côté pendant le souper , s'écria : « H est lemi» d'en finir. 
S'approchant de M. fUiumartin, il lui intima l'ordre de se re- 
tirer. — Une allercali. n s'ensuivit. M. Caumartin donna un 
soulHet à M. Sirey, oui 1 ivait traité de polisson, et un duel 
fut convenu pour'le fendeni.iin ; alors M. Sirey, s'armant lU- 
sa canne , en appliqua plusieurs cou|)s tellement violenta :i 
M. Caumartin, que le sang jaillil en diverses places, puis il 
se réfugia dans la chambre de mademoiselle Heinefetter. 

Cependant, après s'être plaint viM-tnent à M. Lavillelti 
de l'odieux traitement qu'il venait de subir, M. Caumartir 
se disposait à regagner son hôtel , lorsque M. Sirey renti;i 
dans le salon, u Ah ! lu n'es pas encore parti, s'écri'a-t-il ci. 
s'adressant à M. Caumartin ; eh bien ! je vais le jeter par hi 
fenêtre. » En même U>n\m il s'avança vers son adversain-. 
séparé de lui par la table, et il s'arma d'un couteau rom! 
Une lutte s'engagea. Blessé à la cuisse d'un coup de couteau 
M. Caumartin saisit sa canne qu'il avait déposée en entran; 
au coin de la cheminée , et il essaya de parer les nouveaux 
coups que cherchait à lui |)orter son adversaire Malheureu- 
sement cette canne était une canne a dard. M. Sirey r : 
saisit l'extrémité inférieure, c'est-a-dire le fourreau qui rftri. 
entre ses mains et se précipita imprudemment sur son ail- 
versaire , armé malgré lui d'un poi;;nard. — .4\ant qu' 
M. Caumartin eût eu le temps de rclirer sa miiin. M. Sin ;. 
s'enferra lui-môme et tomba entre les bras de M. de Lavil- 
lette son ami, en disant : « Je suis blessé. » Quelques sccor:- 
des après, il rendait le dernier soupir. 

« Vous l'avez tué ! » s'écrièrent mademoiselle Heinefetli 
et sa dame de compagnie, accourues enfin au bruit de 
dispute. — Éperdu, hors de lui, M. (iiumartin alla au- 
sitôt chercher un médecin ; un auart d'heure après il ra 
menait avec lui, chez mademoiselle Heinefetter, M. le do< - 
teur Allard, qui le croyait fou. Arrivés à la porte de la mai- 
son, ils apprirent que M. Sirey était mort. A celle nouvell' 
M. Qiumartin donna à son cocher l'ordre de le conduire a 
ministère de la Justice. Cependant il changea d'avis en du - 
min; rentré à son hôtel, il prit sa malle, et s»' fil mener . 
Malincs ; de cette ville, des chevaux de poste le conduisirti, 
en Hollande, et, peu de temps après, il revint à Paris, poi. 
déclarer qu'il était prêt à se constituer prisonnier, et pou 
charger de sa défense le bâtonnier de l'ordre des avocat.- 
M. Chaix-d'Est-Ange. 

Mademoiselle Catinka Heinefetter s'était d'abord retirée 
Liège, chez sa sœur, mademoiselle Sabina; mais quatre ou 
cinq jours après la mort de M. Sirey, elle reparut sur le 
théâtre de Bruxelles. Le public habitué à l'applaudir, l'ac- 
cueillit très-froidement. 

M. Sirey était marié à une jeune femme et père de deux 
enfants. H' y a huit ans, il avait eu le malheur de tuer en 
duel, à la suite de discussions d'intérêt, un de ses parents. 
M. Durepaire. — Accusé d'homicide volontaire commis avec 
préméditation , il comparut le 26 août 1836 devant la cour 
d'assises de la Seine. M. Crémieux fut chargé de sa défense. 
Le jury l'acquitta, mais la cour, considérant qu'il était l'au- 
teur de la mort de M. Durepire, le condamna à p;iyer par 
corps à la veuve de sa victime , en qualité de tutrice de sa 
fille mineure, la somme de 10.000 fr. 

Le Code d'instruction criminelle belge exige qu'un ac- 
cusé qui n'est pas détenu préventivement se constitue pri- 
sonnier un mois avant le jour indiqué pour l'ouverture des 
débats du procès. Dans une lettre en date du 19 février 184.'}, 
et publiée par les journaux judiciaires. M. Caumartin dé- 
clare que l'arrêt de mise en accusation ne lui a pas encore 
été notifié. 

« Cependant , ajoute-t-il . au moment où je me disposais 
à partir pour Bruxelles, on fait annoncer dans les journaux 
de Belgique et répéter par la presse de Paris que la famille 
Sirey va, en vertu de l'art. 7 du Code d'instruction crimi- 
nelle , me poursuivre devant les tribunaux français. Je ne 
veux pas , en quittant mon pays, avoir l'air de fuir devant 
une menace et perdre ainsi le bénéfice de ma comprulion 
volontaire devant la justice belge ; quelque pénibles que 
soient pour moi ces lenteurs, que je me suis toujours efforcé 
d'abréger, je vais encore attendre ici l'effet de celte menace, 
déclarant à l'avance que j'accepte toutes les juridictions 
qu'on voudra choisir, et que je suis pnH à donner l'explica- 
tion de ma conduite partout où l'on jugera à propos de me 
la demander, » 

De son côté, M. Sirev père vient de démentir celle nou- 
velle . et il somme M. Caumarlin d'aller se constituer pri- 
sonnier a Bruxelles. 

Le Commerce Belge contenait, ces jours derniers, une note 
ainsi conçue : <■ Parmi les pièces à conviction qui seront 
produites dans cette affaire, se trouve l'arme avec laquelle 
le meurtre a été commis et la canne qui la renferme, ainsi 
que les habillements que portail M. Caumarlin dans la fa- 
tale soirée. La canne est en bamlMU. surmontée d'une figure 
chinoise ; elle est cassée à la partie inférieure ; la lame a 
de 31 à 3i centimètres de longueur: le pantalon en drap 
noir et la cliemise portent à l'endroit de la cuisse un trou 
formé par un instrument tranchant , et sur la partie de 
la chemise qui correspond a ce trou , on remarque une 
grande tache de sang , ce qui ferait priS=umer que .Si. Cau- 
martin a été blessé à la cuisse; on remarque é^alemenl des 
taches de s;ing à la manche gauche de la chemise : au gilet 
en velours, deux Ixiulons sont arrachés el la doublure du 
dos est déchirée : Ihahil, de drap marron, est arrache au 
parement gauche et près du collet. Ces pièces i\ conviction 
ont été Iranismises aepuis quelques jours à la cour d'as- 
sises. > 



L ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



assass1>at de m. dncmmont, secrétaibe de sib robebt 
Peel, par .M'Naichte.v.— Les Assassins des ministres an- 
lii.Ais : Felton(1G28); Guiscard (1710); Bellingham (1812). 
— Le \eiKlrtdi, 20 janvier dernier, à 7 heures du soir, 
^^ Drummond , secrétaire particulier de sir Robert Peel , 
SI' rendait de son domicile aux bureaux de la trésorerie , 
lorsqu'un jeuni' homme lui tira , presque à bout portant , 
on coup de pistiK't. — M. Drummond , atteint à la partie 
inférieure du dos , tomba évanoui. — Pendant que les per- 
simnes accourues nu bruit de la détonation s'empressaient 
de lui prodiquer les premiers secours , des policemen arrê- 
taient l'assassin, qui n'essaya même pas de fuir, et qui 
s écria ; « Il (ou elle) ne m'ennuiera pas plus longtemps, n 

L'état de M. Drummond n'inspira d'abord aucune inquié- 
tude. Les chirurgiens appelés auprès du blessé reconnurent 
que la balle avait traversé les côtes et s'était logée dans 
l'abdomen ; ils en opérèrent l'extraction sans peine , mais 
ils commirent l'imprudence de saigner leur malade trois 
fois de suite. Épuisé par cette perte de sang, M. Drummond 
succomba le mercredi suivant, 25, à onze heures du matin. 
On avait craint une inflammation ; pour la prévenir, on fit 
mourir le malade de faiblesse. (7est un moyen infaillible 
dont la médecine moderne se sert fréquemment ; aussi la 
lIiTue médicu-chirurijicale de Londres vient-elle de publier 
un article de M. Wardrop sur les dangers des saignées avec 
cette épigraphe ; Le sang est la vie. 

Cependant l'assassin avait été conduit à la slatiun-housé 
(maison d'arrêt) du bureau de police de Bov^-street. Il dé- 
clara être Écossais, et se nommer IM'Naughten, mais il re- 
fusa de révéler les motifs qui l'avaient déterminé à commet- 
tre un pareil crime. — On trouva sur lui ; 

Deux billets de a livres sterling 230 fr. 

i livres sterling en or 73 

Un reçu de la banque de Glasgow de 730 1 . st. 1 8 ,330 



Total 18,873 

IX'S le lendemain M'Naughten fut amené à l'audience du 
bureau de police de Bow-street. Après avoir reçu les dé- 
positions des agents de police et des autres individus qui 
avaient été témoins du crime , M. Hall avertit le prévenu 
qu'il était libre de parler ou de se taire. « Je n'ai rien à 
dire, » répondit M'Naughten; mais un quart d'heure s'était 
a peine écoulé , qu'il demanda à être ramené à l'audience. 
" Oui, s'écria-t-il , les tories m'ont chassé de ma ville na- 
tale ; ils m'ont poursuivi de ville en ville, car ils sont déci- 
dés à me perdre. Je ne puis être tranquille ni le jour ni 
la nuit. Ce sont les tories qui m'assassinent , je le prou- 
verai. » 

La justice anglaise est plus expéditive que la justice 
française. A Paris les voleurs et les assassins restent sou- 
vent" six mois en prison avant d'être jugés. Le 2 février, 
c'est-à-dire douze jours après la perpétraïion de son crime , 
l'assassin de M. Drummond comparut devant la cour crimi- 
nelle centrale de Londres. Lecture faite de l'acte d'accusa- 
tion, le greffierlui demanda, selon l'usage, s'il se reconnais- 
.sait coupable ou non coupable. M'Naughten sembla ne pas 
loiiiprendre cette question ; on fut obligé de la lui répéter. 
» J'étais désespéré, » répondit-il. 

« Vous devez dire , répliqua le greffier , guillij or nol 
rjuilttj, coupable ou non coupable. « 

M. Clarkson , avocat de M'Naughten , s'étant levé pour 
répondre, lord Abinger, le président de la cour, le pria de 
se rasseoir et de garder le silence. M. Clarkson obéit. 
.M'Naughten demeura pendant quelques minutes plongé dans 
de profondes réflexions. Tout a coup il s'écria : « Je suis 
coupable d'avoir tiré un coup de pistolet. 

— Vous êtes seulement coupable d'avoir tiré un coup de 
liistolef? lui demanda lord Abinger. 

— Oui, milord, répondit M'Naughten d'une voix faible. 

— Une dernière fois , je vous somme de me répondre , 
lui dit alors le erelEer. Étes-vous coupable ou non cou- 
pable? 

— iVof guiliii, » répondit l'accusé. 

Ces formalités préliminaires accomplies , la cour, sur la 
demande de M. Clarkson , qui n'avait pas eu le temps né- 
cessaire pour préparer la détense de son client, prononça le 
renvoi de l'atîaireà une autre session. 

M Naughten sera donc, selon toute probabilité, jugé dans 
la première quinzaine du mois de mars. Nous nous sommes 
contenté de raconter succinctement les faits tels qu'ils se 
.■iont passés ; avant de rapporter les bruits contradictoires 
i|ui ont couru à Londres, nous attendrons que les débals 
nous aient révélé les mystères de ce crime incompréhensi- 
ble. M'Naughten est-il réellement privé de l'usage de sa 
raison, ou avait-il conçu le projet d'assassiner le chef du 
ministère anglais, eta-t-il pris M. Drummond pour sir Robert 
l'eel? Il est impossible , quanta présent , de répondre avec 
certitude à une pareille question. 

« En Angleterre surtout, plus qu'en aucun autre pays, a 
dit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique , s'est si- 
gnalée la tranquille fureur d'égorger les hommes avec le 
glaive prétendu de la loi. » En elîet, les Anglais ont tou- 
jours fait im usage immodéré du bourreau. Un autre histo- 
rien a même prétendu que c'était à Jack Ketch, — ainsi 
s'appelle , au delà du détroit, l'exécuteur des hautes œu- 
vres , — d'écrire l'histoire de son pays. Toutefois , si les 
exécutions capitales ont été, à certaines époques, trop fré- 
quentes en Angleterre, — il y en eut soixante -douze mille 
sous le seul règne de Henri YIII , — on n'y compta jamais 
([u un très petit nombre d'assassinats. — Ainsi , parmi tous 
les hommes d'état qui se sont succédé sur le trêne minis- 
tériel depuis sir Thomas Morus jusqu'à sir Robert Peel , 
cest-à-dire pendant plus de trois siècles, trois seulement, 
le duc de Buckingham, Ilarley et M. Perceval , ont été as- 
sassinés , le duc de Buckingham avec un poignard , Harlev 
■■ivcr un canif, M. Perceval d'un coup de pistolet. Leduc d'e 
' '-iluim et M. Perceval expirèrent à l'instant même. 



Harley ne reçut qu'une blessure sans gravité. — Enfin les 
assassins de Harley et de M. Perceval, Guiscard et Belling- 
ham, un espion mécontent et un fou, ne vengeaient que des 
injures personnelles, et ils se contentèrent de prendre la 
première victime que leur ofîrit le hasard. Felton seul , 
quand il frappa au cœur le duc de Buckingham, le trop cé- 
lèbre mignon du roi Charles 1'"', croyait, ainsi qu'il le dé- 
clara lui-même, sauver sa religion et soji pays en exécutant 
l'homme que la plus haute cour criminelle du royaume, la 
Chambre des Communes, avait condamné comme traître. 

Felton était un fanatique. Dans sa prison et à l'audience 
de la cour du banc du roi, il se glorifia de son crime com- 
mis, dit-il , pour le bien de son pays ; il demanda comme 
une faveur que le bourreau lui coupât le bras droit avant de 
l'exécuter. 

Cl Je ne puis faire droit à votre demande , lui répondit le 
président de la cour, car la loi ne punit de la perte de leur 
main que les assassins qui ont frappé leur victime dans le 
palais du roi , ou les prévenus qui ont jeté des pierres aux 
juges dans l'exercice de leurs fonctions. Vous n'aurez 
donc que la loi et rien de plus , vous serez pendu par le cou 
jusqu'à ce que mort s'ensuive. Que Dieu ait pitié de voire 
âme ! 

— Je vous remercie , milord, » répondit Felton en faisant 
à la cour un profond salut. 

Le roi Charles !'■' joignit vainement ses supplications à 
celles du condamné ; la cour demeura inflexible. Felton 
fut pendu à Tyburn, mais sans avoir pu obtenir du bour- 
reau qu'il lui coupât la main droite. 

Sous le règne de la reine Anne, le ministère anglais avait 
à sa solde un certain nombre d'espions étrangers , alle- 
mands, italiens, espagnols, polonais et français. .4u nombre 
de ces derniers se trouvait un individu qui se faisait appeler 
le marquis de Guiscard , et qui touchait une rente annuelle 
de 300 livres sterling (12,500 fr.). On prétend qu'il devait 
cette pension à la libéralité de Saint-John, dont il avait plus 
d'une fois préparé et partagé les parties de plaisir. En 1711, 
le chancelier de l'échiquier Harley le réduisit de 100 livres 
sterling. Guiscard, furieux de cette diminution, offrit ses ser- 
vices à la cour de Versailles ; mais une lettre qu'il adressait 
par la voie du Portugal à un banquier de Pans, nommé Mo- 
reau, ayant été interceptée , il se vit accusé de haute trahi- 
son , arrêté et conduit devant le conseil privé pour y être 
interrogé. Sa rage ne connut plus de bornes. A peine intro- 
duit dans la salie du conseil, il demanda à parler en parti- 
culier a Saint-John. Son ancien protecteur lui ré|)ondit 
qu'il ne pouvait pas accorder une pareille faveur à un 
homme accusé d'un crime d'État. Guiscard , de plus en 
plus exaspéré, s'avança alors vers la table auprès de Harley, 
comme pour lui parler, et il le frappa dans la poitrine avec 
un canif qu'il tenait à la main en s'écriant. « A toi donc. » 
Heureusement pour Harley, la lame du canif se brisa con- 
tre un os, à quelques centimètres du manche. Guiscard lui 
porta de nouveaux coups qui ne lui firent que de légères 
blessures , mais qui le renversèrent à terre. — Cependant , 
à la vue du sang qui s'échappait de la poitrine de son col- 
lègue, Saint-John s'était levé et avait tiré son épée en di- 
sant : « Ce misérable a tué M. Harley. » Les autres con- 
seillers privés imitèrent son exemple , et se précipitèrent 
sur l'assassin. Guiscard se défendit en désespéré. Accablé 
par le nombre, il fut enfin forcé de se rendre, et on le trans- 
féra à Nevvgate, où il mourut quelques jours après des suites 
de ses blessures. — Le geôlier fit embaumer son cadavre , 
et le montra moyennant une légère rétribution , à tous les 
curieux qui se présentèrent pour le voir, jusqu'à ce que la 
reine eût ordonné qu'on l'ensevelit. 

Ce coup de canif, habilement exploité, rétablit sur une 
base solide la fortune chancelante de Harley. Le chance- 
lier de l'échiquier retarda à dessein sa guérison, et quand 
il reparut à la Chambre des communes, l'orateur lui adressa 
des félicitations ridicules. — La reine le nomma lord tréso- 
rier, et l'éleva à la pairie avec les titres de comte d'Oxford 
et de Mortimer. — A la mort de Rochester, il devint premier 
ministre. Enfin le Parlement fit une loi qui prononçait la 
peine de mort contre les individus coupables d'avoir frappé 
un conseiller privé dans l'exercice de ses fonctions. 

Cent deux ans après la scène que nous venons de racon- 
ter, c'est-à-dire le 1 1 mai 1812, à cinq heures un quart, au 
moment où M. Perceval, alors premier ministre, franchis- 
sait le seuil du vestibule de la Chambre des communes, un 
individu embusqué derrière la porte lui tira, presque à bout 
portant, un coup de pistolet. — La balle entra par le coté 
gauche de la poitrine et traversa le cœur. M. Perceval fit 
quekpjes pas en avant et tomba. La mort fut presque in- 
stantanée. M. Smith et d'autres membres de la Chambre. 
a\ant relevé le premier ministre, le transportèrent dans les 
appartements de l'orateur, mais il ne donnait déjà plus aucun 
signe de vie. 

Dès que l'émotion causée par ce fatal événement se fut 
un peu calmée , un des membres de la Chambre s'écria : 
Où est le scélérat qui a tiré ce coup de pistolet'' » A ces 
mots , l'assassin s'avança d'un pas ferme , et répondit avec 
un sang-froid extraordinaire : « Je suis ce malheureux. » 11 
n'essaya pas de fuir, et comme les personnes qui l'entou- 
raient l'accablaient de questions, il ajouta : « Je me nomme 
Bellingham , c'est une injure privée... Je sais ce que j'ai 
fait... C'est un refus de justice de la part du gouvernement 
qui m'a porté à commettre ce crime. « On s'empara de lui, 
on le fouilla et on le conduisit à la barre de la Chambre. 
L'orateur ayant repris sa place sur son siège , le général 
Gascogne s'écria : « Je crois que je connais le meurtrier ; 
il se nomme Bellingham. n 

La nouvelle de l'assassinat commis sur la personne du 
premier ministre répandit d'abord une certaine terreur dans 
les deux Chambres du Parlement anglais. Les membres des 
Communes et les lords s'imaginèrent que le coup de pis- 
tolet tiré par Bellingham était le premier signal d'une in- 
surrection prête à éclater; ils firent fermer toutes les portes, 



et ils se décidèrent à ne sortir qu'après s'être assurés qu'ils 
n'avaient aucun danger à redouter. Le lendemain, ils rédi- 
gèrent une adresse au prince régent, et quelques jours après 
ils votèrent à l'unanimité une pension de 200 livres ster- 
ling (30,000 fr.) pour la veuve de M. Perceval. et une somme 
de 30,000 livres sterling (1 million 250,000 fr.) pour l'édu- 
cation de ses enfants. 

Le soir même de l'attentat, Bellingham fut interrogé par 
un comité de la Chambre des Communes. John Hippesley 
lui ayant demandé s'il n'avait rien à dire pour sa défense : 
et J'ai avoué le fait, répondit-il, je l'avoue encore; mais je 
désire vous soumettre mes moyens de justification. Le gou- 
vernement a toujours refusé de faire droit à mes justes ré- 
clamations. Je suis le plus malheureux de tous les hommes, 
mais ma conscience m'absout. » 11 ne paraissait nullement 
ému ; seulement quand les témoins déclarèrent qu'ils avaient 
reçu le dernier soupir de M. Perceval, il versa quelques 
larmes. Transféré à Newgate, il conserva la même impas- 
sibilité jusqu'au jour de son procès. 

Bellingham avait alors i|uarante-deux ans. Né à Saint- 
Neot , dans le comté de llunling, il entra, jeune encore, 
dans une maison de banque de Londres ; puis il alla s'é- 
tablir à Archangel en qualité de commis , chez un négo- 
ciant russe. Des spéculations sur les bois le ramenèrent en 
Angleterre; mais il eut le malheur de voir ses espérances 
de gain trompées, et il retourna à .4rchangel, où il ne fut 
pas plus heureux. Fatigué de ses plaintes et de ses menaces 
incessantes, le gouvernement russe le fit mettre en pri- 
son. Dès qu'il recouvra sa liberté, il revint en ,\ngletert-e, 
se maria à Londres et alla exercer à Liverpool la profession 
d'assureur. A peine fixé dans cette ville , il demanda au 
ministère anglais la réparation du préjudice que lui avait 
fait éprouver le gouvernement russe. Les ministres lui 
ayant répondu que ses réclamations n'étaient pas fondées, 
il rédigea une pétition au Parlement, et il la remit lui-même 
à M. Perceval, qui la lui rendit peu de temps après avec un 
refus formel. Dès lors il ne songea plus qu à tirer une ven- 
geance éclatante de l'injustice dont il se prétendait victime : 
il jura de tuer le premier ministre que le hasard offrirait à 
ses coups. 

Quatre jours après la perpétration de son crime, Bellin- 
gham comparaissait devant la cour d'assises d'Old-Bailey. 
Ses défenseurs voulurent essayer de prouver qu'il ne jouis- 
sait pas de l'usage complet de sa raison ; il s'y opposa : 
« Je ne suis pas un insensé , dit-il dans sa défense, je sa- 
vais ce que je faisais ; personne n'éprouve plus de chagrin 
que moi de la mort de M. Perceval; je n'avais contre lui 
aucun motif d'inimitié personnelle. J'ai frappé en lui le chef 
d'un ministère qui a refusé de réparer les injustices com- 
mises à mon égard. On ne peut pas me condamner comme 
un assassin, car je n'avais, je le répète, aucun motif d'inimi- 
tié personnelle contre M. Perceval. » 

La cour entendit cependant quelques témoins, qui décla- 
rèrent que le père de l'accusé Bellingham était mort fou. 
et que lui-même avait souvent donné des preuves d'alié- 
nation mentale. Malgré ces dépositions, et malgré le sin- 
gulier système de défense adopté par l'accusé, les jurés ren- 
dirent, "sans même délibérer, un verdict de culpabilité. 
Condamné à mort par la cour, Bellingham subit sa peine 
le 18 mai devant la prison de Newgate. 11 mourut avec un 
sang froid remarquable, et jusqu'au moment où il fut lancé 
dans l'éternité, il persista à déclarer qu'il n'éprouvait aucun 
sentiment de repentir. 

Ainsi le fanatisme, la colère et la folie ont, aux xvii^, 
xviii" et xix'siecles, à peu près à la même époque, en 1628, 
en 171 1 et en 1812, déterminé Felton, Guiscard et Bellin- 
gham, à assassiner trois ministres anglais, le duc de Buc- 
kingham, Harley et Perceval. Si M'Naughten a tué M. Drum- 
mond en croyant tuer sir Robert Peel, quelle cause a armé 
son bras? Nous l'ignorons encore, mais le piocès qui va se 
juger à la cour criminelle centrale de Londres , et dont nous 
rendrons compte dans notre prochain numéro , répandra 
peut - être sur ce crime mystérieux quelques rayons de 
lumière. 

Affaire Mabcell.\.xge. — Rejet du poirvoi de Jacqies 
Besson. Dans son audience du 16 février 1843, la Cour de 
cassation (chambre criminelle), a rejeté, après un délibéré 
de trois heures, le pourvoi de Jacques Besson, condamné à 
mort, au mois de décembre, par la Cour d'assises de Lyon, 
pour crime d'assassinat commis sur la personne de M. de 
Marcellange. M" Béchard avait développé cinq moyens de 
cassation "a l'appui du pourvoi. Combattus par M« Achille 
Morin, au nom et dans l'intérêt des parties civiles, ces êinq 
moyens ont été successivement repoussés par M. le procu- 
reur-général Dupin , qui a terminé son réquisitoire en ces 
termes • 

« Vous rappellerai-je ces dispositions de la loi romaine , 
qui privait de la succession de leur parent assassiné, et qui 
les excluait en les flétrissant comme indignes, ceux qui ne 
poursuivaient pas la vengeance de sa mort, vengeance, non 
à la manière des temps barbares, en faisant à son tour des 
victimes ou en partageant d'indignes compositions, mais une 
vengeance légitime, celle qu'on demande aux lois et aux 
tribunaux de son pays... 

La présence des dames de Marcellange au procès était 
attendue, désirée, nécessaire ; le ministère public les y con- 
viait, il les couvrait de sa protection au delà peut-être de ce 
qui eût été finalement en son pouvoir. Dans toutes les hy- 
pothèses, les dames de Marcellange se devaient à justice, ou 
pour justifier l'accusé, si elles le croient innocent, ou pour 
aider à confondre le vrai coupable. » 

Un journal étranger annonçait dernièrement que les da- 
mes de Marcellange s'étaient retirées dans un couvent de 
Chambéry. M" Lachaud, défenseur de Jacques Besson, a 
formé un recours en grâce. 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



Affaire Montkly. — Le lundi 21 nov('mbr(! I8i2, un 
rrinie alfrcux , qui rappelle celui de Muitin Mellier, fut 
cominis dans la chambre n" i , situées au premier étage de 
riiùtcl de l'Europe, à Orléans. 




(Hôtel de l'Europe, où Bosselier a été assassiné.) 

Un individu nommé Montély , domicilié à Saint-Ger- 
main , assassina, à l'aide d'un couteau , un garçon de caisse 
de la banque d'Orléans, nommé Boisselier, et avec lequel il 
était lié depuis long-temps; toucha 5,1 15 fr. sur 8,30 i fr. 
(|ue lioisselier était chargé de recevoir, mit le cadavre de sa 
victime dans une malle, et ayant expédié cette malle â Tou- 
louse, il retourna en poste à Saint-Germain. 

Le crime ne tarda pas à être découvert, et, le 23 no- 
vembre, Montély fut arrêté à Saint-Germain, dans son do- 
micile, à sept heures du matin. 

Au moment où nous mettons sous presse, les débats de 
ce procès viennent de commencer devant la cour d'assises 
du Loiret , siégeant à Orléans. Les charges les plus graves 
pèsent sur l'accusé , qui nie, mais faiblement, être l'auteur 
de l'assassinat ; de nombreux témoins le reconnaissent , et 
d'autres preuves non moins accablantes confirment leur dé- 
position. 

En faisant connaître dans notre prochain numéro le ver- 
dict du jury, nous résumerons aussi les faits principaux de 
cette affaire, dont les horribles détails ne peuvent inspirer 
que des sentiments d'horreur et de dégoût , même à cette 
portion du public qui recherche le plus avidement les émo- 
tions de la cour d'assises. 

M"= Maxibie contre M. Victor Hugo. — Le Théâtre- 
Français ne pouvait se consoler de la mort tragique de 
Lonnzhw , du Dernier Marquis et du f (7s de Cromicell. 
Dans sa douleur, il se trouvait fort heureux d'être sub- 
ventionné. Sa caisse ne résonnait plus du doux bruit de 
l'or ou de l'argent; le public, indécis, n'osait lui porter 
le produit de ses économies Son commissaire se promenait 
souvent seul sur le trottoir toujours boueux qui borde sa 
salle; mais ces lieux déserts, loin de modérer sa douleur, 
ne faisaient que lui rappeler le Iriste souvenir de la foule 
qu'il y avait vue tant de fois accourir. Souvent il demeurait 
immobile sur le seuil de la porte, et il était sans cesse 
tourné vers le cùté d'où viennent les bonnes pièces et les 
grands succès. 

Tout à coup il aperçut un poète célèbre qui descendait 
de cabriolet, et s'avançait vers lui un manuscrit sous le 
bras. A cette vue, le commissaire 

Ke se tint pas de joie; 
mais profitant de la leçon que maître renard donna jadis 
il maître corbeau, il ouvrit ses deux bras, et ne laissa pas 
échapper sa proie. En cil'et, ce poète était M. Victor Hugo; 
ce manuscrit, une trilogie en vers intitulée les liurgraves. 
lleçu avec acclamation , le nouveau drame fut mis immédia- 
tement à l'étude. Sur le refus de mademoiselle Rachel , ma- 
demoiselle Maxime, — cette ridicule invention d'un critique 
marié, — obtint le rôle de mademoiselle Guanumara, vieille 
fille âgée de quatre-vingt-cinq ans , qui a eu , dit-on , des 
malheurs dans sa jeunesse. Les répétitions ne tardèrent pas 
il commencer; mais chaque jour le large front du poète se 
couvrait de nuages plus épais et plus sombres, ses yeux 
lançaient des éclairs, et, par intervalles, un bruit étrange, 
semblable au roulement lointain du tonnerre, grondait entre 
ses lèvres; enfin l'orage éclata; la foudre, en tombant, attei- 
gnit mademoiselle Max me. M. Victor Hugo lui signifia, dans 
un langage poétique, qu'elle était complètement incapable 
de jouer le rôle dont il l'avait chargée, et qu'il remporterait 
les Uurgraves place Royale, si le comité ne lui trouvait pas 
à I instant même une iiutre Guanumara. 

Nous ne raconterons pas les scènes dramatiques qui sui- 
\ iront, le désespoir de l'actrice, la fermeté du poète , les 
tourments du commissaire. De plus en plus inconsolable de 
la mort de Lorenzino. du l)er?u'er Miirtiuis et du Fils de 
CromireU , le Théiilre-Français alhi demander une Guanu- 
mara à rOdéon , à la Porte-Saint-Martin ... enfin à \\\m- 
bigu-Comique, ipii rit du nuillieur de son confrère, et qui lui 
céda, moyennant une fiiible graliliciition de vingt mille francs, 
sa meilleure actrice, re\-;iuideiiuiiselleThcodorine, aujour- 
d'hui madame Mélinmic. 



Cependant mademoiselle Maxime, étourdie par la vio- 
lence du coup, commençait à reprendre l'usage de ses sens, 
lorsque la nouvelle Guanumara vint répéter i'i sa plac« : d'a- 
bord elle \oulut continuer à réciter son rôle en présence de 
sa rivale victorieuse ; mais elle renonça bienl<')t a celte pro- 
testiition ridicule, et elle s'adressa aux tribunaux. Elle 
prétend que si l'auteur d'une pièce de Ihéijtre a la faculté 
d'en distribuer les rôles à son gré , il ne peut plus , cette 
distribution une fois faite, retirer à un acteur le rôle qu'il 
lui a confié. 

Dans son audience du vendredi 3 mars, le tribunal civil 
de la Seine, saisi de la contestation, s'est déclaré incom- 
pétent. 




. -, ' > • ;■■■ ••'/' 



Chronique Mniiicalc. 

« Pour la musii|up, écrivait un jour Voltiiiro i'i madame 
« Denis, je ne m'y connais guère; je n'ai jamais trop senti 
« l'extrèmo mérite des doubles croches. » Sauf quehpies 
exceptions, il n'y avait guère de Français, à celte époque, 
qui ne dût en dire autant. .\ la vérité, ils s'en seraient bien 
gardés pour la plupart; on se montre rarement d'aussi 
bonne composition sur son ignorance. Déjà même on avait 
en France, relativement à la musique, des prétentions assez 
élevées. L'Académie Royale de Musique passait dès lors, — 
à Paris, bien entendu, — pour le premier théâtre du monde, 
et Rameau , qui venait de détrôner Lulli , pour le plus grand 
des compositeurs. Rousseau , qui avait osé contester celte 
supériorité, avait été pendu en effigie, et le temps n'était 
pas éloigné où, du coin du roi au coin de la reine, des 
amateurs fanatiques devaient échanger maint cartel en 
l'honneur de Piccini et de Gluck. Mais, miilgré ce bruit et 
ces grandes prétentions de la vanité nationale, la France 
était peut-être le pays de l'Europe où l'art musical comp- 
tait, en réalité, le moins d'ade[)tes; on y dissertait sur la 
musique, mais on ne la savait pas. Il en est pourtant de cette 
langue-là comme de toutes les autres : pour la comprendre, 
il faut l'apprendre. 

Tout a bien changé depuis cette époque. On s'est accou- 
tumé peu à peu à regarder l'étude de la musique comme 
une partie importante, sinon indispensable, de toute édu- 
cation libérale. Il y a peu de jeunes gens aujourd'hui qui , 
dès le collège , ou en sortant du collège, n'aient acquis de 
cet art des notions suffisantes pour le sentir et pour en jouir. 
11 n'y a guère de jeune tille un peu bien née qu'on n'ait 
placée dès l'enfance devant un piano; la classe ouvrière 
elle-même a pris p.irt à ce mouvement , et l'enseignement 
simultané qu'a organisé B. Wilhem , après s'être établi dans 
toutes les écoles élémentaires de Paris, se répand avec ra- 
pidité dans les ()rovinces. Le nombre des auditeurs intelli- 
gents et des amateurs habiles s'accroit chaque jour. Des 
sociétés philharmoniques se forment partout , et l'on peut 
conjecturer que, d'ici à dix ans, pres(iuc toutes nos villes 
de premier et de second ordre auront un orchestre capable 
d'exécuter convenablement les œuvres musicales les plus 
compliquées. 

Cet heureux développement a produit les résultats qu'on 
en devait attendre. Les artistes se sont multiplit-s rapide- 
ment, et chaque jour en voit surgir de nouvciiux. Les éta- 
blissements publics consacrés à l'art se sont élevés à un de- 
gré de [irospérité auquel , jusqu'ici , ils n'avaient jamais pu 
atteindre. Quiii/e fois par mois, pendant toute la saison 
d'hiver, le The^'itre-ltalien encaisse des recettes qui lui ont 
permis d'élever les émoluments de ses chanteurs à un taux 
incroyable et presque fiibuleux. A chaque représentation 
où la danse n'usurpe point la place de la musique, la vaste 
salle (le l'Opéra s'emplit jusqu'au comble, et refuse parfois 
des spectateurs. L'Opéra-Comique, bien que, le plus sou- 
vent , il mette sur le marché musical des denrées d'une va- 
leur moindre, n'en trouve pas pour cela moins de consom- 
mateurs. Quant aux concerts du Conservatoire, tout le 
monde sait de reste qu'à moins de s'y être abonné il y a 
cinq ou six ans , il est à peu près impossible d'y pénétrer 
aujourd'hui. 

Rien de moins étonnant, après tout, que cet immense 
concours. Quiconque a pu assister une fois seulement à ces 
harmonieuses solennités dont la salle de la rue Bergère est le 
théâtre, quiconque a pu juger par lui-même du magnifique 
développement de sonorité que produit cet orchestre, de 
l'ensemble merveilleux qui y règne, de l'habileté mécaiii- 
ipie de cluiquo exiVutant, de l'ardeur qui les anime tous, 
(lu goût, (le l'intelligence et du sentiment profond des 
beautés de l'art qui disliugiient leur chef habituel , ne peut 
douter qu'on n'entende au Conservatoire de Paris ce qu'on 
ne saurait entendre dans aucune autre ville du monde. Les 
Allemands les plus disposés à vanter leur patrie reconnais- 



sent cette su(H'riorilé ; aucun n'a jamais di:-.-iiiiii.. o... 
étonnement et son admiration. Ils auraient d'ailleurs assez 
mauvaise grâce à le tenter, car c'est surtout au service de 
leurs grands hommes que nos exécutants se plai.-' ni à met- 
tre leur habileté, leur verve et leur énergie. La fer, eur sou- 
tenue (le leur culte |»our Haendel , Gluck, Haydn, Mozart , 
Beethoven et Wetwr, n'est-elle pas le plus diine hommage 
que la France-ail jamais pu rendre à l'Allemagne? 

La musique italienne triomplie à la salie Ventadour. 
comme la musique allemande au Conservatoire. A aucune 
é|)oque le Théâirc-Italieh n'avait attiré une pareille af- 
(lueiice; non que M.irio ait remplacé Hubini, ou même que 
Rubiniaitdù faire oubli r Donzclliet Garcia; non que ma- 
demoiselle Grisi , brillant, et chaleureuse canUilrice [lour- 
lanl , se soit élevée jamais au niveau du génie fougueux de 
la Mallbran, ou qu'elle ait atteint la p».'rfeclion coiiliiiue et 
idéale de la Pasia; non que la musique soit en progrès dans 
la Péninsule, et que les imilaleurs de Hossini ne nous don- 
nent lieu de regretter plus amèrement chaque jour le silence 
obstiné do leur maître; mais les artistes d'aujourd'hui re- 
cueillent le fruit des travaux de leurs devanciers. GrJce a 
tous les chanteurs de génie qui s<- sont succéfJé sans inter- 
ruption de 18lt) â I8:)0. et grâce surtout à Hossini , le théâ- 
tre Ventadour est à la mode et y sera longtemps. Quand on 
aura cessé d'applaudir p:ir enthousiasme les inter|irètes ac- 
tuels de l'art italien , on lesa|iplaudira encore par habitude, 
et Tamburini etLablache pourront terminer doucement leur 
carrière au bruit d'hommages |)oslhumcs et d'acclamations 
rétrospectives. 

Lablache, après tout, Tamburini, madame Persiani, 
madame Viardol-Garcia , Mario, ne sont pas des artistes 
d'un mérite ordinaire. Lablache a été l'une des premières 
basses-tailles de l'Italie à ré|ioque où l'Italie était le plus 
riche en chanteurs. .Madame Persiani, fille de Taccliinardi 
et son élève , ne dément pas son origine , et se montre en 
tout |)oint digne de son maître. Il n'y a jamais eu d'exwu- 
lion plus correcte, plus délicate, plus fine, plus élé.ininle , 
souvent même plus hardie (pie la sienne. Qut'' dommage 
qu'à cette incontestable perfection elle ne joigne jias, dan» 
certains cas, un peu plus de chaleur' Quant à .Mario, il 
gagne tous les jours, et tout récemment encore il vient de 
faire, dans le rôle d'Olello, un pas immense. 

On ne siurail contester d'ailleurs a l'administration du 
Théâlre-ltiilien une gr.inde activité, un désir sincère de sa- 
tisfaire le public et de le tenir au courant de la marche 
que suit l'art en Italie. En deux saisons, plusieurs ou- 
vrages anciens , peu connus ou même oubliés, ont été re- 
pris avec succès : le Canlatrici Villane , par exemple , ol 
le Turc en Italie. Quatre o|)éras nouveaux ont été repré- 
sentés : la Vestale, de Mercudante, Sa/jTo, de Pacini, LinJa 
di Chamouni et Don Pasquale, de Donizetti- Celte dernière 
partition a été composée expressément pour Paris : puisse 
le succès qu'elle a obtenu engager M.M. les directeurs du 
Théâtre-Italien à renouveler souvent celle épreuve 1 On a 
pu constater (pie l'auteur fécond , mais un peu négligé, de 
Lucrezia et de L inda di Chamouni s'était montré celle fois 
plus soucieux de sa répuliilion, el plus difficile dans le choix 
de ses idées. Le Théâtre-Italien de Paris est un salon 
élégant , où l'on ne doit se présenter qu'en toilette ; l'auteur 
de Don Pasquale l'a compris, et ne s en est pas mal trouvé. 
Après quelques tentatives avortén^s, lOpéra-Comique a 
rencontré enfin une mine féconde : la Part du Dia'Ae em- 
plit quatre fois par semaine la jolie salle Favarl. et vingt 
représentations ne paraissent pas encore avoir refroi(Ji 
l'empressement du public. Plusieurs ouvrages nouveaux 
sont prêts ou ne larderont pas à l'être, un, entre autres. 
d'un compositeur anglais dont on dit déjà des merveilles 
avant de l'avoir entendu; puisse-t-on continuer après I Le 
fait seul d'une partition écrite à Paris par un .\nglais est 
par lui-même assez singulier jwur piquer la curiosité pu- 
blique, el c'est ce qui explique en grande partie la facilité 
avec laquelle nos directeurs de théâtre, hommes de spé- 
culation avant tout, accueillent d'ordinaire les artistes 
étrangers. Quel imprésario refuserait un puéine à un 
homme qui viendrait lui dire : " Monsieur je m'appelle 
i( lloimg-Pouf; je suis né à Macao, j'ai appris le conire- 
point et la fugue au Conservatoire de Pékin, et j'ai dédié 
« trois romances à la di>ine Pé-ku-su , seconde épouse lé- 
« gilime du sublime empereur de la Chine et de la Tarla- 
« rie. — Comment, diable! mais c'est, Monsieur, un trop 
« grand honneur que vous me faites ! Quoi ! Monsieur est 
« Chinois ! voilà une chose bien extraordinaire ! Comment 
K peut-on être Chinois? » 

Tout se dispose à l'Opéra pour la première représenta- 
tion de la Déineuce de Charles Vl. En attendant ce jour 
pénible el glorieux de l'enfantement . l'Opéra chôme un 
peu, et se repose, et vit de régime, précaution raisonnable, 
el que nous ne saurions désapprouver. Nous venons de dire 
par avance le nom de l'enfjnl qui doit naître , faut-il 
dire aussi le nom de son père , ou plutôt de ses pères?.... 
un opéra bien conslitiié a toujours (Jeux pères, el souvent 
il on a trois. Nous pouvons faire celte révélation sans être 
indiscrets. L'auleurdes Enfants d' Edouard et l'auteur de /.; 
Juive prétendraient en vain à l'incognito; leur nom brille 
entouré d'une auréole trop lumineuse. Ils voudraient se ca- 
cher qu'ils ne le [wurraient pas. 

A bientôt donc la Démence de Charles Vl. Là figurer^ 
tout ce que rO|x'Ta renferme d'iicteurs et de chanteurs i 
marquables. Duprez. Barruilhet , Poultier, madame Doru.- . 
niiulame Stollz ; là brilleront sans doute de nouveaux chefy- 
d'u'uvrede MM. Séchan et Oespléchin, Cambon el Philas- 
tre, grands artistes, el qui ne sonl pas les moins solides c- 
lonnes de 

Ce palais magique. 

Où les l)eau\ > ers, la danse, la musique, 

L'art (le tromper les yeux |>ar les couleurs. 

L'art plus lieureux de séiluin- les cours. 

De cent plaisirs , font un plaisir uiii(pie. 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 




PAROLES 

de M. 

Edouard Turquety, 



<^.Ho 



fleur a - - ban - don - - né - e Dont je n'ai que les dé - - - bris ; Sou - ve - nir triste et fi - dé - - le 



d'un mo-ment si doux pour moi, Viens en - cor me par- - 1er d'el - le... Je puis pieu - rer de-- vanl 



l*i. Viens en - - cor me par - 1er d'el - le, Je puis pieu - rer de - - lant lo 



Frocé(iés de £. DuvtRotK. 



L'ILLUSTRATION. JOl HNAL r.MVKFtSi:!. 




Sur la roiilo de Berlin à Hambourg, presque à l'entrée de 
la riche et féconde principauté du Mecklembourî; , s'élève 
une petite ville qui surprend et charme le voyageur : c'est 
Luidwigslust, l'une des plus jolies et des plus attrayantes 
villes de l'Allemagne. Luidwigslust n'était encore , vers le 
milieu du siècle passé, qu'un rendez-vous de chasse. En 
17o6, le grand-duc Frédéric vint s'y établir avec sa cour. 
Il construisit un château , une église, une enceinte de mai- 
sons pour ses officiers et plusieurs rues larges et élégantes. 

Le grand-duc Frédéric-François continua l'œuvre de ses 
prédécesseurs. Il décora le château , il embellit le parc. Il 
avait le goût des sciences naturelles et des art,s, et il forma 
peu à peu une collection de tableaux, do minéralogie et do 
coquillages qui mérite d'être visitée. Luidwigslust , ainsi 
favorisée par deu.\ souverains, devint en peu de temps une 
ville remarquable. Rien de plus frais que l'aspect de ses mai- 
sons bâties à la manière hollandaise, de ses rues bordées de 
deux largos trottoirs et ombragées par une double haie de 
tilleuls; rien de plus gracieux que la vue du château avec 
sa limpide cascade qui tombe sous ses fenêtres, et son préau 
couronné d'une enceinte d'habitations et terminé par l'église. 

C'est dans cotte riante résidence des princes et do la no- 
blesse du Mecklembourg que la princesse Hélène, duchesse 
d'Orléans , est née. Son père était le grand-duc hérédilau-e 
Louis-Frédéric , âme tendre et généreuse , cœur droit et 
élevé. Son nom est vénéré et aimé dans tout le pays. Sa 
mère était la jeune duchesse Caroline de Saxe-Weimar; on 
m'a montré dernièrement Sun portrait dans le château héré- 
ditaire de ses aïeux : c'est une ligure pleine d'une beauté 
touchante et d'une admirable intelligence. Élevée à Wei- 
mar dans la grande époque littéraire qui a illustré cetic 
ville, au sein do cette cour poétique immortalisée par les 
noms de Goethe et de Schiller , au milieu de tous ces 



lia dnctaesae d'Orléana. 

hommes distingués de l'Allemagne et des contrées étran- 
gères qui se groupaient avec orgueil sous le patronage affec- 
tueux de ses parents, la princesse Caroline se ht remarquer 
par les plus charmantes qualités de l'esprit et du cœur. Les 
habitants de Weimar la nommaient leur ange tutélairc, et 
un écrivain allemand qui l'a vue naitre et grandir a dit , en 
parlant d'elle : Es u-ar ein hiininlischesGemiith (c'était un 
caractère céleste) (4). 

Par son père et par sa mère , madame la duchesse d'Or- 
léans devait ainsi être dotée de tout ce qui grave le nom des 
princes dans le cœur des peuples, de tout ce qui ennoblit 
leur mémoire aux yeux des artistes et di-s iwètes; par leur 
origine, elle se trouvait alliée aux plus anciennes, aux plus 
puissantes familles de l'Europe septentrionale. Un prince 
du Mecklembourg a régné sur la Suède ; un autre, le vaillant 
Rurik, a conquis et subjugué une partie de cet immense em- 
pire soumis aujourd'hui à la domination absolue desRoma- 
now. Les généalogistes font remonter jusqu'aux temps les 
plus reculés l'histoire des princes du Mecklembourg , et ré- 
pandent ses ramilications à travers le Nord entier. Tout ré- 
cemment, le savant Finn Magnusscn a établi , par une fdia- 
tionde plusieurs siècles, leur parenté avec Regnar Lobrock, 
le héros merveilleux des traditions Scandinaves. 

Cependant un grand malheur planait sur ce berceau en- 
touré de tant d'éclat et de tant de vertus. Madame la du- 
chesse d'Orléans n'avait que deux ans lorscjue sa mère 
mourut. Son père se remaria, le 3 avril 1818, avec la prin- 
cesse Auguste de Ilesse-Hombourg. Dix-huit mois après, la 
mort enleva ce prince aux vœux de son pays , à l'amour de 
ses enfants. Madame la duchesse d'Orléans avait déjà perdu 
un jeune frère; il lui en restait un qu'elle aimait tendre- 

(!) Rœmer. Miltlieilluneen iiher Gatlie. 



AiH-Sn 



ment : à l'âge où il donnait à sa famille , à son pays , les 
plus riantes'espérancecs, à l'âge où il se préparait à conli- 
nuer le gouvernement paternel de ses ancêtres, elle le vit 
languir, s'éteindre, et reçut en <8.34 son dernier soupir. 

Dans le parc du château de Luidwigslust, au milieu d'une 
enceinte de hêtres, on aperçoit une chapelle d'une consinic- 
tion simple et imposante. C'est là que reposent, sous une 
voûte éclairée par un jour mystérieux, ces louchantes vic- 
times dune mort prématurée. Une idée d'ospéranre se mêle 
encore au sentiment de deuil et de regret qu'éveille l'aspect 
de ces tombeaux. La voûte qui les recouvre est bleue el 
parsemée d'étoiles comme l'azur du ciel dans une belle nuit 
d'été, et l'inscription placée au-dessus de la porte parle du 
bonheur de ceux qui , après s'être quiltw dans cette vie , se 
réuniront dans un autre monde. Cette chain-lle est pour les 
fidèles Mccklembourgeois un lieu de pèlerinage. Le jour où 
je la visitais, ime pauvre vieille paysanne des environs de 
Siiiwerin y entrait après moi, les mains jointes, la tétc bais- 
sée, le visage recueilli. Elle priait, el dans sii prière elle 
associait le passé à l'avenir, le nom de ceux qui n'étaient 
plus à limage de ceux qui vivaient encore 

La Providence, en enlevant à madame la duchesse d'Or- 
léans ses plusdouci^ et ses plus s;iintes afîeclions, lui don- 
na, dans la dernière éiKiuse de son père, un appui compa- 
tissant , une mère d'une tendresse profonde et d'un dé\oue- 
ment infatigable; noble cœur, wlairé tout jeune par l'ad- 
voi-site , ouvert à la souffrance des autres par ses propres 
souffrances, élevé et fortifie par l'amour du bien et le sen- 
timent du devoir; noble femme, condamnée dans ses plus 
beaux jours à prendre le douloureux voile des veuves , ha- 
bituée de bonne heure à chercher dans les pratiques de la 
foi un soutien contre les calamités de ce monde el dans les 
trt^sors de l'étude une joie plus vraie, plus fructueuse ri.. 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



celles qui naissent de la fortune et du pouvoir. C'est elle 
qui a élevé madame la duchesse d'Orléans, à l'aide de 
quelques maîtres choisis et d'une gouvernante excellente; 
c'est elle qui, par ses soins incessants, par son affection 
sans bornes et ses intelligentes leçons, a développé les dons 
précieux que le Ciel avait faits à la jeune princesse ; c'est 
elle qui l'a guidée pas à pas dans la vie , dans ses premières 
lectures et ses premières pensées, profitant de toutes les 
circonstances pour donner un juste essor à son esprit et un 
pieux élan à son âme; c'est elle qui l'accompagna en France 
au jour de ce royal mariage, si splendide, hélas! et silôt 
enveloppé de deuil, et celle qui, en apprenant une effroya- 
ble catastrophe, accourut un toute hâte du fond de l'Alle- 
magne pour lui apporter les consolations de sa piété et l'ap- 
pui de sa tendresse. 

Madame la grande-duchesse douairière a passé a Luid- 
vvigslust, avec sa fille adoptive, vingt années d'une vie de 
recueillement, d'instruction, d'une vie toute remplie de 
bonnes œuvres et de généreuses pensées. Elle habitait une 
des maisons que le prince Frédéric avait fait construire le 
long de la verte pelouse qui s'étend jusqu'au parvis de l'é- 
glise. Elle connaissait la plupart des habitants de la rési- 
dence grand-ducale , les pauvres aussi bien que les riches, 
et s'associait à leurs intérêts, à leurs désirs. Elle était sou- 
vent leur patronne , leur conseil , leur soutien , et enseignait 
à sa fille la douceur de ces actes d'humanité et de sympa- 
thie. Une partie de ses jours se passait ainsi à veiller au 
bien-être de ceux qui l'entouraient. Le reste était consacré 
à des réunions choisies, à d'utiles lectures, à des études 
d'art, de littérature, d'histoire, à des promenades instruc- 
tives dans un jardin botanique que Madame la grande-du- 
chesse a créé elle-même , 'et où elle a rassemblé les plantes 
les plus curieuses et les Heurs les plus rares. 

Parfois, au retour de l'été, les deux princesses, aban- 
donnant pour quelque temps leur silencieuse retraite , s'en 
allaient visiter ensemble quelques-unes des plus riantes 
contrées et des villes les plus remarquables de l'Allemagne. 
Elles s'arrêtaient à Berlin , à Leipzig, à Weimar, étudiant 
les souvenirs , observant les monuments , et s'entretenant 
avec les hommes les plus distingués des lieux où elles pas- 
saient. Qui ne comprend les effets qu'une telle éducation 
devait avoir? Aussi, celle qui l'avait entreprise avec tant 
d'intelligence et qui l'a continuée avec tant d'amour n'a-t- 
elle pas été trompée dans son espoir, et il y a long-temps 
(]u'elle est récompensée de ses tendres leçons par le succès 
qu'elle en a obtenu. 

Il faut avoir été en Allemagne, il faut s'être arrêté dans 
le Mecklembourg pour savoir quel profond sentiment de res- 
pect et d'affection madame la duchesse d'Orléans a laissé 
dans le cœur de tous ceux qui l'ont connue. Depuis qu'elle 
a quitté Luidwigslust, toute la population de cette ville a 
les yeux tournés de notre coté. On s'est abonné aux jour- 
naux français, on attend les nouvelles de Paris avec impa- 
tience. Dès que le courrier arrive, la première feuille que 
Ion déploie , la première colonne que l'on cherche est celle 
où l'on espère lire le nom de la jeune duchesse. Chacun la 
suit avec une tendre sollicitude dans son séjour en France, 
et chaque famille parle d'elle comme d'un enfant chéri qui 
est loin et que l'on voudrait bien revoir. Par suite de cet 
amour, que le temps n'a pas affaibli, que l'absence n'a pas 
altéré, on aime le pays qui l'a adoptée, on voudrait le voir 
toujours heureux , puissant , pai,*ible ; car, dans la pensée 
des bons habitants de Luidwigslust, les destinées de la 
France se lient à celle de la jeune princesse. Nulle part on 
ne fait de vœux plus ardents pour la gloire et la prospérité 
de notre patrie , et nulle part celui qui vient de la France ou 
celui qui y retourne n'e.xcite plus d'attention. 

Les gens du peuple ont pour la princesse, qui a grandi 
sous leurs yeux , la même vénération et le même dénoue- 
ment. Us ne peuvent, dans leur ignorance, suivre ses desti- 
nées comme ceux qui connaissent l'histoire des conirées 
étrangères et lisent les journaux. Ils la voient toujours telle 
qu'ils l'ont vue autrefois , quand elle traversait avec son 
heureuse gaieté, son regard bienveillant et sa parole affa- 
ble, les rues et le parc de Luidwigslust. Un jour j'avais pris 
une voiture de louage pour me conduire de Luidwigslust à 
Schwerin. Le long du chemin, je causais avec le cocher, bon 
et honnête vieillard, qui m'intéressait par la franchise de sa 
phvsionomie cl la naïveté de ses récits. Après lui avoir parlé 
des tradilions populaires de son pays, du château de Schwerin 
et des digues de Doberan, je lui demandai s'il avait connu 
madame la duchesse d'Orléans. Il baissa la tète à celte ques- 
lion , et garda quelques instants le silence comme un honune 
frappé d'un nom inusité qui cherche à éclaircirdans son esprit 
uneiilée un peu confuse, puis tout-à coup me regardantavec 
un sourire de joie : « Ah! notre Hélène', s'écria-t-il (unser 



Helena), si je la connais ! je le crois bien , moi qui l'ai vue 
toute petite passer tant de fois devant ma maison , et ma 
femme et mes enfants aussi la connaissent bien, et pour- 
raient vous dire comme on l'aime dans le pays. Mais voyez- 
vous , ce nouveau titre que vous lui donnez troublait ma 
mémoire. Nous savons qu'elle est à présent une duchesse de 
France, et pourtant nous ne pouvons lui donner un autre 
nom que celui quelle portait parmi nous. C'est notre Hélène 
de Mecklembourg, quoi qu'il arrive. » Et là-dessus, le digne 
vieillard se mit à me raconter tout ce qu'il savait de l'en- 
fance de la princesse , des actes de bonté, de commisération 
qui l'avaient rendue chère à toute la contrée , et son récit 
durait encore au moment où nous arrivions près des arceaux 
gothiques du vieux château de Schwerin. 

A Weimar, où madame la duchesse d'Orléans a passé à 
diverses reprises i)lusieurs mois , depuis le palais de son 
oncle grand-duc jusqu'à la demeure du plus obscur bour- 
geois , tout le monde la loue et la bénit. L'affection que les 
habitants de cette ville avaient vouée à sa mère, ils l'ont 
reportée sur sa noble fille, et quand parmi eux je venais à pro- 
noncer son nom, il éveillait de toutes parts un accent d'amour 
et de reconnaissance. « Notre ange tutélaire ne nous a pas 
quittés, me disait une fois un ancien ami de Goethe; notre 
princesse Caroline vit encore au milieu de nous; elle revit 
avec toute sa grâce et sa bonté dans son Hélène, qui nous 
appartient autant qu'au Mecklembourg. 

Madame la duchesse d'Orléans justifie cette constance 
d'affection par la fidélité qu'elle a conservée à ceux qu elle 
a jadis connus et appréciés. En adopUmt de cœur et d'âme 
la France, elle n'a point perdu le souvenir de sa terre na- 
tile. De loin , elle vil encore par la pensée dans sa chère 
Allemagne. Elle s'intéresse à ses progrès , à son bien-être. 
Elle suit d'un regard attentif le sort de toutes les personnes 
qu'elle a aimées. Elle prend part à leur bonheur, elle com- 
patit à leurs souffrances, et leur envoie tour à tour, avec la 
promptitude ailée d'une générosité ardente un témoignage de 
sympathie, un encouragement, une consolation. Pendant 
que j'étais à Weimar, un artiste distingué mourut , et la 
première lettre de condoléance que recul sa veuve éplorée 
était de madame la duchesse d'Orléans. Une autre femme 
s'en allait en Italie chercher, sous un ciel plus doux, un 
remède à une maladie de langueur, et sur sa route , dans 
chaque ville, les ordres de madame la duchesse d'Orléans 
avaient prévenu son arrivée, et des agents officieux venaient 
avec empressement lui offrir leurs services. 

Dirai-je maintenant quels sentiments l'auguste princesse 
a inspirés dans le pays qui est devenu sa seconde patrie? 
Ah! la France entière le sait, et je n'ai rien à apprendre 
de ses vertus à ceux qui l'ont vue traverser une partie de 
nos provinces, à ceux qui chaque jour découvrent à Paris 
les nobles actions que sa modestie cherche à voiler et que 
la reconnaissance révèle. 

Dès son enfance , madame la duchesse d'Orléans étudiait 
notre histoire et notre littérature; elle parlait notre langue 
en même temps qu'elle apprenait à parler sa langue mater- 
nelle, et quand elle a franchi la frontière d'Allemagne, et 
quand elle a posé le pied sur le sol de France , au milieu 
des populations joyeuses et empressées de la voir, le pays 
où elle entrait ainsi pour la première fois n'était point pour 
elle un pays étrager. Elle en connaissait depuis long-temps 
les jours de gloire et de malheur, les richesses et les illus- 
trations. Elle arriva parmi nous comme une fille de France 
attendue depuis long-temps. Elle se dévoua aux vœux , aux 
intérêts de notre nation , en même temps que la nation se 
dévouait à elle. 

Qui ne se souvient encore de ces fêtes solennelles de Fon- 
tainebleau , où elle apparut avec tant de charme et de di- 
gnité, où un ministre d'Etat disait en la voyant gravir d'un 
pas majestueux les marches de l'escalier du château : « On 
nous avait annoncé une princesse, c'est une reine qui nous 
arrive. » Qui ne se souvient de ces soirées du pavillon 
Marsan , où madame la duchesse d'Orléans accueillait si 
gracieusement avec son auguste époux les hommes distin- 
gués par leur naissance et les hommes distingués par leur 
caractère ou leur talent, les hauls fonctionnaires du royaume 
et les poètes, les députés du peuple et les artistes? 

Hélas! un affreux malheur, un malheur qui a retenti 
comme un coup de foudre dans l'Europe entière a mis fin à 
toutes ces fêtes, à toutes ces réunions si belles et si intelli- 
gentes; mais Dieu veille encore sur ceux qu'il a si cruelle- 
ment frappés, et la France contemple avec atlendrissement 
la jeune princesse qu'un grand devoir soutient entre un 
deuil éternel et un' espoir puissant, entre sa douleur d'é- 
pouse et ses consolations maternelles, entre les regrets du 
passé et les promesses de l'avenir. 

X. M. 



Espart«ro. 

Les destinées de l'Espagne sont depuis plusieurs années 
à la merci d'un soldat de fortune , que les circonstances et la 
force du sabre ont porté au faîte du pouvoir et des honneurs. 
Don Baldomero Espartero, comte de Luchana , duc de la Vic- 
toire, duc de Morella, grand d'Espagne de l""" classe, géné- 
ralissime des armées espagnoles et président du conseil de 
régence, c'est-à-dire à peu de chose près roi d'Espagne, est 
né en 1793, à Granatula, petit village de la province de la 
Manche. H était le neuvième enfant d'une famille pauvre : 
son père était charron, d'autres disent charretier. Destiné 
de bonne heure à l'état ecclésiastique, il entra dans un 
couvent pour y faire ses études. C'était au moment où Na- 
poléon envahissait l'Lspagne.en 1808. Espartero avait alors 
seize ans. Il piit part à l'élan général de la nation, et s'en- 
rôla comme simple suldatdans un bataillon composé presque 
entièrement d'étudiants et de séminaristes. Bientôt ce ba- 
taillon fut incorporé dans divers régiments. Espartero, qui 
s'était distingué par sa bravoure, fut reçu dans l'école mili- 
taire établie dans l'île de Léon. Il en sortit avec le grade de 
sous-lieutenant; mais la guerre contre Napoléon était ter- 
minée , et comme il avait pris du goût pour la carrière mili- 
taire, il obtint de faire partie d'une expédition que l'on diri- 
geait contre les colonies espagnoles insurgées de l'Amérique 
du Sud. 

Il commença par gagner la faveur du général don Pablo 
Morillo, qui l'attacha à sa personne, et, sa bravoure très- 
réelle aidant, il fit rapidement son chemin. Dans diverses 
rencontres, Espartero fit preuve d'une rare intré[iidité, et 
fut blessé plusieurs fois. A la fin de la campagne, en 1824, 
Espartero était arrivé au grade de colonel. La passion du 
jeu dévorait l'armée d'expédition , et Espartero la partageait 
dans toute sa fureur Beau joueur, heureux autant qu'on 
peut l'être, avec un caractère qui était un mélange d'éner- 
gie, d'apathie et de ruse, Espartero se fit par le jeu une 
fortune considérable , et, chose rare, point d'ennemis: d'ail- 
leurs, il s'était préparé à répondre aux mécontents et aux 
mauvais propos. Personne dans l'armée n'étaii plus adroit 
au maniement de toutes les armes : au couteau, au sabre 
et au pistolet. Espartero est demeuré depuis un joueur ef- 
fréné ; le jeu est l'occupation de tous les moments dont il 
peut disposer, et on assure que durant les fameuses négo- 
ciations de Bergara, les deux rivaux, Espartero et Maroto, 
qui s'étaient connus dans la guerre d'Amérique, se réunis- 
saient toutes les nuits dans une ferme, et décidaient, les 
cartes à la main, au trezillo, les clauses de la convention et 
les destinées de l'Espagne. Cette expédition d'Amérique a été 
la source de l'élévation d'Espartero. Le jeu lui donna une 
existence indépendante; les mêmes périls courus, les liens 
formés dans les camps et sur les champs de- bataille , la 
conformité de goûts et de situation lui fit des amis, et lui 
prépara de futurs appuis. En effet, tous les officiers qui 
avaient pris part à celte guerre d'Amérique, de 181 5 à 1824, 
formèrent, à leur retour en Espagne, une sorte de confré- 
rie. Le dédain des vieux soldats de la guerre de l'indépen- 
dance leur donna le nom héroïque d'.-lyacuc/ios, en mé- 
moire de la désastreuse capitulation d'Ayacucho, qui mit 
fin à la guerre en même temps qu'à la domination espagnole 
en Amérique. Ils sont de tout temps restés Irès-unis, bien 
que la fortune et les événements les aient dispersés et en- 
rôlés la plupart sous des drapeaux opposés dans la guerre 
civile. 

Espartero fut chargé de rapporter en Espagne les dra- 
peaux conquis dans la campagne, et reçut en récompense 
le grade de brigadier. Envoyé au dépôt de Logrono, il fit la 
connaissance de la fille d'un riche propriétaire du pays, et 
l'épousa malgré la volonté de son père. Jusqu'à la mort de 
Ferdinand Vil , Esparlero resta obscur dans une garnison ; il 
en sortit à ce moment pour se déclarer en faveur d'Isa- 
belle II, et dès que la guerre civile eut éclaté, il demanda à 
[lasser dans l'armée du Nord , et fut nommé commanrlanl- 
général de la province de Biscaye. Espartero n'y fut pas 
"heureux, et fut battu plusieurs "fois par Zumalacarreguy ; 
mais, comme il avait toujours payé de sa personne et que 
sa bravoure était reconnue, cela ne l'empêcha pas de deve- 
nir successivement maréchal-de-camp et lieutenant-général. 
Quand les événements de la Graiija décidèrent le général 
Cordova à donner sa démission et à se retirer en France , 
l'armée était dans un tel état d'indiscipline et de dissolution, 
qu'Espariero était le seul capable de prendre sa place. Un 
décret du 17 septembre 183(j le nomma général en chef de 
l'armée d'opérations du Nord, vice-roi de Navarre et capi- 
taine-général des provinces basques. 

Sur ce nouveau théâtre, Espartero montra les plus heu- 
reuses qualités d'un chef de parti , c'est-à-dire de négocia- 
teur et de temporisateur, plus que les qualités d'un homme 
de guerre. Les circonstances, il faut le reconnaître, l'ont 
bien servi ; mais aussi il a su en tirer bon parti , ce qui est 
peut-être le plus grand éloge que l'on puisse faire d'un gé- 
néral dont la mission est de conduire à bonne fin une guerre 
civile. Au moment où Espartero prit le commandement en 
chef de l'armée espagnole, Zumalacarreguy n'était plus; l'im- 
pulsion vigoureuse qu'il avait imprimée au mouvement in- 
surrectionnel s'était éteinte au milieu des mesquines ambi- 
tions, des rivalités et des dissensions inleslines qui remplis- 
saient le camp de don Carlos. Les Navarrais, fatigués d'une 
guerre ruineuse, se lassaient de mettre la défense de leurs 
privilèges au service de la cause du prétendant. D'un autre 
côté, le gouvernement espagnol , reconnaissant enfin la gra- 
vité de la révolte carliste, s'était décidé à en finir à tout prix 
avec la guerre civile, et à y consacrer toutes les ressources 
disponibles. Fort de ces avantages que n'avaient pas eus ses 
prédécesseurs, Esparlero profita de ces chances de succès. 
D'abord il commença par réorganiser l'armée espagnole , 
indisciplinée et démoralisée. Manquant de vivres el de solde, 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



aplée par le souffle révolutionnaire qui enflammail tous les 
esprits, cette armée, affamée souvent, toujours mécontente, 
(iéi)osait, assassinait ses i;énéraux , se livrait à tous les ra- 
ces sans aucun Ihiiii, et faisait la moitié des succès do l'in- 
surrecli(jn. Une victoire si^iiialée remportée il Luchana, avec 
le secours, il est vrai, de iiTit cinquante artilleurs anglais, 
rendit le courage et la ciiiiliancc a ses soldats. Cette victoire, 
(pii amena la délivrance de Bilbao, est le plus beau succès 
nulitaire d'Espartero, et lui donna son premier litre de comte 
de Luchana. Après cela, Espartero s'occui)a de rétablir la 
discipline dans son armée, et il procéda avec cette vigueur 
niomenlanéo qui est un des traits de son caractère. l)eu\ 
généraux avaient été assassinés par leurs propres soldats, 
Saarstield etEscalera; il dissimula d'abord l'horreur que 
lui inspiraient ces atroces attentats, attendit d'avoir gagné 
par des succès la confiance d(ï l'armée, et , (juand il se crut 
assuré de l'obéi.ssance, il punit les coupables avec un appa- 
reil aussi inattendu que hardi , cl capable de frapper l'ima- 
gination des soldais. 

Le 30 octobre 1837, en passant à Miranda del Ebro, il 
fait ranger son armée en bataille, se place au milieu du 
carré foinié par les troupes, leur fait seiilir par (pielques 
|)aroles énergicpies lénormité du crime commis contre les 
deux généraux assassinés. Aussitôt après dix soldats, re- 
connus |)Our les auteurs de la mort d'Escalcra, sont tirés 
des rangs; on leur administre les secours de la religion , et 
Espartero les fait fusiller sous les yeux de l'armée, qu'il 
fait ensuite défiler devant les cadavres. Dix jours après, 
arrivé à Pampeliine — c'était aussi le lieu où l'autre général 
avait été tué - il fait former ses troupes en carré sur les 
glacis de la citadelle, et les menace de les faire décimer si 
les coupables ne lui sont pas immédialement désignés. Douze 
soldats sont forcés par leurs camarades de sortir des rangs. 
Dans le môme moment arrivait le colonel Léon Iriarte, 
i|u'on avait envoyé chercher; dès qu'Es|)artero l'aperçoit, 
il lui dit à haute voix . « Le public croit que voire seigneurie 
est coupable de l'assassinat de Saarsfield. — Je suis innocent, 
mon général, répond Iriarte. — Si vous l'êtes, répond Es- 
partero, je m'en réjouirai; si vous ne l'êtes pas, dans deux 
heures voire seigneurie aura rendu compte à Dieu. r> Une 
table et des sièges sont apportés ; le conseil de guerre entre 
(m séance; les pré\enus sont interrogés, condamnés et fu- 
sillés à la vue (le Idiilc laniiée. 

Mais en même temps (luICsparlero frappait son armée par 
ces actes de vigueur , il employait toutes sortes de moyens 
pour se concilier l'affeclion de" ses troupes. Aucun général 
ne s'est montré plus soucieux j.]ue lui du bien-être de ses 
soldats, fatiguant les ministres de ses réclamations pour la 
paye, la nourriture, l'iiabillement et le recrutement de 
l'armée. 

Cela fait, Espartero revint à son système de temporisa- 
tion , et de coups décisifs lorsque l'occasion se présentait 
favorable. Dès le commencement, il s'était imaginé que la 
guerre pourrait se terminer par une transaction, et autant 
qu'il l'avait pu, il avait entretenu sur ce sujet des corres- 
ponilances avec les chefs carlistes qu'il croyait plus ac- 
cessibles que d'autres à ces idées. L'armée du prétendant 
n'était pas plus disciplinée que ne l'était celle du gouver- 
nement de la reine-ré.:ente avant que le commandement en 
eût été remis a Espartero. Par un de ces mouvements qui 
se sont présentés tant de fois dans ces armées, Marolo était 
devenu général en clief des forces carlistes. Marolo était un 
ancien compagnon d'armes d'Espartero: il avait fait partie 
de l'expédition d'.'Vinérique, et dès lors ce dernier no douta 
plus du succès de ses plans. Des négociations s'ouvrirent 
entre les deux généraux; de part et d'autre elles furent 
conduites avec une extrême réserve , et naturellement il 
s'ensuivit une suspension dans les hostilités. Cependant 
Espartero, qui ne recule jamais devant un acte de vigueur 
lorsqu'il le croit utile à ses intérêts , résolut de presser par 
une victoire la conclusion des négociations qui traînaient en 
longueur depuis plusieurs mois. Les carlistes s'étaient re- 
ti anches dans des positions formidables, qui leur permet- 
taient de faire des incursions en Castille; Espartero, [lar 
un coup de main, s'en empara à la tète de trente mille 
hommes , dans les derniers jours de mai 1839. Ce fut à l'oc- 
casion de cet événement ([u'il fut nommé grand d'Espagne 
et duc de la Victoire. Une suite non interrompue de succès 
décida la déroute de l'armée carliste, et, le 29 aoi'it de la 
même année, la guerre qui depuis sept ans désolait trois 
provinces fut terminée par la convention de Bergara. Quinze 
jours après, don Carlos [lassait en France. Au printemps 
suivant, Cabrera était forcé d'y chercher un refuge, et la 
pacification de l'Espagne était achevée. 

Telle a été, en résumé, la vie militaire d'Espartero. 
Comme nous l'avons déjà dit, il s'est montré lempori.sateur 
habile plutôt que grand général ; mais si on a pu l'accuser 
de timidité, du moins il n'a pas été vaincu, et jamais ses 
succès n'ont été suivis d'un revers. Il a marché au but vers 
lequel il tendait lentement, sûrement, et, dans la situation, 
c'était peut-être le meilleur parti à prendre, sinon le seul. 
Il faut ajouter que peut-être ce système lui était dicté par 
son esprit, dont la qualité la plus remarquable est le bon 
sens et le jug<'ment. aut;\nt que par son tempérament et sa 
santé. Froid, tlegmalique , cette disposition à l'indolence 
était sans doute augmentée en lui par une inllammation 
chronique à la vessie, qui le force de passer au lit la plus 
grande partie de sa vie. Cette maladie ne lui permet pas de 
supporter la moindre fatigue. Ses soldats racontent qu'ils 
font vu souvent, dans les longues marches, forcé par la 
douleur de descendre de cheval et se rouler à terre en pous- 
sant des cris. De même sa conduite est un mélange d'inter- 
mittences fiévreuses et de longues périodes de marasme, 
l'eut-être l'activité continue lui déplaît-elle au moins autant 
(]u'elle lui est nuisible; mais ce n'est qu'en Espagne ciiiun 
pareil général est possible et qu'il a pu avoir des succès. 
Nous allons suivre maintenant Espartero sur un autre 
Ihéà're, celui de la politiiiue. 



A partir du moment où le gouvernement représentatif a 
été donné à l'Espagne, ses partisans se sont divisés naturel- 
lement en deux grandes fractions, celle des exaltés et celle 
des modérés; les premiers, énergiques, ardents, sont entrés 
hardiment dans les voies révolutionnaires, et veulent pousser 
l'Espagne le plus loin possible dans les voies do la démo- 
cratie; les seconds, au contraire, résistent à ce mouvement, 
et se contenteraient volontiers d'un gouvernement moilére , 
mais ferme, et d'un régime de liberté sans Inenic Jusqu'à 
celte heure, ces deux partis se sont balancés d'une manière 
à |)eu près égale dans la nation ; mais les exaltés, par leur 
activité et leur audace, l'ont souvent emporté sur les mo- 
dérés, et leur ont maintes fois enlevé par des cou|)s de 
main hardis le pouvoir que ceux-ci re-saisissent ensuite |)ar 
une lutte patiente. Les modérés ont eu leur plus ferme ap- 
pui , jusqu'à la révolution de septembre, dans le pouvoir 
royal et dans la reine Christine; de plus ils comptent dans 
leur sein toute la noblesse, les hommes éprouvés par les 
affaires, tous les rii'hes propriétaires qui ne sont pas car- 
listes, en un mot, tout ce qui , en Espagne, ressemble à 
une bourgeoisie, c'est-à-dire qu'ils ont pour eux tous les 
intérêts. Il était naturel que ces partis cherchassent un point 
d'appui dans les puissances étrangères les plus voisines , et 
qui depuis plusieurs siècles ont le plus inllué sur I Espagne, 
je veux dire la l'rance et l'Angleterre. Les modi'i'és licniient 
pour l'alliance française, et cela n'est |)as étonnant , puisque 
le noyau de ce parti s'est formé de tous les hommes com- 
promis autretois dans l'occupation impériale, et qui, après 
le retdiir de Ferdinand VII, ont été poursuivis pour la part 
qu'ilsavaient prise à ce gouvernement, dont ils regrettaient 
les tendances libérales. Ensuite, c'est sur l'exemple de la 
révolution de 1830 qu'ils ont recouvré un régime libre et 
uno constitution. 

( La suite el le purirait a un imcliain numéro. ) 



Promenade da Bœuf-CraN. 

Voici le Bœuf-Gras! Majestueux animal , l'espoir de l'éle- 
veuret l'orgueil du troupeau, il broutait naguère les grasses 
herbes de la superbe vallée d'Auge. Hélas! il ne se doutait 
pas alors, l'infortuné, du dangereux honneur que trop d'em- 
bonpoint devait attirer sur sa tète. Gras ou maigre, il est 
vrai, il faut (pie tôt ou tard le quadrupède ruminant paie 
son tribut à l'abattoir. Mais, heureusement pour le bouvier, 
celte vérité désolante n'est point connue dans les herbagers. 
Celui-là croissait donc dans sa naïveté et son innocence 
première, grossissant chaque jour vers sa perte. Ainsi, 
toujours les plus belles choses ont le pire destin , et les plus 
nobles tètes, comme les plus hautes cimes, appellent les 
coups de la foudre. 

Lorsqu'il eut enflé à souhait , il fallut dire adieu aux 
odorants sainfoins et aux vertes luzernes de la fertile Nor- 
mandie pour s'acheminer vers Poissy , où l'attendait le rigide 
et impatient aréopage des bouchers de Paris , réunis à l'effet 
de choisir l'opime incarnation , l'exubérant emblème du 
carnaval de l'an de grâce 1843. A peine il a paru qu'un long 
frémissement de surprise et d'admiration court parmi les 
juges sanguinaires. Tout d'une voix, la double palme de la 
royauté et du martyre lui est sur-le-champ décernée. Il 
dépasse ses nombreux rivaux de toute la longueur des 
cornes; il rendrait un quintal métrique au [ilus gigantesque 
d'entre eux; il sera donc le Bœuf, que dis-je? une héca- 
tombe aux modernes saturnales ou revit un instant le passé 
et où s'agito le présent sans un souci de l'avenir. 

De tout temps le Bœuf-Gras fut cher à la bonne ville de 
Paris. Autrefois on le sacrifiait vers l'équinoxe du prin- 
temps, à répo(iue où le soleil entre dans le signe vénéré du 
Taureau. Sa tête massive surmont(''e d'une branche de 
laurier-cerise, et portant sur sa croupe charnue un jeune 
enfant vêtu en Amour, qu'on nommait le Roi des liouchers, 
il parcourait la capitale aux bruyantes acclamations d'une 
populace enthousiaste. Le jour de la promenade a changé , 
mais la joie est restée la même. Le gamin de Paris surtout 
a voué un culte au BiBuf-Gras; il lui faut son Bœuf-Gras, 
sinon il est tout prêt à dépaver les rues et à renverser une 
dynastie. Lorsqu'il n'est passage, il suffit, pour l'apaiser, 
de cette effroyable menace : (( Tu n'iras pas voir le Bœuf- 
Gras ! " 

Le grand jour vient enfin de luire. Bicuf-Gras, il faut 
marchera la gloire, à la mort! Déjà la voix enrouée des 
colporteurs glapit dans tous les carrefours , comme lorS(]u'un 
condamné s'avance vers le supplice, l'annonce du triomphe 
que suivra un inévitable trépas. A ce cri , chacun d'accourir 
sur le pas de .sa [lorte el d'acheter l'ordre el la marche du 
Bœuf-Gras moyennant la niodi(]ue somme de 5 centimes. 
C'est le dimanche-gras, au matin, que commencent cet 
ordre et cette marche. Le magnifique cortège s'aligne et 
s'ébranle, ainsi disposé : 



Un peloton de municipaux à cheval ; 

Deux coureurs en costume du temps de Louis XIV 

superbes cavaliers qu'on dirait échappés à la toile de Vander 
Mculen ; 

Un tambour- major . ses tambours , el les musiciens re- 
vêtus de costumes de la même époque, elcoiffé's, les pre- 
miers de chapeaux , les seconds do casques à plumes. 

S'avancent ensuite , à cheval et en habit moderne : 

M. l'inspecleur-gcnéral de la boucherie de Paris; 

M. le sous-inspecteur 

L'éleveur qui a nourri le .-uperix; animal ; 

Le Iwucher qui a eu la gloire de l'acheter, el aura le 
profit de l'abattre. 

Après eux viennent aussi , û cheval : 

Le mailre des cérémonies , personnage important, en cos- 
tume de chevalier de l'ordre de Jérusalem; 

Deux hérauts d'armes , coiffés de chapcau.x à la Henri IV, 
et portant des labars aux armesde la ville; 

Puis viennent, sur deux files, trente-six cavaliers en co.s- 
tume du tem[)s de Charles VI, de Charles VII, de Fran- 
çois F', de Henri III, de Louis .\lll et de Louis XJV, précé- 
dant immédiatement : 

Le grand-prétre, ou sacrificateur, en longue robe blanche, 
<\w bientôt sera pourpre, couronné de feuillage — sans 
doute de laurier-sauce — et suivi d'un paysan breton ou 
bas-normand qui conduit. 

LE BOEUF-GUAS, caparaçonné d'un tapis en lambre- 
quin , orné de chaque côté d'une tête entourée de rinceaux : 
bride en lambrequin . banderole de lambrequin faisant le 
tour de la crou|)e ; lambrequin partout. Autour de la tête, 
que surmonte un magnifique panache, digne du plus beau 
tambour-major de la banlieue, le Bœuf-Gras porte un dia- 
dème , insigne de sa plantureuse el éphémère royauté, rat- 
taché aux cornes par des bandelettes. A droite et à gauche 
il est tenu par deux sacrificateurs, qui portent des masses 
d'armes sur l'épaule, et, par-dessus leur costume antique 
des peaux de tigres dont la tête leur sert de coiffure. 

Suit un nouveau peloton de garde municipale ; 

Et enfin le char , portant l'Olympe , s'avance majestueu- 
sement, traîné par quatre chevaux empanachés , emprison- 
nés des pieds à la tète par un immense caparaçon sur lequel 
on voit un écusson barré , dont un angle contient une tète 
de bœuf, et l'autre deux haches croisées. 

Mercure en postillon , ou un postillon en Mercure , est 
monté sur le premier cheval de gauche. 

L'attelage est conduit à grandes guides par la main vén 
rable du Temps , orné de sa faux symbolique , et debout s' 
l'avant du char, que décore une lète de taureau en relit 
entourée de guirlandes ou festons. 

Derrière lui se pressent, dans le quadrige antique. >■ 
avant d'un dais élevé à l'autre extrémité du char : 

Lu ville de Paris, coiffée delà couronne murale: 

L'Abondance, ornée de sa corne; 

.\pollon, qu'on ne s'attendait guère à voir paraître en 
celte affaire ; mais il ne faut pas oublier que ce dieu , en des 
temps de jeunesse orageuse, a gardé les bœufs chez Adincli 
Il tient sa lyre d'une main, et semble quelquefois sous 
coup d'un délire qui n'est pas toujours poétique; 

La déesse Minerve, en mémoire sims doute de l'olyn. 
pique coup de hache auquel elle dut sa naissance ; 

Hercule , en souvenirdu fameux coup de main (juil dum 
au tyran Augias ; 

Et enfin Mars, le dieu-boucher. 

Aux deux côtés du dais dont nous avons parlé , se lien 
nenl, sur l'arrière du char, la Folie grelottant, et Vém - 
tenant en main la pomme qu'un jeune et beau bouvier I 
dé^rerna jadis. Dignes com|)agnes de 

L'AMOUR, en ailes de pigeon, trônant sous le dais , a\i 
son arc , son bandeau , son carquois et ses flèches classique- 
N'oublions pas surtout sa torche incendiaire, qui conlnisi 
d'une cruelle façon avec la froidure mortelle dont ce p;iu\ri 
paraît transi sous son maillot couleur de chair elsii tuniqi. 
blanche. Ce n'est pas là cet .\mour rose que nous a retra. 
le pinceau des Boucher, des Vanloo et des Delatour. H i- 
violet , l'infortuné! Il se révolte de temps en temps, et >< - 
cris troublent plus d'une fois la pompe solennelle du corléj' 
Pour le faire taire , Hercule , qui lui a gardé rancune depii- 
l'aventure d'Omphale, le menace de sa massue. L'.Amoiii 
épouvanté, redouble ses clameurs, et la Folie peni si 
latin à lui parler raison. 

C'est avec cette suite imjwsante que le puissimt roi c 
carnaval s'offa* à l'admiration de ses nombreux sujets, !■ 
dimanche el le mardi-gras. Durant la première journée ( 
celte marche triomphale, il va rendre ses devoirs a M. ! 
président de la Ghambro des pairs . et à celui de la chainbi 
des députés ( le pouvoir parlementaire avant tout) , puis 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



I \ ^ j\-._/ v_^v \. ^':\ 1; 1: j]T" I- 





MM. les ministres et les ambassadeurs des diverses puis- 
sances étrangères qu'il regale d'une sérénade , accompagnée 
en faux-bourdou de ses augustes musiciens. De là on se 
rend chez le boucher, heureux possesseur du Bœuf-Gras, 
où tout le cortège prend part à une ample collation : pain , 
viande et foin à discrétion. On reste à table jusqu'au soir , 
puis on s'achemine rue de Bondy , chez le costumier, M. De- 
blin , qui a habillé tout l'Olympe. On dépose chez lui l'A- 
mour, et le cortège continue son chemin jusqu'à l'abattoir. 
Le mardi-gras a lieu o'-dinairenient la présentation du 
moderne bœuf Apis au château des Tuileries. Cette année 
il n'y a pas été reçu. 11 va ensuite rendre une visite à son 
concitoyen et émule entrelardé, le fameux Bœuf à la Mode 
de la rue de Valois , où tout le cortège se livre à une nou- 
velle collation ( hélas! l'infortuné n'en sera pas plus gras) , 
tandis que les musiciens se relaient pour jouer l'air de 
circonstance : 

Où peut-on être mieux 
Qu'au sein de sa famille? 

Après avoir sufTisamment fêté et Bacchus et Cornus, les- 
quels , bien qu'absents , n'ont pas tort, comme on voit, les 
dieux remontent sur leur char, les cavaliers sur leurs che- 
naux , et l'on mène le Bœuf-Gras chez M. le préfet de la 
Seine , M. le préfet do police, et diverses autres sommités 
administratives. Autrefois le Bœuf vielle , comme dit Rabe- 
lais , c'est-à-dire mené par la ville au son des vielles ou des 
violes, ne manquait jamais d'aller rendre visite à M. le pre- 
mier président, voire le simple président à mortier du par- 
lement de Paris. Or il advint, dit-on, qu'un jour M. Achille 
du Harlay ne s'étant point trouvé chez lui alors que le Bœuf- 
Gras venait de sonner à sa porte , le cortège qui stationnait 
devant la grande grille du palais, et qui s'impatientait d'at- 
tendre, gravit, y compris le bœuf, le grand escalier, et alla 



chercher M. le premier dans le sanctuaire de la justice. Une 
demi-heure durant , le bœuf se promena dans la salle des 
Pas-Perdus, au grand ébahissement de la basoche et des 
sergents , qui oncques n'avaient vu plaideur de cette taille 
et de cet organe. Le bœuf sortit enfin, je ne sais plus com- 
ment. Pendant tout le reste du carnaval, il ne futplusques- 
tion, parmi les badauds de Paris, que de l'ascension pro- 
digieuse accomplie par l'oiseau de saint Luc. 

Un des griefs populaires contre la république française 
fut la suppression du Bœuf-Gras, que Napoléon, premier 
consul , rendit à l'amour des Parisiens. 

Cependant le triomphe touche à son terme ; le malheu- 
reux bœuf, exténué, essnulflé, haletant, succombant sous le 
faix de sa gloire, achève péniblement sa seconde prome- 
nade, qui sera, hélas ! la dernière. Si les pérégrinations aux- 
quelles il vient d'être condamné devaient se prolonger une 
semaine, du plus gras des bœufs qu'il était, il en deviendrait 
le plus maigre. Aussi songe-t-on à lui épargner, dans la per- 
sonne de son successeur, les fatigues de cette marche forcée, 
et il est sérieusement question de faire traîner , l'année pro- 
chaine, le Bœuf-Gras dans un char qui sera tiré par quatre 
bœufs maigres, ses rivaux elTlanqués et désappointés. Ainsi 
rien ne manquera désormais au triomphe : ni le far niente 
superbe et l'indolence du vainqueur , ni l'humiliation des 
vaincus. 

La journée est terminée : le cortège la célèbre en s'atta- 
blant autour d'un festin pantagruélique , composé de toutes 
viandes de boucherie , où se boivent et se mangent les lar- 
gesses prodiguées le mardi et le dimanche-gras à la bovine 
majesté. Quant à celle-ci , reléguée maintenant à l'étable, 
elle rumine sur le néant des grandeurset des joies humaines, 
et elle n'attend plus que le coup fatal , et ce coup lui sera 
porté le surlendemain dès l'aurore ! 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL 



Revue des XbéAtrc*. 




Ce no sont ni les théiitrcs ni 1h^ ■^allis de spectacles qui 
nous manquent ; nous sommes tres-riches dans ce genre-la 
51 y a même des esprits parfaitement sensés et dignes de 
foi qui prétendent que nous tombons dans la prodigalité. 
Voyez Rome, disent-ils; elle se corrompit et se dégrada 
par l'abus des richesses ; Rome, au temps de sa mâle sim- 
plicité, était saine, vigoureuse et forte; le théâtre donne le 
même exemple que la grande république. Quand il était, 
pour ainsi dire, sous le chaume, jouant aux chandelles dans 
quelque coin du Palais-Royal ou de l'Hôtel de Bourgogne, 
il avait l'énergie de l'âge héroïque et de fiers élans de Cin- 
cinnatus : Corneille et Molière le conduisaient â la conquête; 
aujourd'hui, qu'il étale son fard à la lueur des lustres et 
possède des palais sur tous les points de la ville, il perd de 
plus en plus de sa vertu et de sa beauté. 

Dans les simples demeures de sa première saison, les 
belles muses habitaient avec lui : c'était la comédie au fin 
sourire, qui lui révélait en riant les ridicules et les travers 
de l'espèce humaine; c'était la tragédie drapée dans les 
longs plis harmonieux de son manteau, qui lui enseignait à 
donner une voix et un accent poétiques à la passion. — 
Entrez dans ces salles élégantes et illuminées que le théâtre 
multiplie de tous côtés, qu'y trouvez-vous pour charmer 
l'esprit ou pour intéresser le cœur? Le vaudeville parlant 
l'argot des lorettes dans une veste de débardeur; le mélo- 
drame et le drame tuant le bon sens et la langue dans les 
emportements de leur grossier pugilat. N'est-ce pas là, en 
effet, une image de cette décadence romaine que l'iambe 
du poète nous montre s'abandonnant à toutes les débauches 
du corps et de l'esprit? Le vaudeville est à la comédie ce 
qu'étaient, pour leurs glorieux ancêtres, ces jeunes liber- 
tins qui affectaient de parler la langue des carrefours et 
singeaient le ton des courtisanes. Et le drame, au [Joint où 
le matérialisme de la scène l'a poussé, ne rappelle-t-il pas 
ces Scipion et ces Metellus, qui, trahissant les nobles ensei- 
gnements de leurs pères, se ruaient dans les violences de 
l'orgie et du cirque? Si la muse, jetant sur nous un regard 
de compassion, n'avait point envoyé une jeune fille qui, re- 
nouant miraculeusement la tradition de l'art pur, a ramené 
le public aux sources abandonnées, le théâtre serait en proie 
tout entier aux coups de poing littéraires et à la cachucha , 
c'est-à-dire à la violence et à la sensualité. 

Il est curieux, il est affligeant de voir avec quel laisser- 
aller le pouvoir favorise ce goût brutal ou effronté du 
théâtre actuel : il lui ouvre partout des voies nouvelles et 
lui fournit des moyens de s.î satisfaire. Le pouvoir se con- 
duit avec le théâtre comme un tuteur qui s'associerait aux 
déportements de son pupille : grâce à ses complaisantes 
concessions, le vaudeville corrompu et le drame corru|)teiir 
continuent leur propagande; ils gagnent du terrain de jour 
en jour, pénètrent dans les quartiers les plus reculés et 
s'y bâtissent de petites citadelles avec permission et privi- 
lège du roi. C'est ainsi que le quartier du Panthéon, le fau- 
bourg Saint-Antoine, le faubourg Saint-Marcel, ont fini par 
en être infestés. Le vaudeville et le drame ont chassé du ■ 



boulevard du Temple toutes les innocentes récréations; la 
dernière marionnette et la muscade ont disparu ; la danse 
de corde n'a plus d'asile; madame Saqui elle-même, dé- 
trônée par l'invasion, a déposé son balancier. fragilité des 
danses humaines ! 

Qu'on ne se trompe pas sur notre pensée ; nous ne 
sommes point contraires à la multiplicité des théâtres: nous 
blâmons la légèreté ou la coupable indifférence qui prodigue 
les privilèges dramatiques, sans y attacher des conditions 
d'exploitation honorable et féconde. Le pouvoir concède le 
droit de bâtir une salle de.spectacle, et puis tout est dit : 
c'est un magasin de couplets et de prose dont il autorise 
l'ouverture, sans se soucier si l'on y débite de la bonne ou 
de la mauvaise marchandise. Mettre une arme si dange- 
reuse et si puissante aux mains du |iremier venu , n'est-ce 
pas exposer la vie morale de la foule? Accorder sans ga- 
rantie de tels privilèges, n'est-ce pas délivrer des lettres de 
marque pour courir sus impunément au goût, à l'honnêteté, 
au bon sens et à la pudeur publicpie? 

Oui, sans doute, il faut des spectacles à cette ville im- 
mense; son prodigieux accroissement, l'aisance la plus gé- 
nérale, multipliant le besoin et le goût des distractions, ren- 
dent nécessaire et justifient cette augmentation des théâtres 
et des représentations dramatiques ; qui pourrait surtout 
refuser aux classes laborieuses une part modeste dans ces 
plaisirs de la fiction, que la vanité élégante et riche se pro- 
cure avec magnificence? L'ouvrier, après le travail de la 
journée , les aime et les recherche. Si une fable plaisante 
excite sa gaieté et fait éclater le rire, ne lui envions pas cet 
oubli de sa rude vie; ce n'est que l'oubli d'un instant; la 
réalité reprend son droit dès que la toile est baissée ; elle 
attend et ressaisit notre homme à la porte. 

Mais gardons-nous de corrompre le peuple, sous prétexte 
de lui donner du repos et de le distraire; ne le convions 
point à des plaisirs empoisonnés. Napoléon avait une autre 
pensée ; il songeait à bâtir un vaste théâtre populaire, et à 
y donner en nourriture à la multitude les chefs-d'œuvre 
de la scène française. Napoléon connaissait le peuple , et 
voulait encourager ses bons penchants. Le peuple, en effet, 
n'aime pas les mauvais spectacles pour eux-mêmes; il ne 
les prend que faute de mieux. Aujourd'hui qu'on les lui 
prodigue sans scrupule, à quel drame donne-t-il encore la 
préférence ? au drame qui excitera sa pitié par la lutte de 
la jeunesse et du malheur, de la passion et de la conscience, 
et le théâtre aimé de la foule par-dessus tous s'appelle le 
Cirque-Olympique, celui qui retrace les grandes journées de 
nos guerres nationales et brûle sa poudre en mémoire de nos 
temps héroïques. 

L'autorité n'y songe pas assez : une bonne et noble im- 
pulsion, émanant d'elle et donnée aux théâtres, finirait par 
amener les plus heureux résultats. Il ne s'agit point de tom- 



ber dans la pruderie et de monter en chaire : les salies oe 
spectacle ne sont pas faites pour y établir dcs maisons de 
pénitence; mais ne pas laisser [wrvertir la vive et charmante 
gaieté de l'esprit français par l'envahissement de la gio-sière 
licence ; mais arrêter le drame à la limite où il devient 
malfaisant et dangereux, voilà quel devrait être le soin des 
gardiens grands et peliU, placés en vedette a l'entrée du 
royaume dramatique ; et remarquez qu'ils ont entre les 
mains les armes nécessaires, et qu'ils s'en senent mal. 
Volontiers ils croiseront L: baïonnette contre une pensée gé- 
néreuse cl libre, contre la s.,iire éloquente et morale d ime 
corruption ou d'un vice, eti s écriant : On ne passe («is! 
Mais qu'un vaudeville puant le mauvais lieu et largol, au 
geste effronté, a la tournure déhanchée, se présente en dan- 
sant quelque danse lubrique, ils le lais.scronl aller, toutes 
portes ouvertes. Est-ce incapacité ou indifférence? Est-ce 
habdeté machiavélique? Oscrail-on croire qu il est plus fa- 
cile de gouverner un peuple peu à [jeu corrompu par ces 
spectacles d'un matérialisme brutal, ou le cœur s'avilit, où 
l'esprit se dégrade? 

Pour nous, notre tâche est toute tracée : nous visiterons 
successivement ces nombreuses salles que le théâtre occupe 
dans toutes les directions ; espèce de forU détachés d'où il 
lance sur Paris ses projectiles de vers et de prose. Les occa- 
sions ne nous manqueront pas. Si la production dramatique 
n'est pas toujours d'un excellent goût, on ne peut du moins 
lui refuser la fécondité. Chaque semaine voit naître quelque 
demi-douzaine de vaudevilles et de drames. Ces nouveau- 
nés nous serviront naturellement d'introducteurs dans les 
différents spectacles de Paris: ils nous mèneront aux lo"es, 
à l'orchestre, au parterre ; ils nous feront connaître le talent 
des acteurs et le sourire des jolies actrices ; examen hebdo- 
madaire des œuvres nouvelles et des comédiens, qui de- 
viendra pour le lecteur une sorte de statistique dramatique 
et morale où il puisera, d'après les textes authentiques, tous 
les éléments d'une opinion et dune jurisprudence complètes 
sur l'état des théâtres et de l'art dramatique. 

Il est bien entendu que nous ne serons pas les maîtres de 
choisir; le hasard des représentations désignera le théâtre 
dont nous devrons nous occuper. Certes, pour inauirurer 
notre début, le Théâtre-Français avait ses droits de haut et 
puissant seigneur; mais â cette loterie des pièces nouvelles, 
le théâtre du Palais-Royal est sorti le premier; il nous 
arrive monté sur ses Deux Anes. Que le théâtre du Palais- 
Royal soit donc le bienvenu ! 

Tout le monde connaît ce |)etit théâtre qui fait face a 
Véfour, restaurateur si cher aux provinces. Ce voisinase est 
une sorte de symbole et d'allégorie; Véfour. en effet, et le 
théâtre du Palais-Royal pourraient confondre leurs ensei- 
gnes; on passe de l'un dans l'autre; on va de celui-ci a 
celui-là. On mange chez Véfour, on digère au théâtre du 




Théâtre ilii l\ikiis-Hoy;il — Dirniirt scène des Deux-Anes. — Personnages Raphaël (M"' Déjazeti, ignés (M— Diipuis , Martin (Sainville 



L ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



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"i'iiIâls-Tioyal ; il possède un public particulier qui a toujours 
le cure-dent à la bouche. 

Le Ihéàlre du Palais-Royal accommode ses vaudevilles en 
conséquence ; tous ou presque tous sont montés au ton gri- 
vois, comme le peuvent demander des spectateurs ruminant 
dans une stalle ou au fond d'une loge après boire. Folles 
intrigues, lesies amours, bouffonnes aventures, tel est le 
fond^de la poétique du théâtre du Palais-Royal ; Alcide 
Tousezenest le f/racioso burlesque, et mademoiselle Déjazet 
la piquante dnnzolle ; jamais actrice ne fut plus parfaite- 
ment propre a remplir son rôle; rien ne lui manque : l'œil 
é-rillard, l'allure hardie, le pied leste, le propos plus leste 
encore; 'mademoiselle Déjazet est au grand complet : le 
théâtre du Palais-Roval n'a rien à lui réclamer. Depuis douze 
ans, elle l'enrichit ; douze ans sur la tète de la plus folle 
grisètte, c'est quelque chose! ce n'est presque rien pour 
mademoiselle Déjazet ; toutefois, elle s'inquiète et prévoit le 
temps où il faudra compter. Pour éviter la qualité de de- 
moiselle surannée, elle se fait homme. Mademoiselle Déjazet 
porte plus souvent au théâtre l'épée que l'éventail, et le 
frac que le cotillon. Et remarquez la singularité de la mé- 
tamorphose! demoiselle, elle avait je ne sais quel ton et 
quel air de petit garçon; maintenant qu'elle joue les petits 
"arçons, vous la prendriez presque pour une petite fille. 
" Dans les Deux Ânes, elle s'appelle Raphaël ; Raphaël est 
vif, espiègle et amoureux. Élève d'un vieux peintre de por- 
trait, il adore la pupille du bonhomme, espèce d'Agnès cham- 
pêtre. Un jour, Martin, c'est le nom du peintre, Martin a la 
sottise de laisser Agnès seule au logis. Aussitôt mon Ra- 
phaël de rôder autour de la maison, comme un petit loup 
scélérat autour de la brebis; puis il s'introduit dans la ber- 
gerie par la fenêtre, et s'affuble des vêtements du vieux 
Tuteur jaloux. « Que vous êtes joli aujourd'hui , mon cher 
tuteur, que vous avez la voix douce et la main blanche ! « — 
Martin revient, et Raphaël s'esquive. — « Oh! mon Dieu, 
tuteur, comme vous voilà changé! que vous êtes laid, que 
vous avez la voix rude et la main noire et ridée ! » 

Martin se doute de quelque trahison ; une autre fois , 
pour empêcher le larron de pénétrer dans la place, il clôt 
hermétiquement la fenêtre et la couvre d'une vaste toile 
sur laquelle il a peint un âne magnifique. « Par Dieu, le 
galant ne passera pas au travers ! Mais par où l'amour ne 
passe-t-il pas? Raphaël, aussi léger quAuriol, s'élance et 
perce la toile de part en part pour aller rejoindre Agnès ; 
mais si M. Martin revient, que dira-t-il? Vite, Raphaël 
prend sa palette et son pinceau, — et lui aussi, il est 
peintre! — et d'un trait il remplace l'âne détruit par un 
autre âne non moins âne; malheureusement il lui met un 
I làt, ornement que le prédécesseur n'avait pas. « Qu'est ceci? 
(lit Martin de relour; mon âne avec un bât! » et bientôt il 
levinc le tour que lui a joué Raphaël ; mais après tout, comme 
,est un bonhomme de tuteur, de la vieille espèce des 
tuteurs de comédie, il s'attendrit, pardonne et marie les deux 
amants. 

Voilà tous les trésors de ces derniers jours : le théâtre 
aurait-il subi la métamorphose de Midas, et faut-il dire de 
lui comme du roi phrygien : Midas a des oreilles d'âne ! 

Bulletin BiMiograpUiqne. 

(L'///us(ra(i07i publiera alternativement tous les huit jours, 
a partir du samedi 11 mars, un bulletin bibliographique 

Irancais et un bulletin bibliographique étranger.) 



IJniveriiitô. 



CIIHOXIQI'E DES COinS PUBLICS. 

Le Collège de France. — La Sorbonne. — Les professeurs 
La fortune des cours publics de la Sorbonne et du collège 
de France a bien décliné depuis dix ans : à l'ardeur com- 
mune des professeurs et des élèves ont succédé de tièdes 
dispositions, qui souvent même se tournent en une froideur 
réciproque. A qui la faute, d'ailleurs? Les hommes de ta- 
lent n'ont pas manqué au public, la jeunesse intelligente n'a 
point fait défaut aux professeurs, cependant on ne saurait 
nier que l'enseignement n'ait faibli, que la parole des mai- 
Ires n'ait perdu en grande partie sa puissance et sa légitime 
autorité, et personne ne dira que la Faculté puisse encore 
s'honorer de ces vives sympathies , de cette communauté de 
zélés sentiments, de ces affections de disciples, en lesquelles 
s'assuraient les professeurs de la restauration. Peut-être ne 
su(Bt-il pas d'avoir du talent, de l'éloquence, de la bonne 
volonté pour faire un grand professeur ; peut-être est-il en- 
core nécessaire de trouver en soi et dans les autres une 
ardeur, un enthousiasme qui rehausse le maître aux yeux 
dos élèves, et les élèves aux yeux du maître ; peut-être 



faut-il avoir foi dans la vertu de son enseignement , dans 
l'efficace de sa parole. 

La passion s'est retirée des cours publics, chacun le sait : 
les leçons d'histoire, de littérature, de philosophie ne sont 
plus animées par cette manifeste pensée de lutte et d'oppo- 
sition, qui vivifiait, en 1824, les plus arides questions de la 
métaphysique et de la chronologie. La science en elle-même 
n'a que de rares amants ; ses charmes ne sont pas assez 
puissants pour toucher les cœurs, et les amours de l'esprit 
sont de tièdes amours. 

Peut-être dira-t-on que les grands professeurs, comme les 
autres grands hommes, n'ont point de successeurs? Peut- 
être aussi est-il dans les conditions de la nature humaine 
qu'aux générations ferventes, passionnées succèdent d'insou- 
cieuses et nonchalantes générations. La Sorbonne, depuis 
dix ans, s'est singulièrement attristée, cela est vrai ; la jeu- 
nesse des écoles s'éloigne des cours publics au bénéfice des 
estaminets, cela est incontestable ; mais faut-il accuser les 
hommes de ce nouvel état de choses? Faut-il, comme quel- 
ques-uns, s'en prendre aux nouveaux professeurs, et leur 
reprocher d'avoir laissé s'éteindre une si belle flamme? 
Faut- il enfin, comme quelques autres, rejeter tout le blâme 
sur les hommes éminents, qui, après avoir vaillamment pro- 
fessé dix ou quinze années, ont cru pouvoir se reposer dés- 
ormais sur des suppléants, et prendre dans les affaires pu- 
bliques une laborieuse retraite? 

L'enseignement se fait lourd avec les années ; on nous cite 
sans cesse ces professeurs allemands qui ont enseigné jus- 
qu'à leur dernière heure, qui sont morts sur la brèche; 
mais peut-être ne se représente-t-on pas d'une manière bien 
exacte les cours publics des universités étrangères. S'agit-il, 
comme chez nous, de tirer chaque année, chaque semestre, 
de son érudition, de son intelligence, de nouvelles leçons, 
un nouveau livre? de suffire chaque jour à la curiosité re- 
naissante de l'auditoire, de fuir toute répétition, d'éviter 
les moindres redites, de produire incessamment et sans 
relâche? Nullement : les cours des universités anglaises et 
allemandes, à très-peu d'exceptions près, ne sauraient être 
mieux comparés qu'à nos cours de droit et de médecine. 
Une fois la matière épuisée , le professeur reprend ses le- 
çons par le commencement, et ses élèves passent dans un 
coure supérieur; tel professeur enseigne les bacheliers, tel 
autre les licenciés. El cependant eux aussi ils s'épuisent; la 
répétition continuelle les fatigue et les appauvrit aussi vite 
peut-être que la nécessitéd'une incessante production. Vieillir 
dans une chaire de professeur semble même aux Allemands 
même une bien triste condition. 

Soyons donc justes envers ces hommes considérables qui 
se sont dévoués avec passion à l'enseignement de la jeu- 
nesse, et montrés dans leur chaire non-seulement de grands 
professeurs, mais encore d'illustres penseurs et d'éminents 
écrivains. Ils se retirèrent lorsqu'ils crurent leur tâche ac- 
complie , laissant à de plus jeunes le soin de poursuivre 
l'œuvre si bien commencée; et ce n'est pas leur faute si la 
plupart de leurs héritiers les ont fait regretter. 

Nous avons cru devoir présenter d'abord ces quelques 
considérations rétrospectives, qui, dans notre pensée, ne 
sont pas une critique, mais plutôt une justification de 
l'afl'aiblissement momentané des cours publics : la Sorbonne 
et le collège de France sontécrasésaujourdhui sousleurpassé ; 
les professeurs actuels ont contre eux de trop glorieux souve- 
nirs , et semblent pâlir de tout l'éclat de leurs devanciers. 
Maintenant, faut-il en croire certains contempteurs qui 
affirment que les sables du désert ont envahi la Sorbonne 
et le collège de France ; qu'un morne silence règne dans 
leurs vastes salles, et qu'à l'exception des vieillards ruinés 
qui se pressent autour des poêles universitaires , comme au- 
trefois à Athènes dans les chaufi'oirs publics , il n'y a plus 
un seul auditeur autour des chaires? C'est là l'histoire de 
ce dandy qui se rase , et proclame aussitôt qu'on ne porte 
plus de barbe ; certaines gens ont la fatuité de se croire en 
tout et toujours les derniers des Romains : du jour où ils 
ont quitté la Sorbonne, les cours durent devenir et demeu- 
rer déserts; du jour où ils partirent, il ne dut rester per- 
sonne. Si néanmoins ils voulaient prendre la peine, à cer- 
taines heures, d'émigrer vers les hauteurs du quartier latin, 
ils verraient que les immenses amphithéâtres de la Sorbonne 
et du collège de France ne peuvent suffire aux auditeurs 
de M. l'abbé Cœur et de M. Michelet; que l'on se bat et 
l'on s'étou'e à la porte du cours de M. Saint-Marc Girar- 
din ; que M. Edgard Quinet a grand' peine à fendre la foule 
pour arriver à sa chaire. 

Cette afiluence fait mieux l'éloge du talent de ces pro- 
fesseurs que toutes les glorifications imaginables. On ne 
saurait nier que la curiosité est aujourd'hui singulièrement 
blasée , que l'ennui profond et le désœuvrement de la jilu- 



part se montrent de plus en plus dédaigneux et difiiciles a 
l'endroit des spectacles de toute sorte : à une époque aussi 
industrieuse que la nôtre , on n'est pas , Dieu merci , sans 
armes défensives contre le temps, et Paris offre bien des 
moyens de tuer Vcnnemi , comme l'appelle un Anglais. Hon- 
neur donc à celui qui sait réveiller à son profit la curiosité 
endormie et lasse du public, qui a assez d'esprit ou d'élo- 
quence pour offrira l'ennui une heure de distraction in- 
tellectuelle , pour attirer de loin la flânerie à ce spectacle 
intéressant et sérieux, chose rare, amusant et honnête, 
chose plus rare encore! Oui, n'y vînt-on que pour voir, 
pour regarder, une journée passée à la Sorbonne et au 
collège de France aurait, pour le plus dégoûté, son charme 
et sa singularité ; et la curiosité trouverait son compte à 
cette succession rapide de professeurs , à ce changement 
perpétuel de visages, de paroles, de gestes; à cette variété 
d'enseignements si divers, depuis la langue turque jusqu'à 
la théologie , depuis la modeste philologie jusqu'à la méta- 
physique transcendentale. Il ne manque vraiment à cette 
vivante encyclopédie qu'une chaire de musique, comme aux 
universités d'Oxford et de Cambridge. 

Nous ne nommerons ici que quelques-uns des principaux 
cours , ne pouvant passer en revue ces innombrables 
chaires de la Sorbonne et surtout du collège de France ; 
nous voulons seulement donner une idée de la physionomie 
générale de l'enseignement. 



Littérature. —M. S.\int-MarcGirabdin et M. E. Quinet. 
M. Saint-Marc Girardin traite à la Sorbonne de l'usage 
des passions au théâtre , et M. Quinet , au collège de France, 
fait l'histoire de la littérature espagnole. M. Saint-Marc est 
un critique, M. Quinet un poëte. Assis commodément dans 
son fauteuil , regardant son auditoire avec une bienveillante 
familiarité, M. Saint-Marc, d'une voix claire et quelque peu 
nasillarde , lit spirituellement ses spirituelles leçons des an- 
nées dernières , aujourd'hui rédigées avec soin et considé- 
rablement enrichies; souvent, au milieu d'un alinéa, au 
commencement d'une phrase, il interrompt sa lecture pour 
communiquer à son public une pensée, un rapprochement 
qui lui viennent à l'esprit ; il possède au plus haut degré le 
talent de la digression , et s'en sert habilement pour amuser 
quand le manuscrit devient trop sérieux , pour ramener la 
gravité quand le manuscrit devient trop gai. Debout 
comme à la tribune , le regard et le geste ferme , la parole 
lente et solennelle, M. Quinet domine son auditoire, lui im- 
pose ses vives impressions poétiques, ses sympathies d'ar- 
tiste; son style s'anime et se colore avec sa pensée, sa voix 
s'attendrit en parlant des souffrances du génie , des con- 
ceptions harmonieuses des poètes , devient grave et austère 
en disant les hautes pensées des philosophes et des doc- 
teurs de la foi. M. Saint-Marc s'adresse au bon sens, il se 
dit l'homme du lieu commun, il veut faire justice de toutes 
les exagérations littéraires et morales de notre époque, et 
à cette fin il les ridiculise finement , plaide leur cause, puis 
la sienne , et met toujours les rieurs de son côté. M. Quinet 
veut élever l'esprit et le cœur de ses disciples; il ne parie 
point de morale , ne donne point de conseils pratiques ; 
mais il s'efforce de montrer l'idéal, en lequel viennent se 
confondre et s'unir le beau et le bien. En un mot, M. Saint- 
Marc a surtout de l'esprit , et M. Quinet de l'éloquence ; l'un 
fait de la littérature au profit de la raison , et l'autre au 
profit de la littérature même et de la poésie. 

Philosophie. — M. Si.mon et M. Damiron ( Sorbonne). 
Jean Paul raconte qu'Emmanuel Kant, le grand métaphy- 
sicien , était fort mal assuré dans sa chaire : il avait l'habi- 
tude de tenir ses yeux invariablement fixés sur le même point 
de la salle ; là venait toujours s'asseoir un étudiant à l'habit 
duquel il manquait un bouton. Un jour le bouton se trouva 
remis, et Kant resta court. M. Damiron, sur cette autorité, 
peut bien paraître interdit et troublé dans sa chaire, sa parole 
peut bien être difficile et saccadée , ses yeux enfin peuvent 
bien demeurer timidement baissés. Une excessive modestie 
tient M. Damiron toujours en garde contre lui-même , et 
nuit assurément à son excellente appréciation de la philo- 
sophie de Malebranche : il semble hésiter quand il est sur, 
et craindre d'affirmer ce qu'il sait pertinemment. M. Simon, 
au contraire , parle avec la plus heureuse facilité. L'élégante 
correction de son style et même de ses gestes donne un prix 
singulier à ses savantes leçons : il suit le précepte du divin 
Platon , qui conseillait au philosophe Xénocrate de sacrifier 
aux Grâces, et sait plaire en examinant, au point de vue 
de l'école alexandrine , les idées rationnelles do cause , de 
durée, d'espace, de substance. Les esprits sérieux trouvent 
leur profit au cours de M. Simon, et les gens frivoles y 
trouvent leur plaisir. 

(La suite à une prochaine licraison ) 



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Jurisprudence. 

CODIFICATION DE LA LÉGISLATION FRANÇAISE. 
Forma' in 16. [Paulin, éd ) 
tODE de I.'AVANCEME T DANS L'ARMÉE DE TERRE: par 
i .M.M. A. FRAïungcE. avocat . et Cu. de Lapisse, capitaine d'ar- 
tillerie, a»cc une introduction par M. le lieutenant-général comte 
D'ANioutAno, pair de France , président du comité d'artillerie; 
sous les auspices de M. le maréchal duc de Dalmatie. président 
du conseil , ministre secrétaire d'État de la guerre, 1 v. 1 fr. 70 

GODE DE L'AVOCAT, par MM. VtKsijit. et Cauvai:%. avocats, 
précédé d'une lettre d'introduction et d'un opuscule inédit 
sur la question de la patente des avocats; par M' Masie bâton- 
nier de Tordre. 1 vol. I fr. 10 
/1ODE DE L'INSTRICTION PFIMAIRE ; par MM. FiiAxott , 
\â avorat, et Teupié, ancien avocat. 1 vol. I fr. âj' 

CODE DES FAILLITES; par ilM FiiAxgt;F. et Caivaix. avo- 
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tous les Français en état de porter les armes. 1 vol. 75 c. 
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toutes les lois en autant de i^odes qu'il y a de matières spéciale*. 
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par M. .MATTtn. inspecteur général de PUniversité. 1 vo- 
lume in-8. ((/eue/, éd ) 7 fr. 50 
DISCUSSIONS CRITIQUi:s ET PENSÉES DIVERSES sur la reli- 
gion et la philosophie; par F. Laue.x.vais 1811,. I beau 
vol. in-8. [Pagnerre. éd.) ' 5 fr. 



CIIAMEROT, 
nnnAinE-fDiTEiR , 3:( , Qt;Ai des accisti.is 

HISTOIRE UNIVERSELLE, par MM Dmovr, Ribette, Gaii- 
labdin, professeurs d'histoire à PAcadémie de Paris, et 
Macin, recteur de PAcadémie de Nancy. 13 vol. in-18, format an- 
glais. Prix de chaque vol. 3 fr. 50 

Cinq grandes divisions permcllenl à chaque partie de former 
un tout isolé, sans que Punité soit rompue : umoire Ancirniie . 
Ilisiinre linmuine , llisloire du iloijrn- .tac , Histoire )lod<rne. 
lliioire de fraiice. Cet ouvrage ne date pas d'hier; il est passé 
par l'épreuve de trois réimpres.sions successives , et il en est sorti 
meilleur et plus complet. L'annonce n'a point été son auxiliaire, 
mais le succès nous donne la conscience de ce qu'il vaut, et 
nous en changeons la forme sans rien dissimuler de son passé, 
que la inodislie de son début destinait seulement à la vie de col- 
lège et aux besoins de renseignement. .Nous en faisons un livre 
de bibliothèque pour remplir une lacune que ne comblent ni 
l'Histoire universelle, traduite de l'anglais, qui est tombée tu 
désuétude, ni l'abrégé de .M. de .Ségur. qui s'arrête i la chute du 
vieil empire romain, ni mémo le chef-d'œuvre de Rossuet . qii 
n'est qu'une admirable fantaisie d'éloquence, digne du maître ■ 
de .son royal élève. 

Le format que nous avons adopté nous laisse dans les coml 
lions voulues de développement et de bon marcherons 13 m 
lûmes contiennent la matière de plus de '.'ô volumes in-8 or i 
naires. et la modicité du prix met la collection i la portée i:.. 
tous La question est surtout dans le but moral de cette histoire 
unitaire, qui conduit le lecteur depuis les temps les plus reculés 
des annales de Phiimanité jusqu'à la révolution de 18.0. Toute 
la science des devanciers a été mise sagement à contribution sans 
autre système que la méthode et la léritc. 

Cet ouvrage est le livre de PAcadémie de Paris représentée 
par trois de ses membres les plus distingué», auxquels s'f 
adjoint M. Magin, recteur de PAcadémie de .Nancy, qui a cou 
piété Phistoire de France par un excellent travail sur la pcrii.- 
qui s'écoule depuis 80 jusqu'aux journées de Juillet. I.'nislo:; 
moderne atteint ans*! cette limite par une table aiialytiq: 
qui n'a rien omis de tout ce qui touche aux grandi inicn 
contemporains. 

L'IllS POIRE UNIVERSELLE sera, quant au format, au p.. 
pier et au caractère, entièrement conforme au prospectus. Li 
est diiisée en ri;ii/ parties, savoir: — HI^TOiRE ANt.lENNI 
3 vol. —HISTOIRE ROMAINE , 3 vol. — HISTOIRE lU MOYEN 
AGE. 3 vol. — HISTOIRE .MODERNE . 2 vol — HISTOIRE 1> 
FRANCE, J vol. Chaque partie se vend séparément. 



BIE DE LA VICTOIRE, 6. — IN AN, 50 F, 6 MOIS. 27 F. 

UEVl E BRITANNIQI E (la\ 1825-1813 , dirigée par M. Ameil. 
PicnoT, et réiligée par MM. Louis Revbaid, Old Nici. 
Adolphe Jo.vxxe , .Xavier Ravuo.xd, etc., etc. 

Le numéro de janvier contenait , outre une carte des Iles .Ma 
qui.-es , Panalyse des travaux et des mémoires de RcMUvu, !■ 
Emigrés français en Angleterre, PAveugle muette, le Cous- 
priié des rois d'Angleterre. 

Le numéro de février coutieni : 

1° Le Blason espagnol ; 

2» Un Hiver en Allemagne; 

3" Les Émigrés français en Angleterre ; 

1» Dix jours sur la glace ; 

5» Les shakers et les .Mormonitcs: 

6' Cheval rouge (roman', >h. 3, A. 5 et 6; 

7" Dernières nouvelles de l'Inde; 

8' Nouvelles de la littérature, des sciences ; clironiqu: et bn 
Ictin bibliographique. 



1-iNCICLOPÉDIE NOUVELLE, ou Dictionnaire phito.sopblqu< 
J scientifique, littéraire et industriel, offrant le tableau di 
connai.ssaiices humain.s au \L\' siècle: publiée sous la directii' 
lie MM. P. Linoix et J. Rëv.xiiD. 8 vol. gr. in-8. île 838 pages 
deux colonnes. ^Charlct Cotsclm, éd.) 16 fr. le >' 



L'ILLUSTRATIOiN , JOURNAL UNIVERSEL. 



Uanuscrlts de Napoléon. 

Les éditeurs de nUusiration ont acquis lo droit de pu- 
blier des manuscrits inédits de Napoléon , que l'on sait être 
la propriété do M. Libri, membre de l'Institut. 

Dans notre prochaine livraison , nous ferons connaître 
J'histoire de ces manuscrits; nous dirons comment ils ont 
été conservés; nous offrirons à nos lecteurs un moyen in- 
faillible d'en vérifier l'anthenticité, et nous commencerons 
immédiatement cette importante publication en insérant 
dans nos colonnes les lettres sur l'histoire de la corse, 
adressées par Napoléon à l'abbé Raynal, en 1790. 




bals. lÊTES. 

Entre les toilettes de l'hiver dont on ne s'occupe plus, et celles 
ilu printemps que l'on ne suit pas encore, je ne vols pas de nou- 
>eauté!« passables, sinon celles qui naissent naturellement du 
déclin de toute mode. Longcliamp, cette importante solennité, 
\iendra rajeunir toutes les idées vieillies et opérer la réforme sans 
transition. Déjà cette préoccuiiation de Longcliamp domine l'in- 
térêt à peu près éteint des toilettes d'hiver; je crois que, dùt-on 
courir tout Paris pour voir un chapeau de ville vraiment nouveau, 
on ne le trouverait pas. 

Les magasins en renom composi'nt dans le secret du cabinet ; 
ils travaillent avec mystère. Un diplomate n'est pas plus en garde 
contre sa propre indiscrétion que ne l'est en ce moment la 
marchande de modes inspirée par une idée nouvelle; aussi 
aurai-je assez de bonne foi pour ne rien laisser deviner de ce que 
j'ai pu entrevoir. Quand les secrets de mesdemoiselles Beaudrant 
et dWlexandrine seront prés de paraître , je révélerai sans scru- 
pule certaines conlidences et les nouveautés artistiques de Lemon- 
nier-Pelvey, et ces capotes négligées et gracieuses par excellence 
de Lucy Hacquart. 

C'est qu'alors je vous enseignerai toutes ces jolies coquetteries 
pour paraître à Longcliamp. Longcliamp, c'est tout dire, la fote 
iashionahle, l'époque surtout des créations nouvelles. 

Jusque-lii nous n'avons que les bals. En ville, la robe se cache 
sous le caniail d'hermine ou le grand chàle de cachemire. 

,\u bal les toilettes sont riches : des étoffes de giand prix, ou 
une profusion de crêpes, de Heurs et de dentelles ; en un mot, 
celte année, la parure coûte cher. Autrefois on disait nue simple 
rnhe. de crêpe , et cela donnait immédiatement l'idée d'une 
toilette sans aucune importance. Aujourd'hui ce mot denian- 
ilerait une explication détaillée; car une robe de crêpe composée 
(le six jupes, comme certaines femmes trés-elégantes en portent, 
est une toilette fort recherchée. 

\\\ dernier bal de l'ambassade d'.\ngleterre , madame la du- 
«hciisc de N. avait une de ces tuniques en crêpe vert-chou : 
chaque jupe augmentait la nuance, de telle sorte que la robe, 
vert pAlc à commencer du bas, devenait vert foncé à la taille; 
cia idVI a beaucoup d'originalité. Madame de N., coiffée en lise- 
ions lilas, portait de magnifiques diamants au corsage et aux 
bras. 

Cette même façon de robes en crêpe lisse blanc a une légèreté 
vraiment aérienne. Des lleurs naturelles vont merveilleusement 
avec cette siuiplité de convention. 

Comme coiffure.î, ce sont les nattes, à un ou deux rangs, un 
piMi élargies; les couronnes de lleurs, que l'on po.se au sommet et 
qui retournent par derrière, donnent beaucoup d'élégance à la tête, 
l'ips, autour de la couronne de natles, on met de jolies guir- 
landes légères qui tournent sini|)lenient en retombant sur le cou. 



Les volants sont abandonnés; quelques robes sont garnies sur 
le devant, mais la plupart le sont sur les côtés. Les lleurs se met- 
tent eu montants, contre les hanches, dans les bouillons de tulle, 
ou en traverses jetées de droite à gauche , relevant la robe de 
dessus. 

Mais parmi toutes les fêtes de la semaine, celles qui offraieiit 
le pins d'intérêt étaient sans contredit les bals costumés. Voilà 
réellcnient le bal pittoresque et pratique, le bal de caractère , 
celui qui fait briller, spirituelle et jolie, la jeune femme qui s'y 
présente sous la mantille ou le béret. Ici nous ne trouverons pas 
la folle joie des bals masqués, le déguisement ne trompe personne, 
et le visage reste à découvert. 

'l'ont le génie du carnaval s'est rejeté dans ces fêtes. L'Opéra 
peut bien encore être un plaisir, mais il n'est plus une mode. 
On sait que, sous le domino, il peut .se nouer une intrigue, voilà 
tout. Les salons ont voulu, à leur tour, ramener les carrousels, 
et les bals travestis sont revenus réclamer en faveur du monde 
ricgant, (lu monde artiste. 

i;t en effet, n'est-ce pas pour l'élégance et pour les arts qu'ont 
(te ciéées ces fêtes coquettes et riantes, ces liuits poétirpies que 
nous montrait de loin Venise la romanesque ? 

Les plus jolies fêtes sont donc, cette année, ces réunions capri- 
cieuses où le Moyen-Age, rude et pesant, se croise avec le court 
mantel delaKenaissance; où la plume rouge du guérillero brille de 
l'éclat de sa couleur, au milieu des diadèmes en diamants it des 
Ilots de rubans d'or. Nous avons compris qu'à C(jté des mascarades 
jouant et chantant sur la place publique, il y avait, sous les ten- 
tures du soir, à la clarté des bougies, d'autres mascarades non 
moins gaies, et derrière nos saturnales des boulevards nous avons 
entrevu des plaisirs pleins de charme et de finesse, des réunions 
où tous les pouvoirs sont en joie, esprit, beauté, coquetterie. 

C'était une belle soirée que celle donnée par le vicomte d'A. 
Un luxe de diamants et de pierreries éblouissait les yeux. Ici une 
robe lamée d'or, ici un bonnet russe tout brodé de pierres écla- 
tantes. Là une tunique orientale, là une couronne péruvienne, 
fantasmagorie étourdissante où l'on ne dislingnait d'abord (pie 
l'ensemble inaccoutumé de tous ces costumes étranges, et où 
se dessinaient des figures belles de poésie et de mystère. 

On retrouvait dans ce bal la pensée des quadrilles, une épo- 
(pie, un règne célèbre : Blanche de Castille et sa cour, Elisabeth 
et .Marie Stuart, chacune avec leur cort('ge. Un groupe rappelait 
la Tour de Ncsle, Buridan avec le manteau de laine, et la reine 
Marguerite en manteau de rubis. Près de là on suivait le drame de 
Marion Delurme , plus loin Notre-Dame de Paris; entre Quasi- 
modo et Gringoire on cherchait la chèvre blanche d'Esméralda. 
Quatre femmes, eu différents costumes du midi de la France, 
entrèrent suivies de plusieurs hommes en paysans des mêmes 
villes : la veste de drap, la chemise de toile jaune, les guêtres 
hautes, le chapeau rond et plat Le petit fichu des Bordelaises 
lut trouvé charmant, et le capiilet de Tarbes fit jeter un cri 
d'admiration, tant il coilTait avec coquetterie un visage plein de 
douce malice. 

