Skip to main content

Full text of "L'Intermédiaire des chercheurs et curieux"

See other formats


I 



L'INTERMEDIAIRE 



DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 



QU^EQUE 



rchez et vout 
trouveret 


< 

o 

z 


A ^H^^^ 


k*'^' g 


K «e faut 

entr'aid tr 




Wl" ■l'iMfgn 


RHi!' O 





L'INTERMÉDIAIRE 



DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 

FONDÉ EN 1864 

CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, HIST0R1Q.UE ET ARTISTIQUE 
QUESTIONS ET RÉPONSES, LETTRES ET DOCUMENTS INÉDITS 

COMMUNICATIONS DIVERSES A L'USAGE DE TOUS 

LITTÉRATEURS ET GENS DU MONDE, PROFESSEURS, ARTISTES, AMATEURS, 
BIBLIOPHILES, ÉRUDITS, COLLECTIONNEURS, ARCHÉOLOGUES, GÉNÉALOGISTES, NUMISMATES, ETC 



5r ANNÉE — 1915 

PREMIER SEMESTRE 

VOLUM E LXXI 



PARIS 
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS E'I CURIE UA 

JI bis, RUE VICTOR MASSÉ 3I biS 



fie- 

1/. 7f 



LXXI- Volume Paraissant Us ,o.,o et ,o & chaque mois {Q janvier 1915 



• l*".r.ViGtor-Mass« 
PARIS {W\ 

Biiroâui: de3 Jl6beurea 



«DJSQDI 



Chirchei et 
vou$ trouvtret 




S " se faut 
g tntr'aider 



■ N» I410 

Sf'.r.TictorMaMé 
PARIS (IX«) 

fiaceaux: deSiShtnrti 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 

QUESTIONS ET «É.ONSE.S mTÈ^^^^^TZ^mS. SCIKNT.KlyUES ET AKT.STiQUhS 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 
— I — — 

fl DOS lecieors et aûODDés 



Nous exprimons notre très vive 
gratitude à nos abonnés et collabo- 
rateurs pour le zèle avec lequel 
ils aident à la réapparition de l'iN- 
TERMEDIAIRE dans les circons- 
tances exceùtionneîiss où nous 
sommes encore, et qui expliquent le 
retard de ce numéro. 

Nous ne saurions promettre, à 
cause fies difficultés, u e publica- 
tion normale ; roois à la guerre 
comme à la guerre 

Il s'est glisse une erre r dans 'a 
dernière note : il fallait lire ; 

Nous rappelons à ceux de nos 
abonnés qui voudraient bien nous 
adresser le montant de leur ronou- 
vellemvnt que le prix des abonne- 
ment* pour les réabonnés de 1915 
(on avait impnmé, par erreur 
1914) est de 12 f •. (France) et 
14 fr/ncs (Etranger). 

Nous rappelons que, sauf avis 
oont.aire, cous ne f rons présen- 
ter, durant I- guerre, aucune quit- 
tance d'abonnement. 



ueôîioïiô 



Drapeaux confiés à la France, en 
1871, par des villes d'Alsace-Lor- 
raine. — En 1871, après la fin des hos- 



tilités, une délégation de la compagnie 
des sapeurs pompiers de la ville de Stras- 
bourg, qui avait pu sauver son drapeau, 
vint a Pans et confia le précieux étendard 
au régiment de sapeurs-pompiers de la 
capitale, à titre de dépôt, jiuqu' au jour où 
la vtlle de Strasbourg redeviendrait fran- 
çaise. 

D'autre part, le 15 mars 1871, le colo- 
nel Tessier, défenseur de bitche, qui ne 
se rendu que sur les ordres du gouverne- 
ment, et avec les honneurs de la guerre, 
adressait à la garnison lordrs du jour 
suivant : 

Officiers, sous-officiers et soldats de la 
garnison, vous êtes appelés à vous réunir au- 
jourd'hui, à une heure de l'après-midi, au 
camp retranché, pour recevoir des délégués 
de Bitche un drapeau qui vous est offe;t par 
les habitants de la ville, et que leurs filles 
ont voulu broder de leurs mains. 

Ce drapeau, glorieux témoignage de vc tre 
courage et de votre patience psndant les 
sept mois de siège ou de blocus de la place 
sera présenté au chef de l'Etat auquel je de- 
manderai qu'il soit déposé au Musée d'ar- 
tiUcue jusqu'au jour cù il pourra être rap- 
porte ICI par une armée française valeureust 
et triomphante. 

C'est un gage que la France voudra restituer 
un jour à une population aussi malheureuse, 
aussi dévouée et si éminemment française de 
cœur etd'âme sur laquelle le joug de l'étran- 
ger va s'appesantir. 

Conservons tous le souvenir de cette céré- 
monie touchante, pour le faire passer au be- 
soin comme une tradition vivante et ineffa- 
jable dans le coeur de nos enfants. 

LXXI. \ 



N» 1410. Vol 



LXXI. 

— 3 



L'INTERMÉDIAIRE 



N'oublions jamais que nous allons laisser 
ici des Français, des frères malheuieux, dont 
le cœur reste plein d'espérance et de foi dans 
l'avenir. 

Le lieutenant-colonel 
commandant la place, 
TessitR, 

Le drapeau des sapeurs-pompiers de 
Strasbourg est toujours prèf. du drapeau 
du régiment de sapeurs-pompiers de Pa- 
ris, dans le salon d'honneur du colonel, 
mais qu'est devenu celui de Bitche ? Est- 
il au Musée d'artillerie ? 

La question me paraît d'autant plus in- 
téressante que, bientôt, espérons-le, ce 
drapeau pour;;i être rapporté à Bitche par 
une « armée fiar.çaise valeureuse et triom- 
phante », et que la restitution du gage 
offert au colonel f-çsier pourra être effec- 
tuée par l'illustre \ijillard lui-même. 

Enfin, connait-on d'autres drapeaux de 
villes alsaciennes ou lorraines confiés à la 
France dans les mêmes conditions que 
ceux de Strasbourg et de Bitche ? 

C'est le moment, je crois, de les recher- 
cher. 

Eugène Grécourt. 



Le « vi«ux Dieu allemand » — 

Les invocations de Guilllaume 11 au 
«vieux Dieu allemand » ont causé quel- 
que scandale dans le mon le. On s'est 
étonné de voir le kaiser placer sous le pa- 
tronage de la Divinité les massacres et les 
crimes de toute sorte perpétrés par l'ar- 
mée allemande.: 11 est sacrilège, a-t-on 
dit, de se réclamer du Christ quand on 
commet des atrocités systématiques. 

Mais est-ce bien au Christ que pense 
Guillaume 11 quand il parle du « vieux 
Dieu allemand > ? ]e suis plutôt porté à 
admettre qu'il s'agit là d'une formule éso- 
térique, destinée à tromper la masse et à 
lui faire croire que l'empereur parle du 
Dieu des chrétiens, tandis que les r.'nsei- 
gnés comprennent qu'il s'agit d'Odin, qui 
est bien, en effet, le < vieux Dieu » de la 
race germanique. 

GJest très sérieusement que je formule 
cette hypothèse. 

L'.'Mlemagne, que Charlemagne a bapti- 
sée de force, est restée beaucoup plus 
Odinique qu'on ne le croit communément. 
Sur son sol^ à côté des abbayes et des ca- 



thédrales chrétiennes, ont subsisté long- 
temps des groupements et des temples, 
secrets ou publics, dédiés à Odin et aux 
Ases.Au témoignage dt ZMer (Originei de 
l'Allemagne, 1) on sacrifiait encore à la 
déesse Ertha, dans l'Allemagne du Nord, 
en 1133. A la même époque, la religion 
Odinique, combattue dans l'Allemagne de 
l'Ouest et du Sud, avait son centre à 
U|)sal, en Suède, où l'on sacrifiait à Odin, 
à Thor et à tous les dieux du Walhalla. 
Au xiv* siècle, une des préoccupations des 
chevaliers teutoniques était d'empêcher 
les Prussiens d'offrir des sacrifices hu- 
mains à Odin et à Thor. On trouve des 
traces d'Odinisme, en Allemagne, même 
à l'époque de la Réforme. 

N'en trouve-ton pas aujourd'hui en- 
core, et jusque dans le peuple .'' Sur la 
porte d'un grand nombre de fermes alle- 
mnnJes on voit, fixée, une tête de cheval. 
C'est le vie^x signe de reconnaissance 
qui désignait jadis les initiés aux mystères 
d'Odin. Dans chaque champ, à la mois- 
son, la dernière gerbe est abandonnée et 
nul n'y touche : on faisait de même dans 
la Germanie de jadis, cette gerbe étant ré- 
servée au cheval d'Odin. Ajoutonsque, de- 
puis un siècle, et surtout depuis cinquante 
ans, les études odiniques ont été en grand 
honneur en Allemagne. Je connais le cas 
de hautes personnalitésallemandes qui dé- 
claraient récemment le Christianisme 
«affadissant et déprinant ». tout juste 
« bon pour des Latins » , et qui estimaient 
qu'il fallait au peuple allemand une « reli- 
gion allemande ». Les chefs de l'armée 
allemande se sont-ils ralliés à cette ma- 
nière de voir et adorent-ils en secret le 
« vieux Dieu allemand » ? 

Cela expliquerait bien des choses. La 
religion d'Odin et de Thor est, en effet, 
celle de la guerre et surtout du sang. 
Qu'on médite ce fragment d'une vie de 
saint Sever, écrite au viii« siècle : 

De même que chez les bêtes des forêts, la 
férocité varie suivant les espèces, ainsi chez 
ces barbares, la cruauté prenait une forme 
différente suivant leur caractère, leurs habi- 
tudes et surtout leurs superstitions. La plu- 
part encore affiliés au culte d'Odin, croyaient 
se faire bien venir de leurs dieux pai des sa- 
crifices huniain5,mais de différentes manières. 
Les uns n'immolaient que leurs ennemis et 
leur» prisonniers : W% autres égorgeaient de 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX »io Janvier 1915. 



préférence leurs compatriotes et mêmes leurs 
proches parents ; pour quelques-uns l'inno- 
cence 3iéme de la victime avait un prix de 
plus : ils versaient avec délices le sang det 
iaibles, des innocents, des vi;rges et des prê- 
tres. 

(Cité par Zeller, Origines, I, 274). 
Voilà qui rend assez bien l'esprit odini- 
que et germain. 

Au premier siècle avant le Christ, les 
Germains pendaient par le nerf de la 
cuisse leurs prisonniers de guerre romains 
aux arbres consacrés à Odin et à Tlior. 
En 496, les hordes germaniques défaites 
à Tolbiac avaient pratiqué ce vieux rite 
odinique au cours de leur invasion en 
France : nos annales le constatent formel- 
lement. Les rites saneumaires étaient en- 
core en honneur en Prusse et en Poméra- 
nie, à une époque qui correspond chez 
nous au règne de saint Louis... Faut-il en 
conclure que le retour vers la Barbarie 
qui se manifeste chez les Allemands de 
nos jours est dû à une résurrection des 
mystères du « vieux Dieu Allemand », 
au moins dans les classes dirigeantes ? Je 
pose la question. 

N'oublions pas qu'Henri Heine avait 
prédit que l'instant viendrait « où Thor se 
réveillerait, prendrait son marteau et 
mettrait en pièces les cathédrales gothi- 
ques ». 

N'est ce pas fait ? 

Saint-Christo. 

Parlait-011 le français en Alsace 
avant la Révolution ? 

A. B. 

Alaacs-Lorraine : Chaudes ou 
Chauves ? — On prête à Guillaume II 
cette déclaration, toute récente, sur la 
question d'Atsace-Lorraine : « Si je dois 
rendre jamais l'Alsace et la Lorraine, je 
les rendrai chaudes » . Cette version a été 
reproduite par différents journaux Dans 
\'£cho de Paris. M. Paul Bourget d^^nne 
cette variante : « )e les rendrai chauves » 
Ce ne doit pas être une coquille, car 
l'auteur de l'article n'a pas publié de rec- 
tification. D'ailleurs, l'une et l'autre ver- 
sions peuvent s'expliquer, partant se dé- 
fendre; d'autant qu'elles aboutissent à cette 
même conclusion, que nous ne retrouve- 
rons nos chères provinces qu'absolument 
détruites. 



Mais si, réellement, et l'état mental de 
l'impérial manchot, comme l'appelle le 
D'' Cabanes, porte à le croire, le mot a été 
prononcé, quel est-il : Chaudes ou Chau- 
ves ? 

D'E. 

Bismarck et l'annexloQ de l'Al- 
sace-Lorraine. — On entend souvent 
des gens prétendre que Bismarck était 
hostile au démembrement de la France 
en 1871. Cette opinion peut-elle être sou- 
tenue ? 11 me semble que non. Dans l'en- 
trevue de Ferriéres, Bismarck s'est expri- 
mé très nettement. (Cf. Gouvernement de 
la Défense nationale par Jules Favre, Pion 
éditeur, 1871). 11 dit catégoriquement à 
Jules Favre : 

Strasbourg est une menace perpétuelle 
contre nous ; il est la clef de notre maison ; 
et nous la voulons ; nous regardons l'Alsace 
comme absolument indispensable à notre 
défense ; nous reprenons le Rhin, notre fron- 
tière naturelle, et nous croyoas ainsi assurer 
la paix. 

Dans une conversation avec le marquis 
de Gabriac, alors chargé d'affaires à Ber- 
lin, le 12 août 1871, Bismarck dit : 

Je n'aurais pas voulu en principe conser- 
ver Metz pour l'Allemagne. Quand la ques- 
tion a été examinée devant l'Empereur, 
l'éiat-major m'a demandé si je pouvais garan- 
tir que la France ne prendrait pas sa revan- 
che un jour ou l'autre. J'ai répondu que j'en 
étais au contraire tièj convaincu, et que celte 
guérie ne serait probablement pas la der- 
nière de celles qui éclateraient entre les deux 
pays. Dans cette situation, ra'a-t-on dit, 
IVletz est un glacis derrière lequel on peut 
mettre 100 mil'e hommes Nous avons donc 
dij le gaider. J'en dirai autant de l'Alsace et 
de la Lorraine. C'est une faute que nous au- 
rions commise en les prenant, si la paix de- 
vait étie durable, car pour nous ces provin- 
ces seront une difficulté. — Une Vénétie, ai- 
je répondu, avec U France derrière. — Oui, 
m'a dit le chancelier, une Vénétie avec la 
Fran:e derrière. 

Bismarck a dit : * c'est une faute que 
nous aurions commise en les prenant, 
si .. », et non pas : %< c'est une faute que 
nous avoiis commise ». L'emploi du con- 
ditionnel indique parfaitement sa pensée. 
Un de nos érudits correspondants pour- 
rait il citer un texte donnant lieu à l'opi- 
nion des gens que je cite au début de cette 
note ? 



N» 1410. Vol, 



LXXI. 

- 7 



L'INTERMEDIAIRE 



8 



Cette comparaison de l'Alsace-Lorraine 
avec la Vénitie a été faite par Littré : 

Nous avons maintenant notre Vénétie, di- 
sait le chef de l'Ecole positiviste dans La Phi- 
losophie positive, novembre-décembre 1871. 
C'est un honneur pour l'I'alie que jam.-.is les 
Vénitiens n'aient consenti à être Germains. 
Alors nous plaignions le sort de ceux que la 
conquête opprimait. Aujourd'hui pourquoi 
l'Italie ne plaint-elle pas cette Alsace et cette 
Lorraine que la conquête opprime, q^e la 
violence démembre P 

Paul Muller. 

Charlemagne était-il allemand? 
— C'est l'opinion des allemands. Q.uels 
sont leurs arguments .'' 

Quels sont les arguments qui s'oppo- 
sent à cette thèse.'' M. 



La « Dame Blanche » des Hohan- 
zollern. — A l'heure oii de sinistres 
présages doivent hanter l'esprit troublé 
des familles royale de Prusse et impé- 
riale d'Allemagne, il est d'actualité de re- 
chercher ce que dit la légende sur cette 
visiteuse : de qui est-elle le spectre ^ de 
Frida ou d'Agnès d'Orlamiinde, ou <i: 



qui 



Robert Geral. 



« Dieu est mon droit. » — « Dieu est 
mon droit » est une formule française qui 
est devenue une devise anglaise. A quand 
remonte son émigration ^ A quelle cir- 
constance est due son adoption par nos 
alliés ? Est-ce la devise de la nation an- 
glaise ou d'un de ses Ordres ? 

X. 



« Diau s'est aujourd'hui montré 
bon Français ». — Je crois avoir lu, il y 
a très longtemps, dans une histoire de 
France, (peut-être celle du P, Loriquet, 
remaniée par le P. Gazeau et que je 
n'ai plus sous la main), qu'un roi de 
France après une victoire aurait éciit cette 
phrase à sa femme ou à sa mère. J'ai quel- 
que vague idée quece serait François 1". 
Pourrait-on préciser i 

X. 



Qesta Dei per Francos. — (T. G. 

J84). — D'où vient ce mot ? La question 



' a été posée T. G. 384, (XX, 194, 279, 

^ 396)- . . ^, , . 

;■ )och d'indret disait : « G est le titre ge- 
', néral d'un recueil de diverses chroniques 
! relatives à l'histoire des croisades {Ha- 
I voniœ i6ii, 2 vol. in-folio) publiée par 
) Jacques Bongars, écrivain calviniste, con- 
I seiller et maître j^'hôtel de Henri IV. > 
i Evalde ripostait : 
j « Le recueil de chroniques publié par 
Jacques Bongars à Hanau, en 161 1, porte 
( bien le titre de i Gesta Dei per Francos » ; 
\ mais Guibert de Nogent (1053-1 124), 
I avait déjà donné à l'Histoiie des Croi- 
\ sades qu'il a composée, ce même 
} titre : quo excogiiari aliud itec apiius 
ï poie<;t me vertus, dit Bongars, (Pra3l., 
\ art 8 ». 

{ VIdéal, revue mensuelle d'Etudes 
! Apologétiques, Religieuses et Sociales, 
j (directeur M. l'abbé S. Coubé, l'émi- 
; nent prédicateur), dans son numéro de 
sept.-oct., igi4, pose également ce pro- 
blème qui n'est pas résolu. 

!Nous soumettons la question à de plus éru- 
dits. Voici, sauf correction, ce que nous 
croyons. 
, D'abord il est un livre bien connu où ce 
mot resplendit de la première à la dernière 
page et dont il est le titre même. C'est le ré- 
cit de la première croisade, composé par un 
contempovain, le moine Guibert. Cet ou- 
vrage, extrêmement curieux au point de vue 
patriotique, est précisément intitulé : Gesta 
Dei per Francos sive Historia lerosolimitana 
(libriVlII). Le moine Guibert, abbé deNo- 
gent-les-Vierges-sous-Concy, né en 1053, 
mourut vers 1124; il composa son histoire 
dans les premières années du xii' siècle. 
C'était un ardent patriote, très fier de la 
France, qu'il oppose souvent aux autres na- 
tions et surtout à l'Allemagne. 

Le mot remonterait-il plus haut ? Gui- 
bert l'aurait-il emprunté à un autre écrivain ? 
Nous l'avons vu attribue à saint Grégoire de 
Tours par l'auteur très estimé d'un ouvrage 
sur Jeanne d'Arc, mais nous savons par lui- 
même qu'il l'a cité de confiance comme 
étant de l'historien des Francs et n'a pu vé- 
rifier. Nous pensons qu'il a fait erreur dans 
cette attribution. 

Quoi qu'il en soit, le dicton a fait fortune. 
Il a été cité des milliers de fois et Léon XIII, 
entre autres, l'a consacré en le rappelantdans 
son encyclique Nobiltssama Gallorum gem 
du 8 lévrier 1884. Parlant des services ren- 
dus par la France à l'Hglise il ajoute : 
« Aussi n'est-ce pas sans cause que ce vieux 
proverbe a prévalu ; les gestes de Dieu pur 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX lo Janvier 1915 



10 



les Francs ; ut non sine causa veim tllud 
proverbii oblintat : Gesta Dii fer Fr ir-cos 
Nous voyons là motif à reprendre 
cette question qui est parmi les plus in- 
téressantes. 

M. 

Le labarum de Constantin. — A 
propos du centenaire de ledit de Milan, 
donnant la liberté à l'Eglise, on a beau- 
coup parlé du labarum de Constantin, 
c'est-à dire de l'étendard qu"il fit faire 
suivant une vision qu'il avait eue, fit 
porter en tête de ses troupes et grâce au- 
quel il défit /Waxence au Pont Milvius, le 
Ponte Molle actuel. 

Une fresque de Raphaël dans les Stan^e 
Faticane immortalise ce fait d'armes et on 
y voit une reproduction assez fantaisiste 
de ce labarum. L'Ordre Constantinien de 
Saint-Georges, ordre jadis religieux, main- 
tenant de chevalerie, reconstitué récem- 
ment, a voulu adopter le Labarum comme 
son drapeau, sa bannière, son signe de 
ralliement. Une commission romaine a 
travaillé à cette reconstitution et a abouti 
à un modèle qui a été adopté. L'empereur 
d'Allemagne a voulu, en souvenir de 
l'édit de Milan, donner à Pie X un laba- 
rum, qui a été placé dans l'église de 
Santa Croce que ce pape a fait élever près 
du Pont Milvius, en souvenir de cet évé- 
nement si heureux pour l'Eglise. Ce laba- 
rum allemand a été fait sur les indications 
d'un cote archéologue allemand, Mgr Wil- 
pert, qui naturellement n'a point vu les 
choses comme la commission romaine et 
a abouti à une reconstitution différente. 

Nous avons donc deux reconstitutions 
du même objet qui sont assez diverses. 

Pourrait-on savoir exactement ce 
qu'était ce labarum ? 

Zed. 

Champ d'honneur. — Quand a-t-on 
commencé à désigner ainsi le champ de 
bataille .? Q.ui .? 

Sglpn. 

Notaire militaire. — Je lis dans le 
Journal du 27 décembre 1914 : 

M. Schœ.lelin,jugeau tribunal civil d'Aval- 
Ion, engagi; volontaire pour la durée de la 
Kjerre, vient d'être nommi notaire militaire 
a la résidence de Thann. 



duelles sont les fonctions et attribu- 
tions de ces Notaires militaires de créa- 
tion nouvelle et non prévus par la loi 
organique du notariat du 25 ventôse 
an XI .? 

Un vieux BASOCHIEN. 

Général Joffre. — Dans un article du 

Correspondant, Miles dit : que comme 
Turenne, le Général Joffre est né protes- 
tant. D'un autre côté, on prétend que ce 
serait sa première femme qui était protes- 
tante et qu'une de ses filles est religieuse. 
Où est la vérité ? 

B. DE C. 

Taube. — Ce mot allemand qui signi- 
fie pigeon, est celui donné aux vilains 
oiseaux avec lesquels nous avons fait con- 
naissance qui affectent la forme d'un pi- 
geon. 

On imprime quelquefois taubes au plu- 
riel pour tauben. 

Puisqu'en somme nous employons le 
mot allemand, au lieu de le franciser, ne 
serait-il pas, en effet, plus logique d'ap- 
pliquer nos règles grammaticales à ce 
mot, et d'écrire nettement : des taubes ? 
— C'estd'ailleurs l'expression qui restera. 

B. 

Un Beauharnais, fils naturel de 
Louis XI'V. — Dans un petit livre. Sou- 
venirs du Canada, 1726, dont je n'ai pas 
relevé l'auteur, j'ai trouvé la phrase sui- 
vante : 

Son successeur, le marquis de Beauharnais, 
fils naturel de Louis XIV. 

11 s'agit du capitaine de vaisseau, le 
marquis de B., intendant du Canada, qui 
fut, sauf erreur, « Directeur des classes 
de la marine en France », en 1705. 

Plusieurs Beauharnais furent officiers 
de marine, et il est assez difficile de les 
désenchevêtrer les uns des autres : plus 
encore d'établir leur filiation. L'ouvrage 
de M. Masson sur Joséphine de B. manque, 
à cet égard, de clarté. 

A quelle histoire d'alcôve royale fait 
allusion la phrase que j'ai relevée? 
M. Masson ne paraît pas l'avoir connue : 
autrement, il n'eut pas omis de signaler 
la descendance royale du prince Eugène. 

11 note encore que cette royale parenté 
de main gauche de Joséphine expliquerait 



N» 1410. Vol. LXXl, 



L'intermédiaire 



12 



sa constante sympathie pour les Bour- 
bons. 

Les partisans de l'évasion du Temple 
de Louis XVII, trouveraient là un argu- 
ment nouveau. 

Elojean. 

Stendhal et lord Byron. — Dans 
l'Introduction (y alinéa) à sa nouvelle 
Les Cenci, Stendhal s'exprime ainsi : 

... ; il faut se rappeler ce grand mot que 
j'ai ouï répéter bien des fois à lord Byron : 
nis âge o[ cant . 

Dans quelles circonstances notre cé- 
lèbre romancier a-t-il connu et fréquenté 
l'auteur de Cbile Harold ? 

Nauticus. 

Un éditeur de musique parisien : 
De RouUède de la Chevardière. - 

A partir de 1760 jusqu'aux environs de 
la dévolution, .M. de RouUède de la Che- 
vardière, qui demeurait >< rue du Roule, a 
la Croix d'Or», compte parmi les plus 
importants fournisseurs de musique, tant 
instrumentale que vocale. 

11 nous a été impossible jusqu'ici de 
découvrir la moindre indication sur ses 
origines, ou sur sa descendance, ou sur 
l'époque exacte de la cessation de son 
commerce. Serait- il l'un des ancêtres de 
l'immortel patriote? Il y a là une série de 
petits problèmes, à la fois patriotiques et 
musicologiques, qui présentent un réel 
intérêt et que je soumets humblement à 
la sagacité des obligeants intermédiai- 
ristes. 

J'ajoute que certaines pièces de mu- 
sique portent le nom de M. de RouUède, 
rue St Honoré, vis-à-vis l'Oratoire, au 
Duc de Valois. Serait-ce le fils et succes- 
seur .'' G. DE Saint Foix. 

Pigneâu de Béhaine (Armoiries 
de famille). — Quelles sont les armoi- 
ries de cette famille picarde à laquelle 
appartenait Pierre Joseph-Georges, qui fut 
évêque et vicaire apostolique de la Co- 
chinchine, né en 1741, à Origny, du ma- 
riage d'un intendant de la terre d'Origny 
avec Mlle Nicard .^ 11 scella ses lettres 
d'un cachet portant en écartelé : i et 4 
une croix potencée;2 et j une sorte de semis 
de croisettes avec une étoile en cœur ; avec 
un sur-Ie-tout effacé. 

Saint-Saud. 



Age quod agis. — * Fais ce que tu 
fais », c'est-à-dire : « Quand tu fais n'im- 
porte quoi, sois à ton affaire et ne te laisse 
pas distraire par autre chose » ; judi- 
cieuse recommandation, qu'on peut adres- 
ser à beaucoup d'enfants, et même à quel- 
ques grandes personnes. 

Je 1 ai trouvée formulée sur un vieux 
cachet de lettre. Sait-on si elle l'a été an- 
térieurement dans quelque ouvrage ? 

Paul. 

Inlassable ou lUassable . —Autre- 
fois, on disait infatigable. Aujourd'hui on 
emploie volontiers le néologisme inlassa- 
ble qui semble de plus en plus prendre 
droit de cité, même dans les documents 
officiels. (Voir la Déclaration ministé- 
rielle à la séance de la Chambre du 22 dé- 
cembre). 

Le mot nouveau, je le veux bien, a 
plus de caractère que son synonyme, 
mais il a le grand tort d'être contesté dans 
sa forme par les grammairiens. 

< Chaque fois, disent-ils que la prépo- 
sition in entre en composition avec un 
simple commençant par un 1 ou par un r, 
l'n de in se transforme pour redoubler la 
première lettre du simple. Exemple: in — 
responsable fait in rsponsable ; in — lisible 
fait nuisible. >» 

Par application :1e cette règle on devrait 
â\rt nias sable tX non inlassable . S\ je ne 
me trompe, M. E, Faguet a déjà donné 
son avis en ce sens dans un n" des An- 
nales Politiques et littéraires de l'an passé. 

Rien n'empêche cependant la forme 
défectueuse de faire son chemin. Com- 
ment expliquer cette bizarrerie? L'Aca- 
démie n'aurait-elle pas à se prononcer 
pour couper court aux discussions et em- 
pêcher l'introduction d'un barbarism: ? 

E. F. 

Le secret de Polichinelle. — Tout 
le monde sait ce que cela signifie. Mais 
d'où vient cette expression ? est-ce du 
théâtre de Guignol, ou de quelque vieille 
comédie dont elle serait le mot de la 
fin ? 

Paul. 

La Tire. — Au Canada, depuis 1650, 
au moins, quand la belle neige blanche 
et sèche comme de la farine couvre le sol, 



DES CHERCHEURS BT CURIEUX 



10 J«nvier 1915. 



13 



14 



on « élire la tire » au bruit de la musique, 
des propos joyeux, des rires c-l des chan- 
sons. La musique est réservée, surtout 
pour la danse qui termine la fête. La pre- 
mière de ces réunions est toujours le 25 
novembre — la Sainte-Catherine — et 
presque jamais nous ne manquons de la 
\< bordée de neige » indispensable au pro- 
gramme comme vous allez voir : 

La mélasse est dans le chaudron et le 
chaudron sur le feu. L'eau de la mélasse 
s'évapore. 11 reste un sucre pâteux, en 
tire, dont chacun prend de quoi se rem- 
plir les deux mains et l'étirage commence. 
C'est à qui fera des merveilles en ouvrant 
les bras à 7s centimètres d'une main à 
l'autre, étirant ainsi le sucre et repliant 
à chaque brassée la substance sur elle- 
même. Bientôt, la tire se colore d'un 
jaune dore que les experts poussent à la 
perfection. Alors on enduit d'une légère 
couche de beurre de grands plats qui re- 
çoivent les serpents de sucre repliés en 
rond ou en zipzag et les plats sont dé- 
posés sur la neige pour refroidir par sai- 
sissement. Le tout étant devenu froid, le 
beurre empêche le sucre d'adhérer au 
fond du plat et l'on casse par morceaux. 
Distribution générale. Toutes les bouches 
pleines. Le goût de cette tire est délicieux. 
Il est encore meilleur si, au lieu de la 
mélasse, on emploie le sucre d'érable, car 
l'érable du Canada donne en abondance 
un sirop inconnu au reste du globe. 

Nous nous demandons si pareille cou- 
tume existe en France. 

Benjamin Sulte. 



Les d'Albret, seigneurs de La 
Monjoie. — At-on jamais tenté la gé- 
néalogie de cette branche de la famille 
d'Albret qui s'établit à la .Monjoie (dans 
l'Agenais ?) 

Où trouverait on sur elle des rensei- 
gnements généalogicohistoriques ? 

Comment 1j rattacher à la souche des 
sires d'Albret ? 

Comment et quand s'éteignit-elle ? 

AURIBAT. 

Chevalier de Lisle. - je prie un 
chercheur de vouloir bien me renseigner 
sur le Chevalier <L Liile, ami du prince de 
Ligne, du duc de Choiseul, etc., vers 1777, 
par conséquent. 



Quelle est son origine, puis son nom 
patronymique ? 

Quelques généralités le concernant me 
seraient agréai les à connaître. 

Ferode. 

Fouquier-Tin ville, damerot.— Le 

peintre Boze était en assez mauvaise pos- 
ture auprès des Terroristes. Sa femme 
n'était pas en meilleur» termes avec eux ; 
mais c'était une nature ferme, énergique 
et vaillante, qui savait braver jusqu'à 
Fouquier-Tinville, le pourvoyeur de la 
guillotine. 

Elle eut, un jour, avec lui un dialogue 
des plus vifs. 

Je ne crains pas la mort, disait-elle : 

Je vois rouier ma télé devant moi 

— Ce serait dommage ; une si belle tête ! 

Fouquier-Tinville n'était pas coutumier 
de telles galanteries. 

Au surplus, les termes de ce dialogue 
sont-ils exacts ? Paul Edmond. 

Charles X quitta-t-il Cherbourg 
sur un navire appartenant à Joseph 
Bona-arte? — Le vicomte Jean J.icques 
de Nayliès, sous-lieutenant de la 5» com- 
pagnie des Gardes du corps (Noailles) ac- 
compagna en 1830 la famille royale de 
St-Cloud à Cherbourg. 

Au lendemain des événements, il pu- 
blia une brochure de 54 pages sous le 
titre de Relation fidèle du voyage du Roi 
Chartes X depuis son départ de St-Cloud 
jusqu'à son embarquement. 

Le récit du vicomte de Nayliès est en 
général aussi exact que sincère ; or, page 
40, il dit : ■' ■ ' 

Deux navires américains, leG^-ftjt JJrtlatn 
et le Chnrlts Caroll, appartenant, dit-on. à 
Joseph Bonaparte, étaient au Havre lors des 
événements de juillet, lis furent frétés pour 
emmener la lamille royale hors du Royaume. 

Le roi s'embarqua sur le Great Bit- 
tain. 

Hst ce que ces navires appartenaient 
réellement à Joseph Bonapartt .-' Lt Great 
^rilain était-il américain malgré son 
nom .'' 

Trouverait-on des renseignements à ce 
sujet, soit aux ports du Havre et de Ch^frTr 
bourg, soit dans les Admiralty's records 
ou au Board of Irades de Londres ? 

Le nom du propriétaire de ces bateaux 
n'est pas un détail sans importance. 

J. G. Bord. 



N» Mio. Vol. LXXI. 



L'INTERMBDIAI E 



15 



16 



R^pan0e0 



Let articUs ayant un caractère d'ai'tua- 
lité sont placés en tête. 

Les Allemands, en 1871, ont-ils 
passé sous l'Arc de Triomphe, à 
Paris ? (LXX, 142, 192). — Les publi- 
cations contemporaines et les périodiques 
de l'époque, bien qu'assez sobres de dé- 
tails par un sentiment bien naturel, per- 
mettent de répondre affirmativement sur 
cet épisode douloureux du siège de Paris. 

Voici ce qu'écrivait Samuel Denis [His- 
toire Contemporaine, t. 111, Libr. Pion). 

Dans la matinée du i" mars 1871, la 
troupe d'occupation (30.000 hommes) placée 
sous le commandement du général de Ka- 
mecke fut passée en revue sur l'hippodrome 
de Longchampb par l'empereur d'Allemagne 
suivi d'un Etat-Major ne comprenant pas 
moins de 600 officiers. Le k.iiser vint ensuite 
se placer, avec son escorte, devant les tribu- 
nes et le défilé dirigé par le kronprinz com- 
mença. Le général Karaecke divisa l'armée 
en deux sections dont l'une composée de sol- 
dats bavarois se dirigea sur Paris par l'Ave- 
nue des Acacias et l'Avenue de la Gr.-inde 
Armée, et dont l'autre composée de quelques 
réginients prussiens gagna l'Arc de Triomphe 
par l'Avenue de l'Impératrice. Quelques régi- 
ments passèrent sous l'Arc de Triomphe les 
autres le contournèrent, et tous ces régiments 
musique en tète, s'engagèrent dans les 
Champs-Elysées et s'arrêtèrent Place de la 
Concorde où toutes les statues étaient voi- 
lées. Au son d'une musique militaire massée 
sur le terre-plein de la place, quelques sol 
dats exécutèrent lourdement une danse devant 
la statue de Strasbourg ; d'autres s'assirent 
tranquillement sur le bord du trottoir et fu- 
mèrent leur pipe de porcelaine. Ils étaient 
tous fort sales, mais ne paraissaient pas fa- 
rouches. 

Paris, ce jour-là, s'était fait sépulcre, la so- 
litude était complète et cette soldatesque, 
parquée comme un troupeau, fut accueillie 
par des drapeaux noirs. 

L'évacuation commença le 3 mars, à 8 h. 
du matin et se termina à midi, l'occupation 
dura donc 48 heures. Les soldats allemands 
remontèrent tristement les Champs-Elysées, 
se hâtant vers les portes de l'enceinte. Leurs 
espérances, si promptement déçues, aboutis- 
saient, en dernière analyse, à une immense 
déconvenue . 

Quelle différence avec la triomphale entrée 
de Napoléon à Berlin, après léna ! 



A cette époque on s'était déjà aperçu que 
le Prussien n'a rien de la violette, ni l'hum.i- 
lité, ni le parfum, et Gavroche qui a le nez 
fin, ajoute Vlllustratton (n" 1463 du il mars 
1871), compiit que les lieux occupés avaient 
besoin d'une purification. Le dernier hulan 
parti, il s'empressa d'entasser autour de l'Arc 
de Triomphe des gerbes de paille qu'il a 
bravement allumée pour remettre dans sa 
pute lumière le tabernacle de nos gloires. 

La douloureuse résignation des Pari- 
siens avait valu à la France de conserver 

Belfort FuLANo. 

• 

* * 

11 est certain que les Allemands ne pas- 
sèrent pas sous l'Arc de Triomphe, quand 
ils entrèrent dans Paris, le t" mars 1871. 

Je lis, en effet, dans Souvenirs de guerre 
1870-71. 

(( Entrée des Allemands dans Paris. — 
Récit d'un témoin oculaire, par le colonel 
Henri de Ponchalou : 

..... J'ai donc le temps de remonter jus- 
qu'à la barrière de l'Etoile. 

L'Arc de Triomphe est barricadé ; il ne 
sera pas dit que les Allemands auront défilé 
dessous ! 

Du i"au îmars, dnte de l'évacuation 
de Paris par les triiupcs allemandes, nos 
vainqueurs firent-i's dégager de sa barri- 
cade le monument en question ? L'auteur 
que je viens de citer ne dit rien à ce 
sujet. 

Nauticus. 

* * 

j'ignore si les Allemands passèrent sous 
l'Arc de Triomphe, le 1" mars 1871. Un 
jeune moblot en uniforme, comme j'étais, 
se trouvant consigné forcément dans la 
partie de la ville où ils n'avaient point 
accès, ne pouvait les apercevoir qu'à la 
limite de séparation, au coin de la 
rue Saint-Florentin ou de la rue des 
Saussaies. Mais, pour la visite du 
Louvre qui formait leur seconde ambi- 
tion, elle s'opéra d'une façon plutôt mo- 
deste. Je revenais de la bibliothèque Ste- 
Geneviève, où j'avais passé l'après-midi, 
— on a prétendu que toutes les biblio- 
thèques publiques étaient fermées ce 
jour-là ; c'est ici la preuve du contraire, 
et je suis assuré par une note écrite de 
ne pas faire erreur, — lorsque je vis quel- 
ques soldats boches sous la colonnade du 
Louvre. Leur attitude semblait intimidée, 
La foule regardait, point agressive en- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



1915 



'7 



core, mais assez peu contente. Par la rue 
de Rivoli, j'arrivai devant les guichets du 
Louvre, fermés de grandes toiles grises 
pour dissimuler les Allemands. — Je n'ai 
lu ce détail, ailleurs, qu'une seule fois, 
mais les souvenirs d'anciens mobiles, 
vivant encore, sont très précis. Au coin 
de la rue de Rohan, la foule contemplait 
ces murs « derrière lesquels se passait 
quelque chose », suivant le mot de Victor 
Hugo. Une voix d'ouvrier s'éleva derrière 
moi, gouailleuse : « Ah 1 il en faudra un 
fameux boulanger pour nous tirer d.; ce 
pétrin ! » En somme, le public n'était 
aucunement abattu, déprimé. 11 parais- 
sait animé de cette impression, toute na- 
turelle chez nous : c Ce n'est .lécidément 
pas ainsi que nous sommes entrés à Ber- 
lin ! » 

La phrase de M. Lavisse est de la lit- 
térature. Britannicus. 

« • 

Etant, en 1871, dans le quartier des 
Champs- Elysées,j'ai vu et noté ce qui s'y 
«st passé pendant le séjour des Allemands. 

Le 1'' mars, des barricades élevées aux 
diverses entrées de la Place de la Con- 
corde gardées par des factionnaires ar- 
més, fermaient les passages. On ne pou- 
vait entrer que par la rue Boissy-d'An- 
glas et encore ne laissait-on passer que 
les gamins et les jeunes gens. Vers huit 
heures, je pénétrai par cette voie et ga- 
gnai le milieu de la place du côté droit. 
Deux hussards marrons arrivaient au pas 
de leurs chevaux, suivis par un jeune lieu 
tenant qui les plaça à droite et à gauche 
de l'Avenue, contre les chevaux de Marly. 

A la hauteur des concerts, une demi- 
sec:ion d'infanterie prussienne s'arrêta et 
forma les faisceaux. Les soldats se pro- 
meiaient, d'autres, arrêtés devant une 
manhande de limonade, près des Ambas- 
sadeurs, buvaient. Quand j'arrivai auprès 
d eu:, un jeune homme ayant l'air d'un 
éludant interpellait la femme en lui re- 
prodant son manque de patriotisme. Un 
sous-tflficier s'en mêla, voulut dégainer, 
l'étudant fut entraîné par un ami du côté 
de l'A/enue Gabriel. (L'installation de la 
marctande fut brisée le surlendemain 
commi toutes celles des restaurât :urs-ca- 
fetiers iù les Allemands consommèrent). 

Aucme autre troupe n'entra dans 
Paris aant midi. 

Vers 'es une heure l'on entendit les 



tambours et fanfares, et les premiers sol- 
dats arrivèrent du Bois de Boulogne. 
C'étaient des Bavarois. Ils entraient sur la 
place de l'Etoile, tournaient à droite de 
l'Arc de Triomphe et descendaient les 
Champs-El)'sées déployés en colonnes de 
compagnies. Je possède une collection de 
journaux illustrés anglais, représentant 
cette entrée à Paris Ledéfilé de l'infanterie 
bavaroise dura longtemps, puis vinrent des 
uhlans en tuniques vertes et des artilleurs 
bavarois, saxons et prussiens. Tout ce 
corps d'armée descendit l'avenue, sauf 
une portion d'artillerie dont les pièces 
furent mises en batterie devant chacune 
des avenues aboutissant à l'Etoile. 

L'Etat Major s'installa dans l'un des 
petits hôtels situés sur l'emplacement ac- 
tuel de celui de M. Dufayel : les troupes 
furent cantonnées, partie au Palais de l'In- 
dustrie, partie chez les habitants. 

Les musiques formaient le cercle et 
jouèrent à différents emplacements : de- 
vant l'Avenue Marigny, à la Concorde, 
près du groupe de Rude, etc. Il était, du 
reste, impossible d'entendre les exécu- 
tants, car dès qu'ils commençaient, des 
milliers de gamins accouraient, sifflaient, 
criaient, faisaient un vacarme assourdis- 
sant. 

Le 2 mars, aucune troupe armée n'en- 
tra dans Paris, une grande quantité 
d'hommes y vinrent en bandes. Ils arri- 
vaient par l'Avenue de la Grande Armée, 
passaient sous l'Arc de Triomphe en 
poussant des hurrahs et se répandaient 
dans l'Avenue, arrachant aux arbres, aux 
arbustes, des Champs-Elysées, des feuil- 
les dont ils ornaient leurs casques et leurs 
schakos et repartaient ensuite du côté de 
Neuilly. 

Le 3 mars au matin, les 30.000 hommes 
du corps d'occupation repartaient sani 
passer sous la voûte. 

Les Allemands n'ont donc pas défilé en 
armes sous l'Arc de Triomphe, ils n'y 
sont passés qu'individuellement. 

Le Monument n'était pas encombré, les 
groupes de statues, devant chaque pilier, 
étaient protégées par des échafaudages 
contre le bombardement. Cette protection 
fut efficace puisque ces œuvres d'art 
étaient indemnes après la Commune. Ce. 
pendant des obus tombèrent tout autour 
pendant plusieurs semaines. AcciTi. 



N» 1410. Vol. LXXI, 

■ 19 



L'INTERMEDIAIRE 



Les récits contemporains, imprimés ou 
verbaux, ont affirmé que l'on avait bien 
établi une sorte de barricade de pavés sous 
l'Arc, mais que cela n'empêcha pas les 
Allemands d'y passer Le peloton davant- 
garde qui précéda de loin l'état-major im- 
périal, aurait fait enlever des obstacles 
qui étaient très peu de chose et'le cortège 
put défiler librement sous la voûte histo- 
rique. 

H. C. .M. 

« 
« « 

Les Allemands ne passèrent pas sou^ 
l'Arc de triomphe lorsqu'ils entrèrent à 
Paris, mais ils le traversèrent quand ils 
en sortirent. 

Il n'y avait pas d'autre encombrement 
que les bornes en pierre soutenant des 
chaînes sur le pourtour de la rotonde qui 
entoure l'Arc et dans l'axe de l'ouverture, 
des pieux en fonte soutenant des barres 
ou des chaînes pour empêcher le passage 
des chevaux, des voitures ou des piétons 
en groupe. On avait masqué, simplement, 
avec des planches et des madriers, les 
quatre groupes qui ornent les deux côtés 
de la voûte de l'Arc pour les préserver 
d'un bombardement possible. 

Le i" mars, les premiers Allemands 
passèrent à côté de l'Arc de Triomphe 
s'engageant dans l'Avenue des Champs- 
Elysées. C'étaient six hussards précédés 
du lieutenant Bershardy du 14" régiment. 
Le gros des troupes allemandes n'entra 
que beaucoup plus tard après la revue 
passée par le nouvel Empereur d'Allema- 
gne au champ de course de Longchamp 
et ne traversa pas non plus la voûte. 
L'Erripereur, le prince héritier retournè- 
rent directement à Versailles après la 
revue. Seul Bismarck, en casque et bottes 
de cuirassier, mais sans cuirasse, vint à 
cheval, le cigare aux lèvres, se promener 
jusqu'auprès de l'Arc de Triomphe. 

Le vendredi 3 mars, les troupes alle- 
mandes quittèrent Paris. 

Dès le 2 au soir, une avant-garde était 
sortie. A six heures et demie du matin, 
le gros des troupes, cavalerie et artillerie 
en tête, remonta les Champs-Elysées, tan- 
dis que l'infanterie attendait son tour 
formée en deux colonnes serrées sur les 
côtés de l'Avenue. A 8 heures et demie 
du matin, les troupes commencèrent à 



défiler sous les voûtes de l'Arc de Triom- i en 1870, plusieurs maisons ont et re- 



phe dont on avait dû ôter les barrières et 
y passèrent drapeaux déployés avec tam- 
bours et musiques jouant. 

Un peu avant dix heures du matin, le 
défilé était terminé et une demi-heure 
après, le dernier Teuton était sorti de l'en- 
ceinte de Paris. 

COTTREAU. 

L'iademnité aux victimes de la 
guerre (LXX, 140). — M... trouvera 
les renseignements qui l'intéressent dans 
la collection du Journal officiel. Je lui si- 
gnale les documents suivants, tous relatifs 
à la question qu'il pose aux lecteurs de 
Vlntermédidire : loi du 6 septembre 1871 
(/ O. du 1} septembre 1871) ; rapport 
au président de la République et décret 
du 27 octobre 187 1 (/, O. du 28 octobre 
1871); loi du 7 avril 1873 (J. O. du 
1 3 avril 1873) ; rapport au président de 
h République et décret du 31 octobre 
1873 (J. O. du 6 novembre 1873) ; décret 
du 7 février 1874 et annexe {Bulletin des 
Lois, premier semestre 1874, partie prin- 
cipale, pp. 520-21). 

Les documents ci-dessus font mention 
des séances de l'Assemblée Nationale où 
fut discutée la question de l'indemnité 
aux victimes de la guerre franco-alle- 
mande. 

Nauticus. 
« 

* « 

Après la guerre de 1870-71, on répar- 
tit les fonds votés, pour indemniser les 
sinistrés, entre ceux-ci. Pour une douzaine 
de peupliers que les troupes avaient abat- 
tues dans un sien pré pour se chauffer, 
mon père reçut 2 fr. 40. 

O. D. 

Le sou des chaumières (LXX, 141). 

— 11 en est beaucoup, de ces maisons rf- 

constr'iites, surtout dans la région ce 

Paris. J'en ai rencontré souvent et les li 

parfois signalées dans mon Voyage ;n 

Fiance, notamment dans le 46° volune 

« La Seine de Paris à la Mer » page 31. 

J'en ai rencontré aussi dans l'Eureet- 

Loir, autour de Châteaudun. 

Ardouin-Dumaze\ 
* 

• * ■ 

Dans le village de Champagny, ;an- 
ton de Saint-Seinc-l' Abbaye, Côte l'Or, 
qui fut en partie brûlé par les Allenands 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Janvier 1915 



21 



22 



construites par l'œuvre du c Sou des 
chaumières », et mention en était faite 
par une inscription placée sur la façade 
principale. Je pense que ces plaques com- 
mémoratives y sont encore. 

H. G. M. 

Ce qu'on a dit des Allemands 

(LX.X, 142, 195). — Pour l'édification 
des jeunes gens qui pourraient considérer 
les procédés actuels des Allemands comme 
chose nouvelle de leur part, je rappelle- 
rai que notre an';ien collaborateur Ed. 
Fournier avait, en i8ji, dans un volume 
(trop vite oublié, hélas 1) Les Prussiens 
che{ nous, signalé, avec documents à l'ap- 
pui, les mêmes atrocités commises à cette 
époque, sans autre exception peut-être 
que la destruction des monuments pu- 
blics dans les villes ouvertes. Pietro. 
* 

• * 
On a oublié de rappeler un jugement 
d'un pape dn xv« siècle, Pie 11. connu 
dans les lettres sous le nom d'Aeneas 
Sylvius. 11 prétendait, à cause de la puis- 
sance prolifique des .\llemands, qui alors 
déjà engendraient de rombreux enfants, 
queGermania vient de germinsre. 

Paul Muller. 

« 

Comme contribution à cette enquête, je 
vous envoie l'opinion du cardinal du Per- 
ron, les Allemands n'ont guère changé 
depuis : tels il les vit, tels ils sont res- 
tés : 

La plus envieuse et la plus brutale nation, à 
mon gré, c'est l'Alemande, ennemie de tous 
les estrangers ; ce sont des esprits de bière et 
de poisse, envieux tout ce qui se peut ; c'est 
pour cela que les affaires se font si mal en 
Hongrie ; car ils portent envie aux estran- 
gers, et sont maris quand ils sont bien, et 
pour eux ils ne font rien. Si un François ou 
un Italien sort à l'écart, ils I.- tuent, cela est 
asseuré. Les Anglois encore sont plus polis de 
ricauconp. la noblesse est fort civilisée, il y » 
de beaux esprits Les Polonois «ont honnestes 
gens, ils ayment les François, et ont de beaux 
esprits ; les Alemans leur veulent un grand 
mal. 

(Perroniana, édition de 1669, p. 9). 

Le portrait tracé par le cardinal du Per- 
ron des Allemands, ses contemporains, 
n'est pas flatté ; l'on peut voir que nos 
modernes barbares sont restés fîdèk-s à la 
Kultur de leurs ancêtres du xvi« siècle. 
G. La Brèche. 



Dans une conférence faite le 20 décem- 
bre, à Oaumont (Eure), Mlle Géron, ins- 
titutrice, a cité et comincate ce passage 
de Strabon (Vil, 4) : 

Avec ces peuples, il y a tout intérêt à être 
méfiant ; ceux à qui les Romains s'étaient 
fiés sont ceux précisément qui leur ont fait 
le plus de mal, témoin les Cherusques et 
leurs alliés, qui, après avoir attiré dans une 
embuscade Quintilius Varus et les trois 
légions qu'il commandait, les ont égo'gés 
contre la foi des traités. 

(Les Cherusques habitaient entre le 
Weser et l'Elbe ; c'est aujourd'hui le 
Brunswick et une partie du Hanovre). 

H. S. D. 

• « 

je relève dans la chronique hebdoma- 
daire du Supplément UlUidire illustré du 
Petit Patisienàu 17 février 1901, et sous 
la signature de Jacques Lefranc, cette 
curieuse anecdote citée à propos des fu- 
nérailles de la reine Victoria : 

Derrière, à cheval, en costume de géné- 
raux, venaient le nouv.au roi et l'Empereur 
d'Allemagne. 

Ce dernier a pu là s'exniber tout à son 
aise. On sait combien il aime la pompe et 
le faste. 

11 était comme le maître, l^er de parader, 
content, sans doute, d'être regardé. 

En pénétrant dans la chapelle de Wind- 
sor, n'a-t-il pas eu le ressouvenir d'une 
scène où il joua un rôlernsm? brillant ? 

C'était au mariage du prince de Galles, 
le Roi actuel. Au premier rang des invités, 
on remarquait un enfmt .fgitc, que deux 
jeunes hommes en uniforme de highianders 
— jupe flottante et jambes nues — s'effor- 
çaient de faire tenir tranquille. A un cer- 
tain moment, l'un des highianders, qui 
était le duc d'Albany, dut ti^er loreille au 
petit gatçon agité. Alors, celui ci se baissa 
et mordit la jambe nue du duc. 

Et il la mordit même si bien que le high- 
lander poussa un cri de douleur qui jeta 
quelque effarement dans l'assistance. 

La jambe garda pendant plusieurs jours 
la trace de la morsure. 

Or, le petit garçon qui avait la dent si 
vive s'appelle aujourd'hui l'Empereur Guil- 
laume IL 

L. Çapet . 

Extrait de V Histoire des Deux Restaura- 
tions, par Vaulabelle, t. I. p. 469 : 

De tous lîs soldats alliés les Prussiens 
étaient ceux qui avaient montré le plus de 



N« 1410. Vol. 



LXXI. 

" 23 



L'INTERMEDI 



haine contre nos populations. Leur pasasge 
à travers nos départements avait été partout 
marqué par le pillage, le viol, le meurtre et 
l'incendie. 

D'E. 

La Force prima le Droit (LXX, 
140). — Je crois pouvoir affirmer que 
Bismarck n'a jamais prononcé ces paroles 
en français, car il ne s'exprimait qu'en 
allemand avec ses compatriotes. A-t-il dit 
macht gebet vor secht ? C'est le dicton ger- 
manique ; les Boches se servent du 
mot Macht, Puissance, et non de Gcwalt, 
Force. Bismarc!:, comme son successeur 
Bethmann Hollweg, se souciait des prin- 
cipes comme un poisson d'une pomme, 
et ne connaissait que la force et le 
succès. Très probablement il ne s'est 
jamais servi de la locution « macht gehet 

vor secht ». Paul Muller. 

« 
♦ • 

Le mot n'a jamais été dit textuellement 
par Bismarck, mais cette formule cynique 
fut bien sa devise comme elle est demeu- 
rée celle de l'empire germanique. 11 peut 
être intéressant de recourir à une compa- 
raison de la théorie bismarckienne avec 
celle que P. J. Proudhon a magistrale- 
ment exposée sur le Droit et la Force dans 
son puissant ouvrage, La Guerre et la 
Paix. Je n'ai pas besoin de dire que les 
idées de l'auteur français sur la Force et 
le Droit qui en peut découler, n'ont rien 
de commun avec celles que met en pra- 
tique, depuis 48 ans, le génie malfaisant 
et brutal de l'Allemagne moderne. 

H. C. M. 

* 

Le Musée de la Conversation donne 
l'origine de cette maxime, qui résume 
la morale de la fable : 

La raison du plus fort est toujours la 

[meilleure. 

Seulement, La Fontaine nous en fait 
sentir l'horreur et les Allemands s'en 
font un prétexte pour justifier leurs cri- 
mes. 

Bismarck se défendit toujours, paraît-il, 
d'avoir prononcé ces mots : « Macht geht 
vor Recht >, ou »< Macht auf Recht » (La 
force marche avant le droit, ou la force 
au-dessus du droit), mais le principe est 
entré dans la mentalité allemande. 

On trouvera des détails sur les origines 



24 
livre 



du mot dans le 
Alexandre : Le Musée 
tion, t. 1, p. 339. 



de 
de la 



M. Roger 
Conversa- 

R. B. 



M. de Bismarck a, à plusieurs re- 
prises , repoussé la paternité de cçtte 
maxime, (Macht geht vor Recht), il l'a 
fait dans trois discours au Reichstag en 
1869, 1870 et 1871, et la même dé- 
négation se trouve dans l'ouvrage de 
Georges Bûchmann, Geffùgelle Worte, 
mais tout cela n'empêche pas le mot de 
rester c'oué éternellement à la mémoire 
de Bismarck qui, s'il ne l'a jamais pro- 
noncé, a, en tout cas, toute sa vie prati- 
qué la chose. 

S'il est permis de se réconforter en 
cherchant les inverses de cette odieuse 
maxime, je rappellerai que Berryer a dit 
que la force ne peut jamais annuler le 
droit ; Abraham Lincoln, que nous de- 
vons mettre notre foi à croire que le 
droit fait la force; et enfin que quelqu'un, 
Joubert, je crois, a écrit que la force et le 
droit régissent tout en ce monde, la force 
jusqu'à ce que le droit soit prêt. 

GOUDCHAUX. 

« inchangée > (LXX, 141). — « La 
situation est inchangée. » Pour notre 
part, nous n'avions pas rencontré l'ex- 
pression avant la guerre actuelle. Cepen- 
dant, comme le remarque notre collègue 
V., le mot inchangé est admis par Littré. 
Mais il y a dans le Dictionnaire beaucoup 
de mots qui ne sont pas français ou qui, 
du moins, ne sont pas dignes de l'être. 
Inchangé est du nombre, et l'expression : 
« La situation — ou \i position — est in- 
changée », si elle peut être correcte, 
n'est certainement pas élégante. Nous 
ferons donc bien de la réserver pour le 
style télégraphique ou celui des commu- 
niqués... Q.UyERENS. 
* 
* * 

Il y a quelques semaines, le /o;«»«aZ des 
Débats a bien voulu rappeler que j'avais 
signalé ce mot inchangé dans mon travail 
sur les «< Belgicismes» (Anvers, 1911, 
in-S"), à propos de quelques mots de 
l'ancien français conservés dans le lan- 
gage des Belge-. Ce mot se dit, en effet, 
très couramment en Belgique. 11 n'est 
peut être pas très harmonieux, mais il est 



25 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX ,o Janvier 19,5. 



bien fait, appartient à notre vieux lan- 
gage, et je ne vois pas pourquoi on en cri- 
tiquerait l'usage. 

Comte DE Caix de St-Aymour. 

Pourquoi rejetterait-on ce mot accepté 
par Littré? 11 est aussi correct que inva- 
riable, impossible, intransigeant, insi- 
pide, inodore. PaulMuller. 

• 

Littré admet peut-être l'expression, mais 
je la trouve désagréable. — » Situation 
inchangée > = ... on in... an... ! — 11 
me semble que l'Etat Major eût mieux 
fait de dire comme un simple caporal : 
« Rien de nouveau ». — Pourtant ceux 
qui l'ont écrite sur le terrain, à l'est et, 
au nord de Belfort, en cette année 1914, 
méritent bien qu'on inscrive en grosses 
lettres dans leurs états de services : « Ils 
maintinrent la situation « inchangée, 
puis » 

Sglpn. 

Inondations tendues (LXX, 141). 
— Cette expression par laquelle on com- 
pare à une toile tendue horizontale, la 
nappe d'eau volontairement étalée, comme 
une inondation artificielle, me parait très 
pittoresque, très expressive et très juste. 

H. C. M. 

Culture, Kultur (LXX, 142). — Le 
mot allemand Kultur est récent : on ne 
le trouve pas dans le Dtciionnairede Jacob 
et Wilhelm Grimm, dont le volume ren- 
fermant la lettre K a été édité en 1873. Il 
a été lancé lorsque commença en Prusse, 
en 1872, la lutte entre l'Etat et l'Eglise] 
par un médecin célèbre, Virchow, libre- 
penseur qui appela Kulturkampf, lutte 
pour la civilisation. 11 fut aussitôt adopté. 
L'ouvrage de François Lenormant, Les 
premières civilisations, Paris 1874, fut tra- 
duit en allemand et publié dès 1875, à 
léna, sous le titre < Anfaengen dea 
KULTUR ». Les Allemands remplacent le c 
par un k. Kant, d'origine écossaise, qui 
s'appelait Cant, pour se donner une appa- 
ren.-e prussienne, écrivit son nom avec 
un K, 

Paul Muller. 

Boche (LXX, 143). — Pourquoi cher- 
cher midi a quatorze heures ? Boche veut 
dire bois. Les Alsaciens disent en parlant 



26 

des Allemands : < Têtes de bois. » Boche 
n'est qu'une déformation de bos, bois (On 
chantait jadis : Five Itt sabots De bois, en 
prononçant De bos. Ça rimait). Boche si- 
gnifie donc : tête de bois, tête dure, tête 
bornée, tète taillée à coups de hache, tête 
carrée... Qyant à Albocbe, c'est... /^/fc- 
manJ, dont on a pris la première syllabe, 
/i/, et remplacé la désinence par boche 
coiitormément aux habitudes de l'argot. 

Cap. 

* 

Ce mot figure déjà comme abréviatif 
d' Albocbe dans le dictionnaire d'argot de 
Virmaitre, édité en 1894. 

11 est certain qu'il était usité avant 
1870, et que les Allemands étaient con- 
nus à cette époque, dans le langage po- 
pulaire, sous les sobriquets de Tête de bo- 
ches, alboches. 

Mais le mot boche lui-même était em- 
ployé dans l'argot parisien pour désigner 
un libertin, un lourdaud et une brute, 
c'est pourquoi, à mon avis, on a rem- 
placé peu a peu « allemand > par « albo- 
cbe », pour revenir abréviativement au 
mot primitif qui me parait b'en définir le 
germain. Eugène Grécourt. 

« 

Du Temps 22 décembre 19 14 : 

L'éminent auteur des Sources de l'argot 
ancien, M. L Sainéan, était plus qualifié 
que quiconque pour donner un avis autorisé 
sur l'origine du mot u boche > et sur celle 
du mot « alboche ». 11 veut bien nous adres- 
se! la note suivante, que nous nous empres- 
soiu Je repiodulte et qui résout d'une ma- 
nieie définitive, semble-t-il, ce petit pro- 
blenie philologique auquel, si nous en ju- 
geons par les nombreuses lettres que nous 
avons reçu«s, nos lecteurs se sont vivement 
intéressés. 

Cette note ser.; d'autant mieux appréciée 
que M. L. Saiiiean termine précisément une 
étude sur le Langage populaire parisien au 
xix» siècle et qu il a entre les mains, comme 
on va voir, tuuus les pièces du procès ; 

Un des caractères frappants du parler vul- 
gaire de nos jours est labrigemcnt des mots 
polysyllab.ques par l'élimination de la syl- 
labe iniiiale ou finale Les cas d'apherese 
sont paiticulJerement nombreux : il suffira 
de rappeler ici les abréviations populaires 
chand (de vin), troquet (mastroquet; et 
^ingue (mannezinguej. C'e«t à cette catégo- 
rie qu'appartient également boche, qui est 
tout simplement la lorme abrégée de cabothe. 
On a dit tête de boche, pour tèt« dure ou 



N» 1410 Vol. LXXI, 

37 



L'INTERMÉDIAIRE 



28 



entêta, c'est-à-dire pour exprimer la même 
notion que ciboche. Primitivement, cette 
expression n'a rien d'ethnique ; 

Boche, mauvais sujet, dans l'argot des 
petites dames . (Delviu, D ctionnmre de la 
langue verte, 1866). 

/*/* de boche, tête dure, individu dont 
l'intelligence est obtuse... (Rigaud, . k- 
ttonntife du jargon p irisi^n, 1878.) 

Boche, autrefois les ouvriers disaient boehe 
pour qualifier un lourdenu... (Virmaitre 
Dictionnatre d'argot fin de siècle, v. Albo 
che.) 

L'application particulière aux AHen^inds 
est ainsi un fait uliérieur. On en est reie- 
vable à un trait de psycho'ogie populaire 
que résume l'expression lête carrée d'Alle- 
mand. L'une et l'autre remontent au premier 
contact avec les Allemands en 1870. 

Cette spécialisation de iéte de boche a eu 
lieu dans les milieux professionnels où l'on 
avait recours à la main d'oeuvre allemande. 
En voici un témoignage technique : Tête de 
boche. Ce terme est spécialement appliqué... 
aux Allemands, parce qu'ils comprennent 
assez difficilement, dit-on, les explications 
des metteurs en pages », lit-on dans la 
Langue veite typograpliique d'Eugène 
Boutmy, 1874. 

Cette identification ethnique une fois ac- 
complie, l'expression fit son chemin avec 
cette nouvelle acception. Citons cet exem- 
ple particulier au milieu des casernes : 

C'est-y que tu me prends pour un men- 
teur ? Chiens, preuve que la v'ià ta permis- 
sion... Sais-tu lire, sacrée tête de boc^e'f., . 
(Courteline, Le train de 3 h. 4J, p. 74.) 

De là boche. Allemand, dernier résidu de 
iitt de hoche : 

1 vient de décider que les boches fêtei nient 

pus que deux fois l'anniversaire de Sedan. 

(Léon de Bercy, Lettres argotiques, XXV° 

'.■«.lettre, p. 5, dans la Lanterne de Bruant, 

•1896, n» 65.) 

Quant à alboche, il représente ce que les 
grammairiens appellent un croisement, c'est- 
à-dire la fusion de deux mots synonymes : 
allemand et boche. Ce terme est naturelle- 
ment postérieur à boche : « Alboche, on 
désigne ainsi les Allemands, Luxembour- 
geois, Alsaciens, tous ceux qui parlent 
l'allemand. » (Rossignol, Dictionnaire d'ar- 
got, 1900.) Voici deux exemples .tirés du 
Père Peinard, mine abondante de bas lan- 
gage contera|iornin : 

Y a pas \wi(\a i.u% alboches qui n'aient des 
intentions de faire du chabanais (27 oct. 
1880, p. I .) 

On a remplacé l'aminche par un alboche 
qui a l'air bougrement godiche. . (27 juillet 
189e, p, lî.) 

Conclusion ; hoche n'a, étytnologiqae- 
tnent, rien de commun avec allemand. Cette ' 



application technique spéciale accuse un 
trait d'expérience vulgaire : pour passer de 
boche à allemand, il faut tenir compte du 
terme intermédiaire, tële carrée d'Allemand. 

L. Sainéan. 

* 

On ferait un volume avec les débats 
récents sur l'étymologie du mot Boche, 
qui ne méritait peut-être pas tout le mal 
qu'on a pris pour lui fabriquer une gé- 
néalogie; donnons encore celle-ci, que 
nous recueillons en cette belle Provence, 
où notre rôle d'interprète militaire nous 
a appelé. 

En provençal, on disait, bien avant 
1870, testas de bochas, parce que la tête ra- 
sée des soldats rappelait une boule, bocha 
en provençal, ou bocho... jusqu'à pro- 
chaine interprétation... 

Camille Pitollet. 

[!V1. A. Naville,dans la Ga:(itte de Lau- 
sanne, prétenJ que l'acte de naissance de 
fiocfc« date de février 1870. Les étudiants 
y disaient A Uebocbe pour A llemand (Alle- 
mand contaminé par Caboche !) De la 
Suisse Française, le vocable se répandit 
en Fiance, où on l'écourta en Boche. Par 
l'ombre de Teu bâchas se non è vero. Je 
maintiens l'étymologie provençale. Oltoi 
qu'il en soit, le Boche passera à l'Acadé- 
mie, côté du diclionnaiie, comme mer- 
veilleux symbole d'une race qui ne sait 
qu'affixer un mot ironique à la grossière 
vision du Goliath ennemi,] G. P. 

Mais en 1870, déjà, pendant la guerre, 
nous disions, pour nous moquer de quel- 
que camarade peu dégourdi, tête de Boche 
et l'on faisait allusion à la balourdise prê- 
tée aux Allemands. Parfois on changeait 
en lête de pioche. 

Aruouin-Di;mazet, 

• * 
Sans aller chercher loin, 
N'est-ce pas de Caboche 
— tête à manger du foin — 
Que provient le mot boche î 
Gaboche, du latin Gaput, tête. 
On pourrait désormais écrire : /('aboche- 
/Capùt. 

Car n'est ce pas dans le KK qu'est tom- 
bée 

La /c'ûltûr du /Taiser-Ki. 
Faux Colosse allemand 
en Aoloss'salement 
ment ^olossaleme.nt ? 

V. D. 



DBS CHERCHEURS BT CURIBUX 



!• Janviar 191 v 



29 



30 



Nous croyons qu'il ne faut pas chercher 
si loin l'origine du mot Boche, lequel ne 
saurait venir notamment de « Teutobo- 
che», war c Bo:he » n'est que le primitif 
d' c alboche » dont le préfixe «» Al >> ne 
se retrouve pas dans « Teutoboche ». Se- 
lon nous,* Alboche » est tout simplement 
une corruption argotiqu'; du mot «Alle- 
mand >, qui est devenu « AUemoche » 
ou même « Almoche «, puis « AUebo- 
che » ou « Alboche » et enfin « Boche » 
tout court. 

QU,«RENS. 

• * 

Les mots « Boche » e1 »< Alboche » 
étaient d'usage courant en 1870, aussi 
bien qu'aujourd'hui. Je les ai entendus 
prononcer maintes fois à cette époque et 
nos soldats de 1914 n'ont rien inventé. 
De même on a toujours traité de < Tête de 
Boche », tout individu qui oppose une 
obstination systématique, qui refuse de 
s'incliner devant un raisonnementplremp- 
toire. Toutefois ces expressions tétaient 
devenues d'un usage moins commun de- 
puis une quinzaine d'années, depuis que 
le vent était chez nous aux idées paci- 
fistes. 

YsEM. 

* • 

Règle générale, il ne faut point :hercher, 
en argot, des étymologies savantes ou 
compliquées. I,e peuple est simpliste. La 
métaphore joue chez lui un grand rôle, 
mais, le plus souvent, il prend un mot 
français, l'ampute soit au commencement, 
soit à la lin et y ajoute un préfixe ou un 
suffixe argotique tels que « mur, muche, 
boche », etc. C'est ainsi que de fantassin 
il a fait « fantasboche », de camarade 
« camerluche », de chasseur «chasse 
mar », etc. Au temps de Villon, Paris, 
dans le langage des gueux, avait nom 
« Parouart ». 

C'est ainsi que d'allemand le peuple a 
été naturellement amené à faire « albo- 
clie 7) qu'on devrait orthographier « alle- 
boche ». Là est, selon moi, la véritable 
explication. 

Maintenant, et ceci pour ceux qui se 
complaisent aux étymologies quelque peu 
cherchées, il se pourrait qu « alleboche », 
qui a dû prendre naissance dans nos ré- 
gions de l'Est, ait été influencé p ir l'alle- 
mand « holî », bois; et voici comment : 



de quelqu'un qui avait l'intelligence un 
peu obtuse, on disait fréquemment autre- 
fois : « il a la tête dure comme du bois !.. 
quelle tête de bois ! » et encore : « quelle 
tête carrée ! en parlant d'une personne de 
compréhension difficile. C'est aussi le sur- 
nom de « tête carrée » que nous avons 
donné un moment aux Alli^mands, la race 
teuioiine ou tudesque ayant la tète forte 
et le front très large. Et, de fait, dan» le 
parler populaire on a dit un moment 
» tête de holz » pour désigner un Alle- 
mand. Je ne puis malheureusement pas 
donner d'exemples de cette expression : 
« tête de holz » mais j'affirme qu'elle a été 
employée. 

Il se peut enfin que le mot « boche » 
actuellement en courset qui a toutes chan- 
ces de rester, ait été lui-même infiiuencé 
par « moche », vocable argotique très 
répandu, correspondant à mauvais, laid, 
etc., etc. 

Gustave Fustibr. 

Le pantalon rouge ^LXX, 141, 196). 
— M. Edmond Rostand dit son adieu au 
pantalon rouge, dans ce beau sonnet : 

Le Bleu d'horizon 

Adieu, garancs ! il faut se faire une raison, 

Et qu'à moins s'exposer le héros se resigne. 

Mais de vous habi! er l'hoiizon sflul est digne, 

Vous qui de r.^venir êtes li garnison ! 

néfendre l'Avenli- en h.tbtt d'horizon, 

la bal uniforme et la btlle consigne ! 

C'est uu signe, ce bleu ; vous vaincrez, par ce si- 

[gne. 
Leur gris de casemate et 1-ur brun de prison ! 

Je crois, poisqa ils n'oat pris que des couleurs de 

[terre. 
Qu'il eal bon, qu il est justfl et qu'il est «alutaire 
Qu'on s'habitue à nous confondre avec l'azur ; 
El poui le monde il sied, puisque Berlin st Vienne 
Ne peuvent pesamm.nt metti'e en marche qu'un 

[mur, 
Que notre ai'méa à nous soit l'Horizon qui vienne 1 

Edmond Rostand. 

Essai de langue univôrselle 

(LXVll ; LXVIll . — On lit dans le jour- 
nal L'Homme encbaine, du 5 janvier 1915: 

Nous avons incliqué déjà comment les 
Allemands s'efforçaient d'utiliser l'espéranto 
pour leur propagande, en répandant par- 
tout les bulletins de leur grand état-major 
rédigés en cet idiome universel. 

Ils viennent d'y ajoutiir la distiihution 
d'une brochure po tant le titre de : La Vero 
prild mtlito (La Viniii sur la guerre). Cette 
brochure renferme la traauction du Livrt 
Blanc allemand, avec les discours du trône 
de l'saipereur Guillaume et celui de sor) 



N» 1410. Vol. 



LXXI. 

- î« 



L'INTERMEDIAIRE 



chancelier au Parlement allemand, ainsi que 
la reproduction d'une série de télégrammes 
échangés entre des membres des familles 
royales d'Angleterre et de Prusse avant la 
déclaration de guerre. 

Plus récemment, les Allemands ont entre- 
pris la publication d'un journal bi mensuel 
entièrement rédigé en espéranto et intitulé : 
Internacia Bulteno (Bulletin international) 
Ce journal. Illustré de gravures, d'après des 
photographies, est envoyé gratuitement dans 
les pays neutres et même dans les pays des 
nations belligérantes, à ceux qui en font la 
demande. 

Le premier fascicule de ce journal dubute 
par une préface où, sous le titre : K.on m 
volas (Ce que nous voulons), il est dit en 
substance que, par cette publication, la ré- 
daction du journal se propose de défendre 
I Allemagne contre les accusations calom- 
nieuses que ses ennemis répandent sur sa si- 
tuation économique et militaire. 

Cela pour faire suite à nos précédents 
articles touchant une entreprise linguis- 
tique aussi mystérieuse que « baroque ». 

H.deL. 

La colonne de Rosbach(LXX, 4). 

- La Grande Encyclopédie écrit : Ross- 
Mch [avec deux s] et dit : 
deux monuments ont été élevés à Janushu- 
gel en mémoire de cet événement fia bataille 
de 1757J 

mais ne parle pas de l'enlèvement or- 
donné par Napoléon. 

Le Musée de Versailles, aile nord, i" 
étage, salle 86, possède un tableau nu- 
méro 1720, « La colonne de Rofbach 
renversée par l'armée française — 18 oc- 
tobre 1806 » — par Pierre-Antonin-Au- 
gustm Vafflard. On y voit des sapeurs 
s'attaquant à une pyramide quadrangu- 
■laire pour la jeter à bas de son socle ; les 
uns tirent à laide de cordages ; les au- 
tres aident au soulèvement ; il n'apparaît 
pas, qu'en vue dune réedification, on ait 
pris des mesures pour moins détériorer le 
monument. 

Le Dictionnaire géographique Vosgien, 
édition de 1840, dit : 

En 1807, les Français ont transporté à Pa- 
ris la colonne qui rappelait cet événement 
[la bataille de I757]. 

Sglpn. 

Comment s'appellent les mem- 
bres de la famille de Napoléon : 
Bonaparte ou Napoléon ? (LX1X| 



483, 
1 10. 



595. 659, 751 
152). -- Le 



32 — 

8o3.844;LXX, ij, 
mars 1779, Charles 



Buonaparte, répondant à une question de 
d'Hozier, lui écrivait : 

L'orthographe de mon nom de famille est 
celle de Buonaparte. 

Bonaparte n'en est que l'appropriation 
à la langue française, mais les royalistes, 
en haine de Napoléon, ne voulaient voir 
en lui qu'un Corse, c'est-à-dire qu'un 
parvenu étranger, comme disait M. de 
Frénilly, l'aristocrate féroce, affectaient 
de ne l'appeler que Buonaparte. 

F. Girard. 

Reddition de Lunéville (LXIX ; 

LXX, 9), — Cet intéressant article de M. 
Emile Berr dans le Fi^^aro (9 décembre 
IQ14) répond à la question que nous 
avons posée sur le papier-monnaie émis 
à Lunéville en 1870. 

^ Le 5 septembre dernier, la municipalité 
d'Epernay eut une très bonne idée. Biusque- 
ment coupée, par l'occupation allemande, de 
toutes communications avec Paris... et la 
province, elle s'avisa de fabriquer elle-même 
la monnaie dont elle avait besoin pour vivre, 
en attendant que la monnaie « pour de bon » 
lui revînt. D'autres villes, et quelques Cham- 
bres de commerce, dit-on, ont eu recours au 
même expédient, et M le maire d'Epernay, 
en nous envoyant, il y a quelques jours, un 
échantillon des jolis petits papiers sparna- 
ciens, exprimait très justement le vcej que 
fût établie et mise à la disposition des ama- 
teiirs la collection des « coupures » aiusi 
créées par les Chambres de commerce ou 
par les villes. Ce serait la, en effet, pour les 
historiens, pour les économistes, un curieux 
souvenir de la guerre. 

Je ne sais si, en 1870, des municipalités, 
des associations durent, comme Epernay, se 
fabriquer à elles-mêmes le billet de banque 
nécessaire à leurs échanges. Mais j'ai connu 
ce cas — bien plus intéressant encore, et 
peut-être unique dans l'histoire économique 
de € l'autre guerre . — d'un simple indus- 
triel qui, du mois d'août 1870 au mois de 
mai 1S71, ne paya à peu près ses ouvriers 
qu'au moyen d'un papier-monnaie qu'il 
avait créé pour assuier leur subsistance. 

C'est à Lunéville que la chose se passa. 
Notre pauvre Lunéville -vait été, dès le dé- 
but de la guerre, occupée par les Allemands. 
Il fallait vivre, et l'argent bientôt devint 
rare. Eloigné à ce moment de sa fabrique et 
mis dans l'impossibilité d'y revenir, l'indus- 
triel dont je parle avait décidé de donner du 
travail quand même à tous ceux de ses ou- 
vriers ^ue n'avait pas touchés la mobiliss- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Janvier 1915 



33 



tion ; et il avait pu faire passer à son fondé 
de pouvoirs l'ordre de payer les salaires en 
bons, le jour où le numéraire manquerait. 

Ces bons de 5 francs, de a francs, de l 
franc, de 50 et 2^ centimes furent bientôt 
mis en circulation ; et tels étaient le crédit 
et la bonne réputation de l'émetteur que 
les commerçants de Luiiéville n'hésitèrent 
pas à accepter cette monnaie, ï s'en servir 
entre eux dans leurs menues transactions de 
chaque jour. Le» Allemands eux-mêmes 
avaient fini par la connaître, et plus d'une 
fois leur service d'intendance montra qu'il 
ne faisait point fi de ces chiffons de papier. 

Le bon patron qui les avait créés ne put 
les retirer de la circulation aussi vite qu'il 
l'eût souhaité. La Commune succédait à la 
guerre. Enfermé dans Paris, il attendait 
chaque jour d'en pouvoir sortir pour retour- 
ner à sa maison lorraine ; mais là-bas on 
avait confiance, et deux mois après la con- 
clusion de la paix, les petites coupures (un 
peu fanées par l'usage I) continuaient de 
circuler dans les magasins de Lunéville. On 
était en mai. La Commune interdisait aux 
citoyens âgés de dix-huit à soixante ans de 
sortir de Paris. L'industriel avait un fils âgé 
d'une quinzaine d'années. II fit coudre dans 
la veste Je l'enfant une liasse de billets de 
banque, et l'alla mettre en wagon, sous la 
protection du chef de train. 

Le lendemain, la précieuse liasse était 
convertie en numéraire de la Confédération 
germanique Quelle monnaie I Un ramassis 
de pièces usées, de < boutons de culotte ->, 
disaiei.t nos ouvriers ; un pêle-mêle où se 
confondaient toutes les vieilles monnaies de 
leurs royaumes et de leurs duchés. Puis on 
dressa un tableau de conversion de ces mon- 
naies diverses en argent français ; apiès quoi 
le « tambour de ville » s'en alla dans les 
rues, invitant les porteurs de petits papiers à 
venir se les faire rembourser à la caisse de 
la fabrique. 

je lej vois encore ! c'était bien de la mon- 
naie de guerre : de petits carrés de papier 
« écolier » sur lesquels le fondé de pouvoirs 
de la fabrique avait inscrit la valeur de la 
coupure ; puis, < par procuration ». sa signa- 
turc ; et apposé le timbre de la m?ison, à 
l'encre bleue. 

J'ai plus d'une fois regretté, depuis qua- 
rante-quatre ans, de n'avoir pu conserver un 
exemplaire de cette monnaie de famille. 
Mais celui qui l'avait créée ne pensait guère 
qu'au souvenir de sa modeste invention pût 
s'attacher un intérêt quelcimquc. Il fit brû- 
ler tout cela, et n'en pi'rla plus jamais. 

On m'excusera de n'avoir pas observé la 
même discrétion. Ce sont les peiils billets de 
banque de M. le maire d'Epernay qui en 
sont cause. Ils m'ont rappelé mon enfance, 
et le premier voyage que j'aie fait en chemin 



34 



de fer, fout seul, avec je ne sais quelle 
somme folle dans ma poche, au milieu d'uni- 
formes détestés que je voyais pour la première 
fois. 

Emile Berr. 

Hôtel de Brienne (LXX, 148. — 
)'ai sous les yeux un plan de Paris en 
1793, sur lequel la mention Hâiil de 
Brienne figure sur un immeuble situé en 
bordure de la rue de Bourgogne, et allant 
de la rue de l'Université à la rue Saint- 
Dominique. Aucune mention d'un hôtel de 
Brienne ne se trouve dans la cour des 
Thuilleries ni dans son voisinage. 

V. A. T. 

De Beaumont, généalogiste (LXX, 
9}). — Léon de Beaumont, neveu de Fé- 
nelon, fut évêque de Saintes de 1716 au 
10 octobre 1744. Le P. Jean, dans sa bio- 
graphie des évêques de 1682 à 1801, ne 
fait mention d'aucun travail de cet évê- 
que. 

G. O. B. 

* 
» » 

II est parfaitement exact que Monsei- 
gneur de Beaumont, évêque de Saintes, 
s'occupa de recherches généalogistes et 
dressa un certain nombre de tableaux de 
descendances nobles. Le fait est bien 
connu de tous les chercheurs de l'Ouest, 
qui s'intéressent à ces questions. Une 
partie de ses manuscrits sont, dit-on, à la 
Bibliothèque de Saintes. M.M. Beauchet- 
FiUeau, les célèbres généalogistes poite- 
vins, renseigneraient à ce sujet. 

Les Beaumont-Gibaud sont, tout ce 
qu'il y a de plus vraisemblablement, une 
branche cadette des sires de Beaumont- 
sur-Oise, dont ils ont toujours porté les 
armes; leur filiation remonte à 1302. 
Léon, le généalogiste, décéda à 80 ans, le 
10 octobre 1744. Sa mère était une Sa- 
lignac-Fénelon, sœur du célèbre archevê- 
que de Cambrai. 11 eut i 5 frères et sœurs. 
Cette famille s'est éteinte en 1867. 

S int-Saud. 



Lancosme (LXIX, 648). - Je possède 
le portrait du comte de Lancosme-Brève ; 
je puis en fournir une copie photographi- 
que ; j'ai également quelques notes sur la 
famille. 

A. PONROY. 



N' 1410 Vd. LXXI. 

35 

L'abbé Landrieu (LXIX, 789 ; LXX, 
160). — 11 est mort subitement le 27 dé- 
cembre 1835, tellement charitable qu'il 
ne laissait même pas de quoi faire face à 
ses funérailles. (Journal Je Rodolphe Ap- 
pony III, 160). C'est lui qui a prononcé 
à l'église des Invalides l'oraison funèbre 
des victimes de l'attentat Fieschi. (id . 

m. np. p. CORDIER. 

Le Hideux (LXX, 147). — Les sur- 
noms étaient, chacun le sait, très fré- 
quents chez les chevaliers du Moyen-Age. 
On a quelquefois beaucoup de peine à 
retrouver le nom véritable de certains 
personnages, tellement leur surnom leur 
est exclusivement appliqué. Parfois en- 
core, ce surnom devient héréditaire pen- 
dant une ou plusieurs générations, de 
manière à amener des confusions de per- 
sonnes. C'est ce qui arriva pour les 
membres d'une très ancienne famille, 
dont le nom patronymique parait avoir 
été Le Gras, et qui furent châtelains, 
puis seigneurs de Chambly-le-Hautbayer 
(canton de NeuilIy-en-Thelle, Oise), 

Plusieurs de ces Chambly, du prénom 
de Pierre, eurent le sobriquet de le Hi- 
deux. Leur écu est ordinairement bla- 
sonné de gueules au ^ coquilles d^or. Mais 
je crois qu'ils se sont éteints au xvi" siècle 
et je ne pense pas qu'ils aient rien de 
commun avec la famille Le Hideux dont 
parle notre confrère. Je n'affirme rien ce- 
pendant, n'ayant pas mes documents 
sous la main ; mais comme je me suis oc- 
cupé jadis de ces Chambly, si M. C. L. 
veut bien reprendre directement avec moi 
cette étude en des temps moins troublés, 
je me tiendrai entièrement à sa disposi- 
tion. Le Besacier. 

Nicolas de Malézieux (LX). — 
S'adresser à M. de Malézieux du Hamel, 
château de laBlanchardais, par Mardelles, 
Ue-et Vilaine. Nisiar. 

Où naquit Maupassant ? (LVII ; 
LXIX, 614, 765). — Sur les Registres de 
l'état-civil antérieurs à la Révolution, 
de la commune de Saint - Sébastien 
(Creuse), il y a une belle et grande signa- 
ture d'un Maupassant ; la date précise 
m'échappe, mais je pourrais la donner si 
on le désirait, ainsi qu'un calque de la si- 
gnature. A. PONROY. 



L'INTERMÉDIAIRE 



— 36 



Le cerveau de Talleyrand (LXX, 

147). — L'histoire racontée par Victor 
Hugo est « presque exacte ■», dit un de 
nos collaborateurs, en 1887, et Nisiar 
n'aura qu'à se reporter à V Intermédiaire 
(XX-439) pour en connaître tous les dé- 
tails. 

H. M. 



Armoiries de Ligne et d'Arem" 

berg (LXIX, ,841; :,LXX, 165). — Met- 
tons une bonne fois les choses au point . 
I") de Ligne porte 'rf'o/ à la bande de 
gueules, famille des plus anciennes et des 
plus illustres des Pays-Bas ; elle a tiré 
son nom de la petite ville de Ligne en 
Hainaut et a produit les branches d'Arem- 
berg, de .Moy, de Chimay, de Croï, etc. 
2°) La maison d'Aremberg est donc 
issue de celle de Ligne, elle prit son nom 
de la terre brabançonne d'Aremberg La- 
Marck et a porté souvent comme armoi- 
ries : 

€ Ecarielé au i et 4 de gueules à trois 
feuilles de néflier d or, percées du champ, 
(qui est d'Aremberg ^ ; au 3 et j d'or à la 
fasce tfhiquetée d'argent et de gueules (qui 
est La Marck). 

Voilà donc l'explication des trois ar- 
moiries différentes qui ont arrête notre 
collaborateur V -(-, armoiries qui furent 
prises indifféremment par les d'Arem- 
berg, issus des de Ligne, pendant plu- 
sieurs siècles. 

Dans les premiersjours de juillet,j'avais 
songé à soumettre le problème à l'ancien 
archiviste du prince d'Aremberg : Herr 
von Daehenhausen. 

)e n'ai eu aucune réponse. Les événe- 
ments actuels me laissaient l'espoir de le 
joindre sur quelque champ de bataille et 
de pouvoir lui reprocher sa négligence. 
Ma qualité d'officier blessé — et peut être 
infirme pour longtemps — m'interdit au- 
jourd'hui tout recours au docte « Herr 
Professer ». 

]e regrette de ne pouvoir donner d'ex- 
plication plus précise au collaborateur 
V -f- ; mais, sans qu'il soit nécessaire de 
puiser à la » Kultur » germanique, je 
crois qu'il peut s'en tenir à mes rensei- 
gnements. 

Dodus cum libro. 

R. DB R. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo Janvier 1915 



37 

Rue des Bournaires à Clichy 
LXX, 49). — En Vendée, on appelle Bour- 
nieis les ruches d'abeilles en paille tressée 
(d'où très probablement Bournezeau, nom 
d'une petite commune de ce département). 
Les Bournaires et Bournard n'auraient-ils 
pas la même étymologie ? Je la donne 
comme un peu hasardeuse, et pour ce 
qu'elle me coûte, c'est-à-dire pour très 
peu de chose. 

Un vieux Vendéen. 



Prix pnyés à divers écrivains 
pour leurs ouvrages (LXX, 173). — 
Milton s'est marié trois fois; son pre- 
mier mariage avec Maria Powell ne lui 
avait pourtant guère réussi, puisque les 
deux époux avaient longtemps vécu sé- 
parés. 

La réconciliation du poète avec Mary 
nous vaut sans doute l'admirable récon- 
ciliation d'Adam et d'Hve après laquelle 
ils eurent des enfants ; de même qu'après 
cette réconciliation Milton eut successi- 
vement les trois filles que 1 1 légende a 
faites bonnes et serviables pour leur père, 
ce que l'histoire a contredit. 

Très lié avec Cromwell, Milton fut 
persécuté par Charles Deux, au retour du- 
quel il fut proscrit et sans la reconnais- 
sance d'un poète en faveur sous Charles 
Deux et que Milton avait sauvé, alors 
qu'il était tout puissant sous Cromwell, 
nous n'aurions pas eu le Paradis Perdu. 

Parmi les hommes qui s'étaient atta- 
chés à la vieillesse de Milton, il en est un 
dont la postérité doit conserver le nom. 
C'est Elwood. C'est à lui que Milton re- 
mit le glorieux poème. C'est lui qui le 
lut le premier. Le 20 avril 1667, un li- 
braire traita de l'impression du Paradis 
Perdu. Les conditions de ce marché sont 
restées tristement célèbres. En confiant 
son manuscrit à l'éditeur Simmonts, qui 
voulut bien s'en charger, Milton reçut 
cinq livres (125 fr.) ; il devait recevoir 
une même somme après la vente de treize 
cents exemplaires. La seconde et la troi- 
sième édition devaient être réglées par les 
mêmes conditions. Milton reçut en tout 
dix livres. La troisième édition parut en 
1678, alors que le poète était mort, et sa 
veuve, le 29 avril 1681, donna quittance 
définitive moyennant huit livres sterling. 
Et cependant, à la même époque, la 



38 



poésie était recherchée, Dryden recevai 
250 livres (j.350 fr.) pour une traduction 
de l'Enéide et 300 livres (7.500 fr.) pour 
ses fables. Mais le goût du jour était trop 
mondain pour comprendre le sublime du 
Paradis Perdu. L'ouvrage n'obtint aucun 
succès. Albéro. 



La plus vieille boutique pari- 
sienne (LXIX, 696 ; LXX, 84. — Dans 
mon enfance (il peut y avoir 65 à 70 ans) 
il y avait sur le quai Bourgogne, à Bor- 
deaux, un pharmacien rommé Guille- 
mard, dont le commerce était signalé en 
plusieurs langues, qui toutes reprodui- 
saient à leur façon le nom d'apothicaire : 

BOTICARIO — DEUTSCHE APOTHEKE — APO- 

THECARY. 11 devait nécessairement y avoir 
une enseigne en français. Mais j'en ai ou- 
blié la teneur. — A cette époque, beau- 
coup de pharmaciens avaient à leurs 
devantures deux espèces de bas-reliefs 
présentant le contour d'amphores à anses, 
étiquetées en lettres capitales, l'une The- 
RiACA, l'autre Diascordium. Telle était, 
par exemple, la pharmacie située au coin 
des rues Castillon et Mautrec,à Bordeaux, 
et occupée alors par M. Magonty. 

V. A. T. 

• 

» « 

Il en est une, moins vieille que la c Tour 
d'argent > , mais bien intéressante quand 
même, qui se trouve sur le quai de Bour- 
bon, et presque au coin de la rue des 
Deux-Ponts. Elle confronte par consé- 
quent à l'est au cabaret du « Franc pinot » 
dont la jolie grille en fer forgé va, paraît- 
il, disparaître dans les démolitions de la- 
dite rue. 

Cette boutique, occupée aujourd'hui 
par un marchand des quatre-salsons, doit 
posséder la seule devanture du xviii* siècle 
en bois sculpté qui subsiste encore à 
Paris. 

La dernière fois que je l'ai vue, elle 
me parut légèrement empâtée par des 
couches de peinture successives et géné- 
reuses. 

Mais, telle qu'elle est, elle contribue- 
rait encore au charme de ce coin de la 
vieille isle Saint-Louis, si le marchand 
qui l'occupe, ne baissait obstinément 
devant ses principales sculptures une 
bâche qui semble uniquement destinée à 
en dissimuler la vue. 



N» 1410. Vol. LXXI. 

39 

Le soleil ne risque pourtant pas de 

griller la façade puisque la boutique 
ouvre en plein nord. 

Cette bâche est-elle le résultat d'une 
phobie artistique quelconque ou simple- 
ment la conséquence d'un vœu, je l'ignore; 
mais en tout cas elle est navrante. 

Champvolant. 

Ohé ! les Autrichiens! (LXX, 142). 

— Je suis, d'une vingtaine d'ans, le ca- 
det du questionneur ; mais j'ai entendu 
souvent chanter cela par mon père. Mal- 
heureusement, je n'ai rien retenu ; et 
plus malheureusement encore, le petit 
fascicule de < colportage » que je con- 
serve et qui contenait la chanson, est in- 
complet, entre autres pages, de celles 
portan t les n°* 3 à 6 ; le pied de la page 

2 ne portant ni signature d'auteur, 
ni tiret, je soupçonne que mes quatre 
couplets avaient une suite dont je suis 
réduit à déplorer la perte, je n'ai jamais 
connu de couverture à mon débris de re- 
cueil. La page i porte en titre : Les Re- 
frains nationaux des ailles et des Cam- 
pagnes, puis vient la chanson demandée : 

Ohé ! les Autrichiens ! 

Actualité 

Paroles de Alexis Dalès 

Air : Ohé I les p'tits Agneaux I (Colmance) 

Refrain 

Ohé I les Autrichiens, 
V'ià l'bal qui commence, 

Boulets et biscaïens 
Vont pleuvoir d'importance, 

Nos musiciens 
Vous joueront plus d'une contredanse; 
V'ià l'bal qui commence, 

Ohé I les Autrichiens I 

Ce bon monsieur François, 
Qui gouverne l'Autriche, 
De se montrer sournois, 
N'a jamais été chiche, 
De l'encourager, 
La France serait incapable ; 
C'est caite [sic] sur table. 
Que toujours elle a su jouer. 

Ohé [sic] I les Autrichiens, etc. 

En avant les amis, 
La gloire a bien des charmes, 
Le soleil d'Austérlilz 
Doit éclairer nos armés. 



L'INTERMEDIAIRE 



40 



L'courage n'est pas neuf 
(AuUichiens ne vous en déplaise) 
Dans l'armée française ; 
Rappelez-vous dix-huit cent neuf (1). 
Ohé I les Autrichiens, etc. 

n est temps de frapper, 
Enfants de la patrie, 
Courons émanciper 
Notre sœur l'Italie. 
Peuple italien 

Pour gagner ton indépendance. 
Le peuple de France, 
A ton sang va mêler le sien ! 
Ohé ! les Autrichiens, etc. 

Amateurs du progrès. 
Dans cette grave affaire. 
Nous voulions un congr'îs. 
Pour éviter la guerre. 
En vain nous voulions 
Pousser l'Autriche à la prudence, 
Puisqu'elle entre en danse, 
Elle doit payer les violons. 
Ohé ! les Autrichiens, etc. 

— Voilà tout ce que j'ai. A la fin du 
cahier, page 16, on lit : c Se trouve chez 
« Roger, rue Fontaine-au-Roi, 25 et 27, 
« à Paris. — Dépôt chez Sevin, rue du 
« Plâtre St-Jacques, 24. — On ne reçoit 
« que les lettres affranchies, et on n'ex- 
< pédie que contre un bon sur la poste. 

La troisième Livraison du Panthéon 
« chantant contiendra le portrait de Vic- 
« tor Rabineau. Paris. — Typ. Morris 
« et Comp. rue Amelot, 64. > 

— Mon père en chantait plusieurs au- 
tres sur le même sujet, qui dut être fré- 
quemment traité, car d'autres chansons 
analogues, se trouvent dans la même li- 
vraison, d'après la table, et dans quelques 
débris de recueils du même genre que je 
conserve aussi par amour filial. 

Sglpn. 



(i) Allusion à la bataille d'Eckmulh, qui 
coûta près de cinquante mille hommes à 
l'Autriche. 

[Ce n'est pas moi qui ai ajouté ce renvoi, 

non signé' . 



Lt Directeur-gérant : 
jEORGES MONTORGUEIL 

Imp Clebc-Duhifi . St-Amanr)-Mont-P"nd 



LXXl* Volume Paraissant la io,»o et )o de chaque mois 20-30 janvier 1915 















N» 1411 


81«".r.VJctop-M«««* 


n 


QOVBQDB 






SfVr.VIclor-Mitaké 


PAKIS (IX«> ChTchet ti 
voiti trouvéïsz 

BaretDx: de 3 i6beares 


tFi~ 




a Q 

5° 


tt ta faut 
intr'aider 


PAKI8 <IX*) 

Bareaui : de3i 6b«crB< 



C 3nt(rm^èiaiT« 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



;iUE.ST10NS RT RKPONSKS LITTÉRAiaES, HISTORIQUES, SClISNTlKlQUKi. KT AKlISTiyUtS 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



41 



42 



i DOS lecteors ei aloiss 



Nous exprimons notre très vive 
gratitude à nos abonnés et collabo- 
rateurs pour le zèle avec lequel ils 
aident à la ré pparition de TIN- 
TE H MÉI;.' AI i-îE dans les circons- 
tances exceptionnel.es où nous 
sommes encore. 

Nous n sauricn- pi omettre une 
pubhcadoa normale ; am i ce nu- 
méro englobe les 2 derniers de jan- 
vier. 

11 sera tenu compte des numéros 
servis en moins dans le renouvelle- 
ment de l'ynnée prochaine. 

Nous rappelons que le prix des 
abonnements pour les réabonnés de 
1915 est de 12 fr (Frauce) et 14 fr. 
(Etranger). 

Pour les abonnés nouv<=aux, les 
prix restent les prix ordinaires : 
16fr. etlSfr. 

Inous rappelons que, sauf avis 
contraire, nousue ferons prése^ ter, 
durant la guerre, aucuae quittance 
d'abonnement. 



ue0tiofi6 



l'aigle connu, avec, en dessous, la devist 
non moins connue : « Fur Kœnig mi^ 
GoU und Valerland ». Mais, ô surprise, 
au-dessus de l'aigle courait une bande 
rolle avec l'inscription » en français » 
« La belle alliance » 1 

De quelle alliance s'agit il, et pour- 
quoi en français sur un casque à pointe ? 

H. B. 

Papier-monnaie et monaaits de 
néces^té pendant la guerre de 

1914. — A propos de la question rela- 
tive au papier monnaie émis à Lunéville 
en 1870 (LXIX ; LXX, 9;LXX1, 32), et de 
l'article de M. Emile Berr paru dans le 
Figaro du 9 décembre 1914, il y aurait 
lieu, me semble-t-ll, de généraliser la ques- 
tion et de dresser, dès à présent, la liste 
des Communes, Chambres Je Commerce 
ou établissements publics ou privés qui, 
en raison des circonstances, ont émis pen- 
dant la guerre actuelle du papier-mon' 
naie, ou de la monnaie obsidionale sous 
une forme quelconque. — Celte liste sera 

' peut-être assez longue ; je fais appel pour 
la compléter à nos collègues del'Irtlci- 
médiaire. 

Dès à présent je signale les Villes et 
Chambres de Commerce de : 

Bordeaux. — (Coupures de 2 fr. — i fr, 
— 0.50). 

i Nantes. — Coupures de 2 fr. — 1 fr. — 



« Label'e alliance », inscription 
sur des casques allemands. — Un 

officier, letour du feu, m'a montré un 
é cusson de cas ue prussien représentant 



Nantes. 
0.70). 

Rouen. • 
0.50). 

Elbeuf. 
0.50). 



(Coupures de 2 fr. — i fr. 
- (Coupures de 2 Ir. — 1 fr. 

LXXI, 



N« 141 1. Vol. 



LXXI. 

- 43 



L'ÏNTBRMBDIAIRE 



Louviers. — (Coupures de i fr, — 0.50. 
— 0.25) 

Epernay — ? 

J'ai lu aussi dans les journaux, mais je 
n'en ai pas la certitude, que les villes de 
Valenciennes et de Denain, actuellement 
sous la férule allemande, avaient eu égale- 
ment recours à des émissions de papier- 
monnaie. 

H D'. 

Sur le front. — De quand date l'ex- 
pression si usitée aujourd'hui : « sur le 
front > ? 

l'avoue que ie lui préfère de beaucoup 
l'ancien terme < l'gnede feu ». 

J'ai peur qu= « sur le front » nous 
vienne tout droi: d'Angleterre après la 
guerre du Transvaal où nos alliés se ser- 
vaient couramment de l'expression « to 
the front » ? 

H. B. 

Souvenirs authentiques de Jeanne 
d'Arc. Arflsure-épée. - Un grand 
journal mondain, s'occupant jadis r! ■ 
Jeanne d'Arc, affirmait que l'armure de ia 
Vierge lorraine faisait partie de la col- 
lection de Madame la prmcesse de i',)i\-. 

Si ce fait est exact, cette précieuse i\ li- 
que aurait-elle, heuieu>ement, échappé à 
la « Kultur » des habitants da château de 
Pinon, durant la bataille de Soissons, du 
8 au 15-1 1915 ? 

Contrairement à l'explication du BnlU 
tin d'une Revue artistique annonçant 
que l'épée de l'héroïque martyre avait 
été authentifiée, parjni les armes faisant 
partie du Musée de Dijon, en l'absence 
des conservateurs, un des gardiens m'a 
avoué, ainsi qu'un journaliste dijonnais, 
n'avoir pas eu connaissance de cette trou- 
vaille, auid? j.-C. A. P. 

Notre-Dame d' Albert. — Cette 
statue vénérée est tombée sous les obus 
allemands : on demande quelques détails 
sur son origine et son culte. 

D' L. 

Lejouraalla «Situation». — Un jour- 
nal ayant pour titre /.) Situation fut fondé 
à Paris en 1867, avec les fonds fournis, 
disait-on, par des banquiers de Francfort 
et autres villes des bords du Rhin pour ' 



■ 44 — — 

soutenir cor.tre la Prusse victorieuse de 
l'Autriche, les protestations du Danemark 
contre l'annexion du Sleswisi Holstein et 
les revendications du roi de Hanovre. 

Ce journal cessa de paraître en 1871, 
si mes souvenirs sont exacts. 

Ayant eu récemment besoin d'y recher- 
cher certains articles, j'ai constaté que la 
collection de ses numéros n'existait ni à 
la Bibliothèque Nationale, ni dans les au- 
tres bibliothèques parisiennes auxquelles 
je me suis adressé. 

Sans doute, il en a été conservé des 
exemplaires à Copenhague ou dans quel- 
que autre ville danoise ; mais c'est bien 
loin t le voyage en ce moment présente 
certaines difficultés. Un obligeant collègue 
ne pourrait-il pas m'iniiquer une collec- 
tion de ce journal conservée à Paris ? 

Guy. 



Jaton à déterminer : Non Pan- 
dora. — Jeton de 29 millimètres, coins 
libres Au droit : Figure allégorique de- 
bout portant à la main droite une lampe 
;... tique allumée et à la main gauche une 
cassette. Légende en très petites lettres : 
Non Pandora seJ Bona. A l'exergue : Loge 
de la Kermeté T. F 1771. 

Revers : Entre une sphère terrestre à 
gauche et une urne à droite, d'où sem- 
blent s'échapper des parfums (?), une py- 
ramide et sa base ornées des mot Non 
Mors Sed Vitd. A l'exergue : toujours 
en liés peiites lettres K»/M/ts Nexu et la 
date avec les lettres T F,commeà l'avers. 

11 est presque certain que ce jeton ap- 
partient à une des sociétés badines si 
nombreuses à cette époque. 

PlETRO. 

Le portrait de Mme de Prie par 
■Van Loo. — Sait on ce qu'est devenu 
le portrait en pastel de Mme de Prie, par 
Van Loo (?) après la vente de « Stawberry 
Hill » de Sir Horace Walpole ? 

Boston. 

Un vers de Racine à situer. — 

Dans laquelle des tragédies de Racine se 
trouve le vers suivant, cité comme exem- 
ple d'inversion poétique dans les traités 
de versification .? 

Pleurante après son char tu veux que l'on me 

[ voie* 
A.P.L. 



DES CHERCHiîUKS ET CURIEUX 20-30 Janvier 191 5 



4 S 



46 



« Minenwerfer h. — On a pu lire, 
dans un récent communiqué, ;iprès l'af- 
freux vocable tudesque : iiiinfnxL\rfcT^ la 
traduction française entre parenthèses : 
lance-boiitbei. Doit-on en conclure que cet 
emploi du mot barbare at^ec traduction à 
la suite ne représente que la nécessaire 
transition vers l'emploi de l'expression 
française pure et simple ? 

On écrira sans doute, après la guerre, 



Qu'est-ce que c'est exactement qu'un 
crapouillot? D'où vient ce mot, qui l'a 
inventé ? Y. 

Caviar, c£-riardé, ce sure. — La 

censure s'exerce sur les journaux : on ne 
dit plus censuré : on dit caviardé. Caviar- 
dé vient de caviar. Le caviar est ce mets 
russe fait d'œufs d'esturgeon, qui est 
une bouillie noire. En Russie, la censure 



le chapitre curieux du boycottage actuel, j s'exerce au rouleau. Un livre, une lettre, 

^ m J_ i. 1.. 4 j).ii '. • i_ j- 1_ ....„ ^««f ^«., 



en Allemagne, de tous les termes d'allure 
française — et ils étaient légion — usi- 
tés en ce pa)'s avant les hostilités. Même 
les s< Pariser Modewaarengeschaefte » (tra- 
duisons, nous aussi : « magasins de nou- 
veautés parisiennes ») sont devenus 
« viennois ». En Alsace, il est strictement 
interdit d'emploj'er les saluts classiques : 
< Bonjour et adieu » Les correspondants 
allemands sont de rigueur. 

11 en est de même, dans toute l'Alle- 
magne, de termes devenus cosmopolites, 
tel celui de « chauffeur ». Pour peu que 
l'on soit au courant des efforts, très an- 
ciens, de \' Allgemeiner Deuticher Sprach- 
verein (société pour l'épuration de l'idio- 
me allemand';, l'on saura ce que ces pros- 
criptions valent pratiquement. Mais, pour 
clore cette noie, citons un cas où le Tu- 
desque a abdiqué le chauvinisme féroce 
qui l'anime à cette heure devant le sens 
commercial qui est à la base de sa nature. 
On vendait, avant la guerre, dans un étui 
en métal enjolivé de fioritures c< modem 
style » 20 cigarettes à bout doré prove- 
nant de la fabrique berlinoise J. Garbaty. 
Cet étui, d'une élégance réelle, portait, sur 
deux faces, en lettres d'or, la mention : 
Duke of york. L'anglophobie qui sévit 
en Allemagne exigeait la destruction de 
ces récipients sacrilèges, achetés unique- 
ment, vu leur prix élevé, par les hautes 
classes. Mais ce « haiakiri » représentait 
une perte trop sensible. On se contenta 
donc de coller en travers de l'une des fa- 
ces une bande en papier aux couleurs al- 
lemandes, sur la parie blanche de la- 
quelle est imprimé l'avis que « Les cigar 
rettcs DUKE OF YORK s'appellent mainte- 
nant le Gala du drapeau ». 

Camille Pitollet. 

Cra;. cuillots. — C'est le nom donné 
à certains engins ennemis. Fixons, tout 
de suite, l'histoire des crapouillots. 



après le passage de la censure, sont cou- 
verts de cette boue épaisse et noire, c'est 
pourquoi les Russes disent passé au ca- 
viar. 

En France, la censure coupe, préventi- 
vement, ou pendant le tirage. Il en ré- 
sulte des blancs dan^ le journal, ce sont 
les parties supprimées. 

En sorte que le caviar français est du 
caviar blanc. 

Y a-t-il, antérieurement à ce temps-ci, 
des exemples en France, de trous ainsi 
laits dans les journaux par les ciseaux 
impitoyables .'' 

D'où date, en France, l'expression : passé 
au caviar, caviardé 1 N'est-elle pas contem- 
poraine de cette guerre ? M. 

La mort de Charles XII et le 
Chevalier de Mégret. — On sait 
que Charles XII mourut le 30 novembre, 
Il décembre 1718 au siège de Frederiks- 
steen. 

Voici comment le Roi Oscar 11, dans 
l'étude qu'il a consacrée à ce souverain, 
raconte sa mort (p. 338, résumé). 

Quand il alla après Vêpres à la tranchée, 
il avait avec lui Megret, Rulbars, Sichet, 
[Siguierj Boye et Canut Poste. Megret 
seul était près de lui, les autres étaient à 
plus de cent pas en arriére. La terre des 
épaulements s'éboulant, Megret mit ses 
mains sous les pieds de Sa Majesté qui 
pour se maintenir posa ses coudes rur la 
crêle en appuyant le menton sur ses deux 
bras plies. 

L'ennemi ne tirait pas, le temps étant 
obscur, lorsqu'à l'improviste on entendit 
un seul coup, et Mégret s'aperçut que le 
Roi s'appesantissait sur ses mains, il crut 
qu'il dormait, lorsqu'à la lueur du feu 
qu'on avait allumé, il vit l'humidité cou- 
lersurla figure du Roi. Le corps s'étend 
afflnissé, Mégret appela. Une balle de 
fauconneau était entrée par la tempe 



N» I4JI. Vol. LXXI. 



47 



L'INTERMEDIAIRE 



48 



gauche. On porta le Roi, mort sur le 
coup, au quartier général de Tystedahl. 
D'après Voltaire, Mégret aurait dit : Voilà 
la pièce finie, allons souper. 

On soupçonna Siguier et divers autre^ 
personnages d'être les auteurs de cetts 
mort, la balle étant, disait-on, entrée, non 
pas du côté de la ville, mais du côté de la 
tranchée. 

Tous les détails de l'enquête de 18159, 
avec une gravure représentantCharlesXlI, 
mort, étant reproduits avec beaucoup de 
soin dans le La/oiissc, je ne rappellerai ici 
que les faits essentiels. 11 fut reconnu que 
la balle tirée de loin et ayant perdu de sa 
vitesse, avait frappé la tempe gauche tour- 
née vers l'ennemi, et que la direction 
suivie par le projectile donnait lieu de 
supposer que le coup avait été tiré d'un 
lieu plus élevé que celui où se trouvait 
le Roi. 

Malgré ces preuves qui paraissent dé- 
terminantes, M. Ch.de Coynart, dans une 
curieuse étude sur le chevalier de Folard, 
sans accuser formellement iVlégret^ (p. 324) 
de cette mort, insinue qu'il pourrait bien 
en être l'auteur et (p. 325) il conclut : 

« Jamais personne n'a plus parlé 

de Mégret. Soupçonné lui aussi, un ins- 
tant, il a bénéficié, même dans les hypo- 
thèses qui se sont succédé ensuite, d'un 
oubli élonnant. Evidemment, rien ne nous 
permet de préciser une e.xplication que 
personne n'a encore formulée. » 

J'ajouterai que rien ne me paraît justi- 
fier non plus une pareille hypothèse. Mé- 
gret fut un ingénieur distingué qui fournit 
une carrière fort honorable, et il n'est pas 
l'auteur du crime qu'on suppose avoir été 
commis, puisqu'il est prouvé qu'il n'y a 
pas eu de crime. 

Après avoir été inscrit comme lieute 
nant au régiment de Berry et réformé 
comme capitaine au régiment de Piémont, 
Mégret fut employé en qualité d'ingénieur 
du Roi le I" avril 1706. 

On le trouve successivement : A la dé- 
fense d'Aire (1710); aux sièges du Ques- 
noy et de Bouchain (1712), de Landau et 
de Fribourg (1713), Envoyé en Suède en 
1716, il passa en Espagne en 1719, et au 
siège de Barcelone, il reçut deux coups de 
fusils, l'un à l'estomac, et l'autre qui lui 
fracassa le poignet. 11 ne rentra en France 
qu'en 1723. Ingénieur en chef à Péronne, 



il mourut dans cette ville, le 6 novembre 
1729. 

Mégret était chevalier de Saint-Louis, 
depuis 1715. 

Est ce que le chevalier de Mégret (on 

écrit parfois Maigret,) était parent des 

I Mégret de SeriUy et de Joseph-Marie 

I François, comte de Maigret, né en 1771, 

qui épousa, en 1804, Catherine de Vigny .? 

J. G. Bord. 

! 

RegDum Galliae, regnum MariaB. 

— De la revue, Vldèal, cette ques- 
tion sur ce dicton, et que nous nous 
permettons, avec son assentiment, de lui 
emprunter : 

Cd dicton semble très vieux. Nous ne sa- 
vons à quelle époque il remonte et où on le 
rencontre pour la première fois. Nous serions 
reconnaissant à qui voudrait bien nous l'in- 
diquer. 

Il a été complété par une petite phrase 
iinpoitante ; « Le Royaume de France est le 
royaume de Marie, et il ne périra jamais ; 
rivnum Galliue, regnum Mnriae, nunquam 
pcribit ». On attribue cette addition à Be- 
noit XIV. 

Le P. Ayrolts, dans son ouvrage : Jeanne 
d' Arc sur les aulels (Paris, Gaume, 1886, 
p. 42b) cite le proverbe complet comme 
étant de ce pape. 

Avant lui, Mgr l'i.;, -ians son mandement 
sur l'Immaculée Conception de iS^i, disait : 
« Un pape renonimé par son immense 
savoir et par la gravité de ses paroles, 
Benoit XIV, a dit. il y a environ un siècle : 
« Le royaume de l'rance est le royaume de 
Marie ; il n'est poi'.t destiné à périr ». 

On trouve non pas le proverbe lui-même, 
mais son idée dans un texte de sainte Bri- 
gitte. Cette sainte raconte qu'elle entendit 
dans une vision saint Denis demander à 
Marie de mettre fin aux maux de la guerre 
de cent ans, en ces termes : miserere regno 
tuo et meo (Franciae\, ayez pitié de la 
France, qui est votre royaume et le mien, 
(Liv. IV, cap. cm, iv, v.). 

I. 

L'âne de Mahomet. —Tout ce qui 
touche au monde musulman revêt à cette 
heure un caractère de vibrante actualité, 
l'en profite pour poser une question con- 
cernant Mahomet. Comment s'appelle... 
l'àne de Mahomet ? 

Un jour, par hasard, je découvris le 
nom de cet âne dans le Nouveau Larousse 
en cherchant un autre mot. Entraîné par 
des préoccupations extérieures, j'omis de 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX «0-30 Janvier 191; 



49 



50 



noter ma découverte. Et depuis, vaine- 
ment je cherche dans le \ouveju Larousse 
un nom... qu'il faudrait connaître pour 
l'y trouver. Mais si l'on veut bien admet- 
tre que le Nouveau Larousse n'a pas fa- 
briqué de toutes pièces l'âne de Maho- 
rret, quelque arabisant pourra sans doute 
me fournir non seulement le nom de cet 
âne, mais encore quelques détails concer- 
nant la monture du prophète. 

Roc. 

N.B.— L'âne était peut-être une ânessa* 

Girouette au quai des Augustins 
et méridienne. — Lalande félicitait en 
1801 le C. Bois, ferblantier qui, laisant 
bâtir une maison sur le quai des Augus- 
tins, avait eu l'heureuse idée très rare à 
Paris, d'y placer une girouette très élevée, 
très mobile, avec des Lettres indicatives 
des quatre régions du monde qui seront 
alignées sur une méridienne tracée sur le 
quai. Les membres de l'Institut et les 
habitants du Louvre et des maisons en- 
vironnantes auront ainsi occasion de con- 
naitre la direction du vent. 

Est-il resté quelque trace de cette dou- 
ble innovation ne remontant qu'à cent et 
quelques années ? 

Sus. 



Les boules postales de Steena- 
ckers. — On dit que durant le siège de 
Paris, M. Steenackers, directeur des Postes, 
livrait au fil de l'eau des boules soudées 
qui contenaient des correspondances. Qye 
sait-on sur le système d'acheminement de 
cette correspondance singulière .? 

D' L. 

Familles de la Guadeloupe. — Y 

at-il des ouvrages ou travaux généalogi- 
ques sur les anciennes familles françaises 
qui ont vécu dans la Guadeloupe et au- 
tres colonies d'Amérique ? A qui faudrait- 
.1 s'adresser pour avoir des renseigne- 
ments de ce genre ? 

AURIBAT. 

Marcellin AHard. — Cet écrivain, 
natif de Saint-Etienne, a publié : 1° La 
Gabelle française, Paris, P. Chevalier, 
1605. in-50).En 1613, un fragment fut ré- 
imprimé sous ce titre : La Déroute des 
soldats de l'Heurton). — 2° Battet en lan- 



gage forisien, de trois bergers et trois ber- 
gères, imprimé à la suite de la Ga^^ette 
(réédité en 1855, chez Aubry ; et en 191 1, 
par Eug. Vey). 

|e conjecture que le même Allard est 
aussi l'auteur du mince livret suivant : 
Le cruel assiègement de la ville de Gais, qui 
a esté Jaict, mis en rime par un citoyen de la 
dute ville de Gais, en leur langage. Avec 
la joyeuse farce de Tnnnou d'où 2'reu. 
Lyon, 1594, petit in 5°, I3 pp. pour le 
premier ouvrage, et 4 ff. non chiffrés 
pour la Farce (Autre édition, 1604, 8 pp. 
petit in 12) 

Quelque intermédiairiste pourrait-il ou 
confirmer, ou infirmer ce qui n'est en- 
core qu'une conjecture? Celte ville de 
Gais, inconnue, ne serait-elle pas Saint- 
Etienne? O.-C. Reure. 

Charles de Bernard. — En dehors 
de la courte notice d'A. de Pontmartin 
sur le romancier Ch.de Bernard, existe-t-il 
des études sur sa vie, ses œuvres, sa fa- 
mille publiées dans des revues ou ail- 
leurs ? 

A. Callet. 

Famille Laplace. — Connaîtrait-on 
les ascendants de [ean Laplace, greffier 
en chef de la Guadeloupe, et de [eanne- 
Bertrande Laroque, mariés vers 1764 à 
Pau ou dans les environs .? Qyels sont en 
particulier les noms de leurs père et 
mère ? 

AURlBAT. 

Le stylographe au l'y!!' siè cle . 

— Nous lisons dans le Journal d'un no- 
yage à Paris de deux jeunes seigneurs bol- 
landais en i6^j-i6^S publié par Faugère 
en 1862 : 

Nous fûmes voir un homme qui a trouva 
une merveilleuse invention pour écrire com- 
modément. Il fait des plumes d'argent où il 
met de l'encre qui ne sèche point, et, sans 
en prendre, on peut écrire de suite une demi- 
main ai: papier. Si son secret a vogue, il se 
fera riche en peu de temps, car il n'y ?ura 
personne qui n'en veuille avoir. Nous lui en 
avons commandé quel.^ues-unes : il les vend 
dix et djuze livres. 

Fournier rappelle le fait dans son 
Vieux Neuf. Sait -on le secret de cette 
invention .'' 

Alpha. 



N» i4>t. Vo», t. XXI. 
m 



J,'!NTKRME!ilAlRtS 



53 



IU:pim0ie0 



Charlemagne *Hait '1 allemand? 
(LXXI, 7). — L'Idéal s'exprime ainsi à ce 
sujet (n° 9) septembre octolsre 1914, p. 417 
t. suiv.) 

Les Allemands revendiquent Charlema- 
gne, le plus illustre des empereurs. Ils reven- 
diquent toui, même le bon Dieu. Ils ont 
germanisé l'histoire, la poésie, la philoso- 
phie, la musique. Il fiut nous dégermaniser, 
nous affranchir de la domination allemande, 
de la philosophie kantienne, de la fausse 
science haeckelienne, de la duperie wagné- 
rienne. MM. Saint Saens et Frédéric Masson 
y travaillent chacun dans sa partie. 

Pour ce qui reg irde Charlemagne, nos voi- 
sins prétendent qu'il leur appartient, que . 
c'était un Allemand, maître de la France. Or, 
c'est l'inverse qui est vrai. Le grand empe- 
reur était un Franc, maître de l'Allemagne. 

Les Francs étaient sans doute d'origine ' 
germanique, mais en pénétrant en Gaule, en ' 
se mêlant à la race celtique, ils s'étaient 
christianisés »t romanisés. Ils avaient dé- 
pouillé la barbarie tudesque pour adopter la ■ 
mentalité et la civilisation latines. Cela est 
si vrai que les Allemands de nos jours, à qui ] 
les contradictions ne coîitent guère, parleni | 
souvent de cette évolution des Francs comme ■ 
d'une apostasie, et n'ont pas assez d'ana 
thèmes contre les traîtres qui ont abandonné 
la langue et les traditions teutonnes. i 

De lait, dès le premier jour,Clovis adopte 
une politique. Loin de vouloir germaniser la ■ 
France, il voulait franciser la Germanie en ■ 
la civilisant et en la christianisant 

Les Allemands ont donc tort de revendi- - 
quer Charlemagne comme un des leurs. Lj 
grand empereur qu'ont célébré nos chansons ' 
de geste est à nous, sa gloire nous appar- 
tient Nous leur abandonnons Attila, le hé- 
ros de leurs épopées et le barbare Witikind. 
Celui-ci est leur seul représentant au viii* 
siècle. 



était certainement un 
germanique, de langu? 
ger- 



Charlemagne 
Frank, de race 

allemande, s'habiUant à la mode 
manique ; il faisait sa résidence habi- 
tuelle à Aix-la-Chapelle (Aachen) et en 
d'autres villes allemandes. Au xiii" siècle, 
le p.ipe Innocent III rappelle que « l'Em- 
pire Romain a été transféré des Grecs aux 
Germains en la pcrsonnede Charlemagne, 
etc. 



Nous avons eu occasion de noter cela 
déjà dans ï Intermédiaire (LXIV, 241- 
242). 

Hyrvoixde Landosle. 

Parlait-on franc mb ei Alvace 
avant la Révolutioti ? (LXXI,^; — 
Certainement. Devant le Conseil souve- 
rain, Parlement de 1 Alsace, on plaidait 
en français. Un avocat général du temps. 
Le Laboureur, prétendait même que les 
débats étaient aussi brillants à Colmar 
qu'au Châtelet. 

Permettez moi une digression. La ville 
de Colmar donna le nom du magistrat Le 
Laboureur à une rue. Après 1870 les Al- 
Iemands|ont appelé cette rue : Bauerngasse, 
rue des Paysans ou Jes Laboureurs, tra- 
duction carnavalesque. 
' Le baron Zoni de Bulach, arriére grand- 
père du ministre d'Alsace-Lorraine, colo- 
, nel aide de campdu cardinal de Rohan, a 
' laissé des mémoires relatant une mission 
en Autriche sous Louis XV, qui ont été 
: publiés par son descendant ; ils sont ré- 
digés dans un français impeccable. 

La noblesse alsacienne fréquentait la 
' cour de Versailles. Un comte d'Andlau, 
; dont l'arbre généalogique étend ses raci- 
■ nés au x" siècle, devint lieutenant géné- 
ral sous Louis XV ; c'est de lui que des- 
: cenJent les d'Andlau d'aujourd'hui. 
! Le mari de Madame Sans Gène était né 
: à Roulfach,près de Colmar. L'acte de nais- 
[ sanc< dans les registres parGissiaujî tenus 
en latin, l'appelle Faber, et désigne le 
: père, appariteur de lacommutie, comme 
««/«/;o. Le futur duc de Dantzig transtor- 
me Faber en Lefèbvre ; en 1789 il était 
le sergent Lefèbvre. Il aurait tout aussi 
bien pu se faire appeler Fabre. Favre, ou 
Févre. 

Paul MULLER. 

Ceci n'est pas une véritable réponse à la 
question posée. Mais cette question per- 
met de noter, dans les colonnes de V Inter- 
médiaire, la façon dont la France, lors- 
qu'elle a conquis et administré pendant la 
Révolution et l'Empire des territoires li- 
mitrophes enlevés à l'Allemagne, a res- 
pecté la langue de ses nouveaux citoyens. 
Jean Bon aint André était préfet du 
département du .V.ont-Tonnerre lorsque le 
1 6 germinal an XII il prononça à la pire- 



5î 



t>ES CHERCHEURS ET CURIEUX 20-^0 janvier 1915. 



mière séance publique de la Société des 
sciences et des arts de Mayence un dis- 
cours dans lequel se trouvent ces con- 
seils : 

Que h langue française, désormais deve- 
nue la vôtre, cette langue que tant ë'au- 
(euis justement célèbres ont embellie et per- 
fecti nnée, qui est celle de votre gouverne- 
ment et de vos lois, l>sçe chaque jour, par 
vos soins, dss progrès rapides. Qus des mé 
thodes simples et profondément méditées 
lui ouvrent l'accès de toutes vos écoles. 
Qu'elle vous doive l'avantage de pénétrer 
jusques dans le plus chétif de vos villages, 
et même dans l'humble habitation du labou- 
reur. .^!ais que voire langue originaire et pri- 
mitive ne so.I pas pour celi néglip^ée. C'est la 
langue des Gellert, des Gessner, des Klops- 
tock ; c eçt I3 langue qu'ont parlée vos pèrrs. 
Elle aura éternellement droit à vos homma- 
ge». Vos talents, vos elï.jrts vos travaux, 
dirigés par l'impartialité philosophique, ne 
doivent pa.s tendre à faire régner l'une aux 
dépens de l'autre, mais â les unir, à établir 
entre elles une heureuse ciiiance, el à la ci- 
menter en transportant djiis chacune ce qui 
dans l'autre méritera d être connu. 

Voilà comment un Préfet français ad- 
ministrait une population d'origine alle- 
mande, devenue française par la conquête. 
On sait comment les autorités allemandes 
ont. pendant quarante-trois ans, emplo\ é 
les procédés les plus rigoureux, les plus 
brutaux pour tenter d empêcher l'usage 
de la langue franç;iit,e en Alsace et en Lor- 
raine. M. Laiu-Er 

Alsace-Lorraiae : chaudes ou 
chauves (LXXl. 5). — L'Express de 
l'Oucil publie cet article du général Zur- 
linden qui adopte l'expression rasée — 
donc « chauve ». 

De toutes parts, il nous revient que les 
Allenjands se préparent à ruiner le pays, 
avant de nous l'abandonner : qu'ils s nt 
encouragés dans cette voie détestable par Ips 
paroles si souvent répétées de l'empereur 
Guillaume : c Si je suis forcé de céder l'Al- 
sace, je ne l'abandonnerai qu'entièrement 
rasée. » 

• 

II' * * 

Une personne, qui vient de sortir à^rand 

peine de Strasbourg, en me racontant 
toutes les ;oufîrances qu'on y supporte. 
me rapportait ce propos de l'Empereur : 
< Si les Français entrent en Alsace et 
en Lorraine, ils les trouveront chaudes » 
et elle a ajouté, parce qu'elles flamberont 
de toutes parts. » 



54 



Journellement d'ailleur$, on menace les 
habitants de Strasbourg de les faire sau- 
ter avec la ville et d y mettre le feu si les 
Français approchenf. 

Craignant une trahison de la part des 
Alsaciens, il paraît que depuis quelques 
jours on envoje les suspects dans le fond 
de l'Allemagne 

Une dariie de la meilleure société vient 
d'être emprisonnée pour avoir essayé de 
faire parvenir une lettre en France. 

B. DE C. 

Accent et t égard de Guillanmo 

II (LXX, 180). — Depuis quinze ans j'ai 
été régulièrement invitée aux « galas » 
de Wiesbaden qgi ont lieu au printemps, 
durant une semaine environ, et auxquels 
Guillaume II assiste toujours. Pendant ces 
(êtes j'ai causé presque chaque jour et 
longuement avec l'Empereur allemand. 
j'ai publié plusieurs de ces conversations, 
notamment dans la FicntU eî dans le 
Figaro. 

Gijijliiume il parje le français couram- 
ment, sans accent. Il parle même le c pa- 
risien ». 

Seules, Jes premières phrases, alors 
qu'il vient de converser dans une autre 
langue, sont un peu hésitantes. Il pro- 
nonce p<<rfois le ph comme le p. Par 
exemple, il dira : pilantropie pour phi- 
lantropie ; ses phrases sont souvent ponc- 
tuées d'un geste de la main, du claque- 
ment du troisième doigt contre le pouce, 
geste très désinvolte. Son langage est fa- 
milier. Il parie des siens comme le ferait 
un bourgeois quelconque et cite sesfjls 
par numéro plutôt que par leur nom. 

11 dira par exemple : < La santé du 
troisième n'a pas «té bonne cielte année > , 
ou : « le quatrième travaille beaucoup en 
ce moment; il étudie l'administration iv 
Certains mots reviennent souvent sur ses 
lèvres, mais il en est un qu'il prononce 
d'une façon tout à fait particulière, c'est 
le mot : ami. Il m'est impossible d'ex- 
primer l'ampleur que ce terme pretjd 
quand il l'emploie. C'est à la fois l'ex- 
pression la plus complète, la plus absolue 
de la possession, de la protection, de 
l'afifection et de l'admiration. Lorsqu'il 
dit : o Connaissez vous un tel i c'est itton 
ami j,. Le « un tel » en question apparaît 
immédiatement sur un piédestal d'une 
hauteur inaccessible à toute critique. 



N» 141t. Vol. LXXI. 

■ 55 

Je n'ai jamais entendu Guillaume 11 
faire un discours, mais je tiens de nom- 
breuses personnes non suspectes de fla- 
gornerie, qu'il possède un talent oratoire 
incontestable. 

Le regard du kaiser a une particularité 
curieuse. C'est à tort que l'on le dit faux. 
11 est perçant, clair, avec des lueurs 
d'acier. Lorsque la physionomie est im- 
mobile et grave, les yeux semblent froids 
et durs. Mais que cette physionomie 
s'anime et s'égaie, le changement d'ex- 
pression est instantané et radical 

Le rire est un rire d'enfant^ le sourire 
est d'une douceur extrême, le regard de- 
vient comme le sourire. 

Chez une seule personne, j'ai constaté 
autrefois une semblable transformation 
de physionomie, c'est chez le prince Jé- 
rôme Napoléon, dont je fus plusieurs fois 
l'hôte, à Frangins, pendant son exil. Même 
regard qui scrute, fouille, perçoit les 
moindres détails et les retient, et même 
regard d'enfant rieur. 

Marguerite Durand. 



J'ai eu, par mes fonctions, l'occasion 
d'entendre plusieurs (ois parler en fran- 
çais ce maître fourbe. Je ne lui ai pas 
trouvé d'accent, ou si peu, mais j'ai tou- 
jours été frappé par ce qu'il y avait d'exa- 
géré, d'appuyé, de cabotincsque dans 
son désir de charmer et de convaincre, 
surtout un français. 

Le personnage était grandiloquent sans 
être impérial : c'était de la majesté à l'al- 
lemande. De R. 



Hussards de laMort(LXX, 180).— 
Ce corps doit, si je ne me trompe, son ori- 
gine à un corps fianc de cavalerie, créé 
vers 1813, pour combattre les Français, 
par M. de Liitzow. J'ai lu jadis une sort- 
d'hymne guerrier allemand composé en 
leur honneur, et qui se terminait par ce 
vers : 

Das is die wilde, verwegne jagd Lutzow. 
C'est là, lii chasse sauvage, effrénée, de 

[^Lut^ow. 

Je crois que dans une des deux pre- 
mières années du Musée des Familles, 
on trouverait quelques renseignements 
historiques sur les hussards (ou chasseurs 



L'INTERMEDIAIRE 



56 



de la mort). 11 y aurait même une estampe 
où ils sont figurés avec leur casque spé- 
cial. V. A. T. 

* 

L'origine des Hussards de la Mort re- 
monte à la formation de la Légion Noire 
du duc de Brunswick-Oels. Dépouillé en 
1806, par Napoléon, de l'héritage de ses 
pères, ce prince avait, en 1809, réuni en 
Bohême une légion de volontaires dans 
l'intention d'attaquer la Westphalie. L'uni- 
forme de ces troupes, noirs avec revers 
blancs, shakos et sabretaches décorés de 
têtes de morts reposant sur deux fémurs 
entrecroisés, séduisait l'imagmation ro- 
mantique des jeunes gens de l'époque. 

QuiSETTI. 

Les hussards de la Mort Prussiens fu- 
rent créés en 1741 à s escadrons, et ce 
régiment fut porté à 10 escadrons en 1742. 
11 eut dès son origine la tenue noire, tres- 
ses blanches au dolman, fourrure blanche 
à la pelisse et tête de mort avec os en 
croix au bonnet. Ce régiment, sous le 
Grand Frédéric et longtemps après, porta 
le nom de son colonel ou de ses colonels 
successifs. 

11 devient i" régiment de l'arme des 
hussards Prussiens sous le nom de hus- 
sards du corps, bien qu'il n'ait jamais ap- 
partenu à la garde, et dans les temps mo- 
dernes, le 2' hussards Prussiens dédouble- 
ment du i"' eut le même uniforme, les 
mêmes insignes funèbres avec une petite 
différence à la shabraque de drap et à la 
flamme du bonnet. Le Kronprinz, quand 
il commandait le 2° hussards, avait ajouté 
ce raffinement d'avoir en plus la tète de 
mort et les os en croix sur ses bottes. 

Le régiment de hussards n° 17 a aussi 
la tête de mort au bonnet, il est Brunswic- 
kois et la porte en souvenir des guerres 
du i"' Empire où le duc de Brunswick, 
notre ennemi acharné, tué aux Quatre 
Bras, avait mis la tête de Moit aux coiff'u- 
res de toutes ses troupes passées à la sol- 
de de l'Angleterre. Ce n'est que récem- 
ment que les troupes de Brunswick ont 
cessé de porter cet insigne avec le mot 
Péninsula inscrit sur une banderolle pour 
rappeler les campagnes des troupes de 
Brunswick en Espagne où elles luttèrent 
contre nous dans les rangs de l'armée an- 
glaise. 

COTTREAU. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



57 



58 



20-30 Janvier 1915 



Ce qu'on dit des Allemands {LX\ ; 
LXXl, 21). — . Il y a environ un siècle, 
Robert Southey, poète lauréat, voyageant 
en Belgique, écrivait de Liège, à la date du 6 
octobre 181 s, une lettre à son ami John 
May. Après avoir parlé de ses visites à 
Nainur, Bruges, Huy Ligny et au chiinip 
de bataille de Waterloo, le poète ajoute : 

Vous serez heureux d'apprendre que les 
Anglais sont bien considérés, b cause de leur 
attitude en temps de paix comme «n temps 
de guérie. Il en est tout autrement en ce 
qui concerne les Prussiens, sur le compte 
desquels Popinion publique est unanime. J'ai 
entendu donner d'innombrables preuves de 
leur brutalité et de leur intolérable insolence. 
Cet abominab'e vieux Frédéric en a fait 
une nation militaire, ce qui a produit l'iné- 
vitable conséquence de leur conduite ci- 
dessus relatée. 

Nadticus. 

« 

■Voilà deux autres opinions sévères sur 
eux : 

Voltaire : 

« Les Prussiens. C'étaient des barbares qui 
se nourrissaient de sang de cheval Ils ha- 
bitaient des déserts entre la Pologne et la 
mer Kaltique. On dit qu'ils adoraient des 
fcrpents. Ils pillaient souvent les terres de 
Pologne ». 

(Àiin.iUs de l'Empile). 

Froissart : 

« Allemands sont moult convoiteux.. . La 
grande ardeur de convoitise leur fault (en- 
lève) toute connaissance d'honneur. > 

{Livre II des Chroniques) 

< Allemands de nature sont rudes et de 
gr»s engin si ce n'est à prendre leur profit » 
(Livie m des Chroniques). 
Dehermann. 

L'indemnité aux victimes de la 
guerre (LXX, 140 ; LXXI, 20). — Mes 
nouvelles recherches à ce sujet ont été 
couronnées d'un plein succès ; M... trou- 
vera tous les renseignements sur la ques- 
tion qui l'intéresse dans l'otivrage ayant 
pour titre: Ministère de l Intérieur . 
€ Réparation des dommages résultant 
de l'invasion. Répartition des indem- 
nités. » Rapport présenté à M. [ules 
Simon, de l'Académie française, président 
du Conseil, ministre secrétaire d'Etat, du 
département de l'Intérieur, par M. Henry 
Durangel, directeur de l'Administration 
départementale et communale, avec la 



collaboration de M. Boulan, chef du ser- 
vice de liquidation des dépenses de 
guerre. Paris. Imprimerie Nationale 1876 
(476 pages). Nauticus. 

* • 
Voir : Les Contrats de la guerre par 
E. Meignen. Chez Dorbon-aîné 19 bou- 
levard Haussmann. Paris. 

Foche ou Fok ? (LXX, 182). — Di- 
sons-nous S t Roche pour St-Roch ? Il faut 
prononcer Rok et Fok et ne pas laisser 
dire que c'est là une prononciation ger- 
manique. Jamais le ch allemand n'a le son 
du * et on s'en rapprocherait beaucoup 
plus en suivant le conseil donné par la 
Presse, de dire Foche « sans appuyer ou- 
tre mesure sur la %< terniination » du 
nom ». Sauf avis du général Foch lui- 
même, il me semble que ce serait la ma- 
nière la plus allemande et la plus regret- 
table de prononcer son nom. J. M. 

Questions maritimes actuelle?. 
La course Les prises (LXX, 180). — 
C'est sous le premier Empire que la guerre 
de course atteignit son apogée. Et bien 
que depuis le commencement de la guerre 
actuelle, les mots corsaire, guerre de 
coutsc ou, plus simplement course, aient 
figuré souvent dans les colonnes de jour- 
naux, on est en droit d'affirmer qus la 
course n'existe plus et qu'il n'y a plus de 
corsaires. 

En effet, aucune nation maritime ne 
délivre plus à aucun capitaine, maître ou 
patron commandant un bâtiment de mer 
quelconque, l:\ lettre de marque qui distin- 
guait le corsaire du pirate ou du forban, 
sans laquelle il risquait, s'il était pris, 
d être pendu sans jugement à la vergue 
du navire capteur. Cette lettre de marque 
n'était autre chose que l'autorisation 
donnée par 1 Etat à des bâtiments particu- 
liers, de s'armer en guerre et de faire la 
course. Elle donnait à ceux qui en étaient 
porteurs la qualité de belligérants. Elle 
était la base fondamentale de la course 
qu'elle légalisait. Voici comment était li- 
bellée en 1805 une lettre de marque : 

GOUVERNEMENT FRANÇAIS 

Lettre de marque 

Le ministre de la Marine et des colonies 
permet par la présente ï M. Vuigner-Massel 



N 1411 Vol. L XI 



L'INTERMEDIAIRE 



^9 



60 



de faire armer et équiper en guerre un cor- 
saire lougre nommé le Renard, du port de 32 
tonii«au.\, coiiimandé par le capitaine Denis 
Thireux, avec i<t\ nombre de canons, boulets 
et telle quantité de poudre, plomb et autres 
munitions de guerre et vivres qu'il jugera 
nécessaire pour le mettie en état de rourir 
sur tous les ennem s de 1 Etat et sur les pi- 
rates, forbans, gens sans aveu, en quelque 
lieu qu'il pourra les rencontrer, de les pren- 
dre et amener prisonn'ers a^ec leur navire, 
armes et autres objats dont ils seront saisis, 
k la charge par les dits Srmateuril et capitaine 
de se conformer aux lois, ordonnances et xi- 
gleraéhts concernant la police de 1^ naviga- 
tion et la course en particulier ; de faire en- 
registrer la présente lettre au bureau de l'ins- 
ciiption maritime du lieu de son départ et 
d'y déposer un rôle signé et certifié de l'arma- 
mateur et du capituine, contenant les noms 
et surnoms, âge, lieu de naissance, et de- 
meure des gens de son équipage et à la 
charge au dit capitaine de faire a son retour 
ou en cas de relâche, son rapport par de- 
vant l'administration de la marine. 

