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L'INTERMÉDAIRE 



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CHERCHEURS ET CURIEUX 



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L'INTERMEDIAIRE 

DES 

CHERCHEURS ET CURIEUX 

FONDÉ EN 1864 

CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, HISTORIQUE ET ARTISTIQ.UE 
QUESTIONS ET RÉPONSES, LETTRES ET DOCUMENTS INÉDITS 

trouvailles et curiosites, nouvelles de la litterature, 

d'art, d'érudition et d'histoire, offres et demandes, 

ech an g e s, li st e et compte rendu des ventes publiques, acquisitions 

et mouvement des bibliotheques, des archives, 
des colleceions et des musees 

COMMUNICATIONS DIVERSES A L'USAGE DE TOUS 

LITTÉRATEURS ET GENS DU MONDE, PROFESSEURS, ARTISTES. AMATEURS, 
BIBLIOPHILES, ÉRUD1TS, COLLECTIONNEURS, ARCHÉOLOGUES, GÉNÉALOGISTES, NUMISMATES, ETC. 



3? ANNÉE — 1901 



DEUXIEME SEMESTRE 



PARIS 
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

3I bis , RUE VICTOR MASSÉ, 31 bis 



XL1V* Volume Paraissant les w, 20 et )0 de chaque mois. 10 Juillet 1901 



37 e Année 

31, w » r. Victor Massé 

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N°_937 

31 "".r. Victor Massé 

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Bureaux: de "2 à 4 heures 



taire 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET RÉPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES EL ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



flâuestions 



1 



Madame de la Valette. — due 
sait-on au sujet de madame de la Valette 
(une émule d'Emilie di Lavallette née 
Beauharnais) qui, ayant voulu essayer de 
faire évader La Bédoyère de l'Abbaye, se 
heurta au refus du prisonnier et qui, elle 
aussi, fut retenue en prison pour prix de 
sa généreuse entreprise. Sans doute elle 
avait eu l'intention de soudoyer le geô- 
lier, car on saisit sur elle la somme de 
10.000 fr. en or qu'on ne voulut plus lui 
rendre. 

Son mari, qui avait quatre frères ou 
sœurs f?), et aucune fortune, perdit alors sa 
place (?) Mais madame de la Valette ne re- 
gretta rien, « Avec quelle joie, quel orgueil, 
disait- elle en parlant de la Bédoyère, 
je l'aurais rendu à sa femme etàsa famille. 

Tous les détails que l'on voudra me i 
donner su; cette héroïne seront reçus avec | 
reconnaissance. C. de la Benotte. 

ï& me Lebas de l'Obélisque. — 
Dans Paris adresse, année 1896, par ha- 
sard, mes yeux tombent sur cette indica- 
tion de nom, dans la rue Tronchet : 

M rae VEUVE LEBAS DE L'OBELISQUE 

Lebas est l'architecte qui amena si heu- 
reusement l'Obélisque à Paris et l'édifia 
sur la place de la Concorde. J'ignorais 
que cette victoire scientifique eût été 
suivie d'une sorte de titre de noblesse. 
M. Lebas, après la réussite de son entre- 
prise, s'est-il fait appeler Lebas de l'Obé- 
lisque, transmettant ce nom à sa veuve et 
à ses enfaftts ? Le V. 



L'Arc de l'Étoile. — Pourrait-on 
transcrire intégralement les inscriptions 
de l'Arc de l'Étoile ? Nauroy. 

La clef du « Pays des Parlemen- 
teurs ». — L' Intermédiaire a donné au- 
trefois une clef des Morticoles, de Léon 
Daudet. Ne pourrait-on avoir celle de ce 
nouveau roman, qui parait appelé au 



même succès que son aine 



Hachei.. 



Les Volontaires de la Côte-d'Or. 

— Préparant une Histoire des volontai- 
res de la Côte-d'Or pendant les guerres 
de la Révolution, je demande à nos 
collaborateurs de vouloir bien me signaler 
les souvenirs, portraits ou documents 
inédits qui, à leur connaissance, appar- 
tiendraient à des archives de famille ou à 
des collections particulières. Je crois con- 
naître tout ce qui a été imprimé sur le 
sujet ainsi que tous les manuscrits inté- 
ressants des dépôts publiesde Paris (mi- 
nistères, archives nationales, etc.), et 
de la Côte-d'Or. (archives départemen- 
tales et municipales.) L. H. 

Armoiries de Jean de Ligny, — 

Michelet raconte, (Histoire de France, 
édition A. Lacroix et C ie , 1876, tome vi, 
page 247) que le comte Jean de Ligny, à 
qui fut menée Jeanne d'Arc, prisonnière, 
la livra malgré les supplications de sa 
femme, etc.. 

Depuis « celui qui livra la Pucelle » 
semble avoir senti sa misère ; il fit pein- 

XLIV-1 



N* 937- j 



L'INTERMEDIAIRE 



4 — 



dre sur ses armes un chameau succom- 
bant sous le faix, avec la triste devise 
inconnue aux hommes de cœur : « Nul 
n'est tenu à l'impossible» 

Peut-on faire remonter à cette circons- 
tance le choix de ses armoiries? 

L. Ht. 

Armoiries de Préfontaine. — Il y 
a quelques années , sur les murs d'une 
chapelle de la petite église de Préfontaine, 
canton de Ferrières (Loiret), on voyait 
les armes suivantes : 

I — D'argent à la bande de... 

II. — Fascé contre- fascé, d'argent et 
de... de quatre pièces, chaque fasce d" 1 ar- 
gent, chargée d'un rameau de... • au chef 
d'argent, chargé de trois trèfles de..., 2 
et 1. 

Couronne de marquis ; entre les deux 
écuspend une croix de Saint-Louis. 

A quel seigneur appartenaient ces armes? 

II y avait à Préfontaine, comme sei- 
gneurs, les des Prez dont l'un, Jean, fut 
capitaine sous Vendôme. Son fils Adam 
des Prez vivait au commencement du 
xvm e siècle. 

D'autre part, en 1748, à Montargis, se 
trouve Lacté de décès de Jean de Guis- 
card, chevalier de Saint-Louis, ancien 
seigneur de Préfontaine, capitaine de 
dragons au régiment de Nicolaï. On lit 
également sur les registres paroissiaux 
de Préfontaine, à la date du 22 mai 1736, 
l'inhumation de Marthe de Ficte, épouse 
de Jean Guiscard. Firmin. 

Armoiries de la ville de Moissac. 

— Quelles sont-elles? Oh ! ne souriez pas. 
chers collaborateurs, et ayez l'obligeance 
de me lire ; vous verrez que la question 
n'est pas si oiseuse. Me trouvant derniè- 
rement dans cette ville languedocienne, 
avec le Congrès archéologique de France, 
j'ai relevé quatre armoiries différentes 
ayant un caractère officiel . Les voici : 

i° Surun tableau de conseillers munici- 
paux et maires de Moissac, (imprimé ré- 
cemment, placé à droite de la porte d'en- 
trée de la grande salle de la Mairie : de 
gueules, à la croix de Toulouse d'or, au chef 
cousu d'à ;///, chargé de 3 fleurs de lys d'or. 

2 Sur un semblable tableau placé à 
gauche : de gueules, à la croix de Tou- 
louse (sans le chef). 



3° Papier officiel de la mairie : de pour- 
pre, à la colonne d'argent, entourée en spirale 
d'une hanche d'arbuste aussi d' ai gent, aux 
deux cantons du chef d'argent, charge celui 
de dextre d'un i?, de sable, et celui de sé- 
nestre d'un S de sable. 

4 Sceau officiel de la dite mairie : de 
sinople, à la colonne d'aï gent, entourée d'une 
vigne fruitée d'argent, au canton dexUe du 
chef d'argent, chargé d'une croisette aussi 
d'argent. 

On m'a dit que les armoiries à la croix 
de Toulouse étaient celles de l'Abbaye 
de Moissac avant la Révolution, et que 
celles à la colonne avaient été concédées 
par Napoléon I er , un soir où il coucha à 
Moissac, à l'époque, où il traça au com- 
pas sur une carte, ce qui devait être le 
département de Tarn et-Garonne, qu'il 
créa. (Peut-être encore une légende à dé 
truire). Seulement il aurait mis un seul 
canton chargé d'un N de sable. Ce qui 
ferait cinq armoiries. 

Il faudrait peut-être s'entendre pour sa- 
voir quelles seraient les vraies armes de 
Moissac. Je me demande si le mieux ne 
serait pas de faire un écu qui porterait, en 
parti : les armes à la croix de Toulouse, 
avec ou sans le chef fleurdelisé ; et celles 
concédées par Napoléon sans le canton 
portant son initiale, pour éviter qu'on 
change ces initiales à chaque changement 
de régime. 

Le siècle dernier et le nouveau, qui sont 
des siècles éclairés, ne doivent pas permet- 
tre qu'on erre pour les armoiries d'une 
ville importante. 11 faut rechercher les ar- 
mes réelles de A4oissac, ou mieux, accoler 
les nouvelles avec les anciennes (sans ad- 
jonctions anti-héraldiques) quand on les 
connaîtra au juste. La Coussière. 

La seigneurie de Wattènes.— Les 

biographes de Charles de l'Escluse (CIu- 
sius), disent que son père Michel, était 
seigneur de IValtènes, près Armcntières II 
y a là erreur. En effet, ni le Tableau de* 
Fiefs de la Châteîlcnie de Lille, aux Archi- 
ves du Nord, ni la statistique féodale de 
cette chàtellenf', dressée par M. Lemi- 
don, n'en font mention. Où était situé ce 
fief? V. A. 



Evêque d'Europe. — Dans la 
collection Clairambault, à la Bibliothèque 



DKS CHERCHEURS ET CURIEUX 



— 5 
trouve 



[ 10 juillet 1901. 



nationale, on trouve un portrait gravé 
de Nicolas-Joseph de' Paris évêque d'Eu- 
rope, neveu et coadjuteur de L.-G. 
Fleuriau d'Armenonville, évêque d'Or- 
léans. Qu'est-ce qu'un évêque d'Europe? 

CÉSAR BlROTTEAU. 

Famille Colbert de Beaulieu. — 
On désirerait savoir où l'on peut trouver 
des renseignements sur la famille Col- 
bert de Beaulieu, ayant demeuré au siècle 
dernier à Lyon. Cette famille se rattachait- 
elle à celle du grand Colbert ? Quelles 
étaient ses armoiries? Est-elle éteinte? 

A. de R. 

Le baron de Kurg. — Chamillard 
écrivait à Vauban, le 31 octobre 1704 : 

Je vous rends grâce, Monsieur, du livre que 
vous avez bien voulu m'envoyer avec la lettre 
que vous m'avez tait l'honneur de m'écrire le 
30 de ce mois ; il ne m'était pas nouveau, 
M. le baron Kurg me l'ayant adressé directe- 
ment. Les mémoires que vous avez bien voulu 
m'adresser touchant les droits du comte de 
Bourgogne sur le comté de Montbéliard m'ont 
fait beaucoup de plaisir... 

Je n'ai trouvé aucun renseignement 
sur le baron de Kurg et sur son livre, dans 
les dictionnaires que j'ai pu consulter. 
Probablement un de nos confrères sera 
plus heureux que moi et je lui serai re- 
connaissant de me faire connaître ce qu'il 
sait sur ce personnage. 

Albert de Rochas. 

Elias, lord Workesley. — Parmi 
les guerriers qui ont accompagné Guil- 
laume le-Conquérant fut « Elias » qui 
est devenu plus tard « lord de Workes- 
ley. » Y a-t-il quelqu'un qui puisse ra- 
conter quelque chose de lui ? Son autre 
nom est inconnu. W. 

Comtesse de la Ley. — Au début 
du xix e siècle, quelle était cette comtesse 
de la Ley ou de la Leyen, sœur de l'é- 
lecteur de Mayence, dont les biens, 
séquestrés pendant douze ans, lui 
furent rendus par le premier consul trois 
jours avant sa mort? Où habitait-elle et 
quand mourut-elle, exactement ? 

François Fabert. 

Famille de Monteilles. — Un ai- 
mable chercheur de Normandie serait-il 



en mesure de fournir quelques détails gé- 
néalogiques sur cette ancienne famille? 

Jean de Monteilles, écuyer, seigneur de 
Biéville et du Camp de la Mare, demeu- 
rait, au xvii c siècle.à Saint-Germain-de-la- 
Campagne (arrondissement de Bernay, 
Eure.) 

Il avait épousé, le 27 juin 165,9, Louise 
de Costard, fille d'Adam de Costard, sei- 
gneur de Perriers et du Thenney. — On 
désirerait surtout connaître la destinée de 
sa descendance. 

Monteilles, écuyer, sieur de la Gastine, 
du Champ-Mare et de Biéville, élection 
de Lizieux, fut maintenu le 12 mai 1667. 
— Il portait d'azur, à deux poissons en 
fasces d'argent. Paul David. 

La descendance du général Pelle- 
tier. — Dans la commune de Saint-Lubin 
de la Haye, département d'Eure-et-Loir, 
est érigé, sur la place publique, le buste 
du général Pelletier, né dans le village. 

Le général avait épousé une sœur de 
Masséna, et plus tard s'était rallié aux 
Bourbons. 

Le général Pelletier a-t il laissé une 
descendance? Où pourrait-on avoir des ren- 
seignements précis sur la vie et la mort de 
ce général? Madame V. Vincent. 

Existe-t-il des descendants de la 
famille de Montaigne ? — Dans un 
Mémoire sur la vie et les ouvrages de 
Michel de Montaigne, qui ouvre une de 
mes éditions des Essais, je lis : 

Je ne saurais dire s'il reste encore quelqu'un 
de la famille de cet homme illustre. 11 parle 
bien d'un frère qu'il avoit et qui etoit sei- 
gneur d'Arsac, au pays de Médoc ; d'un autre 
qu'il appelle le sieur de Matecoulen ; d'un 
troisième qui etoit de la religion prétendue 
réformée et q j'il iiommoit de Beauregard ; 
et encore d'un quatrième, nommé le capitaine 
de Saint-Martin, qui fut tué d'un coup de 
balle de paume à l'âge de 2} ans. Mais je ne 
sais s'ils ont eu des descendants ? 

Peut-être quelque intermédiairiste sera- 
t-il mieux renseigné que l'auteur ano- 
nyme du Mémoire. Ardouane. 

La baronne de Montolieu. — Où 

pourrait-on trouver quelques renseigne- 
ments biographiques sur la baronne de 
Montolieu, auteur présumé des jolis vers: 
« Quand on aime, rien n'est frivole. » 

B. de C. 



N- 937I 



LIN IHRMfcUiAlRE 



8 



Bouissavy de Reclot. — Je suis 
très obligé au correspondant P. le J. pour 
les informations qu'il donne sur l'origine 
de la famille huguenote de Boissevain. 
Pourrait-on me dire s'il existe en France, 
ou ailleurs, des traces ou mention du 
nom de Bouissavy et d'une propriété, 
hameau ou village.de Reclot? 

Huguenot. 

Acte de naissance et ascendance 
du peintre Soyer. — Un intermédiai- 

riste rémois, ayant quelques loisirs et 
beaucoup de complaisance, pourrait-il 
rechercher dans les actes de l'état-civil de 
la ville de Reims, l'acte de naissance de 
Jean-Baptiste Soyer, né à Reims vers 
1752 ? Son père, né dans cette même 
ville, s'appelait Hubert Soyer. La copie 
de cet acte de l'état-civil et tous rensei- 
gnements sur les ascendants ou les colla- 
téraux du peintre Soyer seraient accueillis 
avec grand plaisir. H. C. L. 

La dame aux yeux de violette. 

Elle vient de mourir au bord du lac, elle 
avait 80 ans. C'est à peine si la Presse a parlé 
d'elle, en quelques brèves nécrologies, décal- 
quées sur l'article du Dictionnaire Larousse. 
Pourtant cette femme a été une des gloires de 
Paris. Un médaillon dans une verrière du 
foyer de la danse, voilà tout ce qui reste 
d'elle {Eclair 20 juin 1899. Emile Bergekat). 

Quelle est l'artiste désignée sous le nom 
de « Dame aux yeux de violette ? » 

Madame V. Vincent. 

Flavigny (de). — Je possède un 
schako empire, provenant authentique- 
ment de la succession de Flavigny. La 
personne qui en fit jadis l'achat me cite 
ce texte d'une missive de ce général Fla- 
vigny au gouvernement impérial : Mes 
lapins ri ont plus de pain. Pas de pain, pas 
de lapins [ici une expression très libre.] 
n,i, ni : c'est fini. Flavigny. Quelqu'un 
pourrait-il me dire si cette missive est 
authentique ou si elle résume une lettre 
connue de ce genre ? René Villes. 

Historique du 1 er régiment de 
cavalerie. — A quelles actions prit 
part le 1"" régiment de cavalerie, « ci- 
devant » colonel-général, dans le nord, de 
1791 à 17915 ? 

Y a-t-il un historique de ce régiment ? 

L. V. 



Le régiment de Courlandon. — 

i° Qu'était-ce que le régiment de Cour- 
landon-cavalerie qui tenait (?) garnison à 
Lille au commencement du xvn* siècle, 

L. V. 

Date de l'établissement de l'impôt 
du sel en France. — Quelques his- 
toriens prétendent que Philippe-Au- 
guste fut le premier roi qui établit un 
impôt sur le sel, tandis que d'autres 
soutiennent que cet impôt existait déjà 
sous Louis VII, car d'après un diplôme 
de l'année 1168, ce roi fit don à Saint- 
Sulpice-de-Gassicourt, près Mantes, d'un 
minot par tronc de sel. 

Quelle est la date exacte de la création 
de cet impôt ? Paul Pinson. 

Lettres patentes de Henri II. — 

Jaillot, dans ses Recherches critiques, histo- 
riques et topo graphiques sur la ville de Paris 
1773- 1776 (t. III : Quartier Saint Antoine, 
p. 119), mentionne des lettres patentes 
données par le roi Henri II, le 29 août 
1569, pour informer « des pilleries, vo- 
leries et autres torts faits à ceux de la 
religion prétendue réformée »,et il cite en 
justification les Bannières du Châtelct 
vol. VII, fol. 204 v°. Or, tout le monde 
sait qu'en 1567, le roi Henri II n'existait 
plus depuis dix ans. S'agirait-il ici de 
Henri III ? Mais ce prince ne commença à 
régner qu'en 1574. La date donnée par 
Jaillot se rapporte au règne de Charles IX. 
Cet historien s'est-il trompé dans le 
nom du souverain ou s'est-il trompé dans 
l'année de l'édit ? Puis-je avoir sur cet 
édit quelques indications moins sommaires 
que celles qu'il donne et qu'on vient de 
lire ? Adrien Marcel. 



Louis XIV et le Maroc. — A pro- 
pos de l'ambassade marocaine récemment 
venue à Paris, on a rappelé les ambassa- 
deurs qui demandèrent au roi Soleil la 
main d'une de ses filles pour le sultan 
leur maître. A ce sujet, un poète, je ne 
sais plus lequel, rima une pièce de vers 
d'une belle venue, qui débutait ainsi 
(c'est la France qui parle): 
Que me demandez- vous, superbe Tingitane ! 

Osez-vous y penser ? 
La fille de Louis, jusqu'au rang de sultane 
Peut-elle s'abaisser 1 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 juillet 1901 



IO 



C'est tout ce que j'en ai retenu et je 
serais bien aise de savoir où je trouverai 
la suite. A. S. 

L'éléphant de Catherine II. lieu- 
tenant général. — Est-il vrai que 
l'éléphant favori de Catherine II était 
porté sur les états de sa maison militaire 
avec rang de lieutenant général pour les 
vivres et que l'assimilation aux grades 
militaires en Russie à cette époque s'éten 
dait à d'autres animaux et quel 
ils avaient ? Robert Géral 



rang 



Bataille de Marsch, 1790. — J'ai 
vu récemment un petit tableau représen- 
tant un général autrichien debout près 
d'un monument funéraire. 

Sur ce monument est- écrit : 

// {illisible) victorieusement la 

bataille de Marsch 13 juin i/ÇO. 

Serait-il possible d'avoir des renseigne- 
ments sur cette bataille et de déterminer 
l'identité de ce personnage ? E. G. 

Capet. — Sait-on quel fut l'écrivain 
anti-royaliste qui, le premier, s'avisa de 
désigner Louis XVI par cette appellation, 



Capet l'aîné ? 



A. S. 



Un roi pendant la révolution. — 
En 1790, un paysan delà Franche-Comté 
persuada ses compatriotes de le prendre 
pour roi, ce à quoi ils consentirent. Com- 
ment se nommait le paysan ? Quel nom 
portait le village? Combien de temps 
dura cette rustique monarchie ? 

LlXANDROT. 

Les dessins de Charlotte Corday. 

— On rapporte que quelques jours avant 
son départ pour Paris, Charlotte Corday, 
qui se dirigeait vers une prairie fauchée 
pour prendre des croquis de faneuses, 
rencontra sur son chemin un petit gar- 
çon nommé Robert qu'elle aimait beau- 
coup. Voulant sans doute lui donner une 
preuve de son amitié et prévoyant le 
sort qui lui était réservé en tentant d'as- 
sassiner Marat, elle lui fit cadeau de tous 
les dessins et croquis qu'elle avait dans 
son canon. 

Sait-on ce qu'ils sont devenus ? 

Paul Pinson. 



Chronologie des papes futurs à 
retrouver. — Montaigne, dans ses 
Essais, liv. I, chap.XI, mentionne le 
livre de loachim, abbé calabrois, qui prédi- 
sent tous les papes futurs, leurs noms et for- 
mes; et celui deLéon l'empereur, qui prédisoit 
les empereurs et patriarches de Grèce. 

Je connais, comme tout le monde, les 
prédictions de Malachie ; mais j'avoue que 
c'est la première fois que j'entends parler 
du livre de Joachim, abbé calabrois, et de 
celui de Léon l'empereur. Quelque inter- 
médiairiste est-il moins ignorant que moi? 

Ardouane. 



Le baptême du Prince Impérial. 

— Pourrait-on savoir de quel musicien 
est le Te Deitm, chanté en juin 1856, dans 
l'église Notre-Dame de Paris, à l'occasion 
du baptême du fils de Napoléon III ? 

N'a-t-on pas aussi chanté dans cette 
même église, quelque temps auparavant, 
un Te Deum pour célébrer la naissance du 
prince impérial? Si oui, quel est l'auteur 
de cette composition religieuse ? 

Mille remerciements. 

F. L. A. H. M. 

Les éditions de Molière. — Dans 

la première moitié de xvm e siècle, après 
la belle édition de Paris, en 6 vol. in-4 , 
avec les gravures d'après Boucher, parut, 
en Hollande, une édition en 4 vol. in-12, 
avec les mêmes figures réduites et gra- 
vées par Punt. Cette édition se retrouve 
avec les dates de 1744, 1749, 1750. 
Celle de 1744, que j'ai en ma possession, 
est exactement celle de 1741, avec un 
nouveau titre. Je n'ai pas connaissance 
de celle de 1750, dans laquelle j'ai cons- 
taté que les pièces sont classées dans 
un ordre différent ; que tout enfin a été 
réimprimé. Le titre même est orné d'un 
fleuron qui n'existe pas dans les deux 
premières. 

J'arrive à ma question : 

Les gravures de ces quatre éditions ont 
dû subir des retouches à partir de l'une 
ou dé l'autre des trois dernières. A quoi 
peut- on reconnaître le tirage sans les re- 
touches? J.MlRON. 



Jeton a déterminer. — Buste à 



droite de Louis XIV 



âge. 



Revers, Nep- 



N'937-J 



L'IN JhRMiiDIAiKL 



1 I 



12 



tune armé de 'son trident, et cette de- 

yise : 

« Atquora lustrando pacat ». 

L'ouvrage spécial de Fonteney est, 
m'assure-t-on, insuffisant pour y recourir. 
D'autre part, un catalo gue général de s 
jetons français est en réparation chez 
Rollin et Fenardent. 

Qui peut me dire à quelle occasion ce 
jeton fut fait ? Simon. 

Nom d'auteur à retrouver, — Le 

Drapeau national, journal de l'arrondis- 
sement d'Alais (Gard), a publié, en feuille- 
tons, en 1873, une série de Notices bio- 
graphiques sur les hommes remarquables 
d'Alais. Ces notices sont signées C. 
Quelque aimable collègue pourrait-il me 
dire quel est l'auteur que désigne cette 
initiale ? Ecuodnof. 



Les Dicts de Poissy. — Tel est le 

titre d'un recueil de vers publié à Poissy 
en 1884 et signé des initiales J. H. C. Ce 
volume, dont la plupart des pièces con- 
cernent cette ville et dont le titre est 
emprunté à l'ouvrage de Christine de 
Pisan, est précédé d'une préface de 
M. Octave Noël, auteur d'une histoire de 
Poissy. 

Quel est le nom du poète qui se cache 
sous ses initiales ? Paul Pinson. 

Souvenirs de Simon de Grand- 
champ. — Grandchamp, autrefois con- 
disciple de Napoléon Bonaparte au collège 
d'Autun et qui est mort dans l'indigence 
après 1855, a laissé, dit-on, d'intéressants 
souvenirs. Ont-ils été publiés? A. S. 

Etude de Guillaume Guizot sur 
lord Macaulay. — Guillaume Guizot, 
traducteur des Essais de Macaulay, dans 
l'avant-propos mis en tête du sixième 
volume, en annonçait un septième qui 
devait contenir une étude sur lord Macau- 
lay. Ce septième volume n'a pas paru. 
Un bon confrère pourrait-il m'informer 
si Guizot a publié cette étude dans quel- 
que revue ou ailleurs? 

Manuel Léo. 

Témoins. — En bibliographie et en 
iconographie, qu'entend-on par << té- 
moins » ? 



Ce livre, cette gravure a de nombreux té- 
moins 

Rouveyre ne donne pas ce mot dans 
le lexique du tome X de son remarquable 
ouvrage : Connaissances nécessaires à un 
bibliophile (Ed. 1899). Le Gros Malo. 



Un mot grec à expliquer. — Je lis 

dans les M émoii es-Journaux de Pierre de 
L'Estoile, à la date du 20 juillet 1608 
(Edit. des Bibliophiles, 1 88 1 , pag. 105): 
J'ay preste, ce jour à M. Courtin, qui m'a 
promis me les rendre demain ce qu'il a fait... 
mon petit Bacchus, de cuivre, fort antique, 
où est gravé ce mot grœq Kszpi-nopioi que je 
suis encore à apprendre que c'est; mesme des 
plus versés en la langue grœque, qui ne m'ont 
peu donner l'explication de ce vocable : 
comme M. Casaubon, Guischard, D. P., et 
autres. 

On voit bien qu'à l'époque où vivait 
l'intéressant annaliste, Y Intermédiaire des 
chercheurs et curieux n'existait pas encore, 
sans quoi il eut tôt eu l'explication qu'il 
a demandée en vain à ses contemporains. 
Surtout si l'excellent ophélète Iatros 
qui sçait du Grec, Messieurs, autant qu'hom- 
me de France, 
avait bien voulu, avec sa bonne grâce 
coutumière, entr'ouvrir le trésor de sa 
vaste et solide érudition. 

Ardouane. 



Une acception belge du mot 
« dangereux ». — Dans le patois du 
pays wallon, on emploie le mot « dange- 
reux » dans le sens de « probablement » 
(mais avec, en plus, une idée de certi- 
tude). Il est à remarquer que ce mot n'a 
ce sens que quand il est employé adver- 
bialement ; adjectivement, il conserve le 
sens correspondant en français. Cette 
expression est-elle particulière au pays 
wallon ? Ce mot dérive-t-il du mot « dan- 
ger » ? 11 me semble que non. Le wallon 
prononce « danger », comme en français 
quand il s'agit de « péril » ; tandis que 
« dangereux » il le prononce avec un g 
fort, comme s'il y avait un d devant. Il 
existe une prononciation wallone du mot 
danger : « dandgi », mais qui veut dire : 
« nécessité, besoin ». Y a-t-il là un rap- 
prochement à faire ? 

J'en appelle à l'amabilité des intermé- 
diairistes et spécialement à celle de 
M. Clément Lyon. F. H. 



DESCHERCHEURS ET CURIEUX 



Eqji 



»4 



[ 10 juillet 1901 



11 sera répondu directement par lettre 
à ceux de nos correspondants qui deman- 
dent des informations sur des questions 
de famille ou d'un intérêt purement per- 
sonnel. — 

Droit seigneurial dénoncé dans la 
nuit du 4 août (XLII1) — M Argelèss'a- 
buse. Il n'a qu'à ouvrir le Lexique de l'an- 
cien français, de Frédéric Godefroy.pour y 
lire : Cuisage s, m. etf., cuisson ; et dans le 
Grand dictionnaire du même, la citation : 
Quisage du pain ( 1350). Il y trouvera aussi 
huit, dix mots dérivés de cuisse : mais 
nullement aiissaoe. Tout ceci sans vou- 
loir entrer dans le vif de la question. Le 
fait du cuissage est vraisemblable et sem- 
ble avéïé ; mais une confusion entre deux 
mots est possible aussi. R. G. 

Madame de Monnier et Mira- 
beau (XLI1I). — Dans l'introduction 
dont il a fait précéder ses Lettres 
d'amour de Mirabeau, MarioProth dit que 
M. Lucas de Montigny a détruit « d'une 
main sottement pieuse » tous les docu- 
ments concernant les aventures galantes 
de son père adoptif. (En effet, à la vente 
de la collection de Lucas de Montigny, il 
ne se trouvait que deux lettres de Mirabeau 
à Sophie, accompagnantl'une. une Gram- 
maire, l'autre un Traite de r inoculation, 
tous deux de sa composition). Je crois, 
avec M. L. H., qu'il y a de plus grands 
malheurs que celui-là. et, à ce propos, je 
désirerais savoir quand et dans quelles 
conditions Mirabeau avait adopté Lucas 
de Montigny, lequel est mort en 1852, 
âgé de 70 ans. César Birotteau. 

Cœur volant (Propriété da) à 
Louveciennes (XL1II. — Je ne puis 
répondre d'une façon précise à la question 
du D r G. Baschet sur la propriété de Cœur- 
Volant, à Louveciennes. Le pavillon dont 
parle M. Baschet n'est qu'une dépendance 
du manoir de Cœur-Volant. La partie 
principale, située sur la route de l'Abreu- 
voir, appartenait à M mo Aubernon, d'aca- 
démique mémoire. Quant au pavillon qui 
porte l'inscription de 1710, j'y ai bien 
souvent entendu retentir le rire célèbre 
de cette pauvre Jeanne Samary, qui l'em- 
plissait de sa gaîté. H. G, 



La main de san.? dupasteurRanc. 

(XL11I), — L'empreinte de cette main, 
(une main gauche), est en effet encore 
visible sur le mur de l'église. On dirait 
qu'elle a été trempée dans le sang et 
appliquée à plat, de telle sorte que les 
les saillies de la paume et des doigts se 
dessinent en clair, et les intervalles et les 
creux en brun foncé. Il ne faut pas la 
confondre avec une demi-douzaine de 
mains placées un peu plus bas, et évi- 
demment tracées au minimum ; celles ci 
sout une facétie de gamins quelconques 
— Mais l'autre est un peu plus difficile à 
découvrir pour les yeux non prévenus, à 
cause de sa teinte qui se confond avec là 
teinte générale de la pierre, et surtout de 
sa hauteur au-dessus du sol qui fait 
paraître tout d'abord la tradition assez 
invraisemblable. Mais le terrain environ- 
nant a été fort abaissé lors de la désaffec- 
tation complète du cimetière et sa trans- 
formation en place publique, il y a une 
vingtaine d'années. A l'époque de Louis 
Ranc, on devait pouvoir toucher la main 
sanglante en étendant le bras. A une 
soixantaine de centimètres au-dessous, on 
remarque une large tache ronde, de nuance 
plus vive que la main, qui serait l'em- 
preinte du cou tranché du malheureux. La 
pierre est maculée tout autour de ces 
deux empreintes sur un assez large espace. 
Mais toute tache disparait à environ 
1 m. 20 ou 1 m. 40 du sol actuel, ce qui 
permet de croire qu; le terrain s'élevait 
jadis à cetie hauteur là. 

h' Histoire des Protestants du Dauphiné 
aux xvi e , xvn e et xvm e siècles par 
E. Arnaud, pasteur, raconte que Louis 
Ranc, né à Ajoux, près de Privas, en 1 7 1 9, 
de parents aisés, fut instruit en théologie 
protestante par le pasteur Jacques Roger, 
l'un des plus actifs apôtres huguenots du 
Dauphiné, Louis Ranc devint, en 1744, 
à l'âge de 25 ans, député des Eglises du 
Dauphiné au synode national de cette 
même année. Il n'était cependant que 
simple proposant. 

Devenu pasteur, il fut arrêté à Livron, 
chez un aubergiste nommé Clayssac, à 
l'hôtellerie de la Croix-Blanche, (aujour- 
d'hui maison d'école), en février 1745. 
Conduit à Grenoble, il comparut ensuite 
devant le Parlement, et, convaincu d'avoir 
exercé les fonctions de son ministère, il 



N* 937- 



L'INTERMEDIAIRE 



- 15 

être pendu et décapité 
de la cathédrale à 



fut condamné à 
ensuite sur la place 
Die, sa tête devant être exposée, à Livron 
devant l'hôtellerie de Clayssac. (Gleysat 
sur l'acte de condamnation). — L'exécu- 
tion eut lieu à Die, le 12 mars 1745. Le 
bourreau lui coupa la tête — « Antoine 
Court ajoute et la main droite » — (1) et 
livra le corps à la populace qui le traîna 
par les rues et finalement le jeta dans un 
égout. « Llne dame catholique, émue de 
compassion, l'en fit retirer et lui donna 
une sépulture honorable ». 

Il n'est pas fait mention, dans cette 
histoire, de la main sanglante imprimée 
sur l'église de Die ; mais un ouvrage 
intitulé : Un Martyr du Désert : Jacques 
Roger et ses compagnons d' œuvre, l6j^- 
l 14o> par Daniel Benoît, pasteur, imprimé 
à Toulouse 2 e édition 1881. donne les 
détails suivants : 

La tradition, « raconte que lorsque 
Louis Ranc eut la tête tranchée, sur la 
place de la cathédrale, à Die, la rage de 
ses ennemis fut si violente qu'ils jetèrent 
son cadavre contre les murs de l'église : 
ses mains ensanglantées y laissèrent leur 
empreinte... Elle y reste gravée comme 
un témoignaç-e accusateur contre ses 
meurtriers » 

Il ajoute ceci : que « sur la tombe où 
repose la dépouille mortelle de ce héros 
de la foi, on 'voit s'épanouir, chaque 
printemps, des fleurs gracieuses, sans que 
la semence en ait été confiée à la terre ». 

Le cimetière ancien ayant totalement 
disparu, je n'ai pu constater l'exactitude 
de ce dernier fait. 

Des complaintes fort longues et très 
médiocres au poinl de vue poétique sur 
l'histoire de Louis Ranc se chantent 
encore parmi le peuple. 

On peut consulter les manuscrits 
d'Antoine Court. Ch. Coquerel : Histoùe 
des églises du Désert. Le Bulletin de la 
société de l'histoire du protestantisme 
français et les œuvres de Peyrat et d'Ar- 



mand. 



M. Roos. 



Le journal la Délivrance dit, dans un 
numéro du 28 janvier 1901 : 

Louis Ranc a été pendu sur h pince publi- 
que de Die, malgré l'intervention de la nour- 

(1) Lettre d'Antoine Court à Paul Rab.iut 
du 19 mars 1745. 



16 
alors 



gouverneur de la 



rice du duc d'Uzès, 
province, auprès du duc. 

A ce sujet, on chante même encore 
une complainte dans le Vivarais et dans 
le Gévaudan : la réponse du duc d'Uzès 

à sa nourrice. L. R. 

* 

,* * 

M. Ranc en réponse à M. Georges 

Thiébaud, a fait allusion à cet événement 
et à cette prétendue parenté : 

J'ai eu l'occasion de publier le texte de 
l'arrêt d'après l'original, tiré des archives 
du Parlement de Montpellier. Louis Ranc 
n'était pas accusé d'un autre délit, d'un autre 
crime que d'avoir prêché dans une assemblée 
du désert la religion dite réformée. 

L'arrêt portait que cet intellectuel serait 
pendu sur la place publique de Die , après quoi 
sa tête serait tranchée et clouée sur la porte 
de la maison où on lui avait donné asile, et 
où il avait été arrêté. Ce qui fut fait. J'ai eu le 
plaisir de lire les documents officiels, ces 
procès-verbaux de la mise à mort et de l'expo- 
sition où se délectèrent les bonnes gens catho- 
liques du pays. L'arrêt ne disait pas ce que 
l'on ferait du cadavre, les autorités militaires et 
religieuses y pourvurent spontanément. Le 
corps mutilé de Louis Ranc fut promené parles 
rues, traîné dans la boue, et finalement jeté 
dans une sorte d'égout. 

Je n'ai pas l'honneur de descendre de Louis 
Ranc. 

Ranc. 

* 
* * 

M. Arthur Ranc n'appartient pas à la 

famille du pasteur pendu à Die, mais il 

est d'une branche du même tronc. Il a 

dit lui-même qu'il existait dans sa 

famille paternelle de paysans cévenols 

deux branches, l'une qui se fit protestante, 

l'autre, à laquelle il appartient, et qui resta 

catholique. Son arrière grand-père Vital 

Ranc était natif de Vdlefort, dans la 

Lozère. Il rama sur les galères du roi, 

non pour fait de religion, mais pour délit 

de chasse. L. V. 



La légende 
'^steur Ranc 



* 
de la 
n'est 



mais on connaît davantage 



main de sang du 
pas très connue : 
les détails de 
son supplice. Cet infortuné a bien, en effet 
été pendu comme Favras ; décapité, mas- 
sacré, comme Foulon ; sa têtecomme celle 
de Féraud, a été plantée au bout d'une 
pique ; son corps, comme celui de 
M' ne de Lamballe, a été déchiré par une 
populace fanatisée, ivre de sang, et traîné 
par les ruisseaux. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



{ 10 juillet 1 901 



l 7 



18 



Ces faits se passaient trente ans avant la 
Révolution, et si horribles qu'ils soient, 
il n'y a pas lieu d'en être absolument 
surpris ; ilsdevaient encore, mais inspirés 
par d'autres haines, se passer trente ans 
après. A. B. X. 

Armoiries du pont Alexandre 

(XL11 ; XLIII). — Quand j'attachai 
ce grelot dans Y Eclair du 20 octo- 
bre, je ne pensais pas que V Intermé- 
diaire, lui aussi, s'occuperait de l'af- 
faire. Mais puisque, dans ses colonnes, 
on en parle depuis le mois de décembre, 
je demande, à mon tour, à y dire un mot. 

Commençons par le pylore « du grand 
Roy ». M. Henry-André a relevé dans 
Y Intermédiaire du 30 mai, comme je l'a- 
vais fait dans YEclah, l'extraordinaire 
bévue qui a fait pendre une extraordi- 
naire croix du Saint-Esprit au collier de 
Saint-Michel ; je ne reviens pas là-dessus, 
je me borne à observer, de plus, que 
l'on aurait dû interpréter l'écu d'une 
autre façon. Sans doute Lebrun et ses 
élèves nous ont accoutumés, dans leurs 
somptueuses et massives décorations, à 
cet écu de f jrme circulaire et même hé- 
misphérique, coiffé lourdement de la cou- 
ronne royale. 

Mais il n'est pas difficile de trouver aussi, 
à cette époque, un écu d'aspect plus hé- 
raldique, et surtout plus élégant, ne fût-ce 
que sur les louis d'or. Il est vrai que le 
collier de Saint-Michel ressemble à un câ- 
ble ; pourtant, il faut convenir que c'est 
ainsi qu'on le faisait sous Louis XIV. 

Quant au pylône de la Renaissance, la 
composition dépasse certainement en. . . 
fantaisie tout ce qu'on peut imaginer de 
plus baroque : un écu, de forme peu fran- 
çaise, accompagné, à droite, d'un chiffre; 
à gauche, d'un emblème, et, en bas, 
d'une bête, autre emblème ; le tout d'un 
dessin pitoyable. 

L'écu peut être celui de François, duc 
d'Alençon, frère de Henry III; le chiffre, 
c'est le F couronné de François I er , j'ima- 
gine ; et l'emblème, c'est la moucheture 
d'hermine d'Anne de Bretagne ; c'est-à- 
dire le chiffre du gendre et Y emblème de. la 
belle-mère, accostant les armes dt l'arrière- 
petit-fils. Peut-on rêver rien de plus inco- 
hérent ! 

Et la couronne de l'écu, qui pourra ja- 
mais dire à quelle qualité de prince, voire 



de gentilhomme, elle puisse être appro- 
priée ? Ce n'est pas une couronne royale, 
ce n'est même pas une couronne de prince 
du sang, assurément pas une couronne de 
gentilhomme : héraldiquement, ce n'est 
rien. Et la ridicule salamandre, tournée à 
gauche, signe de bâtardise et même d'in- 
famie, suivant quelques auteurs ! 

Mais, laissant de côté les ignorances 
héraldiques, n'est-on pas, d'abord, con- 
fondu, quand on pense que c'est là tout 
ce que le décorateurapu trouver pour ca- 
ractériser la grande époque de la renais- 
sance des arts et des lettres : trois chétifs 
affutiaux, mal dessinés, jetés sans goût 
autour d'un écusson d'armoiries ; con- 
ception esthétique qui rappelle la bonne 
femme du timbre de 3 sous. 

Et dire que ces bêtises sont sculptées 
sur le marbre, c'est-à-dire^ destinées à 
vivre des siècles, comme l'admirable mo- 
nument qu'elles sont loin de décorer ? 
N'est-ce pas humiliant ? 

N'est-il pas humiliant aussi de voir tous 
les Herr Doctor allemands, passant là de- 
vant, lever sur les pylônes leurs lunettes 
d'or, et rire dans leur barbe jaune, de 
l'ignorance et de l'incurable frivolité des 



Français 



-.aiç ? 



Adrien Thibault. 



D'or à trois fasces de sable au 
chef d'or (XLIII). — Je remercie beau- 
coup le collaborateur P.-le-J., de ses ren- 
seignements. 

Je crois, en effet, que ces armes sont 
celles de la famille de Calvière. Dans 
Y Armoriai du Languedoc, je vois cette 
différence: c'est que le sanglier de sable 
est passant sur des flammes au naturel, 
or, dans l'écu qui se trouve sur de vieilles 
faïences, il n'y a pas de flammes. 

Le cachet doit être celui du dernier 
marquis de Calvière qui avait épousé une 
demoiselle de Choiseul-Praslin et qui, 
mort sans enfant, a laissé son château de 
Vezenobres à ses parents de Bernis. 

B. DEC. 

Les calques communiquées co ri 
firment mon attribution. Le premier écu 
est bien celui de la famille Calvière de 
Vezenobres, en Languedoc, tel que je l'ai 
décrit. La devise: Bellicc virtutis pr^e- 
mium, placée sur le cordon de Saint-Louis 
n'est pas celle de la famille, mais celle de 
l'ordre. 



N" 937-1 



L'INTERMEDIAIRE 



20 



Le second écu doit appartenir à la 
famille Acher de Montgascon, en Ile-de- 
France, qui blasonne : De gueules, à deux 
haches d'armes adossées d'or, ou peut être à 
celle d'Achey, barons de Thoraise, 
marquis et comte d'Achey, en Franche- 
Comté, qui porte les mêmes armes. 

Le correspondant B. de C. joint un 
troisième calque qui porte les armes de 
la célèbre famille des Brancas, ducs de 
Lauraguais et de Céreste : Ecartelé : aux 
I et 4 d'aptr, au pal d'argent, chargé de 
trois tours de gueules et accompagné de 
quatre pattes de lion d'or, mouvant des 
flancs de Vécu, les 2 à dcxtre en barres et 
les 2 à sénestre en bandes ; aux 2 et j, de 
gueules, à la croix de loulouse d'or . 

P. LE J. 

Armes avec faisceaux de licteurs 
fXLII ; XLI11) — Palliot le Jeune 
a donné, au commencement de cette 
année (n° qi6) une liste des familles por- 
tant un faisceau de licteur dans leurs 
armoiries. Il pourra y ajouter la famille 
Ladreit de Lacharrierre (Vivc.rais) qui 
porte: d'azur, au pal d'argent, chargé d'un 
faisceau de licteur au naturel, lié d'or, 
la hache du même, ledit pal accompagné 
de quatre étoiles d'argent. Miles. 



Quatre armoiries à déterminer 
(XLIII). — La famille de Bordes, seigneur 
de la Fayardie, alliée aux Calvimont, 
Ségur, etc., ne porte nullement : d'a{ur, 
au chevron d'or, accompagné en pointe 
d'un lion de même, comme l'a dit, mais 
d' après Y Armoriai de \6ç6. si souvent plein 
d'erreurs, M. G. de Jollin. Cette famille 
de Bordes, originaire du Périgord, et dont 
une branche occupa des sièges ausénéchal- 
présidial de Libourne, portait : d'or, à la 
tête de more liée d'argent, au chef d'azur, 
chargé de 3 épis de blé d'or. (Preuves des 
Ségur dans le Nouveau d'Ho^ier) 

La maintenue de cette famille change 
les épis en pins de sinople. Il y a bien 
d'autres variantes, mais ce serait sortir 
du sujet que de les donner. 

La Coussière. 



li^ comte de la Platière (XLII ; 
XLIII). — L'Intermédiaire s'est occupé 
plusieurs fois de Roland, à propos 



du nom de la Platière et de M me Roland, 
à propos des portraits qui restent d'elle. 
Que Roland, ou sa femme, ait recher- 
ché des lettres de noblesse, c'est une fai- 
blesse un peu inexplicable de la part de 
tels personnages ; mais il est certain que, 
étant donné l'usage de l'époque, Roland 
était parfaitement autorisé à ajouter à son 
nom celui de La Platière. C'est, en effet, 
un domaine qui appartenait à sa famille, 
et que j'ai connu, tout récemment encore, 
aux mains de ses descendants. La Pla- 
tière était une gentilhommière voisine du 
bourg de Theizé (Rhône). On y conserve 
encore des souvenirs de M rae Roland et, 
il y a quelques années, j'y ai vu un por- 
trait ancien, contemporain sans doute de 
l'original, si j'en crois des traces de muti- 
lations, entre autres, quelque chose 
comme un coup de baïonnette qui a crevé 
la toile, brutalement et comme dans une 

manifestation haineuse. 

Puisque des collaborateurs de Y Intermé- 
diaire sont en quête de portraits authenti- 
ques de cette femme illustre, je leur 
recommande une visite à La Platière. 

SlLVESTRE. 



Le dernier des Villiers de l'Isle- 
Adam (XLIII). — Je me permets de 
revenir sur cette question discutée dans 
Y Intermédiaire. 

Lorsque la « Porte Saint-Martin » re- 
prit en 1876, un bon vieux « mélo », ro- 
mantique de MM. Bourgeois et Lockroy 
père, les journaux parisiens annoncèrent 
que Villiers de l'Isle-Adam poursuivait 
les auteurs — ou plutôt leurs héritiers 
— pour diffamation envers la mémoire 
du maréchal Jean, son ancêtre. Aussitôt 
parut dans le Gaulois une lettre violente 
signée Georges de Villiers de l'Isle-Adam, 
dans laquelle il était dit que notre poète 
n'avait pas le droit de porter ce nom. 

Immédiatement, Villiers envoie ses té- 
moins à l'officier signataire de la lettre 
précitée ; — mais l'un d'eux, homme de 
bon sens, eut l'excellente idée de montrer 
à M Georges de Villiers de l'Isle-Adam, 
les preuves irrécusables de la descendance 
du poète. C'est alors que M. Georges de 
Villiers lui adressa cette lettre, publiée 
[ ici même par un de vos rédacteurs, où il 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[ 10 juillet 1901 



21 



22 



déclare effectivement qu'il doit à une 
ordonnance royale (comme tous les mem- 
bres de sa famille, d'ailleurs) datant de 
iSiy, le droit de porter ce nom. Emu par 
cette spontanéité qui contrastait tant 
avec l'allure de la première lettre, Villiers 
laissa son homonyme en paix. — Mais, 
quelques années avant sa mort, dix ans 
après, lorsque le soleil de la Gloire com- 
mença, après tant de luttes et de souffran- 
ces, à resplendir pour Villiers de l'Isle- 
Adam, on vit surgir, publiquement et de 
tous côtés des homonvmes; l'un écrivait des 
vers fort médiocres, l'autre des études 
d'économie politique, un autre encore tra- 
duisait, de l'italien, des volumes spirites. 

Ces nombreux homonymes sont, on n'en 
doute pas. le désespoir dems bibliothécai- 
res — et principalement de la Nationale 
— ceux-ci, éperdus, ont attribué à l'admi- 
rable écrivain d'Axel, des œuvres qu'il 
n'a jamais commises. Ce fut aussi le dé- 
sespoir du pauvre grand poète qui, s'il 
avait eu les fonds disponibles, aurait de- 
mandé au Conseil d'Etat de casser l'or- 
donnance de 1 8 1 ^ . — Qu'il existe des 
Villiers de l'Isle-Adam à Nice, en Egypte, 
en Russie, à Versailles, à Paris.... cela 
se peut ; mais, originaires d'une famille 
de Villiers des Champs, ces honorables 
personnes ne descendent pas du maré- 
chal, et ne sont pas parents du poète. 

Voici un premier point réglé. On sem- 
ble vouloir contester les origines de 
Villiers. Cela semblera assez étrange à 
tous ceux qui l'ont rencontré jadis, con- 
servant au milieu de la plus atroce dé- 
tresse, de vieux et authentiques parche- 
mins. Villiers de l'Isle-Adam est bien — 
les généalogistes qui prirent connaissance 
de ces documents en ont la conviction 

— descendant du Grand-Maître Philippe- 
Auguste (ce Grand-Maître avait des frères, 

— car naturellement. Villiers ne pouvait 
descendre directement de lui, puisque les 
statuts de l'Ordre l'obligeaient à garder 
le célibat) Jean-Jérôme Charles de Villiers 
de l'Isle-Adam, né à Brest le 22 juin 1769, 
se trouvait le dernier porteur du nom. 
Il eut sept enfants, (dont quatre filles). 
Le premier était l'abbé Victor, curé doyen 

de Ploumilleau (son neveu lui dédia Y In- 
tersigne) ; le second, Philippe-Auguste, 
avocat, qui mourut en 1860, à Kerpes- 
Bretagne, sans alliance. (Deux des filles 



se firent religieuses, les deux a autres 
épousèrent, l'une, M. de Saint-Maur, l'au- 
tre un M. de Rumain) ; enfin, le marquis 
Joseph Toussaint-Charles de Villiers de 
l'Isle-Adam, doyen des chevaliers de 
Malte de la langue de France — ordre 
dans lequel il fut reçu, sur justification de 
ses titres, en 1840, à Rome, par le car- 
dinal de Brutti — né le 12 fructidor 
an 10, mort il y a quinze ans : (il obtint 
du pape licence pour se marier), — c'est 
le père de l'écrivain, fils unique. Il 
demeure donc évident que, le fils de 
Villiers de l'Isle-Adam mort, la maison 
est éteinte. 

La conclusion de ce débat est donc 
celle-ci : le nom ne s'éteint pas, puisque 
la loi autoriseMM.de Villiers des Champs 
à porter le nom de l'Isle Adam, mais il 
serait regrettable que ces derniers pos- 
sesseurs d'un nom deux fois illustre, 
laissassent se produire des méprises fâ- 
cheuses. 

J'ajouterai enfin, pour terminer, ces 
notes un peu longues, quoique nécessai- 
rement écourtées, qu'un nouvel article a 
été publié sur ce sujet, en septembre 1900, 
par M. Louis Tiercelin (Nouvelle- Revue) 
— et je laisse la place aux collabora- 
teurs habituels. 

OSWALD ACTON. 

Rectification : le blason est d'or au 
chef d'azur. 

Famille de Rouzet de Folmon. 

(XLIII). — Jean de Rouzet, seigneur 
de Griolhac, ancien capitaine dans le ré- 
giment royal, fit le dénombrement de ses 
fiefs le 24 novembre 1724, devant les 
trésoriers généraux de France à Montau- 
ban. 

Barras de Rozet, seigneur de Lagarde, 
en Quercy, sur les cent gentilshommes 
de la garde du roi, capitoul en 1564-65, 
fut ensuite chevalier des ordres du roi. 
N. de Rozet, seigneurs de Lagarde et de 
Rozet, en Quercy, furent maintenus 
dans leur noblesse, à Montauban en 1695, 
1698, et 1700. Ils portaient : d'azur, au 
lion rampant d'or, arme', lampassé et cou- 
ronne de gueules, tenant une hache d' or . 

Je ne pense pas que la famille de Rou- 
zet de Folmon (qui a peut-être quelque 
rapport avec les noms cités ci-dessus) 
puisse avoir une communauté d'origine 



N° 937-1 



L'INTERMEDIAIRE 



avec les Testas de Folmon, les noms pa- ! 
tronymiques étant différents. 

Puissent ces renseignements être de 
quelque utilité à notre infatigable colla- 
borateur, P. Albert Dubourg, qui dirige 
si bien le Mercure héraldique. 

Pierre Meller. 

Enfants naturels du maréchal 
Berchenyi ( XLII ; XLIII). — Le nom 
du relieur Gruel, auquel il est fait allu- 
sion a été mal orthographié. G. 

Recherches sur Lafosse (XL1Î ; 
XLIII). — G. V. aurait peut-être satisfac- 
tion en s'adressant aux personnes suivan- 
tes : MM. 

Bouchelet de la Fosse, au château de 
Paillencourt par Cambrai (Nord) ; 

Chatry de la F. ,6, rue Boissy d'Anglas, 
à Paris ; 

Petit de la F. dont l'adresse m'est 
inconnue ; 

Portes (des) de la F, 6, rue Favart, à 
Paris. 

Vallerand de la F., au château de 
Bricot-la-Ville (Marne). A. R. 

Joachim Faultrier (XLIII). — 
Les Faultrier, originaires de l'Auxerrois, 
qui se sont fixés dans la Lorraine (aujour- 
d'hui allemande) et qui comptent de 
nombreux représentants, portent : D'ar- 
gent, au lion de gueules ; à la fasce de 
sable brochante sur le lion et char crée à 
senestre d'une étoile du champ ; à la bordure 
componec d'or, et de gueules. 

Duclos des Erables. 

* * 
A défaut d'un portrait, que je crois pour- 
tant avoir vu quelque part, je puis dire 
que les armes sont : d'argent, an lion de 
gueules, charge d'une fasce de sable, sur- 
chargée d'iiiic étoile d'argent, posée à senes- 
tre, à la bordure componée de gueules et 
d'or. Guigard, dans son Armoriai du 
bibliophile, parlede Joachim Faultrier. Mar- 
chand, imprimeur, a publié à Paris, 1709, 
un vol. in-8°, intitulé : Catalogus libro- 
nnii Bibliothecce D. Joacb. Faultrier, 
abbatis Beata Viiginîs Arduennensis et 
Sancii, \Lupi Tricassint prœfecti Harmo- 
nies. Ses parents ont possédé la seigneu- 
rie de Corvol-Dembemarden Nivernais. 

Ln. G. 



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Simon de Faultrier, maréchal de camp, 
qui a épousé en décembre 1824, Margue- 
rite Charlotte de Bony de Lavergne, était 
de la même famille auxerroise que l'abbé 
Joachim Faultrier. 

On trouvera une généalogie assez com- 
plète de cette famille dans l'ouvrage de 
Georgel , intitulé Armoriai de Lorraine, 
page 274. 

Comte de Bony de Lavergne. 

* * 
La bibliothèque d'Auxerre possède une 

gravure, signée B Picart, représentant 

l'épitaphe(?)de Joachim Faultrier sculptée 

par Poultier. Faultrier est représenté 

dan; un médaillon, de profil, tourné à 

senestre. 

Au-dessous du médaillon figure l'ins- 
cription suivante : 
Intègre, Vertueux et Savant Magistrat, 
Il se rendit utile et servit avec zèle, 

Son Roy, sa patrie et l'Etat , 
En cela même il eut ses ayeuls pour modèle. 

Ses armes sont gravées au-dessous de 
l'inscription . 

Mon confrère A. H. pourrait-il me 
donner sur Joachim Faultrier des rensei- 
gnements plus précis et autres que ceux 
fournis par les dictionnaires biographi- 
ques? Ch. P. 



* 
* * 



Il existe de l'abbé joachim de Faultrier 
deux médaillons bas-reliefs en marbre par 
Poultier, sculpteur, assez connu sous 
Louis XIV. L'un est en possession de ma- 
dame veuve de Faultrier à Vitry-le-Fran- 
çois et l'autre de monsieur Lescroix, juge 
d'instruction près le tribunal de la Seine. 
On trouve de plus, dans le catalogue de 
la bibliothèque de l'abbé, publié en 1709 
par le libraire Marchand, une gravure 
« En Trie » reproduisant ce médaillon. 
A la bibliothèque d'Orléans, se trouvent 
deux exemplaires de ce catalogue. 

Notre collègue A. H. n'a qu'à se mettre, 
(sous nos auspices) en relation avec M. 
Alfred de Faultrier, à Nancy (Meurthe et- 
Moselle) qui se fera un vrai plaisir de lui 
donner tous les renseignements possibles. 

Vii.i.eroy. 

Personnel des finances (XLIII, 
1049). — Taboureau des Reaux (Louis- 
Gabriel) né le 20 octobre 1718. mort ? 

Joly de Fleury (Jean-François), né le 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



25 



8 juin 17 18, mort le 13 décembre 1802. 

Le Fevre d'Ormesson d'Amboile (Henri- 
François) né le 8 mai 1751 mort 1807. 

Bouvard de Fourqueux (Michel) né le 
20 août 1 7 1 9 , mort le 3 avril 1789. 

Loménie de Brienne (Etienne-Charles), 
né le 9 octobre 1727, mort le 16 février 
1794. 

Valdec de Lessart (Antoine de), né en 
1742, massacré le 9 septembre 1792, à 
Versailles. 

Clugnyde Nuis (Jean-Etienne Bernard 
de), né le 20 novembre 1729, mort le 
18 octobre 1776. p, Cordier. 

Un ascendant de M. de Selves 
(XLIII). — Je remercie La Coussière pour 
la réponse qu'il a donnée concernant la 
famille de M. de Selves : à nouveau, j'en 
appelle encore à son érudition et à celle 
des lecteurs de X Intermédiaire, pour 
connaître si le contrat de mariage de 
Pierre de Selves, écuyer, sgr de Bois- 
Rond, près la Ferté-Aleps(S.-et-0.) avec 
Catherine de Chaillon, veuve deZorobabel 
Lucas, sgr. de Courcelles, passé le 7 juin 
1585 à Paris, concerne la famille de l'ho- 
norable préfet de la Seine. Brion. 

M. de Vougny (XLIII,). — Réfé- 
rences généalogiques : 

De Vougny. 

Volumes reliés manuscrit 314; Notice 
dans manuscrit français 32354 ; 

De Vougny de Boquestant : 

Fragments dans Borel d'Hauterive, 
année 1849, p. 242; année 1870, p. 160, 
année 1881 , p. 364. 

De Vougny de Folleny (à Montfort- 
,'Amaury) : 

Généalogie dans Pièces originales, 
volume 3040 ; généalogie dans manus- 
crit français 32 139. 

Comte de Bony de Lavergne. 

Jacques Durand, fermier général 

(XXXVIII). — Le collaborateur M. H. 
Quinnet m'a fait connaître, en réponse à 
ma question, que le financier Durand, 
après sa destitution de fermier général, 
avait fait de nombreuses tentatives pour 
rentrer dans les fermes, mais qu'il n'avait 
pas réussi. Que contre toute attente et 
équité le cardinal Fleury et le contrôleur 
général Orry l'avaient fait enfermer à la 
Bastille. Dans un mémoire judiciaire que 



26 



( 10 juillet 1901 . 



j'ai sous les yeux, daté de 1766, il est dit 
que ce financier est décédé fermier géné- 
ral en 1737, ce qui prouverait qu'il au- 
rait été réintégré dans sa charge. 

Pourrait-on me faire connaître la date 
de son incarcération dans la prison d'Etat 
et celle de sa sortie ? A-t-il été rétabli 
dans son emploi comme l'indique le do- 
cument dont je parle? Si oui, à quelle épo- 
que? Paul Pinson. 

Ajouter à la table du t. XXXVIII, après 
Durand (Jacques) etc., 548, 889. 

Famille Couret de Villeneuve. 
(XLIII). — Cette famille est originaire du 
Quercy : Louis XIV accorda, par édit de 
1696 les armes ci-après à Isaac Couret de 
Villeneuve, avocat au parlement de 
l'élection de Cahors : d'azur, à trois le- 
vrettes d'argent, posées 2 et 1 , couronne 
de comte. 

A cette famille appartenaient Martin et 
Picrre-Camlle Couret de Villeneuve, lit- 
térateurs et imprimeurs distingués, qui 
éditèrent à Orléans des ouvrages très re- 
cherchés. 

L'Etat historique de cette famille 

m'est inconnu. P. Albert Dubourg. 
* 

* * 
Isaac Couret de Villeneuve, avocat au 

parlementde l'élection de Cahors, fit enre- 
gistrer ses armes à l'Armoriai Général de 
1696, généralité de Toulouse ; D'azur à 
trois levrettes d y argent, posées 2 et 1, mais 
Ce n'est pas une preuve de noblesse. 

L 'Etat Présent de la Noblesse, de 1887, 
timbre les armes ci-dessus d'unecouronne 
de comte, ce titre n'est cependant 
porté par aucun des membres cités. 

P. LE |. 

Couret (Comte romain) 6, r. du Dévidet, à 
Orléans. 

Edgar Poe (XLIII ). — Un lac 
d'Aubert (orthographié ainsi) existe dans 
les Hautes-Pyrénées, au sud de Barèges, 
sur le versant du Pic d'Aubert ou Néou- 
vielle. Je considère comme certain 
qu'Edgar Poe n'avait jamais entendu 
parler de ce lac. Il avait peu le souci de 
la vérité géographique (témoin l'histoire 
de la rue Morgue, et beaucoup d'autres). 

G. Gondinet. 

Ribeyrolles (Charles) (XLIII). — 
J'ai été très lié avec Charles de Ribey- 



N* 937-1 



L'INTERMÉDIAIRE 



2 7 



28 



rolles, à l'époque où il succédait à Ferdi- 
nand Flocon comme rédacteur en chef de 
la Réforme. Proscrit du 2 décembre, il 
avait quitté Bercy pour se rendre en Amé- 
rique. Une publication par livraisons, le 
Brésil illushé, lui avait rapporté une 
petite fortune, 40.000 francs, à ce qu'on 
m'a dit. Cette bonne aubaine coïncidant 
avec l'amnistie, il se préparait à revenir en 
France, quand il a été frappé de mort su- 
bite. Lui a-t-on élevé un monument ? 
Cela se peut, mais je ne le crois pas. p our 
être fixé sur le fait, il faudrait s'adresser 
à notre consul, résidant à Rio-de-Janeiro. 
Philibert Audebrand. 

La comtesse de Castiglione (XL). 
— Quel fut le rôle de 1?, comtesse 
de Castiglione en 1870? (XLI).— Le 
« Second Empire » par A. Dayot 

(XL11I). — Nous prions nos érudits con- 
frères de nous donner la date exacte de la 
naissance de la comtesse de Castiglione; 
on la fait naître vers 1837. 

N'y a-t-il plus rien à dire, dans \' Inter- 
médiaire, sur le rôle de la comtesse en 
1870 ? Par qui avait elle été envoyée, vers 
Napoléon III, prisonnier des Allemands? 
Madame V. Vincent. 

Une française à la cour de Prusse 

(XLII1) — Au lieu de maison française, 
lire maison hongroise. 

Un petit neveu de la Pucelle 
(T. G. 737 ; XLIII). — 11 ne m'appartient 
pas de discuter la brillante et solide ar- 
gumentation de M. O. de Star : je suis, 
d'ailleurs, trop incompétent dans l'espèce. 

En signalant la pétition de M. le cha- 
noine Debout, d'Arras, j'ai voulu simple- 
ment apporter un élément nouveau aux 
intermédiairistes que cette question de la 
descendance dejeanne d'Arc intéresse plus 
particulièrement. 

Comme M. O. de Star déclare qu'il ne 
sait sur quoi s'appuie le chanoine Debout 
pour faire remonter la généalogie de la 
famille Macquart jusqu'à une alliance 
contractée en 14=56 par Philippe Macquart 
avec une Jeanne du Lis, fille ainée de 
Pierre du Lis, j'engage vivement notre 
collègue intermédiairiste, à s'adresser 
au, postulant lui-même, qui, je le répète, 
ayant fait imprimer son mémoire, pourra 
évidemment, lui en procurer unexemplaire. 



Ce document est d'autant plus inté- 
ressant pour M. O. de Star qu'il contredit 
— à tort ou à raison, je l'ignore — ses 
allégations, ou plutôt ses dénégations, sur 
la postérité de Pierre du Lis. 

Il SM'a non moins intéressant pour les 
collaborateurs de l' Intermédiaire de con- 
naître, après examen, l'opinion de leur 
collègue sur la valeur et le bien-fondé de 
larevendication de M. le chanoine Debout. 

Eugène Grecourt. 

Agnès Sor^l (XLIII). — On donne la 
Touraine comme patrie à la maîtresse 
de Charles VII. Si elle y est née, elle 
était du moins d'origine sénonaise. Pour 
m'aider à élucider cette question quel- 
qu'un pourrait-il me dire si son tes- 
tament, dont il est parlé dans les biogra- 
phies, existe, où il est conservé etoù, s'il 
y a lieu, il a été publié ? Ch. P. 

Les papiers de M me de Pompa- 
dour (XL1Ï; XLIII). — Le testament de la 
Pompadour fait l'objet d'un article dans le 
Bulletin de la Société académique de Laon, 
tome 23. Cte de Bony de Lavergne. 

Quelles sont les femmes connues 
qui ont été fustigées sous la révo- 
lution? (XLI; XLII; XLIII).— Je de- 
mande la permission de répondre quel- 
ques mots de défense personnelle à l'ar- 
ticle de M. A. R. Il n'est pas tout à fait 
exact de dire que j'ai commis une 
« erreur » dans Les Chemises rouges.cn ra- 
contant que Rose Lacombe fut fouettée 
sur la voie publique. Une erreur, en effet, 
est renonciation d'un fait que l'on con- 
sidère comme vrai et qui est faux. Or 
j'ignore si Rose Lacombe fut ou non fus- 
tigée Mon ouvrage intitulé Les Chemises 
Ronges, est un roman historique et non 
un livre d'histoire, et dans le roman his- 
torique, il n'est pas interdit de prendre 
certaines libertés avec la vérité. La seule 
règle à observer en pareil cas, est, ce me 
semble, de ne pas prêter aux person- 
nages mis en scène des sentiments ou 
des actions en contradiction avec les 
mœurs du temps où ils ont vécu. L'aven- 
ture de Théroigne de Méricourt ne m'au- 
torise-t-elle pas à prêter une aventure 
semblable à Rose Lacombe ? Je crois que 
l'affirmative n'est pas douteuse. 

Paul Gaulot. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



2 9 



| 10 juillet 1901 



30 



M. de Paulo (XLIII). — Le comte 
Antoine-Honoré-7//fc5 de Paulo naquit le 
5 mai 1776 (non 1770, comme dit Mi- 
chaud) au château de Terraqueuse, près 
de Cintegabelle (commune de Calmont, 
Haute-Garonne), en Lauraguais, sur les 
confi ns du comté de Foix. 

De très ancienne noblesse, les Paulo, 
qui comptaient un grand maître de Malte, 
étaient sénéchaux-nés du comte de Lau- 
raguais. 

Le comte Jules fit ses études en la célè- 
bre école royale militaire de Sorèze, chère 
au bon ophélète Courtaux. Agé de seize 
ans, en 1792, lorsque les mauvais jours 
fondirent sur la patrie, il quitta la 
France et se rendit à l'armée de Condé. 
d'abord, en Vendée ensuite. Ici et là, il 
fit bravement son devoir et revint au pays, 
en 1799. honoré par S. M. Louis XVIII, 
alors à Mittau, du grade de brigadier. 

Les contrées subpyrénéennes ne parta- 
geaient point, il y a cent ans, les idées po- 
litiques et religieuses de la « capitale ».La 
république y était abhorrée. Le peuple, 
opprimé au nom de la liberté, n'attendait 
qu'une occasion pour se ressaisir. — L'ar- 
rivée de Paulo, dont les talents militaires 
étaient avantageusement connus, parut fa- 
vorable. Le 7 août, le tocsin sonna aux 
clochers des paroisses. Ceux qui voulaient 
la religion, comme ils s'intitulaient eux- 
mêmes, s'assemblèrent. Ils mirent Paulo à 
leur tête et l'armée royale, composée de 
cultivateurs réunis à grand'hâte, équipés 
Dieu sait comme ! marcha sur Toulouse 
où étaient entassées armes et munitions, 
mais ne put s'emparer de la ville. 

Je n'ai pas à raconter par le menu les 
opérations militaires de cette armée impro- 
visée, dont le quartier général était à 
Muret « capitale des états du roi ! »- 

Vainqueur en plusieurs rencontres, no- 
tamment à la Terrasse, près de Carbonne, 
Paulo, se trouva, sous Montréjeau, en 
présence de troupes régulières, vingt fois 
supérieures en nombre. Les soldats du 
roi, défaits et battant en retraite, franchi- 
rent les Pyrénées. Paulo ne fit que traver- 
ser l'Espagne et se réfugia en Angleterre. 

Mais l'acte réparateur de Brumaire ren- 
dit la paix à la France. Le comte Jules 
obtint, ou l'on obtint pour lui, du premier 
consul, la radiation de son nom de la liste 
des émigrés. Il s'empressa de se rendre à 



Malmaison pour remercier le héros et Bo- 
naparte qui se connaissait, n'est-ce pas? 
en hommes de cœur, le fit asseoir à sa ta- 
ble. 

D'après l'abbé de Montgaillard, peu s'en 
fallut que Paulo ne devint, par la suite, 
prince du sang impérial. Très joli 
homme (1), c'est toujours Montgaillard 
qui parle, il plaisait infiniment à Hortense 
et à sa mère « mais la jactance et les in- 
discrétions (?) du jeune homme ne con- 
vinrent pas au premier consul qui l'exila 
en Languedoc, Labouïsse- Rochefort, ami 
intime du comte Jules, affirme, de son 
côté, que jamais Paulo ne vit M llc de 
Beauharnais « malade à l'époque où il fut 
invité à Malmaison. » 

Jules de Paulo mourut quatre ans après, 
au lendemain de la proclamation de l'em- 
pire, le 6 juin 1804, à Terraqueuse, incen 
dié et dévasté par les républicains : il 
était âgé de 28 ans. Effem. 

L'assassinat de la Rochefoucauld 
d'Enville (XLIII). — La Biographie 
des contemporains (article Rochefoucauld- 
Liancourt) place cet assassinat, non pas 
au 14 septembre 1792, mais au 3 sep- 
tembre 1793. J. C. Wigg. 

* 

■ . * * 
L'assassinat a Gisors le 4 septembre, 

1792 — non le 14, comme l'impriment 
toutes les biographies — du duc Alexan- 
dre de la Rochefoucauld et de La Roche- 
Guyon a été raconté par un procès-verbal 
officiel de la municipalité. Cette pièce a été 
publiée dans laRevue de Saint onge et d'Au- 
nis, Bulletin de la Société des acliives his- 
toriques de Saintonge et d' A unis t. VI, p. 399 
sous ce titre : Les victimes de la Révolu- 
tion. On le trouvera aussi dans le 
tome III de l' Histoire de la Terreur, par 
Mortimer-Ternaux. H. 

* * 
Voici ce que rapporte à ce sujet M. 

Alexandre, qui était à cette époque greffier 

du juge de paix de la Roche-Guyon et fut 

témoin du retour de la duchesse d'Enville 

en son château. 

« Après la révolution du 10 août 1792, 

le duc de la Rochefoucauld qui était allé 

rejoindre à Forges, sa femme et M rae la 

(1) C'était un jeune homme énergique, brun, 
de belle taille, les cheveux très noirs, dit 
Ernest Roschach. 



N- 937-J 



L'INJERMEDIAIRE 



3 1 



3 2 



duchesse d'Enville, sa mère, y fut arrêté 
le mardi 4 septembre au matin, par les 
envoyés de l'Assemblée nationale, et 
remis au nommé Jean-Baptiste Boufîard, 
dit Lépinay, qui avait été régent au collège 
de Vernon et était porteur d'un mandat 
d'a> rêt contre le duc de la Rochefoucauld, 
délivré par la municipalité de Paris. 

«Bouffard le conduisit à travers le mar- 
ché de Gournay, où il fut insulté, et de là 
à Gisors, dans une auberge, où il le fit 
rester trois ou quatre heures, ayant, 
disait-il, des affaires dans la ville. Pendant 
ce temps, une troupe de brigands armés 
de sabres et de bâtons, qu'on disait être 
des volontaires de la Bretagne, entou- 
raient l'auberge, tenaient les propos les 
plus insultants et accusaient Bouffard 
d'avoir favorisé la fuite de leur pri- 
sonnier, 

« Celui-ci, de retour.persuadaaM.de la 
Rochefoucauld de se montrer pour prou- 
ver qu'il n'était pas en fuite. Il le fit en 
effet. Le tumulte parut s'apaiser et M. le 
duc monta dans sa voiture, il partit, pro- 
tégé par la municipalité de Gisors et la 
garde nationale de la même ville. Mais 
bientôt les prétendus volontaires exigè- 
rent qu'il descendît de la voiture et mar- 
chât à pied. A peine le duc eut-il dépassé 
la double haie formée par la garde na- 
tionale qu'il fut assailli à coups de pierres. 
Une le frappa à la tête dans le moment 
où un gendarme le tenait pour le mettre 
derrière lui sur son cheval. Le gendarme 
le jugeant mort, le lâcha, et les assassins 
tombèrent sur son corps à coups de sabres 
et de bâtons. Cependant la voiture où 
étaient M me de la Rochefoucauld et M mc 
d'Enville suivait à peu de distance. 

<< On dit que ces monstres prirent le 
corps et s'efforcèrent de le faire voir aux 
personnes qui étaient dans la voiture. 

« Ces dames furent conduites au châ- 
teau de la Roche-Guy on, où elles arrivè- 
rent le lendemain à une heure du matin ». 

Dans la même voiture se trouvait 
M. de Dolomieu, géologue et minéralo- 
giste célèbre, ami de M. de la Rochefou- 
cauld, qui rappela au mois de mars 1793, 
dans le Journal de physique, quelques 
circonstances de cet effroyable attentat : 

« Au moment, dit il, où des hurle- 
ments de cannibales préparaient le crime, 
ses dernières paroles me furent adressées. 



Il recommandait à mes soins sa mère et sa 
femme, présentes à cet affreux spectacle ; 
il a conservé jusqu'à la fin, ce courage 
tranquille, qui n'appartient qu'au senti- 
ment d'une vie irréprochable. » 

Le récit qu'on vient de lire est consi- 
gné dans l'ouvrage de M. Emile Rousse, 
intitulé : La Roche-Guyon, châtelains, 
château et bourg, 1892, in- 12. 

— Paul Pinson. 

La» Chambre introuvable >>(XLI1I) 
— Il ne me semble pas du tout que le 
mot « introuvable » appliqué à la Cham- 
bre de 181 5 vienne de Louis XVIII épi- 
et je demande à dire pourquoi. Cette 
thète, en effet, est tout à la fois un 
blâme contre les zélés et une ironie. 
Fouillez, cherchez : vous ne la rencon- 
trez dans aucune feuille royaliste. Au sur- 
plus, qu'on se rapporte par la pensée au 
temps où l'adjectif a été lancé et l'on verra 
que le vieux roi, très fin renard, se serait 
bien gardé de caractériser ainsi cette 
assemblée si obéissante. Pour compren- 
dre ce que je dis là, il faut se rappeler 
que de 181 5 à 1818 sévissait la rage 
ultra-monarchique qu'on appela la Ter- 
reur blanche, cet âge où le revenant 
d'Hartwel s'appuyait si visiblement sur 
la coopération des députés bien pensants, 
Vitupérer ou railler une. assemblée qui 
était l'appui principal de son trône, ja- 
mais, certes, en homme délié qu'il était, 
ce demi-jacobin n'eût commis une telle 
faute Tout le démontre donc, ce mot 
incisif a été forgé par l'opposition libérale 
comme une arme à l'aide de laquelle on 
répondrait aux Voltigeurs de Cobleutç. 
Cette formule était donc devenue un ins- 
trument de polémique contre le régime 
bourbonien. Sans doute, l'auteur de la 
charte de Saint-Ouen avait, dans les vei- 
nes, quelques gouttes de sang libéral et, 
aussi, en lui, le traducteur d'Horaceaimait 
assez la satire, mais on sait que, par tra- 
dition il avait une haute idée de la no- 
blesse et qu'il n'eût pas voulu persifler 
une chambre qui n'était guère formée que 
de membres titrés. Après tout, voir à ce 
sujet Y Histoire des deux Restaurations ,par 
Achille de Vaulabelle. 

PlllLlBLRT AUDEBRAND. 



* 
* * 



Extrait des Mots qui restent (1901 , 
p. 1 10) : 



DUS CHERCHEURS ET CURIEUX 



33 



34 



10 juillet 1901 . 



D'après les Mémoires de Guizot (t. 1, p. 
149) et Y Histoire des deux Restaurations, de 
Vaulabelle (} m ° éd., t. IV, p. 208), le mot se- 
rait du roi Louis XV11I lui-même. 

Répondant à une députation de la Cham- 
bre de 1815, chargée de lui présenter un pro- 
jet de loi. il aurait dit, ravi de se trouver en 
parfaite communion d'idées avec les députés, 
« qu'une pareille Chambre semblait introuva- 
ble », et M. de Vaulabelle ajoute en note : 

« C'est cette qualification d'introuvable qui 
adonné à la Chambre royaliste de 1815 le 
surnom sous lequel elle est désignée le. plus 
communément, mais on en a interverti le sens : 
dans la bouche de Louis XVIII cette èpithète 
était un éloge ; depuis 1816, elle n'a plus 
été qu'un blâme. » 

Nommée au lendemain des Cent-Jours, le 
24 août 1815, par un nombre très restreint 
d'électeurs, désireux de se concilie! les bonnes 
grâces du régime naissant, cette Chambre était 
l'expression la p us outrée de la réaction roya- 
liste. Les plus ardents de ce parti avaient reçu 
deFouché,qui avait été leur première victime, 
le nom d'ultra royalistes, qui se transforma 
en celui d'ultras tout court. (Voy. Vaulabelle, 
t. VI, P . 448.) 

C'est bien à ces hommes, qui allaient plus 
loin que le roi lui-même dans la voie réac- 
tionnaire, que convenait l'expression si sou- 
vent répétée : plus royaliste que le roi. et 
l'on pourrait penser qu'elle datait de la même 
époque. 11 n'en serait rien pourtant, si l'on en 
croit ces lignes empruntées à la fameuse bro- 
chure de M. de Chateaubriand : La Monarchie 
selon la Charte, publiée en 1816 (chap. Si, 

P- 94) : 

« La grande phrase reçue c'est qu'il ne faut 

pas être plus royaliste que le roi. Cette 
phrase n'est pas du moment ; elle fut inven- 
tée sous Louis XVI : elle enchaîna les mains 
des fidèles, pour ne laisser libre que le bras du 
bourreau. » 

Roger Alexandre. 

Une mort mystérieuse. Un frère 
de Napoléon III (XLIII). — Erreur. 
11 est mort dans une insurrection dans les 
Romagnes, entraîné par son frère Napo- 
léon-Charles-Louis, (depuis Louis-Napo- 
léon), et alors que l'état de santé du 
malheureux eût exigé le séjour à la cham- 
bre, ou même au lit. 

L. DES ClLLEULS. 



L'orthographe du nom de Du- 
guesclin (XLIII). — Voir ce qu'en dit 
P.Hay du Chastelet à la page 3 de son 
\Histoircde Bertrand du Guesclin, Paris, 



La juste interprétation du « Jus 
primas noctis » ou Droit de mar- 
quette (XLIII). — Voir : Le Droit du 
Seigneur au moyen-âge, étude cri- 
tique et historique par le comte Ame- 
dée de Foras, petit in-8°. P. Cordier. 



* 
* * 



n-folio, 1666. 



Th. Courtaux. 



II existe une curieuse étude en alle- 
mand intitulée : Jus primes nortis par 
Schmidt imprimée à Fribourg en Brisgau 
1881,8" cotée à la Bibliothèque natio- 
nale 8° F 2341 . 

Cte de Bony de Lavergne. 

Une vieille expression latine : 
duos burgenses (XLIII). — J'ai lieu 
de penser qu'il s'agit d'une petite mon- 
naie de la valeur, d'abord de deux 
sous, ensuite de six sous, frappée sous 
Philippe-le-Bel, si toutefois l'acte en ques- 
tion n'est pas antérieur à 1285, date de 
l'avènement de ce prince. Du Cange, dans 
son Glossarium, donne de cette monnaie 
la définition suivante: moncta argentea 
minutior in Gallia, Pbilippo Pulchro ré- 
gnante, pi imumeusa. Th. Courtaux. 

L'étymologie d'Aquin (XLIII). — 
Tous les dictionnaires historiques et 
géographiques indiquent que saint Tho- 
mas, l'ange de l'Ecole, est né à Rocca- 
Secca,près d'Aqui//o,v\\\e épiscopale de la 
province de Caserta. H. C. M. 

Electrocussion, Electrocution 

(XLIII). — Il ne s'agit pas, en linguis- 
tique, de rationnel, mais de faits. Or il 
est évident et incontesté que electrocution 
est l'abrégé de éleeti o-ex édition et non 
de electro-succussion. Le terme a son inté- 
rêt en montrant, une fois de plus, que 
l'idée représenté par un mot est contenue 
dans toutes les parties du mot. 

L'idée de mort par ordre de justice se 
retrouve dans cution aussi clairement que 
dans exécution. Il faut ajouter que exécu- 
tion n'est lui-même que le fragment de 
toute une phrase. Ainsi Septembriseur est 
l'abrégé de \< qui a pris part aux massa- 
cres du mois de septembre ». R. G. 

La quarantaine (XLIII). — Voir le 
Dictionnaire Trévoux et Chéruel, Dic- 
tionnaire des anciennes institutions de 



N° 937-1 



L'INTERMEDIAIR 



35 



36 



France aux mots Quarantaine, Ouatante 
heures, et Quarantaine-le-Koi. 

Th. Courtaux. 

Le Christ au Vatican (T. G., 209 ; 
XLIII.) — C'est à Dellys (Algérie) qu'est 
mort Chappuis, l'auteur de cette poésie, 
en 1863. J. 

Existe-t-il des traductions des 
Ballades deBurger ?(T. G. 1 52 ;XLIIJ. 
— La ballade de Lènote a été traduite, 
par Emmanuel de Saint- Albin dans 
le Livre des Ballades allemandes (Mau- 
rice Tardieu, éditeur, 1882.) Dans les Bal- 
lades traduites de Burger par Gérard de 
Nerval se trouvent : Lénore ; La merveille 
des fleurs', La chanson du Brave homme; Le 
féroce Chasseur (Gosselin 1840). Dans la 
traduction Seb. Albin, (Gosselin 1841) se 
trouvent les précédentes ballades de 
Burger et en plus Le paysan et Le rêve de 
Suzanne. L. des C. 

Consulter : Léon Halevy, Poésies 
européennes ou études sur Alfieii, Bur- 
crer, Robert Burns. Gav.... 1828, in-8. 

Nauroy. 

Quels sont les littérateurs qui 
n'ont pas écrit leurs ouvrages eux- 
mêmes ? (XXXVII; XXXV1I1 ; XXXIX; 
XL ; XLII ; XLIII). — Les Mémoires pu- 
bliés sous un faux nom d'auteur ne sont 
pas rares, et dans laliste que donne M. du 
Gué, j'ai toujours entendu attribuer à M. 
de Courchamps les Mémoires de la mar- 
quise de Créquy . 

Mais, pour ceux de la marquise de La 
Rochejaqueleiu, notre confrère commet 
une erreur flagrante. La marquise avait 
écrit ses Mémoires elle-même, et le texte 
des premièreséditions a été seulement 
arrangé par M. de Barante Ce fait, après 
avoir été maintes fois soutenu, le fut no- 
tamment par Mgr. Pie et M. Audinet, à 
la Société des Antiquaires de l'Ouest 
(V. Mémoires de cette Société, 1868-69, 
tome XXXIII). 

M. de Barante n'affirmait pas, mais 
donnait à entendre qu'il avait eu dans la 
composition de cet ouvrage un rôle pré- 
pondérant. Les études auxquelles don- 
nèrent lieu le rapport de monseigneur 
Pie, firent justice de ces assertions. 



La controverse ne peut d'ailleurs plus 
subsister, depuis l'édition de 1889, pu- 
bliée sous ce titre : 

« Mémoires de M ine la marquise de La 
Rochejaquelin, publiés sur son manuscrit 
autographe par son petit-fils (Marquis de 
La Rochejaquelin) ». Paris, Bourloton, 

1889, in 4. 

Cette publication.dans laquelle M. de Ba- 
rante n'est pour rien, prouve suffisamment 
quel est le véritable auteur des Mémoires. 
Si M. P. du Gué veut bien lire la préface 
de cette dernière édition il sera pleine- 
ment renseigné sur l'historique de notre 

petite controverse. C. 

* 

« * 
Le catalogue Gougy de juin 1900 men 

tionne : 

584.Karr (Alphonse). Histoire dejeanne 
d' Arc, surnommée la Pucelle d 'Orléans, 
1839, in- 18, figures sur bois. Note auto- 
graphe de l'auteur sur le titre: «Je n'ai 
jamais écrit ni lu ce livre A. Karr. » 
— Nauroy . 

Pseudonymes (T. G. 736 ; XXXVII ; 
XXXVIII ; XXXIX; XL; XLII; XLIII). 
— Emilien d'Aulnay, auteur des Perles 
de rosée , Paris et Toulouse , 1854 , 
charmant recueil de vers dans le genre 
des Emaux et Camées de Th. Gautier, est 
1 pseudonyme d'Edmond Py, professeur 
à l'école de S >rèze, mort dans cette ville. 
Edmond Py a publié, sous son vrai nom, 
deux au res volumes de poésies intitulés: 
Foi et Patriett Antiques et Contemporaines. 
Ce dernier recueil contient uneode magni- 
fique que nous considérons et recomman- 
dons comme un véritable chef-d'œuvre ; 
Les deux tombeaux de la montagne Noire 
(ceux du maréchal Soult et du Père La- 
cordaire). 

Le 16 août 1866, quand un de mes 
frères et moi, nous quittâmes Sorèze, 
Edmond Py, en nous offrant les Perles de 
rosée et Foi et Patrie, agrémentés d'un 
hommage, nous adressa les vers inédits 
suivants qui démontrent que ces deux 
recueils de poésies sont bien du même 
auteur. 

A. MM. Robert et Théodore Courtaux, 
mes anciens élèves, restés mes amis. 

Hélas ! l'âge le veut et le sort le réclame : 
Vous nous avez quittés pour ne plus revenir ; 
Mais vous avez laissé, dans le fond de notre 

[âme. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



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38 



I 10 juillet 1901 



Aussi doux qu'un parfum, un bien cher sou- 
tenir. 

Ah ! que dis-je, en mon cœur votre image 

[posée 

Rayonnera toujours comme un pur diamant 

Et non des perles de rosée 

Qui ne brillent qu'un seul moment. 

Puissiez-vous, en retour, revenus dans votre ile(i ) 

Que baigne un flot d'argent et dore un chaud 

jsoleil, 
Evoquer quelquefois ma mémoire fragile. 
Vous reporter, avec un charme tout pareil, 
Vers la fraîche oasis qui vous servit d'asile 
Et vous faisait rêver souvent à votre toit 
En vous faisant aimer la patrie et h foi, 
Théodore Courtaux . 

Curieuses académies provincia- 
les (XL1II, 526, 749). — Ouvrage à con- 
sulter : Arthur Dinaux.Zw Sociétés badi- 
dincs, bachiques, chantant es et littéraires, 
leur histoire et leurs travaux. Ouvrage 
posthume, revu et classé par Gustave 
Brunet. Paris, Bachelin-Deflorenne, 1867, 
2 vol., in-8. Sabaudus. 



C'est avec des hochets qu'on 
mène les hommes (XLII1). — Le mot 
sur les hochets de la vanité est vieux 
comme le monde. On le rencontre par- 
tout dans l'histoire. Je l'ai trouvé dans 
Plutarque, lequel l'attribue au lacédémo- 
nien Lysandre, chef de ces trente tyrans 
qui ont opprimé Athènes. — Il faut amu- 
ser les peuples avec des serments comme 
on amuse les enfants avec des hochets. 

— Vous voyez que le mot a de la barbe. 

— D'un autre côté, dans Y Ahègé de V ori- 
gine de tous les cultes de Dupuis, tome II, 
page 41, on lit: « Le merveilleux est le 
grand mobile de toutes les religions, rien 
n'étant fortement cru que ce qui est 
incroyable. L'évêque Synétius a dit, et il 
s'y connaissait, qu'il fallait des miracles 
au peuple à quelque prix que ce fut et 
qu'on ne pouvait le conduire autrement ». 
Jadis, dans le parti républicain, (de 1830 
à 1848), on se promettait formellement, 
en cas de triomphe, de supprimer les croix 
et les rubans, et, en pleine Constituante, 
l'expression de cet engagement avait été 
formulée par le pauvre Clément Thomas, 
qui s'étaitpluà répéter lemot : ces hochets 
de la vanité. Un peu avant, vers le 24 

(1) L'ile Maurice (ancienne Ile de France), 
pays natal des deux frères. 



février, Lamartine ne voulait absolument 
pas décorer notre ami le sculpteur Au- 
guste Préault, l'auteur du Marceau, de 
Chartres. « Mon cher Préault, qu'est-ce 
« que c'est qu'un ruban, quand on a ôté 
si son habit, le soir, pour se mettre au 
lit?» Sans doute, ce n'est plus rien, mais 
l'artiste n'était pas convaincu. — Auguste 
Préault. très bon républicain et fort opposé 
à tout ce qui venait du 2 décembre, se 
laissa pourtant faire chevalier, en 1869, 
par Napoléon III. 

Sous form de parenthèse, j'ajoute ici 
que la troisième République se montre 
beaucoup moins austère que ses deux aî- 
nées. Non-seulement elle prodigue la 
croix de la Légion d'honneur aux civils, 
mais elle a institué des ordres nouveaux. 
Ainsi, les hochets aristocratiques pullulent 
désormais en démocratie, et celui qui écrit 
ces lignes est un crucifié comme tant 
d'autres. — Philosophes peu farouches 
que nous sommes, le mot de Lysandre 
est donc toujours vrai après plus de deux 
mille ans ! 

Supprimer les croix, les rubans, les 
médailles, les palmes, ce serait vouloir 
faire une révolution. 

j'y songe ! Il y a une variante dans le 
mot du Spartiate. Certains traducteurs lui 
font dire : Avec des hochets ; d'autres : 
« Avec des osselets. » — Au fond, c'est 
la même chose, n'est-ce pas? 

Philibert Audebrand. 



Les plus anciens journaux (XLII ; 
XLIII). — La Gaçetta di Vene^ia, si elle 
remonte à 1742, n'est pas !e plus ancien 
journal. 

Les premières gazettes ont été publiées 
à Venise au xvi e siècle. Elles tirent leur 
nom de la monnaie dont on les payait 
gatfctta. diminutif de ga^a, somme d'ar- 
gent. D'Aubigné en parle dans ses épi- 
grammes. Paul Argelès. 



Prêtre habitué (XLIII). — La défini- 
tion du prètre-habitué que donne L. de la 
Godrie, est fantaisiste, et le rend béné- 
volemment perplexe. Le moindre diction- 
naire français lui dira très justement ce 
qu'est un prêtre-habitué. La retraite, sur- 
tout suffisamment rétribuée, n'est pas 



N» 937-1 



L'INTERMEDIAIRE 



39 



40 



toujours l'ordinaire de sa situation. 

C. T. de la B. 



David Allan, peintre écossais 

(XLIII). — Selon « The Scottish Family 
History (par James Macreigh, Dumfries, 
Scotland, 1891), David Allan naquit à 
Alloa, dans le Stirlingshire le 12 février 
1744. Cet ouvrage le désigne comme pein- 
tre d'histoire. En 1764, il fit le voyage 
d'Italie aux frais de quelques patrons 
riches et fit des études à Rome pendant 
seize ans. Il y reçut la médaille d'or don- 
née par l'Académie de Saint-Luc pour le 
meilleur genre de composition historique 
dont le sujet était « L'origine de la pein- 
ture, ou la fille de Corinthe dessinant 
l'ombre de son amant ». Quelques-uns de 
ces dessins d'un caractère rustique lui 
ont valu le nom de Scottisb Hogartb. Il 
mourut à Edimbourg le 6 août 1796. 

J. E. R. PûLLARD URQUHART 

Anciens tissus (XLIII). — A l'ex- 
position de Genève en 1897, on pou- 
vait admirer la fameuse tapisserie de 
Sion, datant du x e ou du xi e siècle, dont 
le sujet analogue à celui de la tapisserie 
de Bayonne, et qui est, je crois, la plus 
ancienne impression sur étoffes, en rouge, 
sur fond blanc. Cette pièce, d'ailleurs en 
assez mauvais état, et dont on demandait 
un prix excessif, a probablement été 
vendue depuis. M. P. 

Sainte Venise (XLIII). — Je ne con- 
nais pas sainte Venise, mais j'ai vu à 
Dijon, en l'église Notre-Dame, dans le 
collatéral du Nord, une peinture murale 
représentant deux saints et deux saintes. 
Chaque personnage porte, à côtéde lui, dans 
le champ, son nom en caractères du xv c 
siècle ; or à l'une des saintes est donné 
celui de sainte Venissc, ce qui ressemble 
beaucoup à la sainte Venise de notre colla- 
borateur Morosoly. J'ai été fort longtemps 
intrigué par ce nom inconnu, mais des 
personnes très compétentes m'ont affirmé 
que Venisse était une contraction pour 
Vérénisse, ce qui ne serait qu'une forme 
du nom de sainte Véronique. |e donne 
cette explication avec d'autant plus d'as- 
surance que des recherches personnelles 
me la font considérer comme bien fondée. 

H. C. M. 



Jallemain et Château - Landon 

(XLIII). — Je trouve à ce sujet dans 
« De Moniereau à Cbâteau-Landon », 
par Paul Quesvers (Fontainebleau, E. 
Bourges, 1889 :) 

« En 1329, par acte devant Jean Bons, 
prévôt de Château-Landon, Jean Douce- 
Pensée vendit à Jean de Vennoise 100 
sous tournois de rente sur le moulin de 
Jallemain tenu à cens du prieuré de 
« Saint-Andry » de Chàteau-Landon Ce 
cens avait été donné à Douce-Pensée par 
« feu nobles lions messires Jehanz de 
Grés, chevaliers, iadiz maréchauz de 
France » son maitre et seigneur » (Archi- 
ves du Loiret, A 1342). Robert Géral 

Un plan de Meulan à retrouver 

(XLI) . — Monteil n'a pas été si » méconn u 
de son vivant » que le croit le confrère 
Pinson. Il touchait une pension d'homme 
de lettres; Guizot l'aida à publier son 
Histoire des Français des divers Etais, qui 
lui permit d'acheter à Cély (S.-et-M.), la 
belle propriété où il est mort. J'ajoute que 
s'il vécut peu fortuné, il ne fut jamais 
malheureux. On a trop poussé au noir, à 
cet égard, sa biographie. Enfin, n'est-ce 
rien que la superbe étude que lui a con- 
sacrée Jules Janin ? 

Au Congrès international d'Anvers de 
1867, où je pris la parole sur la question 
du programme :« Faut-il cont'nuer l'œuvre 
de Monteil ? » je pus constater que notre 
grand historien était alors fort apprécié à 
l'étranger. C'est vers cette époque que j'ai 
demandé qu'une statue lui fut érigée à 
Rodez, sa ville natale, projet qui, repris 
plus tard par la municipalité, aboutit 
cette fois. 

|'ai recueilli les papiers intimes de 
l'historien Monteil. et je crois être le 
dernier qui puisse en parler d'une façon 
satisfaisante. 

Quant au pian de Meitian, je ne le vois 
pas cité dans mes documents, et je me 
suis as- uré qu'il n'est pas entré à la 
Bibl. nat (géographie) ni aux archives 
de la ville de Meulan. Il est peut-être 
dans quelque collection de Versailles ou 
au Ministère de la Guerre 

V. Advielle. 

La Petite Pologne (XL). — Elle 
n'était pas circonscrite à la voirie des 
Grésillons (place Delà borde) et lieux cir- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 juillet 1 901 . 



41 



42 



convoisins et devait s'étendre, à l'est, sur 
tout ou partie des dépendances de la gare 
Saint-Lazare ; peut-être même se reliait- 
elle aux Porcherons, puisque la rue de 
l'Arcade commença par être dénommée 
rue de Pologne « parce quelle conduisait 
au quartier dit de la Pologne. >> 

Effem. 

Rue Royale, barrière Blanche 

(XL111). — La Barrière Blanche était 
située en haut de la rue de la Croix 
Blanche, aujourd'hui rue Blanche. Chap- 
tal, en Vendémiaire an XI, ordonna son 
dégagement : il y fit faire une place. 

Non loin de là, venait aboutir à l'em- 
placement actuel de la place Pigalle. une 
voie appelée, comme celle des Martyrs, 
chemin de Montmartre et qui, de 1772 
jusqu'à la république, porta le nom de 
rue Royale. Elle devient rue du Champ 
d'Asile, lorsque l'ancien cimetière Saint - 
Roch, situé entre les boulevards et la rue 
de Provence, fermé par arrêté départe- 
mental du 16 frimaire an VI, fut trans- 
porté entre les Barrières Blanche et de 
Clichy. Ce champ de repos, après des 
agrandissements successifs, en 1798 et 
1825, devint le cimetière du Nord. 

Enfin, en l'an XI, elle fut dénommée 
Pigalle, du nom du sculpteur mort en 
1785, qui, d'après Lejeune, aurait habité 
au 17 de la rue Royale. 

D'un autre côté, la rue Royale actuelle 
fut ouverte en l'honneur du roi Louis XV, 
en vertu de lettres patentes du 21 juin 
1757 : un arrêt du Conseil, du 11 mars 
1768, confirma le nom primitivement 
donné. Devenu rue de la Révolution, de 
1792 à 1795, et rue de la Concorde, de 
1795 à 18 14, elle redevint rue Royale le 
27 avril 1814. 

Il semble donc résulter des dates qui 
précèdent, qu'en 1791, il existait deux 
rues Royales, et que l'indication de Bar- 
rière Blanche dans l'adresse servait à dis- 
tinguer celle de Montmartre de celle de 
la Place Louis XV. F. de Crauzat. 

* 
* * 

Je remercie les nombreux correspon- 
dants qui ont bien voulu m'expliquer que 
la rue Royale dont il s'agit, en 1792, n'était 
autre que la rue Pigalle actuelle, et je con- 
viens volontiers avec eux qu'il était assez 



difficile de demeurer à la fois, rue Royale, 
barrière Blanche (cela ne voulait-il pas 
dire quartier de la barrière Blanche?) Et 
cependant cette adresse, qui était celle de 
mademoiselle Raucourt, se trouve bien 
désignée ainsi : « rue Royale, barrière 
Blanche », sur les almanachs de specta- 
cles, Duchesne, pour les années 1790, 
1791, — rue ci-devant Royale, barrière 
Blanche, pour l'année 1792 — et rue 
Royale, section du faubourg-Montmartre, 
pour 1793. — Les Concourt, dans leur 
Histoire de la Société française pendant le 
Directoire, ont écrit": << Elle (M" e Rau- 
court) a toujours son palais rue ci-devant 
Royale, près la barrière Blanche. », J'avais 
donc simplement copié l'adresse telle que 
je l'avais trouvée dans Duchesne. 

H. Lyonnet. 



* * 



J'en demande bien pardon à MM. Lam- 
beau et Beaurepaire : la formule rue 
Royale, barrière Blanche, était tout à fait 
courante ; ils la rencontreront, par 
exemple, dans le Guide des amateurs et 
des étrangers de Thiéry, 1787, et elle n'a 
rien du tout d'incompréhensible. Il est 
vrai que la barrière Blanche dont il s'agit 
avait officiellement cessé, depuis 1784, 
d'être la barrière, mais elle n'en gardait 
pas moins son nom dans l'usage courant, 
comme désignation topographique. C'est 
ainsi qu'on a parlé de la barrière de Cli- 
chy ou de la barrière du Combat, pas mal 
d'années après l'annexion de 1860, et que 
même on s'entend encore quand on parle 
du carrefour de la porte Montmartre, bien 
que personne de vivant n'ait pu voir 
cette porte. 

La barrière Blanche était en bordure de 
la rue Saint-Lazare ; le bureau des commis 
de la Ferme avait fini par se trouver enca- 
dré dans les constructions de la rue 
Chantereine, aujourd'hui de la Victoire. 
C'est en face de cette barrière que Ram- 
ponneau avait établi son fameux cabaret 
après un bruyant début à la Courtille. De 
cette barrière, à côté de la guinguette de 
Ramponneau précisément, partaient la 
rue Blanche et, quelques toises plus loin, 
la rue Royale. Il ne s'agissait donc pas 
des nouvelles bastilles de la Ferme en 
construction au haut de ces rues et dont 
les noms n'étaient pas encore bien fixés. 
En 1 791, on avait d'autant moins de rai- 



N'937 



L'INTERMEDIAIRE 



43 



44 



sons de rompre avec les dénominations 
antérieures que les barrières nouvelles, 
comme les anciennes, étaient déjà, de la 
part de la Constituante, condamnées à la 
suppression, dont l'exécution fut fixée au 
i cr mai 1792. 

Puisque j'ai cité Thiéry, je signale, 
comme particulièrement claire, cette note 
dans les omissions réparées à la fin du 
i cr volume: « Nous avons omis de citer 
une Loge de Maçonnerie sise rue Royale, 
barrière Blanche, connue sous le titre des 
Amis réunis. » Il ne faudrait pas de bien 
longues recherches pour retrouver un 
grand nombre d'indications analogues. 

1 G. I. 



Les Porcherons (XLIII) — Prépa- 
rant un travail sur les Porcherons destiné 
à la Société archéologique du Vieux 
Mont mai tre/)t crois pouvoir donner assez 
exactement les limites de ce qu'on appe- 
lait les Porcherons en 1685. 

Dans Y Estât et faclitions de lu ville et 
des faubourgs de Paris (1685) conservé 
aux manuscrits de la Bibliothèque natio- 
nale, je trouve dans le quartier Saint- 
Eustache le rôle du dizainier Baudin « qui 
s< commence sa dizaine au-dessus et im- 
« médiatement après le pont des Porche- 
« rpns, continue jusqu'aux Martyrs, com- 
« prend la ruelle Saint-Marc et généra- 
« lement tous les Porcherons. » 

Voici maintenant l'itinéraire suivi par 
le sieur Baudin : 

« Depuis ledit pont des Porcherons (ij 
«jusqu'au chasteau des Porcherons (2) du 
« costé gauche, , .-. ._^| 

« Austre costé du dit chasteau. ^p^v 
« Retournant dans la ruelle du Ma- 
« rais (3) et le long de la rue d'Argen- 
« teuil. 

« Austre costé de ladite ruelle du Ma- 
« rais. 

« La petite ruelle Saint-Georges (4) 
« qui conduit de la grande rue des Por- 
« cherons aux esgouts de la ville. ^jj*j 

1 ■ ■, — ---. 1 — .. — Ml* 

(1) Faubourg Montmartre vis-à-vis la rue 
de Provence. 

(2) Rue Saint-Lazare, à gauche de la chaus- 
sée d'Antin, 

(3) Rue de la Victoire. 

(4) Rue Saint-Georges. j 



« Austre costé des Porcherons sur la 
<< paroisse de Montmartre depuis la ferme 
« de l'hostel Dieu (5) jusqu'à la croix des 
« Porcherons. (6) 

« Coin de la rue qui monte aux Mar- 
« tyrs du costé gauche. 
>£§« Le bas des Martyrs. » 

On voit par cet itinéraire que la pïa- 
cette (7) des Porcherons, citée par Chas- 
telain dans la Chronique des ducs de Bour- 
gogne en 1461, s'était sensiblement 
agrandie au xvn e siècle. 

Gaston Capon. 

Arbres de la Liberté encore exis- 
tants (XLIII).— Un arbre de la Liberté, 
datant de la première Révolution existe 
encore à Rochefort (Charente-Inférieure). 
D'abord planté sur la place des Capucins, 
devenue place de la Liberté et plus tard 
place Colbert, il n'a pas été abattu, mais 
transplanté dans le jardin d'un particulier, 
où il existe encore. C'est un superbe coni- 
fère, très grand aujourd'hui, et qui couvre 
une bonne partie d'un jardin appartenant 
à M. Charron, 90, rue Chanzy. 

SrLVESTRE 

Société académique des Enfants 
d'Apollon (XLIII). — Voir: Les Sociétés 

badines d'Arthur Dinaux. 

P. CORDIER. 

* 
* * 

Dans sa biographie de Migcr (Paris, Pii- 
moulin, 1856,^-8), M. E.Bellier de la Cha- 
vigneriedit que cette société a été fondée 
en 1 741 , qu elle a interrompu ses séances 
au moment de la Révolution, qu'elle a 
été reconstituée en 1808 et qu'elle exis- 
tait encore en 1856. Il a eu les archives 
de la société en communication pour y 
prendre note des portraits de ses mem- 
bres gravés par Miger. G. O. B. 

* * 
Cette société n'était pas nouvelle en 
1784, puisqu'elle a été fondée en 1 741. Si le 

(5) La ferme de l'Hôtel-Dieu se trouvait 
rue Saint -Lazare près la chaussée d'Antin, côté 
droit. 

(6) Carrefour des Martyrs et du faubourg 
Montmartre. 

(7) Petite place. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



45 



46 



10 Juillet 1901 



collaborateur F. L.A.H.M. veut avoir sur 
elle tous les renseignements désirables, il 
devra consulter l'ouvrage de M. Arthur 
Dinaux, publié en 1867, intitulé : Les 
Sociétés hadiiu 
littéraires. 2 vol 

ment dans Y Annuaire des Sociétés savan- 
tes de l'année 1846, le règlement de la 
Société et les noms des membres qui en 
faisaient partie à cette époque. 

Paul Pinson. 

Le dit Annuaire est à la disposition du 
questionneurs aux bureaux de V Intermédiaire. 



Utotog, iroujailtca et (Curiosité 



§ 



* 
* * 



is, bachiques, chantantes et | L'apothéose du cadavre de Marat- 
ol. in-8. 11 trouvera égale- Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday 

frappait d'un coup de couteau, dans sa bai- 
gnoire, Marat et le tuait. Le lendemain 
14, on pratiquait Tautopsie et l'embau- 
mement, et la Convention décrétait qu'il 
| serait fait à Marat des obsèques nationales. 
I Hébert demande les honneurs de l'apo- 
théose ; un sectionnaire propose que son 
corps soit porté à la suite du cortège du 
14 juillet. La section du Théâtre français 
La Société académique des Enfants \ sollicite l'honneur d'enterrer provisoire- 
d'Apollon a été fondée en 1741. Elle avait j ment les restes de Marat sous les mêmes 
pour but et pour objet de ses travaux, la < arbres où il instruisait les membres de 
culture des lettres, des arts et princi- > la section (celle des Cordeliers). 
paiement de la musique. * David fut nommé l'ordonnateur de cette 

Bach, Haydn, Chérubini, Hummel, Ha- j apothéose qui eut lieu le 16 juillet, 
lévy, le comte de Lacépède,Piccini, Mé- ? Nous avons tiouvédans les papiers 
hul-Grétry. etc etc., en ont fait partie. 
Arthur Dinaux s'occupe de cette Société 
dans son ouvrage sur les « Sociétés 
Badines » t. 1. page 253, mais contraire- 
ment à ce qu'il suppose « les Enfants 
d'Apollon » n'ont jamais cessé d'exister. 
Leur siège social est situé rue Clau- 



zel, 10. 5 

s 

. Chaque année, un discours est prononcé, ( 
en séance publique, par le chancelier de 3 
la Société, et la collection de ces discours 
forme un résumé historique fort intéres- £ 
sant.En s'adressantau président de la So- | 
ciété. F. L. A. H. M. obtiendra certaine- j 
ment les renseignements qu'il désire pos- S 
séder et qu'il serait troplong de donner l 
ici. Eugène Grécourt. 



Les chiffres fatidiques (XLNI). — 
La Tour d Auvergne croyait aux chiffres 
fatidiques. 11 a noté ces particularités : 

Je montai ma première garde et fus reçu 
officier le dimanche 3 avril, jour de Pâques; 
jl est des époques dans la vie qui sont faites 
pour n'être point oubliées. Toutes celles qui 
me sont arrivées le 3 avril semblent avoir 
pour moi quelque chose de marqué. J'arrivai 
à Paris le 3 avril 1765 ; fus reçu dans les 
mousquetaires le 3 avril 1707, reçu officier 
--dans le régiment d'Angoumois le 3 avril 1768, 
et reçus mon congé de mousquetaire le 3 
avril, jour de ma réception dans le régiment 

A. B. X. 



inous avons tiouve dans les papiers du 
cabinet de M.Noël Charavay le brouillon du 
rapport que David adressa à ce sujet à la 
Convention. Il est intéressant en ce qu'il 
nous fait assister, dans tous leurs détails 
macabres, aux préparatifs du transport 
de ce cadavre à travers Paris surexcité. 

Rapport de David a la Convention 

Citoyens 

Investi du décret que vous avez rendu hier 
matin, je me suis transporté hier soir à la 
section du Théâtre-Français accompagné de 
mes deux collègues, Mauri et Bintabolle. 
Après avoir fait part aux citoyens de cette 
section de mes premières idées relatives au ci- 
toyen Marat, les mêmes que je vous ai com- 
muniquées dans la matinée d'hier. Je me suis 
assuré par mes propres yeux de l'impossibi- 
lité de de les mettre à exécution, la putré- 
faction du corps s'opposait à ce que l'on 
puisse le porter dans la baignoire ; il a été ar- 
rêté de suite que, vu la circonstance, il serait 
simplement exposé à moitié ou même très peu, 
à découvert et porté sur un brancard, n'ayant 
sur lui qu'un simple drap mouillé, ce qui 
rendra parfaitement l'idée de la baignoire et 
donnera en outre la facilité d'empêcher les 
progrès de la putréfaction, en arrosant le 

corps de temps en temps. 

J'ai pris congé des citoyens de la section du 
Théâtre-Français, après avoir arrêté avec eux 
que Marat serait inhumé aujourd'hui, mardi, à 
cinq heures, sous les arbres où il se plaisait à 
instruire ses concitoyens ; que la Convention 
nationale, les autorités constituées, la section 
et les sociétés populaires formeraient le cor- 
tège, que la pompe funèbre aurait le caractère 



N° 037 



L'INTERMEDIAIRE 



47 ~ 



48 



de simplicité qui convient aux funérailles 
d'un républicain incorruptible et mort au sein 
d'une honorable indigence. Je n'oublierai 
pas de faire sentir au peuple la perte qu'il fait 
dans la personne de Marat, son. véritable ami. 
Je lui repr senterai que c'est du fond d'un 
souterrain, quand il vivait, qu'il lui faisait 
connaître ses véritables ennemis ; que, mort, 
il y retourne, et qu'il sache mieux pr> fiter de 
la dernière et terrible leçon qu'il lui donne. 
Caton, Aristide, Diogène et Thimoléon, et 
vous tous, sages de l'antiquité, je vous ai ad- 
mirés. Je n'ai jamais entendu vos louanges sans 
attendrissement ; depuis j'ai réfléchi, je n'ai 
pas vécu avec vous, pour bien vous apprécier. 

J'ai connu Marat, il suffit et je me tais... 
la postéi iti lui rendra justice. 

Comme on le voit, David ne mettait 
pas de pompe que dans ses cortèges : ses 
rapports n'en sont pas exempts. 

L'inhumation s'accomplit selon le rite 
prescrit par les soins de l'artiste; le cadavre 
déjà putréfié, ballottant à demi-nu, sous 
le drap funèbre, entre un groupe de 
jeunes garçons et de jeunes filles vêtues 
de blanc, arriva, dans le jardin même des 
Cordeliers — où se trouve aujourd'hui le 
musée Dupuytren. 11 fut déposé sous 
les arbres, dans une tombe formée de 
blocs naturels de granit. 

Le corps du mort resta dans ce lieu 
jusqu'au 21 septembre 1794, jour de sa 
translation solennelle — et provisoire — 
au Panthéon. 

La nourrice de L.ouis XVI ren- 
iée par Napoléon I er . — On parle 
beaucoup, ces jours-ci, des remplaçantes 
pour enfants royaux. M. Nauroy nous 
communique un document curieux : c'est 
le décret signé par Napoléon qui constitue 
une rente en faveur de la nourrice de 
Louis XVÎ et de la nourrice de sa fille. 
Ces deux pièces sont extraites des Archi- 
ves des finances. 

Décret . 
Palais de Saint-Cloud 2 septembre 1810. 

Article premier. Il est accordé à la dame 
veuve Mallard, nourrice de Louis XVI, une 
pension annuelle et viagère de douze cents fr. 

Art. 2. Cette pension sera payée par semes- 
tre, à dater du i" r juillet dernier. 

Art. 3. Nos ministres des finances et du 
trésor public sont chargés de l'exécution du 
présent décret. Napoléon. 

Décret 
Palais de Saint-Cloud 2 septembre 18 10. 
Article premier. Il est accordé à la dame 
veuve Laurent, nourrice de la tille de 



Louis XVI, une pension de douze cents francs, 
pour en jouir sa vie durant. 

Art. 2. Ladite pension sera payée à domi- 
cile par semestre à dater du i tr juillet dernier. 

Art. 3. Nos ministres finances et du trésoi 
public sont chargés de l'exécution du prér-ent 
décret. Napoléon. 

PETITES NOUVELLES 



On nous signa'e un magnifique tableau de 
Sanchez Alonzo Coello, élèvj de Raphaël et 
d'Antonio Moro. Ce tableau qui mesure envi- 
ron 2 mètres de largeur sur 1™ 75 de hauteur, 
représente saint Paul, ermite, et saint Antoine 
dans le désert. Selon l'indication posée au 
verso, il fut commandé par Philippe 11, roi 
d'Espagne, en 1582, pour le palais de l'Escu- 
ri. 1. Comme toutes celles de ce maître, cette 
toile est remarquable pour sa belle expression, 
son relief et son coloris. 

Elle appartient à l'église de Saint-Amans— 
Yaltoret (Tarn). . 

Le cons il de fabrique de la paroisse serait 
disposé à céder ce tableau. 



Le 30 juin, la Société Archéologique de 
Rambouillet avait convié ses membres au 
troisième Pardon d'Anne de Bretagne, qui 
a eu lieu, à Montfort-l'Amaury. sous la 
présidence de M. Jules Claretie. M. Charles 
Le Goffic a lu de fort jolis vers. Le pro- 
gramme de cette fête de famille compre- 
nait un concours poétique , des visites 
archéologiques , des danses armori- 
caines, et un banquet fit le plus grand 
honneur aux sympathiques organisateurs, 
MM. le comte de Dion président et 
F. Lorain, secrétaire de la Société. 



|Jt|ttte (Correspondant^ 



Désormais on tiouvera les errata dans la 
rubrique qui les concernent. C'est la meilleure 
façon de les rendre utiles. L'intéressé est 
ainsi toujours avisé d'une erreur qu'il x 
intérêt à connaître. 

C. de la Benotte remercie Monsieur de 
Figuères de ses communications. 



Le Directeur-gérant : G. MONTORGUEIL. 
Imp. Daniel-Chambon St-Amand-Mont-Rond. 



XL1V* Volume Paraissant les 10, 20 et ?o de chaque mots. 20 Juillet 1901. 



31, 1 "» r. Victor Massé 

PAIilS (IX e ) Cfttrcftez «( 



QUjEQDE 



vont trouvtrtz o 
z 



Bureaux : de2 à4heures 




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31 b ",r.VictorMass« 

// st faut PARIS (IX») 

g tntr'aidtr 

o 

Bureaux : de 2 à 4 heures 



€ 3nUxmébiaixt 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET RÉPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 

_ 49 __ 



uumxom 

La Déclaration des Droite do 
l'homme déposée dans un monu- 
ment. — Le 2 brumaire an II, la Con- 
vention décréta qu'un monument colossal 
serait élevé sur le terre-plein du Pont- 
Neuf. 

Le monument devait représenter le 
Peuple portant, d'une main, les figures de 
la Liberté et del'Egalité et appuyant l'au- 
tre sur sa massue. 

L'article 17 du décret est ainsi conçu : 

La Déclaration des Droits de l'homme et du 
citoyen, l'acte gravé sur l'airain et la médaille « 
du 10 août serunt déposés dans la massue du J 
Peuple. 

Un modèle en plâtre fut exécuté, mais le 
monument ne fut pas fondu. 

Qu'est devenue la Déclaration gravée ? 

XX. 

Pavage historique. — On a fait le 
relevé des inscriptions placées sur les fa- 
çades des monuments et maisons de Paris 
destinées à rappeler le souvenir d'événe- 
ments qui s'y sont accomplis ; mais on 
n'a jamais, je crois, dressé la liste des 
indices disséminés, dans le même but, 
dans le pavage. Par exemple, le plan du 
Vieux-Louvre, dans la cour du Louvre ; 
celui de la Bastille rue Saint-Antoine et 
place de la Bastille ; celui de l'enceinte 
de Paris, au travers de la rue de la 
Colombe ; les H et les N, dans les dalles 
du trottoir du quai, au droit du guichet 
du Carrousel, etc. etc., Ne pourrions- 



. 50 

nous, à l' Intermédiaire, en faire le relevé?" 

CÉSAR BlROTTEAU. 

Famille Quatre Sols de Marol- 
les. — Les journaux ont annoncé der- 
nièrement le mariage du vicomteLavaurs 
avec M lle Quatre-Sols de Marolles. 

D'où vient ce nom de famille quelque 
peu singulier ? G. F. 

Napoléon Iîî à Forli. — On sait 
que celui qui devint Napoléon III fut 
arrêté et enfermé dans le château ou for- 
teresse de Foi li, du temps que celui qui 
devint Pie IX y était évêque. Quel est le 
nom de Y aumônier de ce château. qui faci- 
lita la correspondance du futur souve- 
rain avec le dehors ? VA. 

Jules B**\ de Saint-Quentin. — 
Voici un volume de 163 pages in-8°, que 
je ne vois cité par aucune des bibliographies 
nouvelles : Guérard, Barbier, Louandre et 
Bourquelot, Vicaire, etc. Recueil de chan- 
sons et poésies diverses, par Jules B*** et 
Félix D**% de Saint-Quentin. Saint-Quen- 
tin, Tilloy, 1826. Le volume, vendu au 
profit des insurgés grecs, se divise en 
deux parties, précédées chacune d'une 
composition non signée, lithographiée 
par Ençelmann : d'abord les chansons de 
Iules, puis les poésies diverses de Félix. 
Pour ce dernier, je n'ai pas ressenti un 
moment d'hésitation ; c'est Félix Davin, 
l'émule d'Henri Martin à ses débuts, l'au- 
teur du Crapaud,\t fondateur du Guetteur 
de Saint-Quentin, etc., donc son associé : 

XL1V i: 



N'93 8 -J 



L'iNTERMEDlAIRh 



5» 



52 



je n'ai rien pu obtenir de précis et de 
formel en m'adressant à des personnes 
lettrées originaires du pays, y ayant 
conservé des relations suivies. On m'a 
même assuré (je ne reproduis cette asser- 
tion que sous toute réserve) que le vo- 
lume serait inconnu à la bibliothèque de 
la ville de Saint-Quentin. Jules B*** avait 
chanté des couplets de sa façon à des 
dîners d'anciens barbistes en 1822 et 
1823. Il en dédiait : « Au docteur Hamel, 
qui m'a sauvé la vie. — A Jumentier, 
célèbre compositeur de musique sacrée, 
résidant à Saint-Quentin. » Il ne devrait 
pas être si difficile de compléter cette 
signature. G. I. 

Devises héraldiques les plus or- 
gueilleuses. — Quelque aimable héral- 
diste pourrait-il m'indiquer quelques- 
unes des devises qui démontrent le plus 
d'orgueil dans leur origine ou dans leur 
composition? Comte George. 



Famille Charlemaigne de Bel- 
lelonde. — On désirerait savoir si cette 
famille a encore des représentants en 
Normandie et on recevrait avec recon- 
naissance tous renseignements généalo- 
giques la concernant. 

François de Charlemaigne, seigneur de 
Bellelonde, du Boulley, Boulleville, les 
Fauques, était Conseiller du Roi en la 
Cour des comptes, aides et finances de 
Normandie et décéda avant 1770. Il était 
domicilié rue Beauvoisine , paroisse 
Saint-Laurent, à Rouen. Il avait épousé 
Marie-Anne-Suzanne Le Cerf de la Vieu- 
ville. 

Son fils , Pierre-Joseph - Vincent de 
Charlemaigne , chevalier de Bellelonde, 
épousa, à Saint-Gatien-des-Bois (arrondis- 
sement de Pont-1'Evêque, Calvados), le 
10 novembre 1770, Marie-Julie de Cos- 
tard (de Saint-Léger). 

Deux filles naquirent de cette union : 

1. — Marie - Barbe - Alexandrine de 
Charlemaigne de Bellelonde, née à Saint- 
Gatien, le 6 avril 1772. 

2. — Marie-Jeanne de Charlemaigne de 
Bellelonde, née à Saint-Gatien, le I er mai 

•773- 

On serait désireux de connaitre la des- 
tinée de ces deux dernières qui, pendant la 
Révolution, résidaient avec leur père à 



Beuzeville (arrondissement de Pont-Aude- 
mer, (Eure.) 

C'est, sans doute, Pierre-Joseph-Vin- 
cent de Charlemaigne de Bellelonde qui 
assista à l'assemblée de l'ordre de la no- 
blesse, aux Cordeliers de Rouen, le 21 
mars 1789. Paul David. 



M. de Cangey. —Je possède un ex- 
libris composé, dans un cadre orné d'un 
écusson reposant sur un terrain fleuri, 
avec, au dessous, une tablette formée par 
une tenture frangée, fixée sur la longueur 
par des clous, relevée et retenue aux deux 
extrémités par des nœuds. On lit sur 
cette tablette : 

Bibliothèque 

de M. de Cangey 

Gentilhomme ordinaire de la 

Chambre de M. le Comte d'Artois. 

Les armes sont les suivantes : 

Ecartelè, aux 1 et 4 d or, à un arbre sur 

une terrasse de sinople, au chef de siuople, 



et 



}<■ 



chargé de h ois roses d'argent ; aux 
d'argent, au lion de sable. 

Couronne de marquis. 

Supports : deux lions. 

Ce M. de Cangey est-il le même que de 
Chastre de Cangé, petit-fils d'ImbertChas- 
tre dont il est parlé dans la question: «Le 
père d'Imbert Chastre», XL1II, 1001? 

de C. 

Madame Barris. — Sait-on qui était 
madame Barris, ou de Barris, femme du 
président à la cour de Cassation, en 181 1 ? 

C. de la Benotte. 



Famille d'Emile Zola. — L'Inter- 
médiaire est plein du nom de Zola, mais 
aucun des articles publiés depuis vingt 
ans ne répond à ma curiosité. Je voudrais 
connaitre les ascendants et les descendants 
de M. Emile Zola. Manuel Léo. 



Auguste Cournot. — Existe-t-il un 
portrait de M. Auguste Cournot. (1801- 
1877). ancien recteur des Académies de 
Grenoble et de Dijon, commandeur de la 
Légion d'honneur ? Quelque membre de 
sa famille qui aurait ce portrait voudrait- 
il le confier à un professeur qui prépare 
un travail sur ce savant ? P. et F. 



DES CHERCHEURS ET "CURIEUX 



20 juillet 1901. 



53 



54 



Conventionnels réfugiés et morts 
en Belgique. — Un grand nombre 
de conventionnels sont dans ce cas. Ne 
pourrait-on en dresser la liste, avec les 
détails locaux qu'elle comporterait natu- 
rellement ? Je citerai déjà, au hasard de 
mes souvenirs, Antoine Dupin qui vécut, 
pendant environ 40 ans, à Charleroi, où 
il occupait un emploi modeste dans l'admi- 
nistration des contributions,mortà Marci- 
nelle vers 1838; Méaulle, procureur im- 
périal près le tribunal criminel de Gand, 
dont la famille fit condamner un journa- 
liste qui l'avait qualifié de régicide (vers 
1826) ; Robert, député des Ardennes, dit 
Robert Rhum, qui avait épousé une femme 
de lettres parisiennes, M 11 * de Keralio ; ils 
moururent tous eux, lui à Jodoigne, elle 
à Bruxelles, dans une profonde misère ; 
Jacques-Alexandre Thuriot de la Rosière, 
qui était président de la Convention 
nat onale le jour de la chute de Maximi- 
lien Robespierre (27 juillet 1794). Ce 
Thuriot avait déclaré , avant le juge- 
ment de Louis XVI, que, si la Convention 
ne montrait pas assez de sévérité, il irait 
lui-même brûler la cervelle à l'infortuné 
monarque. Réfugié à Liège, depuis 181 5, 
il y est mort le 29 mai 1829, rue Table 
de-Pierre, en la Maison blanche, où il ne 
cessa de résider depuis son émigration 
(V. Théodore Gobert : Les rues de Liège, 
t. III, p. 553). 

Ysabeau qui vécut à Liège assez long- 
temps, eut un duel avec le jeune Frère- 
Orban, plus tard chef de cabinet, et mou- 
rut à Bruxelles 11 a publié en feuilleton, 
dans un journal belge, le récit de la ré- 
volte des Saxons contre Blùcher.àLiège.le 
5 mai 1815 , dans laquelle le célèbre 
maréchal prussien faillit perdre la vie et 
ne dut son salut qu'à la fuite, déguisé en 
femme ! Beffroi (de Laon ) doit être mort 
à Bruxelles ; le célèbre peintre L. David, 
idem. ; Musset, mort à Neufchâteau (Lu- 
xembourg) en 1831, âgé de 8oans,etc.etc. 

Clément Lyon. 

Nathan Sheppard. — Fort peu de 
temps après la guerre franco -allemande a 
paru un volume anglais intitulé : Sbut itp 
in Paris, by Nathan Sheppard. Une tra- 
duction française de cet ouvrage a été 
imprimée à Dijon en 1877, et, à première 
vue, tout cela ne paraît comporter aucun 
mystère. Des catalogues des livres d'occa- 



sion se repassent pourtant une anecdote 
assez compliquée, à laquelle M le com- 
mandant (aujourd'hui lieutenant-colonel) 
Pola a cru devoir faire accueil dans sa 
Bibliographie. Le véritable auteur serait 
M. le comte de Courtivron, qui aurait 
fait traduire ses impressions de siège, et 
la version française publiée au bout de six 
ans serait le véritable texte original, or. 
ouvrez le catalogue delà collection Tauch- 
nitz, vous y verrez que Nathan Sheppard 
n'est nullement une signature de fan- 
taisie, que c'est le nom d'un écrivain 
américain, décédé en 1888. Qui éclair- 



cira cet imbroglio? 



G.I. 



Dictionnaire de synonymes. — 

Qiiels sont les dictionnaires de synonymes 
en dehors de celui de Gazier ? A. M. 

Auteur des << Erreurs et Préju- 
gés ». — Pourrait-on m 'aider à retrou- 
ver le nom d'un auteur qui a écrit 
un ouvrage sur les Erreurs et préju- 
gés répandus dans la Société. Est-ce Plal- 
gues, ou Salgues ? Il est question de 
lui dans une lettre écrite en 181 1, mais 
son nom est à peu près illisible. C'est un 
homme , dit-on, qui traite les choses 
assez légèrement, mais avec tant d'éru- 
dition et d'esprit qu'on ne peut s'em- 
pêcher de l'aimer et de rire presqu'aux 
éclats de ce qu'il raconte. Ses meilleurs 
chapitres sont intitulés : Corruption ; Pu- 
tréfaction; Une vertu prophétique; Astres, 
Astrologues. C. de la Benotte. 

Monasterium canonicorum elni- 
censium. — Quelque aimable collabora- 
teur pourrait- il me dire où se trouve ce 
monastère Elnicensis. Je crois que c'est 
près de Béziers, mais je n'ai malheureuse- 
ment pas à ma disposition le Gallia 
christiana qui pourrait me renseigner. 
Merci d'avance. Ln. G. 

L'abbaye de Fives Lille. — Pour- 
rait-on se procurer des renseignements 
sur l'abbaye de Fives (Lille) et notam- 
ment la liste des prieurs de cet établisse- 
ment? L. V. 

Le Horla. — Peut on attribuer une 
origine logique au mot Horla créé par 
Maupassant ? Y. 



N- 9)8.] 



L'INTERMEDIAIRE 



55 



56 



Bessé-sur-Braye. — Quelle est l'é- 
tymologie du nom de Bessé ? Sa signifi- 
cation ? Dire qu'il signifie Lieu bas, n'est pas 
une raison. Bessé-sur-Braye, dans la Sar- 
the, est bien situé sur le bord de la Braye, 
mais n'est pas plus bas que toute autre 
ville dans ces conditions, et le voisinage 
ne produit pas de contraste assez frap- 
pant pour forcer à une telle significa- 
tion. 

En maintes cités anciennes, on distin- 
gue la ville haute et la ville basse, celle- 
ci sur le bord de l'eau ; ce contraste n'est 
pas apparent à Bessé-sur-Braye, et je ne le 
vois pas non plus en d'autres Bessés, 

Si j'ajoute qu'il y a en France plus de 
cent villes ou villages appelés Bessé, 
écrits de différentes façons, ma demande 
s'étend à un tel point que la réponse ne 
peut être que fort intéressante. Je la rece- 
vrai de V Intermédiaire avec reconnais- 
sance. 

Dire : Bessé ou lieu bas me paraît en- 
fantin, l'originedu nom doit être ailleurs. 

CH. TRILLON DE LA BlGOTTlERE. 

Prononciation du mot fléau au 
XVII e siècle ? Prononçait-on fléau ou 
flo ? Ou comment expliquer le vers sui- 
vant de Y Impromptu de l'hosîelde Coudé: 

De qui ? belle demande ! 

De Molière, morbleu, de Molière, de luy. 
De luy, decetautheur burlesque d'aujourd'huy 
De <~e daubeur de mœurs, qui sans aucun scai- 

[pule, 
Fait un portrait naïf de chaque ridicule; 
De ce fléau des cocus, de ce bouffon du temps, 
De ce héros de farce acharné sur les gens,,. 

11 est certain que si l'on prononce flé-au 
le vers sonne faux. H. Lyonnet. 

Le mot crinoline. — A quelle épo- 
que le mot crinoline a-t-il été inventé ? 
On sait seulement qu'il dérive du mot 
crin et qu'il signifiait autre chose que les 
amples jupes cerclées d'acier du dernier 
empire. D r B, 

Borie ne serait-ce pas métairie ? 

— Je trouve, en 1454, dans un confin 
d'héritage, le mot de borie, qui me paraît 
vouloir dire m^M/r/e. Qu'appelait-on ]) 0r [ e 
jadis? Ambroise Tardieu. 

Un portrait de Philippe Pot. — 

Connaîtrait-on, dans quelque musée de 
France ou de Belgique, ou dans une 



y collection particulière, un portrait de 
Philippe Pot seigneur de La Roche, séné- 
chal de Bourgogne, et qui a joué un rôle 
considérable dans l'histoire de la Bourgo- 
gne et de la France au xv e siècle ? On sait 
que son tombeau, l'une des plus belles 
pièces de l'art gothique bourguignon, est 
aujourd'hui au Louvre. Les châteaux 
qu il a fait construire témoignent d'un 
goût artistique supérieur. Nul doute que 
son portrait, s'il existe, ne soit une belle 
œuvre. Mais existe-t-il ? L. H. 

E. F. aquarelliste. — Je possède 
deux aquarelles — vues du pont de 
Moret (Seine-et-Marne), avant sa recons- 
truction signées : l'une « E. F. » et 
l'autre « E. F. 1829 ». 

Quel en est l'auteur? Je désirerais être 
documenté sur lui. 

Robert Géral. 

Qu'est devenu un fusil célèbre? 

— Quelque lecteur peut-il fournir des ren- 
seignements sur un fusil exposé en 1855 
par Claudin armurier, aujourd'hui dis- 
paru ? Ce fusil, véritable objet d'art et 
très remarqué à cette époque, est signalé 
dans Larousse (tome I,page 672). Qu'est- 
il devenu ? En quelles mains peut-il être 



passe 



G. Gondinet. 



Francs et florins. — Je vois dans 
un vulgaire guide en Hollande, que le 
florin vaut aujourd'hui 2 fr. 10 cent. 
Pourrait-on me donner le rapport qui a 
existé entre le florin et le franc, à diverses 
époques, après la Révolution par exemple, 
à l'origine de l'établissement de notre 
système décimal, et sous le premier 
Empire jusqu'à la Restauration. 

C. DE LA BENOTTE. 

Médailliers. — Quel est le meilleur 
moyen de classer matériellement une pe- 
tite collection de monnaies et médailles ? 

Gravure armoriée. — Je possède 
une gravure (acier) ayant 23X1 5. de la 
fin du xvii e siècle Entre deux colonnes 
navigue un navire entouré de dauphins. 
Sur un premier cartouche inférieur : 
Multi p crtransibuni et augebitur 
scientia ; puis sur un autre plus bas : 
Moniti meliora. Dans le ciel, entre les 
parties supérieures des colonnes, il y a 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 juillet 1901 



57 



;8 



comme armoiries : Ecartelé, aux 1 et 4, 
de gueules, au chef d'argent , chargé de 2 
étoiles de sable ; aux 2 et j,fascé d'or, et 
d'azur, de 6 pièces, à la bande de gueules ; 
au croissant d'argent, eu cœur sur lapar- 
tition de reçu. Supports : deux guerriers 
romains. Timbre : casque de profil avec 
un sanglier hermine et chargé d'un crois- 
sant posé sur son bourrelet argent et az.ur. 
Devise : Mediocria firma. Qu'est-ce que 
tout cela signifie ? La Coussière. 

Un buste du XIV e siècle. — J'ai 
découvert et acquis, récemment, à Cler- 
mont-Ferrand, un bien curieux buste 
représentant un chevalier couvert du 
capuchon de mailles. Il me parait rare et 
intéressant. Le capuchon de mailles et le 
buste sont en lave de Volvic (Puy-de- 
Dôme). On voit, à ce buste, bien conservé, 
une partie de l'armure. 11 me parait de la 
i re moitié du xiv e siècle; et comme il 
vient d'Aigueperse (Puy-de-Dôme) où se 
trouvait le château célèbre de Monpen- 
sier, j'ai lieu de croire qu'il a fait partie 
d'une statue de quelque monument funé- 
raire, brisée en 1793. 

Ce qu'il y a de remarquable, c'est la 
figure en marbre blanc, placée dans la 
lave. Connait-on des statues en pierre 
avec figures en marbre? Ce buste bien 
traité, à figure caractéristique, me paraît 
un travail français. Je crois qu'il repré- 
sente Jean II, comte de Dreux, seigneur 
de Montpensier, mort en 1309 ou bien 
son fils Jean III, mort en 1331, également 
seigneur de Montpensier. Quoi qu'il en 
soit, il est rare sûrement et intéresse les 
curieux. Ambroise Tardieu. 

L'ingénieur-opticien. Levasseur. 

— Je possède une lunette, du modèle de 
celles que les artistes ont l'habitude de 
placer dans la main de Napoléon, et des 
circonstances particulières permettent de 
penser que cette lunette a été prise dans 
les bagages de l'empereur, abandonnés en 
rade de l'île d'Aix, lors de l'embarque- 
ment sur le Belle rophon. Sur le tube se 
trouve gravée l'indication suivante : 

« Levasseur, ingénieur-opticien, quai 
de l'Horloge, n° 57, à Paris >>. 

Pour vérifier l'origine de cette lunette, 
évidemment contemporaine de l'empire, 
i! semble qu'il suffirait simplement de 
rechercher la maison qui a pris la suite 



des affaires de Levasseur ; mais il y a là 
une difficulté assez sérieuse : l'ing.nieur- 
onticien donne son adresse au n° 57 du 
quai de l'Horloge ; or, sur le quai de 
l'Horloge, le numérotage ne dépasse pas 
45. et ce n° 45 est inscrit sur une maison 
ancienne, antérieure à la Révolution puis- 
qu'elle porte une plaque indiquant que 
c'est là qu'a été élevée M me Roland. 

Un lecteur de Y Intermédiaire, familier 
du Vieux-Paris, pourrait-il m'aider à 
trouver l'explication de ce n° 57, et la 
trace de l'ingénieur-opticien Levasseur ? 

SlLVESTRE. 

Un sourd-muet, témoin d'un acte 
de l'état-civil. — J'ai rencontré, dans 
un registre de catholicité de la paroisse 
Saint-Nicaise, d'Arras, l'acte ci-après : 

L'an 1782, le 9 juin, est décédé sur cette 
paroi se, administré des sacremens jean- 
Charles Theret, âgé de 86 ans, ancien maître 
cuisinier, veuf de Marie-Thérèse Flamant. Il a 
été inhumé le 10, dans notre cimetière, après 
son service solennel, en présence de Charles- 
Elie Théret, son fils, qui, par signe, a déclaré 
ne savoir écrire, et de Charles Lourdel, maître 
boulanger, qui a signé avec nous, curé. — 
Lourdel, Canlers, curé. 

Le curé a écrit en marge : 

Nota :Charles-hlie Theret est sourd et muet 
de naissance. 

Connaît-on d'autres actes de ce genre ? 

V. A. 

Inceste suivi de mariage. — Y a- 

t-il, dans le siècle dernier ou dans l'his- 
toire de France, des cas où en des circons- 
tances exceptionnellement graves, (in- 
ceste suivi de la naissance d'un ou plu- 
sieurs enfants), le chef du gouvernement 
français ait autorisé le mariage d'un frère 
avec sa sœur, malgré les articles du Code 
qui s'y opposent ? (On sait qu'il y a des 
dispenses pour la tante et le neveu, beau- 
frère et belle-sœur, etc.) Nemo. 

Lichy de Lichy. — Je serais bien 
aise de savoir ce qu'il faut penser du 
quatrain (?) suivant, relevé clans l'Etat 
présent, de Bachelin-Detlorenne (trop sou- 
vent sujet à caution), édition de 1884 : 
De Lichy de Lichy, 
Aussi noble que Henry, 
Aussi brave que luy, 
C'est le roy qui l'a dit. 

Henry. 
Verba. 



N'938 



L'INTERMEDIAIRE 



59 



6d 



Eqjcmses 



Il sera répondu directement par lettre 
à ceux de nos correspondants qui deman- 
dent des informations sur des questions 
de famille ou d'un intérêt purement per- 
sonnel. — 

Les papiers de M mc de Pompa- 
dour (XL1I ; XLIII ; XLIV, 28). - La 
Russie est loin, on ferait bien de com- 
mencer par aller à l'Opéra-Comique. 

Le duc de Choiseul mourut en laissant 
un chiffre respectable de millions de 
dettes, et son titre de duc et pair. Sa 
veuve accepta les dettes pour sa part, et 
vivant avec une extrême parcimonie, 
jusqu'au jour où elle alla rejoindre, dans 
la fosse commune ses élégantes contem- 
poraines, elle parvint à combler à peu 
près le déficit. 

L'ainée des nièces du ministre, dame 
Marie-Stéphanie de Choiseul-Stainville, 
fille du maréchal, hérita du duché, de la 
pairie et de la loge à l'Opéra-Comique 
construit sur les terrains de l'hôtel 
de Choiseul et les porta à son mari 
Claude- Antoine- Cleradius - Gabriel de 
Choiseul-Daillecourt mort en 1838, qui 
avait obtenu de faire substituer son gendre 
le marquis,depuis duc de Marinier, à tous 
ses titres. 

La duchesse Marie-Stéphanie avait une 
sœur, la princesse Joseph de Monaco, dé- 
capitée pendant la Terreur, laissant deux 
filles mariées depuis aux marquis de la 
Tour-du-Pin et de Louvois. C'est la 
branche des Choiseul-Gouffier qui, sans 
cesser de rester française, s'est établie en 
Russie. Elle est représentée entre autres, 
par M me la vicomtesse ^lice de Janzé, 
M me la vicomtesse Oscar de Poli, mais 
comme elle n'était pas appelée à la suc- 
cession du célèbre ministre, je crois qu'il 
faut s'informer à l'Opéra-Comique, des 
noms des titulaires actuels de la fameuse 
loge Choiseul ; ce sont les seuls héritiers 
dont le principal. monsieur le duc de Mar- 
inier, serait peut-être à même de donner 
les renseignements demandés ou tout au 
moins de mettre sur les traces, son no- 
taire ayant dû conserver dans son étude, 
tous les actes de partage, les droits de 
l'épicier du coin restant réservés. 

Comte Sigismond Puslowski. 



L'acte d'abdication de Louis- 
Philippe (XLIII). — L'acte d'abdication 
du roi Louis-Philippe est tout simple- 
mentaux Archives nationales. Il est placé 
dans le carton 21, qui se trouve dans 
«l'Armoire de fer >> exécutée en i79i,etqui 
fonctionne toujours avec le même luxe de 
serrures. 

Le texte est bien celui qui a été publié 
dans l' Intermédiaire, et que l'on trouve 
en fac-similé dans Y Autographe. 

Comment concilier la présence de cette 
pièce aux Archives et les légenies qui 
courent sur ses extraordinaires pérégrina 
tions ? C'est ce que nous allons dire. 

Ce fut seulement après la guerre que 
les Archives entrèrent en possession de 
l'acte d'abdication, ainsi qu'en fait foi 
cette note manuscrite tracée sur la che- 
mise qui le recouvre: 

Acte d'abdication du roi Louis-Phi- 
lippe i er , 24 février 1848. 

Le dépôt de cette p'èce offerte aux Archives 
nationales, par M. Martin Paschoud, pasteur 
de l'Eglise réformée de Paris, a été autorisé 
par lettre du ministre de l'Instruction publi- 
que, des Cultes et des Beaux-Arts, en dated u 
25 septembre 1872. 

La lettre qui l'autorise est ainsi conçue : 
Paris, le 25 septembre 1872. 
Monsieur le Directeur, 
Je vous autorise à recevoir des mains de 
M. Martin (Paschoud),pasteur de l'Eglise réfor- 
mée de Paris, un document d'une haute impor- 
tance historique, dont il se trouve détenteur 
par suite de circonstances qu'il a pu déjà vous 
faire connaître, et dont la place est aux Archi- 
ves nationales. II s'agit de l'acte authentique 
d'abdication du roi Louis-Philippe. M. Mar- 
tin m'a exprimé le désir d'en faire le dépôt 
aux Archives. 

Veuillez agréer, etc. 

Le Ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux-Arts. Jules Simon. 

En effet, M. Martin Paschoud avait 
raconté à M. Alfred Maury, directeur gé- 
néral des Archives, qui avait consigné son 
récit, les singulières aventures de cette 
piècehistorique. Ce récit fait l'objet d'une 
noticequ'on ajointe au document On nous 
saura gré d"en donner le texte ; il est très 
certainement inédit. 