Vers minuit entra une femme qui effaça toutes les autres ; son 
visage, à demi couvert d'un loup, était entouré de belles boucles 
blondes auxquelles se mêlaient de longues plumes noires et 
couleur de feu, courbées avec vigueur, et se rejetant en arrière 
comme froissées par le vent. De sa coilfure s'échappait nn long 
voile en gaze noire, qui semblait un nuage enveloppant la devi- 
neresse; sa tunique en cachemire orange ouvrait par devant, et 
laissait voir un jupon de satin blanc découpé à longues dents. 
Une étole croisée sur sa poil rini'clnitli\i'c au bas de sa robe par des 
noeuds. Une baguette cabalistique jouait dans sa main, qui ne por- 
tait point de gants. Cette femme était imposante ; une dignité 
pleine de grâce entourait toute sa personne. Il lui fallait de l'es- 
Iirit pour avoir choisi un r<)le si élevé; il fallait iprelle se fût pé- 
nétrée de la pensée magique qui inspira l'artiste dans un de ses 
plus beaux jours de poésie. 

Le charme réel des travestissements est «le faire valoir la pensée 
aussi bien que le visage. Ce qu'une femme doit chercher avant 
tout, c'est de choisir un personnage qui sympathise avec son 
caractère. X la femme hautaine et allière, les Elisabeth et les 
Médicis ; au jeune visage simple. Fleurette et Gabrielle. Tout ce 
qu'une femme peut gagner à saisir finement celte nuance, elle le 
perd à ne pas la comprendre. Une Lavallière sémillante serait certes 
de fort mauvais g(nlt; un pierrot langoureux ne serait nullement 
amusant. 




Uullcliii conini«rcial. — llerciirialos. 

HALLE .\L \ (iRAINS. — Paris, îi F(>vrier. 
FARINES, les 100 kil. 
1" qualité. 32 L "C. à 34 f. 50 c. Cours moyen du jour. 32 f. 98c. 
2<! qualité. 29 50 à 31 » Id. de la taxe. . . . 31 52 
.H» (pialité. 22 50 à 27 >■ 
4" (lualité. 17 » à 21 >. 

Arrivages. 5,0fi:i (|uint. 64 kil. Ventes. 5,09i quint. 43 kil. 
Bestant à la halle. 23,028 quint. 57 kil. 



GRAINS. 

Froment. . . . riiectolitre. 1 8 f. "C.à21f.65c. 

Seigle id. 9 6J à 10 65 

Orge id. I.i 35 à 14 15 

Avoine id. 10 35 à 1 1 ■> 

PAILLE DE BLÉ. — 24 Février. 

Enfer. Saint-Martin. Sainl-Anloine. 

1" qualité. 48 à 49 f. 44 à 45 f. 45 a 40 i. 

2' qualité. 40 à 47 4 1 à 43 43 à 44 

HALLE AUX VEAUX. — 24 Février. 

Amené 745. Vendu 742. Poidsm. 70 k. De 1 f. 90 c. à l f. 54 c. le k. 

VACHES CRASSES. — Place-aux-Vcaux. — 24 Février. 

Amené 109, tant sur pied qu'abattues. 
Vendu 105 de 1 fr. 20 c. à " fr. 80 c. le kil. 

MABCIIÉ DE POISSY. — 2,i Février. 

Le kilogramme 

Aminé. Vendu. Poids m. !"• quai. 2' quai, S' .|ual. 

liirufs. . 1,540 1,420 353 I f. 22c. 1 f. 08c. .. f. 90 c. 

Vaches.. 75 71 210 1 OG " 80 » 00 

Veaux. . 542 538 04 1 70 1 58 1 4(1 

Moutons. 5,933 5,237 24 1 34 1 10 ■• 98 

MARCHÉ AUX CHEVAUX. — 22 Février. 

Amené 417 

De selle et de cabriolet 96 

De trait 207 

Hors d'ûge 112 

Vendu : De 240 à 900 f. 19 

De 380 à 1,200 39 

De 40 à 250 20 

Aux enchères : De 5o à 125 2 

Total 86 

FERS. — SAiNT-mziEB. — 23 Février. 

Fers battus, à la houille, les 1,000 kil. 360 f. rendus à Saint- 
Dizier. Paris achète à 350 f. et par faibles lots. 

MARCHÉS ÉTRANGERS. 

BRUXELLES. — 24 Février. 

Froment nouveau , l'hectolitre 19f. 4oc. 

Id. étranger, id 17 58 

Seigle nouveau, id 13 08 

Avoine, id 7 61 

Orge nouvelle, id Il 24 

Beurre de la Campine, le kil 1 60 

l'RIX MOVÏX DU FKOMEXT ET DU SEIGLE. 

Du Lundi 13 au Samedi 18 Février. 

Froment. Hectol. Prixmoy. Seigle. Heetol. Prix moy. 

Arlon. ... ■■ ■■ 21 f. 23 c. » » I7f. » c. 

Bruges. ... >■ » 19 30 » ..13 80 

Bruxelles. . » » 20 12 .. ..14 20 

Gand. ... " .. 19 20 .. .. 13 7 

Hasselt. . . " .. 20 5 .. ..14 72 

Liège. ... >■ .. 19 .. .. 14 58 

Louvain. . . >■ .. 20 40 .. >. 14 81 

Nanmr. ... " .. 20 18 .• ..13 54 

Mous. ... .. .. 19 94 >. .. 12 32 

Prix moven pour tout 

le royaume 19 83 14 32 

\ ce taux , le froment et le seigle sont libres de tout droit à 
l'entrée du royaume jusqu'au 28 du mois; à partir de cette date, 
le froment sera soumis au droit d'entrée de 37 fr. 50 cent, par 
1,000 kil., et le seigle à celui de 21 fr. 50 c. aussi les 1000 kilog. 
Le droit de sortie est pour l'un comme pour l'autre de 25 c. par 
1,000 kilog. 

AMSTERDAM. — 15 Février. 

Huile de colza, l'hectolitre 69 f. 05c. 

Huile de lin , id „ 00 i2 

A Lille , le 2 1 Février 80 .. 



Sous nous proposons de publier quelquefois, au lieu de charade 
ou de logogriphe , des rébus , qui sont des espèces de charades 
illustrées. Nous nous contentons aujourd'hui d'annoncerce projet; 
nous ne voulons pas mettre la sagacité de nos lecteurs trop à la 
torture pour notre début. 




On s'abonne chez les Directeurs des postes et des niessa- 
Serios, chez tous les libraires, et en particulier chez tous les 
Correspondants du Comptoir central de la Librairie. 

A Londres, chez J. Thomas, 1 , Finch Lane Cornbill. 



Jacques DUBOCHET. 



Imprin-.é par Bétliune et Pic 



L'ILLUSTRATIOX, 




Al), poiii- Paris. — ô mois, 8 Ir. — (i mois, lu IV. — Un 
l'rii (le chaque N°, "3 c.-La cnllctliori ininsuclle lir,. 



1111, M II-. 

2 11-, t:;. 



y± \.)i.. I. — SAMKDI II .\l.\liS 1845. 

Iliircaiix. rue de !4cliie, 33. 



il). |ii>Ji' 1rs Iji'p. — j illui», y fr. 
|)(i;ir rÉlranscr. — 10 



(i iiluis <' r. .— L'a >u, 52 Ir. 
— 20 — 40 



SO.M.MAIKE. 

liK.i.RAniciK. Iliiiriiiics <\\:iM mm lii .lins- I-nrlrnits ,1c Chi)/. Il >/.iv,'r r! Cal- 
lioun. — (;kiic.1iM'1IIK, l.'Alacriiv Curlr. \nilm ,ririiiili,'i , ,t rl.n.il. Vm-~ 

IniH (fÀ/nl-rl-lMl,l,'r. -'\l:\\:f-M\. MNini^lHcii M ■'. I - l:-,. >,-. 

Vue lie li: nuir mmiiirllr ih' hu„hrs. f.iih,!,/ il,' )l \,i« -Il -, i. 

MmiUMTll (II- N:i|.iil.'oii : lliM..iir ,1c l:i (,^l^... — Tiimi : 1- 
|.ri'Sclll;ili(ill (ll•^ IllIlLTllvcs. Sr,;ir iili,ini„il,- lies llin.i' r I 
l-mliTic Itiirh-niii.W Ui/ieri.iU' Joli >lleiiuriillii}. iin- : .,•■- •, . 
lie Hniinn miiileiiiiinellc lleiiinu). ,1e Cmiiiliumiirii i-.". W . 

— Nui \tM.i-. l.i'Cllic iiicdcnii . smie et /ii,), |i;ii' !■: l,ru..iA, — Mi-, i i- 
I *NH>. S'i.icir i\e-~ .\uiis dcs Afls aet'c lii/itetles . l'iins :iti ii.niin. t'.ii- 

ri,illnre. pm l.l; WInlI.LK. — Coi\RESl'().\UANr.K. — Ifnu.KTn BlliMllCnA- 

- MiiDts t ayce riijiiellc ) — l'iioitLEME I)'ki,iiki.s — 



Ml. 



liel.ll 



l'unti>iii|iorainM illiisilrt-ii. 



IIIIU.ME.S 1) ETAT AMEIlU:AI^S 

I 

IIEVBI CLAÏ — IHMIÏL wtnsi tn. — CJl.UOl .^. 

Parmi lis hnniiiies (|ni. de noire Icmps, nul pxcrcé le plus 
li'influoiire sur les Affaires |Milili([iu'sJos Élats-l'nis, aiieuii n'csl 
pliii osliiné ijne IIe.mu Cl. u; aiicun ne pciil êlre placé au- 
dessus de lui ipiaiid ou ji,-ii'le de palriolisme, de désinléresse- 
nii'ul, d'allaelieuieiil inr'liraul.'ilde à la jusiiee el à la vérilé: 
aiii-uu n'a plus ipie lui liiM'ilé di' ees verlus i|ui nul iuiiriorlali~r' 
ili''j:i les ronilaienrs de rinili'>|ieuil.iuce amiu-icaine. el qui di'jà. 
pour nos eufanls. les i;ranili-senl à la liauleur de ipu'Iipies-iMis 
des plus lieau\ earaeleres de l'aullipiilé 

M. (May a élé l'arlisaii de s.i prn|ire forliine; ce n'est qu'à 
ses lalenls el à ses efforls qu'il doil la haute silualion qu'il oc- 
eiipe. ^é le j'i avril 1777. dans le comté de Hanovre, en Vir- 
,'ini( d piidil di liiiuni lieniesouptu ([ui (lait ecclésiasti- 
que elpiuMc Son 1 dm ilioii sni iissintil après avoir passé 
i|iielqius uiUHs sui lis JiHKsiluui )iflile ( enle d fui placé 
dinsUtudi duudiH di 1 1 dniKi lli m i Uuhrnnnd. eu \ ir- 
_ini( \ ili\ n< uf lus il se mil i 1 i lude du di ml i 1 un an apré, 
il olili u ut SI I (ente 11 il a alois s i lildn i I t \iii.;lon. dans 
1( KdilniKv Sis (onniissaneis pi ihqiK s son iloqiience. lui 
lui ni rjpidi nu ul uni .i iiiili npulilion 




(/est dans la coiivenlion noiuniée par le Keulueky, )iour ela- 
lilir une nouvelle constitution, ([ue vi. CUiy parut pour la pre- 
mière fois sur la scène politique. Son |)remier acte fut une 
lentative inutile jiour alidlirçiraduellcment l'esclavage des noirs 




(IKlni I \Na lu ) 

dans l'Klat. M. Clay ne s'est point dtioungi il ne s est point 
lassé, depuis cette époque d'( k\ei la \oi\ (ontic celle oppres- 
sion iidmniaine qui, avant la lin du site i uni lessi paitoul 
de peser sur une race ina'.heui euse Bit ntol son ( \pi i k u< i des 
allaiies. les !,'râces de son èlotution son di \oueni( ut 1 1 1 ( luse 
de la lilierlè, la simplicité d( sis m uni us li pnilniiit ih 
présidence de la léjiislalure di 1 i I il ( t il pimn i p n son ini- 
parlialilé el par son lialiileté iionduni lis diluK ipi il il ut 
dilîiie de celle imporlaiile l'iinili m 1 ii ISdî il i iili i d iiis h 
Ciianilu-e des jîrprésenlanls. i 1 d t n lui du pisil ni Quil- 
ipies années après, il passa diiis li si ml ou si npiililion 
s'accrut encore. 11 serait Ion, diiiuuiiiu Us siivuis qu il 
rendit à son pays dans le coii^M s n si i ut pus |iu i u uikr 
riiistoirc des lûats-Liiis depuis quai iiiti ans 1 n 181 5 il fut 
choisi pour représenler, avec Mi\l. Adanis et Gallalin, l'I iiion 
au con!,'rès de Oand. Après s'être acquitté de celle mission dé- 
licale, il préféra les devoirs de sénateur à des fondions plus 
liriilanles. H refus.i siiccessiveinent l'aiuliassadede lUissie. une 
niission en .\iiirlelerre. d la place de ininislre delà iruerre. 

M. Clay a sinloiil allacliéson nnn à trois î;randes mesures : 
rindépendaiice dis cidonies espai;iioles de r.Àmériipie du Sud, 
reiilii'prise de travaux d'iililili' puldiqiie iiarle contres fédi'ral. 
cl le di'veloppeniénl des uianuraeliurs indi^'énes. AussiU'it après 
le Iraili- de l'aris. M. Clav éleva la voix en faveur des colonies 
espa;;u(des. el. après de l'on|,'s el'l'orls. il décida ses coneilovens 
;i Iriii- prêter appui el a reconnailre leur exislence coiuine re- 
piililiqnes iiidi'peiidanles. Cannini,', il esl vrai, s'associa à celle 
poliliqiic el la lil Iriiiinplier dans les eoii.seils des monardiiis 
eiiro|.éeuiies. Mais c'esl à Al. Clay qii'apparlienl la jjloire d'a- 
voir le prerui.r éveillé l'alleiilionsiir ces jeunes répllldiipies. 
Mus lard, luiiiistre des aflaires elraii,^'eres. il ouvrit des rela- 
tions avec elles, et jeta les hases d'une alliance diirahle entre 
elles el les Klals-l iiis. l.a si coude de ces mesures inléressiit 
seiilemeiil la répuliliipie de l'inioii. M. Clay eu fui le pre- 



mier el le plus zélé (ironmleiir; il siil vaincre les jalousies des 
Klals particuliers, «t fit résoudre celle question importaole par 
le conjurés. 

Les Ktats de r.\ménqiie du ISoril avaient ronipiis leur indé- 
pendance, mais h'uraffranchissemenl de la mère pairie élail loin 
d'être compl t. Pendant tonte la période du système colonia'. les 
.Vméricains avaient appliqué exclusivemenl leurs efforls à l'aj.'ri- 
cu'lure. ïoiil les y portait, cl la fertilité du sol. et la lé;.'islalion 
im|ioséeparla mélropo'e. Mais les Klats-Lniscnnlinuaienlà dé- 
pendre encore derAiiL'Ielerre par le h< soin qu'ils avaient d'un 
marché illimilé, el par la nécessité de tirer du dehors les ohjels 
manufacturés indisjiensaldis à une société civilisi-e. .Alexandre 
llam lion, ,-i inii les l-"lats-L'iiis doivent tant, conçut le premier 
l'idi'e de rendre son pays indépendant de l'induslrio anslais*'. 
Il élalilil ce qu'on a appelé le si/tlème amrn'rnin. el fil pa&ser 
une léi;islalion entière qui enroura!.'eail rélahlissemeut de fa- 
hriques de toute nature, el entravait, par un tarif l'iniporla- 
lion en .\inériquc deeerlainsnlijelsmanufaclun'-s. .M. Clav s'est 
fait le champion de cette politique seule capable en effet di 
fonder l'indépendance commerciale el induslrielle des Elat.s- 
Tnis. C'esl lui cpii a iirêsenté el défendu dans le coiiffres le^ 
difl'ércnls larifs qui. (lepiiis vingt-cinq ans. ont rendu pîus difli- 
rilc l'iniportation en Améri(|ue des produits manufarlurés di ^ 
nalions luropéeiines II a rencontré, il esl vrai, de grands olisls- 
c!es. qu'il n'a pas Ions pu siirmnnler. (.es l-!lals du sud de l'I - 
iiioii. eiiiiui mmenl prodiiceurs. résistent ;'i un système qiii en- 
trave les déhouchés de leurs produits exclusiveni. ni agricoles 
tandis que les Ktals du nord, dont le snl ■ si moiin riche, el qui 
oui élevé des manufaclures. s'effon-eiil de compenser, par leur 
industrie el leurs liahilndes lahorieiises. les désavanlagi-s di- 
leur silualion. Va\ général. l'Américain ne vent pas de lave fon- 
cière, pas de coulrihiilions indirerles. mais il ne veut pas noii 
plus. ]ioiir favoriser l 'S manufactures indigènes, être forcé ih 
paver plus cher les ohjels de premien' nécessité, ou ceux qui- 
ses' hahitudes d'aisance el de luen-èlre lui ont rendus indisper- 
sahles. Peu importe au démocrale américain d'où lui vieniiein 
ses indiennes et ses soieries, de Liverpool ou du Havre, d' 
lîostoii ou de Lowell ; tout ce (pi'il demande, c'est de les payer 
hon marché. Heureusement les hommes d'Etat de l'Union, eti! 
V en a. ipioiquc l'on dise en Europe, ne partagent pas rell' 




/ ■///■ ■ 

(J.iliuCallioun.) 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



iiiJilïéreuce égoïste i|ui. ilims l'élut actuel de la conslitiilioii du 
pays, n ' peut être que funeste à ses iiilén'ls il a son avenir, 
liniceanx clïorts de M. Clay, le syslenuTiiinTii ain ne rencon- 
tre plus de résistance auprès" des li()nirni's inli'llii;enls; In <[nes- 
tion dn tarif est résolue, et il ne s'agit plus rpie de le propor- 
tionmr suivant les circonstances. C'est là peut-être la jilus 
grande gloire de M. Clay. et incoiileslablemenl le plus grand 
service qu'il ail i-.ndu à son pays dans sa lonmie ian-i('re |iu- 
blique. La poslérilé le CDUsidi'rera. après Ilauiillini. ((ininii- 
un des biciil'ailein'sdo la i-i'puldique américaine, cl cininne ayant 
achevé l'œuvre des Washington et des Jefferson. 

M. Clay esl dune taille élevée, d'une constitution robuste, 
bien que frêle en apparence ; ses manières sont froides, mais 
pleinesde dignité, à la fois polies el simples. Ses yeux, hieus et 
petits, jettent des flammes quand ils s'animent. Son front est 
large et élevé. Sur sa bouche, on peut lire un caractère ferme et 
indomptable. Un a publié, en 1827, quelques-uns de ses dis- 
cours. Ils sont remarquables sous tous les rapports, soit que 
l'on y cherche deslecnnsdepolitique, soit que l'on n'y considère 
que les (pialités oi-ahiircs. On y dislingue surtout de la préci- 
sion dans les jieiisées et dans re\|iri'ssion, de la rapidité, une 
logique sévère, de la concision, de l'élégance, et une sage éco- 
nomie d'ornements. 

Deux fois M. Clay a été candidat à la présidence ; deux fois il 
a échoue. Ses amis le portent encore celle armée, et l'on dit 
qu'il a beaHC"n|i de chajices ; nuis snuliailons ipi'il Irionqdie. 
car les Etats-l nis ne sauraient être gouvernés par un honniie 
plus honnête el plus expérimente. 

Qu'il réussisse ou ([u'il échoue, nous savons que M. Clav est 
trop sincèrement républicain pour murmurer contre le choix de 
ses concitoyens. Ses amis pourront déplorer que tant de vertus 
ne soient jias appréciées comme elles le méritent par l'opinion 
populaire. Quant à lui, arrivé à un âge avancé, il se consolerait, 
dans le repos et la tran(|uillité de la vie privée, de cet échec, 
([ui ne peut en rien altérer la gloire d'une carrière consacrée 
tout entière à son pays et dévouée à ses intérêts. Il pourra se 
dire que jamais il n'a fait aucun sacrifice à l'opinion des partis, 
que jamais il n'a reculé devant ce qu'il regardait comme un de- 
voir, dùt-il rencontrer l'impopularilé. Il a trouvé, dans son 
amour pour la liberté, la force de résister aux entraînements de 
la gloire militaire, le coiu'age de rappeler son pays à l'esprit qui 
afondésa prospérité el sa grandeur, et par sonèloquence il a 
contribué à sauver la ri'|iuldiqni' des Etats-Unis du despotisme 
du sabre. C'en esl isse/. ; la |ilus haute fonction de l'Etat n'ajou- 
terait rien à une gloire aussi pure. 

Daniel Websteu, aujourd'hui, secrétaire pour les affaires 
étrangères du giuiveriienient des Etals-Unis, est né le IH jan- 
vier 1782, à Salisliury. danste INew-Hampshire, d'un |iére fer- 
mier qui avait porté les armes avec honneur dans la guei-re de 
l'indépendance, el exercé pendant plusieurs années'les fonc- 
tions de juge. A cette épo pie, Salisbury, aujourd'hui le centre 
d'une population nombreuse, se trouvait l'extrême frontière de 
la civilisation. Ce fut donc au milieu des forêts que .se passèrent 
les premières années de M. AVebster. Son éducation fut com- 
mencée par son père. En 1801 , il entra aucollége de Dartmoulli, 
où il termina ses étudrs de la maniéiv la Jilus lirillante. Des- 
tiné à suivre la carrière du barreau, il étudia In pratique des 
lois, d'abord dans sa ville nnlale, ensuile a Boston, mi il fut 
reçu avocat en ISO,">. .Vprés avuir pratiqué pendant deux ans 
dans un petit village vnisin du lieu de sa naissance, .M . \Vebster 
^'l'■lablit a Portsmoulh, la capitale commerciale du Pvew- 
Hanipshire, et y acquit une grande ré])utation d'éloquence et 
.l'habileté. 

En 1812, la conlinnce de ses cjucituyens lui ouvrit la car- 
rière des affaires publiques en le nonimant un d; s représeii- 
lants d'? l'Etal du >e\v-llampshire, dans la cliambre basse ilii 
congrès. Malgré sa jeunesse (il avait alors à peine trente ans), 
il se fil remarquer dés son début, et prit part à toutes les discus- 
sions importantes. Les mesures que désirait le parti (pii avait 
l'ait éclater la guerre entre l'Union et la Grande-Bretagne, et 
qui tendaient à établir uncsnrte de conscrijition, trouvèrent en 
lui un adversaire inirépide, tandis i|u'il appuya de tous ses ef- 
forts le projet de donner de larges développc.ment:; à la ma- 
rine el de fortifier les froiiliéres du nord. La question de l'éla- 
hlissement d'une bampie fédérale, au mdieu ilrs clrruiislances 
difficiles où se trouvaient les Etat-s-Unis a|iiis la ^nicnc, lui 
l'ournil l'occasion de montrer que les çonnais-anres cl h's la- 
lents de l'économiste el de Thniiime d'Etat s'alliaient en lui aux 
)dus brillantes ([ualités do l'orateur el ,i un ardent amour pour 
son pays el ses institutions. 

Iji ISH), M. Webster fut obligé de se retirer de la Cbamhn^ 
ili's r>e|in''vciilanls. Sa fortune avait été en partie détruite par 
rincendie qui consinnn. en 1815, la ville de Portsmoutb, et ses 
devoirs d'homme publie, loin de lui |)ermetlre de réparer les 
pertes qu'il avait faites, l'obligeaient à des dépenses considé- 
rables. Il renonça A toute |inriieipation aux altaires publiques 
jusqu'il ce qu'il eût refait sa fortune, et il alla se fixer à Boston, 
m il a depuis toujours résidé. Durant htiil ans il se livra iini- 
piement aux devoirs de sa profession, refusant obstinément les 
missions piilitiques donl l'estime de ses nouveaux concitoyens 
vfiiilail rli(uiorer. Ses succès dépassèrent son attente. Sa répu- 
lalinn d'habile législese répandil ; des cau.sesqui devaient avoir 
iiéri'ssniienient, |iar leur imporlanre, un grand retentissement 
!ni furi'iil confiées, el il s'en acquillasi bien, que hieiilo! il fut 
rangé ]iarmi les prenucrs juristes de loule l'I nion. Malhcuri'U- 
seinent on ne pnsscdc (piun pelil inimlire de ses jdaiilnvcrs, 
mais ils sufliseiil |iiinr montrer les i|ualilrs i|ui disliiigiuMii l'i^- 
Pii|ui'nçi' juilii-iairc de M. Webster. L'ne narration elaii-e et 
simple. lieaîiC'Mip de perspicaeilé. de la gravité, un neceni d(^ 
vérité qui )iaraitsnrlir d'un eieur plein d'amour pour la justice, 
voilà les moyens qui ont mérité à .M. Webster un ascendant 
irrésistible su.' le jury, ascendant qui de proche en procb ■ s'est 
l'tendu sur tous ses concitoyens. 

Ce fui en 1823i[u'il rentra dans la Chambre des Re])résen- 
Innts, el il y prit aussitôt plart; paimi les orateurs les plus popu- 
laires. En 1827, il fut choisi à l'unanimité pour remplir une 
jilaec vacante dans le Sénat. Sur ce nouveau tliéitre. sa renoni- 



ini'e grandit encore. Les services qu'il rendit à son pays el à 
la Conslilution sont dans la mémoire de tous, et ce n'est pas ici 
le lieu de raconter son plus beau triomphe, je veux parler de la 
victoire qu'il remporta sur les nulli/iealcurs. 

Comme boniinc d'État, I\L \\ cbsler esl digiu' d'être jdaeé 
sui' la nn''ini' ligne que les.Iefferson. 1rs Ilaniill(i!i el les Auams. 
Des vues sures el éclairées, une |irudence tempérée par une 
hnrdiessi' sagi' el réileehic. uni ni n'qué tous les actes de son 

,idiiiinisli-ali les al'l'aiir^ cli;iii;;cies. l'iécenimenl il a négocié 

nii Iraili' .avec la (Irande-liiela^'ii ■. el les Élals-l nis se glori- 
fient du rôle à la fois plein de fierté elde dignili' que leur a fait 
jouer VI. W ebster. Sur tous les points en litige, la qiieslion des 
frontières du Maine , celle du commerce des esclaves et celle de 
l'extradition mutuelle des criminels, son langage a été cidiii 
qui convenait à un grand peuple, el surtout à une république 
qui a besoin de se ïaire respecter par les vieilles aristocraties 
de l'ancien monde. Sur tous les points, le plénipotentiaire an- 
glais, lord A.shburlon, a cédé devant la logique ferme et irré- 
sistible du ministre américain. 

Les principaux discours prononcés par M. Webster dans le 
congrès et dans des assemblées populaires ont été publiés il y 
a peu d'années, à Boston. Onyaj linl quelques-uns de ses plus 
ébiqneiils plaidoyers. Onaiit à ses ilisemirs |iliis pailiciiliere- 
ineul |)idiliqiies. ils sont considi'rés ]iar les .Vini'ricains connue 
des pdijes (le 1(1 ('(wstiludon, tant on les trouve animés de 
l'esinil qui a pn'sidi'' à la fondation de la liberté américaine. 

M. W ehsler porte empreint sur son visage le caractère qu'il 
a ih'pliiyi' dans Imiles les circonslaiiees d'une vie longue, agi- 
tée el glmieiis ■. Ses yeux, siimlires el enfoncés dans leur orbite, 
mil un éclat irrésistible: ses larges et épais sourcils noirs ex- 
prinn^il l'énergie el la détermination. Tous ceux qui ont eu 
l'occasion de s'approcher de cet homme d'LItat s'accordent à 
louer sa modestie, ses manières à la fois pleines de sim|ilicilé 
el de dignité ; quelques esprits sévères lui reprochent de l'indo- 
Iciice et de la dissipation, mais sa vie entière rend témoi- 
gnage que, pour le service de son pays, il n'a été surpassé 
par personne en dé.sinléressfment, en acliviti', cl que j.iinais il 
n'a sacrifié les affaires à ses plaisirs. 

.loilN C.KLnwELL CvLllouN csl né le 18 mars 1782, au dis- 
trict d'Abbeville, dans la Caroline du Sud. Sa famill" est d'ori- 
gine irlandai.se. Etablie d'abord JaiK la l'ensvlvanie. eHe passa, 
en I7.")(i. dans la Caruline du Mnl. mi rlleeiii à lui 1er, durant un 
grand iimiihre d'.iiinées, :ivec Icv (Jiernkis. Dans une surprise, 
la I lus grande parlie de la famille l'iil massacrcc. Le perc. élcvi'' 
dans 1rs fm'êls. était un bai'di |iiiinnier. hahiliié à liillcr de ruse 
el d'audace avec les Indiens; mais, conirairemeni aux habitudes 
de cette classe de colons qui, en cha.ssant devant elle les sau- 
vages , les remplace souvent par des mœurs qui ne sont guère 
moins barbares, il avait du goùl pour les lettres, et quoiqu'il 
eut passé toute sa vie éloigne du commerce des hommes, il s'é- 
tait instruit dans la littérature anglaise, .\ussi voulut-il que ses 
enfants reçussent une aussi bonne éducation que possible. Après 
avoir enseigné à John Calhoun à peu près tout ce ipi'il jioiivait 
lui apprendre, il l'envoya, vers Vàge de treize, ans, à l'aca- 
démie qui avait le plus de réputation dans les Etats du sud de 
l'I nion. 

.M. Callionn avait hérité des goûts de son père. Il aimait 
réluib> el s'\ livrait avec une si grande ardeur, que sa santé en 
fut gravement alléi-ée; on craignit un mnmeni qu'il ne perdit la 
vue. Sa mère, alarmée, car il avait perdu son père depuis peu. 
le l'appela dans la maison palernelb'. ou grâce à la force de la 
jeunesse el à T'eloigiieinenl de tous m ivensd'étudier. il recouvra 
jii'iiniplemenl la sanlé. Comme il ne pouvait rien être à demi, 
il se jiassionna pour tous les exercices du corps. Bientôt on le 
cila cmnine le plus intrépide et le plus aventureux chasseur de 
tout le |iays. .Mais, tandis qu'il s'était résolu à se faire fermier, 
son frère aîné, qui habitait Charleston, fui surpris, dans une vi- 
site qu'il fit à sa mère, des heureuses dispositions de Calhoun, 
et il le décida à reprendre ses éludes et à embrasser une carrière 
où il pùl développer les heureuses qualités donl l'avait doué la 
nature. .M. Calhoun se rendit à ces conseils, entra dans un col- 
lège et recommença ses études à dix-huit ans. Ses progrès fu- 
rent si rapides, qu'en moins de deux ans il avait réparé tout le 
temps ]ierdu. Après avoir étudié la pratique des lois, il se fixa , 
en ISOT. dans la Caruline du Sud. où il surpassa bientôt en ré- 
piilalion Imis les li'gisles du pays, cmiiine il les surpassait en ta- 
lent et en hahilcli''. Ses sucres lui ouvrirent l'entrée de la légis- 
lature de ri<;ial, mi il ne se distingua pas moins. 

l'ji LSI! . la conli-ince de si's coiiciloyens l'introduisit dans la 
Chambre des Kepresenlanis. Sa célélirilé l'y avait devancé. Il 
|irit une grande part aux débats qui précédèreiil la déclaration 
d'hoslililés entre les États-Lnis et l'Angleterre. On cite un dis- 
cours qu'il prononça danscette circonstance comme un des plus 
éloquents qui aient été prononcés dans le congrès américain. 
'J'oul d'une voix il fut porté , malgré sa jeunesse, à la tête du 
))arti qui voulait la guerre dans la Chambre des Représentants. 
Dès cette époque, il se prononça vivement contre le système 
restrictif (pi'il croyait ne convenir ni au génie du peuple amé- 
ricain, ni à celui du gouvcrnemenl, ni au caractère géographi- 
que du pays. Il combattit avec beaucoup de force cette politique 
qui, selon lui, entraînait avec elle des lois arbilraires el vexa- 
toires. 

A la fin de l'année 1817, M. Calhoun fut appelé par M. .Mon- 
l'oe aux fonctions de minisire de la guerre. Six années passées 
dans le eiinures .ivaiioil mis \i- sceau à sa répiilalion d'orateur, 
l'endaiil sr|il aimées ,|iril (Irmeiira a la léle An déiiai'lemenl de 
lagnen-e.ildi'veliipiia 'e, ipialili's s diiles de radminislraleiir ; il 
comblaun énorme arriéré, satisfit à toutes les pensions, réduisit 
les dépenses au strict nécessaire. IS'èannioins, il trouva le loisir 
de rédiger des rap|iorts sur beaucoup de ipiestions très-graves. 
C'est à lui ipie les Etats-Unis doivent l'admirable svstème de 
forlillcations e' de défense dont le généj'al Bernard a dolé le 
territoire de l'Union. 

A l'expiration du second terme de la présidence de M . Mnnroe, 
le nom de .M. Calhoun fut placé sur la liste des candidats. Pour 
éviter que le hasard de l'élection ne fut abandonné au choix du 
congrès, il se retira ; mai-; il fut nonmii' à l'unanimité vice-|iré- 



sidenl. tandis que M. Adams était élevé n la présidence. Aux 
élections suivantes, le gém-ral .lacksmi fol nmnmé président el 
M. Calhoun fut l'i'iln \irr-|,n-si,|eiil. Dans eelle|ilace loninenle. 
il remplit ses devnii-s avec i impaili.ilili' et une lialiileli' sin- 
gulières. Il se Irmivail d.iiis une siliialion In's-di-licale. surtout 
dans les f mi-iioiis de président du Si'n:it. On le savait l'adver- 
saire poliliipiede l'admiiiislralion. et chaipiej iiir les di'bats lui 
offraieiil des einlianas d ml il savail toujours se tirer adroile- 
menl el sans cmii|iriimelhe sa di;;nili''. 

^mls avmis dii pliis haiil que, des son entrée dans la carrière 
politique. .M. Calhoun s'était prononcé contre ce que l'on appelle 
l(! sysl(''me atim-iiain. En cela, M. Calhoun partageait les seii- 
timenls de l'Etat où il avait vu le jour, et qui dans toutes 
les circonstances l'avait choisi pour son roprésenlanl dans le 
congrès. Le tarif établi en 1828 blessait profondément les inté- 
rêts de la Caroline du Sud; M. Calhoun se jiorla le champion 
de ses réclamations. Selon lui, cet acte violait le pacte fédéral, 
en portant atteinte à la souveraineté des États el à leurs droits ; 
il était inconstitutionnel, et. comme tel. les Etals intéressés pou- 
vaient, en vertu du droit qui leur était accordé par la Constitu- 
tion fédérale, le déclarer nul el non ohligaliiire. Celle doctrine 
porle le nom de doctrine de la H»//*/i'c((//i/» ; ses l'midenienls 
reposenl princi|ialenieiil sur les principes lùiiis dans les réso- 
lutions de la Virginie el du Kenliicky, ii'digé'es par .Madisson 
el par .leffersmi. et considérées comme f.iisant partie du droit 
]iulilic de l'Union, l'endaiil plusieurs aniii'es. les opinions des 
deux partis, des partisans el des adversaires du tarif, furent dis- 
cutées dans le congrès. Voyant qu'on ne faisait aucun droit à ses 
réclamations, la Caroline du Sud résolul de se servir de tous les 
moyens que la Constitution lui mettait entre les mains pour faire 
triom|dier la cause qu'elle représcnlail. Une convention fui 
élue par les habitants de l'État, qui , en sa qualité de re- 
présentant de la souveraineté de la Caroline du Sud, déclara 
les mesures restrictives inconstitutionnelles, nulles el sans 
valeur. Aussilôl M. Calhoun se démit de la vice-présidence, 
reçut une place dans le. Sénat, el se présenta comme l'avo- 
cat' de la cause de son État, qu'il regardait comme la cause 
de la liberté et de la Constitution. Sur ce théâtre, M. Cal- 
houn développa les plus adniirnbles qualités d'orateur. L'opi- 
nion qu'il di''reiidail presque seul élail impopulaire dans le 
|iays. et peu s'en fallait ipi'on ne la regardai comme un acte de 
trahison. Il y avait seize ans qu'il n'av.iil pas paru dans une as- 
semblée pnliliqiie, et cependant. ]ioui' Inller contre ro]iinion, 
conlie l'admiinstration, contre ri''loquenee réunie de M. Clay et 
de .M, \\ ehsler. il trouva en lui des ressources extraordinaires. 
Dans celle lutte inégale, il sérail difficile de prononcer lequel 
de .M. Calhoun ou de .M. de Webster l'emporta. Leurs discours 
suit des modèles de logique, de fm'ce. de pathétique. 

Pendant quelques instants on craignit ipie cette lutte de parole 
ne se changent en une lutte plus dangereuse. Le président des 
Élats-l nis. quoiqu'il penchât pour la Caroline du Sud. fut forcé 
par ro|iinion publique de menacer cet Élat defaireexécuterpar 
les armes la lui du congrès. De son cùté la Caroline du Sud se 
|irépara à soutenir de la même manière ses inlérèls el ses opi- 
nions. Heureusement, M. Clay apaisa cette querelle par un 
compromis; la paix fut rétnbrie dans l'Union, el c'est ici que 
s'arrête pour nous la carrière polilique de .\l. Calhoun. On an- 
nonce (pi'il .se porte comme candidat à l'éleclion ]ii'ésidentielle 
qui va avilir lieu procliainenient. 

.M. Calhoim esl dune grande taille et d'une constitution ro- 
buste. Ses maiiieiTs smii pleines d'aisance, de simplicité et de 
ciM'di.diti'. Tous ceux qui l'uni connu disent qu'il esl d'un com- 
merce agri-ahle. facile, accessible à tous, et que dans la con- 
versation il est aussi éloquent ipi'à la tribune. C'est un grand 
éloge, car ses discours sont très-remarqualdes. Malgré un style 
sentencieux, il excelle dans la discussion. Sa parole est forte, 
ardente, rapide el grave tout à la fois. On sent qu'il esl pénétré 
de ce qu'il dit, el qu'il serait prêt à le soutenir de son sang. 
M. Calhoun peut, à bon droit, être considéré comme l'un des 
plus grands hommes d'Étal américains de noire temps. Sa vie 
privé-e, qui est irréprochable, ne dément pas un si beau carac- 
tère : intègre, désintéressé, de moeurs sévères et frugales, 
courageux," il est le digne descendant de \\'asbingtnn et de Jef- 
fersoii, aussi bien que de Franklin, 



DESCniPTION GEOGR.VPniQLE. 

La France entretient maintenant en .Algérie une armée de 
quatre-vingt mille hommes ; elle y dépense annuellement plus 
de 80 millions. 

Quel but se propose-l-elle en faisant, depuis bientôt treize 
années, tant de laborieux efforts, tant de lourds sacrifices"? 
quelle compensation a-t-elle le droit d'en attendre? quel dé- 
dommagement est-elle fondée à en espérer? 

C'est évidemment de créer dans le nord de r.\frique une co- 
lonie d'autant plus puissante, qu'elle osl plus voisine de la mé- 
tropole; ou plutôt c'est de fonder sur l'autre rive de la Médi- 
terranée, à deux journées de dislance de Marseille et de Toulon, 
un nouvel el durable empire sur cette terre (Ifsormuii: cl pour 
toujours française, snivanl rex|iression du discours de la cou- 
ronne, à l'ouverture des Chambres, le 27 décembre 1841, 

L'Ahérie est désormais française! Celle déclaration solen- 
nelle eviiliqiie l'iiilérêl éniineniniVnt français qui s'attache à nos 
possessions africaines, .\iissi, ipiaiid ropinion publique s'émeut 
si vivement au récit des ju-ogres de notre dominalion, quand 
elle les suit avec une avide el curieuse anxiété, n'est-ce pas 
seulement parce que nos soldats y conlinuenl les traditions de 
valeur, de persévérance et de gloire de leurs devanciers, ni 
parce que notre jeune armée s'v montre réninle des vieilles 
phalanges de la Révolution cl dé l'Emiiire; c'est surtout parce 
qu'elle' comprend que, sur cette terre conquise au prix du sang 
des enfants de la France, il v a pour la mère-patrie des éléments 
certains de f irce et de prospérité, tout un avenir, enfin, de 
^'randeiir et de puissance nationale! 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



Ce sciiliiiirril iiisliiiclif fst lellcmniU pnrnriné dans la plupart 

des i'v|iriK. '|iiil .'I sMrv('Cii a loiilcs les iiicn'liliidi's c|ii'aiiii'ni'iil 

les ph.lvi ^ .llM ivcv ilr 1,1 |iMlill(|IIC' (III ilr h -unir, a l(lllll-S ll■^ 
vicissiluili's iiiM'|iaralilrs (lu prciiiici' .ù'c des ci, !i, nies l'diKiï-o. 
les armes a la iiiaia. C'est à ee scnliiiiciit (|Ue umis mous pni- 
posons de nous associer, autant du luniiis (piil ili'|ieii(ha de 
uous, en consacrant, dans notre joiinuil, une |ihiic s|ir(ialc à 
l'Algérie. Nous rappelleniiis, dans ces cs(|uisM's ra|iiil(-i, Ic^ 
commencements de Idccupalinii ri"in(;aisc. les (l^•veloppclUl■lll^ 
qu'elle a reçus, les causes de son extension successive, les ir- 
sultats obtenus jusiiu'.i ce jour. iNiuis ferons en iimmiic teni| s 
passer sous les yeux de nos lecteurs, sans en ué!;iii;er nu seul. 
les cvi'nenients contemporains, poliliipies. niililaires et civils, 
qui seront de nature à les iiil(>resser. en atlestanl une amélio- 
ration ou un iirogrés dans la sidiation du pays, .Miiiiuiuenls an- 
ciens et niodornVs, types des iliflV'reuIes races. Maures des 
villes, Arabes des pl.'iiiics. Kaliaîlcs des ni(inlai,'ues, rnii'urs. 
usages, costumes, amenlileiuenls, armes, vues de villes, cica- 
tioiis de villa^'es. havaiix de port-, roules, dessécliemeuls. ('la- 
blissernents d'iililili' piililiipic , canqis . Ilivllllal■^, cdiulials et 
razzias, purli-.iils des princip,'iii\ personnai;es rrançais et indi- 
gènes, de ipicl iiili'iTt lie ser.iil-il pas de voir tous ces sujets 
lidélenieiil repn'seiili's p,ir des dessins e\('cnlés sur les lieux 
mimies? ,^(ls lecleiirs assisleraient ainsi, en ipudipie sorte, à la 
fondation de noire empire africain; ils le verraient chaque jour 
grandir, se développer, et jeter dans le sot des racines de ]dns 
en plus profondes. 

Avant de connnencer notre Renie (iliiiricnne. ou les f.iils de 
ifuprre cl de colonisation vienilront lieiidoniadairemenl Imiiver 
place, il nous a semblé utile de jeter un coup d'uni rélrnspectif 
sur les progrès de notre conquête jus(prà la lin de 1842. et 
d'accompagner la carte qu(! nous |iiil)li(ius d'une description 
géograpnitiue assez étendue jiour |ierniellre à nos lecteurs de 
suivre avec fruit les evéneniciits ilmil l'AI^'ciie esl le lliéàtre. 



l'ItlSE d'Alger. — La cause des liostililes enire la France 
et le dev d'Alger est connue, l ne iiisulle grave, un coup (!'('■- 
ventait donné en audience pnbliipu', le 50 avril I8'27. par 
Husscin-Pacha à notre consul, exigeait une réparation à laquelle 
te dey se refusa avec un opiniàti'c entêtement. Apres de 
longues et inutiles négociations pour obtenir une satisfaction 
amiable, après la uinivelle insulte de coups de canon lires d(''- 
loyalcment, le 27 juillet l«2lt, contre un vaisseau parlemen- 
taire, la Provence, une llolle francai.se, comjiosée de cent na- 
vires de la marine royale et de (|uatre cents bàtinu'nts de eorn- 
merce, a|ipareilla de 'J'oulon le 25 mai 1830. à (piatre heures 
après midi. L'année, forte de trente-sept mille lioiiinies el de 
quatre mille chevaux, débar((iia le 1-5 juin Mir l,i iiljige de Sidi- 
Ferrucli. distante de six lieues d'Alger, et le ."ijuillci elle enira 
dans cetle cipitale des cors.iiro liailiares([iii's. .\iiisi. en vingt- 
quatre jours, elle avail allciiil le luit de sa niissinii. vengé le 
pavillon franiMis. (h'Innt la piraterie, etenlin acciniipli les vieux 
que formaienl. depuis trois siècles, les hommes généreux et 
éclaires de toutes les nations. 

La province d'Orau, bornée au sud par le Petit-Atlas, qui, 
dans cette partie, range la mer de très-prés, est étroite par 
rapporta sa longueur. La province de Conslantine, qui s'étend 
sur tes rives de t'Oued-Kummel et sur les bassins qu'arrose 
cette rivière, a beaucoup plus de profondeur ([ue la province 
d'Oran, avec une longueur presque égale. La province de 
Titteri. comprise entre les deux premières, s'élenil surtout dn 
nord au sud sur les plateaux successifs parcourus par le Cliélif 
et ses afiluenis. qui s'élèvent sur les lianes septentrionaux du 
Grand-.Mlas. Ces trois |irovinces étaient soumises chacune à 
un bev ou lieulenaul du dey. 

Les limites de l;i province d'Alger étaient moins fixes que 
celles des trois aiilics. Le dey, qui radniinistrail direclement 
au moyen de l'.i^jlia des Arabes, en modiliail la circoiisi ripliou. 
selon que les (|ii( relies entre les lievs voisins ou l'inlerèl de sa 
poliliipu' lui semblaient l'exiger, (l'est ainsi que IJlidab, qui 
Jadis apparleii.iit au lieyiik de Tilteri, et la ]ilaine de Hamza 
jusipi'aux Portes-de-Fer iliilianj, avaient été placées sous l'au- 
torité de l'agha. Bougie même fut momentanément rattachée 
aux dépendances administratives du territoire d'Alger. 



relèvent de la Galle. — Siibilirision de SHif : .sélif. clief- 
lieu. 

Par une autre déci.sioji du ministre de la Guerre, en date du 
12 uovembi'e 18-i2. les places de l'Algérie ont été classées 
ainsi : 

J'remiirr cliitse. — Alger. Oran. Conslantine. 

Deuxième rlnsse — Itlidali, .Médéah . .Milianab, Cberchel. 
.Moslaurancin, Mascara, 'l'Iemcen. Borie, Doniîie. Sétif, Djidjeli. 
Pliilipjieville. 

Trohicinc classe. — Fort-l'Empereur, Douera, Boufarik 
Camp d'Ertonj, .Mustapba-Paclia , Kotéah, .■Vrzew, Mcrs-el- 
Kébir. 

Postes mililaires. — Kasbah d'Alger, Kasl)ah de Bùne. la 
Calle, Guelma, Misserguin. Mazagran. 

Enlin, des ordonnances royales ont. pendant le cours de 
l'année 1852. successivement organisé connue il suit les com- 
mandements indigènes dans les territoires soumis à notre domi- 
nation ; 

l'rovince (t'Ali/ei-: — Kh.ilifat des I!eiii-.'>oliiOiiJi. Beui-Djad, 
Aribet Kabailes;aglialik de Khacbiia; agbalik des Beni-Me- 
nasser. — SiihiUeisiiin île Tilleii : AL'Iialik du Kéblah. du 
Cherk. du 'i'ell lierres cullivcesi cl des Oïded-N.'iïl. — Subdi- 



risiim de Mitiiimili : 
de Braz : a-haliks de 
Beui-Men.is'ser. Clien 
Piiiriiiee d'Oiiin 
inul trois aiilialiks. c 
kbalifat du' Cherk (e 



Khalifil (les lladjoulhs. de Djendel et 
. lîeui-/.(iiii;-/.ouir. des Uuted-Aîad. des 
bel el 'l'Iiaza 

— Klidif.it du Gliarb fouestj. eompre- 
•ii\ du (.liozel. du Djidiet et du Gharli ; 
iniprenanl trois aghaliks, ceux du 
I" 



Division actuelle de l'Algérie. — Par décision du 
ministre de la (iuerre, en date des L4 novembre 1S.'(2 et 4 fé- 
vrier 1845, les provinces d'Alger, d'Orau et de Conslantine. 
l'ornienl aujourd'hui trois divisions mililaires, dinit les circon- 
scriptions ont éli' n'parlies de l,i manière suivante : 

Dirision d'Alijer. furnii'e de deux subdivisiiuis. — Suhili- 
l'ision d'Alr/er : .Mger, ehel'-lieii de la division el de la siilidi- 
vision ; les forts allenanls ; le S.ihel el Inul le pays compris a 
l'est, depuis l'Oned-K.iddar.i. jnsipi'anx liiban (Porles-de-Fer, ; 
le cercle de Cberchel; liniigie. — Sulutirisinn de Titliri : 
Rlidah, chef-lieu de la subdivision el ecnire du cercle compre- 
nant Boufarik et Kob'^ah ; Médéih. centre du cercle coinprenanl 
le Makhzeu. (proprement iiKiiiiisin, réscrrc : tribus auxiliaires, 
nrunuiées, sous les 'l'iircs, trilnis de eommiindemeni, exemples 
d'inipôls el cbargi'cs d'assurer l'obéissance des aiilres Iribus. 
dites iribus de aminiixsion). les Goulus (propi'emenl terres. 
cavalerie mobile des tribusj. et les Iribus , .Milianab . eenire 
du cercle comprenant également le Makhzen. les Gouins el 
les tribus. 

Dirision d'Ornti. fiu-mée de qualre snbdivisidus. — Siibdi- 
rision d'Ornn : Oran. cher-lieu de l.i ilivision el de l,i sulidi- 
vision ; Arzew; Mcrs-el-Kcbir ; .Misserguin; (!ainp dn Figuier. 
— Subdirisiiiii de Miiseiini : Mascara, ihel'-licu. — Siibdiri- 
siitn de MosliifiiDieiii ; Miisl.iganem. chef-lieu; Mazagran. — 
Subdiriaiou de l'Ieiiieeii : 'l'Ieuicen, chef-lieu. 

Dirision de Consliniliiie. formée de trois subdivisions. — 
Subdivision de Consliiiiliiie : Conslantine. chef-lieu de la di- 
vision et de la subdivision ; Philip|)eville. cenli'e du cercle com- 
prenant les camps de Smendoii. des 'roumieltes el de e|-.\r- 
rouch : Djidjeli. — Siibdirisiiin de lli'ine : Bnue. chef-lieu; 
Guelma. centre dn cercle comprenant le Makhzen. les Goums. 
les tribus : la C.iUe. centre du cercle comprenaul les Iribus (pii 



Dliahra (nord, c'esl-,i-ilire le pays (pi'on a derrière soi, lor 
ipi'on est tourné vers l.i .Mecque j. du Ouastli (centre; cl du 
Kcblah (sud, c'est-à-dire te |iays ipi'iui a dcriinl soi. lorsqu'on 
regarde dans la direction de la Mr'cquc) ; Khalifal du Ouastli 
comprenant ((ualre aghaliks. ceux des Beui - Chougran , des 
.Sdaiiia. des llaehem-Gliaraba. des liachem-Cheraga ; aghalik 
des Beni-.Vmcr. coniiihiniir' par un baeh-agba (chef aglia), ayant 
sdiis ses ordres deux allias, rnii de Bcni-.\merCheraga. l'autre 
des lieni-Amcr-Ghara'ha. 

Prurinre de Conslanlinr ; — Kbalifat des Ilaractah. .\bd- 
el-Nour. 'J'elaghma, Zmoul. Segnia. etc. ; khalifal de ta Med- 
janah ; cheïkhat des Arabes (commandement du Sharal. 

Descriptio.n de la province D'.\i.(;Kii. .yfiissif d'Alger. 
Snhet, Mélidjab. — Les environs de l,i ville dWl^'cr se com- 
posent d'un terrain montagneux qui s'éli've iniiiii'ilialcmenl sur 
la cijle. C'est ce terr.iin ipi'dU nimime le Massif. Le piiiiit cul- 
minant est le liiiu-/.areali. élevi' de 4IMI meires ,iii-dessus du 
niveau de la mer. Ce massif est couverl. dans le voisinage 
de la ville, d'hahil.ilioiis agréables, et coupé de ravins et de 
petites vallées agréables, ou des sources abondantes entretiennent 
la fraicheur el une végélaliim aclive. JNos troupes y onl ouvert 
un grand nombre de roules. 

Plus loin s'étend un |)taleau Irés-accidenté lui-même . et sil- 
lonné aussi de nombreux ravins. Cetle partie du .Massif prend 
le nom de Salie! . 

Au pied des bailleurs du Sahel commence et se continue 
jusqu'au Petit-Atlas la jiliiiiie de la .}félidjah, de 64 à 72 ki- 
lomètres de long sur 24 .i 25 kilomètres de large. Bien cul- 
tivée dans la ]iaiiie voisine des montagnes, et marécageuse 
dans la partie inféi'ieure, son aspect esl gi'iiéralement décou- 
vert. 

Le camp retranché de Douera est au pied du Sahel ; plus en 
avant vers l'.Xllas. est situé celui de Bdiifarik. el plus loin en- 
core cehii de Blidali. ,i lexlriinilé de la plaine. 

Le versant seplenlridnal du Petil-.Vllas est couverl de taillis 
et de broussailles, composés, eu grande partie, de chênes cl de 
lentisi[ues. Il est sillonne par de grandes vallées, d'où sortent 
les cours d'eau tpii arrosent la plaine. 

Origine du .mot Algérie. — Dans les ]iremiers temps 
qui suivirent notre complète, le lerriloire compiis conserva son 
ancien nom de Hi''ijeiiee d'.Mijer. Plus lard celle appidlalimi fut 
rem|ilacée par celle de Ptissessiinis Iriineaises du iiind de 
l'Afrique, lilre coiis,ic|-e par l'iinldnn.ince royale du 22 juillet 
1834. i|ni. en |ilac.iiil le pays sous le régime des ordonnances, 
en a réglé le commamlemcnl général cl la li.-iiile admiiiisiration. 
Enfin, dans le discours d'oiiverlnre des Chambres, le 18 dé- 
cembre 1837. raucienne Régence d'.Mger reçut pour la pre- 
mière fois la iléiioniinalidii olliciidle é'Alijrrie. Ce nom. t|u'elle 
a gardé depuis, lui avail été diuiné. dès 1854. dans un écrit 
publie à Paris ]iar le comte de Beaumoul Brivazac, sous ce 
titre ; ti De l'Alyéric el de .w cidonisation. » 

Deschii'tion cÉtxiiui'iiioi k dk l'Alc.éiiie. — L'.Vtgérie 
ancienne Uegence d'Alger i s'élcnd de l'esl a r(mcsl sur la 
cùle septeulrionale du Cdiilinenl de r.\fri(pie.,ICIIe est bornée 
au nord par la .Méditerranée, a l'esl par les Elals de 'luiiis. .i 
l'ouest par l'empire de .Maroc, el an sud par le désert de Sliara 
(vaste plaine sans planlaliou'. iCIle (d'fre une étendue d'environ 
!»00 kilomelres sur les cotes, el s'avance de 2(H) à 250 kilo- 
mètres dans l'inlèrieur des lerres. 

A.NCIE\.\E DIVISION iiK i.'.Vi.GÉlilE. — \olre compu'le de 
l'Algérie nous a rendus inailres d'un terrildire (pli repond aux 
trois provinces romaines appeli'cs Xumidic. .Maurilunie Sili- 
jienne el .MauriUinie ( ésarieiine. dont les chefs-lieux respeclifs. 
Cirla. Sililis, (lesarée, sont représentés aujourd'hui par Cou- 
slanline .'^élifel Chercliel. 

Ancie.n.ne DIVISION DE l'Algékie. — L'.Mgérie. sous la 
dominalion turipie . élail divisée en quatre provinces : 1° la 
province d'Alger; 2° ta jirovince d'Ornn. on de l'oiies! ; S" la 
province de Constanline, ou de l'est ; 4° la province de 'j'illeri, 
ou du sud. 

La eonligiiraliiui générale du lerrain n'avait pas été sans in- 
lliience sur l;i ciinipdsilioii de ces provinces. 

Jliriéres. — Les principaux cours d'eau iiiii traversent le 
lerriloire d'Aliier smil : rOiied-ltjer. la Cliiffa. le Mazafran, 
rOned-Biuifarik. rOiied-el-Kerinà . l'Arrach. le H.miise et 
l'Diied-Kaddara. 

Mlles. — Les villes les plus iinporlaulcs de la province 



d'.Mger soiil. après la capitale, à laquelle nous consacrerons un 
article spécial. Blidah. Boufarik. Dellvs. Koléah. 

lilidah. — L'armée française a prfs possession du lerriloire 
de Blidah le 3 mai 1838. lii canin, dit ('«mp tupérirur, a été 
d'abord établi entre celle ville et la Chiffa sur une [losition qui 
domine la plaine de la Metidjali. jusqu'au conlluenl de celle ri- 
vière et de rOiied-it-Kébir, Ce camp di^iouvrc au loin le |iays 
des liadjoulbs. el de tous les |i(iinls du lerrain qu'il embrasse. 
on a|ierçoil la position de Kidéah. avec laipielle il a été mis en 
communication au moyen d'une route et d'une ligne lélégra- 
phi(pie. Ln second camp, dil Camp inférieur, a été établi daii.s 
une posilioii inlcrmédiaire. i l'esl de la ville. Blidah était alors 
interdite aux Européens ; mae. à la reprise des hoslililès. en 
4839, (die fui déiinilivenienl occupée. Elle c^l située à l'enlrée 
d'une vallée Irés-profoiide. au pied du Pelit-.-Vllas. Des eaux 
aboiidanles y alimenlenl de n'iinbreiises foulaines et aiTOScnl 
les jardins e'i les bos<|iiets d'orang( r> ipii l'environnenl de lou» 
côtés. La ville esl assez n'-gullèremenl | er<éo, el ses rues sont 
moins étroites que celles d'Alger. L ii tremlilement de tcrr«' 
renversa, le 2 mars 1«2o. une grande partie des édifices les 
plus élevés ; aussi les maisons ronstriiiles depuis ce désastp' 
n'o'il-elles plus, en général, qu'un rez-de-cliaussée. La |iosi- 
lioii assez saine de Blidah. .i eeiil nièlres aiwlessus de Maza- 
fran. à cent (pialre-vingl-cinq mètres au-dessus de la mer. fait 
de cetle ville le poste principal qui devra surveiller la plaine, 
maintenir les tribus voisines . el servir d'enlrepol d'amirovi- 
sionnemenls pour les colonnes cliargêt-s d'opérer sur Médéah ei 
.Milianab. 

Iliiufarik. le premier |K)sle que nous ayons jelé dans la Mc- 
lidjah, est destiné à devenir le centre de nos élablissemenls 
dans la plaine. Occujiant la place d'un marché autrefois re- 
nommé el Irés-considérable. il avail continué, avant les hosli- 
lilès, à être un lieu d'échange avec les .\ralK-s. La garnison 
loge dans un réduit en saillie, dil Camp d'ErUm. oii soni ren- 
fermés tous les élablissemenls mililaires. C'est à Boufarik qui' 
se récolle une partie des foins de la plaine ; les pâturages y 
sont fort beaux ; mais cette localité esl malsaine el (e sera long- 
temps encore. 

Deltys. (|ue nous n'occupons pas. est ailossée li une mon- 
tagne qui a tout au plus qualre cents inéin-s de hauteur. Ses 
maisons sont biUies en pierre et recouvertes de tuiles. On \ 
trouve beaucoup de restes d'anlii|uitcs el d'anciennes murailles 
Les habitants font un commerce suivi avec .\lger. ou ils ajt- 
]iorlenl linis leurs produits agricoles. 

Kotéah. située sur le revers méridional des collines du .Sa- 
hel. a été occupi'^e le 29 mars 1858. A roté el à l'ouesl de la 
ville, un camp a été sur-le-champ établi comme une sentinelle 
avancée, observant les débouchés des sentiers au sortir de la 
plaine et surveillant le rivage de la mer. Les eaux sourdent de 
toutes parts, abondantes et pures, dans le petit vaUon de Ko- 
léah; elles sont distribuées avec arl pour arroser de maciiifique> 
vergers d'orangei"s. de citronniers, d • grenadiers. 

pROMXCE DE TiTTEKi. — Celle province était comm.ecelli s 
d'Oran et de Constanline, administrée par un bey gouver- 
neur) nommé par le dey. el révocable ,i sa volonté. Les prin- 
cipales villes de celle province sont Cherchel. 5lédéah. .Milia- 
nab et Tenés. 

Cherchel. ville marilime. à 72 kildiiietres. a l'ouesl d'Algei 
l'ancienne Jiitin Ciesurea des Homains. n'occupe aujourd'b 
([u'une très-petile i(arlie de l'enceinle encore visible tracée p 
ces c'impK'Tants. L'existence de Julia Ciesarea sur l'emplac. 
ment de Cherchel a élé prouvée par plusieurs inscriplio; 
trouvées sur place. Les traces de la ville romaine sont : h 
restes de ses remparts, les ruines d'un amphithé.itre el de non 
lireux pans de murs et de débris d'édifices. La magnificeie 
(le ces ruines et de celles que l'on voit dans les environs ailes; 
(pie les Romains avaient fait de Jiitia Ca-sarca le [irincip 
sié'ïc de leur puissance dans celle cuntrée. La pos^essitin ■ 
Césarée leur ouvrait l'accès des plaines et des vallées situe 
entre le Cliélif et le Mazafran. C'est par là qu'ils |K'nétrai( 
sans [eine jusqu'à Médéah el Milianab. Le 10 mars 4840.1'. 
niée française a pris possession de Cherchel. abandnnnee p 
ses babili'mts. 

.Ufdi'ah. capitale de la province de Tilleri. à environ 90 k 
lomètres d'Alïer. et à une journée de marche de Blidah. ( ■ 
bâtie en amphithéâtre sur un plateau incliné, an delà de 
première chaîne de l'Atlas, que l'on traverse par nu rhen.i 
très-difficile. Le p<dnl culminanl. à l'ouesl. se trouve domn 
par une espèce de fort ou kasb.ih. Les maisons de Med( 
ressemblent beaucoup, par leur cmistrurlion. a celles du l.i< 
cuedoc. et ont. comme elles, des toits recouverts en tuil. 
Les rues sont, en fféneral. jdiis régulières el p'ns lar-es (j 
celles d'Alger. Les" habitants smit d'une taille élevée. Torts 
bien constitués. Dans te pavs qui comprend fensenible <i 
plateaux de Médéah. les habitants de la canip.ngne n onl p. 
demeuiv que des baraques en paille, joncs el branches d'i 
bres. . , . 

Médéah fui une forteresse romaine. occn|>anl la narlie sup. 
rieure du mamelon sur lequel la ville esl silnee : elle s arréL 
à moitié pente vei-s le sud : des traces de ses anciens rempai 
exislent enc(U-e. Depuis, habitée par les diverses races qui > 
sont successivemeiil remplacées en Afri.|ue. elle sesl accrue • 
"agnant vers le sud jusipi'aii pied même du mamelon : c > 



ainsi qu'ont pris nais.sance la haul.-ville et la l>as.se-ville. loi., 
temps séparées l'une de l'aiiln' par une coupure el par \v. 
porte I es Bomains avaient une grande route .|Ui joignait M 
déali à Milianab. Médéah se trouve à peu près a 1 «00 mcti 
au-dessus du niveau de la mer. En été. les chaleurs y s.ini 
"iMiides. mais en hiver, il v l'ail Ires-froid. Des vignes, en grand 
nombre, forment la principale cnllure el produisent un raisin 
excellent. 'Médéah. dans sa [lartie basse, renferme une fontaii 
très-aboiidanle. d'une bonne > au et pré-sentant des traces ■■ 
travaux anliques. La viUc-liaule. l'ancienne forteresse romain, 
u'offre aucune source: elle a seulement, dans sa porlion decfiv ■ 
deux puits extrêmement profonds. Pour parer a cet inc.iny 
ni(>nl si dangereux, les Romains avaient n-lie a leur cita.tell 
par un chemin incliné, couverl par un remparl el par des lo 



I 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSLL 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



descendant le long de l'escarpement miest, une ni,ij;nifii|ne 
srinire sortant avec une force exlrèmi' de dessous le roclier i|ui 
siiiiiiorle la ville-liairte elle-niènie. . , . , .,.,. , 

Sidi Alininl-heii-^DUssef. inaraliout trés-venere de Milianali. 
,|nïa laissé, sur Imiles les vill.^s de la Héçrence . des sentences 
nui scnit dev.'uiies des diilons |M,|iulaires. a dit. en |iarlant de 
Médéah ; « Medéah. ville daliondance; si le mal y entre le 
« matin, il eu sort le soii-, » 

Medéah a été occupée (pialre fois nar les troupes françaises ; 
le 22 novembre IS5(». par le général Clanzel ; le 2!» juni IK5I. 
par le i^énéral lîerihe/eue ; le '. avril IS5(i. par le i.'eneral Des- 
iniehels. smis les (.rdres du iiiaréclial Clauzel ; eiiliii. l'I d une 
manière delinilive, le 17 mai IH'.d, parle mareclial \ alee. 
Tous ses hahilants l'avaient évacuée. I.i^s liostililes de l«5'J 
avaient démontré cpie. tant M""" laisserait les .Araln's lilues 
dans l'.Allas. ils s'y (Uiianiseraient de façon a arrivei' en Inrce 
et à riujproviste su'r nos elaldis^'im-nls de la Meliiijali. et piiur- 
raienl. par suite. n(]ns inipiii'lej' coiislannuenl, i.a |.'anle de la 
;Métidjali étant donc sur les li.iuli'urs de l'.Mlas, rocrupalKUi 

pennàuente de Médéali fut residne et efl'ecti dans ce liut 

Cette occupation a donné, eu outre, à la France, une place i|iii 
coupe par le milieu les provinces (U'ientales et occidentales de 
l'espèce d'empire créé par .\lid-el-Kader ; elle a porté un rude 
coup à l'iulluence du jeune sultan sur les Arabes soumis A sa 
domination. .Médéali sera plus lard la station destinée à assurer 
les counuuuicatious et U' cmumcrce entre le désert de Siliia et 
Muer. 

Miliiinah a été occupée le 8 juin IH-'.O par 1 artni f fnn 

caise. ((ui la trouva livrée an\ llarmni's et aliaiid in pu s( s 

fiabitauls. La prise de possession île Médeah rendait uiciNsini 
celle de Milianali. ipii. par sa position, est la ciel de 1 mtnu ui 
di's li'iies. cl (pii ouvre l'accés des riches plaiin s et li ^ li 
ondes vallées situées entre le Chelif et le Mazafran. ( ( tti 1 1 
lili' ville, a l<t« kdonielres envinoi d'Alirer et à m di lilid ili 
e^l sitiiei' dans uni' montagne île l'Allas. sur le versant nui 
ilional du /akkar. à !)(«) mètres au-dessus du niveau di 1 1 m i 

Su-speiidne en linéique sorte au pencliant de la r lia m t lli 

est l.àtie sur le liane d'un niclier dont elle lioide les nitiv 
Sons la domination romaine. Milianali. l'aiiliiine Miiiiniiti \ ii 
sa pusilioii ceiiti-ale an milieu d'une riilie conliee. ili MUt nu 




(.\bil-el-Kadci-.) 



i'over de civilisation, une llorissante cité, résidence d'une l'inile 
lie familles de Home. On y retrouve encore aujoiird'lini des 
traces non ét[uivoi(Ues de la domination romaine; un i,'rand 
iiomlire de blocs en marbre grisâtre, couverts d'inscriptions, et 
ipu|i(ues-uus de ligures ou de symboles. Un de ces blocs offre 
sur ses faces une urne et un cercle ; un second représente un 
homme à cheval, ayant une épée dans une main et un rameau 
dans l'autre ; den.v autres |ioitent chacun deux bustes romains 
d'iiii'^'ale i:raiii!eiii'. Les maisons de .Milianah, loiilescumposées 
d'iiu |-ez-ile-chaus.si>e et d'un éta^e. sont ciinslrililes en pisé for- 
lemrnt hlani'lii à la chauv et riMilorcé haliiluellenienl par dis 
portions ru hriipies : elles sont convei-tes en tuiles, l'iesipir 
tontes renl'eniieiil des galeries intérieures et ipiadrilali'i-ales. ilr 
fiiniie iiri'gnlii'ie . soutemies assez sonveut par des cnliiimailis 
en |iii'rie et à ogives surbaissées. La ville reiifeiirie vinyl iini| 
mosiph'es. dont huit sont assez vastes. Comme celles di toiitis 
1rs villes anihes. ses rues sont étroites et lorluenses : m ils ib s 
eaux aliondanles alimentent, par une mnllitmle de lii\ iu\ smi 
terrains, les fontaines piililiipies et celles des maisons. | ini mu s 
d'ailleurs de plantations d'oiaiigers. citronniers et ^'ii ii idu is 
La ganiison a construit de grandes placi's et iiercé deux I lUi s 
mes aliiiiilissant. l'une à la poi-te /.akkar. l'autre a iilli du 
Chélif. l'.Ue a cherché à tirer parti des richesses natnit lli s du 
soi : c'est ainsi qu'elle a établi nu four à chaux il nin ihii 
honniere. une sniferie. une poterie qui. en peu de ti mps 
fourni tous les ustensiles de cuisiiu' et antres dont la \dli mm 
qnail ; une laimerie; eulin une grande usine avec maui ,'i ili - 
tillaliMir, l'i'fi'igi'iant. pressoir à vis. etc.. ou lou a faim pu ib 
la bière, du cidre et de l'iviu-ili-vie de yraiii. 'l'oiites ( i s t n- 
latives. qui ont en le doiihle avantage diililisir les loisns dis 
troupes et il'augmeiilei- leur bieii-étre, pioiivenl de qui 1 i mi- 
portaiiiT |ieiit devenir .Milianah. envisa,!,'ée sen'ement an point 
de viii' iiiiliisiriel. 

Tciirs est une cbi'liM- et sale ville qi.i. avant lîarberonsse. a 
cependant l'té la capitale d'un petit royaume indépendant. .Si- 




.\rabes'irréi:iiliers.,i 



tuée au bord de la mer. elle faisait jadis un commerce de liié 
assez considi'ralile. Lue coloime fiMnçaisc l'a visitée le 27 dé- 
cembre IS-i2; mais elle s'est li.itée de s'éloigner de cette misé- 
rable bourgade . qui iw |irésentait aucune ressource pour le 
logement et rapprovisionneuH-ut des troupes, et est entourée de 
montagnes stérdes. Voici ce que Sidi-Ahmed-ben-Vou.ssef a dit 
en iiarlani de Tenes : 



Tenés, 

Ville hâlie sur du cuivre; 

.Sou eau est du san;*. 

Sou air est du poison; 

Certes, Jten-Jousse ne voudrait pas passer une seule nuit 

dans ses murs. 

ICrx lignrx rimrni m iirnbc 



'l'ribiinaiix 



.M .\.\i,GinE.\. — .m()\ti;l\ — les m hchwes. 



L'attentai iii\ sliiieiix de M'Naughien est expliiiué mainte- 1 joui-s. Il s'en plaignit vainement à son père, à ses amis et . 
nanl. Les débats qui viennent d'avoir lieu devant la cour cri- toutes les autorités de Gla^o« . sa ville natale, au.i shérifs, ai: 
minelle leulrale de Londres audiences des ,> et -J mars oui commissaire de police, au mini.slre. qui sont venus ,i Old-Haile\ 
prouvé jusqu'à l'é'vidence que l'assassin de >1 . Orummonil ne le déclarer sous la foi du sernu-nt On le iraila de visionnaire 
jouissait pas. au moiiienl ou il a commis son crime, de l'usa,;;!' | de fou. et cm m- l'écoutapas. .Murs, il quitta Glasgow, il s'eufui' 
complet de sa raison, l'ils d'un honnête tniirnenr. tiinrnenr lui- • ,i Liverpool. à l'.dimIiouiT,'. à Boulogne. ,i Londres; mais par- 

luéiue. .M'>aughlen avait m ■. jusqu'à ce j ■. une c Iiiitr ' tout nu il allait, ses ennemis le suivaient, car le vovagc \\< 

exenqdaire ,>-es amis remarquaient seulement qu'il devenait de j guérissait pas son imaginalinii malade. Fjilin. rés lu dé mellr 
plus en plus fioiil et tacilui-ne; quelquefois aussi il se plaignait j un terme à cette peisécnlion ipii le faisait si cruellemenl souffrir 
de violents maux de léte. 11 y a un an environ, il se |iersnada inlinuMiient convaincu que M. Druminoiid était le général ci 
qu'il était persécuté' ]iar tles ennemis qui eu voulaient à ses . chef de l'année ennemie, il a liiv a bout portant, le 2 janvi.- 




L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



(iornier, à l'infoi-luné spcrotnirc do sir Rol)erl Pocl, iiii coup do 
jiislolot cliarsi! à ballo (voir le premier numéro de l'IUuslralnm. 
piSf 6). f 

Los modecins diarsos de faire un rapport snr 1 elat des l.i- 
cnllos iiih'llroliiolles do l'aecnso ont tous déclare ipie M'iNaiiç;li- 
loii l'Iail alloiiil d',ili('ii,ilion meiilalo. 




inlevieto par madomoisello Maxime, la Cour royale a confirmé 
00 jn^'ciiicnl. 

Tiiiil n'est pas fini cependant. 

llosli'iit encore trois procès à juger. 

1° Celui de nind{Miiiiisollo Maxime contre M. Victor Huiro: 

2° Ci'lui de M. Cli.. lionnne de lettres, cnnlre lo TliiNiIro- 
Krançais. Le joui- de la première représentation dos liin- 
ijmri's. raffichc ainninçait i|no les ctilvi'rs de faveur rliiicnl 
tjvni'ridcmenl su^iemhtcs. mais (pio. cepondnnt. les liureanx 
»c scrairni pas (iiiriTl.i. Frappé de celle étrange contradic- 
tion. .M. Ch. a fail plaider en référé que les reprcsentalions 
d'ini llio.Ure sulivoiitiimné par l'état devaient être publiques, 
et (pu' le (lii'ocleiir ne pouvait pas, — surtout s'il suspendait 
ç;éni'raloinont timtos les entrées do faveur, — ne pas ouvrir les 
iiuroaiix an |niMic. M. le présidoiil Perrot s'est déclaré incom- 
pétenl; mais .M. Cil. ne se tient pas pour liattu. 11 va intenter 
une action devant lo triliunal civil. 

Cm doux procès se termineront prolialdement la semaine 
priicliaino, et nous en reparlerons ]]lus longuement dans notre 
piooliaino revne. 

(Jiiant au Irnisième, celui de M. Victor Hugo contre le pu- 
Idic, il n'est pas de notre compétence. Nos lecteurs en troiive- 
lont le coni|)tc rendu illustré aux |)ages suivantes. 



Le solicilor-géiiéral s'est alors empressé d'aliandoiiner l'accu- 
sation, et le jury a rendu, sans niéino d(diliérer. un verdict d'ac- 
quittemenl. .M'iNaugliten sera pndialiloment enfermé, comme 
(t\fin-d, l'assassin do la reine, dans une maison de fous. Il a 
conté avec riinpassil)ilité la plus complote ces déliais, qui pou- 
vaient avoir Jionr lui une issue si fatale. La réponse du jury 
n'a pas mémo paru l'émouvoir. La gravure ci-joiiito lo ro|iré- 
senle à la liarre de la cour criminollo centrale de Lomlres. an 
moment on, après la lecture de l'acte d'accusation, il répond 
an greflicr qn'il n'est pas counalile. Avons-nous liosoin de 
faire remanpier à nos lecteurs Iranrais les différenci's niaté- 
riollos (pii ilisliimnont la cour criniiiiolle centrale do Londres 
do nos oiiurs d'.issiscs'.' \n fond, snr lo hcvch (le li.iiic. on lo 
sii'^c lies juges !. sont assis le présiili'iit de la cour, ses doux 
iNMs^rurs et d'autres magistrats infi'rionrs, lo lord maire, les 
-Ih'i ilv. li'S aldi^rmi'ii. L^n faci' iln licnrli est la Imrre (en an- 
-'lais. bai-j. iietile triliune cinnnnniquanl par un escalier dé- 
collé avec la prison de INewgatc; la table des foi/H.sc/.f, con- 
seils de la couronne, ou défenseurs des accusés, aniour do la- 
quelle viennent s'asseoir les membres du barreau , rom|dit 
presque tout l'espace compris entre le bench et le bar. Los 
jurés sont placés sur deux rangs dans la tribune voisine du 
Ikix, espèce de petite chaire où les témoins prêtent serment 
on embrassant la lîildo. et sont examines et conire-examinés 
|iar les conseils do la couronne il les défenseurs des accusés, 
i'.n face du jury, une autre triliinio ronforine les reparlers. ou 
los join-iialistes. Quant nu public privilégié ou non privilégié, 
il occupe dos espèces de loges situées au-dessus ou de chaque 
ooté de la barre; pour entrer dans quelques-unes de ces loges, 
il faut payer I shilling ,i l'oHcrpiisc. 

Mallieurenseinent ce n'était pas un fou que la Cour d'assises 
d'Orli'ans jugeait la semaine dernière, mais un misérable qui 
■ivait assassiui' licheinont un do ses anciens camarades de lit 
|iiiiir lui voler mie somme de 5,0l)() fr. Nous ne nous sentons 
pas lo lur.nge do raconter avec détail les divers incidents de 
■olte horrilile affaire. Durant le cours des débats, Montély a 
oliangé subitenieiil de système de défense; il a tout avoué, .sauf 
lassassinat, et il persiste encore à soutenir que Bosselier s'est 
donné lui-même la mort. Déclaré coupable par le jiirv sans 
lirronstancos atténuantes, il a été condamné à la peiné capitale. 
D'abord, avant que l'arrêt fut prononcé, il avait dit que la mort 
lui ferait plaisir: mais cédant aux sollicitations do l'un de ses 
ilniv di'foiiseiirs, il s'est décidé .i siixncr son |ioiirvoi en cass.i- 
linii. — Pondant ce temps. .Lioqnos liosson, toujours calme et 
iiiqiassilile dans son cachot do Lyon, comme dans les prisons 
lin Pny et de Ilioni, ignore encore que la justice humaine a 
prononcé un arrêt irrévocable, et que la clémenoc du P.oi pont 
M-nle aujourd'hui épargner dans ce inonde la vie du condannié. 
Do 1-1 Iragoiiio ri'olle, passons sans transition a la tragédie 
iinaLiiiiairo; onlilions cl M'N,iii£;liton et Montély. iioiir nons or- 
' iqior un instant de nniilomoisollo Gnanhumarâ, autre folle qui 
.1 un vif ili'sir de commettre un assassinat. Les drames les pins 
V imliros do .M. Victor Hugo sont toujours précédés d'un pro- 
Iol;iio moins ^'rave, joué, en guise de réclame, devant les Iri- 
liimaiiv civils. Nous avons raconté dans notre précédente revne 
oommont et pourquoi mademoisello Maxime s'était crue obligée 
d'intenter un double procès au 'l'héiiIre-Francais et ,-i l'auteur 
des Durnraves. Le tribunal civil do la Seine' avait disjoint la 
cause entre la demoiselle .Maxime conirc M. Vicloi- Hiino, do 
ooUc de mademoiselle Maxime contre le Tliéàtre-Kranc'ais. et 
M'tait déclaré incimpétent snr celle dernière action .' parce 
pi'on vertu d'une clause insérée dans tons les engagements des 
irlisles, le litige soumis au Irilimial appartient exclusivement 
I la décision du conseil judiciaire du Théàlre-Franr.ais. Appel 



MAIXUSCRITN DE :V.\l>OI>EO:%' (I). 

Dans lo proniior numéro de YlUiislralion, nous avons an- 
noiioo i\ nos lecloiiis la pulilication des nianuscrils inédits de 
>sapidéoii, qui sont enlio los mains de M. Libri. ]Nous com- 
monçons dos aujourd'hui à tenir notre promesse. Nous nous 
proposons d'ox]ioser ensuite, dans nos bureaux, ces papiers 
précieux à rexanion de ceux de nos lecteurs qui désireraient 
n\ vérilioi- ranlhenticilé. Ultérieurement nous fixerons l'époque 
lie colle e,\|iOsilion. 

M. Libri a déjà fait connaître, dans un article de la Revue 
(les Deux-Mondes Ci), par quels moyens ces manuscrits avaient 
jin arriver jusqu'à lui. 

A l'époque du consulat. Napoléon, qui se voyait déjà dans 
rhisloiio. comme il l'a dit jibis lard à Saiiito-Holèno. soiii;oa à 
mottre on sûreté tous les jiapiors de sa première joiiiirsse. Il 
los plaça donc dans un gj-aiid carton iln ministoro. qui portait 
cotto l'tiqnelte : Corresfnindunec aver le premier eiinsul : il 
biffa réliqiiolte cl écrivit do sa main : ,1 reinelire au eardinal 
Fi'srli, setd. Cette boit-', liceléo et cachetée aux armes du car- 
dinal Fescli, traversa, sans être jam.iis ouverte. l'I-'-iiipire et la 
Uostauralion; ensuite, toujours caobeléo, (dlo passa par diffé- 
rentes mains, et il y a tres-peu de temps qu'on a su ce (|u'elle 
contenait. 

Voici, assnre-t-on, à quelle occasion le cachet de ce carton 
fut rompu. L'n congrès scientifique, qui avait attiré dans la 
ville où se trouvaient ces papiers un grand concours de savants 
français et étrangers, y conduisit aussi le prince de Mnsignano, 
un dos fils de Lucien tînonaparte, qui cultive avec distinction 
une dos branches do l'histoire nainrello. Le iiropi-iétairo du 
précieux carton, profilant de la pri'senco d'un des mombros do 
in famille de Napoléon, songea à lui reinetiro los ]iapiers. ot lo 
carton fut ouvert devant le prince. Dans ce niomoiit, dos lu- 
dres de la police obligeaient le neveu de Napoléon à qnitlor la 
France, et soil ipiiltùl ]irossé de partir, soit tout autre motif 
que la nialignito du ]iiililio iiiloipri'ta comme un acte de parci- 
monie, le prince do .Miisi^iiaiio refusa de recevoir ces manu- 
scrits, à la remise desquels lo ]iossosseur attachait la condition 
d'une bonne œuvre envers les pauvres. Vers cette époque, 
M. Libri arriva avec une mission du ministre de rinslruction 
publique dans la ville cpie le neveu de l'Empereur venait de 
ipiitter; il entendit raconter l'histoire de l'ouverture du carton, 
n'hésita pas A remidir la condition, et devint l'acquéreur de 
ces papiers, qui augmentent entre ses mains la plus riche col- 
loctiiin de manuscrits inédits et d'autograjihes qui existe jieut- 
être en Europe. C'est de ce savant bibliophile que nous tenons 
le droit de publier et d'exposer, comme preuve de leur authen- 
ticité, les écrits de Napoléon renfermés dans le carton du pre- 
mier consul. 

M. Libri a dit, dans la revue que nous avons citée, de quelles 
onivres se compose cette collection ; nous en publierons la par- 
tie la |dus importnnle. 

].'llisl(iirede Corse, qui commence cette série, est de toutes 
les jiroduclions de In jeunesse de Naindéon. celle dont on a 
parlé le plus. 11 avait voulu la faire imprimer à Dôle, et la 
croyait jierdue. Dans ses Mémoires. Lucien Buonaparte ex- 
prime en ces termes ses regrets au sujet de la perte supposée 
de cet ouvrage : 

« Les noms (3) de Mirabeau et de Raynal me ramènent à 
Napoléon. Napoléon, dans un de ses congés qu'il venait pas- 
ser à Ajaccio (c'était, je crois en -1790), avait composé une 
histoire de Corse, dont j'écrivis deux cojiies. cl dont je regrette 
bien la perte. Un de ces deux manuscrits fut adressé à l'abbé 
Kavnal, que mon frère avait connu à son passage à MarseUle. 
R.avnal trouva col ouvrage lollement remari[uable, qu'il voulut 
le (•omimmiquer à Mirabeau Celui-ci. renvoyant le manuscrit, 
écrivit à Ravnal que celle |ielite histoiio lui somlilait annoncer 
un ironie du premier ordre. La répoiiso de Raynal s'accordait 
avec l'opiiiiou du i;raud orateur, ot Na|ioli'oii on fut ravi. J'ai 
l'ait lioaiicoiip do rooliorohos vaines pour retrouvor ces pièces, 
qui fiiront détriiilos pi-olmlilemonl dans riiioeiidio de notre mai- 
son par les troupes tW P.ioli. » 
Lucien était dans l'erreur. 

Un manuscrit de celte hisloire se trouve parmi les papiers 
qui avaient été remis au cardinal Fesch. et se compose Je trois 
gros cahiers, qui ne sont pas entièrement de la main de Napo- 
léon, mais qu'il .1 corrigés et annotés. 

(Il La reproduction des ni,inuscrits de Napoléon est iiitordito. 
(2) 7{ci'i(e des Deux-Mondes, numéro du \" mars 1842. 
(5) Mémoires de Lucien Buonaparle. Paris, 1836, in-8", p. 02. 



Napoléon commence l'histoire de sa patrie aux temps les 
plus reculés et la termine au dix-hnilième siècle, au pacte do 
Corte entre les Génois el les Corses. Cotte esquisse, réiro^-èe 
avec chaleur, décèlo le plus vil^aniour |iimr l.i Corso. Ce ipi'oii 
doit surtout y remaïquor. ot ipi'ou ne s'.ittendrait pas à v ren- 
contrer, c'est ipio Napoli'on ne s'est pas lioriié à écrire (f'aprés 
les traditions plus ou moins inoortaines l'histoire de son pays. 
Il no s'en esl ]ias tenu ,'iu\ ci-oyancos vulgaires : dans un temps 
où l'éruililioii était presque proscrite, et on nu la regardait 
comme une vieillerie incompatible avec le progrés. Na|io|éon 
a su s'affranchir de ce préjugé. 11 a étudié les sources, il cite 
les ouvrages qu'il a consultés, et l'on voit qu'il a eu soin de 
réunir les documents inédits qui pouvaient lui fournir des lu- 
mières. Plusieurs de ces pièces sont encore annexées au manu- 
scrit de VHisloire de Corse. Cet homme extraordinaire ne pou- 
vait rien l'aire d'incomplet : tous ses travaux étaient sérieux. 
Au milieu do la Ri'vidiilion. ol malgré les idées qui régnaient 
alors, il avait senti que l'histoire ne s'improvise pas. et il n'a- 
vait jui consentir à n'être que l'aulcur d'une compilation. 

Dans les Lettres sur l'Ilisloire de Corse, on trouvera déjà 
les germes du stvle éuorgiipie cl saccadé de l'Eniperour. On 
v trouvera surtout toute la force de ce caraclère indomptable 
L'homme qui, dans ses premières années, aimait avec une 
telle passion l'ile où il avait vu le jour, esl le même ipii ilov.ait 
plus tard montrer an |dns haut point le sentiment français. 
C'é'tait toujours le monio principe, l'amour national, qui n'avait 
pu que s'éienilro et se forlilier davantage en s'a]ipliquant à une 
grande nation. 

LEl'TRI.S SUR LA CORSE A L'ABBÉ RAYNAL. 

LETTHE PHE.MIÈIIE. 

Monsieur. 
Ami des hommes libres, vous vous intéresserez au sort do la 
Corse, que vous aimez; le caractère de ses habilanls l'appidail 
à la liberté; la cenlralili' de sa position, le nombre de ses ports 
el la fertilité du sol l'appeloienl à un grand commerce.— Pour- 
quoi donc le peuple corse n'a-l-il jamais été ni lilirc ni com- 
merçant? — C'est qn'inio l'alalile inex]dicable a toujours armé 
ses voisins contre lui. Il a l'té la proie de leur ambition, la 
victime de leur politique ol de sa propre opiniâtreté. ...Vous 
l'avez vu prendre los ai'uies, secouer l'atroce gouvernement 
génois, recouvrer son indépendance, vivre un instant heureux; 
mais, poursuivi par cette fatalité irrésistible, il tomba dans le 
jibis insnpportalilo avilissement. Pendant vingt-quatre siècles, 
voilà les sooiies qui se renouvellent sans interruption : mêmes 
viiissiliiilos. même infortune, mais aussi même courage, même 
resolution, mémo audace. Les Romains ne purent se l'allacher 
cpi'en se l'allianl; des essaims de Barbares l'assaillirent; ils 
s'emparèrent de ses champs, incendièrent ses maisons; mais il 
sacrifia son caractère de propriétaire à celui d'homme : il erra 
pour vivre libre. S'il trembla devant l'hydre féodale, ce fut 
seulemoiil ,'uilant de loniiis qu'il lui en fallut pour la coniioitre 
et iionr la iletruire. S'il baisa en esclave les chaînes de Rome, 
guidé par le sentiment de la nature, il ne tarda pas à les bri- 
ser; s'il courba enlin la tête sous l'aristocratie ligurienne, s 
des forces irrésislil 
polisme de Versai 



maintinrent vingt ans soumis au des- 
piaranto ans d'une guerre opiniâtre 
touiieront l'I'.urope et oonloudirent ses ennemis. Mais vous 
qui avez |iri'ilit à la Holl.iuilo sa chute, à la France sa régéné- 
ration, vous aviez promis aux (iorsis lo rétalilissomont do leur 
gouvernement, le terme de rinjusle doiiiiii.ilion fi-aiioaise. 
Votre prédiction se seroit accomplie lorsque col iulnqiide ]ieu- 
ple, revenu de son étoiirdissement, se fut ressouvenu (|ue la 
mort n'est qu'un des états de l'âme, mais que l'esclavage en 
est l'avilissement; elle se scroil accomplie... Inutiles recher- 
ches! Dans un instant tout est changé. Du sein de la nation 
que gouvernoient nos tyrans a jailli l'étincelle électrique : celle 
nation éclairée, puissante et généreuse, s'est souvenue de ses 
droits et de sa force ; elle a été libre et a voulu que nous le 
fussions comme elle. Elle nous a ouvert son sein : désormais 
nous avons les mêmes intérêts, les mêmes sollicitudes; il n'est 
plus de mer qui nous sépare. 

Parmi les liizarreries de la révolution française, celle-ci n'est 
pas la nioinilro. Ceux qui nous donnoienl la mort comme à des 
roliollos sont aujoiinriiui nos protocteurs; ils sont animi''s ]iar 
nos senliments. — Homme! homme! que tu es méprisable 
dans l'esclavage, que tu es grand lorsque l'amour de la liberté 
t'enflamme ! .4lors les préjugés se dissipent. Ion àme s'élève, 
ta raison reprend son empire... Régénéré, tu es vraiment le 
roi de la nature. 

A combien de vicissitudes, monsieur, sont sujettes les na- 
tions! Est-ce la Providence d'une intelligence supérieure, ou 
est-ce le luisard aveugle qui dirige leur sort? Pardonne, ô Dieu ! 
mais la tyrannie, l'oppression, l'injustice, dévastent la terre, et 
la terre "est ton ouvrage. Les souffrances, les soucis sont le 
partage du juste, et le' juste est ton image ! Ces améres ré- 
llexions sont écrites sur toutes les pages de l'histoire de Corse 
car l'histoire de Corse n'est qu'une liitle perpétuelle entre un 
petit iieuplo ipii veut vivre libre et ses voisins qui veulent Pop- 
primor; l'un se défend avec cette énergie qu'ins)iirenl la jus- 
lice et r.imour île l'indopeiidance. les autres attaquent avec 
celle peifeotioii ilo taitiquo qui est le fruil des sciences et de 
l'expiù-ieiioo lies siècles : lo premier a dos montagnes pour der- 
nier refuge, los seconds ont leurs navires. .Maîtres de la mer. 
ils interceptent les commuiiioations et se rôtirent, reviennent 
ou varient leurs attaipies à leur gré. Ainsi la mer. qui, pour 
tous les autres peuiiles, fut la iiremiére source des richesses el 
de la puissance, la mer cpii éleva Tyr, Carlhage, Athènes, qui 
maintient encore l'Angleterre, la Hollande, la France, au plus 
liant degré de s|)lendeîir et de puissance, fut la source de l'in- 
forlnne et de la misère de ma patrie; heureuse si la sublime 
facnlti' de jierfection eût été plus bornée dans l'homme! 11 
n'aurait pas alors, dans la soif de son inquiétude et par le moyen 
do l'olisorvation, soumis à ses caprices le feu. l'eau et l'air; il 
aurait respecté les barrières de la nature ; des bras de mer im- 
menses l'auraient étonné sans lui donner l'idée de les franchit 



L ILLUSTRATION, JOURNAL LMVERSI-L. 



Nous laissions (lune Idii jours iiçiioro (|ii'il rxislail un rouliiii'ul,., 
Oli! l'Iii'uiriisi', l'IicurcMsc ignorance 1 ! 1 

Qui'l lalilcÉU oITri' l'iiisloirt' moderne! Des |ie\i|ili's i[ui s'en- 
Ire-lueiit priiii- ili's (MicTelles dc fiimiUe, et i|ui sVnti-'('!.'i)ri;ent 
au Mimi du nioleur de l'uinvers ; des prèlres fourhes et avides 
(|ui les ei^areiil par les farauds moyens de l'imagination, de l'a- 
mour du merveilleux et' de la lerri'Ur. Dans celle suite de scènes 
allligeaules, ({uid iuli'uèl peut jireiidre un jeeleur éclairé? Mais 
im (luillaume 'l'ell vieul-il ,1 iiaroitre, les vieux s'arrêtent sur 
ce vengeur des nalions; le lalileau de rAmérii|ue dévastée jiar 
des lu-igands l'orls de leur fei'. ius|iii'e li' mi''|i|-is de l'espèce 
humaine; mais ou parlage les travaux de Wasliiuglcin. ou jrjuit 
de ses lriiuu|Flies oii le suit à cleux mille lieues; sa cause esl 
celle de rlumianile. Kli bien I l'iusloire ili'C ,rse (d'fre um' l'nule 
di' lahlcaux de ce gi^iire ; si ces insulaires ne mampiereul pas 
(le Ter. il> mam|ui'reul de marine pour proliler île leur vicloire 
el se Miellre à l'aliri d'une seconde allailue. Ainsi les armées 
iliii-eul se passer on comijals. I H peuple l'oi-t de sa soliriélé et 
de sa corrslance, et des nalions puissaules. riches du coni- 
riieice de l'Iùii^opo, voilii les acteurs ipii lignrent dans l'histoire 
(le Corse. 

l'ènèti'è de l'irlililè ipi'idie pouvait avoir, de l'intérêt qu'idle 
iuspir'eroit, el convaincu de l'ignor-ance oir dc la vèrralitè des 
l'crivaius ipri oui jusiiir'ici Irvivaillé sur nos annales, vous avez 
senti ipre l'histiiii-e de Coise rriampioil a riolie littérature. Votre 
amitié vorrliil rue croir-e capahle de l'écrire. J'acceptai avec 
empressemeni un travail ipii llatloit mon amonr pour ma jia- 
Irie. aliU's iivilie, malheur'eirse. euchainée. .Je me réjouis d'a- 
voir à dénoncer .i l'opirùoii i|ui commençoil ;i se fm-mer les 
ivr-aiis siihaller-ries ipii la dévasloieril ; je 'ir'ècoutai |ias le ci'i 
de mon impuissance... u || s'agil moins ici de gi'amls lalenls 
i( ipie d'un gi-aiiil courage, me dis-je, il faut une ;ime ipii ne 
.1 soit pas i''lir'aiilèc par la ci'ainle des honnnes puissants ipi'il 
(I l'audi-a déniasipiei-. Eh hien ! ajoulai-je avec une sorte de 
(. lierlé. je me sens ce ciiurage-l.i. 

« La corislanci' el les vérins de ma nation captiver'ont le suf- 
(I frMge du lecteur, ,1'aurai à par'ler de .M. l'aoli. donl les sages 
Il inslilulions assni'ererrt un instant noire honheur, et nous 
H tii'enl concevoir de si hi'illautes esjH'uMnces. Il consacra le 
(1 pr'cinier ces ]i]-incipes (pii font le fondement de la pr'ospérilé 
K des |ien|iles. On admiiTi'a ses r-essourccs, sa fernn té sou 
(I éloquence; au milieu des guerres civiles et étrangères, il fait 
(I face à tout. D'un hr-as ferme il pose les bases de la Conslitu- 
(1 lion, et fait Ir-endder jusipie dans Gènes nos tyrans. Bientôt 
(( Ir-eule mille Kr'ancois, venus sur nos cotes, l'onversenl le 
« troue de la lilierte, le noyant dans des (lois de sang, nous 
ic font assister au spectacle d'un peuple (pri, dans son décou- 
le i-agemeni, reçoit des fers. Tristes moments pour le mora- 
11 liste, par-eils à celui ipii fit dire ;\ Brutiis : Verlu, nr serais- 
II /» (lu'unc chiiiién!... J'arriverai enlin ;i l'administi-alion fran- 
<( coisc. Accablé sous le Ir-iple joug du mililaii'e, du l'ohin, du 
Il mallotier ; èti'augei' dans sa pallie, en jimie à des aventu- 
II turici's que le Françuis d'oulre-mer rel'usei-oit de rcconnoi- 
<i li'e, le Coi'.se voit ses jours llèti'is par l'avidité, par la fan- 
II taisie, par le soupoui el liguorance de ceux qui, au nom du 
Il roi, disposent des forces publiques. Hélas ! comment celte 
Il nation éclairée ne sernil-elle pas touchée de notre état! com- 
II ment l'envie de n'|iaii'r les maux qui nous sont faits en son 
" nom lie lui viendroil-elle pas! » C'étoit là le principal fruit 
ipie je voulois tirer de mon ouvrage. 

Plein de la flatteuse idée que je pouvoisctre utile aux miens, 
je m'appliquois ,i recueillir les matéi-iaux qui m'ctoient indis- 
pensables ; mou li-avail se li-ouvoil même assez avancé, loi'sque 
la liévolution vint rendre au |ii'U]ile corse sa liberté. Je cessai : 
je compris irue mes lalenls n'y éloienl jdus suffisants, el ipie, 
pour oser saisir le burin de l'hisloire. il falloil avoir d'autres 
movcns. Lor-squ'il y avoil du d.ingi i'. il ne falloil que du cou- 
r-age; quand mou ouvrage ponvoil avoir nu (ibjel imiui'dial 
d'ulililé. je crus mes l'urcrs snriisanh's: au|iiurdhni je laisse le 
soin d'éci'ire noire hisluire à ipii'lqu'uu qui ri'a\rr-oil pas eu luiiu 
ili'viiui'iueul. mais qui aura peirl-èli-e plus de lalenls. Cipen- 
ilanl. pour ne p.is perdre tout le fruit de qui'bpies n'cbercbes 
el pour' r-eni|ilir-eir qirelque sorle la pr-omesse qire je vous avois 
faili'. eoirvaineii d'ailleui-s que je lie puis vous offrir rien qui 
suit plus conbirrne à vos prirreipes que les annales d'un perrple 
connue le mien, ji' vais vous les faire ]iasser l'apidemenl sous 
les verrx. lùrtranl dans la belle saisoir, abrité |:ar l'arbi'e de la 
paix el par l'oranger, chaque r'cgai'd me l'etrace la beauté' de ce 
elinral. qire la iralure a or'iré de tous ses dons, mais que des en- 
neiiris implacables ont dévasté' et dépouillé. 

I,e gouvenremenl républicain florissoit jadis dans les plus 
lii'iiux pavs du monde, il amenoit nu accroissement de popula- 
lion qui obligeoil à des é'migr-alions fr-èquenles. Les I.acèdèmo- 
niens. les I.ygnriens. les i'Iri'rriciens, les Tr'oycns envoyèrent 
des colonies err Corse. 

l'iiocKENS. — Six .siècles avant l'ère chrétienne, les Pho- 
ceeirs. jieirple il'lonie, chassés de leur patrie, vinrent y Iràtir 
la ville de (^ilaris. I,es Phocéens éloienl venus solliciler un 
asile; ils pri'lenilirenl ceperrilanl iliirniner; quoique phrs iri- 
slruils darrs l'arl mililair-e, ils n'y prrrvul n'irssii-; les nalrrrels 
du pavs, seniurus par' les I''.li'Usqrres, les cbassereiil. 

Il e'sl ilifliiile de pérrélr'er- dans des lernps .~i éloigrrés. Il pa- 
r'oit cependaul ipre les (torses vivoieirl eorilenls. libr'cs el aban- 
donnés à eux-mêmes, divisi'S en peliles ri'publiqiies confédé- 
r-éi'S pour leur déferrse ciurrrrrime. C'est poinlani dans cet iu- 
ler'valle que les écrivairrs placent la dominalion cai-lhaginoise ; 
loirs se répéleul. sans qu'il soil |iossible de pènéli-er l'origine 
de cette opinion. Il esl eeilaiu lonlefois que la Corse ne firt 
jamais soumise aux Carthaginois. On lit dans les anciens histo- 
riens qu'ils ont as.servi la .Saidaigne; que les Corses, qui occu- 
poient douze bourgs sur les pins hautes montagnes de cette île, 
leirr résistèrent ; mais Pausanias el Plolémee noirs apprenneiil 
que ces (torses éloienl des descendaiils d'anciens proscrils ;'i qui 
iiii avoil conservé le nom de la pairie de leur's pères. Dans les 
aeles par lesquels les Knmairrs el les Carlhagirriiis mit limité 
leur navigalion el leur loriiiner-ce respeclils. comnre dans leurs 
h'ailés de paix, il esl loujiiiii's fait nrenliiui de la Sardaigne et 
jamais de notre ile. Si. après la lueiniére guerre inmique. Car- 



I Ibage céda la Sai'daigne, la Corse ne se resseulil aucririement 
de riiiimilialion de Carlhage. et resta toujours iiidé|ieirdante et 
libre... Il y a cent raisons qui auroient pu empêcher tant d'é- 
crivains de se copier si servilement. C'est surtout en li.sant 
notre histoire qu'il faut être en garde contre les opinions le 
plus universellement adoptées. 

IU).M.\l>s. — Les Komains, maîtres de l'Italie, viiintpirurs 
de Cartilage, durent penser ;i la comiuêlede la Corse, ipii néan- 
moins ne leur fut pas aussi facile ipi ils se l'èloienl iiromis. Les 
Corses se défendirent avec inlré'pidili'. qnator/e fois ils furent 
vaincus, et qualorze fois ils reprii-ent les armes, et chassèrent 
leurs eiiuemis. C. Papirius, réilécliissant sur la cau.se de cette 
obslinalion, leur offrit le lilrc d'allié des Itomains sur le pied 
des l.aliirs. el l'on accepta celle condition qui assiiroit en partie 
la liberle... Home ru' put parvenir à se concilier ces peuples 
qu'en les faisarrt parliciper à sa grandeur... Deiiuis, quelques 
infracliorrs arrx traiirs irritèrent les Corses, qui devinrent irré- 
conciliables. l'",ri vain, le pr-éteur C. Cicereuset leconsul .M. Ju- 
veiilius 'l'balua ravagereiil la Corse. Leurs viiloires furent aussi 
éclataules qu'irrirliles. Douze mille pahioles moits ou traînés en 
esclavage alfaiblissi'iil. s.ins Ir décourager, un peuple implacable 
dans sa haine. On fui bieulôl étonné ;i Home d'être obligé, 
après de pareils événernerils. d'errvoyi'r des années consulaires 
contre nue ualiou qu'on cioyuil non-sculeinent découragée, 
mais même détruite. Kt s'il fallut eiidn ipi'elle se soumit aux 
vainqueurs du monde, elle ne le fit qu'ajucs avoir été l'objet 
de cinq triomphes... La Corse, dans son exallalimi. avoit pré- 
féré abandonner les |iiaines trop dil'lieib s à défendre plutôt que 
de se sonmellre. Les Romains se les appriquieierrt, et v ela- 
blirenl des colonies qui ont servi de lien entre les deux périples. 
Lorsque, depuis, les Iriumvir's offrirent au monde le hideux 
speclacle ilir crirrre heirrerrx. la Cor'se el la Sicile furent le re- 
fuge de Sexlirs l'ornpée. Je vois avec jilaisir ma patrie. ,i la 
horrie de riinivers. servir d'asile aux derniers restes de la liberté 
roiiiaiue, aux héritiers de Catoii. 

IJ.UIB.MIES. — Des peirplades uombieuses de Goths, de 'S'an- 
dales, de Lombards. a|irès avoir ravagé l'Italie, iiassèrent en 
Corse, plusieurs même s'y établirent et y régnèrent longtemps. 
Leur gouverneruerrl. .lussi sanglant que" leurs excursions, sein- 
bloil n'avoir' poirr birl que de détruire; la ]dume refuse de s'ar- 
rêter à de pareilles lior'ieurs. 

Lorsque les S:irrasins furent battus par Charles Martel, ils 
di'barquérent en Corse; furieux d'avoir été vaincus, ils as.sou- 
vireiit sur nos malheureux habitants la rage forcenée qui les 
transportoit contre le nom chrétien. Les prêtres massacrés au 
moment du sacrifice, les enfants arrachés du sein maternel, 
écrasés contre des rochers, périssant victimes d'un Dieu qu'ils 
ire pouvoicnt connorlre; les femmes égorgées, le ]iays incendié, 
frrrerri les offr-audes ipre ces hommes fér-oees vouéreul à b'irr 
prophète. Effet lerrible du fanatisme! il l'Ioun'e les lois sacrées 
de l'humanité, rend les peu|des sanguinaires, et finit par leur 
forger des fers. 

Fatigues de se trouver sans cesse en proie aux incursions des 
barbares et d'espérer en vain des secours des princes voisins, 
les Corses, quitlanl leurs habitalioirs et errant dans les forêts 
les plus impéuélrables, sur les sommets les plus inaccessibles, 
Irainer-enl sans espoir leur triste existence. Inrscpie. du fond de 
l'Italie, un homme gi'rréreux y aboi-da avec mille ou douze 
cents dc ses par-euls el de ses vassaux. 

Ugo CoLO.NNE. — l go, du sang des Colouna, fut le génie 
tutèlaire qui, sous la pr'otection des papes, vint ranimer lecou- 
rage des insulaires et détruire l'emiiire mauresque. Les nalu- 
reis du pays rentrèrent libres dans leurs habilalions; ils com- 
menceront sans doute à goûter les fruits d'un sage gouveruc- 
menl. et désormais plus tranquilles, ils vivront heureux!... 
ISon... 1 go croit avoir le droit de s'ériger en despote en con- 
servant à la cour di' Hmue la suzeraineté. Les seigneurs qui 
l'aviiieiil accompagné s'appr'opriérent divers cantons He régime 
léijilal riaqnil ili' ce partage, d voilii les Coi-ses. échappés aux 
criianli's des (lolbs el des \ andales. devenus victimes d'un svs- 
de ^'ouveiiiemeiil iiue ces barbar-es avoient imaginé, svs- 



eme qui a uirr plus a 
•nnuaissance 
idmir-nliiiri a 



le 

Êiiriipe ipie leurs armes. Ainsi une 
ioiir les libéraleurs, peut-être même une 
veuille |iorir de riches étrangers, dompte celte fois 
ce e.narlere iullexilde. 

(Jrrieouque a mé'dité sur l'hisloire des nations est accoutumé 
sans doute au s|iectacle du fort opprimant le foible, el .i voir 
les différentes sectes se haïr et s'égorger; mais l'horrible ra- 
pine que Rome e.xerçoit à cette époque est. je crois, le point 
extrême de l'abus de la religion. Les papes, en vertu de leur 
suzeraineté, pour s'indemniser des secoui-s qu'ils avoient accor- 
dés, inii;osèrenl. sous le titre de tribut tempoi-el. le cinquième 

des revenus, el smis le nom de tribut spirituel je crains ipie 

l'on ne me taxe d'exagèraliou. je serais tenlé' dé développer 

toules les preuves oui. sous le titre de tribut siiiriliiel. le 

père eommiiu des fidèles, le vicaire d'un Dieu-Homme, peixe- 
voil le dixième des enfants rpre ses collecteurs ]UTnoieiit âgés 
de cinq ans pour les Iransporler dans les palais de Home. Bri- 
ser les liens qui unissent les peri's aux erifaiils. la patrie aux 
(iloyeiis. s'appeloil une chose spirituelle!... Quand les histo- 
riens ne préseiilcroienl que ce Irait, ils offriroient une matière 
iinqurisable aux medilalions de llromme sensé. Celui ipii veut 
afl'oiblir l'empire de la raison, ipri essaie de substituer aux sen- 

liu Is infaillibles de la cunsiiencc le cri des pi-ejugés esl un 

"ourbe. il verri Ir-omiier ' 



doute ètii' oiqirimé par les mêmes tyrans que les antres peu- 
ples, mais il a toujours été le premier à donner léveil el a se- 
couer le joug. Ainsi, dans ce siècle où toute l'EurofK- croupis- 
soit sous le n-gime féodal, lui seul se fil un gouvernement rau- 
iiicipal, adopté depuis en Italie, et ensuite dans les autres pays 
du continent. 

Goi.VEB.NEME.NT .ML.MCIP.tL. — La | artie septentrionale de 
1 ile fut la première ;i rei'ouvrer .sa liberté; cbaipii' village forma 
sa municipalité, chaque pjeve eut son imdi'slal. et tous réunis 
iionimérent une n'-gencc ou suprême magistrature. com|>osée 
de douze tneinbres. 

Les |ia|ies, qui n'avoient j ns abandonné leurs préteulions sur 
la Cors*', y envoyèrent des seigneurs de la maison d<' Massa, 
sous prétexte de'diriger les force, des communes contre les ba- 
rons avec plus d'iiilelligeiice. Ils bs accoiitumoii'iil ainsi a re- 
cevoir (lr>s chefs de leurs mains; mais, en 1091, le pape Lrbain 
second donna l'investiture de la Corse aux Pisans. qui. maîtres 
di! Itoniface et Irès-puissantï' dans ces mers, se faisoienl esti- 
mer par leur sagesse. 

l ne partie de l'île étoil gouvernée en dénifHTalie. avoil des 
lois, des magistrats et des forces: la (hirtie méridionale, e.weplé 
deux pieves. eloil soumise aux seigneurs d< s maisons de Ci- 
iiarca, Leca, Ror-ca, Oniano. Quelle étoil donc l'autorité de la 
ré]iiiblique de Pise? Elle eiivoyoit deux de ses principaux ri- 
toyeiis, qui percevoienl une b'gere im| osilion : leur principab' 
fonction consisloil à lâcher de mainlenir la paix parmi !es dif- 
férents Etats qui composoient le rov,iiiriie. .«m/iI qu'il s'élevàl 
un différend entre deux barons, .soit ipi'il s'en éleviil entre un 
baron et une commune, b's deux magistrats, qui [lortoient b- 
litre do jiidicr, prononroienl. Le goiivei-nemeiit des Pisans fut 
atçréè en Corse; ils n'ambitionnoient pas une ixiensinn d'aiitn- 
rilé; la paix el la justice furent l'objet de buis soins; le Iribul 
modique qu'ils percevoienl, ils l'emplovoieiit Imit entier à de» 
élablisseineuls publics. Le litre de citoVen de Pise. i|u'ils dnn- 
nérenl aux Corses, avec la jouissance des prérogatives qui s'x 
liouvoienl altachi's. acheva de consolider leur iin-pondérance 
Ainsi, monsieur, s'écoulérenl dix-huit siècles, sans qu'an 
milieu di' tant de révolutions, le peuple corse ail jamais démenli 
son caractère. 

Des ériidits italiens ont prétendu, dans ces derniers temps. 
que la maison Colouna n'etoit jamais venue en Corse; ils uni 
murni des preuves qui ne m'ont point convaincu; je m'en tiens 
donc à l'assertion reçue, à la tradition, à la conviction qu'en 
ont les Colonna de Rome, el à l'aulorite de tant d'historiens, 
dont jdusieurs sont contemporains, aux restes de quelques mo- 
numents, etc. Coulentons-nous de discuter la principale objw- 
tion. 

D'abord, diseol-ils. on trouve qu'un Charles, roi de Frauci-. 
a délivré la Corse des .Maures. Depuis, l'on voit un Honifazio. 
marquis de Toscane . rharsé par l'empereur de défendre la 
Corse; c'est lui qui est si célèbre par la fameuse desceiile eu 
Afrique. Après sa mort, l'on voit .son fils Adalberto lui suci . - 
der et précéder .Alberto second, dit le Riche, qui meurt en 9iG: 
enfin (luido Lambertn succède ,i .\lberlo le Riche... Je con- 
viens de tous ces faits, mais je ne vois pas ce qu'ils onl d'in- 
compatible avec ce que nous avons dit des Colonna. 

Les papes envoyèrent Ugo en Corse pour la délivrer. Le- 
empereurs étoienf. ce me semble aussi, forl intéressés à i. 
que les barbares ne s'y établissent pas; ils donnèrent doii' 
commis.sion au marquis'de Toscane de veiller ,«ur la Cors*', d' 
la secourir si les barbares ratlaipioient . el. en conséquence i!' 
cette commission, les marquis de Toscane prenoienl le titre d. 
(Htor Cnrsicœ. Cela est si vrai. que. depuis, lorsque les c"ii.- 
munes eurent pris consistance, l'on voit une comtesse Malbibb 
marquise de Toscane, s'intituler tiilor Corsicœ. ce|endant e'.l- 
n'y avoil certainement aucune aulorilé. 

L'on relève ensuite ipielques eireui-s de chronologie de Ci' 
vanni Delà Grossa. el l'on en déduit la fausseté du fait; tel 
n'est pas consèqiienl ; en vérité, il faut bien avoir la manie d' - 
.systèmes pour ne pas sentir (pie c'est Ikllir sur le salile qi 
d'en fabriquer sur dc si foibles fondemenls. 



Tliêàlre«. 

TllÈVTnE-FB.v.NÇAlS. — Lc' Biirgravfs. trilogie en vers, p 
M. \ icToii Ht GO : i" acte. l'Aieul; 2* acte, le Mciuliani 
^' acte. U Caveau perdu. 

Voyez-vous ce noir château perché sur le sommet d'un ro. 
comme un nid de vautour, armé de herses el dc cri'neauv 
C'est le château d'HeppenheL Son front a pour voisins les nue. 
el les orages, et le vieux Rhin mugit à ses pieds, dans ses al< 
mes jirolonds. Heppenhef appartient .i une antique race .; 
Biirgraves. Les seigneurs, comtes de ce temble Jlury. Tu 
occupé de père en fils, el de temps immémorial. .Xtijuiinl'lni 
on V trouve ipiaire générations vivantes, en remoiitaiit du p. 
tit-t^ils au bisaieul. Job esl le nom du grand ancêtiv: .M.ign 
vient après lui; après Magnus. Hatto: aprt'S Hatlo. Conrad: 
eux tpialre. les comtes d'ileppenhef forment un total d'à p. 
près deux cent soixante-dix ans; ce ne sont pas des seigneur 
de la pi-emière jeunesse. 

De son temps. Job passait pour un preux et p.our un vaillar ■ 
Comme son haubert, sni cieiir èlail d'acier; le fer r 



Il ciiMir Clan u acier; le ler ne pouv 
Dans ces temps de mallieirr et d'avilissement naquit Arrign briser l'un, pas plus que la |H'ur n'cnlamail l'autre; sa foi val.i 



// Ucl Mcsscrc. .\iTigo, descendant de l'gn. respecté de ses 
iieirples, craint de ses vassaux, s'occupoit ipielquefois de leur 
lionbeur; quoique soumis à la cour de Rome, plus encore par 
les préjugés qui domirroieiil alors en IDurope que par son ser- 
nieul. il obliul. après de longues négocialions. la suppression 
du liibul s]iiriluel. Le fer d'un Sarde'ioupa le fil des jours de 
ce prince. Arrigo ne laissaiil point de posléiilé. tous les sei- 
grrerrr-s se caulorrrièrent dans leurs châteaux, et après s'être 
loiiglciupsdisprrlé l'empire, visèrent tous à l'irrilépendance. Les 
peuples, égaleirreilt vicliiues des guerres ipie b's seigneurs SC 
faisoienl errlr-e eirx el leur adinruislraliiur. ne tardèrent pas à 
s'en hisser. Le peuple corse au centre de l'Europe, a dû sans 



son épée. el nul étranger ne lieuiiail à son foyer, sans que J. 
lui dit : Prenez place ! 

Magnus suivit de jirt's l'exemple de son père; mais ce n'él. 
déjà plus le même lir.is ni la même Sme; Vèfèe paternelle I 
èlai! pesante, el de même que son corps plù^il sous la vieil! 
armure, de même sa conscience commeuçail à chanceler ei 
livrer passage aux perfides attaques de la mollesse el de la >> 
lupté. 

Avec Hatlo. lout est dit. La forte race d'Hep|)enherdeg< 
nère et s'énerve, el le filsd'Ualto promet une descendance pii 
encore. 

Esl-c-e le cliquetis du fer el le htirrnh des combaltanls q 



[.LIJSTRATION, J0U1\NAL UNIVERSEL. 




( LiiîUT, iiilL- de Fi-ciloiif liaiboroiissi' on mendiaiil.) 

résonnent maintenant sous les voûtes du chiUeau d'IIe|)|ienhef? 
TSon ; mais le ci-i aviné de l'orgie, mais le choc des coupes qui 
so remplissent cl se vident. Hatlo y commande et y lait régner 
avec lui la violence et la débauche ; s'il s'arrache à ses journées 
d'ivresse et à ses nuits enflammées, c'est pour s'élancer de son 
lliiiy sur In <'anipai;iie, connue un oiseau de proie, pillant les 
rnuissoas, dévasiaiil les chaumières, l'iilev.iiil l'emnies el hiinnnes 
poin- en l'aire si's esclaves; cepenilant le vieux .loli cl le vieux 
.Magnus, tristement retirés dans le somhre donjon, se dérobent 
par la solitude à ce honteux spectacle de leur propre déca- 
dence. 

Par le Rhinl aujourd'hui llallo est en joie. Il y a gi'ande 
l'été chez monseigneur, et grand l'esliu. Les éclats hachiipies et 
les chansons des joyeux convives s'échappent à travers les cré- 
neaux et courent dans l'air en folles houffées. race aveugle 
et hrutale ! enivre-toi ; noie le courage et l'honneur de tes pères 
dans ces coupes fumantes; le Rhin est un fleuve fécond, et la 
grappe qui mûrit celte chaude liqueur sous sa blonde écorce 
se mire dans ses eaux. Mais ne sais-tu pas que le serpent livide 
peut se glisser sous ces fleurs, la douleur dans celle joie, le 
eh.itimen't dans cette impunité, la mort dans celle vie erfri'ué'e ! 

D'où vient celte ombre sinistre qui passe el repasse devant 
ce liurtj fatal ou hurle l'ingie? Est-ce une femme? (>st-ce un 
l'antônie? ,\pparlienl-elle à la terre? Sorl-elle du fond des noirs 
aliimes? Son as|iecl est misérable et i-epoussant : elle est char- 
gée d'ans et de rides, el, sur sou visagi' lli'lri, l'ceil ilecouvre 
aisément la trace des longues siiuri'iaiii-es et ili s implacables 
assentiments longuement aceumiil(''s. Qu'est-ce dune? A-t-elle 
(piehpie grand crime à expier? l'oiu'suil-i'lle i|ui'lquc horrible 
vengeance? l u humble sac de pénileiite r<'nveluppc ; un car- 
can entoure son cou el l'emprisonne; une longue cliaine d'es- 
clave lui sert de ceinture; au pied, elle Iraine un anneau de 
l'er. 

C'est une femme! c'est Guanhumara! Ici b's sonqilueux re- 
pas, dit-elle en jetant çà et là un regard sombre, là la misère 
affamée. Le tyran de ce côté, de l'autre l'esclavage. .\h'. oui. 
réjouissez-vous, lîurgrnves. vous n'avez pour ennemi (pi'une 
l'enime ; 

.Mais, princes, Iremlilez; celle femme est ta l.aine! 

Si vous demandez maintenant à l'un de ces serfs enchaînes 
qui errent sur le préau : Que le est cette vieille liiileuse. dont 
Vieil lance un écair sinistre? Une lille de liéelzi''liulli, répon- 
dra-t-il en .se signant; une damnée, uni' sm-eiere. - Guanhu- 
mara, en effet, jiossède la science surhumaine ; elb' sait pré- 
parer les poisons redoutés qui causent un Irépas soudain ; elle 
a le secret des fdtres merveilleux qui arrachent sa proie à la 
tombe; dans sa main, elle tient la vie et la mort. 

Il y a au château d'Heppenhef un jeune chi'valier ipn si' 
nomme Othert; c'est un caiiitaine d'avi'iitures. 

Arrivé l'an passé, bien qu'encore novice , 

Au cliileau d'Hcppenlief, pour y prendre service. 

Mais, au lieu de faire la guerre, Othert s'est conformé aux 
exenqiles du maitre : il a fait l'amour. Othert aime Uégina, 
jeune comtesse suzeraine, dont llntto convoite, non pas la jeu- 
nesse et la beauté, mais les licfs magnifiques et nombreux qui 
rehaus,sent sa couronne de comtesse. .Ainsi, Otherl esl le rival 



du misérable et cruel llatto, son rival mystérieux et discret. 

llel.is! aimer Ui''gina, c'est aimer la lleur qui se fane, la 

suave midoilie qui limt. le beau jour qui s'éteint. Régina_ esl 
atleinle d'ini mal mnilel ; cha(pie jour enlève une rose à sa jeu- 
nesse- chaque heure la |irécipite vers le leiine falal ; elle mar- 
che d'un pas del.ile, appuyée sur le liras ilOtherl, el jelanl, à 
travers les fenêtres crénelées, un long regard mélancohipie ilaiis 
le ciel azuré et sur les panqu-es jaunis par l'autonme ; les 
feuilles tombent, dil-idle, mais elles renaîtront ; — les hiron- 
delles prennent la fuile, un autre printenqis les ramènera ; 

. . . Jlais. moi, je ne verrai 
.Ni l'oiseau revenir, ni la feuille renailre. 

Qui sauvera Régina? qui lui rendra la santé et la vie? com- 
menl relever la tige de cette fleur languissante et penchée? 
Olbcrt s'adresse a la lonte-puissaiire de Guaniiiimara ; il la 
eoujm-e. il la supidie. On dirait d'ailleurs qii'inie foire secrète 
pousse cette femme au-devant d'Olbert et la niéle a sa destinée. 
ICnfant. elle la porté dans ses bras, et son o?il a plongé dans 
le mysléri' de sa naissance; car Othert est un fils du hasard. 
Cependant, cliatpie fois qu'il cherche à arrachera Guanhimiara 
le nom de sou iiére etdesamére, Guanhumara, pàleetmuette, 
se lient immobde. 

.Vuiourd'hui, elle veut bien sauver Régina, à l'aide d'un de 
ces sucs puissants qu'elle apporta d'Asie. Mais Guanhuman 
ne donne rien pour rien; elle prêtera la vie, Otberl lui rendia 
la mort; oui, Othert se fera meurtrier, sur un signe de Gnan- 
inimara; il tuera ipiciqu'uu, comme le bourreau lue; illetuei i 
au jour, à l'heure on Gnarduimara lui criera de frapper. — Fh 
iiien! j'y consens, dil Othert; et pour salaire de ce marchi 
sanglant, il recuit de Guanhumara le flacon qui i-enferme h 
vie de Ri'gina. 

La victime que (iuaidnnnara reserve au poignard d'Otbeit 
la connaissez- vous? Cherchez parmi ces lîurgraves. i'.st-i i 

Magniis, ou Hall u le lils d'ilallo, plus méchant eiienre qui 

son'perc?lNi l'aieul, ni le fils, ni le |ielil-lils. Kcoulez ces i s 



< dev, 
Il v 



rlavi's; ils racontent i 

rhàleau d'Heppenhef : 
lient les maitres 
1 bien longlemp; 

s'appelait alors Kosco ; 

i[ui dominent le Rhin. 

jeuTU' 

prirei 

fi'ri'. : 



sanglante avenluri 
s serviteurs snnl 



\i s'est piss 
à enlemiri 



de cela. Le vieux .lob d'aujourd'hui 

1 habitait un des redoutables manoii s 

Là se trouvait, avec Fosco, un aulii 

nlilhomme du nom de Donalo, Donalo et Fosco s'e- 

11 même temps de la même femme. Donnto fut pré- 




I.es ainanls se cacliaient dans un caveau discret. 
Dont l'enliee inconnue clait leur doux secret. 
C'est la qu'un jour Fosco, euiur jaloux, main hardie. 
Les surprit, et linit l'idylle en tragédie. 

Un matin, des pâtres trouvèrent dans le torrent qui mugis- 
sait au pied de la tour deux cadavres percés de coups de poi- 
gnard; c'étaient Diuialo el son écuyer. Fosco ne s'arrêta pas 
à ce ilonhle erime; après l'Iiomiciile. Il commit le viol, et la 
jeune lille mit au monde un enfant, triste fruit de celte lâcheté. 
Ainsi, disent les esclaves ; l'histoire est bien plus sombre en- 
core ■. Konato ê'tail le frère de Fosco! 

Depuis ce temps, Fosco a pris le nom de Job, de Job le 
maudit. Les ans se sont accumulés sur sa lèle, el les renrirds 
avec les années, mais les remords du vieux Job ne sufliseni 
pas à Guanhumara, Ne voyez-vous pas, en effet, ipie Guanhu- 
mara fut cette jeune fille aimée de Donalo ; elle a à venger son 
honneur à elle el la mort de son amant ; terrible vengeance 
qu'elle nourrit cl garde depuis cinquante ans au fond de son 
àme; une vengeance si âgée doit être lasse d'attendre. 

Guanhumara n'est pas" femme à se satisfaire sinqUemenl par 




Madcmoisolle lloinin. n le de liégiiia.) 

des voies vulgaires ; tuer Job ou l'empoisonner de ses propres 
mains, la première venue en ferait autant! Guanhumara raf- 
fine l-;ile arme Othert contre Job, Othert, ce fils que la vio- 
lence de Fosco a obtenu d'elle, après l'assassinai de Donalo, 
lui vérité, ce château d'Heppenhef est un rude château ; autre- 
fois le frère v lua le frère, liienli'd le père y tombera peut-être 
sons le poign'ard du lils; ehàlean terrible, château féroce, châ- 
teau niaiidil, ou le fratricide et le parricide ont élu leur sanglant 
ilomieile. 

llallo cependant n'en continue pas moins sa joyeuse vie. Le 
voici la coupe à la main, qui se livre à l'ardeur du repas et de 
la chanson. Son fils l'accompagne et s'enivre avec lui ; Quoi ! 
Conrad, vous n'avez que seize ans? jeune homme de la plus 
bil'.e espérance! — Ut ton père, et ton aïeul, que font-ils? de- 
mande quelqu'un à Hatto. — Ma foi, je nen sais rien; ce soiil 
de vieux fous; j'ai pris leur place, j'en use! — Puis Hatto de 
faire parade de ses débauches et de ses crimes. — Apercois-je 
dans la plaine quelque chose qui éveille mon apiiélit, une jolie 
femme, un riche marchand, une bonne ville ■ 

i:oni[ne un cliasseur ses chiens, je lâche mes bandits; 

l'A la ville, la femme, le trésor sont à moi ! Alors celle troupe 
d'insolents Burgravcs, corps ivres, âmes sans pudeur, s'aban- 
donnent avec Hatto à toutes les folies de la corruption effrénée ; 
ils raillent l'amour et l'honneur, la conscience el le serment. 
.\Iais une voix triste et indignée se fait entendre loul à couii. 
c'est la voix de Magnus, qui, au bruit de cette débauche, est 
sorti de son donjon solitaire. — Qu'est ceci? dit-il ; 

. . . Jeunes gens, vous faites bien du bruit, 
Laissez les vieux rêver dans l'omlue et dans la nuit ; 
La lueur des festins blesse leurs yens sévères; 
Les vieux choquaient l'épce... Enfants, choquez les verres ! 

Les rires insidents. les grossiers sarcasmes accueillent les 
remoutraneesdeMiigiins. Il a lesortdes vieill.inls dont les sages 
paroles se brisent l'-untre la frivolité el la raillerie des jeunes 
honniies. Mais voici que l'occasion se ]n'ésenle de mettre la 
hrutale philnsophie des Burgraves en pratique ; un homme 
couvert de haillons heurte à la porte ; il demande l'hospitalilê' 
pour lui, pour ses cheveux blancs, pour son corps aussi vieux 
que celui du vieux Job ; 

Que l'on chasse ;i l'instaiil ce diole à cinips de pierre. 
Va-t'en, chien ! 

s'i'cricnt Hatto et ses compagnons; ce n'est pins Magnus, celle 
fois, c'est Joli lui-même qui prend la parole : 

De niim lenips, dans nos l'cle^, 
(linmd nous linvimis, eliMiitaiit plus haut que vous eiii'or, 
I \iiliiiir il'im luenlcnlier, porte sur un plat d'or. 