Le Ministre de la Marine et des Colonies 
invite toutes ko puissances amies et alliées 
du gouverneraeit français et leurs agents, de 
donner au dit capitaine toute assistance, pas- 
sage et retraite en leur port avec son dit bâ- 
timent et les prises qu'il aura pu f»ire, 
offrant d'en useï de même en pareille circons- 
tance. Ordonne aux commandants des vais- 
seaux de l'Etat de laisser passer le dit capi- 
taine avec son bâtiment et ceux qu'il aura 
pu prendre sur l'ennemi, et à lui donner se- 
cours et assistance. 

Ne pourra la présente -ervir que pour dix 
mois seulement, à compter de la date de son 
enregistrement. 

En foi de quoi, le gouvernement de l'Etat 
a fait signer la présente lettre de marque par 
le Ministre de la Marine et des Colonies. 

Donné à Paris le 24 Brumaire an 14. 

Signé : DecRiis (i). 

C'est donc le ministre de la Marine qui 
délivrait aux armateurs par les soins des 
tribunaux de commerc» ou des commis- 
saires de marine, la lettre de marque sans 
laquelle aucun bâtiment ne jiouvait pren- 
dre la mer pour aller faire la course : En 
même temps que cette pièce essentielle, 
l'ariTiateur reuicltait au capitaine de son 
choix, six commissions de capitaine de 
prise, plus six traités de rançon et un 
exemplaire du règlement sur les arme- 
ments en course, lequel ne comptait pas 
moins de 124 articles. 

(1) Port de Saint-Valcry-sur-Somme. Al" 
chives de l'Inscription maritime. 



Qpand un corsaire avait réussi à s'em- 
parer d'un navire ennemi, le premier soin 
du capitaine était de mettre à bord un 
équipage qui avait pour mission de con- 
duire la piise dans un port français ou 
ami ; l 'officier di?taché du corsaire pour 
commander l'équipage français du navire 
capturé était désigné sous le nom de ca- 
pitaine de prise. C'est à lui qu'était con- 
fiée la commission spéciale dite de capi 
taine de prise, destinée à régulariser sa 
situation. 

Les traités de rançon n'étaient remis 
aux capitaines de corsaires, en même 
temps que leur lettre de marque, qu'avec 
l'assentiment des armateurs qui en fai- 
saient la décl.iration par écrit au commis- 
saire de marine Ces traités autorisaient 
le capitaine du corsaire qui s'était emparé 
d'un bâtiment ennemi à le relâcher et à 
le laisser continuer sa route, moyennant 
le versement d'une somme à débattre. 

Bien que ne présentant plus aucun in- 
térêt d'actualité, les explications qui pré- 
cèdent nous ont paru nécessaires pour 
essayer de démontrer que rien ne subsiste 
en 1914 191Ç de la guerre de course 
d'antan. En effet, la course et conséquem- 
ment la lettre de marque ont été abolies 
dans l'année qui suivit la guerre de Cri- 
mée, Le 30 mars i8s6, au Congrès de 
Paris, la déclaration suivante fut adoptée 
à l'instigation de l'Angleterr,; : « La 
course est abolie. Le pavillon ami couvre 
la marchandise ennemie ; le pavillon 
ennemi ne confisque pas la propriété 
amie. » 

Mais si la course fut abolie, le droit de 
visite survécut, s'est exercé et s'exerce 
couramment depuis le début de la guerre 
européenne. 

C'est à tort, pensons-nous, que les na- 
vires allemands tels que VEmden, le Kroii- 
prin^ IVilbem, etc.. sont qualifiés cor- 
saires, bien qu'ils se soient livrés à la 
poursuite et à la capture des navires enne- 
mis, bien qu'ils aient pratiqué la guerre 
de course, mais non la course, laquelle est 
abolie. En effet, ni VEmden, ni le Kron- 
prin{ IVilhitu ne sont des bâtiments par- 
ticuliers. Us n'appartiennent pas à cette 
catégorie de navires dont les capitaines 
recevaient une lettre de marque qui les 
autorisait à faire la course. Encore qu'il y 
ait lieu d'établir une distinction entre ces 



DES CHERCHEURS 6T CURIKUX 



2e-3o Janvier 1915 



61 



6a 



deux unités navales. Le premier, en effet, 
n'était — nous disons n'était, puisqu'il a 
été détruit par un bâtnnent de la marine 
australienne - - qu'un navire de guerre 
de la .Marine Imiériale allemande. Qyant 
au Kronfiiin:^ Wtlhem, il appartenait, 
avant la déclaration de guerre, à 1.t ma- 
rine d.; commerce de l'empire d'Allema- 
gne. C'était alors un bâtiment particulier 
n'ayant pas le droit, comme tel, en vertu 
des règlements internationaux, de courir 
sus au conuTierce ennemi. Mais, dès le 
début des hostilités, du fait même de la 
déclaration de guerre, ce paquebot se 
trouva transformé en croiseur auxiliaire, 
parce que son capitaine, ses officiers et 
son équipage mobilisais, devinrent des 
officiers et des matelots de la marine mi- 
litaire. Ils se trouvèrent donc avoir acquis 
le titre de belligérants, sans avoir aucu- 
niîment besoin de la lettre de marque 
qui n'a plus désormais sa raison d'être. 

Ce n'est donc que par une sorte de ré- 
miniscence du passé qu'on continue, dans 
la guerre actuelle, à désigner sous le nom 
de course, la chasse que donnent aux na- 
vires de commerce ennemis, les bâti- 
ments de guerre des nations belligérantes, 
et sous le nom de corsaires, ces mêmes 
bâtiments et les hommes qui les mon- 
tent. 

En résumé, avant le Congrès de Paris, 
un particulier quelconque, négociant, ar- 
mateur — voire même, sous le premier 
Empire, des chanoines et des maréchaux 
de France — arme un navire et se fait 
délivrer une lettre de marque pour pra- 
tiquer la course Depuis le Congrès de 
Paris (1896) des croiseurs et des vapeurs 
rapides réf^ulièrement comniissionnés par 
IjElat pour le temps de guerre, pratiquent 
la guerre de course et ont seuls le droit de 
poursuivre et de détruire le commerce 
ennemi, à l'exclusion des simples parti- 
culiers. 

■Voyons maintenant comment les cho- 
ses se passent de nos iours, quand \'Em- 
den ou le Kronprin^ Wilbein battant la 
mer, rencontrent : 1° un navire de com- 
merce neutre ; 2" un vapeur de com- 
merce ennemi (à voile ou à vapeur). 

Dans les deux cas, ce navire est averti 
par un coup de canon à blanc — ce qu'on 
appelait autrefois le C('up de semonce — 
qu'il doit s'arrêter et hisser son pavillon 
afin de faire connaître sa nationalité. S'il 



refuse d'obéir, s'il essaye de fuir, il court 
le risque d'être aussitôt coulé par son 
puissant adversaire. Mais non, convaincu 
que la lutte serait inégale et même im- 
possible, il serre ses voiles ou stoppe sa 
machine. 

Un officier du Commet ce- Destroyer (1) 
se rend à bord, examine les papiers que 
lui remet le cap.taine, tels que manifeste, 
rôle d'équipage, etc.. 

Dans les conditions de la guerre ac- 
tuelle, le sort du navire ainsi arrêté sera 
bien différent, selon que le bâtiment cap- 
teur sera allemand, ou qu'il appartien- 
dra aux puissances alliées. 

Envisageons d'abord le cas où le Corn- 
merct- Destroyer bat pavillon allemand. 
Les cotes de sa nation étant bloquées, 
aucun navire ne sacrait faire route pour 
un de ses ports, sans courir le risque 
d'être capturé. Dans ces conditions, que 
faire de la prise ?11 faut encore distinguer, 
dans cette occurrence, entre un navire 
neutre ou un navire ennemii Dans le 
premier cas (bâtiment neutre) l'allemand 
relâchera tout simplement sa prise s'il n« 
se trouve pas à bord de contrebande de 
guerre. Et s'en trouvât-il qu'il serait con- 
raint d'agir de même, vu l'impossibilité 
de mettre la prise à l'abri, dans un de ses 
ports bloqués par les escadres des alliés. 
Le commandant allemand, si 1er. mar- 
chandises prohibées sont maniables et si 
l'état delà mer le permet, aura toujours 
le loisir de les transborder, quitte à cons- 
tater par un procès-verbal la matérialité 
du fait — présence de contrebande de 
guerre. — Des représentations adressées 
plus tard par voie diplomatique à la na- 
tion neutre intéressée pourront résulter 
de l'opération de saisie pratiquée en pleine 
mer. 

Dans le second cas (bâtiment ennemi), 
le Commerce- destrover allemand se trou- 
vera dans l'obligation, toujours pour le 
même motif — blocus de ses ports — de 
couler bas sa prise, après avoir embar- 
qué l'équipage à son bord, après s'être 
emparé des vivres, du charbon, du pé- 

(1) Celte expression : «commerce-des- 
troyer», dont chacun comprendra la signifî- 
calion, a éié i;mployée pour la première fois, 
croyons-nous, par le lieutenant de vaisseau 
Emile Duboc, dans sa brochure: Le point 
f.itbte de l' Angletei-re, publié par le Yacht 
Club 55, rue de Châteaudun, Paris. 



N»i4ii. Vol. 



LXXI. 



L'INTERMEDIAIRE 



- ^4 



trole, en un mot de tous objets de la car- 
gaison généralement quelconques, suscep- 
tibles d'être utilisés. 

Mais il arrivera qu'après plusieurs cap- 
tures, le nombre des prisonniers devien- 
dra une gêne, un encombrement pour le 
navire capteur qui ne peut que se ravitail- 
ler avec peine. Que fera-t-il ? Ce que 
vient de faire précisément le Kronprin^- 
Wilbem. Ayant successivement amariné 
les navires de commerce Bitllevue (an- 
glais), Mont-Agel et Anne de Bretagne 
(français), il fit passer leurs équipages 
sur un cargo-boat allemand qui, rencontré 
en mer, venait de le ravitailler en char- 
bon, eau et vivres. Conduits aux Cana- 
ries le 2 1 décembre, les prisonniers ainsi 
libérés parce qu'en provenance de bâti- 
ments de commerce, furent ensuite râpa 
triés. Le Bellevue^lt Mont-Agel et l'Anne de 
Bretagne avaient été, cela va sans dire, 
coulés en pleine mer. 

Après avoir envisagé le cas de l'écu- 
meurde mer allemand, envisageons celui 
où le Commet ce-destroyer est de nationalité 
anglaise ou française. 

La maîtrise des mers leur permet d'opé- 
rer bien différemment. Tout navire arrai- 
sonné, qu'il soit neutre portant de la con- 
trebande de guerre, ou qu'il batte pavillon 
allemand ou autrichien, — il s'agit bien 
entendu, dans les deux cas, de bâtiment 
de commerce — son sort sera le même. 
11 recevra un équipage de prise qui le 
conduira dans un port des Puissances 
Alliées. Arrivé là, un tribunal de prise se 
prononcera pour la validité de la prise. Il 
sera ensuite procédé, conformément aux 
lois en vigueur, à la vente et liquidation 
des navires capturés et de leur cargaison. 

Qliant aux conséquences d'une rencon- 
tre entre deux escadres de guerre, l'une 
battant pavillon anglais ou français, l'au- 
tre battant pavillon allemand ou autri- 
chien, nous ignorons ce que nous réserve 
l'avenir. Nous ajouterons seulement que 
l'escadre allemande rencontrée par une 
escadre anglaise au commencement du 
mois de décembre 1914, dans les parages 
des îles Falkland, vient d'en faire la dure 
expérience. 

En ce point reculé du vaste océan At- 
lantique, gisent au fond de la mer, les 
c oiseurs du Kaiser : Scbarnhorti, Gueise- 
nau, Nurnberg et Leipzig 

Docteur Lomier. 



Chant militaire anglais : Long 
way Tipperrary (LXX, 180).— D'après 
les dictionnaires, il faut lire « Tippera- 
ry *. 

— Ce titre a été donné, dans Le four- 
nal du 4 janvier 1915, par Charles-Henry 
Hirsh à un « récit de la guerre » où l'un 
des interlocuteurs dit que <■ Tipperary... 
« c'est ce que chacun de nous désire et 
« n'obtiendra pas sans la volonté soute- 
« nue d'un patient effort... » 

Sglpn. 
« 

Cet air a d'abord été en vogue dans le 
nord de l'Angleterre avant de devenir la 
chanson de route de l'armée britannique. 
En voici les paroles : 

It's a long vk-ay to Tipperary ; 
It's a long way to go ; 
Ifs a long way to Tipperary, 
To the sweet girl 1 know 1 
Good bye Ficcadilly! 
Farewell, Leicester Square ! 
It's a long way to Tipperary, 
But my heart's right there ! 
(PublisbeJ by Feldman and Co., 2 Ar- 
thur Street, W. C). 

JEANNE COURTAUX. 

Même réponse : Dehermann. 
< Bénédicte » nous envoie la citation 
avec cette note : 

Donné par Bovril L. T. D 
i^i/iôo Old Street — London E. C, dans 
un petit fascicule très récent, qui contient 
les chanta nationaux des alliés, paroles et 
musique. 

Bénédicte. 
* 

* * 
Le titre est : Long way to Typerary, de 
Jack Judge, et F. Harry Williams. En 
voici le texte : v 

I 
Up to mighty London ca'ne an Irishman one 

[day 
As the streets are paved witli gold, sure every 

[one was gay, 
Singing songs of Piccadilly, Strand and Lei- 
cester square 
Till Paddy got excited ; then he shouted to 

[them : 

Re/rain 
It's a long way to Tipperary, 
It's a long way to go ; 
It's a long wiy to Tipperary, 
To the sweet girl I know. 
Good bye Piccadilly ! 
Farewell Leicester square ! 



DBS CHKRCHH'JRS BT CU2tlfiU.\ 



65 



It's a long way to Tipperary, 
But my hearl's right thete ! 
Il 
PadJy wrote a letter to bis irish Molly 
O'saying : should you not receive it and let 

[me know 
If 1 make mistake in spelling Molly dear, 

[said he, 
h'$ the pen that'» bad, dont'lay the blâme on 

[me. 

111 
Molly wrote a neat reply to Irish PadJy 
O'nayinj/ : Mike Maloney wants tomarry me ; 
So leave the Sirand and Piccadily or you'll 

[be to blâme 

For love bas fairly drove me silly, l oping 

[you're the same. 

En voici la traduction : 

La route est longue, longue qui mène à 
Tipperary. 

Dans l'immense Londres, un jour, vint un 
Irlandais, comme les rues sont pavées d'or, 
tout le monde y est gai, et chante des re- 
frains de Piccadily du strand et de Yercester 
square. 

Ce qui fit que Paddy fut enthousiasnr.é et 
se mit à Irur chanter : 
La route est longue qui mène à Tipperaiy, 
La roule est longue vers Tipperary. 
A la SI tendre fille que je connais, adieu, au 
[revoir, Piccadily Leicester Square 
La route est longue qui mène à Tipperary. 
Mail mon cœur reste avec elle. 
2' Couplet 

Paddv écrivit à son ami Molly, l'Irlandais : 
si vous ne recevei pas ma lettre faites-le moi 
savoir. Si je fais des fautes, cher Molly, sou- 
venei-vous quo c'est la plume qui ne vaut 
rien, et ne m'en voulez pas. 

Au Refiain 

}' Couplet 
Molly répondit par ui.e jolie lettre à son 
iilaiidaise PadJy disjnt : Michel Maloney 
veut m'èpouser, laisse-le Strand et Piccadily. 
ou je t'en voudrai. Car l'amour me rend folle 
et j'e.spère qu'il en est de même pour toi. 

Au Refrain 
BOOKWORM. 

[Nous avons reçu d'autres réponses qui 
se distinguent par des variantes, nous les 
donnerons dans le prochain numéro]. 

L-i prophétie des HohenzoUern 
(LXX. 137, 198). — Dans la cinquième édi- 
tion de la fin de l'empire allemand pour 
1913, (prophéties d'Hermynn p ophétiesde 
Mayence, |)redictions de Ficnsbcrg) pu- 
bliée parJ.-H. Laveur, on lit que Her- 



a«-jo Janvier 191$. 

66 

mann, moine de l'ordre de Cileaux était 
prieur du monastère de Lehnin dans le 
Brandebourg. Il vivait au commencement 
du xiii° siècle. On suit sa trace jusqu'à 
l'année 1270. 

La prophétie fut écrite vers Tan 1260. 
Elle comprend 100 vers hexamètres la- 
tins. 

La prophétie d'Hermann commence à 
la fin dj xiii" siècle. 

Des éditions de cette prophétie ont paru 
en 1723, -.740, 17=,8, iS^o, 1873. 

La prophétie de Mayence ne date que de 
la première partie du xix» siècle. 11 en a 
été cité des fragments dans un ouvrage 
du professeur Stoffen, édité à Strasbourg 
en 1854. 

Son nom lui vient de ce qu'elle a été 
consacrée longtemps dans un vieux mo- 
nastère des environs de Mayence. 

C'est dans cette prophétie qu'il est 

dit : 

Napoléon 111, se moquant d'abord de son 
adversaire , tournera bride bientôt vers le 
Chêne-Populeux cù il disparaîtra pour ne 
plus reparaître. 

Le chê; e populeux est près de Sedan. 
L'Alsace et la Lorraine seront ravies à la 
France pour un temps et un demi-temps... 

Mais voici que le temp> des miséricorde» 
approche. Un prince des nations est au milieu 
de vous .. 11 chassera l'ennemi de Fran e... 
Ce jour-là il commandera à sept espèces de 
soldats contre trois au quartier de^ Bouleaux, 
entre Ham, Woerd et l'aderborn. .. Le chef 
remportera la victoire ; deux de ses ennemi» 
seront anéantis. Le reste du troisième fuir» 
vers l'extiême Orient. Guillaume, ledeuxièm.e 
du nom, aura été le dernier roi de Prusse ; 
il n'aura d'autres successeurs qu'un roi de 
Pologne, un roi de Hanovre et un roi de 
Saxe. 

Quant a la prédiction deFiensberg, elle 
date de 1849, époque à laquelle Guil- 
laume 1", alors prince héritier de Prusse, 
passant dans le village de Fiensberg res- 
suscita une voyante qui promena un 
cravon sur une série de chiffres disposés 
en cercle et lui dit qu'il serait un jour em- 
pereur en 1 87 I (1 849 -t- t 4- 8 + 4 -}- 9) 
qu'il mourrait en 1888 (1871 -f- i -1- 8 
-[- 7 -[- 1) et que l'empire d'Allemagne 
serait détruit en 1913 (1888 -(- 1+8-}- 
8 +8). 

La voyante dit au prince que ces dates 
I étaient irrévocables, sauf la dernière : ad- 
! ditionnez 1 +9-^-1 -1-3, dit elle et 
! vous aurez la date extrême à laquelle 



N» 1411 Vol. LXXI, 



L'INTERMEDIAIRE 



67 



68 



pourra se produire le dernier événement. 

Le prince compta 14. C'est cela, 191 3 ou 

1914... 

J.B. 
* 

* • 

On a aussi signalé récemmerft une pro- 
phétie dite de Strasbourg sur les Hohen- 
zollern. P. M. 

Livre d'or de la France (LXX) — 

La librairie militaire Berger Levrault pu- 
blie Pjges dljisloir:', ig i ^.Les fascicules 1 1, 
13, 14, 16, 17, 19 consacres à l'ordre du 
jour contiennent les citations, promotions, 
légion d'honneur, médailles militaires, du 
8 août au 10 novembre. 

J.B. 

Culture. Kultur (LXX, 142, 193).— 
Notre collaborateur Ibère est dans le 
vrai : « Kultur » correspond à notre 
terme « civilisation ». Histoire de la ci- 
vilisation se traduit par : Kultur ges- 
chichte. 

A. Mytav. 

Le* Poilus (LXX, 181). —L'expres- 
sion n'est pas nouvelle et n'a pas été 
créée pour no> soldats qui se battent dans 
les tranchées Depuis plusieurs années 
déjà, on désigne sous ce sobriquet tout 
gaillard énergique, robuste, tout gars 
qui n'a pas froid aux yeux. 

YSEM. 

* ■ 

Ce mot appartient au langage du peuple. 
Expression qui repose sur la croyance 
populaire qui veut qu'on soit d'autant 
plus fort et courageux qu'on a le système 
pileux développé : 

Un gonimeux, d'une façon grossière 
Insulte un homme vraiment poilu 
Qui lui f. ,. son pied dans rderrière ! 

A. Gill. 
L'hôtesse ! un coup d'riquiqui ! 
Ça rend les marins poilus 
D'boire à la santé d'ceux qui 
N'boit plus ! 
(Richepin, La mer, 1886). 
« Nous sommes daiis les alentours 
quelques poilus » (d'Esparbès : Journal 
24 Juin 1897). 

Gustave Fustier. 

* • 

J'ai entendu souvent dire : « un brave à 
trois poils » mais jamais jusqu'à 1914 : 



« poilu ». — De plus, un éloge militaire 
fréquemment employé lors de mon séjour 
à la caserne était : « c'est un homme à 
poil » « 11 a du poil au 5> — Le sol- 
dat dans ses mots. . . — 11 y avait aussi 

j une autre variante que l'adjectif en ques- 

■ tion ne me paraît pas appeler. 

« Avoir du poil », c'est « être un 
homme », ne plus « être un gosse », avoir 
des qualités, des aptitudes, un courage, 
virils, nos troupiers n'ont pas attendu 
1914 pour se reconnaître tout cela et le 
re.ste ; je crois bien qu'en adoptant le so- 
briquet « les Poilus » ils n'ont pas trop 
.'ongé à leur barbe. Sglpn. 

Boche CLXX ; LXXI, 2s). — Dans une 
note précédemment envoyée, j'ai dit que 
Bocheûgniûait: bois{\éte de Boche= tête 
de boii)... A l'appui de cette explication, 
j'invoque la chronique belge du Petit Pa- 
risien. On y lit : i Boch van Grurie » 
{Bois de la Grurie). Cela me semble assez 
significatif. 

Cap 

Singe (LXX, 181). — La majeure 
partie des conserves de viande, de viande 
de bœuf surtout, nous vient d'Amérique 
(la maison Armour notamment est bien 
connue pour les exportations) et comme 
dans les forêts vierges de cette contrée 
pullulent les singes, de mauvais plaisants 
ont donné à ces conserves le nom du 
quadrumane en question, prétendant 
qu'il servait à la confection de ces con- 
serves. 

Les soldats allemands ont un mot 
équivalent à notre singe ; ils disent du 
crocodile, Krokodilfleiscb, V. Horn : Die 
Deuticlie Milttctspratche, 1900. 

Gustave Fustier. 
* 

» » 
Lorsque la fabrication des conserves de 
viande se généralisa, lorsque l'Adminis- 
tration militaire fit entrer dans la con- 
sommation du soldat des boites de con- 
serve de bœuf d'Amérique qui portaient 
des marques de Buenos Aires ou de la 
Plata, malgré la sauce vinaigrette ou les 
sauces plus ou moins savantes auxquelles 
les cuisiniers militaires accommodaient 
ce bœuf, le troupier français, toujours 
sceptique, ne manqua pas de s'écrier : 
c'est du singe ! De même, dans les res- 
taurants parisiens, le client grincheux 



rend 
qu'il 



69 

au garçon le morceau 
lie trouve pas à son 



DES CHiîRCHeURS ET CURIEUX 20-30 Janvier 1915. 
70 



de viande 
goût, en di- 
sant : :'esi de leurs ! 

De là le nom de singe qui est resté 
dans l'armée à toute viande de conserve 
mise en distribution. Ysem. 

Les Marie -Louise (LXX, 180). — 
Le II 5* venait de rejoadrece corps d'ar- 
mée (de Mannont,. Fabvier, celui de la 
Moskowa. -t que, depuis, la Grèce a rendu 
célèbre, dit que ce r(5giment était composé 
de conscrits tout neufs ; que leur uniforme 
entier ne consistait qu'e . une capote giise et 
un bonnet de police d'une forme féminine, 
d'où vint que I on appela ces pauvres enfants, 
les Marie- Louise... 

Comte de Ségur. Du Rhin à FonLiine- 
è/MM, Paris, Firmin-Didot, 1875. p. 187, 

I. B. 



C'est l'impératrice Marie Louise qui, 
en l'absence de Napoléon I'"', avait signé 
le décret appelant les conscrits sous les 
drapeaux ; d'où le nom de « Maries- 
Louises w, donné à ces jeunes soldats. 

Henri Houssaye a consacre une très 
belle page aux < Maries-Louises ». k ces 
« enfants ^ui, le cœur si gros avaient 
quitté la mère esseulée ou la femme allai- 
tant le nouveau-né * et qui se « transfor- 
maient vite à la vue du drapeau » . 

On les appelait les Marie-Louise, ces 
pauvres petits soldats soudainement arra- 
chés au loyer et jetés, quinze jours après 
l'iiicorpor mon, dans la fournaise des ba- 
tailles, ce nom de MariesLoaises, ils l'ont 
inscrits avec leur sang sur une grande page 
de l'histoire. C'étaient des Maries-Louises, ces 
cuirassiers sachant a peine se tenir à cheval 
qui, à Vaijonau, enfonçaient cinq escadrons 
et sabraient avec tant de fureur qu'ils ne 
voulaient pas fuire de quartier C'étaient des 
Maries-Louises, ces chasseurs dont le général 
Delort disait, au moment d'aborder l'en- 
nem . 

— Je crois qu'on perd la tête de me faire 
charger avec Ue la cavale, ie pareilltr, et qui 
traversaient Mo iterea 1 comme une 1 ombe, 
culbutant les bataillons autrichiens massés 
dans les hks. C'était un Maiie-l.ouise, ce 
tirailleur, qui, indifférent à la musique des 
balles comme à la vue des hommes fr.ippSs 
autour de lui, restait fixé à sa place sous un 
feu continu, sans riposter lui-rnème et ré- 
pondait au maréchal Marmont : — Je tire- 
rais aussi bien qu'un autre, mais je ne sais 
pas charger mou fusil. — C'était un Marie- 
Louise, ce chasseur qui, à Champaubert, fit 



prisonnier le général Ol-uflfew et ne le voulut 
lâcher que devant l'empereur Des Maries- 
Louises, ces conscrits du 28* le ligne qui au 
combat de B^r sur-Aube, détendirent un 
cjiure quatre les bois de l^évigny, en ne se 
servant que de la baïonnette ! Des Mariet- 
L'julsas encore, ces voltigeurs du 140 régi- 
ment de la jeune garde qui, à la bataille le 
Craonne, se maintinrent t ois heures sur la 
crèle du platoau à petite portée des batteries 
en.ieinies dont la mitraille faucha 650 
hommes sur 920. ils étaient sans capote par 
huit degrés de froid, ils mir^haient dans la 
neige avec de mauvais souliers, ils man- 
quaient parfois de pain, ils savaient à peine 
se je;vir de leurs armes, et ils combattaient 
chaque jour dans les actions les plus meur- 
trières ! Et pfndant toute la cinipagne pas 
un cri ne sortit de leurs rangs qui ne fut une 
acciaraatiou pour l'Empereur. — Salut, ô 
Marics-Louises (i). a 

Dans le courant de l'hiver 19131914, 
un jeune et brillant conférencier, ac- 
tuellement sur le front, du côté de Ver- 
dun, avait présenté au public parisien 
Le solJat clans la liltéraiure française. Il 
«e manqua pas de citer la magnifique page 
de l'historien de 1814, page dont la lec- 
ture fut accueillie par les br.ivos enthou- 
siastes d'une assemblée toute vibrante de 
patriotisme. On peut dire vraiment que 
la salie menaçait de crouler ious les ap- 
plaudissements 

Les conscrits de Î914 sont en train de 
mériter, eu.\ aussi, des applaudissements 
qui, le moment venu, ne leur feront pas 
défaut. 

Docteur Lomier. 

La colonne de Rosbach (LXIX; 
LXXj. — Une illustration hors texte, 
dessinée par Jules David, gravée par 
Bernard, orne l'ouvrage d'Emile Mar- 
co de Saint-Hilaire, qui a pour titre : 
Histoire populaire, aiieuiotique et pittoieS' 
que de Napoléon et de la Grande Armée 
(Kugelman, Paris, 25, Rue Jacob. 1843). 

Au dessous du dessin la légende sui- 
vante : < Napoléon fait abattre par des 
sapeurs la colonne de Rosbach, élevée 
par le Grand Frédéric en mémoire de la 
bataille perdue par les Français ». 

Et dans le texte, le récit de ce petit 
événement de guerre : 

(1) Henri Houssaye 1814, pp. 29-30, Per- 
rin et Cie 35, Quai des Grands-Augustins, 
Paris, 1903 



N» Mil. Voi. LXXI. 

71 



L'iNTKRMÊDI 



7a 



Le surlendemain de la bataille (léna, 14 » dant trois années, de 1871 à 1874 et n'y 



octobie 1806), Napoléon monte dans une pe- 
tite calèche découverte, partit pour Wei- 
mar. Ce fut en allant de Meribourg à Halle 
qu'il traversa le champ de bataille de Ros- 
bach II avait si présentes à l'esprit les dis- 
positions de l'armée du grand Frédéric et 
celles de la nôtre à cette époque, qu'anivé 
à Rosbach même, il dit h Savary : 

— Galopez dans cette dire^ti m ; vous trou- 
verez à un quart de lieue d'ici la colonne que 
les Prussiens ont élevée en mémoire de cet 
événement. 

Si la moisson n'eût pas été faite, Savary 
n'aurait iamais pu découvrir cette colonne. 
Placée au milieu d'une plaine immense, elle 
n'était guère plus haute que les bornes que 
l'on voit sur nos routes pour marquer les 
distances. 

Dès qu'il l'eût trouvée, l'aide de camp 
noua son mouchoir au bout de son sabre et 
l'agita en l'air pour servir de direction à 
l'Empereur qui vint le rejoindre aussitôt. 
Toutes les inscriptions du monument avaient 
été effacées par le temps. Après avoir tourné 
tout à l'entour en silence et les bras croisés 
sur la poitrine, Napoléon prit une sorte 
d'élan et appliqua un vigouieux coup de ta» 
Ion de botte à la colonne pour la jeter bas. 
Il s'y repnt à plusieurs fois en disant : — 
Allons donc! cela ne doit pas tenir! 11 ne 
s'agit que de donner du pied là dedans ! 

Mais comme la colonne ne bougeait p.is et 
que ces vaine, tentatives l'avaieni essoufflé, 
ayant aperçu dans le lointain h division Su- 
chet qui se remettait en marche, il fit dire à 
ce génér. 1 de lui envoyer quelques sapeurs. 
11 ne fallut qu'un moment à ceux-ci pour dé- 
terrer la colonne et la charger sur une char- 
rette qu'un fit partir immédiatement pour 
Paris... 

Le dessin de Jules David ne concorde 
guère avec les données du texte, car la 
colonne, sans être très élevée, est de 
beaucoup plus haute que les bornes des 
routes, puisqu'elle dépasse sensiblement 
la taille des sapeurs et celle de l'Empe- 
reur qui figurent autour du monument. 
De plus, l'un des sapeurs frappe avec sa 
hache — côté marteau — la colonne de 
Rosbach comme s'il voulait la démolir. 

N'est-ce pas pour la soustraire à l'enlè- 
vement par les Alliés, soit en 1814, soit 
en 1815, que la colonne aurait été trans- 
portée à Brest ? Simple supposition. 

Il serait en tout cas bien intéressant de 
savoir ce qu'est devenue, en 1914, la co- 
lonne de Rosbach, si toutefois elle existe 
encore Est elle restée à Brest ou fut-elle 
ramenée à Paris? |'ai habité Brest pén- 



al jamais vu cette colonne commemora- 
tive, ni n'en al jamais entendu parler. 
Docteur Lomier. 

Le général Bonaparte à Nice 

(LXX, 185). — Consulter pour toutes les 
questions de ce genre l'excellent Itiné- 
raiie général de Napoléon I ' de IVl. A. 
Schuermans. On y voit que Bonaparte 
arriva à Nice le 26 mars 1796 à 4 h. 1/2, 
qu'il logea à la maison Sauvaigo, plus 
connue sous le nom de « Maison de Nieu- 
bourg », située rue Saint François-de- 
Pauie, n° 4, et qu'il partit de Nice 
pour Albenga le 2 avril, à 8 heures du 
matin, après une revue passée sur la place 
Croix-de Marbre. 

L'auteur, qui cite notamment H. Moris, 
Entrée Je Bonaparte à Nice^ avril ijg6, 
Nice 1901, in-8°, note que c'est à partir 
du 28 mars que le futur empereur signa 
Bonaparte, au lieu de Buonaparte. 

De Mortagne. 

fa duchesse de Berry à Mar- 
seille en 1816 (LXX, 183). — On trou- 
vera dans le livre du vicomte de Keiset, 
Marie-Caroline, duchesse Je Beirv, des 
indications très précises sur l'arrivée, le 
séjour au lazaret, la reinise de la prin- 
cesse, sur tous les incidents enfin qui 
marquèrent son arrivée à iVlarseille. 11 
est vrai qu'il n'y a rien qui ressemble à 
une copie de pièces officielles, mais les 
détails sont si précis qu'ils pourraient à 
la rigueur en tenir lieu. IVl. de Reiset 
donne le nom des vaisseaux napolitains 
et français qui accompagnèrent la du- 
chesse, les noms des personnes qui la re- 
çurent et qui lui souhaitèrent la bienvenue 
à l'aide de porte-voix, puisque les règle- 
ments sanitaires auxquels elle fut sou- 
mise, défendaient d'en approcher pen- 
dant dix jours. 

Il mentionne la présence intempestive 
de madame de la Ferronays, les formali- 
tés auxquelles donnèrent lieu la cérémo- 
nie de la remise etc., etc. 

Tout cela se trouve aux premières 
pages du chapitre i'"^ et plus loin encore 
au chapitre i!, page 39. 

E, Grave. 

* * 
Je ne suis pas en mesure de fournir à 

R. V. B. tous les renseignements qu'il 



7î 



demande, mais je crois qu'il lira avec in- 
térêt la relation ci-dessous de la remise 
de la princesse MarieCaroUne au duc 
d'Havre, commissaire de Louis XVIll : 

Dins le courant du mois de mai 1816 eu- 
rent lieu les fêtes très brillantes que la mu- 
nicipalité organisa à l'occasion de l'arrivée et 
du séjour à Marseille de la princesse Marie- 
Caroline de Bourbon, petite-fille du roi des 
Deux-Sicilcs, mariée à Naples, par procura- 
tion, au prince Charles-Ferdinand de Bour- 
bon d'Artois, duc de Bsny. 

Arrivée au lazaret, le aa mai, la princesse 
passa la premièie journée à recevoir de? vi- 
sites d'étiquette et de cérémonie, et le soir, 
à la nuit, la musique militaire lui joua une 
sérénade au bord de la mer. Ce jour même, 
il arriva de Toulon, pour son service, un su- 
perbe canot qui avait été construit dans le 
temps pour Napoléon l" « l'infâmt: usur- 
pateur 11. On en avait naturellement changé 
tous les emblèmes et chacun vint dans le 
port admirer ce chef-d'œuvre de l'art nau- 
tique et du luxe. 

La remise de la princesse au représentant 
de la France eut liiu dans les apoaitements 
qui lui avaient été préparés au premier étage 
de IHôtel de Ville. 

La salle des Pas-Perdus qui est au-dessus 
du pont était ornée d'une tapisserie verte, à 
fleurs de lys couleur d'or, surmontée d'une 
draperie blanche. La grande salle, reprisen- 
tant un appartement neutre ; our la remise 
de la princesse, était tendue en blanc par- 
semé de fleurs de lys, couleur d'or, avec 
une draperie en soie bleue qui régnait tout 
autour, en dessous de la corniche ; le pla- 
fond était orné du même couvert en guise 
de dô.-ne en bandes bleues et blanches. Un 
grand lustre de cristal était suspendu au mi- 
lieu. Contre la porte de la chapelle, qui av;it 
été murée, était placé un trône à quatre 
rnarches, surmonté d'un baldaquin à drape- 
ries vertes et blanches, ainsi que les rideaux 
attachés sur les côtés, le tout garni de franges 
et galons en or. Le pavillon napolitain ét:iit ■ 
fixé sur le mur, sans bâton, à la droite du ■ 
trône , le pavillon de la France était arboré 
sur le fond de la salle en face du trône. Au 
milieu de la salle était une table couverte 
d'un lapis vert à galons d'or, sur laquelle 
furent déposées les pièces pour la remise de 
la princesse. 

En entiant par la porte à gauche du trône, i 
d.ins le cabinet qui s'y trouve, on avait pra- 
tiqué un passage derrière le trône ou dans 
la chapelle qui était masquie, par où l'on se 
rendait dans l'appartement à droite, dit le 
Salon napolitain, lequel était proprement 
oroé et décoré l'e plusieurs meubles, avec 
une draperie bleue et blanche aux fenêtres. 
Dans la partie de la grande salle opposée à 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 10-30 Janvi.r .915 
74 



celle-ci, on voit dans l'appartement qui sert 
de cabinet à la salle de la Maine, on avait 
également pré^iaré un petit salon où, ion 
voyait à peu près les mêmes ornements qu'à- 
celui dit napolitain, si ce n'est que, dans ca 
dernier, on y trouvait de plus une jolie ta- 
ble à toilolte et une grande glace portative 
pour les ajustements La draperie de la fe- 
nêtre était en jaune et bhnc. C'était ici le 
drapeau français. 

La princesse, richement parée sous une 
robe de tulle lamée d'argent, avec un man- 
teau couleur rose, ayant au col un superbe 
collier d'où pendait le portrait de S. M. le 
roi Ferdinand, son grand-père, et à la tète 
une toque garnie de plumes blanches, étant 
arrivée dans la grande salle de l'Hôtel de 
Ville, passa quelques instants dans le salon 
napolitain, comme pour se reposer avec 
toutes les dames et personnes de sa suite. 
Etant ensuite sortie de cet a.ipartement, elle 
se tint debout, sans monter sur le trône pen- 
dant toute la Léré-nonie, autour de celte ta- 
ble, placée au milieu de la grande salle, où 
Mgr le prince de San Nicandra, commissaire 
de S. M. le roi des Deu . Siciles, fit, par la 
lecture assez longue de toutes les pièces, la 
remise de S. A. K. à M. le duc d'Havre, 
commissaire de S M. le roi de France, qui, 
l'ayant reconnue en toutes ses qualités et 
droits, la conduisit aussitôt dans le salon 
françai?, en lui présentant les dames et au- 
tres personnes françaises de sa suite, que le 
roi avait envoyées et qui devaient remplacer 
celles qui l'avaient suivie depuis la maison 
de son père. 

La princesse sortit en-.uite du salon fran- 
çais, avec sa nouvelle suite, après une nou- 
velle toilette dans laqjelle on n'apfrçut de 
changement à ses ajustements qu'un nou 
veau collier de diamants, auquel était atta- 
ché le portrait de son époux, le duc de Berry 
et un manteau lilas, garni en argent, rem- 
plaçant celui couleur de rose dont elle était 
parée en entrant. 

P. c. c. Nauticus. 



La bibliothèque de Marseille (dans le 
Fonds de Provence) contient sous sa cote 
K. Ch. Recueil factice de pièces sur le pas- 
sage à Marseille de la Duchesse de Berry 
et sur son voyage à Toulon 1816. Mar- 
seille, divrrs, 1816 br. in-8' . 

Promenade de S.A. R. la Duchesse de 
Berry à Notre-Dame de la Garde par le 
comte de PiUeneuve. (M. le comte de Ville- 
neuve était préfet des Bouches-du Rhône). 
Marseille- Ricard, s. d. 18/6, br. in-8'. 
A. Palliés CoMMiNCEs. 



s* 1411. Vol. LXXI 



L'INTERMEDIAIRE 



7b 

Aumôuiers de ma i» • J^'cques 
Cartier (LXIX, 43(51, — D'un manus- 
crit sur vélin intitulé : It; Trostf' de Nep- 
tune, ou un abrégé de l'art de la navi 
gation. — Description du navire appelé 
la Couronne, sans date, mais qui paraît 
remonter à 1645, j'extrais le passage sui- 
vant : 

Alors qu'un soldat (marinier) est maladt. 
On lui donne un morceau de boeuf 
Dfi lard, un harang ou un œuf. 
« Sans l'aller ragoutter de câpres ni sa- 

[lad« » 
L'on le laisse vivre en repos, 
Aumosnier ni Barbierne lui tient nul propos 
Et n'approchent pas de sa couche 
Et si la mort le vient sommei 
Ayant encor l'àme en la bouche 
L'on le renverse dans la mer. 

Et plus loin : 

Pour trouver les festes fi-xes et mobiles. 
Puisqu'il faut qu'un scavant pillotte 
Conouise un vaisseau à salut 
Il doibt encore avoir un but 
Pour mener dans le ciel l'âme saincte et 

[dévotte. 
Il semble donc très à p opos 
Qu'il songe en naviguants l'éternel repos ; 
Pour ce faire il faut qu il s'exerce 
A trouver les jours destinez 
Pour vaquer au Divin commerce 
Que rotie esglize a ordonnez 

Suit un calendrier en vers destiné à 
permettre a tout chresticn de connaître 
pour son debvoir la lettre dominicale, 
Pâques et les autres Festes : La Couronne 
était, d'après l'auteur, un navire royal, le 
plus grand et le plus fort de toute i Eu- 
rope, son port était de deux mille cinq 
cens thonneaux. 

On peut en déduire que, même au xvii" 
siècle, sur les navires du roi les plus im- 
portants. Taumônerie n'était pas toujours 
représentée soit pour célébrer les fêtes, 
soit pour assister les mourants. 

Le Dictionnctire de marine, par M. Des- 
roches, Paris, 1687 in-8, donne d'ailleurs 
les définitions suivantes : 

Aumosniers. — Les aumôniers de la 
Marine sont des Prestres entretenus par le 
Roy, dans ses Arcenaux de IVlarine, pour 
dire tes Messes les jours de Festes et de 
Dim.inche sur le Vaisseau, qui porte le 
Pavillon d'Amiral, 

Aumosnier. — L'aumônier d'un vais- 
seau est un Prestre entretenu dans un 



76 



Arcenal de Marine et commis par le Roy 
sur l'un de ses vaisseaux pour y faire la 
prière le matip et le soir, pour y dire la 
messe et pour y administrer les Sajcre- 
mens aux sains et aux malades. 

Sus. 

Intéressé dans les «ffaires d« 

Roi (LXX, 147). s< Autrefois, dit le Dic- 
tionnair; universel François et latin, vul- 
gairement appelé Dictionnaire de Tré- 
voux) t. Vil, p. 811, col. 3, Paris. 1881), 
on appeloit sous feirniers, ceuî' qiii pre- 
noient des sops fermes des Fermiers gé- 
néraux. Pour se donner du relief, ils ont 
substitué à cette dénomination celle d'in- 
téressés dans les affaires du Roi. » 

P. DORVEAUX. 

La Grande Nation Mot appliqué 

à la FraoO'.-i (LXIX, D44, 755). «C'est 
< pour parvenir à cet heureux résultat, 
« et vous proposer des mesures dignes 
« de la grande nation, que votre commis- 
« sion a besoin d'avoir sous lesyeu^ tous 
« les marchés passés, etc. 

Rapport fait par H^usset au Conseil 
des Cinq-Cents le 12 thermidor an 7, 

« Une nation généreuse que ses enae- 
« mis eux-mêmes ont surnommé La 
i. Grande Nation. » 

Opinion de Darracq, dans l'affaire des 
Juifs de Bordeaux, au Conseil des Cinq- 
Cents le 18 Floréal, an 7. 

Sus. 

Famille d'Argent , LXIX ; LXX). — 

Marie-Thérèse d'Argent était, en 1718, 
femme de Claude Raffiat (ou Raffiase) de 
Beauregard, conseiller du roi, premier 
échevin de la ville de Cosne. 

Un de ses f'Is, François Raffiat de Beau- 
rt.'gafd, mort en 1764, épousa, à Saint- 
Sauveur-en-Puisaye, en 1742, Marie- 
Anne Moreau, fille de Romain Moreau, 
bailli de Saint Sauveur, et de Claude Ca- 
melin, et fut père de 8 enfants. 

Un autre de ses fils, Claude Raffiat de 
Beauregard, était, en 1742, conseiller dii 
roi et président au grenier à sel de La 
Charité sur Loire, 

Elle eut aussi une fille, Catherine Raf- 
fiat de Beauregard, femme du sieur Pi- 
card des Ormes 

Le nom de d'Argent ou Dargent est trèg 



DES CHËRCHSUKS k£T CURIEUX 



-- 77 



ae-jo Janvier 1915. 
78 



souvent mentionné dans les registres pa- j du Comptai de Dijon par d'Arbaumont 



roissiaux de Sancerre au xviiT siècle 
MoRENNis (Troyes) 

De Bais^ey (Famille) (LXX, 147). 

A la voûte d'une salle haute, dans un 
bâtiment du xv« siècle, seul vestige de 
1 anciw-n et important château de Til Cha- 
tel, canton dis sur Till, Côie-d'Or, se 
voient encore les armes de cette famille 
ancienne et considérable qui a donné à 
Citeaux un de ses abbés généraux Elles 
se b'asonnent ainsi : d' {a^ur) à trois 
quintefeuilla d' [argent . Les Baissay 
sont depuis longtemps, à ce que je crois, 
éteints. 

La bibliothèque publique de Dijon 

étant fermée depuis la guerre pour cause 

de mobilisation du personnel, je ne puis, 

en l'état fournir d'autres renseignements 

au collaborateur C. B. et le prie de me 

faire quelque crédit. H. C. M. 

• 
• • 

Les archives de la Côte-d'Or possèdent 
de nombreux documents sur cette famille 
bourguignonne. Ses armoiries étaient : 
d'azur à trois quintefeuillei d'argent posé'; 
deux et un Elle est originaire de Hollande. 
Guillaume, fils de Hosierdam.vint s'établir 
en Bourf;ogne et reprit le fief de Bessey 
en 1229. Cette famille fournit à l'Eglise 
un archevêque de Besançon au xvf siècle, 
un abbéde .'^laizières (Citeaux) et un abbé 
de St-Bénigne au xvi- siècle. Ses mem- 
bres remplirent d'importantes fonctions 
sous les ducs de Bourgogne. L'un d'eux, 
Jean, éîait grand écuyer de Bourgogne 
sous Jean-Sans Peur Mes notes person- 
nelles m'indiquent que le père de ce Jean 
de Baissey, nommé lui-même Jean, était 
écuyer lorsqu'il épousa, au milieu du xiv» 
siècle, Jeanne, tille du Chevalier Eudes 
Peauldoye qui avait donné comme dot à 
sa fille la maison forte de la Gorge près 
de Marmagne (Saône-et-Loire). 

.Antoine de Baissey était chambellan du 
roi en 1489. La famille parait éteinte vers 
la fin du xvii' siècle. Toutefois, une 
branche alliée subsistait encore en Lor- 
raine au xviir" siècle. 

On trouvera une généalogie incomplète 
de.s Baissey dans La noblesse aux Etats :e 
Bourgogne par Beaune et d'Arbau;ixjnt, 
p. 1 17. (Dijon Lamarche MDCCCL.MV), 
et une note sur Antoine de Baissey. avec 
écusson, dans \' Armoriai de la Chambre 



p. 411 (Dijon, Lamarche, i88i). 

E. Fyot. 



Pierre Arnaud de l>i Briffe (LXX, 

94). — Les annuaires mondains men- 
tionnent plusieurs membres de cette fa- 
mille, notamment le marquis de la Briffe, 
conseiller de Seine et-Oise, demeurant au 
château de Neuville, par Gambois. 

Il a une fille mariée, il y a quelques 
années, à un officier, M. Sainte-Marie 
d'Agneaux. Le salon du château de Neu- 
ville contient un grand nombre de por- 
traits curieux de personnages du xvii» 
siècle. 

A. E. 

* • 

Je trouve, dans mes lettres de faire 
part, le mariage du conte de La 
Briffe, lieutenant au 75° de ligne, avec 
Mademoiselle de Vassart d'Hozier, en 
juin 1890. Dans l'annuaire de 1904 il 
figure comme capitaine de réserve du 
même régiment. G. O. B. 

* ♦ 

S'adresser au marquis de la Briffe, châ- 
teau de Neuville (Seine-et-Oise) par 
Conflans-Sainte-Honorine, ou au comte 
de la Briffe, 35 rue Godot-de .Mauroi à 

Paris. NisiAR. 

* 

Le meilleur moyen d'avoir les rensei- 
gnements que demande S. L., c'est de 
s'adresser directement au château de 
Neuville, à Gambais, près Houdan. M. le 
Marquis de ia Briffe lui donnera certaine- 
ment tous les renseignements qu'il désire 
connaître Mais il me semble .-,ue Pierre 
Arnaud de la Briffe, en 1776, avait épousé 
la fille de L'Averdy, et non Marie-Féli- 
cité de Bernage. E. Gr\ve. 
« 
» • 

Cette famille existe de nos jours. Le 
marquis de La Briffe habile dans la 
Seine-et-Oisc au château de Neuville, près 
' de Gambais. L' Annuaire de la Noblesse, 
189^, 1899 ; V Armoriai du I" Empire I et 
le volume IV de Titres et Anoblissements 
de la Restauration donnent une notice 
sur cette famille Pierre .Arnaud, de cujus, 
est mort à Paris le 15 février 1788, sans 
enfants de Mlle du Bernage. 

St-Saud. 



N» 141 1. Vol LXXI. 

■ 79 — 

Les abbés d^ Grandmont (LXX, 

94). — Nul doute que le (ou la si on pré- 
fère) Gallia Chiistiatui n'en donne une 



L'INTERMÉDIAIRE 



80 



liste complète et détaillée. 



St-Saud. 



Il n'y a qu'à consulter les listes don- 
nées par le Gallia Chthtiana. 

Lagorce (LXIX). — Le M. de La- 
gorce dont parle Pescara était probable- 
ment originaire du Languedoc et fils 
d'une Thieuloy Montesargues des La- 
gorce, seigneurs de Gajan ; c'est la seule 
branche des généalogies de ce nom qui 
s'applique à ce cas. Mais il serait cu- 
rieux de savoir si c'est entr.iiné par le 
noble métier des armes ou bien en fuyant 
une région persécutée qu'il a éié amené 
en Flandre où il épousa Mlle de Rocq. 

MONTO. 

Madelon d Touros (LXIX ; LXX, 
205). — On lit dans l'ouvraue de l'abbé 
F. j. Poirier, intitulé : Mel^, Docu- 
ments généalogiques : armée^ noblesse, ma- 
gistiature, haute bourgeoisie, d'après les le- 
gistres des paroisses (1561 1792), Paris, 
1899 : 

1» a la page 262, col. 1 : 

D- Gauthier (Servais), écuyer, seigneur de 
Sainte-Mirie-Laiidin et Vigny, avait épousé 
Jeanne Pochet, dont il eut Marie-jeanne- 
Thérèse, mariée à Charles- François Touros » ; 

2° à la page 612, col. 2 : 

Touros (Charles-Fiançois), chevalier, sei 
gneur de Milon, ingénieur ordinaire du Roi, - 
lieutenant léforajé au régi^nent de Piémont, 
fils de Magdelon, chev;ilier de Saint-Louis, 
seigneur de Milon, ingénieur en chef au dé- 
partement de .^letz et capitaine réformé au 
régiment de Norniandie, et mC défunte Denise- 
Françoise Lehuubrv, é jousa, paroisse Saint- 
Simplice [^ Metz], le 27 avril 1723, Matie- 
Jeanne-Théièse de Gauthier. 

P. DORVEAUX 

Famille de Ramezay (LXVII ; 
LXVIII), —Claude de Ramezay, né 1457, 
fils de Timothée et de Catherine Gri- 
bouillard, de la Gaise, diocèse de Langres, 
est qualifié chevalier, seigneur de la Gesse, 
Montigny et Boisfleurant. Is arriva à Qué- 
bec le 1*' août i68î. comme lieutenant, 
avec 300 ou 400 soldais qui allaient com- 
mencer l'histoire des troupes entretenues 



au Canada par la France. Jusqu'à cette 
date, il n'y avait pas eu de corps mili- 
taire permanent dans la colonie 

En ic.87, Ramezay commandait tem 
porairement une compagnie. En janvier 
ibQO, il est noté c bon officier » et il 
offre de payer 1000 livres pour la charge 
de gouverneur des Trois-Rivières, c'est à- 
dire que la veuve du défunt gouverneur, 
étant pauvre et le roi, à ce qu'il parait, se 
faisant tirer l'oreille pour lui accorder 
une pension, Ramezay intervenait fort à 
propos pour tous, car il fut nommé. Le 
8 novembre suivant, à Québec, il épou- 
sait Marie Charlotte Denys de la Ronde, 
née au Canada, d'une famille noble de 
Tours. De onze enfants is<:us de ce ma- 
riasse, quatre garçons et cinq filles ont 
vécu à l'âge adulte. La carrière de Claude 
a été assez remplie. En 1702, il alla en 
France et revint avec 300 recrues pour 
les troupes, ce qui lui valut la croix de 
Saint-Louis, par décision du 20 juin 170}, 
t, un an plus tard, il passa du gouverne- 
ment des Trois-Rivières à celui de Mon- 
tréal. En 1709, durant la guerre, il eut 
un démêlé avec Vaudreuil, gouverneur- 
général. Etant toujours gouverneur de 
Montréal, il paraît être mort à Québec, 
puisqu'il y fut inhumé, dans l'église, le 
2 août 1724. Sa femme mourut le 9 juil- 
let 1742 à Montréal. Elle touchait une 
pension de 800 livres et possédait des 
biens en ville à part des seigneuries, 
d'ailleurs restées en forêt. 

Dès 1708, Ramezay avait construit son 
château de Montréal qui est à présent le 
musée de la ville. Les fils ont été mili- 
taires, en France et en Canada. L'ainé, 
Claude, périt en mer, 1725. Ni lui, ni 
Charles-Hector, ni Louis ne semblent 
avoir été mariés, mais Jean-Baptiste- 
Nicolas-Roch, né en 1708, avait épousé 
Louise Godefroy de Tonnancourl, née en 
Canada d'une famille de Caen, Normandie, 
anoblie en Canada et très intluente En 
1728. Roch était lieutenant. 11 fit les 
guerres de 1744-1748 et 17S4 1760. On 
le voit lieutenant de roi à Québec, puis 
major de cette place en 1752, charge qu'il 
occupait encore en 1759. lorsqu'il signa 
la capitulation devenue inévitable. 

Lui et sa famille passèrent en France 
peu après. 

On peut écrire à Ottava, Canada. 

Benjamin Sulte. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



so-30 Janvier 1915. 



81 



82 



Sauni-T, ébéniste (I.XVIII ; LIX ; 
LXX, 70). — M. Walterus a signalé plu- 
sieur? ébénistes de l' époque de Louis XIV 
portant le nom de Saunier, entre autres 
Claude-Charles, Louis-)acques et J.B 
(probablement Jean-Baptiste), je ne vois 
à Paris, sous Louis XIV, que Jacques 
Saunier, ébéniste ordinaire du roi, de- 
meurant rue du Faubourg Saint-Antoine, 
qui perdit sa femme, Reine Gombault, le 
18 juin 1707. 

Par contre, le xviii" siècle fut riche en 
menuisiers ébénistes du nom de Saunier 
ou Saulnier, à savoir : 

Saulnier (Claude Charles), reçu maître 
le 31 juillet 1752, demeurant rue des Ba- j 
lets (Boulets\ puis rue du Faubourg 
Saint-Antoine et enfin rue Harlay, 34 ; il i 
vivait encore le 2 nivôse an X, date de la j 
mort de sa femme Antoinette Pierre, et 1 
signait : C. C. Saulnier ; — Saunier ([ean- 
Charles), demeurant rue du Faubourg 
Saint Antoine ; il figure comme crémcier j 
dans le procès-verbal d'apposition des 
scellés d'Œben. le 21 janvier 1763 ; il si 
gnait : /. C. Saunier (c'est sans doute 
l'auteur de la commode de M. Walterus) ; 
— Saunier (Jean-Louis, rue de Saintonge, 
maître le 13 août 1767; il disparait vers 
1785 des listes et tables corporatives ; — 
Saulnier (|acques , rue Chariot, maître le 
i*' mars 1775; il disparaît des mêmes 
listes en 1791 ; — Saunier (Louis-jacques 
Casimir), rue des Prêtres Saint-Germain- 
l'Auxerrois, puis rue de la Corderie, reçu 
à la maîtrise le 22 juillet 1782; - Sau- 
nier ou Sonier (Louis-Jacques-Gabriel), 
rue de l'Arbre-Sec ; il perdit, le 1 1 juin 
1807, un fils, Claude-Louis, menuisier, 
âgé de dix-sept ans. 

Je ne connais pas le J.-B. Saunier, 
mentionné par M. Walterus et saurais gré 
à noire confrère de vouloir bien me don- 
ner, s'il en a, quelques indications bio- 
graphiques sur cet ouvrier d'art. 

Adrien Marcel. 

Catherine de la T eille de Sorbs 
(LXIX ; LXX). — Catherine de la 
Treille de Sorbs, qui épousa, au Pont 
Saint Esprit, le 15 novembre 1729, Michel- 
Ange de Castellane, seigneur de Novaysan, 
Recoubeau et autres lieux, ditl-' comte de 
Castellane, brigadier des arméus du roy, 
son ambassadeur près la Porte ottomane 



• de Sorbs et du Vialla, et d'Anne de Vis' 
'■ sec delà Tude de Saint Martin de Fontes, 
I mariés le 6 septembre 16S4. Comme il a 
; été déjà dit (LXX, 164), du côté paternel, 
1 elle était la petite tille d'Henri de la 
! Treille et d'habeau de Saint Julien. Du 
j côté maternel, ses grands parents étaient 
François-Louis de Vissée de la Tude de 
1 Fontes, seigneur de Saint- Martin de Cas- 
I très, et Françoise de Grave, mariés le 
I 24 septembre 1656. 

Comte H. de Castellane. 

La plus ancienne armoirie (LXX, 
I4!S).| — Dans mon Dicliouiiaiie archéo- 
logique et explicatif de la Science du Bla- 
son (p. 150) imprimé à Bergerac en 1901, 
je rapporte ceci, d'après une notice de 
M. Auguste Schoy, architecte et archéolo- 
gue, insérée dans le journal des Beaux- 
Arts et de la Littéral nie, du 31 août 
.874 : 

Il existe au National Muséum de Munich, 
le plus ancien Ritler Schili offianf la re- 
présent.-ition conventionnelle d'un animal 
suivant les formules héraldiques. C'est un 
bis-relief en forme d'écu provenant de Klos- 
ter Stcingdden, ancienne fondation des 
V/alfer dans la Baecrischen Oberlande. 
Celte aculptuie est taillée en grès (Sands- 
/c'/n) et bien qu'elle date de l'année ll3o, 
la polychromie est très apparente et l'état 
de conservation satisfaisant. A paît la den- 
ture allégée du félin et l'archaïsme du mo- 
delé, le type est conforme aux prescriptions 
les plus sévères des rois d'armes. Le blason 
de KIosler Steingaden offre sur champ d'or, 
un lion d'azur, la queue doublement nouée 
et fourchue, armé et tampassé de i^ueules. 

Indépendamment de ce monument la- 
pidaire, je cite d'après les Bénédictins, 
l'existence d'un sceau de Raymond de 
Saint-Gilles pendant à un diplôme de l'an 
1088 présentant la croix de Toulouse 
cléchée, vidée et pommetée, sans indica- 
tion d'émaux parce que les hachures pour 
les désigner n'ont été employées qu'au 
xvii" siècle (page 286-287 de mon Dic- 
tionnaire). 

O KELLY DE GaLWAT. 



11 ne me semble pas que l'on ait jamais 
employé le mot armoiries au singulier. 

H C, M. 

tt Dieu et mon droit » (LXXI, 7). 
Disons d'abord qu'il faut écrire : Dieu 



était filled'Antoine de la Treille, seigneur et mon droit. Lorsque Edouard III d'.^ngle- 



N» 1411 Vol. LXX. 

— — 83 

terre éleva ses prétentions à la couronne 
de France, comme né d'Isabelle, fille de 
Philippe le Bel, il prit la devise : Dieu et 
mon droit, qui figure en or dans les ar- 
moiries delà Grande Bretagne, sur le lis- 
tel d'azur, liseré d'or, auquel se ratta- 
chent des roses, des ciiardons et des 
trèfles, emblèmes des trois royaumes, 
placé sous l'écu entouré d'une jarretière 
d'azur, liserée et bouclée d'or, et chargée 
des mots : Honni soit qui mal y pense, en 
lettres d'or. 

Nauticus. 

Voir V Intermédiaire, XXXVl,28i, 651, 
739 ; XXXVII, 84, ,77. 

P. CORDIER 

Je ne connais cette devise que sous 
cette forme : Dieu et mon droit. C'est 
celle des familles de Hillerin, de Boistis- 
sandeau, de Sordevo! (Poitou). Au début 
de la guerre de Cent ans, vers 1340, 
« Edouard 111, voulant faire valoir ses 
prétentions sur le royaume de France, 
mit au bas de son écu, sous les armes de 
France et d'Angleterre, écartelées, ce cri 
que l'on y voit encore, pour exprimer sa 
confiance en Dieu et dans la justice de sa 
cause ». V. Dictionnaire des Devises de 
Chassant et H. Tausin. On sait de plus 
qu'à cette époque, le français était encore 
en honneur en Angleterre et en usage 
surtout, dans tout ce qui touchait à l'art 
héraldique et, on peut ajouter, à la légis- 
at ion. 

E. Grave. 

Ecusson échiqueté (LXX, 96) 
— Espinal, en Lorraine, porte d'a^nr semé 
de fleurs de lys d'or, à la croix de gueules 
brochant sur le tout. 

L'écusson échiqueté est une brisure ou 
une marque d'alliance ou de prétention. 

NlSlAR. 

Sept billettes (LXX, 96;. — L'Armo- 
riai général de Rietstap donne ; 

Badoncourt (Lorraine) : d'azur à la 
bande d'or accostée de sept billettes du 
même, posées dans le sens de la bande i et 
3 en chef, j et 1 en pointe. 

P. c. c. Nisiar. 

Forum S gusianorum. BTanno- 
Ti« (LXX). — Ce nom désigne la localité 



L'INTERMEDIAIRE 



84 



de Feurs, dans la Loire. Quant à Branno- 
vie, ne serait-ce pas Brannovium, soit 
Brangonia ou Branonium, actuellement 
Worcester, ville dans laquelle on cite un 
imprimeur en 1658, et où l'imprimerie 
refleurit au xvdii' siècle. 

Il faudrait donc lire Brannovio et ad- 
mettre que le livre Silva distichorum... a 
été imprimé à Worcester, pour une rai- 
son inconnue, et édité à Feurs. 

NlSlAR. 

Voyages de Cook en papier peint 

(LXIX ; LXX). - Voici quelques détails 
complémentaires empruntés à la brochure 
explicativedeDufour. Pour faciliter la pose, 
les tableaux pouvaient se composer de 10, 
de 6, ou de 5 lés (51 centimètres). En 10 
lés, on avait deux sujets : la Danse desOta- 
hitiennes en présemce du toi. la Lutte en 
présence des chefs des îles des Amis et de SU- 
Christine. En 6 lés, la tenture se divisait 
en trois tableaux : la Danse d'Otah'iii avec 
la mort du capitaine Cook, le roi des îles 
Pelow avec les peuples du cap de Dienien et 
det îles de l' Amirauté, la Lutte à Toiiea- 
tabo, îles des Amis. En 6 lés, le nombre 
des sujets montait à quatre, la Mort de 
Cook, la Danse d'Otahiti, le Roi des îles 
Pelow, la Lutte a longaiabo C'était, 
on le voit, une combinaison fort ingé- 
nieuse. 

BiBL. Mac. 

Hurluberlu (LXX, 181) — En effet, 
ce mot ne figure point à la Table géné- 
rale allant de l'origine à 1B96. Toutefois, 
comme j'étais convaincu qu'on s'était, à 
plusieurs reprises, ici même, occupé de 
ce vocable bizarre, j'ai voulu en avoir le 
cœur net ; j'ai cherché et trouvé ; quœre 
et inventes, comme nous disons à !'/«- 
tetrnédiaire . 

Que M. René Villes veuille donc bien 
se reporter aux numéros des 15 et 22 
sept., 7 cet. et 30 nov. 1900; 30 janv., 
30 oct. et 30 nov. 1901 ; il y trouvera 
nombreux renseignements. 

Gustave Fustier. 

« 

* * 
Voir \' Intermédiaire XLU, 444, 524, 

698, 931, II 15 ; XLIII, 153 ; XLIV, 645, 

810; XLV, 430. 

P. CoRDIER. 

« V 

Les communiqués de l'état-major nous 



DBS CHERCHEURS BT CURIEUX 



20-30 Janvier 1915 



85 



86 



Les plus counes folies sont les 

meilleures (LXX, 97). — C'est un 
vieux dicton, bien plus ancien que Mon- 
tesquieu Le Dictionnaire de Furetiète le 
cite en 1690, au mot folie, sous celte 
forme. « Les plus courtes folies sont tou- 
jours les meilleures ». Sous la même 
forme, il se trouve dans Marguerite de 
Navarre, Nouv. XXI, au xvi' siècle (la 
phrase est citée dans Littré) ; et Le Roux 
de Lincy l'a rencontré, au même siècle, 
dans le Triior dés sentences de Gabriel 
Murcier. Un texte du xin" siècle i hroni- 
que de R. — de Rains ? —J donné par 
Littré à l'historique du mot folie contient 
déjà une forme, un peu différente, du 



parlent sou vent, ces temps-ci dePerthes-les- s 
Huilus Qii'est ce que Hurlus .? est-ce un j 
nom commun au pluriel, et les un article ? j 
Est-ce un nom de localité, et les est-il lés 
ou /(•{, signifiant « près > ?Dans le premier 
cas, il serait intéressant qu'un intermé 
diairiste nous dit ce que c'est, dans le 
dialecte du pays, qu'un hurlii ; on verrait 
alors si hurluberlu se compose d'éléments 
français. 

En attendant, il semble bien proche 
parent de l'anglais Hurlvbul\\ vacarme, 
ou tumulte. Celui-ci est un mot à écho, 
cherchant à donner, par la répétition du 
son, l'idée d'un bruii. confus et multiple : 
tel cbariViin en français, tel en anglais en- 
core, hurrykurry, tumulte, en dialecte 
écossais hiidvgirjy ou hirdumJirditm, ta- 
page confus. Et dans ce mot à écho le 
premier élément est à coup sûr anglais, 
car il s'emploie seul aussi, burly, dai s le 
même sens. Ce hiiilvse rattache vraisem- 
blablement à une famille de mots qu'on 
rencontre dans diverses langues germa- 
niques, proche peut-être de celle de wbirl, 
tourbillon ; ces mots expriment soit l'idée 
de mouvement tournoyant, soit celle 
d'un bruit tel que peut le produire un 
mouvement de ce genre ; les deux idées, 
qui s'associent aisément, de mouvement 
confus et de bruit confus, sont, on vient 
de le voir, exprimées par htirlyburly ; la 
première s'accorde assez avec le sens de 
hurluberlu^ ou burlubrelii ; quelqu'un qui 
s'agite d'une façon désordonnée, cela 
mène tout droit au sens d'extravagant. 
Il pourrait donc bien venir du mot an- 
glais. 

Ibère. 



même dicton : c Mieux vaut folie laissiée 
que folie maintenue ». 

Ibère. 

Inlassable oulllassable (LXXI, 12). 
— M. Faguet proscrit la forme « inlassa- 
ble », mais je l'ai vue imprimée depuis 
une vingtaine d'années, déjà et tout 
porte à croire qu'elle demeurera, comme 
« irracinable » et quelques autres. 

DUBREUIL. 

Ohé les Autrichiens !(LXXI, 141;.— 

La reproduction de la chanson Ohé ! le* 
Autrichiens, parue dans le n" du 10 jan- 
vier, est absolument complète, elle n'a 
que quatie couplets. 

Du reste, le dernier vers du quatrième 
couplet en est la conclusion. 

Le signataire de l'envoi qui signe 
Sglpn dit aussi qu'il la croit incomplète, 
n'ayant vu ni tiret, ni nom d'auteur au 
bas ; le nom ne pouvait être à la fin, puis- 
qu'il est en tète. 

Pour le renvoi du dernier vers du 
deuxième couplet, il dit : Ce n'est pas moi 
qui ai ajouté Ci' 1 envoi. 

Naturellement, c'est l'auteur des paroles. 
Il dit aussi qu'il n'a jamais connu de cou- 
vertures à son exemplaire, par la raison 
fort simple que cette sorte de cahier n'en 
possède jamais. 

A. Patat. 



Feux de joie (LXIX, 98, 522, 682 ; 
LXX, 35). — A la pointe de Penmarc'h, 
dans le pays Bigouden si spécial, si plein 
de caractère et aucunement théâtral celui- 
là, les populations, notamment celles de 
la côte.font des feux de joie pour la Saint- 
Pierre, à la fin de juin A Saint-Guénolé, 
dans l'extrême pointe de Penmarc'h (on 
y prononce Pinmari on brûle le soir de 
vieux tonneau.x ;:)ant contenu du gou- 
dron et l'on alimente le feu pour qu'il 
flambe clair et longtemps. Des rondes se 
forment et l'on encercle le feu en criant 
gaiement : « Et riquiqui et roumiala... » 
Au loin, dans ce pays nu et plat, très 
loin, se voient d'autres feux. Sur mer, les 
bateaux qui partent à la sardine allument 
eux aussi des feux de joie à bord : c'est le 
plus souvent un vieux camion à peinture 
rempli de goudron qui est accroché à 
quelque mât. Mais ces feux sont vite 
éteints. 



N» un. Vol. LXVII. 

87 ■ 

Ceux de terre, allumés à la nuit tom- 
bante, sontentretenus assez tard, 10 h. 1/2, 
1 1 heures, plus même. Quand la flamme 
est tombée, gars et filles qui étaient assis 
alentour ramassent de grosses pierres — 
quelquefois d'énormes — et les jettent 
dans le brasier : ce geste doit leur porter 
bonheur. 

Ces feux de la Saint-Pierre se font 
d'ailleurs au lendemain du pardon de 
Saint-Pierre, autre hameau de Penmarc'h 
dont la vieille chapelle est le rendez-vous 
des tout petits enfants que les mamans 
amènent des environs ; elles les font mar- 
cher sur l'autel, afin de leur donner une 
base solide pour la vie. 

De cela il ne faut pas plus sourire que 
de la chance sollicitée en jetant des pierres 
dans le feu ; dans ces parages où la mer 
est si souvent furieuse et où Ton ne vit 
que d'elle, la Mort rôde plus souvent 
qu'ailleurs : et lorsqu'il s'agit de la con- 
jurer, les rites les plus illusoires, les plus 
naifs prennent en ces lieux une gravité 
impressionnante. Marcel Mayer. 



L'INTERMEDIAIRE 



Fides germanica. — La mauvaise 
foi des Allemands considérant comme un 
chiffon de papier un pacte international 
nanti de sa signature, trouverait de nom- 
breux précédents dans l'histoire diploma- 
tique de la Prusse, et il serait pertinent 
de les relever. Je me borne à rappeler le 
suivant : 

« En 1834, le gouvernement prussien 
désireux de réglerdans ses vues politiques, 
les mariages mixtes, avait obtenu du 
pape Pie Vlll, par rinlermediaire du doc- 
teur Bunsen, conseiller de légation de 
Prusse à Rome, un Bref qui lui donnait 
en partie satisfaction, mais qui fut jugé 
insuffisant. L'archevêque de Cologne, de 
Spiegel, n'hésita pas à devenir prévarica- 
teur en concluant une convention soi-di- 
sant régulatrice de ce Bref avec le docteur 
Bunsen, tandis qu'elle était directement 
opposée à la lettre et à l'esprit du texte 
apostolique. 

« Le secrétaire d'Etat de S. S. crut devoir 
adresser une note diplomatique de protes- 
tation audit Bunsen qui nia l'existence de 
la convention dont il n'avait pas eu con- 
naissance. 



« Et c'était lui-même qui l'avait négo- 
ciée, conclue et signée ! » 

(Extrait du volume Di la paix entre 
l'Eglise et les Etats par Monseigneur Clé- 
ment-Auguste, archevêque de Cologne. 
Paris 1884). 

Sus. 

Nécrologie 

La guerre cause dans nos rangs une 
perte cruelle, celle de M. François Lau- 
rentie, mort devant l'ennemi le 1 2 janvier. 
Elève de l'Ecole normale supérieure, 
professeur de rhétorique à Stanislas, 
M. François Laurentie, fils du journaliste 
éminent qui a tenu dans la presse une 
placé considérable, était, par le talent, 
le caractère, la distinction, le digne con- 
tinuateur de ce beau nom. 

Son dernier travail important aura été 
cet admirable monument qu'il a élevéà la 
mémoire de Louis XVll, tt dans lequel il a 
réuni notamment tous les portraits con- 
nus du martyre du Temple. 11 s'était 
dressé comme le champion de la tradition 
historique. 

Ses méthodes de travail, la richesse toute 
particulière de sa documentation, le scru- 
puleux exposé documentaire qui le con- 
duisait à la synthèse infailliblement, ont 
^ fait de sa dernière publication, une œu- 
\ vre qui lui assurerait, à elle seule, la 
l haute estime des historiens et des let- 
î très. 

I Serviteur chevaleresque de la France, 
1 n'ayant pensé, écrit, combattu par la 
I plume, que pour elle, il tombe, les ar- 
mes à la main, en héros français. 

M. François Laurentie qui avait épousé 
la fil'e du général Mounier, était père de 
six enfants. 

Que sa famille veuille bien agréer 
l'hommage de notre profond respect -— et 
croire que nous garderons le souvenir du 
collaborateur distingué , du polémiste 
courtois, du confrère dévoué et serviable, 
qui nous a prodigué si généreusement les 
trésors de son brillant savoir. 



Lt Ditfcleur-geranl : 
GHORGES MONrORGUHJl 

Imti.CLrac-OAVifi , ' •- ' rr.Bnd-Wonl-K.'îod 



LXXI Volume 



Paratssant la lo.jo et fo dt chaque moù 



10 février 1915 



SI "vr. Vlctap-Ma«a« 
PARIS (IX«> 

8areanx; de 3 iShearei 



QVMQVa 



Chtrehtt et 
voue trouveret 




g /( ee faut 
■ •ntr'aider 



N» 1412 

Sflx-.r.TIclor-MaM* 
PARIS <IX*) 

Bareaoi : de 3 i 6 benru 



C3ntfrînf5iatrf 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QOKSTIONS RT RÉPONSKS LITTÉRAIRES, H 

TROOVAILLES 
89 



ISTORiyUES, SCIKNTIKIQUKS KT ABTISTIQURS 
ET CURIOSITÉS 



90 



aedtiotid 



Mariage au tambour. — On se 

préoccupe de simplifier les cérémonies 
du mariages pour permettre à des hom- 
mes qui sont sur le front de régulariser 
leur situation. Est-ce que dans l'ancienne 
armée, sous la Révolution, il n'y eut pas 
de ces mariages improvisés dits : « ma- 
riages au ^tambour ?» Ne pourrait-on en 
citer quelques exemples ^ 

V. 

Comment ippell ara t-onlague re 
actuelle ? - C'est ce que s'est demandé 
l'éditeur du journal anglais Burke, qui 
penche pour la dénomination : Guerre Eu- 
ropéenne, comme d'ailleurs, l'ensemble 
du monde civilisé de langue anglaise, 
l'Allemagne ayant généralement adopté 
l'expression ; der IVellkrieg, la guerre 
mondiale. 

La dénomination de Guerre Européenne 
est, cependant, inadéquate, puisqu'elle ne 
tient pas compte des combats en Turquie 
d'Asie et à proximité du Caucase, ni des 
opérations sur le golfe Persique , ni de 
celles dans les colonies allemandes d'Afri- 
que, ni de la prise de Kiao-Tschau par 
les Japonais et les Anglais. Elle omet éga- 
lement la capture des iles Marshall et de 
la Nouvelle-Guinée allemande par les 
forces australiennes, et, enfin, les enga- 
gements navals dans les océans Pacifique, 
Atlantique et Indien. La complexité de 
tant d'opérations paraîtrait exiger des 



termes collectifs, comme La Guêtre des 
Nations.ou La Guerre Continentale. Mais, 
à y regarder de près, ils laissent insatis- 
fait l'esprit critique, et, d'autre part, la 
périphrase : Gueire d.s Alliés doit être 
également repoussée comme trop am- 
biguë. 

Proposera-t-on La gueire du Kaiser.^ 
ou encore : La Guerre Pan-Germaniqite, 
ou même : La Guerre de Guillaume II ? De 
telles définitions pèchent contre le pieux 
principe de logique scolastique, ne te- 
nant compte que de l'un des aspects de 
cette lutte gigantesque. 11 faudrait, pour 
être exact, recourir à des vocables com- 
posés, comme on le fit en d'antérieures 
circonstances (Guerre Franco-Allemande, 
[ou : Franco- Prussienne] ; Guerre Russo- 
Turque ; Guerre Hispano- Américaine • 
Guerre Rusio- Japonaise). Mais ce serait à 
une formation kilométrique qu'il faudrait 
recourir et où excelle la langue des Bo- 
ches (i). 

Il serait, d'ailleurs, aisé de citer des 
précédents, où pour désigner une guerre, 
l'on a eu recours à une quelconque déno- 
mination. C'est ainsi que l'on dit : La 
Guerre de Crimée, en substituant par le 
nom de la localité qui fui le théâtre de 
l'action ceux des quatre nations qui y fu- 
rent impliquées. 

(i) Le hasard a voulu que, peu avant la 
déclaration de guerre, en fin juillet 1914, 
nous envoyions à El t.enguaje à Madrid un 
article sur ce3 « formations kilométriques » 
allemandes. (Ese majestuoso iJioma de 
Gmthe, n° d'août octobre 1914, p. 3î7- 

l.XXI-3. 



f ' 145 a. Vcl. 



LXXI. 
"• 91 



L'INTEÏîMi-iJlAlRE 



Voyez encore, dans le même ordre 
d'idées, les expressions : Guerre Péninsu- 
laire, Guette de% Balkans, Campagne du 
Soudan, etr., etc. La logique est, en la 
matière, assez cavalièrement traitée. 
Quand on dit, par exemple : l.a Guerre des 
Boers — au lieu de : La Campagne Sud- 
Africaine — , l'on fait, volontairement 
ou non, abstraction du plus fort des deux 
antagonistes, aggravant la faute que nous 
signalions ci-dessus. Et quand on dit : 
La Guerre des Zoulous, ou : La Guerre 
des Achantis, l'on fait aux plus faibles des 
deux belligérants l'honneur de l'éternité 
historique. 

Il ne miinque pas, au surplus, de cas 
où, pour désigner des luttes embrassant 
toute une période d'années, l'on a eu re- 
cours simplement au nom de l'un des 
protagonistes : Les Guerres de Louis XI V ; 
les Gucri es de Frédéric le Grand ; les Guer- 
res de Napoléon, etc. 

A défaut d'autre terme — celui de : 
La Gueire des Alliés nous semblant trop 
vague, et celui de La Guerre Européenne 
trop étroit — nous proposons celui-ci, 
qui, en somme, résume toute la philoso- 
phie de ce cataclysme : La Guerre pour h 
civilisation. Quelqu'un peut il en propo- 
ser un meilleur ? De savants économistes 
ont déjà calculé — à un centime près — 
le coût de la lutte. 11 conviendrait d'a- 
bord de savoir au juste comment l'appe- 
ler 

Camille Pitollet. 

P. S. — Dans notre note : Boche 
(LXXI, 38), il faut lire « Par l'ombre de 
Teutoboche, se non è vero... » 

C. P. 

Le drapeau conquis à Dijon. 

— Les journaux, relatant la visite des 
frères Garibaldi aux Invalides le 26 jan- 
vier, rapportent que le gouverneur gé- 
néral Niox leur présenta « le drapeau 
allemand que leur grand-père arracha à 
l'ennemi sur le champ de bataille ». 

Dans quelles circonstances le drapeau 
allemand dont il s'agit a-t-il été conquis ? 

Fagus. 

Le pas de parada allemand. — 
De quand date le pas de parade que 
l'on a si heureusement nommé, en Belgi- 
que, je crois, le pas de l'oie ? 

V. 



Lagaerre,; 



oie FuUer et la mé = éo- 
rnlogia. Le New-York Herald a pu- 
blié une lettre d'Athènes de Loie Fullcr, 
où cette prètres>e de Terpsichon; se mue 
en fervente d'Uranie, et attribue le carac- 
tère extraordinairement pluvieux de cet 
hiver aux innombrables déch.arges d'ar- 
tillerie, et . . à la fréquence des commu- 
nications radiotélégraphiques. qui, pro- 
jetant d'invisibles faisceaux d'énergie 
élec'rique parmi les nues, naguère si 
calmes, seraient cause, elles aussi, de ce 
déch;iinemenl des cataractes célestes. La 
i ballerine n'ose, toutefois, affirmer que 
; ses inductions soient « scientifiques >> et 
] en appelle à... Camille Flammarion, 
j Nous ne savons si l'illustre astronome lui 
i répliquera par un : ne. sutor, tillra cripi- 
\ dam et pensons qu'il est sans doute plus 
\ aisé de danser que d'interpréter les mys- 
'; tères du ciel... et ceux de la terre. iViais, 
j sans préjuger d'aucune sorte en un pro- 
I blême si ardu, ne serait-il pas possible 
j d'examiner ici la question et de voir ce 

qu'elle peut avoir de soutenable .'' 
I Camille Pitollet. 

I P. S. Depuis l'envoi de cette note, 

i M. C. Flammarion a répondu, dans le 

New-York Herald, de façon négative. Il 

remarque que le mois d'octobre tut sec et 

i ensoleiUé ; que les journées pluvieuses 

j ont coïncidé, comme d'habitude, avec les 

i courants du sud-ouest et les tempêtes 

venues de l'Océan et qu'enfin nous avons 

I eu des périodes aussi pluvieuses que 

j celle-ci sans la coïncidence d'aucune ca- 

I nonnade {v. gr. IQ05 et 19 10). Cepen- 

1 dant,-le savant — et c'est la Pelile Gt- 

I ronde du 25 janvier qui le remarque — 

i n'affirme rien et conclut même que la 

i guerre, fléau de l'humanité, peu! Hre aussi 

la pa lui batrice de l'atmosphère. Donc, la 

question posée subsiste, intacte. 

\ ■ C P. 



i Hymne natio::al monténégrin. 

— Quelque obligeant collaborateur peut- 
il donner les paroles de cet hymne que 
je ne trouve citées nulle part.^ 

Dr M. D. 



i L'arrestation de Stofflst. — Le gé- 

I néral vendéen StofHet fut arrêté le 24 fé- 

\ vrier 1796, à la ferme de la Saugrenière, 

i commune de la Poitevinière i^Maine-ct- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Février 1915, 



93 



94 



Loire), par une colonne républicaine. 
Qu'est-ce qui commandait cette colonne? 
Un Angevin. 

Stanislas Leczinski à ■Wissem- ! 
bourg. — Existe-til un ouvrage mo 

derne, bien documenté et indiquant ses ' 

références, sur le séjour de Stanislas i 

Leczinski à Wissembourg de janvier 1720 ( 
à octobre 172^, son entourage, les 

voyages que fit dans cette ville Mme de ■ 

Prie et les négociations ayant précédé le ! 
mariage de Louis XV ? 

Sinon, quels sont les principaux docu- ; 

ments de l'époque à consulter .'' '■. 

Champvolant. j 

Roy<il Biribi. — Il résulte d'une '; 
note des œuvres de Voltaire [Edition 

Garnier, page 27g, Tome 11] que Monsieur ; 

de Monconseil (qui était colonel d'un ré- : 

giment de son pom) et épousa, en 1725, ■ 

Mademoiselle Rioult dcCurzay, était affu- ' 
blé du surnom de Royal Biribi à cause 

de sa passion pour ce jeu fort à la mode ' 
à cette époque. 

Je désirerais savoir, si possible, quelles , 

sont les références des annotateurs. j 

Champvolant . j 

Parole prononcée pir un gêné- ' 
rai français, à propos de Fros- ; 
sard. — Le Ten:pi du 22 janvier dernier, 
évoquant le souvenir de la bataille de 
Forbach, assure qu'un de nos généraux, 
apprenant la défaite de Frossard (précep- .1 
leur du Prince impérial), s'écria : « Le ; 
maître d'école est dans la... (disons boue), ' 
nous allons voir comment il va s'en ti- i 
rer ». ! 

Cette parole abominable a-t-elle été 
réellement prononcée et quel en est l'au- ; 
leur ? ; 

1. W. 

Les listes des membres de la 
Communauté dfs maîtres peintres 
de Paris. — Ces listes annuelles des 
membres de la Communauté des pein- 
tres et sculpteurs ou Académie de Saint- 
Luc ont du être tirées à des centaines 
d'exemplaires. Comme toutes les pu- 
blications de même nature, rllcs sont 
aujourd'hui d'une extrême rareté. Nous 
les recherchons depuis des années et 



nous sommes parvenu à en retrouver cinq 
seulement. La plus ancienne, de 1682, est 
conservée à la Bibliothèque nationale. Les 
quatre autres, de 1697, 1764, 1775 et 
1786 font partie de la bibliothèque d'art 
et d'archéologie de la rue Spontini (fon- 
dation J. Doucet). Un des lecteurs de 
V Intermédiaire connaîtrait il quelques- 
unes de ces listes portant d'autres da- 
tes ? 

Ces volumes portent ce titre : < Liste 
générale des noms et surnoms de tous les 
maîtres pemtres, sculpteurs, graveurs, 
étofTeurs et enlumineurs de cette ville et 
faugbours de Paris tant anciens que mo- 
dernes, etc.. » 

J. G. 

Eugène de Beauva" sou la Res- 
tauration. — Le marquis de Beauvau, 
tué le 14 mars 1795, avait eu, en 1774, 
un fils, qui mourut a Nantes le 2 février 
1789. Sous la Restauration, un officier 
vendéen parut sous le nom d'Eugène de 
Beauvau, et prétendit être ce fils réputé 
mort en 1789. A quelle époque mourut 
cet aventurier ^ Un Curieux. 

Cardaillac. — Commissaire spécial 
en Loire-Inférieure sous la Restauration. 

La personnalité de CarJaill.ic est bien 
connue. Nommé le 24 octobre 1815, il a 
été surnommé le Carrier blanc de la Res- 
tauration. D'où était-il? D'où venait-il.'' 
Quel était son pas';é ? Où alla t-il à la fin 
de 1817 .'' Que devint-il .''Je suis suffisam- 
ment documenté sur son séjour à Nantes. 

Je serais reconnaissant envers les per- 
sonnes qui me renseigneraient, en me 
fournissant les sources. 

Emue Gabory. 

Le comte do Savary, chouan. — 

Qu'est-ce que c'est que le comte de 
Savary, qui commandait les chouans 
vers 1798, sur la limite de la Bretagne et 
de l'Anjou .? Un Vendéen. 

Généalogie de Turgot. — Où peut- 
on trouver une généalogie complète de 
cette famille .' 

NlSIAR. 

Armoiries avec coquilles et be- 
sans à déterminer. — Quesiionspécia- 
lement dédiée à nos collaborateurs de 



(4» 1412 V6i. Lxxi. 



L'tNtERMiàDÎAmii 



95 



96 



MollanJe. 

if^ David 

et fils MDCCLIV » une plaque d'argent 

porte les armoiries suivantes que je n'ai 

pu ou su identifier dans le Renesse-Ries- 

tap. 

Deux écus surmontés d'un casque taré 
de fasce, avec une demi-cigogne à double 
tête en cimier; lambrequirts. Le premier: 
d'argent à 6 tourteaux d'azur en orle au 
Ic^mhel de gueules en chef ; à l'écusson en 
abime : d'argent au chevron d'azur accom- 
pagné de j coquilles de... Le second ; d'ar- 
gent à ^ fen de lance de gueules. 

5:aint-Saud. 

'Fut de reliure à déterminer. — 
« Totas sume rosaa ». — Je possède 
un in- 12 relié en maroquin rou^e, ce sont 
les : jusiiniani institutionum Ltbri IIII, 
édité en 157^,^ Anvers, chez Plantin. Les 
deux plats de la reliure sont irapp^-s d'un 
fort beau fer aimorié. Bien que leur état 
de conservation soit parfait, il est malaisé 
de traduire le blason représenté, en bon 
style héraldique. Le voici à peu près : 

« de... aux trois fleurs roses de... mal- 
ordonnées entées sur la même tige feuillée, 
cette dernière accostée en pointe de deux 
crotsetles de^.. 7/ 

devise : Totas sume rosas. 
timbre un casque à trois grilles orné de 
ses lambrequins. N'ayant pas Guigard sous 
la mainje remercie d'avance l'aimable col- 
laborateur qui pourra identifier ces armoi- 
ries. 

R. DE R. 

Les bijoux anglais modernes et 
les bijoux normands anciens. -- A 

l'exposition d'art anglais aux Arts décora- 
tifs — cet été — j'ai été frappé de la re- 
lation étroite qui existe entre les bijoux 
anglais actuels et les bijoux anciens nor- 
mands de la région de Rouen et d'Alen- 
çon. Evidemment cette relation n'est pas 
étonnante. 

C'est le même emploi des pierres et des 
perles, C'est le même genre de trai'ail 
dans l'orfèvrerie et le niellage, mais avec 
cette différence que le bijou normand est 
toujours unicolorc, d'or ou d'argent doré, 
et que les pierres sont toujours blanches, 
cailloux ou perles, tandis que l'orfèvrerie 
anglaise est souvent de métaux différents, 
et hs pierres de couleurs diverses. 



Slir un livre s* Lès Psàûïnés j Ce rapprochement a t-il été signalé 
Amsterdam, chez Châtelain | déjà ? Qu'en pensent les amateurs r 

NoEL. 



La troupe villemorienne. — Dans 
le Neveu de Rameau, Diderot, Œuvres 
choisies, tome 1V% p 71, je lis ceci, c'est 
le neveu de Rameau qui parle : 

J'aime à commander, et je commanderai; 
j'airtie qu'on me loue, et on me louera. 
J'aurai à rMes gages toute la troupe ville- 
morienne, et je leur dirai, coWme on me l'a 
dit ; « Allons, taquins, qu'on m'amUse ». Et 
l'on m'amusera ». 

Qu'était cette bârtde d'amuseurs fattié- 
liqlies et parasites, qu'on appelait la 
troupe villemoriennc ? Il n'y a rien là- 
dessus lians les noies de l'éditeur Paul 
Albert. H. C. M. 

Un bon livra d'un malho.inête 
homme. — Dans quel ouvrage de Pla- 
ton et dans quelle partie de cet ouvrage 
se trouve cette opinion rapportée dans 
le Magasin Pittoresque de 1838, page 
236 : 

Platon défendait la lecture d'un bon livre, 
si l'auteur était un malhonnête homme ou 
un mauvais citoyen. 

M. L. 

Ré«lir.er. — En ces dïmières années, 
il m'est arrivé souvent, dans des conver- 
sations av.;c des amis pratiquant l'anglais, 
d'employer plutôt comme plaisanterie, le 
verbe français réaliser comme verbe ac- 
tif dans le sens de se « représenter »,« se 
faire une idée de », que la langue an- 
glaise donne au verbe « to realize ». 

Or depuis quelque temps, je rencon- 
tre assez souvent réaliser avec ce sens 
dans des articles de journaux et récem- 
ment M. Maurice Donnay, dans son rap- 
port sur les prix de vertu, a dit, en par- 
lant de la guerre des Balkans : 

Quand ils lisaient les récits de batailles 
longues et meurtrières, d'atrocités commises 
etc., U plupart des Français étaient étonnés 
et contrariés que l'on pût voii de telles 
c'hôses au vingtième siècle; nia'is malgré les 
récits et les images, ils n'en réalisaient pas 
toute l'horreur. 

Et plus loin : 

Aujourd'hui nous suivons les péripéties 
d'une guerre plus furieuse, plus savante ej 



UKS CHERCHEURS ET CiJRIEL'X 



lo Février 1915 



plus barbare encore ; kous avvns réalisé les 
contrées dévastées, les troupeaux humains 
fuyant devant l'envahisseur... 

Dans le Temp'i du 19 décembre, M. 
Paul Souday, en relevant ces deux appli- 
cations du mot réaliser, écrit : 

C'est de l'anglais, mais malgré l'alliance, 
ce n'est pas encore du français. 

Que faudfa-t-il pour que cela devienne 
du français ? Cela constituera-til une 
bonne acquisition f)our notre langue ? 

J. F. C. 

Figure à la mode de Ferre tte. — 

En Alsace, lorsqu'on parle d'une person- 
ne atteinte d'asymétrie faciale, c'est- 
à-dire d'une personne ay&nt un côté de la 
figure plus petit que l'a.tre, on dit : c'eit 
■une figure à la mode de FerrelU. Cette 
locution est elle usitée dans d'autres ré- 
gions ? 

On prétend qu'elle tire son origine des 
stipulations de la Coutume de Ferrette, 
sur le régime dotal, en matière de con- 
trat de mariage. Le mari apportait deux 
tiers et la femme un tiers. Aussi complète- 
t-on souvent l'expression en disant : 
Figure a la mode de Ferrette, de deux tiers 
au tiers. Que pense-ton, à Vlnterme- 
diaire^ de cette explication qui paraît 
plausible à première vue ? 

YsÈM. 

L'oiseau vol-nt. — La direction des 

ballons fut, dit-on, de nouveau d'actualité 
en i8bo et 1867 et on discuta sur la 
question du plus lourd ou du plus léger 
que l'air, sans faire faire un pas à la solu- 
tion de cette question. 

Un inventeur, après avoir longtemps 
étudié le secret du vol des oiseaux, re- 
connut, comme l'a fait plus tard le célè- 
bre Nadar, la justesse du principe — plus 
lourd que l'air — et estima qu'il fallait 
abandonner complètement l'usage de 
rh)drogène et de ces immenses envelop- 
pes qui donnent tant de prise au vent. 

En deux mots la forme de son ballon 
(et ici j'emploie ce mot impropre) n'était 
autre chose que celle de ces oiseaux de 
haute mer qui franchissent en quelques 
heures des centaines et des centaines de 
lieues. 

Quant au moteur... 

Or le mémoire fut adressé à l'Acadé- 



98 
il doit 



iTiie des sciences, il doit être encore a 
l'Institut dans les cartons de l'Académie, 
il porte le numéro 719, et le rapporteur, 
le savant et célèbre M. Bernadet, a daigné 
écrire de sa main l'apostille suivante : 
L'auteur devrait être envoyé à Charenton. 

L'anecdote est-elle vraie ? 

Que penserait aujourd'hui de l'inven- 
tion et de son emploi le savant et célèbre 
M. Bernadet ? Albero. 

Pluriel dit mots terminés en ant 
ou ent. — Y aurait-il quelque indiscré- 
tion à demander pour quel motif une de 
nos plus importantes revues littéraires 
{Revue des deux Mondes) a repris d'une 
manière générale l'ancienne orthographe 
qui supprimait les t dans la formation du 
pluriel des mots terminés en ant ou ent. 

Ex. : des enfans, des expédiens ? 

E. F. 

Masse, prénom. — Quelle est l'éty- 
mologie de ce prénom que l'on trouve 
usité en Gascogne à la fin du xvi* et au 
commencement du xvu" siècle ?L€S vieux 
papiers nous parlent en effet quelquefois 
de Masse Desclaux, habitant S. Sever en 
1580 

D'autres ont lu, vers Bordeaux, Massé 
ou Macé. La première graphie. Masse, 
paraît la meilleure. Mais que signifie- 
t-elle, et à quel propos a-t-elle été en 

vogue .? AURIBAT. 

Les dîners de Mme de Staël. — Le 

Courrier républicain écrivait à la date du 
17 fructidor an 111 : 

On ne parle que des dîners de Mme de 
Staël. On remarque même, depuis ces char- 
mantes réunions, un costume plus décent 
chez plusieurs hommes du joar. Mme de 
Staël sait façonner son 
dre l'a comparée à Circé 

Circé transformait les 
Mme de Staël 



en ours 
verse. 



monde. M. Legtn- 
; c'est à tort. 
Courtisans d'Ulysse 
ferait presque l'ia- 



De quels hommes voulait parkr le 
Courrier républicain ? Et le journaliste ne 
jouait-il pas sur le mot d'Ulysse ? Cepen- 
dant, il n'est guère vraisemblable que 
Mme de Staèl, qii.uid elle revint en France, 
ait cherché a favoriser le retour d' Ulysse, 
comme disaient alors les royalis.tes, qui, 
esux, jouaient Téellement sur le mot. 

SiR Grach. 



N» 1412. Vol. 



LXXI. 

- 99 



Eéposî^eô 



L'INTERMÉDIAIRE 

. 100 

bruit de leurs exploits. Il 



Le vieux «Dieu allemand» (LXXI, 

3). — L'hypothèseil'une survivance secrète 
du culte d'Odin en Allemagne estun ingé- 
nieux jeu d'esprit, qui permet de curieux 
rapprochements. Un petit fait plus positif, 
que relève M. T. de Wyzewa dans la 
Revue des Deux-Mondes du 15 janvier, 
c'est que la « germanisation >» de Dieu 
était déjà de mode, outre-Rhin, il y a un 
siècle. Témoin cette phrase des mémoires 
du poète Maurice ArnJt: « Notre vieux 
Dieu allemand vit encore ! nous sommes- 
nous écriés unanimement lorsque, vers la 
fin d'avril 1813, l'on nous a annoncé la 
mort du feld-maréchal russe Koutouzof » . 

Ibère. 
* 

• * 
Ce doit être une allusion au culte 
protestant. Le principal objet de la 
Réforme était de rétablir les pratiques de 
l'tglise telles qu'elles existaient au temps 
des Apôtres, aux premiers âges du chris- 
tianisme. Leur culte, pour les protes- 
tants, s'adresse donc au Vieux Dieu, le 
Dieu des catholiques étant pour eux, 
postérieur au leur, quant aux pratiques re- 
ligieuses tout au moins. Peut-être Guil- 
laume 11, parmi ses rêves de domination 
universelle, avait-il fait aussi celui d'im- 
poser au monde sa leligion, le Luthéria- 
nisme, secte religieuse a laquelle appar- 
tiennent, comme on sait, la plupart des 
Allemands du nord ; l'acharnement qu'il 
a mis à détruire nos cathédrales semble 
annoncer un commencement d'exécu- 
tion. 

O. D. 

* 

* * 
M. Saint-Christo a lu raison de faire re- 
marquer que le « vieux Dieu allemand » 
sort tout armé des légendes Scandinaves. 
Dans le (Véritable Guillaume II, par Henri 
de Noussanne, publié en 1904, je relève, 
page 279, un paragraphe intitulé : Le 
Dieu Wolan, Dieu de Guillaume, et les 
lignes suivantes : 

Lorsque, sur le pont de son yacht Hohen- 
^ollern, il — Guillaunij II — vogue à tra- 
vers les fjords d- Norvège, son rêve se porte 
vers ces temps fabulei'x où les Dieux du Wal- 
halla Scandinave s'incarnaient dans des corps 
mortels et faisaient trembler le monde au 



s'enthousiasme au 

souvenir de ces Northmans qui descendaient, 
il y a mille ans, des mers du Nord vers les 
embouchures de l'Escaut, de la Seine et de la 
Loire, en chantant les complaintes des WaU 
kyries et les invocations à Thor, le Dieu du 
tonnerre. . . 

Toutes les fois qu'il revient du Nord, son 
imagination est remplie des fables du wota- 
nisme. On dirait qu'il a rencontré Frithjof 
chevauchant sur Ellida à la rencontre du 
Hohenzollern 

Le 27 juin 1892, arrivant de Bergen, il 
présidait au lancement d'un petit cuirassé 
de la marine allemande. Il prend la parole : 

— O navire, s'écrie-t-il, je te baptise le 
Heimdall. Tu tireras ton nom de la préhis- 
toire de nos aïeux dans le Nord. Tu dois 
porter le nom d'un Dieu à qui était dévolue 
la haute mission de défendre les portes d'or 
du Walhalla. De même que le héros, à l'heure 
du danger, sonnait de sa corne d'or dans le 
Crépuscule des dieux, de même, je souhaite, 
ô navire, qui porteras le grand nom de Heim- 
dall, que le bruit de ta marche sème le trou- 
ble et le découragement dans les rangs de tes 
ennemis. 

Le Heimdall n'est pas le seul navire alle- 
mand qui poile un nom de la mythologie 
Scandinave ; on trouve encore Vltdebtand, 
VyEgir, le Frithjof, VOdin, ItBeowulf, la 
Vetteda, etc. 

Il est à signaler, en passant, que ce 
livre curieux conclut ainsi : 

Guillaume II laissera l'Allemagne 
taine, divisée, appauvrie, 
santé. Dès qu'il aura disparu, le néant de son 
œuvre de lédame et de bruit apparaîtra, et 
son peuple le honniia... On verra, dans dix 
ans, ce que l'Allemdgne et le monde entier 
penseront de Guillaume 11. 

CercaTORE. 

* 

Mon hypothèse sur la véritable 
signification de l'appel fait par le Kaiser 
au € Vieux Dieu allemand » m'a déjà 
valu des lettres et certaines critiques. 

Plusieurs de mes correspondants ont 
peine L admettre que le vernis de Chris- 
tianisme de l'Allemagne moderne recou- 
vre une réalité païenne, et que Guillaume 
II, chef de l'Eglise Evangélique de Prusse, 
puisse être, même d'une manière symbo- 
lique et philosophique, un fidèle d'Odin 
et de Thor. 

[e recommande à ceux qui ne peuvent 
voir dans notre ennemi un adepte de l'an- 
cienne religion de sa race de relire avec 
attention l'hymne qu'il dédia au dieu 
yEgiretdont l'exécution solennelle, à l'oc- 



incer- 
enervee. Impuis- 



DES CHBRCHEURS ET CURIEUX 



10 Février 1915 



102 



casion du lancement d"un navire de 
guerre, fit sensation en son temps. 

Cette invocation au Neptune du \Va- 
Ihalla geriii.inique coïncidait avec la pro- 
clamation que l'avenir de l'Allemagne 
était « sur la mer ». On ne songea alors 
qu'à plaisanter l'impérial compositeur. 
]e demande, moi, si un wiking dévot, 
plaçant sa flotte naissante sous la pro- 
tection du dieu de l'Océan germain, eût 
agi autrement que le faisait le Kaiser ? 
L'« Hymne à ^gir », composé par lui, 
dirif.e p^ir lui, le bâton de chef d'orchestre I 
en mam, un jour d.; (ête navale, c'était un 
acte de foi ; l'équivalent du baptême chré- 
tien de nos vaisseaux. 

Je prie, d'ailleurs, mes contradicteurs 
de noter que sur cette grave question de 
la persistance de l'Odinisme au-delà du 
Rhin, mon sentiment est d'accord avec 
celui d'une des plus lucides intelligences 
de la littérature française : je veux parler 
de notre grand Maurice Barrés, l'écrivain 
qui a le mieux montré tout ce que réce- 
lait de barbarie atavique l'apparente ci- 
vilisation de l'Allemagne moderne. 

Barrés m'écrit en effet : 

Votre note est tout ce qu'il y a de plus 
intéressant. 

Nous sommes d'accord sur cette concep- 
tion du « vieu Dieu allemand >. J'en ai dit 
un mot dans une proposition pour la fête 
nationale de Jeanne d'Arc, il y a quelque 
temps. 

Et il me signale le passage suivant de 
l'exposé des motifs de sa proposition de 
loi, passage que je suis impardonnable 
de n'avoir pas reproduit plus tôt dans 
mon argumentation : 

La vierge guerrière qui nous montre le 
chemin par où chasser l'envahisseur, montre 

en même temps à l'univers le visage hé- j 

Toique et bienveillant de la vaillance à la fran- j 

çaise. C'est bon aux Allemands, s'ils veulent 1 

exalter les vertus qui les ont fait* grands et I 

qui peuvent les faire plus grands, d'aller j 

chercher des modèles dans le fond des épo- ■ 

ques barbares Ils ont installe l'effîgie du roi j 

dei Vandales dans leur temple du Walhalla, ; 

dédié aux héros qu'ils jujfeaient dignes de j 

provoquer leur enthousiasme et de former j 

leurs âmes. Leurs savants, depuis un siècle, | 

recueillent toutes les épaves des races païen- i 

nés, tous les héros qui sont des conseillers j 

du massacre et du pilhige, et s'efforcent fé- ! 

dantesquement de les întrodi'ire au fond de 1 
la conscience nationale Je la Germanie. Si 



l'on veut comprendre ce que signifient ces 
appels constants et monotones de Guillaume II 
à sou « vieux Dieu », il faut savoir que ce 
< vieux Dieu >•, dont l'usage, nous dit-on 
sans rire, est spécialement réservé à l'empe- 
reur, n'est rien moins que le Dieu Odin, le 
Père universel qui, dans le brouillard du 
Nord, entouré des \'ierges sanglantes, pré- 
side à de5 tueries indéfinies mêlées d'affreu- 
ses ivrogr.eries. Ah ! la Belgique et nos pro- 
vinces envahies attestent à l'univers ce que 
sait faire un peuple formé dans une admira- 
tion religieuse pour les plus effroyables scènes 
de l'humanité primitive et qui fait d'une 
mythologie féroce ses grjnds textes sacrés. 

'Voilà qui est admirablement dit. Mau- 
rice Barrés, d'ailleurs, dans un récent ar- 
cle, V Agonie dans les Etangs^ a été amené 
à illustrer d'un exemple saisissant la 
thèse de la survie de l'Odinisme, et il de- 
mande : Leurs dieux suivent-ils ces Bar- 
bares ? 

Ce qu'on ne saurait, en tout cas, nier, 
c'est que ces Barbares sont hantés par 
l'idéal de leurs anciens dieux. 

Je répète que c'est ce qu'avait prédit 
Henri Heine, que j'ai cité de mémoire, 
l'autre jour, et dont voici le texte exact : 

Après avoir annoncé que la civilisation 
disparaîtra d'une Allemagne déchristiani- 
sée, et qu'alors « débordera de nouveau 
la férocité des anciens combattants >, 
Henri Heine ajoutait, en 1834, dans son 
livre sur V Allemagne : 

Alors, et ce jour, hélas I viendra, les 
vieilles divinités guerrières se lèveront de 
leurs tombeaux fabuleux et essuieront de 
leurs yeux la poussière séculaire : Thor se 
dressera avec son marteau gigantesque et dé- 
truira les cathédrales gothiques. 

Thor a passé à Louvain, à Malines, à 
Reims, à .\rras... Saint Christo. 

Parlait-on français en Alsace 
avant la Révolution? (LXXl, s. ^2)- 
— Reclus, dans sa nouvelle Géographie 
universelle, Edit. 1884, répond : 

Cependant la vallée de la Largue et celles 
d'autres petits cours d'eau qui se dirigent 
vers l'Ill et le Rhin appartiennent, depuis 
un siècle au moins, et probablement depuis 
une époque bien antérieure, .iu domsine de la 
langue française. De même, la crête des Vos- 
ges a été franchi"" en mains endroits par des 
colons parlant de» patois d'origine latine, 
surtout entre Saint-Dié et Colmar, et plu- 
sieurs villager. c Wciches » très reconnaissa- 



N» 1^12. VqI. 



LXXl. 

- 103 



L'ÎNTBRMÊDIAIRK 



104 



blés à première vue, Orbey, la Poudroyé, les 
Baroches, se trouvent sur le versant oriental 
des Vosges, au milieu du territoire germanisé. 
Même la _ville de Sainte-Marie-aux-Mines 
(Markirch) était naguère beaucoup plus 
française qu'allemande par la langue de ses 
habitants. Dans cette région des Vosges, 
l'idiome alsacien a certainement recylé dans 
le dernier siècle, car plusieurs villages des 
environs de Saint-Dié et du haut bassin de la 
Meurthe portent des noms d'origine alle- 
mande et divers documents témoignent en 
effet que les deux vers.ints étaient également 
habités par des paysans germains. 

A l'ouest de Strasbourg, les deux côtés 
des Vosges sont peuplés de villageois qui 
parlent le dialecte alamannique d'Alsace : la 
limite des langues se dirige vers le notd- 
ouest, en formant de nombreuses sinuosités, 
et traverse la Moselle entre Metz et Ttiion- 
rille : près de Longwy, elle coïncide avec 
la frontière de France, puis se recourbe au 
nord pour embrasser la moitié du territoire 
belge Mais la Lorraine dite allemande ne 
renferme pas seulement des communes ger- 
maniques ; beaucoup plus grande que l'an- 
cien district désigné officiellement jusqu'en 
1751 sous le nom de « bailliage d'Allema- 
gne », elle empiète partout sur le pays de 
langue française, d'après la statistique dres- 
sée par ordre du gouvernement allemand, 
il n'y a pas moins de 381 communes, conte- 
nant ensemble plus de 175.000 habitants 
qui sont entièrement françaises par la natio- 
nalité : dans le district de Thionviile, l'alle- 
mand n'était parlé qu'en 3 communes. Metz, 
la capitale, est au nombre des villes complè- 
tement françaises, car si elle fut partielle- 
ment peuplée d'Allemands au moyen âge. la 
pression graduelle du Français l'avait com- 
plètement ronianisée dès la milieu du xiii<= 
siècle : sa république municipale resta tou- 
jours « welche » de langue comme d'esprit. 

Et Reclus continue, signalant déjà 
(1884) la barbaria teutonne : 

Maintenant c'est de propos délibéré, avec 
une espé'Ce de méthode rigoureuse, que le 
gouvernement procède à la « germanisation » 
des communes annexées : l'œuvre inverse 
n'était point entreprise avec une pareille 
énergie par l'administration française ; ce- 
pendant on l'accusait de « combattre la mo- 
rale et la civilisation i> en faisant du fran- 
çais la langue officielle de Strasbourg. La 
ville de Metz n'a-t-elle pas les mêmes droits 
à conserver sa langue? Une circulaire offi- 
cielle de 1876 déclare punissables les pa- 
rents et les tuteurs qui font élever leurs en- 
fants et pupilles hors de l'Alsace et édicté 
contre eux l'amende et la prison. Quant aux 
enfants, même Fiançais, élevés à l'étranger, 



la permission de rentrer dans le pays ne 
peut leur être accordée qu'à titre « gracieux 
et exceptionnel » ! 

Enfin ! Ces Français-là vont y rentrer 
toujours gracieux, mais définitivement. 

Noël. 

On parlait très peu le français en Al- 
sace avant i6}2, date de l'entrée de nos 
troupes. Elles propagèrent beaucoup notre 
langue surtout dans les classes supé- 
rieures. 

Dès le commencement du dix-huitième 
siècle la moyenne bourgeoisie peut se 
faire comprendre en français. 

Mais faute d'occasion, elle emploie as» 
sez peu notre clair parler. D'ailleurs, à 
peu près partout, l'allemand reste langue 
administrative. 

Du moins, si nos progrès ne furent 
guère rapides, nous pouvons nous flatter 
de n'avoir jamais usé — pour les hâter — • 
de moyens tracassiers ou tyranniques, 
Voilà un fait reconnu par nos pires enne- 
mis. Ce n'est qu'en 1788 que Louis XVI 
prescrivit, à Strasbourg, l'étaLlissement 
d'écoles, où le français serait enseigné. 
Prendre si tard une mesure aussi utile ne 
prouve-t-il pas une fois de plus que chez, 
nous l'élégance et la discrétion l'empor- 
tent sur le sens pratique? 

Tout bien pesé et après examen des 
opinions diverses émises sur ce point, il 
nous sembU bien que, avant la Révolu- 
tion, si le français fut assez ignoré du 
peuple, en revanche, il occupa toujours 
une place d'honneur dans le bagage in- 
tellectuel des gens « comme il faut ». 

A consulter : Rodolphe Reuss : L'Al- 
sace au Xyjl" siècle. Paris Emile Bouillon 
éd. in 8. 1898, tome II. 

Charles Hoffmann, L'Alsace au Xf^Ul' 
siècle, publié par A. M. -P. Ingold. Col- 
mar, 1906, in-8, tome I. 

Albert Desvoyes. 



Alsace-Lorraine : Chaudes ou 
chauves? LXXI, 5, 55). — 11 faut pré- 
férer sans hésiter ce dernier adjectif.L'im- 
périal manchot ne doit actuellement s'ex- 
primer, par patriotisme, qu'en allemand. 
Or, dans cette langue, l'adjectif A'ijft/ s'ap- 
plique indistinctement aux terrains et 
aux crânes dénudés. En français, du reste, 
les dénominations « Mont Chauve » et 



DBS CHERCHEURS ÇT CURIPUX 



ip Février 1915 



,05 

« Mont Chauvet » sont de même ordre. 
« Chaudes >», traduit en allemand, ne 
correspondrait à aucune locution cou- 
rante. 

A ce propos, je rappellerai une boutade 
que se racontaient les Allemands, au su- 
jet de la manie de l'impératrice, qui édi- 
fie sur tous les monticules des chapelles 
commémoratives. 

Quand un monsieur chauve vous abor- 
dait la tête découverte, on lui disait : 
« Couvrez-vous donc, je vous en prie, 
sans cela l'impératrice va venir cons- 
truire une chapelle sur votre tête ». 

D' VOGT. 

Accent et regard de Guillaume II 

(LXX, 180 ;LXX1.S4). — N'ayant pas sous 
la main la collection du Figaro, je ne sau- 
rais affirmer que notre confrère Saint-Saud 
trouvera la réponse précise à sa question 
dans les articles qu'Amédée Pigeon publia 
dans cette feuille, à son retour d'Allema- 
gne. 

Ce n'est pas sans fruit qu'on relira les 
impressions qu.'' ce lettré rapportait de 
son séjour à la cour impériale où il avait 
été appelé pour y tenir l'emploi sinon de 
percepteur, du moins de professeur de 
français, auprès du jeune Guillaume de 
Prusse, l'empereur actuel. 

A. Pigeon appartenait à l'Administra- 
tion de l'Octroi de Paris (Service du Con- 
tentieux) où il avait rang de rédacteur, 
quand, en 1874, il se rendit à Berlin. 

Urbain Deschartes. 

Le pantalon rouge. — LXX, 141, 
ig6. — Dans les réponses à la question 
de l'origine du pantalon garance, il a 
bien été dit que l'infanterie le prit en 
1839, mais on n'a pas signalé que dès 
1832 25. les dix régiments de dragons et 
les vingt-quatre de chasseurs à cheval 
alors existants, reçurent le pantalon ga- 
rance. Quant aux hussards, ils l'avaient 
déjà, sauf le 4" régiment qui portait le 
pantalon bleu de ciel depuis 1820 avec 
le dolman et la pelisse garance. Les ré- 
giments de hussards étaient au nombre 
de 6. 

Les carabiniers et cuirassiers qui avaient 
le pantalon gris, ne prirent le pantalon 
garance qu'en 1851, ainsi qu'il était 
prévu par les décisions de 1829. 

COTTREAU. 



lOt) 



■Voir la table du premier semestre de 
l'année 1906 de V Intermédiaire. 

(jUSTAVE FUSTIER. 

Ce qu'on a dit des Allemands 
(LXX,. 42 1,93 ;LXXI,2i,57).-lly au- 
rait un joli petit recueil à composer avec 
les extraits des auteurs qui ont parlé de 
la moralité allemande dans les siècles 
passés. 

Voici un passage caractéristique : 
L'article XVI des statuts et ordon- 
nances de la Communauté des maîstrçg 
de l'art de peinture et sculpture, gra- 
veure et enlumineure de cette ville çt 
Faux bourgs de Paris, datant de i J9 1 , est 
ainsi rédigé : 

Que nul marchand ouvrier ne autre ne 
puisse vendre à Paris aucune besogne faite 
hors du pays, en Allemagne ou ailleurs, 
comme Images qu'ils portent et livrent pour 
ce qii'ils en apportent moult souvent de 
(susses et (ie mauvsises, qu'ils n'oseraient 
vendre en leyrs pays, car les Images son' 4* 
mort bois et sout doréeç de mguvjis pr, 
parce que tien ne v^ut, et qu'il devient tsp- 
tost toqt noir par pi^naisçs et par pièce, 

Au xiv° siècle, donc l'Allemand avait 
la réputation .le chercher 3 trotnper sur 
la qualité de la chose vendue. 

J- G. 

* 

Le caractiire des Germains offre un mélan- 
ge terrible de ruse et de férocité. C'est un 
peuple né pour le mensonge ; il faut l'avqir 
éprouvé pour le croire. 

(Velleius Paterculus, II, 118 ; dans Le 

Figaro, 24 janvier 1915)- 

F.c.c. Gustave Fustier. 

« 
* * 

On lit dans Diderot, Œuvres choisies, 

édition Paul Albert — Paris, Librairie des 

bibliophiles (jouaust^ 1879, tome VI, 

Variétés p. 161 : 

Quelle multitude de beaux sujets fourni- 
raient à la peinture les atrocités des Prus- 
siens en Saxe, en Pologne, partout cù ils se 
sont rendus maîtres ! 

Comme Flaubert, peut-être avec la 
même affectation, Diderot est emporté par 
le dérnon de l'art et dans les plus horri- 
bles épisodes de la guerre telle que la font 
les Kuns modernes, ne voit que des sujets 
. tragiques colorés de sang et de flamme. 



N* t4i3.Voi LXXI, 



L'intermédiaire 



107 



108 



Mais au fond il est cordial, humain et le 
mot « atrocités » tombe naturellement de 
sa plume. Retenons-le, ce mot vengeur, 
quand il s'agit des Prussiens, cet élixir de 
l'Allemand, et par conséquent de Frédé- 
ric 11, ce « Roi philosophe », trop célébré 
par toute la philosophie française du xvni^ 
siècle, à commencer par Voltaire. 

Mais qu'aurait dit, en vérité, Diderot, 
bonhomme malgré tant d'impardonnables 
grossièretés de caractère et de style, s'il 
avait été témoin des abominations pré- 
sentes ? Au prix de ce qui se passe depuis 
six mois en Belgique et dans la France du 
Nord, les horreurs militaires de la guerre 
de Sept ans ne prennent-elles pas des airs 
idylliques ? 

H. CM. 

* 
* * 

L'idée paraît excellente de réunir en an- 
thologie tous les Obiter Dicta curieux re- 
latifs aux Teutons. Ce n'est pas seulement 
la satisfaction d'une malice ingénieuse et 
llégitime ; ce peut être, pour les savants, 
l'occasion de reméditer leurs théories trop 
indulgentes sur l'instabilité des races, et 
de montrer que la « loi de constance in- 
tellectuelle » a plus de force qu'ils ne le 
supposent. On se plaît à voir Frédéric- 
Guillautme IV déclarer en 1848: «; Je 
n'adme trai jamais qu'un chiffon de pa- 
pier [la constitution] vienne s'interposer 
entre le Très-Haut et moi. >» — « Chiffon 
de papier », déjà ! Engagements solen- 
nels à l'intérieur ou à l'extérieur, c'est 
tout un. 

La Quarterly Review de Décembre cite 
quelques phrases à garder : « Les Alle- 
mands n'ont jamais abandonné une idée 
sans avoir combattu énergiquement pour 
en tirer toutes les conséquences >, dé- 
clarait Henri Heine : — avis aux futurs 
négociateurs de la paix qui croiraient pou- 
voir supprimer le Germanisme. — <■< Les 
Allemands n'ont jamais été psycholo- 
gues », disait Nietzsche. — « H. S. 
Chamberlain cite l'opinion de Luther, 
que les Allemands sont « un peuple aveu- 
gle », et l'épigramme de Herder, q ue « les 
Allemands pensent beaucoup et — pas du 
tout.» — ■;< L'Allemand n est pas bon 
critique », ajoute-t-il. « la perpicïcité 
n'est pas un apanage national des Teu- 
tons ï. II regrette que, « entrés trop ré- 
cemment dans l'histoire du monde >», i/s 
n'aient pas encore eu le temps de « se 



demander comment les chose? se passent 
dans leur « voisinage immédiat ». Tant 
qu'ils n'auront pas ce loisir, « ils joueront 
sur le bord de l'abîme comme dans une 
prairie couverte de fleurs » (pp. 52-54) . 
N'oublions que l'auteur est un favori de 
Guillaume 11. 

Remontant le cours des siècles, on a 
invoqué les témoignages de nombreux 
auteurs classiques, latins et grecs. Mais 
on n'a pas, je crois, rappelé l'entrevue 
d'Alexandre et des Allemands, quand la 
réputation du Macédonien commença de 
se répandre : 

« Les Allemands mêmes, qui habitaient 
depuis les sources de l'istre jusqu'aux 
terres qui regardent le golfe adriatique, 
lui envoyèrent des ambassadeurs. L'istre 
a sa source dans l'Allemagne, et ceux du 
pays l'appellent D.inube. 

« Alexandre, admirant en eux la vi- 
gueur du corps et l'enjouement de l'es- 
prit, leur demanda ce qu'ils appréhendaient 
le plus. Comme il croyait qu'ils appréhen- 
daient sa puissance, il attenc'ait d'eux 
l'aveu de cette crainte ; mais ils lui ré- 
pondirent que ce qu'ils appi éhendaient le 
plus était que le ciel tombât sut eux, qu'au 
reste ils estimaient beaucoup l'amitié des 
grands hommes. Cette réponse singulière 
le surprit, et, après un moment de si- 
lence, les Allemands, dit-il, sont des peu- 
ples arrogants. » {Hist. d' Alexandre- Le- 
Grand, par Quinte-Curce, trad. de l'abbé 
Dinouart, 1760; 1, 126). 

Mais le très curieux est que l'on re- 
trouve toute l'affaire de la Belgique, au 
moins dans ses préliminaires, dès ce 
temps-là. Philippe de Macédoine, voulant 
atteindre la République d'Athènes, à tra- 
vers le territoire neutre des Thébains, 
leur envoie des ambassadeurs. « Il ne 
s'approche de vous que pour soutenir vos 
intérêts >,dit l'orateur de la députation... 
« Si vous voulez contribuer par vos con- 
seils et par vos forces à l'exécution de ce 
dessein, c'est moins à soutenir la guerre 
avec lui qu'il vous appelle qu'à part;iger 
le butir. Si vous voulez observer la neu- 
tralité, livrez-lui un passage sur vos 
terres ; il est assez puissant pour se char- 
ger seul de défendre la cause commune : 
vous n'en partagerez pas moins les fruits 
de la victoire. 

« ... Considérez si vos intérêts se trou- 
vent dans ces avantages que je vous pro- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Février 1915 



109 



IIO 



pose, ou si vous leur préférez l'incendie 
de vos maisons, la perte de vos villes, 
l'enlèvement de tous vos biens.. La sin- 
cérité que l'on soupçonne sans sujet s'of- 
fense aisément. Plus on se montre disposé 
à obliper, plus on se porte à des extré- 
mités fâcheuses pour venger le refus qui 
nous offense. . » 

La fin est-elle assez « boche ? » Et 
combien Démosthène aura raison de con- 
clure, contre ces anciens Bethmann- 
HoUweg : « Le mépris des bienséances 
leur fait déposer toute honte ; ils ne réflé- 
chissent plus sur leurs paroles ni sur 
leurs actions, leur unique objet est de 
jouir de l'accomplissement de leurs dé- 
sirs ! > {Ibid, pp. 65, 70). 

On a signalé, dès 1870-71, la ressem- 
blance qui existe entre la Pruste actuelle 
et la Macédoine d'autrefois; nous pouvons 
constater, une fois de plus, que le rappro- 
chement entre ces fourbes de même sorte 
n'a rien d'excessif. 

Britannicus. 



LesMarie-LoaisefLXX, LXXl, 69). 
— Lire : yaljouan; Olsu/jew. 



Questions maritimes actuelles. 
La course. Les prises (LXX, 180; 
LXXl, 58). — Lire : l^uignr Masset, 
7Am«mx; avant-dernière ligne : Gneisenau. 

Notre-Dame-d'Albert (LXXl, 45). 
— U faut dire Notre-Dame de Brebières, 
c'est une statue miraculeuse dont on 
place l'origme au xi" siècle. Longtemps 
vénérée dans la vieille église d'Albert, 
elle fut transférée dans les dernières an- 
nées du xix" siècle dans une somptueuse 
basilique éle\ée pour la r cevoir. Du 8 
au 22 septembre avait lieu un pèleiinage 
fameux s'ouvrant par une procession des 
bergers qui célèbre le miracle initial. 
Celui-ci est ainsi raconté par une bro- 
chure vendue aux pèlerins : 

Dans h seconde moiii;; du xie siècle, un 
berger qui gard.iit son tioupeauà peu de dis- 
tance de la ville d'Ancre 3'aperçut qu'une 
de se< brebis s'atijchait obstinément à une 
touffe d'herbe, sans chercher ailleurs sa pâ- 
ture ; il l'appelle, il lance les chiens qui la 
harcèlent ; mais la brebis oublieuse de sa ti- 
midité naturelle ne s'éloigne pas : impa- 



tiente le berger frappe rudement cette touffs 
d'herbe d'un coup de sa houlette. Qiielle 
n'est pas sa surprise lorsqu'il entend une voix 
qui lui dit : « Arrête, berger, tu me blesses >, 
el que, reposant sa houlette, il la voit tout 
ensanglantée. Sa colère fait place à la stu- 
peur ; l'instrument s'échappe de ses mains, 
bnfin revenu à lui-même, il se met à creuser 
doucement la terre à l'endroit J'oij cette voix 
til venue, et il ne tarde pas à découvrir une 
statue qui porte au front la marque du coup 
qu'il lui a donné ! i^'est une Vierge mère 
tenant son fils entre ses bras. 

Ard. D. 



Nous avons lu, non sans émotion, dans 
les journaux que, dans une rage impie, les 
Allemands avaient détruit par leurs obusia 
belle Vierge dorée de Notre-Dame de Bre- 
bières à Albert, qui semblait encore atti- 
rer les foules dans sa miséricordieuse 
bonté. Sa vue jetait un peu de baume au 
cœur des infortunés qui voyaient leurs 
demeures dévastées, dans le terrible fléau 
de la guerre. 

Cet acte sacrilège ne portera pas bon- 
heur à nos adversaires. Si la Vierge est 
miséricordieuse, elle est aussi la Vierge 
puissante. Nous n'avons qu'à faire la 
constatation. Devant Albert, la cité qui a 
tant souffert, ils sont tenus en respect 
par nos vaillants soldats. 

La 'Vierge Protectrice de la France les 
domine de sa puissance sur tous les points 
de contact. 

A Nancy, le vœu de Mgr de Turinaz, 
à Notre-Dame de Bon Secours, est exaucé 
jusqu'à présent. Dans le Nord, sur le pla- 
teau cl près de la Chapelle Notre Dame 
de Loreite, nous les maintenons. 

Devant Arras, la ville protégée par 
Notre-Dame des Ardents, les Allemands 
sont repoussés. Enfin Reims et Soissons 
dressent leurs cathédrales très endom- 
magées, mais vouées àNoire-Damecomme 
un paratonnerre qui brise leurs efforts. 

Donc confiance en la Madone, bientôt 
ce sera à Nutre-Damc des Victoires, dans 
l'enceinte de notre grande capitale, que 
la foule enthousiaste, acclamant nos va- 
leureux soldats, se portera pour remercier 
Marie. 

Tradition ancienne, tradition digne de 
respect, depuis la Vierge des Druides et 
les naïves manifestations de la piété du 
.Moyen-Age à Notre-Dame, jusqu'au vœu 
du roi Louis XIII, la France a toujours 



N» MU. Vo» LXXI 

' \ 1 1 

été dévouée au culte de Marie, elle est 
considérée comme la Reine de notre 
Pays. 

Nous restaurerons les ruines, le peuple 
de France reverra ses belles églises con- 
sacrées à la Vierge. On recherchera avec 
une piété plus intense les souvenirs du 
passé. Que de pèlerinages très fréquentés 
jadis ont disparu du souvenir des con- 
temporains. Ainsi des indices épars lais- 
sent entrevoir que Notre-Dame du Mira- 
cle aurait été honorée à Marie et surtout 
à Crécy-sur-Serre.AGamaches la confrérie 
Notre-Dame de Miséricorde peut faire ad- 
mettre une dévotion ancienne sous ce titre. 

Je me permets d'adresser à mes con- 
frères de V Intermédiaire l'invitation d'in- 
diquer les souvenirs précieux de la sainte 
Vierge « Protectrice dçs Cités » . 

HUMILIS. 

Champ d'honneur (LXXI, q). — On 
disait au xvu" siècle, d'un soldat tué dans 
une bataille, qu'il était « mort au lit 
d'honneur ». L'expression se trouve no- 
tamment dans le Cid, Les dictionnaires de 
la fin du siècle la donnent comme consa- 
crée. Un peu plus tard, dans les Foliei 
amoureuies (1704) de Regnard, se trouve 
l'expression (citée par Littré) « le champ 
de la gloire », pour désigner le champ de 
hataille. Elle est assez analogue à celle de 
« champ d'honneur >\ dont Littré cite 
un exemple relevé dans Voltaire, Essai 
sur les Mœurs. 

Ibère, 

♦ 

Chateaubriand {Le génie du Christia- 
nisme, 3" partie : Beaux-arts et littérature, 
liv. 1, chap. IV, Sculpture, alinéa 4) a dit : 

Un guerrier expirant au champ d'honneur 
dans la force de l'âge, peut-être superbe, 
maie un corps usé de maljdies, est une image 
que les arts repoussent, à moins qu'il ne s'y 
mêle un miracle, comme dans le tableau de 
saint Charles Borromée. 

Nauticus. 

Chant militaire anglais : Lcng way 
Tipperay (LXX, 180; LXXI, 64) — A. B. 
X. orthographiait mal. C'est Tipperary 
qu'il faut lire (// is a long way to Tippera- 
ry). Je ne veux pas avoir l'air de faire de 
l'érudition aux dépens d'autrui, à propos 
de Tipperary, sur la route duquel a com- 



L'INTERMÉDIAIRE 



\\2 



route duquel, très certainement, elle fi- 
nira, car cette chanson est trop bien par- 
tie pour être détrônée par une rivale. 
Certes, Tipperary n'a rien de classique. 
Mais il vaut bien Lillibnlero, dont l'au- 
teur. Lord Wharton, prétendit qu'il avgit 
fait siffler, grâce à lu:, le roi James hors 
de son royaume. 

Ce qui a fait Iç succès de Tipperary, 
c'est sa mélodie, parce qu'elle entraîne à 
marcher, et parce qu'à des paroles qui se 
gravent dans la mémoire, «^lle ajoute cette 
mélancolie indispensable à Tommy At- 
teins comme à notre pioupiou. Qiie H. 8. 
X. voie : Songs of our figbting inen, dans 
The Daily Graphie du lundi 18 janvier 
1Q15. P-4- 

C. PiTOLLET. 

* 
• * . 

Je crois qu'il y a quelque confusion 
dans la traduction que vous donne? des 
2' et 5« couplets du chant militaire an- 
glais Long way to Tipperary. Paddy est le 
sobriquet familier pour désigner les Ir- 
landais. .V.oUv est un nom de femme qui 
correspond à Marion ou Manon. Le genre 
de ces deux noms est différent ; ceci ad- 
mis, le traducteur attribuant l'unà l'autre, 
il est facile de corriger la traduction. 

E.A. 



Cette chansonnette dont le titre exact 
est : If s a long, long way Tipperary, avec 
le sous-titre : The marching anthem of tbe 
battlefields pf Europe, a été écrite et com- 
posée, en 1912, par [ack Judge et Harry 
Williams. Voici quelques explications de 
nature à faciliter la compréhension et la 
traduction de cette chansonnette char- 
mante dans sa naïveté. 

Tipperary est une des villes principales 
du comté irlandais de même nom. Paddy, 
abréviation de Patrick, est le sobriquet 
par lequel on désigne les habitants de 
l'Irlande. Molly est la forme familière de 
Mary (Marie). Mike est le diminutif de 
Michael (Michel). Piccadilly, The Strand 
sont des rues de Londres et Leicestcr 
Square une de ses principales places. 

Nauticus. 



'ignore l'acte de naissance de cette 
chanson de marche militaire, si populaire 



rnencé la guerre, outre-Manche, et sur la ft aujourd'hui dans l'armée anglaise, et à si 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Février içic 



l'î 



114 



It's a long way to Typperary, etc. 



juste titre, car elle est à la fois naïve et 
gentiment mélancolique, sur ur air des 
plus entraînants. Elle n'a aucun rapport 
avec la guerre actuelle, puisqu'elle tra- 
duit la nostalgie d'un jeune villageois ir- 
landais, à qui les beautés de Londres ne 
font pas oublier son village ni la jolie 
fiancée qu'ily laissa. Le surnom de Paddy, 
donné a ce personnage, est une désigna- 
tion familière qui s'applique à tout Irlan- 
dais, surtout a un paysan. Tipperary est 
un des comtés les plus rustiques et les 
plus fertiles de l'Irlande. 

Voici les paroles de la cnanson, que je 
traduirai ensuite, en m'excusant de ne 
pouvoir rendre la saveur naïve du texte 
anglais : 

Daniel Lesueur. 



It's a long, long xaay to Tipperaiy 

I 

Up to mighty LonJon came an Irishman one 

[day. 
As tne streets are paved wilh golJ, sure ev'ry 

fone was gay, 
Singiiig songs of Piccadilly, Strand and Lei- 

[cester Square, 
Till Paddy got excited, then he shouted to 

[them there : 

Refrain 

It's a long way to Tipperary, U's a long way 

['o go. 
It's a long wjy to Typperary to the sweetest 

giri I know ! 

GoodbyePiccudilly.farewell Leicester Square! 

It's a lor!>j, long, way to î ipperay. but my 

(heart' s right there. 

il 

Paddy wrote a letter to his Irish Molly O' 
Saying ; « Should you not receive it, write 
[and let me know. 
» If! raake mislakesin spelling, Molly dear, j 

[jaid he, | 
» Remember it's the pen that's bad, don't lay .• 
[blâme on me. » 

Refrain 



« Leave the Strand ^nd Piccadilly, or you'll 

[be to blâme, 

For love bas fairly drove me silly, boping 

[you're the same. > 

Refrain 
It's a long way to Tipperary, etc. .. 



in 

Molly wrote a neat reply to Irish Paddy O'' 
Saying : c Mike Maloney wants to marry m 

[and s 

(i)Nous donnons ce texte anglais et la 
traduction en raison des variantes. 



Traduction 

Il y a loin, loin, d'ici à Tipperary 

I 

Dans le majestueux Londres un Irlandais vint 

[un jour. 

Les luos y étant pavées d'or, tout le monde 

[semblait joyeux, 

On chantait à la gloire de Piccadilly, du 

[Strand, de Leicester Square, 

Si bien que Paddy, piqué au vif, -Thanta, lui 

[aussi, au nez de tous ces gens : 

Refrain 

Il y a loin d'ici à Tipperary, la route es 

[longue pour y aller' 

11 y a loin d'ici à Tipperary, oij vit h plus dé' 

licieuse fille que je connaisse' 

Adieu Piccadilly, adieu Leicester Square ! 

Il y a loin d'ici à Tipperary, mais mjn cœur 

[est là-bas I 

II 

P.iddv écrivit une lettre à sa fiancée d'Irlande, 

Lui disant : « Si tu ne reçois pas la présente, 

[avertis m'en bien vite. 

» Et si je tais des fautes d'orthographe, Molly 

[chérie, 

» C'est qua ma plume est mauvaise, ne va pas 

(m'en accuser. » 

Refrain 
II y a loin d'ici à Tipperary, etc.. 

III 

La mignonne Irlandaise répondit net et clair : 
5 Mike Maloney veut absolument m'épouser. 
» Donc quitte au plus tôt le Strand et Picca- 
[dilly, ou tu auras grand tort. 
» Car je t'aime à la folie, et j'espère bien que 
[tu me le rends. » 

Refrain 
II y a loin d'ici à Tipperary, «te... 



La « Dame Blanche r des Hohea- 
zollr-rn (LXXI, -j). — Lire dans le nu- 
méro du 4 décembre IQ14 des Lecliires 
pour Tous un intéressant article de Le- 
nôtre sur ce sujet. 

Oroel. 



N» 1413. Vol. 



LXXI. 

- 115 



L'INTERMEDIAIRE 



116 



Hurluberlu— Hurlus (LXX; LXXI 
84). — Il ne faut pas chercher longtemps, 
il y a en Champagne un village de Hur- 
lus, entre Perlheset leMesnil ; pour distin- 
guer ces deux derniers d'autres Perthes et 
d'autres Mesnil, on dit /«-Hurlus et non 
les. Cela n'a donc rien de commun avec 
Hurluberlu ! 

Ard. D. 

Sur le front (LXXI, 43). — Mais c'est 
un terme classique, employé dans tous 
les règlements militaires, même dans le 
passé, fort longtemps avant que leTrans- 
vaal existât. 

Le Dictionnaire militaire de Berger-Le- 
vrault ne consacre pas moins de 6 co- 
lonnes compactes à ce mot, il énumère le 
front des armées dans les plus célèbres ba- 
tailles, de Jemmapes à Waterloo, Sadowa 
et Gravelotte ; il explique les termes front 
d'armée, front de bandière, front de forti- 
fication, enfin front stratégique qui est 
bien ce que cherche notre collaboiateur 
H. B. C'est le seul terme précis, car il 
indique la position des troupes même au 
repos. Ligne de feu indique une ligne de 
combat très oscillante selon les avantages 
ou les reculs de chaque parti. 

Les armées étrangères ont le même 
mot, Fiont écrivent anglais et allemands. 
En italien c'est fronte ; en espagnol Fiente ; 
en^russe fronnt . 

Ardouin-Dumazet. 

Taube (LXXI, 9). — Doit-on dire : 
une taub; ou un taube ? 

Le mot allemand est féminin, mais on 
n'est pas obligé de le savoir. Il me sem- 
ble que pour nous, taube signifie un aé- 
roplane d'une certaine forme (pigeon) et 
que son genre, en allemand, ne doit pas 
nous préoccuper. 

NlSlAR. 

Crapouillots (LXXI, 4S~). — Vers la 
fin du quatorzième siècle, on appelait 
Crapeaudeaux des petites bombardes qui 
jetaient à peine une ou deux livres de 
plomb, et qui ne servaient pas à grand' 
chose — Crapeaudeau est-il devenu cra- 
pouillot par déformation?... 

Noël. 

• * 
11 n'y a qu'à regarder les vieux mor- 
tiers de siège dont on se servait, notam- 



ment à Sébastopol, pour comprendre qu^ 
c'est un diminutif de crapaud. Cet engin 
archaïque, redevenu d'actualité, évoque 
\ invinciblement la pose familière du cra- 
, paud assis sur son séant. Or, crapouillot, 
c'est petit crapaud : on donne souvent ce 

■ nom aux enfants dans quelques-unes de 
; nos provinces, je l'ai entendu, plutôt 
I affectueux qu'ironique, en Angoumois. 

Ard. D. 

Le « Miuenwerîer » (LXXI, 45). 
• — Du Figaro : 

M. l'abbé Formé, le très ërudit curé de 
Gormigiiy-l'Evéque, au diocèse de Meaux. a 
bien voulu' nous adresser la communication 
suivante, que nous sommes heureux d'insé- 
rer : 

Le substantif allemand Mitien, pluriel de 
die Mine, n'a jamais signifié un projectile : 
bombe, grenade, shrapnell, etc. Il veut dire : 
mine, fossé, tranchée. 