Note de M. Alfred Maury. 
La pièce originale contenant l'abdication du 
roi Louis-Philippe fut confiée, presque immé- 
diatement après quelle eut été écrite, au gêné- 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



62 



I 20 juillet 1901 . 



rai Lamoricière,qui sortit des Tuileries l'ayant 
à la main, avec l'intention de la porter à 
l'Hôtel-de-Ville. En traversant la place du 
Palais-Royal, il agita ce papier dont il pro- 
clamait le contenu, invitant le rassemblem nt, 
formé alors sur cette place à se disperser. 
L'un de ceux qui étaient à la tête de l'émeute, 
Charles Lagrange-, depuis, représentant à 
l'Assemblée Constituante de 1848, s'élança h 
la tête du cheval du général, arracha l'acte 
d'abdication de ses mains et, aux cris de 
« Vive la République ! » poussa la foule à pé- 
nétrer dans les Tuileries. Peu d'instants après 
cette invasion, le roi Louis-Philippe prenait 
la fuite. Charles Lagrange conserva la pièce dont 
ils'étaitemparé, mais la regardant comme pro- 
priété de la famille d'Orléans, il se proposa, à 
la première occasion, de la lui faire parvenir. 
Les événements du 2 décembre 185 1 amenè- 
rent l'exil de Charles Lagrange sans qu'il eût 
pu mettre son projet à exécution. Par ses der- 
nières volontés, il chargea M. le pasteur Mar- 
tin Paschoud qu'il avait jadis connu à Lyon, 
et dans lequel il mettait toute sa confiance, de 
transmettre à la famille du roi Louis-Philippe 
la pièce restée entre ses mains. 

M. Martin Paschoud, une fois en possession 
de l'acte d'abdication de Louis-Philippe, après 
la mort de Lagrange, s'enquit près du comte 
de Paris, des intentions de la famille d'Or- 
léans à l'égard de cette pièce. Le prince lui 
ayant affirmé que ni lui, ni les siens n'enten- 
daient la réclamer, et qu'il la regardait comme 
appartenant à l'Etat, M. Martin Paschoud la 
présenta à M. Jules Simon. Après en avoir fait 
constater l'authenticité par M. Charles de Ré- 
musat. ministre des Affaires étrangères, et en 
présence duquel le roi Louis-Philippe avait 
écrit son abdication, le ministre de l'Instruc- 
tion publique décide que la pièce sera déposée 
aux Archives nationales, et M. Martin Pas- 
choud l'a remise entre les mains du directeur 
général, le 26 septembre 1872, avec la lettre 
de M.Jules Simon autorisant l'établissement h 

en accepter le dépôt. 

Alfred Maury. 

Faut-il rappeler le texte de cet acte 
d'abdication ? 

J'abdique cette couronne que la voix na- 
tionale m'avait appellèe (sic) à porter, en 
faveur de mon petit fils le comte de^ Paris. 
Puisse t'il réussit dans la grande tache qui 
lui êcbeoit aujourd'hui Louis Phillippe. 

24 Fév r 1848 

Cet acte d'abdication est écrit sur une 
double feuille de papier de Hollande 
grand format, d'une écriture large et 
ferme. Le trouble du roi ne se décèle que 
dans la double faute d'orthographe du 
mot « appellèe ». mais il est visible que 



l'accord du participe lui a été suggéré par 
un mot qu'il fut dans l'intention d'écrire 
tout d'abord, probablement le mot 
« donnée y On voit un d commencé 
sous l'a du mot « appellèe ». 

On a prétendu que cette pièce avait été 
placée au bout d'une baïonnette et ainsi 
promenée à travers les rues : c'est une 
légende. La lettre est crasseuse : on voit 
que des mains en sueur l'ont vio- 
lemment saisie : elle a été pliée en quatre 
et pressée dans des poches, où elle sé- 
journa, mais elle ne porte pas de trace 
d'une déchirure par une baïonnette. 

Tout le monde parlait de cet acte 
d'abdication et personne ne savait dire où 
il était. Voilà qui nous fixe à la fois, je 
pense, et sur son histoire et sur son der- 
nier et définitif dépôt. 

]e dois à l'obligeance de M. Henri de 
Curzon des archives, qui m'a guidé dans 
ces recherches, de très vifs remercie- 
ments. M. 



* 
* * 



J'ai pour ami très intime un écrivain de 
distinction, auteur de nombreux romans, 
dont plusieurs ont paru avec succès dans 
le feuilleton du Figaro. 

Voici le récit fort curieux qu'il m'a fait 
il y a quarante ans, et qu'il a eu occasion 
de renouveler deux ou trois fois en ma 
présence : 

C'est à moi qu'a été remis, le 24 février, 
l'abdication du roi Louis-Philippe : elle était 
écrite sur une feuille de papier écolier de 
grand format et se composait de quinze à 
vingt lignes absorbant les trois quarts de la 
page. Donc, !a version qu'en donne X Inter- 
médiaire, d'après le fac-similé de V Autogra- 
phe, est incomplète. (1) Quant aux deux fautes 
d'orthographe signalées, j'affirme qu'il n'y en 
avait qu'une. 

La Notice qui accompagnait l'abdication 
dans V Autographe est un tissu d'erreurs. Les 
insurges qui, sur la place du Palais Koyal, 
attaquaient le poste du château d'eau, n'étaient 
pas commandés par Lagrange, et il n'existait là 
aucune barricade ; et même, Lagrange se tenait 
prudemment dans une des petites rues adja- 
centes, courbant le dos, se faisant tout petit, 
s'abritant derrière les maisons comme pour se 
protéger contre des balles qui, en réalité, ne 
pouvaient 1 atteindre. C'est là que Lagrange 
s'empara par violence de l'acte d'abdication 
que je tenais à la main, et 



s'enfuit ensuite 



(1) On a vu le contraire (N. de la K), 



N« 938. 



L'INTERMEDIAIRE 



63 



— 64 



comme un voleur, dans la direction de la rue 
Saint-Honoré. 

Parmi les officiers généraux qui se tenaient 
rue de Rohan à la tête des troupes fort nom- 
breuses sur la place du Carrousel, et rue Saint- 
Honoré, essayant d'arriver jusqu'à la place du 
Palais-Royal, se trouvaient les généraux Gour- 
gaud et Magnan, en uniforme, le général 
Lamoricière et le maréchal Gérard, en bour- 
geois, tous les deux à cheval, le maréchal une 
branche de rameau vert à la main. 

La version qui prête à Lamoricière les paro- 
les suivantes : « Cessez le feu ! Voici l'abdica- 
tion du roi », est complètement fausse. Jamais 
Lamoricière n'a été porteur de l'abdication. 
Quant à ce qu'aurait dit Lagrange, c'est de la 
pure fantaisie. 

L'ordre de faire cesser le feu n'a pu être 
apporté par Lamoricière en même temps que 
l'abdication du roi. car cet ordre est bien an- 
térieur à l'abdication. En voici la preuve par 
la copie d'un acte officiel : 

Le Roi, usant de sa prérogative constitu- 
tionnelle, a charge MM. Thiers et O. Barrot 
de former tin cabinet. 

Sa Majesté a confié au maréchal duc d'Isly 
le commandement en chef des gardes natio- 
nales et de toutes les troupes de ligne. 

Paris, le 24 février 1848. 

Et plus bas : 

Je donne ordre de cesser le feu partout, et 
la garde nationale va faire la police. 

LE MARÉCHAL DUC D'iSLY. 

On a confondu et l'on confond encore les 
premiers combattants de la place du Palais- 
Royal qui, immédiatement après le départ de 
la famille royale, prirent possession des Tui- 
leries, et ceux qui, dans l'après-midi, s'y ins- 
tallèrent violemment ; les premiers se conten - 
tèrent de traverser les appartements du palais, 
de faire une pause dans la salle du trône et de 
sortir par l'escalier du bord de l'eau. 

Les faits de cette époque, pas trop lointaine 
cependant, ont donné naissance à toutes sortes 
de fausses versions. Ain-i, on a affirmé et 
écrit que le coup de pistolet, tiré le 23, au soir, 
boulevard des Capucines, était le fait de Lagran- 
ge. C'est une erreur. Le coup de pistolet avait 
été tiré par un étudiant arrêté la veille et en- 
fermé au poste du boulevard Bonne-Nouvelle. 

Délivré par deux de ses amis, il avait rega- 
gné le Quartier-Latin et le soir, escorté de 
nombreux étudiants, il avait fait, en face du 
Ministère des Affaires Etrangères, la démons- 
tration que l'on connaît et d'où est sortie la 
République de 48. • 

Voilà la vérité et rien que la vérité. 

Ainsi a parlé mon ami et, comme, Dieu 
merci, il est encore de ce monde, il est 
prêt à confirmer de vive voix le récit que 
je viens de vous faire, 

Philibert Audrbrand. 



L acte d'abdication de Louis-Philippe 
alla se perdre entre les mains de mon 
mari. Il lui fut enlevé par une personne 
dont j'ai oublié le nom, peut-être La- 
grange. A. R. 

Le blason de la ville de Paris, 
décorée (XL1I ; XL1II). — Puisque Yln- 
teimèdiaire a cité l'arrêté du Préfet de la 
Seine fixant les nouvelles armes de la 
ville de Paris, on peut mettre en paral- 
lèle le décret qui vient de paraître à Y Of- 
ficiel Au i cr juillet, concernant celles de 
la ville de Dijon : 

Le président de la République française : 
Vu le décret du 18 mai 1899 qui a autorisé 
la ville de Dijon à faire figurer dans ses ar- 
moiries la croix de la Légion d'honneur ; 

Vu la requête présentée au nom de M. le 
maire de Dijon, par M. Rénaux, référendaire 
au sceau de France, à l'effet d'obtenir le 
règlement des armoiries de cette ville ; 

Vu l'avis du conseil du sceau des titres en 
date du 11 mars 1S09, re ' a *'f au règlement 
des armoiries des villes et le décret du 17 mai 
suivant ; 

Vu l'avis émis par le conseil d'administra- 
tion du ministère de la justice, dans sa séance 
du 12 juin 1901 ; 

Sur le rapport du garde des sceaux, minis- 
tre de la justice, 
Décrète : 
Article premier. — Les armoiries de la 
ville de Dijon sont réglées ainsi qu'il suit : 

« De gueules à un chef mi-partie : au pre- 
«mier d'azur semé de fleurs de lis d'or, à une 
« bordure componée d'argent et de gueules, et 
«au deuxième bandé d'or et d'azur à six pièces 
« à la bordure de gueules auxquelles est sus- 
« pendue par un fermail d'or l'étoile de la 
« Légion d'honneur ; l'écu sui monté d'une 
« couronne murale d'or à sept créneaux ». 

Art. 2. — Remise est faite à là ville de 
Dijon de 1a totalité des droits de sceau atta- 
chés à la modification de ses armoiries. 

Et d'abord pourquoi cette différence de 
traitement ? Pourquoi les armes de Paris 
sont-elles fixées par un simple arrêté pré- 
fectoral, tandis que celles de Dijon le 
sont par décret présidentiel ? 

La Préfecture de la Seine a cru bon, en 
dehors de toutes les règles héraldiques, 
de reléguer parmi les ornements exté- 
rieurs de l'écu, la concession honorable 
faite à la ville de Paris, tandis qu'elle 
devait être en bonne place dans l'écu 
même. Je m'associe aux critiques si jus- 



- 6 5 



DESCHERCHEURS ET CURIEUX 



66 



[ 20 juillet 1901 



tes formulées par Cz, et je pense qu'il est j 
encore temps de revenir sur une décision 
un peu hâtive. On pourra objecter que 
l'écu de la ville de Paris s'y prêtait mal, 
c'est une erreur ; l'opinion des héraldis- 
tes pouvait différer sur le meilleur empla- 
cement à donner à la croix de la Légion 
d'honneur, mais aucun n'eût hésité. 

Dijon est mieux partagée, l'étoile d'hon- 
neur est dans le champ ; mais ce qu'il 
faut plaindre, c'est ce jargon administra- 
tif sous prétexte de blasonnement. Je 
défie bien un peintre héraldiste,qui n'au- 
rait jamais vu les armes de Dijon, de les 
peindre d'après le texte du décret. 

A quoi peut bien se rapporter le mot 
auxquelles que j'ai mis avec intention en 
italique ? On finit par deviner que c'est 
aux bordures de chacune des parties du 
chef. Il eût été si simple de blasonner : 

De gueules, à V étoile de la Légion 
d honneur au naturel, suspendue à un fer- 
mail d'or, mouvant d'un chef parti : au 1, 
d J a^ur semé de fleurs de lis d'or et à la 
bordure comportée d' argent et de gueules 
(Bourgogne moderne) , au 2, bandé d'or 
et d'azur et à la bordure de gueules (Bour- 
gogne ancienne). 

Cela prouve que, même en haut lieu, 
l'art du blason a été désappris ; mais si, 
à défaut d'armes à octroyer à des parti- 
culiers, il en reste à créer ou à modifier 
pour les villes, — et l'élan est général en 
ce moment, — le Conseil du Sceau devrait 
bien s'éclairer des lumières d'un Conseil 
héraldique. 

Enfin, on remarquera que l'écu de la 
ville de Dijon a été gratifié d'une cou- 
ronne murale à sept tours, j'en suis fier 
pour mon pays natal ; tandis que celui 
de la ville de Paris n'a reçu qu'une cou- 
ronne murale à quatre tours, j'en suis 
navré pour mon pays d'adoption. 

Palliot le Jeune. 

Armoiries de Préfontaine (XLIV, 
3). — 11 n'y apasdedoute: ces armes sont 
celles de Guiscard, accolées de Fitte. En 
voici la description : 

Guiscard de la Coste, en Quercy, por- 
te : d'argent, à la bande de gueules. 

Fitte, seigneur de Soucy et de Préfon- 
taine, d'après l'Armoriai en planches de 
Chevillard (Ile-de-France), porte : Fascé 
contre-fascé d'azur, et de sable, de quatre 



pièces, chaque pièce d'azur, chargée d'une 
branche d'olivier d'or, posée en fasce, le 
pied à dextre. 

Dans ces dernières armes, il n'est pas 
question du chef à trois trèfles ; ceux-ci 
constituent peut-être le blason des Prez 
qui m'est inconnu et probablement venu 
dans la famille de Fitte par alliance, en 
même temps que la seigneurie de Préfon- 
taine. Des recherches locales pourront 
sans doute éclaircir ce point. 

Une famille Preys, en Tournaisis, por- 
tait : d'azur, à trois trèfles d'or. 

P. LEj. 

Armoiries à identifier : d'argent 
à trois jumelles de gueules (XLIII). 
— La réponse de notre érudit confrère 
Henri M. me parait être la bonne. 11 
s'agit d'un ex-libris collé sur le plat inté- 
rieur de la reliure très ancienne de l'ou- 
vrage intitulé : Histoire généalogique de 
la maison des Chasteigners, seigneurs de la 
Chasteigneraye de la Rocbepoçay,par André 
Duchesne, géographe du roy, Paris, Sébas- 
tien Cramoisy mdcxxxiv, qui est entre 
les mains d'un descendant de cette mai- 
son. Si nos confrères amateurs d'ex-libris, 
le désiraient, on pourrait leur adresser 
un calque sur papier pelure, ainsi que 
celui d'un autre qui l'avoisine ; écu ovale 
en cartouche du xvm e siècle: vairé d'ar- 
gent et d'azur, chargé de 3 pals de gueules, 
couronne de marquis. Cartouche très élé- 
gant entouré de fleurs et portant au bas 
le nom de Anne Thérèse Ph. D'yve. — 
Cette dame est-elle connue des amateurs 
d'ex-libris ? Qu'en pense notre honorable 
confrère Wigg ? Vte de Ch. 



Italia farà da se (XLIII). — L'auteur 
de ce mot célèbre, le plus souvent si mal 
interprété en France, est le roi Charles- 
Albert lui-même, le roi martyr, le glo- 
rieux vaincu de Novarre.Ce mot a dû être 
prononcé à une date peu éloignée du 7 mai 
1846, comme on peut en juger d'après le 
passage suivant, emprunté au beau livre 
du marquis Costa de Beauregard : Les der- 
nières années du Roi Charles Albert (Pa- 
ris, Pion. 1890. in-8 u , p. 14), et d'après 
une note documentaire, p. 557: 

Charles-Albert, il faut l'avouer, ne 

s'étonna, pas moins que M. Metternich de 



N° 938- 



67 



L'INTERMEDIAIRE 



08 



l'effet produit par ces malencontreuses mesu- 
res [Droits fiscaux prohibitifs de l'entrée des 
vins piémontais en Lombardie, al rs autri- 
chienne 1 . Mais les regretta— t-il ? .. On pour- 
rait en douter, car lorsque le comte La 
Margherita essaya d'accommoder les choses, il 
se heurta à un extraordinaire raidissement 
du Roi. Un mot aussi significatif que celui 
que naguère le prince avait dit à Azeglio, ve- 
nait révéler d'ailleurs toute une situation nou- 
velle. 

Pendant un conseil des ministres, quelqu'un 
s'était risqué à demander ce qu'il adviendrait 
du Piémont, si l'attitude prise amenait une 
rupture finale avec l'Autriche. 

Eh bien? répondit sèchement le Roi, si 
nous perdons l'Autriche, nous gagnerons 
l'Italie, et l'Italie devenue grande, agira seule 
(Itahafarà da se !). 

Les mots ont leurs fortunes, grandes, glo- 
rieuses, ou misérables. Au delà des Alpes 
surtout, ils meuvent au point que leur écho 
touche à l'hyperbole. 

Bientôt on voulut saluer du titre de Roi 
d'Italie, celui qui avait prononcé le mot : 
Italia far à dà se. 

Une immense manifestation fut résolue. La 
revue, que le Roi allait passer le 7 mai, devait 
fournir le prétexte d'une ovation telle que 
jamais Turin n'en aurait vu de semblable. 

Mais se prêter a l'enthousiasme de son 
peuple, c'était, pour le Koi, couper derrière 
lui tous les ponts, car le comte Buol avait 
aussitôt déclaré qu'il verrait dans la manifes- 
tation une injure directe à son gouvernement. 
L« Maréchal de La Tour, le comte La Marghe- 
r'.tasuppliaientle Roi, prêt à monter à cheval, 
d se dérober à l'enthousiasme populaire tan- 
des que Villa-Marina faisait au sentiment che- 
valeresque de son maître un suprême appel 
en faveur de l'Italie. 

Ah ! terrible fut, pour Charles-Albert, à 
cette heure, l'alternative de se montrer témé- 
raire ou pusillanime. Mais incapable encore 
de jeter le gant à l'Autriche, il se résigna a 
être mal jugé. 

Que l'on dise ce que l'on veut sur moi, 
écrivait-il le jour même à Villa-Marina, en lui 
annonçant qu'il avait décommandé la revue, 
j'ai cru devoir faire ce sacrifice à la tran- 
quillité et au bien du pays. Quand le temps 
sera venu, au lieu de cris, qu'ils [les enthou- 
siastes] viennent alors verser leur sang avec le 
mien pour la patrie. 

Le Roi se recueillait, comme s'il eût attendu 
pour déchirer, lui aussi, son nuage, l'astre 
nouveau qui allait luire sur l'Italie. 

Voir sur le sujet les ouvrages suivants : 

V. Bersezio : // regno di Vittorio- 

Emanucle II. Trenfanni di vil% italiana. 



(Turin, 1878-1890, 5 vol. in-8, tome II, 
p. 32). 

N. Bianchi : Scritti e Lettere di Carlo- 
Alberto. Indica^ionc document aie. (Turin, 
1879, in-8, p, 44). 

L Cappelletti : Storia di Carlo-Alberto 
e del suo regno. (1891 in-8 1879.J 

L. Cibrario : La vie et la mort du Roi 
Charles-Albert, initiateur et martyr de 
V Indépendance italienne, (traduction Char- 
les de La Varenne, Paris, Dentu, 1862, 
in-12, p. 30). 

Ch. de Mazade : L'Italie moderne, Récits 
des guerres et des Révolutions italiennes. 
(Paris, M. Lévy, 1860, in-12, p. 164). 

Sabaudus. 

Titres honorifiques espagnols 

(XLII1). — Il est assez difficile aujour- 
d'hui de délimiter exactement, l'usage 
n'étant plus toujours parfaitement d'ac- 
cord avec l'étiquette. 

Usted est le mot courant correspon- 
dant au Vous français : seuls les servi- 
teurs, diraient Vuestra merced. De même 
pour Usia, abréviation de Vuestra Senoi ia 
qui n'indique qu'une supériorité sociale 
ou un excès de politesse. 

Dans le langage officiel, Vuesencia est 
l'abrégé de Vuestra Excclencia qui s'em- 
ploie avec tous les personnages revêtus 
de hautes fonctions ou distinctions, mi- 
nistres, évêques, plénipotentiaires, etc., 
Excelentissinw Senor (superlatif) indique 
un degré de plus et s'adresse aux capi- 
taines généraux, ambassadeurs, grand- 
croix, archevêques, etc. 

A qui est attribué Ilustrisimo Senor? 
j'avoue ne pas m'en souvenir et n'être pas 
bien certain qu'il figureau Protocole. 

En invoquant Dieu et en s' adressant au 
Roi, on dit Senor, puis Su ou Vuestra 
Majcstad. 

Je regrette de n'avoir à offrir, comme 
réponse à la question, que ces souvenirs 
très incomplets. Le Cordier. 



Prévôts des marchands (XL1II).— 
On trouve à Florence, dès 1082, des con- 
suls ou prévôts des marchands, et peut- 
être y en avait-il avant. 

Deux siècles après, ils ont eu le gou- 
vernement de la cité par délégation aux 
Prieurs. Gerspach. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



69 



20 juillet 1901 



Les Gruel de la Frette (XL1II). 
— Il y a plusieurs familles Gruel, mais on 
trouvera sûrement dans la collection Lan- 
celot, manuscrit 50, ainsi que dans l'ou- 
vrage imprimé de Potier de Courcy, t. 
IX, des généalogies de la famille Gruel de 
la Frette. 

Comte de Bony de Lavergne. 

Famille Certain (XL ; XLI ; XLII). 
— Il existe aussi une branche de Certain 
de Lamechaussée, dont une fille, Céline, 
mariée à Gustave de Calmels d'Artensac, 
d'une famille de magistrats, au château 



70 



de Thégra (Lot). 



A. S. 



Personnel des finances (XLIII). 
(XLIV, 24. — Haudry de Janvry est 
né le 270ctobre 18 10, il est décédé le 
4 juillet 1887. 

Ce n'est pas en 1851, mais en 1861, 
qu'il est devenu directeur général des 
contributions directes ; il avait été secré- 
taire général du ministère des finances, 
et conseiller d'Etat depuis 1864, jusqu'au 
4 septembre 1870, date àlaquelle il a donné 
sa démission. C. de J. 

Le président de Laâge (XLIII). — 
La note que j'ai donnée sur le président 
de Laâge provient du livre de M. Com- 
munay .intitulés Le Pai lement deBordeaux 
— Notes biographiques sur ses principaux 
officiers (Bordeaux 1886). Pour ce qui a 
trait à ses obsèques Gommunay se reporte 
ensuite à la Chronique Bourdeloise, par de 
Lurbe, où je lis, à la page 31 (édition de 
1572) « 1 5 s 5» François de Laage, premier 
président de la dite cour, estant décédé 
est enterré publiquement en habit de cor- 
delicr, assistant la dite cour en corps ». 

C'était alors la mode d'être inhumé en 
costume de religieux (Voir Essais histo- 
riques, par Sainte Foy, t. I. p. 3). 

Pierre Meller. 



La famille huguenote de Boisse- 
vain (XLIII). — La famille Boissevain 
d'Amsterdam a peut-être une commu- 
nauté d'origine avec une famille à peu 
près semblable qui habitait Bordeaux au 
xvm e siècle, mais dont je n'ai jamais vu le 
nom orthographié « Boissevain » quoique 
les frères Haag et Bordier lui attribuent 
èttta orthographe depuis 1703-1795 La 



famille qui habitait Bordeaux était protes- 
tante et originaire de Prigonrieux, près 
Bergerac ; elle occupait une situation très 
modeste, parmi les artisans. 

I. Jean Bouissavi (sic) eut de Marthe 
Chauton, entre autres enfants: 

II. Pierre Bouissavi, menuisier, marié 
i° à Bordeaux, le 21 juin 1777, avec Marie 
Descons, il signe « Pierre Bouissavi ». 
(Reg. protest. N° 81 /, acte 482). — 2° à 
Bordeaux le 1 ^ septembre 1783, avec 
Marguerite Bonhoure ; il signe « Bouissa- 
vain epout » (Z> J N° 814 acte 52). Du 
premier lit : i° Pierre, né à Bordeaux le 
iç janvier 1779 ; le père signe « Bouissa- 
vy » (D° N u 811 acte ^24) — - 2 Autre 
Pierre, né à Bordeaux, le 28 février 1780; 
le père signe « Pierre Bouissavy » (D° N° 
811 acte ^50) — Du second lit : 3 et 4 
autre Pierre, et Jacob, nés à Bordeaux 
le 26 août 1784 ; le père signe « Bouisse- 
vain » (D" N" '814 actes 84 et 85) — s 
Mari , née à Bordeaux le 30 décembre 
1787 ; le père signe « Bouissavain » (D° 
acte içS). Pierre Meller. 



Recherches sur Lafosse (XLIII ; 
XLIV, 23). — Dans l'ouvrage du P. Le- 
long (page 187) nous trouvons l'extrait 
suivant : « Fosse (Antoine la), poète né 
à Paris vers 1658, fils d'un orfèvre 
et frère du peintre, mort à Paris le 2 no- 
vembre 1708 ». Quelqu'un pourrait-il 
nous indiquer où se trouve le portrait de 
Lafosse qui était le neveu et non pas le 
frère dupeintre. comme le dit le P.Lelong. 
L'ouvrage du P. Lelong porte ce titre : 

Table générale du recueil de titres con- 
cernant l'Histoire de Fiance, tirés tant des an- 
ciens manuscrits que des mémoires généraux 
et pièce?- fugitives du temps, par M. Gaspard 
Moyse de Fontarrieu, conseiller d'Etat ordi- 
naire. Table par le P. Lelong. 

Détourbet ou Destourbet (XLIII). 
— Nicolas-Joseph Détourbet, chevalier de 
la Légion d'honneur, ancien membre du 
Conseil général de la Côte-d'Or, ancien 
Président du Comité central d'aajricul- 
ture, est décédé le 7 janvier 1889, à l'âge 
de 87 ans, au château de Vantoux. Il lais- 
sait une veuve, née Victorine-Joseph Ré- 
mond ; un fils, M. Edmond Détourbet, 
ancien avo:at-général, avocat, et une fille 
Mftrt«-Victor!n«-A<tèl«, qui épousa, k 5 



N« 938.] 



L'INTERMEDIAIR 



7 1 



72 



avril 1868. M. René Bérenger, avocat 
général à Lyon, aujourd'hui sénateur. 
Duclos des Erables. 



* 
* * 



Une amie de ma famille, madame veuve 
Dalleux, née Nathalie Detourbet, est décé- 
dée à Paris, xvu e arrondissement, le 12 
avril 1900. Cette famille est originaire 
de la Haute-Marne et a ensuite habité 
Compiègne ; elle s'est apparentée aux 
familles Le Duc de Chantereine et Esman- 
gartde Bournonville.Voir Mazas et Anne, 
Histoire de l'ordre de Saint-Louis, t. III, 
p. 6 10. Madame veuve Delleux a laissé un 
frère, Léo Detourbet, et une fille, mariée à 
Edmond Lassale. Th. Courtaux. 



* 
* * 



Ce nom est actuellement porté par une 
très honorable '.famille de Bourgogne, 
alliée à celle de M. le sénateur Bérenger. 
Madame Detourbet habite le château de 
Vantoux, près de Dijon. Son fils, 
M. Edmond Detourbet, ancien avocat 
général, est depuis peu fixé à Paris, 31, 
rue de Tournon. Son petit-fils, M. Robert 
Detourbet, est attaché à l'ambassade de 
France à Rome. L. H. 



* 
* * 



On connaît dans les lettres, Régnier 
Destourbet, né à Langres en 1804, mort 
en 1831 ou 32, à 27 ans, après avoir fait 
représenter, avec succès, différentes pièces 
sur les théâtres parisiens. L'Intermédiaire 
s'est longuement occupé de lui, XXVIII, 
696 et XXIX, 196, 354. (T. G. 759). 

J. C. Wigg. 



* 
* * 



Sur le littérateur Hippolyte Régnier 
d'Estourbet, né à Langres en 1804 et 
mort à Paris le 25 septembre 1832, Voy. 
h Biographie Universelle, La Fiance litté- 
raire t. Vil, p. 506, et la Littcratuie 
française contemporaine, t. VI, p. 145. 

Gustave Fustier. 

Le général du Martray (XLIII). — 
Amiens Pla/o, sedmagis arnica vciitas. — 
Désireux d'être renseigné sur l'auteur 
d'un ouvrage intitulé : Maximes, conseils 
et instructions sur l'art de la guerre, qu'une 
note d'un catalogue de librairie donne 
comme ayant été attribué depuis long- 
temps au maréchal Bugeaud, mais qui 
serait véritablement du général du Mar- 
tray ,j'ai demandé des renseignements sur 



ce général, dont je suis presque certain 
d'avoir vu le nom quelque part, et j'ai 
ajouté qu'il ne pouvait être le même que 
M. le général Bonneau du Martray, 
auteur de différents ouvrages que j'ai 
cités, qui n'avait été autorisé qu'en 1850, 
à ajouter à son nom patronymique celui 
de « du Martray » Ces deux noms, en effet, 
ne sont pas identiques, et d'autre part, je 
ne voyais pas de raisons pouvant em- 
pêcher M. le général Bonneau du Martray 
de signer de son nom l'ouvrage en ques- 
tion, alors qu'il en avait signé d'autres. 

La îéponse de notre collaborateur pa- 
raissant faire dévier ma question en une 
autre, qui ne me paraît rien avoir à y voir, 
je me contente de la maintenir sous la 
même forme, et de répondre seulement 
que j'ai, en écrivant, tous les terriers de 
Semelay depuis 1527 au moins, sous les 
yeux, et autres documents probants; que 
je crois connaître tous les noms de famille 
et de fiefs de cette contrée depuis cette 
époque, que le Martray ne figure pas au 
nombre des fiefs du duché du Nivernais 
dans le dictionnaire de Soultrait ; que les 
terres de ce village étaient tenues en 
bordelage des seigneurs de la Montagne 
et du Prieuré de Saint André-lès-Luzy, 
Avrée et Semelay réunis, par différentes 
familles dont, en effet, une ou mieux 
plusieurs branches du nom de Bonneau 
dont je connais même la date de l'affran- 
chissement, etc. 

Ceci dit et sans rechercher les raisons 
certainement des plus honorables, qui ont 
pu porter M. le général Bonneau à de- 
mander l'adjonction, à un nom patrony- 
mique, des plus estimés, celui des du 
Martray, je suis heureux de rendre hom- 
mage au savoir, à la haute bienveillance 
et au mérite militaire de ce général qui 
compte d'excellents étals de service. 

Ln. G. 



Le mot de Galilée (XLIII). — 
Conformément à l'opinion de M. A. Pa- 
radati, et pour fournir à M. Y. S., quel- 
ques autres arguments sur la question 
posée, je prends la liberté de lui citer 
quelques lignes, du Dictionnaire Je théo- 
logie de l'abbé Bergier, chanoine de l'é- 
glise de Paris, — article « Sciences », 
(Edition 1844, Lille, — chez Lefort (li- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[ 20 juillet 1901 



73 

de 



74 



l'archevêque de 



braire), imprimeur 
Cambrai : 

En 161 1, pendant son premier voyagea 
Rome, Galilée fut admiré et comblé d'honneurs 
par les cardinaux et les grands seigneurs aux- 
quels il montra ses découvertes. — Il y re- 
tourna en 1615 . sa seule présence déconcerta 
les accusations portées contre lui. 

Le cardinal del Monte et divers membres 
du Saint-Office lui tracèrent le cercle de pru- 
dence dans lequel il devait se renfermer; 
mais son ardeur et sa vanité l'emportèrent 
— « 11 exigea, dit Guichardin, dans ses dé- 
pêches du 4 mars 1616, que le pape et la 
Saint-Office déclarassent le système de Coper- 
nic fonde sur la Bible ». Il écrivit mémoires 
sur mémoires; Paul V. fatigué par ses instan- 
ces, arrêta que cette controverse serait jugée 
dans une congrégation. 

Laquelle décida seulement que l'opinion du 
mouvement de la terre ne s'accorde pas avec 
la Bible, et n'intéressa point personnellement 
Galilée, dans le décret. 

Rappelé à Florence, en juin 1616, il eut 
auparavantune audience du pape, ou Bellar- 
min lui fit défense, au nom du Saint-Siège, 
de parler davantage de l'accord piétendu entre 
la Bible et Copernic, sans lui interdire aucun 
hypothèse astronomique. 

En 1632 , sous Urbain Vil, Galilée imprima 
ses célèbres dialogues. 

Délie due massime système dcl mondo 
avec une permission et approbation supposées 
contre laquelle personne n'osa réclamer, et il 
fit paraître ses mémoires écrits en 1616, où il 
s'efforçait d'ériger en question de dogme la 
rotation de la terre sur son axe. On prétend 
que les jésuites excitèrent contre lui la colère 
du pape. 

« Il faut traiter cette affaire doucement, 
écrivait le marquis Nicolini, le s septembre 
1632 : si le pape se pique, tout est perdu ; il 
ne faut ni disputer, ni menacer, ni braver». 
C'est ce que faisait Galilée. Cité à Rome, il y 
arriva le 3 février 163?. — 11 ne fut point 
logé à l'Inquisition, mais dans l'appartement 
du fiscal, avec la liberté de correspondre avec 
l'ambassadeur, de se promener, et d'envoyer 
son domestique au dehors. 

Après dix-huit jours de détention à la Mi- 
nerve, il fut renvoyé au palais de Toscane. 
Dans ses défenses, il ne fut pas question du 
fond de son système, mais toujours de sa pré 
tendue conciliation avec la Bible. — Après la 
sentence rendue, et la rétractation de Galilée 
sur le point contesté, il fut le maître de re- 
tourner dans sa patrie. 

L'année suivante, il écrivait à son disciple 
le père Receneri : « Le pape me croyait digne 
de son estime .. je fus logé dans le délicieux 
palais de la Trinité-du-Mont... J'ai été obligé 
de rétracter mon opinion en bon catholique... 



Pour me punir, on m'a défendu les dialogues 
et congédié après cinq mois de séjour à 
Rome... Aujourd'hui je suis à ma campagne 
d'Arcêtre où je respire un air pur auprès de 
ma chère patrie... (Voir le Mercure de France 
du 17 juillet 1784, n° 29). L. Roos. 

Descendance des grands hommes 
de la Révolution (XXXV ; XXXVI ; 
XXXVII ; XXXVIII ; XXXIX ; XL ; XLI ; 
XLII ; XLIII). - De la Croix : 

Au moment où M. Loubet va visiter notre 
Prytanée militaire de la Flèche, il est inté- 
ressant de rappeler un arrêté de Bonaparte qui 
envoyait à cet établissement un élève portant 
un nom célèbre. 

Nous l'empruntons à Y Intermédiaire des 
chercheurs et curieux : 

Paris, 8 vendémiaire an IX (50 septembre 
1800). — Article premier. — Le jeune Horace- 
Camille Desmoulins, dont le père, membre de 
la Convention nationale, est mort sur l'écha- 
faud victime du tribunal révolutionnaire de 
Paris, est nommé élève du Prytanée français. 

Bonaparte. 

11 serait curieux de savoir ce que devint le 
fils du conventionnel protégé par Bonaparte. 

Horace Desmoulins, passé en Amérique, 
au retour des Bourbons, y est mort presque 
aussitôt. 

A ce propos, pourrait-on demander, à 
M. Jules Claretie, par exemple, s'il existe 
un portrait authentique de Lucile ? 

- L. M 

Les preuves de l'improbité de 
Barras (T. G., 88 ; XLII). — Le 9 juin 
181 6, à Sainte-Hélène, Napoléon parla de 
Barras, disant : « Quand il sortit du Di- 
rectoire au 18 brumaire, il lui restait 
encore une grande fortune ; il ne la dissi- 
mulait pas. 

« Cette fortune n'était pas, il s'en faut, de 
nature à avoir influé sur le dérangement 
des finances ; mais la manière dont il 
l'avait acquise, en favorisant les fournis- 
seurs, altéra la morale publique ». (Mé- 
morial de Sainte-Hélène, II, 508, dans 
l'édition Garnier, en 4 vol. in-18). 

Nauroy. 

Cromwell (XXXVI11; XL).— A Sainte- 
Hélène, Napoléon fut gardé par le 53™° de 
grenadiers anglais ;le capitaine du i* r ba- 
taillon s'appelait Young-Husband, et sa 
femme était une arrière- petite-fille de 
Cromwell (Gourgaud, Sainte-Hélène, 3 rae 
édition, I, 162, note des éditeurs). 

Nauroy. 



N' 958-1 



LïNTERMHDIAIKh 



75 



76 



Le lion de "Waterloo en 1832 

(XLIII). — La question fut posée pour la 
première fois le 11 octobre 1900, par 
M. Georges Barrai, le brillant narrateur 
de l'épopée de Waterloo, dans le Franc- 
Tireur de Bruxelles. Et il importe d'en 
reproduire exactement les termes : 

Au musée de Bruxelles, rue de la Régence, 
au rez de-chaussée, il y a un lion qui porte 
comme Inscription : Modèle du lion de Wa- 
terloo. Ce lion dresse la queue avec énergie. 
Le lion de la plaine la replie avec placidité. 
D'où vient cette différence ? . 

La légende dit qu'en 1831 ou 1832, les sol- 
dats fiançais voulurent anéantir le monument. 
Le maréchal Gérard accourut et vit des fan- 
tassins suspendus à la queue essayant de la 
briser. La queue fut raccommodée et modi- 
fiée aux frais de la France. 

Mais la légende est assez obscure et varia- 
ble à ce sujet. D'une part, elle prétend que 
c'est en août 1831 que le fait arriva, lors de 
la première démonstration des Français en fa- 
veur des Belges. D'autre part, elle soutient 
que le fait se produisit en 1832, lorsque les 
troupes françaises continuèrent leur route 
jusqu'à Anvers. Enfin, une autre version est 
négative et prétend que l'incident est con- 
trouvé. . . 

M. Léon Van Neck, rédacteur en chef 
du Franc-Tireur — et secrétaire du co- 
mité franco-belge de Waterloo. — écri- 
vit à ce propos au directeur général de la 
société qui possède aujou d'hui les an- 
ciens établissements de John Cockerill, à 
Seraing, où fut fondu le lion. M. Greiner 
lui répondit : 

Nos archives ne contiennent rien au sujet 
du lion de Waterloo. 11 a été coulé vers les 
années 1828 à 1S30, avec de la fonte ordi- 
naire. Nous avons gardé le modèle pendant 
une vingtaine d'années, après quoi il a été 
détruit. Ce modèle indiquait que le lion avait 
la queue en l'air, et nous sommes certains que 
c'est ainsi qu'il a été coulé. Nous ignorons 
pourquoi la queue est pendante. 11 est possi- 
ble que ce soit à la suite de l'incident que 
vous mentionnez. 

Cette lettre semblait décisive. « Elle me 
« paraît concluante, écrivait le 12 juin 
« dernier encorcM. Jules Claretie dans le 
«Journal. Et il y a quelque chose de jo- 
« vial et de bien gaulois dans cette 
<\ gouaillerie de troupi rs renonçant à 
* faire s»ut«r le lion, mai» essayant de 
,. ! i donner t ! ;»*pKl newuul du reiwd. 



« qui a la queue coupée. Gavroche devait 
« faire partie des petits pioupious du 
» maréchal Gérard ' » 

Mais dans l'entre-temps, le Petit Bleu 
de Bruxelles, saisi à son tour de la ques- 
tion par M. Georges Barrai le i° r juin 
1 90 1 , avait ouvert une de ces enquêtes 
que notre grand confrère illustré dirige 
avec une si belle rigueur scientifique. II 
reçut des lettres de M.J. Van Malder- 
ghem, l'éminent archiviste de la ville de 
Bruxelles ; de M. René Van Bastelaer, 
conservateur - adjoint d 1 cabinet des 
estampes de la Bibliothèque royale de 
Belgique ; de M . Léon Van Neck ; de moi- 
même Chose curieuse, cette enquête 
passionna à tel point le public que la 
« queue du lion de Waterloo » devint 
une scie ; qu'un humoriste du Messager 
de Bruxelles put annoncer une prochaine 
chanson anglaise : Hoiv was liis tait ? Up 
or down ? ... Et lo sque, le 18 juin, nous 
accomplîmes, Français et Belges, sous la 
conduite du major Eugène Cruyplants (le 
savant historien des Conscrits de 181 ?), 
un pieux pèlerinage au champ de bataille, 
nous discutâmes derechef le problème en 
face de la butte du lion, — située, pour 
le dire en passant, sur le territoire de la 
commune de Braine- l'Alleud. 

Je dois avouer qu'il me semble dès à 
présent résolu, ce problème ; et la solu- 
tion n'est point celle que semblaient 
annoncer les premiers documents, les 
seuls qu'ait connus M. Claretie. 

D'après la tradition, la tentative de 
déboulonnement du lion de Waterlo.") a 
eu lieu en 1831 ou en 1832. Car tandis 
que l'Angleterre, la prétendue « mar- 
raine » de la Belgique, jouait le rôle équi- 
voque révélé par des publications récen- 
tes, à deux reprises et très chevaleres- 
quement les Français aidaient les Belges 
à se constituer en nation libre 

Pour 1831. il existe un texte contem- 
porain infiniment curieux. Dans la Némé- 
sis qui parut à Paris le 21 août 1831, 
Barthélémy s'adresse en ces termes aux 
soldats français qui reviennent sans avoir 
combattu, les Hollandais s'étant repliés à 
leur approche : 

Du moins, votre valeur, en naissant étouffée, 
Laisse une trace encor sur le sol ennemi ; 
Vos mains ont abattu cet insolent trophée 
Eteui qui, p<nd*iii quint* ans (*rt/, nstf» 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



77 



C'est bien ; à l'avenir, l'orgueilleuse Angleterre 
Ne paradera plus devant ce grand tableau, 

Et de ce hochet militaire 
La chute a réjoui les morts de Waterloo. 

Une démonstration hostile au lion 
avait-elle donné lieu à la fausse nouvelle 
de la destruction du monument ? C'est 
possible ; mais, en ce cas, elle a dû être 
bien anodine. D'après les étapes de l'ar- 
mée française, elle n'a guère pu se pro- 
duire que le 12 ou le 13 août ; or, aucun 
journal, aucun auteur n'en fait mention ; 
et à l'ode composée à Paris par un en - 
thousiaste poète prompt à prendre ses 
désirs pour la réalité, habile aussi à ma- 
nier l'ironie, il convient d'opposer une 
lettre du général Marbot, datée de Tirle- 
mont le 18 août, au moment où le quar- 
tier général de l'armée française venait 
d'être établi en cette ville : «J'ai vu le 
«monument de Waterloo, dit Marbot; 
« nos troupes l'ont respecté, et c'est bien, 
« puisque les alliés avaient respecté la 
«Colonne. » (Mémoires du gênerai baron 
de Marbot, tome III, pages 408-409). 
C'est tout... 

Daterait-il de 1832, l'incident ? 

Jules Vallès, dans un article sur Water- 
loo, resté longtemps inédit, publié enfin 
par la Revue Universelle le 22 juin 1901, 
écrivait : « Le guide nous conte qu'en 
« 1832, on avait voulu faire sauter la 
« statue, qu'on l'avait trufïée de bombes; 
« le maréchal Gérard, averti, avait placé 
« un factionnaire sous la queue ». La 
plus ancienne version écrite que je con- 
naisse de l'historiette est celle de Léon 
Gozlan, recueillie sans aucun doute, elle 
aussi, à Braine-l'Alleud (Waterloo trente- 
quatie ans après la bataille .dans la Revue des 
Deux-Mondes, 15 août 1849, page 66ç) : 

Lorsque l'armée française, allant au siège 
d'Anvers, passa au pied de la montagne du 
lion, elle éprouva un si vif sentiment de dou 
leur et d'orgueil blessé qu'elle résolut de jeter 
bas ce lion insolent. Le fils se trouvait en pré- 
sence de l'outrage fait au père. En un clin 
d'oeil, des échelles furent appuyées contre le 
piédestal par les soldats du génie, et l'œuvre 
de démolition allait commencer. Toute notre 
jeune armée applaudissait du cœur, de la voix 
et des mains. Malheureusement (la raison veut 
qu'on dise heureusement), le maréchal Gérard 
fut prévenu à temps, et il s'opposa à cet acte 
de patriotique vivacité. Lui seul, dont la con- 
duite fut si noble et si belle à Waterloo, avait 
H drait de se faire tfcàuUf slas kt'aves Rgldat» 
pteés »9ua m arârs?» 4è désarmât' leur gslèra, 



78 



20 Juillet 1901 



Ils obéirent ; mais avant de lever le siège, ils 
souffletèrent le lion de plusieurs coups de 
fusil, dont les marques sont encore emprein- 
tes sous sa gueule, et, pour mieux l'avilir 
dans la postérité, ils lui coupèrent un mor- 
ceau de la queue. 

Je l'ai vainement cherchée, cette histo- 
riette, dans les journaux belges de 1832 
— loyalistes et orangistes ; dans le Moni- 
teur français, qui a publié en novembre et 
décembre 1832 les rapports du maréchal 
Gérard ; dans les nombreuses biographies 
du maréchal, notamment dans la belle 
notice qui figure au tome II de la 
Lorraine militait e de Jules Nollet-Fabert ; 
dans les Récits de campagne du duc 
d'Orléans ; etc. Si elle était vraie, Gende- 
bien n'en eût-il point tiré argument à la 
Chambre des représentants belge lorsqu'il 
proposa, le 29 décembre 1832, au moment 
où l'armée française se retirait, de subs- 
tituer au lion de Waterloo des emblèmes 
funèbres; Lefebvre-Meuret n'en eût- il 
point tiré argument au Sénat lorsqu'il 
proposa, le lendemain, de convertir ce 
lion en médailles commémoratives du 
siège d'Anvers ? Et comment Duval de 
Beaulieu eût-il pu répondre à Lefebvre- 
Meuret : « Ce monument est élevé à la 
« gloire des vainqueurs, mais il n'insulte 
« pas aux vaincus. Peut-être l'armée fran- 
« çaise, en passant devant le tertre où il 
« est placé, a-t-elle dit : Voilà un signe 
«qui nous rappelle une défaite. Nous 
«allons à Anvers; eh bien, là, nous 
« l'effacerons par la gloire que nous allons 
« cueillir » ? 

Notez, encore une fois, qu'à ce moment 
même les soldats français regagnaient la 
frontière, acclamés par les Belges, et 
qu'aucun journal ne signale, pas plus à 
leur départ qu'à leur arrivée, le prétendu 
épisode de Braine-l'Alleud. 

Mais voici qui est plus probant encore: 
On connaissait très mal jusqu'ici la 
« chronologie » du monument de Waterloo. 
J'ai pu l'établir de façon rigoureuse et dé- 
montrer en même temps une grave erreur 
de date dans la lettre, rappelée plus 
haut.de M.Greiner.le directeur actuel des 
établissements Cockerill, erreur qui ne 
permet plus d'accepter sans preuve 
cette autre affirmation de l'éminent 
ingénieur que le lion avait, lorsqu'il 
fut « inauguré »>, la qu«ue «m l'air ; 

U prpj«^ du monument; SQflfu par 



N°Q38 



L'INTERMEDIAIRE 



79 



80 



l'architecte Vanderstrate, a été approuvé 
par le gouvernement des Pays-Bas vers 
la fin de 18 19 (voir le Mercure belge, 
tome VIII, page 444). La butte a été com- 
mencée en 1824 {Journal de Bruxelles, 
24 juillet 1824, 3 e page). En 1825, De 
Cloet, dans son Voyage pittoresque dans 
le royaume des Pays-Bas, écrivait : « Ce 
« monument sera surmonté d'un piédestal 
« supportant un lion colossal en fer de 
« fonte Les travaux sont assez avancés 
« pour qu'on puisse en fixer le terme à 
« l'été prochain ». Et au commencement 
de 1827, l'avocat J. Gautier, auteur d'un 
volume intitulé le Voyageur dans le 
royaume des Pays-Bas, dit, à la page 50 de 
son livre : « Un lion colossal, sorti des 
« ateliersde M.CockerilI, près deLiège,est 
« placé, non loin de Waterloo, sur un pié- 
« destal qui surmonte un monticule en 
«terre de 160 aunes de diamètre sur 
« 43 de hauteur ». Le lion, œuvre du 
sculpteur Jean-Louis Van Geel, avait, en 
effet, été hissé sur son piédestal le 
28 octobre 1826 (Journal de Bruxelles, 
5 novembre 1826, 3 e page). 

Eh bien, il existe, notamment au cabi- 



net numismatique 
royale de Belgique, 
mémoratives datant 



de la Bibliothèque 
des médailles com- 
de cette époque et 



représentant le lion tel qu'il est aujour- 
d'hui, la queue pendante. La belle 
Bibliographie de la numismatique belge de 
M. Georges Cumont, et, spécialement, 
l'étude de Renier Chalon sur les mé- 
dailles de Waterloo publiée en 1877 dans 
notre Revue de numismatique, donnent à 
ce sujet toutes les indications nécessaires. 
Je me bornerai à citer une médaille de 
bronze gravée par Braemt, qui représente 
le lion de Waterloo au sommet du tertre, 
avec ces inscriptions : Monumenium 
lVaterlcœum(s\c)erectum MDCCCXXIV 
— Vanderstrate dir. Van Geel sculpt. Braemt 
inc. 

Et, je le répète, ce lion sculpté par Van 
Geel, est figuré comme nous le voyons 
aujourd'hui, la queue pendante. 

Les plus anciennes gravures que l'on 
possède en donnent la même image. 
M. René Van Bastelaer a signalé, par 
exemple, le projet graphique du monu- 
ment, inséré en 1819 dans le Mercure 
belge ; une lithographie de Jobard de 

1827 ; une vignette deJ.-B. De Bouge de 

1828 ; une autre lithographie de Jobard 



non datée, mais évidemment antérieure à 
1830, puisque l'établissement des frères 
Jobard disparut cette année-là. Et M. Léon 
Van Neck m'a communiqué une planche 
tout aussi démonstrative des Châteaux et 
Monumens des Pays-Bas, publication qui 
parut en 1829 pour servir d'annexé au 
Voyage pittoresque de De Cloet, dont j'ai 
invoqué déjà le témoignage. 

La tradition du « renversement » de 
la queue du lion est donc une légende, 
comme mainte autre tradition locale se 
rapportant à la journée fameuse du 
i8juin 1815. 

Mais j'ai voulu rechercher au sommet 
du monument lui-même si certaines par- 
ticularités techniques ne venaient point 
contredire ma thèse. « Que diable ! écri- 
« vait un Bruxellois au Petit Bleu, à pro- 
« pos de la lettre de M. Georges Barrai, 
« on ne tord pas la queue d'un colossal 
« lion en fonte comme on ferait de celle 
«d'une vache ; et si les soldats du maré- 
« chai Gérard ont modifié la position de 
« cet appendice caudal ou forcé les Belges 
« aie remplacer par un autre, le monument 
« doit en avoir gardé les traces. » 

Cette vérification, un de mes amis, 
M. Henry Van Meerbeeck, de l'adminis- 
tration des bâtiments civils, a bien 
voulu la faire pour moi, non sans effa- 
roucher les moineaux qui nichaient dans la 
gueule du colosse, — et elle tranche défi- 
nitivement la question. Le lion, en fonte 
de fer (et non en bronze de canons français, 
comme on l'a prétendu longtemps), a été 
coulé en plusieurs pièces. Or, il suffit 
d'examiner la façon dont une de ces 
pièces, la queue, se rattache à la croupe, 
d'étudier de près les joints, l'assemblage, 
pour être certain qu'il n'y a eu là aucune 
modification. Bien plus, et ceci est dé- 
cisif, dans le socle sur lequel repose 
l'animal, socle coulé d'une pièce, il 
existe des sabots « venus de fonte »,c'est- 
à dire ménagés dès l'origine, faisant corps 
avec ce socle, et destinés à fixer les griffes 
et l'extrémité de la queue du lion. 

Ceci doit mettre fin à toute contro- 
verse. 

Je suis d'accord avec M. Barrai sur le 
caractère peu imposant du monument, 
bien que ce lion à la queue pendante soit 
aussi le lion de la Révolution belge de 
1830. Le 3 octobre 1834, déjà, la duchesse 
de Broglie écrivait à Barante : « Nous 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 juillet 1901 . 



81 



82 



« avons passé sur le champ de bataille de 
« Waterloo. Cela émeut beaucoup, mais 
<< fait beaucoup plus penser à la grandeur 
« de l'homme tombé qu'à ceux qui l'ont 
« vaincu. Ce lion qu'on a élevé dans ce 
« grand champ désert, a beaucoup plus 
« l'air d'être l'image du vaincu que celle 
« du vainqueur. » (Souvenirs du baron de 
Bavante, tome V, page 157;. 

Et il est possible que le sculpteur ait, au 
début, conçu son œuvre de façon diffé- 
rente, la modifiant à la veille de l'exécu- 
tion pour des raisons de goût personnel 
ou, tout bonnement, afin que la queue ne 
fût point brisée par les tempêtes. Mais on 
ne peut, pour élucider cette question, de 
très minime importance d'ailleurs, invo- 
quer ni la lettre de M. Greiner, devenue 
suspecte depuis que j'y ai signalé d'évi- 
dentes erreurs, ni le lion non signé du 
Musée de Bruxelles, maintenant relégué 
dans les caves avec une foule de « mor- 
ceaux » aux attributions les plus fantai- 
sistes. L'œuvre a été exécutée telle que 
nous la voyons aujourd'hui : voilà la 
conclusion essentielle du débat 

Ainsi aura été complètement élucidé, 
au lendemain du 86 e anniversaire de la 
bataille de Waterloo, le problème qui, 
depuis plusieurs années, préoccupait 
M, Georges Barrai et beaucoup d'autres 
napoléonisants. Si M me Edmond Rostand, 
répondant à l'invitation de M. Jules Cla- 
retie, peut apporter à Y Intermédiaire un 
témoignage de son glorieux aïeul, le ma- 
réchal Gérard, à propos de la prétendue 
intervention des soldats français, ce sera, 
j'ose l'affirmer d'avance, un témoignage 
négatif, qui n'en sera d'ailleurs pas moins 
précieux pour l'histoire. 

A. Boghaert-Vaché. 

Le citoyen Marine- (XLIII). — Son 
nom se rencontre souvent dans les ou- 
vrages écrits par des prisonniers, échap- 
pés à la guillotine. Voici ce que dit de 
lui le dictionnaire de Prudhomme : 

Marinot (Jean-Baptiste), peintre en porce- 
laine et administrateur de police de Paris, y 
demeurant, âgé de 37 ans, né à Sceaux dépar- 
tement de la Seine, envoyé à Lyon pour diri- 
gei les poursuites contre les citoyens de Lyon 
après le siège, condamné à mort comme com- 
plice de la conspiration de 1 étranger et de 
l'assassinat du représentant du peuple Collot 
d'Herbois ; il a été conduit à l'échafaud avec 
une chemise rouge. 



La« Biographie nouvelle des contempo- 
rains y> (1823) entre dansplus de détails. 
On doit en trouver encore plus dans celle 
dite de Leipsig, 1806 ; mais je ne l'ai pas 
sous la main ; enfin le compte-rendu du 
retentissant procès du 29 prairial an II, 
est une source à consulter. 

Dans ma collection de papiers révolu- 
tionnaires, je possède un passe - port 
délivré ou visé à Lyon en 1793, par ce 
Marino ; mais le personnage me paraît 
bien obscur pour que sa signature puisse 
avoir quelque intérêt même pour M. A. S. 
Ch. de Bonnechose. 



¥ * 



Marino, Jean-Baptiste, agent révolu- 
tionnaire français, né à Sceaux, en 1767, 
guillotiné à Paris, en avril 1794. Il était 
peintre en porcelaine lorsque éclata la 
Révolution, et quittait souvent son atelier 
pour fréquenter les clubs. Sa véhémence 
lui fit une certaine réputation ; le 10 
août 1792, il fut l'un des membres de la 
Commune insurrectionnelle qui s'empara 
de l'Hôtel-de-Ville, et fit massacrer le 
commandant général Mandat. Marino 
montra beaucoup d'activité dans cette 
sanglante journée. Il devint ensuite admi- 
nistrateur de police, et en 1793, il présida 
la commission extraordinaire instituée à 
Lyon après la prise de cette ville. Plus 
libertin que cruel, il se fit chasser par 
Collot d'Herbois, et devint dès lors son 
ennemi implacable. A Paris, il fut chargé 
de la police des prisons et de la sur- 
veillance delà morale publique. Il abusa 
des facilités que lui donnait sa place pour 
commettre de nombreux méfaits, et en 
avril 1794, Pons (de Verdun) le dénonça. 
Marino fut décrété d'accusation et envoyé 
devant le tribunal révolutionnaire, qui le 
condamna à la détention perpétuelle. Il 
était sous les verrous lorsque L'Amiral 
tenta d'assassiner Collot d'Herbois(22 
mai 1793) jMarino fut, on ne sait trop 
comment, déclaré complice de L'Amiral. 
Condamné à la peine des parricides pour 
attentat sur un des membres de la repré- 
sentation nationale, il fut conduit à l'écha- 
faud en chemise rouge. «Biographie géne- 
lale, Firmin Didot t.JJ. 

P.c. c. Ch. Rev. 

* 
* # 

Jean-Baptiste Marino est né à Sceaux, 

près Paris, en 1767. Il n'était pas peintre 



N» 938. 



83 



L'INTERMEDIAIRE 



84 



en porcelaine, comme le dit notam- 
ment le Dictionnaire de la Révolution 
de Décembre-Alonnier? mais tout 
simplement « marchand de porcelaine, 
maison Egalité, 198 ». 

Je ne crois pas qu'il ait été directeur de 
la prison du Luxembourg. 

Sa vie publique date de 1792. Il fait 
alors partie de la Commune insurrection- 
nelle. Plus tard, en 1793, la commission 
des Douze le fait arrêter, en même temps 
qu'Hébert : Marino était alors adjoint à 
l'administration de la police. 11 dut sa 
liberté à la révolution du 3 1 mai. 

On le trouve ensuite agent du comité 
de sûreté générale à Lyon, et le Moniteur, 

le 
le 



1793, publie 
mission, puis, 



a la date du I er oct 

compte-rendu de sa 

11 février 1794, une lettre adressée par 

lui à la Commune sur lesdivisions excitées 

entre la troupe et l'armée révolutionnaire. 

et sur la nécessité de démolir la ville 

(Lyon). » 

En mars 1794, il esta Paris, toujours 
administrateur de police. Un soir, com- 
mandant une patrouille, rueMontorgueil, 
il entre en conflit avec Pons (de Verdun), 
député à la Convention, qui, à la tribune, 
l'accuse d'avoir outragé la représentation 
nationale en sa personne, et, sur la pro- 
position de Charlier, député de Chalons, 
il est décrété d'arrestation ; on l'écroua à 
Port-Libre. 

Destitué de ses fonctions d'administra- 
teur de police par arrêt du Comité de sa- 
lut public du 27 du même mois de mars 
(9 germinal an II), il est renvoyé de- 
vant le tribunal révolutionnaire, sur un 
rapport de Voullant à la Convention 
(séance du 13 avril), et, trois jours après, 
il est acquitté ; mais, considéré comme 
suspect, il est néanmoins maintenu en 
état d'arrestation « jusqu'à la paix ». 

Marino est à Picpus le 29 germinal 
(18 avril), à Sainte-Pélagie le 13 flo- 
réal (2 mai) C'est de cette dernière pri- 
son qu'il fut extrait le 26 prairial (4 juin), 
pour comparaître à nouveau devant le 
Tribunal révolutionnaire comme com- 
plice du baron de Bat/., (procès dit des 
Cinquante-Quatre), 29 prairial (17 juin 
1794), et exécuté le même jour, place du 
Trône, renversé, à 4 h. du soir (fournée 
ià*» « Chemines hau^s »). H était âgé de 



tribu 



3 ; ans, d'après Wallon (Hist. du 
nal révol., t. iv, p. 258). 

Quant aux actes dont il se serait rendu 
coupable pendant l'exercice de ses fonc- 
tions d'administrateur de police, et dont 
on trouve le récit dans Prud'homme, 
Crimes de la Révolution, t. V, p. 226 ; 
dans les Essais historiques sur les causes et 
les effets de la Révolution, de Beaulieu, 
t. V, p. 33s. je crois qu'il convient 
de ne les accepter qu'avec une extrême 
réserve. Edmond Beaurepaire. 



* * 



Vers la fin du Second empire il y eut une 
fameuse affaire judiciaire, dite * des em- 
poisonneuses de Marseille », dans laquelle 
devait figurer un nommé Marino. 

CÉSAR BlROTTEAU. 

Chansons sur l'Angleterre et les 
Anglais (XLII; XLI1I). — A noter aussi ce 
couplet, sur l'air de Joconde, adressé par 
Grouvelle au vicomte de V. qui partait 
pour son régiment : 

Adieu, beau chevalier français, 
Quand vous quittez nos femmes, 
Faites payer cher aux Anglais 
Les douleurs de ces dames. 
Mars et l'Amour ornent vos mains, 
Il faut finir vos preuves : 
Allez faire autant d'orphelins 
Que vous laissez de veuves. 

V. A. 






Quand j'étais petit, comme notre con- 
frère le vicomte de Ch. — il y a long- 
temps i _ j'ai entendu chanter le refrain 
dont il parle, mais avec cette variante, 
que les Anglais étaient remplacés par « les 
jésuites ». Le texte est resté dans ma 
mémoire sous cette forme : 

Les jésuites n'auront pas 
La tour de Saint-Nique, Nique, 
Les jésuites n'auront pas 
La tour de Saint-Nicolas ! 
Quelle peut être l'origine de ces deux 
versions du même refrain ? 

Je me souviens aussi d'une chanson de 
matelot, dans le genre de celle du Ven- 
geur dont le refrain était : 

Vive à jamais le Roi de France ! 
M.... pour celui d'Angleterre 
Qui nous a déclaré la guerre ! 
Quelqu'un de nos confrère:» peut-il re- 
trouver Cette chanson in-e:*tenso ? 



85 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



86 



3o juillet 1901 



* 
* * 



M. le vicomte de Ch. cite une chanson 
que lui chantait son père il y a environ 
70 ans : 

Les Anglais ne prendront pas 
La tour de Saint-Nicolas. 
A peu près à la même époque, une 
vieille bonne me berçait avec un refrain 
analogue sans couplets. Mais au lieu d'an- 
glais il s'agissait de jésuites: 
Les jésuites n'auront pas 
La tour de Saint nique, nique, nique. 

Quelle est la version officielle ? 

Avec l'obstination d'un enfant curieux, 
je demandais bien souvent quelle était 
cette tour convoitée de Saint-Nicolas, 
mais ni bonne, ni parents, ni petits amis 
ne pouvaient m'éclairer. Encore aujour- 
d'hui, je ne serais pas fâché de savoir 
quelle était cette tour convoitée par les 
jésuites et les Anglais. 

Martellière. 



* 



Moi aussi « quand j'étais petit » 
j'ai entendu la chanson à l'air guillere 
dont parle M. le vicomte de Ch., et, 
chose curieuse, dans des circonstances 
toutes pareilles. C'était une de mes tan- 
tes, née au début du xix e siècle, qui me 
la chantait, en me faisant sauter sur ses 
genoux. Il paraît donc que cette chanson 
était destinée à accompagner ce genre 
d'exercice. Mais, dans la mienne, il n'é- 
tait pas question d'Anglais. C'étaient les 
jésuites qui faisaient les frais de son uni- 
que couplet : 

Les jésuites n'auront pas 
Les tours de Saint-Nique-Nique, 
Les jésuites n'auront pas 
Les tours de Saint-Nicolas. 

Cette chanson, très répandue autrefois 
en Lorraine, visait sans doute les tours 
de la magnifique église de Saint-Nicolas 
du Port, siège d'un pèlerinage célèbre, à 
trois lieues de Nancy. 

Mais à quelle occasion, la chanson 
prit-elle naissance ? Les jésuites qui au 
commencement du xvm e siècle, avaient 
des collèges à Nancy, Pont-à-Mousson, 
Bar, Bouquenom, Epinal, auraient-ils 
voulu établir encore une autre maison à 
Saint-Nicolas ? et l'autorisation leur en 
aurait-elle été refusée par le duc de Lor- 
raine ?. .. Mystère. 

Voilà une nouvelle énigme pour les 
intermédiairistes. H. C. L. 



ques- 



J'ai en'endu jadis, à Nancy, le refrain 
des tours Saint-Nicolas. 

« Les tours », car le refrain en 
tion se chantait avec cette variante 

Les Anglais n'ies auront pas 

Les tours de Saint-Nique, etc. 

Et, dans le pays lorrain, on regardait 
qu'il ne pouvait s'agir là que des tours 
monumentales de l'église de Saint-Nico- 
las-du-Port, à deux ou trois lieues de 
Nancy, très juste orgueil de la contrée. 

Ont-elles été vraiment menacées par 
les Anglais, et en quelle occasion ? C'est 
ce que je ne saurais dire. Peut-être y 
a-t-il le souvenir de quelque incident de 
l'occupation étrangère de 181 5. 

P. du Gué. 



* 
* * 



Les Anglais ne prendront pas 

La tour de Saint-Nique, nique, nique. 

Les Anglais ne prendront pas 

La tour de Saint-Nicolas. 

Moi aussi, à une époque fort rappro- 
chée de celle dont parle M. le vicomte 
de Ch., j'ai entendu chanter, j'ai chanté 
ce refrain fort populaire à Niort, et surtout 
à La Rochelle. 

Car la tour de Saint-Nicolas est la 
grosse tour de forme irrégulière qui, placée 
à gauche en sortant du port de la vieille 
république huguenote, servait à se défen- 
dre conjointement avec la tour placée 
vis-à-vis. 

Il n'est pas très facile de savoir à quelle 
occasion ce refrain a été chanté pour la 
première fois à La Rochelle, dont les 
habitants détestaient les Anglais, avec 
lesquels ils eurent souvent maille à par- 
tir. P. V. de Saint Marc. 






L'entrée du port de La Rochelle était 
défendue par deux tours placées de l'un 
et de l'autre côté du goulet, et communi- 
quant par un pont de pierre très élevé, 
sous lequel passaient les vaisseaux, dont 
l'amorce est encore très visible sur le 
flanc de la tour Saint-Nicolas. Un dessin 
de Viollet-Leduca reproduit cette curieuse 
disposition, nous n'en connaissons pas 
d'autre exemple ; grâce à elle, l'enceinte 
de la ville n'était interrompue sur aucun 
point et les défenseurs pouvaient traver- 
ser le havre sans le moindre détour. 

Saint-Nicolas.réparé dans ces dernières 
années, ressemble plus à une bastille 



N° 938. 



87 



L'INTERMEDIAIRE 



88 



qu'à une tour. Pour les Rochelais, c'était 
en quelque sorte le nœud de la défense, 
le vrai palladium de la ville, ainsi qu'en 
témoigne la chanson. 

Dans celle-ci, les Anglais pourraient 
bien n'apparaître que fort tardivement 
après avoir jeté d'Estissac par dessus 
bord, car au Lycée de La Rochelle, vers 
1850, les élèves chantaient encore: 

D'Estissac n'aura pas 

La tour de Saint-Nique, nique etc. 
et ce n'est guère autrement qu'il en 
advient à La Rochelle, même de nos jours, 
mais ailleurs d'Estissac ne dit plus rien 
aux esprits oublieux, tandis que le \ ieil 
ennemi national, qui fut hélas ! un ins- 
tant pour les Rochelais, un ami forcé, a 
une signification bien nette et bien pré- 
cise. LÉDA, 



* 
* * 



Pour un peuje n'aurais pas répondu à 
l'invitation adressée aux jeunes par le vi- 
comte de Ch ! Car il m - faut remonter à 
30, 40 ou 50 ans en arrière pour retrou- 
ver l'emploi fréquent du couplet: 
Les Anglais ne prendront pas 
La tour de Saint-nique, nique, 
Les Anglais ne prendront pas 
La tour de Saint-Nicolas. 

Tous les enfants de l'Aunis et de la 
Saintonge se plaisaient à le chanter dans 
leurs rondes, mais on l'entendait surtout, 
à La Rochelle, quand la jeunesse s'ébat- 
tait autour des mais couverts de fleurs qui 
se dressaient au premier jour du prin- 
temps, et surtout dans les quartiers de 
Saint-Jean et de Saint-Nicolas de La Ro- 
chelle. 

La tour en question est en effet la tour 
Saint-Nicolas de La Rochelle, l'une des 
gardiennes du port, qui fut souvent le 
point de mire des Anglais, à toutes les 
époques de notre histoire, mais que les 
Anglais, n'enlevèrent jamais, sinon quand 
La Rochelle leur fut donnée parle traité 
deBrétigny (1360). (Voir la description et 
les vues de cette tour dans la Revue ency- 
clopédique, avril 1900, pages 381 et sui- 
vantes). 

Il m'est resté dans la mémoire une va- 
riante de ce couplet que je ne puis expli- 
quer : 

Castagnac ne prendra pas 

La tour de Saint-nique, nique, etc. 

Qu'était ce Castagnac ? Que fit-il ou 
que tenta-t-il contre La Rochelle ? Qu'a- 



t-il de commun avec la famille de ce nom 
sortie du comté de Foix ? 

A mon tour de faire appel à la science 
des jeunes... ou aux souvenirs des an- 
ciens ! La Mouche. 



cuir (XLII1). 
Alexandre de 
Jean I er . duc 
qui avait pris 



Supplice du sac de 

— En 1441, le bâtard 
Bourbon, fils naturel de 
de Bourbon-l'Archambaut, 
part à la révolte du Dauphin contre 
Charles VII et qui, à la tête d'une bande 
de routiers, mettait à feu et à sang les en- 
virons de Bar-sur-Aube, fut l'ait prison- 
nier, cousu dans un sac de cuir et jeté 
dans l'Aube, du haut du pont de Bar-sur- 
Aube, (Monstrelet). Ses partisans retirèrent 
son cadavre de l'eau, et plus tard firent 
élever sur le pont une chapelle expiatoire 
qu'on y voit encore aujourd'hui. 

Lucien Morel. 

La Quarantaine (XLIII ; XLIV, 38). 

— M. L. de La Godrie demande quel était 
ce droit qui figure dans l'accord passé en 
1648, entre les évèques de Saintes et de 
La Rochelle. — Ce droit, plus exacte- 
ment appelé le « Quarantain », était une 
transformation atténuée de la dime. 

Au cours du xiv e siècle, un violen,t con- 
flit était né entre le clergé et les habitants 
du pays d'Aunis, au sujet des dîmes. 
Commencé en 13 10, il donna lieu à l'in- 
tervention des papes et se termina en 
janvier et février 1377 (v. s.). Il fut con- 
venu quel'évêque de Saintes aurait la cen- 
tième partie seulement, »< le centain ». 
des fruits, blés, vendanges et sels, et 
qu'on lui donnerait en outre 1200 francs 
d'or une fois payés à répartir entre les 
différentes paroisses de l'Aunis. Les curés 
conservaient les produits du domaine cu- 
rial et leurs rentes. Mais à la suite des 
guerres civiles et après le siège de La 
Rochelle, en 1629, les curés représentè- 
rent que la perte de leurs revenus et leur 
modeste casuel leur créaient une situa- 
tion embarrassée. 11 intervint alors un 
arrêt du 28 juin 163 1 qui décida que les 
curés jouiraient par provisions du droit 
de dime, chacun en sa paroisse, mais jus- 
qu'à concurrence seulement de la quaran- 
tième partie des blés, vins, sels et autres 
fruits, et que l'évêque de Saintes conser- 
verait le droit du centain. Après la créa- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



89 



20 juillet 1901 



tion de l'évêché de La Rochelle, la ques- 
tion fut de nouveau réglée par un arrêt 
de parlement du 4 juin 1681, accordant 
le quarantain aux curés et le centain à 
l'évêque. (Voir Arcère, Histoire de la Ro- 
chelle. — La Rochelle, Desbordes. 1756, 
in-4 . t. 1 pp. 265, 266, et 611). 

MOSCATEL. 

Le mois de Marie (XLI1I).— Ce que 
j'ai entendu dire par un professeur de 
troisième, mais ce que je ne garantis 
pas : de Maia, les Latins auraient fait 
Mai. — Maia, la mère de Mercure, 
était, disait-on, la déesse des fleurs d'une 
blancheur sacrée, (l'aubépine, le lys, la 
boule de neige), c'est-à-dire le mois de 
Mai, c'est-à-dire la Chasteté. — Par 
analogie et par imitation, les chrétiens 
ont fait du mois de Mai le mois de Marie. 
— Ça vous paraît-il vraisemblable ? 

Dans le Myosotis, Hégésippe Moreau a 
de jolis vers là-dessus: 
Et quand le mois de mai, pour la reine des 

| Vierges, 
Faisait neiger les lys et rayonner les cierges, 
Profane, contemplant l'idole au doux souris, 
Je convoitais un ciel tout peuplé de houris. 

Pendant le mois de Marie, plus de trois 
cent mille jeunes filles en France sont 
vouées au blanc. 

Philibert Audebrand. 



L'étymologie d'Aquin (XLIII ; 
XLIV, 34) — Saint Thomas, surnommé 
d'Aquin (en latin Aquinas), était origi- 
naire du petit bourg à'Aquino situé à 
quelques kilomètres de la petite ville de 
Ponte-Corvo (en Italie). S'il y a une éty- 
mologie à assigner à ce mot, elle ne peut 
être que d'origine latine : Aquae. 

A. P. 



L'étymologie de Clichy (XLIII). 

— Clichiacum, et antérieurement Cli- 
piacum ou Clippiacum, dérivé peut-être 
de Clipeum, venant lui-même de xActttw, 
cacher ; Clichy était entouré pendant 
la forêt de Rouvrais, 
Boulogne n'est qu'un 



longtemps, par 
dont le bois de 
démembrement. 



L. des Cilleuls. 



( 



L'instrument appelé péan (XLIII). 
I — Le péan n'a jamais été, que je sache, 



90 



un instrument. C'est le nom donné depuis 
une haute antiquité à un chant religieux 
d'abord, puis guerrier . Il fut d'abord chanté 
en l'honneur d'Apollon, le Dieu bienfai- 
sant, le Dieu guérisseur. Plus tard ce nom 
de péan fut donné aux hymnes guerriers. 
Il en est question dans l'Iliade: Achille, 
après la mort d'Hector.demande aux guer- 
riers ses compagnons d'armes de chanter 
un Péan funèbre. C'est en marchant en 
cadence et avec le retour d'un refrain ou 
d'une sorte d'exclamation : Io ! Peanl lo. 
Peau ! après chaque strophe, que les 
guerriers, en frappant sur leurs boucliers 
avec ensemble, chantaient l'hymne. L'é- 
tymologie de ce mot est facile à établir, 
c'est le verbe grec nxio, païô : je frappe 
qui a donné le substantif : Péan : Tra««v, 
subst. masculin, signifie médecin. C'est 
l'un des surnoms d'Apollon. A. P. 



* 



Le titre de la question est malheureux, 
d'autant plus que, dans le libellé même, 
notre collaborateur a introduit une paren- 
thèse prudente. Comment le lo pean ! ne 
lui est-il pas remonté à la mémoire du 
fond de ses souvenirs classiques ? Qu'il 
ouvre, je ne dis pas des répertoires de 
haute archéologie, mais un dictionnaire 
de Bouillet, ou, de préférence, le Supplé- 
ment de Littré ! G. I. 

* 

* * 
Le péan n'a jamais été un instrument, 

et n'est autre chose que le chant de guerre 

des armées grecques. L'usage du chant 

de g. erre, sous ce nom d'abord, et sous 

d'autres noms plus tard, s'est transmis 

de là dans les armées anciennes. 

Mais pour ne considérer que le péan 
ou pœan, c'était un hymne en l'honneur 
d'Apollon, que les soldats grecs chantaient 
en marchant à l'ennemi. Le chef donnait 
d'ordinaire le signal du combat en enta- 
mant cet hymne, que répétaient en chœur 
tous les soldats. 

Quant à l'origine même du pœan, elle 
venait du surnom donné à Apollon, tiré 
de l'hymne qui célébrait la victoire de ce 
Dieu sur le serpent Python. Le refrain 
consistait dans l'exclamation « lo Pœan I » 
qui signifiait , suivant quelques-uns : 
« Lance tes flèches, Apollon ! » 

Ce chant de guerre était donc, avant 
tout, un chant religieux, et d'origine très 
ancienne, car la tradition voulait qu'au 
sac de Thèbes par les Argiens, 1 197 ans 



N» i.J 



L'INTERMEDIAIRE 



91 



92 



avant notre ère, les Hellènes aient chanté 
le pœan dans les rues. 

Nous croyons que ce qui précède ren- 
ferme la véritable explication du pœan. Il 
en existe cependant une autre, tirée d'une 
origine plus ancienne, que nous tenons 
d'un ancien et savant collègue, malheu- 
reusement décédé depuis quelques années : 
M. Louis Judicis de Mirandol, bien connu 
alors dans X Intermédiaire, sous le pseu 
donyme de Joc'b d'Indret. La voici, 
d'après les notes que nous avons con- 
servées : 

« L'exclamation ou invocation î'w t:cù).v 
(ou TrAeeiv, ou Trat^wv, suivant les dialectes) 
est fort ancienne, mais sa racine est 7r«w 
synonyme de rraùw : faire cesser le mal, 
guérir. Péan est donc celui qui guérit, le 
médecin, et ce nom ne s'appliqua pas 
tout d'abord à Apollon ; il ne fut que 
plus tard l'épithète d'Apollon et d'Escu- 
lape. 

*< Le Dieu du soleil fut considéré alors 
comme le médecin de la nature, qu'il ra- 
nime et guérit en quelque sorte au prin- 
temps. C'est pourquoi l'on chantait en 
cette saison un hymne, dont le refrain 
était «■< iw 7r«£&>v 

« Tel était le pœan religieux. Le mot a 
été ensuite appliqué aux chants de guerre, 
aux chants d'allégresse, et il a fini par dé- 
signer toute espèce d'hymne en l'honneur 
de quelque Dieu que ce fût, en l'honneur 
même de quelque mortel illustre. 

« La signification du pœan primitif et 
antique ayant été oubliée, on a cherché 
une étymologie qui se rapportât au sens 
nouveau de ce mot, et l'on est arrivé à 
considérer comme la véritable racine : 
itatw, frapper, lancer. » 

« Cette origine est fort douteuse, et 
cela d'autant plus que le mot n ««'M lui- 
même n'est peut-être pas fort ancien. On 
ne le trouve pas indiqué dans le diction- 
naire d'Homère et des Homérides de 
Theil. » 

Au lecteur de choisir entre ces deux 
explications. Une seule chose est certaine : 
e pœan était un chant et non un instru- 
lment. 

(V. aussi Y Intermédiaire, année 1886: 

N° 434. P- 343, etN ° 435- P- 37°» T - G - 
711). C. 






Le péan n'était point un instrument, 
ou ce n'était, du moins, qu'un instrument 



lyrique, si toutefois MM. les ambassa- 
deurs et ministres plénipotentiaires qui 
collaborent à cette Revue, veulent bien 
me permettre de plagier ainsi les fameux 
instruments diplomatiques dont joue — 
avec le succès que nous savons — le con- 
cert européen. 

Je crois inutile, au surplus, d'insister 
sur un mot que traitent, avec les déve- 
loppements utiles, bon nombre d'encyclo- 
pédies, si je ne me trompe, et, en tous 
cas, le simple Larousse. 

G. DE FONTENAY. 

Le Talmud fXLIII). — Vous trou- 
verez la réponse dans Alexandre Weill. 
Mol se, te Talmud et l'Evangile (Dentu : 
1875), tome III, p. 8): 

Deux rabbins, Rab Asche et Rabina, du 
iv e au v° siècle après Jésus, ont recueilli les 
copies du Talmud, les ont colligées telles 
qu'elles nous sont parvenues. Mais pour peu 
que l'on connaisse l'hébreu et le chaldéen, on 
voit la différence de langage, d'après l'époque 
où a vécu le rabbin cité. Ainsi, est-il question 
d'un rabbin ayant vécu avant Jésus-Christ, tels 
que Hillel, Siméon ben Shatach, Hanna, Ben 
Dosa, Jehoschua ben Perachia, il parle en 
hébreu pur comme Jésus-Christ lui-même. Car 
le peu de paroles hébraïques que cite l'Evan- 
gile de Jésus, telles que Dalethi Kami (lève- 
toi, mon enfant), ou Eli,Eli,lamah Esabthani 
mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu 
abandonné ! et non Sabàkthani (1) prouvent 
que Jésus a parlé le pui hébreu et non l'ara- 
méen. 

Et plus loin, p 19 : 

Le Talmud, sous la forme où il se trouve 
devant nous, n'est donc pas le livre d'une 
seule époque, mais un recueil de discussion, 
de débats, de doctrines et de principes con- 
tradictoires depuisplusieurs siècles consécutifs, 
depuis la rédaction de la Mischnah, espèce de 
codification de toutes les lois politiques, reli- 
gieuses et Sociales de Moïse, applicables à 
l'état juif sous le second temple, jusqu'à la 
copie définitive de la Guemarah, qui veut 
dire : Conclusion supplémentaire, faite par 
Rabinah quatre siècles après Jésus-Christ. 

Le Talmud, après la Mischnah, commence 
dès l'époque où les grands prêtres se sont 
emparés du pouvoir absolu sous le second 
temple. Sous le premier temple, le grand piè- 
tre n'avait qu'une voix déliberative. Il fallait 
que le roi ou le chef de tribu le consultât pour 
qu'il répondît. Mais sous le second temple, le 



(1) Ces paroles sont textuellement celles 
d'un psaume de David. Tous les évangliles 
ont cette faute de langue, Sabàkthani à la 
place d' Esabthani, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[ 10 juillet 190J 



93 



94 



grand prêtre lui-même était le pouvoir absolu, 
Dès lors, les rabbins pharisiens ont cherché à 
expliquer et à commenter la loi de Moïse dans 
un esprit de parti clérical, en dépit de la 
lettre, souvent en dépit du bons sens et de la 
raison. 

P. ce. Luc de Vos. 

Le* Second Empire par A. Dayot 

(XLIII: XLIV, 27).— Le portrait, par Eu- 
gène Giraud.dont il est question, doit être 
celui qui figurait tout dernièrement à 
l'hôtel Drouot, salle 1 , à la vente de la 
succession de la comtesse de Castiglione. 
Il occupait la place d'honneur, dans le 
panneau du fond, et était inscrit au cata- 
logue sous le n° 378, et avec la désigna- 
tion suivante : 

« Giraud E. — Portrait de M me la com- 
tesse de Castiglione vêtue d'une robe bleue 
décolletée ». 

Grand pastel ovale. Cadre doré. — 11 a 
été vendu 1500 francs. Espel. 

Bibliographie de Stendhal (T. G., 
8^4). — Recherches sur Stendhal 
(XLIII). — Bien que Stendhal ?it failli me 
causer un procès, le jour où j'ai révélé la 
clé de Le Rouge et le noir, je suis toujours 
enchanté de parler de lui. 

Quand la France fut envahie à la fin 
de i8i5,un décret de Napoléon désigna 
pour la province des commissaires extraor- 
dinaires. Pour Grenoble.ce fut le sénateur 
de Saint Valher, qu'accompagna un audi- 
teur au Conseil d'Etat; le Moniteur du 
28 décembre 1813 désigne ainsi ce der- 
nier « de Beyle ». Ainsi, avant de se faire 
appeler M. de Stendhal, l'auteur de Le 
Rouge et le noir se faisait appeler M. de 
Beyle; il tenait à la particule. 

Nauroy. 



Jules Vallès et la bataille de Wa- 
terloo (XLIII). — Merci au vieil ami 
Fermé que je n'ai pas revu depuis 33 ans, 
d'avoir rectifié l'orthographe de mon nom. 

Je ne m'appelle pas Auguste Callet, 
mais Albert Callet ; c'est moi qui ai rap- 
porté de Belgique l'article sur Waterloo, 
écrit, le soir, à l'Hôtel de Mont- Saint-Jean, 
à M. Larousse qui le parcourut, le trouva 
un peu vif.mais ajouta qu'il attendrait le 
retour de Vallès pour le faire 
avec certaines corrections. 



— Auguste Callet est mon oncle, an- 
cien représentant du peuple en 1848, 
orléaniste. A. Callet. 

Le bibliophile « P. Junior » 
(XLIII). — Sous ce pseudonyme : Phi- 
lomneste Junior, un bibliographe fort 
connu, M. Gustave Brunet, de Bordeaux, 
a signé de nombreux ouvrages de biblio- 
philie. Gustave Fustiek. 

Le Christ au Vatican (T. G. 209 ; 
XLIII ; XLIV, 3 5). — La « révélation » d: 
Jean-Bernard a X Indépendance belge est un 
peu tardive. Dès 1896, un collaborateur de 
['Intermédiaire écrivait au général Iung : 
« Une édition que je possède du Christ 
au Vatican en attribue la paternité à 
M. J.-A. Chappuis, avocat, » 

Cette attribution m'a été confirmée à 
cette époque par le regretté Félix Delhasse, 
dont j'ai rapporté le témoignage dans le 
Bulletin bibliographique. 

A. Boghaert-Vaché. 

Fables de La Fontaine corrigées 

et amendées (XLI). — Oui, il s'est 
trouvé un nouveau baron du Mesnil. et 
dont le nom m'échappe, qui, dans un 
classique, officiellement admis dans les 
écoles de Paris, a corrigé et amendé La 
Fontaine. Oyez plutôt : 

Petit poisson deviendra grand 
Pourvu que Dieu îui prête vie (La Fontaine) 
Petit poisson deviendra grand 
Pourvu que Von lui prête vie. (Le correcteur) 
Faut-il être maboul 1 

Le Roseau. 

Vers attribués à Hugo (XLIII). 

Cage déserte qu'as-tu fait 
De ton bel oiseau qui chantait. .. 
Non ! ces vers, et ceux qui les précè- 
dent et les suivent, ne sont pas, ne peu- 
vent pas être de Hugo. D'ailleurs, ils 
sont de M rae Anaïs Ségalas, qui dut être 
aussi surprise que flattée de cette attribu- 
tion. L R. 



Un prétendu vers de Ponsard 

(XLIII). — Quand la borne est franchie, 
il n'est plus de limite . 

N'est-ce pas une imitation de ces vers 
d'Horace (ode i cr du livre I er )? 

paraître ' Metaque fervidis 

' Evitata rôtis. . .....••• 



N° 938 



L'INTERMEDIAIRE 



95 



96 



Chez les Romains, dans les courses de 
chars, à l'extrémité de la carrière, il y 
avait une borne autour de laquelle les 
concurrents devaient tourner pour reve- 
nir au point de départ Je suppose que 
Ponsard a voulu dire : quand la borne est 
franchie, il n'est plus d'obstacle et, par 
extension, il n'est plus de limite. 

Th. Court aux. 

Un portrait fait à Montélimar 

(XLI1I). — Le jeune homme dont le 
portrait occupe notre confrère Husson, 
était âgé de 19 ans ; il était né le 17 juin 
1731, de André Cailleau, libraire et de 
Perette-Antoinette Huguier;il perdit son 
père l'année suivante, 175 1, et sa mère, à 
laquelle il succéda, en 1753 II fut nommé 
imprimeur en 1772, et adjoint de la com- 
munauté en 1780. 

Il s'est fait connaître par un assez grand 
nombre d'ouvrages historiques et biblio- 
graphiques. 

11 a donné son nom au Dictionnaire 
bibliographique en 3 volumes, qu'on 
attribue à l'abbé Duclos,et auquel Jacques- 
Charles-Brunet, l'auteur du Manuel du 
libraire, fort jeune alors, a donné un 
supplément . A la fin de sa vie, André- 
Charles Cailleau s'était associé son fils, 
ils habitaient rue Galande, n° 64. Il est 
mort le 12 juin 1798. Il avait une sœur 
qui avait épousé le libraire Duchesne. 

J.-C. Wiggishoff. 

Peintres à identifier (XLIII). — 
F. Marot doit être François Marot, né à 
Paris en 1667, mort en 17 19, élève de La 
Fosse. Il était, paraît-il, de la famille du 
poète Clément Marot. Nommé académi- 
cien en 1702, il a exposé au Salon de 
1704. Le Louvre possède de lui le Som- 
meil de Morpbée. I.-C. Wigg. 

* * 

Le peintre François Marot est connu :il 

vivait à la fin du xvn e siècle. Le Musée du 
Louvre possède une œuvre de cet artiste, 
le Sommeil de Morpbe'e,,)e crois. F. Marot 
était peintre du Roi. Consulter le Dic- 
tionnaire de Jal. Le tableau auquel fait 
allusion notre confrère a-t-il de l'intérêt 
comme composition ? Husson. 

* 

* * 

François Marot, peintre français.estnéà 

Paris. Il appartenait à la même famille que 
le poëte de ce nom. Il apprit la peinture 






sous la direction de Charles de La Fosse, 
et aucun élève n'approcha plus que lui de 
ce maître. Admis le 24 mars 1702 à 
l'Académie royale, il y exerça les fonc- 
tions de professeur. François Marot figure 
au nombre des exposants au salon de cette 
même année i702.0nvoit encore, à Notre- 
Dame de Paris, dit la Biographie générale 
de Firmin Didot, plusieurs tableaux qui 
prouvent son habileté dans les sujets reli- 
gieux. Un autre tableau « Le sommeil de 
Morphée » est signalé par A. Siret dans 
son Dictionnaire des peintres. 

Voici l'acte de V état-civil qui constate 
le décès de F. Marot : 

Le lundy quatrième décembre 1729, fut 
inhumé dans l'église Saint-André des Arts, 
François Marot peintre du Roy, professeur en 
son Académie royalle des peintures et sculp- 
tures, décédé le jour précédent en sa maison 
rue Guénégault, âgé de cinquante et deux 
ans environ. Assistèrent Mathieu Bridault, 
joaillier, et Nicolas Bridault, bourgeois de 
Paris, soussignés. 

D'après H. Herluison, d'où est tiré ce 
renseignement, la femme de Marot est 
morte en 1701. Femme de François Ma- 
rot peintre du roi. 

Le I er jour d'octobre 1701, a été fait le 
convoy et enterrement de Marie-Elisabeth 
Bourdois, âgée de 50 ans, femme de François 
Marot, peintre du Roy, décédée le jour précé 
dent, Grande-Rue-Taranne, à la 
Allée. 

Il est probable que les 
place et Alberts sont peu 
car je n'ai trouvé aucun 
qui les concerne. 



Longue- 



peintres Dela- 
remarquables, 
r 

Cm. Rev 



nseignement 



Beau comme un saint Georges 

(XLIII). Le saint Georges de Dona- 

tello, dont parle monsieur Gerspachdans 
le N° du 30 juin, ne serait-il pas celui 
qui se trouve sur la façade de l'église 
« Or San Michèle»? Commandé à l'artiste 
par la Société des armuriers, son 
exécution correspond à la date indiquée 
par notre collaborateur. 

Ce chef-d'œuvre occupe depuis peu la 
place d'honneur entre les deux arcs de la 
façade latérale, mais il se trouvait, au 
temps de l'artiste, dans une niche actuel- 
lement vide, où l'on voit encore un 
délicieux bas-relief. Il représente saint 
Georges terrassant le dragon, et le Ken- 
sington Muséum en renferme une 
exquise terre cuite. 

R. DE NlSSELLE. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Juillet 1901 



91 



98 



Lesorigines de l'eau forte (XLIII). 
— L'eau-forte (acide azotique ou nitrique) 
aurait été découverte soit par l'Arabe 
Geber au vin e siècle (M. 488-38 : Spren- 
gel), au ix e siècle (A 81) ou en 960 (M 
456-46 : Boquillon), soit par Raymond 
Lulle en 1225 (M 456-46: Thénard). Son 
application à la gravure des planches d'es- 
tampes remonterait au moins à 1496 
d'après le texte suivant : « Il existe au 
Musée Britannique de Londres une gra- 
vure allégorique et satirique à l'eau -forte 
de Wenceslas d'Olmutz où l'on trouve la 
date de 1496 » (M 382-6). La lettre A se 
réfère à mon Histoire nouvelle des arts et 
des sciences de 1877, et la lettre M. aux 
textes manuscrits des Collections du pro- 
grès de la Bibliothèque de l'Arsenal. Je 
serai très heureux si ces indications peu- 
vent être complétées et précisées. 

Alphonse Renaud. 

Société académique des Enfants 
d'Apollon (XLI1I ; XL1V, 44). —Elle 
siège enc re rue Clauzel, dans un très 
vieux rez-de-chaus-ée^ quelques marches 
du sol, avec de très vieux portraits d'an- 
ciens membres aux murs. On se réunit 
un dimanche par mois, eu hiver, et l'on 
donne même de bons concerts où sont 
surtout exécutées des œuvres de membres 
de la Société. L R. 

Les faisceaux (XLIII). — Le capi- 
taine E. D. demande si, en France, les 
troupes, en marche par le flanc, ont 
jamais formé les faisceaux, lors des 
arrêts, en demeurant par le flanc. 

L'établissement des faisceaux d'armes 
ne semble guère possible en pareilles con- 
ditions : la distance entre les rangs ne 
procure pas aux crosses l'écartement né- 
cessaire pour une base solide. Au con- 
traire, dans cette formation, la confection 
de faisceaux avec les havre-sacs est des 
plus commodes, elle. 

Un procédé inusité, — pratique cepen- 
dant, — serait de former la troupe en 
ligne, face à l'extérieur de la route, et 
d'établir les faisceaux, sur les bas-côtés, 
De la sorte, la chaussée serait dégagée, 
pour la plus grande facilité des mouve- 
ments des officiers montés, de la cavale- 
rie, de l'artillerie, des estafettes, des voi- 
tures et des groupes cyclistes. Sur les 



j voies de communication, dépourvues de 
bas-côtés, l'avantage — ■ moindre — 
existerait cependant et, dans la plus grande 
largeur possible, la partie empierrée se- 
rait maintenue libre, pour la circulation. 
11 y aurait encore avantage, pour l'entier 
déblaiement de la route, à disposer les tas 
de havre sacs dans les triangles, limités 
par les crosses des faisceaux de fusils. 

Pardon aux collaborateurs pour l'ari- 
dité technique de cette réponse. 

Capitaine Paimelant du Rouil. 



Registre spécial d'actes de l'état- 
civil pour les hospices (XLIII). — 

Le registre spécial auquel fait allusion 
le collaborateur Morosoly, existe dans 
tous les hôpitaux, mais ce registre est 
indépendant des actes de l'état-civil qui 
sont toujours dressés par les municipa- 
lités. 

La réponse à la question posée se 
trouve d'ailleurs, dans l'article 80 du 
Code civil: 

En cas de décès dans les hôpitaux militai- 
res, civils ou autres maisons publiques, les 
supérieurs, directeurs, administrateurs et maî- 
tres de ces maisons, seront tenus d'en donner 
avis, dans les 24 heures à l'officier de l'état- 
civil qui s'y transportera, pour s'assurer du 
décès, et en dressera l'acte, conformément à 
l'article précédent, sur les déclarations qui lui 
auront été faites, et sur les renseignements 
qu'il aura pris. Il sera tenu, en outre, dans 
les dits hôpitaux et maisons, des registres 
deslinés à inscrire ces déclarations et ces 
renseipiemcn ts. 

L'officier de l'état-civil enverra l'acte de 
décès à celui du dernier domicile de la per- 
sonne décédée, qui l'inscrira sur les registres. 

Eugène Grécourt. 



Procès aux animaux (XLIII). — Dans 
son numéro 929,1' 'Intermédiaire dit qu'en 
1690/H Auvergne, il y eut un procès fait 
aux chenilles. Je complète et je viens dire 
que ce curieux procès a eu lieu à Pont-du- 
Château (Puy-de-Dôme), aujourd'hui chef- 
lieu de canton C'était alors une terre 
qualifiée de marquisat et appartenant à la 
maison de Montbois>ier-Canillac, l'une 
des plus illustres de l'Auvergne. Les piè- 
ces du procès se trouvent, en partie, à la 
bibliothèque de Clermont-Ferrand. Du- 
laure en a parlé dans son savant et rare 
volume : Description de l'Auvergne, pu- 
blié peu avant 1789 et qui est très recher- 






W 938 



L'INTERMÉDIAIRE 



9Q 



100 



ché des érudits. J'en ai aussi donné une 
relation dans mon Grand dictionnaire 
historique du Puy-de-Dôme, (1876, in-4°), 
au mot Pont-du-Château. Il faut croire, 
au surplus, que les moyens singuliers, 
devant faire cesser un fléau, étaient 
employés assez souvent dans cette petite 
ville de Pont-du-Château ; car, en 1581, 
le célèbre Montaigne qui traversa la 
Basse-Auvergne et passa à Pont-du-Châ- 
teau, nous apprend que la peste ayant 
ravagé ce lieu, le seigneur ne trouva 
rien de mieux pour purifier le château 
qu'il y possédait que d'y mettre le feu ! 

Ambroise Tardieu. 



* 



Sensationnelle exécution. Pour n'être pas 
humainement tragique, comme la mise en 
scène pouvait faire croire, tout de même 
ce qu'on vit ne fut pas banal. 

La coupable fut condamnée à être pen- 
due à la justice de Falaise. Après délibé- 
ration des juges, elle fut ramenée, et le 
maïeur lui dit : « Pour raison de tes mé- 
faits, tu es condamnée à mourir » ; et, en 
glas de mort, la cloche du beffroi ayant 
tinté trois fois, le magistrat lut le juge- 
ment au peuple assemblé, qu'il invita 
ensuite à se rendre aux fourches patibu- 
laires, où justice serait faite. Il mit alors 
une corde au cou de la patiente. 

L'exécution suivit de près la sentence. 

Le maïeur, neuf échevins et un con- 
seiller de la ville assistèrent en pompeux 
appareil au supplice, qu'ils avaient or- 
donné. 

Le procès-verbal du Livre- rouge de 
l'Echevinage s'augmente du mémoire des 
argentiers de la ville, relatant les dépen- 
ses occasionnées. 

Il fut compté dix sous parisis aux ser- 
gents de la Vingtaine, pour avoir escorté 
le maïeur et les échevins, depuis l'Hôtel- 
de-Ville jusqu'au gibet et autant aux ser- 
gents à masse, pour même motif. Le 
bourreau, « maistre de haulte justice », 
reçut vingt sous parisis « pour salaire et 
en recompensation de la paine et travail 
d'avoir trayné et pendu à la justice » la 
détestable criminelle. 

Un billot était auprès des fourches pati- 
bulaires ; on tint sa tête appuyée dessus. 
Allait-on la décapiter ? Pareil supplice 
étant trop noble pour elle, d'un coup de 
masse tranchante, l'exécuteur des hautes 
œuvres lui broya le grouin : juste mutila- 



tion de l'instrument du forfait exécra- 
ble. 

L'horrible truie avait déchiré le visage 
d'un enfant et commencé à le dévorer. 

Mais, avant de l'accrocher dans l'air, 
elle fut affublée d'une cotte et d'un bon- 
net, de chausses aux pattes de derrière et 
de gants à celles de devant. Pour cela, 
un des articles comprenait des gants 
neufs, du prix de 10 sols. Quittance de 
cette somme figure régulièrement, le 9 
mars 1386, aux registres de Guiot de 
Montfort, tabellion de Falaise. 

Une fresque, recouverte en 1820, par 
un blanchiment à la chaux, représentait 
cette singulière exécution, dans l'église 
Sainte-Trinité de Falaise. 

Mais l'heure expiatoire était arrivée et 
l'on vit la suppliciée se balancer au bout 
de la corde tendue. 

Alors, à ce moment ému — d'ordi- 
naire solennel — on entendit des rires. 
Capitaine Paimblantdu Rouil. 

Les Touaregs (XLII). — Dans 
son tome XLII. col. 89, Y Intermédiaire a 
bien voulu accueillir une note, où j'ai 
traité la question des origines, avec le 
développement que m'a paru susceptible 
de comporter un recueil de ce genre. 

En ce qui concerne le point spécial des 
« Allemani », bien qu'au cours de mes 
recherches, je me sois fréquemment 
trouvé en face de légendes, du genre de 
celles rapportées par « Un Etranger », 
j'avoue que cette dernière m'était totale- 
ment inconnue. Notre collaborateur se- 
rait-il assez aimable pour indiquer l'ori- 
gine, ou du moins la source de cette 
tradition ? 

J'ajouterai, du reste, que si l'on s'ac- 
corde a regarder comme chamitique la 
masse du peuple berber, il n'en paraît pas 
moins certain que cette race a subi dans 
la suite des temps de nombreux apports 
d'origine étrangère (japhétiques et sémi- 
tiques) ; lesquels, tantôt se sont intime- 
ment mêlés à elle, tantôt y ont formé de 
véritables ilôts ethniques isolés, comme 
les célèbres Libyens blonds, par exemple. 
Malheureusement, rien n'est plus obscur 
que ce mélange de races, qui remonte 
en tout cas à une énorme antiquité, à 
moins qu'il ne s'agisse d'individus isolés. 
M. H. Schirmer a traité magistralement 
cette question, dans une thèse De nomme 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



2 juillet 1901 



101 



102 



et génère populoi um qui Berberi vuîgo 
dicuntur (Hachette 1892). 

El Kantara. 



Inadvertances de divers auteurs 
(T G., 718 ; XXXV ; XXXVI ; XXXVII ; 
XXXVIII ; XXXIX ; XL; XLI ; XL1I; 
XL11I). — Dans son Tableau de la Litté- 
rature au moyen-âge 1 i,p. 263, Villemain 
dit de Tacite «Il est pour Thraséas contre 
Vespasien » ; ce très savant critique si 
imprégné de l'esprit des littératures an- 
tiques, oublie que Thraséas fut la victime 
non de Vespasien, mais de Néron, en 
l'an 66. 

A la p. 200, il écrit ceci sur le poète 
Charles d'Orléans — « Le duc de Bourgo- 
gne meurt assassiné. Réuni alors à la cou- 
ronne de France, le jeune Charles d'Or- 
léans figure à la bataille d'Azincourt ». 
Cette chronologie est singulière puisque la 
bataille d'Azincourt est de 141 5 et l'assas- 
sinat de ]ean-Sans-Peur de 1419. Et 
puis quelle impropriété d'expression dans 
ce *,< léuni à la couronne de France » ! On 
dit qu'en province, une ville est réunie à 
la couronne, mais un prince ! 

Puisque je tiens Villemain, je note en- 
core ceci dans son livre Tableau délai ittèra- 
ture jrançaise auxviw siècle — 1 i.p.340 — 
« Il (Richardson) ne savait pas le latin, 
non plus que Shakespeare, non plus 
qu'Homère » — Cela signifie-t-il que 
l'auteur de Clarisse Harloive ne connais- 
sait ni Shakespeare, le dieu littéraire de 
l'Angleterre pourtant, ni Homère ? Mais 
il est inadmissible qu'un Anglais du 
xvin e siècle, lettré et instruit, imprimeur 
distingué, qui plus est. ne connut pas Sha- 
kespeare. En ce cas d'ailleurs, la phrase 
serait bien mauvaise pour un professeur 
de Sorbonne, ne savoir au lieu de connaî- 
tre serait du pauvre la. igage. Et comme 
précisément Shakespeare ne savait pas 
le latin, l'interprétation littérale est tout 
indiquée. Seulement Homère accusé de 
ne pas savoir le latin, c'est au moins 
drôle. Comment Villemain n'a-t-il pas 
corrigé sur épreuve un lapsus de cette 
force ? 

Dans un roman de M. de Tinseau — 
Plus fort que la haine, je lis ceci : \< A 
moins que ce ne soit une jolie femme 
±>londe qui ressemble à une vierge de 
Marseille ». Assurément il y a des beautés 



blondes en Espagne et plus qu'on ne 
croit, notamment en Catalogne, mais je 
ne pense pas que l'on en rencontre une 
seule dans les tableaux de Murillo qui 
peignait à Séville et prenait ses modèles 
parmi les beautés brunes .de l'Andalou- 
sie. 

N'est-ce pas dans l'agréable opéra Qa- 
lathée que l'on entend non sans quelque 
surprise Pymalion invoquer les.. 
Ephémères amours 
Qui ne durez qu'un jour. 
Mais, en vérité, on se ferait la part 
trop belle en épluchant les livrets d'o- 
péras. Je ne puis cependant résister au 
plaisir de rappeler que dans un opéra 
réprésenté en 1 85 5 , les Vêpres siciliennes, 
musique de Verdi, Montfort ordonne de 
faire marcher des arquebusiers contre le 
peuple de Païenne ; des arquebuses en 
1285 ! 

Dans les Mémoires de deux jeunes ma- 
riées, Balzac, si exact pourtant d'ordinaire, 
n'a-t-il pas tapissé la maisonnette où 
madame Marie-Gaston abrite son bonheur 
«d'azalées grimpantes, » une espèce jus- 
qu'aujourd'hui inconnue aux botanistes 
et aux jardiniers. 

Dans Aphrodite, p. 4, M. Pierre Louys 
parlant de la courtisane Sarah, Chrysis 
de son nom de guerre, qui est juive, en 
tait une aryenne. 

H. C. M. 



* 
* * 



On lit dans le Figaro du 6 juillet 1901 : 
Dans la Semaine politique et littéraire, 
M. Gaston Deschamps consacre quelques 
pages attachantes aux débuts de Sarah 
Bernhardt, etc : 

« C'est au mois de février 1872, que Sarah 
Bernhardt trouva l'occasion merveilleuse qui 
devait engager définitivement sa vie dans la 
carrière où elle a recueilli les acclamations du 
monde entier. 

« Victor Hugo, songeant à reprendre Rtty 
Blas au Théâtre français, cherchait une 
jeune femme digne de jouer ce rôle de la 
reine d'Espagne que M"" Beaudoin avait tenu 
le 8 novembre 1838, sur la scène de la Renais- 
sance 

« Le lendemain, Sarah Bernhardt eut le rôle 
et fit promue à la dignité de pensionnaire 
de ta Comédie Française, etc. » 

D'où il résulte que M Gaston Des- 
champs ignore absolument : 

i° Qu'il y a une pièce en un acte, en 
vers, qui s'appelle le Passant, signée de 



N* 93S 



L'INTERMEDIAIRE 



103 



104 



M. François Coppée ; qus celte pièce fut 
jouée à l'Odéon en janvier 1869 et classa 
de suite madame Sarah Bernhardt hors 
de pair. 

2 Que Rny Blas ne fut pas repris en 
1872 au Théâtre-Français, maisà l'Odéon, 
sous la direction de Chilly ; qu'il n'y 
avait donc pas à aller loin pour découvrir 
madame Sarah Bernhard qui faisait partie 
de la troupe ; que cette reprise fut une 
des plus éclatantes, avec Mélingue.Lafon- 
taine et le vieux Geffroy ; qu'elle fit cou- 
rir tout Paris ; qu'elle fit réaliser une 
fortune à de Chilly, lequel fut terrassé par 
une attaque en plein souper, à l'occasion 
de la centième ; et que madame Sarah 
Bernhardt qui avait déjà débuté le 1 1 
août 1862, ne rentra à la Comédie que le 
I er octobre 1872, pour y débuter de nou- 
veau le 6 novembre suivant. 

A part ces légers détails, ce passage de 
l'article de M. Gaston Deschamps est 
exact. Sait- il aussi que cette madame 
Beaudoin qu'il cite est la fameuse Atala 
Beauchêne ? J'en doute un peu. 

H. Lyonnet. 

Le créateur des syndicats agri- 
coles (XLII). — Dans le grand discours 
sur la crise agricole, prononcé le 10 juillet 
1897. par M. Deschanel, à la Chambre 
des députés, il est dit : 

Le jour où les hommes qui diligent les 
syndicats agricoles et qui, par leurs services, 
y ont conquis une légitime influence, vou- 
draient les mettre au service d'un parti, ils les 
perdraient aussitôt. D'ailleurs, est-ce que les 
républicains sont restés étrangers h ce grand 
mouvement ? Demandez-le à M. Méline, 
à M. Ribot, à M. Develles, à M. Jonnart, 
à M. Krantz, à M. Georges Graux, — sans 
parler du regretté M. Deusy, et tant d'autres 
de nos amis, — qui sont, dans leurs départe- 
ments, à la tête du mouvement syndical, et 
qui y rendent chaque jour les plus signalés 
services ! 

M. Deusy, ancien maire d'Arras, ancien 
député, membre actif de la Société des 
Agriculteurs de France, dont il est ici 
question, est mort depuis plusieurs années, 
et je sais que suivant les intentions qu'il 
en avait exprimées, tous ses papiers, sans 
exception, furent brûlés, dans le jardin de 
son hôtel à Arras, par les soins de celle 
de ses nièces qu'il fit son héritière univer- 
selle. M. Deusy, qui avait été fort mêlé à 
la politique, ne voulut qu'on pût inquié- 



ter après sa mort, même ses ennemis, et 
c'est pourquoi toute sa correspondance 
notamment, est anéantie. Il n'en a été 
distrait que quelques autographes impor- 
tants, qui, m'a-t-on assuré, ont été 
vendus en Angleterre. Il sera donc difficile 
de savoir si c'est à M. Deusy ou à M.Tan- 
viray, que revient l'honneur de la créa- 



tion des syndicats agricoles. 



V. Adv. 



|Jote$, Sroumutta et CJuriostti» 

Napoléon et Corneille. — M. Nau- 
roy nous communique le projet de décret 
suivant qui se trouve aux Archives natio- 
nales. avec la curieuse note dont Napoléon 
l'a fait suivre. 

Projet de décret. 

Napoléon, etc. 

Art. 1". Nous accordons à la demoiselle 
Catherine Corneille, fille de Louis-Am- 
broise, et à la demoiselle Marie-Alexandrine 
Corneille, fille de Jean-Baptiste-Antoine, tou- 
tes deux descendant en ligne directe de Pierre 
Corneille : i° à la première une pension an- 
nuelle et viagère de 300 francs ; 2 à la se- 
conde, également une pension annuelle et 
viagère de 300 francs. 

Note de l'empereur 

Paris, 24 mars 1S13. 

Ceci est indigne de celui dont nous ferions 
un roi. Mon intention est de faire baron 
l'aîné de la famille avec une dotation de 
10.000 fr.; je ferai baron l'aîné de l'autre 
branche avec une dotation de 4000 fïancs, 
s'ils ne sont pas frères. 

Quant à ces demoiselles, savoir leur âge et 
leur accorder une pension telle qu'elles puis- 
sent vivre. 

Les héros du Transvaal. — 
La famille de Botha descend de Frédé- 
ric Botha de Wagesheim, qui était, en 
1091, citoyen de Hellenbosch, ville voi- 
sine du Cap, réputée par ses vignobles. 

La famille de Wet était très connue à 
Harlem en Hollande. L'auteur de la bran- 
che africaine est probablement Jacobus 
de Wet, parti vers la fin du xvn e siècle 
comme aspirant de marine au service de 
la compagnie des Indes, alors souveraine 
du Cap de Bonne- Espérance. L. L. 

Le Directeur-gérant : G. MONTORGUEIL. 
Imp. Daniel-Chambon St-Amand-Mont-Rond „ 



XL1V* Volume Paraissant les 10, 20 et ?o de chaque mois. 30 Juillet 1901 



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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET REPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SClffN TIPIQUKS BT ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



10= 



io6 



QiShiedttons 



Les tableaux perdu?. — Beaucoup 
de problèmes concernant les toiles per- 
dues ont été résolus à Y Intermédiaire. 
Serait-il impossible d'ouvrir une rubrique 
sous ce titre : Les tableaux perdus ? 

Le. V. 

Robespierre et la chapelle expia- 
toire. — On a souvent prétendu que 
lorsqu'on transporta les ossements de 
Louis XVI et de Marie-Antoinette dans 
le tombeau de la chapelle expiatoire, on 
se trompa et qu'on prît les restes de 
Robespierre pour ceux de l'ancien roi. De 
telle sorte que ce serait l'ancien député 
d'Arras qui reposerait à côté de Marie- 
Antoinette, tandis que les os de Louis XVI 
auraient été jetés au vent. 

Quelque intermédiairiste pourrait-il j 
fournir des indications certaines sur ce 
point assez curieux de l'histoire anecdoti- 



que 



P. P. 



Noms de paillasses . — D'où 
viennent les noms de Jocrisse, Scapin, 
Tristapatte, et autres paillasses du même 
genre ? D r B. 

Fouquet, duc de Belle-Ile — Qui 

possède les papiers de ce personnage ? 

Y. 

Les premières femmes admises 
au baccalauréat. — Nous savons que 



ce fut grâce à l'intervention et aux ins- 
tances de l'impératrice Eugénie que le 
ministre de l'instruction publique (Mon- 
sieur Rouland, croyons-nous) admit les 
femmes à se présenter au baccalauréat ; 
elles purent ainsi se préparer à conqué- 
rir les grades universitaires pour la car- 
rière médicale. 

Nous prions nos érudits collègues de 
nous donner les renseignements qu'ils 
peuvent connaître sur ce sujet, ainsi que 
les dates. Madame V. Vincent. 

Porîrait du chiffonnier Liard, 
ami de Béranger. — Ce chiffonnier, 
qui était un ami du célèbre chansonnier 
]. P. de Béranger, a eu les honneurs de la 
lithographie, s'il faut s'en rapporter au 
dire du poète. En 1833, celui-ci adressait 
à son éditeur Perrotin un billet où il le 
prie de remettre un exemplaire de ses 
œuvres à son ami Liard, chiffonnier phi- 
losophe, dont il a fait connaissance dans 
la rue, et qui lui fait quelques visites, 
toujours discrètes. « C'est un brave 
homme, philosophe, et plus instruit que 
bien des gens du monde. » A cette lettre 
était joint un portrait lithographie de 
Liard. 

Connaît-on quelques détails biographi- 
ques sur ce chiffonnier ? Son portrait est- 
il rare? Paul Pinson. 



Les chevaux francs de péage. 
— Dans les Notes and Queries du 29 dé- 
cembre dernier, je trouve une note inté- 
ressante : — « L'Histoire de Bar-sur-Aube, 

XI.IV 3 



N* 



939 



L'INTERMEDIAIRE 



107 



108 



par L. Chevalier (185 1) rapporte que, 
selon l'article 14 des droits de péage des 
comtes de Lesmont, un cheval, les quatre 
pieds blancs, est franc de péage ». Je 
trouve aussi dans Li carretié (les charre- 
tiers) de Frédéric Mistral : — « Pèr la 
règlo dou trin,i'avié pamens un vièi usage, 
qu'èro respeta de touti : lou carretié que 
soun davans avié li quatre pèd blanc, que 
devalèsse o que mountèsse, avié lou dré, 
pareis.de pas se leva dou trin. E d'aqui 
lou prouvèrbi ; Ouau a li quatte pèd 
blanc, pou, se dis, passa pertout. » 

Il serait intéressant de savoir l'origine 
de cette franchise et du péage et de la 
coutume des routes. Il doit y avoir là 
quelque superstition, peut-être venue de 
l'Orient , qui se trouvera encore sans 
doute dans la mémoire des paysans, si- 
non dans l'actualité. Au besoin, quelque 
collaborateur du Midi voudrait bien 
prendre des informations à Maillane. Une 
vieille mystification que j'ai recueillie 
dans ma famille « Pourquoi un cheval pie 
ne paie-t-il pas aux barrières ? » (Réponse: 
«Parce que son maître paie pour lui», semble 
indiquer qu'autrefois, lorsqu'il y avait des 
barrières de péage pour l'entretien des 
routes, il y avait encore des traces d'une 
ancienne coutume accordant en Angleterre 
aussi des privilèges au cheval pie, ou à 
quatre balzanes. Ed. Nicholson. 

Armoiries à Tourville- sur- Ar- 
ques. — Dans l'église de Tourville-sur- 
Arques, au chapiteau du premier pilier, 
adroite, entre le chœur et la chapelle de 
la Vierge, (nef méridionale), est sculpté 
un écusson portant un chevron, avec en 
tète une molette ou étoile à 6 rayons, en 
pointe une rose. De qui sont ces armoiries, 
que je crois contemporaines de la cons- 
truction (année 1537) de la nef méridio- 
nale ? 

Le patronage de l'église appartenait à 
l'abbaye de Saint-Georges -de- Boscher- 
ville, la seigneurie aux comtes de Tancar- 
ville. 

Rapprochement assez curieux : les ar- 
mes des Le Mareschal, sieurs de Miro- 
mesnil, fief voisin, étaient de sable, au 
chevron d'or, avec une molette en pointe 
et une rose en lête,d'or. A. E. H. T. 

Croix Quenillière. — Je m'adresse 
aux nombreux héraldistes de l'Intermé- 



diaire, notamment au compétent dessi- 
nateur Henry-André, pour leur demander 
qu'est-ce qu'on entend par cette expres- 
sion ? Je lis en effet dans l'Inventaire 
sommaire des Archives du département de 
l'Aude : 

Carmeneau de gueule à la croix Quenillière. 
quatre aigles de sable. 

Quenillière manque dans Trévoux et 
dans Littré,(je n'ai pas le Supplément). 

A. S. 

Michalon, sculpteur et coiffeur. 

— Je vois l'indication d'un Catatogue de 
la riche collection de tableaux de feu Mi- 
cballon sculpteur en portraits. Premier 
coiffent du roi et de S . A. R. le duc 
d An goule me, par Henry, dont la vente 
eut lieu le 30 mars 18 18 et jours sui- 
vants. Quel est ce Michalon sculpteur et 
coiffeur ? Etait-il fils du sculpteur Claude 
Michalon mort en 1799, d'une chute de 
son échafaudage du Théâtre-Français ? 

J--C. Wigg. 



La famille Roget. — Le Préfet de 
la Gironde, dans un rapport adressé au 
conseiller d'Etat chargé de la Police géné- 
rale, le 27 juin 1806.au sujet des familles 
juives notables habitant son département, 
mentionne la famille Roget, d'origine 
avignonaise. — Urr de ses membres exer- 
çait alors à Bordeaux la profession d'ar- 
mateur, sous la raison sociale : « Lange, 
Roget Junior et C ie ». 

D'autre part, dans un Mémoire en date 
du 4 septembre 1820, on retrouve le nom 
de Roger Junior qui y est indiqué comme 
fils d'Aaron Roget, né à Bordeaux au 
commencement du siècle précédent et de 
Abigail Solar, née à Lisbonne. Il avait 
épousé Rebecca Lopès Diaz, née à Bor- 
deaux, comme ses père et mère, et d'ori- 
gine espagnole. 

La descendance de cette famille, sur 
laquelle je serais heureux d'être rensei- 
gné, comprendrait-elle le général Roget, 
commandant actuellementla 28 m0 brigade 
d'infanterie à Belfort ? 

R. DE NlSSELLE. 

Le duc de Fimarcon. — Le duc de 

Fimarcon, fils unique du duc d'Esclignac, 
mourut chambellan du duc détrôné 
Charles II de Brunswick. Je n'ai d'autres 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



3 juillet 1901. 



109 



1 10 



renseignements sur lui que ceux que 
donnent les souvenirs de M. de Viel- 
Castel et un ouvrage sur le duc de Bruns- 
wick, sa vie et ses mœurs. Pourrait- 
on me dire la date exacte de sa naissance 
et celle de sa mort, ainsi que la date de 
décès de sa mère, Georgine de Talley- 
rand-Périgord. 

Est-ce bien à cette dame qu'il faut rap- 
porter l'anecdote racontée par Napoléon 
d'Abrantès dans Paris ou Le livre des 
cent-un (tome 13. p. 333-335). 

Et dans l'affirmative, quelle est la fâ- 
cheuse histoire qui avait fait éloigner de 
la cour de Charles X la duchesse de F. ? 
Les mémoires du maréchal de Castellane 
sont muets sur ce point. H. de W. 

Murville, auteur dramatique. — 

Que sait-on d'André de Murville, auteur 
dramatique de peu de succès? Il épousa, 
vers 177 i,Alexandrine Brancas, fille de 
Sophie Arnould et du comte de Laura- 
guais. 

C'est elle qu'on avait surnommée « la 
plus rousse des blondes», et qui répondit, 
un jour qu'on lui demandait l'âge de sa 
mère : « Je ne saurais vous le dire, mais 
comme tous les ans, elle rajeunit d'une 
année, je ne tarderai pas à être plus 
vieille qu'elle ». 

Divorcée en 1793, elle se remaria avec 
le fils du maître de poste de Luzarches et 
mourut avant sa mère, laissant 3 enfants. 

H. de W. 

Famille d'Azemar — Je serais re- 
connaissant aux collaborateurs de X Inter- 
médiaire qui voudraient bien m'aider 
dans la recherche de quelques rensei- 
gnements dont j'ai besoin pour la com- 
position d'une planche à graver. 

i° Quelles sont les armes exactes de 
la famille d'Azemar, qui a habité Tou- 
louse et était originaire de l'Hérault ? 

2° Quelle est l'étymologie du nom 
d'Azemar ? Est-il vrai que ce soit Asinus 
Mari, Asne de la mer ? 11 y a une légen- 
de : quelle est-elle ? Merci d'avance. 

Henry-André. 

Le faïencier Ollivier. — Il demeu- 
rait rue de la Roquette ; il inventa des 
poêles de forme antique et des plats assez 



désigna sous le nom de « culs noirs » ; il 
est l'auteur du célèbre poêle de la Bastille, 
qui est au musée de Sèvres. 

Qui connaît son prénom, ses lieux et 
dates de naissance et de décès ? Existe-t-il 
de lui une descendance ou même des pa- 
rents éloignés ? V. Advielle. 

Tentative de suicide du composi- 
teur Berlioz. — Le 18 avril 1830, Hec- 
tor Berlioz écrivait de Diano à Horace 
Vernet, une lettre dans laquelle il lui fait 
connaître ce qui suit : « A Gênes, un ins- 
tant de vertige, la plus inconcevable 
faiblesse, a brisé ma volonté. Je me suis 
abandonne au désespoir d'un enfant, mais 
enfin j'en ai été quitte pour boire l'eau 
salée, être harponné comme un saumon ) 
demeurer un quart d'heure étendu mort 
au soleil, et avoir des vomissements vio- 
lents pendant une heure. Je ne sais qui 
m'a retiré, on m'a cru tombé, par acci- 
dent, des remparts de la ville, mais enfin 
je vis, je dois vivre pour deux sœurs dont 
j'aurais causé la mort par la mienne et 
vivre pour mon art ». 

Cette tentative de suicide a-t-elle été 
connue des biographes du célèbre musi- 
cien ? Paul Pinson. 

Théophile Mandar. — Où trouve- 
t-on des renseignements sur la personne 
et les écrits de Théophile Mandar qui vi- 
vait au commencement du xix e siècle et 
faisait entendre la vérité, même à Napo- 
léon-le-Grand ? 

On lui attribue cette phrase lapidaire ; 
La honte est la mort dans la vie I 

A. S. 

Noms de familles. — Quelle peut- 
être l'origine des noms de famille sui- 
vants : Astic, Bollon, Borriglione, Can- 
cade.Couix, Danselte, Galipe, Géal, Jotna' 
ton, Largeion, Linossier, Meroeat, Moins, 
MourafetjNeime, Orème, Oçoline, Perbet, 
Ploton, Poulcnard, Ouiblier, Saroul, Tarel, 
Vey ? Bi. An. 

Darbo. — Dans Y Affaire de la rue de 
Lourcine, Labiche écrit ceci : (scène 2 e ) 

J'avais à ma droite un notaire..., pas 
drôle ! et à ma gauche, un petit fabricant do 
bibeions qui nous en a chanté une passable- 



grossiers, à revers bruns, que le peuple | ment... darbo ! Ah ! vraiment, c'était un 



N'939-) 



L'INTERMEDIAIRE 



ni 



112 



peu... c'était trop... Faudra que je la lui de- 
mande. .. 

Le sens de la phrase explique suffisam- 
ment le mot darbo inusité aujourd'hui. 
En connaît- on l'origine ? 

Gustave Fustier. 

Causses, chaux ou chaumes. — 

Quelque étymologiste pourrait-il élu- 
cider ce petit problème que me pose un 
avocat de la Chaux-de Fonds ? Ayant à 
parler du grand plateau calcaire étendu 
entre Besançon et Pontarlier, j'avais fait 
remarquer, dans un livre, la similitude 
d'aspect entre ce plateau nommé Chaux 
par les Francs-comtois et les Causses cé- 
venols. J'aurais pu ajouter que cela res- 
semble encore aux Chaumes des envi- 
rons d'Angoulême, véritables causses mi- 
nuscules. 

Mon observation portait autant sur une 
consonnance assez vague que sur l'iden- 
tité des paysages, L'aimable correspon- 
dant qui m'écrit étend fort cette question 
incidemment soulevée, mais il me serait 
difficile de lui répondre. J'espère qu'un 
intermédiairiste le fera pour moi. Voici 
la lettre que j'ai reçue : 

« Votre étymologie du mot chaux a. fixé 
mon attention. Cette question est en effet 
bien intéressante ; il est curieux de 
constater combien sa forme grammati- 
cale ou son acception ont varié, ce qui a 
rendu singulièrement difficile l'explica- 
tion étymologique. Il y aurait là un inté- 
ressant sujet d'études philologiques. 

« Un de nos historiens neuchâtelois 
relève que la forme primitive de ce mot 
est cha, chas, chax ou chaç et on en re- 
trouverait, paraît-il, des vestiges dans 
certains noms en Franche-Comté, ce que 
je n'ai pu vérifier. Ce serait la langue 
romane, je crois, qui a déterminé la 
forme actuelle de ce mot ; les scribes au 
moyen âge se sont évertués, dans leurs 
actes en latin, à en trouver l'équivalent 
dans cette langue, ce qui a donné lieu 
de leur part à une bizarre confusion 
d'idées. Selon des indications que j'ai 
sous les yeux, les exemples abondent. 
L'Obituaire de Fontaine-André, vers 1150 
traduit la Chaux d'Amens sous le vocable 
de Calcina. Des actes au xiv e siècle tra- 
duisent la Chaux d' Escublon par calvus 
d'Escublon. Le cartulaire de Romain- 
Moutier traduit calma ainsi que les chartes 



du xi e siècle de la Chaux d'Arlie. Ces 
diverses interprétations n'ont naturelle- 
ment qu'une valeur relative. Un auteur, 
Quiquerez. pense que le mot chaux dé- 
rive d'une voie romaine reliant les hautes 
vallées jurassiennes et que la nature cal- 
caire du sol l'a fait appeler chaussée. 
D'autres, enfin, ont proposé cavus, cala- 
mu s, etc.. 

«Selon vous, le mot chaux rappelle le 
terrain pierreux des hautes vallées juras- 
siennes et, étymologiquement, il y a 
affinité entre chaux et causse. Cette leçon 
me rallie, basée qu'elle est sur l'observa- 
tion de la structure géologique du sol 
jurassique dont les roches calcaires (crêt), 
perçant la mince couche de terre arable 
des hauteurs, a dû évidemment frapper 
les premiers colons venus de la plaine 
verdoyante et grasse. La langue romane 
parlée à l'époque de la formation des 
noms locaux du haut Jura désigna, par 
métonymie, ces lieux sauvages sous le vo- 
cable générique de chaux, dérivé du latin 
calx. 

« Pour distinguer les diverses chaux 
ouvertes à la civilisation, il fallut ajouter 
un qualificatif tiré d'un fait caractérisant 
chacune d'elles, d'où ces noms composés, 
nombreux dans le Jura. C'est ce qui 
m'amène à vous consulter sur l'étymo- 
logiedu nom de notre ville. (La Chaux 
de Fonds). La première mention de notre 
vallée se trouve dans un acte de 1378 qui 
l'orthographie La Chault de Font. La 
forme chault n'est-elle pas précisément 
de l'époque, comme le mot Sault du Doux, 
écrit ainsi dans les actes contemporains? ». 

La parole est maintenant à nos con- 
frères. Ardouin-Dumazet. 



L'abbaye de l'Orth. — Quelle était 
cette abbaye que possédait, au xvn e siècle, le 
duc de Rohan et qui lui avait été confis- 
quée avec tous ses gouvernements, après 
sa révolte ?Dans ses lettres inédites,adres- 
sées à un agent chargé à Paris de défen- 
dre ses intérêts, lors de la paix de Mont- 
pellier, il insiste pour qu'on lui donne au 
moins l'équivalent de cette abbaye, « de 
l'Orth de Poitiers », qui lui rapportait 
4000 écus de rente et qu'il n'avait pas 
encore payée. E. B. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



113 



114 



[ 30 juillet 1901 . 



Armées romaines et barbares. 

— Existe-t-il un ouvrage établissant un 
parallèle entre les armées romaines et les 
armées barbares ? A. B. X. 

<» Documents relatifs à l'histoire 
du pays de Vaud, 1293-1750. — Cet 

ouvrage, imprimé aux frais du rédac- 
teur, est vendu au profit de l'hospice, 
cantonal de Lausanne, etc. Prix : quatre 
livres de Suisse — Genève, chez Mangen 
et Cherbuliez, imp. libraires. 1817, 
gros in-8. — Un exemplaire de cet ou- 
vrage a été offert par l'auteur à mon ar- 
riére-grand'mère ; elle en a inscrit la 
mention, avec son propre nom, sur la garde 
du livre — mais le nom de l'auteur est 
demeuré inconnu pour moi, et la lecture 
du volume ne m'a conduit à aucune pré- 
somption relative à ce nom. 

Si quelque érudit de Genève, Berne ou 
Lausanne, pouvait lever ce voile, il ren- 
drait serviceàson dévoué confrère. Cz. 

Les compagnons de Guillaume- 
le-conquérant. — L'archéologue M. 
de Caumont a fait graver, il y a quelques 
années, sur une pierre de l'église de 
Dives, la liste complète, ou présumée 
telle, des compagnons de Guillaume le 
Conquérant, lors de sa descente victo- 
rieuse en Angleterre, où la défaite des 
Anglo-Saxons par les Normands (1076), 
fut le point de départ de la monarchie an- 
glo-normande. 

Les noms gravés sur cette pierre n'ont- 
ils pas été reproduits en quelques ouvra- 
ges imprimés modernes? Je serai recon- 
naissant aux confrères qui voudront bien 
me les signaler. Cz. 

L'émigration à Londres. — M. de 
Beaumont-Vassy, dans ses Mémoires se- 
crets du dix-neuvième siècle (1874) ra- 
conte (p. 134-6) une piquante aventure 
arrivée à Londres, pendant l'émigration, 
à deux grandes dames qui ne dédaignaient 
pas de fréquenter les bals populaires. Je 
crois bien que l'une, qu'il nomme la du- 
chesse de M. est la duchesse de Monchy, 
née la Borde, qui tut l'amie et l'inspira- 
trice de Chateaubriand. Sait-on quelle fut 
l'autre? — H. de W. 

L'arme de Charlotte Corday. — 
Qu'est devenue cette arme ? A défaut, en 
existe-t-il un destin officiel ou une des- 



ctiption qui offre une garantie suffisante 
d'authenticité? Dansles gravures du temps, 
cette arme est figurée par un couteau et 
aussi par un poignard. C'est ou l'arme 
elle-même, ou sa sérieuse description que 
je recherche. V. Advielle. 

Deux sénateurs en 1811. — Qu'a- 
t-il été écrit sur les sénateurs Péré et 
Arène du premier Empire ? 

C. de la B. 

Une maîtresse du duc de Berry. 

— Le baron de Lamotte-Langon, littéra- 
teur bien connu du temps de la Restaura- 
tion, écrivait à M. de Carrière, le 19 fé- 
vrier 181 5, une lettre très curieuse dans 
laquelle on remarque ce passage : « M llB 
Virginie, maîtresse du duc de Berry, est 
grosse à plein ventre. On ne lui donne 
que 25,000 francs par mo ; s, ce qui n'est 
rien, comme vous voyez ». 

Quelle était cette demoiselle Virginie? 
L'enfant qu'elle a dû mettre au monde 
a-t-il vécu ? P. Ponsin. 

Voir T. G. 107. Virginie Letellier. 

Le képi de l'armée française en 
usage en Italie en 1607. — Une 

lettre de format in-folio, signée Louis 
Monthorot, commissaire impérial, datée 
de Milan le 8 février 1607, est écrite sur 
un très beau papier, et dans le filigrane se 
trouve un petit médaillon oblong,au mi- 
lieu duquel il y a un soldat tenant à la 
main un drapeau ; il est coiffé d'une cas- 
quette à visière absolument semblable au 
képi que portait l'armée française en 1860. 
Cette particularité a-t elle été connue 
au Ministère de la guerre? 

Un ancien Cul de Singe. 

« L'Alsace- Lorraine devant l'Eu- 
rope. » — Pourrait-on nommer l'auteur 
de Y Alsace-Lorraine devant l'Europe, 
essai de politique positive, par Patiens, 1894, 
in- 18, Paul Ollendorff, 28 b is rue de Ri- 
chelieu, XI et 585 pages. Nauroy. 

Plagiats. — Quelque intermédiairiste 
pourrait-il me donner quelques exemples 
récents de plagiats historiques et litté- 
raires? C'est non seulement la littérature 
française qui rentre dans mon cadre, mais 
celle de toutes les nations. Les fausses 



N* 



939 



L'INTERMEDIAIRE 



"5 



il' 



accusations de plagiat m'intéressent égale- 
ment. Il y a là-dessus un admirable arti- 
cle de l'ancienne Revue de Paris. 

Baron Albert Lumbroso. 

Ouvrages du XVI e siècle à re- 
trouver. — Je serais reconnaissant à 
celui de nos confrères qui m'indiquerait 
où je pourrais retrouver les trois ouvra- 
ges suivants, relatifs aux guerres du Vi- 
varais, mentionnés par le P. Lelong et 
par la Bibliothèque de La Croix du Maine, 
mais que ne possèdent m la Bibliothèque 
nationale, ni les autres dépôts publics où 
je les ai cherchés : 

\* Poème bistorial touchant l'origine, 
Tantiquité et l'excellence de la maison de 
Tour non, par François de Belleforest. 
Paris, Huby, 1568. In-8. 

2° Historia helli quod cum bereticis 
rehellihus gessit, anno 1567, Claudia de 
Turaine, domina Turnonia, etc, auctore 
Joanne Villemino, Parisii<, 1569. In-4. 

3 Discours de la brave résistance faite 
aux rebelles, l'an 156J, par M mt de 
Tour non, nommée Claude de Turaine, 
écrit premièrement en vers latins par 
Jean Villemin, et depuis traduit en fran- 
çais par Belleforest. Iwip. à Paris, chez 
Jean Hulpeau, 1569. 

J'ai d'autant plus d'intérêt à connaître 
ces ouvrages, que mon projet est de 
réimprimer au moins le troisième. 

— Z.Y.X. 

Bibliothèque de la Malmaison. 

— Pourrait-on m'indiquer la signification 
exacte des lettres « B. P. » qui se trou- 
vent sur le dos des livres, provenant de 
la bibliothèque de Napoléon à la Malmai- 
son ? Jean Lhomer. 
Beauhamais La Pagerie. 

Racine et le café.— M me de Sévigné 
est-elle réellement l'auteur de ce singulier 
jugement? «Racine et le café passerontde 
mode. » Où la belle marquise a-t-elle 
écrit cela? A. S. 



Publications musicales, — Nous 
aurions intérêt à connaître quelques-unes 
des publications traitant spécialement de 
la musique religieuse qui paraissaient de 
18 10 à 1820. 

Prière de vouloir bien nous en indiquer 
plusieurs. F. L. A. H. M. 



Portraits signés Rullmann. — 
J'ai une lithographie grand in-folio en 
! largeur, par Engelmann, signée Rullmann 
j delineavit et intitulée : « Souvenir de 
Paris, mai 1822 ». Elle représente 13 
portraits d'hommes en buste. Sait-on 
leurs noms ? Simon. 

Communautés religieuses de 
femmes. — Nous serions reconnais- 
sants à nos collègues de nous donner la 
liste des ouvrages sur les communautés 
religieuses de femmes en France. 

Madame V. Vincent. 

La plus ancienne université de 
l'Europe. — Dans un discours pro- 
noncé à Paris au moi de mai, dans un 
banquet du club universitaire américain, 
M . Larroumet a dit que les universités 
françaises étaient les plus vieilles de l'Eu- 
rope. 

Mais l'orateur a négligé de donner des 
dates ! 

C'était nécessaire, cependant, car ici en 
Italie, on admet que c'est en Italie qu'ont 
été fondées les premières universités de 
l'Europe. 

Pavie soûl ient que son université date 
du temps de Charlemagne. 

A Bologne, le pape Alexandre II, (pon- 
tificat de 1061 à 1073), a favoriséles cours 
de droit. 

En 1288, une association de professeurs 
libres a créé à Bologne l'université qui 
existe toujours. 

Puisque M. Larroumet. professeur à 
l'Université de Paris, n'a pas cru néces- 
saire de prouver son assertion, Y Inteimè- 
diaire pourrait éclaircir la question. 

Gerspach. 

Les papiers delà Caisse Lafarge. 

— Tous les dossiers des participants 
à cette célèbre tontine, ont été versés, il y 
a plusieurs années déjà, aux archives du 
Ministère du Commerce. Quand donc en 
sera-t-il dressé un inventaire, ou même 
un simple classement sur fiches ? Ces 
papiers, de peu de valeur, à première vue, 
présentent un réel intérêt pour la biogra- 
phie d'une foule de personnages notables 
et artistes de la fin du dix-huitième siècle. 

V. A 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



117 



118 



[ 30 juillet 1901 



ïléponses 



il sera répondu directement par lettre 
à ceux de nos correspondants qui deman- 
dent des informations sur des questions 
de famille ou d'un intérêt purement per- 
sonnel. — 

La clef du « Pays des Parlemen- 
teurs » (XLIV, 2). — M Léon Daudet, 
l'auteur du Pays des Parlementeurs, le 
livre qui mène en ce moment tant de bruit, 
nous fait l'honneur de nous adresser la 

lettre suivante : 

19 juillet. 
Mon cher confrère, 

Je n'ai pas sur moi la clef des Parlemen- 
teurs pour divers motifs, dont le plus puissant 
est que mes personnages ne sont ni représen- 
tatifs, ni pris dans le réel, faits de pièces et 
de morceaux et déformés encore par les coups 
de bâton que je leur donne avec tant de plai- 
sir. 

C'est, en tout cas, du bien vilain monde. 

Excusez le VJgue de cette réponse, et 
croyez à mes meilleurs sentiments. 

Léon Daudet. 

M- e Lebas de l'Obélisque (XLIV, 
j). — Il y a bien une vingtaine 
d'années que le Bottin et autres annuaires 
portent ainsi le nom de la veuve de Lebas 
(Jean-Baptiste-Apollinaire), ingénieur de la 
marine, qui a procédé, en 1836, à l'érec- 
tion de l'obélisque de Louqsor sur la place 
de la Concorde. Lebas avait un homo- 
nyme, architecte de talent, Louis-Hippo- 
lyte Lebas, membre de l'Institut, (dont 
une rue du ix e arr. porte le nom), et la 
majorité du public a toujours attribué, et 
attribue encore de nos jours, à cet archi- 
tecte, le travail de l'ingénieur. C'est pour 
protester contre cette erreur que celui-ci, 
ou peut-être seulement sa veuve, a fait 
suivre son nom des mots : « de l'Obélis- 
que », qui seraient peut-être mieux entre 
parenthèses. J.-C. Wigg. 

* * 

L'architecte Lebas, dont on parla beau- 
coup autrefois, ne s'est jamais appelé, 
que je sache, Lebas de l'Obélisque. Seule- 
ment ce nom étant fort répandu, on 
aura adopté cette manière de le distin- 
guer habituellement de ses homonymes 
qui n'avaient rien eu à faire avec l'obé- 



lisque, et l'adresse en question aurait 
probablement dû être : 

M™ Vve Lebas (de l'Obélisque). 

Le Cordier. 



L'orthographa du nom de du 
Guesclin (XL1I1; XLIV, 33). - Il est 
certain que l'illustre nom de du Guesclin 
a subi, suivant les temps, des variantes 
orthographiquestrès nombreuses. On relève 
entre autres celles-ci : du Guarplic,Guerplic, 
Gayclip, GuœcUn. Gverclin, Guarclip 
Guerclip Gloesquin, Gaesquin, Glesquin , 
Glasquin, Glaqum, Glesclin, Guèaquin, 
Glayaquin, Glayclin, Gloaisquin. 

Le château dont la famille tirait son 
origine, est appelé le Guarplic dans tous 
les anciens titres, et telle parait bien être 
la première forme du nom de la famille 
elle-même, A partir de 1300, ou peut-être 
un peu auparavant, on trouve le plus 
ordinairement : du Gverclin. Le testament 
de Jeanne de Malemains, mère du conné- 
table (1350) porte : de Glaquino et dou 
Glaquin. Dans les actes concernant le 
connétable lui-même, on lit presque tou- 
jours : du Guesclin ou du Glesquin, quel- 
quefois du Glaquen ; du Guesclin, au té- 
moignage de du Paz et de Hay du Chaste- 
let, sur le tombeau de Saint-Denis. Il est 
très vrai, comme le dit le docteur Bougon, 
que le monument de l'église Saint-Sau- 
veur de Dinan porte : du Guèaquin ; mais 
l'inscription est toute moderne, malgré 
son apparence archaïque, et cette forme 
est une de celles qui se rencontrent le 
plus rarement. Elle n'a guère pour elle 
que la fable contée par Froissart, suivant 
laquelle la maison du Guesclin tirerait son 
origine d'un prétendu roi de Bougie ré- 
fugié en Bretagne au temps de Charle- 
magne, d'abord conquérant du pays, puis 
chassé par le grand empereur, après 
avoir bâti un château du Guc-Aqutn ou 
du Glay-Aquin. 

Ces divergences, dans tous les cas, 
n'ont plus qu'un intérêt de curiosité. 
L'histoire a consacré le nom glorieux de 
du Guesclin sous une forme qui ne peut 
plus être discutée. D'ailleurs, la maison 
du connétable a subsisté, dans une de 
ses branches, jusqu'au commencement du 
xix e siècle, et, de temps immémorial, elle 
n'a jamais varié dans l'orthographe de 
son nom, comme en témoignent notam- 



i 



N'939 



L'INTERMEDIAIRE 



1 19 



120 



ment les preuves faites par elle lors de la 
réformation de 1668. 

Quant à la jonction de la particule au 
nom patronymique sous la forme Dugues- 
clin, c'est une fantaisie qu'on ne voit 
guère apparaître qu'au xvm e siècle. C'est 
dire qu'elle est tout à fait à rejeter. 

P. du Gué. 

Armoiries sur la porte du châ- 
teau de Vaubelette (XLI1I). — Coquet 
de la Roche-Montbrun, de Saint-Lary, en 
Guyenne et Languedoc, porte : D'azur, 
au chevron d'or, accompagné en pointe 
d'un coq du même, crête et barbé de gueules; 
au chef de gueules, chargé de trois étoiles 
d'argent. 

Galabert d'Haumont et de la Peyre, en 
Quercy, porte : D'argent, au chevron de 
sable, accompagné en pointe d'un coq du 
même, becqué, crête, barbé et membre de 
gueules ; au chef d'azur, chargé de trois 
étoiles d'argent. 

D'après un Annuaire des Châteaux — 
pas trop vieux — M . de Coquet-Saint- 
Lary habite le château de Bréhan, par 
Fleurance (Gers), et M. d'Haumont, le 
château de Cayras, par Castanet (Haute- 
Garonne). On pourrait s'adresser à eux 
pour retrouver l'alliance dont le blason 
m'est inconnu. P. le J. 

Armoiries à identifier : d'argent 
à trois jumelles de gueule. (XLIII; 
XLIV, 66) — La famille de Plas de Sal- 
gues, n'ayant pas fourni, pensons-nous, 
de chevaliers de la Toison d'or, c'est bien 
aux Rubempré qu'appartient l'ex-libris 
en question. D'ailleurs, nous sommes 
bien en Belgique, puisque l'ex-libris 
qui avoisine celui-ci est celui de Anne- 
Thérèse-Philippine d'Yve (née à Bruxelles, 
le 28 juillet 1738, morte sans alliance, le 
25 mars 1814), jolie petite pièceLouisXVI, 
H 51. L. 44 : armes : paie de vair et de 
gueules (ce qui est la même chose que la 
description de notre honorable confrère 
le vicomte de Ch.) 