S'il arrivait i|n'nH vieux passât ilevant la porte. 
Pauvre, en liaitloiis, pieds uns. suppliant, une escorte 
i.'iillail clierclier; silùl qu'il enliail, les clairons 
lîelalaieiil; nii vovail se lever les tiarons; 
l.es princes, sans parler, siiiis iiiarclier, sans sourire, 
.S'incluiaienl, rii-siul-ils princes iln Sainl-linipire, 
VA les vieitlarils lendaieiil l:i main a l'iiicomin, 
i:n lui disant : ïieigiienr, soyez le bienvenu. 

Qu'on fasse entrer l'étranger, ,ajoutc-t-il, en s'adressant .i un 
,T|.,.l,Pr. — Quelqu'un murmure? — Silence, s'écrie Joli d'une 
voix siinore, cl ce vieux lion 



MLLLSTRÀÏION, JOURNAL LMVI-RSKL 




t ïlM'ànv-Kniiiriiis. - l'ro 



'. n'prcswiialioii dos Burgraves, liil^Kio | nr M. Virror Hugi). — Sci'iic du dcuxii^nip nrie : Barbf niisso se fait rrronnallrr ; 




a;rt(rov,rtlO(ri)!k'ii', 



de ((uollc ninrc il osl i»'; do rolt' Cuanliuniava (jui rarlic son 
nom cl niiidilo dans romlirc; de. si lomhlcs voiigcaiiris ; c"é- 
tail peu dn ces elixirs. mystérieux souverains de la vie et 
de la mort, de ces crimes sombres ensevelis dans la nuit du 
caveau fratricide, de ces deux cadavres flottant sur les eaux 
du fleuve et recueillis secrètement par des bergers; c'était 
peu de toutes ces énigmes et de tous ces hasards; ce men- 
diant, que Job a reçu \iu bruit des clairons vient encore ajou- 
ter un mystère de "plus à tous les mystères qui se disputent 
le château d'Hcppenhef. 

Le mendiant est sinistre et reilnulable à voir : sur ses épaules 
Hotte un vaste mantenu on b.iillons qui si' ro]ilic sur sa tète et 
recouvre son front plein de riilos et dépouillé; ses yeux sont 
profonds et caves; une épaisse barbe, bi.iueliio par r.igo. des- 
cend, de ses lèvres sur sa poitrine, on lonns sillons d'argent. 
Le vieillard s'appuie sur un gi-ainl bàlun noueux, counno un [lé- 
leriu errant a]u-és une course pénibb". Il a les pio(ls rhaiis.i's do 
poudrcusrs sandales, et les reins coinis d'niu' corde il'ou s'é- 
chappent les grains d'un rosaire. Cependant celle vioillos-.e est 
Suissante et forte, et sous ces baillons, je ne sais tpiell ■ gran- 
eur se laisse pressentir. 

Mais, en effet, quel est cet homme? Ecoutez-le, il gémit sur 
les misères de l'Allemagne; il déplore la décadence < t la fai- 
blesse de ce grand empu'c abaissé; il renuie de sa parole les 
intérêts des souverains et des peuples, et sonde les jdaies de 
cette vieille patrie germaine en proie aux vautours dévorants. 
Kst-ce là le langage d'un mendiant, d'un pauvre vagabond qui. 
dormant sur le roc et buvant aux sources des fontaines, se sou- 
cie pou lies nations l't des prinios'? Palionci' ! nous connaitrons 
bientôt b: vioillanl. nous lirons onlin son grand nom sous celle 
livrée du pauvre. .Mais lo loinps n'est pas encore venu: i|u'il 
aille s'asseoir, en allondanl. sur lo bniic de pierre du Iturg. et 
réchauffer ses ciuatro-vingl-douzo ,ins au fou du sidcll; c,ir il a 
quatro-vingl-ilonzo ans. lo uiyslérion\ inodunn, 

Coponilànl. an uiilioii do ivs quorollos et do ces orgies, de 
ces péros ipii gouruiandeni leurs doscondauts. de ces mendiants 
quadragénaires ol de ces rosaires à lélo de morl. Hégiua a re- 
lleuri. Guauhuinara avait raismi : l'édivir loul-pu:s.sant vient de 
rendre, goulle à goulti'. la sanlé et la .joie à colle jeime llégina 
tout à l'iionre pàb' ol mouranlo. Maintonanl. il l'aul à dnanhu- 
mara lesalaire dooello ri''surroc;i(Mi. c>l vous savez ipnd salairel 
Guaubumara veut olre payée on assassinai, ".l'ai tenu ma pro- 
messe. - .le tiendrai la niionne. répond Olbert. — Hien 1 je 
t'attends ce soir. — .\ tpielle heure!— .\ mininl. — Ou'.' — 
Dans le caveau de la Tour. — J'y serai. — L.'i lu trouveras nu 
homme. — Son nom"? — Foscol — (Jn'esl-eo cpie Kosoo? — Tu 
le sauras ce soir. » 

Ainsi rien n'émeut lo c onr do C.nanbumara. ol rien ne lo 
désarme. Son ressentiment u'esl pas monie toncbo du plaisii- 
i\\\f montre lo vieux Job en voyant Uogina rouaiiro .Mil bien 
idulôl. sa fureur son angnioiilo Qncd ! il serait heureux', quoi! 
il aurait oncoi'o di's joies! .Inb copondant caresse Ué-gina. et lui 
parle d'OtborI; Joli aini • Olberl. un secret inslincl.' une indé- 
linissablo leudrosse. l'alliroul vers lui : 



Vois-tu, ma Régina, celle noide ligure 
.Me rappelle un enl'anl, mon pauvre (lernier-ii;-; 
(JuantI Dieu me le donna, je nie crus paiilomie. 
Vdjiii viugl ans l)ienlôi:... L'n (ils à ma viellless.-. 
Quoldou du ciel!. . J'allais h snn i)erceau sans •■.■>>r 
Même quand il dormait, je lui parlais souvent : 
Car, quand on est Irés-vienx, on devient Ircs-onfanl 
Le soir, sur mes pennnT j".iv:iis sa li^lc M-m'Io 




■ IV.iuvj'ie'. r .; ' i!o J- 1 \ 



L ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



Jé le parlo il'iin lenips... lu n'Olais pas au monde. 
Il hcyayait (li'ja les mots iliiiit on sourit; 
Il n'avait pas'uu an, il avait de l'esprit. 

Il iiu' connaissait hien .' 

.le lavais nommé Gcoi'ge; un jour, pensée ann're. 
Il jouait dans les eliainps... .\li ! quand lu seras niere , 
\V laisse pas jouer les enfants loin de toi : 
On me le prit 

.l.ili est liou hniiinie. comme on le voit, iinoimie tin peu fratri- 
i-ide II pousse même la bonliouiic iusi|u'ù favoriser l'enléve- 
•nenl de Reyiii:. par Oll)ert. S'il élail le seul mailre à Ileppen- 
hel'. il les ni'aricrail ; mais le farouche Hallo. que dirait-il '.'Nos 
jeunes ,-inianls n'ont qu'un seul moyen d'éviter sa fureur, c'est 
de fuir. 

.Mon donjon communique aux fosses du eliateau; 
.l'en ai les clefs I • ■ ■ 



d'ilep- 

ises. de 



El. en effet, Joli va cliereli 
nant partez, » dit-il. .\ssnrei 



les clefs lui-même : — Maiule- 
rnl. c'est là un rare vieillard, 
pralii'uicr de complicité des cnlevenn'nts de mineures. prél(>rses 
clefs ad hoc, et ouvrir la porte au.\ amours qui s'envolent, voila 
un passe-temps qui n'est pas commun à cent ans, âge exact de 
Joli. 

.Mallieiireuscment, .Joli, tout centenaire qu'il est, a cause tout 
haut comme un étourdi. Guanhumara écoutait, et Guanhumara 
prévient Ilalto. Hatto arrive furieux, Olberl le provoque. — 
.\lloiis donc! répond Hatto. Tu n'es qu'un aventurier; que 
.|uelque gentilhomme t'assiste, et je me battrai avec toi!... 
•J'out à coup une voix formidable s'écrie : 

J'ai quatre-vinyt-douze ans, moi, je te tiendrai léle ! 

Et l'on voit alors le mendiant apparaître et fendre la foule. 
Ici se dévoile une partie du secret de ce terrible porle-hesace : 
— Qui es-tu? — Frédéric de Souahc, cm|ierenr d'Allemagne! 
Certes, j'avais raison tout à l'heure, ce mendianl n'élail pas^ un 
mendiant ordinaire. 11 est empereur, et quel einpiTcnr ! Fré- 
déric Barberousse, rien que cela! Frédéric s'esl iiilriidiiil dans 
1» repaire des Burgraves pour les châtier : 

.... L'empereur met le pied sur vos tours 

Et l'aigle vient s'abattre au milieu des vautours. 

Hatto el scsconqiasnons résistent! que leur fait l'empereur? 
N"e sont-ils pas mailrrs dans leurs domaines? Ah! noble César, 
tu vas paver cher Ion insolence ! 

Qu'on lui fasse un gibet digne d'un empereur ! 

— Cela ne sera pas ! s'écrie Joh ; non, cela ne sera ]ias! — Le 
vieux Job, en effet, a conserve le culte des antiques croyances ; 
c'est un Burgrave élevé dans l'amour de l'empire et dans le 
respect de l'empereur; il se prosterne donc aux pieds de Bar- 
berousse, et oblige son fdset ses hommes d'armes à s'agenouil- 
ler comme lui devant l'impériale majesté. 

.Mors Barberousse se penchant vers Job : 

.... Fosco! (dit-il) — Ciel ! — Point de bruit. 
Va m'attendra ce soir où lu vas chaque nuit. 



reconnaissez-vous? c'est encore Frédéric Barberousse, autre- 
fois connu dans le ch.lleaii d'IIepiienhersoiisle iiiiin de Dunalii. 
Pour expliquer le frali-iciile. sai-|ic7, que Joli-Fusin csi le li.ilard 
de l'emiiereur d'Allcmi'gni', dimt lîailMjniissr. li-ili'vanl llii- 
nato, est le lils lé^ilime'. Ou m dili'--M,iis .' ce clj.iica 
penhef est-il assez muni de sni piiMs ii i|i' iinLiiiini-plii 
pères ignoi-és. de mères cichies, de l'irics dij^uisés, de l'ccon- 
nai.ssances et d'élixirs de toute espèce. 

Puisque Donato se retrouve dans Barberousse, puisqu'il vil. 
et puisqu'il pardonne, la vengeance de Guanhumara n'a ]ilus 
d'aliment ni de but. Il faut cependant que quelqu'un meure, ce 
sera Guanhumara ; ce cercueil ne doit pas sortir vide ; Guanhu- 
mara l'a juré en femme (|ui lient un serment ; elle s'y metli-a à 
la place de Bégina. Mais, avant que je meure, dit-elle, repre- 
nez tout ce que je voulais vous ravir : 



Toi, ton lilsGeor;; 



. .. Une fureur jalouse, 
et loi, Regina, ton épouse. 



INous avons vu l'aïeul, puis le mendiant, il nous reste le 
caveau. Descendons-y, il est tem|)s. 

Ce souterrain est redoutable et sombre ; il donne sur le Rhin 
aux Ilots mugissants, et sa nuit n'est éclairée que par un jour 
incertain et blafard (|ui se glisse au travers des barreaux de 
fer; deux de ces barreaux "sont tordus et brisés. Là, le fratri- 
cide a été commis, et par celle ouverlure, la jalousie de Fosco 
'Job 1 a prèci|iilé Donato et son ècuyer percés de coups. Là en- 
core Guanhumara a succombé à l'aïtenlat qui a donné la vie à 
Otlicrt. L'homicide, le fratricide, le viol, horvililes souvenirs, 
errent dans ce caveau plein do forfaits el de li'iielni's. 

Job vient d'y descendre, et l'aspect de ce IIimi fiinesle ranime 
dans sa conscience la mémoire de son crime. Une voix retentit 
irois fois sous les voùles attristées : Caïn ! Ca'in ! Gain ! qu'as-tu 
fait de Ion frère? 

.V ce terrible appel. Job tressaille, regarde et reconnaît 
(inanhumara; oui, Guanhumara, qui tient enfin sa vengeance. 
l-:ile se découvre à Joh, ou plulit à Fosco, qui reconnaît dans 
«juanhumara cette Ginevra qu'il a déshonorée. Ginevra la fian- 
i-ee de Donato, poignardé par lui. Eh bien ! le temps est venu 
'l'expier ce double crime ; mais Job-Fosco l'expiera cruelle- 
ment ; il sera tué tout à l'heure, tué à la place même où il a Xw 
Donato. tué par la main de son ]iropre fils; — car ce fils existe, 
lui dit Guanhumara. C'esl moi qui te l'ai pris. — Je veux le 
xoir ■. 

Tu vas le voir aussi ; 
(Test lui qui va venir le poignarder ici. 
C'est Olberl ! 

Job ne croit pas à tant de cruauté; non. son fils, non, Otiiert 
ne l'assassinera pas. — Il le fera, j'ai ]iris mes siiretés. S'il 
l'épargne, Régina mourra, et déjà son cercueil est préparé: 
vois plutôt. El, en effet, des hoimiies iii:is pies apporlent le cer- 
cueil et l'entr'ouvrcnt; Job y recounail Régina endormie; un 
breuvage préiiaré par Guaiihumara a causé ce sommeil voisin 
de la mort. Pour peu que Job vive, Guanhumara doublera la 
dose, et ce sera fait de Régina. Eh bien ! Job se laissera tuer. 

Voici Olberl. Guanhumara se lient cachée; Olberl recule à 
l'aspect vénérable de Job, comme Séide devant la vieillesse de 
Mahomet, ou comme le Cimhrc qui s'écrie:— Non, je ne 
tuerai pas Caîus Marius ! 11 s'élève alors entre ces deux hommes, 
la victime et l'assassin, une lutte étrange. Olberl hésite à frap- 
jier, et Job sollicite le poignard. — Tue-moi ! j'ai tué mon frère. 
jMifin Otberl se décide au meurtre : à ce moment, un grand 
vieillard s'avance au fond du souterrain el arrête le bras d'Ot- 
liort. ^Ce frère que Job pleure, et dont ses remords expient 
le trépas, il vit, c'est moi. dit le vieillard. Or ce vieillard, le 



A ces mots, la farouche Guanhumara pousse un cri, tombe 
el expire en jetant un dernier regard sur son cher Donato d'au- 
trefois, le Barberousse d'aujourd'hui. 

ISous venons de faire connaître le nouveau drame de M . Hugo 
par une exacte analyse; ce sont les pièces du procès que nous 
soiimellons purement cl sim|ilement au bon sens el à l'aiipré- 
cialion du lecteur. Le style, il peut le juger par les cilalions 
que nous avons faites; le drame, par le récit des èvéneinenls 
qui le composenl et |iar l'exposilimi îles |.ersiiiin.u'cs ipii y 
prennent part. Pour nous, il nous icie ,i |iriiie l.' lemps d'ap- 
porter ici, en quelques lignes, I'imIih iIi's senlinicnls el de l'o- 
pinion ipie la première représentation de celle ifcuvre bizarre a 
l'ai' iiaîlre parmi ses audilenrs. 

Personne, jias même les amis les plus décidés du poète. ])er- 
sonne n'a amnistié l'univre au point de vue de l'art dramali- 
quc. Par son altitude réservée, le public a paru convenir d'une 
voix unanime que, pour l'invention, elle appartenait à la ]ioé- 
liqiie du mélodrame à laquelle elle emprunte ses moyens peu 
seiupulcux et ses ruses banales : enfant trouvé, femme malheu- 
reuse el persécutée, philtres surnaturels, vieille magicienne, 
vieux cliàleaux. somlircs caveaux, noms supposés, noires ap- 
jiarilions. dégiiisiinenls sans nombre, reconnaissances sans fin, 
naines infiniment Irop prolongées, toutes les invraisemblances 
et Innie la fanlasmagoiie ipie la poétique du boulevard du 
Temple a depuis longlemps épuisée; el au milieu de celle ac- 
cumulalion de fails mvslérieiix el d'impossiliililés. iioinl d'ac- 
tion el peu de drame ; l'attention ne sait ou se jneiidie: l'iiité- 
rêt ne sait où se porter; tout est vague, loiil llolle an gre de la 
fantaisie du poète; à chaiiue instant, l'on s'égare dans les ca- 
prices infinis de la périoue el de la tirade; en un mot. c'est le 
discours et la rime qui commandenl ici exclusivement; le drame 
s'en tire comme il peut. Donc, ]ieu d'invention dans les fails, 
poinl de composilion, voilà pour le fond des choses. 

Le poète prend souvent la revanche de l'auteur dramatique ; 
quand je dis le poêle, j'entends l'ouvrier habile el sonore de 
vers, ou rudes, ou élégants ou pompeux ; car, distinguons bien : 
on est poêle par les sentiments el jioëte par la forme : c'esl 
dans la rorme que réside surtout la force poétique de M. Victor 
Hugo; elle décrit |ilus iin'elle ne parle, elle s'adresse aux yeux 
et à l'oreille jilus souvent qu'a Vesjirit et à l'âme. Dans les 
Burijravcs. cette faculté descriptive se manifeste abondamment 
el domine jusqu'à l'abus el à la tyrannie ; on peut dire que les 
Buiyratca se composent d'une tirade divisi'e en trois on quatre 
personnages. Toute cette poésie es! (liiilienrs singiiiicremciit 
mêlée de beautés et d'ernurs. Elle csl rmle, gramle. hardie; 
mais que de fois elle prend la brutalité pour la force, l'oiilrc- 
cnidance pour la hardiesse, l'exagéralion pour la grandeur; que 
de fois elle croit aller au naïf et arrive au puéril; que de fois 
elle frajqie à la porte du sublime et entre chez son voisin. 

Le public s'est conduit avec beaucoup de goût et de sang- 
froid; il a battu des mains aux choses qui méritaient un bravo; 
et ce n'est que par sa froideur ou par un léger sourire ([u'il a 
martiué les endroits qui lui convenaient peu. 

Les costumes et les décors resplendissent dans la pièce ; les 
cuirasses et les casques y résonnent à l'imitation des meilleurs 
vers de M. Hugo. Quant aux acteurs, ils sont pleins de dévoue- 
ment. Madame Mélingue a donné à ce lole de Guanhumara le 
caractère de haine imjdaeable et de violence sauvage qu'il de- 
mande. 

Ou a été sage el décent dans les deux camps, si toutefois il 
y a encore deux camps : le temps de la grande lutte esl passé ; 
car à quoi bon? 



Ije- Curé médecin- 



( Siiilc- el lin. — Voyez p. 2.) 



Un matin, jélais enfermé avec Vlmilalion de Jcsus-Chrùl. 
ipiand j'eiilemlis frapper à ma porte : on ouvre, on entre; c'é- 
tait la veuve i[ui haiiilait ma maison, pauvre femme, jeune en- 
core; son aspect m'avait déjà frappé et attendri; pâle, maigre, 
on lisait la destruction sur son visage, et quand, assise entre 
ses deux petits enfants, elle les regardait, des larmes si doulou- 
reuses lui rem]dissaicnt les yeux' qu'on ne pouvait retenir les 
siennes. « Que voulez-vous, chère madame? » luidis-je avec af- 
fection et en liù offrant un siège. Mais, elle, le repoussant et 
se jetant à mes genoux avec des sanglots : « Sauvez-moi ! mon- 
sieur, s'écria-l-ellc ; vous êlfs médecin, je l'ai lu sur celte 
carte ; vous êtes bon, je le lis sur votre visage.. . Vous me sau- 
verez!... I) Je veux l'interrompre; mais comment arrêter un 
malheureux qui parle de ses maux? Et voilà la pauvre femme 
qui, moitié pleuranl. moitié parlant, me raconte (|u'elle esl 
malade depuis quai le années, qu'elle a deux enfanls. (|irel!e a 



essayé de mille remèdes sans succès, qu'elle se sent dépérii'. el 
iiue'ce]ieiiilant il faut qu'elle vive, qu'elle le veut, qu'elle le 
iliiil ; el la-dessus de se jeter à mes pieds de nouveau en s'é- 
criaiil : u .Sauvez-moî ! » Jugez de ma perplexité; j'étais ému. 
troublé par mille sentiments contraires, iiar mille devoirs op- 
posés. Accepter ce titre de médecin, c'était mentir, non plus 
tacitement, non plus sur ma porte, mais mentir par mes pa- 
roles, mentir par mes actions. D'un autre côte, lui avouer que 
je n'étais |ias médecin, c'était livrer mon secret à une foi in- 
connue, qu'on lenterait, qu'on effraierait peut-être ; c'était ex- 
poser ma vie; mais si je ne la détrompais pas, il fallait la soi- 
gner, el comment le faire? Je n'avais aucune connaissance en 
médecine, pas même celles que possèdent d'ordinaire tous les 
curés de village. Allais-je donc me jouer avec ces mystères ter- 
ribles de la maladie et de la guérison, employer homicidement 
peut-être les secrets de la nature, perdre celte femme enfin 
pour me sauver? Bouleversé par tant de rénexions contraires, 
j'allais lui révéler tout, et je me b vais déjà pour parler; mais 
elle, lisant d'avance mon refus sur mon visage : » Taisez-vous! 
taisez-vons!... s'écria-t-elle en m'appliquant sa main sur les 
lèvres; ne me dites pas que vous me refusez!... Si vous ne 
m'accueillez pas, je le sens, le désespoir s'emparera de moi, 
sans remède!... Le premier jour où vous êtes entré ici, le pre- 
mier moment où je vous ai vu, je me suis dit : Voilà celui qui 
me guérira! IVe me repoussez pas! Je ne possède rien, c'esl 
vrai; je ne vous donnerai rien, c'est vrai... mais je souffre en- 
fin!... Si j'étais setdc, je ne vous supplierais pas;... mais mes 
enfants!... mes enfants!... Oh! des larmes roulent dans vos 
veux... vous dites oui... je -suis sauvée!... En disant ces mots, 
elle baisa mes mains avec transport. 

J'étais vaincu. D'ailleurs, vous l'avouerai-je? la confiance 
aveugle, fatale de cette pauvre femme avait presque passé en 
moi. Comment pus-je former celte pensée, je ne saurais le dire. 
mais il me semfdait qu'il y avait là autre chose que de la su- 
perslilion de sa part, ([uedc la folie de la mienne, el quand elle 
commença le récit de ses souffrances, j'écoulai et je la laissai 
alli'r; j'obéissais à une voix irrésistible. Le récit achevé, il fal- 
lut trouver un remède. Heureusement je me rappelai une sorte 
de bourrache nommée vipérine; c'était une siibslaiice innocente 
el un nom singulier : je ne pouvais mieux renconlrer; je lui en 
ordonnai deux tasses par jour, et elle |iailil. ,\ jieiiie seul, je 
me jetai à genoux avec ferveur; alleiiilri par les larmes de celle 
pauvre femnii', je suppliai ardeiiimi'iil Dieu de faire de moi sou 
sauveur... L'iiiipossihililé de l'enlreprise? Qu'était-ce pour celui 
qui peul loiil? El quand je me relevai, j'éUiis plein de confiance 
et d'espoir. De confiance en quoi? je ne sais; d'espoir sur qui? 
je ri;;nore; mais je croyais et j'espérais. 

Le lendemain, elle arrive dès le malin; elle frappe; je trem- 
blais un peu en lui ouvrant :« J'ai dormi! s'écrie-t-elle, j'ai 
dormi ! « Elle était ivre de joie. Le hasard, non, pas le hasard, 
avait voulu que ses souffrances se calmassent cette nuit-là. Elle 
me baisa les mains avec ivresse, el son cœur .s'ouvranl à la re- 
connaissance, elle se mil à me raconter toute sa vie! Hélas! 
celait celle triste et sombre histoire que j'avais si souvent en- 
tendue dans l'exercice de mon ministère, el qui remplissait nos 
camjiagnes avant la Révolution... Le fils d'un grand seigneur 
qui l'avait aimée, une faute, l'abandon, la misère, l'angoisse 
sur le sort de ses enfants, le remords de leur avoir donné le 
jour, les restes mal éleinls d'une affection coupable, tout ce qui 
déchire, aigrit, consume. Je me retrouvais dans mon rôle : un 
pauvre cœur torturé à calmer! Je lui parlai au nom de Dieu; 
j'adoucis ce qu'il y avait de Inqi amer dans ses remords; je la 
relevai à ses |iropres yeux par .son repentir; je lui montrai l'es- 
pérance, et quand elle me quitta, elle me dit : « Votre voix a 
fait à mon cœur le même bien que votre breuvage à mon corps." 
Je ne répondis que par deux autres lasses de bourrache. Le 
lendemain, nouvelle visite, nouvel entretien. Ce que j'avais en- 
trevu la veille m'apparut alors distinctement : c'était mieux 
qu'une àme siuffrante. c'était un être bon et même élevé. Je 
m'v attachai, je la cultivai. Sevré moi-même depuis deux mois 
de mon minisiére de consolation el de tendresse, toutes ces pa- 
roles de charité qu'un silence forcé refoulait dans mon cœur. 
tous ces siiiiis paleriiels que j'i'lais habitué à donner à mon cher 

villa-e. je Ils ( eiiiiai. les n'iiaiidis sur elle avec abondance. 

avec ileliees: jetais heureux d'eiilendre, elle était heureuse 
d'être entendue, et chaque jour je la revoyais avec mille bonnes 
)iensées consolantes... et toujours deux lasses de Ijourraclie. 
Une amélioration sensible commença à se nianifeslrr; comme 
presque toutes les femmes, sa maladie était du chagrin ; en giii''- 
rissant le cœur, je guérissais le corps, cl ma vi])érine faisail 
merveille. ain.si mêlée avec la parole de Dieu ; si bien qu'au 
lioHl de quinze jours, ma pauvre hôtesse commençait à mar- 
cher; au bout d'un mois, elle dormait; six semaims plus tard, 
elle riait, et après deux mois, elle m'appelait son sauveur. 

— Combien vous dûtes être heureux! 

— Oui... d'abord; mais après, savez -vous ce qui m'ar- 
riva?... Cette cure me coûta bien cher! La pauvre femme s'en 
va racontant partout sa guérison et sa reconnaissance, on crie 
au miracle ; son visage plein de santé répand mon nom aux en- 
virons. Hi'las! mon cher ami. me voilà grand médecin! grand 
doclenr! .\riiveiil alors chez moi tous les incurables, toutes 
les infirmiles. des maladies dont je ne savais pas même le nom. 
Je refuse de les traiter; nouvelle cause de popularité ; on ne 
voulait plus guérir que par moi. Au moins, s ils s'étaient con- 
lenlés de me" faire médecin : mais n'y en a-l-il pas qui voulaieiil 
que je fusse opiM-aleiir! El je ne voïis ]iarle pas des consu'.la- 
liiins ipii troublaient ]ilus que mon amour pour la vérité. On dit 
i|u'un méilecin est un confesseur : c'esl iiossible, mais un con- 
fesseur qui se fait médecin se prépare à de singulières conli- 
dences... J'en perdais la tête... Et contre tant d'ennemis, quel 
soutien avais-je?... quel allié?... Hélas! un seul... la bour- 
rache ! Ma foi, je jiris ma résolution bravement, et je me lan- 
çai en aveugle dans mes destinées... — Monsieur, j'ai une 
ciphlhalmie — Prenez de la bourrache. — Monsieur, j'ai mal 
aux dents. —Prenez de la bourrache. — Monsieur, mon mari 
m'a battue. — Prenez de la bourrache. » J'espérais au moins 
que l'insuccès me délivrerait de ces obsessions... Bah! ils gué- 
rissaient, guérissaient, guérissaient! C'était une épidémie! l'.n 



L'ILLUSTRATION. JOURNAL UNIVERSEL. 



dos présents! do l'nrsPiit ! ilc rnrt;i'iit quo je n'avais pas f;ai;'"'' 
di'S présoiils (pic je ne mùrilais'pas'.... J'étais dans une siliia- 
tiiMi à faire iiilié!... Hipz!... riez!... vous allez juger si j'avais 
lieu (le rire, moi. Ce n'était rien (pie les admirateurs, (pie les 
(Clients; vinrent les rivaux, l ne |ilace n'est jamais vacante; 
(piaiid (in V morde, (m la prend à (pn'hpi'nn. Ces gens n'étaient 
pas tdmJM's malades tout evpres |iour être ^'iiéris par moi;... 
ils avaieiil nn médecin, cl je me Irniivai liie(il('il en face de la 
plus redodialile el de la plus liiriense inimitié (pi'rm pi'it voir. 
Il y avait près de la \ille im ni('(iecin du non( de Laniclie à (jui 

s'adcessaicMl Ions les lialiilaiilsde la campai; ■! des faidjonrgs. 

Il r(';,'M,iil sur eii\ |iar la Icrrcur. Haut de >i\ pie(ls. fort comme 
au athicle. vi(der(t comme nu soldai fil avait v\r (lraL,'oui. mêlé 
au\ pavsaiis, liuvant avec eux, il (lisait à ceux (|ui toudiaient 
malades : t< Je l'ordomie de me dioisir; » et à ceux (pii l'avaieul 
rhdixi : i. Je t(- défends de me (i(dlter. o .\u reste, pour V((iis 
peindre d'im Irait ce médecin (le campague d'une n(iuv(dle es- 
pèce. poiM- vous moulrer commcnl il s'ét.iil civé sa clieut(de et 
.se faisait payer de ses clients, je vais vous racouler mi enlre- 
tien (pie j'ai presipie retenu mot |iour mol. tant il ma paru ca- 
racl(''rislii|ue. La maison où je logeais avait un jardin de ([lud- 
ques pieds, séparé seulement par une haie de l'iiahitation de 
l'icrre, le cliarron du fauliourg. Tout ce ipii se passait chez 
lui, je l'enlendais. In jour donc que j'étais assis derrière cette 
haie, (pi(d(pies paroles vives rrap]iérent inoii oreille. J'écoutai 
et je regardai. Il v avait trois ]ieisoimes assises sur la p(n'lc; 
Pierre , une vieille femme et un ouvrier nommé Desnoues. 
Voici ce ([u'ils se disaient : 

Desnoues. — Est-ce que M. Laroche te doit aussi i\o l'ar- 
gent, Pierre '? 

l'iERUE. — .V qui n'en doit-il pas'? C'est sa manière de se 
l'aire des |irati(|ues. 

Des.noi'ES. — Comment c(da? 

l'iEuiiE. — Oui, (piand il esl arrivé dans ce pays, pour faire 
.sa médecine, il a été chez le tailleur, il lui a commandé un ha- 
bit; il a été chez le marchand de vins, il lui a ]iris une pièce 
de vin ; il esl venu chez moi, il m'a acheté une carriole, et 
puis quand nous avons été à la paie , rien dans la poche, c'est- 
,i-dire dans la main. « Mes amis, quand vous serez malades, 
venez me trouver, je vous soignerai pour rien. » 

Desnoues. - Ça fait que, comme il doit à tout le monde, 
il est le médecin de tout le monde. 

I'iekue. — Juste. 

La mère G.\llois. — Mais tenez, Desnoues, me voil.i, 
moi ; lime devait six écus de hlanchissage... Heureusement, 
j'ai fait une fluxion de poitrine, sans ça je n'en aurais jamais 
eu un sou. 

Desnoues. — Voyez-vous le madré ! 

PlEiiKE [avec resolution]. — l^h bien! moi, ça m'est é'gal; 
il ne se mettra pas à son aise comme ça avec moi. Il me doit, 
et je le forcerai bien à me payer. 

Desnoies (aver terreur). — Le forcer? prends garde. 

PiEiuiE. — .\ (pioi doue'? 

Des.noues. — C'est un taureau. 

PlEnuE. — Regarde mes liras ! 

Desnoues. — C'est nu sorcier. 

PlEllIlE. — Tu crois à cela, toi'? 

Desnoues. — Si j'y crois? Il s'entend avec les maladies. Il 
y a deux ans, il devait trois mille francs dans le pays; il a fait 
venir la peste pour s'acquitter. 

PiEiiiiE. — Elle serait venue sans lui. 

Desnoues. — Et le père Ganille! Il avait demandé M. Au- 
\jr\'. .M. Laroche va le trouver... Ah! tu m'ôtes ta confiance, 
vii'il ingrat; eh bien! voilà ce (pie je t'envoie à ma place; tiens, 
voilà la paraivsie, tiens, voilà la ]deurésie! Et le père Ganille 
(!st mort un mois après. 

PiEiiKE. — D'un coup de pied de cheval. Vous êtes tous des 
poltrons. Il me doit dix écus d'une carriole, je lui dois .six francs 
(le visite; il me paiera le surplus, ou nous verrons. 

Desnoues. — Qu'est-ce que nous verrons? 

PiEUiiE. — On s'entend. 

Desnoues. — Tiens, justement le voici. 

PlEliiiE. — Eh bien! tant mieux. Ecoute bien... 

C'était en effet M. Laroche; il entra avec cette brusquerie 
familière et cordiale (pi'il savait si bien prendre pour gagner 
les |(aysans; el frappant sur l'éiiaule du charron avec son én(n-me 
main ; (( Le voilà donc enfin, ce brave Pierre : il y a bien long- 
temps ([lie je ne l'ai vu. 

Piekhe. — Je ne trouve |ias cela. 

M. Laiioche. — Tu grondes, vieux grognard! Moi qui me 
siiis dérangé jiour venir boire avec toi le reste de ta pièce 
rouge... Allons, descends à la cave, et va nous chercher quel- 
ques vieilles bouleilles. 

PlEltliE. — .Merci ! je n'ai pas soif. 

-\l . Lauociik — Eh bien ! tu ne boiras pas. 

PlEUUE. — !Ni vous non plus. 

M. Laiioche. — Ah! voilà l'air que lu cbanlesl eb bien! 
garde ton vin !... .Mais tu vas me payer ce que lu me dois. 

PlEiiuE. — Qu'est-i'c (pie je vous dois? 

M. Laiîociie. — Comment! renégat, est-ce que tu ne me 
dois pas six francs de visite? 

Desnoues (bas à Pierre). — Prends garde! 

PlEiîiiE. — Laisse donc... (.1 .V Laroehe.) Oui, mais vous 
me devez dix écus ; donnez-moi vingt-quatre francs, et nous 
serons (piiltes. 

M Laiioche (arec colère). — Paie-moi d'abord. 

PlEluiE. — Pnis(|ue vous me le rendriez tout de suite, ce 
n'est pas la peine ; mon argeni n'aime pas b's voyages. 

M. Laiioche. — .\h cà. me paieras-tu à la fin? 

PlEUUE. — Oui, avec 'voire monnaie. 

M. Lauociie. — Prends garde à loi! 

PlEUUE. — Il ne faut jias tant crier, parce que je crierais 
plus fort. J'irai devant la justice, je lèverai la main... 

M. Lauociie. — \\\\ tu lèveras la main!... Eh bien! je vais 
la lever aussi... 

Et il courut sur le charron. 



PiEKiiE. — Des coups de pohig?j'en suis... 

Et, relroussanl sa manche, il lui jiorta un coup vigoureux... 
.Mais .M. Laroche, lui saisissant le bras, le fit reruler. — 'J'ii 
n'as ]ias encore assez mangé de pain pour cela, maître Pierre... 
-Ml! tu ne me paieras pas!... 

La lialaille commença. Je m'('lai)çai à travers la haie jiour 
aller les s(qiarer; mais la haie était épaisse, el mes efforts 
élaieut vains. .M. Laroche, après (pielipies instants de lutte, 
renversa Pierre sur sou établi... 

PiEUUK. — Vous me faites mal. 

M. Lauociie. — 'Je le sais bien. 

PlEUUE. — Desnoues, viens à mon secours ! 

M. Lauociie (à Desnoues). — \e bouge pas. ou je t'en fais 
autant. (A Pierre, le frappant.) .Me paiera.s-tu? 

PlEUiiE. — Au secours ! 

Je me débattais dans mes nmces. 

.M. Lauociie. — Me paieras-tu? 

PlEUUE. — Lâche!... 

.M. Lakoche. — .Me jiaieras-tn? 

PlEUUE. — Il m'étrangle! il m'assomme! 

.M. Lauociie. — Paie. 

PlEUUE [d'une voix éteinte). — Voici l'argent. 

M. Lauociie. — Où? 

PlEUUE. — Là... dansée tiroir... tenez... prenez... 

.M. Lauociie le li'uhant et prenant l'uryenl ;. — .V la bonne 
heure, te voila raisonnable. 

PlEUUE (se /h/.s-.s((/i( tomber sur une chaise . — Je suis à 
moitié mort. « 

Débarrassé de ma baie, je m'apprêtais à lui [lorter remède, 
n'ayant nu lui porter secoin-s ; mais à ce combat succ(!-da la scène 
la plus étrange, et je dirai ] res(pic la plus coini(|ue du monde. 

M. Laroche, après avoir jiris l'argent, s'était ajiproché de 
Pierre, dont le visage était tout meurtri, et (pii gémissait. Il 
le regarde, et, passant tout a conp à un ton de conqiassion uaif 
et |)aterne ; — .Mon jiauvre garçon, comme le voila arrangé! 

PlEUUE. — Je n'en puis plus. 

M. Lauociie. — Attends!... attends!... Nous allons te soi- 
gner; tu es père de famille... tu as besoin de travailler... .Mère 
Gallois, faites chauffer de l'eau. 

PlEUUE. — .4b! mon front! 

M. Lauociie [l'examinant). — Quel coup tu as attrapé! 
là!... et ici!., cl sur le bras!... Miséricorde! tu n'es (piejdaies 
et bosses. 

PlEUUE. — Ah! mes reins! 

M. Laroche. — Attends!... J'ai là un liniment (|ui te fera 
beaucoup de bien... Pauvre Pierre! 

PlEUUE. — Aie!... aie!... 

M. Lauociie (virement). — .Mlons donc, mère Gallois!... 
Dépêchez-vous (loue!... Vous voyez bien (pie cet homme 
souffre ! 

La .mère Gallois [à part). — Il est bim au fond. 

M. Lauociie. — Et toi, Desiioues, qu'est-ce (pie tu fais là? 
Viens donc m'aider à le mettre au lit; il ne peut plus se sou- 
tenir. [Ils le mirent au lit.) 

M. Laroche. — Es-tu bien? 

PlEUUE. — Oui, monsieur Laroche. 

.M. Laroche. — Tu es bien malade, mon pauvre Pierre; 
mais sois tran(piille, je suis là. 

PlEUUE. — Merci, monsieur Laroche, 

M. Lauoche. — Je ne t'abandonnerai pas. 

PlEUUE. — ÎNon, monsieur Laroche. 

M. Laroche. — Allons, tiens-toi bien chaudement. .Adieu, 
mes bons amis. Et il s'éloigna. 

Desnoues (<i Pierre). — Eh bien! Pierre? 

PlEUUE. — Eh bien! il me paiera comme il a payé la mère 
Gallois, en fluxion de poitrine. 

M. Laroche [revenant). — Pierre, je te préviens (pie le 
liniment c'est deux francs. 

PlERUE. — Oui, monsieur Laroche. Voulez-vous que je vous 
paie d'avance? 

M. Laroche. — Par exemple!... est-ce quo je ne suis pas 
sûr de toi?... Adieu !... adieu! 

Tel était l'homme qui devint mon ennemi ; ajoutez à ce por- 
trait une force de haine comparable à sa force physiijuo, une 
jabnisie envieuse de ce quo je gardais ma dignité vis-à-vis des 
paysans, et enfin, un dernier mot. un litre (pii vous dira tout 
ce que j'avais à redouter de lui... il était membre du Iribunal 
révolutionnaire. Quand la révolution avait éclaté, il s'y était 
joie av(^c fureur, cl des !MI elait arrivé à 93. Il dominait à la 
ville dans sa serlion par l'audace de ses conseils proscriplCHi-s, 
et déployait là llK'oriipienieiil ce mépris de la vie des autres 
(pi'il aviiit montré dans ses aciious comme soldai cl comme 
médecin. Je l'avoue, malgré mou diplôme, je Iniiiblais devant 
lui. Quand nous nous rencontrions, sui regard jaloux et cruid 
lombail sur moi comme sur une proi(\ cherchant une idace ou 
il pourrait me frapper II seuildait (pie sa haine devinait en 
moi (pi(d(pie litre caché (pii me livrerait à lui. J'envidoppais 
dans nue dignile calme cl dans un silence sévère tout ce (pii 
aurait pu nie trahir... ; j'effaçais mes gestes, mes pai-oles, ma 
démarche babilnellc..., et ponrtaul je n'étais pas sans crainte... 
.S'il avait su (pic j'étais lu-ètre! .. Eh bien!, eh bien! il le 
sut! 

— Comment? 

— Il l'aïqirit! on le lui dit! 

— Qui donc? 

— .Moi! 

— Vous!... 

— Oui, moi! . Je n'oublierai jamais ce jour terrible el cette 



reiini(Mi |ires(|ue solennelle. Mon hOlesse avait pour V(jisin«' 
une jeiine fcMiiiie resU-e veuve avec une jeune lilb' de dix an». 
Tout à coup celte enfanl est prise d'une maladie si lerrilde. 
(lu'en di'ux jours la gravité devint danger, le danger devint 
iiiorlel. .M. Laroche était son mi'-decin; lui l'apjielle. Tout ci- 
(|u'il essaie demeure impuissant... La destruction avançait. 
Eperdue, la mère demande d'autres soins, d'aulres eoiis>-i|s. 
u \l. .\ul(ry! je veux M. Aubry ! » On me fait venir; un Inii- 
sieiiie iniidecin esl ap|Kde. et le soir, à huit heures, nous en- 
trons dans celte maison pleine de larmes el d'angoisses. La 
pauvre mère nous attendait dans la pièce (l'enln;e; c'est elk 
(pii nous ouvrit, c'est ille <>ui nous introduisit dans cette cham- 
bre, et ric'n ne |ieul rendre .(• (pi'il v eut de décidraiit dan» 
son accent et dans sa figure (ju.-^nd elle arriva devant ce ber- 
ceau, et nous dit ; « La voilà! u ;\oii> la priâmes de s'éloigner, 
et nous restâmes .seuls. Oh! (pie rfu\ i|ui ont trouve un texle 
de scène plaisante dan.s une consiillalion de médecins n'eu uni 
jamais vu autour du lit d'uue |H-rMjnne aimé»;! Celte chainliri' 
obscure, cette lain|n' basse, ce berceau dans l'ombre, ce "-i- 
leiiee, cet arrêt à prononcer;... j'étais saisi d'une sorte de ter- 
reur, il me semblait (pi'oii me faisait luoiiler sur un tribunal, 
el qu'on me revêtait de la toIm- déjuge dans une roiidainnalinii 
à mort. Juge aveugle, juge sans coiinailre la loi sans ba- 
lance, rien (pie le glaive! La pitié vint se j(Mndre à ce .^<•llll- 
iiienl d'effroi, el acheva de me Iroubler. M. LanK-he pril l'en- 
faiit dans son lit; elle poussa un faible gémi.s.s4-ment. el l'iiu 
commenr..i l'examen de ce pauvri- ix-lit corps amaigri. (|ul re- 
tombait plié en deux sur le bras (|ui le soutenait. De teni|(K en 
temps, sans ouvrir les yeux, elle |ioussail de lég, rs cris plaii.- 
lifs qui me perçaient l'âme, el je me détournais |H)iir rachn 
mon émotion : mon émotion m'eût trahi. L'enfant reposi- dans 
sou lit el la maladie expli(piée, nous nous retii-àiiies dans la 
pièce voisine; mais alors ('clala une si eue inattendue, el iitii 
fil bientôt deux condamn(''s à mort au lieu d'un. M. Laroclu 
projiosa un remiîde terrible, mais décisif. " L'enfaiil est |«Tdui 
si on l'essaie, dit le second médecin, el il il offrit un auln 
moyen. — .Si ou s'y arrête, elle est perdue! dit .M. Laroche. — 
Eh bien donc! reprit le premier, «pie M. Aubry pri>u(uice! — 
Moi!... moi!... m'écriai-je, rrap|H> d'éfifiuvante. jamais! jt 
ne... Il Je m'arrêtai; j'allais me trahir! Situation terrible! Qm- 
faire? choisir? c'élail tuer l'enfant |ieut-êliT. Uevélerla vérité? 
c'était me perdre. Plus calme, j'aurais pu me récuser el desi- 
gner un autre médecin. Mais, suqiris par celle attaque impré- 
vue, je ne voyais que l'écliafaud d'un colé. uu cercueil de l'au- 
tre ; et. pressé entre ces deux hommes, l'un à ma droite, l'autn- 
a ma gauche , tous deux me disant : « Elle esl morte si on 
ne le fait pas; elle est morte .si on le fait... « je me taisais, 
éperdu... 

(( C'en est trop, dit le second médecin; (|u'il prononce, ci, 
j'abandonne l'enfanl. 

— .Arrêtez! repris-je vivement. Je la vovais perdue aov 
mains de M. Laroche. 

— Prononcez donc ! 

J'hésitais encore... Le second mi-decin se leva pour par- 
tir... 

— Je ne puis pas prononcer! m'écriai-je hors de moi., j' 
ne le puis pas! 

— Pourquoi? 

— Je ne le dois pas ! 

— Pourquoi? 

— Pourquoi ! je ne suis pas médecin ! 

Je n'avais pas achevé ces mots, que M. Laroche pousse m 
cri sauvage. La mourante, son devoir, il oublie loul; il ii. 
vit plus que sa victime; et marchant à moi les yeux ètinc. 
lants : 

(( Qui êtcs-voiis donc? » me dit-il. 

Je palis; son regard était un arrêt de m"Tl. 

<( De (|uel droit in'interrogez-viMis? 

— Oubliez-vous de ([uel tribunal je suis membre? Pourqui 
êtes-voiis venu ici? pounpioi cachiez-vous voti-e nom? p^mr 
(pioi avez-vous pris un litre faux? pourquoi raeulez-vous . 
l'état, au public?... Qui êtcs-vous?... » 

Et il enfoiiç'ait. pour ainsi dire, chacune de ces interpelbi- 
tious comme un coup mortel... Je me taisais toujours...; je n- 
tais encore quo suspect... Vn mol, et j'étais condamné 

(( Votre profession esl donc bien vile, dit-il amèrement. |.ue 
que vous n'osez l'avouer?» 

Bien vile!... ce mot m'avait fait rougir d'indignation 

(( Puisipio vous la reniez!... 

— Bien vile!... repris-je avec plus d'énergie. .Vh!je le 
laisserai pas insulter mon maître ! 

— Son maître!... Il sert un mi. 

— Oui.... un roi! un roi auguste! tout-puissant! L'n rf 
que j'adore, et dont je ]iroclanierai le nom jusipie sous voln 
couteau!... » 

A ce moment un cri terrible partit de la chambre de len- 
faiit. et la porte s'ouvraut avec fracas, la mère se précipita ai. 
milieu de nous en s'écriani : «l'.We meurt!... elle meurt! 
— Eh bien! m'écriai-je à mon tour avec exaltation.... piiis(pn 
la mort est là. mon rôle commence ! Eloignez-vous médecin^ 
du corps! vous n'avez rien à faire prés de la mourante...; c'es; 
moi (pi'elle réclame...; ma place est aupri-s d'elle... Je sniv 
prêtre! 

Le lendemain je comparaissais dev,-uit le tribunal révolu- 
tionnaire, et l'enfant était sauvée : nue crise d('risive. et (pu 
j'avais favorisée en ne décidant rien, l'avait rendue à la vi( 
Ou n'était pas longlem^is accusé en 93 : a (pialre heures ji 
montais, moi quinzième, sur la charrette fatale; cinq minute^ 
après je pas.sais devant la maison de ma paiivn- veuve, qui s'i - 
tait mise sur le seuil de la iiorte. el sanglotait quand je lui di^ 
adieu de la main ; el enfin un (|uarl d'heure plus lard je m'arrê- 
tais au pied de l'échafaiid. 

« Mais, cominenl donc vivez-vous? n 

A peine si je le comprends encore. Le temps était affreux 
de la pluie, de la neige, et un ciel si sombre, qu'à ipiatr< 
heures la nuit avait presque commencé. La foule cepudan! 
était considérable . attirée et exaspt-réo par le nombre inacrou- 
tunic des victimes. La charrette, comme je vous l'ai dit. en roo- 



I 



L'IIXCSTRATION. JOURNAL UNIVERSEL 



(I a. ni i)iiiiizi' : j'('l;\is. miii. li> ilciiiioi'. assis » rcxli'i'inite du 
Ij.iiic. les mains lirfs lioiTii'ie le clos. Mon cœnr cinil serré, 
mais ji' n'avais pas jii'ur; mon sariilico était fait : je mourais 
|Mini' iivoii' confessé le nonule mon maître... L'échafaud paraît... 
je vois 11' lioiirrean. je vois le couteau... La voiture s'airête... ; 
iiKiii lïi'nr liai plus vite. Comme on craignait cineUpie mouve- 

uiriil dans le peuple, ipii murmurait déjà on eiilniire toute 

la Miilure ilr hmipes; maison m^ pose à l'extréniilé de la eliar- 
lelle pi-és de iimi ipi'un seul soldat.. ; il me tourliait presc|ue. 
!,(■ premier <Mii(laniué descend... : je vois le couteau remouler 
inii;;e. Des cris v Cli'veut dans la fou'.e <pii entoure les troupes 
cl se presse siii' iiims; la pluie redoulde et vient auffinenter le 
li'soidre. l'oiu- en liuir plus vile, on fait avancer la cliarrette 
ili' liiiis|ias; mais un pavé se trouve sous la roue, un calnd 
viideiil nous soulevé; et. (■iiuiine j'étais assis tout à fait à l'ex- 
h-éuiilé du liaiic, je loudie delioul. mais les mains liées, devant 
!e soldai i|ui gardait le derrière de la voilure.,, .l'allais |iarler: 
mais souilaiii.. (»h 1 rimurieii! peindre ce momenl '.' siiiidaiii, 
sans dire une jiarole. sans clianijer de visage, il |iasse viveun^ut 
rnlremoiel la charrette, el seposel'arnH' au liras devant moi.... 
fl me voilà dos à dos avec lui. caclii'- par lui, couvert par l'obs- 
rnrilé, presipie mêlé à la foule i|ui faisait plier le cordon de 
iionpes, et, immoliile, éperdue, attendait la fin de cette scéni". 
Le sacrilice se |ioursnit au milieu des cris et de la confusion ; 
j'entends descendre chacun de mes compagnons; je compte : 
linize... treize... ipialorze... ; c'estmon tour, on va mappeler ! 
(;irl ! on se lail ; la foule se préri|)ile autour de l'échafaud. les 
houpes se dispersent : je nn' jette dans le peuple sans avoir pu 
serrer la main de mou liienfaileur ; et. ]iorté par les flots de la 
mnllilude. j'ai-iive i''f;ari', ruissidanl de pluie, dans un chantier 
.111 je me cache jusi'pi'a la nuit ciimplele. La nuit venue, ma 
lèlè un peu cahuee et mes mains ilélivrées, je me hasarde ilans 
les rues, et je me dirige vers la maison de mon hôtesse. .Lar- 
eive. je regarde |iar la croisée : on était à souper. La pauvre 
reniine. je la vois encore, tenait à la main une honchée de 
pain (pi'cdle oïdiliail de porter à ses lèvres, et elle pleurait, .je 
frappe loul diiiiceinenl..., on m'ouvre. « Ah\ — Silence! n 
l ne fois là, mes larmes éclatent, et je tombe à genoux en re- 
inerciaul Dieu. Je leur contai tout. On me tint cai'lii' li'ois 
jours. |inis je revins ici, où l'on ne songeait plus à me chercher, 
cl ou j'ai vécu jusipi'à mes iiuatre-vingt-deux ans, ce dont je 
remis grâce à Dieu, car j'ai fait un peu de bien, je crois. J'ai 
aimé, j'ai été aimé, et je serai pleuré..., pas de si tôt encore, 
j'espère... l'iiis il ajouta gaiement : Je marche sans bâton, je 
lis sans lunettes, et j'ai là une liouleille de vieu^ vin de Bour- 
gogne doiil je veux prendre avec vous un verre, sans ipu- ma 
main Ireudiie eu le portaul. 

Il prit la liouleille : 

.\ viilre hou vovage, nmn jeune liole...; quand je partirai 
|ioMr le mien, je veux ipi'on vous en fasse jiart, et vous vous 
direz : « .\h '. ce pauvre curé liarliois! Quel dommage ! c'était 
•m brave liinnme 1... » It msoir. mon hole ! 

E. Legouvé. 



■litiCeUanceit 




nom du comte de l'aris. cette part honorable de l'héritage pa- 
ternel. 

Le président de la Société est M. le comte de Noé ; les vice- 
présidents. MM. Taylor et de Gassaud. 

M. le comte Caccià est trésorier; le secrétaire et les vice-se- 
crétaires sont MM. Valpinçon et Leblajic. Brocard et Duchesne 
aîné. 

De 1817 à 1842, la Société des Amis des .Arts a fait exécuter 
à grands frais ])ar nos plus habiles graveurs trente-deux pré- 
cieuses reproductions des tableaux célèbres des maîtres français 
el étrangers. 



Les principales sont ; Daplinix ri Chine (\'\\('r^cnt^ \f Zéphiir 
de Prud'hon. Saphn de Gros, la Suinlr Anne cl lu Viviuir de 
Léonard de Vinci, gravées par Laugier ; /« /'.ff/c/iéde l'rudbon. 
gravée par Millier ; la Justice el lu Veiuieuvre ilicinc de 
Prud'hon, gravée par Gelée ; Neplune et Àmphilrile de Jules 
Bomain, gravée par Bichomme ; enfin le Convoi d'un aine 
(le famille de Léopold Robert, gravé par Prévost. Un exem- 
plaire de ces gravures est réservé à chacun des membres ac- 
tionnaires de la Société; quant aux tableaux et aux objets d'art, 
ils sont adjugés par la voie du sort, à la suite de l'exposition 
ipii clôt chaque exercice. 



EXPOSITIO.X DE l,A SOClliTE DES AMIS DES AKTS. 



la Société des Amis des Arts a ou- 
^ si'ances. au Louvre, son exposition 



Diqiuis ipielqni's j 
verl dans la saUe di 
annuelle. 

Celle soiiélé a élé l'ondée avant la ]\évolntinn ; mais son in- 
llneiice était alors excessivement reslri'inle, tant par l'exiguité 
de ses revenus que par le petit nombre de peintres en France 
a celte époque. 

La P.eMiliiliiiii iulei innipil ses travaux; les derniers temps 
de la Ri'qiuliliipn' el eeu\ de l'Kmpire laissèrent peu de loisii- 
pour la eull lire des lie.iux-arls, les graves questions de la guerre 
r.iisanl doiiiiiiei- leur intérêt |)uissant sur tous les autres inicrèls 
du pays. 

La paix, avec la r.eslauraliou. jeta tout à coup dans les arts 
une l'unie iniiceii|ièe. Les gj'ands noms des Gérard, des Gros. 
des l'rnd'hon, des Gnèrin, elc. étaient seuls connus; les tra- 
\aux. peu iiiimliieiix du lesle, leur revenaient de droit, elles 
jeunes talents aliniidoniiés s'en allaient à la merci de la faim et 
(In désespoir. Quelques honunes éclairés, frappés de la gravité 
de la position, se n^ssonviurent qu'il avait existé une société 
vouée à l'encouragement des talents naissants et malheureux ; 
ils résolurent de la rélahlir sur de nouvelles hases plus larges 
el plus solides. Le diii' de Berry leur prêta s'iii apjini el l'anlo- 
rilé de son palrouage, el. daus'lc courant de l'amièi» ISI7. la 
.Société des Amis des .\rls fut reconstituée. Parmi les artistes 
/(pi'ellr prit alors sous sa protection, nous devons citer Xavier 
Lcfrrinrc. qui lui dut une partie de ses succès. 

Depuis, elle a su distinguer et former pour ainsi dire, à force 
de coinniandes, le jeune Tanneur, l'un des peintres de marine 
aimes du public. 

A|irés ISôO, la Société des Amis des Arts avait été patron- 
née par le duc d'Qiiéajis; la duchesse d'Orléans a accepté, au 




Jamais peut-être aucune exposition de la Société des Amis 
des Arts n'a été aussi brillante i|uc celle de 1845 

Sans s'écarter en rien du but ipi'idle s'est proposé, celui 
d'encnuragiM' les jeunes talents, elle a su former une collection 
fort lemarquable. 

^ons ne saurions trop louer l'esprit qui a guidé ses choix, 
faits en grande partie parmi les tableaux du dernier Salon. 

^oiis avons |iarlieulii'renieut remarqué /</ Salhjarlidn. jolie 
composilioii de M. Giùlleiiuii. C'est un jeune artiste riant à 
cœur joie devant un tableau qu'il vient d'esquisser. Cette petite 
toile, remplie d'esprit, de finesse et d'observation, est en 



même temps fort remarquable sous le rapport do dessin el de 
la couleur. 

Le Marêeaye, par M . Jules Coignel, est un cliarinaut paysage 
bien peint, bien composé et d'un aspect délicieux. 

Les deux paysages de .\L Karl Girardet, les ]t(iiile<ln<jues de 
M. Buisson, la Marine de M. Morel-l'alio. la Jeune /ille el 
le Serin, de M. Caminade, l'Enfant el le Chien de .\L Gué. le 
Charlcs-Quinl de M. Coulon. el surtout le pn'cieux petit ta- 
bleau de Nature morte de M. Philippe Rousseau, nous ont 
paru dignes en tout de l'intérêt que la société leur a témoigné 
en les comprenant dans la répartition de ses fonds pour 1845 



P.MIIS AL CRAYO.N. 



Gardez-vous de croire, comme quelques |iersonnes rassu- 
rent, qu'on ait amnistié le ridicule en France. Rabelais et Mo- 
lière, ces deux grandes gloires de l'esprit français, comptent, 
il est vrai , peu de disciples fidèles, peu d'heureux imitateurs ; 
la tradition du rire semble perdue. Les journaux, égarés dans 
l'inextricable labyrinthe du feuilleton sentimental, ont renoncé 
à la satire ; la muse comique, un pied chaussé du cothurne 
classique, l'autre du brodequin du moyen âge, court en boitant 
à la |ioursuite d'un but impossible : le théâtre a cessé d'être 
l'école des mnnirs [lour devenir un kaléidoscope. N'importe ! 
le crayon a recueilli le double héritage de la plmne. le journal 
et le théâtre. 11 n'y a jdus de satire, il n'y a plus de comédie, 
il y a la caricature 1 

.Autrefois la gaieté était française, et même un peu gauloise. 
La caricature est parisienne; elle a commencé, fl.ànant au bras 
de Laiitara, dans les guinguettes verdoyantes de la banlieue. 
Depuis, son éducation s'est perfectionnée; elle a vu les ateliers, 
les théâtres, les salons même, car la caricature a été intro- 
diiile dans le monde, et vraiment, à part quelques expressions 
hasardées et un laisser-aller parfois trop grand, elle n'v a point 
fait mauvaise figure. 

La caricature est bonne fille au fond, et bien des gens lui en 
font un reproche ; sa moquerie ne va pas jusqu'à la méchan- 
celé ; elle pince quelquefois, mais jamais jiisipraii sang ; au lieu 
d'un foiiel elle est année d'une épingle ; elle combat à la lé- 
gère, el ne Messe qu'eu égratignanl. C'est bien là \r geni'e de 
veiigeaiiee qui niiivient â la société de notre époque, ou la mo- 
rale ne se plaint qu'à voix basse, ne s'indigne qu'à demi, met- 
tant Ions ses soins à dissimuler sa présence et craignant cepen- 
dant de se faire oublier. INous lui viendrons en aide ; dans nos 
colonnes, elle aura le verlic haut. ISotre caricature a piis des 
habits d'homme. Arriére les petits mots, les petits caquets, les 



petites médisances. Regardez ces yeux brillants, cette bouche 
souriante, ce crayon effilé comme une dague; c'est pour mieux 
voir le ridicule, pour mieux se mo((uer de lui, pour mieux le 
clouer sur le papier. Les bras vigoureux de l'artiste comique 
poussent la porte qui défend l'entrée du monde ; si elle résiste, 
il l'enfoncera. Venez donc, vous tous qui avez de la verve, de 
l'esprit, de l'observation ; notre galerie d'illustrations drola- 
tiques est loin d'être complète, il y a place pour tous ceux qui 
voudront nous apporter un type nouveau. 

Quelle mine plus féconde à exploiter, quel pins beau thème 
à broder que Paris ! Gloires nouvelles, réputation du jour, 
splendeurs du moment, royautés de la mode ou de l'esprit, ten- 
dances des mœurs et de l'industrie, beaux-arts, littérature, 
théâtre, galanterie même, tout change, tout se renouvelle, tout 
se modifie avec la rapidité d'un songe. L'existence parisienne 
est un drame féerique, une comédie à tiroirs dont les décora- 
tions changent sans cesse, où se résument en transformalions 
perpétuelles, la richesse, la beauté, res])rit du monde entier. 
C'est là un des côtés du tableau, celui qu'on montre le plus vo- 
lontiers ; mais il en est un autre qu'on ne doit pas laisser dans 
l'ombre. Au-dessus de Paris , plane sans cesse une rumeui- 
sourde ipie ne peuvent éteindre ni les roulements des voitures 
dorées, ni le bruit des instruments de fête, ni les chansons de 
ceux qui sont heureux : c'est la voix de la misère (pii va se 
lierdre dans le brouillard froid et humide, harmonie terrible 
que le vent emporte sur son aile, jilainte funèbre ipii ne se lail 
ni le soir ni le matin. Nous ferons l'histoire de cette misère, 
nous dirons quels cœurs battent sous les oripeaux ; nous mon- 
trerons le peuple tel qu'il est. et surtout tid qu'il devait être, et 
cela sans fiel, sans haine, sans passion: dans nn cas semblalde, 
la ri'alilc' vaut mieux que l'imagiiialiou. el la vériti'' est la mcil- 
! leiire de loules les satires. 



L'ILLLSTItAllUN, JOLllNAL IMVEliSKL. 



Maisla nr se lionin-a |ii)inl noliv l'olc. Iln<- s'agit d.TicMiinm.s 
(iiir dilluslici- rW.u\m- aniirt; ce roman en trois cent soixaiilc- 
,.•„„, livraisons, intitulé /'"n>. C'ost la physiologie p.rman.-nf 
de la capital.' «lur nous voulons faire avec le. crayon. Il faut 
.,ue ceux ipii n'ont jamais vu Paris puissent le visiter dans nos 
Mlonnes, que ceux (jui l'imliitenl le recomiaissent, (pie ceux 
,,ui l'ont (piitté le retrouvent; car Paris se désapprend comme 
toutes les grandes clioses d.- la vie. Soyez toujours amoureux, 
vousipii voulez aimer; mairhez sans cesse, vous (pn voulez 
parvenir. Que la lampe dlléro s'éteigne, et I.éandre ne pourra 
|dus traverser le Bosphore. Poiu- comiM-endro Paris, il faut l'é- 
tudier sans cesse. Si vous le perdez un seul instant de vue, 
vous ne le reconnaissez jilus, il a changé de fin-me. Si noiis 
n'avions pas ahusé de la métaphore, nous c(un|iariTions Pans 
à Protée. On nous iiermeltra d'es.iuivcr ce par;dlelc tradi- 
tionnel. 

Que de gi-ns (jui méc aissaienl «elle véiilc ont fini par la 

reconnaître ! A peine a-t-ou ipiilté h' houlevard, que déjà onle 
regrette; ou n'éprouve point la maladie du Jiays, car Paris 
n'est h; pays de personne, mais nue indétinissahle nostalgie. La 
vie est un cauchemar )ierpélui'l : vos hahits vous gênent, l'exis- 
liMU-e a les entournures trop élndles ; vos hottes vous hlessent, 
Idules les figures vous semhlent maussades; les meilleurs mets 
vous dégoûlenl, el vous avi'z faim en songenni aux restaurants 
à vingt-deux sous. Ou est atteint d'une affcctiou liizarre, ini-rdié- 
rcnte, difficile à guérir, ipi'on ajipelle h' mal de Pans. 

C'est chez nous ipu' ceux (pii veulent voir Paris, ou le revoir, 
di'ux maladies analogues, viendront se guérir. Nous leur es- 
(luisserons Paris tel cju'il est, nous raconterons ses goûts, ses 
sympathies; nous montrerons ses grands poètes, ses grands 
avocats, ses grands acteurs, ses grands financiers, ses grands 
dnntein-s, tout le personnel de sa gloire d'aujourd'hui et de sa 
gloire de demain, nous n'ouhlierons ([ue les céléhrilés de la 
veille. — Hier n'est pas un mot parisien. — Un journal seul 
peut mener à hien cette œuvre giganlesiiue. parce ipi'il change 
sans mourir; c'est l'Ame et le génie de la villi'. Un journal, 
c'est Paris volant. 

]Ne vous attendez pas à retrouver sous notre crayon ces 
types de convention ipii rendent Paris si monotone quelquefois, 
qvi'on est tenté de croire que sa réputation est la plus consi- 
dérahle des réputations usurpées. Notre étudiant ne dansera 
pas inévitahlement le cancan à la Chaumière ; Tmtre jeune fille 
ne se ]]résentera pas avec son invariable cortège d'ânes rétifs, 
de rulians froissé's, de baisers jetés d'une mansarde à l'autre ; nos 
hommes de lettres ne fumeront pas perpétuellement le laltakic 
odorant sur des coussins d'or et de soie, ils n'auront pas non 
plus, contraste familier aux observateurs, les coudes percés, 
les bottes éculées, et le feutre gras ; toutes nos femmes de 
lettres ne seront pas ridicules, et tous nos écrivains n'auront pas 
du génie; le foyer de l'Opéra ne sera pas pour nous le centre 
de la politique européenne ; notre intention n'est pas de faire 
de res|U'il quand même. 

Apres les mnnu'S viendront les idées. L'histoire îles hommes 
l't des ciioses litti'l'ain's appelle l'attenlion du caricaturiste. Il 
l'aul liien que l'on sache aussi ou en est la nuise de 1830 ; cette 
jiMuie fille qui avait le cœur d'une Allemande, le regard d'une 
Italienne, la passion d'une Espagnole : ne l'apcrcevcz-vons 
pas déjà vieille el ridée, découpant des romans au fond d'une 
boutique obscure"? elle en a de toutes les dimensions, de tous 
les modèles, de tous les prix : patron Waller .Scott, patron 
Byron, patron Cooper, patron Goethe; elli' fait tous les genres 
au rabais. C'est une revi'iideuse à la littérature. La muse s est 
donné un associé qui s'a|qielle le jciurnalisme ; celui-1 1 soi- 
cupe sans cesse à prendre l'empreinte ih' tout ci' qui sui i;it d nu 
peu original pour le reproduire ensuite ; il dresse de malheu- 
reux jciiiirs gi'iis A imiter, avec la cire molle île leur style, 
tiuiles les coiuieptions vigoureuses. INos grands écrivains sont 
parodiés ainsi journel'.ement dans ces feuilletons-Curtius qui 
détruisent tout ce ipii reste eiu'ore d'espiit littéraire eu 
France. 

Ainsi donc, ce n'est pas l'espace qui luiiis manque. Mo'iu's. 
caractères, passions, idées, seutiineuls, ce qu'il v a de iierma- 
nent au fond de Paris, ce qui jette le llux des événements, aris- 
tociatie. peuple, bourgeoisie, artistes, ^nis du monde, indus- 
triels, il n'est pas un côté du cifur mi ili' lintelligeiwe que nous 
ne puissions ex]dorer, pas uiu' classe delà société qui in> s'offre 
.1 nos investigations. Que les artistes se présentent donc en foule, 
la plume leur offre ici une association bieuvi'illante ; c'est à eu\ 
à faire revivn', ,ivec leur crayon, raulique maxime rastifiul 
lidemli). qui ne se lit plus maintenant ni sur la couverture dr 
nos livres, ni sur le rideau de nos thé.itres. 

Pour commencer celte série, Graudville a ri^SMiué tous 
les ridieuh's du momeiil. Le crayiui a rédigé' la synthèse de 
l'actiudité. 

La caricature ouvri' la porti' du journal à tous les ridicules 



elle a emprisonnés depuis longtemps dans ses carions. Voici 1 boivent dn cliam],agi)e dans un cornet a pistr.n. double person 



d'abord la canne à sucre et la betti'rave qui se poursuivent 
brûlant d'éteindre dans h' suc l'une de l'autre la haine qui les 
fait sécher sur piaule; celle jeune grenouille en frac et le cha- 
peau sur loi-i'illc. ipii cherche à se faire aussi grosse c|ue la ca- 
ricature, c'est nu symbole de l'amoiir-propre qui dévore noire 
malheureuse époque ; ces ileiix enfants a peine échappés de 
nourrice, portant l'un une pipe et un pab'tol. l'autre un manchon 
el des plumes, n'est-ce |ias là une charmante traduction de ce 
liroverbe, ipii devient nialheureusement plus vrai de jour on 
jour : 11 n'y a ]j1iis d'enfants I 

Regardez cette femme avec sou chapeau élri(|ué, ses boucles 
de cheveux dépassant la ci'inture. son air [linc.é, ses allures de 
vieille ei.quelte, voila la mod.', saluez la déesse, el gardez-vous 
ileiitr'ouvrir h' livri' qui' ce jif «.«cur profond lient à la main 
avec tant de lomponclion, vous n'y trouveriez que du vide. Il 
vaut mieux i auser un moment avec ces deux débardeurs qui 



liiin du carnaval actuel. 
Cet homme qui porte une colonne sur smi dos. i-'esl ui ar- 
chilecle de rCmpire; voyi'Z celU- lioule au sonimel du iiionii- 
ment, e'esl le r/fH.r miinde : gare dessous '. le vieux ninndi' 
peut s'écrouler d'un inslanl à l'autre ; fuyons. Mais un nuire 
danger nous menace. Quel est ce volume qu'on hisse .ivec Uiiil 
de peine avec cet iiislruNienl vulgairenieul appelé thècrt'f 
Cl- sont les l'm'tiet li-ijhet d'un auteur bien connu. Si la eordi' 
venait à casser, nous serio 's écrasés par ces feuilles fugi- 
tives. 

Ici. un capitaine anglais grimpe sur un mandarin cliiiiois 
c(ui 'passez-nous l'expression en a plein le dos; lé se drc'ispnl 
des cheniins de fer iwrlatifs . dernière expression du progrès 

industriel ; ce clia|ieau sur boite, c'est l'art l'I le dajjuer- 

réolvpe : k soleil ilrtxiiié pur tin'-mrmv. Que peul-ouiiivenUr 
après cela '? 




(l';ins an ciayoïi, Cari.auiiv iiar C.ramU illo.) 



— I.ailHiiiiistialioiMlil .Musée d 
dans la s.ille îles linluzes une iiis 
de pliunb qui. dit-on. a é 
statue lie bronze d'ancien 
.111 centre de la galerie. Ci 
du nom de deux aiiistes ili 
sont d'une forme telle que 
,'uatre. il fauiliait f ' 



I.ijUVie vient de faire placer 

•riptiou traci'i' suc une lame 

■e dans l'intérieur de la belle 

il est placée sur un piéileslal 

■ iusrription iloime les fragments 

l'un est Hhodien: les caraclères 

i l'iin s'en rapnorlail à ce témol- 

ndre au si nd siècle axant notre 



e trou 
stvh' . 



ère un monument que l'on a considéré jusqu'à présent comme 
anlérieiir a l'Iiidias. .Mais il s'est rencontre des esprits S0U|> 
eonueux ipii ont révoqué' l'u doute l'authemicile de cette lame 



(le plomb, el qui ont pensé que ledirccteur du Musée avail tiiq 
facilemenl accord.' couliance au n.'Itoyeur i^Ui dit 1 avoir troiiv.'c 
Ces doutes ont été r.msiirnés dans un article imprime dans li 
revue qui a pmir liliv : Le Cabiml tir rAnlimianc Le so.is- 
conservaleilr du .Miis.'e. .pii s'.'sl cru engage dans la .luest.oe 
a HMiondu par une brocliui-e dans laquelle il rlierrhe a prouM i 
ranti.iHilé de rinscrlpli.m sur plomb. C.Ile p.'tite .luen'lle .„ - 
cupe vivement le monde des antiq^uain's ; .-lie doit intéresser 
aussi les artistes, puis.pie. en définitive, il s'agit d.; n>nverser 
les idées généralement reçues louchant h' style de I art .les an- 
.ieiis s.-uliileni-s 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



Corrcspoiidanco. 



(Il nous sciait impossible, dès à présent, de répondre par let- 
tres à toutes les personnes qui veulent bien nouséerire, soit pour 
nous donner des conseils, soit pour nous offrir leur eolUibora- 
tinn, soit pour nous faire des questions sur notre but et sur les 
moyens que mms comptons employer pour ratleindre. Nous nous 
voyons donc obligés d'adresser nos réponses à la plupart de nos 
correspondants inconnus, par la voie même de notre journal. 
Un mot suflira souvent pour que toute notre pensée leur soit 
connue. Quelquelois aussi, une seule réponse préviendra un 
^'rand nombre de questions, de doutes ou de critiques. Nous 
:ivons besoin d'économiser le temps. ) 

A. M. P. t., rue du H. — La critique est juste, et nous en 
tiendrons certainement compte. 

A. M. /)., boulevard Saint-Martin. — Mille remerciments ; 
les sujets indiqués nous conviennent; M. D. en verra la preuve 
dans nos prochains numéros. 

A M. R-, d'Orléans. — En aucune manière, notre résolution 
a<elégard ne changera point. 

A un anonyme. — Notre premier numéro n'est point un spéci- 
men; il s'en faut de beaucoup qu'il contienne des exemples de 
tous les sujets que nous nous proposons d'illustrer. On ne pourra 
point juger l'étendue et la variété de notre plan avant plusieurs 
mois. Nous doutons que l'auteur de la lettre ait lu le premier 
article de notre premier numéro : Notre but. Nous le prions 
surtout de vouloir bien prendre au sérieux le dernier paragra- 
phe de cet article. La tSche est difficile : nous avons besoin de 
liienveillance et d'encouragements. 

A Madame A. L..de Versailles; MM. 0.; Y. T.; G. de Saint- 
Quentin. — Madame A. L. nous conseille de ne point représen- 
ter les scènes des théâtres et les acteurs, et de donner plus de 
place aux affaires criminelles, correctionnelles, à la musique 
et dux modes. — M. 0. pense tout le contraire. — M. V. T. n'aime 
aucun de ces sujets, et demande surtout des œuvres d'art et 
des caricatures. — M. G., qui se méprend apparemment sur le 
-.eus de notre titre, voudrait qu'il ne fût question (|ue des hom- 
mes et des femmes illustres. — Nous sommes désolés de ne 
pouvoir mettre les quatre correspondants en présence les uns 
des autres; ils se répondraient sans doute mieux que nous ne 
pouvons le faire. 

A M. Pr. —Jamais, Monsieur. Quelle idée! 
i .-1 M. V. —Si nous suivions le conseil de M. \., l'Illustration 
n'aurail.pas à espérer deux mois d'existence. >ous nous expli- 
querons, du reste, de la manière la plus explicite sur ce sujet 
en tète d'un des prochains numéros. Nous ne sommes enrôlés 
sous aucun drapeau; nous ne sommes au service d'aucun parti. 
A Madame ou Mademoiselle E. N. — Nous ferons part de 
l'observation très-fine de l'aimable correspondante à madame 
Constance .Vuhert qui rédi.^e nos articles ;sur les modes, et iiui 
voudra bien se charger de Ini repondre directement. 

.1 M. J. d'.imiens. — Il est impossible de trouver un titre qui 
Milisfasse tous les esprits. Le mot //iHS(roao(-., indique notre pro- 
)i'l de rendre pins inielligibles, d'éclairer, en quelque sorte, au 
moyen de gravures sur bois, tous les sujets que nous traitons. 
Ce n'est pas un mot étranger : les Anglais nous l'ont emprunte, 
comme tant d'autres excellentes expressions de nos pères. On le 
trouve souvent employé par nos vieux auteurs dans le sens on 
nous l'employons ici. Les miniatures, par exemple, illustraient 
les manuscrits. Le mot journal, qui vient ensuite, exprime 
notre intention de nous approcher de plus en plus du caractère 
d'actualité qui distingue des livres, et des autres recueils, les 
léuilles quotidiennes. Nous publierons les nouvelles de toute 
nature, et nous prendrons soin d'éviter tout ce qui est unique- 
ment rétrospectif. 

A M. Ch. G. — Nous ne savons pas encore si nous accepte- 
rons des pièces de vers : nous regrettons de ne pouvoir donner 
une réponse plus favorable. 

.1 M. M. de L. — ,\^ssurément. Nous représenterons fidèle- 
ment, et avec toute la rapidité po.ssible, tous les faits d'Algérie 
dignes d'intérêt. Nous avons établi une correspondance active 
avec des artistes qui sont sur le th. àtre des événements. 
-1 M. de B — Les portraits demandés paraîtront en avril. 
A M. S. M. — Oui, le 25 mars. 

A M. .Im. — Nous ne venons faire concurrence .i aucun re- 
cueil existant. L'avenir le prouvera. Notre plan est nouveau et 
nous nous éloignerons de plus en plus de tout ce qui a été fait 
jusqu'à ce jour; autrement notre pensée première ne serait point 
réalisée. Si l'on songe que les moyens d'exécution étaient pres- 
iiue tous â créer, que nos graveurs passent les nuits à travailler, 
que nous imprimons la \aleur d'un volume entier chaque se- 
maine, on voudra bien attendre avant d'exiger beaucoup plus 
que nous ne faison.s. 

-t un anonyme de Caen. — Il est vrai qu'il y a dans cette di- 
rection unécueil a redouter. Nous consulterons le bon sens et le 
goiU public. Notre ferme \olonté est de ne blesser aucune con- 
venance et de ne jamais donner droit à personne de condam- 
ner l'influence qu'il pourra nous être permis d'exercer sur les 
lecteurs. 



Bfbliosrapbie. 

BULLETI.X lilBLIOCllAniIQLE FB.\N0.\1S. 

.V. B. En fondant ce bulletin bibliographique, que nous pre- 
nons l'engagement de publier régulièrement chaque semaine, 
notre intention n'est pas de fiiire de la critique proprement dite ; 
nous voulons seulement appeler l'attention de nos lecteurs sur 
tous les ouvrages sérieux et utiles qui paraissent, soit en France, 
soit à l'étranger. Dans ce but, nous leur donnerons, toutes les 
fois que nous le pourrons, une analyse sommaire des matières 
que ces ouvrages renferment. .V cette analyse, nous ajouterons 
parfois un éloge, plus rarement une critique; car nous ne par- 
lerons que des livres vraiment digues d'obtenir une place dans 



notre bulletin. Jadis les journaux politi(pies s'empressaient de 
signaler, à l'envi l'un de l'autre, les publications importantes; 
mais la presse n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était autrefois. 
Retirez-lui le produit de ses annonces, et elle cesse d'exister. 
Elle ne donne place dans ses colonnes à aucune nouvelle, — utile 
cependant à connaître, — dont elle espère se faire payer un jour 
l'inserlion par les personnes intéressées à la répandre. Constituée 
sur d'autres éléments, mue par une impulsion contraire, l'Il- 
lustration annoncera, en les analysant, — dans le triple intérêt 
du public, des écrivains et des éditeurs, tous les ouvrages fran- 
çais ou étrangers qui mériteront, à des titres divers, d'être con- 
nus, lus et médités. 

De ta Puissance américaine. Orijjine, inslitulion, esprit poli- 
lii|iie. ressources militaires, agricoles, commerciales et in- 
(liislrielles des Etats-Unis; par le major Glillau.me Tell 
Put ssi.x. 2 vol. in-8 de 52 feuilles 3/4, avec carte. Paris. 
Coipieliert. 10 IV. 

Le litre seul de ces deux volumes indique qu'ils ne ressem- 
blent en rien à t(ms ceux qui ont été publiés, durant ces der- 
nièrr- Jimi'cs, ^ur les Elals-Unis. 51. Guillaunie Tell Poussin n":i 
pas IV 11".' I;ilinri('n-.i'iii<'iil une Ioiilaui' dl^^ert:llilln sur lis av;iii- 

laur-ou Ir. iiiciinx.iiicnls.le la dr cralic. Loin de lui la pn ■ 

leiillnii ,l'r>.|iii>-ci- dc^ l,ddc:in\ de niiiiirs, ou dr racijnlrr de> 
iniprcoKin^ dr viiyngc. Il n'c^l ni un idéologue, ni ini liltcratcnr; 
il n'aiini' pa- plus'li'S phrasi-s (pic li's llicuric^: ■•a passiiiii iliiini- 
nanlc c>l l.i |.;l-^i^lL dc^ l'.iils; ce qu'il cluiiic, ce ipi'il veut faire 
ciiniKiiii'c :i\:iiii linjt ,i m's lecteurs, c'est la statistique, c'est la 
puissiiKÇc (iitivriiiiiiic, c'est l'origine des populations diverses 
(|ui inmp(i>ciil la Iciliiidion des Étals-Unis, l'histoire de leur dé- 
veloppement, des vicissitudes qui ont marqué leur enfance et 
des progrès incroyables qui distinguent leur virilité : ce sont 
leurs ressources militaires, agricoles, commerciales, indus- 
trielles. 

Le premier volume renferme l'histoire abrégée des premiers 
établissements des Européens dans la partie septentrionale du 
nouveau cunlincnl, des Français sur les rives du Saint-Laurent 
et du Mi-NisMpi, di- K>pagnols dans la Floride, des Aic;lai> dans 
la Niiinelle-Aiiuleli'ire. .V la suite de celle revue lii>liiriipic, 
conliiiiiee jusqu'à nus jours, M. Poussin publie trois docunieuls 
impdi'lanù ; la deelaralidii d'iiidi'peiidance, l'acte de fédération 
et la (■(iiisliliilinn aciuelle des Klal — luis. 

Le second volume, lii'aueoup plus intéressant que le premier, 
s'ouvre par l'exposition des ressources militaires des Kials-inis. 
De ce côté de l'.\tlanli(iue, nous sommes lialdliies a ennsiderer 
les .Vméricains comme un peuple de marins, ilc niarchainls et de 
pionniers, et nous ne soupçonnons pas que l'.Vmériqne, dans la 
prévoyance d'une lutte avec l'Europe, ;e soit préparée à la sou- 
tenir. La constitution de 1787 donnait au congrès le (louvoir de 
mcllrc le pays en état de défense. Celle sai;c mesure fut différée 
pendant pliisiiHU-s années, et l'ertl etc. sans dduie, iiidi-ljniineiil 
sans la -iierre de 1812 avec l'Angleterre. Eu l.sli;. si.iis l:, |,i-,.- 
sidcnce de M. Madissnu, le congres dccrcla ipie les i;ials-l iiis 
seraient mis en elil de dcfciise au moyeu de firlilirallcuis per- 
manentes dont rexiiiiliiin l'ut conliee an général iln ^eiiie lier- 
naril, ipii avait ete aide-de-camp de Napolenn, et chef de son 
ealiiiiel l"|Migrapliiiiue. .M. Poussin a coopère, sous le gênerai 
Bernard, a celle grande mesure et trace un tableau aussi exact 
(pi'inleressant du système de défense adopté par W congrès. Ce 
système a pour principe que la défen.se nationale' ilmi re|i(isei- 
sur l'appui mutuel de la marine, des fortilicaliims, ,1,- mim- de 
coinnmnication par eau et par terre, de l'arniee reL;iiiiereel de 
lu Miiliiv ornMiiiMV. M, Poussin ,.\:,iiiine cdiac un de rcs eleineiils. 
Il |.:isM' CM rcMie, en lr:nl:iiil d.' I.i iii.iniii' iinlihure, son urga- 
nisaliell sii,ressl\e. sim rl.il piVM-id. Il- lli:ilrriel el le personnel, 
les chantiers de cimslruclion cl ilc lepaialion, les pinis de re- 
fuge, les rades de rendez-vous. Il donne ensui;e de i uriciu dé- 
tails sur la ligne de fortification, les fronlières inariliines cl les 
frontières de terre, les arsenaux, les manufactures il'armes et 
les fonderies, la navigation à vapeur, les canaux, les chemins 
de fer, l'armée régulière et la milice. 

Sur la population des États-Unis, M. Poussin a recueilli de 
nombreux documents. L'esprit religieux, l'état de l'instruction 
(luldique, l'instruction agricole, le commerce, les manufactures, 
les classes ouvrières, forment autant de chapitres remplis de 
faits nouveaux, qui font parfaitement connaître l'état social et 
industriel de l'Union. La condition de l'industrie manufacturière 
mérite particulièrement d'attirer l'attention, car elle prouve que, 
sons peu d'années, non-seulement les États-Unis pourront se 
passer des produits manufacturés des nations européennes; 
mais encore qu'ils prendnmt place parmi les peuples produc- 
leurs, révolution qui jettera forcément un grand désordre dans 
l'économie industrielle et commerciale de la France et de l'An- 
gleterre. 

La Polynésie cl les îles Marquises ; voyages et marine ac- 
compagnés d'un vovnge en Abyssinle, et d'un coup d'œil sur 
la canalisation de l'isthme de Panama; par M. Loiis Iîev- 
B.vci). auteur des Eludes sur les Réformateurs. I vol. in-S. 
Paris, 18^'<3. Guillaumin, 7 fr. 30 cent. 

M. Louis Reybaud a eu l'heureuse idée de faire réimprimer 
en un volume in-8 une série d'articles qu'il avait publiés, durant 
ces dernières années, dans la Revue des deux Mondes et dans 
la Revue Britannique. Ce nouvel ouvrage de l'auteur des 
Etudes stir les Réformateurs s'ouvre par un coup d'œil 
sur la science géographique, qui lui sert, pour ainsi dire, de 
préface. Viennent ensuite l'Histoire de la colonisation de la 
.\ourelli--Zi'lande, les analyses des voyages de l'.irtémise à 
Tadi.del'c\pcilitiouderilsfro?abeetde(a^e(ce,(lel8J7,a184l), 
du voyii^e de M. Rochet d'Héricourt dans l'Abyssinie méridio- 
nale. .V des rellcxions pleines de juslesse sur l'accuir de noire 
miiriiie cl a des documents slalislitpies sur la fUitlv française 
l'U ISil, succèdent enlin, deux euneu\ chapitres sur les iles 
Man/iiixesi-t sur la canalisation de L'isthme de l'unamn. .\u- 
cun .'( I i\:nii iniitemporain ne résume avec plus d'inlclli'^ciice cl 
ii'e\|Hise :i\,r |dus de Clarté une (iuesli(ui c(Milrnversei', ipic 
M. I.imis Heyliaiid. Non-seulement il couiprciid aduiirahleiiienl 
tous les sujets i|u'il traite, — lusiMn-e, |i|iilnsopliie, voyages,— 
mais il a, en outre, le talent de les r.nre ei mprendre à ses lec- 
teurs. Aprèsavoirlu sesÉludes sur les Keroriuatcurs, ou connaît 
mieux les systèmes de Saint-Simon, d'Owen et de Fourier, que 
si on avait médité pendant longtemps leurs ouvrages et ceux de 
leurs disciples. Le volume intitulé : la Polynésie el les iles 
JJ/ar^Ki'ses remplacera avantageusement dans toutes les biblio- 
thèques, les diverses relations de voyage dont il renferme l'a- 
nalyse. 

Voi/açic au péile sud et dans l'Océunie, sur les corvettes TjI^- 
Irolube el la Zélée, exécuté par ordre du roi. pendant les 



anni'cs IS37-I838-1839-1S40. sons le roniniandement de 
.M. Dt .Mo.NT «'L'iiViLLE. 34 v(duincs grand iii-H" ilc pins 
de 700 pages, avec un allas c uilcnani environ 320 planihcs 
in-folio, piihlié par livraisons de 3 ou (! pianclics el 04 cartes 
liydr(igra|iliiipics. — Paris, Giilc. liliraire-éililcnr. (IhaqiU' 
vidiiinc Ij l'r.: rliaque livraison de iilanclics . 12 fr. iillc. 

La mort malheureuse de l'amiral Duinont-irUrvilIc n"a apporte 
aucun retard à la publication de la relation de son voyage. 
L'ouvrage complet se divisera en huit parties : 1. Histoire des 
Voyages, t0vol.2.Zoo?o,7îe,6vol.3. Rolanique,i vol. 4. Anthro- 
pologie et l'hysiologie humaine, 2 vol. S. Minéralogie et déo- 
logie. 2 vol. 6.P/u7o/o.(/ie, 4 vol. 7. Physique, i vol. 8. Hydro- 
graphie, 2 vol. Le quatrième volume de l'IIistoire du Voyage 
vient d'être mis en vente. Ont dcja paru : .Atlas pittoresque, 
18 livraisons; Zoologie, 2 vol. Bolnnique, 1 vol. Physique. 
1 vol. — Avons-nous besoin de rappeler, eu aiinoncanl celte belle 
publication, que le voyage au pôle et dans l'Oeeanie.ilc l'Astro- 
labe el lie la Zélée, est, de Iiinles les expediljiuis cnlreprises et 
•achevées dans ce siècle par la marine française, la plus récenle, 
la plus glorieuse peut-être, et la plus féconde en résultats nou- 
veaux. 

Manuel de l'Histoire générale de l'Architecture chez tous les 
peuples, cl parliciiliercmcnt de l'architecture en France au 
iiioyen-àge; par D.VMEL RamiÏe. 2 vol. in-12. Paris. 1843 
Paulin, 10 fr. 30 cent. (Avec de iionibreuses gravures sur 
bois.) 

F'Is d'un architecte, architecte lui-même, M. Daniel Ramée 
avait depuis sa jeunesse conçu le projet d'écrire un jour une 
histoire complète de l'architecture. Pendant plus de vingt années 
il étudia tous les grands monuments de l'antiquité et des temps 
modernes; non-seulement il cherchait à comprendre leur en- 
semble et leurs détails, mais il s'inquiétait, comme il le dit lui- 
même dans sa préface, de l'époque his|orii|ue à laquelle ils fu- 
rent élevés, du génie du iieuplc qui les éililia, des circonstance-s 
el des idées (|ui piesidereiil a leur construction. Aprèsavoircom- 
pulsc, en outre, les divcus luivrages français, anglais, italiens, al- 
lemands, espagnols, ccriis jusipi'à ce jour sur l'art auquel il a 
viiiie une alTcctiiin parlieuliere, il \ii'ntdese décider à publier 
les rcsiillals lie ses Inngs el cdiisciencieux travaux. 

Le premier volume du .Mninirl de l'histoire générale de l'Ar- 
chiteelure est consacré a l':inii.puie, \r second au moyen-àge. 
M. Daniel Ramée se prn]ids,. ,!,. ediii|idscr plus tard un troisième 
volume, qui contiendra l'Iii-ldire île l'architecture au seizième 
siècle et aux siècles suivants, et dans lequel il jugera d'une ma- 
nière impartiale les restaurations modernes faites aux monu- 
ments du moyen-ige. 

L'introduction placée en tête du premier volume se divise en 
cinq chapitres, ayant pour titre : L'histoire primitive des 
hommes, l'émigration des peuples, les religions des temps 
printilifs, l'origine de l'architerture et des nombres en géné- 
ral. Ces prémisses posées, M. Raiine piinnéiic a\ee loi sim lec- 
leui- de l'Inde en Perse, de la Perse elie/ les lialiyluniens, les 
Chalilecns, lesMèdes, les Assvriens, les l'heniciciis, les Hébreux, 
eu Klhinpie, en Nubie, eu Ég\ple, en Grèce, dans l'Asie Mi- 
iieiire, en Ilalie, elle/, les Eliusques et chez les Romains. Que 
de monuments ne lui montre et ne lui explique-t-il pas durant 
cette excursion rapide, mais intelligente, depuis les temples 
d'Elora, dont l'origine est inconnue, jusqu'au palais que l'empe- 
reur Dioclétien fit bâtir à Spalalro. 

M. Daniel Raiiicc espère avoir rendu une justice impartiale a 
l'aieliilcclurc de liuis les peuples. Toutcliiis, il s'elevc contre l'c- 
ludc exclusive du style grec et romain. Il s'csi idugleiiips arrête 
a l'arehilecturedu moyen-àgeen France,à rarcliilecliire prepre- 
nieiil dite chrétienne,' à celle qui est sortie des races i;erina- 
iiiipies. L'ignorance la plus complète, la plus lionteiise cl la plus 
impardonnable, a seule pu donner au moyen-âge l'cpitlicle de bar- 
bare cl d'obscur. Ce qui prouve plus clairement que tous les 
livres, que tous les raisonnements, que toutes les rellexions, la 
civilisation avancée et intellectuelle de celle époque, c'est l'étude 
des œuvres d'art qu'elle nous a laissées, cl, parmi ces œuvres, 
plus particulièrement encore les nidiinineiils d'architecture, ces 
majestueuses cathédrales, ces palais magniliques, ces châteaux 
forts avec ponts-levis et à triple herse, ces bôtels-de-ville élé- 
gants, ces beffrois légers et tant d'autres édifices. L'étude de ces 
œuvres d'art forme le sujet du second volume. Ce n'est plus l'u- 
nivers entier, c'est l'Europe senleinenl, e'csl le monde chrétien 
que le lecteur visitera desur i- -.wrr si,n <i\:iu\ cicérone. M Da- 
niel Ramée signale d'abord rudlueure du elinslianisnie sur l'ar- 
chiteclnie; puisil pan de illalie, s'enilparque pour Constanli- 
nople, revient en France, parcouri l'Allcinagne cl les Pays-Bas. 
passe en Angleterre, explore rapidenieni les Étais du .Nord, l.i 
Suède, la Norwége, la Russie, fait une liiiirncc eu Espagne, et 
achève son voyage en Italie el en Sicile, où du haut de la ca- 
thédrale de Paferme il contemple en imagiiialinu les nionninenls 
élevés par les Arabes sur cette terre de rArrique que ses regards 
ne peuvent apercevoir. 

Traité du Droit ivlcrnalional privé, on du conflit des lois des 
différentes nations en matière de droit privé; |iar M Fœlix. 
docteur en droit. 1 vol. in-8. Paris. 1843. Jolbeut. 9 fr 
(612 pages.) 

Le droit international {jus gentium ) est l'ensemble des prin- 
cipes admis par les nations civilisées et indépendantes, pour ré- 
gler les rapports qui existent ou peuvent naître entre elles et 
décider les conflits entre les lois et usages divers ipii les régis- 
sent. Le droit international se divise en dioil public et eu droit 
privé. Le droit international publie , jus yridimn publicum ; 
règle les rapports de nation à nation, eu d'aiilres icrnics a pour 
objet les conflits de droit public. On appelle droii iniiuiialional 
privé (jus gentium privatum) renseiublc des règles d'après 
lesquelles se jugent les conllits entre le dmil priu- des diverses 
nations; en d'autres termes, le didii iniei luliduiil privé se com- 
pose des règles relatives a l'applieiii les inU civiles ou cri- 
minelles d'un Étal dans le terriloire d'iiu Kl. il ciranger. 

Le Traité du droit international prive que vient de publier 
M. Kiclix n'est pas un ouvrage de théorie, majs une sorte de 
manuel-pratique. L'auleur s'est borné à réunir dans un cadre 
méthodique les règles ou principes iiifun usu^e assez général 
des nations parait avoir cdus;H les. Onimi .mx |,iiin es de l'exis- 
tence de cet usage, il les a re. In lelins d;ms les lui-, les traités, 
les écrits des auteurs cl Icsaiieis des cniiis de iusiicc. 

M. Fœlix a divise son euvrage en deux livres, précédés d'une 
introduction. Dans le lilre prcliiiiinaiie. il lesuinc rapidement 
riiislnirc du droit iiileiiKilidual chiv, les UdUiaIns et au nioyen- 
àgc ; il pose cnsuile quelques principes Idiidanienlaux, puis dé- 
linit trois classes de slalnis iIdiiI il aura a s'm cii|icr ; les slatuls 
persuniiels, les statuts réels, les simnls Cdiiccru.ini les acies de 
l'homme. Dans le livre premier, il traite des effets du statut per- 
sonnel et du statut réel. Le livre second est beaucoup plus im- 



L'IF.LUSTRVTION, JOLHNAL UNIVERSEL. 



porlaiil que le premier; l'auteur csaininc avec détail les lois 
diverses (jui refissent les actes de rhoninie. Les huit [ireiiiiers 
tilrc s de ce livi-e embrassent tout le droit iiiliTiialioijal civil : l(,- 
litre IX cl dci'riier est consacré au ilroit ii]tcMiiali(pii:d iriiiduel. 
M. |-ii'li\. rédacteur en chef delà Kevw éinDujrrr H fni,ii;<ns(i 
de léyisluliiiii , avait déjà puldie, dans le cours ili> l'aiiiir.- dir- 
niére, deux volumes sur les mariages coutracics en pays étran- 
gers, et sur l'cHVl ou l'iAcçiitidn ili-s ju^ Md-. dans les pays 

elranj;i'rs. Son Iraili- ili- di-iiit international, tVnil de loti-ues 
elnrles, ohticnilra nn -n.ivs d'autant pln> '^rand, qu'il est le prc- 
inier ouvrage publie en Iraneais mh' celte importante matii're. 
Les antres livri's '■./■ /<ro/>,ï.ïri, qui avaient paru .jusc|u'a ce jour, 
étaienlilnsadeii\ \n(;lai., >L>I. .S'(ni-i/et lliiriji-, deux Alleniauils, 
MM. Si-1 'Inei' el W aThler, el nn Italien, M. Rocco, cl n'a- 
vaient jamais ete Iraduits dans notre langue. 

Cddr civil de l'empire de Russie , traduit sur les éditiojis of- 
ficielles, par un jurisconsidle russe, et iirécédé d'un a|ieiçu 
liislori((ite sur la li'irislalion de la Hussie et ror;,Mtiisalioti 
juiliciaire de cet ein|iire; |iar .M. \ icToit KoicilEH. a\oc,d 
.^'l'^néral ;i la Cour r(jvale de lleinies. I vid. in-H. Hennés, 
iilin. 

Le Code civil de la Russie est le produit d'un enfantement de 



plusieurs siècles. Alexis Milkliaclovitcli lit pour la premier rois, 
en 16G9, un recueil des lois russes. Son Vloiiènic rempla(;a les 
coutumes barliares qui avaient rceue jn-.in'a cille époque. En 
ITIIO, Pierre le Grand nomma une conmiissinn c liar;;!-!- de réu- 
nir dans uii seul ordre tous les actes le-i-latils des enqiercurs. 
Cette c niiiiissioli, souvent renouvelée, nelinit son travail qu'en 
isr>i. In Miainleste du j1 janvier 18r>3, si^ne par .Nicolas et pro- 
niul-ne,a renrin olili;;atoire. a partirdn I" janvier )K.ir., leSiod, 
ou la collcciion de toutes les lois. Le (Jndecivii .donl.M.Foucher 
vient de publier la traduction, forme la première partie ducin- 
i|uième livre du Svod. 

Ilisdiirc de tu Chimie, depuis les temps les plus reculés jus- 
qu'à nuire l'iioquc. ciitnprenani une nualopie dc'laillée des 
inatiuscrils alcliimitiin's d<! la l)il)liolliéi|ue Royale de l'aris; 
un exposé des doctrines tal>alisti(|ues sur la pierre philosn- 
plialc; riiistoire de la pharinacoloifie, de la métalliiri;le el. 
en général, des sciences et des arls (pii se rallaclient à la 
chimie, etc.; par le docteur Feudina.M) IIoefeii. Tome 1''', 
iti-8. Paris, 1842. Au bureau de la Idvuc Sricnlifiquc, 
rue Jacob, 36. 

Le tome 2' el dernier doit paraître prochainement ; nous ren- 
drons conq>te de ce curieux ouvrage dés (|u'il sera termine. 



Voyage d'ilornee Ycrnel en Orient. Dessins et telles, par 
M. GoLPiL FEsyiET. Paris, cliez M. Cliallamel, directeur 
de la Frunre littéraire, 4. rue de l'Abbave, éditeur du 
Voyage de M. de Fnrhin, avec le\lc par M. de M.ircel- 
lus. 

La relation du Voyage d'Boraee Vernel en Orient que pu- 
blie M. Cbullaniel, est eniichic d'un joli cledx de costumes, de 
scènes de nnjîurs. ile vues, expliques dans le texte el dessini-s 
sirupuleusenienl d'après naïuie, a .Malte, dans l'Arcbiiiel, en 
Egypte, en Syrie, eu Turquie, dans i'.^sic? Mineure, en Ita- 
lie, etc. ; elle renferme aussi (|uelques clunls nationaux. 

Le public apprendra aussi .•vec plaisir, a l'cftoque dn Salon 
de tsir», i|ue .M. Challamel conliioietu cetti.* anni-e la strie d'Al- 
bums sur les expositions Je peinture, et septopose d'y ajouter, 
j.our conqdement indispensable, k-> ptus jolis tableaux de Ter- 
bury, Teniers, JHetza, etc., ainsi que la lH:lle collection des 
peintres primitifs de .M. Artaud de Monlor. 

L'Histoire-Musée de la République française, par M. .Au- 
gustin Cliallamel, et le joli Album de l'Opéra, méritent aussi 
d'être recommandes a tuu.s tes amateurs des livres illustres. 



EXTRAIT DU CATALOGIE GE\ER\L Dl COMPTOIR CENTRAL DE LA LIBllAIRIE. 



Philosophie {sui(i-). 

I^XCYCLOPÉDIE NOUVEIXE. ou Dictionnaire pliilosopliic|ue, 
.1 scienlilique, littéraire et industriel, olliant le tableau des 
connaissances humaines au dix-neuvième siècle ; publiée sous la 
direction de MM. I' Lejioux et J. Rkïsvld. 8 vol. grand in-8, de 
838 pages à deux coloimes.( Charles Gosselin, éd. ) lli fr. le vol. 

ESQUISSES D'UNE PHILOSOPHIE; par F. Lamesmais (1841). 
5 beaux et forts vol in-8. {Pagnerre, éd. ) 22 fr. 31) 

Ij^TUDES SUR LES RÉFORM.\TEURS CONTEMPORAINS ou 
J socialisles modernes : Saint-Simon, Charles Fourler, Rcdiert 
Owen; par Louis Reïuald. S" édition. 1 beau vol. in-8. ( tiuil- 
laumin, éd. | "i fr. jI> 

I NTRODUCTON A LA SCIENCE DE L'HLSTOIRE ; par P.-J.-B. 
Bûchez. Nouvelle;édition. 2vol. in-H.{Guillaumin, éd.) Ijfr. 

R.\TION.\LISME CHRÉTIEN (le) à la lin du onzième siècle, ou 
Monologium et Prologinm de saint Anselme, archevêtiue de 
Cantoibéry, sur l'essence divine; par M. H. Boucuitte. i vo- 
lume in-8.( Amyot, éd. ) ' fr. 30 
TlTOPIE DE THOMAS MORUS (I'), traduction nouvelle; par 
^ M. ViCTon Stoivevel. In-8. |Pai(/in, éd.) 3 fr. 

VOYAGE EN IC.VRIE, roman philosophique el social ; par 
Cjbet. t vol grand iii-18. (.Mallet, éd.) i fr. 



Éducation. 



ABBÉ DE LA SALLE (!') ET L'INSTITUT DES FRÈRES DES 
ÉCOLES CHRÉTIENNES , depuis Kiol jusqu'en 1842; par 
un professeur de l'Université. 1 vol. grand in-18. [Lebrun, 
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/» avec un joli texte et plus de 11)0 petits dessins. ( .lubert et 
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* composés de versets de la sainte Bible. 1 vol. in-18, de 
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'-J par Mme Éiiii.e de GrnAROiN ( Deïlpiiiiïe Gaï ). 2' édi- 
liim. 2 volume in-18. x~Charles Gosselin, éd. ) 6 fr. 

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thographies, d'après Victou Addi, texte de Mme Aluu »e 
SvvicNAc. ( Aubert et Camp., éd. ) Cartonné. 10 fr. 

GALERIE PITTORESQUE D'HISTOIRE NATURELLE. Cours 
élémentaire d'histoire naturelle ; par M. BoiTjun. 4 edit 
1 vol. in-4" orne de 2 lO planches. ( Lebrun, éd. ) Broche. 5 fr. 

HISTORIETTES, CONTES ET FABLES de Fé^élon. Joli vol. 
in-18, illustré de ncmibreuses vignettes sur bois, de douze 
grands sujets; par Th. Fragonanl. ( Challamel, éd. ) Br. 4 fr. 

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petit voyageur. 1 vol. in-8, orne de 13 jolis dessins. [Chal- 
lamel, éd. ) 5 fr. 
MYTHOLOGIE PITTORESQUE, nu Histoire mélhodi()ue uni- 
verselle des faux dieux de tous les peuples anciens et mo- 
dernes; par J. 0D0LA^iT-DEs^os. 5' édition. 1 vol. grand in-8, 
orné de 50 gravures. {Lavigne, éd.) 10 fr. 

MYTHOLOGIE ILLUSTRÉE; par M. PiiiLiroN »e i.a Made- 
LAiNE, ornée de 140 vignettes et de 23 planches. 1 vol. grand 
in-18. {Mallet, éd.) 3 fr. 

/ ACÉAN ET SES MERVEILLES (1'), histoire el description des 
' ' animaux, coquillages et plantes marines les plus remar- 
ipinbli's qu'il renferme: par J.-M. Ciiori.w. 1 beau vol. iu-12, 
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I vol. in-12, orné de gravures et du portrait de Fénélon. 
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pETIT DESSIN.VTEUR (le), nu les vrais éléments du dessin 
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pour les écoles |)rlinaires par h' conseil royal. 2' édition. 1 vol. 
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Politique. 

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Colleclion de jolis vol. in-52, imprimés avec luxe, sur papier 
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AFF.VIRES DE ROME; par F. Laukxiais , 3' éditiim 
2 vol. 2 fr. 

A VIS AUX CONTRIBUABLES; par Tniox, pamphlet publie 
^ lors des élections de 1842. 30 c. 

2 A MS AUX CO.NTRIBUABLES, ou Repo.xse au hiimstue nts 
.1»^ Pl.^A^c^s; par le même. 23 c. 

lOGRAPHIE DES DÉPUTÉS (Chambre dissoute, *839-l>i42). 
^ vol. 2 fr. 30 c. 

/"lATÉCHISME DE LA RÉFORME ÉLECTORALE; par J. 
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VJ 1 vol. 1 fr. 23 

CONTES, DIALOGUES ET MÉLANGES DÉ.MOCRATIQUES ; 
par ALTAiiocnt. 1 vol. 1 fr. 23 

ESCLAV.VGE .MODERNE (de 1'); par F. Laiien.xai.s. 1 volume. 
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K^TATDELA QUESTION; par M. de Coudemx ; pamphlet pu- 
^ blié lors des élections de 185'J. 30 c. 

I^-TUDE SUR TIMON; par M. Cuaplvs-.Movtlavills. 1 vol. 
Li 23 c. 

FORTIFICATIONS DE PARIS, justes frayeurs d un habitant de 
la banlieue; par A. LiicuEi. 1 vol. in-32. 50c. 

I7RAGMENTS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES; par Lcnwii; 
1 BoEusE. 1 fort volume orné du portrait de lauteur. 1 fr.r>0 
JTALIE POLITIQUE; par le général Plpé, avec une introduc- 
tion par Cil. DmiEii. 1 vol. 2 fr. 
I IVRE DU PEUPLE (le) ; par F. Limensais. 1 vol. 1 fr. 25 

A I -VZ.AGRAN, récit desjnurnées des 3, 4, 5 et 6 février 1840; par 
lM m. CiiAPiïs-MoxTLAViLLE. député. 30 c. 

MOT (nu) sur le pamphlet de police intitulera Liste civile dé- 
voilée ;\rdv M OE CuBME.M^. 23 c. 
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l'auteur. ô fr. 50 

nAMPHLETS POLITIQUES ET LITTÉR.VIRES, de P.-L. Coi- 
I loEii ; précèdes d'un Essai sur la vie et les écrits de I auteur, 
par -VioiANU ('.AiuitL. 2 vol. 2 fr. 23 

pARULES D'UN CROYANT; par F. Lamensais. I vol. 75 c. 

DASSÉ ET DE L'.VVENIRDU PEUPLE (du); par F. Lamev- 
l ^^ls. I vol. 1 fr.30 

I)OLITIOlE A L'US.VGE DU PEUPLE; par F. I.hiensais. 
l 2 vol. 2 fr. rw 

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M. CuAPL'vs-.Mo>TLAViLLr. 1 vol . iii-52. 1 fr. 50 



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.J, parSiEVÈs. 1 vol. orne du portrait de Sievès. 1 fr. 50 

Q 



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MESVAJS. 2 vol. 2 fr. 30 

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KÉClt DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DE GUTEN- 
BEHG eldes fêles données a Strasbourg les 21, 25 et 2t)juin 
ISiO; par .\i(i. LcciitT. orne d'une jolie vignette repR-scnlanl la 
statue de Cil texueuc, par David (^d'Angers). I vol. 1 fr. 25 

1> ÉFOUME (la) ET LA RÉVOLUTION, paraboles historiques: 
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RÉGENCE (de la). Définition, Principes, Histoire, Questions de 
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lj OIE DE .M. F. LAMENNAIS; par E.-.V. SEUnt-ru.x. I ve- 

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tique; par .M. u'H... 1 vol in «. (Paulin, i-ii.) 4rr. 
DÉMOI.H ATIE EN AMÉRIQUE de la) ; par M. Alexis de Toc- 
yiniLLE. !)<■ édition, revue et corrigée. 4 vol in-«, orue 
d'une carte d'Amérique. {Charles Gosselin, éd.) 30 fr. 
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DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE; parle même auteur. 
Seconde partie, formant les t. III el IV. 3' édition. 2 vulunn-s 
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DICTIONN.AIRE POLITIQUE, Encyclopédie du langage et de la 
science poliliques; rédige par une reunion de députes, de 
publicisles et de journalistes, avec uue inlroducliun par Git- 
Mtii-pAiiÉ.'.; publie par .M.M. E. DlclebC et PAb\Eaie. 1 volume 
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tenant la matière de 12 volumes in-Sordinaiies, orne du portrait 
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tion des états généraux de 1780; par M. .Aiuica^xe, avocat. 
1 vol in-8. ((»'. Coquebert, éd.) 3 fr. 

POLITIQUE EXTÉRIEURE ET INTÉRIEURE DE LAFR.\NtE 

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bre des Députes. 1 vol. in-8. {Paulin, éd.) U fr. 

SOPHISMES PARLEMENTAIRES; par JiaE»iE BEMain. Ira- 
duits de l'anglais et précèdes d'une lettre a (iia^iEB-PACE.s 
sur r/:'s/iri7 de nos assemblées délibérantes, par M. Kiiis Re- 
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Economie Pollllqne. Commcrrlale et inilu.«lrielle. 

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/i. ou des forces naturelles recueilliesgiatuitement el mises ru 
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ASSOCI.ATIO.N (I') des douanes allemandes, son passé, son avi- 
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r^OURS COMPLET D'ÉCONOMIE POLITIQUE; par J.-B. Su. 
VJ 2' édition, entièrement revue par l'auteur, publitv sur h- 
manuscrits qu'il a laisses, el augmentée de notes; parHoBtii 
Saï, sou lils. 2 beaux vol. in-S. 20 fr 

RECHERCHES SUR LA N.VTURE ET LES CAUSES DE LA 
RICHESSE DES N.ATIO.NS: par Adam Sïith. Traductioi 
du comte Geb«ai> Gabmeb, entièremenl revue el corrigée, cl 
précédée d'une notice biographique par M. Bla>qii aine, del'ln 
stilut; avec les cumnientaires de Bichaxah, G. G tBxuB, Mai- 
ciLLOCU, .MiLTiiLS, J. MiLL, RiCABUi, SisnoMii ; augmentée il. 
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contenant tout ce qui concerne le commerce de terrt' et d. 
mer, la navigation, lesdouanes, les pêches, l'«>cononiie iiolitiiiui , 
commerciale el industrielle, la complabilile. la tenue des livri's. 
les changes, les monnaies, les poids el mesuivs de leus les [siv-. 
la géographie commerciale, le mouveinenl des expoiialiuns , : 
des imporlalioiis, les usa;;es de chaque pays, la CAUiuaissance di 
tous ses produits, suit naturels, soil fabriques, leurs caractiTt ~ 
speciliques. hurs v.irietes. leur histoire, leurs provenances i '. 
leurs débouches: par MM. BLnQii aine. Rla«. A. Cuevallieu. 
Ed. CoRuii;B>:, DemÉiu. Dibhixfait, Dissaro, Th. Fix, Eif.i>. 
Flaciut, SrEpii. Flicuai-Mom , FmxcotiR, Ua^. Ko^culin . 
(ai. Leuextil, députe. .Maccillocii, .V Mioot, Udiot, I'axci. 
Paï»>, Peloize, L. RevBALii, Rouit, Horace Stv, elc , elr 

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.M. DE KoBBl^, avec texte, par M de .Marcellus. 



L'ILL[1STRATI0N, JOURNAL UNIVERSEL 




MAlilAOES — l'IiOMliNADES. — TIIKATIIES. 

Il )i;ii;iil (H!i'li(iics rayons- de solei!, cl l'on ne sait avec quelle 
hiiielle nonvi'lle y iv|]on(ire ; le soir il y a représcntalion au 
liii'àlre. el les loileltes n'ont | lus do fraîcheur. I-Jt cependant, 
reiuenaiil la iilunie, j'ai dû mettre en tête de cette revuedu monde 
ce mol amliitieu'c et oldii;aloire : Modes! 

iNous allons Jeter un coupd'<eil sur les réunions plus ou miins 
importantes, sérieuses ou futiles. 

lin tèle des solennités graves sont les mariages. QueUiiiçs- 
inis, célébrés tout à fait en silence, ne nous ponnettcnt pas l'in- 
discrétion ; mais ceux qui s'entourent d'une pompe fastueuse 
ippartiennent à nos recliorches. 

in des jours de la semaine dernière, une lile de voitures en- 
iourait, des onze lii'urcs du matin, l'église Saint-Su | ice : des 
femmes simplement |iarées en descendaient el prenaient place 
an maître-autel, devant le(Hiel allendaient les chaises de velours 
el les cierges dans les liants llamlieaux d'argent; des masses de 
llcurs naturelles fonnaienl siu lanlel une pyramide mêlée di' lu- 
mières; l'église élail lirillaiile el l'adieuse ; on ronqirennil. des 
le portique, la l'éle que l'on allait celelirer. 
■ C'était une messe ili' mariage. Mademoiselle di'.l. entra, suivir 
de sa famille; elU; traversa cette douhle haie d'amis et d'indif- 
férents sans rendre un seul regard an.x nulle regards attirés sur 
elle 

Si une jeune fille a une pensée étrangère à l'événement i|ui 
l'amené en ce lieu, c'est certainement le désir d'échapper à celle 
foule; mais nos usages sont faits ainsi, que le moment de toute 
îa vie où une femme voudrait concentrer le plus inthnement en 
elle toute son âme. est celui ([u'elle livre au inonde, celui pour 
lequel il faut étudier une toilette, composer un maintien. c''louf- 
1er la plus sainte des émotions, en un mot, poser en pulilic. 

Mademoiselle de J. avail une rohe de velours épingle Idanc. 
à corsage montant, à maiiclies longues, fermée par des lioutons 
»n diamants; un long voi'e li'Anglelerre lomliail en arrière, re- 
tenu par la couronne ,\v lleni> d'oraiigi'r ; le bominrt de mnriri' 
l'tail en liijoutevie : des prilcs l'ormaieiil 1rs li lutons, et un feuil- 
lage en or émailli- s'rlalail eiitic les pienvries. 

Hieii n'est plus coiivenalde (piune [(iilellede mariée sérieuse 
et modeste. Certes, ce n'est pas le monienl ou la jeune fille vient 
devant Dieu, conduite par son nouvel époux, quelle doit choi- 
sir pour se |iarer selon le monde. Le voile esl un emh'éme élo- 
quent de l'attitude impo.sée aux mariées ; le voile devrait cacher 
le visage : il n'y a pas assez de signes extérieurs pour exprimer 
la réserve et la modestie dont une fiancée devrait s'entourer. 

.\ussi la toilette grave et enfantine tout à la fois de mademoi- 
selle de .1. fit-elle grande sensation. Les diamants sur la rohe 
lie riche étoffe, ce voile rare et magnifique, l'ahsence de bijoux 
coquets, tout était en accord. 

Il est à désirer que cette mode remplace celle des rnbes de 
bal si inconvenantes pour la circonslance. et si déplacées dans 
une église. 

Mademoiselle de J. tenait à sa main un livre couvert en 
ivoire, sur leqiu-l se dessinait s n chiffre, surmonté d'une cou- 
ronne de comtesse. 

Quelques jours avant la célébration, une grande réunion de 
famille avait alliré i|uelipies étrangers à l'holel de J.. et nous 
allons en dire ipielipies détails. Mademoiselle de ,1. avail ]iai- 
failemcnt conqu-is ipie si la nouvelle mariée est obligée de se 
soumettre ;'i uni^ certaine sinqilicité, la fiancée doit l'oliservei' 
bien plus encore. 



Rien n'est plus charmant que la coquetterie na'ive d'une jeune 1 
fille dont on va lire le contrat de mariage. Elle doit être distin- 
guée entre les autres jeunes filles, toutefois il ne faut pas qu'elle 
soit confondue avec les femmes. 

Mademoiselle de J. a tout au plus dix-sept ans ; à peine a-t-e'le 
eu le temps de porter des fleurs. Jusqu'à cette soirée, qui lui 
donne prés de 80,01)1) livres de rente . on aurait difficilement 
deviné en elle l'héritière d'une grande foilune. 

8a robe en mousseline de l'Inde, à double jupe, avait un 
jupon rose pour Iraiisparenl ; des flots de rubans rose et argent 
parlageaii'ut comme une .Si'vignéla mantille de son corsage, et 
li'S mêmes rubans accompagnaient sa coiffure. 

La corbeille evji isee élait uiagnifique. Les châles de cache- 
mire eurent à eux seuls un mu ics proiligieux. On fut en admi- 
ration devant un chàle long. bleu, bordé de hautes |ialmes. 
complication mervi'illensr de siipenls et de |ietili's ligures gro- 
teiques. Les châles di' i .k beniiiis soni de gr.uide el riche élé- 
gance ; le matin, à l.i ville, ji' ne sache p.is quelque chose d'un 
meilleur goût qu'un c.lirde long. Ceci soit dit sans attaquer nu'- 
lement la faveur cajiricieuse diicamail et delà pelisse, qui jouis- 
sent pleinement de leur royauté. 

Les étoffes n'étaient qu'en jietit nombre, en raison de ré|io- 
que où nous nous trouvons. Quelques taffetas rayés, quelques 
fantaisies, semblaient jouer à côté des pompeux velours et des 
velours épingles d'une élégance si douce et si recherchée, 

l'aimi les" bijoux, un bracelet eut une glorieuse distinction ; 
c'est lin portrait en miniature entouré de diamants et relenani 
cinq rangs de diamants. 

.Mademoiselle de ,f. adressa le plus charmant regard à son 
jeune prétendu. Ce remerciment semblait fort étranger aux 
diamants ; car la jeune fille dit avec un ton affectueux : « Il est 
bien ressemblant. » 

Pour les hommes qui regardaient, c'était surtout un bracelet 
de di.unanls; pour elle. (•'iMail un portrait. 

.V la piomenade, on va UKUitrer sa voiture; aussi les per- 
sonnes qui n'ont pas de voilures élégantes à faire voir, ne vonl- 
ellrs guère se |iromener. 11 n'y a aucune toilette de ville qui 
offre un peu de nouveauté. 

Au théâtre, ce sont les coiffures, ; on voit de charmants pe- 
tits bonnets fort simples, avec la passe relevée, et des rubans 
ou des fleurs tombant contre l'oreille. Il y a des femmes jolies 
et jeunes ipii bravent l'aridité de la guipure près du visage, et 
qui font ces petits bonnets garnis en guipure plate, avec des 
éjiingles en diamants sur les côtés. 

Oii dit (pie les robes de dessous en taffetas de couleur vont 
élre ailiqilees avec les robes de fantaisie. |)onr les toilettes de 
jour: c'est une des plus jolies innovations que les femmes élé- 
irantes puisseiil encourager. Puisque l'on est revenu à quelques- 
unes des toilettes de nos mères, ])Ourquoi ne pas reprendre 
celles qui se distinguaient le plus de toute autre époque par 
une recherche c iquette et gracieuse. 



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Oise 



I 10 63 



MAUCHK AtX FOmU.MlES. — 3 Mars. 

Enfer. Sainl-Marlin. Sainl-Anloin 



■MAltCIII-: DE SCEAfX. — Mars 1843. 

ené. Vendu, l'iiiilsni. r'qual. a'qiial. 
M ai.G 3',-l>. U.SOe. ir.lSe. 



HALLE At'X \EA1'X. 

Amené. Veiiilu. l'oids moyen. Lrliil. 

og f,.vncr m 110 6» If.Sli. a 1 I 4'ir. 

5 innrs 57(1 57S 70 2 10 al 70 

VACHES CRASSES. — 7 Mars. 
.\meni' 104, laiil sur |iieil qu'aballues. — Vendu 79 de 1 1. 20 . . a 8» r. \r 
kiloiiraiiime. 

VACHES i,MTii;ni:s. 

Amené. VeliiUi. 

La Maisim-Illanelie 4 mars. 5". 51 2l0a4-i«f. 

La Clia|ielle-Sainl-Deiiis 7 mars. 9-> 42 230a.'')iO 

LILLE. — 1'' Mars. 

Graine de colza, l'iieclol 24f.5i!<. 

Iliiili' lie colza, la lonnc 80 « 

(;n lie laincliiie, l'iieclol 20 

llinle lie i^iiiielnie, la lonne 80 25 

(iianieile Im, llieclol 21 25 

Huile Je lin, la loiine 80 • 

Tiiurieaux de colza, les liio Ivilo;; 15 > 

lil. de lin, id 16 75 

MAUCHÉS ETIÎANGEllS. — nHisELLEs.— 3 Mars I81S, 

Eionienl nouveau, riierloliire 19L70c. 

— elraiiKer, id 17 77 

Seigle nouveau, id 15 77 

Avoine. id 8 06 

(;raines de colza, id 23 12 

— de lin. id 1« r,9 

Tonneaux de colza, l,2'5kil 16S1 75 

— de lin, id 216 77 

l'RlX MOVES DU FROMENT ET DC SEIGLE. 

Du Lunili au Samedi 23 Eevrier 1815. 
Marilles 

re"ulaleurs Eroineul. Ileclol. Prix iiiov. .Seigle. Heilol l'iix ino\. 
\ilmi .... • • 20 f. 32e.' > . 17 L .r. 

Anvers! • " 20 .55 . . 14 88 

Bruge.'s. '• . 18 18 . . 15 2-. 

lirnxelles - . 19 77 . - H |5 

(;.ind . . . . • • 18 ;o > ■ 12 66 

llassell • " 20 10 . . 15 02 

Liège " " '9 00 • . '4 .58 

Louvaiii » " 20 41 • » Il Kl 

.Namur ■ ■ ïO '2 • • 15 5-> 

Mous • • «9 --. ■• •■ 12 32 

l'rix moven |iour lunl le lanaume. 19 55 14 13 

Le froinenl reste soumis au droit d'enli ee de 37 f. 50 c, el le seigle a celui 
de 21 f. 50 des 1,000 kilogrammes. 

Ledidililesorliesuri'uue el l'autre céréale resiclixé a 23c. les 1,000 kilo- 
grammes. 

ANVERS. — 5 Mars. 

(;raines de Irène ronge, le kiliig "f-Sv,-. 

_ _ lilanc,i(l • >0 

— de chanvre de Higa. id 3' 

— de Im asenier de Itiga, la loiine .. ."6 4'' 

— de colza du pays, riieclolilre. . . . S» 56 

— — elrangere, id. ii 30 

CRAIN'. 

l'romenl roux indigène, l'liectoli:re 23 80 

— lilauc. id 21 68 

Sci:.;le indigène, id l.ï '-0 

— de Krance, id 15 33 

Orge du pays, id 1' 89 

— étrangère, id 9 ''O 

Avoine à fourrage, id. . 7 13 

Houldon d'Augleierre, les 100 kilog 70 

LUUVAIS. — 2 Mars. 

Fromeul. 1" qualité, l'iieclol 21 11 

— 2' id. id 20 25 

Seigle. I-* id. id . 15 09 

— 2" id. id 14 51 

Orge d'hiver, id 12 38 

Iteurre, l"qualilê, le kilog 1 ^0 

ATH. 2 Mars. 

Froment nouveau, l'heclol 19 .50 

.Seigle, id H "5 

Escourgeon, id 1 1 50 

Avoine, id « 50 

AMSTERDAM — 1'' Har.s. 

Huile de colza, la tonne 08 23 

— de lin, id 65 33 

— de ciianvre, id 6' 94 

Graine de colza, l'heclol 21 38 

SCBIEDAH. — 1!8 Février. 

Genièvre 9 5 t G degrés .32 27 

— preuve d'Amérique S* 39 




(l.'explicaiuui a la procli.iine livraison.) 



Ok s'abo.n.ne chez les Directeurs des postes et des messa- 
geries, chez tous les Libraires, et en ]iart!culier chez tous les 
Cnnrspomlanls du ComiiKiir milml de In Librairie. 

.\ Lo.NOiiES. chez J. Tllo.MAS. I. Finch Lane Cornhill. 



Jacques DUBOCHET 



).;,|.js._i;|,ugi,,pliic SCllM-nilEU el LAMiltAMl, ine dEifnrlli, 1. 



L'ILLUSTIIAÏION, 




Al), pour Paris. — 5 mois, 8 fr. — U mois, ICJ fr. — Lu sn, ôO fr. 
l'pis lie l'Iiiiqiic N", "o c.-La colleclioii riiPnsiicUf br., 2 fr. "5. 



.\"ô. Vol. I. — SAMEDI IS MAUS 1845. 

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.M), pour les Urp. — r> mois, 9 fr. 
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SO.M.MAIKE. 
'■'rcniblenipiil tic terrr ilc lu diudcloiipe. — nosirm linn ili' 
l;i l'»iiili-a-l'ilrc.— ViiiMie la l'i.ii]li'-a-l'ilic. - Carlo (If l.i (;il,iclfUill|H'. — 
t'ourrier «le PariN. — lIcniiiT liai do l'Iliilol-de-Villo. — Vue du 
l.al. — Ilrvuc nl;:i-r|piiiic. — Iitiilrail du giMicial de l.a .MuririiTi'. — 
Fiilnii] a I 11 I' - ■ il'uu Uirri'nl. — .Wannsrrlts «le .Napo- 

léon. — Il .; Hir la Cor-iO. — Théâtre «le l'Opéra. - 

l'icmiia'o ii,.ii . I! I ( '!! ilo Charles VI: — le Corlcj,'!- au Iroisii-nu' aric; — 
diMiiiore dci iirailnu au niM;uii'UU' aile; — Coslunir de Charles VI ( liar- 
Kiilliel), — dOdelle (raadaraeSlulii ',-d'lsalieau (ruadiime llorusl. -du 
dïuphin I l>u|irez ). — Cours puiillCM ( suilo ! : MM. l'aliu, — ICgser, 

— l'abbc Cu'ur, — .Mirhelel. — Siiiiun, elr. — Espartcro ( liu ) : siiii 
luirlrail.— Translalloii «le l'épée d*.%u8(erltlx(avecvi|;nenes). 

— Dpaux-.%rlM. — Sialisijiiui' des Kxposilions depuis ISO". — Ouver- 
iiire du Salon ( a\er LTaxiirc ). — Ciiu|i diril gênerai. — Bllillogra- 
phle eiraugi're. — .%iinoiirr!«. — .Modes (avec viuneile). — .Mer- 
eiirialps. — ISébu». 



Tremlileinonl <lo (erre aux .inlillcM. 

DESTRl CTKJ.N l)i; l.\ l'OINTIi-A-riTilE. 

Une (le CCS calainitcs leirihlos qui. depuis (iiiclcino temps 
surtout, viennent jeter le dcnil cl l'effroi parmi les ]icuples. 
a frappe une fois encore la France dans sa plus llorissaiitc co- 
lonie. 

Le 8 février dernier, neuf mois, jour pour jour, après le 
désastre du chemin de fer de Versailles et l'incendie de Ham- 
bourg, un trenililement de terri" a violemment se<'Oiié les iles 
des Antilles. La ville de la Poiute-à-Pitre. la pins po|iuleuse et 
la plus riche de !a Guadeloupe, a été instantanément renvei^séc 



de fond en comlde. Nous avons réuni à part, et nous dnnn'.n» 
plus loin les détails de celle affreuse catastrophe, d'aprc* h 
i:orrespondances publiées par la presse <|uolidienne cl d'app- 
les lettres (pii nous ont été communii|uée-. 