Par conséquent, le substantif composé : 
Minenwerfer^ ne saurait être traduit par 
« lance-bombes », comme l'a fait le com- 
muniqué officiel du mercredi 13 janvier. 
D'ailleuts, cette expression : lance-bombes, 
ne caractérise en rien le Minenwerfer, et ne 
le différencie pas des autres pièces d'artille- 
; rie, qui sont également des lance-bombes. 
: Polybe, dont je lis tous les articles avec 

■ un si grand plaisir, traduit Minenwerfer par 
: lance mines, \pigaro à-:i. 12 janvier). 

Cette expression n'est pas logique. On ne 
lance pas des mines, on les fait sauter. 
• Cette guerre, en effet, est une guerre de 
' mines, c'est à-dir.- de tranchées, de chemins 
; souterrains creusés par des mineurs contre 
\ d'autres n:ineurs. 

! Pour cette guerre spéci,;le, les Allemands 
; ont donc inventé un nouvel engin spécial 
i destiné à boi.leverser, à détruire nos mines, 
i à les rejeter ; Werfen. 

\ Or, de même que notre subbtantif français : 
'■ mineur, se traduit en allemand par le subs- 
; tanlif composé : Mtnen^rœher qji signifie : 
! creuseur de mina, de même le substantif 
i composé allemand : Minenwerfer, se tra- 
i duira par renverseur, rejeteur, culbuteur de 
mines. 

■ Il y a là, dans cet emploi du verbe wer/en, 
i une métonymie, comme c'est ég.ilement par 
' métonymie qu'on dit en allemand : tien 
I Feind werien, culbuter (rejeter) l'ennemi et 
' Kegel werfen, abattre des quilles. 

I En résumé, le Minenwerfer est donc un 
i engin dont le nom composé signifie rnlhu- 

■ teur de mine?, en les rejetant, en les faisant 
sauter. 

C'est donc, enfin, si l'on veut conserver 
l'expression de Polybe, un lance-mines, mais 



DHS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Février 1915. 



«17 



118 



dans le sens métonymique de l'effet pour la 
cause, et, par conséquent, pour être bien 
clair, il faut dire : un culbute mines . 
Abbé Formé. 
curé de Gfmigny- 1' Evéque. 

La colonne de Rosbach (LXIX; 
LXX). — La gravure de la démolition de 
la colonne de Rosbach porte inscrit à 
main gauche : Iules David, et à main 
droite : Bernard Se. 

Albero . 

« Ce n'est pas une émeute, c'est 
une révolution > (LXX, 182).— 11 sem- 
ble bien que ces paroles ont été dites au 
moment de la prise de la Bastille en 1 789. 
C'était le 15 juillet de grand matin. On 
venait de réveiller Louis XVL 11 commen- 
çait à s'inquiéter. 

Le duc de Liancourt lui apprit les évé- 
nements de la veille. « Qu«lle révolte, 
s'écria le prince — Sire, reprit le duc, 
dites révolution >. 

Les mots sont légèrement changés, 
mais l'idée est la même et La Fayette 
avait de bonnes raisons pour mettre la 
phrase au compte du duc de Liancourt. 
Si Marmont l'a répétée, il n'a fait que se 
souvenir et l'appliquer à un autre mo- 
ment de l'histoire. 

E. Grave. 

Un éditeur de musique parisien : 
De Roullède de la Chevardière 

(LXXI, 11). — Vers 1830, l'imprimerie 
du Gouvernement de l'ile iVlaurice, à Port- 
Louis, avait pour raison sociale « G. De- 
rouUède et G" »>. 

Y a-t-il une relation ?.. . 

Gramadoch. 

Leshenaut de Bouille (LXIX, ■541, 
589 ; LXX, 69). — En parcourant la liste 
des officiers tués à l'ennemi, je vois figu- 
rer le nom du capitaine Henry Leschenaut 
du Villars, du 29" de ligne, enterré le 6 
septembre à Bracy-le-fort. -- Appartenait- 
il à la famille L. de B. '{ Pourrait-on don- 
ner des détails sur ses ascendants et sa 
parenté ? 

Comte DE GUENYVEAU. 

Pigneau da Béhaine (Armoiries 
de fauiille; (LXXI, 11;. — iVl. Edouard 
Lefebvre demanda, le 19 juillet 1857, 



l'autorisation d'ajouter à son nom celui 
desongrand-oncle maternel Pigneaux (sic) 
de Bébaine, missionnaire, évéque d'Adran, 
mort en Cochinchinc (Annuaire de la 
Nobleise /S^8, p. 378}, autorisation qui 
lui fut accordée par décret impérial du 
24 mars 1858. 

Comment M. Lefebvre était-il petit- 
neveu du missionnaire? Je n'en sais rien. 
11 était fils d'Armand-Edouard Lefebvre; 
petit -fils de Pierre-Edouard Lefebvre, se- 
crétaire d'ambassade et chargé d'affaires 
(anobli le 6 avril 1826) et de Mélanie 
Tissot ; arrière-petit-fils de Jean-Baptiste 
Lefebvre, avocat en Parlement et de 
Marie-Michelle Coulbeau (l^icotiite Révé- 
rend : Titres, anoblissements et pairies de la 
Restauration ; t. IV, p. 268). 

La famille des comtes Lefebvre Pigneaux 
de Béhaine est encore représentée ; elle 
sera probablement à même de renseigner 
.■^l. le comte de SaintSaud sur les armoi- 
ries de la famille dont elle a pris le nom. 
G. P. Le Lieur d'Avost. 

Stendhal et lord Byron (LXXI, 1 1 ). 
— Mon aimable confrère Nauticus trouvera 
tous les détails de la première entrevue 
d'Henri Beyle et lord Byron, dans la Cor- 
respondance de Stendhal (Ch. Bosse, édi- 
teur) 1908, tome II, pp. 341 -345. 

A. Paupe. 

* 
* * 

C'est en Italie, à Milan, su mois d'oc- 
tobre 18 16, que Stendhal a vu lord Byron 
pour la première fois. On lit, dans une 
lettre de Henri Beyle à son ami Louis 
Crozet {Correspondance de Stendhal, tome 
2, page 13, édition Paupe et Cheramy^ 
le récit que fit l'auteur du Rouge de cette 
rencontre : 

J'ai diiié avec un joli et charmant jeune 
homme, figure de dix-huit ans, quoiqu'il en 
ait vingt hi it, profil d'un ange, l'air le plus 
doux. C'eitroriginal de Lovelace, ou plutôt 
mille fois mieux oue le bavard Lovelace. 
Quand il entre dans un salon anglais, toutes 
les femmes sortent à l'instant. C'est le plus 
grand poète vivant, lord Byron. 

Dans ce même tome de la Coirespon- 
dance, une autre lettre de Stendhal, adres- 
sée à Romain Colomb, le 24 août 1829, 
donne quelques Souvenirs sur lord Byron 
dans lesquels Stendhal fixe a « un soir de 
l'automne 1813 » la date de sa rencontre 
avec le poète anglais. C'est, non plus 



N* 1412. 



V61. 



LXXI. 
- 119 



L'ÏNTERMEDIAIRB 



120 



alors cette fois dans Ort dinef, mais au 
théâtre delà Scala, à Miidn, dans la loge 
de M de Brème, qu'elle a lieu. « Je trou- 
vais quelque chose de solennel et de gêné 
dans la société ; on se taisait; j'écoutais 
la musique, lorsque iW. de Brème me dit 
en me montrant mon voisin : i Monsieur 
Beyle, voici lord Byron... «Grande émo- 
tion de Stendhal, qui rafTolait alors de 
Lard. « Si j'avais osé, j'aurais baisé là 
mairt de lora Byroti en fondant en lar- 
mes... * 

Par la suite, Stendhal et lord Byron 
Se' rencontrèrent assez sOuvent. Des rela- 
tions amicales s'ensuivirent. Les deux 
écrivains eurent l'occasion de se revoir 
plusieurs fois soit à la Scala, soit dans les 
musées, parfois dans le monde, et notam- 
ment chez M. de Brème. Stendhal, dans sa 
Correspondance, parie asspz souvent de 
lord Byron. IVl. Nâuticus en consultera 
avec fruit les trois volumes, et s'il veut 
satisfaire davantage sa curiosité sur les 
relations de Stendhal et de Byron, il trou- 
vera dans Racine et Shakespeare (édition 
Lévy, 1854, pp. 2(50-285) de substantiels 
souvenirs sur Lerd Byron en Italie. — 
Miss Doris Gunnell, dans sa précieuse 
thèse sur Stendhal et l'Angleterre, consa- 
cre aux « Anglais que Stendhal a con- 
nus » d'intéressantes pfages à lord Byron. 
M. NaUticus y trouvera également des ré- 
férences qui pourront lui être utiles. 

Nous croyons que c'est en 1816 qu'il 
faut de préférence fixer la date de la ren- 
contre de Stendhal et de Byron. La date 
d'automne 1812, donnée par Stendhal de 
mémoire, dix-sept an? après, est plus que 
sujette à caution : en 1812, Stendhal 
était en Russie, avec la Grande Armée. 
L'Itiniraire de Stendhal, de M . H'enri Mar- 
tineau, est formel sur ce point. 

E. H., dragon. 

Tardy de Montravel (LXIX, 589, 
771, 858 ; LXX, 206). — A la mobilisa- 
tion, j'avais retrouvé à Rennes mon ca- 
marade de Collège, T. de M. Les rensei- 
gnement fournis sur son compte dans les 
derhiers bulletif.s sont exacts. -^ 11 igno- 
rait complètement les questions posées. 

Au début de janvier,q'uand je suis parti 
en convalescence, il était toujours capi- 
taine détâché à l'atelier de Construction 
de Rennes. 

CohltC i>E GUÏNYVHAU. * 



Le vicomte Louis de Montravel a pu- 
blié en 1905, à la librairie Roux, à Lyon, 
en un vol. gr. in 4°, la généalogie de la 
famille de Tardy de Montravel. Je n'y 
vois figurer aucun personnage, dans la 
seconde moitié du xviu' siècle, ayant 
comme initiale de son prénom la lettre 
M. 

Notre confrère O. C. R. est-il bien cer- 
tain de la date 1786 ou 1787 pour la pu- 
blication d'ouvrages sur le somnambu- 
lisme ? Je trouve, en effet, un Antoine- 
Mai» /c? de Tardy, vicomte de Montra- 
vel, né en 1784 à Joyeuse, membre de 
l'Académie de Màcon en 1808, qui a 
laissé de nombreux manuscrits traitant 
des questions de physique, de mathéma- 
tiques et de géométrie. C'était en outre 
Un littérateur et Uft polyglotte distin- 
gué. 

Brondineuf. 



La famille de Montravel est originaire 
d'Auvergne et remonte à Aymar de Mon- 
travel, chevalier, qui épousa Agnès Tar- 
dy, fille unique et héritière d'une maison 
noble à Forez. 

Cet Aymar de Montravel est cité dans 
une charte de 1313, par laquelle il fait 
une transaction avec Aulzon de Montra- 
vel, son frère, et dans laquelle il est qua- 
lifié de « Miles ». Une autre charte de 
1355 mentionne un accord entre « nobilir 
Mamacus Tardy et Petrus de Montravel, 
domicellus, ejus nepas ». Ce Pierre de 
Montravel était fils d'Aymar et d'Agnès 
Tardy. 

Cette famille fit ses preuves de noblesse 
en 172 1, pour la réception comme cheva- 
lier des ordres de Saint-Lazare et du Mont 
Carmel, de [ean-Louis Tardy de Montra- 
vel, monsquetaire du Roi. 

Cette famille établie en Lorraine, en 
Vivarais et en Suisse, porVait d'argent àj 
cvprès arrachés de sinople,aucbef dt gtieu'les 
chargé de ^ hesans d'or. 

On voudrait savoir de qui était fils Fé- 
lix-Jules, marquis Tardy de Montravel, 
mort en mer en iS'ég. Il avait épousé à 
Fribourg (Suisse), le 15 avril 1833, Marie 
Elisabeth de Diesbach, et on ne sait s'il 
laissa postérité. 

AngesT. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 FévHer 19^5 



t2t 



122 



Madame la Générale V rdier, 
membre de l'expédition d Egypte 
(^LXX. 71, 207). — La duchesse d'Abran- 
tès parle assez longuement de la Générale 
Verdier dans ses Mémoires (éd. Garnier, 
10 vol. in-i2, IV p. 447 à 450). L'auteur 
de la question y trouvera l'histoire du 
soldat aveugle qu'elle secourut, ainsi que 
le raconte notre savant confrère M. Cot- 
treau . 

BrondiNeuf. 

VUlard (LXIX). — Les Villars du 
PérigorJ ne portaient pas les armoi- 
ries d'hermines etc .. indiquées, bien 
qu'elles figurent ainsi dans ï Armoriai de 
cette province par Froidefond. 

Nous avons en Périgord une famille de 
(anciennement du Villars), qui porte : 
écartelé d'azur et d'argent ait lion de sable 
brochant. Elle n'a pas d'alliance avec les 
Loménie. 11 y eut aussi en Périgord une 
autre famille de Villars, qui portait plions 



L'éâ;lise actuelle de Saint-Chrysogônè, 
à Rome, remonte à l'année 1127 ainsi 
qu'il appert d'une inscription qui s'y 
trouve et rappelle cette fondation. Mais 
nous savons par le Liber Foiitiftcalis que 
Grégoire 111 en 757 avait construit sur le 
même lieu une église de saint Chrysogone. 
Elle fut donc détruite, quand on voulut 
édifier le monument actuel, mai", il lui 
arriva ce qui se voit ordinairement dans 
les églises romaines. Le sol de la ville a 
une tendance continuelle à s'exhausser 
par rapport des déblais, aussi la recons- 
truction ne se fait jamais au niveau pri- 
mitif, mais au niveau des rues, qui est 
plus ou moins élevé sur le sol antique 
suivant les localités J'en citerai seulement 
deux exemples faciles à vérifier. Le pape 
Pascal 1" (817-824) ayant trouvé l'an- 
cienne église de la Sainte ruinée, la re- 
construisit. Alors, on éleva son niveau et 
maintenant nous avons deux églises su- 
perposées : celle inférieure ayant été dé- 
(variantes dans les émaux), possessionnée 1 blayée quand le Gard. Rampolla fit faire 



et alliée sur les confins du Limousin. Je 
ne trouve pas Catherine dans la généalo- 
gie de cette famille, que j'ai dressée, mais 
je soupçonne fort qu'elle doit en être (D 
ou S finals, peu importe) Si M. de Va- 
reilles peut un peu plus préciser sa ques- 
tion, en donnant, par exemple, la date du 
mariage d'Antoine de Loménie (que je ne 
vois pas dans le J.'obiliaire du Limousin 
parNadaud), nous pourrions peut être ar- 
river à une possibilité, surtout si notre 
collaborateur explique pourquoi il dit 
Catherine de Viilard, d'origine périgour- 
dine. 

Saint -Salid. 

Le plus an ci nécussou connu iLXX; 

LXXl, 81). — |e crois que le comte Pa- 
sini-Frassoni répond à cette question dans 
le numéro du 20 juillet de la Rivista Aral- 
dica. La compétence du sjvant directeur 
de celte revue spéciale, consacrée à tou- 
tes les questions qui relèvent de l'héral- 
dique, sa situation de président du Col- 
legio Arnldicû di Roma lui donnent en 
Ces matières une compétence spéciale, et 
il serait difficile de suivr<i un maître plus 
éclairé, et, disons-le aussi, car personne 
de ses amis ne me contredira, plus char- 
mant. 

Résumons et amplifions ce qu'il dit à 
ce sujet : 



la riche crypte de la sainte. L'église de 
Saint-Clément est encore plus connue, et 
sa restauration par Pascal 11 se fit à une 
certaine hauteur du pavé de l'église pré- 
cédente qui fut enseve'ie avec toutes ses 
peintures. Retrouvée au milieu du xix° 
siècle, et complètement dégagée, cette 
église, maintenant souterraine, nous a 
conservé des fresques des ix' et x' siècles 
dont l'importance historique n'a pas 
d'égale. 

Ainsi en est-il arrivé pour l'église de 
Saint - Chrysogone, qui fut édifiée sur 
l'église primitive. On a, au commence- 
ment du XX* siècle fouillé cette église sou- 
terraine, et on y a trouvé des sarcophages, 
des restes de peintures qui peuvent don- 
ner une idée de l'ornementation du tem- 
ple sous Grégoire 111 et les papes qui l'ont 
suivi. Or dans une petite chapelle de cette 
église primitive on a découvert sur un pi- 
lastre un écusson, fait en forme de bou- 
clier. Il est écartelé d'argent et de gueule, 
et dans les deux quartiers supérieurs, on 
voit une épée en pal la pointe en bas, 
d'argent dans le quartier de gueule et de 
gueule dans le quartier d'argent Les deux 
quartiers inférieurs n'ont pas d'emblèmes. 

L'écusson se comporte sur un fond gris 
délimité par une bande jaune entre deux 
lignes verdàtTes. De légers ornements de 
mênie nuance Tnais de bon goût, termi- 



N' 1412 Voî. LXXI. 



L'INTERMEDIAIRE 



123 



nenten deux endroits la bande extérieure. 
Monsieur le comte Pasini-Frassoni com- 
mence d'abord par dire que cet écusson, 
qui faisait partie, avec deux autres, de 
l'église primitive, a été peint avant l'an- 
née 1127, date de la construction de la 
nouvelle église sur les déblais de l'an- 
cienne. Mais cela ne lui suffisait pas. 11 
voulait identifier cet écusson. Je ne le 
suivrai pas dans les éliminations succes- 
sives et les doctes déductions qu'il ras- 
semble. La peinture doit, d'api es les ar- 
chéologues, être classée entre le milieu du 
x" siècle et le milieu du siècle suivant. 
C'est déj.i une indication. Or parmi tou- 
tes les familles italiennes qui ont un écus- 
son similaire, je ne dis pas identique, car 
il a pu survenir des v,:,riations, les Epi- 
pha.iies de Bénévent portent écartelé d'ar- 
gent et de gueule. A cette famille appar- 
tenait Didier, abbé du Mont Cassin, qui 
fut cardinal de Sainte-Cécile, puis Pape 
sous le nom de Victor 111 (1086-1087). 

La démonstration de M. Pasini-Fras- 
soni est assez longue, on me permettra, 
par amour de la brièveté, de la p.isser 
sous silence. Encore un détail, et je tlnis. 
Dans cet écusson, les deux quartiers du 
dessus sont chargés d'une épée en pal, la 
pointe en bas. Il se pourrait fort bien que 
cet emblème désignât un des membres 
de la famille Epiphanie qui aurait été 
honoré de la dignité de Pjoto Spaiharius, 
ou première épée de l'Eglise romaine. Et 
ilne faut pas s'étonner de ce que le pape 
Victor III ait été un des bienfaiteurs de 
cette église de Saint-Chrysogone, raison 
pour laquelle les moines auraient peint 
ses armoiries sur un des piliers de cette 
église. Celle-ci était propriété des moines 
bénédictins et l'abbé Didier appartenait à 
cet ordre célèbre. Il n'y a donc rien d'é- 
tonnant que lui ou les siens eussent laissé 
à cette église des témoignages de leur 
munificence, et la présence de cet écus- 
son serait toute naturelle. 

En tout cas, cet écusson est antérieur à 
l'an iioo et très probablement appartient 
à la dernière moitié du ix° siècle. 

Je serais bien aise de savoir si l'opi- 
nion de M. le comte Pasini Frassoni est 
exacte, et si vraiment on ne trouve pas 
d'écussons antérieurs à cette date. L'affir- 
mation du comte semble m'étre un garant 
que les recherches seront vaines et qu'il 



124 



répond adéquatement à la question posée 
dans V Intermédiaire . 

T)' A. B. 

Titre de duc de Lorraine (LXX, 
145, 210). — Je relève une erreur qui a 
échappé à l'auteur de l'article signé Uzu- 
reau et que voici. 
Je lis en effet : 

« Charles lU eut pour fils François de 
Lorraine. François de Lorraine eut pour 
fils Nie. Franc de Lorraine. Nie. Franc, 
de Lorraine eut pour fils Charles IV, duc 
de Lorraine. 

Charles IV eut un fus, Liopold Joseph, 
duc de Lorraine ». 

Non — Charles IV, devenu duc de 
Lorraine par son mariage avec sa cousine 
germaine Nicole (fille de Henri II, duc de 
Lorraine), héritière légitime du duché, 
n'eut pas d'enfant de cette union. 

Il faut remonter à Charles III, duc de 
Lorraine, qui, outre Henri II, duc de 
Lorraine, eut un second fils, François, 
comte de Vaudémont, qui eut lui-même^ 
outre Charles IV, duc de Lorraine, un 
second fils, Nicolas-François, cardinal de 
Lorraine, qui, n'étant pas dans les ordres, 
rendit son chapeau pour épouser sa cou- 
sine germaine, Claude, sœur de la du- 
chesse Nicole. 

Nicolas-François ne régna pas, mais il 
eut pour fils Charles V, duc de Lorraine, 
le Vainqueur des turcs, dépossédé par 
Louis XIV. 

Marié à la sœur de l'Empereur, veuve 
de )ean Sobieski, roi de Pologne, dite 
« la Reine Duchesse » il eut pour fils 
Léopold \", duc de Lorraine, rerriis en 
possession de ses Etats par le traité de 
Pryswick 1697. 

D'Elisabeth Charlotte d'Orléans, il eut 
François III, duc de Lorraine, marié à 
Marie-Thérèse d'Autriche, (empereur sous 
le nom de François I"), dont il eut Léo- 
pold II, Empereur, frère de Marie-Antoi- 
nette ; 

La suite est exacte : 
François II, Empereur. 
François-Charles, archiduc. 
François-Joseph, empereur actuel. 

Comte L. Beaupré. 

Dieu et mon droit (LXXI, 7, 82). 
— Cette devise, en tant que française, ne 
figure pas parmi les quinze ou seize cents 



t;.":S CMIÎRCHSURS KT CURÎKÏ.'X 



devises reproduites par le vicomte de 
Magny, dans sa Scimce du BLisou.y-dvoue. 
du leste, humblement, ne pas en com- 
prendre le sens : commeiU Dieu peut il 
être le Droit de quelqu jn ? 

La devise très connue, qui est (bien 
qu'en langue française, de même que celle 
de l'ordre de la Jarretière : Hoiii (sic) qui 
mal y peme) celle de la Couronne d'An- 
gleterre, est et a toujours été : Duu et 
mon droit, dont la signification s'explique 
d'elle même. 

V. le superbe dictionnaire héraldique 
du comte Amédée de Foras, L^ Blason, 
Grenoble, 18S3, p. 261, et Sir Bernard 
Burke, Tic Bock of oïders og Knigkthood, 
Londres, 183S, p. 99 et pi. 28. 

Paul. 



Le journal >< La Situation » (LXXL 
44;. — Si l'autour de cette question ne 
trouve pas à Paris la collection Je « La 
Situation», qu'il s'adresse à M Hvass, 
avocat à la Cour d'appel de Copen- 
hague. 

M. Hvas5 est un érudit qui etuJie spé- 
cialement en ce moment la période allant 
de la guerre des duchés à 1870. 

11 prépare la publication de la corres- 
pondance d'un comte Knuih qui fut mi- 
nistre des Affaires étrangères à cette épo- 
que. Dans cette correspondance et dans 
les papiers politiques du comte Knuth, il 
est beaucoup question des rapports diplo- 
matiques de la France et du Danemark, 
et notamment des pourparlers engagés 
entre les deux pa)S au sujet de l'envoi 
d'un général français pour la réorgani- 
sation de l'armée danoise. 

Si un journal a défendu, en France, les 
intérêts du Danemark contre la Prusse, 
de 1867 à 1870, il ne doit pas être in- 
connu de M. Hvass qui, avec son obli- 
geance habituelle, procurera certainement 
a M. Guy le renseignement qu'il désire. 
Makguerite Durand. 



Félix quem îaciunt aliéna pe;i- j 
cula cautum (T. G., 339). — Notre | 
journal publie quelquefois, mais trop ra- ; 
rement, des réponses 1res documentées de ' 
notre collaborateur Ed. Bensly qui favo- 
rise aussi de ses études notre confrère 
anglais Notes and querics, ce qui est bien 
naturel. 



126 



10 Février 1915 



Nous lui serions pourtant reconnais- 
sants s'il voulait bien nous communiquer 
aussi celles de ces réponses qui sont 
d'intérêt général. 

Dernièi'.ment, par cxt^mple, il traitait 
dans le journal anglais une question qui 
depuis plus de trente ans est a l'ordre du 
jour dans \ Intnmédiaire : Clue! est l'au- 
teur de la célèbre maxime : 
Félix quem fcciunt aliéna pericu! t cautum 

qui figure pour la première fois dans notre 
vol. XI, et n'a pas encore été résolue. 

Mais il manie trop bien la langue fran- 
çaise peur que je me hasarde à traduire 
moi-même cet article. Old Pot. 

Une « Ténébreus ! Aff.'^ire » da 
Balzac (XXVlll; XXIX; XXX; LXIX). — 
Consulter aussi : La police et tes chouans 
de notre collaborateur, M. Ernest Daudet. 
Paris, Plon-Nourrit et C'% éditeurs. 

D. 

Arpète (LXX,97). — « Arpète » et 
mieux « arpette » est un mot d'un -sage 
assez fréquent dans les classes populaires 
et qui n'a pas plus, je crois, de vingt-cinq 
à trente ans d'existence. <: Arpète ! irente- 
six degrés au-dessous d'un chien » di- 
saient communéaient auîrelois les ouvriers 
pour manifester leur méconte'',tement à un 
apprenti. 

On peut, pour l'étymologie, hasarder 
le bas langage « arpion s, pied, ou en- 
encore voir la une déformation du verbe 
« arpenter ». marcher. Le fait est que 
l'arpette est toujours à arpenter les rues. 
Il est à noter toutefois que le Champerois 
a « hacpette » signifiant ce qui est mince 
et frêle et qu'en P.ouchi « arpier », c'est 
remuer, s'agiter ; un « arpiant » est un 
être vif, remuant. Là se-."ait sans doute la 
véritable étymologie. 

Gustave Fustier. 

* 

Au masculin, ce terme servait à stigma- 
tiser, dans l'idiome genevois, le jeune 
polisson qui lire les sonnettes et démolit 
les becs de gaz. je le crois d'importation 
lyonnaise. D' Vogt. 

Feux de joie (LXIX; LXX; LXXI, 86). 
— C'était un usage très répandu en pro- 
vince, clôturant des réjouissances publi- 
ques. Dans ma jeunesse j'en ai vu souvent 



141? 



Vol. LXXI 



L'INTERMEDIAIRE 



127 



128 



dansla vallée delà Romanche.Pour la St- 
Jean, les montagnes autour de Vizille 
flamboyaient à la nuit noire, chaque 

ferme, chaque hameau avait son feu de 

oie ou feu de la Saint-lean. 

Ard. D. 

L'âne de Mahomet (LXXI, 48). — 
Il y a dans la Légende des Siècles (1" 
série) le quatrain suivant : 
Le Divin Mahomet enfourchait tour à tout 
Son mulet Daïdol et son ans Yafour. 
Car le sage lui-même a, selon l'occurrence, 
Son jour d'entêtement et son jour d'igno- 

[rance. 

Mais c'est tout ce que je sais de l'âne 
du prophète ; et, comme je doute qu'il 
en soit parlé dans le Koran, j'ignore où 
'Victor Hugo a trouvé le nom de cet illus- 
tre quadrupède. M- S. K. 

Voici, pour être agréable, à Vlntermé- 
diaire, d'après un livre publié à Liège vers 
la fin du xvui' s\hc\s{Fdits et Dits mémora- 
bles Je l' Histoire Moderne)\e. nom et la des- 
cription de l'âne ou plutôt du cheval de 
Mahomet, description faite par la bouche 
même du Prophète et rapportée par un 
docteur Musulman, ami intime du Pro- 
phète. C'est ainsi qu'il s'exprime : 

En mêine temps, l'ange Gabriel me prit 
par la main ; il me fit lever, et n'ayant fait 
monter à cheval sur la jument appelée .4/- 
Borak, il la conduisit lui -même par la bride. 
Avant que de passer outre, continue le Pro- 
phète de Dl^U, il faut que vous sachiez que 
cet animal ne ressemble en aucune manière à 
pas un de nos animaux. Il est plus grand 
qu'un âne et plus petit qu'un mulet. 11 est 
blanc ; i! a une fice humaine et des mâ- 
choires de cheval. La crinière de sou courest 
de fines perles, tissue de Marguerites et 
d'Hyacinthes, et brodée de lumière. 

Suit encore une assez longue descrip- 
tion du cou, des oreilles, des yeux, des 
tempes, du poitrail, de la queue qui « est 
cousue d'émeraudes. » Puis : 

Il a deux ailes comme celles d'un aig'e, 
grandes comme le contour d'un grand bassm, 
tissues de perles, parsemées de pierres précieu- 
ses. Il exhale de jes flancs une odeur agréa- 
ble de musc et de safîran. Il a une âme telle 
que sont les âmes humaines. Il entend et 
comprend ce qu'on lui dit, mais il ne peut 
parler ni répondre... Q^iand je posai ma 
main sur cette jument, elle se mit à ruer 
omme un cheval ^fougueux. Gabriel lui 



cria : tiens-toi de repos, holà, ô Borak ; 
n'as-tu pas de respect en la présence de Ma- 
homet ?. .. 

Juliette Ch. A. C. 

Ilote», i^i^ouoatlUs «t (j|uî[bBttïa 

Voix d'outre-tombe 

Si un homme humiliait un autre homme 
comme la Prusse le fait pour l'Autriche,- on 
dénoncerait cet homme à la société protec- 
trice des animaux. La Prusse a commandé à 
l'Autriche de se taire, quand elle volait au 
roi de Hanovre sa couronne, et l'Autriche 
s'est tue. L'Autriche s'était aplatie comme 
une punaise après Sadowa. La Prusse a exigé 
que l'Autriche vînt avec elle, quand elle a 
dépouillé le petit roi de Danemark de 'deux 
de ses duchés, et l'Autriche a obéi. Aujour- 
d'hui, la Plusse fait la tiiple alliance, où elle 
attelle l'A.utriche à l'Italie, son ennemie his- 
torique, et l'Autriche obéit, l'oreille basse. Si, 
demain, Bismarck jetait son mouchoir dans 
les rues de Vienne en disant à l'empereur 
d'Autriche : « Rappor'e ! » le Hapsbourg, 
toujours docile, obéirait. » — Skobeleff, Un 
dîner che^ Gambefla. 

Un mot de .Bismarck 

Aprèj 1866, a raconté jadis M Lavisse 
un diplomate français tut chargé de sonder 
1*1 . de Bismarck sur un projet de désarme- 
ment partiel qu'on voulait tenter de lui faire 
agréer. M. de Bismarck lui dit dans son rude 
langage : « Il vaut mieux que nous parlions 
d'autre ch jse Je n'entends pas ce que vous 
voulez dire en France par désarmement. 
Nous autres, nous venons au monde avec 
une tunique ; me proposer de désarmer, c'est 
aonc me proposer d'aller tout nu dans les 
r ues de Beilin » . 

Wécr .>10f;,ie 
Un de nos plus distingués collabora- 
teurs, le vicomte Alfred de la Barre[de 
Nanteuil Le Flô, vient de mourir pour la 
défense de la patrie Ancien officier de 
marine il avait repris du service et solli- 
cité 'Son envoi sur le front : il fut frappé 
mortellement au milieu de ses fusiliers 
marins à la défense de Dixmude 

Notre cher et regretté collaborateuravait 
de'qui tenir : il était le petit-fils du général 

Le Flô. . 

Li Direcleur-gerant : 
GBORGES MONTORGUEIL 



Iinp.CLERC-0»MiKi.,St-Arnand-Mont-l:i,ond 



LXXI Volume 



Paraissant les to.ao et }0 dt chaque moU 20-Î6 février 1915 



tl"',r.Vlctor-Ma88é 
PAKIS <IX'> 

Boréaux: d<3iSheares 



Chtrchix tt 




Il te faMt 
tntr*aider 



Sl>",r.T]clor-Mac8é 
P*RI8 (IX») 

Bni«aax : de 3 i 6 hearti 



C 3 n tetiiid i ai « 



OES CHERCHEURS ET CUP.I 
Fondé en 1864 



EUX 



QUESTIONS ET KÈPOSSKS UTTKRAIRES, HISTORIQUES. SCIBNTlKlyUKS BT ARriSTlQUfS 

TROUVAIUKS ET CUKIOSITËS 



129 



1}0 



(âuiôtioiîô 



Le sultan de Joséphine. — V Ama- 
teur d'aiilograpbes (oct.-nov. -décembre 
1914) est autorisé par M. Robert de Fiers 
à publier un curieux document : c'est un 
billet de Joséphine, non daté et non si- 
gné. 

11 semble postérieur à la Convention. A 
cette époque Joséphine, qui n'était pas en- 
core remariée, était libre de son temps et 
de son cœur, et l'on sait avec quelle séré- 
nité elle occupait l'un et l'autre. 

Mon sultan est venue me voir bien après 
que vous avez été partie et m'a jeter le mou- 
choir pour aujourd'hui et en conséquence 
m'a demandé à dîner. Comme un tète à lête 
comme ce!ui-ià ne doit pas êcre interrompu 
je vous prie de remettre â demain à venir 
dineravec moi. J'ai remis votre mémoire et on 
ma promis beaucoup. 

Si vous voulez j'irai vous prendre à dix 
heures et nous ferons quelques courses en- 
sembles. 

A-dieu mademoiselle, croyez à ma tendre 
amitié. 

Ce mardy matin. 

duelle pouvait être sa correspondante ? 

H serait au moins aussi intéressant de 
savoir quel pouvait être l'heureux sul- 
tan. M. 

On ne dira plus « bâbord » et 
« tribor ». — Un décret vient de sup- 
primer les antiques désignations de la 
gauche et de la droite d'un navire. Ce dé- 
cret est ainsi conçu ; 



A bord des navires de commerce, l^s com- 
mandemants à la barre sont donnés à l'aide 
des mots « droite > et « gauche » correspon- 
dant au sens sur lequel doit venir le navire 
marchant en avant. 

L'emploi pour ces commandements des 
mots < tribord > et « bâbord » est et de- 
meure interdit. 

Un rapport adressé au président de la 
République donne lesr.iotifs de cette sup- 
pression. En voici le texte. 

Par i.ne instruction ministérielb du 24 
juillet 18S4, les termes « à droite >, « à 
g.iuche », concernant les commandements à 
la barre, ont été rendus riglementaires, à 
bord des navires de guerre, dans le but d'évi- 
ter les confusions qu'avait entraînées jusque- 
là l'emploi des mots « tribord > et « bâbord », 
dont la désinence est I.1 même. 

Sur les navires de commerce, les appella- 
tions « tribord » « bâbord », prescrites par le 
décret du 2 septembre 1874, continuent 
d'être usitées dans les commandements rela- 
tifs aux manœuvres du gouvernail. 

Les raisons qui ont dicté l'instruction du 
24 juillet 1884 intéressent la sécurité de tout 
navire, qu'il appartienne à la marine de 
guerre ou à la marine de commerce. Aussi 
bien les ins.;rits maritimes appelés à navi- 
guer dans lune et l'aufie marine doivent-ils 
recevoir la même instruction professionnelle, 
en ce qui concerne la nianoeuvre des bâti- 
ments. 

De quand datent ces expressions ^ 



Rois excommuniés. — Si Guillaume 
Il n'est pas encore excommunié, malgré 
ses meurtres de catliédrales et de minis- 
tres des religions, il n'est pas sans inté- 
» rèt, à titre documentaire et sans qu'il soit 



N» 1413. Vol, LXXI. 

13' 

dans ma pensée d'ouvrir une polémique 
sur cette question, d'établir la liste des 
souverains et chefs d'Etat frappés par 
l'autorité religieuse. 

Je peux citer : 

Henri IV, roi des Romains, empereur 
d'Allemagne, frappé par Grégoire VII. 

Frédéric 11, empereur d'Allemagne, par 
Innocent IV. 

Philippe-le-Bel, par Boniface VllI. 

Louis XII, par Jules II 

Henri 111, par Sixte V. 

Henri IV, par Grégoire XII. 

Napoléon, par Pie VII. 

A nos aimables confrères de vouloir 
bien en compléter la liste. 

Robert Géral. 

La convocation de la Mobile en 

4870. '" voudrais bien savoir si la 

convocation de la Mobile, en août 1870, 
a eu égard à l'exemption de fils aine de 
veuve. Mes souvenirs, assez précis sur ce 
point, me disent qu'il n'en a pas été tenu 
compte, et qu'on a appelé toute la classe. 
Mais on me cite l'exemple d'un fils uni- 
que de veuve, réformé de ce chef avr.iit 
la guerre, et qui, âgé de vingt-lrois ans 
en 1870, ne serait parti dans la Mobile 
que sur sa demande. Bénédicte. 

Un candidat au trône ce Hon- 
grie. Sur une liste des principaux 
comédiens de Paris, ks plus en renom il 
y a une trentaine d'années, se trouve in- 
diquée la profession qu'exerçait chacun 
avant d'entrer au théâtre ; — au nom de 
Montban on lit cette curieuse mention 
€ prétendant au trône de Hongrie ». 

On demande des explications sur cette 
singulière prétention, et si le comédien 
n'a pas laissé de descendant en mesure de 
renouveler prochainement la canditure. 
L. Grasilier. 

Brillât-Savarin et la Prise de la 
Bastille. — Brillât-Savarin,! auteur de la 
Physiologie du août, étant membre de 
l'Assemblée Constituante, adressa à ses 
commettants un Récit de la Prise de la 
Bastille qui fut imprimé et que ne possède 
pas la Bibliothèque Nationale. 

Un confrère connaîtrait-il cette publica- 
tion de quelques pages et pourrait on la 
procurer ou la faire copier? 
^ A. Cai-let. 



L'INTERMEDIAIRE 



132 



Duc de Choiseul — Comptes de 
sa maison. — Dans des comptes inédits 
du ministre Choiseul, je trouve le nom 
d'un M. Dalennfî, auquel le duc fait l'en- 
voi d'un « panier >» de 150 bouteilles de 
bon vin. Quel est ce personnage .? Serait- 
ce celui qui figure dans une chanson de 
Beaumarchais : 

Ferme sur les jarrets, 
Des reins à la Dalène... 

au sujet duquel une question a été posée 
sous la signature A. F. dans \' Intermé- 
diaire, en 1879, col. 264, — saiis recevoir 
de réponse i 

Dans ces mêmes comptes des dépenses 
de Choiseul sont indiqués deux achats 
faits par le duc en 1766, l'un da fief du 
CheMic, l'autre d'une maison que lui vend 
M. de Chaumont 

je serais très reconnaissant 3 ceux de 
nos intermédiairistes qui pourraient me 
renseigner sur ce ficf et son vendeur, — 
et sur la personne de ce de Chaumont, 
ainsi que sur sa maison. 

René Villes. 

} Mariage du neveu de Duquesne. 

I — Quelqu'un pourrait-il me dire le lieu 
; et la date exacte (vers 1689) du mariage 
I d'Abraham Duquesne-Guiton (neveu du 
! Grand Duquesne), capitaine des vaisseaux 
j du Roy. avec Marie de Nivet ^ Quels 
I étaient les père et mère de cette Marie de 
Nivet qui dut mourir vers 1690 ou 1691. 
I car, en 1692, Abraham Duquesne épousa 
' en secondes noces, à la Rochelle, Marie 
' Marguerite Nicolas de Voutron ? 
! Henry Venant. 

! 

1 Le peintre Lavoine. — Quelque 

i collègue inlermédiairiste pouirait-il me 

: donner quelques indications biographi- 

: ques sur un peintre du \\m° siècle, nom- 

j mé Lavoine, dont je possède un portrait 

i au pastel ? P- B 

i Armoiries épiscopales à détermi- 

'' ner : quatre cotices — D'argent à qua- 

I ire cotices de gueule'.. Ecu ovale, couronne 

] de marquis, mître et crosse tournée en 

i dedans posées en sautoir. Geo Filh. 

Fer de reliure à déterminer E. 
R N. O. S. Y. H. — Je possède 
m l'Ecclesiaste », suivi du livre de la sa- 



,JJ 

gesse, à Paris, chez Desprez, 1688, petit 
in-8°, cet ouvrage est relié en veau, ses 
plats sont ornés d'un fer Trmorié que je 
désirerais identifier. 

t lie . au sautoir de . chargé de cinq 
billetie<- de...* 

timbre ; un casque à cinq grilles ac- 
compagné de ses lambrequins. 

.\u\ quatre coins des plats et cinq fois 
répété au dos se trouve un monogramme 
assez compliqué dans lequel on peut lire 
les lettres suivantes : 

E.R.N.O.S.Y.H. N'ayant pas plus sous 
la main l'ouvrage de M. Aglaiis Bouven- 
ne que celui de Guigsrd, le me vois forcé 
de recourir aux intermediairistes. 

R. DE R. 

Tj'ordredeschevaliersdes Saints- 
Sébastien et Guillaume. — Après 
avoir inutilement cherché dans plusieurs 
ouvrages des renseignements sur cet or- 
dre, je viens faire appel aux lumières des 
collaborateurs de V Intermédiaire pour 
avoir quelques informations. Qui accorde 
cette décoration et quels sont les titres 
requis pour l'obtenir .-' Ce n'est pas l'am- 
bition de me faire décorer qui me guide 
mais le simple désir de m'instruire. 

Arch. Cap. 

Une épitaplie mémorable. — Au 

commencement d:j mois de juillet 1911, 
avaient lieu, à Santeuil (Seine-et-Oise), les 
obsèques de mon très regretté ami Anto- 
nin Bergougnan, rédacteur au Temps, et 
j'étais venu de Paris avec beaucoup d'au- 
tres de nos confrères, poLT lui rendre les 
derniers devoirs. 

Au retour, l'un de mes compagnons 
m'apprit qu'il existait dans l'Eglise de 
Santeuil. privée de desservant à cette 
époque-là, une pierre tombale portant 
une épitaphe latine dont il inscrivit sur 
mon carnet le texte, comme il l'avait re- 
tenu de mémoire : 

Quisquis ades, 

Morte cèdes ; 

Sta, respice, plora. 

Sum quod eris : 
Modicum ceneris : 
Pro II 0, precor, ora. 

L'idée et le sentiment exprimés dans 
ces deux tercets me parurent tout de 
suite d'une grande beauté, mais étonné 



DV'-, CHERCHEURS ET CURIEUX îo-î8 Février 1915. 

iM 

que, au lieu que les six vers fussent cha- 
cun de six syllabes ou de quatre, il y en 
eût, sans aucune symétrie, dans le pre- 
mier tercet, deux deqnatre, et dans le se- 
cond tercet deux de six, j'écrivis au curé 
doyen du canton, afia de le prier de vou- 
loir bien me communiquer le texte exact. 
Or, quoique ma lettre fut conçue dans les 
termes les plus courtois et même les plus 
respectueux, j'eus la déception de n'en re- 
cevoir aucune. 

Depuis, je me suis avisé que le confrère, 
qui avait transcrit les deux tercets sur 
mon carnet, avait pu omettre dans l'épi- 
taphe quelque chose et que cette omis- 
sion, sans altérer le sens, altérait la me- 
sure de trois vers. ]e reconstituai ainsi 
lépitapiie pour la satisfaction de mon 
oreille : 

O lu, quisquis ades, 
Olim, morte cèdes ; 
Sta, respice, plora. 

Ego sum quod eris 
Modicum Ceneris ; 
Pro me, precor, ora. 

Donc six vers ayant chacun six syllabes. 
Et j'en fis cette traduction : 

O toi, qui que tu sois, venant ici. 

Un jour tu décéderas; 
Arrête-toi, considère, pleure. 

Moi, je suis ce que tu seras : 

Un petit lai de cendres ; 
Pour moi, je t'en conjure, prie. 

Quoi qu'il en ioit, je serais reconnais- 
sant à qui pourrait préciser le texte véri- 
table de l'épitaphe, et m'apprendre, en 
outre, si, par hasard, ce ne serait pas 
celle d'un des deux frères de Santeuil, 
probablement originaires de la bourgade 
de Santeuil, comme leur nom l'indique, 
et qui ont marqué, l'un et l'autre, au 
xvii'= siècle, comme auteurs d'hymnes 
sacrées, rythmées à la vérité, selon la 
prosodie latine, et non pas rythmées et 
rimées, à la façon du Stabat de Jacopone 
de Todi et de la dite épitaphe. 

Edmond Thiaudière. 



Iconographie de Robelin, etc.. — 

Pourrait on nous indiquer des portraits, 
graves ou autres, de : i" Jacques Robe- 
lin, architecte du Roi et de la Maison de 
Sourdis, à Paris, 1605-1677; 2" de son- 
fils Jacques, également architecte, 1636- 



N« 1413. Vol. LXXl, 



L'INTERMEDIAIRE 



135 



1686; 3° d'Antoine Leblond, dit de la 
Tour, peintre, mort en 1706; 4- du fils 
de ce dernier, .Marc Antoine, également 
peintre ? Qu-ïrens. 

Une petite énigme bibliographi- 
que. Forum Ségusianorum(LXX, 98). 
— Jules César, au livre VU du DeBello gai- 
lico, ch . 75 indique, comme peuples 
«clients »du puissant peuple EJuen, outre 
les i*mbivareti, les Segusiavi et les Aulerci 
Brannovices. Là me semble être la clef de 
l'énigme ; reste à trouver la bonne ser- 
rure où la faire entrer ; je ne prétends pas 
y être arrivé. Voici ce que je puis entre- 
voir. Localiser sur la carte ces peuples 
gaulois nommés par César est souvent 
malaisé. Les Aulerques Brannovices em- 
barrassent fort les érudits contemporains. 
Tantôt on les loge dans la Bresse, tantôt 
près de Semur, dans le Brionnais, tantôt 
le long de la Loire, dans le département 
de la Nièvre. En 1719, on devait encore 
bien moins savoir à quoi s'en tenir. L e- 
rudit local J. B. Silvius (n'est-ce pas la 
traduction de Dubois .'') et son imprimeur 
(s'il n'était l'imprimeur lui même), n'a- 
t-il pu, vu le voismage des deux noms de 
peuples dans le texte de César, les sup- 
poser tout voisins, et faire remonter à tous 
deux le passé de sa petite ville ? Il faut lire, 
cela me semble certain : « typis Bianno- 
vicensibus ». iVlais s'agit-il de Feurs en 
Forez, et a-t-on pu faire descend. e jusque 
là les Aulerques? L'absence d'imprimerie 
à la date voulue semble induire à cher- 
cher ailleurs. Y en avait-il une à Fours, 
situé près de Decize, dans la région même 
où certains logent les Aulerques Branno- 
vices ? On a aussi bien pu faire remonter 
jusque là les Ségusiens, ou Ségusiaves, 
que faire descendre les autres. Ou quel- 
que autre localité plus importante de la 
même région, même sans que son nom y 
prêtât, n'a-t-elle pu être l'objet d'une 
identification semblable .'' 11 y a tant de 
fantaisie dans ces prétentions historiques 
locales. En tout cas, j'indique une piste. 
Je ne suis pas à même de faire plus. 

Ibère. 



Le Théâtre au camp. — 11 pourra 
paraître bien futile de s'occuper, à l'heure 
présente, de pareils sujets, et cependant je 
ne puis mieux faire pour m'excuser que 



136 



de rappeler cette anecdote toute récente = 
des cavaliers français traversaient un vil- 
lage en ruines et chantaient. Quelques 
rares habitants lurent offusqués de la te- 
nue de ces hommes, et allèrent s'en plain- 
dre au général qui répondit : 

Un sold.it français n'a pas à pleurer sur 
des ruines. Son devoir est de les venger. 
Ces hommes qui passent en chjntaiit, sont 
prêts ce soii, demain peut-être, à sacrifier leur 
vie. Sachez donc qu'un soldat ne va pas au 
combat en pleurant, mais qu'il marche à la 
victoire en chantant. 

Tout récemment les Anglais ont en- 
voyé sur leur front une troupe d'artistes 
dramatiques et lyriques, afin d'aider à 
chasser le « cafard » des combattants. 
Les marins anglais internés en Hollande 
s'amusent à jouer la comédie pour se dis- 
traire. Ces exemples ne sont pas nou- 
veaux. Les soldats de Napoléon jouèrent 
la comédie dans cette misérable ile de 
Cabrera où ils mouraient littéralement de 
faim. On joua la comédie dans les ruines 
de Moscou fumant encore. La Crimée vit 
le théâtre des zouaves. Je serais donc 
oblige si pour renouer la tradition qui re- 
monte à la troupe de Fav.-îrt suivant les 
soldats de Maurice de S:ix,.-, si quelques- 
uns de nos collaborateurs voulaient bien 
me signaler les tentativ.i de ce genre 
tentées en ce moment d?:is nos lignes. 
He :.'RY Lyonnet. 

Antal. — Que signilie exactement le 
mot que je trouve employé comme une 
mesure de liquide au xvni' siècle, sous la 
double forme aiilal et antail. 

Il s'agit de fûts contenant du vin de 
Bourgogne. En connait-on d'autres 
exemples et est-il encore usité en Bourgo- 
gne ? René Villes. 



Ti'inglots. — D'où vit-ut celte expres- 
sion donnée aux soKhils du Ti liti des 
Equipagei, corj)s dont le rôle est actuere- 
ment tout autre que jadis ? Les gens les 
mieux servent actuellement dans les Ti in- 
gloh. alors que jadis .. 

Tout se transforme dans la guerre ac- 
tuelle. La CoussiÈBE. 



.fi.h î misè;e en Fruspe! — Qiielle 
est l'origine de ceitc locution qui, toujours 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



'37 



exprimée banalement et avec une sim- 
plicité naturelle, semble refléter une ins- 
piration plaintive ? L. Capet. 

De quelle époque data le plus an- 
cien chèque ? — En ces temps do pa- 
pier-monnaie à outrance, la question 
pourra peut-être ne point sembler super- 
flue. Or voici, précisément, que nous li- 
sons dans La Perseveiaii^a milanaise un 
article où il est dit que l'Institut des Ban 
quiers de Londres est entré en possession 
du plus vieux des chèques anglais — et, 
par suite, du monde, puisque le chèque 
est une invention britannique. Ce docu- 
ment est ainsi libellé : 

Sir Thomas Wowles ; Je désire que v.ius 
payiez à Sir Samuel Howard, à l'ordre et 
contre reçu, la somme de neuf livres ster- 
ling, treize shillings et six pence, et que 
vous la passiez en compte. De votre servi- 
teur : Edmond Warciupp — 14 août 167s. 
— Pour sir Thomas Wowles, orfèvre, en sa 
boutique, entre les deux portes du Temple 
F Uet Street. 

Au dos, on lit : 

Reçu en totairté (in fuit) sur ce billet la 
somme de neuf livres sterling, treize shil- 
lings et six pence : Samuel Howard. 

D'après le fac simile de cette curieuse 
pièce, que reproduit La Per.wveran^a, 
son état de conservation serait excellent' 
à part quelques dentelures de la tranche! 
L'encre, jaunie, est parfaitement lisible. 
Si l'on se reporte au livre de Halton 
Price : Thi Marygold by Temple — his- 
toire de la maison de banque Child and 
C° — on y trouvera d'intéressants rensei- 
gnements sur l'origine des chèques. 
D'après un autre ouvrage du même au- 
teur : Handbook of London Banken, ce 
serait Francis Child qui aurait été le pre- 
mier membre de cette Arme, en 10^6. 
Mais, à cette date, elle ne s'occupait en- 
core que d'orfèvrerie. Et Thomas Wowles 
était, précisément, l'un des orfèvres les 
plus connus de l'époque de Charles II, où 
sa boutique, à l'enseigne du Lion noir, 
le vit shérif de Londres, en l'an 1686,' 
Quant aux carnets de chèques, ce n'est 
guère que vers 1770 que l'on commença 
de s'en servir. Et c'est bien plus tard j 
encore que l'on songea à munir les chè- j 
ques de formules i.nprimées... Quelqu'un ; 
connaitrait-il un chèque plus ancien que \ 
celui ici signalé.'' Camille Pitollet. i 



20-28 Février 1915. 
,38 

M. Maurice Maeterlinck.— M. Mau- 
rice Mixterlinck au cours d'un admirable 
artic'e dans le /•«^jro, intitulé l'Héroïsme, 
écrit : 

C'était une si grave épreuve qu'on n'au- 
rait pas, avant cette guerre, osé l'envisager. 
L'avenir de l'humanité s'y trouvait eu ques- 
tion ; et la magnifiqje réponse qui nous 
vient de toutes parts nous rassure pleine- 
ment sur l'issue d''autres luttes plus formida- 
bles qui, sans doute nous aitendent, quand il 
ne s'agira plus de combattre nos semblables, 
mais d'affronter les forces plus cruelles et 
plus puissantes des grands ennemis mysté- 
rieux que la nature tient en réserve contre 
nous. 

A quoi fait allusion le grand écri- 
vain .'' 

D-^L. 

La Pierre du Rliin. — Il est une 

légende qui dit que l'Allemagne doit subir 
de grandes catastrophes chaque fois que 
cette pierre apparaît hors de l'eau ; les 
riverains l'ont-ils vue ainsi en 1913 ou 
1914 ? 

Quels livres parlent de cette légende .? 
En quel endroit du Rhin se trouve cette 



pierre 



Robert Geral. 



Absinthe. — L'absinthe est interdite. 
Espérons que ce n'est qu'un commence- 
ment et que l'alcoolisme va être combattu 
sous toutes ses espèces. Mais là, n'est pas 
ma question, [e demande : 

A quelle époque a t-on commencé à 
consommer de l'absinthe comme bois- 
son? 

Où rencontre-t on le mot absinthe — 
en tant que boisson — pour la première 
fois.'' D' L. 

Les tiroirs. — L'usage des tiroirs 
dans le mobilier ou dans des placards 
est-il antérieur au xvi*" siècle ? On en 
trouve fréquemment dans les « cabi- 
nets > de cette époque, mais il ne sem- 
ble pas qu'il en soit fait mention anté- 
rieurement. 

Au moyen-âge, le mot tiroir s'appli- 
quait seulement aux lanières attachées 
aux fermoirs de livres, et je ne crois pas 
qu'il ait sa signification djns la langue 
latine, car on le traduit par une péri- 
phrase. E. F. 



N» 1413.V01LXXI. 

1J9 



L'INTERMEDIAIRE 



éposises 



Charlemagne était-il allemand? 
(LXXI,7. ç i)-~ Nous pouvonsrépondreen 
toute certitude par la négation, à moins de 
faire de tous nos peuples occidentaux des 
allemands. Ne descendent-ils pas tous 
de populations de race indo-germanique ? 

Allemands les Anghis qui descendent 
entre autres des Angles et des Saxons. 

Allemands, les Espagnols dont le pays 
fut peuplé par des Celtes et des Wisigoths. 

Allemands les Portugais dont la nation 
doit sa naissance à des Normands, race 
germanique. 

Allemands les Français qui comptent 
parmi leurs ancêtres des Celtes et des 
Aquitains. pui> des Burgondes, des Wisi- 
goths et des Francs. Qui donc pourrait 
échapper à 1' ^iiprjse de U Germania î Ce 
ne seraient certainement pas les pays 
Scandinaves, ni même la Belgique ou la 
HoUandf. L'Italie elle-même ne serait 
pas sûre d'y échapper, étant donné que 
certains Ostrogoths y fondèrent un em- 
pire assez puissant. 

Pour en revenir à Charlemagne, il était 
certainement de race germanique, c'était 
un Franc et même un Franc d'Austrasie. 
Cela suffit-il pour en faire un Allemand ? 
Nous ne le croyons pas. 

Il ne faudrait pas oublier, en effet, que 
lorsque Charlemagne naquit, il y avait 
déjà près de trois siècles que les Francs 
s'étaient établis en Gaule et qu'ils avaient 
déjà subi assez fortement l'influence de 
la civilisation latine. 

Notons, de plus, que Charlemagne fut 
le véritable champion du monde latin 
contre le monde germanique qu'il com- 
battit et qu'il chercha à soumettre pen- 
dant ses trente années de campagnes 
contre les Saxons. 

Rappelons-nous enfin que si Charlema- 
gne aimait à résider à Aix-la Chapelle, ce 
domaine paternel n'était pas situé en 
Germanie, qui, elle, ne commençait que 
de l'autre côté du Rhin. 

G. La Brèche. 



M. Hyrvoix de Landole écrit : 
Ch.irlein.igiie était certainement un Frank, 
germanique, de langue allemande, 
la mode germanique ; il faisait 



de race 
s'habillanl a 



140 

sa résidence habituelle à Aix-la-Chapelle 
(Aachen) et en d'autres villes allemandes ». 

Voilà bien des précisions ; sont-elles 
exactes ? Sur quelle autorité ethnologi- 
que, sur quels documents se fonde-t-il 
pour considérer les Francs comme Ger- 
mains ? Ils ne constituaient pourtant point 
une peuplade égarée du fumier vandale. 
Par César et par Straboti, on sait qu'au 
temps de la conquête, la Gaule s'éten- 
dait jusqu'au Rhin. D'où venaient donc 
les Francs établis dans la Gaule belgique 
dès le iv' siècle? Les uns, les Saliens 
occupent la marge entre la mer et l'Es- 
caut ; les autres, les Ripuaires, entre 
l'Escaut et laMeuse ou leRhin. Aujourd'hui 
même, le pays wallon reste, en dépit de 
cartes ethnographiques tendancieuses, une 
contrée celte. Le nom le proclame autant 
que la langue. 

Les Maires du Palais mérovingien, les 
ancêtres de Charlemagne étaient fixés 
aux environs de Liège, a Landen, à Herns- 
tal, à Pepinster, près d'Aix-la-Chapelle. 
Cela suffit à expliquer le goût de Charle- 
lemagne pour cette Aguce Grani dont 
il fera sa capitale Or, Aix, ancienne co- 
lonie romaine, était en Gaule ; c'est pro- 
bablement là que le futur grand homme, 
né, dit-on, à Gand, s'éleva à la culture 
latine. N'oublions point que Charlema- 
gne créa cette fameuse Ecole du Palais 
d'où sertira la Scholastique. 

Ce qui me paraît avoir égaré certains 
historiens anciens — en qui les modernes 
ont vu Panuige — c'est laconfusion entre 
civilisé, ou gallo-romain, et chrétien : ils 
se sont brouillés dans les dates. Si les 
Francs eussent été aussi boches qu'on l'a 
dit, ils n'eussent point pris si vile le nou- 
veau culte que Clovis, guerroyant contre 
les Alemani, fondateur de Francfort et 
formateur de la Franconie, leur apporta, 
et que Charlemagne justement leur fit 
entrer dans la « caboche » à coup de 
massue. 

En réalité, la colonisation julienne ren- 
forcée de celle de Traj.m avait déjà ro- 
manisé les gardes des frontières gauloise?. 
Comme partout ailleuis, suivant la juste 
remarque de Bossuet, la latinité fut l'as- 
sise et non le chapiteau de la catholicité. 
Possible qu'un pape, qu'un Conti (fùt-il 
I prénommé Lothaire), que Innocent Ul, au 
1 début du xiii" siècle, 500 ans après l'ap- 
parition des Pépin dans l'histoire, ait 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 20-28 Février 1915 



141 



142 



qualifié de Germain le Grand Empereur 
d'Occident. Sa parole n'est point d évan- 
gile ; son rapport, infaillible. Au surplus, 
on sait que l'Eglise, si clémente au géné- 
reux Pépin et à son fils, ne pardonna ja- 
mais à Charles Martel d'avoir « mobilisé >> 
les biens ecclésiastiques poi:r cette vic- 
toire de Poitiers ((ui sauvait la civilisa- 
tion et l'Eglise. 

L'Allemagne des Alemani n'a point, 
que je sache, revendiqué pour sien, Clovis 
ni le bon roi Dagobert. De quel droit re- 
vendiquerait-elle pour sienne la famille 
wallonne des Pépin ? 

Eloi Pépin. 



Le vieux Dieu allemand (LXXI, 5, 
gç). _ Selon nous, il ne s'agit pas d'O- 
din, c'est-à dire du < Vieux Dieu > de la 
race germanique, mais bien du Dieu des 
chrétiens. 

C'est par suite d'une traduction trop 
littérale et, du reste, très fantaisiste, de 
Unser aller Gott — car le mot alUinana 
n'y est pas — qu'on est arrivé, volontai- 
rement peut-être, à l'expression pedan- 
tesque de noire VUux Dieu allemand. 

Unser aller Gott signifie tout simple- 
ment Dieu de noi pères. C'est un germa- 
nisme pour un gallicisme. Unseï aller 
Go//, alors surtout qu'il n'y a aucune na- 
tionalité attribuée à la divinité, ne cons- 
titue pas davantage une allusion au dieu 
Odin adoré par les anciens Germains, que 
Dieu de tios pètes ne comporte une allusion 
au dieu adoré par les anciens Gau- 
lois. 

QUiEREMS. 



Les AUein nds, en 1871, ont-ils 
passé sous l'Arc de iriomphe, à 
Paris? (LX.X, 142 k)2 ; LXXI, is)- — 
On lit dans La Mérité sur U siège de Bitche, 
par le capitaine Mondelli, adjoint au 
commandant de la place (Berger-Levrault, 
1900) : 

7" mars II me fallut être témoin de la -, , • . - 

/ mars .. Il me 11 I r^ntr^e des i 11 avait, pour a quatrième fois, traverse 

consternation parisienne pour la rentrée aes j v .» m «voi., h 4 v,,>i^r„^rr an 

trouDïs ennenii.s d« l'Arc de Triomphe à la les lignes allemanJes, afin d intéresser au 

ôrcedeTa concorde c. que l'itat-major [ sort de Bitche le gouveinemen, provisoire. 

av."exIgi%ommn notre Vleur n'était { qui l'avait complètement omise dan. 1 arr,.s- 

pas suifisante ! Bien que ce spectacle tût i tice. 



écœurant pour tous les Français, je voulus 
voir . ( i) 

On apeiçoit des vedettes ennemies sur la 
place de la CcncorJe, précédant des pelotons 
qui fouillent les rues adjacentes aux Champs- 
Elysées pour protéger les colonpes engagées 
qui n'avancent qu'avec les plus grandes pré- 
cautions, tes Bavarois toujours en avant-garde. 
Elles prennent position sur les allées latéra- 
les et dans les divers immeubles. Palais de 
l'Industrie, Cirqua d'Eté, etc. Les cuiras- 
siers blancs sont sur les trottoirs du Palais 
de rinJustrie ; les Bavarois occupent la place 
de la Concorde qui est le term'nus Les sta- 
tues, autour ds la place, représentant les 
différentes villes de France - surtout celle de 
StraslîOu:g, — sont masquées de ciêpes 
noirs ; les drapeaux placés aux édifices sont 
également recouverts de crêpes; quelques 
maisons sont surmontées de drapeaux 
noirs. 

Toutes les boutiques sont fermées ainsi 
que les cafés; on lit sur les devantuies : 
ic Fermé pour cause de deuil national ». Il 
y a tiès peu de monde sur U place de la 
Concorde : personne ne s'arrête, du reste ; 
on ne fait que pjsser fiévreusement. J'éprou- 
vais comme un âpre besoin de tout voir, 
voulant tout consigner dans mes souvenirs. 
Des gamins préservent les abords des troupes 
de la curiosité des femmes de mauvais iloi, 
non seulement ils les huent, mais ils les 
pourchassent, et leur donnent la fesite. _ 

Les gardes nationaux armés sont de l'au- 
tre côté du pont (rive gauche), la garde ré- 
publicaine sst placée sur la rive droite, au 
pied du bltiment de l'Orangerie ; les esprits 
sont consternés, mais surexcités ; il ne fau- 
drait qu'une étincelle pour mettre le feu aux 
poudres, et les chassepots faillirent partir 
tout seuls, lorsqu'on vit un groupe d'offi- 
ciers allemands traverser le jardin des Tui- 
leries pour aller visiter le Louvre, exigence 
acceptée, mais inconnue jusque-la. Les gardes 
nationaux de la rive gauche huèrent ce 
groupe ; d'aucuns voulaient tirer, sous pré- 
texte qu'on avait promis que la place de la 
Concorde ne serait pas dépassée. On s'em- 
piessa de mettre de grandes toiles sur les 
grilles donnant sur le quai, pour qu'au re- 
tour, les officiers allemands fussent dissi- 
mulés. 

Le soir, j'y retournai : nos ennemis 
avaient plutôt l'air morne que conquérant ; 
un bourgeois alsacien interrogea un Bava- 
rois, qui lui répondit : « Je préférerais être 



N» 1415. Vol, LXXI. 

,45 

ailleurs qu'ici ». Le lendemain matin, ils re- 
partirent en prenant les mêmes précautions 
que la veille. 

Bien que le narrateur n'en dise mot, et 
justement de ce qu'il n'en dit mot, on peut 
conclure que les Allemands ne passèrent 
pas, du moins officiellement, sous l'Arc 

de Triomohe. Fagus. 

* 

• » 
Dans le journal toulonnais Le Petit 
Var, du mardi 26 janvier dernier, le 
distingué et tout récent bibliothécaire mu- 
nicipal écrit, sous son pseudonyme ha- 
bituel, aux Notules brèves : 

Les Allemands passèrent-ils sous l'Arc-de- 
Triomphe, lorsque le l"' mars 1871, ils en- 
trèrent dans Paris ? 

La question est simple et comme le fait 
n'est point un incident banal, il semble a 
priori très facile d'y répondre par « oui » 
ou <-. non » d'ajtant que quarante-quatre an- 
nées ne sont pas encore écoulées... — il 
l'en faut de trente-quatre jours I — et qu'il 
existe encore nombre de témoins oculaires 
de l'événement. 

Pourtant, on discute, fout comme il y a 
quinze ans on discuta et avec quelle passion ! 
su r la couleur de la moustache de Napo- 
léon 111 ! 

h' Intermédiaire des Chercheurs qui posa 
la question, a reçu, à ce sujet, de nombreuses 
communications pour la plupart fort docu- 
mentées. S'il en résulte très nettement que 
l'entrée des Allemands à Paris n'eut rien de 
sommun avec l'entrée triomphale de Napo- 
céon I'' à Berlin, après léna, il esta peu près 
impossible, par contre, d'en tirer la vérité 
vraie. 

Quelques régiments passèrent sous l'Atc- 
de-Tiiomphe ; les autres le « contournèrent », 
dit Samuel Denis dans le tome 111 de son 
Histoire Contemporaine. 

LArc-de-Trio[nplie est barricadé ; il ne 
sera pas dit que les Allemands auront défilé 
dessous, écrit le colonel de Ponchalou, té- 
moin oculaire. 

Les Allemands n'ont pas défilé en armes 
sous l'Arc-de-Triomphe, ils n'y sont passés 
qu'individuellement, dit un autre. 

Un quatrième témoin dit que le peloton 
d'avant-garde avait fait enlever la barricade 
et que le cortège put défiler librement sous 
la voûte historique. 

Enfin, M. Cottreau dit que les Allemands 
ne passèrent pas sous l'Arc-de-Triomphe 
lorsqu'ils entrèrent à Paris, mais qu'ils le 
traversèrent quand ils en sortirent... 

Alors ! concluez ! 

CommeTt diable, voulez-vous croire ce 
que Ion nous raconte sur Louis XIV, Char- 
lemagne, Jules César et Alexandre quand | 



L'INTERMEDIAIRE 



144 



nous ne sommes pas fichus de savoir exac- 
tement ce qui s'est passé chez nous il y a 
moins d'un demi-siècle ! 

Au fond, que les Allemands soient ou non 
passés sous l'Arc-de-Triomphe le i" mars 
1871, qu'ils y soient passés avec ou sans 
armes, tous ou en partie, en arrivant ou en 
partant... peu nous chaut. 

Pour U guerre ipi^-if, la question ne 
sera pas posée, n'est-ce pas? 

GWYNPLAINE. 

Gwynplaine , c\a\ est bon littérateur, re- 
lira sans doute, après ce petit accès d'hu- 
meur, avec profit le passage suivant des 
Frontières du cœur, p. 298. Cela le confir- 
mera dans son aimable scepticisme his- 
torique : 

Tandis qu'après une solennelle revue pas- 
sée à Long^hamps par le nouvel Enpereur, 
trente mille Allemands, délégués par les 
armées victorieuses, faisaient à Paris leur 
entrée, tandis que sous l'Arc-de-Triomphe 
passaient les dr.ipeaux déployés de l'Alle- 
magne, à l'aigre et sourde musique de ces 
tambours plats et de ces fifres dont le vieux 
grand-père était moit, l'Assemblée de Bor- 
deaux votait, avec une sorte de honte pré- 
cipitée, la ratification des préliminaires de 
la paix. 

Camille Pitollet. 



On lit dans le Courrier de ta Gironde, 
3 mars 1871 : 

Vers 10 heures, les derniers dragons, qui 
fermaient la marche, passaient sous l'Arc de 
l'Etoile. Quelques ijamins seulement les ont 
accompagnés jusqu'aux portes, en leur pro- 
diguant les huées et même les coups de 
pierre, la dernière colonne allemande avait 
détaché et brisé les chaînes qui défendaient 
l'accès de l'Arc de Triomphe, tandis que 
leurs officiers brandissaient leur épée nue et 
que les soldats poussaient de bruyants hou- 
ras. 

7 mars 1871. 

En passant sous '.'Arc de Triomphe, cha- 
que colonel faisait caracoler son cheval et 
agitait son sabre en guise de victoire. 
Quand tous les régiments furent passés, les 
ulhans, qui faisaient la haie autour de la 
place, se retirèrent, accompagnés par les sif- 
flets du peuple, pour former l'airièie-garde. 

F. Girard. 

Bismarck et l'annexioQ de l'Al- 
sace-Lorrane (LXXI, 6). — Les li- 
gnes qui suivent, tirées de l'ouvrage 
ayant pour titre : Histoire de la France 



DBS CHERCHEURS HT CURIEUX 



145 

Contemporaine (tome I, p. 99) Combet ç, 
rue Palatine, Paris, 1903, ne me parais- 
sent pas susceptibles d'apporter un bien 
grand éclaircissement à la question posée. 
Les voici cependant, telles que nous les 
trouvons dans l'ouvrage cité, de M. Ga- 
briel Hanotaux : 

Des déclarations officielles qui avaient 
suivi l'occupation de Strasbourg et celle de 
Metz, on pouvait conclure que le vainqueur 
entendait garder l'Alsace et la Lorraine. Ce- 
pendant, M. de Bismarck a dit lui-même, à 
plusieurs reprises, que son opinion n'était 
pas fixée. Plus tard, dans une conversation 
qu'il eut avec M. Crispi. il déclare encore 
que pendant longtemps, métce après Sedan, 
il n'avait pas d'idée arrêtée à proposer au roi 
et que le moment décide beaucoup dans ces 
choses là. 

Il parait certain, aujourd'hui, qu'immédia- 
tement après Sedan, M. de Bismarck était 
d'avis de ne pas faire avancer l'armée et de 
ne pas assiéger Paris. Il soutenait l'idée que 
les négociations pour la paix devaient être 
engagées avec l'Impératrice régente. 

M. Gabriel Hanotaux donne, à l'appui 
de l'opinion exprimée, la citation dans 
Bismarck démarqué p. 253, Cfr. L. Schnei- 
der, l'Empereur Guillaume, Souvenirs in- 
times (tome 11, p. 501). 

D' LOMIER. 

Accent et regard de Gui'laume II 

(LXX,i8o ;LXX1,54, 105). — Il y a quelque 
intérêt à rapprocher ce que dit du Kaiser 
Mmp Marguerite Durand, de ce qu'en 
écrit M. Gabriel Hanotaux dans son His- 
toire illustrée de la guerre de 1Ç14, p. 92 
et sq. Les deux portraits présentent de 
grandes analogies, mais je prie Mme Mar- 
guerite Durand de m'excuser si je lui dis 
franchement que, comme il est assez na- 
turel, l'image du redoutable souverain 
tracée par l'historien homme d'Etat a 
une plus grande allure que le portrait plus 
anecdotique donné par elle. M. Hanotaux 
appuie un peu plus sur certains côtés plu- 
tôt vulgaires de la tenue extérieure et note 
« une aflfectation de bonhomie, souvent 
pénible parce qu'elle ne parait pas sin- 
cère >. 11 me semble que notre collabora- 
trice est plutôt portée à tenir pour de 
bon aloi la bonhomie parfois joviale de 
Guillaume II. 

Et il n'y aucune incompatibilité entre 
cette gaité de l'homme privé et la dureté \ 
de l'empereur. 11 en était ainsi de Napo- < 



20-28 Février 191 5 
,46 

léon l'f, de Nicolas le' et de maints au- 
tres simples hommes d'Etat ou de guerre ; 
c'est le dédoublement très ordinaire de 
la nature humaine. Tel individu bon, 
affectueux et juste dans la vie piivée, in- 
capable de faire le moindre mal à autrui, 
« pas même à une mouche », selon une 
expression banale, sera dans l'exercice de 
son rôle public implacable, dur, féroce ; 
voyez maints révolutionnaires et fanati- 
ques. C'est, en vérité, une singulière 
perversion de l'idée de devoir et qui n'est 
pas faite pour donner une haute idée de 
la nature humaine. L'mtérêt, l'esprit de 
parti et de secte, l'orgueil du pouvoir, 
fait saillir au dehors l'être féroce que, 
bien avant Taine, Machiavel qui s'y con- 
naissait montre tapi en chacun de nous, 
et alors nous voyons. . . ce que nous 
voyons depuis six mois. 

H. C. M. 

Ce qu'on a dit des Allemands 

(LXX, 142, 195 ; LXXl, 21,57,106).— Les 
lansquenets, ces soldats soudoyers alle- 
mands qui servaient en corps dansles ar- 
mées étrangères et, notamment en France 
durant les xvi« et xvu' siècles, combattaient 
sous leurs insignes nationales et étaient 
commandés par des officiers de leur lan- 
gue. 

De l'Etoile raconte, dans son /o^/«aZ, 
que pendant le siège de Paris (1590), les 
lansquenets qui tenaient garnison dans la 
capitale commirent l'acte atroce d'égor- 
ger des enfants et de se nourrir de leur 
chair : 

Le 1 I août, je vis près de la croix Saint- 
Eustache, une pauvre femme qui mangeait 
la peau d'un chien, nous étions ensemble, 
mon frère iu Couldray et M. de Gland, qui 
le vit comme moi et me dit qu'il l'écrivait 
sur son registre. Finalement, la nécessité 
croissant, deux ou trois jours avant la levée 
du siège, les lansquenets, gens de soi barba- 
res et inhumains, mourant de mal rage de 
faim, commencèrent à chasser aux enfants 
comme aux chiens et en mangèren t trois : 
deux à l'hôtel Saint-Denis et un à l'hôtel de 
Palaiseau, et fut commis ce cruel et barbare 
acte dans l'enceinte des murailles de Paris, 
tant l'ire de Dieu était embrasée sur nos 
tètes. 

Ce que tenant du commencement pour une 
fjble pour ce qui me semblait que hoc erat 
,:lrocius vero, j'ai trouvé depuis que c'était 
vétitr, cotrfessé et témoigne par la propre 
bouche des lansquenets. De ce que j'éciis 



N» 1413. V6I. 



LXXI. 

- '47 



L'INTERMÊDÎAIRE 



.48 



fhes yeuN en ont vu une bonne J)artië, et le 
i-este m'a été testifié par des gens dignes de 
foi. 

Extrait du journal de l'Etoile^ par Ar- 
mand Brette. Armand Collin, éditeur, 
1906, pages 128 et 132. L. Capet. 

* 

* • 

Le général Nico'as Bercsenyi, qualifiait 
déjà en 3on temps la perfidie germanique 
par une stroplie qu3 chaque Hongrois 
sait par cœur et que voici : 

Ami ne te fie pas aux Allemands, 
N'importe ce qu'ils pourraient te dire. 
Même s'ils te donnaient un document 
De la rondeur de ton manteau... 
Et s'ils y posaient un cachet 
Gt-and comme la pleine lune. . . 
il n'y aurait aucune clause, 
Que Jésus-Ghrist ne condamnât ! 

L. G. 

« 

« La Prusse n'est pas un pays qui a une 
armée ; c'eatune armée qui a un pays ». 

Ce n'est pas, comme on pourrait le croire, 
un moraliste de chez nous qui a écrit cette 
phrase, mais un homme d'Etat hanovrien, 
qui s'appelait Rehberg. 

{Figaro). 

* * 

Je vécus non seulement des jours, mais 
des semaines entières avec les troupes alle- 
mandes, en 1870-7 I ,tant poury remplir les 
ttlissiohs dont je tus chargé, que pour dé- 
fendre les intérêts qui m'étaient confiés; 
plusieurs fois je faillis payer de ma vie 
les ordres que j'exécutais, les revendica- 
tions que je formulais. 

Néanmoins, je dois avouer que notam- 
ment : Dans la nuit du 8 au 9 février, 
entre Tarcenay et Ornans, pour y faire 
procéder aux élections (i) n'ayant pu 
avoir lieu à leur date fixée, par suite de 
l'occupation, je fus surpris de la facilité 
avec laquelle les chefs de poste, devant 
lesquels on m'arrêta, examinèrent et vi- 
sitèrent mes papiers, quand les conduc- 
teurs de la voiture que j'avais réquisi- 
tionnée, tremblaient de fra\eur par 
crainte d'être envoyés prisonniers Outre- 
Rhin. 

Le lendemain, lorsque je me présentai 
devant le général allemand, j'eus à subir 
les lazzi de son entourage, mais je dois 
dire qu'il fut courtois envers le modeste 
parlementaire que j'étais alors. 

(i) Voir Revue Franc-Comtoise, 1885. 



Au château de Lusans, où j'arrivais ^ 
pied de Besançon, lorsqu'un officier, à la 
tête d'un détachement d'infanterie, venait 
y prélever une « contribution de guerre » 
de 7 fr. par habitant, je voulus débattre 
avec lui l'impossibilité, pour ces pauvres 
gens, de verser cette somme à la suite des 
réquisitions fournies par eux aux armées 
de Cambrieîs et de Bourbaki, et m'offris 
en otage pour leur épargner cette charge, 
quand il me dit, même plaisamment ; 
« )'ai ordre, non d'emmener un prison- 
nier, mais d'emporter la somme de.., ; si 
elle ne m'est pas fournie bientôt, je ferai 
à regret flamber le pays, mais le château 
d'abord ». Ce fut argument décisif. 

Ace même château, où logèrent plu- 
sieurs jours les officiers du 47' régiment 
d'infanterie badois, et un escadron de ca- 
valerie, je pus, en en appelant au colonel 
qui était un homme de caractère doux et 
très poli, empêcher le pillage de la com- 
mune, divers incendies pouvant être oc- 
casionnés par les grands feux près des- 
quels se plaisaient à se chauffer les sol- 
dats ; puis des beuveries excessives qui 
sans nul doute auraient provoqué d'au- 
tres excès, etc. 

A Villers Grelot, le commandant de 
Pbce, informé que j'engageais les culti- 
vateurs à n'obtempérer aux réquisitions 
de ses troupes qu'en échange de bons es- 
timatifs des livraisons, régulièrement da- 
tés et signés, me fit amener d;vant lui. 
Des conversations allemandes que je ne 
comprenais pas furent suivies d'ordres 
donnés, de mouvements précipités d'un 
gradé inférieur et de ses soldats, il me 
parut qu'on avsit décidé de se débarrasser 
vite de moi, et je sortis les lettres du con- 
seiller général du canton ; les instructions 
dont j'étais porteur : on daigna les lire, 
puis on voulut bien me dire que j'étais 
libre. Dans ces quatre circonstances, je 
n'eus pas à me plaindre de ces officiers 
supérieurs. 

Les intérêts dont j'étais chargé, répar- 
tis sur des communes situées dans les 
cantons de Roulans et de Marchaux, me 
permirent d'avcir de nombreux et sérieux 
renseig.iements sur ce qui s'y passa. 11 y 
eut des violences, des excès, surtout à la 
suite de copieuses libations, (1) mais ils 
furent relativement peu nombreux et 



i 



(i) Quelques fusillés sans jugement. 



DES CaPRCHHUâS BT CURifi'J 



149 

h'eilrent jamais, à ma connaissance, le 
cara:tère d'atrocité, de barbarie, de sau- 
vagerie, qu'on lit dans les relations offi- 
cielles de ce qui s'est passé, au cours de 
la guerre actuelle, en Belgique et en 
France. 

Le soir du combat de Cussey-sur-l'OI- 
gnon, lorsque je parcourus le champ de 
bataille, avec feu le sénateur Oudes, et 
plusieurs infirmiers de Besançon, nous 
eûmes le triste spectacle de voir se réfu- 
gier, sous la protection des canons de la 
Place, quantité de malheureux pleurant, 
en emportant leurs eni'ants, ce qu'ils cher- 
chaient à saliver de chez eux ; nous 
vîmes des incendies allumés par les obus 
aux villages d'Auron-Dessus à Bonnay 
Devecey , etc. , ces derniers bombardés par 
les Allemands en vue de l'attaque de la 
crête de Chàtillon-le-Duc, qu'ils ne pu- 
rent occuper, le lendemain. 

I.-C.-A. P. 



Là prophétie des HobenzoU-rn 

(LXX:LXXl,iy8). — Ces questions de pro- 
phéties sont toujours intéressantes, et le 
goût du public s'y porte avec avidité. Tou 
tefois, on aimerait des précisions plus 
grandes, et des preuves, au moins histo- 
riques, que la prophétie a pour auteur 
quelqu'un capable de la donner. Mais ce 
qu'il V a de plus difficile à obtenir, c'est 
la date exacte à laquelle une prophétie 
donnée a été publiée pour la première fois. 
11 ne suffit point de dire qu'elle se trouve 
dans un vieux manuscrit de telle biblio- 
thèque, on oublie de donner la cote ; il 
faut démontrer qu'elle a été dans le do- 
maine public avant les événements qu'elle 
raconte. 

L'article que vient de publier Vlntet'- 
médiaire appelle quelques demandes et 
suggère quelques remarques. 

je désirerais d'abord savoir s'il y a une 
différence entre la prophétie du moine 
Hermannet celle dite de Mayence. La ré- 
daction de l'article laisse planer un doute 
sur l'apparentement, ou non, de ces deux 
prophéties. 

En second lieu, on dit que la prophétie 
de .Mayence aur.iit été publiée d'une fa- 
çon fragmentaire à Strasbourg en 1854; 
maison ne dit pas dans quel ouvrage, 



ïo-98 Février l<jiÇ. 

,50 

et cependant il serait facile de complète'" 
l'Information, et surtout de préciser léS 
fragments cités, né serait-ce que pouf 
prendre date. 

En troisième lieil, j'aimerais à savoir ce 
qui se cache sous les poirtts qui rempla- 
cent une partie du texte omis. 

Et enfin, car en fait de précisions on 
ne saurait trop en demander, si mes sou- 
venirs sont exacts, X Intransigeant qui a 
publié cette prophétie, au moins partielle- 
ment en octobre dernier, donnait un texte 
plus flou, moins précis. Par exemple, il 
ne parlait pas des sept nations en pré- 
sence, car la Turquie ne s'était pas encore 
déclarée. Cette variante laisserait suppo- 
ser que la prophétie aurait été remaniée 
et amplifiée au fur et à mesute que se pro- 
duisaient les événements qu'elle était 
censé prédire. 

Maintenant deux remarques, l'une gé- 
nérale, l'autre particulière. La première 
est que la littérature prophétique ne pré- 
sente jamais la précision que nous donne 
la prophétie de Mayence. Vfaies ou fausses, 
ces prophéties obéissent à certaines lois 
dont elles ne s'écartent point. Elles enve- 
loppent l'avenir d'un voile mystérieux, 
estompent les événements, et ne citerit 
jamais les noms des personnages qu'elles 
mettent en scène. C'est la grande diffé- 
rence entre la prophétie et l'histoire. Or, 
ici on précise : Napoléon III, Guillaume IJ, 
toutes choses qui, dans ce genre particu- 
lier de littérature, semblent indiquer l'Ih- 
terpolation ou la fausseté. 

Une autre remarque a trait à la plairie 

du Bouleau, en Wesphalie. Ici la prophé- 

i tie de Mayence reproduit une vieille pro- 

I phétie attribuée au P. Necktou, Jésuite, 

I qui l'aurait publiée vers 1640. mais en 

! tout cas, car on n'est pas tenu de croire 

î ces affirmations sans preuves, a été éditée 

dans un petit volume in-i6 qui porte la 

date de 1846. Bien que récente, c'est au 

■ moins une date sûre à partir de laquelle 
.; on peut tabler. 

■ Me permettra-t-on de finir par un trait 
; personnel? 11 montre qu'une prophétie qui 
' s'est réalisée dans deux de ses parties peut 
1 très bien ne pas se réaliser dans la troi- 
\ sième et que l'accomplissement partiel du 
' passé n'est point un garant de l'accom- 
j plissement futur. 



N- 1413. Vol. LXXI, 



L'INTERMÉDIAIRE 



>5i 



152 



■) En octobre 1900, un évêque français 
me disait qu'une pieuse personne de son 
diocèse, favorisée de révélations célestes, 
lui avait dit que la première année du 
siècle mourraient un roi, un président de 
république et le Pape. Je pris note de la 
chose, parce :iu'elle était précise, et atten- 
dis patiemment les événements. 

A la fin de janvier 1901 mourait la 
reine d'Angleterre qui était vraiment un 
roi. Je pensai alors que le tour de M. 
Loubet allait arriver, et je me trompais, 
mais au mois de juin, Mac Kinley tombait 
a New-York sous le poignard d'un assas- 
sin, j'aurais alors parié que Léon XIII 
mourrait la même année, et il n'est mort 
que deux ans plus tard. 

En ces sortes de choses, il faut faire sien 
le texte de i'apôtre saint Jean. «Eprou- 
vez tout et retenez ce qui est bon ». Et je 
crois bien qu'en fait de prophéties on 
n'aura pas grand'chose à retenir. 

D-- A. B. 

La force prime le droit (LXX, 59, 
IQ2 ; LXXI, 2î). — Bismarck n'a jamais 
dit, comme on le répète généralement, 
que t la force prime le droit >\ mais bien 
que < la force crée le droit». C'est ce que 
rappelait dernièrement M. Paul Bourget, 
dans un de ses remarquables articles de 
l'Echo de Paris, intitulé : « le Droit et la 
Force». Rappelant ce que le Prince de 
Bulow a écrit dans son livre : la Politique 
allemande : 

Une civilisation supérieure a de tout 
temps conféré un droit politique, etc. 

M. Bourget ajoute : 

Vous voyez poindrela thèse bismarckienne, 
non pas que la force prime le droit, comme 
on l'a dit inexdctement, m lis que la force 
fait le droit, qu'elle le crée, parce qu'elle 
représente une culture supérieure. 

J. W. 

Culture, kultur (LXX, 142, 193; 
LXXI, 67). — La définition de la Kultur 
a été donnée par le D'' Oswald : la Kultur 
est tout simplement l'esprit d'organisa- 
tion. C'est pourquoi elle s'applique au 
mal autant qu'au bien ; et nous voyons la 
férocité et l'assassinat organisés au même 
titre que les œuvres charitables ou la ré- 
clame commerciale 

Toutefois les Pédants germains ne sont 



pas tous aussi sincères et aussi nets. Voici 
ce qu'on lit dans le journal des Débats 
daté du 27 janvier : 

Dans un article sur « l'impopularité de 
l'Allemagne », le professeur Rein, de 
l'Université de Vienne, définit ainsi la 
Kultur : 

Nous autres Allemands, nous savons dis- 
tinguer la différence qu'il y a entre les mots 
Civilisation et Kultur. Par civilisation, nous 
entendons l'oeuvre qui embrasse le contrôle 
de la nature dans l'élévation et la perfection 
des conditions extérieures de la vie. Par la 
Kultur, nous comorenons les efforts dirigés 
vers l'organisation de la vie d'un peuple, où 
l'on doit arriver à réaliser les idéals les plus 
Élevés de religion et de morale, d'art et de 
science. Ici la volonté de l'homme est di- 
rigée vers les problèmes les plus ardus et les 
plus abscons du genre humain. Une race qui 
se contenterait tout bonnement de la civili- 
sation serait indigne d'être considérée comme 
une race de kultur. Dans le domaine intel- 
lectuel, les Allemands ont acquis depuis 
longtemps la maîtrise, et l'humanité a tiré 
un grand profit des découvertes des cerveaux 
germaniques. La supériorité ainsi établie 
par les faits est, paraît-il, intolérable à bien 
des peuples ; et c'est là qu'a pris naissance 
cette aversion des faibles pour le fort. 

je crois que la pauvre Belgique et nos 
malheureuses provinces du Nord eussent 
préféré que les Allemands s'en tinssent 
« tout bonnement » à la Civilisation. 

A. P. L. 



Notre'confrère Ibère me paraît avoir 
raison. Toutes les fois qu'on rencontre en 
allemand Culiur geschichte, on traduit 
par Histoire de la Civilisation, qu'il s'a- 
gisse de l'Italie au temps de la Renais- 
sance (Burckhardt), ou de l'Or ent sous 
les Caliphes de Bagdad (von Kriimer). 
Cette Culture représente alors toute la vie 
du peuple, idées, coutumes, mœurs, 
) tandis que Sittengeschichte se rapporterait 
plus spécifiquement à ces dernières. Pour 
l'Allemagne, la Culture signifierait ainsi 
les idées fumeuses des philosophes, les 
méthodes de laboiatoire, les règlements 
administratifs pour entretenir les pauvres 
et contenir les chie is. le pas de parade 
(les Anglais disent le »< pas d'oie ») des 
militaires, les soldats de plomb de Nurem- 
berg, les diverses variétés de bière et les 
no'iibreuses formes de saucisses 

Chez nous, au contraire, la culture 



DES CHERCHEURS KT CURIEUX 



'53 



prend un sens plus restreint. M. de Lan- 
zac de Laborie semble proposer à sa place 
le mot science : « Car il faut espérer >», 
déclaretil, « que la présente guerre aura 
pour effet de reléguer le mot culture 
dans le vocabulaire agricole et potager 
qui est son domaine propre et exclusif, en 
l.mgue Irançaise tout au moins ». {Corres- 
pondant , lonov. 1914 ',439-40). — Pour- 
quoi vraiment ? On dit en très bon fran- 
çais un " esprit inculte », une « intelli- 
gence en friche ». Est ce que nous n'a- 
vons pas le Jardin Jes Rncines Grec- 
ques ? Je me souviens d'un collège possé 
dant une salle de spectacle, dont la scène 
portait la devise Labar improbus omnia 
vincit : Libor, c'est t labour » pour le 
paysan. <■ labeur >«pour l'intellectuel, mais 
c'était la même racine — encore ! — et la 
même pensée, bien connue, offerte à tous 
sans distinction de carrière future, — à la 
condition de ne pas traduire comme l'un 
des élèves : « Avec de l'improbité, l'on 
arrive à tout ! » — Non ; l'Allemand 
peut être savantissime, nous ne le pren- 
drons plus pour un homme cultivé. 

Je doute qu'on puisse davantage rem- 
placer le mot culture par celui d'éduca- 
tion. Le Roi Edouard VII, fort intelligent 
diplomate, avait été parfaitement élevé. 11 
n'est besoin que de lire les instructions 
minutieuses rédigées par la Reine Victoria 
et le Prince Consort, pour les jeunes gens 
de son entourage, et les lettres qu'on lui 
adressait à lui-même, où tout est prévu, 
depuis la façon de s'habiller, les jeux de 
cartes, l'attitude envers les inférieurs, 
jusqu'au chapitre religieux de la commu 
nion, pour savoir que son « éducation > 
ne laissait rien à désirer. Cependant, ce 
ne fbt pas un homme cultivé, l'instruc 
tion trop sèche qu'il avait reçue l'ayant 
détourné des livres. 

A nos ytux, l'homme cultivé est celui 
pour qui lien n'est étranger des choses de 
l'intelligence, arts, sciences, littératures, 
théâtres, voyages, un peu aussi monda- 
nités. 11 a des clartés de tout et des opi- 
nions discrètes, que son étendue d'esprit 
peut rendre même utiles aux spécialistes 
trop confinés. C'est un personnage rare, 
presque de luxe. ..car il y faut, outre l'ins- 
truction naturelle, du goût, du tact, des 
loisirs et de la fortune : ajoutez le sens 
pratique, mais non pas nécessairement la 



30-28 Février 191Ç 
■ Ï54 

vertu ni l'idéalisme, — le ne quid nimis 
est sa mesure. 

Certains Allemands ont essayé de dis- 
tinguer, comme nous, entre la culture et 
la civilisation. Houston Stewart Chamber- 
lain, le gendre de Wagner, Viennois 
d'adoption, dont le Kayser s'assimile les 
œuvres, proteste qu' « il y a une civilisa- 
tion chinoise, mais non une française ou 
une allemande : » — c'est le point. — 
Et cet enfant terrible de Nictzche note avec 
dédain : « Partout où r.\llemagne s'étend, 
elle ctoutTe la Culture y. 11 va même jus- 
qu'à soutenir qu" « en Allemagne la con- 
ception nette de la Culture est perdue ». 
Il se peut. Précisément, un pamphlet 
anonyme très apprécié de l'Empereur — il 
en a offert un exemplaire à M Roosevelt, 

considère que l'Angleterre possède une 
culture supérieure à l'Allemagne, < non 
seulement dans sa politique et son mou- 
vement d'art, mais encore plus caractérisé 
dans ses méthodes d'instruction, ses 
sports, son élevage, son architecture do- 
mestique, ses meubles, bref dans toute 
l'ossature de sa vie journalière >< [Quar- 
terly Review, décembre 1Q14 ; p. 49 — 
Léon Daudet. Il parait bien ici que le 
Kayser, quand il ne se surveille pas, pense 
comme nous sur cette grave et tapageuse 
question de la Culture germaine. Correi- 
pondant, 10 janvier 1915 ; 127). 

Donc, quand l'Allemand s'etîorce d'é- 
tendre sa culture d'un pôle à l'autre, il 
veut imposer une sorte de caporalisme 
civil, appuyé sur des théories à la fois 
ingénues et prétentieuses pour faire le 
bonheur des peuples malgré eux. « Le 
Prussianisme », disait Bismarck, « res- 
semble au gilet de flanelle, désagréable 
et qui gratte au premier abord, mais cela 
tient le corps chaudement et colle à la 
peau ». (Qujrterly, p. 45). — Est-ce 
que, d'aventure, la tunique de Nessus 
était une robe de tlanelle, fabriquée chez 
lui ? 

En résumé, d'après Schopenhauer, 
»( l'homme est un Carnivore, auquel la 
civilisation met une muselière pour lui 
donner l'air d'un herbivore». L'Allema- 
gne prétend être la grande fabrique de 
muselières, et qu'il n'en est de bonnes que 
Iliade in Germanv. Mais, à la façon dont 
elle donne de la dent, nous voyons trop 
que sa propre muselière est ii. suffisante, 
et qu'elle la dépose comme une jolie fem- 



N» 1413. Vol, LXXI. 

15, 

me son masque de velours en rentrant du 
bal costumé, si bien que le seul moyen de 
vivre en paix avec elle sera de la descen- 
dre dans la fosse aux ouri. 

Britannicus. 

Papier monnaie et monnaies de 
néce-sité pendant la guerre d^i 
1914 (LXXI, 42). — De la Petite Gi- 
ronde du dimanche 31 janvier I915, à la 
chronique de la Haute-Garonne : 

Toulouse 

La Chambre de commerce a décidé de 
porter à un million l'émission de papier- 
monnaie de 50 centimes el de 1 franc. Elle 
examine les moyens de remédier par l'apport 
de pièces de 5 centimes et de 10 centimes à 
l'insuffisance de la monnaie de billon cons- 
tatée dans sa circonscription, 

Camille Pitollbt. 

* • 

Chambre de commerce d'Alger (Déli- 
bération du 5 septembre 1914). 

Un million en coupures de 1 fr. échan- 
geables contre des billets de la banque de 

l'Algérie. 

* 

La chambre de commerce de Toulouse 
et l'Union des chambres de commerce 
du Tarn ont émis des coupures de 1 fr. et 
de o fr. 50. 

ECUODNOF. 

* 

* • 
A ajouter à la liste des chambres de 

commerce ayant émis des coupures de 
2 fr., I fr., o fr. 50 celles de Toulouse, 
de Carcassonne ; ces dernières reprodui- 
sent au dos la fameuse cité. 

ROAN. 

» * 

A la première liste donnée par Vlntei- 
médiaire du 20-50 janvier, des Communes, 
Chambres de Commerce ou autres qui 
ont émis du papier-monnaie pendant la 
guerre actuelle, il doit être ajouté à ma 
connaissance : 

Belgique : 2 fr. (27 août 1914). 

Bergerac : Coupures de o fr. 150. 

Ville et Chambre de Commerce du 
Havre : Coupure* de 2 et 1 fr. 

Lyon : Coupures de 1 fr. seulement. 

Mont-de Marsan : Coupures de i fr. 
seulement. 

Périgueux : Coupures de 2 fr., i fr., 
o fr. 50. 

Th. Laberves. 



L'INTERMEDIAIRE 



156 



|e connais : 

Chambre de Commerce d'Agen : Cou- 
pure de 2 francs. (Emission du 5 no- 
vembre 1914). 

Chambre de Commerce de Calais : 
Coupure d'un franc. (Délibération du 22 
août 1914). 

Chambre de Commerce ie Limoges : 
coupure de 2 francs. (Emission du 17 
août 1914). 

Octave Beuve. 



Je possède une coupure de un franc 
émise par la Chambre de Commerce 
de Béziers. C'est un petit billet bleu, 
encadré de rouge. Au verso, bleu enca- 
dré de noir, un raisin, avec cette men- 
tion : 

Ce billet devra être présenté au rembour- 
sement avaijt le le' octobre «919, sauf déci- 
sion prorogeant ce délai. 

Paul Ginistv. 

* 
» * 

La' Chambre de Commerce de Cler- 
mont-Ferrand a émis des coupures de 
2 francs et de i franc. Ces papiers ont été 
retirés au mois de décembre. 

La Chambre de Commerce de Marseille 
a émis des coupures de 2 et i fr., ainsi 
que de o fr. 50 cent. 

Je crois que celle de Lyon a fait la 
même chose ? 

Baron du Roure de Paulin. 



Mon fils, qui fait partie du groupe de 
T. S. F. affecté à l'Etat-Major du gé- 
néral d'Urbal, en Belgique , m'a fait 
oarvenir tout dernièrement deux cou- 
pures de papier-monnaie émises en rai- 
son de la guerre actuelle. La pre- 
mière de ces coupures es^ un billet de 
I franc de la série émise par la Banque 
d'Emission de Lille. 

Le dessin de ce papier-monnaie, dans 
lequel figurent quatre petits amours, 
affecte une forme ovale qui rappelle les 
billets de la Banque de France. 

L'autre est moins intéressant : c'est 
une coupure de 25 centimes de la Com- 
pagnie des Mines de Vicoigne et de 
Nœux (Pas-de-Calais.) 

L. Capet. 



aux 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 2o-a8 Février 1915. 
,,8 



L'in'^emnité aux victi.aes de la 
guerre (LXX, 140; LXXI, 20, 57). — Mon 
père, en 1870, eut à (otirnir en quantités 
assez grandes, avoine, foin, paille, etc., que 
les Prussiens venaient prendre sur place, 
envoyés souvent par la municipalité, sans 
réquisition régulière. L'Etat pa3'a, en 
1872 et 1875, environ ',8 0/0 des mar- 
chandises : la commune fut condamnée, à 
la suite d'un procès intenté par trois cul- 
tivateurs, dont mon père, et qui dura jus- 
qu'en 1876, à en payer environ 43 o'o. 

Il n'y avait eu ni pillage, ni incendie, 
ni méfaits contre les personnes, sauf h 
contrainte. 

Le paiement par la commune eut lieu 
en 1880. Sglpn. 

Le pantalon rouge (LXX ; LXXI , 50, 
105). — Une des raisons qui ont motivé la 
continuation de cette couleur, malgré les 
défauts qu'elle présentait à cause de sa 
grande visibilité à distance, était qu'elle 
permettait d'utiliser la culture de la ga- 
rance, dont la Provence s'était fait une 
spécialité. Mais quand les Allemands, je 
crois, eurent inventé le procédé chi- 
mique qui permet d'obtenir la même 
couleur sans recourir à la plante qui la 
produisait, le motif mis en avant pour 
conserver la couleur rouge n'existait plus, 
le ministère ds la guerre recourut aj 
nouveau procédé et les champs de ga- 
rance furent attribués à d'autres cultures. 
Alors quelles furent les raisons qui firent 
persévérer !e ministère de la guerre dans 
la continuation de l'ervploi de cette cou- 
leur? Nombreux furent, il y a une ving- 
taine d'années, les articles des journaux 
de Paris démontrant le danger auquel, 
en cas de guerre, la couleur voyante de 
la garance exposait nos fantassins. Mais 
malgré ces critiques, qui étaient très 
fondées, c'est aujourd'hui reconnu par 
tous, le ministère de la guerre a persévéré 
dans l'emploi de cette couleur. Je sais 
qu'à cette époque on a parlé du respect 
de la tradition du troupier, on disait que 
le fantassin, privé de cette couleur, n'au- 
rait plus le même entrain et se trouverait 
dépossédé d'un des charmes de son exis- 
tence auprès de la population féminine. 
Ce ne sont pas des raisons, et il doit y 
avoir autre chose. 

C'est précisément cette autre chose que 
je désirerais connaître, s'il se peut. 

HiCKSE. 



Sur le front (LXXI, 43, us)- — L'ex- 
pression n'est pas seulement du temps de 
guerre. On conte souvent, après une re- 
vue, que le général est passé sur le front 
des troupes avant de les faire défiler. 

Li Décret du 28 décembre 188^ portant 
règlement sur le service inlirieur des 
troupes de l' Artillerie et du Train des équi- 
pages militaires, art. 299, dit : « Après 
avoir passé devant le front du régiment .. 
etc. ». Ce n'est certainement ni le pre- 
mier, ni le plus ancien document qui 
parle du front des troupes. 

Le « Front de bandière » doit être aussi 
vieux que les bandes armées, elles- 
mêmes... et bien antérieur au Trans- 
vaal. 

Sglpn. 

Les Poilus (LXX. 181). - Non, l'ex- 
pression n'est pas nouvelle, et ce n'est 
pas de quelques années qu'elle date. 

Dans Le Médecin Je Campagne de Bal- 
zac, je lis (page 80 du 2° vol. de l'édition 
en 4 vol. chez Werdet à Paris, datée de 
.834) : 

Le général Eblé, sous les ordres duquel 
étaient les pontonniers, n'a pu en trouver 
que quarante-deux assez poilu.s pour entre- 
prendre cet ouvrage-là. 

(U s'agit d'un des pontonniers de la 
Bérézina ayant contribué à construire le 
pont sur lequel a passé l'armée). 

H. Maurel. 

Crapouillots iLXXl, 45, 115). — 
* ...engins ennemis ». Pas nécessairement, 
ce me semble : dès le début de mon congé 
d'artilleur, j'entendis nommer ainsi nos 
vieux mortiers en bronze de 15,22,27, 
3.! ; et je crus toujours que c'était simple- 
ment un sobriijuet dû à ce que ces véné- 
rables bouches à feu ont une attitude ana- 
logue à celle du crapaud assis. Je n'en ai 
jamais cherché plus. 

Sglpn. 

• • 
Crapouillot, de même que crapoussin, 
est un diminutif de crapaud, et comme il 
éveille par sa désinence une idée de 
grouillement, il s'applique volontiers aux 
escouades de très petits gamins qu'on 
voit s'agiter aux carrefours ou dans la 
cour des écoles. Nul n'ignore d'ailleurs 
que dans le style familier, les jeunes ci- 
toyens sont fréquemment appelés cra- 
pauds par leurs grands-papas. 



N» 1413. Vol. LXXI. 



L'INTERMEDIAIRE 



159 



Passons maintenant à l'artillerie. Les 
obusiers et les mortiers, par leur forme 
trapue et leur attitude, offrent avec le cra- 
paud une ressemblance qui ne peut échap- 
per aux yeux les moins observateurs. Ils 
complètent même cette similitude du 
geste, dès qu'on les fait entrer en action. 
Un mortier, c'est un crapaud de métal, 
prêt à sauter. 

Et il se peut, tout diminutif infligeant 
au mot qu'il modifie un amoindrissement, 
que nos braves poilus, avec une nuance 
de mépris, assignent spécialement le nom 
de « crapouillots » aux engins ennemis. 
George Auriol. 

Le mot boche (LXX;LXXI, 25,68).— 
On peut lire dans le Dictionnaire d'aigot 
fin de siècle, par Charles Virmaitre (Paris, 
Charles, 1894) : 

Boche : Allemand (argot du peuple). 

Alboche : Allemand. — Autrefois les ou- 
vriers disaient boche, pour qualifier un lour- 
deau. Al a été ajouté pour désigner les Alle- 
mands en général (argot do peuple). 

L'auteur donne cette expression comme 
« nouvelle >>. En effet, elle ne se trouve 
pas dans les Dictionnaires de Lorédan 
Larchey et d'Alfred Delvau. 

Pierre. 

* 

Oserai je dire que l'explic.ition du très 
érudit L. Sainéan ne me satisfait pas aussi 
complètement qu'elle satisfait le journal Le 
Temps? y ose. Boche ne ma parait pas être 
« la forme abrégée » de caboche, vieux 
mot dont se sert Mathurin Régnier, et 
qui veut dire : tête, simplement (caboche, 
caput). Ou plutôt caboche signifie parfois 
esprit, intelligence (précisément ce dont 
manquent les Boches, selon l'ironie du 
terme argotique !) « On dit tête de bodie 
pour tête dure y, déclare L. Sainéan. 
D'accord ! Mais pourquoi boche = dur ? 
Voilà la question ! J'estime la résoudre par 
l'explication que j'ai indiquée àmon vieux 
condisciple Cap, et suivant laquelle 
boche = bois. 

Non qu'il faille invoquer le hol:^ alle- 
mand, comme, timidement, le fait l'in- 
termédiairiste Gustave Fustier ! 11 suffit 
d'invoquer l'étymologie même de bois. 
D'où vient bois? Du bas-latin boscum, 
buscum, dont le radical se retrouve dans 
le français bosquet, bocage, dans le pro- 
vençal bosc, dans l'italien bosco, boscbetto. 



160 
Bosch 



dans le flamand Bosch (La chronique 
belge du Petit Parisien, à propos des 
opérations en Argonne, imprime quoti- 
diennement : « Bosch Le Prestre, Bosch 
van Grurie. » « Et tenez ! 11 y a au Musée 
d'Anvers (si les Boches ne l'ont pas fait 
filer à Munich ou à Berlin !) une Tentation 
de St-. Antoine d'un maîlre hollandais qui 
s'appelle... Bjsch. On l'appelle ainsi, mais 
en réalité il s'appelait Van Aeken. 11 reçut 
le surnom de Bosch parce que né à BoisAe- 
Duc HtTiogenbosch. C'est clair (j'allais 
dire comme de l'eau de... Boche). Tète 
de boche signifie indubitablement : tête 
de èoij,etjene suis nullement surpris que 
Gustave Fustier ait entendu l'expression : 
tête de hol^, hol{ étant la traduction alle- 
mande (moderne) de bois, sive hnsch {bos- 
cum, bosc, bosco, etc). Mais je serais fort 
surpris si l'éminent philologue de l'Insti- 
tut et du Moulin à Sel, Antoine Thomas, 
émettait sur la question un avis contraire 
à celui que je me permets d'émettre sans 
l'avoir consulté. 

Notez qu'en français on traite de bû- 
ches les gens qui ont l'esprit lourd, la tête 
dure ! Or le mot bùcbe a la même origine 
que le mot bois. 

LÉON DUROCHER. 

* 
• « 

Indépendamment des sinistres gredins 
qui occupent le territoire envahi pour quel- 
que temps encore, il doit y avoir en France 
toute une catégorie de Boches qui, pour 
n'être pas originaires de Bochie, n'en 
sont pas moins des Boches, sinon de 
cœur, du moins de nom. 

Ce sont des gens fort gênés, à cette 
heure, que ceux auquels le qualificatif 
sert de patronymique. 

Je ne connais portant ce nom que le 
digne concierge de 1' « Assommoir » dont 
Zola nois a fait un type assez cocasse, 
mais il doit y en avoir d'autres comme il 
y a des Lallemand ou des Lallemagne qui 
sont comme eux d'excellents Français. 
Loredan Larchey, dans son « Dictionnaire 
des noms contenant la recherche étymolo- 
gique de 20.200 noms relevés sur les an- 
nuaires de Paris >\ a garde de laisser pas- 
ser ce nom propre et son dérivé Bochet : 

Boche: 1° Bois, bouche, bosse (oïl). 
2° bouc (boch, Bretagne). 
dit-il, assez succinctement, du reste. 

Ces bochss vont-ils envahir et assiéger 
le Conseil d'Etat ? Champvolant. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



i6i 



D'où vient « chandail » ? (LXIX ; 
LXX. 75). — Ouvrez les dictionnaires, 
pas de c chandail », Donc, le mot n'est : 
pas « français ». Quelle plaisanterie ! Il 
l'est, et tellement, que l'on a décidé 
qu'au pluriel, il ne ferait pas « chan- 
daulx > ! 

Quand a donc commencé à s'insinuer 
dans notre idiome cet intrus ? Il faudrait 
rechercher dans les catalogues de bonnete- 
rie. L'on y trouverait peut-être que, vers 
1890-1891 — soit donc à l'âge héroïq.,,e ' 
du « vélocipède >■•, — l'on se mit à l'em- 
ployer, pour désigner le maillot de corps, 
en laine épaisse, du cycliste. Et c'était i 
bien l'objet qui s'envoie aujourd'hui sur j 
le front, par centaines de mille. ■ 

Mais ni les bonnetiers, ni les étymolo- 
gistes de profession ne sauraient dire 
d'où vient ce mot. Peut-être qu'un éty- 
mologiste plus fin risquerait une origine 
« anglaise ». Laquelle ? Un « hosier » 
britannique a toujours entendu dire 
« chandail > . C'est tout. H ignore, 
comme vous et moi, si c'est correct. Et 
aucun dictionnaire anglais n"a « chan 
dail », Allons, un peu de courage ! Le 
vocable est chinois. 

l'en appelle au « changhai » des bra- 
ves gens. 

C. PlTOLLET, 

Caviar, caviar dé, censure (LXXl, 
46). — Il y a des années, à l'époque des 
attentats nihilistes, on disait couramment, 
en France, que les journaux russes ou 
étrangers étaient passés au caviar. L'ex- 
pression ne date donc pas, en France, de 
la présente guerre. Depuis !e mot de l'un 
de nos plus illustres humoristes, nous di- 
sons maintenant que la censure est deve- 
nue la succursale de la grande maison 
de... Blancs. Roan 

» « 
Je crois que caviar et caviarder au sens 

de censure, censurer, sont contemporains 

de cette guerre. 

£n 1886, c<i II /ar était un terme boule- 
vardier, né sans doute dans un restau- 
rant à la mode et qui avait la prétention 
de détrôner K 7a;/, Pschutt et Bécarre, 
tous vocables aussi idiots d'ailleurs et 
synonymes d'élégant, de chic. Comme 
ces aînés, caviar n'eut pas de succès et 
mourut en bas âge. 

Un journal parisien, le Ruv-Blas, qui 



2o-a8 Février 1915, 
162 '. 

a souvent maille à partir avec Anastasie, 
se propose, après la guerre, de recueillir, 
dans un numéro spécial, tous les articles 
caviardés dans ses colonnes ; ce recueil 
ne manquera point d'un certain piquant. 
Gustave Fustier. 

Ohé ! les Autrichiens! (LXX, 142 ; 
LXXI, 39) — Lapsus ou coquille. LXXI, 
39, à la fin du 1"' couplet lire : 

« Oh ! [sic]! les Autrichiens, et;. » 
Autrement, le [sicj n'a pas de raison 
d'être, et, dans mon texte, à ce couplet, il 
manque bien v< é ». 

Sglpn. 

L'oriflamme de Saint-Denis (LXX, 

4.) — Dans le numéro de \' Intermediaiie 
du 10 juillet dernier, on demandait si la 
reconstitution de loriflamme, qui fut 
montrée le 4 juin 1914, aux fêtes de la 
Basilique de Saint-Denys, était parfaite- 
ment exacte. 

Les graves événements qui se sont 
passés depuis nous ont empêchés de ré- 
pondre plus tôt, nous espérons toutefois 
que notre réponse, bien que tardive, re- 
cevra bon accueil. 

On a pu voir cette reconstitution de 
l'antique oriflamme de Saint-Denis dans 
le numéro de V Illustration qui donna les 
photographies de la cérémonie du 4 juin 
à la Basilique de Saint-Denys, 

Le programme lui-même des fêtes nous 
en fait cette description ; 

La couleur rouge, la croix blanche, les 
flammes d 01 signifiaient la puissaiice donnée 
à la France, et les sacrifices des héros de notre 
pays toujours prompts à verser leur sang ; la 
lumière protectrice et de ban augure que la 
croix lep md sur la patrie, les prières ardentes 
des saints de Frar.ce : tacidis que la couleur 
verte des glands démoiitiait l'inviolable es 
pérance du Roi, des guerriers et du peuple. 

L'oriflamme qui a été montrée le 4 juin 
est une grande bannière de soie rouge à 
glands verts, portant brodés une croix 
blanche et parsemée de flammes d'or. 

Cette oriflamme, ainsi reconstituée, ne 
ressemble en rien à l'antique oriflamme. 
Les auteurs de cette reconstitution, la 
partie historique du programme le prouve, 
ont fait une confusion évidente entre trois 
étendards fort différents lun de l'autre : 
le Labarum de Constantin, VétenJard de 
Charlemagne, empereur d'Occident, et 
l'oriflamme de Saint-Denis, 



N» 1413. Vrt, LXXI. 

,6) 

Le labarum que Constantin donna à 
ses troupes, après sa victoire du pont 
Milvius, se composait : * d'une pique 
portant à son sommet une couronne d'or 
dans laquelle était le monogramme du 
Christ. Au-dessous de la couronne, était 
attaché un voile de soie rouge, sur lequel 
étaient tissés les portraits de l'empereur 
ei de ses deux fils ». 

De l'étendard de Charlamagne, qui le 
premier porta le nom d'oriflamme, la plus 
ancienne représentation nous est offerte 
par les deux mosaïques du Triclinium de 
Saint-Jean de Latran (ix' siècle). 

La r' nous montre Charlemagne rece- 
vant des mains de saint Pierre une kin- 
nière verte, dont la hampe se termine en 
fer de lance. C'est l'étendard de la ville 
de Rome et des Papes. 

La 2' représente le même Charlemagne 
recevant des mains du Christ une bannière 
rouge, dont la hampe est surmontée d'une 
croix. Les deux bannières portent sur 
l'étofFe des roses brodées en or. 

L'auteur de la Chanson de Roland 
donne à cet étendard le nom d'Oriflamme, 
et le cri de guerre qui l'accompagne est 
îdontjoye. 

Puis sunt muntet, la bataille demandent, 
Munjoie escrient. Od els est Carlemagnes ; 
Gefreiz d'Anjou portet l'orie flambe ; 
Seint Piètre fut. si aveit nun Romaine, 
Mais de Munjoie iloec ont pris escange. 

(Chanson de Roland, Vs 3091-3095). 

On a donné de je cri de guerre, Mont- 
joye, plusieurs étymologies. On l'a fait 
dériver de « meum gauJium » et de 
« .Mons Jovis ». Marius Sepet lui donne 
une autre origine et fait dériver Montjoye 
de « Mons Gaudii ». 

Mons Gaudii, colhce au N.-O. de Rome 
sur la rive droite du Tibre, plus connue 
sous le nom de « Vatican ». C'est par cette 
colline que k-s empereurs faisaient volontiers 
leur entrée à Rome ; c'est là que les pèlerins, 
après un long et pénible voyage, apercevaient 
pour la première fois la basilique des Apô- 
tres ; d'où peut-ètie ce nom caractéristique 
Mous Gafidii . Or c'est probablement sur 
cette colline qu'en présence de l'armée fran- 
que rangée sur le Champ de Mars, le pape 
Léon 111 remit 3 Charlemagi.e la célèbre 
bannière dont la représentation se trouve au 
triclinium de St-Jean de Latran. A cause de 
remplacement où avait eii lieu la remise de 
la bannière Komame, cette bannière garda le 
nom de Montjoie et le cri des Français fut 



L'INTERMEDIAIRE 



164 



Montjoie {Drapeau de France, de Marius 
Sepet). 

Quoi qu'il en soit de cette étymologie^ 
le crie Je Montjoye fut associé à celui de 
St-Denys et comme la bannière de l'ab- 
ba3'e de St-Denys devenait l'oriflamme, le 
nouveau cri fut : Montjoye St-Denys. 

Qu'ét:iit V oriflamme de St-Denys ? 

Guillaume Gtiiart, dans sa chronique, tn 
attribue l'origine à Dagobert et en donne 
la description suivante : 

Oriflamme est une bannière 
Aucun poi plus forte que guimple 
De cendal roujoyant et simple 
Sans pourtraiture d'autre affaire, 
Li roy Di'gobert la fit faire. 

La Chronique des Flandres la décrit : « à 
guise de gonfanon à trois queues ». 

L'inventaire du trésor de l'Abbaye de 
St-Denis de i^Oy porte : 

201. Contre le pillier du coing, du costé 
senestre, ung estendart de sandal fort caduc- 
que, enveloppé autour d'un baston couvert 
de cuivre doré, ung fer longuet agu au bout 
d'en hault, que les dicts religieux disoient 
estre l'oriflambe. 

Dom Doublet, dans son Histoire de l'Ab- 
baye de St-Denis dit de l'oriflamme : 

Cet étendard est d'un sendal fort épais 
fendu par le milieu en façon de gonffanon 
fort caduque enveloppé autour d'un bâton de 
cuivre doié et un fer longuet et aigu au 
bout. 

Si l'on veut bien s'en rapporter 3 ces 
différentes descriptions *» l'oriflamme de 
Saint-Denis» était: « un gonfanon », 
c'est-à-dire en forme de bannière, < de 
soie rouge, sans aucune broderie, à trois 
queues», dit la Chronique des Flandres, 
tandis que Dom Doublet nesemble ne lui en 
donner que deux, « chacune se terminant 
par une houpe verte ». Elle était suspen- 
due à un bâton en cuivre doré terminé en 
fer de lance , 

La gravure qui la représente, au Musée 
de l'Armée, est conforme à cette descrip- 
tion. 

En 1795, au moment oii le trésor de la 
célèbre abbaye fut pillé et transporté à 
\ Pans, il ne restait plus de l'oriflamme que 
j le bâton auquel adhéraient encore quelques 
I lambeaux d'étoffe, retenus par la tête des 
I clous. Au milieu du désordre général, un 
; enfant s'en empara et la promi^na, à tra- 
f vers la villç, en guise de jouet. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



165 

Telle aurait été, d'après la tradition lo- 
cale, la fin de la célèbre oriflamme. 

G. La Brèche. 

« Ce n'est pas une émeute, c'est 
une révolution " ^LXX ; LXXI. 117). — 
Je n'ignore pas la citation reproduite par 
mon honorable collègue E. Grave, aussi 
n'est-ce pas cela que je demandais, mais 
bien le document dans lequel on peut la 
lire et surtout la date certaine de ce do- 
cument. J. G. Bord. 

Tombeau de Jean Amelot 5 ins- 
cription (LXX, 84). - Le texte écourté 
qui nous est soumis est-il du moins fidèle- 
ment reproduit, a la lettre? Tel qu'il est, 
il me semble qu'il doit s'inlerpréter ainsi : 
OBiiT VI! Kal [ endarum ] Jutii, Hînrico 111? 
Kege, anno [ a'tatis ] lv, Menses x, (ici 
je suppose qu'il faut lire D au lieu de O) 
D [ ies ] XV ; et je traduis : // mourut le 25 
fuin (date correspondant au 7« jour des 
Calendes de juillet), Henri III ? étant roi, 
à l'âge de 55 ans, 10 mois et 75 jours ; 
c'est-à-dire que Jean Amelot était à la 
veille d'atteindre ç6 ans lorsqu'il fut in- 
humé dans la « cave » de la chapelle de 
Notre-Dame de Pitié, en l'église de Saint- 
Nicoldsdes Champs, lieu de sépulture de 
la famille Amelot jusqu'à la Révolution, 
où sa femme et i-es trois fils lui firent 
dresser l'épitaphe en latin dont on nous 
entretient. 

Comme on le voit, l'inscription donne 
bien l'âge du gisant ainsi que le mois et 
le quantième de sa mort, mais elle reste 
muette en ce qui concerne l'année. Car il 
me parait de toute évidence que les ma- 
juscules précédentes H. M. P. G. n'ont au- 
cunement rapport à cette dernière ques- 
tion et sont une de ces formules épigra- 
phiques en abréviation qui se peuvent in- 
terpréter diversement, par exemple : Hoc 
Monurnentum Ponenlinn Cur.werunt , et 
encore Huic 'ou Hoc) Monurnentum Posuit 
Conjux (ou Conjugi), etc. 

L'âge étant donné, il eut été facile de 
déterminer l'année du décès en se repor- 
tant à la date de la naissance... Malheu- 
reusement je n'ai pu découvrir, dans les 
éléments dont je dispose, pas plus du 
reste que l'époque exacte de la mort, celle 
de la venue au monde du personnage qui 
nous occupe. 



20-28 Février 1915. 
166 

Cependant, à défaut de précision abso- 
lue, essayons, en procédant par déduc- 
tions, de fournir approximativement la 
date cherchée : 

Jean Amelot, seigneur de Carnetin, 
près de Lagny, en Brie, Président aux en- 
quêtes du Parlement de Paris, en 1580, 
fut anobli par lettres du 7 décembre de la 
même année. Remontons donc plus 
haut. 

Sa veuve, Marie de Saint-Germain, fille 
de Jean de Saint-Germain, bourgeois de 
Paris, et d'Agnès Hervieu, épousa en secon- 
des noces, par contrat du mois de septem- 
bre 1601, Michel Marillac, alors maître 
des requêtes, plus tard garde des sceaux 
de France, veuf lui-même de Nicole, dite 
Marguerite-Barbe de la Porterie, décédée 
le 6 février 1600. Maintenant il nous faut 
rétrograder. 

Si l'on en croit M. Pol Potier de Cour- 
cy, le continuateur du P. Anselme, ses 
père et m.ère : Jacques Amelot, né à Or- 
léans en 1504, célèbre avocat en Parle- 
ment, et Jeanne Vialart, sœur d'Antoine 
Vialart, archevêque de Bourges, s'unirent 
par le mariage, vers 1540 (et le bien- 
fondé de cette indication parait s'affirmer 
par la date de 1550 reconnue comme 
étant celle de la naissance de leur troi- 
sième fils, Charles) ; il est supposable que 
Jean, leur premier enfant, vit le jour pas 
très longtemps après, mettons : en 1542 
probablement, le 10 août. 

En ajoutant à ce chiffre les ^b années 
environ qu'il vécut, on arrive à cette con- 
clusion que |ean Amelot serait mort vers 
.598. 

Mais... il se présente, dans le texte 
fourni, une particularité qui suffirait à elle 
seule pour renverser cet échafaudage de 
concordances assez solidement étayé 
pourtant, si son exactitude était irréfuta- 
ble : j'y lis en elTet que Jean Amelot mou- 
rut sous le règne de Henri III ? et tout le 
monde 5ait que ce roi passa de vie à tré- 
pas le 2 août 1^89. Ainsi la date de décès 
du Président se trouverait avancée d'une 
dizaine d'années, fait assez invraisembla- 
ble, d'après ce qui précèJe. 

C'est pourquoi je suis tenté de croire 
qu'il y a là une erreur matérielle, impu- 
table soit au graveur, soit au transcrip- 
teur, soit au typographe, et que c'est 
Henkico lui ou IV qu'on voulait dire. 

Pierre. 



N» 1413. Vol. LXXI. 

— 167 

Lestrois fils de Brissot (LXIX; LXX, 
205). — En parcourant des papiers de fa- 
mille, je vois figurer comme témoin dans 
un acte de naissance de iS^^ô ; Eugène- 
Charles-Auguste Brissot de Warwille.chef 
de bureau au Ministère de l'intérieur, âgé 
de trente-six ans, demeurant rue d'Agues- 
seau n" 7. 

Ce Brissot de Warwille, né en 1820, 
pourrait être le frère du peintre de même 
nom (Saturnin-Félix) né à Sens en 1818, 
et tous deux pourraient être fils de Jac- 
ques-Jérôme Anacharsis, troisième fils 
du conventionnel, né, d'après M. Gustave 
Bord, en 1791 . 

Je possède deux paysages du peintre 
Saturnin Félix Brissot de Warwille et je 
sais que cette famille avait des relations 
avec certains personnages de la cour de 
Napoléon III. Mais est-ce le peintre ou 
est-ce son père qui obtint d'être nommé 
régisseur du palais deCompiègne? 

En 1870, le peintre avait cinquante- 
deux ans et son père en avait soixante- 
dix-neuf, ce qui rendrait assez invraisem- 
blable que ce dernier occupât alors les 
fonctions de régisseur du Palais. 

M. QUATRELLES L'EpINE. 

André Chénier (LXIX, 694). — 
Pourquoi s'obstine-t-on à donner un Je 
à Mlle Flauguergues, l'héritière de H. de 
Latouche .Ml y a là une erreur que n'a 
pas commise Mme Sand. La famille Flau- 
guergues ne mettait pas de de et n'avait 
aucune prétention à ce de, ni sans doute 
aucun droit. 

A. PoNRoy. 

Foche ou Fok ? (LXX, 182 ; LXXI, 
58). — je n'ai pas l'honneur de connaî- 
tre le général Foch, mais nous avons des 
amis communs ; et ceux-ci, depuis très 
longtemps liés avec lui, ne connaissent 
pas d'autre prononciation que « Foche ». 
C'est d'ailleurs celle qui est répandue 
dans le Public. 

A. P. L. 

Le docteur P. -Max Simon (LXX, 
04). — Avant de diriger l'asile des alié- 
nés de Bron, le D' P. -Max Sim^m avait été 
médecin adjoint de l'asile de Blois, ce qui 
me permet de relever ces quelques fiches 
à son nom : 



LÏNTER.'VÎEDJAÎÎiB 



168 



L'imagination dans la folie ; étude sur 
les dessins, plans, descriptions et costumes 
des aliénés. 

Paris, impr. Donnaud, 1876 ; in-8. 

Hygiène de l'esprit au point de vue pra- 
tique. De ta préservation des maladies men- 
tales et nerveuses. 

Paris, J.-B. Baillière, 1877; in-12. 

Le mou de des rêves. 

Paris, J.-B. Baillière, 1882 ; in-12. 

Temps pasié ; Journal sans date 

Paris, L. Bataille et Cie, 1896; in 16. 

P. D. 

Famille Moreau (LXIX, 721). — 

A la question de M. Pasbesnier. insérée 
àznsV Intermédiaire du 30 mai dernier, il 
est possible de répondre par les indications 
suivantes : 

La famille Moreau, établie à Saint-Sau- 
veur-en-Puisaye en 1654, par le mariage 
de Romain Moreau avec Claude Moyeux, 
était originaire de Druves, village situé 
près des limites de l'Yonne et de la 
Nièvre, à trois lieues deClamecy 

Simon Moreau, père de Roumain, mou- 
rut avant i6s4; Jean Moreau, son grand- 
père, mourut à Druyes en 1647. 

Rien ne prouve que François-Antoine 
Moreau, écuyer, seigneur de Rix, près 
Clamecy, marié à Saint-Amand-en Pui- 
sage, à Madeleine Tenaille, ait appartenu 
à cette famille. 

Romain Moreau eut de Claude Moyeux 
19 enfants, dont 8 garçons : deux seule- 
ment de ces garçons, Pierre, né en 1678, 
et Joseph, né en 1684, pourraient avoir 
été les auteurs de branches nouvelles, 
car je ne connais d'eux que les dates de 
leurs naissances. Des 6 autres, 4 mou- 
rurent jeunes, un devint prêtre, et un 
seul continua la famille. 

Celui-ci appelé, comme son père, Ro- 
main Moreau, né en i66o, et marié à 
Claude Camelin, eut ii enfants, dont 
5 garçons. Deux moururent jeunes, les 
trois autres continuèrent la famille, et la 
branche que cherche M. Pasbenier, ne 
descend pas d'eux. 

Romain Moreau portait : de sable à 
quatre fasces d'or. 

MoRESNEs (Troyes). 

Catherine de la Treille de Sorbs 
(LXIX,787;LXX,69, 164). -J'ai retrouvé 



169 



quelques notices intéressant la famille de 
la Treille de Sorbs dans le dossier de 
l'arrestaiion de |eaii Arraud deCastellane, 
évêque dj Mcndc à ■' ormans (^Marne) en 
avril 1792, que j'a' Jcjà publié {La Révolu- 
tion française, Jécembre 1903, janvier 

'904)- 

L'évèque dïCn5teIlane,né à Pont-Saint- 
Esprit (Gard) le Il ilécembre 173} était 
le fils de « Ange Henr)', comte deCastel- 
lane, maréchal de camp et de Catherine 
de Sorbs». — Lors de son arrestation à 
Dormans, il était accompagné de « son 
neveu à la mode de Bretagne », Joseph 
Je la Treille de Sorbs de Villevielle, né à 
Aspiran Hérault) le 24 décembre 1761 
de Jean-Joseph de Villevielle et de Marie- 
Christine de Heury. 11 s'était enfui, avec 
l'évêque, du château de Chanac, près 
Mende qu'il habitait lors de la répression 
des troubles de la L zère (février-avril 
1792). 

Gustave Laurent. 

FamUle ViUaret (LXVill ; LXIX, 
267,674. 814). - Guillaume Villaret et 
so.i frère Foulques, grand-maîtres de Jé- 
rusalem et Malte portaient : écaifcli aie 
i'' et 4' de la religion t/ iit 3" f/ f d'or 
à trois monts de giietiLs surmontes d'une 
corneille de sable (Salle des Croisades) 

l'ignore si l'historien Claude Villaret 
(17171766) avait un blason. Je le crois 
d'une famille méridionale, bien que lui- 
même soit né à Paris. Je ne sais où pren- 
dre le nom de ses parents. 

Un cachet de Jean Villaret (îéfugié pro- 
testant ?) né dans le canton de Sauve 
(Gard) qui ferme une lettre datée d'Esser- 
tine en Suisse du 10 août 17^0, porte : 
d'azur à un ravoir ouvert {posé en chevron, 
surmontant une lancette ouverte de. . . ) 
paraissant être des armoiries de chirur- 
giens-barbiers ! 

Un autre cachet de Simon Villaret, 
cousin du susdit |ean, porte : coupé au 1 
de... à une enveloppe de lettre pliée et ca- 
chet Je, au 3 de... à deux clefs pesées en 
sautoir, sur une lettre du 2 janvier 1766. 
Wi:.L. Neufdeberg. 

Chevaliers de Malte (LXX,47, 211). 
— Voici quelques livres à consulter : 
Liste de Messicuis les Chevaliers des tiois vé- 
nérables langues de Provence, Auvergne et 
F»ii»i«. .Malte, 1761, ini2. — Liste de 



DES CHBRCHIft.'RS ET CURIEUX jcsS Février 191$ i 

'70 

! MM. les Chevaliers, chapitre conventuel et 
j si-rvan.'s J ar/iies des trois vénéi abh s langues 
Je Provence, .\uvergne et France. .Malte, 
1772, in-8". — Liste... Malte, 1778, in- 
8". — Liste .. V.alte, 178}, in-a". — 
Liste... Malte, 1787, in 8». 

O.-C. K. 

Age quod agis (LXXI, 12) — Ce 
dicton latin, qu'on entend souvent répéter, 
pourrait bien n'être qu'une déformation 
de cette autre formule, cité,: comme dic- 
ton, elle aussi, dans de vieux dictionnaires, 
e! qui est tirée d'une coméJ'i de Plaute, 
Stichus : « Age, si quid agis '.si !u fais 
une chose, quand tu fais une chose, 
fais la. 

Ibère. 
« 

» * 
Vieille sentence, citée souvent par des 

professeurs religieux « Quand tu fais 
j quelque chose, faisle bien, sans l'occuper 
' du reste », me dirait souvent mon mii- 
ire. 

Les familles Dode de la Brunerie de 
GallifFet, Sibeud de Saint-Ferriol, de la 
Tour de Saint Lupicin et Monseigneur 
Jacoutot ont ces trois mots comme de- 
vise. 

Saint Saud. 

On trouvera la phrase. c Age si quid 
.-.gis » plusieurs lois dans les comédies 
de P\auU : Epipicus, 196; Miles gtoriosus, 
215 ; Pcrsa, 659 ; Stichus, 715 et 717 ; 
Trinunimus, 981 . 

Cf. Martial, £■/). I, xlvi,1« Facsi facis >», 
et Plaute, Stichus, 710 : « Bih.> si bibis >■•, 
et Casina, 715 » Quid datis, ^i quid da- 
tis ; > 

Edward Bensly. 

Cette phrase latine est la de\ ise de la 
famille Sibierd de Saint-Ferréol . Il n'est 
donc pas étonnant qu'elle ait été recons- 
truite sur un cachet de lettre. 

E. Grave. 

« 

• * 
Le romancier Charles Bernard a utilisé 

cette sentence latine dans les phrases sui- 
vantes : 

Elles ne me reconnaissent pas, mais moi 
je les roconnjis, et cette fois c'est moi qui 
arracherai le masque ! Mon nez de carton, je 
te bénis, car tu me donnes sur ces deux si- 
rènes le pouvoir qu'un magicien reçoit de 



,N» 1413. Vol, LXXI. 

■ '7« 

son talisman. Age quod agis : nous sommes 
à table, mangeons ; mais je leur mon;ge au 
dessert une scène plus dramatique qu'une 
charade ; car en conscience, je ne puis pas 
souffrir que ce pauvre Aristide épouse une 
habituée des bals ds l'Opérj. 

Nauticus. 

La Bible de Complut (LXX, 186). 

— Cette Bible polyglotte a été imprimée 
à Alcala deHénarès, ville Je la Nouvelle- 
Castille, sur le Hén.irés, en Espagne, dont 
le nom latin était Coi.nl' l al um. Le titre, 
pour désigner le lieu d'impression, portait 
Compliiti; d'où 1 interprétation de Com- 
pluU. 'Voir Dictionnaire de P. Deschamps, 
col. 347-348. 

PÉDÉ. 

* 

Complut, complutLim, est l'ancien nom 
latin d'Alcala- de - Hénarè:^, où Ximenés 
fonda une Université longtemps célèbre, et 
où il fit, dans les débuts ''«ême de l'im- 
primerie, au moyen de caractères spécia- 
lement londus à Alcala pour son entre- 
prise, impiimer sa Bible polyglotte 

('473)- 

Ibère. 

* 

Nauticus pose une question facile à ré- 
soudre. La bible polyglotte imprirnée aux 
frais du moine franciscain Francisco Ji- 
ménez de Cisneros, confesseur de la reine 
Isabelle, grand Inquisiteur de Castille et 
Cardinal, sort des presses d'Alcala de Hé- 
nares, patrie de Cervantes, qui, en latin, 
se dit Complutum. Tout cela est expliqué, 

— à propos d'une'jSéculaire confusion — 
dans notre thèse doctorale : Contributions 
à l'étude di; l'hispanisme de G.-E. Lesiing 
(Paris, F. Alcan, 15 francs";. 

Camille Pitollet. 

>. * 

La ville de Complutum en Espagne est 
tout proche de Madrid et était le siège 
d'un évèché. Par la suite des temps, son 
nom fut changé et transformé en celui de 
Alcala, que l'on appela bientôt Alcala de 
Hénarez, à cause du fleuve Hénarez qui 
baigne les murs de la ville. Ainsi Com- 
plutum et Alcala sont la même ville sous 
deux noms différents. 

Le grand cardinal espagnol, arche- 
vêque de Tolède, François Ximenes de 
Cisneros, avait fondé peu avant de mourir 
(1517) à Alcala, une académie et une Uni- 



L'INTERMÉDIAIRE 



172 



versité richement dotée. Cette ville avait 
aussi une imprimerie fondée par ce cardi- 
nal, et où il fit imprimer la première bible 
polyglotte en trois langues : hébreu, grec, 
latin. Ce grand ouvrage commencé en 
1503, dont le premier volume sortit des 
prestes en 15 14, ne fut achevé qu'en 15 17, 
quatre mois avant la mort du Cardinal. 11 
ne parut cependant qu'en 1^20, après que 
Léon X l'eut formellement approuvé par 
le bref du 22 mars 1520 

Cette édition, qui comprenait six vo- 
lumes, coûta 50.000 ducats à établir et fut 
tirée seulement à 600 exemplaires. Elle 
est d-'venue excessivement rare et se 
paye excessivement cher quand on a la 
chance de la trouver. 

Le texte cité de V Histoire générale d' Es- 
pagne, prouve que dès cette époque ( 1572), 
la rareté de ce grand ouvrage se faisait 
sentir puisqu'on en désirait une réimpres- 
sion. 

J'ajoute qu'Alcala de Hénarez, lieu 
d'impression de la Bible polyglotte, avait 
gardé le nom latin de Complutum, d'où le 
nom de Bible de Complut ou Complute 
pour désigner la polyglotte du Cardinal 
Ximenes, la première en ordre de date de 
ce genre de travail. 

D' A. B. 

Un vers de Racine à situer (LXXI, 
44) — Ce vers se trouve dans Andro- 
maque, acte IV, scène v : il est dit par 
Hermione à Pyrrhus : 

Pleurante après son char, vous voulez qu'on 

[me voie ; 
Mais seigneur, en un jour ce serait trop de 

[joie ; 
Et sans chercher ailleurs des titres emprun- 

[tés. 
Ne v.ous sufr"it-il pas de cei..\ que vous por- 

[tez ? 
E. Grave. 
Mêmes références : Nauticus, Deher- 

MANN, G. LaNTZ. 

La troupe Villemorienne (LXXI, 
96). — Ce que le neveu de Rameau ap- 
pelle ainsi, c'est, comme l'indique Georges 
Monval dans l'édition qu'il a publiée en 
1S91 sur le manii<;crit autographe re 
trouvé par lui {Bibliothèque el^évirieni-.e), 
l'entourage du fin.incicr Villemorien, 
gendre du fermier général Bouret. 

Ibère. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30-28 Février I9I7. 



• «7Î 

Le geste de Calphurnie (LXIX). « 
— Extrait de la Biographie du femmes j 
célèbres, par L. Prudhomme père (Lebi- 
gre, 24, rue de la Harpe, (1830) Tome II 
page 8 : 

Calpurnia, femme romaine, dont les ta- 
lents ég:<laie[it l'effronterie, lilte aimait à 
plaider elle même ses causes, et le faisait 
avec tant d'emportement, qu'on fut obligé 
de défendre par un édit aux femmes de 



«74 



plaide 



V. A. T. 



Le secret de PolichinelU (i.XX, 
12). — ^ Guignol est de création toute 
moderne, tandis que le secret de Polichi- 
nelle est autrement vieux. On disait et 
on dit encore dans le même sens : c'est 
le secret de la comédie. Pour en savoir 
l'origine il faudrait peut-être remonter 
jusqu'au," comédiens de l'Hôtel de Bour- 
gogne et revoir les mémoires d'.- .wii' et 
xviii" siècles. Quelques-uns cj nos collè- 
gues de Vlnictmédtaite ont peut-être pris 
quelques notes à ce sujet. 

E. Grave. 

L'âae de M'homet (LXXl, 48, 127). 
— Le poème plus court de la Lcgsnde de^ 
siècles est, je crois, celui ci, intitulé « Ma- 
homet > : 

Le divin Mahomet enfourchait tour à tour 
Son mulet Daïdol et son âne Yafour ; 
Car le sage lui-même a, selon l'occuirence, 
Son jour d'entêtement et son jour d'igno- 

[rance.] 
• Même réponse : Eloijan. 