Mademoiselle d'Yve, qui avait un fer 
identique pour ses reliures (Voir Y Armo- 
riai du Bibliophile, I, 209) possédait une 
très riche bibliothèque dont J. Guigard 
(loc. cit.) nous donne le titre : 

Description bibliographique d'une très 
belle collection de livres rares et curieux 



provenant de la bibliothèque de M Ue la 
comtesse d'Yve, rédigée par feu M.D.L S. 
revue et achevée par L.A.F. Gaudefray . an- 
cien libraire de Paris. Bruxelles, Aug. 
Wahlonet Cie, 18 19, 8°, comprenant 6821 
numéros. 

Ce que ne dit pas Guigard, c'est que le 
rédacteur, dont on ne voit que les initia- 
les, est le célèbre bibliographe Charles 
Antonin de La Serna Santander, membre 
de l'Institut, mort en 1813. 

J.-C. Wigg, 

D'or à 3 fasces de sable au chef 
d'or (XLIII).— Il n'y a eu d'autre alliance 
entre les Richelieu et la maison de Lor- 
raine, à laquelle appartenait le prince de 
Lambesc, que le second mariage du duc 
et maréchal de Richelieu, contracté le 7 
avril 1734 avec Elisabeth-Sophie Marie 
princesse de Lorraine-Guise, qui mourut 
au mois d'août 1740. H. de W. 

Armoiries de la ville de Moissac 

(XLIV, 3). — Il n'y a d'autres armoiries 
authentiques, traditionnelles, et qui puisse 
compter au point de vue héraldique, que 
les vieilles armes de Moissac, citées en'pre- 
mier lieu dans la question : de gueules, à 
la croix de Toulouse d'or, au chef cousu 
d'azur, chargé de 3 fleurs de lys d'or. Il 
faut remarquer que la croix est cléchée et 
à douze pommeaux. 

C'est bien Napoléon qui créa, en 1808, 
le département de Tarn-et-Garonne. Ce 
département, un des plus petits, est un 
des plus ridiculement hétérogènes ; il est 
formé de lambeaux de six provinces ! 

Moissac est dans le Caorsin et non 
dans le Languedoc. B.-F. 

M.J. van Driesten, dans un Armo- 
riai des villes de France, deux placards 
in-folio, coloriés, a donné à la ville de 
Moissac une croix tréflce d'argent, au 
lieu d'une croix de Toulouse d'or. Mal- 
heureusement les erreurs fourmillent 
dans cette publication, plus commerciale 
qu'artistique, et l'on peut regretter d'y 
voir figurer le nom du meilleur peintre 
héraldiste contemporain, l'auteur du chef- 
d'œuvre de la Toison d'Or. P. le J. 
* 
* * 

Ceci n'est point une réponse. Quoique 

je me sois, plus que personne, et depuis 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Juillet 1901, 



121 



122 



trente ans, occupé des armoiries muni- 
cipales, ce qui m'a valu le titre tout nou- 
veau de héraldurbiste, je n'ai pas l'outre- 
cuidance de me croire seul compétent en 
armoiries de villes. 

J'apporte une simple contribution pou- 
vant, peut-être, — et je le désire, — aider à 
la solution du problèmeque poursuit notre 
éminent collaborateur La Coussière. 



* 

¥ « 



Armoiries. — De gueules, à une 
croix pommelée [de douce pièces d'ar- 
gent et un chef d'azur, chargé de trois 
fleurs de lis d'or. Arm. ms de 1696. (XV, 
1161.) 

C'est à peu près la croix de Toulouse, 
mais non vidée. 

— M He Traversier donne les dites ar- 
mes sans mentionner le chef {Armonal 
national). 

— De gueules, à la croix de Saint-Lazare 
d'argent, au chef d'azur, chargé de trois 
fleurs de lis d'or. 

Van-Driesten. Armoriai national des 
villes de France, 2 tableaux in-plano. 

— Girault de Saint-Fargeau, donne la 
croix vidée, cléchée et pommetée d'or et 
le chef fleurdelisé. 

— Malte-Brun, de même. 

— Sous l'empire : De sinople, à une 
colonne d'or, embrassée par une vigne d'ar- 
gent, fruitée de pourpre;, franc-quartier des 
villes du 2 e ordre. 

— L'abbaye de Moissac : D'argent à un 
chevron de gueules, ms de 1696. (XIV, 

978). 

— Le chapitre de l'église collégiale de 
M. — De gueules, à deux clefs d'argent, 
posées en pal. (XV, 1005.) 

1243. Ville fortifiée (curieux détails) 
Sceaux: Sigillum comuni consilio Moissiasi '. 
Revers : Ecu à la croix de Toulouse 
accosté de deux clefs. Sigillum de Vico 
Santi (sic) Pétri. 

Abbaye, — Ordre de saintBernard, puis 
de saint Augustin, — fondée de 630a 640, 
par Clota re II ou Clovis II, sécularisée 
tu xvn* siècle. 

121 2. Saint Pierre assis. 

1266. Saint Pierre de face, assis dans 
une stalle gothique : Sigillum conventus 
monasterii sancti Pétri Moysiacensis. 

Contre-sceau. Saint Paul, à mi-corps. 
Sancius Paulus. Effem. 



Chevaliers de la Toison d'or 

(XLIII). — Je possède la liste des cheva- 
liers actuels de la Toison d'or d'Espagne, 
et de celle d'Autriche, liste que je tiens 
au courant depuis quelques années. M. 
d'Agnel pourrait consulter la volumi- 
neuse Histoire de l'ordre de la Toison 
d'or, par le baron de Reiffenberg. Bruxel- 
les, mdcccxxx, 1 vol. in-8°. C'est un ou- 
vrage assez rare. H. de W. 



* * 



Quoique M. d'Agnel ne désire la liste 
des chevaliers de la Toison d'or, que 
depuis Louis 1 er , je lui signalerai tout de 
même le livre suivant annoncé dans le 
catalogue de juillet, de la maison Perrella 
Francesco, de Naples : 

162. Maurice J. B. Le blason des ar- 
moiries de tous les chevaliers de l'ordre 

de la Toison d'or avec leurs noms, 

surnoms, titres etcartiers, ensemble leurs 
éloges. La Haye, i667,in-lol. nombreuses 
armoiries. Sinopledeux. 

« Fert, fert, fert », devise des 
comtes-ducs de Savoie (T. G., 345, 
XLIII). — Comme suite à la question, et 
en dehors des élucubrations fantaisistes, 
voici les opinions de divers auteurs : 

Le comte A. de Foras : « Les historiens 
« se sont épuisés en combinaisons pour 
« expliquer ces quatre lettres. Il est fort 
« possible que ce mot porte en lui-même 
« sa signification la plus naturelle ». 
{Armoriai et Nobiliaire de Savoie, vol. I, 
in-fol., Grenoble, 1863 — Chevaliers de 
l'Ordre du Collier dit de V Annonciade, 
appartenant au duché de Savoie, p. 409, 
note 3). 

L. Cibrario : « Le FERT, uni aux lacs 
« d'amour, et le fait que l'ordre du Collier 
« ou de l'Annonciade a été institué sous 
« l'invocation de la Vierge, pour porter 
« en signe extérieur l'expression d'un 
« vœu prononcé en l'honneur des belles, 
« comme en l'honneur des Protecteurs 
« Célestes, rendent plausible l'explication 
« plus naturelle : FERT : porte les liens, 
« la chaîne de servitude Je Marie. 

« De tels signes extérieurs de servitude 
« céleste ou terrestre, effets d'un vœu 
« spontané, s'appelaient autrefois « em- 
« prise »(impresa) Origine e Progressi dell 
Istitu^ioni délia Monarchia di Savoia 
Florence, 1869, in-8; r* partie, p. 408- 



N* 939 



L'INTERMEDIAIRE 



123 



Note n° 17). 
le professeur 



F. 



Arbre généalogique : 

Fr. Giunti : D'après 
Giunti,de l'Ecole royale de marine de Gê- 
nes, selon une remarque faite parle jeune 
prince Odon de Montferrat, frère cadet 
du roi Humbert I er (1840 f 1866), le 
mot latin FERT (il ou elle porte) appar- 
tient à un passage remarquable de 
l'Enéide, « où l'on trouve, exposé dans 
« un exemple classique, le plus grand de 
« de tous les enseignements moraux. Il 
« s'agit de suprêmes efforts de Junon, 
« déesse ennemie, qui veut retarder le 
« héros dans sa course vers le noble but 
« qu'il doit atteindre. La plus rude des 
« épreuves, ce n'est pas d'opposer la poi- 
« trine aux coups de l'ennemi, mais de 
« tourner le dos aux séductions, aux 
« charmes des plaisirs. On voit les pleurs, 
« on écoute les tendres prières (les ai- 
- « mables obstacles, les lacs d'amour ; corps 
« de la devise) que la sœur de Didon 
« porte (fert), dont le héros, aidé par Jupi- 
« ter, se dégage (Sens caché de la devise 
« même). Voici le texte : 

Talibis orabat talesque miserrima fletus. 
FERTQUE REFETQUE soror ; sed nullis ille 
movetur. 

Fletibus, aut voces ullas tractabilis audit ; 

Fata obstant, placidasque viri Deus 
obstruit aures. 

Enéide, Lib. IV, v. 437-440). 

« C'est pour rappeler la source du mot 
« et la pensée qui le suit, sans lui ôter ce 
« voile dont le beau aime à se couvrir 
« qu'on lui a ajouté, en hiéroglyphe, son 
« complément (FERT, porte les liens). » 
Fert-Feile. — Veccbi cnigmi nonftivoli 
forse ora pet la prima volta spiegati da 
Federigo Giunti. Gènes, juin 1866.in-8.40p. 

Fert-Ferte. — Lettera al Capo Sovrano 
detf Ordine délia SS. Annunçiata e dedica- 
ioria ai grandi personnaggi decotati délia 
divisa del detto ordine, Gênes, juillet 1866 
in-8, 6 p. 

Fert-Ferte. — Lettre autograpbiée in-4 
sur le même sujet, Gênes, octobre 1866, 8 p. 

Ces mots FERTQUE REFERTQUE 
sont inscrits sur une médaille de 1590 à 
l'effigie de Charles-Emmanuel I er et de 
Catherine d' Autriche-Espagne. Le mot 
FERTE, second titre des opuscules du 
professeur F. Giunti, figure également 
dans la médaille, sur le col de l'armure 
du prince, non loin du mufle de lion tra- 



— 124 
armes de 



ditionnel des armes de Savoie. L'auteur 
lui attribue une signification politique à 
l'adresse des Espagnols : digression en 
dehors de notre sujet. Cette médaille de 
159° et une autre de Philibert-le-Beau et 
Marguerite d'Autriche, dans laquelle une 
palissade symbolique remplace les lacs 
d'amour, sont reproduites par Pompeo 
Litta :Famigliecelebri Italiane . — Duchi di 
Savoia (Milan, 1839-1846, in-fol., Plan- 
ches de Médailles, figures 1 et 28). 

D'après Mgr. Fr. Liverani, on pourrait 
considérer le FERT comme l'abréviation 
de Filibertus, Philibert, nom de divers 
princes de Savoie. La Divisa La Di- 
visa délia R. C. di Savoia. Saggio di Ar- 
cbeologia araldica. Faenza, 1873, in-8, 
20 p. 

Muratori a prétendu que FERT est le 
commencement du mot Fertone, nom 
d'une ancienne monnaie. Notre collègue 
A. Vingtrinier s'est agréablement moqué 
de ce qu'il appelle une énormité du savant 
historien. « Esope, dit-il, en eût trouvé 
bien d'autres ». (L'Intermédiaire, XXXIV. 
30 décembre 1896, p. 815. Devise de 
Marguerite d'Autriche). 

c'est donc dans le mot FERT lui-même, 
c'est dans ses acceptions diverses, si l'on 
n'est pas satisfait de ce qui a été dit le 
plus sérieusement, qu'il faut aller cher- 
cher l'explication de l'énigme. Les grands 
dictionnaires de latinité : Forcellini, 
Freund et Theil, etc., pourront aider à 
cette recherche. Sabaudus. 

Nota : Le sujet a déjà été traité : VI, 
70. 146, 235, 312; — XIII, 456, 507, 
530;— XXXIII, 711 etXXXlV, 815. 

On pourra lire, pour mémoire, dansles 
Souvenus de la marquise de Créquy, édi- 
tion Garnier, s. d., tome II, p. 193, une 
anecdote au cours de laquelle il est dit que 
le FERT était la devise de l'ordre de 
Malte (???). 

MM C. P. V. et G. Cam, ont cité le 
passage des Confessions de Jean-Jacques, 
qui 



se réfère à cette devise. 



jeton (Louis XIV) à déterminer 

(XLIV, 10). — Le jeton de Louis XIV 
au Neptune se trouve décrit dans le cata- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 juillet 1901 



125 



126 



logue des jetons de la bibliothèque Nationale 
sous le n° 1590. Il est très commun et a dû 
être copié sur la médaille relative au canal 
des Deux-Mers. Le catalogue « en répara- 
tion» contiendra certainement cette pièce. 
Je profite de cette occasion pour annoncer 
aux amateurs de jetons armoriés et aux 
personnes s'occupant d'héraldique, l'appa- 
rition prochaine d'un travail illustré sur 
les jetons de familles françaises. 

J. Florange. 



* 
* * 



Lejetonà la devise alquoralustrando 
pacat a été frappé en 1700 pour le service 
des galères. Les ateliers de Nuremberg en 
ont fait beaucoup d'imitations et il est 
probable que la pièce, possédée par le 
correspondant Simon, est de cette der- 
nière fabrication, si elle ne porte ni le 
millésime, ni le mot galères en exergue. 

Picaillon. 



* * 



J'ai un bel exemplaire en cuivre de ce je- 
ton, diamètre 29 mill. ; la face est du gra- 
veur Jérôme Roussel, ainsi que se lisent 
les lettres I R F au-dessous de la tête : je 
ne sais pour quelle administration il 
a été frappé, mais notre confrère Simon 
l'apprendrait peut-être dans l'ouvrage Les 
jetons de l'écbevinage, publié par la Ville de 
Paris (publications historiques dites « sé- 
rie verte») lequel s'occupe, par extension, 
des jetons royaux. J.-C. Wigg. 

Médailliers (XL1V, 56). —Fixer des 
monnaies sur une planchette n'est ni beau 
ni pratique ; les pièces se détachent tou- 
jours, puis lorsque l'on veut en prendre 
une, c'est toute une affaire ; il faut enle- 
ver les pointes, très souvent celles-ci abî- 
ment les monnaies. 

Si l'on veut absolument faire un ta- 
bleau, il vaudrait mieux coller chaque 
pièce avec un peu de gutta ou de cire 
molle. 

Pour classer les monnaies, je ne vois 
que les cartons de vraiment pratiques. 
On peut les faire faire avec des trous de 
différentes grandeurs. Certains collection- 
neurs font faire de petits cartons carrés, 
ayant un seul rond au centre et ne pou- 
vant contenir par conséquent qu'une mé- 
daille ; ces carrés peuvent se changer de 
place, on en fait faire de toutes tailles. 

Pouf un collectionneur possédant un 
nombre d§ monnal§8 qu'il n'augmentera 



pas, il est mieux de faire faire des cartons 
ayant les trous de la dimension nécessaire, 
c'est-à-dire que chaque carton pourra 
avoir des trous de différents diamètres. 

Un collectionneur qui cherche à aug- 
menter sa collection emploiera un jeu de 
cartons avec des trous de différentes 
tailles, mais chaque carton doit avoir des 
trous de même diamètre. Il est facile d'in- 
tercaler les cartons de manière à ce que 
les pièces soient classées sans perte de 
place. 

J'ajoute que l'on trouve assez souvent 
chez les marchands de médailles des 
cartons d'occasion à très bon marché. 

Et. Bourgey. 

L'Arc de l'Etoile (XLIV, 2). — M. 
Nauroy pourra se procurer, auprès des 
gardiens du monument, un petit guide à 
l'usage des visiteurs, qui contient la liste 
des noms de généraux et de batailles 
inscrits sur l'Arc de l'Etoile : je pense que 
c'est bien là tout ce qu'il demande ? 

Sabaudus. 

* * 
Toutes les inscriptions lapidaires de 
l'arc de triomphe de l'Etoile, se trouvent 
transcrites aux pages 332 et suivantes du 
tome IV de la septième édition de l'His- 
toire de Paris de Dulaure (Paris 1832). 
M. Nauroy n'a donc qu'à consulter ce 
volume pour avoir le renseignement qu'il 
désire. Parisinus. 

Dans l'ouvrage de Georgel, Armoriai de 
Lorraine.on trouvera tous les noms des 
généraux français inscrits sur l'Arc de triom- 
phe de l'Etoile. 

Consulter de plus un petit livre de 
47 pages intitulé : L'Arc de triomphe ('mo- 
nographie illustrée) par Adam. Paris, 
1900, in-16. 

Comte Bony de Lavergne. 



Droit seigneurial dénoncé dans 
la nuit du 4 août (XL11I ; XLIV, 13). 
— M. B. de Lagrèze, conseiller à la 
cour de Pau, a traité ce sujet au cha- 
pitre V de son Histoire du droit dans 
les Pyrénées, avec toute l'autorité qu'un 
magistrat consciencieux peut apporter 
dans une étude aussi délicate. Les cita- 
tions sont appuyées de preuves irréfu- 
tables, €t je recommande toutparticulière- 



W 939-1 



L'INTERMEDIAIRE 



127 



128 



ment aux incrédules, la lecture sugges- 
tive d'un document authentique que je 
reproduis pour l'édification des confrères 
qui n'auraient pas l'ouvrage sous la main. 

Il s'agit du droit de prélibation du sei- 
gneur de Louvie sur 1 uelques serfs 
d'Aas, établi par un dénombrement de 
1538 soumis à la vérification des Procu- 
reurs Généraux des souverains de Béarn 
qui approuvèrent! 

Le titre est en patois béarnais ; la tra- 
duction littérale est donnée par de La- 
grèze en même temps que le texte en pa- 
tois. — Je copie : 

Item, Lorsque quelques-uns des dites 
maisons ci-dessus désignées viendront à se 
marier, avant de connaître leurs femmes, ils 
seront tenus de les présenter pour la première 
nuit audit seigneur de Louvie pour en faire à 
son plaisir, ou autrement ils lui payeront 
tribut. 

Si la dernière partie de cet article per- 
met de supposer que les intéressés avaient 
toujours dû se soustraire à cette inique 
obligation, moyennant le payement d'un 
tribut, d'ailleurs non défini, il suffit de 
passer à l'article suivant pour se con- 
vaincre que l'exercice de ce droit était ou 
avait été une réalité, puisque les consé- 
quences mênies en étaient prévues et 
qu'elles comportaient quelques avantages 
appréciables pour les premiers-nés, issus, 
à tort ou à raison de cet épouvantable 
abus delà torce. 

Item, s'il viennent à avoir quelque enfant, 
ils sont tenus de porter certaine somme de 
deniers, et s'il arrive que ce soit un enfant 
mâle, il est franc, parce qu'il peut être en- 
gendré des œuvres du dit seigneur de Louvie 
dans la dite première nuit de ses susdits plai- 
sirs. P. S. M. 

* 
* * 

Tout aussi naïvement que M. Ln. G. je 
suis surpris ; mais je le suis moins de ce 
que cette question revienne sur l'eau, que de 
voir que ceux qui en soutiennent l'authen- 
ticité n'aient pu encore mettre l'accord en- 
tre l'immoralité et la religion ; aussi je me 
permets de renvoyer à ceux qui ont be- 
soin de refaire l'histoire le suum quique qui 
m'est adressé et je reste convaincu de la 
véracité de l'opinion émise dans l'article, 
signé Cloud, du 22 avril passé. 

P. de Faucher. 

Chronologie des papes futurs a 
retrouver (XLIV, 10), — L'histoire fait 



mention de Joachim le prophète qui vécut 
de 11 30 à 1202. Toutes ses prophéties 
eurent une grande réputation, Dante lui- 
même les acceptait comme inspiration 
divine ; ses adeptes, les Joachimistes, 
furent poursuivis par l'Eglise comme hé- 
rétiques. 

Montaigne n'en parle pas dans ses 
Essais de 1588, on n'en trouve trace que 
dans l'édition posthume de 1595 (L. I. 
c, xi) publiée par M" 6 de Gournay, d'a- 
près un exemplaire de l'édition de 1588, 
annoté par l'auteur. L. Digues. 



* * 

* 



Il s'agit évidemment, dans le passage 
de Montaigne, de Joachim de Flore, le 
célèbre abbé cistercien et théologien mys- 
tique, né à Celico, en Calabre, vers 1 130, 
mort à Fiore vers 1202, et de Léon VI le 
philosophe, empereur d'Orient de 886 à 
912. 

Notre confrère Ardouane trouvera leurs 
biographies, et de très précieuses notes bi- 
bliographiques sur les prophéties, dans la 
Grande Encyclopédie, cet admirable inve n- 
taire raisonné des sciences, des lettres et 
des arts, que dirige M. Berthelot. 

A. Boghaert-Vaché. 



Evêque d'Europe (XLIV, 4). — 
Nicolas-Joseph de Paris, neveu et coadju- 
teur de L.- G. Fleuriau d'Armenonville 
évêque d'Orléans, fut, en effet, évêque 
d'Europe. Gams dans sa Séries episcopotum 
indique Europus comme huitième siège 
de la Provincia Vïll Augusta Eupbratemis 
cum Comagene. Sur les titulaires de ce 
siège, Gams ne donne que le maigre ren- 
seignement qui suit : 

433. David, Nestorianus, 451. 

O. de Star. 

* 
* * 

Les coadjuteurs' d'évêques sont eux-mê- 
mes évêques, si je ne me trompe, et, 
comme tels, titulaires, in partibus infide- 
lium, de sièges peu connus du grand pu- 
blic. C'est ainsi que M« r Gay, coadjuteur 
à Poitiers de M» r Pie, portait en outre le 
titre d'évêque d'Anthédon, — où il n'é- 
tait peut-être jamais allé de sa vie. — Il 
est donc fort possible que Nicolas-Joseph 
de Paris fût, dans les mêmes conditions, 
évêque d'Europe, c'est-à-dire de cette 
petite contrée qui se trouve au nord de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



I2Ç) 



j 30 juillet 1901. 



Constantinople et dont le nom fut succes- 
sivement étendu par les Grecs à toute la 
partie occidentale de l'ancien continent. 
Simple hypothèse, d'ailleurs 1 Je la donne 
pour ce qu'elle vaut et sous bénéfice d'in- 
ventaire. G. DE FONTENAY. 



130 






Une seule voyelle non accentuée a pu 
parfois établir bien des confusions. La 
question posée par notre collègue César 
Birotteau en est une nouvelle preuve. 
L'Europe, qui aurait été une contrée quel- 
que peu vaste pour un seul diocèse, n'a 
absolument rien à voir avec le titre hono- 
rifique, purement nominal. dont fut revêtu 
Nicolas-Joseph Paris de la Brosse pen- 
dant ses dix années de coadjutorerie du 
siège épiscopal d'Orléans (1723-1733). 
Ce qu'il faut lire, et ce que le graveur 
mal avisé aurait dû inscrire, c'est tout 
simplement le nom de la ville d'Europe 
ou Europée, ad libitum, que l'on donne 
encore à certains évêques inpartihus infi- 
delium . 

Ce siège, qui exista d'une manière effec- 
tive dans les premiers siècles de l'Eglise, 
était situé sur les bords de l'Euphrate. 

Connu également sous lenomdeThap- 
sacus, il était alors suffragant d'Hiéropo- 
lis et n'est plus, de nos jours, qu'une mau- 
vaise bourgade syrienne 

François Fabert. 

L'homme au Masque de fer 

(T. G. ,571 ;XXXV;XLI;XLII; XLIII). — 
Le 22 juillet 1816, à Sainte-Hélène, Napo 
léon parla du Masque de fer: 

« La conversation a conduit aujourd'hui 
à traiter le Masque de fer. On a passé en 
revue ce qui a été dit par Voltaire, Du- 
tens, etc., et ce que l'on trouve dans les 
Mémoires de Richelieu : ceux-ci le font, 
comme on le sait, frère jumeau de 
Louis XIV, et son aîné. Or, quelqu'un a 
ajouté que, travaillant à des cartes 
généalogiques, on était venu lui démontrer 
sérieusement que lui, Napoléon, était 
descendant linéal de ce Masque de fer, et 
par conséquent, l'héritier légitime de 
Louis Xlll et de Henri IV, de préférence à 
Louis XIV, et tout ce qui en était sorti. 
L'empereur, de son côté, a dit en avoir 
en effet entendu quelque chose ». (Mé- 
morial de Sainte-Hélène, cf. Gourgaud, I, 
21 3), 



Dans son livre remarquable sur Napo- 
léon, la dernièie phase, traduit par Augustin 
Filon (1901, in-18, Hachette), lord Rose- 
berry parle, page 228, du Masque de fer, 
« lequel, croyait que Napoléon, était le 
frère de Louis XIV ». 

Pourrait-on reproduire une note de 
M. Marcel, parue ici il y a une dizaine 
d'années, et faisant descendre Napoléon 
du Masque de fer ? Nauroy. 






Son acte d~ décès, que j'ai lu en 
nal, porte le nom de Mattioli. 

L. DES ClLLEULS 



origi- 



Les papiers de M m * de Pompa- 
dour fXLIl ; XLIII ; XLIV, 28,59). — On 
trouve dans le catalogue 30.au n° 19.848, 
de la librairie A Saffroy, deux lettres de 
condoléances adressées au marquis de 
Marigny, à l'occasion delà mort de ladite 
marquise, a sœur. 

Elles émanent de parentes de la célèbre 
maîtresse : la première est signée Lenor- 
mant, abbesse ; il y est parlé de la tendre 
amitié qu'avait pour elle madame de 
Pompadour, et de sa nièce de Baschi, elle 
est datée de Farmoutier. 22 avril 1764. 

La seconde, signée de Rougemont 
Poisson, est datée de Defmont, 2 avril 
1764 ; en voici un extrait : 

Je nous blirez jemmais cette perte et tous 
les bien fais quelle ma fais et a toutes ma 
famille, il ne me raites plus qua prier Dieu 
pour le repos de son âmes cest a quoi je ne 
manqueres pas et pour votre conservation 

Le berceau de La Tour d'Auver- 
gne (XL1 ; XLI1). — La vérité, appuyée 
sur des textes officiels, fait justice de la lé- 
gende, parfois trop imaginative. 

Un document, émanant du Premier- 
Grenadier lui-même, mieux que n'ont pu 
faire raisonnements et déductions — 
quelle qu'en ait été la force — tranche la 
question du lieu de naissance de La Tour 
d'Auvergne. 

Suivent les premières lignes d'une de- 
mande au ministre de la guerre, écrite de 
la main du héros. Alors capitaine de la 
148 e demi-brigade — à la suite des fati- 
gues endurées dans les Pyrénées, et 
croyant la guerre finie — il sollicita une 
mise à la retraite dont, bien qu'il eût 51 
ans d'âge et 32 ans de services, il ne 
bénéficia guère, on le sait : 



N° 939 J 



L'INTERMEDIAIRE 



»3? 



Liberté- Egalité 



Armées 

des 

Pyrénées-Occidentales 

148 8 demi-Brigade Mémoire de Retraite 

Date et lieu de naissance. Théophile-Malo 

La Tour d'Auvergne-Corret, né à Carhaix, 

département du Finistère, le 23 décembre 1743, 

(vieux style). 

AGuérendain, le 14 brumaire, an 111. 
La Tour d'Auvergne le dit en personne; 
c'est à Carhaix qu'il est né ; non à Trébi- 
van, Trémargat, Laniscat ou autres 
lieux. 

Capitaine Paimblant du Rouil. 

Les volontaires de la Côte-d'Or 

(XLIV, 2). — En réponse à la demande 
de M. L, H. parue dans \lnteimcdiaire 
du 10 juillet, je pourrais lui signaler 
quelques documents épars, il est vrai, et 
peut-être peu nombreux, sur le séjour du 
1 er bataillon de la Côte-d'Or à Reims sous 
la Révolution. J'ai même, en ce moment, 
sous les yeux, deux brevets decivisme déli- 
vrés par la Société populaire de Dijon le 
20 septembre 1791 : l'un à Louis-An- 
toine Pille, lieutenant-colonel comman- 
dant le I er bataillon, qui fut commissaire 
général de l'organisation et du mouve- 
ment des armées de terre sous la Révolu- 
tion, autrement dit ministre de la guerre 
(an II1-IVL et plus tard comte de 
l'empire ; l'autre certificat à un sergent 
de ce bataillon, du nom de Jacques Peu- 
tat, demeuré obscur, sans doute. — Ces 
deux documents sont curieux à cause de 
la /ignette finement gravée qui figure 
en tête de chaque certificat. 

Le I er bataillon de la Côte-d'Or fut mêlé 
aux événements de la Révolution à Reims 
en 1791 et 1792 ; les archives de la ville 
possèdent des documents relatifs à cette 
participation. Gustave Laurent. 

Historique du F r régiment de 
cavalerie (XLIV, 7). — Servit de 1792 à 
1 794 à l'armée du Nord et s'est trouvé aux 
batailles de Jemmapes.Tirlemont et Neer- 
winden. Envoyé un instant dans l'Ouest, 
en 1795, il est ensuite appelé à l'armée 
d'Italie et combat avec elle jusqu'à la paix 
d'Amiens. Il est à Caldiero, à Rivoli, au 
Tagliamento, à la Trebbia et à Novi. 

Le régiment « le colonel général», qu'il 
ne faut pas confondre avec un autre régi- 
ment français du même nom, organisé "en 



132 



1635. qui appartenait au comte d'Alais, 
fils du duc d'Angoulème. 

Le régiment «le colonel général », dont 
il s'agit, ne devint le I er cuirassiers qu'en 
1803. 

{Histoire de la cavalerie française par le 
général Susane, t. 2, pp. 12). 

Talibert, 

Le régiment de Courlandon 

(XLIV, 8). — Ce régiment est porté sur 
la liste de 1(591 . Le mestre de-camp Ray- 
mond-Balthazar de Phélippeaux passé, le 
13 novembre, au commandement de 
Dauphin étranger, est remplacé, le même 
jour, par M. de Courlandon. Flandre. 
Siège de Namur, bataille de Steenkerque. 
Italie, en 1633, bataille de la Marsaglia. 
(V. Histoire delà cavalerie française par 
Susane, t. 3 ) Talibert. 

Condorcet s'est-il empoisonné? 
(T. G. 231 ; XLII). Sur une fiche au nom 
de C. , qui est à la bibliothèque Natio- 
nale je lis : « Voir les pièces déposées au 
mariage de sa fille avec le général O' 
Connor, le 4 juillet 1807, I er arr. » 
Mais ces pièces, qui pouvaient présenter 
quelque intérêt, ont sans doute disparu 
dans l'incendie de l'état-civil. 

V. A. 

La veuve de Philippe-Egalité 
s'est-elle remariée ? (XXXVIII ; XL ; 
XL1 ; XLII ) — Dans l'ouvrage récemment 
publié par M. Lenôtre, sous le titre de 
Vieilles maisons, vieux papiers, un chapi- 
tre, le dernier, est consacré à M Rouzet, 
créé comte ou marquis de Folmon par le 
roi d'Espagne, à la sollicitation de la du- 
chesse d'Orléans. Rouzet, à l'époque où 
cette princesse exilée de France passa en 
Espagne, l'y suivit, devint son chance- 
lier et dirigea toutes ses affaires. Il paraît 
avoir vécu avec elle dans une très 
grande intimité. S'il n'est pas certain 
qu'ils aient contracté en Espagne un ma- 
riage religieux, il faut reconnaître que le 
fait est très probable. 

Rouzet est, en effet, décédé en 1820, et 
il a été enterré dans la chapelle de Dreux, 
qui renferme les tombeaux desd'Orléans. 
Est-il admissible que la famille d'Orléans 
eût consenti à recevoir le corps de Rouzet 
dans cette chapelle, si elle n'y avait pas 



DES CHERCHEURS ET CURIEXU 



*33 



'34 



30 juillet 1901 



été contrainte par des motifs d'ordre su- 
périeur, et notamment par la connais- 
«ance qu'elle avait des liens qui unissaient 
Rouzet à la princesse ? Robin. 

L'abbé de Pradt (XLIII). — Consul- 
ter Correspondance de Napoléon I er , œuvres 
de Napoléon I er à Sainte-Hélène, 1870, 
in-8, Pion et Dumaine, XXXI, 98-102 ; 
XXXII, 289-94. Nauroy. 

Arbres de la Liberté encore exis- 
tants (XLIII ; XLIV, 44). — Je connais 
deux communes de Vendée qui possè- 
dent encore des arbres de la Liberté. L'une 
est très ancienne : celle de Saint-Nicolas- 
de Brem (canton de Saint-Gilles-sur-Vie); 
l'autre toute moderne : celle de Croix-de- 
Vie, port du même canton. Les arbres 
sont des ormeaux. Celui de Saint-Nicolas- 
de Brem, planté à l'est de l'église sur 
une petite place, est très rabougri; le sol, 
il est vrai, est très rocheux. L'ormeau de 
Croix-de-Vie est superbe ; il est sur une 
petite place, entre la grande place de 
l'église moderne, la vieille douane et la 
cure ; il se trouve sur l'ancienne rive 
sablonneuse, de la Vie. 

Marcel Baudouin. 

Attentat contre Napoléon III 

(XLIII). — Les plus vieux Algériens inter- 
rogés n'ont aucune connaissance de 
l'attentat prétendu . 

On sait seulement qu'à Relizane, l'em- 
pereur eut de la peine à se dégager de la 
foule innombrable des indigènes accou- 
rus de toutes les points de la région, pour 
voir le souverain, lui présenter des placets, 
lui demander des faveurs, des grâces, etc. 
Un moment séparé de son escorte et 
cerné, ou sur le point de l'être, on 
avait pu croire, dans son entourage, à 
un enlèvement prémédité ou même spon- 
tané; mais cette appréhension, si tant 
est qu'elle ait existé, n'a jamais été par- 
tagée par l'opinion publique algérienne. 
Des témoins de la scène racontent que, 
pour faire diversion et dégager l'empe- 
reur, le général Deligny eut l'idée de faire 
jeter à la foule des pièces de monnaie 
blanche, et que grâce à cette manœuvre 
la voiture impériale réussit à se frayer un 
passage et à disparaître, emportée par la 
vitesse des chevaux Innées à fond de train, 



Encore une fois, si la tentative avait eu 
réellement lieu à un point quelconque de 
l'Algérie, la nouvelle s'en serait pro- 
pagée et le souvenir en serait resté gravé 
dans l'esprit des nombreux survivants de 
l'époque. A. Forterre. 



Joachim Faultrier (XLIII, XLIV, 
23). — On peut consulter sur la famille 
de ce personnage la Biographie de la Mo- 
selle, par Begi 1 (tome 2, article Faultrier.) 

La famille de Faultrier vint se fixer à 
Metz (Pays messin. Trois Evêchés et non 
Lorraine — {Erreur 1res répandue) vers 
1753. Il épousa, cette année même,M" e Fart 
dont il eut plusieurs enfants, entre autres 
deux généraux célèbres qui servirent la 
première République et l'Empire. 

M. Alfred de Faultrier, ancien capitaine 
d'infanterie, propriétaire du château de 
Xonville, habite Nancy, rue de la Bavi- 
nelle. Il est le petit-fils de J.-J.-P. de 
Faultrier, ancien chef de bataillon d'ar- 
tillerie et ancien conseiller de préfecture 
de la Moselle, mort à Metz, en 1823, 
frère des deux généraux et le père de 
M. Alfred de Faultrier, ancien avocat géné- 
ral à la cour de Metz et ancien député de 
la Moselle, beau-père du général de Ges- 
lin, un des héros de la guerre de 1870. 

Talibert. 



Recherches sur Lafosse(XLlII;XLIV, 
23, 70). — Les renseignements que je suis 
à même de vous donner sont bien vagues, 
cependant ils peuvent peut-être servir à 
vous mettre sur la bonne piste. Votre poète 
appartenait à la famille de d'Aubigny, 
maison de Vandeuil (Picardie). Vous 
pourriez donc écrire aux membres exis- 
tants de cette famille, notamment au comte 
Jacques d'Aubigny, à Amiens. En outre, 
l'oncle du poète, Charles de Lafosse, 
peintre célèbre qui avait décoré les Inva- 
lides, avait pris son neveu en affection, et 
le traitait comme son propre fils, car il 
n'avait pas lui-même d'enfant. Puisque 
Charles de Lafosse est allé en Angleterre 
en 1689, pour décorer le palais de lord 
Montaigu, son neveu ne l'aurait-il pas 
accompagné ? A. B. 

Famille de Monteille* (XLIV, 5). 
*- On trouve uns généalogie de cette 



N* 939- 



L'INTERMÉDIAIRE 



135 



13b 



famille en Normandie, au manuscrit des 
Pièces originales, n° 2013. 

C te DE BONY DE LAVERGNE. 

La famille Dorât des environs de 
Bordeaux se rattache-t-elle à l'au- 
teur des « Baisers » ? (T. G., 286, 
XLIII). — La première femme de Jean 
Dorât (ouDaurat), le poète, mort en 1588, 
se nommait M. de Laval ; la seconde, N. 
Chipart. P. M. 

Famille Colbert de Beaulieu 

(XLIV, 5). — Il y a une branche de la 
famille Colbert, sinon à Lyon, au moins 
fixée en Beaujolais. Le comte et la com- 
tesse de Colbert-Turgis habitent le châ- 
teau de Boistrait,àSaint-Georges(Rhône); 
une autre branche, celle des Colbert-La- 
place, réside dans le Calvados. Dans Borel 
d'Hauterive, Annuaire de la noble$se,'\\ y a 
une notice sur les Colbert, où la descen- 
dance est indiquée. La table des 25 pre- 
mières années de cette publication aidera 
à la recherche de ces renseignements. Je 
ne l'ai malheureusement pas sous la main. 
Les Colbert-Turgis ont pour armoiries 
la couleuvre (coluber) du grand ministre. 

Cz. 

Le graveur Soldi (XLIII). — Je 
pense que le maître statuaire et graveur 
sur pierres fines, Emile Soldi, pourra 
donner les renseignements désirés. 

B. F. 

Ponson du Terrail (XLII). — Dans 
le Bottin de 1900, je trouve, page 1535, 
2° colonne r 

Département du Loiret. Arrondissement 
d'Orléans, canton de Châteauneuf-sur Loire, 
commune de Fay-aux-Loges, château de la 
Reinerie : Vicomtess; (sic) veuve Alexis Pon- 
son du Terrail, 

A. S. 

Homonyme du descendant des 
Chénier (XL1I ; XLIII). - Fils de Sau- 
veur de Chénier, un des frères d'André et 
de Marie-Joseph de Chénier, Louis-Joseph- 
Gabriel de Chénier a été le dernier du 
nom de Chénier ; il est mort àjouy-en-josas 
le 26 février 1880; Vapereauluia consacré 
un article dans ses cinq premières édi- 
tions. Il a publié une édition des œuvres 
de son oncle André, au sujet desquelles il a 



eu un procès avec Becq de Fouquières. 
Il estl'auteur du Guide des tribunaux mili- 
tât! e& ou législation criminelle de V armée, 
par L.-J.-G. de Chénier, avocat, chef de 
bureau de la justice militaire au ministère 
de la guerre, membre de la Légion d'hon- 
neur et de l'Académie des sciences.belles- 
lettres et arts de Besançon, 2 me édition, 
1853, 3 vol. in-8, librairie militaire de 
J. Dumaine.rue Dauphine 30 ; librairie de 
jurisprudence de Cosse, place Dauphine 
27. Nauroy. 

Fiavigny (de) (XLIV, 7). — La 
missive du général de Fiavigny à Napo- 
léon, dont il est fait mention, est parfaite- 
ment authentique. ]e me rappelle en avoir 
pris connaissance dans un ouvrage dont 
malheureusement le titre m'échappe en 
ce moment. La phrase en question est 
ainsi conçue : « Pas de pain, pas de 
lapins, pas de lapins, pas de victoires... 
(ici un mot grossier)... n, i, ni, fini ». 
Il paraît même que Napoléon goûta fort 
peu la plaisanterie, et punit le général. 

Jean Lhomer. 

La baronne de Montolieu (XLIV, 
6). — Madame de Montolieu (est-ce la 
mêmepersonne?)apubliél'ouvragesuivant: 
Les châteaux suisses, Anciennes anecdotes 
et chroniques. (Genève, Eggimann, sans 
date, grand in-8°. avec nombreuses illus- 
trations de H. Van Muyden). 

M.B.de C. pourrait probablement obtenir 
quelques renseignements en s'adressant 
à M. Eggimann, 9, rue Calvin, à Genève, 

Sabaudus. 

Madame delà Valette (XLIV, 1). 
— On trouvera des détails dans le roman 
historique de Louis-Xavier de Ricard : {Ma- 
dame de la Valette (Ollendorff). 

B. F. 



Comtesse de la Ley (XLIV 5). — 
Il s'agit sans doute de Sophie-Thérèse, 
comtesse de Sœchnborn, laquelle épousa, 
en 1788, Philippe-François, comte de la 
Leyen (von der Leyen) et prince depuis 
1806. Elle mourut à Paris le 4 juillet 
1810. 

Cette famille von der Leyen qui existe 
encore en Bavière, possédait autrefois des 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 juillet 1901 . 



»37 



-138 



seigneuries de Bliescastel, Hohengerold- 
seck, Forbach (Lorraine), etc. 

J. Florange. 



* * 



Marie-Anne-Josephe-Hélène, baronne de 
Dalberg, née le 21 mars 1745 à Herns- 
heim, près Worms, morte le 10 juillet 
1804, épousa le 16 septembre 1765, 
François-Charles, comte souverain de la 
Leyen (autrement dit : von der Leyen), 
né en 1736, conseiller intime ei cham- 
bellan de l'empereur d'Allemagne, dont 
elle devint veuve le 26 septembre 1775. 
Elle eut, de ce mariage, deux filles et un 
fils : Philippe-François, comte de la Leyen, 
né le I er août 1766, mort le 23 novembre 
1829, lequel fut créé prince souverain 
de la Leyen et de Hohengeroldseck et 
membre de la Confédération du Rhin, à 
la date du 12 juillet 1806, et fut média- 
tisé par l'acte final du Congrès de Vienne 
en 181 5. 

Elle était la fille de François-Henri, 
baron de Dalberg, burgrave de Friedberg, 
conseiller intime de l'électeur de Mayence 
et administrateur de Worms, et par consé- 
quent sœur germaine de Charles-Théodore, 
baron de Dalberg, dernier électeur de 
Mayence, archichancelier de l'empire , 
puis prince primat de la Confédération 
rhénane et finalement grand -duc de 
Francfort, né à Hernsheim le 8 février 
1744, et mort à Ratisbonne, dont il était 
archevêque, le 10 février 18 17. 

Elle était également la propre tante 
d'Emmerich-Joseph, baron de Dalberg, 
(fils de son autre frère Wolf-Héribert, 
baron de Dalberg), le célèbre diplomate et 
homme d'Etat français, qui fut créé duc 
de Dalberg par l'empereur Napoléon et 
pair de France sous la Restauration. 

De son vivant, la comtesse Marie-Anne 
de la Leyen, habitait le château de Hohen- 
geroldseck, dans la Forêt-Noire (cercle 
d'Offenburg (Grand duché de Bade) et le 
château de Waal, près d'Augsburg (Ba- 
vière), mais nous ne savons pas où elle 
serait morte. Duc Job. 

D'Havrincourt (XLIII). — Marie- 
Charlotte-Aline de Tascher, mariée, le 23 
décembre 1805, à Anaclet-Henri de Car- 
devac, marquis d'Havrincourt, né le 23 
octobre 1772, était nièce de l'impératrice 
Joséphine. Son père, Jean-Samuel-Ferdi- 



nand, comte de Tascher, fut nommé pair 
de France le 4 juin 1814. H. de W. 

Le premier mari de madame de 
Païva. — Le second mari de ma- 
dame de Païva (XLIII). — Voici, mot 
pour mot, ce que je tiens du charmant 
conteur qu'était le bibliophile Jacob (7 
octobre 1868). Je le donne tel quel, à titre 
de curiosité : 

Madame de Païva, l'une des excentricités les 
mieux établies de Paris, est très connue, mais 
seulement sur sa réputation, car le nombre 
des gens qu'elle voit est très limité. Elle ne 
reçoit que quelques hommes qu'elle choisit 
parmi les plus distingués en tous les genres, 
et auxquels elle tient à honneur de se mon- 
trer dans toute la splendeur que sa fortune 
colossale lui permet. Voici son histoire, vraie, 

Elle serait russe. Ses commencements sont 
obscurs, mais elle a d'abord épousé un pauvre 
diable quelconque, allemand croit-on, qu'elle 
eut la chance de perdre. Le bonheur conjugal 
qu'elle apporta à ce premier époux est douteux. 
Le second, qu'elle raccrocha comme elle 
put, était M. de Païva, d'une bonne fa- 
mille portugaise, qui s'unit à elle sans le 
consentement des siens, mais néanmoins 
l'emmena en Portugal, où sa famille n'eut 
qu'une idée : le séparer de cette femme 
indigne. Son passé honteux lui fut si bien 
démontré, qu'il se décida à la planter là, ce 
qu'il exécuta de la plus jolie façon du monde: 
un enlèvement à la Sylvandire. Une fête fut 
organisée à bord d'un bâtiment, en partance 
pour l'Angleterre. A un signal donné, les 
parents et amis de madame de Païva s'éclipsè- 
rent, et il se mit en marche. Une foi*àdestina- 
tion.on ladébarqua;le capitainel'instruisitdes 
motifs de son exil et la laissa avec des ressources 
qui ne pouvaient suffire longtemps à une femme 
de cette sorte. La dame se vêtit de son mieux, 
se para des diamants qu'elle avait encore, et 
se montra à Londres au théâtre et dans les 
endroits fashionables. Ses charmes ne tardè- 
rent pas à lui attirer des cœurs dont elle usa 
efficacement pour se créer les commencements 
de la grande fortune dont elle jouit aujour- 
d'hui. Pendant longtemps, elle n'osa rentrer 
en France, où des couturières et bijoutiers en 
nombre l'attendaient avec leurs notes. Elle y 
revint pourtant, et noua quelques utiles rela- 
tions, entre autres celle d'un jeune Prussien 
envoyé à Paris par son père, possesseur d'une 
grande fortune, lui disant: « Mon cher 
enfant, avant de me faire remplacer par toi 
dans mes affaires, je veux que tu saches la 
vie. Amuse-toi, et tu me reviendras quand 
tu en auras assez ». Ce père original fut servi 
à souhait. Le jeune homme, à peine arrivé, 
fait la connaissance de madame de Païva qui 



N° 939. 



L'INTERMEDIAIRE 



139 



140 



avait alors quarante ans) et dépose à ses 
pieds des millions sous toutes les formes. 
C'est à cette source qu'on attribue son splen- 
dide hôtel des Champs-Elysées et la terre de 
Pontchartrain, dans les environs de Versail- 
les. On raconte qu'un jour, croisant un 
de ses anciens adorateurs, elle le fit monter 
dans sa voiture et lui dit : « Mon cher, j'ai 
trois millions ; j'en vais dépenser un pour 
faire casser mon mariage ». Elle voulait, pour 
s'assimiler mieux l"or prussien, se faire épou- 
ser Son tx-cavalière-scrvante ne put que 
répondre à cette déclaration de richesses : 
« Vous avez donc assassiné quelqu'un ? » 

Ceux mêmes qui l'admirent la croient ca- 
pable de tout, et elle les fait frissonner lors- 
qu'au dessert, dans ses salles à manger prin- 
cières, elle leur développe sa théorie que rien 
n'est impossible, et que, n'importe ce qu'elle 
se donnerait la peine de vouloir, elle était cer- 
taine d'y réussir. Elle accompagne ces paroles 
de regards fauves et de gestes de tigresse. Fort 
heureusement, pour calmer ses auditeurs, elle 
ajoute qu'elle ne se soucie de rien, et qu'elle 
estime tout à si bas prix qu'elle ne veut pren- 
dre la fatigue d'aucun désir. 

Les fastuosités les plus extravagantes sont 
de son ressort. Ainsi, lorsque Théophile Gau- 
tier est son hôte à Pontchartrain, elle fait 
chauffer un train à son usage, et lorsqu'il en 
descend, il est reçu par des voitures quasi- 
impériales, avec postillons, cochers et domes- 
tiques en livrées magnifiques. Ses toilettes 
sont toujours d'une rare élégance, pour un 
seul convive tout comme s'il s'agissait de 
Paris tout entier. C'est en robe de satin 
blanc qu'elle montre ses somptueuses demeu- 
res et conduit les visiteurs dans ses cuisines. 
A Pontchartrain, elle les promène pendant 
des heures entières dans de vastes solitudes, 
au milieu de bois, de prairies, de ruisseaux. 
On ne rencontre pas une âme, mais à un 
signal d'elle pourraient surgir les bandes 
d'ouvriers et de jardiniers qui entretiennent 
perpétuellement ses jardins. Toujours vêtue 
des tissus les plus délicats, qu'elle porte sans 
pitié au travers des ronces et des buissons, elle 
ne quitte jamais ses solitaires, valant six cent 
mille francs. Ceux qui ne sont pas prévenus 
les croient de gros morceaux de cristal de 
roche d'une belle eau, mais quand le soir 
vient et que le château s'illumine, on les 
voit scintiller de mille feux étincelants. 
Elle conte alors l'histoire de ces diamants. 
Elle n'en avait qu'un, et à tout prix voulait 
la paire, mais l'Europe était impuissante à le 
lui fournir, et c'est aux Indes qu'on l'alla 
chercher. Elle possède aussi des boucles 
d'oreilles en perles d'une grosseur et d'une 
pureté prodigieuses, 

Son hôtel à Paris est une merveille. Mais 
pertorme sn dehors de* initié») n'y a jamais eu 



accès. Les escaliers sont en marbre et en por- 
phyre, les lustres ornés de pierres précieuses; 
les lambris et les plafonds des plus fines 
peintures. C'est l'idéale réalisation des palais 
de contes de fées. Elle ne tolère aucune in- 
trusion, et jouit sans doute du mystère qui 
règne sur toutes ses magnificences. L'un de 
ses intimes s'est vu retirer ses bonnes grâces 
pour avoir tenté d'y faire pénétrer sa famille. 
11 s'y était engagé ; elle préfera renoncer à 
lui que de lui permettre d'accomplir sa pro- 
messe. 

Un ami... aveuglé! s'est laissé expliquer 
par elle la cause de sa séparation d'avec son 
mari, et colporte naïvement que madame de 
Païva a par a^sus toutes choses une horreur 
invincible pour le mensonge et pour les men- 
teurs. L. R. 

La dame aux yeux de violette 

(XLIV, 7). — Il s'agit évidemment de 
Carlotta Grisi, la célèbre danseuse, morte 
sur les bords du lac de Genève, sœur de 
Giulia Grisi, la non moins célèbre can- 
catrice. Ces deux dames étaient les 
tantes de madame Emile Bergerat, 

Duc Job. 

Un petit neveu de la Pucelle 

(T. G. 737 ; XXXIII; XXXIV 27). — On 
lit dans l'Etat présent de la noblesse, 
édition de 1884, col. 512-13 : 

Brou Cuissart... La famille Brou évoquerait 
la noblesse du chef de sa descendance en ligne 
féminine du frère de Jeanne d'Arc, anobli 
avec transmission par les femmes. Elle établit 
cette succession des du Lys, par les familles : 
du Lys, Hordel du Lys, Guillot du Lys, le 
Lieporedu Lys de Chazelles, Goussaud et de 
Beausire. Edouard Brou, capitaine de vaisseau, 
chevalier de Saint-Louis, commandant de la 
Légion d'honneur gouverneur du Sénégal, 
major général de la flotte, mort en 1861... se 
réclamait de ce chef. . . 

P. c. c. 

Monasterium canonicorum elni- 
censium (XLIV, 54). — Rien dans le 
diocèse de Béziers, ni dans les environs ; 
mais, plus au sud, en Roussillon, se 
trouve Elne (Helena, Elena), dont l'anti- 
que évêché fut, au xvn 1 siècle, transféré à 
Perpignan. 

Le chapitre cathédral persista peut-être 
comme collégial, après la translation de 
l'évêque d'où le monnsterium canonico- 

rUïH,,'i 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Juillet 1901, 



141 



M. Ln. G. me permettra de lui faire 

observer que ce n'est point une solution, 

mais une opinion que j'apporte. 

Effem. 
* 

* » 

N'est-ce pas Elne, ancien évêché trans- 
féré à Perpignan, à 13 kil. de cette ville? 

J.-C. WlGG. 

* 

* * 

Ce doit être Elne, localité si renommée 
depuis la mort de Constantin II. Seulement 
au lieu d'être près de Béziers, Elne est 
près de Perpignan. A part cela, c'est tou- 
jours à peu près dans la même direction. 

D'B. 

La juste interprétation du « Jus 
primas noctis » ou « Droit de Mar- 
quette » (XLIII ; XLIV, 34). — Louis 
Veuillot est l'auteur d'un ouvrage inti- 
tulé : Le Droit du seigneur. Talibert. 

Voir un savant discours de M. L. O. 
Pike dans les pages xv, xlhi de l'introduc- 
tion aux Year Books 0/ the Reign of King 
Edward III, Year XV, dans la série des 
Chronicles and Memorials ou Rolls séries, 
publiés en 1891 . 

R. J. Whitwell. 

Atlantique (XLIII). — Le format 
atlantique (ainsi nommé, je pense, parce 
que c'était le format habituel des ztlas), 
était constitué par une feuille entière, un 
feuillet. C'est, aujourd'hui. Vin-piano. 

G. DE FONTENAY. 

Sainte Venise (XLIII ; XLIV, 39).— 
Venise, Venisse, Vénice, sont trois formes 
populaires du nom de sainte Véronique. 
11 y avait, près de Meaux, une maison de 
Sainte-Venise destinée aux malades en 
temps de peste ; dans les environs de 
Rouen, était la léproserie deSainte-Venis- 
se ;à Paris, non loin de l'église Saint-Eus- 
tache, existait la halle Sainte- Venice, siège 
de la confrérie des lingères, placée sous 
la protection de sainte Véronique. Cf. 
Intermédiaire XXXIV, 74. A. S. 

L'instrument appelé péan (XLIII ; 
XLIV, 89). — Lire « l'exclamation ou in- 
vocation lu tt««V ou ttviwv, etc ) 

Et non : ttA Jv(ou ttA«wv...). C. 



142 



! 



Je ne saurais trop remercier nos savants 
ophélètes de leur précieux concours. Nous 
avions voulu attirer plus spécialement 
l'attention sur un tout autre sens que 
le mot hymne attribué au mot péan. 
Voici pourquoi. 

C'est précisément à l'époque de l'empe- 
reur romain Constance, que l'on em- 
prunta ( 1 )'aux Perses deux corps de cavale- 
rie, pour perfectionner l'armée romaine,les 
archers à cheval, recrutés dans l'Arménie 
tout d'abord, et les cataphractaires, ou 
cuirassiers à l'orientale. Or, on sait que 
les Perses avaient adopté le tambour, 
depuis fort longtemps avant notre ère. 
Nous aurions désiré savoir deux choses : 
i° si les Romains n'avaient pas profité 
de cette circonstance pour introduire aussi 
le tambour, avec leurs nouveaux régi- 
ments de cavalerie, à l'imitation des 
Perses ; et 2 s'il y a jamais eu de tambours 
à une époque quelconque, dans l'armée 
romaine ; car nous n'en avons jamais 
entendu parler. 

Il est on ne peut plus intéressant d'étu- 
dier de près la réponse de M.C., car elle 
confirme bien ce que nous avions déjà 
remarqué, c'est que le radical d'un mot 
donné a changé plusieurs fois. Ainsi, pri- 
mitivement, le mot péan a signifié méde- 
cin, qui fait cesser le mal ; et ce n'est que 
plus tard, qu'on lui a donné un sens dé- 
rivé d'un tout autre radical, qui signifie 
frapper. 

Par la même occasion, nous demande- 
rons, à propos de Io, celui qui lance des 
flèches (contre le serpent Python), si le 
radical primitif Io ou Jo, Dieu, ne vient 
pas de t&> lancer la foudre ; d où le grec 
trj/j. t, jeter, lancer. D r Bougon. 

Origine de ces mots Chauvin et 
Chauvinisme (T. G., 199; XLIII). — 
Le père du chauvinisme, Nicolas Chauvin, 
n'est pas un mythe. Soldat de la Républi- 
que et de l'Empire — né à Rochefort — il 
était percé et tailladé par 17 blessures. Sa 
bravoure était admirable, et si son patrio- 

(1) Je veux dire qu'on leur emprunta leur 
armement, leur manière de faire, leur cava- 
lerie et non pas leurs cavaliers persans, bien 
entendu, mais peut-être aussi leur musique. 



N« 



939 



L'INTERMEDIAIRE 



M3 



144 



tisme avait de naïves exagérations, il était 
toujours issu d'un cœur généreux, qui 
suscita maints traits d'héroïsme. Nicolas 
Chauvin passa dans la légende populaire, 
lorsqu'en 1831, aux Folies Dramatiques, 
les frères Cogniard en firent le héros de 
leur pièce à succès La Cocarde tricolore. 
D'autres figures, joyeusement sympa- 
thiques dans l'armée sont celles de Du- 
manet, de la Ramée, de Pitou. Leur 
existence est-elle véridique, comme celle 
de Chauvin, ou bien sont-elles simple- 
ment légendaires ? 

Capitaine Paimblant du Rouil. 

LeHorla (XLIV, 54).— Je proposerais 
l'explication suivante, touchant l'origine 
probable du mot horla. 

L'on s'est demandé comment ce mot 
étrange avait pu naître dans l'esprit de 
Maupassant et représenter pour l'écrivain 
halluciné, l'être mystérieux que l'on sait, 
et beaucoup de lecteurs de Maupassant 
n'ont vu dans ce mot qu'un accouple- 
ment fantasque de syllabes, l'œuvre d'un 
cerveau malade. 

Si vraisemblable que soit cette hypo- 
thèse par trop simpliste, il est possible 
d'en trouver une autre plus vraisemblable 
encore. Un homme, quel qu'il soit, fut-il 
fou, crée rarement ; il combine des choses 
vues ou entendues, il se contente le 
plus souvent de les reproduire : le mot 
Horla a pu être entendu par Maupassant 
et il a pu l'être en des circonstances telles 
qu'il ait pu s'imposer à son imagination 
délirante au point de devenir une chose 
mystérieuse et troublante. 

Maupassant, en effet ,a fréquenté la côte 
d'azur à une époque antérieure à la com- 
position du Horla, peut-être même à l'é- 
poque précise où il écrivit le Horla. Il ne 
pouvait alors manquer d'être un objet 
de curiosité pour les nombreux étran- 
gers en villégiature autour de lui. Pour 
beaucoup de ces aimables voyageurs qui 
promènent leur désœuvrement de station 
hivernale en station estivale, Maupassant 
était avant tout le maître qui a raconté 
comment naît et grandit une station ther- 
male, l'auteur de Mont-Oriol ; et Mont- 
Oriol devait avoir particulièrement inté- 
ressé les nombreux russes qui chaque 
année sont nos hôtes. Ce sont eux qui 
inconsciemment tirèrent de Mont-Oriol 



fati- 



le Horla pour en obséder le cerveau 
gué de Maupassant. 

Bien souvent, Maupassant dut les voir 
le suivre et le fixer avec cette curiosité, 
pas toujours très discrète, dont les oisifs 
fatiguent les hommes célèbres. Pour être 
plus à l'aise dans leurs appréciations sur 
sa personne ou ses œuvres, ils parlaient 
en russe et c'est ainsi que le génitif du 
mot Oriol, Orla, ou plutôt Horla, eut à 
revenir souvent sur leurs lèvres. 

Il y a plus : ce mot Oriol dut les intri- 
guer, eux, Russes. Le mot « Orel » qui se 
prononce « Oriol» signifie en russe « l'ai- 
gle » ; il y a en Russie (en France égale- 
ment, d'ailleurs) des villes qui s'appellent 
« l'Aigle ». Il existe dans le Caucase un 
Mont de l'Aigle, et ces russes purent se 
demander pourquoi Maupassant avait 
baptisé son livre « Mont-Oriol», d'un nom 
qui leur semblait si parfaitement russe. 
Au milieu de toutes ces conversations, le 
mot Horla revenait d'autant plus fréquem- 
ment que les substantifs désignant des 
êtres animés ont l'accusatif identique au 
génitif. 

L'insistance avec laquelle les suiveurs 
répétaient le mot Horla, les regards jetés 
à la dérobée sur Maupassant. regards dont 
l'expression lui échappait, tout cela dut 
faire sur son imagination désordonnée 
une impression telle que le Horla put 
naître. 

Ceci, sans doute, personne ne le peut 
prouver ; mais puisque le mot Horla pré- 
sente cette double particularité de rappe- 
ler Mont-Oriol et d'être un mot russe, 
qui empêche d'admettre cette étymolo- 
gie en attendant d'autres interprétations 
ou des preuves plus précises corroborant 
celle-ci ?Je soumets la question à mes colla- 
borateurs. Mansuy. 

Etymologie du mot gniaf r (XLIII). 
— Etant donné que le gniaf est un mau- 
vais cordonnier, un savetier, le comte 
Jaubert {Glossaire du Centre de la France) 
et après lui M. Larchey estiment que 
gniaf pourrait bien venir du latin ignavus. 
Pouf M. Timmermans, le gniaf tire son 
nom de la senteur de la poix et du cuir 
qui imprègne ses habits et porte au ne{. 
Edouard Fournier (Enigmes des rues de 
Paris, 1860, p. 345») voit dans gniaf un 
dérivé trivial du verbe grec gnafo ; je 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



M5 



146 



[ 30 juillet 1901 



racle : c'est également l'étymologie don- 
née par Pétrus Borel dans les Français 
peints par eux-mêmes; Borel rappelle, en 
outre, que l'anglais a to gnaf: ronger. 

Le Nouveau Larousse estime que gnaf est 
une onomatopée imitant le bruit du ché- 
gros que tire l'artisan. 

Je penche pour l'étymologie proposée 
par le comte Jaubert, tout en faisant, ob- 
server que l'ancien français avait nafer, 
déchiqueter. Gustave Fustier. 



Pimbêche — Pochard — Bambo- 
chinet (XLIII). — i° Pimbêche vient du 
français espimbècbe, sorte de ragoût dans 
lequel il entrait du verjus qui faisait mor- 
dre les lèvres, pincer le bec. V. aussi Née 
de la. Rochelle, Matinées senonoises, n° 

Si nous en croyons Brossette, l'ami de 
Boileau, c'est la belle-sœur de ce dernier 
qui aurait inventé ce mot pimbêche. 
«Cette femme, dit Brossette, avait un talent 
tout particulier pour inventer des noms 
ridiculeset des injures populaires, comme : 
un grand frelampier, un épétier, pour un 
homme d'épée, une grande bacoule, une 
pimbesche... » 

Haute et Puissante Dame Yolande Cudasne, 
Comtesse de Pimbesche, Orbesche et caetera 

a dit Racine dans les Plaideurs. 

2 Pochard vient, non comme le dit 
Francisque Michel, de l'ancien français 
poisson mesure de vin, mais comme le fait 
très bien remarquer M. Paul Argelès, de 
poche. Pochard, plein comme une poche, 
une outre gonflée. Tous ceux qui se sont 
occupés de ce mot, Larchey, Littré, Dar- 
mesteter et Scheler sont unanimes là- 
dessus. 

Pochard rappelle aussi notre mot pichet, 
broc de vin, mais ce n'est là qu'une res- 
semblance fortuite On a aussi voulu voir 
dans Pochard une allusion à un certain 
Pochard, maraîcher des environs de Paris, 
qui vivait au commencement du règne de 
Louis-Philippe et ne pouvait venir aux 
Halles sans être complètement ivre. Ce 
n'est point sérieux. 

3 Bambochinet est le diminutif de 
bamboche, venant de l'italien bamboccio, 
poupée. Bamboche, dans le langage popu- 



laire, vaut autant que petit, laid, dif- 
forme. 
Voici deux exemples de ce mot : 
« En voyant ces bamboches titrées (des 
officiers nobles), rien ne m'amusait davan- 
tage » (Lettres du Père Duchcne ; L'ami 
des Soldats). 

— Ce pauvre papa Chevreau avec son 
épaule plus haute que l'autre ! — Vous 
croyez? Je ne l'ai jamais remarqué. — 
Voyez sa fille ; elle tient de lui ; un peu 
bamboche, Madame Petitbon. »(H. Mon- 
nier : Les bourgeois de Paris, 1855). 

Gustave Fustier. 

Midinettes (XLIII). — Ah ! Ah ! Les 
petites blanchisseuses sont de Monselet, 
c'est fort bien ; mais il y a une suite bien 
plus raide, et la rédaction, à laquelle je 
la destine uniquement, pourrait ne pas 
la connaître, chose regrettable pour ses 

K/»U7TT«5ia " 

« Ne me font pas l'effet d'être 

Des vases de pureté 

Bien qu'elles fassent paraître 

Des semblants de chasteté, 

Car pour peu que d'un air tendre 



Et Ch. Monselet aurait osé publier une 
semblable chose I est-ce certain ? Cela 
m'était venu, vers 1862, de Brocard de 
Meuvy, ex-rédacteur en chef de la Ba- 
lançoire pour tous, habitué de la brasse- 
rie des Martyrs, que ses essais poé- 
tiques et autres conduisirent au Montpar- 
nasse de la rive gauche, après un court 
séjour à la Charité. Léda. 

Ouvrages sur l'origine des noms 
de famille (XLIII). — Origine et signi- 
fication des noms propres et des armoiries, par 
le baron de Coston. Paris, Aug. Aubry. 
1867. A. Forterre. 

Quels sont les littérateurs connus 
qui n'ont pas écrit leurs ouvrages 
eux-mêmes ?(XXXVI1 ; XXXVIII ;XXXIX; 
XL ; XLII; XLIII ; XLIV, 35). —On trou- 
vera un certain nombre d'exemples dans 
le livre intéressant de L. Henry Lecomet, 
Napoléon et l'empire racontés par le 
théâtre 1797-1899,1900, in-8, Jules Ramp 
185, rue Saint-Antoine, et l'auteur, 10, 
rue du Dôme, vi et 541 pages. 

Nauroy. 



N* 9 )9 



L'INTERMEDIAIRE 



«47 



Inadvertances de divers au- 
teurs (T. G. 718; XXXV; XXXVI; 
XXXVII ; XXXVIII ; XXXIX ; XL ; XLI ; 
XLII; XLIII; XLIV 101). —Il faut lire 
dans l'article signé H. C. M. «Vierge de 
Murillo » ; et on dit qu'une province » au 
lieu de « on dit qu'en province » 

Les Touaregs (XLII ; XLIV, 100).— 
El Kantara terminait ainsi son article. 

Après avoir passé en revue les opi- 
nions des nombreux auteurs, Schirmer a 
dû conclure. 

... Ergo a remotissimis temporibus non 
unum, sed plura gênera connexa Africce 
terra lulit, ita ut difficillimum sit primam 
Africanamnaturamcumtot alùsposterïus per- 
tnixtam inttrnoscere ac dispicere... » 

Cette citation avait été omise. Elle a 
son importance puisqu'elle répond direc- 
tement à la question posée, que tant de 
races en Afrique se sont mêlées qu'il est 
difficile de distinguer la primitive nature 
africaine. 



Auteur des « Erreurs et Préju- 
gés » (XLIV, 54). C'est Salgues (Jacq. 
Barth.) très fécond littérateur, d'abord 
prêtre, puis chef d'institution, né à Sens 
vers 1760. Cet ouvrage eut trois éditions 
de 1810 à 1824. J.-C. Wigg. 

Pseudonymes (T. G. 736 ; XXXVII ; 
XXXVIII ; XXXIX ; XL ; XLII ; XLIII ; 
XLIV, 36). — C'est à tort que Lorenz 
attribue à un pseudonyme Y Allemagne de 
M. de Bismarck, par Amédée Pigeon, 
3" e édition, 1885, in-8, Nouvelle librairie 
parisienne, E.Giraud etC ic , 18, rue Drouot, 
499 pages. Le nom est bien Pigeon. 

Nauroy. 

... « Simon Brugal.dont il a ete ques- 
« tion à propos de Baudelaire, est le pseu- 
« donyme de feu Firmin Boissier, etc.» Il 
y a là une erreur d'orthographe. 

Au lieu de Boissier, c'est Boissin qu'il 
faut écrire. Ce publiciste était néàVernon, 
canton de Joyeuse (Ardèche). 

A. Forterre. 



Le Pays du Mouton (XXXIX). — 
L'ouvrage n'est ni aussi rare ni d'un aussi 
grand prix que semble le croire S.V. Le 
dernier Bulletin de Pierre Lechanteux, 



148 



libraire, 65, rue Richelieu, (juillet 1901) 
porte : 

699. Algérie. Le Pays du Mouton, des con- 
ditions d'existence des Woupeaux sur les hauts 
plateaux et dans le sud de l'Algérie. Ouvrage 
publié par ordre du Gouverneur Général. 
Alger, 1893, ' n "4> d« 6a 1 pages, figures et 
cartes, cartonné toile ia fr. 

23 photogravures et 18 cartes. 

P. C. c. 

Une soirée chez Offenbach (XLIII). 
— Pas mémoire de cette soirée du 28 
mars 1857. Vous citez des familiers, en 
effet, de la maison :H. Crémieux, Delibes, 
About,Decourcelles,etc, mais assurément 
je ne pus y brosser un décor, ne sachant, 
et quant à ce bon Carjat, je ne le voyais 
guère fréquenter là. N. — r. 

Vers attribués à Hugo (XLIII ;XLIV, 

94).— 

Squelette, réponds-moi! Qu'as-tu fait de 
ton âme? 

Les vers à une tête de mort, faussement 
attribués à Victor Hugo, sont de M me Anaïs 
Ségalas. Philibert Audebrand. 

Testament de Victor Hugo improvisé 
par lui, à sa table, pendant le siège de Paris: 

Je lègue au pays, non ma cendre, 
Mais mon bifteck, morceau de roi. 
Femmes, si vous mangez de moi, 
Vous verrez combien je suis tendre ! 
Distique gravé sur le collier du lévrier 
de V. Hugo, àGuernesey. 
Je voudrais que chez moi quelqu'un me ramenât. 
Mon état ? — Chien. — Mon maître ? — Hugo. 

Mon nom ? — Sénat. 
Ce distique est bien de V.Hugo, comme 
on peut s'en convaincre en lisant, dans 
le Gaulois du 8 juillet 1868, le récit de 
la visite que Henri de Pêne et Edmond 
Texier firent au poète, à cette époque, à 
Guernesey, et dans le courant de laquelle 
ils relevèrent ces deux vers qui pour- 
raient être placés à la suite des Châti- 
ments. Th. Courtaux. 



Témoins (XLIV, 1 1). — Voir Intermé- 
diaire (XXXV, 195, 418, 549, 785). — 
L'explication demandée se trouve aussi 

dans Littré : Témoin, 9 . F. 

* 
* * 

On appelle témoins des feuillets que le 

couteau du relieur n'a pas atteints et qui 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 juillet 1901 



149 



150 



conservent ainsi le bord inégal que le ro- 
gnage aurait égalisé Ils témoignent du soin 
que le relieur a pris de respecter la gfàn- 
dcurdes marges, si appréciée des bibliophi- 
les. 11 résulte de cettedéfinition que la phrase 
citée par le collaborateur Le Gros Malo: 
« Cette gravure a de nombreux témoins » 
est inexacte et inadmissible, le feuillet 
n'étant témoin que par rapport à d'autres. 
Le sens du mot témoin se trouve d'ail- 
leurs dans Littré. Charles Yalc. 

* 

En bibliophilie on pourrait mêmedire 
en bibliomanie— plutôt qu'en bibliogra- 
phie, — le mot *< témoins» dans un livre 
relié s'applique aux feuillets qui n'ont pas 
été atteints par le couteau du relieur. La 
présence de ces feuillets atteste que le 
relieur n'a pas été trop loin. 

Le mot n'est pas employé pour les 
gravures On dit d'une gravure : Sans 
marges, petites marges, grandes marges, 



marges vierges. 



J. MlRON. 



Peintres à identifier (XLIII ; (XL1V, 
05). — François Marot est mort le 3 
décembre 1719 et non 1729. lia exposé 
en 1704 et non en 1702. 

Le musée du Louvre ne mentionne 
aucun tableau de François Marot. 

Ch. Rev. 



Le peintre Jérôme Troppa 
(XLIII). — Je réunis tous les catalogues 
des musées d'italieque je puis me procurer. 

Dans aucun, je n'ai trouvé de peinture 
de Jérôme Troppa. 

Siret le mentionne dans son Diction- 
naire parmi les peintres du xviii e siè- 
cle ; je crois qu'il exagère beaucoup en 
le présentant comme rival de Romanelli. 

11 est regrettable qu'il n'y ait pas en 
France un Dictionnaire des Peintres au 
courant. J'ai relevé, rien que pour l'Italie, 
une cinquantaine de noms qui ne sont ni 
dans Siret, ni ailleurs ; je ne suis pas au 
bout, chaque année la liste s'allonge. 

Gerspach. 



Un portrait à Montélimar (XLIII). 
XLV, 95. — Les familles Cailleau et Hu- 
guier ne sont plus connues à Montélimar 
et n'ont laissé aucun souvenir dans 



son histoire. Quant au peintre Pierre 
Sicard. on pourrait l'assimiler à l'artiste 
vivant dans les environs de cette ville, tra- 
vaillant notamment à Bollène, en 1766-68, 
et signant Sicard, Tholosanus. Ce peintre 
avait un certain mérite pour le portrait, 
et nous apprendrions avec plaisir ce qu'on 
pourrait savoir de lui et de sa famille. 

P. de Faucher. 

Connaît-on des cadres sculptés 
signés? (XLIII). — Un grand marchand 
d'antiquités, M. Loyer, m'a montré un 
cadre sculpté signé L. Onfroy. Quant aux 
cadres signés Bagnard de Nancy, et 
nom Bayard, il est douteux qu'ils soient 
authentiques. J. L. A. 

Anciens tissus (XLIII ;XLIV, 39). — 
M. Tardieu n'a qu'à aller à Rouen pour 
y voir des tissus du moyen-âge de collec- 
tions particulières. C'est là qu'une grande 
exposition de tissus vient de s'ouvrir et où 
beaucoup de collectionneurs ont exposé 
des tissus anciens jusqu'aux xix e siècle. 
Moi, pour ma part, invité par la Société 
industrielle de Rouen qui organise cette 
exposition, j'y ai exposé une série de 
tissus brocards etc., qui forme une his- 
toire des tissus, à partir des temps des 
Romains jusqu'à l'époque de l'empire. 

D r Forrer. 



* 
* * 



Lire tapisserie dans la dernière note 
de Bayeux. M. P. 

La boîte à thé (XL1I). — L'éminent 
et spirituel avocat, M. Léon Cléry, dans 
le Temps du 18 juillet, rappelle des sou- 
venirs de 1860. Incidemment, il parle 
de cette Boite à thé <\u\ a fait l'objet,dans 
Y Intermédiaire, d'une courte discussion. 
Qu'il nous soit permis de reproduire cet 
intéressant passage : 

Alors je fréquentais ce que, de l'autre côté de 
l'eau, on appelait « la boîte à thé ». C'était 
rue Notre-Dame-des-Champs, au fond d'un 
vague jardin, une maison de forme cubique, 
sur la façade de laquelle on avait peint deux 
Chinois. De la son nom. Cette maison qui 
contenait des ateliers de peintre était occupée 
par Gérôme, qui ne savait pas encore qu'il 
deviendrait mon beau-frère... ni moi non 
plus, du reste, car il n'était pas encore marié; 
par Toulmouche, Picou, Brion, Hamon, G 
Lambert, l'historiographe des chats. Nason en 



N' 939 1 



L'INTERMEDIAIR 



»5I 



152 



faisait fqui ne travaillait jamais entre ses re- 
pas) ses galeries habituelles, ainsi que Borie, 
plus tard secrétaire général du Comptoir d'es- 
compte, Bartholdi, l'éminent sculpteur de la 
Liberté éclairant le inonde ... du moins à 
ce qu'elle dit ! Le soir on y donnait des repré- 
sentations de Guignol, avec Got et Lambert, 
piotagonistes, et Théophile Gautier, Jules 
Sandeau, E. Augier, etc.. constituaient un 
public qu'eût pu nous envier la cour. 

LÉON ClÉRY. 

Collection de gravures prove- 
venam de journaux illustrés. 

(XLIII). — Personne n'ayant encore 
répondu à cette question, je me risque à 
signaler la collection que je commence à 
réunir depuis 6 ans. et qui se compose 
exclusivementde reproductions, d'œuvres 
d'art, provenant, pour la plupart.de jour- 
naux et de périodiques illustrés. Ces re- 
productions, actuellement au nombre de 
près de 5.000, sont collées sur 3.750 
feuilles in-4 raisin et classées par genre 
et par époque. La partie relative à la 
peinture comprend 3.900 reproductions 
de tableaux et dessins de maître classées 
chronologiquement, depuis les peintures 
de Pompéi et des Catacombes, aux œuvres 
de Burne Jones etde Courbet. L'éclectisme 
le plus absolu a présidé à leur réunion et 
jen'ai négligé que l'époquecontemporaine, 
laissant au temps le soin de m'indiquer 
ceux des illustres d'aujourd'hui dignes de 
pénétrer, à leur mort, dans mon petit 
Panthéon artistique. J'ai divisé les objets 
d'art en 15 séries : sculpture armures, 
céramique, tissus, illustration du livre, 
mobilier, orfèvrerie, etc. Ces 15 séries 
réunies ne comprennent que 1 200 repro- 
ductions. Je m'attache, en effet, surtout à 
augmenter mes séries sur la peinture, ceci 
en vue de travaux futurs pour lesquels 
elles me seront utiles. 

Comme on le voit, c'est en quelque 
sorte une His'oire du Progrès des Arts 
par l'Image. Je ne prends que les repro- 
ductions pourvues de leur titre et du 
nom de leur auteur, et, lorsque je le 
connais de manière certaine, j'y ajoute le 
lieu où elles se trouvent présentement. 

Je tiens tous les détails complémen- 
taires à la disposition des personnes que 
la question peut intéresser, 

Georges Keller Dorian. 

* » 
Ces sortes de collections ne sont pas 



rares. Je connais des érudits qui en for- 
ment avec patience, parce qu'ils aiment 
tout ce qui a rapport à l'art et à l'his- 
toire ; ce sont de véritables intellectuels, 
ceux-là. Moi-même, j'ai assemblé diver- 
ses suites de ce genre ; et j'en ai cédé 
une à un prêtre modeste mais savant, qui 
remplit le sacerdoce de curé à Aubière 
(Puy-de-Dôme), et qui a l'intention de 
fonder un musée-bibliothèque à Saint- 
Gervais-d'Auvergne, son berceau. Quand 
j'habitais Herment (Puy-de-Dôme), où 
j'avais créé un musée, j'avais, là, à peu 
près tout ce qui intéresse l'Auvergne, en 
fait de coupures de journaux illustrés. 
J'avais même commencé une collection 
identique pour l'Algérie. Celle-ci serait 
fort intéressante. On y mettrait les scènes 
militaires diverses ayant rapport à cette 
colonie et les portraits de nos illustra- 
tions françaises (militaires et civiles). 

En France, il y a plus de collections de 
ce genre qu'on ne pense ; et, au surplus 
il est bon, à ce sujet, de consulter le Dic- 
tionnaire des collectionneurs, par Renart, 
in- 12, où l'on trouve des collections de ce 
genre, dans tous les départements. 

Récemment, à Alger, j'ai recueilli des 
coupures de journaux illustrés (vues, por- 
traits), chez le libraire Sixte. 11 vendait cela 
5 centimes les 3 coupures, à choisir A ce 
prix, on peut accumuler des collections 
facilement 1 Mais, à Paris, les prix sont 
plus élevés. Certains marchands sont 
même peu abordables. 11 y en a qui ven- 
dent un prix exorbitant, ce qui rebute 
les amateurs et les décourage. Et, d'autre 
part, si l'on veut céder, en bloc, une 
collection, à ces mêmes marchands rapa- 
ces. ils ont le toupet de vous offrir un 
prix ridicule ! Aussi, dirai-je aux ama- 
teurs : Ne comptez pas sur les marchands 
pour vendre vos collections... 

Ambroise Tardieu. 



Chanson du Solitaire (XLIII). —Le 
Solitaire du vicomte Victor d'Arlincourt 
fut, en effet, l'objet d'un engouement 
sans exemple ; on trouvera, à cesujet, les 
plus curieux détails dans la 8* édition de 
ce singulier livre 

D'Arlincourt, qui se croyait « Chéri des 
Muses », a intercalé une demi-douzaine 
de poésies dans son roman : 

Livre i* r : « Vous qui connûtes les 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



[ 30 juillet 190t. 



153 



154 



malheurs... ». 

Livre III : « Printemps, réveil de la 
nature... », avec une variante un peu 
plus loin. 

« Aux chants des fils de la 
> et « Approche, jeune 



« Vil révolté ! traître 



Livre VIII 
Victoire. . . 
déité... ». 

Livre IX 
odieux... ». 

C'est la première qu'on appelle généra- 
lement la chanson du Solitaire. En voici 
le texte : 

Vous qui connûtes les malheurs, 

Ah ! si dans l'ombre du mystère, 

Une main a séché vos pleurs, 

Tombez aux pieds du Solitaire ! 

Mais vous qui tremblez aux seuls noms 

De spectres, d'urne funéraire, 

Joyeux pâtres de ces vallons. 

Fuyez le mont du Solitaire ! 

Amans par le sort poursuivis, 
Ah ! si quelque Dieu tutélaire 
A l'autel vous a réunis. 
Tombez aux pieds du Solitaire ! 
Mais vous qui soupçonnant les cœurs, 
Dans les puissances du mystère, 
Ne voyez que crime et qu'horreurs, 
Vieillards, fuyez le Solitaire ! 

O vous qu'un pouvoir inconnu, 
Protégea sous l'humble chaumière, 
Malade à la santé rendu, 
Tombez aux pieds du Solitaire ! 
Mais si le voile bienfaiteur 
Couvrait un monstre sanguinaire !... 
Si le serpent est sous la fleur !... 
Vierges, fuyez le Solitaire !... 

Sur ces paroles, les compositeurs s'es- 
crimèrent. 

« Toutes les romances du Solitaire, 
constatait fièrement l'éditeur, ont été 
mises en musique par vingt auteurs 
différents. » 

Et dans l'opéra-comique, le Solitaire, 
de Planard et Carafa, elles ont inspiré 
une ronde fameuse dont on trouvera les 
paroles ci-dessous et la musique dans le 
Larousse, (tome XIV, pp 847-848). 

A. Boghaert-Vaché. 

« * 

1 
Qui traverse à la nage 
Nos rapides torrents ? 
Qui, sur un roc sauvage, 
Va défier les vents ? 
A l'ours, dans sa tanière, 
Qui donne le trépas? 
De la biche légère 
Qui devance les pas ? 



Chut ! c'est le solitaire! 
11 fait tout, il voit tout, 
11 sait tout, est partout. 

H 
Qui jette un sortilège 
Sur nos pauvres troupeaux? 
Qui glace, sous la neige, 
Nos moissons, no- coteaux? 
Qui féconde la terre ? 
Qui fait fleurir nos bois? 
Qui rend le ciel prospère 
A tous les villageois ? 
Chut! c'est le solitaire.... 

III 
Qui sèche sur la branche 
Nos fruits prêts à mûrir? 
Et, sous une avalanche. 
Qui vient nous engloutir ? 
Qui console une mère 
En retirant des flots 
Un enfant téméraire, 
Disparu sous les eaux ? 
Chut! C'est le solitaire 

La musique doit se trouver aussi dans 
les «Clefs du Caveau». A ma réponse, 
je joindrai une question pour messieurs les 
généalogistes abonnés de X Intermédiaire'. 
L'auteur du roman le Solitaire, était-il 
réellement vicomte ? Mon grand père, qui 
l'avait bien connu, prétendait que non. 
L'erreur venait de ce que le « vicomte » 
signait toujours en abrégé son prénom de 
Victor. Qu'en pense Jean de Bay ? Odo. 

Rue Royale, barrière Blanche. 

(XLIII ; XLIV, 41). —Je rends bien 
volontiers hommage à la perspicacité de 
notre confrère G. I.en ce qui concerne la 
suscription de: Rue Royale, barrière blan- 
che. Il a trouvé dans le bas de la rue Royale 
ce que j'avais cherché dans le haut, en 
raison de la date donnée de 1 79 1 , à laquelle 
correspond l'existence des barrières de 
Ledoux. 

11 y avait, en effet, en travers de la rue 
Saint-Lazare actuelle, anciennement des 
Porcherons, à égale distance de la Croix 
Blanche ou rue Blanche et de la rue du 
Coq, maintenant de Clichy, c'est-à-dire 
vis-à-vis de l'emplacement occupé à cette 
heure par l'église de la Trinité, une bar- 
rière composée de deux édicules barrant la 
rue et d'un bureau, dont le tout se voit 
distinctement sur le plan de Piganiol de 
la Force (1742). Le plan en question, ainsi 
que l'auteur Jaillot 1773, appellent cette 
barrière du nom de la Grande Pinte, qui 
est celui du cabaret célèbre cité par G. 1. 



N* 939- 



L'INTERMEDIAIRE 



155 



156 



Le Guide de Thiéry la dénomme Barrière 
Blanche ou Chaussée d'Antin ; elle est, en 
effet, dans l'axe ou à peu près, de cette 
voie. 

11 y a donc eu deux Barrière Blanche, 
l'une, indiquée si justement par notre 
confrère, à la rue de la Chaussée d'Antin et 
qui est celle de Mlle Raucourt : l'autre, pos- 
térieure, édifiée par Ledoux pour l'enceinte 
des fermiers-généraux. 

Lucien Lambeau. 



Le Bureau des lingères à Paris 

(T. G., 520). — Tout vient à point à qui 
sait attendre. L'actualité se charge de 
répondre aux points d'interrogation posés 
dans V Intermédiaire il y a plus de vingt 
ans. 




Sur une proposition de M. Lucien Lam- 
beau, secrétaire de la Commission du 
Vieux-Paris, la Commission a décidé que 
la porte du bureau des marchandes lingè- 
res, qui est sur le point d'être démolie, 
sera reconstituée ailleurs. 

Un point restait obscur : était-ce bien 
là le bureau de la communauté ? M. Paul 
Lacombe, membre de la Société de l'His- 
toire de France, a résolu la question 
par l'affirmative. Il cite ce passage du 
Journal d'un citoyen, La Haye 1754. 

Maîtresses lingères : elles ont leur bureau 
cloître Sainte-Opportune. Il y a 800 maîtres- 
ses. L'apprentis-age est de quatre années. Le 
brevet coûte 36 livres et la maîtrise avec qua- 
lité 600 livres. Leur patron est saint Louis. 

La rue Courtalon actuelle se trouve 
bien où fut le cloître Sainte-Opportune, 
dont une rue voisine porte encore le nom. 

C'est donc une question vidée : le « Bu- 
reau des marchandes lingères »,dont on 
a vu le cartouche plus haut, est l'unique 
vestige qui soit à Paris de ces fameuses 
communautés ouvrières dont la création 



remonte aux premiers temps de la mo- 
narchie. On juge par là que son intérêt 
n'est pas banal. 

G. 

La liberté de tester (XLII ; 
XLI1). — Voir au point de vue histo- 
rique, mon Histoire nouvelle des arts et 
des sciences de 1877, n° 249, p. 342 à 
344 et n° 291, p. 384 à 386. 11 ne paraît 
pas douteux qu'entre le régime primitif 
de la prohibition des donations et le 
régime delà loi des XII tables de l'entière 
liberté du testateur, l'établissement des 
réserves et des légitimes a constitué un 
véritable progrès, avec des variations de 
qualité qui ont souvent varié et peuvent 
naturellement varier suivant les temps et 
les pays. Alphonse Renaud. 

Le jaune, couleur des traîtres 

(T. G., 460 ; XLII ; XLIII). — Le cou- 
cou n'a jamais été jaune. Il est gris- 
jaunâtre, et rappelle soit la grosse grive de 
France, soit certaines variétés d'éperviers. 
Le dicton français, ou au moins méridio- 
nal, car je ne sais s'il a cours dans le 
Nord, « maigre comme un coucou », est 
de tout point inexact, car j'en ai tué fin 
août d'aussi gras que des cailles, de véri- 
tables boules de graisse. Néanmoins la 
chair en est médiocre. Un chasseur. 

Phrases faites avec des noms pro- 
pres (XXXVIII; XXXIX); — Chambre 
de 1848. 

Armand Marrast, Mauvais, Marquis. 

Sénard, Mule, Normand. 

Bastide, Canul, Rouillé. 

Porypapy, Noirot, Crépu. 

Leyraud, de Puyraveâu, Daix,Gouttay, 
Lamartine. 

Joly père, Savy, A. Peyer, Lebleu- 
Dargenteuil. 

Sallandrouze, Tendret, Lestapis. 

Boulanger, Pézerat, Dupin. 

Proverbes et Dictons météorolo- 
giques (XLII ; XLIII). 

1 
Dounmai janvié dé pléjo es çlichè 
Dounmai fai lou païson riche 

Plus janvier de pluie est chiche 
Plus il fait le paysan riche 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 juillet 1901 . 



*57 



158 



Déjà lou jour à Sent Antouèno 
A crescut del repas d'un moùeno 

Déjà le jour à la saint Antoine 
A augmenté du repas d'un moine 

3 
Janvié faï souvèn lou péchât 

A mars es toujour réprouchat 

Janvier tait souvent le péché ; 
A mars il est toujours reproché 

Los pléjos del-mès de fébrio 
Baloun l'aïgo del fumério 

Les pluies du mois de février 
Valent l'eau du fumier 

5 
Qu'on lo Chandelouso luserno 
Pendén qranto jours hiberno 

Quand à te Chandeleur le temps est clair 
Pendant quarante jours dure l'hiver. 

6 
Néou que toumbo al mes dé fébrio 
Met en bel humou l'usurio 

La neige qui tombe au mois de février 
Met en belle humeur l'usurier 

7 
Qu'on s'opaïso pas per Sen Blasé 
L'hiber toujours toco soun asè 

Quand il ne s'apaise point à la St-Blaise 
L'hiver toujours touche son àne (s'aggrave) 

8 
Es fébrio des mésès dé l'on 
Et lou pus haïsse é lou men Ion 

Est février des mois de l'année, 

Et le plus mauvais et le moins long. 

9 
Qu'on l'amelio trop léou flouris, 

L'amello nais pas ou péris. 

Quand l'amandier trop tôt fleurit 
L'amande ne nait pas ou périt. 

10 
Del prumio jusqu'al dernier jour 
Mars nous empouïsouno toujour. 

Du premier jusqu'au dernier jour 
Mars nous empoisonne toujours. 

1 1 
L'aouro quès per Rom pan semado, 
Duro lou maïpéndén l'annado. 

Le vent qui souffle aux jour des Rameaux 
Dure le plus pendant l'année. 

12 
Lous bachos dé mars et d'abril 
Métoun lou troupel en péril. 

Les averses de mars et d'avril 
Mettent les troupeaux en péril 
(A suivre J A. P. 



Uote$, ffrimuftiltai et (Curiosités 



Vers adressés à la comtesse de 
Castiglione. — Sous des prétextes plus 
ou moins authentiques.il a été fait un mi- 
nutieux examen des papiers conservés par 
madame de Castiglione. L'ambassade ita- 
lienne parait avoir suivi ces singulières 
investigations avec un zeleatter.tif. Durant 
trois jours, dans les différentes demeures 
de la comtesse, on a lu, on a déchiré, 
on a détruit des lettres par monceaux ; on 
en a aussi emporté quelques-unes. 

On a laissé de côté plusieurs centai- 
nes de kilos de papiers réputés sans 
importance ; nous avons eu tout loisir de 
les examiner. Nous n'y avons trouvé que 
des brouillons informes que la pauvre 
femme, dont la raison était altérée, traçait 
en italien, d'une plume incohérente : cor- 
respondance toute banale, d'une compta- 
bilité ardue. Qu'en pourra-t-on tirer soit 
au point de vue de la biographie de 
madame de Castiglione, soit au point de 
vue du rôle qu'on lui prêta, soit encore 
sur cette sincère et si étrange partie de sa 
vie, qui s'écoula dans la nuit et le silence ? 

Les chiffonniers diplomatiques n'ont 
pas été sans trouver les témoignages 
d'admiration que cette femme souleva. 
Ses admirateurs lui ont écrit ; elle a gardé 
les plus vulgaires de leurs adulations — 
à plus forte raison, avait- elle conservé 
ces billets que Luisa Corsi, la nourrice, 
allait chercher dans une certaine petite 
maison proche les Tuileries, et que sa 
maîtresse avait tant d'orgueil à lire. Ils 
ont trouvé, sans doute encore, les billets 
en italien d'un certain roi galant homme, 
car lorsque la liasse de ces lettres lauda- 
tives nous tornba entre les mains, les 
preuves du trouble qu'avait exercé sur 
ces puissants sa triomphale beauté n'exis- 
taient plus. Mais il restait des vers en toutes 
les langues, et de tous les styles, précieu- 
sement gardés, étiquetés et numérotés par 
celle qui les inspira, et qui devait s'offrir 
le régal de les relire, dans la tombe anti- 
cipée qu'à sa beauté flétrie imposa son 
orgueil. 

Le plus agréable, le mieux tourné de 
ces madrigaux, est celui qu'a signé le 
comte Eugène de Lonlay : qu'il nous soit 
permis de le reproduire : 



N'939-i 



L'INTERMEDIAIRE 



159 



160 - 



a la comtesse 
Verasis de Castiglione 
Sitôt que le printemps succède à l'hiver terne, 
Vers la terre on s'incline, on se sent ébloui. .. 
Devant votre beauté de même on se prosterne 
Le regard fasciné, le cœur épanoui ! 

Comme un être au réveil soudain pris de 

[vertiges, 
Vers le ciel la nature étend ses rameaux verts; 
Le soleil fait alors poindre les tleurs aux tiges 
Comme votre jeunesse, à mes lèvres, ces vers. 

Le poète parfois aux vérités déroge 
Lorsqu'épris il se sent par son rêve excité, 
Mais aujourd'hui peut-il adresser un éloge, 
Comtesse, un seul, par vous qui ne soit 

[mérité ? 

Avec votre croissant, Diane chasseresse 
Devait vous ressembler, courant au point du 

[jour. .. 
Mais l'arc que vous portez et dont le trait nous 

[blesse 
Fut dérobé sans doute au carquois de l'amour. 

Aux plantes comme à nous, Dieu donne un 

[cœur, une âme 
Elles ont pour leur sol un amour sans égal ; 
Moins femme encor que fleur le printemps 

[vousréclame 
Et vous allez voler vers le pays natal, 

Peut-être fuirez-vous sans répandre une larme 
Sur la terre de France où germent nos regrets, 
Mais nos yeux attristés, subissant votre charme, 
N'en garderont pas moins l'idéal de vos traits. 

De même que la nuit l'étoile, de la nue 
Rayonne sur la terre et n'y veut s'arrêter, 
Cet hiver, parmi nous, vous ne serez venue 
Que pour briller vous faire aimer et re- 
gretter. 
Comte Eugène de Lonlay. 

La comtesse de Castiglione,en les reli- 
sant, a cherché sans doute à se rappeler 
à quelle circonstance de sa vie, ces vers 
font allusion. Elle a tracé, au crayon, une 
date qui hésite entre 1865, 1866 et 
1867. Avons-nous le devoir d'être plus 
précis qu'elle ? M. 



Une ballade anglaise sur Bona- 
parte — Walter-Thornburg, dans ses 
«Criss-Croos Journeys» publiés en 1873, 
donne les stances suivantes, qu'il consi- 
dère comme inédites, entendues par lui de 
la bouche d'un officier forestier du Texas, 
pendant un voyage de Liverpool à New- 
York, l'air en était souverainement triste. 



Le moment nous semble bien choisi 
pour les traduire de l'anglais, car com- 
bien de gens aujourd'hui s'intéressent 
passionnément à tout ce qui touche 
Napoléon I e ' ou son entourage. 
Bonaparte en a fini avec les guerres et les com- 

[bats. 
11 est dans un pays où il ne goûtera plus au- 

|cun plaisir. 
11 s'assiéra dans l'île de Sainte-Hélène 
Et racontera, avec son cœur meurtri par la dou- 
ceur, toutes les scènes qu'il a vues, O ! 

Louise se lamente sur le départ de son époux- 
Son sommeil est rempli de cauchemars, et son 

[cœur est brisé 

Pas un ami ne pourrait la consoler, même si 

[l'un d'eux pouvait l'approcher 

Aussi pleure-t-elle en pensant à l'île de Sainte- 

[Hélène. 
MORALE 
Que tous ceux à qui la fortune a souri se gar- 

[dent de l'ambition 
Ou quelque décret du sort peut bientôt chan- 
ger leur condition. 
Vivez dans la fermeté et la franchise, car qui 
[pourra jamais dire ce que l'avenir réserve. 
Peui-être finirons-nous nos jours dans l'île de 

[Sainte-Hélène. 

Les flots impétueux et mugissants baignent la 

[côte, 

Les t- grandes vagues se heurtent contre les ro- 

'chers sauvages et superbes. 

11 (Napoléon) peut regarder la lune, la grande 

[déesse Diane, 

Mais ses yeux ne se détacheront jamais des 

[flots qui entourent Sainte-Hélène. 

W. B. H. 

{Notes and Queries). 

gçttte <Çovreri£onfacç 

L'alcool au xvii 8 siècle. — Céderait-on cette- 
pièce à l'Union française anti-alcoolique ? 

Villefregon. — On faisait allusion à Napo- 
léon 111 qui venait de se marier. 

Louis de Lutèce. — Nous n'avons point le 
texte sous les yeux. § g 

C. de la Benotte. — V Intermédiaire a 
répondu à cette question Famille d'Aure 
XL1I1, 145, 218, 247. 493, 598, 7 8 4» 887. 

A divers. — 11 y a eu, par erreur, desaccord 
entre le sommaire et la matière publiée. 

Certains exemplaires du dernier numéro 
sont parvenus incomplets. Prière de nous en 
aviser, pour que nous puissions les remplacer 
aussitôt. 



Le Directeur-gérant :\C. MONTORGUE1L 
lmp. Daniel-Chambon St-Amand-Mont-Rond. 



XL1V Volume Paraissant Jes 10, 20 et ?o de chaque mots. 



10 Aout 1901 



N° 940 

3»,»" s r. Victor Massé 
l'Aie IS (IX e ) 

lîureoux : de 2 à4 heures 



ChercUez et 
vous trouverez 



37* Année 

31 t>-,i\Victor!MasBé 

g II se faut PAItiS (IX V 

m entr'-ndir __ 

n » ■ sffitlc 3 
gWHI^feo Bureaux: de2à4heures 





DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS KT BKPÔItSRS LITTÉRAIRES, HIS'I 

TROUVAILLES B 

1 6 1 — 



ORIQUES, SCIENTIFIQUES Kl' ARTISTIQUES 
T CURIOSITÉS 



162 



ueettoitd 



Une femme dragon. — Les Mé- 
moires du général Doppet (livre III, 
chap. i cr ) racontent qu'il reçut dans les 
dragons, au combat de Pelissane, un 
homme et une femme qui tous deux ser- 
vaient dans l'armée marseillaise. «Tous 
deux ont fait avec moi la campagne des 
Pyrénées, le mari y a été tué ; et sa jeune 
femme, qui avait toujours fait le service 
de dragon, a obtenu une pension du mi- 
nistre de la guerre, en frimaire an IV... 
Cette héroïne est du département de la 
Côte-d'Or... » 

Je ne crois pas que l' Intermédiaire, qui 
a souvent traité des femmes soldats, se 
soit occupé de celle-ci. Sait-on son nom, 
sa naissance ? L. H. 

Notes sur La Fontaine. — Un ha- 
bitant de Château-Thierry, M. J. Lecart, 
peintre et calligraphe, avait pris soin de 
recueillir les épisodes de la vie rêveuse 
et distraite de La Fontaine en interro- 
geant les vieillards, laboureurs et bûche- 
rons qui se racontaient, de père en fils, les 
innocences et les imaginations du bon 
M. de La Fontaine. Ces notes étaient ac- 
compagnées de quantité de dessins. 

Ont-elles été publiées depuis la mort 
•de leur auteur, vers 1865 ? 

Lecnam. 

FamilleArnault. — je m'occupe à 
écrire une biographie d'Antoine-Vincent 



Arnault, poète tragique, secrétaire perpé- 
tuel de l'Académie française, mort en 
1834. Il eut deux fils, dont l'un, poète et 
préfet, mourut en 1853 ou 1854. Ces fils 
ont-ils laissé des enfants ? Quels sont les 
représentants actuels de la famille Ar- 
nault ? S. R. 

Il n'y a pas de grand homme 
pour son valetdechambre. — Dequi 

est ce proverbe si souvent cité et toujours 
attribué, mais à un auteur différent? 

O. L. 

Papiers trouvés rue Galande. — 

On lit dans le Journal qu'en jetant bas une 
des vieilles maisons de la rue Galande, 
où aurait habité Gabrielle d'Estrée, des 
ouvriers auraient découvert, au fond d'un 
placard, des papiers renfermant des ren- 
seignements relatifs aux relations diplo- 
matiques de la France et de la Turquie. 
Parmi ces paperasses serait la copie d'une 
lettre de Méhémet, pacha d'Egypte, datée 
de 1704. 

Or, il y a quelques années, paraissait, 
dans un journal, dont j'ai oublié le nom, 
une nouvelle du même genre et visant la 
même rue. 

Dans une maison de la rue Galande, des 
ouvriers, en démolissant la cloison d'une 
pièce que l'on désirait agrandir, découvri- 
rent une armoiredissimulée dans la tapis- 
serie ; elle renfermait de vieux papiers 
manuscrits parmi lesquels des documents 
relatifs soit aux évêques, soit aux sei- 
gneurs de Glandèves. 

XI.1V 4 



N' 940.; 



L'INTERMEDIAIRE 



16' 



164 



A quelle époque a paru la première note? 
Quel crédit lui a-t-on accordé et que sont 
devenus les documents trouvés et ceux, 
notamment, relatifs à Glandèves? 

A. Baréty. 

Armoiries de Gaullier. — Marin 
Pierre Gaullier, fils d'un notaire de Mo- 
rannes, né en 1766, fut, sous le nom de 
guerre de Grand-Pierre, l'un des plus 
célèbres capitaines de l'armée royale du 
Haut-Anjou. A la Restauration, Louis 
XVIII donna à Gaullier la croix de che- 
valier de Saint-Louis et lui octroya des 
lettres de noblesse. 

Un de nos confrères angevins serait-il 
assez aimable pour nous décrire les ar- 
moiries qui furent alors accordées à ce 
héros de la guerre de géants? A. S. 

Famille de Pomar. — Où pourrais- 
je trouver des renseignements sur la 
généalogie de cette maison Le général 
de Pomar, père du duc actuel, reçut du 
pape le titre ducal, et épousa la célèbre 
théosophe qui est aujourd'hui lady 
Caithness. Les degrés antérieurs me 
sont inconnus. 

H. de W. 

Cambessèdes. — Dans sa lettre du 
moisd'avril 1839 adressée à Requien {Re- 
vue de Paiis 1 5 avril 1898) Mérimée écrit : 
« Vous aurez su peut-être que le père de 
Cambessèdes était mort. Son fils se trouve 
maintenant à la tête d'une assez belle for- 
tune. Il va s'établira Pradines avec M me 

D pour chasser toute l'année et faire 

de la botanique quand il n'y aura plus 
rien à tuer dans le pays. Pradines est 
quelque part dans le département du 
Gard. » 

Un collaborateur méridional pourrait- 
il fournir quelques renseignements sur ce 
Cambessèdes, qui devait être un ami de 
Mérimée, et sur M me D... ? J'ai connu dans 
mon enfance un M. Cambessèdes, répon- 
dant assez à ce portrait, grand chasseur, 
type de gentilhomme campagnard, habi- 
tant le château de Férussac près Meyrueis 
(Lozère). Il y a,je crois, sur le Causse Noir, 
tout près de là, dans le canton de Trêves 
(Gard), un hameau du nom de Pradines. 

Tout renseignement serait le bienvenu. 

M. P. 



Pierre Stockmans. — Pourrais-je 
être renseigné sur la descendance de 
Pierre Stockmans, célèbre jurisconsulte 
belge (1608-1671)? Il ne semble pas en 
avoir laissé de directe. Un riche mariage 
(avec Anne-Marie Schonereroot) l'avait 
rendu seigneur de Latuy et de Pietre- 
bais. Je pense que Marie-Claire Stock- 
mans, dame de Latuy et femme de Jac- 
ques Van den Ven, était sa nièce et qu'elle 
hérita de lui de cette terre, mais je vou- 
drais en être sût. Quel était le nom de 
famille de sa petite nièce, Pe'fronille, 
femme de Frédéric, landgrave de Hesse- 
Darmstadt, et général au service du tsar 
Pierre I e ' ? F-y. 

Charles Grouet. — Il me serait par- 
ticulièrement agréable d'avoir quelques 
détails sur Charles Grouet, auteur de plu- 
sieurs opuscules traitant de l'art ancien ; 
et de connaître ses lieux et dates de nais- 
sance et de décès. Il voyageait pour une 
maison de librairie de Paris ; il demeurait 
rue Cassette ; il collaborait à Y Echo du 
monde savant ; il se suicida et le fondateur 
de Y Annuaire de la noblesse fut son 
héritier. Hors de là, je ne sais plus rien. 

Le souvenir de cet homme aimable 
m'est d'autant plus cher que c'est lui qui, 
en 18^0, me donna ma première leçon 
d'archéologie. V. Advielle. 

Michel Jacobsen . — Le dunker- 
quois Michel Jacobsen dit le Renard de 
la mer, grand-père de Jean Bart et amiral 
général du roi d'Espagne, mourut le 12 
juin 1632. Pour honorer sa mémoire et 
donner plus d'éclat à cinquante ans de 
signalés services, Philippe II fit transporter 
son corps à Séville, pour y être enterré à 
côté de Christophe Colomb et de Fernand 
Cortès. Je désirerais savoir si son tombeau 
existe encore et connaître l'épitaphe 
gravée sur sa pierre. E. M. 

Prêtre fusillé ou tué en duel ? — 
Il s'agit d'Urbain-Yves Desplaces, ancien 
vicaire de Morannes (Maine-et-Loire), 
puis aumônier de la garde nationale du 
dit lieu. Les papiers de Benaben disent 
qu'il fut fusillé ; feu Célestin Port affirme 
qu'il mourut des suites d'un duel au fu- 
sil. Où est la vérité ? Un « duel au fusil » 
n'est pas banal, mais il est encore plus 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 190 1 



165 



1 66 



rare de voir un prêtre y figurer comme 
acteur principal. Je demande à être ins- 
truit... A - S- 

Un étendard des vélites royaux. 
Italie. 1 er Empire. — Quel était le 
corps de troupe auquel a appartenu l'éten- 
dard décrit ci-dessous ? 

En soie blanche, ornements et inscrip- 
tions brodés, à deux pointes arrondies. 
Les deux côtés semblables. — Ecu et cou- 
ronne des Etats sardes. Italie. Sur l'écu, 
aigle impériale serrant les foudres. Ovale 
sur la poitrine de l'aigle renfermant la 
couronne de fer d'Italie. Croix de la Lé- 
gion d'honneur entre les jambes de l'aigle, 
sous l'écu, cor de chasse avec grenade ; 
sur la pointe supérieure, l'inscription 
« veliti », sur la pointe inférieure 
« reali». franges vertes, 

Dimensions, franges non comprises, 

H. 0.535 millimètres 

L. o. 670 

Léon Brunschvicg. 



Quelle était cette école ? On lit 

dans le discours préliminaire des Leçons 
de calcul différentiel et de calcul intégral, 
par M. Cousin (Paris, Jombert, 1777) : 

Une célèbre Ecole, qu'on n'a supprimée 
quelque tems, que pour la rétablir sur des 
fondemens plus solides, avoit pour principe 
d'étendre l'instruction dont nous venons de 
parler (l'étude des Mathématiques transcendan- 
tes), à tous ses Elèves. Il en est sorti un très 
grand nombre de sujets estimables dont on n'a 
pas parlé, tandis que les détracteurs de cet 
établissement, que les Nations voisines se sont 
empressées d'imiter, divilguoient les égare- 
mens de quelques autres,dont le naturel n'au- 
roit pu être réprimé par tout autre régime, 
quelqu'excellent qu'il eût été. 

L'esprit d'indiscipline est un grand 

mal sans doute ; mais n'y auroit-il pour y 
remédier, que le moyen barbare de condam- 
ner les inférieurs à l'ignorance? Qu'en même- 
temps que la pauvreté ne sera plus un obsta- 
cle à s'instruire, les richesses cessent d'en être 
un aussi par les distractions qui les accompa- 
gnent nécessairement ; que l'une et l'autre 
Noblesse renfermées dans une même Ecole, y 
soient assujetties aux mêmes exercices ; On 
ne tardera pas à voir les bons effets de l'ins- 
truction devenue générale. 

Quelle était cette école ? A la suite de 
quels incidents fut-elle momentanément 
supprimée ? Il s'agit peut-être de l'école 



du génie militaire, fondée à Mézières en 
1748. Zéro. 

Puits publics en Normandie. — 

En 1540, François I er , frappé des incon- 
vénients que présentait pour la santé pu- 
blique l'usage de l'eau « morte » des 
mares, infectée par les ordures et immon- 
dices « des chevaux, brebiail, pourceaux, 
et autre bestail », qu'on y menait boire, 
ordonna qu'après recherche, « par un 
maistre industrieux à trouver eaux », des 
puits seraient établis, dans le? localités 
privées d'eaux de source, aux frais de 
« tous les détenteurs de maisons, ma- 
noirs , héritages , rentes et revenus , » 
même gens d'église ou nobles. Mais v< les 
gens des trois Estats » réunis, protes- 
tèrent contre le remède ainsi imposé ; et 
les commissaires du Roi consentirent à 
ce qu'il fût sursis à l'exécution pour ce 
qui restait à faire, « fors et réservé es 
« lieux de passage, et où le Roy avoit ac- 
>< coustumé d'aller et fréquenter. » On 
avait donc déjà creusé un certain nombre 
de puits et on en creusa sans doute en- 
core quelques-uns. 

Pourrait-on signaler, en Normandie, et 
particulièrement au Pays de Caux, quel- 
ques puits publics dont l'établissement 
remonterait au xvi e siècle ? Connaît-on la 
date d'Etats de Normandie auxquels 
pourrait être attribuée la protestation 
contre l'ordonnance de 1540? 

Quant à cette ordonnance elle-même, 
qui ne figure pas au Catalogue des acte: de 
François 1" , on la lit dans son texte, 
adressé au bailli de Caux, avec une anno- 
tation relative au sursis, dans les Commen- 
taires de Guillaume Terrien sur le droit 
civil public et privé en Normandie, dont la 
première édition parut, en 1574, après la 
mort de ce lieutenant du bailli de Dieppe. 

A. E. H. T. 

Majorats en Angleterre. — Com- 
ment sont-ils établis? Il paraît qu'ils sont 
indépendants de toute question nobiliaire, 
ou de titres, et qu'un simple particulier 
peut, avec certaines formalités et paye- 
ment de droits, faire ériger en majorât 
une propriété lui appartenant. 

V V O. B. K. 

Galeries de portraits historiques. 

— Au commencement du xvu e siècle, un 



N # 940 



L'INTERMEDIAIRE 



\bj 



168 



grand nombre de châteaux en France, 
avaient des galeries de portraits histori- 
ques français et étrangers. Je citerai, no- 
tamment, celle du château de Beauregard, 
près Blois, galerie conservée, formée par 
Paul Ardier, seigneur dudit Beauregard. 
Je désire savoir quels sont les châteaux 
qui possédaient une galerie de ce genre ? 
La Révolution française a fait disparaître 
la plupart, ce qui est très regrettable, mais 
il en existe peut-être encore quelques- 
unes ? Ambroise Tardieu. 



Peinture attribuée à M"* Ledoux* 

— Je possède une petite peinture sur '"«ois, 
à l'huile, représentant, dans un ovale, haut. 
o,07,larg.o,oc),une fillette appuyée sur la 
margelle d'une fontaine et regardant 
d'un air fort triste une petite cruche cas- 
sée. 

L'expression de la figure est charmante; 
c'est une blondine coiffée d'un petit bon- 
net blanc à peine indiqué, corsage vert 
foncé, ouvert, laissant voir la chemisette ; 
manches courtes d'où sortent les deux 
bras croisés et appuyés sur le bord de la 
fontaine, robe claire, blanche et rouge 
comme celle d'une fille de campagne ; 
figure à mi-corps, petites mains aux doigts 
effilés, tout à fait xviu e siècle, comme 
l'ensemble. 

Un M. Vincent peintre, élève de David, 
que j'ai connu à Bordeaux, d;ins ma jeu- 
nesse, m'a dit que l'on pouvait attribuer 
cette peinture à M" e Ledoux, élève de 
Greuze. Que sait-on sur cette artiste ? 

Christagène. 

Moreau le Jeune (Une question 
sur ). —Je possède une délicieuse estampe 
signée au milieu, /. M. Moreau le jeune, 
avec ce titre : La rosictede Salency. Cette 
même gravure se trouve dans les Chan- 
sons de Laborde, mais elle est intitulée : 
La Fête du Seigneur, et à la place de la 
signature, on a mis : /. M. Moreau, inv. 
et scitlp. et ce titre : La Fêle du Seigneur. 
]e tiens la gravure que je possède pour 
antérieure à celle des chansons. Cet état 
est-il connu ? Hst-il rare? 

J. MlRON. 

Statues de l'abbaye d'Orbec. — 

l'ai huitdessins, plume etlavis(22X' i).de 
statues qui me paraissent avoir été exécu- 



tées pour une abbaye ou église d'Orbec ; 
elles représentent le Christ flagellé, la 
Vierge, sainteCatherine, saint Michel, etc. 
Au dos de l'un des dessins est cette 
adresse : M. Bachelier, lieutenant parti- 
culier assesseur criminel au bailliage à 
Orbec, Normandie » ; et plus bas, d'une 
écriture informe : • Pied à terre {Pied ater) 
au nom de Jésus, à coté (acautée) Saint 
Jacques l'Hôpital ». Ces statues existent- 
elles encore dans la région, ou ont-elles 
été recueillies dans un Musée ? Que sait- 
on de Bachelier ? V. Advielle. 



Rasoir aux effigies de Voltaire 
et d'Adraste. — Je possède un rasoir 
dont les deux côtés du manche sont en 
corne ; sur 1 un deux sont les portraits en 
relief de Voltaire et d'un autre person- 
nage du nom d'Adraste, en costume mili- 
taire de l'époque de la Révolution. — 
Quel pouvait être ce personnage ? Et quel 
rôle a t-il pu jouer à cette époque ? 

Léon Brunschvicg. 

Un Orphée chrétien. — Je souhai- 
terais de provoquer des explications sur 
un plat d'étain, du xvi e siècle, que j'ai 
trouvé dans une petite église de campa- 
gne. Il représente Orphée, tenant sa lyre 
à la main, charmant bêtes et gens. Il se 
tourne vers deux personnages debout, 
qui semblent s'enlacer ou s'embrasser. 
Aux pieds du célèbre musicien, on remar- 
que une femme assise, couverte de longs 
vêtements et qui, tenant sa tète appuyée 
sur la main gauche, semble écouter atten- 
tivement. Que représente ou symbolise 
cette femme ? La religion, la douleur?... 
Autour de sa robe on croit voir un ser- 
pent qui s'enroule à ses pieds pour s'ap- 
procher de ces deux personnages qu'on 
pourrait supposer Adam et Eve Dans 
le paysage, des oiseaux volent ou se per- 
chent, des poissons nagent dans l'eau ; à 
droite,un cerf et un lion. 

Pourrait-on déterminer exactement les 
personnages d'après leur attitude auprès 
d'Orphée ? Connait-on quelque objet 
analogue du xvi c siècle ? Quel pouvait 
être l'usage de ce bassin trouvé dans les 
fonts baptismaux et servant, de mémoire 
d'homme, sinon à l'exercice du culte, du 
moins à un usage religieux ? Est-ce la pa- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



169 



10 Août 1901 



170 



te ne qui recueillait les offrandes en nature, 
jadis déposées par les fidèles? E. S. 

Le charme et l'orme. — Versano- 
nymes. — J'ai sous les yeux, une cou- 
pure de journal dont la teneur s'ensuit 
textuellement : 

Une des plus blondes actrices de Paris avait 
donné un rendez- vous à lin acteur dramatique. 
Honni soit qui pense qu'il s'agissait d'autre 
chose que d'un rôle ! L'auteur dramatique 
a été exact au rendez-vous, il n'y a manqué 
que l'actrice. Le soir, l'actrice a reçu le billet 
suivant : 

Un arbre quelquefois brusquement se trans- 

[forme, 
On était sous le charme et fon attend sous 

[l'orme. 

Quelque confident du poète ou de l'ac- 
trice pourrait-il nous dire quel est l'au- 
teur de ce calembour et quelle est l'actrice 
qui l'a inspiré ? Th. Courtaux. 

Le « Pousseur de beaux senti- 
ments ». - La pièce de vers portant ce 
titre est-elle de Georges de Scudéry, 
comme paraît l'indiquer M. Ch. Livet 
(Précieux et précieuses, Paris 1859)? Dans 
quel volume de ses œuvres se trouve- 
t-elle, et les vers suivants en sont-ils bien 
extraits? 

Au sortir de son lit, ayant quitté ses gonds, 
Descordonné son poil, défait sa bigottère, 
Pinceté son menton et ratissé ses dents, 

11 prend un bon bouillon et va rendre un 

clystère. 
Le voilà bien muni tant dehors que dedans. 

Arvernus. 

«L'Alsace en fête». — Je possède 
L'Alsace en fete ou histoire et description 
des fêtes, cérémonies, solennités, réjouis- 
sances, réunions, associations et sociétés 
religieuses, civiles, militaires, publiques et 
privées de V Alsace, par Le Roy de Sainte- 
Croix, tome 1 , 1880, in-4 , Hagemann 
et C ic , Strasbourg 235, Grand'Rue, Paris, 

12 rue de l'Eperon, lxxi et 738 pages. 
Pourrait-on me dire si c'est le seul 

volume paru et, sinon, combien il m'en 
manque ? Nauroy. 

Et moi. qui donc me ferait grâce? 
— Voudrait-on me dire par qui et à 
quel le occasion cette phrase fut prononcée? 

Je ne trouve rien à ce sujet dans le 
Musée de la Conversation, A. S 



Gobatte. — Dans un article de YEcbo 
de Paris, signé Henry Gauthier-Villars, 
(27 juillet \ 90 1), )e\is\es« gobe t tes aux bou- 
ches naïves, aux yeux renseignés. » J'ai 
déjà lu ce mot, inexplicable pour moi, 
dans un roman intitulé : Claudine a Paris 
(roman plutôt vif, pour le dire en passant). 
Quelle est l'exacte signification, et l'éty- 
mologie de ce terme ? 

Montbouccou. 

Sac de pommes de terre. — Je lis 

dans La Fille Elisa (Charpentier, 1877, 
p . 11 6) : 

Debout , un coude posé sur le comptoir, 
son mari, un tout jeune homme aux favoris 
corrects... frêle et charmant dans une veste 
de chasse dont le coutil laissait apercevoir aux 
biceps le sac de pomvus de terre du save- 
tier. . . 

J'entends bien ou crois comprendre, 
mais qu'est-ce au juste que ce sac de 
pommes de terre ? Gustave Fustier. 

Un proverbe à redresser. — 

Dans l'une des analyses si fines, si in- 
génieuses, dont M. René Doumic a semé 
son livre attachant : De Sciibe à Ibsen 
p. 286 («Gens de bien »),il cite, à propos 
d'une distinction très profonde entre le 
devoir moral et le devoir social, un pro- 
verbe que le Livre des proverbes Français 
ne contient point : 

« Ne réfléchissons pas, dit le proverbe, 
« sans quoi nous ne ferions jamais rien. » 

C mme il faut « Se défier de son pre- 
mier mouvement parce qu'il est le bon », 
je ne veux pas assimiler le premier pro- 
verbe au second, et demande la vraie 
formule. Cz. 

Sergent sans armes. — Qu'est-ce 
que cette appellation ? Les Archives 
sommaires des Hautes-Alpes font men- 
tion d'un LatuUpe sergent sans armes au 
régiment de Souvray, entré à l'hôpital de 
Gap, le 24 septembre 1736 ? A. S. 

La communication des registres 
d'état-civil. — Les greffiers des tribu- 
naux civils, dépositaires des registres 
d'état civil, peuvent-ils refuser communi- 
cation de ces actes à des particuliers ? 
Exigent-ils une rétribution pour droit des 
recherches que d'autres font ? Combien ? 
Quel est le tarif? Si un particulier fait 



N'940-J 



.'INTERMEDIAIRE 



1 7 I 



172 



lui-même, les recherches, doit-il autre 
chose que le droit exigé pour la déli- 
vrance de la pièce? La question intéresse 
tous les archivistes, tous les chercheurs, 
tous les amateurs d'histoire locale. 

L. 



L'église desSaints-Innoc3nts, de 
Paris. — Connaît-on et pourrait-on nous 
indiquer où se procurer un dessin, gra- 
vure ou estampe, représentant l'église 
des Saints-Innocents telle qu'elle existait 
au commencement du xviu e siècle ? 

A la Bibliothèque nationale, départe- 
ment des Estampes, où nous nous som- 
mes adressé, on n'a pu nous donner sa- 
tisfaction. F. L. A. H. M. 



Le borometz ou agneau de Si- 
bérie. — Damaze de Raymond dit, dans 
son ouvrage de 181 2 sur la Russie : 

C'est en Sibérie que croît cette espèce de 
fougère sur laquelle on a débité tant de fables, 
en la désignant sous le nom de borometz, ou 
agneau de Sibérie (t. I, p. 387). 

Quelles étaient ces fables ? A quelle 
époque et par qui la fausseté en a-t-elle 
été démontrée? 

Alphonse Renaud. 



Un bateau contre le mal de mer. 

— Une ligue vient de se fonder contre le 
mal de mer. A ce propos, on désirerait 
connaître où l'on pourrait trouver la des- 
cription du bateau fait contrele mal de mer 
et qui se compose d'un premier bateau 
rempli d'eau et dans lequel se pose un 
deuxième bateau échappant aux mouve- 
ments de la mer, tout au moins au roulis. 

M. M. 



La fonte liquide. — Voilà, je crois, 
une question qui intéressera beaucoup de 
personnes; il s'agit qu'on y réponde... 
mais je suis tranquille là-dessus: à l'Inter- 
médiaire il y a de tout, même des savants, 
Mais à nos mouton* 

Je lis dans les Confidences de Robeit- 
Houdin, C. Lévy 1882, p. 283 et suiv. 
ce qui fait l'objet de ma question ; je cite 
en élaguant : 



Lisant un jour le Cosmos... Etudes sur h s 
corps à l'état sphèroîdal, par M. Boutigny 
(d'Evreux) Monsieur Cowlet ayant pris l'i- 
nitiative, nous avons coupé (c'est M. Cowlet 
qui parle), les jets de fonte avec les doigts. . . 
Nous avons plongé les mains dans les moules 
et dans les creusets pleins de la fonte qui 
venait de couler d'un Witkinson. .M"* Cow- 
let... permit à sa fille, enfant de 8 ans, de 
mettre la main dans la fonte incandescente, 
ce qui fut fait impunément. 

Et Robert Houdin continue... 

Je me décidai à aller trouver M. Boutigny... 
Le savant m'accueillit et me proposa de répé- 
ter le phénomène devant moi... 

La proposition était attrayante... mais 

— Est-ce que vous n'avez pas confiance en 
moi ? me dit M. Boutigny... — Si monsieur... 
si... mais... —Mais vous avez peur..? — Et 
quel est donc le degré de température de la 
fonte liquide? — Seize cents degrés environ. 

— Je me décide. 

Au jour dit, nous nous rendîmes à la Vil - 

lette, à la fonderie de M. Davidson Le 

chef d'itelier nous indiqua le fourneau des- 
tiné à notre expérience... II faut que ce soit 
vous, me dit M. Boutigny, pour que je répète 
cette expérience que je n'aime point faire... 
Voyons vos mains... Diable I dit-il, elles 
sont bien sèches. 

— Alors c'est dangereux ? 

— Cela pourait l'être. .. 

— Dans ce cas, sortons.. . 

— Ce serait maintenant dommage. Tenez. 

trempez vos mains dans ce seau d'eau il 

faut savoir que pour réussir cette expérience il 
n'y a d'autres conditions à observer que celle 
d'avoir les mains moites... 

J'arrive à la fin ; je le répète, j'ai coupé. 

J'avais à peine terminé d'essuyer mes mains, 
que sous les coups d'une barre de fer, le four- 
neau s'ouvrit et un jet de fonte, gros comme 
le bras, se mit à couler lançant des étincelles 
et des scories. . . 

Tout à coup, mon compagnon enjamba le 
jet et se mit à y laver ses mains comme si 

c'eût été dans de l'eau tiède J'imitai les 

mouvements de mon professeur, je barbotai 

littéralement dans la lave brûlante C'estun 

toucher très délicat... 

Or, malgré l'affirmation de M. Bouti- 
gny (du Cosmos) ; malgré celle de Robert 
Houdin... je voudrais voir pour croire, 
ou bien lire une constatation sérieuse du 
fait par un érudit. A. Martin. 

Tous les chemins mènent à 
Rome. — Je désirerais connaître l'ori- 
gine du proverbe connu : « Tous les che- 
mins mènent à Rome ». W. B. U. 
(Notes andqueries). 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 1901 . 



I?3 

II sera répondu directement par lettre 
à ceux de nos correspondants qui deman- 
dent des informations sur des questions 
de famille ou d'un intérêt purement per- 

Racine et le café (XLIV, 115). — 
Géruzez, dans la seconde série de ses 
Essais de littérature française (3"- éd., 
Garnier frères, Paris, p. 291-292) a dé- 
montré, jusqu'à la suprême évidence, si 
je ne me trompe, que M rae de Sévigné 
n'avait dit nulle part que « Racine passe- 
rait comme le café » 

En 1672, elle écrivait à sa fille: « Racine 
fait des comédies pour la Champmeslé : 
ce n'est pas pour les siècles a venir. » 

Et, en 1876, à la même : << Vous voilà 
donc bien revenu du café. M" e de Méri 
l'a aussi chassé. Après de telles disgrâces, 
peut-on compter sur la fortune? » 

Géruzez fait remarquer que pendant 
quatre-vingts ans ces deux phrases « re- 
paraissent à distance respectueuse, cha- 
cune à sa place et dans son entourage, » 

— et que « Voltaire alors s'avisa de les 
rapprocher en les altérant. » 

« M rae de Sévigné, dit-il, (Siècle de 
Louis XIV , chap. 32) croit toujours que 
Racine n'ira pas /om;elle en jugeait comme 
du café, dont elle prétendait qu'on se dé- 
sabuserait bientôt, »' 

Après Voltaire, La Harpe ajoute Géruzez, 
<s composa alors la phrase sacramentelle : 

— Racine passera comme le café. Il la passe 
tout simplement au compte de M me de 
Sévigné ; Suard l'adopte, et les moutons 
de Panurge viennent ensuite. 

« C'est ainsi que s'est créé ce petit men- 
songe historique, qui sera longtemps en- 
core une vérilé pour bien des gens. » 

L. de Leiris. 

Voir Les mots qui restent par Roger Alexan- 
dre, 1901. p. 1 55. 

Cœur-volant (Propriété du) à 
Louveciennes (XLI1I ; XLIV, 13). — 
Il n'y a jamais eu de Manoir du Cœur vo- 
lant à Louveciennes C'était tout simple- 
ment une auberge à proximité de Chatou, 
et à l'enseigne de Cœur-volant, pres- 
que aussi commune au xvu e siècle que 
celles du Cheval blanc ou du Lion d'argent. 



174 



Cette auberge n'était pas sur le chemin de 
l'Abreuvoir, mais sur le chemin des Glai- 
ses, là même où demeurait Jeanne Sa- 
mary, et d'où l'on avait jadis une très 
belle vue sur Saint-Germain, avant qu'elle 
fût voilée par les arbres voisins de M. Le 
Lubez. Quant à la propriété de madame 
Aubernon, elle n'avait de commun avec 
l'auberge que ce nom de Cœur volant 
qu'elle lui avait emprunté, avec ses mœurs 
hospitalières. Erasmus. 

Le Talmucl (XL11I ; XLIV, 92). — 
Vous me signalez l'article sur le Talmud 
(1095-1096,30 juin). Ce sont choses dont 
je me suis, en effet, beaucoup occupé au- 
trefois lorsque je faisais un cours d'hébreu 
il y a 30 ans et plus ; mais maintenant 
l'égyptologie m'absorbe beaucoup, tandis 
que mon collègue et ami Ledrain consacre 
presque tout son temps à ces questions ; 
vous ferez donc bien de le consulter. 

Ce que je puis vous dire cependant, 
c'est que M. Paul Argelès les tranche un 
peu trop rapidement. 

Je citerai la phrase : « Le.s derniers mots 
du sauveur sur la croix sont de l'araméen 
et non de l'hébreu ». 

Au fond, en hébreu, on n'aurait pas 
dit autrement que Eli Elilamma sabakh- 
tani(i).Le mot El lui-même est sans cesse 
dans les mots composés. employés concur- 
remment avec les autres noms de Dieu. 

La solution araméenne est beaucoup plus 
nette pour baceldama le champ du sang. 
Dama est araméen par la finale, tandis que 
epjjara (Marc VII, 34), représente (de l'hé- 
breu (2). 

En ce qui concerne la Mischna, la 
Guemara et d'une façon générale les tal- 
muds, il y aurait beaucoup à dire. Il n'est 
pas vrai que la Mischna soit en hébreu 
pur, c'est-à-dire dans la langue des livres 
bibliques. Il y a bien des distinctions à 
faire entre la Mischna et la Guemara, au 
point de vue philologique. Mais tous ces 
livres ne sont, à proprement parler, Uj 

(i)Conf. Dans Renan, langues sémitiques, p. 
208 et 209, deux passages qui sont peud'accord 
ertre eux sur ce point. 

(2) Peut-être ces données sont-elles conci- 
liables. L'hébreu, langue sainte du temps du 
Christ, serait resté d'usage dans certaines 
invocations sacrées, tandis que le chaldaïque 
aurait été employé par le vulgaire. 



N 9 940- 



L'INTERMÉDIAIRE 



"75 



176 



en hébreu, comme les livres bibliques — 
y compris même l'Ecclésiastique écrit en 
Egypte sous Evergète II et dont le texte 
hébreu a été récemment découvert, ni en 
araméen vrai, c'est-à-dire en chaldaïque 
commeonen trouve dans Daniel et sur- 
tout dans le Targum d'Onkelos (ver- 
sion du Pentateuque), etc , soit en syria- 
que — comme la vieille version Peschito 
qu'on a prétendu être le texte original 
de saint MUhieu, et les livres chrétiens 
de saint Ephrem, etc. La Mischna, la 
Guemara et généralement tout l'ensem- 
ble des Talmuds de Babylone et de Jé- 
rusalem, ainsi que les livres des rab- 
bins du moyen-âge qui leur font suite, 
forment, pour ainsi dire, une langue à 
part, dont on peut distinguer les dialectes 
historiques, mais qui, bien que se ratta- 
chant à l'hébreu, doit être étudié isolément. 
C'est la langue à laquelle les Buxtorf etc 
ont consacré leur Lexicum ialmudicum et 
rabbinicum ainsi que tant d'autres ouvra- 
ges que je possède et sur lesquels je n'ai 
pas à insister en ce moment. Mais ces 
dialectes n'ont jamais eu l'honneur de 
figurer, avec lechaldéen biblique ou des 
Targums, dans le lexique heptaglotte de 
Castelli et dans les autres ouvrages rela- 
tifs à la philologie sémitique originale, si 
je puis m'expiimer ainsi. C'est affaire de 
Juifs et de rabbins, et non une langue qui 
ait en réalité pleinement vécu, comme les 
autres langues de ceux qu'on nomme les 
enfants de Sem. Si on voulait trouver un 
patois théologique comparable, on pour- 
rait songer au latin des se olastiques du 
moyen âge, qui n'est pas plus le latin de 
Cicéron que l'hébreu talmudique et rabbi- 
nique n'est l'hébreu de la Bible. 11 y a une 
différence consistant en ceci que l'hébreu 
rabbinique est un dialecte plus corrompu 
que le latin du moyen-âge, si j'en crois 
mes vieux souvenirs du temps où je le 
lisais couramment, après m'y être fait 
initier, d'une part, par Barges, l'ancien 
professeur à la Sorbonne, et, d'une autre 
part, par Weil, l'ancien grand rabbin 
d'Algérie que j'ai pendant longtemps pavé 
dans ce but à Schelestadt où j'étais allé le 
trouver. 

Reste la question de l'araméen sur 

laquelle insiste M. Paul Argelès en disant : 
« araméen vient de aram qui signifie 
syriaque. C'est lu plus dur et le plus in- 



grat des dialectes de cette langue (? ?) 
parait il ». Araméen ne signifie pas du 
tout syriaque, comme l'ont reconnu les 
talmudistes, qui l'a dit Renan lui-même, 
appellent à la basse époque la langue de 
Babylone araméen et celle de la Palestine 
syriaque. L'araméen était — déjà aux 
anciennes époques — la langue des hauts 
fonctionnaires de la cour d'Assyrie en- 
voyés par Sennachérib, pour parlementer 
avec Ezéchias (II, Rég, XVIII, 2. Isaïe 
XXXVI, 1 1). Plusieurs briques trouvées 
à Babylone et à Ninive, qui ont été pu- 
bliées par le British Muséum, contien- 
11 nt, outre un texte cunéiforme, un texte 
araméen écrit en caractères sémitiques 
ordinaires et qui est comparable aux tex- 
tes araméens écrits sur papyrus en Egypte 
ou sur des vases — bien postérieurs 
aussi en date aux susdites tablettes — ■ en 
Chaldée. Notons que le dialecte sémiti- 
que employé dans les textes cunéiformes 
d'Assyrie et de Chaldée, se rapproche 
plus de l'arabe littéraire, par certaines 
particularités grammaticales, que de l'ara- 
méen, d'une part, ou de l'hébreu et du 
phénicien, d'autre part.Je citerai par exem- 
ple la déclinaison (et la conjugaison) avec 
les finales u ou uni (en arabe u ou un) 
pour le nominatif, /(avec ou sans nunna- 
tion ou mimmation pour le génitif,a pour 
l'accusatif, -te. etc. Le fut s'explique 
quand on se rappelle qu'encore à la grande 
époque assyrienne, les arabes vinrent 
souvent piller les environs de la capitale, 
comme, réciproquement, Assurbanipal 
pillait l'Arabe. 11 faut distinguer en Chal- 
dée et en Assyrie le flot sémitique venu 
de Phénicie « le pays d'arrière, » des 
textes cunéiformes, du ilôt sémitique venu 
d'Arabie — double invasion qui a rem- 
placé l'ancienne civilisation acadienneou 
touranienne 

Mais revenons-en à l'araméen, que Re- 
nan considère comme la seconde forme 
historique des Judéo-Phéniciens au point 
de vue de la langue — et qui, dans tous 
les cas, a pris cet aspect dans le monde 
assyro-chaldéen. 

Cet araméen proprement dit, celui dont 
il est question dans les livres des rois et 
dans Isaïe et qui constituait une des 
langues officielles des rois d'Assyrie à 
cette époque, comme plus tard du temps 
des Perses, des rois leurs successeurs (Es- 



DpS CHERCHEURS ET CURIEUX 



177 



— 178 



[ 10 Août 1901* 



dras IV, 7, VII, 12) cet araméen propre- 
ment dit, je le répète, il n'en reste rien ou 
presque rien ;et par conséquent il est im- 
possible de savoir si c'est ou non v< le plus 
dur et le plus ingrat des dialectes de cette 
langue ». A peu près les seuls textes 
araméens antérieurs au christianisme sont 
les textes chaldaïquesd'Esdras (IV, S, VI, 
19, VII, 12-26), et de Daniel dont je 
parlais tout à l'heure. On a essayé décon- 
sidérer comme de date analogue certains 
textes nabatéens ou sabéens ; mais cela 
parait bien douteux : tout ce qu'il nous 
est permis de voir, c'est qu'alors araméen 
était — cela a été dit depuis longtemps ~- 
synonyme de payen. On peut aussi ratta- 
cher à l'araméen, considéré, non plus 
comme le nom d'une langue déterminée, 
ainsi qu'autrefois, mais comme le nom 
d'une famille de langues, ou plutôt d'une 
sous-famille, le palmyrénien dont nous 
possédons un certain nombre d'inscrip- 
tions. A cette famille araméenne se ratta- 
chent aussi, d'une part, certaines inscrip- 
tions que Ledrain et d'autres savants étu- 
dient, dans nos musées, et d'autre part 
les très nombreux documents écrits dans 
les deux dialectes du syriaque. 

Je n'en aurais jamais fini si je voulais 
traiter toutes les questions qu'aborde un 
peu rapidement M. Argelès. Ce que j'ai 
dit suffit pour donner une idée très som- 
maire d'une partie des problèmes soulevés 
à propos duTalmud, — dont l'étude spé- 
ciale ne mérite pas tant d'honneur. 

Eugène Revillout. 



* 
* * 



D'abord aram ne signifie pas syriaque, 
ce qui ne voudrait rien dire, mais haut 
pays. 

Voici la vérité sur la composition du 
Talmud. Il y a deux talmuds, celui de 
Jérusalem et celui deBabylone. Ils ont une 
partie commune appelée Mischna ou se- 
conde loi, écrite en hébreu avec des for- 
mes et des mots nouveaux. La Mischna 
comprend les i nterprétations du Penta- 
teuque, les décisions des rabbins, leurs 
élucidations de la tbora, ou loi dite de 
Moïse. Ces préceptes étaient conservés 
dans les mémoires juives. On les mit par 
écrit, car les plus fermes esprits fléchis- 
saient sous le poids de ces décisions. Ce 
fut vers la fin du 11 e siècle de notre ère 



que la Mischna atteignit son achèvement, 
en Palestine. 

Comme elle comprenait les décisions 
souvent contradictoires des rabbins, on la 
discuta, on l'élucida à son tour. Cette 
interprétation de la Mischna fut appelée 
Gucmaia (supplément). 

Ce fut vers la fin du iv c siècle que le 
Talmud de Jérusalem, composé de la 
Mischna et de la Guémara,fut complet. 

Mais il y avait, en dehors de la Pales- 
tine, les grandes communautés juives de 
Nahardeœ, de Sura. de Pumbeditha, en 
pays babylonien ; elles avaient la Mischna 
de Palestine, mais elles y ajoutèrent 
leur Guémara particulière. De là le Tbalmud 
Babli.qui a la même Mischna que le Tal- 
mud de Jérusalem, mais une Guémara 
différente, laquelle fut terminée vers Tan 
430 de notre ère. 

Les deux Guémaras sont dans un 
chaldéen corrompu, surtout la Guémara 
de Jérusalem. E. Ledrain. 

Armoiries à identifier : d'argent 
à 3 jumelles de gueules (XLIII ; 
XLIV, 66, 1 19). — L'e -libris de Anne-Thé- 
rèse Ph. Yve est dans presque toutes les 
collections, et en cherchant scientifique- 
ment, on peut se le prouver. Guigard a 
publié son fer doré. S. 

Décoration à la devise : Vive le 
Roi (XLIII). — Cette croix date de la 
Restauration, est de l'ordre de la Fidélité 
ou Gage de la Paix. 

Un spécimen authentique de cet ordre 
est entre les mains d'un de nos confrères, 
M. le commandant P.... 

Croix à quatre branches à huit pointes, 
ces quatre rayons sont d'émail blanc can- 
tonnés de quatre fleurs de lys d'or. 

Le centre d'émail bleu foncé porte d'un 
côté une fleur de lys d'or et la devise : 
Vive le Roi ; de l'autre, l'effigie du roi 
Henri IV avec la devise : Gage de la 
Paix. 18 14. 

La croix surmontée de la couronne 
royale se portait suspendue à un ruban 
rouge comme celui de la Légion d'hon- 
neur, une agrafe en argent fleurde- 
lisée était appliquée sur le ruban. P. 

Vox populi, vox Dei. (T. G., 939 ; 

XLIII). — Fumagalli, {ChiVha detto) — 



N- 940.] 



L'INTERMEDIAIRE 



179 



180 — 



que nos questionneurs devraient bien con- 
sulter plus souvent, — après avoir cité 
lsaïe, Homère, Hésiode, ajoute ^n° 168) . 

L'origine de cette sentence est antérieure au 
vin' siècle puisque déjà Alcuin, dans le Capitu- 
iare admonitionis ad Carolum, §, ix, rap- 
pelle à Charlemagne : « nec audiendi qui 
soient dicere Vox populi, vox Dei, cum 
tumultuositas vulgi semper insaniae proxima 
sit ». 

F. 

Devises héraldiques les plus or- 
gueilleuses (XLIV, 151). — Notre honora- 
ble confrère le comte George trouvera am- 
plement à se satisfaire dans les deux 
ouvrages suivants : Légendaire de la 
noblesse de France par le comte O. de 
Bessas de la Mégie, Paris, librairie cen- 
trale MDCCCLXV. — Et dans : Devises, 
cris de guerre, légendes-dictons, par Jo- 
seph de Champeaux. Dijon, Lamarche 
1890. Il y trouvera la devise bien con- 
nue : Je ne suis Roy, ne duc, ne prince, ne 
comte aussi: je suis le sire de Coucy. 

Et cette autre : Roi ne puis, prince ne 
daigne, Rohan suis. 

Montmorency : r e devise: Dieu aide 
au premier au baron chrestien ; 2 e devise : 
«Tr/àvo,-, Qui n'erre pas. 

Talleyrand Perigord : Ré que Diou. 
Rien que Dieu. 

Les Las Cases disent : Semper -par atus. 

Et les du Hamel : A toute heure. 

— Saluons! Vicomte de Ch. 

* * 
La famille de Rochechouart, dont la 

filiation authentique et prouvée remonte 
au ix e siècle, porte dans ses armes des 
fasces ondées (actuellement endentées ou 
nébulées, exagération de l'onde). Pour 
ce motif, la devise primitive était terra 
mareque (terre et mer). Avec la puissance 
et les honneurs, cette famille crut devoir 
traduire cette devise très simple parcelle- 
ci, passablement orgueilleuse : 

Avant que la mer fût au monde, 
Rochechouart portait les ondes. 
Le général de Rochechouart, auteur 
d'un ouvrage sur sa maison, prit une 
devise latine, traduisant d'une façon plus 
modeste les vers ci-dessus : Anle mare 
undœ. Oroel. 

Rochechouart porte pour armes : onde 
d'argent et de gueules, et pour devise : 



En latin : Antc mare undœ- ; 

Et en Français : 

Avant que la mer fût au monde, 
Rochechouart portait les ondes. 

Le premier vicomte de Rochechouart 
date de 963, et il était lui-même le fils 
du vicomte de Limoges. Aucune origine 
prouvée ne saurait donc être plus an- 
cienne ou plus illustre ; mais la devise ne 
laisse pas cependant que d'être un petit 
peu orgueilleuse... 

On peut citer aussi, dans le même 
ordre d'idées, les tableaux des Lévi : l'un 
représentant un Lévi aux pieds de la 
Sainte Vierge, qui lui dit gracieusement : 
« Relevez-vous, mon cousin ! » 

L'autre figure le Déluge, et un ange 
criant du haut du ciel : « Sauvez les pa- 
piers de la famille de Lévi ! » 

Mais la palme, en ce genre.appartient à 
un autre tableau du Déluge, où l'on voit 
Noé prêt à monter dans l'arche, et Dieu 
lui criant : « Noé de Croy, avez vous 
sauvé vos archives? » 

Ce à quoi Noé, à genoux, et les bras en 
croix, répond : « Seigneur, elles sont 
dans l'arche. >> 

Il est probable que le Seigneur fut sa- 
tisfait, mais la légende ne le dit malheu- 
reusement pas... 