Le tremblement de terre a duré soi.ianlr-di^ secondes. L 
qui n'est qu'un instant fugitif, ce (|ui ne suffit à rien quand 1 
vie est heureu.se et occupée, a suffi là pour ravager une vi!!.- 
entière, l'incendier sur tous les points, engloutir une popu'. - 
lion nombreuse. Ce (pie la secouv.se avait épargné, un aulf 
lléau est venu aussitôt le détruire : pendant (|uatrc jours. !!( - 
cendie a dévoré loiit ce ipii gisait sous ces décombres, homiii»- 
et maisons. Chose étrange! il n'est resté deliout au mi leii d' 
ces débris qu'une horloge marquant 10 heures 35 minuics 




m%.x. 




( Iteslruelinn de b Pmiie ( l'ilre lar un irpiiiU n ni 
ïoyer a la Puiuie-a-1'iire, ol (jui nvsl de reloue ei 
livraison. ) 



i 181" ■! lOlieurps^j miuurev lu iiniiu 
(li'ox aiiuees seulemeui. Nous devons 



— Ce ile«.<iii 1 eli' ccuipnse sur les uidiralions de M. Ij'niounier de l.n Crdix, qni 3 né irmUDl dix aooMS arrbiierif 
l'obliiîfance de tel arlisie un plan de la ville iros-df taille fl lros-e:ciidu ; nous le pi.Micrcis dans utue prurluîr 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



instant auquel le fléau est venu brusquement surprendre la ville 
et l'anoanlir. Combien le génie de la destruction et du mal a 
plus de puissance et de vi|i;ueur que le génie de la création et 
du bien ! La terre s'entr 'ouvre et vomit en un moment la déso- 
lation et la mort; il faut, au contraire, que l'homme la déchire 
péniblement pour en faire sortir l'abondance et la vie! 

Mais est-il besoin d'arrêter ici notre pensée sur les détails 
de cet horrilile désastre? N'est-ce pas assez que, dés notre 
début, nous ayons à écrire en tète de notre Journal, à qui 
nous avions rêvé un autre baptême, ces réflexions pleines de 
tristesse? 

Ne vaut-il pas mieux raconter tous les courageux efforts, tous 
les élans spontanés, tous les mouvements généreux qui, là-bas 
comme ici, ont accueilli la fatale nouvelle? Ne vaut-il pas mieux 
applaudir aux mesures prises spontanément pour remédier aux 
maux remédiables, rappeler les dévouements inspirés pour le 
secourir, et raviver ainsi la confiance et l'espoir, au lieu d'ali- 
menter la consternation et la tristesse? 

Hàtons-nous de le dire : partout, aux Antilles comme en 
France, la triste nouvelle a fait battre tous les cœurs, réveillé 
toutes les sympathies. La Martinique, si cruellement ravagée 
elle-même il y a quatre ans, en sentant le sol trembler de nou- 
veau, avait deviné le malheur immense ; on y attendait les nou- 
velles impatiemment, avec angoisse. On signale un navire enfin, 
et son pavillon est en berne; aussitôt des secours s'organisent . 
argent, pain, vêtements, provisions, tout est offert, tout est 
accueilli, et un premier navire part aussitôt chargé de ces pre- 
miers secours. 

A Saint-Pierre, à Fort-Royal, partout, la population a été 
admirable, et l'autorité coloniale a régularisé, dirigé les efforts 
communs avec intelligence et activité. 

« J'implore la France, écrivait l'amiral Gourbeyre, gouver- 
neur de la Guadeloupe, sur les ruines mêmes de la Pointe-à- 
Pitre; elle n'abandonnera pas une population toute française; 
elle ne délaissera pas les veuves et les orphelins que ce grand 
de^sastre vient de plonger dans la plus profonde misère! » 

La France n'a pas fait défaut à cet appel. Cliai|ue famille, 
chacun de nous, semblait atteint par ce malheur et voulait le 
secourir. Les Chambres, le gouvernement, ont pris aussitôt les 
premières et les plus urgentes mesures. Des navires voguent en 
ce moment vers la Guadeloupe, et portent à ce malheureux pays 
de l'argent, des vivres, des vêtements. Des souscriptions se sont 
organisées en tous lieux, et une commission, présidée par le 
ministre de la marine, est chargée de centrahser les fonds et 
d'en assurer l'emploi. Les écoles publiques, le commerce, la 
garde nationale, la presse, le clergé, la France enfin tout en- 
tière a obéi à ce généreux entraînement. 

C'est un beau, c'est un touchant spectacle. Quand ces grands 
lléaux viennent changer la face du globe et épouvanter la race 
humaine, nous nous demandons avec effroi si c'est une justice 
voilée et inaccessible à notre faiblesse, qui vient foudroyer ainsi 
des populations entières, engloutir des cités opulentes. Nous 



ne .savons quelles grandes erreurs, quels grands crimes ces dés- 
astres épouvantables, qui semblent frapper au hasard, ont pour 
mission d'expier. Il y a là une sombre et mystérieuse énigme 
dont nul ne sait le mot. Mais ce que nous savons, c'est qu'il 
ne suffit pas alors de s'incliner sous la puissance qui terrasse, 
c'est qu'il ne suffit pas de gémir, car c'est au milieu de ces 
douleurs .solennelles que l'àme s'agrandit, que le cœur s'en- 
thousiasme et se passionne. Nous ne savons point le but de ces 
épreuves terribles imposées ainsi à notre race, mais nous sen- 
tons que ces calamités rapprochent les membres épars de la fa- 
mille humaine. Quand nos cœurs saignent avec ceux de nos 
frères lointains, n'est-ce rien que ce lien nouveau, celte solida- 
rité profonde qui nous unit à eux? N'est-ce pas notre vie qui se 
confond dans ces moments suprêmes avec celle de tous les 
hommes et de tous les peuples? Ces hommes sans famille et sans 
toit auxquels nous ne songions pas hier, ne sont-ils pas nos frères 
aujourd'hui? leur douleur n'est-elle pas la nôtre? Notre bien- 
être , nos sympathies , tout ce que nous avons de courage, d'a- 
mour et d'espoir, n'est-il pas a eux? 

Je ne sais, mais dans ces émotions populaires, à l'aspect des 
plus tristes catastrophes qui font vibrer toutes les fibres géné- 
reuses, toutes les nobles passions, il me semble voir un bien 
immense, à côté de maux irréparables. Et chaque fois que le 
monde est ainsi frappé, en quelque lieu que ce soit, à Hambourg 
comme à la Guadeloupe, les sympathies delà France, il faut le 
dire avec orgueil, s'éveillent et s'élancent avant toutes les au- 
tres. Oui, notre France est vraiment une terre privilégiée! Elle 
peut bien s'amoindrir dans des débals stériles, dans des discus- 
sions vaines, dans des intérêts étroits; mais qu'une grande 
chose l'atteigne, gloire ou dé.sastre, soudain elle se relève 
fiére, intelligente et bonne; elle bat des mains avec enthou- 
siasme ou elle tend ses bras avec amour, et les nations com- 
prennent alors pourquoi clic est la première entre toutes, celle- 
là ou éclatent si s ludaincment les religieuses sympathies et les 
mouvements généreux . 

Nul doute que la frégate à vapeur /c Gotner, qui a porté en 
France la nouvelle du désastre et qui va reparlir bientôt pour 
la Guadeloupe, en apprenant à ce malheureux pays la part una- 
nime que la France prend à sa ruine, les ressources qu'elle lui 
consacre, n'inspire à nos compatriotes, non-seulement la con- 
fiance dans la mère -patrie, mais aussi l'énergie active qui 
crée avec des débris, et enfante par le travail des richesses 
nouvelles. 

Déjà, une fois, un incendie terrible avait réduit presque en- 
tièrement en cendres cette malheureuse ville, c'était en 1780. 
De ses premiers décombres était sortie, plus populeuse, plus 
régulière, plus élégante et plus riche la ville que le tremblement 
de terre vient de détruire. Avec l'aide de la France, avec l'in- 
dustrieuse activité de ses habitants, espérons qu'un jour une 
troisième ville, gardienne pieuse du tombeau où dorment la 
mère et l'aïeule, s'élèvera florissante et radieuse sur ces débris 
désolés. Les moissons ne germent-elles ]ias plus vigoureuses et 



plus abondantes au sein des terres calcinées? N'est-ce pas la loi 
de la nature qu'il en soit ainsi? Est-ce que la vie ne sort pas 
éternellement jeune et féconde des bras mêmes de la destruction 
et de la mort? Espérance et courage ! 

DÉTAILS SUR LE DÉSASTUE DE LA POINTE-A-PITRi:. — MOU- 
VEMENTS SPONTAKÉS DE DÉVOUEMENT ET DE SY.MPATI1IE 
AUX ANTILLES ET EN FRANCE. 

La Pointe-à-Pitre. bâtie en 1763, reçut alors le nom de 
^fnrnc Renfermé; dix-sept ans plus tard, un incendie la ré- 
duisit en cendres. Sur les débris de cette première ville, s'é- 
leva bientôt une cité élégante, régulière, qui, à force de tra- 
vail et d'industrie, devint bientôt la ville la plus florissante de 
nos colonies des Antilles. Un désastre, auquel le iiremier 
n'avait rien de comparable, vient de plonger cette ville dans 
le néant. 

Le 8 février dernier, à dix heures trente-cinq minutes du 
matin, par un temps magnifique, le thermomètre ne marquant 
que 22 degrés, un griiiuleniiMit souten-aiii. ipii ébranlait le sol 
avec fracas, a jeté l'épouvante jiarnii les populations de la Mar- 
tinique et de la Guadeloupe. Cette première île, qu'un fléau 
semblable avait bouleversée en 1839, a peu souffert cette fois; 
mais la Guadeloupe, si belle, si riche, si animée, si vivante 
naguère, n'offre plus qu'un spectacle de ruine et de désola- 
tion ; la Pointe-à-Pitre a été foudroyée en une minute, et l'in- 
cendie qui s'est emparé de ces décombres a achevé l'œuvre 
de destruction et de mort ; d'immenses crevasses d'où jaillis- 
saient des torrents d'eau, de flammes et de fumée, ont englouti 
des milliers de victimes. 

Les correspondances privées, dont la presse quotidienne a 
reproduit les passages les plus remarquables, essayent vainement 
de donner une idée de cet horrible désaslre. C'est qu'en effet 
nulle description n'est possible en présence d'un aussi immense 
malheur. Nous avons lu tout ce que les journaux ont reproduit 
et plusieurs lettres déchirantes qui nous ont été communiquées. 
Ce sont des cris d'angoisse et de douleur qui ont trouvé en 
France un généreux écho ; mais il faut renoncer à décrire de 
pareilles scènes, les cris et le désespoir de deux miile per- 
sonnes blessées, sans famille, sans asile, sans pain, en présence 
de ces débris fumants, tombe immense ouverte tout à coup sous 
une ville entière. 

Nous ne eoiniaissons pas encore le nombre des morts ; mais 
il s'c'deve eerlainemcnt à plus de deux mille. On évalue à trente 
millions la perte des inarchandi.ses et à quarante millions la 
destruction des immeubles. Tous les papiers officiels, états-ci- 
vils, archives, actes notariés, valeui-s, correspondances, tout 
est perdu. 

La principale industrie du pays est détruite; sur cinquante- 
six moulins à sucre, établis aux environs de la Poinle-à-Pitre. 
il n'en est resté que trois; la récolte de cannes sur pied est en 
partie perdue ; la ville du Moule détruite déplore la mort de 
trente habitants; les campagnes ont eu leur part de cette af- 
freuse calamité ; les bourgs de Saint-Franc )is, Saint-Anne, le 
Port-Louis. l'.Xnse-Bertrand, Sainte-llose! ont été renverses. 
La Basse-Terri', les Saintes et tous les quartiers sous le vent, 
ont considér.ililiMneiit souffert (1) ; mais tout s'efface devant le 
désastre |dus irréparable de la Pointe-à-Pitre. 

Le contre-amiral Gourbeyre, gouverneur de la Guadeloupe, 
dont la résidence est à la Basse-Terre, a rempli avec énergie 
et avec cœur sa triste mission. Il s'est rendu aussitôt à la Pointe- 

(I) Rapport du gouverneur de la Guadeloupe, 9 février. 




(Vue lie la graiiJe rade de la l'onUc-a-l'ilie, da.ie |iailic de la ville avaiil le désaslre, el de la Soufiicre, li'iH'ri's i^" ''l'ssin de M. Carueray.) 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL CNIVERSLL 



«-l'iti'c ; oiitouiT lies foiiclioiiniiin'S de la nildiiif. il n ilii'igr 
avec inlcjliiiciicc, avec aciiviti', li's |ii-cinii'iv secours, l'arl'iiil 
il a i-aniiiii' le Cdiiraiic ilrs nialliciireux rclia|i|ji''s à ccllr Iciii- 
|iMr; il Iciii' a iiai'li' di' la Kraiici'. il jciii- a |iriiiiiis son aille 
l(iii|e-|]iiissaMle ; il a eiiliri i-assiiré Idnlreaii milieu de ees Irisles 
(lidiÈ-is; eai-. il faiil liieji le ilire. il s'esl Iroiivi' des rniséraldes 
i(iM ont liciiélré an niilien ili' ees mines di'siili'es, ijui ont l'onlé 
anx jiieds les niorls el les Messes ponr se livrer an |;illaïe; 
mais, hàinns-noiis de le dire, ce n'élaienl ni des Kraneais. ni 
des néttres; ceuxw'i, au contraire, ont été admiraldes de dé- 
vonemenl. cl on cite d'eux des Iraits ton<liaiits : un vieux ne^re 
|iiirle à roflVaiide commune tout son [lécule, une [iieee de cinii 
s MIS. sn|i|iliant i|u'on lui en rende deux pcuir aclietei- dn pain. 

<i ><olic infortune est grande, dit l'amiral (Icmrlieyre. dans 
nne |ir(iidamalioji écrite sur les ruines mêmes de la l'oiute-.i- 
l'ili-e. mais toute ressource n'est |ias détruite. Il faut s: uver les 
recolles encore sur |iieil. Dans les déliris des usines aliatlnes. 
vous trouverez les |iii'ces ni''cessaires |ioiir eu ndever i|iieli|nes- 
unes. l'iénnissez vos efforts, portez-les successivement sur les 
inoidius ijui ont le moins soiil'lerl. sur ceux i|ui. par li'iir po- 
sition, peuvent siM'vir plusieurs lialiitations. et liienloi vos pro- 

iluits. livres aux navires ipii les allendeut. vous iloi r<uit les 

movens de traverser niiiius pi'Miilileinenl ces lon^'s mois ipii 
doivent nous si'parer ilii jour lui la L;('ni'rosili' n.-ili(jnale viendra 
,1 notre siMours. C'est ainsi que vous alll•^erl■z pour vos faïuil'es 
le poids (l(v!a misère (|ue vous avez envisaiîcc sans effroi et ipie 
vous sn|iportP2 avec une noble résijïnalion. » C'est là un heau 
cl nidde laiiirage. 

I,es premiei's secours siuit arrivés très-rapidement île la Mar- 
liiiiipie. ipii s'est eniiie tout entière au récit de la catasiroplu'. 
I.a pi'cmiére lettre reçue île la Poiute-à-Pitre fut lue puliliipie- 
iiieiil sur la savane, devant plus de deux mille persoiuies : «Ou 
se l'arrachait, dit un correspondant, on s'excitait .i la liienfai- 
sai I à la fféi'n.iosic cli'Miuime cliez d'autres peuples on s'ex- 
cite a la venifcaiice. et les ri''siillats uni été ma^iiiliipies, » En 
effet, à Saint-l'ierre comme à |-'orl-Uoyal. la ]iiipiilation a pro- 
digué d'utiles secours. Linge, vêtements, aillent, vivres, cha- 
ciiu donnait ce qu'il avait, el des liari|ues cliariçées partaient 
polir la (liiadeloupe. par des liommes dévoués, ipii allaient por- 
ter à leurs frères l'espérance el la consolation. 

Le ironverueiir de la .Marliiiiipic .M. Duval-d'.M'Iy. a réi;u- 
larisé ce jTéiièreux élan de la popnlalion; les secours ont été 
centralisés, une commission a été cliarj^ée de recevoir les sou- 
scriplious. I.e [) février, le coiitre-amira' de .Muges. coMinian- 
dant en clief la station des Antilles, s'est rendu liii-iuème à la 
Guadeloupe, portant tous les secours en hommes el en vivres 
dont radmiiiistralion pouvait immédiatement disposer. 

I.e 10. la frégate à vapeur Ir Gnmer. celle qui. eu vingt 
jours, est venue porter la noiividle en Kiirope. portail aussi 
sur le lieu du désastre, une grande quantité d'olijets de pre- 
mière nécessilé. u Uemercions la Providence, dit le gouverneur 
de la Martinique, dans une |iroclaniatioii du 1 1 février, d'avoir 
permis que nous pussions vi'iiir à leur secours!... 1mi ouvrant 
une souscription eu faveur des victimes du Iremldemenl de terre 
de la (Miadelonpe, ce n'est |ioiiil un a|ipel que je fais aux lialii- 
laiits. aux services piihlics;je ne cherche point à exciter leur 
sympathie; le noide el gi''uéreiix élan qui s'est partout et spon- 
lanèiuent manifeste n a hesoiii que d'être secondé. » 

Le maire de Fort-Koval. celui de .Saint-Pierre, ont a|iporlc 
ilans leurs efforts un zèle et une ardeur hien dignes d'éloges. 
(I Dans un généreux élan, dit ce dernier aux haliitaiiLs, ou- 
hliaut votre pro|ire détresse, vous vous êtes h.àtés de porter vos 
offrandes. Vivres, vêtements, jirovisions de tout genre ont pu 
être envoyés t ut do suite aux victimes. Grâces vous soient 
rendues! » 

1.1' gouverneur de la Guadeloupe avait écrit à leliii de la 
.Martinique, en lui annonçant la catastrophe : i Si vous éti 



pins heureux que nous, envovez-nous des vivres, du liiscuil 
suilont. car nous n'avons pas ife fours : tout est détruit. ,Ie vous 
écris au iiiilii'ii de I.S.(HM) lialiitants qui liiaiiquenl d'asile el de 
pain. Pressez-vous, les gens ipii rjnt faim n'ont |ias le temps 
d atlendre! ,. îln le voit', a ce triste el déchirant appil. l'ile en- 
tii'i'e avait gèiiiTeusement rèpiuiilu. 

A Saint-i'ierre. une commission fut sponlaiiément désignée 
iioiir aller porter aux dehris de la ville imute l'expression de 
la doiil ur générale, et connailre la nature des secoui-s lejijus 
immi'Mliatement utiles. La Won», comiriaudèe par .M. de Bar- 
mont, qui portail les noialdes liahilants de Saint-Pierre, entra 
dans le port aux lueurs de l'ineendie, u ipii nous servait de 
|ihaie, I) disent, ilaiis leur rappoit ofliciel. les memlires de celle 
commission. n.(aniais. ainiiteut-ils. nous ne pourrons donner 
l'idée exacte de l'horrilde destruction qui est venue, l'ii un in- 
slaul. anéantir cette helle cité... .Sous ces riiini's. qui fuineiil 
encore, sous ces aiu.is de pierres noircies par le feu, lâchées 
par le sang, le tiers de la popiilatiou a été erisevidi... Gr.ices 
aux ■)<)() liommes des liàtimenls de guerre, ipre .\L le contre- 
amiral de .Muges venait de mettre à la dispositimi de la miiiii- 
cipalilè. ou espérail retirer des ruines de iiomlireiises victimes 
qui y étaient ensevelies... L'ordre vient d'être donné .i l'ar- 
tillerie d'ahallre jiar le canon les murs encore dehoiil ; ci'lle 
mesure, devenue nécessaire |ionr assurer la vie des travail- 
leurs, peut donner une idée des lerrildes effets de ce Iléau... 
Les secours dont ou a le plus pressant liesoiii sont les hois de 
charpente. « 

Il y a dans cette sollicitude fraternelle de la Marliniiiue pour 
les victimes île la Guadeloupe, dans celte solidarité i|iii semide 
liei- aux mêmes malheurs ces deux iles jumelles. i|uelqile chose 
qui èineiit el qui attendrit. 

La garnison loloniale a donné à l'armée un nohle exemple. 
Les troupes se sonl. d'un comiium accord, mises elle.s-mèmes 
.1 la demi-ration, el le reste a été destiné aux malheureux. 
Neuf compagnies du ri'giuienl d'infanterie de marine ont en- 
voyé l.-2(M> cliemises ci I .."KM) pantalons, tant il est vrai que 
partout on hatleiil des rOMirs français, là est la France. 

(i .\n inomeul du ih'part du (mmcr. dit un correspondant, 
le feu continnail à réduire en cendres lesdéhris de celte mal- 
heureuse ville; ou avait retiré un grand nomlire de cadavres de 
dessous les ruines; une goélette en avait été chargée et avait 
été les jeter dans le canal des Saintes. » 

<c La terre, d écrit .M. Lavollat. allache à la Direction des 
Douanes de la Guadeloupe, le l^i février, u la terre roule, de- 
puis huit jours, conirue un navire en tempèle. Tout ce que les 
journaux vous diront sur ce terrible événement sera cent fois 
au-dessous de la réalité, car il faut avoir assiste à ce désastre 
pour en juger. Je vous écris de dessous nu ajnupa de feuilles 
de cocotier, on je couche depuis huit jours. La secousse s'esl 
fait sentir à .Antigoa, qui est ilénastée comme la Guadeloupe. 
Nos montagnes se sont fendues ou choulées.. Heureusement 
que la flotte de la station nous a porté des vivres; nous com- 
mencions à nous arracher la morue et le riz bouilli, car c'est 
avec cela seul que j'ai vécu pendant cinq jours: je n'ai du pain 
que de|iiiis hier. Il va sans dire que j'ai perdu tout ce que je 
possé'dais. mais c'est là la moindre chose; il hie reste mes 
quatre memlires. je suis en cela plus heureux que les 3 ou 
■'(110 personnes que j'ai aidé' à amputer. >i 

lu auteur dramatique, réceiiinienl arrivé à la Guadeloupe, 
a écrit au rédacteur en chef du Corsaire nue longue lettre où 
les faits abondent et sont racontés avec autant de cnuir que 
d'éloquence. C'est la seule correspondance où semble [lercer 
un iiMme indirect contre les fonctionnaires de la colonie. 
Il Mais, dit-il. l'heure de certaines actions n'est point encore 
arrivée. Détournons donc nos regards de quelques actes d'im- 
jièritie et d'ègnïsnie pour les reporter sur de beaux dévoue- 
ments. Parlons du zèle et de la soHici'ude des sieurs de Saint- 




Vincent de Paul, (fe ces pauvres filles dont la ifouleiir pub.iqiit 
est le patrimoine; parlons de l'énergie de la ;.-rnison et de- 
braves officiers qiri Li commandent ; (larlons «In noble élan du 
clergé de la coloiiïe... Ce sonl la, mon ami, des ex. nq les (|ui 
ont déjà |iortè leins rniits. L'éninlalion semble avoir g.gné la 
colonie entièn- et les iles environnantes. La Martinique nous 
est venue en aide. et. grâce à la franr-liisc des porls. exception- 
nel ement dikrélée par le Gouverneur, nous pourrons attendre 
plus patiemment. » 

C'est ainsi que chaque lettre, à coté du dé-chirant tableau d' 
la calaslrophe. met en relief les actes de dévouement et de 
courage, comme un rayon de soleil au milieu de ces affreuses 
ténèbres. 

L'émotion publique, qui ,•• accueilli en France l'horrible 
nouvelle, l't les cris de confiante es|n'Tance jetés vers elle jiar 
nos malheureux freri's des colonies, a élé aussi unanime el 
féconde. 

L'ne loi portant crédit de 2.o(K).0(N) fr. a été présentée par 
le goiiveriM'ment à la Chambre des Diqiuté'-. Mais les membres 
chargés de l'examen de la proposition dans Ur- bureaux ont 
déclaré l'insuffisance di- ce secours, el ne loiil considéré que 
comme provisoire. Un membre a demandé que les colons fus- 
sent dispensés ilii droit de mutation à raison des successions 
ipii s'ouvriront par suite de la catastrophe. La loi a été votée 
à l'unanimité. 

Des oi'dres ont été immédiatement donnés par le lédéprrajihe 
dans tous nos porls. et des navires sont en rouli- déjà. em|ior- 
lant un million d(! rations, des médicameoLs et des secours d< 
toute nature. 

Mais le |iiddic. la France entière, n'avait pas allendu l'initia- 
tive du gouvernement. Des souscriptions se sonl orjranis4''es en 
tons lieux, el nne commission, présidé-e par M. le minisire de 
la .Marine, est chargée de cenlraliser les huids. d'en assurer el 
d'en ordonner l'envoi. Le clergé tout entier a ordonné de> 
quêtes paroissiales. Les élèves des écoles publiques ont réuni 
aussi leurs efforts; ceux du collège de Henri IV. qui compleni 
parmi eux beaucoup de jeunes gens appartenant aui colonies, 
el qui. les premiers, ont conçu celte heureu.se pensi'-e. ont 
voulu, par un sentiment plein de délicatesse. <|nela quéle n'eiil 
lieu qne parmi les élèves appartenant à la métropole. La garde 
nationale, qui. en toute circonstance, s'inspin' des gènèreui 
instincts du pays, est allée au-devant de celle grande infortime. 
Le reliquat des caisses de compagnie, ipil, an montent des 
élections, sert à réunir autour d'un nanquet d'ailieux de jovcux 
convives, est cette fois consacré avec joie à une belle el Itônne 
action. L'armée obéit à cet entraînement généreux : déjà plu- 
sieurs corps ont demandé au ministre l'aulorisalion de consa- 
crer à cette largesse nationale une partie de leur solde. 

Le Xalionul de t'Ouesl annonce que le commerce de Nantes 
s'occupe d'expédier sans retard des navires charçés de vivres. 
d'objets de première nécessité et de matériaux de conslnic- 
tioii. non comme spéculation, mais comme offre de nationaux 
à nationaux, de frères à frères. C'est là un bel exemple qui 
trouvera des imitateui-s. il faut l'espérer, dans nos vdles du 
littoral. 

Il est impossible qu'un élan si unanime, ipie des sympathies 
si actives, si spontanées, ne rendent pas à nos malheureux 
compatriotes de la Guadeloupe l'ardeur et l'énergie morali«s 
ipii, seules, peuvent réparer ce qu'un aussi grand malheur •■' 
de réparable. 

Sans doule. une infatigable persévérance, de longues pri^ 
lions, d'intelligents travaux seront longtemps nécessaires avaiii 
piême que les traces matérielles du désastre aient dispani. On 
ne rebâtit pas en quelques années une ville de 9flO maison- 
bâties en pierre, élégantes, de vastes magasins, des édifie. - 
publics. 

In commerce considérable, ime industrie active, qui. p<. . 
la préparation du sucre, compte dans la Guadeloupe seulement 
SOI moulins, se ressentiront longtemps sans doule d'un pareil 
désastre, qui intimide et paralyse les spéculations el les créa- 
tions industrielles. 

.Mais le concours du gouvernement, el les efforts de la nation 
entière, auront puir objet surtout de ranimer la confiance el 
de faciliter les relations de la France avec ses colonies. 

Nous donnerons, dans notre prochaine livraison, un plan 
très-détaillè de la ville détruite. 

Puis.seul le cravon de nos artistes, le burin de nos graveurs 
n'avoir plusà retracer d'aussi désolantes scènes! ftiisse I'Illi s- 
TR.VTlo.N n'avoir à illustrer désormais que des sujets de miuur- 
des descriptions gracieuses, des sujets moius sombres et nu'^ 
désolés ! 



Courrier do Parla. 



Comment. Madame. |ierséverer jusqu'au IkiuII ensevelir v 
vingt-deux ans au fond de la Bourgogne, jiendanl ce noir hiv. 
dans un vieux château caché au milieu des ruchers el des b. 
sombres, comme un ermite centenaire! yu'ya-l-il donc?. Vv. 
vous fait vœu de solitude à quelque saint du calendrier? Vol 
cœur saisnanl s'est-il n'fugié au deserl. traînant l'aile conu 
une colombe blessée? ou puitot nesl-il |ias quelque Oberuii . 
quelque Ariel. mvslerieux habilanl de voliv âme. qui peiq 
celte Thèhaule de mille illusions charmanles. el qui. laii.i 
que ces monts el ces bois el ce cb.lleau séculaire sonl Irisl. - 
dépouillés et sohibres pour les antres veux, les i-eniplil p.. 
vous seule de soleil, de sourires et de venluii'? \ ous ne m'av • 
pas dit votre secret. Jladanie. el je suis iiiip votre humM 
serviteur iiour me permellrc de le deviner. 

Mais savez-vous qu'on en cause ici. el qu'on s'étonne .i 
celte n'-solutiou hènuque. de celle vertu tout à coup sauv;._ 
qui vous fait rompre eu visière au monde, dans la plus bel, 
Heur de votre beauté, dans tout l'éclat de vos heures adorée- 



L'ILUlSTIVVnON, JOLHNAL UNIVERSEL 



Yns moilleniTs amies s'en afllisiMilaviîc une sincc'nlo odillanto; 
on TOUS roçrcllf, on vous ])kMire. ou ne sait comment faire 
pour Tivre'siiiis vous! Mademoiselle de P... pousse un doulou- 
reux helas: ii voire nom seul; madame de Bl... jirend son jdus 
çraud air aniiijé; la maniuisc d'Ag... laisse voir une larme (jin 
roule comme nue perle dans ses beaux yeux d'azur. Mais, Ma- 
dame, me direz-vous pounpioi. malgré loutre luxe attendris- 
sant, je les soii|iioime de se réjouir an fond de rame, de n a- 
voir plus le ilaiiieieux voisinage de votre grâce irresistilile. 
Faut-il me déilaivr calomniateur, ou n'ai-je l'ait ipie lire dans 
l'histoire de l'ainilii' di's femmes? 

Pour nous tons. Mouds, liriins ou châtains, que vous çhnr- 
mie? par le daii-eiriix altrait d'une double perfection, par 1 ele- 
ïance du corps el l'élégance de l'esprit, nous sommes veriln- 
itlemout malheureux de' votre absence. Se livre-t-on a la cause- 
rie du soir dans ce délicieux salon de la rue de Provence dont 
vous étiez la souveraine'? on s'aperçoit bientôt que vous n êtes 
plus là. Le plus délicat et le plus aimable de notre esprit s en 
est allé avec vous, se cacher je ne sais sous quel noir créneau 
de ce maudit château bourguignon. i:ssave-ton un air de Ros- 
sini ou de Mozart '? on clierclie celli^ voix à la fois si ferme et 
si douce, qui allait li l'ame par des routes mélodieuses. Est-ce 
le bal qui commence? c'es encore vous qu'on demande, vous, 
la taille la plus svelte, le pied le plus fin. la plus exquise pa- 
rure la valse la plus légère. Ainsi, vous nous avez enlevé e 
meilleur de notre bien."La désolation est dans le troupeau de 
vos fidèles. Mais pi-enez-v carde : une jolie femme est comme 
1111 homme célèbre, elle "doit éviter de s'absenter trop long- 
temiis ; tous b'S succès, dans celle ville incoiistanle cl mobile, 
succés'de génie ou de beauté, risipient en quelques mois, en 
quelques jours, de trouver, au retour, la plare i)iciipee:_nous 
sommes encombrés de royautés as|iiniites. Ioujouin prêtes a 
remplacer les royautés qui vovageiil on qui se font ermites. 

Cependant, Madame, je ne d'i^sespere pas de vims ; vous n êtes 
pas vouée à la pénilence sans remission. Vous le dirai-je? on 
devine que vous n'avez pas une foi robuste, et que votre re- 
noncement à Satan et a ses pompes aura la durée d une robe 
ou d'un chaiieau Oh ! si vous tenez à votre réputation de sieur 
convertie, si vous voulez qu'on vous tresse une couronne de 
martvr, cachez mieux vos secrets ; pourquoi avez-vous fait d( - 
mander a Vielorine si les corsages se portaient toujours aii.ssi 



longs, il .Janissel un bracelet d'amélhistc, à Mcis-sonnier son 
nouvel album, à Fessy son dernier quadrille? el a moi, ne 
m'avez-vous pas écrit 1 autre jour, dans une de ces lettres char- 
mantes dont votre souvenir console mon regret : Dites-moi, 
mon ami. que fait-on là-bas? 

Voil.i un mol ipii compromet singulièrement votre future ca- 
nonisation. Que l'ait-un là-bas? nous a rendus tout heureux et 
tout liers, nous, vos pauvres délaissés; c'est un regard que 
vous jetez en arrière et qui nous revient; c'est un soupir ipii 
vous échappe et remonte de notre cité. Est-il donc vrai ipie 
r.ime la plus pénitente ne peut se détacher entièrement de 
celle Babylone; Ce Paris que vous fuyez serail-il semblable à 
ces dangereux séducteurs qu'on s'efforce de hair et qu'on ne 
peut oublier? 

Vous me permettrez. Madame, de profiter de l'interrogation 
ipie vous m'adressez pour introduire l'ennemi dans votre cita- 
delle ; vous avez levé devant nous le pont et la lierse. lui bonne 
guerre, nous avons le droit de vous attaquer jiar tous les moyens 
iiossili es; et si vous faites des aveux i|iii |iré|i'iil llani; à l'as- 
SiOUt el nous diMinent des intl'lligellcl■^ il.uis la ]ilace, en vérité, 
il serait par trop lii'roïque de n'en pas jirniiti'r. Notre qui' fait- 
an là-bas'.' est le levier ipii va servir ,i vous ballre en lireclie; 
il n'attaipie pas de front votre solitude et n'enfonce p,is les 
iiorles. mais il les eiitr'ouvre on permet Imit au moins de se 
glisser au travers des serrures. Vous aurez beau faire, toute 
demande exige une réponse, et j'ai la |in'tenlion détre tnqi 
iioli p'iiir me laire cpiand vous me faites riioniieur de in'inter- 
roger. Je vous dirai donc ce qu'im fuit ici. 

liemarqiiez que je n'agis pas en Irailre; que je ne suis pas 
un de ces espions qui rodent autour du camp )ionr surprendre 
les sentinelles endormies : j'étais iunoceinineiit occupe à vous 
regretter; c'est vous qui venez me chercher dans mon inno- 
cence; vous m avez provoqué, je riposte ; mais, chevalier cour- 
lois, je vous dénonce mon entrée en campagne et le commen- 
cement des hoslilili's. 

'J'enez-vons donc sur vos gardes: vous avez tenté de vous 
baslioniier contre Paris; pour se mettre à l'abri de ses alli-in- 
tes, vos vingt ans ont pris des quartiers d'hiver au sommet 
d'un mont, dans un vieux manoir ou le vent siflle, où b- tinte- 
ment (le^ lieiires retentit tristement dans 1rs longs corridors. 
.Mais Paris ne biche pas aisi'nient sa proie; c'est un ami char- 



mant et dangereux, dont il est difficile de se défaire. Il n'est 
jamais à bout de ruses pour retrouver ceux qui l'abandonnent, 
el pour les assiéger; sans doute, votre sidilude se croyait bien 
forte contre lui, et bien abritée. Kli bien, vous le voyez! 
Que fait-on là-bas? m'eiiivez-vons. .'\insi, vous v songez; la 
ville tiailresse vous oicupe malgré vous; j'imagine ipie son 
brillant fantôme se iiniinene isolément dans les noires al'ées 
de votre parc dépouillé, et, iiendant la nuit, se glisse dans vos 
révcs. 

C'est ))cu de vous poursuivre en idée, Paris va s'introduire 
en réalité dans voire désert, el, dans celte escalade, il m'a 
choisi pour complice. L'attaque qu'il vous prépare ne se fera 
point ,i main armée, au tranchant du glaive, mais ,i la pointe 
de la plume; nous ne marcherons poinl au pas de charge el la 
baionnetle au poing, nous écrirons; notre ([iiarlier-général sera 
la poste aux lettres. 

La poste aux lettres! Quel crmile pourrait se mellre. à l'abri 
de ses atteintes? D'abord elle vous lance ses projectiles avec la 
rapidité de l'éclair; vous n'avez pas le temps de préparer voire 
défense; la lettre vous arrive de cent lieues cl tombe sur vous, 
à votre réveil, sans que vous puissiez l'éviter. Et remarquez- 
la ruse! la Iraîlressc a soin de s'envel qiper avec art. Sait-on 
ce qu'elli' |ieiis(>? Sait-on ce qu'elle mi dire? Cependant on 
lirnle de b' savoir; la curiosité rompt le cachet, et la médisance, 
la llaUeiie. la passion, tout ce qui se dérobe .sous la douceur 
{le ce papier saliiii', éclate tout à coup, vous saule aux yeux et 
vous saisit au co'iir. 

.\iiisi. Madame, nous enlicroiis chez vous, malgré vous, sous 
enveloppe, Chncpie semaine, ce Paris, que vous évitez, vous 
écrira )iar estafette ces mille faits importants ou frivoles qui 
composent sa vie, sa bruyante vie de tous les jours, et c'est 
moi qui lui servirai de secrétaire. Prenez-en votre parti : il 
faudra bien que vous écouliez le récit de ses vertus et de ses 
vices, de ses belles actions et de ses sottises. Vous aurez Paris 
au désert, et le silence de votre solitude sera troublé tous les 
huit jours par cet écho mondain. IN'esl-il pas juste que je fasse 
honneur a civile lettre de change que vous avez tirée sur moi : 
que fait-on là-bas? 

.)e suis. Madame, le plus dévoué serviteur de vos deux beaux 
veux. 



I 



LE DEKNIEU BAL DE L'HOÏEL-DE-VILLE. 







Personne n'a contesté à la littérature le droit de ressusciter 
les morts. Usons de ce privilège el rappelons pour quelques 
instants à la vie le prévôt des marchands. Soyons nous-méme 
son valet-de-chambre : passons-lui les manches de son habit 
aux larges basques, coiffons son honorable chef d'une large 
perruque, et vite une citadine an f;mt6me! ÏVous arrivons : les 
fenêtres de rUolcI-dc-ViUe sont illuminées, la foule des équi- 



pages prend la file à la porte; partout régnent le brnil et le 
mouvement. Tout Paris est convoqué à heure fixe, non point 
pour prendre une de ces délibérations qui changeaient la face 
de la monarchie. Il ne s'agit ni d'une émeute, ni d'une révo- 
lution, mais tout simplement d'un bnl. 

Vous figurez-vous l'étonnement de l'ombre municijia'e que 
nous venon.s d'évoquer? Partout le luxe des peintures, des 



meubles et des ornements. L'ancien parloir aux marchands est 
devenue méconnaissable ; la bourgeoisie elle-même a bien 
changé. Avec ces robes de gaze et "de salin, sous ces coiffures 
élégantes, au milieu de ce "laisser-aller gracieux et spirituel, 
comment reconnaître les rejetons de celle bourgeoisie grave, 
économe, sévère, qui ne dan.sait que du bout des pieds, ne cau- 
sait que du bout des lèvres, el ne se mettait eu frais de toilette 



LILLISTMATION, JOCHNAL IMM-l'.SKi. 



l't de plaisir qup pour fclcr des rois, ou tout au moins dos 
prinros ot dos ambassadeurs? 

Aujiiunriiiii 1,1 l](iiiif,'eoisie, s'il nous est permis d'employer 
cetlo foriiiiile d'élii|ueile, se reroit elle-même. I-'.lie n'allend 
plus i|u'uii j.'i-,iii(l événeiiienl. un'c lialaille i.'.ii;riée. un liaplème 
lUi un niari;ii;i' de riii. lui f<iiiriiisseiil un pi-i'lexlc ilc rciniiis- 
sanre. Les s,-il'ins miuiicipauv u';Ulendeiil |»]ur s'ouvrir (|uc> li' 
sii;nnl de lliivei'. I,a neiye lonilie piiur liiul li' monde. Les bals 
de rilùlclHl,.-\ illi' nom' p,is d'nuire lilre ofliriid. 

.•^i nous eonn.iissiiius la lanijue îles ranlonies. ([ue de eiioses 
nous ain-i<iMs .-i vuiis apprendre, feu M. le prévol des mar- 
rliandsl iii.iis peul-èlre parle-l-(ui euciu'e le franeais aM\ 
Chanips-I'llysiMS di' l'aillre monde. Eu ce e,-is, perjueliez-iuni. 
ondire éir.niM', de nu'llre le eiuulde a voire l'IoniuMuenl. Ce 
cavalier l'iéjjaiil ipii s'i'danre si audaeieusemeni dans les | ('u'ils 
de Ven-iir(inl-(lcii.r. c'est lui avocal ; cel autre (|iii jinie ,i la 
liouillolle est un conseiller .'i la (^oiir l!o\ aie ; celui-ci est un 
ini'decin. celui-là est iiu nieuibre de r.\Ciidéiiiie. Qu'ont-ils fait, 
allez-vous me dire, de leur robe et de leur lioiiiiel carri'? l'ar- 
lilcu, ils les luil laissés à l'audience, .à l'anipliillK'àlre cl a la 
.■^orbonne. Aujourd'hui les avocats, les niaifisliMis. les iimmIc- 
cins, les savauts, s'Iiabilb'iit et s'amusent coninie loul le inonde. 
I.a justice et la science ne s'en trouvenl pas plus mal. 

.Si vous aviez, mon cher fantôme, nue tenue plus dér'ente. 
je vous pri''senlerais à votre successeur. Il a (piilli' le litre de 
firéviit poiii- |ircuilre celui de iiréfi'l. Cette jeunc^ persmnie à 
laipielle il donne la main |iour la conduire a un (piadrille, est 
loul simplement la liilc d'un iii'i,'ociant de la rue des Lombards. 
Vous alliez peut-èlre la ju-en<lre pour nue priuiesse. Que ili 
u'ràce dans sa déinarrhe! i|U{' de luxe dans ses vèlenn^nls! 
C'est i[u'aujnurd'hui il n'y a plus di' lois sompluaires ni pour 
le costume, ni pour l'i^Mlucalion. 

.Mais laissons noire fantôme ;i ses rélle\i(uis. On n'est pas 
lenii d'être d'une politesse fastidieuse envers les ombres. I^ar- 
courons ces salles étincelantes. suivons le bal jiisipie ilans ses 
dernières c infredanses. \'ous avez pu voir Paris é|iar|iirl '■ dans 
viiii^t salons; il est vi'uii ce soir se résumer dans l'Uotel-de- 
Ville. L'aristocratie de la noblesse, si ce n'est pas là nu pléo- 
nasme, celle di' la poliliipie. de la finance, des arts, de la lit- 
térature, servent pour ainsi dire de eailre aux joies de la bour- 
geoisie parisienne. Ici c'est elle (pii Irioniphe; idle est sur son 
terrain; c'est une fête (pi'elle vous donne dans son propre pa- 
lais. Vous voyez (pi'il est dliçiie d'une aussi puissante souve- 
raine. 

Il est difficile de jouir il'un plus beau coup d'oeil (pie celui 
'Pl'offre un bal à l'ilolcl-de-Mlle. iinposani l'difiee dont les 
échos ont retenti tour à tour de louti's les joies comme de 
toutes les dou'eurs de la France, lîal par bal. ou pourrait re- 
(■(uistruire toute l'histoire de notre pays. En allenilant ipi'oii 
mette le burin aux mains de Terpsichnre. souj^eons ipie la fête 
de .M. de liambiileau est terminée, et rentrons chez nous en 
évitant la pince de Grève; ce trajet pourrait assombrir nos 
souvenirs. 



■lcvn<> algorii'nnc (li. 

Les hostilités ont II (lunmi nié tmi uni niuivelle vii,'ueiir eu 
.MLrejie, pendanl li iniuv di | iinii i IS'iô pour continuer de 
même en février, ou pliilol i lli s n oui p is i lé un inslani inler- 
rompues par la inauv um viinoii 




Le gouverneur-général avait senti riin|iortance de ne pas 
laisser Abd-el-Kader s'établir tranipiillemeni . |iendaiit loul 
l'hiver, dans la chaîne des montagnes de l'Oiiarenseris (pro- 
vince d'Oran). Dans cette position, où il se procurait d'ail- 

^1) Nous résumons dans cet article les principaux événements 
ilejiuis le comniencemenl de l'aunée, de manière :i n'avoir plus 
Hu'â nous tenir au courant des faits actuels el à les suivre avec 
liiule la rapidité possilile 




Ilplniirii f.hiTchi"l. — l'assase il'un inrrciu. 



leurs dab'indanles ressources et ilis|iosail de nombreux guer- 
riers de ces inoulagnes, l'einir dominait loul le pays entre le 
Cliélif et la .Mina, inainlenail dans l.i crainte, aux alenloiirs, 
les tribus ipii nous paraissaient les plus ib'vouées. et pouvait. 
en reconstituant de nouvelles forces, attaipier siu-ieusemenl les 
contrées que nous possédons en avant de .Médé^ab. .Miliaiiab et 
Mostaganem. M. le général Bugeaud résolut donc de (lorter. 
même en hiver, une guerre sérieuse sur l'Ouarenseris. Dans 
celte vue, trois colonnes de la division d'.\Iger furent réunies, 
le 24 novembre 1842, sous les murs de Milianah, et se mirent 
(Ml mouvement le 25, celle de droite, eommaudee par le gou- 
verneur-général, avant sous ses m-dres M. le iliic d'.\uniale; 
celle du ('entre parle général Cbangarnier. celle de gauche par 
le colonel Korte. En même temps, les divisions de .Mascara 
1 général de La Morieiere j et de Aloslaganein i gênerai ("lenlil ,. 
devaient manœuvrer contre la grande tribu insoiunise des Kli- 
las. de manière à rejeter ces populations sur les autres cidon- 
nes. ]iendanl que celles-ci occuperaient leurs retraites liabi- 
Uielles dans les montagnes boisées des lieiii-(_)ur>Tgh. 

Les maiiieuvres combinées entre les trois divisions d'.\lger. 
de Mascara et de Mostaganem obtinreut un succi's complet, et 
en vingt-deux jours, le 17 décembre, elles avaient soumis pres- 
que toute la chaîne de l'Ouarenseris jusqu'à l'Oued-Uihou. 
toute la vallée du Chélif sur la rive gauche et deux tribus sur 
la rive droite, la presque lolalilé de la tribu des Flitas. ipii 
(■(unpte trois mille cavaliers, et toutes les tribus secondaires 
qui bordent la Djediaua et la rive gauche de rOued-Rihou Ces 
résultais n'avaieul éli> dabiu'il espérés ipie pour la campagne 
du |irinteinps. 

La iiueslion ainsi résolue sur la rive i;auehe du Cludif. le 



lilion 



moment a semblé opportun de [lorler nos arini 
'J'eucs. où elles n'avaient pas encore paru. Celli 
él('' conduite avec succès |iar le gi'iieral Changarnier. qui, après 
avoir occupé 'l'eues pendant deux jours, a abandonné, le 2!» dé- 
cembre, celle bourgade, on il n'avait Irouvé' aucune ressource, 
et où une garnisou'frani;aise sera sans doute installée plus tard. 

Ces diverses o]iératiôns avaient |iort(' des coups trop sen- 
sibles à la puissance d'.Miil-el-Kader. pour i[u'il ne cherchât 
pas à en neutraliser les effets. Des le principe des soumissions. 
il avait eiilrelenn des intelligences actives avec les tribus sou- 
mises. La contrée la mieux dis|iosée pour ses vues était, sans 
nul iloule. cette partie de l'Atlas qui s'élend de Cherchel jus- 
qn'aujirès de 'renés, et qui est bornée au nord par la mer. et 
au sud par la vallée du Cbélif. Arrivé du sud avec un millier 
(le chevaux réguliers ou irréguliers, il s'est bien vite recruté 
dans la va li''e iln Clndif. de tribu en tribu, et il a envahi l'Agha- 
lik de Rr'iz avec environ deux mille cavaliers et cinq ou six 
cenis l'anlassins. 

Le 7 janvier, Abd-el-Kader a ex(''culè contre les Alhaf, à uiu' 
joiiriK'e à l'oiiesl de Milianab. une rhazia ipii a été le signal 
d'une iKUubren-,!- ili'l'eclion parmi les tribus soumis(>s au mois 

de décembre. .\ l'excepli le deux ou trois, toutes les autres 

de celle pallie de la vallé'e du Cbelif oui de nouveau reconnu 
son auloriN''. Abd-el-Kader s'esl m inlré cruel cette fois : notre 
kaïd (les liràz de l'est et ses trois fils ont été décapités ; il a fait 
mutiler (pichpies chefs, crever les yeux à d'autres; eidin tous 
les hommes soup(;iumés d'attachenient à notre cause ont été 
enlevés. 

.\près avoir ravagé les Alhaf et les Kosseir, Alid-el-Kader 
s'est jeté dans les liantes montagm's des '/.atima, Beni-'i^ioui 
Larhalli et Gouraya, (ui il a léuni à peu )irés trois mille Ka- 
baïles. .\ la tête de ces forces il s'est avancé avec son khalifah- 
el-Berkani chez les Beni-Menasser, où ses émissaires et ses iu- 
triuues l'avaient devancé, et ipi'il voulait pousser à faire une 
démonstration contre Cherchel. Le u'ènèral de Bar, marchant 



il sa rencontre dans l'ouest, eut avec lui plusieurs engagement^ 
les 25. 24 et 23 janvier, et le refoula dans les grande> numta- 
gnes de Ciouraya. De son côté, le général Cliauganiier. sorti 
de .Milianah le 22, porta, par la hardiesse de ses mouvenicnLs. 
le trouble et le ravage sur les derrières de l'émir, et punit sé- 
vèrement plusieurs tribus qui avaieut cédé à l'entrainement de 
leur ancien chef. Ln même temps, M. le duc d'Aumale faisait 
un hritlanl coup de mniu sur nos ennemis du sud de Milianah. 
et. au moyen de nombreuses prists, indemnisait largement no.s 
alliés des' pertes que les rhazias d'.\bd-cl-Kadcr leur avaient 
fait éprouver. 

Le 27 janvier, à quatre heures du malin. M. le lieulenanl- 
colonel de l'.Vdmiraull vint i .Vlger à bord du bateau à va[)eur 
le Pfmre. envoyé exprès |)our connaître le véritable étal des 
choses. anin)ucer au gouverneur-général les progrès de l'insur- 
rection el l'arrivée d'.\lid-(d-Kader dans la partie occidentale 
lie la province de 'l'itleri. .V une heure après midi, le général 
Bugeaud était embanpié avec deux balail.ons. et déliar>|ua dans 
la îiuit à Cherchel. Le 50. il s'esl mis en campagne, afin de 
poursuivre Abd-el-Kader et de cliàiier les tribus ([ui avaient 
répondu à son appel. Le mauvais temps ne lui a pas permis 
d'exécuter enlièrement la camp.gne projetée : mais le but prin- 
cipal a été atteint : Abd-el-Kader et son khalifah-<'l-Berkani 
ont été repoussés dans l'ouest. Le gros ras,<emblement de Ka- 
baîles ([u'ils avaient opéré s'esl dispersé dans tous les sens 
Deux des plus importantes tribus rebelles, les Bcni-Menassai 
et les Beni-Ferrah, ont été sévèrement punies. 

Un ouragan affreux, mêlé sans interruption de grêle el de 
neige, a obligé le corps expéditionnaire à descendre bien >ite 
des" hautes irgious montagneuses pour regagner les bords de la 
mer. où l'atti'udait un convoi 11 l'a atteint le 5 février à quatre 
heures du soir. n(Ui sans dil'ficu'dé. car le mauvais temps a 
continué, el. la nuit du (J au 7. la |duie tombait avec une telle 
force, que tous les feux du camp ont été è'eints. La colonne 
s'est ailieminée lentement vers Cuerchel. Les niis.seaux étaient 
devenus des torrents impétueux, et la rn|iidité des eaux était 
telle, qu'il v avait lieu de redouter beaucoup de malheurs. Des 
cordes ont "été lendm>s. et les pelotons, bien unis par les bras 
et appuvés à la corde par l'une de leurs ailes, ont ainsi franchi 
sept torrents. Grâce à cel expédient, on n'a eu à regretter ipie 
la perte de deux hommes. 

Dans cette courte mais pénible cxpt'ditinn. le général Bu- 
geaud a failli èlre tué, comme le fui le colonel Leblond il y a 
quelqiK's mois : six coups de fusil, tirés ]iresque eu même teni|" 
par des .\rahes embusqués, ont blessé le cheval du gnuvernei 
général. 

— A la nouvelle de l'apparition d".\bd-el-Kader dans la pi.>- 
vince de Titteri. le bruit a couru à Aîger (jue ses troupes avaient 
envahi une partie de la plaine de la" .Métidjali el surpris quel- 
ques-uns de nos détachements : ce bruit était ((miidétenuMiI 
faux. Dès le 27 janvier, le c(donel Korte sv dirigea, .i la tête 
de toute la cavalerie, vers Boufarik. de fortes reoinnaissances 
furent poussées dans Ions les sens, et l'on n'aperçut pas un seul 
eimemi. Les convois militaires circulèrent avec la même sé- 
curité qu'auparavant. Le retour des dé.sastrcs de la lin de IJ<31t 
el du connnencement de I.S4(t ne semble plus .i craindre 
.\loi-s Atld-el-Kader disposait de forces assez considérables; il 
avait ses places fortes, et la [iiix lui avait laissé le temps de 
se préparer à la guerre: enlin. nous étions sur la défensive 
Mais, depuis deux ans, la face des affaires a changé. Nous 
avons repris partout l'offensive. I/eimemi. battu sur tous les 
iioints, a vu ses places fortes détruites de fond en comble, ses 
douares incendiées, ses récidtes ravagées. Di' iiriuce, de géné- 
ral qu'il était, car il avait un gouvernement, une armée. Abd- 
el-Kader. apn's avoir été pourchassé jusque dans les contri 



L'ILF.IJSTRÂTION, JOURNAL UNIVERSEL 



<l ili'viMui un siinplo chef dp hniiilcs, m;u- 
mnssarri's vt des diHaslalioiis. L.i 



les plus éloiiji 

iiuaiil son |iii-.-i:ii;i' pi 

'411CITC se pllu^^l^l iiiainloiiaiil dans l'iiiliM-itHir, ou iinscdloiiiics 

Ml' ri'ui-onlrriil plus ipi'uur molle n'sistanre. Si i(UPlipios IVac- 

iious di' liiliii-- suiviiil iHcoi-o la fortune de celui qui se don- 

nail uasïucrr li' lilir |iouii)eux de sultan, c'est ((ue nos troupe; 



no peu'veni \n< ^r houvei- toujours en tous lieux |ioui- ]ir iti'[;i'r |jo„ miliiaii-e ini| 



la plus dil'licilc ilu tei-riloirr. II csl proiialde i|u'il Y aura d'au- 
tres conilials, parre ipie la l'aîuille des Lîerliaui a encore sur cette 
conlri''e une inirnensc inllueiu'e. et i|uc son elii'f, ]pro»crit par 
l'arrêté du 10 février, snutiemlra une lullc npiniàlre. 

— Dans la province de Conslantine. M le ;,'enéral naraifuey- 
d'ililliers a dirigé avec succès, du 1-2 au -22 f('viier, une opéra- 



^iai^ /: la louriun-ë qu'ont prise les événenn'iits. 1 
centres de popiilalioii, il faut l'espérer, n'auront plus à redoii- 
lor les agressions de l'ennemi, cl la plaine de la Mitidjah seni- 
Ide désormais à l'aliri d'un coup de main. 

— Les marchés d'Alger sont abondamment approvisionnés 
et les denrées iiaissenl de prix. Le carnaval a été hrillanl a 
Al^er, voire même à Blidah, où, entre autres impnrlalious 
françaises, on n'est pas peu surpris de ti'ouver des magasins de 
costiîmcset de niasipies. 

— Jusqu'à ce jour , les exécutions à mort avaient eu lieu. 
dans l'Algérie, par le yatagan, suivant l'usage que nous y 
avions trouvé étalili : c'élait aussi un e.vécuteur musulman qui 
avait continué à remplir ce ledoutable office. 

Un fâcheux incident, survenu l'année dernière a provoqué 
,1 cet égard une innovation nécessaire. Le 3 mai 1842, fut 
exécuté, hors de la porte Babazoun, a Alger, le nommé Grass, 
condamné à morl par la Cour royale d'Alger. L'exécuteui- iiuli- 
l^énc, appelé peul-étre pour la première fiis à décapiter un 
chrétien, et saisi d'une émotion extraordinaire, fut obligé de 
s'y prendre à plusieurs reprises pour achever le sujqdice du 
patient; la foule indignée menaça les jours de l'exécuteur, et 
celui-ci ne dut sou salut ([u'à l'inlerveiitiou de la force pu- 
blique. Pour prévenir le retour d'un si hideux spectacle, l'au- 
torité locale a demandé et (diteuu. de .M. le ministre de la 
Guerre, l'introduction en Algérie de l'instrument de supplice 
usité eu France, et le remplacement de l'exécuteur algérien 
par un exécuteur fi-anc.ais. 

Le 16 février, l'éeliafaud a élé dressé sur la place Bab-el- 
Oued, à .\lger, et la terrible machine a fiiuetionni- pour la pre- 
mière fois. Le nommi' Abd-el-Kader Zellouf lien Daliman , 
condamné à mort pour ci'ime d'assassinat, par arrêt de la 
Cour royale du 10 septembre dernier, a subi sa peine à une 
heure après midi. La nouveauté du spectacle paraît avoir vi- 
vement impressionné les spectateurs indigènes, et, après l'exé- 
cution, ils se sont préci|iités en foule vers l'échafaud jiour l'exa- 
iinner dans tous ses détails. 

— En vertu d'une décision du ministre de la Guerre , du 
20 février, les sous-officiers et soldats de l'armée d'Afrique , 
autorisés, lors de leur liliéralinn du service militaire, à rester en 
Algérie, cnnscrveroul pendant deux années, à dater du jour de 
leur libération . le droil kuil au passage gratuit pour rentrer en 
France, qu'à l'indenuiilé di' route de leur ancien grade, pour 
se rendre du port de déliarquement dans leurs foyers. Les an- 
ciens militaires qui demanderont, avant l'expiration des deux 
iinnées. à rentrer en France, devront, pour obtenir uiu' feuille 
de route donnant droit au passage gratuit et a l'indemnilé, ex- 
hiber, indépendamment de leur congé de libération , un certifi- 
cat de l'autorité militaire ou civile du lieu où ils auront ou leur 
dernier domicile , en constatant qu'ils ont toujours tenu une 
lionne conduite pendant leur séjour en Algérie. 

— Le bateau à vapeur le Tarliiic. qui avait été expédié à 
Tanger avec notre nouveau consul à Mogador, M. le chef d'es- 
cadron Pellissier, auteur des Annales alfinieiine.i . esl rentré à 
Oran le 29 janviei', ayant luijoiirs à lioni le emiMil el sa fiinille. 
A son arrivée à Tanger, M. IVllissier apprit du consul de France 
dans cette ville que l'enqiereur Ahd-e!-Rahman lui refusait 
Vexequalur. L'empereur de Maroc a donné pour motifs de son 
refus qu'il ne voyait pas la nécessite de la présence d'un consul 
français à Mogador, attendu que celui qui gérait temiioraire- 
nient le consulat remplissait sa mission à la satisfaction des 
Français et des Marocains, el que l'on n'avait rien de mieux à 
faire que de le maintenir dans cette position. Toutes les démar- 
ches faites ]iour déderminer l'empereur à revenir sur sa décision 
ayant été infruelueu.ses, le Tartare a ramené dans le port d'O- 
rân le consul in pm-lilnis. qui y attend des ordres du gouverne- 
ment. La véritable cause de son exclusion, c'est peut-être que 
M. le commandant Pellissier a été longtemns à Alger chef du 
iiureau arabe, et qu'il serait )ilns dil'Jieile de cacher à lui qu'à 
tout autre l'assistance seeréle ipie. maigri' les dénégations ofli- 
cioUcs, Abd-el-Kadcr conlinue à recevoir du Maroc. 

— Dans le beylik de Tlemsen règne une assez grande tran- 
qinllité. et les populations, |H'otégées jiar la présence de la co- 
lonne mobile du général Bedeau . comptent sur une abondante 
récolte. 

— La colonne de Mostaganem, sous les ordres du gèm-ral 
Gentil, csl toujours en mouvement; sa mission est de'prèlcr 
:iide el assistance, en cas de lies lin, aux tribus alliées. 

— Après avoir pris quelque repos . la colonne de Mascara . 
sous le commandement de M. le général de La Moricière. esl 
de nouveau entrée en campagne. Pendant ces excm-sions, le co- 
lonel Géry, du oC de ligne, commande la place de Mascara, et 
le colonel Thiéry, du 6° léger, celle d'Oran. 

— Les opérations mililaires ont été continuées dans l'ouest 
de Cberehel |iar le général di' Bar, qui a reçu, auprès de la ville 
li:ibaïle de Terzout, la soumission de la tribu de Zatima, à la- 
ipielle idle ap]iarlienl . el celle des Bcni-Zioui, auprès de Ghe- 
lauzero, leur jiriueipal village, dans im pays où les habitants se 
erov.iienl ini-xpiigiiabics, ]inrce ipu^ les Turcs n'avaient jamais 
péni''lié chez eux. Le général de Bar n'a pas reçu un seul cou)i 
de fusil eu pareiiurani le lerriloire borriblement accidenté de 
six tribus kabaïles, dont la pi'emiére esl à dix lieues ouest de 
Cherehel. el dont les autres s'étendent à deux ou trois marches 
de Tenés: tandis que le colonel Picouleau, dans deux sorties 
successives, a l'prouvé une résistance sérieuse chez les Beni- 
Mcnasscr, à une marche seulement au sud de Cherehel. Ses at- 
taques persévcranles contre les Beni-.Menasser ont obtenu la 
soumission de cinq fractions de cette tribu considérable; les fan- 
tassins se sont joints à lui jiour contraindre les hautes mimtagnes 
à suivre leur exenqile ; mais c'est la partie la plus belliqueuse et 



tante : il s'agissait d'allaipu'r la ligne des 
'/erdezas el de soinnelire ce chaînon internu'diaiie de la résis- 
tance kabaîle cpu, de la frontière d'Alger, s'étend jusqu'à celle 
de 'Tunis et interronqit les communications avec la mer. Quatre 
colonnes, |iarlies simultanément de Constantine, de Philipiic- 
ville, de Boue el de Guelma, ont envahi ces montagnes presque 
inaccessibles, et, grâce à leurs mouvements heureusement com- 
binés et exécutés,' elles ont imprimé une grande terreur aux tri- 
bus ennemies, en leur prouvant que nos troupes sauraient les 
alleindre el les vaincre, qneliiue grandes i|ue fussenl les diflî- 
eulli's du pavs. Les ]iari's de l'État approvisionnés de plus de 
3,000 bnnils, le train di's éqiiiiiagi'S remonté de 200 innlels, la 
soumission de cette partie île la pruviiire garanlie jiar des ota- 
ges, et, par suite, nue plus grande aluindanee sur nos marchés. 
comme aussi plus de sécurité jiour l'armée et le commerce, sont 
les résultats positifs de cette brillante expédition. 



M.AXUSCRITN UE :V,%I>OL,EO:V (I). 



LETTRES SUR LA CORSE A M. L'ABBE RAYNAL 



LEttUE DEUXIICME. 



.Monsieur, 



rVoiis avons (larcouru rapidement les régions ténébreuses de 
notre histoire ancienne; nous voici arrivés au douzième siècle; 
nos annales commeneeul à s'i'claircir. .\ celle époque, la tradi- 
tion, les niouumenls mil pu instruire Giovanni délia Griissa. nii- 
tri' premier historien, qui naipiit en l.'iT.S. Piero .\ulonio .Mon- 
teggiani. qui écrivnil en LV2."i . Mairii Anliiniii Cecealdi , qui 
cessa de vivre en l,"i(il. Cinien. qui acheva son ouvrage en I."» (i, 
Filippini. qui pnbli.i sou liisl dre en l.'i'.li, 

A ri'poqne on les Corses libres aviiient trouvé un refuge dans 
laeonfeileraliiin de Pise . les (iénois abordereni dans leur ile; 
res]iril de faeliiin et l'intrigue y arrivèrent avec eux. .Armer le 
fils contre le père, le neveu conire l'oncle, le frère contre le 
frère, paroissoità ces avides Liguriens lechef-d'ienvre iW la po- 
litique. S'étanl rendus maiires de Uuniju-Jo . en trahissant les 
liens les plus sacrés de l'hospitalité, ils commeucérent a .semer 
dans tous les cœurs le poison des factions. 

Les Pisans, affoihlis par leur guerre, prénccui)és des graves 
intéi'êls ipi'ils avoient à soutenir dans le continent, se trouvè- 
rent hoi-sd'élal de s'opposer aux projets desGéiioisel de main- 
tenir la paix eiilre les différents iiouvoirs qui exisloienl alors 
en Corse. Les seigneurs, ne connoissanl plus de frein, aspirè- 
rent à la Ivraunie; le peuple, dénui' de prolecteurs, se livra à 
toutreuipi'irlemenl de smi indignalion. et menaça les barons de 
les diqioniiler d'une aniorilé i'ilégilime el conliaire à Ions les 
ilriiils iialureLs. L'un el l'aulre parti eoniploieni sur ra|ipni des 
C.éiHiis qui fomenloienl leurs discordes. Les barons, sur la pro- 



■, se eoiirédi''rerenl 

rnt lionnnnge. Leseonininues r 

l'.o délia Rocea pour (uiidirc . 



nu'sse d'une proleelion el'lie;i 
bliqiie de (lênes. el lui prèle 
iiirenl el reconnurent SinueC' 
premier magistral. 

SiNLCCELLo DEi.L.\ Rocc.4. (1258.; — Siuuccello dclla 
Rorca, distingué dans les armées pisanes par son rare courage, 
ne l'éloit lias moins par son austère justice. Pendant soixante 
ans qu'il lut à la tête des affaires publiques, il sut contenir 
Gênes, et effacer des privilèges des seigneurs ce qui «toit con- 
traire à la liberté publique. D'une humeur toujrinrs égale, im- 
|iarlial dans ses jugements, calme dans ses passions, sévère par 
earactere el par réilexion, Siuuccello esl du pelil nombre des 
hommes que la nature jette sur la terre pour ri'liimier. Au eom- 
mencemenl de sa carrière pnbliilne. on lui eimleslail son auto- 
rité; foihlement accom|iagiii'' . il ermil dans les niontagnes de 
Quenza. Un chef fort aceri'dilé dans ces pii'ves. ,-ipri's avoir lue 
un de ses rivaux, se présenta à lui. Sinuccello méprisant l'avan- 
tage qu'il pouvoit tirer d'un homme puissant, fait constater son 
crime et le fait mourir. La renommée répand ce fait, on aci ourl 
de tous côtés se ranger sous ses drapeaux. 

Pise. écrasée à lajournée de la Mcloria, ne donna plus d'om- 
brage; les Génois résolurent de faire tous les efforts pour pro- 
fiter des circonstances. Voyant la difficulté de vaincre Sinuc- 
cello, ils firent en sorte de le gagner; envisageant d'ailleurs les 
barons comme les principaux obstacles à leur domination , ils 
les désignèrent à être d'abord sacrifiés. Sinucce'lo, ((ui ne per- 
doil pas de vue le grand objet de l'indépendance de la Corse, 
vil avec plaisir les ennemis naturels de sa patrie s'entre-déehi- 
rer. Profilanl des événements, il sut faire tournera l'avanlage 
|iulilie rauiniiisilé des deux partis. Il dut chercher à diunnuer 
la puissance des barons, mais il le fit avec prudence, et garda 
assez de mesure pour pouvoir se réconcilier avre eux quand il 
scroit temps; en effet, dès que les succès mnlliplii's des Génois 
les eurent affoihlis, Sinuccello leur tendit la main, les incor- 
pora dans le reste de la nation, et obligea les ennemis communs 
à repasser les mers, a|irès avoir remporté sur eux de grands 
avantages. Ce fut dans une de ces rencouircs, qu'ayant fait un 
grand nombre de prisonniers, leurs femmes vinrent de Bonil'azio 
apporter leur rançon. Sinuccello les i-eçul avec humanilé, et les 
confia à la garde de s m neveu. Ce jeune homme, égaré par l'a- 
mour, trahit les devoirs de l'hospitalité et de la probili' publi- 
que, malgré la vive résistance d'une de ces infortunées. >avrée 

(I) La re|iroductiou des manuscrits do Napoléon esl inloidile 



de l'affront qu'elle venoit d'essuyer, les cheveux opars, ses beaux 
yeux égarés et llétris par la honïe, elle se prosterne aux )iieds de 
Sinuccello, el lui dit : « Si tu es un tyran sans pitié pour les 
« foibles, achève de faire périr une malheureuse avilie; si tu es 
« un magistrat, si tu es cliargé |iar les peuples de roxécntina 
(( des lois, fais-les respecter par les puissants, .le suis élrangère 
« et ton ennemie; mais je suis venue sur la foi. et je suis oii- 
« Iragée par ton sang, parle dé|iosilaire de la ciinlianee... nSi- 
nuceel'.o fail ap|ieler le crilniiud, eonslale son di'lil. el le fait 
mourir siir-le-eliaui]i. C'est par de pareils moyens (|n'il soutiiil 
liiujoursla rigueur des lois. Ses annos prospi'rerenl, el la nation 
unie véeutlonglenipsiranquille. Descelle l'piiquejusiprau lemps 
de Sainliueueeio. les Génois ne p.'irui'onl ,plns en Corse; ils fu- 
rent déeiiinvigr's pai- les |iertes qu'ils avoieiil faites; ils se con- 
tentèrent de fomenter, dans l'obscurité, la guerre civile, mais 
Sinuccello sut rendre vaines toutes leurs trames; il vieillit, el 
la ]ierle de sa vue fut son premier malheur. 

Guglielmo de Pielrallerata, gagné parles Liguriens, inépri- 
sanl un vieillard caduc el accablé d'infirmités, déploie l'éten- 
dard de la rébellion; Lupo d'Ornano, neveu de Sinuccello 
mis à la tête de la force publique, marche, bal. près de la Mez- 
zana, l'imprudent Guglielmo. qui, sans ressource, a recours à 
la commisération du jeune vainqueur, de qui il obtient une sus- 
pension de qiiidques jours. Lupo se reproche déjà un délai qui 
peut renilre inulilo sa victoire, flétrir ses lauriers et lui i iilevio- 
son Iriiiniplie. Dans l'inquiétude de ces |iensi''es arrive le ternie 
de la suspension; une entrevue lui est deniandée. il y court 
avec impatience; il va enfin, par la ea|ilivitè de son ennemi, se 
rendre illustre parmi les siens, et mio-iler de siieei'der aux hon- 
neurs comme à la puissance de son oncle ; les deux escortes 

restent à trois cents pas; les deux chefs s',^vau(■ent. se joignent, 
une visière se lève, et, au lieu de Guglielmo, lais>e voir sa 
fille, rintéressaute Véronica. 

« Lupo, lui dit Véronica, il n'y a pas eneore un an ipie 
« nous vivions en frères, cl il faut qu' la finlune te réserve une 
« destinée bien glorieuse, puisipie ton coup d'cs.sai a élé la dé- 
ic faite de mon père.... Lupo. je t"ai vu à mes genoux me pro- 
u mettre un amour constant ; ô Lujio, je viens aujourd'hui 
Il implorer de toi la vie! » i'.c jeune héros, hors de lui, con- 
serve cependant assez de force jioiir fuir ; mais Véronica le re- 
lient. Il Je ne viens |ias ici séduire votre vertu, lui dit-elle, la 
(I gloire de Lupo esl |ilus cherc <i Véronica que la vie : celle de 
Il mon père et des miens esl en danger, el c'est vous qui la 

« menacez Quelle hiu'rible position esl la iniennel el si 

Il vous refusez de mV'Coutor. de qui devrai-je altenib-e la pilir? 
Il Sinuccello ne Jiardoune jamais, et c'est vous qui êtes desliiio 
Il à être le ministre de ses cruautés'. Lupo, poiirreis-lu être le 
Il bourreau des miens, pourrois-tu jiorter la tlannne dans ce 
(1 séjour où tu passas à mes côtés les plus belles années de ton 
Il enfance? « Déchiré par les sentiments les \û\h; opposés, re- 
tenu par l'amour, Lupo obéit au devoir, il s'arrache avec vio- 
lence et fait quelques pas pour s'éloigner, mais un cri qui lui 
|ierce le cicur l'oblige à s'arrêter, à détourner la tête, et lui 
laisse voir Véronica se précipitant sur sa lance, luêle à se 
donner la mort; il revient brusquement, arrive à leniiis, ]irend 
dans ses bras et arrose de ses larmes celle qui l'a vaincu sans 
retour, el qui, p;'de, affaiblie par les efforts qu'elle vient de 
faire, lui dit : « Je n'ai à te pro]ioser rien d'indigne de t li ; 
Il écoute-moi. et quand j'aurai cessé de parler, si ta gloire, si 
Il ton devoir l'ordoinient, lu pourras me laisser seule en proie 

(I àmon sort affreux Sinuccello est vieux el inlirnie; il faut 

Il à la république un magistrat actif et dans In force de l'âge; In 
(I t'es rendu assez grand pour pouvoir pir^tenilre à gouverner 
Il les concitoyens; mon père et les siins te promelleut leur ap- 
II |iui; .-inuccello lui-même ne pourra s'opposer à toi; à l'âge 
Il où l'on doit encore obéir, tu seras le preiniei- de la ri''|iulili- 
II que, qui. heureuse et comblée de prospérité |iar tes vi rins. 
Il ]iar Ion courage, ne laissera rien à désirera ton cieur; la 
Il main de Véronica cimentera la puissance, Véronica t'aura du 
Il la vie. et. s'il est possible, son amour s'en accroîtra. » 

Lorsipie l'homme imprudent a laissé ]iéiiétrer dans son sein 
un amour désordonné, lorsque la femme (|ui l'a allumé vieiil 
déchap]ier à la mort, el qu'elle est embellie |iar la iiâleur de 
l'angoisse, par les souffrances du cœur, il est au-dessus des 
forces accordées aux faibles mortels de résisler. Lupo fiéchit 
donc, el les inlérêlsdu devoir, delà pati-iect de la gloire nreul 
)dace à l'amour. Guglielmo put s'échapper; l'inllexible Sinuc- 
cello fitins'.ruire le procès cle siui neveu, et oublia sa victoire 
pour ne voir que sa faute. Celui-ci, n'ayant plus de niénagc- 
meni à garder, s'unit à Gugielmo, et épousa la tendre Véro- 
nica. Saluese, propre fils de Siniieeello. se joignit aux ennemis 
de son père; tous réunis, ils dressèrent une embuscade et lirenl 
prisonnier le vieillard. Ils furent longtein|is indécis sur Ir sort 
qu'ils lui réserveroient : les uns le voiiloient melire a mort. 
mais Lupo ne voulut jamais y consentir. Le garder ]irisonnier 
était le parti lo moins sur. Le peuple, ému jiar le souvenir de 
ses services et par son grand âge, auroit pu. dans un retour do 
son amour, lui restituer l'autorité. Dans cet embarras, les con- 
jurés s'avisèrent de l'e.xpédient qui réuni.ssait tous 1 s avanta- 
ges, c'était de le livrer aux Génois... Un Spinnla vint le pren- 
dre avec quatre galères. La lâche de riùstoricn dcvieni pioiible 
lorsqu'il a df tels faits à raconter. Le discours que les écri- 
vains lui font prononcer, au moment de s'embarquer, csl le 
dernier trait qui achève d'indigner contre les monstres qui l'ont 
trahi.... 11 Lupo. dit d'un toiî ferme ce malheureux vieillard. 
« ton cœur me vengera, je le connois bien; tu n'élois ]ias fait 
Il pour éprouver des remords : tu as été mi'cliani, (laree qnr 
Il tu as élé faible... Quant à toi. Salnese. Ion ,ime atroce me 
Il punit de ne pas t'avoii- laissé ]ii'rir sur l'éihafaud. soiiilli' du 
Il crime de la lunrt de mon inlinie ami. .le fus faible; l'amoiir 
Il paternel étouffa le cri de la justice. Je te sauvai du sup|ilice 
Il que tu méritois; j'expie durement celle unique faute de ma 
Il vie ; mais quatre-vingts ans de vertu n'eflàc nt-ils pas une 
Il faiblesse"?... Salnese, que ta femme t'abreuve de douleur ! 
Il que tes enfants conjurés contre toi te rcs.seniblent par leur 
11 méchanceté I que lu périsses, ue laissant ]iarmi les nommes 
Il que l'exécralion de la mi'inoircl Salnese. je te maudis avec ta 
1. posiérili' ! » 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



En achevant do parler, cet illustre vioillanl se proslerna à 
çfenoux, se couvrit la tète de sable, njédita un innniinl, et puis, 
d'un pas ferme, il monta sur un navire (|ui l'alteiidoil Saliiese 
étoit ému, mais de eolére; les dernières paroles de snii peie 
avoient excite cette iinie de tiel. Quant à Lupo, la revolnlicjn fut 
étoiinaute, le bandeau paiiil tomber; l'effervescence de la |as- 
sion (|ui lui avoit voili' l'éiroruiité de son crime s'apaisa; il eut 
horreur de lui-même, il ciierclia à réparer ses fautes, mais ses 
efforts furent vains. Alors, se roulant sur le sable, .se jetant à la 
mer, il appeloit tour à tour la mort et Sinuccello ; heureux ce- 
lui-ci. dans sa catastrophe, s'il eut pu être témoin du repentir 
de celui ipi'il avilit adopté pour lils. Son ;lrue en eut été rafrai- 
r'Iiic, et peul-élr(! l'éniolion du sentiment lui eut fait ,1,'oùter un 
plaisir avant de mourir. 

Arrivé à Gènes, ce grand homme périt au bout de quelipies 
jours, dans un ;lge très-avancé (I); il lai.ssa quatre enfants, tous 
indiijues de lui, tous marchant sur les traces de leur frère aîni'. 
Lupo p;irul se cDiisidcr; le lemns et le cœur de ririléi-essaiilc 
Véronica aiioucirenl \f venin des remords. Ijipo acijiiit une 
Jfrande puissance, mais sa fennne rnoui'ill et les l'eninnls revin- 
rent se saisir de iein- proie. Il niiiin-iil enliri iniséralilenienl. Or- 
fando, le plus puissant di'ses enfants, péril sur l'i'cbarauil ; l'a- 
mour lit le malheur de cette race. Orlando devint épris de la 
feniuie de sou frère, et cette passion fut la cause de sa mort 
iirnominieuse. 

Quant A Salnese, il prospéra toujours, et toujours faisant le 
mal. .\prcs avoir trahi sou père, il vendit son oncle pour quatre 
cents écus d'or; mais enfin ses deux enfants meurent sans pos- 
térité, et leur mort délivra notre pays d'une race de monstres. 

I.ES GlovANNAU (l.').'w). — De ifrands troubles suivirent la 
mort de Siniiccelln; les (iiffi'jenls pai'lis se i-lioi|iii'ri'iil violem- 
ment. Les (lénois parurent vouloir proliler de cel irislaiil, mais 
ils nianipieienl d'éiier!,'ie. L'on a peine ;i suivre les différentes 
factions ((iii se parlaient la scène, loisi|ue tout d'un coiqi l'on 
voit b'stiiovamiali s'élever d'un vol hardi. Deux frères de la lie 
du peiiplr. mais d'un esprit noble, d'un !;ranil <our;n,'e. lenlent 
la ré>i,'('n(Taliiiii de leur pays; ils voieiil (pu- les ((('•iirisdu ri'>i,'inie 
féodal (|ui s';qipuyoit sur des lois insliliiées par lespréju;4ésj dic- 
tées la plupart par les rireonslances. niéliM'sde superstitions ro- 
maines, n'offroient cpi'une liif,'arrine dé>i(iiùtante, propre ii per- 
pétuer l'anarchie. Ils compiirenl qu'un palliatif n'éloit pas de 
saison. Ils employèrent les niovens les plus forts; ils ]irécliérenl 
les vérités les phis hardies, li's'i;i'aiids do^rues de l'éi^alilé. de la 
souveraineté du peuple, de rilb'^'iliniilé de toute autorité qui 
n'émane pas de lui ; ils firent en jieu de temps de nombreux par- 
tisans, et ils n'éloient pas loin de rallier toute la nation à leurs 
principes, lorsque le Vatican publia une croisade contre eux, 
sous prétexte que leur morale n'étoitpaseonformc à l'Évauiçile ; 
une armée de croisés marcha contre les Giovannali, (pii, après 
une vi!,fouri'Use ri'sislance, furent exteruiiiu^s jus(|u'au dernier 
avec une telle barbarie ([ue le proverbe s'en ci)nsri-ve iMjrore : 
lia viv Irailt' comme les Giartimiiili. l'our jusiilier celle exé- 
crable entreprise, on a eu recours aux armes ordinaires. On a 
calomnié sans ménaifemenl ; on a dit tout ce qui a été répété de- 
puis sur les prolestants de Paris, qu'i's s'assembloient, qu'ils 
éteignoient les lumières pour se livrer à leur lubricité. Impos- 
tures dignes de leur auteur... Les infortunés Giovannali péri- 
rent victimes de la superstition de leur siècle. 

Sambucijccio d'Allando (15S9). — Le vieux Sambucuc- 
cio cloit un des plus fermes soutiens de Giovannali. Blessé dans 
le dernier combat que ces infortunés livrèrent, il se réfugia dans 
nue caverne du Fiumorbo, pour pouvoir mourir libre et inspi- 
rer à son fils ces sentiments qui porleni à tout entreprendre et 
à braver tous les dangers. Ses leçons IVuclilierent, et Sambu- 
cuccio son fils, dés qu'il lui eut feiuic les yeux, fit jurer à ses 
compagnons de ne rien ('parjrner pour n'ialilir la républiipie et 
les conimunes. Pour inicuv cxcilci- son zi'Ie. pour i[u'il eut ib'- 
vant les yeux un objet loiijours pri'senl ipii lui fil un devoir de 
ne |)as perdre un instant, son père lui avoit fait promettre de ne 
rendre 1rs derniers Innineurs à son corps qu'après le premier 
succès (pi'ildevoit obtenir dans sa juste entreprise. Il laissa donc 
le corps du vieux Sanibucuccio sans sépulture, et il se tran.^- 
porta rapidement dans les piévcs de Rostino et d'Ampugnani. 
Par ses discours autant que par les premiers avantages qu'il 
remporta sur les barons, il réiablit la confiance, ranima le cou- 
rage, se fit une armée, fut créé premier magistrat, et parlout il 
fit triompher la bonne cause; mais, le fer d'une main et le flam- 
beau de iaulie. il se porta à d'horribles excès que rien ne peut 
justiliei', pas même le droit de représailles, et que condamne es- 
sentiellement la polili(pu'. D'une slalure. d'une imaifinalion, 
d'un courau-e pi^'anli'sques, il fui extrénie dans loules ses opé- 
rations, il crut devoir s'iHayei- de ((uriques secours elran^'ers, 
et se confédéra avec les communes de Gènes, lléinarche im- 
prudente, qui a coulé cher à son pays ipi'il avoil cru servir. 
Plein de fougue, de force et de haine, mais sans poliliipu', sans 
ménagement cl sans dextérili''. .Sainbiiçuceio oppdsoil à lout sa 
pnpre personne. Une tarda pas.'i élre ibuninc' par les alli('squ'il 
s'étoit donnés, et qui, inseusiblemeiil. à force d'adresse, s'é- 
tnient rendus ses maiires; il s'en aperçu! enlin, mais trop tard. 
Il ne lui reslciit plus i|u'uu [larti. c'étoit de pardonner aux no- 
bles, de rechercher leur amitié, d'effacer autant qu'il ctoil pos- 
sible la défiance et le souvenir des maux passés; mais, soit que 
.Sambucuccio comprît qu'il étoit impossible à ceux-ci d'avoir ja- 
mais confiance en un homme qui, depuis tant d'années, éloit leur 
Iléau, soit que, se souvenant de leui- avoir juré dans les mains 
de s n père une haine implacable, il ne vonlùl jias être infidèle 
.1 son serment, il ne trouva pas d'antre expédient (pie de finir 
une vie dont tous les moments avoient été sacrifiés ,i la patrie 



(Il Napoléon, à l'exemple de Filippini qu'il suit ici avec trop 
de conlianee, a confondu le (iiinlice Sinuccello délia llocca avec 
un autre Ghulice, qui vécut longtemps après le premier. Celle 
errenr de Filippini avait déjà éle signalée par C.anil)! ai;!, dans 
son Istoria de ('orsica (tome I, pajje2ôy'. publiée en 4 volumes 
in-4", en )770. 



Il termina ses juurs dans cette exaltation de principe particulière 
aux sectateuis des (liovainiali. Sambucuccio naquit les armes à 
la main cnnire l'arislocratie. et périt comme Catoii, pour ne 
rien faire d'indi;.oie île soi. ou comme Codrus, pour lever un ob- 
stacle à la félicilc' de son pays. 

Arrico della HoccA(l578i. — .Vvant de mourir, Sani- 
bucuccio avait désigné au peuple Arrigo della Kocca, comme 
digne de sa confiance. Arrigo, ennemi implacable de Gènes, ami 
des communes, avoit l'avantage de tenir aux barons par la nais- 
sance et par les alliances; presque toute la nation marcha, se 
rallia autour de lui : en peu de temps, il obligea les ennemis à 
re|iasser la mer. Mais les Génois ne pouvoieiit si promplemenl 
abandonner une entreprise cpii éloit l'objet des intrigues fomen- 
tées, des crimes cinuinis, du sang versé pendant ueu.x siècles. 
Ils conqirireiit seulement qu'il falioit on uni' masse de forces 
plus ciinsidiM-ables. on des ressorls plus C(urqiliipiés. pour sou- 
mi'llre une iMliiiii indonqilable ; ils i-iiniprii-eiit ipie le prini-ipal 
avaiilage qu'ils lii'oienl de l'ilc eorisislanl il.iiis no (■■irriniiMee ex- 
clusif, ainsi c|Ue dans la possession des ports qui favorisoieut leur 
marine et les reniloicnl ledoulables à leurs eunenns. ils pnu- 
voienl remplir le même but en tenant les places maritimes el en 
aband(uniaiit l'intiMieur aux factieux, (pie r(jn excileroit pour 
les enipêcber de se rallier. D'ailleurs le ((Miinierce avoit beau- 
(■(Uip accru la puissance de certaines familles de Gênes; il n'é- 
loit pas moins impurlant pour la liberté de les affoiblir. L'on 
imagina de les mettre aux prises avec les Corses. Dansée but, la 
lépubliqiK^ déclara abandonner les affaires intérieures de l'ile et 
ne jdus vouloir se mêler de prot(>ger un peuple ingrat; sous 
main cependant, elle sollicita les plus puissants patriciens d'em- 
ployer leurs richesses à une complète glorieuse pour la patrie et 
avaiilagcuse pour leur famille. 

L'arnbilion ex(iti''e est aveugle, et cinq des plus puissantes fa- 
milles de Gênes s'allièrent siins le nom de compagnie de la 
Maona, pour conquérir l.i C use. Au milieu des troubles que 
ces nouveaux ennemis nous siiscilernnt. le gouvernement natio- 
nal ne piiin-ra se consolider; les palrioles. ne voyant (pie guerres 
conlinuelles. se decoui-ageiDiil en s'.ifroililissaiif. Oiilrc ce dou- 
ble avaiilage. (;ênesavojl le plaisir de voir se briser contre une 
roche inébranlable les navires des familles (pi'elle redoutoit. 

Quoiiiiie puissante, la .Maona fit de vains el'l'orls pours'cmpa- 
rer de vive force de l'Ile. Battue, chassée, elle revint à ses pre- 
miers projets, et résolut de n'élever l'édifice de sa domination 
ipi'à l'ombre des faclions; mais aussi peu avancée qu'à sa pre- 
mière année, elle reconnut, après trente-neuf ans de vicissi- 
tudes, la chimère dont elle s'étoit bercée, et, quoique à regret, 
abandonna clés projets qui lui avoient été si funestes. 

La maison de Fregose étoit alors très-puissante à Gênes. On 
lui offrit de siiccéder'à la Maona ; el, pour l'encourager, le sénat 
lui céda Bonifacio etCaIvi qu'il avoitconservés jusque-là. Abramo 
di Canqio Fregoso ne parut en Corse que pour l'tre battu el fait 
prisonnier; il vil en moins de quatre ans ses espérances s'éva- 
nouir avec sa faction. 

ViNCE.NTELLo d'Istuia (liO.'i). — Vincentello d'Istria, de- 
puis la mort d'Arrigo. avoit été élevé au premier rang; son ac- 
tivité, ses talents militaires, lui ont mérité une des jiremières 
places parmi les grands Inmimes qui ont gouverné la Ciu'se. Il 
acheva de détruire le reste de la faction de la iMaona, renversa 
le parti des Fregose, et fit régner la justice. Vainqueur des Turcs 
sur terre, il arma une flottille et battit leurs galères. Une grande 
partie de nos maux devoit être causée par les papes. Par suite 
d'une donation (pi 'ils avoient faite de la Corse à Alphonse, roi 
d'Aragon, il vint, en 1420, avec quatre-vingts vais.seaux pour 
s'en emparer... Viiicenlello sentit que ce ne pouvoit cire qu'un 
lorrenl passager; il se joignit à lui, el ils assiégèrent ensemble 
Calvi. d(Mil i's se rendirent maîtres; mais, ayaiîtéchoué devant 
Bonil'nzi, .\lplionse ciniliiuia son voyage vers Li Sicile. 

Apres son dépari, a l'abri de la grande réputation de Vincen- 
tello, les Corses vécureni en paix, "et les parliciiliers de Gênes 
n'osoient s'aventurer contre un homme si favorisé par la for- 
lune ; on réussit toutefois à gagner Simone-da-Mare. ipii leva 
l'éleiulard de la révolte. Cet ennemi, quoique redoutable, n'au- 
roit fait (pi'aiignienlcr les triomphes de Vincentello, lorsque 
celui-ci, s'étant embaripié, fui pris par deux ga'ères génoises el 
conduit à Gênes où il périt misérablement. Ainsi finit nn homme 
(pii, par ses rares talents, mériloit l'estime des nations. Poiir- 
(pioi Gênes, au mépris du droit des gens et de l'hospitalité, vio- 
loit-elle cin(piante-tiois ans de paix'.' C'est ce qui lui fut renro- 
ché |iar les puissances voisines; mais, maigre ces reproches, 
ces avides marchands ne recueillirent pas moins le fruit de leni- 
crime. 

pAdi.o riEi.i.A RoccA{l4Wj. — Apres la mort de N'incen- 
lello, le peuple choisil. pour lui succéder. Paolo della Piocca. Sa 
première expédilion fui de marcher contre Simone, qui avait 
pris du crédil : il le liallit. le foira à se retirer à Gênes. Là. cel 
infâme eiloven continua à conspirer contre sa pairie; il entraîna 
les Monlaltii. les Fregose. les Adorne. ipii, aussi peu sages que 
la Maona. éproiiverenl le même sort. Mais, à mesure que les 
Corses détruisent un ennemi, il en parait dix autres : affoiblis 
par leur victoire même; ne pouvant ni prévenir l'attaque, ni 
profiter de leurs succès, ils se trouvent dans la plus triste posi- 
tion. Si un élément ennemi ne les eût empêchés de l'atteindre. 
Gimes. superbe repaire ! lu n'aurais pas longtemps insulté à 
nos malheurs... Pouvoir d'un bras désespéré se venger en un 
moment de tant d'affronts, d'un seul coup assurer l'itidépen- 
dance de sa patrie et donner aux hommes un exemple éclatant 
dejuslice... Dieu! ton peuplent' seroil-il pas le foihle opprimé? 

Dans celle position désespérée, révê(pie d'Aleria ouvrit l'avis 
d'implorer la piMleclion des jiapes; Kiigène occupoil alors la 
chaire pontificale. Hnvi de celle heureuse circonstance, il en- 
voya un légat en Corse. Les Adorne prétendirent mellre obsla- 
cle à ce nouvel ordre de choses; mais battu, Gregorio Adoruo 
paya par sa captivité les vues ambitieuses de son oncle. 

JIaulv.no 01 CvGcn (LUS'. — Les peuples nommèrent. 



pour gouverner sous la protection des papes. .Mariano di ujl- 
gia. .Mariano, implacable ennemi des caporaux, leur Ht une 
guerre opiniâtre ; il brûla, dévasta leurs biens, démolit leurs 
châteaux. Les caporaux distingués par leur crédit sur !•• (leuple 
.'11 éloienl les chefs; mais, corrompus, ils ne servirent plus iiu'à 
l'égarer, el la nation étoit victime de leur ambition el de leur 
avidité : funestes effets de l'ignorance de la multitude. L'on ne 
peut disconvenir cependant que les caporaux n'aient rendu des 
serviws a la Corse. Leur histoire est à pi.u près celle des tribuns 
de Home. Après sa brillante expédition contre les caporaux. Ma- 
riano ne fil plus rien qui fut digne de sa réputation ; il conserva 
sa prèpondi-rance sur le peu[ile malgré le grand nombre de ses 
ennemis; mai? il s'en servit , our pr&her la soumission à l'Offi- 
zio. L'histoire, méprisant teti' indigne conduite, ne s'occui* 
plusde lui, et le laisse mourir daii.s l'fjubli. 

Peut-être, à l'ombre de la tiare, on eût vécu tranquille; mais 
le pape Mcolas V. Génois, ami des Fregose, donna l'invesli- 
lurc de la Coi-sc à Lodovico, chef de celle' maison. Les Corses, 
bien loin d'approuver celle élection, counjrenl aux armes aver 
leur inliépidité ordinaire, et repous.s<'renl ce nouvel adversaire. 
(■alea/.zd ili Camno Frigoso. d(;couragc, o-da à la république le 
peu (le flirts qu'il tenoii; mais les Génois, constants dans leur 
[lolitique. engagèrent l'Oflizio de San Giorgio à succéder aux Fri- 
goso, et firent iiaiire dans celte compagnie une es(Ȏrance de suc- 
cès qu'ils éloienl bien loin de di-sirer. 

.\ celle époque, l'esprit de la nation éloit perverti; l'on ne 
respiroit que faclions, que divisions. L'Oflizio fil des prépara- 
tifs considérables; son premier acte dans l'ile fut d'assembler 
ses partisans al Lago Beiiedetlo. Là, il annonça ses dispositions 
bénignes : ce n'étoit que pour le bonheur des'Corses qu'il vou- 
loit les subjuguer. Ce jargon, au(|uel ils eussent dii être accou- 
tumés depuis longtemps, en éblouit plusieurs. La liste desesad- 
h(!renls s'accrut; une partie considérable de l'ile envova dei. 
députés à la diète de Lago Benedelto. ou ils arrêtei-enl les parles 
conventionnels de la souveraineté de l'OfUzio. 

(La sitile au numéro prnrhain 



Charles VI. opéra en cinq actes, paroles de MM. Casimir et 
Germain Delà vigne, musi(|uc de M. F. Halévv. divertis- 
sements de M. .Mazilier, décorations de MM. CicÉBl. Pili- 

LASTRE. CaMBON, SÉCH.l.N et DeSPLÎXIII.X. 

C'est une terrible affaire qu'un opéra en cinq actes, el qui 
exige iineniilalile dose de patience et de force chez le poète, chez 
le musicien, et souvent aussi chez l'auditeur. Je ne parle pas 
des acteurs : jamais acteur, que je sache, ne s'est plaint que son 
rijle fût trop long. 

Di'jà, et plus (l'une fois, on a reproché à l'Opéra l'énormité de 
ce fardeau qu'il impose, chaque année, à l'attention du public : 
mais, à cela, les gens de théâtre ont une répon.se toute prèle, et 
(|ui leur parait péremploire : c'est que les pièces en cinq actes 
sont plus lucralives. Sans doute, trois actes bien faits doiveni 
suffire à l'aiipétit d'un homme de lettres, d'un artiste, d'un avo- 
cat, peut-èlre même d'un avoué; mais, les banquiers, les épi- 
ciers, les marchands de calicot, les fabricants de bas de Paris 
tiennent surtout à la quantité, et c'est pour eux que l'on travaille 
On comprendra sans peine que. partout où la iiuesliou finan- 
cière se présente, il faut bien que la question d'art lui cède l.i 
place et aisparais.se. Va donc pour cinq actes ! joui.<.scz-en. mor. 
cher lecteur, ou subissez-les. selon que vous appartenez à l'uin 
on à l'autre des deux catégories de spectateurs que je viens d'in- 
diquer ci-dessus. 

Le personnage principal de l'opéra nouveau, ainsi que son ti- 
tre l'annonce, est Charles VI, ce roi qui fut si malheureux, e' 
sous lequel la France fut si malheureuse. On est aux derniers 
jours de ce long el triste régne ; l'Anglais est maître de Paris ei 
de la plus grande partie du royaume ; Henri V. le vainqueur d'A- 
zincourt. est mort; le duc de Bedfort commande son armée, 
exerce le pouvoir suprême au nom d'Henri VI. son neveu, lieni 
le roi de France dans une sorte de captivité, el nieue rudement 
la cnerre dont le succès doil anéantir les dernières espérances du 
dauphin et des Français qui aiment encore la France. Le vieux 
Bavniond est de ceux-là. 

Qu'est-ce que le vieux Raymond? Cela n'est pas très-facile a 
deviner. Il habile une métairie; il est donc mélayer. Cependant 
il a été soldat jadis, el quand ses regards s'arrêtent sur une grand, 
épée. qu'on voit chez lui pendue'a la muraille, il dit souvent o 
demi-voix : 

Ma bonne lame d'.\zincourl, 
Quand donc pourrai-je le reprendre' 

J'avoue que. pour ma part, je n'imagine pas ce qui l'en enip«^ 
che. car il n'y en eut jamais une plus belle occasion. Sa falb 
Odette, (uii parait une fille de sens et de resolution. esl tout à faii 
(le mou avis. (( Agissez, lui dit-elle, et ne parle: pas. » .Mais 
lîavmond aime beaucoup à parler. Il aime aussi à chanter, ei 
ne se fait suère prier ijuand on lui demande un refrain couln 
les ennemis de la France. 

La France a rborreurdii servage. 
El, si prand quesoil le danger. 
Plus jjrand encore e>l son courage 
Quand il faut chasser l'.lranuer. 
Vienne le jour de la délivrance. 
Des cn'urs ce vieux cri sortira : 
(iiierre aux tyrans .' Jamais en France, 
Jamais l'Anglais ne resjnera. 

On voit que les inspirations poétiques de Raymond ne sont 
pas d'un ordre Ires-élevé. Il n'a rien de commun aver le 1 yrlee 



LILLUSTRATION, .lOUllNAL UNIM-USLL. 



ànliquc; ilrst mcnic liicn loin dii modtMiio Tyitée. à qui nous 
(levons los Mess 'niennes. Mais enfin son inipnlion Psl Itonno, ol 
il faut Ini en savoir pré. CVst un [loMo hmgui'isant ol décoloro. 
j'en coiivimi'^: iiinis cVsl iln moins un ciloyt'n dévom', un siij(M 







•'/K';. - 



lulélo. Il lo prouve bien, puisjuil envoie sans liésiliT sa lilli' 
auprès du roi dés la première réquisition. 

Odelle ne s"y décide pas sans quelipjes regrets. Cela n'a rirn 
il'èlonnant : elle aime un jeune écuyer, noinmc Charles, ipii. 
d puis (pielque temps, rôde autour de la métairie, qui lui a parle 
d'amour, qui même l'a demandée en mni-iase à s)n père. Ce 
dernier point me semh'e assez grave, et j'aurais quelque peine 
à le croire, si Raymond ne le disait lui-niènie à sa fille, pour la 
consoler ; 

Plus de triiiesse, enfant ! la noce à ion iclour. 
N'as-lu pas foi dans sa constance ? 

Or vous saurez que cet écuyer si tendre, et si vertueusement 
amoureux de la fil e d'un paysan, n'est rien moins que le dau- 
phin de France, qui sera Menlot Charles Vil. 

Cela vous paraît léger, sans d mie, et un peu perfide; mais, 
du moins, Charles est !)on fih. A peine apprend-il qu'Odi'lte est 
mandée aujirés du Roi, 

Qu'elle va consoler d;ins sa nol>le misère, 

qu'il recule et tombe à genoux devant elle : 

En respect ninn amour se clian,;e. 
lleste pure, Odelle, et sois l'ange 
De les rois et de Ion pays, 
l'.iureux, c'est en loi que j'espère. 
I.'angK qui va sauvcM' le pèie 
Sera rc>peclè par le lils. 

Il ne forme ]dus qu'un vœu, c'est de revoir son père, et Odette 
s'engage à lui en fournir les moyens. 

Au deuxième acte, le théâtre représente les salons de l'ii ilel 
.Saint-Paul, où la reine l.sabelle et le duc de Bcdfort préparent, 
au milieu d'une fête, l'acte qui doit asservir pour jamais la Fiance 
à l'Angleterre, et faire passer la couronne de Charles VI sur h' 
front du fils d'Henri V. Pendant ipi'ils GwdissenI leur Irame 
rrimiuelle, un joyeux orchestre résjnne autour d'eux, et des 
voix liarm inieuscs 

Chantent la villanelle, où noire .Vlain Cliarlier 
Compare l'enfance ;i l'auroie 

Alain Chartier, que la reine Marguerite, femme de Louis XI. 
baisait, comme on sait, sur la bouche, ]iendant son sommeil, à 
cause des belles choses qu'il disait, devait être bien jeune à l'é- 
poque où il fit cette clianson-là. Ce fut apparemment son déinil ; 
mais le début est brillant ]iour un poète au maillot, et rien n'y 
accuse l'inexpérience d'un âge aussi tendre. Le style en est cor- 
rect el fort élégant; les rimes riches et harmonieuses, et la na- 
ture y est peinte des plus riantes couleurs. Bientôt la reine elle- 
même joint sa voix aux voix du clueur. llélasl je voudrais eu vain 
le nier, celle femme, qui fui une si perlide épouse, une si dé- 
testable mère, et la reine la pins l'unesle (pi'ail jamais eue la 
France, n'en réiiuissii! |ias moins tous les talents el tous les 
charmes I Aduiiialiie nuisieienne, elle avait une voix tout à la 
fois douceel s more, ipi'elle conduisait avec unehabilcté savante, 
dont les Italiens n'ont trouvé le secret que beaucoup plus lard. 
.\ défaut de l'air qu'elle chante, en voici du moins les paroles, 
qui ont bien aussi leur mérite : 

l.'aube de noire jeune âge 
Ressemble à celle du jour : 
Chagrins d'eulauce el d'auiour 
Se ressemblenl davaiilage. 

L'aniani, loin de son doux bien. 
Tombe en Irislesse profonde : 
l'our lui, rien nesl plus au niiiiide. 
Plus n'est rien. 

Sa peine esl si douloureuse 
Que mourir on le verrait. 
Si d une peine amoureuse 
Ou mourait . 



il la voit sourire à peine. 
Qu'il sonril. 

Vit si doux Iranspori, l'oppresse, 
Que mourrir on lo veirjil, 
Si d'une amoureu-e ivresse 
On mourait. 

.\près le concert, le bal. Apres le bal, le souper. 

Les trois portes du fond s'ouvrent, et l'on voit une table ser- 
vie avec une splendeur royale. Un maître de cérémonie s'avance; 
la reine se lève, et, présentant la main au duc de BedforI : 

Miloids, messieurs, lebanquel nous attend. 

Tous les convives sortent, et le salon reste désert. 

TJn homme y paraît alors et s'avance d'un pas lent el mal as- 
suré; sa chevelure et .ses vêlements sont en désordre; son œil 
est fixe el son visage pâle. Arrivé devant la porte de l'apparte- 
ment où a lieu ce banquet que la reine préside, il s'arrête et dit : 
J'ai faim ! Cet homme, c'est le roi de France ! 

Odette ne le laisse pas longtemps seul. Pour le distraire, elle 
a recours à son jeu favori, à ce jeu qui a clé inventé ])Our l'amu- 
sement de ce royal insensé, el qui après lui en amusera tant 
d'autres; elle joiie aux caries avec lui ; tout en jouant, elle lui 
parle de son fils, et peu à peu fait naître en lui le désir de le re- 
voir. C'est en effet ce qu'elle a promis au dauphin ; mais elle 
nuit à ce prince en croyant le servir. 

Bienlôl la reine rentre avec liedforl. Charles tremble devant 
elle; il pàlil ,i sa voix; il chancelle sous son regard. Jamais elle 
n'eul un plus grand iiili'rél à user de son funesle nseeiidanl. Ce 
trailé eoueln énlre elle el lîedfort, qui déclare Henri VI d'Aii- 
glelerre unique liérilier du roi de France, il faul que Charles VI 
le signe. Il résiste d'abord, sans trop savoir ce qu'on lui de- 
mande; mais la reine fait sortir Odette, et s'empare des cartes 
qu'elle a|ierçoit sur la table. Privé à la fois de ses deux joujoux, 
le vieil enfant se désespère. Ah! dit-i'. 

Qu'un ciel sans nuage 
Tiiur les regards est doux ! el quelle volupté 
De se ranimer sous loiuliiage, 
.\ l'air pur de la liberté ! 

— Vous le pourrez demain si vous voulez, répond la relue, 
et l'on vous rendra Odette, et l'on vous rendra vos caries aussi- 
lot ipie vous aurez signe. 

Charles signe et se remet au jeu, en riant d'un rire hébété, 
liendanl iiue Bedford, à côté de lui, Ht à voix haute l'acte ipii 
déshérite le dauphin. 

Le lendemain, Charles, con luit par Odette chez le vieux Ray- 
mond, revoit en effet son fils et le reconnaît à grand'peine. Bien- 
tôt un exprès envoyé jiar la reine vient abréger sa promenade. 
Il esl roi. il faul qu'il règne. Lue cérémonie puliliipie se jirè- 
Jiare. il faut qu'il y |iaraisse. Dans toules les eoniiMlies qui se 
jouent à la face de la nation, le premier rJle ne lui ajqiarlient-il 
pas de plein droit? 

Le tliéàtre change et représente le perron de l'hôtel Saint- 
Paul, derrière lequel se déroule le vieux Paris, et se dresse la 
Bastille. Là un trône est dressé pour Charles et pour Isabelle; 
an-dessous se presse le jieuple, morne, sombre et indigné. Hé- 
las! cette fête pompeuse a pour objet la proclamation des droits 
))rètendus d'Henri VI. Ce cortège qui s'avance, c'est BedforI 
qui le mène, et il entoure ce jeune roi sur le front duipiel on va 
placer la couronne de F'rance, et qu'on vient présenter à Char- 
les, afin qu'il le reconnaisse publiquement pour son héritier. 
.Mais Charles a quelquefois des éclairs de raison, et alors l'in- 
stinct national se retrouve en lui toujours vivant el plein d'é- 
nergie. 

« Qu'il est beau, cet enfant!.... » lui dit Isabelle. .Mais Charles 
répond : c'est un Anglais. L'enfant ajiproche, et BedforI le 
présente au monarque : 

Donnez-lui le baiser de paix. 
Vous avez sur son fronl posé le diadème. 

CUARLrs. 

■*! I n 1' 




-^1}-"- 



(TliJJlrc de l'Opéra, -r- Ckarla VI. - Lo Corlog.-, au li-oisieiuc^c(e j 



L'ILLUSTKATION, .101 HNAL LMVl^USEL. 




ïlioliri- (le rOpera. — Dnrra J.' Charles 17. paroles de MM. Casiuui- el Gorni.ii]i Delavigiio, musique ùe M. V. llalevv. — Ciiiciuiemc acic, dernière dcioraii. 



BEDFORT. 

C'est riiérilier préféré par 
Oui (loil réjj;ner un jour... 

CIIMILKS. 

Jamaii .' 

Il éloiid en effet s;)ii lira?, que 
Il fureur a ranimé; il saisit le 
.•<i-eplre, le brise, e( eu foule les 
h'ijiiçons sous ses pieils, auxciis 
d'enlhousiasmeel ilejoie du peu- 
ple léuioiu de celte srene. 

Apres uu pareil édat, la reine 
ua plus rien à espérer, si elle 
lie rend le malheureux roi tout 
a fait fou. Elle n'hé.site pas un 
moment. Il est seul, il attend 
son fils, qui s'est introduit dans 
l'aris, qui a préparé son éva- 
sion, et qui doit, à un signal con- 
venu, entrer à l'hôtel Saint-Paul 
par une fenêtre, et l'enlever. Ce 
signal, c'est une chanson connue 
((u'Odette doit faire entendre. 
'Pout à coup retentissent à son 
oreille des liruits étranges, des 
murmures lugubres, de sourds 
gémissements. Il écoute en fré- 
uiissanl. il regarde : à la clarté 
d'une lueur sDiulire et vacillante, 
un honinie s'introduit dans son 
iipparleiiienl.el vieiil druilà lui. 
Il est à uioili('' lui ; s,-i liai'lie esl 
inculte, sesclieveu\ hérissés, sou 
oeil fixe et menaçant; son liras 
est armé d'une redoutable mas- 
sue. C'est cet inconnu ipii,. jadis, 
l'arrêta dans la foret du jlans, 
el dont l'aspect imprévu troubla 
sa raison ; 




Ose un instant me regarJci . 

face. 
Eh bien, me reconnais-lu, roi ' 

CHAULES. 

Non, non! mais ion asix-il n 
glace. 

LE SPECTRE. 

De la forèl du Mans U- -^ 
viens-tu ? 

CUARLLS. 

C'fsl 11 
C'est bien loi .' Que ma lète al. 

elail brâlanle .' 
Elle brùlc... 

LE SCEPUll. 

J'ai dit que le fer, le ixii- 
SéiiU'raienl sur les pas le ileui : 
lepouvanle... 

CHARLE.'î. 
Kilis, ^pel•^|•^• I 

LE SPLCIEl . 

Je l'ai du. 
CHARLES, égare. 
Ma raison ! ina rjÎM' 

LE SPECTRE. 

Hui, J'ai dil vrai. — Regar.le 

En effet le pai-<|uel s est cn- 
ir'ouverl. el trois snotlrcs en 
sortent lentement. Ils sont vt'- 
lus de noir, el leur tète esl cou- 
verle d'un casque; mais sous «r 
masque il n'y a point de visage : 
ce sonl des spectres. Kegardez. 
continue Ih mune de l.i forèl du 
.Mans. 

C'est Clissiin. 
(Jui Iciid vers toi sa main s-o - 

j:l:.nu-. 
i.uuis, (un oncle, tt Jeaii-su 

IVur. 



Mad.iiiie Siolii, i^le dOd.'iie. Bjrru.lhel, rilc d; Ctiarlc* VI.; 



L ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 




( Madame Dorus, nllc irisalicaa 



Le speclvp se trompe. Louis d'Orléans était le frère du roi. 
et lion son oncle. Mais cet homme de la forêt du Mans n'était. 
.1 lout prendre, (ju'un membre du menu populaire, un malotru, 
un croquant qui ne savait rien des choses de ce monde, et n'a- 
vait pas lu l'almanach de la Cour. Son erreur est donc pardon- 
nalile, et, d'ailleurs. Charles est trop effrayé pour s'en aperce- 
voir. Il n'a d'oreilles que pour 1 épouvantable trio dont le 
régalent ces trois squelettes virtuoses : 

Tremble ! la tombe s'ouvre ; 
La mort, qu'elle découvre, 
A tes regards en sort. 
Et les pâles fantômes 
Désertent ses royaumes 
Pour l'annoncer ton s^ort. 

CHARLES. 

Quel est-il donc?... Je touche à mon heure suprOme'/ 

LE SPECTRE. 

Ils tombèrent tous trois assassinés, jadis. 

CHARLES. 

Eh bien ? 




Duprc-z, rôle du Dauphin.) 



LE SPECTRE. 

Tu périras de même. 

CHARLES. 

Qui doit m'assassincr? 

LES TROIS AUTRES FANTÔMES, successivcment . 

Ton nis! — Ton Hls! - Ton fds ! 

Il faudrait une tète |ilus forte que celle de ce pauvre mo- 
narque pour résister à ces menaces, à ces chants, et à cette 
horrible fantasmagorie. 11 entre dans un accès de folie furieuse, 
et livre son fils à Isabelle et à Bedford, qui ne manquent pas 
d'accourir à ses cris. 

Voilà donc le dauphin prisonnier des Anglais, et, qui pis est, 
de sa mère. 

Dans leurs fers il attend sa sentence : 

A Saint-Denis l'arrêt sera porté. 
On y traîne le roi, pour que sa voix proclame 
Que son lil^ par le ciel du trône est rejeté. 

Pour qu'à Bedfort il donne l'orillanime 
Avec la royauté. 

Voilà ce nue Raymond apprend à Dunois, à Tanneguy-Du- 
chàtel, à Lanire, à Saintrailles, qu'il trouve campés au bord 
delà Seine. Plus d'espérance! chantent les chevaliers; mais 
Odette est une fille de tête, et ne se décourage pas pour si 
peu. — Comment Odette se trouve-t-clle là? Comment la 
reine, après les tentatives réitérées qu'elle a faites dans l'in- 
tércl du dauphin, et dont la démence du roi a trahi le secret, 
ne l'a-t-clle pas fait fouetter et puis jeter à la rivière, dans un 
sac décoré de l'inscription d'usage : Laissez passer la jus- 
lice du roi? — C'est ce que je ne me charge pas d'expliquer. 
Quoi qu'il en soit, Odette, proBtant de sa faveur à la cour, a 
fait nommer son père gardien des tombeaux de Saint-Denis, et. 
di!-ellc. 

Ces demeures sombres 

Peuvent cacher îles vivants dans leurs ombres. 
Et la victoire en peut sortir. 

C'est ce qui arrive en effet. .\u moment décisif, quand, aux 
yeux de la cour, des Anglais et du peuple assemblé sous les 
voûtes saintes, Charles exige que le dauphin renonce à ses 
droits, et va prononcer sa sentence, les défenseurs de la cause 
nationale sorti nt tout à coup de l'église souterraine, repous- 
sent les Anglais, délivrent le jeune prince, et procurent a 
Charles VI le plaisir de mourir comme .Mithridate, en voyant, 
de ses derniers regards, fuir ses ennemis. Il meurt en effet, 
mais en roi, et qui plus est, en troubadour, après avoir en- 
tonné, de sa voix défaillante, le patriotique refrain que j'ai déjà 
cité, et qui parait être l'idée mère des auteurs, et la moralité 
de leur fable : 

Vive le roi ! Jamais en P'rance, 
Jamais l'.Vnglais ne régnera. 

Charles VI, ainsi qu'on a déjà pu s'en convaincre, est conçu 
dans les meilleurs sentiments. C'est un opéra éminemment 
patriotique. L'amour du pays, la haine de l'étranger en ont in- 
spiré toutes les scènes, en ont dicté tous les vers. Voilà un 
grand point, et qui doit rendre la critique indulgente sur beau- 
coup d'autres. IN 'était cette grave considération, l'on pourrait 
désirer sans doute un sujet de pièce plus facilement apprécia- 
ble, plus intéressant et plus dramatique, un plan \>\m liabilc- 
ineut construit, des scènes liées avec plus d'art et mieux dé- 
veloppées, des caractères plus franchement accusés, une 
versiflcation moins décolorée, des moyens d'effet d'un meil- 
leur choix que cet abominable spectacle du quatrième acte, 
que repousseraient les boulevards, et qu'on n'a pu voir à l'O- 
péra sans stupeur ; on pourrait demander au compositeur des 
mélodies plus heureuses, — si mélodies il y a, — ou du moins 
une mélopée moins monotone et moins pesante ; mais si l'ou- 
vrage n'est pas récréatif, il est moral, et c'est l'essentiel. Les 
auteurs sont des hommes vertueux et bien pensants : on ne 
peut leur refuser au moins la couronne civique; et le specta- 
teur, s'il ne s'amuse pas toujours, ne peut du moins s'empê- 
cher d'estimer leurs intentions et leur caractère. 

Sérieusement, et autant qu'on en peut juger après une pre- 
mière audition, MM. Delavigne et M. Halévy me paraissent 
s'être également trompés. — Qui ne se trompe pas quelque- 
fois'? — Cela peut-il entamer leur réputation, et nuire à leur 
gloire? iSon, sans doute, et mille fois non ! M. Delavigne n'en 
a pas moins fait Louis XI et les Enfanls d'Edouard. ^\. Ila- 
lévy n'en a pas moins produit les chants inspirés de la Juive. 
Il y a dans la vie de tout artiste, de bons et de mauvais mo- 
ments. La postérité recueille les uns, et oublie les autres : les 
contemporains doivent faire de même. 

Il y a, néanmoins, dans cet ouvrage, des détails heureux et 
des situations bien trouvées. L'entrée du roi, au second acte, 
est fort belle, et son premier mol : J'ai faim! produirait un 
grand effet, si l'incommensurable ritournelle qui le précède 
n'avait presque fait oublier au spectateur qu'Isabelle préside 
un banquet pendant que Charles VI a faim. La scène où 
Odette joue aux cartes avec le roi est ingénieuse et bien 
traitée ; mais les détails avortent quand l'ensemble est défec- 
tueux. 

Quant à la musique, il y aurait presque de l'impertinence à 
l'apprécier en détail après une seule représentation. Un se- 
cond artic'.e lui sera spécialement consacré. 

Ce qu'on peut juger immédiatement, c'est la décoration et 
la mise en scène. De ce coté , l'administration a déployé une 
grande magnificence. Les costumes, fort exacts et très-bien 
étudiés, font le plus grand honneur au goût de M. Lormier, 
qui en a fourni les dessins. Il sont d'ailleurs d'une richesse 
presque fabuleuse. Jamais on n'avait vu sur la scène de l'O- 
péra tant de soie, tant de salin, de fourrures et de velours. Le 
cortège qui défile sur la scène, au troisième acte, est d'un 
admirable effet. Infanterie cavalerie, artillerie, rien n'y man- 
que. Les chevaux même y étalent les plus brillantes parures. 
Les armures d'or et d'acier y éblouissent les regards. M. Léon 



Pillet a trouvé le moyen de faire pâlir les merveilles de la 
Reine de Chypre et de la Juive. Aurait-on osé s'y attendre, 
et pourrait-on demander davantage? 

Les décorations sont fort belles, surtout celles du cinquième 
acte. 11 y en a deux : la première est une vue prise au bord de 
la Seine, prés de Saint-Denis. C'est un tableau charmant, plein 
de calme et d'une fraîcheur délicieuse. L'autre représente la 
nef, le ch(rur et les bas-cùtés de la cathédrale de Saint-Denis, 
telle qu'elle était alors, avec ses voûtes peintes et ses vitraux 
coloriés. On ne saurait imaginer rien de mieux conçu, de mieux 
étudié, de plus hardiment exécuté, rien enfin de plus imposant 
et de plus magnifique. 

(La fin à la prochaine livraison.) 



Coars publicd. 

Le collège de France. — La Sorbonne. — Les Professeurs. 
(Suiiecl lin. — Voyez p. 14.1 

Lillératurc latine et grecque. — M. P.\tin cl M. Egger. 

M. Patin et M. Egger, à la Sorbonne, traitent, l'un de la 
comédie latine et de 'Térence en particulier, l'autre des ori- 
gines de la comédie grecque. M. Patin s'est acquis depuis 
longtemps une réputation de finesse et d'élégance classique, 
consacrée naguère par les suffrages de l'Académie Française. 
On se souvient que M. Sainte-Beuve a comparé M. Patin à 
l'abeille attique, butinant sur les Heurs de l'Ilymette; malheu- 
reusement, .M. Patin professe depuis bien des années, et l'on 
vieillit de bonne heure dans ce pénible métier de l'enseigne- 
ment. Les rares qualités du savant professeur, son élégance ex- 
quise, la pureté de son goût, la délicatesse de son esprit, 
ressemblent aujourd'hui à de belles Heurs séchées dans un in- 
octavo. M. Patin parle du bout des lèvres, d'une façon pincée, 
qui semblerait prétentieuse si l'on ne connaissait d'ailleurs 
l'honnêteté de l'homme et la modestie du savant. M. Egger 
prouve que la science, que la philologie même peut quelque- 
fois s'allier à des qualités un peu plus mondaines. En l'écou- 
tant, on se rappelle ce que disait Labruyère de l'érudition, au 
chapitre des Jugements : « Il y a une sorte de hardiesse à sou- 
» tenir devant certains esprits la honte de l'érudition... L'on 
" trouve chez eux une prévention toute établie contre les sa- 
" vants, à qui ils ôtent les manières du monde, le savoir- 
« vivre, etc.. Il semble néanmoins que l'on devrait décider 
" sur cela avec plus de précaution, et se donner seulement la 
c. peine de douter si le même esprit qui fait faire de si grands 
" progrés dans les sciences, qui fait bien penser, bien'juger, 
<• bien parler et bien écrire, ne pourrait point encore servir a 
" être poli. « Cette politesse de l'esprit se traduit dans le cours 
de M. Egger par une certaine élégance facile de parole et de 
style, par un heureux mélange de la science et de la littérature; 
en un mot, on y trouve, aimables et intéressants, Epicharme, 
Eupolis, Cratinus, dont il ne reste c|ue des fragments de vers 
et des moitiés de mots d'une authenticité fort contestable. 

Théologie — M. l'.abbé Cœlk. 

M. l'abbc Creur, l'un des prédicateurs les plus distingués de 
notre temps, occupe à la Sorbonne la chaire d'éloquence sa- 
crée, et cherche dans la morale chrétienne les preuves divines 
du catholicisme. Debout, comme dans la chaire évangélique. 
M. l'abbé Cœur répand sur son auditoire la parole de vie. ou- 
bliant volontiers qu'il est professeur, qu'il s'aiJresse plutôt à des 
disciples qu'à des ouailles. Le ruban delà Légion-d'Honneur 
brille sur sa poitrine, et semble ajouter encore à l'autorité de 
son éloquence, en rappelant les services éminents qu'il a ren- 
dus à l'Eglise et à la religion. Jeune encore, M. l'abbé Cœur. 
le front haut, l'œil inspiré, la voix brève, animée, a toujours la 
fougue du missionnaire qui ne fait point de controverse, mais 
veut aller au cœur et toucher les endurcis. Son succès est im- 
mense : il compte dans son auditoire des personnages considé- 
rables, dont la seule présence est uii éloge. Pourtant, puisque 
SI. l'ah'.ié Cœur est en Sorbonne. qu'il soit permis à nous, pro- 
fanes, de lui adresser quelques critiques littéraires et mon- 
daines ; de lui reprocher, par exemple, des fautes de prosodie, 
des syllabes trop brèves, d'autres, au contraire, trop allongées; 
d:' plus, une certaine monotonie de gestes, enfin des mouve- 
ments de bras pénibles, qui ressemblent parfois à des contor- 
sions. Je sais que l'orateur chrétien se soucie peu de ces vani- 
tés, mais le professeur doit y prendre garde. 

Ilisioirc. — M. MiciiELET {Collège de France). 

M. Michelet ne veut pas charger ses auditeurs de faits et de 
dates ; assuré d'ailleurs des vieilles sympathies du public , il 
essaie d'initier ses nombreux disciples aux secrets les plus in- 
times de sa méthode historique. M. Michelet, chacun le sait, 
aime surtout à isoler un fait pour en saisir le côté pittoresque 
et la pensée philosophique. Son cours n'est que le récit de ses 
impressions personnelles, de ses prédilections historiques et lit- 
téraires. M Michelet est à l'âge où l'on se souvient volontiers, 
et où l'on se coniplait dans la mémoire de ses émotions passées, 
de ses affections d'autrefois. Il parle simplement, comme avec 
lui-même, par petites phrases détachées, dont le lien n'existe 
souvent que dans la pensée de l'orateur. Le public ne devine 
pas d'abord la transition, et trouve quelquefois la leçon un peu 
décousue, parce qu'on le mène des bords du ]\bin à la biblio- 
thèque Sainte-Geneviève, des poèmes indiens au Panthéon ; 
mais il y a dans tous les détails tant d'esprit et de grâce, souvent 
même un sentiment si profond et si vrai, que l'on ne se sent pa? 
le cœur de penser même à une critique. Peu jaloux de la gloire 
posthume, M. Michelet ne laissera pas de mémoires à publier 
après sa mort ; mais il nous raconte tous les jours en chaire sa 



f;illustratio\. journal imversel. 



vie iriiislnririi, ili' poplc, (li> iTVi'iir. Il veut nous niDiilrcr rom- 
meiil il a coiiiin-is, njiiiini'nl il .1 n'uni' lliistoirc, i:l nmis loyiicr 
a la fuis cl l'cllr iiili'lliyi'iicc ri rcl .himiiii-. 

Nous ro!,M-rll(iiis viviTiii'iil (le III' poiivipii- aussi passiT ru i-cviir 
les autres cnurs [lulilirs. i|ui nir'rili'iil Imis iiiir iiiruliiiu s|i('- 
ciale; au moins ciliTciiis-iinus nircin' à la Srirli'iiiiii' Icssavaiili's 
l't consciencifMiscs Icnnis ilr .M. Cliar|ii'iili('r. iiriilesscur il'i'ln- 
queiicn ialine ; de M.Ozaiiaui. |jniri'ssi'ur ilr lituiraturc élrau- 
g(:ro; les spirituels rusi'i;,'iii'iui'iits ilc M. (ici-uzez ; et, au 
Collogi' de Krancc, les cours très-suivis de iM.M. Ampère et 
Buriiouf, qui occupent les chaires de littérature française et 
Ialine. 

Mainleiiiiiil , ,i ces JMsIes éloges nous sera-t-il permis de 
joinilre (pirli|iies criliipies tout aussi légitimes, à notre sens? 
liien rertaiiirnieut nous ne repiendriins |i.is en iir'lilil les iliffé- 
rcnts riiiMs que nmis vemnis d'iMiiiniérei- ; iioiis ne eliiciiiennis 

)>as M. Sailli-Marc ('■irardiii sur quelques siriies ilii ilraiin 1- 

derne, ipie nous coniprenons aiilrenienl ipie lui, M. K. Oiiinel 
sur ((uelqucs lliéories piM'liqiirs qui nous seuilijenl assiirènieiil 
contestables; mais noiis nous liornerons à une eriliipie gi'Ui'- 
rale, s"ap|ilii|uaiil à toutes les chaires, et l'essorlant d'ailleurs de 
nos oiiservalions préliminaires. 

Ni^ serait-il pas vrai de dire, par exemple, ipie messieurs les 
professeurs du Ciilli'ge de Kranee el de la SiirliiMiiir, piiiir la 
plupart, se pri''oeciipeiil moins de rensei;,riienienl lui-même qui' 
de leurs propres leriins, moins du piililie ipie de leur lirrc' Il 
est manifesle en el'lel, pour le moins el;iirvo\aiil. i|iie la pensée 
du livre domine dans Imiles ces leçons: .M. .'sinion ili'vidoppe sa 
llièse sur l'roclus ri iiejieve de s'édi'ljiT sur la pliilosopliie ajevan- 
drine ; M. l'giier, si consciencieux d'ailleurs, p|-i''pare évidem- 
ment son mi''iiioii-e pour l'inslilul ; .M. Sainl-IMarc C.iranlin v va 
même plus francliemcul ; smi livre est l'-cril, et nvani de le donner 
à rimpression, il le relil une dernière l'ois avec le piildic, faisani 
comme ces peintres qui ex|)Osenl d'alioid un lalileau dans leur 
atelier avant de l'envoyer an salon. Le reproche que nous adres- 
sons ici à messieurs les professeurs, c'est de l'aire leur cours un 
peu trop pour eux-mêmes, de se considér. r dans leurs chaires 
plutôt comme des savants et des écrivains que connue des pro- 
fesseurs ; c'est, en un mol, de l'aire exclusivement les afl'aiivs 
de leur esprit de telle sorte que la criliqne pourrait se liorner 
presque ,-'i donner un liiillelin hildiograpiiique de la Sorlionnc et 
du Collège de France, a|i|iré(iaiil Ici cours comme une thèse 
de docloral, tel aiilre comme un mi'moiie pour l'.Vcadi'inie des 
Inscriplions ; celui-ci connue une siiile de reinllelons critiques, 
celni-l,i comme un volume de mélanges hisloriques el jiiiiloso- 
]diiipu's. L' s cours de la Sorhonne et du Collège de France 
resscTiililenl le plus souvent à ces séances publiques do l'Athénée, 
de l'Institut, des Sociétés savantes, où chaque membre vient 
lire au faulenil qindipies pages l'criles. Pour peu qui' l'cxeniple 
de M. Saint- .Marc Ciranlin l'asse des imilaleiirs. les professeurs 
se lasseront bienlèit de parler ; ils achèveront de considérer leurs 
disciples comme des Iccicurs, et moiiteronl en chaire avec leur 
manuscrit. Aujourd'hui, du moins, on peut dire, en emprun- 
tant l'expression vulgaire, qu'ils parlent comme un livre. 