* * 

Je lis ce qui suit dans la notice de Nasi- 
morski consacrée à iVlahomet. (Coran, édi- 
tion Charpentier) : 

Mahomet avait deux ânes : Offair et Ya- 
four et 5 mules dont la plus connue, la 
blanche, se nommait Doldol. 

D' iVl. D. 

• * 

L'âne de Mahomet se nommait Yafour, 
comme on peut le voir par la pièce sui- 
vante extraite de la Légende des Siècles : 

Le divin Mahomet enfourchait tour b tour 
Son mulet Daïdol et son âne Yafour ; 
Car le sage lui-même a, selon l'occurrence, 
Son jour d'entêtement et son jour d'igno- 

[rance. 

On lit, dans l'ouvrage du comte d^ 



Castrie intitulé : L'Islam, impressions et 
éludes, Paris 1S96 : 

L'histoire authentique du Prophète, It ro- 
man de Mahomet, !ut écrit en 1238, à Laon, 
par le moine Alexandre du Pont, sur les 
dires du Sarrasin converti, personnage très 
digne de foi . 

Ce poème a été publié pour la première 
fois en 1751, par MM. Rainaud et Mi- 
chel. On y trouverait peut-être quelques 
détails sur les deux montures du pro- 
phète. Jeanne Courtaux. 

Rue d s Bournaires à Clichy 
(LXX. 49 ; LXXl, 37). — En etTet, il 
existe en Vendée |)lusieur5 communes, 
dont le nom commence par le radical 
BoiiRN, — Il y a d'abord Boutne^eau, 
puis Bomneau. 

je ferai d'ailleurs remarquer qu'en 
1909, V Intermédiaire (30 nov., p. 827) a 
déjà abordé la question de Bournardeton 
a dit alors que Bou/nard et Baurneau si- 
gnifiaient : « Creux, grotte, excavation, 
cheminée. » 

D'autre part, le lieu dit Bournigal 
(à ne pas confondre avec ^elui de Bur- 
digal. connu aussi) est assez commun ; 
et, à propos de ce terme, comme de ceux 
de Bo'irniers. de Cabjurnes, on a dit que 
Bonn; voulait dire « habitation souter- 
raine ». — Une Cabourne (1) est un arbre 
creux [probablement de Cav, creux, ^aw- 
lois et latin^ eri Vendée. Une cahourde est 
une cabane mal construite. 

Quoi qu'il en soit, Bourneau [commune 
de Vendée) ne vient pas du radical 
Boum, car, autrefois, on disait Burgum 
noviini [le terme français est connu pour 
[ 1625] ou iioveUnm, quoique le Pouillé 
Lacurie donne Bournaldum. Il faut donc 
ne pas généraliser, car ici le radical 
Burg parait indis:utable. 

Par contre, pour Bournezeau, d'après le 
grand G.uithicr (xiv siècle), on a bien 
« Bornezeas », qui est exactement la pro- 
nonciation patoise actuelle. Plus tard, on 
trouve (xvi» s ) : Borni^ello, Borno^ello, 
v(.ire niome Bernezay.Bonio^ella est connu 
de 1 099 I Ici donc le radical Born ou Bourn 
est très-probable. 

Marcel Baudouin. 



(i)Cl. F. Parenteau. Les Cabournes [de 
Guérnnde]. — Bull. Soc. Arch., Nantes, 
1873, t. is, p. 29. 



H» 1413. V«I. LKXi. 

175 



L-ÎNÏSKM£BIAIR:J 



Jiotfs, i^j^ouuailles tt C|uj[Jo8ités 



A' vives de Napoléon à Paris, le 
20 mars 1815. — Lettre d'Arm ind 
de Conta iit"Ba'on. — Napoléon, qui 
aval: débarqué au golfe Juan, avait été 
regardé par les populations avec étonne- 
ment, puis salué avec respect. Les trou- 
pes accouraient sur son passage. Il était 
le 10 février aux portes de Lyon, le 19 a 
Fontainebleau, le 20 aux Tuileries. 

Ce que fut cette jo'irnée du refour, à 
la cour et dans Paris : Armand de Gon- 
taud-Biron l'écrit à sa mère ; cette lettre 
inédite — encore que les préoccupations 
publiques sont ailleurs — se lira, avec 
intérêt, à la date centenaire de cet événe- 
ment. 

LÉONCE Grasilier. 
Armand de Gontaud-Biron, 

à sa mère à Bordeaux, 
Paris 



176 



le 20 mars 1815. 



Ma chère maman, 
Vous trouverez, joint 



a cette li ttre, une 
p;oclama'ion du Roy. Sa Majesté, convaincue 
de l'injpos>ibilité où elle se trouvait de dé- 
fendre Si capi!.ile contre l'arméi' ennemie, 
rtnforcée d'ailleurs par la défection dos corps 
que t; Roy avait dirigés sur Mekiu pour dé- 
fendre sa capitale, a pris le parti de se reti- 
rer. On ne sait pas encore le lieu qu'elle a 
choisi pour siège de son gouvernomcnt. 

On s'ittcnd à voir entrer, .luj aird'hui, 
l'armée de Bonaparte dans Paris, je crov- que 
renihousiasn:c ne sera pis grand. Le- Roy 
avait trop bien tiouvé le chemin du cœur des 
Français. Cependant tout paraît calm: et 
rien ne fait présager de mouvements popu- 
laires 

C'est aujourd'hui, ma bonne ninn:an, que 
nous devons nous féliciter du sage pa;ti que 
vous avez piis de quitter cette ville. Vous 
n'auriez pas été maîtresse d'arrêter U-s pro- 
grès de votre imigination qui vous aurait 
fait voir les dangers beaucoup pus grands 
qu'ils ne sont en effet — Le sang ne coulera 
pas, j'en ruis persuadé, et pour acquérir 
cette conviction, il ne faut que jetter un coup 
d'œil sur li manière avec laquelle il est ar- 
rivé jusqu'ici : pas un coup de fusil de tiré, 
pas la moindre résistance à son arrivée à 
.'delun, les lioupes qui lui sout opposées dé- 
sertent, les drapeaux du Roy vont se ran- 
ger sous les siens, tout cela sans C'">nfusion, 
sans choc d'opini n dans l'arme;-. Une révo- 
lution aussi ixlrrfordi:v.ire ne peut p.is causer 
de simples effjls.Nou'; sommes dans un siècle 
de mer' eilles, il ne faut plus s'éloimcr de 



rien. Cependant, on ne peut pas se dissimu- 
ler ijue la France est encore l'objet des soins 
particuliers de la Providence ruisqu'un aussi 
grand chingement se fait sans exciter de ru- 
meurs, ni de mouvements. 

Je le répète encore, soyez tr:inquille sur 
notre sort, toutest calme. 

Les jeunes gens qui s'étaient enrôlés pour 
servir dans les volontaires royaux ne sont pas 
armés pour la plupart ; leur dévouemei-.f , 
leur courage n'ont pu être employés. On a 
mis dans l'exécution des mesures un peu 
trop de lenteur et d'indécision. 

Je \ous prie de prévenir 'Virginie que son 
petit oiseau a pondu un œuf, on a le plus 
grand coin de cet intéressant ménage ; 
François est intendant général de leur mai- 
son. 

Je vous embrasse de tout mon cœur ainsi 
que cousin, cousine, sœurs, ami=, amies etc 

Votre fils. 

Armand. 

D'une autre écriture, celle d'Aimé de 
Gontaud-Biron, son frère : 

Je viens de parcouiir les principaux lieux 
lui ordinairement la multitude se rassemble; 
j'.ii vu des groupes étonnants, mais partout 
des dispositions au calme et à la tranquillité. 
On va et vient à ses affaires comme d'usiige 
et l'on ne s'aperçoit du changfme.it subi, 
que parce que chacun se d:t, cl pai b per- 
mission de la cour et du jardin des Tliuile- 
ries. 

Le Roi, et toute la famille loyale, tit parti 
cette nuit. L'on ne sait pas encce .in juste 
où sera le siège du gouverner, ciu. L'on dit 
néaninoirs que c'est à Péronne. Le Ministre 
de la guerre et le Maréchal Berthier accom- 
pagnent le Roi. Les autres Ministres vont 
sans doute suivre. 

Quelle étonnante révolution ! 

Gcnoralsmeut on croit que Bonaparte fera 
son eutrée à une heure ; il a vouli: choisir 
ce jour qui est l'anniversaire de la naissance 
de son fils. 

Il parait qu'il y eu défection cornplette. 

Je te répète qu'il n'y a rien a craindre 
pour personne, tout est calme et tranquille. 
Il n'y aura pas un coup de feu ds tiré. Néan- 
moins, je dis comme Galli, je suis bien aise 
du parti que tu as pris, car tu n'aurais pas 
été maîtresse de ton imagination. 

Adieu, je vais tâcher de voir M. B... pour 
savoir quel parti il prend. Je t'embrasse de 
tout cœur, j'ai p .urvu à tout, sois tranquille. 

A demain des détails. 



Lt D.recteur-gertitit . 
GBORGEL- MONTORGUK1.1 

Imp Cubc-Dansi, St-Amand-Mont-Rond 



LXXl Volume Paraissant lu 10,30 et )c de chaque mois 



10 mars 19 15 



«"■.r.Victor-MasKé 



VOUê trouv-^rits 31 



Barsauxrde 3i6beuro3 



S;>Jâ5^'-5ffS_ !' ««tr'aifier 



N' 1414 

Sl"',r.Vlclor-S]aB(é 
PAHI8 <IX«) 

BQteaui: daSt 6bear«> 



■ C .Sntirrtii^diaire 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1 864 



QUESTIONS ET RI^VONSKS LITTÉRAIRES, HISTORIQUKS, SCIKNTIKIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 

177 '78 

mination flamande ou basse-germanique ? 
Cette question mérite d'être scrupuleu- 
sement étudiée avec citations à l'appui. 

St-Saud. 



ucettotis 



■ Talleyi and au Congrès de Vienne. 

— La Libetté du 28 lévrier a publié un 
article « La Gaule aux Gaulois » où je 
trouve les lignes suivantes : 

.\u Congrès de Vienne, sans la trahison 
chèiement payée de Talleyrand (cette m. 
en bas de soie suivant le mut de l'Empereur) 
nous aurions conservé Landau et Sarrelouis, 
la patrie du maréchal Ney. 

Cette affirmation est-elle fondée ? 11 
me semblait établi que la Prusse, par la 
voix de Guillaume de Humboldt, avait 
demandé que l'Alsace fût enlevée à la 
France, et que grâce à Talleyrand les 
Alliés se contentèrent de prendre l'extré- 
mité nord du Bas-Rhin entre la Lauter et 
la Quêich et de donner ainsi Landau à la 
Bavière. 

P. M. 

. Amédée de Savoie, roi d'Espa- 
gne — Existe-t-il quelque ouvrage qui 
traite du règne d'Amédée de Savoie en 
Espagne 18701873 ? 

Ou pourrait-on trouver des indications 
et des détails sur ce règne ? 

Henry de Biumo. 

Noms de villes wallons et fla- 
mands. — Les Allemands transfor- 
ment, en ce moment, les noms de plu- 
sieurs villes belges. Au point de vue his- 
torique, jusqu'à qUel point ont-ils tort? 
Ils écrivent Chari eroy avec y, pourquoi ? 
Prennent-ils vrai ment h véritable déno- 



Plébiscites de la Savoie, du 
Comté de Nice, de la Norvège. — 

duels ont été les résultats officiels des 
plébiscites : 

i^en 1861, pour la réunion de la Savoie 
et du Comté de Nice à la Franci; .? 

2» il y a quelques années, quand la 
Norvège se sépara de la Suède i 

Alph. Veillet." 

Kelao, abbaye. — Qu'était cette 
abbayR au moment de la Révolution fran- 
çaise ? Située eçi Ecosse et appartenant à 
l'ordre de saint Benoît, n'avait-elle pas 
comme titulaire, en 1790, [ean Antoine 
de Clinchamps ? Mais ce dernier, à qui 
avait-il succédé ^ 

L. C. 

Le département du "Var. — Ainsi, 

nommé parce que le fleuve de ce nom 
coule entièrement dans le département... 
des Alpes-Maritimes. 

Lors de la création des départements en 
1790,1e nom de département du|Var pou- 
vait s'appliquer au département qui avait 
pour chef-lieu Draguignan, mais depuis 
que la rive droite du Var a été incorpo- 
rée dans les Alpes-Maritimes, le nom de 
département du Var ne peut être porté 
que par le département des Alpes-Mariti- 
mes Les montagnes lie l'Esterel, ou le 

L.XXI5. 



N" 1414. Vol. LXXl 



L'INTERMEDIAIRE 



179 — 

l'Argens 



180 



petit fleuve de l'Argens s imposaient 
pourquoi n'a l'on pas ordonné ce clian- 
gement ? 

J. G. Bord. 

Dreux de Mello. — Pourrait on dire 
à quels titres Dreux de Mello, connétable 
de France, hérita, de la famille Saint- 
Vrain, de la châtellenie de Saint-Maurice 
Thizouailles et de celle de Saint-Bris? 

S. L. 

Ernest Fouinet. — L'auteur de La 
Strega, mort à Paris en 18.4^,'a t il encore 
des descendants directs ou indirects à Pa- 
ris, à Nantes (où il était né) ou ailleurs ? 

Martin. 

Le conve:; ionnel Goujon. — Je 

désirerais avoir ' < détails précis sur la 
famille de ce pei -unnage né à Bourg en 
1766, principalement sur sa mère. 

H. C. M. 

Gervais Latrade. — Y aurait-il des 
descendants, ou quelqu'un ayant connais- 
sance de M. Gervais Latrade, habitan! 
pendant la Révolution, en son hôtel, ^, 
rue Champ-Fleuri. 20 avril 1790. 

Vicomte du Pont du Gault-Saussink. 

Londiveau, chapelier à Paris. — 

François Londiveau, de Saint -Calais 
(Sarthe), vint, un peu avant la Révolu- 
tion, exercer son métier de chapelier à 
Paris. Pourrait-on savoir où il demeurait? 
Un de ses enfants est mort aux Carmes. 
En eut-il d'autres ? Certains indices lais- 
seraient croire que sa maison était située 
non loin de la paroisse Saint-Sauveur. 

L.C. 

Henri de Sain'.-Maurice. — Un ai- 
mable intermédiairists pourrait-il me 
donner dps renseignements sur Henri de 
Saint -Maurice cité dans des chartes 
comme sous-chantre de l'église Saint- 
Etienne de Trcyes, vers 1241 .? Ses ancê- 
tres. Ses parents. Connaît on une généa- 
logie de cette famille ? 
^ S. L. 

La couronne d'or daus les armes 
allemand-:'s. — duelqu'un pcurrait-il 
pie dire le sens exact de la couronne d'or 



à 3 fleurons visibles, dont beaucoup 
d'Allemands et Autrichiens somment leurs 
armes.? Représente t elle un titre ou est- 
signe distinctif d'ancienne no- 



eiie un 
blesse ? 



Charles de Granjes. 



Un vers de La Fontaine. —Où 
se trouve ce vers sur les jansénistes pour 
qui le poète se sent quelque inclination ? 
Encor que leurs leçons me semblent un peu 

[ tristes. 
H. CM. 

Le rouleau compieseur. — On 

désigne ainsi l'armée ru^se marchant sur 
les troupes autro-allemandes. 

Qi;el est 1 écrivain qui s'est servi le 
premier de cette expression ' 

Sir Graph. 

« Hors le souci de plaire et le soin 
d'étonner )> : vers à identifier. — De 
qui est ce vers et si, comme je le crois, il J 
est de Boileau ou de Musset, dans quelle 
partie de l'œuvre du poète faut-il le cher- 
cher : 

liors le souci de plaire et le soin d'étonner. 

Martin. 

Une chanson polonaise. - En 70, 

avant et après, nous chantions au Quar- 
tier latin, le chant polonais suivant : 
Tout peuple fier, qui sous les ciejx res- 

Reçoit des mains de Dieu Je vérité, 
Une âme noble et dont la voix l'inspire 
Dans les combats contre sa liberté. 



Je suis l'âme de la Patrie, 
Son bras, sa vertu, son génie. 
Je suis l'âma de la Patrie, 
Je suis celle qui ne meurt pas ! 

J'ai demandé à plusieurs éditeurs de 
musique de me rappeler le nom de l'au- 
teur de ce chant, et où je pourrais me 
procurer le texte complet. Aucun n'a pu 
me répondre. 

Je serais très obligé à un de vos' lec- 
teurs de me donner le renseignement de- 
mandé. 

Dr Smster. 

Polka d'Outre-Rhin. — On a rap- 
pelé, depuis la guerre, qre la célèbre 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Mars 1-91 ; 



182 



polka do cifé-concert Vieit-,pfiiii'ouU ! est 
l'adaptation française d'une polka alle- 
mande, peut-être même berlinois;. Je 
voudrais savoir le titre exact de la polka 
allemande, les noms des auteurs (poète 
et musicien). Dans quel établissement, 
par quel ou quelle artiste fut hncéa cette 
chanson en Allemagne, et en quelle 
année ? Pourrait on me donner la traduc- 
tion des couplets les plus caractéristiques, 
avec, si, possible, quelques vers du texte 
allemand ? 

J. Landrel. 

Chansonnette sur la cigarette. — 
Pourrait-on indiquer de qui est la musi- 
que d'une chansonnette qui faisait fureur 
il y a quarante ans et qui commençait 
ainsi : 

L'on prend sa cigarette 
, Ainsi, Ainsi ; 

L'on prend son allumette 

Ici, Ici : 
L'on se penche et l'on allume 

Comme ça, comme ça ; 
Et puis paiment l'on fume : 

Voilà, Voil.i ! 

Henry de Biumo. 

Le < Sans Culotte > , par Alfred Le 
Petit. — Le premier numéro de ce jour- 
nal, à cinq centimes, illustré d'une cari- 
cature à la première paf<e, signée Alfred 
Petit, porte la date octidi 3 vendé- 
miaire, an 87 

La Cariciture politiqtie en France pen- 
dant la guerre, le siège de Parti et la 
Commune iSjo-iSji) par Jean Berleux, 
Paris iSço, n'en fait pas mention. 

Je désirerais connaître la date et le nu- 
méro de la dernière livraison. 

E. P. 

« Echo du public ». - Informations 
jniverselles par les lecteurs eux-mêmes. 

Cette publication commencée en 1894.'', 
:ombien a t-elle eu de numéros ? Si je 
^e souviens bien, elle paraissait tous les 
samedis, de format in-4''. 

J. Brivois. 

1 Haquabutier. — Quel rôle avait à la 
Ipuerre c; combattant, que Ronsard men- 
Itionne Jans les vers ci-dessous ? 

Hryf que chacun de vous à son estât regarde, 
I -• 'nlebardier tienne au poing sa halebarde, I 



^ 



La pique le piquier, et le haquebutier. 
Couché plat sur le ventre exerce son métier. 

Nauticus. 

Bayonnetie. — Ce mot est plus an- 
cien qu'on ne le croit généralement. Le 
voici employé dans un inventaire de 
1594: 

Une bayonnette garnye de deux cousteaux 
et cinq poinson. 

Lng poingnart en forme de bayonnette. 

Quelle arme ou quel outil était désigné 



sous ce nom 



L. M. 



Chasse non chasse. — Q.ue signi- 
fie cette expression, qui se trouve dans le 
contrat de louage d'un pâtre communal 
en 1766 ^ Le titulaire accepte, si après 
l'année du contrat il continue par tacite 
reconduction, d'être payé « sur le même 
pied [3 sols par bête et par moisj à peint 
de chasse non chasse... » 

L. M. 

Le pjs de l'oîe allemand. — De 

quand date ce pas de l'oie qui est le pas 
de parade des Allemands? 

V. 

La morphine et lesoîâciers alle- 
mands. — Dr,ns Les posséder de la mor- 
phine, de Maurice Talmeyr, je lis cette 
phrase : 

Certains officiers allemands, pendant la 
guerre se moiphiiiaient pour mieux nous 
conquérir. Noua promenions des drapeaux 
et nous chantions la Mtirseillaise, mais ils 
av.iient leur seiinj;uette dans leur sacoche, se 
piquaienteiitre les étapes et écoutaient leurs 
mi siques jouer les marches de Wagner. 

Je voudrais savoir sur quels documents 
s'est appuyé l'auteur et s'il existe une 
étude sur ces faits. 

.Si c'est la vérité, at on observe des 
cas semblables en 1914-191 5, ou bien ces 
messieurs ont-ils définitivement remplacé 
la seringue de morphine par la bouteille 
d'alcool ? 

Labéda 

Les Clodoches. — Le Figaro du 6 
février annonce la mort, à l'Hospice du 
Havre, d'un partenaire du fameux qua- 



N« 1414. Vol LXXI. 

'83 : 

drille des Clodoches, illustre voici cin- 
quante ans : Michalet, dit la Comète. Mi- 
chalet, dans le quadrille des Clodoches, 
tenait l'emploi de danseuse, grimé en 
lourde commère normande, le teint allu- 
mé, coiffé d'un bonnet d; Cauchoise, sen- 
sible aux courbettes de Clodoche, son 
cavalier. Clodoche (c'était so'n vrai nom) 
s'allongeait en os sur uns longueur de 
près de deux mètres de haut, sec, et dé- 
sarticulé comme un prntin. Sa maigreur 
s'accentuait d'un costume composé d'une 
veste de torero, d'un bonnet de police, et 
d'un pantalcM collant ajusté dans des 
guêtres. Tout cela est assez banal. Ce qui 
l'est moins, c'est que le susdit Clodoche, 
qui dansait aux bals de l'Opéra, était 
dans la vie ordinaire.., fossoyeur îiu Père 
Lachaise. 

Les renseignements ci-dessus sont ceux 
fournis par le Figaro. Peut-être y a-t-il 
quelque erreur dans la désignation de la 
Comète en tiorm^nde, car sur une revue 
du Châtelet oîi le quatuor figurait, je re- 
lève les noms de Clodoche, Flageolet, la 
Comète et la Normande {La Lanterne ma- 
gique, 8 décembre 1865). 

La vignette de télé représente les qua- 
tre danseurs, mais je crains fort quj les 
costumes ne soient pas exacts. Quoi qu'il 
en soit, Michalet est mort à 84 ans. Que 
sont devenus les autres ? 11 .-serait amusant 
d'en retrouver un sous les traits d'un 
grave bourgeois fort considéré dans son 
quartier. Henri Rochetort avait écrit 
autrefois un vaudeville bien amusant 
sur un pareil sujet : la Fieiilesse de Bri- 
dtdi. 

H. L. 



Les lettres du tirage au sort. — 

Quelles sont les lettres sorties pour 
chaque classe depuis que l'administra- 
tion militaire (1910, j; crois), se base 
sur ce tirage pour mcorporer les cons- 
crits .? 

Alph. Veillet. 



La femme blanche violée par un 
noir aux Etats-Unis. — Qu'y a-t-ii de 
fondé dans cette légende qu'on colporte : 
Aux Etats Unis d'Amérique une femme 
blanche, violée et devenue enceinte ,du 
fait d'un nègre, pourrait se faire avorter , 



L'INTERMÉDIAIRE 



184 



sans avoir rien à redouter de la justice. 
C'est une question de circonstance. 

T. Mis. 
Sacrifices humains au Mexique. 

— Dans le numéro de la Revue des Deux- 
Mondes du 15 juin igi4, un auteur, dans 
sa relation d'un voyage au Mexique, ne 
manque pas de rappeler les sacrifices hu- 
mains perpétrés par les Aztèques (p. 919) 
en ayant soin, toutefois, d'émettie des 
doutes sur l'énormité des chiffres de vic- 
times que se transmet la tr.Tdition. 

Le jour de la consécra ion de l'autel 
l'immolation se serait élevée à 70.000 ! 
Le cortège des condamnés remplissait les 
rues et le sanglant sacrifice dura tout le 
jour... J'te crois, comme on dit vulgaire- 
ment. Il est probable que les premiers 
qui ont émis ces chiffres n'ont pas pris 
g;;rde qu'une journée de 12 heures ne 
co:iiporte que 43.200 secondes, que le 
corps humain cubant de 60 à 70 décimé-- 
trcs cijbes et pesant 60 kilos (en tenant 
compte des femmes), c'est 42 tonnes de 
cadavres, 4.900 mètres cubes de chair 
humaine à évacuer... 

Mais quelque érudit connaitrait-il des 
textes plus dignes de créance que les 
écrits de Zumarray.i, premier évèque du 
Mexique .? 

[e pense, pour des raisons analogues et 
d'autres 1 à côté y que 1' « hécatombe « 
des Grecs, devait représenter cent bœufs 
en espèces, mais non en nature et je pré- 
sume que, sur cette question, nos archéo- 
logues doivent avoir des précisions. N'est- 
il pas probable qu'il y a une correction du 
même genre à apporter aux sacrifices az- 
tèques ? Le cœur d'un chef, par exemple, 
comptant pour le total des guerriers mar- 
chant sous ses ordres? 

SURELL.- 

Assur.nce contre ia murtaliié du 
bétiil — Cette forme d'assurance, qui a 
pris tant d'extension de nos jours à côté 
des syndicats agricoles, était déjà en 
usage en 1836. La Bihhoorjphie de la 
France du 24 septembre, n" 4817, annonce, 
en effet, les « statuts et règlement d'une 
société d'assurance contre la mortalité 
des bestiaux. In-4'' de 2 ft. Imp. de Brail- 
lât, à Orthez ». 

En connait-on des exemples plus an- 
ciens ? 

L, M. 



i85 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



i86 



10 Mars 1915. 



Hépouôi» 



Les articles concernant les questions d'ac- 
tualité sont placés en tê!e. 

Comment appeliora-t-on la guerre 
actuelle ? (LXXI, 89) — Il n'y a pas de 
doute que iesAlliés, provoqués, n'ont pris 
les armes que dans le but de lutter contre 
l'esprit, la -<. Kultur », l'ambition, la do 
mination des Germams. 

C'est pourquoi, bien que la Turquie 
(depuis longtemps sous la botte des Alle- 
mands) se soit jointe à nos ennemis, je 
propose : la guene anti -germanique. 

Je crois que ce nom tient compte des 
deux aspects de la lutte et que les Alle- 
mands pourraient eux-mêmes en user, 
puisqu'ils prétendent que le monde entier 
est contre eux. 

ROAN. 

* 

• * 

Pourquoi pas La Guerre pour la Bel- 
gique ? 

Boston. 

* 

On l'appellera simplement La Giieire 
Allemande ; — le temps et l'histoire don- 
neront sa signification à ce qualificatif, 

Thix. 

* « 

Je désirerais fort que toutes les guerres, 
comme tous les faits, fussent désignées 
chronologiquement et géographiquement, 
sans plus : Guerre de 1914, en Belgique, 
Guerre de 1914, en France, etc., etc. 
comme semailles de IQ14, en Beauce, ré- 
colte de 1914, en Brie, etc., etc. 

.\vec la variété des solutions données 
par les écrivains à cette question de la 
désignation des événements, il est infer- 
nal de ranger la moindre poignée de 
fiches y relatives, et très aléatoire de re- 
trouver les références notées. Simplicité 
et uniformité seraient bien préférables 

Dans l'arrêté du Ministre de la Guerre 
du 22 février 1915 portant inscriptions 
pour la Légion d'honneur et la médaille 
militaire, on trouve : »< A continué à faire 
« preuve du plus grand courage dans la 
« campagne de France. » Journal officiel. 
24 fév. 1915, p. 971, col. I. 

Sglpn. 



On pourrait l'appeler la guerra de 
1914, ce qui est précis. Et comme cette 
guerre de 1914 est certainement la plus 
grande guerre qui ail jamais existé, tant 
par le nombre des peuples ^ui l'ont faite, 
que par celui des combattants, pourquoi 
ne pas l'appeler : La giande guerre. 

Pour nous, gens i1j 1914, aucune autre 
guerre du passé ne peut être considérée 
comme plus grande que celle-ci. 

J. Chappée. 

Le «Vieux Dieu Allemand »(LXXI, 
Î,y9, 141). — La thèse de notre confrère 
Saint-Christo ne manque pas de vrai- 
semblance Chacun sait jue les vieilles 
religions, les hérésies proscrites conti- 
nuent parfois en nappes souterraines, en 
courants dissimulés, longtemps après leur 
suppression officielle. Le D' Emil Reich, 
un Hongrois, qui fut professeur à l'Uni- 
versité de Londres, affirme que, d'après 
certains Allemands du Sud, les Prussiens 
i ne seraient pas encore sincèrementconver- 
tis au Christianisme {Gerrttanv's Swelled 
Head, Londres, Melrose, 2' éd., 8° tirage 
1914, p. 52. Ce livre a été traduit en 
français sous le titre de La Vanité Aile- 
wani^, Paris, Flammarion. — Une lettre de 
l'Evêque de Durham au Times, le 17 août 
dernier, raconte que le Roi Edouard Vil, 
si bon juge des choses dOutre-Rhin, re- 
commandait l'ouvrage à ses amis.) 

Mais il est une autre explication, très 
plausible également, et qui peut d'ailleurs 
se fondre avec la première dans le cer- 
veau trouble des Teutons. Nous connais- 
sons bien des exemples de ce syncrétisme, 
par où se réunissent plusieurs religions 
chez un même homme, ou chez un même 
peuple, inquiet de se mettre en bons 
termes avec toutes les puissances. C'est 
ce que Sir Alfred Lyall, qui présida le 
troisième Congrès d'Histoire des Reli 
gions, à Oxford, en 1908. regardait 
comme une application du « pari de Pas- 
cal ». Le comte de Gobineau, trop négligé 
aujourd'hui, à cause de ses théories fan- 
taisistes sur l'Allemagne, nous a montré, 
dans ses précieuses études sur l'Asie, des 
tribus qui entretiennent tout ensemble un 
prêtre catholique et un mollah musulman 
fêlant ainsi le dimanche et le vendredi ; 
et, chez les Albanais actuels, plus d'un, 



K» !4'4. 



Vol. LXXl. 

187 



L'JÎOTERMHDIAIRE 



188 



parait-il, est à la fois circoncis et baptisé, 
portant deux prénoms familiers, l'un en 
l'honneur de la Croix, l'autre en faveur 
du Croissant. 

Or, voici la seconde thèse. On a dit, 
avec malice, que, si Dieu a créé l'homme 
à son image, celui-ci le lui a bien rendu. 
Sans discuter la question de l'anthropo- 
morphisme en théologie, où il entre peut- 
être plus d'éléments rationnels que ne 
croierkt quelques beaux esprits, il est de 
fait que les peuples ne conçoivent guère 
le gouvernement du Ciel qu'en fonction 
et similitude de leur gouvernement ter- 
restre. Je ne puis donner, en ce moment, 
loin de mes livres, des [références com- 
plètes, paginales ; mais je citerai des au- 
teurs. — Chez les anciens Egyptiens, 
nous dit M. IVlnspéro, le dieu est un sei- 
gneur féodal; e', le temple d'abord imita 
le château seignuurial, avant de se multi- 
plier en cours grandioses, en salles hypos- 
tyles, en avenues de sphinx. — Dans 
l'Inde, nous rappelle le savant indianiste, 
M.Barth.dont ses confrères de l'Institut et 
ses amis réimpriment les œuvres com- 
plètes, le dieu est un chef de clan ; autant 
en dit M. de la Vallée Poussin, professeur 
de sanscrit a l'Université de Gand : In- 
dra. Rann, ressemblent aux jeunes 
princes radjpoutes, qui vont, à la tète 
d'une bande de fidèles, courir les aven- 
tures, comme, plus tard, un cadet de 
Normandie viendra conquérir la Sicile. — 
Chez les Perses, le roi légitime se couvre 
de la protection personnelle du dieu, qui 
lui confère même une auréole, le Hvaretio 
dont se nimbent ses images. — Chez les 
Hsllénes, l'excellent commentaire d'Hé- 
rodote, publié par la Clarendon Press 
d'Oxford, il y a trois ou quatre ans, nous 
fait voir dans le dieu poliade un « ty- 
ran », au sens grec du mot. tel que Pé- 
riandre, tyran de Corinthe, ou Denys, 
tyran de Syracuse. — Enfin, chez les 
Romains. Tacite, au début de ses His- 
toires, nous montre les dieux tort indifîé 
rents au sort des mortels, mais impitoya- 
bles à qui leur manque d'égards, — tout 
le portrait d'un patricien 

Le Christianisme introduit dans la no- 
tion de Divinité une idée de famille, et le 
Roi de France, par esprit d'imitation, de- 
viendra le père de ses sujets : c'est la 



ter beaucoup d'exemples, et qje M. La- 
visse, malgré quelque mauvaise humeur, 
a du reconnaître fondée. Mais l'Islam, 
trouvant impertinente cette familiarité, 
ne veut voir, dans le maître du Ciel, que 
le maître de la tente. Du reste, aux beaux 
jours de Byzance, où naquit l'Islam, la 
Cour céleste ne pouvait que refléter la 
Cour impériale, laquelle était encore très 
distante et capricieuse dans ses protec- 
tions. (Mgr Duchcsne. Hiit . Ane. de 
l'Eglise, t. m, p. 13). 

Arrivent les temps où règne l'opinion. 
« Les .Anglais », disait Sir Alfred Lyall, 
dont vient de paraître un recueil pos- 
thume d'Essais, «* aiment à retrouver, 
dans le gouvernement de leur Eglise, une 
image de leur gouvernement politique » 
(Sludtes in Ltteratuié and History. Lon- 
dres, Murray, 1915 ; p, 54). On ne s'éton- 
nera pas que pour eux au xviii" siècle, 
« Dieu ne fût qu'un j Lord Chancelier cé- 
leste, chargé d'appliquer une coutume 
d'Angleterre sublimée » {Quarlely Rev. , 
oct. 1914; p 302). — Chez nous, pen- 
dant la Révolution, un bon républicain 
s'indignait que le Chrétien consentît à 
vivre toute son éternité sous la covipe 
d'un despote gouvernant l'autre monde. 
Et, de nos jours, il ne fait pas bon pat\er 
à une démocratie des châtiments que 
peut 1 'i iniliger la Providence pour ses 
méftits (Cf julien de Narfon, Figaio, 5 
déc. 1914) : c'est une faute de lèse ma- 
jesté populaire. Dieu n'est admissible que 
comme un Président de la République, 
déféient envers ses ministres, qui relè- 
vent du Parlement, lequel obéit à l'élec- 
teur. Vox Pcpuli, Vox Dei, signifie non 
pas que le Peuple exprime la volonté de 
Dieu, mais que la voix de Dieu confirme 
celle du Peuple, la seule puissance au 
monde, disait Jurieu, sous Louis XIV, qui 
n'.iit pas bsoin d'avoir raison. 

Qji'est donc, alors, le bon vieux Dieu 
allemand'? Tout simplement l'Oè^rsi par 
excellence, un Ober-Kayser, un Sur-Em- 
pereur, chargé de conduire son peuple à 
la bataille et a la victoire. Et c'est un 
honneur qu'on lui fait de le hausser à ce 
poste, d'où il auréole le kayser vivant 
d'un Hvareno, puisque le HohenzoUeru 
actuel est à la tète de la Prusse, qui do- 
mine l'Allemagne (on sait que Guillaume 1" 

sim- 



thèse de M. Funck-Brertano, dans son S croyait déchoir en cessant d'être 
livre Le Roi, à laquelle on pourrait ajou I pic roi de Prusse), laquelle doit dominer 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



189 



10 Mars 1917. 



190 



le reste du monde ; — exactement comme 
le maire de Chicago, il y a quelque vingt 
ans, se proclamait le premier homme du 
monde, parce qu'il était le plus grand 
personnage de Chicago, la première ville 
de rillinois, le premier Etat de l'Union, la 
première puissance du globe. 

Et l'on comprend que, au cours des 
belles chevauchées de uhlans telles que le 
souvenir de 1866-70 en «xaltait encore le 
poète Detlev von Liliencron, Dieu n'aille 
pas se montrer revèche pour quelques itv- 
candies, tueries, vols et viols, qui sont 
l'agrément de l'aventure et le piment du 
risque. Quand l'Empereur Julien, sur les 
rives du Rhin, rabrouait des tribus teu- 
tonnes pour leurs mœurs turbulentes et 
pillardes, un de leurs ambassadeurs résu- 
mait en CCS termes leur défense : « Mais, 
pnisque dans la guerre nous trouvons 
notre plus grande félicité ! v (Voir le très 
remarquable livre du professeur Cranib, 
Oetnianv and EnglanJ, Londres, Murray, 
145 éd., 1915 ; p. 721. Das Leben, àh icas, 
macbt uni aile brutal, écrivait hier, dans 
le même style, l'ofTicier-poete Liliencron. 
— Lors donc, comme on l'a vu à Senlis 
et ailleurs chez nous, que les Germains 
surpris ivres par l'ennemi passent de vin 
à trépas, ce n'est point une raison pour le 
bon vieux Dieu allemand de leur refuser 
la porte de son saint paradis, si toutefois, 
ces braves reitres se soucient d'y en- 
trer. 

N'oublions pas, non plus, comme le 
D'' Reich nous le rappelle (pp. 13-17) que 
|ésus était allemand, de race et de nom. 
11 était blond, et, sans doute, dolicho- 
céphale ; l'Evangile n'en dit rien, mais 
les Allemands le savent Ensuite, son 
nom est symptomatique : Jéi =:= Gei (l'j et 
Vr s'equivalant, en étymologie);a5 = nian 
(parce que m. est la terminaison masculi- 
ne des noms latins) ; donc, Jésus = 
German. C'est parlant. 11 devait être pa- 
triote. Il aurait signé le manifeste des 95 
intellectuels. 

Puis, il y a la Bible avec ses préceptes 
sévères, appuyés d'exemples vécus, chère 
à tous les peuples qui se croient élus et se 
donnent des espérances messianiques. 
Cromwcll avait fait rédiger pour ses Cota 



mêmes l'Evangile, et ils appliquaient la 
Bible à leurs adversaires », suivant le joli 
mot de la Revue d'Edimbourg, .\in6i 
opèrent les nouveaux Teutons, le Kayser 
en tête, dont le baron Beyens déplore que 
le piétisme sincère soit vraiment trop 
inscrupuleux et nationaliste [Revue des 
Deux Mondes, \" mars, 1915 ; pp. 10,39). 
Conclusion : le Germanisme est une 
manière d'hérésie laïque, à forme reli- 
gieuse qui menace de devenir une hérésie 
religieuse véritable, et qui, dans les hautes 
sphères intellectuelles, tend au renverse- 
ment absolu de l'idée et de la morale 
chrétiennes. Notre confrère peut lire, à ce 
propos, et joindre à sa documentation, la 
4« conférence, ^ 3, du professeur Cramb, 
lui-même hostile au catholicisme et à la 
France (Voir aussi, dans le Coirespondant, 
du 10 février 1915, l'article sur Maximi- 
lien Harden et ses collaborateurs). Déjà, 
cette hérésie laïque et mystique devient 
imperméable au raisonnement. Inutile de 
discuter, disait saint Bernard, parlant des 
Albigeois : »< Vos idées, ils ne les com- 
prennent pas ; vos sentiments, ils ne les 
part gent pas ; vos autorités, ils ne les 
connaissent pas ». Et c'est comme à une 
nouvelle croisade contre les Albigeois, 
contre une doctrine menaçant l'économie 
sociale, politique et religieuse, que nous 
assistons. Si l'Eglise perdit une partie de 
son troupeau par l'Anglicanisme, et faillit 
en perdre une autre partie grâce au Galli- 
canisme, le Germanisme pourrait lui coû- 
ter une belle pierre dé sa tiare. L'histo- 
rien d'Innocent 111, Achille Luchaire, re- 
! prochait à la Papauté d'avoir été trop 
lente à prendre les mesures nécessaires 
contre l'Albigéisme.Des historiens anglais 
lui font le même reproche pour l'Angli- 
canisme N'insistons pas. iVlais constatons 
une fois de plus la grande interdépendan- 
ce des idées : toute religion est une poli- 
tique, toute politique est une religion. 
Britannicus. 

Dans l'avant-dernier numéro de 1 In- 
ieirnédiaire, que malheureusement je 
n'ai pas sous l^s yeux, un de nos colla- 
borateurs se demandait, il me semble, si 
le « Vieux Dieu » de Guillaume n'était 



de-Fer une petite Bible et un catéchisme | pas un dieu de la mythologie Saxonne, 

de poche, qui, tout en les maintenant ( Peut être pourrait-on rapprocher de cette 

dans la bonne voie, ne les inclinaient pas ! question le texte suivant que je trouve 

à l'indulgence. « Ils s'appliquaient à eux- I sous la signature de M. G. Hanotaux, 



N- 1414. Vo!. LXXI 



L'INTERMEDIAIRE 



191 



192 



dans un article de la Revue Hebdomadaire 
du 6 février 1915, page 9 : 

Il n'est pas exagéré de dire, en tout cas, 
que ia Philosophie allemande apparaît, 
comme une entreprise 



dans son ensemble, 



l cette fabrique, me dit-il, nous perdons la 

I ville de Dijon «. Dix minutes après, 414 

5 Français et 2 Italiens occupaient les bâti- 

i ments de l'usine, bientôt cernés par les 

i masses allemandes qui avaient rejeté en 



de rupture et de scission avec la morale de i arrière le reste de la brigade avec ses bat 



l'antiquité classique, soit païenne, soit chré 
tienne ; un retour à la fois conscient et in- 
conscient vers le culte du Dieu Tott ou Tuis- 
ton. Dieu de la Force, Unser Gott, culte qui 
dormait au fond de l'âme Germanique, » 

H. T. 



Le drapeau conquis à Dijon 

(LXXI, 91;. — Le 19 février dernier eut 
lieu, à Paris, une imposante manifesta- 
tion devant l'Elysée-Palace, avenue des 
Champs Elysées, où descendit le général 
Ricciotti Garibaldi, avant et après son 
récent voyage à Londres. 

Celui-ci, bien que souffrant d'une chute 
récente heureusement sans gravité, reçut 
une délégation des survivants de la 4" 
brigade de l'armée des Vosges qu'il com- 
mandait en 1870. Le vénérable et vaillant 
soldat évoqua avec émotion les divers 
épisodes de la Campagne, les Combats 
meurtriers des 21 , 22 et 23 janvier 1871 
sous Dijon, et donna l'accolade à ses an- 
ciens Compagnons d'armes, aux cris de 
« Vive Garibaldi ! Vive l'Italie I Vive la 
France 1 » 

Comment le drapeau du 6i' régiment 
Poméranien, que l'on peut voir aux Inva- 
lides, fut-il conquis ? Le général, avant de 
quitter Paris, pour rentrer en Italie, le 20 
février dernier, a bien voulu me raconter 
dans quelles circonstances ce brillant et 
héroïque fait d'armes fut accompli ; 

« Après avoir enfoncé notre première | 
ligne qui, du Château de Pouilly à droite, î 
se prolongeait à gauclie jusqu'à la route | 
de Londre et au talus du chemin de fer, ! 
les niasses allemandes se jetèrent par la 
route, au travers de la plaine de Rose, sur 
la ville de Dijon. 

« Mon père passant en arrière de la 
ligne au grand galop de son cheval, me 
trouva à la tète de ma colonne déjà arrivé S 
à l'usine Bargy (1) 



5 teries de mitrailleuses et de canons. Dans 
I une de ses plus furieuses attaques, le 2" 
\ bataillon du 61" régiment Poméranien 
I s'était avancé, drapeau déployé, jusqu'à 
I 1 14 pas environ de la fabrique. Le dra- 
I peau tombé sous le feu de nos francs- 
j tireurs devint l'enjeu du combat. 
i, «t Pendant trois heures, les attaques se 
I renouvelèrent, chaque fois plus terribles. 
i Nous en étions réduits à la dernière extré- 
I mité quand, à gauche, venant de Fontaine, 
i dans un superbe mouvement en avant, 
I une forte colonne de mobilisés et de 
700 francs tireurs mixtes, commandée par 
mon frère Menotti prenant les Prussiens 
I de flanc, les mettait en fuite et nous dé- 
I gageait. 

l si Nous relevâmes alors le drapeau coni- 
ï plètcment couvert par les corps de ses 
" défenseurs Mon père en compta 54. 

« Les engagements pendant les trois 
journées des 21, 22 et 23 janvier 1870 
eurent lieu entre les avant-gardes des 
deux armées comptant chacune de 8 à 
10,000 hommes. Elles étaient soutenues, 
de notre côté, par 22.000 mobilisés et du 
coté allemand, par un corps Prussien de 
32.000 hommes, commandé par le géné- 
ral Manteuffel «. 

E. DE Crauzat. 



Ce drapeau appartenant au 61° régi- 
ment Prussien, 8" de Poméranie, a été 
pris le 23 janvier 1871, à la bataille de 
Dijon, par un français Victor Curtat, alors 
engagé volontaire à la compagnie des 
chasseurs du Mont-Blanc. Ricciotti Gari- 
baldi remit le lendemain le drapeau à son 
père en lui disant : 

« Mon père, la quatrième brigade vous 
offre un drapeau pris à l'ennemi ». 

Garibaldi répondit en français : 
« Merci, la quatrième brigade a bien mé- 
« Si nous perdons f rite de la patrie ». 

- f Ricciotti Garibaldi commandait la 4' 

(i) Cette usine située près de la ferme de \ brigade de l'armée Garibaldienne compre- 
Pouilly élait à 6 kilomètres environ delà ; nant 1 3 à 14.000 volontaires, tous francs- 
ville. .- tireurs, en grande majorité Français. 



DES CHEWCHiiURS ST CURIEUX 



10 Mars 1915. 



'93 



194 



Pour plus amples détails, voir Dornioy: | des belligérants des hommes régulière- 



SoHvenirs d'avantgarde^ volume ^. 

COTTREAU. 



Voici sommairement présentée l'his- 
toire du drapeau prussien pris sous les 
murs de Dijon, en janvier 1871. 

La ville occupée par l'ennemi, sauf 
un intervalle d'une dizaine de jours, de- 
puis le }i octobre, fut évacuée le 27 dé- 
cembre, après la bataille de Nuits, 18 dé- 
cembre. Celle ci très honorable pour le 
Français, ne peut être mise à l'actif des 
victoires allemandes 

Le soir même du 27, Dijon recevait un 
corpsde francs-tireurs, puis arrivèrentsuc- 
cessivement les troupes régulières et les 
Garibaldiens. Le général Cremer eut le 
commandement des Français, tandis que 
Garibaldi s'établissail à la préfecture. Enfin 
des batteries furent disposées sur les hau- 
teurs qui commandent la ville. Dijon de- 
vint alors un véritable camp retranché 
où fut concentrée une armée entière, mais 
faite d'éléments assez hétérogènes et de 
formation trop nouvelle. 

Un peu avant le 20 janvier, on apprit 
que par un mouvement oblique à travers 
la Bourgogne, l'armée de Manteuffel ve- 
nant en partie de Paris, était en marche 
pour prendre à revers celle de Boiirbaki. 
Aucun efîort sérieux ne fut tenté pour 
l'arrêter dans les vallées du pays haut ; 
je me borne à noter le fait sans le discu- 
ter ni le juger. Quoi qu'il en soit, le 21 
janvier, les Allemands masquaient leur 
mouvement vers l'Est en faisant con- 
tre Dijon une démonstration qui fut vive- 
ment repoussée. Mais le soir de cette 
journée était marqué par un crime mili- 
taire qui entache gravement l'honneur Jes 
armées allemandes, le massacre de l'am- 
bulance française installée au village 
d'Hauteville, à 7 kilomètres au nord- 
ouest de 1 ijon, dans la maison Calais. 
L'assassinat accompagné de circonstances 
abominables aurait été, dit-on plus tard, 
causé par une méprise. Le personnel, 
médecins et infirmiers, bien que protégé 
par le drapeau et les insignes de la Croix- 
Rouge, fut pris pour un détachement de 
francs-tireurs, ce cauchemar des soldats 
allemands. IVlauvaise raison, d'ailleurs ; 
c'est en effet par le plus étrange abus que 
les Allemands ne considéraient pas comme . 



mtnt commissionnés et portant des uni- 
formes. 

Mais le Germain n'est brave qu'en 
masse ; l'acte isolé du tirailleur, la sur- 
prise, le coup de fusil inattendu, si légi- 
time qu'il soit, le démontent et l'effarent. 
Pour lui, ce sotit des crimes irrémissibles, 
et l'état major lui donne satisfaction en 
ne reconnaissant pas la guerre de parti- 
sans. Du reste, le massacre ne fut pas un 
acte impulsif de férocité ; les scènes hi- 
deuses de meurtre, de pillage et de ri- 
paille dans cette chambre remplie de sang 
et de cadavres se succédèrent toute la 
nuit. 

L'épisode d'Hauteville m'est connu 
dans les moindres détails et voici com- 
ment : dans le printemps de 1871, le 
père d'une des victimes demandait à un 
de mes amis qui m'emmena avec lui, de 
procéder à une enquête officieuse sur 
l'événement ; nous nous transportâmes 
sur place, entendîmes les témoins et il en 
résulta un mémoire rédigé par moi qui 
fut envoyé à M. M. Je n'en ai pas 
conservé la copie, mais les faits me sont 
demeurés très présents. De plus, je con- 
nais particulièrement un survivant du 
massacre, M. Claudius B..., alors infir- 
mier, actuellement juge au tribunal civil 
d'une de nos grandes villes françaises. Il 
y a peu de jours, il me racontait en détail 
la scène d'horreur à laquelle il avait 
ééhappé par un quasi miracle. 

Le crime fut commis par des hommes 
du 61" régiment poméranien, sous l'oeil 
bienveillant des chefs qui présidèrent au 
dépouillement des victimes et ne s'ou- 
blièrent point. Le 61^ poméranien était, 
du reste, fort mal composé, un régiment 
di' disciplinaires et dont affectaient de ne 
faire aucun cas les officiers des autres 
régiments. 

En ces temps lointains, des chefs ne se 
faisaient pas faute de reconnaître et de 
réprouver les crimes commis par le sol- 
dat et s'ils avaient facilement à la bouche 
le fameux « c'est la guerre >, du moins 
ne l'appliquaient-ils pas à des abomina- 
lions qu'ils affectaient de regretter; peut- 
être même les regrettaient-ils sincère- 
ment. 

Le 22, nouveau combat, nouvel échec 
et plus caractérisé encore des Allemands ; 
mais pendant ces succès d'un jour, l'ar- 



N» 1414. Vol. LXXI. 
Ï95 



L'INTERMÉDIAIRE 



mée de Manteufïel continuait à grandes 
marches son action contre Boufbaki. 

Le 23, ce fut plus sérieux et mon im- 
pression est que les Allemands eurent 
vraiment pour objectif d'entrer dans la 
ville et de disperser les forces peu cohé- 
rentes qui y étaient rassemblées, Le com- 
bat eut lieu dans la plaine au Nord : les 
deux pôles furent le château, le parc et la 
ferme de Pouilly, à 2 kilomètres de Dijon, 
et l'usine Bargy, alors plus isolée qu'elle 



196 



plus tard, quand Dijon fut réoccupé paf 
l'ennemi, l'étatmajor nia faiblement, 
d'ailleurs, le crime du 23 janvier, et fit 
enlever les photographies ex posées. L'iden- 
dité de la victime fut établie non sans 
quelque difficulté, c'était M Fontaine, de 
Chalon-sur Saône. 

J'ai vu plusieurs fois Garibaldi pendant 
son séjour à Dijon, toujours en voilure 
découverte, coifïé d'un grand chapeau 
gris mou, enveloppé d'un caoutchouc et 



ne l'est aujourd'hui par suite de la marée ( ayant une couverture sur les jambes. La 

physionomie apparaissait d'une singulière 
douceur calme mais résolue, le regard 
songeur, le teint pâle, la barbe fine, 
abondante et grise. L'ensemble était des 
plus séduisants et distingués ; aucun 
portrait peint ou sculpté ne me sembla 
jamais égal à la vérité nue. 

H. C. M, 



montante des contributions nouvelles 
Les bâtiments occupés par Ricciotti Gari- 
baldi furent défendus avec la dernière in- 
trépidité par les chemises rouge.i, mais il 
y eut du flottement, pour ne pas dire 
plus, parmi les mobilisés, les « vieux 
garçons », comme on disait familièrement. 
C'étaient des soldats improvisés, plutôt 
mal armés, à qui manquait par trop cette 
solidité que donnent seuls le métier et 
l'habitude. L'arrivée en voiture du vieux 
Garibaldi ^ ses infirmités ne lui permet- 
taient guère l'usage du cheval — chan- 
gea la face des choses. Tout se raffermit, 
l'usine fut dégagée, l'offensive reprise et 
Pouilly emporté ; il était à peu près 4 
heures et demie du soir. Le 61" Poméra- 
nien se retira en désordre et c'est alors 
que son drapeau fut Cueilli sur un tas de 
cadavres, arraché des mains raidies du 
lieutenant de Puttkamer qui, mort,rétrei- 
gnait toujours. Il fut pris par un chasseur 
du Mont Blanc, Curtaz, d'Annecy, qui le 
remit à Ricciotti. Le lendemain, celui-ci le 
promenait triomphalement par la ville. 

Le combat du 23 janvier coûtait aux 
Allemands 86 tués sur le champ de ba- 
taille, dont ■; officiers et 7 sous-officiers. 
]e ne connais pas exactement le chiffre 
des pertes françaises et italiennes, mais 
il fut élevé. 

En reprenant possession du château de 
Pouilly, les vainqueurs trouvèrent dans 
l'escalier de pierre rompu et en partie cal- 
ciné, le cadavre d'un franc-tireur qui avait 
été certainement brûlé vif. L'attitude con- 
vulsée du corps, le fait que les mains 
étaient attachées, tout dénonçait l'abomi- 
nable forfait commis par le 61' Poméra- 
nien Sur ce point la déclaration des hom- 
mes de l'art qui examinèrent le cadavre, 
ne laissa aucune place au doute. Le corps 
fut photographié et les épreuves parurent 
à toutes les vitrines. Mais quelques jours 



« La Belle Alliance » inscription 
sur des casques allemands ( LXXI ,41). 
— N'est-ce pas un souvenir de la bataille 
de Waterloo que, dit Thiers, «les Prus- 
siens ont appelée bataille de la Belle- 
Alliance, parce que c'est là qu'ils combat- 
tirent. » 

{Waterloo. P&ris. Lheureux, 1862, p. 
316, Livre 60" {i" livre du tome XX de 
{' Histûhedu Consulat et de l'Empire.) 

— Mention d'une inscription analogue 
est faite dans V Intermédiaire LXXI, 56, 
dernier alinéa. Sglpn. 

« 
* * 

« La Belle Alliance » qui intrigue le 
collaborateur H. B. n'est autre chose 
qu'une région du champ de bataille de 
Waterloo. Ce nom sert souvent aux Alle- 
mands à designer la bataille du 18 juin 
181 s. A Berlin, il y a une place etune rue 
« Belle Alliance ». 

C'est l'habitude, dans l'armée alle- 
mande, d'inscrire sur l'uniforme des 
troupes le nom des comliatsoù les régi- 
ments se sont particulièrement distin- 
gués, je me rappelle avoir vu en Alle- 
magne des soldats porter un brassard 
avec l'inscription « Gibraltar », en sou- 
venir, je pense, de l'aide apportée aux 
Anglais, lors du siège de la place en 1704, 
par les troupes du prince Georges de 

Hesse-Darmstadt. Guisetti. 

* 

Les Prussiens ont appelé la bataille de 



DES CHfiRl.HEURS bT CURliiUA 



10 Mars 1915 



197 

Waterloo, bataille de « La Belle Alliance », 
du nom Ju village où Napoléon se tint 
pendant le combat. L'écusson, rapporté 
par un officier retour du feu, est évidem- 
ment celui d'un régiment qui a pris part 
à la bataille de Waterloo. 

M. Lailler. 

* 
• • 

Les Allemands appellent bataille de la 
« Belle-Alliance > la bata'lle de Wa- 
terloo. 

C'est près de l'auberge de la a Belle 
Alliance >» située au sud de la Haie 
Sainte, que Napoléon se tint pendant la 
plus grande partie de la journée du 18 
juin 1815. C'est également devant cette 
auberge que se rencontrèrent Blûcher et 
Wellington à la fin de la bataille. Une 
plaque de marbre, placée au-dessus de la 
porte, contient l'inscription suivante : 
« Rencontre des généraux Wellington et 
Bliicher, lors de la mémorable bataille du 
18 juin 1815, se saluant mutuellement 
vainqueurs ». 

Dès lors l'inscription en question sur 
des casques allemands s'explique facile- 
ment, surtout s'il s'agit d'un segment por- 
tant le numéro d'un de ceux ayant com- 
battu à Waterloo. 

Louis Brindeau. 

« 
* * 

L'Inscription portée par les casques 
allemands, y figure en commémoration 
de la bataille de Waterloo, que les Prus- 
siens ont toujours nommée >< Bataille de 
Belle Alliance », pour ne lui pas donner 
le même titre que les Anglais, à l'encontre 

desquels ils s'attribuent le mérite de la I 

victoire, en quoi d'ailleurs, ils ont tous les ! 

deux raison. C'est un mérite partagé. t 

Belle Alliance, vWhge situé à 10 kilo- 
mètres de Bruxelles, est compris dans 1 
l'étendue du champ de bataille de Wa- i 
terloo. j 

Au moment où les généraux de la coa- I 

lition ébranlés par le choc des Français, I 

songeaient à la retraite, Wellington releva i 

leur courage et les conjura de tenir bon, j 

leur faisant espérer la prochaine arrivée i 

de l'armée prussienne commandée par i 

Blùcher. ) 

Celui-ci arriva en effet, et c'est près du j 

village de Belle Alliance qu'il attaqua | 
l'armée française. Sans cette attaque qui 

fut décisive, la coalition aurait peut-être i 



198 



perdu la bataille, mais il en eut été de 
même sans la ténacité de Wellington. 

Belle Alliance étant ici un terme géo- 
graphique, les Allemands ont conservé au 
village le nom qu'il porte dans la langua 
du pays où il est situé. Ils n'avaient pas 
plus de raison de le traduire en allemand, 
que, lorsque nous mentionnons la ville 
alsacienne d'Altkirch, nous n'aurions de 
raison ue dire : Vieille église. 

Philippe Leroy. 

La convoc .tion de la mobile en 
1870 (LXXI. mi).— Les filsuniquesde 
veuve, dont j'étais, furent convoqués avec 
la mobile j'ai fait la campagne de la Loire 
avec plusieurs amis dans mOri cas. Mais 
ceux qui réclamèrent furent versés dans 
les bataillons de marche des mobilisés. 

M. P. 
« 

* * 
Quand fut convoquée la Mobile, on 
ne tint point compte de l'exemption des 
fils «uniques h des veuves. « C'était 
mon cas », et je fus appelé comme tout 
le monde ; a priori, il en fut de même 
pour le fils *< aîné », mais le fils « uni- 
que » était autorisé à se faire rempla- 
cer. 

J'ajoute qèe, quinze jours plus tard, 
ceux qui avaient usé de ce droit furent 
compris dans la levée des mobilisés (vieux 
garçons), leur position était devenue in- 
tenable. 

C. R. 

Taube (LXXI, 10, 115). — On pour- 
rait, il me semble, admettre une taube et 
des taubcn, si le mot avait été adopté 
avec sa prononciation allemande. 

Mais en réalité, sans même savoir ce 
que signifiait ce mot, on la employé 
d'emblée avec le genre masculin et la 
prononciation française tobe, pour dési- 
gner un type d'avion allemand. 

Je croîs que le courant serait difficile à 
remonter maintenant en ce qui concerne 
le genre. 

Quant au pluriel tauben, il deviendrait 
bien vite tôbain dans la plupart des bou- 
ches françaises. 

A mon avis, il faut considérer taube 
comme un mot provisoire de notre langue 
et continuer à dire un taube, des tauhes, 
pendant le temps, court, espérons-le, où 



N» 



1414 



Voî. 



LXXI. 

- '99 



L'INTERMEDïAlRE 



ces vilains oiseaux saliront encore notre 
ciel. 

J. F. C. 

«Sur le front» (LXXI, 43). — si 
M. H. B. prenait connaissance de la ma- 
gnifique imprécation de Moniuc contre 
les armes à feu, il changerait peut-être de 
sentiment. Le ,< front )), en matière stra- 
tégique est, du reste, une expression in- 
finiment plus ancienne qu'il ne le croit. 

H. DE L. 

Crapouillots (LXXI, 45, 115). _ 
CrapouiUot, suivant M. Ard. D. se dit des 
enfants en Angoumois. 

Champfleury [Misères de la vie dômes- 
tique ; la succession Le Camus Ch. I) dont 
la scène se passe à Origny (Aisne) met le 
terme de crapoussin, pour désigner un en- 
fant, dans la bouche de l'un de ses per- 
sonnages, M. Le Camus l'avare. 

je l'ai entendu aussi à Nantes. IVlais ce 
n'était peut-être qu'une réminiscence du 
roman de Champfleury. 

Dehermann. 

Bâbord et tribord (LXXI, 129). — 
Bâbord date du xvi« siècle et tribord des 
premières années du xvii'. (Cf. Diction- 
naire général de la langue française, par 
Hatzfeld, Darmesteter et Antoine Thomas 
(Paris, 1890-1900). 

P. DORVEAUX. 

La Dame Blanche des Hohea- 
zoUern (LXXI, 7, 114). — Il faut re- 
monter à plusieurs siècles pour retrou- 
ver l'origine de la légende de la Dame 
Blanche qui apparaît dans certains palais 
des familles royales d'Allemagne chaque 
fois qu'elles doivent être frappées par une 
mort ou par quelque menaçante catas- 
trophe. S'il faut en croire la tradition, ce 
fantôme néfaste est la comtesse d'Orla- 
mund qui tua jadis, à l'aide d'une épingle 
d'or, ses deux enf.ints dont l'existence 
nuisait à ses projets ambitieux. En expia- 
tion de cet horrible crime, la comtesse 
Agnès, de tragique mémoire, cond imnée 
à errer perpétuellement dans les royales 
demeures des HohenzoUern, est devenue 
pour sa postérité une messagère de mal- 
heur. Ellj mourut abbesse du couvent de 
Himmelskrôn vers le milieu du xiv» siè- 



200 



cle, et elle fut enterrée, dit-on, auprès de 
ses enfants, dans le chœur de l'Eglise 
Une ballade populaire, célèbre encore en 
Allemagne, raconte tous les détails de 
ces événements dramatiques. D'après une 
autre vision ia Dame Blanche serait une 
Comtesse Bertha de Rosenberg, de la fa- 
mille des margraves de Hesse. Si les opi- 
nions ditïèrennsur l'origine de cette tra- 
dition, il jst bien peu de gens, en revan- 
che, qui osent douter de la réalité de cette 
légende. On cite plusieurs électeurs de 
Brandebourg qui déclarèrent l'avoir vue 
apparaître à leur heure dernière et l'éiiu- 
mération des rois et des princes qui cru- 
rent l'apercevoir à leur chevet remplirait 
des volumes. 

Le prince Georges de Hesse, frère de la 
princesse Charlotte de Hesse, Darmstadt. 
qui fut avec sa sœur Louise, la plus in- 
time amie de Marie- Antoinette, déclara 
que la Dame Blanche lui était apparue la 
nuit qui avait précédé la mort de la reine, 
et il a laissé de cet événement une cu- 
rieuse relation, écrite de sa main, dans 
laquelle il décrit l'aspect du fantôme qui 
s'était tout à coup dressé devant lui : son 
visage, vaguement estompé, est entouré 
d'une buée lumineuse où les traits se dis- 
tinguent à peine : une sorte de collerette 
de dentelle rigide et haute entoure son 
cou élancé et les bras et les pieds dispa- 
raissent sous les longs plis d'une ample 
draperie qui répand une lueur laiteuse et 
brillante rayonnant autour de sa forme 
diaphane. 

On raconte que la Dame Blanche appa- 
rut dans le château de Manheim à la 
Grande duchesse Stéphanie de Bade au 
moment de la disparition mystérieuse 
de son fils unique, qu'on crut reconnaître 
plus tard sous les traits de : l'infortuné 
Gaspard Hauser. 
! Quoi qu'il en soit de ces évocations fan- 
1 lômales, on ne saurait nier que la lé- 
! gende est restée singulièrement vivace 
I en Allemagne. Elle est en outre entourée 
I d'une sorte de respect dans la' famille des 
j Hcihenzollern, qui.loin de la redouter, veu- 
lent voir dans la Dame Blanche, une 
: sorte de jgénie tutélaire de leur maison, 
j leur apparaissant fidèlement pour leur 
i annoncer que leur fin est prochaine, et 
; que le moment est venu de se préparer à 
j la mort. 
- 'Vicomte DE Reiset. 



DKS CHERCHEURS ET Cl'RIEUX 



10 Mars 1915 



201 



202 



... Comme je visitais de fois à autre le 
grand palais, j'y rencontrais la princesse 
Guillaume ; elle se plaisait à me conduire 
dans les appartements. Je n'ai jamais vu un 
regard plus triste qu« le sien ; dans les sa- 
lons inhabiles derrière le château sur la 
Sprée. elle me montrait unt chjmbre hantée 
à certains jours par une dime blanche, et en 
se serrant contre moi ave; une certaine 
frayeur, elle avait l'air de cette dame blan- 
che. 

Dj son côté, U duchesse de Cui'iberland 
me racontait qu'elle et sa sœur, la reiiie de 
Prusse, toutes deux encore très jeunes, 
avaient entendu leur mère qui venait de mou- 
rir, leur parler sous ses rideaux fermés. 

cl'outre-tombj, 
187. 

Leda. 



ChateaubrianJ, Méni 
Paris, Garnier, t. iX, 186, 



La prophét e des HohenzoUern 
(LXX; LXXI, 149). — Simple rectification : 
En ces sortes de choses, il faut faire sien le 
texte de l'apôtre Jean « Eprouvez-tout et 
retenez ce qui est bon » . Cette parole cé- 
lèbre n'est pas de l'apôtre Jean, mais de 
l'apôtre Paul. La voici textuellement : 
« Ne méprisez pas les prophéties, mais 
éprouvez tout et retenez ce qui est bien. » 
Première épilre aux Thcssulonniens, ch ip. 
V, verset 2 1 . 

Frank Puaux. 

Chant militaire anglais : Long 
way Tipperary(LXX, 180 ; LXXI, 64, 
III). — Les marchands de musique ven- 
dent : 

The marching anlhem on the BaltlefieU of ^ 
Europe. — The immortal It's a long, long 
way lo Tipperary — Writ'en at;d composed 
by J.ck JuJge and Harry Williams, siing by 
the soldiers of the king London, B. Feld- 
n-.aii & C", 2& 3 Ailhur strcit, New Oxford 
slrcet. W. C, price 1/6 nelt casii. 

Sglpn . 

Notre Dame d'Albert (LXXI, 43). 
— En réponse à la question posée par 
mon c nfrère U' L , je puis lui com.nuni- 
quer un fort volume : No:re Dame .ie Bre- 
bièies^ par Yves Sainie-Marie, édité par 
France Album, 43, rue Denfert-Roclie- 
reau, Boulogne (Seine) 1908, dans lequel 
il trouvera ce qu'il demande, avec beau- 
coup de détails. 



J'ai entre les mains, une petite photo 
prise, au moment où la statue de l'Eglise 
d'Albert, bombardée par les Allemands, 
est précipitée sur le sol. 

René Durand. 

[ Le D'' L. remercie de cette olîre obli- 
geante : il e.'t maintenant documenté ]. 

* * 
La statue vénérée dans les pèlerinages 
à Albert, représente la Vierge portant 
l'enfant Jésus sur le bras gauche et tenant 
de la main droite un sceptre aujourd'hui 
disparu et remplacé par une tige de bois 
doré. Elle est ainsi décrite dans Notre- 
Dame de Biehicres à Albert, par le R. P. 
Letierce, de la Compagnie dejésus, p. 30 : 

Elle esl faite d'une pierre dure, l'un jaune 
pâle, sculptée et peinte entièrement ; la dra- 
perie, profondément fouillée, tombe avec 
grâce. A gaucha, et t.iillJe dans le même 
bloc, une brebis semble brouter l'herbe aux 
pifds e Marie. La hauteur totale est d'en- 
viron I mètre 30 centimètres ; sa largeur 
varie : elle est à 1 1 base d'environ 50 centi- 
mètres. La Vierge est habillée, selon l'usage 
adopté dans la plupart des pèlerinages : 
son vêtement, orné i& cœurs en vermeil et 
de bijoux, va s'élargissant jusqu'à la base, 
qu'il recouvre tout entière, et ne laisse voir 
que la tète de la Sainte-Vieige et celle du 
divin enfant, surm ntées touUs deux d'une 
couronne. La tète de l'enfant, détachée du 
cou par accident, porte sur un pivot et s'en- 
lève sans difficulté; on a même émis des 
doutes sur son authenticité, la figure de 
l'enfant, n'ayant pas le fini, la délicatesse 
des tiaits de la mère. 

L'origine do la statue est assez mysté- 
rieuse. Ecoutons la légende : 

Un berger qai gardait son troupeau à peu 
de distance de la ville d'Ancre, (m.iintenant 
Albert,) sur une terre nommée encore au- 
joard'hui Brebières, s'aperçut qu'une de ses 
brebis s'attachait obstinément à une même 
touffe d'herbe, sans chercher ailleurs sa pâ- 
ture Il l'appelle, il lance ses chiens qui le 
harcèlent , mais la brebis, oublieuse de sa 
timidité naturelle, ne s'éloigne pas Impa- 
tienté, le berger frappe ru -lement cette touffe 
d'herbtîs d'un coup de sa houL-tt." ; quelle 
n'est pas sa surprise lorsqu'il entend une voix 
qui lui dit : « Arrête, berger, tn me blesses ! » 
et que, retirant sa houlette, il la voit tout 
ensanglantée Sa colère fait place à la stupeur, 
l'instrument s'échappe de .".es mains , enfin, 
revenu à lui-même, il se met à creuser dou- 
cement la terre à l'endroit d'où cet'e voix 
est venue, et il ne tarde pas à découvrir une 
Statue qui porte au front la marque du coup 



N» 1414. Vol. 



LXXI. 

— 20} 



L'INTERMËDÎAÏRE 



204 



qu'il lui a donné. C'est une Vierge-Mère, 
tenant son fils entre ses bns. 

La légende ajoute qu'au bruit de cette 
trouvaille, le clergé d'Ancre se rendit à 
Brebières pour enlever la précieuse image. 
Il trouva sur les lieux le clergé d'une pa- 
roisse voisine qui avait déjà placé la statue 
dans un char attelé de chevaux vigou- 
reux ; mais, au moment de partir, et en 
dépit des efforts réunis des hommes et de 
l'attelage, le char resta immobile. 

Au contraire, dès que les paroissiens 
d'Ancre, qui étaient fort pauvres, eurent 
mis au char l'unique cheval dont ils pu- 
rent disposer, un cheval tout malingre, le 
cortège s'ébranla sans difficulté. Il ne 
s'arrêta qu; devant l'église où l'image 
miraculeuse fut déposée. Comme on voit, 
cette légende s'apparente étroitement à 
tant d'autres récits de statues trouvées ou 
arrivées miraculeusement dans des pays 
très difitérents et fort éloignés les uns des 
autres. Le P. Letierce rapporte, entre 
autres, des cas assez semblables à Bon- 
Encontre, près d'Agen, à Verdelais, à 
Notre-Dame de Font-Romeu, de Buglose, 
de Sarrance, près d'Oboron, à Esquermes, 
près de Lille. 

Le prodige des chevaux robustes vain- 
cus par un cheval de chétive apparence 
n'est pas non plus sans exemple. On le 
rencontre, avec les variantes locales ordi- 
naires, dans la légende qui a donné nais- 
sance à un autre pèlerinage picard moins 
fréquenté, mais cependant très populaire, 
celui de Notre-Dame de Monflières, près 
d'Abbeville. 

Un curé bâtisseur, l'abbé Godin, ins- 
tallé curé doyen d'Albert, le 2 octobre 
1882, entreprit de construire une grande 
basilique pour abriter la statue miracu- 
leuse. Les plans furent conçus par l'ar 
chitecte Duthois, qui mourut en i88g, 
avant l'achèvement de l'église 

Le clocher est surmonté d'une Vierge 
couronnée, élevant l'Enfant Jésus au dessus 
de sa tète. Elle est l'œuvre du sculpteur 
Roze, et a été exécutée en cuivre battu. 
Elle mesure cinq mètres d'élévation et 
repose sur un trône en cuivre doré de dix 
mètres. Je pense que cette Vierge a été 
abattue par les obus prussiens. 

Quant à la stiitue miraculeuse, Je ne 
Sais quels dégâts elle a subis. Elle repo- 
sait sur un autel particulier, dans une 
chapelle dont les murailles étaient revê- 



tues de mosaïques et, elle était surmontée 
d'une statue due au ciseau de Delaplanche 
représentant Marie avec l'enfant Jésus 
dans ses bras caressant un agneau. 

Grâce aux efforts de Mgr Godin et de 
son successeur. M, l'abbé Gosset, le pèle- 
rinage a acquis une grande vogue. On 
évalue à 80,000 le nombre des visiteurs 
annuels. 

On lira avec intérêt, sur Notre-Dame 
d'Albert, plus connue sous le nom de 
Notre-Dame de Brebières, un ouvrage por- 
tant ce titre, par Yves Sainte-Marie, (un 
vol. in-i2, 600 p. avec ^2 gravures; 
Amiens, librairie Brandicourt), et le Mes- 
sager de Notre-Dame, publication men- 
suelle qui, du reste, a cessé momentané- 
ment de paraître depuis le commencement 
de la guerre. Ad. H. 

Le labarum de Constantin (LXXI, 
9). — Prudence (2" livre contre Syinma- 
que) décrit ce labarum dans les hexamè- 
tres suivants : 

Christus purpureum, gemmant! textus inauro, 
Signaba t Labarum ;elypeOru m InsigriiaChris- 

[tus 
Scripserat ; ardebat summis Crux addita cris- 

[tis. 

Nauticus. 

♦ 

La plus ancienne description du laba- 
rum est celle que nous en donne Eusébe 
dans sa « Vita Constantin! «. 

D'après lui, le labarum se composait 
d'un voile de pourpre, aussi large que 
haut, attaché par sa partie supérieure à 
une antenne horizontale ; celle ci donnait 
avec la hampe, sur laquelle elle était 
fixée, une image de la Croix. La hampe, 
portant le labarum, se terminait à son 
sommet par une couronne d'or encadrant 
le monogramme du Christ. Ce mono- 
gramme se composait des deux lettres 
grecques X et P. 

Sur le voile de pourpre se voyaient 
trois médaillons représentant les effigies 
de Constantin et de ses deux fils 

Le labarum, tel que nous venons de le 
décrire d'après Eusèbe, nous le retrou- 
vons gravé sur les monnaies de Constan- 
tinople de 325 et 326. Notorts toutefois 
une différence, le monogramme du Christ 
qui le surmonte n'y est pas encadré dans 
une couronne. 

G. La Brèche. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Mars 1915. 



20s 



206 



J'ai sous les yeux des bonnes feuilles 
de l'Annuaire Pontifical Catholique pour 
l'année igi s, qui contient un article sur 
cette question et le rend plus compréhen- 
sible à Taide de gravures 

La description du Labarum vient d'un 
texte d'Eusèbe, archevêque de Césarée, 
qui vivait dans la familiarité de Cons- 
tantin et à qui ce grand empereur le 
montra. Eusèbe, [il vita Constantini), en 
fait une description détaillée, et il sem- 
blerait qu'il ne dût pas y avoir d'incerti- 
tude en suivant pas à pas sa description. 
11 faut bien cependant que le texte grec 
puisse s'interpréter de plusieurs manières, 
puisque ceux qui l'ont soigneusement 
étudié en ont tiré des étendards différents. 

Voyons d'abord les points sur lesquels 
tout le monde s'accorde. 

Ce vexillum était constitué par une 
hampe à laquelle était pendue, par deux 
cordons, une étoffe carrée de soie rouge, 
frangée d'or. Cette étoffe était de plus 
constellée de pierreries qui étaient pour 
l'œil d'Eusèbe un véritable éblouissement. 
Au dessus de cet étendard était le tro- 
phée de la croix et là encore tout le 
monde est d'accord. Ce trophée de la 
croix n'était point la croix latine que 
nous avons, mai» les deux lettres grec- 
ques P X qui forment le nom du Christ 
et qui étaient entourées d'une couronne 
d'or, formée de feuillages, probablement 
de lauriers. 

On sait que le labarum portait ensuite 
l'image, médaillons en or, de Constantin 
et de ses fils. Or, la différence qui existe 
entre les diverses interprétations se borne 
uniquement à la place qu'occupaient ces 
médaillons. La Commission romaine met 
ces médaillons entre le drapeau et le tro- 
phée de la croix. Mgr Vilpert, au con- 
traire, les place l'un au dessous de l'au- 
tre, en dessous du drapeau rouge et 
fixés sur la partie inférieure de la 
hampe. 

La différence n'est donc pas de savoir 
si tel ou tel ornement figurait sur le laba- 
rum de Consta;:tin, mais uniquement sur 
la place qu'occupait un des éléments de 
ce labarum. On la voit, la différence n'est 
pas considérable, mais il y a grande appa- 
rence qu'elle ne sera pas tranchée de sitôt. 
Quand on voit une commission romaine, 
un archéologue allemand, de haute valeur, 



travaillant sur le même texte et aboutis" 
sant à une divergence, qui au fond a son 
importance, il est clair que le texte d'Eu- 
sèbe, dans l'original grec, n'est pas clair. 
Et comme nous n'avons une description 
complète du Labarum que d'après ce 
texte il y a grande chance pour que de 
longtemps nous n'ensachions pas davan- 
tage. 

Un curieux. 

Louis XIV a-t il félicité Je^m So- 
bieski après la délivrance de 

Vienne?(LXlX, 785, LXX. 9, 51-201). 
— Ne déplaçons pas la question : l'ingra- 
titude de l'Autriche est, depuis longtemps, 
proverbiale et c'est Sobieski lui-même qiii 
a écrit à sa femme Marie-Casimire d'Ar- 
quien la façon étrange dont l'empereur 
Léopold le remercia, d'un air embarrassé 
et du bout des lèvres, d'avoir sauvé la 
capitale et l'empire des Habsbourg. Mais 
j'ai demandé quelle avait été l'attitude 
de Louis XIV dans cette circonstance et 
aussi (question très discutée de nos jours) 
si Jean Sobieski, en chassant les Turcs 
d'Autriche, a rendu mauvais service à la 
France et à la Pologne? J. W. 

Stanislas Leczinski à 'Wisseni- 
bourg (LXXl, 93). - Pierre Boyé, dans 
son Stanislas Les{C{itnki et le troisième 
trait': de tienne. Paris, Berger-Levrault, 
1898, in-8° de xx-s88 pp., a consacré un 
chapitre très documenté et des plus inté- 
ressantsau séjour du roi de Pologne à Wis- 
sembourg et au mariage de Leszczynska. 
( 1719-1725). Les notes et les références 
occupent au inoins la moitié de chaque 
page du volume ; ce qui justifie la men- 
tion que l'auteur a ajoutée à son titre : 
« D'après les archives d'Etat, les papiers 
du roi de Pologne et autres documents 
i' ledits ». 

La duchesse de Berry à Marseille 
en 1816 (LXX, 183; LXXl, 72). — 
L'ouvrage principal à consulter est celui 
du vicomte de Reiset, cité dans la ré- 
ponse précédente. .Mais il faut voir aussi 
Cliateaubriand, Mémoires sur le duc de 
Berry, où on trouvera des lettres de la 
duchesse S'il s'agissait, non plus seule- 
ment de son séjour à Marseille, mais de 
son voyage triomphal à travers la France, 



N» 1414. Vol. LXXI, 

• 207 

par Montélimart, Lyon, Roanne, Mou- 
lins, Nevers, il y aurait beaucoup d'au- 
tres documents à citer. 

O.-C. Reure. 

Voici quelques détails à ajouter aux 
très intéressants renseignements fournis 
par Naiiticia : 

J'ai dans mes dossiers, à côté de la 
minute autographe de la lettre par la- 
quelle Monsieur, plus fard Charles X, 
demanda à la princesse Marie Caroline sa 
main pour le Duc de Berry, un amusant 
placard populaire, sans lieu ni date, inti- 
tulé : Céiéinonics reliqieusis qui ont eu 
lieu à Naples, à l'occasion du mariage, par 
piociiiation, de S. A. R. la Princesse Ca- 
roline dea Deux-Sicilet, et, en tète, les eu 
rieux portraits, gravés sur bois, des deux 
conjoints — dont la ressemblance ne 
saurait être garantie ; et j'y lis : « S. A. 
R. est attendue de jour à autre à Mar- 
seille, les ordres sont donnés pour rece- 
voir cette princesse avec toute la pompe 
due à son rang >*. 

Dans sa Vie de S. A. R. Charles Ferdi- 
nand d'Artois, duc de Beiry (Paris, 1820, 
page 60 ', Delandme de Saint Esprit écrit : 

La p: incesse quitta Naples, s'embarqua 
sur le vaisseau Le Saint-Ferdinnnd et fit 
voile pour la France, accompagnée de qua- 
rante personnes .-fe la plus haute distinction, 
dont seize siciliennes, qui turent désignées 
par le Roi de Naples Une escadre sortit du 
port de Toulon pour aller à sa ren.ontre : 
on voyait à la tète le plus beau vaisseau de 
la marine française, et peut être do tous les 
Etats maritimes, le Royal Louis, magnifique- 
ment orné et portant un nombreux état- 
major. 

La Piincesse se dirigea sur le Lazaret: on 
n'avait rien négligé pour charmer le séjour 
qu'elle devait y faire et pour en abréger la 
durée : une musique composée d'altistes dis- 
tingués, destinée à la faire jouir de tous les 
charmes de l'harmonie, les soins les plus 
empressés, et mille divertissemens ingé- 
nieux varièrent ses plaisirs ^t purent lui don- 
ner une idée des fêtes et du bonheur 
l'attendaient à son débarquement. 

La Princesse fit son entrée à Marseille le 
30 mai. Klle fut accueillie avec transport et 
les premiers Français qu'elle vit lui firent 
entendre des accens d'allégresse qui furent 
répétés par toute l.i nation. IVloisieur le duc 
d'Avré lui ayant adressé la parole en italien, 
« Ah ! parlez moi français, Monsieur le Duc, 
dit la Princesse en souiiant,jt: ne sais plus que 
cette langue ». Lorsqu'elle fit ses adieux à sa 



L'INTERMÉDIAIRE 



208 



qui 



suite napolitaine, tous ceux qui la compo' 
saient éclatèrent en sanglots ; la Princesse 
mêla ses htmes aux leuis en disant : « Je 
suis maintenant française, je me dois tout 
entière à la France, et je veux mériter son 
amour ». 

De son côté, le vicomte de Chateau- 
briatid raconte dans ses Mémoires, lettres 
et pièces authentiques touchant:-^ la vie et la 
mort de S. A. R. Monseigneur Charles- 
Ferdinand d'Artois, duc de Berry (Paris, 
Le Normand, 1820, p. 167) : 

Un détachement de la garde royale se 
rendit en Provence. Mme la duchesse de 
Reggio, Mme de la Ferronnays, Mme de 
Bouille, Mme de Gontaut, M. le duc d'Ha- 
vre, M. le duc de Lévis, M. le comte de 
.Mesnard attendaient à Marseille l'arrivée de 
la Priticesse Caroline... Marseille déploya à 
l'arrivée de la l'rincesse cet enthousiasme 
qu'elle tient du sang de l'Ionie, de \i beauté 
de son soleil,des chansons de ses troubadours, 
et du souvenir du bon roi René. Caroline de 
Bourbon fut reçue comme Marie de Médicis 
au-devant de laquelle Henri IV avait envoyé 
le connétable, le chancelier, le duc de 
Guise, et les princesses de Guise et de Ne- 
mours. 

Deux lettres de la Princesse Caroline 
à son époux le duc de Berry vont nous 
tenir au courant de ses occupations du- 
rant la quarantaine qu'elle fut obligée de 
faire et lous donner ses propres impres- 
sions sur sa réception par les Marseillais 
et les Toulonnais. 

Du Lazareth de Marseille, 26 mai 1816. 

Vos aimables lettres. Monseigneur, m'ont 
déjà habituée à votre intéiêt. Je dois à Vo- 
tre Altesse Royale de l'infornier de tout ce 
que je» fais ici et d'abord de ma sauté qui 
est très bonne. Je me lève assez tard, parce 
que j'aime i dormir le matin ; ainsi je n'en- 
tends la messe que de neuf à dix heures. Le 
b; n duc d'Havre prend la peine de venir de 
bien loin pour y assister, ainsi que le préfet, 
M. de Villeneuve-Batgemont, M. de Monte- 
grand, maire, et des députés de la Santé, lors- 
que les affaires publiques le leur permettent. 
Ainsi ils viennent me voir à la distance très 
respectueuse qu'imposent les lois de la 
iiuaraiitaine. Puis je me retire chez moi 
jusqu'au dîner, après lequel je profite de 
l'excellente société deMmede la Ferronnays .. 
j'ai le plaisir de vcir Mme la Duchesse de 
Reggio au parloir avfc Mmes de Gontaut, 
de Bouille, et MM de Lévis et de Mesnard, 
et tous ceux que M. le duc d'Havre m'a pré- 
sentés : c'est une occupation de l'après-dîiier, 
avant la promenade ou la pèche ; plaisirs 



DES CHFÎRCHEURS ET CURIEUX 



10 Mars 191$. 



209 



210 



que les intendants de la Santé m'ont procu- 
tés deux fois. Ils sont bien empressés d'em- 
ployer toui les moyens d'adoucir m.i retraite. 
Jeudi passé j'ai fiit une jolie promenade sur 
mer dans un très beau canot que M le com- 
mandant de la marine a fait venir de Tou- 
lon ; on a pu entrei dans le port ; et comme 
il a paru que les bons habitans de Marseille 
ont étécontens que l'on ait trouvé ce moyen 
de me faire voir à eux, j'ai demandé de re- 
nouveler la promenade aujourd'hii si le 
temps le permet ; l'on m'a fait, entendre 
aussi plusieurs fois de la musique; enfin, 
Monseigneur, l'on n'omet lien de ce qui 
peut m'ètre agréable... On doit me f.iire 
voir Toulon ; j-- jouirai d'autant plus de ce 
plaisir que cette course n'est pas un retard, 
puisqu'elle ne fait qu'employer les jours de 
grâce que MM. de la Santé m'ont accordés; 
c'est un arrangement de l'excellent duc 
d'Havre. . 

Caroline. 

Marseille, 2 juin 1816. 
.. . Je suis arrivée hier soir de Toulon, où 
tous mes instans ont été employés à rece- 
voir de= hommages, des fêtes sur terre et 
sur mer, U ville entière étoit parée, déco- 
rée d'emblèmes, d'inscriptions alléa;oriques. 
Il est impossible de décrire l'enthousiasme 
de ces bons habitans de la Pro.ence, ils me 
gâtent; ils touchent sensiblement mon cœur 
par les expressions répétées de leur amour 
pour le Roi et pour toute sa famille. Ils ont 
en même temps la déli.atesse d*; joindre des 
acclamations pour mes parens de Naples. 
Cela n'est il pas charmant ?.. L'on m'a 
conduite dans les arsenaux. Celui de terre 
qui n'exisîoit pas il y a quatre mois, est 
maintenani en état d'armer plus de trente 
mille hommes... En tout ce petit voyage m'a 
intéressée. .. 

Carolike. 



Pour finir, deux 
du duc de Berry 
chère amie » : 



passages des réponses 
à sa Dame et « bien 



Paris, 3 1 mai l8i6. 
... J'ai ericora reçu aujourd'hui des nou- 
velles de Marseille, du 23, je sais que vous 
enchantez tout ce qui vous entoure et taut 
ce qu: peut vous apercevoir. Votre prome- 
nade en bateau a eu grand si'ccès, et surtout, 
la pron.esse que vous avez faite de la renou- 
veler. — 4 juin. Vous êtes entourée de 
l'amour des habitans du Midi, qui sont bien 
bons. 

Charles- Ferdinand. 

La Duchesse de Berry écrivait de Mon- 
télimart le 5 juin : « On continue à me 
faire voir la France parée... Il me tarde 



de jotiir d'une vie paisible en famille >. — 

Pierre. 



Ah ! le poids des honneurs ! 



Chirles X quitta-t-il Cherbourg 
sur un navire appart nant à Joseph 
Bonaparte ?(LXX1, 14) —Le Great- 
Britain sur lequel s'embarqua le roi, 
élaitil américain malgré son nom ? 

On lit dans le Journal du Havre du 31 
juillet i8}0 : 

Le superbe navire Américain « Great 
Britain » du port de Soo tonneaux, doublé 
cloué et chevillé en cuivre, d'une marcha 
reconnue supérieure partira pour New- York le 
5 août S'adresser pour fret et passage à MM. 
Darue et Gaima ou à M. Marrey, courrier. 

On lit dans le Journal du Havre du 5 
août 1830 : 

Le paquebot Américain « Charles Csroll >, 
capitaine Clark, vient de partir à la marée 
pour Cherbourg où il doit prendre la famille 
déchue de l'ex-roi. 

Ce bâtiment sera suivi par le « Great- 
Britiin» Le « Charles Caroll» a pris à son bord 
M, Dumoiit Durville, capitaine de vaisseau, 
envoyé par le Ministère de la Marine pour 
l'affrètement des deux Irois-mâts. 

On lit dans le même numéro du même 
Journal {Bnll lin des Entrées et Sorties du 
port du Havre) : 

Sorti U 5 août, — Paquebot Américain 
< Charles Caroll » capitaine Clark {Expédi- 
teurs MM. Boun.iffe, Boisgerard et C'")... 
pour Cherbourg. 



Et dans le numéro du 6 août 
le f août. — Navire 



Américain 



Sorti 

« Great Britain » capitaine Freneh (expédi- 
teurs .\1M, Darue et Calma) pour Cher- 
bourg. 

On lit dans le/oM/wa/ de Jean du 18 
août l'information suivante, envoyée de 
Cherbourg : 

C'e--.t à bord du « Great-Britain, que l'ex-roi 
s'e t embarqué ; c'est le plus grand des 
deux navires. 

Le Great Britain était donc Atîiéricain. 
Il est possible que Joseph Bonaparte-, qui 
séjourna pendant de longues années aux 
Etats-Unis entre 1815 et 1830, ait tu une 
part de propriété dans le « Great-Bri- 
tain » et le «Charles Caroll ». Mais je n'en 
ai pas trouvé trace. 

Je crois devoir signaler que les lignes 
de grands voiliers américains entre New- 



N» I 



414 



Vol. 



LXXI. 

211 



L'INTERMEDIAIRE 



212 



York et le Havre furent fondées en 1822, 
c'est-à dire pendant le séjour de Joseph 
Bonaparte en Amérique. 

Louis Brindeau. 



Vérusmor, historien local et conscien- 
cieux, relate, coftime suit, le départ de 
Charles X : 

(Histoire Je la ville de Cherbourg, de 
Voisin-la-Hongue, continuée par Vérus- 
mor,i8}5). 

Le convoi politique entra à Cherbourg le 
16 août 1830, à une heure de l'après midi. 

Quand la voiture royale arriva sur le quai, 
les voyageurs mirent pied à t^rre. Charles X 
descendit le premier ; son air était calme, 
son maintien résigné 11 était en habit bleu 
bourgeois, sans ruban et en chapeau rond. 
Il reconnut M Pouyer, préfet maritime, et 
le salua ; mais il n'adressa aucune parole à 
messieurs Ojiloii-Barot, Schouen, le général 
Jacquemin et le maréchal Maison, commis- 
saires délégués par le nouveau gouvernement 
pour surveiller l'embarquement de lex-roi, 
Le dauphin était, comme son père, vêtu en 
habit bourgeois, mais avec un signe de dé- 
coration ; il donnait le bras à la dauphine qui 
fondait en larmes et était si abattue qu'à 
peine elle pouvait marcher. La duchesse de 
Berry, en proie à la doi:leur, était en toi- 
lette très simple. Mademoiselle était con- 
duite par madame de Gontaut, et le duc de 
Bordeaux, habillé en petite veste bleu clair, 
en pantalon blanc et en chapeau giis, don- 
nait la main au baron Damas, son gouver- 
neur. 

La famille royale s'embarqua sur le Great- 
Britain, magnifique paquebot américain, et 
sa suite, à bord du Charles-Caroll, navire 
aussi lies Btats-Unis. f Ces bd.iments ve- 
naient du Havre et appartenaient i M . Fa- 
terson, dont Jérôme B nabarte avait épousé 
la fille en 180)). Les quatre commissaires 
se rendirent sur le premier de ces b.îtiments 
et y ie>téieut assez longtemps ; ensuite le roi 
congédia avec bonté les officiers et les trou 
pes qui l'avaient accompagné depuis Saint- 
Cloud et qui ne devaient point le suivre dans 
l'exil ; et les paquebots se disposèrent à par- 
tir. On entendit alors la dauphine dire à 
madame de Gontaut : « Ah ! qu'il est cruel 
de quitter la France I » La suite de l'ex-mo- 
narque se composait d'un petit nombre de 
serviteurs dévoués, parmi lesquels on dis- 
tinguait messieurs le général Lavochejaque- 
laiii, le comte de Mesnard, le baron de Da- 
mas, le duc Ar.-.iand de Polignac, Kessner, le 
comte de Brissac, le comte O'Hëgerty le 
comte de Bouille, le maréchal Marinont, duc 
de Raguse, et mesdames la vicomtesse de 



Gontaut, la marquise de Sainte-Maure et la 
comtesse de Bouille. 

A deux heures un quart tout étant prêt 
pour appareiller, le Great Britain et le 
Charles Caroll, mirent leurs voiles dehors, 
et les exilés s'éloignèrent du rivage. Les 
deux paquebots étaient précédés par le cutter 
le Rôdeur, servant d'aviso, et escortés par la 
corvette de charge la Seine, commandée par 
le capitaine de frégate Thibault, lequel était 
chargé de surveiller le débarquement des 
proscrits. — Le lendemain, dès l'aurorejles 
navires étaient à l'île de Wight. 

G... A, 



Familles e la Guadeloupe (LXXI, 
49) — Si, comme j'ai lieu de le croire, 
mes souvenirs me servent bien, les ren- 
seignements demandés figurent dans l'ou- 
vrage Nouveau voyage aux îles de V Amé- 
rique, etc. (Paris, 1722; 6 vol. in-12, 
cartes et figures 1 du père dominicain La- 
bat, envoyé aux Antilles, en 1093, com- 
me missionnaire. 

Nauticus. 



Il y a une quinzaine d'années, le Baron 
Hulot de Collart, de Nantes, avait l'inten- 
tion de publier un nobiliaire des Antilles. 
Il réunissait des documents pour cela. 
Qu'est devenu ce projet? je l'ignore. 
Une réponse précise et assurant son exé- 
cution serait bien venue, de tous ceux qui 
généalogisent peu ou prou. 

St-Saud. 



Certes, les généalogistes se sont occu- 
pés des familles des colonies et le Cata- 
logue de l'Histoire de France de la Biblio- 
thèque Nationale contient une liste, sinon 
complète, du moins assez importante, 
des ouvrages publiés sur cette ma- 
tière. 

Actuellement mobilisé, je ne puis ré- 
pondre plus en détail à la question posée 
sous ce titre. Toutefois, je signalerai l'ou- 
vrage remarquable de l'abbé Cyprien 
Vauguay sur les familles du Canada — • 
on y trouvera les généalogies très com- 
plètes de toutes les familles qui ont peu- 
plé ce territoire. 

Il existe, je crois, des travaux analogues 
pour les familles de la Martinique et de 
la Guadeloupe. 

A. Chesnier du Chesne. 



oa-^ CfiiiKCHiiUKt» jar cuKiiju 



10 Mars 191;. 



31} 



214 



On pourrait s'adresser à M. Léon Bel- 
mont, greffier du tribunal de première 
instance, à Pointç-à-Pitre (Guadeloupe). 
Saffroy Frères 

Marcellia Allard (LXXl. 49)- — 
L'auteur de la question paraît ignorer que 
le catalogue de la bibliothèque |ames de 
Rothschild (1, n» 1024) décrit l'édition 
originale du Cruel assiegement de la ville 
dt G.jis imprimée à Dijon par Jean des 
Planches en 1S89. M. Emile Picot, le sa- 
vant rédacteur du catalogue, ajoute à ce 
propos : 

La ville de Gex se rendit volontairement à 
la France en 1S89, alors que le duc de Sa- 
\oie était en guerre ave: les cantons suisses. 
C'est en l'hofuieur de cette prise de posses- 
sion qu'un clerc de la bizuchc Je Dijon a 
composé ce récit, qui a la forme d'un mono- 
logue dramatique. 

Si M. Reure confirme son attribution, 
je le prie de bien vouloir nous en indiquer 
le motif. d'Heuzel. 

M. de BeaumoQt, généalogiste 
(LXX, 9^; LXXl, 34). - Oui, IVl. de 
Beaumont s'est occupé de généalogie et la 
bibliothèque de la ville de Saintes a de lui 
deux manuscrits où il est traité de l'his- 
toire de je ne sais plus quelle famille. 
On en trouvera le titre dans le catalogue 
des manuscrits des bibliothèques publi- 
ques de France dont la collection est au 
cabinet des manuscrits de la Bibliothè- 
que Nationale. 

Chesnier uu Chesne 

Eugène de Beauvau sous la Res- 
tauration (LXXl, 94) 11 y a quelques 
années la question de la survivance d'Eu- 
gère de Beauvau-Tigny a été traitée à fond 
par feu le vicomte de Miramon-Fargues, 
une étude substantielle publiée par la 
maison Pion. 

j.-G. Bord. 

Loischenaut de Bouille (LXl.v ; 
LXX, 69 ; LXXl, 117). — Le capitaine 
Leschenaut du Villars (exactement Lesche- 
nault liu billard) appartenait à une fa- 
mille bourguignonne bien connue, dont 
une autre branche a donné le célèbre na- 



t turaliste Leschenault de la Tour. M. le 
comte de Guenyveau trouvera une gé- 
néalogie complète des Leschenault dans 
les Bulletins de la Société des Sciences 
luiturellei de Saône et-Loiie, ioma II, iSSl- 
84 (Chalon-sur-Saône, 1884, in 8"), page 
148, et il constatera que les Leschenaut 
de Bouille n'ont rien de commun avec les 
Leschenault du Villard. 

BiBL. Mac. 

Perducat d'Albret (LXVIII, 573 ; 
LXIX, 214, 767J. — Mille remerciements 
au confrère si bien renseigné, G. P. Le 
Lieur d'Avost, qui a indiqué des réfé- 
rences insoupçonnées et fort curieuses 
pour les biographies des Albret. 

Le confrère R. de R. a droit aux mêmes 
remerciements pour ce qui concerne notre 
Perducat. Car, il faut bien le dire. Perdu- 
cat, Bertrucat, Bertucat ou même Berna- 
guet, ne font qu'un même personnage qui 
a eu l'heur de défrayer pas mal de chro- 
niques, entr'autres celle de Froissard, le- 
quel a consacré plusieurs lignes à la mort 
de ce vaillant routier, et assure qu'il lé- 
gua la baronnie de Chaumont à un sien 
cousin, issu comme lui de la maison 
d'Albret, et comme lui nommé Perdu- 
cat. 

De sorte que la question renouvelée est 
celle-ci : Y a-t il eu réellement deux Per- 
ducat d'Albret.^ 

Connaît-on, en dehors de Froissard, un 
texte qui mentionne ces deux hommes de 
guerre r 

Et surtout comment pourrait-on sûre 
ment établir leur généalogie et les ratta- 
cher à la descendance de quelque sire 
d'Albret ? 

AURIBAT. 

Pier.e Magd. Saguez de Breu- 

ve y (LXX, 95). — 11 y a eu à Caen, il 
y a vingt ans, un percepteur du nom de 
Saguez de Brcuvery ; c'est sans doute un 
parent de celui sur lequel M Nisiar de- 
mande des renseignements. Ce percepteur 
est aujourd'hui décédé ; mais sa veuve 
existe et habile à Caen. Deux enfants sont 
issus de leur union : un fils qui doit être 
officier d'infanterie et une fille qui habite 
en cette ville. 

Mme de Brcuvery doit être Brésilienrje 
et connaissait l'empereur don Pedro. 



N» i4'4-Vo' LXXI. 

315 

Quand don Pedro est venu à Caen vers 
1873, j'avais cru (comme neveu de Mon- 
seiur Liais fondateur de l'observatoire de 
Rio Janeiro) mettre à sa disposition la 
voiture de mes parents etje m'étais rendu 
à la gare de l'Ouest pour être présenté à 
l'Empereur et lui remettre la lettre d'in- 
troduction que mon oncle m'avait don- 
née. 

Mais je me trouvai, en concurrence, sur 
le quai de la gare, avec Mo sieur et Ma- 
dame de Breuvery qui entourèrent vive- 
ment l'empereur don Pedro, à sa descente 
de wagon ; et un officier de sa suite, tout 
en me remerciant de mon offre, me dit 
que Monsieur et Madame de Breuvery de- 
vaient accompagner dans leur voiture 
l'empereur don Pedro pour lui faire visi- 
ter les monunicnts de la ville de Caen. 

Et je fus un peu étonné de la piteuse 
voiture de louage dans laquelle don Pe- 
dro et M. et Mme de Breuvery montèrent 
pour visiter la ville de Caen en la compa- 
rant à celle de mes parents. 

Il est vrai que la voiture de mes pa- 
rents servit à la suite du souverain. Les 
deux voitures se suivirent dans les rues de 
la ville. Et si le public avait connu la pré- 
sence et les promenades de don Pedro, il 
l'aurait pensé plutôt dans la seconde voi- 
ture que dans 'a pren.ière. 

Par suite de la demande de M. Nisiar, 
je me suis rendu chez Mme de Breuvery 
etje lui ai exposé l'objet de ma visite 
Cette dame m'a répondu que son fils, 
alors à l'armée, possédait tous les papiers 
de famille et qu'il se ferait un plaisir, à 
son retour, de me donner tous les rensei 
gnements utiles. 

Albero 

PierreMagdeleine Saguez de Breuvery 
écuyer dit le chevalier Je Breuvery est 
le père dej. XavierSaguez de Breuvery qui 
fut conseiller général de Seine-et Oise et 
mairede StGermain pendant 19 ans fiSj^- 
i8}9, et 185^-1870). 

Une notice biographique de ce dernier 
imprimée chez LeBlanc Hardel, Caen, 
1879. renferme plusieurs pages (5 à 10) 
consacrée à son père tt à ses ancêtres. 

On a célébré en 1905 le centenaire de 
l'Académie Celtique à Montfort TAmaury. 
On peut donc s'adresser, pour avoir de 
plus amples renseignements, au président 
de la Société archéologique de Ram 



L'intermédiaire 



216 



bouillet, au Maire de Montfort-l'Amaury, 
ou à M. Durocher. 

L'ouvrage de M Dulon sur les Maires 
de Saint Germain ne mentionne que les 
noms des parents de M. ) Xavier Saguez 
de Breuvery. 

Un bibliothécaire. 

Les dîaers de Madame de Staël 

(LXXI, 98). — A rapprocher ce passage 
des Mémoiies de Miidame de Cbaitenay 
(I, 365) : 

Madame de Staël avait depuis longtemps 
distingué l'esprit de AL Real, et dans le 
temps dont je p;rle, elle fît quelques tenta- 
tives pour l'engager à venir chez elle ; il s'y 
refu.sa eî lui dit qu'il redoiitait en elle une 
enchanteresse, qui, comme Circé, changeait 
en bétes ceux qu'elle savait attirer. Elle mit 
de la suite dans le d-;ssein de vaincre cette lé- 
sistance. M idame de Staël fut député e^i per- 
sonne chez M. Real. — M. Real, vraiment 
touché, répondit à Madame de Staël, qu'il 
arriverait de lui comme des bâtons flottants 
et que pour conserver l'opinion flatteuse que 
Madame de Staël avait de lai, il était de sa 
prudence de n'en être pas plus connu et de 
persister dans une réserve que ses avances 
avaient rendue piquante. 

P. CORDIER. 



Tardy de Montravel (LXIX ; LXX ; 
LXXI. 119). — Puisque les réponses à la 
question semblent en élargir le champ, 
j'indique .;u'une histoire de la famille de 
Montravel a di"i p.iraitre en 1904 ou 1905. 
J'ai en efifet retrouvé une lettre du capitaine 
de Montravel, de Nimes, demandant à 
mon père, de souscrire à l'ouvrage que 
terminait alors le vicomte Louis de Mon- 
travel. A raison sans doute de la mort de 
mon père la demande n'eut pas de suite, 
et je me disposais, quand la guerre a 
éclaté, à écrire à mes cousins pour leur 
demander si l'histoire de leur famille 
avait bien été éditée. Heureusement que 
j'ai différé, l'ouvrage serait aujourd'hui à 
l'ennemi. 

On poum avoir l'adresse des Montra- 
vel qui ont souscrit pour la statue d'Ar- 
mand de Pontmartin par le compte 
rendu de la cérémonie d'inauguration, 
que m'avait adressé mon cousin le comte 
Henri de Pontmartin. Il habite le château 
des Angles par Villeneuve lez Avignon 
et se trouve à même de fournir beaucoup 
de renseignements sur l'excellente famille 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Mars igtg. 



217 



218 



de Montravel. L'histoire en a été* som- 
mairement retracée, je crois, duns le cé- 
lèbre Àimori.il du Daupbiné de Rivoire 
de la Bâtie, il doit être facile de se pro 
curer la brochure du Comité Ponlmartin, 
éditée, il y a deux ans, en Avignon. 

Mf.reuil. 

Pigneau de Béhaine (Armoiries 
de famaie. (LXXi, 11, 117). — Dans 
son numéro du lo janvier 191s. Vl'iter- 
médiaire demande, sous la signature Saint- 
Saud (co'onne 1 i),des renseignements sur 
les armoiries de la famille Pigneau de Bé- 
haine, dont fut l'évêque d'Adran. 

Grâce aux recherches de l'un de ses 
plus savants membres, le commandant 
J. Silvestre, recherches favorisées par de 
hautes fonctions exercées en indo-Chine, 
la Société de géographie de Rochefort e.-t 
en mesure de répondre à cette question. 

1° Charles Pigneau, conseiller et procu- 
reur du Roi au grenier à sel de Vcrvins 
porte : 

De gueules à un chevron d'argent, ac- 
compagné, en chef, de deux étoiles d'or, et, 
en pointe d'un gland lige et feuille du 
même. , 

(Vérification faite en vertu de lEdit du 
mois de novembre 1696. — Généralité 
do Soissons). 

(D'Hozier, manuscrit de la Bibliothèque 
nationale : Soissons, p. ;44 (notée par 
erreur 13S). 

2° Simon Pigneau marchanda Vervins, 
porte : 

Ecbiqueté J^aigcnt et de giieulei (D'Ho- 
zier, p, 735). 

3° Les armoiries épiscopales de Pierre- 
joseph-Georges Pigneau de Behaine, évê- 
que d'Adran étaient les suivantes : 

Ecartelé : aux 1 et 4 d'or, à la croix 
potencée de sinople, cantonnée de quatre 
croiieties d'aigcni ; aux 2 et j d'or charge 
d'un semis irrégulier d'étoiles d'argent et 
un écus<ori eu dbîine d'azur à une étoile 
d'argent en cœur ; sur te tout de gueules 
à la haiide de fourpre, chargée de trois 
étoiles d'argent. L'écu surmonté d'une 
couronne princière et surmonté J'un cha- 
peau à 10 houppes. 

Nous blasonnons ces arrrjoiii-s telles 
qu'on les lit sur le tombeau de l'illustre 
évèque. dans la banlieue de Saigon. Nous 
n'avons pas les moyens de rectifier les 
quelques erreurs évidentes queHes con- 



tiennent et qui sont dues, sans doute, à 
l'inexpérience du peintre. La couronne est 
l'emblème de la digni:c d'i Duc de l'Em- 
pire d'Annam qui fut conter ^^e à Pigneau 
de Béh.iino par le roi Gin long. 

Nous signalons d'ailleurs à ceux qu'in- 
téresse la vie de I évoque d'Adran, cet 
éminent précurseur de !a colonisation — 
Fromaux en Indo Chine, la remarquable 
conférence très documenlcc faite par le 
commandant Silvestre à notre Société, à 
l'occasion du centenaire de la mort de ce 
grand Français. Cette conférence est re- 
produite dans le Bulletin de la Société de 
Géographie Je Rochefort. to ne XXI, n" 4 
(i89q)etdnns le Bulletin delà Société 
Académique de Chauny, tome VII (1901) 
qui l'accompagne de portraits et de docu- 
ments en partie fournis par le conféren- 
cier. 

D' Lemoine. 

■Vers alexandrins et rimes (LXX, 

48). — Quoi qu'il faille penser de l'anec- 
dote relative aux vers < Sic vos non vo- 
bis », il y a une chose bien certaine : c'est 
que ni Dante, ni les nombreux poètes qui 
ont écrit avant lui des vers en italien, ne 
leur doivent l'idée de la rime. Il serait 
étonnant, li'abord, qu'un quatrain aussi 
insignifiant eût pu avoir une influence 
littéraire quelconque. Puis la rime n'a été 
inventée ni par Dante, ni par ceux qu'il 
appelle « nostri prieJecessores >, ni en 
Italie. L'emploi réfléchi, en poésie, des 
assonances ou des rimes, des similitudes 
de son entre terminaisons de mots placés 
soit au milieu et à la fin d'un même vers, 
soit nu milieu ou à la fin de vers succes- 
sifs, tout comme celui Jcs allitérations, 
c'est-à-dire des similitudes d'articulations 
initiales entre des mots qui se suivent, est 
un procédé en quelque sorte instinctif, qui 
a apparu dans les poésies populaires ou 
savantes des peuples et des temps les plus 
divers. Les Cliinois des une antiquité re- 
culée, les Hindous dans un certain nom- 
bre de poèmes en sanscrit ou en prakrit, 
les Malais, les Arabes, ont employé ou 
emploient encore la rime. L'ancienne 
poésie en langue celtique de l'Irlande ou 
du pays de Galles Pemployait. Les divers 
dialectes germaniques, de l'irlandais à 
l'anglo-saxon, au vieil allemand, dans 
lesquels l'allitération, d'abord, était seule 
en faveur, adoptèrent de bonne heure. 



N" 1414. Vol. LXXI, 

— — — ^-^— 219 

dans le Moyen Age, l'usage de la rime 
Dans l'antiquité classique, la versification 
étant fondée sur la quantité des syllabes, 
sur des comhiiuisons de longues et de 
brèves, la rime éinit inulilj. L'oreille était 
suffisamment avertie de la tin de chaque 
vers par l'achèvement de la succe;sion 
de pieds, ou groupes de syllabes longues 
et brèves, qui le comiiosait. Cependant ni 
les Grecs, ni les I.alins n'ignoraient l'em- 
ploi des parailélismes de consonnances, et 
l'oreille y trouvait chez eux aussi un plai- 
sir, puisque cet emploi ds terminaisons 
identiques symétriquen-ent placées était 
un des procédés de leur prose savante, et 
que, dans les vers pentamètres en parti- 
culier, la rime entre la première et la se- 
conde partie des vers était chose assez 
fréquente. 

Mais c'est, pour ne parler que du latin, 
dans la poésie populaire que l'usage svs- 
tématique de la rime entre vers successifs 
apparut ; dans cette poésie qui ne reposait 
pas, pour la structure de ses vers, sur la 
quantité des syllabes, mnl marquée parla 
prononciation courante, mais sur le jeu 
des syllabes accentuées et non accentuées. 
Là, pour mieux souligner la fin des vers, 
ce procédé se prése';ta d'instinct, de 
mettre en relief la dernière syllabe accen- 
tuée de chacun, par la repétition du son 
qu'elle présentait d^ns deux ou plusieurs 
vers successifs. Cette versification popu- 
laire commença à exercer son influence 
sur les écrivains de métier vers le v« siè- 
cle, dans l'Eglise chrétienne ; peut-être 
parce que les poètes chrétiens qui compo- 
saient des hymnes destinés à être chantés 
par les fidèles, en majorité peu lettrés, se 
soucièrent de se conformer à leurs habi- 
tudes plulôt qu'à celle-: des doctes. C'esl, 
si j'en crois Ebert, au v^ siècle dans un 
hymne au Christ de CeduHus, puis ,111 vi'' 
dans des hymnes de Fortunat, de Saint 
Grégoire le Grand, que la rime{ou l'asso- 
nance qui est une rime moins complète) 
apparaît (1 ), non encore d'une façon cons- 
tante, mais d'une façon consciente, vou- 
lue, fréquente, sous la forme de couples 
de rimes ou de successions plus ou moins 
longues de vers sur une- seule rime. Cet 
usage de la rime alla se développant, dans 



L'INTERMEDIAIRE 



220 



(it D'aulros \eu!ent remonter au 111' siè- 
cle avec Coaii;:i)dieii, et Mipiioscnt une in- 
fluence piiniquo sur ce Latin ct'Afriijue. 



la poésie lyrique surtout, et il est facile de 
vérifier dans les chants d'Eglise combien 
il devint régulier et savant. 

Tout naturellement, de la poésie popu- 
laire, la rime passa dans les langues dé- 
rivées du latin, où elle était d'autant plus 
indispensable que l'accent tonique y était 
moms marqué et que le nombre des syl- 
labes devenait la base essentielle de la ver- 
sification. Le plus ancien texte français en 
vers que nous connaissions, la Séquence 
en l'honneur de sainte Eulalie, du ix" siè- 
cle, est en vers assonances : de même le 
plus ancien texte connu en langue d'oc, à 
peu prés contemporain Comment, à cette 
rime imparfaite qu'est l'assonance, suc- 
céda peu à peu la véritable rime, c'est 
chose assez connue. 

Quant à l'autre question posée par « Rus- 
ticus », il est moin^ aisé d'y répondre. 
L iîccord est, autant que j'en puis juger, 
loin d'être fait entre les spécialistes sur 
les origines de nos diverses lormes de 
vers. Qu'elles soient dans les formes 
qu'employait la versification populaire la- 
tine et à son exemple la versification litté- 
raire latine des bas siècles, cela semble, 
d'unefaçon générale, incontestable. Quelle 
action ont pu exercer en même temps 
les traditions de la versificalion savante, 
qui subsistait à côté de l'autre, c'est 
ce qu'il est fort malaisé de dire. En tout 
cas, ici encore, l'influence de quatre vers 
hexamètres isolés et peu connus, qui ont 
par hasard douze syllabes, e<;t évidem- 
.nent à écarter ; et cela d'autant plus que 
leur rythme, avec la coupe en trois grou- 
pes 5, 5, 2, ne ressemble aucunement à 
celui du dodécasyllabe français, coupé 
uniquement à l'hémistiche dans ses plus 
anciens exemples. Si on voulait chercher 
un type de vers latin qui, comme nombre 
de syllabes et comme coupe, est toujours 
tout à fait analogue à notre alexandrin, 
celui auquel il serait le plus naturel de 
songer — et on y a songé • — serait sans 
doute le vers dit « grand asclépiade ». 
dont le type est fourni par exemple par 
la première des Odes d'Horace : 
Mcecenas atavis édite regibas. 
Mais, encore une fois, celte fili.ition 
n'est pas du tout démontrée En fait, les 
divers types de vers français ne nous ap- 
paraissent, dans des textes conservés, 
qu'à une date sensiblement postérieui 
peut-être a celle où en ont été faits le 



DHS CHEKCHiiUKS ET CUKlhUX 



10 Mais 1915 



222 



premiers essais. Il est d'autant plus mal 
aisé de les rattacher à leur origine. 

Un mot encore, ajouté à ces notes trop 
longues et cependant bien trop sommai- 
res : le vers de 12 syllabes français n'a 
pas été créé par Ale.xandre de Bernay tt 
les autres auteurs qui dans la dernière 
partie du xu' siècle, composèrent 
l'Alexandre. D'autres poèmes de la méms 
époque sont écrits dans le même rythme. 
Et il en est de même du Pèlerinage de 
Cbarlemagne, composé vers 1060, c'est-à- 
dire un siècle auparavant. 

Ibère. 

A'h ! n.isère en Prusse ! iLXXI, 
156) — V Intermédiaire s'est déjà occupé 
de cette question; V. Table générale. 

Gustave Fustier. 



gi 



^otcs, i'iiouiiaiUes et O^Mi[ioKi 



\Wà 



MM. Alfred Péreire, secrétaire général 
delà Société des amis de la Bibliothèque 
nationale et des grandes bibiiollièqucs 
de France, et .Albert Maire, bibliothécaire 
à la Bibliothèque de l'Université (S'?r- 
bonne), ont entrepris une »< Bibliographie 
de la guerre européenne », répertoire et 
description de tous les ouvrages, bro- 
chures, affiches, musique... parus pen- 
dant la guerre. 

11 n'ira pas loin. — Dans un article: 
« Napoléonaugolfejouan ■■•' {Correspondant 
du 25 février 1915), M. Edouard Gachot 
écrit : * La proclamation de Masséna aux 
Marseillais affirme : « 11 n'ira pas loin ;. 
Je transcris ci-dessous le texte de cette 
proclamation, où la phrase citée ne figure 
pas. 

Existerait il une autre iiroclamalion aux 
habitants de .Vlarseille, du vainqueur de 
Zurich, de l'enfant chéri de la Victoire ? 
Pour ma part, je ne le crois pas 

Quelle est donc l'origine de la phrase : 
« Il n'ira pas loin » ? 

Proclam.ition de S A. Monneigneiir 
le maréchal de France, prince 
d'EssIiiig, gouverneur de la S"* 
division iTiilitaire. 

Habitans de la ville de Mai'.iîle, 
L'ennemi a passé avec trop de lapidité 1 



sur Us frontières de luon goaveinemeat pour 
qu'on put s'y opposer, mais j'.ii prévenu en 
temps utils louKs los Autorités qui peuvent 
l'arrêter ,ians sa march--. 

Toutes les mesures de précaution que les 
circonstances prescrivaient de prendre, je les 
ai prises : j'ai l'ciit au gouverneur général 
de Lyon, au licitenaiit gciural de la ;« di- 
vision, au P't-fet de la Drome : j'ai fait 
pojiâuivre, même hors des limites de la 8» 
division, le corps débaïqué de l'île d'Elbe, 
p;r un lieutenant général qui a non seule- 
niant des forces suffisantes en troupes de li- 
onne, mais encore des détp.chemens des bra- 
ves Gardes N.ilioiiales des villes de Marseille, 
d'Aix et d'Arles, et qui a reçu l'ordre d'appe- 
ler auprès de lui toutes celles dont il pour- 
rait avoir besoin. 

Les avis que j'ai dontu-s ont eu tout le 
succès que je pouvais im attendre. 

Ils ont empêché l'ennemi de trouver sur 
son passage le^ juxili-iies sur lesquels il 
comptait. 

Je suis déjà prévenu olfKiellement que les 
débouchés d'u Val Dinnu.' et du Val de 
Nyons sont gar.v.s ; 

Qu'une correspondan^ie a été établie de 
Gip à Valence, par les montagnes du Uiois, 
pour diriger 1 :ï troupes suivant l'occur- 
ence ; 
Que le lieutenant général Duverai s'est 
porté de Valence au devant de l'ennemi, 
sur la rout'i dj Gap, après avo:r concerté 
ses opérations avec le général Marchand ; 

Que M. le LienlLnint Général Comman- 
dant à Lyon a réuni trois Régiments d'Infan- 
terie et un Régiment .'e dr.igons. 

Tontes ces dispositions doivent vous ras- 
surei . 

D'un autre côté, jo veillertii à ce que la 
tranquillité du p.:s"bls Citoyen ne soit pas 
troublée, et je vous réponds que, secondé de 
M. le marquis d'Albirtas et de vos autres 
Magistrats, je sauiji la maintenir dans son 
intégrité. 

Habitans de Marseille, vous pouvez comp- 
ter sur mon zèle et sur mon dévoûraent. 
J'ai prêté lidéiiié à notre Roi légitime. Je ne 
dévierai jamais du chemin de l'honneur. Je 
suis prêt à verser tout mon sapg pour le sou- 
tien de son Trône. 

Le maiéchal de France, Duc de Rivoli, 
gouverneur do la 8» division militaire, 

Prince d'Essling. 

HAaiseille, le 9 mars 1815. 

(A Marseille, de l'imprimerie d'An- 
toine Ricard, uie Paradis, n" jt). 

Nauticus, 



N» 1414. Vol. I,XXI. 
- 223 

Le retour de Napoléon. — Lq car- 
diaal Fescii. — Nous avons publié, 
dans le dernier numéro, une correspon- 
dance de GonUiud Biron, intéressante en 
ce quelle donne une physionomie de Pa- 
ris pour le retour de Napoléon. 

La lettre suivjnte n'est pas moins cu- 
rieuse sur ce qu'elle révèle de l'attitude du 
cardinal Fesch, à cette époque, à Rome. 

Le signataii e écrit à l'abbé de Sambucy, 
ancien maître des cérémonies de la cha- 
pelle impériale, devenu maître dos céré- 
monies de la chapelle royale. 

LÉONCE Grasilier . 

Rom;', 14 m:irs 18 15. 
Monsieur l'abbé de Sambucy 
hôtel Palatine, tue Palatine 11» 5. Pai.s. 
Nous parlons de Uuonjpatte et vous en 
parlez aussi, mon cher cousin. Qui nous au- 
rait dit ccpendjiit qu'il souillerait encore de 
sa présence le sol français ? Il faut espérer 
que sa io'ie lui coûtera cher,, cette fois ci. 
Ici ou a été un peu effrayé, d'abord ; mais la 
bonne nouv/ile que nous venons de rece- 
voir a dissipé toute espèce d'inquiétude. 
Mïs'éna se conduit très bisn, il a pris des 
mesures rig.)ureuses contre le brigand. Le 
cardinal Fesch se montre le digne oncle 
d'un tel nevsu, il s'est conduit d'une ma- 
nière indigne. 

Il a répandu tous ce; jours derniers les 
nouvelles les plus favorab'es h Bonaparte). 
C'est la ta:tique de la f.miille, et hier chez 
la marquise Massini, parente du Roi de 
France, il a osé tenir les propos que voi^i 
devant vingt-cinq personnes : 

« L'Empereur a quitté" l'île d'Elbe à la sol- 
« licitatiou de la France et après avoir reçu 
« des députations de Irei.t^-lrois départe- 

< ments. 11 a rencontré en mer une frégate 
« anglaise et deux vaisseaux français qui l'ont 
« salué. 11 a parlementé avec la frégate et 
« les Français l'ont accompagné quelqiie 
« temps. La Providence s'est toujours montrée 
• favorable à Buonaparte dans l'adveisité 
« comme dans la prospérité ; quand il a été 
'. obligé de quitter ia France, la Providence 

< a permis qu'il fut envoyé à lile d'Elbe où 
« il était près de l'Italie et de la France ; 
« s'il est sorti de lîle sans obstacle, arrivé 
« en France, la Providence permet que tous 
« ses pas Eoie.it marqués par la victoire ; il 
« va à Grenoble et à l'heure qu'il est, il 
« doit être à Lyon, toutes les villes lui ou-- 
« vrent les portes ;'Masscna s'est joint à lui 
« avec jo.ooo hommes ; Ney avec 2y 000, 
« et dans peu il plantera les aigles sur les 
« tours de Noire Dimc. Suivant Napoléon, 
« le roi doit étie choisi par le peuple ; les 
« Bourbons n'ont personne poj- eux, l'Em- 



L'INTERMEDIAIRE 



224 



" pereur a été appelé au trône par S. 000 000 
« de Français, par conséquent le droit est de 
< son côté. Que les Bourbons tâchent d'avoir 
« pour eux plus de 8.C00 000 de voix et ils 
« seront les maîtres, mais la France n'en 
«: veut plus ». ■ 

Voilà mon cher la substance du long dis- 
cours qu'il fit devant une assemblée qui fré- 
miseait. La Marquise lui parla avec beau- 
coup de fermeté, mais s'il s'était trouvé un 
Français, il aurait été relevé de la belle ma- 
nière. Dans ce moment on ne parle que du 
cardinal Fesch à Rome ; si j'avais été le 
pape, il y a déjà huit jours qu'il aurait été 
faire une retraite au château Saint-Ang'e 

Je vous ai donné tous ces détails pour que 
vous fassiez bien connaître l'homme. Les 
novelles du soir auront un peu rabattu sa 
joie. Il s'est perdu en'.iireraenf, je ne peux 
plus le voir après cette équipée, on ne 
peut plus avoir de relations avec lui. Si je 
m'étais trouvé dans cette société, j'aurais eu 
une prise bien violente avec lui et j'auraiseu 
beau jeu. M n'aurait pas osé pa lier a;nsi<ievant 
un Français 

J'ai été ce soir chez la sœur de cette mar- 
qiiise qu'i m'a raconté tout. 

Adieu, mon cher cousin, prenez nous vite 
l'.uonaparte, et pas de quartier. Je vous em- 
bra^s^ de tout mon cœur, croyez mon vif 
attachement pour vous. 

Maurici-, p'™. 

Dès que mon papa partira de Pans donnez 
-:i\;n avis ; s'il est encore a Paris je l'embrasse 
de tout mon cœur. 

Un vers de 'Victor Hugo. — A 

j propos des prédictions, exhortations et 
\ constils relatifs à la guerre actuelle, on 

pourrait^ rappeler ce vers de Victor 

Hugo : 

EnseigTons à nos fils à creuser des tranchées, 

qui se trouve dans l'Elégie des fléaux, 

t IV, de la Légende des siècles, page 109, 

édition Hetzel-Quantin, in-18. 

France, songe au devoir. Sois grande, c'est 

[ la loi, 

Et fais de ta mémoire un redoutable emploi 

En y gardant toujours les villes arrachées. 

Enseignons à nos fils à creuser des tran- 

[ chées, 

Etc. 

La première édition de ce tome IV de 
la Légende des siècles date de 1877. 

Albert Cim. 

Le Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 

Irnp.CLERC-DAHisijSt-Amand-Mont-iloBd 



LXXI VoluM 



Pétaissant Us /o,mo *t iO é* cbaqut m»it 30-30 mars 191 ^ 



Il '~,r. Vlct«r-Maaaé 
rARIS <IX') 

BoriiOl: dtSiShearai 



Chtrch92 et 
vaut trouvTêt 




g II f (»ut 
m intr'aUtr 



N« 1415 

S«"',r.Tlotor-Mttss« 
PARIS (IX') 

Barétai : de 3 à 6 heor«> 



€ 3niev%nébïaxx€ 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



(Hiluedîioite 



QUBSTIORS RT RftPONSRS LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIE^TlFI(iUES ET ARIISTIQURS 

TROUVAILLES ET CCRIOSITÉS 

.—^^^-^— 235 ■ 326 

Ce contresens passa de bouche en 
bouche. Tous les étrangers l'envoyèrent 
dans leurs pays respectifs et l'Europe en- 
tière s'en émut profondément. Or l'ins- 
cription authentique, copiée par un Fran- 
çais, Roussel-Vouzème, disait simple- 
ment : 
lis (i'efi té farado kiJi Kjiikaiia t'ouri, 

; Kat lo té heptaloph-^n iromeei B'^antten asty 

) Soit donc : 

' F lie ne fa\t que ptsser, déjà te Caucase 

[Irémil ; 
Déjà, sur sept collines, 'By^ance tremble. 

Nous rapportons de mémoire, loin de 
tout appareil d'érudition. Mais quelque 
intermédiairiste non mobilisable pour- 
rait il retrouver les sources primitives de 
l'anecdote et citer, en particulier, des té- 
moignages anciens de l'étourderie — vo- 
lontaire ou non — de lord Fitzherbert? 
Camille Pitollet. 



Le chemin de By«an06 ? — L'ac- 
tuelle expédition des flottes alliées sur 
Constantmople nous rappelle une anec- 
dote que nous lûmes naguère dans Malte- 
Brun et qui prouve que Sébastopol était 
— même avant sa construction — pour 
la Russie le chemin de Constantinople. 
On la retrouvera ici avec d'autant plus 
d'intérêt qu'elle doit son origine à un 
.\nglais et qu'elle n'a été popularisée que 
grâce à un contresens, lequel, li'iilleurs, 
n'enlève rien de sa valeur à notre thèse. 

Donc, lors de l'entrevue de Catherine, 
conquérante de la Crimée, et de Joseph H 
à Cherson, on dressa hors de cette ville, 
a la place où s'est élevée depuis Sébasto- 
pol, un arc de triomphe en bois et en 
toile, orné d'une inscription grecque. 
L'impératrice et son cortège n'yétantpoint 
passés — pour une raison que nous avons 
oubliée — plusieurs étrangers de marque 
ne laissèrent pas, cependant, de s'y ren- 
dre par motif de pure curiosité. Lord 
Fitzherbert, ambassadeur d'Angletcrie, 
était du nombre. On parla de l'inscrip 
tien grecque et le lord, qui passait pour 
le plus lettré de la troupe, fut prié de la 
traduire, soit qu'il n'entendit guère l'idio- 
me d'Homère, soit qu'il voulût éluder 
une curiosité inopportune, toujours est-il 
qu'il se tira cavalièrement d'embarras en 
disant que ces mots signifiaient : C'est ici 
U chemin Je Bystnce, 



La dépêche du 20 mars. — Le 21 

mars 1815, Chappe expédiait aux dépar- 
tements une dépèche leur annonçant l'ar- 
rivée de Napoléon aux Tuileries, la veille. 

Nous donnerons le fac similé de cette 
dépêche, en signes, télégraphiquesaériens, 
que nous devons 
Léonce Grasilier. 

Où pourrait-on 
cette dépêche ? 



â l'obligeance de M, 

trouver le texte de 
M. 



Henri IV a-t-il été un roi popu- 
Lire ? — Il est généralement admis 
qu'Henri IV, par son caractère si français, 
par ses qualités aussi bien que par ses 
défauts, par >a bravoure, ses bon» mots. 



N« 1415. Vol. 



LXXI. 

— 227 



L'INTERMEDIAIRE 



228 



ses heureuses réparties, son désir du V l'un et à l'autre, d'une aigle sur le champ 



bien public, a été le plus populaire de 
nos rois. Aussi ai-je été surpris de lire 
l'appréciation suivante dans VHisloiie des 
FraiiçaiSy de Lavallée (ouvrage qui a eu un 
grand nombre d'éditions sous Louis Phi- 
lippe^ : 

Son siècle (le siècle d'Henii IV) le mé- 
conaut et le hait ; le siècle suivant, pros- 
terné devar.t Louia X!V, l'oublia ; ce n'est 
que depuis Voltaire qu'il a été loué jusqu'à 
l'adoration, regardé comme un grand homme 
et le meilleur des rois ; enfin la Restaura- 
tion de 1814 s'est servie de sa renommée 
pour recommander la dynastie des Bour- 
bons à la France révolutionnaire. C'est là 
ce qui a rendu ce Henri, si détesté de son 
temps, si popu'jirc de nos jours, etc. 

Qu'en pens.nt nos confrères de Vlnler- 
méJiahe ? 

J. W. 

« Mon ami Luther » . — Dans un 
de ses discours, Guillaume II s'est ex- 
primé ainsi : 

Comme un grand Ecossais, et comme 
mon ami Luther le déclarait, qui est avec 
Dieu a toujours la majorité. 

Pourrait-on avoir le texte authentiqii?, 
en allemand ? 

Oij, dans quelle feuille allemande a t-il 
été publié ? 

D' L. 

Maîtrise de la mer. — Le sens attri- 
bué au mot maîtrise dans cette expression 
est-il exact ? 

11 y avait la maîtrise des anciennes cor- 
porations Par extension, ce mot signifie 
habileté remarquable dans l'exécution 
d'une œuvre quelconque. Il y a enfin la 
maîtrise d'une église. Mais peut-on dire 
avoir la maîtrise de, pour être maître de .? 
Ne vaudrait-il pas mieux dire avoir la 
suprématie ou le commandement de la 
mer? Littré donne deux exemples qui 
sembleraient approuver la locutio:i jour- 
nellement employée. Mais ces exemples, 
bien qu'empruntés tous deux à un maître 
de la Ungue française, à Pascal, ne sem- 
blent pas d'une limpidité absolue. 

P. MOREI,. 

Drapeaux russes et serbes. — l'ai 
entendu parler de modifications apportées 
à ces deux drapeaux par raJjonction, à 



Oti pourrais je trouver des données exactes 
et officielles sur cette question ? 

D. 

Elle était si belle sous l'Empire ! 

— Dans le second volume de ses Mémoires 
intitulé : Devant la Douleur, M. Léon 
Daudet (P. 179) attribue à M. Durranc, 
qui fut au journal La Justice un des colla- 
borateurs de M. Clemenceau, la fameuse 
phrase concernant la République : Elle 
était si belle sous l'Empire ! 
Est-ce bien exact ? 

Gustave Fustier. 

L3 journalisme dans les tran- 
chées. — Ne pourrions-nous ouvrir une 
rubrique qui intéresserait les chercheurs 
de l'avenir sur le journalisme qui est né 
dans les tranchées .'' 

Le nom de ces journaux, leur caracté- 
ristique. 

Nous tairons naturellement les noms 
de leurs collaborateurs pendant la guerre, 
nous réservant de les publier après les 
linstilités. 

Citons comme exemple : la Galette des 
l ranchée s p\ib\\é ï Crouy, dans la cave, 
rue Victor-Hugo, dont le rédacteur en 
chef est Yvan Clouque, et qui a pour 
collaborateur O. N. Zolerne. 

L'Homme de i cavernes àonX. le sous-titre 
est >< Journal des Troglodytes » 

LeCiide guerre, journal de la loj» 
brigade, officiel, humoristique, littéraire 
et intermittent. Le siège de l'administra- 
tion est rue de la Victoire. 

On s'en doutait. 

De l'esprit — delà bonne humeur, de 
la fantaisie — et tout cela si français 
en face de la mort, sous la mitraille 

Nous demandons une description aussi 
bibliographique que possible. 

M. 

Ordre de l'Armée. Ordre du 
jour. - On entend journellement et on 
lit dans les journaux les plus sérieux : 
Citations à l'ordre du jour. Pourquoi du 
jour? L'ordre du jour est le travail dont 
une assemblée doit s'occuper le jour oij 
elle est convoquée. Dans l'armée, l'ordre 
est le moment de la journée où le com- 
mandant d'une unité donne les ordres 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



so-30 Mars 1915 



»»9 



J30 



aux troupes qu'il commande : Aller à 
l'ordre. C'est à ce mom2nt que sont si- 
gnalées les actions d'éclat. D'où: Citations 
à l'ordre de l'armée, du corps d'armée, 
etc. Mais non pas du jour. 

Pour nous éclairer d'une façon précise 
sur ce point, je f:iis appel à ceux de nos 
collaborateurs militaires qui ne sont pas 
au feu. Mais surtout qu'ils s'appuient sur 
les règlements, car lorsqu'on entend jour- 
nellement une locution fausse, on finit 
par la croire exacte et par l'employer. 

« Il ne faut pas oublier que dans « Or- 
dre du jour » ordre a le sens de disposi- 
tion, d'arrangement ; dans « Ordre de 
l'armée >>, il signifie prescription. Ce 
sont deux expressions qui n'ont aucun 
rapport entre elles. 

P. MOREL. 

Rosalie, pour désigner la bayon- 
nette. — De quand date ce nom, em- 
ployé pour désigner la bayonnette du fan- 
tassin ? Qui, le premier, en a fait usage.' 

Qyelle en est l'origine? 

KOAN. 

« Nous les aurons ». — C'est une 
des expressions les plus énergiques de 
cette guerre, et ce n'est pas une vantar- 
dise : oii les aura. 

Cette expression pour dire : nous les 
réduirons, nous les vaincrons, nous les 
tiendrons, est-elle contemporaine de la 
guerre? Ne la rencontre-t-on pas anté- 
rieurement. Des exemples? 

V. 

Breloque ou berloque. — Désor- 
mais, le retour des zeppelins arrivés sur 
Paris, qu'ils n'émeuvent guère, sera an- 
noncé par la berloque ou la breloque. 

Quelle est l'origine de celte sonnerie ? 
Et quelle expression est la bonne : brelo- 
que ou lierloque .? 

V. 

Polka. Mazurka. — Les marches et 
contremarches qu'effectuent depuis 7 m.iis 
les Russes et les Allemands sur les confins 
de la Poh'^nô et de la Ma^nrù ressem- 
blent... e.i plus sérieux, à des danses et à 
des contredanses 

Or, précisément la Polkn et\aMa^i(tliii, 
tout au moins dans leur dénomination, 



semblent originaires de ces régions. Polka 
ne veut il pas dire \r Polonaise tt Mazurka 
la Mainricimc ! Qui m'ôteia de ce doute? 

L. Abet. 

Invention du corps de saint Jean- 
Baptiste. — Qiielle est la doctrine de 
l'Eglise sur cet événement ^ S'appuie- 
t-elle sur des textes anciens ? Pourrait-on 
les citer, s'ils ne sont pas trop longs ' 
A. DE Prat. 

Armoirifls : au cygne de. . — Quel 
est le personnage de la famille des ducs 
de Holstein, comte de Schaumburg, qui 
était allié avec une famille dont les armes 
sont : de... au c\gne de .. colleté d'une 
couronne Je... et quel est le nom de 
cette famille ? 

Pierre B. 

Ex-libris à identifier : Purpura 
decus. — Quelque aimable lecteur de 
V Inlermcdiaire pourrait-il identifier un ex- 
libris qui porte les armes suivantes : 

Ecartelé 1 et .f d'argent à la plante de., 
fruitée de., .sur une terrasse desinople. 2 et 
? coupé. k : d'or cbaroéd'un pttit écu coupé 
d'azur et d'argent. %: d argent à quatre 
faues d'azur L'écu posé sur un cartouche 
rocaille est sommé d'une couronne de 
comte ; dans un listel la devise : Pur- 
pura decus. 

Un amateur aurait identifié les 2 et 5 
qii, selon lui, seraient les armes de la 
famille Thirat, (on trouve aussi Sirat et 
Syr at) du Bugey. 

Si cette identification est exacte, il de- 
vrait être facile de trouver les autres quar- 
tiers. 

L'ex libris semble dater des environs 
de 1840. 

Henkv Prii'R. 

Ordra de la Clé d'Or. — je trouve 
en Pcrigord, au milieu du xvnii ;''ccle, 
un gentilhomme, |ean Godefroy de Cos- 
son, comte de Lisle, qualifié de « gentil- 
homme de la Chambre et de Chevalier de 
1.1 Clef d'or de Leurs Altesses Electorales 
de Bavière et de Cologne >\ Qiiel était 
cet Ordre ? 11 ne figure ni dans la liste 
des Ordres éteints du Larousse, ni dans 
V Historique dei Ordres éteints par le cha- 
noine Pascal, .,ui parle bien d'un Ordre 



N« 1415. Vol. LXXI, 



L'INTERMEDIAIRE 



331 



232 



de ce nom, mais en Hongrie et n'ayant aussi Monthyon. Quelle orthographe 
été conféré qu'au XV» siècle. , adopter? 

Saint-Saud. P- m. 



Famille de Bedée. — (Bretagne). A 
la fin du xviii» siècle, dans le Penthièvre, 
Pélagie Françoise le Fruglais épouse un 
de Bedée. De qui est elle fille ? Quelle est 
sa descendance ? 

Au début du xix* siècle, une le Mous- 
saye épouse un de Bedée. Je désirerais con- 
naître son prénom et sa descendance. 

Comte DE GUENYVEAU. 



Le marquis Garnier. — Président 
du Sénat sous Napoléon I", décédé sous 
la Restauration — Où se trouvent ses pa- 
piers politiques et littéraires.'' Ils ne se 
trouvent pas dans la famille de sa sœur, 
représentée par le marquis de Chambonas 
et les descendants du général de Lié- 
geard. Peut-être la ville d'Auxerre, où G. 
était né, en est-elle dépositaire? 

Comte de Guenyveau. 