J'ai déjà cité ce tableau dans l'Intermé- 
diaire, afin de montrer que les amateurs 
d'archives ont une origine fort ancienne, 
et peuvent prendre pour patron Dieu lui- 
même I 

On peut ajouter, mais ceci n'est qu'un 
bruit malveillant, la modification apportée 
à la Salutation angélique, pour l'usage 
exclusif dé la famille de Lévi : « Je vous 
salue, Marie, ma cousine... » 

Enfin, la vérité m'oblige à dire que je 
n'ai jamais vu aucun des tableaux dont je 
parle, sauf une copie à la plume du ta- 
bleau des Croy. Des personnes asse^ dignes 
de foi (?) m'ont dit avoir vu dans une 
galerie de peintures, en Belgique, je crois, 
les tableaux des Lévi. C. 



* * 



On trouvera une ample collection de 
devises dans les ouvrages suivants : 

Bessas de la Mégie : s< Légendaire 
de la Noblesse de France. Devises, cris 
de guerre, dictons des villes et des fa- 
milles nobles de France,» etc., Paris 
1865, in-8. 



i 



i8i 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



| 10 Août 1901 . 



Gourdon de Genouillac : « Les mys- 
tères du Blason, de la Noblesse et de 
la Féodalité. Curiosités, bizarreries et sin- 
gularités ». Paris, 1868, In-12, p. 98-106. 

Chassant et Tausin : « Dictionnaire 
des devises historiques et héraldiques ». 
Paris, 1878, 3 vol. In-12, 

H. Tausin : « Supplément au diction- 
naire des devises historiques et héraldi- 
ques». Paris, 1895,2 vol. in-12. 

J. de Champeaux : « Devises, Cris de 
guerre, Légendes, Dictons. » Dijon, 1890, 
in-8. Sabaudus. 

* * 

En général, la devise est une exclama- 
tion de fierté ; parmi les plus orgueilleu- 
ses on peut citer celles de trois grandes 
familles : 

Roy ne puis 
Prince ne daigne 

Les Rohan 
Je ne suis Roy, ne prince aussi 
Je suis le sire de Coucy. 

Les Coucy 
Nul ne s'y frotte ! 

Les Crequy 
Voir d'ailleurs le mot devise dans le 
Grand Larousse, on y trouvera une liste 
détaillée et très longue de devises dont 
plusieurs très intéressantes. 

Consulter aussi : de Champeaux. — « De- 
vises, cris de guerre ».. Dijon. Lamarche. 
1890, in-8 ; de La Roque — « Devises hé- 
raldiques traduites et expliquées». Paris. 
Desaide. 1890, in-12. Tabac. 

* * 

Sola vel voce terreo Uones : Par ma 

seule voix je terrifie les lions (Vogué). 

B. S. 

* * 
Devise d'Olivier de Clisson, connétable 

de France : Pour ce qu'Unie plei. 

Jacques Soyer. 

* 

* * 

En principe, elles le sont toutes, plus 
orgueilleuses les unes que les autres ; car 
tous les goûts sontdans la nature. Le sire 
de Coucy croyait sa devise plusorgueilleuse 
quecelledes Rohanet réciproquement, sans 
quoi ils n'auraient pas manqué de se battre 
pour se disputer la plus fière des deux de- 
vises. De même pour celui qui disait : Dieu 
est mon fort. Il entendait bien signifier 
par là, non pas qu'il avait confiance en 
Dieu, mais qu'il était le protégé exclusif 
de Dieu ; ce qui est bien différent ! Au 



182 



reste, c'est aussi le sens de Bellovaques 
et de Lesquendieu, le Skem-Dieu, pro- 
tégé de Dieu. Chacun croyait sa devise 
beaucoup plus orgueilleuse que celle de 
son voisin. D r B. 

* 
* * 

On ne manquera pas de rappeler les 

Rohan, les Coucy ; mais nul devise plus 

orgueilleuse ne sera citée que celle ornant 

les timbres anglais du Canada (1898). 

We hoîd a vastier empire thatt bas been, 

G. Gondinet. 

* * 
Le seul article Devise, dans Larousse, 
comporte, en fins caractères, une colonne 
et demie de bibliographie, dix colonnes 
environ d'encyclopédie et vingt-huit co- 
lonnes de devises, parmi lesquelles le 
comte George n'aura pas de peine à trou- 
ver un bon nombre d'assez jolis monu- 
ments d'outrecuidance. — Est-il permis 
d'espérer que sous la dangereuse rubrique 
que l'on vient d'ouvrir ici, nos collabora- 
teurs ne nous infligeront pas la réédition 
de phrases de toutes langues qu'il est si 
facile de lire ailleurs ? ]e demande, quant 
à moi, qu'au moins les devises du La- 
rou sse nous soient épargnées. 

G. de Fontenay. 

Titres honorifiques espagnols 

(XLII1 ; XLIV, 68). — Dans le Diction- 
naire Français-Espagnol et Espagnol- 
Français de Quintana, on lit : usenoria, 
usia, usina sf. syncope de vuestra senoria, 
votre seigneurie. — Observons d'abord 
que toujours, à moins de camaraderie ou 
d'une grande intimité, on n'use en Es- 
pagne que de la troisième personne. On 
dit donc en langage courant : usted syn- 
cope de su merced ou de vuesa merced, 
votre grâce, votre merci. Quand on 
s'adresse à un personnage officiel ou de 
condition élevée on ne dit pas vuestra 
Excelencia, mais su Excelencia. 

Quand on écrit à une personne distin- 
guée on met en tète : Muy \senot tuio, 
comme qui dirait : Très honorable mon- 
sieur. On y ajoute parfois y de mi conside* 
racion particular. En écrivant à une per- 
sonne titrée, à un ministre, à un officier gé- 
néral, même à un colonel, à un ecclésias- 
tique en dignité, on met en tète Excme 
senot et dans le corps de la lettre : ou 
Excelencia. Au roi, à la reine, on dit tout 



N°94°- 



183 



L'INTERMEDIAIRE 



184 



jours Sic Majestad. Ilustrisimo senor ne 
s'adresse qu'à un prélat. 

Pourquoi écrire senor sans le signe 
tilde qui en fait seignor ? Cette lettre de- 
vrait être dans toutes les casses des typos. 

Chrystagene. 



* 
» * 



Le titre de Muv ilustre Senor ou IJust ri- 
si/no Senor est officiel en Espagne ; je 
réponds à la question sur ce fpoint seule- 
ment, que 1 ophélète Le Cordier a laissé 
en suspens. 

J'ai connu un hidalgo qui était avocat, 
correspondant de l'Académie espagnole et 
commissaire royal pour l'agriculture ; il 
résidait dans la capitale de l'une des pro- 
vinces du Nord. Son titre de commissaire 
royal lui valait le qualificatif ci-dessus, 
ainsi qu'il eut bien soin de me le faire 
remarquer : mes premières lettres, vu 
mon ignorance à ce sujet, ne portaient 
pas sur l'adresse le qualificatif en question 
etcela « le dépréciait aux yeux de l'admi- 
nistration postale et de ses subordon- 
nés ». 

Il portait un uniforme magnifique, à en 
juger par une photographie ; en m'envoyant 
celle-ci, il m'écrivait : « Vous remarque- 
rez que je n'ai pas de décorations ; non 
qu'on ne m'en ait souvent offert, mais je 
méprise ces marques extérieures de la 
vanité, qui n'indiquent en rien la valeur 
intellectuelle et morale de celui qui les 
porte. >> Avait- il donc oublié que, sous 
prétexte qu'il avait visité l'Exposition 
Universelle de 1889 et pris part à l'un des 
multiples Congrès dont elle fut l'occa- 
sion, il avait alors tout misen œuvre pour 
obtenir, pa; mon intermédiaire et celui 
de quelques autres amis.. . les palmes 
académiques ? Toubib-el srir. 

Famille Gharlemaign^ de Bel- 
lelonde (XLIV, 51). — Dans manus- 
crit 679 des pièces originales, on trou- 
vera un petit article sur les Charlemagne, 
seigneurs du Boulny, en Normandie, qui 
ne doivent avoir rien de commun avec 
les Charlemagne du Berry, qui sont sei- 
gneurs de Chantaloue. Launay et Ville- 
comte. O" DE BONY DE LAVERGNE. 

Existe-t-il dt s descendants de la 
famille de Montaigne ? (XLIV. 6) . — 
S'il s'agit de descendants mâles des Ey- 



quem de Montaigne (en réalité des mar- 
chands de Bordeaux), il n'en existe plus. 
Mais les descendants par les femmes sont 
bien nombreux. M. Meller, le célèbre gé- 
néalogiste bordelais, les fera connaître. Je 
puis moi-même en indiquer. 

Consulter : Michel de Montaigne, son ori- 
gine, sa famille par Malvezin. (Bordeaux, 
Lefebvre, 1875 ; in 8°), Michel, le grand 
écrivain, eut deux frères qui se marièrent 
et qui n'eurent, comme lui, que des filles. 
Ce sont Thomas, seigneur de Beauregard 
et d'Arsac, et Bertrand, seigneur de Mathe 
coulon (ou Mattecoulom). 

La Coussière. 



Un très aimable magistrat, que la ques- 
tion intéresse personnellement, pourra 
renseigner à ce sujet : M. Bussières, qui 
était l'an dernier, conseiller à la Cour 
d'appel de Bourges, où j'eus l'avantage 
de le rencontrer, et qui doit être mainte- 
nant à Lyon. G. Cam. 

* 

I. Michel de Montaigne épouse en 1565, 
Marguerite de la Chassaigne dont une fille 
unique. 

II Eléonore de Montaigne, mariée en 
premières noces en 1590, à François de 
la Tour, seigneur d'Eviez ; en secondes 
noces, en 1608, à Charles de Gamaches, 
vicomte de Rémont et baron de Château- 
meillant. Du premier lit : Françoise de la 
Tour, mariée en 161 1 à Honoré de Lur- 
Saluces, vicomte d'Uza, marquis de la 
Grolière, dont un seul fils, Charles de Lur- 
Saluces, mort sans postérité d'Isabeau de 
Lalanne. Du deuxième lit : 

III. Marie de Gamache, mariée en 1627, 
à Louis de Lur-Saluces, baron de Fargues, 
seigneur de Lamotte-Landerron, frère 
d'Honoré dont i° Charles-François de 
Lur, seigneur de Montaigne, qui eut de 
Marguerite de Piis : Catherine de Lur- 
Saluces, née en 1669, mariée en 1696 à 
Henri de Salignac, seigneur de Puygui 
raud (je ne sais s'ils ont laissé une posté- 
rité) ; 2 U Marguerite de Lur, mariée au 
marquis de Lanau, dont a) Louis de La- 
nau, célibataire ; b) Marie de Lanau, ma- 
riée, en 1685 à Charles de Calvimont, 
sans postérité ;c) Madeleine de Lanau, non 
mariée ; y Jeanne-Honorée de Lur, qui 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



185 



[ 10 Août 1901 . 



186 



suit ; 4 Claude-Madeleine de Lur, qui 
viendra après. 

IV. Jeanne-Honorée de Lur, mariée à 
Louis de Saint Jean, seigneur de la Filo- 
lie, dont : 

V. Marie-Anne de Saint-Jean, mariée en 
1688, à Pierre de Villars, seigneur du 
Soudet, dont i° Nicolas-Charles de Vil- 
lars, qui suit ; 2° Marie-Charlotte de Vil- 
lars, qui viendra après. 

VI Nicolas-Charles de Villars, seigneur 
de la Filolie, co-seigneur de Montaigne, 
fut père de i° Marie-Charlotte de Villars 
qui suit ; 2" Jeanne-Françoise de Villars 
qui viendra ensuite 

VII. Marie-Charlotte de Villars épousa, 
en 1755, Jean de Cha! ans, seigneur de 
Saint-André, dont entre autres enfants : 

VIII. Nicolas-Jean-Charles de Chahans, 
marié en 1779 à Marie-Rosalie de Lau- 
vergnac, dont entre autres : 

X. Jean -Charles de Chabans, marié à 
M !le de Sarreau dont : 

ÎX. Nicolas-Charles, comte de Chabans, 
mort en 1852, marié en 1845 à Joséphine 
de Montardy, dont : 

XI. François-Marie-)oseph-René. mar- 
quis de Chabans, né en 1848, célibataire, 
demeurant au château de la Rôtisserie 
(Gironde). 

VIL Jeanne-Françoise de Villars, fille 
de Nicolas-Charles, épousa François de 
Bascharetie, seigneur de Beaupuy, dont 
1° Nicolas, qui suit ; 2 René-Armand, 
mort à Fontenay en 1793 : 3" Louis-Ga- 
briel ; 4" Michel Arnaud, général, tué à 
Reuttingen en 1796; 5 J^an, chanoine. 

VIII. Nicolas de Bascharetie, seigneur 
de Beaupuy, né en 1752, lieutenant-colo 
nel et sénateur, fut père de Lucien, mort 
en 1803 et de Pierre, décédé sans posté- 
rité. 

VI. Marie-Charlotte de Villars, fille de 
Pierre de Villars, épouss, en 1715, Jean- 
Achard de Joumard, vicomte de la Bran- 
gelie, dont : 

VIL Angélique-Gabrielle Achard de 
Joumard, mariée en 1738, à François- 
Alexandre de Galard de Béarn, baron de 
la Mothe Landerron, dont entre autres 
enfants : i° Jean-Henri, comte de Galard, 
mort sans postérité ; 2 Pierre-François, 
chevalier de Malte; 3 Angélique-Marie, 
mariée en 1774, au marquis de Pontchar- 
train ; 4 Louise-Marguerite qui suit. 



VIII. Louise-Marguerite de Galard de 
Béarn épousa, en 1776, le comte O'Kelly 
Farell, père de Den.s né Lamothe-Lan- 
derron (Gironde) le 4 octobre 1827 ; 
Jean, né le 25 avril 1832 ; Marie-Irène, 
mariée en 1857, à Lamothe Landerron, à 
Jean-Jules Fillastre, et Marie-Caroline, 
mariée en 1862 à Antoine-Jean-Bapt ste- 
Polydore du Bernet de Garros, dont un 
fils La famille O'Kelly Farell habite 
encore le château de Lamothe-Lander- 
ron, comme héritière des de Lur. 2" Eléo- 
nore O'Kelly, mariée à Auguste-Atha- 
nase de Chastenet, vicomte de Puységur, 
mort en 1867, marié à Amélie de Marin 
dont i" Bernard de Puységur, père d'Ar- 
mand et d'une fille ; 2 Gaspard de Puy- 
ségur. 

IV. Claude-Madeleine de Lur, troisième 
fille de Louis de Lur, et de Marie de Ga- 
maehes épousa le I er mai 1675 Hélies- 
Isaac de Ségur, seigneur de Montazeau 
dont i°Jean de Ségur qui suit ; 2 Marie - 
Anne de Ségur qui viendra après. 

V. Jean de Ségur, seigneut de Mon- 
taigne, épousa le 29 décembre 1705 Mar- 
guerite-Rose de Gauffreteau dont : 

VI. Alexandre de Ségur, seigneur de 
Montaigne, marié, en 1752, à Anne Boy- 
rie, dont : 1" Jean-François de Ségur, 
qui suit ; 2 Jean-Alexandre de Ségur, 
père de Joseph de Ségur, marié à Marie- 
Elisabeth de Cazenave, sans enfants ; 
il vendit, en 181 1 , la terre de Montaigne; 
3 Catherine, mariée au marquis de. Saint- 
Marc (Postérité inconnue). 

VIL Jean-François, comte de Ségur- 
Montaigne, mort en 1819, épousa Cathe- 
rine du Mirât, dont: i° Amédée, qui suit; 
2 Marie-Michelle, mariée au comte le 
Lieur de la Ville (postérité inconnue). 

VIII Amédée, comte de Sègur-Montai- 
gne, 1791-1852, eut d'Augusta Mac Ker- 
rell: 

IX. Marie-Léonie de Ségur-Montaigne, 
mariée à Auguste-Hercule, baron de 
Chambaud-Jonchère, dont Eléonore et 
Béatrix (se sont-elles mariées ?) 

V. Marie-Anne de Ségur, fille d'Hélies- 
Isaac de Ségur, épousa Joseph de Pontac, 
vicomte des Jaubcrthés dont : i° Jean- 
François de Pontac, dont la postérité est 
éteinte ; 2 Jean-François de Pontac qui 
suit ; 3 Claude-Madeleine de Pontac, 
mariée en 1735 à Marc de Chasteigner, 



N° 940. 



187 



L'INTERMEDIAIRE 



188 



marquis de la Chateigneraie, dont :i° 
Marie-Françoise et Marie-Anne, mariée en 
1758 a Bernard -Joseph Deshoms, baron de 
Favols (ont-ils eu des enfants ?) ; 4" Mar- 
guerite de Pontac, mariée au marquis de 
Sainte-Maure Montausier ; 5 Madeleine 
de Fontac, non mariée. 

VI. Jean-François de Pontac, marié le 
18 mars 1767 à Elisabeth-Marie de Per- 
reau dont : i° Jean Baptiste-François qui 
suit ; 2 Marie-Catherine, mariée le 1 1 
novembre 1789, à Maximilien-Raimond, 
baron de Rayne. 

VII. J.-B. -François de Pontac, marié en 
1808 à Adèle de Caupenne dont : i° Agé- 
nor qui suit ; 2° Gabriel, vicomte de 
Pontac; y Désiré-Maximilien de Pontac, 
père d'Albert, marié à M" e de Marcellus 
dont quatre filles. 

VIII. Agénor, comte de Pontac, mari: 
en 1838 à Louise Thérèse-Victoire du Ver- 
gier de la Rochejacquelein dont : i° Oli- 
vier qui suit ; 2 la marquise deGourgue, 
mère de Dominique, la baronne de Brand- 
dois, et Geneviève ; 3 Ja vicomtesse de 
Marcellus, décédée mère de Lodoïs, la 
baronne de Baudéan, Eugénie, la com- 
tesse Henri de Lastic et Sophie : 4 Marie- 
Léonie de Pontac. 

IX. Olivier, comte de Pontac, marié à 
M lle de Pontevès-Sabran dont quatre en- 
fants. 

Le nom de Montaigne est éteint, mais, 
comme on le voit, les descendants de l'il- 
lustre philosophe sont nombreux ; un 
des érudits collègues de l'Intermédiaire 
pourra compléter les renseignements que 
je n'ai pu avoir sur quelques-uns d'entre 
eux. Les frères de Michel ont eu chacun 
un enfant, mort sans postérité. Seul, le 
nom s'est perpétué jusqu'au xvm e siècle, 
par la postérité de Raymond de Montai- 
gne, conseiller au parlement, oncle de 
Michel. 

Pour me résumer, les familles existan- 
tes, issues du grand écrivain, sont le 
marquis de Chabans, les Salignac-Puy- 
guiraud ? O'Kelly Farell (d'où les Fillas- 
tre et les du Bernet), les Chastenet Puy- 
ségur, les descendants des Deshoms de 
Favols, des marquis de Sainte-Maure- 
Montausier, les Pontac (d'où les de Gour- 
gue, de Brandois, de Marcellus, de Baur- 
déan, de Lastic), les descendants du mar- 
quis de Ponchartrain, du baron de Cham- 



baud-Jonchère et de la marquise de Saint 
Marc/ 

Mon collègue et ami, la Coussière. 
toujours si documenté et si complaisant, a 
bien voulu m'aider dans les recherches de 
cette descendance. 

Pierre Meller. 

Famille Quatre-Sols de Marolles 

(XLIV, 50). — Généalogie, dans manuscrit 
32356 français page 449. 

Généalogie dans Volumes reliés 103, 

Quatre-Sols de Marolles : notice dans 
Courcelles, Dictionnaire de la noblesse, 
tome 2 ; 

Quatre-Sols de Montanglos : Franche- 
ville ; notice dans manuscrit français 
32788 ; 

Quatresoux de la Motte : nouveau 
d'Hozier 248, p 88 de l'article de la Motte. 

G e DE BONYDE LAVERGNE. 

* 
* * 

{'ai eu pour voisins des membres de 
cette famille, et j'ai entendu raconter une 
légende — ce n'est pas autre chose sans 
doute — sur l'origine du nom. On préten- 
dait qu'Henri IV avait récompensé par ce 
titre de noblesse un de ses compagnons 
d'armes qui lui avait procuré, par un 
jour de disette, je suppose, quatre sols 
de ce fromage très apprécié des gourmets. 
— Mais où et quand ? L'histoire ne le dit 
pas. Explication absurde, n'est-ce pas ? 
Mais, après tout, ce n'est pas une raison 
pour qu'elle soit fausse. C. Gam. 

Le graveur Soldi (XLIII ; XLIV, 
135). — Famille Colbert de Beaulieu XLIV, 
5, 135. C'est par erreur que l'indication 
fournie par notre collaborateur B -F. a 
été placée sous la rubrique: Le graveur 
Solili, elle se référait exclusivement à la 
question « famille Colbert de Beaulieu ». 

Auguste Cournot (XLIV, 52) — 
Ce savant a laissé deux petites-filles, 
l'aînée, marquise de Changey, est morte 
en 1897, à Changey, (Côte d'Or), la se- 
conde. M" c Marguerite Cournot, habite à 
Paris, 1 rue Bonaparte, et possède sûre- 
ment un portrait de son grand-père. 



M. 



M. de Cangey(XLIV. 52). —Ce 
M. de Cangey, gentilhomme ordinaire de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



i Août 



189 



1901 



M. le comte d'Artois, ne peut être le même 
que le Chastre de Cangé dont les manus- 
crits sont entrés dans la Bibliothèque du 
roi en 1723. J.-C. Wigg. 

* 

* * 
L'ex-Iibris appartient sans doute à 
Louis-Marie-Fidel Trézin, chevalier, sei- 
gneur de Cangey et autres lieux, fils aine 
et principal héritier de M. Louis- varie 
Trézin, vivant chevalier, seigneur de Can- 
gey, et de dame Catherine Benoist de la 
Grandière ; lui-même marié à demoiselle 
Marie-Anne-Rose-Placide de Regnard. 

La seigneurie et le village de Cangey 
sont situés sur la rive gauche de la Loire, 
dans l'Indre et-Loire, sur les confins du 
Loir-et-Cher. Le château appartient 
aujourd'hui à la famille de Mengeot, par 
héritage des Trézin de Cangey. 

Les Archives départementales de Blois 
possèdent la plupart des titres de cette 
famille Trézin de Cangey, et il se trouve 
parmi eux quelques pièces intéressantes, 
provenant du personnage en question, 
du comte d'Artois, et 
commandements du duc 

G. 



gentilhomme 
secrétaire des 
d'Angoulême. 



Le comte 

XLIII ; XL1V, 
de la Platière ; 



de la Platière (XL1I ; 
19). — Passe pour le nom 
mais le titre de comte ? 

F. 



La baronne de Montolieu (XLIV, 
6, 136). — Elisabeth-Jeanne-Pauline Po- 
lier, plus connue sous le nom d'Elisabeth 
de Montolieu, est née à Lausanne le 7 mai 
175 1 ; elle épousa d'abord Benjamin de 
Crouzas, dont elle eut un fils. Devenue 
veuve à 21 ans, elle se remaria avec le ba- 
ron de Montolieu. Paralysée dans les der- 
nières années de sa vie elle mourut à 
Vennes près de Lausanne, le 29 décembre 
1832. 

B. de C. trouvera dans le Dictionnaire 
biogiaphique des Genevois et des Vaudois 
qui se sont distingués dans leur pays et à 
l'étranger etc., par Albert de Montet 
(Lausanne, G. Bridet éditeur, 1878) de 
plus amples détails sur la baronne de 
Montolieu, ainsi que la liste de toutes ses 
publications, au nombre de 43. R. 



* 
* * 



• 190 — 

l'auteur de ces jolis vers 
aime, rien n'est frivole » 



11 est très facile de trouver des rensei- 
gnements biographiques complets sur 



« Quand on 
etc, reproduits, 
sauf erreur, par notre journal, il n'y a pas 
longtemps — mais le défaut de tables 
m'oblige de ne pas perdre un temps 
sinon précieux, du moins mieux utilisable, 
à cette recherche. Avant d'indiquer les 
nombreux auteurs qui ont parlé d'Isabelle 
de Montolieu, je préfère, en me tenant à 
la disposition de B. de C pour cette 
bibliographie spéciale, extraire d'un ou- 
vrage plutôt rare, les renseignements sui- 
vants: 

«Montolieu (Madame Isabelle de) réunit 
aux charmes de l'imagination toutes 
les richesses du sentiment. 

Lezay-Marnésia, dans son Plan de lec- 
ture pour une jeune dame, rend hommage 
aux talents et aux vertus de madame de 
Montolieu. Elle est auteur de Caroline de 
Lichfield. 3 vol, in- 12 ; et de la Traduc- 
tion de G. Engeîman. 

On lui doit encore Nouveaux tableaux 
de famille ou la Vie d'un pauvre ministre 
de village allemand et de ses enfants, 
trad. de l'allemand d'Auguste La Fontaine, 
Paris, Pougens an X, 3 vol. in-12. — Le 
village de Lobenstein ou l'Enfant trouvé, 
trad. libre du roman allemand d'A. La 
Fontaine, intitulé Théodore^ Paris an XI, 
5 vol. in-12. Le Fils d'adoption ou Amour 
et coquetterie, trad. libre d A La Fontaine, 
intitulé Henriette Bèlman. Paris an II, 
3 vol. in-12, Aristomcne, trad. allemande 
d'A. La Fontaine Paris, Debray an 12, 
2 vol. in-12. Recueil de contes, Genève, 
Paschoud an 12, 3 vol. in-12. Extrait du 
Dictionnaire historique littéraire et biblio~ 
graphique des Françaises et des étiangères 
^naturalisées en France, par M rae Fortunée 
A. Briquet.de la Société des Belles-Lettres, 
et de l'Athénée des Arts de Paris, dédié 
au i er consul avec cette devise :« Les âmes 
n'ontpointde sexe » (Rousseau) Paris, imp. 
Gille, Treutel et Wurtz, an XII- 1804 p. 
2 43 ,in-8°. 

Le Dictionnaire de Bouillet lui attribue 
à tort la paternité du Robinson Suisse, qui 
est de Wyss. 

Née à Lausanne en 17=51, Isabelle de 
Polier, épousa d'abord M. de Crouzaz, 
puis le baron de Montolieu, d'une famille 
du diocèse de Nîmes. Voir France protes- 
tante (les frères Haag) articles Pollier et 
Montolieu. Morte en 1833, elle fit partie 



N° 94° 



L'INTERMEDIAIRE 



1QI 



[92 



de cette brillante société de Lausanne pen- 
dant l'émigration française avec M" 19 de 
Charrière, auteur de Çalàte, (un vrai chef- 
d'œuvre), et de plusieurs autres ouvrages, 
la duchesse de Duras, l'amie de Chateau- 
briand, Chateaubriand lui-même à M me Ca- 
zenove d'Ariens, née Constant-Rebecque. 
auteur de divers romans, dont Quérard 
donne la liste, M me Blaquière, née Rapin- 
Thoyras, veuve de Théophile Cazenove, 
poète et lettrée, sa sœur, la baronne de 
Friesheim, Mathieu de Montmorency, le 
duc de Laval, le marquis de Chaumont- 
Quitry.le marquis de la Tour du Pin Gou- 
vernet Là, trônait aussi, dans tout l'éclat 
de son talent et de sa gloire, la baronne 
de Staël, née Necker, la baronne de Kru- 
dener, et une légion d'autres femmes char- 
mantes, instruites, lettrées, affinées au 
contact journalier de ces grands seigneurs 
de l'ancienne cour de France et ce 
groupe social improvisé, puis peu à peu 
fondit et disparut comme un brillant 
météore dans le souvenir des très rares 
survivants de cette période. 

Cz. 



1 .'ingénieur-opticien Levasseur 
(XLIV, 57). — C'est seulement en 1822 
que Levasseur apparaît dans [' Almanach 
du commerce. Il est établi au n° 53, où l'a 
précédé l'opticien Bodson (1807-18 17), où 
habite depuis 1818 un autre opticien : 
Pouvillon, qui n'en délogea qu'en 1826. 
— En 1823, le nom de Levasseur est 
suivi de cette mention : connu pour les 
lunettes achromatiques, fabr. de lunettes de 
campagne, de spectacle à deux effets et autres, 
lunettes à lire, verres pcr/scopiques, verres 
de toutes couleurs, etc , et tout ce qui tient 
à l'optique. 

En 1827, Levasseur est mort ; sa veuve 
continue son commerce jusqu'en 1835. A 
cette date, on trouve un Lesné, opticien, 
établi à ce même n° 53. Est-il successeur 
de Madame V ve Levasseur ? je l'ignore. 

Le n° 53, du quai de l'Horloge, habité 
par Levasseur, se trouvait, sur le passage 
de la rue de Harlay, à peu près dans l'ali- 
gnement du grand escalier du Palais de 
justice. Edmond Beaurepaire. 



Famille d'Emile Zola (XLIV, 52). 
— J'ai rencontré, dans le courant de mes 



recherches, le document suivant, mais je 
ne saurais dire s'il se rapporte à la famille 
du grand romancier. 

«Année 1762011 1763. Inventaire des 
effets délaissés par Michel Zola, plâtrier 
à la Charité-sur-Loire, décédé à Sancerre, 
en la maison de Claude Loison » (Archi- 
ves départementales du Cher, à la préfec- 
ture de Bourges, Liasse B. 3385) 

Th. Courtaux. 

L'acte de naissance de M. Zola, que j'ai 
publié dans le Curieux, II, 16, nous 
apprend que son père, Fiançois-Antoine- 
Joseph-Marie, était ingénieur civil à Paris 
rue Saint-Joseph, n° 10 bis, en 1840, 
alors âgé de 44 ans ; que sa mère s'appe- 
lait Françoise-Emélie-Orélie Aubert ; que 
le père de celle-ci s'appelaitLouis-Etienne- 
Auguste Aubert, rentier à Paris, rue de 
Cléry, N° 106, en 1840, alors âgé de 
56 ans. Nauroy. 

La duchesse de Falaris (XL ; 
XLII ; XLIII). — D'après le curieux article 
du duc Job, le duc d- Fallari se serait fait 
présenter au souverain de Mecklembourg 
comme neveu, par sa mère, d'Elisabeth- 
Angélique de Montmorency, duchesse de 
Mecklembourg. Notre savant collabora- 
teur ajoute : « A la vérité, la parenté 
n'était pas aussi proche, mais elle existait 
bien, croyons-nous ». 

En effet, la mère du duc de Fallari, 
Julie d'Estampes de Valençay, élait pro- 
pre nièce de cette duchesse de Mecklem- 
bourg, ainsi que du maréchal de Luxem- 
bourg, étant fille d'Angélique de Mont- 
morency-Boutteville, marquise de Valen- 
çay. Le duc de Fallari était donc petit- 
neveu de la princesse qu'il disait sa tante, 
et rien d'impossible à ce qu'il eût été 
élevé à sa cour, à Paris ; la duchesse de 
Mecklembourg ayant vécu jusqu'en 1695. 

H. deW. 

Les papiers de M mc de Pompa* 
dour (XLII ; XLIII ; XLIV, 28, 59, 130). 
— L' Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux, dans son numéro du 15 avril 1901. 
colonne 640, consacre quelques lignes à 
deux lettres inédites de madame de Pom- 
dour, que j'ai publiées dans la Nouvelle 
Revue, à la date du 1 5 juin 96. Je n'attache 
pas plus d'importance qu'il ne faut aux 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 1901 



193 



critiques dont mes publications peuvent 
être l'objet, mais en parcourant l'Inter- 
médiaire je vois que cette pauvre macreuse 
de Pompadour a fait noircir tant de pa- 
pier, permis aux régents de collège tant 
de leçons, que je désirerais, au nom du 
simple bon sens, présenter à l'enquête 
quelques observations, 

Les lettres de M. le D r Corput et les 
miennes seraient apocryphes pour trois 
raisons : i° elles se répètent ; 2 elles 
figurent dans la fausse correspondance 
éditée à Londres ; 3 les lacs de soie qui 
les entourent sont scellés d'une cire fleur- 
delisée. 

Je ne vois pas que leur inauthenticité, 
ainsi s'expriment élégamment nos cen- 
seurs, soit si péremptoire. Madame de 
Pompadour a pu fort bien se rappeler, 
après plusieurs années, un bon mot qu'elle 
a, comme on dit, replacé ; si celui-ci et 
d'autres figurent dans la Correspondance 
anglaise, c'est que cette dernière a été 
confectionné- de bribes de lettres puisées 
à droite et à gauche et reliées entre elles 
par un texte approprié ; quant au cachet 
royal, son emploi n'emportait avec lui 
aucun caractère particulier ; il était d'usage 
courant pour une foule de documents sor- 
tant du cabinet ou des Petits Apparte- 
ments : en tout cas, madame de Pompa- 
dour, qui n'avait guère à se gêner, ne 
paraît pas en avoir abusé. 

Il y a aussi, dans Y Intermédiaire, une 
petite allusion à Lemice-Terrieux : cette 
fois, je reconnais que l'esprit poussé à ce 
point est une chose vraiment exquise. 
Victor Jacquemont du Donjon. 

Lafamille royale empoisonnée en 
1848(XLI1I).— On trouvera tous les ren- 
seignements dans un mémoire de M.l e. D'- 
Henri Guéneau de Mussy, qui a pour 
titre : Historique de plusieurs cas d'an- 
poisonnement qui ont eu lieu à Claremont 
par le plomb, et qui a été publié dans le 
Dublin quarterly journal of médical 
science, mai 184c. Ceux qui n'auraient pas 
la possibilité de consulter ce Recueil trou- 
veront une analyse très complète du mé- 
moire original dans les Annales d'hygiène 
publique et de médecine légale, 1853, 1" 
série, tome L. p. 318). D r Rire. 

Robespierre etla chapelle expia- 
toire fXLIV, 105). — Cette confusion 



194 



des ossements de Robespierre avec ceux 
de la reine et du roi n'était possible que 
si on les eût tous inhumés dans le même 
endroit. Or. c'est au cimetière de la 
Madeleine qu'ont été portés les restes de 
Louis XVI et de Marie-Antoinette ; et au 
cimetière des Errancis, en haut de la rue 
du Rocher, qu'on a jeté à la fosse com- 
mune Robespierre et tous les suppliciés 
du ;o thermidor. La légende est donc 
absurde. Erasmus. 



* 
* * 



Le premier cimetière révolutionnaire 
fut celui de la Madeleine de la Ville- 
l'Evêque, où l'on avait déposé précédem- 
ment les corps des victimes de la catas- 
trophe qui suivit le feu d'artifice du ma- 
riage du Dauphin {Louis XVI), avec 
Marie- Antoinette, (6 juin 1770) : le 
square de la chapelle expiatoire en occupe 
aujourd'hui presque tout l'emplacement. 
C'est ce cimetière qui reçut les dépouilles 
mortelles des suissestués dans la journée 
du 10 août 1792, celles de Louis XVI, de 
Marie-Antoinette, de Charlotte Corday, 
du duc d'Orléans (Philippe-Egalité), des 
Girondins ; Hébert et Anacharsis Cloots 
furent les derniers décapités qu'on y 
enterra (4 germinal an II, 22 mars 1794). 

Ce champ mortuaire dut être aban- 
donné sur les plaintes des habitants, et 
l'on choisit alors pour une nouvelle affec- 
tation funèbre un endroit désert, dont 
l'emplacement est actuellement délimité 
par les rues du Rocher et de Monceau, les 
boulevards Malesherbes et de Courcelles. 
Danton, Camille Desmoulins, Chaumette, 
inaugurèrent ce cimetière, dit de Monceau, 
Mousseaux ou des Errancis (16 germinal 
an II, s avril 1704). 

Le 24 prairial (12 juin), on transporta la 
guillotine de la place de la Révolution à 
la place de la Bastille, et, dès le jour sui- 
vant place du Trône renversé. Elle y fonc- 
tionna jusqu'au 9 thermidor (27 juillet) 
inclusivement. 

Pendant cette période, les suppliciés 
furent inhumés dans le cimetière Sainte- 
Marguerite jusqu'au 4 messidor (22 juin 
1794), puis à Picpus, dans le jardin de 
l'ancien couvent des religieuses chanoi- 
nesses de Saint-Augustin. Ce cimetière, 
propriété particulière depuis le Directoire, 
existe encore ; il est situé entre la rue et 
le boulevard de Picpus. 



N° 940.) 



L'INTERMEDIAIR 



'95 



196 



La guillotine revint à la place de la 
Révolution le 10 thermidor, et le cime- 
tière Monceau fut rouvert pour recevoir 
les restes de Robespierre, de Saint-Just, 
de Couthon, et des républicains exécutés 
en même temps qu'eux. 

En conséquence, c'est pure légende de 
prétendre qu'on ait pu prendre les osse- 
ments de Robespierre, inhumé au cime- 
tière Monceau, pour ceux de Louis XVI, 
inhumé au cimetière de la Madeleine. 

P. P. pourra consulter sur ce sujet : 
Michelet, Histoire de la Révolution, édit. 
Flammarion, t. VII, p. 384 et s. ; G. 
Lenôtre, La Guillotine, p, 279 et s. ; 
E. Hamel, Histoire de Robespierre, t. III, 
p. 803. Nothing. 

L'acte d'abdication de Louis-Phi- 
lippe (XLIII ; XLIV, 60),— Dans le Jour- 
nal de la garde nationale et de l'armée, du 
I er mars 1848, il y a un article sur la 
prise des Tuileries. 

Les rédacteurs étaient : E. Laloubére 
et Jean de la Roche (de la Gironde). 

Ces deux noms sont-ils connus de M. 
Ph. Audebrand ? A. R. 



Italia farà da se (XLIII ; XLIV, 66), 
— Me permettra-t-on d'opposer aux au- 
teurs, très nombreux d'ailleurs, qui attri- 
buent ce mot célèbre au roi Charles- Albert, 
Pier-Silvestro Leopardi, lequel fut, en 
1848, envoyé extraordinaire du roi des 
Deux-Siciles près de la Cour de Sar- 
daigne ? 

Leopardi raconte que, le 12 juin de 
cette année, dans une conversation avec 
Charles-Albert, celui-ci dit : « On m'a 
attribué ces mots : lia lia fard da se. Je 
ne les ai pas dits, mais je les ai acceptés, 
et je crois que l'on ne pouvait en dire de 
plus à propos. » (Narra^ioni storiebe, 
Turin, 1856, cap. XLIX, p. 230). 

A. Boghaert-Vaché. 



L'histoire de l'unité de l'Italie est à écrire. 
A propos de la mort de M mc de Castiglione, 
on a parlé des singuliers moyens em- 
ployés par Camille Benso.comtedeCavour, 
l'illustre patriote, pour arriver à ses fins. 
Sait-on le rôle joué par une autre femme, 
qui tenait à Turin une maison mal famée, 
(elle avait, je crois, une succursale à Bor- 



deaux), et qui, dans un coin écarté de cett e 
maison, fournissait aux amis de Victor- 
Emmanuel un salon où, chaque, soir ils 
venaient se concerter et prendre le mot 
d'ordre de Cavour ? Mariàni, l'ancien am- 
bassadeur de France à Rome, était très 
documenté sur la question Adèle, et je lui 
ai souvent demandé de noter ses souve- 
nirs. Il ne l'a malheureusement pas fait. 

M. P. 

Le Mois de Marie (XLIII ; XLIV, 
89). — Il me paraît bien délicat de répon- 
dre à la note de M. Paul Argelès, sans 
dévier et sortir de la présente rubrique. 
Je craindrais aussi d'entrer dans le vif 
d'un débat où les théologiens auraient 
plus à voir que les chercheurs et curieux. 
Mais si l'on restreint le mot culte employé 
par M. Auguste Sabatier à l'idée de culte 
extérieur et rituel, je crois que l'on peut 
reconnaître en effet les larges emprunts 
que fit la dévotion populaire chrétienne 
aux images et cérémonies du paga- 
nisme. 

Dans le principe, il est vrai, nos ancê- 
tres religieux eurent en abomination les 
temples, les simulacres et les autels. « Le 
vrai temple de Dieu, disaient-ils, est le 
cœur de l'homme pur. » Mais on com- 
prendra que, passé le temps des premières 
ferveurs, un spiritualisme aussi élevé ne 
pouvait suffire aux masses, et surtout à 
des masses encore imprégnées des coutu- 
mes païennes et amoureuses des pompes 
de Tidolàtrie, « Jamais, a dit Victor- 
Hugo, 

Jj mai s la foule n'admettrait 

L'être pur, l'infini compliqué par l'abstrait. 
Dieu, cela n'est pas, tant que ce n'est pas en 

(pierre ; 
Il faut une maison pour mettre la prière. 

Voilà pourquoi on ne put tarder à 
accorder au peuple des icônes et des céré- 
monies à anniversaires précis. On trouva, 
paraît il, de grands avantages à faire 
coïncider les fêtes chrétiennes avec celles 
des païens qui, de la sorte, occupés 
ailleurs, ne pouvaient troubler les pieux 
exercices des catéchumènes ; et c'est ainsi 
que la Noël, base de notre année liturgi- 
que, après avoir été célébrée en février, 
en mai, en juin, en juillet, en août et en 
septembre, fut définitivement fixée (l'an 
337, si je ne me trompe), au 25 décem- 
bre, date des Brumalia. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



197 



198 



[ 10 Août 1901. 



L'inconvénient de ce choix résultait de 
ses avantages mêmes. La vraie religion 
chaussait, pour ainsi dire, les pantoufles 
du paganisme, et plaçant la naissance de 
son Sauveur au solstice d'hiver, sa mort 
et sa résurrection vers l'équinoxe du prin- 
temps, revêtait les apparences de n'im- 
porte quel culte solaire tel que ceux de 
Krichna, d'Osiris, de Bacchus ou de Mi- 
thras, qui l'avaient précédée. 

On peut bien dire, je crois, sans se 
tromper, que la diffusion du christianisme 
se fit ainsi par un processus double et si- 
multané : matérialisation graduelle des 
conceptions primitives qu'il fallait bien 
mettre à la portée des masses ; accession 
de ces masses à des doctrines dont une 
élite seule pouvait comprendre la haute 
spiritualité, mais que l'on arrivait à pré- 
senter à la foule sous un aspect aussi peu 
différentque possible du paganisme. Les uns 
l'élite, devenaient véritablement chrétiens; 
la plupart, quoique baptisés et de très bonne 
foi, continuaient d'adorer, sous le nom de 
Jésus, qui Horus, qui Mercure, qui Dyo- 
nisos ou Mithras. 

Mais chacun de ces dieux, de ces Sau- 
veurs, (c'est un des titres les plus fréquents 
qu'ils recevaient de leurs adeptes),chacun 
de ces sauveurs se trouvait être le fils 
d'une vierge-mère, déesse comme lui et 
adorée autant que lui. On comprend dès 
lors, comment, par la force même des 
choses, la légende de la Sainte Vierge, très 
haute, très pure, mais très brève dans 
les Evangiles synoptiques, a pris bientôt 
dans l'âme des fidèles une extension si 
admirable. 

Ajoutez à cela que, soit pur hasard, 
soit préfiguration providentielle, il existe 
très souvent, entre les légendes païennes 
et le récit évangélique, des rapports faits 
pour confondre. La mère de Krichna est 
une vierge ; elle le met au monde dans 
une grotte ; des bergers viennent l'y re- 
connaître et l'adorer. Son père est averti 
par une voix céleste d'avoir à fuir avec 
l'enfant à Gokool parce que le roi en 
veut à sa vie (Krichna, quoique né dans 
la misère, était de lignée royale.) Le gou- 
verneur de la contrée ordonne le massa- 
cre de tous les enfants mâles nés pendant 
la nuit où était né Krichna. Krichna 
échappe par la fuite, etc., etc. 

Aux analogies du récit vient parfois se j 



superposer la ressemblance des noms pro- 
pres. La vierge, mère du Buddha, se 
nomme Maya ; la mère de l'un des 
Bacchus : Myjrha ; la mère de Mercure 
(ou Hermès :)Myrrha et Maia (Ovide nous 
apprend que le mois de mai lui était con- 
sacré) ; la mère d'Adonis : Myrrha ; tous 
noms à rapprocher de Maria et de sa 
forme hébraïque : Miriam, 

Mais ce sont surtout les titres donnés 
aux divinités de jadis que l'on ne tarda 
pas à appliquer (à beaucoup plus juste 
raison d'ailleurs) à Marie si sobrement 
désignée dans le Nouveau-Testament. 
Myrra, mère de Bacchus, était appelée 
Reine des cieux ; Cybèle, mère des dieux ; 
Minerve, Vierge-Reine ; Junon, Vierge 
reine des cieux ; Diane, Vierge-Mère. Une 
autre Maia, fille de Faunuset de Marica, 
était appelée par les dames romaines : la 
Bonne Déesse, comme Cybèle et comme 
Isis que l'on invoquait encore sous les 
noms de Notre-Dame (Nostra Domina) 
d'Etoile de la Mer et de Vierge Immacu- 
lée. — Le culte de celle-ci était, dit-on, 
des plus répandus en nos contrées euro- 
péennes. Certains érudits ont voulu le re- 
trouver aux origines de Paris (-n«p«. Ws S 
wao. ) A quelques kilomètres d'ici, le 
village d'Isenay (Nièvre), entoure un an- 
cien temple d'Isis sur les ruines duquel 
est bâtie l'église paroissiale, 

Lorsque la confection d'images peintes 
ou sculptées fut permise aux chrétiens, il 
est donc naturel dépenser que les artistes 
copièrent plus ou moins ce qui existait 
déjà. Ils détruisirent ou éliminèrent les 
images trop manifestement incompati- 
bles avec nos traditions : les Isis voilées, 
les Isis à cornes de vache et celles qui por- 
tent les restes d'Osiris. Mais nombre d'au- 
tres représentations de la déesse égyp- 
tienne furent copiées ou, plus simple- 
ment encore..., désaffectées. De là, sui- 
vant Draper, les Vierges que l'on voit 
debout sur un croissant de lune, la tête 
entourée de douze étoiles ; de là aussi 
probablement, (à moins que ce ne soient 
des Dcvaki portant Krichna, [Krichna 
signifie : Le Noir] ; de là aussi probable- 
ment les Isis portant Horus qui, sous le 
nom de Vierges noires, sont à peu près 
les plus anciennes figures honorées dans 
nos églises. — D'autres statues assimila- 
bles ont pu subir un sort analogue et je 



"*S 



1 



N" 940. J 



L'INTERMEDIAIRE 



— 199 



200 



crois même avoir lu quelque part que le 
saint Pierre en bronze dont on baise le 
pied, à Rome, serait un Jupiter aux mains 
duquel on a remplacé le sceptre ou le 
tonnerre par les clefs symboliques. (Sous 
toutes réserves.) 

On voit que la consécration du mois 
de Mai à la Sainte Vierge n'est pas la 
seule survivance des cultes abolis. Que 
d'autres fêtes semi-religieuses, semi-pro- 
fanes sont aussi des restes du paganisme ! 
Les feux de la Saint-Jean, la Chandeleur, 
l'Annonciation (25 mars), la Toussaint 
même et la fête des Morts se rapportent, 
comme date ou par de certains détails cé- 
rémoniels, aux religions asiatiques, égyp- 
tiennes ou celtiques. Il n'est pas jusqu'à 
la fête de Pâques dont le nom anglais 
(Easter) ne rappelle le culte antique d Os- 
tara (Cf. MaJlefs Northern Antiqui- 
ties.) 

Que dire de telles coïncidences ? Sont- 
elles un bien ? Sont elles regrettables ? 
Je laisserai à d'autres le soin de se pro- 
noncer sur une aussi difficile question. 
Mais je pense qu'elles ont dû être, à une 
certaine époque, à peu près nécessaires à 
la diffusion du christianisme, et que par 
conséquent il en est résulté plus de bien 
que de mal. G. de Fontenay. 

Le mot crinoline (XLIV, 55). — Il 
est peut-être difficile de rechercher la date 
de l'apparition du mot crinoline. Origi- 
nairement, ce mot signifiait seulement 
étoffe de crin. Les premières crinolines 
étaient un jupon de dessous en étoffe 
raide de crin ; en prenant de l'ampleur, 
ces jupes devenaient lourdes, et on rem- 
plaça rétoffe par des cercles d'acier plus 
légers. 

Quelques-uns de nos confrères (pas les 
jeunes) se souviennent peut-être d'avoir, 
au collège, été au supplice du chapeau à 
haute-forme, et du col en crinoline, sorte 
de cravate de crin qui forçait l'enfant à 
tenir la tète droite, sous peine d'avoir le 
menton écorché par la rude étolfe. Les 
anciens militaires avaient aussi conservé 
l'usage du faux col en crinoline. 

Martellière. 

* 
* * 

L'histoire de la crinoline au temps passé 

par Albert de la Fizelière. Paris, chez 

Aubry, rue Dauphine, 16, 1859. — Crino- 



lines et volants, par Raoul delà Morillière, 
Bordeaux, 1855,111-16. 

De la Fizelière ne donne pas l'étymo- 
logie du mot crinoline. Littré pense avec 
raison qu'il vient de crin : la crinoline, 
étotîe résistante, était faite avec du crin. 
On s'en servit pour faire les armatures 
dessous les jupes. 

Mais Littré ne dit pas plus que les his- 
toriens de la crinoline, à quelle époque ce 
mot fit son apparition. Il faudrait peut- 
être consulter les catalogues des mar- 
chands de nouveautés et les journaux de 
mode. Docteur L. 



Se faire des cheveux (XLIII). — 
Je tiens cette expression pour peu an- 
cienne. On ne la rencontre ni dans le Dic- 
tionnaire du bas langage, de Dhautel 
(1808), ni dans le Dictionnaire proverbial, 
saiiiique et builesque de Caillot (1826). 
Larchey lui-même ne la mentionne point 
dans ses Excentricités du langage, (1859). 
Je crois cependant que c'est vers cette 
époque qu'on a dû l'employer pour la 
première fois. Le plus ancien exemple 
que me fournissent mes notes est le sui- 
vant tiré d'une chanson contre Napo- 
léon III, chanson qui semble être contem- 
poraine de cette autre, La badinguette, dont 
s'est occupé l'Intermédiaire ; 

On dit que d'un grand homme 
Il était le neveu, 
Si l'on veut ; 
Mais que son oncle, en somme, 
En était vivement 
Mécontent, 
Disant : Moi, je m'en 
Ma foi, moi je m'en 
Je m'en fais des cheveux, 

Gustave Fustier. 

Auteur des « Erreurs et Préju- 
gés » (XLIV, 54, 147). — L'auteur est bien 
Salgues (Jacques-Barthélémy), né vers 
1760, mort en 1830. Il a beaucoup écrit, 
mais je crois qu'il nous est surtout connu 
à raison du livre dont parle C. de la 
Benotte. Cet ouvrage n'est pas très rare. 
Je l'ai trouvé chez plusieurs libraires et 

même sur les quais. G. de Fontenay. 
* 

* " 
C'estjacques-Barthélemy Salgues( 1 760- 

1830), une très intéressante figure de pu- 

bliciste. Il a sa notice dans le Larousse ; 

mais je conseillerai de consulter surtout 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[ 10 Août 1901 



201 



202 



celle de la France littéraire de Quérard. 

La série — fort curieuse — des Erreurs 
et Préjugés de Salgues comprend les 
ouvrages suivants : 

i° Des Erreurs et Préjugés répandus 
dans les divers rangs de la société (Paris, 
1810. Plusieurs éditions ultérieures, sans 
cesse augmentées). 

2° Des Ei leurs et Préjugés répandus dans 
le xvin e et le xix e siècle (Paris, 1828). 

3 e Pi é jugés des réputations. (Paris, 
1829). A. Boghaert-Vaché. 



* * 



11 y a sous ce titre deux ouvrages mo- 
dernes, mais qui. en réalité, n'en font 
guère qu'un seul, le second étant un 
arrangement, sinon un démarquage du 
premier. 

a) Des Erreurs et des préjugés répandus 
dans la société, par J. B. Salgues. A Paris, 
chez F. Buisson, rue Gilles-Cœur, n" 10, 
1810; in-8°. 

b) T1 ait é des Erreurs et des Préjugés, par 
Gratien de Semur. Paris, A. Levavasseur, 
1843, in-18. 

Ces ouvrages ne sont aucunement hi- 
lares. Le premier chapitre de Salgues est, 
en effet, intitulé Corruption, Putréfaction. 11 
y rapporte les expériences de Redi, qui, 
bien longtemps avant Pasteur, démontra 
l'inanité de la croyance à la génération 
spontanée. 

Ce Salgues était un compilateur adroit. 
Tout en dirigeant le journal des Spectacles, 
qu'il avait fondé, il publiait un essai sur 
la Littérature des Hébreux. Le temps me 
manque pour conférer son ouvrage avec 
les traités analogues publiés au xvm e siècle 
sur le même sujet, anglais ou français. 
Salgues a dû piller ses devanciers comme 
on le pilla lui-même. R. de Bury. 



* * 



Je suis heureux de pouvoir répondre, 
du « tac au tac », à C. de la Benotte. 

L'ouvrage dont il parle,* peu commun» 
au dire des bouquinistes, fait partie de 
ma bibliothèque. Son auteur est J.-B. Sal- 
gues. La devise-épigraphe est tirée des 
Tusculanesde Ciceron. « Bene adhibita ra- 
tio cernit quid optimum, sit ; Neglecta, 
multis implicatur erroribus » 

A Paris, chez F. Buisson, libraire, rue 
Gilles-Cœur (sic) n° 10, — 18 10. 2 vol. 
in. 12. 

L'auteur cite (p. xn j de sa Préface) un 



certain nombre de traités sur les erreurs 
populaires. C'est un commencement de 
bibliographie sur la question: j'en pourrais, 
ajouter quelques autres. 

Au surplus, puisque la devise de Vin- 
termédiaire est : « Il se faut entre-aider », 
j'offre volontiers à mon érudit confrère la 
communication de l'ouvrage en question, 
s'il veut bien me donner son adresse et 
m'en exprimer le désir. Cz. 

Pseudonymes (T. G. 736 ; XXXVII ; 
XXXVIII ; XXXIX ; XL ; XLII ; XLIII ; 
XLIV, 36, 1 47). — La série de Jules Vallès, 
L'enfant, Le bachelier, L'insurgé, 3 vol. 
in-18, est à clé. Matoussin, c'estChassin, 
qui vient de mourir. Nauroy. 

Quels sont les littérateurs con- 
nus qui n'ont pas écrit leurs ouvra- 
ges eux-mêmes ? XXXVII ; XXXVIII ; 
XXXIX; XL;XLIl;XLIII;XLIV,35,i46). 
— L'imprimerie nationale a publié le Jour- 
nal de l'expédition des Portes defer, ouvrage 
attribué au duc d'Orléans. Cette publica- 
tion, faite en 1844, aux frais de la du- 
chesse d'Orléans, donna lieu aux dépen- 
ses suivantes : 
Revision du texte par Char- 
les Nodier 10000 fr. 
Dessins par MM. Raffet, 

Decamps et Dauzats 3 1450 

Graveurs sur bois 46305 

Impressions et travaux 

accessoires 2 3°79- 75 



Total 



(Lazare) 



1 10834. 75 
Nauroy. 



Vers attribués à Hugo (XLIII ;XLIV, 
94, 148). — Ces vers, débris d'un poëme de 
madame AnaïsSégalas, intitulé « Le sque- 
lette » (Voir les Oiseaux de passage) fu- 
rent inspirés par une tête de mort en 
marbre, qui ricanait dans un parc : 
Squelette, qu'as-tu fait de ton âme ? 

Le « réponds-moi », ajouté par Hugo, 
donne au petit vers l'envergure d'un 
alexandrin — en fait une sommation. 

V. Hugo avait une mémoiregènante — 
pour lui même — Peut-être qu'en se re- 
cueillant pour reformer cette strophe — 
ne se souvenant plus l'avoir lue, crut-il 
reconstituer des vers faits par lui, en 



N° 940 



L'INTERMEDIAIRE 



203 — 



204 



marchant, et qu'il avait omis ou dédai- 
gné de fixer : peut-être consciemment 
a-t-il plagié M me Ségalas, pour étonner 
M. de Beauvoir, d'une inspiration moins 
rapide. 

En tout cas, le geste est favorable à 
M me Ségalas, puisque Hugo, ce maitre ou- 
vrier de rimes, crut se grandir en s'ap- 
propriant ces vers, qui semblent imités 
de lui, par une élève timide. ). de G. 

* 

* * 
Il ne faut pas seulement affirmer, mais 

prouver, et je me plais à penser que L. R. 
est documenté. Je le prie, en conséquence, 
tant en mon nom qu'en celui des biblio- 
graphes futurs de Hugo, de nous indiquer 
le recueil et la page du recueil de M me Anaïs 
Ségalas, où se trouvent les vers en ques- 
tion, inspirés par un squelette. 

Le distique suivant est bien de V.Hugo, 
il a été écrit par le grand poète, pour son 
petit-fils, sur un exemplaire de 1 'Année 
terrible, et publié dans le n° 2 du 4 mai 
1872, de La Renaissance littéraire et artis- 
tique . 

A Georges {Dans quinze ans d'ici). 
L'avenir me plaît tel que mon cœur le com- 
prend : 
Car moi je serai mort et toi tu seras grand. 

Le même numéro contient une belle 
lettre d'encouragement de V. Hugo aux 
fondateurs de cette revue, datée de Paris, 
i er mai 1872. 

Je pense que les éditeurs de V. Hugo 
ont réuni ou réuniront à ses œuvres com- 
plètes l'unique et magnifique sonnet, 
inspiré par M me Judith Gautier, daté de 
juillet 1872, publié dans les Eirennes du 
Pâmasse pour Vannée 18J4, Michel Lévy 
frères, éditeurs, qui porte pour épigraphe : 
Ave Dea,moriturus te salutat eteommence 
ainsi : 

La mort et la beauté sont deux choses pro- 
fondes. 
Th. Courtaux. 

Le Horla (XLIV, 54, 143). — Comme 
tous ceux qui l'ont lu.j'ai été fort impres- 
sionné par le récit fantastique de Mau- 
passant, Le Horla, mais je le considérais 
comme un jeu d'esprit admirablement 
réussi, d'ailleurs, non comme une hallu- 
cination d'un cerveau déjà malade. Au 
surplus, ce n'est pas de cela qu'il s'agit 
en l'état. Eh bien, quoi qu'il en soit, jeu 
d'esprit ou hallucination, il m'est impos- 



sible d'admettre les déductions trop ingé- 
nieuses, selon moi, du collaborateur 
Mansuy, et voici mes raisons : 

A supposer que l'auteur de Bel-Ami 
eût déjà la piqûre de la folie quand il 
écrivit Le Horla, il faut bien reconnaître 
que l'écrivain était toujours maître de son 
esprit et de sa plume. 

Or, il est évident pour moi qu'ayant à 
nommer un être mystérieux, d'essence et 
de formes inconnues, il a dû chercher une 
combinaison de syllabes sonore, étrange, 
mais ne correspondant à aucune idée, à 
aucune appellation connues. 

On sait avec quel soin, quelle peine 
souvent, les romanciers choisissent plutôt 
qu'ils ne créent les noms de leurs héros, 
et il y a au sujet d'un roman de Balzac 
Z. Marcas , une anecdote devenue clas- 
sique. Eh bien, autant un réaliste comme 
Maupassant cherchera la vérité pour les 
noms de ses personnages et poussera le 
souci de la vraisemblance jusqu'à les 
prendre tout faits, de même pour un être 
fantastique il s'exterminera à en composer 
un qui ne ressemble à rien de réel. 

Je conclus donc que le nom de Horla 
est une création réussie, non l'adaptation 
d'une forme existante. H. C. M. 



Qui n'est que juste est Dieu 
(XXXIX). — M. R. J. Whitwell (Oxfort), 
qui demandait, le 10 mars 1899 : «Quelle 
est la source de ce proverbe », s'étonne, 
peut-être, qu'on n'ait pas encore répondu 
à sa question. J'avoue que, pour ma part, 
j'ai été surpris du prétendu proverbe, 
que je n'avais jamais entendu citer et 
auquel je ne comprenais absolument rien. 
Mais, tout s'explique ; Withwell avait 
mal lu. Ce n'est pas Dieu qu'il aurait dû 
écrire, mais dur. 

Sous cette forme : Qui n'est que juste 
est dur, la pensée appartient à Voltaire et 
se trouve dans une des lettres de sa volu- 
mineuse correspondance. Effem. 

La comtesse de Lamotte (XL ; 

XLI). — La maison de la rue Saint- 
Gilles, dont les murailles bordaient, en 
1828, le boulevard Beaumarchais s< était 
habitée en 178c par M me de Lamotte... 
Elle mourut près du pont de Westmins- 
ter, le 23 septembre 1791, des suites 
d'une chute qu'elle fit en sautant par 



DES CHERCHEURS ET CUR1EXU 



205 



206 



10 Août 1901 



une fenêtre pour échapper à ses créan- 
ciers ». (Dictionnaù e historique de Paris, 
par Antony Béraud et P. Dufey, 1828, 
2 vol. in 8, J. N. Barba, cour des Fontai- 
nes N° 7 ; I, 339). Nauroy. 



Un manuscrit d'auteur inconnu 

(XLIII) — Voici quelques renseignements 
propres à l'identification du Docteur Petit. 

Il y eut, en effet, à Paris, un médecin 
du nom de « Antoine Petit » membre de 
l'Académie des Sciences. Il était d'Orléans. 

Peu d'hommes obtinrent autant que lui 
la confiance publique et il la mérita ; ses 
succès furent nombreux. Ennemi des mé- 
dicaments et des mélanges pharmaceu- 
tiques il s'attachait au seul remède qu'il 
croyait propre à la maladie, l'habitude 
d'observer rendait ses pronostics sûrs, et 
il désignait souvent la venue des crises et 
le jour fixe de la cessation du mal. 

Après avoir employé l'extrait de ciguë, 
alors si recommandé par Stork pour la 
cure du cancer, il annonça l'insuffisance 
de cette plante ; il crut d'abord que celle 
qui croissait en France pouvait être moins 
efficace que celle des environs de Vienne; 
il en demanda l'extrait à Stork, et il a 
avoué ensuite qu'il ne lui avait pas réussi 
davantage 

On doit à ce médecin : 

I. Anatomic chirurgicale, 1753, 2 vol. 
in-12. 

II. Discours sur la chiiurgie, 1757, in-4. 

III. Pièces relatives aux naissances tar- 
dives, 1766, in- 8. 

IV. Rapport en faveur de V inoculation, 
1766 in-8. 

V. Consultations médico-légales, 1767, 
in-12. 

VI. Projet de Réforme sur l'exercice de 
la médecine en France, in-8. 

Ce célèbre praticien quitta Paris dans 
ses derniers jours pour venir mourir à 
Olivet près d'Orléans, le 21 octobre 1794. 
à l'âge de 72 ans. 

Tels sont les renseignements que je 
possède sur ce docteur Petit. 

II y eut aussi vers la même époque le 
chirurgien Jean-Louis Petit, né à Paris en 
1674. Elève de Littré célèbre anatomiste. 
Martre en chirurgie en 1700. Membre de 
l'Académie des Sciences en 1715, mourut 
à Paris le 20 avril 1750. 

On a de lui les ouvrages posthumes 



suivants : 

I. Une Chirurgie publiée en 1774 par 
M. Lesne, en 3 vol. in-8. 

II. Un très bon traité Sur la maladie des 
os, édition de 1723, 2 vol. in-12. 

III. Plusieurs savantes dissertations 
dans les Mémoires de l'Académie des 
Sciences et dans le premier volume des 
Mémoires de chirurgie. 

IV. D'excellentes Consultations sur les 
maladies vénériennes. 

11 est très probable que le « Traité de 
Physiologie » inédit que possède mon- 
sieur le docteur Baudouin est dû à An- 
toine Petit. Manchon. 

Francs et florins (XLIV, 56). — De- 
puis plus d'un siècle, le florin hollandais 
n'a guère /arié de valeur. L' Almanach des 
Monnaies, de 1787, l'estimaiten monnaie 
ancienne à 2 livres 4 sols. D'après l'En- 
cyclopédie monétaire, d'Alphonse Bonne- 
ville, voici les diverses variations du flo- 
rin pendant le xix e siècle : 

Florin de Louis-Napoléon, de 1809, 
poids : 10 gr.550, titre : 907 millièmes, 
valeur : 2 fr. 10 c. 

Florin de Guillaume i er ,de 1821, poids : 
10 gr. 766, titre : 898 millièmes, valeur: 
2 fr. 12 c. 

Florin du même, de 1840, poids: 10 
gr. 000. titre : 946 millièmes, valeur : 
2 fr. 08 c. 

Tous les florins frappés depuis 1840 
sont au même poids et titre. 

PlCAILLON. 

L'abbaye de Fives-Lille XLIV, 54. 

— On trouvera dans le Camcracum chris- 
tianum duD'Le Glay.archiviste du dépar- 
tement du Nord (Lille, Imprimerie Lefort 
1849 p. 340-341), une notice sur le prieuré 
(et non abbaye) Saint-Martin de Fives avec 
une liste des prieurs de 1396 à 1686. 

J.F. 

Eglises fortifiées (T. G., 308, 
XXXVIII ; XXXIX ; XLI ; XLII ; XLIII). 

— Ajouter à la liste, l'église des Saintes- 
Mariés (Bouches-du-Rhône). Joanne dit : 

Cette église fortifiée, monument histo- 
rique du xii siècle, renferme une rotonde 
soutenue sur 8 colonnes de maibre et se com- 
pose d'une seule nef voûtée en berceau. 

A. S. 



N* 940. 



L'INTERMEDIAIRE 



207 



508 



Un portraitdePhiliopePot (XLIV, 
55). — Philippe Pot.se'gneur de la Roche, 
est né vers 1428, en Bourgogne. Or, je 
trouve dans un petit ouvrage curieux, de 
Charles Vauthier, intitulé : « Extrait du 
registre des dons, confiscations et main- 
tenues dans le Duché de Normandie par 
Henri V roi d'Angleterre » : 

Du 16 avril 1423 : Don à Régnier Pot che- 
valier, sieur de la Roche, du château terre et 
seigneurie de Gamaches, confisqués sur Pierre 
d'Amboise tenant le parti de Charles soi- 
disant dauphin. 

Il pouvait être le père du fameux Philippe 
Pot qui se rallia plus tard à la cause du 
roi de France Louis XI ? 

Comte de Bony de Lavergne. 

Je suis Bourguignon et m'occupe volon- 
tiers d'iconographie historique bourgui- 
gnonne. Malheureusement je ne pense 
pas qu'il existe de portrait authentique 
du filleul de Philippe le Bon, du moins 
ne s'en rencontre-t il aucun qui puisse être 
identifié avec quelque certitude Le fa- 
meux recueil de portraits dessinés d'après 
des originaux contemporains, que possède 
la bibliothèque d'Arras, ne renferme pas 
celui de Philippe Pot. Mais j*estime qu'on 
peut tenir pour authentique le buste de 
la statue gisante du tombeau. Celui-ci, en 
effet, a été exécuté très probablement de 
1477 à 1483, à coup sur du vivant du 
grand sénéchal de Bourgogne, mort en 
septembre 1493, puisque la date du décès 
a été laissée en blanc. 

Le château de Chàteauneuf, canton de 
Pouilly-en-Auxois, (Côte-d'Or), fut donné 
à Philippe le Bon, à la confiscation des 
biens de la dernière des Chàteauneuf, 
condamnée à mort par le Parlement de 
Paris, pour avoir empoisonné son mari ; 
un crime passionnel, comme on voit. 
Chàteauneuf, presqu'entièrement recons- 
truit par Philippe Pot, appartient aujour- 
d'hui à M. le comte Arthur de Vogue'; tant 
pour la grandeur que pour la beauté, 
c'est la plus remarquable des ruines féo- 
dales du département ; on y voit des 
restes de carreaux émaillés d'un excellent 
style et des traces de peintures murales 
qui comptent parmi les plus belles que le 
temps ait un peu épargnées en Bour- 
gogne. 

Dans le canton de Nolay, (Côte-d'Or), 
le vieux château des Montaigu, de la mai- 



son de Bourgogne, fut donné par Jean-sans" 
Peur à Régnier Pot, aïeul de Philippe, et 
perdit alors son nom de Laroche-Nolay 
pour celui de Larochepot, qu'il porte en- 
core. Les adjonctions du xv e siècle à la 
forteresse féodale, du xm e , appartiennent, 
je crois, à Régnier Pot, non à Philippe. 

Moins important que Chàteauneuf, 
mais considérable encore et très précieux 
au point de vue de l'architecture mili- 
taire, le château de Larochepot appartient 
à M. Sadi Carnot, capitaine d'infanterie, 
qui le faiten partierestaurerpar M. Charles 
Suisse, architecte en chef des Monuments 
historiques à Dijon. H. C. M. 



Gravure armoriée (XLIV, 56). — Les 
armes des 1 et 4,1e cimier et la devise sont 
de Bacon. en Norfolk et Suffolk '.De gueu- 
les ; au chef d'aï gcnt chargé de deux 
étoiles de sable. L'écartelure m'est incon- 
le croissant en brisure sur l'écartelé 



nue 

indique une branche 

frères ang 

sonnage. 



cadette. Nos cou- 
lais pourraient identifier ce per- 

P. LEJ. 



Le peintre Ch de Lafosse (XLII ; 
XLIII). — En l'église de l'Assomption, 
rue Saint-Honoré, on remarque des pein- 
tures de Lafosse. A. S. 



Comment 
le portrait 
Louis XI, 



vient d'être retrouvé 
seul authentique de 
perdu depuis deux 
siècles (XLIII).— Ce portrait.de haut in- 
térêt, est sûrement digne d'un musée na- 
tional ; mais je viens d'en retrouver la 
copie provenant d'une galerie de portraits 
d'un château d'Auvergne, formée sous le 
règne de Louis XIII et qui comprenait plus 
de cent portraits peints sur toile. Cette 
copie, bien conservée me parait du commen- 
cement du xvu c siècle.Jedonnerai volontiers 
tous détails aux amateurs ou curieux qui 
m'écriront directement. Le prix de cette 
ancienne est très abordable. 

Ambroise Tardieu. 






copie 



Les tableaux perdus (XLIV, 105).— 

Les journaux ont annoncé, ces jours ci, 
qu'un tableau célèbre de Velasquez (?), 
considéré depuis longtemps comme perdu, 






DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 1901 . 



209 



210 



venait d'être retrouvé à la Spezzia (1). et 
restitué au célèbre artiste par les experts 
et amateurs les plus autorisés. Le mer- 
veilleux Raphaël, de la galerie Sedelmeyer, 
récemment livré à nouveau à l'admira- 
tion pieuse des artistes et de leurs clients, 
n'était pas perdu, mais on le connaît 
mieux aujourd'hui qu'hier. Dernièrement, 
en mai. un banquier qui avait vendu un 
Titien, Danaé et la pluie d'or, à une dame 
étrangère, ne vit point son argent, mais 
eut la chance de trouver son tableau chez 
un expert parisien, sur lequel il le recouvra. 

Ces trouvailles positives, par opposition 
aux nombreuses. aux innombrables décou- 
vertes de chefs-d'œuvre apocryphes, qui 
sont purement négatives , sont , en 
somme, assez rares. Ce n'est pas dire 
qu'elles n'existent pas, au passé, au pré- 
sent, au futur. 

Si les amateurs d'art, qui émargent au 
budget de la curiosité, dont Y Intermédiaire 
est le caissier bénévole , voulaient en 
prendre la peine, il serait intéressant de 
dresser un Catalogue des tableaux célèbres, 
perdus, volés ou égarés (2). Il est extrê- 
mement probable que cela aiderait au 
fructueux repêchage de quelques-unes Je 
ces nobles toiles, dont plusieurs sont dé- 
truites sans retour ; telle le fameux Titien, 
le Martvre de saint Picne que j'ai eu la 
joie d'admirer, il y a quelque -quarante 
ans, dans l'église des saints Jean et Paul, à 
Venise, où il fut dévoré par un incendie, 
— mais dont certainement un grand 
nombre sont ignorées, voilées d'ombre ou 
de poussière, dans quelque recoin d'habi- 
tations divines ou humaines. 

C'est déjà quelque chose de savoir que 
ces produits du grand art ne sont ni sous la 
terre, ni en l'air, ni ailleurs que dans des 
bâtiments qui les protègent plus ou moins 
inconsciemment. Cela limite les recher- 
ches, et rachète le temps. 

A ce Catalogue, j'en voudrais joindre 
un autre: celui des grandes œuvres d'art: 
tableaux , sculptures . meubles, qui ont 
quitté l'Europe pour l'Amérique... 

A des torrents de pétrole, à des tonnes 
de charbon , à des masses effrayantes 



(1) Ne pas oublier que la Spezzia est fort 
proche de Gènes, vrai nid de beaux tableaux 
anciens. 

(2) Voir XVI, 710; XXI, 589, 532. XX11I, 
T-ii ; XXXI, 323; 



d'acier, à des monceaux de blé, qui se 
déversent sur l'Europe indigente, répond 
une douloureuse contre- partie de mer- 
veilles, chefs-d'œuvre de l'art dans ses 
manifestations suprêmes, qui s'envolent 
au-delà des mers, sur l'aile dorée des 
dollars. Tableaux anciens, tableaux mo- 
dernes, statues, bas- reliefs, tapisseries 
insignes, meubles illustres dans l'histoire 
de l'art, comme les salons du comte de la 
Béraudière. tout cela est sucé, aspiré 
par l'Amérique ( 1 ). Etant citoyen américain 
par un hasard ancien (1794), je m'en fé- 
licite ; mais comme citoyen très français, 
je le déplore, et je me persuade que tous 
nos confrères de Y Intermédiaire , férus 
d'art et de beauté, seront de mon humble 
avis. Gardons au moins, par un Catalogue, 
qui pourrait être illustré, les images de ces 
trésors que nous perdons à jamais ! Cz. 

Le mobilier artistique et histori- 
que dans les administrations (XLIII). 
— Certainement qu'il y a dans les bâti- 
ments de l'administration affectés aux 
services publics, non seulement en Fran- 
ce, mais à Alger, des meubles anciens 
dignes de figurer dans un musée ; on y 
trouverait aussi des tapisseries, des ta- 
bleaux, des statues, des pendules, etc ,etc. 

La question est simplement de savoir 
si jamais il y aura un ministère ayant 
une poigne suffisante pour enlever tous 
ces objets et les mettre dans les collec- 
tions, à la condition de les remplacer par 
des produits modernes. 

On pourrait parier que ce ministre-là 
ne se trouvera pas ! X. X. 



(1) Entre autres, une des plus belles toiles de 
Luc-Olivier Merson, popularisée par la gra- 
vure, le Repos en Egypte, ou l'on voit la 
Vierge et l'enfant, si délicieusement blottis 
entre les pattes monstrueuses du Sphinx colos- 
sal, tout enveloppé des ombres claires d'une 
nuit pleine d'étoiles. Cet admirable tableau est 
en Amérique. Le maître lui-même me l'a dit, 
avec un accent de regret ému. 



N« 



940 



L'INTERMEDIAIRE 



21 I 



212 



IJotej?, ©vouuatlles et (Curiosités 

Le carnet de la Lisette do Béran- 
ger. — Le don fait à Carnavalet des lu- 
nettes de Béranger a réveillé le souvenir 
des reliques du chansonnier que ce musée, 
il y a fort longtemps déjà, a recueillies. 
Elles se composent d'effets personnels et 
de meubles que Béranger avait hérité de 
Manuel. 

Béranger avait ordonné qu'on détruisit 
toutes les lettres et tous les manuscrits 
qui seraient trouvés chez lui. après sa 
mort. M. Perrotin, son éditeur et son lé- 
gataire universel, exécuta rig .ureusement 
ses volontés. Aussi n'est-il point surpre- 
nant ne ne voir, à Carnavalet, comme 
papiers trouvés chez Béranger, à sa mort, 
que quelques factures de fournisseurs, un 
journal des comptes du ménage et ce 
qu'on pourrait appeler le Carnet Je Li- 
sette. 

Ces deux documents, qui n'ont d'inté- 
rêt que dans la consultation que l'on en 
peut faire, n'ont pas été publiés. 

Le journal des comptes du ménage dit 
l'ordre et l'économie qui régnaient dans 
la maison du poète. C'est un cahier de 
papier écolier, plié en deux, tenu à jour 
avec une admirable ponctualité par l'une 
des personnes présentes, peut-être 
M" 1 * Fanny Vernet — car Judith Frère 
était trop vieille pour vaquer aux soins de 
ces écritures, qui, d'ailleurs, se poursui- 
vent après sa mort, de la même plume, et 
avec la même ponctualité, jusqu'au milieu 
de juin 1857. 

On dépense par jour dix francs à peine. 
Et l'on est quatre : le chansonnier a deux 
servantes, dans les derniers jours. Louise 
et Victorine. Il est consigné qu'elles tou- 
chent leurs gages — quelquefois. Il n'y a 
que les solliciteurs qui touchent toujours. 
L'aumône est de 5 francs. 

Invariablement, l'addition commence 
par pain — 92 c, lait — 30 c. Le lait, le 
matin, est de tous les menus du peuple. 
Puis vient la série des autres dépenses, 
jusqu'à la chaufferette qui les clôture ; 
c'est une chaufferette de io centimes 
faite tous les matins, chez le charbonnier. 
Le vin ne parait qu'une fois, c'est le prix 
de l'entrée, car le poète qui demeure rue 
Vendôme, ne peut plus dire : 

Et ma piquette échappe à tes impôts. 



Les achats sont les achats usuels des 
humbles ménages. Point de chatteries, 
jamais de dessert, jamais de café, mais 
par exemple; un culte dangereux pour 
la charcuterie, surtout pour le fromage 
de cochon et la chair à saucisse. Un jour, 
l'addition est considérablement enflée, 
c'est la conséquence d'une emplette 
inexplicable : 6 francs d'eau de Cologne. 
En l'honneur de qui cette débauche de 
parfums ? Lisette n'est plus. Serait-ce 
pour Victorine ou pour Fanny, car le 
poète ne songeait plus guère à rendre 
délicatement odorant son large mouchoir 
de priseur : la mort le guettait. 

Il se soigne d'abord, sentant venir son 
mal, comme on se soigne chez les petits, 
avec des remèdes qu'enseignent les 
commères. Il prend de l'anis, de l'éther. 
de la guimauve, de l'eau de mélisse, du 
sirop, de la fleur de mauve, du quinquina, 
du baume tranquille. Il suffoque, c'est 
qu'il a l'estomac embarrassé : et dans 
l'addition figure l'eau de sedlitz. Mais la 
maladie s'est installée à demeure chez le 
poète, on ne se la dissimule plus. Il le 
sent ,et il supprime le fromage de co- 
chon. 

Le médecin est venu le 25 mars : il a 
fait une ordonnance qui amène la pre- 
mière potion. Dès lors, elles se succéde- 
ront de plus en plus rapprochées ; le 
malade ne se lèvera plus et fera coquette- 
ment revernir sa couchette en prévision 
des visites qu'il recevra au lit. 

Ce vernissage de couchette appelle une 
réflexion. M. Eugène Baillet a dit ' qu'il 
couchait dans un lit de fer : comment 
concilier cette observation avec le ver- 
nissage d'un bois de lit relevé sur le livre 
de comptes ? Ne serait-il question que du 
lit de Judith ? 

L'agenda s'arrête à la date du 14 juin 
1857, un mois avant sa mort. La dernière 
dépense inscrite est celle de *< 25 francs 
pour les gages de Victorine». Après, c'est 
la terreur de la fin : la certitude qu'il n'y 
a plus d'espoir. Et autour du moribond, 
Paris, fiévreux et angoissé. 

Mais voici, à côté de cette comptabilité 
mélancolique, un petit agenda en maro- 
quin rouge, orné d'un écusson en acier, 
avec le mot Souvenir, qui a une toute 
autre allure : ce sera, si vous le voulez, le 
carnet de Lisette. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août ;qoi' 



213 



214 



Qui fut Lisette, l'idéale Lisette du 
chansonnier ? Aucune et toutes. Elle est 
née des amours qu'il connut. Le réel lui 
inspira la fiction, et il n'est point outré 
de dire que la femme qui collabora le 
plus à Lisette, fut, par conséquent, la com- 
pagne de toute sa vie : Judith Frère, 
fille d'un maitre d'armes qui disparut on 
ne sait comment. A vingt ans, mademoi- 
selle Judith habitait chez une cousine, rue 
Notre-Dame-de-Nazareth. Elle avait une 
petite rente qu'elle augmentait par quel- 
ques travaux de couture. M. Thaïes Ber- 
nard la décrit dans le joli petit livre con- 
sacré à sa gloire : « une charmante per- 
sonne, aux yeux bleus, aux cheveux 
blonds, avec une voix sympathique ». 
Elle dut rencontrer Béranger vers 1834 

Le petit carnet de maroquin rouge est 
-daté d'un calendrier de 1822. Il donnerait 
à penser qu'elle n'avait pas attendu le 
poète et qu'avant lui un Anglais avait fait 
quelque impression sur le cœur de la gri- 
sette.Sur deux feuilletson relira le nom de 
cet adorateur, précédé d'une respectueuse 
formule d'amour. 

// love front, ail mv hart my sweet dar- 
ling Judith, my dear sweet hard. 

Lord Sidney Ramsay. 

Il semble que ce petit agenda fut long- 
temps inutilisé. Il était parmi les objets 
chers à la jeune femme ; elle le retrouva 
sur la fin de sa vie et s'en servit. Elle 
était devenue la grave personne que Savi- 
nien Lapointe, a rencontré « avec un tour 
frisée à l'anglaise, un bonnet à barbes 
en dentelle avec serre-tête, en robe de soie 
gorge de pigeon faite en douillette. » 

Le temps de la jalousie est passé. 
J'ai su depuis qui payait sa toilette. 

Le carnet de lord Ramsay et ses dédi- 
caces enflammées traîne sur la table, à 
portée de la main du poète, c'est le con- 
fident et l'aide-mémoire de Mlle Judith. 
Elle l'a empli jusque sur les marges. 11 se 
lit dans tous les sens : on n'en suit les 
indiscrétions qu'en lui imprimant un mou- 
vement de girouette. C'est une ardoise de 
jeu, un livre de commerce, un répertoire 
d'adresses, un carnet de blanchissage et 
un recueil de doux et galants souve- 
nirs. 

Le livre de commerce tient dans deux 
feuillets, M lle Lisette s'est mise à débiter 
delà lingerie, des fichus Virginie, des 



fichus Aglaé, des cols ronds, des bonnets 
montés : Le fichu est vendu 5 fr., le béné- 
fice 1 fr. 20. 

Déjà sa main, à l'étroite fenêtre, 

Suspend son châle en guise du rideau ; 

Sa robe aussi va parer ma couchette. 

Respecte, Amour,ses plis longs et flottants. 
On ne s'en est pas tenu à cette rudimen- 
taire installation du grenier. Lisette a 
mis au lit de vrais rideaux ; 0:1 la voit 
acheter des anneaux, un bâton de six 
pieds, deux patéres, une boule, de l'étoffe 
de^ tulle. Cette organisation répond assez 
à l'agencement du petit lit en fer qui se 
trouvait au fond de la chambre et qui 
était garni de la sorte. Le tout coûte dans 
les cent dix sous. 

Le carnet ne cache rien des dépenses 
impérieuses. Lisette ne cherche même 
pas à ménager les transitions : 

Un pot de chambre 1 fr. 2^. 

Diné 1 fr. 75. 

Elle est bien dans ce petit livre telle 
qu'on se la figure, sérieuse, méticuleuse 
et ordonnée. C'est la muse aux vertus 
bourgeoises dont le budget a des chapitres, 
et qui a horreur des virements. 

j'ai pris 20 fr. sur l'argent de ma toi- 
lette. 

Elle a de l'argent pour sa toilette ! Il 
lui vient de ses rentes ; puis eile gagne 
au jeu sur son partenaire distrait. Quand 
elle joue, elle marque les points, mais à 
vouloir y démêler goutte, un expert 
y perdrait sa science, Fanny m'a tout payé 
le 3/ octobre \tt plus loin, cette ligne énig- 
matique : Reçu de Fanny 15 francs de no- 
vembre et 5 fr. d'intérêt. D'intérêt ! Est-ce 
que Lisette prêtait à la petite semaine ? 

C'est surtout avec Béranger quelle se 
livre à de compliquées combinaisons de 
banque : 

Pour Béranger ; dîné payé par moi, 
4 francs. Le poète rembourse les dîners 
qu'on lui paie, et les sommes qu'on lui 
avance. J'avance 2 fr. 15 à Béranger. Et 
plus loin : Béranger me doit <) fr. 80. 

On a connu, sur le retour, une vieille 
dame solennelle et hautaine, que le poète 
ne tutoyait pas, et pour laquelle, dans une 
lettre restée célèbre, il réclama le respect 
dû à une compagne attentive et fidèle. 
mais ce petit carnet nous livre, dans son 
décousu, toute la comptabilité mal pei- 
gnée de la grisette, ses calculs amusants, 



JJ» 



94© 



L'INTERMEDIAIRE 



215 



216 



habillés de fantaisie, ses additions confu- 
ses, et la multiplicité des petits riens 
dont est faite une maison qui vit de peu. 
Des impressions de gaie misère, de 
famine joyeuse, se dégagent de ces 
notes qui se chevauchent dans un fouillis 
de chiffres ; des refrains chantent à toutes 
les feuilles. Il y a là certain devis d'une 
robe d'été, dont la façon est de 4 f r , qui 
est tout un poème de rubans et de gaze ! 
Parfois, pourtant, une note mélancolique 
voile cette gaieté : 

Un panier de coke et quatre bûches pour 
l'bivei ,le soir. 

Pour l'hiver, le soir ! 

Vous veillerez, ô ma belle maîtresse 

« Pour l'hiver le soir». Ce sont après 
les aimables sorties, ou l'on cueille la fleur 
des champs qui brille a la boutonnière, 
les songeries moroses devant l'âtre 
qui flambe, en tisonnant les cendres et 
en remuant les souvenirs. 

Et bonne vieille, auprès d'un feu paisible. 
J'ai été revoir, le carnet de Lisette, cette 
semaine. Il est placé à Carnavalet, dans 
une commode qui n'est point celle du 
poète, avec les divers habits qu'il portait. 
Je ne l'ai que superficiellement examiné, 
sans en tirer d'autres déductions au point 
de vue de la biographie de Béranger et de 
sa Lisette, Judith Frère. Il conviendrait 
d'en faire une analyse plus minutieuse. 
Elle serait ardue. Les dates manquent, 
des mots sont effacés, des phrases sont 
inintelligibles ou tronquées. Mais malgré 
soi, on se laisse aller au charme du sou- 
venir, et l'on supplée d'imagination aux 
lacunes de ce carnet de grisette qui ne 
prétendait guère à devenir un livre d'his- 
toire. G. 



Marat et les ballons. — Au mo- 
ment où M. Santos-Dumont essaie de 
diriger contre le vent un frêle aérostat, 
peut être sera-t-il curieux de relire le 
passage suivant, emprunté à la plume de 
Marat : 

Je n'examinerai point ici la question si sou" 
vent agitée de pousser les aérostats contre les 
vents ; mais je ne crains pas d'avancer que, 
même en abandonnant l'aérostat à leur merci, 
et malgré leur souffle inconstant, il serait 
quelquefois facile de profiter d'un courant fa- 
vorable pour porter des secours à des malheu- 
reux renfermés dans des lieux inaccessibles, ou 



faire passer par-dessus une armée ennemie des 
lettres à une ville assiégée. 

Si jamais une expédition périlleuse pent 
être de saison, c'est sans doute lorsqu'elle est 
entreprise pour le bien de l'humanité, le bon- 
heur de l'Etat, le salut de la patrie. Toujours 
l'estime publique sera le prix d'une noble au- 
dace ; et qu'il est doux d'en recevoir les mar- 
ques d'une multitude enchantée ! 

Que si le succès ne couronnait pas cons- 
tamment l'entreprise, la vertu ne resterait, pas 
sans récompense, l'immortalité serait le prix 
de ce généreux dévouement. 

Marat avait écrit ces lignes à la suite de 
la mort de Pilastre des Roziers. 

A. B. X 

La mort de Théophraste Renau- 
dot. 

« Paroisse de Saint-Germain l'Aiixerrais. 
— Du dimanche 26 octobre 16S3, Comvoy de 
30 ve-pre de deffunct noble homme maistre 
Théophraste Renaudot vivant con" et mé- 
decin ordinaire du roy, historiographe de sa 
maiesté, intendant général des bureaux d'a- 
dresse de France, pris aux galeries du Lou- 
vre., .Reçu 5 livres ». 

(Extrait relevé en 1864, aux archives de 
V Etat-civil). 

Cz. — Le Bateau ivre se trouve dans les 
œuvres d'Arthur Rimbaud. 

le jeu de 
à ce sujet dépasse- 



Tant d'ouvrages existent sur 



tarots qu'une discussion 

rait certainement notre cadre. 

A. Divers — La table est paginée pour 
être la suite du n" 936, c'est-à dire du n° du 
30 juin. Elle porte par erreur le n" 937. La 
livraison 939 porte à l'angle droit XLIlI e 
volume au lieu de XLIV. 

Nous veillerons à ce qu'il y ait toujours 
concordance entre les sommaires et la matière 
insérée. Les désaccords que l'on a constatés 
proviennent des remaniements de dernière 
heure provoqués par les collaborateurs, et 
lorsque déjà la couverture est tirée. 

a nos collaborateurs et abonnes. — Quel- 
ques numéros du 20 juillet ont été servis 
sans la première page : nous prions ceux de 
nos lecteurs qui auraient reçu ces numéros 
de nous en aviser pour que nous les leur rem- 
placions. 

Capitaine Pai.mblant nu Rouil. — Votre 
observation est juste : l'article consacré à 
Théophraste Renaudot parait aujourd'hui. 

LTDirTctatf-gcraïit 7 G7MONTORGUElC"" 
lmp. Daniel-Chambon St-Amand-Mont-Rond. 



XL1V* Volume Paraissant les 10, 20 et 30 de chaque mois. 
N° 941 



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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



RESTIONS ET RÉPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TBOU VAILLES ET CURIOSITÉS 



217 



218 



(âuestionô 



Deux ordres allemands. — Je dé- 
sirerais avoir des renseignements sur l'or- 
dre chapitrai et illustre association d'an- 
cienne noblesse, ainsi que sur les mérites 
du Lion de Limbourg sous l'invocation 
de saint Philippe. Ces deux ordres alle- 
mands existaient encore à l'époque de la 
Restauration et j'ai retrouvé les noms de 
plusieurs Français de la noblesse qui en 
faisaient partie. E. M. 

Monastère à déterminer. —Je dé- 
sirerais savoir quel est le monastère dési- 
gné par la légende suivante : Bibliothecœ 
Monastery S. Jacobi Scotorum Wirceburgi, 
entourant deux écus accolés, le premier 
portant : d'azur, à deux bourdons en sau- 
toir d'or, chargés d'une coquille d'argent ; 
le second : d'or, au lion à la queue four- 
cbée de gueules ; et les deux initiales A. A., 
placées de chaque côté de la mitre. Je serais 
reconnaissant de tous les détails concernant 
cette abbaye et ses armoiries. A. B. 

Les titres de la commanderie de 
Saint-Jean de Latran. — La com- 
manderie de Saint-Jean de Latran a été 
détruite en 1854 pour faire place à la rue 
des Ecoles. Guilhermy, qui a assisté à la 
démolition et reproche amèrement au 
gouvernement de l'époque de n'avoir pas 
conservé au moins la tour Bicbat, admi- 
rable souvenir de l'architecture gothique, 



dit -.(Itinéraire archéologique. Pans. 1855. 
page 257) : 

On a découvert, en détruisant les voûtes et 
les murailles, une certaine quantité de vieux 
titres sur parchemin : ce que les ouvriers n'en 
ont pas dispersé a été porté à I'Hôtel-de-Ville, 
et le public attend les résultats de l'examen 
auquel ils devaient être soumis. 

Quelque aimable correspondant pour- 
rait-il faire savoir ce qu'étaient ces vieux 
titres et s'ils ont échappé à l'incendie de 
l'Hôtel-de-Ville? L. Tesson. 

Une amie de madame Roland. — 

Quelle est l'amie que madame Roland dé- 
signe sous les initiales G. C. ou sous les 
abréviationsG r d-Ch? Serait-ce Catherine 
Grand qui épousa Talleyrand ? 

Bi. An. 

Bonaparte et le général Dumas. 

— Le journal de Gourgaud affirme que 
Bonaparte voulut faire fusiller « le nègre 
Dumas » pendant la campagne d'Egypte. 
En effet, d'après certaines biographies du 
général, celui-ci encourut à cette époque 
de graves responsabilités. Les connaît-on 
et pourrait-on les formuler d'une manière 



précise 



D'E. 



Famille normande de Brihon. — 

La Galissonnière, dans sa Recherche de la 
Noblesse, élections de Caudebec et de Mon- 
tivilhers en 1670, cite Jean de Brihon, 
s r de Fli'nquemare, demeurant à N-D de 
Gravenchon. 

XF.IV 5 



N" 941 



L'INTERMEDIAIRE 



219. 



220 



Et Jean de Brihon. seigneur de Noble- 
mare demeurant à Fécamp. — 

Où étaient situés ces anciens fiefs de 
Flinquemare et de Noblemare ? E. O. 

Famille normande de Rome. — 

Jean-Jacques Rome de Bonneval, cheva- 
lier, seigneur d^ la Viézaire (à Saint- 
GillesdeCrétot, Seine-Inférieure) épousa en 
secondes noces, en 172s, Madeleine Mallet 
de Caumont, Vve de Brihon.' 

Pourrait-on indiquer: i° sa parenté avec 
les Rome, barons du Bec, seigneurs de 
Fresquiennes ? 

2 Où est situé le fief de Bonneval, pro- 
bablement différent de la seigneurie de 
Bonneval, possédée par la famille Duval r 

3 Le nom de famille de sa première 
femme ? E. O. 

Henri Duquesne. — Henri Duquesne, 
fils aîné de l'amiral Abraham, épousa, le 
I er avril 1683, Françoise de Bosc de la 
Calmette, sœur de Jean-Louis Bosc de la 
Calmette dont je descends. La France 
Protestante, dans l'article qu'elle consa- 
cre au marquis H. Duquesne, dit qu'il 
eut deux fils : Gabriel et Marc-Antoine- 
Jacob. Un obligeant correspondant sau- 
rait-il si ces derniers ont eu des descendants 
et pourrait-il m'en donner une généa- 
logie ? — Existe-t-il des portraits d'Henri 
Duquesne qui aient été gravés et serait-il 
possible d'en acheter une gravure ? 

Des renseignements me seraient utiles 
sur ces sujets pour me permettre de com- 
pléter ma collection de portraits de famille 
et une généalogie de la famille Bosc de 
la Calmette que j'ai dressée. Xvib. 

Esquieu, (L'abbé), littérateur du 
XVIII e siècle. — L'abbé Esquieu est 
cité dans plusieurs dictionnaires biogra- 
phiques. En vue d'un travail en prépara- 
tion, on désire connaître : i° La liste des 
divers dictionnaires qui l'ont cité ; 2 la 
liste de ses ouvrages connus ; 3°ce qu'en 
dit l'abbé Goujet (qui l'a connu), dans 
son Catalogue manusciit ; 4 d'où il est 
originaire ; 5 quelques détails au sujet 
de sa présence parmi les disciples de 
1 abbé Paris ; 6 J s'il existe de lui quelque 
portrait à la Bibliothèque nationale ou 
ailleurs. 

D'après Barbier (Examen critique des 



Dictionnaires historiques), l'abbé Esquieu 
mourut vers 1750, « sur la paroisse de 
Saint-Germain-le-Viel ». Les registres 
paroissiaux font-ils mention de lui ? 

Tous détails sur ce personnage assez 
obscur, mais intéressant, seront accueillis 
avec reconnaissance. 

Y a-t-il d'autres personnages de ce 
nom connus jadis et aujourd'hui ? 

E. L. 

Une branche française ces Rus- 
sel. — Dans une notice biographique de 
Victor-Urbain Remond, baron, maréchal 
de camp, né en 1773, mort en 1859, 
écrite par M. E. Plessis, on voit que la 
mère de ce général, Anne de Roussel 
appartenait à une branche de l'illustre 
maison des Russel, ducs deBedford. Elle 
habitait à Haunay-Roussel, actuellement 
département de l'Orne, où elle est morte 
sous la Restauration, 

On sait de plus que les Russel d'An- 
gleterre ont une origine commune avec 
la maison de Briquebec en Normandie, 
puisqu'ils descendent d'un Rosel, cadet de 
cette famille établi en Angleterre. 

Anne de Roussel appartenait-elle à une 
branche des Rosel restée française, ou 
descendait-elle d'un Rossel revenu dans 
la première patrie de ses ancêtres ? Tous 
les dictionnaires que nous avons consul- 
tés sont muets sur ce sujet. Seeker, 

M. de Ferratz. — Existe-t-il encore 
une famille de Ferratz ? Qui pouvait être 
un M. de Ferratz dont je retrouve fré- 
quemment le nom dans des papiers du 
temps de la Révolution ? D'après certains 
indices, je le croirais originaire de Saint- 
Domingue. Merci d'avance à qui m'éclai- 
re ra. 

* * 

M. de Fontenelle. — Je vois un M. 
de Fontenelle figurer comme témoin à un 
mariage en 1795. Etait-ce un descendant 
du littérateur ? Fontenelle est mort en 
1757, peut-être était-ce un de ses fils. 
Qu'en pensent mes confrères ? 

C. DE LA BENOTTE. 

Un chanoine chansonnier. — 

Charles-Antoine-François de Beaumont 
d'Autichamp, né à Angers le 30 mai 
1739, guillotiné à Paris, le 23 juillet 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Août '.çoi* 



221 



222 



1794, avait été chanoine de Notre- 
Dame, puis vicaire général de Toulouse. 
Après 1789, Beaumont se distingua par 
son ardeur à combattre la Révolution et 
fit contre les événements du jour de «spi- 
rituelles chansons que les salons répétè- 
rent à l'envi y. 

Je désirerais savoir si ces chansons ont 
été conservées,et où j'en pourrais prendre 
connaissance. A. S. 

Un Ginisty de Rhodez. — Les Mé- 
moires de M m Manson (18 19) citent, 
parmi les habitants de Rhodez qu'elle 
connut, au moment de l'assassinat de 
Fualdès, un jeune homme du nom de Gi- 
nisty, qui devait appartenir à l'armée. 
Je sais bien que la famille de M. Paul Gi- 
nisty, le sympathique directeur de 
l'Odéon, est originaire de l'Auvergne. 
L'officier dont parle M me Manson en fai- 
sait-il partie ? Rip-Rap. 

L8 père Dulac . — Quels sont les 
prénoms et les lieu et date de naissance 
de ce religieux, qui n'a pas sa notice dans 
Vapereau ? Signe- t-il Dulac ou Du Lac ? 
Comment expliquer le grand nombre de 
personnes de conditions si différentes qui 
portent ce nom ? Dans quelle région les 
rencontre-t-on surtout ? André. 

Pontécoulant (Famille de). — 
Qu'est devenue la famille de Pontécoulant 
qui habitait Paris au commencement du 
second empire, vers i852-i855?Oùtrouve- 
t-on sa généalogie ?... et quelles sont ses 
armoiries? 

M. Mannière, ancien notaire, épousa 
à Paris la veuve de M. de Pontécoulant, 
« nièce du comte de Pontécoulant ancien 
« pair de France ».Je voudrais savoir d'un 
aimable intermédiairiste des dates préci- 
ses de naissance, mariage et décès de 
Mlle de Pontécoulant, son prénom et les 
noms de ses père et mère, les registres 
de l'état-civil de Paris ayant été malheu- 
reusement brûlés en 1871. 

E. Rudit. 

Une fausse princesse hongroise 
renfermée à la Salpétrière. Le 

livre des délibérations de l'Hôpital général 
(Salpétrière) contient la note suivante : 
Du 9 octobre 1684. 
Mademoiselle la supérieure a présenté une 



' lettre de cachet du roy, du 27 septembre der- 
nier, signée Tellier, pour recevoir et garder 
seulement dans cette maison, la prétendue 
comtesse hongroise, qui sort du Chastelet, qui 
sera mise à la maison de force, à la portion 
ordinaire des pauvres. 

Sait- on de qui il est question ? 

L. Tesson. 

Louis XIV et les commodités. — 

Un auteur grave, Schérer, dit dans une 
étude sur Zola, que Louis XIV aimait 
l'odeur des commodités. Qu'y a-t-il 
d'exact dans cette allégation? Les commo- 
dités existaient-elles au grand siècle, où 
l'on usait surtout de chaises, puisqu'on 
assure qu'il y en avait plus de 300 au 
seul château de Versailles ? 

Firmin. 

Comment fut résolu 1^ voyage de 
Louis XVI à Varennes ? — Dans une 
correspondance, passée récemment dans 
un catalogue de vente à prix marqués de 
M me Vve Charavay, nous relevons de fort 
curieuses particularités. (C'est une suppli- 
que adressée par un directeur ou régisseur 
des vivres, du nom de Lanfrey-Delisle, à 
Louis XVIII). 

Le dit régisseur se vante d'avoir donné 
des preuves manifestes de son zèle et de 
son dévouement à « l'auguste famille de 
Louis XVI», dans les circonstances sui- 
vantes. Il avait loué de M. Paon père, à 
Dieppe, un bateau de pêche, qui devait re- 
cevoir la famille royale et la transporter 
en Angleterre ou à Hambourg. 

Ce bateau allait tous les jours croiser dans 
la Manche comme pêcheur et revenait le soir 
avec la marée, relâcher dans une anse à une 
lieue et demie de Dieppe où il a attendu la 
famille royale pendant dix-huit jours. Les re- 
lais étaient disposés de Paris à !a côte de 
Dieppe pour pouvoir y arriver en moins de 
dix heure';. La Reine ayant déterminé le Roi à 
partir pour Varennes, sous le prétexte qu'il ne 
convenait pas de s'exposer aux dangers de la 
mer, le malheureux voyage de Varennes fut 
préféré et les préparatifs du bateau, que nous 
avions fret té à Dieppe servirent au salut de 
plusieurs personnes de la Cour, qui, à divers 
intervalles, passèrent en Angleterre, surles car- 
tes à chiffres que MM. Amabert, de Bourcet 
père et moi leur délivrions à Paris ou à 
Rouen. 

Cet épisode historique est-il connu et 
en est-il fait mention dans les ouvrages 
sur Varennes? R. F. 



N« 941 



L'INTERMEDIAIRE 



223 



La mort du 'conventionnel Le- 
çon. — Le comte de Semallé dit, dans 
ses Mémoires, qu'il a vu porter à la guillo- 
tine Lebon ivre-mort de la bouteille d'eau- 
de-vie que ses amis lui avaient fait passer. 
A vrai dire, s'il faut en croire certain 
historien, le proconsul d'Arras ne brilla 
pas précisément par le courage en cette 
suprême épreuve. Mais at-on seulement 
une relation bien exacte de sa mort ? 

Alpha.. 

Madame Sans-Gêne. — A-t-on re- 
levé les nombreux et amusants pataquès 
attribués à la duchesse de Dantzig? Nous 



224 



pourrions, si vouliez ici, 
Mêler le grave au doux, le 

apporter chacun notre écot. 



plaisant au sé- 
[vère, 

A. S. 



M. Rouker, vice-empereur. — 

Est-ce bien M.Emile Ollivier qui appela le 
premier vice-empereur le ministre Rouher? 
Le journal de M. Dabot l'affirme très 
nettement. H. Quinnet. 

Tradition du culte de Cérès en 
Belgique et à l'étranger. — Dans les 
provinces vallonnés de la Belgique et du 
nord de la France, cette tradition s'affirme, 
notamment dans la fête des moissonneurs, 
lorsque rentre dans la ferme le dernier 
chariot de la moisson, que l'on couronne 
d'une branche d'arbre fleurie de coqueli- 
cots, de bluets, de marguerites etc., au- 
tour de laquelle se groupent joyeusement 
les ouvriers et les ouvrières. Arrivé dans 
la cour de la ferme, le fermier, la fer- 
mière, leur famille leur offrent une colla- 
tion largement arrosée de bonne bière. 
Cette tradition existe encore dans la 
plupart des villages. MM. Dominique 
Delvin et V. I. Guignies, dans une Notice 
sur la commune de Bievene, près d'En- 
ghien, aux confins du Brabant flamand 
(V. Annales du code archéologique 
d'Enghioi (t. V. p. 365, Braine-le-Comte, 
imp. G. Zeck-Dubiez, 1894-1898), la 
rapporte en ces termes : 

La rentrée du dernier char chez le fermier 
est toujours un événementoù les fleurs sont mi- 
ses à contribution pour en faire un énorme bou- 
quet destiné à être placésur le haut du char en 
guise de mai, où il est entouré d'une bande 
de gamins, qui crient à tue-tête ut'/'au, d'/au, 



<?jau\ Derrière le char suivent les glaneurs et 
les glaneuses. L'entrée de la ferme se fait au 
son de la clochette, et le bouquet est remis à 
la fermière. 

Suivant les patois, la branche fixée au 
sommet du dernier char comme le font 
les maçons quand ils ont terminé une bâ- 
tisse, prend le nom de : houppe, houppiau 
houppia. 

Il sera intéressant de rassembler ces 
souvenirs locaux du culte de Cérès dans les 
divers pays où elle s'est maintenue jus- 
qu'ici. Je crois que ce travail a déjà été 
tenté en Allemagne ? 

Clément Lyon . 

Noues. — Il existe, dans le xx e arron- 
dissement, une rue de la Cour des Noues; 
l'origine du nom de rue, donnée par les 
documents administratifs indique un lieu 
marécageux 

Pourrait-on savoir d'où vient ce mot de 
Noues? Y a-t-il à Paris ou dans les envi- 
rons des lieux humides, portant ou ayant 
porté ce nom ? L, Tesson. 

L'expression pitonner. — Lu dans 
la lettre d'un officier contemporain : Je 
passe mon temps à pitonner à pied, 
à cheval, à mulet, dans toutes les posi- 
tions et à toutes les allures. » 

Que veut dire cette expression ? Est- 
elle répandue ? L. Roos. 



Un 



document runique. — Le 

Voyage au centre de là terre de Jules 
Verne, débute par le déchiffrage d'un do- 
cument runique. Je me souviens avoir lu 
un ouvrage intitulé la « Tête de Miner » 
(ou de Minerve) qui commence également 
par le déchiffrage d'ur. document écrit 
sur peau humaine. Je crois me souvenir 
qu'il y a eu un procès en contrefaçon à 
ce sujet. 

Un de nos savants collaborateurs pour- 
rait-il m'apprendre le titre exact du se- 
cond ouvrage et le nom de l'auteur ? 

LOUIS DE LUTÈCE. 

Bussy d'Amboise, poète. — Depuis 
longtemps, je cherche à retrouver la 
chanson que le « charmant et redoutable 
Bussy » rima, dit-on, pour une dame que 
l'on croit avoir été la reine Marguerite de 
Navarre. Elle doit être rare, car je ne l'ai 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[ 30 Août 1901 



225 



226 



rencontrée nulle part. Je prie nos colla- 
borateurs de vouloir bien me venir ^ en 
aide A. S. 

Frétillon. — Quel est le nom du 
conseiller au Parlement de Normandie, 
auteur du roman fameux de Frétillon, dont 
la Clairon est l'héroïne ? A. S. 

Le tome XI e de la France litté- 
raire de Quérard — Ce volume est 
intitulé : Les écrivains pseudonymes et 
autres mystificateurs de la littérature fran- 
çaise, et cependant la presque totalité des 
ouvrages qui y sont mentionnés, ont été 
publiés sous les noms véritables de leurs 
auteurs. 

Est-ce bien Quérard qui avait donné un 
titre aussi faux à son livre ? Ou ne serait- 
ce pas plutôt l'éditeur posthume, qui a 
signé la note liminaire des initiales C. P.? 
Enfin, quel est le nom de l'éditeur ? 

T. R. 

Un Anglais à Paris. — Sait-on 
avec certitude quel est le nom de l'auteur 
d'un ouvrage intitulé : Un Anglais^ à 
Paris, dont une traduction française a été 
publiée chez Pion, en 1894 ? 

Charles Yalc. 



Assommoir. — En quelle année M. 
L. Hennique a-t-il fait une conférence sur 
Zola, au boulevard des Capucines, confé- 
rence qui provoqua un scandale dans le 
clan parnassien ? 

Cette conférence a-t-elle été imprimée? 

C. Bouvier. 

René Bazin. — Dans quelles revues 
pourrais-je trouver des articles sérieux sur 
l'auteur de : De toute son âme et La terre 
qui meurt? Toute ma reconnaissance à 
l'aimable collègue qui me donnera autant 
de détails que possible sur Bazin. 

C. Bouvier. 



Et de la brume ; 
Nos baisers fugitifs sont le rêve des morts. 

Parmi nos chevelures blondes 
L'eau miroite en la mer d'argent; 
Nos regards à l'éclat changeant 
Sont vertset bleus comme les ondes. 

Nous voltigeons sans avoir d' nies ; 
Nous cherchons de tendres vainqueurs ; 
Nous sommes les sœurs immortelles 
Offertes aux désirs de vos terrestres cœurs. 

H. B. 

Le coup de balai du deux-décem- 
bre. — Au mois de mai 1861, l'expert 
en autographes M Laverdet, a vendu aux 
enchères publiques. un manuscrit compre- 
nant 60 pages in-quarto, portant ce titre : 
Le coup de balai du deux-décembre. Odyssée 
héroi-comique en vers très libres, avec 
charivari à grand orchestre. Paris, janvier, 

l8 5 2 ' , . . *. re- 

cette pièce a-t-elle ete représentée i bi 

oui, sur quel théâtre? A-t-elle été impri- 
mée ? Connaît-on le nom de l'auteur? 

P, NlPONS. 

Si j'étais de vous...— Les uns (et 
je parle de bons auteurs) écrivent : « Si 
j'étais que vous.... »; les autres, comme 
par exemple Norvins, dans son Mémorial : 
«Si j'étais de vous... Si j'étais de Monsieur 
un tel... » ; d'autres enfin : « Si j'étais 
vous... » De toutes ces manières de s'ex- 
primer, n'est-ce pas cette dernière qui est 
la meilleure ? C. de la Benotte. 

Chanson de noces. —Je serais bien 
obligé a la personne qui aurait la com- 
plaisance de citer, en entier, une chanson 
de noces, que j'ai entendue dernièrement 
près de Josselin, pendant que des paysans 
dansaient à l'occasion d'un mariage. Le 
refrain m'a semblé être : « le papillon ve- 
lours » ; et cette indication est la seule 

que je puisse donner. 

Saint Médard. 



« Les Sirènes ». Auteur à retrou- 
ver. — De qui sont les vers suivants 
copiés par hasard et mis en'musique etdont 
on voudrait connaître l'auteur : 

Les Sirènes 
Nous sommes la beauté qui charme les plus 

[forts 
Les fleurs troublantes de l'écume 



Vieilles chansons. — Quelque éru- 
dit pourrait-il me dire. 1° quel fut l'auteur 
des couplets suivants : 

Violette gentille, 
Vous qui précédez les beaux jouis, 
Je sais pourquoi sous les charmilles 
Hélas ! vous vous cachez toujours. 



N° 94'- 



227 



L'INTERMÉDIAIRE 



228 — - 



Je sais pourquoi, charmantes violettes, 
Vous n'aimez pas le grand éclat du jour. 
Votre corolle en peut être froissée, 
Elle se cachait dans un baiser d'amant 

Violette gentille, etc. 
Je sais pourquoi vous redoutez les chênes 
Et vous cachez toujours dans les taillis : 
C'est que jadis, l'homme de Sainte-Hélène 
En vous voyant rêvait à son pays. 

Violette gentille, etc. 
Le texte est-il exact et complet ? Ces 
couplets ne datent-ils pas des premières 
années de la Restauration et n'étaient-ils 
pas chantés par les officiers en demi-solde ? 
2° En quelle année fut composée la 
cantate à Btandan, musique de Luce, 
paroles de Dussi, qui se trouve dans le 
petit historique du 2b e ligne, et qui 
commence par ces vers : 
Toi qui viens d'entonner l'hymne de la vic- 
toire 
Aux défenseurs de Mazagran, 
Rouvre tes portes d'or, 
Panthéon de la gloire, 
Place immortelle (bis) à Blandan. 

Un Chercheur. 



Artistes sous Louis XVI. — Pour- 
rais-je avoir quelques renseignements très 
sommaires sur les artistes dont les noms 
suivent : 

Les graveurs Chataigner, P.-H. Jonxis, 
Lecanu. J.-B. Métoyen et J. Leroy, et le 
dessinateurHourcastremé,qui travaillaient 
pour les libraires? J--C. Wigg. 

Pendule de Sèvres. — Un ama- 
teur de curiosités désire être fixé sur la 
valeur artistique et l'authenticité d'une 
pendule en biscuit, donné comme biscuit 
de Sèvres, représentant 3 jeunes femmes 
qui forment groupe autour du cadran ; 
les deux qui figurent sur les côtés tien- 
nent chacune un livre prêt à enregistrer 
ce que leur dictera la Renommée assise au 
sommet sur le cadran et soufflant dans 
une trompette ; le cadran est signé Cros- 
nieràParis, et le socle delà pendule, Mon- 
genot (et point Mougenot), avec les 2 L 
entrecroisés et enveloppant un B, ce qui 
donne la date de 1754. Les figures sont 
délicieuses, les détails admirablement 
traités et l'ensemble charmant. 

Quoique ce soit une œuvre accomplie 
et qu'elle ait bien des caractères de vé- 
rité, son propriétaire est perplexe ; Mou- 
genot, et nonMongenot, signait ses déco- 



que 
orthogra- 



^ rations, car c'était un peintre et point un 
modeleur, d'un chiffre 5 ; sa spécialité 
était les fleurs et les bouquets. Dès lors la 
signature ne répond plus à son genre 
habituel, c'est peut-être pour cela 
cette même signature est mal 
phiée. 

Mais on se demande, si nous sommes 
en présence d'une contrefaçon, pourquoi 
son auteur n'a pas poussé la supercherie 
jusqu'au bout en prenant et écrivant 
exactement le nom d'un modeleur comme 
Dodin ou Pajou ou tout autre, d'ailleurs. 
Prière à un homme de goût plus éclairé 
que moi de me fixer. V. J. D. 



Un sabre 1 er Empire à lame gra- 
vée à déterminer. — Quelque lecteur 
de Y Intermédiaire pourrait-il donner des 
renseignements sur la provenance du 
sabre décrit ci-dessous et sur l'officier 
supérieur à qui il a pu appartenir ? 

Poignée en ébène à moulures longitudi- 
nales, pommeau à bouton, garde et quillon 
enfer poli. La garde, aune seulebranche, 
se relie à angle droit au quillonqui le ter- 
mine par une sorte d'olive à pans. Hau- 
teur de la garde 147 m / m . Lame de 
Solingen, portant l'adresse « Vergulder- 
Solengen » d'un côté, et de l'autre, « Scha- 
berg». 

Entièrement couverte de 



gravures 

dorées et de gravures en relief sedétaillant 
comme suit. A partir du talon : d'un côté, 
trophée, armes impériales, trophée d'ar- 
mes, village avec le mot « Austerlitz » 
gravé en petites lettres ; champ de ba- 
taille où l'on voit des chevaux et des 
soldats couchés ; trois sortes de redoutes 
que creusent des soldats ; village et car- 
touche portant le nom « Brunn»; cavaliers 
etsoldats courant. Puis jusqu'à l'extrémité 
la lame est parsemée de points dorés et 
d'étoiles, un croissant, un soleil, une 
renommée de l'autre côté en commençant 
par la pointe, carte géographique 
avec le mot » Caire », nombreux vais- 
seaux se dirigeant vers une autre carte 
où on lit « Italia » %< Rhin » « Paris ». 
Ensuite, gravures en relief, cavaliers 
trophée, soldats massés, cavaliers et 
généraux plumets aux chapeaux, précédés 
d'une estafette lancée au galop, se reliant à 
un cartouche où on lit : « Victoria à 
Paris ». La lame est cintrée et terminée en 



DES CHERCHEURS ET CURiEUX 



229 



[ 20 Août 1901 , 



230 



pointe de yatagan. Le dos jusqu'aux 
2/3 est formé d'un filet rond ornementé, 
l'autre partie est biseautée. Longueur de 
la lame : 87 cent, flèche 5 cent. Le four- 
reau manque ; comment pouvait-il être ? 
Léon Brunschvicg. 

LepeintreH.-P.Darlau. — Pourraît- 
on m'aider à découvrir ce qu'était un 
peintre qui a signé H. -P. Darlau (ou 
Darlan, ou Danlau) fac bat 1795, (autant 
qu'il m'est possible de distinguer les mots 
dans la peinture fort sombre), un portrait 
représentant M. Hosten, colonel de dra- 
gons et chevalier de Saint-Louis. La com- 
position de ce tableau est intéressante et 
originale. C'est le soir : M. Hosten, de- 
bout, vêtu d'une culotte couleur chair et 
d'une redingote gros bleu, lit la Galette 
de France.tX la pièce n'est éclairée que par 
une lampe quinquet et par le feu de la 
cheminée. La peinture est fort soignée Si 
le nom du peintre a été écorché par moi, 
prière d'en rétablir l'orthographe et de 
me dire tout ce qu'on saura sur cet artiste 
ainsi que sur ses œuvres. 

C. DE LA BENOTTE. 

Là mort de Desaix en tapisserie. 
— Dans son Voyage en France, lady 
Morgan raconte qu'elle a vu, aux Gobe- 
lins, une tapisserie représentant la mort 
de Desaix — Est-ce exact ? Qu'est deve- 
nue cette tapisserie? Et d'après quel ta- 
bleau fut-elle exécutée ? Alpha. 

L'architecte de l'église Sainte- 
Vaudru, à Mons. — Les plans de la 
collégiale de Mons ont été successivement 
attribués : 

Par les anciens auteurs, à Jean de Thuin, 
mort en 15 56***, c'est-à-dire cent six ans 
après le commencement des travaux ! 

Par Schayes, Chalon, à Wauters, Van 
Even, à Mathieu de Layens, le glorieux 
architecte de l'hôtel de ville de Louvain. 

Par Léopold Devillers à Michel de 
Rains, maître maçon de Valenciennes. 

Par Joseph Hubert, à Jean Huwellin, 
maître maçon du Hainaut. 

Par A. Boghaert-Vaché, à Jean Spys- 
kin, un maître de haute réputation atta- 
ché aux princes de la maison de Bavière. 

Qu'en pense-t-on à X Intermédiaire ? 

X.Y. Z. 



La Société académique des En- 
fants d'Apollon. — On nous signale 
qu'un écrivain, M. Maurice Decourcelle, 
aurait publié sur cette société littéraire un 
très intéressant travail. Nous serions heu- 
reux de savoir quel est l'éditeur de ce vo- 
lume et à quelle époque il a paru. Merci 
d'avance. F. L. A. H. M. 

Cerf pris à Esîony. — }e viens de 
voir chez un marchand de Paris, une 
peinture encadrée, d'un peu plus d'un 
mètre de hauteur, représentant une tête 
de cerf. Au bas, en forme d'écriteau, on 
lit : « Cerf attaqué par son Alt S. en 
Picardie, dans le Buisson de Brùleséc, et 
pris à Estony. Il a duré trois heures un 
quart, en 1766. » Reste-t-il quelques 
souvenirs écrits de cette chasse princière? 
Notre appel s'adresse surtout à M. Pra- 
rond, d'Abbeville, historien des chasses 
picardes. V. A. 

Cinq clochers quatre sans (cents,) 
cloches. — C'est un vieux dicton popu- 
laire qu'on invoque toujours dans la ré- 
gion, lorsqu'on parle des clochers de l'an- 
tique cathédrale de Tournai. Ce jeu 
de mots doit avoir été appliqué ailleurs. 
Où ? Des exemples, s. v. p. ? 

Clément Lyon. 

Un traité sur la corde à puits. — 

Existe-t-il un traité sur la corde à puits 
en écorce de tilleul ? Leullier. 

Lsbnrodrome. — Je trouve dans le 
Journal de Paris, à la date du 3 mai 
1827, la note suivante : 

Demain, samedi, aura lieu, de midi à huit 
heures, la première expérience publique, à 
Tivoli, du barodrame, ou voiture qui doit 
marcher sans chevaux, sans la puissance de 
la vapeur, sans aucun rouage ni moyen méca- 
nique. Elle sera, dit-on, dirigée par un seul 
homme qui n'a d'autre agent que son propre 
poids et elle doit parcourir un quart de lieue 
en cinq minutes. 

Sait-on ce qu'était le barodrome et 
quelles furent ses prouesses ? Car je n'en 
ai plus trouvé trace nulle part. d'E. 



Jean-le-Serin. 

expression ? 



D'où vient cette 
P. Sonpin. 



N" 94 < 



L'INTERMEDIAIRE 



231 



232 



Eé|tfK££5 



Portrait du chiffonnier Liard, 
ami d6 Béranger (XLIV, 106). — Un 
souvenir historique touchant Liard, le 
doyen des chiffonniers dont Minterme' 
diaire s'est récemment occupé. 

Sous Louis-Philippe, à l'époque où 
Félix Pyat porta Le Chiffonnier de Paris 
à la Porte-Saint-Martin, le principal rôle 
du drame fut naturellement donné à Fré- 
dérick-Lemaitre. 

Dans le cours des répétitions, l'auteur 
et le comédien jugèrent à propos d'aller 
consulter Liard et :e rendirent à son tau- 
dis, qui, pour le coup, devenait une école. 
Liard leur donna plusieurs leçons sur 
l'art de bien se servir du crochet. 

De là, l'habileté tant applaudie dugrand 
acteur, surtout dans la scène ou il fait 
l'inventaire des objets que contient sa 
hotte. 

Au retour de son second exil. Félix 
Pyat voulut faire reprendre le drame à la 
Porte-Saint-Martin et ne put y réussir. 
Comme je lui demandais en quoi consis- 
tait l'obstacle : 

— Tu vas voir, me répondit-il, M. 
Choller, le directeur du théâtre, est décoré 
du ruban rouge. Il m'a dit rondement : 
■ — « Monsieur, votre chiffonnier, le cro- 
chet à la main, pique deux objets : la 
couronne du roi et la croix d'honneur. 
La couronne, je m'en fiche ; la croix, 
non. Je ne jouerai pas votre pièce ». 

Du coup, l'auteur perdait 50,000 francs. 
Philibert Audebrand. 

Jules B*** de Saint-Quentin (XLIV, 
50). — Le Jules B*** qui a chanté des cou- 
plets de sa façon à des dîners d'anciens 
barbistes, en 1822 et 1823, est fuies Ber- 
t II oui/. 

On trouvera son nom dans un recueil 
intitulé : Fêtes annuelles des anciens élè- 
ves de Sainte-Barbe. Paris, imprimerie de 
Gaultier-Laguionie, 1824. Il chanta à la 
fête de 1822 : Chacun son tour, Mon 
refrain, et le Nouveau missionnaire à celle 
de 1823. Au contraire de ses camarades, 
dans les refiains que nous avons sous les 
yeux, il n'aborde pas les sujets politiques. 

M. 



Le premier mari de madame de 
Païva. — ' e second mari de 
madame de Païva (XLI1I : XLIV, 138). 
— Madame de Païva est fille d'un mo- 
deste tailleur russe. Elle en eut un fils, 
Elle a quitté son mari et son fils pour venir 
tenter la fortune à Paris. Elle n'était pas 
jolie, mais elle avait un charme impé- 
rieux, auquel on ne résistait pas Elle 
était, à ses débuts, très pauvre ; mais 
décidée à briller, elle paracheva son 
éducation Elle avait rencontré M. Henri 
Hertz à Ems ; elle lui demanda de lui 
donner, à Paris, des leçons de piano. Elle 
l'ensorcela. Ils allèrent ensemble à Lon- 
dres ; quand ils revinrent, il la présenta à 
sa propre famille, comme sa femme. 
C'était une mystification, puisqu'à ce mo- 
ment, le mari vivait encore. 

Dès lors, c'était en 1841, elle afficha 
un luxe inouï, et se montra dans la 
famille de Henri Hertz en des toilettes 
fabuleuses. 

Elle eut de cette liaison, une tille 
nommée Henriette, qui est morte il y a 
douze ans. 

H. Hertz partit en Californie ; il laissa 
à cette femme, sa procuration. Elle avait 
la charge de s'occuper de la maison de 
pianos, et d'employer, à payer les ou- 
vriers, les sommes qu'il lui adressait 
d'Amérique ;mais elle les utilisait à satis- 
faire ses caprices, à s'acheter des bijoux, 
à vivre d'une existence si scandaleuse, 
que ses concierges crurent devoir préve- 
nir la famille et faire savoir ce qu'on 
ignorait : qu'elle et Henri Hertz n'étaient 



pas maries, 
tendu. 



comme ils l'avaient pré- 



Ce futalors qu'un membre de la famille 
prit la direction de la fabrique et chassa 
l'aventurière 

Elle partit, emportant tout ce qui, de 
quelque valeur, appartenait à son pseudo 
mari, linge, effets, bijoux, et même ce 
qui appartenait à sa fille, dont elle se sou- 
ciait aussi peu que de son fils. Elle avait 
fait de riches connaissances et son avenir 
de courtisane, de ce moment, était assuré. 

Le comte de G. .lies et M. de Ramb 

étaient parmi ses adorateurs ; Fioren- 
tino l'accompagnait au théâtre. Elle avait 
&a loge à l'Opéra et aux Italiens, où elle 
se montrait étincelante de diamants. 

A cette époque, elle se donnait 28 ans. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



233 



234 



[20 Août 1901, 



Je n'ai eu projet que d'éclairer une 
phase obscure de sa vie sur laquelle j'ai 
des raisons pour être bien renseigné. Le 
reste, c'est de l'histoire — et presque de 
la grande histoire, puisque nous la ver- 
rons épouse d'un haut personnage por- 
tugais, Egérie des belles-lettres en un hôtel 
somptueux, et, finalement, femme légi- 
time d'un jeune grand seigneur allemand 
appelé à devenir gouverneur en Alsace- 
Lorraine. Un Témoin de l'époque. 

Lanoblesse française et ses allian- 
ces (XXXV II ; XXXVIII ; XX ; XIX ; XL ; 

XLII). — Un prospectus envoyé à domi- 
cile par la Société d'éditions littéraires, 
annonce deux livres intitulés l'un : Nous 
avons une noblesse française ; l'autre : Y 
a-t-il tme noblesse française ? signés : Le 
vicomte A. de Royer. 

Ce dernier ouvrage est présenté ainsi : 

Les récentes révélations de M. le vicomte 
A. de Royer sur la Noblesse française ont sou- 
levé les critiques de toute la presse : mais 
personne jusqu'ici n'a pu découvrir la moin- 
dre erreurdansces affirmations, résultatsde lon- 
gues et attentives recherches. 

Avec une impitoyable rigueur, armé des 
documents les plus indiscutables, il sape sans 
faiblesse l'innombrable armée des faux nobles 
et des faux titrés, sans en laisser un debout der- 
rière lui. Combien de familles, souvent même les 
plus connues du monde aristocratique, ont 
usurpé leur titre de noblesse, et mieux encore 
font parade d'un nom qui n'est pas le leur. 

M. le vicomte A. de Royer n'a pas craintde 
citer les usurpateurs et dix mille familles 
sont ainsi passées sous son inexorable et im- 
partial examen . 

C'était là une œuvre nécessaire à laquelle 
applaudira la vraie noblesse, parmi laquelle 
trop de suffisants vaniteux se sont glissés à 
'abri de leurs faux titres. 

La personnalité de ce tombeur de la 
noblesse nous est parfaitement indifférente. 

Maisnous trouvons plaisante la préten- 
tion de ce personnage de démasquer les 
faux nobles et les faux titres, sous le nom 
de Vicomte A. de Royer. alors qu'il n'est 
point vicomte, et qu'il n'est point de Royer. 

A. de M. 

Armoiries du Pont-Alexandre 
et armoiries de la France ( XLII ; 
XLIII ; XLIV, 17). — A ajouter aux docu- 
ments relatifs au Coq dit gaulois, la note 
suivante relevée dans « Les Armoiries 
de la ville de Paris, sceaux, emblèmes, 



couleurs, devises, livrées et cérémonies pu- 
bliques » par feu le comte A. de Coëtlo- 
gon, L. M. Tisserand, et le service histo- 
rique de la ville de Paris, (Paris, impr. 
Nat., 1874. 2 vol. in 4 , tome 1, p. 74, 
Note ) : 

Le coq ne paraît pas avoir été d'une façon 
absolue l'emblème officiel du gouvernement 
de Juillet, quoiqu'on l'ait placé au dessus des 
tables de la Charte, à la hampe des drapeaux, 
sur la coiffure des soldats, sur les boutons des 
gardes nationaux et au fronton de la plupart 
des édifices construits par l'Etat, de 1830 à 
1848. 

Rendez-nous le coq des Gaulois, 

Avait dit le poète chansonnier. Lorsqu'on 
secoua la poussière qui ternissait de « nobles 
couleurs », le gouvernement de juillet ne pou- 
vant leur rendre l'aigle, symbole du régime 
impérial, crut devoir leur octroyer officieuse- 
ment le coq, gallns, antique emblème de 
la vigilance et de l'ardeur martiale, jeu de 
mots qui personnifie depuis des siècles la na- 
tion française. Quoique l'adoption de cet 
emblème ait été générale et immédiate, il y a 
lieu de croire que ce fut une affaire d'exemple 
et d'entraînement, plutôt que le résultat d'une 
prescription officielle. 

La note ci-dessus fait suite à un pas- 
sage ainsi conçu : 

Le xix° siècle devait naturellement suivre la 
même voie ; seulement, au lieu de modifier, 
comme ses devanciers, l'antique emblème pa- 
risien selon les formes nautiques de l'époque, 
il a fait tantôt de l'archaïsme d'imagination, 
tantôt de la pure fantaisie. 

Nous ne citerons qu'un exemple emprunté 
à cette période d'aberration archéologique : 
c'est la clef de voûte qui couronne la porte prin- 
cipale de la mairie du deuxième arrondissement, 
construite au commencement de l'année 1848. 
Un prélendu navire parisien, qui n'est qu'une 
galère quelconque voguant en arrière, et dont 
on aura voulu faire la barque d'Isis, y appa- 
raît sculpté en relief et doré ; un coq, emblème 
du gouvernement de Juillet, sculpté en creux 
et doré, lui aussi, occupe au-dessus de la dite 
galère la place réservée, dans le champ de 
l'écu, au chef de France ; vague réminiscence, 
ou plutôt contrefaçon, des dispositions héral- 
diques que nous avons expliquées plus haut. 
(Voir l'ouvrage cité et la figure). 

Combien vraie est cette expression : 
période d'aberration archéologique et 
combien aussi elle se justifie, encore à 
notre époque, pour tout ce qui touche à 
l'art héraldique ! 

En ce qui concerne les armoiries du 
Pont-Alexandre, on ne peut que s'associer 
unanimement à tout ce qui a été dit, en 



N'94'-J 



L'INTERMEDIAIRE 



235 



236 



de si bons termes, par MM. Tardieu, 
Henry-André, H. CM. et Adrien Thibault. 
Qu'adviendra-t-il des armoiries de la 
République française, si on en abandonne 
la confection aux chevaliers du balai du 
service delà voirie (comme il a été fait, 
paraît il, pour le Pont-Alexandre), ou aux 
sous-vétérinaires d'Epinal et d'autres usines 
béraldicoles? Le mot de Beaumarchais 
sera-t-il donc toujo rs éternellement 

vrai : « Il/allait un calculateur »! 

Sabaudus. 

« Fert,fert, fert», devise des com- 
tes-ducs de Savoie (T. G , 345;XLIII; 
XLIV, 122). — Parmi les explications 
données dans votre dernier n° sur le mot 
FERT de l'ordre Y Annonciadc, je n'en 
trouve pas une qui soit populaire en Italie 
et qui me semble historiquement pro- 
bable. Le mot fert signifierait Forti- 
tudo ejus Rhodum tenuit. — En effet, 
Amédée VI (1314-1364), connu aussi 
sous le nom de Comte Vert, et qui fut le 
fondateur de l'ordre, s'en alla dans le 
Levant pour combattre les Turcs et por- 
ter secours à son ami et parent Jean Paléo- 
logue, quelque temps aprèsque les cheva- 
liers de Saint-Jean de Jérusalem eurent fait 
la conquête de l'île ; probablement les 
aida-t-il à la conserver. L'ile,en effet, ne 
tomba au pouvoir des Turcs qu'au siècle 
suivant ; les princes de Savoie ont ainsi 
toujours gardé le titre de rois de Chj'pre 
et de Jérusalem. Le monument, qu'on a 
érigé à Turin au Comte Vert, représente 
ce prince habillé en maille et armé d'un 
bouclier et d'un glaive au moment où il 
terrasse un Sarrazin. 

G. VlGNA DAL FERRO. 

Jeton (Louis XIV) à déterminer 
(XLIV, 10, 124). — Deux fois le premier 
mot de la légende a été estropié par la 
faute du compositeur ; il faut lire :/Eqjjora 
et non : alquora. P. le J. 



Moret-sur-Loinff ( Seine-et-Marne) 
(XLIII). — Je lis dans Grandmaison. Dic- 
tionnaire Héraldique : 

Tortil... espèce de turban lequel sert d'or- 
nement aux têtes de Maure. 11 est un peu 
large vers le milieu à l'endroit où il pose sur 
le front 

Lorsque j ai à répondre, je dis ce que 
je sais comme je le sais,sans avoir aucune 



prétention à l'infaillibilité. Dans l'espèce, 
je me suis borné à donner la description 
des armes de Moret. telle qu'elle se trouve 
dans Malte-Brun. Depuis, grâce aux indi- 
cations de R. Gérai, j'ai pu consulter les 
ouvrages de M. Ed. Michel et de M. l'abbé 
Pougeois. Le dessin de M. Michel est de 
trop petite dimension pour que je puisse 
lire le blason, mais celui qui orne le titre de 
{'Histoire de Moret ne laisse aucun doute : 
le bandeau est sur les yeux. 

Reste à savoir si la reproduction est 
bien exacte. 

La tête de more dans le blason de 
Moret est un jeu de mot — un rébus — sur 
le nom de la ville : More, Moret. Armes 
parlantes. Res. 

Les descendants de Bayard. 

(XL ; XLIII). — Il ne s'agit certainement 
pas d'un descendant du chevalier sans 
peur: cependant, il n'est pas sans intérêt 
de retrouver, au xvm e siècle, dans les 
cadres du Régiment delà Reine (infanterie) 
un officier du nom de Bayard. 

Voici ce que dit de lui V Annuaire du 
Conseil Héraldique pour 1900, page 159 : 
Maurice de Bayard, né en 1740, enseigne 
le 12 avril 1762, lieutenant le 11 mai 1769, 
capitaine en second le 31 mars 1779, une gra- 
tification de 200 1. le 20 mars 1774, une de 
400 I. en 1780 pour avoir fait campagne sur 
le vaisseau le Bien-Aymé, capitaine comman- 
dant le 8 juillet 1786. A Champagnole près 
Alby en Languedoc. 

Nous n'avons pas su retrouver cette 
localité dans le département du Tarn. 

A. S. 

Famille de Pomar (XLIV, 163). — 
Il n'y en a pas ! Le premier Earl of Caith- 
ness, était écossais, 1545. Ce titre appar- 
tient à présent àJohnSutherland Sinclair, 
né en 1857. La mère du duc de Pomar est 
morte depuis longtemps. Boston. 

Le faïencier Ollivier (XLIV, 109). 
— Sur cet industriel, monsieur Advielle 
pourra consulter les insinuations de ventes 
aux Archives de la Seine, il trouvera dans 
le registre 126 de cette intéressante série, 
1 1 1 , à la date du 24 mai 1782 : 
bail enfphyteotique passé devant 



page 
Un 



M 8 Pigean, n ro à Paris, du vingt-cinq fév ier, 
mil sept cent quatre vingt-deux ; par demoi- 
selle |eanne Degrebet, veuve de s r Pierre 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



237 



238 



:o Août 1901 . 



Hémard, jardinier, et Pierre Hémard, jardi- 
nier, son fils, demeurant à Paris, rue du fau- 
bourg du Temple. 

A S 1 ' Louis-François Olivier, manufactu- 
rier de porcelaine et de fayanee à Paris, y 
demeurant, rue de la Roquette. 

De l\ jouissance d'un terrain, sis à Paris, 
rue Saint-Pierre (1) attenant la maison du 
dit sieur Olivier. 

Dans le même dépôt d'archives,j'ai pu, 
au moyen d'un récent versement des Ar- 
chives anciennes, antérieures à l'an VIII, 
provenant du i er bureau de la conserva- 
tion des hypothèques de la Seine, retrou- 
ver les ascendants de ce manufacturier 
ainsi que les noms de quelques-uns de 
ses parents. Ce fond, qui peut être con- 
sulté avec fruit pour des recherches ana- 
logues se compose de : 

i° 92 registre d'oppositions qui se 
succèdent dans l'ordre chronologique. 

2 U 89 registres formant le répertoire 
alphabético-chronologique des registres 
précédents. 

3 6 registres qui forment le répertoire 
rigoureusement alphabétique des réper- 
toires ci-dessus. 

4 174 cartons contenant les lettres de 
ratification des ventes immobilières et des 
constitutions de rentes. 

Ces documents constituent les archives 
de la conservation des hypothèques du 
bailliage du Chàtelet créé en vertu de 
l'édit de Juin 1771 ; c'est-à-dire qu'ils 
concernent toute l'étendue de ce bailliage, 
soit approximativement : les départe- 
ments actuels de Seine, Seine-et-Oise et 
Seine-et-Marne. 

Voici les renseignements que donnent 
sur Olivier les documents que je viens 
d'énumérer : 

Reg. 6 f" 891' . °— Une opposition à la re- 
19 février 1774 quête de Janvier Laplanche, 
M" bourrelier à Paris, rue 
Saint-Louis en l'île. 

Sur Jean-Jacques-Fran- 



(i)Au moyen de cette indication, il ne 
serait pas très difficile d'identifier la demeure 
d'Olivier; la rue Saint-Pierre étant devenue la 
rue Saint-Sabin, l'immeuble de la rue delà 
Roquette devait occuper l'emplacement d'une 
des maisons portant les numéros 17, 19, 21, 
23, 25, en 1850 {Plan de Jacoubct), puisqu'il 
attenait par derrière à un terrain donnant sur 
la rue Saint-Pierre, dite également petite rue 
Saint-Pierre au chemin de la Contrescarpei 



çois Olivier, père, Jean- 
Charles Olivier, Jean-Fran- 
çois-Philippe Sauvage de 
Saint-Preuil et Louise Oli- 
vier sa femme, Louis-Fran- 
çois Olivier, Jacqueline- 
Françoise Olivier, et Fran- 
çoise Olivier tous obligés 
Conjointement et solidaire- 
ment. 



Reg. 16 n° 1697 
20 mars 1778 



Autre opposition à la re- 
quête de Jean-Charles Oli- 
Succession Olivier, vier(i) demeurantà Paris à 
la Haute Courlille, de Fran- 
çois Olivier, du sieur Sau- 
vage de Saint-Preuil et de- 
moiselle Louise Olivier, sa 
femme, de Christophe Kœ- 
nisqueires? dit Potier et 
Jacqueline Oliviersafemme, 
tant en leurs noms que 
comme héritiers de Jac- 
queline Barbe Langillers 
leur mère, à son décès 
femme de Jean Jacques- 
François Olivier qui a élu 
domicile en la maison de 
M" De La Salle procureur 
au Chàtelet. 

Sur les successeurs héri- 
tiers et représentants du dit 
Jean-Jacques-François Oli- 
vier, compagnon maçon et 
Louis François Olivier, 
son fils et héritier. 



16 janvier 1783. 



Opposition de Marie- 
Anne Genest, veuve en 
premières noces de Pierre- 
Claude Olivier, manufactu- 
rier de fayances et en 
deuxième de Jacques Sou- 
roux (2), aussi manufacta- 



(1) Sans doute Jean-François Olivier : le 
seul acte d'état-civil concernant cette famille 
Olivier, est un acte de mariage de Jean-Fran- 
çois Olivier, brocanteur, fils de défunt Jacques 
Olivier et de Jeanne Langillier, d'une part, et 
de Madeleine Poule, veuve majeure de Louis 
Guillien. 

Paroisse du Mont Saint-Hilaire, 1785, 
8 janvier. Archives de la Seine. Reconstitution 
de l'Etat-civil. 

(2) Fabrique de faïence de Souroux, créée 
dans le faubourg Saint-Antoine (rue de la 
Roquette) en 1773 . 

Ris-Paquot. Dictionnaire des mar- 
ques de porcelaines, 1847 — p. 123, 
Dans le même ouvrage. Ris Paquot donne 

la marque d'Ollivier qu'il indique comme 

successeur de Sourouv. 



N*94'-l 



L'INTERMEDIAIRE 



iç Thermidor an 3 
Reg.82 0pp°H449 



- 239 

rier de fayances. 

Sur Louis-François Oli- 
vier, manufacturier et mar- 
chand de fayances. 

Au sceau des lettres de 
ratification de la vente 
d'immeubles, situés dans 
le ressort du Châtelet de 
Paris et notamment : 

d'une maison, rue de la 
Roquette. 

Opposition à la requête 
du cit. Alexis - Charles- 
Alexandre De Simiane. de 
meurant à Paris, rue Mar- 
tel n° 11, section Poisson- 
nière, au nom et comme 
tuteur de Charles-Jean- 
François Malon (1). 

Sur Louis -François Oli- 
vier, fayancier, demeurant 
à Paris. 

Au sceau des lettres, etc. 
et notamment de maison 
et terrain, rue de la Ro- 
quette n° 4, chantier de 
Bellebat, faubourg Saint- 
Antoine. 

Henri Vial. 



La famille Roget (XLIV, 108J. — 
Dans l' Annuaire de la Noblesse de 1878, 
Borel d'Hauterive a donné une courte 
notice sur une famille Roget, paraissant 
originaire de Gascogne et qui vint se 
fixer en Lorraine en 1648. Une tradition 
dit que son chef, gouverneur pour le roi, 
en 165 1, du château-fort de Noroy, près 
de Metz, se fit sauter avec la garnison 
plutôt que de se rendre ; son fils fut fait 
chevalier de Saint-Louis, quatre ans après 
la création de cet ordre. Un Roget de 
Belloguet fut créé baron de l'empire ; un 
autre a publié les Origines Dijonnaises, 
in-8°, Dijon, 185 1. 

Le général Roget doit appartenir à 
cette famille, qui possède encore actuel- 
lement le château d'Augny, en Lorraine 
annexée et dont les armes sont : d'azur, 

(1) 11 s'agit ici de Charles-Jean-François 
Malon de Bercy, dernier représentant de cette 
famille, lequel mourut en 1800. Sa sœur 
avait épousé Aymard-François-Marie-Chris- 
tian de Nicolay. Le nom de Malon s'éteignait 
avec lui, mais il avait stipulé dans son testa- 
ment que la terre de Bercy passerait au se- 
cond fils de M"" de Nicolay, Aymard-Charles- 
Théodore-Gabriel qui prit le nom et les 
armes de Bercy. 



240 



à un cœur d'or, accompagne de trois crois 
sants d'argent. Duclos des Erables. 

Théophile ï&andar (XLIV, 1 10). — 
Larousse, dans son dictionnaire, a consacré 
à Théophile Mandar, né à Marines (Seine- 
et-Oise) le 19 septembre 1759: mort à 
Paris le 2 mai 1825, une notice biogra- 
phique assez étendue. Quant à ses écrits, 
A. S. devra consulter la France littéraire 
de Quérard. Son portrait a été dessiné et 
gravé par Bonneville. Paul Pinson. 

AugusteCournot(XLIV,52,i88).— 
C'est Augustin et non Auguste qu'il faut 
lire. Son portrait existe dans la biblio- 
thèque de la ville de Gray où il est né. Il 
serait possible d'obtenir une reproduc- 
tion de ce portrait, parfaitement dessiné 
et ressemblant, en s'adressant à un pho- 
tographe de Gray dont le nom est donné 
danslalettre accompagnant cet entrefilet, 
et à qui le bibliothécaire de la ville faci- 
literait volontiers la reproduction de ce 
portrait. ( 1) 

Le bibliothécaire de la ville de Gray. 