Sans doute 'e imblic trouve sou compte à cette communication 
d'essais dislingiiés que messieurs les professi iirs veulent bien 
lui fairi! ; un bon livre est certainement meilleur quand l'auteur 
lui-mèmi' prend la peine de le lire, quand celle lecliire est dé- 
bitée d'une façon élégaiile, spirituelle, animée; el de notre 
lem|is, ou on"lil si peu et si mal, où l'on commence volontiers 
un livre parla lin. comme s'il s'agissait d'un volume chinois, 
c'est rendre au |iublic un service" signalé ipu' de lui faire d' 
semblables lectures. Mais, encore un coup, est-ce bien là l'en- 
seignement'? y a-t-il un maiire? y a-t-il des disciples? M. Mi- 
clielel ne s'aperçoit-il pas qu'il a dépassé son public, cl que 
bien peu des auditeurs le jienvenl suivre sur les hauteurs ou il 
s'est désormais placé? M. Simon ne devrail-il pas penser qu'il 
est chargé de nous apprendre riiisloire de la philosophie, el que 
loiile l'i'ile hisloire ii'esl pas dans l'école d'Alexandrie? Croit-il 
que le public ait à eieiir d'acipn'rir, c mime lui, une vi'iilable 
spècialili' alexaudrine? >e serail-il pas tem]is enlin de devenir 
nu peu plus l'Iémenlaire, en variant son sujet, au lieu de raffiner 
sur des matières ;! peu pri's epuisr'cs? 

Qu'arrivera-l-il de tout cela? le public ne s'allache pas; il va 
un jour entendre une leçon de tel ou Ici professeur; il sort sa- 
tisfait le |dus souven', néanmoins il reviendra, s'il peut, si l'oc- 
casion se présente; chaque leçiiii est uii cbapiti-e bien di'tachè, 
faisani un tout complet, qui n'a besoin ni de ce qui précède, ni 
de ce qui suit. On reprochail à railleur du poème des Jardins 
d'avoir fait un sort à chacun de ses vers, sans songer à la for- 
tune de l'ouvrage ; on pourrail dire de même que messieurs les 
professeurs s'occupent de faire un sort à cliacnne de leurs 
leçons, à cliacuii de leurs clinpitres, saehanl bien que leurs au- 
diteurs se renouvellent sans cesse, el qu'il faut plaire a ceux qui 
passeul. I, es cours, pour la pliiparl. vivent de di'Iails et man- 
quent d'une iib'c g.'iiérale ; je seul qui soit vèrilablemenl suivi 
est celui de M. l'abbé Cieiir, parce qu'il ne s'adresse pas seu- 
lement à l'esprit, ]iarce ipie la pensée morale y vivifie !a pensée 
inlellecluelle, et forme le lien naturel des différentes leçons. 



En parte ru. 



( Suilc et llii, — Voir II» I, p, 10,) 



1,01-squ'il fut élevé au conimandemenl en cbel'de l'armi'e >lii 
iNord, Esparlero tenait pour le parti di's modi'rés. el quoique 
ses opinions polilii|ues fussent faiblemenl prononcées, il était 
en butte aux injures du parli exalté ; mais bientôt l'ambilion de 
tenir un rang considérable dans le gouvernement, la vanité, les 
obsessions et les flatteries dont il était entouré, la conspiration 
|iennanenlc ipii 3'étail établie dans dans le sein de son état- 



major, et dont il l'Iait l'.iin '. b's rèsislances du gouvernement 
de la regenle :\ ses pri'lentions evagenvs l'ebdirnèrent peu à 
peu des modères, et le jetèrent dans les bras'dn parti con- 
Iraire, qui en a lait son chef, .\ous allons le suivre dans wlte 
marchi', 

F^spaitero reçut le commandement ]ieu après les scènes de 
la (Jranj I, I,es suites de cet événement cxcitèrtuil son niècon- 

'''iili "1- qui s'accrut de griefs particuliers, et tout en alTec- 

tant de ne se mêler (jue de l'année, il encouragea la résistance 
au ministère né de 1 émeute de la Ciraiija, et appartenant au 
parti exalté. I. 'armée étjiit rentrée dans .Madrid après la re- 
traite de don Carlos, ipii avait t ntè de surprendre ceUe capi- 
tale. Des officiers de l.i j,Miile adressereni ,1 la reine, au mois 
d'août \H->1. une pèlilion pour demander le renvoi de ,ses ini- 
nislres; ceux-ci denianderent a leur loiir que les auteurs de 

cet acte d'insnbordiiialioii fussent Iraduils devaiil -oiiseil de 

guerre, Csparlero s'\ refusa. Ces minislres, qui d'ailleurs ne 
s'enleiidaieiil pas sur b'S moyens de niiilre à rarnièe son rang 
naliirel dans les ponvoiis de j'PUal, ilonnerent leur dèmi.s.sion. 
I.eparli modéré s.iliia l-;sparlero comme un sauveur, et lui of- 
Iril la piésidenee ilii conseil el \r deparlemenl de la guerre dans 
le nouveau cabinel. Il iiacceiila |ias; mais il fit donner le mi- 
nistère de 1,1 ^'lierre au général Alaix, sur le dévouement duquel 
il poiivail eoinpier, loiil en se couvrant d'une modestie qui ca- 
cliail mal la joie qu'il éprouvait de ce Irioniphe. lîienlot. quoi- 
qu'il prèlendil se tenir éloigné du gouvernement, il acquit une 
influence considérable sur la direction du |Kirli modéré; son 
qiiartiei'-gr'nr'ial devint iiis nsibleinent un pouvoir dans i')-:iat ; 
il força tous les ministres, les uns apri's les autres, à conniler 
avec lui, el ;i satisfaire à ses demaiides; enfin, dans les nè^'o- 
ciaîions qui precédereiil la coiiventioii de Bergara, il agil'"de 
.sa |iropre aiitoiité, el procè'da en souverain, sans en ri'fi'rer au 
ministère. I.i' cabinet plia de\anl lui, il n'osa pas \r rappeler 
au devoir. Les ovations qu'il recul après la reiraile de don 
Carlos eu France acheverenl de l'^uivrer, el de le convaincre 
qu'il pouvait loiil leiiler, 

Cepenilaut le miiiislére avait piùiie à tenir léte ;i la majorité 
exallée ipie les élections de 1H5!» avaient amené(t aux cortès; 
il profila de la force que la |iacilicalioii des provinces basques 
venait de donner au gouvernement, |ioiir hasarder une disso- 
lution et l'aire un ap|jel au pays, fji même temps, des liomm s 
coiiniis pour a|iparteuir aux iipinions les plus moilèiées fiireiit 
introduits dans le cabinel. A une autre l'poqiie. ces actes an- 
raieiil été du goût d'l':s|iarlero, qui, par suite siirtnut de ses 
habitudes de discipline, avait en aversion le parli révolution- 
naire; mais loiile soliibirilé politique enlre lui el le ;;oiiverne- 

inent disparut devaiil une qiiesli ramniir-priipic. '-rniis nii- 

nistres avaient l'Ii' remplacés, el parmi eux le ministre de la 
guerre; les cortes avaient été dissoutes, el l-.s|iarlero n'avait 
pas été consulli' : il en fut blessé profondément. 

Il y avait auprès d'Espartcro un homme qui jouissait de 
toute sa confiance, le brigadier Liiiage, ambitieu.x, habile, n'ap- 
partenant ii aucun |iarli et prêt à les servir tous. Il s'était rendu 
iiècossaire à Espartero, dont il était le secrétaire, le conseiller, 
le factotum. Livré au jiarli exalté, il travaillait sans rel.'iclie ;i 
indisposer Espartero contre le minisli'ie. et il était aidé' dans 
cette tâche Jiar les collllllissaile^ ,iii;j|;iiv. (pii avaient su se con- 
cilier l'estime 1 1 ramilii'ilii unni iIÎvm tandis que les aiteiits 

français auprès du ipiai liei-^(iiri,i| .[au-iH sans aucune in- 
llueiice. Averti des ilis|iosilioiis ilrsparleni. les exalli's Iravail- 
lereiil de loiu leiirs effoils à les exploiler a leur profit. | ne 
polémique s'i'lablit dans les joiiriiaiix sur le senlinieut du duc 
de la \ icloire ,'iii sujet des mesures du cabinet. Ce fut alors 
que parut dans la Gazelle d'Arur]iin une lellrede Linayedaiis 
laquelle il était dil en substance ipie le général, sans prétendre 
s'immiscer dans les affaires du goiiverneiiieii'. tenait pour fâ- 
cheuses la dissolution des cortès el la modilicalion du caliinel. 
Celte lettre fit beaucoup de bruit; si Espartero ne l'avait pas 
dictée, du moins elle n'avait jiu être l'crile ((ii'avcc son aiilori- 
satioii. Les ministres offrirent ieur déniissioii; la réirente la 
refusa, et somma F^spartero de s'exiiliquer sur la lellré de son 
secrétaire. La ri'ponse du duc fut évasive. Le ministère de- 
manda la deslitiilion de l.inage; I';sparlero n'v consentit point, 
lui fil seulement écrire dans le même journal une autre lettre 
modifiant la picmiere sans la cimlreiliie. el l'incident parut 
leiniini'. 

L' s élections, ipii eurent lieu sur ces entrefaites, donnèrent 
une immense niajorilé au parti modéré. Ce succès bimiilia Fls- 
partero, el tandis que le ministère crovail être assez fort pour 
se roidir contre les exigences et les préle'nlions du généraiis,sime, 
les exaltés tiavaillaienl avec plus d'ardeur que jamais à le sé- 
parer davantage du parti des modérés et .i l'attirer dans leurs 
rangs; ils ne tardèrent |ias ;'i réussir. Flsparlero s'offensa des 
ri'sistances qu'il Irouvait dans le cnhinet et même dans la vo- 
louti'' de la reine ri'gente : ses expressions liabiliielles de ib'- 
vouement se refroidirent insensiblement; il ileviiil de jour en 
jour plus impérieux. An mmnent de faire des promotions dans 
l'année, il proposa insolemment Liuage. ibuit tous les ministres 
avaieiil deniJindi' la deslitiilion, pour b' grade de mari'clial-de- 
camp, IJuebpies membres du cabinet eoii.sidérereiil celte pro- 
posilimi ciniine une insulte: mais il fallait en finir avec Ca- 
brera, le dernier cliampi lu delà cause carliste, et I-lspnrlero 
était seul capable d'en venir à bout. Le gouveriiemenl céda: 
Liuage eut sou brevet de maréchal-de-camp. el les trois mi- 
nistres, dont rentrée dans le cabinet avait déplu à Es|iarlen.. 
se reliierent. Celle concession, loin de le calmer, ne lit qu'ac- 
eroilre sa confiance. Il reslait dans le ministère deux hommes 
qu'il li:i'issait comme des ennemis personnels. .M . l'ercz de Castro, 
président du conseil, el M, .\rr.izola, ministre de la justice; il 
ne songea plus qu'aies renverser, afin qu'il fût bien démontré 
que tout devait se courber devant son autorité'. 

Cependant la mnivelle session des l'ortés s'ouvrait et donnait 
au miiiisleie l'appui d'une m.ijorité forte el compacte. Le cabi- 
net crut que le iiiomenl était venu de porler un coup décisif au 
parli exalté, et il ]ii'0|iosa la fameuse loi sur les uyinilamieiilos. 
ou les mimieipalilés. Instituées aussitôt après les événenienls 
de la Granja, et d:ins les formes ri'glées par la constitution de 



l«l 2, c est-a-dire sur des bases e.\lrêniement deniocraliques. 
les municiiialites exerçaient une grande action sur les élections 
La nouvelle loi changeait le sysicine établi, et les enlevait à l'iii- 
lliiencc des associations populaires. Les dernières élcctioin 
avaient prouvé que. même avec des municipalilés élues son": 
1 empire de In constitution de l8|->. les éli'< lions |ioiivaieiil don- 
ner une majorité an parti modéré; que serait-ce dom-, iM-nsail 
le ministère, oiiaiid le pouvoir municipal, soune de rélectinn, 
ne sciait jdiis livré an gi-and nombre ! Les exaltés, sentant bien 

que c'était pour eux 11 joestion de >ie ou de mori, se pn-p;.- 

lerent au combat; leur um.,iic esiwir était en lOspartero. nui 
était plus puissant el plus poj nlairc (pie jamais. Ils je d,..:. 
gnaient liautenieiit comme leur chef, el rien dans ses j.aroles 0.1 
dans sa conduite ne proteytail contre celte cpialilkalioii. Dans 
ces circonstances, la reiue régente signifia brusquemiiit au pn - 
sident du cmiseil la rcsoluliiui quelle av.nit formée d'all.i .1 
ISarcelonc avec sa lllle. dont le:al de santé exigeait l'usât', 
des bains sulfureux. Jusqu'à pré'>ent on n'a pas encore décoe- 
vert le motif réel de ce voyage, que rien ne conunandail. puiv- 
qn II y a des Ihiiiis sulfureux en Espagne ailleurs qu'à Barce- 
lone, et moins loin di' la capitale. De toutes les explications la 
pins vraisemblable est que le but de la reine Christine était ,h 
voir F.spartero; car, chose étrange, bien (pi'elle entretint av.. 
lui depuis longtemps une cones|iondance priv<V qui avait sou- 
vent inquiète ses minislres, elle ne l'avait em-ore vu qu'une fois 
et dans un teniiis ou il n<- se doutait pas encore de »oii avenir 
Elle 11 avait rien épargné pour .se l'attacher; elle l'avait combb 
de titres et d honneurs; efle avait app.dé ,-.iip,és d'e le la di.- 
cliesse de la \ ictoire, et lui avait donné le premier ran- à v., 
cour : elle fondait donc sur lui beaucoup d'espérances dI- s<iii 
ciité, Es).art.T0 n'avait jamais laiss.. é. happer une occasion .b- 
prolester de son devoneincut pour sa souveraine, mèine au mi- 
lieu do ses plus VKdi'iils .leniêle> avec les minislres. f'eut-i'-lr. 

.■iiissi la reine nge oinplait-ell,. essayer sur lui la force de 

I entraînement qu'elle a presque toujours exercé sur ceux uei 
1 ont apiu-ochee. par la séduction de son esprit, de ses charme» 
et de ses manières. Dans ipiel dessein? on l'isnore. mais on vi 

"■'""' •■'""'1 «"Ih' s'était lrom|>ée, si ses calculs ont été tels 

qu on le siipposi'. 

Les deux reines partirent, accompagnées de .M. ferez di- 
Castro, pivsident du conseil, et de deui autres ministres celui 
de la guerre et celui de la marine. J,es exaltes avaient tout pn - 
pare jiour mie la n'-ception faite aux reines fiil siffuiOcalivé \ 
Nirag is.se. la municipalité leur adressa une haran-iie éner- 
gique ; la piipulalion les poursuivit parloul des cris'de rir* /« 
ronsliluhim: rire ta durhcssrdr la Vicluirc: à bas la toi sur 
lesai/uiilaiiiienlos: CeMA Lérida que la if'ïente renconli.i 
Lsp.irtei o. Dans la première eiitr, vue il fut insi^nifiaiil. dit-on ; 
mais (laiiv les suivantes il fui injuiieiix. violent,' et se prononça 
euergiqiiement contre le ministère, conli-e les corlés. i-onlre 'la 
loi de> aiiiialaiiiienlos. el finit par parler en ma.'tre. La n'-cei- 
lioii que lîarcelone fit aux deux reines aurait du calmer |r- 
craintes qui assiégeaient l'esprit de la reine el de ses minisire- 
l.e peuple les avait aceiieillics avec un enthousiasme extraoni - 
liane; mais la municinalitè de fiairelone allendail pour man' 
rester ses sentiments hostiles l'anivee prochaine du duc de I 
\ icloire. L'orage se pré|iarait donc soiinleinent : il éclata bioi 
toi. Des ipie I on sut cpie le duc de la Victoire approchai! d 
liarcelone. une loiile immense se porta à sa renconlre, l'ec- 
loiira et le porta comm ■ en triomphe. Sur son passage des arrir 
mations frénétiques le saluaient, et de temps en lem|)s éclata: 
le cri de mor^ aux Français! qui est comme le cri de rallii - 
ment des exaltés. Le même Jour. 13 juillet. Espartero se pré- 
senta chez la reine et renouvela ses impérieu.s^'s demandes d-i 
renvoi du ministère et du retrait de la loi sur li-s ayiinlamirn- 
Ins. que l'on discutait encore dans les chambres. La reine rr- 
gente refusa courageusement, et le lendemain la nouvelle d. 
l'adoiilion par les chambres étant arrivée, elle donna sa s,inctin,, 
a la l)i et y apposa sa signaliire. Dè-s (pi'Es|iarliTo cul api n 
que la reiue ri'geiite avait signé, il entra dans uni' violente ;i.- 
lere. se renferma chez lui. et envova sa démission dans un. 
lettre écrite par Liuage. . n accusanl'la reine d'avoir manqué 1 
sa parole, La démission fut refusée, et comme Christine lui di- 
sait .pi en sa qualité de commandant des troupes, il lui n-pon- 
dait de l'ordre, ICspartero déclai-a qu'il fallait choisir enln- b 
ministère et lui, et que si la reine ne n'voipiail pas la sanctioi, 
quelle avait donnée ;'i la loi. elle verrait couler le sang jus- 
qu'au genou. 

Cependant l'élal-major et 1 s ti-oiipes d'Esparlero se n'-pan- 
daient dans la ville, et mêlaient leurs impn'calions contre b 
gouvernement .i celle des exaltés. Les places publii|iies el le^ 
rues se remplissaient d'hommes ,i ligures sinistres; une éineiil. 
se luéparait. selon la menace d'|-:sp'arteio. Le 18, les membr» - 
di; la municipalité sélablireni en permanence a j'IloleW. 
\ ille; des barricades fui-enl élevées à l'eMivmilé de toutes b - 
rues qui débouchaient sur la |i|ace où était le palais occupé pa: 
les deux reines; des depuis d armes avaient été forcés el livc- 
aii peuple, l ne députalion de la municipalité à la tète di ~ 
insurges, se rendit ;i Ibûtel d'Espartero. qui leur Ot bon accueil, 
parut à son balcon, el consenlil à les accomiKisner chez h 
reine régente. |>our lui demander le renvoi des niinistres el b 
retrait de la loi sur les ayiinlaminUos. Il était alors prés de 
minuit, Christine était avec les trois ministres qui l'avaient sui- 
vie, el qui. devant l'émeute, offraient bur démission. Esparterr. 
entra chez la ivgeiite avec sa femme el les généraux Valdés < ' 
^■an-IIalell, La reine i-eçiil avec nue froide "n'-serve ses démor- 
slralions de dévouemei'it'et ses offres de service, accepta la de- 
mis.sion desesmini.sires. mais refusa obstinément de ix'voquer 
'a sanction donnée el de dissoiidn' les cortès. Espartero sortit 
à pied à trois heuivs du matin, et alla annoncer aux grmipe- 
qiii stationnaient sur la place que les ministres se n'tiraient : 
les rassemblements se dis.sipéivnl alors avec des cris de triom- 
jihe. Content d'avoir satisfait sa haine contre les minislirs ipii 
l'avaient bravé. Espartero s'occupa de mettre un terme au 
mouvement dont il avait reçu l'impulsion, et. retrouvant son 
énergie, mit la ville en étal de siég.' ; les exaltes, qui voulaient 
continuer leui-s démonstrations, fuivnt comiirimés et l'onire se 
rétablit. ' 



^fi^i'* 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 




tondre à toute heure ses menaces de vengeance et de haine. A 
Madrid, la nouvelle du bombardement de Barcelone a soulevé 
l'indignation publit(ue. La presse, écho fidèle des sentiments de 
la iioimlalion tout entière, s'est émue, et a exprimé hardiment 
l'opinion du pays. Les députés catalans ont demandé au i-ègciil, 
par une lettre vigoureuse, le renvoi iiiMuédial des ministres i|ui 
ont conseillé ces violences. \i\ acte dari iis.ilinn conire le mi- 
nistère avait été préparé par les mêmes ili'iiuli's el devait élre 
déposé sur le bureau des eorles à leur È-i'iiiiioii. Devant (•(■lli> 
explosi(jn ipii si' pr'i'p.irait. |-',spartei'o ;i dissiius les eorles el a 
convoipié la nouvelle cliandire pour le 5 avril prochain. 

Tel esl l'élat |irésenl de TKspagiii'. 1! esl impossible de pré- 
voir le résullat des (■b'clions (pii si' prepareiil. mais assurémi'Ul 
de leur choi.v dépendra le retour de l'm'dre el di' la li'ga Ile. si 
audacieusement violés par le soldai ambitieux qui a saisi le i)ou- 
voir sans avoir la force d'en faire bon usage. Avant deux ans 
Isabelle II aura atteint sa majorité ; Espartero se résignera-t-il 
à abandonner le pouvoir souverain dont il aura joui et abusé 
pendant plusieurs années? voudra-t-il continuer sa dictature 
militaire? dans quel'evne?il n'a point d'héritier. Ces graves 
<pieslions se ]irésenleul d'elles-mêmes à l'esprit de tous ceux 
ipii ont suivi le dèvelo|ipi'ment de la Iragi-comédie qui se joue 
depuis prés de dix ans en l'Espagne. Mais d'en chercher la solu- 
lion probable, qui y songe? 'l'ànl d'Iialiiles gens se sont trom- 
jiés dans leurs calculs ei leurs pri'visious, que le parti le jdns 
sage est peut-être, comme le disait un de nos plus s|iiritnels di- 
]il'omales, d'attendre el de regarder; e'esl déjà beaucoup que 
de bien voir. 



Le général portait l'épée d'Auslerlilz ; il élait |irecédé de plu- 
sieurs sous-officiers portant le chapeau hisloriipu-, la couronne 
impériale, la couronne donnée par la ville de Cherbourg, et le 
manteau qui servait de drap mortuaire. Le cortège a défile 
entre deux haies formées par tous les invalides en grande te- 
nue. 

.4ucune personne étrangère à l'Hôtel n'a clé admise à celle 
cérémonie. 



Bcaiix-Arla. 

RKCAPITl L.VnON DES E.XPOSITIONS Ai: LOIVRE 
IIEPLIS 1800. 



.Sous l'influence de ces événements, un nouveau ministère 
l'ut appelé ; contrairement à ce (|u'oii allendail. il ne fut pas 
pris dans le parti exalté, mais parmi les amis d'l':sparlei-o, ((Ui, 

prêtant les mains a cette combinaison, aliand ail tout ce 

|u il avait denimdi jusipiabus I i lum h ,,i iili si lui i dt 
luittei celtt ville ou son aulouli (tsidi^mk i\ m ni soiilh it 
h si Clives alunites tl di s qii i Ui lui iiiivn i \ di nu ou 
lilt(ndiil le gtmial ODiuuiill tl mu iiiiiic qui lui ilut de 
NOiiu (lie ieino>i et cibmi t 1 1 i ii Immi un nou\( ni choisi 
HiUdeminldansb piilimodcu 

ici se teimiuc en (pi(l(|ut soiU h bio^nphu dlspiiliio 
imit ce qniH fut d( puis appiitunt i I liisloin (ouldiipiinmi 
I. 1 Espagne d fsl lucoïc tnqi juisdc nous pimi qu il soil 
lu pi unis d( )U,u d( liuiliM nu ni sa iimduili (Jiul 
ullisi di iippilci qu ihuouMlh di it (bm^nmulili 
ul( \ 1 d lus loiiti 1 Espi.,ni 1 I 
I si.ii il di 1 msiiiii ilion ( l SI 



p, ut 

lluU 

minisUii 11 piiirixill 
inuiiii ipdili di M iiliid i 

ibihii ( n piiiumiiiii li^udi niliouili pu ud li s iimi s 1 1 
se nu I sous SIS iinliis 1 piiliio qmduliinlii d lus smi 
apalliK (slfiiiii pu 11 piili ilisivillisdi loimiilu sim iillu 
sion 1 limunii ipilili II pulilii unmiiulisli ou il piisi imum 
.iindiliiin ib i lidi litt i h u,i nli 1 1 n mji ilioii ib 1 1 loi m 
lis (Viiiiitiiliiinilos h dissolu ion di sioili si I li ii iinoi iIu i i 
binit Onsulii qui a suivi I e iiiiuiM mnil ii \oluliomi nu di 
h (ipitale SL piopa.,'e de \ilh m \illi 1 spntuo (utic en 
maître et en triompliateur dans .M.idiul. Appeli jiai la icine 
lesente à former un cabinet, il se rend a \ aleiice avec les 
eollegues qu'il a choisis. C'est là qu'aju-és d'orageuses confé- 
rences, Christine se résout, le 10 octobre IS-U», à abdiquer, 
pl se relire eu France. Es|iartero demeure souverain du 
lovaume, à la têle de la régeiice, eu attendant la majorité d"l- 
^'•"l'ellelL ..,.„., 

Depuis ce moment. l'Espagne a continue d offrir le spectacle 
II' plus étonnant el le plus déplorable de désorganisation et 
.limpéritie dans le pays el dans le pouvoir. Satisfait du poste 
.'levé qu'il occupe, l-^s'parlero jiarail iiidilTéreut aux luttes et 
iu\ rivalités des iiarlis ; son gouvi'niemi'iit se résume en une 
loiif'ue série de nivslificalioiis pour ImUes les ambitions et 
mules les espérances. L'Angleterre s'èlail llallèe que, pour 
prix de l'appui qu'elle avaif prèle au parli exaile el à l'èlèva- 
lion du régent, un Iraile de commerce oiivrirail les porls d'Es- 
pagne à ses produits manufacturiers; mais ce Irailé, jusqu'à 
présent ajourné, le sera peut-être encore longtemps. Les exal- 
tés iiensaient qu'il leur serait permis de réaliser leurs idées po- 
litiques sous le patronage du régent, à la fortune duquel ils (uit 
lant aidé, mais depuis'" deux ans toutes leurs tentatives de se 
saisir du pouvoir ont été vaines. D'un autre coté, tout était à 
faire en Espamie. il fallait créer radministration, organiser la 
juslice. consliliier les finances : voilà à quel prix l'Espagne eut 
pu se constituer, voilà quels étaient ses besoins les jilus pres^ 
saiils. Rien n'a été l'ait. Ce malheureux pays a été livré au 
di'S|iiitismc militaire, et au plus déplorable désordre financier 
el ailmiiiislalif qu'on ailencore vu, même en France. 

M.iis la dèii'ilioii générale a doimè naissance à une coalilion 
qui lompreud 1rs vainqueurs el les vaincus de septembre, les 
modérés et les exallès, en un mol, tous ceux qui tiennent iiour 
le uouverucmenl iiinsliliiliomiel, contre Espartero, isdé au mi- 
lieu de toute la nalinii et sans autre appui que l'arniéc. Tel 
l'Iail l'état des choses au coiiiiui'iicemeiil île iiovemlire de ranui'e 
dernière, an monieiil mi la reiuiioii des em-lrs iillail avoir lieu, 
l'èuuion d'autant idusinevilalde, que le liiidgel n'elanl viilè que 
jiisi|u'au l"^"- janvier 1843, il fallait bien convoquer les cliambres 
pour leur demander de nouveaux subsides. Dès le premier jour, 
une forte opposition s'est dessinée, et les deux chefs de la coa- 
lilion ont clé élus, à une forte majorilè. l'un président, l'autre 
vice-président des cortés. Esparlem élait dans une siluation 
l'.u-t critique, (piand un événement l'orluil, le soulèvement de 
liareeloue. est venu faire une diversion, dont il s'est empressé 
di' profiler. On sail Ions les dèlails de sa campagne contre cette 
ville malheureuse Ce ne soûl pas les barbaries de Van-llalen 
et de Zurbano qui ont fait reiilier Harcelone sons l'ubéissance 
du duc de la Victoire, ni qui mil empêché rinsurreclion de se 
reiiaudre ; c'est l'absenre d'un drapeau. Le lendemain du bom- 
bardement les èleelious muiiieipali's uni eu lieu, el leur résullat 
a l'Ie si hostile an giHivernenieul, qu'il a élé obligé de casser la 
'no'iî!'.-- mimiripaiilè La [iresse a reeuuvré sa voix, el fait en- 





53 ' "^-ÏA 




Traniilaiion de l'Epoe «I*.4u8tcrlllx 



AIX INVALIDES. 



M. le maréchal dur de Reggio, accompagné du général Petit, 
des généraux Athalin el Gourgaud, ipii avaient été délégués par 
le Roi, et de tout l'étal-major de l'Hôtel des Invalides, a pro- 
cédé à l'enlèvement de la couronne im|)éria!e, du chapeau et 
de l'épée d'Aiislerlitz. qui élaient restés déliosés sur le cercueil 



•f/îfiy 




dans la eli; 



Saiiil-,lerome, depuis le .jniir des 



de >apol 
funérailles. 

Les ouvriers chargés de construire le tombeau devant com- 
mencer immédiatement leurs travaux, la porte de la chapelle 
Saint-Jérome sera murée. Le cercueil y restera, mais dé|iouillè 
des insignes qui le couvraient, et qui auraient couru le risque 
d'être dégradés. Ces insignes ont élè ensuite transportés avec 
solennité dans une partie des appartements que le général Petit 
iiccupe aux Invalides, el qui a élè disposée à cet effet. 



1800 
<80l 
1802 
1804 
1806 
1808 
1810 
1812 

18U 

1817 

1819 

1S22 

1824 

1827 

1851 

1833 

1834 

1836 
1837 
1838 
1839 
840 

1071 
1842 II 008 







1171 

r289 

13-Ji) 

1061 

1702 

1802 

2371 

1834 

3211 

3318 

2314 

2556 

21'22 

■2130 

2031 

2163 

184!» 

2280 

2121 



(iivEiiTi'RE DU m\y. 

Comme la poésie, comme la musique, la peinture, elle aussi, 
a ses premières représentations, jdus solennelles pf ut-étre, plus 
désirées que tontes les autres. Quinze cents œuvres nouvelles, 
entièrement inédites, qui vont tout à la fois se découvrir aux 
veux ! Quinze cents tableaux et scul|)Uires ! Quelle affiche de 
théâtre nous jiromit jamais aussi riche spectacle? El, pourtant, 
comme on sait, une simple tête d'étude, un petit paysage, une 
mince statuette, peuvent valoir souvent tout un long poème, 
toute une grande symphonie. 

Aussi li's portes du Louvre sonl-eres de bonne heure assié- 
gées, en ce jonr solennel, par une fonle impatiente, qui se 
presse, qui se pousse et s'étouffe à plaisir; les derniers voulant 
être les premiers, comme ils le seront un jour au royaume des 
cieux. Ce n'est pas là, d'ailleurs, celte foule insignifiante, atone, 
qui s'encombre dans les barrières des théâtres, qui s'ennuie et 
qui s'enrhume, sans penser à autre chose. Ici, la foule esl ani- 
mée, passionnée même, pittoresque ; elle a l'u'il el le visage en 
feu, la barbe hérissée, elle parle haut, elle discute, elle pro- 
fesse, elle harangue ; c'est le meeting de l'art. 

Sans doute dans le nombre se voient bien ([uelqiics curieux. 
quel(ines-uns de ces bons bourgeois de Paris, que Rabelais ju- 
geait « tant sots, tant badauds », que la foule attire par une 
secrète verlu d'adhésion, el qui se trouvent siirloni à leur jilace 
dans l'espèce ; 

» Nos numerus suinus. .. 

On \ leiiciJiilre bien aussi, non pas le vrai diletlaiile de l'arl. 
car il est essenliellemeni cnnservateur el laudalor lemporis 
arti. mais une aiilre classe d'amaleurs. L'amaleur des primeurs, 
qui ne se soucie que des premières fraises el des premiers me- 
lons, croirait se déshonorer en riant des plaisanteries d'un vau- 
deville à la seconde re|irésentation, et ne lit jamais un livre 
doiil les l'eiiilles ont été déjà coupées. 

.'\lais le vérilalde public de celte fête, ce sont les artistes, /c.v 
jeunes gens des ateliers; car tout le monde, dans les aleliers. 
est et demeure jeune ; les rapius ne vieillissent pas. ils semlilenl 
avoir encore sur leur ligure l'air de 1830; vénérable débris des 
jeune-France, de la gent dite romantique, ils eu ont an mnins 
sauvé la barb^? et la chevelure mérovingienne, en même temps 
que qiieUpies expressions portenluses, el quelques vocables 
moyen-âge el piiiamidaiix. 

Ils sont là chez eux. ou du moins a la porte de eliez eux : 



L'iLLUSTUATION, .lOLRNAL LMVERSKL. 



un soriinis inlcr.H les amen.!, vX W ImnUW luiljili; Iciir cd'iir 
d'ordinnirc si calme, si irisou<:ieiix de la vie positive, si profon- 
démeiil sceptique à l'endroit des hommes et des choses. Ils ont 
sonmis li'iiis lalileaux, leurs statues nii int,'ement de l'Académie 
des lieaiix-Arts; l'Académie les aura-l-rllc iuccptés, Icuranra- 
l-clle donné 1.- ilioit d'entrée dans les -aleries du Louvre, au- 
ront-ils enlin les honneurs de rexi)Osition, seront-ils livrés aux 
regards de ce puhlir, cpii s'y commit si mal, et laisse volontiers 
les tahleaux .le genre, les ïcuvres sérieuses, pour faire queue 
(levant une charge de Biard, et s'extasier en présence de houf- 
l'onnes ligures? Y èlre ou n'y èlre pas, (liai is Ihc quesliitn, et 
c'est là, hieu réellemi'ul, une (pn'sliijnde vie et de miul pour 
l'artiste inconnu ipii a lutté coin-ageusement dans un grenier 
contre son douhie défaut d'être ohscnr et d'être pauvre ; ((ue de 
ixaintes mortelles, t\\w. de riches espérances devant eetie porte 
(|ui va s'ouvrir ! 

Des hruits sinislrcs coui-ent dans la fonh'; on dit que celle 
année le jury d'examen s'est niontri' d'une sévéï'ité farouc-he; 
on sait ipu' le taldeau d'un peintre céléhre a été refusé, et l'on 
ajoute ipie l'un des exannnaleurs, indigné de celte exclusion, 
s'est levé, et a dit à ses collègues : « M vous, ni moi, ne se- 
rions capahles d'eu faire autant. « Là-dessus, il est jiarti fu- 
l'icux, et quelques-uns assurent qu'il en crachait le sang! On 
ajoute nn'mc^ ipn' le Uni, iusiruit par .M. A. de P. des malveil- 
lantes erreurs du jury, avait e\ig(' cpi'uue coutre-empiéte eut 
lieu avant l'ouverture du Salon. 

Et alors, vous enlendrie?, un choru-; d'eti-anges qn.ililica- 
tions, d'énormes épilhéles adressées par ccMituirince .i .MM. li's 
examinateurs. « Croiriez-vous, dil l'un d'eux, ipi'il n'y avait celle 
année cpie cinq |)eiulres dans toute la commission? Mais, en 
revanchi', reprend un aulre, on y conqilait un grand nond.re 
de musiciens ; l'an |irocliain, j(^ leur enverrai un tahleau à hor- 
loge, (pii jouera des airs! — Et moi, .ijonte un troisième, je 
soumettrai à leur jugement impartial le dessein d'une clarinette 
et le pnilil d'tnie contre-hasse ! n 

(Jeux (|ui parlent le plus haut, qui ont le verlie le plus 
Irancliaiit et le |ilus goguenard, ce .sont les rapins pur sang, 
qui n'ont encore fait que hroyer les cou'eurs et croquer sur le 
mur les principaux nez de l'atelier ; ils sont là, les mains dans 
les poches, parfaitement désintéressés dans la question, ne 
venant cpic |iour assister au triomphe de leurs amis, et à la 
déconfiture de ceux qu'ils honorent de leur inimitié jierson- 
nelle, et du surnom générique de crélins. Feront-ils jamais 
eux-mêmes le moindre tableau? Dieu le sait! Provisoirement, 
i!s prennent chaudement en main la cause de l'art, analhé- 
malisenl le jury, le classicpie jury, et proposent de rédiger 
cx)nlre ses jugements une solennelle protestation, d'ouvrir à 
frais communs une contre-exposition où devront figurer tous 
les tableaux refusés, et offrent déjà, à cet effet, la modicpie 
somme de 50 centimes, prélevés sur ce qu'ils appellent leur 
superflu. 

Rnlin sonne l'heure fatale ! Jamais semblable frisson ne cou- 
rut sur les bancs d'écoliers, lorsque le pédant, orné de la toge 
et de l'épitogc, fait à dessein une pause tragiepie, après s'être 
écrié : Premier ]irix ! Tous les cœurs se serrent, toutes les 
l)ouches se taisent. C'est alors que les plus pusillanimes sentent 
défaillir leur courage, et veulent reculer, serrant la main à un 
ami, et lui disant d'une voix éteinte : « Va voir si j'y suis! n 
Mais les portes sont ouvertes, le flot se précipite, et bon gré. 
mal gré, il faut suivre le torrent au milieu duquel on voit trem- 
Ider la bai'oinictte et le plumet des malheureux factionnaires, 
battus |iar la tourmente. 

Empin-té par celte irrésistible force, qui ne lui permet pas 
même de s'arrêter pour saisir au passage le fatal livret, l'ar- 
tiste ferme les yeux ; son tableau lui revient à la pensée comme 
une effroyable croule, placardée de rouge et de bleu; ces têtes 
cliarmantes, ces formes harmonieuses qu'il avait dessinées 
avec tant d'amour, peintes avec tant de foi, maintenant lui 
semblent d'insipides copies, propres à servir d'enseignes; et 
il ne se doute plus qu'elles n'aient été ignominieusement refu- 
sées, jusqu'à ce qu'enfin, sentant le flot s'arrêter, il rouvre les 
yeux et se trouve dans le salon carré, vis-à-vis de sa projire 
toile baignée de lumière, vis-à-vis de sa Marguerite ou de .sa 
Béatrice, (jui fixe sur lui ses regards pleins d'une joie douce et 
d'une grâce séreuse. 



dans un fauteuil à roulettes au milieu des galeries sfditaires ; 
nous admirions aussi par souvenir l'intel igenci; et la sagacité 
esthéticpie des anciens, qui plaçai ntaux portes de leurs musées 
la statue du .Silence, ]>■ doigt sur les lèvres, piur avertir cha- 
cun qu'il se gard.it de troidiler iudiserelenu'nt le vol des muettes 
pensées autour des statues et des pi'intnres. 

Enfin nous étions sous la préoccn|ialion constante d'une idée 
importune ; il manquait à notre com|ite plus de (piatre cents 
talili'aux, et nous nous di'mandions, en voyant la nudité des 
galeries, si l'on avait aussi voulu faire une exposition de serge 
verte. En serions-nous à ce jioiut de pénurie, ipu'. pour com- 
poseï- di'sorinais un salon, il lalli'it, connue dans les expositiiuis 
di! sous-prèfeclures, faire appel aux tableaux cb' famille, aux 
plâtres domestiipies, et condder les lacunes avec les cadres glo- 
rieux de nos prix de dessin? — (ir.lce à Dieu, notre; pauvreté 
ne vii'nl (pie du sévère caprice de M.M . les académiciens : (piali-e 
mille lableauv ont éle. comme d'ordinaire, soumis à leur juge- 
ment ; mais il n'y a eu (pje douze cents élus; aussi, ne pou- 
vions-nous considérer sans attendrissement toutes ces places 
vides, y idaçanl par la pcn.sée, tantôt ces chers absents, la grande 
toile de lioulanger, le beau portrait d'H. Flandiin, tanh'il les 
o'uvrcs d'arlistes inconnus, les imaginations nouvidies de pauvres 
jeunes peintres, tous refusés au bénéfice des tableaux de .M M . les 
académiciens. ( Voir, sous le numéro H'.K un iu(pialifiable lalde.iu 
de M. Bidault, membre du jury ; on assure ([ue ledit tableau a 
été reçu à l'unanimité.) 

De tout cela il suit (pie nous avons encore bien peu de choses 
à dire du nouveau Salon. Deux toiles seulement nous ont semblé 
tout à t'ait hors de ligne; d'abord le Tnilorcl. de M. Léim Coi- 
gniel, admirable composition, malgré la réminiscenci! de l'Em- 
pire (pi'on y croit apercevoir : |iuis un excellent portrait d'il. 
Flamlrin. ipie l'administration du Musée a eu grand soin de 



l'KE,Mli:ilE MSITE .\i; S.VLO.N. 



CODI'-l) DtlL (;ii.>Ell.\L. 



Heureux les critiques prime-santiers qui ont, du premier re- 
gard, pu voir et jugera la fois douze cents tableaux! ÎSous 
confessons, pour nous, que notre idée synthétique est encore 
bien défectuen.se, bien ob.scure, et nous nous tenons en dé- 
fiance conin; notre première ini])ression, sans l'oser ériger en 
un jugement. Ce n'est assurément pas faute d'avoir ouvert les 
yeux, d'avoir tendu le cou cinq heures durant; mais souvent, 
pour avoir beaucoup regardé, l'on a bien peu vu, et surt.uit 
bien peu pensé. Pressés, heurtés dans la foule, contemplant au 
travers des chapeaux, nous réfléchissions à toules les belles 
idées critiques, à toutes les fines observations qui nous seraient 
uifailliblcment venues, si notre judiciaire avait pu, comme au- 
trefois cet heureux Louis XV III, se faire traînw doucement 



placer a contre-jour, dans une encoignure. Nous nrj faisons qu» 
citer aujourd'hui ces deux véritables chefs-d'œuvre, sur lesquels 
nous reviendr ns à loisir. Les honneurs de i'expokitiim sont 
ensuite pour la marine d'Isabey. le Ji'rrmie jmrphélc, d'Henri 
Lehniann, la Yendangruti\ de son frère Hodolphe; les portraits 
de Couture et de Gnignel, les tableaux de genre de Meissonnier 
et de Leleux, le paysage de Lessieux, les sculptures de Simart 
cl de Maindron. Le grand tableau si vanté de M. Papetv est en 
possession d'attirer tou^ les regards et de diviser toules le« 
opinions; il est certain, d'ail, iirs, qu'il ne révolutionnera pat la 
peintin-e, comme on l'avait pompeusement dil ; le siècle ni- 
croit plus désormais aux révolulions. et. cpiel ijue scjil d'aillcur« 
le mérite du tableau de M. Papetv, il n'est pas destine a dé- 
truire ce légitime scepticisme. 

Et puis, toujours du Biard et du Dubufe. Dimanche pnK'haiu 
connnencera le triomphe de ces di-ux |»-intres dominicaux. 
u bien connus [lar In ville, n 

El maintenant, dirons-nous comme la plupart ; rexfiositiuh 
est plus faible .pu! celle de l'an dernier? Il importe de remar- 
quer i|ue depuis un temps immémorial, la criti(iue place tou- 
jours chaque exposition immédiatement au-desious de celle qui 
l'a pré('édée. — De même depuis des siècles, on dil que le com- 
merce va mal. — Il est certain que les maîtres n'exposant plut, 
les toiles supérieures se raréfient singulièrement; mais il ar- 
rive, en peinture comme dans les lettres, i|u'au lieu d'un arlisu- 
éminent, nous avons vingt artistes distingués; ce que [tcnlcnl 
les individus, la masse le regagne, le génie se fail rare, le talent 
abonde, et l'on est tout surpris de trouver dans des tableaux d« 
débutants un savoir-faire dc'jà remarquable, qui aurait beau- 
cou|i promis à toute aulre époque ; mais aujourd'hui les hommes 
de talent demeurent ce qu'ils sont, elles habiles deviennent ra- 
rement des maîtres 




OuiriT;or(.' au MuHC le 1.1 mirt.) 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



Blbliosritiilifc. 

I5LLLETIN BI15M0GRAPI11QUE ÉTRA>T,T-;R 

Itcimil and Appcmlices nf tlic cliiUlrni's cmploymcnl com- 
mission, prcsftilnl lo bollt homes af ParUaminl. hi/ com- 
iiKinil oflln- .Urtj>s(î/. —Rapport et Appoiuliics de l,-i com- 
iiiissioii lin I ni v.iil lies enfants dans les m.'imif.-iftiircs, ]irrsont('s 
,inx deux (lliandiri's du Paileinent, par l'ordrp de Sa Maji'sli' 
(non traduits). Mars. 1845 

Le rapport de la commission eliargéo de faire une eiiipu^ e sur 
le travail des enfants dans les nianufaelun's a ele fircbenle la 
semaine dernière aux deux Chanihresdii I';ii!iiiiiiil. Il pa^.^^su(•- 
eessivement en revue les diverses imlii-iTics de Lnmlivs el de-, 
comtes de rAuglelerrc F.sl-il nree-saired'i.joulcnin'il ir\clcmii' 
loule (11' lails inniiiiius jiiMpralnr^, cl Iclli-iiiciil Imirililr,, i|iic 
-.'ils n'etaicLil allcsl,', ■.niciiiiellciiiciil |kii- les iiiciidii cmIc \:, cmii- 
missicm d'einiuclc, personne n'nseiail y ajouter loi.' l.:i vi-illr ilii 
jour lixe pour le dernier bal de la cour, un pair dWii^lcieiic 
avait lu la parlic de ce rapport (|ui concerne lo nianh.indcs 
.le molles, les laliricanles de dcnlcdles et les eouluricre^. l'n de 
■.es amis le pressait de raceorupajiner : " Je n'irai pas à ce bal. 
reponilil-il, .je n'y aurais aucun plaisir; ù chaque pas je croirai-. 
\oir sortir de leurs cercueils les cadavres de tous les infnrlunes 
iui sont morts à la peine en fabricant les divers objets de luxe 
lont se compose la toilette des femmes. » 

Il n uis est impossible, on le conçoit, d'analyser un pareil tra- 
vail. Toutclois, alin de prouver son imporlance, nous cilerons 
.ineli|ues lails choisis au hasard. 

— Un deuil de cour rend toujours aveup;les au moins trente 
p'unes lilles, déclare M. Tyrrell, médecin de l'hôpital ophtlial- 
ndipie. 

— .V Xottingham, M. Grainger, le rapporteur, visila une maison 
:issez propre et conl'orlable d'ailleurs, où il trouva (|uatre petites 
lilles occupées à la fabrication de la dentelle. L'aînée avait huit 
:ins, la cadette deux ans, les deux autres six et quatre ans. Elles 
cannaient chacune environ 10 centimes par semaine. 

— Dtnis la même ville, certaines mères ont l'habitude d'admi- 
nistrer du lauilaiium à leurs petits enfants, pour les forcera rester 
iramiuillcs pendant qu'elles travaillent ; car si elles étaient obli- 
gées de s'en occuper, elles ne ^aj;neraient plus de quoi vivre. 
On augmente ladosedc jouren jimr; aussi la plupart des enfants 
meurent-ils avant d'avoir al Icinl l'a^ede deux ans. « Depuis l'il^e 
lie si\ :in-, iliMiit une jeiini- oinrière, je travaille quator/.e à 

,piin/r liciiir-- p:ir i .Ir :;:mnr T. si'licllings par semaine. Si je 

nr l,iis;n-. |.;l^ liiiiie ilii con/d;/ :i niiin enfant, il ni'empécherail 
.le li;n.idler cl je mourraisile faim. » 

— \ Willenhall, un enfant dépose en ces termes : « Je suisbien 
iiaite, mon niailre ne me bat pas beaucoup; il ne me frappe 
jamais qu'avec un bîilon ou un fouet, ou le manche d'un niar- 
loau » Un aulre enfant se montre également satisfait, parce 
que son maître ne le bat jamais plus de cinq minules à la fois. 

Ces enfants, (pi' on fait travailler dès l'Sge de deux ans. ou 
auxquels on donne chaque jour une portion de laudanum pour 
les endormir, ne reçoivent aucune instruction, et ne deviennent 
lamais des hommes, alors même qu'ils ont la force de supporter 
if terrible régime. Leur ignorance égale leur fnililose ph\ sique. 
Comment ne serait-il pa-, en nuire, crmds et il. Iiauclir> ? D.'v 
h'ur bas-àge, ils n'ont sous les yeu\ que de niaii'.ais cvcniples, 
.■t ils se trouvent très-bien traites lor-que leur maitre ne les 
bal qu'avec un bâton. 

Le rapport de la commission <lu travail des enfants dans les 
nianufaclnres intéresse non-seulement l'.Vngleterre, mais les 
autres pays inanufaeluriers. Nous en ^econlmandon^ la leclure â 
Mus les honune.i qui s'occupeni encore de l'amélioration phy- 
sique, inlellecluelle et morale des clas>es ouvrières. 

Ilesrhichle Pnirns. von D'' Ricii aiid TiOEPELL rrslrr Theil, 
Hamburg. — Histoire de la Pologne, par le dr Ricii.vrd 
RoErELL. \" partie (mm traduite). 

Le docteur Roepell fait partie d'une société de savanis alle- 
mands, dont chaque mend)re s'est engagé a écrire l'Iii.stoire spe- 
.iale d'un état européen. Lorsqu'ils seront lerniines, tous ces 
ouvrages particuliers doivent former une colleclion qui sera 
l'ililee sous les auspices de deux liisiorii.nscidèlires, .\. II. !.. Hee- 
ren et l". A Ukert. Le doclrnr Roepell. charge il'.rrire l'His- 
toire de la Pologne au Moven .Vge, s'elail d'aliord icnilu a Var- 
sovie, |ionr y apprendre la langue polonaise et se melire en elat 
.le consullcr avec fruit les archives nationales. Il vient île publier 
Il Ilanduiurg la première partie de son travail. 

Cette prennère partie s'ouvre parunedescriptiongéographique 
.le la Pologne, suivie d'un essai historique, malheureusement 
incomplet, sur la race slave. 

Le docteur Roepell considère ensuite le duché de Posen comme 



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ree enfo\ne dans les archives manuscriles du dix-sepliènio siècle, 
lorsqu'on inqirima .a Milan, l'ii \S7M, loutes les pièces origiiudes 
du procès des unfori..\lessando Man/.oid se rappela alors la |)ro- 
nu'sse qu'il avait faite aux lictetu-s de sou beau roman des l'io- 
viessi Sposi, a la lin du xxxv chapitre; il se deciila a écrire la 
Slorici ilrlld CvIdiiiki liifiniie. Publie a Milan en isio, ce pelil 
livie a eléréini|irime récenmienl a Paris par le lilirairr liauiliy, 
et M. de I.alour en annonce une Iraduction enrichie de notices 
ctd'appeniliies. 

Uicii de pins Irisle que celle hisloire. Pendant la peste de IGÔO, 
diinl les l'iiiiiii'ssi Sp<ixi renferment nncilescription si détaillée, 
les murs dos maisons dr "Milan fiiriMit, a rerlaiiios époques, en- 
duits, par des mains inconnues, d'uno espocr d'onguent jaunâ- 
tre Le peuple s'imagina que c'était cet onguent (pii ropandail la 
peste dans la ville. On arrêta divers individus désignes sous le | 
nom i\'untnri, parce qu'on les accusa d'avoir fabriqué cei on- 
guent (n/i^ovio) avec l'intention de l'aire périr tous les habitants 
ile Slilaii. Interrogés jiar les magistrats, ils ileclarri ont qu'ils 
riaient iimocents.' On les ap|ili.ina a la lortino. ot non-soiilonii-nt 
rent cuupablcs. niaisilsilononi-rronl ilo protrnilnscom- 
iilaninos a mort, ils siibirciil nn snp|ilice rlliovable, et 
II' I rinplaroniont do la maison ilo l'iiii il rii\, noniini' 

loloi ilito hi[n,ii,\ avec i inscription qui ilo\ait 

la postérité lo tristo sonvoiiir ilo ir procès. Ainsi, an 
me ^ièclo, la jnslico milanaisr olovait avec nn sliipiih; 
moiHinient do son doslinniiriir futur \'.n 170!!, |o prc- 
irlos ili- Itrossos partageait encore les absurdes prrjnges 
preceiloiil. « La Colonne que l'(m appelle /ii/diec est 
lit-il dans SOS /.(tires sur l'Ualie, sur la place ou elail la 
maison il nn inallioiireux que l'on surprit s'efforçiiiit, iKir les 
mùi/eiis de certaines droijues. de ntellre la peste dans la ville. » 
Celte colonne subsista pendant cent (luarante-huit ans; en 1778, 
(die s'è'croula, et persoime ne songea dès lors à la relever. 

Ce nouvel ouvr.ige de l'auteur des Fiancés sera lu avec un 
intérêt d'autant plus vil, qu'il renferme d'utiles leçons Si Man- 
ziiid n'edt pas tarde tant d'annet^s à tenir sa promesse, peut-cMre, 
inslrnit par levemple dos Milanais du dix-septiênie siècle, le 
peiiplo ilo Parisse I'i1t inonliv moins iloraisonnalilrel pliishinnaiii 
a l'époque l'atalo on, ridiis.nit de cru ro a l'.-\istonco iriin lleau 
dont il ne poiivail nier cepondant les terribles ell'els, il se per- 
suada que l'eau dos fontaines elait empoisonnée, et frappa, iJans 
son ;iveogle liironi . do malheureux ouvriers aussi innocents que 
les uniori de la (Sotonne Infâme. 

TIte Court of Englanri iinrier thc house of Nassau and Ila- 
tun-er. — La cour d'.\n!rleterre sous les maisons de INassau 
et do Hanovre; |iar !\L .liillN IIexeac.E Jesse, Esq.. auteur 
des Mrntdircs de lu cour d'Ani/lclrrrc sous le rèj/ne des 
Sluurts. 5 vol. iu-8 Itimi traduilej. 

La Cour d'Angleterre sous les maisons de Nassau et de Ha- 
novre, publiée par M. Jesse, n'est autre chosequ'une série de no- 
lices biographiques snv les principaux liommes d'ittal qui se sont 
succède en .\ngleteiio dînant la tristo pi lioilo qui coinnioiire a la 
revolulion do \r,S^. et qni se termine a la moi t de (ioorges II, on 
17li(). On pont louer riin|iartiidito de l'autenr, bien ipi'il laisse 
trop deviner parl'oissos iipiiiions conservatrices, la clarté ot l'olo- 
gance de son styleet d'antres qualités soi onilaires : niaisM. Jesse 
niaiiipie en gênerai ilelovaliiiii et de profonilenr. Il aime trop les 
.ineiilotes; il se lonlenio de raconter les faits inteiossaiits sans en 
leelieiiher les eaiises. sans en calculer le- lonseqneiiees : iln'ap- 
preiiil pas a se> leetenis quelle a ete l'indiienco morale, sneiale 
el |iiiliti(pii> qu'ont exercée, pendant leur vie, les principaux 
hommes d'Ktat du dix-hoitieme siècle. Kniin, on necomprend pas 
poiu-quiii il a omis do parler de l'evi'upie Itnrnel, du gênerai 
Wiilfe, do lord Clive, de l'amiral Byng, de lord Carteret, de Pul- 
tenev et sintoiit de lord Chathain, (|ni remporta cependant sis 



l8-i-2. — Histoire moderne de la Litlérature poi''lique de l'.M- 
lemagne, par G. -G. GEHM^us. 2 vol. (non traduite). 

Ces deux volumes forment le complénu'ut de l'ouvrage eu 
trois volumes que le professeur Ciervinns avait déjà publié sur 
les promes de la littérature allemaïule. Ilsendiras eut la perioile 
lie temps qni s'étend depuis Colis, Im-iI jusqu'à la .liiile de Napo- 
léon. Les opinions litleiaiies ilii professeur (leiviniis sont, il est 
vrai, entièreniento|iposees a celles îles meilleurs eeiivaiiis actuels 
de l'Allemagne ; mais alors niênie qu'on n'ailople pas ses coiieUi- 
sions, on est forii'de rendre justice a bon talent et a son indé- 
pendance. Non livre a un grand mérite, il fait penser; il s'adresse 
par conséquent a un public d'élite. N'y cherchez pas des ren- 
seigneinents positifs sur la vie d'un écrivain, vous n'y trouverez 



. |.liis ou nii.iiis ingeiiienses, plus ou moins vraies 

es et sur les mien is lie SI, Il opiiqiic; c'est un recueil 

lie laits. Le prolesseiii (iei\inns n'a pas cru devoir 

oii\ laue pisqu'a nos juins, par des raisons peu 

1 SOS .■iiiileinpoi.iins. .Noire lilt.'iatiire, ilit-il en 

ile\eiiiie un malais stagnaiil lelliiiieiit rempli de 

qui' lions ilevoiis appeler lie tons nos vieux 

litlérature n ru son temps, et 

\, nous ilevoiis appliquer desor- 



al.li 



que lie 

d'idée- 

contini 

llalteu 

terniin 

inatiei- 

queliino tempête eliaiige 

si nous ne poiivon- 

mais a la vie positive étala politique l'activité dont nous sommes 

doues, et qui maintenant n'a plu^ d'objet, yuanl à moi, je suis 

autant que je le puis cet avertissement de l'époque. » 

Tlie hislori/ofWoman in England. — L'Histoire de la Femme 
(Il .Vngleterre ; par Han.nah Lawiiance. Londres, 1845 

(lion traduilcj. 

Le premier volume de cet ouvrage vient de paraître. Il com- 
mence avec les plus anciennes chroniques, et se termine à la lin 



du d 
soutenir 
a l'honini 
qmdle in 
litteratiu 
terminée 



ele. Misli-iss Lawi 



rlle 



1.1 patrie |irindti\e .les Folon: 



Home, les Polonais e.i 
l'ji o'iU, leur chef, Lt 
leur empire A la dvn 
i-ede eelledePiast.'Ci 
.Ml !lir>, un des .soiivim- 



■il. fonde Clleseï 
Sliede Loch, qil 
fut après l'ai-ei 



pri 



•liisqii 
le Mie 



liai 

\ la eliiile de 
e on l-au-ope. 
le capitale de 
ISII, s|ic- 
\-lai 



plus beaux ir 

Malm-e les 



onqibi" 

■litiqile 



int I: 
•■ I I- 



mort de (ieorL 
tri 



II. 






a^e de 
is que 



Ii-l-, 
■aiiis lie eeiie iivnastie, que la Pologne prit 
i-aim pai-nii les elat-< iinl.-penilanls de l'Kurope. en adoptant le 
.■iiiisr,auisi„|. Laiileiir.le V llistunia lia, n,la iioUkicj,, hiir.dl- 
l.if . l'Histoire de la nalioii imlonaise^ avait deilare que Miec- 
/vslaiis était lui vassal de l'empereur d'Allemagne, pour une 
(lartie de la PologTie, située entre l'Oder et la 'Warta Le docteur 
Hoepell 11 fille cette assertion et prouve,par une série défaits 
liistorii|ii -s, que le \assela_i- des rois de Pologne était purement 



el 11 






liions préliminaires, la première partie de 
I i.iiM-.ige du doeleiir Itoepell renferme l'histoire détaillée des 
rognes de Boleslans le Craml, le \i-rilalile fondalenr du royaume 
.le Pologne, et de se. sm-i essem-s, jusqu'à l'assassinat de'Prze- 
inyslaus, par lo marquis de Braiulehoiirg, eu I2l.);j. 

Sloria dclla Colonna Infâme A\ Alessanduo Makzo.m. Mi- 

iaiio. lS-50; à Paris, chez Baiidry. Un vol. in-12, avec les 

remarques de Pietro Verri sur la torture. 5 fr. 50 c. 
I.a Colonne Infâme, traduction française de M. de L.\toi r. 
l'rocesso originale degli iintori délia peste dcl 1()50. Milano. 

1859. Un vol. in-8 (non traduit). Procès original des untori 

pendant la pesie de 1630. 
Dellu Sloria bombarda del sccolo XVII, ragionamcnli di 

Cesare CAKTt' per conimenin ai promessi Sposi di Ales- 

nwdro ManzOiNI. Juin, l«5-i 

L'histoire tragique delafo/onue ;»/dmeetait toujours demeu- 



les.)/. 1H../1-, .X .;.•/,) rniird\iliijtelnifS(nis Ir rripir drs ;>l .inris. 
car il ronlieiil des biographies bien écrites el remplies de faits 
nouveaux, de IMalborough, de BolingbroUe, de Walpole, de 
llarley, du duc de Snnunerset, et des beaux eéli-bres de cette 
e|ioque, l-'ielding et Wilsoii. 

Die Verantworiliclikcit dcr Minisicr. — La Respon.saliililé 
minisiériclle. par M. R. Moiil. Iu-8, 7-26 pages 'non tra- 
duite). 

.M Mohl pose d'abord les iirincipes généraux sur lesquels la 
i-esponsabilité miiùslerielle est fondée, puis il se demande quels 
sont les iniliviilus qui doivent y être sonniis, el dans quels cas 
il faut l'appliquer. Il examine alor-, outre la procédure a suivre, 
la nature et les divers degrés des peines quentraine nécessaire- 
ment une condamnalion. Enlin, il termine i-i- traite par une ana- 
lyse liistoi-ii[ue de tous les principaux proei-s intentes jusqu'à ce 
jour :i (les ministres, i-n vertu de la loi eoiisiitiitionnelle qui les 
'rend responsables des ailesdeleur aduiiiiistialioii. La |iiililii-ation 
(lecetonvra;:e, i-siiuialileirailleurs, mérite d'être si;;naleeeomine 
nn heureux syiiiploiiie du mouvement |iolitiqne qui coinnience 
a se manif(>ster sur plusieurs points de l'.VIIemagne. 

The Addresses and Me,':sagcs of Ihe présidents of thc l'nilcd 
States. — Discours et .Messages des présidents, des Etats- 
Unis. New-York, Walker, London, W iley andPutnam (non 
traduits). 

La collection des discours des présidents des Klats-liiis four- 
nira d'inqiortants inaleriaux aux écrivains et aux hommes d'État 
qui voudront étudier l'histoirede la grande république de l'Ame- 
ri(pie du Nord, ih-puis la déclaration de l'inilepeiidaïu-e jusqu'à 
l'époque actuelle. Kilo i-omnieni-e par le premier iliseoiiis. ou le 
diseimi-s d'inaugniation de Wasliiiigton, et se termine aM-e celui 
que le président Tyler prononça dans la session dite spéciale, 
lorsqu'il remplaça Harrisson, en vertu delà section Vide l'ar- 
ticle 1 1 de la conslitulion, qui, en cas de mort du président, 
confère ses fonctions au vice-président. On y trouve aussi, outre 
une notice sur Harrisson, la di'claration d'indépendance et la 
c institution actuelle des Étals-Unis. 

Sloria dclla Pitliira italiana. Pise. 1842. — llisloiie de la 
Peinture en Italie (non traduite). 

Cette nouvelle histi ire illustrée de la peinture italienne doit 
se publier en cinquante-six livraisons. La première livraison 
renfermait les ipiaii-c dessins suivants: 1 Une nnnialnredel'ise 
de 1242. — 2 Un bas-ndief de Nicolas Pisano. — 3 Le Christ de 
Giunta Pisano. — 4 La Vierge de Guido de Sienne, peinte en 1221, 
el la Vierge de Cimahue, peinte vers 127(i. 

Ncurrc Geschichte der poctisclicn national Literatur der 
UnUschen. von Ci. -G. Gervinls /wei Ba.xds. Leipsig. 



pas la ]iretention de 

n-seiileinent égale, mais supérieure 

l'ei-rire siiii histoire, et de montrer 

■ sur les inslilntions, la religion, la 

lei-ai-aitereile la nalioii anglaise. Des qu'elle sera 

iiis reparlerons plus longue nt de cette nouvidle 

Compilation de l'auteur iifllic liislorieul Meintiirs ofthe Queens 
of Enijland. 

The Xanihiun marbles. discoccrcd in .isia-.Minor. their w- 
quisition and transmission in England (ouvTage non tra- 
tluitj. — Les Marbres de Xanihe, découverts dans l'Asie- 
Mim'ure jiar Chaules I'ELLOxv.s. leur ac(|uisitiou et leur 
transport en Angleterre. 1842, 5 schel. 

Au printemps de l8r>S, un voyageur anglais, nommé Charles 
Fellows, visitait r.Vsie-.Mineiire; i'ra|ipé de la beauté des ruines 
oparses le long des cotes de la Lycie, il s'enfonça dans les terres 
et y découvrit, sur les bords de la rivière Xantlie, des sculptures 
précieuses ipi'il i-esolut de transporter en .Viigleterre. Dès cette 
époque, des neguciali.ins s'ouvrirent entre la Porte et le cabinet 
de .Saint-James; elles duièrent plus de tiois années. Ce ne lut 
qu'au mois d'octobre 1S4I (|ne le consul de Smyrm^ iiîi-iit le lir- 
niaii demandé. A cette nouv(dle, l'amirauté lit partir tin navire 
charge de ramener en Anglelerre les sculptures découvertes |iar 
M Charles Fellovvs. L'ouvrage anglais que vient de publier le 
libraire Miiiray contient une relalion détaillée de celte CurieU!-e 
expédition. Les iiiailiies de Xanthe, apeeles aussi marbres de 
l-'ellows, s(jnl aujourd'hui ileposes au Jlritish-Museum. 

The rural and domeslic Life ofGermany. wilhcharactcristic 
sketches ofits ciliés and scenery, collccted in a gênerai tour, 
and during a résidence in tlie country in the years 18-'iO. 
1841 and 1842. London, 1842 (ouvrage non traduit). — La 
vie rurale et privée de l'Allemagne, suivie d'esquisses carac- 
téristiques de ses villes et de ses paysages, etc.; par William 
ll(jv\ rrr; iu-8. 

Ainsi ipie son titre rindi(|ue, ce nouveau livre de M. Howilt 
se divise en deux parties dislincles : la première est consacrée a 
la peiniure de la vie rurale el privée des Allemands; dans la 
seconde, l'auteur a raconte ses impressions de voyage; il se pro- 
mène de Heidelberg ;i Londres, en passant par Baden-Baden, 
Stuttgart, Tubingen, Ulm,.Vugsbourg, Munich, Salzbourg, Linz, 
Vienne, Prague, Dresde, leipsig, Berlin, Weiniar, lena, Erfurth, 
Francfort et le Rhin. Ces deux parties ne se ressemblent d'ailleurs 
sous aucun rapport; l'une est remplie de détails intéressants, 
l'autre reste toujours bien au-dessous du Hand-Bootde M. Mur- 
ray (.Manuel du voyageur ) M. Uawitt a décrit avec une vérité 
loucliaiile les mœurs, les travaux el les plaisirs de la classe 
moyenne et de la classe pauvre pendant les diverses saisons de 
l'année : la moisson, la vendange, les fêtes de village, la chasse, 
les parties de traîneaux, les pèlerinages, les fêles de Noël et )du 
jour de l'an, le carnaval, etc., etc. On prend plaisir à contempler 
quelque temps ces eMpiîss,-^ l.-i;eii-s laiies d'après nature par un 
peintre souvent Imii . .ni. i.ni i. ii\. mais qui ne manque pas 
d'une certaine habileté, m l'impiession qu'on éprouve n'est 
jamais vive, en revanche, elle est toujours pure et douce; chez 
M. Howitt, le cœur l'emporteévidemment sur l'intelligence. Esl- 
ce donc un défaut qu'il faille lui reprocher'? Ne devons-nous pas, 
au contraire, nous estimer heureux de trouver un livre moral et 
simple, écrit sans prétention, et dont la lecture, instructive d'ail- 
leurs, repose agréablement l'esprit? 

The Ncgroland ofthe Arabs. or an Inquiry into the early his- 
tory and geography of central Afrira. — La Mgrilie des 
Arabes, oii Recherches sur l'Histoire et la Géi graphie pri- 
mitives de l'Afrique centrale; par William Desboiiol G il 
CooLEY. 8 seh. 6 deu., avec une carte. 

M. DesboroughCooleyesl l'auteurd'une excellente histoiredes 
découvertes inarilimes et continentales, qui a élé traduite en 
français par MM. .Vdolphe Jeanne el OUI Nick, el publiée à la 
librairie Paulin, en ô volumes. (Prix et forniat de la colleclion 
Charpentier. I 

Thc annnal liiography. heing lives of eniinent or rcmarkahle 
persons, wlio hâve (iieil wilhiii llie year 1842; by CllARLE.s 
I)()l)l>. esq., author of the Peerage," the Parlianientary com- 
)ianion, etc. — Chapnian niul Hall. — London. 

L'Annuaire biographique, ou Vies des personnes émiuente< 
ou renianpiables (pii sont morles pendant l'année 1842; par 
Charles Dodd. 

Cet annuaire, dont le premier volume vient d'être mis en vente, 
paraîtra régulièrement chaque année, au conimencemeul de ft- 
vrier. 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



EXTRAIT DU CATALOGUE GÉiVÉRAL DL COMPTOIR CENTRAL DE LA LIRRAIRIE. 



Rronomlc Politique, Commerciale et Industrielle suile). 

/'OLONIES FRANÇAISES (des), abolition iniinudialc île l'cscla- 
'-J vage; par M. V. Schcelcher. 1 heau vol. in-8, 1842. (/'«- 
ijnerre, éd.i '' '''• 

/"'REDIT DE LA BANQUE (le), contenant un exposé de la con- 
' -i .slitution <les hamiues américaines, écossaises, anulaiscs, 
Irançaises, par M. Coibcixle-Seneuil. In-8. (^l'agnerre, éd.) 2 IV. 
|;SPRIT D'ASSOCIATION (de 1'); par A. de la Boder, 3« édit. 
1^ 1834. 1 vol. in-8. {(Jidc, éd.) S Ir. 

i:SSAI COMPARATIF SUR LA FORMATION ET LA DISIUI- 
Li UUTION DU REVENU DE LA FRANCE en 1815 et 1835; 
par M. Joseph Dutens. Brochure in-8. {Guitlaumiii, éd.) 3 Ir. 

EXAMEN HISTORIQUE ET CRITIQUE DES DIVERSES THÉO- 
RIES PÉNITENTIAIRES; par L.-A.-A. Mabquet-Vasse- 
I.OT. 3 vol. in-8. {Paulin, eil.) 18 fr. 

HISTOIRE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE ; par M. le vicomte 
Alban de Villenelve-Bargesiont. 2 forts vol. in-8. (ihiil- 
/aumin,ed.) 10 Ir. 

HISTOIRE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE EN EUROPE; par 
Blanqui aîné. 2": éd , 2 vol, in-8. \Guillatimi», éd.l 15 tr. 
HISTOIRE DES RELATIONS COMMERCIALES ENTRE LA 
FRANCE ET LE BRÉ.SIL. 1 vol. in-8 avec tableaux, plans 
et carte du Brésil. (Guillaumin, éd.l 7 fr. 50 

HISTOIRE FINANCIÈRE ET .STATI.STIQUE GÉNÉR.\LE DE 
L'EMPIRE BRITANNIQUE; par Pablo Pebrek; traduit de 
l'anglais par J -.M. Jacobi, avocat. 2« édit., 2 gros vol. in-8 de 
500 pages. (Bellizard et Dufour,i'.i\.) 8fr. 

HISTOIRE POLITIQUE ET ANECDOTIQUES DES PRISO.NS 
DE LA SEINE. 1 beau vol. in-8. (Gui7/a«min,é(lit.) 7 f. 5U 
INTÉRÊTS MATÉRIELS EN FRANCE : travaux publics, roules, 
canaux, chemins de fer; par Michel Chevalier. 1 vol. in-8, 
orné d'une carte des travaux publics delà France. \Chartcs dos- 
selin, éd.) 8 fr. 

MISÈRE (de la") DES CLASSES LABORIEUSES EN ANGLE- 
TERRE ET EN FRANCE, par Eugène Huret. 2 vol. in-S 
{Paulin, cOl.) 13 Ir. 

|\/1 ISÈRE (de la); par M. d'Esterno. 1 vol. in-8. {Guillaumin, 
1" éditeur.) 4 fr. 50 

PETIT VOLUME contenant quelques aperçus des hommes et 
de la société, par J.-B. Sav. 3<- édition, entièrement refon- 
ilue par l'auteur, et publiée sur un manuscrit qu'il a laissé; par 
Horace Sav, son lils. 1 vol. in-32. {Giiillaumiii, ad.) 2 fr. 

I)LAN D'UNE RÉORGANIS.VTION DISCIPLINAIRE DES CLAS- 
l SES INDUSTRIELLES DE FR.4NCE; par M. Félix de La- 
fareille. 1 vol. iii-12. {Guillaumin, éd.) 2 fr. 50 

CIR RICHARD ARKWRIGHT, ou Naissance de l'industrie 
O cotonnière dans la Grande-Bretagne ( ITUO à 1792 ); par 
.Saint-GERAIN Leduc. 1 vol. in-18. (Guillaumin, éd ) 2 fr. 

STATISTIQUE GÉNÉRALE RAISONNÉE ET COMPARÉE DE 
LA FRANCE; par J.-H. Sciixitzler. 2 vol. in-8. {Lebrun, 
éditeur.! 15 fr. 

SYSTÈME PÉNITENTIAIRE (du); par M. Aïlies. 1 vol. in-8. 
{Charles Gosselin, Cil. \ 5 fr. 

CYSTÈME PÉNITENTIAIRE AUX ÉTATS-UNIS ; parMM.Gis- 
O TAVE DE Beai'mont et ALEXIS DE TocQi'EviLLE. 21: édition, 
augmentée d'une Introduclion et ornée de plans, vues, etc. 2 vol. 
in-8. (Charles Gosselin, éd.) 15 fr. 

TABLEAU DE LA DETTE PUBLIQUE ET DES MISÈRES DU 
i TRÉSOR 1 vol. in-8. {Paulin, éd.) 5 fr. 

TABLEAU POLITIQUE ET ST.\TISTIQUE DE L'EMPIRE BRI- 
TANNIQUE D.\NS L'INDE ; par le général comte de Biorsn- 
lERNA, traduit de l'allemand, avec des notes et un supplément 
historiiiue, par M. Petit de Baroncourt. 1 gros vol. in-8, orné 
d'une carte. (^mi/o<, éd.) 8 fr. 

LTNION DOUANIÈRE DE LA FRANCE ET DE LA BELGIQUE, 
■' (de 1') ; par M. P.-A. de la NoL'RAis. 1 vol iu-S. {Paulin, 
éditeur.) G Ir. 



Agriculture et Jardiuage. 

l'^^TATDE LA PRODUCTION DES BESTIAUX EN ALLEMA- 
L* G.NE, EN BELGIQUE ET EN SUISSE (de 1'); par M. Moll. 
In-4 de fi2 pages, avec un grand nombre de tableaux. {Bixio, 
éditeur.) 2 f,. -5 

M .-VISON RU.STIQUE DU XIX' SIÈCLE. 4 vol. in-4, équivalant 
à 21) vol. in-S ordinaires, avec plus de 2,0(10 gravures re- 
présentant tous les instnimenls, macliines, appareils, races d'ani- 
maux, arbres, arbuste? et p!:iiili's,li;"itimcMilsriiraii\. etc. .publiés 
sous la direction de MM. Baii.lï, Bivin et Mai.i'eïue. Ce livre 
expression la plus com|ilcte de la science agricole pour l'époque 
actuelle, forme a lui seul la bibliothèque de l'homme des champs. 
4 vol. {Bixio. éd.) 55 fr. 50 

RÉPERTOIRE DES PLANTES UTILES ET DES PLANTES 
VÉNÉNEUSES DU GLOBE ; par E.-A. Dlchesxe. 1 gros 
vol. in-8, imprime a deux colonnes, sur papier colle, avec ligures 
gravées sur bois. {Bixio, éd.) Prix : broché, 12 fr.; franco 1 ar 
I» poste. 13fr.50 

'TRAITÉ DE LA CULTURE DU MURIER; par J. Charbel 
• pepmierislea Voreppe (Isère). 1 vol. in-8. {Bixio, édi- 
teur.) 4 ,-, 



BIBLIOTHÈQUE DES CON.VAISSANCES UTILES. 

{Paulin, éd.; 

lAES ELEMENTS DE L'ÉTAT, ou Cinq questions concernant 
y ta religion, la philosophie, la morale et la politique; par 
h.-\. Segretain. 2 vol. 7 f,. 

T\ISCOURS SUR L'ÉTUDE DE LA PHILOSOPHIE N.VTU- 
, • '\*'LI.E; par sir Jon;» F.-W. Herscuel, traduit de l'an- 
glais 1 vol. 3 f,. ,, , 



EXAMENDE LA PHRÉNOLOGIE; par M. Flocrexs. 1 vo- 
lume. 2 fr. 
rjEORGES CUVIER. -ANALYSE RAISONNÉE DE SES TRA- 
'-• VAUX, précédée de son Éloge historique; parM. Flocrens 
' ™l- 5 fr. 50 

HISTOIRE DE 1840; par A. Villerot, suivie de l'histoire lit- 
téraire de l'année, par O. N. 1 vol. 3 f r 50 
HISTOIRE DE 1841 ; par le même, suivie de l'histoire littéraire 
de l'année, par 0. N. 1 vol. 3 fi-. ,10 
HI.STOIRE GÉNÉRALE DES VOYAGES de découvertes mari- 
times et continentales, depuis /«■»<?)« pj /p» /j/uj recuie'j /i/j- 
gu'en 1841 : par VV -D. Coolev, tiaduiie de l'anglais par,\DOLPHi: 
JoANNE et Old-Nick, coiii|>lelc'e p;fr le> exprdiiions et voyages 
récents, jusqu'à la dernière cxpi-dllion itr .M. I)i mont d'Urville, 
par M. d'Avezac. 3 vol in-18, lurmat anglais. 10 fr. 50 
T E LIVRE DES PROVERRES FRANÇAIS; par Leroux de 
J-/ LiNCï. 2 vol. 7 fr. 

LES MUSÉES D'ITALIE, guide et mémento de l'artiste et du 
voyageur; par Louis Viardot. 1 vol. 3 fr. 50 

MANUEL DE POLITIQUE; par V. Glichard. 1 vol. in-18. 
3 fr. 5:1 
MANUEL D'HI.STOIRE ANCIENNE, depuis le commencement 
du monde jusqu'à Jésus-Christ ; par le docteur Ott. 1 vo- 
lume. 3 fr 50 
MANUEL D'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE MODERNE ; 
par Charles Renolvier. 1 vol. 3 fr. 50 

ANUEL D'HISTOIRE MODERNE, depuisJésus-Christ jusqu'à 
nos jours ; par le docteur Ott. 1 vol. 3 fr. 50 

MOEURS. INSTINCT ET SINGULARITÉ DE LA VIE DES ANI- 
MAUX M.WLMIFERES; par?. Lesson, correspondant <le 
l'Institut. 1 vol. 3 fr. 50 

RÈ.SUMÉ ANALYTIQUE DES OBSERV.VTIONS de Frédéric 
Clvier, sur rintelligencc des animaux. 1 vol. 3 fr. 

ERREURS DES MÉDECINS, traduit de l'anglais du docteur 
Dickson. 1 vol. in-8. l.lmyol, éd.) 8 fr. 

JARDIN DES PLANTES (le), description et mœurs des mammi- 
<f fèies de la Ménagerie et du Muséum d'histoire naturelle; par 
M.Boitard; précédée d'une notice historique, anecdotique et 
descriptive du jardin, par M. J. Janin. Ouvrage illustré et ac- 
compagné de 110 sujets de mammifères, efde 110 culs-de-lampe 
gravés sur cuivre cl iinpiiine.s daiisle texte; de 50 grands sujets 
graves sur bois etiinpiiinrs a part à cause de leur dimension, et 
offrant les vues les plus remarquables du Jardin des Plantes, les 
constructions, les fabriques, les monuments, etc.: des portraits 
de Bull'on et de G. Cuvier; enlin des planches peintes à l'aqua- 
relle représentant des groupes d'oiseaux des deux hémisphères, 
dessinés par MM. Werner, Sitsémuil, Edouard Tbaviés, Karl 
Girardet, J David, Français, Hliielt, Marvillet, etc.; gra- 
vures sur bois et sur cuivre, par M.M. Andrew, Best et Leloir ; 
planches sur acier, par MM. Fournier et Annedouciie. 1 vol. 
grand in-8, magniliquement imprimé. {J.-J. Vubochet et C", 
cdit.) L'ouvrage complet. 15 fr. 



M 



IjN MILL ON DE FAITS, Aide-.Memoirc universel des science^ 
^ des a. -.et des lettres; par M. J. Aicabd, l'un des côlIaU. - 
râleurs de iEncjclopédie nouvelle; DesporIe.,; Pa^Gerva" 
a de <lh-so,re naturelle au Mus,um; Léo., Lalannk ande,; 
•levedel Ecole Polytechnique, ingénieur des ponls^l-el,Lus"ee" 
Ludovic Lalan.^e, eleve de l'Ecole de Chartres: Aucustik ,i" 
I ILEUR, docteur en medicine de la Faculté de Paris- CHïhLr. 
Martins, docteur ès-scieiic. s, professeur agrège à la Kacuile d. 
nedecnede >aris;CuARLLS '-.rgé, docteSr en droit; Vols^ 
I un des collaborateurs de Vr-uciclopédie nouvelle.— Vn fort 
volume in-12de 1G00 colonnes d.- texte, renfermant en outr. 
loO colonnes [K,ur la table des ii.ati.res, une table des Ilyures . t 
un index alphalwtique; - imprime en caractère perle, orne di 
000 gravures sur bois, et contenant la matière de 12 forts vol 
in-H. iDubochet et Cie, éd.) Prix, broche. (o , 

Arithmelnim- algèbre, géométrie élémentaire, analvti.iuê e' 
descriptive; c:,!, ni ii,linite>imal, calcul des probabilité, mec:,- 
mque, aslronoM,,,-, n„.i..,„olo^ie et physique du glolM-, phvsb.u. 
générale, chimie, imn.ralogi,- et géolo;;ie, l..,tanique, inâtoniie 
et physiologie de I homme, hygiène, néologie, arithm.tique to- 
eialc et statistique, agri.uUuie, technologie, (ommerce art 
militaire, sciences philosophi.pi,.s, litteratur.-, Ijeaux-aru paléo- 
graphie et blason, numismatique, chronologie et histoire, phili- 
logie, géographie, biographie, mythologie, éducation, législation 



C ALO.N 1813 Collection des principaux ouvrages exposés au 
•J Louvri! et reproduits par les premiers artistes français- texte 
par W iLHELM Texint. Publié sous la direction de M. Cliallamel. 

Quatre années de publication et de succès ont consacn- u- 
albuius 011 tous les tableaux remarquables de chaque ei|>osilion 
se trouvent reproduits par de magnifiques gravures ou lilbogni- 
phies, et dont le lextif est une revue complète, animée colorée 
laite à la foisau point de vue de l'artiste et de l'homme du monde' 
Ces albums sont donc une véritable hi-toire de l'art en France- 
histoire dessinée, histoire écrite. Tous les grands noms, toutes 
les belles ujuvres y ligurent; les talents nouveaux unnt' qu'un 
désir, celui d'yèlre admis. C'estqu'en effet une exjiosition se ter- 
mine et s'oublie ; les tableaux se dispersent, l'Album reste. 

Rien ne .sera nègli^^é pour que ralbum de 1843 soit supérieur 
encore à ceux des années 1S40, 1841 et 1812. 

Cet .Vlbum est publié en 1U livraisons La livraison se eomw.«e 
de deux dessins et de 4 pages de texu- iii-4, impi-iiué avec luxe. 
— Prix de la livraison : 1 fr. 50 c, papier blanc: 2 fr., lapier 
de Chine. — L'ouvrage complet : 24 fr., papier blanc ; 32 fr , 
papier de Chine. 

ANNÉE 1842, 32 dessins, texte par Wilhelm Tésist. 24 fr 
pap. bl.;32 Ir., pap. de Ch.- ANNÉE 1841, 52 dessins, texte par 
le même. 24 fr , pap. bl ; 32 fr., pap. de Ch. — ANNÉE 18 m. 
texte par Augustin Challamel, prèfaceparle baron TavInr. 24 Ir 
pap. bl.; 32 fr., pap. de Ch.— AN.NÉE 1839, texte rur Laurext- 
Jan, 20 dessins. 20 fr., pap. bl. 

Chez Challamel, éditeur, 4, rue de l'.Vblwye, au premier. 
Hautecoeur-Martinet, rue du Coq-Saint-Honore. 
GiHAUT frères, marchands d'antiquités, 5, boul. des Italiens. 
Et chez tous les Libraires et marchands d'estampes de la France 
et de l'étranger. 



J. IIETZEL, Éditeur des Scènes de la Vie privée et publique des .\nimaui, rue de Seine, : 




IL VOUS PL.\IR.\. 



-■ Vignettes, Notes, Logenilcs, Ci>ninientaires, luciileuls et Poésies, par .M.M. Tont Jouannot, Alfred de Musset et P -J. Stabl. 
33 livraisons 30 c. — Prix do la souscription :\ l'ouvitige complet : 10 fr. — 12 fr. paur les Ocparlemeals. 



L'IF.LUSTRATIO?^, JOUllNAL UNIVERSEL. 




M) 

» / ^ /' I I 




siu(le»i. 

Mais esl lo mois le plus iiicei'Uùn de loulc l'amice. Tantôt le 
M)leil est eliauil el importun , tantôt le vent est aigre el ilésagréa- 
lile; il V a tles leiiinies qui se sont étudiées à porler en inônie 
temps W maniiinii et la niar(iuise avec autant d'habilele qu'elles 
iv.rteiu au l)al leveulail et le l)uuquet. 

Voiei déjà quelques toilettes nouvelles; des robes d'étoile, 
•ainies sur le côté comme les robes du soir; des eamails en étoile 
■garnis de falbalas à deux têtes, et des chapeaux avec des agré- 
ments lei;crs et iii(|u(ls connue un soleil de printemps. Alexan- 
drine pic|iarc iW liini cliarmantes fantaisies pour la grande se- 
maine, nous en canscnms un peu il l'avance. 



Mailame de ('.. s'était appriicliec avec beaucoup de dcrcrciice 
(l'ini lioinnu' à la pliysioiiomie grave el (lue. en lui ilisani ; 
" Kh liiiMi ! M. le conile, comme vous voilà seul! — d'esl que 
personne ne me clicrclie, rcpondit-il, (m ne me recnnnait plus, 
et je ne reconnais nnii-méme plus personne au milieu de ces 
danseuses dont j'admire la plupart Voulez-vous m'en nommer 
quelques-unes? 

— Devant nous, en robe de crêpe blanc, avec un diadème de 
lubis et diamants, est lailuchesse de P. Je ne sais pourquoi elle a 
réformé ses masses de boucles blondes; peut-éire est-ce la cause 
que vous ne la reconnaissez pas. Rien ne transforme une per- 
sonne comme un changement complet de coiffure. C'est presque 
un déguisement. 

Cl l.a marquise de P. est toujours belle. C'est elle qui est coillée 
en (Billets rouges et violettes de Parme. 

« Voyez passer madame D. en robe blanche, avec des agrafes 
de feuillage. Elle a nds de la verdure à son corsage, à ses man- 
ches, dans ses cheveux, comme une autre eût mis ses bijoux. 

— Ici, près de moi, dit l'interlocuteur, quelles sont ces deux 
jolies personnes qui causent ensemble? 

— C'est madame de B. et madame 0. Madame de B a um'robe 
en tulle blanc, garnie sur les côtés de camélias rouges; madame 0. 
a la robe de satin bleu de ciel, garnie de dentelle et de dia- 
mants. 

— Là, n'est-ce pas madame L que je vois si simple, avec cette 
pelite couronne de jeune lille? son mari a-t-il donc dindnué 
le budget de la toilette? 

— Celle simplicité n'esl pas réelle au fond, et, pour nousautres 
femmes, madame L, a une toilette fort chère. Elle vient de Con- 
slanlin, je la recoiniiiis ; les fleurs qui relèvent ses trois jupes, 
ipii allaclicnl ses ni;inclies et son corsage, el la guirlande dont 
ellrcsicdiili'c. coùlcnl bien cinquante écus. C'eslfort cher, quand, 
connne madame L., on ne porte pas une toilette plus de deux 
lois. 

(I Mainlenant si vous voulez que je vous conduise dans ce pelil 
salon dejeux, vous pouvez dire bon.soip à madame de T., que 
vous voyez l,i, coiffée de gaze citron et argent, en robe de velours 
violet. Regardez la jolie jeune lille devant laquelle vous allez 
passer, comme elle est bien mise avec celte promsinn de cheveux 
noirs, dans lesquels on a mêlé des fleurs naturelles comme au 
hasard. » 

Le pelit salon était moins encombré par les joueurs. Les dan- 
seuses y venaient par moments se reposer de la foule, c'elail 
un charmanl coup d'u-il que celte lanterne magiqiu', où pas- 
saient de gracieuses tètes ccnironnées de Heurs, apparaissant 
comme pour se monirer dans ce lieu retiré, et dire : « .le vous 
apporte ma loilelle à voir, et je retourne à ce bruit qui esl mon 
plaisir. » 

Les bouquets .a la uuiin linissenl, à la liu d'une soirée, parsemer 
leurs débris sur le parquet, el les fenunes écrasent de leurs pelils 
pieds chaussés de salin les r. ses et les violetles. Les Heurs na- 
lurelles sont portées avec idegance: il sort chaque jour plus de 
coiu'onnes numiéesdu passage de l'Opéra, où Lemoine s'est il- 
lustré, que de pots de jacinihes et de bruyères. 

C'est une mode charmante; la nature s'harmonie dans luules 
ses parties, et les fleurs vraies sont douces au visage. 



Nous nous trouvons sur le perron d'un joli petit liôlel ; a dniili' 
01 a y;inclii' <lcs vestibules s'élève l'escalier en deux brandies, 
iriinu'S a la liaulcur du premier clagc par un sccmid vcstdinle 
hiiidcs d une rampe en enivre poli. Les marches sont couvertes 
.l'un lapis li"ir r(in;;e et noir, reUMin par une ti ingle en cuivre. 
Du plal.ind rnnilie linc niasse de lumière, foruirc |,;,r trois énor- 
mes ^liibes en cristal dcpnli, leiifcrniant cliacnn trois becs de 
lampe, et suspendus jnr une lri|ile chaîne de cuivre torte el 
brillante. 

Des fleurs bordent le mur juHju'à la |)orte de l'aidichambre, 
dont l'entrée esl marquée par deux énormes orangers dans des 
caisses de laque. La lumière tombe sur les fleurs el les éclaire 
uvec coquellerie. 

Partout ce sont des fleurs odoranlcs, en pyramides supportant 
des bougies, en massifs dans des janlinicrrs, en arhosles isoles 
dans de précieux vases de la Chine. Iie\anl une cheminée est un 
vase gigantesque en porcelaine ciaiiiielee, à ailes de cliimères, 
d'où s'élève un gardénia, fleur vi-rdàtre au feuillage luisant et 
foncé. 

Traversons une bibliolbèque, en tournant le grand saluii, pour 
visiter, avant l'arrivée île la loule, le petit boudoir «w l'un jouera. 
Un écarté, un whist, une bouillotte, y sont disposes, l'ecarle a 
une table renaissance, le whislà une table de jeu en palissandre 
sculpté, la bouillolle éclairée par des flambeaux à deux bran- 
ches, sur une table couverte d'un lapis de velours. 

Un canapé à estrade, en palissandre et salin cerise, s'élève dans 
une niche tendue et drapée en satin cerise doublé de blanc, sont 
garnis de hautes franges tordues en soie de deux couleurs. 

Dans chaque panneau esl suspendu, à descordagesà grosglands, 
un miroir de Venise dans son cadre doré. 

Entrons maintenant au s;iion de réception, éclairé |iar un 
liiilre d'or à lignics pilloresques el gracieuses Sur les tentures 
d'étolfe vert d'e:in, se ileliiclienl des masses de fleurs et de lu- 
mière; les rideaux de quinze-seize rayé, relevés d'un côté, lais- 
sent voir le rideau de dessous en mousseline brodée d'or, et les 
petits rideaux de tulle, imitation de dentelle. 

Près de la clieminée, en marbre blanc, où des fleurs rempla- 
cent le l'en, voyons la iiKiilrcsse de la iiiaison soin iant gracieuse- 
ment aux iii\ilrs, joininl avec son eiuiniie Imuipicl, si énorme 
qu'elle siaiihle l'atl^iiie de le porter. Sa loilelle cleganle affecle 
une sunipliinsili' ln\nrn>e. Madame de C est habillée d'une robe 
en lalVclas d'Ilalic rose Inrc; son corsage, convcii d'iiiic niaii- 
lille ires-loinbaule. Cl) guipure; ses bras nus, couverts jusqu'aux 
puiviii'ts ili' ^anlclcls lie peau, sonl entourés de trois ou quatre 
braccU-is.scnIs bijoux ipi'el le porte ; dans ses cheveux, une barbe 
de point d'.Viiglelerre attachée près des oreilles avec de grosses 
émeraudes entourées de perles. 

Vers onze heures, se presse el se coudoie une foule élégaule, 
qui répand dans l'air un suave parfum. L'orchesire mélodieux 
l'ait entendre les délicieux motifs qui rappellent nos meilleurs 
opéras. 



Hrrciirialoti. 



HALLE Al'.V GR-ilNS. 



("■qualiiè. 
•>• iil.... 
3" ici.... 



FAHiNEs. — Les 100 kilogrammes. 

;ï-2àS4r. Arrivages 4.(32 q. 70 k. 

4,4 3 21 
■2U.I30 Ul 



.-.1 30 Venir 
M il 27 llrstaiilalaliallc. . 
17 a '22 
Cours inoycMi du jciur, .".l f. 60 c. — De la laxc, 51 t. 5G i-. 



I.KAIN 



-L'iii'clolilrc. 



a m 
a 14 
a l< 



Sairasin 9 35 a 10 . 

H.\RC11K DE POISSY. — 9 Mars. 

Amcni'. Vonilu Pciiilsm. Le kiicigiaiiniic. 

sur piL'cl. ^- ™— — -' — - 

Binifs 1,5"'' 1,474 339k. 1 f."2c. 1f.2nf. 1 f. '0 

Vai'hos cor i07 j28 I 16 i .. 

Veaux 641 6.1 92 I T« 1 GO 

Moulons... . C.I'JS 6,198 '23 I 48 I 30 

MARCHt; DE SCE.VIX. — 15 Mars, 
lioeufs 1,'i22 1.364 5i9 1 22 1 12 1 IH 



80 



Veaux 392 3S4 

Moulons 7,66î 6,890 



1 22 1 12 

1 12 .90 

1 72 1 .14 

I 42 1 26 



M.VRCHE AUX CHEVAI X. - 8 M.irs. 

Il a êié amené .^38 chevaux, doiil : 

De selle et de cabriolet 112 Vciichi 131, savoir: 

De liail 2.Ï7 De 140 a 70,i fr 

Hors d'ilge 147 De 260ii 1,0.^0 

Xon classes 22 De 40 à SIO 

Vendu aux enclieres : 
De 50 a 310 fr 



MAIICIIE AI'X FOIRRAGES.— 5 M.irs, 

Enfer. Saint-Mailin. S;iiiit-.Viiliiiiic. 

Foin, (''qualité 79 à 80 f. >. 7fi à 78 f. 

Paille do lile. id 52 h 3. 53 à 54 f. 52 a 54 

VACHES CHASSES. — La Clia|ielle-S.iinl-Denis. — 1 * Mars. 

Amené 112 vaches Vendu 108 de 1 LWi:. .'i 88 c. le kilogia le. 

Amené 18 taureaux Veudu 18 de I .v a ^0 iil. 

VVCHES LAITIEUES. 

Amené- VencUi. 

La Maison-Blaiirhe tlmars. 48 23 2'0a4i0f. 

La Clia|ielle-Sainl-Denis 14 mars. 90 30 240 a 230 

MARCHÉ AL'X Sl'IKS. 

Environ 1 fr. de baisse. 

Suif de place, les an kilog 5i'. f. i a 57 1 . • i . 

tiluif eu brancbes, id 4i • a 43 ■ 

Suif de Russie, sans acheteurs, id . 37 30 à 38 • 

Peu d'affaires: de la leiidniice encore a la baisse. 



21f.2Hc. 


I7f. 25 


20 iO 


17 -3 


18 .Ï3 


" 13 27 


19 84 


> 1 i 211 


1S 71 


. 12 69 


20 III 


H 611 


19 06 


'4 6X 


20 13 


Il 52 


:0 09 


1.) .=>7 


19 33 


12 .-.2 


19 62 


14 m 



Ul l.l.tCTl.N COMMERCI \L. — MARCHES ETRAN<;E11S. 
BnuxEUES. — 10 M:irs 1813. 

Froment nouveau, l'Iieclolili-e laLSOc, 

— étranger, id 17 .îO 

Seigle nouveau, ni. . 1'. 77 

Orge nouvelle, id Il 24 

.\voine. id s or, 

Craine de colza, iil 23 12 

— de lin, id 17 n< 

— — de Riga la tonne. . ,->2 6'; 

Semences de Irt'lle, le kilog • O'i 

Beurre de la Campine, id I 70 

piux MOYEU Dr FnoM^:^T et or seigi-e. 

Du Lundi 27 Février au Samedi 4 Mars 1813. 

Marchés l'ègulateurs. Fromeiil. Heclol. Seigle. llectol, 

Arlnn ■ 

Anvers 

Bruges • 

Bruxelles • 

Gand 

Hasselt ■ 

Couvain • 

Xanuic 

Mous ■ 

Prix moyen pour lont le royaume.. 

Le froment reste soumis an droit d'entrée de .37 f. .5» c, et le seigle ii celui 
de 21 f. 50 des 1,000 kilogramines. 

Le droit de sortiesur l'une et l'autre céréale reste 11 \e à 23 des I.OOfi kilo- 
grammes. 

iiASSEiT. — 7 Mars. 

Froment, l'heclolitre 20 f. i .\voine, l'hectol 7f. fin 

Seigle, id 14 lO Beurre, le kil I m 

Orge, id 10 fiH Genièvre, l'hectol 06 

Sarrasin, id 12 50 

LoiivAiN. — to Mars. 

Froment, i" quai . l'hecl.. 20 83 Sarrasin, l'hocUil 12 os 

— 2'' qnal., id. . . . . IM 95 Graine ne colza, id 24 4s 

Seigle, I" quai., id 13 00 — de Irélle, le kil • s:i 

— 2'" quai., ici •.. 14 51 Genièvre, l'hectol .'iS ■> 

Avoine pour fourrage, id.. 7 » Beurre, I"' quai., le kilog. I >n 
Orge dliiver, id 12 08 

GAND.— 10 Mars. 

Froment lilanc, l'hectol... . 18 SI Escourgeon, l'iiectcd Il r; 

— roux, id 18 03 Pommes de terre, les 100 k. 6 

Méteil. id 15 42 Tourleauv de lin, ici I.'i 

Sarrasin, id 12 30 — de iriviile, ici... Il . 

ANVERS. — 10 Mars. 

Graine de Irène rouge, le k. • 88 Seigle de Fiame. l'Iiertol.. !:■ us 

— — blanc, id... . 80 Orge du iiavs. ici Il l'.'i 

— de chanv.de Riga.id. ■ 30 Avoine a liiasser, id s ." 

Froment l'Iianger, roux et Fèves a i lievaiiv 10 .'.s 

lilanc riieciol 18 fci Houblon crAiigletiare, les 

Seigle indigène, id 13 63 H'O kil 70 . 

TEUïiosnE. — 6 Mars. 

Fromeiil nouveau, l'hectol. 1' .50 Huile de colza, l'aime tn 7' 

Seigle, id 13 .lO — de lin, id H li". 

F.sconrgcon, id 10 30 

A.MSTiaui\ii — 8 Mais. 
Huile de colza, la tonne 68 93 

— de lin, id 66 4" 

— de chanvre, id 67 75 



Corrc<Hponfl»n€i>. 

Nous sommes obligés, f:iule d'espace, d'ajourner à la procliaiiic 
livraison nos réponses aux lellres (pii nous sont parvenues de- 
puis huit jours. Nous avons repondu direclementa celles qui ne 
pouvaient souffrir aucun rcl;ird. 



EXPLICATION DU DERNIER REBUS : 

DEIXIKMK LIVRAISON. 

La colère (hi colle ri est un grand vilain dcf.nit. 




On s'Aliox.NE chez les IMreclem's des postes et de.'! inccss,- 
o;f ries, chez tous les Libraires, et en parliciilier chez tous le 
CorvcupDiulanls du C(>m})(nir ventral de la Librairir. 

.\ LoMMiES, chez J.'I'homas. !. Finch I.r.iie Coriiliill 



.lAcgtES nLBOCIlK'l 



P;„ij__Ty|iogiaphieSCIINEU;El'. e! I.AXCPcA.NP, rue dEifiiMl:, I 



L'ILLUSTRAÏION, 




Ah pour i'jris 
Prix de ch;iqii 



3 mf i 
io. 75c. 



, S fr. — 6 nu i , \6 fr. — Vn an. 30 fr. 
-La collectinn mensui'lle br., 2 Tr 75. 



N" 



i V(,L. 1. —SAMEDI -25 .MAliS «si" 

Boreaii^, rue de Kelne, SS. — l'ii'iiiii>riii:r. 



Ah. pour les Hm . - î irii I .. S tf 
pour IVirji.g-r — 40 



SOMM.tlItC. 

,a Fcaiicp el l'ilp Tailî. Il'>li.iri' cl ihsi-r iplinn 5;i'"^ra|ilM|iin de 
Taïli. l'Ht de Tm'i : l'urlrnit de In renie l-i'inniè ; l'nrle. — IMail 
<1<' la riMiilc-ii-IMIrc. - Courrier de Paris. !.'■ Soleil, l.i Conii l.', 
!.■ liai d'Arnal cl le Bal de l'associalion dramaiiqne. — l.e I>al (!o 
l'Oi>*ra el la Mi-Caréine. Une Voilure de Masiiues; Vn tint mas- 
qué à f Opéra. - Tlifâlres. Charles VI, (i.iïlVer, le Mariage an 
Tambniir, le Succès, la Nouvelle l'syclié. l'nrlrmls de t/.1/. rnsimir 
llelnrir/ne et llaléci/ ; Scéneu principciles du M'iriuge au Timb mr el 
de la .\i>uie!le l'sijrhè. — Beaux- .\rls. Salon de 18*3 Peux Tiic» 
du tirand lalnn carré, avec .'i2 iablenu.r. — Le Rat aiiioureiix , 
ennlH par M. A. Crnrnre. — InUiisIric. T)e6 l.lavier* lypogra- 
phiiiues Tmis Grannes. — Biilleliii liililincraplilqiie. — An- 
nonces. — ^'o^nelU■s asiroiioniScpies la (ioniéle ; Lumière 
zodiacale. Gravure. — Mercuriales. — RCbus. 



I^a Frnace et l'jle Taïli. 



LÏ'.KtL'iiskm du inuli-'clural de la France dans l'océan In- 
dien, sur la iliMiiaiidc fiinncllf de la reine Poiuaié, souveraine 
de Taili et de loul l'arcliipel de la Société, voilà la nouvelle de 
la semaine. 

Parmi les joiirnauK politiques, quelques-uns ont fait valoir 
outre mesure rimportaiice de ce fait. 11 est bien vrai que l'é- 
tablissement de notre domination dans une île plus considé- 
rable et plus riclie que celles des Marquises, et qui lieureuse- 
iiieiit n'eu est pas très-éloiynce, olfre des avanlaj;es sous le 



ia|i|iiiil (lu dévelo|ipeiiii'iit de iioli;- marine mairliaiiili' it di' 
nos relations maritimes. Tout ce petit archipel est riche en 
bois de construction. Le riz, le café, la canne fi sucre, y 
croissent en abondance, et la pèche des perles et de la nacré 
y est très-productive. Loin d'être anlliropopliai.'('s coi:iiiii' 
dans les Marquises, les Imbitanis, adroits cl indiislricii*:, smit 
de Ions les Polyné.siens les plus avancés en eivilisalion. Chez 
eux le clirislianisme, grâce au.K efforts des missionnaires, a 
détruit l'idolâtrie, et tout, mœurs et lois, y respire la bien- 
veillance et la douceur. Mais quelle seraient, en cas de puerre, 
les conséquences de la position que nous prenons là? L'Amé- 
rique du .Sud, et iiarlicnlièremcnt le Chili, se fortifiant, nou'; 
ofijiront-ils assez tôt un point d'appui dans ces parages, tt 
saurons-nous enlin nous y ménager une alliance solide? Tant 
que ces divers points font qiiest'on, serait-il sage de meltrt 
absolument sur la même ligue les dépenses qui [lonrront ètie 
demandées pour la l'nlyriesii^ et celles qu'on doit faire, nous 
ne dirons pas puni- l'Algciie, (|ui est à nos portes, mais mènit 
pour la Marlinîipie, grande et sûre position mililaire, poui 
iJourlioM el piiiir ertie iiiallieiireuse Guadeloupe, qui a jadis 
résisli' huit aiiiii'cs ii l'.Viiglelerre? 

D'autres |ciiiriiaii\, à pinpnsde cette loinlaine coiupièlepi 
cilique et aussi de iiidre élalilisseiiieiil lillipulieii desijes Mai 
quises, ont rappelé la ipieiie coupée du chien d'Alcibiade, qui 
occujia tant jadis les Fiançais d'.Mliènes. Mais ceu.\ qui, dans 
celte hypollièse, prolileraient le plus de cette petite diveision 
nouvelle, cette fois due au hasard, ont-ils été bien sincère - 
ment enchantés de la bonne volonté de la reine Pomaré poui 
eux, et n'y a-t-il pas là une nouvelle source de conlestatioiis 
possibles avec la Grande-Bretagne? 

Quant à nous, quelles que soient ces conséquences, ce pi 
tit événement nous semble avoir une sigiiilication siipérieun 
à -son ijnportance présente. Qu'on y prenne garde; c'est apit ^ 




ili' l'ap ■ 



a\oir e.vpulsé de file les missionnaires anglicans el métho- 
disles (|ui voulaient les empêcher de danser et de jouer de la 
Unie, que ces pauvres sauvages se sont mis sous la protec lion 



du pavillon français, iln [lavillon des Oui-Oui, comme ils 
nous appellent eu leur langue, sans doute grâce à noire lais- 
ser-aller et à noire humeur plus enjouée tl plus facile. C'est 



nu iiiiiivean syinplôiiie de la frayeur qu'inspire in inonde, el 
surtout au midi, le jong de l'Angleterre. C'est une nouvelle 
preuve, entre mille, de la supériorité de noire civilisnlinn. 




(La reine Poni.rc 

plus douce, plus tempérée, plus artiste cl plus nalurclleinenl 
expansive, sur le génie britannique, plus uiililaire, plus nic- 
ihodiste et calculateur. 

Quand les illustres iiavignleiirs Cook el Boug.iiiiville, péné- 
trant les premiers dans l'océan Pacilique, virent s'élever de 
son sein embaumé toutes ces îles inconnues, toutes couvei tes. 
des bords riants de la mer aux cimes bleues des montasnes. 
de verdure, defrnilset de fleurs, leur iniagi'iation leur"ia|>- 
pela de suite les plus cliarnianls souvenirs du paganisme an- 
tique, Idalie, PaplidS el Cytliêre. Plus lard, l'aine plus .m>- 
lère des graves missionnaires chrétiens, en voyanl ces heu- 
reuses peuplades parées plutôt que vêtues de 'br;inclies de 
figuier, faire voler en cliantanl sur ces flots toujeiirs calmes 
leurs doubles canots aux voiles de jonc, tout banderoles de 
fleurs et de plumes brillantes, se laissa aussi channer, et se 
souvint du paradis terrestre. Clianter et danser seinblaienl à 
ces .sauvages loulc la vie, el la religion même; Ks soins pë- 
nihleu de rexistencc, ils les ignoraient, se désaltérant .sans 
peine au courant di; leurs mille niisseanx, et cueillant sans tra- 
vail, pour se nourrir, le pain sur les arbres. El c'est à ces molles 
populalions, nour ipii la douce morale de TEvangile semblait 
sévère, nue le rigorisme des missionnaires puritains a voulu 
imposer la dure el sombre religion delà Bible, lescunli^ignanl. 
entre autres vexations, à ne plus danser le jour du Seigneur, 
i-'e't-à-dire, el à la lettre dans l'esprit de ces peuples, à 
cire impies ce jour-là po'ir honorer Dieu. Plus de danse à 
Taïli ; à Taïli plus de jeux, plus de musique ! Faut-il s'éton- 
ner que celte tyninnie, assiirémenl plus déplacée là que par- 
tout ailleurs, ail presq le dépeuplé ces places foitunées. en 
pri'cipilanl les malheureux sauvages dans l'intérieur des terrcï. 
c'est-à-dire dans les montagnes, où ils dansen: moins gaie- 
ment, sans doute, qu'aux bords enchantés de la mer, irwis 
enlin où ils peuvent danser libremenl? Depuis longtemps . c 
petit pays luttait contre celte lyrainiie des missioiiiiaires p' 



L ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



tc:,. .....: , on 1823, les Anglais avaient oiïert leur niédialion; 

elle fui refusée, et l'ile proclama son inilé|)en(liince. Voilà main- 
tenant que la reine Pomaré, redmilanl de tunilier tùt ou tard 
sous la férule britannique, a sai>i au vol, d'inslinct et appa- 
remment sans avoir étudié l'histoire, l'occasion d'abriter son 
île sous le pavillon de ce peuple qui écrivait il y a cinquante 
ans, sur les ruines fumantes de la Bastille: Ici l'on dame! 

Pour mieux comprendre ce qui manque à ces missionnaires 
anglicans, et, en ijénéral, le défaut absolu de flexibilité du gé- 
nie anglais et son impuissance à civiliser véritablement le 
monde, qu'on se rappelle ces prodiges de bon sens pratique 
dans l'apostolat, et, si on peut parler ainsi sans profanation, 
ces miracles d'esprit dans l'exercice de la charité et jusque 
dans le martyre, tentés et accomplis jadis par nos missionnai- 
res catholiques sur les bords du Paraguay. Là , malgré la 
beauté du climat et au milieu des plus riches dons de la na- 
ture, la population sauvage, vivant dans des antres ou sur les 
branches des arbres, indolente, slupide et féroce, loin de res- 
sembler en rien à celle de Taïti, semblait n'offrir à l'oeil chré- 
tien que le type le plus laid de l'honime primitif dégiadé par 
la chute. Eh bien ! que firent nos missionnaires? Ils se iunlrn- 
lèrent d'ab ird d'attraper douceiin'iil quelques-uns de ces oi- 
seaux d'espèce nouvelle; ils les :i|iiirivniscient peu à peu, leur 
enseignèrent la musique, et, en li's luisant chanter eu chœur, 
ils purent s'en servir pour attirer dans leurs Tdels les oiseaux 
encore sauvages. On peut voir dans le Génie du Christianisme 
comment le zèle religieux et l'intelligence de ces bons mission- 
naues surent réaliser de nouveau au Paraguay, comme le dit 
(.'harlevoix lui-même , « les merveilles des Amphion et des 
Orphée.» Puis, quand les sauvages furent rassemblés en cités, 
leurs habiles instituteurs se hatèrent-ils tant de parler à ces 
ànies enfantines le langage abstrait de la sévère raison? Loin 
de là. Le même Charlevoix raconte que les pères avaient éta- 
bli partout des jeux, des courses de bagues, oii ils assistaient, 
distribuant les prix eu.x-mêmes : ils avaient introduit partout 
des danses à la maliière des Grecs. C'est ainsi, et en se con- 
formant sagement aux conditions du climat et aux mœurs 
naturelles du pays, qu'ils parvinrent à agir rapidement sur ces 
mœurs, à les transformer, et à fonder cette républiaue chré- 
lieinie de sauvages dont Muratori a si bien dit : « C'était un 
christianisme heureux, cristianesimo felice. » 

Que ceux-là donc qui, trompés par le courant quotidien des 
accidents politiques, seraient portés à désespérer de la for- 
lune de la France et du génie de notre civilisation, parce 
qu'un nuage les voile passagèrement, se rassurent. Le génie 
national sommeille, il se réveillera. Si la sympathie de l'Eu- 
rope pour nous s'est, à nos côtés et de toutes parts, un peu 
refroidie, ne semble-t-il pas qu'aux extrémités du monde un 
instinct divin parle mystérieusement de nos destinées à l'o- 
reille des sauvages? voyons-y hardiment un gage d'espérance 
et soyons plus confiants. Si lEurope n'a pu supporter la mo- 
narchie universelle des Oui-Oui, comme nous appellent naïve- 
ment les Taïliens, couuneiit craindre sérieusement que le 
monde accepte à jamais l'universelle domination de la race 
anglaise, qui ne sait dire oui, elle, que quand on lui offre un 
profit uialeiiel bien clair et bien net, et qui, liors de là, ré- 
pond impitoyalilement fion à ce bon empereur de la Chine, 
quand il réclame pour son peuple le droit de ne point s'empoi- 
sonner, et encore, et toujours non, à cette aimable reine Po- 
maré, qui a le bon esprit de ne pas laisser prescrire ou tom- 
ber en désuétude le droit de danser, si sacré à Taïti ! 



Histoire et description 8;éograi>Iiiq(ie 
<8e r.\celtipt>l de Taïti. 

<c Au milieu de la vaste mer du Sud, s'élève, comme la reine 
de l'Océan Pacifique, la délicieuse O'Taïti, écrivait, en 1823, 
un voyageur français; une verdure toujours fraîche couronne 
ses pics volcanisés ; ses rivages et ses récifs disparaissent sous 
les forêts de cocotiers dont les immenses parasols de verdure 
sont sans cesse balancés par les molles brises des vents alises. 
Là, sous un ciel dont la température est tiède, vivent d'heu- 
reux insulaires; leurs jours se succèdent sans secousses, et 
leurs occupations du lendemain sont semblables à celles des 
jours écoulés. » 

Cette description n'était déjà plus vraie à l'époque où elle 
fut écrite. La nature n'avait rien perdu à Taïti de sa fertilité, 
de sa beauté et de sa fraîcheur ; l'air y demeurait toujours 
aussi pur et aussi doux, mais les habitants n'y jouissaient plus 
du même calme et du même boidieur. La population, qui, 
cinquante années auparavant, s'élevait au chiiïre de 130,000 
âmes, était déjà descendue à dix ou douze mille. 

Le groupe Polynésien, connu sous le nom d'archipel de Taïti, 
et appelé jadis les îles de la Société, ou îles Géorgiennes, se 
compose de onze îles : Maïtia, Taïti, Eimeo, Tabou-Emanou, 
Wahyne, Raiatea, Tahaa, Bura-Bora, Toubaï, Maupiti et Te- 
toua-Uoa. Taïti, la plus grande de ces onze îles, est une terre 
élevée, s' abaissant de toutes parts vers ses bords pour former 
une bande circulaire de terrain littoral, le seul habité et livré 
à la culture. La ceinture de récifs qui l'entoure offre çà et là 
quelques îlots, et s'ouvre, d'espace en espace, en de larges et 
profondes passes, conduisant aux mouilLu-'es inti-rieurs. L'ile 
entière, du N.-O. au S.-E., a près de quarante nulh^s de lon- 
gueur, sur une largeur qui varie de à 21 nulles. Elle s'étend 
du 17" 28' au 17° .30' latitude sud, et du 131° 24' au 132° 1' 
longitude ouest. Un isthme bas, submergé dans les marées 
hautes, la divise en deux péninsules inégales, dont la plus 
grande est ronde et la plus petite ovale : la plus grande s'ap- 
pelle Taïti, la seconde Taïa-Babou. Taïti est le nom que les 
msulaires donnent à leur île. Quand Bougainville leur de- 
manda : «Comment se nomme voire île? ils répondirent: 
O'Taïti, c'est Taïti.» Bougainville et plusieurs navigateurs 
ont désigné sous le nom de O'Taïii la reine de la Polvnésie. 

«La découverte de Taïti, longtenqis attribuée à l'Espagnol 



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(La ni>ctic iniJL'iuc la dircclinn des iles Marquise.% à 1 150 liilunii^lrus nord-csl.) 



Quiros, dit M. Louis Beybaud dans son nouvel ouvrage sur la 
l'ol\\ni'.sie et les iles Maniuises, ne send)le pas remonler au 
delà de la reconnaissance positive du capitaine anglais Wallis 
en 17G7. Wallis, à l'aide de ses canons, se lit promptemeul 
respecter sur les plages de l'île, et à ce premier succès il joi- 
gnit bientôt la conquête de la reine Berea, dont les anciennes 
relations vantent le port majestueux. Bougainville, qui visita 
Taïti quelques mois après Wallis, n'aspira pas aux mêmes 
bonnes fortunes; mais son équipage utilisa si bien celte heu- 
reuse relâche, que l'amiral crut devoir donner à l'archipel 
un nom mythologique en harmonie avec ses mœurs amou- 
reuses; il l'appela XouLvlle Cythére. Cook, voyageur plus 
sévère encore, ne fut point insensible aux séductions du pays, 
à la candeur, aux grâces de ses habitants; il parut trois fois à 
Taïti, et chaque fois ce furent de nouvelles fêles, de nouveaux 
élans d'alTeclion, de nouveaux témoignages de bienveillance. 
Les diviis uavigateurs qui y jetèrent l'ancre à leur tour, 
l'Espagnol llonecliea, Vancouver, l'Anglais Sever, du brick 
Lady Penrhijn, le capitaine Bliiili. du sinop Bountij, le capi- 
tiiine New, du Dedaliix, n'eurent qu'a se lnuer également des 
procédés de ce peuple hospitalier et iiaisible. Aux fléaux que 
leur apportait la civilisation, ces sauvages ne surent répondre 
que par la résignation la plus touchante. » 

En 1797, la société des missions de Londres envoya à 
Taïti le Duff, capitaine Wilson, qui y laissa quelques apôtres 
dévoués. Le roi du pays était alors Pomaré; il régnait au 
nom de son fils Otou, depuis célèbre sous le nom de Po- 
maré 11. Ce chef fit aux missionnaires le meilleur accueil, et 
soit par calcul, soit par suite d'une méprise, le grand-prêtre 
de l'idolâtrie indigène ne se montra pas moins dévoué à leur 
fortune. 

Les Taïtiens avaient bien reçu les missionnaires anglicans : 
ils lc> (■■(■(niliiiMit; ils réclamaient leurs secours comme méca- 
nii irns, ( nnuiic onviieis inlrllii;cnts et habiles, mais ils ne se 
ciin\eili>>,Licnl pas. En ISo*, luis de la mort de Pomaré 1", 
(pu eut pour successeur son lils, Pomaré 11, ils se moquaient 
encore tous du Dieu des chrétiens ; car, selon eux, il n'était 
que le serviteur du grand Oro, le maître du monde. La guerre 
civile qui éclata à cette époqjie força les missionnaires à 
quitter l'archipel, pour se rendre à Porl-Jaekson (1809). On 
ne laissa que deux pasteurs, M. Haywood, à Wahvne, et 
M. Nott, à Eimeo. 

Cependant, Pomaré, vaincu par ses ennemis, et retiré à 
Eimeo, cessa tout à coup de croire à la religion de ses pères. 
Le dieu Oro se déclarait contre lui, le dieu des chrétiens pou- 
vait lui être favorable. Il se fit baptiser par M. Nott, reparut 
à Taïti, triompha à son tour de ses rivaux idolâtres, et, vers 
la lin de 1813, demeura souverain absolu de tout l'archipel. 
Ses sujets suivirent son exemple et demandèrent le baptême. 
Bappelés par M. Noit, les missionnaires revinrent 'de Port- 
Jackson; et, deux années après la victoire de Pomaré, on eût 
vainement cherché dans toutes ces îles le moindre vestige 
de l'ancien culte. 

.MalliiMinnisement pour les indigènes, les missionnaires ne 
se eiintriitrii'iit pas de les convertir et de les moraliser; ils 
voiiliiirnt li's i;ouverner. En -1821, à la mort de Pomaré 11, 
ds s'riiipiiiMent de la personne de l'héritier du trône, dont 
ils [iirMendaiciit se servir comme d'un instrument. En 182-i, 
ils le firent couronner avec pompe; et, pour abolir à jamais 
l'infinence des grands fendalaires, ils promulguèrent une loi 
(jui établissait dans l'archipel une sorte de gouvernement re- 
pré.senlalif. Pomaré 111 mourut en 1827, et les deux reines qui 
régnèrent après lui sur Taïli, Pomaré Waliine comme régente, 
Aïmata Wahinecoinme reine, ne sonlTiirenl qu'impatiemment 
un joug qu'elles ne poiivaieiil (las ( innrc briser. 

Telle était la sitnalinii |iolHiiiue cl ivli^iicnse de l'archipel do 
Taïli, lorsque la Société des Missions catholiques y envoya, en 
iH^n, deux prêtres français, MM. Caret et Laval. A la nouvelle 
du débarquement de ces deux missionnaires, l'Eglise hillié- 
rieniie, déjà affaiblie [lar un schisme et vivement cfirayée, 
ameuta contre les nouveaux venus ta population de Taïli, et 



excita une espèce d'émeute, dont ils faillirent devenir victi- 
mes. .M. AMoéienhout, alors chargé d'affaires des Etats-Unis, 
intervint à temps, et les sauva; mais le chef de la mission 
anglicane, Pritchard, n'était pas homme à s'arrêter à mi- 
chemin. « Cumulant, dit l'écrivain que nous avons déjà cité, 
les fonctions de ministre du culle et celles d'agent commer- 
cial, il réunit les hommes dévoués de sa double clientèle. Cl 
entourer la maison dans laquelle se trouvaient les prêtres fran- 
çais, les en arracha après avoir enlevé la toiture, et les rem- 
barqua de vive force sur la goélette qui les avait amenés. Vai- 
nementM. Moérenlioutessaya-l-il de défendre ces malheureux, 
il ne réussit qu'à se faire destituer par le gouvernement des 
Etats-Unis, qui lui reprocha d'avoir agi contre les intérêts de 
la foi luthérienne. Une autre vengeance, plus mystérieuse et 
plus cruelle, attendait, à quelque temps de là, ce digne négo- 
ciant. Assailli nuitamment dans sa demeure et réveillé en 
sursaut, il se trouva face à face d'un homme qui le renversa 
d'un coup de hache, et tua sa femme d'un second coup. Cet 
assassin était un siijri anglais, qui échappa à la justice locale, 
et qui, en assassinani .M. Mcicrenliout, croyait sans doute servir 
les haines de ses roreligioimaires. Tant de services rendus 
aux sujets français, et si cruellement expiés, mérilaient quel- 
que retour de la part de notre gouvernement. M. Moêrenhout 
lut accrédité par la France auprès des autorités de Taïti. » 

Des outrages pareils ne pouvaient pas demeurer impunis. 
Les iles Sandwich avaient été le théâtre de scènes à peu près 
.semblables, et l'intolérance religieuse appelait une répression 
éclatante. La Vénus et l'Ariémise reçurent toutes les deux 
des instructions à ce sujet. La Vénus, capitaine Dupetit- 
Thouars, arriva la première à Taïti ; et, par un singulier ha- 
sard, elle s'y croisa avec l'expédition du capitaine Dumont- 
d'Urville, composée des corvettes l'Astrolabe et la Zélée. Le 
capitaine Dupetit-Thouars entra hardiment dans le bassin de 
Pape-lli; et, après avoir mis le village sous le feu de son ar- 
tillerie, il demanda: 1° le libre accès de Taïti pour tous les 
Français, prêtres ou laïques ; 2" une amende de 2,000 gour- 
des ; 5° un salut de vingt-un coups de canon pour le pavillon 
national. La jeune reine, furieuse contre les missionnaires, 
leur signifia de j'exécuter promptement, et pour l'argent et 
pour le salut. 

Pritchard avait obéi, mais, la Venue partie, il essaya de 
prendre sa revanche et fit d'abord révoquer la loi qui assurait 
aux missionnaires français l'accès de Taïti. A cette nouvelle, 
qu'elle apprit à Sidney, l'Ariémise revint à Pape-lli, et le 
commandant Laplace exigea : 1° que les Français tussent trai- 
tés dans l'île à l'égal de la nation la plus favorisée ; 2° qu'un 
emplacement fût désigné pour la construction d'une église 
catholique, et toute liberté accordée aux prêtres français d'y 
exercer leur ministère. — Après une longue et orageuse dis^ 
cussioii dans le grand-conseil, les chefs de l'île déclarèrent à 
runaniiniii' qu'ils accepUiient les conditions posées par le 
coiiiinandaiit h'ançais. 

Il parait, si nous en croyons les dernières nouvelles, que 
ces conditions n'ont pas été tenues; car une lettre, écrite de 
Valparaiso, le \.'' novembre dernier, à bord de la frégate la 
Reine Blanche, par M. le contre-amiral Dupelit-Thouars, con- 
tenaille paragraphe suivant : 

« Par suile des griefs el des réclamations de nos nationaux 
à Taïti, M. Dupetit-Thouars ayant cru devoir exiger de la 
reine Pomaré el des chefs principaux qui constituent le gou- 
vernement de cette île et de 1 archipel une indemnité de 
10,000 piastres fortes, réparation facile, eu égard à l'abon- 
dance du numéraire dans ce pays, les communications qui 
.s'établirent immédiatement à ce sujet furent bientôt suivies 
de la demande ofUcielle de la protection du roi des F'rançais, 
avec l'offre de souveraineté extérieure des Etats de la reine 
Pomaré, et de la direclion des affaires des blancs à Taïti. 

« Celte proposition, si honorable pour la France, et dont 
les conséquences surtout peuvent être avantageuses pour nos 
établissements des iles Marquises, avait adouci les disposi- 
tions rigoureuses motivées par les procédés du gouvernement 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



taïliL'ii envers nos compatriolcs, et en{;agé Tamiral à accc^)ler, 
sauf reclifical ion , le prolecloral cl la souveraineté extérieure 
des États de la reine l'oniaré. 

« De plus, et pour éviter (ouïe rétractation , aussi bien que 
peur s'assurer que rien ne |iourrait être tenté contre Taili avant 
que le gouvernement franrais ait eu le temps de se [irciMoncer 
sur cette affaire, l'amiral avait, de concert avec lii rriric, (■lijjili 
un gouvernement provisoire pour la direction des allains di's 
blancs, et joint le pavillon île France, sous l'orme de yacht, à 
celui des îles de la Société, linfin il a cru devoir prendre, dans 
l'intérêt de la Krance, les mesures [irojires à faciliter l'adjonc- 



lion des États de cette reine de la l'olynésic à la France, et à 
assurer des droits d'autant plus légilirnes, que c'est de plein 
gré et spontanément qu'on s'est offert à nous. » 

D'un autre côté , voici ce qu'on lisait dans le ilexsayer : 

<| r.e gouvernement a reçu des dépêches du contre-amiral 
Diipcliiriiouars, qui lui aimoucenl que la reine et les chefs 
des lies faili ont demandé à placer ces lies sous là protection 
du roi des Français. Le contre-amiral a accepté celle offre, el 
pris les mesures nécessaires, en attendant la ralilicalion du 
loi, qui va lui être expédiée, i. 



Plan dt* la Puiiito -ù- Pitre 

((ilAUF.I.mi'F. 

Dressé par M. LtMONMEn de La Choix, ex-arrliitecle-Miyer de la ville de la l'oiiile-u-l'ilii 







i. Kglise. — 2. Hnpilal. — 3 Trilinnal. — i. Tliràlrc — 5. Caserne ( iiifanleric de marine). — C. Prisins. — 7. r.iUrcpôl. — 
>. Duuanu. — 9. .Arsenal. — (0. (:a^orllC di- la sindormcrii'. — M. Bureaux de la manne. — 12. Alaijasins de l'o npiers. — 
IS. Mairie. — U. 1 resor. — 13. Halle à la boucherie. — 10. Halle aux poissons — 17. Corps-dc-gardc. — 18. Buieaui de la 
police. — 19. bureaux de l'adinin stration iiilérieure. — 20. rrcsbylèru. 



Les quais de la Puinte-à-Pilre : c'est là que les navires 
débarquent leurs marchandises européennes, et chargent, en 
retour , les boucauts de sucre. Les cales qui counent les quais 
ont pour objet de faciliter l'embarquement el le débarquement 
des marchandises dansUe grandes gabarres (espèce de bateau 
plut , qui peut porter trente milliers pesant). 

Les maisons construites sur les quais étaient toutes à deux 
étages. 

tout le liant commerce habitait les quais. .\u rez-de-chaus- 
sée étaient de vastes magasins à sucre et les bureaux, au pre- 
mier et au second était riiabitalion du négociant. 11 y avait fort 
peu de n.aisons occupées par plus d'une famille. 

Le quai Tabanon était, après six heures du soir, le ren- 
dez-vous des négociants. Celait la petite bourse où l'on par- 
liit d'affaires et de beaucoup d'autres choses. Il en était de 
même au coin de la rue des Abîmes ou d'Arbaud ; mais là il 
y avait moins de négociants; l'assemblée s'y composait plus 
particulièren.ent d'avoués et d'avocats. 