Famille Jofifre. — Le 27 août 1604, 
Pierre Joftre, fils de feu Pierre, d'Aubenas 
en Vivarets (Vivarais) et Estienne Joffre, 
son nepveu, lequel il a adopté pour son 
fils, fjrent reçus bourgeois de Genève, 
moyennant 25 écus, deux seillots, outre ' 
restitution des obligations à lui faites par j 
la Seigneurie. j 

Cette famille est éteinte à Genève 

Le généralissime descend-il des Joffre 
du Vivarais ? 

Leur nom s'écrivait indifféremment 
Geoffre ou [offre ; noble Martial deGeoffre 
fut procureur général des terres de Venta- 
dour ; Louis Hercule de Joffre eut pour fils 
Jean-Anne Joffre, cornette dans le Régi- 
ment de dragons de Seni.eterre ; etc. (Voir 
Armoriai du Vivarais de FI. d'Entre- 
vaux.) 

La famille aurait passé du Limousin au 
Dauphiné et, de là, en Vivarais. 

NtSIAR. 

Montyon, Monthyon ouMonthion. 

— L'administration parisienne écrit : rue 
iVlontyon. En dépouillant les dossiers de la 
Société de la généralité de Paris, la mère 
de la Société royale d'agriculture, j'ai tou- 
jours trouvé € de Monthion ». On écrit 



Prégent de Bidoux -'- Un d; nos 

collègues pourrait-il me donner des pré- 
cisions sur les origines « bigourdanes » 
— le lieu et la date de naissance — de 
cet illustre marin, vainqueur de Santa 
iVlaura et de Gênes, de ce vaillant défen- 
seur de Rhodes, dont les exploits contre 
les Turcs sont relevés dans V Histoire de la 
Mâtine, de La Roncière qui le fait naître 
en Bigorre. 

Son nom ne devrait-il pas être graphie 
«< Bidouze » ? — Bidouze était, s. Ion le 
Dictionnaire de la ttoblesse,t. 11, p. 492, une 
des douze baronnies de Béarn ; elle fut re- 
tranchée et fit depuis partie du Comté de 
Parabère, en Bigorre, que posséda une 
branche de la maison de Baudéan. 

(Guérin. Les Marins illustres de la 
France. Paris, Belin 8, d. p. 69 et notes 

P' ''^- ^ , 

De Lomne. 

La calomnie en politique. — Trou- 
vé sur un éphéméride : 

L'habituelle calomi.ie est terrible en poli- 
tique. Elle commence par rendre la vérité 
suspecte, elle finit par U rendre inutile. 

Quel est l'auteur de cette pensée ? 

M. M. 

Le Chansonnier de Cythère. — 

En mai-juin 1799, la citoyenne Belfort 
avait demandé l'autorisation d'ouvrir, dans 
une dépendance du Musée de la rue de 
Thionville (ex-rue Dauphiné) un Théâtre 
sous la dénomination de Chansonnier de 
Cvthère. Après avoir fait visiter «le local 
par son architecte et son ingénieur hy- 
draulique {sic) », le Bureau Central auto- 
risa le Commissaire du quartier à per- 
mettre l'installation et l'ouverture de 
cette salle de spectacle, à la condition 
qu'elle serait pourvue d'un « pompier de 
service » et d'une force armée suffisante 
pour entretenir le bon ordre. 

Evidemment le Chansonnier de Cjilbère 
dpvait prendre la place du Théâtre des 
jeunes élèves de la rue de Thionville. 

Mais la citoyenne Belfort, vaudevilliste, 
auteur de V Ai témise française, a-t-elle ja- 
mais donné suite à «on projet ? 

SiR Grapm. 



DliS CHSRCKhURS ET CURIEUX 



20-30 Mars 1915 



233 



234 



.éponscô 



Rois excommuniés (LXXl , 150). 
— L'empereur Guillaume se trouve, 
comme tous ses coreligionnaires, par le 
fait même de l'hérésie qu'il professe, 
hors de la communion de l'Eglise catholi- 
que. 

M. Robert Gérai attendrait donc en 
vain de voir maintenant ce prince excom- 
munié par le Souverain Pontife, à l'auto- 
rité duquel lui et ses pareils se sont ou- 
vertement soustraits depuis près de qua- 
tre cents ans. 

H. DE L. 

Excommunier veut dire retrancher de 
la communion de l'Eglise. Benoit XV ne 
peut excommunier Guillaume II, qui étant 
protestant n'a jamais fait partie de l'Eglise 
catholique. 

F. UZUREAU 

* 

• • 
Guillaume II ne peut pas être excom- 
munié, puisqu'il est protestant ; par suite 
tout à fait en dehors de l'Eglise catholi- 
que — d'ailleurs, je crois que depuis 
longtemps, les papes n'excommunient 
plus nominalement les personnes. Ils ex- 
communient en général les personnes 
qui ont commis tels actes spécit'iés. 

j. Chappée. 



J'ajoute à 
Gérai : 
Robert II 
Philippi 1 



la liste donnée par Robert 



ic Fr.ince, par Grégoire V ; 
■ de France, par Urbain II ; 
Philippe-.\ugi;ite, pai Innocent III ; 
Henri VIII d'Angleterre, par Clé- 
ment VII. 

A remarquer que Napoléon I'^'' ne fut 
excommunié que in divinù, et sans être 
publiquement dénoncé. 

Nauticu . 

A propos de cette question de savoir 
pourquoi l'empereur Guillaume II n'est 
pas excommunié, malgré tout ce qu'il a 
tait, pendant cette guerre, contre l'église, 
la réponse est très simple. Il n'est pas ex- 
communiable. Cette peine ecclésiaslique 
étant Li séparation de l'Eglise, de la com- 
munion des fidèles, il faut nécessairement, 
pour en être sujet, faire partie de cette 



Eglise, être en communion avec les fidèles 
du monde catholique. Or, l'empereur 
Guillaume étant protestant n'est point 
membre de l'Eglise catholique et par con- 
séquent ne saurait être mis hors de cette 
Eglise. Il est, suivant une expression 
qu'affectionnait Léon Xlli, in frère séparé, 
et cet incise répond bien a la question 
proposée. 

On pourrait évidemment faire la liste 
complète des rois qui ont été les sujets 
et aussi les victime» de l'excommunica- 
tion, et j'ai ajouté quelques noms à celle 
que donnait la demande faite à V Intermé- 
diaire. Mais je ne vois pas trop l'utilité de 
cette liste. L'essentiel n'est pas de savoir si 
tel ou tel prince a été excommunié, mais 
pour quelles fautes ou crinies les papes 
ont dû se servir contre lui de cette cen- 
sure, la plus grave de- armes spirituelles 
que l'Eglise a reçues II faudrait faire par 
conséquent tout un cours d'histoire ecclé- 
siastique à ce point de vue spécial. 

j'observe en finissant que depuis 
Henri IV les papes n'ont pas excommunié 
nommément des rois ou chefs d'Etat. Ils 
les ont inclus dans des excommunications 
plus générales, par exemple contre les 
envahisseurs des biens ecclésiastiques, et 
Napoléon 1"'', Victor Emmanuel sont des 
exemples que tout le monde catholique 
connaît, mais ces deux rois en particulier 
n'ont point été cités dans le document 
pontifical condamnant ceux qui exécu- 
taient leurs ordres. 

D- A. B. 



Didier, roi des lombards, par Adrien I, 

773- . , , ^ ,,.. 

Lothaire, roi de Lorrame, par b. Ni- 
colas 1, vers 860. 

Robert 11 (le pieux) roi de France, par 
Grégoire V. 998. 

Boleslas II, roi de Pologne, par S. Gré- 
goire Vil, vers 1071;. 

Philippe 1, roi de France, par le B. Ur- 
bain 11, 1095. 

Henri d'Allemagne, par Pascal II, et 
Calixte H en 1119. 

Frédéric 1", empereur d'Allemagne et 
Alexandre III, vers 1 ihy. 

Philippe Auguste, roi de France, par 
Innocent 111, en 1 199. 

)ean, roi d'Angleterre, par Innocent 111, 
en 1212. 



N» 1415. Vol. 



LXXI. 
- 235 



L'INTERMEDIAIRE 



Frédéric II, empereur d'Allemagne, par j 
Grégoire IX, en 1239. 

Michel Paléologue, empereur de Cons- 
tantinople, par Martin IV, en 1281. 

Pierre 111, roi d'Aragon, par Martin IV, 
vers 1281. 

Louis V de Bavière, par Jean XXII. 

Henri Vlll, roi d'Angleterre, par Clé- 
ment Vil ou Paulin. 

Le 10 juin 1809, Pie Vil publiait et 
faisait alîtlcher dans Rome, aux endroits 
accoutumés, l'excommunication contre 
tous les «nvahisseurs de l'Etat pontifical. 
Napoléon y était naturellement compris 
et ne s'y trompa point, mais son nom ne 
Se trouve pas dans le document pontlficdl. 

Charlemagne éîait-il allemand? 

(LXXI, 7, 51, 139). —Je n'ai pas l'inten- 
tion de répondre à la question, je veux 
seule.nent donner une indication. Dans 
l'Histoire de la Papesse Jeanne, d'après 
Spanheim, Paris, 1758, T. I, p. 9, on 
trouve cette note : 

D'autres, en plus grand nombre, qu'elle 
était de Mayence, et quelques-uns qu'elle 
ëtait à' Engelheim ou [ngelheim, a. présent 
Ville du Palatinat, célèbre par la naissance 
de Chatlemagne. 

Et on lit dans un renvoi en manchette : 
Baudrand, Moreri, Grim, p. 217, 218, 
J'avoue que je n'ai pas pris la peine de 
vérifier et laisse ce soin à d'autres. 

E, Grave. 

Culture, Kultur (LXX; LXXI, 67, 
,51). — ]e prie qu'on m'excuse de revenir 
sur la question pour corriger deux fautes. 
On a imprimé, p. 152, Fon Krutner pour 
Von Krâmer ; et, p. 154, on semble 
attribuer à M. Léon Daudet, auteur de 
l'article du Correspondant, d'où est tirée 
la citation de Nietzsche, une réflexion qui 
se rapporte à l'article de la Quarterly. 

Mais, puisque l'occasion se présente, 
ajoutons une remarque. Nous commen- 
çons à nous trouver d'accord ; et la défi- 
nition s'éclaircit, peut-être même pour 
les Allemands, tout ainsi que les dogmes 
se précisent pour une Eglise, à force d'en 
disputer contre les hérétiques. La culture 
allemande a donc pour but, suivant le 
mot désormais fameux du chimiste Ost- 
vald, « de tirer de chaque individu son 
maximum de rendement, dans le sens le 
plus favorable et le plus avantageux à la 



536 

l'idéal 



société ». C'est l'idéal socialiste. Et le 
mo>en sera l'application du service mili- 
taire à la vie civile : service de place à 
l'intérieur, chacun à son poste et à son 
rôle ; service en campagne à l'extérieur, 
en ordre dispersé, avec mission d'espion- 
nage et d'éclaireur d' « avant-guerre ». 

Le malheur est que cette explication, 
inventée pour les besoins de la cause 
pangermaniste, n'explique rien du tout. 

D'abord, on n'acceptera jamais qu'un 
homme soit dit « cultivé » à proportion 
qu'il est plus enrégimenté : à ce titre, la 
C. G. T. serait plus cultivée que l'Institut. 
Puis, cette culture, qui ne daterait que 
du service obligatoire étendu à toute 
l'Allemagne, laisserait en dehors les .-Mle- 
mands d'autrefois qui n'en voyaient pas 
l'idée claire, n'ayant jamais subi le .Ires- 
sage de la caserne : notamment, les hu- 
manitaires germains du xviii' siècle, qui 
déclaraient ne pas savoir ce que c'est 
qu'une patrie, et probablement Goethe, 
qui fit en simple amateur la campagne de 
France, et même Frédéric 11, qui déplorait 
l'abus du Militarisme, alors que cepen- 
dant on enrôlait à peine i 0/0 de la popu- 
lation, d'après les chiffres qu'il indique 
dans son Histoire de mon Temps (,Ch. l"). 
Nous revenons donc au point de départ. 
Qii'est-ce que la vraie culture de celte 
vieille Allemagne, que Mme de Staël 
connut avant léna, et qu'elle ne compa- 
rait pas du tout à une armée manœuvrant 
à la prussienne, mais à « un concert dans 
une chambre enfumée ? » 

Britannigus. 

Accent et regard de Guillaume II 

(LXX. 180; LXXI, 54, 105, 143)- - l's' 
souvent eu l'occasion de rencontrer un 
ministre d'un état secondaire de l'Alle- 
magne qui avait été élevé en France, 
s'exprimait comme un Parisien, et était 
par conséquent à même de reconnaitre un 
accent même léger. Il m'a dit que Guil- 
laume parle le français facilement et sans 
accent. Les Allemands massacrent en gé- 
néral notre j et notre g parce que ces 
deux consonnes ne se prononcent pas en 
allemand comme en français. Le j est 
chez eux un i, le g s'article notre gu 
(pour Germania ils disent Guermania). 
lis ne connaissent que le ch. Aussi pro- 
noncent-ils jeu. cheu. J'ai entendu sur la 
Côte d'Azur, un Allemand dire tirobichon 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



jo-30 Mars 1915- 



237 — 

pour tir aux pigeons. Inutile d'ajouter ' 
qu'il a provoqué une immense hilarité. 

P. M. 



Ce qu'on a dit des AUe-iiands 

;LXX, 149, 19J ; LXXl. 2!. 57, 106, 146). 
— Dans un extrait de la viedePellisson qui 
se trouve en tête de ses Lettres historiques, 
Paris, 3 vol. 17 19, je relève à propos de 
sa prison à la Bastille, p. 10 : 

On crut que pour découvrir d'importants 
secrets, le vrai moyen c'étoit de faire parler 
M. Pellisson. Pour cela on aposta un Alle- 
mand, simple et grossier en apparence, mais 
tourbe et rusé, qui feignit d'être prisonnier à 
la Bastille, et dont la fonction étoit d'y jouer 
le rôle d'espion. A son jeu et à ses discours, 
M. Pellisson le pénétra ; mais ne laissant 
point voir qu'il connût le piège et redou- 
blant au contraire de politesse envers son 
Allemand, il enchanta tellement son espion, 
qu'il en fit son émissaire. 

On voit que le caractère allemand n'a 
pas changé. 

E. Grave. 

Continuons d'enregistrer, quoiqu'ils as- 
surent que cela leur est égal, et puisque 
cela nous amuse. Voici un passage de 
Tolstoï (La Guerre et la Paix, ch. ix et 
x) que le Times rappelle dans son supplé- 
ment littéraire du 5 février, (p. 38). Dans 
cette apppréciation, sans grande indul- 
gence, tout le monde européen i< écope », 
chacun en prend pour son grade ; mais 
l'Allemand garde sur son assiette la plus 
belle tranche de ce pudding au chicotin. 

Pfuhl était un de ces hommes désespéré- 
ment, irrémédiablement vaniteux qui sont 
prêts à subir le martyre pour leurs idées, va- 
niteux comme seuls les Allemands peuvent 
l'être parce que c'est seulement en Allema- 
^'ne que la vanité s'appuie sur une idée abs- 
traite, — la Science, c'est-à-dire la posses- 
sion imaginaire de l'absolue vérité. Le Fran- 
çais est vaniteux, parce qu'il se figuie, au 
moral et sa physique, éblouir les hommes 
et les femmes. L'Anglais est vaniteux parce 
qu'il est citoyen de l'Etat le mieux constitué 
du Monde, et aussi parce qu'en sa qualité 
d'Anglais il sait toujours ce qu'il conviv;nt 
de taire, et qu'il sait qu'en sa qualité d'An 
glais tout ce qu'il fait est justement la chose 
convenable à faire 

L'Italien est vaniteux, parce qu'il est 
excitable et s'oublie facilement lui et h s 
autres. Le Russe est vaniteux, précisément 
parce qu'il ne sait rien et ne se soucie de ne 



238 



rien savoir, puisqu'il ne croit pas possible 
de rien savoir à fond. Le vaniteux Allemand 
est le pire de tous, et le plus endurci de 
tous, et le plus repoussant de tous, parce 
qu'il s'imagine posséder la vérité, sous la 
forme d'une science q'i'il se fabrique, et qui 
pour lui devient la vérité absolue. 

On peut, d'ailleurs, serrer la question 
de plus près. Certains intellectuels, chez 
nous, déplorent de voir s'écrouler la 
vieille Allemagne de leurs rêves et de- 
mandent grâce au moins pour les gran- 
des ombres de Gœthe, Kant et leurs con- 
temporains. D'autre part, les Allemands, 
Gerhardt Hauptmann en tête, nous ont 
signifié que leurs soldats, lorsqu'ils pil- 
lent, brûlent, tuent, violent et saccagent, 
ne sauraient être traités de barbares, 
puisqu'ils portent dans leur sac les œu- 
vres des écrivains célèbres. Mais quelle 
est la valeur éducative de ces œuvres ? 

On peut le demander, comme l'a fait 
sir Clifford Allbutt, de Cambridge, dans 
une lettre qui met en coupe le plus olym- 
pien de ces demi-dieux et que le Tintes a 
publiée récemment (édit, hebd. 15 janv. 
1915 ; p. 58): 

De jour en jour, la critique anglaise et 
française nous apporte ses doléances d'avoir 
vu, durant les cent dernières années, la mo- 
rale allemande déchoir de son rang supérieur, 
du niveau, s'empresse t-elle d'ajouter, où 
l'avait portée Gœthe. 

Comme ami intime de Lewes |^Guy-Henri 
Lewes, le mari morganatique de la grande 
romancière George Eliot, avait publié une 
biographie de l'illustre écrivain allemand], 
je n'ai pas appris peu de chose sur Gœthe; 
et, comme depuis lors, j'ai toujours eu 
quelques-unes de ses œuvres sous la main, 
je ne suis pas de ceux qui invoquent son 
exemple à la légère. Mais, si la vérité doit 
prendre le pas sur l'admiration, sommes- 
nous si'irs que l'exemple de Gœthe et son 
enseignement soient aussi étrangers que 
nous l'imaginons au tempérament actuel de 
l'Allemagne? Si nous regardons rétrospecti- 
vement sa vie et sa conversation, pouvons- 
nous résister à la conviction que sa manière 
de vivre, sa description, ses relations avec 
les hommes et les femmes furent délibéré- 
ment ordonnées vers une seule fin, l'érection 
de son propre « moi » '? Hugo était assez 
vain, mais d'une vanité enfantine; ton cœur 
battait à l'unisson du cœur de ses congé- 
nères. Gœthe a fait bien des sacrifi es, il est 
vrai ; mais n'ont-ils pas tous été pour sa 
propre édification ? L'édifice était si beau, si 
sublime à la vérité, que nos yeux éblouis, 



N» 1415. Vol LXXI. 

2î9 

ne savaient pas distinguer l'effort singulier 
du constructeur qui tiavaillait pour lui. Ce- 
pendant, pouvons nous nous dissimuler quela 
vie de Goethe fut une vie d'un colossal dé- 
veloppement égoïste, très consciemment dé- 
libéré? Que pour y réussir, une concentra- 
tion d'idée fût nécessaire, on peut le soute- 
::iir ; je n'ai pas à le contester. Ce que je mets 
en doute, c'est le principe de la culture 
égoïste, qui, chez des hommes de moindre 
valeur, devient de la mégalomanie. Chez 
l'ancètte d'il y a cent ans, ne rcnconlre-t-on 
pas la racine de l'Allemagne au xx° siècle? 
Dans cette courte note, je ne puis multiplier 
les preuves : je n'en offrirai qu'une. De sa 
mère, Goethe tenait beaucoup, la plupart de 
son génie. Elle adorait son fils, elle lui a 
tout dévoué. Pendant les dix dernières an- 
nées de sa vie, le fils n'a jamais visité la 
mère, ils ne se sont jamais rencontrés. 

Même, dès les débuts, « Le jeune 
Gœthe n'est-il pas un peu nietzschéen 
déjà? » demande M, André Beaunier, 
montrant alors son extravagance et sa 
désinvolture natives {Revue des Deux- 
Mondes, i"' Février 1918 ; p. 70S.) 

Britannicus. 

* ♦ 

Lu dans un journal : 

« Luther connaissait sa race et,bienavant 
qu'elle imposât ce jugement à la cons- 
cience humaine, il l'avait porté en ces 
termes qui nous vengent : 

Si on voulait peindre l'Allemagne, écri- 
vait-il en 1528,11 faudrait la représenter sous 
les traits d'une truie. Nous Allemands, nous 
sommes AlUmands et nous restons Alle- 
mands, c'est-à-dire des porcs et des bétes 
brutes. 

Des porcs ? Alors les Allemands sont 
aussi des cannibales. Luther n'y avait 
point songé. » 

Quel est celui de ses ouvrages où l'an- 
cien élève des Augustins d'Erfurt a ex- 
primé sur ses compatriotes l'opinion ci- 
dessus ? Nauticus. 
* 
» * 

Tacite, Mœurs des Germains (tr. Ni- 
sard) : 

XV. — Le temps qu'ils ne sont pas en 
guerre, ils en passent beaucoup à la chasse, 
mais la plus grande partie dans l'oisiveté à 
manger avec excès et à dormir. 

XXll. — Il n'y a point de honte à boire 
dans les festins tout le jour et toute la nuit. 
Les rixes qui y sont fréquentes comme il 
arrive entre gens pris de vin, s'y tei minent 
presque toujours par des meurtres ou des 
coups. 



L'INTERMÉDIAIRE 



240 - 

favorise 



XXIII. — Si on favorise leur ivrognerie 
en y fournissant autant qu'ils le désirent, on 
les vaincra par leuis vices non moins facile- 
ment que par les armes. 

On sait que Tacite ne laissait pas échap- 
per, quand elle se présentait, l'occasion 
de gronder ses contemporains ; mais tout 
en exposant les vertus germaines en con- 
traste de la dissolution romaine, il ne 
laissait pas de faire un tableau fidèle de 
la barbarie des Germains et de leurs vices 
parmi lesquels l'ivrognerie, la goinfrerie 
et la brutalité en première ligne desquels 
nous savons qu'ils n'ont pas dégénéré 
tout en perdant beaucoup des qualités : 
honnêteté, mépris du lucre et du luxe que 
Tacite leur attribue très libéralement. 

Dehermann. 

L'indemnit? aux victimes de la 
guerre (,LXX, 140; LXXI, 20, 57, 1157). 
— On trouverait quelques données con- 
cernant tout un département envahi dans 
les « Notes et documents relatifs à l'oc- 
cupation allemande dans le département 
de l'Eure, par Léon Labbé, conseiller gé- 
néral, publiés par Joseph Labbé. » Ce 
travail a paru dans le Recueil des travaux 
de la Société libre de l'Eure, 6° série, 
4' vol., année 1906. Il traite surtout des 
exactions commises par l'envahisseur, 
mais à la dernière page on lit ; 

A la date du o septembre 1S71, intervint 
une loi attribuant aux dépailements envahis 
une première indemnité de cent millions. 

Le déparlement de l'Eure fut compris dans 
celte somme poui 1.538.700 francs. 

Pour arriver à une répartition équitable, 
la Corrniission départementale spéciale mit 
pour bases ; i' Le montant en argent des 
réquisitions de toute nature ; i" le montant 
des dégâts et pertes par suite d'incendies 
[déjà !] ; 3° le détail et la valeur des ti- 
tres, meubles et objets mobiliers enlevés 
sans réquisition. Le total s'étant élevé à 
10.11a 224 fr 69, il en résulte qu'il y a lieu 
d'attribuer fr. 152 par franc d'indemnité 
totale à recevoir. 

Suit un tableau récapitulatif par can- 
tons qui comprend, outre les sommes in- 
diquées ci-dessus, les contributions de 
guerre en espèces et les montants des 
impôts directs perçus par l'autorité alle- 
mande avant et même après les prélimi- 
naires de paix. 

Margeville. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 Mars 191S. 



241 



242 



Le pantalon rouge (LXX ; LXXI. 
30, loî, 157). — Parmi les raisons qui 
ont fait conserverie pantalon rouge, mal- 
gré ses défauts, il en est une qui a bien 
sa valeur. C'est que le drap rouge est 
tojours d'une qualité supérieuie aux autres 
étoffes. Alors que tous les autres vête- 
ments s'éliment et s'usent assez rapide- 
ment, que leur couleur s'altère, le pan- 
talon de drap rouge est presqu'inusable ; 
il ne craint guère que les déchirures acci- 
dentelles. 

On sait, en effet, que les étoffes teintes 
à la garance naturelle ou à l'alizarine ar- 
tificielle doivent être de première qualité. 

La teinture rouge prend mal, sur les 
tissus de qualité inférieure, notamment 
sur la laine, elle ne donne pas une teinte 
parfaitement uniforme, on croirait y voir 
des taches. Cette teinture est très solide, 
« bon teint y pour eniploxer l'expression 
du métier. Comme tant d'autres couleurs 
elle ne passe pas à la lumière. Examinez 
une étoffe ancienne, une tapisserie par 
exemple, vous remarquerez que les bleus, 
les verts et autres couleurs ont été atté- 
nuées par le temps, tandis que les rouges 
de garance ont conservé tout leur éclat. 
Or le bon teint n'est pas une qualité négli- 
geable quand il s'agit de vêtements de- 
vant durer longtemps, comme les équipe- 
ments i"iîitaires. 

Peut-être aussi, c'est une supposition, 
la teinture à l'alizarine donne-t-elle de la 
solidité à l'étoffe. 

Martf.llière. 

« 

¥ « 

M. Cotfereau aurait pu ajouter au 4 hus- 
sards ayant le pantalon bleu (mais sous 
Louis-Philippe seulement) les 2", 4' et 8' 
hussards du second Empire qui l'avaient 
également avec dolman, pelisse et souta- 
ches de diverses couleurs et ne le quittè- 
rent qu'en 1870. 

A partir de cette époque, tous les régi- 
ments de hussards reprirent le pantalon 
rouge avec dolman bleu ciel et sans oe- 
libse. 

Dehermann. 



', lî'scrip- 



« La Belle Alliance 
tion sur dss casques allemands 
(LXXI, 41, 196). — 11 s'agit probable- 
ment d'un régiment prussien qui s'est 
distingué à l,i bataille de Belle Alliance 
(Waterloo) et dont les casques portent ce 



mot comme souvenir. La devise exacte 
est <i Mit Gott fiir Konigund Vaterland >. 
En Allemagne, les inscriptions fran- 
çaises se rencontrent parfois d'une ma- 
nière bien inattendue. Dans un cimetière 
de Berlin, j'ai vu un monument portant 
l'inscription suivante : 

Au.x membres de la Colonie française 

dL! Refuge 

.Morts pour le Roi et la patrie 

1S70-1871 

Cette Colonie française est celle des hu- 
guenots réfugiés après la révocation de 
l'Edit de Nantes. 

A. DE Prat. 

Papier-iïiornaie et monnaies fie 
nécessité pendant la guerre de 1914 

(LXXI, 42, 155). — Aux Chambres de 
Commerce signalées dans le numéro du 
30-30 janvier, comme ayant émis des 
coupures de papier-monnaie, on peut 
ajouter la Chambre de Commerce d'Alger 
qui, dans sa séance du 3 septembre 1914,3 
décidé la création de coupures de i franc, 
échangeables contre des billets de la 
Banque d'Algérie. 

J. F. C. 
* • 

La Chambre de Commerce de Marseille 
a émis de petites coupures de 2 francs, 
i franc, 50 centimes. Traversant Lille 
entre les deux occupationsallemandes. j'y 
ai vu aussi des Billets locaux, les mêmes 
qu'à Marseille, me semble-t-il. 

Dans le Douaisis, la Compagnie des 
Mines d'Aniche avait décidé la fabrication 
d'un papier-monnaie, qui aurait joui d'un 
plein crédit, à raison de la puissance de 
cette ancienne société. J'emploie le condi- 
tionnel, car je ne sais si le papier-mon- 
naie a circulé. L'impression s'en termi- 
nait au moment de l'invasion du 31 août. 
Je n'en ai pas vu pendant la première 
occupation allemande, ni après l'évacua- 
tion jusqu'au is septembre, j'ignore ce 
qu'il en est advenu depuisla reprise de la 
ville par l'ennemi, le premier octobre. 

Mf.reuil. 

« 

Signalons encore : 

Ville d'Epernay : Coupures d'un franc, 
de cinquante centimes et de vingt-cinq 
centimes, datées du 5 septembre 1914. 

Chambre de Commerce de Lvon : Cou- 



N» 1415. 



Vol. LXXI. 

243 



L'INTERMÉDIAIRE 



244 



pure d'un franc (Délibération du 14 août 

1914). 

Banque d'émission de Lille : Coupure 
d'un franc, datée du 17 août 1914. 

l'ai vu aussi une coupure allemande 
d'un mark, datée de Berlin, le 12 août 
1914. 

Octave Beuve. 

Aux premiers jours de la mobilisation, 
et même avant la mobilisation, nous 
manquions de petite monnaie à St-Ra- 
phaël. Les petits billets de la Banque de 
France ne nous étaient point parvenus. 
La poste émit alors, pour 1800 environ, 
des bons de poste de 10 fr, de ^ fr. et de 
2 fr. remboursables dans les délais régle- 
rnentaires, mais noiiimmédiatetnent, c'est- 
à-dire au bout de deux mois; à fin sep- 
tembre. 

Ces bons avaient cours forcé, de par 
autorité municipale. 

En réalité, ils disparurent de la circu- 
lation vers la fin d'août ou les premiers 
jours de septembre, quand nous parvin- 
rent enfin, parle P.-L.-iM., la C" du Gaz 
et quelques maisons importantes, les cou- 
pures delà Banque qu'on allait chercher à 
Draguignan et à Toulon. 

Eloiean. 
* 
* » 

En 1870, l^ Chambre de Commerce de 
Caen a émis des coupures de cinq francs 
qui, à cette époque, ont rendu de bien 
grands services et qui ont été acceptées 
dans le pays sans aucune difficulté. 

Albero. 
* 

M. le Secrétaire général de la Chambre 
de commerce de Calais veut bien nous en- 
voyer la réponse suivante : 
Monsieur le Directeur, 
A titre de renseignement je vous signale 
que la Chambre de Commerce de Calais a, 
en plus de la coupure de l franc indiquée 
dans le n" du 2S février, émis des coupures 
de 2 francs et de o fr. 50. 
Veuillez agréer, etc . 

Le Secrétaire général. 
* 

* * 
La Chambre de Commerce de Nantes a 

émis, elle aussi, des petites coupures. Une 
coupure de 2 francs, émise par cette 
Chambre, est entre nos mains depuis l'an- 
née 1914. 

|. Chappée. 



Voici la liste des coupures citées précé- 
demment dans V Intermédiaire, ainsi que 
celles qui se trouvent dans la vitrine du 
Crédit Lyonnais à Paris (service du change) 
et celles que nous possédons : 

Agen. Chambre de commerce, 2 fr. 

Alger. Chambre de commerce, i fr. 

Amiens, ofr. 50, i fr., 2 fr., 5 fr-. 

Aniche (Nord). Compagnie des mines, 
5fr. 

Belgique, 2 fr. 

Bergerac; o fr. 50. 

Béziers. Chambre de commerce, i fr. 

bordeaux, o fr. 150, i fr., 2 fr. 

Boulogne-surMer. Chambre de com- 
merce o fr. so, I fr., 2 fr. 

Calais. Chambre de commerce, 1 fr., 
2 fr. 

Carcassonne. Chambre de commerce 

fr. 1:0, I fr., 2 fr. 
Clermont-Ferrand et Issoire. Chambre 

de commerce, \ fr., 2 fr. 

Douai. Bons communaux, 2 fr., 5 fr. 
Elbeuf, o fr. so, i fr., 2 fr. 
Epernay, o fr. 25, i fr. 
Le Creuzot.Etabliss. Schneider, ofr.so, 

1 fr., 2 fr. 

Le Havre. Ville et chambre de com- 
merce I fr., 2 fr. 

Lille. Banque d'émission, 1 fr., 2 fr. 

Lille. Bons communaux, 10 fr. 

Limoges. Chambre de commerce, 
ofr. 50, I fr., 2 fr. 

Louviers, o fr. 25, ofr. 50, i fr. 

Lyon. Chambre de commerce, i fr. 

Marseille. Chambre de commerce, 

fr. 50, I fr. , 2 fr. 
Mont-de-Marsan, i fr 

Nancy. Caisse municipale, i fr., 2 fr., 
5 fr. 
Nantes. Chambre de commerce, o fr 50, 

1 fr., 2 fr. 

Périgueux, o fr. t,o, i fr., 2 (r. 

Reims, ofr. 10, o fr. 2Ç, o fr. 50. 

Roanne. Tissages Bréchard, 1 fr.,2 fr. 

Rouen. Municipalité et chambre de 
commerce o fr. 50, 1 fr., 2 fr. 

Toulouse. Chambre de commerce, 
o fr. 50, I fr. 

Vicoigne et Nœux (Pas-de-Calais). Com- 
pagnie des mines, o fr. 25. 

Saffroy, frères. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 Mïrs 1915 



24 s 



246 



Ah I misère en Prusse (LXXI, 1 ;6, 
221). — L'administration militaire prus- 
sienne passait autrefois pour ignorer les 
mois de plus de trente jours. Solde et vi- 
vres étaient calculés sur le pied de jo 
jours par mois, de sorte que pour le mili- 
taire prussien le 31'' jour du mois était un 
jour d'abstinence ; le;, soldats netouchaient 
rien. 

Aussi, lorsque nos troupiers jouent au 
loto, si le n° 51 est amené, il est de tra- 
dition que chacun des joueurs s'écrie avec 
celui qui annonce le n° : Misère en Prusse ! 

CoTTREAU. 

Hurluberlu (LXX, 181 ; LXXI, 84, 
iiç). — Réponse à la question posée au 
sujet de Perthes-les-Hurlus. Qu'est-ce que 
Hurlus ? Est ce un nom commun au plu- 
riel et les un article ? Est-ce un nom de 
localité et les est-il lès ou le^. signifiant 
»< près » ? 

Hurlus, Perthes-les-Hurlus et Le Mes- 
nil-les-Hurlus, dont il est si souvent ques- 
tion dans les communiqués de l'état-ma- 
jor, sont trois localités voisines et dis- 
tinctes, appartenant au canton de Ville- 
sur-Tourbe, à l'arrondissement de Ste- 
Menehould et au département de la Marne. 

Hurlus, sitL'é à l'ouest de Ville-sur- 
Tourbe, dans un vallon, au bas de la 
hauteur qui porte le moulin de Perthes, 
comptait au dernier recensement 88 habi- 
tants. 

Le Mesnil-les-Hurlus, situé aussi à 
l'ouest de Ville-sur-Tourbe dans un fond, 
baigné par le Marson, affluent de la 
Tourbe, tire son nom de son voisinage 
avec Hurlus. Les vient ici de latiis et si- 
gnifie à coté de. Population : 72 habi- 
tants. 

Perthes-les-Hurlus, situé également à 
l'ouest de Ville-sur-Tourbe, entre deux 
monts assez élevés, tire lui aussi son nom 
de son voisinage avec Hurlus. Popula- 
tion : 1 s6 habitants. 

OcTWE Beuve. 

« 
* * 

« Hurlus » : j'ai bien envie de voir là- 
dedans : loups hurleurs; et, par suite, 
dans hurluberlu : celui qui agit comme 
si les hurlements des loups lui avaient 
donné la berlue. Ce n'est ni étymologi- 
que, ni orthographique peut-être... mais 
n'était-ce pas vrai au Moyen âge ? 

Sglpn. 



Le petit Larousse de 1012 interprète ce 
mot comme suit ; Etourdi, écervelé, 
brusque. 

V. A. T. 



* 
» * 



le ne connais pas de mot allemand qui 
rappelle t Hurluberlu >> qui doit prove- 
nir directement de la vieille locution an- 
glaise »< hurlyburly », qui veut dire : tu- 
multe, confusion. Voyez la i''*' scène de 
Macbeth, où la seconde sorcière dit : 

When the hurlyburly's done, 
When the battl's lest and won. 

que Richepin traduit 

Après le hourvari fini, 
ce qui ne rend que très approximative- 
ment le vrai sens du mot, car il n'a rien 
de commun avec une sonnerie de trompe. 

Pamphile. 

Tringlot ((LXXI, i}6). — Je ne crois 
pas qu'il faille aller chercher bien loin. 
Tringlot ou mieux Irainglot, c'est-à-dire 
soldat du train des équipages. « Ce trou- 
< pier infatigable, patient, aventureux 
« qu'on nomme trainglot ». Camus : Les 
bohèmes du drapeau, 1863). 

Gi;STAVE FUSTIER. 



• * 
s'écrit 



aussi Tringlot 



Trainglot 
(Larousse). 

Mot d'argot désignant le militaire fai- 
sant le service du Train des Equipages. 

L'origine de ce mot a son équivalent 
dans : 

Moblot : Service de la Garde Nationale 
Mobile. 

Sergot : Service sergent de Ville : 
Agent de la Police, 
etc. etc. 

A l'origine, dès la création du Train 
(1807) le recrutement se faisait parmi les 
charretiers de profession. 

Les transports aux armées constituaient 
ce qu'on désignait sous le terme généri- 
que de charrois militaires, divisés en trois 
systèmes : l'entreprise, la réquisition, la 
régie. 

Napoléon ayant reconnu l'incohérence 
de l'organisation des transports militai- 
res partagea ce service en trois catégo- 
ries : 

Train d'Artillerie 



N» 1415. Vol. LXXI. 
247 



L'INTERMÉDIAIRE 



248 



Train du Génie 
Train des Equipages 
Le Train d'Artillerie était plus spéciale- 
ment chargé des transports du matériel 
de l'Artillerie et des Munitions ; il subit 
de nombreuses modifications et disparut 
en 1885. 

Le Train du Génie, affecté aux trans- 
ports du matériel du Génie fut transformé 
en Compagnie? de Sapeurs-Conducteurs. 
Le Train des Equipages remplaça l'an- 
cien système des charrois pour le trans- 
port aux Armées, autre que celui assuré 
par l'Artillerie et le Génie et fut chargé 
des transports militaires de l'Armée. 

Le décret d'organisation des bataillons 
du Train des Equipages est daté du 26 
mars 1B07 au Camp d'Osterode. 

Chacun des 9 bataillons fut, après diver- 
ses modifications, composé de 4 compa 
gnies chacun, ramené à 4 bataillons qui 
reçurent la dénomination d'escadrons le 
14 octobre 1814. Ils subirent encore de 
nombreuses transformations, notamment 
en 1832 et 1842 jusqu'en 1873. La loi 
du 13 mars 1875 répartit le train en 
vingt escadrons tels qu'ils sont formés 
actuellement. 

Depuis que le 26 mai 1884 un décret 
présidentiel a institué à l'Ecole Militaire 
de l'Artillerie et du Génie, une division 
spéciale du Train des Equipages, le ni- 
veau moral des sous-ofFiciers qui s'y pré- 
sentent et en sortent officiers, s'est élevé 
considérablement. 

Quant aux officiers de complément, 
recrutés surtout parmi les anciens Enga- 
gés conditionnels de l'Artillerie et de la 
Cavalerie, le contact de ces cadres com- 
posés d'hommes instruits et bien élevés a 
fait disparaître à peu près complètement 
l'ancienne mauvaise réputation du Train- 
glot. 

H. S. 

Boche (LXX; LXXI, 25, 68). — 
\jEclaiteur Je Nice nous met au courant 
d'un forfait commis par le Journal de 
Genève. Ce journal a osé imprimer le 
mot : « Boche » ! Grande colère et 
grosses menaces allemandes. Le Joitnuil 
de Genève ne s'en émut pas et y répondit 
de la sorte : 

Mais voyez le sort d'un mot ! Le Jounuil 
de Genève, en usant de ;ette expression en 
toute innocence, a déchaîné contre lui de 



terribles colères. Ne parlons pas des petits 
billets irrités et vraiment un peu niais que 
lui apporte la poite. Deux grands journaux, 
le Siuttgarter Meues lagblatt et la Neue 
Ilamburfi r Zeilung, consacrent à celte 
giave affaire de longs aiticles. On y lit que 
nous insultons le peuple allemand et l'armée 
allemande en campagne, et que nous sommes 
— comme chacun sait — « à la solde de la 
France ». Que les Allemands s'en souvien- 
1 nent après la guerre, disent les deux jour- 
j naux : plus de montres de Genève, plus de 
• jeu:'.es filles allemandes dans les pensionnais 
I de la Suis;e romande, plus de touristes alle- 
i rnands sur nos rives : atroces menaces. 
! Une fois de plus, on voit combien il est 
dittkile de proportionner les sentiments des 
hommes aux événements qui s'accomplissent 
autour d'eux. A cette heure, il se passe 
quelque chose d'épouvantable. Un peuple 
innocent, qui n'est coupable d'aucune faute 
et d'aucune provocation, voit son territoire 
envahi, ses villes occupées; des centaines de 
mille Belges ont dû fuir leur foyer et sont sé- 
parés de leurs familles, le sang a coulé par- 
tout dans leur pays pacifique ; jama.s tant de 
douleurs imméritées n'ont existé sous le ciel. 
Et alors il est permis de s'étonner de toutes 
ces colères contre nous, de ces poings tendus 
et de ces propos menaçants contre nos com- 
merçints et même contre nos institutrices, 
parce que, sans penser à mal, le Journal de 
Géiit'ii^du 27 novembie derniera dit : Boche. 

Voilà de la fine, de la cinglante ironie, 
de l'ironie bien française. Les >< Boches » 
ne la comprendront pas. Et ils s'étonne- 
ront, ensuite, de n'être compris, eux- 
mêmes, par personne ! 



D'où vient chandail? (LXXI, 161. 

— le propose, sans y tenir, l'explication 
que voici. Il y a 20 ans, et plus, des cul- 
tivateurs bretons des Côtes du Nord et du 
Finistère de Roscoff, plus spécialement, 
venaient périodiquement vendre eux- 
mêmes leurs produits dans le centre des 
terres, comme le Maine. Ils portaient des 
paniers remplis d'oignons, d'échalotes, 
et d'ail. Ils en portaient aussi sur de lon- 
gues perches supportét's par leurs épaules. 

— Vêtus de laine comme des marins, 
particulièrement à la poitrine, ils avaient 
ie cri régulier : marchand d'ail qu'ils 
simplifiaient en chand d'ail — D'où le 
nom donné à leur costume. Je donne cela 
pour ce que cela vaut. Mais les vieilles 
gens de mon pays n'ont pas d'autre opi- 
nion. 

En Angleterre, les mêmes produits se 



DES CHEWCHEUKS ET CURIEUX 



20-30 Mars 1915. 



249 



2,0 



vendent encore aujourd'hui de cette ma- 
nière, et les vendeurs, pour mieux réussir, 
se croient obligés de parcourir les rues 
avec leur marchandise, mais vêtus comme 
des paysans bretons. 

Les maisons de gros ont des vêtements 
on magasin pour en habiller leurs ven- 
deurs. Ce renseignement m'est donné par 
un Anglais même. 

J. Chappée. 

Notre-Damed"Albert(LXXI,43,2oO. 

— Une tradition immémoriale rapporte 
que dans la seconde moitié du xi^ siècle, 
un berger qui gardait son troupeau à peu 
de distance delà ville d'Ancre, (i) s'aper- 
çut qu'une de ses brebis s'attachait obsti- 
nément à une toufTe d'herbe sans cher- 
cher ailleurs sa pâture. 11 l'appelle, il lance 
les chiens qui la harcèlent ; mais la bre- 
bis, oublieuSi de sa timidité naturelle, ne 
l'éloigné pas. Impatienté, le berger frappe 
sudement cette toufle d'herbe d'un coup 
de sa houlette. Quelle n'est pas sa surpri- 
se, lorsqu'il entend une voix qui lui dit : 
« Arrête, bercer, tu me blesses ! » et que, 
reposant sa houlette, il la voit tout en- 
sanglantée ! Sa colère fait place à la stu- 
peur ; l'instrument s'échappe de ses 
mains ; enfin, revenu à lui-même, il se 
met à creuser doucement la terre à l'en- 
droit d"où cette voix est venue, et il ne 
tarde pas à découvrir une statue qui porte 
au front la marque du coup qu'il lui a 
donné ! C'est une Vierge Mère tenant son 
fils entre ses bras. — On la vénère encore 
aujourd'hui à Albert. C'est Notre-Dame de 
Brebières . 

Cette statue de Notre-Dame de Brebiè- 
res (noire, je crois) est sur l'autel de la 
circata Au dessus d'elle, une grande sta- 
tue décorative fvierge ayant, dans la 
main droite, une houlette et tenant, sur 
son bras gauch-, son enfant qui, lui- 
même, tien', étroitement serré un jeune 
agneau ; — quatre brebis reposent aux 
pieds de la vierge). 

Une statue dorée, que les vandales du 
XX» siècle ont, après plusieurs bombarde- 
ments, fini par descendre, dominait le 
clocher de la basilique. Elle se voyait de 
fort loin, à moitié distance d'Amiens et 

(1) Ancre, dont le nom a été changé, en 
16(7, en celui d'Albert, à la chute de Con- 
cini, maréchal et marquis d'Ancre. 



d'Albert. (Vierge élevant, au-dessus de sa 
tête, son fils très-haut dressé, les bras 
étendus). 

Notre Dame d'Albert, de style bysan- 
tin, dont l'intérieur tout en marbre et mo- 
saïques, l'un des plus magnifiques monu- 
ments que l'art religieux ait produits en 
ces dernières années, n'a élé élevée qu'au 
moyen des offrandes recueillies par M. 
l'abbé G .din, curé du lieu, qui fut lui- 
même l'inspirateur de son œuvre. Cette 
écrlise était terminée en 1908. C'est alors 
qu'eurent lieu les splendides (êtes du cou- 
ronnement, lesquelles réunirent 2 cardi- 
naux et 30 évêques. 

!V1. le curé-doyen d'Albert et Monsei- 
o-neur Dizien, évèque d'Arras, dans l'au- 
dience qui Itur fut accordée à Rome, 
avaient recueilli ce cri d'admiration de 
Léon Xlll : Af.îiî, c'est le Lourdes du Nord. 

Les insignes de la prélature romaine 
ne pouvaient tomber sur des épaules plus 
dignes de la porter. Monseigneur Godin, 
resté fidèle au poste auquel il avait voué 
son cœur et son intelligence, décéda en 
mai 1913. Il ne fut donc pas témoin de la 
destruction de sa chère basilique. 

De grands pèlerinages à Albert prou- 
vent que Notre-Dame de Brebières est très 
en honneur dans la région du Nord. 

G... A. 

Souvenirs authentiques de Jeanne 
d'Arc. — Armure, épée (LXXI, 43). 

— M. Etienne Metman, avocat à Dijon, 
ancien magistrat, secrétaire de la Com- 
mission départementale des Antiquités de 
la Côt; d'Or, a publié, dans la Revue de 
Bouigogne, année 1911, n" 3 pp. 12Q à 
134, un article sur une épée du temps de 
Charles VII, conservée au musée de Di- 
jon, n° 1489. Elle figure dans une vi- 
trine plate, dans la salle dite des Gardes, 
et a toujours passé pour une pièce digne 
d'attention. On en trouvera une descrip- 
tion détaillée dans les Mémoires de l'Aca- 
démie de Dijon, année 1831. Malheureu- 
sement la provenance demeure inconnue ; 
sans doute elle fit partie d'un de ces ca- 
binets d'émigrés qui ont alimenté le mu- 
sée à l'origine, et c'est pour cela que se 
sont tus les premiers rédacteurs du cata- 
logue. D'ailleurs ces questions documen- 
taires auxquelles nous attachons, et jus- 
tement, tant de prix aujourd'hui, étaient 
assez inditlérentes il y a un siècle. 



N' 1415. Vol. LXXI. 



L'INTERMEDIAIRE 



252 



En se demandant si, à raison de cer- 
tains signes gravés sur la lame, cette 
épée n'aurait pas appartenu à Jeanne 
d'Arc, M. Metman émettait une simple 
hypothèse tendant surtout à provoquer 
des observations en sens divers. 

Le point d'interrogation mis à la suite 
du titre de l'article montre bien qu'il 
s'agissait non d'une affirmation, mais 
d'une question posée. iVlais. la presse 
française et même étrangère prit feu tout 
aussitôt, ce qui motiva un second article, 
éditorial, celui-ci, publié dans la même 
Revue de Bourgogne, 191 1, n" 4. 

La question y est reprise à nouveau et 
on y trouvera de plus l'énumération des 
journaux français et étrangers qui se sont 
occupés de la question Ils sont très nom- 
breux et non des moindres, ainsi on ci- 
tera le journal des Débats, VUntvers^ le 
Dailv Mail, \ç journal de Bruxelles, la 
Gaceta del NorU, de Bilbao, et maints 
autres. Plusieurs se bornèrent à signaler 
le fait comme une curiosité archéologi- 
que, mais d'autres s'emballèrent au point 
de transformer» une simple hj'pothèse en 
affirmation positive, ce qui donna lieu au 
second article. Une mise au point était 
nécessaire pour couper court à des inter- 
prétations de plus en plus fantaisistes et 
téméraires. 

Quant au « journaliste dijonnais » qui a 
ignoré si complètement une question dont 
s'était si fort occupée la presse locale sans 
compter la presse tout court, le colla- 
borateur j. C. A. P. me permettra de 
penser qu'il savait plutôt mal son mé- 
tier. 

Est-ce que l'Intermédiaire ne s'est pas 
déjà intéressé à la question de l'épée de 
Jeanne d'Arc .'' 

H. C. M. 



Puisque notre collaborateur J.-C. A 
P. désire se renseigner sur l'épée du Mu- 
sée de Dijon attribuée à Jeanne d'Arc, je 
crois utile de mettre les choses au point, 
la question étant, au surplus, d'intérêt 
général. 

Cette épée fut déposée au musée de 
Dijon peu après la Révolution, mais dans 
quelles circonstances ?... on ne sait. Elle 
est cataloguée sous le n' 14S9, avec la 
rubrique « Epée du temps de Charles 
VII », et figure actuellement dans une vi- 



trine de la grande salle des tombeaux des 
ducs de Bourgogne. 

('ertaines particularités de cette épée, 
notamment les inscriptions CHARLES 
SEPTIESME et VAVCOVLEV avec les 
armes de France accolées aux armes d'Or- 
léans et deux gravures presque efiàcées 
représentant sur chaque face de la lame, 
au talon, un personnage à genoux devant 
une croix garnie d'une couronne de fleurs, 
attirèrent plus d'une fois l'attention des 
critiques d'art et d'histoire. 

Pour donner corps à leurs observa- 
tions, M. Metman, avocat à Dijon, fit pa- 
raître dans la Revue de Bourgogne (année 
191 1, page 129) un article dans lequel il 
exposait nettement les faits d'où l'on 
pouvait présumer que l'épée avait appar- 
tenu à Jeanne d'Arc. 

Il sollicitait d'ailleurs la discussion et 
des compléments d'information. 

En même temps, et pour donner plus 
d'ampleur à l'enquête, j'exposai moi- 
même brièvement la question dans l'Inter- 
médiaire, à la date du 10 avril 191 1 

(p. 44')- 

Si les intermédiairistes furent muets, 
un nombre considérable de journaux 
d'Europe et d'Amérique reproduisirent ou 
analysèrent l'article de M. Metman ; quel- 
ques-uns même transformèrent trop aisé- 
ment ses hypothèses en certitudes. 

Le résultat le plus appréciable fut une 
controverse engagée directement par écrit 
entre la Revue de Bourgogne et plusieurs 
de ses lecteurs. J'en ai donné le résumé 
dans cette revue (année 1911, p. 193)- 

Je rappellerai seulement ici en quelques 
lignes l'intervention de M. de Maleissye 
et celle de M. B..., amateur d'armes à 
Paris. 

M. de Maleissye, descendant d'un frère 
de Jeanne d'Arc, émettait l'avis motivé 
que cette épée pouvait avoir été offerte à 
Jeanne d'Arc par la ville d'Orléans. 
Jeanne d'Arc, avait eu plusieurs épées et 
l'une d'elles était restée dans la famille 
du Lys d'où elle avait passé aux Maleis- 
sye, pour disparaître en 1794. A cette 
époque, le 21 messidor an 11, le marquis 
de Maleissye, qui possédait en Bresse le 
marquisat de Branges, mourut sur l'écha- 
faud avec sa femme et ses deux tilles. 

Quant à M. B... il crut, autant que le 
lui permettaient la description çt les repro- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



90-30 Mars 191$ 



— 25 î 



254 



ductions photographiques, devoir mettre 
en doute l'authenticité de l'arme, en se 
basant principalement sur ce que la forme 
de la poignée indiquait une époque un 
peu postérieure au \v' siècle 

Cette remarque, exacte d'ailleurs, fit 
examiner l'épée plus minutieusement, 
et de cet examen résulta la conviction 



Pourrait-on me donner des détails sur 
ce dernier ? 

Comte DE GUENVVEAU. 

* • 

Le Commandant de Chemillé, général 

Ménage, eut l'avis que dans la nuit du 

4 au s Ventôse an V, l'abbé Bernier (qui 

ne fut pas toujours un très sage conseiller 



que la poignée avait été remaniée à une i jg Stofflet) devait se trouver avec plu- 
époque subséquente. La lame toutefois 
parait bien être du temps de Charles Vil 
et exclure l'idée de truquage. 

La question en est là, mais le musée, 
par scrupule, n'a pas cru devoir, jusqu'à 
plus ample informé, modifier la rubrique 
du Catalogue. Cependant, le gardien-chef 
sait à quoi s'en tenir, et M. J.-C. A. P. 
eut affaire, sans doute, à un sous-ordre 
nouveau ou affecté à une section spéciale. 

En ce qui concerne l'armure du châ- 
teau de Pinon, j'ai peine à croire qu'on 
soutienne efficacement son authenticité, 
car les historiensde |eanne d'Arc ne men- 
tionnent d'elle aucune relique, si ce n'est, 
peut-être, un cheveu qui serait entré dans 
le sceau d'une de ses lettres. 

Cette absencede souvenirs de la Pucelle 
donneraic d'autant plus de prix à l'épée 
de Dijon si elle était parfaitement authen- 
tiquée. E. Fyot. 



L'arrestation de Stofflet (LXXl, 92). 
— Cette question est posée par itn ange- 
vin. Il lui s,ufïirait d'ouvrir le diction- 
naire angevin assez connu de Célestin 
Port. Il y trouverait le renseignement 
suivant : 

Sur les 4 heures du matin la ferme fut 
enveloppée par une colonne d'infanterie sous 
la conduite du chef de bataillon Loutil et de 
l'aide de camp Liégeard, partie la veille au 
soir de Chemillé, sur les indications, dit-on, 
d'un émissaire de Bernier. 

Dict. hist. géog. et biog. de Maine-et- 
Loire, article Stofflet. 

J'ajoute que d'Aalton-Schée, dans ses Mé- 
moires, dit tenir de son père que ce furent 
des paysans qui dénoncèrent Charette, à 
l'instigation de Hoche. 

René Villes. 

* * 
Suivant Célestin Port [Dictionnaire du 
Maine-et-Loire), Stofflet fut pris par une 
colonne d'infanterie commandée par le 
chef de bataillon Loutil et l'aide de camp 
Liégeard. 



sieurs officiers vendéens au château de 
Soucheron, arrondissement de Chollet. 
Le général y envoya 25 cavaliers et 200 
hommes d'infanterie. 

Le chef de bataillon Loutil, comman- 
dant ces troupes, et M. Liégeard, aide de 
camp du général Caffin, fouillèrent inuti- 
lement le château ; mais ils apprirent du 
paysan qui leur servait de guide que l'abbé 
Bernier venait de se réfugier dans une 
métairie voisine. Ils s'y portèrent aussitôt, 
l'entourèrent et y trouvèrent Stofflet avec 
ses deux aides de camp et trois autres 
individus. 

Stofflet voulut se défendre, mais bientôt 
terrassé et désarmé, il fut conduit à An- 
gers où lui et les sien? furent fusillés le 
25 février 1796. — Biographie des Con- 
tempofains. 

P. c. c. Dehermann. 

« 
* * 
Stofflet qui avait signé la pacification 

de Saint-Florent-Ie-Vieil. le 2 mai 1795, 
reprit les armes le 26 janvier 179C3. Il fut 
arrêté le 24 février suivant, a deux heures 
du matin, dans la ferme de la Saugre- 
nière, commune de la Poitevinière. Il 
avait avec lui deux aides-de-camp, deux 
courriers et un domestique. 

Pendant que huit grenadiers le tenaient 
en joue, le chef de bataillon du 7' de Pa- 
ris (Loutil), un sergent et deux grenadiers 
pénètrent dans leur chambre pour les en 
arracher de vive force. StofP.et saisit aux 
cheveux et à la gorge le grenadier Au- 
Jiaux, du 32' régiment, et sans le secours 
du grenadier FlageoUet, du -j" bataillon de 
Paris, et du grenadier Chartier. du 32" ré- 
giment, il aurait été étranglé. Le citoyen 
Loutil, chef de bataillon, et le citoyen 
Liégeard, aide-de-camp du général divi- 
sionnaire Caffin, qui avaient été chargés 
de cette prise, se conduisirent avec beau- 
coup d'intelligence, ei ils n'eurent qu'à 
se louer des soldats qu'ils avaient sous 
leurs ordres. 



N« £415. Voi LXXt. 



L'iNTEKMEDlAIRE 



2S5 



25(3 



Le général Caffin fit un rapport à Hoche 
sur la prise de Stcfflet. 

Les Annales patriotiques et littéraires, 
ayant rendu compte de ce fait d'arpes, à 
l'avantage de Loutil, Liégeard écrivit, 
de Doué, à Hoche, le 5 mars 1796 : 

Ce n'est pas sans peine que je viens de voir 
dans les Annales patriotiques et littéraires, 
que Loutil, clief du 7» bataillon de Paris, en 
se parant un peu des plumes du paon, dit 
modeste lient qu'il a été chargé de cette ex- 
pédition dans laquelle il loue la conduite des 
troupes et celU- de l'aide-de-Cjmp Liégeard. 

— Vous savez le contraire, mais s'il fallait 
réfuter ce mensonge, il le serait par un mot 
que j'ai tenu à Louti! et que ni lui ni le 
général Mesnage ne démentiront. Au moment 
où la troupe fut commandée et prête à pjrtir, 
Loutil ayant demandé s'il allait se battre, le 
général Mesnage répondit simplement : Non; 
et moi je dis aussi : S'oti, je dois mettre à 
exécution un maudit d\tmener contre quel- 
qu'uà. — Il dit encore qu'il a irappé le pre- 
mie.- à la porte, qu'il est entré le premier, 
qu'il s'est nommé Forestier : tout cela est 
faux, je m'engage sur mon honneur à l'en 
convaincre par U compagnie des grenadiers 
du 32" régiment. — Enfin, outre que son 
rapport e^t incomplet, il est mensonger Les 
portei jtii été ouvertes, dit-il, et cependant 
elles ont été poussées avec force et enfoncées, 
après les coups de fusil dont il ne parle pas 

— Je vous supplie, général, de démentir ce 
rapport auprès cki journaliste qui a été trompé. 

F. UZUREAU, 

Directeur de \'/4njou Historique. 

Les Marie-Louise (LXX, i8o;LXXI, 
69). — Le iaroiiss^ mensuel, 1914, p. 199, 
contient la photographie d un tableau 
exposé en 1914 au salon lies Artistes 
français : n « Les « .Marie-Louise » à 
Champaubert f 10 février 1814), par P. V. 
Robiquet ». 

Sglpn. 

Le drapeau conquis à Dijon 

(LX.Xl, 91, 191). L'histoire est simple 
Après le combat de Dijon, la petite armée 
garibaldienne restait maîtresse du champ 
de bataille, ayant écrasé la brigade ba- 
doise qui défendait la ville et qui montra 
un merveilleux courage, il faut le recon- 
naître. Officiers et sous-officiers d'un des 
régiments se firent tuer pour défendre 
leur drapeau et leurs corps recouvrirent 
l'emblème. 

Un franc-tireur, non italien mais sa- 



voyard, originaire d'Annecy, Victor 
Curtat, aperçut sous les cadavres un pan 
d'étoile de soie, il le tira à lui et reconnut 
un drapeau. On releva les corps et l'em- 
blème tout ensanglanté put être dégagé. 

Telle est, simplement racontée, l'his- 
toire du drapeau pris à Dijon ; je l'ai 
donnée jadis dans le Tenjps. plus com- 
plète, mais je n'ai pas le loisir de recher- 
cher ce récit. 11 importe de rappeler qu'à 
Dijon les Garibaldiens proprement dits 
n'étaient pjs italiens, mais fiançais, même 
dans la brigade Riccioti et que d'autres 
éléments françAÎs comprei aient des ba- 
taillons de mobiles ou légions de mobi- 
lisés des Alpes-Maritimes, de l'Isère et de 
Saône-et-Loire 

La brigade Ricciotti Garibaldi n'avait 
que des corps francs françai.^, dont les 
chasseurs du Mont-Blanc, auxquels ap- 
partenait Victor Curtat. 

J'ai connu celui-ci ; il a fini ses jours à 
Annecy, dans la police municipale ; il 
était chargé de capturer des chiens er- 
rants. A la même époque, le comman- 
dant de la gendarmerie de la Haute-Sa- 
voie était le commandant Chabel qui, 
étant sous-lieutenant, porte-drapeau du 
57* de ligne, à Rezonville, avait tué de 
sa main le porte drapeau du lô'' régi- 
ment d'infanterie prussien et s'était em- 
paré du drapeau, ce qui valut à celui du 
157' d'être décoré. Le rapprochement était 
assez curieux. 

Aruouin-Dumazet. 

L'origine du mot «c Italie » (LXX, 
7). — Voici ce que dit Aulu-Gelle (liv. 
Xl.chap. I : De origine vocahiili lerrae lia- 

liae , à propos de la question posée par 

Camille PitoUet : 

Timaeus m Historiis, quas oratione grae- 
ca de rébus populi romani composuit, et 
M. Varro in AnUquitaiihus Uerum Homa- 
noru*» terram It.iliam de graeco vocabulo ap- 
pellatam scripserunt ; quoniara boves graeca 
veteri lingua '.TOiXoi vocitati suni, quorum in 
Italia magna copia fuerit : bucetaque in ea 
terra gigni pascique solita sint complu- 
rima. 

(Timée, dans son Histoire romaine écùi^ 
en grec, et Varro, n dans ses Antiquités, 
ont trouvé dans la langue grecque l'ori- 
gine du mot Italie. Les Grecs, discnt-ils, 
dans la vieille langue, appelaient les 
bœufs X-.rÙMi et les bœufs étaient très 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 Mars 191 3- 



257 



- 2:58 



nombreux en Italie. Il y avait de nom- 1 
breux pâturages où ils paissaient par 
troupeaux). 

Nauticus. 

Pierr:^ Arnaud de la Briffe (LXX, 
1)4 ; LXXI, 78). Puisqu'on veut bien al- 
longer la questioii, disons que les por- 
traits sur bois ne sont pas dans le salon, 
mais dans la salle à manger du château 
de Neuville, à Gambais. Ce château ap- 
partint pendant plus de cinquante ans 
aux de Nyert, qui étaient, en même temps 
que valets de chambre du roi, gouver- 
neurs du Louvre, jusqu'en 1740. Je pense 
que ces portraits, qui sont des copies in- 
téressantes, sont dus aux pensionnaires du 
roi, alors logés au Louvre. On voit encore 
au château de Neuville un très beau buste 
en marbre blanc, de Louis XV, par |. B. 
Lemoine. 

E. Grave. 

Un oncle de Gavarni (LXIX, 354). 
— L'acteur Thicmet, oncle de Gavarni, 
est bien le même personnage que le gri- 
macier ou « physionomane >> qui amu- 
sait de ses monologues les fêtes du Direc- 
toire et du Consulat et qui fit graver la 
série des Moines Gonimands 11 les jouait 
aux Palais-Variétés en 179J Et je vois 
qu'en l'an VIII (1800), il donna au bal 
d'Aligre des séances où il représentait les 
Moines au Couvent, a scènes de son inven- 
tion ». Il en imitait les divers types et, 
dit un annuaire du temps « le jeu d'or- 
gues à s'y méprendre. Ce ventriloque 
exécutait des proverbes et vingt cinq 
ligures de caractère et jouait seul la scène 
du Ramoneur. « 

D'E. 

Stendhal et lord Byron (LXXI, 11, 
118). — Dans l'édition de Stendhal : 
Œuvres posthumes, Correspondance inédite, 
Lettres à ses amis, de Calmann-Lévy 
(tome 2, p. 70, lettre CXLVIII), c'est 
bien à l'année 1816 qu'Henri Beyle fixe 
la date de sa rencontre avec Byron : 

Un soir de l'automne i S 16, j'entrais dans la 
loge de M de Brème, au retour d'une course 
sur le lac de Como... j 

C'est donc par suite d'une erreur d'im- j 
pression que l'édition P.ujpé et Cheramy j 
porte 1812. La question est d'ailleurs | 
réglée par Beyle lui-même, quand il dit ! 



de Byron : %< figure de dix-huit ans, quoi- 
qu'il en ait vingt-huit >».En effet, l'immor- 
tel auteur de Lara et de tant d'autres 
chefs-d'œuvre, étant né en 1788. avait en 
1816 précisément l'âge indiqué par Beyle. 

Nauticus. 

Gé'-'éalogie de Turgot fLXXI, 94'). 
— je crois avoir vu au château de Lan- 
theuil — arrondissement de Caen — un 
tableau généalogique de la famille Tuigot. 
Cette propriété appartient à M. Dubois de 
L'Etang qui habite tantôt Paris et tantôt 

Lantheuil. Albéro. 

• 

* • 
On trouvera, dans le Bulletin de la 
Coin'/iission du Vieux Paris, séance du 
6 février 1899, divers rapports de 
MM. Coyecque et Georges ViUain et à la 
suite un tableau généalogique de la fa- 
mille Turgot. Peut-être ces travaux et ce 
tableau seront-ils suffisants pour M. Ni- 
siar. C'est, je crois, tout ce qui existe sur 
le sujet qui l'occupe. S'il désirait plus de 
renseignements sur les Turgot il lui fau- 
drait absolument s'adresser à M. L. Du- 
bois de l'Estang, maitre à la cour des 
Comptes, soit à Mantes, soit à Lanteuil 
(Calvados), dont il est maire. Dernier re- 
présentant des Turgot, il possède une 
longue généalogie manuscrite. Elle n'a 
pas été imprimée. Celle du Bulletin de la 
Commission du Vieux-Pat is peut en tenir 
lieu. Dans tous les cas, les pièces nom- 
breuses que renferme le Cabinet des Ti- 
tres, à la Bibliothèque Nationale, peut la 
compléter utilement. E. Grave. 

Voir les Procès-verbaux de la Commis- 
sion du yieux-Paris, à l'occasion de la 
visite des sépultures Turgot à la chapelle 
des Incurables, année 1899, page 38, et 
de la visite de l'hôtel de Sully, année 

1902, page 179. GoMuousT. 

• 

On trouve une généalogie très complète 
de la famille Turgot en annexe du procès- 
verbal de la séance de la Commission 
municipale du Vitux-Paris du jeudi 9 fé- 
vrier 1899. 

(N" ib — Rapport par M. Georges Vil- 
lain au nom de la 2' Sous-Commission 
des fouilles sur l'inhumation du ministre 
Turgot et la sépulture Turgot à la cha- 
pelle des Incurables à Paris). 

A. F. 



N» 14 15. Vol. LXXI. 

259 



L'INTERMEDIAIRE 



260 



Famille Villaret (LXVIII, 814). -- » ritables. Il en a été ainsi pour le lion de 
Il existait, dans le Rouergue, une fa- I Robert le Frison, que l'on voit sur un 
mille noble de ce nom, à laquelle appar- | sceau de 1073 et qui, après avoir été dé- 
tenait Jean Chrysostome de Villaret, évê- j laissé pendant près d'un siècle, inspira en 



que de Casai, sous le premier Empire 

La femme du député Clausel de Cous- 
sergues, qui fut célèbre à l'époque de la 
Restauration, et qui était Cassan-Floirac, 
était fille d'une Villaret, de la même fa- 
mille. L'ouvrage de M. de Barrau don- 
nerait des renseignements à cet égard. 
Notre collègue, le vicomte de Bonald, 
qui a fait un travail sur les familles du 
Rouergue, en donnerait également. 

Cte DE Varaize. 

♦ * 
Monsieur Will NeuWehert pourra 
obtenir, après h guerre, tous les 
renseignements qu'il pourra désirer sur 
les Villaret en s'adressant au clief de cette 
famille qui a fait des recherches extrême- 
ment complètes sur l'histoire de son illus- 
tre maison qui compte actuellement deux 
représentants. 

L'aîné, général de brigade fait prison- 
nier dans le Nord au début de la guerre, 
est actuellement détenu en Allemagne. 

Le second, général comme son frère, 
commande le 7° corps d'armée. 

Vicomte de Reiset. 

Les pius anciennes armoiries 
(LXX, 148: LXXI, 82) —Pour établir 
quelles sont les plus anciennes armoiries, 
il faudrait — ce qui n'est pas facile — 
donner une définition précise des armoi- 
ries féodales et les distinguer des em- 
blèmes personnels, des « connoissances » 
que les seigneurs arboraient à leur fantai- 
sie, dans les combats et dont il est fait 
mention au xi" siècle, dans la Chamon de 
Roland et dans le Roman de Rou . L'usage 
de ces emblèmes fut bien antérieur, car 
il faut remonter à une haute antiquité 
(voyez la description des boucliers des 
Sept devant Thèbes, d'Eschyle). 

La croix vidée, cléchée et pommetée 
de Raymond, comte de Toulouse, qu'on 
montre sur la bulle de plomb d'un di- 
plôme de 1088, n'est pas d'une authenti- 
cité incontestée, serait-elle authentique ; 
elle ne pouvait être à cette époque, qu'un 
emblème personnel, sans caractère féo- 
dal, qui aurait été repris par les descen- 
dants de Raymond et serait devenu, beau- 
coup plus tard, le meuble d'armoiries vé 



1 170 les premiers sceaux armoriés des 
comtes de Flandre. De même les fleursde 
lis, adoptées comme emblème favori par 
Louis Vil, ne sont devenues armoriaUs 
que sur le contre-sceau de Philippe-Au- 
guste en 1 180. 

Les armoiries véritables, signe officiel 
et héréditaire de la possession d'un fief 
auquel elles sont indissolublement liées, 
emontent fort au-delà de 1180. On a 
longtemps tenu le sceau au lion de Phi- 
lippe d'Alsace, datant de 1170, pour le 
premier sceau armoriai ; mais je connais 
au moins onze sceaux authentiquement 
armoriaux de date antérieure. Le plus an- 
cien, sur une charte rédigée entre 1141 
et 1 1 =,0 et conservée dans les Archives du 
Pas-de-Calais, est celui d'Enguerrand de 
Candavène, comte de Saint Pol : on y 
voit, dans le champ, quatre gerbes, armes 
parlantes de la maison de Candavène 
(voyez la reproduction de ce sceau dans 
Le Costume d'apiès les sceaux, pa.r Demay, 
p. 192). Le premier sceau armoriai por- 
tant la figure d'un animal est celui de 
Robert, frère de Mathieu, duc de Lorraine, 
sans date certaine, mais sûrement anté- 
rieur à celui de Henri de Lorraine, grand 
prévôt de Saint-Dié, lequel date de 1154 
et porte aussi une aigle (origine des cé- 
lèbres alérions lorrains). 

En Allemagne, le lion des Zœhringen 
apparaît en 1156, sur un sceau du duc 
Berchtold 11, et le sceau du comte RudoU 
von Ramsberg porte, en 1163 un san- 
glier, armes parlantes de sa maison (re- 
produit dans Seyler .Geschichte der Sieqel, 
p. 77). D. W. 

Les armo ries de Pie X (LXlX, 
286, 467, 620, 727). — Après les ré- 
ponses de Mgr Battandier, du comte Pa- 
sini Frassoni et d'autres érudits intermé- 
diairistes, il semble inutile de revenir sur 
cette question. 

11 y a cependant un document qui pré- 
sente des chances d'exactitude, c'est 
r \< ex-libris PII PP. X > gravé par : 
1 Stelluti (inc. Roma) 

Cette pièce porte : 
trois crampons au naturel, posée en pal 
mouvant d'une mer d'argent ombrée d'azur 



d'azur a l'ancre à 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 Mars 1915. 



261 



262 



accompagnée en cbef d'une étoile {à six rais) 
d'or. — Au chef d'argent chargé d'un 
lion ailé de St-Marc d'or tenant un livre 
au naturel chargé des mots : * Pax tibi 
Marce ». 

R. DE R. 

Titre de duc de Lorraine (LXX ; 
LXXi, 124) — M. le comte L. Beaupré 
n'a pas remarqué qu'il y avait une faute 
d'impression. 

< Charles 111 eut pour Pis François de 
Lorrame. — François de Lorraine eut 
pour fils Nicolas-François de Lorraine. — 
Nicolas-François de Lorraine eut pour fils 
Charles V, duc de Lorraine [et non pas 
Charles 11^). — Charles V eut pour fils 
Léopold-Joseph, duc de Lorraine. » 

D'ailleurs, je n'avais pas à m'occuper 
de Charles IV, qui n'est pas un ancêtre de 
l'empereur d'Autriche actuel. 

F. UZUREAU, 
Directeur de V Anjou Historique. 

Fer de reliure à déterminer ; E. 
R. N. O. S. Y. H. (LXXI, 132).— 
Cette provenance est en effet donnée par 
Guigard, T II, p. 190 : 

H. du Fresnoy, célèbre bibliophile qui 
vivait en Picardie vers le milieu du xviii" 
siècle. Le chiffre est formé des lettres dont 
se composent ses nom et prénom. 

Je crois voir dans la marque qu'il re- 
produit en fac siniiie les lettres H D V F 
R S N O 1. 

Margeville. 

Une épitaphe mémorable (LXXI, 
13')). — L'inscription donnée par le col- 
laborateur Edmond Thiaudière est une 
formule très ancienne. Je la rencontre, 
en effet, dans les phylactères d'une pierre 
tombale, dans l'église autrefois abbaiiale, 
aujourd'hui paroissiale de Saint-Seine 
l'Abbaye, Côte-d'Or, celle de Frère Ber- 
tholemier de Larchant, grand prieur et 
pourvu dj plusieurs bénéfices unis à 
l'abbaye, qui mourut le 8 octobre 147O. 
Cette tombe plate est fort belle et les ins- 
criptions d'un excellent alphabet gothi- 
que. Voici ce que j'ai relevé sur les phy- 
lactères : 

Quisquis ades : qui morte cades : sta : 
respice : plora — Sum quod eris : modi- 
cum cineris : pro me precor ora. 

Ce texte me parait d'une concision 



énergique supérieure à la rectification 
proposée. 

|e ne connaissais pas d'autre exemple 
de cette formule, mais pensais bien qu'il 
s'en devait rencontrer ailleurs. En tout cas 
il serait intéressant de connaître la date 
de l'épitaphe relevée dans l'église de San- 
teuil. Quant à l'idée ainsi exprimée, 
c'est selon moi une inspiration évidente 
venue du Dit des trois-Moris et des trois 
Vifs, qui fut extrêmement populaire au 
moyen-àge. La version de Baudouin de 
Condi donne ceci : 

... Voies quels sommes. 

Tels seres vous, et tels comme ore 

iistes, fumes . . 

Cette rencontre de la Vie et de la Mort 
est un thème dont l'art et la poésie ont 
donné maintes variantes et je ne prétends 
pas à donner ici une énumération qui 
excéderait toutes limites perm.ises. J'indi- 
que seulement la fameuse fresque du 
Campo Santode Pise ; longtemps attribuée 
à Orcagna,elle l'est plutôt aujourd'hui à 
des artistes siennois, les Lorenzetti. 

H. C. M. 

■Voyages de Cook en papier peint 

(LXIX ; LXX, 84). A Pont de Passy, 
écart de la commune de Fleurey-sur- 
Ouche, canton ouest de Dijon, sur la 
route nationale de Dijon à Auxerre et à 
17 kilomètres de la première de ces villes, 
dans une auberge de relai alors très fré- 
quentée, j'ai vu autrefois une salle à man- 
ger tendue d'un papier aux couleurs très 
vives et parfaitement conservées, repré- 
sentant des scènes de la vie sauvjge qui 
m'amusèrent beaucoup. C'étaient certai- 
nement des pièces de la tenture dont il 
s'agit. L'auberge, toujours en bon renom, 
reçoit encore de nombreux hôtes dans la 
belle saison, aussi je crains fort qu'une 
modernisation regrettable ait fait dispa- 
raître la parure qui plut si fort à mes 
yeux d'enfant il y a... 

H. C. M. 

Aca émies de Province (LXX, 98). 
— j'ai sous les yeux VAlmanach Roval de 
l'année 1784 : aux pages 530 3 532 se 
trouve la liste des 23 académies de Pro- 
vince existant alors, avec quelques ren- 
seignements sur chacune d'elles, entre 
autres la date de leur fondation. 

La première académie qui fut fondée 



N" 1415. Vol, 



LXXI. 

- 263 



L'INTERMEDIAIRE 



264 ■ 



est celle de Soisson;, érigie en 1674, 
puis celle de Villefranche en Beaujolais, 
en 1679, celle de Nimes en 1682, d'An- 
gers en 1685, d'Arles en 1689, etc. 

VlLNA. 

Bible de Complut (LXX,i86 ; LXXI, 
171). — Une des meilleures éditions de 
la Bible est la Bible Polyglotte du juif 
Alcala, nommée aussi Bible de Complute, 
qui a été publiée en 1515. 

Pamphile. 

Absinthe (LXXI, 138).— )e crois, 
sans pouvoir l'affirmer cependant, que 
l'usage de l'absinthe, prise comme bois- 
son, remonte à soixante ou ?oixante-dix 
ans ; peut-être moins. On disait alors 
dans le langage populaire une suhseise en 
parlant d'un verre d'absinthe, ce produit 
venant alors presque exclusivement de 
Suisse. 

A l'intention de M. le Docteur L... . j'ai 
cherché, mais vainement, quelques ren- 
seignements précis dans l'opuscule sui- 
vant : 

Absinthe et absin!hcii<s (par Henri Ba- 

lesta. Paris, Marpon, )86o,in-i6). 

Gustave Fustier. 
* 

* • 
On lit dans le Livn: des Lamentations 

dejérémie, chapitre m, verset 15 : 

Dieu m'a abreuve d'abainthe. 
et au verset 19 : 

J'ai le cœur abieuvé de fiel ei d'absin- 
the. 

Donc, au temps de [érémie, soit envi- 
ron 588 ans avant l'ère chrétienne (c'est 
la date de la chute de Jérusalem). 

L'absinthe donnait une boisson, mais 
une boisson plutôt désagréable à avaler, 
sans doute comme la tisane d'absinthe, 
que l'on faisait boire aux enfants, il y a 
de soixante-dix à quatre-vingts ans, pour 
combattre les vers intestinaux. 

On lit aussi dans l'Apocalypse, vin, u. 

Le tiers des eaux fut changé en absinthe, 
et ces eaux firent périr un grand nombre 
d'hommes, parce qu'elles litaient devenues 
amères. 

V. A. T. 

« • 
U semble que c'est dans le dernier tiers 
du xv!!!" siècle que l'absinlhe cessa d'être 
simplement un remède et devint une 



boisson. C'est en Suisse, dans le Val-de- 
Travers, à Couvet, qu'il faut chercher 
les débuts d'une production extra-m.édi- 
cale de l'absinthe, qui, à cette époque, 
était connue sous le nom d' « élixir d'ab- 
sinthe «.Notre confrère L. trouvera d'am- 
ples détails sur ce sujet dans le livre de 
M. Coulera « Au Pays Je l Alisinthe ■> , 
un volume in-8. (Montbéliard, 1908 . 

D^ M. D. 
• * 
L'Absinthe suisse est mentionnée dans 
le premier volume du Dictionnaire uni- 
versel des inalicres médicales, par Mérat 
et De Lens, publié à Paris en 1829 On y 
lit, à la page 448 : 

La propriété stomachique de l'Absinthe 
(plante! est une de celles qu'on met le plus 
fréquemment en usage; on la prend en in- 
fusion, en extrait ; c'est surtout la teinture 
alcoolique qui est employée, particulière- 
ment celle qui vient de Suisse, et qu'on 
vend sous le nom d' Absinthe suis- e ou Eau 
d'absinthe ; on en boit un petit verre après 
le repas, et quelquefois avant. Les Suisses la 
coupent souvent d'un peu d'eau, car la 
bonne absinthe est d'une force extrême : elle 
devient alois laiteuse. Ajoutons que les 
gourniandj fon. au moins autant de consom- 
mation de l'absinthe que les malades a es- 
tomac paresseux, parce q le ceux-ci ne peu- 
vent en user en toute sûreté que lorsque ce 
viscère est sans aucune irritation ni phle^f- 
ma^ie, à cause de son action asîez énergi- 
que- 
La teinture alcoolique d'absinthe est un 
vieu.x médicament, dont on trouve la for- 
mule dans le Codex niedicanientariui su 
Ptiarmacopoca Parisieniis de 1732 (p. 
233). 

P. DORVEAUX. 

Antal (LXXI, 136). — Ce mot ne 
figure point dans le yocabnlaire raisonné 
et campât c du dialecte et du patois de la 
province de Bourgogne, par Mignard. de 
l'académie de Dijon. Paris, Aubry de Di- 
jon, Lamarche, 1870, in-8. 

Gustave Fustier 

Le mot partenaire (LXX, 186). — 
L'indication fournie par d'E. est intéres- 
sante, tlle donne la preuve que le mot 
partenaire était déjà en usage au moins 
une quarantaine d'années avant l'exemple 
le plus ancien qu'en aient rencontré les 
auteurs du dictionnaire Darmesteter-Hatz. 



DBS CflBRC HEURS BT CURIfiUX 



30-30 Miri 1915 



36s 



2b6 



feld, et qui date de 181J. On pouvait se 
douter d'ailleurs de son ancienneté rela- 
tive, à en voir l'orthographe qui avait 
donné à ce mot anglais un aspect tout 
français. A elle seule, cette orthographe 
indique que l'introduction du mot en 
français remonte à une époque où on ne 
connaissait peut-être guère moins, entre 
gens cultivés, les langues vivantes, anglais 
et italien surtout, qu'aujourd'hui, mais où 
on avait un sens, un instinct de la langue 
française qui s'est, de nos jours, singu- 
lièrement affaibli. Tant que cet instinct a 
persisté, le français, la plupart du temps, 
a déformé, transformé, pour les adapter 
à ses habitudes phonétiques et orthogra- 
phiques, les mots qu'il importait de 
l'étranger ; il se les est assimilés, il leur a 
imposé une naturalisation effective : de 
bohlwerk il a fait bouleverl, puis bou- 
levard ; de bowling-green, boulingrin, 
de riding-coa.tredingote, de bull do;;, bou- 
ledogue ; de partner, partenaire, refranci- 
sant ainsi un mot que l'anglais, jadis, 
avait déformé à sa façon en l'empruntant 
au vieux français parcenier, associé (par- 
titionarius). A mesure que, sous la double 
influence d'un certain pédantisme scolaire 
et d'un certain snobisme, les Français de 
la classe censée cultivée se sont moins 
souciés de parler français que de se don- 
ner l'air de savoir les langues étrangères, 
les emprunts à ces langues se sont multi- 
pliés sans utilité et sans mesure, et ces 
emprunts, en même temps, sont restés 
inassimilés ; mots métèques et parasites, 
qui défigurent le français et en feront peu 
à peu un jargon cosmopolite digne de la 
concurrence de l'espéranto, si un retour 
de bon sens ne décide ceux qu'on appelait 
autrefois les « honnêtes gens » à tra- 
vailler, sur ce point comme sur d'autres, 
à un réveil de la vitalité nationale. Le fait 
que partenaire, assimilé dès le xviii» siè- 
cle, tende à reprendre aujourd'hui sa phy- 
sionomie exotique, est un symptôme ca- 
ractéristique de ce mal très réel dont 
souffre aujourd'hui notre langue. 

Ibère. 

Arpète(LXX; LXXI, 126) - Je lis 
dans votre n» du lo une étymologie du 
mot < arpète, » qui est, peut être, la 
bonne. 

Toutefois ce vocable ne pourrait-il pas 
provenir tout simplement, hélas, du mot 



allemand « Arbeiter » qui signifie «ou- 
vrier » ou » tiavaiUeur ». et s'emploie au 
féminin comme au masculin. 

L'arpète est plus particulièrement, si je 
ne me trompe, une petite ouvrière, em- 
ployée chez les couturières ou modistes. 
Ce terme ne s'applique guère, que je 
sache, aux représentants du sexe mascu- 
lin. 

Je vous livre cetti^ explication pour ce 
qu'elle vaut. 

A. D. A. 



Alpe est un terme géographique em- 
prunté aux Gaulois et désignant la grande 
chaîne de montagne qui s'étend des Apen- 
nins aux Balkans. 

En France, il est devenu le mot cou- 
rant qui désigne un pâturage de haute 
montagne et il a produit le mot alpage 
qui s'applique aux montagnes pastorales 
et à l'exercice et au droit de leur pâtu- 
rage. 

Il a donné un diminutif >< Alpette > qui 
désigne en Dauphiné et en Savoie des lieux- 
dits restreints de montagnes subalpines 
ou préalpines, des forêts, des hameaux 
qui s'y trouvent situés et des cols et pas- 
sages qui y conduisent. 

On écrit aussi arpe et arpette, et ces 
deux mots sont signalés pour la première 
fois, je crois, au point de vue terminolo- 
gique dans le Glossaire des noms iopogra- 
phiques du S. E. ti des Alpes, par D. 
Mourrai, Grenoble (1907). 

Dans le Dictionnaire topographiqut de 
la Savoie, par Vernier, on trouve relevées 
I 5 de ces désignations avec les variantes 
Alpettaz, Alpette, Arpettaz, Arpette. 

C»s localités situies à une altitude de 
1000 à iboo mètres, ne suffisent pas, par 
leur climat, à entretenir leurs habitants 
qui émigrent encore nombreux à Paris, 
pendant la saison d'hiver, et leurs enfants 
entraient pour beaucoup dans le nombre 
des ramoneurs d'autrefois. 

11 a dû arriver que certains ayant 
quitté la raclette pour servir de commis- 
sionnaires ou d'apprentis, avec un apport 
débutant de simplicité rurale ou alpestre, 
ne pouvaient manquer de susciter la cri- 
tique facile et maligne de leurs rivaux ci- 
tadins. 

Ceux-ci, comme c'est l'usage et sans en 
savoir plus, ont cru les brimer par allu- 



H* 1415. Vel. LXXl. 

' 267 — _— — — 

sion à leur origine, encore qu'elle ne fût 
pas humble par le site. 

Comme on aurait pu dire au péjoratif 
montagnard, on a dit nlpettard et par 
abréviation alpette, avec une rime peut- 
être voulue . 

Le mot jaloux provient sans doute 
d'une région de plaine. Lyon ou plutôt 
Paris ; mais il est emprunté à la Savoie. 

Sus. 

Pluriel des mots terminés en ant 
ou ent (LXXl, 98). — je n'ai pas les vo- 
lumes XI et XXU Je VlnUrmédiaire, mais 
je crois qu'il y est question de Y Orthogra- 
phe de la Revue des Dcitx-Moii,les, et pro- 
bablement de cette petite singularité. — 
La Grammaire des grammaires, 8' édit, 
p. 176 et 260, dit que cette suppression 
du /, admise p.ir l'Académie, n'est pas 
acceptée par tous les grammairiens, et la 
condamne. Sglpn. 

Enseignes decoifltiur (LXIX, 687). 
— Le pays des Mauger (Maine-et-Loire) 
inspirait, il y a quelque quarante ans 
(car il y a bien longtemps que je ne l'ai 
pas revu), inspirait la verve des perru- 
quiers ; leurs enseignes y étaient généra- 
lement agrémentées d'un distique. 

A côté de certains fort connus, comme: 

Absalon fut pendu par la nuque : 
11 eût évité ce malheur 
S'il eût porté penuque . 

Ou: 

Aujourd'hui a l'œil 
Demain p ur tien 

J'en ai relevé quelques-uns de curieux. 
A Saint-Crépin, sur le côté d'un panon- 
ceau : 

Jean Meiieux 
Rase les jeunes et les vieux 
Et fait tout pjui le mieux ! 

Sur l'autre face : 

Le tasoir dangereux 

Irrite la nature ; 

Le mien plus gracieux 

Embellit la ngute. 

Ailleurs, sur la place de l'église et vis- 
à-vis le bureau du percepteur, une main 
tenant un rasoir menaçant. 

Veus serez aussi bie» rasé qu'en face ! 

A qui s'adressait la malice .? 

Dans une autre localité : 



L'INTERMEDIAIRE 



268 



La nature nous a donné barbe et cheveux 
Moi je coupe les deux ! 

Le distique se lisait sur un ruban en- 
tourant les attributs ducoifFeur — peigne, 
brosse, rasoir ; — ruban liant si bizarre- 
ment deux pommes, que la pensée égril- 
larde qui avait dicté les deux vers en res- 
sortait jusqu'à l'évidence. 

A. V. DU Pront. 



Feux de joie (LXIX; LXX ; LXXl, 
86, 126. — A Chambly (Oise), on a l'ha- 
bitude de célébrer, le premier dimanche 
de carême, une cérémonie spéciale appe- 
lée le bois hourdy ; d'après la tradition 
locale, l'origine de cette fête remonterait 
à Charles VI et même à saint Louis. 

La veille de la fête, on va chercher, 
dans un bois destiné à cet usage, un arbre 
et des fagots ; l'arbre est planté sur la 
place principale entouré de fagots et de 
paille et garni de pièces d'artillerie sus- 
pendues dans les branches. Jadis, la reli- 
gion avait sa place dans ces fêtes... « dé- 
fense sous peine d'être banni et chassé 
de la trouppe, de jurer et de blasphémer 
le saint nom de Dieu, et celui de la 
Sainte Mère, et de chercher aucune dis- 
pute... > 

Le premier dimanche de carême — je 
viens de le dire — vers les deux heures 
de l'après-midi, a lieu une cavalcade. Le 
clou de la fête est le char du vieux gar- 
çon, entouré d'enfants costumés ; c'est, 
en effet, le plus /ieux garçon de h petite 
ville qui le monte, et qui est, pour ainsi 
dire, le héros du jour ; le nombre des 
chars a été augmenté chaque année. Le 
cortège parcourt toutes les rues ; et, à 
l'approche de la nuit, on se rend sur la 
place où est planté l'arbre, on en fait trois 
fois le tour, et à la fin du troisième tour, 
on allume le bûcher dont les flammes en 
s'élevant font partir les pièces d'artifice ; 
le feu éteint, on danse sur la place. 

Interrompue pendant la Révolution, la 
fête du bois hourdy fut rétablie sous le 
premier Empire. 

M. DE M. 



'Prophéties pour les temps ac- 
tuels (LXX 182). 

« Ah ! q l'il est dangereux de savoir. .» 
disait à (JEJipe le vieux Tirésias. 



OtS CHBRCHiiURS HT CURIHU>, 



ao-30 Mart 191 é 



269 

Nostradamus qui parait être le Tirésias 
catholique, partageait l'opinion du Nos- 
tradamus de l'antiquité. Il a donc réser- 
vé ses quatrains pour ceux assez patients 
et assez ingénieux au décliiffrage. 

Cela dit je ne crois pas qu'il soit pos- 
sible d'éliminer de la quertior. le plus 
étonnant et le plus sûr des astrologues. 

11 suffit de lire le livre de M. Ch. Ni- 
coulaud pour se rendre compte de la jus- 
tesse et de l'achèvement de l'œuvre de 
Nostradamus. . 

Je me souviens d'avoir lu il y a quel 
ques années un « Liber mirabilis > publié 
par Adrien Peladan et contenant plusieurs 
prophéties curieuses sur le temps présent. 

— M. Peladan pourrait peut-être nous 
dire s'il est facile de se procurer aujour- 
d'hui ce livre publié par son père vers 
1850. 

11 faut connaître aussi les révélations de 
la Salette — soit en lisant la (^ie de Mi- 
lanit parue il y a deux ans au Mercure de 
France avec commentaires et introduc- 
tion de Léon Bloy — ou encore Celle qui 
pleure, du même Léon Bloy, parue à la 
même librairie en 1908. 

Martin Ereauné. 

* 

Je suis bien heureux de voir Un Pyré- 
néisie poser la question, à laquelle j'au- 
rais aussitôt répondu, si le no des2o-30 
décembre de V Interrttidiaire m'était par- 
venu avant le 30 janvier. 

Pas de on dit surtout l exhorte notre 
collègue. Essayons de lui être, bien qu'un 
peu tardivement, docile. Et soyons-lui 
docile, également, en ne pas risquant de 
« commentaires trop compliqués comme 
ceux de Nostradamus, par exemple. > S'il 
veut bien se reporter à l'étude : Nimes et 
Nostradamus, que nous publiâmes dans le 
dernier n° de la Revue .tes langues romanes, 
et à la critique du livre de M.Nicoullaud sur 
Nostradamus, qui, déjà inipriinée, paraîtra 
dans le prochain numéro du même pério- 
dique d'érudition, il verra que nous 
sommes fixé sur le chapitre des prolixes 
commentateurs nostrad:iniicns et que 
nous n'avons nullement la tendance de 
vouloir donner dans le même traver.s... 

Parmi les * prophéties concernant les 
temps actuels », une — qui a fait beau- 
coup de bruit en Allemagne — doit 1 
d'abord être rejetée comme apocryphe. A 
C'est celle dite d'Altœtting— lieu de pc- ï 



270 



lerinage bavarois, où sont conservés les 
cœurs des souverains de ce pays — et qui, 

— soi-disant émanant d'un moine qui l'y 
aurait formulée en 1841 — prétendait que 
l'Allemagne et l'Autriche seraient victo- 
rieuses à la Noël, à la suite d'une octuple 
déclaration de guerre survenue au com- 
mencement d'août. Je n'ai pas à insister 
sur ce faux, reconnu dès novembre 1914 
et dont le résumé se trouve dans diverses 
leuilles allemandes — v. gr. le General 
An;^eiger de Reutlingen (Wurttemberg), 
n*" 287, mardi 8 décembre 1914,2° feuille, 
sous le titre : Die gefcelscbte Kriesgpropbe- 
xeiung von Altœtting. 

Ily a Mme de Tiiebes, n'insistons pas. 
Elle a, au début de décembre 1914, pro- 
testé, dans les Annales politiques et litté- 
raires, sur l'abus qui a été fait de son 
nom. 

11 y a le Curé d'Ars, qui aurait prédit, 
non seulement la guerre de 1870-71, mais 
l'autre. C'est le Daily Chronide qui a eu 
l'idée de lever ce canard, d'après les 
Voix prophétiques, etc., parues chez Vic- 
tor Palmé en 1872, p. 182. Une polémi- 
que s'en est suivie, en particulier avec 
Ralph Shirle)', éditeur ds The Occult Re- 
view, dont la conclusion a été que le jour- 
nal londonien avait raison, du moins 
quant à ses sources Mais la prophétie du 
Curé d'Ars est tellement vague qu'elle ne 
nous intéresse pas, directement du moins. 

11 y a la prophétie de Mayence, sou- 
vent citée dans V Echo du Merveilleux et 
autics revues de même genre. Le Times 
a, il y a moins d'un semestre, publié à 
son propos une curieuse lettre, qui sem- 
blait l'authentiquer, sur la foi de Herr 
von [agow, à l'époque où celui-ci était 
secrétaire de 1'. Ambassade d'Allemagne à 
Rome. Herr von Jagow ayant tout autre 
chose à faire qu à démentir des lettres 
anonymes, à l'heure présente, nous ne 
saurons sans doute jamais si les dires 
qu'on lui imputait là sont exacts. Ils sont, 
en tout cas, frappants. Mais nous croyons 
que cette prédiction a été fabriquée aux 
environs de 1888. Elle n'aurait, alors, de 
« prophétique » que l'annonce — inexacte 

— de la chute de l'Empire allemand : 
1913. Mais sa diffusion expliquerait peut- 
être que Guillaume, que j'ai connu, er» 
1904-1906, à Berlin et à Postdam, très 
superstitieux, ait attendu que fût passée la 
date fatale pour machiner la guerre, 



H* 



»4'5 



Vol. 



LXXÎ. 

- 271 



L'INTËRMËDIAIRË 



373 



Il y a enfin la prophétie — la plus fa- 
meuse de toutes — dite aussi : de 
Mayence, ou de Strasbourg. Nous n'avons 
pas à en reproduire les 18 articles, archi- 
connus et qui remonteraient à 1854. Elle 
a, sur les auires, un caractère frappant 
de netteté, voire de précision. Mais un 
détail y frappe l'observateur impartial : 
c'est celui qui, du même coup, en tra- 
hit l'origine française. Elle n'a, en effet, 
pour but que de proclamer l'avènement 
d'un prince de la Maison Royale de 
France, sauveur de la Patrie. Ce détail — 
qu'elle partage, d'ailUurs, avec d'analo- 
gues moins célèbres — se complique d'un 
autre plus grave.C'est qu'il est impossible 
de trouver trace documentaire de cette 
prophétie antérieurement aux guerres de 
1866 et 1870-71, auxquelles se rapportent 
ses 9 premiers articles. Et cette constata- 
tion, que nous aurions à faire si nous psr- 
dioRS notre temps à examiner les autres, en 
rumeiuffisamment les fondements pour que 
nous nous arrêtions lk...!Vlaisà côté de ce» 
« prophéties », il y aurait à examiner les 
« présages > , dont les plus sinistres, con- 
cernent, naturellement, François-Joseph. 
Nous retrouvons ici l'idée médiévale de 
« l'assignation devant le tribunal divin », 
si typiquement immortalisée dans l'affaire 
du procès des Templiers sous Philippe-le- 
Bel et dont les vieux romances espagnols 
nous offrent d'inoubliables variantes pé- 
ninsulaires. Tour à tour ce serait l'his- 
toire des < Martyrs de Beifiore » et celle 
de la répression de la révolte hongroise 
de 1849 qu'il faudrait passer en revue. 
A quoi bon ; Le « Jugement de Dieu > , 
(qui fit mourir Alexandre-le-Grand, les 
empereurs Vitellius et Valens, le fils de 
Philippe III et d'Isabelle d'Aragon, le 
pape Clément V, son protégé, Ferdinand 
d'Espagne el Emplarado, eic.) réapparaît 
au XIX* siècle en toute sa splendeur mysté- 
rieuse. Ceux qui auraient goût à ces gri- 
moires en trouveront un bon résumé dans 
le journal de Turin La Stampa, numéro 
du 28 janvier dernier ; Maleditioni e pre- 
sagi chi precedetieio la grande guttra eu- 
rcpea. L'auteur, M. Cesare Vcsme, cor- 
respondant particulier de ce journal à 
Paris, est un spécialiste, mais un spécia- 
liste raisonnable. 11 a publié là diverses 
contributions du plus haut intérêt en la 
matière, parmi lesquelles il nous faut 
renvoyer à celle du 13 décembre 1914 : 



La ricenU hattagUa navale ii Heligo- 
land teduia nelV aria ad Oxford^ in In- 
ghiliena? Allri casi comiinili. Corne si 
voile ipiegarli. 

Camille Pitollet. 
^ février t pi^, 

Hôpital Maritime St-Mandiier. 

La guerre et U météoroloeie 

(LXXI, 92). — Si la guerre, en causant 
dans les couches intérieures de l'atmos- 
phère des commotions d'une intensité et 
d'une continuité exceptionnelles, pernet 
aux spécialistes de saisir, entre ces ébran- 
lements et les cpndensations atmosphé- 
riques de vapeur d'eau, une relation de 
cause à effet, ce sera un petit fait acquis 
pour une science qui se compose jusqu'ici 
de plus de questions posées que de pro- 
blèmes résolus. Mais peut-être sera t-il 
sage de laisser aux quelques savants qui 
peuvent le faire en connaissance de cause 
le soin de se prononcer. En fait de beau 
et de mauvais temps, de froid et de chaud 
et autres questions analogues, chacun a 
volontiers un avis à émettre, fait d'obser- 
vations insuffisantes, de souvenirs impré- 
cis, et de fantaisie raisonnante ; mais de- 
puis des siècles que le genre humain tout 
entier dogmatise sur ce qui se passe dans 
l'air, il n'a guère découvert une loi qui 
tienne m une explication vérifiable. Il est 
peu probable que les astronomes soient 
plus à même que d'autres d'en fournir. 
Le domaine de leur science est bien loin 
au-dessus des nuées, et en fait de météo- 
rologie, un astronome, s'il ne joint, par 
un exceptionnel hasard, cette autre spé- 
cialité à la sienne, n'a rien de plus à dire 
que le monsieur qui passe dans la rue. 

Qjjant au fond de la question, chacun 
de nous peut se rappeler bien des hivers 
- et des étés — pluvieux, dans des an- 
nées tout à fait pacifiques, et qui igno- 
raient la télégraphie sans fil. Mais le télé- 
graphe électrique n'a-t-il pas passé, et les 
chemins de fer aussi, en leur temps, pour 
causer < la maladie des pommes de terre » , 
ou tel autre fléau analogue ? 

IbÎre. 

Lt Dtrecteur-gtrant : 

GHORGES MONTORGUEIL 

Inip.CuM-DAinit.,St-Aman«i-Ment-i<on4 



LXXI Volume 



Paraissant lu iO,io et )0 d* chaque m h 



10 avril 191 5 



t«>".r.Victor-Ma«ii« 
PARIS (l.\M 

Sureaux: d*Si6 heures 



OUAQDB 



Qturehet et 
«OUI trouviret 




Il te faut 
tntr'aider 



N» 1416 

8<>",r.Tlctor-Uau4 
PARIS <IX*) 

Bureaux: de3i6beure» 



C 3nUrmi5iairc 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS RT HÉPUNSKS I.ITTÉKAIBES, HISTORIQUES, SCIENT!FI(jUES ET ARTISTIQUES 



TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



«73 



Nou! prions nos correspondants de 
vouloir bten répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme, et de n'écrire que 
lun côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d". pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer la rubriques et leurs cotei. 

Qiiand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauj exception^ 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
i l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



0^of0ltOjia 



Filles de don Juan d'Autriche. — 

Le vainqueur de Lépante avait eu deux 
filles naturelles. L'une, dôna Anne d'Au- 
triche, était religieuse augustine au cou- 
vent de Madrigal, localité située à j^; ki- 
lomètres au N -0. de la ville d'Avila 
(Espagne), qu'elle quitta, par ordre de 
son oncle Philippe 11, à la suite d'incidents 
qu'il serait trop long de rapporter, pour 
aller habiter un autre monastère. Elle 
mourut, ainsi que sa sœur, en 1630. 

Quel était le nom de sa mère? Je de- 
mande également le nom de sa sœur, et si 
cette sœur avait la même mère. 

Nauticus. 



274 



Une demande de destruction de 
St' asbourg en 1815. — Je trouve 
dans Littré, Fragments de philosophie posi- 
tive. in-S", Paris, 187C), les lignes suivantes, 
page 411 : 

Dès 1815, l'AIlenLigne avait réclamé l'Al- 
sace et la Lorraine, non seulement contre le 
droit des anciens traités, mais contre la vo- 
lonté des habitants, volonté si bien connue 
qu'un fougueux patrie e allemand demanda 
que Strasbourg fût rasée en punition de sa 
trahison envers la patrie allemande, ne lais- 
sant debout quo le Munster. 

Quel est ce fougueux patriote alle- 
mand P 

P. M. 



La famille naturelle de l'empe- 
reur Guillaume II. — N'en déplaise à 
ceux qui croient qu'iV lui reste tout au 
moins les vertus domestiques, i! me pa- 
rait bon de préciser ce qui concerne les 
bâtards de ce pieux (') souverain. On a 
parlé de l'un d'eux récemment blessé, au 
nom maternel de qui — nom à désinence 
germanique — se trouvait accole un nom 
français terminé en ard et précédé de no- 
tre particule de. Q;i'y a t-il de vrai là- 
dedans ou plutôt là-dessous ? Les lecteurs 
de \' Intermédiaire n'ont pas à rougir des 
détails qu'on donnera dans nos colonnes 
sur les frasques de ce paladin cabotin, et 
même sur celles du Kronprinz Respec- 
tons nous toutefois en ne tombant pas 
dans le pamphlet et en ne faisant que pré- 
ciser. 

Oroel, 

LXXI-7. 



N' 1416. Vol. Lxxr 



L'INTERMEDIAIRE 



275 



27» 



Luther, prophète du Germa- 
nisme ». — C'est sous ce titre que 
l'Eclair du 4 mars publie une étude sur 
ce prophète du germanisme, qui se ter- 
mine parla citation d'un ouvrage de ce 
réformateur, écrit en 1^28, et dont voici 
la teneur : 

Si on voulait peindre l'Allemagne, il fau- 
drait 1.1 représenter sous les traits d'une 
truie. Nous, Allemands, nous sommes Alle- 
mands et nous, restons Allemands, c'est-à- 
dire des porcs et des bêtes brutes. 

Certes, nous ne contestons pas cette 
vérité qui s'aflermit de plus en plus chez 
ce peuple barbare ; mais je désirerais 
bien savoir de quel ouvrage de LSther est 
tiré le passage susdit. 

Victor Déséglise. 

Les drapeaux en campagne. — 

Des vers : 

Tu bandera 

es esa que se oculta en el combate ? 
de l'Ode « Mexico » de Carlos Guido y 
Spano, je traduis la note suivante : 

Loisque toute la troupe entrée à Santa Inès 
était morte ou prisonnière, n >■; officiers et 
soldats cherchèrent avec aviJilc le drapeau 
du bataillon de zouave, mais ilj surent bien- 
tôt qu'il se trouvait à Cerro Je San Juan et 
qu'il n'avait pas été porté ïui le lieu du 
combat. Cela m'a fait bie.. comprendre 
pourquoi les troupes fianpiits ne perdent 
ses drapeaux. (Rapport du général Orlega 
datéde Zaragoza au 29 avril 1863). 

Cette accusation du général mexicain 
est sans doute injuste. Pourtant nos con- 
frères intermédiairistes peuvent me dire 
si les troupes françaises ont quelquefois 
adopté l'habitude anglaise de déposer 
leurs drapeaux dans des églises ou mu- 
sées avant de partir en campagne. 

America. 

Le « fonds des reptiles ». — A qui 

cette expression, qui désigne la presse 
touchant aux fonds secrets bismarckiens, 
doit-elle être attribuée ? V. 

Histoire des seigneurs de Dreux 
et de Beaujeu — Existe-t-il une His- 
toire des Seigneurs de Dreux et de Beau- 
jeu ? Si oui, où se la procurer ? 

Camp de Fromiguère. — J'ai le 
rôle d'une montre ou revue passée, en 



1675, au camp de Fromiguère ; où ce 
camp se trouvait-il ? 

Où se trouvait également, à cette épo- 
que, le régiment de Saussoy ? 

Où est la statue de Barnave ? — 

Dans un procès récent, le bâtonnier 
Chenu a attribué à Barnave une parole 
qu'un témoin a attribuée à Roland. 

€ Le sang qui coule est il donc si 
pur ! » 

C'est M* Chenu qui a raison. Cette im- 
prudente exclamation échsj.pa à Barnave 
à propos du meurtre d;; Foulon et de 
Berthier et il la regretta amèrement. 

Sait-on ce qu'est devenue sa statue qui 
avait été placée sous le Consulat dans 
l'escalier du Sénat et qui en fut retirée 
en 1814 ? 

NlSlAR 

Général Hilaire Champvert. — 

Quelque obligeant correspondant de Vin- 
termédiaire pourrait-il me fournir des 
renseignements sur le général d'Hilaire 
Champvert qui, en mars 1792, comman- 
dait l'armée marseillaise qui vint révo- 
lutionner la ville d'Arles? 

A. L. 

Le chanteur Hugot Ghateauneuf 

— On voudrait des renseignements sur 1( 
chanteur Hugot Chateauneuf, déporté er 
1804. 

A L. 

Le comte de Nevers — A quels 
titres le comte de Nevers était-il en pos- 
session de biens-fonds dans la valléi 
d'Aillant-sur-Tholon, après la mort de s; 
tante Jeanne d'Artois qui , cependant, avai 
vendu ses droits à Bureau de la Rivière 
Et comment, par quelle descendance 
Jeanne d'Artois était-elle appelée à la suc 
cession d'Alix de Montaigu, dame d( 
Saint-Maurice ? 

S L. 

Bernard Palissy et le Pic du Mid 
de Bigorre. — La question que je pos' 
m'est inspirée par une demande, qui es 
insérée sur ce sujet dans un récent nu 
méro du Bulletin Pyrénéen. Sur qUO 
s'appuie-t-on pour dire que Bernard Palissj 
fut attiré plusieurs fois vers cette monta^m 



DBS CHÎ?r.CHBURS BT CURIEUX 



19 Avril I9«Ç 



— 277 



278 



(qui passa longtemps pour la plus élevée 
des Pyrénées) pendant un séjour qu'il fit 
à Tarbes vers 1525 ? 

Un Pyrénéiste. 

Piot, pastelliste, 1781 — Le nom 
de Piot est-il connu comme pastelliste à la 
fin du xviM» siècle? A-t-il fait quelque œu- 
vre de valeur? Connait-on quelques ren- 
seignements sur lui ? Je possède un très 
bon pastel d'homme signé : Piot pinxit, 
11781. 

' R.DE R. 

Banda d'argent, bandé d'argent. 

Les armoiries d'une famille étant dé- 
crites dans des manuscrits de la même 
époque (xvii* siècle) tantôt : d'azur à la 
hande d'argent, tantôt : d'a^uT bandé d'ar- 
gent, faut il considérer les deux termes 
comme synonymes ? (bandé d'argent si- 
gnifiant dans ce cas à une ieuh bande 
d'argent, et non à plusieurs bandes). On 
pourrait résumer ainsi la phrase : »< Bandé 
d'argent . ou « à la bande d'argent » 
sont ils en héraldique deux termes syno- 
nymes ? 

C. Bessonnet-Favre. 

Devises « A Dieu la force, à nous 
l'honneur > . — Quelle est la famille qui, 
autour d'un écu écartelé que je décrirai 
au besoin, et qui a pour tenant deux pèle- 
rins, porte les devises suivantes : A Dieu 
la force, à nous i' honneur. > 

Et « /)' viendrai ». 

Couronne de baron. 

Armes non citées dans les armoriaux 
nue i'ai à ma disposition. 

^ ^ NlSIAR. 

AgnusDei à la tftte retournée.— 
[e fais appel à l'érudition des intermé- 
diairistes versés dans les questions litur- 
giques, pour résoudre un problème dont 
l'ai vainement, jusqu'à ce jour, cherché 
une solution satisfaisante. 

On sait que la représentation de Jésus- 
Christ se trouve fréquemment sous la 
forme d'un agneau. Cet agneau est par- 
fois couché sur le livre des Ecritures ; 
parfois aussi il est figuré debout, nimbé 
et portant sur une patte pliée la croix 

Earnie d'une banderole ou panonceau, 
lans le symbolisme Chrétien on l'ap- 
pelle Agnus Dci, tandis que le vocabu- 



laire héraldique lui donne plus volontiers 
la dénomination d'Agneau Pascal. Or, 
j'ai plus d'une fois rencontré en Bourgo- 
gne cet agneau sculpté daiii la pierre, 
mais avec cette particularit" que la tète 
est contournée du côté du dos ou même 
vers le ciel, comme sur le tympan du 
portail de l'église de Taïaut, près Di- 
jon. 

On a prétendu que cette torsion serait 
la marque du sacrifice, de l'immolation, 
mais cela ne concorde guère avec la posi- 
tion de l'agneau portant le labarum. 

Au surplus, les ouvrages que j'ai con- 
sultés sont muets à cet égard. 

E. F. 

Claymore. — Qui, de nos jours, en 
Grande-Bretagne, porte ou a le droit de 
porter l'épée écossaise appelée <.<■ clay- 
more »? "• 

Le coche d'Eau de Lyon à Paris. 

— Gui Patin, dans une lettre du 17 no- 
vembre 1662, demande à un correspon- 
dant de Lyon de lui faire un envoi de 
livres — « Pour les ballots de livres, dit- 
il, j'approuve fort votre avis et vous prie 
d'en avertir M. Falconet qui vous le met- 
tra entre les mains et par après, vous 
prendrez votre temps de loisir de me 
l'envoyer par le Cocbe d'eau. \t suis ici le 
médecin et le bon ami du maître de ce 
Coche qui vient de la Saône à Auxerre et 
de là à Paiis — ». Je voudrais savoir 
quelle route suivait ce coche d'eau, entre 
la Saône et Auxerre, à quel endroit il 
rompait charge, en venant de Lyon, sans 
doute à Dijon, et par quelle voie s'effec- 
tuait la traversée des monts de Bour- 
gogne. G. Q.- L. 

Timbre à l'aniline. — Certaines 
administrations, le Ministère des Affaires 
étrangères entre autres, se servent d'en- 
cre rouge s l'aniline pour le timbrage des 
pièces officielles qu'elles délivrent. 11 
s'ensuit que ces timbrages ont complète- 
ment disparu après quelques années, 5 ou 
6 ans, quoique enfermés dans des porte- 
feuilles. Existe t-il un procédé, vernis 
appliqué, ou autre, évitant cet inconvé- 
nient et assurant la conservation des 
timbrages à l'encre d'aniline ? 

A* 



N* 1416. 



Vol. LXXl. 

— — 279 



L' intermédiaire: 



280 



rpo'iïses 



Cîliarlemngne était-il allemand ? 

(LXXI, 7, 51, 139). — Un ami, à qui 
j'en veux laisser l'honneur, me rappelle, à 
propos de cette question, les documents 
produits par Fustel de Coulanges dans 
son Histoire des Institutions politiques de 
Vancienne France, l. VI, au chapitre : 
« Origines de la famille carolingienne », 
on n'en a pas encore fait état dans les 
réponses envoyées. En deux mots, voici 
ce qu'ils contiennent. Charlemagne est 
fils de Pépin, dit le Bref, petit-fiis de 
Charles iVlartel, arrière petitfils de Pépin, 
dit d'Héristal. Ce bisaïeul de Charlema- 
gne du côté paternel a lui-même pour 
mère Begga, pour père Anségise. Quelle est 
l'origine de Begga ? C'est la fille de Pépin 
dit de Landen, fils lui-même d'un Carlo- 
man dont on ne sait rien ; on peut ad- 
mettre qu'il était d'origine germanique. 
Mais son fils Pépin a épousé Itta, d'une 
« clarissime noblesse » d'Aquitaine ; et 
cette formule, dit Fustel, désigne les fa- 
milles de l'aristocratie gallo romaine, où 
le titre de clarissime ou de sénateur était 
héréditaire. Pépin d'Héristal a donc pour 
mère la fille d'un Franc d'origine germa- 
nique probable, et d'une gallo-romaine. 
Et pour père ^ je l'ai dit, Anségise, celui-ci 
est fils d'Arnulf, que l'Eplise a canonisé; 
Arnuif, que la vie d'un autre de ses fils, 
Saint-Clodulf, qualifie de « ex antique 
senatorum génère procreatus », est fils 
d'Ansoald,ou Arnoald : celui-ci fils d'Ans- 
bert, marié avec une princesse du sang 
de Clovis, Blehildit ; Ansbert a pour 
frères Agiulf, Ragenfrid, Gamardus, Deo- 
tarius et Firminus, saint Firmin, évèque 
d'Uzès ; par la Vie de saint Firmin on 
connaît leurs parents ; ils sont fils de 
Ferreolus et d'industria (un (les fils d' Ans- 
bert s'appelle, comme son grand-père, 
Ferreolus ; c'est saint Ferréol, évèque 
d'Uzès au vi' siècle). Ce Ferreolus est 
d'une famille illustre de la noblesse gallo- 
romaine, qui avait fourni au v' siècle le 
préfet du prétoire Tonantius Ferreolus, 
gendre de l'empereur Avitus ; et peut- 
être était-il le descendant direct de ce 
préfet du prétoire et de la fille de cet em- 
pereur romain. 

Quoi qu'il en soit de ce point, à partir 
du noble gallo-romain Ferreolus la des- 



cendance dans la ligne mâle s'établit 
donc ainsi : Ferreolus, Ansbert, Ansoald, 
Arnuif, Anségise, Pépin, Charles iVlartel, 
Pépin, Charlemagne. 

Les noms germaniques qui intervien- 
nent ne font pas objection ; depuis la pré- 
dominance des rois Francs les gallo-ro- 
mains, ceux surtout qui voulaient être bien 
en cour, donnaient volontiers à leurs en- 
fants des noms francs ; on voit dans l'énu- 
mération que j'ai donnée des fils d'An- 
soald que les uns portent des noms ger- 
maniques, les autres des noms romains 
(Firminus, Deotarius, qui rappelle le roi 
d'Arménie allié de Rome, Dejotarus). 

Nous avons affaire ici à une des plus 
grandes familles de la noblesse gallo- 
romaine, à alliance impériale, dont une 
branche, à partir du vi* siècle, va s'ins- 
taller dans le Nord et l'Est de la France, 
vivre dans l'entourage des rois mérovin- 
giens, s'allier même avec eux (mariage 
d'Ansbert et de Blithilde), et sans doute 
avec d'autres fa nilles franques. Ce n'en 
est pas moins, si la généalogie est exacte, 
d'ancêtres gallo-romains que descend di- 
rectement Charlemagne par la ligne pa- 
ternelle. 

Estelle exacte .'' a-t-elle été tirée dea 
archives de la famille de l'empereur, ou 
imaginée pour rehausser son prestige par 
celui d'ancêtres illustres .'' On m saurait 
rien affirmer d'une façon absolu.;. 11 est à 
remarquer cependant que des documents 
très divers, composés à des dates diffé- 
rentes et dans des desseins différents, 
mais tous à une époque très rapprochée 
du règne de Charlemagne ou même peut- 
être antérieure, concordent pour confir- 
mer les uns une partie, les autres une 
autre, de ces indications. Avec sa discré- 
tion et sa prudence habituelles, Fustel de 
Coulanges conclut : « Q.uand on a dit 
que la famille Carolingienne représentait 
le sang et l'esprit germanique, on a dit 
une chose que ces documents contredi- 
sent, et qu'aucun autre document ne con- 
firme ». Et à supposer même qu'ils aient 
pour source commune quelque généalogie 
établie artificiellement pour flatter l'em- 
pereur, qu'en résulterait-il ? Tout au 
moins la preuve qu'aux yeux du grand 
homme qui a relevé pour un temps l'em- 
pire romain, rétabli l'ordre romain, fait 
revivre la culture romaine, la tradition à 
laquelle on pouvait être fier de se ratta- 



I 



DKS CHKRCHKUKb KT CURIEUX 



lo Avril 1915 



281 



282 



cher, la race de laquelle on pouvait tenir à 
être, était la tradition romaine, la race 
ll^allo-romaine. 

Gallo-romain de sang pour une part, 
pour la plus importante peut-être, et des- 
endant, en même temps, de familles 
ranques en partie sans doute romanisées 
r la culture et les alliances, comptant, 
ns ses annales de famille, s'il faut ad- 
ettre la généalogie indiquée, neuf évê- 
ues. sept saints et une sainte, Charle- 
nagne incarne la civilisation antique 
:hristianisée. Le germanisme, à cette date. 
:'est Witikind et ses bartnres Saxons. 
\ux Barbares modernes, qui amalgament 
lans lin odieux mélange IDrgueil sau- 
nage des sectateurs du primitif lahveh, 
woche parent (le Baal et de Moloch, et la 
>rutalité destructrice et pillarde d.;s hor- 
les vandales et hunniques. laissons les 
gloires qui leur conviennent. Qu'ils chan- 
eni, en attendant leur « crépuscule», 
I lui approche, des hymnes aux dieux de 
leurs sanguinaires et rapa;es ancêtres; 
]u'ils fraternisent avec leurs alliés Ma- 
[ jyars dans le culte de cet Attila adopté 
omme héros national, par instinct d'affi- 
lité morale, dès le temps des Nibdungeii. 
)e sang à quelque degré, en toute hypo- 
hése, et sans doute d'origine essentielle, 
l'âme en tou». cas, Charlemagne, le civi- 
isateur. est nôtre. Ibère. 

Parlait-on le français en Alsace 
ivant la Révolution (LXXl 5). — 
>tte question est resiée sans réponse, 
omme bien d'autres, l'en ai trouvé une 
ans les lettres historiques de Pellisson. 
>n .«ait qu'il suivit Louis XIV dans plu- 
ieurs campagnes des Flandres et d'Alsace. 
)r. en 1681, il était à Sainte Marie aux- 
lines ; c'est de là qu'il écrivait le 18 oc- 
)bre : 

Le lieu e^t partagé entre un nombre d'ha 
itants Catholiques : d'autres Luthériens, 
'autres Calvinistes. Ces deux dernière; sor- 

1^8 ayjiit eu le bruit de Strasbourg où le roi 
fubllfsait la Keligion Catholique, appr^hen- 
aient quelque chose pour la liber'^ de leur 
^ligion. Mon hôte était un Menuisier Luthé- 
en, et s.i femme Calviniste lis avaient ôfé 
)ut de chez eu.\ ; mais la femme était de- 
leutëe de peur qu'on y mît le feu. J'eus de 
peine à les apprivoisi^r. surfout u'enten- 
tnt ftresque pai: de Françon (T. lU, p. 
»9)- 
Donc on oarlait en Alsace le 



parlait 



patois 



dont on se sert encore ; les classes instrui- 
tes se servaient seules du français comme 
on le voit dans cette lettre quelques lignes 
plus loin : 

A Schlestat Monsieur Je Louvois arriva. 
Les députez <;e Strasbourg vinrent faire la 
révérence au Roi. Ils lui parlèrent à genoux 
en François, le irailerent de souvei.iin, et se 
nommèrent ses sujets. Je n'étois pas à la 
harangue. 

E. Grave. 

Les Allemands, en 1871, ont-ils 
passé sous l'Arc do Triomphe, à Pa- 
ris? (LXX ; LXXI, '41). — Ce que j'ai 
dit en alTirmant que lors de l'entrée des 
Allemands à 'Paris, ceux-ci ne défilèrent 
pas sous l'Arc de Triomphe, mais y pas- 
sèrent au départ, résulte de ce qui m'a 
été conté à cette époque, et plusieurs fois 
depuis, par un ami intime de mon père, 
habitant alors au rez-de-chaussée un ap- 
partement tout en haut de l'Avenue des 
Champs-Elysées d'où il pouvait voir ce 
qui se passait à l'Arc de Triomphe, et du 
récit très complet et illustré du Corres- 
pondant spécial de VlUuslrated London 
Newi, à Paris. |'ai la collection de ce 
journal pour 1870-71. 

J'étais à Paris au i" mars mais. ?ans 
consigner le régiment, on avait recom- 
mandé aux hommes de ne pas s'éloigner, 
de ne se mêler à aucune foule, à aucun 
rassemblement, ut pour donner l'exemple, 
les officiers restèrent tous au cantonne- 
ment, Boulevard des BatignoUes. 

Le 2, avec beaucoup de peine je par- 
vins jusque chez mes parents, et de leurs 
fenêtres, je vis les Prussiens, fusils en 
faisceaux, casque sur la tète et grosses 
bottes aux pieds, valser lourdement au 
son de leurs musiques, sur la place de la 
Concorde. Cottreau. 

» « 
La Gironde du 14 mars 1871 : 

Les Allemands à Paris — La « Ga- 
zette de Cologne » -tonne, d'après les 
récits d'officiers allemands, des renseigne- 
ments rctr spectifs sur certains incidents 
auxquels donna lieu l'entrée des troupes 
ennemies à Paris. 

< Environ 1500 hommes d'infanterie et 
de cavalerie, à la tète desquels marchait le 
général Von der Tann, étant arrivé^ h l'Arc- 
de-Triomphe, ce corps trouva le passage du 
monument barré par un millier de gamins 
et d'homme* en blouses qui s'étaient retraii- 



N» 1416. Vol, LXXl. 

. 283 

chés derrière une barricade et accueillaient 
les Allemands par les cris de : « Vive la Ré- 
publique ! » Les généraux se concertèrent un 
moment et donnèrent ensuite ror(.''re de pas- 
ser des deux côtés de l'Arc-de-Triomphe > 

La «Gazette de Cologne » cite de nom- 
breuses manifestations hostiles dont furent 
l'objet des otTiciers allemands qui avaient es- 
sayé de descendre dans la ville ou des mar- 
chands qui avaient tenté de commercer avec 
les Prussiens, et ajoute : 

« Beaucoup de petites dames qui avaient 
voulu entrer en relations avec des officiers 
et des soldats furent fouettées par des indivi- 
dus ; on leur arracha les habits du corps et, 
après qu'on les eut frappées jusqu'au sang, 
on les abandonna dans la rue dans un état 
de nudité complète. » 

P. Girard. 

Même réponse : Labeda,» 

Le drapeau conquis àDijon(LXXI, 
qi, 191). — J'ai lu dans l'exemplaire de 
V Intel médiaire de la Bibliothèque de Ma- 
çon, la question posée par l'un de vos 
collaborateurs, concernant la prise du 
drapeau du 61» Poméranien, attribuée aux 
Garibaldiens. 

Recueillant, moi même, ce qui se pu- 
blie dans les journaux bourguignons rela- 
tivement à l'histoire régionale, j'ai dé- 
coupé, en 1914, un long et intéressant 
article sur le combat de Pouilly (25 jan- 
vier 1871) de M. Albert Bernard, membre 
de l'Académie de Mâcon, érudit bour- 
guignon distingué qui s'est signalé par 
de nombreuses publications historiques. 
M. A. Bernard, faisait, dans cet article 
intitulé : A propos dé la Campagne de 
iSjo-iSji (il, le récit du combat de 
Pouilly auquel il prit part avec la 4'' com- 
pagnie du 2° bataillon de la 4' légion des 
Mobilisés du Département de Saône-et- 
Loire. Cette compagnie était formée par 
les mobilisés du canton de Tournus 
(arrondissement de Màcon) et avait pour 
chef le capitaine Pelitjean. 

le relève le passage suivant qui a trait 
à la prise du drapeau et qui mentionne 
im fait que je n'ai vu relater dans aucun 
autre récit de cet événement. 

Avant que Curta\, d'Annecey, c/iasieur liu 
ft/ont-Blanc, eût rainasse le drapeau du 61" 
î'omérjnien, aband nné et l'eût offert à 
Jiiccioti Garibaldi dan< la cour de l'usine 

(i) Publié dans le Jourtia'. ds Tournus, du 
14 février 1914. 



L'INTERMEDIAIRE 



284 



Bargv, il avait été pris auparavant des 
mains de Vofficicr allemand blessé, tombé 
svr la route par notre caporal fourrier 
Henri Barrault(i), q'Jt le garda pendant 
prés d'un quart d'' heure. Son, capitaine f Pe- 
titjean) lui dit : « Laisse^ ça, nous avons 
bien autre chose à faire >■. Le caporal obéit 
à regret et aband'nna le drapeau sur la 
route. Notre compagnie fut ainsi privée 
d'un trophée qui lui aurait fait le plus 
grand honneur. 

J'ai cru être agréable aux lecteurs de 
\'Iritern:édiaire, en vous adressant com- 
munication de cet article, perdu dans un 
journal local et qui est d'autant plus inté- 
ressant qu'il émane d'un témoin dont la 
notoriété est mieux établie. 

G. ]...., dt^ P Académie de Mâcon. 

* » 

D?ns le récit de la campagne de Gari- 
baldi, le général Bordone prétend que le 
drapeau du 61' Poméranien fut simple- 
ment trouvé à terre après la retraite des 
Prussiens, le 23 janvier 1871. Ricciotti 
Garibaldi avait pris d'ailleurs une grande 
part à la bataille qui s'était livrée au châ- 
teau de Pouilly, près de Dijon. 

Tout le reste, ajoute Bordone, ne serait 
que légende, et notamment la prise du 
drapeau par un professeur du lycée de 
Màcon qui a lui-même démenti le fait. 

Le drapeau fut expédié à Bordeaux sans 
aucun apparat, confié à un simple foncj 
tionnairedes Postes. 

E. F. 

On a imprimé que la 4*^ brigade (Riçj 
ciotti Garibaldi) comptait 15 a 14000 vd 
lontaires, c'est 13 à 1400 qu'il faut lire éf 
que j'ai voulu écrire. 

COTTREAU. 

Convocation de la mobile en' 
187'J (LXXl, 151)- — On lit dans : Dq 
siré Louis, Souvenirs d'un prisonnier 
guerre en Allemagne (1870-1871) : 

Je cherchai à me faire libérer du servii 
militaire en ma qualité de fils unique 
veuve. Démarches pressantes et vaines, mi 
gré les preuves de l'état maladif continuel 

(1) Henri Barrault fut proposé le 
même pour la médaille militaire pour avoi 
pénétré le premier dans le parc du château 
de Pouilly, après en avoir escaladé le inur. 

11. fut décoré quelques jours apiès (même 
article). 



oas CHHRCHBURS BT cu;<ifiu: 



10 Avril 1915. 



285 



286 



t. On objecta mille raisons, toutes r 
e difficultés pour ne pas tenter ce | 
iticipé dans un moment où la récr- 






ma mère, 
sortes de 
congé anticipé 
ganisation de l'armée était incomplète. Le 
temps exigé par la lilicre hiéraichique con- 
duirait lom, d'ici là Ijs opérations contre les 
fédérés seraient terminées. 
Ch. XI, in fine. 

Moi. 



Comment appellera t on la guerre 

actuelle ? (LXXI, 79, 18s I. 11 me parait 
que logiquement et véridiquement cette 
guerre doit être appelée : La guerre mon- 
diale. En effet, on s'est battu, on se bat 
en Europe, Asie, Afrique, Amérique. Des 
hommes de toutes les nationalités, de di- 
verses races, vivant en les pays les plus 
divers ont pris et prennent encore part à 
la lutte. Blancs, jaunes, noirs ont parti- 
cipé à cette guerre. Elle n'est pas seule- 
ment contre les Allemands, puisque les 
Hongrois, les Turcs sont en guerre con- 
tre nous. Cette guerre n'a pas été entre- 
prise pour la Belgique, car si les Alle- 
mands n'avaient pas violé la neutralité 
Belge, la France et la Russie étaient ce- 
pendant en guerre puisque l'Allemagne 
les attaquait. L'Angleterre aussi d'ailleurs 
aurait soutenu la France, même sans que 
la Belgique eût été violée, parce que 
c'était son intérêt et parce que ses hom- 
mes d'Etat savaient fort bien que l'Alle- 
magne gouvernementale visait en réalité 
l'Angleterre lorsqu'elle attaquait la Rus- 
sie et la France. 

La « Grande Guerre » conviendrait 
assez bien, mais il me semble que «guerr'; 
mondiale » convient mieux. Il y a eu 
dans l'histoire de « grandes guerres » ; 
mais c'est la première fois qu'on voit 
une guerre s'étendant sur quatre parties 
du monde et englobant des hommes des 
5 parties de ce monde terraqué. Déjà 
Allemands, Hongrois, Tchèques, Slova- 
ques, Polonais, Russes, Serbes, Français, 
Belges, Anglais, Canadiens, Néo-Zelan- 
dais. Australiens, Boers, Sud-Africains, 
Sénégalais, Marocains, Arabes, Turcs, 
Arméniens, Egyptiens, Hindous sont en 
guerre et bientôt il faudra ajouter ; Rou- 
mains, Grecs, Bulgares, Italiens et peut- 
être Hollandais, Cette diversité de com- 
battants montre bien qu'il s'agit d'une 
guerre mondiale. 

Augustin Hamon. 



Papier monnaie et monnaies de 
nécessité, pendant la guerre de 
1914 (LXXI, 42, 15s). — La liste que 
j'ai communiquée à \' Intermèdiaite, quoi- 
que prise à une source officielle, doit être 
rectifiée et augmentée. 

Redificatiom : 

Au lieu de < Chambre de Commerce 
du Tarn » et < Chambre de Commerce » 
(Albi Castres-Mazamet), lire « Union des 
Chambres de Commerce du Tarn » (Albi, 
Castres, Mazamet). 

Au lieu de « Chambre de Commerce 
d'Epetnay », lire « Ville d'Epernay ». 

Pour << Schneider et C^ie au Creusot » 
supprimer le billet de 5 francs qui n'a 
pas été émis. 

.\u lieu de « Chambre de Commerce 
de Clermont-Ferrand »,lire « Chambre de 
Commercede Clermont-Ferrand, Issoire ». 

Au lieu de « Chambre de Commerce 
d'Elbeuf », lire « Ville d'Elbeuf - Cham- 
bre de Commerce d'Elbeuf ». 

Au lieu de >.< Chambre de Commercede 
Rouen », lire « Ville de l^ouen — Cham- 
bre de Commerce de Rouen ». 

Observation générale. — La plupart de 
ces billets portent la mention qu'ils sont 
garantis p»r un dépôt chez la Banque de 
France et remboursables au plus tard en 
191C;. D'autres semblent avoir été émis 
sous la seule responsabilité des villes ou 
sociétés. D'a'itres enfin ne sont qu'une 
monnaie de paie pour le personnel ou- 
vrier équivalant à des Bons de consom- 
mation chez les fournisseurs. 

Je compte pouvoir compléter ma col- 
lection sous peu et me tiendrai volontiers 
à la disposition des lecteurs de Y Intermé- 
diaire que la question intéresserait, 

QuATRELLEs l'Epine. 

• » 
Je signale : Périgueux, coupures de 

2 fr. 1 fr. et 50 c. émises par la Cham- 
bre de Commerce de cette ville, pour les 
arrondissements de Périgueux, Nontron 
et Ribérac iDordogne), verdâtre sur pa- 
pier bistré, uniforme, de mauvaise qualité. 
— Bergerac 2 et i fr., so c, émis par la 
Chambre de Commerce de cette autre 
ville de la Dordogne ; papier jaune brun. 
Inutile d'insister sur l'ennui que ces cou- 

(i) Cet article était en page et visé quand 
nous est arrivé le texte définitif qui passera 
dans le prochain numéro. 



N» 1416. Vol. LXXI. L'INTERMÉDIAIRE 

287 - — 

pures causent aux habitants d'un même 
département, qui se les voient refuser 
aux bureaux de Poste, Chemins de fer, 
Perceptions, etc., suivant que les localités 
dépendent de tel ou tel arrondissement. 

)e possède dans ma collection le 50 c. 
et le I fr. de la Chambre de Commerce 
de Limoges (il doit y avoir un 2 fr ) bleu 
sur rose, le possède aussi le 1 fr. brun 
sur bleuté de la Banque d' émission de Lille 
(17 août 1914). 

On sait que la Banque d'Algérie a 
émis un billet de 5 fr. bleu sur blanc, et 
qu'il y a deux types du 15 francs et du 
20 francs de la Banque de France, valeur 
en noir et valeur en bleu. 

Je serais hiuieux d'envoyer des cou- 
pures de Périg leux et de Bordeaux en 
échange de semi: bibles d'autres villes. 
Comte de Saint Saud. 

Le vieux Dieu allemand (LXXI, 
186). — Vox pcpitli, vox Dci, signifie 
non pas que le peuple exprime la volonté 
de Dieu, mais que la voix de Dieu con- 
firme celle du peuple La seule puissance 
au monde, disait Jurieu, sous Louis XIV, 
qui n'ait pas besoin d'avoir raison. 

Voici le texte de ''affirmation de Jurieu, 
défenseur de la Révolution d'Angleterre : 

11 faut qu'il y ait dans les sociétés certaine 
autorité qui ne soit pas obligée d'avoir rai- 
son poui valider ses actes. Or cette autorité 
n'est que dans les peuples. 

Lettres pastorales, 111, 418. 

Aux attaques que provoqtia celte décla- 
,-ation, jurieu répondit en écrivant : 

Qui dit un acte dit un acte juridiiiue, une 
résolution prise dans une assemblée de tout 
un peuple comme peuvent être les Parle- 
ments et les Etats. Or il est certain que si 
les peuples sont le premier siège de la Sou- 
veraité, ils n'ont pas besoin d'avoir raison 
pour valider leurs actes, c'est-à-dire pour les 
rendre e.xécutoires Car encore une fois les 
arrêts, soit des cours souveraines, soit des 
souverains, soit des asserriblëes souveraines 
sont exécutoires, quelque injustes qu'ils 
soient . 

Let très pastorales^ III, 501. 

Ces citations précises suffisent à prou- 
ver que jamaiî |urieu n'a écrit, que le 
peuple était la seule puissance a.i monde 
qui n.'ait pas besoin davoir raison. 11 a 
affirmé la vérité la plus indéniable, celle 
de la nécessité de posséder, dans un Etat \ notre Intermédiaire 



288 



une autorité dont les jugements sont sans 
appel, tels les parlements édictant des 
lois rendues, du fait même et non d'après 
la raison, exécutoires. On ne trouvera pas 
dans l'œuvre politique du célèbre écri- 
vain, qui, sous Louis XIV, condamnait 
l'esclavage, s'élevait contre le droit de 
conquête et combattait la doctrine du 
droit divin des rois, une affirmation sem- 
blable à celle rapportée dans l'intéressant 
article de Bntannicus. 

Frank Puaux. 

Ce qu'on a dit des Allemands 

(LXX; LXXI, 21, 57, .06, 146, 2,7). - 
Schopenhauer, dans son chapitre (( La 
Mort » dit : 

le Les Bas-Saxons sont lourds, sans être 
maladroits. Les Hauts Saxons sont maladroits 
sans être lourds 

2" On a reproché aux Allemands d'imiter 
tantôt les Français, tantôt les Anglais. C'est 
justement ce qu'ils peuvent faire de mieux, 
lar par eux-mêmes ils ne trouveront rien 
d'intelligent. 

3° Lichtemberg co.'.ipte plus de cent ex- 
pressions allemandes pour exprimer l'ivresse. 
Quoi d'étonnant, les Allemands n'ont ils 
pas été, di'puis les temps les plus recu- 
lés, fameux par leur ivrognerie? Mais 
ce qui est extraordinaire, c'est que dans la 
langue de la nation allemande, renommée 
entre toutes par son hoiinèteté, on trouve 
plus qae dans toute autre langue des ex- 
pressions pour signifier la tromperie, et la 
plupart du temps, elles ont un air de triom- 
phe, peut-êire parce qu'on considère la chose 
comme très difficile. 

L'étonnement de Schopenhauer n'est-il 
pas encore ce qu'il y a de plus étonnant 
dans ce jugement qu'il porte sur la na- 
tion allemande renommée entre toutes par 
son honnêteté ? 

G. O.— L. 

* « 
11 existe, à la bibliothèque municipale 
de Dijon, un manuscrit du xvii» siècle oij 
1 sont recueillies des pièces intéressantes en 
prose et en vers sur les sujets les plus 
divers. L'une d'elles a pour titre : La 
différence des humeurs, façons de fait e et 
complections de cinq nations ; française, 
italienne, espagnole, anglaise et allemande. 
Elle comprend une quinzaine d'articles 
dont je citerai quelques-uns seulement 
pour ne pas abuser de l'hospitalité de 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo Avril 1915. 



289 



290 



Il est d'autant plus piquant d'y retrou- 
ver ce qu'on pensait des Allemands au 
xviie siècle, qu'on peut faire la compa- 
raison avec les sentiments inspirés alors 
par les nations voismes. 

En Conseil 
Le François est précipitant. 
L'Italien subtil. 
L'Espagnol cauteleux. 
L'Anglois irrésolu. 
L'.\lleraand tardif. 

En iitceurs 
Le François est courtois. 
L'Italien civil. 
L'Espagn I orgueilleux. 
L'Anglois bénin et libéral. 
L'Allemand rustique. 

En courage 
Le François comme un aigle. 
L'Italien comme un reuaid. 
L'Espagnol un éléphaBt. 
L'Anglois un lyon. 
L'Allemand un ours. 

En affection 
Le François ayme partout. 
L'Italien scait comme il fault aymer. 
L'Espagnol ayme bien. 
L'Anglois ayme en plusieurs lieux. 
L'Allemand ne scait pas aymer. 