Famille Walsm-Esterhazy(XLIII). 
— Je possède un gros recueil de pétitions, 



en langue arabe, adressées à des 



fonc- 



tionnaires français dans les années qui 
ont suivi l'occupation de l'Algérie. Il s'y 
trouve la pièce ci-après : 

Les porteurs de cet Ordre, appartenant à la 
tribu des Douairs, auxquels il est ordonné de 
faire des patrouilles dans la direction d'Oran à 
Meserguin, tant sur cette communication qu'à 
droite et à gauche, à partir du coucher du 
soleil, arrêteront: 

i°Tout arabe voyageant seul ou accompagné, 
lorsqu'il ne conduira pas de bêtes de somme , 

.2° Tout individu européen ou juif, trouvé 
pendant la nuit en dehors des routes tracées et 
reconnues. 

Les premieis seront conduits au bureau 
arabe. 

Les autres devant le Procureur du Roi, qui 
a donné son approbation à cette mesure. 

Ecrit par ordre de M. le Général Thierry, par 
M. Walsin, chef d'escadrons, Directeur des 
affaires arabes. 

Oran, le 12 juillet 1845. 
(signé : Valsin Esterhazy, 
Vu et approuvé : 
Le Maréchal de Camp, 
(cachet) Tierry {cachet) 

(1) On a trouvé un portrait dans la famille, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Août IQOI . 



241 



242 



De semblables consignes ont été remises aux 

chefs des patrouilles de Zmelas, pour la route 

«d'Oran au Figuier, et aux chefs de patrouilles 

des Harabas, pour la route d'Oran à El Bie- 

dah. 

Approbation de M. le Procureur du Roi, 
Le Procureur du Roi donne son adhésion 
entière aux mesures prescrites ; il prévient en 
même tems que tout délit de rébellion sera 
sévèrement réprimé. 

(signe) :Coutt.... (?) 

D'après la signature de cette pièce, le 



nom de famille devrait 
phier : Voisin. 



Famille Quatre-Sols de Marolles 

(XL1V, 50, 188). — Le père du publiciste 
Quatre-Sols de Marolles.ancien procureur 
de la République à Nogent-le-Rotrou, était 
président du tribunal de Mantes, où cou- 
ramment on l'appelait Quatre sons au. lieu 
de Quatre-Solz de Marolles. 11 ne possé- 
dait pas encore le château de Marolles, 
devenu plus tard la propriété du fils. 

E. S C. 

Michel Jacobsen (XLIV, 164). — 
Lire Philippe IV au lieu de Philippe II; et 
pour la date de la mort, 1633 au heu de 
le 12 juin 1632. E. M. 

Les chevaux francs de péage 

(XLIV, 106). — Je trouve mention de 
cette franchise dans une petite brochure 
sur Château- Lambert , par l'abbé Chevalot 
(Besançon, Imprimerie Henri Bossanne, 
rue Ronchaux, 1893), mais étendue àtous 
les animaux ayant les quatre pattes 
blanches. En effet, l'auteur, parlant du 
péage du pertuis du Taye, dépendant de 
la seigneurie du Chasteï-Humbert, main- 
tenant Château-Lambert, dit que « selon 
les usages d'alors, les animaux ayant les 
quatre pattes blanches étaient exempts 
de toute tax. ». Miles. 



Voir T. G. 
pieds blancs. 



703 : Avoir les quatre 



Droit seigneurial dénoncé dans la 
nuit du. 4 août (XLIII ; XLIV, 13, 126). 
— Depuis vingt ans, j'ai lu, analysé ou 
copié de nombreux aveux et dénombre- 



donc s'orthogra- 
V. A. 



ments, aux Archives nationales et je n'y 
ai jamais rencontré ce qu'on a vulgaire- 
ment appelé Je droit du seigneur . 

Je suis cependant porté à croire que ce 
droit a existé ailleurs que dans les comé- 
die, s'il faut en juger par le passage sui- 
vant d'un livre qui fait autorité (Chéruel, 
Dictionnaire des institutions de la France, 
I, 408) : 

Si la vassale noble ri était pas libre de 
se marier suivant son gré, à plus forte 
raison la femme serve. Les serfs et serves 
devaient pour se marier, paver au seigneur 
une redevance qiCon appelait droit de ma- 
riage (maritagiuin) d'où on a fait mar- 
quette. 

x Le dictionnaire de Trévoux définit ainsi 
le mot marquette : 

Nom d'un droit que les femmes payoient 
autrefois au Roi et aux seigneurs pour se 
racheter d'une infâme et bizarre coutume qui 
les obligeoit de passer la première nuit de 
leurs noces avec leurs seigneurs ; on attribue 
cet établissement à un roi nommé Malcolin ou 
Milcolumbe. Le roi Malcolme 1 1 1 le supprima. 
Selon Papon et Boërius, ce droit a été en 
usage en France. Quelques-uns dérivent ce 
mot de marquette, du latin marc, parce que 
le droit de marquette était d'un demi-marc 
d'argent. 

Un de nos confrères de Y Intermédiaire, 
spécialement versé dans l'étude du droit, 
pourrait il nous donner les passages de 
Papon et de Boërius dont parle Trévoux ? 

Th. Courtaux. 

* * 
— Les preuvesde la longue existence du 

droitde prélibations sont trop nombreuses 
et trop certaines pour que j'aie à répondre 
à nouveau à M. P de Faucher qu'il ne 
s'agit pas là d'une invention calomnieuse, 
mais d'un fait historiquement établi. Hélas 
oui ! On veut refaire notre histoire, mais 
on n'y parviendra pas. Quant à ce qui 
concerne l'immoralité et la religion qu'on 
ne peut mettre d'accord, c'est là une ques- 
tion un peu en dehors de celle que nous 
traitons dans V Intermédiaire. 

Ln. G. 

Napoléon et Corneille (XLIV, 104)- 
— Le projet de décret et l'annotation de 
Napoléon, rappelés par M. Nauroy.disent 
l'admiration de l'empereur pour le poète, 
dont il aurait voulu faire un roi. Quand 
même, les descendants du grand Cor- 
neille continuèrent à être poursuivis par 



N* 941 



L'INTERMEDIAIRE 



243 



la gêne et, venant après les projets de 
dotation impériale, sont attendrissantes 
aussi les marques de reconnaissance et 
de respect agissant, témoignées par Casi- 
mir Delavigne au devancier qui fut son 
maitre. 

La petite-fille de Corneille ne pouvait 
fournir le cautionnement nécessaire pour 
l'obtention de l'emploi de distributrice 
de papier timbré, qu'on voulait lui don- 
ner, en mémoire de son aïeul. 

Le matin de la première représentation 
de Popularité., Casimir Delavigne écrivit 
au duc d'Orléans : « C'est un soldat qui, 
le jour d'une bataille, vient réclamer vos 
bontés, en faveur de la petite-fille de son 
général ». Quelques heures plus tard, la 
sommeétait gracieusementaccôrdée. « Si je 
ne réussis pas ce soir, dit Casimir Dela- 
vigne, en pensant à sa tragédie et aussi à 
la petite-fille de Corneille, qu'il venait de 
tirer d'embarras, j'aurai, du moins, fait 
une bonne journée ! ». Utile et délicate in- 
terven ion ! Se souvenant de la petite- 
fille, il se souvenait en même temps du 
général. 

Si touchante la cérémonie de l'inaugu- 
ration de la statue de Corneille, sur le 
Pont-de-Pierre, à Rouen, le fut surtout 
par le tribut d'admiration enflammée de 
Casimir Delavigne à la mémoire du Père 
de la Tragédie. 

Capitaine Paimblant du Rouil. 



244 



* * 



Tous les régimes ont rendu hommage 
à Corneille. On trouve dans les Mémoires 
de Lekain (Ponthieu, 1835, page 31) une 
lettre écrite par les comédiens, le 5 mars 
1760, au descendant de Corneille. 

On y rencontre ce passage : 

Nous sommes inconsolables, monsieur, 
d'avoir ignoré jusqu'à cette heure qu'il existât 
un petit neveu du célèbre Corneille, et je dois 
vous dire combien cette nouvelle a flatté notre 
sensibilité ; elle s'est exprimée par les accla- 
mations les plus touchantes. 

Vous dirai-je plus, monsieur? On vous prie 
de choisir votre place à notre spectacle et de 
l'occuper le plus souvent qu'il sera possible. 

Vous vous bornez, par déférence, à deman- 
der votre représentation le jeudi de la semaine 
prochaine. Permettez-nous de ne vous tenu- 
aucun compte de votre désintéressement. Elle 
est inscrite sur nos insertions etannonces dans 
les nouvelles publiques, pour lundi prochain : 
c'est un dsvoir que nous rendons avec respect 



aux mânes du grand Corneille ; un descendant 
de cet homme illustre est né pour exiger toute 
notre reconnaissance. 

^ Cette représentation valut 5.000 fr. à M. 
Corneille. Le gouvernement vint à son se- 
cours apiis la comédie. 

Ce fut par cet acte de la reconnaissance des 
comédiens que Voltaire apprit qu'une petite 
nièce de Corneille languissait dans un état in- 
digne de son nom. Appelée sur le champ 
même à Forney, elle y reçut une éducation 
conforme au rang que sa naissance lui mar- 
quait en France et Voltaire s'occupa de la ma- 
rier honorablement. II porta la délicatesse jus- 
qu'à ne pas souffrir que la fortune de made- 
moiselle Corneille parût être un de ses bien- 
laits ; il voulut qu'elle en fût redevable aux 
vers immortels de son oncle. Le produit du 
Commentaire des tragédies de Corneille fut 
sa dot. 

Cette note est de l'édition de Lekain. 

Existe-t-il une parenté entre la demoi- 
selle Corneille, adoptée par Voltaire, et la 
demoiselle Corneille rentée par Napoléon? 

L. M. 



Ribeyrolles(Charles)(XLIII ; XLIV, 
26). — Un des fauteurs de la conspiration 
de Saillans (Troisième fédération du camp 
de Jalès — 1792) se nommait le chevalier 
d'Entremaux de Ribeyrolles, ancien offi- 
cier. Ce renseignement m'est fourni par 
le travail que feu mon ami Firmin-Boissin 

— sous le pseudonyme de Simon Brugal 

— a publié, en 1886, dans la défunte 
Revue de la Révolution de notre éminent 
collaborateur Gustave Bord. Dans ce 
volume (le VII e ), j'ai relevé un détail qui 
ne manque pas de saveur. Page 292, est 
le portrait de d'Albignac en habit de 
général avec les épaulettes à trois étoiles 
et — sur la poitrine — Y étoile de la Légion 
d'honneur ! 

N'est-ce pas le cas de répéter : Déjà ! 

A. S. 



Conventionnels réfugiés et morts 
en Eelgique (XLIV, 53). — En voici 
une liste certainement incomplète, mais 
qu'il ne serait pas difficile d'achever : 

Calés Jean-Marie, né à Cessales le 13 
octobre 1757, mort à Liège le 14 avril 

1834. 

Cambon Pierre-Joseph, né a Montpel- 
lier le 10 juin 1756, mort à Saint-Josse- 
Ten-Woode le iç février 1820. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



245 



246 



20 Août 1901 



Cavaignac Jean-Baptiste, né à Gourdon 
le 10 janvier 1765, mort à Bruxelles en 
1829,1e 24 mars. 

Chazal Jean-Pierre, né à Font-Saint- 
Esprit, i" mars 1766, mort à Bruxelles 
le 23 avril 1840. 

Cordier Michel-Pascal, né à Neauphle- 
le-Château, le 5 septembre 1749, mort à 
Bruxelles le 24 décembre 1824. 

Courtois Edme-Bonaventure, né à Troves 
le 15 juillet 1754- mort a Bruxelles le 6 
décembre 18 16. 

David Jacques-Louis, né à Paris le 30 
août 1748, mort à Bruxelles le 25 décem- 
bre 1825. ' 

Dubois de Bellegarde Antoine-Denis né 
à Angoulême le i fr mars 1738, mort à 
Bruxelles en 1825. 

Dupin André-Siméon-01ivier,néà Paris 
le 7 mars 1744, mort à Marcinelle près 
Fleurus,le 18 novembre. 

Iouenne-Longchamp Thomas-François- 
Ambroise,né à Beuvron-en-Auge le 3 no- 
vembre 1761, mort à Bruxelles le 29 fé- 
vrier 1818, 

Lecointe-Puyraveau Michel -Mathieu, 
né à Saint-Maixent le 13 décembre 1704, 
mort à Bruxelles le 15 janvier 1827. 

Lejeune Sylvain-Phalier,né à Issoudun 
le iq août 1758, mort à Bruxelles le 7 
février 1827. 

Lesage-Senault Gaspard-Jean-Joseph , né 
à Lille le 22 novembre 1739, mort à 
Tournai le 30 avril 1823. 

Letourneur Charles-Louis -François- 
Honoré, né à Granville le 15 mars 1751, 
mort à Laeken 4 octobre 1817. 

Levasseur Antoine-Louis, né à Sarre- 
bourg le 15 juin 1746, mort à Bruxelles 
en 1820. 

Marragon Jean-Baptiste, né à Luc-sur- 
Aude 10 juillet 1 74 1 , mort à Bruxelles 
i er avril 1829, 

Massieu Jean-Baptiste, né à Pontoise le 
17 septembre 1743, mort à Bruxelles le 
6 juin 1818. 

Méaulle Jean-Nicolas, né à Saint-Aubin- 
du-Cormier le 16 mars 1751, mort à 
Gand le 7 octobre 1826. 

Musset Joseph-Mathurin, né à Légé en 
1754, mort en Belgique en 1828. 

Paga°el Pierre, né à Villeneuve d'Agen 
le 31 juillet 1745, mort à Bruxelles le 20 
novembre 1826. 

Prieur Pierre-Louis, né à Sommesou le 



i er août 1756, mort à Bruxelles le 31 mai 
1827. 

Quinette Nicolas-Marie, né à Paris le 16 
septembre 1762, mort à Bruxelles le 14 
juin 1821 . 

Ramel-Nogaret Dominique-Vincent, né 
à Montolieu le 3 novembre 1760, mort à 
Bruxelles le 3 mars 1829. 

Roux Louis Félix, né à Vichy le 25 
octobre 1753, mort à Huy le 22 septem- 
bre 1817. 

Rouyer Jean-Pascal, né à Pézenas le 17 
mars 1761, mort à Bruxelles le 22 octobre 
1819. 

Sallengros Albert-Boniface-François.né 
à Maubeuge le 19 mai 1746, mort en 
Belgique en 18 16 

Savornin Marc-Antoine-Jean-Louis, né 
à Seyne le 24 mars 1753, mort à Bruxel- 
les. 

Vadicr Marc-Guillaume-Albert né à 
Pamiers le 17 juillet 1736, mort à 
Bruxelles le 14 octobre 1828. 

Beffroy de Beauvoir, né à Laon le 2 
avril 1755, mort à Liège le 6 janvier 
1825. 

Ysabeau Claude-Alexandre, né à Gien le 

14 juillet 1754, mourut à Paris le 30 mars 

1831. O.N. 

* 

* * 
Le journal le plus important de 

Bruxelles, Y Etoile belge, a publié, il y a 
quelques années, une série d'articlesconsa- 
crés à ces conventionnels. Notre confrère 
pourrait en demander communication à 
M. Gustave Lemaire, rédacteur en chef 
de ce journal, — le distingué correspon- 
dant du Figaro 

Il devra, naturellement, consulter aussi 
les ouvrages généraux, tels les Conven 
tionnels, publié à Paris en 1889 par Jules 
GuilTrey, sous les auspices de la Société 
de l'histoire de la Révolution française ; 
les Notes historiques sur la Convention na- 
tionale, le Directoire, l'Emplie et l'exil des 
votants, de Baudot, édité en 1893 par 
le ministère de l'instruction publique.... 
A. Boghaert-Vaché. 

Descendance des grands hommes 
do la Révolution (XXXV; XXXVI; 
XXXVII ; XXXVI11 ; XXXIX ; XL ; XLI ; 
XLII ; XLIII ; XLIV, 74) — Le dernier 
mot sur Mirabeau a été dit par un écri- 
vain allemand dans La vie de Mirabeau, 



N" 941 



L'INTERMEDIAIRE 



. 247 

par Alfred Stern, professeur d'histoire à 
l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, 
édition revue par l'auteur et précédée 
d'une préface écrite pour l'édition fran- 
çaise, traduite de l'allemand, 1895-6, 2 
vol. in-8°, Emile Bouillon, 67, rue de 
Richelieu. 

M me Martretde Préville, petite-nièce de 
Mirabeau, est morte en mars 1901 (Figaro 
du 25). La comtesse de Martel (Gyp), ar- 
rière petite-nièce de Mirabeau, a eu deux 
fils : l'aîné, maréchal des logis de spahis, 
est mort au Soudan en 1900 (Figaro du 3 
décembre) ; le plus jeune est interne du 
docteur Second. 

Mirabeau a reçu de grands honneurs à 
sa mort, témoin les pièces suivantes : 

Paris, ]e 5 avril 1791 . 
Messieurs, 

L'Assemblée nationale et la ville de Paris 
ont rendu à M. Mirabeau les honneurs funè- 
bres. Sa cendre sera déposée dans la basilique 
destinée aux grands hommes, et elle y sera 
placée la première. Cette reconnaissance publi- 
que est un devoir de la patrie ; elle est en 
même temps la politique d'un pays où l'on 
veut former les hommes. Une des destinations 
durables et publiques que l'on peut rendre à 
l'homme qui a si bien servi la constitution 
française, serait de donner son nom à la rue 
où il a habité et où nous l'avons perdu. On 
se rappellera toujours qu'il y a vécu. La tra- 
dition y conservera son nom. Il me paraît 
honorable pour la municipalité de l'y fixer. 
J'ai en conséquence l'honneur de proposer au 
Conseil général d'arrêter que la rue de la 
Chaussée-d'Antin sera désormais appelée la 
rue de Mirabeau, et qu'une inscription con- 
forme y sera sur le champ apposée. 

Je suis, avec respect, Messieurs, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

Bailly. 

MM. du Conseil général de la commune. 

Le Conseil général délibérant sur la propo- 
sition de M le Maire, y a généralement ap- 
plaudi et d'une voix unanime, a arrêté que la 
rue de la Chaussée-d'Antin sera désormais ap- 
pelée la rue de Mirabeau et qu'il y sera sur le 
champ apposé une inscription conforme. Charge 
le corps municipal de tenir la main à l'exécu- 
tion du présent arrêté, qui sera imprimé, affi- 
ché et envoyé aux quarante-huit comités des 
sections. Approuvé, Oudet-Dejoly, secrétaire- 
greffier. 

Peu de temps après, au-dessus de l'en- 
trée de cet hôtel, qui portait en 1855 le 
n" 42 et dont la reconstruction a eu lieu 
en 1836. fut scellée une table de marbre 
noir, sur laquelle on grava, en lettres d'or, 



248 



ces deux vers de Chénier : 
L'âme de Mirabeau s'exhala dans ces lieux : 
Hommes libres, pleurez ! Tyrans, baissez les 

[yeux ! 
Cette inscription fut enlevée en 1793 et 
la rue porta le nom du Mont-Blanc. 

Du 4 avril 1791 . 

L'Assemblée nationale... décrète ce qui 
suit : 

Article i cr . Le nouvel édifice de Sainte- 
Geneviève sera destiné à recevoir les cendres 
des grands hommes à dater de l'époque de la 
liberté française. 

Article 3. Honoré Riquetti-Mirabeau est 
jugé digne de recevoir cet honneur. 

Mais la Convention rendit le décret sui- 
vant : 

Séance du 5 frimaire an II (25 novembre 
1793). La Convention nationale... considé- 
rant qu'il n'est point de grand homme sans 
vertu, décrète : Article 1". Le corps d'Honoré- 
Gabriel Riquetti-Mirabeau sera retiré du Pan- 
théon français. 

Nauroy. 

M. et M me Louvet (T. G., 537). — 
Sait-on qu'il existe encore une petite-fille 
de Louvet de Couvray, dont le fils fut 
notaire à Dole (Jura) ? Quoiqu'il eût 
publié les Mémoires du célèbre girondin, 
M. Eugène Maton n'en savait rien. Cette 
petite-fille qui n'est plus jeune, comme 
bien on pense, est M me Crochard, veuve 
d'un libraire parisien. Elle habitait naguère 
encore, avec son fils.au n° 3 de la rue de la 
Collégiale, quartier des Gobelins.et n'était 
rien moins que fortunée. Personne n'a pu 
me donner sa nouvelle adresse. 

M me Crochard avait deux frères que j'ai 
beaucoup connus, tous deux morts à Bor- 
deaux, où ils avaient trouvé à s'employer 
au service de la Compagnie du chemin de 
fer du Midi. L'ainé, Adolphe, était un 
esprit remarquable ; on a de lui un ou- 
vrage de haute philosophie politique et 
sociale. Du principe J'autoritc, œuvre 
d'un libertaire convaincu, dont la publi- 
cation remonte aux premières années du 
second Empire. Son frère Justin a laissé 
deux filles encore toutes jeunes.qui vivent 
pauvrement avec leur mère, rue Rodrigue 
Pereire, à Bordeaux. 

Telle est la descendance de Faublas et 
de Lodoïska. 

11 y a quelques années, un semblant de 
comité s'était formé à Montargis en vue 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Août 1901. 



249 



d'ériger un monument à Louvet de Cou- 
vray qui, quoique parisien, (son père 
tenait une boutique de papeterie rue Saint- 
Denis, Au bras J'or), représentait cette 
circonscription du Loiret à la Convention 
nationale. La statue est tombée dans l'eau, 
mais il nous reste Faublas et d'inté- 
ressants Mémoires, avec le souvenir des 
plus dramatiques aventures conservé à 
Saint Emilion, où il faillit mourir de faim 
et de froid dans une carrière. 

Quand dis : « La statue est tombée 
dans l'eau », simple métaphore ; elle est 
toujours en l'air, à l'état de projet. En tout 
cas, les dévots de la Révolution française 
feraient œuvre pie en s'inquiétant du sort 
de M me Crochard et de ses nièces. Les ren- 
seignements ci -dessus les peuvent singu- 
lièrement aider, à moins toutefois que le 
nom de Louvet ne soit exclu de leur ca- 
lendrier. Emile Maison 



Cœur-Volant (Propriété du) à 
Louveciermes (XLIII; XLIV, 13, 173). 
— Il faut lire ainsi la seconde phrase : 

« C'était tout simplement une auberge 
à proximité du château. » 



L'Arc de l'Etoile (XLIV, 2,126). — 
Tandis qu'un collaborateur érudit trans- 
crira intégralement les inscriptions de 
l'Arc de l'Etoile, ne pourrait-il pas faire 
connaître en même temps où il serait pos- 
sible de se procurer les frises qui entou- 
rent ledessous de la corniche et qui ont 
dû être, comme de raison, reproduites par 
la gravure ? Léon Brunschvicg. 



B'ireau des lingères(T. G, 520; 
XLIV, 155). — L'existence du Bureau des 
lingères dans le cloître Sainte-Opportune 
est indiquée par Lefeuve, dans son article 
sur la rue de l' Aiguiller ie (Les anciennes 
maisons de Pans — 1875 — tome IV, p. 
6=54). La rue de l'Aiguillerie est incorpo- 
rée actuellement dans la rue des Lom- 
bards, entre la rue Saint-Denis et la rue 
Sainte-Opportune. Le plan de Verniquet 
montre bien que la maison du Bureau des 
lingères se trouvait dans le cloître. Au 
reste, dans la rue de l'Aiguillerie, l'on 
trouve, en 1785, le ^Bureau des gardes, des 



2S0 



épiciers et des apothicaires, qui était com- 
posé de : 

MM. de la Voiepierre, rue de la Truande- 
rie, épicier. 

Roux, rue Montmartre, apothicaire 
Dujardin, cimetière Saint-Jean, épicier 
Laborie, rue Saint-Antoine, apothicaire 
Picard, rue Saint-André des Arts, épicier, 
et Desprez, rue St-Avoie, apothicaire. 
Ce quartier était le centre des Bureaux 
des grands gardes et gardes en charge des 
six corps des marchands de Paris. 

Les autres bureaux étaient situés : rue 
des Déchargeurs ; rue Quincampoix ; rue 
Bertin-Poirée ; cloître Saint-Jacques-de-la 
Boucherie et rue des Orfèvres. 

Un corps spécial, celui des marchands 
de vin, avait son bureau rue de la Poterie. 
Ces grands gardes et gardes en charge, 
étaient au nombre de six par bureau ; ils 
étaient choisis entre les maîtres les plus 
intelligents et dont la réputation était san- 
reproche ; ils avaient un rang dans les ces 
rémonies publiques, avec le droit de por- 
ter des robes parementées; leurs fonctions 
les désignaient pour passer successive- 
ment juges-consuls, puis échevins de la 
ville de Paris. Cette dernière qualité les 
anoblissait et leur donnait le titre 
d'Ecuyers. Ils avaient pour devise un 
HercuL assis s'efforçant inutilement de 
rompre six baguettes liées en faisceau avec 
cette inscription: Vincit concordia fra- 
trum. Lé Tesson. 



* 



L'illustration a du bon et il est à désirer 
qu'elle soit fréquemment employée dans 
une revue qui, comme la nôtre, cherche 
avant tout l'exactitude. 

L'adresse du bureau des marchandes 
lingères avec la date 17 16 constitue un 
anachronisme ; le cartouche rocaille, d'un 
beau style rococo, était inconnu en 17 16 
et ne commença guère à paraître que 
vingt ans après ; qu'en pensent nos spé- 
cialistes en gravure et sculpture ? La date 
17 16 marque sans doute une fondation, 
mais, à coup sûr, ce n'est pas celle de la 
construction de la porte ou tout au moins 
du cartouche. N'ayant pas le volume de 
l'Intermédiaire où la question a été traitée, 
j'ignore si ce point a été éclairci. 

Je suis allé rue Courtalon, espérant 
trouver une explication de visu, mais j'ai 
été déçu ; la pierre est enduite de pein- 
ture vert foncé assez récente et l'inscrip- 



N° 941. 



L'INTERMEDIAIRE 



251 



tion ressort en peinture blanche. Il n'est 
pas possible de se rendre compte à dis- 
tance si le barbouilleur a scrupuleuse- 
ment respecté les tailles faites dans la 
pierre. Palliot le Jeune. 

Le carnet de la Lisette de Béran- 

ger (XL1V, 211). — La phrase en anglais 
copiée sur le carnet de Lisette — une 
Lisette un peu mûre — a été inexactement 
composée, quant à l'orthographe : sur 
le carnet elle est orthographiée exacte- 
ment) Nos collaborateurs l'ont déjà réta- 
blie. 

We beg to ofïer sincère apology for the 
ungrammatical phrase attributed to lord 
Ramsay. The mistake was due to an 
omitted typographical correction. 

* * 
On s'est demandé si l'incandescent lord 

Sidney Ramsay qui déclare «. aimer de 

tout son cœur sa gentille Judith, sa chère 

bien aimée, » a bien réellement existé ? 

C'est certain. La signature a tous les carac- 

tèresdel'authenticité : elle est répétée deux 

fois sur le carnet. 

Nos collaborateurs anglais pourraient 

peut-être nous éclairer à cet égard. 

G. 

Les premières femmes admises 
au baccalauréat (XLIX, 105). Madame 
Vincent veut-elle me permettre de citer 
Helena Lucretia Cornaro Piscopa qui, au 
xvn e siècle, reçut le bonnet de docteur à 
l'université de Padoue où elle a sa statue? 
Helena Lucretia savait << l'espagnol, le 
français, le latin, le grec, l'hébreu, l'arabe, 
chantait ses vers en s'accompagnant, dis- 
sertait sur la théologie, l'astronomie, les 
mathématiques, était jolie et ne voulut 
point se marier. » 

Cette femme extraordinaire mourut en 
1684, âgée de 38 ans. 

Elle n'était point décorée. A. S. 



* 
* * 



La première femme admise au baccalau- 
réat fut, si mes souvenirs sont exacts, M" c 
Gidel, fille de M. Gidel proviseur du lycée 
Louis-le-Grand à Paris, décédé récem- 
ment ; elle mourut peu d'années après 
avoir obtenu son diplôme. 

Deux ou trois ans après se présentè- 
rent, le même jour, à Limoges, trois en- 
fants de M. Louis Audiat, professeur au 



252 ■ 

collège de Saintes : deux garçons et une 
fille, tous trois furent reçus. L'un est 
aujourd'hui professeur de rhétorique au 
collège Stanislas, M. Gabriel Audiat. Sui- 
vant l'exemple de leurs aînés, deux autres 
enfants, le frère et la sœur, furent reçus 
bacheliers à Bordeaux. Les journaux de 
l'époque mentionnèrent ce fait assez rare : 
cinq enfants, dont deux filles, reçus ba- 
cheliers à quelques années d'intervalle, 
en deux séries. Un Témoin. 

Bibliothèque de la Malmaison 

(XLIV 115). — Elle existait avant le cou- 
ronnement de Napoléon, et les initiales 
B. P. signifient Bonaparte la Pagerie. 

Une cantatrice compositeur(XLIIl). 

— lia paru sous la signature de M me et M. 
Fodor,en 1824,3 Paris, chez Aufant et Du- 
bois : Ma Pauline, romance (texte de J. 
F. Châtelain). Il existe également un 
ouvrage paru en 1857, intitulé : Réflexions 
et conseils ou l' Art du chant (Paris, Perro- 
tin) par M me Joséphine Mainviel le-Fodor . 

T. DE SOLENIKRE. 

Dictionnaire des synonymes (XLIV 
54). — J'ai un Dictionnaire des svnonvmes 
delà langue française, avec une introduc- 
tion sur la théorie des synonymes, ouvrage 
dont la première partie a obtenu de l'Ins- 
titut le prix de linguistique en 1843 ; 
par M. Lafaye, professeur de philosophie 
et doyen de la Faculté des lettres d'Aix. 
Paris, Hachette, 1858 ; in-8" lxxxiu, 
1 106 pages. G. de Fontenay. 



* 
* * 



L'un des plus remarquables, en tout 
cas, le plus scientifique, est celui qui fut 
composé par M. Lafaye, depuis professeur 
de philosophie et doyen delà faculté des 
lettres d'Aix, et qui obtint, de l'Institut, le 
prix de linguistique, en 1843 et en 1838. 

Cet ouvrage fut dédié par l'auteur à 
l'Académie française, en 1847, et publié 
chez Hachette. 

l'en ai la seconde édition, qui est de 
1861. 

M. Lafaye, au cours d'une très savante 
introduction, rappelle le dictionnaire des 
synonymes c!e l'abbé Roubaud, dont 
l'œuvre, qui datait de la fin du xviii" siècle, 
fut réimprimée, en 1808, sous les auspices 
de M. de Fontanes et Celui de M. Guizot, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Août 1901 



253 



254 



qui fit paraître le sien en 1809. 

Pourquoi ne pas ajouter que le nom de 
M.Lafaye est aujourd'hui représenté de la 
manière la plus honorable par ses deux 
fils, dont l'un est professeur éminent à la 
Sorbonne.et l'autre, un des magistrats les 
rlus distingués de la cour d'appel de 
Montpellier? L. deLeiris. 

M. M. G. Fustier, G. Cam, B-F. citent 



également Lafaye. 



* 
* * 



Je possède un ouvrage intitulé : Dic- 
tionnaire idéologique par T. Robertson, 
l'auteur bien connu des cours de langue 
anglaise (Paris, 1859. Derache) qui res- 
semble fort à un dictionnaire de syno- 
nymes. 

Ce dictionnaire, dit-il dans la préface est, 
pour l'écrivain, ce qu'est la palette toute 1 har- 
gée pour le peintre. Il lui fournit à profusion 
toutes les expressions dont il a besoin pour 
traiter un sujet donné. 

11 s'y trouve même des phrases qui 
servent à exprimer la même idée sous des 
formes multiples, comme nous en ren- 
contrions dans les Thésaurus et les Gra- 
dus, à l'époque où nous faisions encore 
des vers latins dans les lycées. 

Léon Brunschvicg. 
* 

* * 
J'ai mémoire d'en avoir rencontré un, 

signé Guizot (?), mais le plus parfait, ra- 
tionnel et explétif que je sache, est le Dic- 
tionnaire idéologique de Robertson, notre 
ancien professeur d'anglais, au collège 
Bourbon, lycée Condorcet aujourd'hui. 
C'est le vrai livre de chevet de tout ce qui 
tient une plume. 

Le mieux, en cette recherche, est de 
s'adresser au bibliomane Octave Uzanne 
qui, dans ses trésors, a réuni spécialement 
la bibliothèque de dictionnaires la plus 
complète qu'on puisse rêver 

N-r 



Termes de vénerie employés 
par Louis XVI (XLIII). — II est étrange 
comme des mois qui eurent une fortune 
certaine peuvent, en peu de temps, tom- 
ber dans l'oubli. J'ai interrogé tous les 
chasseurs de mes amis sur les expres- 
sions sadtelle et false que Louis XVI em- 
ploie dans son Joui nal f k différentes reprises, 
et je n'ai pu avoir aucun éclaircissement. 



Ne pourrait-on chercher en Angleterre? 
C'est d'un de nos confrères d'outre-Manche 
que In solution viendra, je le présume. 

D' L. 



Inadvertances de divers auteurs 
(T. G. 718; XXXV ; XXXVI ; XXXVII ; 
XXXVIII ; XXXIX ; XL ; XLI ; XLII : 
XLIII; XLIV.ioi, 147). — J'ai signalé 
dans X Intermédiaire plusieurs inadver- 
tances ; il me serait très facile de les 
multiplier et de faire un volume des erreurs 
commises par les écrivains français sur 
l'Italie. 

A mon.- tour, je suis pris à parti par M. 
le baron Lumbroso ; il prétend qu'il n'est 
pas exact, comme je l'ai dit, qu'à Rome 
on appelle rouges les partisans de la 
dynastie régnante et il soutient qu'on 
les nomme bleus à cause de la petite 
livrée royale qui est bleue. Je persiste : 
dans plusieurs séjours à Rome j'ai en- 
tendu l'expression rouge pour désigner 
les partisans de la dynastie de Savoie, 
dont la grande livrée est rouge. 

Depuis la réponse du baron Lumbroso, 
je n'ai pas été à Rome, mais j'ai interrogé 
des Romains en résidence à Florence ; ils 
m'ont dit que la désignation les bleus 
leur était tout à fait inconnue. 

La question n'a qu'une mince impor- 
tance, mais ayant été nommé je réponds. 

Gerspach, 



L'un de vos correspondants qui signe 
H. C. M. a publié, dans l'Intermédiaire 
du 20 juillet, sous la rubrique « Inadver- 
tances de divers auteurs» les lignes que 
voici : 

« Dans Aphrodite, page 2, M. Pierre 

Louys parlant de la courtisane Sarah 

qui est juive, en fait une aryenne. » (col. 
102) 

M. H. C. M. a sans doute arrêté sa 
lecture d'Aphrodite à la page 2, sur cette 
découverte. S'il avait poursuivi jusqu'à 
la page 54, il aurait lu ce fragment de 
dialogue : 

— Tu es juive 

— Non, je ne suis pas juive, je suis ga- 
liléenne. 

Et voici maintenant l'explication de ce 
qui le tourmente. 

Une théorie récente, à laquelleje m'étais 
rallié par un mouvement où il y a peut- 



N*94».J 



L'INTERMEDIAIRE 



2 55 



256 



être plus de sympathie que de foi sincère, 
présente les Galiléens comme formant un 
rameau de la race celtique. 

Avant tout examen, il est hors de doute 
que les habitants de la Galilée étaient 
considérés par les Hébreux comme des 
« étrangers ». Entre les uns et les autres, 
il y avait une lutte de races, une hosti- 
lité permanente qui s'obstinait encore au 
siècle de Jésus. — Le nom même donné 
par les Juifs à leurs voisins du Nord ; Gâ- 
lil-Hagoyim (cercle des païens) est signi- 
ficatif. 

Pour déterminer que ces ^étrangers 
étaient des Celtes, on s'appuie sur diffé- 
rentes remarques dont l'ensemble est 
assez frappant, il faut l'avouer. 

i° Nous possédons des représentations 
figurées des Galiléens antiques, silhouettes 
dessinées par des artistes particulièrement 
consciencieux et précis : les Egyptiens. Ils 
figurent à côté des Juifs dans les longs 
cortèges de captifs ramenés par Ramsès II 
qui traversa deux fois leur pays. Leur 
type est brachycéphale à crâne arrondi 
et singulièrement « ressemblant » aux 
Gaulois des statues romaines. 

2 Dans le voisinage de la Galilée, on 
retrouve par centaines des cairns, crom- 
lechs, menhirs et dolmens. Or la « pierre 
levée » est la signature des Celtes partout 
où ils ont vécu. Elle leur est propre. Elle 
marque leur étape et fait présumer une 
de leurs souches. 

3 De Gall, le nom de la race, les Ro- 
mains avaient fait Galli, les coqs, les 
hommes à la crête de cheveux rouges ; les 
grecs : Galatai, les laiteux, les hommes à 
la peau couleur de lait. De même, le mot 
Gâlil ne serait, de la part des Hébreux, 
qu'une interprétation du nom ethnique, 
resté aussi vivace en Palestine qu'il le fut 
sur le Danube Galate, sur la Loire Gau- 
loise et dans le pays de Galles. 

Je ne voudrais pas affaiblir ces argu- 
ments en ajoutant que les trois Galiléens 
les plus célèbres : Jésus, Marie et Marie- 
Madeleine ont, par tradition, les cheveux 
blonds, comme les Galates, et non pas 
noirs, comme les Juifs. Une tradition n'est 
pas une observation ; il est bon de cons- 
tater cependant, quecelle-ci vientà l'appui 
de la thèse. 

On prétend qu'un soir, Disraeli, traité 
de «juif» à la Chambre des Communes, 
répondit avec négligence : 



— Comme votre dieu. 

Il serait doublement curieux de prou- 
ver, d'abord que Jésus ne fut pas un juif; 
ensuite qu'il fut presque un français. 

Mais je n'ai pas à prendre parti dans 
une discussion où je me borne à écouter 
les savants. Ici, je n'ai voulu prouver 
qu'une chose, c'est que j'avais écrit très' 
volontairement, et non par inadvertance, 
les trois lignes que l'on critique. 

Pierre Louys. 

Le Horla (XLIV, 54, 143,20:$). —Je 

me suis toujours émerveillé des interpréta- 
tions inouïes, fabuleuses, qu'ont coutume 
de donner les étymologistes pour ex- 
pliquer les plus simples choses. 

Très logique, le mot créé par Maupas- 
sant pour exprimer son idée. Il n'y a qu'à 
lire la nouvelle du Horla pour voir que 
l'auteur a voulu rendre, par ce terme, l'im- 
pression que produit au sujet le fantas- 
tique dont il se sent entouré : le hors là. 

B.-F. 



Prononciation du mot « fléau » 
au XVII e siècle (XLIV, 55). —Dans 
nos campagnes un peu arriérées où l'on 
bat quelquefois encore au fléau, les pay- 
sans,du moins chez moi (Nièvre). pronon- 
cent invariablement fiô. en une seule syl- 
labe longue. Il semble que cette pronon- 
ciation se rapproche beaucoup de celle 
d'autrefois qui aurait été flou dans le lan- 
gage usuel, et, non pas fléau, mais fleu-au 
dans le langage relevé. Le Dictionnaire 
de Trévoux, qui fait un usage inconsidéré 
des accents, n'en met cependant jamais 
sur fléau et s'exprime de la sorte : « Fléau 
ne se prononce guère que comme une 
syllabe dans le discours ordinaire. Je dis 
presque, parce qu'en effet on fait un peu 
sentir IV, même dans la prose, et pour les 
vers on fait toujours fléau de deux sylla- 
bes. Au moins le P. Mourgues, dans son 
Traité de la poésie Françoise, a remarqué 
que tel étoit l'usage de nos bons auteurs. 

Etre l'effroy du monde et le fléau de Dieu. 

Corn. 
Puis sur leurs pas soudain arrivent les rémois, 
Et bien-tôt avec eux tous les fléaux du corps. 

Boil. 
G. deFontenay. 
* 

Ménage écrit fléau* d'une syllabe ; de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



257 



258 



2 Août 1901. 



même Maynard : 

C'est le fléau des âmes vulgaires. 
Mais Corneille le fait de deux syllabes 

dans Attila. 
La terreur des mortels eï.\sjlèau Je Dieu. 
Les formes successives du mot sont : 
flagellum, flèiel, fléel, fléau, fléau. Le xvn e 
siècle est l'époque du conflit entre les 
deux dernières. L'avant-dernière a pré- 
valu dans le français classique ; la der- 
nière dans les dialectes : flau (centre), 
clo (ouest), et dans un canton de Basse- 
Normandie : hié (avec une aspiration très 
particulière). R. G, 

Borie ne serait ce pas métairie? 
(XLIV, 55)|— Il n'y a aucun doute: Borie 
signifie bien métairie, ferme. Tout le 
mondesait que le mothollandais Boerveut 
dire fermier. 

Le bas latin Boeria veut dire petite 
ferme ; dans le vieux français, nous trou- 
vons Boerie, Borie, Bourie, avec le même 
sens. 11 existe en France un nombre con- 
sidérable de localités nommées la Borie. 
la Boerie, la Bouerie,la Bourrie, ces mots 
ont certainement la significationde ferme. 

Dans la Sarthe, à ma connaissance, 
existe un bordage nommé la Boerie. A 
Orléans, on trouve les rues de la Bourie 
Blanche et de la Bourie Rouge, c'est-à-dire 
la ferme blanche et la ferme rouge. 

Martellière. 

* 

* * . , 
Boeria et Boria sont, en basse latinité, 

synonymes de Mansa et signifient mé- 
tairie. 

Il y a en France des quantités de Boue- 
ris, Boriette, Boiry, Laborie qui viennent 
de là. 

Origine et formation des noms de lieux, 
par Hip. Cocheris, inspecteur général de 
l'Instruction publique. 

P. V de Saint-Marc. 

* 

* * 

Notre érudit collègue, M. Ambroise 
Tardieu, a, je crois, raison d'attribuer 
au vieux mot borie un sens analogue à 
celui de métairie. D'abord il me semble 
bien l'avoir rencontré, moi aussi, avec le 
même sens probable. En outre, on ne 
peut s'empêcher de rapprocher ce mot de 
bouverie et de borderic, surtout quand on se 
rappelle la double étymologie attribuée à 
ce dernier terme. Tandis que les uns, en 



effet, rattachent borderic à borde, maison- 
nette, (du saxon bord, petite ferme, petite 
maison de campagne), les autres en font 
une corruption de boaria (lieu où l'on en- 
ferme les bœufs), et cette dérivation me 
paraît s'adapter admirablement au mot 
beric. 

Pour borderie, j'inclinerais assez volon- 
tiers vers l'origine saxonne. Cependant il 
faut se rappeler que, dans le centre de la 
France, on appelle aussi borderie la surface 
de terre que peuvent labourer en une 
année deux bœufs — ou quatre bœufs 
dans quelques localités, — ce qui nous 
ramènerait à introduire le radicales dans 
la formation du mot borderie. 

En tout cas, pour borie, le doute ne me 
parait pns possible. 

G. DE FONTENAY . 

* 
* * 

Du Cange définit ainsi le mot de basse 
latinité boria : prœdium rusticum ,borderia, 
vox Occitanica Arvernis boire. On peut en 
conclure que borie, alias borderic, signifie 
bien de campagne, domaine, métairie, 

ferme. Th. Courtaux. 

* 

Borie (prononcer bori-eu) dans le midi 
de la France et le plateau central, signifie 
non pas métairie, mais bergerie. C'est 
généralement une bergerie isolée sur la 
montagne où on envoie les troupeaux de 
moutons pendant Pété. A côté de la borie 
on emploie le fumier, intransportable à 
cause de la distance, à fumer des champs 
de seigle ou de pommes déterre. 

M. P. 



Borie, boriage, borde, borderie, borda 
bucrda.boaria,[(dans les langues du Midi); 
veulent dire : maison de champ. Métairie 
a le sens de terre cultivée à mi-fruit. 
Bordel veut dire petite maison au moyen- 
âge. Borda dans la basse latinité veutdire : 
métairie. Le premier glossaire venu le 
mentionne. Dans le vieux saxon, il y a le 
mot bort, bord, qui a le même sens. 

La Coussière. 



M. AmbroiseTardieu a parfaitement rai- 
son en rapprochant le mot borie de celui 
de métairie. 

Dans le midi de la France, dans les Cé- 
vennes en particulier, on donne ce nom à 



N«94«.J 



L'INTERMEDIAIRE 



— 259 



26 



des métairies, à des fermes : La borio 
blanco, La borie du Pont, etc. 

Ecuodnof. 

* 



• * 



Assurément, mais en Languedoc et en 
Gascogne, plutôt qu'en Auvergne. Dans 
le Gard, il y a la grand' Borie, la Bonc 
vieille, la Borie neuve, et des centaines de Bo- 
ries, qui ne sont que des métairies ou 
des fermes, le métayage, (d'où métairie) 
étant peu pratiqué de nos jours en Lan- 
guedoc. 11 l'est davantage en Gascogne. 
Seulement la prononciation de ce vocable 
est très difficile à figurer à cause d'une 
contraction phonétique entre 1'/ et IV. 
En Agenais, en Pays de Foix, on dit: 
Borde « Borderie » petite métairie ou 
ferme, (Dict. de Boiste) — quant à l'éty- 
mologie, il faudrait revenir au Dict. du 
patois languedocien, par l'abbé de Sauva- 
ges. Alais. 1792 (?) où la question est 
certainement résolue. Cz. 



* * 



Borie (en langue d'oc et en bas-latin : 
bond) signifie exactement ferme,métairie. 
Voir d'intéressantes citations dans Du- 
cange, Glossarium, au mot boria. Cf. en 
vieux français borderie, qui a le même 
sens. D'où les noms propres Laborie et 
La Borderie. 

Jacques Soyer. 
* 

C'est bien métairie que signifie borte. 
Le mot occitan borio, comme bordo, dé- 
signe une propriété, petite ou grande, 
aussi bien l'habitation que les champs y 
attenant. B.-F. 

* * 
M. Ambroise Tardieu qui est, je crois, 
originaire du Puy-de-Dôme, peut aisément 
vérifier l'exactitude de son hypothèse. 
Dans les départements voisins, Lozère, 
Haute-Loire, Aveyron. . , peut-être même 
en Auvergne, une Borie (prononcez Borie 
en appuyant sur la r c syllabe) signifie 
dans le langage vulgaire, une grande 
ferme, une métairie. Quant à l'étymologie 
de ce mot je serais très enclin à l'emprun- 
ter au patois allemand. On sait que 
baùer signifie paysan, métayer. Certes les 
vaillants Boers ont fait trop parler d'eux 
depuis deux ans, pour que l'on omette de 
signaler le rapprochement de ce mot 
hollandais avec l'allemand, et le mot 



populaire, Borie passe dans certains dia~ 
lectes de nos départements. 

A. P. 

Un Ruffebaron (T. G., 794, XLI1I). 
— Auga n'était pas la première ruffe- 
baronnie du Béarn. Raymond écrit, en 
effet, (page 105 de son Dictionnaire fopo- 
grapliique), à propos de Louvie-Soubiron, 
dont il a été ici question naguère (XLIII, 
127): 

Ce village formait avec Listo une ruffe- 
baronnie érigée en 1615, vassale de la vicomte 
de Béarn: toutefois, dès 1538, le seigneur se 
qualifiait de priuner rufebaron . 

A. S. 

L'origine du mot mouchard (T). 
G, 616. — Un petit journal d'arrondisse- 
ment de Paris a publié récemment un 
article sur la vie et l'exécution d'Etienne 
Dolet en 1 546. Il y est question, au sujet 
de la chambre ardente établie par Fran- 
çois I er , d'un docteur en Sorbonne, du 
nom d'Antoine de Mouchi, qui se faisait 
appeler Démocharès. La mission de cet 
inquisiteur, consistait à rechercher les hé- 
rétiques et à les envoyer au feu ; or cet 
Antoine de Mouchi se serait acquitté de 
ses fonctions avec un zèle et une ténacité 
d'investigateur, tels, . ue le peuple aurait 
tiré de son nom la qualification de mou- 
chard. 

Existe-t-il des traces aussi anciennes de 
ce mot? Dans quel ouvrage pourrais-je 
les trouver? L. Tesson. 



Darbo(XLIV, 1 10). — Cemotdontaucun 
dictionnaire ne me donnait l'explication, 
m'a longtemps intrigué, lorsqu'un beau 
jour, en traversant le passage Choiseul, 
je l'ai découvert servant d'enseigne à une 
petite boutique qu'on peut y voir encore 
aujourd'hui et qui aligne, pour tout éta- 
lage, une double rangée de cylindres ver- 
ticaux terminés par une longue queue en 
caoutchouc. 

J'ai toujoujours pensé depuis lors que 
c'était à ce fabricant de biberons automa- 
tiques qu'il était fait allusion dans *< l'af- 
faire de la rue de Lourcine ». Ce genre de 
plaisanterie n'a jamais raté son effet au 
théâtre, depuis et même avant Molière. 

G. G, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



26] 



I 20 Août 1901 . 



262 



Darbo fut l'inventeur d'un biberon 
perfectionné pour lequel on fit beaucoup 
de publicité, et beaucoup de plaisante- 
ries. Le mot de Labiche était tout d'ac- 
tualité et ne portait qu'à cause de la 
grande réclame faite à cette époque pour 
les biberons Darbo. Le Cordier. 

Même réponse : Sir Graph, Sab, A. S. 
Tesson. 



Un chaufroix (T. G., 1 98). — 
Origine du mot. L'Intermédiaire s'est 
occupé de ce mot en 1876. Il a cité Littré, 
il a cité Grimod de la Reynière, il a 
cité Bescherelle qui, avec Audot, attribue 
l'origine du mot au nom d'Angiilon de 
Chaufroix, chef entremettier des cuisines 
deVersailles en 1774. 

Le problème n'est pas résolu. D'autant 
que j'ai retrouvé depuis, dans un recueil 
culinaire, cette anecdote, que je demande 
la permission de soumettre au contrôle de 
mes collaborateurs : 

La création de cette entrée date de l'année 
1759. Elle est due à une circonstance toute 
fortuite. 

Le maréchal de Luxembourg se trouvait en 
résidence dans son château de Montmorency; 
lorsqu'un soir, au moment de se mettre a 
table avec de nombreux invités, parut un 
« courrier » arrivé à toute bride. Ce message 
venait annoncer au maréchal que le roi le de- 
mandait sans retard. Celui-ci dut partir. Les 
invités, d'abord surpris, puis consternés, pri- 
rent place à table, mais, en l'absence du 
maréchal, ne firent qu'un froid accueil au 
dîner. Plusieurs mets revinrent à la cuisine 
presque intacts, entre autres une fricassée de 
poulet et un salmis de perdreaux qui furent 
mis en réserve au garde-manger. 

Vers onze heures du soir, un roulement de 
voiture annonça le retour du maréchal, qui 
donna l'ordre de servir de suite les restes du 
repas sans les faire chauffer. Les deux entrées 
lui furent servies telles. Jamais le maréchal 
n'avait senti son estomac si disposé et aussi 
satisfait. Plus tard, le souvenir de ce repas à 
l'impromptu lui revenait à la mémoire ; il de- 
manda pourquoi on ne lui servait plus de ces 
mets si agréables. Le cuisinier, un peu sur- 
pris, s'exécuta. II fallut alors trouver un 
titre à ces entrées ; le cuisinier les appela de 
leurs noms respectifs, mais en ajoutant l'adjec- 
tif refroidi. Ce mot déplut au maréchal ; il 
indiqua lui-même le titre de chaud~Jroi d, qui , 
depuis, a tait le tour du monde. 

Quant au prétendu Chaufroix, il n'a jamais 
existé. 

Nous invoquerons le témoignage de l'illus- 
tre Carême. Jamais ce grand praticien n'a dé- 



naturé ni le sens, ni l'orthographe de ce mot. 
Ses œuvres sont Là pour le dire ; partout, 
dans ses menus, le mot chaud-froid existe et 
non chaufroix. Nous avons sous les yeux les 
œuvres de Grimod de La Reynière, surnommé 
le Corneille de la cuisine française, savant, 
érudit, très friand des petites anecdotes du 
siècle dernier, parmi lesquelles nous en trou- 
vons de charmantes. Aucune d'elles ne fait 
mention de l'histoire du soi-disantfameux en- 
tremettier Chaufroix, inventeur de ce mets 
délicieux. Si ce personnage avait existé, à coup 
sûr Grimod de la Reynière en aurait parlé 
dans ses nombreuses causeries. Les menus 
qu'il nous a laissés mentionnent tous la même 
orthographe : chaud-froid. N'avons-nous pas 
encore, à côté de ces deux grands maîtres, Plu- 
merey, Berchoux, Brillât-Savarin, Gouffé, etc. 
Comment pourrait-on savoir, d'une ma- 
nière certaine, que l'anecdote se rappor- 
tant au maréchal de Luxembourg est 
authentique — et plus facilement, sans 
doute, s'il y eut, dans les cuisines royales, 
un sieur Angilon de Chaufroix ? Le V. 

Racine et le café (XL1V,i 15,173).— 
Jamais M me de Sévigné n'a dit ni écrit 
que Racine passerait comme le café. C'est 
Voltaire qui a fait le rapprochement... 
« Mais elle en juge comme du café, dont 
elle dit qu'on se lassera bientôt. » Telle 
est la phrase de Voltaire, que je cite de 
mémoire. Le mot a été souvent relevé. 
Or, soyez tranquille, on le répétera 
encore. Ce n'est pas une raison pour ne 
pas le nier, et à toutes les fois qu'il se 
présentera. A. 

* * 
A la réponse que j'ai donnée à ce sujet, 
en reproduisant le texte même de Géruzez, 
il est bon d'ajouter ce que je trouve chez 
Ed. Foumier: L'Esprit dans l'histoire, (3 e 
éd. Paris, Dentu, p. 333)- 

G ruzez a oublié un petit détail, qui n'a- 
moindrit pas l'erreur, mais la déplace un peu. 
Ce n'est pas La Harpe, mais Voltaire qui fut 
le vrai coupable. C'est lui qui fit, entre les 
deux lettres de M" de Sévigné, si étonnées du 
rapprochement, la liaison dangereuse signalée. 
La Harpe ne composa donc pas la phrase 
sacramentelle. 11 la prit toute faite dans ce 
passage de la lettre de Voltaire à l'Académie, 
qui sert de préface à son Irène : 

«Nous avons été indignés contre M"' de Sévi- 
gné, qui écrivait si bien et qui jugeait si mal. . 
Nous sommes révoltés de cet esprit misérable 
de parti, de cette aveugle prévention qui lui 
fait dire : La mode d'aimer Racine passera 
comme la mode du café.)) L. DE Leiris. 



N° 941 



L'INTERMEDIAIRE 



263 — 



264 



Il n'y a pas de grand homme pour 
son valet de chambre (XLIV, 162). 
— M lle Aïssé, dans une lettre datée du 13 
août 1728, écrit : 

Je vous renvoie à ce que disait madame Cor- 
nuel, qu'il n'y 'avait point de héros pour les 
valets de chambre. 

En note par Eugène Asse: 

Anne Bigot, femme de Cornuel, trésorier de 
l'extraordinaire des guerres ; morte en 1694 et 
célèbre par sa vivacité et par son esprit. Les 
recueils du temps, et en particulier les lettres 
de Mme de Sévigné, sont remplis de ses bons 
mots. C'est elle qui disait de l'abbé de Boisro- 
bert : « Quand je le vois monter en chaire, je 
sens ma dévotion s'évanouir, car il me semble 
toujours que son surplis est fait d'une robe 
de Ninon ». 

Le mot que M llc Aïssé prête à M me Cor- 
nuel, n'aurait-il pas déjà été prêté à 
M me Cornuel par M mc de Sévigné ? 

D r L. 

Un portrait de Philippe Pot(XLIV.- 

S5, 207). — Rectifications obligeantes 
(mais à côté) aux réponses du dernier n° : 

i° Régnier Pot, seigneur de LaPrugne- 
en-Berry, La Roche-Nolay, Bourgui- 
gnon, Baigneux, Thorey, Gamaches, etc. 
conseiller, chambellan et ambassadeur du 
duc de Bourgogne, gouverneur du Dau- 
phiné etc., n'est pas le père, mais l'aïeul 
de Philippe Pot, dont il s'agit ici. 

2 Le château de La Roche-Nolay n'a 
pas appartenu aux Montaigu, seigneurs de 
Couches, qui en ont seulement été pen- 
dant quelque temps les vassaux en qua- 
lité de seigneurs de Nolay. Il s'est trans 
mis, par héritage, de l'ancienne maison 
de la Roche, dans les maisons de Thil, de 
Beaujeu, et de Savoie, et c'est à Louis de 
Savoie, comte de Piémont, prince de La 
Morée et sire de La Roche, que Régnier 
Pot l'acheta en 1403, moyennant 4,000 
écus d'or et par permission spéciale du 
duc Philippe le Hardi. 

L'auteur de la question, ayant étudié 
son sujet, n'a aucune confiance dans ce 
qui a pu être imprimé jusqu'à ce jour 
relativementà Philippe Pot et à sa famille; 
mais il sera vivement intéressé par toute 
communication ou indication de pièces 
inédites. Quant au portrait demandé, il 
a certainement existé, et, très vraisembla- 
blement, fait partie de la superbe galerie 
des Montmorency, qui descendaient des 
Pot. Entre quelles mains tous ces trésors 



ont-ils passé par héritage, et où faudrait- 
il les chercher aujourd'hui ? Voilà ce que 
doivent savoir les historiens de l'Art, et 
c'est à leur érudition que j'ai recours. 

L. H. 



* 
* * 



On a toujours tort de se fier à sa mé- 
moire, et la mienne vient de me jouer un 
mauvais tour de plus. J'ai écrit de souve- 
nir que le château de La Roche-Nolay 
avait été donné par Jean-sans-Peur à son 
ancien compagnon de captivité en Asie, 
Régnier Pot ; c'est une erreur.Je retrouve 
en effet dans mes notes, que j'aurais bien 
fait de consulter avant d'écrire, que le 15 
septembre 1403, Régnier Pot, chevalier, 
chambellan du duc PhilippeleHardi, achè- 
te le château de La Roiche Nolay (sic) de 
Louis de Savoie, prince de Morée. Il avait 
été bâti deux siècles plus tôt par Alexan- 
dre, deuxième fils de Hugues III, duc de 
Bourgogne, et d'Alix de Lorraine, et frère 
du duc Eudes III. Alexandre fut la tige 
des Montagu de la maison de Bourgogne, 
et la quatrième croisade le fit prince de 
Morée. 

Le fils de Régnier Pot, Jacques, épousa 
N. de Courtiamble — je ne retrouve pas 
son prénom en ce moment. 

11 en eut plusieurs enfants, entre autres 
Philippe Pot, filleul et l'un des favoris de 
Philippe le Bon, chevalier de la Toison 
d'Or en 1471. 11 s'attacha à la cause fran- 
çaise après la mort de Charles-le-Témé- 
raire, peut-être parce qu'il avait ses biens 
en Bourgogne, fut fait, par Louis XI, che- 
valier de Saint-Michel et grand sénéchal 
de Bourgogne et mourut à Dijon au palais 
ducal devenu le Logis du Roi, en septem- 
bre 1493, sans avoir été jamais marié. Il 
s'était fait ériger à Citeaux un tombeau 
qui fut transporté à Dijon lors de la sup- 
pression de l'abbaye souveraine, devint 
propriété particulière dans des circons- 
tances mal connues et fut enfin acheté 
pour le Louvre par feu Louis Courajod 
qui a rétabli l'ordre des huit porteurs ou 
deuillants complètement interverti à la 
suite des transports successifs du monu- 
ment. Les écus armoriés donnent aujour- 
d'hui le pennon héraldiqueexact du grand 
sénéchal. 

La nièce de Philippe, Anne, épousa 
Guillaume de Montmorency et fut mère 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



205 



— 266 



( 20 Août 1901, 



du fameux connétable qui reçut son nom. j fondation de Rome jusqu'aux emprunts 



C'est par elle que les grands biens des 
Pot passèrent dans la maison de Montmo- 
rency. 

Régnier et Jacques Pot sont enterrés 
dans l'église paroissiale de Larochepot, 
sous de simples dalles gravées, à peu près 
illisibles aujourd'hui. 

Je termine en remerciant M le comte 
de Bony de Lavergne de son renseigne- 
ment sur le grand-père de Philippe Pot. 

Enfin, je signale, dans l'article (XLIV, 
207), une erreur de plume que je prends 
à mon compte puisque j'ai corrigé l'é- 
preuve : au lieu de lire que Châteauneuf 
fut donné à Philippe le Bon, il faut mettre 
à Philippe Pot. H. C. M. 



UûU$, ©roupilles *t tffuvtasttes 

Le cens quinquennal des romains 
est-il d'origine grecque ? — Une dis- 
cussion du plus haut intérêt, et dont il ne 
restera pas de trace, a eu lieu au Congrès 
de l'histoire du droit et des institutions 
que vice-présidait notre éminent col- 
laborateur M.Revillout, professeur à l'E- 
cole du Louvre, conservateur-adjoint des 
musées Nationaux. Sa communication por- 
tait sur cette question: Z^ cens quinquen- 
nal des Romains est-il d'origine grecque ? 
Les incidents auxquels cette discussion 
donna lieu ont amené M. Revillout à faire 
décomposer dans les comptes-rendus, le 
résumé de sa lecture, d'après le mémoire 
original, qu'il a détruit également. 

Il nous a paru que nous avions le devoir 
de solliciter la faveur de sauver cette étude 
de la destruction. Nous avons obtenu de 
M.Revillout le droit de publier le résumé 
de son travail au moment où il le sacri- 
fiait. 

En nous l'adressant, M. Eugène Revil- 
lout nous écrit ; 

Je dois dire que je ne connais aucune trace 
de cens quinquennal dans le droit grec que 
j'ai beaucoup étudié et à l'étude duquel j'ai 
fourni un nouveau document précieux, le papy- 
rus d'Hyperide, découvert, reconstruit et pu- 
blié par moi. Voici le texte quia fourni matière 
à la polémique, et qu'il est nécessaire d'étudier 
en entier pour la solution réelledu problème. 

LES RAPPORTS HISTORIQUES ET LEGAUX 

Des Quirites et des Egyptiens depuis la 



faits par les dccemvirs au Code d'Amasis. 

La monographie qui constitue aujour- 
d'hui le sujet de ma lecture (et que je ne 
saurais esquisser complètement en vingt 
minutes, puisque je viens d'y consacrer 
toute une année scolaire du cours de droit 
égyptien comparé aux autres droits de 
l'antiquité, professé par moi depuis dix- 
huit ans à l'Ecole du Louvre),cette mono- 
graphie, dis-je,je l'ai choisie pour répon- 
dre bien partiellement à la question n° 5 
du programme du Congrès : « Examen 
de ce qui revient aux Egyptiens et aux 
Chaldéens dans les origines et le dévelop- 
pement historique du jusgentium des peu- 
ples classiques, en matière civile, crimi- 
nelle, commerciale, économique. Compa 
raison des éléments ethniques (indiens ou 
gréco-latins) dans la doctrine de Fustel 
de Coulanges {La Cité antique) », 

Cette question me parait de plus en 
plus à l'ordre du jour. 

11 y a peu de temps encore, on croyait 
que c'était beaucoup faire que de remon- 
ter jusqu'à Rome dans l'histoire des ins- 
titutions légales, et l'on attribuait au 
peuple le moins lettré de l'antiquité l'hon- 
neur d'avoir créé le droit. 

Les Romains eux-mêmes avaient beau 
nousdirelecontraire,sur cepoint.on neles 
croyait pas. Ils restaient inventeurs mal- 
gré eux : et cela paraissait déjà de l'au- 
dace que de vouloir chercher les origines 
grecques sur certains points très limités 
d'organisation politique, comme mon 
frère Charles Revillout dans ses études 
sur les génies et les phratries, et comme 
surtout Fustel de Coulanges dans sa Cite 
antique. 

Ce grand esprit cependant avait senti 
qu'il devait y avoir un au-delà. 

L'au-delà, plus ancien que les Grecs, il 
avait cru le trouver dans cette Inde incon- 
nue dont les linguistes avaient prouvé la 
parenté ethnique avec les Hellènes, les 
Quirites, etc. Fut-ce un rêve ? C'est ce 
que l'avenir nous apprendra. Un de mes 
élèves, M. Cabaton, membre de la nou- 
velle mission française de l'Inde, a bien 
voulu se charger de cette recherche, et 
voir si enfin on pourra trouver dans 
ce pays quelques documents vraiment 
juridiques, car les lois de Manou n'ont 
nullement ce caractère. En tous cas, 



N-941.] 



L'INTERMEDIAIRE 



267 



268 



s'il en existe, rien ne nous permettra de 
dater de semblables documents, puisque 
l'Inde ne possède pas de chronologie, — 
la question du Bouddhisme indo-chinois, 
si récent pour nous, une fois mise à part. 
Les nouvelles découvertes d'Egypte et 
de Chaldée nous permettent, au contraire, 
de remonter avec certitude à une anti- 
quité vraiment prodigieuse ; et sur ^ les 
rives du Nil ainsi que sur celles de l'Eu- 
phrate, nous voyons alors en vigueur, 
chacun avec un caractère bien à part, des 
droits sérieux, bien déduits, qui nous 
fournissent presque toutes les origines de 
ceux de la Grèce et de Rome. 

Cela n'a rien qui doive nous surpren- 
dre. Les anciens eux-mêmes nous l'avaient 
dit : Solon, par exemple, s'était inspiré, 
d'après eux, des lois d'Egypte, et les 
Romains n'avaient fait, disent-ils aussi, 
que copier, dès l'époque des XII tables, 
les lois apportées d'ailleurs par de vérita- 
bles missions scientifiques. 

Les Grecs ne tarissent pas d'éloges sur 
les Chaldéens et sur ces Egyptiens dont 
les Hébreux vantaient également la sa- 
gesse. 

Gluant aux Phéniciens, ce n'étaient — 
nous le savons maintenant — que des 
imitateurs serviles tantôt des uns, tantôt 
des autres. 

Leur art, à nous connu, est égyptien. 
Gluant à leur droit, il est chaldéen, et 
c'est ce qui nous explique comment — 
mon frère, Victor Revillout, moi-même 
et mon disciple.M. Lapouge nous l'avons 
démontré — l'école juridique, phénicienne 
d'origine, qui domina à Rome sous les 
seconds Antonins, importa, surtout dans 
le droit impérial, les coutumes légales de 
la Chaldée. N'était-ce pas la civilisation 
chaldéenne que les anciens Chaldéens, les 
Assyriens et les Perses avaient transpor- 
tée dans toutes les contrées qu'ils avaient 
conquises ou possédées, particulièrement 
en Phénicie (1) et en Grèce ? La corres- 
pondance cunéiforme d'Aménophis IV 
avec les princes de Syrie et de Chaldée ne 
nous prouve-t-elle pas qu'il n'y avait dès 
lors que deux vrais centres intellectuels et 
politiques : l'Egypte et la Mésopotamie ? 



(1) La Phénicie appartint aussi à plusieurs 
reprises à l'Egypte, et c'est ce qui nous expli- 
que le partage d'influences de ces deux hégé- 
monies, 



Tout vient donc concorder d'une façon 
admirable pour établir la véracité des 
anciens, dont la critique moderne avait 
essayé d'énerver, presque sur tous les 
points, les témoignages. 

Pline et Denys d'Halicarnasse n'avaient 
été. sous ce rapport, guère mieux traités 
qu'Hérodote et que Diodore. Et cependant, 
en réalité, les dernières recherches ont 
prouvé que. sauf en ce qui concerne 
l'Egypte, une erreur de pagination et une 
intervention de folios (1), commise par 
suite de la répétition des mêmes mots 
commençant des paragraphes différents, 
erreurs qui, pour les deux derniers, avaient 
troublé la suite chronologique, ces grands 
classiques avaient absolument raison et 
nous ont livré sur l'histoire et les mœurs 
de l'antiquité les renseignements les plus 
exacts. 

Pour le droit égyptien particulièrement, 
tout ce que nous ont dit Hérodote et Dio- 
dore a été confirmé par des documents 
contemporains, traduits et commentés par 

moi . 

Mais que de choses nouvelles ces docu- 
ments égyptiens, rapprochés de ceux de 
la Chaldée. ne nous ont-ils pas apprises ? 
Dans nos livres sur les obligations, sur la 
créance et le droit commercial, sur la 
propriété, etc., extraits des cours faits par 
nous de 1889 à 1890 environ, nous avons 
I montré — ce que nous nous proposons 
de prouver encore plus en détails — que 
le droit romain de la grande époque des 
jurisconsultes était surtout emprunté à la 
Chaldée, comme le droit administratif des 
Constantin et de ses successeurs surtout 
emprunté à l'Egypte. Les nouveaux pa- 
pyrus démotiques, récemment acquis et 
étudiés par nous, nous permettent main- 
tenant d'ajouter que le droit le plus archaï- 
que de Rome et le droit des XII tables qui 
l'a suivi, sont l'un et l'autre surtout des 
emprunts faits à des Codes successifs qui 
venaient de se succéder dans la vallée du 

Nil. 

Il faut bien le savoir, les peuples anti- 
ques, plus encore peut-être que les peu- 
ples modernes, avaient, les uns et les 
autres, des rapports d'idées constants. 

Non seulement les anciens connaissaient 



(i)M 
point. 



le Docteur Apostolidcs a prouvé ce 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



269 ' 

le droit international public et privé, ga- 
ranti par des traités, et dont nous avons 
de bons exemples : je citerai le texte 
même de celui qui fut conclu entre Ram- 
ses 11 — Sésostris et la Confédération des 
Khétas, rétabli, traduit et commenté par 
moi dans le dernier numéro de ma Revue 
cgyptologique ; je citerai encore ceux que 
vise et suppose la vieille chronique cunéi- 
forme nous peignantle droit international 
qui, à une époque très archaïque, assurait 
aux citoyens des Etats de l'Asie des 
droits écaux les unschezles autres, comme 
à Athènes, cela a été décidé plus tard 
par traités, pour certains peuples alliés ou 
pour des princes philhellènes. Mais encore 
nous constatons, dès ces époques recu- 
lées, de véritables modes juridiques, ana- 
logues à celle qui, pendant près d'un 
siècle, mit en faveur et fit même pro- 
mulguer chez les peuples voisins de nous 
le Code de Napoléon, ou à celles qui 
maintenant un peu partout font songer 
au Homestead américain ou Heimstette 
allemand et aux registres relatifs à la pro- 
priété foncière qu'ont inaugurés les Codes 
germaniques — pour supprimer la pres- 
cription de long ou de court terme et les 
divers genres — si injustes — d'usuca- 
pion. Chez les anciens aussi sur les mêmes 
questions et sur d'autres encore, nous 
voyons la mode osciller entre les solutions 
les plus opposées. Les nouvelles idées 
juridiques, les réformes originales et 
importantes font peu à peu, en un siècle 
ou deux, le tour des peuples civilisés du 
voisinage, et quand de semblables réfor- 
mes constituent, dans un Code récent 
alors, un corps de doctrine ayant sa phi- 
losophie pratique, l'admiration n'a pas 
de bornes et les imitations sont sans nom- 
bre. Ainsi se forme pour une période dé- 
terminée le jus gentium : ce jus gentium 
que les jurisconsultes de Rome opposent 
au jus civile ; au droit devenu trop étroit 
qui n'est souvent — à Rome en particu- 
lier — que la guenille d'un vieux jus gen- 
tium démodé. 

Les diverses périodes sont souvent d'es- 
prit très différent. Tout n'est pas légende 
dans la vieille tradition de lage d'or et 
de l'âge de fer. L'âge de fer, c'est celui 
des guerres sanglantes et brutales : c'est, 
en Asie, celui des téroces conquérants 
assyriens qui ont fait cesser la période de 



:o Août 1901 . 



270 



paix, et, si je puis m'exprimer ainsi, d'in- 
ternationabsme. régnant dans ces mêmes 
régions dans les temps antérieurs, d'après 
les vieilles chroniques cunéiformes dont 
nous parlions tout à l'heure : c'est dans 
un monde plus voisin de nous, celui des 
conquérants doriens et de leur jus gentium 
qui transforme en ilotes les heureux sujets 
de Ménélas, et réduit les Hélène et les 
Pénélope du temps homérique à n'être 
plus que la misérable épicière de l'Athènes 
des orateurs ou pis encore : la femme Spar- 
tiate. C'est enfin celui des cousins des Do- 
riens, les Romains, portant leurs dévasta- 
tions, non plus seulement dans un pays 
aussi limité que la Grèce, mais pres- 
que dans tout le monde alors connu : 
jusque dans ces civilisations dont l'origine 
se perdait dans la nuit du temps et qui 
étaient si douces et si polies. 

Parmi celles-ci, nous citerons celle de 
l'Egypte, qui, en dépit des révolutions, 
des conquêtes et des guerres, conserva 
bien longtemps les traditions de l'âge d'or, 
tant dans le terrain de la morale que dans 
celui du droit. 

Heureusement que tout se renouvelle 
et se transforme, que les vaincus finissent 
par civiliser leurs vainqueurs, et que, s'ils 
ne leur font que rarement atteindre le 
niveau où eux-mêmes étaient parvenus, 
ils leur permettent cependant d'être pour 
d'autres, plus barbares, une lumière dans 
les ténèbres : lux in tenebris, jusqu'au 
moment où d'autres conquérants, d'au- 
tres sauvages viendront à nouveau tenter 
de tout anéantir. 

(A suivre) 

Un guérisseur de paralytiques 
en 1723. — Au moment où les guéris- 
seurs — magnétiseurs et masseurs — se 
voient l'objet de poursuites pour exercice 
illégal de la médecine, il n'est peut-être pas 
sans intérêt de rappeler qu'ils eurent des 
devanciers, au milieu du siècle avant-der- 
nier, qui furent dans les meilleurs termes 
avec les médecins de la Faculté. Etaient- 
ce des empiriques ? Sans nul doute, mais 
il ne paraît pas davantage douteux qu'ils 
réussissaient de ces cures qui devaient, 
plus tard, faire la gloire de Charcot et 
de ces émules ; - - mettons plus sim- 
plement qu ils précédaient dans cette voie 
les Cagliostro et les zouaves Jacob. 



N* 941, 



L'INTERMEDIAIRE 



271 



Dans les Nouvelles, petite gazette qui 
se publiait à Amsterdam, à la date du 
21 avril 1724, nous trouvons, relatée, 
l'histoire d'un inconnu à Paris qui guérit 
des paralytiques. Comment ? Par le mas 
sage ? Par le magnétisme ? La correspon- 
dance ne le dit pas : elle n'enregistre que 
les résultats qui paraissent absolument 
authentiques. 

Nous ne pensons pas que le récit de 
ces cures qui émerveillaient Paris au 
commencement du xvu e siècle, soit 
connu, et c'est pourquoi nous publions 
cette curieuse correspondance hollan- 
daise: 

On voit ici (à Paris) le détail de trois cures 
extraordinaires de paralysie faites par un par- 
ticulier demeurant rue Tiquetonne, dans la 
maison de M r de la Beaume, maître des 
comptes. 

Au mois de mars 1723, il guérit la fille du 
S. Dupuis, marchand de vins dans la rue 
St-Nicaise, affligée depuis 3 ans et 7 mois 
d'une si cruelle paralysie que l'on était obligé 
de la porter parce qu'elle ne pouvoit, en au- 
cune façon, se tenir sur les piez, ayant la 
jambe, et les genoux sans mouvement et sou- 
dez avec les cuisses, les nerfs> de derrière les 
jambes nommés les fléchisseurs, racourcis de 
3 doigts, ce qui .-.voit retiré et couibé les 
muscles et la plante des piez avec des roi- 
deurs siextraordinairesqu'il n'étoitpas possible 
de les faire mouvoir ; elle était enfin déclarée 
incurable par plusieurs médecins de la Faculté 
de Paris qui l'avoient vue et néanmoins ce 
même particulier l'a fait marcher et elle mar- 
che présentement comme si elle n'avoit jamais 
été paralytique. 

Le marquis de Biiqueville. mestre de camp 
d'infanterie, fils aîné du marquis de Luzerne, 
demeurant rue de l'Université, paralytique 
depuis 4 ans des deux jambes, avoit les nerfs 
fléchisseurs retirez sous les genoux d'environ 
3 doigts, les muscles de la plante et les doigts 
des piez courbez en dessous, roides et sans 
mouvement, beaucoup d'humeurs pétrifiées et 
durcies aux deux piez, en sorte qu'il ne les 
pouvoit mettre à terre, ni marcher; ayant fait 
quantité de remèdes, pris les Eaux de Bourbon 
et Barège, l'espace de 3 ans consécutifs, sans 
soulagement. M' Maréchal, premier chirur- 
gien du Roi informé de la cure, ce dernier lui 
a conseillé de se mettre entre les mains du 
même particulier, lequel l'a si bien fait imr- 
cher qu'il a été l'automne dernier à la chasse 
et pendant plusieurs mois. 

Au mois de juillet 1723, le s r Chcvance 
avocat, demeurant rue de la Monnaye, para- 
lytique depuis 8 ans des deux jambes, sans 



272 



pouvoir marcher, même avec des béquilles, 
marche à présent seul avec deux cannes. 

Ces 3 faits ont été affirmez par une attes- 
tation de deux notaires de Paris. 

L'orthographe du nom du maré- 
chal Davoust. — On sait que des di- 
vergences de vues existent encore sur la 
manière dont il faut écrire le nom du 
vainqueur d'Auerstaedt et d'Eckmùhl. 

On trouve aux Archives nationales, 
série E, n° 2646, un arrêt du conseil 
d'Etat qui parait trancher la difficulté. 

Cet acte intervint, le 6 décembre 1788, 
sur une demande en maintenue de no- 
blesse, formée par « Jean François Da- 
vout, chevalier, ancien capitaine aide- 
major des carabiniers », dont les titres 
généalogiques avaient péri dans l'incen- 
die d'une étude notariale. Le postulant 
reconstitua, de son mieux, les pièces jus- 
tificatives, à l'appui de sa demande, et, 
dans la série des documents produits, qui 
remontent au xvi e siècle, son nom patro- 
nymique est écrit, tour à tour : D ' Avoud, 
Davoust, Davot, Davoul, Davout. L'arrêt 
de 1788 homologua une ordonnance de 
M. Ferrand, intendant de Bourgogne, en 
1698, rendue en faveur d'un s r Davoust. 

L. des C. 

Petite (Ç&mspoiulancrç 

J. Miron. — II est indispensable que les 
réponses et les questions soient aussi brèves 
que possible — mais les questions surtout. 
Quant aux titres, nous avons adopté une for- 
mule qui nous paraît la meilleure, mais nous 
ne voyons qu'avantage à avoir plusieurs for- 
mules pour la table. 

E. M. — Quelques épreuves corrigées arri- 
vées en retard ont été envoyées à l'imprimerie 
pour correction, mais les feuilles étaient déjà 
tirées. 

A plusieurs. — Même observation que ci- 
dessus. Nous veillerons à ce que les épreuves, 
adressées à temps, puissent parvenir corrigées 
en temps utile. 

Gros Malo. — Nous gardons la rubrique de 
la Table générale, car elle a servi à toutes les 
productions de cette espèce. 

CL. — M. Camille Lesenne demeure 6, 
rue d'Offémont, — M. Arthur Pougin, 135, 
faubourg Poissonnière. Nous ignorons l'adresse 
de M. Michel Blénet. 



Le Directeur-gérant . G. MONTORGUEIL. 
Imp. Daniel-Chambon St-Amand-Mont-Rond. 



XLIV Volume Paraissant Us 10, 20 et 30 de chaque mois. 



3 Août 1901 



N° 942 

31,»" r. Victor Massé 



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31 w, ,r. Victor Massé 
PARIS ux»; 

Bureaux: de 2 à 4 heures 




nUxméhiaxxt 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS BT RÉPONSES LITTÉRALES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES KT AMIST10.UES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



273 



274 



Un légionnaire de 107 ans. — La 

presse s'occupe, depuis une dizaine de 
jours, d'un ex-lieutenant de la garde im- 
périale, décoré en 181 3 sur la recomman- 
dation du maréchal Ney, et qui vivrait 
encore à Varsovie dam le plus complet 
dénuement. 

Est-il possible que l'ordre de la Légion 
d'honneur n'ait jamais songé à faire offi- 
cier ce chevalier de 88 ans de grade ? 
Est-il possible qu'il laisse dans le plus 
complet dénuement, bien qu'il fût polo- 
nais, un légionnaire de 107 ans ? 

Le fait est-il exact ? 

Ce vieillard a-t-il droit à une rente ? 

Il me semble que les survivants de 
l'époque ne sont pas aujourd'hui si nom- 
breux pour que l'on ne puisse pas s'oc- 
cuper de celui-là. H. Lyonnet. 



L'exécution du maréchal Ney. — 

Serait-il vrai, d'après un tableau de Cha- 
pron, qu'un officier anglais, après l'exécu- 
tion du maréchal Ne)', eût insulté le cada- 
vre du brave des braves, en franchissant 
à cheval le corps étendu ? 

Le peintre s'est-il basé sur quelque 
témoignage authentique pour garder ainsi, 
à l'histoire, un sujet aussi atroce de vile 
haine et d'horrible lâcheté ? 

P. Schmitt. 



Surnoms des ducs de Bourgo- 
gne. — Quel est l'historien qui a fixé, 
sous leur forme actuelle, les surnoms des 
ducs de Bourgogne de la race des Valois ? 
Les anciennes chroniques et les an- 
ciennes inscriptions, latines ou françaises, 
ont, pour chacun d'eux, des variantes 
multiples, entre lesquelles il a fallu choi- 
sir. 

Et ce choix ne date pas de bien loin, 
car j'ai sous les yeux un livre imprimé en 
161 2 (Histoire des Forestiers et des comtes 
de Flandre, par Corneille Martin) qui 
appelle Jean-sans-Peur, Jean l'Asseuré, et 
Charles-le Téméraire, Cbarles-le-Tt avail- 
lant. Les anciens portraits de ce dernier 
portent souvent l'inscription Carohts 
Audax, qui n'est pas plus la traduction de 
Téméraire que celle de Travaillant. 

Le confrère H. C. M. pourrait-il nous 
instruire ? L. H. 

Henri Fonfrède. — Je possède les 
dix volumes des œuvres de ce journaliste 
de grand talent. 11 est dit dans une note 
encartée dans un de ces in-octavo, que la 
notice biographique sur H. Fonfrède sera 
« publiée à part», mais je ne l'ai pas. Elle 
est de Campan, l'éditeur de ces Œuvres et 
le collaborateur d'Henri Fonfrède. Pourrait- 
on me la résumer ? Et quelque « vieux 
bordelais » ou quelque lettré de Bordeaux 
pourrait-il me donner sur Henri Fonfrède 
des renseignements particuliers ? 

Où vivait-il? A Lormon, je crois. Com- 
ment est-il mort ? De quelle maladie ? A 

XI.1V 6 



N* 942. 



L'INTERMEDIAIRE 



! 75 



276 



t-on publié son portrait? Bref un peu de 
ce qui fait revivre les morts. Et celui-là 
mériterait de revivre vraiment. C'est un 
de ces journalistes qui, en dehors de toute 
question de parti, sont l'honneur du jour- 
nalisme. Ego J. C. 

Ordre de famille. — Il existe en 
Allemagne, et peut-être autre part, des 
distinctions honorifiques intitulées -.Ordres 
de familles. Le roi de Saxe, parait-il, vient 
d'en décorer le comte de Waldersée. 
Aurait-on l'amabilité de me décrire la 
nature de ces ordres, et de m'en désigner 
le nombre ? 

Comte Georges. 



La principauté de Sabourg ou 
Seborga. — Qu'était-ce que cette prin- 
cipauté, située non loin de San-Remo, et 
qui parait avoir appartenu à l'abbaye de 
Lérins? D'où venait aux bons moines 
cette souveraineté ? Jusqu'à quelle époque 
l'ont-ils possédée ? 

Ma question s'adresse particulièrement 
à notre savant collaborateur H. M. 

A. S. 



Taxe des pauvres. — L'on sait 
qu'une ordonnance royale du 13 février 
1551, enregistrée au Parlement le 26 sui- 
vant, prescrivait la formation d'un rôle, 
d'après lequel « chacun manant et habi- 
tant de nostre ville de Paris et fauxbourgs 
d'icelle» devait être taxé, à la semaine 
d'une somme de deniers, fixée suivant les 
offres et les facultés de chacun ; le mon- 
tant de cette taxe était destiné à aider 
et à entretenir les pauvres. Il devait être 
dressé un rôle par paroisse. 

Cette ordonnance de Henri II établissait, 
en fait, le moyen d'appliquer ledit, ren- 
du à Beynes,le7 novembre 1544 par Fran- 
çois I er et suivant lequel leso ; n général des 
pauvres de Paris, autrefois confié à la di- 
rection du Parlement, était attribué au 
Prévôt des marchands et aux Echevins. 

En exécution de cet édit, le Prévôt des 
marchands et les Echevins nommèrent 
treize personnes et le Parlement, de son 
côté, nomma quatre conseillers pour assis- 
ter aux assemblées de ce bureau, qui s'ap- 
pela Bureau général des pauvres ou grand 
bureau des paroisses de Paris. 



Jusqu'en 1790, ce bureau se tenait place 
de Grève, près de l'hôpital du Saint-Esprit, 
tout proche l'Hôtel de Ville. 

L'Almanach royal de 1785 donne comme 
officiers de ce bureau : 

« M. le procureur général, chef unique. 

M. Raux, l'un de ses substituts, préside 
en son absence : 

M" Richer,gr£///^;et receveur général ». 

Ce grand bureau avait le droit, en vertu 
de l'ordonnance de 1551.de lever tous les 
ans à Paris une taxe d'aumône pour les 
pauvres, sur les princes, seigneurs, bour- 
geois, artisans et autres habitants, de tou- 
tes qualités, gens d'église, communautés 
ecclésiastiques et laïques, bureaux, compa- 
gnies, etc ; les pauvres seulement en étant 
exempts. 

Il y avait juridiction et huissiers, tant 
pour lever les taxes que pour contraindre 
les refusants de payer et ceux qui, étant 
nommés commissaires des pauvres refu- 
saient d'en accepter et faire les fonctions. 
Il est établi que les commissaires des 
pauvres percevaient la taxe et qu'ils en ef- 
fectuaient le versement au grand bureau 
d'une manière un peu irrégulière, car. 
certains ne versaient pas la totalité des 
sommes recueillies, tandis que d'autres 
faisaient des avances de leur poche. 

]e voudrais savoir s'il existe quelque 
part un dépôt d'archives contenant les 
rôles de perception de la taxe des pauvres 
et des livres de comptes par paroisse ou 
autrement. L. Tesson. 

Les Français à Berlin. — Berlin 
a été occupé et gouverné par les Français, 
d'octobre 1806 à août 1808. Quels sont 
les ouvrages, mémoires ou documents à 
consulter au sujet de cette occupation ? 

S. M. 

« Les Fraacs Régénérés » et 
« l'Anneau »• — Qu'était-ce que les 
sociétés secrètes des Francs Régénérés et 
de l' Anneau, qui existaient en France vers 
1815 ? Connaît-on des documents origi- 
naux ou imprimés sur ces deux sociétés ? 

Ch. B. 

La mort du comte Camerata. — 

Une note manuscrite, que j'ai sous les 
yeux, me renvoie aux Mémoires de Claude 
affirmant que « le prince Camerata était 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Août 1901 . 



277 



278 



épris de l'Impératrice •>>, et que \< Louis- 
Napoléon, jaloux, le fit poignarder par 
un Corse ». 

C'est évidemment absurde ; mais ne 
trouvez-vous pas que c'est à leur nais- 
sance même, qu'il faut étrangler ces 
légendes qui, avec le recul des années, 
deviennent de l'histoire ? Que sait-on de 
précis sur la mort violente du fils de la 
princesse Bacciochi ? A. B. X. 

Béranger inconnu. — Elle est bien 
bonne ! Les hommes de ma génération 
ont considéré le « grand poète national » 
comme le plus doux et le meilleur des 
hommes et voilà que Chavette, en une 
interview parue dans YEcho de Paris, 
nous apprend que ce « chantre de nos 
gloires » était un esprit très grincheux, 
très autoritaire, qui «pinçait méchamment 
les enfants pour les faire pleurer ! » Que 
pense de cette affirmation le savant biblio- 
graphe de l'œuvre de Béranger, notre 
excellent collaborateur Brivois ? 

A. S. 

Manuscrits à rechercher. — 

J'ai perdu, écrit M rae de Genlis, beaucoup 
de manuscrits, entre autres les lettres origi- 
nales de Henri IV à Gabrielle d'Estrées ; et 
des lettres originales aussi, du duc de la 
Rochefoucauld (l'auteur des Maximes), à 
M" de Sillery, sa nièce. Ces deux précieux 
manuscrits me venaient de l'héritage de ma- 
dame la maréchale d'Estrées. 

Connait-on le sort ultérieur de ces 
précieux manuscrits? A. C. 

M mc de Buffon et Ivl. Renouard de 
Bussière. — A la fin du très intéressant 
ouvrage de M. Gaston Maugrassur le duc 



de Lau{un et la cour de Marie- Antoinette, 
il est question du mariage de la comtesse 
de Buffon, la maîtresse fidèle et dévouée 
de Philippe-Egalité. Après la mort de ce 
prince, elle vécut à Paris plusieurs années 
en pleine Terreur, sans être inquiétée. Elle 
refusa d'épouser Talleyrand, qui lui pro- 
posa de devenir sa femme ; il lui répu- 
gnait de se marier avec un prêtre, si dé- 
froqué qu'il fût. Tombée dans une grande 
pénurie, elle agréa les hommages d'un 
suisse, d'un esprit distingué.M. Kenouard 
de Bussierre (et non Renoard de Bussière 
comme on l'a imprimé, loc. cit. p. 240). 

11 serait intéressant de savoir le prénom 
de l'époux in fine, de M me de Buffon ; s'il 



est issu des enfants de cette union et les- 
quels. Quel point de contact cette bran- 
che a t-elleeu avec l'honorable famille de 
Bussierre, fort connue à Paris? Cz. 

L'archange Raphaël, Crescence 
Wolff et Marie Kahlhommer. — 

Les révélations, ou prétendues telles, 
d'un archange à M lle Couédon, ont assez 
occupé la presse, ces dernières années, 
pour que l'on s'intéresse à des faits sem- 
blables arrivés il y a près de 50 ans. 

Parmi les ouvrages condamnés par la 
Congrégation de Y Index (Décrets des 7 
avril et 12 juin i8ç6)je relève ceci : 

Communications des bienheureux esprits, 
en l'an 1855, par les mains de Marie Kahl- 
hommer, en commerce secret avec les choses 
que le saint archange Raphaël a communi- 
quées par la bouche de Crescence Wolff. (Ou- 
vrage allemand). 

Communications du saint Archange Ra- 
phaël, en l'an 1854, par la bouche de Cres- 
cence Wolff, en commerce secret avec les 
choses que les bienheureux esprits ont com- 
muniquées par les mains de Marie Kahl- 
hommer. (Ouvrage allemand), 

Que sait-on de ces révélations ? Ont- 
elles été traduites en français ? Quelques- 
uns des événements prédits se sont-ils 
réalisés ? Oroel. 



L'expédition de Chine — En octo- 
bre 1882, Pion finissait d'imprimer unin-8, 
daté de 1883, de u et 339 pages, intitulé : 
L'expédition de Chine d'après la correspon- 
dance confidentielle du général Cousin de 
Montauban, comte de Palikao, publiée par 
le comte d'Hérisson, interpr ète-secr était e 
particulier du général de Moiitauban, 
quand le ministère de la guerre fit saisir ; 
on transigea et l'édition fut achetée en 
bloc par le ministère qui la tient sous clé. 
Le volume est donc rarissime ; en con- 
naît-on un exemplaire et combient vaut-il? 

Nauroy. 



Les poésies inconnues de Marie- 
Etienne-Jacques Pharou. — Dans 
Etudes, revue des Pères de la Compagnie 
de Jésus (20 août 1901), le P. Henri 
Chérot signale un petit poète roman- 
tique inconnu dont il publie la corres- 
pondance très curieuse. Elle renferme des 
lettres de Hugo, de Lamartine, de Cha- 
teaubriand, de Sainte-Beuve, de Nodier. etc. 



N° 942. 



L'INTERMEDIAIRE 



279 



280 



Les vers de ce Marie Pharou sont dis- 
parus. Ont-ils été publiés ? Le P. Chérot 
a consulté en vain les catalogues de nos 
bibliothèques. Nos collaborateurs auraient- 
ils été plus heureuxFOn croit avoir aperçu 
ces vers dans une boîte des quais ? Qui 
d'entre nous les aurait vus ? Qui pourrait 
nous faire connaître quelque chose de 
cette poésie qui suscita les compliments 
des maîtres du romantisme? Y. 

Notice sur le Plessis-Marly. — 
J'ai dans ma collection de livres imprimés 
et manuscrits sur le département de 
Seine-et-Oise, un opuscule de 19 pages 
in-quarto qui est autographié, intitulé: 
Notes sur le Plessis-Marly. 1887, les- 
quelles s'arrêtent à l'année 1865. Quel est 
l'auteur de cet écrit peu commun, qui me 
semble avoir été établi dans un but de 
propagande protestante ? 

Paul Pinson. 

Traduction française de » Wulhe- 
ringHeights ». — Pourrait-on me dire 
s'il existe une traduction française du 
célèbre et curieux roman d'EUy Bell 
(Emily Brouté), kVurthering lleights ? 
Différents libraires consultés par moi 
l'ignorent. J B. 

Dans la tempête ador«z l'éciio. - - 
Au collège, on nous apprend en grec un 
grand mot de Pythagore : Dans la tempête 
adoieçl'écbo A première • ue, ça a l'air 
très beau et ça doit l'être puisque voilà 
trois mille ans que les hommes se le ré- 
pètent. Quant à moi, j'avoue. à ma honte 
n'avoir jamais vu dans cette formule 
qu'une indéchiffrable énigme. Durant u a 
longue vie, j'ai recherché avec un soin 
religieux ce que ce cri du premier des 
mathématiciens entend par là, et je n'ai 
pas trouvé de réponse satisfaisante à me 
faire. Cel 1 signifie-t-il que l'écho annonce 
la fin de la tempête, et cela ne serait pas 
toujours vrai ? Cela veut-il dire que 
venant après l'orage, l'écho est d'une 
musique plus douce à l'oreille ? Un mem- 
bre de la Société de Jésus, que je crois 
être le P. Tarteron, traducteur d'Horace, 
aurait dit : « Dieu se manifestant dans les 
« forces de la nature, surtout dans la fou- 
« dre et les éclairs, il faudrait l'adorer à la 
«tin de ces splendeurs». Cela se peut, mais 



je n'y vois pas clair. C'est dire que je 
serais bien reconnaissant aux confrères les 
Intermédiairistes qui consentiraient à 
m'indiquerquel sens il convient d'attacher 
au Nombre d'or de l'illustre maître auquel 
on doit la découverte du carré de l'hypo- 
thenuse. Philibert Audebrand. 

« Patrimonium » et « matrimo- 
nium ». — Ces deux mots sont, évidem- 
ment, formés de la même façon, l'un de 
pater, l'autre de mater. D'où provient 
donc la différence des sens deces dérivés? 
Trouve-t-on, chez les auteurs latins, ces 
termes employés avec une autre acception 
que : patrimoine et mariage ? 

VlERZONNAIS. 



Moissons. Terminologie. — Quel 
nom donne-t on, dans le pars wallon (midi 
de la Belgique, nord de la France) à la 
décortication de Vèpeautre et comment 
nomme-t-on la paille qui en résulte ? 

Clément Lyon. 

Bouelle, papouette, pelvette. — 

Mots du patois gâtinais pour désigner une 
« gamine » ; je désirerais en connaître 
l'origine. 



* 
* * 



Los Quatre arpents. — Mot du 

patois gâtinais pour désigner « le cime- 
tière» ; quelleen est l'origine? 

Robert Géral. 

Le mot « Vingonsis ». — Dans une 
charte recueillie par dom Fonteneau, je 
lis: 

Universis présentes litteras inspecturis, Pe- 
trus de Chagnesois, vingonsis de Mollerone 
salutem in Domino. 

Je ne sais pas comment traduire le mot 
vingonsis et j'ose compter sur la science 
d'un collègue pour me tirer d'embarras. 

L. de la Godrie. 

Le parrain des automobiles. — 

Pourrait-on me faire connaître le parrain 
des automobiles ? 

Ce ne serait pas, je l'avoue, pour lui 
adresser un compliment, car je ne sais 
rien de plus saugrenu que cet accouple- 
ment d'un mot grec et d'un mot latin- 
français pour désigner ce qui n'est, en 
réalité, rien moins qu' 'automobile, et serait 



DES CHERCHEURS ET CURiEUX 



30 Août 1901 



281 



282 



tout au plus pyromobile, en attendant de 
devenir électromobile ou aéromobile, si on 
me pardonne cette nouvelle cacophonie. 

P. du Gué 

Marque sur un meuble. — Un 

meuble, (table) provenant des environs 
de Chiavari, en Italie et ayant appartenu 
sans doute à un couvent, porte la marque 
ci-dessous sur laquelle je voudrais être 
éclairé : 

PIE TRO 

f c - 

ï H S m 

FA M 

O 

N I V A O N d 



O 
< 



L'impression en est faite au fer rouge. 

A. Barety. 



Les tables des salles à manger 
xvm e siècle. — Désireux de reconstituer 
aussi exactement que possible une salle à 
manger de style Louis XV avec des meu- 
bles de l'époque, je suis parvenu à réunir 
une série de chaises cannées, un buffet, 
une console, une servante, mais le meuble 
essentiel me manque et je ne sais de quel 
côté diriger mes recherches, car je n'en ai 
jamais vu, pas plus en réalité que dans les 
estampes ou tableaux du temps : je veux 
parler de la table de salle à manger. Et 
cependant cet accessoire essentiel de la 
vie quotidienne, familiale aussi bien que 
mondaine, devait exister chez nos arrière- 
grands-parents. 

Le xvm e siècle est encore bien près du 
nôtre. Comment se fait-il que, dans mon 
existence déjà longue de fureteur, je n'aie 
jamais rencontré ce meuble, soit en visi- 
tant des châteaux historiques ou des col- 
lections particulières, soit en explorant 
des boutiques de bric-à-brac ? 

J'en suis arrivé à supposer que nos an- 
cêtres ne connaissaient pas ce meuble et 
que, pour le moment des repas, ils dres- 
saient tout simplement sur des tréteaux 
des tables dont les dimensions variaient 
avec le nombres des convives. Ce qui me 
confirme dans mon opinion, c'est que, 
dans les figures du « Cannameliste fian- 
« çais, par le sieur Gilliers, chef d'office 



« et distillateur de Sa Majesté le roi de 
«Pologne, duc de Lorraine et de Bar >\ à 
Nancy, chez Leclerc. 1768, on voit re- 
présentées plusieurs tables toutes servies, 
et que ces tables reposent sur des tré- 
teaux. 

Quelque intermédiairiste, très versé 
dans le xviu e siècle, pourrait-il me dire si 
fai raison et, dans le cas contraire, me 
faire une description détaillée de la table 
de salle à manger dont se servaient les 
contemporains de M me de Pompadour? Je 
lui en serais reconnaissant. H. C. L. 



Tableau de chasse. — Dans le 
Catalogue raisonne des plus giands 
peintres de John Smith, au tome V, 
pages 286 et suivantes, et tome IX, 
pages 649 et suivantes, est-il fait mention 
du tableau suivant (rentoilé) dont voici la 
description aussi exacte que possible : 

Tableau sur toile attribué à Albert 
Cuyp, hauteur o'" 34 centim. ; largeur 
o" 1 42 centim. 

A gauche, un taillis — A une des bran- 
ches, est accroché, par les pattes de der- 
rière, un lièvre. A la même branche, est 
accroché, par une patte, un oiseau de ma- 
rais (héron ou courlis). Autour du cou de 
l'oiseau reposent sur le sol, 7 à 8 petits 
oiseaux étendus morts, dont un rouge. 
A côté du héron, un piège cage à gauche, 
et à droite sous la tête du héron, une es- 
pèce de petite hotte et de sac. 

A gauche du tableau, 2 canards nageant 
dans un ruisseau. Derrière le monticule de 
premier plan, supportant la nature morte, 
passe, de gauche à droite, un chasseur, le 
fusil sur l'épaule, la baguette du fusil à 
la main, qui regarde avec satisfaction le 
gibier mort qu'il a capturé. 

Al. E. 



Portrait gravé à déterminer. — 

J'ai rencontré parmi quelques centaines 
de portraits que j'ai achetés en bloc et au 
hasard de ce que contenait le portefeuille, 
une gravure de 18/12. 

Elle représente en pied, très finement 
gravé, un chef vendéen. Mais lequel ? 

En bas, en majuscules : Dieu et le Roi. 

La marge coupée laisse lire : — que 
Molchnècht /<?£//, — Samuel Cholet del,et 
sculp. 



N- 942.3 



L'INTERMEDIAIRE 



^3 



Le personnage est en uniforme fort ga- 
lonné : il porte un large ruban (les ordres 
du Roi ? ) en sautoir, le chapeau, haute 
forme est orné de ruban et de choux et de 
plumes; la main gauche montre le ciel. 
Ne serait-ce pas le duc de Berry ? De la 
droite, enveloppée d'un manteau, le 
personnage s'appuie sur son épée. Cz. 

Allegrain sculpteur et avocat du 
Parlement. — J'ai vu une estampe 
qui lui était dédiée et qui porte ses 
armes : parti; de gueules, et d'argent, à la 
croix ancrée de l'un en l'autre ; entourées 
des attributs du dessin et de la sculpture. 
Il y est qualifié «Avocat au Parlement et 
sculpteui de la manne, etc. >> Exerçait-il 
réellement ces deux professions, si diffé- 
rentes? J.-C Wigg. 

Portrait de Clairval. — Existe-t il 
un portrait peint ou gravé, en tenue de 
ville.de cet acteur de la Comédie italienne 
qui eut un grand succès au xvin e siècle ? 
La question que j'ai posée en 1898 sur les 
maîtresses de ce comédien est restée j : s- 
qu'à présent sans réponse. 

Paul Pinson. 

Le sculpteur Bauwens. — Je lis 

dansle journal : Le Hainaut ,de Mons : 

Le jury de l'Exposition vient d'admettre au 
compartiment de la sculpture, au Grand Pa- 
lais, une œuvre lu sculpteur Joseph Bauwens, 
de Charleroi. C'est le buste en marbre de M. 
Emile Robert, président de l'Union belge. 

Ce nom ne serait-il pas mal orthogra- 
phié ? 11 y a, à Charleroi, une famille 
Boens qui s'y est fixée depuis plus de 150 
ans; elle a tourni plusieurs artistes, pein- 
tres, dessinateurs, lithographes qui se sont 
établies, au commencement de xix e siècle, 
à Tournai et à Bruxelles. Je ne connais pas 
de Bauwens. Quelques renseignements 
sur ce sculpteur. 

Clément Lyon. 



Le Conservatoire national de 
musique — Nous aurions le plus grand 
besoin de savoir s'il existe quelque part 
une estampe ou gravure représentant le 
Conservatoire de musique de Paris en 
1810. A la Bibliothèque nationale, dépar- 
tement des Estampes, on ne connaît 
rien. 



Merci mille fois à l'obligeant collègue 
qui voudra bien nous renseigner. 

F. L. A. H. M. 



Yeux des statues. — Chacun sait 
que les statues antiques ont des yeux 
sans prunelles A quelle époque essaya- 
t-on de donner un regard aux statues et 
poussa-t on l'exactitude jusqu'à placer 
dans leur œil un point imitant le point 
lumineux ? C. delà Benotte. 



L'auteur d'un vers célèbre. — 

Jadis, quand un illustre Israélite tut 
nommé baron, le vers suivant fit le tour 
de la presse : 

Le temps de l'Arabie est a la fin venu. 

Cet Alexandrin fut attribué, et par Jal, 
si j'ai bonne mémoire, au bohème Israël 
Perpignan, qui était, on n'en saurait dou- 
ter, coreligionnaire du nouvel anobli. 

Cette attribution est-elle exacte ? 

Paul Edmond. 



Quelques pensées — Quelque aima- 
ble collègue pourrait-il me dire de qui 
sont les pensées, phrases, sentences sui- 
vantes : 

1. Ce n'est pas ce qui est beau qui 
plait, c'est ce qui plait qui est beau. 

2. Le sentiment du beau, c'est l'hor- 
reur du joli. 

3. La peinture et la poésie sont sœurs ; 
la première est une poésie muette, la 
seconde, une peinture parlante. 

4. Quand un peuple veut une monar- 
chie, c'est qu'il est fait pour l'esclavage. 

=5. Paris, c'est le grand restaurant où 
l'intelligence française s'alimente. 

6. L'amour est une sensation dont nous 
avons fait un sentiment. 

7. La vie est le chemin de la mort. 

8. Ce qui plait passe ; ce qui peinereste; 
la rose dure une heure et le cyprès cent 

ans. 

9 Celui qui croit co naître les femmes 
est un sot; celui qui veut les juger est un 
fou; celui qui ose les condamner est un 

cuistre. 

10 Selig sind die Glaubigeu die nach 
der Farbe hungert und dùrst t 



Merci d'avance. 



C. Bouvier. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



285 



286 



j 30 Août 1901 . 



Une corvette en miniature aux 
enchères en l'anX. — Dans les papiers 
du Domaine, se trouve une affiche enigma- 
tique. Elle a trait à la vente aux enchères, 
au profit de la République, d'une corvette, 
de 6 mètres de long et de moins d'un 
mètre de creux, laquelle appartient à la Ré- 
publique. 

Qu'est ce que cette corvette ? Un jouet 
d'enfant royal ? On aurait attendu bien 
longtemps pour le vendre ? Quelque mo- 
dèle d'un inventeur Pc'est peu probable : 
ce navire ne présente aucune particula- 



rité remarquable. 

C'est une énigme. 

Elle se pose et fait penser à ce modèle 
du Vengeur, que la Convention décida, 
sur la proposition de Barère, de faire 
placer au Panthéon. 

Art. 1". — Une forme du vaisseau de 
ligne, le Vengeur, sera suspendue à la voûte 
du Panthéon . 

Ce modèle fut il exécuté ? fut-il mis en 
place ? Et en ce cas, qu'cst-il devenu ? 

Y. 



Préfecture do Département de la Seine 



ET 



ADMINISTRATION des Domaines Nationaux 

Au nom et au profit de la République Française 

VENT 



Au plus offrant et dernier enchérisseur et au comptant 

Le 1 er Floréal an 10, à midi, 

QUAI VOLTAIRE, PRÈS LE PONT NATIONAL 





GRÉÉ EN CORVETTE 

APPARTENANT A LA RÉPUBLIQUE, mouillé sur la Seine, 

près le Pont National, 

Ayant 6 mètres 51 centimètres de longueur (20 pieds sur 4 pouces) 2 mè- 
tres 3 centimètres de largeur (6 pieds 4 pouces); 91 centimètres de creux 
(2 pieds 10 pouces). V. S. 

CETTE embarcation est garnie de ses trois mats majeurs et son mat de 
beaupré, manœuvres, voiles, pavillons, ancres, avirons, agrès, 4 petits 
canons en cuivre, 18 en bois, 13 affûts, et tous ses ustensiles, cordages et 
dépendances. 

On pourra voir celle embarcation, trois jours avant la vente depuis 
midi jusqu'à trois heures, sur la Seine, près le Pont National, du côté du 
quai Voltaire, mais il faudra être muni d'un billet que Von pourra se 
procurer à la Préfecture, place Vendôme, en s' adressant au chef de la 
4 me division, ou au bureau du cit. EPARVIER directeur des Domaines 
Nationaux, rue Neuve du Luxembourg , près la rue St-honorè. 

VINCENT SAINT-HILAIRE, Commissaire-Priseur. 



N 8 94 2 - 



L'INTERMÉDIAIRE 



287 



288 



cpmtse 



a 



11 sera répondu directement par lettre 
à ceux de nos correspondants qui deman- 
dent des informations sur des questions 
de famille ou d'un intérêt purement per- 
ionr.il. — 

La mort de Desaix en tapisserie 
(XLIV, 229J. — Cette tapisserie est à 
l'Ecole polytechnique, dans la salle du 
Centenaire. J'ignore d'après quel tableau 
elle a été exécutée. Albert de Rochas. 

Le mobilier artistique et historique 
dansles administrations (XLIII; XLIV, 
210). — Il y a24ans, j'ai proposé de créer 
auLouvre un Musée du mobilier français 
(Ga%. des Beaux-Arts d'Avril 1877, et Cau- 
serie sur Fart et la curiosité. « Un mu- 
sée qui necoûtera rien »). En même temps - 
j'indiquai les sources principales auxquel- 
les on pouvait puiser à coup sûr : le garde- 
meuble, les ministères, les palais natio- 
naux, les ventes du domaine, etc. 

Depuis, à chaque Exposition rétrospec- 
tive.j'ai renouvelé ma proposition soit dans 
les journaux, soit en brochures, soit au- 
près des organisateurs des Expositions. 
En 1896, M. Emile Molinier m'écrivait: 
«Je puis vous annoncer enfin que, suivant 
un conseil qui vient de vous, il y a quel- 
que quinze ans, j'ai commencé le démé- 
nagement des ministères et que, d'ici à 
peu, je pourrai montrer une salle du xvin u 
siècle, fort propre.» Et M. Molinier me si- 
gnalait les premières pièces qu'il avait ob- 
tenues, comme je l'avais indiqué, dans 
les ministères, au palais de Compiègne et 
ailleurs. 

Aujourd'hui, le musée, que je n'ai cessé 
de réclamer depuis 24 ans, est ouvert au 
public. Mais il faudrait le compléter, et 
je partage entièrement l'avis de votre cor- 
respondant les matériaux ne manquent 
pas dans les bâtiments de l'Etat en pro- 
vince, à Paris même. Un bon coup 
d'épauh suffira pour le faire sortir de 
terre, et l'on profitera, j'espère, de l'occa- 
sion pour débarrasser les nouvelles salles 
de quelques échantillons médiocres, trop 
hâtivement acceptés. Le Louvre ne doit 
montrer que des choses exquises. 

Edmond Bonnaffé. 



j N'est-ce pas en France qu'ont été 
| inventés les aérostats ? (T. G. 25). — 
Il y a quelques années que le hasard, le 
Dieu des Bibliophiles, me fit tomber entre 
les mains Les premiers essais de «Xavier 
de Maistre. » 

Les « Essais » se rapportaient précisé- 
ment à l'ascension des frères de Montgol- 
fier. et à une expérience aérostatique qui 
eut lieu, peu de temps après, à Cham- 
béry. 

Ils furent publiés en 1784, et ils avaient, 
depuis longtemps, disparu de la circula- 
tion, quand, en 1874, un intelligent édi- 
teur, M. Jules Philippe, secrétaire de la 
société florimontane d'Annecy, eut l'ex- 
cellente pensée de les réimprimer. 

Cette réimpression est, malheureuse- 
ment, épuisée, elle a.issi, aujourd'hui, et 
au poids de l'or le plus pur, on arriverait, 
je crois, difficilement à s'en procurer un 
exemplaire. Je ne la signale pas moins à 
cette place, non seulement comme une 
œuvre presque inconnue de l'aimable et 
spirituel auteur du Voyage autour de ma 
chambre, mais comme un élément contri- 
butif précieux à l'histoire de l'aérostation. 

En fouillant dans ma bibliothèque, je 
retrouve une très curieuse lettre (?) de 

Rivarol, à M. le Président de , sur le 

Globe aérostatique, (Œuvres complètes 
de Rivarol, Paris, Léopold Collin, 1808, 
t. 2, p. 207 et s.) écrite sur le ton moitié 
sérieux, moitié plaisant, familier à l'au- 
teur, et j'y relève, entre autres, les li- 
gnes suivantes : 

Sera-t-il possible de soutenir les globes dans 
la région moyenne de l'ai . et pourra-t-011, en 
imitant les procédés des poissons et des oi- 
seaux, y adosser des ailes, des rames, un gou- 
vernail : se créer, enfin, une théorie là-dessus, 
et naviguer dans l'air? Voilà ce qui mérite, 
en effet, d'occuper un être pensint. 

Ainsi, dès le début même de l'aérosta- 
tion, la question de la direction des bal- 
lons se trouvait assez nettement posée, et, 
k vrai dire, c'était bien la principale, sinon 
la seule, qui intéressât l'avenir de cette 
entreprise. L. de Leiris. 

Décoration à la devise: «Vive le 

Roi » (XLIII ; XLIV, 178).— Cette croix 
décrite par notre honorable confrère P. est 
intéressante, comme nouvelle variété de la 
croix de l'ordre de la Fidélité déjà décrite 
, par moi dans l'Intermédiaire d'après le 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



.„_,.- ._ 289 



[ 30 Août 1901 . 



spécimen que je possède, d'après les bre- 
vets qui m'ont été gracieusement commu- 
niqués, et que j'ai fait photographier, et, 
enfin d'après le grand ouvrage de Perrot 
que j'ai sous les yeux. 

Cette nouvelle croix n'y figure pas. 

On y voit, planche IV, la fleur de lis en 
argent surmontée de la couronne royale 
suspendue à un ruban blanc moiré. Sur 
cette même planche, la croix de la Fidélité 
ayant d'un côté, la tête de Louis XVIII, de 
l'autre une fleur de lis, avec les exergues 
déjà décrits, et suspendue à un ruban divisé 
en trois parties égales, une blanche entre 
deux bleues. De plus, Perrot donne, 
planche V. un tableau des rubans de la dé- 
coration du lys et de la Fidélité, par dé- 
partement, et le ruban rouge entièrement 
n'y figure pas, mais on y voit des rubans 
en partie rouges et blancs en diverses dis- 
positions. 

Il serait intéressant de savoir s'il y a eu 
des brevets ou des lettres officielles dé- 
crivant cette nouvelle croix avec les 
mots : Gage de la Paix, Vive le Roi, les 
fleurs de lis d'or, entre les branches, 
l'agrafe et le ruban rouge ? 

Vicomte de Ch. 

Armoiries de Gaullier (XLIV, 163). 
L'Armotial général de V Anjou, par Joseph 
Denais, cite deux familles Gaullier : 

i° Gaullier de la Grandière : D'azur, au 
chevron d'or, accompagné de trois croissants 
du même, — Alias : D'azur, à deux étoiles 
d'argent ; au chef cousu de gueules, chargé 
de trois tours du second (Benoistde la Gran- 
dière). Sur le tout de Gaullier. 

2 Gaullier des Bordes : Coupé, au 1 d'or, 
à trois croissants d'azur; au 2 de gueules, au 
chevron d'argent. 

Ces deux familles, provenant probable- 
ment de la même souche, sont encore 

existantes. P. le J. 

* 
* * 

Le petits-fils du héros vendéen, M. Gaul- 
lier, ancien zouave pontifical, demeure 
actuellement villa Saint-Joseph, à Saint - 
Servan (Ille-et-Vilaine). Mieux que n'im- 
porte qui, il doit être en mesure de satis- 
faire, s'il lui plait.le questionneur A. S. 

* F. 

De gueules, c. deux épees d'argent, pose es 
en sautoir, accompagnées de quatre 
chouettes d'or. Gaullier. 



290 



Croix quenillière (XLIV. 107). — 
N'est-ce pas plutôt quenouillère ? On 
appelle quenouillette, en terme d'art, une 
tige de fer se terminant par une olive et 
rappelant ainsi la forme de la quenouille. 
De même que l'on dit croix pommetée.on 
aurait pu dire croix olivée ; on aura pré- 
féré quenouillère, trouvant que cela s'en- 
tend mieux, et ainsi que l'on dit des arbres 
taillés en forme de quenouilles. On sait 
que l'on nomme quenouille e la quantité 
de lin nécessaire pour garnir une que- 
nouille. Il se peut qu'une croix quenouillière 
se soit entendu d'une croix dont les extré- 
mités étaient chargées chacune d'une 
quenouillée. Si cela était juste, il y aurait 
à chercher l'origine de cet emblème fémi- 
nin, et si cela ne s'applique pas à quelque 
maison ou abbaye de femmes, pour indi- 
quer le fameux « tombé en quenouille». 

Henry-André. 

« Fert, fert, fert », devise des 
corates-ducs de Savoie. — (T. G., 

345, XLIII ; XLIV, 122,235). — Depuis le 
précédent article sur cette mystérieuse 
énigme, j'ai retrouvé un travail de M. C. 
Padiglione : // FERT di Casa Savoia. 
Memoria araldica scritta per le fauste 
no^e di Umberto con Margarita di Savoia 
(Napoli, 1868, in-4, 32 p.), dans lequel 
l'auteur donne un résumé historique des 
opinions émises et où j'ai trouvé différen- 
tes notes qui pourront, sinon apporter un 
po phi diluce, du moins servir d'addition 
contributive à ce qui a été dit ou pourra 
être dit dans notre journal. 

En parcourant ce travail, au point de 
vue bibliographique, j'ai été étonné du 
nombre considérable d'auteurs de tous 
pays et de tous genres, (par curiosité, 
j'en ai compté 140 à 150), qui à toutes 
les époques et à des titres divers, ont 
essayé de déchiffrer l'hiéroglyphe. L'énu- 
mération en serait trop longue, mais on 
y trouve le dessus du panier des héral- 
distes, des généalogistes, des numisma- 
tes, des archéologues, des historiens, des 
historiographes et des polygraphes. On 
peut dire, en un mot, que peu de devises 
ont eu pareille fortune d'exercer la saga- 
cité des Saumaise de tous les temps, avec 
peu de bonheur, il faut ajouter : 

M. Padiglione reproduit un document 
assez curieux, au point de vue de l'usage 



N° 942 



L'INTERMEDIAIRE 



291 



292 



qu'on a pu faire du FERT. Il est peu 
connu et a été omis par les historiens. 
Le prince Maurice de Savoie, alors car- 
dinal, célébrait à Rome, en 1637, l'éléva- 
tion au trône impérial de Ferdinand III. 
A cette occasion, il voulut que lemotFERT 
fût expliqué de trente manières différen- 
tes, à la louange du nouvel empereur et 
comme glorieux augure. C'est un spéci- 
men des mœurs du temps de la flatterie, 
et de la manie laudative ampoulée du 
xvu e siècle. 

Ferdinandi Ernesti Res Tutce. 

Fides Et Religio Triumphat. 

Ferdinandus Ecclesise Robur Tutissimum. 

Féliciter Et Robuste Tuebitur. 

Feret Exercitus Referet Triumphos. 

Fatale Exitium Rébus Turcicis. 

Fidem Et Religionem Tuebitur. 

Fulmen Erit Regibus Thraciae. 

Ferdinandus Ernestus Rex Triumphator. 

Franget Ense Rebellium Tuinores. 

Felicibus Exornat Régna Triumphis. 

Fama Ejus Replentur Theatra. 

Ferdinandus Ernestus Romanorum Tutamen. 

Ferdinandus Europam Replebit Triumphis. 

Ferdinandus Ernestus Rebellium Ténor. 

Ferdinandus Ernestus Romanorum Thiono. 

Ferdinandus Ernestus Religionis Telum. 

Ferdinandus- Evertet Régna Turcarum. 

Ferdinandus Ernestus Régnât Tertio. 

Ferdinandus Exemplum Regibus Terras. 

Ferdinandus Exornat Romanos Titulos. 

Feret Egentibus Remédia Tuta. 

Ferdinandus Ernestus Rebellium Tormentum. 

Fortibus Exemplis Régna Tuebitur. 

Félix Ernestus Regnum Trahet. 

Ferdinandi Elogia Referet Tempus. 

Ferdinandus Ernestus Religionis Tenax. 

Fulmen Erit Rebellium Tectis. 

Ferdinandi Expers Regnum Termini. 

Félicitas bjus Keddita Triplex. 

Une variante à ajouter à celles que j'ai 
déjà données dans l'article précédent : 

Foulez, Ecrasez, Rompez Tout, 
a été publiée par un journal de Naples, // 
Popolo d'Italia, (s e année, n" 109, 1864), 
sous le couvert d'un docte historien de 
la maison de Savoie, dont il ne donne pas 
le nom. 
Une autre : 

Fonce, Enfonce, Romps tout, 

est patronnée par Spener et Hoffmann. 

Geliot avait dit : 

Fauce, Enfonce, Romps tout. 

Spener et Dufresne ont dit que FERT 
e stun vocable mystérieux, un souhait de 
bon augure : « due la maison de Savoie ne 
« s'enorgueillisse pas dans la fortune pros- 



« père, ni ne s'avilisse dans l'adversité : 
<< et quaedam médium inter utrumque ut fert 
« et confert ». Cette opinion est partagée 
par Scot, Berthelin et les auteurs de Tré- 
voux. 

D'après Napione, le FERT serait une 
devise de bon augure et de chasse, parce 
que le héraut d'armes chargé de procla- 
mer le vainqueur de lâchasse était appelé 
Fertundo (fcrfendo). Millin, déjà cité dans 
l'historique de notre légende, a trouvé 
l'idée de Napione plus originale que per- 
suasive. 

M. Padiglione ne partage pas l'opinion 
du professeur Giunti sur l'origine virgi- 
henne de FERT et FERTE, et il donne à 
l'appui deux autres citations de l'Enéide, 
avec ces mots, qui ne peuvent trouver 
leur application au sujet. 

Il parait penser que FERT est une abré- 
viation syncopée de foi litudo, comme l'a 
dit, un instant, le comte Cibrario. 

La traduction à l'envers : 

Tout Retournera En France, 
esl rapportée par Berkenmeyer, dans sa 
Géographie imprimée à Leyde en 1729 

Cibrario. Brofferio et Paravia ont donné 
une interprétation religieuse et mystique 
déjà mentionnée. 

Sansovino pense que les quatre lettres 
réunies, sans points séparatifs, signifient 
en latin porte .supporte, comporte .C 'est aussi 
l'opinion de Cibrario, dernière manière, 
du comte A. de Foras et de M. A. de 
Barthélémy qui ne Voient une explication 
plausible que dans l'ordre grammatical, 
je me range humblement à la suite de ces 
autorités et je renvoie, pour les détails 
d'histoire, de bibliographie et de curio- 
sité, au travail de M. C. Padiglione. 

Sabaudus. 

Lichy de Lichy (XLIV, 58). — Le 
comte de Rochefort (Arthur), cousin ger- 
main de mon père et beaucoup plus âgé 
que lui, avait épousé une demoiselle de 
Lichy (Eugénie). J'ai de tout temps en- 
tendu répéter la devise en question dont 
les trois premiers vers avaient frappé mes 
oreilles et mon imagination d'enfant. Je 
ne connaissais pas, ou bien j'ai oublié le 
quatrième. Du reste, il se relie assez mal 
à la légende suivant laquelle un Lichy se 
plaignant à Henri IV d'avoir perdu ses 
titres de noblesse, le roi aurait simple- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



50 Août 1901 . 



293 - 



294 



ment écrit sur une feuille les trois vers en 
question, devenus devise de famille. Le 
quatrième vers ne me paraît pas très utile 
avant la signature du roi et il n'ajoute rien 
à la richesses des rimes qui le précèdent. 
On voudra bi^n excuser ce que mon 
souvenir a d'imprécis et. je le reconnais, 
de non-probant. Je ne trouve Lichy ni 
dans d'Hozier, ni dans La Chesnaye-Des- 
bois, ni dans Moreri. Le quatrain ou tercet 
ne figure pas non plus dans 1 intermina- 
ble liste de devises que donne Larousse. 
Je suis à la campagne et je n'ai point 
d'autres documents sous la main. 

G. DE FONTENAY. 

Devises héraldiques les plus or- 
gueilleuses (XLIV, 51, 179). —Elles ne 
manquent pas, les devises composées par 
l'orgueil, ou dictées par la vanité. Voir 
le Dictionnaire des Devises, par Chassant 
et Tausin. Paris, Dumoulin, 2 vol. in-12 
avec le supplément, 2 vol. 1878 - 1895. 
La plus fière est celle des Bruce (Ecosse); 
et des Narbonne-Lara (France) « Non des- 
cendemos de Reyes, sino los Reyes de 
nos y. Nous nedcscendonspas des rois, mais 
les rois descendent de nous. 

Celle de la maison de Vaudrey : J'ai 
valu, vaux, etvaudray. 

Celle des Rohan, trop connue pour la 
citer ici. 

Maillé : Tant que le monde sera 
monde, à Maille il y aura des ondes. 
Rochechou ut, idem Rourbel deMontpincou : 
L'an 936. 

Bigorgnone : Mihi Tubalca'in pater. {Au- 
triche (maison d') : A.E.I.O.U. (Austriacum 
est imperare orbi universo). Saillv: Du 
plus haut Sailly. etc. etc. 

L'Eternel : « Noël de Vogué (?) qu'as-tu 
fait de tes archives? — Seigneur! elles sont 
dans l'arche i » Je garantis le prénom et la 
devise, mais pas le nom de famille. Je 
crois à Vogué, mais n'en suis pas sûr. 

Cz. 

* 

* * 
Larousse contient en effet tout ce que 

M. G. de Fontenay indique, et bien d'au- 
tres choses encore, mais n'en déplaise à 
M. de Fontenay. j'aime à croire qu'il ^ne 
sera pas défendu aux intermédiairistes de 
s'occuper de tout ce dont s'occupe Larousse. 
Je sais un gré infini à mes confrères de 
leur aimable collaboration. 

Comte George. 



Le Larousse, en effet, contient un grand 
nombre de devises, et M. G. de Fontenay 
ne fait pas remarquer sans raison que l'on 
peut les y trouver ; mais l'auteur de la 
question entend, sans doute, distinguer 
entre les plus orgueilleuses, et recher- 
cher si, en dehors du Larousse, il n'en est 
pas à citer, comme, par exemple, celle de 
l'illustre maison de Lara d'Espagne, et 
dont la maison de Narbonne-Lara en 
France est un rameau, elle est des mieux 
réussies, elle dit : 

No descende/nos de reyes sino los reyes 
de nos. 

(Nous ne descendons pas des rois, 
mais les rois descendent de nous.) 

Duc Job. 

Les compagnons de Guillaume le 
Conquérant (XLIV, 113). — Le i er vo- 
lume du périodique anglais intitulé : The 
Herald and genealogist , année 1863, 
page 527, contient un article sur : The 
companions of William the Conqueror and 
the Battle Abbey Roll. 

A la suite de cet article est donnée une 
liste très complète des compagnons du 
Conquérant, en la comparant aux listes 
précédemment publiées par M. Léopold 
Delisle et le vicomte de Magny. 

Comte de Bony de Lavergne. 

* * 

La liste des compagnons de Guillaume 
le Conquérant se trouve dans Lower, 
Englisb Surnames, p. 176 et suivantes. On 
peut aussi consuller le Dômes day book 
seu lihei censualis Willelmi primi régis 
Anglicc, publié en 1783, 1816, 4 vol. 
in-folio, (Bibliothèque nationale, n° 25). 

Les index des noms de personnes se 
trouvent aux tomes III. p. 519 et 543 ; IV, 
589, 618 et à la fin de ce tome. 

La première des deux indications biblio- 
graphiques ci-dessus est à compléter. 

Th. Courtaux. 

* 

Oui, on trouve plusieurs listes fort cu- 
rieuses des compagnons du duc de Nor- 
mandie, dans son expédition en Angle- 
terre. Ces listes figurent à l'appendice de 
l'ouvrage de Al. Augustin Thierry, inti- 
tulé la Conquête de V Angleterre par les 
Normands, 

Elles sont intéressantes, au point de vue 
de l'étymologie des noms propres , car 



N° 942 



L'INTERMEDIAIRE 



295 



296 



elles nous montrent quelques-unes des 
singulières modifications qu'éprouvent les 
mots, en passant du français en anglais. 

D r B. 



Sergent sans armes (XLIV, 170). — 
Les billets qui accompagnent les militaires 
entrant à l'hôpital ne sont pas seulement 
médicaux ; ils comportent, en plus du 
diagnostic du médecin, le signalement, 
l'état-civil et militaire et encore le détail 
des effets — armes, habillement, grand 
et petit équipement — dont le malade est 
détenteur. 

Les mots sans armes peuvent et sem- 
blent indiquer, non une fonction spéciale 
— qu'on ne trouve définie nulle part — 
mais que le sergent Latulipe (un nom de 
guerre répandu) n'avait pas ses armes 
avec lui, lors de son hospitalisation, à 
Gap. 

Capitaine Paimblant du Rouil. 



La comtesse de Lamotte (XL ; 
XLI ; XLIV, 204). — J'avoue n'avoir pas 
compris à quelle question de l'Intermé- 
diaire a. voulu répondre M. Nauroy en di- 
sant : « La maison de la rue Saint-Gilles, 
« dont les murailles bordaient, en 1828, 
« le boulevard Beaumarchais, était habi- 
« tée en 1785 par M me de Lamotte....» 

M me de Lamotte a bien habité rue 
Neuve Saint-Gilles, aujourd'hui rue Saint- 
Gilles, une maison qui lui fut louée par 
Rose Vanmine, veuve de Louis de Cour- 
doumer. Le bail, daté du 5 septembre 
1782, se trouve aux Archives nationales 
(X. 2 B / 141 7). Mais cette maison, iden- 
tifiée sans discussion possible par M. 
Frantz-Funck Brentano {Y Affaire du Col- 
lier, Paris, 1901, in- 16, p. 113, note 2), 
est celle qui porte actuellement le n° 10, 
a près avoir été précédemment numérotée 6. 

Or cette maison se trouve entre la rue 
de Turenne, (jadis rue Saint-Louis), et la 
rue des Tournelles, qui, dans cette partie, 
date de 1O37. 

11 est donc impossible que la maison 
habitée par M mc de Lamotte ait bordé de 
ses murailles le boulevard Beaumarchais, 
comme le prétend M. Nauroy. 

Nothing. 



Descendance des grandshommes 
de la Révolution (XXXV ; XXXVI ; 
XXXVII ; XXXVIII ; XXXIX ; XL ; XLI ; 
XLII ; XLIII ; XLIV74.246).— Le portrait 
de Lucile Desmoulins — Au musée de la 
Révolution française en 1889, a figuré un 
portrait au pastel donné pour le portrait de 
Lucile Duplessis, femme de Camille Des- 
moulins. 

Il représentait une femme coiffée en 
poudre avec un assez coquet bonnet, 
vêtue d'un corsage ruche et ouvert, un 
large cordon tombant entre les seins. 
Yeux gros, nez longs aux ailes sensuelles ; 
bouche large et charnue, ensemble 
éveillé et sympathique. L'aspect de ce 
portrait donnait à. penser à quelque 
femme s'éloignant de la trentaine, qui 
avait demandé à l'art du pinceau, qui 
sait rajeunir, d'être véridique et à la fois 
courtisan, 

Ce portrait avait été présenté par 
M. Lambard, qui est aujourd'hui un 
vieillard de 78 ans de qui je tiens ce récit 
que je donne sans commentaire : 

Mon grand-père de Calnet reçut ce portrait 
de '.a famille Duplessis, qui habitait aux envi- 
rons de Compiègne et plus tard de Chantilly. 
Ce fut à Chantilly qu'eut lieu la vente après 
décès de cette famille, en 1849. 

Le portrait a figuré au musée de la Révo- 
lution française, en 1889, comme l'atteste une 
note de M. Etienne Charavay. 

Ce portrait fut offert à Carnavalet, il fut 
étudié par les historiens qui se sont particu- 
lièrement occupés de l'auteur du Vieux Cor- 
delier, et notamment par M. Jules Claretie : 
ils n'ont pu, paraît-il, reconnaître Lucile dans 
cette image ; c'est cependant bien elle. 

Je n'aurais garde de me prononcer : je 
me bornerai à dire que l'âge de la per- 
sonne représentée — si l'artiste fut fidèle 
— ne cadre pas avec la radieuse jeunesse 
de Lucile. 

Il existe à Carnavalet, depuis peu, une 
très jolie peinture, don de M n,e de Roths- 
child. 

C'est un portrait de jeune femme, évi- 
demment contemporaine de Lucile Des- 
moulins, et qui passe peur être son por- 
trait, sans que l'attribution soit, je crois, 
là non plus, parfaitement établie. 

Le feuillage dont est coiffée cette jeune 
femme contribue à dérouter les recher- 
ches. 

Il n'y aucune ressemblance entre l'inté- 
ressant pastel exposé à la Rétrospective 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



297 



398 



[ 30 Août 1901 



de la Révolution française en 1889, et 
l'admirable portrait à l'huile entré depuis 
peu à Carnavalet. 

Connaît-on d'autres portraits de Lucile, 
d'une authenticité certaine ? — pour ma 
part, je n'ai encore rencontré que ceux- 
là ? LeV - 

Un étendard des vélites royaux, 
Italie ï er Empire (XLIV, 165). — 
Selon toute apparence, le drapeau dont il 
s'agita dû appartenir aux Vélites de Turin. 
Le & décret du 30 nivôse an XII avait créé, 
en France, deux corps de vélites que l'on 
établit à Saint-Germain-en Laye, puis a 
Ecouen et à Fontainebleau. 

C'était une espèce d'école de sous-lieu- 
tenants réservée aux jeunes gens pouvant 
payer 800 francs de pension annuelle, par 
trimestre, et par avance. 

En l'an XIII, on créa deux autres corps 
de vélites à cheval. En 1806, chaque 
arme de la garde eut ses vélites. 

Passons à l'Italie. 

Le bataillon des vélites de Florence fut 
créé le 24 mars 1809, pour faire le ser- 
vice auprès de la grande duchesse de 

Toscane. 

La même année, Napoléon organisa un j 
bataillon de vélites à Turin pour la garde 
du prince Camille Borghèse, gouverneur 
de l'Italie septentrionale. 

Ayant retrouvé dans une bibliothèque 
d'Italie, les mémoires au jour le jour d'un 
capitaine adjudant major aux vélites de 
Toscane pendant la campagne de Russie 
(i8i2\je me suis particulièrement occupé 
de l'histoire de ce bataillon. 

Mais l'écusson sarde dont parle notre 
confrère me semble prouver suffisamment 
que le drapeau cité a dû appartenir aux 
vélites de Turin et non à d'autres. 

H. Lyonnet. 

M. de la Rochej tquelein (XXXVI ; 
XLI ; XLII). — Le futur maréchal de 
Molt'ke écrivait en 1 841, dans la Revue 
trimestrielle allemande '. 

En droit historique, tout ce que la Fiance 
a gagné, depuis le XVIII e siècle, sur sa fron- 
tière orientale, constitue un vol à l'égard de 
l'Allemagne ; tous les pays bourguignons et 
lorrains sont notre ancienne propriété, injus- 
tement dérobée... C'est à nous à réclamera 
la Fiance l'Alsace et la Lorraine. 

Nauroy. 



Un ministre qui refuse sa pension 

(XXXVIII ; XXXIX ; XLI1I). —Après 1830, 
le général Gérard, duc de Ligny(?), nommé 
maréchal de France, refusa de cumuler 
son traitement avec celui de ministre de 
la guerre et n'accepta pas les 27.000 francs 
alloués à titre de frais de premier établis- 
sement. A. S. 

Une religieuse de Moret, préten- 
due fille de Louis XIV ou de Marie- 
Thérèse (T. G., 613). — La Maîtresse. 

Ce difficile problème ne pourrait- il 

pas être repris ? La Mauresse est-elle fille 
légitime de Louis XIV et de Marie-Thé- 
rèse? 

Joc'h d'indret.dans l' Intermédiaire (XIII, 
724) ne veut pas y croire. Saint-Simon, 
dans ses Mémoires, et Voltaire, dans^ le 
Siècle de Louis XIV, paraissent être d'un 
avis contraire. 

Je signalerai égalementce fait singulier : 
c'est que cette religieuse signa « Marie - 
Louise de Sainte-Thérèse » ( noms réunis 
du roi et de la reine) et que Louis XIV 
défunt, elle ne signa plus que « Marie de 
Sainte Thérèse » ayant sans doute conservé 
rancune au roi de ce qu'il était mort sans 
l'avoir reconnue. Robert Géral. 

Famille d'Azémar (XLIV, 109). — 
M. le général baron d'Azémar commandera 
36 e division militaire à Bayonne. Je n'ai 
pas l'honneur de le connaître ; mais le 
sachant plein de courtoisie, M. H. -A. 
peut très bien s'adresser à lui directement. 

Vicomte de Ch. 



Je réponds d'abord à la deuxième ques- 
tion posée : il ne faut voir dans l'étymo- 
logie « asinus mari » donnée au nom 
d'Azémar qu'un déplorable calembour 
ne reposant sur aucune donnée sérieuse. 
Le nom d'Azémar est un prénom (iden- 
tique à celui d'Adhémar : d'Hozier de 
Sérigny, lettre à M. de Saint-Florentin du 
15 février 1760). Ce prénom est devenu 
un nom de famille, comme Isnard pour 
les des Isnards t etc. 11 signifie « noble, 
illustre », 

La première question est plus complexe, 
mais s'il s'agit de la famille d'Azémar ha- 
bitant le Bas-Languedoc (Hérault et 
Gard actuels) je puis donner des rensei- 
gnements sérieux. Je ne sache pas pour- 



N° 942 



L'INTERMEDIAIRE 



299 



tant que la « famille d'Azémar originaire 
de V Hérault ait habité Toulouse ». 

La famille d'Adhémar (branche de 
Saint-Maurice de Cazevielhc, dont le 
chef actuel est le comte Roger d'Adhémar 
(à Mon pellier, Hérault et au château de 
Teillan, Gard) a obtenu, par ordonnance 
royale du 18 juin 1817, de rentrer en 
possession et jouissance du nom d'Adhé- 
mar « comme descendant de l'ancienne 
famille de ce nom >\ les Adhémar de 
Monteil et de Grignan. 

Ces Adhémar (de l'Hérault et du Gard) 
s'appelaient jusque-là d'Azémar : les 
autres branches de la famille d'Adhémar 
(Cransac : habitant Toulouse : Lantagnac ; 
Panât ; etc.) chez qui d'ailleurs le nom 
d'Azémar coexistait avec celui d'Adhé- 
mar, — les ont reconnus pour être de la 
même souche qu'eux. 

Il s'agit donc bien des d'Azémar qui 
ont repris en 1817, le nom de d'Adhé- 
mar. Déjà a la fin du xmh c siècle, au mo- 
ment où s'ouvrait la question de la re- 
prise du nom d'Adhémar, ils avaient pris 
pour armes celles des Adhémar de Mon- 
teil : d'or à 3 bandes d'azur : ces armes 
se voient entre autre, sur un dessin de 
1809, dédié à Pierr.-Melchior d'Azémar, 
vicomte d'Héran, baron de l'Empire, 
préfet du Var. Plus tard, ces armes ont 
été placées sur un écusson mi-parti de 
France ancien et de Toulouse, celui qui 
figurait sur le sceau de Lambert Adhé- 
mar, se'gnejr de Lombers au xm e siècle. 

Antérieurement, les armes portées par 
les Azémar étaient : d'azur, à la bande 
d'argent, chargée de 3 croissans de sable , 
accompagnée d'un lion d'or, aimé et lam- 
passé de gueules. Ces armoiries se retrou- 
vent sur la porte d'une des possessions 
territoriales les plus anciennes dans la 
famille : elles figurent sur l'argenterie du 
xvu c et du xviii siècles conservée dans la 
maison; elles sont celles de Pierre Azé- 
mar, évêque de Maguelone en 1 1 18, et de 
nomlreux auditeurs ou contrôleurs à la 
cour des comptes de Montpellier. Des 
brisures sont d'ailleurs fréquentes : chez 
noble Azémar, contrôleur à la cour des 
comptes (fin du xvn'), les croissans sont 
remplacés par des croisettes : chez noble 
Guérin Azémar, la bande est alésée (ar- 
moriai manuscrit de 1696) chez Pierre 



seigneur 



300 

de Saint-Maurice 



de 



Az'mar, 

Cazevielhe, la bande est alésée du côté 
du sommet de l'écu et les croissans se 
logent entre les pattes du lion. La cou- 
ronne est une couronne de m<rquissur 
des étainsde 1709. 

Quand l'identité d'origine avec les 
Adhémar de Monteil et de Grignan fut 
établie, les armoiries des diverses branches 
tendirent à s'uniformiser (les bandes d'azur 
sont devenues chez les Adhémar de Cran- 
sac des fasces accostées de 3 têtes d'anges 
ailées) et les ornements particuliers se 
multiplièrent. La devise « lancea sacra « 
accompagnant une lance à la pointe 
teinte de sang, rappela la lance indiquée 
par un songe à l'évèque Adhémar de 
Monteil, lance qui assura aux croisés la 
possession de Jérusalem par la vertu du 
sang de N. S. dans lequel elle s'était 
plongée : les supports devinrent des am- 
phisbènes, le casque du cimier se posa de 
face, et il en découla d'énormes lambre- 
quins. La vieille devise se francisa : 
« Plus d'honneur que d'honneurs ! » 

Telle qu'elle existe aujourd'hui, la 
famille d'Adhémar-Cazevielhe fait re- 
monter sa généalogie (par Rigaud Azé- 
mar, tige des autres branches de Cransac, 
Lantagnac, etç ) à Lambert de Monteil- 
Adhémar, seigneur de Lombers, oncle de 
Guy de Montfort, frère de Simon de Mont- 
fort. Cz. 

* 

Ce nom gaulois du midi, où aze, azo, 
signifie le seigneur (temple d'Azo en 
Auvergne, du temps de César), veut 
dire : éminent seigneur, ou éminent par 
la grâce du seigneur. C'est le même sens 
qu'Esmer, au nord de la Loire. 

D r Bougon. 



Famille de Pomar fXLlV, 163, 236). 
La duchesse de Pomar, qui avait épousé 
lord Caithness, évoquait quotidienne- 
ment l'ombre de Marie Stuart avec la- 
quelle elle avaitde longues conversations, 
elle fonda une revue théosophique dont 
le nom n'est pas présent à ma mémoire. 
Elle est morte il y a 3 ou 4 ans. Son fils, 
le duc de Pomar, habite en hiver, à Nice, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[30 août 1901 



301 



J02 



le palais Tiranty. Monsieur H. de W. 
trouverait probablement auprès de lui les 
renseignements qu'il désire sur la généa- 



logie de la famille de Pomar. 



Tabac. 



Pour avoir des renseignements sur les 
ascendants du G 1 comte de Pomar, il 
faudrait s'adresser à Madrid, à M r Fer- 
nandez de Béthencourt, le célèbre gé- 
néalogiste espagnol — qui seul, croyons- 
nous, serait en mesure d'en fournir, car 
les sources imprimées, celles du moins 
que nous connaissons, sont muettes au 
sujet de cette famille, et le titre de « duc 
de Pomar, étant un titre étranger, ne fait 
pas partie de ce qu'on appelle en Espagne» 
« tihilos del reino », et par conséquent 
n'est pas mentionné dans les Annuaires 
de la noblesse espagnole, tels que : Guia 
oficial de Espana ou bien Anales de la 
Noble^a de Espana. 

Cependant, voici quelques noms et 
quelques dates qui pourraient servir au 
besoin. 

Le G 1 comte de Pomar s'appelait de 
son nom : Médina de Pomar et fut créé 
par le Pape Pie IX, non pas duc, mais 
comte romain, au titre de comte de Po- 
mar. 

Pomar, en espagnol, veut dire : verger 
à pommes. 

Dans le DebretVs Peeiage (1886), 
dans la liste des personnes en pos- 
session d'un titre nobiliaire étranger, 
mais reconnu par le gouvernement an- 
glais, on trouve : 

Marie, comtesse of Caithness, fille uni- 
que de Don Antonio José de Mariategui, 
de Santa Catalina, île Maurice, née en 
1830 ; dame de l'ordre de dames nobles 
de Marie-Louise et du Saint-Sépulcre, 
créée « en son propre droit » duchesse de 
Pomar, le titre et le rang de son fils ayant 
été étendu sur sa personne à elle par 
lettres patentes de S. S. le Pape Léon XIII, 
à la date du 13 juin 1879. 