Les jeunes gens se réunissaient le soir aux écuries publiques 
de M. Chauve! , construites sur la place de la Victoire, au 
coin de la rue Tascher. Les allées de la place de la Victoire 
éiaicnt aussi une des promenades du soir. Le dimanche , les 
matelots venaient sous ces grands et beaux arbres, vendre 
leur leur petite pcolillc. 

Le soir du même jour, les nègres se réunissaient sur la 
place de la Victoire , depuis six heures jusqu'à huit , en dan- 
sant entre eux accompagnés du banboula. Us ét;iient divisés 
par groupes de dilTérenles nations. 

La rue d'Arbaud. Là étaient les éludes de notaires , d'a- 
voués, les bazars, les hmloger*, bijoutiers ; jiresque toutes les 



maisons étaient ornées de balcons, et la haute bourgeoisie de 
la ville occupait les premiers, comme sur les quai«. 

/..'/ rue des Abîmes était habitée par le petit commerce, les 
quiniailleis, les chapeliers, les cordonniers, les faïenciers, 
les marchands de roiiennerie, de nouveautés, les tailleurs, 
les labaieliers. La poste était dans cette rue. 

l'taee du Marché. Les nègres descendaient tous les di- 
manches des campagnes, pour vendre leurs provisions sur la 
place du Marché. On y tenait cependant tous les jours des 
marchés, mais nidiiis çuiisnli'rables. 

Les troupes maiiiriiviaiciil sur la place de la Victoire. 

Toutes les maisons qui avoisinaient le canal Valable étaient 
en général occupées par la classe inférieure. 

Sur le quai Ladernoi/, il y avait une grande maison consa- 
crée au cercle du commerce. Là se donnaient les plus beaux 
bals. Tous les soirs les habitants s'y réunissaient pour jouer 
au billard el aux cartes. 

De tous les cafés, le plus fréquenté était le café Anvricain. 
Il élail situé au coin du quai Tabanon. C'était lu rendez-vous 
des ofliciers, dos marchands et des jeunes gens. 

L'hôtel des Bains, en face du palais de justice, où descen- 
daient de préférence les habitants de la campagne , avait un 
bon restaurant. 

l'n autre hôtel était établi sur le qiwi, au coin de la rue 
Martigiie. 

A sept heures du soir, on tirait un coup de canon de l'arse- 
nal pour faire rentrer les soldats. 

A huit heures, on sonnait la cloche pour faire rentrer les 
esclaves. 

Tous les individus qui étaient surpris dans le* rues après 



huit heures , sans fanal et sans permis, élaiem 
diiits au bureau de police. 

Les rues ét^iient balayées tous les jours par l'S condamnés 
de la chaîne de police iorreclionnelle. Los gah'i i..iis étaient 
employés aux travaux du port et de? iMarpei'iiiiis 



C'oiirrirr «le l*nrii«. 



Ce qu'il y a de plus ..nuvea'i h Paris , au moment où je 
vous écris, c'est le soleil. Nous sommes blasés sur tout le 
reste ; toutes les nouveautés écloscs cet hiver sont déjà fa- 
nées , et l'on n'en parle plus. Les pianistes-prodiges , le.s 
chanteurs sans pareils, les violonistes plus ou moins norwé- 
giens, ont passe en (|uelques semiines; Konconi a dû partir 
nier pour Vienne ; depuis quinze jours la pâle ombre de Pa- 
ganini a repris la roule d"! Naple» , soii> le nom el avec le 
passe-port ileSivnri; el si l'hunorable Tliimolhy lljahlio, en- 
voyé du ici desiles Sandwich, el parti de la rade de llono- 
lulu, sur la goêleltc \' Emljwicade , n'était pas débarqué, de- 
puis lundi dernier, à l'hùlel Mcuricc, Paris — chose singu- 
lière — se trouverait positivement à courl de phénomènes 
vivants. Les Burgraies, il est vrai, ont donné un coup de 
Irompelle ; mais on les a laissés faire. D'ailleurs ils vont avoir 
bientôt une redoutable concurrence. Les deux lils de la reine 
Pomaré sont attendus d'un jour à l'autre. Ils viennent, au 
nom de leur auguste mère , faire hommage-lige à la France, 
dans la personne de S. .M. Louis-Philippe. Nous auroiH bien- 
tôt des coiffures à la Pomaré et des roues couleur taîli. yiu- 
pourront cependant les tturyraces , eux qui ne sont pas même 
tatoués? 

Après un noir hiver, après des jours pluvieux et sombres, 
savez-vous en eiïel rien de plus charmant et de plus nouveau 
que le soleil? Dans celle ville qui a la prétention d'être l'a- 
mour el les délices du monde , le soleil esl une chose de ha- 
sard, une exception, une rareté. On passe huit mois ici dans 
l'S brouillards , dans la pluie , dans la houe, dans la nuil. Pa- 
ns, pendant les deux tiers de l'année, serait condamné à 
vivre comme un Lapon ou un Groenlandais, s'il n'avait eu 
res[irit d'inventer les trottoirs, les becs de çaz el les citadines. 
— l'our eu revenir au soleil (un autre jour je vous parlerai de 
la lune), il s'est conduit celle année d'une manière toute parli- 
culière ; d'ordinaire il annonce son arrivée avec de certains 
ménagements. En atlendant l'éclatante apparition de sa 
royauté enflammée , de sa face d'or et de pourpre , il détache 
quelques petits layons en dclaireurs, pour préparer sa route; 
ceux-ci se glissent doucement à travers les n'jages el envoient 
de pâles rellets sur les toits el aux vitres des maisons. Ce 
sont là les premières escarmouches de la lutte qui s'engage . 
vers les derniers jours de mars et le commeiicement d'avril, 
enlre la nuit el le jour, entre l'hiver et le printemps. Des deux 
parts les chances du combat sont d'abord incerlaines: l'hiver 
ne se laisse pas vaincre ais jment. — Le printemps gagiie-l-il 
un coin d'azur dins le ciel : aussitôt l'hiver de lancer contre 
lui quelque gros nuage nui lui reste. Estn-e un bourgeon im- 
patient qui éclate , une tleur précoce qui .s'enlr'oiivre et sou- 
rit : l'hiver souTle sur eux son dernier givre et les glace. Il 
faut que I» soleil en personne arrive enfin avec toute sa'réscrve 
de flammes cl de lumières, pour renverser ces derniers efforts 
de l'ennemi expirant. 

Cette fois , l'astre n'y a pas mis tant de façons ; il s'est mon- 
tré à l'impromptu, sans laisser le temps de lui crier Qui vive? 
Il s'est montré, dis-je, tout entier, ardent, radieux, magnifique, 
inondant le jour de lièdcs haleines, el rendant à la nuil sa 
voùle d'azur et d'étoiles. Paris s'est étonné de celle chaude 
invasion , el dans une telle saison. H a pris son calendrier 
comme on tire sa montre quand on ne sait pas l'heure. Le 
calendrier maraiiail bien le mois de mars: or, jamais le 
mois de mars n avait eu de pareilles fantaisies. Jusqu'ici, 
mars passait pour un mois inlerméiliaire, cultivant encore le 
coin du feu , et soufflant même de temps en temps dans se» 
doigts. .\ujourd'hui on ne s'y reconnail plus ; mars esl devenu 
le mois de juin. On n'entend que ces mots d'un bout de la 
ville à l'autre : Qu'il fait chaud ! Imaginez ce que doil êtn- 
une ville que l'été surprend inopinéinont , en plein hiver. Il y 
a un moment où elle n'est occupée qu'à éteindre son f.'u, a 
ouvrir ses fenêtres et à jeter là son manteau. Telle est la si- 
tuation de Paris depuis huit jours. Il cherche de l'air et se 
déshabille. 

Un lieutenant de crenadiers, qui faisait sa ronde, a vu. le 
premier, la cause de eel été par anlici|>atiun. Notre bra\e. 
tout en patrouillant po'ir ta plus grande tranquillité de l.i 
terre, leva les yeux au ciel par distraction ; qu'aperçul-il? une 
lumière blanche el vive, d une forme allongée, qui illuminait 
l'air comme les jets diapliancs d'un feu d'artifice. Il cherchait 
encore, dans sa science, la raison de ce phénomène, mie déjà 
la lunette des astronomes élail tournée vers le ciel, et dévoilait 
le mystère. C'était une comète qui nous fais;iil l'honneur d'' 
nous rendre visite. Ainsi, nous sommes propriétaires d'uii<' 
comète ; cch nous fera toujours passer une semaine ou deux ; 
les chansons ne mar.queronl pas , ni les bons mots , ni les épi - 
grammes, ni les vaudevilles à la comète. Qui oserait y trou- 
ver .^ redire? Il est bien permis de railler un astre si parfaite- 
ment en mesure de répondre , et qui peut à des chansons ri- 
poster par un déluge de feu , et brûler vifs les railleurs. 

Enlin. que nous \ eut-elle ? Est-ce une de ces comètes écln'- 
velées dont parle Virgile, sinistre messager de la mort d. 
César? Mais où est César? Est-ce un ange exterminateur ex- 
pédié des hauteurs célestes, pour châtier nos crimes? En vi- 
rile, cela serait injuste. Oh! la nation scélérate, en elTel, don! 
la hardiesse va jusqu'à réclamer depuis dix ans la détiiiitii':, 
de l'altcntal el 1 adjonction des capacités! ce n'c-st p.is wim 
comète que le ciel lui devait, mais une couronne de rosièi. 

J'en conclus que ccllo comète est une comète d'un bon i > 
raclêre, dont il ne fuit pas s'm juiéler ; elle n'est venue .; - 



i;iLLUS'mVTIUN, JOUllNAL UMVLItSi:L. 



potîr laifc fleurir les lilas et les amandiers plus vite, mûrir 
nos laisliis, et nous obliger à des économies de bois et de 
eliurbon. Le signalement que TAcadémiedes Scietices a bien 
voulu nous en donner prouve suflisamment les honnêtes in- 
tentions de notre comète (je l'appelle notre pour attirer sa 
confiance). Ce n'est pas une de ces comètes de taille colos- 
sale, une de ces comètes pourvues d'une queue comparable à 
la croupe du monstre de Trézène. Figurez-vous une comète 
qui a la queue plus miuce et plus étroite que la chose n'est 
(jcrmise à mie niiiièle de bonne maison. Ainsi, tout dégénère, 
lout se rapi'lis.-ç; les comètes amoindrissent leur queue de 
même que la polilicpie. 

Son iiinuence la plus direcle jusipi'ici s'est fait sentir sur la 
danse et dans les bals. Elle a mis les valsi-uses en nage_et les 
valseurs en feu. Les .salons de Paris soni, à l'Iirure ipril est, 
convertis en éinves où l'on luinl, en alleiidanl qu'on y rôtisse. 
Cependant le bal persévère ; il s'était posé dans le moudi' ; il 
avait l'ait ses invitations h domicile, et commandé ses sorbets 
et ses glaces, sans se douter que la comète dût entrer dans la 
(Mjntreilanse. Maintenant quel a chose est faite, renvoyer les 
violons, ce serait manquer de jarret et de cœur. 

On danse donc encore beaucoup à Paris , et l'on y valse 
davantage. Ce grand bal finira dans un mois, vers le.s der- 
niers jours d'avril. Mai vient mettre en déroute tout ce peuple 
de robes de gaze, de couronnes de fleurs, de gants glacés et 
de bottes vernies. Ces insatiables danseuses , ces femmes 
blanches et frêles, qu'un souffle semble devoir briser, et que 
les nuits les |ilus aidentes liouvent parées, debout, infatiga- 
bles, toujours prêtes au combat; ces créatures si charmantes 
et si redoutables, si faibles et si fortes, vont aller bientôt clier- 
8her l'air et les fleurs, et se refaire le teint aux brises du 
soir, sous les vertes chamilles. Déjà, M. de Rambulean, le 
préfet de tous les préfets, qui a, sans contredit, fait le plus 
sauter ses administrés, .M. de Rambuteau vient de prononcer 
la clôture de l'avant-deux municipal. 

La semaine dansante a lout entière appartenu au monde 
dramatique. Les acteurs de Paris ont été pris d'une fureur de 



cliassé-croisc que nous sommes obligés de signaler. Les ban- 
quiers hollandais ou Israélites, les ambassadeurs russes et an- 
glais, les princes bulgares, ont fait place aux comédiens. De- 
vinez qui a ouvert la danse?... C'est Arnal. Vous connaissiez 
depuis longtemps Arnal pour un homme très-passionné : Re- 
namlin de Caen, la Graine de Lin, et cent autres iliades 
amoureuses, dont il est le héros, vous avaient suffisanmient 
édifié sur les qualités de ce cœur romanesque. Mais saviez- 
vous qu'Arnal fijt homme à donner un bal'; Pourquoi pas? 
Arnal avait si bien débuté dans t^i Bal du Grand Mu7ule! 

Arnal s'est montré d'une grâce parfaite ; je ne doule pas 
que la galanterie dont il a fait preuve n'ait prodigieusement 
accru le nombre de ses victimes. Arnal doit être adoré plus 
(uie jamais. On n'embaume pas son antichambre de myrte, 
lie viiileltes et de camélias, on n'étend pas de moelleux tapis 
sur le maibre de l'escalier pour préservei' le pied délicat des 
danseuses, ou ne prodigne pas le sorbet qui parfume, la glace 
qui ralVaicliit, le punch qui anime, le bordeaux qui récon- 
forte, le potage et la sandwich, depuis dix heures tlu soir jus- 
qu'à cinq heures du matin, pour se faire haïr. Les lln'àlres 
de Paris avaient envoyé leurs plus jolies ambassadrices à 
cette fête monstrueuse ; le Vaudeville y dansait le galop avec 
le Théâtre-Français, tandis que le Gymnase balançait avec 
l'Académie royale de Musique, et que le Palais-Royal entraî- 
nait la Porle-Saint-Martin dans une valse à deux temps. 

Quelques jours après, l'Association dramatique donnait un 
bal dans la salle Favart : l'Opéra-Coniique avait allumé tous 
ses lustres et ouvert toutes ses loges au profit de celte danse 
charitable ( la recette est destinée aux familles d'artistes mal- 
lieurciix). Le malheur et la danse s'associent tous les ans, et 
si la danse y gagne un peu de plaisir, le malheur y tiouve 
quelque siiiilai;ement. Ainsi chacun a sa part, et personne n'a 
rien ii réclamei : lont le Paris Ihi'àlral était là, depuis le pliis 
grand pbipi'au plus pelil, depuis le plus illustre jusqu'au jilus 
obscur. Le jour d'uni! Iiuuiii' action, on ne se mesure pas; 
tout le inonde a la même taille. 

Alcide Tousez figurait au premier rang des conunissaires : 



cet homme charmant a exercé ses ronctions avec une gravité 
au-dessus de tout éloge. Un danseur , sans doute quel- 
que jeune élève du bal des Variétés, emporté par ses souve- 
nirs ou par son éducation, se laissait entraîner à la distrac- 
tion d'une danse un peu colorée ; Alcide Tousez s'en aperçoit 
bientôt : qui peut échapper à l'œil d'un commissaire? Il s'ap- 
proche du délinquant avec la dignité d'un magistrat qui rem- 
plit son devoir. « Monsieur, dit-il, d'un ton à la fois ferme et 
paternel, sévère et doux, ayez la bonté de vous modérer un 
peu. — Voilà qui est plaisant, réplique le jeune homme. — 
Je ne plaisante pas. Monsieur, s'écrie Alcide Tousez prenant 
un air de Mathieu Mole. — Eh! Monsieur, je vous en vois dan- 
ser bien d'autres sur votre théâtre ! — Moi, Monsieur, c'est 
autie chose; j'y suis autorisé par mon gouvernement ! » 

Le bal, d'ailleurs, s'est aciievé sans plus d'atteinte à la 
pudeur d'Alcide Tousez. Ou n'a jamais dansé au bénéfice de 
l'infortune avec plus d'enirain et de lé;;èi eti'. M. Victor Hugo 
•s'est l'ait voir ; quelqu'un a entendu mademoiselle Maxime, la 
Guanhumara détrônée, lui dire : « Je vous assure. Monsieur, 
que ce n'est pas ma faute; j'avais lait tout mon possible pour 
avoir des yeux d'hyène. » Un moment la salle a eu grand'- 
peur : M. Alexandre Du..., engagé dans un galop àloute ou- 
trance , s'est lai.ssé choir. Oh! mon Di';u ! se serait-il blessé? 
Mais lui , se redressant aussitôt et montrant sa haute lêle 
crépue au-dessus de lafoule: « Je viens de faire comme les 
Burgravfs, dit-il en souriant... non pas tout à l'ait, car je me 
relève. » Et apercevant M. Victor H... dans la foule, il alLi 
lui serrer tendrement la main. 

J'y songeais! Sous les pieds de cette multitude emportée 
par le plaisir et enivrée par la valse, si tout à coup le sol s'é- 
tait mis à trembler, renversant ces murs parés d'or et de ve- 
lours, brisant le cristal de ces lustres étincelanls, engloutis- 
sant dans ses entrailles béantes ces jeunes femmes souriantes 
et ces jeunes gens, les écrasant sous les poutres brisées ou lei> 
étouffant dans les llammes!... le lendemain on aurait dansé 
dans toute la ville au profit des victimes du bal de l'Associa- 
tion dramatique. 



LE BAL DE L'OPERA — LA MI-CAREME. 



Le bal de l'Opéra est et devait être une invention de la 
liégence. Le chevalier de Bouillon, qui conçut le projet de 
ce nouveau divertisseineni, en fut léconipensé , le fait est 
historique, par une |ieu>iiiu de six mille livres. Un moine 
carme, nommé le père Sébastien, et l'url habile mécanicien, 
trouva le moyen d'élever le plancher du parterre au niveau de 
la scène, et àe l'abaisser à volonté. L'ln>loire ne nous dit pas 
quelle fut la récompense de cette autre invention. 

Ouvert le 2 janvier I71(i, le bal de l'Opéra s'est perpétué 
jusqu'à nos jours, en passant par des phases et des vicissitudes 
tort diverses. De notre temps, il est plus à la mode et plus 
tumultueux que jamais. Autrefois, c'était un plaisir de grands 
seigneurs; le bon ton y couvrait du moins les mauvaises 
uiu'iirs. Aiijomd'lini, il n'est si mince clerc, si jemie conunis 
qui ni- veuille en avoir sa paît, et l'aire le lionceau, moyen- 



nant un mois de ses appointements, dissipé en une nuit baby- 
lonienne. De là cette cohue sans nom, enrouée, barbouillée, 
avinée, qui remplit de ses huées sauvages et de ses lazzis, 
beaucoup plus spiritueux que spirituels, la première scène de 
l'univers. 

Depuis son oriiiine jusqu'à ses dernières années, le bal de 
l'Oiiira, fidèle aux principes et aii\ Iradilioiis de l'i'^liipietle 
arisliieralii|ne ipii avait jiresidé à sa toiulalioii, a\ait exclii de 
sou l'iiieiiite les travestissements et la danse. Les Imniinesn'y 
étaient admis qu'en habit de ville, et le dinniuii l'Iail le seul 
déguisement des femmes. On s'y promenait autour d'un or- 
chestre en sourdine qui dominait, sans l'étouffer, le bourdon- 
nement discret des causeries particidières. L'intrigue s'iiisi- 
miait, glissai!, serpentait dans cette salle étincelanle. L'archet 
révolutiuimaire d'un chef d'orchestre (Musard) l'en a chassée 



et a étouffé les derniers murmures de ce gahmt marivaudage, 
qui, depuis longtemps, au surplus, s'effaçait peu à peu pour 
faire place à la licence. 

Le mardi-gras de l'année 1857, Musard donna, rue Lepel- 
letier, un bal, dont les habitués de ce genre de divertissements 
ont conservé le souvenir. L'Opéra atteignit, dès son premiei 
début, à l'idéal du genre. En récompense de cet exploit , 
Musard fut porté en triomphe, et faillit être asphyxié sous les 
étreintes de ses fanatiques et turbulents admirateurs. Quelle 
mort pour uu chef d'orchestre! Dès lors ce fut l'ait pour tou- 
jours du bal de l'Opéra proprement dit, de cette réunion mas- 
ipiée, mais à peu près (lécente, brillante toujours, spirituelle 
parfois, qui tenait à la fois du roiit etde la nuit vénitienne. Du 
jour où le galop y eut pénétré, l'élégance, le décorum, etavec 
lui l'esprit, s'enfuirent pour ne plus revenir. 




A la vérité, on a cherché cet hiver à les retenir, ou plutôt 
à les rappeler par une mesure qui tendrait à concilier tous les 
goûts. Deux parts du bal ont été fuites : la salle a été livrée 
aux danseurs, et le foyer réservé « aux folles i'itrigues qui 
se croisent, s'enchevêtrent, se nouent et se dénouent (style 
consacré) entre une et cinq heures du malin. » Mais, liélas! 
l'intrigue est morte... au bal de l'Opéra, du moins. Voulez- 
vous avoir une idée des piquantes, des malicieuses, des fines 



causeries du foyer? Prêtez l'oreille à l'eulretien de ce jeune 
dandv l'I de ce pimpant diimino qui s'abordent en ce moment. 
— Bonjour, Eriiest, dit le domino. — Bonjour, dit le lion. Tu 
me connais? — Oui. Demeures-tu toujours rue du Helder? — 
Mou Dieu, oui. Je voulais changer, mais je n'ai pas trouvé 
d'appartement. — Et pourquoi voiiliez-voiis changer, bel in- 
constant? — Mon logiMUent n'est pas commode. Et puis j'ai 
une cheminée qui fume... — C'est différent. Est-ce que tune 



me reconnais pas? — Attendez donc.. Si, ma fui ! je te re- 
connais : vous êtes madame D ^T" "Y es pas! — Si ! 

— Non ! — Si ! — Non ! — Allons, allons, convenez-en ; vous 
êtes madame D... Comment va la santé, du reste?— Pas tro[i 
mal, avec un gros rhume pourtant. C'est très-imprudent à 
moi de venirici ; mais c'est si entraînant, ces bals de rO|iéra ! 

— Oui, c'est bien entraînant. J'en suis une preuve, moi qui 
sors d'avoir une fluxion. — Ces temps de dégel ne valent rien 



l'fiur la poitrine. Ali! à propos, mauvais sujet, qu'alliez-vous 
ilonc faire, l'autre jour, au passage des Panoramas? — Quel 
jour? — Mardi ou mercrodi, je crois. Tu avais un pantalon gris. 
—Ah! oui, j'y suis.— Eh hien !— J'allais acheter des gants. — 
Bien vrai?— Ou des bretelles, je ne sais plus au juste; je crois 
pourtant que c'était des gants. —Je te quitte. J'aperçois là- 



L'ILLUSTRATION, JOLIliNAL IMVKRSEL. 



bas un monsieur qu'il faut que j'aille intriguer. Adieu, au 
prochain bal. — Adieu, madame. 

Quelle débauche d'esprit, quelle verve! C'est bien la peine 
de mettre un masque et d'adopter le tutoiement. Ces sémil- 
lants collo(pit:s font pourtant le désespoir des provinciaux, qui 
viennent au bal de l'Opéra, sur la foi des trompeuses pro- 



messes de la réclame, et n'y connaissant âme qui vive, s'en 
vont le malin, fort au regret de n'avoir pas été <■ iiilriKucs. • 
Quoi qu'il en soit, le bal de l'Opéra obtient une vcvw. 'étour- 
dissante, et fait phis que jamais, en l'an de (.'race \>ii7^, les 
délices d'une p;irtie de ce peuple qui aime à se dire le nhif 
policé, le plus délicat et le plus spirituel de l'univers. 




(Lr <]• rniiT Bal iii.nsqué de l'OpiTa.l 



Sa vogue ne le cède qu'à celle d'un bal que l'on nomme Chi- 
'card, dont les actions se cotent à la Bourse, et où l'on trouve 
des (ils de pairs de France, des jeunes premieis, des aspiraïUs 
diplomates, des marchands d'habits, des sculpteurs et des 
plâtriers, des peintres d'histoire et d'enseignes, des littéra- 
teurs, des musiciens et pas mal de corroyeurs, à couunencer 
par le héros de cette étrange assemblée, et tout cela fraterni- 
sant, sympathisant, trinquant, se colletant, s'embrassant et se 
ramassant, conmie une foule de vieu.\ amis ijui ne se coimais- 
saienl pas lu veille, et n'auront surtout garde de se recon- 
naitrc le lendemain. 

Mais tout cela n'est rien encore. Nous voici au jour de la 
Mi-Carême, deuxième édition revue et non corrigée du Manli- 
gras. Ohé! ohé! dzing, haound ! dzing, baound ! toutou, Idii- 
ton, toutaiiie, lonlciu! (Ji;c'N sont ces cris, ce bruit iillVeiix, 
cette musique à cicvit Ii' lynipan? Quelle chasse infe nale 
nous sonnrnt ces niillieis (l'JKiriibles fanfares? Oh ! mou Dirii, 
ee u'e,-t rieu, ne faites pas attention ; ce n'est que le car- 
naval, enteiré il y a trois semaines, qui secoue sa poudre et 
ressuscite. Le diable fiil, dit-on, de ces miracles, témoin le 
célèbre ballet du trciisiènio acte de Roherl. Vous voulez voir 
passer fou Carnaval? J'y consens; courons au boulevard. 
Mais si vous êtes asphyxié, contusionne, pilé, broyé; si, du 
haut d'un arbre, il vous pleut un enfant de Paris sur la tête, 
si une voitiue vous écrase, si vous sortez de la bagarre dénué 
de pans d'h ibit, de uioulre et de cravate, ou si vous n'en 
sortez pas du tout, ne vous en prenez pas à moi, vous êtes 
dûment averti. 

Nous voici dans la foule. Quel affreux tintamarre ! quelle 
épouvantable cohue ! — Monsieur, ne poussez pas! — Eh! 
monsieur, l'on me pousse! — Aïe, les l'ausses-cùtes ! aie, la 
poitrine ! — Je uu^ meurs, j'étoulîe! je sulïoque' — Gare donc 
là, gare donc; rangez-vous! — Ah! ciel, un cheval de geu- 
il-irme qui se cabre et recule de notre côté ! — .Monsieur, que 
faitvo:re main dans ma poche?— Eh! mon Dii'U, moiisicin-, 
je la mets où je peux, ou n'a pas le choix des locaux I — l'iu; 
luis engagé dans celte hoide humaine, il fini inaiclicr. bon 
«ré, mal gré, lilaul soixante pas à l'heure. Uimmcux ipii. du 
milieu de ces Ilots agites, |ieut, de temps en temps, diriger 
sur la grande chaussée du mdieu un oblique rayon visuel! — 
Mais, 6 (léceplion! le carnaval iiromis se manifeste sous la 



forme de deux immenses files de voilures. flMinpiées de gardes 
municipaux ; mais des masques, nulle apparence : ciriciiii est 
venu pour les voir, et chacun voit qu'il n'a rien vu. — Ali! 
cependant, voici là-bas une rumeur qui nous présage l'appa- 
rition de qU( Iques-uns de ces oiseaux rares sur terre. Aulaiil 
que le permet cet affreux cor de chasse, (pii, depuis nu quart 
ilheure, s'obstine à. jouer sur nos têtes la chanson du Uni 
Dagabert, il me semble discerner certain cri populaire qui 
nous annonce, on je me trompe fort, l'approche de (|ueli|iio 
mascarade. En elîel, voici des sauvages, des jiaiuloins, dis 
cosaques, des hussards, précédant à oiite bride une, deux, 
trois voitures, qui roulent à quatre chevaux sur la chaussée, 
bourrées de débardeurs, de malins, d Écossais, d'ours, de 
Poletais, de Turcs, d'Espagnols, de laitières, de camargos. 

Devaiil, derrière, 

Jiisiin'a la portière 

C'est im' fimniiitii'iv 
De f;enseliaiil:int, voeiferanl, liuvaiit, 
S'e^osillaiil... 

C'est en vain que ces messieurs et ces daines on fait ample 
provision d'esju'it sons lornie de Champagne. Sous ce rapport, 
celui de l'esprit, lenrconsominaliun est fort mince. De grandes 
clameurs, de lourds propos, des grossièretés, voilà tout ce 
que la gaieté et la verve hançaise trouvent de plus piquant 
dans leur bouche. — Mais, quels sont-ils? me direz-vous.— 
C'est lord Seyiiiour, ne Miiiii(|ueront pas de s'écrier ici mnijits 
gobe-iiiouclus olislinés. — Non, heureusement pour lord .Sey- 
inoiir, il n'est pas tout ce monde-là. Lisez les inscriptions du 
drapeau arboré par chienne de ces mascarades. Voici les 
V Enfanls de la Joie. » Quelle postérité! La Joie eût mieux 
fait de rester lille. Plus loin, ce sont les n Forts buveurs. » 
Viennent ensuite les u Flambards, » les « Balocliards, .1 etc. 
Voici niainleiniit les lilanclùsseurs et les blanchisseuses de 
Boulogne, arrivés en trois chario's pour célébrer à Paris le 
grand jour de la Mi-Carême, qui est leur fête patronale. Ali! 
cette antre voiture ipil se croise avec celle des « Balocliards,» 
c'est celle des u Clu misiers de Pans. « Les deux é(pù|)ages 
se hèlent, se délient, viennent bord à bord, et il s'engage 
entre eux une b.ilaille en règle,- à coups de langue, cela va 
sans dire, — et on il n'y a de morts que les ivres. Vous èlcs 



probablement peu curieux de s,ivoir qui l'emportera du cali- 
cot 011 de la roiiennerie ; passons donc. 

.Mais, à ce propos, voici un crieur asiliroalique qui vous 
offre depuis une heure le youceati Calechisme /loi'.vvon/. 00 
l'Art lie s'amuser en stxiélé sans se fâcher... n Sa:iS s<- failier. 
nota tiene: « car, si l'on se fâchait, ce serait comme lorstju'on 
se gêne, il n'y aurait plus du tout de p.aisir. Ce caléclii>me, 
fort peu édilianl, du reste, n'a (pie le tout petit défaut dêlrè 
nouveau depuis cent ans. C'est un vieux lecmil de plats lazzis 
et de sottes calembredaines, dont l'unique mérite est la rime 
et le inoiiidre défaut la rai-on. Ui langue des Porclierons est 
eiilei lée sous huis décombres. Il n'y a plus de halles, il n"v 
a plus de poissardes ; il n'y a plus que des inarclié's Vl des 
marcliaiides de |ioisson, ce qui n'es-l nullement svnonvnic. 
.\iissi, le calécliisine poissard, canard rétrospectif, au Sfi fort 
peu attiqiie, oblient-il fort peu de débit, car il ne répond (dus. 
comme disent les prospectus, à aucun besoin de ré|ioque." 
Tout au plus, quelque Béotien, prémédilanl de se produire au 
bal masqué, le soir, sous un costume d'Arlequin, et d'avoir 
de l'esprit comme un diable, croil-il devoir, pour ses deux 
sous, se précautionner de gaieté et de pwsie non Iviique. 
tiare à lui, si, pour son malheur, quelque franc luron l\nlre- 
prend ! Les héros du carnaval sont, sans comparaison, comme 
les aigles du barreau, c'est à la réplii|iie qu'on les juge. 

La nuit est venue ; le gaz s'allume, ce soleil du carnaval 
moderne. Les niasques, qui viennent de diiier, se rencaqik-nt 
dan» leurs équipages, etcontinuenl leur pronn-nade.'k la ronge- 
lueur des torches, en attendant l'heure suprême, l'heure ^»- 
leimelle du bal. 

Minuit arrive... Alors, oli! alors, Paris se lève comme un 
seul homme. De toutes les rue.s, de toutes les poi les, de tous 
les escaliers et de tous les étages, délwuchent des torrents de 
nouveaux masques. Ce ne sont que glapissements sauvages, 
mianlemeiils de chats, aboienient:> de chiens, rugissenienis do 
loups et de chacals, mêlés au piaffement, au lieniiisseinent 
des chevaux, au roulement de dix mille voitures, an son des 
cornets à bouquin el des trompettes à l'ulgnon. (l'est un ca- 
pharnaiim, une nièlée, un bruit, à ne pas entendre Dieu ton- 
ner. .\ cette grande voix, à celle immense clameur, au pron- 
demciil de celle avalanche, quatre cents bals ouvrtnl leurs 
portes. — Oui, quatre cents bien comptés, je n'exagère pas. 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNÏVERSE!. 



— depuis II' f randiose et splendide Opéra jusqu'au Sauvage, 
où l'on ponèlre moyennanl cinquante cenlniies, remboursa- 
bli's en une Loulcillc de snresne à vider sur place. 

Il y a bal aux lliéùtres de l'Opéra- Comique, de l'Odéon, de 
l'Ambigu; balà la Porle-Saint-Marlin, à la Gaieté, au Cirque- 
Olympique ; bal h la salle Montesquieu, à la salle des Concerls- 
Musard, idem des Coiicerts-Sainl-Honoré, au Wauxliall d'été 
et d'Iiiver, au P] iido d'hiver et d'été, au jardin d'Idalie, au 
bosquet de Cyllière, à l'Ermitage de Paplios, à l'Ile d'Amour, 
ail teinplc de Ilayiisse, à la Cbartreuse, au Salon de Mars, à 
rtlysée, auxEnlaïasde la Joie, au Bœuf-d'Or, au Bœuf-Rouge, 
an Bœur-Couroniié, au liœuf-Gras; chez Tanlain, Tonnelier, 
Desiioyers, et cent autres célébrités de barrière. 

Partout c'est un lobu-boliu, un chaos, un pandémonium 
i|ue nulle plume ne sauj'ail exprimer, que nul pinceau ne sau- 
rait rendre. La grosse caisse et la grosse joie, l'ivresse, une 
danse échevelée, le galop le plus tourbillonnant, des batailles, 
une mêlée furieuse, maint pugilat, maint œil poché, suivi de 
mainte arrestation, telle est, en peu de mots, la physionomie 
<lo toutes ces i ondes de sabbal. Ici, ce sont les /khîs qui 
s'amusent; lii-bas, ce sont les chiffonniers; voilà toute la dif- 
férence. 

Le bal s'achève : la nuit a passé comme un rêve, ou plutôt 
comme un cauchemar. Pour compléter la fêle, il faut, après 
avoir conquis à la pointe de l'épée, dans un restaurant de bou- 
levard, une bouteille de bordeaux et une aile de volaille, — 
prix : 20 francs, — courir à la montée de Belleville, contem- 
pler celle cohue poudreuse, avinée, titubante, qui a nom 
<c Descente de la Courtille. » Celte foule sans nom, ces loques 
fangeuses, ces rouges trognes, ces bras nus, ces Romains in- 
imaginables, ces Turcs à turbans de carton, que surmonte, 
en guise de croissant, une visière de casquette, ces bergères 
ijui fument la pipe, ces marquis roulant dans le ruisseau, ces 
chevaliers du Moyen-Age i|ui se traînent le long des murs, 
ces Iroubadours rapiécés, luiis crs-nrux dii^ues de Callol,cc 
sont ks masques des barrinv-; ipn KiM-iirut leurs domiciles. 
Loin d'être sensible à l'iiomiciir que lui lait l'urgie de Champa- 
gne en venant lui rendre visite, l'orgie du vin Lien reconnaît 
habituellement cette politesse par des nuages de farine et des 
poignées de boue lancés à la face de messieurs les beaux. Du 
haut des cabinets des Vendanges de Bourgogne, où ils ont éta- 
bli leur quartier-général , ceux-ci répondent par une grêle de 
gros sous, d'œufs durs et de fruits crus. Le jour se lève sur 
ce tableau et met lin à la guerre civile. 

C'en est fjit : Carnaval est mort, et cette fois pour tout de 
bon. Il vient de rendre, — non l'esprit, et pour cause, — mais 
l'àme, ou ce qui lui en tient lieu. 11 renaîtra, à la vérité, en 
iSU; mais combien de ses plus foumioux, de ses plus lloris- 
sants adeptes, surpris, au sortir de I orgie, par le soufde gla- 
cial du matin, ne le verront pas revenir!... u Souviens-toi 
que tn es poussière et que tu redeviendras poussière, » disait, 
il y a trois semaines, le prêtre aux fidèles agerouillés sur la 
dalle du saint parvis. C'était le lendemain d'une salurnale pa- 
reille à celle de jeudi dernier. Terrible ojiposilion, prophéti- 
que langage!... N'as-tu point songé un instant, jeune homme 
au front pàii par la débauche et par les veilles, que tous les 
fous plaisirs dont tu t'es enivré, ce sont ces fruits décevants 
au del ors, brillants et vermeils à l'intérieur, tout remplis de 
cendres et d'une indicible amertume? 



Tliëàtres. 

Chailrs 17, opéra en cinq actes, paroles de MM. Casimir 
et Germain Df.lavi(;ne, musique de M. V. Hai.évv, diver- 
lissements de M. Mazilier, décorations de MM. CicÉRi , 
PiULASinr, Cambon, Séciian et Desplêchix. 

(Deuxli^mc arlicle ) 

Ainsi que je l'ai déjà fait pressentir, la nouvelle partition 
lie M. Ilulévy ne me parait pas répondre à l'idée qu'on avait 
dû s'en faire d'avance, à ne consulter que la réputation de 
l'auteur et son incontestable talent. Le retour trop fréquent 
des mêmes rhylhmes, l'emploi obstiné des mêmes moyens 
jettent sur son œuvre une teinte uniforme, dont la monotonie 
ne tarde pas à fatiguer. On cherche vainement chez lui ces 
deux choses qu'on trouve chez tous les maîtres, et dont la 
succession alternative est d'un si grand secours pour l'atten- 
tion de 1 auditeur : le récitatif— le chant. — Le récitatif de 
M. Halévy est rarement assez simple; peut-être, dans son 
chant, la mélodie est-elle sacrifiée trop fréquemment à la dé- 
clamation. Qu'en résulle-t-il? que son chant et son récitatif se 
ressemblent; que sa musique, hahituellement, n'est qu'une 
sorte de terme moyen entre l'un et l'autre, et que son ou- 
vrage, tout entier, formé, pour ainsi dire, du même tissu 
n'offre pas la variété qui serait nécessaire pour qu'on en put 
supporter la longueur. Il y a, par le fait, beaucoup de mor- 
ceaux dans Charles 17, mais ils sont tellement semblables 
entre eux par la forme, le mouvement, la couleur et les ré- 
citatifs qui les séparent y font si peu de disparate, qu'on croit 
11 entendre qu'un seul morceau, coupé seulement à certains 
intervalles, par un temps d'arrêt de quelques minutes dont 
on profite av<ic une joie incomparable pour changer de posi- 
tion, et pou/pftndre l'air. 

Ce défaut, qu'on avait pu constater plus ou moins dans les 
œuvres précédentes de l'auteur de la Juhv, est surtout re- 
marquable dans celle-ci. C'est là, ce me semble, son vice ca- 
pital, çl la cause de la fatigue qu'on y éprouve. Pour l'écouler 
jusqu au bout, il faut une volonté de fer et des efforts sur- 
humains; et, cependant, il n'y a guère de iii,,ier;,u\ ,.ù l'on ne 
découvre des sentiments expriim- av.e pivirsM. ,|,s phrases 
élégantes, des harmonies distingiirrs, dcsdiMMiMiKJUs ins'tru- 
menlales habiles et ingénieuses. Seiublahle à E-^ope et peut- 
être moins adroit que lui, 1\I. Halévy assemble ses'convives 
autour d une table immense et magnifiquement servie- seule- 



ment il y a le même mets sur chaque plat, et le cuisinier n'a 
pas toujours pris la peine d'en varier l'assaisonnement. 

L'espace me manque, et je ne saurais examiner en détail 
chacune des parties de ce vaste ouvrage ; je me bornerai à 
parler des plus importantes. Le duo de la reine avec Odette 
commence bien ; la première phrase est noble et majestueuse. 




(M. Casimir Delavisn(\) 



et le rhythme en est assez décidé ; mais bientôt il se perd en 
des développements interminables , et no se relève un peu 
qu'à la lin, quand vient la phrase : Le sort 7tie l'abandonne, 
ce proscrit détesté, etc. La péroraison en est éuergii|iie, et les 
beaux sons de tétc de madame Durus jettent un vil éclat sur 
les dernières mesures. Le duo qui suit, entre Odette et le 
dauphin, est, au moins, quant à sa première partie, l'un des 
morceaux les mieux conçus de l'ouvrage et les mieux réussis. 
— Qu'on me pardonne ce barbarisme. — La manière dont les 




deiLx voix se présentent successivement est neuve et piquante. 
La cadence finale y est amenée par un Irait des instruments 
à vent d'un rlTi't très-agréable, auquel succède un point d'orgue 
vocali>é du meilleur goût. Ce passage tout entier est plein de 
fraîcheur et de grâce. Le reste, par malheur, est loin de ré|)ondre 
an début. Le couplet : En respect mon amour se change, m'a 
paru terne et lourd, et d'une mélodie peu naturelle, et ne doit 
l'effet (JimI produit qu'à l'habile exécution de Duiirez, et à la 



délicatesse des nuances que cet artiste y a su placer. La fin de 
ce morceau, qui termine l'acte, n'a rien de remarquable, sauf 
1111 elTet d'orchestre assez original, au moment où le dauphin 
disparaît par la fenêtre. 

Je passe rapidement, et pour cause, sur la villanelle du se- 
cond acte et sur la chanson d'Isabelle : ces deux morceaux 
n'ont pas, ce me semble, le caractère qu'ils devraient avoir, 
ou, pour mieux dire, ils n'en ont aucun. La romance du roi 
mérite le même reproche. Il y a dans la scène qui suit, entre 
Charles VI et Odette, une phVase fort jolie, sur ces paroles : 

Ali ! qu'un ciel sans nuage 
Pour les regards est doux! Et (luelle volupté 
De se ranimer sous ronibrage, 
A l'air pur de la liberté ! 

Seulement la difficulté de faire entrer le second vers dans une 
période en quatre membres s'y fait cruellement sentir. Etait-il 
donc si difficile de disposer auti'ement les paroles, et de met- 
tre là quatre vers de même mesure? Le duo des cartes est 
d'un bon effet; mais l'honneur en revient beaucoup moins, 
selon moi, au compositeur qu'à madame Stoltz et qu'à la 
scène elle-même. C'est le poète, ici, qui a porté le musicien. 

Le seul passage un peu saillant du troisième acte est le 
déhuj du quatuor : 

Dieu puissant! favorise 
Notre sainte entreprise, etc. 

Ce quatuor n'est pas accompagné par l'orchestre, et l'on a 
déjà remarqué combien il y a d'avantage à abandonner de 
temps en temps les voix à elles-mêmes. L'effet de ce quatuor 
est bon, et serait meilleur peut-être s'il était moins longue- 
ment développé. L'harmonie en est fort belle. Quel dommage 
que le chant n'y soit pas à la hauteur de l'harmonie ! 

L'air d'Odette , au quatrième acte , est divisé en deux par- 
lies. Il y a dans la première de charmants détails ; la seconde 
fera, je crois, plus d'effet à mesure qu'on l'entendra davan- 
tage. C'est un allegro plein d'énergie et d'enthousiasme, et la 
syncope placée sur le second temps de chaque mesure lui 
imprime un caractère de décision assez remarquable. Rossini , 
dans l'air de Zelmire: sorte, secomlami, — toute comparai- 
son à part, je n'accuse pas M. Halévy de faire de la musique 
italienne, — a obtenu le même effet par le même moyen. 

La chanson d'Odette : 

Chaque soir Jeanne sur la plage. 

est charmante. Le dialogue qui s'y établit, dès le début, entre 
le hautbois et la cantatrice, l'élégance des modulations de ce 
morceau , son caractère à la fois gracieux et mélancoli(]ue , 
tout concourt à en faire l'un des plus lieureuscmenl trouvés 
de la partition. Il est amené, d'ailleurs, par une phrase très- 
agréable sur ces paroles : 

Avec la douce cliansonnelte 

Qu'il aime tant. 
Berce, berce, gentille Odette, 

Ton vieil enfant. 

Barroilhel dit ce passage à demi-voix avec lanl d'art, tant 
de goût et une expression si juste, qu'il en double encore 
l'efiet. 

La scène qui suit (celle des fantômes) n'a rien de remar- 
quable, si ce n'est le trio des trois spectres, sur ces paroles : 

Ils tombèrent tous trois assassinés jadis : 
Tu périras de même. 

Là encore il n'y a pas de chant; ce n'est que de la mélopée : 
mais, sous cette mélopée, on entend une succession d'accoids 
sinistres et dont l'efiet est terrible. L'auteur, grâce à cette 
habileté de contre-poinliste dont il a déjà donné tantde preuves, 
y a su tirer un parti merveilleux de ce mot : assassiné, qui 
passe continuellement d'une voix à l'autre, et se reproduit 
avec une obstination effrayante. Savoir le contre-point est un 
mérite assez commun, mais il est beau de s'en servir de cette 
manière. 

Ce trio des spectres est très-heureusement rappelé dans 
le final qui suit. Les fantômes ne sont plus sur la scène, mais 
seulement dans l'imagination du roi; leur chant est donc re- 
jeté dans l'orchestre et confié aux trombones, dont l'upre et 
stridente sonorité était particulièrement appropriée à la cir- 
constance. Celte réiuiniscenee ingénieuse et fort bien calcu- 
lée est d'un effet tivs-draiiialique. 

La chanson miliiaire de Puultier, au commencement du 
cinquième acte, a fait fortune, et le parterre parait s'habituer 
à en faire redire le second couplet. Ce morceau a de la cou- 
leur et une physionomie originale ; l'allure en est vive et dé- 
cidée; la reprise en mode majeur qui s'y trouve est très- 
piquante, et l'on a remarqué l'heureux effet du tambour, que 
l'auteur a employé dans l'accompagnement. J'avoue, néan- 
moins, que Vul aigu par lequel cette chanson se termine me 
semble assez maladroitement amené ; mais, si cette dernière 
phrase est un peu gauche , elle a du moins l'avantage de 
mettre en relief les notes élevées de la voix de Poultier, dont 
le timbre est délicieux. 

Je n'ai pas encore parlé du premier air de l'opéra, du chant 
national : Jamais en France l'Anglais ne régnera, sur lequel 
on avait fondé tant d'espérances et fait par avance tant de 
commentaires. Lorsque tout le chœur en réiiète le refrain à 
l'unisson, l'effet en est vigoureux et puissant; mais ce n'est là, 
ce me semlilr, (jifun de ces vulgaires effets de sonorité qu'on 
peut toujours ol)lenir avec le premier chant venu, en le fai- 
sant exécuter par un grand nombre de voix. L'air, pris en lui- 
même, a-t-il nue grande valeur? Je ne le pense pas. Le rhythme 
en est trivial, et la mélodie nulle on peu distinguée. Je ne 
crois pas que ce morceau puisse être rangé parmi ceux qui 
font le plus d'honneur à la nouvelle partition ; il ne doit, évi- 
demment, passer qu'après beaucoup d'autres. Je me suis com- 
plu à les indiquer : c'était la partie agréable de ma tache. 
Faut-il ajouter qu'ils ont le tort de se ressembler presqiu 



L'ILLLSTIUTION, JOLRiNAL UiMVEKSEL. 



lous, et le mttllieur de se déballrc au milieu d'un océan de 
inotils vaguement dessinés, de phrases décolorées et de réci- 
tatifs loindcment prétentieux? Non! C'est bien assez de ce 
qui u été (lit plus haut sur ce sujet, et le lecleur comprendra 
sans peine combien il doit en coûter de se ruoiilrcr sévère à 
l'égard d'un artiste éniiuenl, dont on estime à un égal degré 
le talent, la science et le caractère. 



Théâtre de l'OdIïon, (iiiilfi-r et Ir Sunrs. — Tlii'àtre des 
Variétés, le .Miiriaijc au Tambour. — Tliéiilie du Vau- 
liEVlLLE, Ut Xouirllc l'itjché. 

L'attciilion publique a été tout entière occupi'e par la ve- 
nue au monde de deux grands ouvrages dramatiques : les 
Hurijrairs et Charles VI: l'un né iui Théàlre-Franrais et 
l'aulre à l'Académie royale de Musi(|ue. Quand ces deux 
souverains de l'empire théâtral se melleul à l'o'uvro, il se fait 
une sorte de silence dans les autres théâtres; il sdulih^ qu'ils 
se rangent en haie et au port-d'armes, dans nue allilude 
respectueuse, pour laisser passer. Puis, aussiliit que le (/'■/(/e 
du curti'gi' est liiii, ils rumpenl les rangs cl reprennent pêle- 
mêle leurs haliiUiiIrs ilc pioduclidu pai liruliêre. 

Nous n'avons dimr à ii'coller (pi'uuc luuisson ]ieu abon- 
dante : iHie [lelile (MiuK'ilic, un iliauie vl deux (ju trois vau- 
devilles. — Eh quoi ! vous appelez erla de rindigeiiee, trois 
vaudevilles, un drame et nue LniiiiMlii' I — Oui, cher lecleur, 
et je maintiens le mot, ne l'en di'|)laisi' ; si lu avais le bon- 
heur ou le malheur d'êlre un feiiillelon, lu ferais comme 
nous, tu te croirais pris de famine ; le feuillelon, en cfl'el, est 
habitué à un tel légiine abondant et surabondant, que sept 
ou huit actes seulement dans une semaine lui représentent 
un repas quelque peu mesquin. Qu'esl-ce que cela pour un 
ogre qui a coutume de se rouler sur des monceaux de vaude- 
villes enla.ssés? 

Le drame aurait [lu s'appeler Iragédie; il n'a pris le nom 
de drame qu'alin de se uueux di'giiiser. Nous sommes dans 
le siècle des masques : il ne faut croire ni aux passe-ports, 
ni aux enseignes, ni aux afiiches, ni aux étiqnelles. ."^i une 
pièce limée de deux OU trois conspirations, dr'clanuuit siii- le 
ton béioique et faisant rouler le tam-tam de l'alexandrin, 
n'est pas une tragédie, qu'appellera-t-on tragédie? 

Le héros de celle-ci se nomme Gàtffcr. A ce nom, je vous 
vois reculer de deux pas, et ouvrir deux graiuls yeux étonnés. 
Gàiffer vous parait un peu bizarre : vous êtes tenté d'arrêter 
les passants poiu' leur demander : Faites-moi le plaisir de 
in'apprendre ce que Gaiffer veut dire? Est-ce une fennue, 
est-ce un lionuue, est-ce une chose? — Vraiuient, vous êtes 
de singulières gens. Le beau plaisir qu'il y a à voir clair, du 
premier coup, dans un nom ! Sachez donc un peu goûter la 
volupté des énigmes. 

D'ailleurs, si vous ne connaissez pas Gaiffir, ce n'est pas 
la faute de Ga'iffcr, mais bien la vôtre, je suis fàclié de vous 
le dire. Gaijfer a fait tout ce qu'il fallait pour avoir l'honneur 
d'êlre connu de vous. Demandez plulotà dom Vaisseltc, son 
historien, qui célèbre ses hauts faits in-folio. — U a livré de 
terribles combats contre de très-redoutables adversaires, 
laulùl vainqueur et tantôt vaincu, et afin que rien ne man- 
quât à sa réputation, il est mort empoisonné. Voilà ce que 
fut Gaïjj'er. C'est dans l'Aquitaine que la chose se passa, du 
temiis de i'epin et deCharlemagne. Ces deux grands preneurs 
de villes et de provinces convoitaient l'Aquitaine, échue à 
Gaïlj'er, du diùil qu'il tenait des Mérovingiens ses ancêtres. 
GrtV//('r voulait garder son Aquitaine. De là une grande guerre 
entre eux, une guerre qui dura presque aussi longtemps que 
le siège de Troie, et ne fut pas moins fertile en terribles coups 
d'épée. Ga'i'lfer, abattu dix fois par le bras carlovingion, se 
relevait tiiu|iiurs ; et si le poison ne s'en fût mêlé, je ne sais 
si (/'«l//('r ne lutterait pas encore. 

Certes, beaucoup do gens ont eu l'honneur de devenir des 
héros de tragédie, qui ne l'ont pas mérité autant que notre 
mérovingien. Je ne m'étonne donc pas de trouver Gàiffer 
tragimiemeut accommodé ; je le planis seulement d'être au- 
jourd hui le prétexte d'une mauvaise tragédie ou d'un mau- 
vais drame, le nom ne fait rien à l'affan'c. Un amour la- 
mentable, une conspiration, une révolte, voilà le bagage 
tragique de Gàiffer. 11 ne lui manque pas même le trépas 
héi'ûïqne à la façon de Tancrêde, au milieu de l'ennemi. On 
ne nous a épargné que le brancaid. Le public a sifflé. Oh ! 
le serpent! 11 n^a pas même été allendri |iar quelques beaux 
vers, planches flottantes sur lesquelles I honneur du poëte, 
M. Ferdinand Dugué, a surnagé quelque temps, dans la tem- 
jiête et le naufrage. Mais qui ne fait pas de beaux vers au- 
jourd'hui? On les sème partout, à la tête on les jette, et mon 
valet de chambre, comme dit le Misanthrope, en met dans la 
Gazette. 

Le Mariaqe au Tambnur est plus pastoral, bien qu'il soit 
contemporain de il5. Ajoutez qu'il n'a pas la plus petite 
prétention aux beaux vers; son ambition tend à faire rire, 
et çà et là cette ambition est satisfaite. Nous n'avuns plus 
affaire à un héros, mais à une héroïne. On peut bien dminer 
ce titre à mademoiselle Catherine, car madeiuniselle Cathe- 
rine fréquente les camps. Que dis-je? elle est vivandière; 
c'est elle (pii rafraîchit la victoire, selon l'expression de Dé- 
ranger. Mais niéliez-vous de mademoiselle Catherine: on 
s'appelle Catherine et l'on a un autre nom ; on a l'air d'êlre 
viviuidière, et l'on est marquise. Ces choses-là arrivent tous 
les jours. 

Catherine est donc marquise ; mais comment, étant mar- 
quise, se trouve-t-clle vivandière? L'amour fraternel a tout 
fait. Le frère de (Catherine, vendéen renforcé, est tombé aux 
mains de l'armée républicaine ; le cas est grave, et il y va de 
sn vie. Pour pénétrer dans le camp où son frère est prison- 
nier, et favoriser sa fuite, Catherine prend le déguisement 
que vous savez. .\ssnrémenl cela est Irès-bien. Nous don- 
nons à Catherine notre approbation pleine et enlière. Tous 
les masques ne servent pas à luie si bonne action. 
Elle est jolie, et bientôt les cœurs prennent fcHi autour 



d'elle; le tambour-major soupire, le caporal flambe, le ser- 
gent jette des llammes, comme un volcan. Jamais les bou- 
lets ennemis n'ont fait un ravage pareil au ravage produit 
par la prunelle de ces deux beaux yeux. (;'esl peu ; le res- 
pectable corps des vivandières en meurt de jalousie. Chaque 
jour allume, de plus en plus, cette guerre intestine. Les vi- 
vandières d'un coté, (,'allierine de l'autre, se livrent des as- 



sauts terribles, et le régiment regorge de Paris tl de Méiiélas 
qui se disputent la dangereuse llélêiic. 

Enfin, d'un accord unanime, on convient de mettre (in à 
ce désordre : le moyen est d'obliger Catherine à se marier. 
11 faut qu'elle choisisse un mari, ou, par la corbleu !.. Cathe- 
rine obéit : si elle rerusait, oi la cliass<^rail du régiment: et 
alors que deviendrait son fii-re? J'ai donc l'Iiunneur de 




iTliiJirc (les VarioU-s. — lu Mari, g- au Taniliour. 



VOUS faire part du mariage de mademoiselle Catherine, vi- 
vandière, avec le beau, le brave, le redoutable sergent-major 
Lambert. Le mariage se fait à la républicaine, en plein veut, 
sous un vieux chêne, soldais et vivandières servant de lé- 
moins, Catherine à côlé de Lambert, et le tambour du régi- 
ment, monté sur un tertre de gazon, abrité sous li^ vieux chêne, 
exécute un roulement à triple carillon, en manière de béné- j Ijert, qui déclare sa qualilé de duc el de colonel: car nous 
diction nuptiale. Pour la première nuit de noces , Lambert ; sommes devenu colonel depuis Ir célébration du mariage au 
est de faction à la porto du cachot où le frère de Catherine ! tambour. Comment refuser un colonel? Coninieiil ne point 
est enfermé. Que fait Callierine? elle prolile de son ascendant '■ pardonner à un duc? Duc et marquise ralilieroiit, devant 
■ur le cœur de Lambetl, procure à sou frère les moyiuis de } M. le maire, leur premier mariage ébauché. L'auletir s'esl 



empereurs et des margraves. — Voici comment Lambert $e 
venge : tout en guerroyant, il retrouve Catherine et son frère. 
non plus proscrits, mais vivant en paix dans le château de 
leurs aïeux. Que fait Lambert? il se pré.-enle en habit de 
simple soldat, et réclame madame la marquise, sa femme. 
Grand scandale d'abord, el grand effroi. Ceci suflil à Lam- 



fuir, et se sauve, avec lui. —Et Lambert? — Lambert eu est 
pour ses frais de noces el de tambour, l'eu s'en f.iul, ce qui 
serait plus sérieux, qu'il ne paie de sa tête l'escapade de la belle 
vivandière ; maLs patience ! Lambert aura sa revanche. La 
Providence se met tôt ou tard du parli des sergents-majors 
opprimés. 

Tout à l'heure vous avez trouvé une marquise dans une 
vivandière, pour(|noi ne découvririons-nous pas un duc dans 
un sergenl-major? Lambert est duc, en effet, sans que cela 



dérobé sous le nom de Devilliers. On eroil que ce nom fait 
le même oflicc que l'habit de vivandière, el qu'il cache sinon 
une marquise, Ju moins M. Alexandre Dumas, marquis de la 
Paillelerie. 

Avec M. Félicien MallifiUe nous tombons dans la myllui- 
logie, ou i)iu s'en faut. La .Voucf//<" Psijrhé a le inême tort 
que l'ancienne ; elle est curieuse. Au lieu de se lai.-s<T aller à 
la douceur de son rêve, au lieu de se contenter d'êlre aimée, 
a la prétention de sonder les iiiystèrcs et de connaître 



paraisse. Il s'est fait soldat pour dissimuler sa noblesse, dans le lin mot des choses. Comme l'antique Psyché, la moderne 
ces temps périlleux. En vérité, nous avons affaire à un siiigu- Psyché y perd ."on bonheur el son amant. 
lier régiment ; peut-être allons-nous apprendre bieulijt que, i Cet amant n'e.sl pas l'Amour proprement dit; d n'.i ni 
depuis le caporal jusqu'au marmiton, il ne cache que des ai'es, ni flambeau, ni carquois, el ne vient jioiut de Cyllii-re 

ou d'Ainnllionte : c'est un 
jeune illuminé qui conspire 
pour l'indépendance de Fl- 
lalie. L'amour de Dinov«a 
est son plus cher trésor, 
avec la liberté. MaisDinowa 
s'inquiète et soupçonne; le 
mystère où les périls de sa 
sit'uation jetlenl Libérius, 
éveille h jalousie de Dino- 
wa : elle attribue à une 
trahison amoureuse ses fré- 
quentes absences cl son air 
inquiet et sciuvenl agité. 
Diiiovva épie Libérius , et 
le livre à l'espionnage. A- 
verti par les révélations liu 
Dinowa , la fuWcv italienne 
surprcniJ Liiiérius en plei- 
ne conspiration. Psyché , 
qu'as-lu fait? tu as pris la 
lampe- et le poigoard. La 
lampe a éclairé la nuit où 
Libérius s'enveloppait, cl 
le poignard le tuera. O 
Psyché, pourquoi cette cu- 
riosité futaie? Libérius ce- 
pendant échappe à h mort 
et pardonne a Dinowa. 

.M. Fehcien Mallefille a 
donné à sa \uutcUe l'syché 
j plus d'es|iril qu'il n'en foui 
po.ir réussir; nuis Fcsprit 
ne sunit pas : une action 
neîle. cUiire, intéressante, 
n'est pas moins nécessaire 
po:ir le succès. M. Malle- 
iille n'y a pas assez songé 




L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



^''' -te if;eci-s, coniéilie i;ii ilcuv ;iul.us, a pour aiilLnir M. 11a- 
lel, ancien directeur de l'Odéoii cl. de la Porte-Saint-Marlin. 
Si M. Harel ne savait pas faire une comédie , ce ne serait 
pas faute du moins d'en avoir fait jouer. Mais, Dieu merci , 
rien ne prouve (pic rauleur n'a pas mis à profit Texpénence 
du directeur ; tout au contraire : la comédie de M. Harel est 
semée de traits d'esprit et de scènes piquantes. Elle est plus 
sérieuse au fond ipic dans la forme. M. Harel s'attaque di- 
rectement aux siMiiiniens matériels et cupides qui sont la 
plaie de ce teinps-ci; il les montre envahissant jusqu'aux 
domaines de l'art et de la pensée, et corrompant les cœurs 
li-s plus élevés et les plus nobles esprits , ou du moins les 
sollicitant et les rnlrainant parfois aux débauches du char- 
latanisme. 
M. Harel choisit deux jeunes gens pour servir de démons- 



liatioji à sa ciiticpie. Tons deux sont hiffi ni'S, tous doux 
ont du cœur et du talent. L'un est avocat, l'autre poète; ce- 
lui-là s'appelle Délicourt, celui-ci Laroche. D'abord ils se 
livrent avec candeur aux rêves confiants des jeunes années; 
Délicourt croit qu'il suffit de montrer de la science et de la 
nrobité pour réussir; Laroche, d avoir des veilles scrupu- 
leuses et d'écrire de bons ouvrages; nos jeunes gens se 
trompent ou du moins croient se tromper. Délicourt végète , 
malgré tout son savoir, et les drames consciencieux de La- 
roche sont repoussés de tous les théâtres. Le poète et l'a- 
vocat perdent courage; un mauvais conseiller passe parla 
et les jette dans l'intrigne et dans le trafic. Délicourt vend 
son éloquence ;\ tout venant ; Laroche improvise de la 
littérature de pacotille. Le succès arrive d'abord, et avec lui 
l'argent et même la renommée. Nos deux amis se poussent 



jusqu'à la croix d'honneur et à la députation; mais peu à 
peu ils se lassent de jouer ainsi avec leur esprit et leur ca- 
ractère. Le dégoût les prend, et ils sortent du gouffre avant 
d'y avoir perdu leur talent et leur honnêteté. Laroche 
et Délicourt font sagement. Tous deux apprendront plus 
tard que, même dans le siècle le plus corrompu, le profit 
le plus sûr est encore du côté des nobles efforts et des 
nobles travaux. Sans doute on attend plus longtemps, mais 
aussi on dure davantage. 

Cette petite comédie, début de M. Harel, annonce un 
écrivain spirituel et mordant; elle ne fera pas dire de l'au- 
teur ce que M. Harel disait de Fontan , qui lui faisait pro- 
poser un de ses drames pour le théâtre de la Porte-Saint- 
Martin : «Non, je ne veux pas des drames de M. Fontan; 
je lui trouve plus de prison que de talent, n 



Beaux- tris. — Salon de 1943. 

( Voy z page -44.) 



->J \ I I f^ 




Pri'niitTe Vue du "alon carr^. 



81-2 I e Lhrj^l an loiplifau. par Marquis, 
isïi Saint Liiuis aprrs le cnmbal de la Massoure, par Casey. 
065 Jrsus sélcndaiU sur la croix, par Dubouloz. 
tîo Coiiibai devant la Corogiie, par Uellaiigc. 



7T9 Le duc J'Orléaus aux Pories-de-Fcr, par Lcpaulle. 

711 Jésus mis au tuiiibeau, par Latil. 

90J L'n révc de bonheur, par Papeiv. 

537 Saint Germain, evéque dWuserre, par Guycl. 



S7S Sainte Thérèse, par Molin 

t;69 Vue du château de i.hennnceaur, par Justin Ouvrii 
1040 lèle d'étude, par Rolland. 
1007 La Solitude, paysa;;?, par Konoux. 



Nous ne ferons point de catégories; le public, entrant an 
salon , regarde ce qui s'oH're devant ses yeux ; il ne s'inquiète 
pas d'avoir vu d'abord toutes les toiles historiques, avant de 
passer à l'examen des paysages; d'avoir épuisé les tableaux 
de genre , avant d'en venir aux marines. Pourquoi la critique 
changerait-elle ce beau désordre en un cabinet de collections, 
remettant chaque chose à sa place, et ne voulant pas que les 
yeux puissent se reposer d'une balaillesur un bouquetde Heurs, 
d'une descente de croix sur des figures amoureuses ou de 
verts ombrages? Suivons la promenade telle qu'on nous l'a 
laite , en nous rappelant celte profonde vérité de Bilboquet : 
<< Le changement est la source de la variété ; » n'imitons pas, 
enfin , les Hollandais , qui mettent toutes leurs roses dans une 
allée, toutes leurs tulipes dans nue autre, et regrettent sans 
doute de ne pouvoir pas, pour plus de précision, ranger 
chaque espèce de Heurs dans une armoire particulière, comme 
les hannetons et les minéraux des naturalistes. 

Salon carré. — Le tableau qui s'offre d'abord aux yeux est 
le Rêve (le lionJieur, de M. Papcty : 

'< . . . Cl' suiil, ;in plii^ fiais fi'iiii jardin, 

n,>s iiin|di_'s aiiioiirrii\ ;.-.is .ur llinlie molle, 

Nryli^.'niiui'iil mHus ili' v. ^ti- ,!,■ ^alin, 

r.ausaiil d'amour, dansant ou jouant île la viole... 

iih! les charmants tableaux ! que iis «ens sont lieureus.' 

loioine leur vie est calme et romme ils n'ont d'alTaire 



Que les riants pro|>oi, la musique et les jeux, 
1,'oisivote sans craiute et l'amour sans mystère ! 
.\\iiir (le verts gazons et le temps d'y danser! 
llire et pieniire le frais pendant toute sa \ie!... 
N'avoir it'amhition qu'au tranquille plaisir. 
Celle pari du bonheur la plus calme et sereine!... 
Que ces gens sont heureux! ch! les riants tableaux! » 

Les poètes s'arrêteront volontiers devant ce tableau, amère- 
ment critimié par les peintres ; que la lumière soit diiïuse et 
mal dégradée, que le feuillage n'ait pas assez d'épaisseur et 
semble trop découpé , que les étoffes soient un peu lourdes , 
que le gazon ne végète pas, comme on dit, et ressemble à un 
Uipis d'Aubussou, qu'importe, en vérité? Le charme n'en est 
pas moins puissant, le cœur ne s'en attendrit pas moins de 
cette heureuse union , si souvent rêvée , de l'ode d'Horace et 
du dialogue de Platon. Assis parmi les llenrs, sous les Irais 

ombrages, les amants se regardent avec i luiieiie volupti', 

et les sages, la main appuyée sur des lèles lilomles, laissent 
tomber de leurs lèvres les harmonieuses pamlesipii l'ont croître 
les ailes de l'ùme; dans les coupes, lirille le falenie, il bel n'iin; 
et lesdonx accords de la harpe semblent traduire dans le divin 
langage et les pensers amoureux de la tendre Lydie , et les 
beaux discours du sage de Sunium , le fils des Muses. Toute 
la poésie humaine seraitdar.sce tableau, si le peintre n'avait 
oublié, au milieu de sa sereine conception, Rosalinde la Folle, 
et Jacques le Mélancolique, l'une aimant à rire au milieu des 



bois, l'autre à pleurer dans les fontaines. La comédie de Sha- 
kespeare ne devait-elle pas avoir place pourtant dans les iles 
heureuses? 

Mais que veulent, sur le second plan, ces bateaux ii vapeur 
et ce télégraphe? Nous nous épuisions en conjectures, sans 
pouvoir deviner, lorsqu'un peintre nous donna l'explication 
suivante : n Les bateaux à vapeur sont là pour indiquer que 
les heureux habitants de ces bosquets ne sont point condam- 
nés, comme feueCalypso, à rester toujours dans la même île, 
sous les mêmes ombrages, mais peuvent à leur gré visiter 
tous les rivages de l'archipel fortuné. — Quant au télégraphe , 
il sert apparemment aux correspondances amoureuses. « — Il 
importe de remarquer, à cette occasion, que la race des pein- 
tres est abusivement allégorique; Lessing, interdisant l'alli'- 
gorie aux poètes, la permettait aux peintres, sous le prétexte 
qu'ils en avaient besoin; sans doute elle leur est nécessaire 
quand il s'aiiit de peindre au front d'un monument dame Pru- 
dence ou ilenioiselle Perspicacité ; mais ne devrait-elle pas 
être laissée de côté lorsque le peintre veut être poète ; et, en 
s'adressant au cœur, est-il fort adroit de le distraire de sou 
émolion , de son altendrissement par des rébus et des iogo- 
griphes? 

Nous ne répéterons pas, d'ailleurs, toutes les critiques que 
nous avons entendu faire à la brillante composition de M. Pa- 
pety ; la plupart de ces reproches nous ont paru trop peu fon- 
dés ou trop légers pour qu'il soit même nécessaire de les ré- 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



l'uter. Il est pourtant vrai de dire que, malgré ia disposition 
iiarmonicuse des groupes et des figures, le tableau laisse à 
désirer sous le rapport de la beauté d'ensemble. On sait qui; 
M. Papcty a travaillé cinq ans h cette toile; peut-êlrc n'a-t-il 
conçu que successivenieiit les détails de la composition. A 
cliaquo jour a sufli sa fantaisie; hier le peintre iniaf^ina (■<! 
couple amoureux qui causi: [larmi les (leurs, aujourd'hui il 
crée cette belle (iguri^ de la Méditation qui, les yeux au ciel 
et un livre sur ses genoux, porte empreintes sur son visage la 
sérénité de son cœur et la beauté de son esprit ; comme 
Goetlie dans Faits/, le peintre a voulu tout meltri', dans son 
rôve de bonheur, et, jusqu'au dernier nionii-nt, il s'i'st de- 
mandé : N'y manque-l-il viun encore? De là viont ijue toutes 
ces ligures, que tons ces groupes ne semblent liés ipie par la 
paix commune de leurs regards et de leurs altitudes, [lar la 
douceur des airs que tous ils respirent, par la beauté de cette 
lumière dont les llols viennent les baigner également. Non, ce 
n'est point là un tableau fouriériste, comme auelques-uns le 
disaient; tous ces gens-ci s'occupeut trop de leur jouissance 
mdividuelle, pour être de vrais pbalansterien.s ; ù les voir si 



peu soucieux les uns des autres, si repliés sur leurs propres 
sensations, on ne peut s'empêcher de trouver leur bonheur 
un peu éfioiste ; ils nous rappellent de loin ces fakirs béats, 
qui Kfgardeut exclusivement leurs nombrils, et y trouvent la 
félicité sij|irème. — Ce n'est certainement pas ainsi que Vir- 
f-'ile, et ;i|iivs lui Fénelon, peignirent le bordieiH' des élus dans 
les clianips i'lys('ens. 

M. Henri U'hmann. — Le prophète Jérémie est encbainé 
sur une pierre, connue le Titan sur le Caucase; se soulevant 
à demi sur si's deux mains chargées de fers, il dicte ses ef- 
froyables pri'dietidns au jeune Haruc, accroupi mollement h sa 
gauche : " l'n veut brillant soiiltle dans la route du désert vers 
la lille de mon peuple.... .Malheur Ji nous! car nous sommes 
détruits. Jérusalem, nettoie ton cœur de sa malice, afin que lu 
sois sauvée!...» Derrière le prophète se lient l'anfie inspira- 
teur, les bras étendus, montrant d'une main Jérusalem, et de 
l'autre apiielant le nuage sombre qui le suit i 

" l.a voyez-vous passer, la nuée an flanc non', 
Tantôt pile, tantôt ronge et splemlkle à voir. 



Morne comme un été stérilu? 
On croit voir à la fois, sur le vent de la niiJl . 
Fnir Uiiiti; la fumée ardente cl tout le bruit 

De l'uinhrascment d'une ville.» 

Le nuage accourt, déjà les ténèbres noircissent rextiemili' des 
ailes de lange, et le visage du prophète semble s'assombrir 
encore : u Jérusalem, nettoie ton cœur de sa malice, alin nue 
tu sois sauvée.... Malheur à nous, car nous sommes dé- 
truits.... n Le vent de l'orage précède la imée, cl les dra|»eries 
de l'ange sont loules frémissantes. .\u fond du tableau, un 
entassement de collines, et les muniilles bibliques. 

Jamais, à noire sens, M. H. Lehmann ne s'est élevé aussi 
haut ; quelque excellente- que fussent déjà ses compositions 
de TMe et de la Fille île J'-]>hté , le |)eintre a prouvé qu'il 
pouvait mieux encore; il a virlorieuseinent démenti ce cri- 
tique qui lui disait, il y a trois ans : o Vous vous êtes vidv 
d'un seul coup dans votre tableau de la Fille JeJefihlé! o 1^ 
façon de .M. II. Lehmann est devenue plus vigoijreu.sc et plus 
sévère; son Jérémie est un vrai chef-d'œuvre, s'il est juste île 
dire que la perfection de fart réside dans la force contenue et 




Vue ilu Salon carre.) 



mes Jeanne d'Arc fjisanl son enlrec à Orléans, par SctielT.r. 

773 La Cène, par l.eloir. 

•2S8 La Vierge au sépulcre , par Coiitcl. 
1889 Saint Paul en prison bjplise le goolier el sa faini.le, pac 
Yvon 

Il l'n Uaïin, paysige, par Bullura. 



ôii2 l'.iriraii de madame la comtesse de la G... , par Drollini;. 

170 l.e ciMcicelier de 1 llili.ilal, par I aniinade. 

•281 Lt vision de saini llulieri, par Vinclion. 
1179 Achille Ile llarlay. par Vi.iclion. 

lOf.» Corlrail .le S A. H. .«nr. le duc d'Orléans, par Sclicller. 
Ilt)7 juda tlTlianior, |iar llurace Véniel. 



101 l'.rirait de M- de GUor5. arclillccle du pJlait de li 

I lianibre lies Purs par Blondel. 
T« Souvenir des environs de Sirrcnli, p»jsaj.-,pjr Ikrlu: 
<Kd '. 
)0t« Portrait de M. Hominique M... , staluairr. lyar Riudlar.l 
ItOJ J' une paire de la cumpjjiic de Koiiir, p.r Segur. 



ia n.odéiationdc la puissance. M. H. Lehmann sait d'ailleurs, 
comme les maîtres, ahier la coireetinn , le goiit et l'i'leizance 
à réiier;;ie du pinceau, à la vigueur de l'exéçutiuii ; et jamais 
lii granileiir de rensemh e ne lui fait saciitier les détails. —- 
■Aussi u'oseioiis-nous que lui proposer quelques dniiles qui 
nous sont venus vis-ii-vis de son admirable toile : la eheve- 
luri: de l'ange n'est-elle as un peu compacte, un peu verte"? 
les tons du ciel sont-ils bien assez chauds pour contraster avec 
la Mimbrc nuée'? 

.1/. Ilanice Vernet. —Encore un sujet biblique : Jmla et 
Thnnnr. En vérité, la peinture prouve bien que la fiiUe est 
le plus beau livre que les hommes aient jamais écrit: «On 
est toujours convenu, » disait le fameux coinle de Caylus, 
« que plus un poème fournissait d'images et d'actions, plus il 
avait de supériorité en poésie. Cette réllexion m'avait conduit 
.1 piMiser que le calcul des différents tableaux qu'ol'lVeiil les 
puemes pouvait servir à comparer le mérite n'speclil' des 
poiMues et des poètes. » — Sous ce rapport, la Ilible est cer- 
laïueinent [dus riche encore que [Iliade. 

.luda présente un collier à Tliamar, (lui se voile à demi la 
ligure; derrière ces deux personnages, un chameau richement 
iMpiipi'; à l'angle gauche, une toulîe de lauriers-roses. — On 



retrouve dans cette composition la merveilleuse fitcihle , h I 
liche exécution de M. II. Vernet; le costume de Juda surtout 
présente une étude d'étoffes remaniuable : cependant il nous | 
semble iiue l'esprit liihlique l'ait nu peu iléfanl; on dirait que 
dans sdii vcivaye en Oi inil, M. lloraee Véniel s'est préoccupe | 
plntnt (In cuslnme, de réipiipeineut des hommes et des che- | 
vaux, que du caractère des Ms;ii;eset de la nature; ainsi on 
avait déjà reproché à son lalilean biblique d Kliezer el de Ue- 
becca, de n'avoir pas une e\|iiession assez, fraiiebement |uive. 
Cl- que nous croyons pouvoir blâmer aiijiuud'hiii dans la ikui- 
velle romposilion de l'illustre peintre, c'est le fiais paysage 
qui entoure Juda et Tliamar; le ciel a nue pâleur presque 
froide, et les plantes sont vertes comme par une malinee de 
printemps, ou comme si l'un venait de les arroser. 

M. i:.-F. Uutlara.— Vi) ravin, paysage historique. — La 
poésie et la prose de nos jouis s'épuisent a de, me; nos plus 
grands romanciers sont à la fois des |MN-a:;i>ie- ilistingues; 
iiiclura iKieais . disiiil Horace; niijouid'luu , nous disons vo- 
lontiers • ti<,csis pirtuni, sur la loi de Montesquieu. Et pour- 
tant, (pielqiies belles vallées, ipichpies riantes campagnes que 
nous aient faites nos grands écrivains, nous ne pouvons, en 
face d'un tableau, nous défendre de reconnailre la stérilité et 



l'impuissance de la description écrite. Quel i>oète ci'il jamais 
peint aux veux, etmimc l'a fail M. Bullura, celle étroite el pro- 
fonile vallée, resserrée à droite par des rochers, qui se relèvent 
encore dans le fond du tableau, an-dessus de la cime des bois : 
cet îispect d'automne, ces arbres déjà rougis, ces nuages ar- 
doisés, qui se roulent sur eux-mêmes, comme à la suite d'un 
violent orage, ces oiubres du soir qui remplissent déjà tout 
le fond de la vallée : 

« Majoa'S(iiie caihint aliis de montihus unibne, ■ 

tandis qu'un dernier rayon de soleil vient illuminer oblique- 
ment le sommet des grands arbres? Il y a dans ce tableau li- 
senliiiieiil sérieux d'une naliire vigoureuse, idéalisée plulijt par 
les elTels de lumière cl riiarmoiiieuse disposition des contours, 
que par nu clioix de détails singuliers el ingénieux. Peindre 
ainsi la nature, c'est l'avoir regardée sans travail d'iinaf;ina- 
tion, l'avoir vue trop K'Ile pour vouloir lui .ijouler encore de» 
embellissements; il faut en luènie temps que l'on se soit dérobé 
par le senliment du cœur à la servitude des détails, et qu'on ail 
désiré faire le portrait de celle vallée, non pas pour ipie les 
moineaux pussent s'y tromper, mais bien pour retrouver sm- 
même dans cette peinture l'émolion que l'on avait n's.<ei 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



ocsaiil ce simple ft beau spectacle, thc moJesty of nalurc, 
comme dit Shakespeare. 

« Douce mélancolie! aimable mensongère, 

Des antres des forfts ilcossc tulcliiin', 

Qui vient il'une insoiisIMi' cl cliiMiniiiili' langueur, 

Saisir l'ami des cliani|is d iniiitirr sdn (ceur. 

Quand sorti vers le soirdo j;niltrs iim iil<'es, 

11 f'égaie à pas lents au pcm hniit des vallées, 

Et voit des derniers feux le c ici se ((ilcrer. 

Et sur les monts lointains un lieau jour expirer. » 

André Chénier se promenant le soir dans la profonde val- 
lée, ne pensaitgiière aux temples grecs. Pourquoi doncM. But- 
lura a-t-ii imaginé de gâter le fond de son tableau par le pro- 
fil d'un semblable monument? Serait-ce une loinlaine influence 
de Berlin? 

M. Bidault. — Nons avions, dans un premier article, ap- 
[wlé l'atlenlion publique sur le n" 80, qui recèle un paysage 
de M. Bidault, membre du jury d'examen. Nous devons 
signaler encore plus expressément le n" 88 : Vue de la Vallée 
d'Enfer, à Subiaco. Celui-là, il faut le voir pour le croire. 
En 18i0, M. Théophile Gautier, critique souvent fort peu 
révérencieux, comme chacun sait, disait des paysages de 
M. Bidault : « On n'en voudrait pas pour devant de cheminée 
dans une auberge de village. » Et, cependant, ils sont reçus 
à l'unanimité, et, qui plus est, on leur fait l'honneur du salon 
carré. Ce sont des moutons qui déllleut sur un pont, tandis 
que de grands arbres maigres, ou philot de grands brins de 
balais, défilent du même pas, et paiallélniiciit sur la rive. Ils 
s'en vont, en vérité, ils s'en vont l'un derrière l'autre, et vous 
penseriez être en voiture à voir ainsi marcher ces pauvres 
arlires. Nous croyons d'ailleurs pouvoir certifier que ces arbres 
sont entièrement inédils, et ne croissent qu'à Subiaco, dans 
la vallée d'Enfer. Les botanistes devront analyser scrupuleuse- 
ment ces étranges phénomènes, que nous n'avions encore 
jamais rencontrés, si ce n'est peut-être dans le poème des 
Saisons, de Saint-Lambert, et dans les vigneltes des livres 
d'éducation. 

« Ven riez point, Félix, il sera voire juge.» 

M. Isahey. — « Vue du port de Boulogne, prise de la 
mer. » Ce litre csi falheieiix, niélicz-vous-en; il y a là une 
anacoluthe iiiiiiiileslr ; le livicl di'Mui dire : « Vue de la mer, 
prise du poil de liuulogiie. >. 'S\. Isiiiey n'a jamais fait de vé- 
ritables marines, mais seulement des panoramas nautiques; 
il n'a point étudié la vague elle-iiièiiie, prise absolument, 
comme fait M. Gudin; aussi n'a-t-il jamais peint de vagues, 
mais seulement de l'eau de mer; il lui manque le sentiment 
de Valtum mare; ses flots supposent toujours une côte voi- 
sine ; M. Gudin nous donnerait, s'il voulait, dans une cuvette 
la profondeur et l'immensité du grand (3céan; M. Isabey 
prendrait une toile de cent pieds carrés sans pouvoir nous 
taire quiller la rade; nous serions toujours en vue du phare. 

A droile, une jetée avec un iniile, — un baleaii à vapeur 
liainant Irois canots à la remorque ; — sur le premier plan, 
une barque, encombrée de poissons, de barils et de einilaj-'cs; 
— au fond, la ville et le port; — à gauche, des in, hris. — 
On reirouve dans cette marine les qualités liahilin'llrs ih^ 
M. Isabey: la richesse de la fantaisie, les (ours de rDiciMlu 
pinceau, l'esprit, je dirai presque li; cniiiiipie des délails, le 
iniiiiveinent et le vent; mais son ciel estloiinl, iinifoiiiii'incut 
gris, clair sans soleil; ses eaux manquent de tiansparence; 
enfin ses nuages ne marchent pas, ils occunent le liant du 
tableau, mais y demeurent stagnants. Aujouru'liui, les pein- 
tres de marines semblent s'inquiéter fort peu des nuages , 
dont Joseph Vernet a fait de si admirables études ; M. Le 
Poittevin. pour éviter la difficulté, les rejette à l'horizon, 
au-dessus des terres, sous forme de flocons. — Nous repro- 
cherons, en outre, à M. Isabey de peindre tout de la même 
façon, et presque de la même couleur, les hommes et les mo- 
rues, les barils et les vagues ; l'encombrement de sa barque 
est voisin de la confusion; l'ordre est entièrement sacrifié au 
mouvement, ce qui, d'après les luis de rrsllii'iique, est un 
défaut grave. — Les bai^pus dr M. Isilifv ikhis semblent 
aussi avoir une exagéralioii de d('laliiriui'iii ;' i c nCst pas que 
nous rrt:ir|iiiiiis dans ses tableaux les navires neufs et co- 
quets (|r M. .Miiirl Fatio; mais, en vérité, ses carcasses sont 
si vieilles ri M décousues, qu'elles doivent vraisemljlablement 
faire eau de toutes parts. 

M. Henri Schfffer. — Entrée de Jeanne d'Arc dans la ville 
d'Orléans.— Ce qui distingue surtout le talent de M. H. Scheffer, 
c'est la douceur d'expression et la délicatesse de sentiment : 
il vise à la simplicité gracieuse, ne s'exalte, ne se passionne 
jamais, se gardant bien de sr basai ib-r dans les alliliides 

difficiles, dans les poses bai dir^ rt \\'^ cuscs : i(iii|(iiii s ilrs 

figures droites, ne sacliaiil m piMnlicr la lèle, ni iiièiui.' l(.\ci- 
li!syeux, ayant l'air enfin de poser devant les spreialrurs. 
l'n homme d'esprit demandait un jour coinniiMii. ilaiis im 
lableau de M. II. Scheffer, David pourrait regarder (iuliath. 
Certainement David ne lèverait pas la tête," et Goliath se 
baisserait encore moins. 

L'entrée de Jeanne d'Arc à Orléans est bien peu triomphale; 
personne vraiment n'y triomphe; les moines qui ouvrent la 
marche avec croix et bannières, ont l'air fort tran(|uille, comme 
s'il s'agissait d'une simple procession après vêpres ; la foule qui 
s'agenouille à gauche ne se réjouit pas non plus d'une façon bien 
remarquable : toutes ces figures sont animées d'un sentiment 
pieux et délicat; elles paraissent s'attendrir, mais sans qu'un 
sache trop pourquoi; elles ne regarderaient pas aninment 
Jeanne marchant au bûcher. La simplicité exagiicc do dia|H'- 
ries semble aplatir encore les figures, et immobiliser davantago 
cette scène, qui pèche déjà parle défaut d'aclion. Quanta la 
Piicelle elle-même, elle ne triomphe pas non plus, c'est Dieu 
qui la fait triompher. Sa tête, sans èhc belle ni grande, a 
cependant une expression reniai ipialilc di' sainteté et de foi 
chrétienne; on y ht cette secnir iiisicsse qui troublait le 
cœur de Jeanne au milieu de ses éelalantes victoires, l'aver- 
tissant que les jours de sa jeunesse seraient courts, et qu'après 



la gloire viendrait la passion. C'est ainsi que Schiller, que 
M. Miclielet nous ontdépeint la Pucelle. eonservaiil tous deux 
à la sainte victorieuse la tendresse niélaniciliipic de la jeune 
fille. Chapelain, au contraire, en a fait uni' robuste virago, 
une fière Clorinde, qui ne rêve que plaies et bosses, et fronce 
toujours le sourcil. (Voir ce terrible portrait sur les ensei- 
gnes de Iwutique.) 

M. lidierl Fteury. — Charles-Quint ramasse le pinceau du 
Titien. — Nous préférons de beaucoup les premières toiles 
de M. Robert Fleury, son Benvenuto et son Inquisition de 
l'an dernier: la couleur du nouveau tableau nous semble ter- 
reuse et bistrée, les contours sont secs, les figures manquent 
d'expression; celle du Titien est d'une dureté désagréable. 
M. Robert Fleury a babillé de rouge le peintre vénitien, et les 
gens bien informés ou sagai rspréleiideiitque c'est là une allé- 
gorie [loiir di''si;jner (pie le Titien est un coloriste; de même 
ce pfiiiire naïf du Vicaire de Walcefield avait imaginé de 
peindre les scpl Haniborough avec sept oranges, poui signi- 
fier qu'ils aimaient beaucoup ce fruit, et en mangeaient vo- 
lontiers. 

M. Adolphe Leleux. — Chansons à la jxjrte d'unf posada 
(Navarre). — M. Leleux, indépendamment de ses qualités d'exé- 
cution, nous paraît avoir une haute intelligence des condi- 
tions esthéliques de l'arl ; amant de la nature simple, il sait 
dans celte simplicité même, choisir le côté pittoresque, agréa- 
ble ; saisir, si l'on peut ainsi parler, l'idéal de la réalilé même; 
il ne se consumera pas sur les brins de paille d'un vieux ta- 
bouret; il n'ira pas s'épuiser à copier servilement les mains et 
les pieds d'un ramoneur, pour arriver enfin à une vérité qui 
soulève le cnnir : mais il s'arrêtera volontiers sur le .spuil d'une 
chaumière bretonne, sur les marches d'une posada navarraisc; 
il attendra qu'un rayon de soleil vienne égayer les figures et 
les costumes, que la cornemuse ou la mandoline fasse sourire 
les yeux des jeunes paysannes, ou soupirer leur cœur sous 
les corsets rouges. Il n'y a point là de prétentions bucoliques; 



c'est une nature naïve peinte naïvement, qui, gr{ice à Dieu, I 
ne rappelle ni les bergers pomponnés de l'idylle, ni les sol! 
villageois de l'Opéra-Comiquc. 

On a reproché cette année à M. Leleux d'avoir transyiorlé 
en Navarre le ciel, le terrain et presque le costume breinii; 
heureusement que les cigarettes et les mandolines sont la (mur 
sauver la couleur locale ; fussent-ils, d'ailleurs, des Bas-Brw- 
lons pur sang, ces Navarrais n'en seraient pas moins groupés 
d'une façon charmante, peints avec une netteté, une franchise, 
une gaieté vraiment admirables. 

M. Belloc. — Portrait d'homme. — Henri Heine partageait 
en deux classes bien distinctes les peintres de portraits: «Les 
uns, disait-il, ont le merveilleux lalentde saisir et de rendre 
ceux des traits qui peuvent donner même au spectateur étran- 
ger l'idée exacte de l'individu représenté, de telle sorte qui! 
comprend aussitôt le caractère de ligure de l'original inconnu, 
au point de le reconnaître tout de suite, s'il vient à le rencon- 
trer... C'est ce rapport immédiat qui nous garantit imman- 
quablement la ressemblance avec les originaux moris. — Nous 
trouvons la seconde manière de peindre le portrait, parlicu- 
lièrement chez les Anglais et les Français, qui n'ont en vue 
que cette possibilité facile de faire reconnaître l'homme quu 
déjà nous connaissons bien. Ces peintres ne travaillent positi- 
vement qu'au profit du souvenir. Ils sont cliers surtout aux 
parents bien appris et aux tendres époux qui nous montrent 
après dîner leurs portrait-s. » — Le portrait de M. Belloc dé- 
ment à coup sûr la spirituelle inculpation du critique alle- 
mand, et M. IL Heine lui-même lui ferait l'honneur de sa pre- 
mière classe. 

Nous regrettons que l'espace nous manque pour examiner 
ainsi en détail plusieurs autres tableaux du salon carré; au 
moins citeron.s-nnus avec éloge le Jésu.^-Christ de M. Leslang- 
Parade, le Christophe Colomb de M. Colin, la Levée du Siéa» 
de Malte de M. Larivière, enfin, la Guirlande de Fliirs ((« 
M. Saint-Jean. 



■je Ital ttiitoiireiix. 

CliNTC 




l'ai une belle journée du mois d'aoûl, apiis six ou seiil 
heures do chasse dans cette campagne du Maine, tellement 
entrecoupée de haies et de fossés qu'il en faut prendre pour 
ainsi dire chaque arpent à l'assaut, M. de "' enira chez un de 
ses métayers pour s y reposer quelques inslants. Il but une 
grande tasse de lait frais, et se retira dans une chambre 
presque nue où couchaient les enfants de la ferme. Là, il se 
jeta sans façon sur de la paille fraîchement étalée, pour goûter 
un bon et lourd sommeil d'homme fatigué. 

Je ne sais depuis combien de temps il dormait, lorsqu'il se 
sentit la cuisse gauche fouillée comme par un museau d'ani- 
mal, et sur ses guêtres de cuir comme un grattement de dénis 
et de griffes. Il supporte d'abord ce froissement désagréable 

avec erllc apalliie s noienle, cette indécision de l'engourdis- 

si nii'iil (pii ni' iKais lai-se rien percevoir de clair et d'in- 
lelligilile. .Mais jr eontact devint plus pressant, plus répété, 
plus sensible ; il se réveilla brusquement, en jetant avec viva- 
cité la main à l'endroit lésé ; il trouva, avec une certaine peur 
mêlée de dégoût, qu'il tenait un gros rat. La bête, surprise 
dans son opération de rongement, chercha d'abord à mordre 
la main qui l'avait saisi ; mais M. de *" le serrait par le milieu 
du dus en lui pressant les lianes d'un poignet de fer; il lui 
ôtait presque la faculté de respirer. Le rat essaya donc vaine- 
rnent de se débattre et d'échapper à l'élau qui menaçait de 
l'élûiiffer. Mais voyant que son ennemi se préparait à l'écra- 
ser du pied, il eut recours h un moyen assez peu ordinaire. 

Il parla. 

Il Je vois bien, dit-il, que je ne suis pas le plus forf, et je 
cède. Je renonce sincèrement à toute entreprise .sur le cuir de 
voire équipement et le tissu de votre peau, et si vous voulez 
m'accorder la vie, jr nrc]iL'ai.'e à vous raconler mon histoire. 
Elle est courte, niais a^si'/ i kIil' en expérience, pour un rat. 
Acceplez-vons? Dii idr/ \ii,. ; vie ou mort, ne me faites pas 
attendre, u 

M. de '■' r>e s'élonnait de rien ; il avait lu d'ailleurs beau- 
coup de contes fantastiques, et il réponditan rat : « Mon cher, 
quoique votre demande ressemble beaucoup h certains pas- 
sages des itlille et une .\uits, elle m'agrée. Je ne m'inquiète 



pas du plagiat. Mais, avant de commencer votre histoire, 
veuillez, au préalable, résoudre bravement cette queslion : 
Avez-vous nue àme? 

— Monsieur, dit le rat en se rengorgeant, je pourrais vous 
demander aussi : Avez-vous une àme? Plusieurs philoso- 
phes ratapohiains s'accordent à en refuser une à l'espèce hu- 
maine. Mais, pour la nôtre, ils l'ont démontrée par mw infi- 
nité de beaux arguments; el si vous me faisiez périr en ce 
moment, je ne crains pas d'être anéanti : à la barbe de vos 
cartésiens, je m'en irais dans l'autre monde cherclier la ré- 
compense des jusies rats. 

M. de "" se le tint pour dit, voyant que cette pauvre créa- 
ture s'en faisait une affaire d'aiiiour-propre ; et, satisfait d'avoir 
appris que les rais avaient aussi leur psyclié, il prêta l'oreille 
au récit du quadrupède. 

Après cette courle digression, qui paraîtra inutile à beau- 
coup de gens, mais que M. de *** se donna uniquement pour 
satisfaction (car il était un peu philosophe) , le rat commença 
en ces termes : 

« J'ai beaucoup voyagé, monsieur, et tel que vous me voyez 
ici, près de Lavai, sur les confins de la Bretagne, je suis frais 
arrivé de Constantinople. 

— .\h ' ah ! dit M. de '", c'est assez à la mode de parler de 
Constantinople. Les minarets de Stamboul ont défrayé bien 
des phrases. Je suis curieux de les regarder, mon chef, à tra- 
vers vos yeux. 

— Oh! monsieur, je vous fais grâce des mncdzhiiiiis. du 
ciel bleu, de la grande mer, des kiosks, des djnubés, des cam- 
palores, et de toute espèce; de couleur locale. Je ne suis m 
poète, ni orientaliste, ni écrivain d'aucune .sorte de letlies; 
je ne suis que philoso[ihe, partant, n'attendez pas (U> style. » 

Il reprit, assez satisfait de sa tirade : 

Il Oui, monsieur, frais arrivé de Constantinople. el de re- 
tour, pour n'en plus sortir, dans mon trou natal. Nous autres 
rats, nous avons comme les hommes la fureur des voyages et 
le mal du pays. L'une m'a fait partir el l'autre revenir; la vieil- 
lesse me fera rester. Un beau jour, j'étais jeune alors, toiiies 
mes éludes terminées, tons mes degrés pris jusqu'au docloiat 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



inclusivement, je résolus de voir du pays. La Hollande nj'at- 
tii'a d'abord, à cause de la réputation de ses fromasos ; mais 
SI la chère y est bonne, on nous y a voué une liaiiic iiiiplac;il]le : 
jr partis pour les bords du Rliin. Il y a là de viriix i liiiiiMux 
léodaux où je pris lof,'ement ; ce sont de vrairs sri;.'iiciuies 
pour les rats, tant ils olîrent de surs asiles. Kiiliu , poussé par 
mon humeur nomade, après un séjour <le (luelipies mois dans 
un couvent autrichien, je me renais à ConstaMlin(jple. 

« D'abord, ma foi, comme le grand nombre des touristes, 
curieux observateur des auberges, je pris mauvaise opinion 
du pays, parce que je n'y mangeais pas oien ; mais, à force de 
parcourir en tous sens les soutcrranis de la cité turque , je 
découvris le merveilleux éden des rats, le terrestre paradis, 
nù je serais peut-être encore, malgré le mal du pays dont je 
me targuais tout à l'heure si sentimentalement , sans l'in- 
lluence mauvaise de ma destinée. Figurez-vous, monsieur, un 
vasti! palais, percé de mille coi'ridurs, cuinmiKh'mi'rit pourvu 
d'innondirahles cellules, et aboutissant par loules ses issues i\ 
un puits fermé d'une grosse piei're, et qui s'ouvrait dans les 
jaidins du sérail. Peu de jours après mon cnlrr'e dans cette 
demeuie de promission, un bruit se fait cnlendre à l'ouver- 
ture du puits; tout d'un coup la pierre se lève, et im grand 
jour inonde l'obscurité de nos cellules : du plus profond de 
leurs reiraites, éveillés ou endormis, d(^huut ou couchés, aver- 
tis comme par un sur instinct, tous les rats se mettent au 
galop, et se précipitent vers la lumière. Je les suis sans sa- 
voir où ; et, arrivé au rond-point du puits , je vois descendre, 
soutenue par des cordes, une belle créature blanche comme 
du lait, fraîche, rosée, grasse h point, excellente i"i manger. 
Tous mes confrères se jettent dessus, je les imite, et nous 
mordons, et nous déchirons, et nous mangeons, et nous bu- 
vons. On retire la belle victime , à demi morte , de la même 
façon qu'un nous l'avait amenée , et nous rentrons dans nos 
cellules pour faire la digestion. 

Il Ils appellent cela, en Turquie, faire un exemple. Si vous 
voulez me permettre une petite'réllexion , en ma qualité de 
philosophe, je remarquerai que c'est aussi à li|[-c d'exemple 
que vus législateurs exalleut et maiiiliiMiuriil la ^^uilluline. .le 
n'empiéterai pas sur les droits de vos slalislirirns, eu reeln'r- 
chant combien de crimes ont été détournés par l'exeuqile de la 
fjuillotine, mais je puis certilier, par mon expérience, que 
I exemple du puits aux rats ne profitait à personne. Destiné à 
terrifier les fenunes de Sa Hautesse qui se sentiraient mie vel- 
léité d'être iiilidèles, il ne corrigeait nullement ces dames. 
Tàtez mou \eiitre, raisonnez par analogie, et faites un discours 
contre la peine de mort. Je retiens une place dans ses notes. 

« Cela dit , je reviens ^ mou sujet. Quand j'eus goûté la 
cliair mollette, blanchette et succulente d'une douzaine de sul- 
Uuies, mon estomac bien repu laissa plus de loisir à ma sen- 
sibilité. J'ai toujours été philanihrope. Je me sentis des re- 
mords ; je suis sûr que le bourreau n'en ressentit jamais 
autant. J'avais beau me dire qu'après tout c'élait de bonne 
prise, que vous mangiez bien d'autres animaux, ctqueje|tou- 
vais, en toute runsiirucr, mr vcni:cr sur vous; le cosmopo- 
litisme com iiri' ,1 Niiililii.'i iliiiis lialapolis, et je ne parve- 
nais pas à éliinlïrr le ri i ilil saii^; vnsi'. 

« Puis, car je dois tout dire, ce qui vous morilrera bien la 
faiblesse des philosophes, — avez-vous enli'uilu parler de l'his- 
toire mythologique de la belle Léda et de son cygne? Le bruit 
en est descendu jii.squ'à nous, et je vous assure que ce n'est 
pas une fable. — Toutes ces beautés, qui n'avaient d'abord 
offert à ma voracité que de délicieux comestibles, finirent par 
me toucher le cœur et les yeux. — Mesdames les humaines 
nous traitent avec trop de sans-façon ; que diable! nous avons 
un cœur. Je sentis de nouveaux sentiments s'agiter en moi ; 
j'oubliai jusqu'aux heures des repas, qui seules avaient ré- 
pandu quelque charme sur ma vie. La nuit, dans mes rêves, 
toutes ces magnifiques Géorgiennes et Circassiennes , ces 
épaules blanches, ces yeux et ces cheveux tout noirs, se pré- 
sentaient à moi [lour enivrer mes sens. Puis le sang qui les 
tachait, les plaies que ma dent y avait ouvertes, s'élalaient 
comme autant de muets vengeurs et de silencieuses exécra- 
tions de ma barbarie. Alors je quittais mon trou, et, couvert de 
sueur, je courais le long des corridors , rongeant les pierres, 
murmurant des mots confus, et sentant dans le creux de mon 
estomac tous les borborygmes de la passion malheureuse. » 

Le ^ros rat suait encore à décrire son martyre amoureux. 

iiliieii! bien! dit M. de**", voilà qui est Tout à fait bien. 
.M. chose, qui a un style à mille facettes, ne dirait jias mieux. 
Vous donnez donc aussi, chez les rats, dans le pathétique et 
le psychologique? 

— Pourquoi pas? » dit'le rat. Et il continua, n Ces disposi- 
tions, je les combattis longtemps, oh! bien Inuglemps' Je 
sentais, — voyez-vous, — que c'était une lutte à inoit (pie j'al- 
lais engager coiilre la sociélé qui m'avait accueilli, et je re- 
culais devant cette détermination extrême. Enfin riiéroïsme 
l'emporta dans mon cœur, et après m'ètro baitu les lianes, je 
résolus de me dévouer au salut de la première sultane qui 
tomberait parmi nous. 

« Je mangeai pourtant encore ma part de deux ou trois; 
mais cela ne fit (pie lu'alTeriuir dans mou projrl , et à la ipia- 
trièmo, je me grandis di' liuile la haud'iir d'un (lévoiieinent, 
de toutes les coudées de la pure passion ; je devins gig tii- 
lesque. 

Il On nous descendit une jeune fille de douze ans à peine. 
L'amande de ses yeux , à demi cachée sous le voile de sa pau- 
pière , la draperie d'ébène que sa chevelure jetait sur ses 
épaules, l'abandon plein d'eflVoi qui détendait au hasard les 
muscles délicats de ce beau corps, tout eu elle eullamma mon 
amour, décida mon courage. Aussilot (pi'elle l'ut à la portée 
de mes confrères, je me plaçai sur sou cu'iir, dont je sentais 
les batlemenis comprimés par la crainte ; et là , sur ce champ 
de bataille qui m'inspirait encore, loin de me melireà la cu- 
rée , comme iriiabilude , je montrai les crocs à mes ainis , et 
je leur dis qu'ils me tueraient plut()t que de toucher à ma 
sultane. 

M La stupéfaction suspendit un instant leur rage Carnivore. 
Ils me regardèrent avec des yuux où l'élonui/ment elTac-;iil 



presque la colère; nuis enfin, sentant bien toute mon impiiis- 
.sance, que mon audace leur avait fait oublier un instant, ils se 
jetèrent comme do plus belle sur leur proie, sans s'in(iuiéter 
autrement de ma chevalerie. Je me ruai alors sur leur halail- 
lon, seul contre tous, mais animé par l'amour, tandis qu'ils ne 
l'étaiiMitque par la voracité. Je déchirai l'cfil à celui-ci, j'en- 
tamai la têl(! à celui-là; qui perdit nue patte ; qui, un morceau 
di| son ràble; qui, sa queue. Je fis des prodi(;es; j'étais su- 
blime; mais la gourmandise fut plus forte que l'umour. Le poil 
tout arraché, les oreilles en lambeaux, j(! ne reculais pas, 
quand on enleva , selon la coutume , la sultane couverte du 
blessures, malgré mon courage ; et comme j'étais revenu sur 
mon premier terrain , je fus ainsi emporté avec elle. 

« A peine fus-jeau grand jour et dans le jardin, qiiejcrn'cm- 
nressai d'échapper au kislar-aya , ipii voulait me rejeter dans 
le |)uits , où j'aurais été infailliblemiiit di'tvoré, et je me ca- 
chai dans le premier trou (pii s'offrit. Dès que la nuit vint, je 
me mis en quête do ma sultane ; je me hasardai dans les dor- 
toirs du sérail , je parconriis tous les a[)partements sans la 
rencontrer, et, le desespoir dans le c(r?ur, je fus me promener 
sur le rivage do la mer. 

K Rien n'est favorable aux sombres pensers comme le bruit 
des Ilots, l'immensilé de la vague... 

— Je vous y prends, dit M. de'"; vous parlez de la grande 
mer. 

— Laissez-moi finir ma période, s'écria le rat impatienté. 
Un peu de poésie ne nuit pas, et vous en aurez : j'en fais tout 
comme un autre. 

M Le bruit des Ilots , l'immensité de la vague , et ce je ne 
sais quoi de terrible qui s'écrie dans l'obscurité du nocturne 
azur; mes soupirs se mêlaient, avec uik! harmonie lugubre, 
aux siflleineuts du vent qui venait frap[ier les murs du sérail, 
et à l'incommensurable voix des ondes (pii géniis.siit comme 
une troupe inliiiie d'enfants. J'allais, pauvre proscrit , l'oreille 
en sang, l'estomac vide , pensant à la société qui nie repous- 
sait, à ma bien-aimée perdue; je songeais à ces temps paisi- 
bles où mon existence se renfermait dans deux mots : manger! 
digérer!!! et je m'écriais sur la grève : Vivais-je alors? vi- 
vals-je? El une voix de mon cœur me répondait : Non ! c'est 
d'aujourd'hui que tu vis! c'est d'aujourd'hui seulement que 
tu es rat, piiisijue seulement d'aujourd'hui la passion te cou- 
ronne de sou auréole, auréole brûlante, auréole composée 
d'autant d'ingrédients que la foudre de Jupiter ; mais sainte, 
maisétoilée, mais respienilissante , mais iiyramidale auréole, 
sans laquelle, hommes ou rats, toute la nature, rien n'existe 
vraiment. 

(1 Je m'épanchais ainsi , quand mon nez heurtii quelque 
chose de satiné , de doux , mais de froid comme la mort : c'é- 
tait le cadavre de ma sultane. Le grand-seigneur l'avait fait 
jeter à la mer, et la mer me la rendait. Je me précipitai sur 
elle, je la dévorai de baisers, je l'inondai de larmes, je vou- 
lais mourir près d'elle ; mais je ne sais quel lâche amour de 
la vie me retint, et je m'arrachai de ces lieux. Je me retournai 
plusieurs fois; enfin elle fut à jamais penhiepiuir iimi... 

(I Un de vos philosophes confesse ipi'en plrniant la mort 
d'un ami , il songea pourtant ([u'il hèiilcrait d'un bel habit 
noir fort à sa convenance. Vous avouerai-je aussi mon infa- 
mie ! A peine avais-je fait quelques cent pas, que, la faim me 
pressant avec force, je songeai que j'aurais bien pu prendre 
un morceau de ma sultane. Je n en aurais tondu que la lar- 
geur de ma langue ! quel grand mal! Mais j'eus honte de me 
trouver si bas, après m'êtrc élevé si haut, et l'amour-proprc 
me condamna au jeûne. 

(I Je partis. Quelque viande que je rencontrai sur mon che- 
min servit à me refaire. J'étais déjà aux portes de Vienne , 
quand je fus rejoint par un des rats du puits. Je me mis d'a- 
bord ou défense , croyant qu'il allait m'atlaquer ; mais le mal- 
heur l'avait aussi atteint, et c'est un niveau qui égalise tout. 
Le sultan, débarrassé des janissaires, avait commencé de ré- 
former Sun empire. La férocité de la justice du sérail avait 
la [iremière atliré son attention, et il l'avait abolie. De là, 
grande douleur au puits des rats. Ils complotèrent d'abord de 
dévorer le sullan dans sou lit; puis voyant à cette enlreprisi; 
trop d'impossibilités et de danger, la nation se débanda, et 
chacun fut do sou cijté chercher fortune. L'exilé du puits 
exhalait une rage aveugh^ contre le sultan. Olez la charogne 
au corbeau, an bourreau la guillotine, vous verrez ce qu ils 
diront. Je l'écoutais à peine, pli'uraul le destin de ma pauvre 
sultane , qu'un relard de quehiues jours aurait sauvée. Nous 
nous séparâmes bienliit, et, sans autres aventures, je suis re- 
venu dans le Maine pour que vous me donniez la vie. 

— Vous n'èles point un rat ordinaire, dit M. de *", quand le 
conteur eut fini. Mou métayer mettra chaque jour un morceau 
de viande au bord de voire trou ; c'est la rente viagère que je 
vous accorde. Allez on paix, mon cher; Dieu vmis tire de la 
grilTe des chats comme il vous a lire de la mienne. » 

A. S. 



ludiistrie. 

urs ci..vvii;hs Tvi'oi;ii,ii'iin)its. 

L'emploi d'organes mécaniques fonctionnant avec régularité 
dans une foule d'opérations malérielles exécutées naguère 
encore par la main de riiomine, est le caractère le plus sail- 
lant des tendances de l'iudu>lrio moderne. L'introduction des 
machini's dans les ateliers est un bienfait qui ne mi'iile pas 
moins irêlre signalé, au point de vue de la dignili' humaine, 
que pour les conséquences malérielles ijiii en n'snileni , no- 
(amnient dans récoiiumie des fiais de produclion. Mais les 
dil'ficullés que pièsonleiit riiivenlion et la mise à exécution 
des machines augmeuli'iit siniiuliêrement à mesure ipie la 
jiart de rinlelligonce de l'ouvrier est plus nécessaire pour le 
diriger dans l'exerciie de sa profession. 

Tel est le cas pour l'art typiiLiraphique. On sait, en effet, que 
le e«m/«ii>((cur place les letlres une à une dans le cominvteiir. 



préparé d'avance pour la justiRcalion ; et qu'au i .. 
sure de la lecture de la co/ji> qu'il a sous L- vrux , si iiLiiii 
va chercher les caractères dans les comparlinieiils ou cafse- 
tins de la boite ou rasxe , où ils sont ran^'és par *6r(<-v. I| v a 
donc dans la ampusitioti en caractères' mobiles deux opéra- 
tions très-distinctes, Ja lecture cl le placement des caraclères. 
Quoique l'une d elles soit purement matérielle, on conroil tou- 
tes les difficultés f|ui se présentent lorsqu'il sauit dé l'assu- 
jettir à dos procèdes mécaniques réguliers, tout en se servant, 
pour la guider, de l'inlelligencc du compositeur. 

11 n'est donc pas étonnant que la curiosité publique ait été, 
dans ces derniers lemis, vivomcnl excitée |iar lannoiice d^ 
machines typographiques Parmi celles-ci, il v en a trois sur- 
tout qui doivent être citées d'une manière parliciilière. parc»- 
Qu'elles sont livrées à lindustiio ou à un degré de coiifi.xlioii 
«•jà fort avancé. 

CLAViKR DE MM. vooG ET dixcambre. — La machine de 
M.M. Voung et Delcambre est une machine terminée e( préti 
à prendre jilace dans les ateliers. Les inventeurs lonl-ils 
mcmlrée à plusieurs imprimeurs de Pans à l'état de tra- 
vail , ou au moins fonclionnanl de manière qu'on puisse en 
apprécier les résultats? EU* est représentée dans notre li- 
gure I. 

La machine à composer se compose de quatre parties prin- 
cipales, savoir: 

\° Un clavier horizontal portant aulant de touches qu'il y, 
a de lettres (chaque louche porte l'empreinte de la lellrti 
qu'elle doit faire mouvoir . A chacune correspond une tige 
verticale qui fait rnouvoir horizontalement un couteau jdacé 
dans un plan supéj-ieur, pour chaque mouvement imprimé a 
la louche. Les voyelles cl les consonnes sont placce.sau iiiilieu. 
les autres lettres, acccnL'î, capitales, etc., sont disposés sur 
les côtés , txi rapprochant aussi du milieu les lettres les plu< 
fines, comme le point, la virgule, afin de diminuer la longueur 
de la course qu'elles ont à faire sur le plateau dont nous |>af- 
lons plus loin. 

2"^Uii plan supérieur, sur lequel se meuvent les couteaux 
dont nous venons de parler. A grinclie de chacun deux est 
une bande de cuivre presque verticale . creusée à l'intérieur. 
Dans ce vide se placent les caraclères d'une sorte, posant sur 
leur frotterie, et composés Ions d ëme sens. Chaque mou- 
vement de touche faisant mouvoir le couteau correspondanl 
(un peu moins épais que la lettre de la rainure voisine , une 
lettre sera poussée, et celle-ci tombera par le vide qui est pra- 
tiqué à C(")té de l'endroit où elle posai!. 

3° Un grand plateau en ciiivro-inclinc à i'i" placé en avant 
du plan sur lequel posent les caraclères. Dans ce plateau sont 
pratiquées aulant de rainures qu'il y a de lettres, et destinée 
à les recevoir quand elles vienneni de quitter leur com|>os- 
teur. Ces rainures se réunissant toujours de deux en deux suc- 
cessivement, vienneni aboutira une rainure unique, percée 
à son extrémité d'un trou par lequel vient passer la lettre pour 
entrer dans le composteur. 

■V Un long com|)osteur, commençant par un quail de cer- 
cle qui commence au vide dont nous venons de parler. Ui 
partie circulaire est double , afin que les leltres ne puissent 
t()mber. Une petile roue à cxcenlrique, placée au-dessus du 
vide, et qu'un enfanl ou le compositeur fait mouvoir au moyen 
d'une pédale, pousse les lettres arrivées sur le composteur', et 
fait avancer la composition sur la partie horizonlale. A Tex- 
trémité se trouve un compositeur qui prend la coiviposiliun , 
en forme des lignes qu'il justifie, place les cadrais, elc. 

Cette machine, construite avec grand soin, fonctionne assez 
bien. Son inécanisine est fort simple, cl, sauf quelques aci ■- 
dents qui arrivent à l'enlrée des letlres dans le coin|Kislei 
et qui; nous croyons possible d'éviter, remplit bien sou but 
machine à composer. 

Elle est aussi remarquable par sa bonne exécution , qui 
permet d'entrer iinmédialemciit dans les ateliers, sans qu'^. 
ait trop à redouter do dérangenicnls et de [H-rks de \>-m\> . 
comme il arrive si souvent (l'ans les machines nouvelles ; ri 
l'emmagasinage des lettres est dis|Hisé de manière à p<nivoir 
charger la machine d'une grande qiianlilé à la fois, avantage 
qu'on n'avait pas encore su réaliser ; enliu son prix n'en e^! 
pas fort élevé. 

CL.VVIEIIS MfrAMQlES DL fAriTAlNE ROSENBORG. — ' 

machines sont, dit leur auteur, supérieures de tout poii. 
celles de .M.M. Voung et Delcambre. 

M.M. Voung et Delcambre penvcnl faire à l'Iieure une c ■ 
position de (j,Ot)0 caraclères; le capitaine Roseiiborg en p. 
taire une au moins de lO.SOO ; et la machine à disiribiier. q 
par le procédé Voung et Delcambre, occupe quatre ouvrit 
n'en occupe qu'un seul avec le procédé Rosenliorg. 

1" Machine à roiniHtser. — Le maitro compositeur, assis . i. 
front de la machine, ayant la copie devant lui, louche le cla- 
vier à mesure qu'il lit. Le jeu des touches fail sortir de leurs 
cassetins les lettres corropondantes, qui viennent secouclui 
sur une chaiiie sans lin , laquelle passe conslammeni par le mi- 
lieu de la machine , de droite à gauche. Par le mouvement de- 
ccllechainc, les caraclères, une fois ])osés, sont Irès-promple- 
nicnt transportés vers le iroc;)fnr/c, où, par l'aclioii d'une petite 
excentrique qui lourneavec une vitesse considérable, lescarai 
tères sont rangés horizontalement, run au-dessus de Taut' 
dans le même ordre que les louches du clavier ont été frappé. ■ 
Les lignes ainsi formées par les caraclères s'.ijustenl sur m. 
partie en forme de T. Un cadran à compteur cl une sonnelie 
avertissent le compositeur chaque fois qu'une ligne est com- 
plète. AKirs il fail loiirner une petite vis qui pousse la ligne 
achevée au fond du réceptacle ; puis fa main droite agii sur 
un levier qui pousse celle ligne uaus une rainure exlérieiin . 
mobile autour d'un axe. Ces opérations s'accomplissent en 
moins d'une seconde. Alors raide-coiiiposileur saisit île la main 
gauche , comme le représente la figure :i , rexlrémilé supé- 
rieure (le celle rainure , cl l'ayant amenée dans une position 
hori/.onlale, il lit la ligne (tes caraclères se tenant alors dans 
une position verlicalej. Ayant corrigé les fautes qui ont pu ^ 
rencontrer dans la composition , l'ouvrier, en levmtun gli 



L'ILLUSTUATION, JOLUINAL UiNiVEIlSEL. 



il. une le fond de la rainure, fait descendre tout d'un 
eoup iu ligne dans un compartiment où il met les espaces. 

Le trait principal d'innovation de cette machine est la cliaine 
sans fin sur laquelle les caractères sont déposés, et par laquelle 
ils sont transportés dahs le réceplacle. Les a\aiilaj,'i'S de cette 
chaîne sont que les caractères sont poussés en droile li^ne par 
la chaîne sans risque de désordre, sans danyer du moindre 
frottement; qn'anUmt de lettres pourront y être placées à la 
fois qu'il en piiii airiver de suite dans la série non interrom- 
pue de l'alphabet ; et, dans la pratique, il y a un grand nombre 
de mots et syllabes que le compositeur sait bientôt disposer 
de cette manière, par un seul coup sur les touches du clavier. 
Par exemple, orl , add , ail, accent, etc., sont des mots 
dont les lettres, se suivant dans l'ordre naturel, peuvent être 
composées par une seule pression sur les touches; la chaîne 
pousse les caractères dans l'ordre où ils y ont été déposés, et 
rien ne peut troid)ler cet ordre — On peut expliquer par ces 
accorda (de lettres semblables et composées d'un seul coup) la 
grande rapidité de la composition Rosenborg. Le mot accen- 
tuation contient douzes lettres, et exigerait vingt-quatre mou- 
vements de bras chez un compositeur ordinaire; mais avec 
la machine Rosenborg, le mot est composé en trois coups sur 
les touches : accentu-at-ion. 

^i" Machine à distribuer. — Cette machine , représentée 
figure 5, est entièrement détachée de la précédente et fonc- 
tionne séparément. Après le tirage, une portion de page ou de 
colonne de caractères est déposée dans un compartuuent. Les 
lignes sont amenées une fi une de ce compartiment dans un 
ehariot mobile par le moyen d'un glisseur ;'i manche. Au sor- 
tir de ce chariot , les lettres sont distribuées dans des cases 
particulières. 

Une ligne de caractères ayant été amenée du compartiment 
dans ce cliariot , le distributeur saisit de la main droite le 
manche du chariot et le ment vers la droile. Il lit alors la ligne 



qui est dessus, et ayant, de l'index de sa main gauche, levé la 
touche du clavier correspondant à la lettre la plus proche sur 
le devant du chariot, il meut ce chariot sur la gauche jusqu'à 
ce qu'il .soit arrêté par l'action de h louche levée. La lettre 
correspondante s'échappe de la ligne, cl, Idiuliant à travers un 
retrait fait pour la recevoir, elle e>l cdiidiiile dans sa propre 
case sur la planche horizontale, taiulis ipie, par l'action d'une 
petite excentrique ou came , elle est sans cesse poussée en 



avant pour faire place à la prochaine lettre qui descendra. De i perposés, ne pourront éviter, en ce 

cette façon, les caractères sont distribués et arrangés en li- | latéralement par le seul fait de leur propre masse. Ils tombent 



bientôt une position semblable aux premiers. La superposi- 
tion longiludmale , et dans le sens des canaux, de plusieurs 
caractères tombés les uns sur les autres , peut se présenter ; 
elle doit être détruite : il suffit pour cela de les faire passer, 
pendant leur descente, dans une portion de canal doublement 
incliné, et sur le sens longiliidiual, et sur le sens tranversal. 
Les rebords de cette partie sont plus bas que le plus mince 
des caractères : tous ceux qui, jusque-là , ont cheminé su- 
perposés, ne pourront éviter, en cet endroit, d'être entraînés 



gnes, tous les a dans une ligne, tous les 6 dans une autre, etc. 
tout prêts à être replacés dans leurs compartiments corres- 
pondants de la machine à composer. Cette opération de repla- 
cement se fait par le moyen d'un instrument qui peut à la fois 
enlever deux ou trois cents lettres de la machine à distribuer, 
et les transporter dans la machine à composer. 

Machines typographiqlf.s de M. Gaubert. — Ces ma- 
chines ont été exécutées, ou au moins paraissent destinées à 
fonctionner, au profil de l'industrie, postérieurement à celles 
dont il vient d'être question. Mais elles sont dignes d'attirer 
au plus haut degré l'alliMilion de Iciiiles les persuuiies qui s'in- 
téressent aux progrès d.' la iiiéeaiiKiue iiralii|iie ; elles donnent 
la solution de problèmes que les devanciers di' M. (iaubert ne 
s'étaient même pas proposés, ou qu'ils n'avaient que très-im- 
parfaitement résolus; enfin elles sont dues ii un de nos com- 
patriotes. Le lecteur concevra donc que nous entrions dans 
quelques détails en ce qui concerne ces appareils. 

Nous ne pouvons mieux faire, à ce sujet, que d'emprunter 
textuellement à M. Séguier le rapport qu'il a fait à l'Académie 
des Sciences, au nom d'une commission dont MM. Arago, 
Coriolis, Piobert et Gambey faisaient aussi partie. 

« Une curieuse , nous pourrions dire une étonnante ma- 
chine a été soumise à votre examen. M. Gaubert a appelé 




(Clavier lypograpliiquc de M.V. Young cl Uelcaiiibrc.; 



votre altenlion sur son gérotijpe, c'est-;i-dire sur son appa- 
reil à Irier et classer les éléments de la typographie. . . . , 



« La machine qui a été soumise à vos commissaires est 
composée de deux parties distinctes : trier et classer les ca- 
ractères livrés pêle-mêle à sou action , les emmagasiner en 
quantité suffisante et proportionnée au besoin de la composi- 
tion; dans les récepLicles mobiles est la fonction difficile de 
la partie que l'inventeur a nommée distribueuse. La partie 
appelée par lui composeuse est uniquement chargée de faire 
revenir, suivant l'ordre déterminé par l'ouvrier compositeur 
et à sa volonté, les éléments typographiques, pour les assem- 
bler rapidement et sûrement dans une forme ou un simple 
composteur. Pendant cet appel et cet arrangement tout mé- 
canique, aucun type ne doit être exposé à perdre la bonne po 
sitiou qui lui a été précédemment assignée. C'est la réunion 
de ces deux organes distincts, quoique solidaires, qui constitue 
la pensée mécanique conçue, réalisée et livrée à votre critique. 
« Le problème vient d'être sommairement énoncé ; expo- 
sons les conditions de sa solution. 

«La distribueuse doit recevoir pêle-mêle les éléments de la 
lomposition typographique, c'est-à-diie les caractères, les 
signes de ponctuation, les espaces, etc.; par une action inin- 
irlUijcnte, elle doit les isoler les uns des autres, les décoller; 
1 ar nous supposons la machine opérant sur les débris d'une 
fdi nie rompue. Elle doit s'exercer sur chaque type séparé- 
ment, s'assurer de prime-abord s'il se présente au classement 
dans une position normale, c'est-à-dire en termes d'impri- 
merie, l'œil en l'air, le pied bien tourné; elle doit ensuite 
le diriger vers le réceplacle spécial ipii lui est assigné; mais, 
comme une composition n'est pas formée de caraclères ré- 
pétés en nombres égaux, il importe que la machine puis.se ac- 



cumuler dans des réservoirs plus spacieux, ou plusieurs fois 
reproduits , les lettres les plus fréquemment employées. 
Cet enimagasinement doit être méthodique et progressif; les 
caractères d'une même classe ne doivent venir remplir le 
second ou le troisième réservoir de la série à laquelle ils ap- 
partiennent, qu'après avoir complètement occupé le premier. 
Pour que ce travail de classement soit vraiment utile, il faut 
qu'il soit rapide, sur, par-dessus tout économique. 

«La distribueuse, réduite aux proportions d'un outil auxi- 
liaire de l'imprimeur, ne doit occuper qu'une place restreinte 
dans l'imprimerie. 

«Les fondions de la composcuw consistent à restituer avec 
célérité et fidélité, dans l'ordre assigné par la volonté de l'ou- 
vrier compositeur, les divers éléments de composition déjà 
classés par la distribueuse. La composeuse a reçu le caractère 
dans sa position normale, c'est toujours dans cette situation 
qu'elle doit le rendre au compositeur on à la forme. Une page 
ainsi mécaniquement composée ne doit présenter à corriger 
que des substitutions d'un élément à un autre dans le cas 
a'un faux appel. 

« Essayons de faire comprendre, par une simple de.scrip- 
tion orale, l'ingénieuse solution à liqnelle, après un long et 
opiniâtre travail, M. Gaubert est enfin arrivé. 

« Imaginons des ma.sses de caractères (iris et jetés au hasard 
sur un plan incliné, garni de petits canarix longitudinaux ; nu 
léger mouvement de sassement suffit pour ébranler les ca- 
ractères, ils se désunissent, se couchent, tombent dans les 
cainnx, les uns parallèlement à leur direction, les antres for- 
mant avec les rigoles des angles divers. Les premiers carac- 
lères, bien engagés dès le principe, continuent leur descente; 
les autres, heurtés par leurs extrémités contre des obstacles 
verticaux entre lesquels ils sont contraints à passer, prennent 



dans un récipient spécial, d'où ils sont repris pour courir plus 
efficacement, une seconde fois, les chances d'un meilleur en- 
gagement dans les canaux du plan incliné. 

« Par la pensée, suivons les caractères : ceux bien engagés dès 
le piincipe continuent de descendre; les autres , tombés en 
travers des canaux, passent entre les obstacles, se redressent, 
prennent des positions parallèles; ils s'engagent à leur tour; 
les caractères superposés s'éliminent d'eux-mêmes. Les voici 
tous rangés les uns à la suite des autres; ils se touchent, ils 
se \)onssent, ils vont entrer un à un dans un premier compar- 
timent que nous pourrions comparer au sas d'écluse d'un ca- 
nal de navigation; la porte d'amont s'ouvre, un caractère en- 
tre. Les dimensions de l'écluse sont réglées de façon à ce qu'un 
seul puisse être reçu à la fois. La porte d'amont se referme, 
la porte d'aval s'ouvre à son tour pour les laisser descendre; 
les portes manœuvrent sans cesse, et tous les caractères fran- 
chissent l'écluse à leur rang. Expliquons le but de l'écluse ; 
pour cela, indiquons à quel traitement le caractère y est sou- 
mis pendant son passage: chaque caractère, ainsi momenta- 
nément parqué dans le sas de l'écluse, est comme exploré dans 
toute sa longueur, nous pourrions dire plus exactement en- 
core, est comme talé dans tontes ses parties par des aiguilles 
verticales que des ressorts appuient sur toute sa surface. Le 
caractère se trouve ainsi soumis, dans toute son étendue, à 
l'action des aiguilles, à la façon des cartons de la jacqnart, 
sur lesquels s'appliquent d(^ nombreuses tiges métalliques tou- 
jours prêtes à s eii^;agei <laiis les ouvertures dont ils sont con- 
venablement perces pour o|ii rer la levée de certains fils de 
chaîne, et former le dessin de l'étoffe. Comme le carton, le ca- 
ractère a ses ouvertures ; seulement elles ne consistent que 
dans de simples encoches pratiquées sur ses flancs : elles va- 
rient en nombre et en distance entre elles pour chaque es- 
pèce de type différent. Une partie des aiguilles buttent contre 
la masse solide du caractère , quelipies-unes tombent sur le 
vide des encoches et s'y enfoncent. Le nombre et la situation 
des aiguilles pénétrantes, en assignant une position particu- 
lière à un canal mobile de raccordement entre l'écluse et les 
réceptacles, règle la case dans laquelle le caractère ira forcé- 
ment se rendre à sa sortie de l'écluse. Le problême d'une di- 
rection spéciale et certaine à donner à de nombreux carac- 
tères vers le seul réceptacle qui leur convient, tout compliqué 
qu'il est , se trouve cependant ainsi résolu simplement par 
1 action de telle ou telle aiguille dans telle ou telle encoche. 