E>t amour 
Le François est estourdy. 
L'Italien noble. 
L'Espagnol venteur. 
L'Anglois respectueux. ' 

L'Allemand grossier. 

En mespris d'amour 
Le François prompt offense sa maîtresse. 
L'Italien discret se plaint. 
L'Espagnol superbe la dédaigne. 
L'Anglois doux et bénin se tait. 
L'Allemand grossier lui demande ce qu'il 
luy 3 donné. 

Fn conversution 
Le Fraiiçoi"; est jovial. 
L'Italien complaisant. 
L'Espagnol importun. 
L'Anglois triste. 
L'Allemand désagréable, etc... 

Comme on le voit, les Allemands, il y 
a près de trois siècles, se montraient bien 
tels qu'ils sont encore aujourd'hui. On les 
estigiait déjà à leur juste valeur. 

E. Fyot. 

La Prophétie des HohenzoUern 
(LXX : LXXI. 6^, i4y, 201). — P o- 
phéties pour les temps actuels (LXX, 
1S2), — Le latras prophétique des jour 
naux et des brochures en 191461 1915 
n'a, me semble-t-il,rien de bien nouveau. 



et leurs auteurs n'ont pas à faire grands 
frais d'imagination. Tout ce qu'on a écrit , 
aux < interprétations » (?) près, avait 
déjà paru lors de toutes nos guerres. 

En ce moment, éloigné de l'armée par 
une longue convalescence, je trouve dans 
la bibliothèque du château où je suis 
reçu, une série de brochures (et même de 
vrais volumes) imprimés en 1870 71, et 
y ai relu presque tous les textes que les 
journaux ont réédités, agrémentés parfois 
de quelques agréables variantes. 

De ces lectures il me parait résulter 
que les sources sont les suivantes : 

1° »< Une grande étude d'ensemble sur 
les traditions prophétiques de la basse 
Allemagne », publiée par \a Revue Bri- 
tannique en mai 1850, sous la signature 
de William Gregory, d'Edimbourg. En 
1856 le journal L'Univers en donna un 
long extrait, qu'il réédita en * brochant 
sur le tout » dans ses numéros du 6 aoiît 
1870 et du 9 décembre 1871 ; l'occasion 
étant vraiment tentante. C'est siirement 
là que presque tous les opuscules actuels 
ont puisé, sinon dans les éditeurs de 3™' 
main et plus. 

2" Les prophéties de sainte Brigitte, 
que l'on trouve à la suite de toutes les 
anciennes éditions de Nostradamus ; et 
qui, si elles ne disent pas grand'chose, 
ont du moins l'avantage sur les centuries 
de ce dernier, d'a\oir un sens quelcon- 
que (au point de vue littéral bien en- 
tendu). 

5» Un petit volume in-18 édité à Paris 
en 1565 et se disant une réédition du 
si Liber fUirabilis >» du moine Théolofre. 
Je doute même que beaucoup l'aient con- 
sulté. 

4" L'Interprétation de l'Apocalypie de 
Holxhamer, ouvrage bien connu ; 

5" U Traité de la Régénération Céleste. 
Cologne 1701 ; 

6° Les Prophéties du dominicain Kor^e- 
jîiVc^i, faites en i8i9àWilna en Lithua- 
nie, connues seulement en France par un 
passage de VHistoire de Pologne de Chcvé 
(Paris. Blériot, s. d. 2 in-12), et une 
étude parue le 24 juin 1863, dans le 
journal Le Siècle . 

7° La Prophétie 'Werdinienne, dont cir- 
culent des quantités d'extraits ; mais 
dont je n'ai jamais vu tout le texte, qui 
existerait sous le litre « Vaticinium Me- 
morabile », à la page 1007 du tome II de 



N» 1416. Vol, 



LXXI. 

— 291 



L'INTERMEDIAIRE 



I 



2q2 



l'ouvrage intitulé : « Johan Wolfii, juris- 
« consulti et consil, palatin! Lectionum- 
« Memorabilium et reconditarum Cente- 
« narii VIX. Lavingea, sumpti authoris 
« excuss. Leonhardus Piheimichel typ. 
-i palatinus 1600 » 2 in-folio ». Cette ré- 
férence est sous toutes réserves, et don- 
née d'après une note trouvée dans un 
dossier. 

8° Renseignement donné sous toutes 
réserves. Un ouvrage rarissime (?) exis- 
tait à Paris, bibliothèque Sainte-Gene- 
viève, sous la cote V — 701, et intitulé : 
Le Coq Gaulois. Paris. Denys Langlois, 
1621. On }' trouverait l'extrait d'une 
épitre d'un certain Rusticien, lequel ex- 
trait contiendrait la prophétie dite de 
Saint Vincent. 

Le propriétaire de la bibliothèque où 
j'ai puisé s'était évidemment beaucoup 
occupé de prophéties, et avait collectionné 
un fort important dossier. Pour ne pas 
me borner à une simple bibliographie, 
j'en extrais les grandes lignes avec ren- 
vois aux sources indiquées plus haut. 

Vers ce temps-là (nullement défini) il 
y aura en Allemagne un grand empereur 
qui la commandera tout entière (1,2,8); 
la grande guerre (i, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) 
sera soulevée par cet empereur (4), et 
toute l'Europe y prendra part (4 et s). 

D'après la source 1, ce serait la moitié 
du monde ; d'après la source 6, seule- 
ment des Russes, des Turcs, des Fran- 
çais, des Anglais, des Autrichiens, et des 
Allemands. 

Les autres sources ne donnent que 
l'une ou l'autre armée, notamment la 
source 8, qui dit : «< ... il (le roi d'Aqui 
Ion) sera en fédération avec les Turcs et 
les Sarrasins, des Barbares Stythes, Tar- 
tares et Grecs > . Quand les Russes arri- 
veront à Osnabruck (i) viendra le mo- 
ment des grandes batailles sur le Rhin 
autour de Cologne (1, 5, 7, 8), et tous 
les peuples du Midi marcheront contre le 
Nord (i, 2, 3, s, 7). Alors un prince du 
Midi fera marcher d'Holtum(i) ses sol- 
dats vêtus de blanc (i , s, 7)1 qui suivront 
une rivière allant de l'Ouest à l'Est dans 
le lieu de la grande bataille (1). Cette 
bataille sera en Westphalie (i, 3, ç, 7, 8) 
au Carrefour du Bouleau (1, s), près de 
Budberg (5) entre Hunna (sk) Hamm et 
Woerl, sur un lieu couvert de bruyères 
appelé Stroen, et peu éloigné d'Ahaus(i) 



et pendant ce temps les soldats blanc^ 
arriveront à Ludinghausen (i, 5). Ce sera 
pendant l'automne (i)et la dernière ba- 
taille durera trois jours (i, 5). 

Les vainqueurs seront les peuples aux 
sept étoiles dont les soldats seront bar- 
bus (i, 5). Le prince du Midi aux soldats 
blancs sauvera l'Allemagne (1, 5) mais 
elle restera dépeuplée et comme morte (i) 
et le lys répandra sur elle son parfum 
(1.2, 5J. 

Aussitôt après la bataille les Russes re- 
tourneront en Orient (i, 7) mais pas les 
autres (i, 7). (La source 2 ne nomme pas 
les Russes et dit : (Le Grand Aigle) et à 
ce moment, il y aura en Pologne un 
royaume Polonais (i, 6, 7) et un empe- 
reur chrétien qui sera entré à Sainte-So- 
phie (2), et un grand pays protestant de- 
viendra catholique (5, 4). 

je n'ai, bien entendu, cite que les faits 
dont les publications récentes ont parlé 
afin de permettre de remonter pour eux 
aux sources ; mais il est inutile d'ajouter 
que ce n'est là que l'infime partie d'un 
ensemble terriblement hétéroclite de pré- 
dictions. Celles-ci sont du reste fort loin 
de s'accorder. C'est ainsi que pour beau- 
couples Russes apparaissent comme alliés 
des Allemands, les Espagnols des Fran- 
çais : que l'on prédit la dévastation de 
l'Italie du Nord, la conquête de Jérusa- 
lem, le voyage du Pape à Cologne, etc., 
enfin de quoi alimenter encore les géné- 
rations d'après nous. 

El Kantara . 
« 

Au lieu de première épitre aux Thessa- 
lon)iiens,\l faut lire Thessaloniciens. 

La couronne d'or dans les armes 
allemandes (LXXl, 179). — Dans les 
vieux ouvrages d'héraldique allemands, 
la couronne d'or à trois fleurons visibles 
(ou, pour parler plus exactement, à un 
fleuron et à deux demi-fleurons séparés 
par une petite pointe à une perle) est dé- 
crite et figurée comme la couronne « de 
noblesse », c'est à dire des nobles non 
titrés ; d'autres couronnes spéciales cor- 
respondant aux divers titres nobiliaires. 
Tous les nobles non titrés pourraient 
donc en timbrer leurs armoiries. La même 
couronne est en usage en Russie, dans les 
mêmes conditions. 



DKS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Avril 19IS 



295 



294 



D'autre part, on trouve aussi cette cou- 
ifonne comme ornement du heaume, sous 
le cimier. Sous cette forme, elle était sou- 
vent pQrtée.mcme par des nobles titrés; et, 
de plus, les fonctionnaires impériaux con- 
cis sous le nom de comtes palatins (rien 

j la Maison Palatine), qui avaient, par 
délégation du souverain, le droit de con- 
férer, sous certaines conditions, des ar- 
moiries aux familles qui n'en avaient 
point, pouvaient aussi accorder, à celles 
qui en possédaient déjà, cet ornement 
supplémentaire, cette s( amélioration » de 
leurs armoiries traditionnelles. Dans les 
siècles passés, beaucoup de familles rotu- 
rières notables, eii Alsace et en Suisse, ont 
obtenu le droit d'orner leur heaume de 
cette couronne-là. J'ai eu sous les yeux 
des brevets ad hoc de comtes palatins du 
XVI' et du xvii" siècle. 

Paul. 

* * 
La couronne dont il s'agit est tout uni- 
ment ce.lle des comtes de l'Empire. 

Henry de Biumo. 

Ordre du Jour. Ordr:^ de l'armé ^ 

(LX.XI, 228). — Au confrère qui demanda 
laquelle de ces deux expressions est la 
bonne et qui ajoute que surtout on ne s'ap- 
puie que sur des r^g/i;)K^«/s, j'indique l'ar- 
ticle 122, du décret du 2 décembre 1913, 
portant règlement sur le service des Ar- 
mées en campagne. 

J'ajoute, sans aucun esprit de critique, 
que très probablement, beaucoup de nos 
législateurs qui ont voté une loi récente, 
ne le connaissaient pas. 

Comme on n'a généralement pas, dans 
sa bibliothèque, les règlements militaires, 
je copie ici l'article en question, pour 
long qu'il soit. 

Dans les circonstances que nous traver- 
sons, il doit intéresser tout le monde. 

Art. 122. — Les commandants de compa- 
gnie, escadron ou batterie et ton? Its offi- 
ciels supérieurs et généraux, jusqu'au com- 
mandant en chef, concourent, chacun en ce 
qui le concerne, au rapport écrit de la jour- 
née. Les officiers signalent les hommes qui 
se sont distingués ; par contre les soldats 
qui auraient manqué à leur devoir sont tou- 
jours l'objet de rapports spéciaux. 

Lorsqu'un militaire paraît avoir méiité une 
mention particulière poir sa belle conduite, 
pour a.voir pris un drapeau, un canon, sauvé 
son généril ou son ch^f, ou pour tout autre 



i acte de bravoure ou de dévouement, il fait 
l'objet d'un rapport qui est transmis au com- 
mandant en chef Ce dernier décide s'il doit 
être cité à Vordre de l\irmée, et, de plus, 
dans le bulletin des opérations; cette dernière 
mention ne peut être obtenue, sans que 
la première ait eu lieu. 

Le rapport est rédigé et signé par l'officier 
supérieur ou autre, sous les yeux duquel le 
fuit s'est passé, même quand il s'agit d'un 
officier sans troupe ; il est vérifié avec soin 
piir le général de brigade et par le général 
de division ; ces offi:iers généraux y consi- 
gnent l«ur avis motivé, de manière qu'il soit 
bien constaté que la mise à Vordre de F armée 
et la mention au bulletin, ainsi que les ré- 
compenses qui doivent résulter, ont été réel- 
lement méritées. 

Les bulletins ne contiennent d'éloges indi- 
viduels que si toutes c.'s formalités ont été 
exactement remplies ; le rapport de la journée 
qui souvent doit être rédige et envoyé sur le 
champ, ne renferme que des éloges généraux 
et le récit des opérations. 

Conclusion. — Ordre de l'armée est l'ex- 
pression juste. 

Thix. 



Le Pas de l'oia allemand (LXXI, 

182). — Du Gaulois, 8 mars, article de 
M. Frédéric Masson : 

Depuis Frédéric Guillaume l<"', l'armée prus- 
sienne pratique le pas d'Ecole, les prussophiles 
essayent en vain de l'introduire en Fiance. 
Lors de l'enjouement pour les manœuvres de 
Frédéric (ordonnance de 1769-1774 et 1775) 
mais il disparaît complètement de l'instruc- 
tion de 1788 et du règlement de 1791 . Lors 
donc que certains suisses en font l'apologie, 
prétendent que les grenadiers de Napoléon 
ont gagné des victoires au pas de l'oie, ils 
se trompent, La garde dans ses impeccables 
détilés n'a jamais adopté le pas de parade, 
même pour entrer à Berlin. Par contre, c'est 
à ce pas là que les Autrichiens dsfilèrent en 
sortant d"Jlm et les Prussiens en sortant Je 
Dantzie. 

• 

Question déjà posée, (LXXI, qi). 

Culture, Kultur (LXX; LXXI, 67, 
iSi, 235). — De M. Henri de Régnier, 
dans le Mercure de France, cette originale 
définition de la Kullur : 

La Kultur ne pouvait produire ni art ni 
littérature ; eile a fté créée pour donner aux 
Allemarids la tradition qui leur manque, 
pour remplacer une civilisation qu'ils n'ont 
pas. La Kultur, c'est la conscience d'une in- 



N» 1416. Vol. LXX!. 

295 

telligeiice soi-disant supérieure, c'est une 
attitude. C'est la philosophie pratique de 
l'Allemand : Sois Allemand ! Et tout le reste 
deviendra allem:ind. Tout ce qu'on fait 
Outre-Rhin, c'est pour être Allemand et 
parce qu'où est Allemand. L'enfant va à 
l'école par patriotisme allemand, on croit au 
bon vieux dieu allemand, le Kaiser a dit aux 
Allemands qu'ils sont un peuple conquérant, 
il le tient de son illusire grand-père, qui le 
tient de Dieu, et tout le monde le croit, et la 
Kultur se coiffe du Pickelhaube pour asservir 
l'humanité et faire son bonheur définitif. 
« La viritable histoire a commencé lorsque 
l'Allemand a saisi dans sa main puissants 
l'héritage de l'antiquité », a dit l'un des 
théoriciens, et c'est par le massacre et la dé- 
vastation que la Kultur veut s'emparer de cet 
héritage. Donc la Kultur est un prétexte, 
auquel l'Allemand ne parvient lui-même à 
croire qu'en criant très fort pour ne p.is laisser 
prise au doute. « Avec des mots, a dit Goethe, 
on peut faire de grandes choses. » La Kultur 
a été l'évangile de la for.:e brutale, une dis- 
cipline factice qui a permis de diriger les 
esprits vers la guerre, de la préparer, d'en 
faire une raison d'Elat, une nécessité inéluc- 
table, l'espoir d une race et elle s'efforce à 
présent de justifier et de légitimer sa propre 
monstruosité. 

Taube fLXXI, 10, 115, 198). —Le 
plus simple est de garder le pluriel en s, 
et le mascalin... et de prononcer avion 
ou aéroplane Taube correspond à une ca- 
tégorie de ces appareils, mais non à tous. 
Il y a aussi les aviatik (ou aviatiks) Ces; 
donc à tort que l'on donne cette dénomi- 
nation à tout oiseau allemand. Si nous par- 
lons d'une table, nous l'appelons une ta- 
ble, même si elle est allemande. Il ne 
viendrait à personne, dans ce dernier cas, 
de l'appeler une Tisch. Les aéroplanes 
sont nés en France, gardons-leur leur 
nom français. 

Avec la rage de préciser ce qu'on ne 
connaît pas, on tombe forcément dans 
l'erreur. Par exemple, dans le domaine 
technique, on entend journellement des 
monstruosités. Parle-t-on d'un microbe ? 
Pour paraître érudit, immédialenitnt 
quelqu'un le dénommera bacille, alors 
qu'il s'agit peut-être d'un micrococcus ou 
d'un autre. Cela revient absolument au 
même que de désigner un molosse par le 
nom de King-Charles pour ne pas dire 
que c'est un chien, le mot chian étant trop 
banal. 

P. MOREL. 



L'INTERMÉDIAIRE 



296 



Le mot boche (LXX, 143 ; LXXI ;25). 

— Un de nos confrères de l'Est, M. Henri 
B..., actuellement réfugié à Toulouse, 
écrit à la Dépêche : 

Loin de la zone des armées, le hasard me 
fait lire, à l'hôpital complémentaire, où je 
prête mon concours volontaire, un des der.. 
niers numéros du « Bulletin des Armées», 
rapporté des tranchées, dans sa musette, par 
un de nos glorieux blessés. El, dans ce nu- 
méro, non attention est attirée sur l'origine 
du mot « Boche ». 

Je ne suis pas du tout de l'avis de MM. L. 
Sainéan et Edmond Perrier. « Boche » ne 
vient certainement pas de « caboche » et n'a 
pas servi à former < Alboche »,ce mot n'étant 
pis la fusion des deux synonymes : alle- 
mand » et « boche ». Voilà, du reste, sur 
quelles raisons j'étaie mon opinion philolo- 
gique. 

Dans la ville de l'Est que j'habitais avant 
de devenir un .1 réfugié » (je ne veux pas la 
désigner ici plus clairement pour lui éviter 
les représailles possibles des Barbares), il n'y 
a pas de patois, mais un argot où dominent 
des mots spéciaux à une industrie locale, 
j'étais même si;r le point de mettre sous 
presse un « glossaire » dont j'avais recueilli 
les éléments depuis plus de vingt ans, 
quand je dus, en août dernier, en abandonner 
les fiches, ainsi que de nombreuses notes 
pour diverses études d histoire locale, à la 
garde bienveillante (?) delà landsturm. qui 
est venue tenir garnison dans ma pauvre 
ville — bien française, cependant, et qui ai- 

1' sa délivrance avec la plus vive impa- 

C'est la troisième fois, depuis un siècle, 
que ma cité subit les horreurs de la guerre. 
Aussi l'invasion e 1815 et l'occupation alle- 
mande de 1870 n'ont-elliis pas été sans lais- 
ser quelques termes dans son argot. Ses ha- 
bitants emploient couramment des mots tels 
que : 

La herde : le troupeau, et son dérivé : le 
herdier le pâtre (mots venant du mot alle- 
mand : dte hcerde : le troupeau) ; du 
schnaps : de l'eau-de-vie ; du schnick : de 
l'eau-de-vie ; de ce mot sont dérivés : un 
schniqueux : un buveur d'eau de-vie : une 
schniqueuse : une buveuse de gouttes : nix : 
non (déformation probable du mot alle- 
mand ; nichts : rien ; dringuèle : petit ca- 
deau que les commerçants en détail ont l'ha- 
bitude de faire aux acheteurs (déformation 
certaine du mot allemand : trinkaeld : pour- 
boire) : donner une dringuile ; tachticoter : 
parler allemand, ou vulgairement hacher de 
la paille ; siallhoci (prononcez : chtulbock) ; 
allemand un Slailbock : un allemand, des 
Stdllbocks : des Allemands ; il garle staltbock, 
il parle allemand. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Avril 1915. 



297 



298 



Ne ùut-il pas chercher dans ce stallbock, 
jnot d'origine allemande, l'étymologie Je 
soi\ dérivé à forme viciée, mais vrainietit 
française : Alboc>'e ? Sial^hock ou chialboci: 
ne donne-t-il pas par adoucissement clital- 
boche, albocbt ? 

Et que signifie ce stallbock ? Formé de 
deux mots allemands : italt : écurie, et boi:k 
^ziegenbock) : bouc, il se traduit par bouc 
■i'écurie et aura été appliqué par insulte aux 
Allemands. Car chacun sait qu'autrefois 
l'habitude était de mettre dans les écuries 
et lesétab'.es un bouc pour que sa forte et 
répugnante odeur préservât des épidémies 
les chevaux et les bestiaux. Vers 1850, cette 
coutume était encore pratiquée pour les mon- 
tures des dragons en garnison dans ma ville. 

Donc, slahbock, chtalbocl, cht ttboche, al- 
boche signifie houe d'écurie et son diminutif 
boche signifie bouc. Q^iel plus beau sens 
pourrait-on, du reste, donner à ces deux 
mots ! Ainsi interprétés, ils s'appliquent de 
la plus parfaite façon aux « bêtes puantes » 
d'Allemagne qui infestent encore quelques 
coins de notre territoire national et que no- 
tre, vaillante armée écrasera bientôt sous la 
haute direction de l'illustre généralissime 
Jofîre. 

* « 

Nos paisibles docteurs, professeurs, archi- 
tectes, peintres et sculpteurs contemporains 
se souviennent sans doute du bon temps 
oi'i, étudiants à Paris, vers 1860, ils allaient 
se délasser, les soirs de Bullier. Or parmi 
les danseuses de l'époque, le célèbre Ri- 
golboche faisait florès dans un cavalier 
seul de quadrille, en dansant sur un 
pied et tenant l'autre dans sa main droite, 
à la hauteur de sa tète. 

"C'était le bon temps, alors les étudiants 
ne songeaient guère à la politique et en- 
core moins aux cours de la Bourse. 

Il paraîtrait qu'un certain soir, pendant 
qu'on faisait cercle autour de la dan- 
seuse, un Allemand se serait écrié : Elle 
est rigolote, la ChintilU ! et que, pour 
l'en remercier, celle Cl lui fit sauter du 
pied son feutre en l'air, en lui disant : 

- « Salue-moi, sale Boche 1 » — et de là 
lui serait venu le sobriquet de Rigolboche ? 
Victor Deséglise. 

Les PoUus (LXX, 181 ; LXXI, 158).— 
Deux passages du * Père Loriot » : 

— Voilà comme je vous voulais, lui dit 
Vautrin, vous savez ce que vous faites. 
Bien ! mon petit aiglon ! vous gouvernerez 
les hommes, vous êtes fort, carré, poilu... 
vous avez mon estime. 



— Eh bien, pour moi qui ai bien creusé 
la vie, il n'existe qu'un seul sentiment réel, 
une amitié d'homme à homme. Avez-vous 
vu beaucoup de gens assez poilus pour, 
quand un camarade dit : <. Allons enterrer 
un corps ! » y aller sans souffler mot, ni 

. l'embêter de morale. J'ai fait ça, moi. 

C'est encore Vautrin qui parle. Balzac, 
Le Père Loriot. 

).-L. Marcelle. 

* * 

M. Georges Ohnet donne au Gaulois, 
Il mars 191 S, cette réponse inédite qui 
pourrait être le point de départ du mot 
populaire. 

Comment se créent les mots? D'où vient 
l'appellation « Poilu » qui sert à désigner 
nos héros? Qui l'a lancée le premier? Et en 
quelle circonstance ? Voilà ce que l'on cher- 
che, quand le terme est consacré. Et, bien 
rarement, un témoin se lève pour dire : « J'ai 
assislé à la scène. J'ai entendu sifP.er le pro- 
jectile verbal. J'ai vu la bouche narquoise 
qui l'a lancé ». Or, sur le boulevard de la 
Madeleine, hier, trois blessés, vêtus de ca- 
potes rouss''es,qui sentent encore la tranchée, 
se promènent lentement, appuyés sur des 
cannes, pour rendre le mouvement à leurs 
jambes douloureuses. 

Vient un joli jeune homme, très bien mis, 
fris'i, rasé, poudré, fleurant bon, ganté de 
frais et chaussé de vernis. Il s'arrête dans sa 
course, et, d'un air un peu dégoûté, examine 
ces braves. AIois, un pâle voyou qui pédale 
péniblem;nt sur un tri-porteur, fronçant le 
nez. tordant la bouche, interjecte : 

— Tu peux les regarder nos poilus. Va, es- 
pèce d'épilé ! 

J'ai recueilli le mot que je dédie à tous les 

épilés de la ville, 

Georges Ohnet. 
* 
* * _ 

Le surnom « les Poilus », donné par 
extension et indistinctement, dans la 
Presse, à tous les soldats français qui se 
battent en ce moment, a une origine autre 
que « l'absence de toute toilette » chez 
(les < gaillards solides, éprouvés » ; car 
il s'appliquait à certaines armes spéciales 
bien longtemps avant la guerre actuelle 
de tranchées oij nos vaillants troupiers de 
toutes catégories se couvrent de boue et 
de barbe, autant que de gloire. 

Cependant il ne semble pas qu'il faille 
rechercher sa naissance plus loin et ail- 
leurs que dans les armées de la Républi- 
que ou de l'Empire : les « Poilus » sont 
vraisemblablement les contemporams des 



N» t4i6.Voi LXXI. 

. '■ 29Q 

« sans-culotte » et les grands frères des 
« Marie-Louise » et des « Grognards » 

Tout le monde sait que sainte Barbe 
avait été choisie comme patronne par les 
canonniers de terre et de mer, les pon- 
tonniers, sapeurs, mineurs, artificiers, 
etc., en un mot par tous les corps fabri- 
quant ou employant la poudre et les ma- 
tières inflammables; et, dans la marine, 
on appela <•< la sainte Barbe » l'endroit du 
navire où étaient renf.rmés les munitions 
et les ustensiles d'artillerie. Mais, le motif 
de ce choix ? — Nu! ne le connaît au juste, 
c'est pourquoi bien des avis différents ont 
cherché à l'expliquer, en s'mspirant de la 
légende q^ue voici : 

Sainte Barbe était la fille de Dios;ore, un 
des plus nobles habitants de Nicomédie, 
« fort adonné au culte des idoles >, alors 
qu'elle-même, secrètement instruite des 
mystères du- la religion chrétienne par Ori- 
gène et le prêtre Valens, s'était consacrée à 
Jésus Christ. « Son père, craignant pour sa 
beau'é, l'avoit fait enfermer dans une tour 
fort haute où nul honime ne la pouvoit 
voir... Barbe le pria qu'on lui fît au bas de 
sa tour un biin où elle pût se laver. Dios- 
core y consentit et partit en voyage, non 
sans avoir ilonné le plan de cet ouvrage où 
il marqua seulement deux fenestres étroites 
* qui ne dévoient guère donner de jour. Mais 
elle commanda a\ix architectes d'en faiie 
une troisiesme (^c'étoit pour exprimer le mis- 
tère ineffable de la Trinité). Elle fit aussi 
imprimer des croix sur le bord du bassin. 
Ce que voj'ant cet idolâtre à son retour en- 
tra dans une violente colère et tira son épée 
pour la percer. Barbe prit la fuite, mais son 
père la poursuivit et il allait l'atteindre lors- 
qu'un rocher se fendit en deux et lui ouvrit 
son sein pour lui donner lieu de s'éch.;pper. . 
Cepend.iut il finit par s'en emparer, la jetta '. 
contre terre, la chargea de coups, la foula 
aux pieds, la prit par les cheveux et la traîna 
au tribunal de Marcien, présrJent de la pro- 
vince, lui demandant de la châtier selon la 
rigueur des édils contre les chrétiens. Celui ci 
la fit dépouiller et fouetter partout le corps 
avec des nerfs de bœuf ; puis il ordonna que 
ses playes fussent frottées avec un rude ci- . 
lice, ce qui lui fit perdre une si grande quan- 
tité de sang que la terre en fut trempée. 
Ensuite il commanda au bourreau de lui dé- 
chirer les flancs avec des peigiies de fer et de 
les lui brûler avec des torches ardentes, i-nfin ; 
de lui décharger sur la tête de grands coups 
de marteau Après, il lui fit couper les ma- 
melles et la condamna à avoir la tète trarr- 
chée • et (o cœur paternel, où es-tu ?) Dios- 
CDre, pour achever sa rage rontre sa fille, se 
présenta pour être lui-même son bourreau iné- 



L'iNTEKMÈDIAlRE 



500 



branlable dans la constance de sa foy et d" 
son courage, et lui coupa la tète le 4 dé-^ 
cembre :?o. Mais comme il s'^n retournoit en 
sa maison il fut emporté d'un :oup de ton- 
nerre. Peu de temps-après, le président Mar- 
cien fut aussi enlevé de ce monde par un 
semblable accident. » 

Les détails divers et plus ou moins ap- 
propriés de cette légende ont fait dire al- 
ternativeme.it que sainte Barbe était la pa- 
tronne des canonniers ; i°soit parce qu'on 
la représente dans ou avec une tour, ou 
forteresse, l'emplacement en même temps 
que l'objectif les plus habituels de l'artil- 
lerie ; 2" soit en laison du rocher fendu 
en deux, symbole de la puissance de la 
poudre ; 3° ou bien « à ciuse de la bra- 
voure que la martyre a montrée en face 
des tourments, bravoure dont les artil- 
leurs se font gloire y ; 4° ou encore par 
rapport auî( coups de tonnerre meurtriers, 
les canons étant appelés w la foudre de la 
guerre». — Au lecteur de choisir, à 
moins qu'il ne préfère admettre toutes c'es 
raisons en bloc. 

Quoi qu'il en soit, c'est ce patronage 
même qui, à l'aide d'un jeu de .mots 
quelque peu tiré... par les poils, est l'ori- 
gine du qualificatif dont on cherche 
l'énigme : au lendemain de la grande 
Révolution, si acharnée à supprimer les 
saints, même du calendrier, si fertile aussi 
en mots expressifs, les confrères de sainte 
Barbe furent désignés par ce sobriquet 
bien militaire : « les Poilus ». — Ainsi le 
rappelle le Credo de l'artilleur. 

Artilleur ! souviens-toi : ♦ 

Que sainte Birbe est notre vénérée patronne; 
Q^ue la France te qualifia de « Poilu »... 

' Quant à son attribution — très parti- 
culière d'abord, comme on l'a vu — à 
l'ensemble de l'armée française, elle est 
toute récente et, bien qu'inexacte et 
usurpée, elle peut s'expliquer du fait 
qu'aujourd'hui la poudre parle h.aut et 
ferme dans tous ses rangs. 

N'empêche que les vrais « Poilus », 
ceux de la branche ainée, héritiers légi- 
times du nom et des armes, ce sont les 
artilleurs. Pierre. 

La vénalit ' de Mme de Pompa- 
dour (LXIX, 787 ; LX.X, 201) — Notre 
confrère d'E... assure que « la vénalité 
de Mme de Pompadour ne fait malheu- 
reusement de doute pour personne >'. En 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Avril 1915. 



301 



502 



vérité ? Pour personne ? Pas même pour 
les Concourt, ou pour M. de Nolhac ? Je 
ne me souviens pas d'en avoir vu la 
preuve, ni un cas cité vaguement authen- 
tique, — je ne dis pas clairerr>ent avéré, 
ce serait demandei trop. Bien entendu, 
par « vénalité * je suppose que nous 
sommes d'accord, qu'il s'agit de recevoir 
à toutes fins et de toutes mains, comme 
cela se passait, vers le même temps, 
chez certaines maîtresses des rois d'An- 
gleterre. Mlle Fauque dit, il est vrai, que 
la marquise recevait des pots-de-vin ; 
mais Mlle Fauque est une pamphlétaire 
qui affirme le fait sans plus ; c'est insuf- 
fisant. Mme de Pompadour a été entre- 
tenue quelque temps, par Louis XV, 
mais bien moins généreusement qu'on ne 
le suppose d'ordinaire et qu'il n'apparait, 
d'ailleurs, quand on analyse ses 't comp- 
tes fantastiques », — je veux dire fan- 
tastiquement dressés par M. Le Roy. 
Louis XV semble avoir été relativement 
peu prodigue : et la maîtresse qui lui 
coûta le plus cher, fut, comme on l'ima- 
gine sans peine, celle des dernières an- 
nées, Mme du Barry. je ne crois pas, 
— et c'est l'avis d'un historien qui con- 
naît fort bien les deux derniers siècles de 
l'Ancien Régime, — que ce prince ait dé- 
pensé beaucoup plus d'une trentaine de 
millions, au total, pour toutes ses mai- 
tresses, en 54ansde liaisons irrégulières : 
ce qui, pour un budget royal d'environ 
60 millions, représenterait à proportion 
45 louis par an, chez un monsieur pos- 
sédant 60 mille livres de rentes La du- 
, chesse de Chàteauroux, au fort de sa fa- 
veur, n'avait que 80.000 livres de pen- 
sion fixe. Je ne vois pas que Mme de 
Pompadour ait reçu du roi, en 19 ans, 
plus de 10 à 12 millions, dont une bonne 
partie en terres, sans doute offertes au 
détriment de l'Etat, mais qui ne dilapi- 
daient pas d'autant l'encaisse du Trésor, | 
ainsi qu'on le prétend, avec une haute I 
indignation. Il semble que, une fois le 
premier feu passé, elle n'ait reçu qu'une 
pension de 3 à 4 mille livres par mois, 
soien" 40 à 50,000 livres par an, équi- 1 
valant à 120,000 francs de nos jours. Et, 
dès 17SO, tout le monde savait qu'elle se 
trouvait dé;à réduite à la portion congrue. 
Lorsque, en 1750. en effet, M. de Tour- 
nehem commandait à Pigalle le groupe 
de \' Amitié, qui devait figurer, en réalité, 



la marquise, — groupe actuellement chez 
le Baron Hînri de Rothschild — l'artiste 
refusa d'être payé par à-comptes et se fit 
régler presque entièrement d'avance, (9406 
livres, sur 10,600 prix convenu) : 

Il profitait habilement du fait que celte 
commande, en quelque sorte intime, et toute 
d'. dualité courtis-inesque, (la marquise pas- 
sait alors du ian:< de maîtresse officielle au 
rang « d'amie » ou J'Egérie royale) ae pou- 
vait décemment s'étaler en « annuités » traî- 
nantes dans les (lapiers de l'Etat. 

(S. Rocheblave < Pigalle, sculpteur of- 
ficiel », Revue duf.^xw" sxede,\3X\v . 1913 ; 
p. 78;. 

Mme de Pompadour a dépense proba- 
blement environ 2S millions, provenant, 
pour la plupart, des opérations qu'elle 
fiisait, comme Voltaire et tant d'autres, 
dans le monde de la finance : Voltaire 
reçut des frères Paris, dit-on, ôoo.ooo li- 
vres, dès 1? première année, pour sa 
part dans les fournitures de vivres de l'ar- 
mée d'Italie. La marquise ne laissa guère de 
fortune liquidi^ Ainsi s'explique qu'elle 
ait pu oflfiir 2 millions pour la guerre du 
Canada, ce qui serait absurde chez une 
simple maîtresse vivant des seules libé- 
ralités de son ami en titre. Elle subven- 
tionnait un grand nombre de couvents. 
— El quand on la traite de » tripotiere », 
comme M. Lacour-Gayet, pour avoir 
acheté 720.000 livres l'Elysée, qu'elle 
embellit vraisemblablement à ses frais et 
qu'elle légua plus tard à l'Etat, lequel re- 
vendit ce palais, un million, — ce qui 
n'autorise vraiment pas à soutenir que 
le Trésor fût en perte, si même il a payé 
l'achat, — on se montre pour elle d'une 
sévérité un peu bien excessive. 

Britannicus. 



La réponse iLXX, 201) à cette question 
avait été adressée à XlnUfmcdiaiie au com- 
mciiCement de juillet 1914, alors que le 
prince de Newied était encore roi, mais si 
peu, d'Albanie : d'où le.' qui accompa- 
gne cette qualification. 

Il importe toutefois de signaler dans 
cette réponse quelques fautes d'impres- 
sion. 

Il faut 1 re, par exemple : 

Au lieu de Wied Re-C\ed, (Vicd-Newied. 
— — Barbuti Batbiii. 



N» 1416. Vol. LXXI. 
30Î 



L'INTERMEDIAIRE 



Au lieu de Berin 

— — Neuf chalet 



Bernis (le car- 
dinal de) 
Neufchâiel. 
d'E. 



Les listes des membres de la 
Cojamunauté des maîires peintres 
de Paris (LXXI, 93). — A la suite de 
son heureuse réimpression de la collection 
des Livrets des anciennes Expositions, 
depuis 1674 jusqu'en 1800, éditée de 1869 
à 1872, en 44 vol. grand-in-i6, avec ta 
bles générales, notes et documents iné- 
dits, M. |. J. Guiflrey, a publié (chez A. 
Baur, éditeur, à Paris, rue Bonaparte) 
deux autres intéressants petits volumes, 
analogues : le Uviet Je l' Exposition du 
Colviée en. ij-jô, et les Livrets des Exposi- 
tions de V Académie de Saint-Luc, à Paris, 
pendant six années, comprises entre 1751 
et 1774 (i vol de x-177 pages, 1872). 

Tous ces petits volumes, bien plus spé- 
cialement destinés aux amateurs d'art, 
ne furent généralement imprimés, qu'à 
très petit nombre. 

Ulric R.— D. 



Noms de villes wallons et fla- 
mands (LXXI, 177). — A titre de simple 
indication, je puis signaler que : dans 
l'ouvrage Les Délices du Brabant et de ses 
Campiignes par M. de Cantillon, imprimé 
à Amsterdam, chez Jean Meaulme en 
1757, tous les noms de pays, de villes ou 
de bourgs dont la désinence comprend la 
syllabe oi, sont écrits par un y ; ce qui, 
d'ailleurs, parait parfaitement correspon- 
dre à l'orthographe de l'époque. 

Geo Filh. 



304 - 

C'est 



se serait trompé. C'est probablement 
70.000 victimes dans Vannée, et non par 
jour, qu'il faudrait lire. 

Bon an, mal an, ce nombre variait de 
25.000 à 120.000, d'après le D'' Jourda- 
net. 

Diaz, en son récit de la Nuit Triste, 
montre que les tribus du Yucatan ser- 
vaient de provisions aux gens de Mexico. 

On salait les membres des cadavres, à 
la manière des morceaux de lard chez nos 
paysans. 

Je m'amuse souvent à voir lios histo- 
riens verser des larmes... sur les malheurs 
de la conquête espagnole. Cortez, fermant 
cette boucherie, était un fourbe, un mons- 
tre, etc. ! 

Pleurez, Behanzin, et gardez des lar- 
mes... pour le Kaiser... Eloiean. 

Tombeau de Jean Anaelot (LXX, 
84). — Je remercie vivement le collègue 
Pierre de l'explication si intéressante 
qu'il fournit de l'inscription du tombeau 
de Jean Amelot. J'ai copié cette inscrip- 
tion dans l'ouvrage du comte de Waro- 
quier, tome VI, généalogie de la famille 
Amelot, et je crois l'avoir copiée fidèle- 
ment. Qu'il me permette de rectifier et de 
compléter les renseignements qu'il donne 
sur la famille Amelot. Et d'abord, cette 
famille ne fut pas anoblie par les lettres 
du 7 décembre 15S0 données en faveur 
de Jean Amelot, sgr de Carnetin. ainsi 
que quelques auteurs l'oit d'ailleurs 
énoncé. Ces lettres sont des lettres de 
confirmation de noblesse et des privilèges 
qui y étaient attachés. Elles reconnaissent 
en termes précis que Jean Amelot « est 
censé et réputé noble >». 

Et de fait, cette famille était antérieu- 



rement noble. Le chanoine Hubert, dans 

Sacrifices humains au Mexique \ ses Généalogies manuscrites des princî- 

(LXXl, 184). —Il existe une relation bien \ pales familles de l'Orléanais, la fait re- 

intéressante de la Conquête du Mexique ; | monter à Jean Amelot, sgr de Chenailles, 

c'est l'Histoire de la Conquête de la Nou- i qualifié d'écuver et de noble dans une 

velle Espagne, par Bernai Diaz, récem- | charte de l'an 1387. Comme telle, cette 

ment (une dizaine d'années) traduite en i famille a été admise aux honneurs de la 

français. En appendice, on trouve une [ cour en juillet 1778. 

étude du T>' Jourdanet sur les Sacrifices \ La date exacte' du mariage de Jacques 

humains. \ Amelot et de Jeanne Vialart est le 26 jan- 

Le gros in-octavo, orné de cartes, se ' " " 



vendait 2 francs, l'année dernière encore, 
chez un libraire de l'avenue de l'Opéra 
(angle de la rue Ste-Anne .'']. 

L'auteur de la Revue des Deux-Mondes 



vier 1=538. 11 s'agit du père et de la mère 
de Jean Amelot, objet de cet article, et 
dont il aurait été intéressant de préciser 
l'année de naissance. 

Comte DE Varaize. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Avril 1915. 



30s 



506 



Charles do Bernard (LXXI, ço. — 
Je signale au confrère A Callet, la No 
tice SUT Char Ui lie Bernard {?zx\s 1885, 
in-8 par Léonce de Piépape, extraite des 
Mi-nioires- de l'Académie de Besançon, 
lieu de naissance de l'auteur de Gerfaut. 

Nauticus. 

La bibliographie de Thième indique 
deux études sur M. Charles de Bernard 
publiées à part, chez Calman-Lévy, en 
i88î : L. de Dieppe, Notice sur Cb. de 
Bernard, et L. de Piépape, Ch. de Ber- 
nard, sa vie et ses œuvres (il se pourrait 
bien que la seconde indication seule fût 
bonne ; la première a l'air d'être 
une au'.re fiche sur le même livre, mal 
lue). Elle indique aussi, comme conte- 
nant des études sur l'auteur de Gerfaut, 
les livres suivants : Premiers Lundis de 
Ste-Beuve, t. 11. Nouvelles causeries littc- 
raiies d'A. de Fontmartin, Marius Copin, 
Romanciers contemporains ; et ceux-ci, dus 
à deux éminents critiques anglais : H. 
James, fredcb poets and ho/c/h/s (London, 
Mœcwillam, 1875) et G. Saintsbury. 
Essays on French novelist{ (London, Peri- 
wal. 1891. En qutre, des articles de re- 
•^ ues, dont ceux de Fontmartin, H.James 
et Saintsbury sont sans doute les études 
reproduites dans leurs livres ; mais il 
faut y ajouter : une étude dans le Black- 
wood Magasine de 1847, t. LIX, sur Ch. 
de Bernard ; une étude sur Ch. de Ber 
nard, About Mme de Gasparin ? dans le 
Dublin University Magasine de 1884, t. 
LXIV; une étude sur Ch. de B. dans le 
Fraser'sMaga:(ine à.Q 1865, t. LXXU ; une 
étude de Gramont dans la Revue d' Art 
dramatique de 1888, t. 111. La notice de 
L. de ?iepape publiée chez C. Lévy est 
peut-être un tirage à part de celle qu'il a 
publiée en 1885 dans les Mémoires de 
l'Académie de Besançon, à moins qu'elle 
n'en soit un développement. C'est à Be- 
sançon que naquit, en 1804, Charles-Ber- 
nard du Creil de la Villette, et il y a 
peut-être d'autres documents sur lui à 
rencontrer dans les journaux et revues de 
la région. 

Ibère. 

Duc d« Cboise ;1. — Comptes de 
sa maisoD (LXXI, 132). — Le fief du 
Chesne, acheté par le duc de (^hoistul en 
1766, était situé dans la paroisse de la 



Croix, aujourd'hui la commune de la 
Croixde-Bléré, canton de Bléré (Indre-et- 
Loire). Cet ancien fief relevait du château 
d'Amboise et jouissait du droit de chasse 
dans la foret d'Amboise, à charge d'hé- 
berger le roi et de lui donner la collation 
chaque fois qu'il venait chasser dans les 
environs du Chesne. 

Principaux seigneurs : Jean Richommo, 
1489; François Briçonnet, receveur-géné- 
ral des finances, 149b ; Guillaume Por- 
tier, 1517 ; la famille Sauvage, de iç20 à 
1648; César de Grammont, 1(348 ; Charles 
du Rozel,i649 ; Charles Colin, 16150 ; Jean, 
puis Gabriel Taschereau de Baudry, jus- 
qu'en 1755 ; Malon de Bercy, qui vendit 
le Chesne au duc de Choiseul. 

Pierre. 

Pigneau de Behaine (Armoiries 
de famille) (LXXI, 11, 117, 217). 
M, le comte Lefebvre de Béhaine nous 
adresse la lettre suivante : 

Paris 6 avril 1915. 
Monsieur, 

On me communique le n° de Février de 
V Interméiliaire o\i sont posées diverses ques- 
tions concernant ma famille. 

1" M. Le Lieur d'Avost ignore comnvnt 
M. Edmond Lefebvre était petit neveu de son 
grand oncle rnalernel Pigneaux de Béhaine. 

Armand-Edouard, son père, avait epouté sa 
cousine issue-de germaine Marie Lefebvre, 
fille du général Stanislas Lefebvre, né le 27 
janvier 1770. de Louis Lefebvre, notaire à 
Hirsont, et de Marie-Louise ligneaux. 

Marie-Louise Pigneaux (ou Pigneau, les 
deux orthographes ont été en usage) était fille 
de Georges Pigneaux, marchand tourneur à 
Origny et de Marie-Louise Nicard. Elle était 
donc la soeur de Pierre-Joseph-Georges Pi- 
gneaux, évèque d'Adran, né à Origny en 
1741, mort en Cochinchine en 1799. C'est la 
seule des enfants de Georges Pigneaux qui 
ait laissé postérité. 

2" A une époque et pour des motifs que 
j'ignore, vraisemblablement pour se distin- 
guer de ses frères, l'évêque d'Adran ajouta à 
son nom celui de Béhaine, nom d'une pro- 
priété sise près de Marie, entrée dans la 
famille Pigneaux vers le milieu du xvu* siè- 
cle et qui est encore en ma possession. 

Il n'y a jamais eu, que je sache, de famille 
de Béhaine, et l'évêque d'Adran d'abord, 
mon père ensuite, n'ont pas pris le nom 
d'une famille, mais d'une propriété qui leur 
appartenait . 

Quant aux armoiries que je purte, ce sont 
celles contérèes à. mon airiere-grand père, 



N» 1416. Vol. LXXI. 



L'INTERMÉDIAIRE 



307 



308 



Pierre-Edouard, lorsqu'il fut anobli sous la 1 
Restauration. Elles n'ont rien de commun 
avec celles de la famille Pigneaux. 

Enfin mon père fut fait comte romain par 
bref du pape Pie IX ju 19 mai 187 1 ; il fut 
autorisa à porter ce titre en France par décret 
du orésiden! de la République en date du 25 
octobre 1893. 

J'ose espérer que ces précisions seront de 
nature à satisfaire la curiosité ie Messieurs Le 
Lieur d'Avost et comte de St-Saud, lesquels 
appartiennent évidemment à cette classe de 
la société où les usurpations de titres et de 
noms ont été si rares, que toutes les familles' 
qui en font partie pourraient prétendre à 

monter dans les carrosses du roi s'il y 

avait encore un roi et des carrosses, préten- 
tion que nous n'avons jamais eue. 

Veuillez agréer. Monsieur, l'assurance de 
ma considération distinguée. 

LrFÊBVRE de BÉHAINE. 

Nous remercions M. le comle Lefeb- 
vre de Béhaine des renseignements qu'il 
veut bien nous donner, et que nous pu- 
blions avec empressement. 

Les collaborateurs de V Inia méJiaiie 
se défendent de toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou 
le titre d'une famille non éteinte ». C'est 
notre règle absolue, et notre éminent 
collaborateur, M. le comte de Saint-Saud, 
dont la science égale la parfaite courtoi- 
sie, et l'érudit et obligeant confrère ita- 
lien, qui a pris le pseudonyme de Le Lieur 
d'Avost, sont les premiers à la respecter. 
On ne l'ignore pas dans notre groupe où 
leur collaboration, depuis tant d'années, 
n'a jamais provoqué que des témoignages 
de reconnaissance et de respectueuse sym- 
pathie, mais il nous est agréable de le 
rappeler. 

• M. 

Le comte de Savary, chouan 

(LXXI, 94) — Grand-Louis, dit le comte 
de Savary, était chef des chouans qui 
pillaient l'arrondissement de Segré et 
parti-ulièrement le canton de Pouancé. 11 
fut tué par ses propres soldats, à Vritz, le 
6 frimaire an Vil. (Célestin Port. Dict . 
de Miine-et-Loire). 

Le Vendéen trouvera certains rensei- 
gnements sur GranJ Louis dans le n° du 
8 frimaire an Vil du Journal Ju départe- 
ment de Maine-ct-Ljire. 

Grand Louis mourut au Pin, près de 
Vritz. 

René Vili.es. 



Le citoyen Moreau, commissaire du 
Directoire Exécutif près l'administration 
centrale de Maine-et-Loire, écrivait, le 7 
frimaire an VII, aux Affiches d' Angers : 
» Le nommé Grand-Louis^ qui se quali- 
fiait comte de Savary ou d'incomparable 
chef des royalistes, et qui, à la tête de huit 
à dix scélérats, portait l'épouvante dans 
les cantons de l'arrondissement de Segré, 
a été tué dans le bourg du Pin, canton 
de Vritz (Loire-Inférieure) dans la nuit du 
ç au 6 frimaire, vers trois heures du ma- 
tin ». 

F. UZUREAU, 

Directeur de V Anjou historique. 

Armoiries épiscopales : 4 cotices 

(LXXI. 132). — A en juger par la crosse 
à volute tournée en dedans, il doit s'agir 
d'un écusson d'abbé et non d'évêque. Si 
on indique par les ornements de l'écu à 
quel siècle attribuer ces armoiries on 
pourrait répondre Ce qui est certain, 
c'est qu'elles n'appartiennent à aucun 
prélat (évèque, abbé) français du xix' 
siècle. 

St-Saud. 

Les tiroirs (LXXI, 138). — Le xvi' 
siècle n'apporta pas à la structure du mo- 
bilier l'innovation des tiroirs. Ils exis- 
taient déjà au siècle précédent, mais ils 
portaient un autre nom. On les appelait : 
Layettes, Licites et Léaites. 

Au dire de M. Henri Havard {Diction- 
naire de r Ameublement), ce mot, dans 
l'acception de tiroir, se trouve pour la 
première fois dans l'inventaire du château 
d'Angers dressé en 1471. Ce vocable sem- 
ble même avoir été employé jusque dans 
le dernier quart du xvin» siècle, puisque 
le Dictionnaire de Trévoux imprimé en 
1771 définit le tiroir : 

Petite layette qui se coule et s'emboîte 
dans leï séparations d'un buffet, d'un cabi- 
net, d'une armoire, et qu'en tire ordinaire- 
ment par un anneau, un bouton ou quelque 
chose d'équivalent. 

M. Havard indique encore qu'en 1583 
on voit apparaître le mot tiroir avec la 
signification qu'il a conservée à notre 
époque. II cite : 

Plus uiig buffet sans cornisses avec ses 
deiix tiroyrs de peu de valleur. 

(Inventaire des biens de [ean Lauze 
négociant : Avignon 1583). Au début du 



DES CHIÎRCHEURS ET CURIEUX 



10 Avril 1915 



309 

xvii* siècle, cette dénomination était cou- 
rante. 

Dans la copie que je possède de l'in- 
ventaire du mobilier de Clément de la 
Salle, seigneur de la garde, au lieu de 
Bédarrides, dressé par le notaire François 
Delandes à Avignon, le 12 octobre 1609, 
on trouve fréquemment le mot tiroir en 
lui donnant ^ la fonction et l'usage 
actuels. 

GÉO FlLH. 

» • 

En lîSj, on voit apparaître le mot ti- 
roir avec la signification que nous lui 
donnons aujourd'hui « Plus ung buffet 
sans cornisses, avec ses deux tiroyrs de 
peu de valleur ». {Iiivetit. des biens de 
Jean Laii^c, négociant \ Avignon, 1583). 
f. Une table de bois blanc garnie, avec 
ses deux tiroires fermans à clef, avec son 
tapis drap vcrd. » {Invent, de la Dlle de 
Carrar.res ; Marseille, 1586J. 

Ce n'est pas que les tiroirs fussent 
alors de nouvelle invention et de , 
nouvelle adaptation aux meubles. Ils 
avaient à cette époque plus d'un siècle 
d'existence. Seulement ils avaient jusque- 
là porté un autre nom. Le Dictionnaire de 
Trévoux, imprimé en 1711, définit encore 
le tiroir : ■.< Petite layette, qui se coule et 
s'cmboite dans lesséparations d'un buffet, 
d'un cabinet, d'une armoire, et qu'on tire 
ordinairement par un anneau, un bouton 
ou quelque chose d'équivalent >>. C'est 
ce nom de layette. Un tic ou liette, qu'on 
rencontre non seulement dans les docu- ' 
ments antérieurs au 16' siècle, mais jus- ■ 
qu'au milieu du 17', dans certaines de 
nos provinces, pour désigner le '.iroir. En 
voici la preuve : <.< Unes armoires à deux : 
guischez et à une leaite — Item, ung 
pupitie paint, auquel a deux léaites qui 
se tirent. — Item, une petite establye 
pour ung orfeure, sur laquelle a deux , 
léaites qui se tirent l'une Jeçà^ l'autre de . 
là » [Inveiit. duchdleaii d'Angers, 1471). ; 
i> Ung buffect, aussi de boys de noyer à 
marqueterie, à ung guichet fermant à '. 
clef, garnye d'une layette à coullisse. » ;' 
{fiente des meubles de Claude Gouffier, duc \ 
de Roanr.ès, grand ècuyer de France, ; 
i'572). « Un dressouer de boys de chesne.. 
garny de deux layettes coulisses. » (/«- | 
vent, de Nicolle Lefebvre, femme de Gilles 
Roger, tissutier rubanier ; Paris. 1592). 
« Une table en ouvalle avec son siège et 



310 



une liette, le tout de bois noyer estimé 7 
: livres »«. {Invent, des meubles de dame 
: 5c:ho/'/^ Gi//^/; Viliefranche, 1654). Dans 
le Bordelais, à la même époque, on écri- 
vait' /;><■//(■. On remarquera que ces deux 
termes, tiroir et tirette,sont originaires du 
Midi, et que layette provient de l'Est et 
du Centre. Il est vraisemblable que tiroir, 
dont on fut longtemps sans faire sentir 
\'r final (prononcez tiroi, écrit Richelet), 
s'acclimata à Paris, avec la petite cour de 
Gascons qii'Henri IV amena à sa suite. 
Le certain, c'est que nous le trouvons 
passé dans les usages en 1629. Dans 1V«- 
ventaire de Marguerite Giidin, Jemme de 
Remy Levesque, docteur en médecine, 
dressé à Paris en cette année, on remar- 
que : « Un petit bureau, façon de table, 
garni de plusieurs tirouers de bois nover». 
le beau temps des tiroirs, au reste, était 
venu. La mode des cabinets sévissait alors 
dans toute sa fureur. 

On en faisait à six, à dix, à douze, à 
quinze tiroirs. Celui du roi Louis XllI, 
dont on a retrouvé la description, n'en 
comptait pas moins de vingt et un. Ce 
cabinet historioue était « de bois de brésil, 
à conipartimens profilés d'yvoirc, aiant 
vingt un tiroirs, enfermés par deux bat- 
tans, ornés de six pilastres d'ébène can- 
nelés, de trois lleurs de lis dans trois 
ronds, aussi d'ébène, et dés chiffres de 
Louis XllI » H était »» porté sur un pied à 
quatre colonnes godronnées. surmontées 
de quatre tiroirs fermans à clef /,. 

Nous avons dit plus haut que tirette 
était la locution bordelaise pour désigner 
le tiroir. On trouve, en effet, ce mot avec 
cette signification dans les Inventait es bor- 
delais âts 16" et 17" siècles. « Plus ung 
buflcct fet {sic] de menuyzerye avant deux 
armoyies fermans à chascune une clef et 
deux tirettes, avecq son doussier hault, 
ayans les pilliers cannelles, If tout de 
boys de noyer'. » (Invent, de Margutrite 
des fio/iVs ; Bordeaux, 1589). « Ung banc 
tournis avec sa barre, garny de deux ti- 
rettes avec leurs serrures et clefs. >> In- 
vent, de Piètre de CapdevUle, bourgeois et 
marchand: Bordeaux, isyO- »< Première- 
ment une armoire de bois violet, fermant 
à deux portes, lequel {sic), ayant été ou- 
vert, s'est trouvé composé de douze ti- 
rettes, sçavoir cinq à chasque costé et 
deux au-dessoubz, les toutes fermées à 
clef. » (Invtnt. de Hentv de BJthiine, ar- 



N« 1410. Vol. 



LXXI. 
- 311 



L'INTERMEDIAIRE 



512 



chevêque de Bordeaux, 1680). A partir du 
18° siècle, à Bordeaux, on écrit tiroir. 

On a aussi rencontré, au 17" siècle, en 
bretagne. tirette avec le même sens. « Un 
buffet de boys garny de quatre armoires à 
deux tirettes, garnyes de claveures sans 
cleflfs, priz à 10 liv. 10 sols tournois.» 
(^Invent. de Julienne Andrée^ femme Gai- 
^i«i ; juridiction et paroisse de Miniac, 
1605). 

Nauticus. 



Un vers de La Fontaine (LXXI; 
180). — Ce vers 

Encorque leurs leçons me semblent un peu 

[tristes 
se trouvedans une lettre de La Fontaine à 
Mme la duchesse de Bouillon, Paris, novem- 
bre 1687 ; voir La Fontaine, Œw^rw com- 
plètes, Edition des Grands Ecrivains, tome 
IX, p. 396. Voici ce passage : 

Le mal est que l'on veut ici 
De plus sévères moralistes , 
Anacréon s'y tait devant les jansénistes. 
Encor que leurs leçons me semblent un peu 

[tristes, 
Vcus devez priser ces auteurs 
Pleins d'esprit et bons disputeurs. 
Etc. . 

Albert Ci m. 

Pluriel des mots terminés en 
ant ou en ent (LXXI, 98). -- Les gra- 
phies comme en/ans, pritdens (Interm. 
lofév. 191Ç, col. 98) ont été discutées et 
condamnées ici même, n"^ du 30 déc. 
1905, col. 989, 990 ; 30 aoiJt 1906. col. 
309. Nous n'avons pourtant pas renoncé, 
M. Chevaldin et moi, à l'opinion que nous 
défendions. Manuel d'ortografe simplifiée, 
Paris 1894, p. 34, 55. M. Faguet, estimant 
que l'Académie « a eu raison d'effacer 
cette exception qui n'avait aucune raison 
pour elle>, ajoute : « Plus on efface 
d'exceptions, plus on simplifie ; et plus 
on simplifie, plus on est dans le bon 
sens » . j'ai fait valoir, au contraire. 
Français parlé et français écrit, 3= éd. 
{L'Année linguistique, t. III, Paris 1908, 
p 265-267 \ « cette autre loi non moins 
recommandahle >, de simplification ra- 
tionnelle : « Toute lettre purement éty- 
mologique doit disparaître >. Il y a une 
raison admissible, pour écrire : des />/aw/s; 
c'est que plans existe avec un autre sens. 
Mais le / que la langue parlée a supprimé 



depuis des siècles n'était pas plus raison- 
nablement à rétablir dans enfati{t)s que 
dans sen{t)s, je sen(t}s. je me r/pe7i{t)s, 
n£an{t)nijins, )epar(t)s, tou{t)s, pla[tfond, 
etc., etc. Cette préoccupation pédantesque 
de l'étymologie a fait ajouter ainsi des 
lettres qui n'ont rien d'étymologique 
comme d dans je couds, je mouds, tandis 
que je résous n'a pas subi ce triste sort. 
IVl. Faguet reconnaît qu'en agrémentant 
enfans, prudens, d'un t postiche, l'Acadé- 
mie sortait de son rôle de «< greffier de 
l'usage ». Si elle avait consenti, en ceci 
comme sur bien d'autres points, à nous 
laisser écrire bonnement comme on parle 
chez nous, et comme elle parle elle-même, 
elle nous aurait épargné beaucoup de 
temps perdu, de peines et de dépenses 
inutiles. 

E. Ernault. 

Inlassable ou lUassable (LXXI, 12). 
-• Les «règles » formulées par les gram 
mairiens ne sont que la formule des ten- 
dances dominantes constatées par eux 
dans l'usage, ce maître souverain en ma- 
tière de langue, comme Horace le remar- 
quait déjà. Il n'est guère une de ces ten- 
dances qui n'admette quelques exceptions. 
» Inlassable » n'est pas conforme à l'ana- 
logie de la plupart des mots de formation 
semblable ; mais il rejoint dans la langue 
deux mots formés comme lui, et déjà 
anciens : « inlisible », qu'employèrent 
(v. Littré] Mme de Sévigné, Voltaire, 
d'Alembert ; et « inlouable », dont Littré 
donne un exemple du xiv* siècle et un du 

XVlll'. 

Quant à l'Académie elle n'a pas, que 
je sache du moins, 1 habitude de s'oc- 
cuper des mots franyais, sauf quand elle 
arrive à eux dans le travail de son dic- 
tionnaire. Et ni par son dictionnaire, ni 
autrement, ses avis ne paraissent avoir 
jamais eu grande influence sur l'usage des 
Français qui parlent ou qui écrivent. Elle 
constate cet usage, elle ne le fait pas et ne 
le réglemente pas. 

Ibère. 

Simone ou Simonne (LXIX. 794). 
— Ce n'est pas la finale ne qui marque 
le féminin, c'est la finale e. L'habitude de 
redoubler devant cet e la consonne finale 
du masculin est une bizarrerie orthogra- 
phique sans aucune raison d'être dans la 



DES CHERCHEURS ETCURIBUX 



10 Arril 1915 



î'3 



3'4 



plupart des cas, un des caprices arbi- 
traires dont notre orthographe est en- 
combrée. Aussi voit-on que dans plus 
d'une catégorie de mots le bon sens, non 
moins arbitraire dans ses interventions 
que dans ses concessions au goût des 
complications inutiles, l'a (ait rejeter 
pour un certain nombre de cas, alors 
qu'elle était admise dans d'autres. 

On écrit : coquette , follette, nette, 
Jeannette, etc., mais complète, discrète, 
inquiète, etc , on écrit : sotte, vieillotte, 
boulotte, Charlotte, mais bigote, dévote, 
idiote, Hottentote. 

On a pris l'habitude d'écrire Simone, 
alors qu'on écrit lionne. Tant mieux pour 
Simone, et pour nous. Et souhaitons que 
son exemple soit suivi. C'est dans le sens 
de la simplification, où elle marche à 
grand' peine depuis que l'a gâté le mala- 
droit pédantisme des typographes du 
XVI' siècle, qu'il faut pousser notre ortho- 
graphe, non dans celui de la complication 
sans motif qui rend l'étude de notre lan- 
gue pénible à nos enfants et aux étran- 
gers. 

Ibère. 

Haquebntier (LXXl, 181).— < Ha- 
quebute », ou encore «,< haquebusche » 
était, comme l'mdiquent les dictionnaires, 
le dérivé français de l'allemand « Haken- 
bùchse », boîte à croc ; au xvi" siècle il a 
commencé à être supplanté par << arque- 
buse » (quelquefois »< arbouze »), trans- 
cription de l'italien « archibuso », qui 
avait la même origine que »< haquebute ». 
Les deux mots se trouvent dans les écri- 
vains du XVI' siècle ; puis \< haquebute » 
passa d'usage, avec son dérivé « haque- 
butier », qui est l'exact synonyme d'ar- 
quebusier. 

Ibère. 

Populo (LXIX, 740J. — «Terme bas, 
pour exprimer un grand nombre d'en- 
fants : '< Depuis six ans que vous êtes ma- 
riée, voilà bien du populo ! » (Dictionn. 
de Richelct). De nos jours encore, on en- 
tend dire : Il y a du populo chez nous, 
pour : A la maison, il y a beaucoup de 
petits enfants. 

« Populot » d'après le Héricher, signifie 
petit enfant, littéralement « petit peu- 
ple >. 

Le Dictionnaire du patois normand, de 



H. Moisy, offre le mot « popot » et « po- 
pote », s, m. et f , petit garçon, petite 
fille et comme synonyme de poupon, 
poupée le rattachant au latin puptu^pupa; 
d'où les diminutifs /)(//)m/i« et pupula em- 
ployés aussi au sens de poupée ou figu- 
rine. 

Quelle que soit l'étymologie de « po- 
pulo », les textes dans lesquels se ren- 
contre cette expression familière, avec 
l'acception de petite figure sculptée ou 
peinte (plus strictement, de petite figure 
d'enfant), paraissent être assez nombreux, 
au xvi" et au xvu» siècles. En voici plu- 
sieurs : 
Deux populots tenant une corne d'abondance. 

{Gloss. de l'Hiit. de Paris, 111, 550 ; 
citée par la Curne de Sainte-Palaye). 
1566. 

Sera faict et assis le nombre de cent-deux 
chaires, tant haultes que basses, compfins 
1.1 chaire monseigneui l'abbé, sur laquelle 
sera posé des armoiries portées de deux po- 
pulots. 

(Devis pour la construction des stalles 
de l'église abbatiale de Samt-Ouen de 
Rouen). 

1599 

Aimoyries du roy de France et de Navarre, 
que portaient deux grands poupelofs ; le tout 
painct et taillé à jour. 

pour l'entrée de l'archevêque Ch. de 
Bourbon. 
(Arch. municipales de Rouen ; B. 21, 

fM'5). 
1626. 

Au portail de la cathédrale, refera le bras 
de quatre petits populos qui sont au piez des 
profestes 

(Marché pour la réparation de VArbi' 
de Jessé, au tympan de la principale porte 
de la cathédrale de Rouen. Arch, de la 
S.-lnf., G. 2826). 

Après 1637. 

A Jacques Perdrix, raaistre iculpteur de 
Rouen, pour deux chimbraques (cham- 
branles?) de pierre de Vernon et un po- 
pullo, ouvrage de sculpture, qui sont placei 
à l'entrée du dit parterre.. 

(Travaux à la maison seigneuriale de 
Manneville ou Genetuit, a Colmesnil- 
Monneville, canton d'Offranville, Seine- 
Inférieure). 

Ces derniers exemples ont été recueillis 
par M. Ch. de Beaurepaire pour le Bulle- 



N* 1416. Vol. LXXI. 



L'INTERMÉDIAIRE 



î'5 



3.6 



Un de la Commission des antiquités de la 
Seine-lrtf., t. XII (1900 à 1902), p. 2}- 
25. QU^SITOR. 

Critiquable . Praticab'e . Obli- 
geant. Négligent (LXX, 49). — S'il 
fallait que les linguistes et les grammai- 
riens rendissent compte de toutes les 
anomalies de notre orthographe usuelle, 
ils auraient fort à faire, la fantaisie des 
lexicographes et des imprimeurs auxquels 
on a laissé le soin de la régler étant sou- 
vent assez peu explicable. 

Il est possible cependant de compren- 
dre, historiquement, la différence d'or- 
thographe entre «obligeant » et « négli- 
gent ». « Obligeant » est le participe — 
employé adjectivement — du verbe obli- 
ger ; « négligent »> est un adjectif, issu 
du participe latin « negligens » ; et le 
participe du verbe négliger s'écrit avec un 
a, comme celui d'obliger. 

Pour « praticable » et « critiquable », 
ce qu'on peut dire, c'est qu'il y a deux 
orthographes types pour les adjectifs de 
ce groupe. L'orthographe avec c, em- 
ployée, à l'imitation du latin ou de l'ita- 
lien, pour ceux qui ont été tirés, en réa- 
lité, d'un prototype italien ou latin ; 
l'orthographe avec qu, appliquée instincti- 
vement à ceux qui ont été tirés directe- 
ment du verbe français, et en ont conservé 
la forme. On a même pu — pour tel ou 
tel — hésiter entre les deux orthographes 
(dans le cas de praticable, par exemple, 
qu'on trouve écrit avec qu chez d'anciens 
auteurs), selon qu'on songeait à son pro- 
totype, adjectif italien ou latin, ou au 
verbe son proche parent. 

Ibère. 

Donner (LXX, 794). — 11 est sans 
ioute assez difficile de retrouver où a été 
exprimée, sous une forme qui n'a rien de 
bien frappant, une idée si souvent repro- 
duite, depuis le « Verbum melius quam 
datum >» (« les paroles dont on accompa- 
gne le don valet. t mieux que le don lui- 
même ») de l'Ecclésiaste, et les écrivains 
grecs ou latins, par tant de moralis- 
tes. 

Mais à l'indication déjà fournie du 
texte de CorneilL- on peut ajouter celle du 
livre que Seneque a consacré a l'art de 
faire le bien, De beneûciis ; livre dans le- 
quel, parmi quelques subtilités et beau- 



coup de pensées nobles ou délicates 
abondent les conseils sur la façon de 
doubler le prix des bienfaits et des ser- 
vices, par l'empressement à devancer 
les demandes et la bonne grâce préve- 
nante. 

Ibère. 

Tapabor (LXX, 7). — Le mot Tapa- 
hor n'est pas d'origine récente. C'est la 
corruption du mot cap à bor, chapeau à 
bords. 

C'est un ancien bonnet de campagne 
dont les bords se rabattaient pour garantir 
du mauvais temps. 

On le nommait aussi Buckingham, 
parce que la mode en fut apportée en 
France sous Louis XllI, par les Anglais à 
la suite du duc de Buckingham. 

Albéro. 

» * 

C'est une espèce de bonnet à l'anglaise, dont 
Scarron se sert au livre 8 de son virgile tra- 
vesti pour dire chapeau, ou pour autre chose 
dont on puisse couvrir ta tète. 

Dictionnaire comique, etc., par Phili- 
bert Joseph Le Roux à Lyon MDCCXXXV, 

p. 611. 

« 

• * 
(Suivant Le Duchat, etc., corruption de 
cap à bord) bonnet de campagne dont les 
bords se rabattent pour garantir des mau- 
vais temps. Cette coiffure a été aussi appelée 
buckingham parce que la mode en fut ap- 
portée en France, sous Louis XUl, par les 
Anglais à la suite du duc ds Buckingham. Ce 
mot est vieux et presque même hors d'usage. 
Dictionnaire de* Dictionnaire*, par Na- 
poléon Landais, Paris 1848. 

Ed. Martin. 

Les Clodoches (LXXI, 182). — 11 est 
au bord de l'Oise, à L'isle Adam, au coin 
du pont, un restaurant dont la terrasse 
domine la rivière. Les pommes de terre 
frites y étaient naguère excellentes. La 
patronne en était la femme de Clodoche, 
dont le portrait ornait la grand'salle. Elle 
s'était remariée et son second mari mon- 
trait aux visiteurs le portrait avec orgueil 
et donnait quelques détails biographiques 
à ceux auxquels ce nom ne rappelait 

rien. 

Tout a changé de face 
Depuisquesurces bords les dieux onlamené... 

CuRlOSUS, 



OES CHERCHEURS 



3Ï7 



ET CURIEUX 10 Avril Ifi5, 

3,8 



• •• 1 f 

Voici quelques renseignements sur le ta- 

meux quadrille dont s'occupe H. L. ; ils 

ne sont pas entièrement d'accord avec 

ceux que notre confrère a extraits du 

Figaro du 6 février dernier : 

Un pompier au casque démesuré, à la veste 
trop courte, au pantalon trop largi- ; une 
pècheuie de crevtttes, déguisant sa masculi- 
nité lous des appas extravagant» ; un high- 
lander orné d'un faux nez trognonnant, de 
favoris monstres et de deux énormes dents 
postiches recouvrant la lèvre inférieure ; une 
nourrice normande au bonnet gigantesque 
composaient ce quadrille. 

Le vrai nom de Clodoche était Dutil- 

leul. 

Nauticus. 



Assurance contre la mortalité du 
bétail (LXXl. 184). — Avant 1836 exis- 
tait une très curieuse société d'assurance 
Bétail, son siège était à Toulouse et elle 
était intitulée « Assurances réciproques 
contre la mortalité des Bestiaux, fondée 
par Pierre Barrau en 1805, elle a été li- 
quidée en 1809. 

Pendant les 4 années, il a existé 147 
assurés pour 163.368 fr. de valeurs assu- 
rées, le montant des primes s'est élevé à 
2. 176 Ir. 75. Cette société a été en défi- 
cit pendant 4 années, seule l'année 1808 
a donné un'gain de 360 fr. 63. 

J'ai d'ailleurs rendu compte dans mon 
Histoire de l'assurance, aujourd'hui épui- 
sée, de ces curieuses caisses qui étaient 
au nombre de 4, la caisse de vins pour 
la grêle, fondée en 1801, la caisse des 
Bestiaux dont je viens de parler et la 
caisse pour les maisons fondée en 1805. 
Georges Hamon. 

Levind'Anjou(LXX,5o).— En 1494, 
lecordelier Olivier Maillard prêcha la sta- 
tion de l'Avent dans l'église de Saint- 
[ean-en Grève, à Paris. Les discours qu'il 
prononça à cette occasion, nous ont été 
conservés (Paris, Petit, 151 5). 

Ce sont des satires amères et virulentes 
contre les femmes qui sacrifiaient tout à 
la parure et au jeu ; les bourgeois avares 
qui refusaient un juste salaire à leurs ou- 
vriers ; les rogneurs d'écus ; les femmes 
qui, non contentes d'acheter à la grande 
mesure et de vendre a la petite, donnaient 
encore un coup de pouce à la balance ; 



les marchands répandus dans toutes les 
villes et dans tous les villrges qui trom- 
paient sur le poids et la qualité de leurs 
marchandises, vendant du drap de Beau- 
vais pour du Rouen, du méchant vin pour 
de l'Orléans ou de l'Anjou : 

Dicatis in veritate vos mercatora vint : 
nurnquid datis inlelligere quod vinum tes- 
trum est Aurelianense et Andegavense ? 

Où trouver un meilleur argument en 
faveur de l'antique réputation du vin 
d'Anjou ? 

Au XV' siècle les Parisiens le mettaient 
avant tous les autres sur le même pied 
que celui de l'Orléanais ; c'est le sermon 
de l'éloquent Maillard qui nous l'apprend 
[Union littéraire et artistique du Maine, 
janvier 1893.) 

F. Uzureau. 

Floquet. "Vive la Pologne I — Cette 
rubrique est ouverte à l'Intermédiaire 
depuis longtemps. Ce cri, dont on a tant 
parlé, et qui a été l'objet de tant de po- 
lémiques, n'a plus à présent qu'un carac- 
tère rétrospectif, Le tsar a fait à l'origine 
de la guerre le geste magnanime. Par sa 
volonté, la Pologne, dont la victoire res- 
soudera les tronçons, a retrouvé sa figure 
historique traditionnelle. Nous qui de- 
vions tant souflfrir du démembrement de 
la France, de l'arrachement de l'Alsace- 
Lorraine, comment n'aurions-nous pas 
senti retentir au plus profond de notre 
cœur les plaintes héroïques de la Pologne 
sacrifiée .'' C'est l'excuse de ce cri qui sa- 
lua le tsar lors de sa visite en 1867 et 
qui était plus généreux qu'opportun. Qui 
l'avait jeté .'' Floquet en porta le poids, 
très affecté. La légende lui en était lourde. 
Que la Russie devienne notre alliée et 
les avenues du pouvoir ouvertes devant 
lui, il trouvait encore le souvenir de ce 
qui avait cessé d'être une crâne attitude 
pour n'être plus qu'une fâcheuse imper- 
tinence. 

Avons-nous le secret de l'énigme.'' Notre 
ami Victor Perrot, président du Vieux 
Montmartre, a eu l'occasion de voir chez 
un de ses amis (ancien magistrat des 
plus distingués qui fut secrétaire de Flo- 
quet) le brouillon d'une lettre de celui ci 
à Ranc, fortement raturée, dans laquelle 
Floquet lui-même proteste énergique- 
ment contre cette attribution qui, d'après 
lui^appartiendrait à Gambetta. 



i4i6. Vol, 



LXXI. 

- 3'9 



L'INTERMEDIAIRE 



330 



ypici cette lettre : 

'' ' 10 juin 1887. 

Mon cher Ranc, 

Je icgtette beaucoup le regain de jeunesse 
donné à un vieil épisode. 

Vous le savez, je n'ai jamais songé à mar- 
chander avecla vérité en ce qui me concerne, 
j'ai même subi la légende qui l'a fortement 
'^altérée. Mais, je suis obligé de vous préve- 
nir que vous vous trompez quand vous con- 
iitcster toute intervention de Gambetta dans 
■ le cas en question. 

Je n'en puis parler comme témoin oculaire 
.et elle ne s'est produite qu'au départ du 
' 'cortège impérial, et je n'étais plus là. Mais, 
""tlès les premières heures, le lendemain, 
.■•^Gambetta m'a raconté lui-même, avec sa 
■ 'verve ordinaire, ce qu'il avait fait et dit. 
•' 'J'en ai parlé couramment, et Gambetta aussi, 
avant 1870. 

Depuis 1S70, la maniiestation, purement 
politique, de 1867, ayant été envenimée en 
France même, par les commentaires de la 
pres'^e hostile, transformée contre toute vérité 
en outrage au souverain d'un pays ami, j'ai 
''tout laissé passer, sans mot dire, la person- 
nalité de Gambetta étant autrement impor- 
tante, que la mienne, pour notre Patrie. 

J'ai eu cependant une dernière occasion 
di rappeler les faits à Gambetta dans la 
conversation intime que nous eûmes lors- 
qu'il me proposa la Préfecture de la Seine. 
Je vous le répète, je regrette toute la pu- 
blicité qui vient de se réveiller. Je suis dé- 
cidé à ne pas m'y m^ler, mais, ce que je me 
crois obligé de vous dire, à vous et pour 
vous, je l'affirme formellement. 

Salvetat, qui fut depuis Iréfet de Mar- 
eille.et qui, ce jour là, était avec notre 
grand ami, m'a confirmé cent fois ce récit. 
Charles Floquet. 

D'après Floquet, au moment où le tsar 
montait en voiture, en bas des -.-narches 
delà Cour du Mai, Gambetta se serait 
avancé vers lui et aurait crié « Vive la 
Pologne, Monsieur! » (avec un fort accent 
méridional). 

Voir également, dans la Grande Ency- 
clopédie, l'article biographique sur Flo- 
quet, de M. Louis André, et qui a été cor- 
rigé de la main de Floquet. 

Nécrologie 

Le comte la Fite de Pelleport 
Nous avons la douleur d'annoncer la 
mort glorieuse du comte Wladimir la 
Fite de Pelleport, notre cher et distingué 
collaborateur depuis de longues années. 



Sous les pseudonymes de Nathaniel 
et de Mac-lvor, il a mutiplié, avec au- 
tant de savoir que de bonne grâce, les 
richesses d'une érudition concise et for- 
melle, parfaitement adaptée à notre pro- 
gramme. 

Par son âge, le comte de Pelleport était 
sexagénaire, il n'avait aucune obligation 
militaire, mais son patriotisme l'enflamma ; 
il ne résista pas à l'appel de la France, 
qui le surprit, dans son château de Cham- 
plevrier. 11 demanda un fusil ; il partit le 
2 août, et fit le coup de feu, comme en- 
gagé au 29' d'infanterie, à côté de ses ca- 
marades de vingt ans. 

Les lettres qu'il écrit à sa famille 
respirent la bravoure, l'enthousiasme et 
la foi. 11 supporte avec une vaillance ad- 
mirable, les dures fatigues de la campa- 
gne. 11 entre en Alsace, et c'est sa récom- 
pense. Le 25 août il est blessé à Sarre- 
bourg, la cuisse droite cassée en deux en- 
droits. Mais il peut dire fièrement à sa 
femme : Je me mis conduit en Pelleport. 

Relevé par les Allemands, il écrivait de 
l'ambulance, une lettre donnant aux 
siens la physionomie du dernier engage- 
ment. « Notre capitaine a commandé la 
baïonnette au canon pour charger. Je 
suis tombé aussitôt... » 

Cette lettre est restée inachevée, on l'a 
trouvée sur lui. Ecrite le 25 : il mourait 
le 27. 

11 était porté à l'ordre de l'armée en ces 
termes : 

A donné le plus bel exemple de patriotisme 
en s^ engageant à jp ans pour la durée de la 
guerre. A pris part à toutes les opérations 
du début de, la campagne, faisant l'admira- 
tion du régiment par son endurance, son 
entrain, et la beauté de son caractère.' Le 
30 août à Sarrebourg. s'est précipité à 
l'assaut, en tête de sa compagnie, a eu la 
cuiise et le bassin fracassés par un éclat 
d'obui. Est mort au champ d'honneur. 

Nous saluons avec une profonde émo- 
tion la tombe de ce héros ; nous prions 
respectueusement sa veuve et ses filles 
et son fils qui est sur la ligne de feu et 
n'y fait point mentir le beau sang dont il 
est issu, d'agréer le témoignage de notre 
sympathie et de notre admiration. 

Lt Directeur-gérant . 

GEORGES MONrORGUHlL 

lmp.CxeRc-DANiBt,St-Ani8nd-Mont-Rond 



LXXI Volume Paraissant la lO.ao et ;o de chaque mots 20-30 avril 1915 



M>-.r.Vlctor-Maiii)« 

PAHiS <IX'> Chirchet el ^ 

__ vouf trnuvevi: 3 

Bareaux: ds 3 i6heur(s " 



QDSQUa 




g II te faut 
n tntr'aider 



N" 1417 

31>'-,lr.Vtctor-Maa«é 
PAIIIS (IX') 

Bareaui : d» 3i 6h9aroi 



C 3n î^rtnéMair< 



DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



Q'ItSTlONS RT HRl'OPJSKS 



321 



Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme , et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés di pseudonymes inconnus 
ne seient pas imèrés. 

Pour la précision d»s rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Qiiand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sa'tj exception^ 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou U- 
titre d'une famille non éteinte. 



#iU'6tio»e 



Bismarck et Gortchakofl. — Notre 
savant confrère, M. Ernest Daudet, dans 
la Revue des Deux-Mondes du 15 avril, 
écrit, à propos de « l'Alerte de 1875 » : 

Les deux Empereurs (d'Mlemagne et de 
Rusie] se rencontrèrent à Berlin le il mai, 
A la suite de leur première entrevue , le 
prince Gortchakoff annonçait à ses ambassa- 
deurs, à Paris et à Londies, que la paix ne 
serait pas troublée. Le même jour, le tsar 
écrivait.! une personne de sa famille: « L'ern- 
« porté de Berlin a donné toutes les garan- 
« ties pour le maintien de la paix ». (pp. 91 6- 
7). 

On avait, si je me souviens, raconté 
lutôt que Gortchakofl aurait télégraphié. 



UTTBnAIRE.S, HISTORKiUES, SCIKINTIKKJUKS BT *HT1STH,>L'KS; 
TROUVAll.LKS BT CURIOSITÉS 

■ 322 — 

une phrase signifiant à peu près ceci : 
t J'emporte de Berlin toutes les garanties 
« pour le maintien de la paix ; » et que 
le télégraphe aurait transcrit L'emporté de 
Berlin, ce qui mit le prince de Bismarck 
dans la plus bleue des fureurs quand il 
eut communication de' la dépêche. 

Qu'en est-il de cette version .'' Notre 
confrère pourrait-il préciser ? 

Une vingtaine d'années plus tard, un 
diplomate racontait dans la Quaitaly 
Riviera, peut-être en témoin des faits, la 
suite de l'aventure : Gortchakoll revenant 
il Berlin, Bismarck dut l'inviter à sa table, 
le reçut avec la courtoisie d'usage, et le 
reconduisit, à la fin de la soirée, jusqu'à 
sa voiture, avec toutes les politesses pro- 
tocolaires. 

Mais, au moment où le carrosse em- 
portait le chancelier de Russie, satisfait 
de sa diplomatie et de son diner, Bis- 
marck, levant le bras, brandit le poing 
rageusement dans sa direction, devant 
l'assistance ahurie, qui trouvait que, cette 
fois, le protocole éVait dépassé. 

Etait-ce une réponse au télégramme ? 
Ou la simple rancune d'une politique con- 
trariée f 

Britannicus. 

Le « Journal de l'exil », d'Adèle 
Hugo. — Est-il exact, comme l'annon- 
cent certains journaux, qu'Adèle Hugo, 
fille 'de Victor Hugo, a tenu un journal 
de l'exil, qui a été publié par M. Octave 
Uzanne et dont il n'existerait qu'un seul 
exemplaire ' 

Y. 
LXXI-8. 



N" 1417. Vol. LXXl 



I.'INTERMEUIMRK 



324 



Un Précurseur de l'aviation . 
Pierre Besnier. — Pierre Besnier, 
serrurier, à Sablé iSarthe), qui v est 
mort en 1690, avait, paraît-il, Imaginé 
un système d'ailes en taffetas, qui permet- 
trait de se soulenir dans les airs, en s'en- 
volant d'un lieu élevé. Il fit, parait-il, 
avec succès des expériences publiques 
dans son pays et réussit à parcourir ainsi 
une distance assez considérable. 

Il ne semble pas qu'on ait cité ce nom, 
à propos des initiateurs de 'l'aviation, 
même à l'époque où le célèbre Wright fit 
ses premiersessaisdans lemème pays, près 
du Mans. Que sait-on de cet inventeur ? 
Marcel Baudouin. 

Marquise d'Albert. — Parmi les 
personnes de la Cour qui sont interve- 
nues en faveur du ^lievalier de La Barre 
se trouve une m.i.quise d'Albert. Qui 
était exactement cette dame dont la si- 
gnature approximative est : Darville, mar- 
quise Dalbert ? 

C. 

Le Petit nianteau Bleu. — Cham- 
pion. — La mort de M. Edme Cham- 
pion, l'historien delà Révolution, fournil 
a M. Aulard l'occasion, dans la nécrolo 
gie qu'il lui consacre (La Révolnlton 
française, février-mars 1915, page 167) 
de rappeler que M. Edme Chamjiion était 
le petit-fils du philanthrope, original que 
fut « Le Petit manteau bleu. » 

Mais je tie:is .î rappeler que Edme Cham- 
pion était le petit-fils du philanthrope 
Champion, célèbre à l'époque de Louis-Phi- 
lippe, et de la seconde République, sous le 
nom de Pelit manteau bleu, et qui , le 
21 juin 1791, avait signé, comme secrétaire, 
le manifeste tyrannicide et républicain du 
club des Cordeliers. 

M. Aulard ajoute en note ; 

<« Du moins, M. Edme Champion croit-il 
que le Champion qui signa cette .-iffiche 
était son grand-père. Dans la biographie 
détaillée du Petit manteau bleu, que le 
géologue Gustave Cotteau publia dans 
V Anmiaiie hi'toriqnc du dèpaitcment de 
V Yonne, année 1853, p. 188 et 284 (Bi- 
bliothèque nationale Le 30/531, in 8»), 
on lit que si Champion salua avec en- 
thousiasme l'arrivée de la Révolution, cet 
enthousiasme se refroidit bientôt. Eugène 
Cotteau ajoute ; « En 1791, n'écoutant 



que la générosité de son cœur, il donna 
asile à quelques proscrits dont il ne par- 
tag'^ait cependant pas les opinions ; il fut 
dénoncé comme suspect et jeté en prison, 
il y resta quelques jours, puis fut enfin 
rendu à la liberté. » De quels proscrits 
s'agit-il ? Peut êlre est-ce de quelques- 
uns des républicains poursuivis après la 
journée du i; juillet 1791. 

«En cecas il est difficiled'admettreavec 
Cotteau que l'enthousiasme révolution- 
naire de Champion fut refroidi. Mais Cot- 
teau tient, évidemment, à ne pas présen- 
ter, en 1853, '^ Petit manteau bleu 
comme un républicain. — La biographie 
du philanthrope serait à écrire. >» 

Que sait-on d'intéressant, d'original, de 
personnel sur ce curieux personnage ? 
Quels articles lui furent consacrés à sa 
mort ? Que disaient-ils ? Existe-t-il une 
biographie sur lui, en dehors de celle de 
Cotteau ? 

Existe-il un portrait de lui ? M. 

Pierre David, marquis de Serto- 
ville, en 1665. — Quelque intermé- 
di.-iiriste pourrait il identifier ce person- 
nelle, qui épousa, vers 1663, Marie-Annei 
Poulain, veuve de Jean Magnon, historio' 
;<raphe du Roi ^ Où était le marquisat de 
Sertoville? ce nom ne figure plus au- 
jourd'hui dans aucun dictionnaire géo- 
graphique de la France. Bibl. Mac. 



Joly de Fleury. — Existe-t-il quel 
que part des renseignements sur la per 
sonnalité physique et morale de Guil 
laume-François Louis Joly de Fleury 
procureur général en survivance au Par 
lement de Paris en 1740, titulaire en 
1746.? C. 

Lalanne d'Uzeste — Les deLalanne, 
marquis d'Uzeste, vicomtes de Pomiers, 
barons de Villandraut, etc., ont-ils une 
généalogie imprimée .'' Les dépôts publics; 
renferment-ils, outre le Cabinet d'Hozier] 
qu'on a consulté, des travaux manuscrits:! 
les concernant ? Nous pensons bien que^ 
le si regretté M. Meller de Bordeaux a dd|| 
traiter le sujet qui nous occupe. Mai* 
que sont devenus ses manuscrits ? La ré- 
ponse à cette dernière question intéresse- 
rait beaucoup les fervents de la généalc 
gie, Ai;ribat, 



!' 



DES CHERCHKUkS ET CURIEUX 



20-30 Avril iyi5. 



326 



Lalaune de Navarre — Mcnie 
question que ci-dessus. Ils ciaicnt capi- 
;aines de Saint-Jean Pied de l'ort. 
I Oiijtrouver leur descendance ? 

AURIBAT. 

Lalanae de Six et de Monbet. — 

Même question que ci-dessus. 

AURlBAT. 

MilOD. - M. Turquan, dans son ou- 
.•rage sur les femmes de l'émigration, si- 
gnale a plusieurs reprises parmi les émi- 
grés IM, et Mme de Milon. 

Existe-t-il une généalogie de cette fa- 
nille .? 

Etait-ce à celte famille qu'appartenait 
eanne Milon ou de Milon, morte le 16 
nars 1698, âgée de 60 ans ou environ, à 
{.omagne en Ciermontois, veuve de Ga- 
)riel d'Estocquois, seigneur de Beine î 

Connait-on les ascendants de Jeanne de 
Hilon .- 

A. E. 

Armoiries à déterminer : d'ar- 
gent à 3 tours de sable au mont du 
QÔme, mouvant de la pointe de 
'écu. — Dans un article, qui va pa- 
aitre dans le Bulletin de Société archéo- 
jgique du Périgord, je publie une note 
ur les armoiries gravées d'un certain 
ilaude du Mantet, comte de Lisle. Ce 
entilhomme épousa, en 1785, Marie de 
astillon, tîUedu baron de Mauzevin. Or, 
ans les armes gravées sont accolées à 
elles des du Mantet, celles décrites ci- 
essus. Comme ce ne sont ni les armoi- 
es de la femme de Claude, ni celles de 
j mère et de sa grand'mère, une Blon- 
el de Joigny. et une Cosson, je me de- 
lande quel peut être cet écusson d'al- 
ance. 

Le problème se corse par le fait que 
1. le Comte de Castillon, arrière-neveu 
e Mme du Mantet, possède la matrice 
un cachet portant gravées les armes 
tierchces : 

d'argent à lioii tours Je sable, etc., dont 

n'a jamais pu s'expliquer la prove- 
ancc. Saint-Saud. 

Fer de reliure à déterminer : 
lûmes d'oie. — Je possède un Mezeray, 
dition en 4 volumes in-4°, relié en veau 
Tcien, il offre cette particularité que les 



f armoiries des deux plat» sont diff^entes. 
Le plat supérieur porte les armes de 
l'Université di Paris, le plat inférieur est 
frappé des armoiries suivantes : Jr... aux 
deux plumes d'oie en sautoir, les pointes en 
bas, nouées Je... Couronne de comte — 
ornementation rocaille, palme et bi anche 
de chêne. 

)e désirerais savoir si ces armoiries sont 
allégoriques ou si réellement ce sont celles 
d'une famille. 

R. DE R. 

Ex-libris anonyme à iientifier : 
rois roses. — A qui attribuer l'ex-libris 

suivant : 

Pillé d'or et de gueules de six pièces, à 
hi Jasce d'argent brochante chargée de trois 
roses Je gueules. 

Couronne de comte. Supports ;. deux 
lions. 

R, DE R. 

Ex-Ubris à identifier : Un cerf 
couchant. — A qui attribuer l'ex-libris 
suivant : 

Ecartelé : au \ et .4 : de sahie au chef 
d\i:(ur chargea de trois quintefeuilles d'ar- 
gent. 

Au a et j contrécar lelé : au i et .f de 
gueules à la rose d'or. 

Au 2 et ) d'argent à la ci oix de gueules. 

Sur le tout : d'or au ceif couchant de 
gueules au franc canton d'argent chargé 
d'une main (seneslrc) de gueules. 

Couronne de marquis. 

Qiiantin est muet, la parole est aux 
érudits de l'Intermédiaire. 

R. DE R. 

Plaintes amoureuses de Robert 
Garuier. — Dans l.< Revue de la Renais- 
iii'/ff-, numéro nov.-déc. 190s, sous la ru- 
brique Bibliographie du Xy/' sièc!<' et en 
ci.mptc rendu de l'ouvrage de Her.ii Char- 
don : Rob<rl Carrier, sa vie, ses poèiies 
inédites, on lit sous la signature Un Bi- 
bliophile : 

Je regretie seulement de n'avoir pas su 
qu il cherchait les Pla ntes amoureuses de 
G.irnier... je lui aurais dit que ces Plaintes 
amoureuses n'étaient pas podues... et qu'il 
y a Jeux ou trois ans il en est passé un exeni 
plaire dans une vente à l'étranger... 

Sait-on quelle est la personnalité qui se 



L'INTERMEDIAIRE 



N» 1417. Vol. LXXI. 

• 327 

cachait sous la signature Un bibliophile 
et quelle est la vente de livres à l'étranger 
où aurait figuré les Plaintes amoureuses ? 

Lach. 

Conseil de Patience. — Quel est le 
grec antique, poëte ou philosophe, qui a 
dit le premier ; « Il est inutile de se fâ- 
cher contre les choses, parce que cela ne 
leur fait rien » ? 

Erin. 

« La Chrysalide » — Ce journal qui 
parut en janvier 1799, n'est indiqué, ni 
dans la Bibliographie de Hatin, ni dans 
celle de M. IVlaurice Tourneux (tome V de 
la Bibliographie de l'Histoire; de Paris 
pendant la Révolution) ce serait une suite 
du Phénix qui renaissait de ses cendres 
sous forme de Chrysalide. 

A-t-on conservé des exemplaires de ce 
journal ? d'E. 

Komen, Karolin. — j'ai entendu dire 
■ que la célèbre chanson : Viens, Poiipoule ! . . 
était une adaptation d'une chanson berli- 
npise commençant ainsi : Komen, Ka- 
rolin! (Viens, Caroline). — Pourrait-on 
me donner au moins un couplet de la 
chanson allemande (texte et traduction) .'' 
Si ce n'est pas long, je souhaiterais la tra- 
duction entière, avec divers renseigne- 
ments. Quels sont les auteurs (paroles et 
musique).'' Qui, l'éditeur? C^el artiste 
allemand lança cette chanson, que Mayol 
a popularisée en France.?... etc.. 

L. M. 

Dumanet. — M. Adolphe Aderer, 
sous ce titre : «Le véritable Dumanet » 
dans un intéressant article dans le Temps 
(■22 avril 1Q15) écrit : 

, Ce n'est pas un nom de fantaisie que ce- 

lui de Dumanet, en qui l'on a personnifié le 
soldat français, le camarade de Pitou qui lui 
donne la réplique. Il exista réellement sur les 
contrôles de l'aimée française un soldat Du- 
manet : ses aventures mémorablej ont con- 
servé son nom et l'ont transmis auxgénéri- 
tions successives. 

L'histoire véridique de Dumanet nous est 
racontée dans un ouvrage publié en 1836 et 
intitulé \eDodccatonoa livredes douze, parce 
qu'il avait été écrit par douze auteurs. C'était 
la mode sous Louis-Philippe que ces sortes 
de recueils pour lesquels les éditeurs faisaient 
appel à tous les auteurs les plus réputés. On 



328 



i trouve dans le Dodécirton un proverbe d'Aï 
\ fred de Musset : Faire sans dire, un pro- 
* verbe d'Alfred de Vigny : Quitte pour la 
' peur, des nouvelles ou des récits de George 
( Sand, Mérimée, Loëve '^eimar, Léon Gozlan, 
Emile Souvestre, un anonyme, Alexandre 
Dumas, Jules Janin, Stendhal, et un douzième, 
Dufougeray, qui étonne un peu, comme dit 
Dante, tra cotanio senno, au milieu d'un tel 
savoir, d'une compagnie de si hauts es- 
prits. 

C'est précisément à Dufougeray que nous 
devons de connaître le Dumanet éponyme 
qui pendant de nombreuses générations, a 
donné son nom au soldat français en panta- 
lon rouge et en petite veste. 

Suit l'analyse du livre — ou si vous 
préférez la biographie de Dumanet. 

Est il exact que le surnom de Dumanet 
soit postérieur à cette nouvelle ? Faut-il 
ajoitter crédit aux prétentions de l'auteur 
de révéler un Dumanet authentique ? 

M. 

T'en fais pas. — C'est une expression 
qui se répand dans la littérature héroïque 
des tranchées — c'est l'expression abrégée 
« Te fais pas de bile ». , 

On s'en servait déjà avant la guerre, 
sans doute. Trcuve-t-on cette locution 
familière, populaire, imprimée avant j 
cette époque ? 

D' L. 

Epilé. — C'est un mot créé et qui 
commence à faire son chemin, en oppo- 
sition à poilu. Nous l'avons rappelé 
à la rubrique Poilu, article de 'M. 
Georges Qhnet. 

M. Georges Ohnet l'entend dans la rue, 
en est frappé, soupçonne qu'il aura un ave- ' 
nir,que ce mot désignera celui qui n'a pas 1 
voulu être poilu, celui qui a fui le devoir, 
celui qui est sans poil, Vcpilé. 

Consignons donc ce mot sous une ru- 
brique spéciale. M. 

Embusqué. — C'est un néologisme à 
la mode. Il est écrit ou prononcé avec 
colère, ironie et injustice très souvent, de- 
puis la guerre. 

Ne trouve-t-on embusqué — dans le. 
sens militaire du mot — « emploi en de- 
hors du service actif » que dans le dic- 
tionnaire d'argot de Delesaller Carànotre 
avis, il n'existe, avec cette acception Jans 
aucun dictionnaire français. V. 



DES CHERCHEURS ST CURIEUX 20-30 Avril 1915 



329 



330 



îlcponspô 



Prophéties sur les Hohenzol- 
leru. — On a l'intention de publier un 
travail sur ce sujet. On serait disposé à 
accueillir la collaboration d'une personne 
le possédant déjà, et qui ferait ce travail 
de recherches et de compilation. 

Si quelqu'un de nos collaborateurs peut 
s'en charger, qu'il veuille bien écrire : 
nous transmettrons sa lettre à l'inté- 
ressé. M, 

Comment appellera-ton la guerre 
actuelle ? (LXXl, 89, 18s). — M. Rémy 
de Gourmont nous prend à partie, dans 
la brance du 21 février ( 1), parce que, 
sous cette rubrique, nous n'avons pas 
mentionné « le nom le plus employé en 
France, au moins par l'imagerie, et qui 
est la GRANDE GUERRE. » Nous avons écrit 
à cet aimable philosophe que, n'opérant 
pas en chambre, mais bien dans une salle 
d'hôpital, autour de blessés Loches, nous 
n'avions pas le temps de regarder aux vi- 
trines des libraires pour y transcrire des 
titres de couvertures. IVais voici, au sur- 
plus, comment M. de Gourmont — auteur 
du Cœur yirgiiial — raisonne pour démon- 
trer l'insignifiance de notre scrupule : 

Au fait, est-ce que le soin de nommer 
une guerre appartient aux contemporains .'' 
Est-ce que ce sont les contemporains qui 
baptisèrent la guerre de Cent ans ou même 
la guerre de Trente ans ? Laissons faire 
les historiens. Ils trouveront bien quelque 
chose qui sera accepté par tous. Pour les 
acteurs ou les témoins d'une guerre qui 
retentit dans le monde entier, il n'y a 
qu'un mot acceptable, au moins provisoi- 
rement : LA GUERRE C'est celle-là, celle 
où l'on participe, celle que l'on voit se 
dérouler sous ses yeux, et non une autre. 
La guerre dont nous souffrons est la seule 
guerre que nous connaissions et la seule 
guerre qui nous importe. Un qualificatif 
ne fait que l'amoindrir. Vraiment, il est 
bien inutile de lui chercher un autre nom. 
C'est la guerre, avec ses horreurs, ses 
deuils, ses héroismes et tout ce que les 
Allemands y ont ajouté de barbarie et de 
stupidité. 



(i) A l'article : Les Idées du jour 
ment la nommer ? 



Corn- 



Soit. R. de Gourmont, accoutumé de 
jouter, sous des noms divers, avec des 
idées diverses, a beau jeu de nous faire la 
leçon. La guerre est la guerre, comme il 
dit, mais quand commence pour les « his- 
toriens », le droit de désignation.? Demain, 
ou même aujourd'hui, ou bien dans dix 
lustres ? Nous croyons que notre question 
n'était point si superflue, puisque, aussi 
bien, elle nous a valu une réponse, et une 
solution, de M de Gourmont... 

Camille Pitollet. 

* * 

Du Figaro : 

Quel nom donnera-t-on à la guerre ac- 
tuelle ? Notre « Liseur », nprès V Intermé- 
diaire, posait ces jours-ci la question. Un de 
nos lecteurs y répond : 

... Il me semble difficile de donner, dés à 
présent, un nom définitif à la guerre ac- 
tuelle ; il faut attendre sa conclusion. 

Provisoirement, disons « la Grande Guerre » 
si l'on veut, comme il a été proposé. 

Mais, songeant à la précédente, celle qu'on 
appelait simplement « la Guerre », ou que 
l'on désignait encore par la date, « Soixante- 
dix », pour en bien marquer la différence et 
la résumer en un mot, attendons la fin, qui, 
n'en doutons pas, consacrera le nom depuis 
longtemps gravé dans nos cœurs, et exaucera 
nos espérances, en nous donnant < la Re- 
vanche » I 

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de 
mes sentiments distingués. 

Capitaine B... 
* 
* * 

Du Ccriespondant : 25 mars 191 5 : 

Comment la nommera-ton ?... Hélas I la 
question ne se pose pas pour quelque nou- 
ve .u-née. Et c'est pour la gigantesque lutte 
actuelle que, fidèle à son titre, V Intermé- 
diaire des chercl'.eurs et curieux demande 
un nom ! C'est une dérivation comme une 
autre aux attentes angoissantes, et il va sans 
dire que notre érudit confrère a déjà reçu 
beaucoup de réponses. Voici quelques-unes 
des dénominations proposées : « La guerre 
antigermahique. j' — « La guerre pour la 
Belgique. » — ce La guerre allemande " . — 
ï La campagne de France. » — « La granHe 
guerre. » A mon humble avis, tout cela me 
semble bien compliqué, et le sentiment per- 
sonnel y prédomine un peu trop. Je crois que 
lorsqu'on parlera plus tard de la campagne 
en cours, on dira tout simplement : la 
Guerre. Et personne ne se trompera ni sur la 
date, ni sur les adversaires, ni sur les résul- 
tats. Pendant quarante quatre ans, il n'y a 
eu, dans leur histoire, pour les Français, 
qu'une «guerre tout court, celle de |S70-7I' 
Dans les livre», dans les discours, dans les 



N- 1417- VoJ. LXXI. 

— J3> 

conversations, on disait couramment : 
« Pendant la guerre » ; a Au moment de la 
guerre »,etc. .. et pour un auditeur ou lec- 
teur, il n'y avait pas le moindre doute. Pas 
plus qu'il n'y en a quand on écrit ou qu'on 
parle de /j Révolution..., bien que le terme 
soit devenu, chez nous, un nom commun ! 
Du roste, quiconque peut constater qu'on dit 
déjà sans y manquer : i la guerre de 1870- 
71 », et plus jamais « la guerre » quand il 
s'agit de celle-là. La guerre avec une date, 
c'est de l'histoire- La guerre, simplement, 
absolument, :'e;t le souvenir même d'oij dé- 
coule la vie qu'on est en train de vivre. Et 
si, pendant plus de quarante ans, le mot lui- 
même, sans aucun déterminutil de date, a 
suffi pour nous indiauer exactement de quelle 
guerre il s'agissait, combien plus encore ce 
seul mot suffira pour fixer la pensée sur 
ta période que nous vivons depuis huit 
mois ! Non, décidément, pas d'adjectifs, pas 
d'épilhètes, pas de commentaires: la guerre! 

ça suffit. 

* 
* * 

Depuis quarante ans, nous n avons 
cessé de guerroyer au Tonkin, en Annam, 
au Cambodge, en Tunisie, au continent 
noir, au Maroc. Cela ne compte guère 
dans nos annales de Mars et de Minerve. 
La Guerre tout court, c'est 1870-71. Vic- 
tor Hugo lui a donné une autre empreinte : 
l'Année terrible. 

Il est évident que pour les formidables 
hostilités de 1914-1915 on dira la Grande 
Guerre, comme V Intermédiaire vient de 
l'admettre. Espérons toutefois que la 
France lui adjoindra une autre qualifica- 
tion portant le sens de revanche, mot qui 
d'ailleurs n'aurait pas assez d'énergie. 
La Grande Guerre actuelle devrait aussi se 
dire : V Année vengeresse. 

B. Saint-|ours. 
* 

Vous demandez comment appeler la 
guerre actuelle .'' — A mon avis, elle mé- 
ritera d'être appelée, si les Alliés sont 
victorieux : « la guerre de la délivrance » 
car elle consacrera la délivrance de 
l'Alsace et de la Lorraine, la délivrance 
de la Pologne, la délivrance du joug Turc 



L'INTERMÉDIAIRE 



332 



] de remettre au point deux légers détails 
des communications de nos confrères Ard. 
D... et G... A. 

Le collaborateur Ard. D... a donné 
(col. 109) le récit du miracle de Brébières 
comme extrait de la brochure vendue aux 
pèlerins. Cette brochure, éditée par Pail- 
lart, imprimeur à Abbeville, ne fait que 
reproduire mot à mot un passage de l'ou- 
vrage du P. Letierce, que j'ai cité (col. 
202). Ceci dit simplement pour restituer 
a l'auteur véritable la paternité du récit 
primitif du miracle. 

Monseigneur Dizien, récemment décédé, 
était évêque d'Amiens, et non d'Arras. 

Adr. h. 

Les Allemands, en 1870, ont-ils 
passé sous l'Arc -de-Triomphe, à 
Paris? (LXX ; LXXI, 141, 282). — La 
musique prussienne jouait tous les jours 
sons l'Arc-de-Triomphe. 

Hors certaines femmes, personne ne 
familiarisait dans ces parages. 

Mais je me souviens, pour y avoir pris 
part, de la cérémonie de l'évacuation de 
Paris : malgré la défense qui nous en 
avait été faite, nous étions bien trois cents 
galopins qui, faute de mieux, tenions à 
reconduire les têtes de boches (en 1871 
on ne disait pas les boches — mais les 
tètes de boches, ce qui avait remplacé l'ex- 
pression de létes carrées alors enusage). 

Nous nous étions munis de ces petits 
balais de plumes, encore employés dans 
les campagnes, et du plus près que nous 
pouvions suivre les Allemands, on ba- 
layait le sol — et comment ! 

Une dizaine de nos balayeurs volon- 
taires avaient pu se munir de pelles très 
chauffées sur lesquelles ils brûlaient du 
sucre — le plus populaire des désinfec- 
tants pour l'époque. 

Et l'on criait* 

J'ai V ' aussi donner la fessée — par 
des mains plus dures que les nôtres — à 
des personnes de mœurs faciles et profes- 
sionnelles qui reconduisaient des amis 



pour de nombreuses populations, la déli- \ j'un jour, retournant à leur choucroute, 
vrance du cauchemar provoqué par le mi- 
litarisme prussien, et peut-être aussi : la 
délivrance du Irentin, de Trieste, de l'op- 
pression autrichienne. Ricard. 



Notre-Dame d'Albart (LXXI, 49, 
109, 207, 249). — Je prendrai la liberté 



J'avais conservé longtemps cette ba- 
layette souvenir. Louis Tesson. 

a La Belle Alliance » ia?cription 
sur des casques allom(*nds (LXXI, 
41, 196, 241). — C'est le régiment d'in- 
fanterie n° 87 (i" Nassau) qui porte sur le 



DBS CHBRCRBURS BT CURIEUX 



3«-30 Avril 191;» 



JÎ3 



334 



casque la banderole avec « La Belle Al- 
liance ». Le régiment 88 ,j'Nassau) porte 
« Mesa de Ibor — La Belle Alliance — 
Medellin » et c'est pour rappeler la pré- 
sence de ces régiments à ces batailles, de 
même que Napoléon faisait inscrire le nom 
des victoires sur les drapeaux des régi- 
ments pour récompenser leur valeur. 

Ce sont les seuls régiments allemands 
qui portent sur leurs casques le nom de 
Belle Alliance. Mais les régiments ayant 
une inscription en plus de la devise bien 
connue < Fur Koenig mit Gott und Vater- 
land », sont nombreux dans l'armée alle- 
mande, ainsi que le 1" Bataillon du i''Ré- 
giment de la garde » Kaiser Alexander » 
porte < Semper talis y>. Le i" de grena- 
diers porte la date de « 1655 » tandis que 
le 4' et le 7" de grenadiers porte » 1626 > 
et « 22 mars 1797 > respectivement et le 
9' « Colbert 1807 ». 

En faisant une revue rapide, je trouve • 

Le Régiment de fusiliers n" 73 avec 

< Péninsula-Waterloo ». 

Le régiment de fusiliers n" 74, 77, et 
78 avec » Waterloo » . 

Le régiment d'infanterie n° 92 (Bruns- 
wickois) « Peninsula » avec une tête de 
mort. ' 

Le régiment d'infanterie n" 115 avec 

< 1 (>2 1 ». 

Le régiment d'infanterie n° 164 et 16^ 
avec « Waterloo ». 

Le bataillon de chasseurs n" 10 avec 
« Peninsula » et sur la manche droite 

< Gibraltar ». 

Le régiment de cuirassiers ><GrafWran- 
gel » n* 1} a\ec « Hohenfriedberg 4 juin 

'745 »• 

Le régiment de dragons « Koenig Cari 
I. von Rumanien » n" g avec* Peninsula- 
Waterloo-Gohrde ». 

Le régiment de dragons n" 16 (2- Ha- 
novrien) avec Waterloo. 

Le régiment d'uhlans n°" 12 et 1} (i""' 
et 2- Hanovriens) avec « Peninsula Wa- 
terloo-Garzia Hernandez » . 

Le régiment d'artillerie « von Scharn- 
horst » n" 10 (1" Hanovrien) « Penin-^ 
sula- Waterloo-Gohrde » . 

Le régiinent d'artillerie n" ^(^ (Bas-Saxe) 
les mêmes noms 

Les régiments de hussards portent la 



lande) « Peninsula- Waterloo-El- Bodon- 
Barossa. 

Les hussards du 18' ont la tête de mort 
comine le 2* régiment et portent < Penin- 
sula-Sicilien Waterloo-Mars la Tour ». 

Mais ce qui frappe mon attention, ce 
sont les régiments n" 73 et 79 de fusiliers 
(Prinz Albrecht von Preussen et von 
Voigt-Rhetz, tous deux Hanovriens) qui 
portent comme le ic bataillon de chas- 
seurs, dont j'ai déjà fait la remarque, sur 
la manche droite de la tunique une bande 
d'étoffe Meu clair avec l'inscription « Gi- 
braltar » 

Faut-il croire que ce soit encore une ré- 
miniscenSé du temps que Hanovre appar- 
tenait à la couronne d'.Angleterre, et que 
ces deux régiments prirent part avec les 
troupes anglaises à quelque siège de Gi- 
braltar ? 

America. 

Le pantalon rouge. — LXX; LXXI, 

30, 105, 157, 241). — Je n'ai entendu 
parler pour les hussards que de l'époque 
de la Restauration. Le 4" hussards prit le 
pantalon bleu de ciel en 1818-1820, alors 
qu'il quitte la pelisse et le dolman vert 
pomme et le pantalon hongrois rouge 
pour le dolman et la pelisse garance. 

Le 2« hussards reprit le pantalon bleu 
de ciel, sous Louis-Philippe que portè- 
rent le 8« et le 9» créés en 1840. 

Le 9' hussards fut dissous en 1856. 

En 1860, le 4» hussards quitte le dol- 
man garance et le pantalon bleu de ciel 
pour prendre le dolman gris argentin et 
le pantalon garance. 

En 1860, également, le 8'= hussards 
reçoit le pantalon garance, la pelisse et 
la ceinture sont supprimées pour la troupe, 
toutefois, les officiers continuent à porter 
la pelisse jusqu'en 1870 inclusivement 
dans les huit régiments. 

En 1872, tous les régiments de hus- 
sards ont la même tenue et ne différent 
plus que par le numéro. 

COTTREAU . 

Ordre de l'Armée. Ordre du 
jour (LXXI, 228). — Ordre se dit de la 
publication qui se fait par ordre du géné- 
ral ou du colonel. 

€ Cité à l'ordre du jour » est assuré- 



— •-&■■■■-"•- "- 1 . j — 

banderole sur le bonnet de fourrure, le ment une expression impropre 

n" 15 (Koenigin Wilhelnine der Nieder- 1 On devrait dire : « Cité à l'ordre de 



N' ii(i7. Vol. 



LXXl. 

• ns 



L'INTERMEDIAIRE 



l'armée >», ou... < du régiment » — « cité 
à rordce général du corps expédition- 
naire ». 

Mais, il est certain que, par corruption 
de langage probablement, on a dit éga- 
lement de tout temps : « cité à l'ordre du 
jour », (<•' Cité » ou « mis »J. 

A. N. 

« 

* • 
Eien que .M. Mot;;! ne fasse appel qu'à 
ceux de LOS collaborateurs qui ne sont pas 
sur le front des armées, je me permets, de 
la ligne de feu où je me trouve depuis 
le début des hostilités, d'émettre un 
avis d'ailleurs absolument conforme h sa 
manière de voir. 

« Ordre du jour » constitue un plco 
nasme : un " ordre » est toujours du 
« jour » (du jour où on le dicte). 

Cette expres;iii, il faut l'ajouter, ne se 
trouve nulle pan «ians nos règlements. 

Chaque jour en campa^;iic, les décisions 
du commandement sont notifiées sous le 
titre et dans la forme d'un ordre trans- 
mis à l'échelon immédiatement inférieur, 
lequel à son tour agit de même vis-à vis 
de l'échelon qui le suit, ne lui transmet 
tant que ce qu'il est utile qu'il connais.';;, 
ajoutant les instructions de détail néces- 
saires à l'exécution et ainsi de suite 

A chaque échelon, ces ordres sont 
classés dans des cahiers dits »< Reçistrt-s 
d'ordres» ; c'est la conservation indefi.iie 
de ces documents dms les archives mili- 
taires qui fait que l'on est conduit à y 
mentionner des événements qui par leur 
nature paraîtraient ne pouvoir être ran- 
gés sous cette rubrique, mais pour les- 
quels on désire que soit conservé un té- 
moignage officiel irrécusable. 

De ce genre sont les traits de bravoure 
accomplis : quand, dans un corps de 
troupe, il s'en produit un, le chef de 
corpj en fait l'objet d'un rapport qui gra- 
vit les divers degrés de la voie hiérarchi- 
que ; les actes jugés comme ét.int les 
plus brillants (ceux qui méritent d'être 
portés à la connaissanc-: de toute l'ai mée), 
atteignent l'échelon le plus élevé où ils 
sont < cités » au proci.ain « ordre » ; les 
autres s'arrêtent, suivant la valeur que 
le commandement y attache, au corps 
d'armée, à la division, à la brigade ou 
simplement au régiment ou au bataillon 
(s'il s'agit d'un bataillon formant corps ; 
— on m'excusera si je cite cet échelon 



né - 
c'est 



souvent oublié , c'est que , comme 
M. |osse, je suis orfèvre : j'ai l'honneur 
de commander en ce moment un batail 
Ion de chasseurs alpins devant l'ennemi). 
Maintenant, si l'expression « ordre du 
jour » ne figure pas dans les règlements, 
comment est-elle entrée dans le langage 
courant ? L'ordre quotidien est appelé 
<! ordre du jour » tant que le lendemain 
son successeur ne vient pas lui enlever 
cette dénomination ; quand il y figure 
une citation, c'est par 1' « ordre du jour >» 
qu'elle est portée à la connaissance de la 
troupe ; on estdonc en droit de dire « X... 
est cité à l'ordre du jour ». Ce n'est \Tai 
que pendant 24 heures, mais cela a bien 
été la formule primitive par laquelle la 
noi;\eIle a été annoncée, c'est sans doute 
ce qui lui a fait prendre racine dans le 
langage courant. 

G. DE Massas. 



Maîtrise de la mer (LXXl, 227). — 
Maîtrise, dans l'ancien français maistrne, 
c'est, au sens originel, l'état, la qualité 
demaitre, comme prêtrise, l'état, la qua- 
.;!é Je prêtre ; et il a, tout d'abord, et en 
un temps où il n'existait pas de corpora- 
tions et de maîtres au sens corporatif du 
mot, toute l'extension des sens du mot 
maître. 11 signifie supériorité, excellence 
en tel ou tel art, telle ou telle science ; il 
signifie aussi domination, suprématie. Ce 
dernier sens, sans chercher plus loin, est 
attesté dès le xii« siècle par les exemples 
que cite Litt,ré ; celui-ci notamment tiré 
d'un poème de ce siècle : « Car cuer et 
cors met en vostre miistrie», « car je 
mets mon cœur et mon corps en votre 
domination, je vous les soumets. » Et 
seul ce sens de maistrie ou maîtrise expli- 
que celui qu'a gardé depuis ces temps 
anciens jusqu'à nos jours ic verbe qui en 
est dérivé, « maistrier », « maîtriser ». 
,1, 'emploi du mot maîtrise, comme celui 
du mot maître, dans le sens spécial qu'ils 
ont quand on parle de corporations, tout 
comme leur emploi en matière de grades 
universitaires, maître ès-arts, maîtrise- 
ès-arts, ne sont que des emplois particu- 
liers dérivant d'un des deux sens généraux 
du mot, celuide supériorité, d'excellence. 
Il est arrivé, au tours du siècle, à maî- 
trise, ce qui arrive à bien des mots. Il est 
resté très usité au sens d'excellence et de 



OKS CHKKC HEURS El CURI i'JK 



20-30 Avril 191Ç. 



n7 



3î8 



supérioiitéil l'est devenu b.';u)cou[-) moins 
à celui de domination. Les icxtcs de Pas- 
cal cités par Littié n^ontrcnt qu'il l'ctait 
cependant encore quelquefois au xvii' 
siècle. C'est aussi un cas particulier de 
ce mènie sens que l'emploi signalé en 
1694 par le Dictionhaire Je V Académie : 
maiirise, en parlant des eaux et forêts, 
signifiant non seulement la qualité, la 
fonction de maitre, mais aussi son auto- 
rité, son pouvoir de juridiction : « sa 
maîtrise s'étend jusque-là » Peu à peu 
tombé en désuétude, cet emploi du mot 
maîtrise au sens de suprématie, domina- 
tion, a reparu de nos jours, probablement 
sous l'iutluence du verbe maîtriser, où il 
s'était conservé. Ce bref historique mon- 
tre qu'il remonte à l'origine même du 
mot, et qu'il est parfaitement légitime. 
Des sens, comme des mots eux mêmes, 
la remarque d'Horace est toujours vraie : 
Multa renascenturqiiscjani ceciJere,cadentque 
Qusf nunc suiit in honore vocabula, si volet 

[usus, 
Quem pênes arbitrium est, et jus, et norma 

[loquendi. 
Beaucoup renaîtront qui sont tombés en 
désuétude, beaucoup tomberont qui ont au- 
jourd'hui la vogue, si l'usage le veut,!'rsage, 
qui est l'autorité, la loi, la règle en ma- 
tière de langue. 

Ibère. 

Le pas de l'oie allemand (LXXI, 
182). — 11 ne faut pas oublier que le pas 
de parade ou pas de l'oie n'est pas d'in- 
vention allemande c'est le pas de toute 
l'infanterie européenne aux xvi", xvii", 
xvm'' siècles et pendant une partie du 
XIX' siècle. Ce pas solennel et lent a existé 
aussi en France jusqu'en 1848 au moins, 
sous le nom de pas ordinaire, concurrem- 
ment avec le pas accéléré, lequel a fini 
par être seul en usage et qui convenait 
mieux à la vivacité française. Ce pas or- 
dinaire ou pas de parade était usité aux 
revues et défilés et à certaines manœu- 
vres. Aux siècles passés, l'infanterie, en 
Europe, n'évoluait qu'avec lenteur et par 
des commandements compliques. 

Les guerres de la Révolution et l'usage 
dans loi armées françaises de grandes 
bandes de tirailleurs favorables au carac- 
tère et à l'intelligence de nos soldats ont 
commencé à secouer cette torpeur, mais 
jusqu'à la création des chasseurs à pied 
dont les mouvements souples et rapides 



ont fait, par leur exemple, réaliser dans 
nr,tre infanterie de grandi^ progrès eii ce 
sens, les manœuvres à rangs serrés étaient 
encore lourdes et lentes. 

Kn 1848, on apprenait encore aux re- 
crues de l'infanterie française le pas ordi- 
naire dont la décomposition ressemblait 
fort au pas de parade allemand, je l'ai vu 
exécuter par un des chefs de bataillon 
sous lesquels j'ai servi et qui, entré dans 
l'infanterie comme conscrit en 1848, 
l'avait pratiqué et nous le démontra un 
jour à titre de curiosité. On le supprima 
peu après 1848. 

Tout ce qu'ont fait les Allemands, c'est 
de conserver le pas jusqu'à nos jours, 
alors que les autres armées européennes 
l'ont aboli ou modifié, mais il existe dans 
des armées beaucoup plus anciennes que 
l'armée prussienne. Cottreau. 

Papier-monnaie et monnaies ''■& 
nécessité pendant la guerre de 1914 

LXXI, 20, çi, 1^7, 240). 

Chambres de Commerce 
Agen. — Albi. — Alger. - Amiens. 

— Angoulême — Annonay. — Arras. 

— Auch. — B.iyonne. — Bergerac. — 
Béthune. — Boulogne-sur-Mer. — Bor- 
deaux. — Calais. — Carcassonne. — 
Castres. — Clermont Ferrand. -- El- 
beuf-sur-Seine. — Epernay. - Foix. — 
Laval. — Le Havre. — Lille. - Limoges. 

— Louviers (Tous les bons de cette 
chambre de commerce mis en circulation, 
sont rentrés et ils ont été incinérés, par 
conséquent introuvables). L\on. — Mar- 
seille. - Montauban. — Mont-dc-Mar- 
san. — Mo^tluçon. — Nancy. — Nantes. 

— Périgueux. — Philippeville. — Reims. 

— Roubaix. — Rouen. — Saint-Etienne. 

— Toulouse. — Tourcoing. ~ Valen- 
ciennes. 

ynies 

Bailleul. — Calais. — Denai.i. — 
Douai. — Glageon (Nord). — Lille. — 
Nantes. — Roubaix. — Tourcoing. — 
Valenciennes. 

Communes de l'arrondissement de Va- 
lenciennes. 

Banques privées 

Amiens. — Banque Duvett'-. 

Lille. — Banque d'Emission. 
{ Mines et Chai tonnages • 

i Aniche, — Anzin. — Béthune. — Bruay. 



N» M17.V0ILXXI. 



L'iNTERMfiDIAIRE 



3Î9 



340 



— Courrières. — Lens. — Liévin. — 
Maries. — Vicoigne. 

Etabliisemetits Industriels (Seine-Inférieure) 
Bolbec. — Baudin, Carault et Cie. 

André Forthomme et Cie. 

Fauquet-Lemaitre. 

Manchon- Lemaitre. 

Desgenélais frères. 

E. Tetlow. 

— Lemaistre frères. 



Lillebonne 
Rouen. 



E. P. 



La Caisse d'Epargne d'Angers donne à 
l'Administrateur qui préside chaque 
séance, un jeton d'argent. 

Ces jetons d'argent étant épuisés, et 
vu l'impossibilité pendant la guerre d'en 
faire frapper, ils ont été remplacés par 
des jetons en papier d'un très joli aspect, 
à tirage en deux couleurs, rouge et noir. 
Dans un encadrement de baguettes enla- 
cées de rubans est inscrit : 

CAISSE d'épargne D'aNGERS 

GUERRE DE 1914-191^ 

JETON DE PRÉSENCE 

Séance du Le Président 

ÉCHANGEABLE A LA PAIX 

CONTRE UN JETON d'arGENT 

hauteur 0,075 ^^■ 
larg. 0,100 mm. 
Entre les mots « séance du » et « le Pré- 
sident» est frappé un timbre rond en re- 
lief, réduction de l'ancien jeton de la Caisse 
d'Epargne, Dans une couronne, une ruche 
entourée d'abeilles et pour légende : 

CAISSE d'ÉPARGNEET DE PREVOYANCE ANGERS 

On s'est inspiré, pour le papier, le ti- 
rage et l'arrangement, du texte des billets 
de confiance de la ville d'Angers, émis 
sous la première République. 

Saint -Jean. 

* * 
Grâce à nos infortunés compatriotes 

rapatriés par les Allemands ces dernières 

semaines, après la ruine ou l'évacuation 

forcée de leurs foyers, il m'est permis 

d'ajouter une page à l'enquête ébauchée 

dans l'Intermédiaire sur le papier-mon 

naie né de la guerre. 

Mes documents concernent tout uni- 
quement la ville de St-Qyentin . 

A en juger par ce qui m'est passé sous 
' les yeux, la municipalité de cette mal- 
heureuse cité a émis, depuis le début des 



hostilités jusqu'à aujourd'hui, et pour 
une somme représentant certainement 
plusieurs millions, deux types différents 
de coupures : 

1" Des bons municipaux remboursables 
en espèces à vue sur présentation à la 
Recette Municipale trois mois après la si- 
gnature de la paix. 

(1" émission : 3 août 1914) 
(2« émission ; 3 octobre 1914). 
a) bon de 20 francs : papier bleu, dim. 
135/79 mm. 

b) bon de 2 francs ; papier jaune, dim. 
93/49 mm. 

c) bon de 1 franc : papier gris, dim. id. 

d) bon de o fr. 50: papier bleu dim.id. 

e) bon de o fr. 25, papier blanc, dim.id. 
2° Dfs bons de guerre remboursables 

sur présentation à la Caisse municipale 
six mois après la signature de la paix, 
(une seule émission : 13 février 1915). 

a) bon de 20 francs : papier jaune, dim. 
128/82 mm. 

b) 10 99/62 mm. 

c) 5 _ _ _ _ 

d) 2 — — — — 

e) , _ _ _ _ 
Toutes ces coupures, détachées de car- 
nets à souche et numérotées, sont signées 
du premier adjoint faisant fonction de 
maire : A Gibert, sauf les bons muni- 
cipaux de 20 francs qui portent la griffe 
du conseiller municipal Larcher. 

Aucune inscription n'y rappelle l'occu- 
pation allemande actuellement subie. 
D' P. Olivier, 
médecin aide-major. 

* 
« « 

M. Albert Retout, avocat à Kalé (Al- 
gérie), nous adresse vingt coupures d'un 
franc, émises par la Chambre de com- 
merce d'Algérie — elles sont d'une assez 
jolie composition . 

11 nous demande de les proposer à ceux ' 
de nos collaborateurs qui font collec- 
tion de CCS vignettes, la somme produite 
par la vente de ces vingt coupures devant 
être affectée à une œuvre de bienfaisance 
militaire 

Qui d entre eux, à la faveur d'un sou- 
venir, veut participer à la bonne œuvre de 
notre collaborateur? 

La coui^onne d'or dans les armes 
allemandes (LXXI, 179). — Cette cou- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



ïo-?o Avril 1915. 



34» 



42 



ronne de 4 fleurons d'or alternant avec 
4 perles (3 fleurons et 2 perles sont vi 
sible.<) est réservée dans les pays du Nord, 
en Allemagne, en Autriche Hongrie, en 
Russie, etc., aux membres des familles 
twn- titrées, en possession de la noblesse 
de temps immémorial (noblesse de race, 
Uradel) tandis que les membres des 
familles dont la noblesse tire son origine 
d'un anoblissement (noblesse acquise, 
Briefadel) ont droit à une couronne de 
8 perles dont s sont visibles. La couronne 
à 4 lleiirons et 4 perles est semblable à 
celle qui surmonte les casques, dans les 
armoiries de ces contrées. Plusieurs fa- 
milles italiennes usent aussi dt cette der- 
nière couronne. 

D. V. 

* • 
Un question analogue, à laquelle il n'a 
pas été répondu, a été posée dans le tome 
LXIX (98) au sujet de la couronne d or 
de Malte. 

P. D. 

Le « Fonds des reptiles » (LX.Xl, 
37,). — Je crois que le mot est de Bis- 
marck lui-même qui méprisait parfaite- 
ment les instruments de scandale et de 
mensonge dont il se servait, sauf à faire 
au besoin comme eux et pire qu'eux. 

H. G. M. 

* Inondations tendues » (LXX, 
141). — L'expression « tendue » des inon- 
dations, plusieurs fois e.nployée par les 
communiqués o'.Ticiels militaires, appar- 
tient au vocabulaire technique On la 
trouve déjà dans les Noifs sur la fortifi- 
cation dictées à Sainte-Hélène par Napo- 
léon au général Gourgaud : 

L'ancienne enceinte d'Alexandrie, couverte 
par une inondation artificielle, eût été suffi- 
sante. \jn<t fois l'inondation teniiw , l'entre- 
tien serait de peu d'inipoi tance. 

Nauticus. 

On ne dira plus bâbord et tribord. 
(LXXl, 129) — J'ai lu dans une Vie de 
Monk. le restaurateur de la royauté en 
Angleterre, que sous le protectorat d'Oli- 
vier Cromwell, Monk, général dans l'ar- 
• mée de terre, fut embarqué sur une flotte 
anglaise, et qui; sous son commandement 
fut remportée sur la flotte hollandaise une 



victoire, dans laquelle périt l'amiral Mar- 
tin HappertzTiomp. 

On disait dans ce récit que Monk, ne 
pouvant s'habituer aux termes 'oàbord et 
tribord commandait -.àgaucheoM adroite, 
ainsi qu'il avait coutume d'ordonner a 
ses fantassins ou à ses cavahers. 

L'histo.re où j'ai lu cela est-ce celle de 
< Monk . , par Guizot ? Je ne puis vérifier. 

V.A. T. 

m 
* * 

Consulter le Dictionnaire ptltoresque 
de mâtine, par Jules Lecomte, qui précède 
les quatre volumes de la France maritime, 
Paris, Postal, 18315, in-8°. 

Rosalie, pour désigner la ba'ion- 
netto (LXXl, 229). — Sans toutefois in- 
diquer la date d'origine de ce nom qui 
désigne l'arme si redoutée des boches, il 
est permis de supposer que ce vocable a 
pu être lancé par un exiiCérant »< poilu » 
et que comme la plupart des mots faisant 
partie de l'argot des casernes, il a dû être 
l'apanage d'un groupe de fantassins, pour 
ensuite, en passant de caserne en caserne, 
se généraliser à toutes les armes. 

A mon avis, sans lui attribuer la pater- 
nité de ce nouveau terme, usité depuis 
peu, il faut dire que l'ardent patriote et 
charmant barde Théodore Botrel, qui est 
sur le front depuis le début de la guerre 
où il ne cesse, par ses chansons pleines 
d'espérance et de patriotisme, d'animer le 
courage de nos soldats, est l'auteur d'une 
chanson de roule très en vogue aux ar- 
mées et qui a pour titre : Rosalie. 

Cette rengaine qui se compose de seize 
couplets a paru dans le Bulletin des Ar- 
mée^ du 4 novembre 1914. 

Pour ceux qui ne lisent pas cette inté- 
ressante feuille militaire. qui est pour ainsi 
d\re\e Journal officiel de nos braves dé- 
fenseurs, voici quatre couplets de la dite 
chanson : 

Rosalie, c'est ton histoire 
Que nous chantons à ta gloire 

Verse à boire ! 
Tous en vidant nos bidons 

Buvons donc ! 

On prétend que h mignonne 
Est native de E.iyonne 

Verse à boire I 
Fiir de la Révolution 

Buvons donc ! 



N» 1417. Vol. LXXI. 

343 

Au milieu de la bataille 

Elle pique et perce et taille 

Verse à boire 1 
Pare en tête et pointe à fond 
Buvons donc ! 

Sois sans peur et sans reproches 
Et du sang impur des boches 

Verse à boire ! 
Abreuve encore nos sillons 

Buvons donc ! 

Cette chanson de Botrel, très goûtée 
de nos soldats, a incontestablemen't contri- 
bué à propager ce surnom de Rosalie, qui 
aujourd'hui est aussi bien employé par 
tous les Françuis sans distinction que par 
tous nos « poilus » . 

L. C\PET. 

* 

* • 
Durant 31 ans passés sous les drapeaux 
dans la troupe et à l'Etat-Major, je n'ai ja- 
mais, je crois, entendu désigner la baïon- 
nette sous le nom de « Rosalie », ce qui 
me fait supposer que c'est une appellation 
fort peu répandue, et dont, pour cause, 
l'origine m'est inconnue. 

A. N. 

Breloque ou berloque (LXXI, 229). 

— Terme militaire. Batterie de tambour 
qui annonce le repos, les distributions, 
les corvées... On dit « battre » la s< ber- 
loque » (ou également : »< breloque »). 

A N. 
Même réponse : D. R. 

Les Poilus (LXX; LXXI, Éy, 158, 
297). — Le Figaro a relevé les intéres- 
santes citations de notre collaborateur. 
11 les a fait suivre de cette observation : 

M. Marcelle ajoute que ces deux citations 
sont extraites du Père Loriot. Il se trompe. 
Le père Loriot n'est qu'un simple compère. 
Le martyr de la paternité qu'a peint si forte- 
ment Baljac, s'appelait Goriot. 

La coquille typographique était drôle, 
en effet, mais on ne pouvait pas la rdiever 
avec plus d'esprit. 

* 

* » 
M. L. Dumont-Wilden dans la Revue 
Bleue : 

Les poilus. C'est le nom qu'ils se sont 
donné. C'est le nom populaire et militaire 
du soldat de 1914, et il y a dans ce mot de 
l'ironie, da la blague, de l'héroïsme, de l'at- 
tendrissement, toute une gamme de sentiments 
purement français. Un poilu, pour nos sol- 



L'INTERMËUiAlRB 



344 



dats, c'est quelqu'un qui n'a pas froid aux 
yeux, quelqu'un detrès bien. Pour un chef, 
mériter de ses hommes le nom de poilu, ce 
n'est pas un mince éloge. Comme nous tia- 
versons un cantonnement sous la conduite 
d'un commandant de corps d'armée et de 
quelques-uns de ses officiers d'état-major, un 
soldat m'arrête et me demande, montrant le 
général : 

— Quel est donc ce poilulà? 

— C'est le général l'ranchet d'Espérey. 

— Ah ! oui, celui-là, reprend l'homme, 
c'est un vrai poilu. 

Le général Joffre est le roi des poilus. Le 
roi Albert aussi est un fameux poilu. 

Parmi les poilus, il y en a de tous les gra- 
des et de toutes les conditions. Il y a des 
poilus qui ont de grosses mains de paysans, 
de bonnes faces candides de laboureurs bre- 
tons ou auvergnats 11 y en a aussi qui se 
souviennent vaguement d'avoir porté l'habit 
ncir îux « premières » et d'avoir pris un 
b..in tous les jouis. Il y en a même qui ont 
été jadis des intellectuels orgueilleux de leur 
intellectualité Maintenant, les uns et les au- 
tres ne sont plus que des poilus, c'est-à-dire 
de vrais combattants, par opposition à ceux 
de l'arrière, à ceux des services auxiliaires. 
La guerre de 1914, ce sera la guerre des poi- 
lus et des Boches : gloire aux poilus ! 

* « 
Du Bulletin des Ai mèes : 

Le major d'un rég-iment de territoriale, qui 
se trouvait au dépôt de L..., voyait parfois 
venir à la visite quelques soldats qui ne 
souffraient d'autre mal que d'un peu de 
paresse. Dans ce cas, il ne manquait jamais 
de dicter à l'infiriKier cette mention sibyl- 
line : a Consultation... Hypcrtrichose pal- 
rtiaire », formule qui pourrait se traduire en 
langage vulgaire par : « Poil dans la main *. 

Or, un matin, se présente un territorial 
qui, ne sachant trop quelle maladie prétexter, 
avait feuilleté le cahier de visite : — 
« Qu'avez-vous ? demanda le docteur — Une 
forte hypertrichose palmaire, monsieur le 
major >>, répondit l'homme impassible. 

— Eh bien I dit le major indulgent, quand 
vous serez au front, fâchez d'.ivoir votre hy- 
pertrichose ailleurs 1 

Le mot Boche (LXX : LXXI, 125, 
296). — Du Temps : 

Sans doute en aurons-nous fini avec les 
Boches, que nous aurons encore affaire à 
leur nom. C'est un jeu qui ne plaît pas seu- 
lement aux philologues, mais aux proïanes 
aussi. Nous recevons des consultations toutes 
chargées d'érudition. L'un de nos corres; 
pondants, qui est un épistolier abondant et 
verveux, avait contesté les déductions de 
M. Sainéan. « Boche ne vient pas de ca- 



OBb CHÈRCHBUKi HT CUKiBU;. 



ao ^0 Avril 1915. 



345 



346 



boche >, protestait cet étyraologiste qui 
signe d'un pseudonyme euphonique et sin- 
gulier : « Révérend Bubule ». Il sulfit selon 
lui d'appliquer' la règle de l'aphérèse et il 
conclut : « Boche vient d'Alboche. Alboche 
et Boche sont de Paris. Malgré leur air, ils 
ont pris naissance dans la langue populaire 
et non dans l'argot. > 

Mais doutant peut-être que la loi de l'aphé- 
rèse nous semble une autorité suffisante, 
M. Révérend Bubule en appelait au savoir et 
au jugement de M. Paul Stapfer. Nous avons 
transmis son appel à l'érainent doyen hono- 
raire de la faculté des lettres de Bordeaux, 
qui a bien voulu répondre. Il n'a pas donné 
à sa sentence le ton solennel qui rend si 
plaisants d'autres avis qu'on a vu publier. 
On n'est pas forcément pédant quand on est 
philologue. Et M. Paul Stapfer nous a adressé 
la lettre que voici : 

« Vous » e faites trop d'honneur, et votre 
correspondant aus^i, en m'interrogeant sur 
un point de langue, moi qui depuis plusieurs 
années n'étudie plus guère les questions de 
grammaire ni même de littérature. L'intérêt 
des choses a bien supplanté pour moi celui 
des formes, surtout en ces jours-ci ! 

« Je n'ai aucune doctrine personnelle sur 
l'origine du mot boche ; mais s'il faut avoir 
un avis quelconque, voici 1' « opinion pro- 
bable > à laquelle je me rallierais volontiers. 

< On a dit d'abord c un Alboche » pour 
« un Allemand », par un facétieux emploi 
d'une terminaison qui ne signifie rien, mais 
dont les exemples .ibondent dans la langue 
des jeunes potaches. Ma mémoire ne me 
présentant pas sur le cha p jn de ces exem- 
ples, nous pouvons très bien nous contenter 
de celui que M. Sainéan vous a offert dans sa 
lettre du 29 mars : artiflot pour artilleur. 
La îyllabe flot ne veut rien dire du tout ; 
c'est un non sens, c'est « pour soy rigoler », 
comme eût dit notre maître Rabelais, et je 
pense qu'il en fut ainsi d'abord des deux 
dernières syllabes à' Alboche. 