Elle fut n ariée : i°en 1853, au comte 
de Pomar, dont elle devint veuve en 
1868 ; 2 en 1872 à James Sinclair, 
i4 e Earlof Caithness. pair d'Angleterre 
et d'Ecosse, dont elle devint veuve en 
1881. 



De son premier mariage, lady Caithness, 
duchesse de Pomar, eut un fils unique : 

Maria Manuel, Médina de Pomar, comte 
et duc de Pomar, né à Madrid le 22 sept. 
1854, lequel succéda à la mort de son 
père, survenue en 1868, au titre comtal 
de celui-ci, et fut créé « en minorité » duc 
de Pomar, par le pape Pie IX. Ce titre lui 
fut reconnu et confirmé, lorsqu'il devint 
majeur en 1875, par Alphonse XII roi 
d'Espagne, 

Il est chevalier grand croix de l'Ordre 
du Saint-Sépulcre, et commandeur de 
l'Ordre d'Isabelle la Catholique. 

Il appert de cette note du DebretVs Pee- 
rage, qui a un caractère absolument au- 
thentique, que lady Caithness a été 
pourvue du titre romain de duchesse, 
rappelant le nom de son premier mari, 
pendant son mariage avec son second 
mari lord Caithness et du vivant de ce- 
lui-ci, car ce titre lui a été conféré en 
1879, et lord Caithness n'est mort qu'en 
1881, ce qui nous parait assez bizarre. 
Pour reconnaître les bienfaits des deux 
pontifes de Rome, la nouvelle duchesse ro- 
maine s'est jetée dans une théosophie pas- 
sablement hérétique et se fit bouddhiste, 
dit on. D'ailleurs, elle aura vraisemblable- 
ment révoqué ses erreurs.car elle est morte 
dans le giron de l'Eglise catholique, et la 
cérémonie funèbre a eu lieu en l'église 
Saint-François de Salles à Paris, dont 
voici la lettre de faire-part qui donne 
quelques indications généalogiques et no- 
biliaires : 

Le duc de Pomar a la grande douleur de 
vous faire part de la perte cruelle qu'il vient 
d'éprouver en la personne de sai mère, 

Maria de Mariategui 

Duch.sse de Pomar 
Comtesse de Caithness. 
Baronne de Barogill et de Berriedale. 
Pairesse d'Angleterre et d'Ecosse 
Dame de l'Ordre espagnol des Dames no- 
bles de Marie-Louise 

Dame de l'Ordre pontifical du St-Sépulchre 
Veuve de James Sinclair 
XIV<s comte de Caithness 
Pair d'Angleterre et d'Ecosse 
Décédée subitement en son hôtel à Paris 
124, Avenue de Wagram, le 2 novembre 1895, 
dans sa 65 année. 

L'inhumation aura lieu dans la chapelle 
Royale d'Holyrood à Edimbourg (Ecosse). 



N° 942 



L'INTERMEDIAIRE 



303 



304 



Le duc de Pomar fit ériger, ces temps 
derniers.au cimetière Montmartre, un fort 
beau monument funèbre, un sarcophage 
en granit rouge, destiné à ses proches 
parents et à lui-même. Avec cette inscrip- 
tion : 

En ma fin est mon commencement 

Et au dessous, les noms suivants : 

Maria Compton de Mariategui 1851. 

Hélène de Mariategui 1852. 

Antonio José de Mariategui 1870. 

Manuel de Pomar j MatiateguI, duc de Pomar. 

(Cette dernière inscription n'est pas sui- 
vie d'une date, car le duc est par'aite- 
ment vivant). 

Nous savons bien que ces renseigne- 
ments ne répondent pas directement à la 
question posée, mais ils pourront peut- 
être aider à établir l'ascendance du G 1 
Comte de Pomar. Duc Job. 

Fouquet, duc de Bellô-Isle (XLIV, 
105J. — Voici d'abord ses états de services 
récemment dressés, sur pièces authenti- 
ques, au ministère de la guerre : 

Charles-Louis-Auguste Fouquet, duc de 
Belle-Isle,né en 1684, à Villefranche-en-Rouer- 
gue. 

Marié à Marie-Casimire-Thérèze-Geneviève- 
Emmanuelle de Béthune. 

Mousquetaire en janvier 170 1. 

Capitaine au régiment Royal (Cavalerie), le 
7 janvier 1702. 

Mestre de camp du régiment de Dragons de 
son nom, le 11 janvier 1705. 

Brigadier de Dragons, le 12 novembre 1708. 

Mestre de camp général des Dragons, le 5 
juillet 1709. 

Maréchal de camp, le 8 mars 1718. 

Gouverneur d'Huningue, le 22 mars 17 19. 

Employé à l'armée d'Espagne en 1719. 

Commandant le camp de 
juillet au 9 août 1 727 . 

Commandant le camp de la Meuse, du 10 
août au 28 septembre 1727 . 

Commandant provisoirement aux Tïois- 
Evèchés, le 6 septembre 1727. , 

Titulaire de ce Commandement,le 13 octobre 

1727. 

Commandant le camp de la Haute-Meuse, 
le [•• mars 1 730. 

Lieutenant général des Armées, le 22 décem- 
bre 1 7 } 1 . 

Commandant le camp de la Moselle, du 31 
août au 30 septembre 17 -,2. 

Gouverneur et Lieutenant général du Pays- 
Messin et Verdunois, et Gouverneur particu- 
lier de la ville et de la citadelle de Metz, le 9 
mars 1733. 



la Moselle, du 6 



Démissionnaire du Gouvernement d'Hunin- 
gue, le 17 mars 1733. 

Employé à l'armée du Rhin, le 15 septem- 
bre 1733. 

Détaché de cette armée, pour aller prendre 
possession de la Lorraine ; entré dans Nancy, 
le 13 octobre 1733. 

Réunit à son Commandement dans les 
Trois-Evêchés et dans la Lorraine, celui sur la 
Meuse et de la frontière de Champagne, le 9 
novembre 1733. 

Employé à l'armée du Rhin, le !" avril 

1734. 

Réunit à ses Commandements celui de 
Hundsruck, le 2 décembre 1734. 

Employé à l'armée du Rhin, le 1" mai 

"735- 

Démissionnaire de la charge de Mestre de 

camp général des Dragons, en juin 1736. 

Ambassadeur extraordinaire et plénipoten- 
tiaire en Allemagne pour l'Election à l'Empire, 
le 25 janvier 1741 . 

Maréchal de France, le 11 février 1741. 

En mission près les Cours d'Allemagne, de 
Prusse et de Pologne, en avril 1 74 1 . 

Commandant l'armée de France en Bavière, 
sur l'Electeur de Bavière, lo 20 juillet 1741. 

Commandant l'armée en Bohème, le i or 
mai 1742. 

Commandant sous le Roi, l'armée du Rhin, 
conjointement avec les Maréchaux de Noailles, 
de Créquy et de Maillebois, le 1" août 1743. 

Lieutenant général au Gouvernement des 
Duchés de Lorraine et de Bar, par provision 
du Roi de Pologne, du 1" octobre 1744. 
(Autorisé le même jour à accepter cett- charge). 

En mission en Bavière et en Prusse, en dé- 
cembre 1744. 

Arrêté sur le territoire de Hanovre, sous 
prétexte qu'il n'avait pas de passeport, le 20 
décembre 1744. 

Conduit en captivité en Angleteire, le 23 
février 1745. 

Rentré en France, le 25 août 1745. 

Général de l'armée de Piémont sous l'In- 
fant Don Philippe, le 10 novembre 1746. 

Commandant l'armée d'Italie, le 1'" juin 
1748. 

Rentré en France, le... février 1749. 

Démissionnaire du Gouvernement de Metz 
en faveur du Comte de Gisors. (en en conser- 
vant la survivance), le 9 mai 1753. 

Démissionnaire dans les mêmes conditions 
de la Lieutenance générale des Duchés de 
Lorraine et de Bar, le 9 juillet 1753. 

Commandant les Côtes de l'Océan, de Dun- 
kerque à Bayonne, le 30 décembre 1755. 

Ministre d'Etat, le 16 mai 1756. 

Ministre secrétaire d'Etat, avec le départe- 
ment de la guerre, par provisions du 3 mars 
1758. 

Décédé le 26 janvier 1761 (à Versailles). 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



— 3°5 



Campagnes 
1702, 1703 et 1704, Rhin ; 170s, 
Italie ; 1707, Rhin î ^oS, Flandre ; 
1710, i7'i- '7i2, 1713. Rhin ; 1 7 I 9> 
gne; 1733, >734, '735- Rhin î J74 1 ' 
1743. Bavière et Bohême ; 1744, t 



1706, 

1709, 

Espa- 

1742. 

1746 



306 - 
Plessis de 



30 Août 1901 . 



et 1747, Piémont 



, 1748, 1749, Italie. 
Blessures 

Blessé le 14 octobre .702, à la bataille de 
Fridelingen ; blessé le 6 mars 1703, devant 
le fort de Kell ; coup de sabre, le 13 août 
,704 à la bataille d'Hochtedt : blesse dange- 
reusement à la poitrine, le 13 août 1708, au 
siège de Lille. A eu deux chevaux tues sous 
Inities 13 et 15 octobre 1702, à Huningue et 
à la bataille d'Hochtedt. 

Décorations 

Chevalier des Ordres du Roi le 13 juin 
1734 ; chevalier de la Toison d'Or, le 5 avril 

1742. 

Titres 

Il a commencé à servir sous le nom et le 
titre de comte de Belle-Isle. 

Duc, par l'érection de la terre de Gisors en 
Duché, mars 1742. 

Prince du Saint-Empire; 12 mai 1742. 

Pair de France, 24 avril 1749- 

Reçu membre de l'Académie française, le 

20 juin 1749. 

On aura remarqué qu'au document re- 
produit ci-dessus, le nom du duc de Belle- 
Isle est orthographié Fouqaet ; pourtant 
il signait : Foucquet, comme on peut le 
voir, notamment à la page 589 du vo- 
lume consacré au Musée des Archives. 

V. Ad VIELLE. 



Le duc de Fimarcon (XL1V, 108). 
— Archambaud d'Esclignac.filsdu duc et 
petit-neveu, par sa mère, de Talleyrand, 
est décédé le 17 mai 1842 {Annuaire de 
la noblesse, 1" année, 1843). 11 ne peut 
être question que du duc de Fimarcon sur 
lequel on demande des renseignements. 
Sa mère,Georgine-Louise-Victoire de Tal- 
leyrand- Périgord, est décédée le 16 jan- 
vier 1868. Duclos des Erables. 

M. de Caugey (XLIV, 52, 188). — Si 
la terre dont il est question dans la ré- 
ponse de G. est, comme il me semble, 
celle de Cangé en Saint-Àvertin, près 
Tours, et si cette terre appartenait aux 
Trézin avant la Révolution, comme il 
ressort de la qualification « chevalier.sei- 
gneur de Cangé », elle n'a pu passer, par 
succession, de cette famille à celle de Men- 
geot, car elle appartenait, si je ne me 
trompe, au commencement du siècle der- 



nier, à M. du Plessis de Grenédan, qui 
devint le député de la Restauration bien 
connu comme un des principaux orateurs 
de la contre-opposition de droite, et fut 
aliénée par lui vers la fin du premier 
Empire. P. du Gué. 

Cambessèdes (XLIV, 163). — Le 
Cambessèdes dont parlait Mérimée est 
bien le gentilhomme campagnard qu'a 
connu M. P. Jacques Cambessèdes (ou 
plutôt Cambetèdes) naquit à Paris en 
1802, et y fit de brillantes études. Il vint 
ensuite à Montpellier où son père avait des 
propriétés, et où sa sœur était mariée à 
M. de Froment, conseiller à la cour 
d'appel. 11 y fit de la botanique avec 
M. Delille, professeur à la faculté, et 
l'enleva. C'est la M me D... dont parle 
Mérimée. Il l'épousa après la mort de 
M. Delille, et mourut sans enfants en 1863 
à Férussac (Lozère). 

On voit, d'après la lettre de Mérimée, 
que Jacques Cambessèdes avait conduit sa 
maîtresse à Paris du vivant de son père, 
et qu'elle y était connue dans la société 
des intellectuels de l'époque. G. T. 



Documents relatifs à l'histoire du 
pays de Vaud 1293-1750 (XLIV, 
I13 )_ _ L'auteur des Documents est 
François-Théodore-Louis, baron deGrenus, 
né à Genève en 1785, décédé le 4 janvier 
1851, auteur de nombreux ouvrages rela- 
tifs à l'histoire de Genève. 

Les documents parurent d'abord en 
deux numéros, Lausanne et Genève 1816, 
puis furent refaits sur un plan plus com- 
plet et publiés en un grand vol. in-8 
1817. A sa mort, le baron de Grenus laissa 
à la Confédération suisse un million pour 
le fonds des Invalides ; il avait précédem- 
ment donné à la ville de Genève des im- 
meubles estimés 400.000 fr. R. 



Portrait du cbiffonnierLiard.ami 
de Béranger (XLIV, 106,23 1).— Victor 
Fournel, dans son ouvrage intitulé Les 
eiis de Paris, types et physionomies d'au- 
trefois, dit ceci sur le personnage en 
question et c'est peu : 

Liard n'appartenait même pas à la première 
catégorie des chiffonniers, car il ne portait 
qu'un bissac au lieu de hotte. C'est dans cet 
appareil que Traviès, l'auteur de Monsieur 
Mayeuxet de tant d'autres types_populaires, 



N° 942. J 



L'INTERMEDIAIRE 



3"7 



308 



le ciayonna un jour, alerte et guilleret sous j 
ses haillons, avec son œil riant, sa physiono- 
mie ouverte et goguenarde. (Le portrait de 
Liard d'après Traviès, est reproduit dans l'ou- 
vrage en question). 

Liard avait fait ses humanités : il aimait à 
citer quelques bribes de latin : il lisait les 
chiffons qu'il avait recueillis et les commen- 
tait à ses camarades ou curieux qui venaient 
le voir. Le bruit de ce phénomène, un chiffon- 
nier sachant le latin et citant même du grec 
à l'occasion, s'était répandu en simplifiant . 
Le premier qui l'entendit écrivit la nouvelle 
au «Corsaire». Paris, à qui il faut chaque 
jour un nouvel engouement, s'éprit de Liard. 

On répétait ses bons mots dans les petits 
journaux , on lui en faisait chaque matin, 
comme à un personnage à la mode. Chroni- 
queurs, romanciers, artistes allaient le visiter 
et s'efforçaient vainement, par des questions 
insidieuses, de percer le mystère de son passé : 
Liard demeura une éiiiarne. 

Al. E. 

Auguste Cournot (XLIV, 52, 188, 
240). — Puisque l'attention est appelée sur 
ce savant, pourrait-on me dire à quel mem- 
bre de la famille Cournot a appartenu 
un ex-librisde la période révolutionnaire 
portant l'inscription typographique en 
trois lignes : j'appartiens au citoyen Cour- 
not, enfermée dans un cadre à doubles 
filets ; dimension 43 X 50? 

Est-ce au père d'Augustin ? Quelques 
mots de biographie seraient les bienve- 
nus ? Est-ce à un autre membre de cette 
famille qui est encore largement repré- 
sentée en Bourgogne ? 

J'ai dans l'idée que cet ex-libris était 
à recouvrement, c'est-à-dire destiné à en 
cadier un autre ; connaît on un ex-libris 
de Cournot de la fin du xviu e siècle ? 

D. desE. 

Prononciation du mot fléau au 
XV1P siècle (XLIV, 55, 256).— Auxvn" 
siècle, le mot fléau ne comportait qu'une 
syllabe comme celui de sangliers. 

Sangliers bous et beaux. 

Lafontaine). 
ne comptait que pour deux et bien d'au- 
tres encore. Alpha. 

» 

* * 
On demande si l'on doit prononcer fléau 

ou flo ? Ni l'un ni l'autre. — Mais fléau, 
prononcé plus rapidement qu'aujour- 
d'hui et d'une seule émission de voix. 
Cela est enseigné dans les classes, à pro- 



pos de sanglier, deux syllabes, et de hier 
qui, au xvu' siècle, compte tantôt comme 
une, tantôt comme deux syllabes. Les 
exemples sont connus. Voyez encore les 
mots duel, duègne. J'en ai relevé d'autres 
dans Rotrou (Sainl-Genest) et dansd'Au- 
bigné {les Tragiques). 

Il ne faut donc pas amputer le mot, 
mais escamoter adroitement une syllabe. 
J'ai entendu M. Havet expliquer ainsi 
certains cas d'élision latine (Omnià euim) 
et M. Beljame les rapprocher de la pro- 
nonciation rapide de certaines syllabes, 
qui constitue ce que l'on appelle slurring 
en scansion anglaise. 

G. CA.MERLYNCK. 

Etymologie de Clichy (XL1II; 
XLIV, 89) — Les noms antiques de Cli- 
chy sont Clipiacus ou Clippiacus. 

L'abbé Lebœuf, dans un article sur 
j Clichy-la-Garenne, supposait que ce nom 
venait ou était synonyme de clapier, re- 
traite de lapins. Houzé faisait venir Cli- 
piacus d'un radical celtique, Clap, Clep ou 
Clip signifiant pierre, de sorte que Cli- 
chy aurait voulu dire lieu pierreux. 

Mais la véritable etymologie est celle 
donnée par D'Arbois de Jubainville, c'est- 
à-dire domaine de Cleppius, nom romain 
du bas empire relevé sur plusieurs ins- 
criptions. Martellière. 

Midinettes (XLI1I ; XLIV, 146). — 
Parfaitement, Les petites blanchisseuses sont 
de Monselet. Et après? Ne dirait-on pas 
que l'auteur des Galanteries du XVllI* 
siècle et de la plus complète étude parue 
sur les œuvres de Restif de la Bretonne, 
était un écrivain prude? B-F. 

Origine de ces mots : Chauvin et 
chauvinisme (T. G., 199 ; XLI1I ; XLIV, 
142). — Avant toutes choses, lisez \q Musée 
de la Conversation, de notre collaborateur 
M. Roger Alexandre : il a laissé peu de 
chose à glaner. Je résume son article. 

C'est Aragoqui, le premier, (Dicliounaire 
delà Conservation, 2 e édit. 1853), a pré- 
tendu que Chauvin était un être réel, né à 
Rochefort, blessé dix-sept fois dans les 
campagnes de la grande armée. Mais le 
procès Fieschi révéla un certain Chauvin 
(Charles-Pierre) qui poussa l'amour de 
Napoléon jusqu'à l'accompagner à Sainte- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Août 1901 



309 - 
en 1835, 



310 






N'en déplaise à M. le capitaine Paim- 
blant du Rouil, dont les indications sont 
généralement sûres, le père du chauvi- 
nisme, Nicolas Chauvin, est bien réelle- 
ment un mythe. La Revue de Saintonge et 
d ' An'nis s'est occupée de son existence. 
(Voir t XXV, 408, et XXVIII, p. 200) et 
conclut que ce vieux soldat chevronné de 
17 blessures, né à Rochefort, en dépit du 
Dictionnaire de la conversation, de la 
Grande Encyclopédie, du Grand diction- 
naire de Larousse, etc . n'a existé que 
dans l'imagination des vaudevillistes ; les 
recherches les plus minutieuses faites 
dans les Archives de l'état-civil de Roche- 
fort ont prouvé qu'il n'y était jamais né 
de Nicolas Chauvin. L. A. 



Bessé-s .r-Braye (XLIV, 55). — 
Bessé ou lieu bas n'est pas enfantin du 
tout, car le mot de baissa se trouve dans 
les dictionnaires de basse latinité de 
Ducange et dans celui de Lacurne de 
Sainte-Palaye. 

Ducange — Baissa, Baissia — Locus 
humilis, depressus, paludosus, dumetis 
et vepribus, plenus, provincialitus, baisso, 
lemovicibus Bessé. j$jf^$ ; '; 

Baisa Vallem, Villocum, Submissum, 
Balza qu£e hispanis est Palus. 

Lacurne — Baisse. Terrain affaissé que 
le séjournement des eaux a fait baisser. 

Baisse a aussi le sens de fossé. 

En Poitou, on dit une pelle-baisse, c'est- 
à-dire une pelle spéciale qui sert à faire 
une tranchée, un fossé. 

P. V. de Saint-Marc. 



Hélène. 11 était, en 1835, âgé de 42 ans, : 
employé au cabinet du préfet de police. 
Ce qu'il faut établir, c'est quela légende a 
été créée d'après le premier de ces Chauvin 
comme on le prétend, et non d'après les 
légendes de Charlet — comme le croit 
Littré — de Charlet qui a mis en scène un 
jeune conscrit qu'il appelle Chauvin sans 
nous avoir dit pourquoi. 

Sur quoi se base-t-on pour établir qae 
le Chauvin, père du chauvinisme, est fils 
d'un Chauvin qui aurait été célèbre à 
l'armée, sans que, dans aucun mémoire, 
dans aucun récit, dans aucune lettre, il 
soit fait mention de ce prétendu héros ? 

A. B. X. 



* * 

Ce nom de lieu Bessé dérive, sans 

doute, de Bassiacus, domaine rural pos- 
sédé par un certain Bassins, nom qui dé- 
rive lui-même du « cognomen » Bassus. 
(Cf. dans l'ouest : Savignè de Sabiniacus ; 
LuçilU de Luciliacus ; Epeigné de Spa- 
niacus; etc., noms qui signifient: pro- 
priété de Sabinius, de Lucilius, de Spa- 

uim). Jacques Soyer. 

* 

* * 

Nous sommes bien de l'avis de M. de la 
Bigottière : quelle singulière idée de faire 
dériver Bessé de lieu bas ; alors que même 
le mot bassin a un tout autre radical ! 

Quant à Bessé, c'est un nom de lieu 
qui peut avoir des sens différents, suivant 
qu'il dérive ou non d'un nom d'homme. 
Ainsi le roi Bazin a été aussi appelé 
Bézin ou même Byssin, et Bessin, de 
beist, le meilleur, dans le sens de celui 
qui excelle ; or le nom de lieu Port-en- 
Bessin a une autre étymologie que ce 
nom d'homme. De même les noms de 
lieux, tels que Bessé, ont desétymologies 
diverses, selon les cas ; suivant qu'ils déri- 
vent d'un nom d'homme, d'un nom de 
peuple ou d'une particularité topogra- 
phique quelconque, propre au lieu dont 
il s'agit. En tous cas, le nom d'homme 
Bès, qui a pu être l'origine d'un de ces 
nombreux Bessé, vient de Bez, élision de 
beist, le meilleur, celui qui excelle le 
plus. D r Bougon. 

* 

+ ¥ 

Comme le dit à raison l'auteur de la 
question, l'étymologie de Bessé, lieu bas, 
est absolument enfantine. 

Je ne suis pas à même de vérifier quel 
était le nom de Bessé au moyen-âge, 
mais on doit le retrouver dans les char- 
tes anciennes, dans des cartulaires et dans 
les archives du département de la Sar- 
the et dans celles de l'évêché du Mans. 
Mais il est très probable que ce nom 
était Bessiacus. On sait que le suffixe iacus, 
suivant les régions. s'est transformé en y 
ou en e. Dans la Sarthe, la terminaison é 
a prévalu. Ivry devint Ivré.Neuilly Neuillé, 
Parigny Parigné.etc . Bessiacus a fait Bessé, 
On trouve en France un grand nombre 
de localités portant le nom de Bessat, 
Bessé, Bessay, Bessy, qui doivent avoir 
la même origine que le Bessé de la Sar- 
the. Ces localités ont été certainement 



N° 94; 



L'INTERMEDIAIRE 



1 1 



31: 



fondées par des romains du bas empire, 
portant le nom de Bessius, qui paraît 
avoir été assez commun, Bessiacns, domaine 
de Bessius. 

Ce nom n'est nullement fantaisiste, 
M. D'Arbois de Jubainville l'a retrouvé 
cité dans une loi du code Justinien. 

Puisque bous sommes sur les bords de 
la Braye, ne pourrions-nous chercher 
aussi quelle est l'étymologie du nom de j 
cette rivière ? J'ignore absolument le nom 
qu'elle portait au moyen-âge ; aussi 
je me permets une hypothèse des plus 
hasardée. Braye ne viendrait-il pas du 
bas latin Braium, boue, fange? 

Si les prairies de la Braye sont aujour- 
d'hui assainies, il est cependant facile de 
reconnaître, notamment aux ponts de 
Braye où cette rivière se jette dans le 
Loir, qu'elle devait couler en bras nom- 
breux dans un véritable marécage. Ce se- 
rait donc la rivière boueuse. Je dois dire 
que cette hypothèse paraît ruinés par un 
ancien nom de la Braye, Bi ia, que je re- 
trouve dans la charte de fondation du 
monastère de Saint-Calais, faite par Chil- 
debert, lexm des calendes de Février, la 
4 e année de son règne. 

Martellière. 

Noms de paillasses (XL1V, 105). — 
Jocrisse, Scapin, Tristapatle. Dans le 
Musée de la Conversation, M. Roger 
. lexandre (3 édition, p. 267) traite cette 
question longuement et avec compétence. 
Il établit que le nom àt Jocrisse ou Jocrice 
était populaire dès le xvi c siècle, comme 
celui d'un valet nigaud et ridicule. 

Il conteste l'explication de Jal trouvant 
dans jocularis, l'étymologie de ce mot. 

A. B. X. 

* * 
Jocrisse date de loin. Chez les Ro- 
mains, le type de la niaiserie auquel il a 
succédé et q,u'il remplace chez nous, avait 
pour fonction de « traire les poules y-, si, 
lisons-nous dans le Satyricon, lactangalli- 
naceum quœsieris, inveniet (XXXVIII). Au 
xvn° siècle, Jocri^ «mène les poules pis- 
ser » {Les différents des coqs et des chapons 
touchant l'alliance des poules). Il est popu- 
laire comme type du valet niais, du gar- 
çon de ferme stupide. Il es* un des per- 
sonnages dansants et chantants du Ballet 
des Fées des forêts de Saint-Germain, que 
le roi dansa le 11 février 1625. ^Voici ce 



que l'auteur lui fait dire : 

Partout on m'appelle Jocrisse 
Qui mène les poules pisser, 
Chères beautés, faites cesser 
Ce surnom rempli d'injustice ; 
Que chacune de vous dessus moi se repose : 
Je lui ferai faire autre chose. 
Quant au nom en lui-même, il me pa- 
raît être une altération évidente du Jo- 
qttesus du moyen-âge, dont Coquillart a 
parlé dans son [Monologue des perruques, 
t. 11, p. 285, Bibl. Elz. Nothing. 

* * 

Tristapatte est un personnage comique 

d'un vaudeville qui eut du succès dans la 
première partie du siècle dernier: L'Ours 
et le pacha. (D'après Lorédan Larchey, 
suppl. au Dict. d'Argot. Dentu 1883, 
p. XV, note). Gros Malo. 

* 

* * 

Jocrisse. — Furetière, dans son Diction- 
naire (1690), dit que Jocrisse est un terme 
injurieux usité dans cette phrase : Jocrisse 
qui mène les poules pisser, et qu'on 
l'applique à un homme qui s'amuse aux 
menus soins du ménage, qui est faible 
et avare. Les éditeurs du Dictionnaire de 
Trévoux enregistrent l'explication de Fu- 
retière, Leroux (1750) donne cette défini- 
tion : Jocrisse, pour sot, bête, innocent, 
niais, stupide, sot. Dhautel (1808) écrit : 
Jocrisse, terme de dérision qui équivaut à 
sot, niais, {eannot. Enfin Littré explique 
ainsi le mot : benêt se laissant gouverner 
en s'occupant des soins du ménage qui 
conviennent le moins à un homme. 

Court de Gébelin voit dans Jocrisse 
l'italien %ugo prononcé jog. Jal (Diction- 
naire critique) le dérive du latin jocula- 
ris ; Littré du wallon johrisse, nigaud, 
lequel accuse un thème jobe jobard, si tant 
est que johrisse soit le même que jocrisse. 

Toubin propose, sous réserves, jo 
représentant l'armoricain jar, poule, jau 
en vieux français, jot en genevois et 
crisse mot peut-être altéré du gaélique 
aireach, berger ; proprement : berger des 
poules. 

Avec beaucoup plus de vraisemblance, 
M. Pavot, Etymologies dites inconnues, 
propose le latin jocus, jeu ; jocrisse, celui 
dont on se joue. 

C'est cette dernière étymologie qu'il 
convient de tenir pour la meilleure. 

Scapin. V. Littré, Dictionnaire . 

Gustave Fustier. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



50 Août 1901 , 



3 ! 3 

* 
* * 



Lorsque notre confrère M. le D r B. de- 
mande d'où viennent les noms de Jocrisse, 
Scapin,Tristapatte,et « autres paillasses du 
même genre », il me semble que laques- 
tion n'est pas bien exactement posée. Le 
Paillasse est le pître de la parade des 
saltimbanques vêtu d'une toile à matelas ; 
c'est le personnage bouffon chargé d'atti- 
rer le public par ses improvisations en 
plein air. Or les « masques », comme on 
dit en italien pour définir un caractère 
fixe de comédie, de Scapin ou de Jocrisse, 



314 

Scapin n'est 



libertine. Scapin n'est pas plus uu 
« paillasse » que monsieur Pantalon, que 
Brighella, que le Docteur ou qu'Arlequin. 
Quant à l'origine de son nom ? — mais 
Scapino est un nom fort courant en Italie. 
Seulement en passant sur la scène fran- 
çaise, son costume (Voir Callot les Petits 
.lansenis) a laissé les habits amples, le 
masque et la barbe. Il a pris des vête- 
ments rayés vert et blanc, ou rouge et 
blanc, et s'est rapproché de Gros René 
et de Mascarille. (Consult. Maurice Sand, 
Masques et bouffons, tome il, p. 227). Gio- 



n'ont rien avoir avec Bobèche et Galima- vaniBissoni (1666- 1723), Alessandro Cia- 

varelli ( 1702-1774) ont été des Scapins 
très renommés dans la Comédie ita- 
lienne (Voir Rasi Comici italiani). 
Ils tenaient des rôles importants dans les 
pièces de cette époque et nous n'avons 
jamais entendu dire que M, Coquelin 
aîné qui jouait d'une façon magistrale le 
rôle de Scapin des Fourberies ait jamais 
ameuté la foule en faisant des calembours 
en plein air. 

Reste Tristapatte,le dernier nommé. — 
Mais celui-ci n'est autre qu'un person- 
nage comique de l'Ours et le Pacha, vau- 
deville en un acte de Scribe et X. B. 
Saintine, représenté aux Variétés le 10 fé- 
vrier 1820. Lagingeole et Tristapatte, di- 



fré. 

Commençons par Jocrisse. Que son nom 
vienne du latin jocaii, jouer, plaisanter, 
de l'allemand jocken, de l'anglais joke, du 
wallon jobrise, de l'appellation suisse j 0- 
ckeli (garçon de ferme), il n'est pas 
nouveau. Jocrisse apparaît déjà dans les 
ballets sous Louis XIII ; Molière le fait 
figurer à l'arrière-plan du Sgauarelle. 
Mais Jocrisse doit toute sa célébrité à 
Dorvigny, l'auteur du Désespoir de Jocrisse . 
Dès lors Jocrisse devient un type de co- 
médie, comme Nicodème, comme Janot, 
comme Cadet-Roussel. C'est la naïveté 
sincère, c'est la bêtise ahurie. Le type 
créé, les auteurs ne manquèrent pas. Nous 
avons les Deux Jocrisses vaudeville d'Ar- 
mand Gouffé, an vin — le Mariige de Jo- 
crisse par Henrion, an vin — Jocrisse au 
sérail par René Perrin, an ix — Jocrisse 
jaloux par Dorvigny. an xn — Jocrisse au 
bal de l'Opéra par le même. 1808 — Jo- 
crisse aux enfers par Désaugiers, 1809 — 
Jocrisse maître et valet, 2 actes de Sewrin, 
1810. — Jocrisse chef de brigands, mélo- 
drame par Merle et Dumersan, 1 8 1 5 — 
Jocrisse grand père 181 6 — Jocrisse paiia 
par Saint-Hilaire, 1822, et j'en passe. 
Brunet, Alcide Tousez et Vernet qui tour 
à tour personnifièrent le type de Jocrisse, 
n'étaient donc pas des « paillasses », mais 
des acteurs comiques comme de nos 
jours MM. Baron, Brasseur, Germain, etc. 
Il y a toute une nuance. 

Quant à Scapin, qui ne connaît son 
histoire ? C'est un type de la Comédie 
italienne, de cette fameuse Commedia 
dell'arte, ou comédie improvisée sur ca- 
nevas, dont Molière s'est emparé de tou- 
tes pièces. C'est un intrigant, un fourbe, 
qui entreprend de faire réussir toutes les 
affaires les plus délabrées de la jeunesse 



recteurs d'une ménagerie ambulante dont 
tous les animaux sont morts de faim en 
route, arrivent chez le puissant pacha 
Schahabaham au moment où le grand 
ours, son favori, vient de mourir, Maré- 
cot, conseiller intime du sultan, comprend 
qu'il va risquer sa tête s'il apprend à son 
souverain cette funeste nouvelle. Mais 
Lagingeole possède la peau d'un ours 
blanc. C'est Tristapatte qui revêtira la 
peau de l'ours, et celui-ci accepte d'au- 
tant plus volontiers qu'il a cru reconnaî- 
tre sa femme, dont il est séparé, dans la 
belle sultane Roxelane, etc. 

Le« Prenez mon ours ! » de Lagingeole 
est devenu légendaire, Or cet ours, ce 
n'était autre que Tristapatte. Vernet et 
Odry ont fait courir tout Paris dans ces 
deux rôles. 

II n'est donc pas exact de ranger ces 
personnages de comédie dans le rang 
des « paillasses » de foire ou de parade. 
Les modèles du genre furent les célèbres 
Bobèche et Galimafré dont l'histoire a été 
racontée maintes fois. Petits théâtres, d 



N° 94: 



L'INTERMÉDIAIRE 



■- 3»5 



316 



Brazier 

— Laiousse, etc 



Dût. du Théâtre de A. Pougin 



H. Lyonnet. 



La confession coupée (XLII ; XLII1), 

La véritable édition originale est en 

latin. Le privilège est daté du 7 décembre 
1746. Elle peut donc avoir paru en 

I 747- 
Les quatre collaborateurs qui ont donne 

la description de leur exemplaire, avec des 

dates différentes et le titre de Confession 

coupée, n'ont que des réimpressions de ce 

livre qui a dû avoir une certaine vogue 

à l'époque. 

L'édition originale en français que j'ai 
eu la bonne fortune de rencontrer ces 
jours derniers, ne porte pas le titre ci- 
dessus. Voici son véritable titre : 
Excellente et facile méthode pour se pré- 
parer à une confession géne'rale de toute sa 
vie, etc. Bruxelles chez Mommart, l'an 
1659, avec grâce et privilège. Elle est 
faite avec beaucoup de soin. Sur le titre, 
une vignette, sur cuivre représentant le 
confesseur dans son confessionnal. Aux 
abords ; quatre pénitents à genoux, dent 
l'un fait sa confession. Au dixième feuillet 
une autre vignette plus grande, où l'on 
voit Jésus crucifié. Au pied de la Croix, 
debout, un apôtre et une sainte femme. 
Toutes les pages contenant la liste des 
péchés sont encadrées d'une bordure 
gravée sur bois. 

Ce livre, aussi original par son exécu- 
tion matérielle que curieux par sa ma- 
tière, ne se trouve que deux fois dans 
tout le répertoire Morgand, avec une date 
différente — et avec le 2 e titre de la Con- 
fession coupée 

Le privilège de l'édition de 1659 est du 
6 novembre 1658. Il est au verso du der- 
nier feuillet. Au recto, la mention de l'édi- 
tion en latin et de son privilège du 7 dé- 
cembre 1746. 

De ces renseignements, il résulte que 
l'édition de 1659 est la mieux exécutée, 
qu'elle doit être la plus rare et mériter 
\l être recherchée. J. Miron. 

Jeu du TarocT G. ,870).— Le jeu du 
taroc est-il le même que le jeu des tarots? 
je n'ai pas sous la main le volume de 
l'Intermédiaire rappelé ci-dessus. Un con- 
lrère obligeant pourrait-il faire cette 
recherche et me dire ce qui en est. La 



Direction, devant laquelle je m'incline, a 
supprimé ma question récente sur le jeu 
de tarots, m'avisant que de nombreux 
livres en parlent. 

Je crois, dit-il, qu'il est bon, 
Mais le moindre grain de mil... 
Le grain de mil, ici, c'est le titre de 
quelques-uns de ces volumes si nom- 
breux, dont pendant 50 ans de feuilletage 
de Catalogues, je n'ai pas souvenir d'avoir 
rencontré un seul. Cz. 

Plagiats (XL1V, 114), — En 1896, 
M. l'abbé Gautier , curé de Saint-Cyr 
l'Ecole, aujourd'hui décédé, a publié dans 
le recueil de la Commission des antiquités 
et des arts de Seine-et-Oise, une notice sur 
le château et la ferme de Montalet-sur- 
Seine, qui est un audacieux plagiat. L'au- 
teur est M. l'abbé Esnot, qui a été curé 
de la paroisse d'Issou, canton de Limay, 
arrondissement de Mantes. Cet ecclésias- 
tique, mort il y a une dizaine d'années, a 
laissé aux archives de la cure d'Issou une 
notice manuscrite sur le village suivie 
d'une autre sur Montaletqui en dépendait, 
que M. l'abbé Gautier s'est appropriée en 
la publiant sous son nom sans changer 
un mot. ]e possède une copie du manus- 
crit de l'abbé Esnot portant la date de 
1851, que j'ai faite en 1867, alors que 
j'étais fonctionnaire dans le canton. 

Paul Pinson. 

Vers attribués à Hugo (XLIII ; 
XLIV, 94, 148, 202). — J'ai consulté à 
la Bibliothèque nationale le recueil de 
poésies de M me Anais Ségalas, Les oiseaux 
de passage, Paris, in- 12, 1857, et j'y ai 
bien trouvé, p. 177-180, une pièce inti- 
tulée A. une tête de mort.Qt qui commence 
par les vers en question attribués à 
V. Hugo. 

Voici le texte des vers de M" ,e Ségalas ; 
il diffère légèrement de celui que j'ai pu- 
blié : 

Squelette, qu'as-tu fait de l'âme ? 

Foyer, qu'as-tu fait de ta flamme ? 

Cage muette, qu'as-tu fait 

De ton bel oiseau qui chantait ? 

Volcan, qu'as-tu fait de ta lave? 

Qu'as-tu fait de ton maître, esclave ? 
Possession plus que trentenaire vaut 
titre, et ces vers reviennent à M rae Séga- 
las puisqu'elle les a publiés.Je ferai remar- 
quer cependant que la poésie de M me Se- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Août 1901 



317 



galas présente une certaine anomalie : 
elle débute par les six vers ci-dessus qui 
sont de huit pieds et à rimes plates et se 
poursuit et termine parsix strophes de six 
vers chacune et à rimes entremêlées, en 
sorte qu'il se pourrait très bien que les six 
premiers vers de cette poésie fussent une 
réminiscence ou simplement une épigra- 
phe que l'auteur a ensuite développée en 
strophes. Quelque parent ou ami de 
l'entourage de V. Hugo nous fixera peut- 
être, et je prie mes confrères de {'Inter- 
médiaire de m'excuser d'avoir insisté. 

Th. Court aux. 



318 



* 
* * 



Mes preuves ? C'est à la salle des Capu- 
cines, il y a une quinzaine d'années, que 
j'entendis un jeune conférencier, M. Eugène 
Brieux, lire, avec une très déférente admira- 
tion, ces vers devantM rae Ségalas elle-même, 
assise au premier rang. Les restituant au 
véritable auteur, il signala l'erreur qui les 
avait fait attribusr au grand poète. Il lut 
aussi des fragments d'un recueil de récits 
pour les enfants, malheureusement épuisé. 
C'était la poétique souffrance délicieuse- 
ment contée d'une pauvre plante oubliée 
pendant une absence, et mourant de 
sécheresse auprès d'une fontaine. Et, tout 
au fond de la salle, en se retournant, on 
reconnaissait, presque enfoui sous un 
très modeste chapeau de grosse paille 
qu'un simple ruban abaissait des deux 
côtés, le charmant visage et les beaux 
yeux innocents de Rachilde, qui l'avait 
écrite et qu'il venait de nommer. Cette 
soirée-là m'est bien présente. 

Mais puisque M. Courtaux réclame des 
indications précises, je le renvoie p. 175 
des Oiseaux de passage (3 e éd., 1857). 
La pièce, intitulée A une tête de mort, a 
comme épigraphe : 

Frère, il faut mourir . 

Et en note : 

La tête de mort qui a inspiré ces vers était 
exposée dans un parc, au milieu des ruines 
du château royal du Vivien, appartenant à 
M. Parquin . 

Cette pièce est belle. Elle a sept stro- 
phes : la première, celle qui nous occupe, 
en vers de huit pieds ; les six autres, en 
alexandrins Voici la première textuelle- 
ment : 

Squelette, qu'as-tu fait de l'àme ? 
Foyer, qu'as-tu fait de ta flamme, 
Cage muette, qu'as-tu fait 



De ton bel oiseau qui chantait ? 
Volcan, qu'as-tu fait de ta lave ; 
Qu'as-tu fait de ton maître esclave? 
Et la fin de la dernière : 
Toi qui n'es que ruine et que cendre : le Sei- 

[gneur 
Quand il a pris l'encens laisse tomber le 

[vase. 
Si Hugo a vraiment collaboré au pre- 
mier vers tel qu'il est resté dans les mé- 
moires et n'est pas dans le volume, il a 
beaucoup fait pour le nom de M me Ségalas 
aux siècles à venir. Un vers suffit, et avec 
trois syllabes que ne peut-on pas?... Ou 
plutôt ici — pour être rigoureusement 
exact — avec quatre ; car ton âme a été 
substitué à Vainc. 

L. R. 



Galeries de portraits historiques 

(XLIV, 166). — On trouvera des détails 
à ce sujets dans le Dictionnaire des ama- 
teurs français au xvn e siècle que j'ai pu- 
blié chez Quantin en 1884. 

Edmond Bonnaffé. 

Peinture attribuée à M lle Ledoux 
(XLIV, 167). — Siret {Dictionnaire des 
peintres) dit simplement, Ledoux, Phili- 
berte, E F. 1767-1840. — Genre, por- 
trait. Elève de Greuze : Puis il cite deux 
ou trois de ses œuvres. On peut ajouter ; 
talent charmant qui s'inspire souvent du 
maître sans arriver à l'égaler. M" e Ledoux 
a fait surtout des portraits. Elle était, dit- 
on, l'élève chérie et l'amie de Greuze. 

Le Cordier. 

Le peintre Ch. de Lafosse (XLII ; 
XLIII ; XLIV, 208). — Le musée de Dijon 
possède un grand tableau de Lafosse. 
Bacchus et Ariane, H. 2 m 6o, L. i™70, qui 
est d'une très agréable couleur, mais par- 
faitement fausse. Il est placé dans une 
des salles de l'Hôtel-de-Ville 

H. C. M. 

Un Orphée chrétien (XLIV. 168).— 
Orphée est souvent figuré dans les Cata- 
combes. Voy. Rome souterraine, traduction 
Paul Allard, Paris, Didier, 1867, 289- 
435, il n'est point étonnant de le voir 
réapparaître au xvi e siècle qui remit le 
passé en honneur. L'empiunt de ce per- 
sonnage au paganisme n'en paraîtra pas 



N" 94: 



L'INTERMEDIAIRE 



319 _ 

moins étrange si l'on s'en rapporte au 
témoignage d'Ovide : 
Il le eliam Thraciun populis fuit auctor- 

[amorem 

In teneros transferre marcs 

Métamorphoses. Lib. X, 83. 

Dans le Dict. de la fab le, ,1e grave Chom- 
pré dit que cette passion malheureuse fut 
la déplorable conséquence de la perte 
d'Eurydice. On sait comment les Bac- 
chantes se vengèrent des dédains du poète 
de Thrace. Léda. 



Athénée des Arts (XLIII). — Je ne 
retrouve pas en ce moment les mémoires 
de cette société dont j'ai une assez belle 
collection parce que mon frère en faisait 
partie. J'y suis venu souvent moi-même 
quand les séances très solennelles avaient 
lieu à l'hôtel de ville. Cette société avait 
remplacé les académies supprimées parla 
Convention. Les mémoires de cette époque 
sont très curieux. Voir particulièrement 
la séance où les plus grands savants du 
temps ont rendu compte de leurs expé- 
riences faites au Jardin des Plantes sur 
l'influence de la musique chez les élé- 
phants. La société a duré, je crois, jusqu'à 
la guerre de 70. Notre ami Pradier Fodéro, 
conseiller honoraire à la cour de Lyon 
(rue Faure Belon, 2, Saint-Etienne) e,n était 
une des chevilles ouvrières. Le consulter. 
Je n'ai pas reçu de ses nouvelles depuis 
l'organisation du Congrès de l'histoire 
du droit et des institutions de 1900 dont 
je me suis beaucoup occupé. 

E. Revillout. 



L'abbaye do l'Orth (XLIV, 112).— 
Alias Lort Poitiers, Lhort de Poictiers, 
ortus Pictariensis, à très peu de distance 
à l'est de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) et 
résidence ordinaire du chef de son opulente 
abbaye ce qui lui fit donner le nom 
d'abbaye de Lortpoitiers Sully, devenu 
gouverneur du Poitou, obtint par échange 
l'abbaye de Saint-Maixent et habita sou- 
vent son château abbatial de Lortpoitiers. 
Il vendit l'abbaye 70,000 fr. à son gendre 
Henri de Rohan qui se la vit confisquer 
par Louis Xlll pour avoir pris part au sou- 
lèvement de 1621. 

Cfr. Alfred Richard. Chartes et docu- 
ments pour servir à l'histoire de l'abbaye 



3 20 



de Saint -Maixent. Mémoires des archives 
historiques du Poitou, XVI et XVIII. 

LÉDA. 



L'Eglise des Saints-Innccents de 
Paris (XLIV, 171). — Sous les auspices, 
et je crois même aux frais de la ville de 
Paris, il a été publié par Firmin Didot.de 
1875 à 1882, en vingt livraisons formant 
deux volumes,un très bel ouvrage, illustré 
de nombreuses gravures, intitulé Paris à 
travers les âges. 

La 6 e livraison, qui commence le 2 e vo- 
lume, contient une monographie très in- 
téressante sur l'Eglise et le cimetière des 
Saints-Innocents. Dans cette étude, la vue 
de l'église est reproduite d'après d'an- 
ciennes gravures à trois époques diffé- 
rentes ; la première comprenant l'église 
et le cimetière vers 1550,1a seconde com- 
prenant l'église et la fontaine vers 1650, 
et la troisième est une vue partielle de 
l'intérieur de l'église vers 1786. 

L'ouvrage dont je parle et dont je pos- 
sède un exemplaire qui m'a été donné par 
un membre de l'Institut à qui la ville de 
Paris l'avait adressé gratuitement, comme 
probablement à tous ses collègues, doit 
nécessairement exister à la Bibliothèque 
nationale, et probablement aussi au musée 
Carnavalet. Robin. 

Même réponse : H. C. M. et H. Lyonnet. 



11 n'y a pas de grand homme 
pour son valet de chambre (XLIV, 
162, 263). — Fumagalli écrit héros au lieu 
de grand homme, puis il ajoute : 

Cette phrase si vraie, et qui a fait une for- 
tune méritée, n'est pas de M'"" de Sévigné, 
mais bien de M"' Coi<NUEL,une des Précieuses 
du xvii" siècle, laquelle, du reste, n'aurait fait 
que donner une forme plus précise à la sen- 
tence de Montaigne, Peu d hommes ont esté 
admirei par leurs domestiques (Essats, liv. 
III, chap. 2), ou aux paroles du maréchal de 
Catinat : Il faut être bien héros pour .'être 
aux yeux de son valet de chambre. {CM Vha 
detto. 1210) 

P. tr,c. A. S. 

Un bateau contre 1.3 mal do mer 

(XLIV, 83). — Un vaisseau de cette na- 
ture a longtemps été amarré dans le port 
du Havre où peut-être le voit-on encore. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



321 



Ce n'était guère que l'accouplement de 
deux bateaux à machines indépendantes. 
Ce principe des bateaux accouplés est 
bien connu sur nos côtes où il est regardé 
comme le meilleur moyen d'épargner 
aux passagers sensibles de pénibles oscil- 
lations, surtout lorsque les barques 
réunies sont à fond plat. Les Nouveaux- 
Zélandais le connaissaient avant la venue 
des premiers explorateurs. Léda. 

Le bororritttz ou agneau de Sibé- 
rie (XLIV, 171). — De ces fables, voici 
un aperçu emprunté aux Cent questions 
et réponses pour le mois de mai 1704, par 
l'abbé Bordelon : 

Question XI. Qu'est-ce que le banarets 
(sic)! 

Réponse. C'est une plante animale qui pro- 
duit un fruit delà figure d'un agneau. Ce 
zoopliyte tient à la terre par le nombril, et 
change de place autant que la souche le lui 
permet, et comme l'herbe se seiche partout où 
il se met, les Moscovites, chez qui il naît, 
disent que cette plante fait comme le mouton. 
Lorsque ce fruit vient en maturité, la tige se 
seiche, et il se revêt d'une peau velue, douce 
et frisée comme celle d'un agneau nouveau -né 
et cette peau étant préparée, elle sert de four- 
rure. On remarque encore de cette plante, 
qu'elle ne meurt que lorsqu'elle ne trouve 
plus d'herbe pour se nourrir, que ce fruit a le 
goût du mouton, et que le loup en est aussi 
friand que de cet animal. 

J'ai recopié ce passage d'un recueil 
assez peu commun ; mais on peut con- 
sulter l'article Agneau Tartare ou de Scy- 
thie du Dictionnaire de Valmont de Bo- 
mare, qui renvoie à Kircher et à Scaliger 
et qui écrit: borametç,\e nom slave donné 
à cet être chimérique. Le Manuel lexique 
de l'abbé Prévost, qui combattait la lé- 
gende, disait :Agnus Scythicns ou Boramets. 

G. I. 



La communication des registres 
d'état-civil (XLIV, 170). — Les gref- 
fiers des tribunaux civils, dépositaires des 
registres d'Etat-civil, ne peuvent pas refu- 
ser communication de ces actes à des 
particuliers ; le droit de recherches qui 
leur est alloué est de cinquante centimes 
par année. 

Mais il y a parfois des accommodements 
avec les greffiers. A Melun par exemple, 
pour les recherches qui exigent un cer- I 



30 Août 1901 . 
32 2 — 

tain temps, il est pris cinq francs de la 
demi-journée et dix francs de la journée, 
comme il est d'usage presque courant de 
ne pas faire payer le droit de recherches 
lorsque l'on lève l'expédition de l'acte 
d'état civil qui en a fait l'objet. 

Robert Géral. 

L'origine des permis de chasse 

(T. G. 195). - Plusieurs journaux pu- 
blient cette note : 

C'est à Napoléon I' 1 ' qu'est due la création 
du permis de chasse, qui s'appela, au début, 
permis de port d'armes. 

Le prix en fut d'abord fixé a 30 francs, et 
quelques années après à 15 francs seulement. 

En 1834, le montant des permis de chasse 
fournissait au Trésor la somme de un million 
deux cent mille francs. 

Dix ans plus tard, ce chiffre était presque 
doublé. 

La loi du 3 mai 1844, dont les dispositions 
sont encore en vigueur, a substitué le permis 
de chasse au port d'armes et en a fixé le prix 
a 25 francs, dont 10 sont attribués à la 
commune où le permis a été délivré. 

Ce n'est pas tout à fait exact. L' Inter- 
médiaire a publié (10 sept. 1896) l'esprit 
d'une ordonnance d'Henri IV, réglemen- 
tant la chasse et relative au port d'armes. 

Cette ordonnance édictée le 22 avril 
1 ^98, « défendait à tous nos sujets de por- 
ter : arquebuses, pistoles ni pistolets, ni 
bâtons à feu »,sans autorisation spéciale. 
La permission n'était accordée que du- 
rant certaines saisons. R. 



Un portrait de Philippe Pot 

(XLIV, 55, 207, 263). — Erratum. 11 faut 
lire, en tête de la Réponse de la colonne 
207 : sv Rectifications aux réponses (obli- 
geantes, mais à côté) du dernier N° ». 

Je regrette de reconnaître si mal le 
zèle de savants collaborateurs, mais il 
faut bien convenir que voilà quatre co- 
lonnes employées..., à ne pas répondre à 
la question. 

Il semble que nous aurions tous à ga- 
gner à mettre un peu plus de précision 
et de concision dans nos Réponses, qui 
prennent si volontiers le ton de la confé- 
rence. C'est pourquoi, tout en remer- 
ciant le collègue H. C. M. je m'abstiens 
de relever les inexactitudes de sa nou- 
velle Réponse-digression. L. H. 



N'942-J 



L'INTERMEDIAIRE 



323 



324 



Motte, SrauoaHleB et ((urtonttfs 



& 



Le cens quinquennal des romains 
est-il d'origine grecque ? (suite I fXLIV , 
2Ôt). — Le progrès ne peut, en effet, être 
figuré par une ligne ascendante, mais par 
une ligne à nombreuses courbes montant et 
descendant. Ce qui fait descendre, c'est 
généralement la guerre, mais ce sont 
aussi souvent les révolutions politiques 
qui érigent la brutalité en dogme, et 
font de l'égoïsme et de la violence la 
régie du droit. 

Mais je m'aperçois que je m'écarte trop, 
dans cet avant-propos, du sujet spécial 
annoncé plus haut,et je me hâte de l'abor- 
der. 

Ce sujet a été limité par moi à deux 
parties distinctes : i" la période qui, à 
Rome, est antérieure à la loi des XII ta- 
bles ; 2 la période qui commence à cette 
loi pour se terminer à celle des luttes du 
droit civil et du nouveau jus gaitium, 
introduit d'abord par le préteur pérégrin, 
puis admis par le préteur urbain, et enfin 
par les empereurs, le transformant de 
plus en plus dans le sens phénico-chal- 
déen, sous les seconds Antonins surtout. 
En un mot, je ne veux avoir affaire ici 
qu'au droit le plus archaïque, au droit de 
Numa, et à celui des décemvirs, tous les 
deux égyptiens d'origine. 

Les Romains ont-ils toujours été « ces 
hommes de la lance », que nous décrit 
Gaïus et *< qui ne croyaient bien à eux 
que ce dont ils s'étaient emparés » ? Ont- 
ils toujours eu pour unique idéal la force 
brutale, l'usucapion, l'occupation vio- 
lente des choses, des personnes, de leurs 
femmes in manu ; de leurs enfants in 
potestatc et mancipio ; de leurs débiteurs 
devenus des nexi, ou partagés par mor- 
ceaux, de leurs esclaves dont ils pouvaient 
nourrir leurs poissons, etc. 

Je ne le crois pas, et j'ai essayé de 
démontrer la chose dans le cours de cette 
année, que je compte bientôt publier (1), 
et dont cette lecture n'est qu'un extrait, 
ou plutôt un très bref résumé. 

Je n'entrerai pas ici dans les détails de 
mon étude, détails beaucoup trop longs 

(1) 11 devait euV annexé à cette élude dans 
les mémoires du Congrès des institutions et 
du droit et je le publierai dans ma Revue 
Egyptologiquc. 



pour cette communication. Qu'il me 
suffise de dire que tout ce que nous sa- 
vons du droit le plus archaïque des Ro- 
mains, se rapproche, d'une façon vrai- 
ment frappante, de ce que nous savons, 
par les contrats contemporains, du droit 
égyptien, qui a immédiatement précédé 
le Code d'Amasis, c'est-à-dire d'une légis- 
lation beaucoup plus douce que celle de 
la République. 

La femme, par exemple, n'était pas in 
manu inariti. Denys d'Halicarnasse nous 
apprend expressément que. dans le ma- 
riage par confarreatio, le régime de com- 
munauté totale des biens était en vigueur 
entre les époux — exactement ce que 
nous voyons pratiquer dans les contrats 
démotiques archaïques, datés Shabaku, 
Tarhaku, Psammétiku, etc. 

Ce mariage par confarreatio, qui était 
le seul usité pour les génies, avant les 
révolutions de la plèbe, c'est-à-dire des 
métèques étrangers d'origine, était un 
mariage sacré, absolument comparable au 
mariage sacré dont nous avons le formu- 
laire officiel en Egypte sous Psammé- 
tiku, etc. 

AThèbes, c'était le prêtre d'Amon, prê- 
tre du roi, remplissant le rôle d'officier 
de l'état-civii en même temps que de cé- 
lébrant religieux, qui posait les questions 
d'usage et qui, lorsque le fiancé était en- 
tré dans le temple et s'était dirigé vers sa 
fiancée, lui demandait : « Est-ce que tu 
l'aimeras en femme établie en dation de 
cœur, en épouse conjointe, en mère trans- 
mettant les droits de famille à sa filiation, 
ô mon frère ?» ce à quoi celui-ci, mon- 
trant le contrat de mariage antérieur par 
lequel il assurait à sa femme (ce qui était 
réciproque) communauté dans ses biens, 
répondait : « Moi, je transmets en don 
de" donation, en transmission, l'apport de 
ces choses dans le plan d'amour dans le- 
quel je l'aime. Si, au contraire, j'aime une 
autre femme qu'elle, à l'instant de cette 
vilenie — où l'on me trouvera avec une 
autre femme — moi je lui donne à elle (à 
ma femme) mon terrain ou l'établisse- 
ment de part qui a été écrit précédemment, 
à l'instant, devant toute vilenie au monde 
(de ce genre). Tous les biens que je ferai 
être (que j'acquerrai) par transmission ou- 
par apport de père et de mère (par héri- 
tage) seront à ses enfants qu'elle enfan- 
tera >». 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



325 



!2Ô 



[30 Août 1901. 



A Rome — nous le voyons par le prê- 
tre des diffaréations, quand cette cérémo- 
nie quasi funèbre fut admise pour rom- 
pre la confarréation — c'était également 
un prêtre qui présidait, dans le temple, à 
la célébration du mariage, en adminis- 
trant aux époux cette communion du 
pain sans levain, très probablement pra- 
tiquée aussi pour clore l'office religieux 
en Egypte. L'époux, à Rome, disait à sa 
femme conjointe : « ubi tu Gains et ego 
Gala ». Où tu es le maître, je suis aussi 
la maîtresse, avec les mêmes droits. 

On ne saurait donc désirer une plus 
grande similitude. 

A la même période, en Egypte et à 
Rome, l'adoption n'était alors licite que 
par un seul mode : par une lex regia, qui, 
comme toutes les lois de ce genre, était 
en même temps une lex curiata , c'est-à- 
dire par une loi rendue par le peuple 
réuni, dans ses comices, sur la demande 
du roi, rogatio régis. C'est à ce mot roga- 
tio que se rattache le nom de cette adop- 
tion primitive, de cette adrogatio, parce 
qu'en droit civil Y adrogatio constitue la 
première application des lois publiques 
aux affaires des particuliers. La chose se 
comprend aisément : A Rome, comme en 
Egypte, la propriété était alors, non pas 
individuelle, mais familiale. L'hérédité, 
avec ses sacra privaia annexés, ne pou- 
vait être attribuée encore qu'à l'héritier 
légitime, à celui qu'on a toujours nommé 
Y hère s suit s ou beres sui : (l'héritier sien ou 
du sien). Si cet héritier manquait, si les 
sacra n avaient plus d'officiants possibles 
et si la maison, pouvait rester vide, il 
appartenait à l'Etat d'y pourvoir. Le roi 
convoquait donc le peuple, après avoir 
consulté les dieux : et ces trois grandes 
autorités remplaçaient l'héritier légitime 
par un adrogé. 

Ce n'est que par imitation qu'on a 
plus tard introduit le testament calatis 
comitiis, qui, lui-même, sous le régime 
des XII tables, a précédé tous les autres 
testaments, etc., etc. 

Ce n'est que plus tard aussi, sous le 
même régime des XII tables, imité de 
celui d'Amasis, qu'on a donné au nou- 
veau pater familias droit de vie et de 
mort sur son fils adoptif, dont il possé- 
dait dès lors tous les biens. 

Tout cela n'existait pas d'abord, et l'a- 



drogation romaine primitive était, je n'en 
doute pas, identique à ce qu'était, sous 
Psammétiku, l'adoption égyptienne. 

Celle-ci se faisait aussi calatis comitiis, 
sur la demande du roi, par une véritable 
lex regia ou lex curiata dont nous avons 
un excellent exemple dans une inscrip- 
tion hiéroglyphique récemment décou- 
verte, et que j'yi longuement expliquée et 
commentée. 

Les leges regiœ, rendues par le peuple 
sur la proposition du roi, paraissaient 
bien plus étranges en Egypte, avec un 
Pharaon-dieu qu'à Rome — où tous les 
anciens nous les attestent depuis Cicéron. 
C'est donc une étrange coïncidence qui, 
dans la même année — en même temps 
que la nouvelle inscription du roi législa- 
Ieur égyptien Bocchorissurun vase trouvé 
dans une sépulture de Tarquinium, la pa- 
trie des Tarquins, remontant au vn e siè- 
cle avant notre ère — a fait découvrir, 
d'une part, à Thèbes, la lex regia, datée de 
Psammétiku, qui, relative à une adop- 
tion, est, pour la consultation du peuple, 
pleinement comparable aux leges regiœ. 
relatives aux réglementations sacrées, 
qu'on trouve dans une inscription d'Aby- 
dos et dans un papyrus de Berlin, d'une 
autre part, la lex regia découverte dans le 
forum romain, près de ce que les anciens 
nous ont dit être le tombeau de Romu- 
lus. 

{A suivi û). 



L'ameublement de la Clairon, 
rue de l'Université. — Voici un docu- 
ment que Goncourt eût habilement mis à 
profit dans son livre sur la Clairon s'il 
avait pu le connaître ; c'est un registre 
du tapissier Chapuy, rue du Bac, taisant 
partie de la riche collection des livres de 
commerçants du xvm e siècle, (1) ayant 
fait faillite, et obligés de déposer ces 
livres au greffe du Tribunal Consulaire en 
même temps que leur bilan. 

Le tapissier de la rue du Bac comptait 
parmi sa clientèle quelques actrices, et 
parmi celles-ci la célèbre Clairon dont le 
buste vient d'être érigé, il y a quelques 
jours, dans sa ville natale. 

(1) Les livres de commerce et les bilans de 
faillites provenant de l'ancien Tribunal des 
Juge-Consuls sont conservés aujourd'hui aux 
Archives de la Seine (30, quai Henri IV). 



N«94=.) 



L'INTERMEDIAIRE 



327 



328 



M"" Clairon, rue de V Université à Paris. 
12 octobre 1777 • I'our avoir tendu les lits du 
de la cuisinière, et celui du jeune 



portier, 
domestique 

Plus fourni 4 aunes 2/3 de 
toille verte pour faire une porte 
battante à 34* 

Plus 8 livres de bourre rouge à 

4 S 

30 aunes de petit bord de tille 

pour faire les panneaux de la 

porte à 1* 

Plus 1/4 de crai/i pour le bour- 

let d'yceile pour la façon et bro- 

quette. 

Le 17 décembre 1777, fourni 
une aune 1/2 detoile pourdoubler 
et faire le carreau du fauteuil de 
commodité à 24* fait. 

Plus fourni une livre de crin 
pour augmenter le carreau à 22" 

Plus 6 aunes 1/2 de crête à 9 S 

5 paquets de clous d'épingle 
pour attacher la crête à 3* 6d 

Plus pour la façon du dit fau- 
teuil en forme de bergère. 



6L 8 <1 



7 L 18.8. 



1 L 1: 



1 L 10. 5>. 



18 L 6 5 2<J 



1 L i6 s d 

3 L 6. 

2 *L 18. t 



17. 



8 L 



io L i8 s » 



Plus pour une bergère couverte 
de toile grise et blanche comme 
cy-dessus seavoir : bois à mou- 
lure, peinture sangle, (etc). 

2 bois de fauteuils sculptésavec 
des rubans, des feuilles d'eau et 
un entre-lacs tout autour des 
moulures à 18 f. pièce 

Peinture et embourrure pour 
yceux. 

Leiçdéccmbre 1777. Mis un lit 
de repos à loyer pour un mois 
prix convenu 

Fourni 25 aunes de crête pour 
6 fauteuils brodés à 9* 

Deux causeuses, fourni 18 aunes 
de crête pour les 2 à 9' 

26 février 1778. Pour avoir 
déménagé le portier et remonté 
son lit et son armoire au dessus 
de sa loge 

Total 272 L 2" io d 

Soldé le montant cy-dessus le 4 mars 1778. 

Le tapissier Chapuy ou Chapuis fournit 
à la même date et livre dans la même 
maison, rue de l'Université, au margrave 
les objets qui suivent : 

Le Margrave de Barret, rue de l'Université. 
Le. 75 octobre 1777. Mis à loyer un lit com- 
plet de 3 pieds de large, composé d'un balda- 



45 L 



56 L 



64 L 



1 1 L 9. 
54 L 2. 



L îe 



quin en siamoise bleu et blanc de 4 pieds de- 
face, sans courtepointe, ni chantourné, plus 
une couchette à un chevet, une paillasse 
neuve en toile faux lin. 

A dix deniers de loyer par mois fait 4 mois 
1/2 45 f. » 

Plus fourni à l'arrivée de tous les 
gens, 43 pommes de porle-manteaux 
à 3 S pour mettre dans leurs cham- 
bres. 

Le tapissier fournit encore au margrave 
2 tables à écrire, un miroir ovale avec un 
nœud de rubans, une porte en peau d'a- 
gneau et un paravent de six feuilles en 
beau papier. 

Le margrave solde, le 4 mars 1778, sa 
note ainsi que celle de la tragédienne, en 
galant homme qu'il était. On sait que 
M lle Clairon était avec lui en Allemagne 
depuis 1765, elle devait y rester jusqu'en 
1782; le livre-journal du tapissier nous 
renseigne exactement sur la durée du 
séjour que firent à Paris les deux amants 
en 1777-1778. 

Le tapissier Chapuy parait avoir été [le 
fournisseur ordinaire des comédiens du 
temps, on relève sur ses livres, les nomsde 
Bellemont,rue de Grenelle ; de Fleury,rue 
de Seine; Sainval cadette, rue Saint-Roch ; 
Doligny.Dessessard et Larive de la-Comé- 
die Française, M 1Ie Coulon et M. Thiste. 
de l'Opéra. Henri Vial. 

* 
* * 

Dans un feuilleton des Débats, (23 août 
1901), M. André Hallays, avec sa compé- 
tence coutumière. et l'agrément d'un 
style délicieux, nous promène à Paris, 
dans les différents domiciles qu'habita 
M lle Clairon : rue de Bussy, rue des Ma- 
rais, rue du Bac, rue de Lille, et à sa 
maison de campagne d'Issy. 11 ignore et 
l'on ignore généralement, qu'elle demeura 
également, avec le margrave, en 1777 et 
en 1778, rue de l'Université. 

C'est encore un point sur lequel nous 
éclaire cette trouvaille de M. Henri Vial, 
qui eût été si précieuse à M de Concourt 
quand il écrivait l'histoire de la Clairon, 
qui est l'histoire de toute une époque. 

M. 



Le Directeur-gérant : G. MONTORGUEIL. 
Imp. Daniel-Chambon St-Amand-Mont-Rond, 



XL1V Volume Paraissant Ses w, 20 et 30 de chaque mois. 10 Septembre 1901. 



N'943 



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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS BT RÉPONSES LITTÉRAIRKS, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES IÎT CURIOSITÉS 
329 — 330 



OEUtesUons 



matériaux de consolidation une pierre 
tombale portant l'inscription suivante : 



Tzar. — Quelle est l'étymologie de 
ce titre ? Quelle est son orthographe 
exacte ? O. 

Grimaldi, évêqueduMans. — Où 

pourrais-je trouver des renseignements 
détaillés sur la vie de Louis-André de 
Grimaldi, qui fut évêque du Mans, puis 
de Noyon (en 1776), et mourut à Londres 
en 1808? C. B. 

Me magna movent. — A quelle 
famille, du Midi, croyons-nous, appar- 
tient cette devise copiée sur un éten- 
dard du xvii e siècle? Cz. 

Méhèmet-Ali et son temps. — 

En vue d'un long travail que je prépare 
sur Méhémet-Ali, premier pacha d'Egypte, 
fondateur de la dynastie actuelle, je serais 
fort reconnaissant aux érudits et histo- 
riens français de me faire connaître quel 
ouvrage je pourrais utilement consul- 
ter sur ce sujet ; à quelles archives je 
pourrais puiser. Je tiendrais à recueillir 
toutes les lettres de Méhémet-Ali que 
existent en France. 

Moustafa-Kamel. 



Charles de Sac. — Lors de la res- 
tauration de l'église d'Avon (Seine-et- I 
Marne), en 1892, on a trouvé dans les ' 



CY 




GIST 



HONORABLE. HOVNME 

M . CHARLES . DE . SAC . DE 
MATOVE . EN . SON . VIVANT 



M 



IOVEVR . DESPEE . DV . 



ROY 



HENRY 



2 . QV . TRESPASSA 

I 

A . FONTAINE . BLEAV .LE l8 

10VR . DE . MARS . LAN . I 549 

PRIEZ . D1EV . POVR . LVY 

Le cartouche en (i) et les mots qui doi- 
vent être Roy et Henry étaient mutilés. 

Quel est ce Charles de Sac, sa situation 
à la cour, son blason ? 

Robert Géral. 

M me de Mérigniac. — Née Félix 
d'Ostrel (de Flandre), filleule de Félix 
Vialard évêque de Châlons,amie de Male- 
branche et de madame d'Héricourt, con- 
nue surtout comme correspondante de Ma- 

XL1V-7 



N'943- 



L'INTERMEDIAIRfc 



33 1 



332 



thieu Marais, épousa M. de Mérigniac, 
sénéchal de Montmorillon, dont elle se 
sépara bientôt, et vint alors à Parisoù elle 
fut de la cour du Palais-Royal. « Petite, 
point belle, mais les yeux vifs et fins et 
une conversation si charmante qu'on ne 
pouvait la quitter » (Marais). 

Ne sachant d'elle que ce qu'en ont dit 
le dit Marais et Feuillet de Conches dans 
ses Causeries d'un curieux, désirant lui 
consacrer une petite notice, nous sollici- 
tons de l'obligeance de nos confrères de 
Y Intermédiane des renseignements plus 
circonstanciés. Léda. 

Jacques Cœur faussement accusé 
par une femme. — Pendant le cours 
du procès de Jacques Cœur en 145 1, une 
dénonciation formelle d'empoisonnement 
sur Agnès Sorel fut adressée au roi par 
Jeanne de Vendôme, dame de Mortagne, 
dont le mari était un des débiteurs de Jac- 
ques Cœur. 

Agnès Sorel avait institué ]. Cœur, 
un desesexécuteurstestamentaires comme 
témoignage d'estime et d'amitié. 

J. Cœur démontra aisément l'absur- 
dité de cette calomnie, et prouva que la 
mort d'Agnès avait été naturelle. Jeanne 
de Vendôme fut obligée de faire amende 
honorable à J. Cœur et le roi lui remit la 
peine de mort qu'elle avait encourue pour 
faux témoignage. 

Nous prions un de nos érudits confrères 
de nous indiquer dans quel ouvrage on 
donne ces détails du procès de J. Cœur. 

M me V. Vincent. 

Castillon-Saint-Victor. — A propos 
de la prochaine traversée de la Médi- 
terranée en ballon, un journal publie un 
article sur M.Georges de Castillon-Saint- 
Victor, lieutenant de M. de la Veaux dans 
cette entreprise hardie, et ledit issu d'une 
famille d'officiers. C'est certain : les Cas- 
tillon ont figuré aux croisades ; de plus, 
le père du navigateur aérien, marié à 
Estantens.près de Muret (Haute-Garonne), 
appartenait à l'armée française. Mais 
est-ce que le grand-père n'était pas jour- 
naliste et journaliste de grand talent, 
rédacteur en chef de la Galette du Lan- 
guedoc sous Louis-Philippe ? et n'est-ce 
pas du château de Boutenac, (Aude), pro- 
priété du dit publiciste, comte Hippolyte 



de Castillon, que partirent les exem- 
plaires de la protestation de Henri V contre 
le coup d'Etat de 185 1 ? A. S. 

Guyard de Changey. — Ya-t-il eu 

au xviu e siècle un gouverneur de Bour- 
gogne portantee nom ou celui de marquis 
de Changey ? Quels ouvrages peut-on con- 
sulter à cet égard ? Dal. 

La bibliothèque de Napoléon 1 er . 

— Dans son testament, daté du 1 5 avril 
1 821, Napoléon (conformément aux docu- 
ments fournis par Dumas) disposa d'une 
partie de sa bibliothèque de Sainte-Hélène 
comme suit ; 

Quatre cents volumes, choisis dans ma bi- 
bliothèque parmi ceux qui ont le plus servi à 
mon usage. Je charge Saint-Denis de les gar- 
der et de les remettre à mon fils quand il 
aura seize ans. 

Son fils est-il jamais entré en posses- 
sion de ces 400 volumes, et qu'est devenu 
le restant ?A-t-on publié un catalogue de 
cette bibliothèque et où le trouverait-on ? 
J. B. Me. — Govern. 
(Notes and guéries. ) 

Marengo — le cheval de Napo- 
léon 1 er . — Quel fut le sort de Marengo» 
le célèbre cheval de Napoléon i er ? 

J- F. 
(Notes and queries) 



Le général Cabieu. — En 1758, les 
Anglais brûlèrent Cherbourg et tentèrent 
un débarquement sur la côte du Calva- 
dos actuel. — Un adroit paysan « ayant 
réussi à imiter, pendant la nuit, le bruit 
sourd de la marche d'un corps de trou- 
pes, l'ennemi effrayé, se rembarqua. » 

Ce paysan fut surnommé le général 
Cabieu. Sait-on quelle récompense lui 
fut accordée et ce qu'il devint par la 
suite ? A. S. 



Acte de décès d'un inconnu. — 

L'acte ci-après est tiré des archives de la 
ville d'Arras : 

L'an sept delà Re'publique française, une et 
indivisible, le sept prairial, deux heures de 
l'après midy, nous François Joseph Marchand, 
juge de paix, et officier de police judiciaire de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[10 Septembre 1901. 



333 



334 



canton de Vimy ; venant d'être informé 

par la rumeur publique qu'il avait été trouvé 
dans le bassin de la rivière d'Arras à Douay, 
derrière les fortifications, a la hauteur de la 
porte de Lille, un cadavre ; que ce même ca- 
davre avait été déposé en la maison ditte des 
Beaudets, (à Arras) dans une place désignée 
comme morne, sommes transportés en la dite 
maison... où étant avons fait appeler le ci- 
toyen Antoine Charles Joseph Delerue, soldat 
de police en la commune d'Arras, et Joseph 
Duporche, tailleur d'habits audit Arias, à effet 
d'identifier le dit cadavre, nous ont déclaré ne 
connaître aucunement de qui provenait le dit 
cadavre connaissance qu'il nous a été impos- 
sible d'acquérir, malgré les recherches les plus 
scrupuleuses ; pourquoi nous avons décrit très 
strictement les vêtements, ainsi que tous les 
objets contenus dans iceux, comme s'ensuit : 
une mauvaise capote grise à l'écuyère, un gi- 
let canet, une culotte d'étoffe noire, une paire 
de bas de laine bleuâtre, des bouts de chaus- 
sons aux pieds, une mauvaise chemise sans 
marque, un petit gilet à manche petit gris, 
une cravate blanche, un mauvais chapeau 
rond ; dans une de ses poches nous y avons 
trouvé vingt trois centimes en monnaie de 
cuivre, un étuy de fer blanc contenant des lu- 
nettes, une clef, un mauvais soulier ; et ont 
signé 

Et à l'instant avons requis les citoyens 
Charles 1 rançois Cuvillier, et Onuphre Pré- 
court, tous deux officiers de santé et demeu- 
rant en cette commune, après avoir examiné 
toute l'habitude du cadavre et en avoir fait 
l'ouverture, nous ont déclaré n'avoir reconnu 
aucune playe extérieure, mais bien un engage- 
ment considérable dans les vaisseaux pulmo- 
naires, l'estomac très détendu et contenant 
très petite quantité d'alimens, et beaucoup 
d'eau, lesquels simptômes nous ont prouvé 
qu'il est mort de suffocation produite par l'im- 
mersion dans l'eau, et ont signé... 

C'est, je crois, l'un des derniers exem- 
ples d'un acte de décès de ce genre, aussi 
étendu ? V. A. 

Mesures à la porto des églises. — 

On remarque à gauche du portail de 
l'église d'Etoile (Drôme), une ancienne 
pierre, sorte de monolithe scellé à la 
muraille, et haute d'environ un mètre cin- 
quante ; la partie supérieure est creusée 
en trois compartiments, dont deux abso- 
lument semblables et le troisième trois ou 
quatre fois plus grand que ses voisins. Le 
fond de chacune de ce; cavités est en pente 
et aboutit à un trou, sorte de rigole chargée 
d'évacuer à l'extérieur les matières mises 
dans ces cavités. 



Les gens du pays prétendent que ce 
sont les mesures qui servaient jadis aux 
paysans pour vendre leur blé ; cela pa- 
rait bien peu croyable, la capacité des 
deux petites cavités ne dépassant pas 
4 litres : or, les grains s'étant toujours 
vendus par grandes quantités, combien 
aurait-il fallu de temps pour mesurer le 
contenu d'un sac et par conséquent d'une 
voiture entière ? 

Ces cavités n'étaient-elles pas plutôt les 
mesures qui servaient au paiementdes rede- 
vances dues au seigneur et à l'église, cha- 
que trou représentant ce qui devait être 
donné par arpent, acre ou autre mesure 
agraire mise en culture, ou par telle ou 
telle quantité de grain récolté ? Cela 
semble plus vraisemblable. 

Je serais heureux d'être fixé sur ce point 
et ne saurais mieux m'adresser qu'à nos 
confrères en intermédiairisme pour être 



renseigne. 



Beaucoup d'églises du Valentinais pos- 
sèdent, paraît-il, de semblables mesurer. 

Maxence. 

La disposition des chiffres ro- 
mains. — Les chiffres romains étaient 
écrits par les anciens d'une façon un peu 
différente de la nôtre; c'est ainsi que, sur 
le tombeau du légat de la 18 e légion, tué 
dans le désastre de Varus, dont les restes 
furent recueillis 5 ans plus tard, nous 
voyons le chiffre 18 écrit XII X. Pourrait- 
on nous signaler d'autres chiffres romains 
anciens, différents de nos chiffres romains 
actuels ? Ainsi, par exemple, cela nous 
autoriserait à écrire 48 encore XLIIX, ou 
8 : 1IX, comme on écrit IX pour faire 9, 
et XLIX pour faire 49. D r Bougon. 

Clapas. — Les habitants de Montpel- 
lier donnent, entre eux, à leur ville le sur- 
nom de Clapas ; nous avons eu ici-même 
un ophélète, montpélliérain, sans doute, 
signant ses communications du pseudo- 
nyme de Du Clapas. Or, en Bas-Langue- 
doc et particulièrement dans la région des 
Cévennes, on appelle Clapas des « amas 
de pierres accumulées en forme de ro- 
tonde ». Est ce de là que vient le surnom 
du chef-lieu de l'Hérault? Faut-il y voir 
une antiphrase par rapport aux beaux 
hôtels si nombreux dans cette ville, une 
des mieux bâties de France ? A. S. 



N* 943. 



L'INTERMEDIAIRE 



335 



336 



Jeux enfantins. — A Charleroi, au 
temps delà forteresse, les enfants jouaient 
«al' drigaillo (drigaie?)», c'est-à-dire à la 
poursuite. Connaît-on ce jeu ailleurs ? 
Quelle est l'étymologie du mot patois : 
drigaille ou drigaie ? Clément Lyon. 

Licence poétique dans « Rolla ». 

A quoi se rapporte : « ses sœurs aînées » 
dans les vers suivants ? 
Jacque était grand, loyal, intrépide et superbe. 
L'habitude, qui fait de la vie un proverbe, 
Lui donnait la nausée. — Heureux ou malheu- 
reux, 
Il ne fit rien comme elle, et garda pour ses 

[dieux 
L'audace et la fierté, qui sont ses sœurs aînées. 
11 semble bien que ceci n'ait aucun 
sens, et que l'harmonie de la vésification 
ne suffise point à excuser la pauvreté du 
fond. Vierzonnais. 

Epithalame à retrouver. — J'ai lu, 
autrefois, un epithalame délicieux, qui 
mettait en opposition les combats de l'a- 
mour et ceux de la guerre : Mars répan- 
dant des flots de sang, Venus une goutte. 
De qui est-il? J'aurais besoin de le retrou- 
ver pour une légende au bas d'un dessin. 

A.K. 

Unportraitayant appartenuà Eug. 
Delacroix à retrouver. — La mort 
récente du regretté vice-président du Sénat, 
M. de Verninac, donne un regain d'actualité 
à la question que nous allons poser. Voici 
d'abord quel à été le point de départ ; en 
feuilletant une biographie du peintre De- 
lacroix, par G. d'Argenty,nous avons re- 
levé les lignes qui suivent : 

M"' de Verninac, sœur d'Eugène, était une 
femme très belle et d'une grande distinction. 
Elle avait épousé M. de Verninac Saint-Maur, 
ambassadeur de France à Constantinople. Elle 
eut de ce mariage un seul fils, Charles de Ver- 
ninac, qui fut envoyé comme vice-consul en 
Amérique, et qui mourut en quarantaine à 
New-York, en 1834, de la fièvre jaune qu'il 
avait contractée à Véra-Cruz à 'on retour de 
Valpaiaiso. 

II existe un portrait de M"" de Verninac peint 
par David, et grand comme nature, qu'Eugène 
Delacroix conservait précieusement dans son sa- 
lon. Son admiration pour le talent du peintre 
se mêlait, dans le culte qu'il avait pour cette 
peinture, à la tendresse qu'il portait à la mé- 
moire de sa sœur. Il a, par testament, légué 



ce portrait à M. de Verninac, son cousin, pré- 
sident du tribunal de Tulle. 

Sait -on ce qu'est devenu ce portrait de 
Delacroix ? Curiosus 

Les Sociétés des Neuf-Sœurs et 
de la Commune des Arts. — Une 

librairie parisienne a mis en vente, il y a 
quelque temps, une lettre de 3 pages in- 
folio, datée du 10 novembre 1 79 1 , adres- 
sée à l'Assemblée législative et signée par 
Restout, Roze, Anselin, Servières, Camp- 
mas, etc., membres des sociétés des 
Neuf-Sœurs et de la Commune des Arts, 
demandant à concourir à la nomination 
du bureau de consultation chargé de 
répartir les deux millions de récompenses 
décrétés pour les artistes. 

Quelques détails sur ces deux associa- 
tions, comme des notes biographiques sur 
l'un des signataires, Roze, nous feraient 
le plus vif plaisir. F. L. A. H. M. 

Les mines d'or et d'argent en 
Egypte. — Diodore de Sicile décrivant, 
d'après Hécatée d'Abdère, auteur d'une 
Histoire d'Egypte, le monumentd'Osiman- 
dyasaux environs de Thèbes, raconte : 

Dans un de ces édifices, on voyait le Roi 
peint des plus vives couleurs, offrant à la 
divinité l'or et l'argent qu'il tirait chaque 
année des mines d'Egypte. On avait marqué 
la valeur de ce revenu, qui montoit à 32 
millions de mines, c'est-à-dire à plus de 
deux mille deux cents millions de notre mon- 
noie, en comptant seulement 70 livres pour 
chaque mine. 

Deux milliards, en chiffres ronds, par 
an... c'est un joli denier et qui ferait bien 
l'affaire de notre ministre des finances !... 
Ces mines sont-elles épuisées ? en quelle 
contrée de l'Egypte étaient ces gisements? 

A. S. 

Germination après X... siècles. — 
A la fin de mai dernier, plusieurs jour- 
naux ont raconté la germination extraor- 
dinaire de pois recueillis dans un tom- 
beau égyptien. L'entrefilet suivant est 
extrait au Journal de la Jeunesse, publica- 
tion sérieuse : 

D'après Y Indépendant, journal de Saint- 
Omer, on aurait trouvé des petits pois vieux 
de trente siècles, et, si nous en croyons M. 
B.-A. Stewart, un horticulteur du village de 
Kames, dans l'île de Bute, ces pois ont môme 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



337 



[ io Septembre 1901. 
338 



meilleur goût que leurs congénères de l'année 
courante. Un des amis de M. Stewart, qui 
habite Glascow, étant allé dernièrement en 
Egypte, en avait rapporté une poignée de 
graines trouvées dans le sarcophage d'un Pha- 
raon quelconque mort il y a quelque trois 
mille ans. Par simple curiosité, l'horticulteur 
écossais eut l'idée de semer avec soin, dans 
un terrain bien préparé, ce graines séculaires, 
et quelle ne fut pas sa stupéfaction de les voir 
bientôt germer, puis pousser vigoureusement 
jusau'à une hauteur d'environ six pieds ! 
Détail particulier : au lieu d'être blanche, la 
fleur est toute rouge avec mince bordure jaune. 
Les cosses ont en moyenne 7 ou 8 centimètres 
de long sur 2 de large. Quant aux pois eux- 
mêmes, ils sont un peu plus gros et sensible- 
ment plus sucrés. Cet exemple de germina- 
tion, après un laps de temps de trente siècles, 
parût avoir fortement piqué la curiosité des 
savants d'outre-Manche. 11 y a lieu cependant 
de faire quelques réserves sur l'authenticité 
du fait. 

Ce que l'on néglige de dire, c'est que 
pour faire germer ces pois, l'horticulteur 
écossais a dû arroser ses pois écossès 
(sans calembour) avec de l'eau de la 
Garonne. Et Y Homme à l'oreille cassée, 
roman d'Edmond About ? Pourquoi pas 
vrai alors ? — Les lecteurs de l'Intermé- 
diaire anglais osent ils assurer la véra- 
cité du fait ? Oroel. 



Puits dans la cathédrale de Lan- 
gues. — En réparant la nef principale 
de la cathédrale de Langres, les ouvriers 
viennent de mettre à découvert un puits 
dont on connaissait l'existence, mais dont 
on ignorait au juste l'emplacement. 

Ce puits a 30 mètres de profondeur et 
80 cent, de diamètre. Il ne contient plus 
d'eau. Il est admirablement maçonné 
jusqu'à 7 mètres environ, le reste est 
taillé dans le roc. 

Sa position à l'angle d'un pilier indi- 
que qu'il a été creusé lors de la construc- 
tion de l'édifice, qui remonte au commen- 
cement du xii* siècle. 

Plusieurs églises renferment, paraît-il, 
des puits de ce genre qui devaient servir 
aux besoins du culte. 

Je désirerais connaître les églises où 
cette particularité existe et l'époque de la 
construction de ces églises. 

F. PlNGENET. 



Marque d'un vase de Sèvres. — 

Un de nos aimables confrères pourrait-il 
m'aider à déterminer la signification de 
la marque 

S. C. 5977 
que je trouve sur le «ocle.en bronze, d'un 
fort beau vase de Sèvres (brûle-parfum) 
pâte tendre, à fond vert? (Cette marque 
est sans doute la reproduction de celle 
qui se trouve sous le vase lui-même qui 
n'a jamais été démonté). J-W. 

Modèles d'artistes. — Les artistes 
peintres ou statuaires ont souvent choisi 
comme modèles, pour leurs œuvres, des 
amis ou camarades d'atelier, et quelques- 
uns, parmi ceux-ci, ont pu, dans la suite, 
arriver à une certaine notoriété. 

Pour celles de ces œuvres qui figurent 
maintenant dans des musées ou des mo- 
numents publics, ne serait-il pas intéres- 
sant de citer des noms et de fixer la tra- 
dition, qui, avec les années, tend forcément 
à se perdre ? Il doit être encore facile de 
donner bien des indications, au moins pour 
les œuvres modernes. 

Je fais donc appel aux lecteurs de 17»- 
termédia ire s'ils veulent consacrer un ins- 
tant à cette question, qui est probable- 
ment nouvelle sous cette forme, bien que 
j'aie déjà noté quelques noms dans des 
volumes anciens de notre excellent jour- 
nal, par exemple dans les années 1870, 
1891, etc. Pietro. 

Le paon porte-malheur. — Quelle 
est l'origine de la superstition, très mo- 
derne, du paon porte-malheur ? 

J. Forest. 

Suaire. — Dans le département de la 
Manche, il est d'usage, aux enterrements 
de confier à un ami du défunt une sorte 
le galette en cire appelée suaire , qu'il 
porte derrière la bière, avec majesté. Quel 
sens a cet usage drolatique, inconnu en 
Bretagne ? Le retrouve-t-on dans d'autres 
contrées ? Cincinnatus. 

Les chevaliers de l'Accolade. — 

Qu'étaient-ce que les chevaliers de l'Acco- 
lade ? En 1533, Messire Jean de Cânny 
était ainsi qualifié. 

D" Bougon. 



N'943 



L'INTERMEDIAIRE 



339 



340 



Eépoitôes 



Il sera répondu directement par lettre 
à ceux de nos correspondants qui deman- 
dent des informations sur des questions 
de famille ou d'un intérêt purement per- 
ionr.el. — 

Bibliothèque de la Malmaison 

(XLIV, 115, 252). — Je possède un ma- 
gnifique exemplaire de l'Etat des Postes 
Impériales, veau plein rouge, aux armes, 
doré sur tranches, (absent de Paris, je ne 
puis indiquer l'année), qui vient de la 
Malmaison. Il porte en première page ces 
mots écrits d'une très grossière écriture 
du temps. Ce livre a appartenu à l'im- 
pératrice Joseffine (sic). J'ai aussi un 
livre sauvé de l'incendie de la bibliothè- 
que de Lucien, avec l'ex-libris du citoyen 
Lucien Bonaparte, ayant sur la tranche 
des traces de fumée. Quand eut lieu cet 
incendie, et où ? Marcelun Pellet. 



Moret-sur-Loing(Seine-et-Marne) 

(XL1II; XLIV, 235). — L'Intermédiaire 
étant un précieux recueil pour les histo- 
riens, j'estime qu'il ne faut y affirmer 
que ce qui est absolument prouvé ; je 
mettrai donc un point d'interrogation 
devant l'opinion qui peut être vraie, mais 
non justifiée de Res : « La tête de More 
dans le blason de Moret est un jeu de 
mot — un rébus — sur le nom de la 
ville : More, Moret, armes parlantes ». 

Ne peut-on pas voir dans cette tête de 
More un souvenir descroisades? (Dans ce 
cas pas de rébus) —car Moret est ancien 
et bien vieux son nom, l'abbé de Ferrières 
en fait déjà mention dès l'année 850. Qui 
octroya des armes à Moret ? 

Robert Géral. 



Monasterium canonicorum elni- 
censium (XLIV, 54, 140). — Dans le 
Bulletin de la Société agricole scientifique 
et littéraire des Pyrénées-Orientales, an- 
née 1858, page 278, on trouvera une no- 
tice sur le monastère de Sainte-Marie de 
Jau ou de Clariana de l'ancien diocèse 
d'Elne,du xn« au xvm* siècle. 



Dans le même périodique, année 1863, 
page 205, un article intitulé : 

Sceaux de l'Evèchc et des offices ecclé- 
siastiques du diocèse d'Elne. 

O DE BONY DE LAVERGNE. 



Gobette (XLIV, 170). — Je dois faire re- 
marquer à M. Mpntbouccou que l'auteur 
de Claudine à l'Ecole et le rédacteur de 
Y Echo de Paris sont un seul et même écri- 
vain. G. Gondinet. 

* 

C'est, dans une partie de la Bourgogne 
et de l'Orléanais, la gamine, la fillette, de 
six à quinze ans. C'est dans Claudine à 
l'Ecole que j'ai, pour la première fois, mis 
le mot « gobette » dans la bouche d'un 
habitant de la Puisaye ; et j'ai ressenti 
quelque surprise, avec du contentement, à 
voir des journalistes parisiens adopter ce 
terme patois. A vrai dire, ils en modi- 
fient légèrement le sens, et pour eux, la 
« gobette » est toujours la fillette de qua- 
torze ou quinze ans, le Backfiscb alle- 
mand. Willy. 

Le siège de la mémoire est dans le 
cœur (XL ; XLII1). — Labouïsse-Roche- 
fort : Trente ans de ma vie (VIII, 37), ra- 
conte que le sourd-muet Massieu ayant 
à répondre à cette question : « Qu'est-ce 
que la reconnaissance ? » écrivit aussitôt 
sur le tableau noir : « La reconnaissance 
est la mémoire du cœur », réponse que 
Mérard de Saint-Just traduisit par ce 
vers : 
La mémoire du cœur est la reconnaissance. 

F. 

Et moi, qui donc me ferait grâce? 
(XLIV, i6q). — Je n'ai pas fait figurer ce 
mot dans le Musée de la Conversation, ni 
dans son supplément, n'ayant alors sous 
la main que des documents trop incom- 
plets. 

J'essaierai aujourd'hui de combler cette 
lacune par l'article suivant, que je join- 
drai, s'il y a lieu, à une nouvelle édi- 
tion. 

Quelques historiens, Henri Martin en- 
tre autres, dans son Histoire de France, 
t III, 1879, P- 22 8)' e t la plupart des 
biographes du général Moreau (1763- 
1813), rapportent cette réponse dans des 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[ 10 Septembre 1901 



341 



34- 



termes qui varient peu, en l'attribuant au 
savant helléniste Etienne Clavier, qui fut 
un des juges du rival de Bonaparte. 

Voici dans quelles circonstances le mot 
aurait été dit : 

Moreau avait été arrêté par les ordres 
du premier consul le 25 pluviôse an xu 
(15 février 1804), comme affilié à la 
conspiration de Pichegru et de Georges 
Cadoudal. Il fut traduit devant la cour de 
justice criminelle de la Seine, avec sus- 
pension du jury. Après la clôture des 
débats, le 21 prairial (10 juin), quand les 
juges furent réunis dans la chambre du 
conseil, le juge d'instruction Thuriot, 
ancien président de la Convention au 
9 thermidor, demanda pour Moreau la 
peine capitale, laissant entendre que cette 
condamnation serait de pure forme et 
qu'il serait fait grâce au condamné. C'est 
alors que Clavier se serait écrié : « Et qui 
donc nous fera grâce, à nous, si nous 
condamnons un innocent ? » 

L'authenticité du mot a été contestée. 
Nous citerons notamment une étude sur 
quelques mots historiques, insérée dans 
la Revue létrospectivc, de décembre 1835 
(2 me série, t. IV, p. 455), et signée de 
l'initiale D****** 

Nous en détachons ce passage, (p 458 : 

« Et Clavier ! Qui sur la foi des mémoires 
contemporains, n'a admiré sa conduite 
dans le procès Moreau ? Qui n'a lu avec 
enthousiasme sa prétendue réponse à 
l'envoyé de Bonaparte qui lui demandait 
une condamnation, en promettant que 
son maître remettrait la peine au con- 
damné ! — Eh ! qui nous fera grâce à nous ? 
— Réponse digne des grands hommes de 
Plutarque, et peut-être aussi vraie que la 
plupart des beaux dictons de l'antiquité. 

n Clavier condamna Moreau. Je veux 
croire qu'il le fit avec conscience. Trois 
juges seulement se prononcèrent pour 
l'acquittement de l'adversaire du premier 
consul, et ces juges furent : Lecourbe, 
Dameuve et Rigault.» 

L'auteur cite la brochure publiée en 
1814, par Lecourbe, dans laquelle il est 
dit que Clavier ne s'expliqua pas sur son 
vote, et affirme que Dameuve a contredit 
cette assertion, que Clavier a été pour la 
condamnation et que Rigault l'a plusieurs 
fois déclaré. 

Dans cette brochure, où il n'est fait j 



aucune mention de la réponse de Clavier, 
nous vovons que ce juge et plusieurs au- 
tres, après avoir été d'abord partisans de 
l'acquittementde Moreau, furent influencés 
par des considérations d'ordre purement 
politique, relatives à la sûreté de l'Etat, 
développées par Thuriot et soutenues par 
le président Hémart, qui entraînèrent 
finalement la condamnation de Moreau 
non pas à la peine capitale, mais à deux 
ans de prison. Thuriot lit même com- 
prendre qu'acquitter Moreau, c'était for- 
cer le gouvernement à faire un coup 
d'Etat. (Le duc d'Enghien venait d'être 
fusillé, le 21 mars 1804,) 

{Opinion sur la conspiration de Mo- 
reau, Pichegru et autres, sur la non-culpa- 
bilité de Moreau, etc. Paris, 23 août 
1814.) 

Le récit de Lecourbe n'est pas tout à 
fait inconciliable avec l'exclamation de 
Clavier. Celle-ci a pu lui être inspirée par 
un pr mier mouvement d'indignation, 
bien que son vote ait été en désaccord 
avec son sentiment intime. 

« M. Clavier, dit Lecourbe (p. 69), per- 
suadé qu'il tendait service à Moreau, et 
que peut-être il lui sauvait la vie, malgré 
la conviction de son innocence (Granger 
avait proposé de le déclarer coupable, 
mais excusable). On se récria sur une 
transaction impie, qui, pour plaire à quel- 
ques hommes en place .flétrissait comme 
coupable un brave général innocent. » 
Roger Alexandre. 

Un légionnaire de 107 ans(XLIV, 
273). — Le lieutenant polonais Markie- 
wiez, des chevau-légers de la grande 
armée, survivant des campagnes de Russie, 
décorédela main do»Napoléon I er , etaujour- 
d'hui âgé de 107 ans, ne touche pas de pen- 
sion par le fait qu'il réside à l'étranger. 

C'est la loi. En l'espèce, son application 
n'est-elle pas un peu rigoureuse ? M. 

Deux ordres allemands (XLIV,2 17). 
— Notre confrère E. M. trouvera réponse 
pour le Lion de Limbourg dans Perrot, 
Collection historique des ordres de chevalerie, 
pages 133, 134 et planches xxxvu après 
tapage 2=56. Si le livre n'est pas à sa por- 
tée, je pourrai lui envoyer copie de l'ar- 
ticle et description du bijou . 

Vicomte de Ch. 



N° 94). 



L'INTERMEDIAIRE 



343 



344 



Devises héraldiques les plus or- 
gueilleuses (XLIV, 51, 179, 293). — 
Je ne crois pas que la devise de Maillé 
soit la même que celle de Rochechouart. 

Mais pour le tableau du déluge, il s'ap- 
plique aux Croy, comme je l'ai dit. Les 
Vogué, quoique fort bien nés, avaient des 
prétentions plus modestes et ne croyaient 
pas que Dieu se fût dérangé, spécialement 
pour eux à l'époque du Déluge ! 

D'autre part, je ne sache pas que Noé 
se soitjamais appelé Noël ? 

Enfin, si les Bruce et les Narbonne-Lara 
portentladeviseindiquéepar notrecollègue 
Cz., ils ont dû l'emprunter au Cid, auquel 
on l'attribua après sa mort. Cette devise 
était justifiée, d'ailleurs, pour le héros de 
l'Espagne, par le irariage d'une de ces 
filles avec un prince de Navarre, et par 

les alliances de leurs descendants. C. 

* 

* * 

Un comble, recueilli ce matin. Espagne. 

Maison de Valdès (casa Valdesa).« Il y eut 

d'abord Valdès I er , puis il y eut Valdès 

II, puis enfin Valdès 111. — De son temps, 

Dieu créa le monde ». Cz. 

* 

* * 

i°La véritable devise des Rohan, ma- 
gnifiquement écrite en dentelle de pierre 
au château de Josselin, est : A plus, que 
les uns interprètent : Ad majora, les 
autres '.Haudamplius (A, regardé comme 
privatif dans cette dernière traduction). 

Roi ne puis, 

Prince ne daigne. 
n'est, je crois, qu'une fantaisie, de fière 
allure assurément, mais relativement 
moderne — certainement postérieure à 
la réunion de la Bretagne à la France — 
et très peu conforme à la réalité, car 
cette illustre maison n'a jamais, tant sans 
faut, dédaigné la qualité de prince, à 
laquelle on sait que Saint-Simon ne pou- 
vait lui pardonner ses prétentions 



2° Peu familier avec le 



langage 



des 



Troubadours, j'avais toujours cru que la 
devise des Talleyrand, Ré que Dion, si- 
gnifiait : Roi cjweD/ew.N'a-t-elle vraiment 
pas ce sens ? 

3" Est-il bien sûr que la devise latine 
des Mortcmart, Anlc mare undœ.ne soit 
qu'une traduction récente de la devise 
française 

Avant cjue la mer fût au inonde 
Mortcmart portait les ondes ? 



Cette dernière me semble au contraire 
une paraphrase, assez peu réussie, de la 
première. Il lui manque la brièveté et le 
double sens qui distinguent celle-ci, et 
qui font, comme on sait, le mérite essen- 
tiel des devises héraldiques ; mérite dont 
le plus parfait modèle est peut-être cette 
devise que j'ai entendu attribuer à une 
famille de Vives, sur laquelle à ce propos 
je serais bien aise d'être renseigné : 
Moriendo Vives. 

On s'étonne que les devises nobiliaires 
soient généralement plus ou moins or- 
gueilleuses, mais où est le grand mal ? 

L'orgueil, en ceci, souvent légitime, a 
toujours été salutaire, car, à côté des cris : 
Sans peur, Sans tache, En droitevoic, etc., 
il y avait pour nos pères, celui : Noblesse 
oblige ! 

C'est d un tel orgueil que procède 
Yboiuieur et si l'honneur lui-même peut 
avoir ses exagérations, faut-il, pour cela, 
lui faire son procès? 

En fait de devises orgueilleuses, on n'a 
pas cité celle de Fouquet : Quo non ascen- 
dant ; celle-là vraiment un peu roide 
pour un parvenu ou demi-parvenu. — 
Louis XIV le lui fit bien voir. 

P. du Gué. 



la 



maison 



espagnole 



de 



Devise de 
Velascos. 

Antes que Dios fuesc Dios 

Antes que cl sol illumina los penascos 

Era noble casa de Velascos 

Avant que Dieu fût Dieu, 

Avant que le soleil n'illuminât les ro- 
chers, 

La noble maison de Velascos existait. 

Ceci rappelle la devise des Rochechouart 
qui, eux pourtant, admettent avant eux le 
Créateur ! L'Hermite du Hurepoix. 

Ordre de la boisson (XLII). — 
A rapprocher de cette institution, la con- 
frérie de la Corne que Charles Grad. en 
son beau livre sur Y Alsace, rappelle dans 
les termes suivants : 

« L'évêque de Strasbourg, Jean de 
Manderscheidt, qui rendit au château de 
Hohbarr, près Saverne, son importance 
comme forteresse, y institua aussi une 
société de buveurs. C'est la confrérie de la 
Corne, fondée le 17 mai 1536, avec le 
concours de Henri de Bobenhausen 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



345 



346 



10 Septembre 1901 



grand maître de l'ordre Teutonique, du 
duc de Saxe, des comtes de Salm et de 
Nellemburg, du baron Philippe de Flec- 
kenstein, de Jean-Guillaume deLandsperg 
La confrérie en question acquit un renom 
bruyant dans la société polie d'alors. 
Pour être proclamé membre de cette 
alliance des francs-buveurs du Hohbarr 
il fallait vider d'un seul trait une corne 
d'aurochs contenant deux pintes de vin 
fort d'Alsace ou du Rhin. Tout candidat 
incapable de soutenir l'épreuve statutaire 
était repoussé comme indigne d'entrer 
dans l'académie poculative. La corne à 
boire, dont Jean de Manderscheidt fit don 
à son institution, provenait de l'hgritage 
de ses pères. Conservée dans les caves du 
château au temps de Grandidier, l'histo- 
rien de l'église de Strasbourg, elle a dis- 
paru depuis ; mais l'aubergiste actuel du 
Hohbarr nous en a vendu une photogra- 
phie plus ou moins authentique. Cette 
corne était ornée de trois cercles en cuivre 
doré, chacun avec sa légende. En haut : 
India remota cornu dédit. Da, deus,praesens 
presidium buic arci, tuoque favore cornu 
illius evcbe ; au milieu : Reperi destitutum, 
reliqui munitum, maneat tibi tut a custodia ;- 
en bas : Non minor est virtus quamquœrere 
porta tueri. De tous côtés les membres 
des plus nobles familles des bords du 
Rhin et de l'Alsace sollicitaient la faveur 
d'être affiliés à la confrérie. » 

O. de S. 

Monastère à détermi er (XL1V, 
21 y), — Vurceburgum, Wirceburgum = 
Wurtzbourg, ville de Bavière, sur le 
Mein. Th. C. 

C'est à Wurtzbourg (Bavière) que se 
trouvait le monastère de Saint-Jacques 
des Ecossais dont l'ex-libris est décrit 
col. 217. Ce sont trois saints écossais,. 
Kilian, Coloman et Thoepman qui ont 
prêché l'Evangile dans cette ville au 
vu e siècle. J.-C. Wigg. 



Errata des grands dictionnaires 

(T. G-. 279 ; xXXV ; XXXVI ; XXXVII ; 
XXXVIII ; XXXIX; XL; XLI ; XLII; XLIII). 
— Tous les grands dictionnaires, le 
Nouveau Larousse illustré compris, font 
naître Philippe-Emmanuel de Coulanges, 



écrivain et chansonnier français, corres- 
pondant de madame de Sévigné, conseil- 
ler au parlement de Paris, puis maître 
des requêtes. — à Paris, en 1631. Comme 
l'a démontré Jal dans son Dictionnaire 
critique, il naquit et fut baptisé en la pa- 
roisse Saint-Paul de Paris, le 24 août 
1633, et mourut en la même ville, le 
31 janvier j 7 1 6, en sa maison des Tour- 
nelles, à l'âge de 82 ans et demi ; son 
corps fut porté de Saint-Paul au couvent 
des dames de Sainte-Marie (de la Visita- 
tion), rue Saint-Antoine,où il fut inhumé, 
le I er février. Il avait épousé, à Saint- 
Côme de Paris, le 18 décembre 1659, 
Marie-Angélique Dugué (dont les lettres 
s'impriment généralement à la suite de 
celles de madame de Sévigné), fille de Fran- 
çois Dugué, conseiller d'Etat ordinaire et 
maître des requêtes, et de Marie-Angéli- 
que Turpin. Philippe-Emmanuel de Cou- 
langes, qui, entre parenthèses, signait de 
Colanges, était fils de Philippe de Colani 
ges ou de Coulanges, conseiller du Roi 
et trésorier de France à Paris, et de Marie 
Le Fèvre d'Ormesson. Ses armes et celles 
de sa femme, Marie- Angélique Dugué, 
sont ainsi enregistrées dans Y Armoriai 
général de France de 1696 : d'azur, à la 
bande d 'argent, ebargée d'un lion de gueules, 
et un cbef d'or, chargé d'une aigle [éployée] 
de sable (de Coulanges) ; accolé : écartelé: 
aux 1 et 4, d'azur, au chevron d'or, accom- 
pagné de trois étoiles de même, celle de la 
pointe couronnée d'or ; aux 2 et 3, losange 
d'or et d'azur. (Dugué de Bagnols). (Des- 
criptions. Paris, II, 239. Blasons coloriés. 
Paris, I. 428)- Les deux joyeux époux 
avaient eu de leur mariage une fille, que 
Jal ne mentionne pas, qui épousa René 
du Pontavice, écuyer, seigneur de la 
Lande-aux-Chevaliers, paroisse de la Do- 
rée au Maine, deuxième fils de Jean du 
Pontavice, écuyer, seigneur de Saint-Lau- 
rent de Terregatte en, Normandie, et de 
Marie Pellet, dame de la Chattière : (Pour 
plus de détails sur cette alliance, voir 
mon Histoire généalogique de la maison du 
Pontavice). 

La plupart des détails ci-dessus sont 
inédits et c'est pour ce motif que j'ai eu 
la pensée d'en faire bénéficier mes con- 
frères de Y Intermédiaire et les futurs bio- 
graphes de celui que madame de Sévigné 



L'INTERMEDIAIRE 



M 943 

' 347 

appelait le bien bon, à cause de sa bonne 
humeur et de sa facilité à improviser des 
chansons. Théodore Courtaux. 

Pelet-Narbonne etNarbonne Pelet 
(XL; XL1 ; XLII). — Voici qui peut éclai- 
rer la question. Je viens d'acheter un petit 
livre rare intitulé : Manuel de la pairie, 
I er janvier 1824, in-32, imp. Jules Didot 
aine, imprimeur du roi et de la chambre 
des pairs, rue du Pont-de-Lodi n° 6, 368 
pages; I er supplément, 1828,45 pages; 
2' supplément. ,1830, et vin 47-150 pa- 
ges. On y lit, 2 e supplément, page 75 : 

Du 28 août 1S28. 

Charles, par la grâce de Dieu, Roi de France 
de Navarre, 

A tous ceux qui ces présentes verront, 
salut : 

Voulant donner à notre très cher, aimé, féal 
et cousin le duc de Narbonne-Pelet une nou- 
velle preuve de notre bienveillance royale ; 

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui 
suit : 

Article I er 

Les rang, titre et qualité de duc et pair du 
royaume, dont notre cousin le duc de Nar- 
bonne-Pelet est en possession, seront transmis 
héréditairement au sieur François-Raymond- 
Aimeric, comte de Narbonne-Pelet, gentil- 
homme honoraire de notre chambre, son cou- 
sin-germain 

Donné en notre château de Saint-Cloud le 
28 jour du mois d'août, de l'an de grâce 1828, 
et de notre règne le 4°. 

Signé : Charles 
Par le Roi : 

Le Pair de France, Garde des sceaux, Minis- 
tre secrétaire d'Etat au département de la 
justice. 

Signé : Comte Portalls 
Nauroy. 

Pierre Stockmans (XLIV, 164). — 
La famille Stockmans, dont on trouve la 
généalogie dans Y Annuaire beige du baron 
de Stein (XXIV, 1870, p. 297) ne s'est 
éteinte qu'en 1833. Le célèbre juriscon- 
sulte Pierre Stockmans (fils de Henri et 
de Cornelie Knyff), né 1608 -|- à Bruxelles 
7 mai 1671, inhumé aux Dominicains, 
eut de Marie Schorenbroot un fils mort au 
berceau et cinq filles, entre autres: Marie- 
Claire, mariée à Jacques van de Ven; 
Jeanne-Marie, dame Heymans, et Suzanne- 
Thérèse, qui épousa Jean-François van de 
Ven. Pierre Stockmans avait un frère 
puîné, Jean Stockmans, conseiller de 



348 



l'Amirauté à O^tende, f 1659, veuf de 
Madeleine Pauwels dont il avait eu 
M me de Baracena et Pierre Stockmans, 
chefmaïeur des villes de Vilvorde et Ter- 
vueren (j- 1690) laissant dix enfants de 
Florence de Nicolaerts, qu'il avait épousée 
en 1676. L'une de ses filles était Marie- 
Pétronille Stockmans (baptisée à Sainte- 
Gudule, 27 sept. 1677 -j- à Vienne 20 août 
175 1). Cette Marie-Pétronille est appelée 
baronne de Stockmans-Datting, ou Stock- 
mann-Detting, dans les annuaires généa- 
logiques allemands. C'est probablement 
un titre personnel qui lui aura été conféré 
au moment de son mariage (vers 1704), 
avec le landgrave P ce Frédéric de Hesse- 
Darmstadt, qui s'était converti à la reli- 
gion catholique en 1697, et qui mourut le 
13 oct. 1708, laissant de Marie-Pétronille 
Stockmans une fille unique, Marie-Frédé- 
rique de Hesse (née 1704 -f- 28 novembre 
1788, abbesse du chapitre de Savoie à 
Vienne), 4 rae femme de Charles-Antoine, 
comte Giannini, ministre de Modène au- 
près de la cour de Vienne, mort en 1742. 
Ce diplomate était veuf i° de Prisca de 
Corghis ; 2 de Caroline de Hochberg- 
Friedland ; 3 de Marie Sibylle, duchesse 
de Schleswig-Holstein Sonderburg, com- 
tesse douairière de Wiïrben (Wrbna). 
Comte Sigismond Puslowski. 

* * 

Je ne sais rien sur la descendance de 
Pierre Stockmans, mais, en revanche, je 
trouve dans mon volumineux manuscrit 
sur les mariages morganatiques, les bâ- 
tards et autres irrégularités dans les mai- 
sons souveraines et immédiates — qui 
attend un éditeur intelligent pour voir le 
jour — des renseignements assez détaillés 
sur le prince Frédéric de Hesse-Darms- 
tadt, sur Pétronille sa femme et sur Fré- 
dérique-Marie leur fille. 

Les voici en substance : 

Pétronille, baronne de Stockmann-Det- 
ting. (appelée par d'autres auteurs : 
Stockmanns-Datting) dame du chapitre 
noble de Nivelles enBrabant.née en 1678, 
morte à Vienne le 20 août 1751,8 épousé, 
en 1704, Frédéric de JHesse-Darmsladt né 
le 18 septembre 1677, fils puîné de Louis 
VI, landgrave de Hesse-Darmstadt et de 
sa seconde femme Elisabeth-Dorothée de 
Saxe-Gotha. 

C'était un prince fort bizarre que ce 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre 1901 . 



349 



Frédéric de Hesse. Son père, le landgrave 
Louis VI, avait eu de ses deux mariages 
seize enfants ; plusieurs de ses fils sont 
devenus catholiques, le prince Frédéric 
était du nombre . 11 se convertit à la reli- 
gion catholique, à Rome, le 18 septem- 
bre 1697, prit la tonsure en iyooetdevint 
chanoine du chapitre de Breslau en 1703 
et chanoine prébendier de Cologne en 
1706; il fut pourvu de riches bénéfices 
en Sicile par le roi d'Espagne, mais bien- 
tôt après, il quitta, en 1707, l'état ecclé- 
siastique et entra au service du czar Pierre 
le Grand, qui le fit lieutenant général, 
voire même feld-rnaréchal, ce dont cepen- 
dant je ne suis pas sûr, et lui donna le 
commandement des troupes cosaques. Il 
fut mortellement blessé à la bataille de 
Leszno, le 9 octobre 1708, et il est mort 
le 13 du même mois, dans la ville de 
Czaûssy, en Russie Blanche. 11 est enterré 
dans l'église de Leszno 

Entre temps et étant encore dans les 
ordres, il épousa, en 1704, Pétronille de 
Stockmanns-Datting,dont il eut une fille, 
nommée Marie-Frédérique. 

Celle-ci, bien après la mort de son 
père, a fait des démarches pour se faire 
reconnaître par la cour de Darmstadt, 
comme princesse de la maison de Hesse, 
mais il lui fut répondu : «qu'il n'était point 
« possible de lui reconnaître la qualité 
« d'une fille légitime de feu le prince Fré- 
«déric.car d'après les principes de l'Eglise 
« catholique, aucun chanoine, tant qu'il 
« est revêtu de cette dignité ecclésiasti- 
« que, ne peut conclure un mariage qui 
« soit valable et comme le prince Frédé- 
« rie avait reçu en 1706, c'est à dire deux 
« ans après avoir conclu le mariage avec 
« sa mère, un nouveau canonicat, celui 
« de Cologne, il est par conséquent clair 
« que ce mariage ne peut être reconnu 
« pour valable. D'ailleurs le prince Fré- 
« déric n'avait jamais notifié son mariage 
« à la maison de Hesse et dans son testa- 
« ment fait peu de jours avant sa mort, 
« dans lequel il avait fait des dispositions 
« les plus minutieuses, il n'avait fait 
« aucune mention ni de sa prétendue 
« femme ni de sa fille, et que sa veuve qui 
« a vécu jusqu'en 1751, n'a jamais fait la 
« moindre démarche pour revendiquer ses 
« droits ». 

Nous ignorons si Marie-Frédérique 
s'était contentée de cette réponse de la 



;>?* 



cour de Darmstadt, mais elle ne cessa 
point de s'appeler « princesse de Hesse- 
Darmstadt » et depuis son mariage : « née 
princesse de Hesse-Darmstadt ». 

Elle épousa Charles-Antoine, comte de 
Gianini et du Saint-Empire, seigneur de 
Huldschin et de Dobroscovitz, conseiller 
intime et ministre du duc de Modène 
accrédité à Vienne, qui à ce moment était 
veuf de trois femmes, ayant été marié : i° 
à Prisca de Corghis ; 2" à Caroline de 
Hochberg-Friedlandet 3 à Marie-Sybiile, 
princesse de Schleswig-Holstein-Sonder- 
burg, veuve elle-même depuis 1695, 
d'Octavien, comte Courbna et morte en 

La comtesse Marie-Frédérique de Gia- 
nini étant devenue veuve en 1742, fut 
mise, en 1772,3 la tête du chapitre noble 
de Savoie à Vienne ; elle résigna cette 
dignité en 1788 et mourut la même année 
à Vienne. Elle était décorée de l'ordre de 
Sainte-Catherine de Russie, ce qui pour- 
rait nous faire croire que la cour de Rus- 
sie la tenait pour une princesse du sang 
et parente de la famille impériale, si elle 
lui avait accordé cette haute distinction, 
étant donné que presque à cette même 
époque, c'est à dire en 1773, le grand duc 
Paul, (depuis l'empereur Paul I er ) avait 
épousé la princesse Wilhelmine de H esse- 
Darmstadt. Ce n'est d'ailleurs qu'une sim- 
ple supposition, car on l'aura peut-être 
bien décorée en sa qualité de dame assis- 
tante du chapitre de Savoie, ce qui serait 
encore, croyons-nous, possible. 

Sources. — Colin : Stammtafeln. Tab. 
122. 

Kamill von Behr. Généalogie der in. 
Europa regierenden Fiirstenhauser. 

G. Beust. Die Kinder des Liebe Deiits- 
cben Fùrsten, p. 102 104. 

Hoffmeister. Handbucb der Hanses Hcs- 
seii, p. 181-182. Duc Job. 



La comtesse de Chevigney 

(XLIII). — Ma question sur une com- 
tesse de Chevigney, vivant à la fin du 
xvm e siècle, étant restée sans réponse, 
quelque obligeant lecteur de YJniermé- 
diaiie pourrait-il, au moins, m'indiquer où 
je pourrais trouver quelque indication 
sur la famille de Chevigney et si cette 
famille a encore des représentants ? 

C. B. 



N'945. 



L'INTERMÉDIAIRE 



35* 



352 



Henri Duquesne (XLIV, 219). — 
Je suis persuadé que le demandeur trou- 
vera tous les renseignements qu'il désire 
sur le grand Duquesne et sa famille 
dans les deux ouvrages suivants d' Au- 
guste Jal : 1° Dictionnaire critique de bh" 
graphie et d'histoire, article Quesne (du) ; 
2° Abraham Du Qjiesne et la marine de son 
temps. Paris, 2 vol. in-8°, Pion, 1872, 
Quand Jal a approfondi un sujet, il reste 
généralement peu de chose à glaner après 
lui. Th. Courtaux. 

Théophile Mandar (XLIV, 1 10, 240). 

— Une notice de cent lignes environ est 
consacrée à ce personnage dans la Biogra- 
phie universelle et portative des contem- 
porains (1788 à 1834) publiée sous la 
direction de MM. Rabbe, Vieilh de Bois- 
jolin et Sainte-Beuve — Paris, Levrault, 
libraire, rue de la Harpe, 81 — 1834 — 
5 vol. in-8° — En fin de notice, se trouve 
la biographie détaillée de ses œuvres, 
ainsi que la mention de deux manuscrits 
du même auteur : la Gloire et son frère, 
le Char des rois, poème en 16 livres. Dans 
le dernier ouvrage est le « Chant du 
crime » qui en fit prohiber l'impression 
en 1809. Al. E. 

Famille Quatre-Sols de Marolles 

(XLIV, 50, 188, 241). — J'ai quelque 
part un petit volume qui porte l'inscrip- 
tion: « Ex-libris de Quati'esolz»,ce qui ten- 
drait à prouver que cette famille ortogra- 
phiait ainsi son nom jadis. 

J. C. Wigg. 

M"< George (XLII1). — Le chiffre de 
ses appointements en Russie. Un journal 
allemand de l'époque affirme que les 
appointements de la belle tragédienne, à 
Saint-Pétersbourg avaient été fixés à 
30,000 roubles, indépendamment de deux 
bénéfices estimés au moins à 20 000 rou- 
bles, ce qui portait son traitement annuel 
à v>.ooo roubles soit. . . ?. francs. S. 

N-B. Il faudrait savoir si le traitement 
de M llc George était fixé en roubles, d'ar- 
gent ou en roubles, assignats. 

Dans le premier cas, le rouble, vaudrait 
quatre francs. 

Dans le second — le rouble-assignat 

— vaudrait 27 copeks, c'est-à-dire un peu 
plus d'un franc. 



Seulement, sous le règne d'Alexandre I er 
on comptait généralement par roubles- 
assignats. 

Mais M" c George étant une étrangère, 
son traitement aura été probablement 
compté en roubles argent. J. 

Famille de Walsin-Esterhazy 

(XL1II; XLIV, 240). — je faisais des 
recherches pour mon Itinéraire artistique 
et archéologique de Paris, à propos des 
peintures de l'hôtel de Luynes dont 
j'ai obtenu la sauvegarde, 'quand j'ai 
trouvé l'adresse d'un ancêtre — sans 
doute — des Esterhazy. J'ai copié les 
lignes suivantes : ^?, rue Saint-Domini- 
que, M. le comte d' Esterhazy .cordon-bleu, 
membre du Conseil de la guerre, etc. La 
mention se trouve dans « Le Provincial à 
Paris, ouvrage indispensable à tous ceux 
qui veulent connaître et parcourir Paris 
sans faire aucune question 1788». En4vol. 

in-24. C11. Normand. 

* 

* ¥ 

La signature citée col. 24 doit donner 
la véritable orthographe du nom ; cepen- 
dant, cet officier avait fait paraître, cinq 
ans avant, un ouvrage que je vois ainsi 
indiqué : De la domination turque dans 
l'ancienne régence d' Alger , par Walsin- 
Esterhazy. 1830, in-8°. J.-C. Wigg. 

La famille Roget (XLIV, 108, 239). 
— M. Henri Petit-Jean-Roget, ancien ma- 
gistrat qui habite le château d'Augny, 
qu'il a acheté récemment à M. Simon, 
ancien banquier, n'a aucune parenté avec 
Roget de Belloquet, créé baron par Napo- 
léon 1 er auteur de plusieurs livres sur la 
guerre de Trente ans en Lorraine, nous 
ne connaissons aucune trace du fait 
d'armes accompli par un Roget, gouver- 
neur du château de Norroy en 1648. 

Il y a du reste deux villages portant ce 
nom près de Metz : Norroy-le-Sec, arr. 
de Briey, Norroy-le-Veneur, arr. de 
Metz (Alsace-Lorraine). 

Un M. Petit-Jean-Roget était greffier 
en chef à la Cour d'appel de Metz et son 
frère était juge de paix sous le second 
Empire. X. 

Une branche française des Rus- 
sel (XLIV, 220). — Le comte Hyacinth c 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre '.901 



353 



Quemper de Lanascol épousa, vers 1835, 
Marie- Elisabeth-Victoire-Félicité Russel 
de Bedford. P. du Gué. 

* * 

Le capitaine Russel, qui commandait à 

Rome la compagnie des zouaves de Saint- 
Patrick, est domicilié, je crois, aux envi- 
rons de Pau ou tout au moins dans le 
département des Hautes-Pyrénées. On 
doit à M. Russel plusieurs volumes de 
récits de voyages et d'ascensions pyré- 
néennes. A. S. 

Cléo de Mérode (XLIII). — J'ai vu, 
dans la cathédrale de Tournai, en Bel- 
gique, une belle dalle armoriée dressée 
contre le mur nord, à l'intérieur 
d'un bas-côté de la nef. On peut y re- 
lever les noms de la famille de Mérode. 

Ch. Normand. 

Le père Dulac (XL1V, 221). — Le 
père du Lac signe Du Lac. Sa famille ha- 
bitait Paris aux siècles derniers, elle se- 
rait originaire du Velay. S. 

* 

* * 

Son nom est du Lac de Fugères, j'i- 
gnore ses prénoms ; il est fils de Louis- 
Paul-Albert du Lac de Fugères, conseiller 
honoraire à la Cour des Comptes, décédé 
au Lude (Sarthe), le 31 mai 1890, à l'âge 

de 87 ans. D. des E. 

* 

* * 

Si tant de gens portent ce nom, ne serait- 
ce pointqu'à l'origine des nomsdefamille, 
quand tant d'emprunts furent faits à la 
configuration du pays, il se rencontra 
que les premiers nommés étaient nom- 
breux qui habitaient près des lacs ? C'est 
la même chose pour Delarue ou Dubois. 

Saint-Médard. 

La vie du connétable de Bourbon 

(XL111). — Romagnano (30 avril 1524). 
Bayard, blessé à mort, par un coup d'ar- 
quebuse, se fit placer sous un arbre, le 
visage face à l'ennemi, auquel il n'avait 
jamais montré le dos. Les Impériaux por- 
tés jusqu'à lui par un mouvement du com- 
bat, l'entourèrent de respect. Survint le 
connétable de Bourbon qui, pour se ven- 
ger d'une injustice, était passé à l'ennemi. 
Capitaine Bayard, dit-il, j'ai grand'pitié 
de vous voir en cet état. — N'ayeç point 
pitié de moi, répondit le mourant, mais 



354 



plutôt de vous-même , qui combatte % contre 
votre serment, votre roi et votre patrie. 

Ces sentiments admirables du Chevalier 
sans peur et sans reproche, on les trouve 
plus beaux encore chez un simple soldat 
de la 11 e demi-br'gade légère (corps an- 
cêtre du 86 e de ligne actuel). 

En 1800, la 11 e faisait partie de l'armée 
gallo-batave, sous les ordres d'Augereau. 

Au combat de Fischbach, près de Nu- 
remberg, le 18 décembre, le carabinier 
Moreau, né en Vendée, tomba grièvement 
atteint par un coup de feu. Le soldat, qui 
avait tiré sur lui — un déserteur 
français — accourut pour le dépouiller. 
Frappé des traits de Moreau, il l'interro- 
gea et reconnut son trère. Déjà il embras- 
sait sa victime, cherchant à lui prodiguer 
des secours. Va, dit le blessé, je ne puis 
reconnaître un frère dans celui qui porte les 
armes contre sa paU ie, retourne vers les tiens 
et laisse-moi mourir. 

Capitaine Paimblant du Rouil. 

Les titres de la commanderie de 
Saint-Jean de Latran (XLIV, 217). — 
A mon arrivéeà Paris, à la fin de 1856, il 
ne restait plus la moindre trace de la tour 
Bichat, il se peut donc qu'elle ait été 
démolie dès 1854, mais la chapelle du 
couvent tout au moins ne disparut que vers 
1860. Le musée de Cluny recueillit, sur 
mes indications, divers fragments d'archi- 
tecture que l'on vit longtemps sous le 
petit cloître de la cour d'honneur. On les 
retrouverait sans doute à Carnavalet. 

LÉDA. 

Louis XIV et les commodités 

(XLIV, 222). — Encore, Viollet-le-Duc. 
comme je ne saurais trop le redire, a cons- 
taté la très grande rareté des privés à 
Versailles où l'on opérait librement dans 
les chaises percées des corridors. « Un 
jour que nous visitions, étant très jeune, 
le palais de Versailles, avec une respec- 
table dame de la Cour de Louis XV, pas- 
sant dans un couloir empesté, elle ne put 
retenir cette exclamation de regret : 
« Cette odeur me rappelle un bien beau 
temps ». 

Sous Louis XVIII, les traditions de Ver- 
sailles étaient aussi scrupuleusement ob- 
servées au palais de Saint-Cloud. 

« Il n'y a pas fort longtemps, lit-on 



N- Q43-3 



L'INTERMEDIAIRE 



355 



356 



encore dans le Dictionnaire d'architecture, 
(1863) que tous les appartements des 
Tuileries étaient dépourvus de cabinets ». 

Voilà où avait conduit, dit l'auteur, 
l'architecture noble. De par elle le grand 
roi était obligé de subir l'odeur, de. là à 
la rechercher, il y a loin. 

Tout devient affaire d'habitude ; les cui- 
sines de Pompéi n'ont-elles pas toutes 
leur siège percé ! Léda. 



La mort du 
bon (XL1V, 223). 



conventionnel Le- 

Dans le Procès de 
Joseph Lehon devant le Tribunal criminel 
d'Amiens, imprimé en l'an III, on trouve 
ces quelques lignes sur les derniers mo- 
ments du fameux conventionnel : 

Le Bon dîna comme à son ordinaire : après 
avoir achevé son repas, il demanda de l'eau- 
de-vie et en but une pinte à deux reprises 
différentes. En quittant la maison de justice, 
il exhorta les prisonniers à se conduire en 
bons républicains. Dans le trajet de la prison 
au grand marché, l'exécuteur fut obligé plu- 
sieurs fois de le soutenir pour l'empêcher de 
tomber ; il garda constamment le silence jus- 
qu'au moment de l'exécution. 

Procès. Tome II. p. 196, 

Dans l' Histoire des rues d'Amiens, tome 
111, page 126, on lit : 

Il était demi-mort lorsqu'on le porta sur 
l'échafaud, où il reçut le coup fatal sans s'en 
apercevoir, comme sans doute il l'avait désiré. 

O. N. 

Conventionnels réfugiés et morts 
en Belgique (XLIV. 153, 244). — Voici 
la copie textuelle de l'acte de décès de 
Musset : 

L'an 1831, le 11 avril, à 3 h. de relevé, par 
devant nous B r et off. de l'Etat-civil de Neuf- 
château, canton de ce nom, G. D. de Luxem- 
bourg, sont comparus J . J. Bastien, 23 ans, 
libraire-relieur et I B. Gardeur, 31 ans, ins- 
tituteur, domiciliés en cette commune, les • 
quels nous ont déclaré que Joseph-Mathuiïn 
Musset d'Ossancy, âgé de 81 ans, ancien pré- 
fet, né à Leges, près de Nantes, Loire-Infé- 
rieure, domicilié à Bruxelles, époux d'Elise- 
Marguerite Tellier, est décédé cejourd'hui 11 
avril à minuit quelques minutes en la maison 
W. . . . rue Saint-Roch et ont signé avec nous 
le présent acte après que lecture leur en a été 
faite. (s.)J.J. Bastien, Gardeur, Stevigny. 

E. T. 

* 

Une petite rectification d'abord ! Cen'est 
pas Robert député des Ardennes qui est 
décédé en Belgique. Celui-ci est mort à 



Voucq (Ardennes) en 1796. 

Il y a confusion avec Robert (Pierre 
François), député de Paris, l'ami et le se- 
crétaire de Danton, mort à Bruxelles, le 
13 avril 1826, où il était domicilié depuis 
1796. 

A la liste à peu près complète des 
conventionnels réfugiés et. morts en Bel- 
gique, il y a lieu d'ajouter : 

Boussion Pierre, né à Laugnac, le 6 
janvier 1753, mort à Liège le 18 mai 1818. 

Boucher Saint-Sauveur, né à Paris, le 
26 juin 1723, mort à Bruxelles, en 1805. 

Duval Charles, né à Rennes t le 22 fé- 
vrier 1750, mort à Huy le 25 août 1829. 

Blutel, mort à Anvers, en 1806. 

Carpentier, mort à Ypres, en 1818. 

Poultier Delmotte, mort à Tournai, en 
1826. 

Valùruche, né àjoinville en 1745, mort 
à Liège le 11 avril 1829. 

A la liste des conventionnels morts en 
Belgique, il serait peut-être intéressant 
d'ajouter celle des conventionnels proscrits 
par la Restauration, qui se sont réfugiés 
en Belgique. 

A Bruxelles se trouvaient réfugiés : Al- 
quier, Bertrand de la Hosdinière, Bezard, 
Barrère, Berlier, Courtois (mort), Chazal 
(mort), Cordier (mort), Cambon (mort), 
Cavaignac (mort), David (mort), Dubois 
de Bellegarde (mort), De Bry, Cambacérès,' 
Choudieu, Drouet, Garrand,Jouenne, Long- 
champs (mort), Le comte Puyraveau 
(mort),Leyris,Letourneur(mort),Levasseur 
(mort),Maignet, Mailhe, Marragon (mort), 
Massieu (mort), Oudot, Nioche, Paganel 
(mort), Prieur delà Marne (mort), Pons Qui- 
nette (mort).Rouyer (mort),Ramel (mort), 
Savornin (mort), Sevestre, Sieyès, Ta- 
veau, Thibeaudeau, Vadier (mort), et au 
début de l'exil, Bernard de Saintes, Gou- 
pilleau et Garnier de Saintes, à qui le 
séjour de Bruxelles fut interdit par le 
gouvernement hollandais et qui quittèrent 
la Belgique pour les Etats-Unis et l'Alle- 
magne. 

A Liège, Calés (mort), Baudot, Beffroy 
(mort), Boussiou (mort), Dubois, Dubay, 
Martel, Thuriot la Rozière (mort), Val- 
druche (mort). 

A Tournai, Lesage, Senault (mort), 
Poultier, Delmotte (mort). 

A Mons ( ? ) Sallemgros (mort). 

A Anvers, Bonnesœur. 

A Gand, Meaulle (mort). 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre 1901 , 



— 357 



558 



A Ypres ? Carpentier (mort). 

A Huy, Duval (mort), Eschaseriaux 
et Roux (mort). 

A Courtrai, Mallarmé. 

A Neufchâteau, Musset (mort). 

A Vilvorde, Gay de Vernon et Ysabeau. 
Gay de Vernon avait fondé à Wloorde un 
établissement d'instruction ; il employait 
les gains réalisés par lui à venir en aide à 
ses collègues proscrits qui se trouvaient 
dans la misère. Paul Lepage. 

Le conventionnel A. Dupin 
(T. G., 298). — M. Clément Lyon an- 
nonçait la publication d'une étude sur 
Antoine Dupin. Cette étude a-t-elle été 
publiée? Où pourrai-je me la procurer? 

Paul Lepage. 

Aubert du Bayet (XLII ; XL1IÏ). — 
Nous recevons la lettre suivante : 
Monsieur, 

On m'a communiqué, il y a déjà assez long- 
temps, un article qui a paiu dans Y Intermé- 
diaire des Chercheurs sur Aubert du Bayet, 
une longue maladie et ensuite des voyages 
m'ont empêché de vous écrire à ce sujet. Je 
profite d'un séjour ici pour rectifier ce qui est 
erroné dans la réponse de M. J. Lassai le (n° 
du 15 janvier dernier) — Aubert du Bayet 
est né en 1756. 11 rentra au Rég' du Bour- 
bonnais ; en 1791 fut élu député au corps 
législatif et en 1792 devint Président de la 
dite Assemblée; il y défendit courageusement 
les institutions, le roi et la monarchie, et à la 
chute de la Royauté se retira de la politique. 
Mais bientôt après, il demanda à aller défen- 
dre contre l'étranger la patrie menacée ! 

En 1794, il accourut à l'appel du brave 
Kléber. Après avoir été commandant en chef 
de l'armée des côtes de Cherbourg, il devint 
ministre de la guerre, et ce fut lui qui devina 
le génie de Bonaparte et qui demanda sa 
nomination de général en chef de l'armée 
d'Italie. Carnot, au contraire, n'était point 
favorable au jeune héros, et du Bayet donna 
sa démission de ministre de la guerre à cause 
de Carnot. Peu après, le Gén. A. du B. devint 
ambassadeur de France, près la Porte Otto- 
-nane et Toarut à Constantinople. Très pro- 
chainement, il paraîtra à Paris (chez Cham- 
pion) la correspondance intime d'Aubert du 
Biyet suivie d'une biographie et de docu- 
ments divers; et dans le même volume il sera 
qjsstion des généraux Carra-Saint-Cyr et 
Charpentier. 

Veuillez recevoir, Monsieur, l'expression de 
-nés sentiments très distingués. 

Comte de Fayé du Bayet. 



) 



Sergent sans armes(XLIV, 170,295 
— Comme le soupçonne M le capitaine 
Paimblant du Rouil les mots : sans armes 
ne sont pas autre chose qu'une mention 
réglementaire portée sur le billet d'entrée 
à l'hôpital d'un soldat malade. Au xvm e 
siècle les bulletins d'admission aux hôpi- 
taux ne comportaient pas, comme de nos 
jours, trois parties distinctes: une partie 
médicale, une partie réservée à l'état 
civil et un inventaire des effets emportés 
par le militaire malade à l'hôpital. Les 
billets, d'un modèle absolument défini du 
reste, portaient la mention suivante, ré- 
sumant à la fois la position militaire du 
malade et son état civil : 

Régiment d. Compagnie d: 

Le directeur de l'hôpital royal d .re- 
cevra le nommé dit natif d 

juridiction d au régiment d 

compagnie d 

Fait à... jour du mois d. . . 17 

Vu par nous.. . .'. 

du dit régiment 

Au bas de la feuille, on ajoutait, d'une 
façon constante, une mention manuscrite 
indiquant si le malade emportait ou non 
avec lui ses armes. Ces billets d'entrée à 
l'hôpital de l'ancien régime ne sont pas 
rares dans nos archives hospitalières. 
J'en ai reproduit quelques-uns dans une 
courte notice parue en 1900 dans les 
Archives de médecine et de pharmacie mili- 
taire, T. XXXV, p. 1 52, Vve Rosier, édi- 
teur (Un hospice mixte avant la Révolu- 
tion : l'Hôtel-Dieu de Chàteaudun). La 
collection de cette revue périodique existe 
dans toutes les infirmeries régimentaires. 
Médecin-major-Lamoureux . 

Bibliographie sur Napoléon à 
i 7 ainte-Hélène (XLIII). — Consulter : 

Correspondance de Napoléon / er , 32 vol. 
in-8, les quatre derniers volumes concer- 
nent Sainte-Hélène. 

Les sources citées pages 3 et 4 de la 
préface mise par le vicomte de Grouchy 
et Antoine Guillois en tête de Sainte-Hé- 
lène, journal inédit de 18 15 à 1S18 du 
général baron Gourgaud, 3 me édition, s. d. 
(1900), 2 vol. in-18, Ernest Flammarion, 
26, rue Racine. Nauroy. 

Les cendres de Napoléon I er 

(XXXVII ; XL : XLI ; XLIII). — Il a été 
dépensé : 



N* 943-1 



L'INTERMEDIAIRE 



■ ■ 359 ~ 

Pour la translation des 
restes de l'Empereur à 
Paris et pour la céré- 
monie du 15 décem- 
bre 1840. 

L'appropriation de la 
cour Vauban aux In- 
valides et les abords 
du monument 

La construction du tom- 
beau 

Sarcophage, voyages, 
explorations, machi- 
nes, main-d'œuvre. 



1.800.000 fr. 



200.000 



4.420.000 



324.000 



Total 
La statuaire 

(Lazare) 



6.744.000 
seulement a coûté 
617.000 fr. 
Nauroy. 



360 — 



et YHistoite de la guerre de 
Domenech, aumônier de la 2' 
du 12 e corps. Dentu. 



La guerre (XXXVIII ; XXXIX ; XL \ 
XLI ; XLI1). — Voir le général Thoumas, 
Les 'transformations de V aimée française, 
Paris et Nancy, 1887, Berger-Levrault. 

Le franc-tireur Mesnil d'Artois est 
fusillé. Douze habitants de Chérizy sont 
fusillés. 

Le tableau célèbre de Neuville, Les der- 
nières cartouches, a immortalisé la défense 
de Bazeilles. Le lieutenant Watrin et le 
sous-lieutenant Chevalier .avec 1 6 hommes 
de l'infanterie de marine.furent passés par 
les armes, après s'être rendus faute de 
munitions. Le plus grand nombre des 
habitants de Bazeilles fut passé par les 
armes pendant le combat du 31 août, 
mais les exécutions continuèrent après 
Sedan, en même temps qu'on livrait aux 
flammes les maisons que les projectiles 
avaient épargnées les 3 1 août et 1 er sep- 
tembre. Le duc de Fitz-James y a encore 
vu allumer des incendies le 5 septembre, 
D'après le relevé officiel du maire de Ba- 
zeilles, 43 habitants furent tués sur place, 
150 moururent de blessures et de mauvais 
traitements subis. Sur 423 maisons, 37 
avaient été brûlées par les projectiles ; 
365 furent incendiées au pétrole. Les 
archives de Sedan possèdent un document 
du 29 septembre signé Richard Gœlch,qui 
interdit des quêtes commencées en faveur 
des habitants de Bazeilles, comme consti- 
tuant « un blâme de la sentence exécutée 
contre ce village ».(Voir la lettre du duc de 
Fitz-James au Times du 12 septembre 1870, 



1870, par 
ambulance 
Nauroy. 



chez les 

— Voici ce 



La haine de l'Anglais 
poètes français (XL ; XLI). 
que Dorât a dit : 

Pourtant j'aime assez les Anglais, 
Leur rudesse patriotique, 
Le flegme de leur Baronets, 
Leur bavardage politique, 
Leur sérieux dans les excès, 
Un certain air de République, 
Leurs parades, leurs drames noirs, 
Leurs tumultueuses séances, 
Et leurs graves extravagances, 
Et leurs cafés et leurs comptoirs : 
Mais, comme dans un sort prospère, 
11 sont parfois très arrogants, 
11 est, je crois, bien nécessaire 
De les battre de temps en temps, 
Pour franciser leur caractère !... 

V. A 



Chansons sur l'Angleterre et 
les Anglais (XLII ; XLIII ; XLIV, 84) 
— Je ne m'attendais pas à d'aussi inté- 
ressantes réponses de la part de nos éru- 
dits collaborateurs. Je les remercie, elles 
ont complètement éclairé la question. 
Messieurs P. V. de Saint-Marc, Léda et La 
Mouche déclarent cette chanson d'origine 
rochellaise. Voici qui vient confirmer 
leurs dires : Mon vénéré père, d'une 
famille d'origine poitevine, mais ayant 
de nombreuses attaches dans tout l'Ouest, 
était né en 1788 à Larochefoucaud. Il a 
passé toute sa jeunesse en Angoumois 
ju qu'à son entrée à l'école militaire de 
Fontainebleau en 1806. C'est donc à cette 
époque qu'il a entendu, peut-être sur les 
genoux de ses bonnes, et dans les rondes 
enfantines, la chanson: Les Anglais ne 
prendront pas etc, qui date bien certaine- 
ment du siège de La Rochelle par le 
grand cardinal . 

Les jésuites et Saint-Nicolas du Port 
n'ont rien à voir dans l'affaire. 

Vicomte de Ch. 



* 
* * 



de 



Je n'ai pas sous les yeux la notation 

la chanson : 

Les Anglais ne prendront pas, etc. 
Mais ne présente-t-elle pas quelque 
analogie avec le refrain de la Timbale 



d'A rgent 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre 1901 . 



361 

Encore un qui n'aura pas 
La timbale, etc. 
Ou celui de la Mascotte : 

N'vous tourmentez pas comm'ça 
On l'rattrape, on l'rattrape, etc. 
Sir Graph. 
* 

Quel est l'habitant de Lorient, jeune ou 
vieux, qui n'a pas fredonné dans son en- 
fance cette vieille ronde : 

Les Anglais, remplis d'arrogance, 

Sont venus attaquer Lorient, 

Mais les bas bretons, 

A coups de bâtons, 

Les ont renvoyés 

Hors de ces cantons. 

La rime n'est pas régulière, la mesure 
n'y est pas observée, mais la vérité s'y 
retrouve : oui, ce sont les bas-bretons, les 
paysans, qui attaquèrent à Guidel, qui se 
défendirent à Plœmeur, qui se réunirent à 
Quéven, qui abordèrent à Lorient, en 
1746, sous les ordres de MM. de Tinté- 
niac, de la Berais et autres, qui démon- 
trèrent au général anglais Synclair qu'il 
n'y avait plus de succès à espérer pour 
lui. E. M. 

* 
* * 

Dans un opuscule imprimé à Versailles 

en l'an II, intitulé : Pot-pourri toujours 

pour les sans-culottes, sur la reprise de 

Toulon, on trouve les couplets suivants 

contre les Anglais lorsqu'ils furent chassés 

de cette ville. 

Air : Le Port Malion est pris. 
Amis, Toulon est pris, 
11 est pris, il est pris, 
Ces brigands d'Angleterre, 
George et lord Pitt, ces foudres de guerre, 
Sur mer comme sur terre, 

On leur crie : 
A la li I a la li ! a la Ii ! 