« L'opération que nous venons de décrire suffit au carac- 
tère entré dans I écluse dans une position normale; celui-ci, 
reconnu dans son espèce, est de suite dirigé sur le canal de 
raccm (leiiieiii vers son réservoir définitif. Il en est autrement 
de tous les eai.ielères arrêtés dans l'écluse dans une position 
vicieuse, il importe de la rectifier; les aiguilles, par leurs 
rapports avec les encoches, s'acquittent de cette fonction avec 
une rigoureuse fidélité ; un certain cran spécial , dit cran de 
retournement , est pratiqué dans tous les caractères , quelle 
que soit leur espèce, et à la même place. Suivant la position 
du caractère dans la première écluse, ce cran correspond à 
des aiguilles différentes ; or, le caractère peut être mai tourné 
de trois façons : il peut être couché l'œil en bas sur l'un ou 
l'autre flanc, ou bien encore l'œil en l'air, mais sur le mau- 
vais côté ; pour détruire chacune de ces trois fausses positions, 
la pénétration d'une aiguille spéciale , dans chacun de ces cas 
particuliers, fait prendre au canal de raccordement une posi- 
tion telle, que le caractère, au lieu d'être dirigé de suite vers 
son récipient définitif, est conduit à une série de trois écluses 
nouvelles, toutes trois à sas mobiles, mais chacune suivant 
un mode particulier : le sas de la première écluse tourne sur 
lui-même , suivant un axe longitudinal ; celui de la seconde 
suivant un axe vertical ; le troisième pivote sur un axe trans- 
versal. Par une féconde et constante application du principe 
des rapports des aiguilles aux encoches, c'est le vice lui- 
même du caractère qui détermine le choix du sas d'écluse 
dans lequel il sera détruit. Le caractère, ver.sé d'un flanc sur 
l'autre, tourné ou culbuté bout pour bout, sort du sas recti- 
ficateur pour continuer sa descente , et aller rejoindre dans 
son réceptacle propre les caractères de son espèce qu'une 
bonne position dans la première écluse a dispensés d'une 
telle épuration. 

« Tons les éléments do. la typographie ainsi classés et em- 
magasinés dans des proportions convenables , tous ramenés 
dans une position normale, la composition mécanique est dé- 
sormais rendue possible, même facile. 

« Voyons comment M. Gaubert a résolu cette seconde partie 
du problême. 

« Sa composeuse est une machine séparée et distincte ; elle 
puise les éléments de composition dans les réceptacles mômes 
où la distribueuse les a accumulés. Ces réservoirs, conve- 
nablement chargés de caractères , sont manuellement trans- 
portés de la première machine à la deuxième. L'inventeur de 
ces mécanismes n'a point voulu qu'ils fussent nécessairement 
solidaires , la rapidité d'action de chacun d'eux étant diffé- 
rente. Comme nous l'avons dit, hdistribueuse n'est soumise 
qu'à un emprunt de force mécanique inintelligente ; elle peut 
donc être mise eu relation avec un moteur qui marcherait 
nuit et jour et sans repos ; elle pourrait ainsi trier des carac- 
tères pour plusieurs composeuses. Les fonctions de celles-ci 
sont, au contraire, forcément régies par le temps employé à 
la lecture et à l'appel des signes composant le manuscrit 
placé sons les yeux du composileur. Ses fonctions se trou- 
vent ainsi subordonnées à l'habileté de l'ouvrier. Ce n'est 
pas que M. Gaubert ne put opérer mécaniquement, par la 



L'ILLCSTiUriON, JOUIUSAL UNIVEIISEL. 



principe (pi'il a adopté «t suivi , plusieurs compositions si- 
multanées d'un même manuscrit; il lui suffirait, en effet, de 
mettre en relation plusieurs séries de formes et de réceptacles 
avec une même composeuse ; mais aujourd'hui nous devons 
vous entretenir bien moins de ce que l'esprit inventif do 
M. Gauberl est capable de produire que de ce qu'il a déjà 
exécuté cl soumis à vos commissaires. Revenons dune à la 
description de sa aympaseuse. 

« Pour la faire plus aisément comprendre, bien qu'elle ne 
forme qu'un seul tout , nous la présenterons à vos esprits 
connue divisée en trois p:iili(s. Le haut reçoit les réceptacles 
cliaryés de caraclèics ; li; milieu est occupé par un clavier ; ht 
forme, ou le simple coiiipcisli'iir , a sa plare assit;iiéi> dans le 

bas. L'ouvricrcompiisilciir s'asscuil di'vaiil la iiiacli ■( le 

un or^anisle devanl mi or^riir; il a Ir iiiaimsciil dcvaut les 
veux: sous ses doi^ls esl un clavirr. Les loiiclifs en s(int 
aussi nondireuses que les iIImms (•léiiicnls lypiit;ra|ilM(pics né- 
cessaires à la composiliiiii d'une loiiiic. La plus V-^vyi- pres- 
sion des doigts sullit pour faire ouvrir une soupape dont l'ex- 
Irémité inférieure de chaque récipient est munie ; à chaque 
mouv(;m(!nt du doif;t, un caractère s'échappe, il tombe dans 
un canal qui le conduit précisé ni à la place qu'il doit oc- 
cuper dans la forme: successivement les caractères arrivent 
et |)rennent position. Pendant leur chute, ils ne sont pas 
abandonnés à eux-mêmes, ils sont soiuneuscment préservés 
contre liiules les chances de perdre la bonne position que la 
dintriliiii-iisc leur a lidèlement donnée. Chaque caractère, quel 
que soil son poids, ai rive à son ranp; ; les plus lourds ne peu- 
vent pas devancer les (ihis li'gers, ils conservent rigoureu- 
sement l'ordre dans Ircpiel ils ont été appelés. Un double 
batleniMil du diii^jt sur une même touche amène la même 
letlie deux l'ois ii^pi^i'c; ii's mots, les phrases se composent 
[)arle niniivcliliMil siici-cssifdes doijzIsdi'S diMl\ Mi:'ins, comme 
se jolli'rait un passade musical (pii ne (diiliiMidiail pas dr 
notes frappées eiiscmlile ; un loiirlier scmhialilc à l'cviMMiliiin 
de ganunes ascendanlcs el desci'iidaiiti's feiait linid)cr dans 
la forme les lettres de ralplialicl de ri vu z et de r eu a. » 

La seule attention imposée an compositeur est donc de bien 
lire son manuscrit, de poser les doigts sur les seules touches 
convenables, pour ne pas faire tond)er dans la forme une lettre 
au lieu d'une autre. La machine se charge de déplacer la forme 
à mesure qu'elle se remplit: il paraît que c'est elle qui prend 
le soin de la justification. 

«Vos commissaires n'ont pas vu exécuter sous leurs yeux 
cette délicate fonction. L'assurance leur a été formellement 
donnée que le niéeanisine di'sliué à ce dernier travail était 
non-seulement cniien , mais encore en œuvre d'exécution. 
Maigri'^ lesdirii ailh's uii'eaniipies que celte opération présente, 
Vos commissaires ont foi dans l'esprit inventif de M. Gaubert. 
La possibilité de ce qui lui reste à faire leur semble garantie 
par ce qu'il a déjà fait. » 

Mise en pratiqce des machines typographiques. — On 

n'est pas d'accord siirréconomicqui peut résulter,pour les frais 
d'impression, de l'emploi des machines à composer et à dis- 
tribuer. Un habile ouvrier compose douze à quinze cents et 
tout au plus deux mille lettres à I heure, dans les circonstances 
les plus favorables. La machine de MM. Young et Delcambre 
n'en compose guère plus de sept mille; le capitaine Rosen- 
borg prétend que sa machine en donne vingt-quatre mille. 
Un journal a même prétendu que ce nombre, pour la machine 
de M. Gaubert , s'élèverait à quatre-vingt-six mille lettres à 
l'heure. Mais ce chiffre doit être dix fois au moins trop con- 
sidérable. 11 ne lieu! pas eu être, eiieffel, d'une niacliiiie à com- 
poser comme d'un piano, par exempli'. Un arlisle, en impio- 
visant, pourra peut-èlri' promener ses doigts sur miclavieravec 
une rapidité telle qu'il agileia ipialre-vingt-six mille touches 
en une heure; mais un compesilem typographe n'improvise 
pas et ne possède pas dans sa miMnoiie ce qu'il doit compo- 
ser ; il a devant lui sa copie, écrite le plus souvent avec peu de 
soin. 11 dciil, avant de faire agir ses doigts, lire avec altenlioii 
et bien coinpieudre le sens de ce qu'il a lu pour appliquer con- 
venablement la ponctuation , l'orthographe et les règles de la 
grammaire. Viennent encore l'arrêter les ratures, les renvois 
dans les marges, etc., etc. Certes, on accordera qu'il faut deux 
fois plus de temps à un compositeur typographe, empéclu' par 
toutes les difficultés quel'on vient d'énumérer, pour lire un pas- 
sage manuscrit que pour lire ce même passage sur de riiii- 
primé. Oi', pour fiia^ les douze colonnes d un journal d'un bout 
à l'autre, sans en rien omettre, ainsi qu'est obligé de le faire 
un ouvrier coiniiositeur, il faut plus d'une beiiie. Ces douze 
colonnes contiennent à peu près les ipialie-vingl-six nulle let- 
tres dont on parle. Il aurait doncl'allnaii c(]mpii>ileiii au moins 
deux heures seulement pour les lire sur sa copie ; il n'aurait 
donc pas pu les composer en une heure. 

Ce compte d(! (piatrc-viiigt-six mille lettres par heure est 
tellement exagéré, ipie, dans nu raiiport qu'une commission 
était chargée de l'aire à l'associaliuii des imprimeins, le rap- 
porteur n'accordait à une autre iiiacliiue, également à clavier, 
d'un mécanisme très-simple et d'un jeu très-facile, celle de 
M. Delcambre, que quatre-vingt mille, non pas par heure, 
mais /wrjowr de ilix Iwurcs, ce qui ne faisait que huit mille 
à l'heure, el l'inventeur lui-même n'en accusait que douze. 
On conçoit du reste que, comme ces machines exigent un 
certain nombre d'ouvriers (six à huit), dont quelques-uns doi- 
venlêtre payés assez cher, il faudra ipie le nomliredes lellres 
composées soil bien cousidéiahh^ pour que l'économie de 
temps résullaiil de leur emploi compose l'excédant di' dé'- 
penses ir'sullaiil du eapilal (|u'il faut y consacrer et des frais 
d'enlielien. Dans un travail intéressant, inséré an Hullrlin 
ttjpiiijrdphiijm' . M. C. Laboulayi,' évaliK! à un septième seu- 
lement, tout au plus, l'('e(iiiomie produile par la machine 
Voung-Di'IcamIiie, non compris l'iiili'rèl el l'amoi lis^emenl du 
capital, ni l'eiilrelieii. Il lidlive ipie la macliiiie de M. (iaiilieil 
pourra doimer mie l'cniKimie cumprisi' entre mi ipiarl el un 
tiers, mais tou|ours ali-^liaclinn f.iile du piivd'aclial, qu'il ne 
cote pas à moins de 50,000 l'r., et de celui de l'enlrelien. 
Quoi qu'il en soit, dès aujourd'hui, des claviers typogra- 



phiques fonctionnent régulièrement en France et ù l'étranger. 
Le London-I'haldrix annonçait dans le mois de juin iMi, 
que son numéro avait été composé par une machine, et dans 
la livraison suivante insérail un article dont cette machine était 
l'objet, et qui avait été composé par elle pour le JUorniuij- 
Chronicle du 14 juin. 



l^ Courrier du \ord, dans son numéro du Uiardi 5 janvii 
I8i3, nous apprend lui-même ainsi son système de cumpo 
silion : 

u Comprenez-vous? — Non. — Eli bien! venez voir d>; vi 
propres yeux. Que dis-je? Venez vous exercer vous-même si. 
ce piano de nouvelle espèce, el vous fvrez bientôt ce que j 




(Olavicr typograpliii|ue du capilaine Uosinborg. — Fig. 1, Uacliiiie à cnmposirj 



fais moi-même, car j'avais oublié de vous le dire en commen- 
çant, laissant de coté encre, papier et plume mélallique, c'est 
tout siui|ileinont à l'aide de celte macnine que je vous écris 
aujourd'hui. Mes mots se forment, mes phrases s'allongent 
sous mes yeux, elles viennent se caser d'elles-mêmes, et, 
.sans avoir dans l'art typographique plus de connaissance que 
vous n'en avez, grâce à celle machine quasi intelligente, me 
voici compositeur. C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.» 

De l'invention de la typographie mécanique. — M. Sé- 
guicr, dans sou rapport à l'Académie des Sciences, a cité 
M.M. Ùallanche el William Cliurcli comme ayant fait des essais 
remarquables dans ce genre avant MM. Voung et Delcambre. 
M. Mazure a aussi travaillé de concert avec M. Gaubert, et il 



est arrivé de son côté, dit-on, à une solution du problème o 
la distribution. 

Le nom d'un philosophe et d'un littérateur de la Dorléc .. 
M. Ballanche, placé ainsi au nombre de ceux qui se sont o 
cupés avec succès du problème de la composition mécanique, 
n'a rien qui doive surprendre. M. Ballaiicne était imprimeur ; 
Béranger et Pierre Leroux ont été simples ouvriers typogra- 
phes. Celui-ci, dans une lettre adressée il M. Arago et lue à 
l'Académie des Sciences le 2 janvier dernier, a rappelé que. 
le premier, il y a vingt-cinq ans, il avait eu l'idée de corapoier 
des pages d'imprimerie avec une inacliiDe, et que cette idée, 
il l'avait réalisée. Il avait entrepris de faire subir une modifica- 
tion à l'art typographique presque tout entier. Voici son idée 
fondamentale : u .\u lieu de fondre les lettres une à une. un 




(Clavier trpi)i;r..phl<|ij 



rapilaiiic Uos.iilmri!. — Fig. 3, llacliino a Ji5lhl>urr ) 



eu fondra des rayons enliers; au lieu de iî.'i millimèlres envi- 
ron de liges, li'S lellres n'en auront (pie 7 ; au lien de compo- 
ser avec la main, ou cniiiposera avec une machine ; eiiliu, au 
lieu de faire des avances de papiei- et de tirage, on conservera 
les p.iges comme les cliciiés stéréotypes. » 
Examinant les avantages (jui doivent résulter de ce système, 



M. U-ro.ix trouvait que, « sans parler de U rapidité de h 
composition, et en la comptant pour rien, il donne un impor- 
tant résultat , à savoir, que l'on stéréotype ainsi Siins aucuns 
Irais, et en avançant seulement la quantité de métal néces- 
s;ure; qu'il représente l'imprimoric mobile et le sléréotypage 
à la fois, avec tous leurs avantages respectifs. <• 



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tierc (li^ l■.lll1lai^>a(n■c^ lii(i(iai((c> (pie V(i(is V(i((> pcnp.isc/. d'c- 
Uidicr : jcicz (in <(i((p d'o'il lapidc s(ir la lalilc analMi.pic des 
niatiei-cs, cl vods Iniuvcrc/ a l'iiislaiil iii(''i(ic le Irailr --pici.il diint 
vous ave/ hcs.iiu. — i:i( cIVol, ce Ihmk viiUinic de 2i rciiillcs à 
2 CiiliiiiiK'sdc V.\ lignes cipiivaul a 21 Vdliiiiio in-S de r>Til pa^(_■s. 

I.e lilcc cl l'idci' prcdiiciv du Million dr Faii^ a|.paiiicniiciit 
:iux.\nglais, mais rc\cciiliiPiic(icsl loiilc frainaisc. Ainsi l'Ilhis- 
t ration \m\ic, sans le (dpicr, U'](i((nial ipii |iaiail a l.(iiidre,s;,(iiis 
le litre de Landon JllusUatcd Xcivs. Le Milli,>ii nf F,„ls obtint 
pn Angleterre un brillaiil sncccs, bien iid'uiic riiiiipicjiiiclli;^ci(te 
lui ivpnH li.M de ^iMNc- drlaiilv •. le luaicpie de idelllode, l'edds- 
sion de iviiiiine- seiellee^ i m p( .Il a M h'-., des envdrs iKHiibreiises 
dans les lailx, des lieivsies inenivahles dans le- lliiaxaes. (>(( de 
pouvail (ledc passeiiLiev a le Ir.iddlre; il lalliil le r.d'aire eidie- 
renuMlt. lies eciivaids deia (niimis axaula^eiiseiiieiil dans Ic^ 
sciences cl dans la lilleraliire se eliaryereiil de eel iiiiideiise lia- 
vail, et (■(••iiidiereul seds leur liirdie la plus concise tons les résul- 
tats de ipielipi ■ iuipei laiiee (pii soûl ileliuitivemeut acipiis à Tes- 
pril liuidaid. Aussi le Mllllun Je Faits fran(;ais n'est-il pas muids 
lieureiix (pie mik ri\al d'oulre-nier. Deux éditions cpuisces en 
six mois oui preuve a ses ailleurs (pie le public savait encore — 
bien (]ue des esprits chagrins allinnent le contraire —apprécier 
les ouvrages sérieux et utiles, quand ils sont coii(.'ns avec intelli- 
gence, et rédiges avec autant de conscience que de talent. 

Colonies éirançiéres et Haiii, ré.<iultals de rémancipalion an- 
glaise, par Victor Schoelciier. 2 vol. in-8. Paris, IS-iô. 
(Pagnerre) 12 fr., avec une carte de Haïti. 

M. Victor Schœlcber poursuit avec un /('le niériteire la grande 
(cuvre qu'il a entreprise. — L'année dernière il avail, dans son 
ouvrage sur les Cuhmics françaises ( 1 vol. in-S), deciil l'escla- 
vage, 'el i-n.iiNe .pi'il elail nécessaire de l'abolir. — Ses Flmlcs 
des ci /".- ,; ,/»-„', es, ipii viciiiieiU de paraiire . (((((iplelereiil 
le tableau, eu ineiiliaul la pivparaliou a rallraiii liisseuiciil dans 
les ilcs daiKiiscs, rallrancliisscu.eiil da((s les des anglaises, la 
liberté dans ll.dii. « Le Iccleiir, dil-il, parcuurra de la sorte tou- 
tes les pliascs do celle l(aule (|uesli(>ii : le passe, le présent, le 
coiumeuccnieul de l'avenir, l'avenir réalise; il verra à l'anivre 
ces hoinmes dont les planteurs ont conlesie l'intelligence, la 
bonté, l'educabilité, et jusqu'à la resseniblaucc avec l'Iionnuc; 
alors il pourra les juger tels qu'ils sont. Toute nui; race vouée 
depuis des siècles a la barbarie et à Pesclavage , s'essayant à la 
lilierté et faisant ses premiers pas dajis la civilisation, quel su- 
blime tableau! » 

Un voyage fait, en IS4I, aux colonies anglaises et aux îles c- 
pamioles, Vedi|ilil loul le pivuiiei- volniue. Apres aveir ivsdiiic 
l'histoire de l'acte lueiiior.ible d(i l'arled(edl ! -.'S aoi'il 1,s:,-|, ipii 
prodoucail l'abulilion de l'csclaNage dans loiiles les colonie- de 
la (irau'de-lîrclagd.', M. Victor Scliadclier examine .piels ,,iil ele, 
a la Doidiuhpie, a la Jamaïque cl a Anligiic. les ivsidials ,!,■ celle 
rcMilutiou. A l'ueilo-Uidi cl a Cuba, l'esclavage icgiie eiieeiv, 
plus iuipi|H\;dile . plus liorrilile, plus dégradant (pie j'artont 
ailleurs; niais M. Si Ihilclier rappelle aux colons espagnols ces 
paroles proplieliipies de VI. de lliimboUlt : u Si la le^islalion des 
Antilles et l'elaldcla race africaine n'eproii\enl pas liieiilèl des 
changeuienls salutaires; si l'on conliiiiie a di-, iiiei sjus :,j;ir, 
la pr('poudei-ance politique passera cuire les mains .ie (eux (pii 
ont la force du travail, la voloulc de s'allrancliir et le courage 
d'endurer de longues privations. » 

Les habitauts des idlouies danoises, Saint-Tliomas et Sainte- 
Croix, ne veillent d'.incaucliissenieut sons aucune forme, mais le 
gouverneur, M. l'eler V(U( Scliollen, use largement de son pou- 
voir absolu pour aiiudierer la eoudilion des esclaves, et réman- 
cipalion frau(;aise dctermiuerail infailliblement celle des îles 
danoises. 

line iuièressante histoire et une description détaillée de Haïti 
(iccu|>ent environ les deux tiers du second volume, qui se termine 
par des rellcxions sur le droit de visite et un coup d'a'il sur Petat 
de la (pieslion d'anrancliissc(nent. Le tome premier renferme, 
en outre, l'acte pour l'abililioii de l'esclavage dans les colonies 
aii;;laiscs, et une histoire abrégée de la traite. 

i;e nouvel ouvrage de M. \ i( tor Scbolchcr est plein de faits 
curieux, d'observalTons judiiieuses et de nobles pensées. On sent 
eu le lisant (piil est eiiit par un lioiiiine de c(eur, qui exagère 
souvent le mal ipi'il déplore comme le bien (pi'il désire voir se 
réaliser," mais (pd, du nmins, alors même (pi'il se trompe, ne 
connnel jamais une erreur volonUdre dans riubaèl de la grande 
cl sainte cause au triomphe de laiiuelle il a si gcnereuseuicnt 
( onsacré sa vie. 

Voyages de la Commission scientifique du ^ord en Scandi- 
navie , en Laponie , au Spitzberg, aux Fero'e , pendant les 
années 1858, 1859 et 1840, sur l;i corvelle la Recherche, 
commandée par M. Fabre, lieulenanl de vaisseau, publiés 
par ordre du roi, sous la direction de M. Paul Gaimard, 
président de la Commission scieidifuiue du Nord. — Géo- 
logie, minéralogie, métallurgie et cliimie; par M. J. Duro- 
ciiER ; première partie, première livraison. I11-8 de treize 
feuilles trois quarts. — Paris. 1843. {Arthus Bertrand) 
8 fr. 50 la livraison; G fr. 50 par division séparée. 

Ce bel ouvrage, dont la première livraison vient de paraître, se 
composera de 20 volumes el de 7 atlas, contenant olti planches. 
Il se divisera en neuf parties, auxipielles on peut souscrire sépa- 
rément : 1° Astronomie, pendule, hvdrographie, marées, 1 Vol.; 
- 2° Météorologie, 3 vol. ; — 5" Magiietisine terrestre, 2 vol. ; — 



4° Aurores boréales, 1 vol. ; — S" Géologie, minéralogie, métal- 
lurgie el ehiniie, 2 vol.; — (>" Botanique, çèograplno-botani(pie, 
géo-ra|ilii(-ph\si(pie, physiologie cl médecine, 2 vol.; — "»Zoo- 
lo"ié, r> vol ; — H» Histoire de la Scandinavie, Histoire littéraire. 
Relation du voyage, i vol., par M. X. M.\RMiF.n; Histoire et 
mythologie des Lapons, par M. Loestadus; — 9° Slatistuiue de 
la Scandinavie, de la Laponie et des Feroë, \ vol., avec un atlas 
de ôii tableaux. , , , 

La France avait exploré les contrées les plus reeidees des mers 
du Sud ; elle avait confié à ses marins de vastes missions, publié 
de magnili(pies ouvrages sur l'Asie, sur 1' Am('ri(|ue, sur POcea- 
nie; elle pénétrait, après la glorieuse c(Ui(p(éle d'Alger, dans 
Pinlerienr de l'Ah i.pie, el le >ord ne nous était guère connu (|ue 
par les idations des Anulai-, des Hollandais, des Allemands. La 
publication des r„y„„es ,lr !„ Cxmnission scieiitifiiiiie rf» x^..r(/, 
cn Scanilinaiic, cn 'Laimnir, nu S/.ilzhcrri et aux Fcroc achèvera 
de combler cette lacune, (pi'avait deJa rempHeen partiele l'oyage 
en Islande et au Groenland ( 7 vol. iu-8 el 2 atlas de 24(j planches). 

Essais de Politique industrielle. — Souvenirs de voyages. 

France, République d'Andorc, Belgique, Allemagne ; par 

Michel Chevalier. 1 vol. in-8, 44C pages. Paris, 1843. 

(Gosselin.) 8 fr. 

Les nouveaux Souvenirs de royaje de M. Michel Chevalier 
contiennent la collection d'une série d'articles qui ont paru de- 
pids 1856 jusqu'en 1842 dans le Journal des Débats, el 1 auteur 
n'a pas expliqué pourquoi il réimprimait, sans les reunir par 
aucun lien, ces divers Essais de politique industrielle. Des la 
première page le lecteur, qui cherche vaiueincnt une prelace, 
se trouve transporté à Liège, en tisr.ii. i;i voye/ ipud est I nu'""- 
vénient de ces réimpressions textuelles : « l'âge 21, M. .Vlu bel 
Chevalier anuouce (pie les lielges sont a parlementer avec k'S 
l'russicus, i.oiir obtenir la couliniialion des travaux du chemin de 
fer de Vervieis a Cologne. " C.elte ii(iu\elle pouvait avoir do l'in- 
tcrèteii tsr.ii; mais iiiaiiileiiaiil ipie les negocialious ont réussi, 
mainleuant (pie le cliemin de ha' est i.resipie acIicNc, a ipioi bon 
iKUis répéter ipie le- liekes s,, ni a parlemeulcr'.' .M. Michel Che- 
valier a M bien cou(pris la portée de cette objection, ([u d a aj(uile 
à ses articles, beaucoup trop vieux potu- l'année 1845, cinquante- 
deux notes (le rcctiticalions, (pii font plus d'un quart du volume, 
c'est-à-dire cent vingt-cinq pages environ. 

De la Bclni.ine, M. Michel Chevalier Iraiisporle son lecteur 
dans la vaUe'e de l'Ariege el dans la rep((blh|ue d'Andorc il.s-.T,; 
il visite ensuite Tonhuise et Marseille i l.sr.Sî, pins la IJaMcre, la 
Saxe, lalîohémeet l'Autriilie isiii,; eiilin il termine >es perc- 
"riualious iuduslri(dles eu AKaie. on il raconte les lètes de l'i- 
naimuralion du chemin de 1er de SlraslKUirg a Hàle. 

m'. Michel Chevalier ne laisse rien perdre de ce qu'il a ("crit. 
Outre les rectilicalitins dont nous avons déjà parle, les noies reii- 
fernieiit nu certain uiuiibre de petits articles l'ublies a ducrscs 
ép0(Uies par le Jonrnul des Ih l.ats. Du reste, nous nous (■(((pres- 
sons de reconnailre (pie M. Michel Chevalier est un de ces écri- 
vains dont on relit toujours les jibis légères productions avec 
plaisirct avec prolil. Ll'^ h's'.uls de politiijue industrielle doivent 
prendre place dans toutes les bibliothèques à côté des Lettres sur 
l'Amcrii/iie du Nord, et du grand ouvrage dont M. Gosselin vient 
de incllrc on vente la dernière livraisen. Histoire et description 
des roics de communication aux Etats-Unis et des travaux d'art 
qui en dépendent, 2 volumes ili-i" et atlas in-folio de 25 plan- 
ches. — 50 fr. 

Théorie du Jurij, ou Observations sur le jury et sur les insli- 
lulions judiciaires criminelles anciennes et modernes; par 
C.-F. OuDOT, ancien conseiller à la Cour de Cassation 
(ouvrage poslliuir.e). 1 vol. in-8. Paris, 1845 {Juubert). 
7 francs. 

Avocat au Parlement de Dijon, substitut du procureur-général 
avant la révolution de 1789, M. Ouilot lit successivement partie 
de l'Assemblée législative, de la Convention, du Conseil des Cinq- 
C.enls el du Conseil . 's Anciens. Nomme, eu ITHd, sU|.pleaut a 
la Cour de Cassation, |>iiis l'anuee suivante juge titulaire, il ren- 
plit ces honorables ton. lions jusipr.- .a seconde Ueslaurali.ui. — 
La loi du 12 janvier ISlIl l'avait exile, celle du 11 seplendire 
1830 1e rappela a faris, ou il inourul en tSil, ài;e de (piatie- 
vingt-six ans. Pendant la majeure partie de celle vie si bien rem- 
plie, M. Oudol travailla à son ouvrage du jury, qu'il chargea un 
de ses amis de publier après sa mort. 11 s'était efforcé , comme 
il le' (lit lni-n(éine, de réunir, dans un cadre resserré, tout ce 
qui lui avait semble lu-opre a faire apprécier les principes es- 
sentiels du jury, à eu faire eonuaiire l'esprit el le but, a en dé- 
montrer les av'antages, aliii d'attacher les liomnies libres a cette 
institution par tous les motifs qui doivent la leur rendre chère. 

M. Oudot lie s'occupe que du jury en matière (riminelle. Il 
cherche d'abord l'origiue du jurydans les anciennes iiisliliitions 
judiciaires des Cerniains; puis il compare ces iustitulious avec 
celles (pd les ont remplacées au !\l"yeu-Age, el avec le jury tel 
(jiril exisie actiudleinent en Aniilelèrre , aux Etals-Unis el en 
l'rauce ; eulin, de ce raprocliemeul il déduit sa théorie du jury, 
c'esl-a-dire les principes qui doivent constituer le jury dans le 
but ipi'il doit atteindre. 

Dans ccIIl' seconde partie de son travail, M. Oudol a surtout 
examiné et cherché à résoudre les graves ipiestioiis suivantes: 
— 1" Quels sont les citoveus ipii |ienveul repiescnlcr la . ile dans 
la mission des jurés'? —2" nuelle doit ('■Ire l'elendiie de leurs 
pouvoirs'? — r>" Kst-il nécessaire de soniucltre l'accusation a un 
jury préalable ? — 4" Quel doit être le mode de la formation de la 
décision du jiirv de jugement ? 

I.e chapilreiiiii a pourtilre ; Qiie'>/ues idées sur la justice et sur 
le clini.i- dc-ijiiréx. a nu intérêt de circonstance. — Longtemps 
avant l'inventi(U( desy»n:.s;-r<.4c.s c/ lii.rcs, M. Oudot avail prédit 
(page 47), « (pie l'altribution de choisir les jures, donnée aux 
préfets, anéantirait le jury, el le converliiail en une commission 
judiciaire permanente el légale. » 

Les Musées d'Espagne, d'Ânglelerre et de Belgique, Guide 
et Mémento de l'artiste et du voyageur, faisant suite aux 
Musées d'Italie, par Louis Viardot. 1 vol. in-18, format 
Cbarpenlier. — Paris, 1843. {Paulin.) 3 fr. 50. 

M, Louis Viardot vient de faire pour les Musées d'Espagne, 
d'.Aimleterre et de lielgi(iue, ce qu'il avail fait f année dernière 
ponrles Musées dllalie, ce (ju'il fera l'année prochaine pour les 
galeries de Munich, de Vienne et de Berlin. Le nouveau volume 
de la Bibliothè(iue des C.onuaissauces utiles, mis cn vente celle 
semaiuechez M. Paulin, renferme une des( ripliou détaillée de 
tontes les (l'uvrcs d'art (pie possèdent Madrid, Londres, llamp- 
loncnurt, Bruges, Anvers el Bruxelles, cl deux curieux chapilres 
sur l'Alhambra el Pabbave de Westminster. Ces deux monuments 
célèbres qui, peur l'architecture et la statuaire, sont de véritables 



musées, coupent, par d'autres matières, l'inévitable nionolunio 
des (lescdptious de lalilcaux. 

Coinioe les Musées d'Italie, les Musées d'Espagne, d'Angle- 
terre el (le Helgiipie serviront non-seulement de guide et de mé- 
mento aux artistes el aux voyageurs, ils se recommandent en- 
core aux amis de Part, qui se résignent à en étudier les monu- 
ments sans quitter leur pays. 

Histoire naturelle de l'Homme , comprenant des recherclies 
sur rinfluence des agents physiques et moraux considérés 
comme causes des variétés qui distinguent enire elles les 
différentes races humaines; par J.-C. Priciiard; traduite 
de l'anglais par le docteur F. Roulin (40 planches gravées 
et coloriées et 90 figures gravées sur bois, intercalées dans 
le texte). 2 vol. in-8. — Paris, 1845. J.-B. Bailliére , li- 
braire de l'Académie royale de Médecine. Prix :^20 fr. 

L'histoire naturelle de l'homme, dont le savant docteur Boulin 
publie une traduction, s'adresse moins aux savants qu'aux gens 
du inonde, aux persiuiucs (pii, sans vouloir faire nue élude spé- 
ciale de l'anthropologie, desireni avoir, sur ce sujet, des notions 
générales. M. le docteur l'richaid a iudiipie rapidenienl, mais en 
traits dislinils. dune part, tons lescarai teres physiipies, c'esl- 
à-dire les \aiietes de (onleiirs, de iihysiononiie, de proportions 
corporelles des dinérentes races humaines; de l'autre, les i-arti- 
cularilés morales cl intellectuelles qui servent également à dis- 
tinguer ces races les unes des autres. U s'est en outre efforcé de 
faire connaître, autant que le permellait Pélal actuel de la 
science, la nature el les causes de ces pheiioiucnes de variétés. 
I):ins ce but, il a de. lit les dilli renlis ualions dispersées sur la 
surface du globe, el resiim. lent ( c ipTiui sait du rapport (pi'elles 
ont entre idles, tout i >■ ipiOnl pu faire decoinrir, relativement à 
leur origine et a la première période de leur histoire, les recher- 
ches hisloriipies et iihilologiipies. 

Cette élude achevée, ces |iremisses posées, M. le docteur Pri- 
ciiard en tire lui-nième, a la lin de son second volume, la conclu- 
sion suivante. « Lu resunie, dit-il, si nous considérons l'ensem- 
ble (les êtres (pii jouissent de l'exercice de la raison et possèdent 
l'usage de la parole, nous trouvons chez tous (queh|ue dillereuce 
qu'ils puissent présenter d'une famille à l'autre, sous le rapport 
de l'aspect cxtcrieiir) les mêmes sentiments interieins, les inè- 

s désirs, les U(èines aversions; tous, au fond de leur cicur, se 

reconnaissent soumis a renipire de certaines puissances i((viji- 
bles; tous ont, avei une notion plus OU moins claire du bien et 
(In mal. la (dusiienee d(( cliàtiinent réservé au crime par les 
agents d'une justieedislributivc, a hupielle la luoi t même ne peul 
les soustraire; tons se mollirent , quolipie a dilbrenls degrés, 
aptes a recevoir la culture iini développe les facultés de l'esprit, 
à être éclaires par la lumière plus vive el plu,s \iure (pie le cliris- 
lianisme répand dans les àines. a se i (informer aux praliipies de 
la religion, ;iiix haliiliides de la vie (ivilisee; tous, en un mol, 
ont la même nature mentale. (.Inaud donc nous rapprochons de 
ce fait, qui est incontestable, ceux (|(ii se rapportent a la diversité 
des instincts et des autres phénouienes psyehologi(pies des ani- 
maux, diversité sur l.upielle repose iiriiicipalemeul, comme nous 
l'avons fait voir, la distiuctinn des espèces, nous nous sentons 
pleinement autorise a coiu liire (pie toutes les races humaines 
appartiennent à une seule et même espèce, qu'elles sont les 
branches d'un tronc uniipic. » 

Voyage où il vous plaira, avec vignettes, notes, légendes, 
commentaires, incidents, et poésies; par MM. Tony Johan- 
>0T, Alfred de Musset et P.-J. Stahl. 1 vol. in-8. — 
Paris, 1843. Heizel. 33 livraisons à 30 centimes. (Ont paru 
14 livraisons.) 

Le spirituel écrivain qui persiste à se cacher sous le pseudo- 
nyme de Stahl, Pauteur des Scènes de la Fie puUirjue et privée des 
Animaux, n'a pris celle fois que deux collalKiraleurs, un homme 
de lettres et un dessiu.deur, MM. Alfred de Musset cl Tony Jo- 
hamiiit. — U nous est impossible de nous prononcer sur le mérite 
d'un livre (pii n'est j.as encore achevé, sorte d'enigiue poétique 
dont la dernière page doit coutenir l'explication. .Mais, ce qui est 
positif, c'est ipie le'/ 'm/,/,,? Cl'' il r.nis pluliu olitieut des à présent 
nu grand el legilinie succès, car jamais peut-être M.M. Stalil et 
Alfred de Mu.sset n'avaieul écrit avec un slvie plus pur et plus 
élégant un conte plus original. Soit (pi'il nous montre une jeune 
lille amoureusement suspendue au bras de son fiancé, soit qu'il 
nous représente des être- lai.lasliques el bizarres, M. Tony Jo- 
liannot fait toujours preuve d'un talent gracieux el distingue. Les 
auteurs du Fayai/e où il vous plaira peuvent donc être certains 
<pi'aucun des lecteurs (pu ont entrepris avec eux celle charmante 
excursion ne les abandonnera en roule. 

Sylvio Pellico, Mes Prisons, suivi du Discours sur les devoirs 
des hommes, traduction de M. Antoine de Latour ; avec 
des chapitres inédits , les additions de Maroncelli , el des 
notices littéraires et biographiques sur plusieurs prisonniers 
du Spielberg. — Nouvelle édition illustrée par Tonv Jo- 
HANNOT (100 gravures sur bois, dont 23 imprimées à part 
du texte), 40 livraisons ii 50 cenlimcs. — Paris, 1845. 
Charpentier. 

Le livre des Prisrns est trop connu pour qu'il soit nécessaire 
d'en faire Peloge; nous annon(.ons seulement la publication de 
cette nouvelle édition illustiée, dont la première livraison vient 
de paraître. 

Collection de Tableaux jiohjlechniciues , par une société d'an- 
ciens élèves de l'École polytechnique, de professeurs, etc.; 
sous la direction de M. Augusle Blusi. 

La plupart des connaissances humaines ont été résunu'cs eu 
tableaux svuo|itiipies. On cou(;oit en cit'el de quelle iinporlance 
sont des tableaux (pd permettent d'embrasser d'un coup d'ieil un 
ensemble de faits, de saisir leurs rapports cl leur enchaînement, 
(lui serveu', eu un mot , à économiser le temps et à conserver 
(les eenuaissauces laborieusemeiil acquises. 

Ce qu'on a fait depuis loiigtein\is pour la géographie el pour 
l'histoire, une société d'aiu iens élevés de Phcole polylcchniipie 
essaie de le faire pour les s( ieuces positives, pour les mathéma- 
tiques, la physique, la chimie, ixuir toutes les scieuces exactes 
enfin, soit lhèori(pies, soit d'application. 

Celte utile coHeclion doit contenir ipiatre séries où seront ré- 
sumes toutes les eonnaissauces m cessaires pour l'admission aux 
écoles, tons les cours professes dans ces écoles, à la Faculté des 
sciences et aux écoles d'application. — La Irigonomélric recti- 
iigne, l'algèbre et la physique ont déjà paru. 



L'ILLUSTRATION, JOUILNAL UMVERSEL. 



Les Annonera d« L'ILLl'STBATION coùlCDt 75 eeDllmra la llKor. — Elles ne pcoveal élre Imprimées qoe soltanl Je mo4e n avec le» caraettres adopté* par le Joarsal. 



LE DROIT, JOUniVVL DES TRIBLWUX, 

Paraissant tous les jours, exceiité le lundi, quai des Orfèvres, 4Î. — ao fr. par an — 3n tv. |ioiir lew d<=|iartrnipii<M. 



Lr Droil, Journal gèniral des Tribunaux, a pris, depuis lo 
cimiinencemcnt de celle unuée, une lrès-nr:iiide exlension, (|ui 
»'e\pli(nie et par l;i diiuiniilioii uolalilc du prix, el surtout par 
le nierite d'une rédailioii toiil ii la fdis simple et attrayante. 
Journal spécial, indispensalileaux liiiiniiii's ^p(■<■ianx (magistrats, 
avocats, notaires, avoues, <illirirrs ii.iiiisirrlcU), /c DroU est 
utile, par la nature et la variii. di-; sll|.■l^ ipiil iraite, à toutes 
las personnes (pii ne veulent \<.\^ vc^wv clran^icres au mouve- 
ment des idées et des faits; a des comptes- rendus complets et 
lidiles, le Droit joint des travaux qui, par leur importance et 
leur inuirôt, lui assurent une place éjninente dans la presse. 

RÉD.\CTIONidu Droit: Cour de Cas.sation. — Conseil d'ÉUit. 



— Cours royales. — Cours d'assises. — Tril)unaux de première 
instance. — Commerce. — Police correctionnelle!. — Bulletin 
de procédure, — du Notariat, — Cninuiercial. — Cours puldics. 

— Procès célèbres. — Personnages pcdiliipies. — \U-\»>- bililio- 
(jraphicpie. — Académie des Sciences morales et politi(pies. — 
SalUr (les Pas-Perdus. — Articles de fonds et lleuillelons publiés 
altcniativi'nii'nt. 

Parmi les Articles pid)liés par /c Droit, depuis le iri janvii-r, 
on reniaripie les suivants : sur la Loi du Notariat, — des Patentes, 

— du ltoulaj;e, — du Conseil d'Etat. — Les Nolair.'s de Paris 
pendant la Kévolutiou. — Documents inédits sur Domal. — Le 
Cainaval en Corse. — Le Fort de Ilain.— Mours di-s Ktudiauts 
alliiuands, — M. de Chateaubriand. — Les avocats litU'raluurs. 



— Cours publics (Rnlielais, — Calvin, — Marol). — Mcmoirct 
d'un .\v<Mal ( le Procès du Collier). — La salle des Pas-Perdus. 

— Ke> ui' (larlenienlain; ( M.M. Pas<|uier, — Ravez, — Sauzel, — 
Uupin aine, — Billauil ,. 

A partir du 1" avril, /<■ rtrnit publiera les articles suivants : 
MM. Pevroimel, — Dnpin aln • — Romiijuieres, — Marie , — 
Hébert,' — Plou|,'oulm , — Corinc-nin , — (juizot , — Thiers, — 
Po/.zo ili Bor^o, — Zea Bermudez, — Mi);net, — Real, préfet d« 
police, — (ianiier, président du Sénat. — Histoire de la Cour 
de Cassation, — du Tribunal de commerce de Paris. — Procès 
j célèbres, avec des documents inédits et autheotiques. — Eludée 
administratives. — Mieurs judiciaires. 



EXTRAIT DU CATAIOGIE GÉNÉRAL DU COMPTOIR CEATRAL DE LA LIRRAIlilE. 



Scipncos (Suite 1. 

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traduit de l'allemand par M. Clemekt Muixet. 2 vol. in-8. 
(««ic, éd.) <2fr. 

RÉSURRECTION, ou Application du christianisme à la science 
et à la société; par Charles Stoptels. « vol. in-8. (Pau- 
ttn,éd.). 7 fr. 50 

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KEL, traduit de l'allemand et augmenté de notes par 
MM. Schusteh et Alph. Sanson, docteur en chirurgie de la Fa- 
culU' de Paris. 10 vol. in-S. (Otaries llingray, éd. ) 60 fr. 

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les peintres l'iiN-mémcv, nu par li's piciniers artistes, siius la di- 
rection lie iM. CiiALi.AMr.i. ; texte par MM. \Aiiiii;v Tkmmt et 
Augustin t;ii.u,L.\Mi;i.. Les années ISiO, ISll, lfU2 sont en vente. 
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des dessins de Victor Adam, avec un texte, 24 planches, 
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mœurs; par ,MM. Dalmier et Puiupon; avec un texte expli- 
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bcrt et Comp., cii.) 20 fr. 

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M. Pierre VicTon. Orne de nombreuses vignettes sur bois. 
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CLE, A LISIEU.X. !) planches dessinées d'après nature par 
Cuallamel. Avec une notice historique. [Cliallamel, éd. ) 6 fr. 

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modes et les ridicules, 150 textes explicatifs; par MM. Mau- 
rice Aloïk, L. Ulaut et Ch. Païupox. 3 vol. grand in-i". ( Aubert 
ai Comp., éd.) 30 fr. 

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MM. Baron et Celestin Naxtei:il; ornée de 153 vignettes, 
do 1 2 planches tirées à part, et d'un portrait de Fenei.on ; avec 
une notice sur lui et ses ouvrages, par M. PuiLirpoN de la Made- 
lAKE. 1 vol. grand in-8. [Maliet, éd. ) 12 fr. :>0 



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Ce ('.(Uirs i-omimiicra le nianli 2!< mars 1843, à 7 heures et 
demie du soir, et continuera les vendredis el manlis suivanLs. 

Ou souscrit chez le professeur, rue des Beaux -.\rLs, 0, oii re 
Cours aura lieu. 

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Atelier de dessin à la nième adresse- ; on y ensc-igne la ligure. 
le pavsage, l'ornement, le dessin linéaire et la [tersiKvtive. 

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pour le concours de Perspective de l'Ecole royal.' des Bi-aux-Arls< 



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tCagiiNS ; 



L'ILLUSTRATION, JOURiNAL UNIVERSEL. 




!Voiii«>|te.>i Astronomiques. 



LA C0MET1-. 



A l',iri>, duiis |iivsi|iie toiili' la France et dans une partie 
■ 11' riiiiropc , on a (li'jà \ ii le luiiivi'l astre qui vient de paraître 
d'une manière si coniplélement iiii|irévue. On a admiré cette 
magnifique traînée Inminense qui occupe environ le quart 
d'une demi-circonférence liaeée à la surface de la voûte cé- 
leste. On a interrogé nos astronomes avec un empressement 
cjui n'a pas toujours été éclairé, mais qui dénote du moins 
une louable curiosité des choses propres îi élever l'esprit vers 
la contemplation des grandes lois de la nature. Nous sommes 
donc heureux de fournir à nos lecteurs quelques renseigne- 
ments de l'authenticité desquels nous pouvons leur répondre. 

On dit, mais rien ne prouve encore, que la comète a été 
observée à Nice le d-i mars, et qu'elle l'a été à Madrid même 
avant cette époque. En France, le premier qui l'ait aperçue 
lîst, dit-on, un officier de ligne faisant sa ronde le 14, à 
Au.Nonne, où il est en garnison. Elle a été vue en divers lieux 
les jours suivants : à Paris, on n'a pu l'apercevoir avant le 
17, et il est facile de se rendre compte des causes qui ont 
empêché qu'elle y fût signalée auparavant. En effet, en com- 
pulsant les registres météorologiques de l'Observatoire, on 
I econnait gu'à partir du 7, jour ofi le beau temps avait régné, 
le ciel a été constamment couvert jusqu'au 14 mchisivement. 
Le 15, il s'était éclajrci ; mais la lune était levée même avant 
le coucher du soleil, et comme elle donnait presque dans son 
plein, sa lumière éclipsaitcomplétement la lumière beaucoup 
plus faible de la comète. Le 16, la lune était pleine ; elle était 
levée bien avant la fin du crépuscule, et l'horizon était cou- 
vijrt de vapeurs. — Enfin, le 17, les aslionomes de l'Obser- 
vatoire, faisant une revue générale et lapidi^ du ciel, ver.*; 
7_lieures 5/4, au m.omentoîi, le crépuscule liin^sant et la lune 
n'étant pas encore levée, on pouvait ivcdiinailie le ciel étoile, 
aperçurent le phénomène qui se iiwiiilcsiiul iFune manière si 
brillante sur l'horizon de Paris. Ils rrrlicrclierent la direction 
et la longueur angulaire de la traînée lumineuse, qu'ils attri- 
buèrent tout d'abord à une queue de comète; mais le noyau 
lie l'astre était encore trop près de l'horizon pour qu'il leur 
fût possible de l'apercevoir. L'angje mesuré fut trouvé d'en- 
viron 39^ Le lendemain 18 et le surlendemain 19, toutes les 
dispositions étant prises d'avance, on a pu observer le 
noyau assez brillant de la comète. Son diamètre apparent 
était de 2 à trois minutes. Il se trouvait h un degré environ 
à l'est de l'étoile t, de la coiisti>ll:iiinn de YEridan : la queue 
limssailii près de deux degréMiiiilr-Mis ,1e l'étoile T, du LïèiTe 
La longueurapparente de celU'i|iiru,.iiaitainsi d'environ 45»- 
sa largeur était d'un degré muveiiiiement; elle restait très- 
mince dans toute son étendue, et ne soutendait vers son extré- 
mité opposée au noyau qu'un angle d'environ un degré un 
quart. Elle paraissait trè-^-l.-rivinnit infléchie v*i-s cette 
même extrémité dans la diiviiimi dr |,i position qu'elle ve- 
nait de quitter, ce qui est iiiir lui ^.nci.de pour tontes les co- 
lUPl.'s. Une particularité très-digiif ,r,iilention, c'est que la 



queue offre, sur toute sa largeur, une teinte d'une intensité 
à peuples uniCorme, tandis qu'ordinairement la queue des 
comètes est composée do deux parties plus intenses vers les 
bords, séparées par une bande centrale obscure, ce que l'on 
explique en attribuant à ce corps lumineyx la forme d'un cône 
que nous voyons par le côté. 

Pour déterminer les éléments caractéristiques de la co- 
mète, et pour décider si, dans les catalogues, il s'en trouve 
une qui oITre avec celle-ci des dilTcrences assez peu notables 
pour qu'elle puisse être rangée au nombre des astres pério- 
diques, il faudrait une troisième observation, et malheureuse- 
ment le mauvais état du ciel n'a pas permis de hi fiire jus- 
qu'il ce jour. Ce contiv-tcmps est d'autant plus regrettable, 
que la détermination dfs l'IéiinMils iiaiabolicpies perdra de sa 
certitude si un intervalle trop long vient à si^parer la troisième 
des deux premières. Cependant la comparaison de celles-ci 
a fait reconnaître que le mouvement apparent de l'astre est 
lent; qu'il a lieu dans le sens de l'ouest à l'est et du sud an 
nord, ce que les astronomes expriment en disant qu'il est 
direct en ascension droite et d'environ 2 degrés par jour, et 
que la déclinaison australe diminue, la comète se rapprochant 
lie l'équateur d'environ 20' de degré en 24 heures. 

M. Arago a soumis l'astre à l'épreuve d'un instrument re- 
marquable dont il est l'inventeur, et à l'aide duquel il est 
possible de reconnaître si la lumière que nous envoie un objet 
lui appartient en propre, ou si elle est simplement réllécli'ie. 
Jusqu'à présent on n'a reconnu aucune trace de polarisation 
dans la lumière de la nouvelle comète; d'où l'on conclut que 
cet astre brille d'un éclat qui lui est propre, et ne nous réflé- 
chit pas une fraction appréciable delà lumière du soleil. 

Notre gravure donnera une idée assez exacte de la position 
qu'occupait et de l'apparence qu'ofi'rait la comète le dimanche 
19, vers 7 heures et demie du soir, pour un spectateur pa- 
risien. La ligne inférieure représente le bord de l'horizon. On 
voit que le noyau est placé près de l'étoile t, de YEridan et 
que la queue se termine aussi près de l'étoile r, du Lièvre. A 
gauche et vers le haut de notre figure, Si/n'us, l'étoile la plus 
brillante du ciel, est indiquée par la lettre S. Au-dessus de la 
queue de la comète, on voit la belle constellation d'Oc/on, 
dont niijel (l'étoile marquée R) occupe la partie inférieure, 
et les Trois Rois la partie moyenne. AUIcbaran ou l'Œil de 
Taureau est placé à droite, vers le bord supérieur ; les Hijades, 
étoiles moins brillantes, sont groupées vers sa droite. 

La région du ciel que nous venons de décrire sdiiunaire- 
ment se trouve actuellement vers le sud-ouest entre 7 ln'iires 
et demie et 8 heures du soir. Elle sera facilement i l'connais- 
sahle pour tout leelrm- (pii aura notre gravure sous les yeux. 
C'est vers elle qu il fiiidia chercher la comète, lorsque les 
circonstances atiiiiispliciujues le permettront. 

LUMIÈRE ZODIACALE. 
Un pliénomène qui n'est pas très-rare sur notre liorizon. 



mais qui doit toujours attirer l'attention des personnes pour 
lesquelles la contemplation des apparences célestes a quelque 
attrait, se manifeste depuis quelques jours avec une certaine 
intensité. Nous voulons parler de la lumière zodiacale. Une 
heure trois quarts environ après le coucher du soleil, lors- 
que les dernières lueurs du crépuscule, avec lequel il ne faut 
pas la confondre, sont complètement éteintes, on aperçoit 
une traînée lumineuse de forme lenticulaire, inchnéc il l'ho- 
rizon, et coupée par celui-ci vers sa base. 

Nos astronomes ont profite de l'apparition de celte lumière 
pour en comparer l'inten-iité avec celle de la comète. Us ont 
reconnu que celle-ci est plus vive et moins rouge. 



ITIerc iiriale s. 

BULLETIN COMMERCIAL. — MARCHÉS ÉlIiANUEltS 
BRUXELLES. — 17 Mars 18^3. 

Fromenl nouveau, llicclolclre 18 r.03c. 

— élrangcr, id 17 M 

Seigle nouveau, id 15 8rt 

Avoine, id s 6 

<)r};e nouvelle, id li 2i 

Graine de colza, id 22 21 

— delin,id 17 68 

— — de Iliga, la lonnc 32 65 

Semences de Irt^lle, le lilog » '.i5 

Beurre de la Campiiie, id 1 70 

PUlI SIOVEN l)U FBOMKNT Kl DU SEIGLE. 

Du Lundi fi au Samedi H Mars I8«. 
r.AM). — 17 Mars. 
Fromenl blanc, riicclol.. 18 .■;» Graine gr. de colza, la raz. 

— roux, id 18 n."> 

Mi-leil, id 13 ^-2 

Pomine5delcrre,les1001i. .1 73 

Huile de colza, le Laril... 71 n 

— de lin, id 61 50 

FURNKS. ■ 

Fromenl, riieclol 18 Û3 

Seigle, id 12 42 

Escourgeon, i{l 10 42 



— delii 

Tourteaux de lin. les 100 k. 15 

— (le navelle, id.. 19 

Foin, par 100liv.Pav5-Bas. 9 

l'aille, id " 6 

13 Mars. 

Avoine, riieclol 7 

Fèves, id 9 

Pommes de lerre, id 3 

lUAESiniciiT. — 13 Mars. 

Fromenl, ITieciot 17 GO Pommes de lerre, l'iicclol. 3 

Seigle, id 14 21 Beurre, le kilog 1 

Avoine, id 7 27 

AMSTKHUA.M. — 15 Mars. 

Huile de colza, aucomptanl, l'heclol... 66f.65c. 

— de lin, id an 63 

— de chanvre, id C6 73 

LONOiiES. — 15 Mars. 
Hiiul)loii nouveau, Snsscx, les 100 kilog 110 » 



Kenl, id. 



140 



(iolding el Farnham, id. . . 
MALLE AUX GRAINS. -pAnis. -18 Mars. 
FARINES. — Les 100 kilogrammes. 

IrequalUé 32 4 541. » Arrivages 4,213 q 56 k 

2« id SO à 31 50 Venles 4,408 03 

S" |«J 23.127 » Reslanl à la halle. .. 23,985 54 

^ »d 18 à 22 I) Cours moyen du jour. 32 09 

■^ de la laie. 51 73 
GRAl^s. — L'hcclolilre. 

Fromenl 181. dc. â 20 1. 65c. Orge 13 n à 14 55 

Seigle 9 63 à 10 65 Avoine 9 63 a 10 (r. 

LILLE. — 14 Mars. 
Graine de colza, l'heclol . 25 50 Huile de eameline, l'hecl. .. 78 » 

— dceillellerousse, id. 28 75 — de lin, id 76 83 

— de eameline, id 21 » Tourteaux de lin, les 100 kil. 16 50 

— de chanvre, id 14 50 — de colza, id. .. 13 25 

— rielin,id.... 20 » — dœillelle, id. . . . 13 u 

Huile de colza, la lonne.. 74 » — de eameline. id.. 13 .30 

3- d'oeillellerousse, id. 90 » — de chanvre, id. . 15 .10 





MARCHE DE SCEAUX. 


— 20 Mars. 




Amené. Vendu Poids 


Le kilogramme. 


Hipuls. . . 
Vaches.. . 


sur pied, moyen. 
I,09S 927 SS8k. 
138 113 203 


l'eqnal. 2e quai. 5e quai 

ir.aoc. ir.soc. ))r.99c. 

1 06 » 88 » 68 


Veaux. . . 
Moulons. 


411 411 53 
. 8,.332 6,184 22 


1 64 1 44 «24 
1 36 1 18 1 » 



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Courrier de Paris : Us l-'liltes .-i IfS Violons; le Bal l't la lli.-i- 
rite: M. l'onsard vt Lucn-ce, Soirée chez Bocage; l'Empereur et le 
.loaillier; le Calop de Melpoméne ; Simple lettre. — l'n Kepas homé- 
rique. — Vente de la G.ilene Aquado. lirnvure — Beaux - .Arts : 
Salon de iH'iT,. Salkdes Sculptures.— ManuMcritH de .'Vapoiéon : 
Deuxième lettre sur l'Histoire de la Corse. — Clironique musi- 
cale : Théâtre-Italien; l'Orphéon; Salle de la Sorbonne. Portnnt^ 
(le Lablmhc et de madame Grixi Séuiia: ijenrrtile île fOrphéou. J„ii 
scène de don Pasguale, au ThétUre-ILalien. — l4B Venseanee de» 
lyépaswéSî nouvelle, p^ir F. G., première partie, avec une Gnu-iirr. 
— Revue d'Ilortieulture. Veux Gravures. .HiseelianéeN : 
L'Habit et le Moine.— Dcui Gravures Ou' vriure .lu Tunnel de l.i 
T.imise. Quatre Gravures. Caricature. — Bulletin bihllosra- 
phlque.— Annoneex.- ObKervulions méléoroiosiques.— 
ModeM : Orlevierie Gravure — E'rubleme d'érltecN — KébuN. 



Pronticr .Ivril. 

Voici le printemps! AvrilnoiK rit de toutes parts; dnns les 
jardins il verdoie, il se mire au bord de Teaii, il embaume 
nos marchés, et dans les salons on l'on danse encore et jus- 
que sur les pauvres fenêtres des plus humbles rues, avril en 
fleurs se rit de la comète. Saluons le mois d'avril, et comme 
lui narguons la queue de sa majesté (lambo\ ante. Cette fois- 
ci encore nous nous serons trop hâtés de chanter : 

.arrive donc, jiii|)lacal>le comcle ; 
Finissons-eti : le nioncle est assez \ieii.\. 

C'est la lune qui est vieille. Charles Fourier eut raison une 
fois, 6 lune ! Ce fut contre toi, tpiand il osa t'appeler un vieux 
soleil usé, qui, n'étant plus bon pour le jour, ne sert plus 
([ue la nuit. Mais la terre! «Notre terre est un petit astre 
• bien vigoureux, capable de fournir encore une lon^'ue 
« carrière. • 

Dans les champs déjà les trois labours sont donnés, et dés 
l'aube on entend de toutes parts retentir dans les fermes des 
voix saines, fortes et confianîes. — « .\llons, enfants ! après ce 
bon fumage, voici le moment de semer les orges sur ce sol 
riche et ameubli. Le 15 avril passé, il ne serait plus temps. 
Toi, l'aîné, taille les ruches. Vous, hors d'ici, petites, aile'/, 
écheniller les haies et les arbres des vergers. Allons, lilaisc, 
hardi! voici le moment ou jamais de labourer les jachères. 
Vas-tu rester encore tout le jour les bras pendants a penser 
a la bergère? Bine les topinambourgs. lilaise; sarcle les lins 
et les pastels, les gaupes, les camelinos. Allons, Biaise, et 
les camomilles, les pavots, les moutardes? Sus, venez, venez 
tous; il ne fait plus froid; il ne fait pas encore chauil : vile 
et ferme à l'ouvrage ! « 

.\ la ville, le même jour, mais pas à la même heure, à 
l'aris, par exemple, et d ms la Chau.ssée d'Antin, au fond de 
quelque élégant boudoir a peine ouvert à midi sur un jardin 
dont la pelouse renaissante et les arbres aux bourgeons dores 
font enfin songer à la villa lointaine, désertée en octobre 
pour l'hiver de Paris : « Que l'air est doux ce matin, amie. 
Voici pourtant la belle sai.son;oii la passerons-nous cett;- 
année? Y a-t-on pensé? — Déjà tes idées champêtres! Dans 
un mois ou deux, à la bonne heure. — Mais enfin, alors?... 
l'n mois est sitôt passé ! Moi, d'abord, votre Suisse m'ennuie, 
me tue, et je n'y veux pas retourner ; non', je n'y retournerai 
pas. — Et moi, le seul nom de votre château héréditaire me 
fait bâiller, et votre Bretagne sauvage me prend sur les nerfs ! 
— Nous irons pourtant. — Ce sera donc avant d'aller aux 
eaux? — Aux canx, madame!... .\h! mon Dieu... votre santé 
n'a jamais été plus fiorissanle. Irons-nous donc encore aux 
eaux cette année? — Je l'ignore, mais j'y irai. — lié bien! ma- 
dame, alors... oh! alors, Claire, du moins, partons dès de- 
main pour la Bretagne, ou bien je n'aurai eti, comme tou- 
jours, aucun vrai plaisir cette année : je n'aurai pas été une 
semaine entière un peu avec toi. — Mais c'est donner une idée 



fixe, une monomanie! Hors vous, qui songe à quitter Paris 
aux premiers joursd'avril? — Il me semble, quand on a mon- 
tré toutes ses parures... — Et ma coiffure de camélias au coeur 
de diamants? — Tu as fané toutes tes robes. — Et mon cor- 
sage garni de violettes de Parme? — Tiens, mets un châle, 
Claire, et regarde: au jardin les pruniers sont en fleurs; ou 
ne va plus au bal. — On va encore au théâtre, et toujours 
à... — -Achève... j'entends; on n'ose pas dire : Et toujours a 
l'église. Vois-tu, Claire; je gage que là-bas, autourde la nou- 
velle pièce d'eau, du grand balcon du château nos lilas vont 
être supeibes. — Et ici, les derniers concerts ! — C'est vrai. 
Eh bien! restons; restons encore quelques jours. • 
■ Et cependant, dans quelque atelier bruyant dt^s faubourgs 
Saint-.Antoineou Saint-Marceau: • Tiens, voilà Vivarais! Te 
voilà donc de retour, vieux? Et ta jambe de bois, comment 
te porte-l-elle? Sois le bienvenu, Vivarais!... Vivarais, sais- 
tu la grande nouvelle? — Non, j'ariive; ouf! Mais, avez- 
\ous déjeuné? — Comment, tu ne sais rien? — Qu'y a-t-il? 

— Ce qu'il y a I Mais, en ta qualité de blessé de juillet, c'est 
toi qui aurais du nous l'apprendre. Le programme de l'Ilotcl- 
de- Ville, mon ami. — Que voulez- vous dire? — Oui, Viva- 
rais ! ce fameux programme que tu as si longtemps réclame 
partout à cor et à cri, il est affiché, mon ami ! — Où (.a ? — 
Sur la place de la Concorde, gravé sur l'obélisque en beaux 
caractères romains et en bon français, visible depuis ce ma- 
tin seulement, mon vieux ! — Faut que j'aille voir ça — Vas- 
y, mon enfant; va, cours, et reviens vite; nous t'attendons 
pour déjeuner^ » 

Et voilà Vivarais parti, clopin-clopant; il passe en courant 
à l'IIotel-de-Ville, et, dans son élan, lire sa casquette, sans 
trop regretter sa bonne jambe qu'il perdit là. 11 arrive au 
Louvre et fait sonner fièrement sur le pavé sa jambe de bois 
déjà usée, en donnant un regret à ses frères morts qu'il n'y 
voit plus. Le voilà qui traverse les Tuileries ; il s'arrête de- 
vant le Spartacus, mais la brise printanière et le frais par- 
fum des feuilles naissantes font doucement diversion à ses 
pensées politiques, et déjà il arrive sur la place, il est au 
pied de l'obélisque. Voyez avec quelle émotion religieuse il 
en regarde toutes les faces, et comme il cherche partout, et 
de tous ses yeux, quelque chose à lire; maisiln'y voit gravés 
qu'inintelligibles iiiéroglyphes , étranges figures , oiseaux 
muets, mystérieux animaux qui semblent se moquer de lui. 
Il s'informe aux passants du programme; on lui rit au nez. 

— - Ce que vous cherchez, ça sera plutiH à la colonne de la 
Bastille, lui dit un gamin ; c'est là qu'on a mis tous les morts 
de juillet. - — L'infatigable boiteux y court ; on le renvoie a 
la colonne Vendôme; de là à l'.Arc-de-triomplie de l'Étoile; 
lie r.Arc-de-triomi)he au Panthéon. Il reprend enfin, essouf- 
flé et rendu, le chemin de l'atelier, commençant à compren- 
dre qu'on s'est joué de lui, et se souvenant troji tard qu'on 
et au premier avril. Il entre en jurant, et tous de rue. — 
" Nous avons déjeune , Vivarais ; mais il te reste, pour ta 
part, un bon poisson d'avril. • 

Et Vivarais, moitié riant, moitié grondant, déjeune dans 
un coin, seul et triste, se demandant tout bas pourquoi cet 
u>age, et quelle peut être l'origine do cette mauvaise plai- 
santerie. En effet, pourquoi dit-on poisscn d'avril plutôt (|ue 
poisson de mai, de juin ou de juillet? 

On a donné do ce dicton plusieurs explications histori- 
ques plus ou moins raisonnables qui sont connues de tout le 
inonde, mais ne serait-ce pas plutôt à la nature même, et 
aux (iromesses charmantes, et si souvent menteuses, des 
premiers beaux jours, qu'il faudrait demander le mot de 
celte énigme? Tant de fois le brusque retour de l'hiver vient 
désoler alors nos campagnes, trop promptes à s'épanouir. 
Que de boutons à fruits meurent à la lune roii.vw.' Que de 
fleurs s'y laissent prendre, et que de poitrines délicates ! 
C'est bien avril qui pourrait chanter : 

Hélas ! qiio j'en ai vu mourir Je jeunes fillos '. 



Sait-on que ce gentil mois, si gai, mais si perfide, a ravi a lui 
seul, et à notre seule France, Jeanne de Navarre, madame de 
Montpensier, Gabrielled'Eslrées, luadamedc Si-vigné, la du- 
chesse de Longueville, madame de Ma ntenou, madame de 
Caylus, Diane de Poitiers, etc., etc. Avril fera l-il jamais 
naître assez de fleurs pour en parer tant de tombes? C'est 
en ce mois que mourut aussi la Lauro de Pétrarque.' 

Mais nous voici bien loin de la comet»'. Que nous voulait- 
elle? Ces souvenirs lui importent fort peu ; c'est de l'avenir 
qu'elle nous aura parlé en passant. Que nous criait celte 
échevelée? Voilà comme nour. .sommes: nous ne comprenon* 
jamais les prophéties qu'après re\éneiuent. Certes, une co- 
mète de cette condition, et qui ar i\esi brusquement sans 
se faire annoncer, et qui est douée d'une si belle queue, de 
vait pourtant avoir qiiel(|iie chose de particulier a apprendre 
à la terre. .\tteui!ons. 



M. de L.aiiiariin<*> 

POJrrE ET OnATElR. 




Ne à Màcon, le 21 octobre 1T90. M. A. de Lamartine est 
maintenant dans sa cinquante-troisième année, et le chantre 
des Mcdilations, qui, aux applaudissements unanimes de la 
France, se révélait, en 1820. comme un génie plein de mé- 
lodieuse rêverie, est devenu un des orateurs les plus bril- 
lants de la tribune politique. Nous essaierons de caractérise^ 
en quelques mots ces deux phases de la vie de M. de Lamar. 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



, ..kmîi lesquelles il a été assez, heureusement doué (lu 
"dét po«- obtenir à peu près une égale renommée. 

Les MMitations et les Harmonies, que le poète publia de 
1820 à 1 8ï!), et qui marquent son premier pas dans la car- 
rière, sont peut-être celles de ses œuvres, qui, après avoir 
été le plus lioùtées par les contemporains, obtiendront aussi 
au plus haiit degré, devant le tribunal sans apjiel, la prédi- 
lection de la postérité. Cela tient à plusieurs causes : d abord, 
ces odes ci .os élégies sont, pour ainsi parler, une nouvelle 
corde ajoutn. ;i la lyre française, et dont Tinventeur a tiré , 
tous les sons (|irollo peut rendre. Les imitateurs qui vien- 
dront après, am .nciit-ils même une valeur égale à celle de 
leur modèle, ne parviendront jamais à faire vibrer avec un 
égal bonheur cette harpe éolienne aux sons fugitifs, un peu 
monotones, et qui, pleine de charmes et de fraîcheur dans 
la nouveauté, ne larderait pas à se fatiguer elle-même en 
fatiguant ses auditeurs. Nous ne sommes pas un peuple rê- 
veur : nonobstant ce défaut ou cette qualité du génie na- 
tional, M. de Lamartine nous a dotés d'une poésie admira- 
blement rêveuse; il a su nous imposer et imposer a la langue 
son propre génie; ce sera la sa gloire, et d'autant plus so- 
lide qu'elle ne pourra pas avoir d'héritiers. En outre, les 
travaux lyriques de M. de Lamartine sont ce qu'il a produit 
de plus achevé sous le rapport du style, et, on ne peut trop 
le répéter aux poêles, il n'y à qu'une chose qui fasse vivre 
leurs vers, c'est la perfection de la forme. Dans les Médi- 
iations, siirlout dans les secondes de 1823, et dans les Har- 
monies, si la plirase n'atteint pas complètement a cette pré- 
cision, à ce nerf, ù ce naturel et à cette splendide clarté qui 
sont le cachet indélébile des maîtres français, poètes ou 
prosateurs, et quelle que soit la différence des sujets qu'ils 
traitent, il ne faut s'en prendre qu'à la nature même du 
génie du poète Ivrique, et qu'a ce crépuscule de la pensée 
qui est chez lui un attrait de plus. Mais, malgré ces nuages 
dans lesquels le svlphe aime à envelopper son vol, la 
phrase est pleine, sonore, arrêtée; elle a un corps et un 
beau corps. Le temps peut passer sur ce marbre, il ne l'alté- 
rera pas sensiblement. Au contraire, dans les publications 
postérieures de M. de Lamartine, dans Joceleyn, qui parut, 
comme on sait, en 1835, et surtout dans la Chute d'un Anije, 
publiée trois ans après, l'imagination est toujours aussi 
élevée ; elle a pris peut-être même plus d'étendue, de force 
et de grandiose, mais le vers se relâche, s'atiwllit, se dé- 
forme. L'opinion publique n'a pas adopté la Chute d'un Ange, 
ou l'on a vu généralement une infidélité de l'auteur à la 
pureté spiritualiste : il est toutefois peu de poèmes dont 
l'inspiration soit aussi vaste que celle de cet ouvrage res- 
suscitant pour nous les temps anté-historiques et la civili- 
sation gigantesque do l'Orient. Mais précisément parce 
qu'on importait dans notre génie, si l'on peut s'exprimer 
de la sorte, une conception digne du génie oriental, si an- 
tipathique au nôtre, il fallait avec d'autant plus de soin tra- 
vailler notre langage et respecter ses lois. Rien n'est plus 
difficile que ces sortes de mélanges, que ces traités d'é- 
change entre deux natures ennemies, quoiqu'ils aient été fa- 
miliers a tous nos maîtres, et que la langue du XVII« siècle 
s'en soit formée, mais pour qu'ils s'opèrent avec bonheur, 
il faut toujours que le caractère propre de la langue qu'on 
tente d'enrichir soit respecté, et on ne doit jamais, sous 
prétexte de lui donner des qualités nouvelles, détruire celles 
dont elle brille naturellement. Cetle prescription d'une i i- 
goureuse observance est le plus souvent oubliée dans la 
Chute d'un Ange. Tout y flotle, aucun contour ne s'y ar- 
rête, le vers v coule comme une nappe d'eau uniforme, et 
c'est ce qui fait que, faute d'art dans l'écrivain, une des 
plus grandes conceptions du poète est pour ainsi dire 
perdue. 

M. de Lamartine entra dans les affaires par la diplomatie. 
Do 1824 à 1829, il fut successivement attaché a la légation 
de Toscane, secrétaire d'ambassade à Naples, puis à Lon- 
dres. Il revint ensuite à Florence avec le titre de chargé 
d'affaires, et lorsque la révolution de juillet s'accomplit, il 
allait partir pour Athènes en qualité de ministre plénipo- 
tentiaire. Là se termine sa carrière diplomatique, qu'il re- 
fusa de continuer sous le nouveau gouvernement. Son in- 
tention n'était pas cependant, comme il le dit lui-même, 
« de perdre le jour à pleurer inutilement le passé. » En 1831 , 
il se présenta devant les collèges électoraux de Toulon et 
de Dunkerque, près desquels sa candidature échoua. En 
1832, il partit pour l'Asie, oii il éprouva la douleur la plus 
cruelle qui puisse atteindre un homme sur la terre : il y per- 
dit sa fille unique. Un an et quelques mois après, il revint 
en France, et publia son Yotjafje en Orient, curieux et poé- 
tique agenda, où il avait consigné jour par jour ses ré- 
flexions, ses sensations, et jusqu'à ses vues politiques. C'est 
en 1834 qu'il devint définitivement homme public : il entra 
à la Chambre comme député de Bergues, ville du départe- 
ment du Nord. Depuis, il a reçu le mandat des électeurs de 
Chàlons - sur - Saône, et il n'a plus quitté la députation. 
D'abord chef d'un petit groupe connu sous le nom de parti 
social, qui, par quelques côtés, s'inspirant du saint-simo- 
nisme, n'avait en réalité d'autre doctrine qu'une vague 
aspiration vers un ordre social appliquant rigoureusement 
la loi évangélique, M. de Lamartine passa depuis dans les 
rangs des conservateurs, qu'il a récemment quittés pour 
ceux de l'opposition. Mais il demeure toujours isolé, tant 
par le caractère propre de son intelligence, que par cer- 
taines vues toutes particulières sur la politique extérieure, 
qu'il a puisées dans ses voyages et dans ses études diplo- 
matiques. Les principales qualités de l'esprit poétique de 
M. de Lamartine se retrouvent dans son éloquence : plus 
d'abondance que de variété, plus d'élévation que de vérita- 
ble audace, mais toujours et dans toutes les questions la 
générosité native de l'esprit. Dès que l'orateur se lève pour 
parler, quelles que soient d'ailleurs les dispositions de la 
Chambre, elle est prête à l'écouter. C'est qu'il y a en lui 
une rare distinction, et que tout dans sa parole," dans son 
geste, dans sa tenue, dans les grandes lignes de son visage, 



l'exprime parfaitement. On l"a quelquefois comparé à Byron, 
comme lui poète et orateur : les deux génies sont totale- 
ment dissemblables. L'auteur de Child-Harold, tête de fer, 
voix de bronze, énergique jusque dans la grâce, puissant 
jusque dans ses faiblesses, audacieux et emporté jusqu'au 
délire, ne peut se comparer justement avec le génie médi- 
tatif du chantre d'Elviie. Au physique, Byron était beau- 
coup plus petit et d'une figure plus passionnée que M. de 
Lamartine; mais j'imagine aisément que la tenue parle- 
mentaire de Byron, dans les rares séances qu'il a faites à 
la chambre des lords, avait quelque conformité avec celle 
de M. de Lamartine ; il devait y avoir une dignité analo- 
gue, une froideur apparente assez semblable. L'éloquence 
de M. de Lamartine puise sa principale inspiration dans 
un sentiment très juste et assez vif des droits du peu- 
ple à l'amélioration morale et matérielle de sa vie. C'est 
là, au fond, toute sa politique intérieure. Pour la faire ap- 
précier comme il convient, il nous suffira de citer le début 
d'un petit écrit qu'il a publié sur les caisses d'épargne, 
et quelques passages d'un discours qu'il a prononcé à 
l'Académie de Màcon : on y pourra voir en quelque sorte 
le résumé de la pensée oratoire de M. de Lamartine, no- 
ble esprit, plus riche, peut-être, en impressions qu'eu 
vues précises et profondes , mais qu'un naturel instinct 
guide vers la lumière morale , même lorsqu'il ne la 
voit pas. Voici le début de l'écrit sur les caisses d'é- 
pargne : 

« Pendant que nous consommons notre siècle, notre vie 
et nos forces dans les luttes stériles d'opinion, pendant 
que nous poursuivons à travers les rcH'olutions la forme in- 
trouvable d'un gouvernement parfait, pendant que nous 
cherchons curieusement dans quelle proportion exacte le 
pouvoir] et la liberté doivent se combiner dans nos lois, 
n'oublions-nous pas que ces hautes questions n'intéressent 
que le plus petit nombre parmi les hommes ; et que pour un 
homme qui prend une part passionnée a ces discussions 
d'où dépendent ses droits politiques, il en est cent, il en 
est mille qui n'en comprennent pas même le sens; pour 
qui l'égalité n'est qu'une chimère, la liberté un vain mot, 
le pouvoir qu'on Un offre une dérision de son impuissance ; 
en un mot n'oublions-nous pas la partie la plus nombreuse, 
la plus soutirante et la plus faible de l'humanité, les prolé- 
taires?... 

" Nous donc, propriétaires ou négociants..., nou« devons 
leur consacrer, devant Dieif comme devant les hommes, une 
part de ce loisir que la société nous a fait, une part de cette 
aisance que la propriété nous assure, une part de ces lumiè- 
res qu'une instruction plus étendue nous a données... ; nous 
devons les convier à l'aisance, aux bonnes mœurs, à l'instruc- 
tion, à la propriété. « 

M. de Lamartine disait encore à l'Académie de Màcon : 

« Nous ne sommes pas de celte école d'économistes im- 
placables qui retranclienl les pauvres de la communion des 
peuples, comme dos insectes que la société secoue en les 
écrasant, cl qui font de l'égoïsme et de la concurrence seuls 
les législateurs muets et sourds de leur association indus- 
trielle. Nous croyons, nous, et nous agissons suivant notre 
foi, que la société doit pourvoir, guérir, vivifier; qu'il n'y 
a de richesse légitime que celle qu'aucune misère imméritée 
n'accuse... Découvrira -t-on les movens de réaliser partout 
cette solidarité secourable de tous avec tous? Quant a moi, 
je n'en doute pas : la société n'a jamais manqué d'inventer 
ce qui lui était nécessaire. Le grand inventeur de la société, 
ce n'est pas le génie I le grand inventeur de la société, c'est 
l'amour!... » 

Voici encore un passage remarquable d'un discours s,ur 
la manière dont il faut, suivant l'orateur, comprendre la li- 
berté de l'enseignement : 

" Vous ne trouverez ici, disait-il à Màcon, aucune de ces 
préventions jalouses ou étroites qu'on s'efforce de répandre 
aujourd'hui contre l'Université, tantôt au nom de la liberté 
d'enseignement, tantôt ou nom des susceptibilités religieu- 
ses. La liberté d'enseignement, nous la voulons pour tout le 
monde, mais nous la voulons aussipour l'Élat... Le dernier 
des individus, en France, pourrait élever une maison d'édu- 
cation, et l'État ne le pourrait pas ! La présomption de di- 
gnité, de moralité, de capacité, serait pour l'individu isolé 
et sans garantie! La présomption d'indignité, d'immoralité, 
d'incapacité serait pour l'É'al! On ravalerait la sublime mis- 
sion d élever la jeunesse et de former l'esprit humain jus- 
qu'au niveau d'une vulgaire industrie! Les maîtres de la 
génération future seraient des industriels en enseignement, 
des industriels en science, des industriels en morale peut- 
être, et vous appelleriez cela émanciper la famille et sancli- 
tier l'enseignement!... Nous disons, nous, que ce serait li\rer 
la famille à la spéculation, et mettre l'esprit humain, l'àme 
du peuple, au rabais. Non, l'enseignement, quel qu'il soit, 
donné par des individus, par des corporations et par l'État, 
ne sera jamais impunément une industrie. L'enseignement 
est une fonction ; c'est le dégrader que de le faire descendre 
de cetle hauteur jusqu'à je ne sais quel vil commerce des 
doctrines, des âmes et des intelligences. Respectons-le da- 
vantage dans tous ceux qui s'y consacrent; respectons-le 
surtout dans l'Université ! " 



Courrier Ue Paris. 

LES FLUTES ET LES VIOLONS. — LE BAL ET L.V CHARITÉ. — 
M. PONSARD ET LLCRIJCE. — SOIRÉE CHEZ BOCAGE. — 
l'empereur ET LE JOAILLIER. — LE GALOP DE BIELPO- 
Mi;NE. — SIMPLE LETTRE. 

Si le bal touche à sa fin, si le violon et le cornet à piston, 
ces agents provocateurs de la valse et de la contredanse, 
commencenl à rentrer dans leur étui, en revanche le concert 



se montre partout et se multiplie. Le concert triomphe et 
règne sans j)artage au temps de la semaine sainte et des 
jours de pénitence, et nous en approchons. Comme certain 
demi-dieu de la mythologie, il prend toutes les formes et tous 
les tons : tantôt sunpie romance et tantôt capricieuse cava- 
tine; agile concerto ou formidable symphonie, lliitc, Ijasson, 
violoncelle, hautbois, piano, harpe, soprano et bar\ ton, con- 
tralto et ténor; vous avez beau faire, vous nr- lui échapperez 
pas ; il s affiche au coin des rues et vous guette au passage. 
Suspendu aux vitres des magasins de musique, il vous saute 
aux yeux. Vous vous croyez en sûreté chez vous; allons donc ! 
le concert vous poursuit à domicile. Le concert se cache, 
vous enveloppe, arrive par la petite poste, et abuse de là 

candeur de votre portière.— Monsieur, une lettre! Et 

vous prenez la lettre a\ec empressement. Est-ce l'amitié qui 
m'écrit? Est-ce la fortune, est-ce l'amour? Stephen s'est-il 
rappelé son serment? Mariana m'envoie-l-clle le doux mot 
que j'espère? Faut il compter sur une joie, faut-il .se pré|)arer 
à un chagrin? Le cœur bat, la main tremble; on rompt le 
cachet, et l'on trouve... un billet de concert envelo;ipê dans 
un prospectus. Damnât ion ! comme dit M. Alexandre Dumas. 
Vous espériez de douces heures illuminées d'un regard et 
d'un sourire, et c'est M. Krokausen, première guimbarde de 
S. A. S. le prince Linck-Kolh-Sickingen-Selbitz, qui vous 
invite a venir l'entendre. Vous croyez'au souvenir d'un ami 
absent et regretté, et c'est l'annonce de l'arrivée à Paris de 
mademoiselle Inès-Faral-Badajoz-y-Ségovia-y-Cara"uez, 
premièe castagnette de S. M. Catholique, accompagnée d'il 
signor Paolo-Dolcè-l'ulicenella-Roucoulantini, premier mir- 
liton de la chapelle du roi de Naples. 

Ainsi les concerts nous inondent, ou plutôt nous dévorent. 
Us pullulent comme les Marangouins dans les nuits de Ve- 
nise, et nous n'avons pas de moustiquaires! Paris' est envahi 
assiégé, occupé par une innombrable armée d'instruments à 
cordes et d'instruments a vent. On n'imagine pas combien 
d'archets courent en ce moment de la première à la qua- 
trième corde; combien de bouches soufflent dans le cuivre 
dans l'ébcne, dans l'ivoire; combien de mains gambadent et 
caracolent sui' les touches du piano sonore; «ombien de go- 
siers roucoulent depuis ut jusqu'à si. Pendant un mois, nous 
allons ressembler à une nation de musiciens et de chanteurs. 
C'est la saison où les fidèles vont en pèlerinage aux maisons 
Pleyel, Herz et Erard. musique! voix mélodieuse, céleste 
harmonie, tu mérites en effet ce culte et ces autels. C'est toi, 
fille d'Orphée et d'Amphion, qui touches les âmes les plus 
dures et adoucis les esprits les plus sauvages. Oui, tu es di- 
vine et toute-puissante quand tu parles par la voix de Mozarl 
et de Beethoven, dans ces magnili(|ues concerts où l'archet 
d'Habeneck commande; oui, tu es délicieuse et adorable 
quand tu t'a[)pelles Malibran ou Rubini, ThalbeigouBériot. 
Mais qui te délivrera de tous ces gosiers faux, de tous ces 
maigres violons, de tous ces pianos assommants, de toutes 
ces tlutes aigrelettes, de tous ces hautbois criards, de toutes 
ces clarinettes clapissantes, qui te compromettent et t'ou- 
tragent, sous le prétexte (pi'ils ont fait l'admiration du schah 
de Per.se et charmé le Grand Mogol? 

D'ici a Pâques, il n'y aura plus que 'es concerts et les ser- 
mons ou il sera de bon ton de se faire voir ; le matin, à l'é- 
glise, pour entendre l'abbé Cœur ou l'abbé de Ravignan; le 
soir, chez Erard ou chez Herz, pour savourer quelque duo 
mondain ou quelque quatuor amoureux. Vivent les jours de 
sainteté! Qu'irait-on faire ailleurs? Les théâtres sont fermés 
ou soumis a un régime qui sent le jeune et lesQuatre-Temps. 
Us ne servent plus à l'appétit public que de maigres vaude- 
villes, des opi'ras de pénitents et des drames en retraite ; les 
tliéâlres ont tiop d'Iudiileté et de savoir-vivre pour hasarder 
les pièces o[)ulentes, les pièces curieuses, entre le dimanche 
de la Passion et le dimanche des Rameaux. D'ailleurs, nos 
jolies femmes, nos femmes élégantes, nos lionnes, sont ingé- 
nieuses et ne manquent jamais de moyens d'occuper leurs 
heures et de se disti aire. Vous les croyez désœuvrées, se mi- 
rant nonchalamment dans leur miroir, d'un petit air ennuyé 
ou boudeur, point du tout; elles ont mille affaires en tétë; 
c'est une grave dissertation sur la couleur d'un chapeau et 
une quête pour les or|)helins de l'arrondissement; c'est une 
souscription pour un père de famille qui a éprouvé des mal- 
heurs et un nouvel attelage bai-brun. Et puis n'ont-elles pas 
la catastrophe de la Guadeloupe? La Guadeloupe est d'un 
.grand à-propos pour occuper ces dames. Il faut les voir ! 
Quel zèle ravissant! quelle humanité charmante! quel déli- 
cieuse sensibilité ! Les plus jolis sourires excitent et éveillent 
la bienfaisance endormie ; les plus blanches et les plus nobles 
mains tendent la sébile pour le soulagement de cette grande, 
infortune. On dresse des listes de dames patronesses; on or- 
ganise des loteries philanthropiques; on médite des matinées 
musicales pour contrarier le tremblement de terre et relever 
les ruines qu'il a faites ; on brode do la tapisserie, de la soie 
et du velours; on tresse des bourses et des pantoufles; on 
prodigue le dessin au crayon noir ou rouge et l'aquarelle... 
contre l'incendie. 

Pour toutes ces choses-là, Paris est la ville adorable, la 
ville sans pareille. Visitez l'Europe, faites le tour du monde, 
passez sous tous les degrés de latitude, nulle part vous ne 
verrez pratiquer la philanthropie avec autant de grâce et de 
légèreté, et faire une bonne action en même temps que goûter 
un plaisir. Les femmes de Paris excellent à exercer ce cumul. 
J'en sais une, des plus spirituelles et des plus adorées : il y a 
quelques semaines, un peu avant l'épouvantable chute de nos 
frères de la Pointe-à-Pilre, je lui reprochais son air triste et 
son regard ennuyé. « Que voulez-vous, dit-elle ; je suis lasse 
de vos valses et" de vos fêtes ; il me faudrait un petit mal- 
lieur pour me distraire. » Quinze jours après, je la revis; son 
teint s'était animé, son œil avait toute sa llamme, sa bouche 
souriait agréablement. « Eh bien ! me dit-elle, vous allez 
souscrire pour cette pauvr^Guadeloupe! Vous m'apporterez 
cela demain, au bal do madame d'ilarv... » J'appris bientôt 
la cause de cette résurrection de son teint et de son humeur : 
(.lepuis quinze jours, elle se trouvait à la tête de douze bais et 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



07 



d'un tremblement delcirc, (le trois veuves el d'un cachemire 
verl, fie ([uatre orphelins et d'une chasse au courre, d'une 
course au clocher el de cin(| vieillards aveugles; c'était la 
femme la plus heureuse du monde. 

Il y a deux mois qu'on le dit, qu'on le raconte et qu'on 
l'imprime, les un» tout bas cl d'un style mystérieux, les 
autres à haute voix et à coups de trompette. Il est venu ! Use 
révèle ! Nous l'avons enfin trouvé. — Quoi donc ? — Le poète 
que nous attendions. — Quoi donc encore? — Le clicC- 
(i'a'uvre qui doit remeltre ledix-neuvieme sièric dans sa vé- 
ritable voie poéli(|ue. Le chel'-d'd'iivie s'appelle Lucrèce, le 
jioëtc se nomme l'ousard. — Voila le bruit qui courait jiar 
toutela ville. Kldéjaaviinld'ôlre né,avantd'uvoir vu le jour, 
avant d'avoir dit un mot, M.l'onsard et Lucrèce étaient livrés 
aux éloges et aux railleries, à l'adoration et a l'insulte. 

Brntns a eu l'idée spirituelle de mettre lin à ces disputes 
anticipées sur une lra;.;é(lie dont tout le monde parlait sans la 
connaître : Hrutus s'est donc eniraL'é a iiinnli'iM- chez lui la fa- 
meuse Lncreci', on jilutùt a la l'aire entendre. Or, Brutus, c'est 
lioiape; l'acteuroriL'inal el /lardi ipie .\l. l'ousaiila charge de 
piiinr lecrimcdeSexlus et de chasser les Tar(piins. 

Lundi dernier, le champ clos s'est ouvert dans un vaste et 
elig.int appartement de la rue des Marais ; plus de cent audi- 
teurs avaient été conviés, sans distinction d'opinions ni de 
bannières. Tel journal, admirateur prématuré de Lucrèce, se 
trouvait as.<is à côté du Charivari, qui ne lui a pas épargné 
les épigrammes; la cliand)re élective s'incarnait dans la per- 
sonne de cinq ou six honorables; la pairie avait M. Viennet 
pour échantillon; le ni imsl ère de l'Instruction publ il pie se mon- 
traitsous l'habit de .M. Nisar-d; Samson était l'ambassadeur 
du Théâtre-Fr-ançais; l'Académie sdui-iaitdrr sourire bien veil- 
lant et paternel (proluipi'i tailM.Tissot; la poésie, le roman, 
le prenirer-l'aris, li' leriilleton, énuiillaienl les farrleuils et les 
ban(piettes du salon. Un jeirne homme placé derrière Bocage, 
attirait l'atlcntinn par son air distingué, doux, modeste et 
rétléchi ; c'était >L l'oiisaid. 

Hocai:!' a récite, de sa voix animée, lescinq actes de la tra- 
L'cilicilr|,i r.Miieiise. Nous n'imitei'ons pas l'exemple des indis- 
< m|m|iii hiihis^erit le myslèr-e des œuvres lues a huis-clos, et 
se h.ient de colporler partout et de souiller la fleur de leur 
virginité. Laissons il d'autres ce rôle de Sextiis; c'est au se- 
cond Ïhéàtre-Français,c'cst ii la représentation publique.qu'il 
appartient de dévoiler les beautés de Lucrèce el ses charmes 
encore cachés. Du moins annoncerons-nous le succès complet 
delà lecture; les amis étaient transportés, les railleurs se sen- 
taient désarmés el remettaient l'épigramme au fourreau ; 
la Ohambre des Députés ai)|irouvail: la pairie battait des 
mains; le ministère ilo l'Instruction publique donnait son ap- 
probation magistrale; le roman était ému; la poésie ne se 
sentait [las d'aise; le lait-Paris paraissait heureux d'échapper 
'un instant a la question des sucres, par des routes si harmo- 
nieuses et si pures; la Comédie-Française se morlait les 
lè\ Tes d'avoir laissééchapper cette Lucrèce; le lèuilleton ou- 
bliait de pr'cndre son air sévère el caustique; el l'Académie 
félicitait \\. Ponsard de la pureté de son style, de la netteté 
de ses idées, et du parfum grec el romain exhalé de son 
œuvre et partout répandu. 

On a fini par delà nnisiqueetdeladanse; Collatin adansé 
avec Tullie,el Sextus avec Lucrèce ; j'ai vu Tarquin el Brulus 
se faire vis-ii-visel se donner la main à la chaîne des dames. 
Soirée charmante, soirée toute parfumée de poésie, soirée 
qui m'a donné des songes harmonieux. Bocag(! en a fait les 
honneurs avec une rare courtoisie el une franchise |)leine de 
bon ton. Ceux qui, se rappelant les terribles drames el les 
noires tragédies où Bocage a joué tant de jeux sombres et 
féroces, étaient venus, croyant descendre dans quelque sou- 
terrain décoré do têtes de morts, el tout au plus éclairé 
d'une lampe sépulcrale ; ceux-là ont souri en voyant un riche 
appartemenl spleinliilenient illuminé, dont l'hôte gracieux et 
prévenant e\eri;,i il avec politesse une hospi ta liteaicoiiipagnée 
de sourires au lu'iide couiiS de poignards; tandis que les sor- 
bets, le punch et le Champagne tenaient la place de la lame 
de Tolède el du poison îles Borgia. 

M. Biennais est mort ; j'entends dire : Qu'est-ce que 
M. Biennais? M. Biennais appartient à l'histoirede l'Empire. 
Son nom ne figure ni sur la liste des maréchaux ni sur l'étal 
des grands officiers de S. M. l'empereur et roi ; M. Biennais 
n'était pas général el n'était pas chambellan; M. Biennais n'a 
fréquenté ni la cour ni le champ de bataille. Qu'élail-iUlonc, 
encore un coup.' Joaillier de Napoléon. C'est lui qui a pré- 
paré la couronne de diamants pour ce vaste front impérial : 
quedis-jc? M. Biennais lit crédit de la couronne à César. Ce 
fut a l'avénemenl dn consulat : le jeune général était pauvre; 
il n'avait pour richesse que sa gloire et ses lauriers d'Italie. 
Shylock et Eléaz.ar n'auraient pas prêté un denier sur de tels 
gages; Biennais ilonna l'or et l'argent ciseli's. Le héros orna 
niai:iiiti(pienieiit sa iiiaisou, grâce a cette cimliance de Bien- 
nais. On sait que plus tard le consul lit de belles affaires, et que 
l'Empereur remboursa largement le joaillier; mais il ne lui en 
garda pas moins un souvenir reconnaissant. «Biennais m'a fait 
crédit, disail-il,dans un temps ou les banqueroutes politiques 
étaient fréquentes ; le consulat pouvait être obligé do déposer 
son bilan tout comme un autre. " 

Ces jeunes el nobles fronts que Biennais avait parés d'or, 
(le pci le-, ir.imélhistes et do saphirs, fronts hardis do héros 
et d'eiii|ieieurs, fronts souriants d'impératrices et de reines, 
fronts ou la victoire posait sa couronne, oii l'amour tressait 
sa guirlande, tout est mort depuis longtemps; il ne restait 
plus que le joaillier, qui vient de rejoindre sa clientèle, au- 
jourd'hui livide el déi'ouronnée. 

Cn des ciiiiiédieris les plus amusants elles plus burlesques 
de Paris a donné un bal, il y a trois jours. En hommo qui 
sait vivre, \... a convié tous ses camarades chantants, dan- 
sants, divlamanls. sans distinction d'entrechats ni de poi- 
Snards, depuis le théâtre de la Gaieté jusqu'à l'Opéra, et du 
Vaudeville au Theàtrc-Français. Une desjeunes gloires do la 
tra'.-i'diecl.issiiiue figurait en tête de la liste; X... lui avait 
l'crit purliculiéremcnt un billet respectueux, comme il con- 



vient a une cpieue rouge aux prises avec une Hermione, ou 
quelque princesse de la même maison. La jeune héroïne était 
bien tentée d'aller goûter un peu de cette danse, car, pour 
être Molpomene, on n'en aime pas moins le galop : cela (lé- 
lasse des soucis de la grandeur. Mullieureusement, un cer- 
tain comte qui compose a lui seul, en ce moment, le con- 
seil privé de la prmcesse , opposa un rclo formel, sous 
prétexte que la dignité de .Melfiomene serait c/)mpromise. Il 
fallut donc renoncer au galop qu'on se [irometlait. Le jour 
même X... reçut les mots suivant-s, traci-s par la main tra- 
gique : 

• Mon cher X..., le comte ne veut pas que j'aille ce soir 
a ton bal; je n'irai dom- [las a cause de lui, mais je le pré- 
viens que dans quinze jouis lu pourras en donner un autre. 

« Ton alfectionné camarade. 



UN BEI'A.S lIOMfCUIQLE. 

Depuis Les infiniment petits, si spirituellement chantés par 
notre grand poète national, on a tant de fois et si souvent 
dit que notre époque était mesquine, étriquée; que nous per- 
dions dans la contemplation de ()etites choses, dans la dis- 
cussion de petits intérêts, dans le choc de iietiles ambitions, 
tout sentiment du grandiose el du sublime ; on a tant criti- 
qué, el non sans raison, les petites tendances de notre indi- 
vidualisme, le cercle étroit, l'horizon borné de notre poli- 
tique, qu'il y a justice à tenir compte de tout ce qui semble 
revêtir quelque apparence de grandeur et de solennité. 

Les chemins do fer ouvrent pour le monde une ère nou- 
velle. Sans demander a l'avenir quelles relations, <iiiellecom- 
munauté de sentiiiieiilsel d'idées ces voies de rapide com- 
munication établiront un jour entre les peuples, considérons 
seulement les avantages dont ils dotent le présent. Ils provo- 
quent les grandes associations de capitaux, qui seules peu- 
vent permettre de tenter et de mener à fin aujourd'hui les 
grandes entreprises. Ils transportent sous nos yeux, en un 
seul convoi, plus de voyageurs que cent voitures et cinq cents 
chevaux des messageri'es royales n'en transporteraient péni- 
blement en un temps cinq fois plus long, el la France a payé 
cet avantage par une si cruelle et si douloureuse expérience, 
qu'elle doit, plus qu'aucune autre nation, y tenir cl se Passi- 
miler. 

Les chemins de fer appellent et réunissent sur le même 
[)oinl des masses de travai, leurs; ils les associent dans une 
commune pensée, dans un but commun, el c'est là une pré- 
paration pacifique a une sage organisation du travail et à ces 
institutions des caisses de retraite appelées de tant de vœux, 
et qui doivent assurer aux classes laborieuses, aux vétérans 
de l'industrie, une vieillesse heureuse el honorable. 

Ce sont les chemins de fer qui ont donné à notre pavs le 
premier spectacle des grandes solennilés industrielles' na- 
tionales, provoipiéos par leur inauguration. Les compagnies 
des chemins de fer d'Orléans el de Rouen annoncent, pour 
les premiers jours de mai, à l'occasion de leur ouverture, des 
fêles que l'on dit féeriques. Il ne s'agit de rien moins que 
d'un banquet de '2, UOO convives qu'un seul convoi transpor- 
terait à Orléans et ramènerait à Paris au bruit des instru- 
ments el des fanfares. 

L'Illustration ne laissera rien perdre à ses lecteurs de ces 
fêtes, de ces réunions éclatantes; mais elle leur doit compte, 
dès aujourd'hui, d'un festin dont le chemin de fer de Rouen 
a été le prétexte, et qui rappelle les plus fabuleux repas de 
l'antiquité. 

Parmi les nombreux travaux d'art qu'a nécessités le chemin 
do 1er de Paris à Rouen, un des plus importants était celui du 
tunnel do Tourville. Pour en hâter le terme, le directeur avait 
promis qu'à peine le tunnel terminé, les ouvriers seraient 
réunis autour d'une table où un bœuf entier serait servi tout 
rôti, entouré d'un monceau de pommes de terre. 

Le tunnel a été terminé même avant l'époque prescrite, et 
le directeur des travaux a tenu fidèlement sa parole. Un 
bcEuf qui, tout dépouillé, pesait encore 150 kilogrammes, a 
été embroché avec une broche monstrueuse forgée exprès 
pour la circonstance. La broche, suspendue à des chaînes 
qu'un cabestan faisait manœuvrer, a majestueusement tourné 
son rôti gigantesque devant un fourneau immense dressé à 
l'aide de rails entre lesquels brûlait plus de coke qu'il n'en 
aurait fallu pour faire marcher une locomotive. A peu de dis- 
lance, dans de vastes chaudières, cuisaient les pommes de 
terre. 

Quand tout a été prêt, un wagon, espèce de large plate- 
forme, s'est avancé. Avec le secours du cabestan, le bœuf v a 
été installé, fianqui' de dix hectolitres de patates ; et le loti, 
cinq grands tonneaux de bière, les convives, tout cela est 
parti ensemble, remorqué par une machine, au bruit de mille 
cris joyeux. 

Deux cent cinquante ouvriers ont pris place autour de la 
table sur laquelle s'élevait, majestueux et fumant, ce rôti ho- 
mérique; quatre officiers de bouche, vulgairement appelés 
garçons bouchers, ont monté sur la table et ont découpe cette 
pièce monstrueuse, qui a été le plat de résistance de ce fes- 
tin improvisé. L'ingénieur du chemin de fer elolusieurs no- 
tabilités de Rouen ont présidé cette réunion, dans laquelle 
les ouvriers anglais et français ont oublié toute rivalité na- 
tionale en présence de ce rosbif merveilleux. 

On peut voir de ce fait le côte prosaïque et grossier, nous 
ne le contestons pas; mais il y a autre chose : le banquet, 
avec son bœuf rôti, avec ses tonneaux au lieu de bouteilles, 
avec ses joies brutales si vous voulez, n'en a pas moins un 
caractère élevé. Ce n'est pas seulement le travail qui a été en 
commun là, c'est la récompense aussi qui a été commune; 
c'est une image incomplète, peualtravante sans doute, mais 
enfin c'est une image des bienfaits de l'association; et soyons 
bien sûrs que rien do ce qui touche à ce grand bienfait de 
l'association des travailleurs ne peut nous être indifférent 
aujourd'hui. 



Et tant il eit vrai qu'. n b m p-iprit anime i.res.iuo 'noiours 
es hommes reunis, ces braves gens, quand d. n'ont i-ius eu 
levant e.ix nue les os diss.-minés du héw de la fête pi <»■< 

tonneaux vides et la table dévasU-e, alors ils ont songé aux 
nalheiireux de la Poinle-a-l'itre.et ils ont fait une quête dont 

le produit ira [«rter Iwnlicur a quelque famille ruinée 



VENTE DE L\ 'lALERIE AIJUADO. 

C'était une grande solennité (M>ur les arlLslcs que le dé- 
membrement de la riche (•ollcttion formée |iar M. Aguado, 
marquis de Las Marismas. Tous œnnais^ienl, loas avaient 
admire cette ::a!erie, la s«Mile qui iHjsst-dàl des échantillons de 
toutes les écoles, lu première qui nous eut mis a mêmed'ap- 
precier les maitresdeCasIilIc et d'Andalousie. La nouvelle de 
la vente avait mis en émoi non-seulement les amateurs nari- 
.siens, mais ceux de Vienne el de Florenw, <\i- Naples et de 
.Sainl-Peler,boiir^'. Les gouvernements du Nord et du Midi 
avaient des représentants dans le t/rand salon du musée 
A^'uado. Du 20 au 28 mars, une foule considérable sV est 
amoncelée, et a suivi avec une avide curiosité les péripéties 
des enchères. "^ "^ 

Les iremieres vacations ont été froides. Vous savez la mé- 
thode iisileiMlans les ventes lie tableaux : onilébule par les toi- 
les médiocres, pour arriver progressivement aux chefs-d'oeu- 
vre. Lescopi.-s, les com[K).'>ilions équivoque, ou mal venues 
sont en «luelque s/)rle envoyées en tirailleurs; puis, quand les 
amaleiiisse-onlanimés au feudes(scarmouche- préliminai- 
res, on lan( e sur eii\ la ré-erve des originaux et d.-»p'-intures 
capitales. Aussi, les premiers jours, des tiibleaux rie Claudio 
Coello, Procaccini, Biscaïno, LIanno, ont-ils été- adju"é-s aux 
prix modiques de 200. 7f>, to et 22 fr. On a même vu^vendre 
un portrait du Tiiitoret, :Jl(i Ir. ; un saint Franrois-dAssise 
d'Augustin Carrache, 50 j fr. ; un Christ mort, dé Carlo Doici' 
43 fr., et VEspérance, de Vélas<iuez, 29 fr. ' 

Ce rabais n'a rien de .singulier : la galerie Aguado s'éUit 
recruleeà la hâte, et le propriétaire avait réuni le bon "rain 
et l'ivraie, sauf a les .séparer ensuite, il avait eu parfois le 
bonheurd'accaparerdestoilcsde premier ordre; d'autres fois 
aussi, il avait été induit en erreur par des s|R-culaieurs do 
mauvaise foi. Enlevé inopinément, il n'a jias eu le temps d'a- 
chever le triage de ses tableaux. Les (lifférences (lu'nn re- 
marque entre le catalogue de IS.VJetceluide IXJ;! constatent 
d'ailleurs qu'il s'était occupé de l'épuration de sa galerie. Di- 
verses compositions, ipie la luemiere rïtiaclion assignait au- 
dacieusenient au Corrège, au Dominiquin, etc., sont indiquées 
postérieuromentcommel'ouvragedeleurséléves:l'uned"elles, 
le 6V;iïe </c l'architecture, a été adjugée a 175 fr. Le Jésus 
remettant at:aint Pierre les clefs du l'aradis, donné cn 1839 
pour un Murillo, est devenu un Alonzo Cano en 1813 ; comme 
il a été vendu 535 fr., il est permis de supposer qu'il n'était ni 
l'un ni l'autre. 

La marche qu'a suivie la vente fait honneur au discerne- 
ment des acheteurs. Leur légitime méfiance ne les a point 
empêehésde rendre justiceaux qualités inconteslablesde cer- 
taines œuvres ; le patronage des grands noms ne leur a pas 
fermé les yeux sur la mtxiiocrité réelle de certaines autres. Ils 
ont su se garantir à la fois de l'engouement et de la cn-dulité ; 
et l'on peut, sauf quelques exceptions, juger du mérite des 
tableaux parle |)iix d'adjudication. 

Né en Espagne, M. .\guado avait accordé une place impor- 
tante aux peintres de sa patrie. On ne comptait pas, dans sa 
collection, moins de cinquante-neuf .Murillo, parmi les<iuels 
la Mnrt de sainte Claire, la plus belle conception de ce 
maître : la sainte est étendue sur un grabat, entourée de re- 
ligieux vêtus de bure, au fond d'une cellule sombre et nue ; 
Jésus- Christ et la Vierge s'avancent i>our recevoir son àme| 
escortés d'une procession de vierges radieuses. La sont les 
souffranci s terrestres, les ténèbres, les privations, les misères 
fatales ou volontaires; ici resplendissent les joies célestes, le 
calme éternel, la glorieuse initemnité. Ce tableau, qui, par le 
sujet et les dimensions, ne («uvait convenir c|u'.i un must-e, 
est resté aux héritiers de M. .Aguado au prix de 19,uoo fr. 
L'.lHnonnVih'on , de Murillo, s'est vendue 27.000 fr. ; la 
ifadimedans sa (/foire, 17,900 fr. ; le saint Francois-d'AnsLie 
en prière, figure d'un coloris vigoureux et d'un admirable 
effet, a été adjugé au prix de 15^100 fr. ; deux Iodes moins 
importantes, la Jeune fille nux poissims et V Enfant à la 
tourte, ont monté à fi, 900 et 3,230 fr. Les autres peintures 
attribuées à .Murillo étaient d'une origine trop suspecte pour 
atteindre un prix élevé. Un /xir/rdi/ i/'AoKinic. signe Rertho- 
lomewi Estelianus Murillo fecit, 1C52, a été pjxe 315 fr. 

Des dix-sept Vela.sriuez de la galerie, un seul jiortrait, con- 
nu sous le nom de la Dame a l'etentail.a été vivement dis- 
putt' et vendu 12,730 fr. ; les autres, bien qu'on y re- 
conniït parfois la louche large et énergique du m'allre. 
ont été adjugés à des iirix Irès-mférieurs : la Jeune Femme tt 
le Seijre, à 1,200 fr. ; le jiortrait de la comtesse de Seu'iourg, 
à 900 fr. ; un portrait d Infante, à 1,080 fr.; le portrait en 
pied d'un Corréijidor, à 1,600 fr. 

Les Zurbaran ont étéen baisse: le plus remarqtiable.SaùiC 
Ifui/iies chaniieant le refxis des Chartreux, n'a pu dépasser 
•1,7'.;5 fr. La bizarrerie du sujet discn-ditait celle belle pein- 
ture. Saint Hugues, évêque de Lincoln, visitant des moines 
au réfectoire, imagine de transformer en tortues le gibier qui 
leur esl servi. Saint Hugues eut pu mieux employer le don 
des miracles, et Zurbaran se-s pinceaux. 

La Descente de crois, de Rilx-ra. i>eintare d'un effet saisis- 
sant, mais qui avait malheureusomen; p,-.ii— .' m noir, a été 
vendue 3.050 fr. ; la ViiDje el l'I- iu même 

peintre, tableau d'un Ion clair. Irait > ro du Cor- 

rège, a été adjuge à S.tMK) fr. : ileu\ , . - ,■, suivant 

le catalogue, Piithai/nre et le Philcisuphe i j//ji,yu, , ont atteint, 
non sans peine, les prix de 460 et 380 fr. Les Alonzo CanO 
ont eu peu de succès. Le plus beau, l'Atelier de saint Joseph, 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



n'a.uionU' ([u'a 800 fc, et quolques-uns sont descendus jus- 
qu'à 450. 1 82 et 95 fr. 

L'école ilalicnnc étaitla partie la plus faible delà galerie; 
les noms illustres aflluaicnt sur lec:.talogue; mais en procé- 
dant a la véntiraiion, on était surpris de la faiblesse des 
lomposilion.-. L'Archange saint Mirhel terrassant le. démon. 
présenté comme le frère jumeau de celui du Louvre, a été 
adjugé pour la somme de 3,500 l'r. Un Raphaël de petite di- 
mension, provenant de la galerie du l*alais-Royal, la Vienje 
et VEnfant Jésus, a été mis sur table à 10,000 fr., et les en- 
( lières, montant par 100 et 500 fr., se sont élevées jusqu'à 
•J7,250 fr. Parmi les autres tableaux de l'école italienne, nous 
cilerons'une charmante Vuede l'cH/.sc.deCanaletti, 2,200 fr.; 
la Vierge. l'Enfant Jésus et saint Jean du Guide, 5,880 fr.; 
une Madone du Corrège, 1,600 fr.; l'Enlèvement d'un berger 
par une déesse, de r.\lbane, 2,550 fr.; les Génies de la Mu- 
sique, du Dominiquin, 1,105 fr.; .4Hf/)o))ie(/i',du Guerchin, 
.■!,050 fr.: Deux enfants, de Léonard de Vinci; 4,000 fr. 



Peu de Flamands llguraient dans la collection. Van Dick 
avait une Déposition de croix, tableau dont nous avons vu, 
en Belgique et en Flandre, plusieurs répétitions, qui toutes 
aspirent au titre d'original. Celui de M. Aguado, authentique 
ou douteux, s'est vendu 5,000 fr. Un joli tableau du môme 
maître, représentant des enfants qui agacent une lice et ses 
petits, a été payé 4,000 fr. 

Le ministère de l'Intérieur a fait l'acquisition, movennant 
7,400 fr., du Repos de Diane, de Rubens. Sans être entière- 
ment de sa main, ce tableau sort évidemment de son atelier : 
les chairs se distinguent par la trans[iarence et la vigueur du 
coloris, et les accessoires que le livret attribue à Sneyders, 
sont d'une admirable exécution. 

L'Enfant Jésus jouant avec saint Jean, une jeune fille et 
un ange, portait l'empreinte du talent de Rubens, qui sem- 
blait cette fois s'être inspiré de la manière de Murillo. Ce ta- 
bleau a été adjugé à ."1,000 fr. Le Jason vainr/ueurdu dragon, 
et Vl'bjsse abordant a Vile des Phéaciens, paysages d'un style 



grandiose, placés sous l'invocation de Rubens, étaient dignes 
de l'émulation des enchérisseurs, et les sommes de 1 ,520 fr. 
et 1 ,000 fr. ne nous paraissent pas proportionnées au mérite 
de ces riches compositions. 

Un Téniers, le seul de la galerie, a eu une plus favorable 
destinée. Il représente la Délivrance de saint Pierre par un 
ange; mais l'apôtre et son libérateur sont relégués au fond 
du tableau, tandis qu'au premier plan, des soldats revêtus de 
l'uniforme du dix-septième siècle, jouent aux dés et boivent 
de la bière en fumant. Téniers se souciait peu de la vérité 
historique, mais en revanche il reproduisait la nature avec 
une merveilleuse dextérité. On a payé sa Délivrance de saint 
Pierre trois fois plus cher que la 'Déposition de croix de 
Van Dick : 15,300 fr. 

Les Rembrandt de la collection étaient apocryphes au pre- 
mier chef; aussi ont-ils été vendus : une tête de Vieillard, 
1,300 Ir.; portrait de deux Enfants, 1,010 fr. ; deux Men- 
diants endornns. 1,310 fr. 




(Vento de la !;alorie Aguado 



La dernière vacation a été consacrée aux statues. L'af- 
iluonce était nombreuse pour assister à la vente de la Nijmphe 
touchée et de la Madeleine, de Canova. La première de ces 
statues, d'un dessin pur et d'un beau travail, n'a été payée 
que 1,000 fr. La seconde jouit d'une réputation populaire", et 
a été sou\ ent reproduite par le moulage ; mais les artistes ne 
sont pas d'accord avec le public sur la valeur de ce chef- 
il'inicre. <'."est sans doute un marbre travaillé avec une rare 
luibileté de praticien ; toutefois la tète manque de grandeur; 
l'attitude générale exprime l'abattement physique, et non le 
repentir et la piété; le corps appartient nmins a une femme 
belle et forte, amaigrie par les austérités, i^i'à une jeune fille 



chétive et phthisique. Malgré ces défauts, la Madeleine est 
devenue célèbre chez M. de Sommariva, qui avait su l'expo- 
ser dans un jour favorab'e, entourée de draperies dont les 
reflets fauves lui communiquaient une animation factice. 
Après la mortdu premier acqiiéreur,qui l'avait payéefi, 000 f, 
elle avait été achetée par M. Aguado au prix de 63,000 fr., 
et vient d'être revendue 59,500 fr. à un noble génois, le duc 
de Sarraglia. 

En 1839, lorsqu'il faisait assurer sa galerie par la com- 
pagnie ûu Phénix, il estimait 3,039,950 fr. les 383 tableaux 
qu'il possédait alors; qu'on juge de ses illusions parle résul- 
tat delà vente actuelle : 



École ESPAf;.NOi.E f230 tableaux). 
École ITAL1E^^E (128 tableaux). 
Écoles flamandes (35 tableaux). 
Marbres (50) 



255,192 fr. 50 ( . 

236,606 50 
54,638 50 
88,999 50 



Total. . . . 635,436 



50 



C'est pour réaliser un si mince produit, que s'est opérée l.i 
dispersion de ces œuvres d'art, dont la réunion avait coûte 
tant de peines. Cette galerie dont M. Aguado était fier a 
juste titre, n'a eu qu'une existence passagère ; mais elle lais- 
sera de longs souvenirs dans l'esprit des artistes, et ils nou> 
sauront gre sans doute d'en avoir dressé l'acte de décès. 



Beaiix-.4rts. — Salon <lo 1S43. 

(Voyez pig. 44 et 56.) 
.SALLE DES SCULPTURES. 



Les maîtres sont absents, comme ceux de la peinture ; il 
semble désormais qu'il soit de mauvais goût à unartiste émi- 
ni'iil d'exposer au Louvre, et que la distinction de ses ta- 
bleaux ou de ses statues doive être deux fois compromise, 
d'abord par les médiocrités au milieu desquelles le nouveau 
chef-d'œuvre irait prendre place, puis par la vulgarité des re- 
gards bourgeois qui le viendraient niaisement contempler. Un 
reprochait à l'un de nos grands |ioetes de ne plus écrire que 
pour un petit nombre d'élus ou d'initiés, de ne plus chanter 
en quelque sorte qu'a huit clos et dans le saint des saints. 
Nos grands artistes ont de même une pente visible à ne plus 
faire que de la peinture et de la sculpture intime ; si parfois 
'•r^fore ils daignent révéler aux veux du commun les nou- 



veaux enfants de leur génie, il faut que le public se dérange, 
et se donne la peine de passer chez eux. 

« L'un demeure au Marais, et l'autre aux Incurables. • 

Où sont donc, cette année, MM. Etex et David ? Pourquoi 
MM. Rudde, Joufl'roy, Antonin Moyne et les autres n'ont-ils 
rien envoyé au Louvre? Ont-ils tant de commandes oflicielles, 
qu'ils n'aient pu trouver le loisir de faire pour le public la 
])lus mince statuette! L'un, nous dit-on, couronne de lauriers 
un buste idéal de M. Victor Hugo, comme il ferait pour la tête 
do Raphaël ou de Shakspere ; l'autre travaillopour le compte 
d'un riche bourgeois, qui veut avoir des aieux de marbre. 
Par suite, la salle des sculptures offre un assez pauvre 



aspect ; comme les portraits dans le salon carré et les deux 
galeries, ici les bustes abondent ; les statues sont rares, les 
groupes encore plus ; mais, en revanche, vous vous croiriez, 
dans une école de dessin d'après la bosse, tant il y a de têtes 
sur les tables. Un buste devient un objet de mode ; le portrait 
se fait bourgeois et mesquin, tout au moins l'on veut être 
moulé. Les artistes n'ont malheureusement pas le choix de 
leurs modèles. « Qui voudra te peindre, dit une ancienne épi- 
gramme, puisque personne ne peut te voir? • Mais en 
payant bien, aujourd'hui, quelque difforme que vous puissiez 
être, on se fera plaisir de vous peindre au naturel, même on 
vous enlaidira encore, si vous le désirez. Puis on vous en- 
verra figurer au Salon, sur l'autorité de Boileau : 



L'ILLUSTRATION, JOIILNAL IMVEnSKL. 



• D'un pinceau délical l'arlifice agirahlr. 
Du pliiï affreux objet fait nu olijel aiiiialilc. " 

I,(S anciens l'iaient avares d(!s portraits , dans la crainte 
qu'ils avai.'ul de multiplier les ouciaç/es inciliorrcs. Tout vain- 
(|ueiir aux jeux olyni()i(|ues était honoré d'une statue; mais 
il fallait y avoir rem|)orté trois couronnes, [xiur (|uc cette 
~t itue fiU iainiquc . c'est-a-dire pour (|u"olle représentât 
l'athlète à qui on l'accordait. 

La salle dus sculptures olfre pourtant quelques œuvres dis- 
tinguées, que nous examinerons CM détail, connue nous avons 
déjà fait pour les principales peintures du salon carré. 

M. Simart. — La l'hilosojihie, statue en marbre. — Nous 
devons d'abord remercier M. Simart de n'avoir point char;.'é 
son personnage alléfjorique (le fastidieux attributs, et <le nous 
avoir fait gr.'icc, par exemple, du scalpel de l'anaKsc cl du 
llambeau de la réflexion, ne craignant pasd'uilleurs que nous 
pris-ions sa Philosophie pour le Cuminerce ou la .Xariiinlion. 



l'ar la simple méditation du visage, par l'inllexjon pen>ivede 
la télé, par la pose expressive de la main sur la |K)itrine, l'ar- 
tisli-asu per.M.mnIier le IvwGi i:xvtov. et donner une forme 
sensible a la rclli'xionpsvchologique. La penséede .M. Simail 
est jiusleie; sa l'hilosophie n'est point - la vierge mé'odieusc 
de Suniuiu, chantée par les poêles, qui font habiter volon- 
tiers la .Sa;:essc dans la lyre ; ce n'est pyint la muse plal^mi- 
ciennc, douce et clémenie, am:e des beaux discours et de -i 
harmonieuses paroles, mais plutôt la sévère méUiplivsique 
allemande, la déesse un peu boudeuse de l'ohjectiful (di suh- 
jeclif.^ la Iliison pure. La concentration intérieure est telle, 
que l'àme, tout entière au travail psychologi(|ue, semble se 
retirer- des traits du visage et la vie s'y glacer : c'est une 
slaliiedcla Uéflexion plutôt que la Réflexion même. Nous exa- 
gérons a dessein notre critique pour la mieux préciser; la 
concepliijii de .M. Simart n'en est paâ moins belle et profonde; 
noas re()rochons seulement a l'artiste d'avoircomme attristé 
cette iiobie ligure par l'exercice même de la pensée, au lieu 



d'v avoir peml le reflet de la belle lu:niere inleri.ure qu'a 
célébrée Malebranche, de wlte flamme diviiic qui ravit si 
puissamment les yeux de l'àme. 

Peut-être devons-nous aussi trouver dans la -Uilue de 
M. Simart une certaine exagération de régularité et de pureté 
classiques : toutes les lignes sont coupées a an;iles droits, 
les traits du visage comme les dra[)eries; il en re-ulte une 
sorte d'harnionie l'jrrée (jui nous semble dépas,er l'antique 
proprement dit, et remonter jus<|u'a l'E-vple. La statuaire 
grecque ne fit a son origine qu'imiter la momie é-vpli.-nne, 
et se.i premières statues, ayant la moitié du corps' enfermé 
dans une gaine, re.-seï: hiaient toutes aux images du Dieu 
Terme, On dirait de nin.-e, a voir la rigide façon dont la 
l'hilosophie est envelop(>ee , |ue l'artiste, dans son amour 
excessif de l'antique, a voulu faire un liermcs, une Isis voi- 
Itje : la critique avait déjà reproché à son Orexte mourant une 
alTeclation de mavité et de stoïcisme; aujourrl'hui, M. Si- 
mart nous semble toucher aux extrêmes limites de la sim- 




(Salon de ISi3. — Vue de la galerie de sculpture.) 



plicilé, au-delà desquelles la statuaire devient de la géomé- 
trie pure. 

La Philosophie de M. Simart, malgré toutes ces critiques, 
n'en est pas moins, à notre sens, une des plus remarquables 
(Puvrcs qui aient été exposées au Louvre depuis plusieurs 
«nnées. 

.U. E.-M. Maindron. — Un jeune Benjer pi'iué par un 
serpent ; son chien lèche sa blessure. — Ce groupe, exposé eu 
plâtre il y a (pielques années, avait dès lors mérité d'uiiaiiiiiics 
éloges. — M. Maindron, comme chacun sjil, est un sciil|ileur 
romantique. Les sculpteurs spinlualistos elaieiil dcja une 
«'hose assez rare, assez absurde même, au dire des iiinanls 
positifs de la Vénus Callipygc ; mais <piel nom donner a l'au- 
dacieux qui ose introduire sous le marbre la rêverie iiiélan- 
coli(|ue et le vague de la pensée.' Hcné n'csl-il pas eu sculp- 
ture un être impossible, une incdinp.ihliilité .' Aulunl vuudrail 
essayer de rendre avec du plâtre ou du marbre la ruiiianccdu 
Saule, les Méditations de Lamartine Nobobslanl, M. .Main- 
dron semble avoir heureusement trouvé le coté vaporeux, si 
je puis dire, de la sculpture. Dans ses statues, tout est sacri- 
fié à l'expression et à l'eflet de la tête : l'artiste alTeclioiine 
généraleiuenl les formes grêles, soit qu'il y trouve une distinc- 
tion romantique, soit que cet appauvrissement de tout locorps 
lui paraisse devoir mieux faire ressortir la richesse de là tête; 
souvent même, sous cette constante préociupalioii du senti- 
ment de la figure, il néglige la correction de l'ensemble; 
ainsi, dans le groupe que nous examinons, lu cuisse gauche 
du berger est projetée d'une façon malheureuse, la chute des 
épaules a trop de mollesse, et la nuque est elrangemeiil apla- 
lie; mais, en revanche, la tête de Tenlant est délicieuse : il 
\ a dans ses iiaupieres baissées, dans le pli de ses lèvres une 
di'uceur charmante, une tristesse gracieuse; on dirait (]"■''' 



éprouva plutôt une peine de cœur qu'une douleur physique, 
qu'il rêve plutôt qu'il ne soutire. La tète du chien est admi- 
rable do sentiment ; elle a une expression beaucoup plus claire 
et plus précise que celle de son maître; il eut été diflicile, en 
effet, de faire un chien romantiiiueel rêveur, ayant le vague 
il l'àme. — En somme, la nouvelle composition de' .M. Maindron 
tient dignement ce que promettaient sa Vellèda, son Christ, 
son saint Grèipiire, toutes œuvres déjà si remarquables par 
le goût, la science de l'ajustement, la distinction de la fantai- 
sie, et sur:out la constante vérité de l'idéalisation. 

M. Protal. — Sara la baujneuse, bas-relief en plâtre. 

" KIU' lut d'un jiit'd liiiiiile 

l-oiicle hiiiiiuK-, 
Qui riile .son clair tableau ; 
Un beau pie.l loiigit l'albàlre ; 

La lolàlie 
Hit de la haiclieur tic l'caii. ■• 

M. Piolat nous paraît avoir voulu rendre en détail les vers 
du poète, sans en perdre une sxllabc, a peu près comme 
M. Niedermayer a essaye de mettre eu musicpie certaines 
odes de Laniartin(\ Tandis (|ue le traducteur com|)te ainsi 
les syllabes, l'idée lui échappe, et, avec toute son exactitude, 
il arrive enfin à un contre-sens. Par exemple, pourquoi s'ap- 
pesantir sur i;es deux derniers vers : 
" La folâtre 
Rit lie la fraîcheur de l'eau, n 

l'ouniuoi changer ce rapide sourire en une g.iiele prononcée, 
en un vif sentiment de joie? L'arlisle n'a pensé qu'au rire de 
Sara; il a oublii' la baigneuse, 

' ... La bai^n'iuse blaiirlic 



Qui se penche. 
Qui X peoc^ic pour se toir. • 

On trouve, d'ailleurs, dans ce bas-rehel", roriginalileet la fan- 
taisie souvent un peu bizarre et chimérique des vi:;netle- (!■ 
Célcslin Nanteiiil; mais on y rencontre aussi les mêm -s dt- 
fauts, l'incorrection et la vu'igarilé. — Encore une critique di 
détail : les deux femmes qui s'en vont a gauche ont tre<- 
peu l'air de chanter leur chanson, et surtout de dire a S.tr.i 

• Oh! la pan'sscuio f.Ilc, 

Qui sinliillc 
Si tard un jour de luoisson! • 

.1/. Dieudonné. — Alerandre-le-Orand tenant un lion. 
groupe en plâtre. — M. Dieudonnê semble avoir adopté la 
fameuse maxime de Molière : • Je prends mon bien ou je h 
trouve;- or, il le trouve |>artout. .\insi, il a prisevidemmen' 
la lêtediiSparlacus.eta combiné en un seul li's<leux lions di 
.XLBarveet de l'iiget, empruntant la crinière de l'un et tout h 
restedc l'.intri'. .Mais ce i]ue nous reprwherons le plus amère- 
ment a M. Dieuilonné,c"e»t d'avoir, en l'imitant, gâté et affadi 
la belle tête du Sparlacus. — Il y avait, dit-on. chez les The- 
bains une loi contre ceux qui enlaidissaient leurs originaux. 

.1/. Dai/and. — Diane ehasseressf , groupe en plâtre. — 
Signalons encore un plagiat, car on ne saurait ap[)eler autr<- 
meiil d'aussi voisines imitations. Qu'un poète s'avise d'imiter 
((u'un prosateur entreprenne même de défaire à son benefic< 
(luatre tout petits vers : 

• Ok.' sur le \er( platane, 
El les frai» coudriers 

Diane, 
El se$ blaocs lévriers! • 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL 



il se ven a Ijiié, moqué, sifflé, plumé d'étrange sorte ; pour- 
quoi donc un sculpteur se croirait-il davantage en droit d'em- 
prunter a Jean Goujon la tète, la pose, l'embonpomt même de 
sa Diane chasseresse? la Diane des poètes aurait-elle seule 
le privilège d'inviolabilité? Nous ferons d'ailleurs a M. Da- 
gand le même reproche qu'à M. Dieudonné : il s'en faut de 
beaucoup qu'il ;ni embelli son original ; la tête de Diane s'est 
singulièrcmiiii épaissie, et. n'était son immortelle jeunesse, 
elle aurait bi, n'Ai un double menton. — Le cerf est bourré, 
le chien a l'air d'un épagneul de boudoir; est-ce la un de ces 
nobles lévriers que Jupiter choisit lui-même pour la sœur 
d'Apollon? . 