« Mais des gens d'esprit qui n'aiment pas à 
parler pour ne rien dire ont senti le besoin 
de prêter un sens à ces syllabes. Ils ont dit 
€ un Boche » tout court et ils ont aisément 
rattaché la signification de ce mot à celle 
d'autres qualificatifs du même génie, et non 
moins désobligeants, qui commencent par 
jp B : Bête, Brute, Bêta, Balourd, Bûche, 
tête de Bois, etc. 

« Voilà m;: petite explication, qui n'a pas 
le mérite d'être neuve, car il me semble bien 
avoir lu déjà je ne sais où, et peut être ici 
même, quelque chose d'approchant. 

< Prenez-la pour ce qu'elle vaut, c'. st-à-dire 
pour peu de chose et continuons, mon cher 
confrère, à laiie la guerre avec notre vieille 
plume, puisque, pauvres bras inutiles que 
nous sommes, nous n'avons pas d'autres 



obus pour bombarder ces BiUtes, ces Butors, 
ce? Bélitres, ces ânes Bâiés, ces Bornes, ces 
Blocs, ces Brigands, ces Bandits, ces Barbares, 
ces Boches ». 

Paul Stapper. 

• * 

Dans la communiCtition du collabo- 
rateur Déséglise sur la danseuse excen- 
trique Marguerite la Huguenote — ce 
fut d'abord, je crois, son nom de guerre 
— plus tard Rigolboche, l'origine de ce 
surnom est donnée d'une manière qui, 
d'après mes souvenirs, ne serait pasexîcte. 
Nous avons, en effet, les mémoires de 
cette célébrité d'un jour ; mémoires pour 
lesquels l'auteur présumé eut sans doute 
ce qu'on appellaii: autrefois un « teintu- 
rier », mais enfin il y a bien quelque 
chose d'elle dans ces pages à juste titre 
oubliées. Eh bien, elle raconte que assis- 
tant à je ne sais quelle scène entre femmes, 
elle s'écria amusée « Oh ! que c'est rigol- 
boche ! » Cette transformation canaille du 
mot rigoler ou rigolade, eut du succès et 
le nom resta. 

C'est là, sans doute, un détail bien in- 
signifiant et un écho de littérature du der- 
nier ordre, au-dessous du dernier ordre, 
mais enfin voilà ce qui, d'après des sou- 
venirs de plus d'un demi-siècle, m'appa- 
raît comme étant la vérité. 

H. C. M. 

Nous les aurons (LXXI, 229). — 

Avoir est un terme du bas langage qui 
a tout d'abord été employé par les agents 
de la Préfecture de Police et certains pro- 
fessionnels du sport vélocipédique. Avoir 
se trouve aujourd'hui sur toutes les lè- 
vres ; les enfants s'en servent couram- 
ment dans leurs jeux. 

Ce terme, bien antérieur à la guerre 
actuelle, a de nombreuses acceptions. Il 
signifie tout à la fois : 

1» Arrêter (arrêter un malfaiteur). 
« Nous avons fini par l'avoir près des 
fortifications ». 

2° Atteindre. (Atteindrequelqu'un à la 
course). Très usité chez les enfants. «J'ai 
beau cavaler, je l'aurai tout de même. » 

3° Etre, se rendre maître de. 

Tu peux écrire à la Préfecture; c'est pas 
ja qui m'empêchera de l'avoir quand je \ou- 
drai. 

(Galopin : Enraciniet, 1903). 

Tu voudrais m'avoir ? Pauvre innocent ! 



L'INTERMÉDIAIRE 



N« M17. Vol. LXXI. 

347 

Déplus forts que toi ont essiyé qui ne s'y 
frotteront plus I On ne m'a pas, moi ! C'est 
moi qui ai les autres ! 

(Bernstein : Samson, 1907). 

Je l'ai guetté au tournant et je l'ai eu» 
comme vous dites. ] 

(Kistemaeckers : le Marchand de bon- ] 
heur, 1910). ! 

Prendre, s'emparer de. ! 

Faudra qu'on l'aye avant la rousse. | 

(Bruant : Trois légionnaires, 1911). 

Avoir raison de quelqu'un. 

Je ne me laisserai pas faire. Langouet m'a 
aujourd'hui ; je l'aurai demain, et sans scru- 
pules. Je vais le leur accorder tout de suite 
cette absurde unification des salaires... Et 
dans six semaines, l'ancien tarif ou la porte ! 

(P. Bourget : La Barricade, 1910). 

Terrasser 

Pour l'avoir, faudra la cherrer aux gam- 
bettes ; c'est-à-dire, pour la terrasser, il fau- 
dra la frapper aux jambes. A l'ëpoque de 
ses débuts en France (un lutteur) on pouvait 
encore l'avoir, car il ne connaissait rien de 
notre lutte française. 

(Fie au grand air, 28 mars 1908). 

Vaincre. 

Il serait été avec toi sur la fin du parcourt 
(il s'agit d'une course vélocipédique, qu'il 
t'aurait eu ; il a plus de résistance que toi. 

{Journal,20 août 1902). 

Gustave Fustier. 
* • 

Lors d« la guerre de Sécession, les Su ■ 
distes remportèrent d'abord des victoires 
que les journaux du Nord communi- 
quaient à leurs lecteurs au moyen de 
grandstransparents affichés à leurs portes. 
Les Yankees les lisaient avidement et 
déçus mais non découragés se conten- 
taient de dire en s'en allant ; « We shall 
ham them at lest ». « Nous les aurons à 
la fin ». Voilà du moins ce que m'a conté 
un vieil ami de ce temps-là qui se trou- 
vait aux Etats-Unis au début de ces évé- 
nements. On voit que l'expression répond 
à un état d'âme qui marque la confiance, 
la résolution et la ténacité. N'est-ce pas 
le nôtre? G. Q.— 1. 

* 

N.-D. de Parti, L, II « la Cruche cas- 
sée ». 

«... Les trois qui avaient Gringoire... » 
Il y a quarante et un ans, notre excellent 
professeur de seconde, Portelette, inter- 



348 



rompit sa lecture poar nous .souligner la 
singulière énergie de l'expression dont il 
laissait tout l'honneur à V. H. 

Quelque respectueux que soit mon sou- 
venir pour l'enseignement ds ce maître 
qui fut de « la grande Promotion » de 
Normale, je crois bien que Victor Hugo 
ne fit que donner ses lettres de noblesse 
à une expression populaire et, partant, 
bien française. « ]e le tiens ! » murmu- 
rait Turenneà Salzbach quelques minutes 
avant qu'un boulet vint l'emporter... J'ai 
idée qu'il se fut écrié « Je l'ai I » s'il avait 
eu le temps de développer la manœuvre 
qu'il avait « montée» et qui est restée un 
secret et une énigme pour ses historio- 
graphes. 

SUREI,. 

Henri ÏV a-t-il été un roi popu 
laire? (LXXI, 226). — (".ertainement,dan5 
le Béarn.dont il étaitprince, dans la partie 
de la Navarre dont il était roi, dans la Gu- 
yenne, etdans la Gascogne ! Ce ne sont pas 
les pages de Voltaire qui l'auraient rendu 
populaire dans les Pyrénées où le souve- 
nir de « Noust Henric » est encore si 
vivace. Les assertions de Lavallée méri- 
tent à peine une réfutation, en ce qui con- 
cerne le Sud-Ouest du moins. 

Un Pyrénéiste. 

• « 

Il paraît bien que non, du moins en 
thèse générale. Et lui même le savait, 
Quand on lui montrait le concours du 
peuple qui l'acclamait, suivant l'habi 
tude du populaire d'acclamer qui lui 
plaît sur le moment, le roi répondait : 
« S'il s'agissait de me faire pendre, il 
y aurait encore bien plus de monde à 
venir ». Notre confrère trouvera là- 
dessus un article décisif, — de M. Léonce 
Pingaud, je crois — dans la Revue des 
Qiustions Historiques, d'il y a quinze ou 
vingt ans : [c regrette de ne pouvoir lui 
offrir l'indication exacte. 11 peut consulter 
aussi le livre, un peu trop malveillant 
par système, de M. Alfred Franklin, Le 
Maréchal J'Ancre et la Cour de France. 

Henri IV avait trop d'esprit et de bon 
sens pour réussir absolument. Son édit 
de Nantes, qui fut, non pas une procla- 
mation de principe, mais un expédient 
pour faire vivre ensemble chiens et chats, 
fut aussi médiocrement accueilli des Hu- 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



90-30 Avril 1915 



349 



35° 



guenots que des Catholiques, — d'autant 
que, sur certains points, il fallait resti- 
tuer les biens du clergé, et que ce qui 
est bon à prendre n'est pas bon à ren- 
dre : c'était l'avis, entre autres, de Mes- 
sieurs de Genève, contre St François de 
Sales, à propos du pays de Gex, en Tan 
1603. Henri n'avait pas d'illusions. 

La démocratie aime à faire savoir aux 
Rois ce que les peuples pensent des prin- 
ces. 11 serait bien amusant de lui faire sa- 
voir à elle-même ce que les princes pen- 
sent de leurs peuples. Sans remonter trop 
loin dans le passé, de Henri IV à Napo- 
léon 111, on recueillerait un joli florilège. 
II ne faudrait pas qu'on put dire que l'im- 
pertinence est le monopole des rustres : 
l'égalité ne le voudrait pas. 

Britannicus. 

• * 

Il est exact, on le reconnaît assez gé- 
néralement aujourd'hui, que la popularité 
de notre Henri IV a été plutôt tardive et 
factice . 

H. DE L. 

• • 

Etant au lycée, j'ai eu comme instru- 
ment de travail V Histoire des Français de 
Théophile Lavallée et l'ai conservée au 
même titre. C'est un bon ouvrage moyen 
dont certaines parties, notamment l'épi- 
sode de Jeanne d'Arc, sont tout à fait 
bonnes. Mais je n'ai jamais (ait mien le 
jugementde l'estimable historiensur Henri 
IV. Sans doute il y eut une légende et elle 
remonte beaucoup plus haut que la Res- 
tîuration ; le xviii' siècle, en effet, fit fête 
au Béarnais, peut-être par esprit d'oppo- 
sition à Louis XV, et il suffit d'indiquer 
la Henriade, surtout cette Partie de chasse 
de Henri /K devenue en 1814 une comé- 
die dynastique. Mais légende et intérêt 
bourbonien à part, j'estime que Lavallée 
a singulièrement exagéré en écrivant que 
Henri IV fut haï de son vivant et n'eut 
qu'une popularité posthume. Assurément 
il eut le sort de tous les hommes raison- 
nables dans les temps troublés ou ceux 
qui les suivent, c'est-a-dirc d'avoir contre 
soi les partis extrêmes. Ainsi les Hugue 
nots ne lui pardonnaient pas «on abjura- 
tion, tandis que les catholiques lui en 
voulaient à mort de son Edil de Nantes, 
un des actes les plus sages, les p'.iis répa- 
rateurs de notre hi.-'.oire entière. Mais, 
pris dans sa masse, le peuple avait cor»i- 



cience que grâce à Henri IV, aux longues 
horreurs de la guerre religieuse avait suc- 
cédé une ère de paix et de prospérité 
dont nos annales offrent peu d'exemples. 
Je ne crois pas que le premier roi 
Bourbon ait été vraiment aimé de la no- 
blesse et du clergé, il faisait trop peu pour 
la première et le second se méfiait de lui. 
Mais les petites gens, c'est-à-dire la na- 
tion entière sauf quelques centaines de 
milliers d'hommes, comprenaient ce que 
taisait le roi pour la France. Aussi, y eut- 
il à sa mort une sincère explosion de dou- 
leur ; si donc Henri IV ne fut pas tout à 
fait pour les contemporains le bon roi 
des légendes futures, s'il ne fut pas ap- 
précié à sa pleine mesure, ce qui est la 
loi commune, il y a selon moi une singu- 
lière exagération, et qui m'étonne chez un 
historien aussi modéré que Lavallée, à 
dire et a écrire qu'il fut détesté, haï de 
son vivant. 11 y a là une mise au point 
à déterminer et une rectification qui s'im- 
pose. H. C. M. 

La dépêche du 20 mars 1815 

(LXXI, 226). — Dans un précédent nu- 
méro de \' Intermédiaire, nous avons donné 
la physionomie de Paris dans la matinée 
du 20 mars 181^, d'aprè» une lettre par- 
ticulière. D'autres lettres que nous .-,« 
pouvons reproduire ici, des rapports OHi- 
ciels et des notes de police nou.s font con- 
naître l'agitation qui succéda au calme, 
l'enthousiasme de la population qui rem- 
plaça l'indifférence froide avec laquelle les 
parisiens apprirent le départ du roi et de 
la cour. 

Dès avant midi, Paris s'emplit d'une 
foule toujours grandissante, les militaires, 
jeunes et vieux se hâtaient vers la bar- 
rière, tous ceux qui avaient porté un uni- 
forme « sous l'autre >, l'avaient revêtu 
avec empressement. Les retraités, les 
« oreilles fendues >, les « hors cadre », 
tous semblaient avoir repris de l'acti- 
vité. 

Un général avisant une marchande de 
fleurs achète tous 'es bouquets do violettes 
de son éventairc cl les distribue à ceux 
qui l'entourent ; un autre l'imite ; bientôt 
tous les officiers et soldats sont lleuris. Le 
peuple veut aussi se partr de la fleur 
printanière ; en un clin J'œil les mar- 
chandes sont dévalisées, !cs prix augmen- 
tent, et si bien, qu'un général qui a donné 



N» M17. Vol. LXXl. 
351 



L'INTERMEDIAIRE 



352 



<'4^ 






,f r 




.V 


r ^ 








bO 


■a 


"^v"Z 


3 






0- 





û 




, \f .^ 


00 






le bouquet qu'il portait lui-même à sa 
boutonnière, paye un louis celui qu'il 
parvient, non sans peine à trouver. Qiiand 
« le père la Violette » apparaît, c'est du ' 
délire, et des acclamations formidables 
saluent le drapeau tricolore que l'on hisse 
au dessus du pavillon central des Tui- 
leries. 

L'émotion étreignait les cœurs de tou« 
ceux qui étaient demeurés fidèles à celui 
qui avait fait la France grande et glo- 
rieuse, malgré les durs labeurs, malgré 
les souffrances, malgré les déceptions 
qu'ils avaient eu à supporter. 

Le lendemain, au lever du jour, Abra- 
ham Chappe, qui était arrivé le 20 au 
soir, monta lui-même la dépêche qui an- 
nonçait le grand événement au Télégraphe 
central, et dit aux employés présents : 
« Réjouissons-nous, mes amis, TEmpe- 
« reur est arrivé, je viens de le quitter il 
va peu de temps!... La télégraphie est 
« consolidée pour longtemps. » En di- 
sant cela, ajoute un de ses employés, té- 
moin oculaire, il était animé d'une joie 
facile à décrire. 

Immédiatement les bras des machines 
aériennes se mirent à évoluer et par cen- 
taines, à l'imitation l'une de l'autre, re- 
produisirent les signes que donne le gra- 
phique ci-contre fait d'après celui que 
Chappe remit à ses collaborateurs pour 
télégraphier aux quatre coins de la France, 
sur les quatre seules lignes qui existaient 
alors, la nouvelle de l'entrée de l'Empe- 
reur dans sa bonne ville de Paris. 

LÉONCE Grasiuer. 



Le drapeau conquis à Dijon 

(LXXI.Qi, 191, 255). — Que M. Ar- 
douin-Dumazet permette à un témoin 
des événements de la guerre à Dijon en 
1870-1871, de lui faire remarquer qu'il y 
avait beaucoup d'Italiens dans la brigade 
qui se battit si bien sous les murs de Di- 
jon, en janvier. On entendait parler très 
couramment italien à Dijon par les «< che- 
mises rouges » ; enfin j'ai relevé à l'état 
civil les noms de treize Italiens morts sur 
le champ de bataille ou de leurs blessures 
dans les jours qui ont suivi. Et je n'ai fait 
de recherches que pour les mscriptions du 
20 au 2^ janvier. Il y eut probablement 
d'autres décès plus tard, sans compter 
ceux qui purent se produire dan; les 



3S} 



Dits CHEKCHKUPS Kt CORIKUX 20.30 Avril 1915. 

3S-4 



hôpitaux établis temporairement dans les 
communes voisines. Ce chiflVe de treize 
morts indique un nombre au moins triple 
de blessés et un eftectif total quinze ou 
vingt lois plus considérable. 

H. C. .M. 

Elle était si bell-i sous l'Empire ! 
(LXXI, 228J. — Au.\ temps déjà légen- 
daires, du Panama, Forain donnait au 
Figaro de délicieuses petites esquisses sa- 
tiriques, grandes comme la main, qui 
illustraient le fait du jour. C'est ainsi 
qu'un beau matin il nous présenta une 
Marianne opulente, — trop — ayant dou- 
blé l'âge critique de la quarantaine et 
passée a l'état de bourgeoise « engraissée 
des sueurs du peuple ». Ses admirateurs, 
vieillis aussi, mais cela, ils ne le savent 
p:^s — chuchotaient dans son dos : 
« Qu'elle était belle sous l'Empire ! » 
Evidemment, elle ne ressemblait plus à 
la Victoire de Samothrace : et, do ce 
jour-là, imaginée ou non par l'artiste, la 
remarque narquoise est entrée dans la 
circulation. 

D'autres de ces caricatures malicieuses 

sont restées célèbres à juste titre : La 

Ministresse qui prépare un diner officiel 
et demande à son Ministre : « Ou est-ce 
que nous f. .. rons le nonce .' » Question 
embarrassante que l'on n'a plus à se po- 
ser ; — la jeune élégante, dont le mari, 
banquier, laiuune retraite spirituelle sous 
quelques verrous, et racontant dans un 
fiveo'clock : » Ils ont à Mazas une pe- , 
tite boule de son... .'^vec du beurre frais 
c'est délicieux pour le thé. » 

Mais, il y avait celle-ci que Forain a 
dû oublier, pour excellente cause : Un 
gendarme montre à un Apache un arbre 
dont une branche s'avance droite et raide 
comme un bras de potence : ,< Mon ami, 
une trique vient de pousser à l'arbre dï 
la Liberté. » — C'était pour célébrer 
l'avènement de Casimir Périer à la Pré- 
sidence. Pauvre Casimir : Lui, un gour- 
din en bois de chêne? - L'Histoire dira 
qu'il n'était pas même peint en roseau. 
Britannicus. 
— t 

87' Demi-bvigaùe (LXX 184). — 
La 87- demi-brigade ,/<? h,itjil/e fut for- 
mée en 1795 du !"■ bataillon du 44e régi- 
ment d'infant, (ex Orléans), du y ba- 
taillon de volontaires de la Côte d'Or et 



du 2' bataillon du Loiret, sous le com- 
mandement du chef de brigade Petitot. 

Elle lit partie de l'armée de Sambre-et- 
Meuse, participa aux blocus de Luxem- 
bourg, passage du Rhin, prise de Dietz, 
blocus de Mayence, opérations dans le 
Hunstijck et fut sup;)riméc en 1796. 

La 87" demi brigade de ligne fut formée 
en 1789 des détachements des 22«, 29">,' 
SI'', 75°, 94° demi-brigade de ligne, de 
compagnies de Carabiniers volontaires du 
1" consul et de conscrits, sous le com- 
mandement du chef de brigade Philippon. 

Elle lit d'abord partie de l'armée d'ob- 
servation du Danube et d'Helvétie, puis 
des armées des Alpes et d'Italie (fait d'ar- 
mes : Genola). En 1800, campagne sur les 
Apennins ; armée de réserve de 2' ligne ; 
armée des Grisons. En 1801 elle appar- 
tient à la division d'Helvétie. 

Supprimée en 1803 et incorporée au 
ç" régiment de ligne. 

{L^ historique des coips de troupe de 
l'Armée française de 1569 à 1900 — Paris, 
Berger-Levrault, 1900. Egon. 



Le Dépar emriit du "Var (LXXI, 
178). ^ On a maintenu le nom du dépar- 
tement du Var, bien que la rivière de ce 
nom n'y coule plus, pour ne pas boule- 
verser les habitudes prises, bien que dans 
nombre de cas on ne tienne pas compte 
de cette considération, notamment pour 
les changements de noms Je rue. 

Si pour les limites des départements et 
des arrondissements on tenait compte du 
rayon d'action des chefs-lieux qui ont été 
modifiés par les chemins de fer et les 
routes, il faudrait remanier la carte ad- 
ministrative de lii France. 

A. E, 



Sacrifices humains au Mexique 
(LXXI, 184, 303). — 1) V Histoire fut 
imprimée chezMasson en 1877. 

2) La librairie visée est celle de Ar- 
naud, 26, avenue de l'Opéra. 

Les diners de Madame de Staël 

(LXXI, 216). — Lire : Monsieur de Stacl 
fut député en personne chez M. Kéal... 
M. Kéal vraiment touché, répondit à 
Monsieur de Staël.., 

P, COROIER. 



N« 1417. 



Vol. LXXI. 

355 



LiNTERMÊDlAIRB 



Famille Joflre (LXXI. 231). — Le 
général |offre est originaire du Roussillon, 
que sa famille habite encore. 

Lanooumoisin. 

* 

J'ai un congé militaire délivré à Schlets- 
tat, le 3 octobre 1731, à un soldat de la 
compagnie de Geoflfre, capitaine au régi- 
ment de Champagne, peut-être s'agit-il 
d'un ancêtre de notre généralissime. 



• * 
En 1859, j'ai eu pour Directeur des 

Constructions navales, à l'arsenal de Ro- 
chefort, M. Joffre (Firmin Isidore) qui 
était entré dans le Génie maritime au sor- 
tir de l'Ecole Polytechnique, le 16 Dé 
cembre 1820, ayant alors 21 ans. Re- 
traité en 1864, il est décédé le 23 février 
1878, laissant comme unique enfant, une 
fille, mariée à un officier de marine du 
nom d'Ollivier. 

Le répertoire de l'Ecole Polytechnique, 
par M. C. P. Marielle, mentionne aussi 
un autre Jofîre (Pierre-Joseph), entré à 19 
ans à l'Ecole Polytechnique en 1806, parti 
en 1808, et retraité en 1847 comme colo- 
nel de l'artilleris de terre. 

V. A. T. 

Famille Villaret (LXXI. 259). —Je 
porte aussi ce nom sans particule. Je ne 
crois pas avoir l'honneur d'être parent des 
familles mentionnées à l'article précité de 
l'Intermédiaire, 

J'ai réussi à reconstituer la généalogie 
de ma famille depuis un huguenot tué à 
Coutras, dans l'armée d'Henri IV. J'y ai 
relevé qustre autres militaires, savoir : 

1° François Viliarel, né le 13 mars 
1764, à Saint-Hippolyte (Gard), tué le 1 1 
avril 1800 au combat du Mont du Désert 
(ou de l'Hermette), qui a précédé de 
quelques jours le siège de Gênes par les 
Autrichiens. Il était, depuis le 15 juin 
1799, chef de brigade commandant la 63* 
demi-brigade de ligne. — Voir à son sujet 
les Mémoites de Masséna, tome IV, pages 
113 à 116, et les pages 78 et 79 du 
tome XII des Victoires et Conquêtes. Son 
portrait a été exposé pendant plusieurs 
années au musée de l'Armée, aux Inva- 
lides. 

2° Jean Villaret, né le 7 avril 1793, à 
Ganges (Hérault), entré dans la garde 
Impériale le 27 décembre 1812 ; devenu 



356 

capitaine le 24 août 1838, retraité le 
8 décembre 1844, chevalier de la Légion 
d'honneur le 17 janvier 1833, décédé à 
Ganges le 30 dé«embrc 1873. 

3° iVloïse Villaret, né, le 22 novembre 
178a, à Ganges, décédé le 20 juin 18153, à 
l'hôtel des Invalides, où il avait été admis 
le 12 octobre 1850 comme sei'gent légion- 
naire, après 10 ans et demi environ de 
services efTecti/s et 15 ans de campagnes, 
(ce dernier renseignement m'a été en- 
voyé le 26 juillet 1902, signé du général 
Arnoux, commandant des Invalides, le- 
quel est mort ce même joui). 

4° Albert Villaret, 14 février 1866-14 
nov 1899, '"°" f''^' décédé capitaine 
d'infanterie coloniale. 

Ma famille, qui a été nombreuse, et a 
eu plusieurs branches, est aujourd'hui 
très réduite, et notre noir, va s'éteindre. 
Mais il est porté aussi par plusieurs fa- 
milles homonymes, mais non parentes, du 
Gard et de l'Hérault (notamment). 

Villaret, ingénieur général du génie 
maritime, (du cadre de Réserve) c'est à- 
dire, encore, d'un corps militaire, [e puis 
donc prendre place avec les quatre noms 
précités. 

V. A. T. 

Armoiries au cygne de... (LXXI, 
230). — L'écusson dont il s'agit doit se 
lire : de gueules au cygne d'argent essorant 
et portant au col une couronne d'or.Cs sont 
les armoiries de la seigneurie de Storma- 
rie (Stormarn), qui appartient depuis le 
xi" siècle à la maison de Holstein. Elles se 
retrouvent dans le blason de plusieurs des 
familles souveraines actuelles appartenant 
à cette vieille maison (notamment dans 
les grandes armes de l'empereur de Rus- 
sie), et elles n'y sont pas entrées en suite 
d'un mariage. 

Paul. 

Ordre de la Clé d'Or (LXXI, 230). , 
— La qualification de -^ gentilhomme de j 
la Chambre et chevalier de la Croix d'Or 
de Leurs Altesses Electorales de Bavière et 
de Cologne » donnée à |ean Godefroy de 
Cosson, au milieu du xviii'' siècle, ne se 
rapporte à aucun ordre de chevalerie alors 
existant. 

Les chambellans intimes de la Cour de 
l'Electeur de Bavière à Munich et de la . 
Cour de son frère, à Bonn, l'Electeur 



DES CHERCHEURS 



357 



BT CURIEUX 2»-30 Avril 1915 

3S» ' 



prince archevêque de Cologne, portaient 
en sautoir une clef d'or dans les grandes 
cérémonies de ces deux Cours. 

Cette coutume a été peut-être la raison 
de cette double qualification, donnée au 
gentilhomme du Périgord, signalée par 
notre docte collaborateur Saint-Saud. 
Fromm, de l'Univers. 

Agequodagi* (LXXl, 12, 170).— 
Je copie ce qui suit dans le Dictionarium 
antiquitatum lomanirum et graecarum, in 
usum serenissimi Ddphtniet seienissimorum 
Principum Burgundiae,Andicum, Bituri- 
gum, collcgii, Jigdisit et sermon^ ioallieo 
tedJidit jussu Régis Christian mi M. 
Peirus Danetius, academicus, abbas Sancti 
Nicolai yirdunensis Lutetiae Parisior.im, 
apud viJuam Claudii Thiboust, et Petrum 
Esclassan, juratum bibliopolam, ac typo- 
graphuin Academiae Parisiensis, é regione 
Auaitorii Regii. M.DC.XCVIU Cum pri- 
vilégie Régis : 

Age quo I agis : formule usitée dans les 
anciens lacrifices, qu'on repotoit souvent au 
sacrificateur, afin de le rendre appliqué et 
plus attentif au sacrifice qu'il faisoit : comme 
si on luy eust dit, Ne songe^ qu'à ce que vous 
faites : Ne vous dissipe^ point. 

Nauticus. 



Les Tiroirs (LXXI. ijS, 508). — Le 
mot « tirette >, synonyme de « tiroir », 
est encore journellement employé, en 
Vendée, tou; au moins dans un des pa- 
tois du pays, le patois du pays de Mont 
ou Marais breton. L'armoire étant le meu- 
ble par excellence de toute maison < ma- 
raichère », chacune d'elle possède une à 
deux tirettes, tout comme aux siècles 
passés. 

Mais le mot « tirette *< dérive-t-il de 
«tiroir» ou « tirouer », prononciation 
patoise '1 Ou bien est-ce « tiroir >« qui vient 
de « tirette » ? 

Au premier abord, il semble bien qu'une 
« tirette » soit un diminutif de « tiroir », 
c'esvà dire un petit tiroir. Mais cela n'est 
pas certain du tout. 

A noter que « Claveures ^ , cité pour 
' 1605 en Bretagne, est connue dans le 
! Marais poitevin de nos jours sous la dé- 
nomination de « Claviers », partie spéciale 
; d'un bijou populaire. 

Marcel Baudouin. 



Les académioiens qui n'ont rien 
écrit (LXX, 92). — J'ai vainement cher- 
ché dans les dictionnaires de Larousse la 
citation relative à Bigot et Baudin rap- 
portée par A. B. X. 

Par contre, il est exact que Baudin (des 
Ardennes) n'a jamais été de l'Académie 
française, mais a appartenu à l'Institut, 
section des sciences sociales et législati- 
ves. 

Nauticus. 

* 

DinsV Iconographie de V Académie fran- 
çaise on lit, à l'article Bigot de Préame- 
neu, 

élu membre de la 3° classe de l'Institut, 16 
décembre 7799 
et non pas IJÇ4. 

>< Bella gérant alii ». Auteur latin 
à retrouver (LXIX, 192, 409;. — Je 
signale à Edward Bensly, qui cite dans sa 
réponse le vers d'Ovide .' Bella gérant 
alii, Protesilaus amet {Héroides,ép\tTe XIll, 
vers S4), le vers suivant du même poète 
(Héro'ides, épitre XVU, vers 254) : Bella 
gérant fortes ; tu, Pari, semfier ama. On 
trouve même « alii », au lieu de * fortes » , 
dans certaines éditions de l'auteur des 
Métamorphoses. 

NAUTicus. 

Hymne national monténégrin 
(LXX, 1,92). — Je n'ai aucun scrupule 
à confesser mon ignorance complète de la 
langue serbe; c'est une lacune dans mon 
éducation, que malgré mon grand âge 
je n'ai jamais trouvé le temps de combler. 
Je ne saurais donc satisfaire le désir de 
notre collaborateur le D' M. D. en lui 
donnant le texte original de l'hymne na- 
tional monténégrin ; mais je puis du 
moins lui en offrir une traduction an- 
glaise, telle qu'elle a été publiée tout ré- 
cemment à Londres. Le musicien le 
mieux informé ne peut donner que ce 
qu'il a. Toutefois, si notre confrère peut 
le tenir pour agréable, à cette traduction 
de l'hymne monténégrin, je joins celle 
du chant national serbe, un peu plus com- 
pliqué que le précédent, car il contient, 
de plus que lui, un refrain en chœur, 
comme notre Marseillaise. 

Musicalement, le chant serbe est d'une 
allure martiale, d'un rythme vigoureux 
et fier, en quelque sorte héroïque, comme 



N» 1417. Vol. LXXl. 

-— ÎS9 

il convient à un vrai chant de guerre. 
L'hymne monténégrin, d'une couleur 
moins accusée, d'apparence plus concen- 
trée, est de caractère plutôt mélancolique, 
tout en restant m;'i![: et comme empreint 
de la grandeur farouche des montagnes 
qui l'ont inspiré. 

hymnr oiiiénégrin 
Prince, awake ! O lead us forth, 
From ihy ruineil castle sallying ; 
Hear the nioinitain spirit bwaith, 
Thy genius chides thy dallying. 
Hère below thy people waii, 
bee Ihem roui^d thy casUe gâte, 
Gainstthe Turk once more to strive 
From their land bis host to drive. 

Come, as in the olden years, 
Lead us though the fight be long, 
See thy suffenng peoples, tears ; 
Better far the battle song ! 
Prince awake ! Thy genius calls, 
Foei are near, but hope is steady, 
Hear him ! Hear us ! neath thy walls, 
Linger net, thy folk are ready. 

Chant national serbe 
Long live our King,and ever live our Nation ! 

The God of Justice will hear our call 
From the downlall ihat threatens bette our 

[salvalion : 
His mighty hand be over us ail. 
Chœur 
March on ! March on 1 Comrades f.iithful, 
March on ! March on ! Sworn brothers true. 
The foe shall flee before our onset, \his 
His hateful wiles he soon shall rue (é/j 

Long live our Nation 
Long live ourKing.and ever live our Nation ! 
May the oppressor's vile purpose fail, 
Take up your arms with a sturdy dation, 
Brothers in bivouac and battle, ail bail ! 
Chœur 
March on! March on ! etc. 
Long live our King,and ever live our Nationi 
Fight fur our Monarch and fight for our land 
The throne and its people in closest relation. 
Noble and peasant shall march hand in hand 
Chœur 
March on ! March on ! 

A. P. 

Une chansons polonaise (LXXL 
180). — Cette chanson, vers 1866 ou 
1867, faisait les délices des beuglants de 
province. 

Je suis la Pologne meurtrie 
Je suis celle qui ne meurt pus, 
etc.. 



L'INTERMEDIAIRR 



360 



Peut-être pourrait-on retrouver ce 
chant populaire dans une petite boutique 
sans aucune apparence, formant l'angle de 
la rue Dauphine et de la rue Mazet. On y 
trouve presque toutes les chansons popu- 
laires ; c'est la spécialité de la maison ; 
mais il faudrait savoir le titre exact. 

Ce magasin e.Kistait encore quelques 
jours avant la déclaration de guerre. Je 
suppose qu'il existe toujours^ peut-être le 
propriétaire est-il mobilisé ; on peut tou- 
jours y voir. 

Martelliére. 



j'ai oublié le nom de l'auteur et je ne 
retrouve que deux des quatre vers qui 
manquent au premier couplet dans la 
question, mais voici le 2" et le 5° cou- 
plet : 

Lorsque naguère, aux jours de l'espérance. 
L'aigle partout fit planer nos drapeaux ; 
Avec ton sang et le sang de la France 
Dieu féconda le sol des temps nouveaux. 
Des nations le courage s'empare, 
A l'unité chacune reprend foi, 
Et, comme au temps qu'il ranimait Lazare, 
Dieu t'a crié : « Pologne, lève-toi ! ». 

Des nations solidaires entre elles 

Dieu paternel voulut faire des soeurs ; 

Il en élut qui s. nt des sentinelles 

Criant de loin : dui vive I aux oppresseurs. 

La sentinelle aujourd'hui c'est la France, 

Ce grand pays que l'honneur aime tait. 

D'où peut toujours sortir la délivrance, 

Slaves martyis, la France vous entend I 



Le titre de cette chanson est 
la Pologne. 



L'âme de 
O. N. 



C'est VÀme de la Pologne, cantique. 
Musique de Giovanni Duca, paroles 
d'Edouard Plouvier , Lebailly , éditeur 
rue Cardinal. 6 et rue de l'Abbaye-Saint- 
GermaindesPrés 2 bis. A dû paraître 
pour la première fois en i86j ou 1864, à 
l'occasion de la dernière insurrection po- 
lonaise contre la Russie (186}). 

O. D. 



Notre ami et collaborateur, M. Coinde, 
très obligeamment, offre, à l'auteur de la 
question, le D' Smester, qui pourra le 
faire prendre, un exemplaire de cette chan- 
son, paroles et musique, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



36. 



362 



;o-30 Avril 1915. 



Chansonnette sur la Cigarette 

(LXXI, 181). — Un fort aimable homme, 
que ne rendait certes pas hypoconJre, 
son titre de propriétaire du célèbre Jardin 
Mabille.de l'allée des Veuves, auxChamps- 
Elysées, M. Victor Mabille, publia, en un 
coquet volume petit in-12, à Paris, vers 
1858 ou 1860, et sous ce titre ; Les Ciga- 
rettes, un recueil de vers écrits sans pré- 
tention, mais, tous, fort agréablement 
tournés. 

Peut-être la chansonnette en question, 
pourrait-elle se retrouver, en son vrai 
texte, dans ce volume. 

Je ne saurais toutefois, absolument 
vous l'affirmer, ayant, jadis, commis l'im- 
prudence de prêter mon exemplaire de 
ces susdites Cigarettes, à un mien ami, 
poète de talent lui-même, L. -Xavier de 
Ricard, dans l'existence duquel mon petit 
volume se perdit à jamais, sans laisser de 
trace. Ulric Richard-Desaix. 

Petit sexe iLXX, 35). — A propos 
de physiologie du mariage, un aimable 
collaborateur pourrait-il faire connaître 
pour quelle raison les éditeurs de Balzac 
ont-ils imprimé en mots inintelligibles le 
paragraphe premier de la quinzième mé- 
ditation (page 319 à 321 de l'édition 
Charpentier à Paris en 183%^) 

Cette édition n'est d'ailleurs pas la 
seule où le même paragraphe est écrit en 
mots inintelligibles. Albero. 

Montyon, Moothyon ou Mon- 
thion (LXXI, 232). — Monthion, ortho- 
graphe du Dictionnaire Jet Postes et des 
actes officiels, désigne la commune de 
Monthyon en Brie, canton de Dammar- 
tin, arrondissement de Meaux (.Seine-et- 
Marne). 

Au début de la Révolution, le seigneur 
de ce village était Antoine Jean-Baptiste 
Robert Auget de Montyon, le philan- 
thrope, dont le nom s'écrivit d'abord 
Monthion, ainsi du reste que celui de son 
père et de son grand-père. 

Voici, tirée de l'ouvrage de mon ami 
Louis Guimbaud {Aiiger de Monthyon, Pa- 
ris, Emile Paul 1909, in-8°) une note ex- 
pliquant pourquoi on rencontre, pour dé- 
signer le village ci-dessus et ses seigneurs, 
trois formes d'un même mot, alors qu'en 
pareil cas il est fait habituellement usage 
d'une graphie unique : 



Ce fut longtemps une question, entre les 
érudils du département de Seine-et-Marne, 
ée savoir quelle est l'orthographe histo- 
rique du nom de Montyon ; tandis que M. 
le chanoine Denis inclinait pour le maintien 
de Vh, qui figure d.ins le nom du village de 
Monthvoii, M Pernaiid Labour tenait pour 
la suppression de cette consonne, alléguant 
que jamais M. de Montyon n'avait intercalé 
la lettre h au milieu de son nom. 

(Fernand Labour, M. Je Montyon, Psiùst 
1880, p. 2) 

h;n vérité, c'est M le chanoine Denis qui 
avait raison : non seulement tous les actes 
authentiques antérieurs à la naissance du cé- 
lèbre phlKinthrope porten t l'orthographe. 'Uon- 
thion ; non seulement scS père, grand-père 
et arrière grand-père signaient Monthion, 
mais lui-même, jusqu'à l'année 1771 envi- 
ron, paraît s'être toujours ervi de cette or- 
thographe, qui était d'ailleurs celle de son 
acte de b.iptéme. Nous en citerons, comme 
exemples, la signature qu'il mit au-dessous 
de la formule d'acceptation de son compte 
de tutelle et la pièce intitulée : Acceptation 
du testament de noire père. 

("Archives de l'Assistance publique). 

La première pièce authentique où l'o" 
rencontre l'orthographe Montyon est le cer- 
tificat de vie que notre personnage fit éta- 
blir à Clermont-Ferrand, le 6 février 177 ii 
alors qu'il était intendant d'Auvergne ; il l'a 
signé de Montyon. A partir de cette date de 
1771, ou environ, il continua de signer 
ainsi : mais ses correspondants, et parfoi' 
ses familiers, continuaient d'écrire Monthion- 

Déférant à un usage plus que séculaire et 
auquel Montyon s'est piété — s'il n'en a pas 
été l'initiateur — nous continuerons d'écrire 
Montyon, quand nous parlerons nous même ; 
mais nous écrirons Monthion, quand nous 
citerons des pièces authentiques portant cette 
orthographe. (Op. cit. p. 1 note). 

Ajoutons : 1° qu'il faut écrire Monthyon., 
quand il s'agit du village, et 2" qu'il n'y 
a pas lieu d'exercer un choix parmi les 
trois formes, mais qu'il faut les mainte- 
nir toutes trois, puisque l'usage a attri- 
bué a chacune d'elles un sens particu- 
lier. Albert Catel. 

Absinthe (LXXI. 138, 263;. — On 
trouve dans Pline l'Ancien (livre XXVIl, 
chap. xxviii) de longs détails sur les 
usages, surtout les usages méd.caux, 
que les anciens faisaient de l'absin- 
the, avec laquelle ils soignaient l'es- 
tomac, le foie, la rate, les yeux, •« 
oreilles, la gorge, pansaient les plaies 



N» 1417. Vol LXXI. 
363 



combattaient l'insomnie, arrêtaient l'eftet 
de divers poisons, entre autres de la ci- 
guë, etc. 11 indique la façon de faire la 
décoction et l'infusion d'absinthe. Il ap- 
prend aussi qu'on faisait avec l'absinthe 
une boisson alcoolique — autant que le 
permettait l'état de la chimie d'alors — : 
c'était un vin d'absinthe dont voici la re- 
cette (livre XIV, ch. xi.\) : « on fabrique 
le vin d'absinthe en mettant une livre 
d'absinthe du Pont dans quarante setiers 
de moût, qu'on fail bouillir jusqu'à ré- 
duction d'un tiers, ou en mettant des poi- 
gnées d'absinthe dans du vin. « Ce vin 
avait des propriétés stomachiques. 11 
note aussi que la boisson d'absinthe 
(s'agit-il du vin, de la décoction, de l'in- 
fusion, il ne le dit pas) servait, en une 
circonstance, de récompense publique .■ 
« Dans les fêtes latines, il se fait des 
courses de chars à quatre chevaux au 
pied du Capitole, et on donne au vain- 
queur de l'absinthe à boire, nos ancêtres 
ayant jugé sans doute que c'était assez 
l'honorer que de kii donner pour prix la 
santé. » L'absinthe, amère à l'état de 
drogue, si bien que pour la faire prendre 
aux enfants les médecins, dit Lucrèce 
(I, 935) enduisaient de miel les bords de 
la coupe, semble donc avoir fourni aussi 
des boissons capables de plaire. 

Ibère. 

Bayonnotte (LXXI, 182). — Le mot 
se trouve dans des textes du xvi" siècle. 
Littré en cite un exemple tiré des Bigarru- 
res de Jabomot, qui ont paru en 1572: 
et, comme tous les mots techniques, il a 
dû être en usage longtemps avant de figu- 
rer dans un texte littéraire. Mois il n'a dé- 
signé d'abord qu'un couteau fabriqué à 
Bayonne, comme v< pistolet » désignait un 
couteau fabriqué à Pistoie. Furetière, en 
1690, définit encore la « bayonnette : » 
« Dague, couteau pointu en guise de poi- 
gnard, qui n'a que deux petits boutons 
pour garde, qui est venu originairement 
de Bayonne ». On a commencé, au xvi" 
siècle, sans doute, par se servir occasion- 
nellement de couteaux de ce genre comme 
arme en les attachant au canon du tusil, 
puis on en a fabriqué qui étaient spéciale- 
ment adaptés à cette destination, et l'em- 
ploi du terme a fini par se restreindre à 
ceux-là. La Grande Eyicychpédie signale, 
d'après les mémoires de Puységur, l'em- 



L'INTERMÉDIAIRE 

364 - 

ploi de baïonnettes à fusil 
dats français, en 164 



par des sol- 
en 1042, leur introduction 
régulière dans notre armée à partir de 
1669, l'apparition de la baïonnette à 
douille ver? le temps du traité de Nimègue 
et son adoption en 1703, sur l'initiative 
de Vauban. Ni Richelet, ni Furetière, ni 
l'Académie en 1694 ne mentionnent l'em- 
ploi militaire de la bayonnette. Mais l'édi- 
tion de Furetière de 1701 l'indique, ainsi 
que son emploi dans certaines chasses : 
« Dague, couteau pointu, sorte de petite 
épée longue d'un pied et demi, ou envi- 
ron, qui n'a point de poignée, mais seu- 
lement un manchede boisde 8à 10 pouces, 
et qui n'a que deux petits boutons pour 
garde. La lame de la bayonnette est fcdte 
en forme de lancette, large d'un pouce ou 
deux, longue d'un pied et fort pointue. La 
bayonnette est d'un grand service aux 
dragons et fusiliers, parce que quand ils 
ont fait leurs décharges, et qu'ils se trou- 
vent sans poudre et sans plomb, ils peu- 
vent mettre le manche de la bayonnette 
dans le canon de leur fusil, et s'en servir 
comme d'une pertuisane. Elle est, par la 
même raison, fort utile aussi aux chas- 
seurs qui vont à la chasse de l'ours et du 
sanglier, et de toutes les autres bêtes qui 
viennent au feu ; aussi leurs bayonnettes 
sont-elles plu^ larges que celles des dra- 
gons, afin qu'elles fassent de larges 
plaies ». 

Ibère. 



C'était une dague, un couteau pointu, ou, 
si l'on veut,unesorte de petite épée, longue 
environ d'un pied et demi, n'ayant point 
de poignée, mais seulement un manche de 
bois ou de fer de huit à dix pouces avec 
deux petits boutons pour garde. 

Voir aussi le Dictionnaire des antiquités 
romaines et grecques de Rich V» Sica, 

Gustave Fustier. 

* * 

Le texte cité par L. M. confirme l'éty- 
mologie donnée par le Dictionnaire du 
Larousse, qui le fait venir de l'espagnol 
Baïona, ou baionnetta, qui signifie Gaine, 
petite Gaine, Gainette. 

Ce mot n'est que la transformation du 
bas latin yagiss/i, qui se permute par la 
substitution si commune du V en G Le 
V souvent aussi se transmue en B. On a 
donc Bagina qui se rapproche singulière- 
ment de Baiona. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



îo-jo Avril 1915 • 



36s 



366 



Dans l'inventaire cité, il s'agit bien i 
d'une gaine ou ccrin garni de couteaux et - 
poinsons. Quant au poignard en forme de 
Baynnnette, il s'agit peut-^tre d'un poi- 
gnard dans sa gaine. A moins que déjà, à 
cette époque, on ait désigné le contenu 
par le contenant. 

Martellière. 

« » 

On lit dans la Grande EncvcLipédis, T. 
V. p 2S, que la baïonnette (orthographe 
e.xacte du mot, car on écrivait autrefois 
B.iioiine) n'était dans le principe qu'un 
pûignaid dont on fi.oit le manche à l'extré- 
mité du mousquet et qu'elle était connue 
des la seconde moitié du xvi" siècle. 

Cette réponse, bien que reportant l'em- 
ploi de l'arme à une époque contempo- 
raine de l'inventaire cité par L. M., ne 
définit qu'une acception particulière du 
mot, celle envisagée au second paragra- 
phe du dit invsntaire. Ainsi qu'on peut le 
présumer en se reportant au blason de la 
ville de Bayonne datant du xvii" siècle, la 
baïonnette éta'\i un poignard à la garde en 
croix. Le dictionnaire militaire de Bardin 
renseignerait peut-être exactement sur ce 
point ; je ne l'ai pas sous la main. 

Q.uant à l'interprétation à donner au 
mot dans le premier paragraphe, il mo 
semble que la bayonnette était plutôt un 
étui ou gaine pour \z% couteaux et potmons 
dont B.iyonne avait la spécialité. 

L. Abet. 

« 

C'est le couteau bayonnais qui 3 donné 
naissance à notre bayonnette. En voici la 
définition : « Espèce de poignard dont le 
manche, légèrement conique et sans 
pommeau, pouvait se placer dans le canon 
d'une arme à feu «. 

Je relève la phrase suivante dans Lei 
aventures du baron de Fcenesie, de d'Aubi- 
gné : 

Mais le baron ayant saisi un grand couteau 
bayonnais, qui pendoit lez la braguette de 
Coliiicau, le prrle aux gorges des reiusans. 

Nauticus. 

* • 

Une chronique du midi de la France 
prétend que ce fut durant le siège que 
Bayonne soutint, en 1523, contre les rois 
d'Angleterre et d'Aragon réunis, que les 
femmes de cette ville inventèrent la bayon- 
nette pour défendre les remparts. 

En tout cas, le journal des iciencc mili- 



taires dit que l'on connaissait déjà le mo^ 
bayonnette en 1578, comme signifiant 
une espèce de poignard. 

Enfin, \e Journal de l'Armée, qui parais- 
sait vers 1861;, prétend que ce seraient les 
Malais de Madagascar qui, bien avant que 
la France connût la b.iyonnette, auraient 
donné aux troupes hollandaises coloniales 
le modèle des dagues fixées au bout du 
canon du fusil. 

Cela ne remonterait pas. en tout cas, au 
delà de la première partie du xvi° siècle. 

E. F. 

Ifotes, i:i[oitimiUc'{ «t <î|4ti[ioBtte8 

A propos du mariaga de Jules 
Janin — On sait que « le prince des 
critiques >/ était le gendre de .M. Huet, 
président du Tribunal civil d'Evreux, l'un 
des trois Huet, si connus dans le monde 
judiciaire parisien. Les deux autres frères 
Huet étaient, l'un, vers 1868, avoué à 
Paris, rue de la Paix, 4, et l'autre, Félix 
aussi vers la fin du second Empire juge à 
Neufchàtel-en-Bray, ou il est mort en sa 
maison de la route de Gaillefontaine. Ma 
colluction de brochures comprend un 
opuscule de 1^146, lire à cent exemplaires : 
Pline le jeune et Quintilien, ou l'Elo- 
quence sous la empereurs, par Jules Janin, 
avec cet ex-dono : A mon cher oncle, l'en- 
courageant et le cher avoué Félix Huet. 
Son gros neveu : J. ]. 

Le président Huet avait, en 1841, un 
ami a N'eufchàtel-en Bray, M. Varengue, 
avocat, font la biographie ne serait pas 
sans intérêt, et qui était pourvu d'une 
fort belle bibliothèque. Né à Saint-Saens 
en lyqo, Varengue, mort en 1841, marié à 
Mlle Marais de Beauchamp. Le père de 
celle-ci avait habité Honfleur et était con- 
seiller à la Cour d appel de Rouen. 

J'ai en ma possession une lettre du pré- 
sident Huet, qui parait digne d'être livrée 
à la publicité, quoiqu'elle soit moins in- 
téressante aujourd'hui que le souvenir de 
l'un de ses successeurs sur le siège prési- 
dentiel d'Evreux, d'abord notaire à Caen, 
ancien Juge d'instruction à Beauvais, et 
qui fit procéder à l'exhumation de Reinach 
au cimetière de Nivilliers, ainsi que, sans 
nommer le magistrat, l'a raconté Maurice 
Barrés dans « Leurs figures ». 

Voici la lettre à Varengue ; 



L'INTERMEDIAIRE 



N» 1417. Vol. LXXl. 

367 

< Mon cher ami 
« Notre bonne vieille amitié ne me per- 
met pas de vous faire paît du mariage de ma 
fille avec M. Jules Janin par un simple billet, 
et ce n'est pas trop à mes yeux d'une auto- 
graphe de ma plus belle écriture, pour vous 
annoncer le Grand Evénement de ma vie. En 
plaçant le bonheur de nii fille sous les puis- 
santes garanties de l'esprit, du cœur, de 
l'honneur et ducar..ctèic d'un homme aussi 
distingué que M. Janin, je lui ai assuré un 
heureux et brillant avenir. Les assurances que 
sont venues m'en donner nos Grandes illus- 
trations ministérielles, politiques, littéraires 
et judiciaires ont été bien douces à mon 
cœur, et je suis très satisfait de pouvoir en 
cette occasion vous redire tous mes senti- 
ments pour vous et toutes mes amicales 
obéissances. 

HUET , 

Paris, 18 octobre. 
Mes plus sincères hommages à Madame, 
S. V. P. 

Monsieur Waréngue (sic), avocat, 

Neufchâtel (Seine-Inférieure) 

P. c. c. F. Clérembray. 



La question des loyers en 1652. 

— Autrefois, dans la première moitié du 
xvii" siècle, notamment, lorsque le peuple 
avait à souffrir de la dureté des temps, il 
n'était pas rare de voir le Parlement saisi 
de requêtes tendant à la remise de toutou 
partie des loyers. 

Voici le texte de l'une de ces requêtes, 
présentée le 19 juin 16^2 au Parlement, 
par les marchands, bourgeois et artisans 
de la Ville de Paris, pour la diminution 
d'une demi année des loyers des maisons, 
chambres et boutiques. 

A Nosseigneurs de Parlement, 
Supplient humblement Jacques Motteron, 
Jacques Rougnon, Guillaume Bourgeois, etc., 
(suivent quatre-vingt-dix autres noms) touts 
marchands bourgeois et artisans de cette 
ville de Paris, demeurant tant sur las ponts 
Sainct-Michel, au Change, rue de la Ba- 
rillerie et es environs du Palais et lieux 
adjacents, principaux locataires et sous-lo- 
cataires des maisons, chambres et bouti- 
ques scizes et scituées cs-dits lieux ; di- 
sans que quelques particuliers, au ruois de 
mars dernier, auroient présenté leur tequeste 
à la Cour, tendante à ce qu'à cause des 
troubles qui sont dans le royaume et que le 
Commerce a cessé universellement par tout 
ledit royaume et en autres lieux circonvoisins 
d'iceluy, au moyen de quoy les supplians,qui 
n'ont autres revenus pour le maintien de leur 



368 



famille que leur traficq ordinaire, et leque 
n'ayant plus de lieu, ils sont réduits à un* 
extrême disette, ne pouvant avoir moyen d'' 
vivre ni subsister. Pour raison de quoy, i's 
requeroient par la susdite requeste qu'ils fus- 
sent deschargez des loyers qu'ils pouvoie"' 
debvoir du terme de Noël à Pasques ; mais 'a 
Cour n'ayant voulu prononcer deffinitive 
ment, elle auroit renvoyé les dits particuliers 
à eux pourvoir par devant le Prévost de 
Paris qui auroit donné jugement tout ambigu 
et insoustenable, puisque par iceluy il est 
favorable aux uns et non aux autres ; ce qui 
auroit donné sujet d'appel tant d'icelle sen- 
tence que des exécutions faites sur les biens 
des supplians ; et par ainsi la Cour sera tou- 
jours importunée si elle n'en retient la con- 
noissance et ne donne arrest deffinitif. Ce 
considéré, nos seigneurs, attendu qu'il vous 
appert de la nécessité publique causée par 
l'effet de la guerre que les supplians n'ont 
autre moyen de vivre et entretenir leur pauvre 
famille que leur traficq ordinaire, et lequel 
ayant cessé, comme il est notoire, ils sont 
réduits à une disette extrême, joint que la 
pluspart du temps, leurs boutiques sont fer- 
mées, estant obligés d'avoir les armes sur le 
dos et faire garde aux portes ; aussi que les 
propriétaires des maisons et boutiques qu'ils 
occupent, tirant des louages excessifs, pou- 
vant mieux subsister qu'eux ; aussi qu'il ne 
seroit pas raisonnable qu'ils fussent exempts 
d'essuyer en partie le mauvais temps pr<fsent, 
il vous plaise de vos grâces ordonner que les 
dits supplians seront deschargez des loyers 
dudit terme de Pasques passé, comme aussi 
de celui deSainct-Jean mil six cent cinquante- 
deux, avec deffence auxdi propriétaireset sous- 
locataires de faire faire aucune contrainte 
pour lesdits termes de Pasques et Sainct- 
Jean, jusq ues à ce qu'autrement par la Cour 
en ayt esté ordonné. Et vous ferez bien. 

Parlent sommairement les parties à Maistre 
Le Nain, conseiller du Roy. 

Fait et; Parlement le iq jour de juin 1652. 

Cette pièce a été insérée par M. Edouard 
Fournier dans ses Vm iétés historiques et 
litiérairei (VU, 61). Notre regretté colla- 
borateur n'a pu retrouver l'arrêt du Par- 
lement ayant trait à cette requête. On 
pourra lire dans ce même tome des Fa- 
riétés d'autres requêtes et arrêts relatifs à 
cette question des loyers. 

Gustave Flistier. 



L.t Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUBIL 

Imp.CuRC-DANiEi.,St-Araand-Mont-Rond 



XXI Volume Hatamant la lo.to et io de chaque mois 



lo mai 1915 



f-.r.VIctor-MnaaA 

P4IMg (IX't Chtrcht* tt 

__ vouMtrouver.t 

iiresDx ds S i6beares 



qDSQOB 




g n »! fay.t 
a tntr'aider 



N» 1418 

31>",r.Vlctor-Masaé 



€ ^nitxmihïaïxt 

OES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



'.«TIO.\S KT RRFONSKS MTTÉRAIRKS, HISTORIQUES, SCIBNTIKiyUK'i ET ARriSTIQ>UES 



TROUVAILLES ET CURIOSITES 



369 



Avis à nos Abonnés 

Nous nous permettons de rappe- 
sr à nos abonnés qu'il n'a pas été 
ait de recouvrements cette année, 
in raison des circonstance -, et que 
'apparition del'INTERMÉDIAIRE 
lépend do leur bonne volonté. 
Ions sollicito s ceux d'entre eux 
ui désirent que le recouvrement 
e leur abonnement échu soit fait 
aria poste, à leurdomicile, de bien 
ouloir nous faire l'honneurde nous 
n aviser. 



Nom prions nos correspondants de 
ouloir bien répéter leur nom au-dessous 
e Uur pseudonyme , et de n'écrin que 
un côté de lafeuiUe. Les articles ano- 
ymes ou signés d'. pseudonymes inconnus 
e sel ont pas insérés. 

Pour la précision de» rubriques, une 
gestion ne peut viser qu'un seul nom ou un 
■ul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotei. 

Qtiand la question sollicite la connais- 
mce d'une liste, la liste, sanj exception^ 
'est pas insérée, mais envoyée directement 

l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
leux s'interdit toute question oit réponse 
ndani à mettre en discussion le nom ou le 
lire d'une famille non éteinte. 



370 



(âueiHloiie 



Gaillaume II et la duchesse de 
Hesse. — On parle souvent d'une lettre 
écrite par Guillaume II à sa sœur Anne 
de Hesse, dans laquelle se trouve ce pas- 
sage : 

Tu embrasses donc cette superstition ro- 
maine, dont la destruction est le but princi- 
pal de ma vie ! 

Pourrait-on avoir le texte complet et 
authentique de cette lettre ? 

V. 

Le Lusitania ou La Lusitania. — 

Doit-on dire le >< Lusitania » ou la « Lu- 
sitania »? D' L. 

Le comte Axel von Schwering. 
Son journal et ses conversations 
avec l'Empereur Guillaume II. — 

Les Lectures pour tous d'avril et mai vien- 
nent de publier de très curieuses pages 
relatant des réflexions du comte de 
Schwering et surtout ses relations et 
conversations avec le Kaiser à la veille 
de la« Guerre-Mondiale». La rédaction de 
cette revue , en donnant la traduction 
française de la chose, parue en Angle- 
terre, fait toute réserve sur son authenti- 
cité. Ceci dit, je me permets de poser les 
questions suivantes : Ce comte Axel de 
Schwering at-il existé ? Si oui, était-il 
ami de l'empereur allemand f Si om«, 
était-il assez intime avec lui pour en rej 
cevoir des confidences i 

LXXI-9. 



N» 141S. Vol. LXXl, 



L'INTERMEDIAIRE 



37' 



37 = 



Et pour finir, le comte de Schwering 
s'est-il suicide et pourquoi ? Je crois 
qu'on serait heureux d'avoir quelques dé- 
tails sur l'authenticité et la rédaction du 
manuscrit. Qu'en pensent ceux de de nos 
alliés qui collaborent à Notes and Queria ? 

Saint-Saud. 



Chiffons de papier. — Cette expres- 
sion sera désormais une locution courante. 
Fixons-la donc. Elle devra sa popularité 
au cynique aveu du chancelier, sincère 
interprète de la mentalité allemande. Mais 
s'en est il servi le premier? Voilà ce 
qu'en dit le Mcttin du 12 février 1915 : 

M. de Bethniann-HoIIweg n'a lien in- 
venté : l'exclamaiion cynique adressée par 
lui, au mois de ji.illet 1914, à l'ambassadeur 
d'Angleterre, et .[ui fera sa célébrité : « Vous 
alU{ donc nous /a:>e la guerre pour un 
chiffon d,: fapier ? i.il l'aempruntée à l'his- 
toire même de son pays. C'est un roi de 
Prusse qui, le premier, a emp'oyé cette 
expression méprisante, pour qualifier un en- 
sacrement solennel revêtu de sa signature. 
" Le 3 février 18 13, dans une proclamation 
' est demeuiée célèbre, Frédéric-Guil- 
laume III promit solennellement aux Prus- 
siens, en les appelant aux armes contre la 
France, que le prix de leur victoire serait un 
gouvernement représentatif, fondé sur un 



qui 



de la main gauche, un autre chiffon où était 
inscrit le mot « Contre-ordre St^ et portant, 
sur le front, siège de la pensée, ce troisi'^me 
mot « Désordre » . 

« Méprisable petite armée » . — 

Comme le mot entrera dans l'histoire, nous 
le recueillons avec sa référence. 

C'est mon commandement impérial et 
royal, que vous concentriez vos énergies 
pour le présent vers la poursuite a'un but 
unique, à savoir que vous mettiez en œuvre 
votre habileté et toute la valeur de nos sol- 
dats pour exterminer d'abord l'Anglais félon 
et bousculer et annihiler la méprisable petite 
armée du général French . 

GuiLLAUMt 11 . 

(Ordre du jour du 79 août igi4 à Aix-ia- 
Chapelle). 



constitution librement élaborée par les élu^ 
de la nation. Cet engagement royal fut re- 
nouvelé dans divers décrets de 1815, iSio 
et 1853, mais jamais il ne reçut d'exécu- 
tion, et le roi, mourut <c débiteur de son 
peuple >. 

Frédéric-Guillaume IV eut un moment 
l'idée, en février 1847, d'acquitter la dette de 
son père ; l'assemblée des Etats généraux de 
Prusse s'ouvrit le 11 avril, m.iis le roi avait 
alors changé d'avis. En inaugurant les tra- 
vaux de l'assemblée, il piononça un discours 
où se trouve cette phrase : « Toutes les 
chartes ne sont que des chiffons de pa- 
pier 1 ï 

La voilà bien, l'origine du mot, retrouvée 
par le chanceliei de Guillaume II : c'est un 
roi plus qu'à moitié fou qui l'a prononcé 
tout d'abor , et qui enseignait ainsi à ses 
successeurs le mépris de la foi jurée et le re- 
niement de leur parole d'honneur! 

Le peuple piussien fut sur le point d'ac- 
complir une révolution pour punir cette pa- 
linodie éhontée ; mais il s'aiiêta devant la 
crainte des coups. Il se borna piteusement ;i 
faire des caricatures du roi félon, caricatures 
où l'on voyait l'arrière-grand-père de Guil- 
laume Il tenant de la main doite un chiffon 
de papier où était écrit le mot « Ordre » , 



VI- 

que 



La Saiut-Barthélemy et le 
comte d'Orthez. — Est-il exact 
Charles IX ait ordonné au gouverneur de 
Bayonne de faire massacr, r les protes- 
tants, et que celui-ci, le vicomte d'Orthez, 
lui ait répondu qu'il n'avait trouvé, par- 
mi les habitants de la vill;, « que bons 
citoyens et braves soldats, et pas un 
h::'.irreau » .? Ou bien ordre et réponse 
ont ils été inventés par D'Aubigné ? 

PONTAULT. 

Le dîner du roi de Prusse à Pa- 1 
ris. — On jouait, à Paris, en 1792, au 1 
Théâtre Molière, une pièce intitulée ; | 
« Le Dîner du roi de Prusse à Paris re- 
tardé par l'indisposition de son armée 
(qui paye les violons ne danse pas tou- : 
jours.) }> On sait qu'après la victoire de 
Valmy, l'armée prussienne, qui s'était 
empiffrée de raisin champenois, avait re- 
gagné sa frontière, singulièrement éprou- 
vée par l'entérite et décimée par les re- 
présailles des vignerons. La pièce a-t-elle 
été imprimée? 

D'E. 

Martin ? Bouchaud ? Lescalo 
pier ? — Barbier, dans son Dictionnain 
des Anonymes, attribue à Edme Martin un 
ouvrage intitulé : Les loix puisées che^ les 
Grecs. Paris, Merlin 1765. Il ajoute: 
« Le nom de l'auteur se trouve dans le 
privilège, ce qui n'a pas empêché plusieurs 
bibliographes d'attribuer cet ouvrage à 
M. Bouchaud. » 
i Or, l'exemplaire que je possède porte 



DtS CHfcKCHtURS t"l CUKILU> 



10 Mai 1915 



37Î 



374 



la mention manuscrite : Di<iim par l'au- 
teur M. d< Leicalopier de Nonrai, et J'ob- 
serve que le privilège ne liit pss que 
Martin soit l'auteur du livre, mais « qu'il 
nous a fait exposer qu'il désireroit faire 
imprimer et donner au public un ouvrage 
qui a puur titre. ., etc. » Cependant 
Martin n'en fut pas l'imprimeur car, à la 
lin du second volume, je trouve : « De 
l'imprimerie de QuiUau 1765. » Une au- 
tre singularité à noter est qu'alors que 
Barbier donne l'ouvrage comme édité à 
Paris par Merlin, 1765, mon exemplaire 
porte : c à Paris, chez Babuty fils, quai 
des Augustins. a l'Etoile. 1765 ». 

Faut-il admettre deux éditions succes- 
sives, dans la même année, chez deux li- 
braires différents. Barbier s'est-il trompé 
;n nommant Merlin au lieu de Bauuty (ce 
jui parait peu vraisemblable) .? 

Quel est le véritable auleurde ces deux 
k'olumes. dont le titre exact est : « Les 
lOix puisées chez les Grecs, développées 
par les Romains, aujourd'hui la base du 
droit public et civil des Nations poli- 
;ées .i" » 

NlSlAR. 



Laënnec (Iconographie de). — 

J Intermédiaire a déjà donné (XXII, 342^ 
a liste des portaits de Laënnec, telle 
|u'elle figure dans V Iconographi-: bretonne 
lu marquis de Granges de Surgères II, p. 
' et 8. N'existe-t-il pas d'autres portraits 
lu célèbre médecin } M. L. 



Le Peintre Routie -de-Li le. — 

e serai très reconnaissant aux intermé- 
liairistes qui voudront bien me faire con- 
laitre quelques tableaux du peintre, Jean, 
Henry Routier-de Lisle, né à Paris vers 
7)0-1750 — connu sous le nom «de 
,isle />, » peintre d'histoire du xviii'. 

Il fut élève d'un grand maitre renom- 
né à la Cour de Louis XVI où il vécut. — 
'oète à se.> heures, il eut quelque noto- 
iété. 

La Révolution l'obligea à s'éloigner de 
1 Capitale et il dut exercer ses talents 
ans le Limousin et en Bretagne (vers 
Iante^ peut-être/ 

Il était fils d'Antoine Guilhen Routhier 
e Lisle qui vécut sous la Réfience. 

Jean, Henry R, de Lisle sut rendre, tant 
ar le coloris que par jdes inspirations 



personnelles, l'expression des physiono- 
mies et les srntiments à ses personnages. 
Ce peintre utait un artiste d'une sensi- 
bilité très évocatrice. Parmi ses œuvres il 
faut citer Le sacrifice de Jephié, toile très 
appréciée qui fut otTertc, vers 1S44, à un 
musée national par un conseiller géné- 
ral. 

Denis Frandelle. 

Ouverture originale du « Barbier 
de S° ville. » — Dans son ouvrage Les 
compositeurs illustres de notre siècle (Paris, 
Ch. Delagrave, 18S3), Oscar Comettant 
écrit : 

11 y a peut-être sur le Barbier de Sévill'^ 
un fait curieux que vous i2norez. Vous avez 
vu plus haut que c'est l'ouverture de VAure- 
liano in Paliiiira qui sert 'd'ouverture à ce 
clicf-d'ceuvre du genre senii-bouffe. Vous 
savez aussi qu'une lacune existe dans la par- 
tition à l'endroit de la leçon de chant. La 
cantatrice qui joue le rôle de Rosine profite 
de la permission pour intercaler dans cette 
œuvre quelquefois une valse, d'autres fois 
de plates variations de quelque amateur im- 
portun. Rossini pourtant a composé une ou- 
verture pour le Barbier et il a écrit une très 
jolie musique pour la leçon Ouverture et 
scène vocale ont été perdues et on ne les a 
jamais retrouvées, le compositeur ayant né- 
gligé de reprendre sa partition abandonnée 
aux copistes de la Torre Argentina (l). 

Un de mes amis, excellent amateur de 
musique, possède une ouverture du Bar- 
bier de Séville qui ne ressemble en rien à 
celle qu'on joue avec cet opéra. En voici 
le titre : Onveitme {iii Oper : Der Barbier 
von SeviUa, fiir dus pianoforte auf ^ bande 
vcnj. Rossini. Dièse auvei tare iit aucbfiir 
das pianoforte allein {u haben. Wten. im 
vcilage der K. K. priv . chemie Diiickerei 
des S. A. Steiner undComp.. etc. etc. 

Est ce, comme il y a lieu de \c croire, 
l'ouverture originale du Barbier ? 

Nal'iicus. 

Platon et les bons livre? de mau- 
vais auteurs. — « Platon défendait la 
lecture d'un bon livre si l'auteur était un 
malhonnête homme ou un inauvais ci- 
toyen ». 

(1) C'est au théâtre Argentina de Rome 
que le Barbier fut représenté pour la pre- 
mière fois, le 20 décembre 1816. 

Nauticus, 



N» 1418. Vol. 



LXXI. 

- Î75 



L'îNTERMELHAiRE 



576 



Cette affirmation se trouve dans le 
« Magasin Pittoresque ii> de 1838, page 
236. 

Dans lequel de ses ouvrages Platon 
a-t-il formulé cette interdiction? 

M. L. 

Deux citations de Lamariine. — 

Où se trouvent cette expression relative 
aux travaux des champs: « Les travaux 
des champs sont rudes, mais variés... >» et 
l'autre : « L'amour de la patrie est aux 
périls ce que l'amour de la vie est aux 
hommes >v 

H. V. 

Alerté. — Le Journal officiel du 5 
avril environ (je n'en retrouve qu'un dé- 
bris), contient la citation à l'ordre de 
l'armée de l'adjudant chef Guinand qui a 
fait une sentinelle prisonnière « sous un 
feu très vif dirigé sur lui par le poste en- 
nemi alerté ». 

Connait-on un emploi antérieur de ce 
terme ? 

Sglpn. 



Prononcer une attaque. — Les 

journaux emploient fréquemment l'ex- 
pression : prononcer une attaque • cette 
naanière de dire est-elle correcte .? 

Henry de Biumo. 



Etymolcgie de Gallipoli. — Quelle 
est l'origine du nom de la ville de Gal- 
lipoli ^ Gilbert. 

Délogement dans le sens de 
mort. — je trouve dans un journal suisse 
un faire-part dans lequel le mot Déloge- 
ment est employé dans le sens de mort. 
«... ont la douleur de vous faire part du dé- 
logement de leur chère mère ». Est-ce 
correct ? Henry de Biumo. 

Potiron. — Cette courge, dont l'éty- 
mologie exacte est encore à trouver, ne 
fut, parait-il, connue en France que dans 
le courant du xvi° siècle. Or, je relève le 
nom de Potiron dans une comédie de 
Remy Belleau, intitulée La Reconnue, qui 
date de 1564. Ce nom est porté par un 
laquais très dévoué à son maître et fort 
empressé à lui rendre mille petits services 
Par une coïncidence, et en même temps 
par un contraste des plus bizarres, je vois, 



dans l'œuvre de Courteline, autant qu'il 
m'en souvienne, et parmi les soldats 
extraordinaires dont il fourmille, un cer- 
tain Potiron, qui, contrairement à son 
homonyme du xvi' siècle, disparaît à peine 
aperçu et sur lequel ses supérieurs ne 
peuvent jamais mettre la main. 

Mais, pour en revenir au personnage 
imaginé par i^emy Belleau, il est dift'icile 
d'admettre que le poète ait voulu lui don- 
ner le nom populaire de la courge : il 
aurait donc forgé ce terme de toutes piè- 
ces, à moins que cet amant passionné du 
Musée de l'Hellade, comme tous les poè- 
tes de la Pléiade, ne l'ait emprunté au 
mot grec potérion qui signifie pot ou 
coupe 

H. QUINNET. 

Le Colisée. 

La voiture s'arrêtait au bout de la longue 
fi!e des équipages rangés devant le Colisée, 
vaste enclos occupant la n;ajeure partie de 
l'ancien jardin Beaujon et contenant diverses 
constructions analoguesà celles quifontdeno- 
tre Pré-Catelan actuel l'image exacte du pa-| 
radis, selon la foi des dames gaies et des 
jeunes messieurs endimanchés. 

Le Colisée était un miracle parce qu'il 
remplaçait Tivoli, et que ses montagnes rus- 
ses étaient un peu plus hautes ; parce qu'il 
avait des drapeaiix flottants et des hampes 
dorées à neuf, paicj qu'on y voyait des ma- 
rionnettes de bris et des marionnettes de 
chair, parce qu'on y prenait de très bonnes 
glaces et qu'un sorcier, habitant les profon- 
deurs d'une caverne en briques, y disait la 
bonne aventure pour quinze soui. 

Dans cent ans, Paris ayant atteint sa taille 
virile, enverra son mur d'enceinte à Melun 
et bâtira son miracle au beau milieu de la fo- 
rêt de Fontainebleau. 11 dira : « Voyez les 
rochersque )'ai faitsatles chênes de neuf cents 
ans que j'ai plantés en mottes! J'ai ici près un 
palais qui n'est pas mal pour une chose bâtie 
avec d'autres matériaux que mes planches et 
mon plâtre. J'ai l'orchestie de Musard XIV, 
le ballon transatlantique, et jusqu'à des vi- 
I pères, animaux naturels ! » En ce temps-là 
I il y aura sur l'emplacement du Pré-Catelar 
« un quaitier déjà démodé et si vieux, si vieuj 
1 que le préfet de la Seine en aura honte ei 
lui passera son boulevard à travers le corps. 
« (Paul Féval -.Jean Diable, tome 1", page 
! 16B-169 édition Dentu 1863). 
I A propos du Colisée, quand eut lieu 
' l'ouverture de cette enceinte d'attractions, 
! comme on dirait actuellement, et com- 
I bien de temps dura-t-il ? C.N. 



DÈS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Mai 191;- 



377 



Î78 



Hépanscô 



i 



Le 

î. 99. 



vieux Dieu Allemand (LXXI, 
141,186,287). — Je remercie M. 
• Frank Puaux de ses observations ; j'aurai 
peut-être l'occasion d'en tenir compte. 
Mais j'ai prévenu que j'écrivais loin de 
mes livres, et je songeais à un passagj 
de Lord Acton, que je ne puis vérifier en 
ce moment. Je demande seulement la per- 
mission d'ajouter deux remarques : 

1» On admettra fort bien qu un homme 
intelligent, comme [urieu, n'acceptât pas 
jusqu'au bout, avec le sens que j'indi- 
quais, mais que je n'attribuais nommé- 
ment à personne, la dangereuse formule 
Vox popitli, Vox Dei. Cependant, au 
point de vue pratique, le seul qui inté- 
resse les participants de la politique, elle 
est certainement dans i'esprit de bien des 
gens. J'ignore si Gambjtta prononça ja- 
mais l'apophtegme que certains lui prê- 
tent : « On a tort d'avoir raison contre le 
peuple ». Au fond, l'axiome ne différerait 
pas beaucoup de formules plus édulcorées. 
« La vie politique serait impossible », 
écrivait récemment le Tiniss, analysant la 
biographie de Disraeli, »» si un homme 
d'honneur était tenu de se ruiner, avec 
son parti, en s'obstinant à imposer 
au pays un seul article d'un Credo si im- 
populaire que le seul énoncé du principe 
l'empêchât d'être écouté... Contre les 
impossibilités, il n'y a rien à faire. C'est 
à l'homme politique de savoir quand la 
poire est mûre et de la cueillir à l'ins- 
tant •/> (Sitppl Lilt . . 27 nov. 1914; p. 
521). Donc, se démettre ou se soumettre, 
ostracisme ou domesticité : cela se rap- 
proche assez de la formule dont nous 
parlons. 11 est vrai que, h se soumettre, 
on est nourri et que l'on garde la poire. 
Mais, « c'est un peuple provoquant que 
celui qui dit à ceux qui voient : < Ne voyez 
« pas » ; et à ceux qui regardent : « Ne re- 
« gardez pas pour nous des choses qui sont 
«justes; dites-nous des choses qui nous 
« plaisent ; voyez pour nous des erreurs ». 
(Isaïe. XXV, 9-10) Jurieu aurait pu être 
plus biblique. 

2° Car, même au point de vue théori- 
que, on hésiterait à prêcher sa thèse. Ce 
sont de ces idées françaises, qui veulent 
toujours des lignes nettes, tranchées, pour 



encadrer les institutions. Au temps où 
Jurieu écrivait, on avait encore des illu- 
sions ; comme en avait Spinoza, qui était, 
en quelque mesure, le prédécesseur de 
Bentham, croyant qu'il suffit de confier le 
pouvoir au peuple pour le remettre à qui 
lï doit exercer normalement, dans son 
pur intérêt. Mais dites à une autorité, in- 
dividuelle, ou collective, qu'elle aura 
toujours le dernier mot, elle en abusera. 
Elle en viendra vite à la formule de ce 
député, qui l'avouait à l'un de ses collè- 
gues. — celui-ci de ma famille, et qui me 
l'écrivit peu après : «• Je sais bien que ce 
que nous faisons pst canaille ; mais puis- 
que c'est légal ! » Voilà les conséquences, 
imprévues pour lui, auxquelles aboutit 
la thèse de Jurieu. 

En Angleterre, on s'arrange, au con- 
traire, pour maintenir la coutume comme 
règle de vie. Les contours de son domaine 
sont vagues, flous sur la carte, et cela 
permet des accommodements. »< La Cou- 
tume d'Angleterre > dit un grand légiste 
anglais, Sir Frederick Pollock, dans ies 
conférences aux Etudiants de l'Université 
Columbia, à New-York, « n'est pas une 
petite ménagère française, proprette, qui 
promène son balai dans tous les recoins ; 
et il n'est même pas à croire qu'elle le de- 
vienne jamais » {The Genins of Common- 
Law, 1912; p. 23. Sir Frederick est préci- 
sément l'un des commissaires chargés 
par le gouvernement anglais d'une en- 
quête sur les crimes de l'Allemagne). On 
se méfie du Leviathan, qu'il soit le chien 
de garde de Démos ou de César, qu'il 
vienne du dehors ou soit né dans notre 
Cité. S'il triomphe, on dira comme Sir 
Edward Grey : » |'aime mieux mourir ou 
quitter le pays» (12 mars 1915). C'est 
même le vrai mot de la guerre que nous 
soutenons. Car, après tout, pourquoi le 
peuple allemand aurait il besoin, plus 
qu'un autre, d'avoir raison ? Et en Droit 
international, plus qu'en Droit domes- 
tique ? l'entends bien la thèse de Jurieu : 
Louis XIV a besoin d'avoir raison pour 
révoquer l'Edit de Nantes et persécuter 
les Huguenot» ; l'Eglise anglicane a be- 
soin d'avoir raison pour persécuter les 
Presbytériens et lancer contre eux des dra- 
gonnades ; la descendance presbytérienne 
des Pilgrim Fathen avait besoin d'avoir 
raison pour persécuter les quakers ; — 
mais le peuple n'a pas besoin d'avoir 



N» 141S. Vol LXXI, 

— 379 

raison pour m'envoyer à la guillotine : 
Va bene ! Le compte moral se réglera 
plus tard, à quelques futures calendes, — • 
romaines ou grecques. Mais si l'omni- 
potent et personnel Louis XIV avait be- 
soin d'avoir raison pour ruiner, ou ache- 
ver de ruiner, le château de Heidelberg, 
l'Allemagne populaire a-t-elle besoin de 
raison pour écraser de bombes la cathé- 
drale de Reims? — Ne vous récriez pas : 
c'est la thèse même en question. La voix 
du Peuple est celle de la majorité qui con- 
traint la minorité. Par suite, dans la vaste 
Cité internationale, un grand peuple a le 
droit d'en contraindre un moins fort. C'est 
ainsi, remarquait l'Amiral Mahan, que 
les Etats-Unis ont annexé la Louisiane 
malgré elle, comme plus tard les Fédé- 
raux du Nord ont écrasé les Confédérés 
du Sud : à coups de canon ou à coups de 
voix, — peu importe ; le faible doit s'in- 
cliner. C'est l'essence même du parle- 
mentarisme et de la démocratie. 

Tenons-nous à l'Allemagne et à la ca- 
tholicité de son Christianisme. Tandis 
que, pour nous, le Christianisme est une 
immense plaine d'hommes où les béné- 
dictions du Ciel tombent en rosée, comme 
les rayons du soleil luisent pour tout le 
monde, l'Allemand semble voir la reli- 
gion comme une pyramide terminée par 
l'Allemagne, ayant au sommet la Prusse 
coifTée du casque à pointe ; et le soleil de 
l'avenir n'éclaire encore que ce sommet 
menaçant, le reste des hommes demeu- 
rant plongé dans les ténèbres de la nuit 
dernière. Quant au principe de cette re- 
ligion, il est des plus simples. Le Confu- 
ciunisme avait dit : « Ne faites pas à au- 
trui ce que vous ne voulez pas qu'on vous 
fasse à vous-mêmes » ; et c'était, suivant 
le mot des missionnaires, la tèg]e d'ar- 
gent Le Christianisme avait dit : 
<( Faites aux autres comme vous voulez 
que l'on fasse à vous mêmes » ; et c'était 
la ri' gU d'or. Le Germanisme, coiiibinant 
les deux formules, et maximant la sienne 
comme applicable dans tous les cas, — mais 
espérant bien que les cas adverses ne se pré- 
senteront point, — vous dit : « Faites aux 
autres comme vous ne voulez pas qu'on 
vous fasse à vous-mêmes, à moins qu'ils 
ne soient assez forts pour vous le rendre » ; 
et c'est la loi d'airain. Elle est inscrite po- 
sitivement dans le Livre de guerre qui 
sert de guide à l'armée allemande. 



L'INTERMÉDIAIRE 



380 



Et verscet idéal semblent dériver toutes 
les religions, irréligions, et a-religions du 
royaume de Bochie. Et ce n'est pas édi- 
fiant. Britannicus 

• • 

Dans le numéro du Journal La Croix 
du 21 avril 191S, un rédacteur qui signe 
R.T. donne « Le réquisitoire d'un Luxem- 
bourgeois catholique et naguère germa- 
nophile contre l'Allemagne «i catholique ». 
» Ce Luxembourgeois catholique est M. 
Prum, bourgmestre de Clerf. 

Ce réquisitoire très intéressant pour 
nous Français est trop long pour être 
donné ici, et d'ailleurs il ne rentrerait 
pas iians le cadre de ia question du vieux 
dieu allemand. 

J'en extrais seulement un fragment 
d'une poésie « qui a cours auiourd'hui 
dans toute l'Allrmagne ». Le y. ici : 
Le Dieu allemand .• 

Les ennemis de rAUemagns demandent pUiti s 

[de mépris 

— Vous, Allemands, vous appelez et vous 

[priez Dieu. 
Pour vous aider dans le combat. 
Vous avez donc un Dieu à vous. 
Que nous ne coiiuaissons pas, 
De votre côté ? 

— Oui, s'écrie l'AUemagns tout entière et si 

[vous ne le connaissez pas. 
Nous allons vous le nommer : 
Le Dieu qui parle par nos canons. 
Le Dieu qui brise vos forteresses, 
etc. , etc. etc. 

Sur lequel nous nous appuyons. 
C'est Wotaii, le vieux vagabond des nuées. 
Le Wotan de nos pères, c'est lui et pas un 

[autre, 
etc., etc., etc. 

« Cette pièce étonnante, continue R. T. 
que .M. Prum fait bien de citer, nous ré- 
vèle le secret de la Kultur allemande ; 
néo paganisme forcené ou plutôt paga- 
nisme tout court, voire diabolisme. Et 
M. Prum a mille fois raison de s'écrier, à 
la lecture de cette poésie que chante l'Al- 
lemagne tout entière : voilà les résultats 
(tu Nietzchéisme propagé avec force dans 
l'Allemagne guerrière d'aujourd'hui par 
les sociétés monistes et leur revue : VEs- 
pfit du Temps, etc., etc. » H. T. 

Quœrcns est dans le vrai et l'on 
ne saurait approuver toutes les innom- 
brables divagations qu'a suscitées cette 
expression, même dans la presse la 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



}8i 



383 



10 Mai 1919. 



plus sérieuse. Unur alte (et non alter) 
Gott ne signifie certes que ; le Ditu d< 
tio! pères, et c'est dans ce sens que l'em- 
ploie le Kaiser en un très curieux sermon 
prononcé par lui le dimanche 39 juillet 
1900 — à l'époque des affaires de Chine 
— à bord de son yacht, Hohen{olUrn, 
sermon dont le texte complet a été réim- 
primé au n° 37 (2 février 191 ï) de Einer 
fuer Aile, l'une de ces innombrables pu- 
blications destinées à faire croire au\ 
troupes allemandes que la guerre actuelle 
est une guerre sainte, dont dépend le sa- 
lut de la chrétienté, incarnée en l'Alle- 
magne (1). Voici en fidèle traduction, le 
passage : 

Oui, le Dieu de nos pères (der aile Gott) 
vit encore. Le grand Allié legne encore, le 
Dieu tout puissant, qui peut agir à travers 
les plus fortes murailles, comme si ce n'é- 
taient que des toilea d'araignées, et qui peut 
dissiper les plus grandes niasses comme des 
monceaux de sable, le Dieu miséricordieux et 
juste, qui porte dans son cœur paternel la 
félicité et l'infortune de ses fils, qui entend 
tous les soupirs et compatit à toutes les mi- 
sères. De pieuses prières ouvrent sa main de 
père et elle est remplie de bénédictions. 
D'ardentes prières ouvrent son cœur de père 
et il est rempli d'amour. Oui, ce sont les 
prièi«s fidèles et jKrsévérantes qui font des- 
cendre du ciel le Dieu vivant et le mettent 
au milieu de nous. Et si Dieu est pour nous, 
qui saurait être contre nous? 

Camille Piîollet. 

Comment s'appellera la guerre 
actuelle? (LXXl, 89. 185, )29). — 
Dès .n présent on devrait l'appeler * La 
Guerre des Peuples », tous les peuples — 
à peu d'exceptions près — de l'ancien 
monde y prenant part. Et si l'Italie et les 
nations balkaniques y participaient à leur 
tour, les historiens futurs ne pourraient 
manquer de l'appeler ainsi. C. P. 

Parlait on français en Alsace 
avant la Révolution ? (LXXl. 281). - 
Le séjour de Pelisson à Sainte-Marie-aux- 
Minos dut être de courte dupée, car il y 
e'it trouvé aisément de nombreuses per- 
sonnes qui, non seulement, entendaient le 

(1) L'éditeur de celte publication hebdo- 
madaire — qui porte pour sous-titre : 
Salut de 1,1 pitite à î<'« fidèl s défer.seut i — 
est le ^<3steur J. Gauger à Elberfeld Kolk, tf, 
{LieAI und Leben — Verlug). 



français, mais dont c'était la langue ha- 
bituelle. Cette ville possédait, en effet, 
une Eglise réformée protestante où le culte 
se célébrait régulièrement en français. La 
population de langue allemande était plus 
nombreuse et rien n'est plus intéressant 
que de constater les dispositions priseï 
par le consistoire de l'Eglise réformée 
pour lutter contre les menaces d'absorp- 
tion d'une majorité de langue allemande. 
Preuve en soit le règlement qui fut édicté 
le 1 I octobre 1739, relatif aux écoles de 
la communauté protestante de langue 
française. En voici quelques extraits : 

L'Ecole se fera en langue française, sans 
qu'il soit en aucune façon permis d'y parler 
allemand, pas même sous prétexte d'inter- 
préter aux enfants ce qu'ils n'auront pas 
compris. Ou ne se servira pas non plus de 
livres allemands, ni moitié allemands pen- 
dant les classes. 

L'article suivant n'est pas moins cu- 
rieux. 

Les enfants qui, dans l'école ou hors de 
l'éco'e, auront été surpris à Jurer, se battre, 
manquer de respect à qui que ce soit ou à 
parler allemand avec d'autres de la même 
communion, seront châtiés à proportion de 
leur faute. 

Drion, Notice historique sur l'Eglise 
reformée de Sainte-Marie-aux-Mines, p. 7 l . 

11 n'en est pas moins vrai, suivant la 
juste observation de M. Grave, que le dia- 
lecte alsacien était la langue la plus en 
usage, mais l'exemple de Sainte-Marie- 
aux-Mines, malgré le dire de Pelisson, 
n'était pas le plus autorisé pour en don- 
ner la preuve. 

Frank Puaux. 

De M. Henri Welschinger, dans les 
Débats {\*' mai 1915) analysant un arti- 
cle de M. Albert Petit dans la Revue dis 
Deux-Mondes : 

Quant i la question si importante des lan- 
gues, la politique de la monarchie fut éga- 
lement très sage. Elle édicta des mesure» 
utiles, mais sans y mettre forée et violence. 
« Un arrêt du Conseil d'Etat du 30 janvier 
1685, constatant que les actes de procédure 
continuaient à être rédigés en allemand, 
bien que la plupart des officiers de justice 
connussent les deux lingues, ordonna qu'ils 
seraient désormais écrits en français, sous 
peine de nullité et de ^oo livres d'amende, 
il n'y avait à cela aucune difficulté pour le 
I Conseil souverain, mais pour le» tribunaux 



N« 1418. Vol. LXXÎ. 

— 383 

inférieurs la gêne eût été grande. L'arrêt 
resta inappliqué jusqu'à la veille de la Ré- 
volution. 

Dans l'édition des Ordonnances d Alsace 
de 1775, il porte encore en note la mention : 
« non exécuté généralement » Le Conseil 
souverain n'en exigea la mise en vigueur qu'au 
bout d'un siècle, en 1786. » En ce qui con- 
cerne le palier allemand, nul ne s'avisa de 
l'interdire. Aussi bien, les Alsaciens avaient- 
ils leur dia'iecte spécial et l'oiit-ils conservé 
jalousement, même après le traité de Franc- 
fort. 

On ne sait pas assez que ce dialecte, que 
l'on confond trop souvent avec l'allemand, a 
ses formes particulières et que tel mot d'ori- 
giriu allemande y a pris une couleur tout à 
l'ait opposée. Le lo de nos bourgeois et de 
nos paysans n'a rien de commun avec le la 
des Allemands. 

11 prend, suivant celui qui le prononce, 
une for r.e ironique, sceptique et parfois im- 
pertinente. Tout notre dialecte alsacien 
peint d'ailleurs avec finesse les qualités de 
notre lace : bon sens, ténacité, esprit positif 
et railleur, franchise carrée et haidie. Dans 
aucun patois on ne trouve autant de vigueur 
de concision et d'originalité. Les Allemands 
ont beau se cotiser pour essayer de le com- 
prendre. Ils n'y arriveront jamais. Aussi, à 
Strasbourg, à Colmar, à Saverne, était-ce 
une joie parmi nos compatriotes de voir la 
grimace des " Schwobe » quand cette langue 
leur arrivaiten pleine face, vibrante etgouail- 
euse. Comme le dit un de nos proverbes : 
K Der macht aue wrie salzpixle... s> Us en 
ouvraient des yeux grands comme des saliè- 
res ! Voilà comment on parlait et comment 
nous parlions allemand. 

M. A. Albert-Petit termine ainsi son étude 
si consciencieuse, si intéressante : « Ce n'est 
ni la bureaucratie, ni l'école, ni la caserne, 
qui ont fait la conquête morale et intellec- 
tuelle de l'Alsace. Et pourtant cette conquête 
était faite au fond des cœurs à la veille de 
la Révolution, et elle éclatera à tous les yeux 
dès que la grande guerre européenne mena- 
cera la frontière française dont l'Alsace était 
la gardienne. A quelles raisons l'attribuer ? » 
C'est que la France n'a cherché ni à s'im- 
poser, ni à violenter personne, sachant bien 
que l'absence de contrainte et le respect des 
coutumes locales rendraient plus facile l'ac- 
ceptation du fait accompli Ensuite, l'Alsace 
n'avait pas à regretter l'arrachement à une 
patrie aimée, car l'Allemagne n'existait point 
à l'époque où l'Alsace était ou paraissait alle- 
mande. Celle-ci se rappelait qu'elle n'avait 
été incorporée au Saini-Ecnpire Romain ger- 
manique que par usurpation au milieu du 
xe siècle. 11 ne pouvait y avoir pour elle de 
patriotisme allemand et les avantages qu'elle 
dVMt obtenus du Saint-Empire étaient peu 



L'INTERMEDIAIRE 



384 



considérables. Elle se sentait au contraire fort 
honorée — et le prince de Bismarck l'a cons- 
taté lui-même dans un de ses discours au 
Reichstag — d'appartenir à la France de 
Louis XI'V' qui jouissait d'un preîtige uni- 
versel. De plus, elle se sentait gouvernée 
amicalement. Et là encore M. de Bismarck 
faisait cet aveu : « Nous autres Allemands, 
nous ne savons pas nous faire aimer, mais 
on nous craint et peu importe la haine de 
ceux qui nous craignent !... Oiitrint, dum 
mdUiint » . 

L'Alsace avait en i6Si terminé son évolu- 
tion, hlle était Française de sa libre volonté 
sans redouter ses nouveaux maîtres Elle 
n'était point assimilée, car elle ne cessait pas 
d'être Alsacienne : elle l'était même plus que 
jamais el elle avait ses raisons pour cela. 

Les AlL.mandP, en 1871, ont-ils 
passé sous l'Arc de Triomphe à 
Paris ? (LXX ; LXXI, 141, 282, 332). 
— Bien que la question posée ne doive 
pas trouver sa solution dans le souvenir 
que j'apporte, je crois intéressant de le si- 
gnaler. 

11 s'agit d'une médaille qui fut frappée 
à l'occasion de l'entrée des Allemands à 
Paris. Voici sa description d'après un ca- 
talogue de vente daté de 1889. 

71,9. — Type de la Naissance de la Répu- 
blique. 

R.) 1" mars 1871, Paris en deuil, Icsbouti 
ques sont fermées. — Les Prussiens entrent 
par la barrière de l'Etoile. — Le gamain 
{sic) de Paris les accueille ai: cri de ; a la 
ch... lit. — La Garde nationale proteste 
partout. Etain bronzé, 70 mill. 

E. Fyot. 

Ce qu'on a dit des Allemands 
(LXX; LXXI, 21, 57, 106, 146, 237, 
28b). — Nous croyons devoir reproduire 
ci-après, un conte qui n'est pas inédit et 
qui fait partie de l'œuvre du poète badois 
Hebel, né à Bade, le 10 mai 1760, et dé- 
cédé en 1826, très populaire en Allema- 
gne, mais fort peu connu en France. 

Ce conte nous a paru d'autant plus in- 
téressant que l'auteur y établit un pa- 
rallèle curieux entre la « Kultur » alle- 
mande (qu'il connaissait d'autant mieux 
qu'il fit partie de la première chambre des 
Etats de BadeJ, et l'humanité française. 

D'ailleurs, cette œuvre d'imagination 
n'est-elle pas encore d'actualité et ne se- 
ra-t-elle pas, demain, une réalité ? 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Mat 191;. 



385 



3»6 



Le Hussard de Neisse 

Lorsque les Prussiens envahirent pour li 
première lois la Champagne, ils ne pensiient 
guère que les Fr.>nçiis iraient le'ir ren.tre 
leur viiite jusqu'à Bjrliri, et ils se conJui- 
sirent comme s'ils n'avaient à craindre au 
cune représaille. 

Un hussard entre autres, se signala par sa 
cruauté ; il entra dans la djnieure d'un brave 
homme, y enleva ce qui s'y trouv.iit : linge, 
argent, provisions, tout jusqu'aux rideaux et 
aux couvertures du lit nupiial. Un enfant :!e 
liuit ans le conjurait à genoux et u le jeune 
fille l'arrét.i par le bras en implorint sa com- 
misération. H repoussa l'enfant, prit la jeune 
fille et U jeta dans une citerne. 

Quelques années aprèi, il quitta le service 
et s'établit a Neisse, en Silssie, ne songeant 
plus à cet épisode de sa vie. 

Cependant, en 1806, un corps d'armée 
'raiiv'is passe par Neisse ; un jeune sergent 
^st lo^é chez une brave femme qui le sert 
'vec ."miressement ; lui-même est un bon 
ompagnon qui parait fort touché des atten- 
'' ons de son hôtesse et l'en remercie vive- 
ment. Le lendemiin matin, il ne parait pas 
î< l'heure du déjeuner ; son hôtesse, après 
avoir attenvlu qu;lques instants pour ne pas 
le réveiler, se décide à entrer dans sa clnm- 
bre, et le trouve as-is sur le bord du lit, fon- 
dant en larmes 

— Qu'avez-vous donc, lui ditell3,et d'oii 
viùnt cette douleur? 

— Hélas ! reprend le sergent, ces rideaux, 
ces couve:tufes m'ont rappelé une affreuse 
journée. Us ont été en'evés en Champagne, 
a mes parents. Je rec.o:inais encore les lettres 
que ma mère y avait tracées. 

L'hôte. se effrayée lui raconte qu'e'le a 
acheté ces étoffes à un hus-ard n.^ir résidint 
à Neisse. Le sergent se fait conduire p es de 
lui et le reconnaît. 

— « Te rappelles tu, s'éctia-t-il, avoir dii- 
pouillé en Champagfie, un brave homme de 
tout ce qu'il possédait, d'avoir impitoyable- 
ment repoussé les pi ières de ses enfants? 

Le hussaid tenta de s'ex;user, disant qu'à 
la guerre on n'était pas maître de coi, qu'on 
se laissait entraîner par les circonstances ; 
que, d'ailleurs, ce qui était épargné par l'un 
jtait emporté par l'autre ; mais quand il vit 
l'œil étincelant et le visage enflamnaé du 
jeune sergent, il comprit qu'il lui élait difti- 
cili de se justifier. 11 se jeta à genoux et de- 
manda paid n 

Le Français, la main sur son sjbre, hésita 
un instant, puis, jetant sur son lâche enne- 
mi un régir J de mépris : 

— Va, dit-il, ta cruauté envers moi, je te 
la pardonne ; ta cruauté envers mes pirents, 
ils te la pardonn'jront ; quant au crime hor- 
rible que tu as commis envers ma pauvre 



sueir qui est morte ensuite dans la citerne 
où lu l'as jetée, c'est à Dieu à te pardonner. 

Ayant prononcé ces mots, il s'éloigna. 

Mais le hussard, frappé d'épouvante à la 
suite de cette visite, tomba malade, et une 
fièvre ardente l'emporta au tombeau quelques 
mois apr^s. 

Eugène Grhcourt. 

Lt. couronne d'or dans les armes 
allem ;ndes (LXXl, 179). — Cette cou- 
ronne ornée de 4 fleurons alternant avec 
4 perles est : 

1» la couronne qui surmonte le casque 
ou heaume, quand celui ci est dit simple- 
ment couronné. Ceci dans tous les paj's. 

2" la couronne figurant dans le corps 
des armoiries et celle des animaux dits 
couroniiéi sans plus - soit figurant dans 
le corps de l'écu — soit employés comme 
supports ou cimiers. Ceci encore dans 
tous les pays. 

E.Kemples : Guyon porte d'azur à ^ cou- 
ronnes d'or. — Le Royaume de Léon porte 
J' rgent an lion de gueules armé, lainpassé 
et couronné d'or — (Cf. Palliot, Science 
des armoiries), 3" la couronne dont tim- 
brent leur écu, en Allemagne, Russie, 
Italie, etc., les membres des familles de 
noblesse do race — non titrées. D. V. 

Papier monnie et monnîies de 
nécessité pendant la guerre de 
1914 (LXXl, 42, 155, 242). - Voici la 
liste à peu près complète du papier mon- 
naie émis pendant la guerre 

Agen (chambre de commerce) o fr. 50 

— 1 fr. — 2 fr. 

Alger (chambre de commerce) i . 
Amiens (ville d) Banque Duvelte 0. 50 

— 1-2 5. 

Aniche (mines d") 1 — 2 — 5. 
Angoulême. Chambre de commerce, 
0.50. — I. — 2. 

Annonay (chambre de commerce) 0.50 

— 1 . 

Bayonne (chambre de commerce) o.so 

— I — 2. 

Beaiicourt (Bons de consommation de 
Japy frères et O') 1—2— 3 -4 — 5 

— 10 

Bergerac (chambre de commerce) o. 50 

— I 2 

Béziers (chambre de commerce) i. 
Bordeaux (chambre de cominerce) o 50 

— 1—2. 



L'INTERMEDIAIRE 



N» 1418. Vol, LXXI. 

■ 387 

Boulogne-sur-mer (chambre de com- 
merce) 0.^0 — 1 — 2. 

Cahors (chambre de commerce) 0. 50 

Plus quelques numéros tirés en double 
par erreur et dont le iiuméro est suivi de 
la lettre W) . 

Calais (ville de) 5 — lo — 20. 
Calais (chambre de commerce) o. 50 — 
I — 2. 

Carcassonne (chambre de commerce) 
0.50 — I. 

Clermont-Ferrand, Issoire (chambre de 
commerce) 1 — 2. 

Corrèze, Chambre de commerce, o. 50. 
— 1 fr. 

Creusot (le) Etablissement Schneider 
«t C», o 50 — I — 2. 

Douai (ville de) 0.50 - 
10. ; 

Elbeuf fville de — et chambre de corn- ■ 
merce) o. 50 — 1 — 2. 

Epernay (ville d') o. 25 — o. so — i. 
Ferté Macé (La) Orne -- (Tissages Re- 
tour Frères) o. 50 — 1 — 2. 

Jetons en carton portant la griffe à date 
du 29 août 1914 — de la maison Retour 
frères et signature à la main des gé- 
rants. 
Gers (chambre de commerce) o 50 — i . 
Havre (le) (ville et chambre de com- 
merce) I — 2. 

Lille (Bauque d'émission de) 1—2 
Lille (ville de) ç — 10 
Limoges (chambre de commerce) o. 50 
! — 2. 

Longwy (Sociétés des Aciéries de) ? ? ? 
ao fr. 

Louviers (ville de) 0.25 — 0.50 — i. 
Lyon (chambre de commerce) 1 . 
Marseille (chambre de commerce) o. 50 
— I — 2. 

Montauban (ciiambre de commerce) 
0.50 — I. 

Mont de-Marsan (chambre de com 
merce) 1 . 

Mjntluçon, Gannat (chambre de com- 
merce) 0.50 — I — 2. 

Nancy (ville de) i — 2 - 5. 
Nantes (ville de) 0.50. 
Nantes (chambre de commerce) 1 — 2. 
Périgueux (chambre de commerce) 0.50 
— I — 2. 

Philippeville (?) 

Reims (ville (?) ou chambre de commer- 
ce (f) ) o.io — o. 25 — o. 50. 



388 



Roanne (Tissages A. Bréchard de) 1 — 
2 

Roubaix, Tourcoing (villes de) ? 5 fr. ? 
50 fr. 

Rouen (ville et chambre de commerce) 
o. 50 — I — 2. 

Saint Ltienne (chambre de commerce) 1. 

Tarn (union des chambres de commerce 
— Albi, Castres, Mazarr.et) o. 50 — i. 

Toulouse (chambre de commerce) 0.50 

Etant en possession de tous ces billets, 
sauf ceux de Philippeville et Reims, je puis 
garantir l'exactitude de cette liste. Peut 
être y a-t-il des villes omises, auquel cas 
je serais reconnaissant aux lecteurs de 
V Intermédiaire de me les signaler. 
j On m'a informé que les mines de Bé- 
— a — 5 — ! thune, de Maries, de Bruay et de Vicoi- 
gne et Nœux avaient émis des billets de 
2 fr. I fr. o. 50 et o. 25, mais je n'ai pu 
vérifier et encore moins m'en procurer. 

QUATRELLES l'EpINE 



Pour ajouter à la liste de MM. Saffro 
frères : 

[Bayor.ne, Chambre de Commerce (Dé- 
libération du 16 janvier 19151, ofr. 50, 
1 fr. et 2 francs. 

[Tarbes, Chambre de Commerce : 
o fr. 50, I fr. 



! La chambre de Commerce du Gers a 
! émis, en vertu d'une délibération du 18 
j novembre 1914, des coupures de 1 fr. et 
i de cinquante centimes. 
! A. M, 



Ro alie, pour désigner la ba'i'on- 

nette (LX.Xl, 22Q, 342).— Lorsque pa- 
rut la chanson de Théodore Botrel, popu- 
larisant la baïonnette Rosalie, plusieurs 
journaux donnèrent l'origine plutôt .. 
macabre dii surnom. 

La baionneite aurait été, dès le début de 
la guerre, baptisée < Rosalie » par les 
Poilus en raison de la couleur rose qu'elle 
prenait dans le sang des ennemis. 

E. Fyot. 

Tringlot (LXXI. 13b, 246). — La dé 
nomination de Tringlot ou mieux Train- 
glot qui comporte un sens péjoratif, 
comme d'ailleurs la plupart des mots ter- 



DLi CHIJRCHBURS JtT CURIEUX 



10 Mai iv>5. 



— 389 

minés en oi, a été la cause déterminante 
de fréquents duels entre sous-officiers. 

On la voit apparaître après ii*)o, pen- 
dant Ici guerres de la conquête de l'Algé- 
rie. Cette époque a amené un accroisse- 
ment considérable des troupes du train 
des Equipages militaires (1). Leur solde 
était la plcjs élevée en Algérie, d'où jalou- 
sie des autres troupes. Cette expression 
maligne s'est révélée à la suite de discus- 
sions sous la forme d'un quolibet à 
l'adresse des soldats du Train des équi- 
pages militaires. Aujourd'hui !e mot 
trainglot a perdu de sa malignité. 

Commandant Th. 

Poilu (LXX; LXXI, t)7, 158, 297, 
333). — D'un joli article de M. iVlaurice 
Donnay dans le Figaro 5 avril) ,. .Mots 
de guerre » à propos du mot Poilu : 

Ub de nos confrères, un jeune journal 
hebdomadaire tout plein d'excellent hu- 
mour et qui, sur choses et gens, dit son 
mot, jusque-là qu'un numéio entier un 
jour fut échoppé, laisait remarquer un autre 
jour à ses Itcteurs, non sans un grain de 
coquetterie, que sa rédaction n'employait 
jamais les mots « poilus > et « Boches ». 
Cett; remarque semble impliquer un blâme 
et pour ceux qui emploient ces mots et 
pour ces mots eux-mêmes Pour moi, je ne 
m'alarme point si le langage s'enrichit de 
ces deux mots : il» tont ex. clients ; s'ils 
n'existaient pas, il faudrait les inventer; et, 
d'ailleurs, l'un des deux au moins, c'est 
poilu que je veux dire, est dsns le diction- 
naire. Et même, bien avant la grande guerre. 
Il était pris dans le sens d individu du sexe 
masculin. J'entends encore une jeune et 
élégante comédienr.e me dire, il y i quel- 
ques années : € Je voudrais bien que la ré- 
pétition finît avant cinq heures ; j'ai rendez- 
vous avec des foilus, pour prendre « l'apé- 
ro >. Ainsi elle signifiait qu'elle devait re- 
joindre quelques amis, pour boire avec eux 
un verre de vin de Porto. 

Poilu n'est donc pas un néologisme. En 
outre, c'est le noiri que nos braves soldats se 
tont donné eux-mêmes. Depuis six mois, 
sur un front de 400 kilomètres, des milliers 
d'hommes vivent, dans Its tranchées, une 
vie soutertiiiie et surhumaine : il pleut, il 
"^'8*1 '' gèle ; les balles sitfîenl, les mar- 
mitei éclatent, l'air est chargé de probaln- 
lités mortelles et ces h immes disent sitnple- 

(il il y avait deux sortes de Train : le 
Train noir (artillerie 1 et le Tr.iin J-our*- Equi- 
pages militaires). 



390 



ment : •< Nous laissons pousser notre barbe. » 
C'e»t admirable ! 

Eciire l'histoire de la grande guerre sans 
écrire le mot de poilus sera chose impossi- 
ble. Peut-on écrire l'histoire des guerres na- 
poléoniennes sans écrire le mot de gro- 
gnard ? Poilus et grognards fraternisent dé- 
sormais d-ins l'épopée française : ceux-ci 
ont eu Raffet, ceux-lii ont Forain. Aujour- 
d'hui, la femme la plus délicate, la plus 
t petite bouche », la plus « prune.iu de 
Tours n, la plus « nitlette, comme on dit aux 
environs de Grenoble, la Parisienne la jilua 
fine ne balance pas à dire < mon poilu » en 
parlint d'un époux ou d un frère qui est au 
front, même s'il se rase chaque jour, comme 
Stanley dans le désert, ou bien s'il se rase 
quelquefois, comme ce jeune lieutenant 
d'artillerie qui écrivait à sa maman : « Ça va 
très bien ce matin , il fait du soleil et je 
peux enfin me raser, n'ayant qu'une jambe 
dans l'eau, devant une petite glace attachée 
h la queue de mon cheval y. Une gentille 
Frar.çaise dira encore « mes poilus » en 
parlant des braves dont elle n'a jamais vu, 
poilu ou non, je visage, mais qu':)n lui a 
signalés parce qu'ils ne reçoivent jamais de 
lettiea ni de douceurs, et à qui elle adresse 
des pages pleines d'amitié et des colis où le 
chocolat doni-e la main aux rillettes et les 
rillettes au tabac, si j'ose dire. 

Acceptons donc ce mot de poilu, pro- 
nonçons-le, écrivons-le, puitque. synonyme 
de héros, il e»t entré dans l'histoire. Le 
rejeter, « ça ne serait pas dans le filon », 
comme ils disent volontiers, ces mêmes 
poilus. 

• » 

Du Figaro : 

On recherche l'origine du mot <t poilu ». 
A en cro:re Balzac, ce mot était m usage 
dans la Grande Armée. 

Nous l'apprenons par la bouche du docteur 
Benassis (le Médecin de campagne) : 

« Mon homme est un des pontonniers de la 
Bétézina, il a contribué à construire le pont 
sur lequel a passé l'armée ; et pour en assu- 
jettir les premiers chevalets, il s'est mis dans 
l'eau jusqu'à mi-corps. Le général Eblé.jous 
les ordres duquel étaient les pontonniers, 
n'en a pu trouver que quarante-deux aussi 
poilus, comme dit Gondrin, pour entre- 
prendre cet ouvrage ». 

L'adjectif ne pouvait être plus honorable- 
ment patronne ! 

« 

M. Maurice Donnay, a la suite de son 
article, a reçu la lettre suivante : 

Mon cher ami, 
.assurément, comme vous l'avez dit hier, 
an Figaro, Boche vient d'Atbocke, mais voici, 
jt cro:s, la genèse à'A^boche. 



N» 1418.V0I LXXI. 



L'intermédiaire 



Î9< 



392 



Une danseuse, sous le second Empire, e'tait 
connue sous le simple prénom de Margue- 
rite dans les lieux d'audacieuse chorégraphie, 
lorsqu'un soir, à souper, ayant eu l'occasion 
d'employer l'adjectif rigolo, peut-être pour 
l'appliquer inconsidérément à f.;u Brisson, 
jugea qu'il était d'une «onorité plus joyeuse 
de le transformer en rigolboche. Cela amusa 
les soupeurs qui, entre l'amande et le ca- 
membert, comme on a dit alors, commen- 
cèrent par baptiser l'inventrice du mot avec 
6on mot lui-même. La danseuse étant deve- 
nue bientôt très populaire sur le boulevard, 
la deiniè'e syllabe du vocable rigolboche 
resta dans l'oieille des Parisiens comme une 
S01I2 de rime familière : Rigolboche, Alboche, 
Boche. Et ainsi le sobriquet appliqué aux si- 
nistres tueurs Je femmes et d'enfants, aux 
brûleurs de villes et de cathédrales, se trouve 
avoir une origine plutôt : j'allais dire rigol- 
boche. La philosophie a de ces ironies. 
Bien cordialement. 

Gaston Jollivet. 

Epilé (LXXI, 328). — Ce mot, comme 
celui de poilu du reste, est de goût dou 
teux, sans que j'Insiste pour le prouver, et 
devrait être rayé des publications où l'on 
se pique d'avoir bon ton. Qu'on me par- 
donne cette brusque franchise, mais lais- 
sons à l'argot des tranchées sa saveur 
propre sans l'adopter dans le style relevé, 
j'ose penser que plusieurs voudront bien 
partager mon humble conseil d'imprimer 
le moins souvent possible ces expressions 
familières et triviales. Oroel. 

Le journalisme dans les tran- 
chées (LXXI. 228). — Donner « une des- 
cription aussi bibliographique que possi- 
ble » , mon cher collègue M., du « journa- 
lisme qui est né dans les tranchées >» 
suppose, peut-être, des loisirs un peu 
spéciaux. Voici, cependant, au premier 
mai. 

D'abord L'Echo des Marmites. Mais^ ici, 
nous nous bornerons à renvoyer à notre 
excellent ami John Grand-Carteret qui, 
dans fcn Eut ope aitii-prtissicnne du ^o 
janvier 1915, a reproduit la première page 
de ce digne représentant de la « presse 
poilue ». Laquelle, depuis, a réalisé de 
considérables progrès, puisque, d'autoco- 
piée qu'elle était à l'origine, elle s'affiche 
maintenant sous des airs de grands quo- 
tidiens, imprimés non sur des presses de 
fortune en quelque fond de tranchée, mais 
bien dans de véritables ateliers provin- 



ciaux — proches, cela va sans dire, des 
fronts où la France défend sa peau et son 
sol avec la merveilleuse vaillance qui 
étonne le monde. 

Tout de même, ces feuilles ne figurent 
point encore dans nos cafés et continuent 
à être des choses r.ires. C'est pourquoi 
nous estimons qu'il 3' a lieu d; donner 
suite à cette enquête de V Intermédiaire, 
en commençant par les susdits autoco- 
pies — presque des ancêtres, déjà. 

De ceux-ci, le plus ancien en date serait 
Le Cri de Vaux, sur 4 pages (20 centi- 
mètres sur 31), guerrier, littéraire, spiri- 
tuel. Ce journal, « malgré son titre, ne 
peut être crié ». Le « ."irecteur-Rédac- 
teur » est le «Capitaine D. », lequel, ainsi 
que son stafF rédactorial et administratif, 
réside dan; la « clairière de Vaux » et 
répond à l'appel téléphonique : Ranzières, 
oq, cependant que son adresse télégra- 
phique est : Cridevauranz. Le Cri de 
yaux a un Bulletin médical et, comme 
tout journal qui se respecte, un Bulletin 
financier, où l'on traite de la Société anonv 
me des Trous de Marmites au capital social 
de 65 fr. 50, dont le concours — quel 
mauvais tour pourrait-on bien jouer aux 
Boches ? — séduira sans doute maint lec- 
teur et dont le grand roman vécu de 
r « illustre Paul A. s passera évidemment 
à la postérité. 

Le Marcheur du 88", doni le n" i (o fr.50) 
porte la date du 20 janvier 1915, est de- 
puis son n" 2, composé de 2 parties : 
1 une sérieuse pour les petits enfants, 
l'autre moins sérieuse pour les grarides 
personnes. Il cultive la drôlerie à la façon 
du feu Tint^imarre. Ce serait le « seul 
journal quotidien paraissant irrégulière- 
ment » et ce, pour la bonne raison que 
le directeur est sur le front, son person- 
nel aussi. » Téléphone : »< a la poste et 
dans toutes les bonnes pharmacies. » 
Adicssetélégraphique : Moroboche. Petites 
annonces : la lig;;e 13 f.ancs, elc , cU;. 
Tous les abonnements sont payables 
d'avance « 3 mois, 15 francs; 6 mois, 
120 francs, avec prime; i an, 7 fr. 50 », 
l'abonnement de 6 mois, « qui ofïrc des 
avantages j, est « particulièrement » 
conseillé ;iux lecteurs. Le siège social est 
sis : 60, avenue des Mai mites, au dépôt 
de la 3"^. Voilà qui est précis. Rien n'y 
manque, pas même le canton. C'est k 



DES CHERCHEURS ET CURISiUX 



10 Mai 1915 



393 



394 



canton d'A. Soyons précis. Voici, au 
surplus, deux annonces qui nous donne 
ront l'avant et rarrièrc-goût de cet or- 
gane ; 

Soldat mobilisé. SeTa\i heureux de trou- 
ver place inspecteur finances Aucune ré- 
férence. 

Ecrire... X. Z. 

SoldaU ! .A quoi bon vous servir do 
sacs de couchage ? Prenez donc nos sacs 
de vovage, en cuir de Russie, fermant 
hermétiquement, serrure à l'intérieur. 

Une fois dedans, vous seuls pouvez 
vous en sortir. 

Célérité. Discrétion. 

Rigolhocbe — qui ne veut pas dire 
que le Boche rigole, — est illustré et 
presque écrit en entier p.^r Rfgor. 11 me- 
sure 20 cent, de largeur sur 31 de hau 
teur, 2 pages, le plus fort tirage du front 
entier. Prix : o fr. 00 cent. Le journal le 
mtcux reuseiona sur les Teutons. ly Capital : 
; sou par jour. » Siège social : « ambu- 
lant . » Voici une pièce de Regor aux sol- 
dats français, qui date de février 1915 : 
Franc lis qii c mbattes lifpuis de si Imgs 

[mots. 
Vous dont le coeur es! plein Je chagrin, de 

[tristesse, 
El qî'i dûtes quitter vos parents et vos toit', 
A vousqui sjvc^ rire, en ce jour je m'adresse. 
Quand l'horrible « cu/ar.l » viendra vus 

[nrripp-'r, 
Ouprei cet opuscul' aux légendes joveuscs, 
Vous verrez que èi.-ntôt il sjur.i dissiper 
Votre mélancolie aux m~!;es r.ffrewes 

Volts rire;^ franchem 'm. fantassins rateureu.v 
Et v^fre rire fusant p.-.r delt. les tranchées, 
Fera sentir au Boche inquiet et si/en-ieux 
Que la gaieté frança:»', anime nos armées. 
Parcoure^ d'nc. amis, ce modeste journal ; 
De TOUS drstraire il a l'unique prétention : 
Vous en remercierez votre bon Général 
Qui le jit éditer à votre intention. 

11 y a, aussi, des communiqués offi- 
ciels « rigolboches », des Chansons pour 
les copains, de Jean Mady, du 76° de li- 
gne, des caricatures sur les Huns, des 
bons mots et des é;hos en images. On y 
célèbre 

Les Poilus de l'.ir/^onnc 

Qui savent se battre en chanson: 

La voix DU 75 date du 31 janvier 
1915, t'est un journal nitcrrier y, de 14 
cent, sur 22, imprimé, s..i-i3nom d'impri- 
meur et signé : Le Gérant, G. Pennel. Il 



ne doit pas, comme tout journal qui se 
respecte, être crié Sa rédaction est < sur 
le front ■ , son administration, à l'impri- 
merie Béai, Nceux-les-Mines(cherchezsur 
la carte ) Son but est de « développer 
l'esprit de co: ps chei. les bouchers noirs. > 
Et « tout Boche qui en sera trouvé déten- 
teur sera considéré comme espion et fu- 
sillé. » Il y a là des gauloiseries, des 
chansons de marche. . . avec transforma- 
tions, telle La l-régatc : 

A U santé des amowcuj ; 

A la santé des gurs de France, 

Buvons un coup, buvons en deux, 

Et m.... pour le Kiiser, 

Qui nous 1! déclaré la guerr .' 

Le Poilu, 30 cent, sur 45. s'imprime 
à Chàlons-sur-Marnfc, et est signé : « Le 
gérant, D"^ Vève, pseudonyme de Clément 
Sahuc, rédacteur au Progrés de Lyon et 
médecin. C'est le « journal des tranchées 
de Champagne ». 11 date de 1914, son 
n" , porte : 18 février 1915 U est dans 
le commerce, raison pour laquelle il se- 
rait inutile de s'arrêter à le décrire au 
long. D.' même pour V E ho des Gouibis, 
2S cent, sur 33, organe des régiments du 
Quercy, également publié à Châlons sur- 
Marne et qui porte pour signature : « Le 
gérant, |. Cazes, 131= territorial de cam- 
pagne. Voyez, sur toute cette matière. 
L Eui ope anti prussienne des 31 mars et 
suivant. Camille Pitollet. 

Maîtrise de la merLXXI, 227, 336. — 
M. Laubeuf, ancien ingénieur en chef de la 
marine, qui a soutenu que la maitrise des 
mers appartiendrait au submersible, défi- 
nit ain.^i d'après des autorités, {Journal 12 
avril 191 5), la maîtrise de la mer: 

Que représente exactement cette expres- 
sion ? 

Je ne puis mieux faire que d'en emprun- 
ter la <U"finition à un do no5 écrivains mari- 
times les plus éminents, M. le contre-ami- 
ral Darrieiis. 

Il s'ejrprime ainsi dan,i so.i livrs ii,tH-:IJ : 
la Guerr: :ur mer, pam eu 1907 : 

« Etre maître de la me- , telle est l'expres- 
sion familière à tous le.s marins, ql dans 
une formule concise contient un monde 
d'iil-'es et lie pensées, et rérume pour ainsi 
dire toute ta stratégie navale. 

<s Elle ne signifie pas seulement pour le 
i parti vainqueur la conquête définitive du 

Icliamp des opérations de guerre, elle com- 
prend encore la liberté de la navigation, ta 



L'INTERMÉDIAIRE 



N» 1418. Vol. LXXI. 

395 

iteurité des transactions commerciaUt, la 
circulation du pavillon, tout ce qui, en un 
mot, représente la vie activre d'une grande 
nation, et ce qui constitue bien souvent 
l'objet même du conflit... 

Et plus loin : 

« La notion de maiirise di la mer doit 
être bien définie : on ns «aurait viser par 
ce terme la suprématie de tous les océans... 
L'expression s'applique uniquement au théâ- 
tre maritime des opérations possibles, » 

L'origine du mot « Italie » (LXX, 
7 ; LXXI, 256). — Nauticus répète, d'après ' 
Aulu Galle, ce qu'avaient atfirmé le sici- 
lien Timceus et le romain Varron. 

Mais on peut dire des étymologistes ce 
que M. de Voltaire disait des historiens : 
l'un copie l'autre et tous propagent l'er- 
reur. 

L'étymologie, la science des £-vua [Et 
-f UM (= IM) = profonds dessous = 
racines], la science des origines lointaines 
des mots, est, en grande partie, à refaire ; 
et même, comme le voulait Bacon deVéru- 
lam de la science en général, ab imis 
funJamentis. 

A proprement parler, lorsau'ils dérivent 
Italiade IxaXoi (taureaux, bœufs), Timœus, 
Varron et AuluGetle ne font pas de l'éty- 
mologie, puisqu'ils n'indiquent pas les étr- 
mesde i^aXoi et n'expliquent pas ce mot. On 
fait de l'ét) mologie en analysant les élé- 
ments dont les mois Italia et ••txI.o'. se com ■ 
posent, en scind;int ces mots dans leurs ra- 
dicaux immédiats; en recherchant si ces ra- 
dicaux immédiats n'en n'ont pas, à leur 
tour, de plus éloignés, c'est-à-dire s'ils ne 
sont pas des radicaux composés qu'il faut, 
eux-mêmes, aussi fractionner; en arrivant 
jusqu'aux radicaux simples pour en expli- 
quer lavaleursémantique, qui donne, en re- 
tour, celle des radicaux immédiats et enfin 
des mots analysés. C'est ainsi, et non au- 
trement, que l'on parvient jusqu'aux rai- 
sons intrinsèques et intimes de la signi- 
fication des mots. 

En procédant de la sorte, dans le cas 
qui nous occupe, on s'apercevra que 
« Italie » ne vient pas de ItiXoi (car, pour- 
quoi cette provenance plutôt que l'in- 
verse ?), mais que les deux, ÎTaXot et Italie, 
analogues de son et de structure, vien- 
nent d'un langage antérieur au grec et au 
latin, dans lequel les radicaux IT et AL 
étaient des mots. 

L'acception de ces mots monosylhbi- 
ques IT et AL, devenus radicaux de « Ita- 



396 



lie w et de "iradoi est, comme unie veria' 
la même dans les deux mots polysyllabi" 
ques, grec et latin. 

Le langage antérieur , préhistorique , 
auquel appartiennent IT et AL, était pro- 
bablement monosyllabique, c'est-à dire 
arrivé au point de développement auquel 
se sont arrêtés le chinois et d'autres lan- 
gues de l'Extrême-Orient. Nos langues à 
nous ont progressé par voie de juxtaposi- 
tions, d'agglutinations et de flexions. 

Mais le langage humain a eu des com- 
men:ements encore plus humbles que le 
monosyllabisme : il a débuté par des 
sons simples (réflexes, d'abord ; cons- 
cients, ensuite). IT et AL sont des radi- 
caux composés : le radical ultime, l'atome 
du langage, est le son simple. Nous en 
avons ici quatre : I (i), T (ette), A (a\ L 
(elle), chacun desquels a ses significations 
propres et qui tous sont des mots primi- 
tifs. 

[e disque chacun a «ses significations », 
parce que, dans le langage le plus primi- 
tif, qui fut, moins encore que monosylla- 
biqje, « monotonique » (un son expri- 
mant l'idée), le même son devait naturel- 
lement et forcément être polysémantique, 
ou, autrement dit, exprimer plusieurs 
concepts ; et cela parce que, même dans 
les sociétés les plus primitives, il a dû ar- 
river un point où le nombre des idées à ' 
exprimer était plus grand que le nombre 
dw*s sons simples dont l'organe de la pa- 
role dispose. La juxtaposition des sons 
simples, dont l'un confirme, annule ou 
modifiel'aulre, n'était pas encore trouvée : 
elle a été le premier et très grand progrès 
dans l'évolution du langage, qui par là 
est devenu syllabique et s'est acheminé à 
devenir agglutinant. 

La langue française possède encore 
quelques mots qui remontent à la plus 
lointaine antiquité du langage, et, au 
point de vue de l'histoire de la terre, très 
probablement à l'époque paléolitique. Tels 
sont aile (L), le col de l'Emme (M) ; erre 
(avoir de 1' — ) .. 

Des quatres sons 1, T, A, L, dont se 
composent les radicaux immédiats (IT et 
AL) de •.TïioS et Italie, le son 1 signifiait 
« loin, distant (cf isle, île) ; qui s'éloigne' 
qui va loin, qui va (cf ire lat. — aller : i 
impératif = va ! ; hue ou hie, cri de 
charretier pour exciter la bête à la mar- 
che) ; qui va dans les différentes directions 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Mai 19I5. 



Î97 



398 



où l'on peut aller », et par conséquent 
aussi dans le sens de la profondeur et de 
la hauteur. Ainsi IM signifie profond 
(l'mia latin., j2> imo corJe = du profond 
ducoeurj et haut (cime, Hymette, Olympe, 
Himmel ail. := ciel ; Himalaya = les 
hautes cimes d'où descendent les eaux, 
Chimborazo). 11 en est de même pour IT, 
le son T (ette) indiquant aussi, entre au- 
tres significations, les idées de hauteur et 
de profondeiir. On le trouve en Tartare le 
bas-fond des enfers [le très profond (T.. 
T..) et en Etna, en Atlas et en Pluton, 
en thctis, la très pronde mer et en teuta 
tis, le très Haut, Titans, les très grands. 
Une des significations de IT était celle 
de haut, élevé [Ithaque, ainsi nommée 
de ce que cet îlot s'éle\ait (IT) en 
pointe (AC.Cf. aculeut,ocer, actes, acuius, 
jciimen, cacumen, acuité, acuminé, aigu)]. 

En « Italie >», comme en boXoi, IT a la 
signification de n haut *. 

AL, composé de A (qui parmi les nom- 
breux sens que ce phonème acquit, a 
celui de x espace ») et de L [qui, parmi 
ses nombreuses significations , eut celle 
d" « étendue », « qui s'étend », et cela 
dans tous les sens (cf. long, large, hault 
— longw, latus, allus)] a en -rxl-oi et en 
Italie, la même signification, celle de 
« allongé n. 

ITAL peut donc être considéré comme 
un mot préhistorique, appartenant à un 
langage primitif, dont le domaine fut si 
vaste que le verset de la Genèse d'après 
lequel il fut un temps où « la terre n'avait 
qu'un seul langage » (chap. xi, i) se 
trouve parfaitement justifié. Ce mot ITAL, 
composé de IT et AL, d'un langage anté- 
rieur, veut dire « haut et allongé » . 

C'est une définition q>ii s'adapte très 
bien à l'Italie péninsulaire, à l'Italie pro- 
pre, telle que la voyaient les navigateurs, 
qjj l'ont dénommée «[le pays] haut et 
long» comme ils ont dénommé la Grèce 
de ce nom qui signifie «[le pays] hérissé 
de pierres > = « bordé d'écueils » ; comme 
ils ont dénommé la Sardaigne : «[le pays] 
041 les eaux qui descendent des hauteurs 
'SAP] s'étendent en marais (DAINS). ► 

Pojr eux l'Italie était un pays monta- 
gneux (haut = IT) et l'^ng, qui n'en f;nis- 
sait pas fallongé = AL], 

La même définition s'applique parfaite- 
ment aux bovines. On pouvait définir un 
bœuf, un taureau ; « [l'animal] haut et 



allongé ». C'est ce que veut dire iicXoi- 
Toute localité, tout être vivant, foute 
chose a été dénommé d'après quelque ca- 
ractéristique qui lui fût propre. Les mêmes 
caractéristiques, httit et long, convenait 
également a un pays et à une espèce ani- 
male. Voilà pourquoi leurs noms sont 
analogues, sans que, pour cela, un nom 
vienne de l'autre. 

Comte DE RONZ.^GLIE. 

Virgile s'exprime ainsi à ce sujet : 
Est locus, Hespsriani Graii cognominedicunt, 
Terra antiqua , potens armis, atque ubere gle- 

(b« : 
Œnotri coluere viri ; nunc fama minores 
Italiam dixisse ducis de nomine gentem. 

(^Enéide, liv. 1, vers 534 et suiv.) 
[11 est un lieu (les Grecs le nomment 
Hespérie), terre antique, au sein fécond, 
et puissante par les armes. Jadis les Œno- 
triens Ihabitèrent ; et l'on dit qu'après 
eux de nouveaux peuples l'appelèrent Ita- 
lie, du nom de leur chef.] 

Nautichs. 

Plébisoites de laSavoie. du Comté 
de Nice, de la Norvège (LXXl, 1 78). 
— Voici les renseignements demandés : 

Savoie, — Sur 1 35.449 électeurs, il y 
eut 1 30.839 votants, dont 130. =133 oui, 
235 non et 7 i bulletins nuls. 

Comté de Nice. — Nombre de votants : 
30.706, dont 25.933 émirent un vote fa- 
vorable à l'annexion. 

Norvège. — Le plébiscite du 13 août 
1905 donnait 362.000 votes pour la rup- 
ture avec la Suède, et 182 seulement pour 
le maintien de l'union des deux pays. 

Nauticus. 

Invention du corps de saint Jean 
Baptiste (LXXI, 230. — Quelle est la 
doctrine à ce sujet ? S'appuie-t-elle sur 
des textes anciens ? 

On ne saurait répondre à cette question 
car l'Eglise ne connaît que l'anniversaire 
de la Nativité de saint Jean-Bap'iste et la 
fête de sa Décollation. 

Fromm, de ÏUnivtn. 

Voilà une de ces petites questions, à 
l'air tout .T fait innocent, ci qui cepen- 
dant a fiit écrire des volumes qui ne 
l'ont .lucuncmcnt résolue. 

On parle de doctrine de l'Eglise ; il n'y 



N» >4i8. 



Vol. LXXI. 

399 



L'INTERMEDIAIRE 



en a pas sur ce point. A moins que l'at- 
tribution de la relique ne soit manifeste- 
ment fausse, l'Eglise ou mieux le Pape 
laisse aux différentes églises locales leurs 
traditions sur ce sujet. Elle ne les désap- 
prouve point, elle ne les approuve pas 
davantage, mais les laisse dans l'état où 
elles se trouvent. Le cuits des reliques 
étant d'ailleurs, comme on dit dans l'Ecole 
relatif, se rapportant au saint qui en est 
l'objet et subsidiairement à sa relique, si 
celle-ci venait à être démontrée fausse, la 
dévotion des fidèles n'aurait pas à en 
souffrir, car cette dernière va directe- 
ment au saint et la relique est seulement 
le canal qui sert à la diriger au saint, qui 
d'après décision ou approbation de l'E- 
glise, est absolument digne de sa véné- 
ration. 

Maintenant que penser de la question 
elle-même? Il y a à peu près sept chefs 
ou têtes de saint jean-Baptiste qui cou- 
rent le monde, et sont vénérées en divers 
lieux. A priori on devrait conclure qu'il 
yen a au moins six défausses, mais il 
n'en est pas ainsi. Usant d'une figure de 
rhétorique, très employée, la Synecdoque 
qui prend la partie pour le tout, on dé- 
signe sous le nom de chef ou tête une 
portion considérable de cette tête. L'Eglise 
considère cette partie comme une relique 
insigne, et lui donne le même culte que 
si elle possédait la tète dans son inté- 
grité. 11 se pourrait donc parfaitement 
bien que tous ces différents chefs fussent 
authentiques étant portions plus ou moins 
considérables de la tête du Précurseur du 
Sauveur. Cette multiplicité ne doit donc 
pas plus effrayer l'historien que le litur- 
giste, et toute la question se réduirait à 
savoir si la tête de Jean-Baptiste a été 
conservée à la dévotion et la piété des 
fidèles. 

Essayons donc d'en suivre la trace jus 
qu'au moment où les documents d'ordre 
général se changent en documents parti- 
culiers, qu'il serait trop long de recher- 
cher dans leurs multiples ramifications. 

On croit que la mort du Précurseur 
eut lieu au palais de Machéroute l'an 32 
de notre ère, vers la fête de Pâques, et 
les évangiles nous apprennent que ses 
disciples, ayant eu connaissance de la 
mort de leur maître, prirent son corps et 
l'ensevelirent. Où eut lieu cette première 
sépulture, l'Evangile ne nous le dit pas, et . 



400 



l on en est réduit à des conjectures. Tou- 

I jours est-il que le corps du Précurseur fut 

ensuite porté à Samarie où il reçut une 

sépulture honorable près des reliques du 

prophète Elysée. 

Nous perdons sa trace jusqu'au iv» siè- 
cle. Alors vers l'an 362, sous la persécu- 
tion sournoise, mais très cruelle de Julien 
l'apostat, des indigènes ou autres brûlè- 
rent en partie le corps de )ean-Baptiste 
(Théodoret //i5<. Eccl., 1. m, c. m). 

Tout cependant ne périt pas, et les fidè- 
les recueillirent ce qui avait échappé aux 
profanateurs et portèrent ces reli ]ues à 
un abbé de Jérusalem, nommé Philippe, 
qui, à son tour, les donna au grand évèque 
d'Alexandrie, Athanase. Celui-ci reçut 
avec joie le précieux dépôt, et en atten- 
dant de pouvoir lui donner une meilleure 
sépulture, le cacha dans une muraille. 

Puis l'empereur Théodose ayant fait 
construire à Alexandrie une église en 
l'honneur du précurseur, Athanase y 
transporta, en 395, ses restes dans cette 
nouvelle église (Rubin, Hist. c. xxvii). 

Le tombeau de Samarie était resté 
assez célèbre, et de nombreux miracles 
venaient y attester la puissance du mar- 
tyr. Nous en avons un témoignage de 
sainte Paule qui s'était rendue a Samarie 
et avait élé témoin de quelques-uns de 
ces prodiges (S Jérôme, Epit. XVll). 

En 45 j on trouve à Edesse en Syrie le 
chef de saint Jean-Baptiste, ce qui n'a rien 
d'extraordinaire, la tête ayant été séparée 
du corps, et donnée par Salomé à Hé- 
rodiade, mais on ne sait pas du tout 
comment elle y fut transportée. Elle fut 
vénérée dans l'église cathédrale de cette 
ville d'où en 954 elle fut portée à Cons- 
tantinople. Cette ville en effet recueillait 
tous les corps de martyrs, toutes les reli- 
ques du Sauveur et de la Vierge, et grâce 
à la munificence des empereurs devint ra- 
pidement le plus grand trésor des reliques 
que possédait l'Orient. C'est de Conslan 
tinople, quand cette ville fut prise par les 
Croisés, qu'un grand noinbre de reliques 
émigrèrent en Europe et à part les saints 
locaux ou d'origine romaine, presque tous 
les autres nous sont venus de ce dépôt 
que l'on dirait inépuisable... C'est en par- 
ticulier de Constantinople que Rome reçut 
le chef de saint André. 

S'il fallait maintenant suivre ces reli- 
ques du Précurseur parmi les villes qui se 



DBS CHERCHEURS BTCURIKÎJX 



10 Mai 1915 



401 



glorifient d'en posséder une partie à la- 
quelle elles ont donné le nom du tout 
auquel elles appartenaient anatomique- 
ment, cela dépasserait la longueur d'un 
grand article de revue. Je me borne à si- 
gnaler deux reliques qui ont joui d'une 
plus grande célébrité, le chef d'Amiens, 
et celui que l'on vénère à Rome dans 
l'Eglise de Saint-Sylvestre in Capite, ainsi 
nommée à cause de cette relique. 

Sous le nom de Sacio caiino, la ville de 
Gênes s'enorgueillit de posséder un grand 
plat d'agathe qui, d'après la tradition, au- 
rait servi à Salomé i our porter la tète 
sanglante de Jean Baptiste à sa mère 
Hérodiade. 

J'arrête ces indications sans citer les ou- 
vrages que l'on pourrait consulter à ce 
sujet. On peut voir la nomenclature dans 
la Bio-Bibliographie d'Uljsse Chevalier. 

D' A. B. 



Les drapeaux en campagne (LXXl, 
27s). — Je ne crois pas que la coutume 
anglaise de déposer les drapeaux dans des 
églises ou musées avant de partir en cam- 
pagne ait existé en France, mais bien le 
contraire, 

D'autre part, le rapport du général Or- 
tegas, cité par notre confrère, parle du 
drapeau du Bataillon de zouaves (proba- 
blement du i" régiment). Or il n'y avait 
qu'un drapeau par régiment, et non un 
dr.ipeau par bataillon. Le drapeau devait 
être resté comme de coutume avec la por- 
tion principale, ou le colonel. En tout 
cas, Ortega pouvait chercher longtemps 
ce qui n'existait pas dans notre armée, le 
drapeau d'un bataillon. 

B. P. 

Sur le retour des drapeaux venant < du 
front », il y a une chanson, datant du 2« 
Empire, retour d'Italie : 

Petit piouplou. 
Bonhomme d'un sou. 
Que rapportes-tu d'Italie ? 
Je rapporte à ma Patrie. 

Des drapeaux 
' En lambeaux !... 



La citation relative à la campagne du ! 
Mexique a un caractère injurieux pour 
les Français et contient d'ailleurs une j 
association inexacte. ! 

Jamais un bataillon de zouaves au Mexi- ; 



402 



que ne fut détruit entièrement, il y a donc 
déjà de ce chef un mensonge. 

D'autre part, les Mexicains chez qui 
l'infanterie était divisée en bataillons, 
mais non en régiments comme chez nous, 
avaient et ont encore, comme chez nous 
avant 1812 et de 1816 à 1820, un drapeau 
par bataillon, tandis qu'en France il n'y 
a pas de drapeau par bataillon, mais un 
drapeau unique par régiment composé de 
plusieurs bataillons. En campagne, le dra- 
peau marche avec le bataillon qui a l'état- 
major du régiment à sa tète et qui possède 
les sapeurs, la musique, etc. 

11 n'est pas d'usage chez nous de dépo- 
ser les drapeaux dans des musées ou 
églises avant d'entrer en campagne. 
Toutefois, en 1870, la cavalerie, avant 
d'entrer en campagne, déposa ses éten- 
dards dans les arsenaux les plus voisins 
du lieu de la mobilisation des régiments. 

COTTREAU. 

La drap, au conquis àDijon (LXXI, 
91, 191, 255, 352). — Bien que le sujet 
me paraisse épuisé, je profiterai d'une 
coquille malheureuse (page 256) qui a fait 
imprimer Chabel au lieu de Chabal (nom 
du sous-lieutenant du S7', qui enleva un 
drapeau ennemi à Rezonville), pour reve- 
nir sur ce sujet, à propos de la note de 
notre collaborateur H. C. M. 

Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas d'Ita- 
liens p.Trmi les Garibaldiens, mais que la 
brigade Ivicciotti (elle ne fut pas seule 
engagée) qui recueillit le dr^ipeau alle- 
mand comprenait uniquement des batail- 
lons ou compagnies de Français. L'ordre 
de bataille figure dans la grande histoire 
de la guerre de 1870-1871. par Pierre 
Lchautcourt (général Palat) page 219, 
3' volume de la 2' partie. 

Les Italiens étaient surtout nombreux 
dans la 1'= brigade, dont le chef, général 
Botak-Hauké (russe d'origine) fut tué le 
21 janvier. 

Ardouin-Dumazet. 

Nounices de Rois (LXIX; LXX). — 
Mon ami Maurice Lecomte a fourni ici 
même d'intéressants détails sur la nourrice 
des enfants de Saint Louis. Le hasard vient 
de me révéler le nom de la nourrice de 
Saint Louis lui-même. 

En assistant à un service funèbre dans 



N» 1418. Vol. LXXI. 

-: 403 

l'église de ViUemanoche (Yonne), je re- 
marquai une inscription en lettres gotlii- 
ques sur une pierre encastrée dans la mu- 
raille sur le côté gauche du sanctuaire. 
Cette inscription, que je vins lire après la 
cérémonie, indique que Roberte Lenfant, 
veuve de Nicolas Pichelin, écuyer, dame 
en partie et par indivis de ViUemanoche, 
Dixmont, les Bardes, Villechétive (loca- 
lités sises aujourd'hui dans le département 
de l'Yonne) et La Mothe-Gravart (lieu 
que je n'ai pas réussi à identifier), décédée 
le 25 mars 1554, reposait sous la pierre 
en question, dans la tombe de son père, 
noble homme Boson Lenfant, en son vi- 
vant seigneur des dites lieux et chauf- 
fecire de la chancellerie de France. 

Et est à noter que en considéracion que la 
octayeule dud. Boson Lenfant avoil norry et 
«lacté de fes mamelles le roy Salut Louy>, 
icelluy créa quatre offices de chaulTecire hé- 
rëditables pour les quatre enfans masies de 
lad. nouriice affin de y succéder à jamais par 
les plus prouchains hoirs tr.asies descendans. 

Je n'étais pas le premier à faire cette 
découverte, puisqu'en rentrant chez moi, 
je trouvai tout au long la susdite épi- 
taphe dans les Inscriptions de l'ancien dij- 
cèse de Sens, par Quesvers et Stein (III, 
571) et dans le Bulletin de la Société des 
Antiquaires de France (1883, p 93). 
Albert Catel. 

Vive la Pologne, Monsieur I (LXXI, 
318). — D'après le brouillon d'une lettre 
que Floquet avait écrite à Ranc, ce serait 
Gambetta qui a lancé ce fameux cri : Vive 
la Pologne, monsieur ! lors de la visite 
du Tsar Alexandre au Palais de justice, 
«n 1867. 

Or, cette accusation de Floquet serait 
fausse, si j'en crois l'article que le jour- 
nal L'Eclair a publié le 16 mars 1909 
et dont j'extrais les aveux suivants : 

M. de Foiivieile dit : J'étais au café de 
la Hoste, rue Montmartre, lorsque Floquet, 
le jour même, tout bouillant, nous raconta 
la scène ; il avait crié le premier et, d'autres, 
nous disait-il, avaient répété son cri. 

Cluseret aussi avait entendu ce réi,it de la 
bou;he même de Floquet, et ce jour-là, 
néanmoins, avec ensemble, les intimes assu- 
raient le contraire. Sclieurer-Kestner était 
parmi les plus acharnés démolisseurs de la 
légende ; jusque dans ses mémoires II pro- 
teste encore : Ce n'est p.is Floquet qui a 
crié, dit-il, c'est Gambetta .. 

Eh bien, non, l'auteur du cri était Flo- 



L'INTERMEDIAIRE 



404 



quet. Un républicain éprouvé, M. A. Callet, 
en apporte le témoignage irréfutable : 

Dans ses Célébrités coyitemporainet, nous 
dit M. Callet, Mario Proth (poitrait d« Flo- 
quet) écrit : «Le tsar Alexandre II était venu 
voir son bon frère Napoléon III. Comme il 
montait les marches du Palais de Justice, un 
avocat en robe s'approcha de lui et tort po- 
liment, le saluant de la toque, lui dit, en 
manière de bienvenue, d'une voix calme et 
ferme : « Vive la Pologne ! » Cet oublieux de 
l'étiquette qui avait négligé de se faire pré- 
senter, c'était M. Floquet. » Or les épreuves 
de cette biographie ont été corrigées par M . 
Floquet lui-même, alors préf^-t de li S fine. 
J'ai moi-même rapporté les épreuves., cor- 
rigées de sa main, à Mariât Proth, rue Vis- 
conti. 

Un autre témoin va nous dire comment a 
été montée la démolition Je la légende dont 
avait été si fier ce pauvre Floquet, quand il 
était de l'opposition et dont il était si gêné 
quand il arriva au pouvoir. 

Ce fut le préfet de police Andrieux qui 
eut l'idée de prêter à Gambetta, mort, le 
mot de Floquet, et cela sur l'invitation de 
Floquet lui-même. La déclaration de l'an- 
cien préfet de polire est très nette : 

« C'est moi, écrit M. Andrieux, qui si 
lancé ce racontar dans un grand journal de 
province. Seulerrent, je dois vous déclarer 
que je l'ai fait à la demande de Floquet lui- 
même et uniquement pour lui rendre i-er- 
vice. 

u Floquet regrettait beaucoup une ftasque 
de jeunesse qui, pensait-il, lui rendiait 
impossible la présidence du Conseil qu'il 
ambitionnait. 

«Il craignait que la Russie ne s'émût de 
voir à la tête des affaires l'homme qui avait 
houspillé le père du tsar régnant. 

« C'est alors qu'il me suggéra l'idée de 
mettre le : « Vive la Pologne, Monsieur » sur 
le dos de Gambetta qui — - étant mort — ne 
réclamerait certainement pas. 

« Je le fis dans une chronique et la chose 
donna lieu à des controverses très amu- 
santes. Il se trouva même, je crois, des gens 
— « qui avaient entendu Gambetta »... 
tant est grande la force de l'imagination. 
Floq-et ne m'ayant pas demandé le secret, 
je ne vois aucun inconvénient à raconter les 
faits tels qu'ils se sont passés ». 

Donnons à chacun, même mort, ce qui 
lui revient de droit. 

Victor Déséglise. 

Le coche d'eau de Lyon à Paris 

(LXXI, 278). —On trouvera de très utiles 
indications sur ce sujet dans le Voyage de 
France à& Sébastien Locatelli, publié en' 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



40 c 



10 

406 



M 



ai 1915. 



1905 chez Alphonse Picard et fils (Biblio- 
thèque de la Société des Eludes histori- 
ques). 

Le retour de Locatelli en i66ç s'eflec- 
tue d'abord par eau, de Paris à Basson 
près Joigny, puis en voiture ju>qu'à Cha- 
lonsur- Saône où le coche d'eau est re- 
pris. Voir principalement aux pages 233 
et 348 de l'ouvrage les réponses aux 
questions posées. 

QUATRELLES l'EpINE. 



Unpiéeurseurde l'aviation (LXXI, 

523). — On ne voit pas le nom de Pierre 
Besnier dans la Biographie Universelle Je 
F. Didot, mais on trouve au mot Garna- 
rin, le nom de Lebesnier, le même que 
Besnier, qui fit « vers 1678, des expé- 
riences publiques, d'une sorte de para- 
chute mécanique qui le portait, par une 
descente douce, à un kilomètre environ 
de l'endroit d'où il était parti. » On voit 
que Pierre Besnier, serrurier, mort en 
1690, a plusieurs raisons pour être con- 
sidéré comme un précurseur de l'avia- 
tion, puisqu'on lui doit aussi l'invention 
du parachute. Il faudrait retrouver dans 
le Journal dei Savants, du 12 décembre 
1678, sous quelle forme ces essais ont 
été communiqués et par qui ^ 

E, Grave. 

• 
• • 

C'est en 1678 que Besnier, serrurier, 
s'occupant de mécanique, imagina à Sablé 
(Sarthe) un appareil avec lequel il pensa 
pouvoir imiter le vol des oiseaux. 

Lt Journal des Savants du 12 septembre 
1678 parle en ces termes de cette inven- 
tion : 

les ailes ont chacune un châssis oblong 
de taffetas atUchi! i chaque bout de deux 
balons, que l'on ajustait sur les épaule». Cei 
châssis se plaçaient du haut en bas comme 
des battants de volets brisé». Ceux de de- 
vani étaient remues par les loaiiis, et ceux 
de derrière par les pieds, en tirant chacun 
une fîcells qui leur était attachée. 

L'ordre du mouvement était tel que, 
quand la main droite f^is.iit baisier l'aile 
droite de devant, le pied gaucho iz\i\\{. re 
muer l'aile gauche de derrière, ensuite I 
main gaeche et le pied droit faisaient baisse' 
l'aile gauche de devant et la droite de der" 
réf.-. 

Ce mouvement en diagonjle pjr«ijsaif trè' 
bien maginé, parce que c'est celui qui c« 



niturel aux quadrupèdes et aux hommes 
quand ils marchent ou quand ils nagent. 

On trouvait néanmoins qu'il manquait 
deux choses il cette machine pour la rendra 
d'un plus grand usage : Is première qu'il 
faudrait y ajouter une grande pièce très lé- 
gère, qui, étant appliquée à quelque partie 
choisie du coips, pijl contrebalancer dans 
l'air le poids de l'homme ; la seconde que 
l'on ajustât une queue qui servît i soutenir 
et à conduire celui qui volerait ; mais on 
trouvait bien de la difficulté à donner le mou- 
vement et la direction à cette espèce de gou- 
vernail, aptes les expéiiences qui avaient été 
inutilement faites autrefois par plusieurs per- 
sonnes. 

Alexis Clerc, dans sa Physique et Chi- 
mie populjires{]u\es Rouffet Cie, éditeurs. 
Paris. 14, Cloître St-Honoré) reproduit 
celte note dn Journal des Savants, %n l'ac- 
compagnant d'un dessin qui représente 
cet appareil mû par un homme. J'ignore 
si Besnier a réussi avec un tel engin à 
parcourir une distance quelconque, je ne 
le crois pas. 

Les quatre palettes fixées chacune aux 
extrémités de deux bâtons qui reposent 
sur les épaules du porteur de l'appareil 
ne représentent chacune qu'une surface 
d'environ 40 à 50 centimètres et n'offrent 
pas, par conséquent, comme antennes, une 
envergure assez grande pour pouvoir sou- 
tenir dans l'air le poids d'un homme, sa- 
chant que le mécanisme qui fait fonction 
de moteur est des plus primitifs : les 
pieds, les mains. 

En un mot, Besnier ne peut pas être 
considéré comme un des précurseurs de 
l'aviation. Son invention est purement 
chimérique. 

L'aéroplane pratique actuel est la réali- 
sation de la conception de Chanute (né à 
Paris en 1833) appliquée par Langley, 
son élève, et ensuite modifiée par de mul- 
tiples perfectionnements apportés par 
d'autres inventeurs passionnés du pro- 
blème du plus lourd que l'air tels que 
Herring, les frères Wrigt, Santos-Dumont, 
Fernand Forest, l'inventeur du moteur 
polycylindrique, Blériot et tant d'autres. 

L Capet. 



Familles de lu Guadeloupe (LXXl, 
49). — Il n'est peut-être pas nécessaire 
de chercher au loin les renseignements 
d'état-civil relatifs aux familles établies 



N» 1418. 



Vol. LXXl. 

407 



L'INTERMEDIAIRE 



408 



dans les colonies ; nous devons les avoir 
sur place, à Paris même. 

En 1776, une ordonnance de Louis XVI 
enjoignitauxdesservants des paroisses des 
colonies, qui dressaient alors les actes de 
l'état-civil, d'envoyer à Versailles, régu- 
lièrement, des copies de tous leurs rescis- 
tres.Le dépôt de ces copies a été conservé 
et se trouve aujourd'hui, si nous sommes 
bien informé, au ministère des colonies. 
Du reste, l'ordonnance de Louis XVI est 
toujours en vigueur : les colonies conti- 
nuent à envoyer au ministère un double 
de leur état-civil, et l'on doit pouvoir se 
procurer «sans frais », ainsi que l'or- 
donna Louis XVI, les copies dont on a be- 
soin, en s'adrefsant au dépôt des archi- 
ves du ministère des colonies. 

Pourrait-on savoir s'il existe dans ces 
archives des copies de l'état-civil de Saint- 
Domingue, naturellement pour l'époque 
pendant laquelle cette île appartint à la 
France ? 

Paultre. 

Baudelaire à CMteaUiOux (LXX, 
184). — Se reporter à la collection de 
V Intermédiaire, XLIII (157, 260, 340). 

Le Petit aianteau bleu. — Cham- 
pion (LXXI, 323). — Nous possédons 
une notice biographique de ce philan- 
thrope signée A. jarry de Mancy, illustrée 
de son portrait. 

Saffroy, frères. 

Milon (LXXl, 325). — S'agit-il des 
Milon de Monterbant? Dans ce cas, 
s'adresser à M. Boisserie de Masmontet, 
18 rue du Champ de Mars, à Paris, très 
obligeant et très documenté sur cette 
famille dont il descend et qui existe. 

La Coussière. 

Baadé d'argent ; bandé d'argent 
(LXXl, 227). — Ces deux termes ne sont 
pas synonymes. A la bande s'applique à 
un écu traversé d'une bande. Bandé se 
dit de reçu partagé en plusieurs parties 
égales et en nombre pair dans le sens de 
la bande. 

Exemples : NoaiUes porte de gueules à 
la bande d'or. Uzès porte de gueules à ^ 
bandes d'or. 



Schoenbourg porte bandé d'argent et de 
gueules de .^ pièces. 

Fieschi porte bandé d'argent et d'azur 



de 6 pièces. 



D. V. 



Dans aucun cas les termes ne sont sy- 
nonymes. S'il n'y a qu'une seule bande, 
il faut dire : D'azur à la bande d'argent. 

L'expression d'azur bandé d'aigent n'a 
pas de sens. 

Bandé d'argent et d'azur signifie cinq 
bandes alternativement d'argent et d'azur . 
Henry de Biumo. 

* * 

Il est certain que blasonner : d'azur 

bandé d'argent est une faute ; il faut 
dire : d'a^nr à la bande d'argent. D'autre 
part, quand il y a plusieurs bandes en 
nombre pair, on dit souvent : bandé 
d'azur et d'argent (ou fascé d'azur et d'ar- 
gent) si c'est au nombre de six. A dire 
vrai, c'est mal blasonné ; la meilleure 
énonciation est la suivante ". bandé d'a{iir 
et d'argent de 6 pièces ; fascé d'azur et d'ar- 
gent de.. . nombre de pièces). 

St-Saud. 
* 

* » 

D'azur bandé d'argent n'est pas un 
terme héraldique correct pour dire : d'azur 
à la bande d'argeiit. Le mot bandé ne 
s'applique qu'à un écu rempli de bandes 
en nombre pair, se suivant en ordre al- 
terné, de manière que les émaux de l'angle 
sénestre du chef et de l'angle opposé de la 
pointe se trouvent être ditTérents. 

N1SIAR. 
* 

* * 

D'après les armoriaux du x\ii' siècle : 

« quand l'écu est également rempli de 
bandes de métal et de couleur (ou de cou- 
leur et de métal), on dit bandé et cela se 
conçoit quand le nombre de bandes de 
métal sont en nombre égal aux bandes de 
couleur ou le contraire, en sorte qu'on ne 
puisse dire qui est plutôt le champ que 
les pièces. En blasonnant, on commence 
par la première bande vers le chef. » 

Dans un bandé, comme dans un paie, 
un fascé, si la première pièce est de cou- 
leur, la dernière sera de métal; si la pre- 
mière est de métal, la dernière sera de 
couleur. Exemple : Fiesque porte bandé 
d'azur et d'argent, la première bande sera 
azur, la seconde argent, la troisième azur, 
la quatrième argent, la cinquième azur, 
la sixième argent. Au contraire, Conta- 



CHf wcHKUi'Cj ET CURIEUX 



10 Mai 1915. 



409 



rini, de Venise, ported'ar^f«/à/ro/'î bandes 
d'azur, Vécu sera diviséen 7 parties égales, 
la première argent, la deuxième azur, la 
troisième argent, la quatrième azur, la 
cinquième argent, la sixième azur, la 
septième argent. Donc on reconnaît un 
bandé, coticé, fascc, burelé, paie en ce 
que les pièces sont en nombre pair, la 
première d'ync autre couleur que la der- 
nière. 

Les bandés sont parfois de quatre pièces, 
tels Schombourg, Alamani, et il faut le 
spécifier en blasonnant; mais le plus 
souvent ils sont de six pièces : Avesnes, 
Recours, Rosimbos, Longueval, Mani- 
camp, La Cressonnière, Malivert, Bes- 
san, etc. 

Au dessus de six pièces on dit coticé. 
On trouve des coticé de huit pièces (Mon- 
tigny), de dix, (Neufbourg, Amenardj.de 
douze pièces (Turennej. 

Dans certains armoriauxdes xv' et xvi' 
siècles j'ai remarqué que l'on confond 
souvent le bandé avec un écu à trois 
bandes, le fascé avec un écu à trois 
fasces. Ainsi dans V Armoriai d'Auvergne 
de G. Revel (14S0) que j'ai particulière- 
ment étudié, j'ai relevé plusieurs blasons 
de jamilles qui portent trois bandes et qui 
son t dessinés bandé de six pièces. 

iMais dans aucun armoriai je n'ai vu 
« bandé » employé comme synonyme de 
une bande, je considère que jamais bandé 
ne peut se dire pour un écu qui n'aurait 
qu'une bande, le bandé exige au moins 
quatre pièces. Donc, dans l'exemple pré- 
senté par notre collègue, il faut admettre 
ou une faute de copiste dans les descrip 
lions des blasons, ou une variante des 
écus, qui, d'a^iir à une bande d^argent se 
seraient modifiés en bandé d'azur et d'ar- 
gent, donc ayant six pièces. 

Baron du Roure de Paulin. ' 



Dieu et mon droit (LXXI ; 7, 82, 
124). — Voir : hdeimédiaire : XXXVl; 
281, 651, 739; XXXVil ; 84, 177). 



Ex-librin à identifier : Un cerf 
couchant (LXXI, 326) — Nous tenons 
de M. Quentin que ces armoiries seraient 
celles de la famille Scott de la Mésangère 
(Normandie) 

Saffroy frères. 



Ex-libris à iden'ificr : trois roses 
(LXXl^ 326). — Rieiftap indique que ces 
armoiries seraient celks de la famille Es- 
tavayé (Pays de Vaud). 

Sakkroy frères. 

Le Français comparé par Ron- 
sard au saule verdissant LXIX). — 
l'avais vainement demande, l'an dernier, 
dans Vliilcrmédiaiie, dans quel recueil 
se trouvent les beaux vers de Ronsard, si 
propres à nous réconforterdans les circons- 
tances actuelles, et que je suis heureux de 
pouvoir citer aujourd'hui complètement. 
Le Gaulois semble au saule verdissant 
Plus on le coupe et plus il est naissant. 
Et rejetonne en branches davantage 
Prenant vig;;eur de $on propre dommage. 

j'ai trouvé la réponse dernièrement 
dans un n° de V Action fiançaise : ces vers 
sont tirés du Bocage roval et d'une pièce 
adressée à la reine Elisabeth d'Angleterre 
(au su et du dieu Protée prophétisant la 
naissance d'Elisabeth et le retour de Ca- 
lais à la France). 

J. W. 

Pûlka Mazurka (LXXI, 230). — 
Notre confrère L. Abet a raison. Polka 
veut dire la Polonaise et Mazurka, la Ma- 
zttrienne. 

Le masculin de Polka eit Polak (le Po- 
lonais et de Mazurka. Ma^ur (le Main- 
tien). 

La Pologne se dit en polonais Polska 
et la Ma^mie (ou la Mazovie) ; Maj^ows^e 
(prononcez Mazovché). 

En dehors de la mazurka, les Polonais 
possèdent une autre danse ayant la même 
origine, le Ma^ur, qui est une sorte de 
quadrille dans le genre des lanciers. Cette 
danse, très ancienne, est exécutée encore 
à présent dans les bals costumés et aussi 
au théâtre, d.ms certains opéras histori- 
ques, comme la Halka de Moninsko. Les 
danseurs sont vêtus du costume national 
mazovien (ou « mazurien », les deux ex- 
pressions étant bonnes également). 

Ajoutons, puisque nous voici en pleine 
Mazurie, que tous les gourmets de Polo- 
gne et de Russie connaissent un excellent 
gâteau nommé Ma^iir,'ik. ce qui vci:* dire 
exactement pe/il Ma^urieii. 

C'est un fameux Ma^urtk, quels grand- 
duc Nicolas offrira aux Polonais, au nom 
du Tsar, en restituant au Royaume de 



N° 1418. Vol. i,XXI. 



L'INTERMEDIAIKK 



411 



412 



Pologne la partie de la Mazurie, volée par 
la Prusse. 

Car la Mazurie. — toute la Mazurie, 

— est une terre essentiellement polonaise, 
et le sang russe et polon.MS. dont elle a été 

— et dont elle sera encore — arrosée, 
est un sang libérateur, versé pour la ré- 
surrection de l'une des plus nobles et des 
plus héroïques nations slaves. 

Victor )oze. 
* 

» * 

Le rythme des Polonaises, si en hon- 
neur dans la première moitié du xix^ siè- 
cle, rythme appelé all.i polacca en musi- 
que, n'a aucun rapport avec le rythme à 
4 temps de la danse appelée polka. En 
musique, il n'y a donc aucun rapport 
entre une polka et une polonaise Chopin, 
s'il était de ce monde, frémirait d'horreur 
à la pensée d'une confusion possible. 

La polka est venue de Bohême en 1844 
et la mazurka est une danse polonaise. 
La CoussiÈRE. 

Etymologi? d'Albret (LXVll ; 
LXVlll ; LXIX, 57B, 7S1). — Enfm, grâce 
à notre confrère ("usa, nous avons du mot 
Albret une étymologie qui parait la plus 
vraisemblable, parce qu'elle est fondée 
sur la nature du terrain et l'identification 
du mot. 

Arboretum — heu planté d'arbres, vaut 
infiniment mieux pour nous que Lepore- 
tum = lieu peuplé de lièvres, parce que 
si jamais les arbres désertaient le reste du 
monde ils se retrouveraient dans nos con- 
trées ; parce que les lièvres sont peut-être 
moins abondants en Albret qu'ailleurs, et 
parce qu'enfin le mot Leporetum a été 
uniquement forgé par l'imagination des 
auteurs, aucun texte du moyen âge, à 
notre connaissance du moins, ne conte- 
nant ce mot. Les chartes portent couram- 
ment de Lebreto, Lebret, Labrit, Albret, 
Labret, Lebretensis, et certainement le seul 
texte cité par Marca qui donnerait en 1240 
la forme Leporeto semble bien suspect. 

Jusqu'à présent, néanmoins, je n'avais 
rencontré que les graphies précédentes, 
sauf la dernière à laquelle, encore une 
fois, je ne crois que sous bénéfice d'in- 
ventaire. 

Or, voici qu'en parcourant la Chrono- 
graphui Regum Fianconim, récemment 
éditée par la Société de l'Histoire de 
France, je trouve comme usuellement em- 



ployée la forme « de Arbreto » appliqué^ 
en 1294 à [ohanni de Arbreto et en 1297 
à Aynarus de Arbreto. 

Ces graphies extrêmement curieuses sont 
à retenir pour la solution de notre pro- 
blème étymologique et semblent termi- 
ner la discussion. 

Qu'en pensent nos confrères ? 

AURIBAT. 

Enie'gnes de coifEaurs (LXIX, 
687 ; LXX, 82, 174, LXXI, 267). — A 
la suite de l'intermédiairiste qui a bien 
voulu nous donner les deux vers qui or- 
naient, il y a 50 ans, l'enseigne d'un 
coiffeur de Béziers (et que je demande la 
permission de reproduire à nouveau) : 
Les ciseaux d'Atropos font frémir la nature ; 
Les miens ont l'art heureux d'embellir la figure 

il peut être intéressant d'en rapprocher 
ce quatrain lequel orne, depuis fort long- 
temps, la devanture d'un coiffeur de St- 
Pé-de-Bigorre fHautes-Pyrénées), petit 
chef-lieu de canton situé à une dizaine de 
kilomètres de Lourdes. Le voici : 
Le ciseau d'Atropos fait frémir la nature 
Le mien tuoins rigoureux embellit la figure, 
II répare avec art la face du grison 
Et d'un mari trop mûr en fait un vert garçon. 

Au-dessus de cette inscription, ce titre 
en petites capitales: Fontaine de Jeu vlnce. 
Il m'a été impossible de connaître le nom 
du figaro poète de St-Pé pour la bonne 
raison que, dès lexvii^ siècle, les coiffeurs 
de la région avaient adopté cette enseigne, 
venue — selon une tradition locale — du 

Nord. Paul Dubié. 

* 

A Douvre près Caen on lit l'enseigne 
suivante : 

L'Art rajeunit la nature 
A la main douce 
Hallart perruquier rase 
aujourd'hui pour de l'argent et demain 

pour rien 

Les six mots soulignés sont écrits en 

caractères minuscules, de sorte qu'à une 

petite distance de l'enseigne on croit lire 

que le perruquier Hallart rase pour rien. 

Albero. 

Assurance contra la mortalité du 
bétail (LX.Xl, 184,517). — Je possède 
dans mes archives, les actes des sociétés 
d'assurances contre la mortalité du Bétail 
consentis par les cultivateurs des commu- 



OES CHERCHEURS ETCL'RIEUA 



10 Mai 191} 



4'3 



414 



nés, dont les noms suivent, toutes du dé- 
partement des Landes et des cantons de 
Daxetde Montfort-en-Chalosse.Mon hono- 
rable collaborateur pourra, avec la no- 
menclature qui suit, se rendre compte 
que ces diverses sociétés, qui, du reste, 
existent toujours, sous à peu près les 
mêmes formes, datent déjà de bien lom. 

— Le 8 octobre 1770, constitution de 
la Société d'assurances contre la morta- 
lité des bœufs aratoires, entre les cultiva- 
teurs de la paroisse de St-Jean de Lier, 
canton de Montfort-en-Chalosse. 

— Le 27 décembre 1777, constitution 
de la Société d'assurances entre les culti- 
vateurs de la paroisse de Montfort-en- 
Chalosse. 

— Le 23 septembre 1781, constitution 
de celle de la paroisse de Cassen, canton 
de Montfort-en-Chalosse. 

— Le 17 Brumaire an 4, constitution 
de celle de la commune de Thétieu, can- 
ton de Dax. 

— 1 1 pluviôse, an 7, constitution de 
celle de Poyartin, canton de Montfort-en- 
Chalosse. Celle-ci a de particulier, qu'elle 
n'est constituée qu'entre 10 laboureurs. 

— 5" jour complémentaire de l'an 7, 
constitution Je celle de la commune de 
St-Geours d'Auribat, canton de Montfort- 
en-Chalosse. 

— 12 thermidor, an 8, constitution de 
celle de la commune de Candresse, canton 
de Dax . 

— 20 pluviôse an 8, constitution de 
celle de la commune d'Ozourt, canton de 
Montfort-en-Chalosse. 

— 27 pluviôse an 10, constitution 
d'une 2" Société d'assurances dans la 
commune de Poyartin, canton de Mont- 
fort-en Chalosse, celle ci beaucoup plus 
nombreuse que celle du 1 1 pluviôse an 7. 

11 esta remarquer que trois des sociétés 
dont les actes portent les dates du calen- 
drier républicain existaient déjà sous l'an- 
cien régime. 

Cependant, je n'ai connaissance d'au- 
cune antérieure à celle portant la date de 
1770. 

Un vieux garçon campagnard. 



AgQus Dei à la tête retournée 
(LXXI, 277J. - )c crois bien que c'est la 
formule sacramentelle, du moins je ne me 
souvienspas d'en avoirrencontré d'autres. 



Evidemment les iconographes ont voulu 
que l'agneau ï-ymbolique et mystique 
regardât le labarum ou le ciel, séjour de 
Dieu. Cette explication fort simple me pa- 
rait satisfaisante, mais d'autres s'jn con- 
tenteront-ils r C'est ce que nous dira !'/«- 
termédiaire. 

H. C. M. 

Une épitaphe mémorable (LXXI, 
133). — M. Edmond Thiaudière cherche 
le texte véritable de cette épitaphe. C'est ; 

Quisquis aJes, qui morte c^des, sta, respice, 

[plora. 
Sum quoJ eris, niodicun citieris. Pro me, 

[precor, ora. 

Nathan Chytracm, l^arioium in Eiiropa 
itinenim deltctae^ éditio tertia, 1606. p. 
198, le donne parmi les Angustana (ins- 
criptions à Aiigsbourg). 

Pour moi , mon oreille demande qu'on 
ne reconstitue pas ces deux hexamètres 
léonins. On voit d'après la date citée que 
l'épitaphe est bien ar.térieure aux frères 
de Santeuil. 

Edward Bensly. 

L'épitaphe citée hiterm. 2028 fév. 
191s, col. 133, est formée de deux vers 
hexamètres avec rimes intérieures et 
finales. On peut les rétablir ainsi : 
Quisquis ades, [tu] morte tjdes; sta, respice, 

[plora. 
Sum quod eris ; moJi;iim c/neris : pro rae, 

j precor, ora. 
J'en ai cité dix de suite sur ce modèle, 
et exprimant la même idée, Le Mirouer 
de la Mort, Paris 19 14, p, 18, et deux 
alexandrins français d'un type analogue, 
p. 17 (Revue Celtique, XXXI, 76, 77). 
E. Ernault. 

♦ • 
Plus heureux qu'Edmond Thiaudière 
dans sa demande au curé doyen du canton 
de Marines, je reçois, en réponse à celle 
que j'ai adressée au maire de Santeuil, l'ai- 
mable lettre suivante : 

Santeuil, 7 avril 1915. 
Monsieur, 
J'ai l'honneur de vous transmettre ci-des- 
sous \etexle exact ainsi que sii disposition sut 
la pierre tombili;, de l'épitaphe que vous me 
demandez par votre lettre du ly mars'. 
Quisquis ades tu i:iorle 
Cades sta respice plora 
Sum quod eris modicum 
Ceneiis pro me precor ora 



N- 4418. Vol. LAXl 



L'INTERMÉDIAIRE 



415 



41A 



Cy devant gist Messire 
Henry Vibeit piestre luy 
Vivant curé de sejns 
Qui a dot- 3 legl se XXV solzs 
De rant.' et un calice 
D'argent val.ai! l.VHI lequel 
Decedda le XHIi" jour daoust 
1 >24 Priez Uuu ^jour son 



Veuillez agréer, etc. 



L. Meslin, 
maire 



L'épitaphe en question ne se rapporte 
donc pas à l'un des frères Santeuil, dont le 
nom, suivant l'acte de baptême du plus 
jeune des deux, Jean, doit s'écrire « San- 
teul », mais se prononce Santeuil. Jeaii 
Santeul, le plus célèbre, est^ d'ailleurs, né 
à Paris et mort à Dijon. 

]e pense être agréable à M. Edm. 
Thiaudière en transcrivant ci dessous 
l'cpilapho consacrée à |ean Santeul par 
Bernard de La Monnoye, en 1697, élu dix 
ans plus tard membre de l'Académie 
française, en remplacement de Regnier- 
Desmarais. 

Sidère s, acvi nondum maturus, ad nrces 
Cœlo Saïuolides, hoi-pite 'iignus ab't. 
Olli certotim propcrant occwrere divi, 
Prœcon:que. ferunt oscula mille, suj. 
Al:geii puisant cilharas. et carmina quae- 

iriint, 
Vatis in aJventu, quœ meliora canc.nt. 
Parcile, célestes, nova quatrere ccrnii?ii , 

dsx:t 

Rex sup;ru}ii, decet h'ic Santoliana cani. 
Audial aethereos, qui condidit, audtai hiin- 

[iios, 
Haec, aiiii numquntn personet aula, modis. 

Nauticus. 

|iotf«, i;t[ouimiUes et (îl-ui^iositis 

Le pain de pommes de terre au 

XVIir s èole. — Tous les journaux 
nous ont appris que les Allemands, pour 
obvier à la disette, fabriquent notamment 
un pain dan^ lequel la pomme de terre 
entre dans de notables proportions. 

L'idée n'est pas nouvelle. Dans sa Bi- 
hUogrjphin a^youoinique, Musset-Pathay, 
le père d'Alfred de Musset, parle d'un 
sieur Mustel qui, en 1769, avait déjà pu- 
blié un mémoire sur la pomme de terre. 
Sa première idée fut d'en faire ce qu'il 
appelait du « pain économique ». Pour 
cela il la mélangeait de farine. Parmen- 



tier, dix ans après, reprit cette idée du 
pain de pomme de terre, mais sans farine. 
Mustel s'était bientôt fait des élèves pour 
sa boulangerie mêlée. 

Voltaire est le plus célèbre. 

Je soutiens, écrivait-il à Imbert, le 21 jan- 
vier 1771, en lui parlant du peuple de Paris, 
que mon pain, moitié pomme de terre et 
moitié froment, est tout aussi blanc et plus 
nourrissant que son pain de Gonesse. Quand 
on n'y mettrait qu'un tiers de ces pommes 
de terre, ce serait toujours un tiers de farine 
épargné ; mais cela demande un peu de 
peina pour le bien pétrir et peut-êtie les bou- 
langers n'ont pas voulu prendre cette peine. 

(Lettres inédites de Voltaire, 1857, in-8, 
II, p. 230). 

En 1789, on s'occupe de nouveau du pain 
économique fait avec des pomaies de terre. 
Le moment était bien pris, la Révolution 
commençait. 

V. Esprit des journaux, février 1789, 
p. 356. 

Au xvu* siècle on avait voulu faire du 
pain avec de la citrouille. 

V. Chomel, Dictionnaire économique, 
V Pain. 

Je trouve ces renseignements dans le 
Vieux-Neuf d'Edouard Fournier, 2" édit. 
Pans. Dentu, 1877, 11, p. 4, en note. 

Gustave Fustier. 

Sven Hedin. — Petit document pour 
servir à la biographie de M. Sven Hedin, 
germanophile appointé. 

Stockholm, le i 1 mars 1903. 
Cher Morsieur, 

Mille remerciements de votre charmante 
lettre et excusez-moi que je n'ai pas encore 
pu répondre. La réception de Paris était 
grandiose. Les Français 'ont toujours sans 
comparaison. 

Vous verrez Dahlgreen (?) drns peu de 
temps, il vient à Paris pour faire des études. 

Recevez, cher Monsieur, l'e.xpression de 
mes meilleurs sentiments. 

Sven Hedin. 

« Les Français sont sans comparaison », 
l'explorateur suédois, qui n'est pas encore 
mobilisé, pour sa propagande, veut dire 
incomparables. 

(Collection Noël Charavay). 

Lt Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 

Imp.Ci.BRC-DANiBL,St-Amand-Mcnt-Rond 



LXXl Volume 



Faraissant tes 10,30 cl ,<. de chaque mois 



20-30 mai 1915 



St '".r. Vlclor-Man*^ 
PAKI8 (l.\'> 

^nroeux ■- d« 3 1 6beure> 



Ghtrches et 
voue trouverez 




Il ee faut 
tntr'aider 



N° 1419 

81'",r.Vlclor-Maué 
P4KIH (IX«) 

Sureaai : il« 3> 6h(>u>»i 



C 3n ter midi aire 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



ronde en 1864 



Q:r.'TONS KT HRl'ONSKS l.lTTBKAiHES, HISTOHiyUKS. SCIlMTIFKÎUtS KT AHIISTiyUhâ 

TBOUVAILLES iST CUKIOâlTÉS 



4'7 



418 



Avis à nos Abonnés 

Nous nous permettons de rappe- 
ler à nos abonnés qu'il n'a pas f té 
fait de recouvrements cette année, 
en raison des circonstance';, et que 
l'apparition del'lNTERMÉDlÀlRE 
dépend d& leur bonne volonté. 
Nous sollicitons ceux d'entre eux 
qui désirent que le recouvrement 
de Uur abonnement échu «oit fait 
p; rla poste, à leurdomicile, debien 
vouloirnous faire l'honneur de no'ts 
en aviser. 

Nous lemercions nos abonnés 
qui ont déjà bien voulu répondre à 
cet appel. 



Noui ptiom nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme, et Je n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d-. pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Qiiand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sanj exception, 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



O^ueôttond 



Irrédentisme. — Qui a créé ce mot? 
De quand dale-t-il < Quelle est son expli- 
cation exacte? (je pose cette question le 
24 mai 1915, jour mémorable pour le 
royaume d'Italie^ Mot-à-mot, ItaÛa, irre- 
denta signifie : Italie non rachetée. Depuis 
quand les pays soumis à l'Autriclie, re- 
\endiqués par elle, ont-ils été considérés 
comme partie intégrante de l'Italie, spécia- 
lement sur la cote orientale de l'Adriatique? 
Je désire, pour ne pas sortir du cadre de 
notre publication, qu'il ne soit répondu à 
ma question que mathématiquement et 
non politiquement. Saint-Saud. 

Ualia fara da se. — C'est le cas ou 
jamais, je crois, de se demander aujour- 
d'hui, 24 mai 1915,3 propos de quoi 
cette formule fut employée, à qui on la 
doit et de quand elle date. Est-elle aussi 
ancienne que les mouvements qui ame- 
nèrent la France à tirer l'épée en faveur 
de l'Italie (du Piémont, plus exact) con- 
tre l'Autriche sous Napoléon 111 ? Eviter 
dans les réponses, des considérations trop 
politiques. Saint-Saud. 

Comment le' Romains établis- 
saient-ils le tracé de leurs voie< ? 

— 11 y avait assurément quelque empi- 
risme dans les études préliminaires ; mais 
les Romains, héritiers des Grecs qui 
étaient bons géomètres, avaient par eux- 
mêmss poussé très loin tou-tes les sciences 

LXXMO. 



N" 1419. Vol. 



- 419 



I.'iNiEKMEUîÂlkli 



420 



de la construction ; sans aucun doute ils 
se servaient de méthodes qui, pour ne pas 
égaler celles de nos ingénieurs modernes, 
ne devaient pas manquer cependant 
d'une certaine précision. 

Comment, par exemp'e, a été établi le 
tracé de la grande voie, dite d'Agrippa, qui 
par une ligne presque impeccablement 
droite, se dirigeait de L)'on sur Clialon, 
Langres et l'rèves ? Ne parlons pas, bien 
entendu, de quelque étude préliminaire 
faite sur les cartes, celles-ci étaient par 
trop imparfaites ; mais quand on voit la 
direction assurée de la voie qui, entre Di 
jon et Langres, épouse en grande partie 
la route nationale actuelle, on se dit 
qu'elle n'a pu être déterminée en tâton- 
nant à l'aventure, il y eut certainement 
emploi d'un procédv scientifique; lequeP 
Dans le grand Dictio-maùe des Antiquités 
grecques et romaines, x" P^ia, 50* fascicule, 
je n'ai rien rencontré sur cette question ; 
il est vrai que l'article n'est pas terminé, 
mais je serais fort désireux de ne pas 
avoir à attendre la publication lointaine du 
5 l' fascicule pour être édifié sur ce point. 

l'ai proposé, oh ! bien timidement, de 'x 
explications théoriques à un lie mes amis, 
ingénieur en chef des Ponts et chaussées : 
les Romains ne se guidaient-ils pas sur 
les étoiles ? n'employaient-ils pas des 
lignes de feu ? Sans faire siennes mes hy- 
pothèses, mon ami ne les rejeta pas d'em- 
blée. Mais il a quitté notre résidence 
commune pour devenir inspecteur géné- 
ral et ses devoirs professionnels sont au- 
jourd'hui trop absorbants pour qu'il se 
préoccupe des voies tracées il y a deux 
mille ans, alors qu'il a tant de besogne 
avec celles de l'art contemporain des 
Ponts et chaussées. 

Donc, comme toujours, je m'adresse à 
notre ami \ IntennéJiaire et serais lieu- 
reux que des ingénieurs archéologues 
voulussent bien émettre leurs avis sur le 
problème historique et scientifique pose. 

H. C. M. 

Quelle musique préférait Napo- 
léon? ~ Parbleu^ dira t-on, celle du 
tambour et du canon, et nulle autre. 11 
semble, cependant, qu'il ait aimé au moins 
autant, sinon davantage, l'iiK/z-t-, /j vraie . 

Au dire de Bourrienne dans la Vie pnvée 
de Napoléon, son goût f>our cet art se se- 
ait accru en raison dirtcte de sa propre 



puissance. Chose curieuse : le son des 
cloches aurait exercé sur lui un effet sin 
gulier. A la Malmaison, il lui arrivait, 
fréquemment, d'interrompre les entre- 
tiens les plus graves dès qu'il percevait la 
sonnerie du clocher de Rueil. 11 s'arrêtait, 
alors, soudain, pour que le bruit des pas 
ne lui ravit aucun des accords du bronze 
mélodieux. De ce que ses ministres, ou 
ses généraux, ne communiaient point en 
la même extase, il s'inquiétait, ne com- 
prenant pas que ses émotions ne leur 
fussent communes. L'impression produite 
sur ses sens était alors si forte qu'il en 
avait la voix comme altérée. Il ne repre- 
nait le fil de ses discours, que tissait la 
trame de ses rêves gigantesques, que 
lorsque Ls dernières vibrations s'étaient 
tues... 

D'autre part, Constant narre dans ses 
Mémoires qu'au premier séjour de l'Em- 
pereur en Italie, il engagea Marchesi — ■ 
suppôt à l'époque, du vieux système po- 
litique — à chanter un air. Le fameux 
ténor lui répondit avec impertinence : 
*< Signor général, si c'est un bon air qu'il 
« vous faut, vous en trouverez un excel- 
« len'i en faisant un petit tour dans le 
« jardin. >> Ce qui lui valut, comme bien 
l'on pense, d'être mis à la porte et de goû • 
ter même les délices de la prison. Cela 
n'empêcha pas, d'ailleurs, qu'il ne chan- 
tât dans la suite et ne devint admirateur 
de Napoléon. 

Napoléon, en bon dihltante^ dut avoir 
ses préférences. Or, celles-ci allaient, au 
témoignage concordant de divers garants, 
— O'Meara, Antomarchi, Lanzac — , à la 
musique italienne. Sans doute, Beethoven 
lui a dédié la svmphonie kércique. Mais on 
sait que ce n'est là qu'un accident isolé. 
Par contre, toute une pléiade d'Italiens 
opérait au Ihéâtre impérial à Paris, à côté 
de son Directeur, Paisiello : Paër, Cheru- 
bini, Zingarelli, Crescentini, Giassini, 
Belzi, sans oublier la Catalani-Paisielle, 
logé aux Tuileries, y était traité en prince, 
avec des frais de représentation — sans 
jeu de mots 1 — et une rente annuelle qui 
ne l'empêchaient pas de percevoir quoti- 
diennement la ration de douze personnes, 
Il payait cet impérial écot en hymnes sur 
commande, tels le Te Dcum et la meése 
célèbres. Cberubini, moins souple que ce 
Napolitain, — n'oublions pas, cependant, 
qu'il se fit naturaliser Français pour di* 



Of;.S CHiiRCHEUl'S ET ' itA X 



20-30 Mai «915 



431 



/]32 



riger le Conservatoire — avait parfois des 

réparties acerbes, comme, par exemple, 
le jour où il répliqua au patrci, qui lui 
reprocliait que sa musique fût trop 
bruyante, qu'il s'était adapté au ijf^ùt des 
Français. . . 

Exisîerait il, dans l'immense littérature 
nipoléo.nijme, de<; témoignages précis, 
tendant à infirmer l'exactitude de notre 
thèsp — que nous ne pouvons appuyer 
que sur des références de mémoire, loin 
que nous sommes de toute documentation 
livresque? A cette heure, c'est une autre 
musique qui réjouit les oreilles de la 
France en armes, l'âpre mus'que des 
shrapnels, et notre question pourrait être 
jugée frivole, si nous n'assistions, préci- 
sément, à une renaissance de souvenirs 
napoléoniens, qui sera et la justification et 
la raison d'être de cette nouvelle rubrique 
de V Intermédiaire : « NapolÉOX et la 
MusiauE . >> 

■ Camille Pitollet. 

Les Earricelli — Je trouve dans plu- 
sieurs journaux que « l'antique organisa- 
tion des Barricelli a été autorisée par le 
gouvernement italien à organiser la sur- 
veillance de l'espionnage allemand en 
Sardaigne ». 

Pourrait-on savoir ce qu'ont été les 
Barricelli et ce qu'ils sont actuellement ? 
Saint Christo 

Kosumo ou Kosomo. — Parmi les 
sociétés secrètes ayant existé au japon, je 
trouve mention d'une <» association mys- 
térieuse appelée Le Kosumo ». Une autre 
source me donne l'orthographe K'nomo. 

Kosumo ou Kosomo, quelque Extrême 
Orientaliste pourrait-il me préciser ce qu'a 
été cette association et si elle existe en- 
core ? Saint Christo. 

Les . . (trois points maçonni- 
ques;. — Quelle est l'origine de l'usage 
qui fit adopter la substitution des .". au 
corps de certains mots employés dans la 
franc maçonnerie, par exemple le F .". X 
pour le frère X ? Quelle est sa significa- 
tio'i et sa raison d'être i 

E. F. 

Le docteur Romm'-l. — En 1805, 

un livre fut publié par Stupelmohr, à 
Genève. 11 était intiitulà : An Pays de la 



i Revanche, pamphlet haineux, violent» 
sarcastique et clairvoyant qui fit gran*^ 
bruit. 

Son auteur était — ou disait être — 
le docteur Roinmel. 

Qiii se cachait derrière ce nom .'' Ou si 
ce nom est exact ; qui était ce docteur 
Rommel ? 

V. 

Exisle-t-il un historique du 
théâtre de la rue d'Auvergna ? — 

Peut on me donner quelques détails sur 
le petit théâtre du « Pardès », situé rue 
Rochechouart, et qui joua, vers 1891, 
sous la direction de iVl . Verdellet, une 
revue de MM. Oudot et L. Nunèsr 

E. H. 

L'abbè Angelin. — Basse-Ter- 
re. — l'ai en mains la singulière lettre 
que voici : 

€ Monoieur l'abbé Angelin, Basse-terre ». 
.^!onsiellr l'abbé.L-. sco mmissaires des bals de 
la Bjsse-levre, jaloux de s'associer à l'œuvre 
de bienlaisai'.ce dont vous avez eu l'heureuse 
idée, auvoiit l'honneur de vous recevoir d.ins 
un but aussi louable au bal qui sera donné 
demain soir 7 du courant. )i 

Signé : « 5aint-Quintin(r')Ch. Le Dentu. 
A'" Vatable, Dupuy, Imardou, F. Bau- 
douin, Nadaud > Pas de date. Epoque 
approximative : milieu du xix° siècle. Des 
renseignements sûrs paraissent établir 
qu'il ne s'agit pas de Basse-terre en 
Saintonge, et je ne trouve pas d'autre lo- 
calité de ce nom avec cette orthographe ; 
en revanche il existe trois « Les Basses- 
Terres » dans l'Eure, le Nord, et le 
Maine-et Loire. Mais quels étaient ces 
bals, et ces personnages qui y invitaient 
leur curé, moins farouche, parait-il, que 
celui dont Paul-Louis Courier a dit tant 
de mal ? La question n'est pas d'un inté- 
rêt palpitant, j'en conviens, nais elle a 
son côté piquant. 

NlSlAR. 

Lo général Donnadieu. — Quel est 
l'aimable lecteur qui pourrait me dire s'il 
existe un portrait << quelconque » de 
.M. le lieutenant général vicomte Gabriel 
Donnadieu, gouverneur de la ■]' division 
militaire de Grenoble en 1816 .'' 

Pourrais-je connaître les renseigne- 
ments ou notes que l'on peut avoir sur 



N» 1419. Vol. 



LXXI. 

- 425 • 

et sur sa 



L'INTERMEDIAIRE 



sa vie privée et sur sa famille ? Si l'on 
possède aussi des documents intéressants 
sur sa vie publique, j'en prendrai volon- 
tiers connaissance et serais heureuK de 
savoir, si possible, l'adresse de la per- 
sonne qui me fera des communications. 
Aristide Donnadieu. 

Mme Le Moyne, nourrice de 
Louis XV. — L'office de nourrices de 
roi, dont il a été récemment question 
dans V Intermédiaire, m'amène à étendre 
la question à quelques autres offices, tels 
que valets de chambre et femme de cham- 
bre de rois et de princesses, lecteurs, 
berceuses, etc. Ces charges qui n'impli- 
quaient pas les offices de la domesticité 
et qui, généralement héréditaires, se re- 
crutaient dans la haute bourgeoisie et la 
petite noblesse, mériteraient une étude 
particulière qui devrait tenter l'érudition i 
de csrtains de nos confrères. 

Parmi les familles dont il s'agit, l'une 
des plus célèbres fut la famille Le Koyne, 
déjà en charge sous Louis XIU. 

Ce fut une dame Le Mojne qui éleva 
Louis XV. Le premier valet de chambre 
de Louis XVI, fut Alexandre Lemoyne de 
Crécy, qui périt avec sa femme, si je ne 
me trompe, une BouUongue, sur l'écha- 
faud révolutionnaire. Une autre dame Le 
Moyne fut berceuse du Dauphin fils de 
Louis XVI. Enfin l'almanach de 1820 si- 
gnale une dame Le Moyne, comme femme 
de chambre de la Duchesse de Berry. et 
témoin de la naissance du duc de Bor- 
deaux. Je crois que cette famille était 
originaire de Clermont en Beauvaisis, et 
qu'elle fut anoblie sous Louis XV.-|Je se- 
rais reconnaissant au confrère qui pour- 
rait me signaler une généalogie de cette 
famille, ou me donner des renseigne- 
msnts sur elle, [a la crois éteinte. 

Conte de Varaize. 

Famille Prouillé. — Je trouve dans 
les papiers de cette famille à laquelle je 
suis allié, un parchemin portant « Com- 
mission au sieur Prouillé » (sans autre 
nom ni prénom) de « capitaine garde 
« côte de la compagnie des Sables- 
« d'Olonne et de la Chaume >» portant 
la date à Versailles i" décembre 1749, 
signée du roi Louis XV et contre signée 
de son ministre « Prouillé ». 

je n'ai rien en dehors de cela qui puisée 



424 ■ 

avait 



m'indiquer s'il y avait parenté entre 1 
Prouillé ministre, et Prouillé qui recevait ! 
par lui son brevet de capitaine garde- 
côtes. 

11 me semble que certains confrères de 
V Inlerniédiaii e devraient être en mesure 
déclaircir cette question. 

M.A.B. 



Les tableaux de Sain -Amand. — 

Le 20 floréal, an II, le Comité d' Instruc 
iion publique adressait la note suivante 
à Barère, membre du Comité de Salut 
Public : 

Citoyen collègue. 

Le Comité d'Instruction publique sait qu'il 
existe à Saint-Amaiid, district de Vaien- 
ciennes, département du Nord, plusieurs ta- 
bleaux précieux de Rubens, un très grand 
tableau de Paul Véronèse donné à la ci-de- 
vant abbaye par uii C-^oy, son abbé régulier 
et commendataire, amateur des Arts et ex- 
cessivement riche. 

11 est possible que les Autrichiens ou 
autres barbares, composant l'armée ennemie 
qui nous combat dans le Nord, n'aient pas 
fait enlever ces tableaux. 

.S'ils se trouvjiit encore à Saint-Amand, 
ne serait-il pas à propos que le Comité de 
Salut Public donnât les ordres nécessaires, 
pour qu'au moit.eiit où les soldats républi- 
cains arriveront dans cette ville, on fasse 
transporter sur lo champ tous ces tableaux à 
Douai, pour de là l'être à Paris ? 

Salut et fraternité. 

Le Comité de Salut Public envoya, le 4 
Prairial, an II, cette note aux Représen- 
tants de la Convention à l'Armée du 
Nord, avec la lettre suivante ; 

Le Comité de Salut Public vous fait pas- 
sei, citoyens collègues, une lettre du Comité 
d'Instruction pubWque relative à plusieurs 
tableaux de Rubens et de Paul Véronèse qui 
se trouvaient à la ci devant abbaye de 
Saint-Amand. Si le Génie des Arts est par- 
venu à soustraire ces monuments précieux à 
la barbarie des esclave;, le Comité vous in- 
vite à y préposer des artistes qui se trouvent • 
à l'armée jusqu'à ce qu'ils viennent enrichir 
le Muîsum français et préparer des rivaux à 
leurs immortels auteurs. 

Le morceau est déjà en soi intéressant. 
On y retrouve la phraséologie emphati- 
que et pompeuse de l'époque révolution- 
naire ; et « le Génie des Arts y relève de ce 
symbolisme païen qui fut la religion du 
temps. Mais ce qui est et oe qui restera 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



425 



éternellement vrai dans le libellé même 
du document, c'est lexactituJe de la for- 
mule « la barbarie des esclaves » — on 
disait encore des vils or/jws — appli- 
quée alors à la horde des Austro Prus- 
siens qui avait envahi le Nord de la 
Fiance. 11 y a moins d'un an. l'expression 
pouvait paraitre excessive. Comme elle 
est juste aujoird'hui ! 

Nojs avons voulu connaître la suite 
donnée à c«s deux notes. L'es recherches 
dans les énormes volumes des Actes Ju 
Comiti dd Salut public, sont difficiles et 
pénibles, les tables de chacun d'eux étant 
beaucoup trop sommaires. Nous avons 
préféré consulter, pour être édifié sur le 
sort des Rubens et des Véronèse de l'Ab 
baye, les trois volumes du Docteur 
Charles Denis sur la ville Je SJint-Ainand 
(1908). 

Les table.uix les plus rem.irquables Je 
l'Abbaye et Je l'église abb.itiale, dit lo Dr 
Ch. Diiiis, avaient probablement été trjns- 
porlés à Valencieiines, peu de jours avant la 
première occupation autrichienne . 

Celle ci va du 3 septembre au 22 oc- 
tobre 1792. 

Or, l'inventaire du Salon Académique 
de yaleiicii'unc!., à la date de juin iSoi, 
n'y signale que quatre tableaux ayant 
appartenu à l'Abbaye, et. parmi eu:;, un 
triptyque de Rubens. 

A-ton.des détails plus précis sur le 
trésor artistique de l'abbaye de Saint- 
Aniand .? Contenait-il le Véronèse dont 
parle le Comité d'Instruction publique ? 
Les Autrichiens l'ont-ils enlevé en même 
temps que d'autres objets d'art de l'Eglise 
abbatiale .'' 

H. QUINNET. 

Armoiries à identifier : pattes de 
biche — Quelque intermédiairiste pour- 
rait-il identifier les armoiries suivantes, 
relevées sur des boutons d'uniforme de 
garde chasse du premier Empire : Ecar- 
telé au / J'a^iir, à la Couronne (?) de.. ; 
au 3 de gueules, à l'cpie eu pal de... ; au 
j de gu-ules, au lion rampant de... ; au 4 
d'apir à ? pattes de biche (?) de . .. posées 
2 cl I ; à la croix de. . . brochante. 

Qu^RENS. 

Ex-libfis à déterminer : Corde- 
lières. — Pourrais je savoir à quelle 
famille attribuer l'ex-librrs suivant: 



426 



20-30 Mai 1915 



€ D'or a quatre points éqtiipollés de 
gueules, chacune des neuf divisions de Vécu 
chargée d'une cordelièie de... (neuf en 
toutj. 

Supports : deux aigles reposant sur une 
nuée. 

Ti.iibre : couronne de marquis. 

Jolie pièce de facture xvni", signée de 
Veissiàre à Alby. 

Peut-être un autre membre de la même 
famille possédait-il un autre ex-llbris. ]'ai 
en effet une seconde pièce gravée aux 
mêmes armes, avec cette ditlérence que les 
émaux de l'écu scmt illisibles Les sup- 
ports sont deux lions regardants. Timbre; 
couronne de iriarquis ; cimier, un lion 
issant contourné tenant une dague. 

Cette seconde pièce n'est pas signée, 
elle est d'une conception assez naive et 
d'une exécution très gauche. 

R. DE R. 

Ex-libris à détermincrriion tenant 
une grappe. - A quelle famille attri- 
buer Tex libris suivant : 

€ d'azur au lion d'aifgent tenant entre 
ses Jeux pâlies une grappe de raisin Je 
même > . 

Couronne de marquis. 

Supports : deux lions. 

R. DE R. 

Saynètes des Tranchées. — .A la 

très intéressante question : Jouinali^me 
dans les tranchées et aux non moins inté- 
ressantes réponses, qui y sont faites, dans 
nos colonnes, j'en ajoute une subsidiaire : 
peut-on donner quelques indications sur 
les saynètes composées et jouées dans les 
tranchées. (On sait combien elles avaient 
du succès celles émanant de nos soldats, 
lors du siège de Sébastopol ; il y en put 
aussi, i"^ crois, pendant la Campagne 
d'Italie). 

Plusieurs sont destinées à disparaître, 
à être détruites de plusieurs façons. Ne 
pourrait on obtenir qu'un exemplaire de 
celles polygraphiées (elles le sont généra- 
lement) fût envoyé, et surtout « conservé 
avec soin », aux Dépôts des régiments .'' 
Ne pourrait-on indiquer le titre de quel- 
ques-unes .'' — Puisqu'on prête au Comité 
des Travaux Historiques du Ministère de 
l'Instruction Publique, l'initiative de faire 
recueillir tout ce qui concerne la Guerre 



N" 1419. Vol. LXXi, 

• 427 

Mondiale, sous quelque forme que ce soit, 
il nie paraît hon d'appeler l'attention de 
nos collaborateurs sur ce sujet, les priant 
de recueillir du front tout ce qu'ils pour- 
ront en fait de saynètes, l'en connais 
d'absolument charmantes composées à 
Vermelles, que je ferai jouer dans de nos 
hôpitaux de convalescents. 

Saint-Saud. 

Un vers de La Fontaine : « Il 
avait du bon sens ». — Quelle est la 
signification exacte de ce vers de la Fon- 
taine {Fables X. 10, Le Berger et le Roi) : 

II avait du bon senf, le reste vient ensuite 

La Fontaine a-t-il voulu dire : 

Le reste ne vient qu'en seconde ligne? 

Ou bien : 

Le reste nous arrive par surcroît? 

G. Gallois. 

Laurier-tin ou Laurier- thym. — 

Qlielle est l'orthograplie exacte de cet ar- 
buste ? Littré et Larousse écrivent laurier- 
tin {Je tinui) ; Hatzfeld donne Linrier- 
thvin à l'article laurier et laurier-lin à l'ar- 
ticle tilt . 

G. Gallois. 

Théotiste. — L'an dernier, me trou- 
vant aux Sables d'Olonne (Vendée), j'ai 
rencontré la fille d'un pêcheur qui portait 
un nom peu commun. Elle s'appelait 
Théotiste. L'ayant interrogée sur l'origine 
de ce nom, je n'ai pu obtenir qu'un ren- 
seignement, à savoir que sa marraine le 
portait aussi. C'était peu. 

Un de nos confrères pourrait il me 
dire : 1° Si ce nom est d'usage fréquent 
en Grèce, d'où il est originaire. 2° Qiielle 
est sa traduction en français. 3° Pour 
quelles raisons il a pu venir s'échouer sur 
la plage des Sables? 

Claude . 

Les habitudes scatologiques des 
Allemands. — Livres et journaux, dès 
le début de la guerre, racontaient les 
exploits scalologiques des chefs et même 
des princes allemands dans les propriétés 
occupées par eux. Il y a de l'atavisme 
dans ces procédés. Je lis dans le journal 
des Concourt à la date du 1 5 mars 1871 : 

En bouquinant chez Beauvais, je tombe 
sur Boeher, l'officier d'£tat Majar qui a fait, 



L'INTERMEDIAIRE 



428 



avec Maherault, le catalogue de l'œuvre de 
Gavariii. H revient d'Allemag-ne où il est 
prisonnier depuis le conrnencement de la 
campagne. Il ms conte ceci, qu'il tient d'une 
de ses parentes qui \a tient de la bouche 
même de l'archeviqae de Reims. Le Roi- 
Empereur, arrivé à Reims, fut logé par l'ar- 
chevêque dans la plus belle p'éce de l'arche- 
vêché, que le Roi na trouva pas d'abord 
digne de sa grandeur. 

L'archevêque lui fit observer qui c'était 
la chambre où avait couché Charles X quand 
il était venu se taire sacrer. Sur cette affir- 
mation, le Roi se décida à l'occuper, et voici 
la carte de visite qu'il y laissa : Le lende- 
main, le Roi-Caporjl ... dans l'encoignure 
de la croisée, et se avec les rideaux. (1) 

BoOKWORM. 

L'anecdote si fort à propos retrouvée 
par notre collaborateur nous invile a 
ouvrir une rubrique sur cette particularité 
des Allemands : le besoin de souiller ex- 
crémentiellement, par passion scatologi- 
que, la maison de l'ennemi. Cette habi- 
tude n'a-t-elle p.ts donné lieu, dans le 
passé, à des remarques, à des observa- 
tions ? 

Nous nous efforcerons de les présenter 
! le plus décemment possible. , 



Les fontaines du faubourg Saint- 
Martin. — On vient d'enlever de son 
socle, en haut du faubourg Saint.Martin, à 
Paris, la dernière des fontaines de fonte 
représentant deux dauphins placés dos à 
dos. Un intermédiairiste pourrait-il me 
dire àquelle date ces fontaines avaient été 
installées? 

Je me souviens dans ma jeunesse avoir 
vu plusieurs de ces fontaines dans la pre- 
mière partie du faubourg, près du boule- 
vard Saint-Martin. 

Nemo. 

Ex-libris à déterminer : Loups. 

— A quelle famille attribuer l'ex-libris 
suivant : 

« D'azur à la faice d'or accompagnée de 
trois têtes dû loup d'or lampassées et arra- 
chées de gueules ». 

Couronne de marquis. 

Supports : deux loups regardant. 

Pièce signée : Berlier fecit 1740. 

R. DE R. 



(i) Les mots coupés sont dans Concourt. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX âo-30 Mai 1915. 



429 



430 



Sépouscô 



Bismarck et Gortchakofif (LXXI, 
321). — La version probable, sinon cer- 
taine, est : < l'emporte de Berlin toutes 
les garanties.. . >> Quant au racontar du 
diplomate '^?) de la QuarUrlv /ùvù-j.', ce 
n'est que du potinage. Bismark, chance- 
lier de l'Empire allemand, n'accompagnait 
personne, pas même le chancelier de 
l'Empire russe, jusqu'à sa voilure Tout au 
plus jusqu'à l'escalier. Tout au plus ! 
Entre égaux, le protocole est muet ; il 
n'est plus question que de courtoisie. 

Quant au geste, Bismark levant le bras, 
brandissant le poing, rageusement, Jans 
la direction du Prince Gortchakovv, c'est 
de la fantaisie toute pure. 11 faut ignorer 
complètsment sa personne, son caractère, 
sa manière de se comporter pour lui at- 
tribuer des allures d'un cabotin en colère. 
Je l'ai connu. Je nie. 

Comte de Ronzaglie. 

« 
* • 

Ce n'est pas le chancelier Gortchakofï 
qui, en mai 1875, a expédié la dépêche : 
« L'emporté de berlin a donné toutes les 
garanties pour le maintien de la paix ». 
C'est l'empereur Alexandre II lui-même ; 
elle était adressée à une personne de sa 
famille. Je tiens ce détail du duc Decaze, 
qui était alors ministre des Affaires 
étrangères et du Comte deChaudordy qui 
était personnellement lié avec le prince 
GortchakofT. 

C'est d'après des assurances de la même 
source que j'ai donné le texte de la dé 
pêche tel qu'il figure dans mon livre. Le 
télégramme étant chiffré, on ne voit pas 
bien comment le télégraphiste qui n'en 
connaissait pas le texte aurait pu le mo- 
difier. 

J'ajoute que la dépêche, eût elle été en 
clair, on ne comprendrait pas qu'un em- 
ployé se fut permis d'y changer trois 
mots, d'en ajouter deux et de mettre 
< Vempûrté de Berlin a donné », au lieu 
de >.< j'emporte de Berlin ». La modifica- 
tion eût été trop grossière pour être con- 
sidérée comme une erreur involontaire. 
Ernest Daudet. 

Le vieux Dieu allomand (LXX, 
LX.XI. 3. 99,141,186,287,377). — J'ai lu 
avec beaucoup d'intérêt les réponses faites 



à ma question relative au « Vieux Dieu 
allemand ». Une d'entre elles m'a parti- 
culièrement intéressé : c'est la citation 
d'une page de Henri de NouiSanne qui 
établit lumineusement la « dévotion » — 
on ne peut guère employer d'autre 
terme — de Guillaume 11 envers les di- 
vinités sanguinaires du Wa<halla germa- 
nique. Que cette ferveur soit toute phi- 
losophique et intellectuelle, je l'accorde 
d'autant plus volontiers que ceq^e je sais 
du Kaiser me le fait croire étranger à toute 
conviction religieuse proprement dite. 
Mais une inclination philosophique et in- 
tellectuelle suffit à influencer les actes 
d'un r.omme, et il n'est pas douteux pour 
moi que l'empereur allemand s'est ins- 
piré de sa morale familière, celle d'Odin 
et des Ases, dans sa manière de concevoir 
et de faire la guerre Kien d'étrange, dès 
lors, à ce qu'il ait recours à la formule 
équivoque du « vieux Dieu allemand » 
afin de pouvoir se réclamer d'Odin sans 
heurter de front le peu de sentiment chré- 
tien qui subsiste chez ses sujets. 

Quelques correspondants m'ont paru 
admettre difficilement un retour incons- 
cient du peuple allemand à sa religion 
primitive. C'est qu'ils ignorent proba- 
blement l'influence décisive qu'ont eue, il 
y a moins d'un siècle, sur la mentalité 
allemande, les travaux des frères Grimm. 
Ces deux savants, dont l'œuvre, quoique 
lourde et diffuse, est des plus remarqua- 
bles, ont rénové en Allemagne les con- 
naissances odiniques. L'âme allemande, 
la plus intensément particulariste qui soit 
au monde, s'est aussitôt passionnée poul- 
ies vieux dieux qu'on lui révélait et qui 
étaient à elle seule : elle les a préférés, à 
cause de cela, à ceux de l'Antiquité clas- 
sique, comme au Christianisme importé 
Outre-Rhin par lépée de Charlemagne. 
Cette espèce de religion fossile a séduit 
d'abord les milieux intellectuels et leur 
est apparue comme le complément néces- 
saire du Pangermanisme. Les milieux 
otTiciels ont été conquis à leur tour et 
ont élevé des monuments comme le gi- 
gantesque Walhalla de Munich, véritable 
temple symbolique de l'Odinisme. Res- 
tait à gagner la masse qui, en Allemagne 
surtout, éprouve des sensations plutôt 
qu'elle ne coordonne des idées : ce fut 
l'afîaire de l'œuvre de Wagner, dont le 
théâtre a rendu une sorte de vie mystique 



H' 1419- Vo!. LXXt. 



L'INTERMÉDIAIRE 



43' 



45: 



à l'antique bric à brac de la religion ger- 
manique. 

Cette résurrection de l'Odinisme dans 
les cerveaux allemands a été d'abord in- 
consciente. Elle a fait aujourd'hui de tels 
progrès que le peuple même se rend 
compte de la transformation qui s'est 
opérée en lui. Nous recommandons à 
ceux qui en douteraient la lecture de la 
pièce de vers suivante, dont l'original 
allemand a paru dans un livre de M. 
Prum, leader catholique luxembour- 
geois : Die deutsche Kriegfûhrtmg in Bel- 
gien, mars 1915, librairie du Fortschritt, S 
à Diekirch (Luxembourg). \ 

Le Dieu allemand | 

Les ennemis de l'Allemagne demandent, S 
[pleins de mépris : ! 

— Vous, Allemands, vous appelez et vous j 

[priez Dieu ! 
Pour vous aider dans le combat, 
Vous avez donc un Dieu à vous, 
Que nous ne connaissons pas. 
Et qui est de votre côté? 

— Oui, s'écrie l'Allemagne entière, et si 

[vous ne le connaissez pas 
Nous allons vous le nommer : 
Le Dieu qui parle par nos canons. 
Le Dieu qui renverse vos forteresses, 
Qui bruit dans la mer sur nos falaises, 
Qui ronfle dans le ciel avec nos avions, 
Le dieu de nosépées qui vous remplit d'effroi, 
C'est le même esprit tout puissant 
Qui depuis des siècles 
Plane au-dessus de l'Al'emagne, 
Qui tisse et brasse toutes nos vies 
Et sur lequel nous nous apppuyons. 

'Wotan, le vieux vagabond des nuées, 
Le 'Wotan de nos pèies, c'est lui et pas un 

[autre. 
Ce fut lui en qui Walter chanta, 
Ce fut lui en qui Martin Luther batailla, 
Le dieu qui avec nous souffrit misère 
Et qui pourtant, dans les ténèbres, resta clair 

[et vif 
Dans Paul Gerhart et dans Johann Sébastian 

[Bach ; 
Le dieu qui avec Frédéric coucha sur le 
[champ de bataille 
Et qui, à la fin, nous apporta le nouveau jour 
Et envoya à notre pays 
L'aurore : Lessing et Kant, 
Jusqu'à ce que le soleil se tint au firmament: 
Johann Vv'olfgang Goethe 
Et tous les esprits 
Maîtres immortels 
Autour de lui ! 
Tout cela c'était lui 
Le dieu que nous supplions aujourd'hui, 



Qui nous nouirit d'un feu céleste. 
L'esprit saint de l'Alliiiiagne, 
C'est lui que nous devons confesser. 

Cette pièce de vers — une des plus popu- 
laires à l'heure présente en AUemaj^ne — 
dit bien ce qu'elle veut dire. 'Wotan 
(Odin), le « Dieu des épées » germaines, 
qui « souffrit misère > avec toute l'Alle- 
magne au temps où les Francs imposèrent 
à celle-ci le Christianisme, est glorifié 
{ comme le Dieu qui apporte maintenant 
i aux Germains « le nouveau jour » : celui 
i de la domination, tant attendue, de leur 
\ Kultur sur le monde, 
j 11 ne faudrait pas avoir notion de l'ex- 
I trême confusion qui règne dans les âmes 
I allemandes pour douter que la résurrec- 
I tion odinique commencée va se poursui- 
vre et gagner de proche en proche. Elle 
a commencé sur le terrain de l'érudition 
historique ; elle a continué en s'emparant 
de la littérature et des arts; elle inspire 
aujouid'hui la politique de l'empire ; de- 
main elle opérera sur le terrain propre- 
ment religieux. 11 y a déjà en Allemagne 
des édifices consacrés à Odin et aux 
Ases : Qui pourrait aftlrmer qu'on n'y 
célébrera pas bientôt le culte tradition- 
nel .''... Serait-ce parce que ce culte com- 
portait des sacrifices humains? Mais il y 
aurait justement là un attrait de plus 
pour les Barbares. Saint-Christo. 



I Notre collaborateur Camille Pitollet 

\ n'avait-il pas négligé de consulter sa gram- 

I maire, lorsqu'il écrivait : « Unier alte (et 

J non Alter)GoU ? >> Je crois bien que, si l'on 

I doit dire « der aller Gott », en revanche 

i \< ein, ou main, ou enfin unser aller Gott » 

I est seul correct. 

I Un PÉD4NT MALGRÉ LUI. 

» • 

Britannicus écrit : « C'est un peuple 
provoquant que celui qui dit à ceux qui 
voient » : Ne voyez pas ; et à ceux qui 
regardent ■; ne regardez pas pour nous des , 
choses qui sont justes et dites-nous des | 
choses qui nous plaisent ; voyez pour ^ 
nous des erreurs ^ (Isaie XXV, g, 10'). 
[urieu aurait pu être plus biblique ». Il 
est permis de dire que Britannicus aurait 
pu citer la Bible plus exactement. Voici 
le texte d'Isaïe XXV, 9, 10. « On dira, en 
ce jour là : Voici notre Dieu : nous avons 
espéré en lui et il nous a sauvés. C'est 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30-30 Mai 191$. 



433 

Jehovah, en qui nous avons espéré ; li- 
vrons-nous à l'allégresse et réjouissons- 
nous en son sahif ; car la main de jehovah 
reposera sur cette montagne, mais Moah 
sera foule sur place comme la paille dans 
la mare à fumier >. 11 est difficile de trou- 
ver opposition plus grande entre duux 
textes. Bntannicus a tiré de la thèse de 
Jurieu des conséquences extrêmes contre 
lesquelles proteste le système politique de 
l'écrivain. 11 n'est pas de vérité moins 
contestable que la nécessité dans toute 
société de posséder une autorité suprême 
dont les jugements soient sans appel. De 
son temps cette autorité éiait accordée au 
Roi : Louis XIV, révoquant l'Edit de Nan- 
tes n'avait pas besoin d'avoir raison, car 
tel est notre plaisir, dit le texte de l'Edit. 
Juri'ju combattait le droit divin des rois 
et lui substituait »< la souveraineté du 
peuple exercée par ses mandataires». Il ne 
parait pas que les événements lui aient 
donné tort, car la souveraineté du peuple 
esta la base d^; la constitution des peuples 
modernes. Dans les Etats démocratiques, 
comme la Suisse par exemple, la pratique 
du référendum populaire est constante, 
prouvant que le peuple se réserve le droit 
de juger en dernier ressort et sans appel 
les décisions prises par ses mandataires. 
S'il agit ainsi, ce n'est pas parce qu'il n'a 
pas besoin d'avoir raison pour valider ses ■ 
actes, mais au contraire parce qu'il veut, { 
pour de sérieuses raisons, maintenir son j 
pouvoir qu'il délègue, mais qu'il n'aban- j 
donne pas. 

Frank Pu.mjx. 

Charlemague était-il fcllenjand ? 

(LXXl, 7, 51, 159, 2}t, 2-g). — Il ne 
serait pas sans intérêt de se reporter à ce 
sujet aux réponses faites à cette question : 
«« Lieu de naissance de Charlemagne » 
(XLI:62i,747, 843, 921, 983, 1077, 
II 16 ; XLII : 24, 174. 508). 

P. D. 

L' Famille naturelle de l'Empe- 
reur Guillaume II (LXXl, 274). 

[Vlntennciitiire avait demandé à ses lec- 
teurs quelqi:cs précisions sur le Kronprinz. 
La Revue îles Deux Mondes du 15 fév ier, 
analysant les souvenirs d'une iiistilutrice, 
récemment p^irus à I ondres, avait fait ;illu- 
sion aux frasques du personnage dans l'Inde. 
Un de nos amis qui a visité ce pays, où des 



434 



conditions particulières lui permirent d'être 
reçu chez do hauts fonctionnaires anglais, 
nous envoie la note suivante. Nous la repro- 
duisons en changeant des initiales et modi- 
fiant quelques passages qui pourraient faire 
reconnaître l'auteur. N. D. L. D ] 

Pendant son séjour dansl'Inde.en 1910- 
1911, le Kronprinz s'était déjà fait consi- 
dérer comme un «gosse» mal élevé. Mon 
voyage au pays des Rajahs m'a permis de 
recueillir sur lui quelques anecdotes. 

A Lahore, un fonctionnaire m'avait 
ainsi formulé son appréciation sur l'héri- 
tier de Guillaume II : « A School boy ; 
very ghid nol to bi vcUh falber Wilhelm. > 

^Un écolier ; enchanté de ne pas être le 
père Guillaume 1 

Dans le train de Bombay h Hyderabad, 
causant avec un voyageur, la conversa- 
tion tomba sur le Kronprinz. Mon inter- 
locuteur, un ingénieur, me raconta qu'il 
lui avait été attaché, et semblait l'avoir 
d'ailleurs, en assez piètre estime. Le prince 
allemand avait montré son tact de School 
boy en décorant de l'A\gle Rouge le Ni- 
zam, défunt depuis lors, qui est le prince 
indigène le plus puissant de l'Inde, et en 
s'empressant de remettre presque aussitôt 
le même ordre au conducteur de son au- 
tomobile. Le « mécano > a porté sa dé- 
coration ; mais le Nizam a mis la sienne 
au panier : L'Aigle Rouge vaut-il beau- 
coup plus qu'un — chitYon de papier .? 
Mon interlocuteur avait reçu une épingle 
de cravate. 

A Secunderabad, dinant un soir chez 
.Mrs A... j'avais pour voisine charmante 
Mrs. B..., femme d'un major : elle avait de 
bien jolies épaules. Au milieu du diner, 
Mrs A... me dit : *< Savez-vous que votre 
voisine a fait la conquête du Kronprinz .'' » 
Mrs. B . . riait, et je conviens qu'il eût été 
difficile de mieux adresser ses hommages. 

Mrs A... continua : « L'Altesse vit 
Mrs B..., à une réception, dansa très fré- 
quemment avec elle, et finit par lui de- 
mander sa photographie en toilette de 
soirée. Elle n'en possédait pas. Le lende- 
main matin, la jeune femme voyait arriver 
le photographe du Prince, qui avait ordre 
de la >< pourtraicturer ». Elle revêtit sa 
robe de la veille^ et posa. Mais comme les 
épreuves n'étaient pas prêtes au départ du 
Clown Prince, elle reçut quelques jours 
après, la dépêche suivante : « What 
about tbe photo? Greeiings. Wilhelm. » 



L'INTKRMÊDIAIKE 



N" 1419. Vol. LXXI, 

435 

[« Qjie devient la photographie ? Com- 
pliments. Guillaume «]. 

Ce futur conducteur de hordes mili- 
taires passa naturellement force revues. 
Secunderabad, le plus grand camp retran- 
ché de l'Inde, lui en offrit une superbe. 
Très emballé, le School boy, entreprit de 
commander la charge de cavalerie et se 
mit à la tête des escadrons. Le lendemain, 
tous les journaux disaient sa maestria. La 
vérité est qu'il s'était borné magistnile- 
ment à précéder l'officier supérieur qui 
commandait les troupes montées. 

Tant de hauts faits et gestes devaient 
passer à la postérité. Aussi, un peintre alle- 
mand, dont j'ai oublié le nom, suivail-il le 
Kronprinz et prenait il des notes, des es- 
quisses, qui lui permettraient, avec l'aide 
des photographies, de faire œuvre histo- 
rique. Sî(6a^(j;5 (fantassins) et DjernaJan 
(cavaliers), venaient poser dans la cour de 
l'immeuble voisin de son hôtel. J'ai même 
des photographies qui représentent le 
p;intre à l'œuvre devant les modèles. 

On racontait que, à Lucknow, une ré- 
ception quasi-officielle, — diner, bal, etc., 

— avait été préparée pour l'héritier de 
Guillaume 11, qui devait arriver en auto. 
Sa voiture a une panne, et les personnes 
de sa suite se présentent les premières, 
comptant le voir apparaître d'un instant 
à l'autre. Les heures passent; tout le 
monde se morfond ; et l'on finit par se 
séparer sans avoir aperçu le Prince. Les 
charmes d'une brune adepte du Kama- 
Soutra l'avaient ret»nu au point de lui 
laire oublier la réception. Cette aventure 
eut, parait-il, des suites ; et, lorsqu'il vint 
à Calcutta, Jil dut attendre à Bairackpur 
(résidence d'été du Vice-Roi), la fin d'un 
soi-disant refroidissement [chicll). 

Le Kaiser finit par se fâcher et donna 
l'ordre de réexpédier, dare-dare, le po- 
lisson à la Kronprinzessin qui l'attendait 
en Egypte. L'ordre était si impératif que 
le School boy dut prendre incontinent le 
Bombay Mail, et embarquer sur le pre- 
mier paquebot allemand qui passait, sans 
attendre le« Gneisenau », (coulé dernière- 
ment aux Falklands), à ce moment h 
Calcuitta, et qui devait le remmener on 
l'escorter. 

Telles sont les quelques anecdoles dont 
je me souviens. Peut-être mes notes de 
voyage que je n'ai oas sous la mérfn, an 



436 

contiennent-elles d'aulrcs. Je garantis 
seulement tenir de témoins directs, tout ce 
que j'ai raconté, sauf l'histoire de Luck- 
now et du départ précipité, qui m'ont été 
redits par une compatriote sur le paquebot 
cie retour. Or, il est certain que la récep- 
tion officielle de Calcutta fut retardée par 
suite du chill. Tous les journaux en ont 
parlé : on ne saurait donc oublier ce fa- 
meux cbill^ qui se peut traduire avec 
beaucoup de sous-entendus. 

Tout le monde savait, officiellement 
aussi, que la Kronprinzessin se trouvait en 
Egypte et que le « Gneisenau », n'avait pas 
assisté au départ de Bombay, dont il ne 
semble pas qu'on ait publié de comptes- 
rendus détaillés, l'arrivée du héros étant 
plus triomphale que sa sortie. 

La Kronprinzessin avait accompagné 
son mari à Ceylan. A Anuradhapura, au 
temple d'Isurumunya, le vieux bonze 
s'empressait aussitôt de montrer à tout 
venant la photographie de Cécilia, et la 
dernière page d'un registre sabrée d'une 
Cecilii Kolossale en signature ; mais son 
mari n'avait pas tardé à l'expédier au 
pays des Pharaons pour vagabonder en 
liberté. Il reste que cette photographie de . 
Cf cilié, chez Bouddha, fait le pendant du 
burnous de MaliommedGhilioun ou Guil- 
laume, en Palestine, 

MOWGLI. 

Le comte Axel von Scliwering. 
Son journal et ses conversations 
avec l'empereur Guillaume II (LXXI, 
370). — J'ai dans ma bibliothèque le 
« Gothaisches genealogischcs Taschcn- 
buch dcr graf lichen >» et aussi « der frei- 
herrlichen Hauser ». Le nom de Schwe- 
ring ne se trouve ni dans l'un ni dans 
l'autre. Cela m'a confirmé dans l'impres- 
sion que m'avait laissée la lecture du soi- 
disant journal : nous somi'es en pré- 
sence d'un pur roman. '■ 

A. P. L. 

! Le « fonds dss repliles » (LXXI, 
j 27Î, 341). — Le collègue H. C. M. a 
j raison quand il dit que le mot est de Bis- 
! marck lui-même. Il a, du moins, été forgé, 
sur une expression de Bismarck, employée 
par lui, dans le discours qu'il prononça 
au Landtag prussien, Chambre des Dé- 
putés, le 30 janvier 1869. L'édition po- 



DBS CHHRC HEURS BT CURIEUX 



20-30 Maî 1915. 



437 



438 



pulaire des Fiinl Bisnuircks Reden, la 
seule que j'aie sous la main en ce mo- 
ment, note au Las de la page (vol. IV, 
p. 101) que l'expression «r Reptilien 
fonds » vient de là. Le mot « reptiles > 
est pris, dans l'acception que générale- 
ment l'on attribue à l'expression même, 
dans un sens qui n'est pas le juste. Le 
« Reptilien fonds » ne sert pas à payer les 
reptiles ; mais à les découvrir. 11 serait 
trop long de démontrer la chose 

Que l'on veuille bien se reporter au 
discours de celui qui était, lorsqu'il le 
prononça, le comte de Bismarck. 

Comte DE RONZ.AGLIE. 



Bismarck a créé le mot le 30 janvier 
1869 ; il l'appliqua aux agents des souve- 
rains dépossédés de Hanovre et de Hesse- 
Cassel contre lesquels il voulait se servir 
de la fortune confisquée de ces princes. 
Plus tard les libéraux allemands appe- 
lèrent reptiles les journalistes en relations 
avec le Gouvernement et le bureau de la 
presse, et les représentèrent comme sti- 
pen.iiés par le fonds : on dit Reptilien- 
preisc comme Rc'ptilieiifonJs. 

P. M. 

Papier-inonnaie et monnaies de 
nécessité pendant la guerr?. de 1914 

(LXXl, 42, i5=,'i. — L;i chambre de Com- 
merce d'Alger a émis aussi des coupures 
de 50 centimes au mois de mars 1915. 

Y. n. 



Le pas de l'oie allemand (LXXl, 
182, 337). — Il me semble que notre 
collaborateur Cottreau fait erreur en di- 
sant que le pas de l'oie a existé en France 
jusqu'en 1848, sous le nom de pas ordi- 
naire. 

Le pas de l'oie — ev:actement p,7s de 
parade — est un mouvement tout à fait 
en dehors de ceux qui sont naturels à 
l'homme pour la marche ou pour la 
course : c'est uni véritable gymnastique, 
à laquelle il faut se préparer par des 
exercices très fatigants, analogues à ceux 
que l'on impose aux ballerines ; son exé- 
cuîion oblige à jeter en arrière, et de 
travers, toute la partie supérieure du 
torse et à faire équilibre à la jambe, vio- 
lemment et horizontalement lancée en 
avant, par un mouvement inverse et en 



arrière du bras de l'autre côté ; très peu 
d hommes peuvent réussir dans la perfec- 
tion celte allure bizarre. 

Notre /ijs ordinaire, au contraire, n'était 
que la régularisation d'un rrouvement, 
comme tout le monde le fait, par exem- 
ple, lorsque l'on cause en se promenant 
et sans intention de faire du chemin. 
Cette allure, qui existait encore dans 
notre infanterie à la fin du Second Em- 
pire, et que nous enseignaient les sous- 
olTiciers de la Garde de Paris (aujourd'hui 
garde républicaine), n'avait rien de ridi- 
cule et, si on l'a su]iprimée, c'est qu'elle 
n'avait plus sa raison d'être dans une 
armée moderne, où les règlements ne 
doivent conserver que les mouvements 
réellement utiles, en éliminant tuut ce 
qui n'augmente pas la force effective de 
la troupe. 

A. Mytav. 

Le « Minen-werfer » (LXXl; 45, 
116). — Nous avons posé, dans \In- 
Urmcdiaire, le problème du Minémcer- 
fcr. en signalant qu'un communiqué 
officiel s'était, après l'avoir servi au 
naturel, décidé à en faire un lance- 
bombes. Là-dessus, une définition, extraite 
du Figaro, fut reproduite, qui précisait. 
Mais voici que, relisant, ces jours-ci, le 
fameux ouvrage du général von Bernhardi 
dans la traduction Elard (Paris, Chapelot, 
1913) — en l'absence d: l'original alle- 
mand (i) — , nous y avons retrouvé le 
passage où le continuateur de Clausewitz 
décrit le rôle que, selon lui, aurait à jouer, 
dans la guerre de tranchées, ce petit ca- 
non à bombes de Krupp. dont il est tant 
parlé. Ce passage, croyons-nous, est di- 
gne d'être cité ici : 

!.a bombe remplie d'explosif, et fixée à 
iiiio tige directrice, 'est introduite avec cette 
tige dans le canon chargé ; on le tire sous 
de grands angles, et il décrit une trajectoire 
d'une très grande courbure, en gardant une 
précision suffisante. Le projectile, qui pèse 

(1) Qui date, comme on sait, Je l'automne 
191 1. Il est devenu binai d'observer que ce 
deux volumes ont agi sur la politique au 
moins autant que sur l'art militaire alle- 
niaiids. Bernhardi a, d'ailleurs, par ses ar- 
ticles du New Y'irk Sun, suffisamment do- 
cumenté, depuis le déchaînement de la ca- 
tastrophe, la mesure de sa bor.ie foi. 



H* 1419. Vol. LXXI. 



L'INTERMÔDIAIRE 



439 

plus de 80 kilos, a, ainsi, une portée de 
300 mètres et peut, grâce à sa traji.-,cloirc 
très recourbée, être projeté deirière n'im- 
porte quel abri. Le canon repose sur un 
affût mobile, assez étroit pour être trans- 
porté dans les tr.inchérs. L'effet produit 
par ce projectile tient à la fois au feu, à la 
fumée et au sojffle des gaz produits par son 
énorme charge d'éclatement. Dans son voi- 
sinage, rien de vivant ne peut tenir. La fu- 
mée asphyxiante et les gaz empoisonnés ren- 
dront viaisemblabicment impossible de gar- 
[lir le parapet dans un ouvrage deriière le- 
quel quelques-unes de ces bombes auront 
éclaté... 

On s'est spervu, un peu tard, que 3er- 
nhardi avait décrit à l'avance maints pro- 
cédés, réputés nouveaux, dont ses com- 
patriotes usent et abusent, dans /a Guerre 
d'aujourd'hui. Sa pronoslication sur les 
Mmenu\-ifcr et les grenades à main ont 
du, — pour ne citer que ce seul exemple 
— faire prévoir que l'Allemagne serait à 
même de disposer, pour le com'oat rap- 
proché, d'un dispositif balistique permet- 
tant de remplacer le feu de l'artillerie, 
qui ne peut accompagner l'offensive [usque 
dans les dernières phases, ni soutenir la 
défensive jusqu'à la fin. 

Camille Pitollet. 

Le journalisme dans lei tTan- 
chées (LXXI, 228). — Cette question a 
été traitée dernièrement, dans im article 
du Temps (20 avril), par M. Joseph Gal- 
lier. D'après lui, les journaux du front 
seraient nés cette année au mois de jan- 
vier avec : 

Le cri de VaifA; guerrier, littéraire, spi- 
rituel, qui a pour siège la clairière de 
Vaux. Vient ensuite : 

Le Marcheur du SS' : adresse télégra- 
phique « Moroboche », le seul journal 
quoïiJicn paraissant irtégulièremcnt. 

La toix dit 75, paru à la fin de janvier 
est le premier journal imprimé. Puis : 

Rigolboche, polycopié, pr«sque exclusi- 
vement rédigé en vers ; aussi trouve-t-on 
MiVl. Emile Faguet et Henri de Régnier 
parmi les collaborateurs. 

Le Poilu, journal des tranchées de Ver- 
dun ;imprimé.« Le Bulletin des Armées de 
la Répiibliqua » nous révèle quelques-uns 
de ses collaborateurs : J. Bousquet, au- 
teur dramatique ; ]. Fauconnet, avocat a 
la Cour ; Matossy, prix de Rome ; L.Ma- 
ranger, élève à TËcole des Beaux-Arts ; 



440 



G. Courtial, publlciste ; Le Mauchel, pu- 
bliciste : François Fabié, homme de let- 
tres ; Charles de Pomah'ols, homme de 
lettres ; D' Combes ; Renaud de l'Opéra. 

L'Echo des Goiabis : imprimé, organe 
des poilus du Quercy et de la Gascogne 
et rédigé au 131'= territorial. 

L'Echo des Tranchccs à\i 170 territorial, 
seule publication recevant par fil spécial 
le rapport des cuisiniers. 

Parmi ses collaborateurs ; Emile Fa- 
guet, Paul Bilhaud, Paul Reboux. 

L'Echo du Ravin, relié par fils b.irbclés 
avec les Boches, journal ordinaire du 41 ' 
bataillon de chasseurs. 

L'Echo des Marmites. 

Le Télé-Mail, organe des sapeurs télé- 
graphistes. 

Le Tout ne-Boche, quotidien hebdoma- 
daire, paraissant tous les quinz3 jours, qiii 
publie un roman « dépourvu de mœurs » 
intitulé ; «La vierge féconde ou l'Enceinte 
du château » . 

Le Canard Poilu : secteur postal 127. 
« Le seul qui fasse tordre le linge, déri- 
der les pommes reinettes et pâlir les to- 
mates, dégeler les inarrons glacés et on- 
duler les plaques de tôle ». 

Voilà qui en dit long sur le m«)ral de 
nos poilus ; la mine de leur bonne 
humeur est inépuisable. Ils ne connais- 
sent pas cela en face ! 

Labfda. 

Efymologie de Gallipoli (LXXI, 
575). — Le nom primitif était /(';//o/i; ; 
les Macédoniens le changèrent en Kalli- 
polis (Bellc-viile ou plus exactement ville 
de beauté), du Grec KnXôç (beau), KàXXo; 
(^beauté) et -oX;: 'ville). 

Au Grec KaÀà; correspondant le cel- 
tique gai, gioal fbeau, bon, br;!ve) qu'on 
retrouve dans galant, gaillard ; le germa- 
nique wel, wil, wol qui a le même sens ; 
le latin val , vel de valere velie (valoir, vou- 
loir) qyi indique force, puissance, etc.. 

L. Abet. 

• » 

Gallipoli est une déformation ita- 
lienne, je crois, de Callipolis, qui est le 
nom ancien de beaucoup de villes grec 
ques, et correspond à peu près exacte- 
ment au français Beilcville. Pl,;ton, dans 
la République, emploie le met callipolis 
comme nom commun, pour désigner la 
cité idéale ; comme nom propre, il dési- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10-30 Mai 1915. 



44' 



442 



gnait, outre Callipolis de Thracc, qui 
nous intéresse aujourd'hui, une ville de 
Calabre, qui, si je ne me trompe, s'f.p- 
pelle aussi de nos jours Galiipoli, une 
ville de Sicile, une d'Etolie, et d'autres 
encore. On y reconnaît aisément la racine 
de callos, beauté, et le mot polis, ville. 

Ibère. 

« • 
Galiipoli (en turc « Ghclibcli y) est 
l'ancienne ville grecque de Kritho'e ou 
Kallipolis; elle faisait face à Lampsaque, 
située sur la côte asiatique du dftroit des 
Dardanelles et plus importante qu'elle. 
Son nom actuel ne parait q l'à l'époque 
macédonienne. Nauticis. 

". Inondations tendues » (LXX, 4 ! 
L.'KJCl, 341). — Le maréchal Macdonald 
dans ses Souvcn'ri (p. 40, édition Pion 
et Nourrit, iSqa in-8°) parlant de la con- 
quête de la Hollande dit : 

Auiiin f'e nos ;orp3 ne 2tationn;;lt long- 
temps dans îcs bivouacs ; quelques heures 
de repos rculemciif, car il existaii beaucoup 
d'émulation à qni arriverait d'abord et s'eni- 
parerr^it d'Amsterdam. Je ne m'endormais 
pas non p us, mais j'avais à [^rcourir une 
diagonale, tandis que les autres marchaient 
droit devai.t eux. Toutes les inondations 
fiaient Ifitfues, les routes couvertes; — 
niaises n'étiit point un obstacis : tout était 
gelé. 

Et plus loin, page 56, à propos de l'ex- 
pédition de Naples. 

Le choc fut rude, mais les Napolitains ne 
tinrent presque pas et plièrent ; nous les 
poursuivïmesjusqu'à/fKr ^i7/n^ encore tendu, 
qu'ils nous abandonnèrent pour s'enfuir 
usqu'à Rome. 

On voit donc que dans le langage mi- 
litaire le verbe tendre était alors d'un 
u-.age courant. Nous avions oublié .-es j 
expressions qui correspondaient à des j 
procédés que nos guerres modernes \ 
n'avaient plus eu l'occasion de rencon- 
trer. 

N'en est il pas de même de celles de 
boiiib.irdieis et de oreiiadien que nous 
avon.^ vues reparaître et qui nous repor- 
tent au temps des armées anciennes.? 

G. QtJl ÏKEL. 

Nous 1 s aurons (LXXl, 2-9 546). 
— ' Nous les aurons », c'est exactement, 
au /utur, le verbe « avoir » dans l'ac- 



ception qu'il a, au 
vers de Musset : 
« Nous l'avons 



prétérit passé, dans le 



B, votre Rhin alle- 
[mand ! 

t Nous les aurons » c'est : nous les 
atteindrons, nous nous en rendrons maî- 
tres, nous les tiendrons, nous en aurons 
raison, nous les terrasserons, nous les 
vaincrons, nous les posséderons, nous en 
jouirons. 

IVe shaU bave /fe/>: .' disaient les Fédé- 
raux, pendant la guerre de sécession, en 
parlant des confédérés. 

Le Comte de Ronzaglie. 



Embusqué (LXXl, 328). — Embus- 
qué, employé au sens figuré, ne date pas 
do l.T guerre et n'est pis particulier au 
langage militaire. Au sens propre, l'em- 
busqué est celui qui, caché dans un bois, 
guette l'ennemi à surprendre, ou le pas- 
sant à dévaliser. Au sens figuré, dont une 
application particulière, mais qui n'impli- 
que aucune signification nouvelle, aété faite 
aune situation propre au temps de guerre, 
c'est celui qui, caché dans un recoin 
d'une administration, d'un corps d'Etat 
comme l'armée, l'Université, etc., guette 
l'occasion de s'assurer un avantage que 
normalement il ne devrait pas obtenir, 
ou, par extension, se met à l'abri de quel- 
que inconvénient. 

Le mot, longtemps avant la guerre, 
était déjà souvent emplo>é dans ce sens 
par les fonctionnaires militaires ou civils. 
Pour prendre un exemple, on appelait 
embusqués, dans l'Université^, les jeunes 
professeurs qui pour éviter le désagré- 
ment (à leur avis) de passer quelques an- 
nées en province, acceptaient à Paris, après 
l'agrégation, quelque emploi hors cadre 
plus ou moins mal rétribué, espérant, 
grâce aux relations utiles qu'ils pour- 
raient ainsi entretenir, se faire sans trop- 
tarder nommer professeurs à Paris, et 
prendre les devants sur leurs camarades 
et collègues qui suivaient dan* les lycdes 
de rrovince la filière normale. 

C'est contre les embusqués que; le corps 
enseignant a o'.-''cnr, un récent d-'cret qui 
rend obligatoiic un stage efTcCtif d'une 
durée déterminée en province, et per- 
mettrait de faire casser par le Conseil 
d'Etat toute nomination faile en dehors 
de cette condition. Il y a ainsi des em- 



N» 1419. Vol. LXXI. 

. 44Î — 

"usqués, et désignés sous ce nom, dans 
bien descorps d Etat, et on n'a pas trouvé 
partout les moyens de mettre fin aux 
<s embuscades » 1 Le service militaire a 
même en temps de paix ses embusqués 
qui « coupent » aux corvées et autres obli- 
gations déplaisantes, comme actuellement 
aux périls. 

Le mot, qui appartenait jusqu'ici auxar- 
gols professionnels, sera peut-être popu- 
larisé par la guerre, assez pour que les 
dictionnaires à venir en enregistrent cet 
emploi à côté des autres. 

Ibère. 

Epilé (LXXI, 328, 391). — De goût 
douteux, pourquoi ?... L' Intcnncdiaiie en 
a dit et imprimé bien d'autres, et 

« Sans que la Muse s'en courrouce •> 
a même osé effleurer la grave question 
de l'épilation féminine. 

M. Georges Ohnet qui, pour l'ordinaire 
ne passe point pour sacrifier au démon 
malin de Wiily et au parler gras des can- 
tines, a même trouvé le mot joli. 

Notre confrère Oroel nous permcttra- 
t-il de partager l'avis du Bourgeois iJe Paris 
et de ne pas infliger à la langue la feuille 
de vigne à laquelle feu Sosthène de la 
Rochefoucauld dut le plus clair de sa ré- 
putation. 

P. D. 

Tringlot (LXXI, : 36, 246). — Je crois 
que ce sobriquet est né simplement du 
désir d'abréger tout mot usuel trop long, 
toute locution fréquemment employée et 
non concise. Les mots forgés par suite de 
cette tendance ne sont pas faits pour être 
écrits, et en cas de nécessité, ne devraient 
l'être que phonétiquement L'indication 
écrite de l'abréviation consistant souvent 
en un petit zéro, ou « O », a peut-être 
entraîné une préférence pour ce son 
«■ O » final dans l'abréviation parlée. J'ai 
connu un employé de bureau qui, en col- 
lationnant, ne manquait jamais de lire : 
« Primo... deuzio .. troizio... ». « Ar- 
« tilleur » fait .< artiflo ». Nous ne de- 
vrions pas mettre de « t » à la fin du 
« tringlo ». Je ne serais nullement sur- 
pris que nous soyons redevables du mot 
à une séance de jo3'eux devis de cliambree 
où, après avoir copieusement « bêché » 
la dénomination interminable »< cavalier 
du train des équipages militaires », on 



L'INTERMÉDIAIRE 



444 



aura d'abord proposé d'abréger en train 0, 
puis découvert que train est phonétique- 
ment initiale de tringle. .. , d'où tringlo ! . . . 
J'en ai entendu de bien plus... « tirées » 
encore ! « Cabot » ou caporal ou briga- 
dier doit être né dans ces conditions. Ca- 
poral, par besoin d'abréger, aura vite été 
réduit à << capo », qui est bien voisin de 
« cabo »; un -< cabot », c'est un chien; 

le chien aboie; le caporal crie ; 11 ne 

faut pas trop chercher l'étymologie à la 
caserne, ni souvent, ailleurs, mais bien 
l'amour du court, du singulier, du plai- 
sant. Au régiment, on est tous fils du 
« colo » ; dans le civil, on va en « vélo », 
en « auto », en « métro » ; à l'école, on 
consulte le « dico ». « Populo » césure 
volontiers sur le son « O » et contracte 
non moins voloijtiers en «< o », son lan- 
gage en offre une multitude d'exemples, 
et il n'opère pas autrement une fois soldat ; 
je crois sincèrement qu'on ne doit attri- 
buer d'autre cause à » tringlot ». 

— Quand j'étais jeune j'entendais quel- 
quefois appeler le train des équipages mi- 
litaires, par les bons camarades d'autres 
armes, \< Royal-cambanio » ; l'Artillerie 
avait ses •;< tringlots » particuliers : à 
cause d'une petite différence dans l'uni- 
forme, nous les appelions « les boutons 
de plomb «.Evidemment, il ne s'agissait 
plus là de concision , et le souci de l'éty- 
mologie n'était pas non plus très visible. 

Sglpn. 

Poilu (LXX; LXXI, 67, 158, 297, 
323\ — Je me permets de signaler la 
lettre ci-après de Léon Bloy, datée du 
12 août 1899, où cet écrivain se sert du 
mot I poilu .» . 

Mon cher Valette, voulez-vous informer 
vos lecteurs, que Léon Bloy, provi-joirement 
liomicilié à Koltiiig, Daiieniaik, cherche 
quelqu'un d'assez « poilu » pour iJiter une 
brochure de 150 à ;oo pages, intitulée : c Je 
m'accuse. . . » 

J'ai tout lieu de penser que cette lettre 
fut insérée dans le numéro du mois sui- 
vant du Mcicurede France, c'est-à-dire en 
septembre 1S95. 

iM. R. Le Melaud. 

« Rosalie » pour dé igner la 
bayonnette (LXX! ; 229, 342, 388. -— 
Le (( Petit Larive et Fleury » [1901] écrit 
baïonnette: duelle est la bonne forme.? 



i 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30-30 Mai 1915. 



44> 



446 



je ne sais si le nom de Rosalie date 
d'avant la présente guerre. Je pense que 
son origine est la couleur prise par l'arme, 
par suite Je son emploi dans le combat. 

Sglpx. 



Comment appallera - t - on la 
' guerre actuelle (LX.XI, 89, 18s, 329). 
— Nous ne voyons pas, pour notre part, 
qu'il y ait lieu de donner une épithète 
quelconque à la guerre actuelle, cette 
épithète ne devant trouver sa justification 
que dans le besoin d'éviter une confusion 
possible entre la guerre actuelle et une 
autre guerre, passée ou future. Or, les 
hostilités terminées, quand on parlera de 
La Guerre chacun comprendra qu'il 
s'agir de la guerre de 1914-191Î. de 
même qu'auparav.mt, quand on disait 
La guerre, tout le monde comprenait 
qu'il s'agissait de celle de 1870. Toute 
épithèle est donc inutile, toute date, 
même, superflue, et je ne saurais assez 
partager à cet égard l'opinion du collè- 
gue intermédiairiste qui a dit avant moi : 
< ... Plis d'épithètes, pas d'adjectifs, pas 
de commcnlaires : La guerre ! Ca suffit. » 
(LXXI, 33,). 

Plus tard, quand la guerre de 19I-I- 
191 S sera entrée d.ins le domaine de l'his- 
toire, qu'on la verra avec un certain re- 
cul, et qu'il pourra s'agir, comme je 
viens de le remarquer, de ne pas la con- 
fondre avec telle autre guerre qui l'aura 
précédée ou suivie, c'est à nos succes- 
seurs qu'il appartiendra de lui donner, 
s'il y a lieu, la qualification qu'ils juge- 
ront la plus exacte et la meilleure. Ils se- 
ront, en cela, bien meilleurs juges que 
nous mêmes. 

Evidemment cela n'empêche pas que, 
d'ici là, nos romanciers et tous ceux que 
peut distraire ce petit jeu, de donner à la 
guerre actuelle toutes les épithèles le 
plus de nature à satisfaire leurs goûts 
personnels et leur fantaisie. 

QU.€P.ENS. 



'. 'lace c die do la Bibliothèque 
d'Al-xsndri© (LXVIIl ; LXIX:. — 
Cette question, posée l'année dernière 
dans \' In'.erniéJiiiirc^ n'a pas reçu d»; ré- 
ponse complète. L'incendie de la biblio- 
thèque de Louvain lui donne un triste re- 
eain d'a»(ualité, d'ailleurs elle a été am- 



plement traitée dans l'ouvrage d'un mis- 
sionnaire. Le P. Chautard, dans la seconde 
édition de son ouvrage Au Pays des Py- 
ramides (Paris 1913) pag. 55 et suiv. Ce 
missionnaire, qui a passé de longues an- 
nées en Egypte, s'est attaché à la solution 
de ce problème historique, qui constitue 
un des chapitres les plus intéressants de 
son ouvrage. Je vais me borner h résumer 
la question et à donner les grandes lignes 
du problème. 

Dans ce temps où la critique dite mo- 
derne s'attache à tout nier, à tout ren- 
verser, la première question à se poser 
est de savoir s'il y a eu une bibliothèque 
d'Alexandrie Ici il faut répondre qu'il y 
en a eu diux. L'une établie au Mu^actim, 
et qui fut détruite casuellement par Jules 
César dans l'incendie de sa Hotte qui se 
communiqua aux bâtiments voisins du 
port où était renfermée cette bibliothèque 
riche de près de ■, à 700.000 rouleaux de 
parchemins ou de papyrus volumina. 

Les Alexandrins inconsolables de la 
perte de leur bibliothèque voulurent la 
reconstituer. Il est assez probable qu'ils 
purent sauver de l'incendie un certain 
nombre de rouleaux ; puis Cléopâtre obtint 
d'Antoine le transport à .Alexandrie des 
200.000 rouleaux de parchemins de la 
bibliothèque de Pergame. Enfin des ad- 
jonctions successives, des copies faites en 
divers endroits rendirent célèbre cette bi- 
bliothèque qui put compter entre 300 et 
Sooo rouleaux. Malgré son ampleur, elle 
était considérée comme !a petite bibliothè- 
que, la fille de celle détruite par Jules Cé- 
sar. Elle fut logée ]au Serapacum ; c'est-à- 
dire dans une série d'édifices dont le tem- 
ple de Serapis était le centre, et où se 
trouvaient les diverses salles pour la réu- 
nion des élèves ; les salles des professeurs 
les livres, etc. 

Le Sérapaeum était en dehors de la ville, 
à l'abri d'un coup de main, et par consé- 
quent d'une protection plus facile. 

La bibliothèque d'Alexandrie a telle 
été détruite? Ici encore il faut répondre 
affirmativement, et la preuve. c'est d'abord 
l'accord de tois Ks historiens, puis le 
fait qu'il n'en existe plus de traces. .Si 
l'incendie de la première bibliothèque, 
celle brûlée casuellement par Jules César, 
a permis à un certain nombre de volitmina 
d'échapper à la destruction 



,\o 



1419. Vol. LXXI. 
447 



L'INTERMEDIAIRE 



448 



tuer le premier fonds de la seconde bi- 
bliothèque, on ne signale aucun vestige 
de ce qui fut cette seconde bibliothèque 
d'A'iixandrie, Mais là où les historiens se 
divisent, c'est sur l'auteur de la destruc- 
tion, et c'est précisément ce qui fait le 
problème en question. 

Destruction par le Calife Omnr I"' (646) 
ou mieux par son gonoral Amrou. Les 
quatre auteurs arabes du xiii° siècle, Abb 
Àllatif (i 161-1251), Aboul-Faraje (1226- 
1286), Abou'l Fédé (1273-1331), Mackizi 
né en 1305 affirment le fait de l'incendie 
de cette bibliothèque par Amrou, lieute- 
nant d'Omar. Celui-ci, pressé par les ha- 
bitants d'Alexandrie de la conserver, con- 
sulta le calife Omar qui fit cette réponse 
célèbre qu'on lit partout ; « Ou ces livres 
contiennent la même chose que le Coran, 
et ils sont inutiles; ou ils contiennent des 
choses contraires, et ils sont dangereux. 
Donc il faut les détruire. » On en chauffa, 
d'après ces mêmes auteurs, les bains 
d'Alexandrie pendant une période qui va 
de 70 jours à 6 mois. 

Cette version a été acceptée sans con- 
teste pendant onze siècles. Il est clair en 
effet que les auteurs arabes ne l'ont pas 
inventée, ils l'ont trouvée vivante dans 
les souvenirs, disons mieux, les traditions 
alexandrines, aussi leur témoignage n'est- 
il autre chose que le monument écrit 
d'une tradition plus ancienne. Ils ont écrit 
cinq ou six cents ans après l'événement, 
mais on connaît la force de la tradition en 
Orient, la façon scrupuleuse dont ces ré- 
cits se transmettent, et il n'y a rien 
d'étonnant que le souvenir s'en soit con- 
servé vivant. Les auteurs arabes élaient 
des témoins de cette tradition qui la con- 
signaient, bien qu'elle fût contraire à leurs 
traditions littéraires. 

Le texte des auteurs arabes fut accepté 
unanimement jusqu'au xvm:"^ siècle, 
époque où un auteur anglais, Gibbon, 
(1734-1794) voulut remonter le courant 
et en accusa les chrétiens. L'incendie 
n'aurait pas eu lieu sous le calife Omar en 
646, mais en 381 sous l'empereur Théo- 
dose. Resterait alors à expliquer le témoi- 
gnage si précis de ces quatre auteurs 
arabes. La question a été reprise au 
xix*" siècle, et d'autres savants se sont 
spécialement occupés du problème, mais 
dans le sens de Gibbon, prouver que ce 
sont les chrétiens et non bs arabes q«i 



; ont brûlé la bibliothèque d'Alexandrie- 
Voir surtout Alfred Butler, The A y m 
Comquet of Egypt. in-S", Oxford, at the, 
Clarendon, press. 1902. 

Destruction de la bibliothèque d'Alexan- 
drie par les chrétiens. On sait que l'em- 
pereur Théodose, sur les mstances du 
patriarche d'Alexandrie Tliéophile, donna 
l'ordre de détruire le Sc!apaetim;ouvn\<iu\ 
le temple de Scrapis. 

Cette destruction d'un temple, de la 
statue d'une divinité faisait partie du sys- 
tème admis pour abattre le paganisme. 
Le patriarche détruisit donc l'idole, mais 
non le temple, puisque celui-ci, avec se: 
400 colonnes, fut détruit plus tard par les 
Arabes. 11 ne détruisit donc que l'Idole. 
Or le Scrjpjeiiih était tout un pe;r| monde, 
et 'a bibliothèque n'entrait aucunement 
dans les plans de destruction méthodique. 
La culture chrétienne conservait soigneu- 
sement les traditions historiques et litlc- 
raires du passé. C'est cepcnd:!nt ce que 
disent ces auteurs. Le patriarche d'Alexan- 
drie a détruit le temple de Serapis, donc 
il a détruit tout ce qui l'entourait et no- 
tamment la bibliothèque. 

Ils citent encore un texte de Paul Orose, 
auteur du v« siècle, et par conséquent 
presque contemporain de l'événement. 
Mais ce texte, quand on le lit dans l'original 
latin et non dans les traductions inté- 
ressées qu'on en a faites, prouve seule- 
ment que Paul Orose (histoire VI, XV), 
rappelle à sa génération la destruction et 
l'incendie de la première bibliothèque 
d'Alexandrie par les Romains. Le texte est 
cité en latin et en français page 97. 

Monsieur Butler, en le traduisant p. 78, 
a dénaturé le sens du texte. 11 insiste 
beaucoup sur le témoignage de Jean de 
Nickiou, auteur copte du vu' siècle, 
qui passe complètement sous silence la 
destruction par le calife Omar. Ce texte 
ne nous est venu que par une double 
traduction, et de plus la valeur histo- 
rique de [ean de Nickiou est encore 
à faire, même selon ceux qui se servent 
de son texte. Mais que vaat un argument 
négatif contre des textes positifs. 

Le P. Chauîard examine la façon dont 
les auteurs contemporains ou presque 
contemporains auraient pu parler de cette 
question si elle leur avait été connue. Il 
cite 115 auteurs païens ou chétiens de la 
fin du iv° siècle ou du v^ siècle. 



7 ! 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30-30 Mai 1915 



449 



450 



Parmi ces 1 15 auteurs, il y a 51 écri- 
vains profanes dont ungrand nombre fai- 
saitpartie de l'iîcole néoplatonicienne, en- 
core en pleine vogue à la fin du iv° siècle, 
et qui jeta un dernier éclat sous le célèbre 
Procius (4 12-485 (avant de disparaître en 
529. 

Or, si les chrétiens avaient détruit la 
bibliothèque de l'Universitédu Sérapaeitm 
quels reproches sanglants de vandalisme 
littéraire n'auraientils pas reçus de leurs 
rivaux, les philosophes néo-platoniciens. 
Parmi les 64 auteurs chrétiens qu'il 
cite, n'y en aurait-il pas eu aussi quel- 
ques-uns au moins à déplorer la dispari- 
tion ou la destruction de la bibliothèque 
la plus précieuse du monde. Le raisonne- 
ment logique est le suivant : 

Jean de Nickiou, auteur copte du 
vn' siècle ne parle pas de l'incendie de la 
bibliothèque d'Alexandrie, par le calife 
Omar en 646, donc celui-ci ne l'a pas 
brûlée. 

115 auteurs païens et chrétiens, de la 
fin du iv° et du v° siècle, ne parlent pas 
de l'incendie de la bibliothèque du Sera- 
paeiim par les chrétiens d'Alexandrie ; 
donc ceux-ci ne l'ont pas brûlée. 

Je crois que, jusqu'à plus ample in- 
formé la tradition arabe est appuyée sur 
des textes très clairs, très probants, 
affirmée par des auteurs qui paraissent 
sans parti pris et par conséquent doi- 
vent, au point de vue strictement histo- 
rique, solliciter notre adhésion L'opi- 
nion contraire manque de base histori- 
que et pour y suppléer est obligée à se 
livrer a des interprétatiors, des déduc- 
tions d'où la logique impeccable est or- 
dinairement absente. C'est d'ailleurs à 
cet arsenal qu'on est obligé d'avoir re- 
cours quand les textes clairs font dé- 
faut. 

D' A. B. 

Invention du corps de saint Jean- 
Bapdste (LXX, 250.'338. — Parmi les 
villes où était vénéré le chef de St Jean- 
Baptiste, il y a lieu d'ajouter que St Jean- 
d'Angely autrefois Angeria ou Angeri, 
dont on fit StJean-d'Angely à partir de 
la découverte du chef de St jean-Baptiste 
qui y fut vénéré jusqu'à la def.ruction 
par les calvinistes de sa célèbre abbaye 
en 1368. L'origine de la ville remonte 
à Pépin d'Aquitaine qui y fit construire 



en 817 un monastère sous le Patronage de 
St Jean-Baptiste, et une légende, relatée 
dans l'histoire de St-Jean-d'Angely de 
Louis Claude Saudau — d'après les œu- 
res de saint Cyprien — r:iconte que le 
chef de ce saint qui se trouvait déposé 
dans une chapelle a Alexandrie, fut porté 
en Gaule par un moine appelé Félix et 
atteignit le rivage de l'Aunis près An- 
goulins (Charente- Inférieure) d'où le roi 
d'Aquitaine qui était venu à sa rencontre, 
le lit déposer dans la chapelle de son 
château d'Angeri. 

D'après la légende « la relique du 
Bienhiîureux fut enfermée avec des par- 
fums dans un ciboire décoré de six co- 
lonnes de marbre et scellé avec de la 
poix. Auprès de cette basilique fut insti- 
tué un couvent de nombreux religieux 
chargés de desservir à perpétuité l'auteur 
du Précurseur de Dieu >>. Cette église ayant 
été ruinée par les Normands, l'histoire ra- 
conte que l'abbé Alduin en faisant faire 
des fouilles la découvrit en 1018 et que 
le duc d'Aquitaine Guillaume le Grand fit 
renfermer cette tête célèbre dans un reli- 
quaire en argent massif sur lequel on 
lisait cette inscription : « Hic jacet caput 
prœcursores Domini »>. Le monastère 
grandit en richesses et en renommée 
jusqu'à la destruction du chef de St Jean- 
Baptiste et de l'Eglise abbatiale en 1568. 
Eue. Rogée-Fromy. 

La vénalité de Mme de Pompa- 

dour(LXlX,.7S7; LXX, 201 ; LXXl, 30e). 
— Mme de Pompadour était trop fine et 
trop avisée pour se laisser prendre la 
main dans le sac ; et les naïfs (il s'en 
trouva un certain nombre) qui sollici- 
taient ouvertement son crédit contre es- 
pèces sonnantes, ne tardaient pas à faire 
connaissance avec la Bastille. Mais il est 
peu de contemporains de la Marquise qui 
ne l'aient taxée de vénalité. Tout Paris y 
croyait, et, de 1751 à 1752, le bruit s'en 
répandit avec une telle persistance, que 
Louis XV, malgré son indifférence noioire, 
s'en émut et même ordonna, sur les ins- 
tances de la Marquise, au lieutenant de 
police Berryer, de rechercher les origines 
et les auteurs de ces rumeurs malveillan- 
tes. 

Berryer était une créature de Mme de 
Pompadour : il dut obéir. En conséquence, 
il confia le soin de l'enquête à l'inspecteur 



N» 1419. Vol LXXI. 

451 _ 

Meusnier, cet extraordinaire policier, à qui 
l'on doit tant de curieux documents sur 
les fermiers généraux et sur les femmes 
galantes du temps, qui disparut, en 17157, 
assassiné, prétendirent ses collègues, par 
un de ses justiciables, et qu'on retrouve, 
quelques années plus tard, en Russie, 
sous le nom de Meusnier de Précourt, pour 
le compte et aux gages de l'Impératrice 
Catherine, comme recruteur colonial. 

Meusnier n'ignorait pas la dette de re- 
connaissance qu'avait contractée son chef 
immédiat envers Mme de Pompadour ; 
d'autre part, il savait les haines féroces 
que de puissants ministres et leurs mai 
tresses nourrissaient contre la Marquise. 
Aussi, le rapport qu'il fit tenir à Berryer 
et qu'a publié, dans son numéro du i'' oc- 
tobre 1892, la Reviu Rétrospective, trop 
tôt disparue, de M. Cottin, peut-il être 
considéré comme un chef-d'œuvre de di 
plomatie policière, parce que, tout en 
concluant à la justification de Mme de 
Pompadour, justitlcation noyée dans un 
fouillis inextricable de commérages et de 
ragots, il ne dissimule, ni l'état de l'opi- 
nion publique à Paris, ni le caractère né- 
gatif de son enquête. 

Le rapport débute sur cette phrase : 
« Du 24 décembre 1751. 11 serait assez 
difficile de dissuader tout Paris que la 
plupart des grâces qui s'obtiennent, soit 
à la Cour, soit dans la finance, par le cré- 
dit de Mme la Marquise, ne soier.t condi- 
tionnelles, c'est-à-dire que tel qui n'a 
point d'offres à faire pour exprimer sa 
reconnaissance est sûr d'échouer... >» 

Et Meusnier termine ainsi : »< Voilà sur 
une affaire aussi compliquée ce qu'il a été 
possible de recueillir de plus positif. » 

Combien d'enquêtes officielles du même 
genre notre France moderne a-telle vu 
aboutir ainsi ! 

Par contre, un autre contemporain de 
Mme de Pompadour, le marquis d'Argen- 
son, qui n'était pas une « Bête », malgré 
le surnom dont l'avaient affublé les beaux 
esprits de la Cour, a complaisamment ac- 
cumulé, dans son Journal et ses Mémoires, 
de 1751 à 1753, les preuves d'une « avi- 
dité > trop souvent satisfaite au détriment 
de l'Etat. D'Argenson résume en ce seul 
mot la phrase qui sert de début au rap- 
port de Meusnier. Campardon, dans le 
gros volume qu'il a consacré à Mme de 
Pompadour, relève avec soin les accusa- 



L'iNTKRMÊDIAIRE 



452 



^ tions de vénalité formulées par d'Argen- 
son contre la marquise ; mais il se dé- 
; fend de se prononcer sur leur plus ou 
: moins d'exactitude . il se contente d'é- 
j crire : « Il est certain que Mme de 
! Pompadour était fort riche, et qu'en ar- 
rivant à la Cour, elle n'avait pour toute 
fortune que sa beauté. » 

Ces exemples-là ne sont pas particu- 
liers au seul xviJi« siècle. 

D'E. 

"Vive la Pologne, Monsiaur ! LXXI, 
318,403). — Il ne serait peut-être pas 
inutile de se reporter à la collection de 
l'Intermédiaire : LVIII, 722, 797, 910- 
LXI, 7., 178; LXIl, 20; LXIII, 659. On 
n'abuse jamais des références. 

P. D. 

Les obélisques élevés en Franca 
sur l'emplacement du méridien de 
Paris (LXVII ; LXVIII). — J'ai tté voir 
l'obélisque d'Orveau, signalé par M. Mar- 
tellière en juillet 191 3 ; comme l'accès en 
est assez difficile, je n'avais pu, faute de 
loisir, le faire jusqu'ici. 

Cette pyrnmide, de la même hauteur 
que celle de Montmartre et de Manche- 
court, est située dans la commune d'Or- 
veau, (Loiret), sur le chemin vicinal qui 
conduit au hameau de Gollainville ; elle 
est en bon étal, mais l'inscription, en 
marbre, est en partie effacée. En voici le 
texte ; je ferai remarquer toutefois que je 
ne puis affirmer s'il y a S41 toises ou 
341 ; ne sachant pas à quoi se rapporte 
cette échelle, je laisse aux géodésiens le 
soin de l'expliquer et par suite de voir si 
c'est un 5 ou un 3. 

Méridienne 

de 

l'Observatoire 

Echelle 341 toises 

2 pieds 

MDCCXLVHl 

Elle est située, à vol d'oiseau, à 4 800 
mètres de celle de Manchecourt, il est 
assez bizarre qu'il y en ait deux aussi 
rapprochées l'une de l'autre, et qu'on 
n'ait pas pu en trouver nulle part ailleurs 
sur l'emplacement du méridien de Paris. 
Je fais de nouveau appel aux lecteurs de 
V Intermédiaire qui habitent dans le voi- 
sinage du méridien ; s'ils ne connaissent 
pas de pyramide analogue, ou s'ils n'en 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30-30 Mai 191$. 



■4^3 



454 



ont jamais entendu parler, qu'ils aient 
l'obligeance de chercher dans les plans 
cadastraux des communes situés exacte- 
ment sur le méridien s'il n'y aurait pas 
des lieux dits dont le souvenir rappelle- 
rait quelques-uns de ces obélisques. 

GoMBOUST. 

Le centre de la France (LXVIII ; 
LXIX). — Un de nos collaborateurs 
a demandé où se trouvait exactement 
le Centre de la France : il a été fait 
diverses réponses, toutes situant ce point 
aux environs des départements du Cher 
ou de l'Indre, mais ne concordant pas en- 
tre elles sur le lieu précis auquel cet hon- 
neur devait être attribué, ce qui cepen- 
dant était le but de la question. — C'est 
qu'en eftet, si tout le monde sait ce que 
c'est que le centime d'un cercle, d'une ellipse 
etc., il reste ici à définir ce que l'on veut 
entendre par cette expression, le cenlie 
d'une coniife. 

Pour certains pays de configuration 
très (nwjîsttfse rapprochant plus ou moins 
vaguement d'une forme géométrique 
(d'un octogone, d'une ellipse, etc...) tels 
que la France, la Suisse ou l'Espagne, on 
peut se faire une idée de la région centrale 
du pays et estimer par exemple que pour 
la Suisse c'est l'interland au sud du l.ac 
de Lucerne et pour l'Espagne la région 
qui entoure Madrid ; mais, si l'on veut 
sortir de cette conception vague et dési- 
gner un point bien précis, il faudrait com- 
mencer paren donner une définition bien 
nette, ce qui ne me paraît guère possible. 

Qiielqucs-uns ont admis pour la France 
qu'il suffisait de tracer les deux parallèles 
extrêmes (au nord de Dunkerque et au sud 
de Port-Vendres^ et les deux méridiens 
également extrêmes (à l'Ouest du Finis- 
tère et à lEst de .'Vlenton) ; on obtient 
ainsi un rectangle dont l'intersection des 



mière ; on en pourrait citer bien d'autres 
fournissant des points tous voisins de ce 
que nous appelons le Plateau Central. 
mais ne concordant nullement entre eux. 
Seulement, si quittant les régions que 
j'ai appelées à configuration ramassée, 
nous passons aux autres, l'expression 
centie n'a même plus la signification déjà 
si vague qu'elle possédait chez nous : les 
procédés de recherches donnés plus haut 
nous conduiraient pour l'Italie (et encore 
bien entendu, en laissant de côté la bar- 
daigne) à désigner un point situé tout 
près d; la mer Méditerranée, à moins de 
10 kilomètres de la côte occidentale ; en 
Norvège le centre tomberait en Suède ; à 
Cuba il serait dans la mer ; il en serait 
de même au Japon, quel que soit le pro- 
cédé employé (celui des méridiens et des 
parallèles ou celui du centre de gravité), 
ainsi d'ailleurs que pour toute contrée 
affectant une forme à la fois étroite et 
convexe. 

Je crois, dans ces conditions, que si ja- 
mais on ouvre une souscription pour éri- 
ger un monument en l'un quelconque de 
ces prétendus cœurs de la France, elle 
n'aura pas mon obole. 

G. DE Massas. 

Familles de la Guadeloupe (LXXI, 
49, 506). — Il est très exact, comme 
l'indique notre confrère Paultre, qu'en 
vertu de l'ordonnance de Louis XVI, de 
1776, les doubles des registres des pa- 
roisses des Colonies sont, en principe, 
conservés aux archives du ministère des 
Colonies. Mais où notre confrère se 
trompe, c'est lorsqu'il ajoute qu'on doit 
pouvoir se procurer, sans frais, les co- 
pies de ces actes. En dépit de l'ordonnance 
de Louis XVI, les registres dont il s'agit, 
ne sont pas communiqués au public, et 



diagonales serait le centre demandé. D'au- I l'on ne peut, avec ou sans frais, se pro- 
tres sont d'avis de prendre comme telle I curer aucune copie des actes qu'ils ren- 
centre de gravité de notre pays, c'est-à-dire 
un point tel que, si l'on faisait par ce 
point reposer sur une pointe d'aiguille la 
carte de France reproduite sur un carton 
homogène et d'épaisseur bien uniforme 
où les contours de nos frontières seraient 
très exactement découpés, le plan de a 
carton se maintienne en équilibre par- 
faitement horizontal. Cette définition ap- 
paraît comme plus rationnelle que la pre- 



curer aucune copie des actes qu'ils ren- 
ferment. 

La question avait été précédemment 
traitée dans Vlnieimédiaire, et sur les in- 
dications fournies, je m'étais présenté 
au ministère des colonies, actuellement 
emménagé rue Oudinot,chez les frères de 
St Jean de-Dieu, dans le courant de l'hi- 
ver dernier, avec l'inteiition de demander 
communication des registres d'u ne pa- 
roisse de la Nouvelle-Orléans, où s'était 



N» 



419. 



Vol. 



LXXI. 

- 455 



.'INTERMÊDiAlRE 



456 



transplantée une branche de ma famille. 
Là je me suis heurté à une fin dî non 
recevoir absolue, [e parle donc par expé- 
rience. Je dois ajouter que le chef de bu- 
reau auquel j'eus affaire, et qui se mon- 
tra très obligeant, me consola de ma dé- 
convenue, en me déclarant que les regis- 
tres des années sur lesquelles eussent 
porté mes recherches, ne figuraient pas 
dans les archives, qui étaient, a-til 
ajouté, très incon.plètes. C'est pourquoi 
je disais plus haut, qu'en principe, seule- 
ment les registres des colonies étaient 
conser\és dans les archives du ministère 
des colonies. 

Comte de Varaize. 



Un Précurseur de l'Avation 
(LXXI, 323, 405). — )e puis aujourd'hui 
répondre moi-même (chose curieuse) à la 
question que j'ai posée et je le dois, en 
raison de cette affirmation de notre con- 
frère, L. Capet, que Besnier « ne peut 
pas être considéré comme un des précur- 
seurs de l'Aviation >\ que « son inven- 
tion est purement chimérique » ; et « qu'il 
ignore si Besnier a réussi avec un tel en- 
gin à parcourir une distance quelconque : 
ce qu'il ne croit pas ! » 

Or, le texte suivant que je copie dans 
un petit livre peu connu, récemment re- 
trouvé {Catalogue des personnes Je la pro- 
vince qui se sont rendues reconini.Tiuiables, 
etc. ; par Giles Négrier de la Cochardière, 
mort au Mans en 1749. — Edition Le 
Mans, 1896, p. 87-88, a prouvé, dès 
1749, que Pierre Besnier (i) avait volé 
vrairpent, quoi qu'on prétende, puisqu'il 
a « parcouru une distance quelconque ! » 

[Besnier] se mit en tête de faire des ailles 
(sic) pour voler en l'air. En effet, après plu- 
sieurs épreuves, il en vint à bout ; il en- 
tieprit de passer la rivière, par le moyeu des 
ailles (sic) : ce qui lui réussit ! Pour cet effet, 
il montait sur le faiste (sic) d'une maison ; 
et, de là, s'abandor.nant au grand air, il alloii; 
tomber, assès {sic) Ijin... Pour pisser la ri- 
vière de Sablé, il montoit {sic) sur un don- 
geon (sic), qui est au château... ensuite se 
laissant aller, il pissoit de l'autre côté de la 
rivière et allait tomber insensiblement à 
terre dans la prairie, qui est de l'autre côté. 
Quand l'air était agité, il se soutenait mieux 
et par le moyen du « mouvement réglé >> de 

(1) Mort à Sablé vers 1690. 



ses ailles, il alloit prcn.ire terre où il vou- 
lait ! (1). 

Que veut on de plus, vraiment, pour 
l'époque ?^ 

Chamite ne doit donc venir que loin 
derrière P. Besnier ! 

.M.ARCKL Baudouin. 

• « 

Il y a trois ou quatre ans, autant qu'il 
iii'en souvienne. Le Ma^cisiit Piitoiesque a 
évoqué le souvenir de Pierre Besnier et a 
donné des renseignements sur le... diri- 
geable de ce précurseur. 

SiR Graph. 

Le petit Manteau Bl^u. - Cham- 
pion (LXXI, 325, 407). — Voir le Mii 
gasin Pittoresque de 1878, page 337. Voir 
dans VEclio de l Yonne ^ en ses premières 
années, un de ses articles intitulés : Nos 
compatriotes. Il y a un portrait de Cham- 
pion peint par Steubs, gravé par Bouvier 
de Genève, in octavo en buste, avec une 
notice de quatre pages, par Jarry de 
Nancy. 

Simon. 

* ♦ 

Quelques notes ont été données sur le 
personnage dans les tomes LV et L\'I de 
Xlntcrmèdiaiie, (394 466, 802 ; et 79). 

P. U. 

Le journal de l'Exil d'Adèle 
Hugo et de François Victor-Hugo 

(LXXI, 322). — Notre ami Jean-Bernard, 
qui s'est occupé du Journal d'Exil d'.^dèlc 
Hugo, dans V Indépendance belge, nous si- 
gnale un article de notre collaborateur 
M. Octave Uzanne dans le Scnbner's Ma- 
gasine, analysé dans le Figaro du 29 oc 
tobre 1892. 

M. Octave Uzanne y parle de notes en 
vue d'un Journal d'Exil, recueillies par 
François Victor-Hugo, allantdejuillet 1852 
à i8s6. 

Le libraire qui l'avait acquis en dcman 
dait ^2.soofr, Qu'est devenu ce manus- 
crit ? 

M. 



(i) L'auteur du livre de 1744 ajoutait avec 
raison : 

« Peut-être qu'un jour il sa trouv3ra quel- 
qu'un qui perfectionnera cet art, qui serait 
d'une grande utilité » — C'est fait aujour- 
d'hui. 



Dij^ CHKRCHHV;'^lV• bTCUrvU-V 



20-30 Mai 191 5 



4S7 



Jolyda Fleury (LXXI, 32^). - On 
trouvera une notice de sept pages et un 
beau portrait dsns : 

Galerie fraiiçoise ou Portraiis des hom- 
mes et des femmes cclèbies qui ont paru eu 
Fiance gravés en tiille douce sous la con- 
duite de M. Restout, peintre oïdinaire du 
Roi. Paris, Hérissant, 1771, in-folio. 

Margevii.le. 

■Vf 

* * 
Voir les renseignements fournis sur la 

famille [oly de Fleury, dans le tomeLX de 

VlnlrméJiaite (390, ^37, 816). 

P. D. 

Miloa (LXXi, 325, 407). — En Poi- 
tou ce fut une famille marquante qui eut 
l'honneur de compter parmi ses mem- 
bres. Pierre Milon, médecin des rois 
Henri IV, et Louis XIII (cf. Dreux du 
Pradier, Bibliothèque historique du Poi- 
tou, T. III, p. 1 19 . 

Je crois que BI.^nchet-Filleau que je 
n'ai pas en ce moment sous la r.iain, 
donne de cette famille, une généalogie 
qui depuis peu de temps seulement n'a 
plus de représentant mâle. M. de Milon 
marié à N. des Collards a laissé deux 
filles qui vivent encore, et dont l'une est 
Madame Dupin de la Guerivicre qui ha- 
bile Ligugé ; l'autre, la comtesse Alfred 
deBridiers. M. A. B. 

Histoire des seigneurs de Dreux 
et do Bef.ujeu (LXXI, 27,;. — M. fean 
Schemit nous adresse cet extrait de son 
catalogue : 

1995 La Poche li Carelle (Baron Ferdi- 
nand de). Histoire du Beaujolais et des sires 
de Beaujeu, suivi de l'Armoriai de la pro 
vince». Lyoji Perri-i, 185^, 2 vol. gr. in-8 
cart. non rog., tilre avec armoiries coloriées 
nonib. fig, de blasons, cartes et o pi. li- 
tog. 35 fr. 

A la fin du T. II se trouve VAn/ioriiil du 
"Beaujolaii. 

Et cette référence : 

André Du Chesne : « Histoire Généalogi. 
que de la maison de Dreux it de quelques 
autres familles illustres qui eu sont descen- 
dues par les femmes > Paris, 1631, infol. 

Baade d'argent ; bandé d'argent 

(LXXI. 227, 407). — Se reporter sur J. B. 
Riestap qui n'est pas toujours très sûr et 
aussi a 1'.^;/ héraldique, etc. par M. Ba- 



4-, 8 



ron-Escuver. Nouvelle édition, revue et 
augmentée par M. Play ne, A. E. P. à 
Paris, chez Charles Osniont, dans la 
Grande s.ille du Palais, du côté de la 
Cour des Aydes, à l'Ecu de France. 

M. D. C. X. C. V.avec privilège du Roy. 
La bande tient le tiers de l'écu. Bandé 
est généralement de trois pièces, coupant 
reçu en six pièces. 

Ne pas confondre avec les cotices et 
coticé ; généralement de cinq pièces au 
moins, beaucoup plus étroites. 

Vte DU Pont de Gault-Saussine. 



Armoiries à détermiuer : d'ar- 
gent à trois touisde sable au mont 
du même mouv int de la pointe de 
l'écu (LXXI, 325) — J'ai habité pen- 
dant plusieurs années un modeste châ- 
teau situJ à Clichy sous-Bois, en pleine 
forêt de Bondy, à un kilomètre à peine de 
Montfcrmeil. La porte principale de l'ha- 
bitation était timbrée d'un écusson répon- 
dant très exactement à la description ci- 
dessus, surmonté, je crois me rappeler, 
d'une couronne de comte, et accompagné 
d'une banderole portant la devise : 

Ex urbc ejdcit hostein. 

Peut être cette indication aidera t-elle à 
résoudre le problème. 

Leczinski. 

Pluriel des mots terminés en 

ant ou en ent l'L.XXl, 98, 267). — 
La suppression des / dans le pluriel de 
ces mots, et même au singulier celle 
du p dans le mot temps (a tems »). 
etc., constitue ce qu'on appelait jadis 
l'orthographe de Voltaire. La cause de sa 
reviviscence dîns certaine revue ? La fan- 
taisie d'un auteur «u d'un éditeur en mal 
de snobisme. 

O. D. 

Deux citations de Lamartine 

(LXXI, 37s). — Le texte de la deuxième 
citation n'est pas exact ; il doit être rem- 
placé par le suivant : « L'amour de la 
patrie est aux nations ce que l'amour de 
la vie est à l'homme )■>. 

Nal'ticus. 

Polka, Mazurka (LXXI, 230, 4:0). 
— Je remercie M. Victor Joze de son inté- 
ressante documentation qui vient à l'appui 



h'" ; 



419. 



Vol. LXX . 
459 — 



LlWTMKMa;..IAIR 



460 



de ma thèse. La Grande Encyclopédie, que 
j'ai depuis consultée, la confirme pleine- 
ment en ce qui concerne le mot Mazurka. 
Quant au mot polka elle dit bien, comme 
notre confrère IVl. la Coussière, qu'elle a 
vu le jour en Bohême, mais elle ajoute que 
polka vient du tchèque pklk.i (moitié), par 
allusion au demi-pas qui la caractérise, et 
cela me paraît assez secondaire pour m'en 
faire douter. 

Au surplus, Chopin, s'il était de ce 
monde, verrait l'innocence de mon cœur 
et comprendrait qt-'un étymologiste puisse 
s'intéressrr à la seule origine des mots, 
sans sinquiéter de la valeur respective 
des pas de danse. 

L. Abet. 



Lugdunum (LXVIII ; LXlX, 121, 324' 
5'7i ^79)- — Il serait étonnant qu'un ac- 
cord ne pût se faire sur un nom qui ne 
présente aucune difficulté étymologique. 
Pour dissiper la brume lyonnaise qui l'en- 
veloppe, peut être jugera-ton utile de 
résumer le débat. 

Il est généralement admis que Lugdu- 
num se compose de deux mots celtiques, 
dont le dernier signifie hauteur comme 
dans les noms de Dunkerque, Dun-le-Roi, 
Châteaudiin, Loiidiin, Antun, Londra, 
etc. etc. 

Le litige porte exclusivement sur la si- 
gnification du radical Lug. Pour les uns 
ils signifie blanc ; pour d'autres il a le 
sens de brume, bronilhrd, d'où tristesse, 
obscurité. 

.l'ouvre ici une parenthèse : un certpin 
personnage ou dieu gaulois Liigdiis est 
venu compli^juer la question, sans l'éclai- 
cir, à mon sens. Car je ne pense pas que 
les récentes découvertes de Fourvières 
aient une seule fois évoqué ce mythe. Où 
sont les textes anciens établissant la réa- 
lité de ce nom ? où sont les inscriptions ? 

jusqu'à plus ample informé, mieux 
vaut le tenir pour suspect. 

11 reste donc à choisir entre les deux 
sens du radical Lug. je suis plein de dé- 
férence pour l'œuvre historique du re- 
gretté et savant M. Longnon, de même 
que je .'■uis plein d'égards pour le souve- 
nir de M. Vingtrinier, mais il n'cmpèche 
que l'un voyant en Lngdtniuin une Hau- 
teur claire et l'autre la coltine du corbeau, 
j'hésite à me déterminer entre eux puis- 



qu'ils ne donnent aucun motif de leur 
opinion. 

11 faut, peur me convaincre, des argu- 
ments ; je les cherche, com