Air : Et r'ian tan plan tire lire. 

Et r'ian tan plan tire lire 

Ah ? que nous allons rire, 

Aux Anglais perçons le flanc, 

En plein, plan, tire lire en plan, 

Puisqu'ils ont tant soif de sang, 

11 faut qu'on leur en tire. 

Air : De la Carmagnole. 
Pitt aux Anglais avait promis (bts) 
Le pillage de tout Paris, (bis) 
Sans son hôte il comptait, 
Nos soldats leur ont fait 
Danser la Carmagnole 

Au bruit et son, (bis) 



362 

Danser la Carmagnole, 
Au bruit et son (bis) du canon, 



Air : A la façon de barbari, mon ami. 

11 falloit voir en ce moment 

Des Anglais la venette, 
Sortir de leurs retranchements 
Sans tambour ni trompette, 
Us tremblaient au bruit du canon, 
La faridondaine, la faridondon, 
Poliment on les a conduits, biribi, 
A la façon de barbari, mon ami. 

Regrets des Anglais 

Air : Des Pendus. 

Toulon, il faut donc te quitter, 
Ce n'est pas sans te regretter, 
Mais ces Républicains alertes, 
Des tyrans ont juré la perte ; 
Bien étrillés et bien battus, 
Nous nous en allons bien confus. 

Air : Du haut en bas . 
La pèle au cul, 
Anglais, vous serez dans l'histoire, 
La pèle au cul, 
Brave Pitt, tu seras reçu 
Dans le Temple de la victoire, 
Et porteras pour toute gloire, 
La pèle au cul. 

Air ; Et rli et r'ian 
Que cette leçon vous apprenne 
D'être un peu moins entreprenans ; 
Un peuple qui brise sa chaîne, 
Brave les efforts des tyrans ; 
Vous vous flattiez venir sans peine, 
Asservir nous et nos enfans ; 

Et r'ii et r'ian. 
A la Française on vous ramène, 
Et r'ian tan plan, tambour battant, 

Paul Pinson. 



Voici in-extenso, comme le réclame C,la 
chanson dont il donne le dernier couplet : 

1 
Le trente-et-un du mois d'août, 
Nous aperçùm' sous l'vent à nous, 
Nous aperçûmes une frégate 
Qui fendait la mei et les flots 
Pour aller entrer à Porto. 

H 
Le capitaine, en la voyant, 
Fit appeler son lieutenant : 
Lieutenant te sens-tu capable, 
Lieutenant, te sens-tu assez fort 
Pour aller attaquer ce bord ? 

m 

Le lieutenant, biave et hardi, 
Lui répond : Capitaine, oui ! 
Faites monter votre équipage, 



N° 943. 



563 



L'INTERMEDIAIRE 



364 



Mousses, novices et matelots, 
Faites-les monter tous en haut 1 

IV 
Le maître donne un coup de sifflet 
En haut larguer les perroquets ! 
Larguer les ris dans les huniers ! 
Laisse arriver plat vent-arrière, 
Laisse airiver sur les Anglais ! 

V 
Lof-pour-lof, en arrivant, 
Nous l'abordâmes par son avant, 
Puis à grands coups de haches d'armes 
A coups de sabre et d'esponton, 
Nous les mîmes vite à la raison. 

VI 
Que dira-t-on, mes pauv' matelots, 
En Angleterre et dans Porto, 
D'avoir fait prendre notre frégate 
Par un corsaire de vingt canons, 
Elle qui en avait trente-six bons ! 

VII 
Buvons un coup, buvons-en deux 
A la santé des amoureux ! 
A la santé du roi de France ! 

M pour le roy d'Angleterre 

Qui nous a déclaré la guerre ! 
Cette chanson, qu'on chantait encore 

— parfois avec quelques petites variantes 

— sur les navires de guerre au temps de 
ma jeunesse maritime, il y a longtemps, 
près de 65 ans ! remonte probablement à 
la guerre de l'indépendance des Etats- 
Unis. Henri Jouan. 



La chanson de matelot, dont l'avant- 
dernier vers lance si vigoureusement le 
mot de Cambronne, est, dit-on, une chan- 
son de corsaire. On l'a même appelée, je 
crois, la Chanson de Surcouf ; mais tout 
porte à supposer qu'elle est plus ancienne. 
Elle raconte un combat naval, un abor- 
dage. 

Nous l'avons chantée jadis, au Quartier 
latin, quelques bretons... Bruant l'ac- 
cueillit même à son Cabaret, où elle fit 
florès bien que remaniée et modifiée. 

La voici telle que je me la rappelle, 

sans garantie des variantes probables : 

Le trente-et-un du mois d'août ; , . 
1» 1-4x1 bis 

J aperçûmes sous 1 vent a nous \ 

Une frégate d'Angleterre 

Qui fendait la mer z'et les flots : 

C'était pour aller à Breslau. 



Le capitaine, au même instant, 1 
Fit appeler son lieutenant : \ 

« Lieutenant, te sens-tu capable, 
Dis-moi, te sens tu z'assez fort 
Pour aller attaquer son boid ?... » 



bis 



Le lieutenant, fier z'et hardi, f 

Lui répondit : « Capitaine oui ! \ 
Faites monter votre équipage, 
Braves soldats et matelots, 
Faites-les tous monter en haut ! » 

Le maître donne un coup d' sifflet 
« En haut larguez les perroquets 1 
Larguez les ris, et, vent arrière. 
Laissez porter droit à son bord, 
Pour voir qui qui sera 1' plus fort ! » 



bis 



M 



bis 



bis 



bis 



Vir' lof pour lof. en arrivant ) 
Je l'avons pris par son avant, \ 
A coup de haches d'abordage, 
De piques et de mousquetons, 
Je l'avons mis à la raison 

Que dira-t-on dudit bateau ^ bis 
En Angleterre et à Breslau > f 
Li qu'à laissé prend' sa frégate 
Par un corsair' de six canons, 
Li qu'en avait trente-six bons ! 

Buvons un coup ! buvons en deux! 
A U santé des amoureux ! / 

A la santé de notre France, 

M pour la rein' d'Angleterre 

Qui nous a déclaré la guerre. 

Il me semble que cette chanson figure 
dans le « Recueil des Chansons populaires 
de la France ». (1 ) 

On ne fit pas seulement des chansons 
contre les Anglais, On en fit aussi contre 
les Russes, nos amis actuels. 

Dans mon enfance, je me souviens d'a- 
voir entendu chanter ce refrain : 

C'est le grand Empereur de Russie 

Qui dit que la peau lui démange. 

Pour la gratter et lui faire du bien, 

Nous lui fions voir comm' l'on s'arrange, 

Tu veux danser, tu danseras. \ ^ js 

Foi de français, papa Nicolas !.., / 



o'es 



Heureusement, les temps sont chan- 

Gros Malo. 



* 
* * 



Ne serait-ce que pour montrer que les 
sentiments des peuples subissent la loi 
commune et le contre-coup de la politi- 
que. Pourrait-on citer aussi quelques chan- 
sons françaises sympathiques à l'Angle- 
ais? 

M. 



terre et aux Ang 



( \) Nous avons donné les deux textes en 
raison des variantes. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre 190I 



365 



3b6 



Causses, cbauxou chaumes (XLIII ; 
XLIV, 1 1 1). — Il y a ure trentaine d'an- 
nées, alors que j'étais loin de penser qu'un 
jour viendrait où j'aurais à faire des re- 
cherches étymologiques, je suis sûr 
d'avoir rencontré dans un livre l'étymo- 
logie du nom de la Chaux-de-Fonds. Ce 
n'était certainement pas le sens de chaux, 
calx ; mais un autre. Maintenant, il faut 
bien avouer une chose, c'est qu'on ne se 
fait pas une idée du nombre immense 
d'étymologies fausses qui ont été impri- 
mées. Très certainement le nombre des 
étymologies fautives est de beaucoup su- 
périeur au nombre des étymologies exactes 
qui ont été découvertes. Sur les quatre éty- 
mologies du nom de César, données par 
l'empereur Napoléon III dans sa vie de 
César, il n'y en a pas une seule d'exacte; 
alors qu'on sait déjà qu'il y en a nécessai- 
rement au moins trois fausses. De même, 
sur vingt étymologies (peut-être plus 
encore) données sur le nom de Lutèce, 
toutes sont fautives, sans en excepter une 
seule ! La seule exacte, qui n'a encore 
jamais été imprimée, est dérivée du Lugo- 
tocea de deux auteurs anciens (1) bien 
différents, et probablement signifie bril- 
lant temple d'Esus. D' B. 

Lachaud de Fond, voir t. XL, 188,968. 
* 

* * . 

i° Causse vaut chaux, calcaire, du latin 

calx, d'où le bas latin caussis (Du Cange) ; 
ne paraît s'appliquer, en effet, qu'aux ro- 
chers calcaires. 

2 Chaux ou plutôt chau vaut chaume. 

Le latin calamus, tuyau de blé, tige de 
paille, a fait le bas latin calma, puis calm, 
et, par chuintage, cbalm : d'où le patois 
chau et le français chaume. 

Le bas latin calma, dit Littré, répond à 
chaume féminin qui se trouve quelquefois 
dans l'ancien français. C'est, en effet, le 
cas pour les noms de propriété La Chau, 
et les noms de famille à désinence fémi- 
nine, Calmel, Cbaumeil, Chomel, les uns et 
les autres très répandus dans le Haut-Vi- 
varais. 

Mais calma a une autre signification 
que Du Cange, par extraordinaire, n'avait 
pas comprise et qui répond à Biuarium, 
champ de bruyères. Lachaud est le La 
Bruyère limousin. 



(1) Le géographe Strabon et l'hagiographe 
Fortunat. 



Et, de plus, le bas latin chalia s'est 
conservé dans notre patois chalaye qui si- 
gnifie fougère et dans Challcat, Chalaye, à 
là fois noms de propriété et de famille 
également communs. 

Calamus et calm ont donc désigné en 
même temps la bruyère, la fougère et le 
chaume. La raison en est simple. Dans 
nos montagnes la nature, quand on la 
laisse agir, fait ses assolements Nous 
voyons ainsi le pin et le chêne, le sapin 
et le hêtre, la bruyère et la fougère vivte 
côte à côte jusqu'à ce que le plus jeune 
ait étouffé le plus vieux. 

De même qu'aujourd'hui encore nos 
paysans donnent indifféremment le nom 
de hlache, aux taillis de chênes, de châ- 
taigniers ou aux plantations de pins, ils 
appelaient jadis du même nom le champ 
de bruyères ou de fougères qu'ils défri- 
chaient et transformaient en un chaume 
que l'abandon ou la jachère rendait vite à 
son état primitif. Défrichez un champ de 
bruyères, écobuez, grattez le sol avec 
l'araire du vieux temps, semez, et vous 
récolterez autant, sinon plus, de fougère 
que de seigle. 

Un mot sur l'étymologie proposée de 
calvus, chauve. Montchal était le nom 
d'un petit château mouvant de la seigneu- 
rie d'Argental (Loire), lequel fut le ber- 
ceau d'une famille chevaleresque de Mont- 
chal, Montecalvo, suivant la traduction 
constante des scribes moyenâgeux. Au châ- 
teau en question il reste une tour de signal, 
mais la colline qui la porte n'est pas 
aujourd'hui plus dénudée, plus chauve 
qu'un autre. Faut-il croire qu'on l'avait 
dépouillée de ses bois pour que le guet y 
fût plus facile, pour que les signaux fussent 
plus aisément aperçus ? Cela n'est pas 
impossible . Ou doit-on penser que le châ- 
teau fut construit au milieu des bruyères ? 
La conjecture qui feraitde Montchal l'équi- 
valent de Montcalm serait également pau- 
sible, pour ne pas dire plus vraisembla- 
ble, chai n'ayant pas gardé ici, comme le 
vieux français calf, calv, cauLune labiale. 

E. Nicod. 



Bori.3 ne serait ce pas métairie? 

(XLIV, 55, 257). — En Normandie on 
dit Bordelage, en parlant d'une petite pro- 
priété. Les noms de la Borderie, Bor- 
derie, la Borie, etc. sont très fréquents 



N* 943 



367 



L'INTERMEDIAIRE 



dans le Midi, tant pour les terres, mai- 
sons, que pour les noms de personnes. 

A. Saffr. 



Une acception belge du mot dan- 
gereux (XLIV,i2j. — Pour satisfaire M. 
F.H.j'ai consulté un des jeunes et savants 
philologues de ma région : pays de Char- 
leroi, M. Albert Coulon, docteur en droit 
et professeur, pour connaître, non seule- 
ment l'acception, mais aussi l'étymologie 
de ce mot usité dans le patois de deux 
provinces wallonnes de la Belgique : celles 
de Namur et de Hainaut. Il ne l'est pas 
dans celle de Liège. Voici la réponse qu'il 
a bien voulu me faire : 

Dandjereux : adjectif = probable — 
Peu usité à Mons, mais beaucoup aux 
environs (/. Sigart, glossaire étymologique 
montois). 

Il est aussi adverbe. Verre^ (viendrez- 
vous) dandjereux! = probablement . 

Ne paraît pas usité dans ce cas en wal- 
lon liégeois et Grandgagnage, dans son 
Dictionnaire, n'en parle pas. Selon nous, 
dandjereux est à rattacher à dandji qui a 
deux sens — i° besoin, nécessité — D'jai 
dandji di mes Vives. (J'ai besoin de mes 
livres) — 2 péril, danger, que certains 
étymologistes rattachent à dominarium = 
force, puissance, puis nécessité, enfin 
danger (Diez, II, 288,) et que d'autres 
mettent en rapport avec damnum (dom- 
mage), d'après le type damnarium (dam- 
nier, danger), comme calengier à côté 
calomnier. 

En wallon de Charleroi, on dit, d'une 
personne dangereusement malade : — il 
est bé dandjeieux, d'où l'on peut arriver à 
ce sens : — il mourra, c'est probable ; de 
là : Viendrez-vous ? — Dandjereux. — 
C'est-à-dire probablement. 

Albert Coulon. 

M. F. H. pourrait consulter le Dict. de 
feu Frédéric Godefroy qui a fait des re- 
cherches philologiques en Belgique. 

Clément Lyon. 

Dictionnaire des synonymes 
(XL1V, 54, 252). — Puisque les collabo- 
rateurs Léon Brunschwicg et N — r ont 
l'un et l'autre cité le Dictionnaire idéolo- 
gique, je demande la permission de dire, 
sans vouloir déprécier l'ouvrage de Ro- 
bertson, que le Dictionnaire analogique 



3 68 

de Boissière lui est, à mon avis, de beau- 
coup supérieur et, pour ma part, je ne 
connais pas de livre plus intéressant et 
plus utile à tous ceux qui s'appliquent à 
écrire purement en français. A. S. 



Bussyd'Amboisa,poète(XLIV,224). 
— La chanson de Bussy d'Amboise se 
trouve dans : Livre d'Amour ou Flastreries 
du vieux temps (page 141). 
La voici . 

Chanson 
Oh ! qu'heureuse est ma fortune ! 
Oh I combien est grand mon heur, 
D'estre seul retenu d'une 
Pour fidèle serviteur, 
Par sus toutes elle est vue 
Pleine de grâce et beauté, 
Et suis sûr qu'elle est pourvue 
Beaucoup plus de loyauté. 

O vous, qui ne l'avez vue, 
Voyez-la pour votre bien, 
Puis jugez, l'ayant connue, 
L'heur que ce m'est d'estre sien ! 
Mais la voyant si parfaite, 
Gardez- vous bien un chacun, 
Car pour blesser elle est faite, 
Et de tous n'en guérir qu'un. 

P. c. c. Camille Hatrisse. 



Descartes et les femmes (XXXIX ; 
LX;XLIII) — Descartes mourut en Suède 
le 1 1 février 1650. Le chevalier de Torlon, 
ambassadeur de Louh XIV, fit exhumer 
son corps qu'on avait déposé dans le 
cimetière du Nord-Malme à Stockholm. Il 
fut transporté en France au commencement 
de janvier 1667 et déposé dans l'ancienne 
église à Sainte-Geneviève. 

2 octobre 1793. 

La Convention nationale, après avoir en- 
tendu son Comité d'insiruction publique, dé- 
crète : 

Article i tr . René Descartes a mérité les 
honneurs dus aux grands hommes. 

Article 2. Le corps de ce philosophe sera 
transféré au Panthéon français. 

Article 3 . Sur le tombeau de Descartes 
seront gravés ces mots : Au nom du peuple 
français, la Convention nationale à René 
Descartes, Van II de la République. 

Le 3 vendémiaire an VIII, Descartes fut 
porté au Musée des monuments français. 
Le 26 février 1819, il fut inhumé en 
grande pompe à Saint-Germain-des Prés. 
(Lazare^). Nauroy. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre 1901 . 



369 

Quels sont les littérateurs connus 
qui n'ont pas écrit leurs ouvrages 
eux-mêmes ? (XXXVII ; XXXVIII ; 
XXXIX ; XL ; XLII ; XLIII ; XLP/,35,146, 
202). — M.Alphonse Lemonnier raconte, 
dans un amusant article du Fiançais qu'a- 
nalyse le Figaro du 30 juillet 1901, com- 
ment son premier roman, Les femmes de 
théâtre, publié par Faure, avec préface de 
Léonide Leblanc, lui valut 100 francs 
d'amende pour la préface, et comment 
son second volume, Les petites comédies de 
l'amour, publié par Julien Lemer, fut 



37° 



signé Léonide Leblanc. 



Nauroy. 



Reoan et l'alliance franco-russe 
(T. G. 763 ; XLII ; XLIII. — Consulter : 

Correspondance de Napoléon I", tomes 
VI et suivants. 

La Russie géographique, ethnologique, 
historique, par MM. Girard de Rialle. 
Alfred Rambaud, Albert Vandal, Ernest 
Lehr, Anatole Leroy-Beaulieu, Désiré 
Lacroix, Louis Léger, E. M. de Vogue, 
Maurice Tourneux , Arthur P«uguin , 
Grand-Carteret, M me Lydie Paschkoff, 
Camille Couderc...., s. d. (1892), in-8' 
2 me édition, Larousse, 496 pages. 

La Russie à la fin du xix e siècle, ouvrage 
publié sous la direction de M. W. de 
Kovalevsky, adjoint du ministre des 
finances de Russie, 1900, in-4 , Paul Du- 
pont et Guillaumin, xx et 989 pages. 

Nauroy. 

La politique d'Arras (XLIII). — Ma 
question à l' Intermédiaire avait déjà été 
posée par moi, il y a plusieurs années, 
dans le Cabinet historique de V Artois et de 
la Picardie, où elle donna lieu à cette ré- 
ponse de M. le comte de Marsy : 

Je crois qu'il ne faut pas chercher sous ce 
titre un ouvrage nouveau, comme le propose 
M. Advielle, mais simplement rectifier une 
mauvaise lecture de M. l'abbe' Lebeurier, ou 
une erreur du rédacteur de l'inventaire. 11 s'agit 
e'videmment ici de la Politique d'Aristote, 
souvent imprimée en français depuis l'édition 
donnée en 1489, par Antoine Verard, sous le 
titre de : Le Livre de politique d'Aristote. 

L'intéressante communication de M. 
Ern. G. à Y Intermédiaire résoutla première 
difficulté. La minute originale porte comme 
Yexpéditionvue et reproduite par feu l'abbé 
Lebeurier ; « La Pollitique d'ARRAS ». 
L'usage constant de la basoche étant de 



collationner tous actes avant signatures, 
nous pouvons maintenant tenir pour cer- 
tain qu'il a existé sous ce titre confirmé 
un livre quelconque. 

D'imprimé à ce titre il n'en faut pas de- 
mander, parce que très certainement, tou- 
tes recherches faites, on n'en trouverait 
point. Le livre et ùt donc manuscrit, et à 
cet égard encore, mes investigations se- 
condées par des historiens spécialistes 
ont été infructueuses. 

M. Ern. G. croit que si le livre en ques- 
tion était manuscrit, on l'aurait indiqué. 
L'inventaire est si sommaire qu'on ne peut 
rien conjecturera cet égard. Voici, d'ail- 
leurs, la partie qui nous intéresse : 

une légende de la vie des saints; un 

livre du symbolle des Appostres; la Pollitique 
d'Arias; l'Imitation de Jésus-Christ;l'Introduc- 
tion à la vie dévotte; le conduit à la commu- 
nion, couverte de veau marbré 

Je sais bien qu'on est naturellement en- 
traîné à dire, comme M. de Marsy : La 
politique d'Aristote, quand on ne trouve 
pas la Pollitique d'Arras ; mais c'est trop 
hasarder une opinion que de lire Aristote 
là où minute originale et expédition au- 
thentique portent : Arras. 

Pourquoi pas aussi : La Politique de 
Pluiarque, 1532 ; les Politiques de Juste 
Lipse. 1597; La Politique du temps, 1660; 
La Politique de France, 1669? 

S'il y avait eu erreur en la minute, no- 
taire et clerc, ayant l'un ou l'autre dressé 
l'inventaire, l'eussent-ils maintenue en 
l'expédition ? Ce n'est guère probable. 

Il faut donc admettre l'existence, en 
1679, d'un manuscrit, ayant pour titre : 
La Pollitique d'Arras. 

Je l'ai cherché de tous côtés, en France 
et à l'étranger : puisqu'il n'a pas été re- 
cueilli par un dépôt public, il est peut- 
être encore en Normandie, dans quelque 
chartrier ignoré. C'est là même, je crois, 
qu'on le découvrira un jour. 

Par suite de quelles circonstances ce ma- 
nuscrit se trouvait-il dans la succession 
Baudot-Bardouil ? Quelle en était l'origine ? 
L'auteur est-il un membre de ces famil- 
les? Et en 1679, qui hérita de François de 
Baudot et de Marie de Bardouil, sa femme ? 
Voilà ce qu'il faut déterminer. Il y a au 
cabinet des manuscrits delà Bibliothèque 
nationale, diverses pièces concernant la fa- 
mille Baudot. L'une d'elles constate que 
par un second codicille, daté du acr juil» 



N» 943 



L'INTERMEDIAIRE 



37 



let 1652, M e François-Nicolas Baudot du 
Buisson, s r d'Aubenay, intendant des 
Devises des Maisons royales de France, 
légua une rente de 52 livres à M e Jacques 
Lebreton, docteur en théologie, demeu- 
rant en la maison de la mission à Saint- 
Sulpice lès Paris. 

Serait-il l'auteur du manuscrit? Ou pro- 
viendrait-il de lui ? Les Bardouil, comme 
les Baudot, sont des normands d'origine. 

J'ajoute que ces mots : La Pollitique 
d Arras, n'ont rien d'anormal. C'est l'ap- 
pellation officielle du temps ; on les ren- 
contre en divers écrits ; ils résument la 
politique de vengeance queLouisXI inau- 
gura par deux fois contre Arrasetses habi- 
tants. 

11 ne me reste plus qu'à dire avec un 
historien du règne : «,< Qui donne ce qu'il 
peut et fait ce qu'il sçait n'est tenu à da- 
vantage. *> Victor Advielle. 

Inadvertances de certains au- 
teurs (T. G. 7I 8;XXXV; XXXVI; 
XXXVII ; XXXVIII ; XXXIX : XL ; XLI ; 
XLII; XLIII ; XLIV, 101, 147, 254). — 
Je prie M. Pierre Louys de croire que de 
la première ligne à la dernière et d'une 
seule traite — condition essentielle à 
mon sens pour goûter pleinement de telles 
œuvres — j'ai lu son très captivant ro- 
man alexandrin. Et le vieil archéologue 
que je suis s'y est autant délecté que le 
curieux de style rare. Mais c'est en le 
relisant à loisir et sans cette sorte de fiè- 
vre agréable qui accompagne la première 
lecture d'une oeuvre d'imagination, que 
j'ai noté la légère inadvertance signalée 
dans ma dernière communication. M. 
Pierre Louys veut bien me répondre 
qu'il n'y a aucune défaillance de l'esprit 
ou de la plume dans la qualité d'aryenne 
donnée à la Galiléenne Chrysis et j'ai lu 
avec la curiosité la plus intéressée la dis- 
sertation insérée dans le N u du 20 août. 

Me permettra-t-il de 1 i dire qu'il ne 
m'a pas convaincu et que je suis toujours 
porté à voir dans les Galiléens un rameau 
de la race juive, peut-être de sang adul- 
téré par quelques mariages étrangers, 
mais ils sont si bien Juifs qu'ils partici- 
pent sans contestation à la religion et au 
culte du temple l'un et l'autre rigou- 
reusement réservés aux seuls Israélites. 
Us pratiquent la circoncision, enfin jésus- 



372 



Christ est donné par les Evangiles comme 
le descendant du roi David. Peut-être cet 
argument-là n'aura-t-il pas grande prise 
sur M. Pierre Louys ; cependant toute 
question d'orthodoxie mise de côté, je 
lui crois une certaine valeur historique. 
Même en supposant qu'il y ait dans la 
croyance à l'origine royale du Christ un 
exemple de cette formation mythique par 
laquelle certaines écoles — celle de Fré- 
déric Stauss, notamment — expliquent les 
faits^ messianiques tels qu'ils sont pré- 
sentée dans les Evangiles, il en faut tenir 
compte II est bien évident, en effet, que 
cette croyance fort ancienne dans l'Eglise 
chrétienne ne se heurtait pas à une im- 
possibilité matérielle résultant de ce fait 
que le Christ était un étranger à la race 
juive. 

S'il n'avait pas été juif, comment eût-il 
été accepté par plusieurs comme le Mes- 
sie, comme le roi des Juifs ? 

Pour ce qui est de l'origine celtique 
des Galiléens, j'avoue que ce m'est une 
affirmation toute nouvelle et que pour 
me la faire admettre, il faudrait plus 
qu'une allitération résultant d'un radical 
commun. Les Gaulois ne me paraissent 
pas avoir dépassé l'Asie-Mineure centra- 
le ; ce tut le dernier flot des migrations 
celtiques, arrêté vers 200 par la victoire 
d'Attale I. Je ne crois donc pas qu'ils 
aient franchi le Taurus, et le Taurus est 
loin de la Galilée. 

Pour conclure, ne mettant d'ailleurs 
aucune obstination à persévérer dans une 
manière de voir qui me serait démontrée 
inexacteje tiens jusqu'à nouvel ordre que 
l'exquise Chrysis dont le nom de guerre 
recouvre un nom hébraïque, n'est pas 
une aryenne, mais une pure sémite. Ainsi 
je crois que M. Pierre Louys a commis 
une erreur historique probable, oh bien 
légère! à la page 2 de son roman, et y 
est revenu ; mais ayant Aphrodite dans 
ma bibliothèque à la campagne, j'ai cher- 
ché immédiatement le passage indiqué à 
la page 54 et me suis donné le plaisir de 
pousser en lisant jusqu'à la 57 e où je l'ai 
rencontré. 

Après tout, que m'importe ; je dirais 
volontiers felix atlpa puisque nous lui 
devons la toison blonde de la courtisane 
amoureuse du bel-ami de la reine. Cette 
chevelure, ruissellement d'or vivant, je la 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre 1901 . 



373 



374 



vois comme je vois celle de la Madeleine 
dans la Descente de Croix d'Anvers. 
D'ailleurs Chrysis peut être aryenne ou 
sémite, elle est surtout, et cela me touche 
davantage, femme et très femme ; el e 
vit d'une vie intense, dans une amoralité 
parfaite et cependant l'auteur en a su faire 
autre chose qu'un bel animal païen moulé 
en jeune chair pour le plaisir des autres 
et le sien. Peut-être même en cherchant 
trop bien, pourrait-on noter jusqu'à deux 
ou trois touches d'accent moderne qui dé- 
tonnent légèrement dans ce tableau de 
fond et de forme tout antique. 11 n'en 
demeure pas moins, et peut-être ces im- 
perceptibles et inconscientes infidélités au 
pur génie antique y sont elles pour quel- 
que chose, que M. Pierre Louys a fait un 
beau livre de poète, d'érudit et d'artiste. 

Un mot encore en manière de post- 
scriptum : les partisans de l'origine celti- 
que des Galiléens invoquent l'existence 
dans le pays de nombreux monuments 
mégalithiques. «Or, dit M. Pierre Louys, 
la pierre levée est la signature des Gau- 
lois partout où ils ont vécu ».Mais il fau- 
drait d'abord établir que les monuments 
mégalithiques sont d'origine gauloise, or 
rien n'est moins prouvé. En, tous cas on 
les rencontre dans des contrées où n'ont 
jamais paru les Gaulois. 

M. Pierre Louys invoque les représen- 
tations figurées des Galiléens dans les 
peintures et bas-reliefs égyptiens. Mais 
pourquoi dans les longs cortèges de cap- 
tifs ramenés par Ramsèsll, les aryens mê- 
lés aux juifs seraient-ils des Galiléens plu- 
tôt que des hommes de la Syrie non sémi- 
tique ? Ramsès II, le Sésostris des Grecs, 
régnait vers 1640 av. J. C., c'est-à-dire à 
une époque où les Celtes n'avaient pas en- 
core prononcé leur mouvement de migra- 
tion vers l'ouest. Quant à leur présence 
en Asie, j'ai dit qu'on ne la constate histo- 
riquement que vers 200 av. J. C. Il me pa- 
raît donc impossible que le conquérant 
égyptien ait rencontré des Celtes aux 
cours de ses expéditions asiatiques. 

Je laisse de côté la tradition qui fait 
blonds le Christ, Marie sa mère, et Marie- 
Madeleine ; « une tradition, dit fort juste- 
ment M. Pierre Louys, n'est pas une 
observation ». Etant à la campagne et 
privé d'instruments de travail, je ne puis 
aborder ce sujet faute de documentation. 



Je me borne à dire que d'après mes souve- 
nirs la tradition n'est ni très ancienne, 
ni surtout absolue. H. C. M. 

Une soirée chez Offenbach (XLIII ; 
XL1V, 148). — Si la mémoire fait défaut 
à certains survivants de cette fameuse et 
lointaine soirée, voici qu lqu'un de l'épo- 
que, M. René de Rovigo, qui confiait 
alors au Figaro ses impressions de témoin 
et d'acteur. 

Nous nous bornons aux passages qui 
nous semblent les plus intéressants : 

Le bal costumé, donné par M. Jacques 
Offenbach, samedi dernier (28 mais 1857), a 
obtenu le plus brillant succès ; l'affluence était 
considérable :1e piquant et la variété des cos- 
tumes dépassaient les extrêmes limites de la 
fantaisie. On remarquait surtout MM. Nadar 
et Bizet en bébés, le marquis de Cambry en 
gendarme profondément aviné, M. Wust en 
odalisque, et quelle odalisque! M. Gevaërt en 
Peau Rouge, M. de Villemessant en vieux 
Kerouan de la Closcrie des G^é/5, M. Dufresne 
en jockey, M. Delibes en pioupiou, M. Hector 
Crémieux en pierrot panaché de garde fran- 
çaise. On est parvenu à retrouver M. Jonas 
sous un nez colossal hérissé d'effroyables mous- 
taches ; le maître de la maison (Offenbach) 
avait arboré le blanc, couleur de l'innocence, 
et îeprésentait un Bas-Breton d'une espèce 
inconnue, car il serait bien difficile de s'en 
procurer un aujourd'hui en Bretagne (1). M. 
Bourdin se drapait dans une tenue de pierrot 
classique ; un autre pierrot, M. Gustave Doré, 
s'était jeté, tête baissée, dans la couleur 
romantique. On se demande avec curiosité, et 
presque avec inquiétude, quelles sont les heu- 
res que M. Gustave Doré consacre à ses remar- 
quables travaux : nul artiste n'est plus fécond, 
et pourtant on le rencontre partout, presque 
toujours en pierrot, toujours grave et sérieux. 
La danse de M: Gustave Doré participe de 
l'originalité de son talent : le public a monté 
sur les chaises pour ne rien perdre du cavalier 
seul qu'il a exécuté sur les mains, les jambes 
en l'air... (!!!... Il avait alors 25 ans !) 

... Vers une heure du matin, les danses se 
sont arrêtées... Tous les regards se sont dirigés 
vers le coin du salon où s'élevait un théâtre, 
un véritable théâtre, savamment machiné ; 
et la représentation de YEnfant troicvè-re a 
commencé. 

Dieux immortels! quelle épopée! M.Emile 
Crémieux tenait le rôle de la Bohémienne, M. 
Hector Crémieux, celui de la Frezzolini ; M, 
Ludovic Halévy avait accepté les fonctions de 

(1) Ceci est écrit en 1857 ; que dirait-on de 
nos jours?..., 



N' 943 J 



L'INTERMEDIAIRE 



375 



376 



page. Quant au maître de la maison, il s'était 
vaillamment chargé d'interpréter le rôle du 
Trovatore, tâche que Mario a vendue bien dif- 
ficile, et dont cependant M. Offenbach s'est 
tiré avec un rare bonheur. Le Miserere, exé- 
cuté sur le mirliton, a fait fanatisme, afatto 
fanaiismo : un instant nous avons cru que la 
voix de Boccardé nous était rendue.... 

M. Decourcelle, qui montait pour la pre- 
mière fois sur les planches, est saisi d'émo- 
tion... il se trouble... on applaudit; il reprend 
son aplomb : le p-tuvre jeune homme n'a pas 
tardé à faire preuve de talents dramatiques 
qu'on ne lui soupçonnait pas. 

Après V Enfant trouvé-re, on a joué une 
valse d'animaux, moutons, chats, coqs, han- 
netons, ânes et poules, avec double rentrée : 
i* de canard, exécutée par M. Dufresne ; 2° de 
petit chien qu'on lui a marché sur la patte, 
rendue avec une vérité à donner la chair de 
poule 

I es chœurs de Y Enfant trouvé -re sont dus 
à déjeunes compositeurs, MM. Jonas, Dufresne 
et Delibes ; les décors ont été dessinés par 
MM. Nadar, Carjat et Marchai : une forêt, qui 
a surgi brusquement du plancher, comme un 
diable d'une boîte à surprise, m'a paru méri- 
ter une mention spéciale. 

A l'aube, souper, servi sur soixante petites 
tables à deux convives, qui ont paru comme 
par enchantement. 

M. Edmond About s'était chargé de donner 
à la fois le dernier mot de la pièce et le signal 
du souper : vêtu de rouge, comme il convient 
au bourreau, il a paru.un couteau ensanglanté 
sous le bras, et a prononcé d'une voix formi- 
dable les paroles sacramentelles : Monsieur est 
servi ! M. Hippolyte Lucas s'est écrié : Merci, 
mon Dieu ! merci I 

Au milieu de la foule costumée, on obser- 
vait un groupe peu nombreux, mais excessive- 
ment choisi, en habits noirs, composé de MM. 
Duponchel, Hippolyte Lucas, Carjat, Amédée 
Achard, Jouvin, Heugel. Dufour, Goria et 
votre serviteur (M. René de Rovigo). M. Ville- 
mot brillait de tout l'éclat d'un habit bleu 
rehaussé de boutons dorés. Cette phalange, 
retranchée dans un coin du salonjetait autour 
d'elle des regards inquiets, et se préparait à 
une défense obstinée, car il avait été fortement 
question de l'expulser au moment du souper. 
Heureusement pour elle, M. Jacques Offen- 
bach l'a prise sous sa protection, et la per- 
mission de rester lui a été généreusement 
octroyée. 

Ces détails rafraîchiront peut-être la 
mémoire de M. Nadar. En tout cas, en ce 
temps-là, ceux qui fréquentaient chez 
Olîenbach ne paraissaient pas s'y embêter. 

Gros Malo. 



Les Sirènes. Auteur à retrou- 
ver (XLIV, 225). — Les vers sont beaux, 
hardis, sonores et modernes. — H. B. a- 
t-il consulté les œuvres d'Ed. Haraucourt, 
J. Richepin, et autres virtuoses de l'har- 
monie poétique ? Henri de Régnier pour 
rait en être l'auteur, sans avoir à en rou- 
gir. Je ne crois pas à Coppée, à Sully- 
Prudhomme, pas plus qu'aux innombra- 
bles décadents qui seraient peut-être bien 
capables de frapper de semblables vers, 
mais qui ne le veulent pas. Affaire de 
goût. Il n'en faut pas disputer, mais je 
voudrais bien les avoir faits. Cz. 

La statue de Desaix. nu (XLI1). — 
Il a été dit que Desaix avait eu plusieurs 
monuments : le dernier et le plus durable 
était celui de la place Dauphine qui a été 
enlevé, qui est présentement au garde- 
meuble et que l'on songe à réédifier. Ce 
n'est pas pour la raison suivante, très 
certainement ; il n'est pas moins curieux 
de rappeler que pour la franc-maçon- 
nerie, la fontaine de Desaix eut un carac- 
tère expiatoire. 

Lisez le discours prononcé à l'inaugu- 
ration du Temple neuf de la rue Saint- 
Honoré n°2i9 bis, le 17 octobre 1808, 
par le frère Mongourit ; vous y trouverez 
ce passage — allusion à la mort des 
Templiers, que les francs-maçons reven- 
diquent comme ancêtres et comme mar- 
tyrs : 

' Non loin de l'arène du forfait, de l'autel 
sanglant de nos vertueux martyrs, une fon- 
taine expiatoire , dédiée à l'immortel Desaix, 
placée sous l'égide de la justice française, 
n'épanche-t-elle pas les ondes lustrales de la 
Seine, toujours plaintive et jamais consolée, 
sur les mânes de J. B. Molay et de Guy, 
Dauphin d'Auvergne. 

Consolons donc T.'. C. - . F.-.; ne gémissons 
pas du passé quand le présent nous offre des 
dédommagements si grands, des joies si 
pures... 

Que la fontaine érigée en l'honneur de 
Desaix, et qu'on va réédifier, ait été un 
monument expiatoire maçonnique, il 
aura fallu pour qu'on le supposât la parole 
autorisée d'un franc-maçon de 1808. 

— A. B. X. 

Les compagnons de Guillaume 
le Conquérant (XLIV, 113, 294). — 
Ligne 7 démon article (294), lire N T 25, 
au lieu de n° 25. Th. Coijrtaux. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



f 10 Septembre 190t. 



- 377 



378 



Utofcg, JïrauvaHUa *t Qwrxmih 



Le cens quinquennal des romains 
est-il d'origine grecque ? (Suite) 
(XL1V, 265, 323). — Ces pauvres leges 
iegiœ ! La critique moderne les avait trai- 
tées avec le même sans façon que les affir- 
mations de Diodore, de Tite-Live, etc. 
Tout cela était un rêve, disait-on. Les 
matières sacrées qui avaient été le sujet de 
leges tegiœ, citées par Cicéron et par tous 
les anciens, n'étaient même pas de nature 
à être réglées par une loi, etc. (1) Et voilà 
que tout cet amas de suppositions gratui - 
tes, se substituant aux témoignages pré- 
cis, croule devant l'évidence des docu- 
ments contemporains ; car la nouvelle lex 
tegia a un objet sacré. 

Je n'insisterai point sur les autres très 
nombreuses analogies du droit de Boc- 
choris réformé par les rois éthiopiens et 
du droit de Numa, qui paraît en être une 
copie, comme nous le voyons, par exem- 
ple : pour la division théorique des terres 
entre plusieurs propriétés éminentes qui 
nous a été décrite, à Rome par Denys 
d'Halicarnasse, et en Egypte, tant par les 
auteurs que par les contrats contempo- 
rains ; pour la constitution des génies, 
dont le chef, celui que les Romains appe- 
laient le pater et les Egyptiens le bir, pos- 
sédait des droits identiques chez les deux 
peuples, etc., etc. Pour tout cela, je ren- 
voie à mon mémoire original déjà signalé 
et j'en viens de suite à la seconde partie 
de cette étude, c'est-à-dire à la loi des 
XII tables, imitée en très grande partie du 
nouveau code égyptien d'Amasis. 

Commençons par une question de date. 
Si nous en croyons Tite-Live et Denys 
d'Halicarnasse, en l'an 300 de Rome, 454 
avant Jésus-Christ, à la suite de révolu- 
tions populaires dont tout le monde se 
souvient, le plebs composé des anciens 
métèques, poursuivant depuis longtemps la 
revendication de droits civils égaux, 
œqxianda liber tas, à ceux des anciens 

(i)Dans mon Précis ae droit égyptien com- 
paré aux autres droits de l'antiquité et dont 
mille pages environ ont déjà paru, en plusieurs 
fascicules, chez Giard et Biïère, j'ai d'ailleurs 
démontré qu'on en revint sous ce rapport, plus 
tard, à la législation de Bocchoris ; c'est celle 
qui était encore en vigueur sous les Ptolémées. 



citoyens et des membres des gentes.obtmt 
gain de cause. On se résolut de remanier 
toute la législation, en imitant les autres 
codes plus libéraux de tendances : «D'ac- 
cord, nous dit Tite-Live, sur le besoin de 
nouvelles lois, on n'était divisé que sur le 
choix du législateur. On envoya donc à 
Athènes Sp. Postumius Albus, A. Man- 
lius, P. Sulpicius Camerinus avec ordre 
de copier les lois de Solon et de prendre 
connaissance des institutions des autres 
états de la Grèce, de leurs mœurs et de 
leurs droits ». 

Ainsi ce n'était pas seulement les lois 
de Solon, mais les autres législations con- 
nues des Grecs qu'il s'agissait d'étudier et 
de rapporter, selon Tite-Live. Or, préci- 
sément deux ans avant la mission des 
députés romains, en 456 avant Jésus- 
Christ, Hérodote avait lu aux Grecs ras- 
semblés aux jeux olympiques, les pre- 
miers livres de son histoire, dans lesquels 
il faisait un très grand éloge du roi égyp- 
tien Amasis, si ami des Grecs, qui avait 
promulgué son code en l'an 19 de son 
règne, 554 avant Jésus Christ, c'est-à-dire 
un siècle auparavant. En ce moment où 
Amasis était devenu, grâce à Hérodote, 
si fort à la mode, n'était-il pas naturel de 
s'inspirer de son œuvre, comme on s'ins- 
pirait de celle de Solon — ce copiste — 
tous les Grecs nous l'ont dit — d'un autre 
législateur égyptien antérieur, c'est-à dire 
de Bocchoris ? Solon est en effet chrono- 
logiquement le second terme d'une tétra- 
logie commençant à Bocchoris pour se 
terminer à Amasis et aux décemvirs. 
Pourquoi donc refuser à ceux qui nom- 
mèrent ces derniers en 303 de Rome, 45 1 
avant Jésus-Christ, l'idée toute naturelle 
d'envoyer trois ans auparavant une mis- 
sion pour étudier les codes antérieurs ? 
N'est-ce pas un parti pris de la critique 
moderne que de repousser ainsi en bloc 
tous les témoignages les plus précis des 
anciens, pour se borner à admettre des 
hypothèses sans base ? 

Ce qui est certain, c'est que les docu- 
ments absolument contemporains et cette 
fois irrécusables ont encore ici donné rai- 
son aux anciens contre les modernes. 
Désormais nous savons avec certitude : 
i° que Solon a bien imité Bocchoris; a* 
que les décemvirs ont imité à la fois, 
d'une part, Solon et certains autres légis- 



N* 943 



L'INTERMEDIAIRE 



379 



380 



"-* i-miii 



lateurs grecs, d'une autre part et pour la 
partie la plus originale de leur droit, 
Amasis, qui, disons-le, tout en étant un 
très hardi novateur, s'était souvent ins- 
piré lui-même sur certains points et de 
Bocchoris et de Solon. 

Nous avons dit que la partie la plus 
originale de la législation romaine desXII 
tables était celle qui était tirée de la légis- 
lation d' Amasis. Nous aimerions à prou- 
ver la chose en détails, ainsi que nous 
l'avons fait dans notie cours de cette 
a né-'. Malheureusement le temps nous 
manque et nous devons nous borner à un 
très bref résumé. 

Pour bien saisir, du reste, l'esprit com- 
mun des deux codes, il faut savoir qu'ils 
prirent naissance dans des conditions po- 
litiques identiques. On en était, des deux 
parts.au lendemain d'une révolution faite 
contre les castes nobles et les traditions 
théocratiques. 

En Egypte, Amasis — je l'ai démontré 
par l'étude tant des contrats contempo- 
rains que de la chronique égyptienne dé- 
couverte par moi et qui est du reste en 
accord complet avec Hérodote — Ama- 
sis, dis-je, se trouvait en lutte avec « les 
anciens partis », — pour me servir d'une 
expression souvent en usage il y a qua- 
rante ans. Lui, homme de rien, ancien 
brigand, il avait profité d'une émeute 
militaire pour renverser et faire prison 
nier son prédécesseur, Apriès, le repré- 
sentant de la dynastie légitimiste précé- 
dente, puis, après quelques années de dé- 
tention, il l'avait livré aux Egyptiens, 
c'est-à-dire à une assemblée nationale 
appelée Kibutsa et spécialement convo- 
quée par lui en l'an 5 de son propre 
comput, assemblée qui avait décrété la 
mort du roi déchu. Cette date d'une exé- 
cution royale était devenue le principe 
d'une ère nouvelle, comme 1793 chez 
nous. De là part en Egypte le cens quin- 
quennal que les décemvirs ont plus tard 
copié à Rome et qui produisit dans les 
deux pays les mêmes effets légaux. 

Désormais, en effet, on ne voulait plus, 
dans la vallée du Nil, admettre les anciens 
cadres sociaux ni les anciens registres 
sacerdotaux, qui renfermaient autrefois, 
dans le temple principal du nome — Hé- 
rodote nous l'avait déjà affirmé et les 
documents contemporains ie prouvent, 



— l'état complet et soigneusement mis 
au courant, des castes ou tribus, des fa- 
milles et des terres à elles confiées. Les 
prêtres et les temples, légitimistes, par na- 
ture, étaient les ennemis naturels de 
l'usurpateur Amasis et de sa bande. La 
chronique démotique nous apprend que 
le nouveau prince leur avait enlevé tout 
ce qu'il avait pu de leurs biens, (minu- 
tieusement estimés en argent parle texte) 
en ne laissant aux prêtres que le tiers 
qu'ils percevaient sur certaines sources 
de revenus : « Ce tiers, qu'ils le donnent 
s'ils le veulent, à leurs dieux » avait-il 
dit : et les contrats thébains datés de lui 
nous permettent de vérifier cette affirma- 
tion de la chronique. 

En cette année 5, il leur avait aussi 
enlevé, d'après les mêmes sources, toute 
leur ingérence légale dans les questions 
pratiques de droit civil. Jusque-là, le 
prêtre d'Amon, prêtre du roi, avait, à 
Thèbes, le privilège d'autoriser seul les 
contrats et spécialement les partages ou 
plutôt les attributions momentanées, que 
le bir ou le pater de la gens, assisté des 
principaux membres de cette gens, faisait, 
à telle partie de la famille, de telle ou 
telle partie des biens de cette famille — 
sauf le droit de les reprendre, quand cela 
paraîtrait bon. 

Depuisl'an 5 d'Amasis, le prêtred'Amonl 
et du roi ne put plus ainsi dire le droit. 1, 
n'eut plus à valider ce qu'avaient décidé 
pour les biens de la famille, le hir et la 
gens — qui eux-mêmes virent leur rôle 
singulièrement amoindri. On ne fait plus 
mention du bir et de la gens, dans les 
contrats de cette période, que pour leur 
interdire, au nom de la loi. sous peine 
d'amendes arbitraires, fixées par la partie 
lésée, d'intervenir dans une aliénation, 
dans une mancipation consentie par le 
possesseur individuel. Comme à Rome 
depuis les XII tables, le gentil et le pa- 
tronus n'ont plus que des droits très va- 
gues d'hérédité en cas d'absence d'agnats, 
droits joints au devoir de protéger le 
client. Semblablement, le prêtre d'Amon 
et du roi est réduit à ses occupations clé- 
ricales Il peut encore bénir des mariages 
pour ceux qui voient de l'utilité à cette 
bénédiction religieuse. Mais ce n'est plus 
lui qui, en qualité d'officier de l'état ci- 
vil, valide l'union, ainsi que nous avons 



UfcS CHEKCHEURS ET CUKIEUX 



381 



I 10 Septembre 1901 - 
282 ! 



■ vu que cela se pratiquait en Egypte pour 
le mariage célébré dans le temple, sous 
la dynastie précédente, et à Rome pour 
laconfarréation, sous celle de Numa. 

Dans un papyrus qui est daté de l'an 12 
d'Amasis et qui reproduit toutes les for- 
mules de l'acte de mariage usité sous 
Psammétiku, on ajoute : « En l'an 15 on 
dira ces choses dans la grande maison ». 
Or, qu'on ne croie pas qu'il s'agisse d'un 
mariage différé. Non ! le texte stipule qu'à 
partir de l'an 12 et du mois spécifié dans 
le protocole, les enfants procréés par cette 
femme seront légitimes. Nous avons donc 
affaire à cette déclaration faite lors du cens 
quinquennal qui était aussi en usage à 
Rome, selon la législation des décemvirs, 
quand le citoyen répondait à cette ques- 
tion du censeur: Habesne, ex animi tuisen- 
ientia uxorem libeiornm procreandorum 
■ causa ? En Egypte le mariage religieux, 
célébré, dans les mêmes conditions, sous 
forme de confarrcetio, pouvait avoir eu lieu 
auparavant. Mais la déclaration au cen- 
seur donnait seule, au point de vue de 
l'état des personnes, l'authenticité voulue: 
et pour le mariage, cette déclaration lors 
du cens quinquennal, imaginée par Ama- 
sis et qui substituait l'autorité laïque à 
l'autorité sacerdotale, continua, à être 
pratiquée sous Cambyse, Darius, Xercès et 
Artaxercès tout au moins. Nous avons 
entre les mains de très nombreux extraits 
des registres publics du cens qui le prou- 
vent jusques et y compris à l'an 33 d'Ar- 
taxercès répondant à l'an 140 d'Amasis, 
c'est à-dire à une douzaine d'années après 
la nomination des décemvirs romains, 
auteurs ce la loi des XII tables, qui ont 
imité cette coutume légale. 

Dans les deux pays, ce n'était pas seule- 
-ment pour le mariage que le cens était 
imaginé, mais pour tout ce qui concer- 
nait l'état civil des citoyens. Qu'il me 
suffise de dire qu'il y avait, sous ce rapport 
identité absolue. 

En ce qui concerne l'état des n exi, par 
exemple, le cens quinquennal produisait, 
chez les Egyptiens et les Quintes, une 
novation analogue à celle que produisait, 
chez les Hébreux, le jubilé septennal. 
(La fin au prochain numéro). 
E. Revillout. 



Le Palais-Royal galant en l'an VI. 

— Il est bien connu que la galanterie 
a trouvé au Palais-Royal un avantageux 
terrain de manœuvres. Il est moins connu 
que le Directoire ait pu s'en offenser. Ce 
futpourtantcequi arriva. 11 montrales plus 
vertueuses dispositions à l'endroit des jo- 
lies personnes qui promenaient dans les jar- 
dins leurs excitants déshabillés. Il s'arma 
de décrets contre elles, et l'on voit dans les 
papiers trop inexplorés des Domaines, qui 
sont aux Archives de la Seine, et que se 
fait un plaisir de communiquer le très obli- 
geant M. Lazard, combien firent d'efforts, 
que la décence qualifiait de méritoire, les 
administrateurs du gouvernement de N. de 
D. de Thermidor, pour expulser du Palais- 
Roy al les filles qui , à bien prendre, en étaient 
l'attrait et partant la fortune. 

Le procès- verbal suivant est inédit. II 
constate que l'on a expulsé « les décrot- 
teurs, les marchands ambulants et les 
femmes publiques du Palais-Egalité». 

L'an six de la République française, une et 
indivisible, le dix-huit messidor, à neuf heures 
du matin, en vertu d'un arrêté de l'ad mon cen- 
trale du département de la Seine, en date du: 
quatorze floréal dernier relatif à la police du 
Palais égalité et à la requête des citoyens 
régisseurs nationaux de l'enregistrement et du 
domaine, poursuite et diligence du citoyen; 
Giiard leur directeur au département de la 
Seine intra-muros, lesquels font élection de 
domicile au bureaude la direction, situé a Paris 
rue Neuve du Luxembourg, division de la 
Place Vendôme, je me suis Pierre Hervieu, 
huissierà cheval au ci-devant Chàtelet de Paris, 
y demeurant rue Jacques-la Boucherie n" is, 
division des Lombards, soussigné, transporté 
avec mes témoins ci-après nommés, et accom- 
pagné du citoyen Jean Chapoteau et Louis 
Kiquet vétérans nationaux, dans l'intérieur du 
Palais-Egalité pour, en conformité des articles 
sept et neuf de l'arrêté sus daté, faire évacuer 
les décrotteurs et marchands ambulants quî 
obstruent les passages et l'entrée des cours, 
comme aussi de faire avancer et chasser les 
femmes publiques qui occupent des logements 
sans bail dans les bâtiments du Palais-Egalité.. 

Le procès-verbal enregistre que l'huissier 
s'est fait prêter main forte par la force 
armée, et qu'ayant parcouru, les cours et 
les passages il en a chassé tous les dé- 
crotteurs et marchands ambulants, et 
autres faisant étalage, « les menaçant d'ar- 
restation s'ils étaient surpris une seconde 



V943 



L'INTERMEDIAIRE 



- 333 



384 



fois ». Cependant les pauvres diables sont 
munis d'autorisation en règle ; ces permis- 
sions sont révocables à première réquisi- 
tion. 

Après en avoir fini avec les décrotteurs, 
l'huissier et ses témoins et les vétérans 
vont s'en prendre aux femmes. 

Ce fait, nous nous sommes transportés, 
accompagnés, comme dit est, dans ces lieux 
occupés par les femmes publiques, où étant 
introduits chez les principaux locataires des 
dits différents lieux, nous leur avons donné 
lecture de l'article 9 de l'arrêté sus daté et 
leur avons fait sommation de nous justifier 
des baux en vertu desquels ils jouissent ; 
ce qu'ayant tous fait, nous leur avons enjoint 
de nous déclarer s'ils ne recevaient pas 
chez eux filles ou femmes publiques, à quoi 
plusieurs nous ayant répondu affirmative- 
ment, nous leur avons fait sommation de pré- 
sentement et à l'instant renvoyer et chasser 
les dites filles et femmes publiques, ce qui a 
été dit en notre présence. Et avons fait défense 
aux dits principaux locataires de ne plus à 
l'avenir loger sous les peines de droit, leur 
déclarant que pareille visite et démarche 
seraient incessament et souvent réitérés ; 
que d'un autre côté lecture du dit arrêté a été 
donnée au commandant du poste des vétérans 
et aux autres autorités séantes au dit Palais- 
Egalité, avec invitation de tenir la main à son 
exécution, chacun en ce qui le concerne. 

C'est une rafle en douceur. Ces dames 
sont priées de déguerpir. On aime à croire 
qu'elles n'ont pas dû être en peine d'un 
lit la nuit suivante. 

D'ailleurs, la visite de l'huissier n'avait 
en rien altéré l'aimable physionomie du 
Palais-Egalité. Vainement, on avait rappelé 
aux principauxlocataires qu'une des clauses 
de leur bail porte « que l'adjudicataire ne 
pourra occuper ni faire occuper que par 
gens à marteaux, marchands et femmes 
du monde ». 

Cependant le 5 thermidor, le citoyen 
Directeur des Domaines reçoit cette lettre 
qui prouve que la galanterie avait, l'huissier 
parti, réintégré ses pénates. Cette lettre est 
également inédite ; elle se trouve dans un 
volumineux dossier provenant des Do- 
maines, et concernant le Palais-Royal. 

Paris, le 5 thermidor, an 6. 
J'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen, 
qu'il vient de s'établir au-dessus des appar- 
tements qu'occupait la ci-devant duchesse, 
dans le logement du valet de chambre Gochot, 
une femme qui tient des filles, lesquelles 



raccrochent publiquement et en plein jour 
dans le grand escalier des petits apparte- 
ments. Comme l'intention de l'administration 
des Domaines est de maintenir le bon ordre et 
la décence dans les maisons nationales, ce ne 
peut-être qu'à son insu que ces femmes se 
sont établies dans une maison destinée à rece- 
voir des locataires honnêtes. Je ne doute pas, 
citoyen, que le commissaire de police, à qui 
j'en ai donné connaissance, n'en ait instruit 
l'administration avec un procès-verbal bien 
circonstancié etque vous nedonniezdes ordres 
en conséquence pour faire cesser le scandale 
que doivent causer de semblables locataires. 
Salut et considération 

(Signature illisible). 

Aujourd'hui, le Palais-Royal, désert et 
vertueux, gémit sur le départ de ces- 
nymphes. 

Elles n'ont que trop bien fini par obéir 
à l'invitation qui leur était faite.., Et avec* 
elles, s'en sont allées l'animation, la gaité 
et la vie. A.. 



gqttt* Gîomspondance 



T. G., signifie Table Générale. 

Le chiffre romain aux réponses indique le 
volume qui contient la question et le chiffre 
arabe la colonne du volume. 

Nos correspondants sont priés : 1" d'écrire 
très lisiblement, surtout les noms propres et les 
tnots en langue étrangère; 2" de 11 écrire que sur 
le recto de leurs feuillets, sans quoi la copie ne ■ 
peut être composée correctement ; 3* d'être^ 
autant que possible, concis, pour iaisser leur 
place aux autres collaborateurs ; 4" de mettre 
en tête de leurs réponses le titre de la question à 
laquelle ils répondent ainsi que le volume et la 
colonne de cette question. 

M. Vindru. — Meici de votre communica- 
tion. Nous avions déjà signalé la maison de la 
rue de Rennes, où demeurait le petit-fils de 
l'inventeur de la machine à coudre Thimon- 
nier 

M 
teur. 

E. G. — C'est entendu 
ront faites chaque fois. 

J. Miron. — La rectification paraîtra dans 
le prochain n°. Vous recevrez vos épreuves. 

Joseph Tholo. — Larousse, lettre V, page 
1 181. Cette nièce est madame Denis. 



Brunet. — 'i ransmis à notre collaborâ- 
tes corrections se- 



Lc Directeur-gérant 
Imp. Daniel-Chambon 



; G. MONTORGUEIL. 
St-Amand-Mont-Rond . 



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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET REPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES El ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



385 



386 



dUhieôtions 



Ordre de l'Etoile Noire. — Je dé- 
sirerais de brefs renseignements sur cet 
ordre dont l'existence vient de m'être 
révélée dans une lettre de faire part. 

Hope. 

Armoiries de sable au lion pas- 
sant... à déterminer. — Desable à un 
lion passant armé et lampassé, à 3 étoiles 
posées : 2 en chef, une en pointe. Couronne 
de comte; tenants : deux sauvages. 

B. S.V. 

Grenadiers postiches. — Dans une 
Description de la généralité de Paris, pu- 
bliée en 1759, je vois que cette généralité 
fournit 6 bataillons de milice, et que cha- 
que bataillon est composé de grenadiers 
royaux, de grenadiers postiches et d'autres 
compagnies. Qu'étaient-ce que les grena- 
diers postiches ? J.-C. Wigg. 

M. deBéziers. — Dans le 2 e volume 
des Emaux de Petitot du Musée Impérial 
du Louvre (Blaisot, éditeur), on lit, à l'ar- 
ticle de M. Ch.-L. Livet, sur M Ue de Va- 
lois, page 6 : 

Malgré cette méchante pensée d'un refus 
blessant qu'elle se promettait, elle ne laissa 
pas de demander un jour au roi de charger 
M. de Béziers, qui s'en allait ambassadeur à 
Venise, de ménager son mariage avec le duc 
de Savoie. 

Quelque aimable collègue pourrait-il 



me donner des renseignements sur ce 
M. de Béliers ? S'agit- il d'un évêque de 
cette ville, ou était-ce le nom de l'ambas- 
sadeur? — Dans ce dernier cas, quelles 
étaient ses armes ? Existe t-il une généa- 
logie de sa famille ? Connaît-on sa descen- 
dance ? Xvib. 

Le comte de Seckendorff, et 
l'impératrice Frédéric. — Est- il 
possible d'établir, par un texte authenti- 
que, que l'impératrice Frédéric, qui vient 
de mourir, avait bien épousé son favorise 
comte Goëtz de Seckendorff? D r L* 

La guillotine a-t-elle figuré sur 
un théâtre de Paris, avant 1789 ? — 

Alboize et Maquet, dans l'Histoire des 
Prisons ; l'auteur de l'article Guillotine, 
dans l'Encyclopédie du xix* siècle ; Pigot 
dans les Notes andQjierics, déclarent qu'un 
instrument semblable à la guillotine a été 
apporté sur la scène, dans la pantomime 
des Qiiatre fils Aymon. représentée sur le 
théâtre Audinot. J'ai en vain essayé 
d'avoir la confirmation de ce fait ; parmi 
nos collaborateurs, s'en est-il trouvé de 
plus heureux que moi ? Y. 

Prieuré du Val-des-Choux. — Pour 
une reconstitution historique on désirerait 
connaître les armoiriesdu prieuré du Val- 
des-Choux, chef d'ordre, situé au diocèse 
de Langres et de ses dix- neuf filles, qui 
sont : Val-Croissant, au diocèse d'Autun ; 
Val-Dieu, au diocèse de Troyes ; Vausse, 

XLIV-8 



N-Q44-) 



387 



L'INTERMEDIAIRE 



388 



la Genevroye, Vauclair et le Val-Duc ou 
Quartier, au diocèse de Langres ; Petit- 
Saint-Lieu, à Dijon ; Val-Saint-Benoit et 
Huchon, au diocèse d'Autun ; Beaupré au 
diocèse de Sens ; Clairlieu au diocèse de 
Troyes ; l'Epaux, Saint-Nicolas de Ré- 
veillon et Sainte-Barbe de Plein-Marchais, 
au diocèse d'Auxerre ; Remonvaux, au 
diocèse de Toul ; Royal Pré, au diocèse 
de Lisieux ; enfin Ardkattan, Pluscardine 
et Beaulieu, en Ecosse. L'Armoriai géné- 
ral de 1696 a donné les armes de Val- 
Croissant et de Vauclair , je connais égale- 
ment celles des trois prieurés d'Ecosse. 
Pourrait-on retrouver les autres? 

P.leJ. 

Vieille argenterie . — Quelque lec- 
teur de l'Intermédiaire pourrait-il citer 
un ouvrage pratique où soient indiqués 
les poinçons et marques de la vieille 
argenterie et des vieux étains ? 

B. S.V. 

Quelles sont les armes de la ville 
de Civray ? — A la ville, à la mairie de 
cette ville, elles sont inconnues. Je vou- 
drais bien avoir des documents à ce sujet. 



* * 
Quelles sont les origines des ar- 
mes de la ville de Run°ec?j — D'abord 
d'azur, ait chef componné d'argent et de sable 
de 6 pièces, maintenant de vayre au dit 
chef componnè. E. Rudit. 

Curieux cachet, d'argent à un liè- 
vre, à déterminer. — Je désirerais 
connaître le possesseur du cachet dont 
voici la description :j 

Deux écus ovales accolés : i° D'argent 
à un lièvre traversant un bûcher et sur- 
monté d'un soleil. — 2 D'azur à un mont 
enflamme, surmonté de trois étoiles (6) ran- 
gées. Couronne de roses. Tenants : un 
homme et une femme entièrement nus, 
adossés et assis sur une base qui supporte 
en même tempsles deuxécus. D. des E. 

Eustache d'Agrain — J'ai entendu 
dire que le nom d'Eustache d'Agrain, qui 
figure cependant au château de Ver- 
sailles, dans la salle des Croisades (n° 24) 
est apocryphe. Que sait-on à ce sujet ? 

Pierre. 



Pontus. — Je cherche le nom des 
père et mère de Laurent Pontus qui doit 
être né, où ? (je cherche toujours) vers 
1 570, je rencontre un Pontus de Noyelles, 
noble, originaire de l'Artois, gouverneur 
de Bapaume, etc., décédé le 6 décembre 
1581 des suites des blessures qu'il reçut 
au siège de Tournay (Hainaut). D'après 
don Lepez, il laissa deux filles. D'après 
un généalogiste belge « sa veuve se re- 
« maria même mois, même année, et elle 
« avait plusieurs enfants. ... » Qn recher- 
che, depuis longtemps déjà, si ce Pontus 
de Noyelles ne pourrait être le père de ce 
Laurent ? Les actes de baptême sont in- 
trouvables pour cette époque. Laurent 
Pontus a eu un fils, Jean, né à Tournay, 
le 8 septembre 1602. Il est bon de faire 
remarquer que Pontus est un prénom. Les 
armoiries des Pontus issus des Lorthioir, 
adoptèrent ceci : d'argent, au chevron de 
sable, accompagné de trois hures de sanglier 
au naturel 

Merci d'avance au bienveillant lecteur 
qui saurait me donner le moindre rensei- 
gnement me permettant de compléter 
mes recherches sur cette famille, dont 
j'ai établi la généalogie depuis 1600. 

A. L. C. 

Charlier, Charly, ou Charlieu. — 
La famille Trembley, réfugiée à Genève 
pour cause de religion en 1552, possédait 
noblement, au xv e siècle, la seigneurie 
d'Ely. On demande où se trouve cette 
seigneurie. (Il y a au pays de Vaud, fron- 
tière de France, le domaine du Bois-d'Ely, 
qui appartient à la famille de Loriol). 
Est-ce de Charlier, ou de Charly, ou de 
Charlieu en Lyonnais que la famille noble 
des Trembley, représentée à Genève de 



nos jours, est originaire ? 



Cz. 



L'assistance aux accouchées au 
moyen-âge. — Y avait-il, au moyen- 
âge, des établissements dans les villes, 
pour les femmes en couches ; comme 
nous avions, à Noyon, un asile de ce 
genre appelé Notre-Dame de laGésine? 

D r Bougon. 



Le duc de Chartres (plus tard roi 
sous le nom de Louis-PbilippeJa-t-il 
séjourné à l'abbaye des trappistes 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



389 



d'Achel (CampineLimbourgaoise)? 

— Cette question, hàtons-nous de le dire, 
n'a aucune importance historique ; elle est 
depurecuriosité.Un journal spécial éditéà 
Turnhout : le Kempiscb Muséum, a. publié, 
il y a une vingtaine d'années, l'article 
suivant auquel nous ne voulons rien re- 
trancher ou rectifier : 

« Signalons, en passant, un fait qui, 
quoique peu connu, est basé sur les asser- 
tions de personnes complètement dignes de 
foi : nous voulons parler du séjour du 
jeune duc de Chartres à la Trappe (d'A- 
chel). Cela se passait à la fin du xvni e siè- 
cle. Le général Dumouriez, avec le jeune 
duc de Chartres, avait passé au camp du 
parti adversaire, les de Bourbons. A ce 
bruit, le père du prince, le duc d'Orléans 
Philippe-Egalité, fut mandé à Paris par 
Robespierre et dut y être mis à mort. 
Dumouriez s'enfuit en Allemagne. Le 
jeune duc, après avoir séjourné en Flandre, 
vint chercher un rejuge dans la partie opposée 
de la Belgique et résida, par-ci, par-là, 
che{ nous. Enfin, le sieur de Léonaerts, 
usufruitier de l'abbaye d' Achel .alors aban- 
donnée, lui désigna ce lieu de refuge, où le 
jeune prince passa quelque temps ». 

« Il était né en 1773, devint plus tard 
duc d'Orléans et monta, en 1830, sur le 
trône de France, sous le nom de Louis- 
Philippe ». 

Un écrivain belge, reproduisant cet 
article en 1880, le commente ainsi : « Inu- 
tile d'ajouter que le prétendu séjour de 
Louis-Philippe à la trappe d'Achel, rap- 
porté sur le témoignage de « personnes 
dignes de foi », par ce chroniqueur rudi- 
mentaire, attend toujours sa confirmation 

historique » « Partis ensemble du 

camp de Saint-Amand, en avril 1793, 
Dumouriez et le duc de Chartres se ren- 
dirent à Mons, au quartier général autri- 
chien, où l'on offrit au prince français le 
commandement d'une division. Il refusa, 
demanda ses passeports et partit pour la 
Suisse, où il finit par être professeur à 
Reichenau. 

Le séjour du futur Louis-Philippe, en 
pleine révolution dans la retraite des 
trappistes d'Achel, dans la Campine Lim- 
bourgeoise, peut-il être prouvé ? Dans 
la négative, à quel concours de faits ou 
de circonstances attribuer cette légende? 
Ne serait-il pas intéressant de rechercher 
comment elle s'est formée? 



j 20 Septembre 1901 . 

39° — 

Il n'y a pas de fumée sans feu, dit-on. 
Serait-ce encore vrai dans le cas pré- 
sent ? Clément Lyon. 

Armée royaliste en Alsace 

(1793;.— 

losephe Dïnrheimer, ancien prévo* de Mertz- 
willer, dit Bacol, parvint à réunit une ar- 
mée royaliste d'environ 4000 paysans ; elle 
était commandée par un ancien officier, Jean- 
Michel Pfeiffer, de la même commune. Mais 
ces rustiques guerriers furent défaits près de 
Mommenheim, au mois d'août de la même 
année, par la garnison de Strasbourg. 

Où trouve-t-on des détails sur les opé- 
rations militaires de cette armée impro- 
visée et le combat de Mommenheim ? 

A. S. 



Une lettre de Chateaubriand. — 

Connait-on une longue lettre de Chateau- 
briand à Béranger, datée de Genève, 24 
septembre 1831 ? Elle commence par ces 
mots : « Si vos talensétoient d'une espèce 
moins rare, etc. » Et plus loin : « Pierre 
de Béranger se plait à se surnommer le 
Chansonnier, comme Jean de la Fontaine 
le Fablier... « (Disait on en effet : « le 
Fablier » et non « le Fabuliste » ?) 

Si cette lettre n'est pas inédite, je fais 
appel à la bonne volonté des intermédiai- 
ristes pour me signaler l'ouvrage où elle 
aurait été publiée. Peut-être notre érudit 
confrère, M. de Spoelberch de Louven- 
joul, qui connaît si bien cette époque-là, 
pourra-t-il nous fournir une précieuse in- 
dication à cet égard? 

C. DE LA BENOTTE. 



Philosophie de l'histoire. — Je 

désirerais savoir quels sont les ouvrages 
français ou étrangers, dont le plan con- 
corde, au moins partiellement, avec le 
suivant : 

Histoire du progrès des arts et des sciences. 
Effets de la volonté collective de Vhunia- 
nité. 

Puissance delà volonté individuelle .Com- 
ment chaque personne peut aggraver ou 
améliorer son état. 

Influences réciproques des arts et des scien- 
ces. Influence toujows croissante du moral 
sur le physique . 

Concordances de V histoire et de laphilo' 
sophie. 



N°944 



L'INTERMEDIAIRE 



391 



392 - 



Erreuts des doctrines étrangères et maté- 
rialistes fondées exclusivement sur les lots 
de l'ordre physique : au sujet de l'universalité 
de la lutte pour la vie, et de la prépondé- 
rance de la force sur le droit. 

Avance séculaire de la France dans l'or- 
dre des sciences politiques, malgré nombre 
de revers, de fautes et d'erreurs. 

A défaut d'ouvrages, je serais très re- 
connaissant aux lecteurs de l'Intermédiaire 
de vouloir bien m'indiquer des articles 
de revues, des cours d'Université ou 
même des discours. 

Alphonse Renaud. 



Dictionnaire desnoms populaires 
des plantes. — Pourrait-on m'en citer 
un ? (Région du Nord-Ouest). 

Charlec. 



Dictionnaire historique et archéo- 
logique du département du Pas-de- 
Calais. — La Commission départemen- 
tale des monuments historiques du Pas- 
de-Calais a publié, de 1873 à 1884, un 
dictionnaire historique et archéologique 
du département, qui forme quinzevolumes 
in-octavo. Aujourd'hui qu'il existe des 
sociétés savantes dans toutes les anciennes 
provinces, il serait à désirer que l'exemple 
donné par le Pas-de-Calais fût suivi. Peut- 
être l'a-t-il été ? Dans l'affirmative, je 
demande à connaître les noms des dépar- 
tements qui ont fait paraître un diction- 
naire établi sur des bases semblables les- 
quelles peuvent servir de modèle. 

P. Ipsonn. 



Canova. — Pourrait-on décrire les 
publications faites en Italie sur Canova ? 

En France, Canova, dont j'ai publié 
l'acte de naissance dans le Curieux, a été 
l'objet de deux publications classiques : 

i° Canova et ses ouvrages ou Mémoires 
historiques sur la vie et les travaux de ce 
célèbre artiste, par M. Quatremère de 
Quincy, de l'Institut royal de France 
(Académie des inscriptions et belles-let- 
tres), secrétaire perpétuel de l'Académie 
des Beaux-Arts, 1834, in-8°, Adrien Le 
Clerc et C ic , quai des Augustins, n° 35, 
XII et 420 pages, portrait et autographe. 

2° Œuvre de Canova, recueil de giavu- 
res d'après ses statues et sesbas-relie/s, exécu- 



tées par M . Réveil; accompagné d'un texte 
explicatif de chacune de ses compositions, et 
d'un essai sur sa vie et ses ouvi âges ; par M. 
H. de Latouche, 1825, in-8°, Audot, rue 
des Maçons-Sorbonne, n° 1 1, imp. Firmin 
Didot, rue Jacob, n° 24 ; j'ai l'exemplaire 
d'Au.iot lui-même, racheté à sa famille. 

Nauroy. 



jours (Mal- 
constaté que la 
ne contient au- 
texte) à une 
y a 10 ou 



Le bonheur des 
herbe). — Après avoir 
Table de Y Intermédiaire, 
cune réponse, (ni même le 
question posée par moi, il 
15 ans, je la reproduis ici. 

Elle n'est pas de celles que le hasard 
seul peut résoudre, et ne présente aucune 
difficulté exagérée quant à sa solution. 
Tout le bonheur des jours est dans leurs 

[matinées, 
La nuit est déjà proche à qui passe midi. 

Ces deux vers sont de Malherbe ; cela 
est certain. Mais en quel endroit de ses 
œuvres se trouvent-ils ? Le second vers 
est-il bien exact ? Cz. 

Influence de l'enthousiasme sur 
le bonheur. — Connaît-on une étude 
de madame de Staël portant ce titre et da- 
tant, semble-t-il, de l'été de 1811 ? Cette 
étude a les dimensions d'un assez long 
chapitre. Si elle a été imprimée, peut-on 
me signaler l'ouvrage dans lequel elle a 
paru ? C. de la Benotte. 



La latinité moderne. — Dans le 
développement de la langue latine, il y 
a, depuis le Moyen-âge, deux époques, la 
Renaissance et les xvu e et xvui 8 siècles. 
La latinité de la Renaissance n'est, en 
somme, qu'une suite lointaine de l'an- 
cienne langue classique, parfaitement 
connue. Par contre, lexvn'etle xvm e siècle 
ont une autre latinité qui, malgré tous 
les héritages du passé, n'est ni classique 
ni médiévale. Elle joint, d'une nouvelle 
manière, au caractère cosmopolite de la 
langue une admirable variabilité indivi- 
duelle du style. Y aurait-il, en France, 
des livres ou des essais traitant cette lati- 
nité peu étudiée, la seule qui soit vrai- 
ment moderne? H. H. 

Une définition par Bossuet. — 

\< Un hérétique, c'est un homme qui a son 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Septembre 1901 



593 



394 



opinion à lui ». Cette excellente défini- { 
tion serait, dit-on, de Bossuet. Saurait- 
on m'en indiquer le texte précis et son 
endroit dans les œuvres de l'évèque de 
Meaux ? H. H. 

Serrade. Desserreur. — Dans un 
vieux texte manuscrit (1600), qui com- 
prend un compte de « misses » ou dé- 
penses faites pour nettoyer la ville et la 
maison de santé de Saint-Malo, après une 
peste contagieuse, on trouve plusieurs 
articles mentionnant l'envoi de messa- 
gers vers certains chirurgiens etdesserreurs 
pour faire appela leurs bons offices. 

Que veut dire exactement ce mot « des- 
serreur » qu'on ne trouve ni dans le dic- 
tionnaire de Roquefort, ni dans Lacurne 
de Sainte-Palaye, ni dans Borel, ni dans 
les nombreux vocabulaires et lexiques 
que nous avons consultés ou fait consul- 
ter ?... 

Le Petit Journal, dans un article sur la 
peste (n° du 28 juillet 1901), reproduit le 
passage ci-après, extrait d'une étude pu- 
bliée sur le même sujet, dans la Revue 
Bleue, par M Pierre Lalande ; il s'agit 
des mesures prises jadis pour enrayer le 
fléau : 

... Enfin, dans certaines villes où la ter- 
reur est plus forte, l'épidémie plus meurtrière 
ou les magistrats plus énergiques et plus actifs, 
on constitue une serrade. Et ceci n'est pas le 
moins curieux. Les habitants reçoivent l'ordre 
de se renfermer dans leurs maisons respectives 
et de s'y tenir pendant quatre semaines sans 
sortir, ni entretenir aucune relation avec l'ex- 
térieur. 

Il est hors de doute que serrade vient 
de sera, en latin : serrure. 

Le vieux verbe français serrer, encore 
employé dans les campagnes, signifiait : 
enfermer, mettre sous la clef. 

On peut supposer, par dérivation, 
(mais ce n'est qu'une hypothèse), que le 
desserreur était celui qui seul avait le droit 
d'ouvrir, de desserrer les portes, et de 
pénétrer dans les logis contaminés, soit 
pour y donner des soins, constater les 
décès, faire enlever les cadavres (chirur- 
gien desserreur), soit pour y faire appor- 
ter des vivres, vêtements, ustensiles, mé- 
dicaments, soit enfin pour lever l'inter- 
dit. 

Ce qui nous confirmerait dans cette 
opinion, c'est que, dans le document pré- 
cité, nous voyons que, en attendant la venue 



des chirurgiens desserreurs, qu'on était 
obligé d'aller quérir bien loin, ceux de la 
ville étant morts ou refusant le service, 
une rétribution est accordée à un géné- 
reux citoyen qui se dévoue : 

Le xxii* dudit (mai 1600) baillé six escuz à 
Marin Loysdela paroasse de Sionville affin de 
fere venir M 8 jan Bazan de la paroasse de 
Flamenville sirurgen et desserreur ; attendant 
la venue du même ledit Loys promet entrer 
en tel maison qu'il plera aux commis de la 
santé. 

Nous serions reconnaissants à ceux de 
nos érudits confrères intermédiairistes qui 
pourraient nous donner quelques rensei- 
gnements sur le mot « desserreur » et sur 
les fonctions si particulières qu'il rap- 
pelle. Gros Malo. 

Sous -préfète ou femme de sous- 
préfet ? — Le journal le Temps, du 6 
septembre 1901, parlant de la femme du 
sous-préfet de Dunkerque, la qualifie de 
sous-prefete. Il me semble que la femme 
d'un fonctionnaire n'est jamais une femme 
officielle, mais seulement sa femme ? Qu'en 
penser ? Ambroise Tardieu. 

« Qui mange du Pape en crève ». 
— Quel est l'auteur de ce mot célèbre ? 

Alpha. 



Noms de vendeurs supposés au 
titre des Catalogues. — Les habitués 
de l'Hôtel Drouot et de la Salle Sylvestre 
savent qu'il ne faut pas toujours s'en 
rapporter, à cet égard, aux énonciations 
des Catalogues. II arrive souvent, en effet, 
que les ventes composées (c'est-à-dire com- 
posées de lots fournis par divers et même 
par l'expert), sont présentées comme ve- 
nant de la succession du comte X, d'un 
château de province, de M. Pej'brune, an- 
cien professeur, etc. A tout Catalogue il 
faut un nom, ronflant autant que possi- 
ble, de sorte que quand il n'y en a pas, on 
en forge un. Les commissaires-priseurs, 
qui le savent, ne s'inquiètent que de l'ex- 
pert, à moins de conventions contraires, 
et le public, en cela comme en tant de 
choses, gobe la pilule le plus allègrement 
du monde. Que lui importe, en effet, le 
nom du vendeur, s'il trouve au catalogue 
le livre qu'il cherchait? Ces tromperies, 
toutefois, ne sont pas exemptes d'inconvé- 



N° 944 



L'INTERMEDIAIRE 



395 



396 



nients. J'ai connu un libraire, qui ayant 
mis un nom supposé à un Catalogue de 
vente, fut très embarrassé pour convaincre 
un homonyme, venu exprès d'assez loin, 
que ce nom était inventé Mais, enfin, de 
quand date l'habitude prise par des li- 
braires parisiens, de forger des noms 
pour leurs ventes composées ? Peut-on 
citer des exemples antérieurs au xix 6 siè- 
cle ? V. Advielle. 

Grands prix de Rome. — La fon- 
dation de l'Ecole de Rome remonte à 
Colbert, mais quelle est l'origine des 
grands prix et notamment pour la musi- 
que ? Les ouvrages consultés manquent 
de précision. S. 



Vierges blondes. — Existe-t-il des 
documents religieux ou profanes permet- 
tant d'affirmer que Jésus-Christ et la 
sainte Vierge avaient les cheveux blonds? 
Les peintures, celles même des Catacom- 
bes dont les couleurs ont pu être alté- 
rées, ne me semblent pas pouvoir don- 
ner une indication sûre. Les peintres des 
époques byzantines, gothiques ou de la 
Renaissance se conformaient-ils à des tra- 
ditions, suivaient-ils leurs goûts person- 
nels ; ont-ils simplement reproduit les 
types qu'ils avaient sous les yeux ou bien 
s'appuyaient-ils sur des documents écrits 
et certains ? B. S. V. 

Enlumineurs au XVII e siècle. — 

On trouve à Paris au xvn e siècle une assez 
grande quantité de gens qui s'intitulent 
enlumineurs. Aux siècles précédents, on 
appelait ainsi les artistes qui nous ont 
laissé de si jolis manuscrits, mais la mode 
en était passée, et sauf les Jarry, les Fyot, 
les Montchaussé, qui étaient plutôt des 
calligraphes,on ne faisait plus de manus- 
crits. Ces enlumineurs devaient s'occuper 
du coloriage des cartes de géographie et 
des armoriaux et peut-être aussi des cartes 
à jouer ; dans ce dernier cas, leur nombre 
n'aurait rien d'étonnant. Qu'eu pense-t-on 
à Ylnlermèdiaiie. ? J. C. Wigg. 

Le petit homme rouge. — Tel est 
le titre d'une chanson de Béranger, Edon 
Perrotin, Paris 1834, t. III, 201. Une 
note à la p. 391 de ce vol. est ainsi con- 



çue : « Une ancienne tradition populaire 
supposait l'existence d'un homme rouge 
quiapparaissait aux Tuileries à chaque évé- 
nement qui menaçait les maîtres de ce 
château. Cette tradition reprit cours sous 
Napoléon » 

On demande où cette tradition est rap- 
portée. La période antérieure ;;u I er empire 
seraitsurtout curieuse à connaître au point 
de vue du folk-lore. Il semblerait qu'à 
Paris on n'ait guère étudié cet émule de 
Mélusine. 

M. Léo Desaivre (Le mythe de la mère 
Lusine, p. 97) considérant que « le rouge 
paraît être la couleur des ondins, comme 
le vert celle des fées », est disposé à croire 
que le petit homme rouge des Tuileries 
est un Ondin de la Seine. Cette question 
a-t-elle été antérieurement étudiée ? 

LÉDA. 



Gâteaux sacrés. — Désirant com- 
pléter une étude sur les gâteaux sacrés 
des différents cultes : gâteaux des rois, 
pains d'épices, hosties, etc. je serais très 
reconnaissant aux collaborateurs de 17m- 
termèdiaire qui voudraient bien me ren- 
seigner à ce sujet. Je connais, bien entendu, 
ce qu'a dit la Bible sur la composition du 
pain de proposition et autres offrandes de 
même nature. Cette étude n'aurait-elle 
pas été faite ? 

LnG. 



D'où proviennent les vertus du 
nombre quarante ? — Nous avons 
la quarantaine imposée aux navires qui 
viennent des contrées exposées à la peste, 
à la fièvre jaune et autres maladies con- 
tagieuses. 

Nos immortels sont au nombre de qua- 
rante. 

On dit aussi : mettre quelqu'un en 
quarantaine, lui interdire tout commerce 
avec ses collègues pendant un temps 
donné. 

Le carême dure quarante jours en sou- 
venir, sans doute, du jeûne de Jésus dans 
le désert. 

Il y eut aussi La quarantaine du roi éta- 
blie par Louis IX, etc. Ln. G. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 'Septembre 1901 . 



397 



398 



licponses 



SI sera répondu directement par lettre 
à ceux de nos correspondants qui deman- 
dent des informations sur des questions 
de famille ou d'un intérêt purement per- 
sonnel. — 

Les maris de madame de Païva 

(XL1II ; XLIV, 138, 232). — Nous nous 
servirons désormais de cette rubrique, 
car la question roule sur les maris de 
M me de Païva, qui en a eu trois. 

Dans la réponse signée » Un témoin de 
l'époque », on a commis une erreur ty- 
pographique. 

On lit : « Elle eut de cette liaison, 

(avec Hertz), une fille nommée Henriette, 

qui est morte il y a douze ans » 11 faut 

lire :« qui est morte à doutée ans ». 

* 
* * 

L'écriture de madame de Païva est peu 
connue La signature, surtout, présente 
une curieuse particularité : elle est tota- 
lement renversée Nous la trouvons au bas 
du billet suivant que M. Noël Charavay 
nous communique, et dont voici le texte : 

=5-6-67. 

Bien touché de votre gracieux souvenir, je 
suis, monsieur le Baron, aussi reconnaissante que 
vous êtes aimable, 




2^> 



Assommoir (XLÎV, 225). — Ma 
conférence fut faite huit jours avant l'appa- 
rition de L Assommoir , Zola m'avait donné 
les bonnes feuilles du livre, et la préface. 
La conférence n'a pas été imprimée ; 
elle n'existe plus depuis longtemps. J'y 
louangeais beaucoup Zola : d'où le scan- 



dale. 11 n'eut point d'autre cause ; Zola 
n'était guère à la mode. 

Léon Hennique. 

Le «Lieu et lo jour» delà naissance 
de Voltaire (T. G , 037). — Jusqu'à pré- 
sent, on avait cru que Voltaire était né à 



Paris le 21 novembre 



1694 et j avoue 



que tout pouvait le fai'e supposer, puis- 
que le 22 novembre 1694, M. Arouet, 
notaire au Chàtelet. présenta au curé de 
Saint-André- des • Arts, sa paroisse, à 
Paris, un enfant mâle « né le jour précé- 
dent ». Cet acte de baptême existe et il 
est authentique, mais la déclaration du 
notaire était fausse C'est ce que vient 
d'affirmer la Société des Arouettistes, de 
Châtenay, en soutenant que Voltaire 
est né à Châtenay (je suppose qu'il s'agit 
du Châtenay, de la Seine), le 20 février 
1694, dans une propriété appartenant à 
son père et qui appartient aujourd'hui à 
madame Roland-Gosselin. A l'appui de 
leur cause, les Arouettistes prétendent 
qu'il fut simplement ondoyé a Châtenay, 
et que son baptême fut reculé, eu égard à 
sa faible constitution. C'est dans ses 
Commentaires historiques que Voltaire le 
déclare lui-même, et dans une lettre à un 
de ses amis, où il s'exprime en ces termes: 
« Je suis né en 1694, le 20 de Février, et 
non le 20 de Novembre, comme le di- 
sent les commentateurs mal instruits ». 
Voilà l'histoire ! A quoi donc peut-on 
se fier, si ce n'est aux documents officiels, 
tels qu'un acte de baptême ? 

Pierre Meller. 

Deux ordresallemands(XLlV,2i7, 

342). — On lit dans Collection historique 
des ordres de chevaleiie civils et militaires, 
par A. M. Perrol, Paris 1820, in-4", page 

'33 : 

Okdkes des quatre empereurs ou de l'an- 
cienne noblesse 

Du Lion de Lembourg, (st'S) de Holstein ou 
du Mérite. 

Ces ordres ont été fondés en 176S, pour 
honorer la mémoire des empereurs de la mai- 
son de Lembourg-Luxembourg, Henri VII, 
Charles IV, Venceslas et Sigismond. 

L'ordre des Quatre Empereurs ou de l' an- 
cienne Noblesse, créé pour le soutien et la 
conservation de la noblesse en général, est 
composé de grands-croix, de commandeurs et 
de chevaliers, il doit r.voir pour grand-maître 



N° 944- 



L'INTERMEDIAIRE 



199 



400 



un souverain, un prince ou un comte régnant 
d'empire. Pour y être admis, il faut, d'après 
ses statuts, faire preuve d'une haute noblesse, 
mais on est loin de se conformer à cet arti- 
cle. 

L'ordre du Lion de Lembourgou du Mérite; 
sous l'invocation de saint Philippe, a été ins- 
titué pour la science, les talens et la vertu 
dans toutes les classes dt la société, « par des 
moyens compatibles avec tous les gouver- 
nens. 

Il est divisé comme celui de l'Ancienne 
Noblesse. 

Après la mort de leur fondateur, ces 
ordres sont restés plusieurs années sans 
chef. Depuis 1818. c'est un prince cadet 
de la maison de Saxe qui a été nommé 
grand-maitre. 

La croix de l'Ancienne Noblesse est 
portée par les grands-croix, a un large 
ruban passé en écharpe de droite à gau- 
che ; la plaque est fixée sur le côté gau- 
che de l'habit. Les commandeurs sont 
décorés de la même plaque et suspendent 
la croix en sautoir ; les chevaliers la pla- 
cent à la boutonnière. 

Les membres de l'ordre du Lion por- 
tent la décoration de la même manière 
que ceux de l'ordre de l'Ancienne No- 
blesse. A. S. 

Ordre de famille (XL1V.275). 

Parmi les ordresallemands, quelques-uns, 
en effet, prennent la qualification : d'Ordre 
de famille ou de la maison Hans — Hans- 
orden en allemand. 

Ces ordres ne sont pas nombreux et 
cette dénomination, vient de ce qu'ils ont 
été pour la plupart institués en souvenir 
des origines de la famille ou de quelque 
événement mémorable de son histoire et 
furent destinés en principe aux membres 
de cette maison souveraine ; mais avec le 
temps, on les conféra aux princes n'ap- 
partenant pasàla famille, ainsiqu'àdessim- 
ples particuliers. 

La décoration que le roi de Saxe a con- 
férée au comte Waldersée, est celle de l'or- 
dre de la maison royale de Saxe, elle tient 
le premier rang parmi les ordres de ce 
royaume et s'appelle l'ordre royal de la 
couronne de la rue ou du crancelin. (Rau- 
tenhronen Ham-Orden). 

Voici la liste, que nous croyons être 
complète, de ces Ordres de famille ou de 
la maison : 



Ordre d' Albert l'Ours, fondé en 1839. 

— Anhalt. 

Ordre de la fidélité, fondé en 1 7 1 5 . — 
Bade. 

Ordre de Saint-Georges, fondé avant 
1494. — Bavière. 

Ordre du Lion d'or, fondé en 1770. — 
Hesse-Cassel. 

(Cet ordre a passé en 1876 à la maison 
de Hesse-Darmstadt). 

Ordre de Hoben coller n, fondé en 185 1. 

— Prusse. 

Ordre de la couronne de IVendes. fondé 
en 1864. — Mecklembourg. 

(Cet ordre est conféré tant par le grand- 
duc de Mecklembourg-Schwerin, que par 
le grand -duc de Mecklembourg-Strélitz.) 

Ordre du duc Pierre-Frédéric- Louis 
fondé en 1838. — Oldenbourg. 

Ordre de la couronne de la rue ou du 
crancelin fondé en 1807. — Saxe royale. 

Ordre de la maison Ernestinienne de 
Saxe, fondé en 1690, renouvelé en 1833, 
Saxe-Cobourg, Saxe-Altenbourg, Saxe- 
Meiningen. 

Ordre de Scltaumbourg Lippe, fondé en 
1869. — (Schaumbourg) Lippe. 

Ordre princter de Hohen^ollern fondé 
en 1841. — Hohenzoltern. 

Ordre du Plnrntx ou de la Flamme 
d'or, fondé en 1759. — Hohenlohe. 
(Cet ordre n'est plus conféré aux particu- 
lierset n'est réservé qu'aux membres de la 
famille princièrede Hohenlohe). 

J'ai vu donner la dénomination de : 
Hans-orden à l'Ordre du Faucon blanc, au- 
trement de la Vigilance du grand duché 
de Saxe-Weimar, mais les statuts de l'or- 
dre ne lui donnent pas cette qualification. 

Je crois qu'en dehors des ordres alle- 
mands cette dénomination n'est pas usitée; 
cependant l'ordre de Pétar (autrement de 
Danilo), du Monténégro, est appelé : Or- 
dre de la maison. Duc Job. 

Comtesse de la Loy (XLIV, 5, 
136). — Sophie-Thérèse Schonborn, de- 
venue princesse de la Leyen, mourut dans 
l'incendie de l'hôtel de Schwartzemberg, 
sous le premier empire. Elle avait gagné 
la porte de sortie, mais ne voyant pas sa 
fille (la comtesse Tascher de la Pageriej, 
elle rentra dans la salie de bal en feu. Le 
comte de Fersen essaya de la sauver, mais 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Septembre 1901 . 



401 — — — — — — 

un lustre se détacha, tomba sur la malheu- 
reuse qui s'abîma dans les flammes. On 
l'en retira respirant encore, mais elle ne 
tarda pas à succomber. Son diadème, dit- 
on, avait fondu en partie et s'était incrusté 
dans les chairs de son front. 

A propos de Fersen. serait-ce celui qui 
fut si célèbre par son dévouement à la fa- 
mille royale lors de la fuite à Varennes, 
l'ami de Marie-Antoinette? 

C. DE LA BENOTTE. 

Pontécoulant (Famille de) (XLIV, 
221). — La famille Doulcet de Pontécou- 
lant est fort connue, et sa généalogie est 
lacile à trouver. Dans les Armoriaux ou 
Nobiliaires modernes, tels que X An- 
nuaire de la Noblesse, Borel d'Hauterive, 
en cours de publication depuis 1843, ^ e 
Nobiliaire de France du vicomte deMa- 
gny, • te, on trouvera certainement, sinon 
tous les renseignements précis demandés, 
au moinsle reste. Les armes sont : d'argent, 
à la croix de sable fleurdehsce d'or. (Nor- 
mandie). Cz. 
* 

La famille le Doulcet de Pontécoulant 
doit avoir encore des représentants ac- 
tuellement. Dans mes notes d'état-civil no- 
biliaire, je relève : 

Amédée- Gustave le Doulcet, comte de 
Pontécoulant. capitaine commandant, 
officier de la Légion d'honneur, décédé le 
3 juillet 1877, à Condé-sur-Noireau, à 
l'âge de 49 ans. 

Louis-Philippe-Alfred le Doulcet, mar- 
quis de Pontécoulant, décédé à Paris, le 
13 mai 1894, à l'âge de 55 ans II était 
frère de madame Edmond de Barrère. 

\J Annuaire de la Noblesse, année 1854, 
a consacré une notice à cette famille, dans 
laquelle E. Rudit trouvera peut-être les 
renseignements qu'il désire. 

Le Doulcet, en Normandie, maintenu 
en 1666, porte : d'argent, à la cioix de 
sable, fleurdelisée d'or . 

Duclos des Erables. 

* * 

On trouvera une généalogie des Le 
Doulcet de Pontécoulant dans Courcelles, 
Histoire des Pairs de France, tome 6. 

Cette famille a ses preuves pour les 
honneurs de la cour aux Archives natio 
nales MM 814. Généalogies aussi dans La 



402 



Chesna3'e, réimpression, tome 7 ; dans vo- 
lumes reliés 281 et dans le manuscrit 
français 33237, p. 296. 

Ses armes sont gravées dans Simon, 
Armoriai de l'Empire français. 

C tc DE BONY DE LAVERGNE. 

M. de Cangey (XLIV, 52. 188, 305). 
— J'ai parlé de Cangey près Amboise, et 
non de Cangé. Beaucoup de titres sur les 
Trézin. et l'analyse d'un certain nombre 
d'actes concernant cette famille et la terre 
de Cangey ont été donnés par moi aux 
Archives départementales de Loir-et-Cher, 
où notre collègue, M. Du Gué, pourra se 
renseigner aisément. C. 



L'aéronaute Blanchard (T. G., 
119). — Jean-Pierre Blanchard, qui s'est 
immortalisé par une célèbre ascension, est 
né au Petit-Andely, le 4 juillet 1753, d'un 
père tourneur, ébéniste et tabletier. 

Il était le deuxième des sept enfants 
de cette famille 11 mourut à Paris, le 7 
mars 1809, des suites des blessures qu'il 
avait reçues dans sa traversée de la Man- 
che. 

La municipalité des Andelys a réuni 
dans une des salles de la Mairie, quelques 
objets rappelant l'aéronaute et son ascen- 
sion. J'y ai vu, notamment, un « Dessin 
de la colonne de Guînes » qui avait été en- 
voyé par M. Pichon, architecte dans cette 
ville. 

A la vente d'Alexis Monteil, faite à 
Paris, en 1868, se trouvait un important 
recueil de poésies sur Blanchard et les 
ballons, ainsi que plusieurs lettres de cet 
aéronaute. V. A. 

Henri Fonfrède (XLIV, 274). — 
Jean -Etienne-Henri Fonfrède, fils de Jean- 
Baptiste Boyer- Fonfrède, le Girondin, 
naquit à Bordeaux, le 21 février 1788 et 
y mourut le 21 juillet 1841 . Il entra dans 
le journalisme en 1820, en fondant la 
Tribune de la Gironde ; il écrivit ensuite 
dans l' Indicateur de Bordeaux et se con- 
sacra dès lors à la défense des d'Orléans ; 
ses articles étaient lus avec avidité dans 
toute la France. On a de lui : Questions 
d'économie politique et des Mélanges. Il 
publia, dans le Mémorial bordelais, des 
poésies politiques, et collabora au Cour- 



N° 944 



L'INTERMEDIAIRE 



403 



404 



lier de Bordeaux et au Journal de Paiis. 
Pour de plus amples renseignements, lire : 
La statistique générale de la Gironde, 
de Féret ; Y Eloge historique de Fonfrède 
(B x 1842) de Campanj et Y Eloge de 



Ferbos. 



Pierre Meller. 



Cambessèdes(XLIV, 163,306). — Né, 
je crois, vers 1800, il était professeur de 
botanique au Muséum. 11 habitait à Bou- 
logne, rue Saint Denis, numéro 3, et avait 
dans la Lozère, près de Mérueys, le châ- 
teau de Férussac. C'était un homme de 
beaucoup de science, d'excellents rapports, 
serviable, distingué et fort recherché de 
ses amis, parmi lesquels je citerai Adrien 
de Jussieu, Mérimée. Victor Jacquemont 
et de Tracy j'ignore la date de sa mort ; 
mais, en 1868, il vivait encore à Férus- 
sac. M. Planchon, réminent professeur de 
Montpellier, a publié une notice nécrolo- 
gique sur Cambessèdesavec lequel il était 
intime. 

Victor Jacquemont du Donjon. 

Naissance du duc de Morny 

(XL ; XLI). — Morny a eu pour tuteur 
le dernier préfet de police de' Louis-Phi- 
lippe, Gabriel Delessert; c'est pour cela 
que lui est dédié un livre peu connu des 
historiens et qui contient de curieux dé- 
tails sur la chute de Louis-Philippe : 
M. Gabriel Delessert, par J. Tripier le 
Franc, ancien secrétaire de M. Delessert 
et de M. Rébillot et ancien secrétaire par- 
ticulier de M. Carlier préfets de police, 
1859, in-8, Dentu, 3 page^ non chiffrées 
pour la dédicace et 438 pages, portrait. 

Nauroy. 

Famille Quatre -Sols de Marolles 
(XLlV.^o, 188,241, 351). — Dans son n°du 
l' r septembre 1901, la Revue des Deux- 
Mondes a donné un article de M. le vi- 
comte Eugène- Melchior de Vogué, de 
l'Académie française : Une charretée révo- 
lutionnaire, sur la famille Quatre-Solz 
(sic) de Marelles, qui habitait Coulom- 
miers à l'époque de la Révolution. 

H. C. M. 



* • 



Le collaborateur qui a fourni àl' Inter- 
médiaire la note parue dans I'avant-dernier 
numéro, n'avait pas réuni sur cette fa- 
mille des renseignements assez complets. 



La famille Quatresols est une des plus 
anciennes de Paris ; elle figure au rôle des 
bourgeois du règne de Philippe le Bel ; 
elle a fourni de nombreux membres au 
Parlement de Paris. 

Elle fut de très bonne heure possession- 
née dans la Brie ; peut-être en tirait-elle 
son origine. 

J'ignore si le publiciste a acheté ou ra- 
cheté le château de Marolles, mais il est 
certain que son père s'appelait comme lui 
Quatresols de Marolles. Il est facile de le 
vérifier au (Moniteur et au Journal Offi- 
ciel pour ses nominations successives de 
substitut, procureur impérial, président 
à Mantes, et enfin, comme juge de paix du 
xv e arrondissement de Paris, où on le 
trouvera ainsi dénommé dans YAlmanach 
Impérial de 1862, je crois, jusque vers 
1868. 

Quant au fils, il a toujours si bien 
porté le nom de Quatresols de Marolles 
que nous autres, ses condisciples, nous 
l'avions baptisé vingt centimes de fromaor, 
plaisanterie d'écoliers dont il avait l'es- 
prit de ne pas s'ofL.squer. 

Si donc, à Mantes, on désignaitle prési- 
dent sous le nom de Président de Qiiatre 
Sous, c'était le fait d'un reste de fronde- 
rie locale assez bien de tradition chez les 
Mantois. E. G'.as. 

Béranger inconnu (XL1V, 277). — 
Il doit y avoir du vrai là dedans. En 
elfet, mon grand-père paternel l'a beau- 
coup connu comme ayant été élevé dans 
la même pension que lui, du moins dans 
ses basses classes. De plus, composant 
aussi des chansons comme lui, ils étaient 
restés en relation. Je me souviens encore 
qu'il me disait avoir cessé toute relation 
avec lui, quand il se jeta dans la politique, 
plutôt par esprit de mécontentement (je 
n'ose dire grincheux), que par raison. Ce 
qu'il y a de bien certain, c'est qu'il finit 
par se brouiller avec ses camarades d'en- 
fance, ses compatriotes et poètes comme 
lui: à en juger par mon aïeul, l'auteur 
de la Crépitonomie A. D. de Saint-P .., 
qui m'en a légué un exemplaire sur les 
cinq qui lui restaient. D r Bougon. 

* 
* * 

Je ne sais vraiment pas pourquoi Eugène 

Chavette a ainsi parlé de Béranger. 

Ma mère, qui est née enjuin 181 1 , a été 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



405 



[ 20 Septembre 1901 



en pension chez M me Antier, la première 
femme de Benjamin Antier, le grand ami 
de Béranger. J'ai entendu dire, par ma 
mère, que Béranger venait très souvent 
à la pension, et qu'il se mêlait aux jeux 
des élèves, chaque fois qu'il en trouvait 
loccasion. Lorsqu'on parlait de Béranger 
devant ma mère, elle ne manquait jamais 
de dire qu'à la pension, c'était une joie que 
sa venue. 

Cela ne dénote guère un malfaisant 
sournois, méchant avec les enfants, qui 
n'aiment que ceux qui les aiment. 

A. Patay. 



* 
* * 



Où diable est-on allé voir que Béranger 
n'aimait pas les enfants et qu'il ait pris 
plaisir à les pincer ? Un tel jeu eût été, de 
la part du vieux poète, en flagrante con- 
tradiction avec îa Ronde fameuse qui était 
sur tous les pianos, il y a quatre-vingts 
ans : 

Chers enfants, 
Chantez, 
Dansez ; 
Votre âge 
Echappe à l'orage. ... 
— Cette chanson ? disait Victor Hugo 
devant nous, est un chef-d'œuvre de ten- 
dresse paternelle et une vive expression 
de patriotisme. 

Et, en parlant ainsi, il appuyait sur les 
quatre beaux vers qui suivent, redevenus, 
par malheur.de saison en 1870 : 

Au bruit de sinistres fanfares, 
Hélas ! vos yeux se sont ouverts : 
C'était le clairon des Barbares 
Qui 11 ou-- annonçait nos revers. 

Pour qui connaît les œuvres du chan- 
sonnier, il est aisé de voir combien, en 
vingt endroits, il a le respect et l'amour 
de l'enfance ; mais il n'y a pas que des 
vers à opposer à l'assertion que s'est 
amusé à répandre un maître farceur. Je 
suis à même d'affirmer ce que je vais 
raconter. Après la nuit du 2 décembre, 
beaucoup de nos amis, des poètes et des 
journalistes, condamnés à l'exil unique- 
ment parce qu'ils étaient républicains, 
avaient dû laisser leurs familles sans res- 
source ; Béranger s'informait. Par lui- 
même et à l'aide de collectes, il se ren- 
dait de préférence chez ceux des proscrits 
qui avaient des enfants, s'y arrêtait sous 
prétexte de visite et, avant de sortir, lais- 
sait sur la cheminée de quoi payer le 



terme ou les petites dettes en souffrance. 
Si la délaissée, invoquant sa dignité, 
faisait mine de refuser, le bonhomme 
adoucissait sa voix et disait : « Madame, 
ce sera pour les enfants » — Mon Dieue 
je le sais bien, on va trouver ces traits-là 
bien bourgeois et bien vieux jeu. Peut- 
être y en aura-t-il pour en rire, mais ceux- 
là pratiquent la charmante philosophie du 
Je-m'en-foutisme qui n'est pas la nôtre. 
Philibert Audebrand. 

Les parents de Leconte de Lisle 
(T. G. 505). — Le Mercure de France 40, 
141, — tome XXXIX — septembre 1901, 
page 659 et suiv. article remarquable de 
M. Marius-Ary Leblond : Leconte de Lisle 
avant la Révolution de 184S. 

Droit seigneurial dénoncé dans 
la nuitdu4 août (XLIII; XLIV.13.12b, 

241). — Voici une nouvelle preuve du 
droit contesté par le collaborateur M. P. 
de Faucher. Une ordonnance de Philippe 
de Valois, rendue le 10 juillet 1330. sur la 
pétition des serfs du territoire d'Abbeville, 
ordonne à l'évêque d'Amiens de ne plus 
lever d'amende sur les époux qui. dès la 
première nuit des noces, entendaient user 
de leurs droits. 

Le clergé ne devait, d'ailleurs, tenir 
aucun compte de cette ordonnance, non 
plus quede celle édictée dans le même sens 
par les successeurs de Philippe VI, car le 
Parlement dut les renouveler et les géné- 
raliser en 1409, pour qu'elles devinssent, 
efficaces. Paul Pinson. 

■K 
* * 

Sans rentrer dans une discussion sur 
l'immoralité ou la moralité du catholi- 
cisme, discussion hors des questions que 
nous avons pour habitude de traiter dans 
Y Intermédiaire, ainsi que je le disais pré- 
cédemment, qu'il me soit permis d'appor- 
ter de nouveaux faits qui ne permettent 
pas de confondre cuissage avec cuisage, 
pas plus que rose avec rosse, et qui prou- 
vent que ce droit était parfaitement réel 
et que, qui plus est, les seigneurs ecclé- 
siastiques en usaient, pécunièrement tout 
au moins. 

Je lis, en effet, dans Boutin, p. 171, 
qu'on usait et qu'on abusait de ce pré- 
tendu droit en plusieurs régions de la 
Bourgogne et du Nivernais, qu'après mû- 



N- 944-] 



L'INTERMEDIAIRE 



407 



408 



res réflexions, à la suite des réunions des 1 l'instant, à répondre au bienveillant appel 
notables habitants de Dornecy, il fut dé- ! du collaborateur L. H.; mais pour faire 



cidé qu'on protesterait avec énergie con 
tre ces coutumes. 

En effet, à la suite de nombreuses dé- 
marches intervint un arrêt du parlement, 
en date du 27 décembre 1 591 rendu à la 
poursuite des habitants de Dornecy (Ni- 
vernais) contre les moines de Vezelay,et 
ceux de Nevers, qui soutinrent la même 
cause contre les moines de Saint-Ltienne 
de Nevers qui donna gain de cause aux 
dits échevins. 

Cet arrêt porte que, désormais, chaque 
mari pourra coucher avec sa femme sitôt 
après la célébration du mariage, sans atten- 
dre le congé, autrement dit la permission 
des moines de Saint- Etienne de Nevers et 
ceux de Sainte-Magdelaine de Vézelay, et 
cela sans payer le droit qu'ils exigaient 
pour lever la défense qu'ils avaient faite 
de consommer le mariage les trois pre- 
mières nuits de noce... 

D'un procès-verbal fait par Jean Fra- 
guier, auditeur à la chambre des comptes 
de Paris, en vertu d'arrêt d'icelle du 7 
avril 1507 pour l'évaluation du comté 
d'Eu, tombé en la garde du roi par la 
minorité des enfants du comte de Nevers 
qui était alors Engilbert de Clèves, il 
résulte qu'au chapitre du revenu de ]a 
baronnie de Saint-Martin -le Guillard, 
dépendante du comté d'Eu : « item a le 
dit seigneur, au dit lieu de Saint-Martin 
les droits de culage, cuissage, et jambage» 
quand on se marie. 

L'article 17 des coutumes d'Amiens, 
rédigées à la même date de 1507, est 
ainsi conçu : 

Item et quand aucun des subjets et subjet- 
tes dudit lieu de Drucet se marye et la fest* 
et 1 opee se fait au lieu de Drucet, le marye 
ne peut coucher la première nuit avec sa 
dame de nopee sans le congé, licence et au- 
torité dudit seigneur ou que le du seigneur 
ail concilié avec la dite dame de nopee 

N'en est-il pas resté dans nos campa- 
gnes cette habitude quasi seigneuriale 
qui veut que ce soit le propriétaire ou, à 
son défaut, son fils aîné qui conduise à 
l'église la fille de son fermier, l'embrasse I 
et danse la première danse avec elle? 

Ln. G 



Surnoms des ducs de Bourgogne 

XL1V, 27 \). — Je ne suis pas prêt, pour 



pour 
acte de bonne volonté, voici ce que, en 
attendant plus, me fournit ma mémoire. 
Je crois qu'une seule des appellations 
consacrées par l'histoire est, dans sa forme 
actuelle, contemporaine du personnage, 
c'est le surnom de Hardi donné au duc 
Philippe II, fils du roi Jean. On dit com- 
munémentqu'il le reçut après la bataille de 
Poitiers où, à l'âge de quatorze ans, il 
avait vaillamment combattu aux côtés de 
son père qui se consola de sa défaite en 
s'entendant proclamer le soir, par les 
vainqueurs et les vaincus, le mieux fai- 
sant de la journée, ô la chevalerie ! Ce^t, 
paraît-il, une erreur ; la qualification de 
Hardi, qui d'ailleurs exprimerait assez 
mal le rôle de l'adolescent sur le champ 
de bataille, aurait pour l'origine l'acte 
de hardiesse délibéré par lequel, au sacre 
de son neveu Charles VI, sous prétexte 
que la Bourgogne était le premier duché- 
pairie du royaume, Philippe usurpa la 
préséance sur les autres princes du sang, 
son aîné le duc de Berry, le duc d'Orléans 
frère du roi, qui l'auraient pu prendre sur 
lui. 

Je crois le surnom du duc Jean fixé 
fort anciennement dans sa forme actuelle, 
non toutefois de son vivant. 

Pour le duc Philippe III, les contem- 
porains l'ont volontiers appelé le bon duc 
Philippe, de là le surnom consacré par 
l'histoire. Il est bien entendu que pour 
le duc de Bourgogne, comme pour le roi 
Jean, l'épithète exprime non la bonté, 
mais la bravoure à la guerre, la cheva- 
lerie. 

Les contemporains ont appelé le pauvre 
homme que fut son fils, Charles le Belli- 
queux, le Terrible, le Hardi, mais sans in- 
corporer aucune de ces épithètes à son 
nom; la formation historique est posté- 
rieure. Je ne connaissais pas le surnom le 
Travaillant, mais je crois avoir rencontré 
la forme le Batailleur. Le collaborateur 
L H. a raison de dire que Audax se tra- 
duit mal par Téméraire, il faudrait Tèmé- 
rarius qui, d'ailleurs, est d'excellente 
latinité. L'audace est une chose, la témé- 
rité une autre ; la première est presqu'une 
vertu, la seconde, toujours un défaut. 
Peut être après tout est-ce l'événement 
qui en décide et l'audace est-elle la témé- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Septembre 1901 



409 

réussit, la 



410 



témérité, l'audace 



rite qui 
qui échoue. 

Je n'ai pas présentes à la mémoire les 
inscriptions mises au bas des portraits de 
la série dite de Suyderhœf, commence- 
ment du xvn e siècle. Je crois, mais sans 
pouvoir l'affirmer, que les trois premiers 
ducs portaient les surnoms consacrés par 
l'histoire, mais avec le mot dit: Philippe 
dit le Bon. Pour le quatrième, il y a, si je 
ne me trompe, le Hardi et non le Témé- 
raire. Si le mot audax se rencontre sur 
certains portraits du Téméraire, méfions- 
nous des fraudes pieuses; de celles-ci je 
connais au moins un exemple authen- 
tique et éclatant. 

Du reste, même dans la série de Suy- 
derhœf qui fait en général autorité, les 
types sont fort altérés et même celui du 
duc Charles n'est nullement conforme 
aux images authentiques. 

H. C. M. 



Napoléon et Corneille (XLIV, 
104, 242). — Dans sa revue, la Révolu- 
tion franco, ise ( 1 4 septembre 1 90 1 ) , page 
271. M. A. Aulard reproduit le projet de 
décret que M. Nauroy a publié dans l'In- 
termédiaire et relatif à la famille de Cor- 
neille avec une note de la main de l'Em- 
pereur. 

M. Aulard ajouta : 

11 serait très intéressant de savoir si cette 
note est de la main de Napoléon. M. Nauroy 
n'en disant rien, il est vraisemblable que c'est 
une dictée. J'ai voulu m'en assurer, mais 
M. Nauroy n'indique pas la cote du carton 
(ce qui est un grand tort), et mes recherches, 
quoique aidées, ont été vaines. Ce document 
ne se trouve pas dans le carton A. Fiv, 910, 
qui en contient beaucoup d'analogues. 

A. Aulard. 



Le Napoléon de la colonne àre- 
trouver (XLII;XLIII). — Sous l'Empire, au 
Napoléo 1 de la colonne Vendôme, on dé- 
diait ces vers qui jouissaient d'une grande 
vogue : 

Tyran juché sur cette échasse, 
Si le sang que tu fis verser 
Se répandait sur cette place, 
Tu le boirais sans te baisser. 
Je cite ces vers de mémoire, sans doute 
inexactement. De qui sont-ils? Le sait-on? 

A. F. 



Conventionnels réfugiés et morts 
on Belgique (XLIV, 53, 244, 345). — 
Aux conventionnels réfugiés en Belgi- 
que dont mon savant compatriote M. Clé- 
ment-Lypn a dernièrement cité les noms 
dans l'Intermédiaire du 20 juillet 1901.il 
convient d'ajouter, parmi les plus illus- 
tres, quelques-uns de ceux qui habitèrent 
Bruxelles. 

Après le célèbre Louis David qui mou- 
rut dans cette ville où il avait fondé une 
école de laquelle sortirent les peintres 
Navez.Odevaere, Lens et plusieurs autres 
artistes de mérite, les plus remarqua- 
bles de ces hommes politiques furent, 
sans contredit, Cambacérès, Merlin, 
Siéyès, qui, comme légistes, occupèrent le 
premier rang dans cette brillante pha- 
lange de hautes intelligences, que les vicis- 
situdes politiques amenèrent sur le sol 
de la Belgique. 

J.-J. -Régis de Cambacérès^é en 1753 
à Montpellier, député à la Convention en 
1792, fut chargé avec Merlin, son collègue 
aux Etats-généraux, de l'important travail 
ayant pour but de collationner et de 
classer toutes les lois françaises, à l'effet 
de les réunir en un seul Code, qui devint 
la base et comme la préparation du fameux 
Code dit Napoléon. 

Nommé président du Comité de salut 
public, il fut choisi, en 1799, comme 
deuxième Consul par Bonaparte, qui, par- 
venu au trône impérial, le créa prince de 
l'empire et duc de Parme. 

Après la chute de Napoléon, Camba- 
cérès, exilé par les Bourbons, se retira en 
Belgique et se fixa à Bruxelles. 

Il fut rappelé en France en 1818 et 
mourut en 1824. 

Le prince Cambacérès, l'auteur principal 
du Code civil français, habitait à Bruxelles 
un vaste hôtel de la fin du xvm e siècle, 
qui existe encore aujourd'hui, dans toute 
son intégrité, au n° 10 de la rue du Chêne. 

La disposition de l'immeuble est restée 
la même qu'au temps du célèbre con- 
ventionnel. Les riches parquets des salons, 
les marbres blancs des cheminées délica- 
tement sculptées, les lambris enguir- 
landés, les portes à frontons ornés de 
nymphes couchées et jusqu'aux arrière- 
cours à arcades et aux remises où étaient 
rangés les somptueux carrosses, tout, 
dans cette demeure, actuellement occupée 
par mon excellent ami le baron Hoffmann, 



N« 944- 



L'INTERMEDIAIRE 



411 



412 



qui s'est plu à conserver à l'ancien hôte J David Le Serment du jeu de paume repré- 

son cachet primitif, conserve les carac- | sente au premier plan l'abbe Siéyès ainsi 

tères qui marquent la transition du style ; que la plupart de ses collègues dans cette 

Louis XVI pur au style conventionnel du i mémorable séance du 20 juin 1789 présidée 



Directoire it de l'Empire. 

A ce titre seul déjà, cette demeure his- 
torique mériterait l'attention des étrangers 
aussi bien que des rares Bruxellois qui la 
connaissent. 

Un autre conventionnel, Joseph Cam- 
bon, compatriote de Cambacérès, né en 
1734 à Montpellier et qui avait, comme 
celui ci, fait partie de PAssembléelégisla- 
tive, puis de la Convention qu'il présida 
plusieurs fois, fut également exilé en 
1816 et mourut à Bruxelles en 1820. 

Merlin, dit de Douai, ami intime et 
collaborateur de Cambacérès, né en 1752 
aux environs de Cambrai, s'était distingué 
au barreau de Douai, lorsqu'il fut député 
aux Etats généraux de France. 

Il devint l'un des membres les plus 
laborieux mais aussi l'un des plus absolus 
de l'Assemblée constituante et fut ministre 
de la justice sous le Directoire. 

Exilé sous la Restauration, en 1815, il 
vint se fixer à Bruxelles qu'il habita jus- 
qu'en 1830, époque à laquelle il rentra 
en France où il mourut en 1838. 

Merlin jouissait, à Bruxelles, de l'estime 
générale et d'une grande autorité quejusti- 
fiaient sa haute science de juriste et l'élé- 
vation de son caractère. 

Mais le plus célèbre, sinon le plus 
illustre de ces hommes remarquables que 
l'on eût dit créés pour racheter par leur 
valeur intellectuelle et faire pardonner 
les excès de cet immense cataclysme 
social qui enfanta la Révolution française, 
fut l'abbé Siéyès né à Fréjus en 1748. 

Délégué à la Convention nationale où, 
quoique fort médiocre ©rateur, il se dis- 
tingua par son esprit et son énergie 
autant que par son habileté politique, il 
partagea un instant, comme Consul pro- 
visoire, le pouvoir souverain avec Bona- 
parte, qui, plus tard, le créa comte de 
l'Empire et le dota d'un apanage magni- 
fique. 

Exilé sous la Restauration, il choisit 
pour résidence Bruxelles et ne quitta ce.le 
ville, avec Merlin, qu'en 1830. Il entra en 
1832 à l'Académie des sciences morales 
de France et mourut en 1836, presque 
oublié à Paris. Le célèbre tableau de 



par Bailly, qui, peu de temps après, devait 
porter sa tète sur l'échafaud. 

Les illustres exilés dont les noms pré- 
cédent et que l'on peut considérer, tant au 
point de vue des qualités de l'esprit et de 
l'élévation du jugement qu'à celui de 
l'ampleur de vues, comme les représen- 
tants les plus éminents de la nation 
française ers la première moitié du 
xix e siècle, formaient, à Bruxelles, un cercle 
d'élite et comme un foyer lumineux de 
relations choisies, autour duquel vinrent 
par la suite se grouper d'illustres réfugiés 
politiques d'autres nations : espagnols, 
polonaise! surtout italiens, parmi lesquels 
Don Echevarria, l'abbé Gastoni, le comte 
Arrivabene, Gaggia, Chitti, le prince 
Joachim Lelewel, l'illustre Vincent Gio- 
berti, puis encore Chenedollé, Sainte- 
Beuve, Al. Dumas père, Bancel, Lausse- 
dat, Deschanel et tant d'autres, qui précé- 
dèrent Victor Hugo. 

Pai P éclat de leurs talents ou l'étendue 
de leurs connaissances, par l'élévation de 
leurs idées larges et humanitaires, autant 
que par l'érudition et le charme de leur 
parole ou de leurs écrits, ces hommes 
d'élite, à qui Bruxelles offrit un asile, con- 
tribuèrent à développer le bon goût et la 
culture intellectuelle qui distinguent cette 
charmante ville. Ils exercèrent, sans con- 
tredit, une heureuse et féconde influence 
sur la société de cette brillante capitale 
de la Belgique que sa situation géogra- 
phique, plus encore que ses mœurs, a 
rendue essentiellement cosmopolite. 

D r v. d. Corput. 

Les violations du secret des 
lettres et le cabinet noir (T. G., 156 ; 

XLII). — Sur le cabinet noir sous la 
Restauration, il faut lire un livre devenu 
rare : Le livre noir de messieurs Delavau 
et Fiancbet ou répertoire alphabétique de 
la police politique sous le ministère déplo- 
lable ; ouvrage imprimé d'après les regis- 
tres de l'administration ; précédé d'une 
introduction par M . Année. 1829. 4 vol 
in 8°, Moutardier, rue Git-le-Cœur n° 4 
imp Guiraudef rueSaint-Honoré n° 3 1 5 
LxxxviH-368, 432, 420 et 404 pages L. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



413 



[ ±0 Septembre 1901 
414 



monde bonapartiste y côtoie le monde ! 
républicain, Hippolyte Carnot, le général ; 
Bertrand. Cela ressemble beaucoup aux 
nombreux rapports de police de la Restau- 
ration et des premiers et second Empires, 
qu'il m'a été permis de consulter. 

Nauroy. 



Un ministre qui refuse sa pen- 
sion (XXXVIII ; XXXIX ; XLI1I ; XLIV, 

298). — Le général de division, baron 
Girard (Jean-Bapt.) le héros de la journée 
de Ligny, fut créé duc de Ligny, par 
décret impérial du 21 juin 181 5 ; blessé 
mortellement le 16 juin à la bataille qu'il 
avait gagnée, il expira peu de jours après, 
c'est-à-dire le 25 juin suivant. Il ne laissa 
que trois filles, dont deux sont mortes 
sans alliance, et son titre ducal ne fut 
pas relevé (A. Révérend. Aimorial de 
l'Empire, t. Il, p 230 et 238). 

Il ne pouvait pas, par conséquent, être 
ministre de la guerre après 1830 et refu- 
ser de cumuler son traitement de maré- 
chal avec celui de ministre. 

Evidemment, il y a confusion ; il s'agit 
du maréchal Gérard (Maurice-Etienne) qui 
fut nommé ministre de la guerre le 17 
août 1830 Le duc de Ligny, lui, s'ap- 
pelait Girard et non pas Gérard. 

A propos de ce refus du maréchal Gérard, 
je me rappelle qu'un autre ministre de la 
guerre en a fait autant. Le général Maurice 
Hauke, un des généraux des plus distin- 
gués de l'armée franco-polonaise avant 
181 5, fut nommé, lorsque l'armée polo- 
naise fut réorganisée en 1815-1816. géné- 
ral d'artillerie, quartier-maitre général de 
l'armée polonaise, directeur de Iartillene, 
inspecteur général du génie, conseiller 
d'Etat, sénateur palatin et ministre de la 
guerre, etc., etc. Il était pourvu de huit 
emplois, dont chacun comportait un trai- 
tement. Le jour où l'on vint lui apporter, 
pour la première fois, ses émoluments, 
\ oyant tant d'argent, il demanda avec 
étonnement ce que cela signifiait. On lui 
expliqua que c'était le montant des traite 
ments qui lui revenaient de ses divers 
emplois et charges 

— Allons donc, dit-il, laissez-moi 
seulement ma pensi n de ministre et 
emportez le reste ; je n'ai qu'un seul ven- 
tre, moi, je n'en ai pas huit. 

Il a servi son pays dans tous ces em- 



plois, jusqu'au 29 novembre 1830, jour 
de sa mort, ne touchant que son trai- 
tement de ministre. 

Lorsque l'empereur Nicolas vint à Var- 
sovie en 1829, pour s'y faire couronner 
roi de Pologne, ayant eu connaissance de 
la noble conduite du général Hauke, qui 
était d'autant plus méritoire que le géné- 
ral ne possédait aucune fortune person- 
nelle.il se fit donner le relevé de toutes les 
sommes que ce général aurait dû percevoir 
pendant treize ou quatorze années écou- 
lées, et qu'il avait refusées, et lui fit don 
d'un million de florins de Pologne, c'est- 
à-dire d'un demi-million de francs, et lui 
conféra, en même temps, le titre de 
comte. 

Ce trait fait autant d'honneur au sou- 
verain que la cause en fit au ministre, 

Le général comte Hauke était marié à 
une française, M 1U Sophie Lafontaine, 
dont le père, le D r Lafontaine, était mé- 
decin en chef de l'armée polonaise. 

De ce mariage, il eut beaucoup d'en- 
fants, entre autres une fille, Julie, qui 
épousa, en 1852, le prince Alexandre de 
Hesse-Darmstadt, et fut créée, le 20 dé- 
cembre 1858, princesse de Battenberg. 

DucJob. 



* 
» * 



Je me suis rendu coupable d'une erreur 
que je m'empresse de rectifier, s'il en est 
temps encore. Col. 398. j'ai attribué au 
général (puis maréchal) Gérard, le titre de 
duc de Ligny, alors que ce fut le général 
G/rard qui. dit-on, aurait reçu, in-extre- 
mis, ce titre de Napoléon i tr . 

A. S. 



La confess on coupée (XLI1 ; XL1II; 
XLIV, 315) — Les collaborateurs qui ont 
prêté quelque attention à la note qu j'ai 
donnée dans le numéro du 30 août, ont 
pu remarquer une erreur de date que j'ai 
commise et que je rectifie aujourd'hui. 

La traduction en français ayant paru 
pour la première fois en 1659, l'édition 
originale en latin ne peut être de 1747. 
C'est 1647 que je devais dire, et 1646 
pour le privilège. 

Dans cette même réponse, lire mérite 
au heu de « mériter ». J. Miron. 

Frétillon (XLIV, 225). — Ce n'est 
point un conseiller au Parlement de Nor- 



N° 944 J 



L'INTERMEDIAIRE 



415 



416 



mandie qui fut l'éditeur et l'auteur, de 
ces mémoires, mais un comédien, Gaillard 
de la Bataille, témoin et héros des pre- 
miers exploits de la belle Clairon. Furieux 
de son abandon, il publia ce roman qui 
figura pour la première fois, sous le 
titre : Histoire de la vie et des mœurs de 
M [l ° Cronel, dite Fret il Ion . Une seconde 
édition parut sous le titre : Histoire de 
M lle Cronel, dite Frétillon, actrice de la 
Comédie de Rouen, écrite par elle-même. 
Une 3* édition a été publiée sous le pre- 
mier titre, par J.-}. Gay, 1885.2 vol. br. 
2 front, av. de J.Chauvet, gr. à l'eau forte. 
Bruxelles. Cz. 



Le jeu du Taroc(T. G.8 7 o:XLIV, 
315). — Quelques grains de n il réclamés 
par notre excellent collègue Cz. : 

i°) Etteila. — Collection sur les hautes 
sciences, etc.. Manière de se recréer 
avec le jeu de cartes nommées tarots. 

Le livre de Thot, etc (12 ouvrages 

réunis en 2 vol. pet. in-8° : sans date 
ni nom d'éditeur, mais figurant à la 
vente des livres de Stanislas de Guaita. 

2°) Papns. — Le Tarot des Bohémiens, 
le plus ancien livre du monde, à l'usage 
exclusif des initiés. Clef absolue de la 
science occulte. Paris, Carré, 1889. 

3 ) Orsi/ii (Jnlia). — Le grand Etteila 
ou 1 art de tirer les cartes. A la fin se 
trouve la reproduction à pleine page 
d'un jeu de tarots de 78 cartes. 

Je ne prends dans mes notes que quel- 
ques ouvrages où le mot tarot figure en 
titre ou au sommaire ; mais la plupart 
des ouvrages d'occultisme qui traitent du 
livre de Thot, de divination ou de carto- 
mancie, fournissent, en plus ou moins 
grande abondance, des renseignements 
sur le tarot ou ta) oc (italien : taroccho ; 
allemand : taiok). Consulter par exemple 
Elipbas Lc'vi : Dogme et Rituel de la 
Haute-Magie ; tome I, chap. 21 : tome II, 
chap. 22. Voir également Court de Gèbe- 
lin : Monde primitif, tome VIII, etc., etc. 

N. B. — Etteila ou plutôt Etteilla 
(pseudonyme-anagramme d'Alliette) était 
un perruquier, lequel, après avoir médité 
pendant trente ans sur le livre de Thot, 
fit graver un tarot qui est devenu fort 
rare aujourd'hui et au moyen duquel, 
grâce sans doute à une intuition très 



exercée, il ne tarda pas a acquérir la 



réputation d'un merveilleux devin. Il vivait 
au xvm e siècle et demeurait à Paris, 48, 
rue de l'Oseille, ainsi que nous l'apprend 
le huit de bâtons de son tarot, car le pro- 
phète n'était pas l'ennemi d'une discrète 
réclame. G. de Fontenay. 



Un Anglais à Paris (XLIV,22ç). — 
MM. Plon-Nourrit, nous font l'honneur de 
nous adresser la lettre suivante : 

Paris, le 30 août 1901. 
Monsieur, 

Nous n'avons jamais su nous-mêmes quel 
était le nom de l'auteur d'Un Anglais à Parts, 
l'éditeur de qui nous avons acquis le droit de 
traduction ne nous a fait aucune confidence à 
ce sujet. Cependant, la presse anglaise, le Times 
en tête, a attribué l'ouvrage à sir Richard 
Wallace, au moment de son apparition ; puis 
vinrent des démentis plus ou moins fondés. 

Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de 

Plon -Nourrit. 



nos sentiments distingués. 



Voir dans la Galette de France (4 fé- 
vrier 1894) un article de M. Edmond 
Biré. 

Par déduction, M. Edmond Biréconclut 
que ce livre si intéressant d'un témoin 
qui a si bien vu, est de Richard Wallace. 

Les raisons qu'il en donne paraissent 
des plus solides. L'auteur avoue lui-même 
être, à cette époque, connu des parisiens, 
et estimé, quoique anglais, comme un 



grand ami de la 



anglais, 
France. Ailleurs l'ano- 
nyme dit avoir été reçu membre du 
jockey Club en janvier 1871 ; cette date 
est celle de l'admission de Richard 
Wallace. L'anonyme parle souvent d'un 
très proche parent à lui, grand favori du 
général Vinoy : or, Richard Wallace eut 
un fils attaché, pendant les deux sièges, à 
l'état-major de ce général. 

Un manuscrit d'auteur inconnu 
(XLII1 ; XL1V, 205). — M. Manchon dit 
qu'il est très probable que le Traité de 
Physiologie inédit en question est du D r 
Antoine Petit. Nous nous permettons de 
faire remarquer que, dans la Ga^etiemcdi- 
cale de Paris, du 13 juillet 1901, nous 
avions déjà émis cette opinion et admis 
cette probabilité. Mais ce que nous deman- 
dions, c'était une preuve que M. Manchon 
ne donne pas. Les biographies deJ.-L. 
Petit et d'Antoine Petit sont d'ailleurs 
classiques. Le moyen le meilleur pour 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[20 Septembre 1901 . 



417 



418 



arriver à une certitude presque absolue, 
serait soit de retrouver un manuscrit si- 
gné de la même écriture, soit de compa- 
rer notre manuscrit avec d'autres du 
même auteur, s'il en existe dans les biblio- 
thèques. Il serait hasardeux de se baser sur 
le style seul pour un livre de science, et 
surtout un traité didactique, de physio- 
logie ! Marcel Baudouin. 



* 
* * 



J'ai lu avec intérêt les renseignements 
donnés par notre collègue Manchon à pro- 
pos du Traité de Physiologie manuscrit, 
signé Petit, que possède M. Marcel Bau- 
douin. Evidemment, il peut être l'œuvre 
de tous les médecins appelés Petit étant 
en âge d'écrire vers le milieu du xvm e 
siècle, et ils sont un certain nombre. Celui 
pour lequel je me déciderai volontiers n'a, 
je crois, été désigné par personne. 

Frappé de ce que le manuscrit porte la 
mélancolique devise que voici : 
Plorabas cumnatus eras \fuit ergo voluptas 

Nulla tibi nasci, nil dolet ergo mori. 

J'ai pensé que l'auteur pouvait bien en 
être un homme mort jeune et déjà célè - 
bre, le propre fils de Jean-Louis Petit. 

Né à Paris, le 28 mai 17 10, reçu maître 
ès-arts en l'Université en 1729 et maître- 
en chirurgie en 1730, il fut nommé, en 
1732, démonstrateur royal adjoint à son 
père. Ayant demandé à être envoyé à 
l'armée, il fit la campagne de 1733 en 
qualité de chirurgien aide major, puis 
celles de 1734 et 1735 sur le Rhin en 
qualité de chirurgien major. Il n'avait alors 
que 24 ans. 

Il écrivit un ouvrage sur les épanche- 
ments, dont il lut une partie dans une 
séance publique de d'Académie et com- 
mença un Traité d'ostéologie et de myo- 
logie que la mort vint interrompre le 
19 août 1737. Petit n'avait pas encore 
28 ans. 

Pourquoi le manuscrit de mon confrère 
Marcel Baudouin ne représenterait-il pas 
l'ensemble des notes que le jeune savant 
aurait laissées sur la physiologie et qu'une 
main pieuse aurait réunies et rédigées de 
1754 à 1757 (les deux dates du manus- 
crit) ? 

Vraiment l'épigraphe si tristement rési- 
gnée donne une certaine vraisemblance à 
cette hypothèse. 

D r Albert Prieur. 



Inadvertances de divers auteur s 

(T. G.. 718 ; XXXV ; XXXVI; XXXVII : 
XXXVIII ; XXXIX ;XL ; XLI ; XLII ; XLIII ; 
XL1V, 101, 147,254). — M. Pierre Loùys 
dit : « La Pierre levée est la signature 
des Celtes. Elle leur est propre. Elle mar- 
que leur étape... Cette opinion étonnera 
bien des anthropologistes modernes. Les 
mégalithes, qui datent de l'époque néoli- 
thique au moins, paraissent avoir été 
construits par une peuplade bien anté- 
rieure aux Celtes ! Z... 



* 



Walter Scott, dans son célèbre roman 
de Quentin Durward (chapitre intitulé 
Y Astrologue), fait dire au roi Louis XI 
que « le savant astrologue Galéotti pos- 
« sède une science encore supérieure à 
« celle du grand Nostradamus. » 

Or Louis XI mourut en 1483, vingt ans 
avant la naissance de Nostradamus qui 
devint célèbre sous le règne d'Henri II et 
de Catherine de Médicis. 

Item — Des écrivains, des journalistes 
(je l'ai encore constaté dernièrement dans 
une chronique du Petit Journal signé Fé- 
lix Duquesnel) continuent à se servir des 
Mémoires de la marquise de Créqui, 
comme d'une source historique autorisée! 
Il serait bon de rappeler à ces auteurs et à 
ces journalistes que les prétendus Mémoi- 
res de la célèbre marquise sont, en réalité, 
une compilation assez amusante du reste, 
rédigée et publiée vers 1832 par un au- 
dacieux imposteur, de son vrai nom M. 
Cousen, qui se faisait appeler le comte 
de Courchamps (Voir ce dernier nom 
dans le Dictionnaire de la Conversation 
(tom. 6) publié à Paris en 1853.) 

J.W. 

Pseudonymes (T. G., 736 ; XXXVII; 
XXXVIII ; XXXIX ; XL ; XLII ; XLIII : 
XLIV, 36. 147, 202). — Feuillets fantai- 
sistes, poésies signées Mica, pseudonyme 
de la comtesse de Villarson {Revue d' Eu- 
rope, tome VI, n° 2). 

Vieilles chansons (XLIV, 226). — 
C'est certainement le mot Sainte Hélène 
qui a fait croire à notre confrère Un Cher- 
cheur, que cette chanson datait de la 
Restauration, ce qui lui aurait donné une 
teinte d'opposition. Il n'en est rien, 



N 4 944 



L'INTERMEDIAIRE 



419 



420 



Noues (XLIV, 224) — On trouve dans 
le dossier des frères Lazare (Archives de 
la Seine), une note manuscrite ainsi 
conçue : 

Un plan terrier de 1002 indique, sur le 
côté droit de cette voie, une grande habitation 
appelée le Retrait de la Cour des Noues. Ce 
domaine appartenait à cette époque à la sei- 
gneurerie de Charonne. Un grand nombre de 
noyers, qu'on appelait des noues, ombra- 
geaient le retrait tt bordaient presque tous 
les chemins et sentiers qui s'enchevêtraient 
dans la plaine de Charonne. Les derniers 
noyers plantés sur ce territoire en 1765 et qui 



des Partants et de 
s en 1863. 

Sur quoi s'appuient les frères Lazare 
pour avoir le droit de prétendre que 
noix se prononçait noue ? Us ne le di- 
sent pas, et c'est fâcheux, car on ne sait 
aucune autorité qui leur donne raison. 

G. 

A propos du mot Noue, j'ai écrit : 

Derrière Villeneuve-sui-Verberie (Oise) est 
Noël-Saint-Martin dont le véritable nom est 
Noë-Saint- Martin, de noa, noue, endroit hu- 
mide. Noa, noacum, fut donné en 1096 par 
Hugues de Pierrefonts à Saint-Martin-des- 
Champs,d'où son qualificatif de sancti Martini. 

A côté était un autre Noë, « Noa, Sancti 
Riémigii» qui sous le nom corrompu aussi 
de Noël Saint-Remy, est devenu un ha- 
meau de RobvTtval. P. DE E. 



elle date de la fin du règne de Napoléon III. 1 s'élevaient à l'angle de la rued. 
Son auteur, Edme-Hippolyte Fondrier. est [ «Ile du Retrait ont été abattu 
mort le 24 août 1880, et son compositeur | 
Georges Rose, né le 19 mars 1 84 1 , se j 
porte bien. Le texte reproduit dans 
['Intermédiaire est incomplet et inexact. 
Voici cette romance des plus ano- 
dines ; elle a pour titre : 

Pourquoi se cache la violette. 

Violettes gentilles, 
Vous qui précédez les beaux jours, 
Je sais pourquoi sous les charmilles, 
Hélas ! vous vous cachez toujours. 

Je sais pourquoi vous vous achez, muettes. 
Dans les buissons, sur le bord du chemin ; 
C'est pour avoir de beaux nids de fauvettes 
Et leurs chansons joyeuses, le matin. 

Je sais pourquoi vous aimez la rosée 

Que le bon Dieu prodigue le matin ; 

Votre corolle est peut-être froissée 

Du souffle impur qu'exhale quelque humain. 

Je sais pourquoi .charmantes violettes, 
Vous n'aimez pas le grand éclat du jour : 
Quand vient le soir, les âmes des poètes 
Vous effleurant dans un baiser d'amour. 

Je sais pourquoi vous redoutez la chaîne 
Et vous cachez toujours dans les taillis : 
C'est que jadis l'homme de Sainte-Hélène 
En vous voyant rêvait à son pays. 

Une autre fois, je répondrai pour la 
cantale à Blandan et autres chansons fai- 
tes sur le même sujet. 

Eugène Baillet, 

Labarum (XL1I;XLM). — D'après une 
tradition, dit Alfred Nettement, (Histoire 
des villes de France, V. 136), ce fut 
auprès d'Autun qu'apparut la croix mira- 
culeuse que l'empereur Constantin vit 
dans le ciel. A. S 



Voir Littré Noue, 1, qui ajout: : 

Les Noues, nom, à Montereau, d'une pro- 
men de sur la rive gauche de l'Yonne. 

Dans la Nièvre, il existe plusieurs 
fermes, moulins, etc. dits la Noue, les 
Noues, Nouette. Dans le Haut-Rhin, les 
Noues, ou Bois des Noues L'abbaye de 
Notre-Dame Footel (Fautel, Fautrail) en 
Seine et-Marne, canton de Lagny, portait 
aussi le nom de Malenoue. Le Diction- 
naire des Postes donne 45 la Noue et plu- 
sieurs Noues et Nouettes. 

Ajouter à Montreuil-sous-Bois (Seine) 
rue de la Noue. 

A S. 

. * 
Aux environs de la Roche-sur Yonne, 

Cheny, il y a un lieu dit « Les Noues 

d'aboudais j> terrains bas plantés de bois, 

marécageux en certaines saisons 

A. Saf. 

* 
* * 

Une noë ou noue (noa, noda, itodiila) 
est, dans tout l'Ouest, une prairie humide, 
où l'herbe abondante est le plus souvent 
coupée en vert. 

En dérivent les noms de laiVo^Ja Noiie, 
la Nouée % \& Nouette, et probablement ceux 
de Naval, Noyant, des Nos, des Noubes. 

Le mot- se trouve dans la plupart des 
dictionnaires, comme appartenant au 
vieux français. 

Littré lui donne le sens de flaque d'eau 
laissée par la mer. qui n'est certainement 
pas le i lus général. 

Le dictionnaire de Trévoux, celui de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Septembre 1 901 . 



421 



422 



prairie humide, nouvellement plantée. 

Le lexique de dom Lobineau lui attri- 
bue, erronément, je crois, la signification 
de lieu planté de noyers, en indiquant 
aussi celle de terrain noyé. 

P. du Gué. 



* 
* * 



Noue vient de noa, prairie basse ; d'où 
le nom de noualles ou nouelles, noyelles 
donné aux rivières de second ordre qui 
les traversent, dans une foule de locali- 
tés. D r B. 



* * 



En Haute-Bretagne, on appelle no'ès 
(prononc. nos) des terres humides et peu 
fertiles. Il existe près Dol illle-et-Vilaine) 
un village dit Belle Noë. 

C'est le vieux français noë. Bos (Glos- 
saire de la langue d'oïl) mentionne ce mot 
et le définit ainsi : « prairie marécageuse, 
endroit où l'on peut nager, de nautare 
pour nature» 

Cette étymologie, à première vue ris- 
quée, paraît au moins vraisemblable 
quand on voit que vers Saint-Malo on 
appelle natals des gués, des marécages 
(le Nata de Roz-Landrieux — les Natais, 
près Dol). 

Cf. Montesson (Vocabulaire du Haut- 
Maine) « Noë, prairie fraîche qui se coupe 
en vert plusieurs fois l'an ». 

Jaubert : << Noue, terrain humide, pré ». 

Charlec. 



* 



Ce terme, sur la côte du Calvados, s'ap- 
plique aux. mouillages — entre la chaîne 
de récifs et le littoral — où les navires 
peuvent jeter l'ancre en toute sûreté, le 
fond, très-bon, étant abrité par les rochers. 
On trouve de ces bassins, signalés par les 
cartes marines, devant Saint-Aubin, Cour- 
seulles et Arromanches. Dans cette der- 
nière noue, baptisée fosse d'Espagne, une 
flottille française de petits bâtiments, 
s'étant embossée, mit à mal d'abord, en 
déroute ensuite, plusieurs vaisseaux de 
guerre anglais de haut-bord qui lui don- 
naient lâchasse (Bataille d' Arromanches, 7 
et 8 septembre 1811). Dans ce combat 
inégal où David vainquit encore Goliath, 
s'illustrèrent le commandant de la flot- 
tille française, Jourdan de la Vassardière, 
et entre tous, l'héroïque capitaine Tri- 
gant, dit Chevalier de la Tempête. 

Capitaine Paimblant du Rouil. 



L'expression pitonner (XLIV, 224). 