M. Molchnclit. — La Yienje, groupe en marbre. -;- Copie 
fidèle de Murillo. — Nous croyons devoir signaler cette imi- 
tation ; la statuaire choisit rarement ses modèles dans l'école 
espagnole. , ,,., 

M. Fniiatier. — Sainte Cécile, statue en marbre. — L il- 
lustre auteur du Spartacus reparait après une longue absence; 
nous retrouvons dans la sainte Cécile une belle et savante 
exécution; les mains surtout sont ravissantes; néanmoins, 
pour M. Foyutier, c'est là une œuvre de peu d'importance. 

M. Dcbai/. —Quatre figures allégoriques en plâtre, savoir : 
les Beaux-Arts , les Sciences, l'Industrie, le Commerce. — 
Les deux premières statues ont les yeux relevés à la chinoise, 
sans doule pour indiquer que les "arts et les sciences sont 
venus de l'Orient? 11 semble pourtant que la Chine ne méri- 
tait guère de finunir cette doubliqiersonnification. Les jambes 
de l'Industrie sont 'déuiesurément grosses et nerveuses; 
aurait-on voulu sii^nifiér par la, comme autrefois l'auteur du 
Mercure, que l'Industrie devait avoir le jarret solide, pour 
courir, comme elle fait, d'un pôle a l'autre? — Ces quatre 
fisures allégoriques ont le défaut commun de pouvoir chan- 
ger de noms et d'attributs sans grande difficulté, de façon 
que le Commerce, troquant son caducée contre le ciim[)as, 
s'appellerait volontiers la Science, et récipio(pienienl. Ce 
n'est pas ainsi que M. Simart a imaginé sa belle statue de l.i 
Philosophie. 

{La suite à un autre nuiiuhv.) 



MAXUSCBITS »E I\'APOl.KOX (1). 

(Suite. — Voyez y. 22 et 3S.) 

LETTRES SUR LA CORSE A M. L'ABBÉ RAVNAL. 

SUITE DE LA LETTRE DEUXIEME. 

Raffaello da Leca (1455). — Dans cet intervalle, les 
patriotes ne restèrent pas oisifs, la faction aragonoise se joi- 
gnit à eux, et ils coururent aux armes indignés de l'ineptie 
de la diète del Lago Benedetto, qui avoit cru qu'une compa- 
gnie de marchands pût être animée par d'autres mobiles que 
iiar l'amour du gain; Raffaello da Leca passe les monts, bat 
le uénéral Batista Doria et le capitaine Francesco Fiorentino, 
et restreint roifi/.io aux seules villes de Bonifazio et de Caivi; 
mais, ayant, l'année d'après, eu le malheur de tomber dans 
les mains de l'Offizio, il termina par une mort ignominieuse 
une vie pleine de gloire. La rage inliuuiame d'Antonio Calvo, 
alors ixênéial des troupes de l'Olli/.io, ne fut pas assouvie; 
il fit égorger sous ses yeux vingt-deux des plus zélés pa- 
triotes, avec plusieurs de leurs enfants. On craignoit les re- 
jetons d'un sang qui avoit de tels pores à venger. 

Les larmes que leur sort fit verser à la nation se changèrent 
bientôt en haine; toutes les factions semblèrent n'être ani- 
mées que par l'indignation et le désir de la vengeance, et 
chacun s'empressa d'offrir son bras aux familles de Leca et 
Délia Rocca. Dans ce pressant danger, l'OfiTizio expédia An- 
tonio Spinola... Antonio Spinola, de tous les hommes, étoit 
le plus dissimulé : ne eonnoissant d'autre loi que sa politique, 
nourri dès son enfance d'intrigues obscures, imbu des bar- 
bares maximes seigneuriales, le cœur inaccessible à la pitié ; 
Antonio Spinola débarqua dans l'île à la tête d'un corps de 
troupes cent fois moins redoutable que son génie malfaisant. 
Sa profonde dissimulation en imposa au peuple, et, par des 
manières étudiées, il vint à bout d'effacer les impressions 
sinistres des derniers événements, qu'il attribua aux passions 
particulières des ministres... Il assura que l'Ofiizio vouloit 
vivre en bonne intelligence avec les patriotes, et, dans la 
nécessité de prendre des mesures pour consoliderl'harmonie, 
il invita les chefs Niolinchi et des autres l'ieves à se trans- 
porter à Vico, ou il étoit. Dans cet état de choses, ils tinrent 
conseU. Giocante di Leca, vieillard respecté, le Nestor du 
bon parti, se leva pour parler en ces termes : 

- Mes infirmités, depuis bien des années , ne m'ont pas 
« permis d'assister à vos conseils, et j'ignore les maximes que 
« vous avez adoptées pour règle de votre conduite.Vos pères 
" en avoient une qui étoit gravée dans leurs cœurs en traits 
" ineffaçables ; la vengeance étoit, selon eux, un devoir im- 
« posé par le ciel et par la nature... Si ces fureurs sublimes 
• régnent encore dans vos cœurs, compatriotes, courons aux 
" armes ; mais, je le vois, cette amertume étoit réservée à mes 
" vieux ans; les méchants triompheront !...Vous délibérez, et 
" vous avez à venger, l'un un peie, l'autre un frère ; celui-ci 
« un neveu, et tous ensemble les maux qu'a soufferts la pa- 
" trie... Mais que répondrez- vous à ces martyrs de la liberté, 
" lorsqu'ils vous diront : Tu avois des bras, de la force, de la 
« jeunesse, lu étois libre, et tune m'as pas vengé!... En rece- 
" vanl lu vie, ne devîntes-vous pas les garants de la vie de 
" vos pères? eh bien! ils l'ont tous perdue en défendant vos 
« foyers, vos mères, vous-mêmes; ils l'ont pour la plupart 
" perdue dans les supplices ou par le poignard de lâches assas- 
" sins, et leur mémoire resteroit sans vengeance? Sinuccello 
" délia Rocca mourut dans les prisons de Gênes ; Yincentello 

(i; La reproduction des manuscrits de Kapoléon est interdite. 



" périt comme un criminel; Ualtâèllo, en qui l'on vovoit re- 

- vivre ce courage inflexible, cet amour patriotique qui ani- 

• moient vos pères, vous savez tous comment il mourut ! Ohl 
" défenseurs de la patrie I telle fut la récompense de vos ver- 
" tus; mais que votre mort eut été cruelle pour vous, si vous 
" eussiez prévu qu'elle n'auroit point de vengeurs. Citofiens, 
« si le. tonnerre du ciel n\'crase pas le méchant, s''il ne venqe 
« pas Vinnocence, c^est i/ue Vhomme fiirl et juste est destiné à 
« remplir ce noble ministère. » Malgré la véhémence do Gio- 
cante, on décida que l'on consentiroit à un accommodement, 
si nécessaire dans ce temps de cri.se, et l'on résolut de se 
rendre à Vico. » Hommes sans vertu ! s'écria Giocante, si l'a- 
« inoiir de la [latrie, si lesdevoirs sacrés de la vengeance sont 
« étniilVés dans mis cn'iirs i''iiervés...au moins veillez â la con- 

• servation devcis vies, ne laissez pas tous ces peuples sans dé- 

- feiiseurs ; ecrtutez un instant, et je ces«ede vous im]ii>rl une;-. 

. Seul d'eiilre vos pères je me suis garanti des enilniehes 
« (les méchants; que cette considération vous tasse letlei-liir 
« sur ce que j'ai â vous dévoiler : aveugles, vous croyez que 
" rOflSziodemandesincèrementlapaix... la paix est sur leurs 
« lèvres, votre supplice est dans leurs cœurs. Aucun de vous 
« ne reviendra de Vico, vous périrez par votre faute... Eh ! 
« comment pourriez- vous en douter! Ne sont-ce pas les 
" maximes qui ont toujours fait agir les enfants de Gênes? 

• Sans religion, sans vertu, sans foi, sans pitié, n'ont-ils pas 
" tout sacrifié â leurs projets?... Tout est vain; la politique 
« de Spinola l'emporte... Triomphe! tu tiendras bientôt dans 
« tes filets ces hommes foibles; ton génie, encore â demi 
« illustre, va surpasser de beaucoup ceux des Montalto (I), 
« des Lomelline (2), des Frégose (H), des Grimaldi (i), des 
" Calvo, et charjié de louanges et de lauriers par tes dignes 
» compatriotes, tu vas offrir au monde le spectacle orlieux 
"du crime heureux, Spinola, perfide Spinola! Dieu! 
" n'est-il aucun d'entre vous qui, transporté d'une noble fu- 
" reur, aille enfoncer son stylet dans le sein de ce traitre 
" avant qu'il ait consommé son crime !... Mon fils, où es-tu ? 
" Hélas ! il périt en défendant son père... RalVaéllo, mon ne- 
" veu, Raffaello, ou es-tu? souvenir déchirant I son sang 
« arrose encore la terre qui vous porte... vieillesse, tu ne 
« m'as laissé qu'une prévoyance stérile et des larmes impuis- 

• saiitesl Jeunes gens, voyez mes cheveux, ilsont blanchi dans 
" le malheur; le malheur m'a appris à apprécier les hommes. 
" Ah ! si les âmes de ces infortunés qui périrent par la tra- 
" hison de vos ennemis pouvoient revenir du sein de l'Eter- 
" nel... Dieu ! si les miracles sont indignes de ta puissance, 
" celui-ci est digne de ta bonté! ' 

Le spectacle touchant de cet illustre vieillard prosterné à 
genoux ne fut pas capable de les détourner de leur fatale ré- 
solution; que peut la sagesse humaine lorsque la destinée 
doit s'accomplir !... Giocante, consterné, abandonna-., l'ile. 
Ces infortunés arrivés à Vico, se laissèrent séduire par les 
manières de Spinola, et, invités à un grand festin, ils furent 
assassinés au milieu du repas. Cent vingt-.sept des plus beaux 
villages devin»ent aussitôt la proie de Spinola ; les flammes 
les consumèrent. 

Giocante et Paolo délia Rocca retournèrent dans l'Ile. Les 
peuples, indignés, coururent en foule se ranger sous leurs 
drapeaux. Spinola mourut alors; il mourut de rage de voir 
tourner si mal des affaires pour lesquelles il s'était couvert 
d'infamie. 

To.M.iiASiNo Dt Cajipo FiiEGOso (1 iOl). — Daus leur an- 
tipathie frénétique, les peuples élevèrent Tommasino di 
Campo Fregoso, et, par l'exaltation de ce seigneur génois, 
ils humilièrent plu» sensiblement l'Olfizio. Ainsi, Monsieur, 
après onze ans, l'Otlizio vit toute sa puissance échouer au 
moment où d croyoit avoir, par un assassinat, assuré à ja- 
mais sa domination. 

Les Génois, qui depuis tant d'années avoient médité notre 
destruction, faillirent périr eux-mêmes; et, déchirés par les 
diverses factions, ils ne trouvèrent point de meilleur expé- 
dient que de se réfugier dans le sein du duc de Milan; ils 
pouvoient dire avec Thémistocle : Nous périssions si nous 
n'eussions péri. 

L'OfBzio céda les forteresses qu'il possédoit aux Milanais, 
qui firent de vains efforts pour accroître son autorité. Gio- 
cante di Leca, Pao'o délia Rocca, Sambucucco, Dajanda, 
Vinciguerra, Carlo délia Rocca, Colombano, Giovan Paolo, 
Carlo da Casta, à ditTérentes années et sous différents titres, 
furent à la tête du gouvernement ; mais, après seize ans, con- 
vaincue qu'elle ne pouvoit rien gagner sur un peuple comme 
celui-là, la duchesse de Milan céda a Tommasino les forts 
qu'occupoient ses troupes. A force de patience et d'heureux 
succès, Tommasino parvint à supplanter tous ses rivaux. 
Giocante et Paolo étoient affaissés par l'âge; Carlo délia 
Rocca et Colombano furent assassinés par ses plus intimes 
partisans ; Carlo da Casta, battu, fut réduit au silence ; il sut 
sefaireun parentdeGiovanPaolo. Tommasino, filsd'un Corse, 
joignoit à un grand nombre de parents, â une fortune consi- 
dérable, les qualités qui captivent la multitude ; mais, de- 
puis, ayant oublié qu'il ne devoit sa fortune qu'au peuple, et 
voulant trancher du prince, on le chassa en criant é Genoces! 
11 comprit alors que ses afl'aires étoient désespérées ; il céda 
à l'OflSzio ses prétentions, et le recommanda à ses partisans. 

(1) Christolaro da Montjlto. un di'.s ministres de la Maona, 
appelle en 1401 les priinipaux Corsu.s a un pourparler: c'cloit un 
piège qu'il leur leiidoit. Il en lit périr une partie, et retiiil les 
autres en otage. 

(2) Andréa Lomtllini, qui étoit à la tète de la compagnie de la 
Maona, en 1 iOi, se montra digne du ses prédécesseurs par le bar- 
bare traitement qu'il lit éprouver à AUalc. 

(3; C'est, entre autres, de Galazzo di Canipo Fregosa que vou- 
loit parler Giocanle : ayant appelé les caporaux pour se liguer 
avec eux contre les seigneurs, il les lit arrèier pour proliler de 
la consternation répandue parmi ceux de leur parti, et il se mit 
en campagne à la tête d'une armée. 

(i) Bartholommeo Grimaldi, quelques, années après, proposa 
une pareille entrevue. Un nommé Sozzarello seul fut asuei dupe 
, jour s'ï rendre; il n'a plus reparu. 



Gherardo, frère du seigneur de Piombino, séduisit nos in- 
sulaires i)ar sa magnificence; mais, né dans les plaisirs. 
Gberardo ne put souffrir les incertitudes de la guerre, et il 
se retira chez son frère. 

GiovAX Paolo (1487) —L'Offizio revint alors avec de i)lus 
fortes espé ances, mais vingt ans n'avoient pas sufii jiour 
calmer l'indignation qu'avoient inspiiéeses foitaits ; Giovan 
Paolo, mis â la tête des patriotes, courut aux armes Giovan 
Paolo, enfant, avoit échajipé au massacre de Vico; encore 
teint du sang de ses pères, il présenta pendant seize ans un 
Iront redoutable. L'Offizio consterné, réduit aux seuls ports 
de Cal vi et de Bonificio, lut plusieurs l'ois sur le point d'aban- 
donner .son entreprise; mais Giovan Paolo dut succomber 
lors(|u'il se trouva privé de ses principaux appuis Son fils lut 
fait prisonnier en allant voir, â Vico, une femme qu'il aimoit. 
Rinuccio di Lecca , son com|)agnon d'armes, avoit un fils 
prisonnier ii Gênes ; Fieschi, général des troupes de l'Otfizio, 
passa en Corse, et proposa a Rinuccio une entrevue, afin de 
renouveler leur connoissance; car ils avoient été élevés en- 
semble ù la cour de Milan. L'expérience avoit instruit Ri- 
nuccio; il refusa, craignant (|uelque piège. Alors Fieschi se 
présente seul ù sa demeure et l'accable do mille marques d'une 
tendre amitié. • Tu t'es délié de moi, lui dit-il ; les années ont 
« etïacé cette étioito liaison qui confondit nos premières af- 
« fectionS et nos jeunes âmes; mais, dans mon âme, les im- 
« pressions se conservent- Nous étions alors â l'aurore des 
« pa.ssions; que de beaux tableaux nos jeunes imaginations 
" nous tr^çoientdans l'avenir ! quel plaisir pur nous goûtions ! 
« nous sentions tous les délices d'une amitié réciproque. 

" — F'iesjL-hi, répondit Rinuccio, vous me rappelez de» 
" temps qui seront toujours chers à mon cœur, et qui ne s'el- 
« facerontjimais de ma mémoire; mais, devant voir en vous 
" un ennemi qui, sans droit, ravage cette patrie infortunée, 
« je ne voulois point y reconnoitre les traits qui, pendant dix 
« ans, furent ceux de mon ami ; votie confiance, votre âme 
« noble est au-dessus de la mienne... Pardonnez, Fieschi, 
■' vous avez passé votre vie dans lès délices de Gênes, et moi, 
" depuis le moment où je vous quittai, je fus toujours dans 

• les factions, dans les guerres, dans les inimitiés, qui né- 
« cessairement rendent l'homme farouche et ferment son 
. cQ'ur aux doux épanchements. J'ai vu le fils trahir le père ; 

• j'ai vu l'hospitalité, la sainte suspension des traités ne ser- 
" vir qu'a cacher les trames les plus horribles; votre nation 

• nous en a donné tant d'exemples, que je vo .s fis un mo- 

- ment l'injustice de me souvenir moins de votre caractère 

- que do votre patrie; mais il m'est bien doux de vous re- 
" trouver, et vous me voyez glorieux de la victoire que vous 
« remportez sur moi. Puisque l'Offizio vous envoie comman- 
« der ses armées, il a donc changé de système, il s'en trou- 
« vera mieux; les trahisons ne font qu'aigrir les âmes, et si 

- elles |)reparent des triiiinphei, ils sont de courte durée. 
Tels étoient les di.scours ipi'ils se tenoient; Fieschi étoit 

dans la fleur de l'âge, grand, beau; la sérénité, lu douceur 
étoient peintes dans sa physionomie, et l'onction de son dis- 
cours achovoit de lui captiver tous les cœurs. Il fit une douce 
impression sur celui de Rinuccio, qui se reprochoit de s'être 
laissé vaincre en générosité et d'avoir pu calomnier un vieil 
ami... Celui-ci attendit le moment avec impatience, il courut 
dans le camp de Fieschi ; il y étoit attendu, les ordres étoient 
donnés jjour le recevoir... et" pour l'urrêler. Conduit dans une 
obscure prison, de là dans le château d'Evisa, il y passa quel- 
ques semaines, et, après que son premier mouvement dut 
être calmé, Fieschi se présenta a lui. « Il ne tient qu'à vous, 
" lui dit-il, d'améliorer le sort de votre patrie et de votre fa- 
■ mille; vous et votre fils vous vivrez dans les honneurs; 

- vous goûterez les charmes de la paix et les avantages que 
« doit vous procurer votre immense fortune. L'Offizio pren- 
« drapour basedeson gouvernement le pacte del Lago Bene- 
« detto; devenez son appui, livrez-lui vos châteaux et faites 
« abandonner par vos partisans l'armée de Giovan Paolo. - 

Rinuccio étouffoit d'indignation, sa voix étoit éteinte ; il ne 
répondit que par un regard terrible et un morne silence... 
Fieschi ne se découragea pas, il lui tint toute espèce de dis- 
cours; il finit par s'attendrir; il lui dit qu'il ne faisoitdans 
cette affaire qu'obéir, qu'il n'étoit que l'instrument, qu'il 
plaignoit son malheur... « Fieschi, dit Rinuccio, je suis près 
« de ma mort; car je comprends bien que n'ayant pu me ga- 
« gner, il faudra se défaire de moi ; mais souviens-toi que 
« je porte à l'autre monde une conscience intacte; les miens 
« pleureront et vengeront ma mémoire ; les hommes de bien 
" me citeront quelquefois; tu ne sens pas combien cette idée 

- est consolante! Fieschi, tu vivras longtemps et heureux, 
" ta mort sera lente; mais à ton convoi funèbre : Joie à la 
"Société, s'écrieront les spectateurs , elle est délivrée d'un 

- méchant homme! » Rinuccio avait pressenti juste; il ne 
tarda pas à mourir de faim et de misère. 

Peu de temps après, Giovan Paolo dut céder à Ambrogio 
Negri, et sa catasti'ophe mérita une statue à ce vainqueur 
génois. 

Rinuccio della Rocca (1502). — Rinuccio délia Rocca. 
formé à l'école de Giovan Paolo, hérita de ses projets. On 
voyoit revivre en lui les vertus inflexibles di's anciens répu- 
blicains. 11 opéra six révolutions; souvent battu, jamais dé- 
couragé, il sembloit avoir étoufté tous les sentiments pour 
les sacrifier tous à la patrie. Richesse , douceur de la vie , 
amour paternel, rien ne put arrêter en sa course cet indomp-. 
table ennemi de l'Offizio; le malheur qui le poursuivit dans 
ses vie, IX jours rend sa mémoire plus intére-isante; vaincu, 
proscrit, errant sur les rochers, il fut inébranlable, et il mou- 
rut sans jamais rien faire d'indigne de lui. 

Oi'Fizio DESAN-Gioiuiio. — Ainsi, Monsieur, à force d'in-' 
trigues et d'assassinats, l'Oflizio parvint à régner. Le sang de 
tant de martyrs ne servit qu'a teindre la pourpre des protec- 
teurs de Saint-Georges. Paolo della Rocca, Giocante di Leca, 
Vinceguerra,Gio\ an Paolo,Rinuccio,ne brilloient plus à la tête 
de la nation : on avoit péri, on s'étoit exilé. L'Offizio, au comble 
de ses vœux, régna sans contradiction ; une longue expérience 
lui avoit appris à connoitre l'amour de ces peuples peur la 



L'ILLUSTKATiON, JOURNAL LMVERSEL. 



juslici' et la liberté; il donna (lonc|!Oiir inslruclion a ses nii- 
nislrcs de rendre la première avec cxacliliule, cl leur accoi da 
la seconde en prenant les conventions del I.afio Itenedello 
pour pacte con\enlionncl de sa snuverainelé, et après tant de 
calamités, les Corses vcciircnt heureux de leur tranfpiillité. 

Ils commencèrent à penlre de vue l'idole chérie de l'indé- 
[icndance, et au lieu de reiilhousiasmc qui les transportoit 
antrelois aux noms sacrés de patrie et de libi'rlé, des hirnu^s 
seules exprimoieiit ce (pie ces noms chéris leiu- laisoient 
éprouver. La fwstir vint achever la dépopulation. Kn Mwjiiis 
de deux ans, une ;;rande partie de ceux ipii avoienl sur- 
vécu a la liberté descendit dans la tombe. Dans l'état de loi- 
l)less(^ ou l'on se trouvoil, l'Ollizio comprit (]u'(jn ne [)ouvoit 
plus s'opposer à ses projets, et résolut de plier ces hommes 
indomptables souslejou;; île la servitude; les conventions 
del La^io Benedetto lonibèrentdans l'oubli... Ensanglantées, 
jonchées des cadavres de ses habitants, nos montagnes ne re- 
lent issoicnt alors que de frémissements. Les Corses \oyoient 
l'esclavage s'avancer à t;rands pas, et dans leur^rand'e foi- 
blesse ils n'\ triiu\(iient point de remède, .\iiisi l'iiilorluné 
linioniiier prév.iil le Ilot cpii va l'enf^loutir, et le prévoit en 
vain. Le roid'.\lj.'cr, Laz/.aro, Corscde nalion, qui avoit con- 
servé dans ce haut rang le nuMue amour |iiiur sa patrie, ne 
pouvant la d<'livrer,la vcnfiooil en détruisant lecommi rcede 
rOfhzio; mais rien ne pouvoit adour'ii- le sort des Corses. Ils 
vivoient sans espérance, lorsipre Sampieni île linlelica, cou- 
vert de lauriers iprilavoitconiprissoirs les ilrapi'aux IVançois, 
vint faire ressouvenir ses cnnqiali rotes cpie leirrs o|ipr'esseurs 
étoicnt ces mêmes Génois qrr'ris avoienl I anl de tnisli:i||ir<. Sa 
n>[)ulation, son é'oqirerrce, les ébranloienl, et a l'arrivée de de 
Thermes, que le roi Henri 11 expédia avec dix-sept compa- 
gnies de troupes pour en chasser l'Offi/io, les Corsess'armè- 
renl du poignard de la vengeance, et, réduits à la seule ville 
de Calvi, les protecteurs de Saint-Georges reconnurent, mais 
trop tard, que quelque accablés qu'ils lussent, ces intrépides 
insulaires pouvoient mourir, mais non vivre e.sclavcs. 

Sampiero di Basïixic.a. — Le sénat de Gènes, fidèle au 
plan qu'il s'étoit tracé, avoil sans cesse travaillé et contre 
l'Ollizio et contre les Corsos. Il voyoit avec plaisir s'entr'égor- 
ger des peuples qu'il vouloil soumettre, et s'aR'oiblir une com- 
pagnie qui lui donnoit ombrage; mais, dans cescirconstances, 
il sentit qu'il l'allnil la secourir puissamment, ou se résoudre 
il voir recueillir |iar les François le fruit de tant de peines et 
d'intrigues. Il ollrit donc ses galères et ses troupes, et sollicita 
l'empereur Charles V, son protecteur, qui lui envoya aussitôt 
une armée et des vaisseaux. Vains préparatifs! Les Corses 
triomphèrent; le grand Andréa Doria vit périr dix mille hom- 
mes de ses troupes sous les murs de San Fiorenzo. L'immor- 
tel Sa rupiero battit les Génois surlesrivesduGolo,àPctreta; 
mais s'étant brouillé avec de Thermes, le roi de France l'ap- 
pela à sa cour. Dès ce moment nos affaires déclinèrent, et ne 
furent plus rétablies que par son retour. .4près diverses vicis- 
situdes, l'Offizio alloit être expulsé à jamais, lorsque par le 
traité de Cateau Canibresis, les François évacuèrent l'île. Les 
Corses firent leur paix; les pactes conventionnels del Lago 
Benedctto furent renouxelés de part et d'autre; l'Offizio 
promit de gouverner conjointement avec la nation et de gou- 
verner avec justice, (iouverricr avec justice n'éloit pasceque 
vouloit la politique du sénat qui. voyant les Corses sur- le 
point de s'attacher sérieusement, d'oublier leur ressentiment 
et de céder à leur fatalité une portion de leur indépendance, 
voyoit se renverser tousses projets. Lacirconst'ance d'ailleurs 
étojl favorable; il obligea les protecteurs de Saint-Georges à 
lui céder la possession de Pile. Outré de ce changement qui 
s'étoit fait sans son consentement, le peuple soupire après 
l'arrivée de son libérateur Sampiero. Cet homme ardent a voit 
juré dans son cœur la ruine des tyrans et la délivrance de 
son pays. Voyant la France trahir ses promesses, il dédaigne 
les emplois que ses services militaires lui ont mérités, et par- 
court les diftérents cabinets pour susciter des ennemis aux 
oppresseurs et des amis aux siens... Mais les rois de l'Europe 
ne connoissent de justice que leur intérêt, d'amis que les 
instruments de la poliliipie. Il s'embarque pour l'Afrique; il 
est accueilli par le bey de Tunis, qui lui promit du secours; 
il gagfie la conliarue de Soliman, qui lui promet assistance. 
Soliman avoit l'iime noble et généreuse; il devint le prolec- 
teur de Sampiero et de ses infortunés compalrinles. Tout se 
dispose en leur faveur; bienlot le croissant humiliera jusque 
dans nos mers la ci'oix ligurienne ! — Gènes cependant suit 
d'un œil inquiet les courses de son implacable ennemi, et ne 
pouvant l'apaiser, elle cherche à lui lier les mains par l'amour 
de ses enfants et par l'amour de sa femme, douces affections 
qui maîtrisent l'âme par le cœur, comme le sentimenkpar la 
tendresse... Sampiero aime tendrement sa femme Vannina, 
qu'il a laissée à Marseille avec ses enfants, ses papiers et 
quelques amis... C'est Vannina que les Génois entreprennent 
(le séduire par l'espoir de lui restituer les biens immenses 
qu'elle a en Corse et de faire un sort si brillant a ses en- 
fants, que son mari même s'en trouvera satisfait. Ainsi la pa- 
irie vivra tranquille sous leur gouvernement et elle vivra 
tranquille au milieu de ses terres, de ses parents, contente 
de la considération de s(!s enfants, et ne sera jilus exposée à 
mener une vie errante en suivant les projets d'un époux fu- 
ribond. Mais pour c(>la il faiil aller a (iénes, donner aux 
Corses l'exemple de la soumission au nouveau gouvernement, 
et de la confiance dans le sénat. Vannina accepte : elle enlève 
tout, jusqu'aux papiers de son mari, et s'embarque avec .ses 
enfantssur un navire giwis. llsétoientdé'jà arrivés;! hauteur 
d'.\ntibes, lorsqu'ils sont atteints par un brigantin monté par 
les amis de Sampiero, (pii s'emparent du bâtiment ou est la 
perfide et la contluisent à Aix avec ses enfants. 

La nouvelle du crime de Vanninaéléve dans le cœurdc l'im- 
pétueux Sampiero la tempête et l'indignation; il pari, comme 
un trait, de Constantinople; les vents sec(mdent son impa- 
tience. Il arrive enfin en présence de sa femme. Un silence 
farouche résiste obstinément à ses excuses et aux caresses de 
ses enfants. Le sentiment aigre de l'horreur a pétrifié sans re- 
tour l'âme de Sampiero. Quatre jours se passent dans cette 



immobilité, à la fin desquels ils arrivent dans leur maison de 
Marseille. Vannina, accabh-e de fatigue et d'angoisse, se li- 
vre un moment au sommeil; a ses pifîds sont ses enfants, vis- 
.i-N is est son mari, cet homme que l'Europe estime, en qui 
sa patrie espère, elqu'e'le vient de trahir... Ce tableau re- 
mue un instant Sampiero, le feu de la compassion et de la 
tendresse semble.se ranimer en lui. Le sommeil est l'image 
de l'innocence I Vannina se réveilli-, elle croit voir de l'émo- 
tion sur la plivsionomie de son mari; elle se précipite a ses 
pieds : ell(; en est nqioussr'e avec effroi. 

" Mnildinc, lui dit avec druoté Sampiero, entre le crime et 

• Vdiipro'.re, il /l'c.vV de mi' ira i/ue lu mort. • 

L'infortunée et criminelle Vannina tombe sans connois- 
sance. Les horreurs de la morts'emparfinl.àson réveil, de son 
imagination : elle prend ses enfants dans .ses bras. . .S'oye: 
' mes inlenvKseiirs ; je reux la rie iiiiiir votre bien. Je ne 
<■ me .<iHi.<: rendue criminelle <ine pour l'amour de vous!" 

Le jeune Alphonse va alors se jeter dans les bras de son 
père, le |)ren(l par la main, l'entraîne auprès de sa mère, et 
la, embrassanlses genoux, il les baigne de larmes, n'a que la 
force de lui montrer du geste Vannina, qui, tremblante, éga- 
ri'e, retrouve cependant sa fierté à la vue de son mari, et lui 
dit avec (ourage : « Sampiero, le, jour où je m'unis à vous, 

- vous jurâtes de protèi/er ma foitjlesse et de guider mes jeu- 

• nés années ; paunii-z-vous donc souffrir aujourd'hui i/ue 
'de vils esrtiii-rs suiiiiliissent votre épouse? Et puisqu'il ne 

- me reste plus ipic la mort pour refui/e contie l'opprobre, la 
" mort ne doit pas être plus avilissante que l'opprobre 
••même — Oui. monsieur, je meurs avec joie, vos enfants 
" auront pour les élever l'e.remple de votre vie et l'horrible 
'Catastrophe de leur mère; mais \'annina, qui ne vous fut 
« pas toujours si odieuse, mais votre épouse mourante ne 
« demande de vous qu'une qràce, c'est de mourir de votre 
'main!' 

La fermeté que Vannina mit dans ce discours frappa Sam- 
piero sans aller jusqu'au cœur. La compassion et la tendresse 
qu'elle eût dû exciter trouva une âme fermée désormais a la 
vie de sentiment Vannina mourut 

Elle mourut par les mains de Sampiero. 

Peu de tem|>s après ce terrible événement, Sampiero dé- 
barque au golfe de Valinco, avec vingt-cinq hommes, et 
trouve bientôt une armée ; il bal les ennemis a \ escovalo, à 
Rostino, ou Antonio Négri périt avec deux mille des siens. 
Après a voir été forcé de se retirer devant l'armée de Stephano 
Doria, il la détruit par l'habileté de ses manœuvres ; il bat, 
à Borgo, les secours que le roi d'Espagne envoyoit à la répu- 
bliqne. Enfin, sous cet mtrépide général, le.s Corses tou- 
choient au moment d'être libres, mais, par un lâche assas- 
sinat, Gênes se délivra de cet implacable ennemi. 

Dans la tombe d'Épaminondas s'ensevelit la prospérité de 
Thèbes ; dans celle de Sampier o s'ensevelit le patriotisme et 
l'espérance des Corses. Son fils Alphonse, Irop jeune pour 
soutenir son parti avec éclat, se retira en France après deux 
ans de guerre. Un grand nombre d'insulaires le suivirent et 
abandonnèrent une patrie qui désormais ne pouvoit plus vi- 
vre libre. • 

Les Génois ne trouvèrent plus de contradicteurs, leur poli- 
tique leur réussit dans tous ses points. LaMaona,les .\dorne, 
les Fregose s'etoient ruinés, et les Corses, affoiblis par leurs 
victoires mêmes, furent obligés de se soumettre; ils perdirent 
pour longtemps la liberté... Les infortunés .' ils reconnoissent 
pour maîtres les meurtriers de Sinuccello, de Vincentello, de 
Sampiero, ceux qui ordonnèrent les massacres à Monlalto, à 
Calvi, à Spinola. 

(La suite à un prochain numéro.) 



Clironlqnc Mntiiralc. 

TllÉATRE-ITALIEN. 

Les chants ont cessé ! L'artiste italien est un oiseau voya- 
geur qui perche à Paris six mois seulement, et, sit(jt qu'avril 
parait, et que le soleil luit, prend son vol vers l'Angleterre. 
Madame Persiani même a, celte année, devancé ce terme 
fatal : il est vrai que le soleil lui en avait donné l'exemple. 
Depuis trois semaines bientôt ellesème dans les champs d'Al- 
bion ces fines et brillantes perles de son gosier, précieuse 
semence qui, jetée sur celte terre fertile, se convertit rapidi-- 
ment en guinées. Madame Grisi, Mario, Lablache, vont bien- 
tôt la rejoindre et |)arlagcr sa riche moisson. Madame Viar- 
dot seule ne les suivra pas : l'All(>magne, l'harmonieuse 
Allemagne l'attend et l'appelle, et Vienne a dt^a tressé les 
couronnes dont elle doit s .hier son a|)parition. 

La saisim qui vient de finir a été irilere-siinte sous plus d'un 
rapport. Mario qui, dans l'opéra sér ieiix, n'avait abordé jus- 
qu'ici que le genre. larmoyant et le ptv le peu varie des com- 
positeurs de la moderne Italie, a fait r'-eeerument un coup de 
tète. Il a tenté une invasion dans l'empire ro.ssinien, et, dès 
la première marche, en a alla(]ué une des plus fortes cita- 
delles : le rùlelerrili'ed'Oli'llo. L'entrvprise t'tait hasardeuse; 
il \ a couru qiiehpies dangers, el peut-être reçu plus d'une 
blessure; mais enfin il est entré dans la place, el fera, nous 
n'en doutons |>as, tout ce qui sera nécessaire pour se main- 
tenir dans sa glorieuse conquête. 

Madame (ir isi, Tamburini, Lablache, ont soutenu vaillam- 
ment leur ancienne réi)ulation. C'est beaucoup, assurément, 
et il leur serait difficile de l'accroître. 

Madame Viardol, rentrée au Théâtre-Italien après une 
absence de deux années, y a fait admirer aux connaisseurs, 
dans Semiramide, dans ]v'('antatrivi Villane, dans Tancredi, 
dans la Gazza ladra, sa voix énergi(iuc el brillante, son exé- 
cution originale et hardie, son style savant et varié. Nous 
aurons lieu bientôt de nous occuper spcVialement de cette 
cantatrice éminente, dans un prochain article consacré aux 
concerts du Conservatoire. (Juels qu'aient été, en effet, ses 
succès dramatiques, le Conservatoire n'en a pas moins été 
le théâtre de ses plus beaux triomphes. 




fMad.imc Grùi.) 



Nous devons signaler l'apparition de deux cantatrict^ : 
l'une, — mademoiselle Nissen, — très jeune encore, el sur l'a- 
venir de latiuelle on a le dioil de fonder les plus brillantes 
espérances; l'autre, — madame Brambilla, — inconnue à Paris 
avant le mois de novembre dernier, mais dont l'Italie avait 
depuis longtemps a(>précie le chant simple, large, habile- 
ment nuancé et profondément expressif. Madame Brambilla 
est élevé de madame Pasta, et la rappelle souvent. (Juel elogo 
en pourrions-nous faire qui valut celui-là! 

Deux opéras nouveaux s'ulemcnt, pendantlessix mois(|ui 
viennent de s'écouler, ont ete ajouti-s au riche re(>ertoire du 
Théâtre-Italien. Tous deux sont de M. Donizetti, l'universel 
et infatigable fournisseur de toutes les scènes italiennes de 
l'Europe. Linda di ChamounLr ayanl élé presque eoraplele- 
nierit éclipsée par son frère cadet. Don Pasquate, c'est de co 
nouveau venu, plus heureux et beaucoup plus brillant, i|ue 
nous préférons nous occu(ier. 

Don Pa.s(iu(de a une [icrruque blonde, un habit marron à 
larges basques, — mode de I8i2, — un pantalon à sous-pie<l- 
et (les bottes vernies; mais, ipioi qu'il lasse, et en dépit de -i 
moderne mascarade, ce n'est qu'un revenant qu'on a oubli- 
d'enterrer, el qui, depuis un demi-siècle, erre comme une 
âme en peine sur tous les théâtres d'Italie. Il s'est longtemps 
appelé ser Marc Antonio, et a joui sous ce nonr. d'une grande 
célébrité. Faut-il vous raconter sa Ires lamentable histoire? II 
est riche, mais il a trois ennemis formidables et impitoya- 
bles : la goutte, un neveu et un médecin. Son médecin se 




(Lablache.) 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



cela esl do rèjilo encore. Pourquoi esl-on neveu, si ce n'est 
pour être amoureux d'une femme jolie el pauvre, el faire en- 
ra"er son oncle, (jui veut une nièce rii lie et laide :' Don Pas- 
qiiale e.-t rnmme lous les oncles, et, telle est sa colère quand 
son revm lui a déclaré l'oniiellement sa résolution, qu'il 
imagine, poui- punir ce neveu rebelle et impertinent, de se 
marier, lui, •'"" l'iiKquak, avec s,i jjoutte, sa perruqu:^ et 
ses soixante-dix .uis. Mais c'est alors qu'il tombe de Carybde 
en Scylla, c'tsi ,i-dire de neveu en médecin. 

. Trouve/.-iiKii une femme tout de suite, dit-il au docteur. 

— Volontiers. - dit le docteur. 
': Etil lui amènes une femme en elfel, une femme affublée d'un 
voile noir et d'une inbe de pensionnaire, et abondamment 



pourvue ue tous les nuicules qui accompagnent oruinuire- 
ment cette robe-là. Son œil est baissé, sa démarche guindée, 
ses propos d'une ineffable niaiserie. Elle a horreur du bal. 
du spectacle, et surtout du sexe masculin. Quel goutteux de 
soixante-dix ans résisterait a une amorce si habilement pré- 
parée? 

« Voilà bien à point mon atlàire ! - s'écrie-t il avec enthou- 
siasme. 

Et il l'épouse. Mais, l'acte signé, Norina change aussitôt de 
manières et de ton et de langage. Sa taille se déploie, sa 
tète se redresse, son oeil lance des éclairs, sa ])arole devient 
brève et impérieuse; elle dit : Je veux! et ce qu'elle veut, 
c'est toujours et partout le contra ire de ce que veut son mari. 

Elle change l'ameublement, el'.e prend des valets, des la- 



qua.-, . (S s.M \ante3. — Un vous a Uit que don Husi/uale elaiî. 
riche, d'où vous devez, conclure qu'il est avare. — Elle s'en- 
to ire de marchandes de modes et de couturières; elle achète 
une voiture et de-- chevaux... Hélas! qu'est-ce que tout cela 
au prix de ce qu'il me reste a dire? Dès qu'une femme a pris 
son mari pour victime et qu'elle est une fois en train, ne 
savez -vous pas jusqu'oii elle peut aller? Bref, le bonhomme 
est trop heureux quand on veut bien lui apprendre, au troi- 
sième acte, que son mariage n'était qu'un mariage pour rire, 
une simple apparence de mariage, el qu'il peut se débarras- 
ser immédiatement de son épousée du matin en la cédant à 
son neveu. Tout finit à la satisfaction générale, el Norina, au 
moment oii le rideau va tomber, s'avance sur la pointe du 
jiied, et dit au public d'un air malin et d'un ton narquois : 




nwrii'r (juiuid on est 
iquelle on était bii n loin de s'at- 



Lo morale exi qu'il ne font pi 
i^ieux. 

Belle découverte, 
tendre ! 

La musique de M. Don'zeiti... Mais à quoi bon cette cii- 
tique rétrospective de chants qu'on ne peut plus entendre et 
d'accords qui ont cessé de résonner? Qui quitte sa place 
la perd. Laissons donc de coté pour six mois, s'il vous plaît, 
la musique italienne. Voici venir M. Balle et la musique an- 
glaise. Déjà la partition esl sur le piipitie, et M. Girard met 
de la colophane à son archet. Écoutons... Quoi! rien encore? 
Eh bien ! ce sera pour la semaine prochaine ou pour (piehiue 
autre. El, en- attendant, daignez permettre, o lecteur, que 
nous vous invitions à un petit voyage mipromplii. Il >'agit 
de passer la Seine, d'escalader le pays latin, el de ([uitler un 
moment le théâtre pour la Sorbonne. Le spectacle y sera 
moins brillant peut-être, mais vous n'y prendrez pas p(uir 

i-\i moins d'intérêt. 

I.'ôUl'Ill'.OX. 

C'est le nom qu'a donné VVilliem aux réunions générales 
les élèves des écoles de chant fondées et entretenues par la 
ville de Paris, dont il a organisé l'enseignement, el qu'il a 
dirigées jusqu'à sa mort. 

L'institution des classes gratuites de chant élémentaire 
remonte à l'année 1819 Ce fut M. le baron de Gérando qui, 
le premier, en eutl'idée. 11 appartenait à cette association 
de citovens éclairés, (pii. sous la Restauration, s'étaient im- 
posé la'noble tûclie de répandre les bienfaits de l'instruction 
dans les classes ouvrières, de donner gratuitement la science 
jiix hommes de bonne volonté qui en sentaient le besoin, 
• uiis qui n'avaient pas le moyen de la payer. Leur but était 

r: Il 'de moraliser le peuple en l'instruisant, et la musique 



païu'i à M, de Gérando l'une des voies les p!us directe; et 
le? p'us sûres pour y atteindre. 

« Dans les champs, disait-il en soumettant sa proposition 
a >es collègues, dans les ateliers de nos vil'es. ne rencon- 
tions-nous pas chaque jour des ouvriers, des laboureurs qui, 
au milieu de leurs pénibles cl mouolones travaux, chantent 
aussi, et qui, loin de négliger leur ouvrage, le font, en chan- 
tant, avec plus d'ardeur et de gaieté? Us ne rêvent, pour cela, 
ni aux concerts, ni à l'Opéra; mais, au lieu de retours som- 
bres et amers, peut-être, sur la dureté de leur condition, ils 
sentent soulager le poidif de leurs fatigues. Ces simp'es accords 
sont comme une Heur jetée dans les sillons de la \ le humaine. 
Ceux d'entre nous qui ont visité l'Allemagne, ont été surpris 
de\oir toute la i>art qu'a une musique simple aux divertisse- 
mt'nt.-popi'.laireset aux plaisirs de tain ille, dans les conditions 
le.- plus pauvres, et ont observé combien son influence esl s:'.- 
lu:,iire sur les ma'iirs... La musique, qui, aux yeux de quel- 
ques-uns, n'est que le délassement du riche, est un utile auxi- 
liaire peur les elfûrts d'une vie laboi'ielise. Non- seulement 
elle soutient et délasse, mais elle régie les mouvements; en 
les rendant plus harmonieux, elle les rend phis faciles. Il est 
un grand nombre d'arts dans lesquels les iiiouvements de l'on ■ 
vrieroni besoin d'une grande régularité; dans tOi;s les arts ils 
îoni d'autant moins fatiL;iiiil- cpi'ils sont mieux cadencés... 

" L'harmonie est uni' -mie dr lien entre l'ordre moral et 
la vie animale; elle esl un l,iii;2ai;e qui enseigne les senti- 
ments doux et bienveillants ; el;e porto la séit'nité dans l'es- 
prit, elle accoutume à goûter tout ce qui est ordonné ; l'ar- 
rangement, la jiropreté, l'économie semblent , en quelque 
sorte, marcher à sa suite. 

" .le ne dirai point l'avantage qu'on en pourrait tirer (des 
exercices de chant proposés) dans les cérémonies religieuses; 
je ne ferai point-senlir avec quelle utilité ils pourraient, dans 
Ifs heures de repos, remplacer des plaisirs souvent funestes 



à la santé et aux b >r.res mœurs. Qui ne les préférerait aux 
jeux de hasard, aux cris du cabaret? Du moins ils ne ruine- 
raient aucune biiurse et n'exciteraient aucune rixe ; et si, en 
même temps qu'on s'occupe de rédiger de.s livres populai- 
res, des hommes do bien et des gens d'esprit s'occupaient 
aussi rie composer des chants populaires, combien de senti- 
ments utiles ne pourrait-on pas propager ainsi, ou entrete- 
nir d'une manière insensible ?- 

La proposition de M. le baron de Gérando fut adoptée par 
la Société pour l'instruction élémentaire, et la musique devint 
l'i! ne des branches de l'enseignement grat uit (ju'on organisai! . 

Appliquer les procétk's de l'enseignement mutuel a la mu- 
siipie vocale, n'était pas un problème facile à résoudre. Com- 
ment donne:- à deux cents élev;\s une laçon simultanée?- — 
l'ji lecr faisant travailler le mêire exercice. — Cela irait 
tout seul, et serait parfait, si tous avaient commencé en même 
temps il se trouvaient de la même force; mais il n'en esl 
rien. Dansées écoles, ou l'on appelle tout le monde, chaque 
jour amène un nouveau venu. Ailleurs, à mesure qu'une 
classe nouvelle se forme, on lui assigne un local spécial et 
une heure particulière. Mais, dans les écoles gratuites, on 
ne pouvait disposer que d'une heure et d'une salle pour toutes 
les classes à la fois. D'ailleurs l'enseignement mutuel ne pro- 
cède I oint par masses, mais par groupes échelonnés, selon le 
degré d'instruction de chaque élève. Ce n'était donc pas une 
seule le(,'on qu'il fallait donner, mais vingt leçons, si la classe 
était divisée en vingt groupes, vingt leçons dans le même 
moment et dans le même lieu, sans que l'une fit tort à l'autre. 

La difficulté, comme on voit, était grande, et pour la vain- 
cre, il fallait mieux qu'un homme ordinaire. On cherchait cet 
homme, lorsqu'un jour M. de Gérando rencontra Béranger. 
Il lui exposa l'intention de la Société, son plan et l'obstacle 
qui l'arrêtait tout court. «J'ai \otre atTaire, • dit le chan- 
sonnier. 



I/IIJX'STRATION, JOUftNAI. UNIVERSEL. 



èu. 




Dès cette époque, en effet, Wilhem et Béiim{ier étaient ,ie 
vieux amis, et l'expérience a fait voir depuis combien Wilhem 
était propre aux fonctions qu'on allait lui déférer. 

Wilhem comprit tout d'abord l'importance de la noble mi-;- 
sion qu'on lui offrait : il l'accepta sans hésitation; il s'y livra 
tout entier, et ses efforts ne lardèrent pas ii produire les plus 
heureux résultats. Il serait trop lori;^ sans doute d'entrer ici 
dans le détail de ses procédés aiuilvliques, de décrire toul(>s 
ses inventions iniiénieuses, d'expliquer tous les moyens qu'il 
emploie pour sinqilifier le travail de l'élevé, pour lui aplanir 
les premières difh<'ultés, pour parler à ses yeux et à son ima- 
.aination avant de parler à ses oreilles, pour lui rendie eu 
quelque sorte les sons palpables et visibles, et faire du tact et 
(if la vue deux auxiliaires du sens auditif. On peut trouver 
tout cela dans le Manuel musical qu'il a publié, et qu'aucun 
musicien, amateur ou artiste, ne lira sans intérêt, sans plai- 
sir et sans fruit. O"'"! nous sullise de dire que le but a été at- 
teint, que le succès a dépassé toutes les espérances. Entrez 
aujourd'hui dans une des écoles primairesorganisées par l'ad- 
niinistralion munic'pale de la ville de Paris, vous y verre/, 
deux cents enfaits, — enfants du peuple, et c'est ce qui double 
le charme de ce spectacle, — distribués par groupes progres- 
sifs, chacun (les(]uels se livre, sous la direction de son moni- 
t-nr, à des exercices musicaux différents, et si'bien combi- 
ués,qHe pas un ne gène les autres, que toul marche à la fois 
s ins confusion et sans emondire. Puis, (piand vous arriverez, 
aux groupes les plus avancés, vous y trouverez avec surprise 
ries exécutants de trois pieds de haut qui parcourront sans 
liésiter tons ies intervalles, qui linml inditféremment sui' 
(iiutes les clefs, qui écrirontun chant sous voire dictée, ou cpu 
eu improviseront un eux-mêmes, en nommant à mesure tou- 
h's les notes qui en devront représenler leuntonations; poin- 
(|ui, en un mot, l'écriture des sons appréciables n'auia pa< 
plus de mystères que celle des sons articulés. 

11 y a maintenant dans Paris' près de i eut écoles ou la me- 
tliode de Wilhem est en vigueur, et ce n'est pas exagérer 
peut-être que de porter à dix mille le nombre des élèves. 

De temps en temps, les moniteurs: de ces écoles se réunis- 
sent pour exécuter par grandes masses des morceaux d'en- 
semble choisis ou composés expressément dans ce but. Ce 
sont, comme nous l'avons dit en commençant, ces réunions, 
partielles ou générales, qu'on nonnne orphénn dans le lan- 
gage universitaire. 

' Il y a eu dimanche dernier, dans la salle de la Sorbonne et 
sous 'la direclinii ilç M. Iluberl. le digue successeiu- de Wil- 
hem, une séance solennelle de l'Orphéon. Il y avait la six 
cents, sept cents exécutants peut-être, inspirés par le même 
souffle et animés du même esprit. Un chœur de Berlon, un 
hvmnede Gossec, deux marches instrumentales de Mozart ei 
de Chérubini, disposées en vocalise, et plusieurs morceaux 
écrits par Wilhem, y ont été exécutés avec une exactitude. 
""!' précision, et surtout une délicatesse de nuances (pion 
•.iheraiten va' ulansnosélaMissementsm'i-icaux les plus 



le H)ri;h. 



riciiement dotés par le gouvernement ou par le public, au 
Théàlre-Italien, parexemple. ouà l'Académie io\ale de Mu- 
sique. Là, cependant, il n'v a pas d'orchestre qui guide les 
chanleiirs et soutienne leurs intonations. On n'y emploie au- 
cun autre aide inslnimi'nlal ipie le diapason, qui delerinine 
le point de départ. INlais coinbien la voix humaine touleseiile, 
avec les effets qui lui sont propres, avec ses vibrations pleines 
et douces, avec son harnumie calme et solennelle, est plus 



puis.-an!e que tout cet altirail instrumenlalquiencombro no. 
théilies! Comme elle pénètre! comme elle remue! De ,nii. 
repos délicieux elle fait jouir les oreilles, el quel bien ell.- far 
a l'âme ! 

Ine seconde séance aura lieu demain. 2 avril, et le meil- 
leur cojiseil que nous puissions donner a nos lecteurs, c'i-. 
de ne rijn négliger pour v être admis. 



La Venscanrc de» Trépasses. 

xorvFi I K. 



,J ,: 



$ 1' 



■ Le Coutrat. 




• Tranquillisez-vous, ni.i- 
d.inie. dit le dcxieur a l'ab- 
be»e: celte rhere enfant est 
en pleineconvalescence ; de- 
main ou après elle pourr.i 
aller et \enir comme a l'or- 
■ : maire et reprendre la suite 
lie SCS pieux exercices. — 
\V)us croxez. docteur!' — 
l'en .-uis >ur, madame : l,i 
; evre a disparu ; il ne r eyle 
;;run peu d'irritation ner- 
\ ense et la faiblesse nalu- 
' l'Ile après huit jours de 
.l:ete. — Allons, je m'en vai> 
iransmetlre sur-le-champ 
celle bonne nouvelle a .*on 
oncle l'archevêque. Son 
Eniinence sera ravie, car 
ce vertueux prélat vous ché- 
rit comme si vous étiez sa 
fille ; n'est-ce pas. Léonor ? 
— Il est vrai, madame. » 

Ce dialogue avait lieu le 
soir, dans la cellule el au 
pied du lit de la novicv. 
Toul il coup une voix jeune 
e! sonore, une voix d'hom- 
me, chanta sous la fenêtn^ ; 

MariDcro dri ooda. 

IKyo\e'.) 

En un arrojo 

Hwh» le al cojf,.. 

Que lu ilirli.i • onsble 

Eîi II» arro'O 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



— 'Jiusl-ci' que cela? demaïKlal'abbessc d'un air surpris 
ei niivonli'iil. . .,.-■.„ «■ i 

— Matlanie . refondit la tourière , qui iaisait I oUice de 
•'ardc-uuilade, c'est un boléro très à la mode, car je l'ai sou- 
vent entendu en allant par les rues de Madrid. On le chante 
ordinaiienicnt à deux voix. 

— Ce n'e?l pas ce que je veux savoir, mais bien qui ose se 
perniellrede laiic entendre ces airs profanes dans l'enceinte 
(lu monasU-if. . 

— Mad.uiv. c'est le garçon du jardinier qui arrose les 
mvrlcs. Je l'enlrevois dans le crépuscule.. Il faut lui jiardon- 
neV, madame; comme il est tout nouveau céans, il n'est pas 
encore fait à l'austi rite de la règle. 

— Dites-lui lie se taire. - 
La tourière sortit dans le corridor, ouvrit une fenêtre et 

cria : « Sanclic, do la part de Madame, taisez-vous. » La voix 
se tut. , 

-Vovez, disait l'abbesse au médecin, voyez comme la 
moinili'i'ciiiiiii-i.iiHi'iiiiiili'iiiluela trouble et l'agile! la voilà 
touii' iniiuc! I.' -iin- lin |> iiiNi la tête, et ses yeux b; illent 
sin::nli.'rriiicnl '. N"iiur;iil-c-l'e pas la fièvre? 

— Un polit accès, dit le docteur en lâtant le pouls de la 
malade, ce n'est rien; cela va passer. Périlla, dit-il à la tou- 
rière cpii rentrait, vous aurez soin de lui faire prendre d'heure 
en heure une cuillerée de celle potion calmante qui est sur 
la table. 

— Périlla, vous direz ii ce garçon que s'il s'avise encore 
de chanter, il sera renvoyé. « , 

L'abbesse et le docteur se retirèrent après avoir souhaite 
une bonne nuit à la malade. Quand ils furent seuls sur le 
urand escalier de pierre qu'éclairait à peine une lampe sus- 
pendue à la voiite : « Crovez-vous,dit à voix basse l'abbesse, 
qu'elle soit en état de prononcer ses vœux dans huit jours? 

— Elle les prononcerait dans qualre s'il n'y avait d'autre 
obstacle que sa santé. 

— Le plus toi sei a le mieux. Elle est orpheline : elleet son 
(réie n'auraient iju'une fortune médiocre s'ils partageaient 
leur patrimoine; mais en le rassemblant tout entier sur la 
tête de don Gusnian, qui d'ailleurs est l'ainé , ce jeune sei- 
fjncur aura de quoi soutenir ili;znenient l'honneur de sa race. 
Quant à Léonor, avec le nom (pi'clle porte et la protection 
de son oncle, elle est certaine de faire en religion un chemin 
brillant et rapide; elle n'est donc pas à plaindre. 

— Je la trouve, au contraire, trés-houreuse. 

— Le mal est qu'elle ne sente pas son bonheur ; mais l'on 
usera de contrainte, s'il le faut. Le seul inconvénient a re- 
douter serait une nouvelle crise, une rechute. Vous comiire- 
nez qu'il ne s'agit pas ici d'une crise physique. 

— Je comprends. Mais non ; je ne crois pas qu'il y ait dan 
ger. Elle me parait avoir réfléchi sur sa position, et s'être 
décidée à l'accepter. 

— Dieu vous entende I j'aime beaucoup mieux voir les 
•hoses néco-aiie- >'iiccomplir de bonne grâce que par vio- 
lence. l)(iii-nii . (Imiciir; à demain 

— Bon-iiir, nuiil.iiiu'; je n'v manquerai pas. 

— Périlla. dit Lcfinor aussitôt après leur départ, ma bonne 
Périlla, voila bien des nuits que vous passez à me veiller; 
vous devez étie fatiguée; il faut vous coucher ce soir. Je suis 
tout-à-fait bien; je veux que vous vous reposiez. 

— J'en aurais bon besoin, dit Périlla; mais cela ne se peut. 

— Pourquoi? 

— Et cette potion qu'il faut vous donner d'heure en heure? 

— Je la prendrai moi-même. Vous mettrez tout ce qu'il 
faut sur la petite table, contre mon lit. 

— Et si vous vcus endormez? 

— En ce cas, je n'aurai pas besoin de calmant : vous ne 
me réveilleriez pas pour m'en faire prendre. 

— Ah ! c'est vrai. Mais si Madame venait à le savoir ? 

— Qui le lui dira? Personne. D'ailleurs, je prendrais tout 
sur moi ; je dirais que je l'ai exigé. 

— Que vous êtes bonne, mon cher cœur ! Mais n'aurez- 
vous pas peur, la nuit, toute seule? 

— Peur! de quoi? 

— Que sais-je? De la religieuse qui est morte hier, et 
qu'on a mise ce matin dans les caveaux. Pauvre sœur Doro- 
thée ! si jolie, et s'en aller à vingt ans ! quel dommage ! 

— Quelle était donc sa maladie, Périlla? 

— L'amour, mon enfant, l'amour! Elle avait une passion 
(jui l'a consumée. Hélas! je ne devrais pas vous dire cela ! 

— Pourquoi donc? dit Léonor étonnée. 

— Pourquoi! pourquoi ! Suffit. Chacun sait ce qu'il sait; 
chacun a ses secrets. Je ne vous demande pas les vôtres. » 

Léonor rougit beaucoup; l'excellente Périlla feignit de ne 
s'en point apercevoir. «Allons, continua-t elle en trottant 
dans la cliambre, et apportant les objets à mesure qu'elle les 
nommait, voici toutes vos petites affaires : la cuiller, la sou- 
coupe, le sucrier, la fiole... Vous aurez soin de secouer la 
fiole avant de ver.ser. Nos cellules se touchent; nos lits ne 
sont séparés (|ue par une cloison ; si vous avez besoin de moi, 
vous frapperez : j'ai le sommeil très-léger. Bonne nuit, chère 
enfant, et bon courage. » Et elle ajouta en embrassant Léonor 
et en baissant la voix : « Ne faites pas comme sœur Doro- 
iliée, vous, ne vous laissez pas mourir! 

— Comment ! s'écria Léonor, vous emportez la lumière ?' 

— Sans doute. 

— Et comment prendrai-je ma potion sans voir clair? 

— Ah ! oui; je n'y songeais pas. 

— Et puis... je vous avoue que, dans l'obscurité, je pour- 
rais bien avoir peur de la morte. Faites-moi une lampe de nuit. 

— Et où prendre de l'huile, une mèche? Si 'j'en vais de- 
mander en bas , cela sera suspect. Non , tout considéré , je 
vois qu'il faut que je reste. Pour une nuit de plus ou de moins, 
il ne laut pas manquer à son devoir. 

— Vous pourriez, dit timidement Léonor, me laisser la 
lampe ; vous n'en avez pas besoin pour vous mettre au lit. » 

Périlla réfléchit un instant; - Ecoutez, dit-elle, je descends 
dire mes prières à la chapelle ; pendant ce temps, gardez la 
'ampe : dans un ijuart d'heure je v iendrai la prendre. 



— Je n'ai rien à lire en cachette, répondit Léonor, qui de- 
vinait la pensée de la complaisante tourière. Je voudrais que 
ma cellule restât éclairée la nuit, voilà tout. 

— Et si vous alliez vous endormir et mettre le feu? ' 

— Je sens que je ne dormirai pas. Je voudrais, nour chas- 
ser l'ennui de l'insomnie, lire dans la Vie des Saints i|ue 
vous m'avez prêtée. Périlla, chère Périlla, laissez-moi la 
lampe, je vous en prie ! 

— Belle imagination! lire, vous appluiuer, pour ramener 
la lièvre ! Non, tenez, faisons mieux : vous aurez la lampe et 
la garde-malade ; je vous donnerai à boire ; nous lirons, nous 
causerons; je vous conterai des histoires, et la nuit se pis- 
sera tout do cément, vous verrez. 

— Et moi, je ne veux pas que cela soit ainsi, dit Lécror 
en se dépitant : je veux que vous dormiez; je veux que vcus 
me laissiez la lampe, je le veux! 

— Allons, allons, mon cher cœur! et si vous voulez être 
raisonnable, savez-vous ce que je vous donnerai? un joli 
petit canari, de ceux de sœur Saint-Ange! 

— Eh biçn, allez me le chercher. 

— Oh ! patience, enfant gâté. Il faut qu'il soit éclos ; la se- 
rine est encore sur ses œufs. 

— Et, à mon tour, savez-vous ce que je vous donnerai, et 
tout de suite, si vous vou!ez me faire le plaisir que je vous 
demande? la grande boîte de confitures sèches que mon on- 
cle m'a envovée hier. 

— Ah ! polir cela, non, mon cher cœur. Je ne voudrais pas 
vous priver de vos confitures. Votre saint oncle entend que 
vous les mangiez pendant votre convalescence. 

— Je déteste les confitures. Je vous assure que je n'y tou- 
cherai pas, et que, si vous ne les voulez prendre, elles se- 
ront perdues. , , 

— Perdues ! mon cher cœur, perdues ! Jésus! perdre de si 
bonnes choses, et qui auront coûté si cher! - 

Ici la voix du jardinier se fit entendre de nouveau ; 

Maiinero del oiida, 
Ajolè ! 

Périlla courut à la fenêtre : « Mais, Sanche, taisez-vous 
donc, si vous ne voulez être chassé demain du couvent 



El 

elle murmurait en refermant la fenêtre : - C'esl extraordi- 
naire le goùl de ce garçon pour la musique! Enfin, mon cher 
cœur, ilfaut cédcr.à toutes vos volontés. Je vous laisse la 
lampe. Ne l'approchez pas tant de votre lit, <iue vous n'en- 
flammiez les rideaux Voila voire volume de la Viedes Saints, 
ne lisez pas trop, si vous m'en croyez. Attendez, que je re- 
lève \os oredlers, que je reborde' voire couverture. Là... 
êtes- vous bien ? .Ne mancpiez pas de frapjier à la cloison dès 
qu'il vous faudra quelque chose. Bonsoir, mon cher cœur ; je 
dors tout debout. 

— Et la boite, que vous oubliez. 

— Demain, demain! » cria la tourière en bâillant et en 
refermantia porte. Léonor l'entendit entrer dans ^ cellule 
et se coucher. 

Elle sauta lestement à bas de .son lit, courut à un grand 
cotfre placé dans un coin de la cellule, et en tira un costume 
de ville qu'elle revêtit à la hâte. C'étaienl les habits qu'elle 
portait le jour de son entrée au couvent. Sa toilette terminée, 
elle s'assit près de la table et se mit a tourner les feuillets de 
la Vie des Saitilfi avec distraction et impatience, comme une 
personne préoccupée d'un tout autre soin que la lecture. De 
temps en temps elle s'arrCtait pour écouter, et, n'entendant 
rien, elle se remettait à tourner les pages du livre Une cloche 
sonna, et le vaslesilence des corridors lutlroublé par le bruit 
de quelques portes qui s'ouvraient et se fermaient. Les voila 
qui descendent à Matines, pensa Léonor. Un quart d'heure 
après, elle distingua contre sa porte le frôlement léger et dis- 
cret d'une main qui paraissait chercher le loquet avec pré- 
caution. Un homme entra ; il était nu-pieds, vieux, mal vêtu, 
et ployait sous le poids d'un fardeau considérable enfermé 
dans un long drap blanc, qui, de ses épaules, traînait jus- 
qu'à terre. C'était le jardinier du couvent. Il déposa son far- 
di au sur le lit, et dit si bas qu'à peine Léonor pouvait saisir 
ses paroles ; « Voilà, mademoiselle, le corps de sœur Doro- 
thée; aidez-moi, s'il vous plaît. Don Christoval vous attend 
au jardin. Dépêchons nous. » 

Léonor tremblait, mais le vieillard conservait tout son 
sang-froid. La religieuse défunte, enveloppée dans son suaire, 
fut arrangée sur le lit de la. novice. « Qui la reconnaîtrait, à 
la voir ainsi, soupirait José; elle était si charmante!^ Voilà 
pourtant comme vous deviendrez , mademoiselle!... Faut-il 
lui laisser les mains jointes et liées de son chapelet? • Léonor 
lui fit signe de ne rien déranger à la toilette sépulcrale de 
Dorothée; puis, se ravisant : « Donnez-moi son chapelet, 
dit-elle; il me portera bonheur! " José défit le chapelet en- 
tortillé dans les doigts de la morte; mais en achevant de le 
dégager, un des bras qu'il tenait levés s'échappa et alla re- 
tomber contre la cloison. Aussitôt la voix de Périlla se fil 
entendre : " ^'ous avez frappé, Léonor? avez-vous besoin de 
moi? J'y vais. - Léonor surmonta sa terrible angois,se et ré- 
pondit: .Qu' avez-vous, Périlla? pourquoi m'éveillez- vous?— 
Mais c'est vous, mon cher cœur, qui avez frappé. —C'est donc 
en rêvant. Je suis très- bien; laissez-moi me rendormir. » 

La tourière garda le silence. Le secours de José n'était 
plus nécessaire, il s'évada. Léonor, à genoux , la ligure ca- 
chée sur le bord de la couchette, les mains jointes par-dessus 
la tête, commença à prier avec ferveur pour le repos de l'âme 
de Dorothée, pour elle-même et pou» implorer le pardon de 
Dieu. La prière ramena un peu de calme dans son cœur. 
Lorsqu'elle releva la tête, il lui parut que celle de la trépassée 
avait changé de position. Le cadavre avait été couché sur le 
dos; maintenant la tète de Dorothée était inclinée du côté de 
Léonor, et cette face pâle semblait la regarder de ses yeux 
éteints, à travers ses paupières mal fermées par la mort. Léo- 
nor immobile et prosternée la considérait avec stupeur. A la 
clarté de cette lampe fumeuse, les traits de la nonne défunte 
prenaient tour à tour une expression de tristesse sévère et de 
douloureuse compassion. De cette bouche entr'ouverto, de 



ces lèvres décolorées, Léonor s'imaginait entendre sortir des 
reproches et des avertissements : Oseras-tu bipn consommer 
ton ciimeetle porter jusqu'au sacrilège, toi, la nièce et pres- 
que la fi!le d'un prélat renommé pour sa sainteté ; toi, à demi 
consacrée au Seigneur ? .\rréte, il en est temps encore ! ne to 
rends pas un sujet de scandale pour l'Église; pour ta famille, 
un sujet de honte et de désespoir. Mieux vaut a mon exem- 
ple, mourir de ton amour et conquérir la vie éternelle, que, 
succombant à une passion terrestre, perdre ton honneur en 
ce monde et ton âme dans l'autre. 

Ainsi, durant cette veillée hinebre,le cadavre de Dorothée 
parlait à l'imagination de Léonor. 

Mais une autre voix lui soufflait à l'oreille : 11 est trop tard 
pour réfléchir; tu es trop avancée pour reculer. Puisque de 
toute façon ton honneur est perdu, sache, au moins saisir le 
bonheur. A qui e.-t heureux, qu'importe le reste de l'univers? 

Et l'on chanta dans le jardin : 

Marineio (Ici onda, 

A cette voix, Léonor se leva résolument, prit la lampe 
sur la table, et mit le feu à un coin du linceul qui pendait 
hors du lit Elle regarda la flamme bleuir. S'emparer de l'ali- 
ment qui lui était olîert avec une sorte d'incertitude et de 
timidité; puis, plus hardie, s'avancer éclatante et prendre 
enfin possession de sa proie. Léonor, épouvantée d'elle-même 
et de son forfait, s'élança dans le corridor, descendit ^mi cou- 
rant l'escalier sans bien avoir la conscience de ce qu'elle fai- 
sait, et se précipita dans le jardin. Elle tomba presque éva- 
nouie dans Je-* bras de don Christoval. Il l'entraîna vers une 
petite porledonnantsurla campagne, dont le jardinier s'était 
procuré la clef. Là, ils trouvèrent un cheval al taché a un arbre; 
Don Christoval le monta; José plaça devant lui Léonor plus 
morte que vive, et une minute après ils avaient disparu dans^ 
l'obscurité de la nuit. 

José rentra dans le couvent pour donner l'alarme. 

§ II. — I.a maison isolée. 

Don Sébastien, l'ami d'enfance et le confident de don Chris- 
toval, habitait avec sa famille un vieux castel situé dans une 
des gorges de la Montagne Noire. C'est là que don Christoval * 
avait préparé un asile à Léonor et comptait la tenir cachée 
jusqu'à ce qu'il eût fléchi le courroux de l'archevêque et l'eût 
fait lonsentir au mariage de sa nièce. Tout était disposé chez, 
don Sébastien pour recevoir les amants fugitifs : maîtres et 
domestiques, tout le monde resta sur pied; mais ce fut en 
vain. La nuit s'écoula et l'aurore parut sans apporter aucune, 
nouvelle de Christoval et de Léonor. D'abord on s'inquiéta, 
puisonsupposa que quelquech'conslanceimprévueavait forcé 
d'ajourner l'entreprise. 

La vérité était que, dans les ténèbres decctte nuit épaisse et 
orageuse, don Christoval s'était trompé de route et s'était en- 
gagé dans un autre défilé de la montagne. Il galopa longtemps 
sans reconnaîtreson erreur, et,quand ils'en aperçut, iln'était 
plus possible d'y remédier. Au point du jour, ils trouvèrent 
quelqi.cs misérables cabanes de chevriers; Léonor y dormit 
quelques heures et répara ses forces épuisées par la fatigue 
et le besoin de nourriture. Don Christoval s'étant informé 
(pielle était la ville ou bourgade la plus voisine, on lui répon- 
dit que c'était la colonie de Carlota, éloignée seulement de 
quelques lieues. Les deux amants, afind'éviter la grande cha- 
leur, se décidèrent à passer une partie de la journée chez leurs 
rustiques hôtes dont la franchise et la simplicité leur plaisaient 
infiniment. Le fils aîné deces bonnes gens avait une très-jolie 
voix ; le temps se passa agréablement à chanter et à causer. 
Vers les quatre heures, les voyageurs se remirent en route, 
bien réposés, munis de provisions telles que les chevriers les 
avaient pu fournir, et non sans un vif regret de quitter sitôt 
leurs nouveaux amis. 

Ils cheminaient dans le fond d'une gorge très-resserrée, 
suivant un sentier si peu battu, que la plupart du temps il 
s'effaçait sous l'herbe et la bruyère. De grands arbres sécu- 
laires se courbaient sur leurs têtes et les proléie.iient contre 
le soleil; à chaque instant ils pouvaient se rafraîchir dansdes 
cours d'eau limpide et torrentueuse qui descendaient du som- 
met delà montagne, et ils res|)iraient avec déliccsl'air chargé 
d'odeurs aromatiques, surtout de celle des genêts, qui de 
toutes parts^'blouissaient la vue, comme des bouquets d'or 
étages sur de longues tiges d'éméraude. 

Ils devisaient de leur amour, de l'espoir de fléchir l'oncle 
archevêque et de la crainte de n'y point réussir. En ce" cas, 
Léonor voulait venir demeurer dans cette vallée perdue, au- 
près des bons chevriers ; se réfugier du monde dans la na- 
ture. Don Christoval souriait et s'accordait complaisamment 
à son idée, en homme ohez qui la poésie de la jeunesse com- 
mence déjà à se retirer devant les réalités de l'expérience. 
Ensuite Léonor songeait à l'incendie du couvent et aux mal- 
heurs qui en seraient résultés ; elle pleurait et se frappait la 
poitrine. Don Christoval avait bien de la peine à la consoler, 
en lui remontrant que le jardinier avait dû empêcher'faci- 
lement les suites du feu. Les nonnes en auraient été quittes 
pour un peu d'effroi et la perte de quelques meubles sans 
valeur. 

Tout à coup la vallée s'ouvrit et déboucha sur une grande 
pelouse unie, mais si grande, qu'à l'horizon l'œil ne décou- 
vrait aucun autre objet. Il est vrai que c'était à la brune ; le.-; 
étoiles commençaient à scintiller au ciel. Ils firent halte au 
bord de cette plaine, et à force de regarder, ils virent s'allu- 
mer dans l'éloignement et rayonner plusieurs points lumi- 
neux. Rien n'est plus doux que ces lueurs qui se lèvent dans 
le crépuscule, comme un phare intelligent, qui invite de loin 
le voyageur anuité et le remet dans son chemin. La nature, 
qui , pendant le jour, attire l'homme dans ses solitudes, 
semble, la nuit, suppoi ter sa présence avec peine et le ren- 
voyer dans la société des autres hommes; elle n'accueille vo- 
lontiers que les malheureux. 

Christoval et Léonor se persuadèrent qu'ils voy aient les lu- 



LIIJ.LSTRATION, JOLll.NAL LIMVEftSEL. 



niiéros de Carlola. Ils se dirigèrent, de ce coté, à pied, Chris- 
loval menant son clieval par la bride, pour goûter |)lus long- 
temps les charmes d'une belle soirée d'été. Mais, au bout 
d'une demi heure de marche, ils ne trouvèrent qu'une grande 
maison isolée au uiilieu de (ctle phiine. ("était un bâtiment 
depierre.auiiscHil elaL'e; le^ Icneli es, as^iv.cleM'es au-dessus 
du sol, étaient loulis ;;rill('e.-, cuinint^ celli'^ d'une liirlere-se 
OU d'une prison. Ouel(|ues unes étaient éclairées, mais des 
rideaux de soie rouiie jnelaient la vue. Don Christoval lira 
une ciiaine (|ui i)endiiit a droili; de la porte cocliére ; une 
cloche retentit, et bientôt après un guichet .s'ouvrit dans 
l'épaisseur de la poite. - Qui éles-vous ? (Jue voulez-vous ;' 
demanda une voix d'homme passablement bruscpie et rébar- 
bative. — Des vovageurs égarés, et nous demandons l'hos- 
|)italité pour cette nuit. — Passez votre chemin, dit riioimne ; 
vous seiez mieux a la belle étoile. » Et il relerma soudain le 
guichet. 

Don Christoval irrité ne put s'empêcher de frapper (piel- 
<iues coups contre cette porte impitoyable ; tout ce (jcril v 
i,'agna fut de se uu-urtrir les mains contre les énormes clous 
dont elle était parsemée. Il lit a\ecLéonor le touidece logis, 
pour voir s'il serait accessibh; de quelque coté ; il n'y dé- 
couvrit point d'autre issue, et, ayant voulu s'ap|)rocher des 
fenêtres, il se tiouva (|u'un fossé assez profund régnait au pied 
du mur et enserrait la maison, saut devant la grand'porte. 
Tandis (|ue, nu ertains ilu parti (]u"ds prendraient, ils con- 
sidéraient alLrnti\enu'nt une de ces croisées tUimboyantes 
<lHns l'obscurité, ils cnlendirenl les sonsd'un luth ; on joua la 
ritournelle d'un air a trois temps, et une voix de ieinme, (pii 
.semblait partir de ce salon, chanta avec un goùl excpjis : 

Mariiioi'o dcl onii.i, 
A>olé.' 

En un arrojtj 
Heclia le al gulfo. 
Que tii diclia runsiste 

En Mil aiToji). F. G. 

(La suite à une prnrhaine tirraisnn.) 



RcTiie «l'UorlIciilliire» 

Plusieurs souverains font de l'horticulture leur délasse- 
ment habituel : le roi de Bavière et le roi de Belgi(pii' sont 
d'habiles horticulteurs. Le roi de Prusse, au iiimiieiit ou 
nous écrivons, dépense trois millions de notre monnaie, pris 
*ur sa fortune personnelle, pour faire aux habilants de 
Berlin la galanterie d'une serre monstre, destinée a leur 
servir de promenade d'hiver. De savants botanistes, réunis 
avec de, célèbres praticiens convotpiés à cet effet de toutes 
les parties de r.\ ieniagne, forment à Berlin un congrès ipii 
délibère sur la manière de dépenser ces trois millions le plus 
judicieusement possible. 

En France, la plus attrayante des subdivisions de l'hor- 
ticulture, la lloriculliire, obtient une préférence marquée. 
Nous n'avons pas, comme l'aristocratie anglai-e et alle- 
mande, d'immenses terres ii perdre en jardins paysagers ; 
bien des parcs, jusipi'aux jiortes de Paris, ont été convertis 
€n champs de pommes de terre ou de betteraves : nous 
iivons vu Tivoli disparaître ; le parc de Monceaux ou Mous- 
seaux, l'un des mieux dessinés de France, envahi par les 
constructions, ne sera bientôt plus qu'un souvenir; peu à 
peu il en sera de même a peu près partout. Mais, a (piel(|iie 
<legré de morcellement que doive descendre la |iroprieté, 
l'amateur de fleurs, doué seulement d'un peu d'aisance, 
trouvera toujours bien assez d'espace pour y asseoir son 
parterre et son accessoire indispensable, la serre ou l'oran- 
gerie. 

Dans les villes, le citadin le pins étranger à la vie cham- 
pêtre, le plus complètement ignorant en horticulture, aime 
à s'entourer (ie (leurs ; une jardmii-re élégante, garnie de 
fleurs en tout temps, fait partie obligée d'un meuble de 
salon. Sur tous les points de la France, les sociétés d'horti- 
culture étendent leur iniluence, les anciennes s'étendent, 
les nouvelles se multiplient : celles de Lille, Strasbourg, 
Rouen, Nantes, Angeis, Orléans, n'ont rien a envier aux 
plus célèbres réunions du même genre en Angleterre, si ce 
n'est les fonds énormes dont celles-ci disposent, et qui font 
défaut trop souvent au zèle et au t dent des horticulteurs 
français. 

Le goût pour les plantes du rolkction, qui parfois dévient 
une passion véritable, a passé de Belgique en Hollande et 
de Hollande en Angleterre, d'où il nous est revenu. Les 
plantes de collection sont celles dont un seul genre, souvent 
même une seule espèce, donnent naissance a des centaines 
de Heurs toutes distinctes les unes des autres. Telles sont, 
parmi les plantes bulbeuses, les tulipes, les jacinthes, les 
crocus, les amaryllis; parmi les plantes ii racines tuberculeu- 
ses, .les renoiicufes, les anémones, les pivoines, les dahlias; 
•parmi les plantes de serre tempérée . les c.imélias , les 
pêlargoniums, les mézenibriantliemes, les cactus; parmi les 
arbustes, les rosiers, les azaliies, les rhododendrums. 

Tons les ans, des vovageurs botanistes vont, aux frivis des 
amateurs 0|iuleiits et des prin(!ipales nuii.-ons (■(iimuerciales 
.d'horticullrirr, ex|)l(iier, au péril d>' leur \ ie, les parties les 
plus impénétrables ili-s Inréts <les deux mondes, pour grossir 
le catalogue des plantes connues, pour coiuiuérir à l'horti- 
culture quelques nouvelles Ile iis. Les graines que ces voya- 
' geurs envoient en Euronc donnent heu (piehpiefois a de 
précieuses acquisitions. Nous devons, ii ce sujet, une mention 
particulière à deux végétaux récemment introduits en Eu- 
rope, et qui tous deux lixent en ce moment, a divers titres, 
l'attention du monde hortico'o ; l'un se nomme l'aulownia 
imperialis , l'autre Daubentonia-Tripctiana ; ils semblent 
■ destinés l'un et l'autre à devenir aussi vulgaires dans nos 
bosquets que nos arbres d'ornemenl les plus répandus; ils sup- 



portent aisément les hivers ordinaires sous le climat de Pu- 
ris. Donnons une idée de leur im(K)rlance rejjlive. 

Le l'.mliiirnia imperi'ilix, nommé kiri dans la langue du 
Japon, >on pays natal, oirre sur la plupart de nos arbres 
d'ornement l'avantage de réunir a un feuillage large, épais, 
et ilu plus beau vert, une Heur a la fois gracieuse et parfu- 
mée. Sous le rapport du feuillage, rien de ce rpie nous |k>s- 
.sédions avant lui ne peut >iipporter la comparaison avec le 
l'aii'oirnia ; ses feuilhîs sont plus larges, d'un vert plus vif 
que celles même du IliijHiiiiii mlalpa, celui de tous les ar- 
bres antérieurement connus rpii oIVre avec le Paulownia le 
plus d'analogie, (ioninie toiin les arbres de récente intro- 
duction, le Paulownia est et sera probablement longtemps 
encore éfiargné par les insectes d'Europe, i|iii ne sont point 
habitués à vivre à ses dépens, circonstance qui n esl (i is 
sans importance, pui.squ'elle garantit l'intégrité de son feuil- 
lage et par conséquent de son ombrage. 

La Heur du Paulownia, disposée à peu près comme celle 
du marronnier il'lnde, mais en tliMse moins >erré et moins 




(Paiiloivni.i imptr 



régulier, ressemble beaucoup à celle de la digitale pour- 
prée ; sa couleur, un peu indécise, >e rapproche plus du 
bleu ([ue du violet ;^on odeur, sans être assez forte pour 
entêter, est douce et des plus agréables; l'effet des thyrses 
de Heurs s'élevant au-dessus des masses de feuillage est 
aussi gracieux que pittoresque. Le Paulownia tiendra donc 
dans nos bosquets une place très distinguée; il n'v sera pas 
plus diflicile a naluralist-r que ne le fut dans le dernier siècle 
le Catalpa, apporté des lorêts d'.Amérique. 

En attendant que le Paulownia donne des graines nn'ires 
pour servir à la |iropagation, le moindre tronçon de sa ra- 
cine, mis en terre (le brin ère, et traite dans la série a bou- 
tures avec des soins intelligents, ilonne une multitude de 
bourgeons, dont chacun peut être détaché ei devenir un 
arbre. Sa croissance est d'une rapidité ipii tient du prodige. 
L'expérience n'a pas encore appris a quelle hauteur- il s'ar- 
rêtera sous le climat de l'Europe; au Japon, c'est un arbre 
de treize a qulitorze mètres d'élévation. 

Le nom de M. Neumann restera lié en France à l'histoire 
de l'introduction du Paulownia imperialis parmi les arbres 
ipii décorent nos bosquets; c'est aux travaux de cet habile 
horticulteur qu'on doit la vulgarisation des procédés de cul- 
ture et de propagation de cet arbre magnitique. 

Le Uauhentonia-Tripeliand, obtenu de graine, pour la pre- 
mière fois en Europe, par .V. Tnpet -Leblanc, est sur les 
bords de la Plata, son pays natal, un arbre de cinq a six 
mètres de hauteur. A Paris, il parait ne pas devoir dépas- 
ser les dimensions d'un grand arbuste. Sa Heur, d'un beau 
rouge, est disposée en grappes penilantes, comme celles du 
Kobinicr ou du Cytise; son feuillage olfre beaucoup d'ana- 
logie avec celui du Robinier-. Depuis bien longti'iiips nos 
parterres et nos bosquets, ou la place du Daubentonia-Tri- 
pctiana est désormais marquée, n'avaient lait aucune acqui- 
sition aussi remarquable. .Ajoutons que M. Tripet-Leblanc a 
voulu que ce fût une acquisition toute française, et qu'il a 
reliisé même, aux dépens de ses intérêts d'argent, les offres 
les plus brillantes pour céder aux spéculateurs anglais cet 
arbuste encore inconnu, qui ne nous serait revenu qu'au 
poids de l'or. 

Revenons aux plantes de collection. Un volume ne suf- 
hrait pas a donner seulement une idée sommaire des innom- 
brables variétés de forme et de couleur qu'elles peuvent 
oHVir. Bornons-nous à rappeler, a ce sujet, un fait, le plus 
curieux peut être ipii se soil jamais produit en horticulture, 
un de ces faits (jui ouvrent aux espérances de l'amateur des 
chances illimitées, nous voulons parler de l'hybridation. 
.M. Knight, l'un des jilus illustres promoteurs de" l'horticul- 
ture dans la Grande Bretagne, a reconnu, en se livrant à 
des expériences de physiologie \ egetale, qu'a l'exemple des 
races d^animaux , les races végétales, particulièrement 
celles d&nl les Heurs réunissent les organes des deux sexes, 
peuvent, en se croisant, se modilier pour ainsi dii'eà l'inlinL 



PiMirsunant a\ec perséMiiime les lonséqueiicf.; et (es ap- 
plications de ce principe devenu bientôt fécond entre fcs 
rnains des horticutteorsde l4)iu les pavs. M. Kni:.'': réalisa 
des merveilles que nous vriyons chaque jour se ninliiplier 
soiis nos yeux, .\insi, les linMiitx a fleurs parfiiles, furmé<>s 
lie c-ornets ton.; d'égales dinien-ions daii~ i liacpie rangéu 
concentrique, dis|)Oses avec une irréprochable s\ nn-trie; les 
l'i'Uirijimiiuiis aux mille broderies i-<'!atantes; les Calcéo- 
liiirrs, dont les corolles semblent n<ianci-e^ au pinceau ; les 
''<i»iiVi<i«^ si supérieurs de nos jours a leur Ivpi- piimitifà 
Heur simple, tous ces végélaux et des milliers d'autres 
sont des produits de l'Ii; L i>l.ition, du i-roisement des race- 
végétales. De récents perlei ■ 'inrutinenls viennent d'être ap- 
|)ort«s a l'art d'obtenir ries ni..-eiiieiils li\ bridi-s; il est im- 
|H)ssible de prévoir ou ci-s mo li.i -liions doivi'el s'arrêter. 
Déji, |K)ur plusieurs (le irs de col e-tio:i, pour les UiMim, 
par exemple, les variétés receinmerit nmcpu-es l'emiiorlcnl 
tellement sur les premières, que celles-, i -ont successive- 
ment reformée-, et crussent de liguier dan- les collections. 
Il en e-l de même d'un grand nombre d- ii>sn»rs; »'iU de- 
vaient tous être maintenus, après les a\oir comptés par 
centaines, il faudrait les compter |>ar milliers. 

Il nous reste à parler des Oribiilèf.s, qui tiennent en ce 
moment le premier rang parmi tes plantes de colleclion. 

Pour forcer les Onhiil vs a vivre et a fleui ir dans la serre, 
il faut leur y créer des conditions analogues de climat et de 
température, et ce n'est |>as toujours chose facile. Une 
serre ji'eine (VOrihidi'-es en Ixin état de végétation esl le 
(-lief-d'ir-uvre dont l'horticulteur praticien a le droit d'être 
'le plus lier. 

On renonce généralement aujourd'hui a cultiver les Or- 
chidées dans la terre, ou elles ne peuvent que languir; on les 
assujettit sim|>lement sur des troncs d'arbres morts, aux- 
(piels elles s'accrochent par de nombreuses racines; puis 
elles poussent des feuilles, les unes souples, les autres 
cha nues, aux formes et aux teintes les plus bizarres; c'esl 
par ces feuilles qu'elle- puisent leur nourriture dans un air 
excessivement ciiaud et humide. 

Les Dettdrotnumx, les l'nriJiuins et les Stniihofietii, sont 
les plus en faveur des Orchidées au moment ou nous écri- 
vons ; nous avons ligure la fleur remarquable d'un des plus 




(Cncidium papUio.) 

beaux Vncidiums connus, ITririJinm Papifio; ses couleurs 
rouge-cramoisi, brun-noir et jaune-paille, vivement iran- 
chiH's, sont d'un éclat éblouissant. 



MlMirel lanre». 



L'HABIT ET LE MOINE. 

Quel est ce ra\onnani mortel a la chevelure ondoyante, a 
la cravate merveilleuse, au gilet fastueux, a la taillede gné(>e. 
aux bollesartistemenlglacees d'un encausti<iuc irréprochable, 
qui arpente J'un air vainqueur, sa canne a |)omme d'or en 
main, le bitume de nos iMiulevaels.'— Eh quoi! vous ne le 
connaissez pas? C'est le vicomte Roger de C.incale, un de nos 
dand> s les plus lancés, un homme que l'on voit partout, un 
l\pe 'd'élégance, un lion, puisqu'il faut l'appeler par son 
nom. A l'aspect de ce brillant personnage, on se demande si 
c'est un secrétaire d'amb.iss;ide, un jeune membre de la 
chambre haute, une moitié d'agent de change, ou un cour- 
tier industriel. Les gens même^^qui le voient habituellement 
p;\rlaaenl celte incertitude : sa position sociale est un profond 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 




nnslèrc, et nul ne poiinait diie au juste sous quelle lalilude 
parisienne est retiré son (loiiiicile. Ce sont là deux points dé- 
licats sur lesquels maint questionneui- indiscret a parfois 
cherché à le sonder : mais toujours le noble vicomte a pris 
soin d'éluder ce chapitre quiiie semble pas éveiller en lui des 
sensations fort agréables. Sans doute ces demandes déplacées 
lui rappellent quelque lacheux souvenir, quelque douloureux 
secret de famille, qu'il voudrait à jamais bannir de sa mé- 
moire. Tout ce qu'on a pu savoir de lui, à ses moments d'ex- 
pansion, et par phrases incidentes négligemment jetées dans 
la conversation, c'est qu'il possède une immense terre dont 
le revenu suffît, cl au delà, à sa fastueuse existence. 

L'emplacement de cette terre, sous les verts ombrages de 
laquelle nul ne s'est jamais reposé, n'est pas non plus très 
nettement déterminé par le vicomte. Parfois il lui est arrivé 
de dire qu'elle était située en Normandie; mais à d'autres il a 
confessé qu'il possède dans le midi de la France un antique et 
vaste manoir. D'autres enfin jurent leurs grands dieux qu'd 
les a engagés maintes fois à venir lui rendre visite dans ses 
métairies de Beauce. Est-ce tiistraction? Est-ce oubli? Ou bien 
ne serait-il pas plus naturel de croire que le noble vicomte est 
a la fois seigneur châtelain en Beauce, en Normandie et en 
Provence? Cette dernière interprétation semble en effet la 
plus plausible; car au train qu'il mène, un tel homme doit être 
au moins millionnaire. Jeune, beau, noble, riche, élégant, 
répandu, cet heureux mortel ulTre donc dans sa personne le 
résumé de toutes les félicités terrestres. La seconde des 
Parques ne lui ouvre que des jours lilés d'or et de soie. Em- 
portée au courant tumultueux de toutes les voluptés humai- 
nes, sa vie n'est qu'une longue ivresse, un perpétuel enchan- 
tement. Il doit être l'arbitre de la mode, l'âme du grand 
monde parisien, le désespoir des autres beaux et la coque- 
luche des belles. Quelle destinée digne d'envie! Quelle ma- 
gnifique existence! fortuné Cancale ! trop heureux vi- 
comte ! ter quaterque beatus !... 

Voilà ce qu'il vous parait être, ô flâneurs ingénus, ô mo- 
destes passants qui, vous croisant avec ce superbe dandy, 
vous retournez pour l'admirer et le suivre d'un œil d'envie. 
Apprenez maintenant qui il est. 

El d'abord, le fringant héritier du Cancale n'est pas plus 
vicomte que vous et moi, bien qu'en disent les fastueuses 
cartes-porcelaine et son cachet armorié. Sa vicomte est chi- 
mérique; son de même est de pur agrément, et quant au beau, 
nom de Cancale, c'e^t tout simplementcelui du célèbre rocher 
près duquel il a vu le jour el dont il a cru devoir faire suivre 
rappellalion palronymi(|uo de ses ancêtres, marchands de 
marée de leur métier. Or, si jadis nous avons eu des gentils- 
hommes verriers, il n'est pas à notre connaissance que jamais 
j 1 ail existé des gentilshommes pêcheurs d'huîtres. Continuons 
cependant de l'appeler vicomte, puisque aussi bien nous l'a- 
vons introduit dans ce titre dont il s'est emparé et qui dès 
lors lui appartient, sinon par droit de naissance, tout au 
moins par droit de conquête. 

Le vicomie donc est employé dans une petite administra- 
lion parisienne, aux nioiliqubs appointements de 1,200 fr. 
par an. Cette place, qui consisiL' à tenir des registres, est 
juste à la hauteur de sa c.qiacilé et représente à elle toute 
"seule les noiid)iru>c.- [ci\v> (ui méUiiries qui sont censées 
fournir au lu\e ilr noliv jeune iziMilIrmaii. 

Dévoré au sein de >.i l'iolondecibsi-uiile par l'incurable ma- 
nie de briller, et ne se sentant pas la force de volonté ni d'in- 
telligence nécessaire pour s'élancer hors de sa sphère infime 
et forcer les regards de la foule, notre homme a pris un grand 
parti : il s'est voué corps el âme a la satisfaction de sa puérile 
vanilé. Il a retourné le proverbe et s'est dit: «L'habit fait le 
moine. Être n'est rien, paraître est tout.- Dès lors il a tendu 
toutes ses minces facultés vers ce grand but : Paraître. 

Mais, me direz-vous, comment faire pour briller avec 
1,200 fr., un peu moins que ce qu'avec de l'ordre il faut pour 
ne pas mourir de faim ? Notre vicomte va vous l'apprendre. 
Insinuant, souple, obséquieux, possédant le jargon du 
monde, doué d'un aplomb imperturbable, Cancale a su s'in- 
troduire dans plusieurs grandes maisons de Paris. Il y a 
iV-ii-si avec d'autant moins 'le peine q'-ie, dans l'état actuel de 



notre société, les salons, sauf quelques bien rares exceptions, 
sont lilléralemenl ouverts à tous venants. Là, il n'a pas tarilé 
à faire la connaissance de quelques jeunes gens riches el ti- 
trés dont il s'est fait le complaisant, cl qui, en récompense, 
l'ont admis auprès d'eux dans une sorte d'intimité, assez 
semblable à celle qui existe entre le caniche et le matlre. 
Mais il est de bonne composition sur tous les petits échecs 
d'amour-propre qu'il lui fautsouventcssuyer pouren arriver 
à ses fins, et se plie merveilleusement au précepte de l'Evan- 
gile; il s'abaisse pour être élevé. A l'aide de ce patronage, il 
achève de se lancer et d'en imposer au vulgaire. Peu lui im- 
porte d'être considéré el traité par ses nobles amis comme 
un être sans conséquence, une façon dVioinme de compaçinie. 
Être n'est rien, paraître est tout : 11 est fidèle à sa devise. 

D'ailleurs ses relations aristocratiques lui valent plus d'un 
revenant-bon. Il leur doitd'ètrcadmisadesparliesde plaisir 
dont l'état piteux de sa bourse devait naturellement l'exclure. 
11 trouve do temps en temps place dans quelques loges, et fait 
coniniuni'uieiil une ou deux fois par mois une promenade au 
bois de lt()uli]^;n(>, monlé sur un cheval d'emprunt. C'est dans 
ces liienlieureiises occasions qu'il triomphe otqueson visage 
rayonnant, tout bouffi de rose et d'arrogance, semble dire a 
la Ibule ébahie : ■ Regardez-moi ; je suis le vicomte de Can- 
cale, l'homme le plus brillant de Paris! » 

Un privilège encore plus précieux que tous ceux-là <!l qu'il 
doit également à ses relations, consiste dans les nombreuses 
invitations à diner qui embellissent sou existence. En un 
mot, plante parasite dans toute l'acception du terme, il se 
fait supporter à cause de son feuillage verdoyant. 

Les jours où il n'est pas invité à dîner, il s'achemine, 
couvert de sa peau de lion, versquelqu'unedeces ruelles dé- 
sertes voisines du Palais-Uoyal, et là il se glisse, entre chien 
et loup, dans une guingupllesouterraineou, à raison de dix- 
huit sous, il savoure trois |ihits au choix, un potage, le de - 
sert el la dcmi-bouteilIc de vin. Après avoir achevé ce repas 
clandestin, il court au boulevard de (i.ind, s'installer, le 
cure-dents aux lèvres, sur le perron du café de Paris, qu'il 
feint ensuite de de-cendre en chancelant Icgercment, comme 
un homme qui s'est ingurgité un peu trop d'aï et de bour- 
gogne. Cependant les passants se di?ent, en contemplant sa 
démarche un peu titubante : " Voilà un de ces heureux du 
jour, un de ces hommes qui passent leur vie dans de scan- 
daleuses orgies, qui consomment y leur diner la substance 
de vingt familles ! Avec les miettes de sa table, que de pau- 
vres on nourrirait!» 

Le vicomte s'aperçoit de l'effet (pi'il produit et ne contri- 
bue pas peu à l'accroître en saluant avec un empressement 
affecté tous les équipages qui passent. Il entre ensuite au 
débit de tabac et achète avec grand fracas un cigare de 15 cen- 
times, qu'il paie en tirant de sa poche, parmi nombrede gros 
et de petits sous, une unique pièce d'or qu'il tourne el re- 
tourne entre ses doigts de manière à la bien montrer aux 
gobe-mouches qui l'entourent : telle est l'unique destination 
de cette pièce inaliénable. Plutôt que d'y toiiclici , il m' rési- 
gnerait aux plus dures privations; elle fait partie de son cos- 
tume, ni plus ni moins que son épingle, sa cravate, ses bottes 
vernies el sa chaîne d'or de chrysocale. 

Arrive la sortie de l'Opéra, ou celle des Italiens. Le vi- 
comte court se poster sous le péristyle du théâtre, pour faire 
croire qu'il vient d'assister au spectacle, et se promène de 
long en large comme un homme qui attend ses gens. A l'en 
croire, il ne manque pas une seule représentation de quel- 
que importance aux théâtres lyriques ni ailleurs. Cette pré-- 
tention l'expose parfois à de rudes mystifications. Dernière- 
ment il arrive, entre onze heures et minuit, dans une nom- 
breuse réunion. 

. Comme vous venez tard ! lui dit obligeamment la maî- 
tresse de la maison. 

— Je sors des Bouffons, répondit-il en se dandinant avec 
une grâce nonchalante. 

— La Grisi a-t-elle été belle? 

— Adorable! 

— ElLablache? 

— Admirable ! 

— Et Mario? 

— Délectable ! 

— Je crois que vous avez été content? 

— Dites enthousiasmé, ému, galvanisé. Quelle soirée dé- 
licimise! 

Comme il en était là, arrive un véritable habitué du Théâ- 
tre-Italien, qui annonce que la représentation annoncée a 
été remise pour cause d'indisposition. 

Il va sans dire que le vicomte fréquente assidûment les 
courses de chevaux, où il étonne tous ses voisins par ses con- 
naissances profondes en matière de turf et de sport. Il se 
faufile parmi les membres du jockev-club el parie six cents 
louis sur.la tète de Tandem contre Àrabella ou Fur(juliar. Il 
perd ou gagne sans sourciller, et a de bonnes raisons pour 
cela. La perte ne l'appauvrira pas plus que le gain ne l'en- 
richira ; le tenant est un sien compère, aulre lion de même 
acabit et de même crinière, qui le soir lui jouera mille louis, 
s'il est besoin, en une partie d'écarté. C'est ainsi qu'à peu de 
frais le vicomte joint le renom de grand et magnifique joueur 
à celui de viveur prodigue, de merveilleux par excellence 
et de gastronome distingué. 

Parlerons-nous de son costume? Cette seule partie de sa 
monographie comporterait un long poème. Les ressources de 
Quinola et de Jonathas réunies n'approchent pas de celles 
que le vicomte déploie en ce qui touche celte portion si essen- 
tielle de son être. Il a pour tailleur un portier qui lui fait des 
habits d'Human à raison de 60 fr. pièce, et des pantalons de 
Roolf, sur le pied de 18 fr. l'un. Il prend les belles de Sa- 
koski chez un cordonnier en vieux qui fait le neuf par occa- 
sion, elses gants de Boivin chez la mercière. Ainsi du reste. 
Il sait au juste dans quel quartier, dans quelle rue, dans ((uelle 
boutiqueiltrouveradesbretelles,unecravate,dcsmancliettes, 
desfaux-cols, à vingt pour cent de réduction. Il fera au bosom 
tout Paris pour réaliser sur chacun de ces articles importants 



une économie de 50 centimes. Nul mieux (|ue lui n'est au 
courant (le toutes les ventes au rabais el ne sait exploiter les 
bonnes occasions avec plus de sagacité et une plus rare pré- 
voyance. C'eil lui qui a inventé les faux-cols en papier et les 
plastrons de toile de Hollande adaptés a de grosses chemises 
d'un horrible madapolam. De quels soins minutieux il en- 
toure chaque partie de son costume ! Une mère ne veille pa> 
sur son enfant au beiceau avec une plus tendre anxiété, une 
plus inquiète sollicitude, que le vicomte sur le moindre ac- 
cessoire de sa parure. Il ne marche jamais que les coudes 
saillants et les bras détaches du cor[is, pour ne point user son 
habit par un froltement intempestif. A force d'égards, de 
ménagement, de couf s de fer donnés à propos, il conduit à âge 
de Burgrave son chapeau de peluche à longues soies qui joue 
le castor à s'y méprendre, tout en lui conservant une certaine 
fraîcheur, un certain lustre décevant. 11 brosse lui-même ses 
vêtements et vernit ses bottes pour plusieurs motifs, dont le 
premier (!st que, comme le héros de la chanson de Piis, il 
est à 1.1 fois sa femme de ménage, son domestique el son 
portier, ce qui ne l'empêche pas de déclamer sans cesse 
contre l'incurie de ses ijens, en annonçant qu'au premier joui- 
il prendra le violent parti de les mettre tous à la porte. C'e<t 
dire, à mots couverts, qu'il se vo:l menacé de coucher à Ui 
belle étoile. 

Ce malheur pour, a bien lui arriver en effet, pour peu qui- 
son propriétaire se lasse d'attendre les trois termes qui lui 
sont dus pur le vicomte. C'est rue Jean-Pain-Mullet, ou Jean- 
Pain-Moilel-Sïree/, comme il dit lui-même pour rehausser 
cette appellation triviale d'un léger parfum exotique, qu'e.■^l 
située la demeure grandiose de cet imposant personnage. A 
l'inspection de son logis, on ne lui reprochera certes pas 
d'être un lion de bas étage ; car il habite un cabinet humide 
et noir sur le derrière, au cinquième au dessus de l'entre-sol. 
On ne peut pas dire nijn plus qu'il soit logé en garni ; car la 
mansarde ou tabatière où il a élu son domicile n'est pas 
même décorée des meubles délicats qui ornaient la Chartreuse 
de Gresset. On n'y voit pour tout ameublement qu'un lit de 
sangle recouvert d'une paillas.se délabrée et d'un matelas qui 
a l'air d'avoir passé au Jaminoir, une chaise de cuisine qui 
réclame instamment le ministère du rempailleur, et une table 
boiteuse qui est à la Ibis buffet, console, guéridon, table de 
nuit, table de jeu, table à manger et secrétaire. A la place 
qu'occuperait la cheminée, s'il y en avait une, on voit un petit 
poêle en fonte, pur objet de luxe ; car jamais personne n'a 
pu découvrir, el pour cause, de quel bois se chauffe le \ i- 
cointe. Un miroir à barbe fêlé lui tient lieu d'armoire à glace. 
Sur le mur blanchi à la chaux on voit, pour toute panoplie, 
deux pipes de terre en sautoir. 

C'est dans cet élégant boudoir que le vicomie vient chaque 
soir se reposer de son existence tumultueuse de la journée. 
Triste conclusion, bien digne de l'exorde ! Là, comme Phœ- 
bus achevant sa diurne carrière, il dépouille ses brillants 
atours et se couvre d'une vieille souquenille, à moins qu'il ne 
préfère, attendu la saison, demeurer en bras de chemise. Qui 
reconnaîtrait dans ce pauvre hère, à l'aspect misérable, mé- 
lancoliquement assis près d'un grabat, le superbe, le triom- 
phant, l'insolent dandy de la soirée? Souvent il grelotte, il a 




faim; car le diner en ville a manqué ce jour-là, et il a con- 
sacré sa dernière pièce blanche à l'achat d'une paire de gants 
paille. Alors il prend sa pipe, la bourre convulsivement el 
s'étourdit, en aspirant les fumées de l'acre caporal, sur les 
misères de la vie. C'est là ce qu'il appelle « lumer le latakie 
dans un marghilé de cristal. » Cette opération terminée, il se 
couche et s'efforce de s'endormir, afin de diner en se répétant, 
pour étouffer ses tiraillements d'estomac : qu'être n'est rien, 
paraître est tout, et qu'en soMne tout n'est que vanité. 

Ainsi vit et mourra cet homme, esclave el éternelle victime 
du plus sot de tous les amours-propres. Aussi stupide que 
frivole il ne respire que pour autrui ; il n'a qu'une seule idée 
en tête, celle d'égaler ses supérieurs el d'humilier ses égaux. 
Double type de crétinisme et de servile imitation, il est a la 
fois l'âne et le singe affublés dé la peau du lion. On ne nous 
saura point mauvais gré, nous l'espérons, d'avoir inontri' 
i'oieille de l'un el la grotesque face de l'autre. 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL IMVEUSEL. 



OUVERTURE DU TUNNEL DE LA TAMLSE. 

Le ?am 'fli 25 mars 1843, le luiinol do la Tamise a été enfin 
li\ ré au iiiihlir. Bien que l'ouverture ne diH avoir lieu qu'a 
(IiMtre heures (II! l'apro-i-midi, une foule immense de curieux 
s'élail renilue des le matin sur les deux rives du fleuve, dans 
les environs du tunnel. A Iroi-; heures, toutes les personnes 




{V.„ 



A) 



(|;ii uv.ùenl reçu des lettres d'invitation pour as-ister a la 
t'érémonie se trouvaient déjà rassemblées a Rotherhithe(rive 
droite du neuve). On remarquait principalement le lord-maire, 
lord Dudiey Stuart, sir Edwaid Codringlon, sir Robert In- 
.slis, M. Hume, M. Warburton, M. Roebuck, etc., c^c, et sir 
ISAMRAiiD BiiuNEi,, quI a eu la gloire de commencer, de faire 
exécuter et d'achever cet admirable travail. Le soleil brillait 
dans un ciel sans nuages, chose rare à Londres ! des dra- 
peaux flottaient au haut des tours de l'église voisine, dont les 
cloches sonnaieul à grandes volées ; les fenêtres'et les toits 
des maibons environnantes étaient garnis de spe«tateurs. 

A peine l'horloge de l'église eùt-elle sonné quatre heures, 
le cortège se mit en marche dans l'ordre suivant : 

Les musiciens ; — le porte-étendard ; — le commis de la 
compagnie; — le soliciter de la compagnie; — l'ingénieur 
de la compagnie; — l'inspecteur des travaux; — l'ingénieur 
en chef sir Isambard Brunei, ; — sir Edward Codring'^lon ; — 
M. Hawcs, président de la commission des directeurs; — le 




(Grand csalL-r tloscn-ant au tu;inel . 




lord-maire; — 



inféritfUT 
1 Ilawes, 



do l'c-catier.) 

Esq. ; — lord Dudiey Stuart ; 



— les directeurs; — les trésoriers et les aiidii. . 
propriétaires; — les invités. 

Ce cortège, composé de quatre mille personws, présenta 
un étrange spectacle, lorsqu'il descendit aux soii- 'l'une mu- 
sique militaire, dans le vaste puits de 20 raêlres de profon- 
deur et de on mètres de circonférence qui conduit a l'entrée 
du tunnel. Il di.-.parut peu à peu sous la voûte occidentale, 
parcourut dans le m6me ordre les <oij mètre- qui séparent la 
rive droite de la rive gauche du flenve, et, après avoir été 
accueilli a VVappingpar une triple salve d'app!audissement>. 
il revint à Rotherhithe, sous la voûte orientale. Une heure 
après, le tunnel était l'vré au public. Le prix du péage est un 
penny, soit 10 centime- 

Dix mille personnes pi-- Tent d'une rive a l'autre, dans la 
soiréedu samedi. Lcdiiiianche. l'aflluenc^' fut «i considérable, 
qu'avant midi les employés duient requérir l"a.ssistanre des 
au'eni-, de la |)olicc [lour repoii--iT la foule. Le nombre de- 
iinliviilus qui avaient traversé le tunnel depuis six heures du 
matin jusqu'à .six heures du soir, s'élevait, dit-on, a 50,000. 

Le samedi .soir il y eut un grand dîner à la taverne de 
Londres. — On porta, pendant ce long et splendidc repa>, un 
nombre infmi de toasts, a la reine, aii prince Albert, au duc 
de Wellington, a M. Brunel, au président, à la prospérité du 
tunnel, etc. — En Angleterre, tout finit non pas par des chan- 
sons, mais par des speerhi-f: (discours^ et par des toasts. 

On s'occupait déjà , depuis plus de vingt années, de la 
construction d'un pont sous la Tamise, entre Rolhi-rhithe et 
Limehouse, un mille au-dessous du tunnel actuel. lors<|u>n 
182.3, .M. Brunel proposa un nouveau projet qui obtint l'ap- 
probation de tous les savants. — En 1824, une société se 




1 




(Vue dc5 dciiv v'oaics du tunnel 



forma pour mettre ce projet a exécution, et l'année suivante 
les travaux commencèrent. 

Ils furent d'abord poussés avec vigueur ; mais plusieurs 
inondations forcèrent, à diverses reprises, les ouvriers a 
les suspendre. En 1828, le fonds social étant épuisé, on les 
abandonna entièrement, pour ne les lejirendre qu'eu 1835, 
époque a laquelle le gouvernement anglais se décida à faire 
les avances nécessaires à leur achèvement. La dernière 
inondation eut lieu le mars 1838. Depuis ce jour jusqu'à 
l'ouverture du tunnel, aucun accident n'a interrompu les 
travaux. 



Tel qu'il est aujourd'hui, le tunnel coûte déjà 600,000 I. st. 
(15 millions de francs), et on calcule qu'il faudra encore 
dèiienser 50,000 liv. st. (1,500,000 fr.) pour construire les 
deux rampes circulaires que devront descendre ou remonter 
les voilures qui traverseront le tunnel. Jusqu'à ce jour, et 
provi.soiremeiil, les piétons seuls peuvent profiler de cette 
merveilleuse voie de communication entre les deux rives de 
la Tamise. — Les équi|>ages ne passent pas encore sous les 
vai.-seaux. 

Est-il nécessaire de rappeler aux lecteurs de VlUusiratioii 
que M. BitiNEi. est un ingénieur français ? 







(Papa, laiss(-moi regarder I — Tais-tui, je rois le noyau' E lo-.cë ; Obseri; oirc.) ? 



L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL. 



il olilien- 
o\\ ne 



Bulletin bimiographiane, 

Transeundn, poésies par EtT.i«E de CHAJirtnE. Paris, 18i:}, 
1 vol. in- 18 de 250 pages. Ledoyen. 

C'.'stin n;is-ant 7r(jnMU))rfo), <'.st à de loiig>inlcrvallps. dans 
son ailol.stn: • < i dans sa preiiiitTL-jeiinesee, que M. l;.ugone de 
rhambure a c .n posé le rtcueil de poésies qu'il publie aujonr- 
d'hui .amlqur -iii..sdesininressions les plusvives du voyageur, 
qui avanl de . miiiiuH-r sa roule, sVITnrce d'apercevoir ( nc'ore a 
travers I.» arbn s, ic seuil familier d'où il s'est élance pour ne plus 
revenir Si seulriiieut il pouvait éveiller ou prolonger a rev.ne 
de cenains espni> s>nipaihiques, s'il pouvait obtenir d eux celte 
attention lugiiive que le passant prèle au murmure voile d une 
source à l'Iiumble it loinlaiiie chanson d'un paire ou d un oi- 
seau, ce sucrés i omblerail ses vœux et dépasserait toutes ses es- 
pérances. » ••. -i 

M Kugènede rliambure est trop niodCNte, en \criti'; il 
dra du publie plus d'ailcniion qu'il ne lui en demaiide 
lira pas seulement sis poe-ies tn pa.ssanl, on s'arrêtera long- 
temps auprès d'elles, on prendra plaisir a les visiter souvent ; car, 
bien que lé"éris et fugitives sans doulO, les < harmes tout parli- 
culiiTs dont elles sont douées, les feront aimer de tous ceux qui 
auront le bonheur de les connaître. M. Eugène de (Jiambure 
possède un mérite bien rare aujourd'hi.i: s'il imite parfois les 
forines préférées par certains maîtres, si s impressions, ses pas- 
sions sont réelles, ses idées lui appartieiineul en propre il a 
de plus le bon esprit de ne pas se plaindre de .ses malliiurs 
vrais ou imaginaires : il chante l'amour, la nature et les champs, 
le lever du soleil, la fraiclie matinée, la lin du jour, la moi.sson, 
la rivière qui couif dans les prés, les vergers, etc. Que M. Eugène 
de Cliambure persévère donc dans la voie où il marche déjà avec 
tant de succès, qu'il essaie surtout de rendre, tout a la lois, son 
style plus pur et plus vigoureux, et il occupera bieiiiôl une 
place distinguée parmi les poètes vraiment originaux de notre 
époque. 

Jack O'Lantern^ou le Feu-Follet; par Femmore Cooper. 
1 vol. in-8. Paris, 18i3. Baudnj. J ir. (Non traduit.) 

Il y a dix ans, l'annonce d'un roman de M. Fenimore Cooper cau- 
sait une certaine sensation dans le, monde iitieraire. En France 
«omnie en Angleterre, comme aux États-Unis, [on attendait avec 
impatience l'a'uvre nouvelle, on la li.sail avecavidiié; la cri- 
tique s'empressait de lui consacrer de longs articles. Des que les 
premières feuilles éiaient imprimées ii I ondres, on les traduisait 
à Paris. L'auteur de la Prairie et du Corsaire Uouge devint, si- 
non aussi estimé, du moins presque aussi célèbre que l'illustre 
auteur de n'averky. , . , , 

.aujourd'hui, le romancier américain est bien déchu de son an- 
cienne popularité: le nombre de ses lecteurs diminue d'année 
en année; bienlôt même les libraires français ne feront plus les 
frais d'une traduction. Ce n'est pas que M. Fenimore Cooper ait 
perdu le talent qu'il po-s-sédait autrefois, mais le public se lasse 
de lire perpétuellement la même histoire. M. Cooper n'a jamais 
su faire qu'un roman: que la scène se passe dans les prairies et 
dans les forêts de l'Amérique ou sur l'Océan ; que son héros s'ap- 
pelle Bas-de-Cuir ou le Corsaire Rouge, il développe toujours le 
même sujet : — une fuite, — une pour-uite. — une surprise. — 
Reconnaissons-le cependant, M. Cooper a mie qualité bien pré- 
cieuse pour un romancier, il sait soutenir pendant longiemps 
l'intérêt, alors même qu'il n'y a plus d'intérêt possible. Ainsi, 
dans la vallée de Wish-ton nish, le lecteur n'ignore pas que les 
Indiens entourent la ferme des puritains, qu'ils vont surprendre 
et attaquer ses habitants, et cependant cet événement qu'il a 
prévu lui cause, quand il arrive, autant d'émotion que la péri- 
pétie la plus imprévue. 

Jack (l'Lanlcrv, ou le Feu-Follet, n'ajoutera rien à la réputa- 
tion de M. Fenimore Cooper. Cette fois la scène se passe en mer, 
dans la Méditerranée. Le héros,— un corsaire français,— s'appelle 
Raoul Yvard. Amoureux d'une jeune lille qui se trouve acciden- 
tellement à Porto-Ferrajo, il vient, en 1799, jeler l'ancre avec 
son lougre, le Feu-Follet, dans le port de cette ville. Est-il Fran- 
çais, est-il Anglais? allié ou ennemi ? les autorités de l'île d'Elbe 
ne peuvent pas résoudre ce difficile problème. Sur ces entre- 
faites arrive une frégate anglaise, la Proserpine. Des lors le roman 
ne se compose plus que du dunl de la frégate et du lougre, de 
l'Angleterre et de la France. Les incidents de la lutte sont nom- 
breux, mais peu variés. Le lougre s'enfuit, la frégate le poursuit; 
les deux adversaires cherchent a se surprendre et à se détruire 
par tous les moyens possibles. Enlin la France succombe, l'An- 
gleterre triomplïe, le lougre est coulé à fond: Raoul Yard, blessé 
mortellement, expire en regardant une étoile, et .sa maîtresse, 
désolée, attend la mort d'un vieil oncle pour se retirer dans un 
couvent, où elle pourra implorer le ciel jusqu'à son dernier jour 
en faveur de Tàme de son bien-aimé. Ajoutons, pour dernier ren- 
seignement, que chacun des trente chapitres de ce roman contient 
une conversation aussi ennuyeuse qu'inutile. 

Hisloirc de France; par Henri Martin. Tome X. 
Paris, 18i3. {Fume, libraire-éditeur.) 

M. Henri Martin continue, avec un succès toujours croissant, 
l'important travail qu'il a eu le courage d'entreprendre, et qu'il 
aura, nous n'en doutons pas, la gloire de terminer bientôt. Les 
neuf premiers volumes de son Histoire de France s'étendaient 
depuis les origines de la Gaule primitive jusqu'au milieu du sei- 
zième siècle. D'abord M. Henri Martin avait raconté en deux 
volumes les fastes de la Gaule indépendante, de la Gaule romaine 
et des deux dynasties frankes.la formation de la nation fran- 
çaise et de la monarchie fiodale des Capétiens. Les tomes lU et 
IV renfeiraaient toute l'ère féodale, qui commence avec l'avéne- 
ment de Hugues Capet et qui finit à la mort de saint Louis. Une 
intéressante étude des arts, de la littérature et des idées du 
moyen-àge. ajoutée au récit des faits historiques proprement 
dits, avait, à l'époque de la publication de ces deux volumes, 
valu à son auteur les éloges les plus flatteurs et les plus mérités. 
Les tomes V, VI et VU étaient consacrés à la période intermé- 
diaire, au début de laquelle se dresse de toute sa hauteur la 
•sombre ligure de Philippe-le-Bel, le destructeur du Temple, le 
vainqueur des papes, le roi des juristes et des gabeleurs, et que 
remplit presque entièrement la vaste épopée des guerres an- 
glaises. M. Henri Martin nous semble avoir admirablement com- 
pris l'importance et le vrai caractère de Jeanne d'Arc, " la plus 
sublime apparition qui se soit montrée sur la terre depuis le 
Christ. » Le moyen-àge Unissait avec le tome Vlll. Enlin les 
règnes de Louis XI, de François 1='", de son Dis, les guerres 
d'Italie, l'histoire des découvertes de l'imprimerie et de l'Amé- 
rique, les grandes luttes intellectuelles de la Réforme et de la 
Renaissance, UQ tableau animé et pittoresque de la révolution 



littéraire et artistique qu'on appelle la Renaissance, tel» étaient 
les nombreux sujets dont traitait le tome IX. 

Le loine X, qui vient de paraître, est le premier des deux 
volumes que M. Henri Martin doit consacrer aux guerris de reli- 
gion. 11 commence à la conjuration d'Amboise , et se termine au 
traité de ^'emours, par lequel Henri III se met à la diseréiion de 
la Ligue. L'auteur, qui avait déjà laraciérisé le calvinisme dans 
le tome IX, le suit il l'œuvre dans le tome X. Il monire la France 
liésiiaiit entre le calvinisme, .soutenu par lés Anglais et les Alle- 
mands, d'une part, et le jésuitisme espagnol et iialii n de l'autre, 
tiraillée entre deux tendances également êlraiigèresà son génie 
et il ses destinées nationales, luttant péniblement avec l'ilôpiial 
pour rester dans hi justice et dans la vérité , puis .s'abandoniiaiit 
honteusemeiit.avec Catherine de Médic^s, ii une sorte d'éclectisme 
sanguinaire et parjure. Il distingue toutefois, chez Caiheriiie . le 
but^des moyens, it tache d'ex|iliqiier la politique de cette reine 
qu'on a souvent mal comprise , et qui visait à abattre les hugue- 
nots sans .se soumetire il l'influence de Rome it de l'Kscurial. 
Enlin M. Henri Martin a étudié consciencieusement le problème 
de la .Saint-liarthêlemi ; il a lâché de définir les rôles si diflérenls 
qu'y jouèrent Caiherine et Charles IX. 

le tome XI renfermera la grande guerre de la Ligue et la fon- 
dation de la monarchie des Bourbons. 

La Science de la Vie, ou Principes de conduite religieuse, 
morale et politique, extraits et traduits d'auteurs italiens, 
par M. Vai.ery. 1 vol. in-8 de vingt-une feuilles trois quarts. 
Paris, 1842. {Amijot, éd.) 3 fr. 

Malgré l'esprit et le sentiment chrétiens qui animent .son livre, 
M. Valéry le destine « aux lettrés et aux gens du monde, a cette 
classe qui .s'appelait , sous f ouis XIV, les honnêtes gens. >. Son 
but est de les attirer ii la porte du temple, mais il ne veut point 
passer pour un prédicateur, car il n'a pu admettre certains scru- 
pules respectables, .sans doute, avec lesquels on ne produirait 
que des œuvres sans vie, sans couleur et sans vérité. 

Le premier titre de celle nouvelle publiealion de l'auteur des 
Voyages arUslitiucs cl tiltéraires en Italie a le grand tort d'êire 
trop aiiiliitienx. iMalheureusemi'iit pour ses lecteurs. M. Valéry 
ne leur apprend pas ce qu'est réellement U Science de la Vie. 
Au lieu d'exprimer une opinion quelconque sur ce grave pro- 
blème, il se contente d'analyser ou de traduire, en y ajoutant des 
notices biographiques : 1" le 3liroir de la vraie Pénitence (Spec- 
chio délia vera Penitenza), de Jacqles Passavanti : — 2" la Vie 
sobre la Vita sobna), de Louis Corxaro: — 3" la Vie civile {\a. 
Viiacivile),de Matthieu Palmieri; — 4" le Gouvcrnemenl de 
la Famille (il Governo délia Famiglial, de Pakdolfini; — 5" le 
Courtisan (il Cortiglanol, du comte Balthazar C.vstiglione; 
— 6° (es œuvres diverses de ilonsignor Jean delta Casa ; — 
7° le Dialogue du Père de Famille , du Tasse. Ces sept Traités 
réunis doivent former une espèce de Manuel pour la conduiie de 
la vie, car ils concernent : le premier, l'àme et le salut; le second, 
le corps et l'Iivgiène; le troisième et le quatrième, le gouverne- 
ment de l'Etat^ la famille et le ménage; le cinquième et le sixième, 
les manières et l'usage. 

Iles Marquises ou Souka-Kiva, histoire, géographie, mœurs 
et considérations générales, d'après les relations des na- 
vigateurs et les documents recueillis sur les lieux, par 
MM. Vincendon-Dl-moulin et Desgraz. 1 vol. in-8 de 25 
feuilles^, plan et caries. Paris, 1813, .4rthus-Bertrand. 
Prix : 7 fr. 

Au moment où la France apprit que ses marins venaient de 
prendre possession des îles Marquises, MM. Vinccndon-Dumou- 
lin et Desgraz .s'empressèrent de réunir, dans un seul jvolume, 
les documents recueillis jusqu'à ce jour sur cet archipel par les 
navigateurs de toutes les nations. Cette compilation , faite à la 
hàle, mais avec intelligence et avec goût, se divise en quatre par- 
ties. Dans la première, les auteurs racontent l'histoire des Mar- 
quises depuis leur découverte, en 159.'), par l'adelantade Alvaro 
Mendana de Neira, jusqu'à la prise de possession, au nom de la 
France, par le conireamiral Dupetit-Thouars, au mois de juin 
18i2. Les second et troisième chapitres sont consacrés à la géo- 
graphie de l'archipel des Marquises et à la description des 
mœurs et des coutumes de ses habitants. Dans la quatrième 
partie, intitulée: Considérations générales, MM. Vincendon-Du- 
moulin et Desgraz examinent l'utilité que peut avoir pour la 
France cette nouvelle conquête. Selon eux, la colonie des Mar- 
quises n'a aucune importance comme colonie agricole ; comme 
établissement commercial, ses ressources seront celles de tous les 
points de relâche où les vivres frais abondent; mais, comme sta- 
tion militaire, elle leur paraît utile et avantageuse. MM. Vincen- 
don-Dumoulin et Desgraz faisaient partie de l'expédition de l'As- 
trolabe et de la Zélée , et si , pour asseoir leur opinion , ils ont 
cherché à s'éclairer de tous les documents transmis par leurs pré- 
décesseurs, ils ont, toutefois, jugé d'après leurs propres sensa- 
tions, en s'aidant, ainsi qu'ils le déclarent eux-mêmes, de leurs 
notes particulières et de leurs souvenirs. 

A Mcmoir of Ireland, nalice and Saxon, by O'Connell. 
Vol. 1. 1172-1660. Dublin, 1843. — Histoire de l'Irlande 
primitive et saxonne, par O'Connell. Vol. i" (non tra- 
duite). 
M. O'Connell expose ainsi, dans son introduction, le but de 



empruntés ii divers auieurs. et de documents contemporains. 
Quant aux observations, elles consistint principalement en coni- 
iiieniaires déclamaloin s. 

Cet ouvrage de M. O'Connell, — le premier qu'il publie, — se 
fait remarquer par les mêmes qiialiiés et les mêmes défaut-s que 
ses discours : il i st tour a tour diffus et concis, lourd et vif. élo- 
quent et trivial , grote-que et sublime , mais son auteur demeure 
toujours le défenseur \r plus intrépide des droiis et des intérêts 
de ses concitoyens , l'adversaire le plus passionné, le plus invin- 
cible de l'Union. 



son ouvrage : . , j, 

. J'ai longtemps senti les inconvénients qui résultaient de 
l'ignorance de la nation anglaise sur tout ce qui touche à l'his- 
toire de l'Irlande. Nous sommes .irrivés à une époque où il im- 
porte de plus en plus que ces matières soient examinées et com- 
prises. Pour prouver qu'une pareille étude élait nécessaire, et 
■ndrc plus facile, j'ai écrit le mémoire suivant. J'ai 



pour la re . 

suivi, dans mon travail , l'ordre chronologique, de manière, tou 
tefois , à présenter en masse les iniquités commises à l'égard du 
peuple irlandais par le gouvernement anglais, avec l'approba- 
tion entière, ou au moins avec l'assentiment de la nation an- 
glaise. Je l'avoue franchement, mon but principal est de montrer 
que la nation anglaise a toujours été la complice des crimes de 
son gouvernement. ■> 

M. O'Connell a divisé l'histoire d'Irlande en plusieurs époques : 
la première s'étend depuis l'invasion de Strongbow, en 1172, 
jusqu'à l'année 1612, c'est-à-dire jusqu'à la soumission complète 
de l'ile. La dernière doit embrasser l'espace de temps compris 
entre le vote de l'acte de l'émancipation catholique (1829) et la 
quatrième année du règne de la reine Victoria (1840). M. O'Con- 
nell se propose d'écrire sur chacune de ces époques un mémoire, 
corroboré et appuyé par un certain nombre d'observations, de 
preuves et d'illustrations. Les preuves et illustrations contenues 
dans le volume qui vient de paraître se composent d'extraits 



Des élthnenls de VElal, ou cin(| questions concernant la re- 
ligion, la [ihilosopliie, la morale, l'art et la politique ; par 
E.-A. Se(;retain, 2 vol. in-18. Bibliothèque des connais- 
sances utiles. Paris, 1842. Paulin. 7 fr. les deux vol. 

" La constitution de l'État, telle qu'on peut et qu'on doit 
l'asseoir de nos jours, voilà le but de mon ouvrage, dit M. Segre- 
tain en terminant son introduction. L'analyse des FAéments de 
l' Etat, religion , philosophie , morale , art et politique , voib les 
moyens et le plan; en même temps on poursuit, par la réalisa- 
tion de ce but et de ces plans, une solution de l'étemel problème 
soumise la pensée humaine, c'est-à dire la concili);ition de l'u- 
nité et de la multiplicité. » 

Ainsi M. Segretaiii partage son ouvrage en cinq livres : le pre- 
mier traite de la qucslion religieuse. Dan» celle question, les rap- 
ports de l'unité et de la multiplicité .s'établissent priiicip;ilement 
entre Dieu, suprême représentant de l'nnilé , et la liberté hu- 
maine , principal agent de la multiplicité dans les êtres raison- 
nables. C'est sous ce point de vue que M. Segretain les envisage, 
en recherchant de quelle manière le catholicisme a institué le» 
relations du libre arbitre et du Créateur. 

Cet important problème des rapports de la libert