— M. L. Roos est-il sûr d'avoir bien dé- 
chiffré la lettre de l'officier dont il parle ? 
Je gagerais, quant à moi, que ce dernier 

— sauf distraction — a écrit pivoter et 
non pitonner. La phrase devient ainsi, je 
ne dirai pas seulement compréhensible, 
mais d'usage courant dans l'armée — et 
cela depuis bien des années déjà. 

G. DE FONTENAY. 

Un doute me vient. A la réflexion, 
cet officier pivote (ou piton ne) « à pied, à 
cheval, à mulet. » Cela semble indiquer 
que sans doute il appartient à un groupe 
alpin ou à l'armé coloniale. — Peut-être 
alors y aurait-il en effet pitonner qui si- 
gnifierait : grimper sur les sommets ou pi- 
tons avoisinants. soit dans un but topo- 
graphique ou géodésique, soit dans un 
but d'entraînement et d'exercice (?) 

G. F. 

L'origine du mot mouchard (T. 

G., 616 ; XLIV, 260). — Dans la Police 
de Paris dévoilée, de Pierre Manuel. (Gar- 
nery, an II de la Liberté) on trouve 
(tome I er , p. 229), une explication qui 
confirme, en partie, la version donnée sur 
l'origine du mot mouchard : 

Les espions de police ne se doutent guère 
de leur origine. Ils descendent d'Antoine 
Mouchy, du collège de Sorbonne. pénitencier 
deNoyon, l'un des juges de l'infortuné Anne 
Dubourg, qui faisait la chasse aux hérétiques. 
Le peuple appelait ses gens: des «mouches». 

Les espions, qu'il ne faut pas confondre 
avec les agents réguliers et officiels de la 
police, connus, autrefois, sous le nom 
d'observateurs et, aujourd'hui, sous celui 
d'inspecteurs, ont été, en effet, appelés 
« mouches », jusqu'au commencement 
du xix e siècle, époque à laquelle le qua- 
lificatif s'est accentué et a été remplacé 
par celui de mouchard. 

Eugène Grécourt. 

V. Intermédiaire 10 août 1893. 

Cinq clochers, quatre sans (cents) 
cloches (XLIV, 230). — Un dicton 
analogue existe à Bordeaux, à propos de 
la place de la Bourse : Trois clochers 
deux sans (cents) cloches. 

Henry-Frédéric 

* 

* * 
L ancienne chapelle conventuelle de 

Saint-Benoît, près Poitiers, devenue église 



N°944 



L'INTERMEDIAIRE 



423 



424 



paroissiale, est surmontée d'une flèche 
accostée de quatre clochetons, le tout en 
pierre. Ce sont les cinq clochers de Saint- 
Benoît ; la flèche principale étant seule de 
dimension à recevoir des cloches, ils ont 
été gratifiés du même calembour que 
ceux de la cathédrale de Tournay. 

LÉDA. 



* 
* * 



Le dicton ou jeu de mots cité par M. 
Clément Lyon a été certainement appli- 
qué autre part qu'à Tournay. Il est, à ma 
connaissance, répété à Vendôme à propos 
du clocher de la Trinité, flanqué de quatre 
clochetons plus grands eux-mêmes que 
bien des clochers de village. Voir dans 
Viollet-le-Duc l'intéressante étude sur ce 
remarquable monument du xn e siècle. 

Je ne serais pas surpris que le jeu de 
mots en question ne soit aussi usité à Char- 
tres au sujet du vieux clocher orné de 
quatre clochetons. Martellière. 

La mort de Desaix en tapisserie 
(XLIV,229,287) — D'après\e Répertoire des 
Tapisse) ies des Gobelins exécutées de 1662 
à 1892, par M. Gerspach, administrateur 
de la manufacture, (Paris, 1893, Levas- 
seur), cette tapisserie a été commencée 
en 1806 ; le modèle est de Regnault. 

Elle a été donnée à l'Ecole polytechni- 
que. X. 

Portrait du chiffonnier Liard, 
ami de Déranger (XLIV, 106,231,306;. 
— M. Paul Pinson demande où trouverun 
portrait de Liard : dans les Célébrités de 
la rue, de Charles Yriarle. 

Ce portrait est mieux qu'une banale 
vignette. Voici, au reste, ce que dit l'au- 
teur : 

Traviès, qui fut le peintre attitré des chif- 
fonniers, a laissé, dans son œuvre, une très 
belle lithographie que M. Champfleury m'a 
communiquée, et ce document, de la plus 
grande authenticité, m'a servi à faire dessiner 
le portrait joint à cette notice. La tête est fine 
et goguenarde, et je crois que l'homme que 
j'ai décrit est assez celui dont Lhernault a 
dessiné l'image. 

Lhernault est le dessinateur de la vi- 
gnette parue dans le volume. Y. 

Portrait gravé à déterminer 

(XLIV, 282). — D'après l'excellente ico- 
nographie bretonne du marquis de Sur- 



gères, ce portrait représente Charette. 

G. O. B. 



Les tables des salles à manger 
XVIli c siècle (XLIV, 281). — J'ai re- 
marqué en Basse-Bourgogne, chez mon 
grand-père et dans d'autres maisons, des 
tables d'un usage alors fort répandu : 

Tables rondes en bois blanc ou en bois 
de noyer, avec côtés pliants à charnières. 

Tables rondes posées sur tréteau en 
forme de X, qui lui aussi se pliait. 

Après le manger, ces tables étaient re- 
misées dans un coin de la salle ou dans 
une autre pièce. 

11 devait en être de même dans bien des 
maisons bourgeoises et autres. 

Saffroy. 



Un sabre I er empire à déterminer 

XLIVI, 228. L'arme a été décorée par le 
doreur {Vergùldcr) Schaberg à Solingen 
(Prusse rhénane). Il s'agit certainement de 
la bataille d'Austerlitz, après laquelle les 
troupes battues des alliés se sont retirées 
vers Brûnn, capitale de la Moravie. La dis- 
tance est de 20 kilomètres ; Brûnn n'est 
pas un village Le sabre d'honneur a dû 
être offert à un général français qui a 
aussi pris part aux campagnes d'Italie, du 
Rli,in et d'Egypte, peut-être au général 
Dupas dont on va inaugurer la statue à 
Evian, car les scènes gravées indiquent 
les principales étapes de sa carrière glo- 
rieuse. Il est vrai que la carrière de plu- 
sieurs autres généraux de Pépoque est à 
peu près identique. Ivi. Frédéric Masson 
est probablement renseigné là-dessus. 
M. Brunschwig pourra aussi s'adresser 
au bourgmestre de Solingen où les an- 
ciens ateliers des armuriers et doreurs 
existent encore pour la plupart. 



O. Berggruen. 



Statues singulières (XLI).— L'église 
(actuellement en démolition) d'Epiniac, 
( Ille-et-Vilaine) possède un bas-relief en 
bois peint, digne, je crois, défigurer sous 
cette rubrique. L'artiste (?) semble avoir 
voulu représenter la mort de la Vierge. 
Plusieurs personnages ont des têtes vrai- 
ment cocasses. L'un a déjà des lunettes. 

Charlec. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



42 s 



[20 Septembre 1901. 

426 



La Vénus de Milo en 1871, (XLII). j 
— L'Intermédiaire a publié un document, | 
retrouvé aux archives de la Préfecture de 
police, et dont nous rappelons le texte : 
TRAIN DES EQUIPAGES 

ORDRE DE SERVICE 
y COMPAGNIE. — PORTE SAINT MARTIN 

Service de la préfecture de police 
Un cavalier se rendra en tenue, le 7 janvier 
187 1, a 2 heures i\2 de l'après-midi, avec un 
charriot à la préfecture, cour de la Sainte- 
Chapelle, pour y prendre le chargement qui 
lui sera confié et le transporter à... 

Paris, le 7 janvier 71 
Le chef d'escadrons 
{Illisible). 
Ce document figurait à l'Exposition der- 
nière, dans le palais delà Ville de Paris, 
(exposition de la Préfecture de police). 

Cette pièce énigmatique, qui a excité la 
curiosité de nos collaborateurs Y... et Odo, 
nous est enfin expliquée dans les très at- 
tachants mémoires que M. Cresson a publié 
dans la Revue Hebdomadaire, et depuis, en 
volume, sous ce titre : Cent jours à la 
Préfecture de police. (Pion éditeur). 

M. Cresson raconte que le 6 janvier 187 1 , 
le ministre des beaux-arts, M. Jules Si- 
mon, l'invita à prendre, au Louvre, une 
statue, qu'il devina être la Vénus de Milo, 
pour la déposer en lieu sûr. Ce fut 
M. Diet, architecte de la Préfecture, qui 
fut chargé d'y trouver un endroit très 
dissimulé, — et à l'abri du feu, — où 
loger l'immortelle. 

L'architecte étudia ses plans, pendant qu'une 
réquisition adressée à la Compagnie du che- 
min de fer d'Orléans obtenait un camion so • 
lide, à conduire cour du Louvre. Les chevaux 
l'y abandonnèrent. Quelques heures après, 
d'autres chevaux étaient réclamés au train des 
équipages, et leur palefrenier fut congédié 
cour du Louvre, comme l'avait été celui du 
chemin de fer d'Orléans. 

C'est la réclamation faite au train des 
équipages qui motive l'ordre de service 
que l'on a lu dans X Intermédiaire. 

Le moyen de transport, dit M. Cresson, 
était composé après le choix d'un premier en- 
trepôt. Restait à élire le conducteur de ce sin- 
gulier convoi. Ce fut Chopin, le chef du ca- 
binet, qui accepta la surveillance et ce rôle de 
confiance intime. Pour diriger les chevaux.on 
devait requérir au passage un agent de la po- 
lice municipale. 

A minuit sonnant, le préfet de police pre- 
nait possession de la statue devant M. Jules 
Simon, entouré de MM. Ravaisson et Barbet de 
Jouy : 



Au bruit lointain d'une canonnade furieuse, 
et sous ces lueurs, éclairs inoubliables quand 
on les a vus dans les nuits noires du i'ihge, 
sans accident, la Vénus de Milo pénétrait au 
milieu de la caserne de la Cité. Elle était en- 
fermée dans la cour des fumiers et y restait, 
bien couverte, sous les étoiles, gardée comme 
une poudrière Dès 12 h. 37 de la nuit, le 
8 janvier, satisfait de l'exactitude générale, 
j'adressais au ministie des beaux-arts et de 
l'instruction publique cet e dépèche significa- 
tive : « Voiture arrivée sans encombre. » 

Personne ne soupçonna le nouveau voyage 
du chef-d'œuvre, sa sortie du Louvre, moins 
encore son entrée dans une caserne. Le mi- 
nistre et ses subordonnés savaient que le pré- 
fet de police en avait la responsabilité ; c'était 
tout. Les gardes qui entouraient la statue ne 
pouvaient ni la voir, ni même deviner l'objet 
de leur sévère consigne. Néanmoins, ce n'était 
que la moitié du succès et l'entreprise restait 
à finir, au milieu d'agitations populaires qui, 
dans la nuit même du transport, avaient me- 
nacé l'administration de l'imprimerie Natio- 
nale et celle des Télégraphes. Le dévouement 
de M. Diet la compléta. 

L'habile architecte avait arrêté son choix. 
L'emplacement le plus commode et le plus sûr 
se cachait dans les substructions commencées 
dans la rue de Jérusalem. 

Je voulus voir de mes yeux les lieux offerts 
à mes ordres et me rendre un compte certain 
du projet. En se dissimulant pour entrer dans 
le chantier désert des travaux, on arriva de- 
vant une large baie préparée pour un escalier, 
une glissade sur les talons enfoncés dans les 
matériaux mobiles nous conduisit, M. Diet et 
moi.au centre d'une enceinte de murs contre 
lesquels se dressaient de hautes constructions, 
en briques destinées à des calorifères. Il était 
possible de ne pas modifier l'esprit de l'en- 
semble et d'éJifiei,au milieu de ce souterrain, 
un massif qui recevrait l'apparence d'un autre 
calorifère central. 

Par les soins de M. Diet, qui repoussa 
tout honoraire pour la direction d'un tra- 
vail si délicat et si exigeant, la statue fut 
enlevée, déplacée, enfermée et masquée 
aux yeux des maçons qui ne la devinèrent 
pas, derrière une cloison et des cartons. 

M. Cresson dit encore qu'inquiété par 
les menaces d'incendie de la Préfecture 
de police qu'il avait entendu formuler 
autour de lui, il avait chargé M. Labat, 
archiviste, de faire un choix des docu- 
ments les plus rares et de les enfermer 
avec le colis mystérieux. 

C'est à cette heureuse prévoyance que 
nous devons la conservation des docu- 



N° 



944- 



L'INTERMEDIAIRE 



- 427 — 

Cresson 



428 



a donné la no- 
la reproduire à 



ments dont M 
menclature. 

Nous croyons bon de 
cette place. Nos collaborateurs doivent 
avoir sous la main, dans un recueil qui 
leur est familier, la liste des registres et 
monuments échappés aux flammes qui 
détruisirent la Préfecture de police en 
1871. 

Quand s'allumèrent les incendies criminels, 
dit M. Cresson, au milieu des combats de 
mai 1871, à la douleur commune, l'ancien 
préfet ajoutait l'anxiété de la destruction qui 
menaçait le marbre sans rival confié à sa pru- 
dence. Je m'en sentais responsable. Je fis con- 
naître au général Valentin, mon successeur, 
l'intérêt public qui néce*»itait ma rentrée dans 
Paris, Muni d'un laissez-passer motivé par ces 
mots : ,< affaires urgentes de l'Etat », je m'in- 
troduisis au milieu des ruines que dominait 
la Sainte-Chapelle. 

Dans les débris qui brûlaient et fumaient, 
sous les muis croulants, une place isolée 
n'était menacée d'aucun danger : c'était le 
terrain delà voûte en béton de 50 centimètres 
d'épaisseur, couvert de 60 centimètres de rem- 
blais, avec un sol aussi en béton de 80 centi 
mètres pour substruction. Les murs qui enfer- 
maient archives et statue n'a/aient subi au- 
cune atteinte. 

Cinq semaines après, le 28 juin 187 1, un 
procès-verbal dressé p..r MM. Ravaisson et 
Ch. Blanc, devant M. Diet, constatait et la reprise 
de possession par le général Valentin, pour 
son administration, de partie de ses archives, 
les seules sauvées des flammes, et l'exhuma- 
tion de la statue, dans sa caisse intacte. 

La Vénus de Milo rentrait ensuite au Lou- 
vre et y reprenait bientôt, après quelques 
travaux nécessités par la disjonction des pai- 
ties du marbre que soudait du plâtre, la place 
triomphale qu'elle ne doit plus qji ter. 

Voici, dressée par M. Labatja liste des 
documents que, grâce à la prévoyance de 
M. Cresson, on put retirer, en bon état, 
du caveau muré: 

R( gis tires 

Livres d'écrou des prisons de la Concierge- 
rie, isoo-1794; — du Châtelet, 1651-1792 ; 

— de Saint-Martin, 1 04t>— 1 791 ; — de Saint- 
Eloy, 1053-1743 ; — delà Touinelle, 1667- 
177^ .' — de la tour Saint-Bernard, 1716- 
1792 ; — de Bicêtre, 1780-1795 , — de la 
Force, 1790-1800 ; — de Port-Libre (Port- 
Royal^, an II et an III ; — de Saint-Lazare, — 
an II ; — de Sainte-Pélagie, 1743 an VII , — 
de l'Abbaye, 1793. an II ; — du Luxembourg, 
179"!, an II; — des Carmes, 1793, an II; — 
de la maison de santé Folie Regnault, an II ; 

— de Belhomme ; — du Temple, an IV- 1808; 
— de Vincennes, 1808-1814. 



Registres d'interrogatoires des individus 
arrêtés pour émigration et contre-révolution, 
1 793, an II ; — de divers commissariats de 
police, 1790-an XI : — desprisonniers en vertu 
d'ordres du roi, 1750-1790 (prisons de Paris); 

— des prisonniers en vertu d'ordres du roi, 
1 728-1772 (piisons de province); — des pro- 
cès criminels, 1725-1789; — état des prison- 
niers d'ordre du roi ; — généralité de Paris, 
généralités du royaume; — arrêts des conseils 
supérieurs des provinces : — sentences et ar- 
rêts du Parlement de Pa is, 1767-1791 ; — 
collection manuscrite des lois et règlements de 
police, dite collection Lamoignon, 1 162-1762; 

— registres des bannières et des couleurs du 
Châtelet : — lois, ordonnances et édits de 
saint Louis à Henri IL 

Cartons 

Notes sur les prisonniers de la Bastille, 1661- 
17^6. 

Lettres de cachet, 1721-1781. 

Procès- verbaux des commissariats de po- 
lice, 1790-1814. 

Mandats d'arrêt, ordres de transfèrement, 
mises en liberté, 1789 an V. 

Notes de Topino-Lebn.n, relatives aux indi- 
vidus traduits devant le tribunal révolution- 
naire. 

Services funèbres et inhumations des 
princes. 

Machine infernale de la rue Saint-Nicaise. 

Affaire Georges Cadoudal, général Malet, 
Fauche Borel et Perlet ; Lavalette ; des fédé- 
rés de Paris ; de Montreuil ; des patriotes ; Ce- 
racchi ; des ex-conventionnels ; conspiration 
de 1820, Louvel, Mathurin Brun >, La Ro- 
chelle, etc., etc.. 



L'église des Saints-Innocents de 
Paris (XLIV, 171,320). — Je possède, dans 
un « Recueil d'estampes de la dernière 
moitié du xvu c siècle >>, une Veuë de 
V Eglise et Cimetière des saincts Innocens 
gravée par Israël Silvestre ; je la commu- 
niquerai volontiers à F. L. A. H. M., 
mais absent de chez moi cela ne pourra 
se faire avant les premiers jours d'octobre. 
— Viator. 

Hôtel de Nevers (XLIII). — L'hôtel 
de Nevers n'existait pas en 1=574, dit notre 
confrère L. Digues, et fut bâti en 1580. 
sous Henri 111, par Ludovic de Gonzague. 
En 1614, on le vendit par lots, etc. 

Cet hôtel de Nevers n'existait pas, en 
effet, en 1574, mais les comtes de Nevers 
n'en avaient pas moins, avant cette épo- 
que, une maison à Paris ; c'est ce qui ré- 
sulte d'une note que je trouve dans l'in- 
ventaire des titres de Nevers, par l'abbé 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Septembre 1901, 



429 



430 



de Marolles ; il y est dit, en effet, (co- 1 
lonne 596) que le 22 juin 1490, Jean de 
Bourgogne, duc de Brabant, comte de ' 
Nevers, donna à Jean d'Albret et à Char- 
lotte de Bourgogne sa femme, ses comtés 
de Nevers et de Rethel et « sa maison si- 
tuée à Paris, près les Augustins et le 
collège de Saint-Denis », etc Cette maison 
est-elle restée aux comtes de Nevers, qui 
suivirent, savoir Charles de Clèves, Fran- 
çois de Clèves, etc. ? Ln. G. 



Ceinture de chasteté (XLI ; XLII). 
— Mieux vaut tard que jamais. Cette 
phrase sert souvent d'excuse aux pares- 
seux. Je remplis aujourd'hui la promesse 
faite le 22 octobre 1900, dans Y Intermé- 
diaire, qui m'avait fait l'honneur de ses 
colonnes. 

Une erreur très répandue est queles cein- 
tures de chasteté sont des objets rares. Rien 
n'est plus commun ; je pourrais aisément 
citer deux cents de ces objets, tant exposés 
dans des galeries publiques que dans des 
musées privés. Personnellement, ayant, 
avec une certaine continuité, collectionné 
ces objets, j'en ai aujourd'hui onze, dont 
j'adresserai volontiers des épreuves pho- 
tographiques, en échange de celles d'autres 
objets similaires, aux lecteurs de Y Inter- 
médiaire qui voudront bien me faire 
l'honneur d'entrer en correspondance 
avec moi. Enumérons donc et décrivons 
maintenant les plus connus de ces objets. 

Le musée de Cluny en possède deux ; 
l'une d'elles est vulgairement, et je ne 
sais pourquoi, appelée ceinture de la reine 
Blanche, elleest enfer, articulée, et terminée 
en avant par un bec d'ivoire ; elle serait 
assurément beaucoup trop récente pour 
avoir appartenu à la reine Blanche, et, 
à ma connaissance, aucune histoire ou 
même aucune légende n'a donné à enten- 
dre que cette princesse en ait jamais porté. 

La deuxième est une fort belle pièce 
qui se compose de deux plaques de fer 
forgé, reliées par une ceinture articulée et 
faite du même métal. Le système de fer- 
meture m'a laissé rêveur 

J'en possède une à peu près semblable. 

Le musée Carnavalet en a deux, placées 
dans la salle où se trouvent les fers pro- 
venant de la Bastille ; ces deux ceintures 
sont mises un peu trop haut pour quel'on 
puisse bien les voir. Elles sont, du reste, 



presque semblables à la deuxième du mu- 
sée de Cluny ; des modifications de détail 
etd'ornementationconstituent toutela dif- 
férence ;l'une d'elles appartient à l'époque 
Louis XIV. Le musée des Invalides en 
possède une d'époque peu définie; elle est 
de provenance espagnole. Les musées de 
Poitiers, de Sens, de Rennes, de Vannes, 
de Brest, de Quimper, de Montauban, 
d'Albi en ont aussi, les uns, une, d'autres 
deux, et j'en ai passé faute de place. Les 
musées étrangers n'en sont pas moins ri- 
ches. L'Arsenal du Palais Saint-Marc à Ve- 
nise possède le célèbre «. Ostracolo » ; le mu- 
sée Mantegazza en a trois ou quatre ; plu- 
sieurs docteurs parisiensen ont également. 
Le musée de Madrid en a deux, dont une 
aurait, parait-il. servi à l'épouse de 
Philippe V. Si la légende qui constitue 
son état civil est aussi solide que celle de 
la reine Blanche, je demande à réfléchir 
avant de l'accepter. Le musée Hartfort en 
a deux dont l'une aurait, dit-on, appar- 
tenu à une comtesse danoise ? 

Presque tous les musées français en ont 
aussi également, qui paraissent, à tout 
prendre, aussi vraies que celles de nos mu- 
sées nationaux. 

Discutons d'abord une légende qui ne 
me paraît reposer sur rien de sérieux. On 
croit généralement que l'époque des croi- 
sades fut riche en objets de ce genre. Mal- 
gré de sérieuses recherches, je n'ai rien 
trouvé qui puisse justifier cette opinion. 
Que quelques chevaliers, jaloux, partant 
pour les croisades, aient fait fabriquer 
pour leur épouses, des ceinturesde chasteté, 
je ne le nie point, mais rien non plus ne 
nous autorise à le supposer;car après avoir 
étudié environ deux cents de ces appareils, 
je les ai tous trouvés, sauf deux, posté- 
rieurs à la renaissance. Le siècle passé a 
aussi apporté sa pierre à notre édifice ; 
maints procès où figurent des ceintures 
de chasteté nous feraient croire revenus, 
selon le vulgaire, à l'époque des croisa- 
des. 

Il n'est guère de période de dix ans où 
l'on n'ait signalé un procès de ce genre ; 
j'ai là-dessus recueilli de fort curieux do- 
cuments qui ne peuvent malheureusement 
trouver place ici. Dans tous les cas, on 
peut tenir pour certain qu'en Orient 
l'usage de ces instruments est assez cou- 
rant, et bien qu'aucun musée n'en expose 



N'944] 



L'INTERMEDIAIRE 



43 ! 



432 



à la curiosité des badauds, il n'est pas un 
guide ou un mercanti qui ne connaisse 
ces appareils. 

Nos bandagistes parisiens en fabriquent 
bien une centaine par an et davantage ; 
cela résulte d'une enquête discrète à la- 
quelle je me suis livré. Il faut du reste 
convenir qu'ils ont notablement perfec- 
tionné l'incommode cuirasse de la renais- 
sance et que, dans la fabrication des cein- 
tures de chasteté, le siècle écoulé a, 
comme en toutes choses, tenu à produire 
scientifiquement mieux. 

C. de Boissieu. 

Tradition du culte de Cérès en 
Belgique et à l'étranger (XLIV,223). 
— The Golden Bough, du D r Trazer, sera 
utilement consulté par Clément Lyon. 

Saint-Médard.. 

La propriété des traits humains 
(XLII1). — 11 est indiscutable que la pho- 
tographie d'une personne constitue une 
propriété absolue que nul n'a le droit 
d'exposer publiquement ou de mettre en 
vente, si l'intéressé s'y oppose. 

Dans le cas où il n est pas tenu compte 
de cette opposition, la personne lésée peut 
s'adresser aux tribunaux civils qui ordon- 
nent l'enlèvement ou la suppression des 
reproductions litigieuses, et qui appré- 
cient, d'autre part, s'il n'y a pas lieu 
d'accorder des dommages-intérêts suivant 
l'importance du préjudice causé. 

Eugène Grécourt. 

La fonte liquide (XLW, 171). —J'ai 
entendu raconter à Robert-Houdin qu'il 
avait fait l'expérience de tremper ses 
mains humides dans le jet de fonte sor- 
tant du haut fourneau, après avoir vu 
les sorciers arabes prendre, avec les mains, 
des barres de fer rougies à blanc. L'é- 
preuve l'avait convaincu que les préten- 
dus sorciers étaient beaucoup moins invul- 
nérables qu'ils ne voulaient le faire croire. 

Robert-Houdin, qui avouait avoir fait 
l'expérience avec une certaine appréhen- 
sion, ne paraissait pas disposé à la renou- 
veler. Martellière. 

+ 

En réponse à l'article de M. A. Martin, je 
puis lui certifier que l'expérience de 
Robert-Houdin est fort connue dans les 



aciéries et autres usines où l'on travaille 
la fonte. Mon père l'a pratiquée lui-même 
en se mouillant le doigt avec un peu de 
salive, comme l'avait fait le fondeur qui 
la lui avait enseignée. — Tous les traités 
de physique, d'ailleurs, mentionnent cette 
expérience un peu effrayante. 

M. Roos. 



* 
* * 



11 n'est nul besoin d'être un érudit.niun 
savant, ni de consulter les souvenirs de 
Robert-Houdin, pour connaître Boutigny, 
sa théorie de l'état sphéroïdal des corps, 
et les expériences dont il a donné l'exem- 
ple et qui sont devenues courantes et 
vulgaires. 11 suffit d'ouvrir un manuel 
élémentaire de physique qui ne soit pas 
vieux de plus d'un demi-siècle. Il faut 
même n'avoir guère fréquenté d'usines où 
s'opèrent des fontes de métaux à hautes 
températures pour n'avoir jamais vu le 
contre-maître ou l'ouvrier pris pour guide 
passer prestement la main à travers la 
coulée incandescente. Les conditions re- 
quises par M. A. Martin pour renoncer à 
son incrédulité n'ont donc rien d'irréali- 
sable ; des attestations, il en recueillera 
d'innombrables, sans avoir à déranger 
des membres de l'Académie des sciences, 
et il ne lui faudra même pas remuer ciel 
et terre pour voir la chose de ses yeux. 
C'est pour cela que je me permets de 
répondre, en me souvenant des humbles 
notions de physique que j'ai reçues au 
lycée il y a quarante-quatre ou cinq ans, 
dans la section des lettres, en pleine 
bifurcation Fortoul. G. I. 



Le borometz ou agneau de Si- 
bérie (XLIV, 171, 321). — Je n'ai ja- 
mais ni vu ni entendu parler en Russie de 
cette plante extra rdinaire, seulement je 
puis certifier que dans la langue du pays, 
elle ne s'appelle certainement ni : bo- 
rometi ni : banaret, mais elle doit s'ap- 
peler : baranieti ; ce qui veut dire en 
langue populaire russe : agneau. 

Duc Job. 



Le barodrome (XLIV, 230). — Le 
barodrome (de P*p°i pesanteur, Ipop.^, 
course) était une voiture qu'un homme 
faisait marcher en appuyant alternative- 
ment les deux pieds sur deux pièces de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



io Septembre 1901 . 



— ~ 433 

bois communiquant avec les roues 
qu'elles mettaient en mouvement. 

Voir Intermédiaire, XVIII, 649, 691 . — 
La description détaillée, accompagnée de 
dessins, se trouve dans les Amusements 
de la campagne, par Paulin Desormeaux, 
Paris, Audot, 182 ...t. IV. A. S. 

Le gaz et l'éclairage des villes 
(T G., 380). — Le centenaire de la dé- 
couverte de l'éclairage des rues parle gaz, 
que la France fait remonter à Lebon, a 
provoqué la publication de divers arti- 
cles. 

La Belgique, par la plume de notre 
collaborateur M. Boghaert- Vaché, a reven- 
diqué la priorité de la découverte. Elle en 
reporte l'honneur àJean-Pierre Minkelers 
de Maëstricht, qui éclairait, dès 1785, son 
laboratoire avec du gaz de houille. (Voir 
Journal de Bruxelles, 28 août 1901). 

Un bateau contre le mal de mer 
(XLIV, 1 7 1,320). — On nouspermettra.à'ce 
propos, de citer la note ci-dessous, que 
M. Marcel Baudouin a publiée récemment 
dans la Ga cette médicale de Paris : 

Le Gustave Zêde a accompli le coupd'audace 
qu'on connaît par un gros temps, sur une mer 
ravagée par des lamesde trois ou quatre mètres 
de hauteur, et l'on a pu faire cette remarque 
que ce mauvais état de la mer ne produisait 
dans le sous-marin qu'un roulis relativement 
faible durant les sept heures et demie que le 
Gustave Zèdè est resté hermétiquement 
fermé. 

Notre excellent maître, M. le D' Laborde, 
qui se livre, on le sait, à d'intéressantes ex- 
périences sur l'air des sous-marins, nous a dit 
d'ailleurs, il y a déjà quelque temps, qu'il 
avait pu vérifier le fait lui-même, car il a na- 
vigué en sous-marin. Ce genre de navigation 
ne donnant pas le mal de mer, on voit tout 
l'intérêt qu'aura cette marine marchande 
quand elle sera vulgarisée. 

Il y a là, évidemment, un intéressant 
champ d'expériences. E. 

Vers 1875, j'ai vu à Paris un modèle du 
Calais-Douvres, composé de deux bateaux 
jumeaux et construits sur les plans du 
capitaine Dicey. L'expérience n'a pas 
donné, paraît-il, de bons résultats, car j'ai 
revu, au Champ-de-Mars, dans la sec- 
tion anglaise, le même modèle transformé, 
comme l'original, en ponton-hôpital pour 
le traitement des maladies contagieuses. 

J.-C. WlGG. 



434 



jtote$, ©vauuailtea *t ^urtosités 



& 



Le cens quinquennal des romains 
est-il d'origine grecque ? (suite) (XLIV, 
265, 323, 377). — Cet état de nexus était, 
disons-le, une nouveauté dans le droit 
égyptien. Bocchoris lui-même — qui 
pourtant sur beaucoup de points était 
pour Amasis un précurseur — avait 
interdit absolument l'engagement des 
personnes libres pour leurs dettes ; et 
Diodore nous apprend que cette loi était 
une de celles que Solon avait imitée du 
droit égyptien. 

Amasis, au contraire, permit cette alié- 
nation des ingénus ; et il lit même de 
cette aliénation, réelle ou fictive — nous 
le verrons bientôt — son grand procédé 
légal pour changer l'état des personnes. 

Le débiteur put donc s'aliéner lui- 
même ou aliéner ses enfants pour satis- 
faire à ses dettes. Seulement en Egypte, 
comme plus tard à Rome, cette aliénation 
n'était pas plus définitive que chez les 
Hébreux. Le nexus pouvait être revendi- 
qué en liberté devant le censeur, tous les 
cinq ans, comme il pouvait l'être en Judée 
lors du jubilé, tous les sept ans. Nous 
possédons une série d'actes relatifs à un 
seul nexus, qui, l'année précédente, était 
revendu sans plus de cérémonie que s'il 
s'agissait d'une bête de somme ou d'un 
esclave étranger d'origine, et qui, lorsque 
le cens intervint, dut donner contractuel- 
lement son consentement exprès à une 
nouvelle vente — absolument comme le 
nexus hébreu, à l'époque du jubilé, pou- 
vait donner, aux portes de la ville, en 
vertu de la loi de l'Exode, son consente- 
ment exprès à la permanence de l'escla- 
vage. 

Amasis et lesdécemvirs attribuèrent du 
reste à la mancipation, avec prix entière- 
ment payé d'avance, un rôle prépondérant 
dans leur droit, nous l'avons dit déjà. 

C'était là aussi une innovation. 

Jusqu'à eux, la vente n'existait que 
pour certains biens meubles. 

Les immeubles appartenaient, ou plu- 
tôt étaient concédés, par l'Etat ou la cité, 
à la famille, qui, quant à elle, ne pouvait 
être.agrandie artificiellement que par une 
loi : l'adrogatio. 

Le premier législateur qui permit aux 



N« 



944 



L'INtERMEDIAIRB 



435 



gens du commun les contrats sur leur 
terre, fut Bocchoris : et encore, du moins 
sous la dynastie éthiopienne qui lui suc- 
céda, ces contrats turent-ils restreints à 
des transmissions intra-familiales de parts 
concédées à telle branche de la famille, 
par le hir chef de gens associé aux princi- 
paux membres de la tribu. 

Solon, l'imitateur de Bocchoris à Athè- 
nes, vint ensuite et, tout en interdisant 
absolument l'aliénation des biens fami- 
liaux, il permit au citoyen qui n'avait 
pas d'enfants de faire un testament pour 
disposer de son hérédité et de ses sacra 
priva ta. 

Cela parut fort audacieux ; car c'était, 
en ce cas, supprimer les droits des mem- 
bres de la famille plus éloignés que les 
enfants ou petits-enfants. Mais enfin on 
pouvait dire que le testament solonien se 
substituait seulement à l'adoption, alors 
universellement permise et produisant au 
fond un semblable résultat. Ce testament 
ne désinvestissait pas d'ailleurs l'autorité 
publique qui avait jusque-là décrété les 
adoptions ; car, à Athènes, les testaments 
étaient soumis au peuple, ayant à en dé- 
cider souverainement. Sauf cette exception, 
les droits de la famille restaient intacts 
quand survint en Egypte Amasis, vérita- 
ble créateur de la mancipation. 

Le nouveau législateur supprima en 
Egypte pratiquement les droits de la gens 
ou de la phratrie II fit de l'individu le 
maître de sa chose et lui permit de l'alié- 
ner librement pendant sa vie, ce que, 
partout ailleurs qu'en Chaldée, on avait 
interdit jusque-là. Après sa mort, l'indi- 
vidu lui parut désinvesti si, n'ayant pas 
d'enfants, il n'en avait pas adopté un. 
Quant à l'adoption, il la permit par sim- 
ple mancipation, c'est-à-dire par vente du 
fils, sans que l'autorité publique ou les 
dieux eussent à intervenir, commme cela 
était nécessaire jusque-là en Egypte, à 
Rome et en Grèce. 

Les décemvirs admirent, pour la man- 
cipation, tout ce qu'avait voulu Amasis et 
pour le testament tout ce qu'avait voulu 
Solon. Ils allèrent même encore plus loin 
que ce dernier en permettant au père de 
déshériter ses propres enfants. 

Venons-en maintenant à l'examen dé- 
taillé, en Egypte et à Rome, des emplois 
de la mancipation, dont l'histoire nous a 



436 



entraîné aux détails précédents. 

i° Dans les deux contrées la mancipa- 
tion servait à transmettre les biens meu- 
bles ou immeubles. 

A ce propos il faut noter qu'Amasis, 
sentant combien sa réforme, contraire aux 
traditions, rencontrerait de résistances, 
eut soin de la protéger par des lois pé- 
nales très sévères. Lui et son assemblée 
nationale, qui siégea sous sa direction de 
l'an 5 à l'an 19 pour inaugurer les nou- 
velles institutions du pays, ordonnèrent 
que quiconque essaierait de faire annuler 
une mancipation légale, en disant que la 
chose n'appartenait pas à l'acquéreur, 
aurait à payer l'amende ouïes dommages 
et intérêts qu'il plairait à celui-ci de fixer, 
sans que, pour cela, la mancipation cessât 
d'avoir ses effets. Cette amende devait 
frapper également, soit s'ils réclamaient, 
le hir ou chef de la gens et les membres 
de cette gens, ou le père, la mère, les 
frères et sœurs du vendeur, ou tout autre 
personne intervenant, soit, s'ils leur don- 
naient raison, les membres des tribunaux 
qui en auraient autrement décidé. 

Cette loi, frappant également des tiers 
non intéressés à l'acte, parut trop sévère 
à Darius. Il en restreignit l'application au 
vendeur lui-même ou à ses ayant-causes, 
qui auraient à se pourvoir contre les évic- 
teurs et il fixa généralement au double le 
montant de l'amende. C'est sous cette 
forme secondaire que la législation d'A- 
masis fut imitée par le code des XII tables 
fixant également au double la peine de 
celui qui ne respecterait pas les effets 
d'une mancipation. 

2 Dans les deux contrées, la mancipa- 
tion servait aussi à changer l'état des per- 
sonnes ingénues, dont, contrairement à ce 
qu'avait prescrit Bocchoris, la vente fut 
permise. 

En ce qui touche le mariage, Amasis et 
les décemvirs poussèrent de plus en plus 
à le faire conclure par mancipation ou 
coemptio. L'idéal, pour l'un comme pour 
les autres, c'était défaire dw pater familias 
un véritable tyran domestique. Il devait 
avoir sa femme in manu et ses enfants 
in potestate, comme il avait également à 
sa complète disposition les biens hérédi- 
taires. Nous avons en égyptien des actes 
de coemptio remontant à Amasis ou à son 
fils Psammetiku III détrôné par Cambyse. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



437 



La femme qui s'y vend à son époux en 
qualité de servante se met complètement 
in manu et lui abandonne, non seulement 
elle-même et ses biens, y compris les 
vêtements qu'elle a sur le dos, mais même 
les enfants qu'elle enfantera et sur lesquels 
il aura pleine puissance, en quelque 
lieu qu'ils puisse être. La seule réserve 
•qu'elle fait — et cela par une adjuration à 
Amon et au roi dans le for religieux 
plutôt que dans le for civil, — c'est que 
son mari n'aurait pas le droit de prendre 
une autre servante pour le service de son 
lit au même titre qu'elle, c'est-à-dire une 
autre épouse. 

Il en était de même à Rome. L'épouse 
mariée par coemptio avait été mise sous 
ce rapport sur le même pied que celle qui 
était mariée par confarreatio , et cela à un 
tel point que le manus, faisant l'essence 
même de la coemptio fut appliqué à la 
confarreatio depuis les XII tables. Cela 
était complètement contraire à l'esprit 
de l'ancien mariage religieux égypto- 
romain dans lequel l'épouse était l'égale 
de son époux, avec communauté-de biens, 
ainsi que nous l'apprend Denys d'Hali- 
carnasse. Mais le mariage avait été con- 
sidéré par Amasis et par ses imitateurs 
•comme une simple question de fait brutal, 
tellement brutal que la loi égyptienne 
encore citée beaucoup plus tard par le 
corpus juris des Romains, déclarait nulle 
toute union matrimoniale, toute prise 
pour femme, comme disent les textes 
égyptiens contemporains, qui n'avait pas 
été suivie de ce que les mêmes textes 
nomment, d'une façon modeste, l'établis- 
ment en qualité de femme, c'est-à-dire 
la consommation physique du mariage ; 
une fois le fait dûment constaté, il im- 
portait peu de savoir sous quelle forme 
l'union avait été d'abord convenue. Ceux 
qui le voulaient pouvaient la faire bénir 
par un prêtre. D'autres — et c'était, à 
quoi poussait le plus le législateur, pou- 
vaient la contracter par une coemptio. Au 
fond, les effets étaient identiques. Ceux 
mêmes qui se passaient de toute formalité, 
de toute cérémonie, se bornant à répondre 
affirmativement à la question du censeur: 
Habesne uxorem. . . » étaient aussi bien 
mariés que les autres ; et c'est pourquoi 
les \ Jurisconsultes romains admettent trois 
origines du mariage : La confarreatio, 



20 Septembre 1901 . 
438 

la coemptio et Yusus. Cet usus lui-même» 
au bout d'un an de possession, donnait 
au possesseur la propriété de la femme 
comme Yusucapion, au bout d'un an de 
possession, lui aurait donné la posses- 
sion de tout autre bien meuble. Le seul 
moyen d'éviter cette possession pour 
la femme était, on le sait, de découcher 
pendant trois nuits. 

En ce qui concerne les enfants, le point 
de vue d'Amasis et des décemvirs était 
identique. 

La mancipation était toujours le grand 
procédé légal pour changer l'état des 
personnes. Le père pouvait vendre ses 
fils et il ne perdait sa puissance sur eux 
qu'aprèsles avoir vendus trois fois, ce qui 
les émancipait. Si celui qui était de par la 
loi un pater familias, en qualité de chef 
de famille pleinement libre de toute 
puissance, n avait en réalité pas de fils, 
il pouvait s'en procurer un par mancipation. 
C'est ce que fit Auguste qui, au dire de 
Suétone, adopta un de ses petits-fils^r 
aes et libram et un autre lege curiata, 
c'est-à-dire par le vieux procédé égypto- 
romain de l'adrogation avec le concours 
du peuple et des dieux, Nous possédons 
également, en droit égyptien, des con- 
trats d'adoption par mancipation datés 
d'Amasis, et qui pour tout le formulaire 
sont identiques aux actes de mancipation. 
La seule différence, c'est que le fils s'y 
vend comme fils, tandis que la femme se 
vend comme servante — mais servante 
épouse, comme c'est de règle pour l'adro- 
gation romaine ; tous les biens du fils 
adoptif passent aussi entre les mains du 
nouveau père. 

J'ai déjà eu Toccasion de rappeler pré- 
cédemment les applications de la manci- 
pation aux nexi d'abord en gages dans 
des créances — nous en avons bon nom- 
bre — puis aliénés dans des ventes et 
auxquels l'intervention du cens quin- 
quennal permettait de revendiquer leur 
liberté. 

Pour toutes les mancipations directes. 
Soit qu'il s'agit de biens meubles ou 
immeubles, soit qu'il s'agît d'ingénus, le 
formulaire général était identique à Rome 
et en Egypte, pour la mancipation con- 
tractée devant le libripens ou le scribe. 

J'aurais maintenant à parler des autres 
emprunts textuels que les décemvirs ont 



N* 944- 



L'INTERMEDIAIRE 



439 



440 — 



faits à Amasis : par exemple, pour les 
actions de la loi, pour le pigiwris capio, 
pour le sacramentum, etc. Cette étude 
complète a été faite par moi dans mon 
cours ; je n'y reviendrai pas ici, car je 
n'en finirais plus. 

Je ne reviendrai pas davantage sur 
l'examen détaillé que j'ai fait de tous les 
fragments, actuellement existants, de 
de la loi des XII tables, en indiquant pour 
chacun quel est le code qu'on a copié, à 
peu près toujours textuellement, c'est- 
à-dire, soit, très souvent, celui de Solon, 
soit, beaucoup plus rarement, celui de 
Lycurgue, soit dans des questions fort 
importantes, le droit macédonien, soit 
surtout, le droit égyptien. 

Qu'il me suffise de dire qu'il n'y a rien 
de romain dans cette législation romaine 
à laquelle on attribuait jusqu'ici une si 
grande importance. Eugène Revillout.(i) 

La blanchisseuse de mademoi- 
selle Audinot, 1788. — Nos jolies 
actrices ont parfois maille à partir avec 
la justice ; c'est un créancier qui les 
poursuit pour des fournitures dont la 
note est restée impayée, souvent à cause 
de son exagération. Les débats de ces 
causes ne sont pas les moins suivis et 
nous vimes plusieurs fois la belle Ottro 
amenerautantd'auditeurs au Palaisqu'aux 
Folies-Bergères. Au xvm e siècle, lesthéa- 
treuses ne furent pas meilleures payeu- 
ses, elles eurent sans doute le même 
succès au prétoire. 

Mademoiselle Eulalie-Josèphe-Audinot, 
fille du îondateur de l'Opéra Comique, 
née en 1759, et qui, depuis 1770 faisait 
partie de la troupe de l'Opéra, fut un 
jour poursuivie par sa blanchisseuse et 
citée à comparaître devant le tribunal 
consulaire. 

« Extrait des registres du 
greffe des juge et con- 
suls des marchands 
établis par le roy à 
Paris. 
« Entre la demoiselle Eulalie Lalanne, 
dite Audinot, pensionnaire de l'Académie 
Royale de musique, demeurant à Paris, 
rue Basse d'Orléans, porte Saint-Denis, 



(1) Le numéro du 10 octobre contiendra un 
appendice qui terminera cette étude. 



où elle fait élection de domicile, deman- 
deresse et comparante par le sieur Gosse, 
fondé de procuration, d'une part ; et la 
dame Mabille, blanchisseuse, demeurant 
à Paris, rue de Bercy, faubourg Saint- 
Antoine ; deffenderesse et comparante en 
personne, d'autre part ; par la dite de- 
manderesse a été dit qu'elle auroit par 
exploit de Bransard, huissier-audiencier 
au Grand Conseil, en date du neuf du 
présent mois et contrôlé à Paris le dix du 
dit mois par Vitart, fait offrir réellement 
et à deniers découverts à la dite deffende- 
resse la somme de quatre vingt-quatre 
livres, savoir soixante-dix-huit livres, 
restant de plus forte somme pour blan- 
chissage de linge, dû à la dite deffende- 
resse par la dite demanderesse et six 
livres pour frais. » 

L'opposition sur le traitement de l'ac- 
trice avait été laite le 29 juillet 1788, à 
la requête de la blanchisseuse, entre les 
mains du sieur Prieur, caissier de l'Opéra, 
demeurant à Paris, rue Saint-Nicaise. 

Le livre de blanchissage est joint à la 
procédure ; nous en copions une page : 

« Livre de blanchissage commencé le 
6 janvier 1787. 
6 chemises 18 sols 

5 mouchoirs 5 » 

4 fichus 8 » 

3 camisoles 18 « 
1 mouchoir 1 >* 

4 jupons 1 L. 4 » 
1 jupon piqué 6 » 
1 peignoir 10 » 
1 chemise de fauteuil 6 » 

1 p. de poche 3 « 

2 taies d'oreiller 12 <>< 
2 paire de draps 12 » 
1 nappe damassé 6 » 
1 » » 6 » 

\2 serviettes 12 »• 

83 » communes 4L. 3 » 
1 jupon garni, 1 paire 
de bas 8 » 

1 1 L. 18 sols 
L'original se trouve aux Archives de la 
Seine, Tribunal consulaire, faillites, Reg. 
4650. H. Vial. 



Le Directeur-gérant : G. MONTORGUEIL. 
lmp. Daniel-Chambon St-Amand-Mont-Rond, 



XL1V' Volume Paraissant ies 10, 20 et 10 de chaque mois. 30 Septembre 1901. 



N"J)45 
31 , w " r. Victor Massé 

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31 ^,1'. Victor Massé 
PAIMS (I.VJ 

Bureaux : de 2 à 4 heures 



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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS BT REPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



441 



442 



(âueôiïoits 



Montesquieu a-t il jamais fait 
appliquer la torture ? — Je causais 
avec un des esprits les plus fins et les 
plus élevés de ce temps, des Pensées et 
fragments inédits de Montesquieu qui 
viennent d'être édités à Bordeaux. Et mon 
ami me disait: — S'est-on jamais demandé 
si, dans sa carrière de magistrat, le pré- 
sident Montesquieu a fait appliquer la 
torture ? 

Question troublante et intéressante entre 
toutes. Montesquieu a écrit : « Quant à mon 
métier de président, j'avais le cœur très 
froid » . 

Je pose, à mon tour, aux érudits de 
V 'Intermédiaire ,1a question (qui n'est point 
barbare, celle-là). Ego. 

Gaborria. — Gaborria était imprimeur 
à Bruxelles, en 189). Il prenait le titre 
& Imprimeur des armées du Nord et de 
Sambre- et- Meuse. Où pourrait-on trouver 
des renseignements sur sa carrière? 

R. B. 

Couronne de Juliet. — Le comte 
Laborde a publié en 1845 des Lettres sur 
Torganisation des bibliothèques dans Paris. 
La première de ces lettres porte un titre 
encadré de fleurs, dessin de Français, 
gravure sur bois de Smith, en haut un 
amour porte une banderole sur laquelle 
on lit : Couronne de Juliet. Qu'est-ce que 
cela veut dire ? César Birotteau. 



Après-midi. — De quel genre est ce 
mot ? La plupart des écrivains modernes 
le font masculin, ce qui me semble con- 
traire au sain langage. Marcel Prévost 
{Les vierge fortes : Fre'de'rique, page 423, 
ligne 4) le fait féminin. Qui a raison? 

TOUBIB-EL-SRIR. 

Cf. T. G. 52. 

Dernières paroles du Christ. — 

)'ai posé à propos du Talmud une ques- 
tion à laquelle M Ledrain a bien voulu 
répondre d'une façon catégorique. Comme 
question accessoire, je disais « les der- 
nières paroles du Sauveur sur la croix 
étaient non de l'hébreu, mais de l'araméen, 
le plus dur des dialectes syriaques,^<3/ïn/- 
il ? Ces derniers mots montraient que sur 
ce point comme sur les autres, je désirais 
être renseigné, quoi qu'en dise M.Révil- 
lout, que je n'entendais rien aborder ni 
trancher rapidement. A cette question 
accessoire M. Ledrain, si compétent dans 
la matière, ne répond pas. M. Révillout 
répond évasivement ; d'autres collabora- 
teurs semblent douter. La question est 
cependant intéressante, même au point 
de vue général, et je suis étonné que les 
hébraïsants ne puissent me répondre. Je 
renouvelle donc formellement cette ques- 
tion. Les mots : 

Eli lamma sabakbtani 
sont-ils des mots hébreux ou des mots 
araméens ? 

C'est en me livrant à des études sur le 
grec du Nouveau Testament que j'ai 
trouvé ce qui suit dans les importants 

XL1V-8 



N'945- 



L INTERMEDIAIRE 



443 



ouvrages 



de l'abbé Viteau (Bouillon, 

i8 9 3)- 
Le mot araméen vient de Aram qui, dans 

son sens géographique, désigne ce que nous 

appelons la Syrie. C'est de toutes les langues 

sémitiques la plus rude et la plus pauvre... 

L'araméen de la Bible... s'écrit avec les 
caractères ordinaires de l'hébreu tandis 
que le syriaque a une écriture particulière. 

La période de transition de l'hébreu à 
l'araméen est marquée par les livrescanoniques 
d'Esdras et de Daniel écrits, partie en hébreu, 
partie en araméen. Au temps de Jésus-Christ, 
l'araméen était la langue généralement parlée 
en Palestine, comme le prouvent les mots 
araméens rapportés dans le Nouveau Testament 
«Çca axe/ôa/xà;, yaSSaôa yo/yodâ tofxdù 
xopSaveci, [xtx.pfj.avKi popà-j àdy., et les noms de 
personne comme Kvjpa,-, Mà/s0a et les nom- 
breux noms composés avec j3xp ; Les paroles 
de Tcsus-Christ sur la croix. L'hébreu n'était 



en 
de 
au 



plus compris du peuple ; on lui traduisait 
araméen, verset par verset, les passages 
l'ancien testament qu'on lisait en hébreu 
service religieux de la synagogue. 

Et l'abbé Viteau renvoie à lagrammaire 
hébraïque de Pieis-weik et à la grammaire 
chaldaïque de IViner. Il ajoute en note : 
Le dialecte araméen existe encore en Syrie. A 
Malula près de Damas, nous trouvons non sans 
étonnement des restes de l'araméen que Jésus 
Christ parlait à 150 milles de là [Palestine 
Exploration Fund quaterly Statement 1890 
P- 74). 

Les réponses auxquelles j'ai fait allu- 
sion plus haut semblent contredire les 
affirmations bien nettes de l'abbé Viteau. 
Je demande donc formellement si l'ara- 
méen était bien la langue du Christ comme 
cela parait certain ? 

Et s'il en était ainsi, pourquoi, dans un 
moment suprême comme celui de la mort, 
aurait-il parlé un autre langage que le 
sien, ce qui est incompatible avec un cri 
de désespoir ? 

Enfin, quoi qu'il en soit, a-t-il oui ou 
nojt poussé ce dernier cri en hébreu ou en 
araméen ? 

Il n'est pas admissible que dans l'état 
actuel de la science, cette question reste 
sans réponse. 

Paul Argelès. 



Armoiries remontant à 1 769. — 

On demande des indications au sujet de 
ces armoiries, qui peuvent se blasonner 
ainsi : D'or (ou d'argent), au pal bretessé(?) 
d'azur, — au chef d'azur, chargé de 3 étoi- 



444 • 

Au bas, une 



croix de Saint- 



les d'or. 
Louis. 

Un croquis existe au bureau du jour- 
nal. H. de R. 

Ordre de l'Eperon d'or. — Le gra- 
veur Pierre-Louis Surugue mort en 1772, 
membre de l'Académie royale, s'intitulait 
comte de Latran et chevalier de l'Eperon 
d'or. Quel était cet ordre dont il me sem- 
blait que Y Intermédiaire s'est déjà occupé, 
ce que je ne retrouve pas ? 

J.-C.Wigg. 

Duvillard de Durand. — On serait 
heureux de connaître les documents di- 
vers intéressant le personnage ci-dessous 
( œuvres, biographie, portraits principa- 
lement) : 

Duvillard de Durand (Emmanuel-EtienneJ 
né à Genève en 1755, mort à Paris en 
1832. 

Employé de la Trésorerie Générale à 
Paris en 1775. Attaché à la première Com- 
pagnie française d'Assurances sur la Vie, 
la « Compagnie Royale d'Assurances » 

(I787)- 

Membre associé de l'Institut de France, 

section d'Economie politique. Membre des 
académies de Saint-Pétersbourg et de 
Harlem. 

Député au Corps Législatif, sous le 
Consulat, d'abord du département du 
Léman, puis de la Seine (an VIII, an 

XI >- 

A dû être chargé de la statistique géné- 
rale de la France, puis prendre sa retraite 
à Montmorency. 

Ouvrages : Recherches sur les Rentes, 
les Emprunts et les Remboursements ; 
Analyse et tableaux de l'influence de la 
petite vérole sur la mortalité, etc., etc. 

G. H. 

Jean Châtel — Jean Châtel, auteur 
d'un attentat contre Henri IV, appartenait 
à une bonne famille bourgeoise de Paris ; 
pourrait-on avoir quelques renseigne- 
ments sur lui et sur sa famille ? 

J. L. L. 

* 

Sophie Arnould, déesse de la Rai- 
son. — }'ai lu dans des Souvenirs de M. A. 
de Mazade, cousin de l'académicien, qu'on 
voit encore à l'abbaye de Royaumont 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



445 



les restes d'un petit théâtre où Sophie 
Arnould chanta, pendant la Terreur, en 
Déesse de la Raison. 

Je n'ai trouvé le fait, ni chez les Gon- 
court, ni chez les autres biographes de la 
célèbre actrice. En tout cas, il me paraît 
bien invraisemblable, et il serait intéres- 
sant de savoir quelle peut en être l'ori- 



gine. 



D'E 



Un Biré 

moires de M rae 
lent d'un Biré 



à identifier — Les Me- 
ut la Rochejacquelein par- 
gouverneur des petits Mei- 
gnan de l'Ecorce, fusillés, en pleine insur- 
rection vendéenne, à l'âge de 9 et 12 ans, 
et qui le fut lui-même, 

L'écrivain de ce nom, notre contempo- 
rain, a-t-il des liens de parenté avec cette 
victime de nos guerres civiles ? 

Alpha. 



Le citoyen Aristide François. — 

Le 30 avril 1848, George Sand écrivait 
au citoyen Aristide François une très cu- 
rieuse épîtredans laquelle elle déclare ces- 
ser son journal la Cause du peuple, parce 
qu'elle n'a plus d'argent. Elle ne sait si 
on est au commencement ou à la fin de 
la république, mais elle est décidée à ne 
pas survivre à son idéal. « Le peuple et 
moi, nous périrons matériellement ensem- 
ble comme nous avons vécu moralement.» 
Il s'en faut de beaucoup qu'elle rédige le 
Bulletin de Ledru-Rollin, mais j'accepte, 
dit-elle, jusqu'à tous les actes de cet 
homme dévoué et sincère » 

Je possède une lettre autographe du ci- 
toyen Aristide François, datée du 2 avril 
1848 et adressée au rédacteur du Siècle, 
dans laquelle il lui en /oie un exemplaire 
de sa Profession defoicomme. candidatà la 
députation. Il proteste contre l'article 22 
de l'instruction du Gouvernement provi- 
soire pour l'exécution du décret du 5 mars 
1848, relatif aux élections générales. Sa si- 
gnature est suivie de cette mention : Pré- 
sident des comités électoraux communal 
et cantonal de Meulan. 

Que sait-on sur le citoyen Aristide 
François ? Paul Pinson. 

Un comte de Bismark — Le Bismark 
qui, sous l'empereur Napoléon le Grand, 
servait dans l'armée française et, pendant 
la campagne de Russie, fut chargé par le 



30 Septembre 1901 . 

446 

maréchalNey du commandement de l'ex- 
trême avant-garde du troisième corps 
d'armée, était-il le père du fauteur de la 
guerre de 1870 contre la France? 

A. S. 



L'Emilie de Dumoustier. — Je se- 
rais très satisfait d'apprendre quel était le 
nom de famille de l'Emilie à laquelle Du- 
moustier dédia ses fameuses Lettres sur 
la mythologie. 

Ce nom, je l'ai vainementcherché et 
compte sur l'obligeance de nos aimables 
collaborateurs pourme venir en aide. 

Indoctus. 



Imprimerie nouvelle et univer- 
selle. — En 1693, Ant. Chrétien fils, 
imprimeur et libraire à Paris, obtint du 
roi un privilège « pour les nouveaux ca- 
« ractères de l'imprimerie nouvelle et uni- 
« verselle inventée par le Rév. P. Franc. 
« de Mauléon ». Qu'est-ce que c'était que 
cette imprimerie nouvelle ? 

CÉSAR BlROTTEAU. 



Société patriotique Bretonne. — 

Dans un certificat de noblesse délivré par 
d'Hozier,en 1787 (Bibliot. nat. Mss. cabi- 
net des titres, Nouveau d'Hozier), il est 
parlé d'une société patriotique Bretonne. 
Je serais heureux d'avoir des rensei- 
gnements sommaires sur cette associa- 
tion, l'époque et le but de sa formation, etc. 

E. M. 



Société du bout du banc. — Sait- 
on pourquoi M lle Quinault du Frêne (1700- 
1783) avait donné à la société qui se réu- 
nissait chez elle, et où figuraient Moncrif, 
Crébillon fils, l'abbé de Voisenon, etc., le 
nom de Société du bout du banc ? Cette 
société a-t-elle survécu à sa fondatrice ? 

C. DE LA BENOTTE. 



Ouvrages sur les villes d'eau et 
de jeu d'autrefois. — On demande à 
connaître les ouvrages qui contiennent 
des anecdotes sur les villes d'eau des 
bords du Rhin, dans lesquelles on jouait 
autrefois et où le jeu est aujourd'hui dé- 
fendu. M. 



N'945-) 



L'INTERMEDIAIRE 



447 



448 



Sirènes et Tritoimesses. —D'après 
la mythologie, la Sirène est une divinité 
terrestre vivant sur le bord de l'eau, ayant 
soit une tête, soit un buste de femme avec 
un corps à' oiseau et des ailes. — LaTri- 
tonnesse, au contraire, divinité marine, a 
un corpsde femme et une queue de poisson. 
C'est à elle qu'on peut appliquer le 

Desin il in piscem 

De quand date l'erreur aujourd'hui 
presque universellement adoptée ( La- 
rousse) qui confond la Tritonnesse avec la 
Sirène ?Je dois reconnaître cependant que 
Bouillet et Grégoire donnent une descrip- 
tion exacte des Sirènes ? J. G. B. 

Raparliar. — Quelque bienveillant 
lecteur pourrait-il me renseigner sur cette 
famille essentiellement française, qui a 
fait souche en Belgique, mais dont le 
nom est porté par un seul, de nos jours. 
Le premier Raparlier connu est Antoine 
Raparlier ou de la Raparlier, ex Gallia, dit 
l'acte de baptême de 1745 ; il s'est marié à 
une flamande, mais pour bien marquer 
son origine française, il traduit son nom 
flamand en français. Cela est formelle- 
ment attesté par des actes de baptême. 
On ignore où il s'est marié aveci?. 
Uj'ttenhoeke, native de Menin (frontière 
française). Dans la suite, il devint %< Bour- 
geois » de Thielt (Belgique), je crois ces 
Raparlier originaires d'Arras 0.1 de Bons 
en Normandie ? (Comment sont-ils venus 
échouer dans le pays belge ?). 

Puis-je espérer la complaisance d'un 
lecteur pour m'aider, le cas échéant, dans 
mes recherches ? A. L. C. 

Deux tableaux de la famille Ja- 
cobsen à retrouver. — En 1786, un 
pharmacien de Dunkerque nommé Arden, 
Pierre-Joseph, avait chez lui deux tableaux 
peints sur bois, représentant les douze 
enfants réunis de l'amiral Michel Jacob- 
sen ; l'un de ces tableaux représentait 
l'amiral avec ses sept enfants mâles, dont 
deux revêtus de la robe de l'ordre de Saint- 
Dominique. Sur l'autre tableau figuraient 
la femme de l'amiral née Weus et ses 
cinq filles. Tous les enfants étaient à ge- 
noux, les sept garçons à côté du père et 
les filles auprès de la mère, les mains 
jointes. L'amiral, décoré du collier de 
l'ordre de Saint-Jacques, ainsi que sa 



femme, étaient également à genoux. A 
côté d'eux, l'on voyait leurs armes. Pour 
Jacobsen, l'écu était : d'açut, à la fasce 
ondée d'or, en chef un compas de même, et en 
pointe, un sabre en pal aussi d'or. Les ar- 
moiries de sa femme étaient de gueules, 
à trois harengs couronnés, posés de fasce. 

C'est en vain que l'un de nos dévoués 
confrères a fait des recherches pour re- 
trouver à Dunkerque ces deux peintures 
sur bois. Il me semble probable qu'elles 
devaient couvrir les volets d'un trvptique 
ornant, dans l'église de Dunkerque, la 
chapelle dans laquelle se trouvait le ca- 
veau des Jacobsen. En 1782, lors de 
l'exhumation des morts ensevelis dans 
l'église Saint-Eloi, ce tryptiquc auquel 
manque la partie centrale ( aura été enlevé 
ou volé, et un amateur aura pu en sauver 
la partie offrant un intérêt historique. Je 
serais heureux d'apprendre que ces deux 
tableaux existent encore. Il est fort possi- 
ble qu'à la première Révolution ils soient 
passés en Belgique et figurent aujourd'hui 
dans un musée ou une collection particu- 
lière. E. M. 



Strindberg.-- «Je désirerais connaî- 
tre : 

i° les ouvrages de Strindberg, parus 
en français avec le nom de l'éditeur. 

2 les ouvrages de critique ou de bio- 
graphie traitant exclusivement ou par- 
tiellement de l'œuvre de Strindberg. 

3 les articles de revues ou de journaux 
traitant du même sujet. 

A. Monnier. 



Termes d'objets mobiliers. — 

Qu'appelait-on des doubliers? 

Cela semble faire partie du linge ou 
des couvertures pour un lit. Qu'était-ce 
qu'un cabriolet, avec ou sans coussins, 
appartenant au mobilier d'une chambre ? 

Ces termes se trouvent dans un inven« 
taire fait en 1802. 

Il y est encore question de barres ou 
cpées de table, de marabous (sic), toujours 
dans les objets mobiliers, et aussi de deux 
coussins cramoisis garnis de quatre porte- 
mofitres. 

Je n'ai aucune idée de ce que cela doit 
être. C. de la Benotte. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Septembre 1901 



449 



450 



BipoitôCô 



Il sera répondu directement par lettre 
à ceux de nos correspondants qui deman- 
dent des informations sur des questions 
de famille ou d'un intérêt purement per- 
sonnel. 

Les Archives du maréchal-prince 
de Rohan-Soubise (XLI1I). — Il en est 
une partie, qui est conservée tout simple- 
ment aux Archives nationales, dans son 
ancien hôtel . Ce sont celles qui concer- 
nent une des baronnies qui lui apparte- 
naient, venant des Melun d'Espinoy, et 
auparavant des Chabot de Rohan, celle 
de Montlieu en Saintonge. Elles sont 
rangées Sect.-Judic. cartons 0. 126, 127, 
et 128, avec 12 registres de terriers, 
censifs et aveux. 

j'ignore si les papiers de la famille s'y 
trouvent aussi ; peut-être auraient-ils 
passé au prince de Condé, petit-fils du 
maréchal, et de celui-ci au duc d'Aumale, 
plutôt qu'aux descendants du prince de 
Rohan-Guéménée, son autre petit-fils, 
émigrés en Bohême, et non revenus en 
France. 

Je ne crois pas que les titres de Paris 
aient été brûlés, comme ceux de province, 
car la succession du prince de Soubise, 
fort embrouillée et obérée, avait été con- 
fiée par la Convention, de concert avec 
lescréanciers, au citoyen Dutertre Véteuil 
(7 juillet 1793), puis remise aux Domaines 
nationaux (21 messidor an 2). Il est pro- 
bable qu'on a conservé les archives, au 
moins pour la vérification des titres et 
créances, et qu'ensuite on n'a plus songé 
à se conformer au décret qui ordonnait 
leur destruction, puisque j'ai pu retrouver 
aux archives celles qui m'intéressaient 
pour l'histoire du pays que j'habite. Ce 
serait donc une chance de pouvoir ainsi 
retrouver les archives de Rohan-Soubise, 
et en même temps celles des Lévis Venta- 
dour, aussi recherchées (XLI, 713, 848, 
929J. D< Vigen. 

Droit seigneurial dénoncé dans 
la nuit du 4 août (XLIII ; XLIV, 13,26, 
241, 406). — Cette sentence a été rendue 
en audience du sénéchal d'Aquitaine 



mercredi 13 e jour du mois de juillet de 
l'année 1302. 

Voici la charte et statut du droit de pré- 
mices et de déflorement que le seigneur de la 
terre et seigneurie de Blanquefort a et doit 
avoir sur toutes et chacune des filles non- 
nobles qui se marient en la dite seigneurie, 
le premier jour de leurs noces. 

11 est reconnu que de tout temps, de droit 
et par la coutume ancienne, le puissant sei- 
gneur de la terre et seigneurie de Blanquefor t, 
Talhan, Cantenac, Margaux et autres a le 
droit de prémices et de déflorement sur toutes 
et chacune des filles non-nobles qui se ma- 
rient en la dite terre et seigneurie de Blanque- 
fort et autres terres ci-dessus dénommées, le 
premier jour de leurs noces, en présence du 
mari tenant la chemise [una camd) de la 
mariée, pendant que le dit seigneur prendra 
le droit le premier et fera le déflorement ; et le 
dit déflorement fait, le dit seigneur ne peut 
plus toucher la dite mariée et la laissera au 
mari. 

Et attendu qu'au mois de mai dernier 
Catherine de Goscarolle, de la paroisse dudit 
Cantenac s'est mariée à Guillaume de Becarrou 
le jeune, défenderesse au susdit droit d'une 
part et le dit seigneur également demandeur 
en réparation et châtiment contre le dit Becar- 
rou aussi défendeur pour s'être opposé au dit 
droit, encore d'autre part et a été cité devant 
la Cour royale (senescala) par la clameur cri- 
minelle dudit seigneur en royaume de Duras- 
fort; après les informations, enquêtes par 
écrit et par tourbe de témoins et autres me- 
sures requises par les parties, la Cour a dit et 
déclaré le dit seigneur être fondé en droit et 
en raison et par coutume ancienne, d'avoir et 
pu prendre les prémices et faire le déflorement 
le premier jour des noces sur toutes et chacune 
des filles non-nobles qui se marient en la dite 
terre et seigneurie de Blanquefort et autres 
dépendances, en présence du mari tenant la 
chemise de la mariée, pendant que ledit sei- 
gneur prendra les dites prémices et fera le déflo- 
rement et cela fait le dit seigneur ne pourra 
plus toucher la mariée, mais devra la laisser 
au mari et pour les raisons ci-dessus déduites 
la dite Cour a condamné et condamne la dite 
Catherine de Goscarolle et le dit Guillaume 
de Becarrou le jeune, à obéir au dit seigneur 
pour lui permettre de prendre son droit en la 
manière susdite et attendu que par son refus 
le dit Guillaume avait porté atteinte au droit 
du dit seigneur la dite Cour l'a condamné à 
faire amende honorable envers ledit seigneur, 
à lui demander grâce, un genou en terre, la 
tête nue, les mains étendues en croix sur la 
poitrine, en présence de tous ceux qui 
avaient assisté aux noces et de plus la dite 
Cour a ordonné que pour bien établir le 
droit susdit la présente sentence servira 



N«945. 



L'INTERMEDIAIRE 



451 



452 



de loi et de statut tant pour le temps 
présent que pour l'avenir autorisant le dit 
seigneur à la faire proclamer et publier soit 
par notaire royal, soit par un crieur public 
au devant de la porte de l'église dudit Cante- 
nac à la sortie de la messe paroissiale et par 
toute l'étendue de la dite seigneurie de Blan- 
quef rt et autres terres et de faire dresser acte 
delà proclamation, comme il lui plaira. 

Extrait du Voyage agricole botanique et 
pittoresque fait dans une partie des Landes 
de Lot-et-Garonne et de la Gironde par M. 
de Saint-Amant. 

Annales des Voyages par Malte-Brun, 
cahier 52, tome 18(1812) page 61. 

Armoiries de Gaullier (XLIV, 163, 
289). — Les familles Gaullier de la Gran- 
dière et Gaullier des Bordes, n'ont au- 
cun lien de parenté avec moi. 

Je puis justifier mes armes (V. n° du 
30 août 1 901), étant en possession des 
lettres patentes qui m'y donnent droit. 

Gaullier. 

Devises héraldiques les plus or- 
gueilleuses (XLIV, 51, 179, 293, 344). 
— Non certes. je ne pense pas plus que le 
comte George qu'il nous est défendu de 
nous occuper de ce dont s'occupe Larousse ; 
mais je crois qu'il est dans notre intérêt 
à tous, el pour éviter de bien inutiles re- 
dites, de signaler les articles du Larousse 
et des autres sources banales, lorsque ces 
articles répondent aussi abondamment 
que cette fois-ci à la question posée par 
un de nous. Je crois aussi qu'il y aurait 
grand intérêt, avant de poser une ques- 
tion très générale, à consulter tout 
d'abord les dites sources banales et à si- 
gnaler qu'elles n'ont pas suffi à nous ti- 
rer d'embarras. Les recherches alors ne 
s'égareraient pas sur un terrain déjà ex- 
ploré. En outre, il est certain qu'un bon 
quart des questions se trouveraient élimi- 
nées par ce filtrage préalable, et ce serait 
autant de gagné pour les sujets inédits ou 
restés obscurs jusque-là. 

G. DE FONTENAY. 

* 
* * 

Qu'il me soit permis d'en ajouter en- 
core deux, qui surpassent peut-être toutes 
les autres : Celles des armes parlantes de 
l'ancienne maison souveraine des O'Neill 
qui est : Capelo. Solo. Salo Potentes — 
(Puissants aux cieux, sur terre et sur mer) 



et celle de l'ancienne maison ducale en 
Espagne, la famille Guiro{, qui dit Des- 
pues de Dios la Casa de Guiroç (Après 
Dieu vient la maison de Guiroz. 

Comte Georges. 



• * 



Re ou res (en langue d'oe il n'existe 
pas d'e muet) que Dm ne signifie pas : Roi 
que Dieu, mais Rien que Dieu. Roi que Dieu 
se dirait Rev que Diu. B.-F. 



* 
* * 



Je lis dans la Clef des Caractbcsde la 
Bruyère: 

Le comte de Tonnerre, premier gentil- 
homme de lachambre de feu Monsieur, de la 
maison des comtes de Tonnerre-Clermont, por- 
tait autrefois pour arme un soleil au-dessus 
d'une montagne. 

Mais depuis qu'en l'an 1223, un comte de 
cette maison rétablit le pape Calixte II sur 
son trône, ce pape a donné pour armes à cette 
maison, deux clefs d'argent en sautoir, qu'elle 
porte présentement, et quand un comte de 
cette maison se trouve à Rome, lors de quel- 
que couronnement de Pape, au lieu que tout 
le monde lui va baiser les pieds, lui se met 
à côté, tire son épée, et dit : Et si omnes ego 
non. 

Et c'est là la devise de cette maison. 

F. PlNGENET. 

Deux ordres allemands (XLIV, 217, 
342, 398). — L'ordre chapitrai dit: de 
l'ancienne noblesse, fut fondé dans l'empire 
d'Allemagne en 1308. M, Bouclet de Pré- 
ville le mentionne seulement dans son 
catalogue des ordres, sans donner d'autres 
indications. 

Cet ordre de chevalerie a disparu 
comme presque tous les ordres fondés au 
moyen-âge. 

En 1768, un « prince de (Holstein-Lim- 
bourg» ( ?) fonda dans les duchés de Lim- 
bourg-Luxembourg, un ordre de cheva- 
lerie, auquel il donna le nom de l'ordre 
de 1 ancienne noblesse, autrement dit :des 
Quatre-Empereurs, nommé ainsi, en sou- 
venir de Henri Vil, Charles IV, Venceslas 
etSigismond, empereurs d'Allemagne sortis 
de la maison de Luxembourg, dont il pré- 
tendait descendre. 

Pour augmenter le prestige et l'impor- 
tance de cette institution, il fonda en ou- 
tre un autre ordre de chevalerie, dit : 
l'ordre du Lion de Holstein-Limbourg, 
qu'il affilia à l'ordre précédemment fondé 
des Quatre-Empereurs ; nous croyons que 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Septembre 1901, 



453 



454 



depuis ce remaniement, les deux ordres 
n'en firent qu'un, et que l'on appela éga- 
lement : l'ordre du Mérite du Lion de 
Holstein-Limbourg-Luxembourg. 

Cet ordre, à son origine, devait être 
exclusivement nobiliaire, destiné à récom- 
penser les mérites et les services rendus 
par des gentilshommes de tous les pays. 

Avec le temps, il fut conféré avec une 
facilité et une profusion extrêmes, on ne 
regardait même plus si le postulant était 
gentilhomme ou non ; pour l'obtenir, il 
suffisait d'en faire la demande et surtout 
de payer une certaine somme d'argent, 
d'ailleurs peu importante. 

Les membres de cet ordre étaient divi- 
sés en trois classes : grands croix, com- 
mandeurs et chevaliers ; la décoration se 
portait sur un ruban moiré rouge, liséré 

jaune d'or. 

Comme toutes les institutions de 1 an- 
cien régime, cet ordre fut emporté par les 
'événements qui bouleversèrent les pays 
d'outre - Rhin, pendant la Révolution 
française. 

Seulement, après 181 5, cet ordre fut 
rétabli et, un prince de la maison de 
Saxe, on ne dit pas lequel, fut élu, dit-on, 
en 1818, Grand-Maître de l'ordre, et le 
lieutenant du magistère, son çoadjuteur, 
s'arrogea le droit de conférer cette décora- 
tion, moyennant finance, aux nombreux 
vaniteux qui en faisaient la demande; 
pour quelques écus on en obtenait le 
brevet. C'est ainsi qu'il se trouvait en 
France, à un moment donné, de nombreux 
chevaliers de cet ordre problématique. 

Il faut admettre que l'ordre des Quatre 
Empereurs et du Lion de Limbourg 
n'était pas le seul ordre problématique, 
conféré en profusion aux nombreux pos- 
tulants, car la quantité de ces décorés 
devint tellement nombreuse, qu elle causa 
un véritable scandale et donna naissance 
à une ordonnance royale, du 16 août 1824, 
publiée au Moniteur Universel du 18 
août suivantpar laquelle le roi Louis XVIII 
déclara : 

qu'étant informé que plusieurs de nos su- 
jets se décorent des insignes de divers ordres, 
que nous ne leur avons pas conférés, ou pour 
lesquels ils n'ont pas obtenu de nous l'auto- 
risation nécessaire, afin d'accepter et de por- 
ter les décorations par des souverains étrangers 
et voulant faire cesser les désordres qui en 
résultent ; 



Ordonnons : que toutes les décorations ou 
ordres, quelles qu'en soient les dénominations 
ou la forme, qui n'auraient pas été conférés 
par nous ou par les souverains étrangers, sont 
déclarés illégalement et abusivement obte- 
nus, et il est enjoint à ceux qui les portent 
de les déposer à l'instant. 

En outre, la même ordonnance sou- 
mettait toutes les demandes d'autorisa- 
tion de port des ordres conférés par des 
souverains étrangers, à l'autorité de la 
Grande Chancellerie de la Légion d'hon- 
neur et établissait les peinesles plus sévè- 
res contre les délinquants. 

Evidemment, cette ordonnance royale 
visait spécialement les décorations de 
provenance problématique, et non point 
celles qui avaient été conférées régulière- 
ment par des souverains étrangers, pour 
lesquelles une demande d'autorisation 
était seulement exigée. Cette ordonnance 
royale eut naturellement son effet, mais 
pas immédiat cependant, ca-r on voyait 
encore du temps de Louis-Philippe, voire 
sous le second Empire, des gens s'affu- 
bler des décorations de fantaisie et par 
conséquent prohibées. 

Et en effet, le conseil des ordres réunis 
des Quatre-Empereurs et du Mérite du 
Lion de Holstein-Limbourg-Luxembourg 
{sic) fut appelé de nouveau à élire un chef, 
ayant titre de Lieutenant-Grand-Maitre, 
primicier des ordres réunis, et il nomma 
à cette dignité un certain Alexandre, se di- 
sant prince de Gonzague-Castiglione, duc 
régnant de Mantoue, comte de Mourzy- 
nowski, etc., mais ce prétendu prince, 
ayant été condamné le 7 juillet 1853 en 
police correctionnelle à Paris, pour faits 
d'escroquerie, à trois années de prison et 
3,000 francs d'amende, ces ordres réunis 
disparurent avec lui et l'on n'en a plus 
entendu parler. 

Le pseudo-prince de Gonzague n'était 
qu'un vulgaire aventurier, dont l'état- 
civil n'a jamais pu être dûment établi ; un 
moment on a cru voir en lui un certain 
Mourzynowski, dont il portait d'ailleurs 
le nom dans sa titulature, mais il a été 
démontré depuis qu'il ■ n'était pas plus 
Mourzynowski qu'il n'était prince de 
Gonzague et duc de Mantoue. 

Cet étrange procès, dont la procédure 
est reproduite dans les n oâ des 7 et 8 août 
1853, de la Galette des Tribunaux, révèle 
des faits extrêmement curieux. Il y est 



N'945-J 



L'INTERMEDIAIRE 



455 



naturellement souvent question de nom- 
breux ordres de chevalerie dont cet aven- 
turier prétendait être le Grand-Maître, 
et par conséquent, il y est question de 
ceux des Quatre Empereurs et du Lion de 
Holstein. C- dernier ordre y est toujours 
nommé : ordre du Lion de Holstein, et 
non de « Holstein-Limbourg-Luxem- 
bourg». 

Dans son réqu : sitoire,M. Dupré-Lassale, 
substitut, dit, en parlant de ces deux 
ordres et de celui du « Dévouement », 
dont le soi-disant prince de Gonzague se 
disait également Grand-Maitre, "que : 
« L'ordre des Quatre Empereurs, du Lion 
« de Holstein et celui du Dévouement ne 
« sont que des créations d'associations 
« laïques, de confréries privées ; ces 
« ordres se donnaient à l'élection et 
» jamais une maison souveraine ne les a 
« conférés à personne ». 

Il faut dire encore que ces ordres ne 
sont seulement pas mentionnés dans 
les très nombreux ouvrages qui trai- 
tent les questions des ordres de chevale- 
rie. Les auteurs qui, en cette matière, font 
autorité, tels que : M. Schultze, Max 
Gritzner et bien d'autres, n'en font guère 
mention, ce qui est une preuve évidente 
selon nous, que de tout temps, ces ordres 
étaient regardés comme des décorations 
de pure fantaisie. 

Pour en revenir au fondateur de l'or- 
dre des Quatre Empereurs et du Lion de 
Limbourg, ce prince « de Holstein-Lim- 
bourg » dont on ne cite même pas le nom 
de baptême, nous nous demandons s'il 
a jamais existé ? et s'il a existé, en effet, 
n'était-il pas un simple aventurier, car 
aucune généalogie de la maison de Hols- 
tein ne fait guère mention d'un prince 
de cette maison, qui, à la moitié du xviu e 
siècle aurait porté le titre de prince de 
« Holstein-Limbourg ». La principauté de 
Limbourg n'était jamais entrée, croyons- 
nous, dans les possessions de la maison 
de Holstein ; on connaît parfaitement son 
histoire et les phases par lesquelles cette 
principauté avait passé, donc il nous pa- 
raît admissible que ce prince de Holstein- 
Limbourg n'était qu'un précurseur du 
pseudo-prince de Gonzague, déjà nommé, 
de la prétendue princesse de Lusignan 

de l'ex-princc Laforge de Vitenval, qui, 



- 456 



et 

eu; 

1er 



x aussi, fondaient des ordres de cheva- 
ie et écoulaient leur ferblanterie contre 



argent monnayé, à de nombreux vani- 
teux, car il ne faut pas oublier que la 
bêtise humaine est éternelle, et le nombre 
des imbéciles illimité. 

Je serais bien aise si quelqu'un de mes 
érudits collaborateurs voulait bien m'ai- 
der à retrouver ce « Prince de Holstein- 
Limbourg » qui m'intrigue beaucoup, je 
l'avoue, et dont je ne puis savoir les tra- 
ces nulle part, d'autant que dans la pro- 
cédure du procès Gonzague-Mourzynowski 
il n'a pas été question ni du prince de 
Holstein-Limbourg, fondateur de l'Ordre, 
ni d'un prince de la maison de Saxe, qui, 
en 18 18, en aurait été le Grand-Maître. 

Duc Job. 

Le blason de la ville de Paris 
décrée (XLII ; XLI1I; XLIV,6 4 )._ Ilest 
incontestable que la science héroïque ou 
plus exactement l'art héraldique va cha- 
que jour déclinant, et il faut avoir le cou- 
rage d'expliquer les causes de ce déclin et 
d'en chercher le remède. 

L'héraldique est une antique, solennelle 
et vénérable personne dont la fortune 
à son apogée au xv e siècle, perdit de sa 
splendeur à partir du xvi e siècle en se 
macaronisant sous l'influence de la fa- 
meuse Renaissance italienne. 

En notre époque de défense nationa- 
liste, nous devrions particulièrement dé- 
fendre les emblèmes historiques français 
si noblement beaux, qui servirent, autre- 
fois, hélas ! de modèles aux artistes des 
autres nations. Certes, l'héraldique a dû 
traverser bien des époques mauvaises. 
Avec la Renaissance, commence la déroga- 
tion, non pas aux règles strictes du bla- 
son, mais au bon goût ; le caractère hé- 
roïque dans le décoratif s'efface et l'on 
voit poindre la tendance des artistes à 
faire nature les animaux de l'écu, tandis 
que les casques ridiculement prétintaillés 
deviennent casques « Opéra-Comique ». 

Jusqu'ici le mal n'est pas trop grand, 
mais arrive la fin du xvn e siècle avec son 
cortège de bureaux, de charges, de com- 
mis ; le bourgeois-gentilhomme devient 
pour les traitants et sous-traitants de 
l'Edit de 1696, la bonne bête à exploiter 
et à tondre. Dès lors, l'héraldique s'em- 
bourgeoisant, fart disparaît des armo- 
riaux ; Palliot lui-même, si précieux 
comme texte, est lamentable comme 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Septembre 1901 . 



457 



458 



dessins : l'armoriai général est horrible 
artistiquement. L'héraldique est donc bien 
malade, et ce mal, c'est la bureaucratie 
avec ses prétentions à l'omniscience qui 
l'a causé. 

De largement décoratif, le blason est 
devenu étroitement scientifique ; de mo- 
tif d'art, motif hiéroglyphique. 

Combien de fois ai je eu à discuter, à 
ce sujet, avec des confrères peintres ou 
sculpteurs. Ils n'osent aborder l'héral- 
dique qu'ils traitent decasse-têtechinois... 
ils la déclarent désespérément pseudo- 
scientifique, d'évocatrice d'art qu'elle de- 
vrait être. 

Les fameuses règles promulguées par 
des hérauts d armes de cabinet et par 
eux compliquées à plaisir, rebutent les 
artistes qui, en haine de l'absurde, se 
jettent dans la fantaisie. 

Un exemple topique et tout récent est 
fourni par l'apparition première et offi- 
cielle des armoiries de la ville de Paris 
décorée de l'étoile de la Légion d'honneur. 
Je cite pour mémoire le décret paru au 
Bulletin municipal en décembre 1900 : 

Le Préfet de la Seine... Arrête. Article pre- 
mier : Les armoiries de la Ville de Paris, 
telles qu'elles ont été arrêtées par décision 
préfectorale du 24 novembre 1853, sont mo- 
difiées ainsi qu'il suit, en vertu du décret 
précité : De gueules, au navire équipé d'ar- 
gent, voguant sur des ondes de même, au 
chef d'azur, semé de fleurs de lis d'or ; Vécu 
timbré d'une couronne murale de quatre tours 
d'or, sur monté de la devise Fluctuât nec mer- 
gitur et accosté d'une branche de chêne et d'une 
de laurier liées d'un ruban de gueules soute- 
nant l'étoile de la Légion d'honneur . 
Fait à Paris le 18 décembre 1900. 

Signé : J. de Selves. 

Au point de vue héraldique, le chef 
devrait être dit cousu, afin que ' les 
peintres et graveurs aient le soin de sou- 
ligner d'un fort trait la ligne de couture. 
Puis pourquoi la devise à la place du 
cry ? la substitution est singulière en tant 
qu'héraldique et déplorable en tant que 
goût. L'employé quelconque qui enchante 
son ennui en s'occupant de blason et qui 
n'est jamais que Dodus cum libro, ferait 
mieux de visiter Carnavalet et de s'y 
rendre compte de la manière dont les 
armoiries peuvent être interprétées en 
peinture, sculpture, gravure, etc En con- 
sultant le dernier élève de l'Ecole des 
Arts décoratifs, il apprendrait qu'une 



devise sommant une couronne, ne cons- 
titue pas seulement avec elle un ensemble 
peu artistique, mais un motif quasi-inexé- 
cutable. De même pour ces deux bran- 
ches de chêne et de laurier soutenant 
l'étoile de la Légion d'bonneur, alors que 
celle-ci est elle-même ornée d'une branche 
de laurier et d'une branche de chêne. 
On peui s'imaginer le rendu fidèle exé- 
cuté d'après ce texte, ces branches de 
laurier et de chêne juxtaposées et à deux 
échelles ... mais la malheureuse étoiL de 
la Légion d'honneur eût semblé ornée de 
persil ! Aussi qu'est il arrivé ? le premier 
monument municipal quia eu à subir la 
décision officielle, est l'école supé- 
rieure municipale Lavoisierà peine termi- 
née, mais où l'on peut admirer au-dessus 
du portail, très en vue, et en grand motif 
ptincipal, les armoiries de la ville de 
Paris en l'an de grâce 1901. 




Je ne discuterai pas la valeur artisti- 
que de ce motif dont l'ensemble fait fort 
bien, couronnant magistralement le por- 
tail et soutenant robustement la large 
baie supérieure. Mais il est à legretter 
que, placé si franchement en vedette, il 
ait pu être traité avec un pareil sans 
gêne. 

D'abord, une question (à répondre) se 
pose au sujet de la disparition du chef de 
France. Est-ce intentionnel ? Cela seVait 
revenir au sceau communal avec le sym- 
bole de sa corporation des nautes ou 
mariniers. Il y a des précédents. Exem- 
ple : les vaisseaux ornant la fontaine du 
Vertbois érigée en 1712 et la fontaine 
Maubuée,etc. 

_ Veut-on établir l'excellente mode héral- 
dique anglaise des Badges ? Nous en 
serions très heureux, car il y aurait là une 
mine à expl< iter pour les décorateurs. 
Seulement je ferai une exception abso 



N* 945. 



L'INTERMEDIAIRE 



459 



460 



lue pour la décoration d'une école où l'on 
apprend l'histoire et le dessin. 

Au point de vue historique, les écoliers 
pourront se rendre compte, en admirant 
l'immense buste de Lavoisier, que, si l'on 
abat des têtes, on les rétablit ensuite, au 
faîte des écoles. Une invite muette, mais 
éloquente, à tenter des réhabilitations 
analogues.... Dès lors pourquoi pas aussi 
les fleurs de lis dominant les armes de la 
ville ? Chef pour chef 

Au point de vue dessin, que doivent 
penser les jeunes gens de l'Ecole supé- 
rieure municipale Lavoisier de ces rames 
dans le vide et venant s'abattre sur 
le ruban de l'Etoile ? Et ce piteux filet de 
godrons jouant les ondes, d'où émerge 
(étrange produit aquatique) une très 
grande étoile de la Légion d'honneur ? 

Hors l'école en question, deux autres 
groupes scolaires ont leurs portails sur- 
montés en large motif décoratif des nou- 
velles armes. L'un se trouve rue Saint- 
André-des-Arts . Le décorateur a placé la 
banderole portant la devise entre la cou- 
ronne murale (qui n'a que trois tours !) 
et l'écusson, il a supprimé les supports 
chêne et laurier, et son étoile de la Légion 
d'honneur sort de la base du cartouche 
encadrant l'écusson. L'autre groupe sco- 
laire est rue de Rennes, dans un des 
nombreux tronçons du boulevard Ras- 
pail. Son portail est surmonté des armes 
de la ville traitées différemment sauf la 
couronne, à trois tours, et d'un lourd à 
écraser l'écu. La devise est placée au- 
dessous de l'écusson, et le ruban portant 
l'étoile sort de derrière la banderole. 
L'étoile est un peu menue, d'autant que le 
sculpteur a flanqué l'écusson de deux 
énormes 'supports végétaux. Le laurier 
hors proportion ressemble à des feuilles 
de tabac. Dans cette salade, l'écusson 
semble être le chapon et l'étoile la gousse 
d'aiî. 

Donc, autant de représentations d'ar- 
moiries, autant d'interprétations diffé- 
rentes nullement nécessitées (au con- 
traire) par le style ou le genre de déco- 
ration des monuments. Et voilà comment, 
officiellement, on s'incline devant les dé- 
crets ! H iiNR y-André. 



Moret sur-Loing (Seine -et-Marne) 
XLI11 ; XL1V, 235, 339). — Que 



M. Robert Gérai me permette de lui dire 
qu'en voulant remonter trop loin, on 
court risque de s'égarer. A l'époque des 
croisades, les armoiries n'étaient pas 
réglées, souvent elles n'étaient pas hérédi- 
taires, ceci dit pour les particuliers ; 
quant aux villes, aucune n'en possédait ; 
les franchises communales n'existaient 
pas, partant aucun droit à posséder des 
armes. Il faut descendre beaucoup plus 
bas pour voir les villes s'affranchissantdu 
pouvoir seigneurial ; elles prirent alors 
des armes allusives ou parlantes. Allu- 
sives.soitàleur situation, à leur commerce, 
à leur état de place forte (c'est pour- 
quoi les tours ou châteaux sont si nom 
breux dans les écus municipaux) ; par- 
lantes, dans la plupart des autres cas, et 
ce doit être celui de Moret. 

Palliot le Jeune. 

Prieuré du Val-des-Choux (XL1V, 
386). — Ce m'est un plaisir sans égal 
d'avoir à renseigner un savant héraldiste 
tel que P. le J. ! tant il est vrai l'axiome 

du fabuliste : 

On a parfois besoin d'un plus petit que soi. 
Leprieuré de l'Epeau, (Spallum,Espallum) 
un des plus importants de l'ordre (?) du 
Val-des-Choux, fondé en 12 14 par 
Hervé de Donzy, comte de Nevers, s'éle- 
vait sur le territoire de la commune 
actuelle de Donzy (Nièvre). Ses armes 
étaient : de.., à la sainte Vierge portant 
l'enfant Jésus sur le bras gauche et tenant de 
la main droite un livre sur lequel l'enfant a 
les mains posées. 

(Manuscrits de D. Viole, à la biblio- 
thèque d'Auxerre, d'après le comte de 
Soultrait : Armoriai ecclésiastique du Niver- 
nais). R- ES - 



Les ar- 

identifier, mais on 



Wùrzburg. 



Monastère à déterminer (XLIV, 
217,345). — Cemonastèreétait, sans doute, 
l'abbaye écossaise de 
moines, je ne les puis 
peut ïupposer que les bourdons en sautoir 
d'or, charges d'une coquille d'argent 
étaient le blason de la maison religieuse, 
dédiée à Saint-Jacques, et que le lion à la 
queue fou ic bée était le blason de l'abbé à 
l'époque où furent dessinés les écus. 

Saint-Medard. 
* 

Je pense qu'il s'agit de Saint-Jacques 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



| 30 Septembre 1901, 



461 



462 



des Scots, S. Jacobi Scotorum in Erfordia 
monasterium. Ancien monastère de l'ordre 
de Saint-Benoit, fondé dans la ville 
d'Erfurt (Saxe), l'an 1036, par Walter de 
Glisberg, qui y fut inhumé. 
Je n'ai pas la liste des abbés. 

Sedaniana. 

* 

* * 
Le monastère en question est sans doute 

le couvent des Bénédictins écossais de 
Wurtzbourg (Bavière), ville universitaire 
qui appartenait jusqu'à la dissolution du 
saint Empireàl'évêque souverainde Wurtz- 
bourg, dont le magnifique château, orné 
de fresques célèbres de Tiepolo, est au- 
jourd'hui la résidence royale. Les Béné- 
dictins écossais ont fondé plusieurs cou- 
vents remarquables en Allemagne et en 
Autriche : la superbe abbaye de Vienne 
(Schaffenstiff) est encore de nos jours très 
riche et florissante. — En s'adressant au 
curé catholique de Wurtzbourg, M. A. B. 
apprendrait probablement le nom de l'abbé 
mitre qu'il désire savoir II fera bien 
d'envoyer une copie des armes de l'abbé, 
car on ne comprend pas là-bas la des- 
cription française en termes héraldiques. 

O. Berggruen. 

Ouvrages sur l'origine des noms 
de famille (XLIII, XLIV, 146). — Aux 
ouvrages déjà cités, il faut ajouter le sui- 
vant dans lequel on trouve la qualité, 
l'origine, la signification des noms propres 
se rattachant à l'histoire, à la mythologie 
et aux noms de baptême : Dictionnaire 
étymologique des noms propres, par Hec- 
quet-Boucrand. Paris, 1868, in-8°. Noms 
de famille normands, étudiés dans leur 
rapport avec la vieille langue et spécia- 
lement avec le dialecte normand ancien 
et moderne, par H. Moisy. Paris, 1875, 
in-8°. Paul Pinson. 

Eustache d'Agrain (XLIV, 587). 
— Les d'Agrain sont une famille noble du 
Vivarais. — Le premier dictionnaire his- 
torique venu renseignera Pierre sur Eus- 
tache d'Agrain qui prit part à la première 
croisade (1096), fut prince de Sidon et de 
Césarée, vice-roi et connétable du 
royaume de Césarée. Ses armes étaient : 
d'azur, au chef d'or. On les trouve aussi 
dans Grandmaison sous le nom Agrain 
des Hubas. Le nom s'est perpétué, mais 



peut-être par substitution. L'Annuaire 
historique de la noblesse, par Borel d'Hau- 
terive, donne, années 1871 et 1874, deux 
notices sur une famille Pradier d'Agrain. 

A. S. 

Les descendants de Bayard (XL ; 
XLIII ; XLIV, 236). — Les Bayard dont 
parle A. S. ne descendent pas des Ter- 
rail qui sont éteints ; mais des Bayard, 
seigneurs de Briaille, famille bien connue 
en Bourbonnais autrefois. L'un de ses 
membres, Michel de Bayard, abbé de 
Saint-Vandrille d'Issoire, embrassa la 
réforme et se fixa dans l'Albigeois en 
épousant Marguerite, l'aînée des six filles 
de Guillaume de Guillot. baron de Fer- 
rières, à la fin du xvi e siècle. 

Il fut chambellan de Henri IV, sénéchal 
de Castres, ainsi que son fils, et quelques- 
uns de leurs descendants occupèrent de 
hautes situations, tel que Pierre de B., 
premier écuyer du duc de Bourgogne, 
Dauphin de France. 

Champagnol, que M. A. S. ne retrouve 
pas, est pourtant bien dans le Tarn, can- 
ton de Réalmont,arr.d'Albi. C. P. V. 

Existe t-il des descendants de la 
famille de Montaigne ? (XLIV, 6, 183). 
— Un des oncles de Michel Montaigne, 
Raymond de Montaigne, seigneur de 
Bussaguet, Saint-Genès, conseiller au 
parlement de Guyenne en 1536, eut une 
nombreuse postérité qui 's'illustra au par- 
lement de Bordeaux, où huit de ses reje- 
tons furent conseillers. Elle s'éteignit 
avec Joseph-Michel de Montaigne, écuyer, 
seigneur de Corbiac, Valeton, Beausé- 
jour et autres lieux, marié le 27 novem- 
bre 177 1 9 avec Thérèse de Galatheau, 
dont il n'eut qu'un fils mort à 15 ans. 

Pierre Meller. 

Une branche française des Rus- 
sel (XLIV, 220, 352). — Notre collabo- 
rateur A. S. fait une légère confusion, Le 
baron Russell (avec deux /) a longtemps 
habité Pau : sur ses cartes de visite, on 
lisait au-dessous de son nom : l'un des on^e 
(ou des douze, je ne suis pas sûr du 
chiffre) barons titulaiies de Killough ; il 
avait épousé une demoiselle de Grossolles 
Flamarens dont il a eu trois fils, Henri, 
Franck et Ferdinand. M. Franck Russell 
a en effet commandé une compagnie de 



N°945- 



463 



L'INTERMEDIAIRE 



464 



pontificaux et a été fait comte 
il habite Pau et le Gers plutôt 



zouaves 
romain : 

que les Hautes-Pyrénées, car il a épousé 
la fille aînée du marquis deCugnac, d'une 
des plus vieilles familles du Gers. Mais 
c'est son frère, Henri Russell Killough, 
qui a publié des récits de voyage et qui 
est l'un des plus fervents explorateurs des 
Pyrénées : il a donné de nombreux arti- 
cles relatifs à ses ascensions et des vo- 
lumes très intéressants et très documentés 
sur Pau et sur les Pyrénées, sur les som- 
mets desquelles il a créé plusieurs re- 
fuges destinés aux touristes et aux ber- 
gers. Charles Yalc. 



ouvrage 



publié en 1884 par 
Imprimeur-Editeur, et 



Dans un 
E. Pion Nourrit, 
qui a pour titre : 

Une mission en Abyssinie et dans la Mer 
Rouge 2] octobre 1850. 7 mai 1860. 
par le comte Stanislas Russel, capitaine 
de frégate on lit dans la préface de 
M. Gabriel Charmes : 

Le comte Stanislas Russel appartenait à une 
famille où la bravoure et le courage étaient 
héréditaires. 

La famille Russel ou Russell, suivant l'or- 
thographe anglaise, rameau catholique et 
jacobite de l'illustre maison des Russel, ducs 
de Beaford, descendant en droite ligne d'un 
cadet de cette maison de la branche de 
Walthans, passé en France après la dispersion 
des partisans de Charles I er et après la confis- 
cation de tous ses biens opérée par suite de 
son dévouement à la cause royale ainsi que 
le constatent des lettres données à Saint-Ger- 
main par le roi Jacques 11. Fixés en Cham- 
pagne, le fils et le petit-fils de ce gentilhomme 
vécurent obscurément comme tant d'autres 
partisans des Stuarts. Cent ans après l'émigra- 
tion, la famille était devenue tout à fait 
française, et servait avec honneur dans l'ar- 
mée et sur les vaisseaux du Roi. 

L'aîné de ses membres, Pierre Bertrand, 
grand-père du comte Stanislas Russel, d'abord 
cadet au Royal Ecossais, se rendit aux Indes, 
où il se distingua dans toutes les rencontres. 
Son frère, le chevalier Louis Russel, servit 
également avec éclat dans l'Inde, il fut fait 
lieutenant-colonel, chevalier de Saint-Louis, 
et, en 1792, par brevet des princes, brigadier 
de la i rc compagnie noble d'ordonnance du 
Roi, corps d'élite exclusivement composé de 
gentilhommes, dont tous les capitaines de 
compagnie étaient officiers g néraux. Une des 
sœurs de Bertrand et Louis Russel avait 
épousé, en 17s}, Louis de la Vergue, comte 
de Tressan, lieutenant-général et membre de 



l'Académie française, Le père du comte Sta- 
nislas Russel commandait, en 1830, une 
division navale devant Alger. 

De cette branche des Russel, il ne reste 
plus en France qu'un membre. 

Les Russel, normands d'origine, ont été en 
Angleterre avec Guillaume le Conquérant. 

Extrait d'un dictionnaire : 

« Russell ou Russel (William), comte 
puis duc de Beaford, homme d'Etat an- 
glais 1614 à 1700, d'une vieille maison 
normande ». 

Armes 

D'argent, au lion de gueules, arme et 
lampassé, au clef de sable chargé de trois 
coquilles d'argent. 

Devise : Cbe sara sara. 

Lichy de Licay (XL1V, 58, 292). 
— On trouve les familles de Lichy 
en Nivernais dès 1320. mais ses alliances 
ne paraissent pas plus grandioses que ses 
terres ; pourtant, vers 1580, un Adrien de 
Lichy épouse Isabelle du Lys, sœurd'Eus- 
tache du Lys, qui fut évêque de Nevers. 
Est-ce à ce moment que commencerait la 
prétention des de Lichy d'être aussi noble 
qu'Henri, prétention basée sur la perte 
de titres de familles pendant les guerres? 
(Lesquelles) ? En fouillant dans les archives 
de la Nièvre et les minutes des notaires de 
Saint-Saulge, de Saint-Benin-d'Azy, etc., 
on pourra se convaincre que les de Lichy 
n'ont rien de plus noble que les autres 
nobles du pays. Ln. G. 

M me de Buffon et M. Renouard 
de Bussière (XLIV, 277) — M me de 
Buffon épousa, le. 2 octobre 1779, Julien- 
Raphaël Renouard de Bussierre, dit M. de 
Senans, officier aux mousquetaires de 
l'armée de Condé, mort le 17 septembre 
1804, d'une autre branche que le baron 
Alfred Renouard de Bussierre, qui a été 
député du Bas-Rhin ; elle en a eu Jules 
Edmond, baron Renouard de Bussierre, 
né à Paris le 15 juillet 1804, pair de 
France le 25 décembre 1841, dernier 
mâle de sa branche (Lehr, L'Alsace noble). 
il est mort à Paris le 24 novembre 1888, 
(Figaro du 25) ; il était le beau-père du- 
comte de Pourtalès. Nauroy. 

Personnel desfinances(XLIII ;XL1V, 
24. 69). — Je possède des lettres signées 
les unes Haudry de Janvry, les autre s 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Septembre 1 901 , 



46c 



Haudry de Soucy. Ces deux Haudry étaient 
ils frères ? étaient-ils (ils du fermier #é- 
neral Haudry, lequel, je crois, mourut 
sur l'échafaud révolutionnaire ? Tout ren- 
seignement sur le fermier général et sa 
descendance me seront utiles. Qui avait- 
il épOUSé ? C. DE LA BENOTTE. 

Famille d'AzémarfXLIV, 109. 298).— 
Adhémar dont les diverses formes étaient 
Adelmar, Ad aimer, Adalmar et Atbalmar, 
illustre guerner,adal, adel, adil, en scand. 
avaient le sens de vaillant, fort, illustre, 
edel, en ail, en hollandais en danois en 
suédois comme dans Adolphe, Adulf, Ada- 
lolphe, illustre secours, et mar, homme, 
guerrier, en tudesque, en syrien et en 
ancien latin, ainsi que l'indique le gentil 
maris, mir en persan, et en slave, qu'on 
retrouve dans émir ; Casimir, pour Kas- 
mir, célèbre guerrier ; Vladimir, pour 
Valdimir, valeureux guerrier. Quatre 
membres de la famille des A dhémat prirent 
part à la première croisade et donnèrent 
leur nom à la principale ville de leur fief, 
Montilium Adhemari. et par contraction 
Montilium Aman', Monteileymar et enfin 
Montélimar , mont &' Adhémar. 

(Origine, ctrm. et signif, des noms 
propres et des armoiries, parle baron de 
Coston. p. 18). 

Quelques érudits pensent que les noms 
de Adhémar, d' Adhémar. Azémar.Azema, 
Desaimars. des Aymard, des Eymard, 
Desmars, etc. se rapportent à une même 
souche Ils peuvent avoir raison, mais ce 
n'est pas notre opinion 

Avant de venir se fixer à Lavoulte-sur- 
Rhône, en 1619, les d'Açèmar habitaient 
Pc'çe'nas (Revue du Vivarais année 1900. 
L'abbé Aug. Roche). 

Gras, libraire à Montpellier, a édité, en 
1861, un vol intitulé : Généalogie de la 
maison d' Adhémar de Gasévieilie . .. . Le but 
de l'auteur est de démontrer que MM. 
d'Azémar de Saint-Maurice, aujourd'hui 
Adhéma, sont issus des Adhémar sei- 
gneur de Montélimar ... Les membres de 
cette famille habitent Alais, Lunel et 
Montpellier. 

Le journal Y Etendard, du 3 septembre 
1866, reproduit une lettre de M.Henri 
d'Adhémar de Cransac, écrite de Tou- 
louse, ou habitent plusieurs membres de 
la branche à laquelle il appartient, dans 



466 



laquelle il dit que les Adhémar de Case- 
vie : !le ne sont point issus, comme lui de 
Adhémar de Monteil, etc. etc. 

(Histoire de Montclimai , par le baron 
de Coston, I er vol. p. 74 et 75). 

On rencontre, dans des chartes du 
xm e et xiv e siècle, la forme dAçèmar pour 
Adhémar (de Coston). 

Il y avait dans les environs d'Alais une 
autre famille d'Adémar ou d'Azémar que 
M. de la Roque a changé en Adhémar, 
dans l'article qu'il lui a consacré ; ses 
armes différaient d ailleurs de celle des 
Adhémar et des autres A{émar (de Cos- 
ton). 

D'Hozier prétend qu'il n'y a pas assez 
de différence entre les noms d'Adhémai et 
A^émar, pour ne pas reconnaître l'iden- 
tité qui exista entre eux (Généalogie 
P. C). 

Les armoiries des Adhémar de Monteil 
sont : mi-parti de France ancien et de 
Toulouse ; et sur le tout d'or, à trois bandes 
d'azur, couronne de comte. Cimier : un 
lis d'or issant du timbre, et portant une 
lance au fer de laquelle est attachée une 
banderole portant cette légende : Lan- 
cea sacra . Devise : Plus d'honneur que d' hon- 
neurs. (Manuel du blason, par Pautet, p. 
222). 

Les nouvelles armoiries de Adhémar, 
d'Asémar ou d'Adémar, jusqu'en 1841 , — 
sont composées de celles des Adhémar de 
Monteil, d'or à trois bandes d'azur, posée 
sur mi- partie de France ancien et Tou- 
louse (de gueules à la croix vidée, cléchee, 
pommetée et apaisée d'or)... (de Coston). 

Les armes des d'Adémar, de Lavoulte, 
sont : d'argent, à ti ois bandes de gueules ; 
au comble d'azur, chargé d'un ci oissant d'ar- 
gent entre deux étoiles d'or; franc-quartier 
des barons tirés de l'armée brochant au 
neuvième de l'écu. (L'abbé Aug. Roche). 

Je ne connais pas la légende demandée. 

D'ailleurs, y a-t il un rapport quel- 
conque entre les familles Adhéma) et Açé- 
mar, citée plus haut et la famille d'Ay- 
mar qui intéresse le correspondant de 
V Intermédiaire ? 

A. FORTERRE. 

Azémar est le même nom qu'Adhemar, 
c'est-à-dire un nom de famille. L'étymo- 



N° 945. 



467 



L'INTERMEDIAIRE 



468 



logie indiquée est une plaisanterie méri- } 



dionale, basée sur ce qu'en patois, âne se 
dit açe: de là, un jeu de mots facile. 

H. deR. 

Berthier de Sauvigny (XLIII). — 
Un petit cousin de ce personnage a eu 
l'amabilité de me fournir les renseigne- 
ments suivants : 

Albert-Jules-Anne-Bénigne de Berthier 
de Sauvigny, né le 8 octobre 1801, capi- 
taine dans la garde royale de Charles X 
avait, comme beaucoup de ses camarades, 
donné sa démission en 1830, pour ne pas 
servir le roi usurpateur. 

Quelques années après, il conduisait 
un cabriolet sur la place du Carrousel, à 
Paris, quand il aperçut, par une pluie 
battante, le roi-citoyen se promenant à 
pied, accompagné d'un seul aide de camp 
et tenant à la main son parapluie légen- 
daire. 

Il eut l'idée de couvrir de boue le sou- 
verain qu'il méprisait et dirigea sa voi- 
ture sur lui, en éclaboussant son panta- 
lon de nankin, Louis-Philippe cherchait à 
se garer, en écartant le cheval à coups de 
parapluie. 

Cette scène comique ne dura qu'un 
instant et M. de Berthier de Sauvigny fut 
arrêté et traduit peu après en cour d'as- 
sise sous l'inculpation de régicide. 

Au lieu de traiter avec indulgence une 
plaisanterie d'un goût peut-être douteux, 
mais excusable, en tenant compte des 
passions deslégitimistes de cette époque, le 
gouvernement royal demandait pour le 
coupable un châtiment exemplaire. 

Défendu par l'illustre Berryer, qui pro- 
nonça à cette occasion un de ses plus élo- 
quents plaidoyers, M. de Berthier de Sau- 
vigny fut acquitté et mis immédiatement 
en liberté. 

Marié, le 6 octobre 1841, à Mlle de 
Montenaut. M. Albert de Berthier de 
Sauvigny mourut sans postérité, le 29 oc- 
tobre 1849 

D. de Luxembourg. 



Guyard de Chai.goy (XLr/,332). — 
La famille Guyard de Changey existe en- 
core, attendu qu'en [879 eut lieu à Chan- 
gey (Côte-d'Or), le mariage d'une demoi- 
selle Jeanne Guyard de Changey avec 
Charles-Maric-Alfred de Faultrier. 



On pourrait peut-être trouver le ren- 
seignement demandé en consultant les 
références ci-dessous : 

Guyard. Généalogie dans Borel d'Hau- 
terive 1851 

Guyard. Généalogie dans Nouveau 
d'Hozier, 172. 

Guyard deSaint-Jullien, Dossiers bleus, 
342. 

Guiard(en Bourgogne), Carrés d'Hozier, 
320. 

Guyard des Forges (Paris), Nouveau 
d'Hozier. 169. 

Guyard d'Amilly, (Orléans), Nouveau 
i d'Hozier, 169. 

Guyard (Venaissin), généal. dans Ca- 
binet d'Hozier, 178. 

Comte de Bony de Lavergne. 



Il n'y a pas eu de gouverneur de Bour- 
gogne de ce nom ; on doit confondre avec 
Hubert-Toussaint Guyard, seigneur de 
Changey, Echevronne, Fussey et Grand- 
mont, capitaine de cavalerie au régiment 
de Marcieux et mestre de camp de cavale- 
rie, qui fut commandant du château de 
Dijon, entra aux Etats de Bourgogne en 
1754 et prit part aux élections de la no- 
blesse en 1789. Il avait épousé, le 9 avril 
1748, Charlotte-Jeanne Moreau, marquise 
de Montyon, fille de François Moreau, con- 
seiller du roi en ses conseils, honoraire 
au parlement de Paris et son procureur au 
Châtelet, et veuve d'Antoine de Corne- 
bœuf-Beauvergier, chevalier, marquis de 
Montyon . 

Sur cette famille Guyard, dont les 
Changey sont une branche cadette, la 
seule existante aujourd'hui, on peut con- 
sulter Y Armoriai de la Chambre des Comp- 
tes de Dijon, par M. J. d'Arbaumont ; 
Dijon, 1881, in 4 . 

Duclos des Erables. 



Pajou (XLI : XLII ;XLI1I). — Jal m'ap- 
prend que Pajou a eu 3 enfants : 1 . An- 
gélique Reine, dont il ignore la destinée, 
née le 6 janvier 1762; 2. Catherine Flore; 
3. Jacques-Augustin-Catherine, né le 27 
août 1766 Catherine- Flore, née le 17 
novembre 1764, épousa le 27 février 1781 
le sculpteur Claude-Michel dit Clodion, 
divorça en 1704, sans avoir eu d'enfant. 

Nauroy. 



4 6 9 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



[50 Septembre 1901, 



470 



Grimaldi, évêque du Mans (XL1V, 
329). — On trouvera les renseignements 
les plus complets sur M8 r Grimaldi évêque 

du Mans dans les Mémoires de René- 
Pierre Nepveu de la Manouillère, mis au 
jour par M. l'abbé Gustave Esnault, se- 
crétaire del'évêché du Mans. 

En outre, on lira sur Mk 1 " Grimaldi, le 
dernier évêque de Noyon, un superbe ar- 
ticle de M. l'abbé Chrétien, dans le tome 8 
des comptes-rendus et mémoires du Co- 
mité archéologique de Noyon. S'adresser 
à M. Bry, président du Comité. 

D r B. 

Pierre Stockmans (XUV, 164, 347). 
— Deux noms propres ont été estropiés 
dans mon dernier article. Colonne 349, 
lignes 19 et 22, on a imprimé Lesçno au 
lieu de Lesna. Et à la colonne suivante, 
ligne 15, on imprima Courbna au lieu de 
Wrbna. Duc Job. 

M. de Cangey (XL1V, 52, 188, 305, 
402).— Je disais dans ma précédente com- 
munication, que les Archives de Loir-et- 
Cher possédaient nombre de titres sur la 
famille Trézin de Cangey. La Société Savoi- 
sienne d'histoire et d'archéologie vient jus- 
tement de publier, à Chambéry (Imprime- 
rie Vve Ménard, rue Juiverie), une notice 
intitulée : Relation d'un voyage à Cham- 
béry par M. de Cangey, 1775. 

C'est le récit d'une mission confiée à 
Marie-Fidèle Trézin de Cangey, auprès de 
la cour de Sardaigne, par Ms r le comte 
d'Artois. L'auteur de la publication est 
M. Trouillard, archiviste de Loir-et-Cher, 
qui a donné en note quelques renseigne- 
ments sur Cangy, canton d'Amboise, et 
sur la famille Trézin. Le manuscrit ori- 
ginal est aux Archives de Blois. C. 

Charles de Sac (XLIV, 329). - Une 
famille Saccetti à Mantoue portait : Ecar- 
leléiau 1 coupé : A. d'argent, au lion con- 
tourné d'or ; B. d'or, à [rois fleurs de lis 
rangées d'argent ; au 2 parti : A. d'or à 
l'aigle de sable; B. d'argent, à l'ai pie de 
sable ; au 3 d'azur, à trois étoiles d'argent ; 
au 4 d'argent, à trois bandes d'azur ; et un 
sac d'or, brochant sur les bandes. 

Sac ne serait-il pas la forme française 
de l'italien Saccetti ? C'est possible 

P. leJ. 



Un Jehan Sac, bourgeois de Paris, con- 
seiller du roi Charles VI, reçut en don de 
ce roi, en 1422, les terres d'Antony et de 
Berny. J.-C. Wigg. 

Castillon : aint- Victor (XLIV, 331). 
— Un M. de Castillon-Saint-Victor a eu, 
au moment de la guerre, une notoriété 
passagère dans le département d'Eure-et- 
Loir. Si ma mémoire ne me trompe pas, 
il fut officier de mobiles, conseiller d'ar- 
rondissement et ébaucha, sans succès, des 
candidatures à des mandats plus impor- 
tants. Quoi qu'il en soit, le Bottin fournit 
aujourd'hui l'indication suivante dont 
pourra profiter l'auteur de la question : 
Comte de Castillon Saint-Victor, au châ- 
teau de la Grève, commune de Saint- 
Bômer, par Authon-du-Perche (Eure-et- 
Loir;. G. I. 

M me Lebas de l'Obélisque (XLIV, 1, 
117). — M. Lebas a positivement pris de 
son vivant, le nom de Lebas de l'Obélisque, 
avec ou sans parenthèse, mais )e crois 
bien sans. 11 avait pris son œuvre très au 
sérieux ; et de fait, l'érection d'un mono- 
lithe constitua à l'époque un gros événe- 
ment. H. de R. 

La comtesse dû Chevigney (XLIII; 
XLIV, 350). — Si la famille de cette com- 
tesse est la même que celle de Chevigné, 
elle a de nombreux représentants, dont 
C. B trouvera les noms et adresses dans 
tous les annuaires du bigb life. 

Outre l'ancienne famille bretonne de ce 
nom, il y a les le Riche de Chevigné, ori- 
ginaires du Poitou, auxquels appartenait 
l'auteur des Contes Rémois. 

P. du Gué. 



Pelet-Narbonne et Narbonne- 
P^let (XL ; XLI ; XLII ; XLIV, 347). — 
Le Gaulois du 9 septembre dernier an- 
nonce que le nom de Narbonne - Pelet 
vient de s'éteindre en la personne de 
Théodoric, duc de Narbonne-Pelet, fils 
de François-Raymond-Aimeric, décédé le 
7 septembre dans sa résidence de Ribe- 
court. Il ne laisse pas d'enfants, mais 
simplement des arrière-petits-neveux. 
Duclos Des Erables, 



N» 945- J 



L'INTERMEDIAIRE 



47' 



Un Esterhazy (XL). — En 1794, 
M. le comte d'Esterhazy était ministre 
des princes français, émigrés 
S. M. l'impératrice de Russie. 



472 



près de 
A. S. 



Jacques Cœur faussement accusé 
par une femme (XLIV, 331). — 
M. Gabriel Joret-Desclausières, président 
ou vice président de la Société des 
Etudes Historiques, a publié, en 1867, un 
intéressant opuscule — rare aujourd'hui 
— intitulé le Procès de Jacques Cœur. 
(Communication de M. R. de Gomie- 
court, bibliothécaire de la Société des 
sciences, arts et belles-lettres de Bayeux). 
P. ce. Capitaine P. du R. 



* 
* * 



Madame V. Vincent trouvera des dé- 
tails à ce sujet, en deux endroits des chro- 
niques de Mathieu de Coucy, ch. CIX. 
Dans un premier passage, on traite le 
sujet en 13 lignes. Dans un autre endroit, 
on dit que la demoiselle, pour son men- 
songe, fut bannie de l'hôtel du roi Char- 
les VII. Mais on ne dit pas son nom. 

D r Bougon. 



Les commis d'Amiens et Ro- 
bespierre (XLIII). — Monsieur Aulard 
s'est grandement trompé, et il faut qu'il 
ait bien mal lu la lettre de Robespierre 
pour mettre sur le compte des commis 
de la ferme d'Amiens l'impolitesse qui re- 
vient àceux d'Arras. Feu M.J. Dancoisne, 
ancien notaire à Hénin-Liétard et biblio- 
phile aussi savant que distingué, a pos- 
sédé la lettre de Robespierre dont M Au- 
lard a donné lecture dans une réunion de 
la Société de l'Histoire de la révolution 
française, et l'a insérée entièrement dans 
l'appendice de son livre publié en 1877 et 
tiré à 40 exemplaires, intitulé : Le canton 
deCarvin. Dans cette lettre, Robespierre 
rend compte à un ami d'un voyage qu'il 
vient de faire d'Arras à Carvin au 
de juin 1783, et par conséquent il 
pas question d'Amiens. Voici ce 
raconte au sujet des commis : 

II rtait cinq heures du matin quand nous 
partîmes. Le char qui nous portoit sortoit des 
portes de la ville précisément au même ins- 
tant, où celui du soleil s'élançoit du sein de < 
l'océan. Il étoit orné d'un drap d'une blan- 
cheur éclatante, dont une partie flottoit aban- 
donnée au souffle des zéphirs. C'est ainsi que 



mois 
n'est 
qu'il 



nous passâmes en triomphe devant l'eaubette 
des commis. Vous jugez bien que je ne man- 
quai pas de tourner mon regard de ce côté. Je 
voulois voir si ces argus de la ferme ne dé- 
meritiroient pas leur antique réputation d'hon- 
nêteté. Moi-même animé d'une noble émula- 
tion, j'osai prétendre à la gloire de les vaincre 
en politesse s'il était possible. Je me penchai 
sur le bord de la voiture, et ôtant mon cha- 
peau neuf qui couv/uit ma tête, je les saluai 
avec un souris gracieux. Je comptois sur un 
juste retour. Le croiriez-vous ? Ces commis, 
immobiles comme des termes à l'entrée de leur 
cabane, me regardèrent d'un œil fixe sans me 
rendre le salut. J'ai toujours eu infiniment 
d'amour-propre ; cette marque de mépris me 
blessa jusqu'au vif, et me donna pour la suite 
du jour une humeur insupportable. 

C'est donc à Arras qu'il faut s'adresser 
pour connaître les noms des employés des 
fermes qui étaient en placeà cette époque. 
Le savant arrageois. M, V. Advielle, 
collaborateur à Y Intermédiaire, est tout dé- 
signé pour répondre à la question. 

Paul Pinson. 

La veuve de Philippe-Egalité 
s'e^t-elle remariée ? (XXXVII ; XL ; 
XLI ; XL11 ; XLIV, 132) — Il y eut une 
comtesse Rouzet de Folmon. La duchesse 
d'Orléans parle de celle ci dans des lettres 
restées jusqu'ici inédites ; je crois même 
qu'elle la nomme dans son testament, 
mais cela, je ne l'affirme pas. — Le tom- 
beau de la duchesse d'Orléans et celui de 
Rouzet, tous deux semblables, se trou- 
vaient l'un près de l'autre, dans la cha- 
pelle de Dreux ; lorsque Louis-Philippe 
fit remonter les corps de sa famille dans 
la chapelle supérieure, il laissa celui de 
Rouzet en bas et ne consacra à sa mé- 
moire qu'une simple plaque de marbre 
encastrée dans la muraille et portant son 
nom. C. de la Benoîte. 

Marengo, le cheval de Napo- 
léon I e ' (XLIV, 332). — On trouve dans 
les Mémoires de Constant (tome I, chap. 
XIII) d'intéressants détails sur les écuries 
impériales, 

En raisonnant par analogie, on peut 
dire que le cheval M ai en go ne dut pas 
avoir une vieillesse pénible. 

A côté de ses exigences comme dres- 
sage, Napoléon voulait que ses chevaux 
fussent entourés d'attentions. La Styric, 
qu'il montait au Saint Bernard et à Ma- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



473 



rengo, (nom du cheval objet de la ques- 
tion), finit ses jours dans une retraite 
choyée. 

Capitaine Paimblant du Rouil. 

Bibliothèque de la Malmaison 

(XLIV, iiç, 252, 339). — J'ai aussi di- 
vers ouvrages, reliés en maroquin rouge, 
aux armes impériales, qui proviennent de 
la bibliothèque de la Malmaison. 

Mon intention n'est pas d'en faire don 
au château de la Malmaison que l'on res- 
taure. 

Un de ces volumes porte la signature 
de l'impératrice Joséphine. 

AmbroiseTardieu. 

L'amour et la colonne "Vendôme 

(XLII; XLII1). — Jal, auquel il faut tou- 
jours en revenir, a raconté, avec pièces à 
l'appui, l'histoire de la colonne Vendôme 
dans son admirable Dictionnaire, aux mots 
Statues de la place Vendôme page 1 144 et 
Colonne de la grande armée page 13 12. Il 
a aussi consacré un article à Chaudet qui 
est mort à Paris rue de Seine N° 6, sans 
avoir vu son œuvre en place ; il explique 
comment la statue actuelle, qui a rem- 
placé celle de Seurre, a été faite d'après 
celle de Chaudet, parle sculpteur Dumont 
(de l'Institut), dont j'ai publié le curieux 
acte de naissance dans le Curieux, II, 80. 
Dumont est mort, en i884(Grasset-Morel, 
Les Bonnier, 1886, in-8, page 54) : voir 
sur lui G. Vattier. Augustin Dumont ; 
notes sur sa famille, sa vie et ses ouvrages, 
1889, in 4 , H. Oudin, tiré à 150, papier 
vergé, pages encadrées de rouge (Biblio- 
thèque nationale L n 27 / 36182. 

Nauroy. 



« L'expédition de Chine » (XLIV, 
278). — M. le comte d'Hérisson, auquel 
j'adressai autrefois la même question, 
me répondit que tout avait été saisi après 
achat par le gouvernement français et 
qu'il n'en restait plus un seul exemplaire. 

Au reste c'était bien simple, puisqu'on 
savait presque littéralement le principal 
passage incriminé dans le traité anglais. 
C'était un post-scriptum au traité franco- 
chinois, spécial aux Anglais : Quant aux 
Français, contentez-vous de leur accorder 
quelques satisfactions au point de vue de 
la liberté de la prédication de la religion J 



30 
474 

nous 



Septembre 1901 



chrétienne. Nous nous entendrons avec 
eux pour le reste, car ce sont des merce- 
naires à notre solde ! — si ce n'est pas là 
le texte littéral en anglais, c'est du moins 
le sens en bon français ; et cela suffit 



bien ! 



D r Bougon. 



La mort du comte Camerata 

(XLIV, 276). — Dans les Souvenirs et in- 
discrétions d'un disparu (Ollendorf, 1892) 
le baron de Plancy, ancien grand écuyer 
du roi Jérôme et ancien député, a fait 
justice de cette légende, accréditée par 
M. Claude et d'autres, que Napoléon 111 
avait fait assassiner le comte Camerata 
parce qu'il était amoureux de l'impératrice. 
Ce fut le baron de Plancy qui déclara 
le décès du malheureux fils de cette 
énergique princesse Bacchiochi qui faillit 
enlever le duc de Reichstadt. 

Le pauvre garçon est bien mort 
d'amour, mais de sa propre main et non 
pour l'impératrice. Il était épris d'une 
actrice du Gymnase, nommée Marthe. 

J'allai, un jour, dit le baron de Plancy, voir 
Camerata, et dans le cours de ma visite, il 
m'offrit de me vendre une paire de pistolets; 
les trouvant de calibre trop petit, je refusai. 
Avisé peu de temps après que le comte venait 
de se tuer, j'arrivai promptement rue de la 
Ville-l'Evêque, où Camerata habitait alors 
seul, sa mère se trouvant au Vivier (Seine-et- 
Marne), campagne qu'elle avait achetée de 
l'avocat Pasquin. 

Un matin, en entrant chez son maître, le 
valet de chambre Simon l'avait trouvé étendu 
sui le tapis de son cabinet. La balle d'un des 
pistolets que j'avais refuse d'acheter, était 
entrée par 1a tempe droite et s'était arrêtée à 
l'os frontal gauche, très peu de sang avait 
coulé. 

j'allai moi-même, vous entendez bien, à la 
mairie de la rue d'Anjou, aviser du décèsetre- 
quérir le juge de paix pour l'apposition des 
scellés. 

En réalité, le comte Camerata broyait du 
noir et a cédé à un moment d'exaltation. 

C'est concluant, semble-t-il, et l'on 
veut espérer que l'on nous fera la grâce 
de ne plus rééditer la légende ridicule de 
l'assassinat. A. R. D. 



La mort de ce jeune homme, qui n'a" 
vait que 27 ans, est relatée dans tou s 
les mémoires du temps. Le comt e 
Horace de Viel-Castel en donne le récr 
dans ses Souvenirs (T. II, p. 141-144)- 



N' 945-1 



L'INTERMEDIAIRE 



475 



476 



Il est évident que c'était une calomnie 
absurde que d' voir voulu attribuer cette 
mort à la jalousie de l'empereur et y voir 
le résultat d'un crime; mais à ce moment- 
là, la calomnie était l'arme habituelle 
dont on se servait contre l'empereur et 
l'empire. 

Le comte Camerata (Napoléon-Charles) 
né à Ancône le 20 septembre 1826, était 
le fils unique de la princesse Napoléone- 
Elisa Bacciochi, comtesse Camerata , et 
petit-fils d'Elisa, grande duchesse de Tos- 
cane, sœur de Napoléon 1 er . 

Il s'est brûlé la cervelle le 4 mars 1853. 
Les journaux qui annoncèrent cette triste 
nouvelle, ont attribué cette mort à un 
accès de fièvre chaude, mais la vérité est 
qu'il avait perdu, à la Bourse, deux cent 
mille francs. Pour les payer, il eut re- 
cours d'abord à sa mère, qui refusa de 
lui venir en aide, puis au roi Jérôme, 
qui refusa également. Alors, en pré- 
sence de son insolvabilité, il se décida au 
suicide. Il laissa une lettre, dans laquelle 
il expliqua la cause de sa mort, et où il 
est dit, entre autres, que le roi Jérôme lui 
devait 400,000 francs. 

Le comte Camerata était auditeur au 
Conseil d'Etat, où son intelligence le fai- 
sait remarquer. 11 était sur le point d'être 
reconnu par l'empereur comme prince 
Bacciochi et membre de la famille civile 
de l'empereur ; il aurait eu, après la mort 
du comte Philippe Camerata (-}- 1882 à 
Florence), son père, qui vivait séparé d_; 
sa femme, quatre millions en biens-fonds, 
sans compter la fortune de sa mère, qui 
était fort considérable et que celle-ci, 
après la mort de son fils, légua au Prince 
impérial. 

Quelques jours après la mort du comte 
Camerata, sa maitresse, une petite actrice 
appelée Marthe Letessier, s'est suicidée 
le 13 mars 1853. On prétendit qu'elle 
s'était tuée par désespoir d'amour, mais 
il a été reconnu qu'elle était perdue de 
dettes, avait des inquiétudes et des ennuis 
de toutes sortes, et qu'une descente de 
police avait eu lieu chez elle, la veille. Elle 
alluma deux réchauds de charbon et s'as- 
phyxia. Duc Job. 



* 
* * 



La vérité sur la mort de Camerata se 
trouve dans les rapports de police qu'il 
m'a été donné de consulter et que j'ai 



reproduits dans mes Secrets des Bona- 
parte, 18S9, in- 18, Emile Bouillon 67, rue 
de Richelieu. Nauroy. 

Racine et le café (XLIV. 115, 173, 
262). — C'est notre regretté confrère Ta- 
misey de Larroque, qui a fourni à Ed. 
Fournier le renseignement que ce dernier 
a utilisé dans son livre VEspiit dans /'his- 
toire. 

Voyez : Intermédiaire, III, 125 (note). 

Ellic. 



L'auteur d'un vers célèbre (XLIV, 
284). — Juste ciel ! comme on délaisse 
les classiques, ceux dont on nous faisait 
naguère sucer la substance avec le lait : 

Le temps de l'Arabie est à la fin venu. 

Pardieu! c'est du Voltaire. Relisez Maho- 
met. Cet alexandrin fait partie du mono- 
logue dans lequel le prophète expose à 
Zopire les vues de sa politique : 

Chaque peuple à son tour a régné sur la terre 
Par les lois, par les mœurs et surtout par la 

[guerre. 

Le temps de l'Arabie ^stà la fin venu... 

Oui, tout ce qu'on voudra, mais, entre 
nous soit dit, ce grand désossé de Vol- 
taire est bien démodé et tout à fait mis 
au rancart. Il y a une quinzaine d'années, 
on dressait sa statue sur le quai qui porte 
son nom. Un beau jour, un grand jour, 
au théâtre de la Gaité, en présence de 
trois mille spectateurs et d'une élite d'é- 
crivains et d'artistes, Victor Hugo, reve- 
nant avec éclat surlesblasphèmes littérai- 
res et philosophiques de sa jeunesse, pro- 
nonçait un admirable panégyrique, celui du 
vieillard de Ferney. Tout récemment, lors 
de l'incendie du Théâtre-Français, mon ami 
Jules Claretie prenait grand soin de faire 
sauver un marbre merveilleux, la statue 
d'Houdon. Mais qui donc lit Voltaire de 
nos jours ? Voltaire, que toute la société 
aristocratique et lettrée du dix-huitième 
siècle couvrait de lauriers et de fleurs, on 
le sifflerait aujourd'hui . 

Philibert Audebrand. 

Le mois de Marie (XLIII ; XLIV, 89, 
, 9 6), — Je viens de lire l'intéressant arti- 
cle de M. de Fontenay.ll me paraît devoir 
mériter quelques observations par une 
tendance trop grande à la généralisation. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



477 



En ce qui concerne mon terrain spécial, 
où M. de Fontenay a-t-il vu les titres 
d'étoile de la mer et de vierge immaculée 
donnés à Isis ?(i) Isis était bien une mère 
divine (neter manf), mais non pas une 
vierge. La tradition dit qu'elle avait: 
connu avant sa naissance son frère ju- 
meau Osiris. Après le martyre de celui-ci, 
on sait la pieuse recherche qu'elle fit de 
son phallus, etc. Rien, à ma connaissance, 
dans les traditions égyptiennes, neconduit 
à l'idée d'une vierge. La virginité n'était 
pas du reste honorée en Egypte comme 
elle l'était à Rome (voir les Vestales)et en 
Grèce d'après d'antiques traditions. Chez 
les Hébreux, il en était comme en Egypte. 
On se rappelle les récits bibliques sur la fille 
de Jephté pleurant surtout, à la mort, la 
virginité qu'elle conserve. Le passage du 
prophète sur la vierge devant enfanter 
Emmanuel, « Dieu avec nous », n'est 
pas relatif à un culte primordial de la 
virginité, *mais à un miracle servant de 
signe. En Egypte on trouve aussi, dans le 
décret de Canope, un paragraphe concer- 
nant cette « reine des vierges », c'est-à-dire 
cette fille d'Evergeteter, morte jeune avant 
d'avoir été mariée et qu'on assimile à la 
fille du soleil, lousas. 

Mais c'était un peu dans le même esprit 
que le chapitre biblique racontant la mort 
d'un juge d'Israël. Ce qui est certain, c'est 
que si certaines déesses — par exemple 
Vesta, assimilée à Athéné (Minerve) — 
peuvent prêter au mythe d'une déesse 
vierge, ce n'est pas Isis, et qu'en Egypte 
toutes les déesses-mères n'étaient pas 
vierges. Le culte était alors celui d'une 
triade, père, mère, enfant : Osiris, Isis et 
Horus. 

En ce qui concerne les temples d'lsis,ils 
étaient fréquents en Gaule et dans tout le 
reste du monde romain : M. de Fontenay 
a raison en cela, Saint-Germain-des-Prés 
à Paris, — était primitivement un temple 
d'Isis — comme Sancta Maria supra Miner- 
vam (la Minerve à Rome) (2) . 

Les bénédictins avaient mis d'abord 

(1) On pourrait peut-être à ce propos rap- 
peler que ce titre « mère de Dieu » a été 
adopté au Concile d'Ephèse par l'influence du 
patriarche égyptien saint Cyrille. Mais c'est 
une simple question d'onomatisque. 

(2) On y a trouvé récemment beaucoup 
d'antiquités égyptiennes. 



\)o Septembre 1901 . 

sous le porche de Saint-Germain-des- 
Prés la statue d'Isis, de l'ancien temple. 
Mais les bonnes femmes lui brûlaient des 
cierges et ils l'ont fait disparaître dans le 
siècle dernier. On peut voir au musée 
Guimet des représentations provenant de 
temples d'Isis d'Occident. Il y en avait 
un à Pompéi. Mais toutes les vierges 
noires ne sont pas des Isis. Les Isis sont 
plutôt rares dans nos églises d'ailleurs, 
si vraiment elles existent. On les distin- 
guerait facilement, car le type romain 
était spécial et l'ancien type égyptien 
encore plus.J'aime mieux qu'on parle de 
la vierge devant enfanter de Chartres, :- i 
vraiment cette vierge gauloise n'est point 
apocryphe. Révillout. 



Beau comme 

(XLIII ; XLIV, 96) 
bre de saint 



un saint Georges 

L'original en mar- 
au 



Georges de Donatello est 
musée du Bargello de Florence. 

La statue est restée longtemps dans la 
niche des armuriers, à Or San Michèle. 
Cette niche est peu profonde, étant dans 
le pilier qui renferme l'escalier qui conduit 
au premier étage. On a craint, par suite, 
que la statue fût dans de médiocres 
conditions de sécurité et on l'a transpor- 
tée sur la face sud, dans la niche vide de 
YArte des médecins et pharmaciens. 

Ce fut une erreur, car Yavoccata, la 
patronne de la corporation des méde- 
cins, est la madone avec l'enfant ; le 
groupe avait été au xvn e siècle transporté 
dans l'intérieur du sanctuaire. 

La faute fut reconnue. 

L'original de Donatello a été alors mis 
au Bargello ; la niche de la madone est 
redevenue vide, et une réplique en bronze 
du saint Georges a été placée dans la 



niche des armuriers. 



Gerspach. 



Dans la tempête, adorez l'écho 

(XLIV, 279). — Je crois qu'il faut enten- 
dre cette formule au sens de manifesta- 
tion, répercussion, écho de la puissance 
divine, à laquelle l'humanité croit en 
général. B.-F. 

Les « Sirè»es » auteur à retrouver 

(XLIV, 22=5, 376), — M. Henri Busser 
nous a fait connaître qu'il avait appris de 
son collègue M. Bachelet que les beaux 
vers que nous avons publiés étaient de 



N" 945. 



L'INTERMEDIAIRE 



479 



M. Charles Grandmougin. 

La lettre suivante confirme son dire. 
Bennecourt-lès-Bonnières . 
Cher confrère, 
Les vers des Sirènes sont extraits de mon 
poème : Les Sirènes, qui se trouve dans mon 
Choix de poésies publié chez Fasquelle. 

Bien à vous. 
Charles Grandmougin. 

Licence poétique dans « Rolla » 
(XLIV, 335). — Dans les vers cités, » ses 
sœurs aînées » se rapportent évidemment 
à « l'habitude ». 

Que « l'audace et la fierté » soient les 
« sœurs aînées » de « l'habitude », c'est, 
sans doute, un peu tiré par les cheveux ; 
mais, sans faire tort à Musset, il en a com- 
mis de plus raides, quand ce ne serait que 
cette strophe, fameuse cependant, de 
« Don Juan », que je crois avoir citée 
jadis, dans notre Intermédiaire, je ne sais 
plus à propos de quoi : 
Deux sortes de roués existent sur la terre, 
L'un beau comme Satan, froid comme la vi- 

[père, 
Hautain, audacieux, plein d'imitation, 
Ne laissant palpiter, sur son cœur solitaire, 
Que l'ècorce d'un homme et de la passion... 

P. du Gué. 

* * 

Un poète est tenu par la nécessité du 

vers à exprimer ses pensées sous une 
forme elliptique. Dans le passage cité de 
Rolla, Musset a voulu dire quelque chose. 
L'audace et la fierté sont les sœurs aînées 
de quoi ? Pas de la nausée, \q le suppose... 
pas de Rolla, dont on parle au passé. Il ne 
reste qu'une hypothèse : de Vhabitude. 
Comment cela peut-il se justifier? L'ha- 
bitude est représentée par les mœurs. 
Comment se sont formées les mœurs ? 
Comme la société, par une série de luttes 
dans lesquelles Yaudacs et la fierté ont 
imposé la force morale au moyen de la 
force physique. En un mot, Rolla aban- 
donnant les idées reçues, ne veut recon- 
naître d'autre loi que celle de son indivi- 
dualité. Il veut revenir à une humanité 
qui est la sœur aînée de l'humanité ac- 
tuelle. Paul Argelès. 

* * 
dans la pensée du 



Ses 



sœurs aînées 



grand poète, a dû se rapporter à elle et a 
l'habitude, c'est-à-dire que la famille en 
question se composait de trois sœurs : 
V audace et la fierté, sœurs aînées ; Vhabi- 



480 



tude, sœur cadette. Ces différences de ca- 
ractères ne sont pas rares dans les fa- 
milles, et quel est celui d'entre nous qui 
n'en a pas fait l'observation ? 

Dans le même recueil d'Alfred de 
Musset {Nouvelles poésies), se trouve, dans 
une poésie célèbre , intitulée Tristesse , 
une naïveté qui passe inaperçue, tant la 
pièce est belle et pourrait être placée sous 
la rubrique : Inadvertances de certains au- 
teurs, de l' Intermédiaire . 

Quand j'ai connu la vérité, 

J'ai > ru que c'était une amie ; 

Quand je l'ai comprise et sentie, 

J'en étais déjà dégoûté. 

Et pourtant elle est éternelle, 
Et ceux qui se sont passés d'elle 
Ici-bas ont tout ignoré. 
Malgré ces imperfections, A. de Musset 
demeure celui des poètes du xix e siècle 
qui a fait verser le plus de larmes ; la cri- 
tique, cette puissance des impuissants, 
comme l'appelait Lamartine, ne lui doit 
que des fleurs, et nous souhaitons, de toute 
l'admiration et de toute la reconnaissance 
que nous avons pour lui, que sa statue 
s'élève bientôt sur la place du Théâtre- 
Français. Th. Courtaux. 



Quelques pensées, phrases, 
tences (XLIV, 284). 

Ce qui plaît dure peu, ce 
La rose vit une heure et 
Ces vers charmants 
Gautier ; mais, loin de 
moment, je ne saurais 
faite exactitude. 



sen- 



qui fait peine reste : 
le cyprès cent ans. 
sont de Théophile 
mes livres, en ce 
affirmer leur par- 
Hope. 



* * 



N° 7 (La vie est le chemin delà mort). Je 
lis dans les Maximes de la ïnV,par M rac la 
comtesse Diane, page 97 : « La vie est le 
chemin qui conduit à la mort : un che- 
min qui fait oublier le but ». 

N° 8. « Ce qui plaît passe etc » J'ai 

toujours entendu attribuer cette belle 
pensée au poète Théophile Gautier. 

Charlec. 

Les romans à clé de Balzac 

(XXXVIII ; XXXIX). — Si vous ouvrez le 
volume intéressant de M. Ernest Daudet, 
Louis XVILI et le duc Décades 181 y 1820 
d'après des documents inédits, ouvrage 
orné de deux portraits en héliogravure, 

1889, m "^> Pl° n ' v " et 495 P a g es , vous 
y lirez ceci, page 3 5 : 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



481 



Lorsqu'après s'être familiarisé avec l'his- 
toire si captivante des hommes et des choses 
de la Restauration, on lit les romans que Bal- 
zac et Stendhal ont tirés des événements de 
cette époque, on est frappé jusqu'à en rester 
ébloui, par la ressemblance de leurs tableaux, 
par la puissance géniale avec laquelle leur 
imagination a reproduit h réalité, et surtout 
par le caractère de vérité de leurs personnages, 
la duchessede Mauffigneuse, M" IC de Bauséant 
la princesse de Cadignan, M"" de la Môle, le 
vieux marquis son père, Marsay, Rastignac, 
Nucingen, Konquerolles, d'Arthez, pour ne 
citer que ceux-là, sont des reproductions 
photographiques d'acteurs qui ont vécu. Il 
suffirait de leur arracher le masque dont les 
affubla le romancier pour mettre un nom sur 
chacun d'eux, pour retrouver, sous la déforma- 
tion voulue de leurs traits, une duchesse de 
Duras, une comtesse de Beaumont, une prin- 
cesse de Lieven, voire un Talleyrand, un 
Saucourt, un Richelieu, un Guizot et tant 
d'autres qui, vivants ou morts, posèrent à leur 
insu devant un statuaire inimitable. 

Tout le monde retrouvera un épisode 
célèbre de Balzac dans les lignes sui- 
vantes de Decazes (page 40) : 

Le marquis de Saucourt avait donné dans 
une occasion privée l'exemple d'un courage 
et d'une force d'âme héroïque, et acquis une 
réputation proverbiale d'énergie et de stoï- 
cisme. La main prise dans une porte en quit- 
tant précipitamment un appartement où sa 
présence aurait compromis une personne qui 
lui était chère, il avait surmonté d'horribles 
douleurs pendant un temps assez long pour 
que, en se retirant, il eût pu faire disparaître 
avec lui les traces